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You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Les caquets de l'accouchée + nouvelle édition revue sur les pièces originales + +Author: Édouard Fournier + +Release Date: August 30, 2010 [EBook #33580] + +Language: French + +Character set encoding: UTF-8 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES CAQUETS DE L'ACCOUCHÉE *** + + + + +Produced by Laurent Vogel, Pierre Lacaze, Chuck Greif and +the Online Distributed Proofreading Team at +http://www.pgdp.net (This book was produced from scanned +images of public domain material from the Google Print +project.) + + + + + + + + + +LES + +CAQUETS DE L'ACCOUCHÉE + +Paris. Impr. Guiraudet et Jouaust, 338, rue S.-Honoré. + + + + +LES CAQUETS + +DE L'ACCOUCHÉE + +NOUVELLE ÉDITION + +Revue sur les pièces originales et annotée + +PAR M. ÉDOUARD FOURNIER + +AVEC UNE INTRODUCTION + +PAR M. LE ROUX DE LINCY + +A PARIS + +Chez P. JANNET, Libraire + +MDCCCLV + + + + +INTRODUCTION. + + +L'ouvrage dont nous donnons une édition complète, revue sur les +originaux, est une des satires les plus remarquables du dix-septième +siècle. Publiés pour la première fois dans le cours de l'année 1622, par +petits cahiers de quelques feuillets, les _Caquets de l'Accouchée_ +furent, dès l'année suivante, réunis dans un seul volume, dont il y eut +plusieurs éditions, sous le titre de _Recueil général des Caquets de +l'Accouchée_[1]. + +Pendant le cours du dix-huitième siècle, ce livre n'a jamais cessé +d'être fort apprécié des bibliophiles, qui payoient très cher les +exemplaires bien conservés des éditions originales. De nos jours, les +_Caquets de l'Accouchée_ ont conservé la même valeur, et, cette fois, +l'engoûment des amateurs peut se justifier: ce n'est pas seulement la +rareté de l'ouvrage, c'est encore l'esprit qu'on y trouve, qui les +pousse à se le procurer. Voyons d'abord ce qu'il faut entendre par +_Caquets de l'Accouchée_. + + +§ I.--_Caquets de l'Accouchée._ + +Au moyen âge, la naissance d'un enfant étoit entourée de soins et de +cérémonies qui n'existent plus maintenant. Chez les grands et chez les +riches, on se préparoit à cet événement solennel par des attentions +touchantes qui se rattachoient aux croyances et aux superstitions de +cette époque. La chambre de la _gisante_ étoit tendue des étoffes et des +tapisseries les plus belles; une petite couchette, connue encore de nos +jours sous le nom de _lit de misère_, étoit placée auprès du grand lit +nuptial; un bon feu brûloit incessamment dans la vaste cheminée; des +linges de toutes sortes, tirés des grands bahuts, séchoient à l'entour. +Dans certaines provinces, on mettoit devant la cheminée une petite table +couverte de linge très fin; sur cette table, trois coupes, un pot de vin +ou d'hippocras, trois pains de fleurs de farine et deux flambeaux qui +restoient allumés durant la nuit. Ce repas frugal étoit destiné aux +fées, qui, d'après les croyances, devoient venir répandre leurs dons sur +le nouveau-né. On lit dans le roman de Guillaume au Courtné, qui remonte +à la seconde moitié du XIIe siècle: + +«Il y avoit alors en Provence, et dans plusieurs autres pays, une +coutume qui consistoit à placer sur la table trois pains blancs, trois +pots de vin, et trois hanaps ou verres à côté; on posoit le nouveau-né +au milieu, puis les matrones reconnoissoient le sexe de l'enfant, qui +ensuite étoit baptisé. + +«Le fils de Maillefer fut donc ainsi exposé, et les matrones, après +l'avoir vu, s'éloignèrent. Tout dormoit dans la chambre quand cette +aventure eut lieu. Le temps étoit beau, la lune brillante. Alors trois +fées entrèrent, prirent l'enfant, le réchauffèrent, le couvrirent et le +placèrent dans son berceau. Prenant ensuite le pain et le vin, elles +soupèrent, et chacune d'elles fit au nouveau-né présent d'un beau +souhait[2].» + +Dans un ouvrage de la fin du quinzième siècle intitulé, _les Honneurs de +la Cour_, on trouve des détails précieux sur le même sujet. Aliénor de +Poitiers, vicomtesse de Furnes, auteur de cet ouvrage, parle des +cérémonies et des usages observés à la cour et dans la noblesse au +moment des couches, du baptême et des relevailles. + +«J'ai vu, dit-elle, plusieurs grandes dames faire leurs couches à la +cour; elles avoient un grand lit et deux couchettes, dont l'une étoit à +un coin de la chambre, et l'autre devant le feu. La chambre étoit tendue +de tapisseries à verdure ou à personnages, mais les rideaux du lit et le +ciel étoient de soie, les couvertures du grand lit et des couchettes +fourrées de _menu vair_; le drap étoit de crêpe bien empesé; le +dressoir, à trois degrés, tout chargé de vaisselle: on l'éclaire avec +deux grands flambeaux de cire, on garnit d'un tapis de velours le +plancher de la chambre; les oreillers du grand lit et des couchettes +doivent être de velours ou de drap de soie, aussi bien que le dais du +dressoir; à chaque bout de ce dressoir, il faut placer un drageoir tout +plein, couvert d'une serviette fine. Les femmes de simples seigneurs +bannerets ne devroient pas avoir de couchette devant le feu; toutesfois, +depuis dix ans, quelques dames du pays de Flandres l'y ont eue. L'on +s'est moqué d'elles, et avec raison, car du temps de Madame Isabelle, +nulle ne le faisoit; mais aujourd'hui, chacun agit à sa guise. Aussi +est-il à craindre que tout n'aille mal, car le luxe est trop grand, +comme chacun dit. + +«Dans la chambre d'une accouchée, le plus grand prince du monde s'y +trouvât-il, nul ne peut servir vin ou épices, excepté une femme mariée. +Si quelque princesse vient rendre visite à la malade, c'est à la +première dame d'honneur de sa suite qu'il appartient de lui présenter le +drageoir[3].» + +De chez les grands, une partie de ces usages ne tarda pas à se répandre +chez les bourgeois des bonnes villes devenus riches et puissants. +Christine de Pisan, cette femme poète, historien de Charles V, a parlé, +dans son livre du _Trésor de la Cité des Dames_, du luxe étalé par les +bourgeoises, et principalement par celles de Paris. «Ce n'est pas, +dit-elle, aux marchands de Venise ou de Gennes, qui vont oultre-mer et +dans tous les pays du monde, qui ont leurs facteurs, achettent en gros +et font grands frais, que ces remontrances s'adressent: ceux-là envoyent +leurs marchandises dans toutes les contrées, amassent de grandes +richesses, et sont appelés nobles marchands; mais la femme dont je veux +parler achette en gros et vend au détail pour quatre sous de denrées, +si besoin est, quoique très riche. Il n'y a pas longtemps qu'elle fut en +couche. Avant de parvenir à sa chambre, on passoit par deux autres +chambres très belles, où se trouvoient des grands lits richement +_encourtinés_; dans la seconde chambre, un grand dressoir étoit couvert, +comme un autel, de vaisselle d'argent; de là, on entroit dans la chambre +de l'accouchée. Cette chambre étoit grande et belle, toute tendue de +tapisserie faite à la devise de la dame, ornée très richement de fin or +de Chippre; le lit, grand et beau, _encourtiné_ d'un riche parement; les +tappis tout alentour sur lesquels on marchoit étoient d'étoffe d'or; les +grands draps de parement qu'on appercevoit par dessous la couverture +étoient d'une toile de Reims si fine, qu'on la prisoit plus de trois +cents francs; par dessus cette couverture, toute tissue d'or, étoit un +grand drap de lin, _aussi delié que soye_, tout d'une pièce et sans +couture, ce qui est une invention nouvelle et d'un grand prix, qu'on +estimoit plus de deux cents francs. Ce drap étoit si grand et si large, +qu'il couvroit de tous côtés le grand lict de parement, et passoit les +bords de la couverture. Dans cette chambre de l'accouchée, il y avoit un +grand dressoir tout paré, couvert de vaisselle dorée. Dans ce beau lit +étoit la gisante accouchée, vêtue d'une grande robe de soye cramoisie, +appuyée sur des oreillers de soye pareille, ornés de gros boutons en +perles. Dieu sait les dépenses superflues en fêtes, bains, qui, suivant +les usages de Paris, eurent lieu pendant ces couches! Elles furent +tellement extraordinaires, quelles méritent d'être citées dans un livre. +Il en fut parlé dans la chambre de la reine, et, à cette occasion, +quelques uns dirent que les gens de Paris avoient trop de sang; qu'il +seroit bon que le roi les chargeât de certains impôts, afin que leurs +femmes n'allassent plus se comparer, par leur luxe, à la reine de +France[4].» + +Au milieu du XVe siècle, il y avoit déjà longtemps que l'usage étoit +établi parmi les bourgeoises de Paris et des autres bonnes villes de se +rendre visite pendant que l'une d'entre elles étoit en couches. Cet +usage avoit donné lieu à des abus qui n'ont pas échappé à la verve +railleuse des écrivains satiriques de ce temps. Le premier en date est +l'auteur des _Quinze joyes de Mariage_. Voici en quels termes il a +signalé ces abus dans le troisième chapitre de son livre: «Or approche +le temps de l'enfantement; il faut que le mari cherche les commères, les +nourrices et les matrones, suivant le bon plaisir de la dame. Or il a +grand souci de rassembler toutes ces commères, qui boiront du vin autant +comme il en contiendroit dans une botte. Or double sa peine, or se voue +la dame en sa douleur à plus de vingt pelerinages, et le pauvre homme +aussi la voue à tous les saints. Les commères arrivent de toutes pars. +On convient que le pauvre homme face tant qu'elles soient contentes. Les +dames et les commères parlent, plaisantent, disent de bonnes choses et +prennent de l'aise, quiconques en ait la peine et quelque temps qu'il +fasse. S'il pleut, gelle ou grèle, et que le mari soit dehors, l'une +d'elles pourra bien dire: Helas! mon compère, qui est dehors, a +maintenant beaucoup de mal à endurer. Mais une autre repond qu'il est +bien heureux. S'il arrive que quelque chose deplaise à ces commères, une +d'elles ira dire à l'accouchée: Vraiment, ma commère, je m'emerveille +bien, ainsi que toutes mes commères qui sont ici, de ce que votre mari +fait si peu de compte de vous et de votre enfant. Regardez ce qu'il +feroit si vous en aviez cinq ou six! On voit bien qu'il ne vous aime +guères, et cependant, vous lui avez fait en l'épousant plus d'honneurs +qu'il n'en advint jamais à nul homme de son lignage.--Par mon serment, +dit une autre, si mon mari agissoit ainsi, j'aimerois mieux qu'il n'eût +œil en tête, etc., etc., et tant d'autres discours du même genre[5].» + +A la fin du chapitre, l'auteur représente le pauvre mari contraint de +donner à dîner aux bonnes commères et de les festoyer. «Il y travaille +bien, dit-il, et il y mettra moitié plus qu'il ne se l'étoit proposé, +afin d'obéir aux désirs de sa femme. Bientôt arrivent les commères; le +bonhomme va au devant d'elles et leur fait bon visage. Il est sans +chapperon, va, vient par la maison, et semble fou, bien qu'il ne le soit +guères. Après avoir presenté les commères à sa femme, il les conduit +dans la salle pour les faire manger. Elles dejeunent, elles dînent, +elles mangent à se rassasier; elles portent la santé maintenant au lit +de la commère, maintenant à la cave du patron, et gaspillent plus de +denrées et de vins qu'il n'en tiendroit dans une botte. Le pauvre homme, +qui a tout le souci, se lève bien souvent pour voir combien il reste de +vin, qui coule beaucoup trop vite. Les commères le taquinent: l'une lui +dit un brocard, l'autre lui jette une pierre dans son jardin. Bref, tout +se depense. Les commères, bien repues, bien joyeuses, s'en vont en se +moquant, peu soucieuses de l'avenir du pauvre homme.» + +Guillaume Coquillart, official de l'église de Reims, qui fut un des +poètes satiriques les plus hardis de la seconde moitié du XVe siècle, +trace un tableau comique et peu flatteur des caquets de l'accouchée. Son +langage est très libre et ne se ressent pas du caractère sacré dont +l'auteur étoit revêtu. Seulement, il emprunte au sacrifice de la messe +et aux prières de l'église ses termes de comparaison. «Au chevet du lit, +dit-il, il y a un benitier tout rempli d'_eau bénite de cour_. Une des +commères commence _les leçons_, une autre chante les _réponses_. Dans +cette messe il y a préface, mais de _Confiteor_ jamais.» Puis il cite +quelques uns des caquets en termes assez crus, que nous croyons inutile +de reproduire ici[6]. + +Un autre poète de la même époque, religieux bénédictin, parle aussi +contre les caquets de l'accouchée, mais dans un langage plus mesuré. +Jean du Castel, chroniqueur de France, abbé de Saint-Maure, fils de +Christine de Pisan, dans son _Miroir des Pécheurs_, décrit en ces termes +la chambre d'une accouchée: Il y a là caquetoire paré, tout plein de +fins carreaux pour asseoir les femmes qui surviennent, et près du lit +une chaise ou _faudesteuil_ garni de fleurs. L'accouchée est dans son +lit, plus parée qu'une épousée, coiffée à la coquarde, tant que diriez +que c'est la tête d'une marote ou d'une idole. Au regard des brassières, +elles sont de satin cramoisi, paille ou blanc, de velours ou de toile +d'or et d'argent, que les femmes excellent à choisir. Elles ont colliers +autour du cou, bracelets d'or, et sont plus couvertes de bijoux que des +idoles ou des reines de cartes; leur lit est garni de draps de Hollande +ou de toile de coton de la plus grande finesse, et si bien apreté que +pas un pli ne passe l'autre; le bois est taillé à l'antique et orné de +marqueteries et de devises[7].» + +Gratien du Pont, au commencement du seizième siècle, dans son poème +satirique contre le sexe féminin, a tracé un tableau du même genre; +seulement, il y ajoute plusieurs détails qui appartiennent à l'époque où +il écrivoit. En reproduisant les discours que les _muguettes_ ou femmes +à la mode avoient entre elles, il leur fait tenir ces propos: «Helas! +commère, avez-vous vu la pompe et la _braguerie_ d'une telle, qui est en +couche? C'est une vraie moquerie: elle a deux lits, la popine accouchée! +et celui qu'elle occupe est admirablement dressé, un lit à l'antique +peint d'or et d'azur, incrusté de nacre. Près d'elle est un muguet, beau +parleur et poëte; un prothonotaire qui entretient la dame de ses beaux +discours. Il est assis sur une des chaises de drap d'or ou de soie qui +parent la chambre au nombre de cinq ou six. La couchette, et même la +chambre, sont tendues de même étoffe; enfin cette chambre, toute +parfumée, est aussi riche que celle d'une duchesse ou d'une reine. +L'accouchée est vêtue d'un corsage d'un fin drap d'or, fourré de martre, +qu'elle change chaque dimanche. Des musiciens, joueurs habiles de toutes +sortes d'instruments, font entendre une si douce mélodie, qu'on +désireroit les écouter sans cesse. De plus, on se divertit par des +danses de tous les genres[8].» + +Un poète de la même époque, Roger de Collerye, dans un dialogue composé +l'année 1512, parle aussi du luxe des accouchées, de leurs colliers, de +leurs riches accoutrements, et les représente pompeuses et rogues comme +les figures du portail d'une église[9]. Cette mode avoit aussi frappé le +satirique par excellence, Henry Estienne; il dit: «qu'on avoit donné à +Paris le nom de _caquetoires_ aux siéges sur les quels estans assises +les dames (et principalement si c'estoit autour d'une gisante), chacune +vouloit monstrer n'avoir point le bec gelé[10].» De même Estienne +Pasquier, dans ses _Ordonnances d'amour_, n'oublie pas de parler des +caqueteuses qui bourdonnoient autour du lit des accouchées. En sage +législateur qui permet ce qu'il ne peut empêcher, il leur donne licence +pour toutes sortes de commérages[11]. + +Courval Sonnet, poète satirique assez connu, dont les œuvres ont été +publiées cette même année, 1622, où parurent les premiers _Caquets de +l'accouchée_, fait allusion, dans une pièce dirigée contre le mariage, +au luxe déployé par les femmes dans cette circonstance: + + Les toilettes de nuict et les coiffes de couche, + Brassières de satin, quand Madame est en couche, + Sans oublier encor les coiffes de velours, + La robbe de damas avec tous ses atours[12]. + +Enfin, Coulange, dans une de ses chansons, célèbre le vieux lit où ses +aïeules faisoient leurs couches et en recevoient compliment[13]. + + +§ II.--_Recueil général des Caquets de l'Accouchée._ + +On a pu juger, d'après les détails précédents, que la fable imaginée par +l'auteur des _Caquets de l'Accouchée_ est excellente et empruntée aux +vieux usages de la bourgeoisie parisienne. Voyons comment elle est mise +en œuvre. L'auteur suppose que, relevé naguère d'une grande maladie, +il va consulter deux médecins différents d'âge et d'humeur, afin de +savoir quel régime il doit suivre pour retrouver toute sa santé. Le plus +jeune lui donne le conseil de s'en aller souvent à sa maison des champs, +de s'y livrer au jardinage, de boire un peu de vin clairet, puis de +remonter sur sa mule et de s'en revenir souper à Paris. Le plus vieux +l'engage à se rendre souvent à la comédie, ou bien, s'il le préfère, à +chercher une parente, une amie ou une voisine récemment accouchée, à lui +demander la permission de se glisser dans la ruelle de son lit, afin d'y +écouter tous les propos tenus par les commères réunies autour de +l'accouchée. Ce dernier conseil est celui qui sourit le plus à notre +auteur. Dès le lendemain il s'empresse de le mettre à exécution. Il s'en +va donc rue _Quincampoix_, autrement dit _rue des Mauvaises-Paroles_, +chez une de ses cousines, où il est bientôt installé sur une chaise +tapissée, caché sous les rideaux de la ruelle. «Incontinent après, à une +heure attendant deux, arrivèrent de toutes parts toutes sortes de belles +dames, damoiselles, jeunes, vieilles, riches, mediocres, de toutes +façons, qui, après avoir faict le salut ordinaire, prindrent place +chacun selon son rang et dignité, puis commencèrent à caqueter comme il +s'ensuit.» (P. 12.) La scène ainsi décrite, l'auteur y introduit ses +personnages, qui viennent tour à tour y débiter le rôle qu'il leur +prête. + +Dans la première journée, l'auteur passe en revue différentes classes de +la bourgeoisie parisienne: les officiers de justice, tels qu'avocats, +procureurs, notaires au Châtelet; les officiers municipaux, tels que le +prévôt des marchands, les échevins et autres; les partisans, les +prêteurs sur gages, les financiers, sont mis tour à tour sur la +sellette, et assez maltraités. L'auteur ne craint pas de dire le nom des +usuriers, des enrichis célèbres de cette époque. Il lance plusieurs +traits acérés aux partisans de la réforme, contre lesquels il écrira +plus loin une page très éloquente. Il excelle à faire tenir aux acteurs +qu'il met en scène un langage en harmonie avec leur caractère, et +disposé de telle sorte qu'ils se chargent de faire leur propre satire. +Dans ce genre, rien de plus ingénieux que le récit de la marchande qui +le matin même avoit vendu la robe de noce à la fiancée d'un petit +trésorier de province. (Voir plus loin, p. 17.) + +La seconde journée est principalement consacrée aux affaires de la +politique et de la religion. L'auteur parle en termes assez durs du +connétable de Luynes et de ses deux frères. Il cite quelques vers +injurieux qui couroient contre le premier (p. 66). Au sujet de la chute +rapide du marquis d'Ancre et du connétable de Luynes, une dame de la +cour tient ce propos: «Pour trois pelerins qui alloyent en Emaüs, on vit +aussitost naistre quatre evangelistes dans le conseil.» (P. 67.) Les +trois pèlerins d'Emaüs, ce sont les frères de Luynes, ainsi qu'on peut +le comprendre d'après ce qui est dit plus haut; mais les quatre +évangélistes, qui sont-ils? Henri, IIe du nom, prince de Condé, en +est un bien certainement, puisque la dame de cour ajoute: «Maintenant on +ne faict plus rien que par l'advis de M. le prince de Condé, etc.» (P. +67.) Mais quels sont les trois autres évangélistes? C'est une question +qui, pour être complétement résolue, nous entraîneroit un peu loin; nous +nous contenterons de la signaler. + +Quant aux affaires de la religion, elles avoient assez d'importance en +1622 pour exercer la langue de nos commères. L'auteur débute par +quelques détails sur les réjouissances qui eurent lieu dans Paris au +sujet de la canonisation de sainte Thérèse; puis, après avoir parlé des +Cordeliers, des Carmélites, des pères de l'Oratoire et des Jésuites, il +met en scène une vieille bourgeoise chaperonnée à l'antique, qui, +interpellant une réformée, fait observer qu'elle a lu Calvin, Clément +Marot et Bèze, et une infinité de _grands philosophes_. «Mercy de ma +vie, reprend la religionnaire piquée au vif, oui, je les ai lus; qu'en +voulez-vous dire, vieille sans dents? Continuant ce propos, elle déclare +que les gens de sa secte ne cherchent que concorde, fraternelle amitié, +et ne veulent que _réformation_.--C'est bien à faire à vous de nous +reformer! reprend la vieille; il y a douze cens ans que la France a +quitté son erreur pour s'enroller sous les drappeaux de la vraye eglise; +et aujourd'huy une femme voudra la reformer! Il ne faut qu'un _Calvin_, +qu'un Luther, et deux autres moines reniez et appostatz pour faire +refleurir l'ancienne majesté de l'Eglise!» + +Ici l'auteur interrompt cette vive querelle pour lancer contre les +réformés un trait d'autant plus vif qu'il est inattendu. «Un petit +chien, dit-il, qu'une certaine damoiselle de la rue S.-Paul portoit pour +passe-temps, entendant parler de _Calvin_, leva sa teste, croyant qu'on +l'appellast, car c'estoit son nom, ce qui fust assez remarqué de la +compagnie; mais sa maistresse le resserra sous sa cotte, de peur de +faire deshonneur aux saintz.» Puis, reprenant son propos, il fait tenir +à la vieille bourgeoise ce discours: «D'où sont venues toutes les +guerres civilles qui ont miné et deserté toute ceste monarchie depuis +quatre-vingt ou cent ans? Vostre religion n'a-t-elle pas allumé le feu +aux quatre coins de la France? N'avons-nous pas vu, au moins mon père me +l'a dit cent fois, depuis l'avenement du roy Henry II à la couronne +jusqu'à maintenant, tout ce royaume bouleversé pour vostre subjet? On +vous a veu naistre tous armez comme les gens d'armes de la Toison-d'Or, +que Jason deffit; à peine eustes-vous sucé la doctrine impie de Calvin +et de Luther, que vous minutastes dès lors la ruine de ceste couronne. +N'avez-vous pas fait des extorsions estranges où vostre fureur et vostre +rage a peu avoir le dessus? Combien de provinces, de villes, de +bourgades et de bonnes maisons ont été ruinées par vos partisans! La +Guienne, le Languedoc, les plaines de Jarnac, de Moncontour, de Dreux, +et une infinité de fleuves, sont empourprés de sang, et jamais, +toutesfois, la fortune ne vous a esté favorable en toutes les rencontres +et batailles qui se sont données contre vous; le Ciel n'a jamais secondé +vos monopoles; vos gens y ont tousjours laissé les bottes, et +aujourd'huy il y en a entre vous de si acharnez qu'ils en recherchent +les eperons. Il s'agissoit alors de la religion, c'estoit à vous à vous +deffendre; mais maintenant que le roy veut proteger tous ses sujets en +paix, sous l'authorité de ses edits..., ceux de la religion luy ferment +les portes, font des assemblées et monopoles contre son service, +tranchent du souverain en leurs factions, disposent des provinces et +deniers royaux, constituent gouverneurs où bon leur semble, partagent +tout ce royaume à leur volonté, bref, se persuadent que la France ne +doive plus respirer que par leur moyen. Vous voilà tantost à la fin de +la carrière. Le Roy tient le haut bout. Plusieurs viendront collationner +en Grève pour aller soupper en l'autre monde.» (P. 85.) + +On nous pardonnera cette citation, bien qu'un peu longue, en faveur de +l'éloquente indignation dont l'auteur a fait preuve; on y retrouve +cette haine invétérée des habitants de Paris contre la religion +nouvelle. Il suffit de se reporter à l'histoire de nos guerres de +religion du seizième au dix-septième siècle pour comprendre la portée de +ce discours. + +Dans la troisième journée, la conversation roule principalement sur la +bourgeoisie parisienne, dont les différentes classes sont censurées avec +une verve impitoyable des plus amusantes. Ce sont d'abord les gens de +finance et de robe: trésoriers, greffiers, notaires et plusieurs autres; +les médecins et les apothicaires viennent après eux, et ne sont pas +épargnés. L'auteur trouve le moyen de faire une petite digression sur +les livres et opuscules nouveaux qui se débitoient et sur les bévues +commises par les imprimeurs. Il cite entre autres deux _Vies de sainte +Thérèse_, dans l'une desquelles on fait dire à l'auteur que cette sainte +avait eu deux pères. Les femmes et les filles de la bourgeoisie +fournissent aussi leur bonne part aux caquets de l'assemblée; on y +raconte, en les amplifiant beaucoup, nous aimons à le croire, les +tromperies que les unes faisoient à leurs maris, ou les autres à leurs +parents. + +Ces trois journées composent la première partie, et la plus originale, +du recueil d'opuscules connu sous le nom de _Caquets de l'Accouchée_. +Elles seules ont été publiées sous ce titre, et elles doivent sortir de +la même plume. Les autres pièces, imprimées, chacune avec un titre +différent, aussi pendant l'année 1622, sont, nous le croyons, de +plusieurs mains[14]. Du reste, ceux qui les ont écrites ont suivi le +même plan que l'auteur des trois _Caquets_, c'est-à-dire que, tout en +devisant des nouvelles du jour, ils ont consacré chaque pièce à un sujet +particulier. Ainsi, dans la quatrième assemblée, il est surtout question +des mariages que les différentes classes de la bourgeoisie parisienne +contractoient les unes avec les autres, et des mésalliances que faisoit +trop souvent la noblesse pour s'enrichir. On y raconte plusieurs +aventures tragiques ou scandaleuses, telles que l'histoire de la +comtesse de Vertus, contrainte par son mari d'assister au meurtre de son +amant (p. 139); celle du soufflet donné par un gentilhomme à un +conseiller dans la galerie du Palais (p. 142). Entre les noms restés +plus ou moins célèbres donnés par l'auteur à la fin de cette assemblée, +je citerai celui de la duchesse de Chevreuse, qui, à cette époque, +venoit d'épouser en secondes noces Claude de Lorraine. Une maîtresse des +comptes s'exprime ainsi: «Je pense qu'elle n'a pas grand credit, encore +qu'elle se veuille faire appeler Madame la Princesse. Je sçay bien qu'il +y eut l'autre jour un grand bruict au Louvre pour cela, et qu'on lui fit +de bonnes reprimandes.» + +Au commencement de la cinquième assemblée, les affaires de la religion +et de la politique reviennent de nouveau sur le tapis. Les exactions +commises durant les siéges de Montauban, de Montpellier et de La +Rochelle, par des fournisseurs infidèles, sont impitoyablement +signalées. Nos commères parlent tout d'abord d'un certain _Desplan_, +qui, de laquais du prince de Condé, s'éleva, par la faveur du connétable +de Luynes, au grade de maréchal de France; viennent après les maréchaux +de Bassompierre et de Créqui et le connétable de Lesdiguières, qui tous +trois sont assez rudement traités. + +Avant de parler de ces illustres personnages, l'auteur introduit dans la +chambre de l'accouchée deux femmes célèbres des règnes de Henri IV et de +Louis XIII, la duchesse de Verneuil (Henriette de Balzac d'Entragues) et +_Mathurine_, folle de la reine Marie de Médicis. En 1622, cette duchesse +de Verneuil, qui, vingt années auparavant, put se croire un instant +reine de France, n'avoit encore que quarante-trois ans. Ce n'étoit plus +cette femme séduisante au point que, même après son mariage et malgré +des trahisons de toute sorte, Henri IV resta plusieurs années son amant. +Il ne rompit avec elle que vers l'année 1608. «Alors, dit Tallemant des +Réaux, elle se mit à faire une vie de Sardanapale ou de Vitellius; elle +ne songeoit qu'à la mangeaille, qu'à des ragoûts, etc. Elle devint si +grasse qu'elle en étoit monstrueuse; mais elle avoit toujours bien de +l'esprit.[15]» Bassompierre avait eu long-temps pour maîtresse Marie +d'Entragues, sœur de la duchesse de Verneuil. En 1609, il eut d'elle +un fils, Louis de Bassompierre, mort évêque de Saintes. Marie +d'Entragues avoit obtenu de son amant une promesse écrite de mariage, et +lui en avoit fait une autre de ne jamais s'en servir. Elle prenoit +quelquefois le nom de madame de Bassompière. Au Cours-la-Reine, son +carrosse fut arrêté devant celui de Marie de Médicis, qui étoit +accompagnée du maréchal: «Ah! dit la reine, voici madame de +Bassompierre.--Ce n'est que son nom de guerre, reprit assez haut le +maréchal pour être entendu.--Vous êtes un sot, Bassompierre, lui dit +Marie d'Entragues.--Il n'a pas tenu à vous, Madame.» Et les deux +carrosses de s'éloigner. On comprend pourquoi la duchesse de Verneuil +n'étoit pas d'humeur à entendre parler de Bassompierre; aussi la +voyons-nous s'éloigner au plus tôt. + +Quant à _Mathurine_, c'étoit une femme d'assez bas étage, qui jouoit à +la cour de Marie de Médicis le rôle de folle du logis, et qui, sous ce +prétexte, avoit acquis le droit de dire à chacun toutes ses vérités. Du +Perron, contre lequel cette femme dispute dans le premier chapitre du +deuxième livre de la _Confession de Sancy_, lui reproche toutes sortes +de vilenies, dont quelques unes pourroient bien être vraies. Il est +certain qu'elle touchoit une pension de la reine, et que les petits +enfants couroient après elle dans la rue, en criant: Aga! Mathurine la +folle! Plusieurs pièces satiriques de ce temps furent publiées sous son +nom. Sa présence, dans la chambre de l'accouchée à ce cinquième Caquet, +donna l'idée à quelque esprit libre et facétieux d'écrire une petite +pièce intitulée _les Essais de Mathurine_. On y trouve plusieurs traits +piquants et spirituels, mais ils sont gâtés par un cynisme de langage +que n'excuse même pas l'état de folie du personnage à qui on le prête. +Nous y avons remarqué, du reste, un curieux détail sur la vogue obtenue +par les _Caquets de l'Accouchée_: «_Vous autres lisarts, n'avez-vous +point leu certain petit fatras qui se nomme le Caquet de l'Accouchée? +Si avez, sans doute, si avez, car il s'en est vendu plus que d'epistres +familières ou d'oraisons des saincts._» Malgré tout, cette pièce ne peut +nullement entrer en comparaison avec les _Caquets_, qu'elle semble avoir +pour but de censurer. + +Nos bourgeoises terminent cette cinquième assemblée par des propos +méchants dirigés contre leurs voisines. C'est un tableau de mœurs +assez piquant et assez joliment esquissé. Le tout est couronné par un +caquet sur le comte de Mansfeld[16]. + +La sixième assemblée est consacrée à une apologie railleuse fort +amusante du sexe féminin; elle est écrite avec autant de verve que de +malice. Nous avons remarqué que l'auteur, à propos du courage déployé +par les femmes, s'exprime ainsi sur Jeanne d'Arc: «N'avons-nous pas +cette généreuse guerrière en France, la Pucelle d'Orléans, qui s'est +signalée en tant de combats, rencontres, en tant d'assauts et batailles, +sans aller en Thrace chercher les antiques Amazones?» + +Nous n'avons rien à dire des deux dernières assemblées, dans lesquelles +il n'est question que d'aventures privées et de commérages de quartier. +On y parle à plusieurs reprises du bruit que faisoient dans Paris les +premiers _Caquets de l'Accouchée_. Les petits cahiers sont lus et +examinés soigneusement par nos commères, qui ne tardent pas à +reconnoître le portrait et l'historique des unes et des autres, et à se +les signaler entre elles impitoyablement. Dans la septième journée, +l'auteur explique comment il a pris soin de se déguiser en apothicaire, +de ne pas prendre sa place accoutumée dans la ruelle de sa cousine, et +de se mettre _au bout de la tapisserie_. C'est le moment qui a été +choisi par Abraham Bosse dans cette gravure où il nous a si bien +représenté la chambre de l'accouchée. Une des commères, femme d'un +huissier à verge, propose à ses compagnes de rédiger une lettre de +désaveu, que l'on trouve jointe à la sixième journée. Enfin, dans +l'_Anti-Caquet_, sous prétexte de répondre aux accusations différentes +portées contre les diverses classes de la bourgeoisie parisienne, +l'auteur ajoute de nouveaux détails à ceux qu'il a donnés, et cite +plusieurs noms, tant parmi les médecins que parmi les gens de robe ou de +finance. Cette petite pièce, écrite sur le même ton et dans le même +style que les quatre premières, paroît être sortie de la même plume. + +Nous avons signalé précédemment les principaux personnages et les +événements historiques dont il est question dans les _Caquets de +l'Accouchée_; nous ajouterons qu'on y trouve aussi, sur l'histoire +physique et morale de Paris, des détails nombreux, qu'il seroit trop +long d'énumérer ici. Nous indiquerons seulement, dans le premier Caquet, +ceux qui ont rapport au _Pont-Neuf_ et au _charlatan_ (p. 10), au _feu +de la Saint-Jean_ (p. 23), à l'_hôpital Saint-Germain_ (p. 25), à la +construction du _Pont-au-Double_ (p. 41); dans le second, la fête de la +canonisation de _sainte Thérèse_ (p. 48), l'incendie du _Pont-au-Change_ +et la cherté du loyer des maisons (p. 58), les _voleurs_ (p. 70), les +revenants et mauvais esprits; la statue de Cérès du couvent des +Carmélites (p. 74), les Pères de l'Oratoire (p. 78) et les Jésuites (p. +82). + +Nous devons encore signaler la dernière des trois pièces que nous avons +jointes aux _Caquets de l'Accouchée_; elle a pour titre: _Sentence par +corps obtenue par plusieurs femmes de Paris contre l'auteur des +Caquets_. C'est une facétie très spirituelle écrite dans le style du +Palais, qui attribue la composition des _Caquets_ au _baron de +Grattelart_, un des farceurs de ce temps. Mondor, Tabarin et sa femme +portent plainte devant Gautier Garguille; celui-ci fait faire une +enquête par Gros-Guillaume, Jean Farine et La Vigne, autres farceurs de +la même époque, qui demandent et obtiennent jugement contre le coupable. +Cette pièce, des plus rares, est une nouvelle preuve du succès de vogue +obtenu par l'auteur de ces satires, aussi mordantes que hardies. + + +§ III. _Auteur des_ Caquets de l'Accouchée.--_Editions originales et +réimpressions.--Méthode suivie dans cette nouvelle édition._ + +Non seulement l'auteur des _Caquets de l'Accouchée_ a gardé le plus +strict anonyme, mais encore il a eu soin de ne rien dire qui pût faire +deviner à quelle classe de la société parisienne il appartenoit. Cette +phrase de l'avis au lecteur dans l'édition de 1623: _Quand tu sçaurois +quel je suis, volontiers agrerois-tu davantage cet œuvre, voyant +qu'estant ce que Dieu m'a faict naistre et colloqué en un rang qui me +separe du vulgaire, etc._, paroît se rapporter plutôt au caractère de +l'auteur qu'à sa condition. D'ailleurs, nous ne pensons pas que +l'anonyme réviseur de l'édition collective de 1623 soit l'auteur des +pièces originales publiées l'année précédente. Nous n'en voulons pour +garant que les mutilations maladroites qu'il a fait subir à ces pièces +sans aucune nécessité. Il est facile de comprendre pourquoi l'auteur des +_Caquets_ a pris tant de précautions afin de rester inconnu. Les +hardiesses de ses satires, l'audace avec laquelle il nommoit tous ses +personnages, l'eussent sans nul doute exposé à toutes sortes de +désagréments. Le titre des quatre premières pièces originales ne porte +aucun nom de ville ni d'imprimeur; dans celles où le nom de Paris est +indiqué, imprimeur et libraire ont eu soin de se cacher sous un +facétieux pseudonyme, tel que: _De l'imprimerie de Lucas Joffu, comédien +ordinaire de l'Isle du Palais_. + +On a pensé que Deslauriers, comédien de l'hôtel de Bourgogne, qui, sous +le nom de _Bruscambille_[17], a publié plusieurs ouvrages facétieux, +pourroit bien avoir écrit les _Caquets de l'Accouchée_. Le judicieux +auteur de l'_Analectabiblion_, qui émet cette opinion sous toutes +réserves, trouve entre les Fantaisies de Bruscambille et les _Caquets_ +une _certaine conformité de tour d'esprit et d'historiette_[18]. Il est +possible que des historiettes racontées dans les _Caquets_ soient +empruntées aux œuvres de Deslauriers. Malgré tout, entre le style et +le genre d'esprit de l'auteur des _Caquets_ et le comédien de l'hôtel de +Bourgogne nous trouvons une différence trop grande pour accepter ce +rapprochement. Nous croyons plutôt que c'est dans la magistrature +parisienne qu'il faut chercher l'auteur anonyme. Quel que soit le rang +qu'il ait eu, quelle que soit la profession qu'il ait exercée, on ne +peut lui refuser une grande connoissance des affaires politiques et +religieuses de son temps. Plusieurs des opinions qu'il émet sont dans un +tel accord avec celles que professoit le cardinal de Richelieu qu'il est +impossible de chercher l'auteur anonyme autre part que dans les +serviteurs du célèbre ministre. Un heureux hasard fera peut-être un jour +découvrir ce petit mystère, resté jusqu'à présent impénétrable. + +Les _Caquets de l'Accouchée_, avons-nous dit plus haut, furent publiés +dans le cours de l'année 1622, sous des titres différents. Voici ces +titres, que nous copions sur les originaux: + + +1º Le Caquet de l'Accouchée. MDCXXII, in-8 de 24 pages, y compris le +titre. + +2º La seconde Après-Disnée du Caquet de l'Accouchée. MDCXXII, in-8 de 32 +pages, y compris le titre. + +3º La troisiesme Après-Disnée du Caquet de l'Accouchée. MDCXXII, in-8 de +32 pages, y compris le titre. + +4º La dernière et certaine Journée du Caquet de l'Accouchée. MDCXXII, +in-8 de 24 pages, y compris le titre. + +5º Le Passe-Partout du Caquet des Caquets de la nouvelle Accouchée. +MDCXXII, in-8 de 32 pages avec le titre. + +6º La Responce aux trois Caquets de l'Accouchée. MDCXXII, in-8 de 16 +pages, y compris le titre. En tête de la page 3 on lit: La Responce des +Dames et Bourgeoises de la ville de Paris au Caquet de l'Accouchée. Une +autre édition de la même pièce porte le titre suivant: La Responce des +Dames et Bourgeoises de Paris au Caquet de l'Accouchée, par mademoiselle +E. D. M. A Paris, chez l'imprimeur de la Ville, à l'enseigne des +Trois-Pucelles. + +7º Les dernières Parolles ou le dernier Adieu de l'Accouchée.--Ensemble +ce qui c'est passé en la dernière visite et quatriesme Après-Disnée des +Dames et Bourgeoises de Paris. A Paris, de l'imprimerie de Lucas Joffu, +comédien ordinaire de l'Isle du Palais. MDCXXII, in-8 de 16 pages, y +compris le titre. + +8º Le Relevement de l'Accouchée. A Paris, MDCXXII, in-8 de 16 pages, y +compris le titre. + + +A ces huit pièces il faut en joindre trois autres qui ont été publiées +cette même année 1622, et qui sont un complément nécessaire du recueil: + + +1º L'Anti-Caquet de l'Accouchée. MDCXXII, in-8 de 14 pages, y compris le +titre. + +2º Les Essais de Mathurine. S. L., S. D., in-8 de 16 pages, y compris le +titre. + +3º La Sentence par corps obtenue par plusieurs femmes de Paris contre +l'autheur des Caquets de l'Accouchée. A Paris, etc., MDCXXII, 16 pages, +y compris le titre. + + +L'année 1623, les huit premières pièces seulement servirent à la +composition d'un recueil au sujet duquel nous allons donner quelques +détails. Voici le titre de la première édition: + +RECUEIL général des Caquets de l'Accouchée, ou Discours facétieux où se +voit les mœurs, actions et façons de faire des grands et petits de ce +siècle; le tout discouru par Dames, Damoiselles, Bourgeoises et autres, +et mis par ordre en VIII après-dinées qu'elles ont faict leurs +assemblées, par un secretaire qui a le tout ouy et escrit, avec un +discours du Relevement de l'Accouchée. + +Imprimé au temps de ne se plus fascher. (Paris,) 1623, petit in-8. + +Cette édition du Recueil général est la plus recherchée; elle a 200 +pages, précédées de 4 feuillets qui contiennent un frontispice gravé, un +titre, un avis au lecteur et des vers de l'auteur anonyme, que nous +avons reproduits. + +Il a été fait en 1624 deux éditions de ce recueil, petit in-8, qui sont +aussi très recherchées. L'une contient 3 feuillets préliminaires, 198 +pages et un frontispice gravé; l'autre comprend 180 pages, sans compter +les feuillets préliminaires et le frontispice gravé. + +Il y a aussi une édition de 1625, avec un titre gravé portant le +millésime de l'année précédente. + +Citons encore, ajoute M. Brunet dans son Manuel du Libraire, t. 4, p. +45, les éditions de Poitiers, par Abr. Mounin, 1630, petit in-8.--De +Troyes, Claude Bridon, ou Nicolas Oudot, 1630, petit in-8 de 94 +feuillets non chiffrés et 2 feuillets préliminaires (sous le titre de +Recueil général des quaquets [_sic_]).--De Troyes, Denis Clément (sans +date), petit in-8 de 95 feuillets non chiffrés, signés A. M.--De Troyes, +Nic. Oudot (sans date), petit in-8 de 2 et 72 feuillets non chiffrés. + +Nous avons comparé plusieurs de ces éditions les unes avec les autres: +elles reproduisent toutes le texte de l'édition de 1623; seulement, plus +elles s'éloignent de cette date, plus elles contiennent de fautes. En +1847, une réimpression textuelle du Recueil général des Caquets de +l'Accouchée, d'après l'édition de 1625, fut faite à Metz, petit in-8 +carré, et tirée seulement à soixante-seize exemplaires. Cette +réimpression est suivie d'une notice de l'éditeur, signée L. H. F. + +Il faut signaler entre les pièces originales et les éditions collectives +des différences notables que le réviseur a cru devoir introduire afin de +donner au livre une plus grande uniformité. Ces changements sont faits +avec assez de maladresse, comme on peut en juger d'après le début et la +fin du sixième Caquet. (Voir page 195 et page 210.) + +Nous n'avions qu'une marche à suivre pour cette nouvelle édition: +réimprimer textuellement les pièces originales, en y joignant les +principales variantes d'après l'édition collective de 1623; ajouter les +trois pièces l'_Anti-Caquet_, les _Essais de Mathurine_ et la _Sentence +par corps_, qui, depuis l'année 1622, n'ont jamais été réimprimées; +ajouter au texte le plus d'éclaircissements possible sur les événements +et les personnages dont il est question dans les Caquets de +l'Accouchée. M. Edouard Fournier, connu par des travaux excellents sur +l'histoire de la ville de Paris, s'est chargé de cette dernière partie, +aussi longue que difficile. A force de recherches dans les documents des +règnes de Henri IV et de Louis XIII, presque tous les points importants +traités par l'auteur des Caquets ont été éclaircis, et presque tous les +noms propres, souvent obscurs, ont été les objets de notices +biographiques. Cependant plusieurs noms et plusieurs faits sont restés +impénétrables: M. Fournier a préféré garder le silence que d'émettre des +conjectures. Un index de tous les noms cités dans ce Recueil nous a paru +nécessaire pour faciliter les recherches, car nous espérons que ce +livre, qui n'a été considéré jusqu'à présent que comme une facétie +divertissante, sera classé dorénavant parmi les ouvrages historiques, +échos fidèles des préjugés et des opinions d'une époque. + +LE ROUX DE LINCY. + + + + +APPENDICE. + + +I. + +Car, puisque nous sommes à parler des marchandes, ne fut-ce pas +voirement grand oultraige à cette femme de marchand de vivre voire comme +marchant. Ce n'est mie comme ceulx de Venise ou de Gennes, qui vont +oultre-mer et par tous pays ont leurs facteurs, achaptent en gros et +font grandz fraiz, et puis semblablement envoyent leurs marchandises en +toutes terres, à grandz fardeaulx, et ainsi gaignent grandz richesses, +et tels sont appellez nobles marchantz; mais celle dont nous disons +achapte en gros et vend en detail pour quatre souz de denrées, se +besoing est, ou pour plus ou pour moins, quoiqu'elle soit riche et +portant trop grand estat. Elle fist une gesine d'ung enfant qu'elle eut +n'a pas longtemps. Ains qu'on entrast dans sa chambre, on passoit par +deux autres chambres moult belles, où il y avoit en chascune un grand +lict, bien et richement encourtiné; et, en la deuxiesme, ung grand +dressoir, couvert comme ung autel, tout chargé de vaisselle d'argent; et +puis, de celle-là on entroit en la chambre de la gisante, laquelle +estoit grande et belle, toute encourtinée de tapisserie faicte à la +devise d'elle, ouvrée très richement de fin or de Chippre; le lict grand +et bel, encourtiné d'ung moult beau parement, et les tappis d'entour le +lict mis par terre, sur quoy on marchoit, tous pareilz à or. Et estoient +ouvrez les grandz draps de parement, qui passoient plus d'un espan par +soubz la couverture, de si fine toille de Reims, qu'ils estoient prisez +à trois cens frans; et tout par dessus le dict couvertouer à or tissu +estoit ung autre grand drap de lin aussi délié que soye, tout d'une +pièce et sans cousture, qui est une chose nouvellement trouvée à faire +et de moult grand coust, qu'on prisoit deux cens frans et plus, qui +estoit si grand et si large qu'il couvroit de tous lez le grand lict de +parement, et passoit le bort du dict couvertouer qui traisnoit de tous +les costez; et en cette chambre estoit ung grand dressoir tout paré, +couvert de vaisselle dorée; et en ce lict estoit la gisante, vestue de +drap de soye tainct en cramoisy, appuyée de grandz oreillez de pareille +soye, à gros boutons de perles, atournée comme une damoyselle. Et Dieu +scet les autres superfluz despens de festes, baigneries, de diverses +assembleez, selon les usaiges de Paris à accouchées, les unes plus que +les autres, qui là furent faictes en celle gesine! Et pour ce que cest +oultraige passa les autres (quoy qu'on en face plusieurs grandz), il est +digne d'estre mis en livre. Si fust ceste chose rapportée en la chambre +de la Royne, dont aucuns dirent que les gens de Paris avoient trop de +sang, dont l'abondance aucunes fois engendroit plusieurs maladies. +C'estoit à dire que la grand habondance de richesses les pourroit bien +faire desvoyer; et pour ce seroit le mieulx que le roy les chargeast de +aucun ayde, emprunt ou taille; par quoy leurs femmes ne se allassent +plus comparer à la royne de France, qui guères plus n'en feroit. (Fº 107 +de _le Trésor de la cité des dames, selon dame Christine, de la cité de +Pise, livre très utile et prouffitable pour l'introduction des roynes, +dames, princesses et autres femmes de tous estats, auquel elles pourront +veoir la grande et saine richesse de toute prudence, saigesse, sapience, +honneur et dignité dedans contenue.--Avec privilége.--1536, in-8._) + + +II. + +Or approche le temps de l'enfantement; or convient qu'il ait compères et +commères à l'ordonnance de la dame; or a grand soussy pour querir ce +qu'il faut aux commères et nourrisses et matrones qui y seront pour +garder la dame tant comme elle couchera, qui beuvront de vin autant +comme l'en en bouteroit en une bote. Or double sa peine; or se voue la +dame en sa douleur en plus de vingt pelerinages, et le pauvre homme +aussi la voue à tous les saincts. Or viennent commères de toutes pars; +or convient que le pauvre homme face tant que elles soient bien aises. +La dame et les commères parlent et raudent et dient de bonnes chouses, +et se tiennent bien aises, quiconques ait la peine de le querir, +quelque temps qu'il face; et s'il pleut, ou gelle, ou grelle, et le mary +soit dehors, l'une d'elles dira ainsi: Hellas! mon compère, qui est +dehors, a maintenant mal endurer! Et l'autre repond qu'il n'y a force et +qu'il est bien aise. Et s'il avient qu'il faille aucune chose qui leur +plaise, l'une des commères dira à la dame: Vraiment, ma commère, je me +merveille bien, si font toutes mes commères qui cy sont, dont vostre +mary fait si petit compte de vous et de vostre enfant! Or, regardez +qu'il feroit si vous en aviez cinq ou six. Il appert bien qu'il ne vous +ayme guères: si lui feistes-vous le plus grand honneur de le prendre +qu'il avenist oncques à pièce de son lignage.--Par mon serment, fait +l'autre des commères, si mon mary le me faisoit ainsi, je ameroye mieux +qu'il n'eust œil en teste.--Ma commère, fait l'autre, ne lui +accoustumez pas ainsi à vous lesser mettre sous les piez, car il vous en +feroit autant ou pis, l'année à venir, à vos autres accouchemens, etc., +etc......................................... + +Or de sa part, le proudomme fait aprester à diner selon son estat, et y +travaille bien, et y mettra plus de viande la moitié que au commencement +propousé n'avoit, par les ataintes que sa femme lui a dites. Et tantoust +viennent les commères, et le proudomme va au devant, qui les festoye et +fait bonne chière, et est sans chapperon par la meson, tant est jolis, +et semble un foul, combien qu'il ne l'est pas. Il maine les commères +devers la dame en sa chambre et vient le premier devers elle, et lui +dit: M'amie, voyez cy vos commères qui sont venues.--_Ave Maria_, +fait-elle, je amasse mieulx qu'elles fussent à leur meson, etc. Lors +les commères entrent; elles desjunent, elles disnent, elles menjent à +raassie; maintenant boivent au lit de la commère, maintenant à la cuve, +et confondent des biens et du vin plus qu'il n'en entreroit en une bote; +et à l'aventure il vient à barrilz où n'en y a que une pipe. Et le +pouvre homme, qui a tout le soussy de la despense, va souvent voir +comment le vin se porte quand il voit terriblement boire. L'une lui dit +ung brocart, l'autre li gette une pierre dans son jardin. Briefvement, +tout se despend; les commères s'en vont bien coiffées, parlant et +janglant, et ne s'esmoient point dont il vient...., etc. (P. 26 des +QUINZE _Joyes de mariage_; nouvelle édition, conforme au manuscrit de la +Bibliothèque de Rouen, etc. _Paris, Bibliothèque elzevirienne de P. +Jannet_, 1853.) + +Le passage suivant, des _Ténèbres de Mariage_, complète le tableau: + + Quand vient à l'enfant recevoir, + Il fault la sage-femme avoir, + Et des commères un grand tas. + L'une viendra au cas pourvoir; + L'autre n'y viendra que pour veoir + Comme on entretient telz estatz. + Vous ne vistes oncq tel caquet: + Çà ces drapeaux, çà ce paquet, + Çà ce baing, ce cremeau, ce laict + Et voilà le povre Jaquet + Qui luy servira de naquet, + De chamberière et de varlet. + + +III. + + Dieu scet se bien sont espluchées + Paroles et menus fatras + Aux chambres de ces accouchées; + Les fenestres ne sont bouchées + Que à faulx et à manches d'estrilles; + Les couches ne sont attachées + Que de grands lardons pour chevilles; + Les carreaux sur quoy seent les filles + Sont pains d'ung tas de semi-dieux; + Les tapis, ce sont evangilles + Et vies à povres amoureux. + Au chevet du lict, pour tous jeux, + Pend ung benoistier qui est gourd, + Avec ung aspergès joyeulx, + Tout plain d'eaue benoiste de court; + La garderobbe, c'est la court + Là où on traicte noz mignons; + Là on n'espargne sot ne sourt; + C'est là où on les tient sur fons. + L'une commence les leçons + Au coing de quelque cheminée, + Et l'autre chante les responz + Après la légende dorée. + Sitost que matine est sonnée, + Il n'y a ne quignet ne place + Que on n'y carillonne à journée; + Il est tousjours la Dedicace. + En la messe il y a Preface, + Mais de _Confiteor_ jamais. + Oncques puis le temps Boniface + Aussi on n'y bailla la paix, + Car il y a entre deux ais + Tousjours quelqu'une qui grumelle + D'entre sa voisine d'emprès, + Qui veult dire qu'elle est plus belle. + Bref, c'est une droicte chappelle, + Et si n'y a prelat d'honneur + Qui ne tâche bien, sans sequelle, + D'avoir place d'enfant de cueur. + L'une comptera de Monsieur, + Et l'autre d'une creature + Qui a cul de bonne grosseur, + Mais il ne vient pas de nature. + L'une dict que c'est enfanture, + L'autre dira qu'il n'en est rien, + Et, pour oster la conjecture, + Chascune faict taster le sien, + S'il est fagotté, s'il est bien, + S'il est troussé, s'il est serré, + S'il est espais, quoy et combien; + S'il est rond, ou long, ou carré. + Tel y a, s'il estoit paré, + Et qu'on lui vist un peu la cuisse, + On le trouveroit bigarré + Comme un hocqueton de Souysse. + Celuy-si, me semble, est bien nice + Qui fonde dessus une maison, + Car, quelque chose que on bastisse, + Le fondement n'en est point bon. + Après qu'on a dit ce jargon, + Tantost après arrivera + Une grande procession + Qui d'aultre matière lira. + L'une d'elles commencera + A resgaudir ses esperitz; + Dieu scet s'elle praticquera + Le tiltre _De injuriis_! + + Quelqu'une, par moyens subtilz, + Ira semer de sa voysine + Qu'elle suborne les amys + Et les chalans de sa cousine; + D'une autre on dira que c'est signe + D'une parfaicte mesnagière + Prester, pour garder sa cuisine, + Son cul plustost que sa chaudière. + S'on touche de quelque compère, + L'une dit qu'il est trop faschant, + L'autre qu'il a belle manière, + Mais il se panche un peu devant, + D'ung tel, il sent son entregent, + Et si luy siet bien à dancer, + Mais il n'a pas souvent argent; + Il ne scet que c'est que foncer. + Quelque vieille va commencer + A filler, qui empongnera + Sa quenoille de Haut tancer, + Son fuzeau de Tout se dira, + Les estoupes de On le sçaura, + Le rouet de J'ay bec ouvert, + Le vertillon de On verra + Le pot aux roses descouvert. + Le fil de la quenoille est vert + Et si delié pour s'enfiler, + Que le grand diable de Vauvert + A peine s'en peut desmesler. + Pour mieux à l'aise vaneler, + On met estoupes par dedans + La saincture de Trop parler, + Et là couche l'on des plus grans. + On empesche langues et dents, + Et mettent leurs soings et leurs cures + Par lardons, broquars, motz piquans + A exposer les escriptures. + C'est ainsy que telz créatures, + En parlant de l'autre et de l'ung, + Lisent le tiltre _Des injures_. + +(Guillaume Coquillart, _Poëmes des droits nouveaux_, t. 1, p. 134, des +œuvres complètes (publiées par M. Tarbé). Reims-Paris, 1847, in-8, 2 +vol.) + + +IV. + + L'aultre dira, comme trop medisante: + Hélas! commère, d'une telle gesante + Si vous voyiez la pompe et braguerie, + Vous jugeriez qu'est vraye mocquerie; + Elle a ses lictz, la popine accouchée, + Et mesmement où la dicte est couchée, + Si bien garniz et si très bien à poinct, + Que mieulx en ordre ne sçauroit estre poinct. + Ung lict d'anticque peint d'or, d'asur et d'acre, + Au bort du quel, pour servir de soubdiacre, + Maint ung muguet, trouvères et causeur, + Prothonotaire, ou bien aultre jaseur, + Qu'entretiendra icelle dicte dame + Sans honte avoir, en cestuy monde deame. + Sur une chaire le gallant est assis + Qui de pareilles aura bien cinq ou six, + De fin velours, de drap d'or ou broché; + Sur celles chaires par grand gloire couché; + Lict et couchette, et chambre ou morte soye, + Sont tous garniz de drap d'or ou de soye. + Si la chambre est parfumée et parée, + N'en faut parler; elle est équiparée, + Ou bien y a encor plus de richesse + Qu'en nulle chambre de grand dame ou duchesse, + Et si n'ay paour que disse chose vaine + Quand je diroys qu'est plus fort d'une Royne. + Du demeurant, s'il est bien, Dieu le sçait! + Dessus son corps elle porte un corset + D'ung fin drap d'or frizé, pour vray le diz, + Fourré de martres ils ont veu plus de dix; + Et qui pis est, sans que du propos sorte, + Tous les dimanches en a changé de sorte. + De menestriers, puisqu'il faut que le dye, + Et d'instrument y a telle melodie, + Tant de chansons, d'orgues et de plaisir, + Que vous n'auriez certes aultre desir + Que d'escouter leurs accords et cadences, + Et compasser maintes sortes de dances; + Dancer verrez celles dances lombardes + Que l'on appelle en ce temps cy gaillardes. + +(_Controverses des sexes masculin et fœmenin._ Paris, Denis Janot, +etc. 1540, pet. in 8, fº 32, Rº [par Gratien du Pont].) + + +V. + + LE FRÈRE. + + Voirement + Que dict-on de nos acouchées? + + LA SEUR. + + Qu'on en dict? Tout premièrement, + Les unes sont trop longuement + En leur lict mollement couchées. + + LE FRÈRE. + + Elz sont bouchées. + + LA SEUR. + + Elz sont touchées. + + LE FRÈRE. + + Ilz leur fault tant mirlificques. + + LA SEUR. + + Elz sont visitées et preschées + Et bien souvent plus empeschées + Qu'on est à baiser les reliques. + + LE FRÈRE. + + Les brasseroles magnifiques... + + LA SEUR. + + Riches carcans, + + LE FRÈRE. + + Tapisserye... + + LA SEUR. + + De peur qu'elz ne soient fleumatiques, + Ou trop mègres ou trop eticques, + On vous les sert d'espicerye. + + LE FRÈRE. + + Hypocras... + + LA SEUR. + + La patisserie. + + LE FRÈRE. + + Couliz de chapons... + + LA SEUR. + + Tant de drogues. + + LE FRÈRE. + + Arrière la rotisserie! + + LA SEUR. + + Fy! fy! Ce n'est que mincerie. + + LE FRÈRE. + + En leur lict, pompeuses et rogues... + + LA SEUR. + + Bendées... + + LE FRÈRE. + + Comme les synagogues + Qu'on voit au portail de l'eglise. + + LA SEUR. + + Accouchées ont le temps. + + LE FRÈRE. + + Les vogues... + + LA SEUR. + + Je ne deuil que de vielles dogues + Qui font les sucrées. + + LE FRÈRE. + + C'est la guyse. + + LA SEUR. + + Mon frère, il est temps qu'on s'avise + D'aller autre part caqueter. + +(Dyalogue composé l'an mil cinq cent douze pour jeunes enfans +[_Œuvres de maistre Roger de Collerye, etc._ Paris, _Bibliothèque +elzevirienne de P. Jannet_, 1855, in-16].) + + +VI. + +«17.--Deffendons de faire le procès extraordinaire à quelques personnes +que ce soit, si ce n'est _chez les accouchées_ ou autres bureaux +solennels à ce expressement dediez, ausquels lieux seront traictez et +decidez tous affaires d'Estat, et signamment ceux qui concernent les +mariages inegaux, soit pour le regard de l'aage, des mœurs ou des +biens; et pareillement les bons ou mauvais traictements des maris à +l'endroict de leurs femmes, et au reciproque, des femmes envers leurs +maris; les entreprinses qui se font par unes et autres dames au +pardessus de leurs puissances et dignitez, et, à peu dire, toutes telles +matières qui regardent tant la police que le criminel. En quoy nous +enjoignons et très expressément commandons à toutes dames, damoiselles +et bourgeoises, de quelque état et condition qu'elles soient, vuider +sommairement et de plein telles matières, sans aucun respect ou +acception de personnes.» + +(Est. Pasquier, _Ordonn. générales d'amour..._ Paris, 1618, in-8, p. 8.) + + +VII. + +_Sur un vieux lit de famille retrouvé à Susy, chez madame Amelot._ + + Sur l'air: _Enfin, grâce au dépit_. + + Enfin je vous revois, vieux lit de damas verd. + Vos rideaux sont d'été, vos pentes sont d'hiver; + Je vous revois, vieux lit si chéri de mes pères, + Où jadis toutes mes grands-mères, + Lorsque Dieu leur donnoit d'heureux accouchements, + De leur fecondité recevoient compliments. + Helas! que vous avez une taille écrasée! + On ne voit plus en vous ni grâce ni façon.... + Autant de modes que d'années. + Aujourd'huy, le tapissier Bon + A si bien fait par ses journées, + Qu'un lit tient toute une maison. + +(_Recueil de Chansons_ [par Coulanges]. Paris, 1694, in-8, p. 72.) + + + + +RECUEIL GENERAL + +DES CAQUETS + +_DE L'ACCOUCHÉE_ + +Ou discours facecieux où se voit les mœurs, actions et façons de +faire de ce siècle, + +_Le tout discouru par Dames, Damoiselles, Bourgeoises et autres_, + +Et mis par ordre en viij. après-dinées, qu'elles ont faict leurs +assemblées, par un Secretaire qui a le tout ouy et escrit; + +_Avec un discours du relevement de l'Accouchée._ + +Imprimé au temps de ne se plus fascher + +_M.DC.XXIII._ + + + + +AU LECTEUR CURIEUX[19]. + + +_Quelques critiques (m'asseuray-je), voyant que le frontispice de ces +diverses journées du_ Caquet de l'Accouchée _n'est decoré d'aucun tiltre +autre que celuy que la qualité de la chose luy donne, riront à gorge +desployée du secretaire qui a ramassé une chose infructueuse pour en +faire part au public, et d'une imposture s'efforceront à ternir sa +reputation. Mais je ne veux en cela arrester leur ordinaire regime, +m'estant une chose indifferente ce qu'ils en pourront dire, pardonnant +aussi librement à leur calomnie comme l'on pardonne aux corbeaux +croassans, parce qu'ils ont ce langage de nature: jamais les corps des +cyones n'ont esté plus invulnerables aux traicts des centaures que mon +ame l'est au langage des langues mesdisantes. Ce n'est à eux ny pour eux +que je me suis adonné à ceste occupation, ains pour les esprits vuides +de passion, et qui, desireux de ronger la moelle des escrits, ne +s'arrestent à l'escorce. La chose, pour naïfve qu'elle soit, contient en +soy de l'enphaze, et, sous des apparences basses, il y a des effects +relevez dignes de contenter les ames les plus difficiles. Voy donc, +amiable lecteur, cest ouvrage de bon œil; il n'a esté mis au jour que +pour reformer les mœurs, reigler les actions et retrancher les abus. +Cet escrit ne retient rien de la flatterie; il publie murement les +choses comme elles sont, retenant de la liberté de vivre des anciens, +qui preferoient le supplice à la complaisance. Quand tu sçaurois quel je +suis, volontiers agrerois-tu davantage cet œuvre, voyant qu'estant ce +que Dieu ma faict naistre, et colloqué en un rang qui me separe du +vulgaire, tu croirois qu'il y auroit apparence que je ne me fusse +appliqué à ce travail s'il n'estoit profitable. Je cache mon dessein +aussi bien que mon nom pour ce coup, me contentant de t'asseurer +qu'aucune intention de mesdire ne m'a faict prendre tant de peine, mais +seulement afin que plusieurs qui se recreront en la lecture de ceste +pièce profitent de mon labeur. Lis attentivement cet abregé de la +vicissitude humaine, et tu trouveras quelque chose propre à assouvir ton +appetit, si au moins, desbauché et despravé, toutes sortes de viandes ne +luy sont à cœur. Adieu._ + + + + +VERS DE L'AUTHEUR[20] + + + L'oysiveté est dommageable + A un esprit infatigable + Qui cherist la diversité; + Le mien, qui jamais ne se lasse, + Veut faire voir comme se passe + Le temps aux couches limité. + + Aprestez vos gorges pour rire + De ce que j'ay voulu descrire + En ces Caquets d'accouchement; + La matière est si trivialle, + Qu'il n'y a suject qui l'égale + Pour prendre du contentement. + + Si l'accouchée est en collère + De me voir conter le mystère + Du secret dit en sa maison, + J'appaiseray sa fantasie, + Et d'une parole adoucie + Je luy en diray ma raison. + + + + +LE CAQUET + +DE L'ACCOUCHÉE + +M.DC.XXII[21]. + + +Nouvellement relevé d'une grande et penible maladie, de laquelle j'avois +esté fort bien pensé, me donna le subject de me gouverner doresnavant +par le regime de vivre que l'on m'en donneroit: pour quoy je fis +assembler deux medecins de divers aages et diverses humeurs, qui, après +m'avoir veu en bon estat, chacun d'eux dict son advis sur mon futur +gouvernement et pour retourner en ma pristine santé. + +Le plus jeune oppina le premier, et me dit qu'il donnoit conseil à +autruy selon qu'il se gouvernoit luy-mesme, qui estoit d'aller souvent +en sa maison des champs pour secoüer l'oreille de la tulippe et du +martigon, faire cinq ou six tours de jardin, prendre la dragme du vin +clairet, puis monter sur son mulet et s'en revenir soupper à Paris, et +qu'ainsi l'air des champs divertissoit les mauvaises humeurs, restauroit +les membres et reveilloit l'esprit. + +L'autre medecin, plus vieil, fut d'advis que ce plaisir estoit trop +court, et que, souvent reyteré, en fin il ennuyoit plus qu'il ne donnoit +de plaisir; pour son regard, qu'il ne trouvoit point un plus grand +divertissement d'esprit que la comedie, la tragedie et la farce, et que +souvent il la faisoit joüer en sa presence, et par ses enfans +mesmes[22], sans avoir esgard à ce vieux dicton: _Corrumpunt mores +colloquia prava_, et quoy que, parmy ces jeux, les enfans impriment +mille astuces et fallaces en leurs ames, se mocquans ordinairement de +toutes personnes sans suject. Mais passe, c'est pourtant un des plaisirs +que je vous conseille de prendre, plaisir qui est à present ordinaire +dans Paris; et, tout ainsi (Dieu mercy da) que la religion catholique, +apostolique et romaine sort de France pour habiter au Perou et terres +estrangères, ainsi l'Italie commence à se purger de telles folies de +jeux publics, qu'ils nous renvoyent à Paris[23] pour nous rendre encore +plus vicieux qu'eux, estans bien informez que les officiers qui ont le +pouvoir de donner telles punitions ou de l'empescher n'en font aucune +difficulté, ny de faire observer les ordonnances de sainct Louys, qui de +son temps avoit chassé toutes ces canailles hors de France. + +Le second plaisir que vous prendrez (et qui est le meilleur), c'est de +tascher à accoster quelqu'une de vos parentes ou amies, ou voisines, +accouchées, pour vous permettre vous glisser à la ruelle du lict une +apresdinée, pour entendre les nouvelles qui se racontent par la +multitude des femmes qui la viennent voir, et en tenir bon registre; et +par ainsi vous aurez non seulement dequoy contenter vostre esprit, mais +aussi cela vous fera rajeunir et remettre en vostre pristine santé. + +Advis que je trouve assez bon, qui fut cause que, d'une pleine +liberalité, je leur donne à chacun leur droict de consultation, avec +promesse de loüange si ma santé en augmentoit. + +Or, pour l'executer dès le lendemain, je me fais conduire sur le +Pont-Neuf, où je taschois à aller le petit pas; mais il me fut +impossible, pour estre poussé et foullé par une multitude de petit +peuple de toutes sortes d'estats, qui avoient quitté leur boutique pour +venir voir le charlatan[24]: les uns y menoyent leurs enfans plus +soigneusement qu'au sermon, les autres estoient huyez par leurs femmes, +qui se lamentoyent de n'avoir point de pain à la maison; et neantmoins +que leur meschant mari s'amusoit à la farce plus qu'à sa besongne; et +bref, quant je fus arrivé sur le lieu, j'y vis une si grande confusion, +meslée de querelles et de batteries, pour les couppe-bourses qui s'y +rencontrent, que je n'eus le loisir que d'entendre trois ou quatre mots +de leur science, qui m'estonnèrent de prime face, parce que le +charlatan promettoit de guarir toutes sortes de maux en vingt-quatre +heures pour une pièce de huict sols. + +Je suis bien miserable, ce di-je alors, d'avoir despencé tant d'argent à +me faire medeciner, et avoir eu tant de mal, puis qu'avec si peu +d'argent on peut recouvrer sa santé! Et comme je me plaignois, marmotant +entre mes dents, un homme de la trouppe, qui m'escoutoit, me toucha sur +l'espaule et me dit: Ne vous faschez point de n'avoir usé de ses +drogues: j'en ay acheté plusieurs fois, et pour beaucoup d'argent, pour +me guarir le mal d'estomach, les dents et les caterres; j'ay trouvé, +pour en avoir usé, mon mal estre augmenté, et ce qui estoit mal +procedant de chaleur voire augmenté en chaleur, et ce qui estoit trop +froid s'estre converty en mauvaise humeur. C'est pourquoy je l'abandonne +et le donne au diable avec mon argent. + +Je disois qu'en cela l'advis du medecin ne me plaisoit plus, et que, si +celuy de l'accouchée estoit pareil, que j'avois perdu mon argent aussi +mal à propos que celuy qui avoit acheté les drogues du charlatan. + +Le lendemain, pour executer l'advis tout entier, je fus adverty qu'une +mienne cousine demeurant ruë Quimquempoix, autrement dicte ruë des +Mauvaises Paroles[25], estoit accouchée il n'y avoit que deux jours, +laquelle j'alay voir, et, après avoir congratulé l'accouchée, je la +priay me donner ce contentement de me cacher à la ruelle du lict aux +apresdinées, pour entendre le discours des femmes qui la venoient voir; +ce qu'elle m'octroya facilement, à la charge de l'en dispenser si +j'estois antiché de la maladie de la toux, parce que pour rien elle ne +voudroit cela estre descouvert. + +Or, pour le faire court, le lendemain vingt-quatriesme avril, je m'y +transporte sur le midy, où, comme l'on m'avoit promis, je trouve à la +ruelle du lict une chaire tapissée pour me seoir, et une petite selle +pour mettre mes pieds. L'on ferme le rideau, et tout incontinent après, +à une heure attendant deux, arrivèrent, de toutes parts, toutes sortes +de belles dames, damoiselles, jeunes, vieilles, riches et mediocres, de +toutes façons, qui, après avoir faict le salut ordinaire, prindrent +place chacun selon son rang et dignité, puis commencèrent à caqueter +comme il s'ensuit. + +Qui commença la querelle, ce fut la mère de l'accouchée, qui estoit +assise proche le chevet du lict, à costé droict de sa fille, qui +respondoit à une damoiselle qui lui demandoit combien sa fille avoit +d'enfans, et si c'estoit le premier? La fille accouchée rioit et n'osoit +parler, luy ayant esté deffendu, à cause de la fièvre causée de la +multitude de son laict, et la mère respond: Vramy, Madamoiselle, c'est +le septiesme, dont je suis fort estonnée. Si j'eusse bien pensé que ma +fille eust esté si viste en besongne, je luy eusse laissé gratter son +devant jusques à l'aage de vingt-quatre ans sans estre mariée; je ne +fusse pas maintenant à la peine de voir tant de canailles à ma +queuë.--Eh! Madame, ce dit la damoiselle, resjouyssez-vous, ce n'est que +benediction!--Par S. Jean, dit la mère, ce sont biens de Dieu, mais ce +ne sont pas des meilleurs, maintenant que l'on a tant de peine à marier +les filles et pourvoir les garçons; il faudra à la fin, bon gré mal gré +qu'ils en ayent, qu'ils soyent moynes et religieuses, car les offices et +les mariages sont trop chers. + +--C'est la vérité ce que Madame dit, ce fit une damoiselle de haut +parage: je resens bien en moy-mesme ceste incommodité, et toutes les +financières de mon calibre qui s'estoient deliberez de pourvoir leurs +filles à de la noblesse, pour avoir du support cy-après, en cas de +recherche des financiers.[26] J'ay veu que nous estions quittes de tels +mariages pour cinquante ou soixante mil escus; mais à present que l'un +de nos confrères a marié sa fille à un comte, avec doüaire de cinq cens +mil livres comptant, et vingt mil escus d'or pour les bagues, toute la +noblesse en veut avoir autant à present, et cela nous recule fort; je +voy bien que, pour en marier une doresnavant, il faut que mon mary entre +en charge deux ou trois années davantage qu'il ne pensoit. + +Sa damoiselle de chambre, qui estoit derrière sa maistresse, s'advança +de parler, et luy dit avec humeur: Madamoiselle, je ne sçay comment me +plaindre, puis que vous vous plaignez, qui avez acquis soixante mil +livres de rente en trois ans. Mon père, que vous sçavez estre procureur, +et qui a des moyens assez honestement, a marié au commencement ses +premières filles à deux mil escus, et a trouvé d'honnestes gens. A +present, quant il auroit douze mil livres comptant, il ne pourroit +trouver party pour moy, occasion qui a meu ma mère de convertir ma +souffrance en supercession, et me donner la coiffe et le masque pour +servir de servante et avoir la superintendance sur le pot à pisser et +sur la vaisselle d'argent. + +--Et moy donc, se dit une servante qui estoit assise sur ses genoux près +de la porte, je suis plus à plaindre que vous autres: car autrefois, +quand nous avions servy huict ou neuf ans, et que nous avions amassé un +demy ceint d'argent, et cent escus comptant, tant à servir qu'à ferrer +la mule[27], nous trouvions un bon officier sergent en mariage, ou un +bon marchand mercier[28]. Et à present, pour nostre argent, nous ne +pouvons avoir qu'un cocher ou un palfrenier, qui nous fait trois ou +quatre enfans d'arrache-pied, puis, ne les pouvant plus nourrir, pour le +peu de gain qu'ils font, sommes contrainctes de nous en aller reservir +comme devant, ou de demander l'aumosne; on ne voit autre chose par ces +ruës. + +--Et vous, Madame, à ce coing, vous ne dites mot? Le temps ne vous +importe-il point comme aux autres?--Je vous asseure, Madamoiselle, que +je ne m'estonne nullement de vos discours: car, ce qui est cause en +partie de ce desordre, je recognois que ce sont les bombances d'aucuns; +car moy qui suis marchande, je le cognois à la vente. Il est aujourd'huy +venu à nostre boutique un nombre de bourgeoises, conduisant une fiancée +pour achepter des estoffes, le fiancé present, qui menoit la fiancée par +dessous le bras; et comme je leur ay demandé quelles estoffes ils +vouloyent, ils se regardoyent l'un l'autre, et se disoient: Parlez, +Madame.--Moy, je m'en rapporte aux parens les plus proches.--Et comme je +ne pouvois avoir raison d'aucun d'eux de le dire, je demande quel estat +avoit le fiancé. Une bonne vieille respond: Il est d'un grand estat; il +est tresorier et receveur, et payeur des gages des conseillers et juges +presidiaux de Montfort[29].--Tresorier, ce dis-je alors, il faut +doncques des plus belles estoffes. Incontinent je desploye un velours à +la turque[30], un satin à fleurs, un velours à ramage, un damas meslé et +autres grandes estoffes; puis je demande au fiancé si ces estoffes luy +plaisoient. Il n'osoit respondre. Je m'en rapporte, dit-il, à ma +maistresse. La fiancée dit que c'estoit bien son cas; luy, au contraire, +se hazarde de parler, et dit que ces estoffes estoient de trop grand +pris pour sa qualité; qu'il n'avoit que cent livres de gages à son +office, et qu'il ne pourroit pas entretenir si grande vogue. Mais la +mère de la fille, qui n'a nul esgard à cela, dit qu'elle veut que sa +fille soit brave, et partant que l'on couppe: si bien que j'ay delivré +pour douze cens livres à monsieur le tresorier. + +--Ho, ho! ce fit la femme d'un notaire, S. Gry! mon mary n'a point de +gages, et si je porte bien de pareilles estoffes, et si on ne m'en +donnoit j'en trouverois bien; je ne veux pas estre moindre que ma +cousine, encores que son mary soit officier du roy. + +--Nous serions bien sottes, dit la femme d'un petit advocat du +Chastelet, de porter de moindres estoffes que cela; ce que nous en +faisons donne davantage de courage à nos maris de travailler, et plumer +la fauvette sur le manant pour nous entretenir[31], et si faut que nos +maris portent la soustane de damas pour nous honorer davantage, et non +pas un saye, comme au temps passé, qui ne passe pas la braguette, pour +les distinguer d'avec les conseillers. + +--Madame, ce dit une autre, quelquefois cela ne dure pas; le temps n'est +pas tousjours propre à gaigner, les hommes ont de la peine. + +--Hé! Madame, ce dit-elle, quand ils ont trop de peine, il faut leur +donner des aydes pour les soulager. + +--Ha, ha, ha! ce fit une jeune bourgeoise qui avoit espousé un vieillard +de cinquante-six ans, qui estoit au milieu de la troupe, je me ris de +vos plaintes, mes dames; pour moy, je ne me puis plaindre, car ce dont +j'ay le plus de besoin, c'est ce que j'aurois tout à l'instant si je le +voulois: il y a assez de jeunes gens qui m'en font l'offre. + +Alors l'accouchée s'azarde de parler tout doucement, et dit qu'autrefois +elle avoit esté ainsi curieuse d'estre brave; mais maintenant qu'elle +avoit tant d'houërs et ayant cause, qu'elle faisoit servir ses vieilles +besongnes[32] à habiller ses enfans. Et moy, je me passe à peu; mais +voulez-vous que je dise la vérité? ce n'est pas de bonne volonté, ains +par force, car je suis aussi ambitieuse que jamais. + +Or, comme l'accouchée eust prononcé un arrest, on fit un silence, qui +fut cause qu'on entendoit au pied du lict une petite bourgeoise qui +parloit bas à sa voisine; et toutes deux sembloient se resjouyr, dont la +compagnie fut jalouse, pour participer à quelqu'autre nouvelle, qui fut +cause qu'une damoiselle proche leur dit: Mes dames, vous avez quelque +contentement en l'ame, puisque, mesprisans nos premiers discours, vous +vous estes entretenues vous deux sous un plus beau sujet. + +--Madamoiselle, ce sont petites affaires particulières de nos maisons +qui ne touchent à personne. + +L'autre dit:--Ma voisine, vous n'en serez pas deshonnorée pour dire ce +qui en est. La chose est honneste et profitable; tous ceux qui le +meritent ne le sont pas: c'est que le mary de madame brigue +l'echevinage; c'est ce dont elle se resjoüit. + +--Ho, ho! il est donc fort aagé, monsieur vostre mary?--C'est vostre +grace, madamoiselle, il n'a pas plus de trente-cinq ou quarante ans; +mais c'est qu'il prend son temps: il a veu que ceux qui y sont à +present, ce sont gens (au moins quelques uns, da) de si petite estoffe, +et que trois ou quatre taverniers commencent à briguer pour y entrer, +qu'il s'est hazardé comme les autres, encore qu'il ne soit que procureur +du Chastelet. Il espère y faire ses affaires, s'il y entre. + +--Et y gaigne-on donc quelque chose? ce dit une bonne mère qui avoit son +chaperon destroussé à la mode ancienne[33]. Par le vray Dieu, mon mary +deffunct, monsieur Dambray[34], qui a esté trois fois prevost des +marchands, n'a jamais profité à l'Hostel-de-Ville que d'un pain de +succre par an, aux estrennes; encore faisoit-il difficulté de le +prendre, et quand il est mort il a laissé par testament que l'on mist la +valeur de trois pains de succre au tronc de l'Hostel-Dieu de Paris, que +sa conscience et son ame n'en fussent en peine. + +--Vramy, si ceux qui ont esté depuis luy, et qui ont mis tant d'estats +de charbonniers[35], gaigne-deniers[36], jurez-racleurs[37], porteurs de +foin et autres officiers de la ville, en leur bourse, estoient damnez, +il y en auroit bien. Et à present, quand les eschevins sortent de +charge, ils se font payer cinq ou six mil livres de vieux arrerages de +rentes sur toutes natures de deniers pour leur dernière main; et s'ils +n'ont point de rentes, ils acheptent des arrerages de la vefve et de +l'orfelin à six escus pour cent, et se font payer de tout comme ayant +droict par transport. + +--Nostre-Dame! et où prennent-ils cet argent-là? On dit que c'est sur +les deniers du domaine de la ville et autres fonds que nous ne sçavons +pas; il n'est que d'estre en charge pour le sçavoir. J'espère bien que, +si mon mary peut gaigner les voix à force de briguer, qu'il viendra bien +à bout de tout aussi bien que les autres. + +--Et voyez-vous, Madame (ce dit l'ancienne), au temps passé, le prevost +des marchands et eschevins avoyent plus d'esgard au proffit public qu'au +particulier. Tout cest argent que l'on mange à present en banquets (car +on y disne tous les jours), en estrennes, en superfluitez du feu de la +Sainct-Jean[38], en payement d'arrerages de rentes et autres choses que +nous ne sçavons pas, s'emploioit à fortifier la ville, à refaire les +quais rompus, dont l'argent se prend à present sur l'escu cinq sols qui +a esté imposé sur le vin des bourgeois, et qui jamais ne sera cassé[39]; +plus, à faire travailler les pauvres valides, à remuer la terre des +fossés de la ville[40] et autres choses nécessaires. Et de fait, on ne +voyoit point de pauvres; car, pour les vieux et impotens, on les +nourrissoit à l'hospital S.-Germain[41]; toutesfois, si depuis la mort +de mon mary ils ont obtenu lettres patentes du roy pour faire leur +profit particulier de ce qui appartient au public, à la verité je ne le +sçay pas. + +--J'ay ouy murmurer que le roi avoit donné commission à deux maistres +des requestes pour faire la recherche[42] de ceux qui prennent des +droicts qui ne leur sont point attribuez; mais je pense qu'ils ne +s'attaqueront pas à ces gens-là: ils ont trop d'amis et de faveur. Et +toutesfois il n'y auroit point de danger de s'informer pourquoy on prend +dix sols tournois pour les frais de chacune voye de bois, et pourquoy +les eschevins permettent que le bois se vende plus que le taux que l'on +y met: car autrement nous n'avons que faire d'eschevins, s'ils ne +servent qu'à faire vendre les denrées plus chères qu'il ne faut. + +--Là, là, Madame; vous avez fait vostre temps, laissez faire les +affaires aux jeunes gens, et ne ramentevez point le chat qui dort[43]. + +--Je m'estonne pourtant que la cour de parlement n'y met ordre. + +--M'amie, cela n'est pas de leur justice; chacun a son cas à part: la +reformation de la justice leur appartient, et non pas du bois. +Sçavez-vous pas bien que ces jours passez monsieur le president +Chevalier[44] a ressemblé à celuy qui pour faire peur aux souris avoit +escorché un rat? Depuis qu'il a fait faire le procez au procureur +general de sa justice, tous les commissaires ont tremblé, et si on +frippe quelque chose, c'est en cachette. + +--Mais, Madamoiselle, disons la vérité sans faintise: s'il y a eu du +desordre, nous sçavons bien en nostre particulier d'où il procède. +Comment seroit-il possible d'entretenir les garçons de ce temps si on ne +desroboit? Il n'y a fils ne petit-fils de procureur, notaire ou advocat, +qui ne vueille faire comparaison en toutes choses avec les enfans des +conseillers, maistres des comptes, maistres des requestes, presidens et +autres grands officiers. L'on ne les peut distinguer ny en habit, ni en +despence superfluë. Ils hantent les banquets à deux pistoles[45] pour +teste; ils empruntent argent[46], joüent aux dets, au picquet, à la +paulme, à la boule, vont à la chasse, et font le mesme exercice des +grands. Ils empruntent à usure de Traversier, de Dobillon et de +l'Italien Jacomeny[47], qui sont les receleurs de la jeunesse. Et puis +qu'en advient-il enfin? Ils sont contraints de faire l'amour à la +vieille, ou d'anjoler la fille d'une bonne maison, leur faire un enfant +par advance, à fin d'estre condamnez à l'espouser. + +Une vieille qui estoit à la trouppe respond: Amen. Ce que vous trouvez +mauvais, je le trouve bon: quand les vieilles peuvent trouver quelque +jeune gars pour leur argent (pourveu qu'il soit bien morigené), c'est un +bon heur; il y a de plaisir pour l'un et pour l'autre: l'un prend la +courtoisie, et l'autre la commodité; cela faict subsister la jeunesse +selon son ambition, et faict vivre la vieillesse plus long-temps. Et que +servent les biens que pour cela? + +--O Madame! ce que vous dictes est le suject d'un grand peché: car, sous +ombre d'une nuict ou deux que vous en prendrez contentement, il en +vient un grand malheur: on ne voit que bastars[48], que filles +desbauchées; et toutes les autres qui sont honnestes, qui pourroyent +enjandrer une belle race par un legitime mariage, fait de pareil à +pareil, demeurent en friche, et n'ont pour toute retraicte que la +religion[49]. + +Et puis qu'en advient-il quand ils ont dequoy despendre[50]? Une +feneantise, hommes sans soucy, sans travail, plus apres à chasser un +lièvre que de servir leur roy et la republicque. Et si d'avanture vous +les faictes entrer par vostre argent à quelque office, si c'est à la +cour de parlement, il faut estudier à monsieur Mozan; si c'est à la +chambre des comptes, à Robichon avec son calpin. Et puis, quand ils +sont receus, cahin, caha, ils ne sçavent par quel bout commencer la +justice; et par ainsi les cours souveraines sont remplies de beaux fils +et bien peignez, logez à l'enseigne de l'Asne. + +L'accouchée avoit la teste rompuë de ces discours et commence à dire: +Mesdames, vous me faictes apprehender le temps advenir; je n'ay que +vingt-quatre ans et demy, et sept enfans: si je faits ma portée selon +nature, et que toutes choses augmentent comme ils font, j'envieilliray +de soin, et non d'aage. + +--Hé! ma fille, ne songez point à cela; j'y songe assez pour vous. +Prenez courage: le grand desordre qui est à present engendrera un bon +ordre; l'on fera des edicts qui regleront toutes choses; l'on cognoistra +le marchand d'avec le noble, l'homme de justice avec le mechanique, le +fils de procureur avec le fils de conseiller, et puis vostre mary mettra +bon ordre à pourvoir ses enfans selon ses moyens, et si vous avez +encores à heriter de moy pour plus de deux mil cinq cents livres pour +une fois payer; est-ce pas un beau denier à Dieu? De quoi vous +mettez-vous en peine? + +--Ma mère, vous estes du bon temps; vous avez accoustumé de ne manger du +roty qu'une fois la sepmaine, encore n'est-ce qu'un aloyau; mais nous ne +sommes pas accoustumez à cela, et si je croy qu'il nous y faudra +accoustumer, si la chair est tousjours si chère. + +--Sainct Gry! j'avois accoustumé par sepmaine de ne despendre à la +boucherie que quatre livres dix sols; maintenant je donne à nostre +chambrière cent sols, et si nous mourons de faim. Il faudra doresnavant +manger le potage le matin, et la chair le soir, pour observer +l'ordonnance de Philippe le Bel[51]. + +--Je voy bien que Madamoiselle, qui n'est pas de ceste ville, se rit de +nostre petitesse; mais que voulez-vous? chacun selon ses moyens.--Et la +damoiselle respond: Madame, chacun se sent de cherté et du peu de +proffit qui se fait à present aux offices, pour le trop grand nombre +d'officiers qu'il y a. Et n'estoit qu'en nostre chambre des comptes de +Normandie, d'où je suis, les officiers s'allient avec les comptables, et +meslent leur gain ensemblement, nous ne pourrions, non plus que vous à +Paris, entretenir nostre grandeur; mais, Dieu mercy, ils s'entendent +bien ensemble.--Et, Madamoiselle, je pensois que la Chambre des Comptes +fussent les juges des comptables?--Hé, Madame, autrefois la linotte et +le chardonneret estoient à part en diverses cages; mais à present tout +est en mesme vollière. + +--Je vous asseure, ce dit une femme qui n'avoit encores point parlé, +maigre, pasle, melancolique et pleine d'inquietude, mon mary, qui est +advocat à la Cour, gaigne ce qu'il veut, fait les affaires de tous ceux +de la Religion (comme en estant aussi, da); mais il me semble que tout +ce qu'il gaigne fond en ses mains; je ne voy autre chose en nostre +maison que des demandeurs: l'un vient querir la taille ordinaire du +corps du tresor de la Religion, l'autre la cure[52] de monsieur de Rohan +et de Soubize, l'autre le nouvel entretenement des ministres, la cure +des espions de France, d'Espagne, d'Angleterre, d'Italie, de Flandres, +et de toutes les contrées. Bref, j'ay compté qu'en ceste année j'en ay +pour plus de cent escus à ma part; moy, si cela dure, j'aime bien mieux +que mon mary face le papelart, et qu'il aille à la messe, que de +continuer. Pour cela, ny luy ny moy ne croirons que ce que nous +voudrons; au moins nous serons dispensez de telle taille. Aussi bien +dit-on que les excommunications que font nos ministres contre ceux qui +se retournent n'ont non plus de force et de vigueur que le soleil de +janvier. + +--Hé! Madame, quand vous ne croyez à rien qu'à vostre fantaisie, vous +n'estes pas cheute de haut: car tous ceux de vostre religion ont pris à +ferme à vil pris l'ateysme; et qui est cause qu'il n'y a ny enchère ni +tiercement[53], c'est qu'il n'y a rien à gaigner, ny en ce monde, ny en +l'autre: et cela vous demeurera, et si en jouyrez long-temps, si par la +loy du droict canon on ne vous force à mieux faire. + +--Madamoyselle, ceste Religion est si douce à supporter, que tous ceux +qui y entrent, ils en sortent difficilement. Et pour mon regard, lorsque +j'en sortiray ce sera à mon grand regret, car, que je face ce que je +voudray, je ne suis point obligée de le confesser; que mes père, mère et +parens meurent, je me resjouys au lieu de pleurer, car je croy qu'ils +sont sauvez; que le caresme et jeusnes viennent, je suis dispensée pour +manger de la chair; que nous mourions subitement, nous n'avons point +peur du purgatoire; et bref, que les anges, les saincts et sainctes +ayent du pouvoir par leurs prières envers Dieu, nous supprimons tout +cela et vivons en liberté d'esprit; que si ceste taille estoit aussi +bien supprimée, nous nous mocquerions de tout le monde. + +--Vrayment, c'est une mauvaise police, de permettre qu'il y ait en +France des subjects qui contribuent pour faire la guerre contre leur roy +legitime! Je vous prie, Madame, cachez vostre vice, et parlons d'autres +choses. Avez-vous beaucoup d'enfans?--Elle respond: J'avois trois +garçons et deux filles; mais le mal'heur m'en a voulu qu'un de mes +garçons, qui estoit à la suitte de: monsieur de Soubise[54], a esté pris +prisonnier, et mené aux gallères avec les autres; un autre fut l'autre +jour tué en revenant de soupper de la ville, pour vouloir sauver son +manteau: excusez si je ne vous ay fait prier de l'enterrement; nous +n'avons point fait de ceremonies, nous l'avons mis en nostre jardin au +pied d'un saux[55].--C'est donc là vostre cymetière, ce dit la dame?--Et +elle respond: Toute terre est bonne à cela.--Et quelle raison avez-vous +eue de ceste mort?--Mon mary a poursuivy et fait prendre plusieurs +volleurs; mais par ce qu'il ne s'est pas voulu rendre partie, on les a +eslargis. Il est bien besoin que Dieu face la vengeance des meurtres, +car les prevosts criminels ne la font que pour de l'argent. + +--M'amie, c'est qu'il faut qu'il se remboursent de la vente de leurs +offices, lesquels anciennement on donnoit, speciallement le chevalier du +guet[56], le prevost des mareschaux[57], le prevost de l'Isle[58], le +prevost de la connetablie[59], et autres de justice criminelle; et +tandis que l'on leur vendra, jamais ne feront rien qui vaille. Le +messager d'Estempes fut l'autre jour vollé de quatre-vingts ou cent +escus; comme il fit sa plainte, et qu'il demandoit que l'on courut +après, le prevost des mareschaux luy demande cent escus d'avance pour sa +chevauchée, et, voyant que c'estoit double perte, il a mieux aymé +laisser la poursuitte du vol que d'en perdre d'avantage. + +--O Dieu! quel desordre! Je ne croy pas que le roy sçache la moitié de +ce qui se passe, car, s'il le sçavoit, il y mettroit ordre: il feroit +observer les loix. A quoy servent tant d'huissiers et sergens? A faire +monstre au mois de may[60], et à piller le manan; tant de prevosts de +mareschaux? à faire pendre ceux qui n'ont point d'argent; tant de juges +criminels? à bien prendre pour acquitter les debtes qu'ils contractent +pour achepter leurs offices; tant de commissaires de Chastelet? à +prendre pension des garses[61], des maquerelles, des boulengers et de +tous ceux qui vendent viandes[62], car à present tout est permis. + +--Je ne sçay si ces gens-là enrichissent, et si leurs biens durent +long-temps, car mon père, de son vivant, me disoit: Ma fille, les biens +que je te laisse viennent de mes grands-pères et bisayeuls, et +profiteront à tes enfans, s'ils sont gens de bien et qu'ils facent la +raison à la vefve et à l'orfelin, qu'ils ne prennent rien qu'ils ne +l'ayent bien gaigné. C'est pourquoy, disoit-il, on ne voit point ès +maisons des financiers d'anciens héritages, car, quand ils font bastir +maisons, fermes et chasteaux, ils sont plustost hypotecqués qu'ils ne +sont couverts, plustost vendus qu'ils ne sont achevés, ou, s'ils +viennent à deperir, les grandes debtes sont causes qu'ils tombent en +masure. + +--Aussi vray, Madame, à propos de cela, la pluspart de mes parens +estoyent financiers, et qui avoyent grande vogue de leur temps, et si +j'ay esté long-temps si beste que je m'attendois à leur succession: +j'avois mon oncle le Hou, premier commis de l'espargne, mon cousin +Regnault, tresorier de l'extraordinaire, mon cousin Regnard, receveur +general de Paris, mon cousin Puget[63], les Bourderets, les Salvancy, +et un tas d'autres ou il n'est pas resté du fil à lier un boudin. + +--Il y en a bien d'autres: et Montescot[64], Sancy[65], Geperny, +Des-Ruës, la Bistrade[66], et ce grand fermier Louvet[67]. Vramy! il n'y +a point de faute de torcheculs sur leurs heritages, car il y a bien des +placarts; je ne sçay plus à qui on se fiera. + +--Pour moy, j'ay envie de me mettre du party de celuy qui a entrepris le +pont au Double[68], car luy et ses associez sont de bons compagnons; ils +ont trompé la cour de parlement et le public: ils ont fait semblant de +commencer un pont de pierre, qu'ils n'acheveront jamais[69]; et ce +pendant, avec un double de chacun homme, un sol du carrosse et de la +charette, le tribut des vidanges que l'on y porte, l'impost du bois +flotté, et autres imposts qu'ils prennent, ils tirent par jour plus de +soixante livres, et sont plus que remboursez des frais qu'ils ont faits; +et cependant font accroire que cela ne vaut rien, et continuent à +prendre le jour et la nuict, et s'entendent avec les volleurs, qui, à +une heure induë, pour un escu de tribut passent la rivière. + +--M'amie, c'est faute de le faire entendre à monsieur le procureur +general de la Cour: c'est un homme qui n'entend point de raillerie; s'il +le sçavoit, il y mettroit bon ordre; il empescheroit bien que trois ou +quatre partisans trompassent ainsi le public. + +Toute la compagnie ne s'ennuioit point de ces discours; et cependant +l'accouchée, qui avoit envie de pisser, poussoit sa mère pour donner +congé à tous; et moy, qui estois à la ruelle, qui manquois de papier et +d'encre, me faschois de ne pouvoir tenir plus long registre de ce qui se +passoit, pour en advertir ceux qui y peuvent mettre ordre, remettant le +tout à une autre après-disnée. + + + + +LA SECONDE APRÈS-DISNÉE + +DU CAQUET DE L'ACCOUCHÉE[70]. + + +Comme ordinairement, aux maladies froides et humides, la melancholie y +tient le premier rang, et que le seul remède de dissiper tous ses +nuages, c'est de prendre une heure de passe-temps pour se rasserener les +esprits debilitez et attenuez par la longueur de l'indisposition, ayant +veu ces jours passez que j'avois repris une partie de mon embonpoint à +entendre les devis recreatifs des femmes qui estoyent venuës visiter ma +cousine, accouchée depuis peu à la ruë de Quinquempoix, je me resolus, +puis que l'occasion m'avoit esté si favorable, et que tout avoit +tellement reüssy à mon advantage, d'y retourner pour la seconde fois, +esperant, si le caquet de la première après-disnée m'avoit apporté +quelque vigueur et quelque accroissement de santé, que les gaillards +entretiens de la seconde journée ne m'apporteroyent pas moins de force +et de soulagement à dissiper le reste de l'humeur melancholique que la +maladie me pouvoit avoir laissé imprimé en la puissance imaginative. + +Cette resolution, excitée plustost d'une consideration interne de +reprendre mes premières forces, que d'une curiosité particulière que +j'aye d'entendre leurs discours (sçachant trop bien, selon ce que +j'avois peu voir auparavant, que les entreprises des femmes ne sont +fondez le plus souvent que sur des choses inutiles et de peu de +consequence), esveilla en moy un desir d'en voir la fin aussi bien que +le commencement. Je m'y rencontray donc à l'heure precise, où je trouvay +madame l'accouchée qui commençoit un peu à se bien porter. Je +m'enquestay de sa maladie, et elle reciproquement de ma disposition; je +luy dis qu'à la verité depuis l'autre jour qu'elle m'avoit fait ce bon +heur que de m'insinuer dans la ruelle de son lict, et que j'avois +entendu les discours des femmes qui l'estoyent venu voir, que ma maladie +s'estoit de beaucoup diminuée.--Vramy, mon cousin, respondit-elle, vous +en orrez bien tantost d'autres: car on m'a adverti que je recevray ceste +après-disnée la plus jovialle compagnie qui se puisse imaginer; mais, +afin que vous y preniez du contentement et que vous ne soyez descouvert, +derrière le chevet de mon lict il y a une petite estude, où l'on peut +entrer par une petite porte: de là vous entendrez facilement et sans +aucune doute. + +Je fus quelque temps, depuis une heure jusqu'à deux, à discourir avec +elle sur diverses particularitez qui se presentoyent; enfin, sur les +deux heures on commença de frapper à la porte: cela me fit resserrer +subtilement dans l'estude prochaine, qui respondoit sur le chevet du +lict, d'où je pouvois facilement et contempler les actions des femmes et +entendre leurs discours. La chambre bien parée, et les siéges dressez, +la compagnie entre, chacun prend sa place, on se saluë, et demeurèrent +quelque temps sans rien dire, comme par ceremonie et par respect l'une +de l'autre; toutesfois, comme les langues des femmes ne peuvent demeurer +arrestées, n'y ayant rien de plus mobile qu'elles, une damoyselle +d'auprez de la porte Sainct-Victor s'avança de dire: Vramy, Mesdames, +vous estes bien ceremonieuses; s'il vous arrivoit ce qui m'arriva +l'autre jour, sur les onze heures du soir, devant les Carmes +deschaussez, vous ne parleriez jamais de ceremonies: j'y fus entièrement +bruslée; c'est la raison pourquoy je n'ai pas deffait mon masque en +entrant[71], car je ne suis pas encor guarie tout à fait. + +--Comment, ma cousine, respondit une jeune mariée, estiez-vous à ce feu? +Je ne vis jamais un tel desordre ny tant de degasts; un de mes frères y +a eu aussi toute la face emportée, et n'y a encor aucune apparence de +guarison. + +--Mais à quoy bon toutes ces superfluitez? dit alors une vieille +edentée? De mon jeune temps je n'oüis jamais parler de canoniser les +saincts de la façon[72]; c'est plutost les canonner que les +canoniser[73]. + +--Tout beau, tout beau, ma tante, dit une marchande de la rue +Sainct-Denis: on en a bien fait davantage à Rome. Ce sont des +resjouyssances publicques, il n'y a point de danger de faire quelques +fois ces superfluitez, quand on y est porté d'une pure et sincère +affection. Et puis, ce que les Carmes deschaussez en ont fait, ce n'a +esté que par le commandement de la reyne, qui a fourni ceste despence, à +cause que saincte Therèse estoit d'Espagne[74].--Il n'importe, on y a +plus offencé Dieu mille fois que lui faire honneur, dit une bourgeoise +d'auprès Saint-Leu. Je vous promets, pour moy, que je n'approuve +aucunement ces choses. Combien pensez-vous qu'il y ait eu de filles +enlevées? Tous les bleds des environs sont renversez et bruslez; il ont +trouvé le mois d'août plustost que celuy de juillet.--Pour moy, dit la +femme d'un advocat du grand conseil, j'eusse esté d'avis de mettre +toutes ces superfluitez à la decoration de leur eglise; à tout le moins +cela leur fust demeuré, et les eust-on estimé d'avantage, sans faire +evaporer tant de richesses en fumée; cela eust allumé le feu de devotion +dans le cœur de ceux qui les eussent visité, où, au contraire, tout +l'air voisin et les champs des environs ont esté embrasez de leur +fuzées; j'ay encore un colet monté à cinq estages[75] qui est +entièrement gasté. Encor si on eust allumé le feu à huict heures, on +n'y eust perdu tant de manteaux: tous les escoliers y estoyent en armes. + +--Mais ce qui est plus à rire, ma commère (dit la femme d'un procureur +de la paroisse Sainct-Germain), c'est qu'en allant à l'eglise des Carmes +deschaussez, j'entendis crier la Vie et miracles de madame saincte +Therèse. J'en voulus acheter une, afin de pouvoir gaigner les +indulgences; mais comme je fus retournée au logis, mon mary commença à +lire, et fust estonné qu'on avoit attribué deux pères à saincte +Therèse[76]: le premier, le roy dom Bermude, et le second, Alonse +Sanchez de Cepède; il n'y a peut-estre personne d'entre nous autres qui +y eut pris garde. + +--C'est peut-estre la faute de l'imprimeur, dit la femme d'un libraire +de la ruë Saint-Jacques; cela est excusable: c'est une chose qui arrive +souvent; on rapporta l'autre jour un livre à mon mary, où il y avoit +autant de fautes que de mots.--Une femme du palais, que tout le monde +cognoist assez bien, luy respondit: Ma commère, il ne se faut pas +esmerveiller: l'autre jour nous avions fait faire un factum chez un +certain imprimeur, demeurant en l'université, qui est bon compagnon; +mais je ne vis jamais tant de fautes: en tous les lieux où il falloit un +V, il y avoit mis un Y grec[77]; je ne sçais pas si c'est pour declarer +à tout le monde que mon mary porte les cornes. + +--Porter les cornes, dit la femme d'un conseiller de la Cour! il y a +plus de dix ans que mon mari en porte quelques unes, qui +l'accompagneront en fin jusques au tombeau; aussi bien a-il desjà un +pied dans la fosse; rien ne luy servira d'avoir une barbe reverende et +une calotte à l'antique. + +--Tout beau, ma cousine, dist la femme d'un Maistre des Comptes: il ne +faut jamais scandaliser son mary, principalement en une bonne compagnie. +Il faut empescher tant qu'on peut les langues de mal parler, et +particulièrement d'un bon vieillard comme vostre mary; cela est mal +seant: le bon homme n'y songe pas peut-estre; encor faut-il porter +quelque respect à sa barbe. + +--Mais à propos de barbe, dit une de la rue Sainct-Honoré, je vois +quelquefois passer un prelat, je ne sçay s'il est evesque ou +archevesque[78], mais je ne vis jamais une telle barbe; on dit qu'il +est tous les jours pour le moins deux heures à la peigner et attifer; il +n'y a point de ferremens assez à Paris pour la friser; il en fait venir +de Normandie.--N'en sçavez-vous que cela? dit une dame de la Cour. Je +cognois de nom et de surnom celuy dont vous parlez. Mais il fait bien +d'avantage: il a esté si curieux qu'il s'est fait peindre en cinq ou six +endroicts de ceste ville, et a envoyé des coppies de son pourtraict à +Rome, pour ravir les cardinaux de la beauté de sa barbe. Mon fils m'a +dit l'avoir veu en plus de six endroicts depeint dans Rome.--C'est de +quoy le reprenoit dernièrement un abbé vestu de rouge (dit la vefve d'un +Maistre des Requestes); mais il ne s'en soucie pas beaucoup, car, avec +le temps, il espère que sa barbe parlera grec, comme celuy qui la +porte.--Ho! ho! grec! dit une bossüe qui avoit leu la Bible, ce seroit +pire que l'asne de Balaam, qui parloit hebreu.--Vous avez leu la Bible, +luy dit une boiteuse qui estoit assise contre le pied du lict.--A la +verité, Madame, j'en ai leu quelque chose; quelques fois j'y passe une +heure de temps.--Mais est-ce à faire aux femmes à lire et manier un +livre si hazardeux, qui tuë et occist ceux qui le veulent expliquer et +manier trop indiscrettement? Voilà d'où viennent tant de ministres et +tant d'errans que nous voyons aujourd'huy, qui tourneboulent, couppent, +rongnent et disposent de l'Escriture selon leur plaisir. Si est-ce +qu'ils ont beau feuilleter, on ne trouvera jamais dans la Bible qu'il +faille se rebeller contre son roy, et se partialiser contre l'authorité +de son souverain.--La bossüe alloit respondre, mais l'Accouchée, levant +un peu sa teste, ce pendant qu'on relevoit son oreiller: Mais, dit-elle, +Mesdames, vous ne dictes rien de l'armée; n'y a-il rien de nouveau? Il y +a long-temps que je n'en ay entendu aucun bruit. + +La femme d'un courrier extraordinaire, de la ruë aux Ours, prenant la +parole: Je receus, dit-elle, des lettres hyer au soir de la Cour, par où +on me mandoit que tout succedoit entièrement selon la volonté du roy: +les rebelles ne furent jamais si mal menez. Montauban est aux +abbois[79], la Rochelle enclose et fermée par mer et par terre[80]. Il +ne reste plus qu'à bien servir sa Majesté, comme font quelques uns; mais +il y en a d'autres qui veulent faire leur main, aussi bien que le +connestable deffunct, qui en un jour mettoit dix ou douze mille hommes +dans sa pochette: il y a de la tromperie partout[81]. + +--Tromperie! dit une sculptrice de la ruë Sainct-Martin. Mercy de ma +vie! je vois là tous les jours devant ma porte mille sortes d'inventions +pour attraper l'argent du roy. Il ne suffit pas aux tresoriers de +gaigner cent mille escus en un an, ils veulent faire leurs commis et +partisans aussi riches qu'eux: s'il faut mener une voye d'argent à Sa +Majesté[82], on prendra quatre cens hommes à qui l'on baillera tous les +jours un escu ou deux pour gages, de sorte que devant que l'argent soit +à l'armée, on trouvera, si on veut bien conter, qu'il couste quinze ou +seize mil escus à le mener. Et cela se fait tous les mois. Encor si ceux +qui conduisent les chariots se contentoient de cela; mais par où ils +passent, ils ruynent et gastent tout (je ne dis pas qu'il ne faille +accompagner l'argent qu'on envoye à Sa Majesté par un bon nombre de +soldats; mais il y a moyen de les treuver à meilleur marché). + +--J'entendois l'autre jour chez M. le prince qu'il s'en plaignoit +grandement (dit une fille de chambre).--Aussi y a-il de l'interest, +respondit sa sœur: car il est un peu avaricieux; il a bien pris son +temps: voicy une belle occasion, où il se garnira comme il faut. Quant +je pense à ses liberalitez, je ne peux me tenir de rire. Il me souvient +que j'estois un jour à la messe aux Enfans-Rouges, où de fortune il +arriva. Comme il entendoit chanter un _Salve_, il demanda à celuy qui +chantoit combien il prenoit.--Dix-huict deniers, Monsieur, luy +respondit-il, car il ne le cognoissoit pas, tant son train est +grand.--Tiens, dit-il, chantes-en un pour moy, je te donne trois sols. +N'estoit-ce pas se mettre en frais? + +--C'est à faire à M. de Soubize (dit une autre qui estoit freschement +revenuë de Poictou) de se mettre en frais; il y entre jusques aux reins, +et sans son cheval, qui estoit fort et massif, il y eust entré pour +jamais; aussi l'a-on placé et enroollé dans la Chronologie et le +martyrologe des rebelles[83], qui est grossi depuis un an de trois +volumes entiers. + +Une certaine de Languedoc: On n'a garde d'y mettre M. de Rohan +(dit-elle), ny de l'enchroniquer si avant dans les Annales: car il ne +s'est jamais trouvé aux meslées; il sçait mieux escrimer de l'espée à +deux jambes que d'une picque. Ne l'a-il pas fait paroistre à +Saint-Jean-d'Angely[84] et en tant d'autres lieux, où sa poltronnerie +l'a signalé par dessus tous ceux de son party? Pour M. de la Force, il a +joüé un tour de son mestier: car quand il a veu qu'il estoit forcé, et +que toute sa force avoit perdu sa pointe devant Thonins, Clerac et +autres places, il s'est rendu quasi comme en reculant, et a attrappé de +bon argent[85]. + +--Il ne le tient pas encore (dit une grande dame qui a esté mariée +depuis peu à un homme de soixante ans); je sçay de bonne part qu'il n'a +encorerien touché, sinon la promesse que M. de Chomberg[86] luy a +faicte; mais il faut qu'il face voir les effects de la sienne +auparavant. + +--Pour mon regard (dit alors une marchande du Palais), c'est une +estrange chose que nous ne faisons plus rien: il n'y a plus de curiosité +à Paris; depuis que le roy est party[87], nous n'avons fait aucun +trafic; la boutique, qui souloit estre remplie, est vague; les +courtisans et la noblesse s'en sont allez avec le roy, de sorte que nous +perdons infiniment; et encor, qui pis est, les loüages des boutiques +nous ruynent. + +--Comment, loüage! respondit une gantière de dessus le pont Nostre-Dame. +Vramy, vous devez bien vous plaindre! Je ne sçay comme on n'y met ordre: +il n'y a pas un petit trou sur le pont, depuis le bruslement[88] et +l'incendie du feu qui arriva en octobre dernier, qui ne soit rehaussé +de la moitié; nous ne gaignons pas le loüage de nos chambres; encor, +depuis que la mode est venuë de porter des gans à l'Occasion et à la +Negligence[89], toute la marchandise que nous avions à la Guimbarde[90] +a perdu sa vente et n'est plus en credit. Mais patience! puisque c'est +la mode, il faut vivre à l'Occasion. + +Sur ce mot de mode et d'occasion, une jeune brunette qui vend de +l'encre nouvelle[91] sur le pont: Hélas! dit-elle, ma mie, c'est bien à +nous à nous plaindre des destins si cruels, et à vivre à l'occasion! La +fortune nous a bien tourné le dos; depuis que le roy est party, nous +n'avons pas gaigné un teston en nostre boutique. Si ce n'estoit le petit +trafic que nous faisons au logis, je ne sçay comment il nous seroit +possible de vivre. Ce n'est pas faute de marchands, nostre boutique est +tousjours assez garnie: vous y en trouverez tousjours trois ou quatre; +mais leur bourse est si sterile qu'il n'y a point moyen de tirer ny +d'arracher une pistolle d'eux. + +Sa sœur alloit advancer quelque propos; mais sa mère, interrompant +son discours, bien que d'un front ridé, dit ces paroles: Mes enfans, il +faut prendre patience; nous sommes en un temps miserable, où le vice a +tellement pris pied dans la nature que la vertu s'en est bannie et +exilée d'elle-mesme; on ne parle que de coupeurs de bourses, que de +Grisons[92] et Rougets[93]; et mesme c'est une chose estrange que les +archers, qui devroient empescher le desordre, au lieu d'y prendre garde, +s'endorment et s'assoupissent sur la venaison. + +--Et moy, dit une jeune marchande d'auprès le Chastelet qui dès le +lendemain de ses nopces à emmoysé[94] et acteonisé son mary, le plaçant +dans le zodiaque au signe du Capricorne, arrive ce qu'il pourra, je ne +peux plus manquer; il ne m'en chaut que nous ayons guerre ou paix, je +suis asseurée sur un bon et ferme pillotis; mes enfans ont des benefices +dès l'instant de leur conception, et mesme devant que l'embrion soit +formé. + +--Je ne m'estonne plus pourquoy les femmes ont tant de mal à se +descharger de leur fruict, dit la mère de l'accouchée, veu que leurs +enfans sortent avec la crosse et la mittre en teste. + +--Mes enfans, repliqua la marchande, n'ont ni crosse ni mittre, mais +j'espère que celuy en qui j'ay fondé ma confiance en aura bien-tost; à +tout le moins on m'a dit que l'evesché[95] est en grand bransle, et +qu'il sent bien la resinée. Si cela est, je vous laisse à penser du +succez de mes affaires, et comme je m'accommoderay, pourveu qu'il me +face tousjours participante de ses affections et de sa faveur.--Mais +vous n'en dictes mot, de la faveur, dit une fille de chambre qui aymoit +à parler des affaires d'estat. + +--Ne parlez point de choses qui nous sont indifferentes, repliqua sa +maistresse: les murailles ont des oreilles; on ne sçait quelque fois +devant qui on parle. + +--Il est vray, Madame, dit la femme d'un advocat du Chastelet: on me +disoit l'autre jour qu'une honneste compagnie estant venuë voir madame +l'accouchée, qu'il y avoit derrière son lict un certain quidam qui +tenoit registre de tout ce que la compagnie disoit; ce qui ne tourne +qu'à nostre desavantage, car chacun nous appelle caqueteuse. Si +d'avanture il y estoit maintenant, il nous luy faudroit bailler son +change. + +Et moy qui entendois toutes ces plaintes, je me resjouyssois de n'avoir +pris ma première place, car sans doute on m'eust faict un affront. + +--Nostre Dame! dit alors une damoiselle de marque, parlant à +l'accouchée, y auroit-il bien quelqu'un de si hardy que de nous jouër ce +tour-là? + +--Je vous promets, madamoiselle, que je n'en ay ouy parler aucunement. + +Une vieille ridée alors se leva: Je vous jure saincte Brigide (dit-elle) +que j'en sçauray la verité. Et de ce pas elle alla en la ruelle du lict, +où elle trouva le nid; mais l'oyseau s'estoit envolé. Et moy, qui +m'esclattois de rire, je ne peus jamais mettre en ligne de compte tout +ce que deux ou trois bourgeoises se disoyent secrettement à l'oreille. +Là, là, Madame, en bonne compagnie il ne faut rien celer: est-ce de la +faveur que vous parlez? + +--Comment parlerions-nous de la faveur? il n'en a plus. + +--Il y a deux ans que le feu connestable faisoit bien ses affaires +devant Sainct-Jean-d'Angely, dit l'autre[96]: il avoit la solde pour +40,000 hommes, et n'en entretenoit pas vingt-cinq mille. C'est la cause +qu'on n'a pas pris Montauban l'an passé, ma commère: il n'avoit pas +seulement dix mille hommes là devant. N'est-ce pas une volerie? Mais il +a trouvé le terme de ses pilleries dans Monheur[97]. + +--Je voudrois que vous eussiez veu la prediction du curé de +Mil-Monts[98] sur ce sujet, dit la femme d'un astrologue de +l'Université; vous l'eussiez admiré. Il y a bien dix mois qu'il +l'apporta en nostre logis[99]; elle estoit ainsi: + + Quand L. sera changé en R. + Et Loys changé en vray roy, + Lors nous verrons ce vice-roy, + Ce connestable de Luyne, + Qui s'esvanoüira en LaiR, + Et sera changé en Ruyne[100]. + +Jamais il ne fit prediction[101] plus certaine; mais de ses deux frères +on n'en parle plus. Que font-ils? + +Lors la femme d'un certain secretaire porte-calotte dit: Madame, depuis +que la teste est à bas, tout le reste ne vaut plus rien. Je l'ay bien +remarqué en nous depuis la mort de feu Mgr. le connestable: nous y +perdons plus de cent mil escus; ses deux frères[102] n'y perdent pas +moins. Il y en eut un l'autre jour qui pensa mourir à Saumur de despit: +il voulut jouër en trois rafles avec un certain de la cour; mais de +malheur il ne sceut amener qu'une rafle de quatre, et l'autre luy donna +une rafle de cinq. Aussi il ne faut jamais s'adresser à des mareschaux: +ils sont du naturel des chevaux, ils ruent. + +--Mamie, dit une dame de la cour, la decadence de l'un, c'est +l'eslèvement de l'autre: le marquis d'Ancre est tombé, Luyne a pris sa +place; Luyne est tombé. Pour trois pelerins qui alloyent en Esmaü, on +vit aussitost naistre quatre evangelistes dans le conseil. Maintenant on +ne faict plus rien que par l'advis de M. le prince de Condé, c'est le +ressort de la guerre[103]; mais le roi commence à s'ingerer dans les +affaires plus avant qu'il n'avoit encore faict; luy-mesme il veut +assister à tout ce qui se delibère. Cela sera cause que plusieurs +n'oseront desrober si hardiment que l'an passé. + +Une femme de Tresorier d'auprès l'hostel de Guise, voulant mettre son +nez en cette cause: Arrive, dit-elle, ce qui pourra, Monsieur de +Joinville ne s'en soucie pas; il est maintenant remplumé[104], il a +l'oyseau et les plumes. Qu'il le faict beau voir avec les diamans du +connestable! Comme il se rit du soing et du travail que ce pauvre +deffunct a eu d'acquérir tant de richesses! On luy demandoit l'autre +jour quelque debte qui estoit sur le registre dès long temps: Ouy da, +dit-il, il est raison que je vous paye: ma femme, outre son bien, m'a +donné cent mille escus pour payer mes debtes. + +--Que voulez-vous, ma commère! dit une rousse du mesme cartier, ainsi va +la fortune: l'un monte, l'autre descend. Pour moy, je ne l'ay jamais +esprouvé favorable à mes désirs: j'ay dix enfans en nostre logis, dont +le plus grand n'a que xij. ans; il me met hors du sens; j'avois fait +venir un pedan de l'université pour le tenir en bride, mais il y a perdu +son latin. Ils seront en fin contraints d'aller demander l'aumosne, si +le temps dure. + +--Il y a tant de pauvres maintenant, dit une bourgeoise de qualité, que +nous en sommes mangez. Je ne sçay comment on ne fait pas un reiglement +sur le desordre; mais ceux qui ont charge des bureaux sont bien aises de +pescher en eau trouble. + +--Il y a un moyen très facille d'y remedier, dit la veufve d'un +eschevin. Du temps que mon mary estoit en charge, il y voulut apporter +un expedient; mais les gros bonnets n'y voulurent jamais songer. +Premierement, ou les pauvres sont impuissans, ou habiles à faire quelque +chose: si impuissans de bras, il les faut employer aux reparations de +la ville, ils ont bon dos; si impuissant des jambes, il les faut mettre +en un lieu à part, et leur apprendre à travailler des mains[105]. S'ils +peuvent faire quelque chose, à quoy est bon de voir tant de gueux par +les ruës? Mercy de ma vie! j'en parle comme sçavante, car dernierement +ils en pensèrent voller en mon logis. Il seroit besoin d'y remedier pour +les viellards. A quoy sert de nous taxer et cottiser pour les pauvres +enfermez, si on ne les y renclost?--Chacun approuvoit assez son dire, +quand une tavernière de l'Université se leva: Ce n'est pas tant aux +gueux qu'il faut prendre garde, dit-elle, qu'à une infinité de vagabonds +et de courreurs de nuict, qui pillent, vollent, destroussent mesmes tous +nos marchands ordinaires, et, qui pis est, ils empruntent le nom des +escoliers, et font semblant d'estre de leur caballe; mon mary y pensa +perdre la vie l'autre jour, près des Cordeliers[106]. + +--Mais on ne parle plus des Cordeliers[107], dict une vieille de la +paroisse de Sainct-André; on ne sçait plus quel party ils tiennent, on +n'y recognoist plus rien. Il y en a encor quelques uns qui portent des +souliers fendus; mais je crois que c'est plustost pour la chaleur que +pour l'austerité ou le bon desir qu'ils ayent de reprendre la reforme, +car ils ont desjà la plus part quitté le manteau. + +--Tout beau, Madame, dit une devote qui estoit en un coin! il ne faut +jamais mal juger de son prochain: il y a encor de fort bons religieux là +dedans. Ne sçavez-vous pas qu'on voit toujours quelque grain de zisanie +parmy le froment? Il est impossible autrement, car on ne recognoistroit +par les bons d'avec les meschans, ny le vice de la vertu. + +--Je ne plains en cela que le pauvre père general, dit la femme d'un +advocat de la cour, de n'avoir peu faire entheriner ses lettres au +parlement; mon mary y a travaillé en ce qu'il a peu, et toutesfois il +n'a rien effectué. N'est-ce point une chose estrange que ce bon père, +qui est l'humilité mesme et le miroir où tous les religieux de son ordre +devroient mouler leurs actions, aye tant pris de peine et travaux de +venir en France pour trouver ses enfans rebelles? Je ne sçay, pour moy, +où le monde d'aujourd'hui a l'esprit. + +Une de la ruë Sainct-Anthoine, qui n'avoit point encor parlé, oyant +discourir d'esprit: Par sainct Jean, Madame, je vous vay conter le plus +plaisant conte que jamais vous ayez entendu d'un esprit[108] (mais il +estoit domestique et familier). Un bon compagnon, depuis quinze jours +en çà, s'est mis en cervelle de faire l'esprit, de sorte qu'il +espouventoit tous les petits enfans de nuict. Ce pendant il disoit au +maistre du logis que l'esprit s'estoit apparu à luy, et qu'il falloit +faire un service à un costé et un pelerinage à l'autre: on lui +fournissoit l'argent, dont il s'accommodoit fort bien. En fin il pria un +jour son maistre de le laisser coucher dedans son estude, et +qu'infailliblement il feroit en sorte, par ses inventions, qu'on +n'entendroit plus d'esprit, ce qu'il fit: car, estant dans l'estude, il +print huict cens livres à son maistre, et depuis on n'a point ouy parler +d'esprit. + +--Il n'y a pas long temps que la mesme chose arriva en nos cartiers, dit +une femme d'auprès Sainct-Jacques de la Boucherie; mais l'esprit ne peut +jouer si bien son personnage que celuy dont vous parlez, car il fut mené +prisonnier au Chastelet. + +--Saincte Barbe! n'en sçavez-vous que cela? dit une femme du faux-bourg +Sainct-Germain; vramy, on en dit bien d'autres en nos cartiers: on tient +qu'il revient un esprit dans les Carmes deschaussez (je ne sçay si ce +n'est point celuy qui s'est fait enterrer en son jardin). L'autre jour +la reyne en voulut sçavoir des nouvelles certaines[109]: elle y envoya +un gentil-homme, qui sur ce suject fut prié de disner au refectoir; mais +il n'eust pas loisir de manger: car l'esprit, bien qu'invisible, luy +deschira son collet et son pourpoint. + +--N'est-ce point aussi la deesse Cerès[110], qui est sur l'eglise des +Carmelines, qui demande ses interests sur les bleds et les terres qui +ont esté gastées dernierement? dit une du faux-bourg Sainct-Michel. + +--Madame n'a pas trop mauvaise raison, dit une autre jeune fille qui +avoit les pasles couleurs: car, comme on a desjà dit, il y eut un grand +degast, et encor toute ceste estenduë appartient à de pauvres +particuliers, qui d'autre part estoient assez en disette sans souffrir +ceste perte. Vous sçavez qu'un escu à un pauvre qui en a besoin vaut +autant que dix escus à un riche qui n'en a aucune indigence; mais on +tient que les Chartreux deffendront leur cause, car les terres des +environs où fut fait ce degast leur appartiennent, c'est leur propre. + +--Je vous responds, ma commère, dit la femme d'un clerc, quand ils se +mettroyent en procez, je ne sçay si l'affaire leur succederoit selon +leurs desirs, car tout est aujourd'huy corrompu, l'argent fait tout; il +y a tant de tours de souplesse entre ceux qui plaident, tant de +destours, ambiguitez, labyrinthes et faux chemins, qu'il est bien +difficile de parvenir au vray temple de la Justice. On ne fait +maintenant trophée que de tromper son prochain; tel aujourd'huy vous +monstre beau visage, qui en son cœur vous voudroit avoir mangé[111]. + +--Et vous, Madame, à ce coin, vous ne dites mot, dit une jeune femme de +la ruë du Coq. Il semble, à vous voir, que vous ayez de la tristesse: +est-ce point qu'on vous a mariée contre vostre volonté? (Elle parloit à +une jeune femme de la ruë Sainct-Marceau[112], qu'on avoit mariée depuis +peu, mal-gré l'inclination qu'elle avoit, à un certain[113] partisan du +père Denis.) Il a pourtant des commoditez, et il peut en bref vous +rendre dame d'honneur; plusieurs montent aujourd'huy de la cave à la +première chambre.--Vous ne dictes jamais rien plus vray, Madame: il a +des moyens, à la verité. Mais vous, qui estes toute fraiche, vous sçavez +bien que ce n'est pas là la consequence; les premiers feux sont +tousjours plus cuisans, et les premières flammes plus poignantes que les +dernières[114]. + +--Comment, se dit une de ces anciennes voisines, vous avez donc aymé +quelque autre, qui avoit preoccupé vostre cœur devant le mariage? + +--Ouy, Madame; mais la consideration des biens a aveuglé mes parens[115] +à me faire embrasser un party où je n'ay eu d'affections[116]. + +--Là, là, Madame, dit une autre, vous estes dans les biens jusques aux +yeux; cela vous doit porter à passer vostre printemps parmi les delices +du monde.--Si nous avons du bien, replicqua-elle, nous ne l'avons pas +acquis, encor nous faut-il soustenir de grands procez[117] pour +l'usurper; mais à tout le moins il se faut resouldre: tout ce qu'est bon +à prendre, comme on dit, sera bon à rendre. + +--Encor vaut-il mieux faire restitution que de se laisser excommunier, +dit une vieille qui avoit fait son temps. + +--Mais que diriez-vous d'une rencontre où je me trouvay l'autre jour? +dit une sage-femme. Une certaine de nos voisines[118], sur l'esperance +qu'elle avoit d'une succession, accoucha de deux enfans; mais c'est bien +le pis qu'ils ne partageront aucunement au gasteau[119]. Je vous laisse +à penser combien le père est fasché maintenant d'avoir si fort avancé sa +besogne: il pensoit tromper les autres, il s'est trouvé trompé[120]. + +--Voylà mon conte, dit la première. Pour le jourd'huy on ne tasche qu'à +envahir le bien d'autrui. N'avez-vous point ouy parler des Pères de +l'Oratoire[121], qui ont fait mille tours et ambassades pour +s'installer dans Sainct-Louys de Rome, disans que cela leur +appartenoit[122]? + +--J'en ay ouy quelque mot en passant, dit la femme d'un certain Italien +de la ruë Sainct-Honoré; mais on dit qu'ils vouloyent bannir et chasser +tous les pauvres prestres françois qui se retirent en ce lieu, pour y +prendre leurs places et en recevoir les usufruicts[123]. + +--Voylà comme ils font dans Sainct-Honoré: ils veulent supprimer toutes +les chanoineries, dit une autre, et s'installer en leurs places, afin +qu'au temps advenir ils ayent tout le revenu[124]; mais ils en pourront +bien torcher leur bouche, aussi bien que des six mille escus de rente +qu'ils pretendoient d'avoir à Rome en l'eglise Sainct-Louys. + +--Mon mary me conta l'autre jour la plus belle plaisanterie du monde, +dit la femme d'un conseiller du conseil privé. Quand on les va voir, ils +font apporter une carte.--Messieurs, disent-ils, voicy nostre plan[125]: +voilà le grand autel, icy sera la porte, icy la sacristie; voilà les +chappelles.--Ouy; mais, mon père, vous n'aurez guères de veuë de ce +costé-là[126].--Nous aurons bonne veuë, Monsieur: il ne nous faut point +de lunettes pour voir les benefices. Voicy la chappelle de monsieur un +tel, voilà la chappelle de son frère.--Mais qui sont toutes ces petites +entrées que je vois dans vostre plan?--Ce sont des oratoires, Monsieur: +à chasque chappelle il y en aura deux. Cela coustera, à la verité, mais +les bonnes gens nous ayderont: monsieur un tel nous baille cinq cens +escus pour sa chappelle, l'autre autant, et son cousin autant; pour les +oratoires, on ne les vend que deux cens escus.--Et ainsi, ma commère, +tout leur bastiment est payé devant que d'avoir faict les fondemens. + +--Si est-ce pourtant que je les trouve bonnes personnes (dit une autre): +ils sont si doux, si affables! Il semble à voir que la courtoisie soit +peinte dans leur visage. + +--Je n'en vois pas au contraire, respondit la conseillère; ils sont très +pieux et très devots: il est permis à tout le monde de songer à son +profit. Je voudrois que leur eglise fut desjà bastie: il n'y a rien que +j'affectionne tant que d'ouyr leur musique et leur chant +melodieux[127]. Ce n'est que la forme de recreation ce que j'en dis; je +ne crois pas les offenser, ni personne qui soit en la compagnie. + +Sur ce mot de compagnie, on commença à entendre un bourdonnement par la +chambre: les unes disoyent qu'elle entendoit parler des Pères de la +societé, les autres en parloyent ambiguement et à l'oreille, de sorte +qu'à peine pouvois-je entendre ce qu'elles disoient. Une entr'autres, +relevant ceste assistance, comme assoupie dans ces discours, et +extravaguée tantost deçà, tantost delà, reprit la parole pour madame +l'accouchée: Mais vous ne dictes rien (dit-elle) de Madame: la voilà +desormais guarie et en bon poinct. + +--Elle n'en aura que le mal avec le temps, respondit la mère; encore +est-ce un plaisir quand on a de beaux enfans qui ne sont point +contrefaits ni deffigurez; cela apporte du contentement et au père et à +la mère. + +--La beauté externe du corps (dit une autre, femme d'un certain advocat +qui fait le philosophe) est souvent un signe de la beauté de l'esprit: +car l'ame, qui de soy est capable de tout sçavoir et de tout comprendre, +faict des effects bien plus admirables quand elle se trouve en un corps +bien organisé, et qui a ses parties mieux disposées à exercer ses +fonctions. + +--Holà! Madame, ne passez pas plus outre, dit une vieille chapperonnière +à l'antique: car nous n'entendons pas la moitié de vostre discours; il +n'y a personne en la compagnie qui entende et puisse comprendre des +choses si hautes et relevées, sinon Madame qui est à ce bout, car elle a +leu Calvin, Clement Marot, Beze et une infinité de grands philosophes. + +--Mercy de ma vie (dit-elle), ouy, je les ay leus! qu'en voulez-vous +dire, vieille sans dents? + +La compagnie se retourna pour la voir, car la colère luy estoit montée +au visage et luy avoit marqué le front d'un vermeillon empourpré. + +--N'est-ce pas une estrange chose (dit-elle) qu'on en veut tant à nostre +pauvre religion? On nous appelle libertins, cruels, acariastres, +imposteurs, semeurs de zisanies, la peste des Estats et l'origine de +tous les malheurs qui ont inondé par toute la France, et toutesfois il +n'y a rien de plus simple que nous: nous ne demandons que la paix; nous +ne cherchons que concorde et fraternelle amitié; tout nostre but ne tend +qu'à la reformation. + +--Par le vray Dieu, c'est bien à faire à vous à nous reformer! dit la +vieille; il y a douze cens ans que la France a quitté son erreur pour +s'enrooller sous les drappeaux de la vraye Eglise, et aujourd'huy une +femme voudra la reformer! Il ne faut qu'un Calvin, qu'un Luther et deux +autres moynes reniez et appostats pour faire refleurir l'ancienne +majesté de l'Eglise! + +Un petit chien, qu'une certaine damoiselle de la rue Sainct-Paul portoit +pour passe-temps, entendant parler de Calvin, leva la teste, croyant +qu'on l'appelast, car c'estoit son nom, ce qui fut assez remarqué de la +compagnie; mais sa maistresse le reserra sous sa cotte, de peur de faire +deshonneur aux saincts. + +L'autre ne discontinua pas pourtant son discours: Et venez ça +(dit-elle), m'amie; si vous voulez parler avec verité et sans passion, +d'où sont venus toutes les guerres civiles qui ont miné et deserté toute +ceste monarchie depuis quatre-vingt ou cent ans? Vostre religion +n'a-elle pas allumé le feu aux quatre coins de la France? N'avons nous +pas veu (au moins mon père me l'a dit cent fois), depuis l'advenement du +roy Henry II à la couronne jusqu'à maintenant, tout ce royaume +bouleversé de fond en comble pour votre subject[128]? On vous a veu +naistre tous armez comme les gensdarmes de la Toison-d'Or que Jason +deffit; à peine eustes-vous succé la doctrine impie de Calvin et de +Luther que vous minutastes dès lors la ruine de ceste couronne. +N'avez-vous pas fait des extorsions estranges, où vostre fureur et +vostre rage a peu avoir le dessus? Combien de provinces, de villes, de +bourgades et de bonnes maisons ont esté ruinées par vos partisans! La +Guienne, le Languedoc, les plaines de Jarnac, de Moucontour, de Dreux, +et une infinité de fleuves sont encore empourprez de sang, et jamais, +toutefois, la fortune ne vous a esté favorable en toutes les rencontres +et batailles qui se sont données contre vous; le Ciel n'a jamais secondé +vos monopoles; vos gens y ont tousjours laissé les bottes, et +aujourd'huy il y en a entre vous de si acharnez qu'ils en recherchent +les esperons[129]. Il s'agissoit alors de la religion; c'estoit à vous +à vous deffendre. Mais maintenant que le roy veut protéger tous ses +sujects en paix, sous l'authorité de ses edits; qu'il ne demande que +l'entrée de ses villes, et qu'il ne requiert autre tesmoignage de +l'affection et de l'hommage que vous luy devez que l'obeyssance en tous +les lieux qui sont du ressort de son domaine, ceux de la religion luy +ferment les portes, font des assemblées et monopoles contre sa volonté, +portant opiniastrement les armes contre son service, tranchent du +souverain en leurs factions, disposent des provinces et deniers royaux, +constituent gouverneurs où bon leur semble, partagent tout ce royaume à +leur volonté; bref, se persuadent que la France ne doive plus respirer +que par leur moyen. Vous voilà tantost à la fin de la carrière: le roy +tient le haut bout; plusieurs en bref viendront collationner en Grève +pour aller soupper à l'autre monde.--Elle disoit ces paroles d'un +cœur enflammé pour le service du roy, qu'elle voit estre profané par +telles gens; d'autre costé, l'autre, qui avoit la bouche ouverte pour +luy respondre, confuse de la verité, luy alloit chanter injure, si la +compagnie ne l'eut retenuë; une entre autres, voulant mettre le hola, +monstra de quelle estoffe estoit sa robbe: Ce n'est pas, dit-elle, aux +femmes à s'entremesler si avant dans les affaires, et principalement où +il s'agit de religion: car, outre que notre sexe est imbecille à +proposer les raisons de part et d'autre, nous nous laissons incontinent +emporter à la colère. Si du Moulin estoit icy, peut-estre qu'il +deffendroit le party de Madame. + +--Du Moulin, dit la femme d'un musnier, c'est un grand docteur! il +quitte la bergerie et les oüailles au temps de la persecution. Vramy! +voilà bien comme il faut faire; au lieu de songer au troupeau que le +Seigneur luy a donné en garde, il s'enfuit pour eviter les coups. Calvin +ny Luther ne faisoient point cela du temps de la primitive Eglise. + +--Que voulez-vous! dit une demoiselle assez jovialle, c'est un moulin +qui tourne à tous vents: il a veu qu'il n'y avoit plus rien à moudre à +Charanton, il a quitté la praticque et a pris ses aisles pour s'envoller +à Sedan[130]. + +Comme on estoit sur ce discours, voicy une nouvelle compagnie qui +entre. On s'estonna de les voir si tard, et principalement l'accouchée, +car le temps approchoit qu'elle desiroit congedier l'assistance. Ce fut +qu'on recommença les reverences. Ma cousine (elle parloit à +l'accouchée), nous venons du Landy, où nous n'avons pas veu grandes +raretez; je vous asseure que les marchands n'y gaigneront pas chascun +dix mil escus.--Si est-ce pourtant qu'il y en a quelques uns qui y font +bien leur besongne, dit une gantière.--On fait d'aussi bons coups au +Landy qu'à la foire Sainct-Germain, repliqua l'autre; les jeunes gens +font des parties avec leurs maistresses et sont bien ayses d'avancer la +besongne devant le mariage, de peur d'estre renvoyez à la cour des +aydes. Demandez-en vostre advis à deux jeunes marchandes d'auprès +Saincte-Opportune: nous les avons veuës faire leurs quinze tours dans +Sainct-Denis, puis elles sont allées achever le reste de leur voyage +dans le bois de Nostre-Dame-des-Vertus, où je me recommande. + +--Ainsy va le temps d'aujourd'huy, dit la mère de l'accouchée; les +filles donnent tant de privauté aux jeunes gens, que bien souvent ils +empruntent un pain sur la fournée, et puis, quand quatre mois après le +mariage madame vient à accoucher, c'est à se plaindre entre nous: Helas! +ma pauvre fille n'a point porté son fruict à terme, elle a faict quelque +effort! Et tous les efforts qu'elles font, c'est qu'elles marchent +quelquefois sur la platte d'une orange, et glissent dans un lieu infame. + +--Il y en a qui ne sont point en ceste peine (dit une dame d'honneur), +car dès l'aage de six ans, ils placent leurs filles en religion, sans +sçavoir si elles y sont propres ou non, et bien souvent il faut sauter +les murailles. + +--Aussi vray, Madame, dit sa voisine, vous ne rencontrastes jamais +mieux; la pluspart le font pour agrandir leurs maisons, les autres pour +des considerations particulières; mais tous en general, et les parents +et les religieuses, ne songent qu'à leur profit. + +--Pour faire bien maintenant son profit, dit la femme d'un certain +receveur, il faut s'associer avec ceux qui tiennent la ferme du sel[131] +et avec les commissaires des guerres: les premiers font leur profit et +desrobent par mer, et les autres pillent et vollent par terre; on fait +passer des batteaux chargez de sel soubs main, et puis ils font les +rencheris. D'autre costé, les tresoriers et commissaires des guerres +sont en saison; s'il leur faut faire un payement de deux ou trois mil +livres: Monsieur, diront-ils à un capitaine, nostre argent n'est pas +encore arrivé; s'il vous plaist d'avoir un petit de patience... L'autre, +qui est pressé, les quitte pour la moitié, et ainsi monsieur le +tresorier se trouve aussi riche tout seul que ceux à qui, en general, il +aura fait son payement[132], sans les passe-vollans[133] qu'ils +admettent dans les compagnies.--M'amie, cela ne sera pas long-temps +ainsi: le roy y mettra bon ordre. Quand il en aura chastié deux ou +trois, les autres n'y retourneront plus. + +Tandis, le temps s'escouloit insensiblement. La nourrisse eut bien +désiré de dire un mot devant que de partir, mais sa maistresse la remit +à un autre jour et pria sa mère de congedier la compagnie, ce qui +m'apporta du contentement[134], car, si elle y eut sejourné plus +long-temps, il m'eut fallu faire comme le diable que vit un jour sainct +Martin, qui, tenant registre derrière le pillier d'une eglise de tout ce +que trois ou quatre femmes disoyent, et voulant allonger le papier qui +luy manquoit avec les dents, de mal'heur il se frappa la teste contre le +pillier. Moy, de peur que le mesme accident ne m'arrivast, j'ay mieux +aymé remettre le tout à une autre fois. + + + + +LA TROISIÈME APRÈS-DISNÉE DU CAQUET DE L'ACCOUCHÉE[135]. + + +Depuis hier j'ay appris d'un certain medecin de mes amis que les potages +blancs estoient grandement profitables aux accouchées, et que l'on ne +pouvoit leur apprester aucun assaisonnement ou viande plus propre, +d'autant qu'elles ont besoin de restringens propres pour arrester le +grand flux qui arrive aux femmes lors de leur accouchement, outre qu'il +est besoin de les resserrer; ce qui me fit songer aussi tost à ce que +j'ay ouy dire d'un drosle qui, le jour de l'accouchement de sa femme, +s'escrioit devant la porte de la maison: Largesse, largesse! Je fis mon +profit de ce que me dit le medecin, pour le dire le lendemain à ma +cousine, que je fus visiter pour pouvoir escouter tout ce que celles qui +la visiteroient rapporteroient, tant des affaires particulières de leurs +maisons que de celles de dehors, et, m'estant rendu au logis à l'heure +accoustumée, je vis l'accouchée, laquelle n'estoit pas trop contente de +la visite qu'elle avoit eu le jour d'auparavant, d'autant (disoit-elle) +qu'il pourra sembler à la compagnie que, pour luy faire moins d'honneur, +l'on y avoit fait trouver des fruictières, des femmes de meuniers[136] +et autres racailles, qui estoient si impudentes et effrontées que de +parler avec des femmes de Messieurs des Comptes, de secretaires, de +tresoriers et autres de qualité. + +Après luy avoir dict ce que j'avois apris de ce medecin, je me plaçay +dans le cabinet qui est au chevet de son lict, et me mis là en estat +d'escrire; et songeant à ce que je commancerois, la femme d'un +commissaire des guerres, qui porte l'attour de damoiselle, combien +qu'elle soit cousine germaine de M. I. G.[137], entre, et, après avoir +faict la reverence assez bien, car elle est courtisane il y a fort +long-temps, s'assit et dit que le temps estoit fort inconstant, et que +le bon-heur luy en avoit bien voulu depuis un an en çà, car son mary +avoit eu suject de revenir de la guerre, ayant eu les jambes cassées, où +il faisoit assez bien ses affaires, mais que pour ce suject il estoit +dispensé de servir, et ne laisseroit de recevoir ses gages par deçà, +tout ainsi que s'il y estoit.--Pour moy, dit l'accouchée, encores est-ce +un contentement quand hors d'exercice l'on est bien payé, veu que +pendant iceluy on a toutes les peines d'estre payé des thresoriers, qui +font passer tant de passe-volans que c'est merveille, et en disant +qu'ils n'ont point d'argent font faire composition d'ordinaire à la +moitié, à la confusion du pauvre soldat et au profit de monsieur le +tresorier.--Veritablement, Madame, dit la damoiselle, vous avez touché +au but, car cela est vray; et ils font bien pis: ils font à toute heure +croire au roy qu'il n'y a point d'argent dans ses coffres, et l'obligent +par ce moyen à trouver de nouvelles inventions pour en avoir, ce qui ne +se fait jamais qu'à la foule du pauvre peuple, lequel est à present aux +plus grans abbois du monde.--Mais encores, dictes-moy, Madamoiselle, +quels sont les plus communs profits de Messieurs les commissaires des +guerres, veu que ces estats sont tant recherchez aujourd'hui, que +beaucoup de tresoriers, conseillers, presidens, advocats, procureurs et +autres y placent leurs enfans et parens? Pour mon regard, il me prend +envie de dire à mon mary qu'il en aye un pour vivre plus à son +aise.--Madame, dit la damoiselle, le gain est si grand que (s'ils +veulent) ils peuvent mettre trois ou quatre livres de poudre dans leurs +pochettes autant de fois et à chaque coup de canon que l'on tire; ainsi +des boulets, ne faisant mettre assez souvent que de la bourre dans les +canons, comme ont fait plusieurs au premier voyage du roy vers +Montauban.--Pendant ces discours, plusieurs damoiselles et bourgeoises +entrèrent en la chambre, lesquelles prirent place. + +Une damoiselle, femme d'un autre tresorier des guerres qui se trouva là, +prenant la parole, dit comme en cholère: Madamoiselle, puisque Monsieur +vostre mary est de l'artillerie, vous ne devriez pas parler si +ouvertement. Ne sçavez-vous pas qu'il est besoin de celer le secret des +charges de nos maris, lesquels ne nous les disent qu'avec grande +difficulté, de peur que l'on n'en face quelque rapport au roy, lequel +est assisté de flatteurs qui nous font ronger les ongles d'assez près? +Et tant s'en faut qu'il faille en parler, qu'au contraire il se faut +toujours plaindre. Croyez-vous que nostre cuisine fust si grasse qu'elle +est, et que nous aurions tant de suitte de valets et servantes, si le +roy voyoit bien clair en nos affaires? Et pour empescher la recherche +que l'on voulut faire, il y a quelques années, des tresoriers de la +France, ne composa-on pas avec les partisans? Et asseurez-vous que l'on +ne fera pas autrement si l'on les recherche de nouveau, comme l'on en +murmure. + +--Madamoiselle, ce dit la femme d'un secretaire, je vous prie de croire +que MM. les tresoriers de France ne seront pas recherchez, car ils sont +trop grands seigneurs, et que si l'on entreprenoit ceste affaire, ce ne +seroit que pour tirer quelque pièce d'argent[138]; mais toutesfois, pour +que l'on ne descouvre leurs affaires à tout le monde, je pense qu'il n'y +a rien meilleur que de courir au devant, et de jetter, comme on dit, à +la gueule une somme d'argent pour n'en estre point parlé. Mais je sçay +bien que l'on en veut fort aux greffiers, qui reçoivent plus que leurs +droicts, et s'ingèrent de faire des charges qui sont deües à d'autres, +ou au moins prennent des charges en tel nombre que six ou sept jeunes +hommes seroient honnorablement employez, lesquels, au moyen de ce, +perdent leur jeunesse faute d'offices et d'exercice; outre qu'ils sont +cause que les offices sont très chers et se vendent à si haut prix[139] +que bien souvent aussi on n'en peut avoir, car ils en cèlent le revenu. + +La femme d'un conseiller dit: Mes damoiselles, voulez-vous que je vous +die ce que mon mary me disoit l'autre jour à propos des greffiers? Il me +dit qu'il s'estonnoit de ce qu'une place de greffe du Chastelet de ceste +ville de Paris a esté venduë dix mille escus, laquelle place, à son +avenement à son office de conseiller, ne se vendoit que mil escus. +N'est-ce pas pour s'estonner avec raison? Car quelle apparence de +gaigner l'interest de ceste somme? Il dict qu'il est impossible, et que +l'affluence des affaires et les droits ne sont si grands; pour le +regard du tour de baston[140], on le faict aussi grand[141] que l'on +veut. L'on ne sçauroit juger de la volonté des hommes et de leur +intention; mais sçay-je (comme dict mon mary) que l'on ne sçauroit faire +son salut en cest exercice, et qu'il faut de necessité exiger plusieurs +droicts qui ne leur sont deubs. + +--La femme d'un greffier qui estoit là dict: Madamoiselle, vous parlez +bien des greffiers, mais vous ne sçavez pas la recherche que l'on veut +faire des conseillers; et l'on dict qu'ils ne doivent faire faire des +comparitions en leurs maisons, car les arrests de la Cour les leur +deffendent. Vramy, Madamoiselle, vous devriez bien prendre garde à vos +affaires; vous serez peut-estre plustost en peine que nous, car l'on +commencera premierement par vous et non que par nous. + +L'accouchée, levant la teste, dit alors: Là, Mesdames, je vous prie de +prendre ce qui se dit icy par forme de devis, et non pas au point +d'honneur, car c'est à faire aux hommes de le debattre, et prevoir ce +que nous pouvons dire. Parlons, s'il vous plaist, d'autres choses. +N'avez-vous veu et leu les questions de Tabarin[142]. + +--Ouy, Madame, dit la femme d'un secretaire du roy, je les ay leuës il +n'y a pas un mois; mais je n'y prends pas beaucoup de plaisir, car l'on +m'a dit qu'il y a bien à dire de ce que dit Tabarin et de ce que l'on a +escrit sous son nom, et qu'il n'y a rien de tel que de l'ouyr. + +--Vramy, Madamoiselle, dit la femme d'un medecin, je l'ay ouy dire ainsi +à mon mary; mais il trouve que Mont-d'Or dit beaucoup confusement, et +s'estonne de la facilité des bourgeois de Paris, qui se laissent +persuader si legerement à ses discours[143], qu'à le voir debiter +aujourd'huy sa marchandise il semble qu'il arrive tout nouvellement en +ceste ville: car il la departit en si grande quantité que rien plus. + +La femme d'un des tresoriers repliqua: Madame, c'est peut-estre la bonne +mine de Mont-d'Or qui luy fait debiter sa marchandise si promptement: +car il y a des personnes qui m'obligeroient plustost à prendre quelque +chose d'eux que non pas les autres. + +Peut-estre que la bonne façon de son commis[144] luy faisoit tenir ce +discours, car on dit quelle luy porte quelque affection. J'en appris des +nouvelles il n'y a pas long-temps; mais, sans la scandaliser, elle ne va +guères aux champs sans luy, faisant croire à son mary qu'elle craint les +rencontres mauvaises. Mais oserois-je dire qu'une femme d'un procureur +de la Cour de parlement ne fait rien que par la volonté de son clerc? Et +le plus souvent, quand elle veut prendre un collet monté, il faut +prendre l'advis du clerc pour sçavoir s'il est bien empezé ou non; et, +s'il ne le trouve bien, il le rompt et froisse entre les mains, en +disant qu'il ne veut pas qu'elle le porte, et si elle pense dire qu'il +couste de l'argent, il repond que ce n'est pas grand chouse d'un teston. + +La femme du medecin, reprenant la parole à propos de Mont-d'Or, dit: +C'est vray que la bonne mine provoque quelquefois à prendre de la +marchandise, encore bien que l'on n'en aye affaire[145]; mais l'on n'en +peut pas dire autant de Desiderio des Combes, que l'on nomme +Charlatan[146], car il n'a pas bonne trongne[147], et de bien dire il +luy en manque autant; on dit aussi qu'il le sçait bien confesser. Pleust +à Dieu que chacun fust aussi libre de confesser sa naïfveté! En cela +l'on peut croire qu'il n'est pas charlatan, si ce n'est que l'on veut +dire qu'il use de mots estranges pour mieux vendre et debiter ses +drogues, et par ce moyen en baille à garder aux uns et aux autres; +toutefois il faut sçavoir qu'en la medecine il y a des mots fort +obscurs, et de l'art (comme l'on dit), et si cela n'avoit lieu, il +faudroit dire que les apotiquaires et medecins, pour oster la commodité +au menu peuple de composer de soy-mesme quelques medecines, usent de +mots barbares, combien que les choses et drogues qu'ils signifient +soient très communes. + +--Je l'ay ouy dire ainsi, dit la femme d'un secretaire, qui ayme fort à +ouyr parler de la medecine et pharmacie, car son premier mary estoit +empirique et distillateur de la royne, et dit luy avoir ouy dire plus, +sçavoir, qu'il y a des herbes dans nos jardins dont nous pourrions bien +ayder et servir pour notre santé, si nous en avions la cognoissance, et +que le plus souvent l'on s'en sert à la medecine et pharmacie, et les +apotiquaires les nomment par mots grecs, latins ou arabes, de façon qu'à +cause des noms, le plus souvent ils font croire qu'ils viennent des +Indes-Orientales ou Occidentales, etc. + +La femme d'un notaire qui estoit là dit: Pour mon regard, j'ai demeuré +il y a jà quelque temps chez un apotiquaire; mais je ne luy ay veu +employer que des herbes que l'on racle souvent dans nos jardins, et me +souviens qu'un jour, comme j'estois à la boutique, l'on envoya commander +une medecine: l'apotiquaire ne prit pas d'autres herbes ny ingrediens +que ces meschantes herbes. Depuis j'ay veu les parties pour celuy auquel +on porta la medecine, lesquelles sont pleines de tant de discours +estranges, que pour moy je n'y cognois que le haut alleman, car il y +avoit Or, Occ, Arab, et toutefois je cognoissois tout ce qui estoit +entré en ceste medecine, et je jure la foy qu'il n'y entra jamais que de +meschantes herbes. + +--Vramy, Madame, dit la femme de ce secretaire cy-dessus, il ne s'en +faut pas estonner, car s'ils ne faisoient ainsi, ils n'enrichiroient pas +leurs enfans comme ils font. Ne sçavez-vous pas qu'à S.-Germain un +apotiquaire a laissé des moyens suffisamment à son fils pour avoir un +office de payeur, qui vaut huict mil escus et plus? Mais qui vous diroit +qu'ils font aujourd'hui leurs enfans conseillers de la Cour, dont y a eu +un grand bruict entre Messieurs du Parlement, qui ne les veulent +recevoir, à cause de la qualité? Mais il y a un bon remède à cela: c'est +qu'il se font recevoir au Parlement de Bretagne le plus proprement du +monde. + +--Madamoiselle, dit la femme de ce medecin, je ne sçay si vous sçavez +qu'un apotiquaire à quitté la moitié de sa boutique pour acheter un +office de secretaire; et qui plus est, sçavés-vous que femme et fille +pleurent ses pechez tous les jours, et n'ont autre resjoüyssance que de +prier Dieu en son logis ou dans les eglises? Mais que ne diray-je pas +des chirurgiens, qui donnent des offices de controoleurs, ou semblables, +qui valent quinze à seize mil francs, à leurs fils? et quant à leurs +filles, il ne leur manque que le masque[148] que l'on ne les prenne pour +damoiselles: elles osent bien aussi faire comparaison avec elles à cause +de leurs moyens. + +La femme de ce secretaire dit: Je vous jure, Madame, que jamais je ne +fus plus estonnée. J'estois en une fort honneste compagnie l'autre jour, +où il arriva un jeune muguet vestu à l'adventage, avec l'habit de satin +decoupé, le manteau doublé de panne de soye, le chappeau de castor et le +bas de soye[149], lequel se mit à cajoler une bonne heure entière, et +usoit de toutes sortes de complimens. Après qu'il fust sorty, je +m'enquestay quel il estoit: l'on me dit qu'il estoit fils d'un +chirurgien; mais jamais je ne vis rien de plus leste, car il a mine de +quelque courtisan. Aujourd'huy l'on ne cognoist plus rien aux habits: +tout est permis, pourveu que l'argent marche; quant on parle à +quelqu'un, on ne sçait si l'on doit dire Monseigneur ou Monsieur +simplement. + +--Mais que dira-on de l'apotiquaresse qu'un chacun cognoist bien? dit la +femme du notaire. Elle contrefaict si bien la belle, qu'il luy semble +bien qu'ouy. N'avez-vous pas ouy dire qu'elle va souvent en la cour du +Palais, et que l'on est bien receu chez elle pourveu qu'on luy porte? +Quant à elle, elle n'est nullement ceremonieuse. + +Sur ces entrefaittes le medecin et le chirurgien entrent, qui fut cause +que l'on changea de discours, et toutes les damoiselles et dames qui +estoient presentes leur demandèrent s'il y avoit de l'amendement en +l'accouchée, et si elle avoit encores la fièvre qui l'avoit tourmentée +les jours precedens. Ils dirent qu'elle en avoit encores quelque +reliqua, mais que, Dieu aydant, elle seroit bientost à son aise; et +incontinent ils sortirent. Après, l'accouchée dit à la compagnie: Sur +quels discours estiez-vous demeurez, Mesdames? + +La femme d'un conseiller, prenant la parole, dit que l'on parloit des +enfans des medecins et apotiquaires de Paris, et qu'il n'y avoit que +trop à dire sur eux, mais qu'il y avoit encores plus à redire sur les +orfévres: Car j'en cognois, dit-elle, un qui a plus de suject de vacquer +à fermer sa boutique que non pas à l'ouvrir, d'autant qu'il y en entre +plus qu'il n'en sort: je dis des marchands; aussi a-il une assez jolye +femme; je ne dis pas qu'elle face l'amour, car il y a long-temps qu'il +est fait, outre qu'elle est prescritte et ne sert plus qu'à un, dit-on, +qu'elle nomme son frère. + +La femme du medecin replicqua: Quoy! Madamoiselle, seroit-il possible +qu'elle fust entretenue par son frère?--Madame, dit la damoiselle, on le +dit ainsi, proche la ruë aux Ours.--Madamoyselle, ils meriteroyent donc +tous deux d'estre punis, car c'est un grand peché[150]. + +Mais, dit la damoiselle, que doit-on juger d'une femme qui descouche +quelquefois au desçeu de son mary, comme elle fait?--Vramy, +Madamoiselle, dit la femme d'un medecin, c'est pour donner suject de mal +parler d'elle, beaucoup plus que ces filles qui avoyent esté perduës +l'espace de vingt-quatre heures, car elles ont esté emmenées contre leur +volonté, et non pas elle, qui ne pouvoit pas estre forcée.--Il est vray, +dit la damoiselle. + +--Je ne sçay, dit la femme du medecin, si je vous oserois dire que la +femme d'un jeune orfèvre demandoit, ainsi que j'entendis l'autre jour en +passant, à un jeune homme, s'il avoit une maistresse, et qu'il devoit +luy acheter une monstre qu'elle tenoit, pour luy en faire present; ce +qui fut cause que je m'arrestay court à une boutique vis-à-vis, pour +voir et contempler les actions de ceste jeune femme. Je remarquay tant +de folies et de sottises entre ces jeunes gens que rien plus, dont je +fus fort estonné, et avec moy le voisin au logis duquel je m'estois +arresté. Il faut crier: Au chat! au chat! + +--A propos de monstre, dit la femme d'un conseiller, il me souvient que +la femme d'un orfévre avoit attrapé d'un jeune homme une belle monstre +pour jouyr de ses beaux yeux chassieux, qu'elle a esté depuis +contraincte rendre, mesmes en la presence de son mary, qui feignoit n'en +sçavoir rien. La feinte fut bonne aussi de la part de l'orfevaresse, car +elle dit que le jeune homme l'avoit oubliée le jour de devant, et que +l'on ne la luy vouloit pas retenir. + +L'on apporta pendant ces discours un panier de cerises très belles à +confire à l'accouchée, de la part d'un sien parent orfèvre, qui fut +cause que l'on changea de discours, et que la femme du medecin dict +qu'elle s'estoit trouvée depuis huict jours en çà en compagnie vers la +rue de la Coustellerie, où l'on faisoit confire des cerises, et avoit +remarqué que l'on en mettoit à part pour Monsieur un tel, à cause de la +sollicitation d'un procez qu'elle avoit gaigné: car son mary ne dit mot, +fait le tacet en sa presence, et elle court partout. + +--Je fus il n'y a pas long-temps en la ruë Sainct-Jacques, dit la mesme +femme du conseiller, pour y acheter des pots à confiture; mais j'y +appris de belles nouvelles: on disoit qu'une certaine jeune femme avoit +esté emmenée à Roüen, et que son mary l'estoit allé querir, et qu'il +l'avoit fait mettre prisonnière, ensemble celuy qui l'enmenoit; que cet +affaire avoit esté accordé moyennant cinq ou six cens livres. + +La femme d'un advocat, qui estoit en la compagnie, dit: Mesdames, je +l'ai ouy dire ainsi à mon mary, qui plaida la cause; et, bien +d'avantage, celuy qui a payé cet argent a bien eu encores du différend +avec eux: car ils ont plaidé au criminel pour des injures; le mary a eu +des deffenses contre ce tel de mesfaire ny mesdire. + +--Que dira-on, dit la femme d'un conseiller, de la belle vitrière? A +propos de pots de verre, je ne sçay s'il est vray qu'elle fait benir ses +verres par un P. (sans offenser l'ordre); mais à la Tournelle on en +parle fort, comme aussi de sa sœur, qui va voir quelquesfois madame +de la Pille. + +L'accouchée fit le holà pour parler de l'imprimerie, et commença +elle-mesme à dire: Mesdames, ceste sœur dont Madamoyselle a parlé a +bien advancé son mary par le moyen de Monsieur un tel, qui a bien du +credit chez les libraires, principalement sur ceux proche le +Puis-Certain[151] et de la ruë Sainct-Jacques. + +La femme du conseiller dit qu'elle en cognoissoit bien une, laquelle +court et va souvent au marché neuf avec une jeune passementière de +dessus le pont, et la femme d'un advocat, au quartier de l'Université, +pour satisfaire à des assignations qu'elles donnent au Coq, où se +débroüillent plusieurs affaires dont leurs maris ne sont capables: car +elles n'y vont qu'à leur desçeu, deux ou trois fois seulement par +semaine. + +--Il est bien à craindre (dit la femme du medecin) que la nécessité ne +face joüer quelques amours entre une femme de ce cartier-là et un jeune +homme, tous deux de l'Université, ou bien le peu d'amitié qu'elle a pour +son mary; je sçay bien au moins qu'il y a bien du soubçon, et peut-estre +avec raison. + +--Il y a bien pis, dit la femme du conseiller: on dict que deux jeunes +femmes de la ruë Sainct-Jacques se vont pourmener à deux lieuës de cette +ville, en la compagnie de deux jeunes hommes qui leur assignent heure, +jour et rencontre par un mot de lettre, et que par mal'heur la lettre +ayant esté veuë par les maris, ils simulèrent n'en rien sçavoir, et le +jour venu dirent à leurs femmes qu'ils alloient aux champs, dont elles +furent bien ayses, croyans par ce moyen avoir le temps libre pour aller +à leurs assignations, où elles ne manquèrent non plus que leurs maris, +qui se desguisèrent et entrèrent à l'hostellerie où se passoient les +affaires, et d'une chambre proche qu'une simple cloison separoit de la +leur, ils entendirent faire la feste à la façon de la beste à deux dos, +dont ils demeurèrent bien estonnez, et avec leur courte honte s'en +reviennent en ceste ville, se consolans en eux-mesmes contre l'infortune +qu'ils disoient estre commune à plusieurs, disans que leurs femmes n'en +avoient apporté la mode en France. Je vous demande si ces maris-là ne +meritent pas bien cela? Je sçay bien qu'il n'y a point de soubçon de ce +costé-là, car l'affaire est toute certaine. + +--Madame, dit la femme du medecin, les livres sont de grand prix, et si +j'ay ouy dire à mon mary qu'il y a des temps que certains livres qui ne +valent par cinq sols pièce, valent pistolles, de sorte que ceste +marchandise augmente souvent et ne diminuë guères, et ainsi ils +s'enrichissent fort, ce que ne peuvent pas faire ceux qui impriment ou +font imprimer tant de nouveautez ou phantasies qui se publient et +debitent tous les jours. + +--A propos de nouveautez, dit la femme du conseiller, on fit present +l'autre jour à mon mary d'un petit discours intitulé l'esprit de la Cour +qui va de nuict[152]; mais d'autant que la matière ne respond en façon +du monde au titre, je voudrois que celui qui l'a faict eust un esprit de +jour, et non pas de nuict, obscur et perdu, afin qu'il peust +recognoistre ce qu'il veut escrire, car on n'y cognoist rien. + +--Mais que vous semble, dit la femme du medecin, de ceste relation +generale des conquestes et victoires du roy sur les rebelles[153]? + +--C'est du papier mal employé, dit la femme du conseiller, car il n'y a +rien de remarquable, qui soit de l'histoire; l'ordre n'y est pas bien +gardé, et, qui plus est, l'on escrit par là que Clerac a esté pris et +reduit à l'obeyssance de Sa Majesté depuis la ville de Negrepelisse, qui +a esté renduë au roy depuis quinze jours seulement[154]. Je ne m'estonne +pas de toutes ces fautes, et des faussetez qui se passent aux escrits +d'aujourd'huy. + +--J'ay veu, dit la femme du maistre des requestes, un discours de la +prise de Sainct-Antonin[155] qui est fort mal faict aussi, car l'autheur +met à la fin ce qu'il doit mettre au commencement, sçavoir, la sommation +aux habitans de se rendre, après avoir escrit la reduction, qui est +posterieure. + +--J'ay veu aussi, dit la femme du medecin, deux discours de la vie de la +dame Therèse[156], en l'un desquels il est escrit qu'elle a eu deux +pères, en l'autre qu'elle n'en a eu qu'un; mais je pense que l'imprimeur +n'a peu lire l'escriture de l'autheur, ou bien qu'il ne l'a pas releu. +Au moins, il semble que l'autheur ait voulu dire qu'au monastère dont +est question, il y avoit deux filles du nom de Therèse, l'une desquelles +estoit fille d'un nommé Bermude, et l'autre (qui est la veritable mère +et saincte Therèse) estoit fille d'un nommé Sanchez: car je l'ay appris +ainsi. Toutesfois l'on a eu tort de faire ceste faute en l'impression, +car il y a de la peine de faire sçavoir les erreurs au menu peuple, qui +est par trop grossier et lourd d'esprit. + +--J'ay veu aussi, dit la femme du conseiller, un discours du Courtisan à +la mode, imprimé il n'y a pas long-temps, lequel n'estoit autre chose +qu'un extraict ou transcrit de l'Espadon satyrique[157] mot pour mot, ce +qui ne se devroit tolerer: car c'est tromper et abuser le monde. J'ay +ouy dire, mais je ne sçay s'il est vray, qu'un petit libraire reformé de +la ruë Sainct-Jacques est fort ordinaire de ce faire: c'est pourquoy +l'on ne veut plus rien acheter de ce qui se vendra sous son nom. + +La femme du medecin dit: Et pourquoi, Mademoiselle, ne veut-on plus +acheter de ce qui se vend souz son nom? N'est-il pas libraire? ne luy +est-il pas permis de faire imprimer et vendre comme les autres? ne +fait-il pas des apprentifs? bref, n'est-il pas bien capable? + +--Ouy-dà, dit la damoiselle femme du conseiller, il est bien capable; +mais c'est qu'il ne se veut pas donner la peine de travailler quand il +trouve la besongne toute faite, comme les pourceaux (sauf la +chrestienté), qui mangent, par reverence, la merde, pource qu'elle est +toute maschée. Il est quelquefois temps de rire. + +La femme d'un notaire dit: Mesdames, j'estois, il n'y a pas long-temps, +en une compagnie où on se plaignoit fort de ce libraire-là; je me doute +quel il est sans le nommer. On disoit que le jour il faict imprimer ce +qu'il songe la nuict, et un honneste homme de qualité, je vous jure, le +disoit ainsi; et plus, il dit que le roy n'avoit point de plus valeureux +guerrier que luy en tout son royaume: car on est tout estonné que, luy +ayant donné le bon soir bien tard, le lendemain, avant qu'il s'esveille, +il a mis à bas dix-huict mil hommes, tantost des dix mille, quelquesfois +cinq cens tout à la fois, et au premier jour d'après l'on crie par la +ville des deffaictes plus grandes que celles d'un Pompée. + +--Je ne m'estonne pas de ces escrits, dit la femme du conseiller; qui +est celle d'entre nous qui n'a point veu son nom escrit dans quelques +pasquins, attendu que l'envie ou mal-veillance? du monde est si grande +aujourd'huy, qu'à peine la plus femme de bien se peut-elle garentir de +tels escrits scandaleux et injurieux? Mesmes les plus grands n'en sont +pas seulement exceptez: c'est pourquoy les vertueux et vertueuses ne se +ressentent pas autrement des injures qu'on leur impose, ne plus ne +moins que la palme que l'on essaye abbaisser et atterrer, et plus +neantmoins elle se relève. + +La femme du notaire dit: L'on appelle ouvertement un partisan +monopoleur, à cause qu'un clerc qui anciennement avoit servi dix ans +estoit maistre, et qu'aujourd'huy, après avoir servy ce temps-là, il est +contrainct de vendre son patrimoine, et encores emprunter pour achepter +un meschant estat, qui ne le peut nourrir six mois en un an s'il ne +desrobe. + +--Ne parlons plus, dit l'accouchée, de ces libelles diffamatoires; +parlons des belles papetières. Quand à moy, je vous diray qu'au +cloistre[158], l'une y a tant de crédit, qu'elle y pourra faire mettre +un enfant pour servir au chœur quand il luy plaira: car elle est bien +venuë de monsieur un tel. + +--Vramy, Madame (dit la femme d'un secretaire), bien d'autres qu'elles +y ont bien du credit, à cause de quoy l'on en doit parler à Monsieur le +procureur general, et sur tout pour faire faire deffence au portier +d'ouvrir la porte à heure induë la nuict, comme il fait nonobstant +quelque adveu que ce puisse estre: car il y a de l'abus trop grand; un +procureur qui en est proche le peut bien dire s'il veut. Mais rayons +cecy et passons outre. + +La femme du notaire dit qu'il y avoit deux filles panetières et +lingères, toutes deux assez proches voisines, lesquelles sont d'humeur +fort courtoise, et que bien souvent elles font partie avec des jeunes +hommes pour aller à Sainct-Cloud et à Vaugirard pour y passer le temps, +sans que leur père et mère leur en osent dire mot, ce qui est de mauvais +exemple. + +--C'est chose de bien plus mauvais exemple, dît la femme d'un +secrétaire, de voir qu'une fille retient sa mère prisonnière sous +couleur qu'elle la tance de ses complexions, et de ce qu'elle luy +reproche qu'elle a attrapé tout son bien par l'artifice de son mary, et +que tous deux ils ne la veulent plus voir, aujourd'huy qu'ils l'ont +despoüillée: encores dit-on que ceste pauvre femme ne s'affligeroit +point tant si sa fille se retiroit de sa mauvaise vie, et ne donnoit +exemple de faire mal à sa fille, qui est fort jeune. + +--Les exemples des inimitiez d'entre les parens sont si ordinaires, que +de les citer icy les uns après les autres (dit la femme d'un procureur), +ce ne seroit jamais faict; parlons plustost des bons maris: sçavez-vous +point qui est ce libraire lequel porte tant de respect à sa femme, qu'il +prend cinquante escus en cachette d'elle pour payer les espices d'un +procez contre les Normands (Dieu benisse la chrestienté!) qu'il a perdu, +et qu'il luy fait croire qu'il a gaigné?--Madamoiselle, j'en ay bien ouy +parler; mais je ne me puis souvenir de son nom; au moins je sçay qu'il +porte une grande barbe, et la perte de son procez provient peut-estre de +ce que son solliciteur n'y voyoit qu'à demy, ou bien que l'on a sonné la +diane et la retraicte promptement. + +La femme du notaire dit: Veritablement, Mesdames, j'estime ces femmes-là +heureuses desquelles les maris sont tant respectueux et doux. Pour mon +regard, je me puis vanter d'avoir un bon mary, car il n'est point jaloux +de moy; il me laisse baigner et pourmener avec mes voisines, et +d'ordinaire je demeure, pendant qu'il s'en va coucher, à la porte avec +de mes voisins et voisines à deviser quesquesfois jusques à minuict, et +s'il sçait que je presente la collation, il ne m'en dit mot. + +--Pleust à Dieu, dit la femme d'un conseiller, que mon mary me fust +aussi facile, et qu'il ne me tinst point de si court! Quand il luy prend +quelque ombrage, il m'enferme soubs la clef et s'en va; à quoy +toutesfois j'ay bien donné ordre, faisant faire une autre clef, que ma +servante porte, avec laquelle je me mets en liberté quand bon me semble. + +--Je me suis laissé dire, disoit la femme d'un advocat, que la femme +d'un C. estoit grandement aise de ce que son mary faisoit la despence du +logis, et achetoit jusques à un balai à balayer la maison, et qu'il +seroit bien marry de bailler un sol pour un carolus[159]; aussi y +regarde-il de bien près. Quant à sa femme, elle n'a autre soing que de +prier Dieu, se lever, boire, manger et dormir, ce qui est bien difficile +à faire, comme je croy. + +--Une autre, dit la femme d'un conseiller, doit bien estre aussi aise, +car son mary est si soigneux de la cuisine, qu'il espargne les gaiges +d'un cuisinier et ceux d'un sommelier, faisant bouillir luy-mesme la +marmitte, et accommodant le couvert de la table; sa femme luy sçait bien +dire que ce n'est pas sa qualité. + +L'accouchée, voulant prendre congé de la compagnie et lui donner le bon +soir, dict: Mesdames, quand l'on a parlé tantost de l'imprimerie, +j'avois peine de me souvenir de ce qui me vient à présent en memoire, +sçavoir que, l'autre jour, un de mes amis ayant un factum à faire +imprimer, il s'adressa à un certain quidam qui affiche à sa boutique: +«Ceans y a imprimerie, où l'on imprime factum et autres œuvres», +combien qu'il n'en ayt point, et qu'il n'y cognoist que bien peu, +s'addressant aux imprimeurs pour les faire imprimer, comme font la +pluspart desdits preneurs de factum à imprimer, essayant ainsi à gaigner +quelque chose, tant avec ceux qui donnent à imprimer, qu'avec les +imprimeurs. Mais le malheur en voulut tant pour ce mien amy, qu'à faute +d'avoir eu à l'heure promise ledit factum, il perdit son procez. Cela +advint par la contention d'entre l'imprimeur et le libraire qui avoit +entrepris de le faire; et certainement il y a plus perdu que gaigné, à +ce qui m'en a esté rapporté, car, n'ayant eu fait en temps et lieu qu'on +lui avoit demandé, on ne l'a pas voulu recompenser de la perte qu'il dit +avoir soufferte. Je croy que cela luy apprendra une autre fois. + +--Vrayement, Madame, dit une de la compagnie, je m'estonne que les +imprimeurs n'y mettent ordre, sans se laisser usurper ainsi le gain qui +leur appartient!--Il est vray (respond celle-là qui avoit encommencé le +discours) qu'ils devroyent bien y donner ordre; mais aujourd'huy tout va +à la renverse, chacun en tire et prend où il peut, et, avec le temps, +chacun aura la cognoissance de l'imprimerie. Ainsi, restant sur ces +derniers discours, chascune se lève de son siége, donnant le bon soir à +l'accouchée[160]. + + + + +LA + +DERNIÈRE ET CERTAINE JOURNÉE + +DU + +CAQUET DE L'ACCOUCHÉE. + +M. DC. XXII[161]. + + +Arrière toute melancolie! je ne demande plus qu'à rire et passer mon +temps. Je faisois partie avec nos voisines pour aller à Fontainebleau, +quand on m'est venu advenir que, l'après-dinée, des dames d'importance +se devoient rendre chez ma cousine l'accouchée. Je coureus incontinent +chez elle pour[162] clorre ma dernière journée, nonobstant l'Anti-caquet +de nos idiots, qui ne parlent françois ny latin, quoy qu'ils feignent +revenir de l'autre monde. Quand ils auront corrigé leur plaidoyé et +escriront en termes recevables, je leur respondray de mot à mot. Ce +sont des sots qui ne sçavent point de nouvelles que celles de la +basse-court, que je laisse pour le commun. Ma cousine me receut à bras +ouverts; nous nous entretinsmes long-temps des discours facetieux qui +s'estoient faits à nostre dernière entreveuë, de la deffiance des dames, +du conte que l'on leur avoit fait que quelqu'un se cachoit en la ruelle +du lict, et mesme de leur curieuse recherche. Nous en rismes à gorge +desployée. Elle s'informa des nouvelles du Palais. Je luy dis la plus +commune, du pelerinage des deux mercières. Elle me pria de luy en faire +le conte. Je luy rapporte fidelement comme tout s'estoit passé: que les +deux bourgeoises, feignant de se vouloir acquitter d'un vœu qu'elles +avoient faict d'aller à Nostre-Dame-des-Vertus, auroient demandé congé à +leurs maris; qu'après leur avoir accordé, ils seroient entrez en +ombrage, et, pour sçavoir la verité, les auroyent suivies, l'un avec un +habit de moyne emprunté des religieux de Sainct-Martin, l'autre avec le +sien ordinaire de père de l'Oratoire, et rencontrées à my-chemin, +conduites par deux jeunes advocats; comme ils les suivirent de loing, +entrèrent en mesmes logis que nos amoureux choisirent sans estre +recognus, et, s'estans glissez subtilement soubs un lict de leur +chambre, virent en leur presence balotter leurs femmes, sans y pouvoir +apporter remede; leur retraitte sur le soir, le nouveau courage des +maris, qui doublèrent le pas et les abordèrent, la fuitte de nos +galands, et finalement comme nos cocus menèrent leurs femmes dans une +saulsaye prochaine pour partager en leur communauté la miserable fortune +d'Acteon. Ils se reservèrent les cornes, et donnèrent à leurs paillardes +les decouppures et diaprures gentilles.--Veux-tu que je te die, cousin? +me dit-elle, je ne sçaurois m'empescher de plaindre le sexe; je ressens +un extrême desplaisir de la mauvaise fortune de ces pauvres femmes, car, +sur ma foy, ces sots méritent bien de porter le ramage. Sçachez, mon +amy, qu'il y a trois choses qu'à l'heure qu'on les recherche le plus +curieusement, on voudroit les trouver le moins: le fond de sa bourse, de +la viande à un privé, et sa femme faisant l'amour. Ces curiositez trop +grandes sont grandement blasmables, et n'apportent enfin que toutes +sortes de desplaisirs. Mais il me semble que J'ai apperceu quelque +esmotion en ton visage au recit que tu m'as fait de ceste histoire; en +conscience, si tu estois marié, ne serois-tu point jaloux?--Je luy +respondis hardiment que non. Elle me pressa pourtant encores, et me +demanda laquelle des deux conditions je voudrois choisir, ou d'estre +cocu, ou abstraint à ne jamais faire l'amour. Je lui fis la mesme +response que fit autrefois ce grand capitaine à Tholoze, le souprieur de +la nation Bourbonnoise, que, prenant le certain pour l'incertain, +j'aymerois mieux que tous les laquais de la Cour courussent sur le +ventre de ma femme, que d'estre abstraint à ne point faire l'amour.--Je +t'aime de cette humeur, cousin, me dit-elle, et veritablement tu as +raison: aussi bien dois-tu croire qu'il y a quelque fatalité qui +accompagne ce ramage que l'on ne sauroit esviter, et semble qu'on y est +destiné. Larcher, notre procureur en Parlement, ce mangeur de pâtés de +pheniceaux, m'a advoüé qu'auparavant son mariage ses cornes commençoient +à pointer, et que plusieurs fois, faisant faire son poil, il les avoit +fait voir à L'Ange, son chirurgien.--Nous entrions bien avant en lice, +quand une fille de chambre, accoudée sur une fenestre, nous advertit que +les dames estoient sur le seuil de la porte. Je me retire incontinent au +cabinet, où je n'eus pas plustost prins place, que la compagnie entra; +chacune prit son siége selon son rang. Une maistresse des requestes, qui +conduisoit la troupe, commença à parler la première. Hé bien, ma +mignonne, dit-elle à l'accouchée, comme t'en va? Il me semble que je ne +t'ay point veuë en meilleur estat. Sans mentir, je te trouve plus belle +que jamais. Asseurement, les enfans t'embellissent: je te conseille d'en +recommencer un bien tost, si tu n'y as desjà travaillé.--Helas! Madame, +que me dites-vous! dit l'accouchée; je suis bien résoluë au contraire, +et de faire plustost lict à part pour m'en garantir. Je suis desjà +chargée de cinq petites canailles, qui crient continuellement; je ne +puis prendre ny repos ny patience; ils me tourmentent nuict et jour. Hé, +bon Dieu, que deviendrois-je si j'en avois davantage?--Ma fille, tu es +bien folle, dit alors la maistresse des requestes; ce ne sont que +gentillesses; auparavant qu'ils soient en estat de te donner beaucoup de +peine, tu en auras perdu la moitié, ou peut-estre tout. Si tu estois +comme moy, veritablement tu serois à plaindre. J'ay quatre grandes +filles, la plus jeune aagée de dix-huict ans, desquelles je ne me puis +deffaire. C'est une grande pitié aujourdhuy, que, quelque gentilles et +bien conditionnées qu'elles soient, l'on ne sçauroit les pourvoir si on +ne leur donne des miliers d'escus. Un conseiller de la Cour, ni un +maistre des comptes, n'espouseront point une fille si elle ne paye leur +office, qu'ils achètent pour la pluspart à la bource d'autruy. J'en suis +quelquefois au desespoir.--Madame, je sçay un bon remède, dit la femme +d'un conseiller des requestes du Palais, de la ruë Montorgueil: il faut +faire comme nostre voisin, marier ses filles dans les petites villes; il +a rencontré, avec dix mil escus qu'il a promis à sa fille, un jeune +homme de bonne mine, des meilleures familles de Moulins, bien, qualifié, +qui luy rend des effects pour quatre vingts quatre mil livres.--Madamoiselle, +dit une changeuse du pont Nostre-Dame, permettez-moi que je vous die +qu'il n'y a que de se frotter à l'herbe qu'on cognoist, et que mon +oncle a esté grandement attrapé, puisque l'on reduit les quatre vingts +quatre mil livres à huict mil escus de bien pour le plus.--Vous estes +une moqueuse, dit la conseillère; son office seul vaut plus de soixante +mil livres. Comme se pourroit faire cela? Vostre oncle est trop fin pour +se laisser dupper de la sorte.--Asseurez-vous, Madamoyselle, dit la +changeuse, que je vous dis la verité, à mon très grand regret, et qu'en +estant bien informée, je vous diray la fourbe que l'on luy a faicte, si +vous voulez prendre la patience de l'entendre. L'office que vous tirez +en ligne de conte, il l'a acheté veritablement, depuis qu'il est accordé +à ma cousine, soixante mil livres, et cent pistolles outre trois mil +livres qu'il a promis par promesse separée, qu'il ne veut pas que mon +oncle sçache; mais il en doit encore quarante huict mil livres; le +surplus, il l'a payé des deniers de mon oncle, et mesme son quart +denier. Je le sçay asseurement, monsieur Benoist et mon mary luy ayant +presté l'argent; le Breton en porta une partie: c'est ce qui mit ma +tante en si grande alarme, et qui fit partir ce gentil officier en si +grande diligence pour se rendre auprès d'elle pour accommoder cet +affaire, et l'empescher de declamer comme elle avoit commencé. Le reste +du bien consiste en une maison à Moulins, une maison aux champs, assez +plaisante, size pourtant au territoire le plus ingrat et infertile de +tout le Bourbonnoys, des vignes à la campaigne, une rente de trois cens +livres constituée pour seize cens escus, quelques meubles, et un office +de conseiller au presidial, qu'il a vendu treize mil cinq cens +livres[163]. Tout cela se doit partager entre luy, deux frères, et sa +sœur, mariée au bailly de Montegu; et pour vous faire voir que ce que je +vous dis est très veritable, ledit sieur bailly son beau-frère, ayant +obtenu lettres royaux pour faire restituer sa femme contre son contract, +d'autant qu'on ne lui a donné que douze mil livres en mariage, depuis +lequel un des frères s'est rendu jesuite, a fait voir l'inventaire de +tout leur bien à son conseil, un des intimes amis de mon mary, qui nous +a dit confidamment que ledit inventaire ne monte que quatre vingt deux +mille livres, sur lequel il faut defalquer douze mille livres de debtes; +que l'action en seroit desjà intentée, sans la prière qu'en a faict le +jesuite audit sieur bailly. Il dit que ce pauvre religieux, pour +l'esmouvoir d'avantage, se jetta à ses genoux en sa presence, et le +conjura, les larmes aux yeux, de surseoir toutes poursuites jusques à ce +que le mariage de leur frère fust achevé; qu'autrement sa fortune seroit +perduë; qu'il feroit en sorte qu'il luy donneroit contentement; qu'il +luy en avoit desja parlé plusieurs fois, et representé le grand tort +qu'il faisoit particulierement au jeune frère, de faire faire toutes les +années des descentes sur leurs heritages, supposant quelque gelée ou +gresle pour se faire estrousser les fruicts à bonne condition, ou à +personnes interposées, et tromper le pauvre mineur; que, pour toutes +raisons, il ne luy respondit autre chose, sinon qu'estant l'aisné, il +avoit tousjours esté obligé à faire une grande despence, mesme depuis la +mort de sa femme; que, son revenu n'y pouvant suffire, il avoit esté +contrainct d'emprunter dix mil livres de son premier beau-père, et +plusieurs autres parties à perte de finances, avec son bon compère son +voisin, estant très asseuré que soubs son nom on ne luy eust pas presté +un teston; qu'il ne seroit raisonnable que luy tout seul portast cette +despence, qui absorberoit la moitié de la legitime, puisqu'il l'a +faicte, poussé du courage de leur mère, pour relever le nom de la +maison; que, neantmoins, il luy promettoit qu'après son mariage il leur +rendroit toute sorte de satisfaction, pourveu que monsieur le bailly, +leur beau-frère, permist à leur sœur malade de se faire voir à son +medecin ordinaire, sans soupçon. L'artifice duquel il a usé pour faire +voir à mon oncle qu'il avoit du bien est admirable: il luy a fait +croire, contre la coustume du pays, que la maison des champs luy est +substituée, que le jésuite lui a donné tout son bien, que les rentes +qu'il a renduës du mariage de sa première femme luy appartiennent. Jugez +si le pauvre homme avoit l'esprit perdu. Il luy mit ses contracts entre +les mains, il les leut, et ne cognut pas qu'ils avoient desja changé de +main depuis que ce bon gendre les avoit rendus à son premier beau-père, +qui les avoit cedez au procureur du roy, son autre gendre, et que mesme +ils estoient apostillez de sa main; enfin on luy fit voir quantité +d'obligations personnelles conceuës soubs son nom, desquelles les +creanciers ne seront jamais poursuivis: aussi n'ont-ils jamais rien deu. +Mon oncle, ensorcelé, comme je croy, prit tout pour argent comptant. Hé! +pleust à Dieu qu'auparavant que signer les articles il eust consulté +l'oracle que vit d'autrefois le receveur des tailles son beau-frère pour +recouvrer ses pierres d'or! peut-estre eust-il descouvert quelque chose +de la verité de ce mistère; mais le malheur veut que ce qui nous touche +le plus, c'est de quoy nous sommes les derniers advertis. Croiriez-vous +que chacun s'en rioit en ces quartiers, et en alloit à la +moutarde[164], et que le greffier du bureau des finances ne se put +empescher de dire à monsieur Feuillet que tous les Messieurs de leur +compagnie s'en mocquoient, et soustenoient affirmativement qu'il n'eust +jamais huict mil escus de bien, avec les advantages de sa première +femme. Quel desplaisir pensez-vous, Madame, que mon oncle en reçoive? Il +seiche de regret d'avoir esté ainsi trompé, et ne s'en oze plaindre, +puisque luy tout seul l'a voulu. Je ne sçay qu'il n'a point fait pour +advancer ceste nouvelle mariée, et rendre son mariage meilleur: il a +forcé son autre fille d'entrer en religion; il a donné des maisons +dedans Paris par le contrat de mariage, et a promis, par promesse +séparée, de les retirer dans un temps, pour tromper mon cousin, fils de +sa première femme, supposant que ce seroit acquisitions qu'il auroit +fait avec celle-cy. + +--Madame, que je vous arreste, dit la femme d'un advocat au chastelet; +je ne sçaurois souffrir cette injustice; j'en advertiray monsieur le +conseiller Le Bret, qui y mettra bon ordre. N'est-ce pas une grande +ingratitude à vostre oncle, ayant receu tout son bien de sa première +femme, de vouloir aujourd'huy frustrer son fils de sa succession par des +voyes obliques damnables? Ne sçavez-vous pas qu'elle le prit par +amourette, contre le gré de tous les siens, la plupart desquels l'ont +desavoüée depuis, et qu'il n'estoit, en ce temps-là, que simple mercier +et ferreur d'esguillettes? Contentez-vous que, pour votre respect, je +n'en diray pas davantage. + +--Madame, respondit la changeuse, si nous ne sommes de noble extraction, +nous sommes pourtant issus de bonne race, et n'avons jamais fait tort à +personne. + +--Je ne vous dis rien là-dessus, dit l'advocate; je renvoye l'esteuf au +bon homme Rossignol, qui jure qu'on ne se doit jamais fier à ces +chatemittes, et soustien que vostre oncle a trompé plusieurs fois son +nepveu, l'associant en de mauvaises fermes pour supporter la moitié de +la folle-enchère, mais aux bonnes affaires où l'on peut gaigner quelque +chose, il ne veut point de compagnon: il me suffit de deffendre le party +de mon parent, jusqu'à ce que monsieur son oncle venge sa querelle et +fasse regorger son bien à ceux qui l'ont injustement usurpé, et, ne se +contentant du revenu, veulent faire perdre le fonds. + +--Mesdames, je vous prie, pour l'amour de moy, dit la maistresse des +requestes, et le respect que nous devons à ce lieu, que tout se tourne +en raillerie. Pour moi, je veux croire que l'on a choisi ce monsieur le +thresorier pour sa suffisance et capacité, et veritablement il a +tesmoigné qu'il avoit de l'esprit, d'avoir si dextrement conduict son +affaire. + +--Madame, repart incontinent la changeuse, qui ne se pouvoit taire, s'il +n'y eust eu que luy qui s'en fust meslé, asseurément nous ne serions en +ceste peine; c'est pourquoy il ne l'eust jamais entrepris sans +l'assistance de son premier beau-père, qui est l'un des braves hommes +les plus desliez et habilles qui se rencontrent en ceste province. Il +faut que je vous avouë que c'est le plus gros buffle que l'on ayt jamais +veu; on le receut l'autre jour à la chambre par grande pitié et avec +beaucoup de peine. Croyez-vous que l'on ne sçeut jamais entendre un mot, +ny de son harangue, ny de ses responses, si bien que celuy qui +l'interrogea le moins en fut le plus satisfaict, et ne peut s'empescher +de dire, opinant à sa reception, qu'il avoit de la bonne fortune de se +présenter en la belle saison du mois de juin, que les asnes passent +partout. + +--Mais, Madame, dit la femme d'un procureur en Parlement, il me semble +qu'ayant esté conseiller, il doit sçavoir du latin. + +--Madame, reprit la changeuse, chacun s'accordera à ce que vous dites; +mais je suis contrainte, à sa confusion et la nostre, puisqu'il est +entré en nostre alliance, de vous confesser qu'il ne sçait rien du tout, +et qu'il a tousjours exercé si negligemment ceste charge, que son bon +voisin le procureur, pour le soulager et l'empescher de rougir, dressoit +ordinairement les sentences des procez qui lui estoient distribuez. Et +puis Messieurs de la chambre ne les pressent point de ce costé-là, et se +contentent quand on leur parle bon françois. Il eust esté aussi habile +homme que celuy qui passa après luy, par un malheur extraordinaire, le +pouvant et devant preceder par toute sorte de raisons, puisqu'il luy a +tousjours offert, et mesme devant ses juges, de vuider ce different de +presceance par la capacité, asseurement il eust mieux satisfaict. + +--N'est-ce point, dit madame Charles, femme du medecin, celuy qui estoit +si fort chargé de chaligourny? + +--Non, Madame, respondit la changeuse; c'est un de leurs confrères, qui +fut receu trois jours auparavant. + +--Qu'appellez-vous chaligourny? demande la maistresse des requestes. + +--Madame, dit la medecine, c'est une intemperie froide et humide qui a +attaqué les anciens et nouveaux officiers de ce bureau. + +--_Quod sinifrimity_ là-dessus, Madame, dit une mercière du palais. + +--Plaist-il, Madame? respondit l'autre. + +--Je dis, reprent la mercière, que cela n'importe, puisqu'ils retournent +en leurs maisons bien guaris. + +--Madame, j'en suis fort contente, dit madame Charles; mon mary est très +bien satisfaict. + +La mercière, qui estoit en train et sembloit estre interessée, ou au +moins obligée de soustenir le party de ses chalans, ne se peut empescher +d'attaquer la changeuse. Mais Madame, lui dit-elle, il me semble qu'au +paranymphe[165] que vous avez fait de vostre nouveau parent, vous avez +oublié une qualité qui doit estre relevée: vous n'avez rien dit de son +bon naturel. Pour moy, je le trouve bon comme le bon pain. Je m'asseure +que, s'il trouvoit vostre cousine en faisant l'amour, il la traiteroit +encore plus favorablement que n'a fait le comte de Vertus sa femme; et +qu'au lieu de mal traitter celuy qui auroit rendu ce bon office, il le +recueilleroit à bras ouverts. + +--Madame, repart la changeuse assez brusquement, ma cousine n'en viendra +jamais là; nous ne pechons point en nostre race de ce costé. Hé, grand +Dieu! d'où le tiendroit-elle? Son père, depuis la mort de sa première +maistresse, a gardé inviolablement la foy à sa femme, et sa mère n'a +jamais eu seulement une mauvaise pensée: la pauvre femme est trop +devote; elle a tousjours le nom de Jesus à la bouche. + +Toute la compagnie se mit à rire, reservé madame la maistresse des +requestes, qui se tenoit sur le serieux; elle pria neantmoins la +mercière de leur dire l'histoire du comte de Vertus. + +--Helas! Madame, dit la mercière, est-il possible que vous seule en +ceste ville n'en ayez point ouy parler? C'est une tragedie commune dans +Paris; je l'ay ouy dire à mille personnes, qui s'accordent tous à une +mesme verité: que le comte de Vertus[166], ayant surpris dans la ville +d'Angers des lettres qu'escrivoit madame sa femme à un gentil'homme +angevin, nommé Sainct-Germain, et la response dudict Saint-Germain, il +avoit envoyé prier ledit sieur de venir soupper chez luy; et, après +soupper, luy ayant monstré et faict recognoistre leurs missives, +l'auroit fait assassiner en presence de sadite femme, qu'il fit entrer +après dans un carosse, la mena en une sienne maison forte, où il couche +avec elle, et la caresse à l'ordinaire, comme si rien ne s'estoit +passé. + +--Jesus! dit une conseillère du Chastelet, que les grands seigneurs sont +heureux dans les petites villes! Ils entreprennent tout sans contredit. +Si le bon seigneur avoit fait cela à Paris, il seroit au Chastelet il y +a long-temps, où on lui feroit son procez en toute diligence. + +--Ne me parlez pas de vostre justice, dit une conseillère de la Cour à +celle du Chastelet; vos Messieurs n'ont-ils pas bien operé en l'affaire +de Cotel? Le seul respect d'une robbe qu'il a quitté leur a fait peur. +Je parle contre moi-même, mais veritablement l'acte meritoit une +punition exemplaire. Il faut faire comme l'on fait à la cour, se roidir +au bien de la justice, sans acception ni exception de personnes. Ne +voyez-vous pas comme le pauvre monsieur Demacho, conseiller aux +requestes, a fait mettre son fils prisonnier, pour luy faire espouser +une fille qu'il a desbauchée? + +--Madamoiselle, repart la conseillère du Chastelet, si les officiers du +Chastelet alloient du pair avec messieurs du Parlement, desquels ils +relèvent et reçoivent toute leur authorité, ils reformeroient bien +souvent beaucoup d'abus qui s'y commettent, aussi bien qu'aux justices +inferieures. Est-ce bien faire la justice, de permettre qu'un +gentil'homme donne un soufflet à un conseiller, dans la gallerie du +Palais? + +--Madamoiselle, dit la conseillère du Parlement, je sçay bien comme +ceste affaire se passa. Sans la prière d'un ancien conseiller de la +grand chambre, qui fit la satisfaction tout à l'heure à monsieur +Deverderonne, asseurement il n'eust point reçeu une moindre punition que +celuy qui parla trop haut devant feu monsieur le président Forget[167]; +et s'il luy reste quelque suject de plainte, ce doit estre contre +l'huyssier, qui ne voulut point obeïr au commandement qu'il luy fit de +le conduire prisonnier. + +--Et quoy! Madamoiselle, dit une conseillère des enquestes, n'est-ce pas +une grande honte que les jeunes conseillers ne soient point recognus? Il +semble qu'ils ne soyent pas du corps du Parlement, et que tout se +termine à la grand chambre. Ne devroit-on pas punir cet huissier pour sa +desobeyssance? Si messieurs les conseillers des enquestes croyent mon +mary, ils en feront leurs plaintes à monsieur le premier president[168]. +Estant premier president de tout le Parlement, il rendra partout +esgallement la justice, et contraindra tous les ministres de rendre +l'honneur et le respect à tous ceux qui la distribuent. + +--Madamoyselle, repart la femme d'un maistre d'hostel de chez le roy, il +le faut donc prendre en autre saison: il ne pense aujourd'huy qu'à +l'amour; il est tellement passionné d'une belle dame de la royne, qu'il +mesprise l'exercice de sa charge, et, ne se souciant plus de +l'impression de la cire, reserve sa grande gallerie[169] pour dancer +seulement et faire le bal. + +--Madame, respondit la conseillère, j'ay bien ouy parler de ce que vous +dites; mais croyés-moy, qu'il veille tousjours au bien de la justice, et +veut absolument que les anciens reiglements s'observent. Le grand mal +procède de ce que tous les messieurs de la grand chambre n'en demeurent +pas d'accord, et que bien souvent il est tondu. Tout est perverty en ce +temps-cy, il n'y a point de difference entre les juges et les parties. +Messieurs les conseillers font la charge des advocats. Monsieur +Portail, cet ancien senateur, qui devroit servir d'exemple, dresse +luy-mesmes le factum de madamoiselle sa femme, le remplit d'invectives +et reproches contre sa partie, en termes si couverts et si obscurs que +la Cour ne les peut entendre; et lors qu'elle le prie de les +interpreter, et declarer particulierement ce qu'il a desiré de Rose, son +valet, quand il le prit pour l'emonder et repurger en toute sorte de +façons sans exception, il respond sans respect que c'estoit pour lui +torcher le cul, et que, si Rabelais a soustenu que le souverain bien de +l'homme consiste à se torcher le cul du col d'un oye, ou d'un cygne, +qu'à plus forte raison il recevroit plus de contentement se le faisant +torcher de roses. Tout est aujourd'huy permis et toleré. Croyriez-vous +que tout ce qui se fait de plus secret au Parlement est maintenant +divulgué, et que les distributions mesmes, qui ne se pouvoient faire que +chez messieurs les presidens à la sourdine, pour empescher la brigue des +gros procez, se font aujourd'huy en plein marché? Monsieur Tardieu, de +la première, l'asseurera par tout le monde: il en receut une fort +expresse, il n'y a que huict jours, par les pages de monsieur de +Nemours. + +--Madamoiselle, vous trouverez bon que je vous die, dit une maistresse +des Comptes, que quoy que nous soyons en robbe courte, l'on ne voit +point de ces desordres à la Chambre: tous d'un commun accord se portent +à ce que veut monsieur le premier president, l'on n'oseroit rien +entreprendre sans son consentement, ny mesme en son absence faire +assembler les semestres, s'il ne le trouve bon. Aussi, de son costé, il +n'a autre soing qu'à relever l'authorité de sa charge, et faire faire la +justice. Il ne pardonneroit pas à son propre fils; quelque prière que +luy aye faict monsieur le duc de Chaunes, il veut que l'on achève le +procez de monsieur Monsigot[170]. La consideration de sa qualité de +maistre ordinaire ne peut rien obtenir. + +--Mais à propos, Madamoiselle, dit la femme d'un secretaire du roy, de +Saincte-Opportune, ne voulez-vous pas le faire sortir? Sur ma foy, je +ne sçaurois m'empescher de dire que vous lui faictes tort; c'est le plus +honneste homme qui se peut dire. Mon mary luy a d'estroites +obligations[171]; il luy avoit promis de le mettre en credit bien avant, +et moy en particulier je luy suis redevable: il est cause que j'ay une +porte cochière. + +--Madamoiselle, dit la maistresse des Comptes, j'en suis faschée pour +l'amour de vous, car asseurement on luy va faire son procez. + +--Madamoiselle, dit la secretaire, à l'extremité, s'il suit le conseil +de mon mary, il se deffendra bien; il a de fort bons amis[172]. Monsieur +le president de Chevry[173] seroit ingrat s'il ne l'assistoit de tout +son pouvoir: il l'a voulu faire secretaire d'Estat pour prendre sa place +de president des Comptes. + +--Je pense veritablement, dit la maistresse des Comptes, qu'il le +portera; mais il a contre luy un autre secretaire d'Estat plus puissant, +monsieur le president Doguerre[174], qui a sa brigue plus forte; il luy +peut faire beaucoup de mal, par la grande intelligence qu'il a avec +monsieur le premier president. + +--Madamoiselle, dit la secretaire, si on le presse trop, il recourra à +sa bonne maistresse madame la duchesse de Chevreuse[175]. + +--Je pense, dit la maistresse des Comptes, qu'elle n'a pas aujourd'hui +grand credit[176], encore qu'elle se veuille faire appeller madame la +princesse; je sçay-bien qu'il y eut l'autre jour un grand bruict au +Louvre pour cela, et qu'on lui fit des bonnes reprimandes. + +--Je ne vous respondray rien là-dessus, dit la secretaire; mais je suis +très asseurée qu'elle peut beaucoup sous le nom de monsieur son mary, +particulièrement envers monsieur le chancelier, qui est la vraye partie, +pour les offres que luy fit ledit duc de Chevreuse, quand on nomma +monsieur le chevalier de Sillery ambassadeur[177], contre les menaces de +messieurs de Vandosme, qui soustenoient le party du marquis de +Cœuvre, leur oncle[178]; et de fait, je sçay bien que, sur la +promesse qu'on luy feit de la part dudit sieur Monsigot, que quand il +reviendroit en plus grande fortune qu'il n'avoit jamais esté il ne +parleroit plus des chiffres ny de l'estat de secretaire des camps et +armées, monsieur le chevalier manda à Laffemas[179] qu'il feignist de +cesser la poursuitte, et la fist faire sous le nom d'un autre. + +--M'amie, dit la maistresse des Comptes, quand tout le monde l'auroit +quitté, monsieur le president Aubery[180] ne l'abbandonnera pas. + +--Madamoiselle, dit la secretaire, s'il n'y avoit que luy, il n'auroit +que faire de craindre; il est aysé à recuser, à cause de la composition +qu'il faict avec des assignez d'un mandement de l'espargne, pour +laquelle il eust un adjournement personnel au parlement. Hé! pleust à +Dieu seulement qu'il puisse gaigner le semestre de juillet! J'espère, +quoy que l'on die, qu'il sortira heureusement de son affaire, et +emportera la victoire sur ses ennemis. + +--Madamoiselle, dit la femme d'un autre secretaire du roy, de la ruë +des Prouvelles, il a beau faire et se deffendre, on a resolu de le +perdre[181]; j'ay sçeu de monsieur L'Escuyer, mon bon voisin, qui ne me +voudroit point mentir, qu'on ne luy pardonnera jamais[182], et qu'on a +bien preveu à ce que vous dites par l'arrest d'interdiction que l'on a +donné contre luy, les deux semestres assemblez, et la defference que +l'on a tousjours rendu au semestre auquel vous esperez tant de faveur, +les ayant tousjours fait advertir quand on y a voulu travailler, dequoy +il y a bons procez-verbaux dressez par les huissiers, pour les engager +d'honneur à ne rien entreprendre en cet affaire que les semestres +assemblez: si je le cognoissois particulièrement, je luy donnerois un +conseil plus salutaire, le forçant de se servir de son abolition. + +--Madamoiselle, dit la secretaire de Saincte-Opportune, il le voudroit +bien, mais le mal'heur veut qu'il n'est plus dans le temps. + +--Il est bien empesché! respond l'autre; qu'il s'addresse à M. +Potel[183]: il est homme d'expedient, il luy signera aussi librement des +lettres de surannation, ou telles autres qu'il souhaitera, comme il +faict des advocats du conseil; il tente tout pour de l'argent. + +--Madamoiselle, dit la secretaire de Saincte-Opportune, que me +dites-vous? Si cela se cognoissoit, on luy feroit son procez. + +--Madamoiselle, respond l'autre, il dit hardiment qu'il ne craint rien, +et que, quelque declaration qu'aye donné monsieur Mangot[184] de +n'avoir eu le loisir de faire des advocats pendant qu'il a eu les +sceaux entre les mains, qu'il ne laissera pas d'en faire d'autres, et +puis que monsieur le maistre des requestes du Lyon-Ferré entreprend +d'adjouster à des arrests signez par monsieur le chancelier, il +hazardera librement d'en faire passer desquels on ne fera pas tant de +bruit. + +La maistresse des requestes s'offença, et leur dit en cholère qu'elle ne +le croyoit point, et que si cela venoit à la cognoissance de messieurs +Marescot[185], du Tillet[186] et Foule, ils ne le souffriroient jamais, +et en feroient faire justice. Ceste rumeur fit rompre la compagnie; +chacun prit congé, et se retira. Je sortis incontinent après, et me +rengeay auprès de l'accouchée, pour luy monstrer mon ample memoire[1]; +je vous laisse à penser si ce fut sans rire. Elle me pria avec instance +de soupper chez elle; je la prie de m'en excuser, estant engagé d'un +autre costé. + + + + +LE PASSE-PARTOUT + +DU + +CAQUET DES CAQUETS + +DE LA NOUVELLE ACCOUCHÉE. + +MDCXXII[187]. + + +Selon le dire sententieux d'un poëte très renommé parmy ceux à qui +l'experience faict voile en leurs actions plus relevées, il n'y a rien +qui ne suive son temps et sa mesure. Tout ce qui est çà bas de +corruptible prend son train et sa cadence au niveau de son estre; bref, +tout ce qui emprunte sa lumière souz les favorables auspices du temps et +de la fortune se trouve et fait ses effects à proportion de son instant +et de son temps, jusques là que les moins experimentez recognoissent à +veuë d'œil, dit-il, les actions humaines estre tributaires à la +censure du public, et au temps qui court pour le jourd'huy. + +Qu'ainsi ne soit, pendant la minorité du roy, qu'est-ce qu'un marquis +d'Ancre ne faisoit point? Depuis sa mort, M. de Luynes, que n'a-il point +entrepris au prejudice de la couronne et du bien public? De Luynes mort, +comment la cour a-elle esté bastie et composée? En effect, _omnia tempus +habent_; et, comme j'ay ouy très bien dire à un medecin, heritier en +partie de la bosse et du sçavoir de son père, qui tastoit le poux de +madame l'accouchée, à cause des assauts que la nature luy faisoit, nous +devons ceder aux loix de l'amour, et toutesfois rechercher des moyens +pour luy faire la nicque, si faire se peut. Ce qui ne fut pas si tost +entendu par la palfrenière des bas guichets qu'elle dit à M. le medecin: +Monsieur, monsieur, il vaudroit mieux que vous apprinssiez à dancer la +sarabande, comme deffunt votre père, que de conseiller les dames de se +servir de drogues d'apotiquaire pour passer les tranchées d'amour. Bran, +bran! il ne faut que ces meneurs d'ours pour faire finir le monde, et si +au diable s'ils viendront deux fois en un logis sans tendre la patte par +derrière. + +Sur quoy M. le medecin, qui n'a pas grand replique de son naturel, print +congé de l'accouchée fort humblement, avec un estonnement nompareil de +ce que ceste garde disoit contre luy; après la sortie duquel[188] quatre +dames de qualité arrivèrent en la chambre de l'accouchée, lesquelles, +après avoir fait chacune la reverence à la mode, prindrent place selon +leur qualité[189]. Ce qu'estant faict, la veufve d'un maistre des +requestes, fort affligée de l'ancienne desbauche d'une sienne fille, +mariée à un conseiller de la cour, homme prudent et fort bon justicier, +jetta trois ou quatre souspirs, et, voulant neantmoins les simuler, +commença de dire à la compagnie: Hé bien! mes dames, apprenez-vous des +nouvelles de la cour? Le roy a-il eu Montpellier, Montauban et la +Rochelle, comme l'on dict? + +A quoy sur-le-champ la femme d'un tresorier de l'Espargne respondit que +ces morceaux-là ne s'avalloient pas si aysement, parcequ'ils s'estoient +grandement fortifiez, et, d'autre part, que leurs voisins courroyent à +toute bride pour empescher les desseins de Sa Majesté, et pour dissiper +ses forces si l'on n'y prenoit garde. + +--Pourtant j'ai appris, dit la femme d'un conseiller du Chastelet, +qu'ils ont traicté avec le roy, et qu'ils ont asseuré, par une +submission que l'on n'eust jamais creu, leurs biens, leur honneur et +leur fortune, mesme le sieur duc de Rouan a esté contrainct de baiser le +babouyn[190]. + +--Quelle apparence de traicter avec des rebelles qui ont desjà faussé la +foy promise, dict la femme d'un auditeur des comptes de la parroisse de +S.-Mederic! ce seroit tousjours à recommencer; aussi je ne puis croire +que le roy ait accordé avec la cabale huguenotte, que ce ne soit souz +des conditions bien considerables, et qu'elle n'ait dict le peccavit +plus de trois fois auparavant: car à leur subject Sa Majesté a receu +mille et mille incommoditez, et a esté tellement trompée et abusée qu'il +se trouvera, au bout du compte, que la couronne ait engagé plus de +trente millions, et le tout par l'astuce et intelligence de ceux qui ont +les charges plus honorables, lesquels se sont servis de l'occasion pour +jouër à pincer sans rire. + +--Comment! Madamoiselle, voulut repliquer la tresorière, trouvez-vous +qu'on ait fraudé le roy au siége de Montpellier, comme on a faict à +celuy de Montauban? + +--Je ne veux pas vous dire absolument qu'on l'ait trompé et abusé de la +sorte, luy respondit ceste femme d'auditeur; mais il n'y a si simple qui +ne juge qu'il y a eu de la trahison lorsque le duc de Fronsac a perdu la +vie[191] et que le duc de Montmorency a esté blessé[192], car on sçait +bien que la jeunesse veut tousjours paroistre, principalement où +l'honneur engage les courages; ce qu'ayant esté recongnu par ceux qui +sont auprès du roy, et qui n'ont jamais triomphé qu'aux despens +d'autruy, il est à croire qu'on s'est efforcé de faire de nouveaux +princes et de nouveaux seigneurs[193]. + +--On tient pourtant, dit la maistresse des requestes, qu'il n'y a +personne auprès du roy qui puisse aspirer plus haut que le grade dont il +est honnoré: car, si l'on considère la personne du connestable, c'est +tout ce qu'il a peu meriter, et encore j'estime qu'il doit bien en toute +sa vie payer les interests d'une telle courtoisie. Pour Desplan[194], +c'est un nouveau coureur de fortune, qui se doit tenir tout goguelu de +son bon-heur. + +La conseillère, qui sçait comment il est parvenu, se print à sourire, et +souriant dict à la compagnie: Certainement c'est un bon valet; il a +bien servy son maistre, ce M. Desplan. + +La maistresse des requestes, qui se plaist par fois à gausser, dit +là-dessus: Vous faictes tort à M. Desplan, madamoiselle, veu sa bonne +mine et son merite. + +--Ce n'est pas avoir beaucoup de merite, repliqua la conseillère, de +vouloir aspirer à ces honneurs dont on est indigne, et, pour y parvenir +au prejudice des seigneurs de remarque et de la trop grande bonté du +roy, de se servir de moyens reprochables à l'infiny. Encores si c'estoit +un gentil-homme d'extraction, qui recherchast la bienveillance d'un +favory à fin d'accroistre sa maison et de la rendre illustre, l'on +imputeroit le project d'un tel dessein à l'ambition, qui fournit des +aisles au courage et de vent en abondance pour singler jusques au havre +de la fortune. Mais quoy! sa première condition estoit d'estre lacquais, +mauvais gouvernement au reste, et, après avoir quitté la mandille, a +faict en sorte de se fourrer au regiment de Navarre, où estant, le sieur +Cadenet allant visiter M. le Prince lorsqu'il estoit au chasteau de +Vincenne, il fit en sorte de l'aborder, se servant des astuces de son +pays[195] et du depuis le sieur de Luynes le print en affection pour des +raisons dont sa memoire seroit par trop ternie si l'on en venoit à la +justification; tant y a qu'il a esté par ce moyen bien venu auprès du +roy, jusques là que Sa Majesté l'a gratifié d'un brevet de mareschal de +France[196]. + +Là-dessus la femme de l'auditeur dict tout haut: Je ne m'estonne plus de +ce qu'on parle tant de ce Desplan, puis que sa bonne fortune vient par +le moyen du sieur de Luynes. + +--Voilà ce qui en est, répliqua la tresorière, et si je vous jure que ce +que j'en dis n'est point pour mal que je luy vueille; au contraire, +j'estime ceux qui s'eslèvent de peu, et lesquels d'un neant bastissent +une fortune relevée. + +--Mais, à propos, dit la conseillère, que deviendra le sieur +Courbouzon[197] après la reduction de la Rochelle, puis qu'il a tenu +pied à boule au service du roy depuis le temps qu'il est employé? + +--Vrayement, respondit la femme de l'auditeur, il ne se faut point +donner peine de luy, ny se soucier de ce qu'il deviendra non plus que +des autres, car ayant mandé à l'hostel de Nemours la valeureuse deffaite +qu'il a faict de dix ou douze habitans de la Rochelle sortis de la ville +pour abbatre leurs maisons proche les murailles, et que ce bel exploict +a esté crié sur le Pont-Neuf[198], asseurement il ne donnera pas sa +bonne fortune pour une pièce de pain. + +--Il pourra bien y donner ordre de bonne heure, dit la maistresse des +requestes, s'il ne veut demeurer arrière: car à présent que la cour est +remplie de cadets de haut appetit et de jeunes favoris, chacun d'eux +voudra partager au bonheur et aux qualitez, en sorte qu'après la guerre +l'on verra autour du roy plus de demandeurs que de deffendeurs, et, pour +dire, il sera très difficile d'aborder seulement les galleries du +Louvre. + +--M. de Nemours l'affectionne trop, dit la tresorière, pour ne luy +procurer quelque honnorable fortune, en recompence d'un si signalé +service; et puis le naturel de ce prince est si benin et si louable +qu'il le recompenseroit plustost de son propre bien qu'il vesquist le +reste de ses jours avec un mecontentement. + +Sur ces entrefaites, la garde de l'accouchée voulut mettre son nez et +discourir de monsieur de Nemours à bonds et à vollée[199]; mais le +respect que la compagnie portoit à son rang et à sa qualité fut cause +qu'on luy ferma la bouche, sinon qu'on lui permit de discourir des +façons de faire de la cour, voyant que le cœur luy en disoit: +tellement qu'ayant prins pareatis de ce faire, elle ne fut guère +honteuse de declarer son secret, qui estoit qu'au siége de Montpellier, +lors que le roy perdit tant de braves seigneurs et gentils-hommes, qu'il +estoit demeuré à ceste meslée un certain homme sur la place qui luy +faisoit porter beaucoup d'ennuy, qui ne se pourroit jamais terminer que +par la mort, quand toutes les meilleures fortunes luy arriveroyent, +auxquelles neantmoins elle disoit ne pouvoir aspirer à cause de son +aage, et en consideration de ce qu'on la cognoissoit quatre grands +lieuës par delà les bornes de la raison. + +A ce beau discours, la compagnie se print à rire, et celle qui esleva un +ton plus haut, ce fut madame l'accouchée, qui mesme en petta de +resjouyssance pour le moins huict ou dix fois consequtivement, à cause +que du temps que ce drosle estoit auprès de ladite garde, et que sa +marmitte boüilloit à ses despens, on n'eust osé lui dire bran en son +nez, tant qu'elle faisoit ma commère l'entenduë. Ainsi fallut peu de +chose pour sortir de la carrière et pour rompre de si bons discours qui +se tenoient auparavant avec toute sorte de verité; toutesfois, si tost +qu'il fut finy, nostre maistresse des requestes, qui se plaist d'estre +entretenuë en compagnie aux despens de l'honneur d'autruy, s'efforça par +tous moyens de remettre en lice les autres, tant sur les traictez de +guerre et de paix que sur les fraudes et malversations des chefs et +conducteurs de l'armée, et sur ce qu'on avoit tant parlé du sieur de +Villautray[200] et de ses commis. + +Sur quoy la tresorière, grandement engagée dans le combat, ne peut +s'empescher de respondre que volontiers la fortune est enviée aussi bien +que les beautez, et que tout ainsi que les esprits voluptueux faisoient +recherche des dons plus gracieux de la nature, de mesme que l'avidité +des envieux les portoit à des flatteries et à des mesdisances, pour +faire faire des recherches candides contre l'obligation que l'on a +fraternellement à son prochain: tellement que, si l'on avoit tasché +d'obscurcir l'honneur du sieur Villautray, que ce n'avoit point esté +pour l'affection qu'on portoit au service du roy, mais bien pour une +rancune particulière de ce qu'il n'avoit voulu desbourcer des deniers +qui n'eussent esté employez dessus ses comptes. + +--Voilà une belle eschappatoire! dit la conseillère; je vous diray, +Madamoiselle, chacun est tenu de deffendre son party, et de conserver +jusques aux plus pressantes extremitez, quand mesme il n'y auroit aucune +apparence de raison, principalement au temps où nous sommes, auquel il +est plus necessaire de dissimuler que de dire verité, et de faindre dans +les actions que de faire esclatter ce qui pourroit estre terny; et +qu'ainsi ne soit, n'est-il pas vray que si l'on parloit en compagnie du +sieur Fabry[201], qui du temps du feu roy se fit dire mort, et pour +lequel on porta une buche dans le tombeau, craignant qu'il ne fist la +capriolle, n'est-il pas vray que vous direz que cela n'est pas possible, +et que ceste invention auroit esté recherchée par des justiciers pour +rendre odieux ceux qui manient les finances? Aussi je m'asseure que, si +l'on enfonce le discours sur ce que le sieur de Villautray, pour se +faire dire innocent du crime de peculat, qu'il a passé par la porte +dorée, que vous en aurez un grand despit; c'est pourquoy, pour mon +regard, je brise là-dessus, et laisse à discourir de ce qui en est à +ceux qui ont juste suject de s'en plaindre. + +--Vrayement, Madamoiselle, c'est bien à vous, à faire de parler des +financiers comme vous faictes, vous qui ne paroissez dans le monde +qu'aux despens des pauvres parties, dont vostre mary est par foi lse +juge; vous qui n'auriez pas dequoy nourrir un meschant[202] lacquais +sans les presens que l'on vous faict, au prejudice du droict d'autruy, +qui est violé la plus part du temps; vous, dis-je, qui à peine pourriez +avoir un simple cotillon de taffetas de vostre estoc, n'estoit qu'avec +les espices on vous fournit de sauce. Je n'en veux dire davantage: que +chacun regarde à soy. + +Sur ce, l'accouchée fit en sorte de rompre le discours, craignant que la +conseillère et la tresorière vinssent aux prises; et, pour empescher +que cela n'arrivast, elle fit feinte de se trouver mal, qui fut cause +que l'on ne parla plus des charges et des qualitez, et sur ces +entrefaites arriva Mathurine[203], qui courtoisement fit la reverence, à +chacun particulièrement dès l'entrée de la chambre, puis s'approcha du +lict de l'accouchée pour s'enquerir de sa disposition, après quoy elle +print place et en compta des meilleures pour esgayer la compagnie, +donnant neantmoins en passant un lardon à celles qui le meritoyent. + +Madame de Verneuil, qui naguères estoit arrivée, la voulut faire jazer +pour s'en donner du passe-temps; mais elle, qui est aussi malicieuse +qu'un vieux singe, après avoir recité quelques sornettes, elle ne +feignit de rechercher le moyen de la picquer, parlant de la chasteté des +courtisanes, et sur tout mettant sur le tapis le merite et les bonnes +graces de monsieur de Bassompierre, pour raison desquelles le roy +l'avoit qualifié d'un brevet de mareschal de France: ce que l'on feignit +pourtant d'escouter, affin d'obliger aucunement ladite marquise, qui ne +peut l'aymer à cause de sa sœur. Mais aussi, elle partie, Mathurine +fut conjurée à double carillon de dire au vray si ledit sieur de +Bassompierre seroit mareschal de France[204]; et qui fut la plus portée +à ceste curiosité, ce fut madamoiselle nostre conseillère, laquelle, +outre sa brigue qu'elle faict, par le moyen de ses amis, de faire mettre +monsieur Viguier aux mauvaises graces de monsieur le Prince, elle croit +que si la cour change de face, que son mary sera garde des sceaux; et de +la nommer, le respect des dames me le deffend, laissant au public la +curiosité de s'en enquester à ceux qui mettent en contrerolle ses +actions. + +Suivant donc que Mathurine fut interrogée si monsieur de Bassompierre +seroit mareschal, il faut croire qu'elle degoisa de luy plusieurs +discours, et les causes qui avoient meu le roy de le qualifier de ce +grade honorable: premièrement, que ses perfections y avoient fort operé, +et puis ses agreables services, notamment ceux qu'il avoit rendus à Sa +Majesté au siége de Montauban l'an passé, quand par son secours il mit +en vraye deroute les ennemis, qui souz un mot feint et non retenu +venoient au secours des assiegez. + +--Hé quoy! dit là-dessus la femme de l'auditeur, ne faut donc plus qu'un +acte remarquable pour s'eslever auprès du roy? Vrayement, si cela a +lieu, il y aura d'oresnavant plus de mareschaux qu'il y aura d'asnes à +ferrer. + +--Pardonnez-moi, Madamoiselle, dit la maistresse des requestes, et si je +vous dis que vous avez un peu tort de parler de monsieur de Bassompierre +de la sorte, car il est de fort bon lieu, et puis il y a long-temps +qu'il vogue en cour, sans faveur et sans qualité; et d'avantage, sa +bonne mine ne vaut-elle pas quelque chose de meilleur et de plus +honnorable que d'avoir tousjours des Suisses pendus à sa ceinture? + +Sur ce, Mathurine dit tout haut que ses desseings n'estoient pas limitez +à ce seul but, mais qu'il se promettoit d'estre connestable après la +mort de monsieur Desdiguières, et qu'il le voyoit avec tant de certitude +que, pour en donner l'impression à toute l'armée, tout son desduict +estoit attaché aux exercices militaires, et avec plus d'affection qu'il +n'eust jamais en temps de paix de faire relever sa moustache. + +--Hé! que deviendroit monsieur de Crequy[205], dict la tresorière, luy +qui est aussi vaillant que son espée, qui est du poil d'un martial et +qui mesmes en porte les marques honorables sur le visage? Ce seroit +faire tort à sa generosité que de le priver de la recompense deuë à un +grand courage comme le sien, ou, si cela luy manquoit un jour, je dirois +que les astres voudroient faire la guerre à leur superieur, qui luy fut +tant favorable pour renverser Don Philippin sur le pré[206]. Mathurine, +Mathurine, monsieur de Bassompierre est trop mignard pour beaucoup +entreprendre dans la fatigue de la guerre; il vaut bien mieux qu'il se +contienne en la qualité de mareschal de France, et prendre à femme +madamoiselle d'Antrague, que d'esperer pretendre plus haut; car aussi +bien les fortunes sont viagères, et aussi fol est celuy qui pense faire +prendre pied ferme à ses desseings, que fut autres-fois sot et maroufle +le pauvre Guerin, qui servoit de plaisant à la reyne Marguerite[207]. + +--Vous vous debattez, Madame, de la chappe à l'evesque, dit l'accouchée; +hé! qui soit connestable qui le pourra estre, l'on est aussi bien mordu +d'un chien que d'un chat. Nous en avons perdu, graces à Dieu, un qui ne +valloit guères; à present, nous en avons un qui ne fera guères mieux. +Toutesfois, ce que je trouve de meilleur en luy, c'est qu'il est riche, +Dieu mercy, des bons coups qu'il a fait aux eglises du Dauphiné. + +--Sa richesse, repliqua Mathurine, devroit aider beaucoup à le faire +homme de bien; mais quoy! ce qu'on doibt craindre, c'est qu'un drap +retourné ne faict jamais tant de proffict comme s'il estoit à poil. + +--Je vous sçay bon gré, dit la maistresse des requestes, de parler ainsi +à cœur ouvert, car il est vray, la hare[208] sent tousjours le fagot, +et, comme disoit un jour le duc de Rosny au feu roy Henry le Grand, que +Dieu absolve, lors qu'il luy demandoit pourquoy il n'alloit pas à la +messe aussi bien que lui: Sire, sire, la couronne vaut bien une messe; +aussi une espée de connestable donnée à un vieil routier de guerre +merite bien de desguiser pour un temps sa conscience et de feindre +d'estre grand catholique. + +Ce discours finy, toutes les dames prindrent congé de l'accouchée, avec +promesses de la revoir le lendemain, ou le premier jour que la commodité +leur pourroit permettre; ainsi elles sortirent fort satisfaites de leurs +entretiens, et aussi tost entrèrent six autres dames d'une bande, et +d'un mesme quartier, lesquelles, ayant faict les salutations requises et +necessaires pour la bien seance, trouvèrent les places toutes chaudes; +elles ne firent guère mistère de s'y assoir. La première qui commença le +caquet, ce fut une nouvelle femme de notaire de la parroisse +S.-Jacques-de-la-Boucherie, qui dit à l'accouchée: Jesus! Madame, que +vostre teinct est changé depuis que vous estes en couche! + +--Comment! respondit l'accouchée, trouvez-vous que je sois laidie +beaucoup? + +--Nenny vrayement, repliqua la notaire, au contraire; si j'estois que de +vous, je tascherois d'estre souvent en couche, tant vous estes devenuë +jolie. + +--Cela vous plaist à dire, dit l'accouchée; c'est que vous me voulez +gratifier, car il n'y a plus de gentillesse en mon faict; si c'estoit +vous, encore, il y auroit de l'apparence, car, outre que vous estes +belle de vostre naturel, monsieur vostre mary, curieux de vous +conserver, mettroit plustost en gage sa vaisselle d'argent que l'on vous +a donnée le jour de vos nopces que vostre beau teinct ne fust entretenu. + +--Aussi il n'y a rien tel que d'estre jolie, dit sur-le-champ la femme +d'un passementier de la ruë de la Vieille-Monnoye. Et sur ceste +gentillesse voulant un peu discourir, et de l'appuy qu'on en tire par +fois, elle fut interrompuë par la femme d'un quinquallier, homme +d'honneur et grandement à son aise, laquelle fut fort peu honteuse de +dire qu'elle avoit cy-devant practiqué assez d'inventions pour estre +continuée aux bonnes graces d'un receveur, mais qu'elle avoit recogneu +que toutes ces sortes de curiositez[209] n'estoient que folies; qu'il +valloit mieux s'associer en l'honneste fortune d'un mary que d'attacher +ses affections à des frivoles concupiscences, où l'honneur et l'ame se +ternissent et se perdent. + +Ces petits discours d'amourettes durèrent presque demy-heure entre ces +trois coquettes de bourgeoises, et n'eussent esté sy tost rompus, sans +que la femme d'un advocat, fort sage et discrette de son naturel, fit en +sorte de changer de batterie. Pour venir à l'effect de ce dessein, elle +fit feinte de se trouver mal et de s'esvanouir, ce qui les occasionna de +prendre garde à elle et d'apporter tous les soulagemens que l'on peut +s'imaginer aux foiblesses qui arrivent par fois aux femmes grosses, de +manière qu'après estre revenuë en son premier estat, elle fut interrogée +de la compagnie si elle estoit grosse, ains elle afferme qu'elle n'avoit +garde de l'estre. + +--Cela peut pourtant bien estre, dit la femme d'un pourpointier, jalouse +au possible de son mary; vous qui estes à vostre aise et qui avez un bon +mary qui gaigne bien sa vie et qui vous ayme comme il faut, qui vous +empescheroit de le devenir? + +--Je ne manque point, graces à Dieu, de toutes ces felicitez que vous me +dittes, mais j'ay une affliction qui m'empeschera d'avoir des enfans. + +--Hé! quelle affliction, luy repliqua la pourpointière, Madame? + +--Madame, quoy que j'aye un bon mary, ce n'est pas tout: j'ay perdu ma +mère depuis peu, j'ay une sœur malade sur les bras, et un frère +nouvellement rendu des universitez, qui veut se faire advocat un de ces +matins, et s'il n'est qu'un sot habillé en homme. + +--Voire! advocat! les rues de Paris en sont pavées. Si j'estois que de +vous, Madame, je ferois en sorte de le porter dans les finances; car, +ayant le bien qu'il a, il pourra paroistre un temps à ses despens pour +apprendre, et puis asseurement il prendra aussi bien que les autres. + +--Voilà un bon advis, Madame, dit une autre pourpointière qui a quitté +la boutique pour besongner en chambre; aujourd'huy il n'y a que d'en +avoir; chacun se mocque de la necessité, et le vray moyen de l'eviter +pour le jourd'huy, c'est d'estre financier, car infailliblement la +guerre ne durera, et pendant le temps il adviendra que les vieux se +defferont de leur charge, ou pourront mourir; ce qu'estant, les jeunes +s'avanceront et feront leurs bourses. + +--Quelque mestier que ce soit, dit la notaire, est très bon quand on y +profite et quand il ne fait point perdre son maistre, ce qui se voit +assez rarement; toutesfois, si j'avois à choisir pour me pourvoir, je +prendrois plustost un financier qu'un advocat. + +--La femme de l'advocat s'en sentit un peu intéressée, et comme estant +legitimement picquée au jeu, elle ne peut s'empescher de dire qu'on +n'avoit jamais veu de financiers devenir gardes des sceaux et +chanceliers, mais bien garde-prisons assez souvent, lequel l'on +pourroit bien voir quelque matin, la paix estant faicte, pour les +obligations et malversations qu'ils avoient commis depuis que la guerre +est commencée. + +--Laissons là les qualitez, Mesdames, dit la quinquallière; qui bien +fera bien trouvera. Si les financiers ont desrobé l'argent du roy, comme +il y a de l'apparence, le conseil en sçaura bien faire la recherche; et +ce faisant, le proffit qu'ils auront faict ne sera qu'un emprunt qu'il +faudra rendre avec les interests. + +--Il semble que vous sçachiez les particularitez de ces Messieurs, dict +là-dessus la belle pourpointière. + +--Ce que j'en sçay, repliqua la quinquallière, c'est le receveur que +j'ay tant aymé qui m'en a compté une partie, et le reste, ç'a esté le +sieur Gesselin, comme je discourois avec luy de la belle Angelique, +qu'il a tant de peine à marier. + +--Mais, à propos, Madame, dit la marchande de passement, la fille de +laquelle vous parlez est-elle aussi jolie qu'elle estoit lorsque le +sieur advocat la recherchoit en mariage? + +--Il s'en faut plus de la moitié, luy respondit la quinquallière, et si +je doubte d'elle ce que je ne veux publier, pour le respect du sexe. + +Comme ceste parole s'achevoit, la femme d'un procureur de la Cour, +demeurante en l'Université, entre dans la chambre suivie d'une petite +esmerillonnée[210] de servante, qui se douta de ce qu'on vouloit dire de +la belle Angelique; et, ayant prins place, le caquet fut renforcé par +elle, et meut les autres si fort à caqueter, que le meilleur secretaire +n'eust peu rediger le tout par escrit. Neantmoins, encore que leur +babilloire allast bien viste, je ne laissay d'en profiter et de +remarquer ce que je jugeay pouvoir apporter du contentement aux curieux. +Entre autres choses j'appris l'invention qui se praticque parmy les +bourgeoises pour paroistre, quoy qu'elles n'ayent ny rente ni revenu. + +Sçachez donc, suivant la relation mesme de la procureuse, que +l'invention de paroistre[211] a esté trouvée par les femmes de +practique, depuis quinze ou seize ans en çà, à dessein d'aller au pair +avec les damoiselles de race et d'extraction, et pour faire à croire +qu'elles en ont, mais c'est du contant, invention qui est tournée en +perfection, si perfection on doit appeller le vice; en sorte que, pour +le jourd'huy, on ne voit plus ny femme de notaire, ny de procureur, ni +d'advocat, ny mesme de marchand et d'artisan, à qui la soye ne traine +depuis les pieds jusques à la teste; et pour entretenir cet estat, que +se fait-il, sinon qu'un plan de cornes aux pauvres maris, qui froidement +vont au Chastelet ou au Palais, tandis que leurs femmes se donnent +carrière; et qu'ainsi ne soit, demandez à Jouan, procureur, s'il n'est +pas genin dans son haut de chausse; s'il ne vous dit assurement que ouy, +je veux boire un verre de vin muscat à jeun pour ma penitence. Je vous +en nommerois assez d'autres s'il estoit besoing, mais je me contenteray +pour le présent de celuy-là, en consideration qu'un jour il demanda acte +à monsieur le lieutenant de ce qu'il venoit de trouver un homme botté et +esperonné couché avec sa femme. + +Passons outre, et revenons à nos marchandes: les cessions et les +banqueroutes de leurs maris leur bastissent une belle fortune, sans le +tour du baston qu'elles font de leur costé, et de la façon elles +paroissent en damoiselles, excepté la coiffure, tesmoing ceste-picque de +biscaye[212] de la ruë S.-Denis, qui a fait faire plusieurs fois +cession à son mary, et ne laisse pourtant de tenir boutique ouverte. + +Or sus, revenons au caquet de nos bourgeoises et de nostre procureuse. +Si tost donc qu'elle fut assise, elle fit signe à sa servante de +s'approcher d'elle, pour luy dire qu'elle s'en allast querir ce qu'elle +avoit oublié, qui estoit un libelle en vers contre plusieurs filles et +femmes de ceste ville. Aussi tost dit, aussi tost effectué, et à peine +avoit-elle dit à la compagnie ce que c'estoit, que ladite servante +revint, et apporta ledit libelle, qui fut en mesme temps presenté sur le +tapis, et la lecture s'en fit par la marchande passementière, comme la +plus curieuse de toutes, lequel j'ay faict en sorte de coppier, pour en +contenter ceux à qui la curiosité resveille l'esprit, et à cause de la +gentillesse de sa poësie: + + Une petite vendant du clou + Fut apperceuë par un trou + Qui enfiloit à la chandelle; + Un petit de nom et de faict + S'est delecté dans le caquet + Qu'on a faict depuis de sa belle. + Un grand jancu de bon minois, + Afin de violer les loix + Du sacrement de mariage, + En la maison d'un pourpointier + A fait despriser le mestier + Pour honorer le cocuage. + Un gros coquin garny d'escus, + Aspre aux plaisirs et aux abus, + Fit tant que Gaumont, tout folastre, + Luy presta sa femme à minuict + Afin d'en prendre son deduict + Puis en a faict l'acariastre. + +Sur cecy la passementière change de couleur et voulut deschirer le +papier où estoit escrit ces vers: à quoy s'opposa formellement la +procureuse, promettant à ladite passementière que jamais personne +n'auroit la cognoissance de sa part, dont elle en fut conjurée par +l'Accouchée, qui neantmoins avoit dessein d'en rire une autre fois plus +particulièrement. Ainsi ce papier fut reserré, et commença-on de +cacqueter de ceste sorte: + +--A propos, Madame, dit la femme de l'advocat, est-il vray qu'on doit +publier un edict pour la reformation des habits[213], et que +Chalange[214] en doit entreprendre l'execution[215]. + +--J'en ay aucunement entendu parler, respondit la procureuse; mais +pourtant je ne le puis croire, car il s'est trouvé trop empesché à +l'edict des procureurs[216]. + +--Neantmoins, repliqua l'advocate, on en bruicte fort par la ville, et +dit-on de plus qu'il passera plus facilement que nul autre qui ait passé +depuis deux ans[217], parce que ou les ambitieux, pour paroistre, +donneront de l'argent en forme de rente, si on l'accorde; ou bien chacun +sera cognu selon sa qualité. + +--Hé! qu'importe d'estre cogneu par sa qualité, pourveu qu'on ait force +pistoles, dit l'accouchée? + +--Non, non, Madame, respondit d'affection nostre advocate, il est bien +necessaire de proceder à ceste reformation; l'argent n'est rien au +respect des mœurs, et certainement il est plus à propos d'honorer +l'ame de belles actions que de parer son corps de beaux vestements, qui +ne servent en effect que de desguisement quand on y apporte tant de +sorte d'inventions. + +La marchande passementière, qui voyoit bien que c'estoit d'elle qu'on +parloit particulièrement, fit forme d'avoir affaire à son logis, et sur +ce discours print congé de la compagnie. La sortie de laquelle apporta +une plus grande licence de parler d'elle; et qui en entama le discours, +ce fut la procureuse, qui dict: Vrayement, la marchande qui vient de +sortir a bien changé de poil depuis qu'elle a quitté sa boutique; la +cognoissez-vous bien particulièrement, Mesdames? + +A ceste demande, personne ne voulut respondre que la petite affetée de +notaire, qui dict que du temps qu'elle estoit fille on en parloit fort, +et qu'elle alloit la nuict trouver un certain homme pour coucher avec +luy, et qu'affin de n'estre recognuë qu'elle prenoit un habit desguisé. + +--Son mary estoit donc aux champs quand elle faisoit ce train-là? +respondit la procureuse. + +--Non, non, Madame, luy repliqua la notaire; c'estoit luy-mesme qui luy +faisoit aller, et ceste façon de faire a duré deux ans et plus, et puis +le badin en est devenu jaloux jusques là que de l'avoir accusé +d'adultère. + +--Madame, Madame, soulagez un peu l'honneur de vostre voisine, luy dit +la quinquallière; on ne sçait pas ce qui nous peut arriver: toutes +choses estans sujettes aux changemens, il faut peu de chose pour nous +renverser veritablement. + +La quinquallière avoit raison de parler de la sorte, car elle a les +talons si cours qu'il ne faut la pousser guère fort pour la faire choir, +et de cecy je m'en rapporte à ce qui en a esté escript et produict, +ainsi qu'il se voit par le libelle cy-dessus, extraict des memoires +curieux d'un des beaux esprits de ce temps qui la cognoit assez +familièrement. + +Cet entretien commença de desplaire à l'accouchée; aussi elle fit en +sorte de faire signe à la garde de luy apporter la colation, ce qui +occasionna les bourgeoises de sortir et de prendre congé d'elle, au +moyen de quoy elle print relasche d'une demy-heure; et après ce temps +une autre compagnie vint la saluer, qui se tint avec elle jusques au +soir. + +Les discours que ceste compagnie tint n'ennuyoient pas l'accouchée comme +les autres: car on n'usa jamais de mesdisance, sinon qu'une mercière de +la ruë de la Harpe, enquesteuse au possible des affaires d'autruy, comme +on parloit de la misère du temps, accusans en partie la sienne, ne peut +s'empescher de parler d'un de la vacation de son mary, qui a quitté sa +boutique du Palais pour faire faire monstre à ses filles; elle n'eust +garde de dire que sa boutique estoit toute remplie de nenny, que son +mary faisoit passer les conventions matrimoniales par la forest +d'Angoulesme[218], ny qu'elle toleroit la desbauche de sa servante à +cause qu'elle n'avoit dequoy luy payer ses gages; aussi c'eust esté mal +à propos de parler de la maison et de ce qu'il s'y faict, puis qu'on en +parle assez en Bretagne et en Normandie. + +Or, après qu'une certaine gantière assez cognue, quoy que sa mère soit +garde d'accouchée, voulut mettre son nez au caquet, et commença de +parler d'un procez que son mary avoit contre un advocat, la perte duquel +elle redoutoit fort si elle ne s'y employoit de cul et de teste... + +--En craignez-vous la perte? luy dict la femme d'un commissaire qui a +pris la vache et le veau. Vraiment, puisque vous avez de l'argent, comme +l'on dict, vous avez beau moyen de le gaigner. + +--A la verité, repliqua la gantière, si les conseillers de la Cour sont +aussi friants de presens comme ceux qui ont rendu la sentence dont est +appel, je suis asseurée d'avoir gaigné la cause. + +--Madame, Madame, luy dit une grosse damoiselle de Normandie qui logeoit +naguères chez un chirurgien, j'en ay gaigné pour le moins une douzaine +au Parlement, sans que j'aye employé d'autre faveur que mon industrie; +c'est pourquoy vous pouvez beaucoup, vous qui estes de bonne grace, qui +avez si beau maintien. + +--Je m'asseureray donc, respondit la gantière, en la faveur de vostre +bon conseil, duquel je vous remercie et vous en baise bien humblement +les mains. + +--Vous parlez de procez? dict l'accouchée. + +--C'en est faict, respondit la damoiselle, et puis c'est d'un qui n'est +pas de grande conséquence. + +La femme d'un procureur du Chastelet qui demeure en la ruë S.-Martin, +suivant ces entrepropos, commença et dit: Je ne sçay quels procez il se +faict depuis dix ou douze ans, car je vous asseure qu'encores que mon +mary soit des anciens, que son estude est aussi seiche qu'une langue de +bœuf parfumée; la pluspart du temps il ne fait rien que bayer aux +corneilles et jazer avec un voisin que nous avons qui fait des luts. +Nous avons un fils advocat qui ressemble les tapis que mettent les +marchands sur leurs boutiques, car il ne nous sert que de monstre; et ce +qui m'afflige plus sur mes vieux ans, c'est que j'ay de trop grandes +filles qui perdent leur temps faute d'ouvrage. + +--Je vous plainds, je vous asseure, Madame, luy dict une jeune +damoiselle qui a espousé le fils d'un medecin, d'autant que mesdames vos +filles sont assez advenantes; toutesfois, Madame, j'estimerois que vous +ne ferez pas mal d'en mettre quelqu'une en religion. + +--En religion! respondit cette procureuse; vrayment, il faut autant +d'argent pour le jourd'huy pour y mettre une fille comme à la mettre en +son mesnage; je m'y suis assez employée pour ma grande, lorsque je l'ay +veuë reformée en ses habits; mais je n'y ay rien gaigné. + +Là-dessus une esrattée de perruquière de la mesme ruë, voulant donner +son advis, et enseigner un moyen de mettre lesdites filles en religion, +parla de celles où sont les capucines[219]; mais à ceste objection +ladite damoiselle luy respondit que c'estoient discours, et qu'il y +falloit avoir de l'argent aussi bien qu'ailleurs, ou bien de grands amis +qui procurent le moyen d'y entrer. + +Une bourgeoise de la rue Quincampois, ayant dessein de terminer +l'affliction de la procureuse, luy dit: Madame, ne vous affligez point +tant de vos filles; Dieu y donnera ordre à les pourvoir, et fera que +quelques uns de ses bons serviteurs y mettront la main. On parle, ce +dit-elle, d'une nouvelle religion où les filles de maison seront +receuës à peu de fraiz, et si dit-on d'avantage, que nostre +evesque[220], à son advenement, veut faire largesse pour ce +subject[221]. + +--Ce sera un grand bien pour son ame, dict la femme d'un greffier; s'il +donnoit une année ou deux de son revenu pour pourvoir quelques filles, +ou en religion ou au mesnage, en retranchant un peu son train, il +obligeroit icelles à prier pour soy. + +Ces propos achevez et finis, arrivèrent encores quelques bourgeoises +d'une mesme compagnie, desireuses d'entretenir madame l'accouchée de +plusieurs choses qui courent parmy le monde, et de plusieurs façons de +faire qui s'y pratiquent; les autres, qui estoient arrivées il y avoit +assez longtemps, prindrent honorablement congé peu de temps après ceste +arrivée, et après leur sortie une parfumeuse de la ruë S.-Sauveur +commence de dire: Nous faisons un beau silence, pour estre venuës +visiter une accouchée. + +--Je vous asseure, Madame, luy dict une de ses voisines, qui est femme +d'un tapissier, j'ay si mal à la teste des discours qu'on tient de nous, +que j'en ay les jouës toutes rouges. + +--Là, là, luy respondit la parfumeuse, ce n'est pas là où le bast vous +blesse; c'est que vous faites la fine pour jouër les deux. + +La tapissière là-dessus repliqua qu'il n'appartenoit à jouër les deux +qu'à la femme d'un tailleur d'auprès la rue des Prouvelles, parcequ'elle +entretenoit son mary en amytié et sans jalousie, et si un petit +procureur du Chastelet ne laisse pas de captiver ses bonnes graces. + +--Comment, dit aussi tost une frippière d'auprès la Tonnellerie, la +petite tailleuse ayme la chiquanerie? Vrayment, je ne m'estonne plus +s'ils vont si souvent aux champs ensemble. + +--Ce n'est pas où ils font leurs meilleurs coups, dit encore la +tapissière; mais c'est au logis de Paris: car assez souvent le procureur +prend occasion d'aller joüer au picquet avec le mary, et ainsi il +choisit son heure. + +--Hé! si cela est sçeu à la cour, dit la parfumeuse, luy qui veut avoir +un office chez le roy, ce sera une grande incommodité pour le Louvre. + +Chacune de ces bourgeoises, à ces paroles, se prindrent à rire de si +grand courage qu'il sembloit à les entendre que ce fussent des asnesses +dans un pré qui brayassent pour estre couvertes. Et moy qui parle, je +fus contrainct, quoy que caché à la ruelle du lict, d'en destacher mon +esguillette, craignans de pisser dans mes chausses. + +Cecy finy, elles commencèrent à caqueter et à discourir du comte +Mansfeld[222]. L'une disoit qu'il est un grand capitaine pour un +Allemand; l'autre soustenoit qu'il n'avoit pourtant pas grand courage. +Une autre, qui avoit le jugement un peu plus solide, dit qu'une bonne +fuitte valoit mieux qu'une mauvaise attente, et qu'il y avoit plus +d'honneur à laisser le champ à ceux qui tiennent en main la victoire que +de recevoir une perte dommageable au profit et à l'honneur, et puis, +qu'ayant les gouttes comme il a, que malaisement eust-il trouvé du +secours pour l'en soulager, si ce n'eust esté en perdant la vie. En fin, +après tant de sortes de comptes et de sornettes, la nuict s'approcha, +qui fut cause que chacune se retira à son enseigne. + + + + +LA RESPONCE + +DES + +DAMES ET BOURGEOISES DE PARIS + +au + +CAQUET DE L'ACCOUCHÉE + +_Par Madamoiselle E. D. M._ + +A Paris, chez l'imprimeur de la ville, _à l'enseigne des trois +Pucelles_. + +M. DC. XXII[223]. + + +Maintenant que l'esté nous a fait paroistre les effets de sa chaleur, et +que les rayons du soleil, d'une force plus concoctive, bruslent et +consomment les campagnes mesmes qui sont sous un climat temperé comme +la France, outre que d'ailleurs les femmes, qui sont d'un temperament +froid et humide, ne peuvent soustenir une chaleur si ardante que celle +qui se fait quand le soleil entre au signe du Cancre, comme il a fait +depuis quelques jours, je me resolus, avec quelques unes de mes +voisines, d'aller aux estuves pour me rafraichir: car la nature est +tellement sortie de ses premiers ressorts qu'il n'est point maintenant +permis aux femmes de se baigner à la rivière, à cause peut-estre qu'on +les verroit à descouvert, ce qui est hors de raison, veu que les femmes +peuvent avec autant de droit et authorité se baigner que les hommes, +puis qu'en leur nature elles sont egalles à eux, comme je crois avoir +veu assez preuvé ailleurs. + +Comme je fus arrivée aux baings où d'ordinaire nous avons coustume entre +nous autres de nous rafraichir, je me trouvay au milieu d'une bonne et +agreable compaignie de bourgeoises et dames de Paris, qui estoient +venues au mesme lieu pour ce subjet. Ainsi que nous commencions à nous +deshabiller, et que chacun s'apprestoit pour se mettre à l'eau, une +jeune damoiselle du faux-bourg S.-Germain dit: La porte est-elle fermée, +ma cousine[224]? (Elle parloit à une sienne parente de la place +Maubert.) Je vous asseure qu'il y faut prendre garde: car pour +maintenant on ne prend plaisir qu'à mal parler d'autruy, et +principallement on est bien aise de toucher sur la corde des femmes et +d'avoir prises sur elles. Il y a plus d'un mois entier que dedans Paris +on nous appelle caqueteuses; on ne parle que du caquet des femmes. +Jamais le lict de l'accouchée ne fut mieux remué; il est souvent +retourné et fueilletté. + +--Mais il n'y a que de la plaisanterie dedans, dit sa tante [qui estoit +desjà dans l'eau][225]. + +--C'est vostre honneur, respondit l'autre; cela ne retourne qu'à nostre +desavantage. S'il y a quelque bon quolibet, quelque gausserie, quelque +risée, ou quelque pacquet, c'est tousjours sur les femmes qu'il vient +tomber, et tousjours les pauvres femmes sont chargées; je ne sçay comme +elles ont si bon dos, car bien souvent il faut qu'elles portent de +pesans fardeaux. + +--Comment! ma commère, dit une qui avoit desjà deffait sa chemise[226], +c'est une chose estrange que, sous pretexte de madame l'accouchée, on +nous en fait payer la fole enchère. On dit mal de l'une, on se mocque de +l'autre, on rit, on gausse; ce sont plustost des farces et commedies +qu'autres choses. Jamais les femmes ne furent remuées de la sorte: l'une +sera trop vieille à l'appetit de son mary, il se voudra mettre à la +fraischeur; l'autre sera trop bouillante à l'appetit du sien, qui n'ira +qu'à demy-voye; l'autre aura cinquante ans et on ne la marie pas, de +sorte qu'elle sera contraincte de recoudre son pucelage plus de cent +fois. Que sçay-je, moy? chacun nous donne tels quolibets qu'on veut, et +ainsi pour ce jourd'huy en toutes les bonnes compagnies et assemblées on +nous couche tousjours sur le tappis, puis après nous servons de joüet et +d'entretien aux hommes, qui sont bien ayses, pour passe-temps, +d'esplucher nos actions et de scindiquer sur nos besongnes. + +--Madame a raison (fis-je alors)[227], car le temps d'aujourd'huy n'est +plein que de mesdisances et d'invectives, principalement à la cour, où +j'ay de coustume de hanter: l'une aura un œil trop brun à l'appetit +de celuy-cy, l'autre un nez camus à l'appetit de l'autre; mais la +pluspart du monde ne voit point que ceux qui sont camus ont de grands +priviléges et immunitez à eux concedés de la nature, sçavoir est qu'ils +sont exempts de porter les lunettes, droict qui est très beau, puis +qu'il relève de la cour des Quinze-Vingts, où les aveugles president en +robbes grises et fleurdelisées[228]; les autres ont des robbes qui ne +correspondent pas à leur qualité. Si une marchande porte le satin à +fleurs de velours cramoisi[229], etc., faut-il en murmurer? Pourtant +elles seroient peu discrettes si elles ne s'accoustroient des plus +riches et des plus belles estoffes de la boutique, puis qu'elles-mesmes +les vendent et debitent aux autres[230]. Si aujourd'hui une +passementière porte un colet monté à cinq estages, elle le fait pour une +consideration qui est tres bonne, sçavoir, afin qu'on ne puisse +attaindre à son pucelage, qu'elle met et constitue au dernier estage de +son colet, ce qui est universellement approuvé de toutes les +courtisannes: car frottez vostre nez contre leur visage, cueillez les +fleurs qui s'espanouïssent sur le marbre empourpré de leurs jouës, +desrobez les roses qui vont esclatant sur le corail de leur bouche, +pillez les lis qui blanchissent sur la neige yvoirine de leur gorge, +bref, mettez-vous en quatre parties pour entendre le bal mesuré de leurs +pommes jumelles, et les souspirs contre-balancez de ces +deux-hemisphères, ce n'est point là où gist le pucelage. Pourveu que +vous ne touchiez point au colet, vous estes le plus galand cavalier du +monde; mais si une fois vous avez rompu un rang de passement, vous +perdez toute l'estime qu'on avoit de vous auparavant (elles ont bien +raison, et je soustiendray tousjours leur party en cecy, puis que leur +honneur est au cinquiesme estage de leur collet); il ne s'y faut jamais +prendre. + +--Pour moy, dit une damoiselle [qui estoit en l'eau jusques au +col][231], je ne sçay comment on en veut tousjours à ces pauvres femmes: +c'est la rebute ordinaire de toutes les calomnies des hommes; s'ils ont +fait quelque acte auquel ils croyent avoir acquis quelque disgrace, tout +aussi tost la femme en a sa part: «Ma femme est cause de cet accident; +sans elle j'eusse gaigné mon procez»; et le plus souvent on trouvera que +la femme aura meilleur droict que son mary: et ainsi c'est nous +mespriser. + +[--Vous voilà dans l'eau jusques au col (dit une vieille qui tenoit du +linge blanc); mais j'y suis plus avant que vous, car m'y voilà jusques +au né. Ne faisoit-il pas bon voir une femme avoir des roupies en plain +esté?][232] + +Une autre qui s'entendoit à la philosophie, et qui avoit choisy ce jour +pour le bain[233] comme un medecin du cartier S.-Honoré qui ne vouloit +coucher avec sa femme que par lune, va dire: Je ne vois aucune raison +formelle qui puisse conduire ma cognoissance à croire qu'on nous doibve +tenir en ligne inferieure avec les hommes: car premièrement ils disent +que nostre temperie est froide et humide, et que, nos organes n'estant +point bien disposez, il faut, par une consequence logicienne, que nous +ne pouvions exercer nos fonctions avec l'advantage dont jusques à +maintenant ils se sont prevalus contre nous, et toutesfois je prouveray +tousjours par bonnes, valides, scientifiques et demonstratives raisons, +que nous surpassons de beaucoup le sexe masculin, ou, à tout le moins, +que nous ne luy sommes en rien inferieures. Jettons les yeux sur les +sciences, arts, mestiers, pratiques et inventions: la pluspart se +trouvera tirée de la teste des femmes, car comme elle pullule en +raretez, subtilitez, prudence et autres qualitez infinies qui +annoblissent nostre sexe, aussi le peut-on aisement remarquer par des +exemples et des preuves irreprochables. C'est ce qui a meu Platon, à qui +nul n'a debattu le titre de divin, et consequemment Socrates, son +interprette, en batissant les loix et reiglemens fondamentaires pour +les royaumes et republiques qui depuis sous icelles ont esté regies et +gouvernées, de les admettre dans les dignitez, charges et offices, et de +les eslever aux mesmes degrez d'honneurs que les hommes; et bien +davantage, ces lumières de l'antiquitez maintiennent et asseurent avoir +veu des femmes qui ont surpassé les hommes de leur patrie. Si de cecy +nous en voulons sçavoir la raison, les philosophes mesme, bien que d'un +sexe different du nostre, diront que, comme la pureté du sang concurre à +la vivacité de l'esprit, que consequemment les femmes ont ou doivent +avoir l'esprit plus vif que les hommes, puis qu'elles ont le temperament +plus delicat. On en a veu naistre des effects très certains de ce que je +dis, en Alexandrie, Egypte, Trace, Rome, France, et autres contrées de +l'univers. De l'autre costé, la femme est en mesme puissance que l'homme +de produire des actes genereux: ce n'est faute le plus souvent que de +les defricher; si l'arbre ne porte point de fruict, ce n'est faute que +de le cultiver, esmonder et esbrancher. Combien y auroit-il d'hommes +hebetez et grossiers, si depuis le plus tendre de leur jeunesse on ne +les jettoit dans les escolles, où la pluspart, le plus souvent, après +avoir bien employé du temps, sont aussi sçavans que quand ils y ont +entré; où au contraire, si on employoit après les femmes la centiesme +partie du soin et de la cure qu'on prend après les hommes, on verroit +des merveilles: car, comme les femmes sont d'un temperament plus tendre, +et ont le sang, comme j'ay desjà dit, plus subtil, aussi auroient-elles +en bref les organes disposez à recevoir les espèces intromises par les +sens interieurs. Combien a-on veu de grands cerveaux de femmes regir, +maintenir et gouverner ceste monarchie et une infinité d'autres +royaumes! C'est ce qui conduisoit jadis Plutarque à dire que les vertus +des femmes aloient à l'esgal de celles des hommes, comme de fait on en +peut voir de grandes et irreprochables experiences. Il me souvient avoir +leu dans Tacite qu'un certain, estant venu à Rome en grand equipage pour +estre concitoyen de ladite ville et participer aux droicts et immunitez +dont jouyssoient jadis les Romains, et principallement ceux qui avoient +le titre de noblesse, qu'au commencement il se vantoit de la race des +dieux, se disant sorti d'un Hercul, d'une Thetis, d'un Jupiter. On ne +l'approuvoit point pourtant; mais quand, changeant de discours, il vint +dire qu'il descendoit en ligne collateralle d'une Amazone, alors ce nom +reveré et respecté du peuple romain le fit entrer au nombre des autres +citoyens, et participer aux mesmes priviléges. Les Lacedemoniens, gens +experimentez s'il en fut jamais, ne faisoient rien qu'auparavant ils +n'eussent consultez les principalles femmes de la ville. + +--Il n'y a que cela qui me fasche (dit une jeune mariée d'auprès le +Louvre), qu'il faut donnner tant d'argent maintenant quant on se veut +marier, c'est une ruyne; puis que vous dites que les femmes vont de pair +avec les hommes, c'est encore peu de consideration à nous de nous +attacher à la cadène et nous captiver de nostre propre et liberal +arbitre sous leur empire, et au bout du compte apporter de l'argent en +mariage. + +--N'en sçavez-vous que cela (dit une esveillée qui estoit un à bout)? La +cause pour laquelle les femmes apportent de l'argent aux hommes en +mariage, c'est qu'ils acheptent un fonds pour planter des cornes. + +La philosophe, à ce mot, reprit la parole: Au rapport (dit-elle) de +Corneille Tacite, historien fidel des annales romaines, les Germains et +Allemans, gens indomptables à la guerre, portoient dot à leurs femmes, +non les femmes aux hommes, et les principaux siéges n'estoient gouvernez +et regis que sous leur sceptre et commandement. + +En après, si nous voulons nous fonder sur les principes et sur les bases +de la metaphisique, nous trouverons que la nature humaine est divisée +egallement et de l'homme et de la femme: et ainsi l'un ne participe +point davantage à la raison que l'autre; _ea autem sunt unum et idem +quorum, natura non est diversa secundum essentiam_. Or, si l'homme n'est +qu'un avec la femme, il suit necessairement qu'on ne peut calomnier +l'un sans parler au desadvantage de l'autre, de mesme que, si on dresse +des loüanges au premier, elles ne peuvent qu'elles ne resultent et +resjaillissent à l'honneur des seconds. + +Je m'estendrois icy sur les Sibilles, qui ont communiqué avec la +divinité par leurs oracles et propheties, si leurs discours admirables, +leurs bouches divines et leur langage doré, ne fermoit la bouche à ceux +qui nous veulent calomnier. Pour leur valeur et adresse aux armes, +n'avons-nous point ceste genereuse guerrière en France, la Pucelle +d'Orleans, qui s'est signalée en tant de combats, rencontres, en tant +d'assauts et batailles, sans aller en Trace chercher les antiques +Amazones? Mais, mesme en nos derniers jours, ne voyons-nous pas des +exemples de leur magnanimité, de courage, où elles ont gravé leur renom +dans le temple de memoire? + +Toute la compagnie, et moy la première[234], qui durant ce haut et +relevé discours avoit faict un silence dans l'eau[235] de peur qu'on ne +nous[236] imputast le nom de caqueteuse, fusmes[237] ravies en extase +de voir nostre[238] cause si bien defenduë et nostre[239] sexe si haut +monté par l'ascendant que luy avoit donné ceste docte et scientique +damoiselle: car elle avoit monstré (comme de fait personne ne le peut +revoquer en doute) que la femme estoit en mesme ligne paralelle avec +l'homme, et qu'il n'y avoit aucune difference entre eux, de manière que, +cela estant, si les hommes viennent maintenant à user de represailles et +calomnies envers nostre endroit[240], c'est sur eux-mesmes que +resjaillissent leurs injures: tout ne peut se faire, en fait de +calomnies, qu'à leurs desadvantages. + +La compagnie n'en demeura pourtant là: on voulut voir et examiner les +cahiers de madame l'accouchée, de laquelle on parle tant maintenant dans +Paris. L'une disoit que ce n'estoit qu'une pure fiction inventée à +plaisir pour la jovialité qui s'y rencontre; l'autre soustenoit que cela +avoit esté fait et qu'il se pouvoit faire; qu'il n'estoit hors de +raison. Chacun se debatoit: l'une le tenoit pour faux, l'autre pour +veritable. Pour mon regard[241], je crois que madame l'accouchée n'y a +jamais songé. + +--A la verité (dit une qui commençoit à s'essuyer)[242], si on parle +mal des femmes, il y en a plusieurs qui en donnent subject; on +familiarise quelquefois avec des personnes qui, sous couleur d'une +feinte amitié, font souvent naistre des soupçons en l'esprit de ceux qui +regardent; on faict des mauvais rapports, et par ainsi les femmes sont +toujours injuriées à tort. + +--Voilà mon dire, respondit une fille de chambre d'auprès S.-Jacques: +depuis qu'aujourd'huy on voit un homme auprès d'une femme, on en parle +mal. Pour moy, je suis d'un naturel dispos et gaillard, j'aime tousjours +mieux jouër au reversis qu'au picquet; je ne me picque jamais au jeu +(pourveu que d'autre, part on ne passe trop avant dans les bornes de +l'honneur). Au reste, je ne suis pas joyeuse quand j'entens parler mal +de nostre sexe, c'est ce qui me tourmente le plus; et encore, qui pis +est, on m'a meslée dans les cartes de l'accouchée; je ne sçay comment +m'en desgager. + +--Vous n'estes pas seule qui avez vostre paquet (dit sa cousine); j'en +cognois bien d'autres, et des meilleures bourgeoises de Paris, qui en +ont eu leur part. Toutefois, comme ce sont frivolles, aussi ny +devons-nous nous arrester, n'y faire aucun semblant que nous nous en +sommes formalisées. + +--Frivolles! ma commère, dit une autre: S. Jan! appellez-vous frivolle +de calomnier l'un, de se rire de l'autre, de se gausser de celle-cy, de +mal parler de celle-là? Pour moy, je crois qu'on n'en eust peu inventer +davantage pour se mocquer de nous: car le pire que je remarque en cecy, +c'est que la pluspart sont accusées à tort et sans cause. + +Moy, qui estois[243] de l'autre bout, pris la parolle pour toutes les +autres en general. Mes damoiselles (dis-je)[244], il se faut resoudre en +cecy; il y a un expedient fort propre; il est besoin en choses +d'importance d'apporter du conseil: il nous faut faire un reglement en +ceste affaire. Pour moy, je trouverois bon que nous fissions une lettre +de desadveu et une signification pour nous departir de tous ces discours +de l'accouchée. La femme d'un sergent du faux-bourg Sainct-Marceau, +approuvant son dire, respondit que son mary ne prendroit rien des +significations, et qu'infailliblement il publieroit lesdites lettres par +les carrefours de Paris, n'y ayant personne qui peut mieux tromper ny +trompeter que luy. + + + + +LETTRE DE DESADVEU + +touchant le caquet de l'accouchée[245]. + + +«_Nous, dames et bourgeoises de Paris, assemblées ès estuves, après +avoir veu et leu un livret qui s'intitule le_ CAQUET DE L'ACCOUCHÉE, _et +que, dans iceluy livret, nous avons amplement remarqué qu'à tort et sans +cause on nous calomnioit, nous appelant caqueteuses, bien que chacun +sçache assez bien que nostre langue est toujours en nostre bouche, outre +qu'il n'y a eu aucune assemblée d'accouchée qui eut peu authoriser ce +discours, afin que chacun cognoisse l'integrité de nos actions, et qu'il +soit notoire à tous que nous aymons à avoir le droit partout: Nous avons +des-avoué et des-authorisé, comme par ces presentes nous des-avouons et +des-authorisons le dit livre, tenans et aboutissans et dependances +d'iceluy, et en tant que nostre pouvoir s'estend. Nous segregeons de +nostre compagnie tous ceux et celles qui feuilleteront le dit livre, +enjoignant de plus à toutes les femmes, de quelque quartier, rue, +qualité ou condition qu'elles soient, que partout où elles verront le +dit Livre, Seconde et Troisiesme après-disnée d'iceluy, soit ès-mains +de leurs maris ou autres, quelles ayent à s'en saisir, comme d'une pièce +pernicieuse à notre sexe, et de ce nous donnons pleine puissance et +authorité absolüe. Donné à Paris, le jour et an que dessus.»_ + + +Ceste lettre de desaveu pleut grandement à la compagnie, qui +l'approuvèrent d'une mesme voix et d'un commun applaudissement. De là, +s'estant toutes revestues, elles sortirent des estuves et s'en +retournèrent chacun en son logis, avec promesse toutefois de s'assembler +pour la seconde et troisiesme fois, si l'occasion le requiert. + + + + +LE DERNIÈRES PAROLLES + +ou + +LE DERNIER ADIEU DE L'ACCOUCHÉE + + Ensemble ce qui s'est passé en la dernière visite + et quatriesme après-disnée des dames + et bourgeoises de Paris[246]. + + +En vain vous auriez veu les commencemens des couches de l'ACCOUCHÉE et +feuilleté ses premières et secondes[247] visites, si par mesme moyen +vous[248] ne veniez à jetter les yeux sur le progrez, suitte et +advancement d'icelles, et ce avec autant plus de desir que le sujet le +semble requerir. C'est pourquoy, comme tesmoin occulaire de ce que j'ay +veu, je vous traceray en ces lignes ce que j'en ay apris depuis +peu[249], esperant que, comme nostre puissance intellective n'a des +bornes qu'en tant que les cognoissances qu'elle a sont dans la sphère +d'activité de son esprit, et qu'elle peut encor s'estendre d'advantage, +que par mesme moyen aussi je vous en feray voir d'autre, si l'occasion +m'en donne le sujet. Ce que je fais icy, ce n'est qu'en forme +d'ARRIÈRE-FAIX. + +Plusieurs s'arresteront icy sur ce mot d'arrière-faix, qui peut-estre, +n'ayant jamais penetré dans les cabinets de la medecine, ignoreront de +prime-abord ce que je veux entendre par la superficie de ce discours; +mais ayant visité le dedans et veu ce que j'y couche, ils verront qu'à +juste tiltre je devois en ce lieu parler de l'arrière-faix de +l'accouchée, puisque jusques icy on en avoit tant et tant fait de +ceremonies. + +L'arrière-faix, si nous nous voulons rapporter à madame Perrette, +sage-femme du faux-bourg Sainct-Marceau, n'est autre chose qu'une +superfluité de matière qui s'esvacuë hors de la matrice après +l'enfantement, laquelle superfluité, comme elle est excrementielle, +aussi estant retenuë dans les concavitez de la matrice et engluée dans +les membranes qui se retrouvent là dedans, cela eut de beaucoup +incommodé l'accouchée; c'est pourquoy il la faut jetter dehors, afin +qu'estant reintegrée dans sa première santé, que nous aussi ayons +l'honneur d'assister au baptesme de son enfant, qui se fera à +Sainct-Mederic, si messire Pierre s'y rencontre: car il est fort subjet +à dire son breviaire et ses sept pseaumes pour madamoiselle de la Garde. + +Et pour entrer en lice et mettre la lance de ce discours dans l'estrié +d'une suitte admirable où je puisse courre la carrière de bien dire, et +vous faire voir le fruict d'une nayfveté gaye et naturelle, vous devez +sçavoir qu'ayant apperceu que tout le monde, tant fols que sages, +avoient bandé le roüet de leurs inventions pour delascher quelque coup +de mesdisance, et s'estoient appliquez à faire des discours ou plustost +des mixtions pour faire quelque bouillon à l'accouchée, que je pouvois, +sinon avec autant de rime, au moins avec autant de raison, aller voir +madame l'accouchée, comme de fait mardy dernier je m'y acheminay avec +bonne intention d'en tirer mes pièces aussi bien que les autres. Ce fut +le matin que je fis ceste belle entreprise, croyant que je verrois +madame l'accouchée en son pontificat; mais ayant frappé à la porte, qui +estoit entrebaillée, je fus tout estonné de la voir en la salle d'embas +auprès du feu, qui s'amusoit à secher une coiffe à passement pour +l'après-disnée, car j'ai sceu depuis que toute la matinée elles sont +debout, et que l'après-disnée elles se couchent et s'accomodent, se +peignans, frisans et encourtinans superbement dans leur lict. + +A peine eus-je frappé qu'elle print la fuitte et gaigna au pied, de peur +d'estre recogneuë, croyant infailliblement que ce fust quelque dame qui +la vint voir. La servante, qui vint à la porte, me dit: Monsieur, madame +est un peu indisposée pour l'heure; s'il vous plaist, revenez après +midy. Ceste responce me fit retirer aussi froidement que monsieur de la +Garandine, qui, estant allé souper en ville, fut contrainct, à son +retour, de coucher à la porte, sa femme s'estant r'enfermée avec un +jeune advocat de la ruë S.-Denis. J'attendis pourtant que midy fust +sonné[250] afin d'entrer avec les autres, comme je fis insensiblement +pourtant, car j'estois accommodé en apoticaire. De me mettre ny en la +ruelle du lict ny au chevet, je n'eusse jamais voulu; je pris un bout de +la tapisserie et me cachay secrettement à l'endroit où je pouvois +entendre quelque chose. + +Or il est à remarquer que ce jour il n'y avoit que les bourgeoises qui +faisoient leurs visites: car, les jours precedens, les grandes dames et +damoiselles y avoient passé. Madame la Bruyne, nouvellement erigée de +tavernière en grand' et superbe marchande, commence à dire: + +--Comment! ma cousine, n'avez-vous pas ouy parler de la drollerie qui +s'est joüée dernièrement en un pelerinage qui se fit à Nostre-Dame-des-Vertus? + +--Aussi vray, ma cousine, respondit l'autre, voilà les premières +nouvelles que j'aye encore ouy parler. + +--C'est la plus plaisante tragedie que vous oüites jamais, dit une +vieille de la ruë de la Harpe. + +--Pour vous commencer ces discours, ma cousine, dit la première, vous +devez sçavoir qu'aujourd'huy chacun en prend où il en peut attrapper. +Deux jeunes dames que plusieurs cognoissent... + +--Ne sont-elles pas de la paroisse Sainct-Germain? dit une fille de +chambre. + +--Il n'importe de quel cartier elles soient: il ne les faut pas nommer. +Elles alloient en fin l'autre jour en pelerinage à Nostre-Dame-des-Vertus, +accompagnées de deux braves courtisans qui, dès longtemps ayant fait la +partie, ne cherchoient que l'occasion de trouver un tripot afin +d'achever le jeu en quatre ou cinq coups de grille[251]. Leurs maris, +qu'on dit n'estre point de justice, car, s'ils eussent eu le droit, +peut-estre qu'ils n'eussent point encouru l'affront qu'ils encoururent +depuis, voulans joüer leur personnage en ceste tragedie, aussi bien que +le sieur Darmingère en la ruë Sainct-Martin, où il pensa se rompre les +hipocondrilles et le train de derrière, songèrent qu'en ce cas il se +falloit desguiser, et que, pour ce faire, il n'estoit mal à propos de +prendre l'habit de quelque moyne ou religieux. Les uns disent qu'ils +prirent l'habit de capucin, les autres tiennent qu'ils estoient habillez +en mathurins. Quoy que s'en soit, ils estoient desguisez, et soit de +l'un, soit de l'autre habit, ils avoient de l'advantage: car s'ils +estoient accommodez en capucins, ils eurent ceste prerogative qu'en +alant ils portèrent la corne derrière à cause du capuchon, et en +revenant ils en portoient deux sur le front; s'ils estoient habillez en +mathurins, c'est qu'ils commençoient desjà à se faire recevoir en la +grande confrairie des fols, comme a fait depuis peu un passementier de +la ruë Sainct-Denis. S'estant habillez, ils suivirent de loin nos +pelerines, qui, estans arrivez au lieu, prirent la meilleure +hostellerie. Nos religieux cependant vont à l'eglise, pour faire bonne +mine, où tout le train arriva. Une, entre autres, de ces deux dames vint +s'adresser à son mary: Avez-vous celebré, mon père? Le mary, qui se +renfonçoit dans son chapperon, lui respondit comme en reculant, peur +d'estre cogneu: J'ay celebré dès le matin, Madame; excusez-moy. On en +demanda autant à l'autre; mais on n'eut autre responce de luy sinon +qu'il estoit indisposé. Cela les fit tourner d'autre costé. La messe +dite, nos gens s'en retournent pour desjeuner. Ils demandèrent une +chambre escartée; on les conduit à la chambre la plus proche des +tuilles. Comme ils estoient en bonne disposition, les religieux, qui +s'estoient habillez pour entrer en la confrairie des cornards, qui est +maintenant si peuplée à Paris, demandèrent chopine, afin de voir le +succez des affaires. On les meine dans une petite estude qui respondoit +sur les pelerins, où par un petit trou ils apperceurent de quels bois +estoient faites les cornes qu'on leur alloit planter sur le front; ce +qu'ils virent grandement à contre-cœur, et malgré eux, ainsi que +monsieur Ranville, qui eut l'autre jour un soufflet malgré luy dans le +Palais. Cecy veu, ils s'en retournèrent; mais le mal'heur en voulut que, +les cornes leur commençant à croistre en la suture coronale, je veux +dire cornale, ils ne peurent jamais remettre leurs chapperons dans la +teste, ou, pour dire avec monsieur du Fresne, la teste dans leurs +chapperons. Les pelerines revindrent après midy, où nos religieux leur +vouloient donner l'absolution, comme de fait ils leur pardonnirent la +coulpe, bien qu'à regret (car il est impossible de renfoncer les cornes +qui ont commencé de paroistre); mais pour la peine ils se resolurent de +leur faire porter[252] en ce monde, afin de les descharger d'autant en +purgatoire, si de fortune leur chemin s'adonnoit en ces cartiers-là: de +façon que les pelerines furent espoussetées de la poudre que peut-estre +elles avoient pris le long du chemin. + +--Cela pourroit-il estre vray, ma cousine? + +--Chacun en va à la moustarde en nostre cartier, dit une drappière de la +ruë Sainct-Honoré; pour mon regard, il me souvient bien de leur avoir +vendu de bonnes estoffes et trop relevées pour leur qualité. + +--N'est-ce point une grande impudence (dit une autre) de madame Remonde, +qui vendoit des confitures il n'y a que trois jours, et aujourd'huy, +sous l'esperance d'une bonne succession, la voilà damoiselle, mariée à +un homme de qualité, et porte les colets montez à quatre et cinq +estages, les cotillons de satin à fleurs! Pour moy, je ne sçay comment +on tollère cela. + +--Voilà comme va le temps d'aujourd'huy: on se plaist à braver et à +piaffer par les ruës. Mais, à propos de succession, madame la Renardière +est bien empeschée despuis deux jours: elle esperoit avoir toute la +succession de sa sœur, qui despuis vingt ans a esté sterille; elle +n'a esté recherchée en mariage que sur ceste esperance, et sans cela +elle eust esté bien empeschée de trouver seulement un huissier pour +mary; et aujourd'hui que sa sœur a fait un enfant, contre l'opinion +de tout le monde, la voilà privée de quinze mille escus qu'elle pouvoit +raisonnablement esperer. + +--Il ne faut jamais conter sans son hoste, dit une bourgeoise du +faux-bourg Sainct-Honoré: il y a de certains religieux auprès de nous, à +qui un certain avoit donné et passé par bon contract tout son bien +durant sa vie, qui pouvoit bien revenir à quarante mille escus; ils +seront bien empeschez de l'avoir, car les parens disent que la donation +est nulle, et qu'on ne doit usurper ainsi le bien des mineurs au +desadvantage de toute une famille; comme de fait, à l'appetit d'un homme +qui portera quelque affection particulière à un autre, doit-il pourtant +priver ses enfans des biens et possessions qui leur sont deubs +naturellement? On ne les peut desheriter de la sorte, et en cecy +l'arrest des berulistes y est formel; de façon que je crois que lesdits +religieux seront bien esloignez de leurs quarante mille escus. + +--Madame a raison, dit l'accouchée; moy qui ay sept enfans, si je +voulois donner mon bien à quelque religion, ce seroit rendre ma famille +pauvre et reduitte à mandier son pain; c'est avoir peu de consideration +pour des enfans. + +--Les enfans en sont quelquefois cause, madame (dit une qui estoit au +pied du lict); la pluspart d'aujourd'huy sont si orgueilleux, que, +mesprisans le lieu d'où ils sont venus, s'accommodent en princes et +grands seigneurs; tel aujourd'huy n'a pas cinq sols vaillant, qui fera +autant de parade comme s'il avoit de grands biens et possessions. + +Une qui n'avoit parlé: Il ne faut, dit-elle, pas aller si loin: madame +le Doux en peut porter tesmoignage. Voulez-vous voir chose plus poupine +que sa fille? Il n'y a que deux jours qu'elle estoit fille de chambre au +logis de M. de Chevreuse, et maintenant elle porte autant d'atours que +la plus grande dame de la cour; mais pourtant elle a beau se parer, ny +son masque ny ses perles ne luy blanchiront point le teint. + +--Aujourd'huy, dit une marchande de perles, les damoiselles (à ce que je +peux voir à la vente) observent que plus elles sont blanches, plus les +perles qu'elles acheptent sont noires; ou au contraire, si une dame est +un peu brunette, elle marchandera des perles les plus blanches qu'on +pourra trouver. + +--Voyez-vous plus grande superbe et arrogance que celle de madame +Clairmonde, qui depuis un mois s'est faite damoiselle, aux despens de +son mary, qui porte les cornes? dit une de son quartier. Depuis qu'elle +a commencé à porter le masque, elle en est si orgueilleuse, que, mesme à +l'eglise, elle ne le deferoit point pour tout le monde. Cela est +intollerable et insupportable. + +--Je vous asseure qu'elle le fait à cause de sa laideur, dit une autre +qui est sa voisine. + +--Pour mon regard, dit une jeune esventée qui aime le haut goust, je ne +trouve pas trop mal à propos si madame dont vous parlez s'accommode +bien: il y en a bien d'autres qu'elle entre nous autres procureuses du +Chastellet (elle ne demeure pas loin de là sans doute); nous plumons la +poulle du villageois. Il ne nous en chaut de tous les bruits qu'on fait +courir de nous; pourveu que nous ayons de quoy faire gargoter la +marmite, c'est le principal. Je ne sçay pas comme se manient et +gouvernent les autres de nostre qualité; mais pour mon mary, c'est le +plus heureux homme du monde: tantost on luy fera present d'un lièvre, +tantost d'une couple de perdris, tantost d'un pasté de venaison; il ne +faut pas mentir, que cela nous accommode grandement bien. + +Une veufve, qui estoit près de la porte, interrompant son discours, va +dire: Je ne sçay pas comment toutes ces affaires se prattiquent; mais on +me dit l'autre jour qu'on avoit joué un plaisant trait à un procureur de +vostre cartier. Chacun commençoit à dresser les oreilles pour ouyr ce +traict. C'est, dit-elle, qu'on luy envoya un fort beau pasté en forme de +venaison; mais quand on vint à l'ouvrir, on trouva qu'il n'y avoit que +deux cornes dedans: c'estoit une viande de dure digestion. + +--Ce ne fust pas à nous à qui ce present fut donné, repliqua l'autre: +c'est à nostre voisin (comme si on ignoroit qu'elle a enchroniqué son +mary elle-mesme au rang des cornarts!). Mon mary sçait mieux que c'est +de vivre que cela; il a des affaires pour les marguilliers de Baignolet +et pour les manans de Ville-Juif, qui ne sont point ingrats, car mon +mary emporte tousjours plume ou aisle. + +Une autre qui avoit autrefois esté fiancée à son mary, et qui le +cognoissoit, va dire: C'est donc la cause pourquoy on appelle les +procureurs volleurs et larrons, Madame, puis que, à tort ou à droit, ils +prennent des deux mains? + +--Vous n'y estes pas, ce fit une esveillée: la raison pourquoy on dit +que les procureurs sont volleurs, c'est qu'ils n'ont qu'une plume, et si +pourtant ils volent mieux que pas un oyseau qui soit en l'air. + +[--O la grosse invention! va dire une autre; mais prendriez-vous le mary +de madame pour un de ces gens-là? Vrayement il en est bien esloigné; +s'il a des commoditez, elles ne viennent pas de là. Ne cognoit-on pas +son père, homme riche et opulent? + +--Ouy, du bien et de l'argent qu'il a presté][253] à usure, dit une des +voisines. + +[--Est-il seul qui preste à usure? va faire une autre de][254] la ruë de +S.-Anthoine. C'est en nostre cartier où sont les gros usuriers[255]; il +y en a trois qui sont en chambre garnie, qui sont de Rennes en +Bretaigne, et qui ne se communiquent qu'avec beaucoup de difficultez; +l'un est rousseau et les deux autres noiraux; mais ce sont les gens les +mieux entendus qui se puissent remarquer. M. Gratiano, Italien, et M. de +la Verdure, les cognoissent bien: ce sont leurs partisans, tout passe +par leurs mains; mais s'il faut faire quelque chose d'importance, +attrapper quelques jeunes gens, les suborner et seduire, ce sont ces +Messieurs; s'il faut bailler cent escus pour en avoir cinquante au bout +de trois mois, ils y sont les premiers; il n'en faut demander advis qu'à +M. de la Tour, ce fermier tant renommé, qui a esté englué assez bien +depuis quinze jours[256] en çà, qu'il alla emprunter de l'argent à ces +maistres affronteurs pour marier sa fille.--Une vieille de la ruë +Sainct-Victor, y voulant mettre son nez: Ne sont-ce pas, dit-elle, ces +receleurs de la jeunesse, qui prestent de l'argent à rendre prebstre, +mort ou marié? Il y en eut un de nostre quartier, l'autre jour, le plus +vilainement affronté du monde; il n'y a point de danger de dire son nom: +c'est M. de la Croisette; il avoit presté à diverses fois quinze cens +livres à un jeune advocat de la rue Sainct-Jacques, le père duquel est +mort depuis six mois, esperant retirer au double quand il se marieroit. +Or il est arrivé que ledit advocat est mort ces jours passez, de façon +que mon drolle vint à faire sceller un coffre; mais, soit que les parens +eussent soustrait ce qu'il y avoit, soit que les sergens eussent quelque +intelligence là-dessous, quand on vint à ouvrir le coffre pour faire +l'inventaire de l'argenterie, meubles, chaisnes et joyaux qu'on croyoit +estre là-dedans, on n'y trouva que des pierres.--C'est la façon de +Ulespiègle[257], dit une qui avoit leu les romans. Sur ce mot, on +couppa le discours pour entretenir madame l'accouchée de tout ce qui +s'estoit passé en ses dernières visites. Pour l'heure, dit-elle, je me +porte bien; je voudrois qu'il me fust permis de sortir, je serois bien +ayse de prendre l'air: aussi y a-il long-temps que je suis icy +renfermée[258]. Comme de fait, je ne sçay comme penser que cela se soit +fait de demeurer si long-temps en couche, veu que les premières visites +se firent l'après-disnée du vingt et quatriesme d'avril, et nous y +sommes encor. Toutesfois, c'est peut-estre à la mode des Hebrieux, qui +devoient estre en leurs couches, quand elles s'estoient deschargées +d'une fille, l'espace de quatre-vingts jours; encore seroit-ce davantage +despuis le temps. + +L'accouchée, estant battuë de tant et tant de discours et rapports qu'on +luy venoit faire de jours à autre, pria sa mère de congedier la +compagnie, et de ne prendre en mauvaise part tout ce qui avoit esté dit +chez elle. Sur cet adieu, toutes les bourgeoises prirent congé d'elle, +avec toutes sortes de reverence et de courtoisie, et moy +particulierement, qui sortis le dernier, et eus le bonheur[259] de voir +l'enfant dont est question et du quel on attent le baptesme. De vous +dire en ce lieu si c'est un masle ou une femelle, ce seroit trop +entreprendre; j'ayme mieux attendre à la première occasion. + + + + +LE RELEVEMENT + +DE L'ACCOUCHÉE[260]. + + +Puisque, par l'ordre le mieux temperé de la nature, chacun est obligé de +suivre les traces et les vestiges de son naturel, on ne doit s'estonner +pour le jourd'huy si je ne sçay quel crocquant de ce siècle a voulu +quitter le plus specieux de son exercice pour s'avilir dans une +intemperance aussi légère que la poudre, et autant inconstante que les +vents et les fumées; toutesfois ses années et sa qualité devant faire +rougir toute insolence dans un silence de discretion, c'est ce qui fait +à cognoistre aux ames plus grossières que toutes choses sont sujettes à +faire joug à l'inconstance, et qu'il n'y a rien de si stable et de si +permanent qui ne reçoive des divertissemens très importans à la police +des bonnes mœurs. + +Excusons-le, il est sur l'aage, il est chargé de beaucoup d'enfans, et +sur tout d'une grande fille qui ne peut trouver un bon party faute +d'escus; et puis il est nouvellement relevé de maladie, qui fait que ses +esprits sont alienez, ou du moins fort engagez dans la diversité des +choses, ne considerant pas qu'en se gaussant de la comedie l'on rit de +luy à gueule bée, de ce que la volupté s'exerce fort frequemment en son +logis par le concert ordinaire d'une musique qu'il semble vouloir +excuser, toutesfois en plusieurs et diverses compagnies; et neantmoins, +comme j'ay apris d'un escholier nouvellement revenu de l'université de +Poictiers, la comedie et la musique _pari passu ambulant_, estans d'une +mesme cathegorie, d'une mesme trempe et d'une mesme composition: car, si +la comedie imprime des dissolutions dans les esprits, la musique n'en +faict pas moins, et si l'une resveille les sens, l'autre les jette à la +renverse. + +Passons outre. On a cy devant parlé au Caquet de l'accouchée pour et +contre la France en certain endroit, et contre plusieurs et diverses +personnes de qualité, et a-on voulu blasmer ceste benigne et courtoise +nation de ce qu'elle toleroit des theatres publics deffendus du temps et +du règne de sainct Louis; mais à cecy il n'y a que redire pour le +jourd'hui: _omnia tempus habent_, ce disent les vielles; et puis il n'y +a que ce bon diable de Tabarin et Desiderio de Combes qui exercent ce +metier et ce passe-temps, l'un donnant des remèdes pour l'exterieur, et +l'autre pour ce qui est de plus exquis, de plus cher en ce monde, ainsi +que nous tesmoignent la diversité des cures par eux faictes[261]. A bon +chat bon rat, il n'appartient qu'au savetier à parler de sa serpette, à +l'yvrogne de sa bouteille, au petit mercier de son filet et de ses +allumettes, aux femmes de cacqueter à double rattelée, et aux oysons de +chier par tout (_non omnia possumus omnes_)[262]; il est vray selon le +dire de la garde de l'accouchée, qui a le fessier plus gros que n'eut +jamais la haguenée de Gargantua, car il faut s'estonner comme un homme +de merite et de qualité s'est amusé à la ruelle d'un lict pour entendre +et escrire tant de sornettes[263], qui ne sont pourtant bien racontées, +puis qu'il a accommodé le stile de son discours avec des mensonges +nonpareils. + +--Sur quoy la servante de chambre du logis, esmerillonnée au possible, +autant desireuse de sçavoir et de gouster de tout comme peut estre sa +maistresse, remonstra à la dite garde d'accouchée[264] qu'il valloit +mieux mentir un peu pour contenter le monde que de laisser son esprit +enroüillé, et qu'estant de la confrairie de ceux qui vont à pied pour le +present, qu'il n'estoit pas mal seant de faire telles sortes +d'escritures, puis qu'on ne faisoit plus de consultations. + +--Il est vray que c'est une pauvre chose que l'oisiveté[265]; mais aussi +quel profit de discourir de plusieurs dames que ne luy sçavent point de +gré, et qui sont maintenant ses capitales ennemies, et lesquelles, au +besoin, l'ayant rencontré sur pareilles entrefaictes, lui feraient +vuider le pot à pisser pour penitence? + +Sur ces entrefaictes arriva la cuisinière, laquelle, pour mettre la +garde[266] et la fille de chambre d'accord, leur dict: N'est-il pas vray +ce qui a esté escrit ces jours passez? la mère de madame ne se +plaignoit-elle pas de tant d'enfans que sa fille a depuis sept ans en çà +qu'elle est mariée? Par sainct Jean! cela est vray, et si je sçay bien +pourquoy elle faisoit tant de plainctes, car la galande, encore qu'elle +soit assez incommodée, l'appetit de paroistre ne la peut quitter, et, +toute surannée qu'elle puisse estre, elle ne laisse pas de dire par +fois qu'elle est grandement obligée à Tabarin. Aux bons entendeurs +salut[267]: la fontaine de Jouvance est tarie, c'est pourquoy cet homme +est nécessaire; et si ce vieil registre d'amour a faict tant de +plainctes devant l'assemblée qui estoit dernierement au logis, il ne +faut pas que l'on s'en estonne, car elle voudrait que toute sa lignée +fust de la coste de sainct Louis, pour paroistre selon son dessein. + +Ce discours ne fut pas si tost finy qu'une petite muguette de la rue +Sainct-Martin entra dans le logis pour sçavoir de la disposition de +madame l'accouchée, et pour avoir l'honneur que de s'offrir à son +service pour le jour de son relevement, où elle ne fust pas si tost +entrée, qu'un certain clerc qui va tantost au pair avec son maistre, à +cause de quelque gentillesse dont il est pourveu, luy demanda: Hé bien! +Madame, que dit-on du Caquet de l'accouchée que l'on a faict imprimer +ces jours passez? N'en avez-vous point encor eu la lecture? + +--Vrayement, respondit-elle, c'est un discours assez jolly, et duquel +j'ai receu un infiny contentement, principalement sur ce qui est recité +d'une damoiselle qui jettoit des soupirs gros comme des boulets de +canon, de ce qu'il y a tant de peine à se garantir des accidens qui +arrivent aux financiers, faute d'estre alliez à quelque gentil-homme de +remarque, car son mary a fait perdre plus de pas à un mien amy pour le +payer de la pension que le roy luy donne qu'il n'y a presque de jours en +l'an. + +--Comment! luy respondit ce mignon de clerc, vous la cognoissez? + +--Ouy, asseurement, je la cognois, et à mon grand dommage! Mais n'en +parlons plus. A Dieu, Monsieur; je m'en vais sçavoir la disposition de +Madame. + +Ainsi elle monta en la chambre, et laissa choir de sa pochette, sans y +songer, un certain papier enveloppé où[268] la suitte du Caquet estoit +escritte, qui commençoit par ces mots: «Je m'estonne de ce que l'on a +introduit en l'assemblée de l'accouchée de ce temps tant de personnes et +de tant de sorte d'estoffes, avec si peu de règle et avec tant de +confusion, d'autant qu'au siècle où nous sommes la ruse possède +tellement les esprits d'un chacun, qu'il n'est pas à croire qu'une +damoiselle allant voir quelque accouchée se fasse assister de sa +suivante si d'avanture elle ne l'envoye en une antichambre ou dans une +salle, selon que le logis est composé, afin que par ainsi les reigles de +toutes libertez soient observées, ausquels lieux je vous laisse à penser +ce qu'il s'y faict aucunesfois, tesmoin la fille d'un sergent à verge +qui abandonna y a quelque temps son père, vieil qu'il estoit, pour +suivre partout Madamoiselle, à cause qu'elle luy faisoit porter +l'attour. + +«Il y a aussi grand sujet de blasmer le secretaire du Caquet, puisqu'il +a introduit avec mensonge et avec imposture une simple servante en ceste +assemblée si notable: car, parmy des dames de qualité, aucunes +desquelles ont amassé plus de rentes et de revenus en dix années que +n'avoient autresfois vaillant les plus grandes dames de la cour, quelle +apparence! C'est faire tort à l'ordre du siècle et mettre tout dans +l'ancien cahos. Non, non! si telles crocquantes ont envie de causer de +leur butin, ce n'est point en compagnie, ainsi que dit monsieur le +secretaire; c'est avec mon compère le savatier, ou avec quelque +ravaudeur qui leur est affidé, et qui le plus souvent leur resserre leur +butin: aussi à ces drosles-là on leur va bien tailler de la besogne, +car, au lieu de faire les galans, sans contredit il faudra qu'ils +prennent lettres de maistrise malgré eux; _transeat_, le danger n'est +pas grand: quand au corps de ces canailles il y aura jurande et +maistrise, ils songeront davantage à leur profit, et ne serviront plus +d'espions comme ils font aux coins des ruës; et quand à mesdames les +servantes, elles n'auront plus la peine de se confesser du revenu de +l'ance du panier, qui leur sera une consolation à leur esprit et une +esperance de mieux faire que celles du passé, lesquelles, après avoir +bien ferré la mule et s'estre pourveuës à leurs fantaisies, ont esté +contrainctes enfin d'achepter une escuelle de bois: tesmoin une certaine +galande qui se voit maintenant entre midy et une heure à la porte de +monsieur le président ou aux environs, attendant la caristade.» + +En suitte de ce discours il y avoit une reprimande contre l'autheur du +Caquet de l'accouchée, en consideration de ce qu'il avoit recité d'une +marchande de soye de ceste ville, qui disoit avoir vendu pour douze cens +livres d'estoffes pour la fiancée d'un thresorier de Picardie. Aussi +quelle apparence de se gausser ou dire que l'on s'est gaussé d'un homme +de ceste qualité pour avoir fait une petite despence, car encores qu'il +n'ait que douze cens livres de gages, n'y a-il pas le tour du baston, +qui vaut mieux que tout, et qui peut entretenir le carosse et les +laquais, outre l'ordinaire du logis? Laissons là les thresoriers, c'est +un crime d'en parler en temps de guerre: le trouble du temps et leur bel +esprit les licencie; bref, il n'est pas temps d'en faire la recherche: +nous sommes en un temps d'estat auquel les armes sont de requeste, et +le conseil des anciens guerriers plus que celuy des magistrats, si ce +n'est dans les villes bien policées et où la rebellion est en mespris, +esquelles il n'y a difficulté quelconque que les femmes des notaires +n'aillent au traquenar de l'ambition et de la braverie, puisque la +continuation de la guerre a fait engager toute la noblesse de France +jusques au moule du pourpoint pour trouver de l'argent à rente. Pour +moy, j'en cognois une assez familierement, qui, sur ce point, aymeroit +mieux cent fois mourir si quelqu'une de ses compagnes la surpassoit; +aussi a-elle le maintien assez venerable, le discours assez affilé, et +pour estre un peu noire de visage, elle n'en est pas plus laide sous le +linge. + +J'estimerois que ce papier estoit une espèce de responce à ce pretendu +Cacquet de l'accouchée, car il y avoit, outre ce que dessus, l'apologie +de la femme d'un advocat du Chastellet, que l'on disoit avoir mis son +nez en ce petit discours de braverie, en laquelle estaient escrits ces +mots: «Si les empereurs, par leurs constitutions et par leurs nouvelles, +ont entendu declarer nobles les advocats, quoy qu'ils fussent de basse +extraction, pourquoy voudroit-on aujourd'hui corriger leurs actions +après s'estre advancez par leur vertu?» Aux nobles tout ce qui est de +noble doit estre permis et toleré, et rien ne doit borner leurs actions +que leurs propres volontez, qui font d'ordinaire leur refuge dans la +bienseance, et non dans les opinions d'un ingrat et d'un insolent +vulgaire, lequel tasche de s'eslever de jour en jour, au prejudice +d'autruy, quoy qu'il n'aye que des aisles de cire le plus souvent. Donc, +si les advocats portent en ce temps des soustanes de Damas au lieu de +sayes, il n'est point si mal à propos qu'à un simple procureur qui +n'aura que trois ou quatre presentations le long de l'année, qui ne sera +honteux d'en faire de mesme; et puis, le règne de la confusion estant en +lustre, ce n'est point à ceste corde-là qu'il faut toucher. + +Après la guerre viendra la paix[269]; le roy estant de retour dans +Paris, il donnera, Dieu aydant, si bon ordre aux desordres qui se sont +coulez parmy le peuple, qu'à l'imitation de ses ancestres, la police +qu'il introduira fera que chacun sera cogneu pour ce qu'il est. Alors le +petit courteau de boutique ne portera plus le castor à l'envie de la +noblesse et des hommes de qualité; il sera tout honteux de porter le +petit bonnet à l'antique, et madame la bourgeoise sa femme sera toute +gogueluë d'estre habillée de bon gros drap au lieu de vestemens de soye +(ainsi qu'une trop grande licence a toleré depuis quelque temps). Ce +sera lors qu'on ne tiendra plus de caquet des maris comme l'on faict; on +ne parlera plus de leurs aydes, ny des offres de courtoisie qui se font +par fois pour soulager le bon homme. Bref, tout sera remis en si bon +ordre et en si bonne cadence, que les lieux destinez pour l'impudicité +(quoy qu'ils soyent abolis depuis un long temps) seront neantmoins +retenus et conservez pour celles qui font banqueroute à leur honneur. + +A grands seigneurs peu de paroles; j'ay appris par le Caquet que +l'assistance de l'accouchée estoit composée de plusieurs femmes et de +diverses qualitez, lesquelles disoient chacune leur rattelée, et ainsi +que leur conception ou leur envie les provoquoit: ce que je suis d'advis +de croire si ladicte accouchée estoit quelque femme à l'occasion; +toutefois, estant certain qu'il n'y a reigle si certaine qui ne reçoive +son exception, ceste accouchée estant quelque peu relevée en qualité, il +est à presupposer qu'il n'y avoit point tant de sortes de femmes comme +l'on dit: car pour le jourd'huy, si une femme a vaillant cinq ou six +mille livres [tant de ce qu'elle a peu apporter en mariage que du +travail de son pauvre diable de mary][270], il faudra tapisser la maison +par tout, paroistre en vaisselle d'argent; et, quand elle ne seroit que +la femme d'un petit commissaire du Chastelet, il faut que le satin +marche à toute reste, sans aucun soucy des deptes [quand mesme la +fruictière du quartier viendroit tous les jours crier et brailler à sa +porte pour estre payée de ce qu'elle a fourny pour son logis][271]. + +Voilà comme l'on se porte pour le jourd'huy dans les vains appas de +l'ambition, ne se voyant presque si petit compagnon ny de si basse +estoffe qui ne s'en face accroire en quatre parties, aymant mieux +engager sa femme, son honneur et sa conscience, qu'il ne vienne à bout +de ses pretentions et de ses procez, ainsi qu'a fait un certain gantier +depuis peu de jours en çà[272], afin de faire le galland en son +quartier, au prejudice d'un disciple de sainct Yves; et puis l'on parle +du sieur d'Ambray, qui fit jadis un don à l'Hostel-Dieu de trois pains +de succre pour soulager sa conscience. Vrayement, qui voudroit parler de +tout le monde et de la sorte qu'il se gouverne, ce seroit un beau +libelle! Les honnestes hommes, ce sont ceux qui vont bien couverts, et +quoy que l'on ait un grand esprit et accomply des plus rares +perfections, ce n'est plus rien; il en faut avoir à quelque prix que ce +soit, faut chasser au loing la necessité; aussi bien, quand on a plumé +la poulle et le poussin, les Pères de la Société absoudent tout, ce qui +m'occasionne de dire ce que disoit autresfois un poète: + + Impia sub dulci molle venena latent. + +Ouy, sous les herbes plus fueilluës et plus espoisses, les serpens et +coleuvres font leur retraicte, et soubs les honnestes apparences des +vestemens du siècle, les plus pernicieuses conspirations prennent leur +estre et leur naissance: tellement qu'il est mal à propos de se plaindre +des eschevins[273] de nostre siècle, qui par _fas_ et par _nefas_ +emplissent leur bource à la sortie de leur charge, si l'on ne dit qu'il +y a un grand abus aussi à la distribution des deniers provenans de la +succession de la reyne Marguerite: car, si Massey[274] se gausse de sa +part du procez par luy intenté au Parlement, il y en a d'autres qui font +bien leurs affaires; les uns en entretiennent le carosse, et les autres +en font bonne chère. + +Hé bien! l'on a grandement rompu la teste de madame l'accouchée, par la +diversité des discours qui se sont tenus au chevet de son lict; +quiconque s'est trouvé en ceste assemblée n'a pas eu le filet à la +langue; bref, le silence a esté si peu observé en toutes les +apresdinées, que la plus part de Paris y a eu son lardon, attendant que +le reste fust preparé pour le Relevement; sur quoy ceste grosse vesse de +garde (de laquelle a esté parlé cy-dessus)[275], mettant les mains sur +ses roignons, dit assez effrontement: Par ma foy, Mesdames, vous en avez +bien dit entre vous; mais je vous veux apprendre un bon tour qu'a fait +autres fois un[276] procureur du Chastellet de qui la fortune estoit +assez petite. Il faut que vous sçachiés que, se voyant ainsi reduit au +petit pied, il trouva une très bonne invention de parvenir en peu de +temps: c'est qu'il estoit procureur d'une partie qui contestoit au +presidial un grand fonds et de grande importance, à quoy elle se +trouvoit fort empeschée, à cause des chicaneries où l'on desiroit de +l'embroüiller. La partie adverse, sçachant la necessité de ce procureur, +courtoisement s'adressa à luy, et luy representa que s'il y avoit moyen +de passer une sentence en sa faveur, qu'il y avoit dix mille livres à +gaigner: ce qui ne fut pas si tost proposé qu'il fust effectué; et ainsi +le procureur commença sa fortune, qui du depuis s'est bien accreuë, car, +au retour de cette affaire, sa femme luy fit si bonne chère de la +resjouissance qu'elle avoit, que l'appetit luy en vint souvent de faire +telles expeditions. Aussi maintenant il est si riche qu'il ne se soucie +plus guères de sa practique. + +Sur ce discours, la femme d'un advocat dit tout haut qu'il ne falloit +point trouver estrange si un procureur s'estoit laissé corrompre pour +bastir sa petite fortune, d'autant que les gens de bien n'amassent rien, +et qu'elle en voyoit un tesmoignage si certain en la personne de son +mary, que pour avoir refusé de prevariquer en sa charge, et avoir +esconduit un solliciteur qui l'avoit pressé de ce faire, que du depuis, +au lieu de travailler comme il faisoit, il a esté contraint, pour vivre +depuis un an, d'emprunter de l'argent à rente. + +--Hé quoy! (ce dit une damoiselle de la ruë Saint-Martin), s'est-il tant +engagé comme vous dites? + +--Ouy, respondit une marchande du Palais qui voulut y mettre son nez: +je vous asseure, Madamoiselle, qu'il m'en doit de beau et de bon; mais +je ne daignerois le presser au payement, car, quelque malheur qui luy +soit arrivé, il ne laisse pas de faire bon mesnage pour le peu de bien +qu'il a[277]. + +Sur cecy, la femme d'un chirurgien commença de dire: Je ne sçay, pour +moy, de quel malheur je suis talonnée. J'avois marié ma fille à un jeune +conseiller, et luy avois fait une honneste advance, pensant qu'il deust +faire des merveilles avec elle; et neantmoins je n'ay peu recevoir aucun +contentement de ce mariage, combien que je leur aye donné à disner à +tous deux l'espace de deux ans, ce qui m'a donné sujet de la retirer +avec moy, avec si peu de ce que j'ay peu r'attrapper de son mariage. + +--Madame, vous avez tort de vous plaindre de vostre gendre (dit la vefve +d'un autre chirurgien, qui ne manque point d'appetit au faict d'amour); +le moyen que Madame vostre fille puisse estre bien satisfaicte de luy, +maintenant qu'il prend le frein aux dents, taschant de se rendre capable +en sa charge! Vous sçavez qu'il a fait toutes ses estudes en trois ans, +tant en grammaire, rhetorique, philosophie, que droict civil: c'est +pourquoy il falloit[278] davantage se contenir dans la discretion et le +laisser estudier encore quatre ou cinq années, et puis il eust faict +possible comme les grands guerriers, lesquels, après leurs grandes +courses et leurs grands travaux, sont bien aises de cherir la dame et +d'en dire deux mots à leur loisir. + +--Vous avez aucunement raison, repliqua ceste bonne femme; mais les +arrerages d'amour sont bien difficiles à payer, et principalement par +les hommes d'estude[279] [: car il n'y a rien qui les rende plus +soucieux et plus saturniens que cest exercice. Ce n'est pas comme les +cavaliers, qui ont tousjours l'oreille à lairte[280]]. Voilà pourquoy +j'ay esté contraincte de solliciter et procurer le divorce, pour lequel +nous plaidons maintenant au Parlement. + +--Voilà pourtant qui n'est guère honneste, dit la femme d'un petit +procureur du Chastelet qui s'estoit foulé la verge le jour de ses +espousailles; vrayement, si j'eusse voulu faire de mesme pendant deux +années, ou peu s'en faut, que j'ay jeusné, ce seroient de belles +merveilles! Je vous diray, ma mère ne m'en a pas donné le conseil; +aussi mon mary m'en affectionne fort, et, d'autre part, on n'en peut +caqueter comme on faict des autres. + +--Quoy! Madame, dit une marchande de la rue Sainct-Denis, estes-vous si +sage et si retenue que de laisser passer votre jeunesse de la sorte? +Pour moy, je vous asseure qu'il faut que je passe mon temps et que je +paroisse, quand mon mary devroit faire encor une fois cession. Hé! que +ne doivent point faire les femmes[281] [de quelle liberté ne se +doivent-elles point servir? qu'est-ce qui doit servir de frein à leurs +actions?], puis que les filles s'emancipent bien quand on attend trop à +les marier? J'en cognois une de nos quartiers, laquelle je vous asseure +estre bien advisée selon le temps. + +Cela esmeut madame la relevée de sçavoir qui estoit ceste fille et ce +qu'elle avoit faict pour son contentement, et, pour le sçavoir, dit à +madame la marchande: Madame, obligez-moy tant que je cognoisse la fille +que vous dites n'avoir faict difficulté de se pourvoir. + +A quoy respondit ladite marchande que c'estoit la fille d'un +pourpointier, qui avoit si bien practiqué sa mère de l'habiller à +l'advantage que, peu de temps après, faisant comme le paon, qui se mire +d'ordinaire à sa queuë, elle s'en seroit orgueillie si fort qu'elle +auroit desdaigné d'estre pourveuë à un garçon du mestier de son père +pour aller querir ses estrennes chez le fils d'un president. + +--Il ne se faut point estonner, repliqua la relevée, si ceste fille a +laissé aller le chat au fromage de la sorte, car elle a desjà de l'aage, +et ne manque point de courage pour sa qualité; et puis, voyant qu'une +sienne voisine avoit trouvé un bon party qui luy fait porter le satin et +le damas, ne croyez-vous pas que cela ne luy ait faict du mal au +cœur? + +--Veritablement, respondit la femme d'un confiturier qui s'est efforcée +d'envoyer son mary en paradis par eschelle, si je pouvois trouver +d'aussi bonnes fortunes, Dieu sçait si je ferois l'amour à si bon marché +comme je fais! car, estant soustenuë par des enfans de bonne maison, il +n'y auroit personne qui m'osast regarder de travers, ny dire pis que mon +nom. + +Sur ce discours, la garde de laquelle a esté parlé cy-dessus, estant +ennuyée de tant de sornettes, joint que l'appetit la tenoit autant au +gosier comme il luy tient par fois au cul, ne fut honteuse de dire tout +haut: Ne vous desplaise, Mesdames, si je vous interromps; il vaut mieux +gouster à bon escient, puisque la collation est preste, que de parler +tant d'amour comme vous faictes. Par ma foy, il vaut mieux n'en guères +dire et en faire davantage. Çà çà, beuvons[282]! [le temps le permet, +et puis nos maris n'y sont pas. Ce qui donna tant de hardiesse à la +compagnie, qu']aussi tost les dames commencèrent d'escrimer du +gobelet[283] et d'articuler des machoires à bon escient, observant +chascune d'elles un silence nompareil[284]; après laquelle collation on +print congé de Madame la relevée fort honnestement[285]. + + + + +L'ANTI-CAQUET + +DE L'ACCOUCHÉE. + +M.DC.XXII. + +In-8º. + + +Ces deux antiens advocats, d'Agues et Pilaguet, avec leurs venerables +barbes, ont esté contraints de revenir au monde pour donner conseil à +tous ces peuples qui venoient pour demander justice contre ce meschant +et miserable qui a fait imprimer les satyriques du Caquet de l'accouchée +et des actions du temps, où on a recogneu en plein fonds ce qu'ils +croyoient estre fort caché. + +Lesquels enfin, après avoir eu communication des libelles, ont esté +quelque temps sans parler; puis, avec une gravité non pareille, prenans +leurs barbes à deux mains, ont prononcé: + +Courage, peuples; nous recognoissons que son erreur est vostre +justification, car, tout ce qu'il a dit n'estant que le quart de ce qui +se fait par vous, il aura une honte de voir commenter sur ses libelles, +et declarer par le menu ce qu'il a obmis à dire. + +Qui vous reprendra de vos vices si chacun en est entiché? Un sac à +charbonnier ne debarboüille point. Ce ne sont que gouttes d'huille qui +s'estendent sur les habits de ceux qui s'en voudroient mocquer. + +Ce n'est pas pourtant sauver vostre honneur que de monstrer que la +pluspart des peuples sont vicieux, si ce n'est qu'en ce cas personne ne +vous jugera. Mais puisqu'on ne peut effacer une tache d'ancre que par +une double laissive, encore la marque y demeure, il vaut mieux en couper +la pièce. + +Or, disons doncques, par forme d'additions, de qui parle-il le premier? +de la consultation des medecins. Le pauvre ignorant! s'il eust esté du +Palais, comme nous, il eust parlé du procez et differend des quatre +medecins et quatre apoticaires, proche l'un de l'autre en un tripied, +qui se querelloient à qui auroient de la pratique. Enfin, pour terminer +ce differend, nous les avons accordez par arbitres, et ordonné que +Vignon continueroit à donner des pruneaux aux petits enfans pour +entretenir sa pratique; que S.-Jacques yroit jouer des orgues à +Saincte-Croix; que Le Sec yroit tous les jours deux fois entretenir les +religieuses de Montmartre, et que Charles monteroit sur son mullet pour +faire bonne mine par la ville; et, pour le regard des quatre +apoticaires, qu'ils sonneront dès le matin leur mortier en carrillon +pour la feste de Negrepelisse et la bienvenüe de monsieur de la Force. + +Et ce, sans prejudice des droits de Consinot, pour avoir medicamenté un +certain procureur non marié, ruë de Mauvaise-Parole, d'un entrac[286] au +coin des genitoires; donné conseil à tous les procureurs et advocats de +se pourmener sur les remparts et aux allées de la royne Marguerite[287], +en attendant le retour du roy et la paix concluë; et sur la requeste +presentée par Moreau, son voisin, pour estre disjoint de l'instance, +attendu les quatre cens escus de gages qu'il a de l'Hostel-Dieu, il est +mis hors de cour et de procez et sans despens. + +Puis après des charlatans et farceurs; ô monsieur le satirique! vous y +venez à tard: nous avons ouy parler d'eux jusques aux enfers, qui +disoient avoir si bien parlé grec, latin, espagnol, italien et françois +sur leur eschaffaut, qu'ils ont tiré des Parisiens en pièces de cinq +sols et huict sols, pour la vente de leurs drogues et chappellets, plus +de trente mil livres[288] dont ils ont profité, sur ce deduit trois ou +quatre cens escus pour la permission de charlataner; que l'on reforme +quand on voudra: leur paquet est faict. + +Il en veut aux femmes qui veulent estre braves. Pourquoy en parle-il +mal? Que ne s'attaque-il à ceux qui les espousent et qui les trompent? +Un marmouzet qui promet tout et ne tient rien, qui donne un estat et ne +le peut entretenir, qui asseure sa fortune sur l'étiquette d'un sac et +sur la ruine d'un païsan, meritent une couronne cornuë. + +Il n'en parle que par envie: c'est qu'il ne peut estre eschevin, car il +n'a pas le moyen d'achepter un estat de quartenier pour assister au +banquet de la trahison, ou de gagner les voix à la brigue, comme fit +jadis un charpentier contre le venerable Poncet, qui en est mort de +melancolie. S'il ne sçait faire trotter les bouteilles pendant la +brigue, il en peut bien torcher son bec. Mais quel profit y a-il de +nommer des prud'hommes? Aussi bien sont-ils corrompus quand ils ont +passé par là. + +Ha! monsieur le satyrique, vous estes ignorant, ne vous desplaise, +quand vous mesprisez la petite bourgeoise qui prend le chapperon de +velours pour estre suivante de Madamoiselle; si vous eussiez pris vos +lunettes d'Amsterdam[289], vous eussiez veu leur advancement: l'une +espouse un foytte-cahyer des rentes des aydes, l'autre un procureur de +Sainct-André-des-Arts, l'autre un sergent dangereux de la forest de +Bondis, dont la race et posterité sera dispencée d'obtenir lettres +d'anoblissement, et vous ne le considerez pas. + +Il fait bien l'enhazé[290] quand il parle d'une pauvre servante qui se +plaint de n'espouser pour son argent qu'un cocher ou un palfrenier, qui +font d'une malle vigueur une genealogie d'enfans, et ce pauvre esprit +n'a pas consideré que les hospitaux des Enfans-Rouges, du S.-Esprit[291] +et de la Trinité, estoient deserts sans eux, qui les ont remplis de la +semence d'Abraham. + +Il veut empescher, ce semble, que le marchand n'aspire aux offices, et +neantmoins ils ont cest honneur ès compagnies souveraines, tenans de la +race dont ils viennent, de marchander pour faire justice, et eux seuls +ont esté les premiers qui en ont commencé la corruption. Et de faict, +avant que le marchand y entrast, il y avoit trop de gravité: on ne +pouvoit, au temps passé, approcher ses conseillers, Sainct-Valerien, la +Rochetomas, Vignolles, Ruelle, Regnard, Feu, et un tas d'autres des +Parlemens et Chambre des comptes, dont la race est noble jusques à la +quatriesme generation. + +Tu t'abuse, satyrique: quel bien plus clair et plus liquide y a-il à +Paris que le loyer des maisons aux garses et mal-vivans[292]? Et +neanmoins tu tasche à l'abolir; il n'en vient que du bien. Premierement, +on advance le loyer; si un commissaire chasse le locataire avant le +terme, on est payé et on n'use point la maison; le tonnerre n'y chet +jamais; elle n'est jamais vuide, car il y a plus de ces gens-là à loger +que d'autres. Il n'y auroit point de charité de les renvoyer aux +faux-bourgs[293]. + +Tu pense avoir tout dit le plus important affaire des huguenots quand tu +parle de la taille qu'ils payent pour faire la guerre contre le roy; tu +t'abuse et ne le saura jamais, si ce n'est par un traistre et renegat +comme Cahyer, car la première chose à observer en leur religion, c'est +d'estre secret, escouter tout et ne parler point, et en faire advertir +les Cercles[294] par les espions, sur peine d'excommunication. + +Je croy que tu est borgne et aveugle quant tu ne contemple pas les beaux +heritages et grandes possessions de ces anciens brigueurs de pratiques, +qui subsistent encor à present, scis rue Fripaut[295], Fripillon, +consistans en menus drappeaux que l'on ramasse à faire du papier. + +Et quoy! tu te mocque d'un procureur qui escrit en grosse lettre! mais +cependant, à la barbe de tous ses compagnons, il a si bien fait par ses +diligences et la faveur de ses amis qu'il a attrapé la pratique du +messager de Chartres, et de fait il y a treize mois qu'il presente des +placets pour avoir executoire pour la conduite d'un prisonnier. + +Tu es bien sot de ne pouvoir nommer par nom et sur-nom les usuriers; le +grand nombre t'en crève les yeux, et, par despit de ce que l'on en dit, +on fera le party du remboursement des notaires, à fin que lettres de +change ayent lieu. + +Pourquoy crie-tu après les cuisiniers qui font trop bonne chère à deux +pistoles pour teste, puis qu'ils sont cause de la prestance et gravité +des hommes, qui, avec un ventre de grenoüille, marchent d'un pied large, +le visage enluminé, meprisant et ne songeant pas à ceux qui ont faim? + +Vous ne dites rien de nouveau. On estoit bien contraint au temps passé +de se passer d'un honneste valet bien vestu avec un manteau; mais vous +ne sçavez pas qu'il n'y avoit pas aussi tant de fils de putains à Paris +pour faire des lacquais, et si on ne portoit point en ce temps-là de +poulets. + +De quoy se soucie ce causeur satyrique si nos lacquais portent +l'espée[296] après nous? C'est pour leur apprendre le mestier de +tirelaine, car, quant ils nous ont servy cinq ou six ans, nous leur +donnons quinze ou vingt escus de recompense pour achepter un manteau +rouge[297], pour estre les Achiles d'un bordel ou guetteurs d'un coing +de ruë[298]. + +Il croit depriser M. de Soubize quand il dit (_errari_), et il ne voit +pas qu'il a imité ce vieil capitaine Anguerrant de Marigny[299], qui +s'est fait poser sur le portail du Palais[300] pour s'enfuir le premier +lorsque le feu brulleroit les roys. + +Il a tort d'accuser en general ceux qui donnent invention de trouver +argent pour le roy, puis qu'il sçait en sa conscience que cela procède +de la subtilité de Roüillart; qui, pour en faire les memoires, a couppé +un bureau à l'entrée de la chambre sans payer finance. + +En mesprisant les commissaires et sergens qui ne font aucun rapport à la +police, pour le moins j'eusse excepté Cordier et Brullon, l'un pour +estre empesché à recevoir les loyers des maisons du Pont-Marchand, +l'autre à faire la distribution de la bourse commune des huissiers du +mois d'avril; encor Brullon mérite loüange d'avoir esté secret et +n'avoir decouvert au roy ce grand fonds, qui sans doute eust esté pris +pour faire la guerre. + +Si les procureurs de la Cour et greffiers des presentations ne font +rien, ils n'en vaudront que mieux à l'advenir. Ils ressemblent à la +terre qui se repose: quant ils auront esté defrichez et que le temps +sera venu, ils plumeront doublement; cependant ils apprendront à faire +des fosses. + +Tu te plains de Chalange[301], et tu ne cognois pas le plaisir qu'il a +fait au plat pays lorsqu'il a fait l'edict des procureurs. Il est cause +que, les clercs n'ayant plus d'esperance d'estre receus, ils se sont +retirez en leur pays. Il s'en est engendré une pepinière d'esleus, +grenetiers, sergens, receveurs du taillon et autres menus offices, pour +lesquels achepter ils ont fait boursiller leurs parens et amis, qui sont +à present secqs comme bresil. + +Si on ne fait plus de ceremonies, d'enterremens ny d'offrandes, tu ne +sçais pas que l'on a succé cela de la mammelle de Genève, pour tousjours +appauvrir l'Eglise et faire quitter aux quatre mandians la partie? + +Si l'Université a perdu son credit et son ancienne réputation, pourquoy +en accuse-on les jesuites? Sçait-on pas bien que le recteur de +l'Université, _Dadonius, fuit auspensus in patibulo, quoniam agebatur de +puero corrupto_? On a eu crainte que chacun en fist de mesme? + +L'on se plaint que les offices sont trop chers. O les sots! que ceux qui +s'en plaignent imittent Canto et Testu: qu'ils appreignent à jouër des +farces. + +Sinon, qu'ils preignent ces deux beaux offices qui sont à present à +Paris et à bon marché, courratiers de change et receleurs de fripperies: +l'un fait trouver de l'argent à usure, l'autre fait derober son maistre. +Sans cela, le Chastelet seroit bleu! + +Pour ce qui est de vostre tableau et de la justice du roy, Monsieur le +satyrique, nous en demourons là: nous n'avons rien à contredire. M. +Pillaquet et moy, nous avons fueilleté nos annalles; nous n'avons rien +trouvé ès règnes de nostre temps de pareil à celuy-cy, sinon qu'une +chose, que les peuples ne meritoient pas un tel roy, qui en l'aage de +vingt ans a suppedité les rebelles, corrigé les vices, et, par sa pietté +et bon exemple en son règne, augmenté le culte divin. + + + + +LES ESSAIS DE MATHURINE + +S. L. ni D. In-8. de 16 pages. + + +Quand je considère ma vie, je la trouve assaisonnée de beaucoup +d'utilitez, encore que, passant par les ruës, les petits enfans +clabaudent après moy: Aga! Mathurine la folle! Il est vray que je suis +un peu entachée de cette maladie-là; mes sens peuvent estre quelque +petit rances, et mon imagination tant soit peu moisie et disloquée. Cela +m'est survenu des reliques d'un coup de carabine que je reçus en +l'esprit à certain balet de Caresme-prenant. Baste! si je suis folle, +c'est à l'occasion, laquelle j'ay sceu empoigner si bravement, qu'il +m'en revient tous les ans plus de vingt et treize jacobus[302] de rente +foncière[303], sans compter le tour du baston. Il y en a qui pensent +estre d'estoffe de Milan et abiles gens, qui sont plus sots que je ne +suis beste de plus de trois demy-septiers. Considerez (s'il vous plaist) +que je passe mon temps gaillardement et sans melancholie. S'il me tourne +sur l'ennuy, je vais visiter ma bonne amye, qui me fait manger de la +souppe à l'hissope[304] toute de graisse et du lard jaune comme fil +d'or, et au bout de la carrière mon paillard escu, avec le: Jusqu'au +revoir, Mathurine. Mais aussi je suis tousjours preste à ses +commandemens et au service des gallands hommes; paix ou guerre, à toute +heure, mon harnois est en estat, car je le fais souvent fourbir avec un +guimpillon fait à l'occasion et au contraire de ceux qu'on met dedans +les pintes, car il est pelu au derrière du manche, et ceux-là le sont au +devant. Vive la follie! c'est mon gaigne-pain. Parbleu! Tabarin profite +plus avec deux ou trois questions bouffonnes et devineries de merde, ou +de la chouserie, que ne fait son maistre avec tout son _questo e un +rimedio santo per sanare tuti gli morbi_, parceque le monde ne veut plus +que du badinage; aussi finit-il par la farce, afin qu'on se souvienne +d'y retourner. La sagesse de ce monde est folie devant Dieu; cela me +fait esperer que je seray en ce pays-là recompensée de double pitance, +car je suis folle en cestuy-cy assez pour deux. Si tous les fous et les +folles portoient crouppière, il y en aurait beaucoup à Paris qui +auraient le cul escorché, car il y en a de toutes sortes, de tous aages, +de toutes qualitez, de tous sexes; mais ils sont foux à la mode qui +trotte, et, comme dit maistre Guillaume[305]: + + Les uns sont foux et les autres estranges, + Aussi merveilleux que beaux anges + Descendus tout nouveaux des cieux, + Et ceux-là sont foux glorieux. + +Il y en a d'autre qualité qui sont les Bertolles[306], et graves; ils +portent fière arrogance. Vous les jugeriez, à leur mine de serrer les +lèvres comme une nouvelle mariée, que ce sont des Socrates. Donc cette +sorte de foux, comme dit maistre Guillaume: + + Selon nos bons docteurs devots, + Nous les appelons sages sots. + +Et s'ils ne rencontraient qu'un etronc, ils y trouveraient à remordre: +rien de bien fait s'ils ne le font. Si par cas fortuit ils avoient +aperceu quelqu'un sur quelqu'une, foy de ma vie! il faudrait aussitost +feuilleter toutes les postures de l'Aretin plustost qu'il ne trouvassent +à redire à la leur; peut-estre voudroient-ils informer contre eux, +disant que celle-là n'est pas à la mode. Bran pour cette liste de +reprenans! bonnes gens, on le fait à toutes modes, et s'en est-on assez +bien trouvé il y a desjà plus de quatorze jubilez. Vous autres lisarts, +n'avez-vous point leu certain petit fatras qui se nomme le _Caquet de +l'Accouchée_? Si avez, sans doute, si avez: car il s'en est vendu plus +que d'epistres familières ou d'oraisons des saincts. Certain mescontent +m'en présenta l'autre jour un, la lecture duquel m'eschauffa grandement +les aureilles. Je cogneus aussitost à la trempe que c'estoit un autre +mescontent qui l'avoit forgé, à qui on avoit refusé quelque lippée à +butiner. Ces gens-là n'ont pas d'esprit pour se conduire, et voudroient +qu'on leur baillast le timon de l'estat à chevaucher. C'est une pure +ambition de se voir un jour canonisez auprès de maistre Pierre du +Coignet[307]; mais le chapitre Nostre-Dame est empesché avec le +promoteur à la reformation des prestres qui chantent aux cabarets la +desroute des huguenots et la mort du grand turc. Vous cognoissez bien à +cette heure que c'est un fol à la mode qui est l'autheur du _Caquet_. Il +dit au commencement de la litanie qu'il avoit esté malade; il n'y a si +busard de medecin qui ne cognoisse assez qu'il l'est plus que jamais et +est en danger de mort, car desjà ne sçait-il plus ce qu'il dit. +Quiconque fait le caqueteux, jamais bonne pie ne le couva, et la semence +de quoy il fust basti estoit esvantée aussi bien que sa cervelle. +Peut-estre eust-il rongé, ainsi que comme les vipereaux, le ventre de sa +mère pour sortir, s'il ne se fust trouvé vers la basse cartière une +bonde grandement large; et, parcequ'elle luy fit baiser son cul en +passant, qui estoit un peu sale pour lors, et deceda sans hoirs +legitimes de son corps, il voudroit prendre à tasche tout le sexe +feminin. J'ay ouy dire à Pierre Dupuy[308] qu'il est bastard de Pasquin; +maistre Martin asseure sur ses grands dieux que Marphore[309] l'a fait; +le docteur croit que ç'a esté maistre Josse avec le Picard: tant il y a +je n'en sçay rien davantage, sinon qu'on le tient frère de Merlin +d'Angleterre, et le cognoist-on assez à son _Caquet_, lequel n'epargne +ni Tibault ni Gautier qui ne soit pincé sans rire. Agarez, Mesdames, +comment il met sur le trottoir femmes, filles, vieilles, jeunes et de +toutes conditions, chetives, qualifiées et publiques, indifferemment, +qui ne pensèrent jamais à ceste caqueterie non plus que je fais à estre +souldan de Babylone ou à prendre Montauban. Ne prenez-vous pas garde +qu'il faict comme le singe qui tire les chastaignes du feu avec la patte +du levrier[310]? + +Je m'aperçoy qu'il voudroit que les femmes fussent l'echo de ses mauvais +discours, et le charlatan le suject de ses reformations d'estat. Pour +moins de cent escus, je vous en diray quelques raisons. Item, +premierement, commençons par l'isle du Palais. Sa curiosité luy fit +accoster Tabarin: Estes-vous malade?--Ouy, respond le caqueteur; mais +cette mienne maladie n'est point contagieuse, elle n'est qu'en l'esprit. +Je me suis adressé à vous, sçachant que vous aviez credit auprès de +vostre maistre, qu'on estime sçavoir des choses merveilleuses.--Ouy dà, +repliqua Tabarin; il sçait des choses merveilleusement merveilleuses, il +sçait des passe-merveilles, et si ne fut jamais chiche de ses sciences. +Regardez de laquelle vous desirez afin d'estre satisfait. Mais je feray +bien tout ce que desirez: je ne suis guère moins clerc que luy; dites +hardiment.--Je desirerois, honneste seigneur, dit le galland, si vostre +benevolence me l'accordoit, sçavoir de vous le moyen de cognoistre quand +une fille est pucelle ou non, par ce qu'outre ce que je pourrois esviter +d'estre cornard, cela me profiteroit parmy les compagnies.--Lors Tabarin +respond: N'y a-il que cela? je satisferay à ce que desirez; mais il +faut cognoistre avant qu'aymer. Allez vous en chez Cormier[311] faire +apprester le disner pour faire plus estroite cognoissance; ce pendant je +vais consulter tous mes plus exquis secrets, et je retourne à vous dans +une heure.--Je vous y attendray, dit le caqueteur.--Je vous iray +trouver, dit Tabarin; faictes mettre le vin au frais.--L'un et l'autre +se trouve à son assignation, qui disnèrent à plain fonds. Après le +disner, Tabarin commença: Monsieur, ce ne sont pas icy questions du +chaffaut[312] ordinaires ny à tous les jours; davantage, toute peine +requiert salaire, comme vous sçavez.--Je le sçay bien, dit le curieux; +aussi je vous prie de mettre ceste couple de pistoles en vostre +pochette. C'est attendant mieux.--Bien, dit Tabarin; escoutez... Lorsque +vous desirez sçavoir si une fille est pucelle, mettez une de vos mains +sur son robin, vous m'entendez bien? puis au mesme temps soufflez-luy au +cul, et si lors vous sentez le vent à la main, elle est indubitablement +percée[313]. Et en voilà pour votre argent. Adieu, Monsieur. C'est un +des vieux tours de Tabarin, qui planta son homme à reverdir. Et ainsi le +caqueteur demeura affiné; neantmoins, il protesta d'appel pour se venger +du bouffon et affronteur. Voilà un des pourquoy; l'autre raison et +second pourquoy il en veut aux femmes, c'est, par saincte Barbe! de +cholère que pas une n'a daigné l'escoutter ny faire estat de son +_Caquet_, + + Sinon une vieille Picarde + Qui alloit crier la moustarde; + Encor n'en pouvoit-il jouïr. + +Aussi est-ce un haubereau bien vuidé. Jan Voüaire, je suis laide et +folle, ce dit-on: je ne voudrois pas luy avoir presté mon cul à baiser. +Pleut à sainct Fiacre[314] que le sien fust plein d'eau boüillante! La +necessité l'avoit mis si bas qu'il ne se pouvoit gratter, d'où lors il +fist profession de porteur de rogatons[315], et fut contrainct +d'accoster toutes sortes de femmes d'un beau _s'il vous plaist_, qu'il +a maintenant changé avec un office de macquereau et une place aux +maisonnettes. Vous l'eussiez veu aller de porte en porte comme le +pourceau de sainct Anthoine[316], car il demandoit aux dames de haute +gamme auctorité, aux damoiselles courtoisies, aux presidentes, +maistresses des requestes» conseillières, faveur; aux advocates conseil, +aux greffières coppies, aux procureuses soing, aux clergesses ecriture, +aux soliciteuses diligence, aux financières argent, aux bourgeoises +logis, aux marchandes estoffes, aux boulangères foüace, aux rostisseuses +chair, aux cabaretières vin, aux chambrières service, aux artisans +credit: surquoy estoit fondé le plus fort de toutes ses esperances; + + Mais s'en cognoissant frustré, + Il buvoit comme un chastré... + +et deux, joint que, s'estant adressé à une vieille boismienne qui vit en +reputation d'avoir beaucoup d'experience et sçavoir les secrets plus +cachez de la nature, qui vous dit proprement une bonne aventure et tire +finement la croix[317] d'entre les mains des lourdaux comme luy. Or, se +trouvant pour lors amoureux jusqu'au troisiesme degré et en estre +malade, il se resolut d'avoir recours à ceste vieille femme piternelle +pleine de pechez mortels, dont il luy arriva presque pareil tour à celuy +que Tabarin luy avoit joué. A l'abord, il salüe ceste nymphe de Pluton, +disant: Ma commère, ne voyez-vous point à mon visage que je suis +malade?--Si fait, dit-elle; mais remède à tout, sinon à la mort. Dictes +vostre mal: il y en a de plusieurs sortes. Ce n'est pas la peste, au +moins?--Non, fist-il.--Hé bien! fist-elle, il n'y a pas mal de teste, +d'estomach, bras, jambes et autres?--Mon mal est pire que tout cela, +dit-il.--Je me veux donc retirer de vous, fist-elle.--Ne craignez point, +fist-il; encore qu'il soit dangereux, si n'est-il point contagieux: en +un mot, c'est un mal de femme.--Est-ce point, fist-elle, le mal de +matrice?--Non, fist-il; j'entends causé par femmes.--Je vois, fist-elle; +soit, il y a chancres, poulains, pisse-chaude, verolle, cristaline et +autres appanages et circonstances. De quel genre est-il espèce?--Rien, +rien, fist-il; le mal qui me travaille est mal d'amour.--Ha! ha! ha! ha! +s'écria l'adadé[318]; courage! vous n'en mourrez pas; et puis je suis +la superlative: vous avez trouvé chausse à vostre pied. Il n'est au +monde ma semblable, preste à tout comme la chambrière d'un ministre, +experte au metier des femmes. Je sçay oster les rousseurs et effacer les +lentilles du visage; je fais de l'huille de talc et autres fars +excellens en perfection; je sçay faire resserrer maujoint[319] +tellement, qu'une coureuse seroit prise pour la plus pucelle du monde. +Bref, elle luy monstra une boüette à divers estages pleine d'oignemens, +sur le couvercle de laquelle estoit escrit: + + Le medicament de ceans + Est bon pour guerir les urines + Et pour apprivoiser les grives, + Les jumens guerist du farcin; + Il fait faire maint larcin, + Il fait chanter les renaissailles, + Il fait cornes aux demoiselles. + +Or, de ce que vous demandez, c'est un autre item. Parlons doucement... +J'ay apporté certaine racine de la petitte Ægypte qui vous fera estre +aymé des plus huppées. N'est-ce pas ce que vous cherchez?--C'est cela +mesme, dit l'homme. Que ce me seroit un grand bonheur si, par vostre +moyen, je pouvois rencontrer cette science et arriver à mes intentions! + +--Voulez-vous que je vous dise, Monsieur? respondit la vieille; je +ressemble aux archevesques: je ne marche point si la croix ne va +devant.--Je l'entends ainsi, ma bonne amie, dit le caqueteur; voilà de +quoy rire.--Baillez, Monsieur: à laquelle en voulez-vous? Dictes-moy +seulement son nom, et je la contraindray de venir coucher avec vous. +Nostre homme, frottant ses deux bras et demy extasié, la luy nomme, +prennent heure et complottent ensemble: de sorte qu'elle luy meine +coucher une sienne camarade, hideuse et difforme, capable de faire +mourir un delicat. Il prit son desduit avec elle. Le lendemain, voulant +contempler son beau sujet au jour, se pasma de honte et de peur, croyant +que ce fust Proserpine. Il voulut fuyr; elle le suit, disant: +«Payez-moy. Mercy Dieu! est-ce ainsi que vous renvoyez le monde après +vous en estre servi[320]?» Et trois! Aussi, en mesme temps, le medecin +luy avoit promis certaine drogue pour le rendre plus robuste au jeu +d'amour, et d'effect fist son ordonnance, laquelle fut expediée par un +apothicaire qui fist le quiproquo: car, au lieu de bailler ce qui +estoit pour luy, il envoya une medecine qui avoit esté ordonnée pour un +cordelier affin de luy lascher le ventre, et la sienne fust baillée au +beau-père, qui tous deux se trouvèrent bien estonnés à l'heure de +l'operation. Voilà le dernier pourquoy. Et ne sçachant à qui se doit +prendre de son malheur, il a faict ceste levée de bouclier. L'esprit me +tourne quand je pense à cest entendu en affaires, et acheveray d'affoler +s'il n'est chastié comme un ennemy de nature. Sus! sus! que chasque +femme barboüille son visage d'une bouse de vache! que chasque fille +salisse sa moustache d'un crachat, et que toutes ensemble luy baillent +tant de maledictions, qu'il ne puisse fienter qu'à coups d'estrivières +et coure le garrou[321] tout le reste de sa vie! C'est un infame qui ne +sçait un seul secret de femmes: nous sommes trop advisées pour babiller +ainsi qu'il dit; il n'y en a pas une si sotte, si elle avoit laissé +aller le chat au fromage, d'en parler à sa plus confidente. Nous avons +cela de serment entre nous de le taire; il n'y a si jeunette qui +n'aymast mieux le faire vingt coups que d'en parler une fois. Il +suffira, pour ce coup, d'avoir descouvert le subject du mescontentement +du caqueteur: ç'a esté consultant le trepied d'une sybille ancienne qui +sert à soustenir mon pot à pisser. Cela me fait paroistre, quand il me +plaist, plus sage que trente-cinq Diogènes. Jusqu'au revoir. Je ne puis +vous entretenir plus long-temps pour ce coup, d'autant que le comte +Mansfeld me fait perdre le caquet. Il faut envoyer tous les caqueteurs +et de loisir au devant de cest yvrongne pour hoguiner toutes les femmes +qu'il traine, de peur qu'il ne vienne empescher la continuation du +travail de l'hostel de ma bonne amie, manger noz melons et boire nostre +piot. Je vais descouvrir s'il est point retourné en voyage à Nostre-Dame +de l'Espine[322], et puis je le vous envoyeray dire par ce mesme +messager. _Sanita et guadaigne._ + + + + +LA + +SENTENCE PAR CORPS + +Obtenue par plusieurs femmes de Paris contre l'autheur des _Caquets de +l'Accouchée_. + + _A Paris, chez le baron de l'Artichaux, demeurant au royaume + d'Ecosse, à l'enseigne du Cailloux de bois._ + +M. DC. XXII[323]. + + +A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Gautier Garguille[324], +gentilhomme ordinaire de sa chambre et garde de la place de l'Isle du +Palais, à Paris; + +Sur la requeste faitte en nostre audience de la place de l'Isle du +Palais, par + +Mondor, parlant pour discrette et honorable personne le sieur Tabarin, +demandeur en reparation d'injures ou invectives, selon l'intervention +par luy faitte avec Pierre du Puis[325], parlant pour les femmes et +bourgeoises de cette ville de Paris, complaignantes pour raison des +faits mis en avant par les _Caquets de l'Accouchée_, imprimés et publiés +en cette dite ville de Paris; comme le sieur de Decombes, parlant pour +Grattelart[326], autheur des dits _Caquets_, defendeur et opposant, et +en vertu du defaut donné contre le dit Pierre du Puis au dit nom; après +avoir ouy le dit Mondor au dit nom, qui nous a remontré que mal à +propos, indiscrettement et contre la règle de toute societé humaine, le +dit Grattelart avoit fait escrire en ses _Caquets_ plusieurs paroles +scandaleuses et injurieuses, et qu'il en requeroit reparation; et le dit +Pierre du Puis, pour les dites complaignantes, parties principales, a +conclud pareillement à la dite reparation, et, adjoustant à icelle, a +requis condamnation de tous depens, dommages et interests. Nous avons +condemné et condemnons le dit Grattelart à declarer, en présence du +crocheteur de la Samaritaine[327] et du Jacquemart du clocher de +l'eglise de Sainct-Paul[328], que mal à propos, indiscrettement et sans +raison, il a fait escrire et publier, aux _Caquets de l'Accouchée_, +plusieurs paroles injurieuses et scandaleuses contre l'honneur des +femmes, lesquelles par elles seront rayées et biffées, et qu'il en +demande pardon aus dites femmes et bourgeoises de Paris, et à Tabarin au +dit nom, les suppliant vouloir oublier les dites injures et scandales; +et outre condamnons le dit Grattelart ès despens, dommages et interests. +En tesmoin de ce, nous avons fait mettre nostre sceau ordinaire de la +dite place. Ce fut fait et donné en la dite audience par Jehan +Farine[329], tenant le siége, le mardy vingt et douziesme du present +mois. + + _Signé_ GUILLAUME[330]. + + +_Copie d'intervention._ + +Aujourd'huy, trois cens soixante et sixiesme jour de la presente année, +est comparu, en chair et en os, Jehan de la Vigne[331], fondé de +procuration authentique à luy passée par le discret et sage en teste, le +seignor Tabarino, lequel a declaré qu'en consequence de la dite +procuration il desiroit estre receu partie intervenante au procès meu, +indecis et pendant ou accroché entre et au milieu de Grattelart, autheur +des _Caquets de l'Accouchée_, et les bourgeoises qui se formalisent et +scandalisent, pour y proposer ses defenses comme d'abus; et pour ce +faire a constitué son procureur generalissime le dit la Vigne, auquel a +donné tout pouvoir deçà et delà l'eau, dont le dit la Vigne a requis +lettres, et a signé au registre. + + _Signé_ GROS-GUILLAUME. + + +_Sentence sur l'intervention._ + +A tous ceux qui ces presentes lettres verront, Gautier Garguille, +gentil-homme ordinaire de sa chambre et garde de la place de l'Isle du +Palais, à Paris. + +Sur la requeste faicte en nostre audience de la dite place de l'Isle du +Palais, par Montdor, parlant pour discrette et sage personne le sieur +Tabarin, demandeur en intervention avec les femmes et bourgeoises de +Paris, contre Grattelart, autheur des _Caquets de l'Accouchée_, +Decombes, parlant pour luy; après que le dit Montdor, au dit nom, a +remonstré avoir grand interest d'intervenir en la dite cause pour les +causes qu'il est prest desduire, et que le dit Decombes, au dit nom, a +soustenu au contraire, nous avons receu et recevons le dit Tabarin +partie intervenante au procez d'entre l'autheur des _Caquets de +l'Accouchée_ et les femmes et bourgeoises de Paris, et ordonnons que +dans le premier jour il baillera les causes d'intervention, pour estre +ordonné sur icelles ce que de raison. + + +_Causes d'intervention._ + +Causes d'intervention que met et baille par devers vous Me Garguille, +garde de la place de l'Isle du Palais, à Paris, + +Le sieur Tabarin, demandeur en intervention avec les femmes et +bourgeoises de la ville de Paris, + +Contre le sieur Grattelart, defendeur et opposant; + +A ce que, pour les raisons qui seront cy-après desduites, il soit dit +par vous, Monsieur, que ledit Tabarin sera receu partye intervenante au +procès, et obtiendra à ces fins, avec condamnation de tous despens, +dommages et interests. + +Il est à remarquer que le sieur Grattelart est homme fort sujet à +mesdire des actions d'autruy, et sur tout il paroist ès _Caquets de +l'Accouchée_ qu'il a fait imprimer tout nouvellement, au scandale et +dommage de la bonne renommée des femmes et bourgeoises de cette ville, +lesquelles, estant adverties, se sont voulu formaliser, et +particulièrement la femme du sieur Tabarin, lequel s'est bien voulu +joindre en la cause et prendre le fait pour elle, attendu qu'il estoit +interessé en l'affaire. + +Et de fait, il semble qu'elle a juste cause de remonstrer que son mary +n'est point charlatan et qu'il ne le fut jamais, et que l'on ne sçauroit +faire escrire qu'elle soit femme de charlatan sans offenser l'un ou +l'autre, dont elle pretend avoir reparation qui ne luy peut estre +desniée, sauf correction: premièrement, ce que la bonne vie de l'un et +l'autre est notoire à tout le monde, et est à naistre le premier qui les +puisse redarguer du moindre crime ou malfaict; + +Secondement, pour autant que le dit Grattelart a malicieusement faict +escrire qu'icelluy Tabarin est cocu et cornard, ce à quoy il n'a jamais +songé, et qui ne se sçauroit passer sans son interest ou dommage; + +En troisiesme lieu, pour autant que le dit Tabarin ne fust jamais +capable de cornes que de celles qui sont en son bonnet, encores luy +sont-elles odieuses; au moins dict-il qu'il ne les tient que comme gaige +et pour celuy qui en aura affaire; + +En quatriesme lieu, il vous remonstre que les cornes ne luy sont deües +que pour en faire part aux marchands, et, de vray, Grattelart en aura à +sa discrétion de telles qu'il luy plaira. + +Partant, conclud le dit Tabarin comme dessus, ès despens, dommages et +interests. + + +_Coppie de la requeste presentée au sieur Garguille de la part des +hommes et maris dont les femmes ont esté scandalisées par les dits +Caquets._ + +Supplient humblement les marris des femmes scandalisées par les _Caquets +de l'Accouchée_, disans qu'ils ont esté advertis qu'il y a procez meu, +indecis et pendant par devant vous entre les dites femmes et le sieur +Grattelart, autheur des dits _Caquets_, pour raison des injures, +invectives et scandales qui y sont escrits, lesquels regardent les +supplians, qui ont besoin de vostre provision. Ce considéré, Monsieur, +il vous plaise ordonner que les dits supplians seront receus parties +intervenantes au dit procez avec les dites femmes, icelluy Tabarin et +le dit Grattelart, lequel sera à ceste fin aussi assigné pardevant +vous-mesme, pour ordonner en outre ce que de raison, et vous ferez +justice. + +* * * + +_Au bas est escrit_: Qu'on donne assignation, etc. + + +FIN. + + + + +TABLE ANALYTIQUE. + + +_Alais_ (Conférences d'). 88, 158, notes. + +_Aliénor de Poitiers._ Son ouvrage _les Honneurs de la cour_, cité VII, VIII. + +_Ancre_ (Le maréchal d'). Remplacé par Luynes. 67. V. _Luynes_, _Mangot_. + +_Andreini_, dit _Lelio_. Joue à l'hôtel de Bourgogne. 9, note. + --Ses séjours à Paris en 1618, 1621, 1623, 1624. _Ibid._ + --Y publie son _Teatro celeste_. _Ibid._ + +_Ange_ (L'). Chirurgien. 128. + +_Angers._ V. _S.-Germain, de Vertus_ (la comtesse). + +_Angoulême_ (Le duc d'). Son conseil à ses laquais. 257, note. + +_Anne d'Autriche._ Paie les frais du feu d'artifice pour la canonisation +de sainte Thérèse. 49, note. + --Elle aime les contes de revenant. 74, note. + +_Arc_ (Jeanne d'). Son éloge. XXIV, 206. + +_Aremberg_ (Le comte d'). Secours qu'il amène au roi de France en 1567. +275, note. + +_Arlequin_, Vient avec _li Gelosi_. 9, note. + --La reine est marraine d'un de ses enfants. _Ibid._ + +_Artigny_ (L'abbé d'). Ses _Mémoires de littérature_, cités 98, note. + +_Aubigné_ (Agrippa d'). Son _Baron de Fæneste_, cité 152. + --Pour la mode du _paroistre_. 178, note. + +_Aubry_ (Le président et la présidente). 150, note. + +_Auvray._ Ses _Satyres_, citées 26, note. + --Ses vers contre les huguenots. 86, note. + --Portrait qu'il fait, dans une de ses satires, d'un _goguelu_ à la +mode. 105, note, 200. + +_Avenel_ (M.). Sa collection des _Lettres de Richelieu_, citée 68. + + +_Baignolet_ (Marguilliers de) et leur procureur. 224. + +_Baronville._ Son duel avec Dasquy. 40, note. + --Pendu en effigie au bout du Pont-Neuf. _Ibid._ + +_Bassompierre_ (Le maréchal de). Sa liaison avec Marie d'Entragues. XXII. + --Ses _Mémoires_, cités 57, note. + --Ses services au siége de Montauban, à celui de Montpellier, au combat +des Sables-d'Olonne. 169, note. + --Fait maréchal de France. _Ibid._ + --Il a toujours des Suisses pendus à sa ceinture. 170. + --Il voudroit être connétable après Lesdiguières. _Ibid._ + --Il fera mieux d'épouser Mlle d'Entragues. 171. + +_Bassompierre_ (Louis de). Fils du maréchal et de Marie d'Entragues, +mort évêque de Senlis. XXII. + +_Bautru._ Chassé de la cour. 161. + +_Beaufort_ (J. de). Cité 39-40, note. note. + +_Beaumarchais._ Beau-père de la Vieuville. Rigueurs contre lui en 1624; + il est pendu en effigie. 97, note. + +_Bellingen_ (Fleury de). Son _Etymol. des proverbes_, etc., citée 269, note. + +_Belot_ (J.). V. Mil-Monts. + +_Berigal_ (G. Peignot.). Son _Hist. du Jaquemart de Dijon_, citée 280. + +_Bermude_ (Le roy Dom). Donné pour père à sainte Thérèse. 50, 115. + +_Bertholde._ Type des farces italiennes. 263-264, note. + +_Berulle_ (Le cardinal de). Sa mission à Rome pour le mariage du prince +de Galles avec Henriette de France. 79, note 1. + --Pense à établir les pères de l'Oratoire au Luxembourg; achète l'hôtel +d'Estrées. 80, note 2. + +_Berulistes._ Leur opinion formelle contre l'exhérédation des enfants. 221. + +_Béthune_ (M. de). Ambassadeur à Rome, opposé à M. de Berulle. 79, note 1. + +_Beuvron_ (Le marquis de). Tué devant Montauban. 159, note. + +_Bistrade_ (La). Conseiller au grand conseil. 40 et note. + +_Biset._ Son plan d'embellissement pour Paris. 41, note. + +_Blois._ Luynes y fait conduire l'argent qu'il devoit employer pour +l'armée. 64, note. + +_Boesselière._ Son cabaret. 28, note. + --Prix qu'on y paie. _Ibid._ + +_Boileau-Despréaux._ Au cloître Notre-Dame. 118, note. + +_Boiscourtier._ Sa _Requête générale_, au nom des Parisiens, _sur le +voyage de S. M._ 58, note. + +_Bonaparte_ (Nicolo). Sa comédie _la Vedova_, citée 273. + +_Bosse_ (Abraham). Sa gravure des _Caquets_, XXV. + --Sa gravure représentant un Quinze-Vingts. 199. + +_Boucher-d'Argis._ Son _Hist. abrégée des plus célèbres comédiens_, +citée 278, 281. + +_Bouillon_ (Le duc de). Dumoulin s'enfuit près de lui. 88. + --S'entend avec Mansfeld. 191-192, note. + +_Bourbonnois._ Prix des charges dans cette province. 131, note. + +_Bourderet._ Financier ruiné. 40. + +_Bourgoing_ (J.). Son livre _la Chasse aux larrons_, cité dans les notes +des pag. 39, 40, 95, 165, 166, 182. + +_Bourgoing_ (Le P.). Fait les airs des psaumes chantés à l'Oratoire. 82, +note. + +_Brantes._ L'un des frères de Luynes; épouse une héritière de la maison +de Luxembourg, et devient duc de Luxembourg-Piney. 67, note. + +_Bret_ (Le), conseiller. 135. + +_Brossette._ Son erreur sur _l'Espadon satyrique_. 115, note. + +_Brullon_, huissier. 258. + +_Brunet._ Son _Manuel du Libraire_, cité 116, note. + +_Bruscambille_ (Deslauriers, dit). Donné à tort comme l'auteur des +_Caquets_. XXVII. + +_Bruyne_ (Mme la). De _tavernière_ (boutiquière) devenue superbe +marchande. 217. + + +_Calvin._ Son nom donné à un chien. 84. + +_Canillac_ (Le baron de). Tué devant Montauban. 159, note 2. + +_Canto._ 259. + +_Castel_ (Jean). Son _Miroir des pêcheurs_, cité au sujet des +Caquetoires d'accouchée. XIII. + +_Cenami_, financier. 40, note. + +_Cepède_ (Alonse Sanchez de). Donné pour père à sainte Thérèse. 50, 115. + +_Chalange_, fameux partisan. 182. + --Fait rendre des édits onéreux dont il partage les profits avec les +ministres. 182, 183, 241, notes. + --Exploite l'_édit contre les procureurs._ _Ib._, 258. + +_Chamilly_ (Mlle de). Réfugiée au cloître Notre-Dame. 118, note. + +_Chapelain._ Sa traduction de _Guzman d'Alpharache_, citée 15, note. + +_Charenton_ (Ministres de). Lettre qu'ils écrivent au roi et que +Richelieu combat. 86, note. + --Fuite du ministre Dumoulin 88, note. + +_Charles_, médecin. 250. + +_Chaulne_ (M. de). Frère du connétable de Luynes, d'abord appelé M. de +Cadenet. 67, note. + --Fait maréchal à l'occasion de son mariage avec l'héritière de la +maison de Chaulne. _Ibid._ + --Intercède pour Monsigot. 146. + --Il enlève au duc de Fronsac l'héritière du vidame d'Amiens. 147, note. + --Ses menaces à M. le Prince, prisonnier à Vincennes. 162, note. + --Il veut épouser la princesse d'Orange. 162, note. + +_Chevalier_ (Nicolas), le président. Fait instruire le procès du +procureur général de sa justice. 27. + --Rend service à Luynes. _Ibid._, note. + +_Chevreuse_ (La duchesse de), veuve de Luynes. Son peu d'influence en +1622. XXI, 148, note. + +_Chevry_ (Le présid. Duret de). Protége Monsigot. 147. + --Son épitaphe satirique. 147, note. + +_Christine de Pisan._ Son _Trésor de la cité des Dames_, cité VIII, XXXIII. + +_Clairmonde_ (Madame). Se fait _damoiselle_ aux dépens de son mari. 222. + +_Clérac._ Pris par les troupes du roi. 57, note, 113, note. + +_Cœuvres_ (Marquis de). Son ambassade à Rome; obtient le _chapeau_ +pour Richelieu 149, note. + +_Coignet_ (Pierre du). Son image à Notre-Dame. 265, note. + +_Collerye_ (Roger de). Cité XIV, XLII. + +_Combalet._ Tué devant Montauban. 159, note 2. + +_Condé_ (Le prince de). Tout se fait par ses avis, VIII, 67. + --Pourquoi il se prend de haine contre les huguenots et se mêle aux +affaires. _Ib._, note. + --Menacé par Cadenet lorsqu'il est prisonnier à Vincennes. 161, 162, note. + +_Consinot_, médecin de l'Hôtel-Dieu. Ses gages. 251. + +_Coquillart_ (Guill.). Cité XII, XXXVII. + +_Cordeliers._ Leur rébellion contre la réforme qu'on veut introduire +chez eux. 71, note 2. + +_Cordier_, huissier. 258. + +_Cormier._ Tabarin à ce cabaret. 268. + +_Cotel_ (L'affaire de). 142. + +_Coulange._ Chanson citée, XV. + +_Courbouzon_ (Le sieur de). Empêche qu'on ne massacre l'ambassadeur +d'Espagne. 162, note. + --Sa _furieuse escarmouche_ contre les Rochelois. 163, note. + +_Courval-Sonnet._ Cité XIV. + +_Créqui_ (Le maréchal duc de). Gendre de Lesdiguières; espère après lui +être connétable Ses droits. 170-171. + --Son duel avec don Philippin. _Ib._, note. + +_Croisette_ (M. de la), usurier. Perd tout par la mort de son débiteur. 226. + + +_Dangeau_ (Suppl. au Journal de). Cité 21, note 1; 47, note. + +_Darmingère_ (M.). 218. + +_Daubray_ ou _Dambray_ (Claude) Erreur des _Caquets_ à son sujet. 21, note. + --Laisse, par testament, trois pains de sucre à l'Hôtel-Dieu. 22, 240. + +_Davity._ Son livre _Les Estats, Empires_, etc., cité 71, note. + +_Desiderio Descombes, le Charlatan._ 102. + --Moins plaisant que Tabarin. 102, note; 231. + --Parle pour Grattelard dans la _Sentence par corps_. 278, 283. + +_Desplan._ Fortune de ce parvenu, XXI. + --Protégé de Luynes. 181, note. + --Sa chute rapide. 160, note. + --Ses commencements; il est laquais, puis soldat au régiment de Navarre +sous M. Cadenet. 161. + --Visite M. Le Prince à Vincennes. _Ib._ + --N'est pas fait maréchal de France, quoi qu'en disent les _Caquets_. +162, note. + +_Des Rues_, financier. 40. + +_Dobillon_, usurier. 29. + +_Doux_ (Le, madame). Sa fille _la poupine_. 222. + +_Dubreul Ses Antiquités de Paris_, citées 42, note. + +_Du Moulin_, ministre protestant à Charenton. Sa fuite à Sedan. 88, note. + --Lettre d'avis publiée sous son nom. _Ibid._ + + +_Entragues_ (Marie d'). Sa liaison avec Bassompierre. XXII. + --Il devroit l'épouser. 171. + --Madame de Verneuil brouillée avec lui à cause d'elle. 169. + +_Esternod_ (Claude d'), véritable auteur de l'_Espadon satyrique_; son +pseudonyme de _Franchères_; pourquoi l'on attribue son livre à M. de +ourquevaux; titres divers onnés à ce même livre; contrefaçon qu'il +subit, etc. 115, 116, note. + +_Estienne_ (Henry). L'_Apologie pour Herodote_, citée 269, note. + +_Estoille_ (Journal de P. de l') cité au sujet des lunettes d'Amsterdam. +253, note. + + +_Fabri_, trésorier de l'extraordinaire des guerres. 167, note. + +_Fail_ (Noël du). Ses _Contes d'Eutrapel_, cités 265, 268, notes. + +_Félibien_. Son _Hist. de Paris_, citée 24, note. + +_Feu_, conseiller. 254. + +_Feuillet_ (M.). 134. + +_Fiacre_ (Saint). Maladie dont il est le patron. 269. + +_Fontaine_ (La). Une de ses fables, citée 267, note. + +_Force_ (Le duc de La). Vend sa soumission au roi. 56, note. + --Rend Sainte-Foy, qu'il avoit enlevée à Terbon. 57, note. + --Sa bien-venue fêtée à Paris. 251. + +_Forget_ (Le président). 143, note. + +_Fournier_ (P.) Son _Hydrographie_, citée 61, note. + +_Fournier_ (Édouard). Ses _Variétés historiques et littéraires_, citées +61, 172, 183, 251, 254, 257, 258, 272, notes. + --Son _Paris démoli_, cité 263, note. + --Son livre l'_Esprit des autres_, cité 263, note. + --Son _Histoire des Hôtelleries et Cabarets_, citée 268. + +_Fourquevaux_ (Le baron de). Ce nom n'est pas un pseudonyme; le baron a +existé, mais n'a pas fait l'_Espadon satyrique_. 115, note. + +_Fresne_ (M. du). 219. + +_Fronsac_ (Le duc de), fils du comte de Saint-Pol; tué dans une sortie +au siége de Montauban. 159, note. + --Le roi écrit des lettres de consolation à son père et à sa mère. _Ibid._ + --Ce que Luynes lui avoit promis. 160, note. + + +_Garandine_ (M. de la). Sa femme, renfermée avec un jeune avocat, le +laisse coucher à la porte. 216. + +_Gautier-Garguille._ Son testament, cité 102, note 2. + --Notes le concernant. 277, 278, 282, 285. + +_Geperny_, fameux financier. 40. + +_Gondi_ (Jean-François de), dernier évêque de Paris. 189. + +_Goujet_ (L'abbé). Partage l'erreur de Brossette au sujet de l'_Espadon +satyrique_. 115, note. + +_Grattelard_ (Le baron de). Note sur ce farceur du Pont-Neuf et sur ses +_Œuvres_. 279. + +_Gratiano._ Fin partisan de connivence avec les usuriers. 225. + +_Grisons_, voleurs. 60, note. + +_Gros-Guillaume._ 281, note; 282. + +_Guerin_. Bouffon de la reine Marguerite. 171 + --Meurt misérable. 171-172, note. + +_Guillaume_ (Jean), le bourreau. 94, note. + +_Guillaume_ (Maître), fou en titre d'office. Pension qu'il touche. 263, note. + --Nombreux pasquils sous son nom. _Ib_. + +_Guise_ (Cardinal de). Prélat frisé. 51, note. + +_Guyon_ (Fery de). Ses _Mémoires_, cités 275, note. + +_Guyot_ (Maison). Son encre de la _petite vertu_. 60, note. + + +_Henri IV._ Mot de lui sur l'édit contre les financiers. 14, note. + --Dîne avec Mathurine. 168, note. + --Ce n'est pas lui, mais Rosny, qui dit: _La couronne vaut bien une +messe._ 173. + --Ses édits somptuaires. 181, note. + +_Hoctot._ Tué devant Montauban. 159, note 2. + +_Hou_ (Le), premier commis de l'épargne. 39. + + +_Jacomeny_, usurier. 29. + +_Jannet_ (P.). Son édition des _XV Joyes de mariage_, citée X, XI, XXV. + +_Jean de la Vigne._ Farceur. 281, note. + --Fondé de pouvoirs de Tabarin dans _la Sentence par corps_. 282, etc. + +_Jean Farine._ Note sur ce farceur. 280-281. + +_Jésuites._ S'occupent de l'_esprit_ de la Flèche. 74, note. + +_Joinville_ (Le prince de), fils du Balafré. Gagne beaucoup à rester +fidèle au parti du roi. 68, note. + +_Jouan_, le procureur. 179. + + +_Laffemas._ 150, note. + +_La Flèche._ Lettre de Malherbe sur un _esprit_ qui tourmentoit une +fille de cette ville. 74, note. + +_Lafont de Saint-Yenne._ Sa caricature en Quinze-Vingts. 199. + +_Larivey._ La _Vefve_, comédie qu'il a traduite de la _Vedova_, citée. 273. + +_Larcher._ Procureur en Parlement. 128. + +_La Rochelle._ Premier siége de cette ville. 53, note; 157. + --Le sieur de Courbouzon et son escarmouche. 163. note. + +_Lebeuf_ (L'abbé). Cité 24. note. + +_Le Mercier_ (Jacques). Architecte; fait la façade de l'Oratoire. 81, note. + +_Lesdiguières_ (Le connétable de). 170. + +_Lestange._ Tué devant Montauban. 159, note. + +_Lincy_ (L. de). Son _Introd. au livre des Légendes_, citée VII, note. + +_Louis_ (Saint). Ordonnances contre les comédiens. 9, 231. + --Croix sur ses monnaies, 271. + +_Louis XIII._ Son édit de 1624 contre les financiers. 14. note. + --Allume le feu de la Saint-Jean en 1620. 23, note. + --Ses lettres-patentes pour un asile des pauvres. 25, note. + --Tort que son absence fait à Paris. 57, note. + --Fait les PP. de l'Oratoire ses chapelains. 80, note. + --Son édit contre les habits en 1627. 181, note. + +_Louvet_, le grand fermier. 40. + --Sa lutte contre les contrebandiers nommés _Coquilberts_. _Ib_., note. + --Ils le ruinent. _Ibid_. + --Sa fuite à Maubuisson. _Ibid_. + +_Lussan_. Tué devant Montauban. 159, note 2. + +_Luynes_ (Le connétable de). Vers contre lui, indiqués XVII. + --Accusé de garder l'argent nécessaire aux troupes. 54, note. + --Pourquoi il ne prend pas Montauban. 64. + --Sa mort devant Monheur. _Ib._, note. + --Prédictions à ce sujet. 65-66, note. + --Son immense pouvoir après la mort de Concini. 156. + --Protége Desplan. 162. + --Exploite les édits avec les partisans. 183, note; 241, note. + +_Machault_ (De), conseiller aux requêtes. 142. + +_Magnin_ (Ch.). Cité 9, note. + +_Malherbe_. Ses lettres à Peiresc, citées dans les notes des pages 8, 9, +18, 19, 40, 41, 54, 57, 58, 91, 149, 163, 172. + -- Autres lettres de lui, citées 65, 74, 192, notes. + +_Mangeart_. Sa _Francophilie_. 58, note. + +_Mangot_. Chancelier après la mort de Du Vair. 152, note. + -- Sa fidélité à Marie de Médicis et au maréchal d'Ancre. _Ibid._ + +_Mansfeld_ (Le comte de). Cancan sur lui, XXIV. + -- Menace la Champagne; peur qu'il inspire; fait un accord avec M. de +Nevers; tire vers le Hainaut; est battu à Fleurus par D. Gonzalès. +191-192, note. + -- On le renvoie à Notre-Dame-de-l'Épine. 275. + +_Marguerite_ (La reine). Ses libéralités. 20, note. + -- Distribution des deniers de sa succession. 241. + -- Ses _Allées_, 251. + +_Marigny_ (Enguerrand de). Sa statue au portail du palais. 257. + +_Marigny._ Son poëme du _Pain bénit_, cité 37, note. + +_Marescot._ Son ambassade infructueuse pour le _chapeau_ de l'évêque de +Beauvais. 153, note. + +_Marot_ (Clément). Invectives contre lui. 83. + +_Marphore_ ou _Marforio_. 266. + +_Mathurine_, folle de cour. XXIII. + -- Dîne avec Henri IV. 168, note. + -- Sa pension en 1622. _Ib_., 261. + -- _Maturinade_, ce que c'est. _Ib_. + -- Caquet de Mathurine sur M. de Bassompierre. 169. + -- _Essais_, livret publié sous son nom. 261. + -- Court les rues poursuivie par les enfants. 252. + +_Mauregard_, astrologue. Malherbe l'accuse d'être un faux prophète. 65, note. + +_Meuves_ (De). Pendu comme coupable de l'incendie du Pont-au-Change. 58, +note. + +_Milmont_ (Le curé de). astrologue. Almanach où il prédit la mort du +connétable de Luynes. 65, note; cité 66, note. + +_Moizant de Brieux_. Comment il explique le proverbe: _Ferrer la mule_. +15, note. + +_Moncrif._ Son livre sur _les Chats_, cité 24, note. + +_Mondor._ Les lazzis de Tabarin font sa fortune. 100, note. + -- Sa bonne mine. 101. + -- Elle baisse. 102, note. + -- Dans _la Sentence par corps_, il parle pour Tabarin. 278, 283. + +_Monheur_, château près de Toulouse. Se révolte contre le roi; assiégé +par Luynes, qui meurt devant ses murs. 64, note. + +_Monsigot_, créature de Luynes près de Gaston. Procès qu'on lui fait +après la mort de Luynes. 146, note. + -- Gaston l'envoie près du duc de Lorraine. _Ibid._ + -- Il remet à Richelieu l'inventaire des bijoux de Madame, et s'enfuit à +Orléans. 146. + -- Il avoit tenu _banque_ au Louvre pour les pensions; il a pour lui +les gens du Parlement, M. de Chevry, madame de Chevreuse, etc. 147, 149, +notes. + --150. Mais on a juré sa perte. 151, note. + --Ses aveux. _Ibid._ + +_Montaigne_ (G.). Sa _Police des Pauvres_, citée 25, note. + +_Montauban._ Assiégé. 53. + --Pourquoi Luynes ne s'en empare pas. 64, 96. + --Haut prix des charges de conseiller dans la généralité de Montauban. +131, note. + --On a vainement espéré prendre cette ville. 157, 158, 256. + --M. de Fronsac tué au siége de cette ville. 159, note. + --Services de Bassompierre à ce siége. 169. + +_Montauron_, l'un des Puget. 39, note. + +_Montbrun._ Tué devant Montauban. 159, note 2. + +_Montescot_, fameux partisan. 40, note. + +_Montmorency_ (Le duc de). Blessé devant Montauban. 159, note. + --Avis qu'on lui donne de ne pas trop s'engager dans la guerre de +Languedoc. 160, note. + +_Montpellier_ (Siége de). 158, 164. + --Bassompierre s'y distingue. 169. + +_Moreau_, médecin. 251. + +_Moysset_, dit _Montauban_, fameux partisan. 182, note; 241, note. + +_Mozan_ (M.). Il faut étudier sous lui pour entrer à la cour du +Parlement. 30. + + +_Negrepelisse._ Sa prise. 113, note. + --Fête carillonnée par les _mortiers_ des apothicaires. 251. + +_Nemours_ (Le duc de). Protége M. de Courbouzon. 162. + +_Nevers_ (Le duc de). Fait un accord avec Mansfeld. 192, note. + +_Nisard_ (Ch.). Son _Hist. des livres populaires_, citée 279. + +_Notre-Dame-de l'Épine._ Lieu de pèlerinage près de Châlons-sur-Marne. +275, note. + +_Notre-Dame-des-Vertus._ Pèlerinage. 217. + --Aventure de deux bourgeoises et de leurs maris déguisés en moines. +217-220. + + +_Ocquerre_ (Le président d'). Père de Blancmesnil. 148, note. + +_Oratoriens._ On leur reproche leur ambition. 78, note. + --Louis XIII les fait ses chapelains. 80, note 1. + --Belle musique de leur église. 82, note. + + +_Paris._ Haine de ses habitants contre les Huguenots. XX. + --_Rue Quincampoix_, ses surnoms. 11, note. + --Corps des _Merciers_. 16, note. + --Feu de la Saint-Jean en Grève. 23, note. + --Le Pont Neuf et les quais bâtis au moyen d'un impôt sur les vins. 24, +note. + --L'hôpital Saint Germain. 25. + --Asile pour les pauvres, _Ib._, note; 70, note. + --_Le Chevalier du guet_, le _Prévôt de l'Ile_. 36. + --_Pont-au-Double._ 41, note. + --Les imprimeurs, leur ignorance, etc. 50, 51, 122. + --Le trésor de la Bastille. 54, note 2. + --Tort que l'absence du roi fait aux marchands. 57, note. + --Incendie du Pont-au-Change. 58, note. + --Diverses troupes de voleurs. 60, 71, 257, notes. + --Habitants de Paris peureux la nuit. 71, note. + --La Cérès des Carmélites. 74, note. + --Fondation de l'Oratoire; pourquoi la façade de l'église est de biais. +81, note. + --Le _Puits Certain_. 111, note. + --Le cloître Notre Dame fermé la nuit. 118, note. + --La galerie de M. de Verdun à l'hôtel de la présidence (_préf. de +police_). 144, note. + --Ses rues pavées d'avocats. 176. + --Établissement des _Capucines_ en 1604. 188. + --Établissement des _Ursulines_ de Sainte Avoye. 189. + --Le premier archevêque de Paris, en 1622. 189. + --Costume des aveugles Quinze-Vingts. 199. + --Gens de finance logent au Marais. 225. + --Plaintes contre les _échevins_. 241. + --_Allées_ de la reine Marguerite. 251. + --Hospices des _Enfants-Rouges_, du _Saint-Esprit_, de la _Trinité_. 253. + --Filles au faubourg Montmartre. 255. + --Les marchands de chiffons des rues _Fripaux_, _Frepillon_. 255. + --Statue d'Enguerrand de Marigny au portail du Palais. 257. + --_L'Hôtel d'Angoulême_. _Id._ + --Loyers du _Pont-Marchand_. 252. + --L'image de Pierre du Coignet. 265. + --Pourceaux du _Petit Saint Anthoine_. 270. + --Le _crocheteur_ de la Samaritaine, le _Jacquemart_ de Saint-Paul. 279, +280, notes. + +_Passerat._ Cité 61, note. + +_Paulmy._ Ses _Mélanges d'une gr. Biblioth._, cités 22, note 1, 3. + +_Perrette_ (Madame). Sage-femme du faubourg Saint Marceau. 214. + +_Philippe le Bel._ Sa loi somptuaire de 1294. 32, note. + +_Philippin_ (Don), bâtard du duc de Savoie, tué en duel par M. de +Créqui. 171, note. + +_Piganiol._ Sa _Description de Paris_, citée 75, note; 80, 81, 82, notes. + +_Poncet_ le vénérable. 252. + +_Pont_ (Gratien du). Cité XIII, XLI. + +_Portail_ (M.) et son valet Rose. 145. + +_Potel_, greffier du conseil; son fils Le Parquet. 152, note. + +_Povillon-Pierrard._ Sa _Descript. de l'église de N.-D.-de-l'Épine_, +citée 275. + +_Puget_. Sa fortune, etc. 39. + +_Puits_ (Pierre du). Fou qui couroit les rues. 266, 278. + --Pasquil paru sous son nom. _Ib._, note. + --Parle pour les femmes et bourgeoises de Paris dans la _Sentence_... 278. + + +_Rabelais._ Cité 145, 231, 265, 269. + +_Racan._ Ecrit à Malherbe sur l'_esprit_ de La Flèche. 74, note. + +_Regnard._ 39, 254. + +_Regnault_, trésorier de l'extraordinaire. 39. + +_Regnier._ Dédie une de ses satires au baron de Fourquevaux. 115, note. +Cité pag. 138, note. + --Sa 14e satire, parue sous le nom de Maître Guillaume. 263, note. + +_Reiffenberg_. Son _Histoire des fous en titre d'office_. 263, note. + +_Remond_. Son _Sommaire traité des revenus_, cité 168, 261, 263, notes. + +_Rémonde_ (Madame). Se fait _damoiselle_. 220. + +_Richelieu_ (Le cardinal de). L'auteur anonyme des _Caquets_ doit être +quelqu'un de ses partisans, xxiij. + --Fait juger et pendre de Meuve comme incendiaire du Pont-au-Change. 58, +note. + --Passage de ses mémoires sur la mort de Luynes. 64, note 2. + --Autre sur une prophétie du curé de Milmont. 66, note. + --Autre sur le prince de Condé. 68, note. + --Ses _lettres_, citées 79, note. + --Sa haine des huguenots. 86, note. + --Ses mémoires, cités 146, 148, 159, 161, notes. + --M. de Cœuvre lui obtient le chapeau. 149. + --Collègue de Mangot. 152, notes. + +_Robichon._ Il faut étudier sous lui pour entrer à la chambre des +comptes. 30. + +_Rochefoucauld_ (Le comte de La). Défait Soubise dans l'île de Ré. 35, note. + +_Rochetomas_ (La), conseiller. 254. + +_Rohan_ (Le duc de). Sa _cure_ en qualité de chef des huguenots. 33. + --Ne se jette pas dans les mêlées. 56. + --Abandonne Saint-Jean-d'Angely. 56, note. + --Ses _Mémoires_, Cités 57. note. + --Fait sa paix et _baise le babouin_. 158, note. + +_Rome._ Fêtes qu'on y fait pour la canonisation de sainte Thérèse. 48. + --Les Pères de l'Oratoire veulent s'établir à Saint-Louis-des-François. +79, note 1. + --Les prêtres laïcs s'y opposent et retardent la concession jusqu'en +1629. _Ib._, note 2. + +_Rosny._ Dit au roi le fameux mot: _La couronne vaut bien une messe_. 173. + +_Rougets_, ou _Manteaux-rouges_, voleurs. 60, note; 257. + +_Rossignol_ (Le bonhomme). 135. + +_Rouillard_, syndic des avocats. 258. + +_Roze-Croix_ (Frères de la). Leur établissement à Paris. 72, note. + +_Ruccellaï_, fameux financier. 40, note. + +_Ruelle_, conseiller. 254. + + +_Saint Antonin._ Discours fait sur la prise de cette ville. 114, note 1. + +_Saint-Foix._ Ses _Essais sur Paris_, cités 75, note. + +_Saint-Germain_, gentilhomme angevin. Amant de madame de Vertus; comment +assassiné. 139-141, note. + +_Saint-Jacques._ Médecin de ce nom. 250. + +_Saint-Jean-d'Angely._ Ville abandonnée par M de Rohan. 56. + --Rendue par M. de Soubise. _Ib._, note. + --Luynes fait bien ses affaires au siége de cette ville, comment. 64, note. + +_Saint-Valerien_, conseiller. 254. + +_Sainte-Foy_ (Ville de). Rendue par M. de La Force. 57, note. + Les gens de cette place massacrent à Gontaut les gendarmes de Luynes. +64, note. + +_Sardini_, financier. 40, note. + +_Salvancy_, financier ruiné. 40. + +_Saumur._ Un des frères de Luynes pense y mourir de dépit. 67. + +_Sauval._ Ses _Antiquités de Paris_, citées 23, note. + --Son livre _Galanteries des rois de France_, cité 172, note. + +_Schomberg_, superintendant des finances. Chargé de payer à M. de la +Force sa soumission. 57, note 1. + +_Sec_ (Le), médecin. 250. + +_Sillery_ (Le commandeur de). Opposé à M. de Berulle. 79, note 1. + --Son ambassade à Rome, d'où Richelieu le rappelle en 1624. 149, note. + +_Siri_ (Vittorio). Cité 68, note. + +_Soubise_ (Le comte de). Cure que lui paie le parti huguenot. 33. + --Sa défaite dans l'île de Ré. 35, note; 55. + --Sa capitulation à Saint-Jean-d'Angely. 56, note 2. + --Comparé, par raillerie, à Enguerrand de Marigny 257, note. + + +_Tabarin._ Son _Recueil de questions_, cité 100, note. + --Fait la fortune de Mondor. _Ib._, 262. + --Plus plaisant que le charlatan. 102, note; 231. + --Ses spécifiques pour rajeunir. 233. + --Fortune qu'il fait. 250, note. + --Où il se retire, et comment il meurt assassiné. _Ibid._ + --Sa rencontre avec le prétendu auteur des _Caquets_. 267. + --Demande en réparation contre l'auteur des _Caquets_. 278. + +_Tabourot_ (Estienne). Ses _Bigarrures_, citées 141, note. + +_Tardieu_ (M.), de la première chambre. 145. + +_Tardieu_ (Le lieutenant criminel). 38, note. + +_Tallemant des Réaux._ Ses _Historiettes_, citées XXII, et dans les +notes des pag. 26, 38, 39, 40, 52, 139, 147, 150, 152, 153, 169, 257. + +_Terbon._ Se laisse prendre Sainte-Foy. 57, note. + +_Testu._ 259. + +_Thérèse_ (Sainte). Vies de cette sainte remplies d'erreurs, XX, 50, 114. + --Fêtes de sa canonisation à Paris et à Rome. 48, note; 49, note. + +_Thou_ (De). Au cloître Notre-Dame. 118, note. + +_Tillay_ (Le président de). 153, note. + +_Toiras._ Chassé de la cour. 161, note. + --Fait maréchal de France. 161, note. + +_Tonneins._ Rendu par son gouverneur. 56, 57, note. + +_Tour_ (De la), fermier renommé. Ruiné par les usuriers. 225. + +_Traversier_, usurier. 29. + +_Turquie_ (Ouvriers de). Appelés à Paris pour faire des étoffes. 17, note. + + +_Ulenspiegel_ (_l'Espiègle_). Ce type cité 226. + + +_Vendôme_ (MM. de). Opposés à M. de Sillery. 149, note. + +_Verderonnes_ (De). 143. + +_Verdun_ (Nicolas de). Premier président. 143, note. + --Estime qu'on a de lui. _Ib._ + --Sa grande galerie. 144, note. + --Sa galanterie. 144. + +_Verdure_ (M. de la), partisan. D'accord avec les usuriers. 225. + +_Verneuil_ (La duchesse de). Sa manière de vivre après sa rupture avec +Henri IV. XXII. + --Arrive chez l'accouchée avec Mathurine. 168. + --Déteste Bassompierre à cause de sa sœur. 169. V. _Entragues_ +(_Marie d'_). + +_Vertus_ (Comtesse de). Contrainte par son mari d'assister au meurtre de +son amant. 139. + --Récit que fait Tallemant de la même aventure. 139. note. + +_Verville_ (Beroalde de). Imitation d'un passage de son _Moyen de +parvenir_. 269. + +_Vieuville_ (M. de la). Succède à Schomberg comme superintendant des +finances. 57, note. + --N'est pas d'avis que le _Pont-au-Chanqe_ soit rebâti aux frais des +orfèvres. 59, note. + --Rigueurs contre lui en 1624; il est enfermé au château d'Amboise. 97, +note. + --Il éloigne madame de Chevreuse. 148, note. + +_Vignolles_, conseiller. 254. + +_Vignon_, médecin. 250. + +_Viguier_ (M.). On veut le mettre mal avec M. le Prince. 169. + +_Villautrais_, partisan scandaleusement riche. 165, note; 166, 167. + +_Villejuif_ (Manants de) et le procureur qui les plume. 224. + +_Vincennes._ V. _Chaulnes_, _Desplan_. + + +_Weiss_ (M.). Rétablit la vérité au sujet de l'_Espadon satirique_. 115, note. + + + + +TABLE DES MATIÈRES + +* * * + + +Introduction. v + +Appendice. xxxiij + +Au lecteur curieux. 3 + +Le Caquet de l'accouchée (ou première journée). 7 + +La Seconde après-disnée. 45 + +La Troisième après-disnée. 93 + +La Dernière et certaine journée (4e journée). 125 + +Le Passe-partout du Caquet des Caquets (5e +journée). 155 + +La Responce des dames et bourgeoises de Paris +(ou 6e journée). 195 + +Les Dernières paroles ou le Dernier adieu de +l'accouchée (7e journée). 213 + +Le Relèvement de l'accouchée (ou 8e journée). 229 + +L'Anti-Caquet de l'accouchée. 249 + +Les Essais de Mathurine. 261 + +La Sentence par corps obtenue par plusieurs +femmes de Paris contre l'autheur des _Caquets +de l'Accouchée_. 277 + +Table analytique. 287 + + + +FIN. + + + +NOTES: + +[1] Voir plus loin, § III, Bibliographie des _Caquets de l'Accouchée_. + +[2] _Introduction au livre des Légendes_, par Le Roux de Lincy, Paris, +1836, in-8, p. 178-79. + +[3] _Les Honneurs de la Cour_, publiés à la fin du tome II des Mémoires +sur l'ancienne chevalerie, par La Curne de Sainte-Palaye, 1759, in-12, 3 +vol. + +[4] Voir, à la fin de cette introduction, aux _Appendices_, nº 1. + +[5] Voir aux _Appendices_, nº2. Nous y avons joint deux strophes des +_Ténèbres du mariage_. + +[6] Voir aux _Appendices_, nº 3. + +[7] Voyez, sur _Jean Castel_, t. 2 (1re série), p. 461 de la +Bibliothèque de l'école des chartes, un article curieux de M. J. +Quicherat. + +[8] Voir aux _Appendices_, nº 4. + +[9] Voir aux _Appendices_, nº 5. + +[10] Deux dialogues du langage françois italianizé, etc., in-8, p. 162. + +[11] Voir aux _Appendices_, nº 6. + +[12] Les _Œuvres satyriques_ du sieur de Courval-Sonnet, gentilhomme +virois, etc., etc. Paris, 1622, in-8, p. 214. + +[13] Voir aux _Appendices_, nº 7. + +[14] Voir plus loin, § III, Bibliographie des _Caquets_. + +[15] _Historiettes, etc._, de Henri IV, tome 1, de l'édition in-18. + +[16] Voyez, page 191, la note sur ce passage. + +[17] V. Brunet, _Manuel du Libraire_, t. 1, au mot _Bruscambille_. + +[18] _Analectabiblion_, ou extraits critiques de divers livres rares, +oubliés ou peu connus, tirés du cabinet du marquis D. R**. Paris, 1837, +in-8, t. 2, p. 170. + +[19] Cet avertissement ne se trouve qu'en tête du _Recueil général_. + +[20] Ces vers se trouvent seulement dans le _Recueil général_. + +[21] Dans le _Recueil général_, cette partie est intitulée: _La première +journée de la visitation de l'accouchée_. + +[22] Il étoit de bon ton de faire jouer alors la comédie aux enfants. +«La reine, écrit Malherbe à Peiresc, s'en va lundi à Saint-Germain, où +_Mesdames_ lui préparent le plaisir d'une comédie qu'elles doivent +réciter.» _Mesdames_, ce sont les petites princesses sœurs de Louis +XIII. + +[23] Il y avoit en effet alors des comédiens italiens à Paris. En juin +1613, Malherbe avoit écrit à Peiresc: «On dit que les comédiens de +Mantoue viennent, conduits par Arlequin.» Le 6 septembre, il avoit +encore écrit: «Les comédiens italiens sont arrivés; mardi ils joueront +au Louvre.» Le 27 janvier 1614, preuve singulière de la faveur de ces +comédiens à la cour, le roi et Madame, toujours au dire de Malherbe, +avoient tenu sur les fonts l'enfant d'Arlequin. Cette troupe étoit sans +doute celle des _Gelosi_, que Henri IV avoit déjà appelée à Paris en +1600, lors de son mariage avec Marie de Médicis. Elle avoit pour chef J. +B. Andreini, dit _Lelio_, que nous retrouvons encore à Paris, sur le +théâtre de l'hôtel de Bourgogne, en 1618, puis, ce qui s'accorde fort +bien avec la date de ce premier _caquet_, de 1621 jusqu'à la fin du +carnaval de 1623. Il revint une dernière fois en 1624, époque où il +publia à Paris son _Teatro celeste_, précieux volume qui nous a valu un +remarquable article de M. Charles Magnin (_Revue des deux-Mondes_, 15 +décembre 1847, P. 1090-1109). + +[24] C'étoit sans doute soit Mondor, soit Desiderio Descombes, dont il +sera parlé plus loin. + +[25] La _rue Quincampoix_ ne porta jamais le nom de _rue des +Mauvaises-Paroles_, qu'on ne lui donne ici sans doute qu'à cause des +commères qui s'y trouvoient en nombre. Tallemant, peut-être pour la même +raison, dit, dans une note de l'_historiette_ de Scudéry (t. 9, p. 146), +qu'on l'appeloit aussi _rue des Cocus_. + +[26] Cette _recherche_ des financiers pour leurs malversations étoit le +vœu de tout le monde et ne se fit pas attendre, puisqu'elle fut +décrétée en 1624, comme on le verra par une autre note. Une pièce +satirique de ce temps-là, _la Voix publique au roy_ (Recueil A-Z, E, p. +241), la demandoit avec instance; un autre écrit du même esprit et de la +même époque, _le Mot à l'oreille de M. le marquis de la Vieuville_ +(Recueil F, p. 192), émettoit non moins vivement un désir pareil. «Ce +sont, y est-il dit des financiers, des éponges mouillées qu'il faudroit +presser. Il ont plumé l'oie du roy; qu'ils rendent au moins un peu de sa +plume.»--Par le 411e article de la fameuse ordonnance du roi connue +sous le nom de _Code Michault_, et publiée en parlement le 15 janvier +1629, une chambre composée d'officiers des cours souveraines fut créée +pour vaquer de nouveau «à cette recherche et punition des fautes et +malversations commises au fait des finances». + +[27] L'origine de cette locution s'explique d'ordinaire par un passage +de Suétone (_Vie de Vespasien_, chap. 23), ainsi reproduit dans le livre +de Moizant de Brieux: «Nous avons pris, dit-il, cette façon de parler de +ce que fit autrefois le muletier de Vespasien, qui, sous pretexte que +l'une des mules estoit deferrée, arrêta long-temps la litière de cet +empereur, et par là fit avoir audience à celuy auquel il l'avoit promise +sous l'asseurance d'une somme d'argent, mais dont l'odeur vint frapper +aussitôt le nez de ce prince, qui l'avoit très fin pour le gain; en +sorte, dit Suétone, qu'il voulut partager avec son muletier le profit +qu'il avoit eu à ferrer la mule.» (_Origine de diverses coutumes et +façons de parler_, Caen, 1672, p. 101.) De là venoit qu'on appeloit +_ferre-mule_ tout valet qui trompoit son maître sur le prix des achats +qu'il lui faisoit faire: «Un serviteur malin, trompeur et ferre-mule.» +(Chapelain, trad. du _Gusman d'Alpharache_, 1re part., chap. 4.) + +[28] Le _mercier_ étoit, son nom l'indique, le marchand, _mercator_, par +excellence, de même que le _fèvre_ ou _fabre_, dont le nom se perdit +plus vite, étoit l'ouvrier, l'artisan type. «Le corps des marchands +merciers de Paris, lit-on dans le _Dictionnaire de Trévoux_ (1732), est +le plus nombreux et le plus puissant des six corps des marchands.» A lui +seul il avoit pu fournir 3,000 marchands armés, en bon équipage, à la +grande revue que Henri II avoit faite au landi de 1557. Ce corps «si +nombreux et si accommodé» ne comptoit pas moins de vingt classes de +marchands: les marchands grossiers, les marchands de drap, les marchands +de dorure, les camelotiers, les joailliers, les toiliers, les marchands +de dentelles, les marchands de soie en bottes, les marchands de +peausseries, les marchands de tapisseries, les marchands de fer et +d'acier, les clincaliers (_sic_), les marchands de tableaux, estampes, +etc.; les miroitiers, les rubaniers, les papetiers, les marchands de +dinanderie, les marchands de toiles cirées, parasols et parapluies; puis +les menus merciers et les merciers ambulants. On peut en voir l'ample +détail dans le _Guide des corps des marchands_, Paris, 1766, in-12, p. +358, etc. + +[29] Les trésoriers étoient accusés de s'enrichir comme les autres gens +de finance. Dans _le Mot à l'oreille de M. le marquis de la Vieuville_ +(Recueil A-Z, F, p. 178), il est dit que ceux de l'extraordinaire et +ceux de l'épargne font seuls les profits. + +[30] Les étoffes à la Turque étoient alors les plus recherchées; on +alloit jusqu'à faire venir des ouvriers de Turquie pour les +confectionner à Paris, et pour en faire des robes. «Je vous avois mandé, +écrit Malherbe à Peiresc le 6 avril 1614, qu'on faisoit des habits pour +la petite reine: c'est une robe qui se fait à l'hôtel de Luxembourg par +des Turques, dont il y a deux lez de fait, et dit-on que c'est la chose +du monde la plus belle.» + +[31] Expression qui répond à celle que nous avons reproduite dans une +note précédente: _plumer la poule_, _plumer l'oie du roi_, etc. On +disoit, pour un homme adroit et d'intrigue, un _dénicheur de fauvettes_. +(Dict. de Furetière.) + +[32] _Besogne_ ou _besoigne_ se disoit alors pour _hardes_, _effets_. On +en a un exemple dans ce passage d'une _lettre de Malherbe à Peiresc_ (p. +384): «Cette pauvre princesse (la reine Marguerite) est volontiers +excessive en ses libéralités: elle donna... une montre de cinq à six +cents écus à madame de Montglas; elle donna aussi je ne sais quelle +_besoigne_ à madame d'Aumale, sous-gouvernante, et à madame la nourrice +de Monseigneur.» Ailleurs, Malherbe parle encore «des _besongnes de +nuit_ de la signora Sperancilla» dont s'habilloient les cardinaux à +Rome. _Id._, p. 58. + +[33] Le _chaperon_ étoit la marque de la petite bourgeoisie (V. notre +_Recueil de variétés historiques et littéraires_, etc., t. 1, p. 306). +Il fut aussi, jusqu'au temps de Louis XIV l'habillement des femmes +nobles pendant le deuil de leurs maris. Saint-Simon, dans une note du +_Journal de Dangeau_, décrit longuement celui que portoient les +princesses du sang. (Lémontey, _Essai sur la monarchie de Louis XIV, +etc., précédé de nouveaux mémoires de Dangeau_, Paris, 1810, in-8, p. +204.) + +[34] C'est Daubray qu'il faut lire. L'auteur des _caquets_ prête une +erreur à sa veuve, en lui faisant dire que son «mary deffunct» fut trois +fois prévôt. Claude Daubray, conseiller, notaire et secrétaire du roy, +fut élu échevin en 1574, sous la prévôté de Monsieur le président +Charron, puis prévôt de 1578 à 1580, époque où il eut pour successeur +Auguste de Thou. Voilà toute sa vie municipale. (V. Piganiol, +_Description de Paris_, t. VIII, p. 441.) + +[35] Les charbonniers, comme tous les autres petits métiers ou emplois +nommés après, ne formoient pas à Paris de communauté, «parcequ'il ne +peut pas y avoir de fabrique de charbon dans la ville.» Ceux qui le +portaient devoient avoir permission du roi, ou tout au moins des +magistrats. C'étoient «des espèces de charges, qui ne furent établies +que depuis le XVIIe siècle.» _Mélanges tirés d'une grande +bibliothèque_, Hh, p. 39.--V. aussi dans notre _Recueil de variétés +historiques et littéraires_, t. 1, la note de la page 204. + +[36] C'étoient de petits officiers de ville créés pour tasser et mesurer +le bois dans les membrures, en présence des jurés. Les hommes de peine +ou crocheteurs s'appeloient aussi _gagne-deniers_. _Le règlement général +pour la police de Paris, du 30 mars 1635_, fixa le tarif dont, sous +peine du fouet, ils ne devoient pas se départir pour leurs salaires. + +[37] Ces _râcleurs-jurés_ ne sont sans doute autre chose que les +_ramoneurs de cheminées_, qui en effet ne formoient pas non plus une +véritable corporation, et rentroient ainsi dans la catégorie des métiers +précédents. V. _Mél. d'une gr. biblioth._, id., p. 280. + +[38] Il doit être fait ici allusion aux fêtes encore récentes que la +Ville avoit données à Louis XIII quand il étoit venu, en 1620, allumer +lui-même sur la place de Grève le feu de la Saint-Jean. Entre autres +_superfluitez_ de ce bûcher annuel, il ne faut pas oublier les chats +qu'on y brûloit dans un sac ou dans un _muid_, singulier auto-da-fé dont +il est parlé dans le libelle infâme, _le Martyre de frère Jacques +Clément_, etc. Paris, 1589, p. 34, 35. Sauval, qui en fait mention dans +ses _Antiquités de Paris_, t. 3, p. 631, cite ce passage des registres +de la ville au XVIe siècle, tant de fois rappelé depuis: «Payé à +Lucas Pommereux, l'un des commissaires des quais de la ville, cent sols +parisis, pour avoir fourni durant trois années, finies à la Saint-Jean +1573, tous les chats qu'il falloit audit feu, comme de coutume, et même +pour avoir fourni il y a un an, où le roi y assista, un renard pour +donner plaisir à Sa Majesté, et pour avoir fourmi un grand sac de toile +où estoient lesdits chats.» Dans une lettre de l'abbé Lebeuf (_Journal +de Verdun_, août 1751), relative au feu de la Saint-Jean, se trouvent +d'autres détails sur cette bizarre coutume d'y brûler des chats, et il y +est fait ainsi allusion dans une pièce très rare, contemporaine des +_Caquets_: + + Un chat qui d'une course brève + Monta au feu Saint-Jean, en Grève; + Mais le feu, ne l'epargnant pas, + Le fit sauter du haut en bas. + + (_Le Miroir de contentement_, Paris, 1619, in-12, p. 4.) + +Je ne trouve la raison de cette cruauté contre les chats que dans la +croyance où l'on étoit qu'ils se rendoient tous à un sabbat général la +veille de la S.-Jean (Moncrif, _les chats_, 1re lettre). On les +brûloit, le lendemain, comme convaincus de sorcellerie. + +[39] En 1601, la ville avoit décidé de lever dix sols sur chaque muid de +vin afin de pourvoir à la réparation des fontaines. Le roi accapara +cette taxe, et, dans l'assemblée générale du 17 avril de cette même +année, il fit connoître aux échevins qu'il en destinoit les fonds à +l'achèvement du pont Neuf. (Félibien, _Hist. de Paris_, t. V, p. 483.) +Depuis, comme l'indique ce curieux passage des _Caquets_, cette taxe, +vivace comme tout bon impôt, avoit été maintenue. L'argent, d'abord +employé à l'achèvement du pont, avoit passé aux réparations des quais. + +[40] «Les autres pauvres de Paris qui sont valides et _assez sains_ pour +gaigner leur vie, et qui neantmoins, pour estre aucunement foibles, +paresseux et mauvais ouvriers, ne trouvent pas qui les veuille employer, +sont enroolez par les dicts commissaires des pauvres, leur dict bailly +ou greffier, et envoyez, receuz et employez aux fossez, fortifications, +remparts et œuvres publicques de la dicte ville, etc.» G. Montaigne, +_la Police des pauvres de Paris_, s. d., p. 13. + +[41] L'hôpital Saint-Germain, que nous ne trouvons nommé nulle part +ailleurs, devoit être _l'ancienne maladrerie de S.-Pierre_, qui fut +remplacée par l'hôpital de la Charité vers 1606. Le nom qui lui est +donné ici devoit lui venir de l'abbaye de Saint-Germain, sur le terrain +de laquelle cet hôpital avoit été bâti.--Dans le temps même ou l'auteur +des _Caquets_ faisoit ainsi regretter ce premier asile des pauvres, +Louis XIII songeoit à en établir un autre. Des lettres-patentes de +février 1622 statuoient sur la fondation d'un véritable dépôt de +mendicité. Le projet, malheureusement, n'eut pas de suite. Il en sera +reparlé plus loin. + +[42] Si cette recherche n'étoit pas encore ordonnée, au moins étoit-elle +déjà fort menaçante: + + Mais enfin crève l'apostume; + Si les pères mangent l'oyson, + Les enfans en rendent la plume. + + (_Satyres_ du Sr. Auvray, 1625, in-8º, p. 26.) + +On pouvoit s'autoriser, pour cette rigueur, de l'exemple de Henri IV, +qui avoit fait rendre gorge à ces exacteurs, et qui, de l'argent rendu, +avoit fondé un établissement utile: + + Les crimes seroient esblouys + Si l'hospital de Saint-Louys + N'en portoit à jamais les marques, + Qui fut basty des ducatons + Que le plus grand de nos monarques + Fit revomir à ces gloutons. + + (Id., _ibid._) + +Tallemant raconte à ce propos l'anecdote suivante dans son _historiette_ +de Henri IV: «Lorsqu'on fit une chambre de justice contre les +financiers: «Ah! disoit-il, ceux qu'on taxera ne m'aideront plus.» Edit. +in-12, t. 1 p. 87. + +[43] Ne réveillez pas le chat qui dort. + +[44] «Nicolas Chevalier, premier président à la Cour des aides, fils +d'Etienne Chevalier, conseiller, et de N. Barthemi, fut surintendant de +Navarre et de Béarn, et deux fois ambassadeur en Angleterre.» (Le P. +Lelong, _Bibliothèque franc._, t. 4, p. 168, _Liste des Portraits_.) On +a de lui deux portraits gravés par Michel Lasne: le premier, fait en +1621, quand le président avoit cinquante-huit ans, est in-4; le second, +fait l'année d'après, c'est-à-dire à l'époque dont il est parlé ici, est +in-8.--Avant que Luynes fût en faveur, ce président lui avoit rendu +service; mais il paroît que le parvenu eut courte mémoire. V. le +_Contadin provençal_, Recueil des pièces les plus curieuses qui ont été +faites pendant le règne du connétable, etc., p. 93. + +[45] C'étoit le prix qu'on payoit un repas chez la Boessellière, dont le +cabaret étoit le plus fameux de ce temps-là. «Etes-vous obligé de suivre +le cours, sortez-vous du Louvre à l'heure du disné, le premier cabaret +de France est celui de la Boessellière; mais, sur ma parole, ne vous +donnez pas la peine d'y transporter vostre humanité, quoyque vous soyez +le mieux avisé du monde, si vous ne sentez que vostre gousset soit prest +d'accoucher d'une pistole au moins, etc.» _Les Visions admirables du +Pèlerin de Parnasse_, etc., Paris, 1635, in-12, p. 208. + +[46] Les emprunts à gros intérêts étoient déjà depuis longtemps le fléau +des enfants prodigues: + + Mignons de bien dissipateurs + Emprunteront à millions, + Puis payeront leurs créditeurs + De respitz et de cessions. + + (_La grande et merveilleuse prognostication nouvelle..._ + 1583, in-12.) + + +[47] Les livrets satiriques du temps sont remplis de plaintes contre ces +usuriers, la plupart Italiens, qui ruinoient la jeunesse et étoient une +des causes qui empêchoient _Bon-Temps_ de revenir: + + Et quand verrez tous ces marchands + Ne vendre plus rien à usure, + Que Bon Temps viendra sur les rangs, + S'il n'a grant faute de monture, + + * * * * * + + Quand les Lombards ne seront plus + + + Chiches, avares, jaloux, couards, + Ne vous enquerrez du surplus: + Bon Temps viendra de toutes parts. + + (_Les moyens très utilles et necessaires... pour faire en + brief revenir Bon Temps_, 1615, in 12, p. 6-7.) + + +[48] Dans la pièce que je viens de citer se trouvent aussi des plaintes +contre le nombre des _bâtards_, qui augmentoit tous les jours: + + Ne que nous n'ayons plus en France + De Jaloux, Coquus et Batards, + Bon Temps sera hors de souffrance + Et deployra ses etendards. + + (_Ibid._, p. 16.) + + +[49] C'est-à-dire le couvent: entrer en religion étoit alors le terme +consacré. + +[50] Dépenser. + +[51] C'est de l'ordonnance de 1294 qu'il est question ici. On la trouve +en entier dans les notes de la Thaumassière sur les _Coutumes de +Beauvoisis_, 1690, in-fol., p. 372. Il y est dit: «Nul ne donra au grand +mangier que deux mets et un potage au lard, et au petit mangier un mets +et un entremets et un potage; et s'il est jeûne, il pourra donner deux +potages aux harencs et deux mets, ou trois mets et un potage, et ne +mettra en une écuelle qu'une manière de chair.» + +[52] Ce mot, qui s'employoit, alors non pas seulement pour l'office du +curé, mais pour tout bénéfice à charge d'âmes, est très curieux ici, +appliqué aux subventions que recevoient les chefs du parti huguenot. La +_cure_ des espions, qui vient après, ne cache pas moins de malice. + +[53] On appeloit ainsi l'enchère faite, sur une terre ou ferme adjugée +en justice, du tiers du prix au delà de celui de l'adjudication. Il y a +un règlement de 1682 sur les doublements et _tiercements_. + +[54] Pendant l'hiver de 1622, M. de Soubise s'étoit jeté dans le +Bas-Poitou et l'avoit occupé, ainsi que les îles de Rié, du Périer, de +Mons, etc. Il avoit pris Olonne, et il menaçoit Nantes, quand les +troupes royales, que commandoit La Rochefoucauld, franchissant de nuit +le bras de mer peu profond qui sépare l'île de Rié de la terre ferme, se +jetèrent sur lui à l'improviste et dispersèrent son armée presque sans +coup férir. Soubise, vaincu, s'enfuit en laissant à l'armée du roi son +armée et ses équipages (V. _Mémoires_ de Rohan, coll. Petitot, 2e +série, t. 18, p. 269, et _Mémoires_ de Richelieu, _ibid._, t. 22, p. +206-209). Cette défaite, dont le fils de l'entêtée calviniste mise ici +en scène fut une des victimes, se trouve amplement racontée dans un +livret, devenu rare, paru presque aussitôt après: «_Surprise du sieur de +Soubize dans les sables d'Aulonne, investi, tant par terre que par +mer... par M. le comte de La Rochefoucauld, marquis de La Valette et +baron de S.-Luc._» Paris, P. Ramier, 1622, in-8. + +[55] Sureau. + +[56] Le chevalier du guet, ainsi que toute la juridiction qui dépendoit +de lui, étoit du ressort et à la nomination du prévôt de Paris. V. +_Traité de la police_, t. 1, p. 236. + +[57] Les prévôts des maréchaux étoient des officiers royaux du corps de +la gendarmerie, établis pour la sûreté de la campagne contre les +vagabonds et les déserteurs. Ils avoient connoissance de tous les cas +royaux, appelés à cause d'eux prévôtaux: vagabondages, vols de grand +chemin, infraction de sauvegarde, incendie, fausse monnoie. Il y avoit +en France cent quatre-vingts siéges de prévôt des maréchaux. Celui qui +avoit dans son ressort Paris et toute l'Ile-de-France s'appeloit +simplement _Prévôt de l'Isle_. + +[58] V. la note précédente. + +[59] C'étoit un juge d'épée qui instruisoit les procès des gens de +guerre à l'armée. Celui du régiment des gardes s'appeloit le Prévôt des +bandes. + +[60] Cette _montre_ du mois de mai étoit la procession de toute la +basoche, y compris le sergent et ses huissiers, allant planter en grande +pompe le mai annuel dans la cour du palais. + +[61] Marigny, dans son poème du _Pain bénit_, parle de maître Vavasseur, +commissaire du quartier du Marais, qui étoit ainsi de connivence avec +les filles ses subordonnées. Marigny le désigne ainsi: + + Des lieux publics grand écumeur. + Adorateur de ces donzelles + Qui ne sont ni chastes ni belles, + Et qui, sans grace et sans attraits, + Vivent des pechés du Marais. + + + +[62] Le lieutenant criminel Tardieu, tout aussi bien que ces +commissaires, prenoit de toutes mains, même de celles des rôtisseurs. +«Le lieutenant, lisons-nous dans les _Historiettes_ de Tallemant, dit à +un rotisseur qui avoit un procès contre un autre rotisseur: «Apporte-moi +deux couples de poulets, cela rendra ton affaire bonne.» Ce fat +l'oublie. Il dit à l'autre la même chose. Ce dernier les lui envoie, et +un dindonneau. Le premier envoie ses poulets après coup; il perdit, et, +pour raison, le bon juge lui dit: «La cause de votre partie étoit +meilleure de la valeur d'un dindon.» (Tallemant, édit. in-12, t. 5, p. +53.)--Encore M. Tardieu ne s'en tenoit-il pas là. «Le lieutenant +criminel, dit encore Tallemant, logeoit de petites demoiselles auprès de +lui, afin d'y aller manger, et il leur faisoit ainsi payer sa +protection.» (_Ibid._) + +[63] Fameux trésorier de l'épargne, dont la fortune fit scandale à cette +époque. Tallemant, qui étoit allié de sa famille, lui a consacré une +_historiette_, ainsi qu'à Montauron, qui continua et même augmenta +l'opulence de cette maison de parvenus. (V. édit. in-12, t. 8, p. 116, +etc.) Dans la _Chasse aux larrons_ de J. Bourgoing (in-4, p. 39, 90), on +les maltraite fort. «Les Puget, y est-il dit, qui se sont vantés d'avoir +mangé en leur temps plus d'un million six cents mille livres, avoir +entretenu toutes les plus belles garces de Paris, jouy des plus relevées +de France, joué ez plus dissoluz brelans, académies, tripots, bauffré +les plus friands morceaux, etc.» Puget fut souvent inquiété, même avant +la grande recherche qu'on fit des gens de finance sous Louis XIII. L'un +des commissaires qui instruisoient son procès lui fit cette question: +«Je vous prie de m'enseigner comment je pourrois, avec deux ou trois +mille écus, en acquérir en peu de temps cinq à six cents mille»; +paroles, dit un auteur, qui le rendirent muet. Il devint pâle, défait, +et possédé des froides appréhensions de la mort, qui le talonnoient +comme s'il eût été condamné.» (_Le tresor des tresors de France volé à +la couronne_, par J. de Beaufort, Parisien, Paris, 1615, in-8º, p. 31.) + +[64] Montescot avoit joui d'un grand crédit et mené grand train sous +Henri IV. Au commencement du règne suivant, il eut à subir, entre autres +malheurs, les conséquences d'un duel après lequel son fils Baronville, +ayant tué Dasquy, gentilhomme du duc d'Aiguillon, dut s'enfuir au plus +vite, et fut pendu en effigie au bout du Pont-Neuf, en août 1611. +(_Lettres de Malherbe à Peiresc_, p. 211, 219.) + +[65] Est-ce le célèbre homme d'état qui eut Sully pour successeur dans +la surintendance des finances, ou faut-il plutôt retrouver ici Lancy, +fameux traitant de cette époque, dont parle _la Chasse aux Larrons_, p. +45, 91? + +[66] Nous ne connaissons de ce nom alors qu'un conseiller au Grand +Conseil. (V. Tallemant, édit. in-12, III, p. 190.) + +[67] Il est parlé de ce grand fermier dans une petite pièce fort +curieuse: _La rencontre merveilleuse de Piedaigrette avec maistre +Guillaume, revenant des Champs-Elysées_, pet. in-12, 1606. On y voit +qu'il florissoit au temps de la faveur des financiers italiens en +France, Ruccellaï, Sardini, Cenami, et quelques autres nommés ici. C'est +lui, à ce que nous apprend la même pièce, qui organisa toute une armée +de _mouches_ (_sic_) pour surprendre les _coquilberts_, sorte de +contrebandiers de ce temps-là. Mais les mouches s'entendirent avec les +coquilberts, «tellement que, par le moyen de cette alliance, le pauvre +père Louvet fut métamorphosé comme Actéon, qui fut mangé de ses chiens +propres: car toute son armée de mouches, tant capitaines que soldats, +devinrent coquilberts, et il fut traité à la turque.» La fuite de Louvet +à Maubuisson est ensuite racontée, etc., etc. (V. p. 19, 26.) + +[68] Peut-être cet entrepreneur, dont nous avons inutilement cherché le +nom, est-il le même que «le nommé Bizet» dont parle Malherbe dans sa +lettre à Peiresc du 12 janvier 1613, et qui proposoit de bâtir un pont +neuf devant aboutir «vers la place Maubert», c'est-à-dire à peu près à +la hauteur où fut en effet placé le Pont-au-Double. Cette construction +n'entroit que comme détail dans l'ensemble d'un vaste plan +d'embellissement que ce M. Bizet montra à Malherbe, et qui, «proposé, +reçu par le conseil», auroit eu, entre autres avantages, celui +«d'acquitter cinq millions de livres de rente que fait le roi, dit +encore Malherbe, sans aucune surcharge ni exaction nouvelle.» + +[69] Le _Pont-au-Double_, qui dut son nom à la petite monnoie, +équivalente à deux deniers, qu'on payoit pour y passer, ne tarda +pourtant pas trop à s'achever. Les travaux y allèrent même plus vite +qu'au Pont-au-Change, qu'on rebâtissoit vers le même temps (V. plus +loin). Il étoit terminé en 1634, avec la salle de l'Hôtel-Dieu qui +occupoit l'un de ses côtés, et qui lui avoit fait donner son nom +officiel de pont de l'Hôtel-Dieu. «L'an 1634, lisons-nous dans le +_Supplément des Antiquités de Paris_, de Dubreuil, p. 14, fut fait le +pont de pierre de l'Hostel-Dieu, qui prend depuis le coing de la +première porte de l'Archevesché et respond en la rue de la Bucherie, et +sert audit Hostel-Dieu d'un bel ornement et logement pour heberger les +malades, avec une gallerie faite à costé pour servir au public.» Quand +le double tournois eut cessé d'avoir cours, on paya un liard pour y +passer; ce péage exista jusqu'en 1789. On le débarrassa en 1816 des +maisons qui l'obstruoient du côté de la rue de la Bucherie, et de nos +jours on l'a complétement rebâti, d'une seule arche. + +[70] Dans le _Recueil général_, cette seconde partie a pour titre: _La +seconde journée et visitation de l'accouchée_. + +[71] V. plus loin une note sur l'usage des masques, p. 105, et la +_Promenade du Cours_, Paris, 1630, in-12, p. 12; Lémontey, _Suppl._ à +Dangeau, p. 140-141. + +[72] Il s'agit de la canonisation de sainte Thérèse, que Grégoire XV, +par bulle de l'année 1621, avoit mise au nombre des saintes. C'est comme +fondatrice des carmélites que sainte Thérèse étoit fêtée par les Carmes +avec une pompe si bruyante: «Par toutes les eglises des Carmes et +Carmélines deschaussez de France, on fit... huit jours de fêtes +solennelles en l'honneur de sainte Thérèse: toutes lesquelles eglises +estoient richement ornées de tapis exquis, de tableaux, de lampes et de +cierges, pour exciter le peuple à la dévotion, Sa Sainteté ayant octroyé +pleinière indulgence. Et s'y voyoit un grand nombre de personnes de +toutes qualités communier et recevoir le S.-Sacrement.»--_Le Mercure +françois_, t. 7, p. 409 (juil. 1622). + +[73] Ce lazzi se retrouve dans une autre pièce de l'époque, inspiré par +un fait tout différent. «Une autre vieille, dit l'_Hermite Valérien_, +racontoit au curé qu'elle avoit ouy dire au marché que M. le connestable +alloit canoniser la Rochelle avec cent canons. La simplicité de cette +femme me fit rire, voyant qu'au lieu de _canonner_, elle disoit +_canoniser_.--_Recueil des pièces les plus curieuses faictes pendant le +règne du connestable M. de Luynes_, Paris, 1632, in-8, p. 310. + +[74] «La reyne fit la despense des artifices qui jouèrent sur le haut de +l'église des Carmes deschaussez de Paris.» _Le Mercure françois_, t. 7, +p. 409. + +[75] L'un des ajustements à la mode que les bourgeoises ne devoient pas +se permettre: «le col garny d'affiquets, de _colet à quatre ou cinq +estages_ d'un pied et demy, pour monter au donjon de folie, etc.» _La +Mode qui court à présent_, etc., Paris, s. d., in-12, p. 8. + +[76] V. plus loin, p. 114. + +[77] Les plaintes étoient fréquentes alors contre la façon incorrecte +dont les livres étoient imprimés; on peut lire notamment à ce sujet un +passage du _Perroniana_, 3e édit. in-12, p. 168. + +[78] Si le cardinal de Guise, archevêque de Reims, n'étoit mort à +Saintes le 21 juin 1621, c'est-à-dire un an avant que ceci dût être +écrit, je croirois volontiers que l'auteur des _Caquets_ a voulu ici +parler de lui. C'étoit en effet le prélat le plus coquet et le mieux +frisé du royaume. Tallemant le prouve par cette anecdote: «Un jour que +le dernier cardinal de Guise, qui étoit archevêque de Reims, vint fort +frisé dîner chez M. de Bellegarde..., Yvrande alla dire tout bas ces +quatre vers à M. le Grand (on appeloit ainsi M. de Bellegarde): + + Les prélats des siècles passés + Etoient un peu plus en servage; + Ils n'étoient bouclés ni frisés, etc. + + (_Histor._, édit. in-12, t. 1, p. 110.) + + + +[79] Cette place ne se rendit toutefois définitivement qu'en 1629. + +[80] Il est question d'un premier blocus qui précéda le siége fait par +Richelieu, et qui fut levé en cette même année 1622. + +[81] Le même reproche se trouve formulé contre Luynes et ses frères, +dans _la Chronique des favoris_. On le fait ainsi parler: «Nous avons +encore preveu de faire un grand nombre de régiments invisibles, mes +frères et moi, desquels on faisoit courre le bruict que nous les +mettions en nostre bourse, au lieu que nostre dessein estoit de nous en +servir pour les jetter invisiblement dans la place, pour la surprendre +plus facilement.» _Recueil des pièces les plus curieuses, etc._, p. 481. + +[82] Il falloit alors, quand on faisoit des transports d'argent, un +énorme attirail d'hommes et de chariots, n'eût-on à voiturer qu'un +million ou douze cent mille livres. Malherbe écrit à Peiresc le 17 +juillet 1615: «On dit mercredi sur les cinq heures du soir à la +Bastille, prendre douze cent mille livres pour le voyage...; l'argent +fut tiré dans quarante charrettes, qui portoient chacune trente mille +livres en quarts d'écus.» + +[83] Il est sans doute ici question du livre qui a pour titre: _Histoire +des martyrs persecutez et mis à mort pour la verité de l'Evangile..._ +(1610), trad. du latin (par J. Crispin et continué par S. Goulard), +Genève, 1619, 2 vol. in-fol. + +[84] M. de Rohan en effet ne s'étoit pas conduit très bravement à +S.-Jean-d'Angely. Bien que cette ville lui appartînt, sitôt qu'il sut +l'approche des troupes du roi, il se retira, laissant la défense de la +place à son frère Soubise. S.-Jean, quoiqu'en bon état, ne tint pas +long-temps. Le 25 juin 1621 Soubise y capitula. + +[85] M. de la Force en effet vendit cher sa soumission; quand les +mauvaises affaires des Huguenots dans la basse Guienne, la perte de +Tonneins, que son gouverneur rendit, et la prise de Clerac par les +troupes du roi, lui eurent fait désespérer de sa cause, il songea à +entrer en arrangements, mais il ne conclut qu'avec de beaux avantages. +«Le roi, continuant son chemin par la Guienne, lit-on dans les +_Mémoires_ de Rohan, acheva son traité avec La Force, qui, moyennant une +charge de maréchal de France et 200,000 écus, lui rendit Sainte-Foy, +dont il s'étoit rendu maître au préjudice de Terbon, gendre de +Pardaillan, et se démit lui et ses enfants des charges et gouvernements +qu'ils avoient possédés, sans en donner jamais connoissance ni à +l'assemblée générale ni au duc de Rohan.» (Coll. Petitot, t. 18, p. +214.) + +[86] Il étoit _superintendant_ des finances, comme dit Malherbe +(_Lettres à Pereisc_, p. 481), depuis la fin d'août 1621. La Vieuville +lui succéda (_Mém._ de Bassompierre, Coll. Petitot, 2e série, t. 16, +p. 2-3). + +[87] Les plaintes sur le tort que l'absence du roi et de la Cour faisoit +aux marchands de Paris étoient générales. On lit, par exemple, dans une +pièce du temps, _Lettre de la ville de Tours à celle de Paris_, 1620 +(Recueil A-Z, E, p. 139): «Le vray sujet de vostre murmure, c'est de +vous sentir affamé de la manne ordinaire de la cour... Il vous fasche +voir un si grand dechet de prix en vos merceries, et tant de chambres +garnies à louer. A la verité je vous avoue que l'absence du roy vous +fait dommage, pour faire du bien à d'autres, et s'il continue à +s'eloigner de vous, vous deviendrez à moitié deserte.» Plusieurs pièces +coururent qui reproduisoient ces plaintes et qui prouvoient qu'elles +étoient l'expression de toutes les pensées à Paris; voici le titre de +quelques unes: _Les avis de M. le chancelier et de MM. du Parlement, +donnés au roy sur la résolution de son voyage_, Paris, 1622, +in-8.--_Harangue et protestation faite au roi, au nom des trois ordres +de France et de MM. les Parisiens, sur son prochain départ_, Paris, +1622, in-8.--_Requête générale des habitants de Paris, présentée au roi, +sur le voyage de Sa Majesté_, par le sieur de Boiscourtier, Paris, 1622, +in-8.--_Francophilie présentée au roi sur la résolution de son voyage_, +par le sieur Mangeart, s. l. 1622, in-8. + +[88] L'incendie du _Pont-au-Change_ eut lieu, en effet, dans la nuit du +24 oct. 1621 (_Mercure françois_, VII, 857). On en accusa l'imprudence +d'un certain de Meuves, que Richelieu fit juger par une assemblée de +conseillers du Châtelet, dont M. de Cordes étoit président. Il fut pendu +(Tallemant, édit. in-12, t. 2, p. 188). On songea aussitôt à rétablir le +pont, et, afin de le garantir des accidents auxquels sa première +construction en bois l'avoit exposé, on voulut le bâtir en pierre. Les +orfèvres qui y avoient leurs _forges_ (boutiques) offrirent d'en faire +les frais: «Les orfèvres de Paris, dit _la voix publique au roy_, +poursuivent de faire bâtir le Pont-au-Change de pierres de taille à +leurs despens. Le marquis (La Vieuville) ne le trouve pas bon.» (Recueil +E, p. 210.) Le projet traîna en longueur, si bien que la reconstruction +ne fut commencée qu'en septembre 1639, et achevée qu'en octobre 1647. + +[89] C'étaient des gants d'une mode en effet nouvelle, car nous ne les +trouvons pas nommés dans une petite pièce en vers qui fait la +description la plus complète de toutes les espèces de gants à la fin du +XVIe siècle: _Le Gan de Jean Godard, parisien, etc._, Paris, 1588, +in-8, p. 9-11. + +[90] _La Guimbarde_ étoit une danse dont la vogue avoit commencé vers +1606. Nous la trouvons indiquée sous cette date dans le premier volume +de la Collection des ballets de Philidor, ms. de la bibliothèque du +Conservatoire. L'air sur lequel on la dansoit est encore populaire: +c'est celui de _Dupont mon ami_. Alors tout était _à la Guimbarde_, +comme de nos jours tout a été à la Polka. + +[91] Peut-être cette encre nouvelle est-elle celle de _la Petite vertu_. +La maison Guyot, qui en fait le commerce, date en effet, à en croire son +enseigne, de l'année 1609, époque assez rapprochée de celle-ci. + +[92] Il est parlé de tous ces voleurs, notamment des Grisons, dans le +roman de _Francion_, liv. 2, histoire de Marsault, Paris, 1663, in-8, p. +74. + +[93] On les appeloit aussi _Manteaux-Rouges_, peut-être parcequ'étant +des échappés des galères, ils avoient gardé l'habit rouge, qui étoit +déjà au 17e siècle l'uniforme du bagne (_Hydrographie_ du P. +Fournier, 1667, liv. 3, ch. 45). Il paroît que des plaintes pareilles à +celles qui se trouvent ici finirent par réveiller la police, et par la +lancer une bonne fois sur ces bandes nocturnes. Voici en effet ce que +nous lisons dans une pièce du temps: «A force de crier après le prévôt +des maréchaux de Paris, ils ont fait une capture, depuis peu, de deux +cent seize voleurs, au nombre desquels il y avoit vingt-deux +Manteaux-Rouges, qui estoient à gage, et qui jetoient par le soupirail +des caves ce qu'ils avoient butiné par la ville.» (_Les grands jours +tenus à Paris, par M. Muet, lieutenant du petit criminel_, 1622 +[_Variétés histor. et littér._, avec des notes de M. Ed. Fournier, +Paris, Jannet, 1855, in-16, t. 1, p. 198].) Dans la même pièce, p. 202, +il est encore parlé des Manteaux-Rouges, allant faire affront à un clerc +de taverne du _Pied-de-biche_, près la porte du Temple, et lui volant +son manteau. + +[94] C'est-à-dire: lui a donné des cornes comme celles de Moïse. C'étoit +une expression consacrée. Passerat la paraphrase ainsi: + + Ce nom de cocu vous honore, + Ce nom de cocu vous décore, + Et par ce nom l'on est contraint + De vous adorer comme saint. + Mais advisez si Dieu vous prise + Qui vous fait _semblable à Moyse_: + Car, quand les tables il reçut, + Soudainement il s'apparut, + Estant descendu de la nuë, + Qu'il avoit la tête cornuë, + Qui me fait croire, en vérité. + Qu'encores a divinité. + + (_Recueil des œuvres poétiques de Jan Passerat_, etc., + Paris, 1606, in-8º. _Consolation aux cocus_.) + + + +[95] C'est l'évêché de Paris, alors vacant, et dont on disposa à cette +époque, ainsi qu'il sera dit plus loin. + +[96] «Il faisoit partir de Paris force convois d'argent, sous prétexte +de payer l'armée, mais la plupart demeuroient dans Bloys.» _L'ombre de +Monseigneur le duc de Mayenne, etc. Recueil des plus curieuses pièces, +etc._, p. 379. + +[97] Monheur est un château près de Toulouse, qui, après la mort de +Boesse, s'étoit ouvertement révolté contre le roi. Il résista plus +long-temps qu'on ne l'avoit pensé, et, pour comble de disgrâce, les gens +de Sainte-Foy massacrèrent à Gontault bon nombre des gendarmes de +Luynes. Le connétable s'en affecta jusqu'à tomber malade. Il venoit de +s'aliter, quand la place se rendit enfin, le 12 décembre. Il étoit trop +tard. «Ce succès si désiré, dit Richelieu, fut à peine ressenti du +connétable, que la maladie avoit déjà réduit jusques à l'extrémité, et +l'emporta deux jours après, qui fut le quatorzième jour de décembre.» +_Mémoires_ (collect. Petitot, 2e série, t. 22, p. 162). + +[98] Jean Belot, curé de Mil-monts, étoit alors, comme Morgard ou +Mauregard, l'un des plus grands faiseurs d'almanachs. Voici le titre +bizarre de celui qu'il avoit publié au commencement de 1621, et qui +prédisoit, à en croire nos caqueteuses, la mort du connétable, survenue +le 15 décembre de la même année: «_Centuries prophetiques revelées par +sacrée théurgie et secrete astrologie à M. Jean Belot, curé de +Mil-monts, professeur ès mathématiques divines et celestes, auxquelles +centuries est predit les evenements, affaires et accidens plus signalés +qui adviendront en l'Europe, aux années suivantes jusques en l'an +1626_... Paris, A. Champenois, 1621, in-8 pièce.--On se préoccupoit +beaucoup, à Paris et dans la province, de ces prophéties d'almanach. +Malherbe se croit obligé, par exemple, de rassurer l'un de ses cousins +de Normandie sur les inquiétudes que ces prédictions lui donnoient au +sujet du voyage du roi, qui venoit de partir pour la Guienne. +«Mauregard, lui dit-il, le curé de Mil-monts, et tous les autres +faiseurs de prophéties, mentent. Vos astrologues ne sont pas plus +clairvoyants qu'eux. Il ne faut pas avoir peur de leurs almanachs plus +que des autres.» + +[99] Ces almanachs étoient partout, je le répète, la grande affaire des +caqueteuses. Celles qui sont mises en scène dans une autre pièce parue +vers le même temps, _Le grand procez et la querelle des femmes du +faubourg S.-Germain avec les filles du faubourg Montmartre sur l'arrivée +du Régiment des Gardes, etc._ Paris, 1623, in-12, p. 1, parlent aussi du +curé de Mille-monts (_sic_), de son almanach, et du diable d'argent «à +qui chacun tire la queue», qu'il y a fait peindre. + +[100] Richelieu semble croire lui-même à la vérité des prophéties faites +au sujet de la mort de Luynes, et va jusqu'à invoquer, comme article de +foi, l'almanach du curé devin. «L'almanach du curé de Millemont, dit-il, +citant un autre passage que celui auquel il est fait ici allusion, +portoit en termes exprès que, depuis le mois d'août jusques à la fin de +l'année, un grand _Philocomée_ auroit bien mal à la tête, et seroit +contraint de se ranger au lit, avec danger de sa personne; que ce ne +seroit pas du tout sa maladie qui lui causeroit ceste fascherie, mais +des nouvelles qui lui viendroient de la perte de quelques siennes +troupes, qui auroient été mises en fuite; et le même almanach, en la +fin, où il mettoit les jours heureux de l'année, remarque +particulièrement celui de sa mort, jour heureux pour le roi et son +état.» _Mémoires de Richelieu_, Coll. Petitot, 2e série, t. 22, p. +165. + +[101] On ne s'en tint pas aux prédictions faites avant, il y eut des +horoscopes faits après, et d'autant plus certains; celui-ci, par +exemple, paru dans l'année qui suivit la mort de Luynes: _L'horoscope du +connétable et le passe-partout des favoris_, 1622, in-8 pièce. + +[102] L'un étoit Honoré d'Albert, qu'on appela d'abord M. de Cadenet, à +cause du château patrimonial, puis M. de Chaulne, quand il eut épousé +Charlotte d'Ailly, dame de Pocquigny et de Chaulne, l'unique héritière +de cette illustre maison. Fait maréchal à l'occasion de ce mariage, il +fut plus tard créé duc. Le second frère du connétable, Léon d'Albert, +qu'on nommoit M. de Brantes, épousa une fille de la maison de +Luxembourg. Il en prit le nom et les armes pleines, et s'intitula duc de +Luxembourg et de Piney. + +[103] Le prince de Condé, catholique assez indifférent jusque alors, et +guerrier très calme, s'étoit pris tout à coup d'une grande haine contre +les huguenots et d'une belle ardeur belliqueuse. Bien qu'on n'en comprît +pas la raison, qui n'étoit autre, à ce qu'il paroît, que certain espoir +fondé sur une prédiction qui lui promettoit la couronne à l'âge qu'il +avoit alors, et qui le portoit à se faire chef d'armée d'abord, pour +mériter mieux d'être chef d'état ensuite. Bien qu'on eût cette soudaine +résolution en défiance, comme on y trouvoit une nouvelle force contre +les rebelles, on n'étoit pas sans y applaudir. C'est ce qui justifie ce +passage des _Caquets_ sur l'influence de Condé dans le conseil. V., sur +toute sa conduite alors, et sur ce qu'on en pensoit, Vittorio Siri, +_Memorie recondite_, t. 5, p. 404, et _Mém._ de Richelieu, Coll. +Petitot, 2e série, t. 21, p. 326. + +[104] Le prince de Joinville, fils du _Balafré_ et frère du duc de +Guise, ainsi que de Louis de Lorraine, cardinal de Guise, devoit à sa +fidélité pour le parti de la cour le rétablissement de ses affaires. V. +sur lui les _Lettres de Richelieu_, publiées, par M. Avenel, dans la +_Collection de documents inédits_, t. 1, p. 462, 475. + +[105] C'est justement le projet qu'on eut alors, et qui, après avoir été +formulé longuement par lettres patentes de février 1622, ne reçut pas +d'exécution. Il s'agissoit d'établir au Cours, la Reine une maison +royale qui devoit s'appeler d'abord _Maison des œuvres de +miséricorde_, puis _Maison royale de Monheurt_, en souvenir de la prise +récente de cette petite ville (V. plus haut). Cette sorte d'hospice eût +été instituée, d'après les termes mêmes de l'ordonnance, «pour le +soulagement des pauvres valides..., le moyen de leur apprendre à +travailler en tous arts, etc.» V. sur tout ce projet et son plan +développé l'article de la Revue rétrospective: _Un dépôt de mendicité +sous Louis XIII_, 2e série, t. 3, p. 207 et suiv. + +[106] Il est aussi parlé de la «bande des assassins du faubourg +S.-Germain» dans _Les effroyables pactions faictes entre le Diable et +les prétendus Invisibles_, Paris, 1623, in-8, p. 20. Ces attaques +continuelles rendoient les Parisiens très peureux, et surtout très +casaniers, quand venoit le soir. «Ils ont cette particularité, écrit +Davity, qu'ils ne bougent point de leur logis la nuict, quelque bruit +qu'ils oyent parmi la rue et quoique quelqu'un crie qu'on le vole ou +qu'on l'assassine. De sorte qu'une personne qui se trouve parmy des +tireurs de manteaux ne doit espérer, après Dieu, qu'en ses mains ou bien +en ses pieds. Et ce qui les retient au logis en cette sorte, c'est +qu'ils ont souvent de fausses alarmes, que quelques yvrongnes leur +donnent, ou bien des cris de quelques vagabonds qui se plaisent à mettre +le monde en action, afin de s'en rire après, ou de quelques méchants qui +font ce bruit à dessein, afin d'essayer de faire sortir et d'assassiner +ceux qu'ils hayssent.» Davity, _Les Estats_, _Empires_, etc., in-fol. +1625, p. 75. + +[107] On en avoit beaucoup parlé peu de mois auparavant. La réforme +qu'on vouloit introduire dans leur grand couvent de Paris les avoit mis +en émoi. Ils refusoient surtout d'aller pieds nus. Leur rebellion avoit +pris les proportions d'une émeute le 26 février 1621; on avoit été +obligé de se saisir du père gardien et de renfermer à l'Ave-Maria, et +cette rigueur avoit motivé de nouveaux murmures. V. _Mercure françois_, +t. 8, p. 504. + +[108] Le titre du petit livret rare cité dans la note précédente est à +lui seul une preuve qu'alors on se préoccupoit beaucoup des _Esprits_ et +des _Invisibles_. L'arrivée à Paris des frères de la Rozée-Croix +(_sic_), qui venoient y faire séjour, _visibles et invisibles_, en cette +même année 1623, contribua singulièrement à entretenir ces chimères, et +à inspirer des écrits pour ou contre, dans le genre de celui de tout à +l'heure. Nous en connaissons un autre, fait en haine des nouveaux venus, +et dont voici le titre: _L'Examen sur l'Inconnue et nouvelle caballe des +frères de la Rosée Croix, habituez depuis peu de temps en la ville de +Paris, ensemble l'histoire des mœurs, coustumes, prodiges et +particularités d'iceulx_, MDCXXIIII. + +[109] Anne d'Autriche aimoit en effet à s'enquérir de ces choses +surnaturelles, de ces histoires d'Esprits qui couraient alors le monde, +Paris comme la province. Il y en avoit un à La Flèche qui faisoit +beaucoup de bruit. Malherbe en reçut des nouvelles par Racan; et comme +il y avoit là «de quoy entretenir la reine», il se hâta de remercier son +ami, et de lui demander de nouveaux détails, par une lettre du 4 +novembre 1623. D'après les questions qu'il lui mit touchant cet esprit, +dont il paroît que les Jésuites s'occupoient fort, on voit qu'il étoit +d'une assez amoureuse nature. «Informez-vous, dit-il, quand commença la +recherche de cet inconnu, et combien de temps après le mariage; s'il +couche avec elle, et ce que le mary fait ce pendant; ce qu'en dit la +demoiselle; et si, quand ils sont ensemble dans le lict, il ne parle +point à elle, et ce qu'il luy dit; si elle est melancolique, et si elle +tesmoigne n'y prendre point de plaisir.» + +[110] On pense que le couvent des Carmélites de la rue Saint-Jacques, +qui avoit pris la place du prieuré de Notre-Dame-des-Champs, occupoit un +terrain consacré autrefois à _Cérès_. L'église auroit ainsi remplacé le +temple. On fondoit cette opinion sur l'apparence singulière de la statue +mise tout au haut du pignon, et qu'on croyoit être celle de la déesse. +Charles Patin et Moreau de Mautour étoient de cet avis. Ils prétendoient +qu'il falloit voir dans l'espèce de faisceau qui surmontoit la statue la +gerbe d'épis, attribut de Cérès. Piganiol combat cette opinion, et +Saint-Foix la soutient. Mais il paroît prouvé aujourd'hui que cette +statue étoit tout simplement celle de saint Michel, qu'on avoit coiffée +de pointes de fer, afin d'empêcher les oiseaux de s'y percher. Ce +passage des Caquets est curieux en ce qu'il prouve la perpétuité des +souvenirs du paganisme chez le peuple de Paris, et l'espèce d'action que +ces souvenirs pouvoient avoir sur l'opinion des savants, sans que +ceux-ci daignassent l'avouer. + +[111] _Var._ Le _Recueil général_ ajoute: Jusques aux os. + +[112] _Var. Rec. gén._: Saint-Honoré. + +[113] _Var._ Dans le _Recueil général_, les mots _partisan_--_dame +d'honneur_, sont remplacés par: «Vendant vin, de peu d'effet, qui est +venu tout en une nuict, comme les potirons. Il a pourtant des commoditez +de son deffunt oncle. Il peut, en bref, vous faire grand dame.» + +[114] _Var._ Le _Recueil général_ ajoute: Car j'aimais un de notre +vacation. + +[115] _Var. Rec. gén._: Mon père et ma mère. + +[116] _Var._ Le _Rec. gén._ ajoute: Ny n'en auray jamais. + +[117] _Var._ Le _Rec. gén._ ajoute ici: Des héritiers. + +[118] _Var._ Dans le _Rec. gén._, _de nos voisines_ est remplacé par +_joualière_. + +[119] _Var._ Le _Rec. gén._, au lieu de: _au gasteau_, porte: sinon que +quatre mille francs de don, à quoi elle se doit contenter. + +[120] _Var._ Le _Rec. gén._ ajoute: luy-mesme. + +[121] L'ambition de la nouvelle congrégation de l'Oratoire et ses +tentatives entreprenantes, tant en France qu'à Rome, où M. de Bérulle, +leur fondateur, pouvoit beaucoup, étoient des faits acquis et qui +causoient du murmure. Nous lisons dans une petite pièce singulière et +très rare adressée à l'un de leurs adhérents: + + Vostre style n'est pas esgal; + On tient que ceux de l'Oratoire + Vous ont fourny quelque memoire: + Vous n'estes au rapport legal. + + Ils ont avec vous entrepris + De faire la guerre aux chapitres, + De s'attacher partout aux mitres, + Et de prendre ce qui n'est pris. + + (_Le Piquet de trique-mouche envoyé pour estrennes par Gueridon à + l'autheur de la Plainte apologetique pour faire le voyage de + Saint-Jacques._ In-12, 1626, p. 99-100.) + + +[122] Il y avoit trois ans déjà, car la première démarche datoit de +1619, que les oratoriens tendoient, avec l'agrément de Louis XIII, il +est vrai, à s'établir comme administrateurs spirituels et laïcs de +l'hospice et de l'église de Saint-Louis-des-François, à Rome. Le pape +donna son consentement, et M. de Bérulle profita, pour hâter l'affaire, +de la mission qui lui fut donnée en vue du mariage de madame Henriette +de France avec le prince de Galles, qu'on vouloit faire agréer du +Saint-Père. (_Mém. de Richelieu_, Coll. Petitot, 2e série, t. 18, p. +312, 469.) C'est donc avec une intention malicieuse qu'il est parlé ici +de «mille tours et ambassades». + +[123] Ces pauvres prêtres firent si bien, avec l'aide des +administrateurs laïcs et spirituels qu'on menaçoit de déposséder; avec +le secours du commandeur de Sillery, puis de M. de Béthune, tour à tour +ambassadeurs de France à Rome, et tous deux opposés aux prétentions de +M. de Bérulle, qu'on leur donnoit malgré eux pour collègue; avec l'aveu +secret de Richelieu, qui combattoit partout le fondateur de l'Oratoire, +que les choses traînèrent en longueur pendant plus de dix ans, en dépit +du pape et du roi, et que la solution définitive n'arriva qu'après la +mort de M. de Berulle, en 1629. + +[124] Ils n'y réussirent point; mais ils firent tant qu'ils +supplantèrent les chanoines dans la faveur du roi. En 1637, Louis XIII +ordonna, par lettres patentes, que les Pères de l'Oratoire fussent +_tenus ses chapelains_. + +[125] Le P. de Bérulle avoit d'abord voulu établir ses Oratoriens à +l'hôtel de Luxembourg (_Perroniana_, 3e édit., p. 214). La reine +l'ayant acheté, il se rejeta sur le vieil hôtel du Bouchage, que le +séjour de Gabrielle avoit récemment fait appeler hôtel d'Estrées. Il +l'acquit en 1616, moyennant quatre-vingt-dix mille livres. (Piganiol, t. +2, p. 282.) + +[126] C'est, en effet, la vue et l'espace qui manquoient surtout à la +maison de l'Oratoire, encaissée comme elle l'étoit entre le Louvre et la +rue sombre de Saint-Honoré. Afin même de donner à la façade de l'église +la perspective qui lui faisoit défaut à cause de cette situation, +l'architecte Jacques Le Mercier la mit de biais, comme on la voit +encore, et, dit Piganiol (_ibid._), «lui donna ainsi l'avantage d'être +vue de beaucoup plus loin, arrivant par la rue de la Ferronnerie.» + +[127] Les Oratoriens de France, pour imiter encore en cela ceux de Rome, +à qui l'art musical doit, comme on sait, les premiers _Oratorio_, +voulurent donner un attrait de nouveauté à la partie lyrique de leurs +offices. Ils firent si bien qu'on ne les appela plus que les _Pères au +beau chant_. «Dès que cette église fut bâtie, dit Piganiol, la plupart +des gens de la cour n'en fréquentoient point d'autre que celle-ci; et +afin de les rendre plus attentifs aux offices divins et plus dévots, le +P. Bourgoing, qui étoit habile musicien, s'avisa de mettre les pseaumes +et quelques cantiques sur des airs qu'on chantoit pour lors. Et voilà +l'origine du chant particulier que les prêtres de l'Oratoire de la +congrégation de France ont substitué dans leur église au chant +grégorien.» + +[128] Ces plaintes éloquentes se retrouvent dans plusieurs écrits du +temps, mais nulle part avec plus de vigueur et de virulence que dans +_les Satyres du sieur Auvray_. Ainsi, dans sa _Complainte de la France +en l'an mil six cent quinze_ (p. 202), il dit, apostrophant les +Huguenots: + + Jusqu'à quand, esprits factieux, + Ressemblerez-vous la vipère + En deschirant, seditieux, + Les flancs de vostre propre mère? + + Rebelles, que vous ai-je fait? + Suis-je une marastre cruelle? + Après n'avoir succé le laict, + Faut-il m'arracher la mamelle? + + + +[129] Le poète Auvray s'en prend encore, avec sa vigueur haineuse, à +l'ardeur vivace et éternelle du parti huguenot. Il va jusqu'à exalter +l'utilité de la Saint-Barthelemy: + + ........... Et puis ces Lestrigons + Se disent reformez! O tigres, ô dragons! + Helas! combien de fois vos sanglantes furies + De nos temples sacrez ont fait des boucheries! + Le sang y fume encor, et, sans verser des pleurs, + Je n'en peux dans mes vers exprimer les malheurs. + + * * * * * + + Quoy! secouer le joug des monarques puissants, + Mesurer vostre foy à l'aune de vos sens, + Vous donner tout en proye aux charnelles délices, + Violer nos tombeaux, dérober nos calices, + Fouler l'hostie aux pieds, enfoncer, inhumains, + Au sang des innocents vos homicides mains, + Et mesdire des roys d'une rage animée: + Appelez-vous cela l'Eglise reformée? + + Vous nous reprocherez la Saint-Barthelemy; + Mais ce brasier ne fut allumé qu'à demy: + C'estoit lors que devoit et que pouvoit la France + Exterminer ce monstre au point de sa naissance. + Ce feu devoit s'esteindre avant qu'il fût plus grand: + Par trop starer la playe incurable on la rend. + La moisson, dira-t-on, n'etoit point encor meure. + Si falloit-il ce chancre amputer de bonne heure, + Il n'auroit pas gaigné les membres principaux. + + (_Le Banquet des Muses, ou les divers satires_ du sieur + Auvray, etc. Rouen, 1627, in-8, p. 271.) + +L'opinion exprimée si énergiquement dans ces derniers vers étoit +partagée par tout le parti catholique. Dans l'_Epistre dedicatoire au +Roy_, de son livre: _Les principaux points de la foy de l'Eglise +catholique défendus contre l'escrit adressé au Roy par les ministres de +Charenton_, 1618, in-12, Richelieu tient à peu près le même langage: il +rend les protestants responsables de la Saint-Barthélemy. + +[130] Pierre Du Moulin, en effet, l'apôtre du parti réformé à cette +époque, instruit par Drelincourt que le roi, prenant ombrage du synode +calviniste qu'il avoit présidé à Alais, en 1620, vouloit le faire +arrêter, s'étoit retiré à Sedan, où le duc de Bouillon le fit professeur +de théologie et ministre ordinaire. Il continua d'y surveiller les +affaires de son parti et de les diriger, comme s'il eût été encore dans +son prêche de Charenton et _évêque de Paris_ en espérance, ainsi que le +disoit un petit libelle de 1618: _Les Œufs de Pâques adressez au +ministre Du Moulin_, etc. (Recueil Y, p. 174). Après la déroute de +Soubise, il parut un manifeste soi-disant émané de lui: _Lettre d'avis +donné à tous les ministres de France et autres de la religion prétendue +réformée, par le sieur Du Moulin, ci-devant ministre de Charenton, sur +la défaite des troupes des sieurs de Soubise et Favas_, Paris, J. de +Bordeaux, 1622, in-8. + +[131] Les receveurs y faisoient de très gros profits; aussi le sel +devenoit-il chaque jour plus cher et les plaintes plus fréquentes. «Les +laboureurs n'ont pas de quoy payer leurs tailles et acheter du sel.» +(_Avis donné à M. de Luynes par un fidèle serviteur du roy, et amateur +du repos public._--Recueil Z, p. 152.)--Le nombre des faux sauniers +augmentoit. Dans la Guienne, un pauvre diable s'etoit fait leur chef; on +l'avoit pris et on lui avoit mis sur la tête une couronne de fer rougi. +(_Cosmographie_ de Thevet, liv. 14, ch. 4, «_de Bourdeaux_».)--Dans le +Berry, il y avoit eu, en 1612, une révolte à cause d'eux. (_Lettre de +Malherbe à Peiresc_, p. 224.) + +[132] _Var._ Tout ce qui termine cet alinéa manque dans le _Recueil +général_. + +[133] On appeloit ainsi les soldats de hazard à l'aide desquels, les +jours de revue, les capitaines complétoient leurs compagnies. Une +ordonnance de 1688 les condamna à être marqués d'une fleur de lys à la +joue. + +[134] Var. Ce qui termine cet alinéa est remplacé, dans le _Recueil +général_, par: Attendu que l'encre et le papier venoient à me manquer, +c'est pourquoy je remis le tout à une autre fois. + +[135] Cette troisième partie a pour titre dans le _Recueil général_: _La +troisiesme journée et visitation de l'accouchée_. + +[136] _Var._ Au lieu de _meuniers_, le _Recueil général_ porte: basse +étoffe. + +[137] Ces initiales doivent cacher le nom de Jean Guillaume, alors +bourreau de Paris. Il est déjà nommé, et en toutes lettres, dans _la +Chasse aux larrons_ (pag. 47), dans les _Quas-tu veu de la cour_ et +_Advis à M. de Luynes, sur les libelles diffamatoires_. (_Recueil des +pièces les plus curieuses_, etc., p. 45, 31.) + +[138] Cette commère a raison. Lorsqu'en 1624 cette recherche des +financiers, si long-temps menaçante, eut été décrétée et la chambre de +justice instituée, à l'instigation de Richelieu et de la reine-mère, on +se contenta de sévir contre La Vieuville, le surintendant, et contre +Beaumarchais, son beau-père, qui, on le prouva, s'étoit enrichi de dix +millions depuis les quelques années qu'il étoit trésorier de l'Epargne. +La Vieuville fut mis en prison au château d'Amboise, et Beaumarchais +pendu en effigie. Justice étant ainsi faite des deux hommes contre +lesquels la mesure avoit surtout été prise, le roi se fit bien supplier +par les femmes, enfants, parents, de ceux que l'arrêt de la chambre +rendu le 25 janvier 1625 avoit frappés; puis il rendit, au mois de mai +de la même année, un édit portant révocation de la chambre de justice, +avec une abolition pour les gens de finances, à la charge de payer les +taxes auxquelles ils pourroient être condamnés par le conseil. Cette +recherche n'en fit pas moins rentrer dans les coffres du roi dix +millions huit cent mille livres. _Mémoires_ de l'abbé d'Artigny, t. 5, +p. 57-58. + +[139] _Var._, éd. orig.: si cher. + +[140] Tous les gens de justice, du plus grand au plus petit, vouloient +leur pot-de-vin, leur pour-boire, leur tour de bâton. + + Il faut aller caresser un greffier, + Il faut flatter un clerc gratte-papier, + Faut honorer, à longue bonnetade, + Son advocat, soit ou ne soit maussade; + Faut cottoyer un sergent serre-argent, + Afin qu'il soit un peu plus diligent; + Aux moindres clercs il faut payer à boire. + + (_La Mort de Procez_, Paris, 1634, in-12, p. 17.) + + + +[141] _Var._ du _Recueil général_: On le faict monter à ce que... + +[142] _Recueil général des rencontres, questions, demandes, et autres +œuvres tabariniques_, petit volume in-12 paru en 1622, c'est-à-dire +de manière à être encore dans sa pleine nouveauté quand fut imprimé ce +troisième Caquet. + +[143] Il paroît toutefois que c'étoit moins l'éloquence de Mondor que +les lazzis de son valet Tabarin qui faisoit la fortune de leur échafaud +de la place Dauphine. «Tabarin proffite plus avec deux ou trois +questions bouffonnes et devineries de merde ou de la chouserie que ne +fait son maistre avec tout son: «_Questo e un remedio santo per sanare +tutti gli morbi._» _Les Essais de Mathurine_ (s. l. n. d.), p. 4. + +[144] _Var._, éd. orig.: la bonne mine de son clerc. + +[145] En 1631, Mondor trônoit encore à la place Dauphine, mais sa bonne +mine commençoit à baisser. Afin qu'il pût la relever et reprendre un peu +de sa majesté première, voici ce qui fut stipulé à son intention dans +_le Testament de feu Gauthier Garguille_, Paris, 1634, in-12, p. 10: «A +mon oncle Mondor, afin qu'il ait plus de majesté en distribuant ses +medicamens à ceux qui luy en demandent, et pour l'alliance qui est entre +nous, je donne et lègue ma belle robbe dont je representois les rois +dans la comedie. Et pour ma chaisne et ma medaille en façon d'or, +j'ordonne qu'on les luy livrera à un prix raisonnable, en cas qu'il en +ait affaire.» + +[146] C'est de lui qu'il a déjà été parlé dans le premier _Caquet_. On +trouve sur sa personne, assez maussade, sur les serpents dont il faisoit +parade, sur son parallèle avec Tabarin, beaucoup plus plaisant et plus +heureux que lui, de longs détails, dans un petit livre de cette époque: +_Discours de l'origine, des mœurs, fraudes et impostures des +charlatans, etc._ Paris, 1622, in-8, p. 35, 39, 51. + +[147] _Var._, éd. orig.: mine. + +[148] Le masque étoit un luxe que les bourgeoises devoient laisser aux +dames et damoiselles: + + La Mijolette a bonne grace + De maintenir par ses discours + Qu'elle est première de sa race + Qui a le masque de velours. + + (_Le Bruit qui court de l'Espousée_, 1624, _Variétés + histor. et litt._, Paris, 1855, in-16. t. 1, p. 307.) + + + +[149] Nous trouvons dans les _satires_ d'Auvray le portrait complet, +dont ceci n'est que l'esquisse: + + . . . . . . . . Ce goguelu + Estoit gay, goffré, testonné, + Brave, comme un chou godronné; + La manteau à la Balagnie, + Le soulier à l'Academie, + Dedans la mule de velours, + Les jartiers à tours et retours. + Bouffant en deux roses enflées + Comme deux laictues pommées; + Le bas de Milan, le castor + Orné d'un riche cordon d'or. + L'ondoyant et venteux pennache + Donnoit du galbe à ce bravache; + Un long flocon de poil natté + En petits anneaux frizotté, + Pris au bout de tresse vermeille, + Descendoit de sa gauche oreille; + Son collet bien vuidé d'empois + Et dentelé de quatre doigts; + D'un soyeux et riche tabit + Estoit composé son habit; + Le pourpoint en taillade grande, + D'où la chemise de Hollande + Ronfloit en beaux bouillons neigeux + Comme petits flots escumeux; + Le haut de chausse à fond de cuve, + La moustache en barbier d'estuve, + Et recoquillé à l'escart + Comme les gardes d'un poignard; + La barbe, confuse et grillée, + En piramide estoit taillée + Ou en pointe de diamant. + Ce mignon alloit parfumant + Le lieu de son odeur musquée. + La mouche, à la tempe appliquée, + L'ombrageant d'un peu de noirceur, + Donnoit du lustre à sa blancheur. + + (_Le Banquet des Muses_, satires divers du sieur Auvray, etc., p. + 191-192.) + + +[150] Ces histoires d'inceste n'étoient pas rares alors. Quelques années +auparavant il avoit couru dans Paris un livret portant ce titre: «_La +grande cruauté et tyrannie exercée en la ville d'Arras, ce 28 jour de +may 1618, par un jeune gentilhomme et une damoiselle, frère et sœur, +lesquels ont commis inceste, ensemble ce qui s'est passé durant leurs +impudicques amours_. Paris, 1618, in-8. + +[151] V. sur ce puits, placé au carrefour de la rue S.-Jacques et de la +rue S.-Hilaire, etc., le point central du quartier des libraires, une +note de notre édition du _Roman bourgeois_ de Furetière, Paris, P. +Jannet, 1854, in-12, p. 222-223. + +[152] Le véritable titre est celui-ci: _l'Etonnement de la Cour de +l'esprit qui va de nuit_. S. l., 1622, in-8. + +[153] _Relation generale des conquestes et victoires du roy sur les +rebelles, depuis l'an mil six cent vingt jusqu'à present, avec les nom +et situation des villes, places et chasteaux rendus à l'obéissance de S. +M._ Paris, Fleury Bourriquant, in-8. Le jugement porté ici sur cette +pièce est fort juste. + +[154] Clérac, en effet avoit été pris en juillet 1621 (V. plus haut), +tandis que Negrepelisse ne fut emportée que le 10 juin de l'année +suivante, après quelques jours de siége. Ce passage fixe positivement, à +un jour près, la date de ce troisième Caquet. + +[155] _La prise et reduction de la ville de Sainct-Antonin à +l'obeissance du roi, Sa Majesté y estant en personne; avec le nombre des +habitans et rebelles qui ont esté pendus par le commandement du roi_ (22 +juin). Paris, P. Rocolet, 1622, in-8. + +[156] Nous ne savons à quels discours sur la vie de sainte Thérèse il +est fait allusion ici; nous ne connoissons à cette époque que la +traduction françoise publiée à Anvers en 1607, par J. D. B. P. et D. C. +C., de l'ouvrage de Francisco de Ribera: _Vida de la madre Teresa de +JHS., Fundadora de los Descalças y Descalços carmelitos, repartida en V +libros_. Madrid, 1601. + +[157] Ce qui est dit ici vient compliquer d'un fait de littérature +légale l'histoire déjà singulièrement curieuse de l'_Espadon satyrique_. +On ne sait au juste de qui est réellement ce recueil de satires assez +obscènes. Les uns, Brossette le premier, l'attribuent au baron de +Fourquevaux, à qui Régnier dédia une de ses épîtres; les autres le +restituent à Claude d'Esternod, dont le nom, quoique bien réel, passa +longtemps pour être un pseudonyme du baron. Ce qui fut cause de cette +erreur, c'est que la première édition, publiée à Lyon en 1619, in-12, +est en effet signée de ce nom supposé: _Franchère_, et qu'on put croire +avec quelque raison que le nom de _d'Esternod_, qui signe la seconde, +n'avoit pas plus de réalité, et n'étoit qu'un nouveau travestissement de +M. de Fourquevaux. En cherchant un peu, l'on eût pourtant trouvé, comme +l'a fait M. Weiss pour la _Biographie universelle_, que d'Esternod, né à +Salins en 1590, long-temps soldat, puis gouverneur d'Ornans, n'étoit +rien moins qu'un mythe; on eût découvert aussi que le pseudonyme +_Franchère_ n'étoit pas aussi impénétrable qu'il le sembloit, puisqu'il +n'étoit que l'anagramme de _Refranche_, nom d'un village dont d'Esternod +étoit seigneur. Quant à la raison qui a donné lieu à l'opinion de +Brossette, dans ses notes sur Régnier, opinion admise par l'abbé Goujet +(_Bibliothèque françoise_, t. 14, p. 209), et défendue par M. J. B. +Pavie, dernier descendant du baron de Fourquevaux, dans une lettre du 24 +frim. an IV, à l'abbé de S.-Léger (V. Brunet, _Manuel_, au mot +d'_Esternod_), nous n'avons pu savoir d'où elle vient et sur quoi elle +se fonde.--Le fait révélé par le passage des Caquets objet de cette +note, et qui prouve que, si le nom de l'auteur varioit, le titre du +livre changeoit aussi, n'est pas unique dans l'histoire de ce singulier +recueil. En 1721, il fut republié à Amsterdam, sous le titre de _Satires +galantes et amoureuses_ du sieur d'Esternod. Il est très rare sous ce +déguisement, mais moins encore que le _Discours du Courtisan à la mode_, +que nous n'avons jamais pu trouver. + +[158] Le cloître Notre-Dame. Il étoit alors fermé de portes qu'on +n'ouvroit plus après une certaine heure. Tous les gens du Chapitre y +logeoient, et, en outre, il étoit permis aux hommes de travail et de +piété, comme de Thou, comme Boileau plus tard, et aux femmes qui +vouloient se soustraire aux entreprises galantes, d'y chercher un +refuge. «Mademoiselle Chantilly, écrit Malherbe à Peiresc, le 12 février +1610, a pris logis dans le cloître Notre-Dame pour y être plus +sûrement.» V., sur ces asiles du cloître, une note de notre _Paris +démoli_ (les Demeures de Boileau), 2e édition, p. 163-164. + +[159] Le sol valoit 12 deniers, et le carolus, qui n'étoit déjà plus +guère en cours, n'en valoit que 10. + +[160] _Var._ Le _Recueil général_ ajoute: Jusques à la revoir une autre +fois. + +[161] Dans le _Recueil général_, cette partie a pour titre: _La +quatriesme journée et Visitation de l'Accouchée_. + +[162] _Var._ du _Recueil général_: jouir du contentement de ceste +quatriesme journée. + +[163] Les charges se vendoient partout à ces prix élevés, +particulièrement dans le Bourbonnois, dont il est question ici. Il en +coûtoit huit mille livres pour devenir conseiller d'élection. (_Mém. des +intendants, Bourbonnois_, chap. Finances.) Une charge de seigneur +conseiller à la cour des aides se payoit jusqu'à 25,000 livres, et celle +de chevalier-trésorier général des généralités ne s'acquéroit pas à +moins de 30,000. (_Ibid._, _Généralité de Montauban_, chap. Finances.) + +[164] On disoit _aller au vin et à la moutarde_, pour railler, faire +quolibets et chansons sur une chose. Notre locution _s'amuser à la +moutarde_, et le nom donné au gamin de Paris, en sont restés. Cette +expression étoit vieille dans la langue. On la trouve déjà dans un +passage du _Journal du Bourgeois de Paris_ sous Charles VI; et Villon, +parlant de la belle bergeronnette qui rioit et chantoit bien, dit: _Elle +alloit bien à la moutarde_. (Huit. CLIV.) + +[165] Discours élogieux, mais souvent avec ironie, qu'on avoit coutume +de faire dans les facultés de théologie et de médecine de Paris, avant +de recevoir les licenciés. Chaque bachelier y trouvoit son lot. Ce mot +de _paranymphe_ venoit de l'usage qu'on avoit en Grèce d'adresser aux +nouveaux mariés un chant de louange le jour de leurs noces. Il étoit +fort employé à l'époque de Louis XIII. Régnier dit dans sa Ve satire, +v. 233-236. + + Et, ce qui plus encor m'empoisonne de rage, + Est quand un charlatan relève son langage, + Et, de coquin faisant le prince revestu, + Bastit un paranymphe à sa belle vertu. + + +[166] Voici comment Tallemant, d'après le récit qu'en faisoit la fille +de la comtesse, raconte l'aventure sinistre de madame des Vertus (édit. +in-8, t. 3, p. 407): «Le comte des Vertus étoit un fort bonhomme, et qui +ne manquoit point d'esprit. Son foible étoit sa femme: il l'aimoit +passionnément, et ne croyoit pas qu'on pût la voir sans en devenir +amoureux. Un gentilhomme d'Anjou, nommé S.-Germain La Troche, homme +d'esprit et de cœur, et bien fait de sa personne, fut aimé de la +comtesse. Le mari, qui avoit des espions auprès d'elle, fut instruit +aussitôt de l'affaire. Il estimoit S.-Germain et faisoit profession +d'intimité avec luy; il trouva à propos de luy parler, luy dit qu'il +l'excusoit d'être amoureux d'une belle femme, mais qu'il luy feroit +plaisir de venir moins souvent chez luy. S.-Germain s'en trouva quitte à +bon marché; il y venoit moins en apparence, mais il y faisoit bien des +visites en cachette: c'étoit à Chantocé en Anjou. Le comte savoit tout; +il n'en témoigna pourtant rien, jusqu'à ce que, durant un voyage de dix +ou douze jours, le galant eut la hardiesse de coucher dans le château. +Les gens dont la dame et luy se servoient étoient gagnés par le mary. +Ayant appris cela, il deffendit sa maison à S.-Germain. Cet homme, au +désespoir d'être privé de ses amours, écrit à la belle et la presse de +consentir qu'il la défasse de leur tyran. Les agens gagnés faisoient +passer toutes les lettres par les mains du mari, qui avoit l'adresse de +lever les cachets sans qu'on s'en aperçût. Elle répondit qu'elle ne s'y +pouvoit encore résoudre. Il réitère, et lui écrit qu'il mourra si elle +ne consent à la mort de ce gros pourceau. Elle y consent, et, par une +troisième lettre, il lui mande que dans ce jour-là elle sera en liberté, +que le comte va à Angers, et que sur le chemin il lui dressera une +embuscade. Le comte retient cette lettre, se garde bien de partir, et, +ayant appris que S.-Germain dînoit, en passant, dans le bourg de +Chantocé, il se résout de ne pas laisser passer l'occasion: il lui +envoie dire qu'il fera meilleure chère au château qu'au cabaret, et +qu'il le prioit de venir dîner avec lui. Le galant, qui ne demandoit +qu'à être introduit de nouveau dans la maison, ne se doutant de rien, +s'y en va. Il n'avoit pas alors son épée: il l'avoit ôtée pour dîner; il +oublie de la prendre. Dès qu'il fut dans la salle, le comte luy dit: +«Tenez, en lui présentant son dernier billet, connoissez-vous +cela?--Oui, répondit S.-Germain, et j'entends bien ce que cela veut +dire.--Il faut mourir.» Les gens du comte mirent aussitôt l'épée à la +main. Ce pauvre homme n'eut pour toute ressource qu'un siége pliant. Il +avoit déjà reçu un grand coup d'épée, le mari entra dans la chambre de +sa femme, qui n'étoit séparée de la salle que par une antichambre. Il la +prend par la main et luy dit: «Venez, ne craignez rien; je vous aime +trop pour rien entreprendre contre vous.» Elle fut obligée de passer sur +le corps de son amant, qui étoit expiré sur le seuil de la porte. Il la +mena dans le château d'Angers. Elle eut bien des frayeurs, comme on peut +penser. Les parents du mort, quand ils eurent vu la lettre, ne firent +pas de poursuites. La comtesse ouit tout le bruit qu'on avoit fait en +assassinant son favori. Elle étoit grosse; elle ne se blessa pourtant +point, mais la petite-fille qu'elle fit, et qui ne vécut que huit ans, +étoit sujette à une maladie qui venoit des transes où sa mère avoit +esté, car elle s'écrioit: «Ah! sauvez-moi! voilà un homme, l'épée à la +main, qui veut me tuer!» et elle s'évanouissoit. Elle expira d'un de ces +évanouissements.» + +[167] Il étoit secrétaire d'état et fort homme de cour. Il fut pour +quelque chose dans la fortune de Puget à ses commencements. On peut lire +sur lui et sur la reine Marguerite une anecdote assez gaillarde dans le +_Perroniana_, 3e édition p. 145. + +[168] Messire Nicolas de Verdun étoit alors premier président. Il avoit +succédé, en 1616, à Achille du Harlay, et il occupa cette charge +jusqu'en 1627. «Il avoit, dit Blanchard, le goût des peintures +excellentes et des bons livres»; mais jusqu'ici nous ne savions pas +qu'il eut celui de la galanterie. (Blanchard, _Eloges de tous les +premiers présidents_, 1645, in-8, p. 81.)--On avoit M. de Verdun en +grande estime; «chascun, lit-on dans une pièce du temps, ne sauroit +assez l'admirer, pour estre ses louanges inférieures à ses vertus.» +_Advis de Guill. de la Porte, hotteux ès halles de Paris_, etc., in-8, +p. 7. + +[169] Cette galerie se trouvoit dans l'hôtel de la préfecture de police, +où M. de Verdun fut le premier qui installa la présidence du Parlement. + +[170] Ce procès de Monsigot devoit avoir trait aux affaires du +connétable de Luynes, dont il avoit été le secrétaire. L'issue n'en dut +pas être bien desastreuse pour lui, puisque quelques années après, en +1629, nous le voyons reparoître comme secrétaire des commandements de +Gaston, qui lui accorde toute sa confiance. Quand il songe à s'enfuir en +Lorraine, c'est Monsigot qu'il envoie près du duc pour lui préparer une +retraite. (_Mém._ de Gaston, Coll. Petitot, 2e série, t. 31, p. 88, +112.) Cette faveur de Monsigot chez Gaston ne le recommandoit guère +auprès de Richelieu, qui d'ailleurs devoit haïr en lui une créature du +connétable; aussi, à l'époque des démêlés graves entre Monsieur et le +cardinal, après qu'il eut apporté l'inventaire des pierreries de Madame, +comme on l'en avoit chargé, resta-t-il long-temps inquiet et craignant +d'être arrêté, dans la retraite qu'il s'ésoit donnée à Orléans. (_Mém._ +de Richelieu, Coll. Petitot, 2e série, t. 26, p. 367.) + +[171] Beaucoup d'autres lui en avoient aussi. «On a vu Monsigot, dit le +_Contadin provençal_, tenir banque au Louvre pour la composition des +pensions.» Recueil cité, p. 98. + +[172] Il avoit surtout pour lui les gens du parlement; mais on pouvoit +craindre que ce ne lui fût un secours inutile: + + Pour Monsigot, j'ai peur que messieurs de la cour + Ne le puissent tirer d'un si fascheux destour. + + (_Le De profundis sur la mort de Luynes_, même Recueil, p. 417.) + + +[173] Duret de Chevri, président de la chambre des comptes. Il avoit +commencé par être secrétaire de Sully, et mieux que cela même, à en +croire Tallemant, édit. in-12, t. 1, p. 148. Sa mort et l'épitaphe +satirique qu'on lui fit sont ainsi mentionnées dans le _Patiniana_, p. +16: «Il mourut en 1637, après avoir été taillé de la pierre. Voici son +épitaphe: + + Cy-gist qui fuyoit le repos, + Qui fut nourri dès la mamelle + De tributs, tailles et impôts, + De subsides et de gabelles; + Qui mêloit dans ses aliments + De l'essence du sol pour livre. + Passant, songe à te mieux nourrir, + Car, si la taille l'a fait vivre, + La taille aussi l'a fait mourir. + + +[174] Ce nom est altéré; il faut lire «le président d'Ocquerre.» Il +étoit, en effet, secrétaire d'Etat. Il eut pour fils ce Blancmesnil, +conseiller au parlement, qui partagea la popularité frondeuse de +Broussel. _Histor._ de Tallemant, édit in-12, t. 7, p. 148. + +[175] A titre de veuve du connétable de Luynes, son premier mari, madame +de Chevreuse devoit en effet protéger Monsigot. + +[176] Cela est si vrai, qu'elle ne tarda pas à être éloignée de la cour, +aux instigations de la Vieuville. _Mém._ de Richelieu, coll. Petitot, +2e série, t, 22, p. 273. + +[177] Il faut lire le commandeur, et non le chevalier de Sillery. Noël +Brulart, frère du chancelier de Sillery, fut en effet ambassadeur à +Rome. Il en fut rappelé en 1624 par Richelieu, ennemi juré de sa +famille. Le traité conclu par le commandeur avec le pape, dans l'affaire +de la Valteline, fut le motif ou plutôt le prétexte de cette disgrâce. + +[178] François Annibal d'Estrées, marquis de Cœuvre, frère de +Gabrielle, et par là, comme il est dit ici, oncle de MM. de Vendosme. +C'est lui qui les avoit amenés à faire leur Paix avec le roi, dans les +commencements de son règne. (_Lettres_ de Malherbe à Peiresc, p, 378, +393.) Pendant son ambassade à Rome, qui précéda celle du commandeur de +Sillery, et qu'il eût bien désiré faire durer plus long-temps, comme ce +passage des _Caquets_ l'indique, il avoit réussi à faire obtenir à +Richelieu le chapeau de cardinal. + +[179] C'est le même qui devint si fameux plus tard comme lieutenant +civil, et l'âme damnée de Richelieu. Il ne prit qu'en 1638 cette charge, +qu'il garda jusqu'à sa mort, en 1650. A l'époque dont il est parlé ici, +il étoit maître des requêtes. + +[180] Le président Jean-Robert Aubry ou Aubery, conseiller d'Etat, +mourut doyen du conseil dans un âge très avancé. On l'appeloit Robert le +Diable. Tallemant n'en voit de raison que dans sa brusquerie. En somme, +dit-il, sa femme, qu'il ne tourmentoit guère, «étoit plus diablesse +qu'il n'étoit diable.» Tallemant, édit. in-12, t. 8, p. 23. + +[181] C'étoit encore bien là l'opinion reçue à propos de cette affaire; +dans le _De profundis_ sur la mort de Luynes, on fait dire par le +connétable à l'un de ses fidèles: + + Tu n'ignores, Desplan, que je suis ton soutien, + Que je t'ay soutenu lorsque j'estois en vie. + Monsigot te dira, maintenant qu'on le tient, + Qu'il est en grand hasard d'avoir l'ame ravie. + + (Recueil cité, p. 415.) + + +[182] Monsigot, comme une précédente note l'indique, obtint pourtant son +pardon. Il n'y épargna rien, il est vrai. Il fit surtout des aveux, +pensant, lit-on dans le _Passe-partout des favoris_, qu'il auroit +quelque grace par la confession de ses fautes si mal à propos commises; +«mais, ajoute l'auteur, que la suite dut bien surprendre, je crains +qu'il sera contraint de tenir compagnie à son maître et d'aller voir +s'il est aussi aisé de voler aux Pays-Bas qu'à l'armée.» Même Recueil, +p. 136. + +[183] Potel étoit greffier du conseil. Son fils, qui se faisoit appeler +M. Le Parquet, et qu'on nommoit plus communément Potel-Romain, «à cause +qu'il parloit fort de Rome, où il avoit été», n'est pas oublié, comme +l'un des plus curieux originaux du temps, par Tallemant, dans ses +_Historiettes_. (V. édit. in-12, t. 10, p. 34-35.) + +[184] Il avoit été l'une des créatures du maréchal d'Ancre, et +d'Aubigné, dans le _Baron de Fæneste_, nous le représente, ainsi que +Barbin, comme «un habile homme, bien fidèle a la reine et à madame la +mareschale.» (Liv. 1, chap. 13.) Il tomba avec son protecteur. Les +mémoires de Pontchartrain le mettent au rang des deux ou trois (il est +vrai que Richelieu en est aussi) qui n'avoient «d'autre mérite et +expérience aux affaires sinon d'être ministres des passions du maréchal +et de sa femme.» (_Mémoires concernant les affaires de France sous la +régence de Marie de Médicis, etc._, La Haye, 1720, t. 2, p. 268.) Mangot +pourtant finit par rentrer en faveur. Au mois d'août 1621, après la mort +du chancelier du Vair, il fut investi de la charge dont il est parlé +ici: on lui donna les sceaux; mais il ne les garda pas long-temps. + +[185] C'est le même, sans doute, qui, s'étant poussé dans les +ambassades, en fit une à Rome, si malheureuse, pour obtenir du pape que +l'évêque de Beauvais fût fait cardinal. Il en revint piteux et enrhumé. +«Ce n'est pas étrange, dit Bassompierre, qui l'entendoit tousser; il est +revenu de Rome sans chapeau...» Tallemant, _Historiettes_, édit. in-12, +t. 4, P. 208. + +[186] Le président de Tillay, de la famille des Girard, fameuse alors +dans la robe, et dont un des membres étoit à cette époque procureur +général de la chambre. + +[187] C'est, dans le _Recueil général_: _La cinquiesme journée et +visitation de l'Accouchée_. + +[188] _Var._ du _Recueil général_: Je me mis à entretenir l'Accouchée, +et peu après... + +[189] _Var._: Et moy, je pris la mienne ordinaire au cabinet. + +[190] On peut lire dans les mémoires du duc lui-même comment il fit sa +paix avec le roi dans les conférences d'Alais, et à quelles conditions +pour son parti et pour lui-même cet arrangement définitif fut conclu. +(Coll. Petitot, 2e série, t. 18, p. 440-455.)--«_Baiser le babouin_, +sorte de proverbe pour dire: faire des soumissions à quelqu'un avec +lequel on étoit brouillé.» Richelet. + +[191] Le duc de Fronsac, fils du comte de S.-Paul, qui servoit comme +volontaire au siége de Montauban, fut tué dans une sortie. (_Mémoires_ +du sieur de Pontis, liv. 5, 1622.) Il avoit vingt ans à peine et n'étoit +arrivé que depuis un jour devant la place. (_Mercure françois_, t. 8, p. +814-815.) Le roi écrivit des lettres de consolation au comte et à la +comtesse de S.-Paul. (Ibid.) + +[192] «M. de Montmorency y fut blessé; le duc de Fronsac, le marquis de +Beuvron, Hoctot, le baron de Canillac, Montbrun, L'Estange, Lussan, +Gombalet et plusieurs hommes de commandement, furent tués.» _Mém._ de +Richelieu, Coll. Petitot, 2e série, t. 22, p. 222. + +[193] Ce n'est encore ici que l'écho d'un bruit qui couroit; on avoit +même été jusqu'à conseiller aux seigneurs, à M. de Montmorency en +particulier, de ne pas trop s'engager dans les expéditions entreprises +par le connétable. «Et puis faites-vous assommer pour deffendre telles +gens, qui ne demandent que la mort d'autrui pour attraper leur +dépouille! C'est pourquoy M. de Montmorency doit prendre garde de se +trop engager en la guerre de Languedoc; que si par malheur il luy +arrivoit d'estre tué, ils se mocqueroient de luy en se revestant de ses +charges.» _Méditation de l'Hermite Valérien. Recueil des pièces les plus +curieuses_, etc., p. 332.--Si, dans le profit qui en est le résultat, il +peut être juste de chercher la raison d'un crime, on peut dire que pour +la mort du duc de Fronsac, reprochée ici au connétable et à ses frères, +cette raison semble un peu exister. Cadenet, l'un des frères, avoit +enlevé au jeune duc, pour l'épouser lui-même, la riche héritière du +vidame d'Amiens. En dédommagement, il devoit lui donner le domaine de +Château-Thierry, 100,000 livres, et, de plus, on s'étoit engagé à lui +faire épouser l'héritière de Luxembourg. Or cette promesse, nous en +avons la preuve dans le _Contadin provençal_, n'avoit pas encore été +réalisée quand la mort de M. de Fronsac vint si heureusement rendre les +trois frères quittes de cette dette et des autres. _Recueil des pièces +les plus curieuses_, etc., p. 19, 106. + +[194] Ce parvenu de bas étage, sur lequel cette page des _Caquets_ donne +des détails que nous avons vainement cherchés ailleurs, ne resta pas +long-temps en faveur. Il tomba avec Toiras, Bautru et quelques autres, +par la volonté de Richelieu, et malgré celle de Louis XIII lui-même. +«Desplan, Bautru, Toiras, lit-on dans les _Mémoires_ du Cardinal, sont +chassés par proposition non approuvée.» _Coll. Petitot_, t. 18, p. 329. + +[195] C'est dans cette entrevue de Vincennes que le frère de Luynes fit +avec menace au prince prisonnier les propositions singulières dont il +est ainsi parlé dans la _Chronique des favoris_: «Cadenet n'a-t-il pas +esté si outrecuidé que de menasser M. le Prince qu'il ne sortiroit du +bois de Vincennes s'il ne consentoit de luy donner en mariage madame la +princesse d'Orange, qui en est morte d'apprehension.» _Recueil des +pièces les plus curieuses_, etc., p. 466. + +[196] Il y a ici erreur: ce n'est pas Desplan, mais Toiras, et encore +plusieurs années après, le 13 déc. 1630, qui fut gratifié d'un brevet de +maréchal de France. + +[197] Ce M. de Courbouzon ou Corbezon est le même sans doute que, lors +de l'assassinat du roi, dont on accusoit les ligueurs et l'Espagne, +empêcha qu'on massacrât l'ambassadeur de cette puissance. _Lettres de +Malherbe à Peiresc_, p. 144. + +[198] Voici le titre exact de la pièce qui répandoit ainsi la renommée +de M. de Courbouzon: _La furieuse escarmouche faite sur les Rochelois +par le sieur de Courbouzon, lieutenant de la compagnie de M. le duc de +Nemours, estant en l'armée du roy, devant la Rochelle, commandée par +Monseigneur le duc de Soissons_. Paris, P. Ramée, 1622, in-8. + +[199] _A tort et à travers._ C'étoit une locution des jeux de paume. +Charron dit _à bonds et voles_. (_La Sagesse_, liv. 2, ch. 1.) + +[200] Le sieur de Villautrais est un des partisans, scandaleusement +riches, les plus maltraités par les pasquins du temps. V. _la Voix +publique au roy_, Recueil E, p. 241; _la Chasse aux larrons_, p. 90. Il +est aussi nommé dans les _Contreveritez_ de la cour. (Recueil cité, p. +63-66.) + +[201] Fabri, seigneur de Champauze, trésorier de l'extraordinaire des +guerres. Sa fille épousa le chancelier Séguier. Il est parlé de lui en +d'assez mauvais termes dans le libelle de J. Bourgoin, _la Chasse aux +larrons_, Paris, 1618, in-4, p. 45, et dans _la Voix publique au roi_. +(Recueil E, p. 210.) + +[202] _Var._: Pauvre. + +[203] Fameuse folle de cour qui occupe tout un chapitre de la +_Confession de Sancy_, et la même, croit-on, que Pierre Colins, allant +faire hommage à Henri IV pour la terre d'Enghien, dit avoir vue à la +table royale, (_Hist. des choses les plus mémorables_, etc., p. 729.) En +1622, elle avoit encore de la cour une pension de 1,200 livres. (Nic. +Remond, _Sommaire traité du revenu_, etc. 1622, in-8., _ad fin._) +Mathurine couroit les rues et étoit le jouet des laquais et des marmots. +V. à la fin de ce volume _les Essais de Mathurine_.--On appeloit alors +_maturinades_ une sorte de satire burlesque. (_Remerciment de la voix +publique au roy pour la disgrâce de M. de la Vieuville._ Recueil F, p. +46.) + +[204] Il le fut, en effet, peu de temps après, en 1622; sa conduite à +Montpellier, et surtout dans l'affaire des Sables-d'Olonne (Tallemant, +édit. in-12, t. 4, p. 198), l'en avoit réellement rendu digne. + +[205] Le maréchal de Créqui, gendre de Lesdiguières, à qui le titre de +connétable revenoit un peu par droit d'alliance, beaucoup par droit de +courage. Il ne l'eut pourtant pas: il n'hérita de son beau-père que du +titre de duc de Lesdiguières. + +[206] L'affaire de D. Philippin, bâtard du duc de Savoie, avec M. de +Créqui, seroit trop longue à raconter ici; il suffira de rappeler +qu'après d'interminables retards apportés par le bâtard, un duel eut +lieu enfin entre lui et le duc, le 1er juin 1599, à Quirieux. M. de +Créqui, après un combat de quelques minutes, le perça de deux coups +d'épée et de deux coups de poignard, dont il mourut peu de jours après. + +[207] «... Elle avoit chez elle un certain bouffon, nommé Guérin, qui +prenoit la qualité de maître des requêtes de la reine Marguerite et de +son orateur jovial. Il portoit une robe de velours, une soutane de satin +noir avec un bonnet carré. Ce bouffon, tous les jours, ne manquoit pas +de monter sur le théâtre qu'elle avoit fait dresser dans son palais du +faubourg S.-Germain, à l'un des bouts de la grande salle. Comme elle +prenoit grand plaisir à l'écouter, il n'épargnoit pas les mots les plus +infâmes. Il continua à faire ce beau métier tant qu'elle vécut; il en +fut assez mal récompensé: il mourut de misère.» (Sauval, _Galanteries +des rois de France_, etc., suiv. la copie imp. à Paris, 1721, in-12, t. +3, p. 70.) Guérin dirigeoit les ballets de la cour. _Lettres de +Malherbe_, p. 327. V. aussi sur ce bouffon nos _Variétés hist. et +litt._, t. 1, p. 220. + +[208] Branche pliante, lien des fagots. La corde des pendus prenoit +aussi ce nom. (V. le _Roman du Renard_, vers 7854.) De là l'expression: +peine de la _hart_. + +[209] _Var._: Courtoisies. + +[210] Vive comme l'_émérillon_, sorte de faucon. + +[211] Le _paroistre_, comme il est dit ici, étoit le ridicule de +l'époque. D'aubigné s'en prend surtout à cette manie d'ostentation, dans +son _Baron de Fæneste_. Le nom même du héros, qui n'est que le verbe +grec signifiant _paroitre_ ingénieusement francisé, en est une preuve. +Dans un livret très rare du même temps, on s'explique ainsi, de la façon +la plus claire, sur le mot et sur la chose: «... Un ramoneur lombard, +entendant les merveilles des bottes..., jura... qu'il se viendroit icy +naturaliser et en achepter deux paires pour se rendre estafier chez +quelque honneste homme à bottes, et tascher par ce moyen de _parestre_ +(c'est le mot qui court) et faire ses affaires s'il pouvoit.» _La mode +qui court à présent et les singularitez d'icelle, ou l'ut, re, mi, fa, +fol, la, de ce temps_, Paris, Fleury Bourriquant, 1613, in-12, p. 12. + +[212] C'est-à-dire se donnant des airs de commandement. _La pique de +Biscaye_ étoit, sous Charles IX, l'arme des colonels. + +[213] Louis XIII, en cela, n'eût fait qu'imiter son père, qui ne fit pas +moins de trois édits contre les clinquants et dorures: l'un en 1594, le +second en 1601, le troisième en 1606. C'est de ce dernier, enregistré au +Parlement le 9 janvier 1607, que Régnier a parlé dans sa 8e satire, +v. 72: + + . . . . . . . . . . . A propos, on m'a dict + Que contre les clinquants le roy faict un edict. + +Le projet d'ordonnance dont il est question ici fut, du reste, réalisé +quelques années après, en 1627. Nous trouvons à la suite d'une pièce +parue alors, _le Tableau à deux faces de la foire Saint-Germain_, etc., +Paris, 1627, in-12, p. 10, une _Consolation aux dames_ sur la +réformation des passements et habits qui venoit d'avoir lieu par +ordonnance royale. + +[214] C'est le même artisan, l'un des plus riches alors, qui est nommé +dans ce passage de la 16e satire de Régnier: + + Suis jusques au conseil les maîtres des requestes. + Ne t'enquiers, curieux, s'ils sont hommes ou bestes, + Et les distingue bien: les uns ont le pouvoir + De juger finement un procès sans le voir; + Les autres, comme dieux, près le soleil résident, + Et, démons de Plutus, aux finances président: + Car leurs seules faveurs peuvent, en moins d'un an, + Te faire devenir Chalange et Montauban. + +Ce dernier ne s'appeloit Montauban qu'à cause de sa ville natale; son +vrai nom étoit Moysset. Il étoit trésorier de l'Epargne. V. _la Chasse +aux larrons_, p. 21. + +[215] Chalange se méloit de toutes ces grosses affaires; il achetoit +pour ainsi dire la promulgation de tout édit onéreux, et tenoit compte +d'une part des profits aux ministres à qui il l'avoit fait rendre. Sa +faveur étoit ainsi devenue très grande à la cour. «Ainsi voit-on que +Chalange et autres tels partisans, dit le _Contadin provençal_, ont plus +d'accès aux favoris que les grands et les vieux conseillers de l'Etat.» +(Recueil cité, p. 98.) + +[216] C'étoit un de ces édits comme il y en eut tant de promulgués alors +contre les gens de justice. Il fit crier autant au moins que la _revente +des greffes_, qui, selon un libelle du temps, fut cause que le roi «fut +volé de six millions de livres», dont s'enrichirent les partisans. +(_Raisons de la reine-mère_, dans le _Recueil des pièces curieuses_, +etc., p. 275.) Toute la basoche, qu'on rançonnoit, fut en émoi de cet +_édit des procureurs_, et ce qu'on dit ici des empêchements qu'y trouva +Chalange semble assez naturel quand on sait à qui il avoit affaire et ce +qu'il demandoit. «Les trois quarts de vostre vermine de procureurs +étoient reduits au bureau des Innocents, faute d'avoir de quoy +satisfaire à l'edit, dont on s'est tant tremoussé dans vostre palais.» +(_Advis donné au roi, etc._, Recueil, etc., p. 139-140.) V. encore sur +cet édit l'_Anti-Caquet_, à la fin de ce volume, et nos _Variétés hist. +et littér._, t. 1, p. 215--216. + +[217] On n'étoit pas dupe des raisons qui faisoient promulguer ces lois +successives, «tant d'edits nouveaux, dit un pamphlet du temps, contre +Luynes et les partisans ses créatures, qui ne servent que pour affliger +le pauvre peuple, et ne sont inventez que pour assouvir leur avarice.» +(_Le Contadin provençal_, Recueil, etc., p. 98.) + +[218] Par la bouche, expression tirée du vieux mot _engouler_. + +[219] Les capucines s'étoient établies, de 1604 à 1606, dans le couvent +qui a gardé leur nom. + +[220] C'est Jean-François de Gondi, qui, de doyen de Notre-Dame, +devenoit évêque de Paris. Il fut sacré le 19 février 1622, et, d'après +cette date, on peut voir exactement à quelle époque fut écrite cette +partie des _Caquets_. Il ne faut pas s'étonner du mot _évêque_ employé +ici: c'est le titre que portaient encore les prélats du siége de Paris. +Ce même François de Gondi fut le premier qui l'échangea pour celui +d'archevêque. + +[221] La nouvelle religion dont il s'agit, et pour laquelle on réclame +les largesses de l'évêque, est la maison des Ursulines de la rue +Sainte-Avoye. D'abord communauté de quarante veuves, elle étoit devenue +ensuite maison de Béguines, et le 31 janvier 1622, par suite d'un +concordat entre les Béguines, le curé de Saint-Merry et les Ursulines, +celles-ci avoient pris possession du couvent. Ce concordat, que +confirmèrent des lettres-patentes de février 1623, obtint, en effet, +l'approbation de l'évêque François de Gondi; mais nous ne savons pas +s'il fit davantage pour les Ursulines. + +[222] Le comte Ernest de Mansfeld, ne trouvant plus à vivre ni dans le +Palatinat ni dans l'Alsace, qu'il avoit ruinés, s'étoit mis à menacer la +Champagne. Il avoit passé la Meuse, et s'étoit logé en vue de Mouzon. La +peur avoit été grande par toute la France quand on avoit su cette +entreprise; on trembloit surtout qu'il ne vînt donner la main aux +huguenots rebelles, et que M. de Bouillon ne lui ouvrît ses places +frontières. Il n'y avoit que les gens d'expérience qui ne partageassent +pas cette panique, dont font foi toutes les pièces du temps (_les Grands +jours tenus à Paris par M. Muet_, etc., p. 29; _les effroyables Pactions +faites entre le diable et les prétendus invisibles_, etc., p. 21). +Malherbe fut de ces gens rassurés; très tranquille, il écrivit de Caen à +son amy Colomby, qui trembloit à Paris: «Pour Mansfeld, nous en avons +ici de meilleures nouvelles que les vostres. On m'escrit du 9e de ce +mois qu'il est sur le point de se retirer. Il ne faut pas voir trop +clair pour connoître que l'homme de la frontière est de ceux qui l'ont +attiré; mais il est en possession de reussir mal en tout ce qu'il +entreprend. Voilà pourquoy, si de ceste nuée il sort pluye, gresle, ny +aultre sorte de mauvais temps, je veux que vous me teniez pour le plus +ignorant astrologue qui jamais ait regardé les étoilles.» Malherbe avoit +raison: ce qui suivit justifia pleinement sa quiétude confiante, dont +témoigne encore sa lettre à Peiresc du 28 juillet 1622. Mansfeld fit un +premier accord avec M. de Nevers, puis, s'étant approché de Sedan, et +après avoir vu sans doute qu'il ne falloit pas faire trop grand fonds +sur les forces et sur la parole de M. de Bouillon, il quitta notre +frontière et tira sur le Hainaut. Il y trouva l'armée espagnole +commandée par D. Gonzalès. Une bataille fut livrée dans les plaines de +Fleurus, après laquelle Mansfeld, à demi défait, battit en retraite, +abandonnant tous ses équipages. (_Mercure françois_, t. 8, p. 708-752.) +C'est de cette dernière affaire, qui achevoit de les rassurer, que +parlent nos caqueteuses. + +[223] Une autre édition, différente en ce seul point, porte pour titre: +_La Responce aux trois Caquets de l'Accouchée_, MDC.XXII.--Dans le +_Recueil général_, c'est _la sixiesme Journée et visitation de +l'Accouchée_. + +[224] Tout le commencement de cette Journée, jusqu'ici, est remplacé +dans le _Recueil général_ par: Desireux de poursuivre carrière et +parvenir à mon but, je fus d'abondant voir ma cousine l'Accouchée et +l'entretenir à mon accoustumée; ce qu'ayant fait, et recognoissant bien +l'approche des visites qui luy seroient faites, je me rengeay à ma +cellule ordinaire, où je ne fus pas si tost entré qu'il arriva une bande +de bourgeoises de Paris, lesquelles, après avoir fait leurs reverences +et pris place, l'une commença à dire: La porte est-elle fermée? + +[225] _Var._ Les mots entre crochets manquent au _Recueil général_. + +[226] Les mots: _une qui avoit desjà deffait sa chemise_, sont remplacés +au _Recueil général_ par: _une autre_. + +[227] _Var._ _Recueil général_: dit lors une autre. + +[228] Les Quinze-Vingts portoient une longue robe grise, avec une fleur +de lys sur la poitrine. Une gravure d'Abraham Bosse représente sous son +costume complet un de ces aveugles demandant l'aumône au coin d'une rue. +La caricature qu'on fit de Lafont de Saint-Yenne, à cause de ses +jugements d'aveugle sur le salon de 1753, est aussi une représentation +exacte de l'habillement des Quinze-Vingts sous Louis XV. + +[229] On reprochoit alors beaucoup aux bourgeoises la richesse des +étoffes qu'elles employoient pour leurs robes, et l'on disoit partout +que ce luxe coûtoit cher aux bonnes mœurs: + + Les bourgeoises qui font les belles, + Sont braves comme damoiselles + Et se font promener à tas, + Ont-elles pas un petit chose... + Pour achepter du taffetas? + + (_Le Tableau à deux faces de la foire S.-Germain, etc._, 1627, + in-12, p. 6.) + + La Rousse dit que, si sa fille + Avoit l'habit de taffetas, + Elle seroit aussi gentille + Ou plus belle qu'elle n'est pas. + + (_Le Bruit qui court de l'espousée_, 1624, s. l., p. 5.) + + +[230] Ces propos sur les modes et la coquetterie étoient le fonds +ordinaire de la conversation des caqueteuses: + + C'estoyent mercières du Palais + Qui discouroient de leurs malices, + De leurs fards et leurs artifices, + Des bons tours qu'elles mettent sus + Pour faire leurs maris cornus. + J'en vis deux qui se vermillonnent, + Et leurs cheveux passe-fillonnent + Pour mieux les marchands allecher... + + (_Le Banquet des Muses, ou Satires divers du sieur_ Auvray, Paris, + 1625, in-8, p. 184.) + + +[231] _Var._ Les mots entre crochets manquent au _Recueil général_. + +[232] _Var._ Le passage entre crochets manque au _Recueil général_. + +[233] _Var._ Les mots: _pour le bain_, sont remplacés, au _Recueil +général_, par les mots: _de visite_. + +[234] _Var._ «Et moi la première.» Ces mots manquent au _Recueil +général_. + +[235] _Var._ Ces deux mots manquent au _Recueil général_. + +[236] _Var._ _Rec. gén._: leur. + +[237] _Var._ _Rec. gén._: furent. + +[238] _Var._ _Rec. gén._: leur. + +[239] _Var._ _Rec. gén._: leur. + +[240] _Var._ Le _Recueil général_ ajoute: (paracheva-elle). + +[241] _Var._ Le _Rec. gén._ ajoute: dit la damoiselle du faux-bourg +Sainct-Germain. + +[242] _Var._ _Qui commençoit à s'essuyer._ Ces mots manquent au _Recueil +général_. + +[243] _Var._ _Rec. gén._: une autre qui estoit. + +[244] _Var._ _Rec. gén._: (dit-elle). + +[245] Cette lettre ne se trouve pas dans le _Recueil général_, non plus +que les réflexions qui l'accompagnent. + +[246] _Var._ Dans le _Recueil général_, cette partie est intitulée: _La +septiesme journée et visitation de l'Accouchée_. + +[247] _Var._ _Rec. gén._: ij, iij, iiij, v et vj. + +[248] _Var._ _Rec. gén._: ne voyez la septiesme, et... + +[249] _Var._ _Rec. gén._: ne cette septiesme. + +[250] Dans le _Recueil général_, ce qui termine cet alinéa est remplacé +par: et alors, saluant l'accouchée, je luy demanday le mesme privilége +du passé, et, en obtenant franchement la prerogative, je me retirai dans +mon oratoire accoustumé, derrière le chevet du lict. + +[251] Terme de jeu de paume ou _tripot_. + +[252] _Var._ _Rec. gén._: les porter. + +[253] Ce qui est renfermé entre crochets est remplacé, dans le _Recueil +général_, par: Il y en a assez qui prestent argent. + +[254] Le passage entre crochets est remplacé, dans le _Recueil général_, +par le mot: en. + +[255] La plupart des gens de finance logeoient alors au Marais. V. +_Catal. des partisans_, etc., dans le _Recueil des Mazarinades_, t. 1, +p. 113, etc. + +[256] _Var._ Le _Recueil général_ dit huit mois. + +[257] Le curieux livre qui a pour titre: _Ulenspiegel, de sa vie, de ses +œuvres, etc._, étoit depuis près d'un siècle populaire en France, où +le mot _espiègle_, qui nous en est resté, commençoit même à être déjà en +cours. La première traduction faite sur l'original, écrit en bas +allemand vers 1483, avoit paru à Paris en 1532, pet. in-4. Depuis, les +éditions s'en étoient succédé à Lyon, à Paris, à Orléans, etc., et, pour +connoître l'Espiègle, il n'étoit pas besoin d'être grand lecteur de +romans. + +[258] Tout ce qui suit, jusqu'à l'alinéa, manque au _Rec. gén._ + +[259] _Var._ Ce qui suit est remplacé dans le _Recueil général_ par: que +de baiser l'Accouchée en prenant congé d'elle jusques au revoir. + +[260] Dans le _Recueil général_, cette partie est intitulée: _la +Huictiesme journée et dernière visitation au relevement de l'Accouchée_. + +[261] _Var._ Tout le commencement de cet alinéa manque dans le _Recueil +général_. + +[262] _Var._ Cette citation latine manque au _Recueil général_. + +[263] _Var._ Cette fin d'alinéa manque au _Recueil général_. + +[264] _Var._ Les mots: _à ladite garde d'accouchée_ sont remplacés dans +le _Recueil général_ par: _en ma faveur_. + +[265] _Var._ Le _Rec. gén._ ajoute: respond la femme de l'advocat. + +[266] _Var._ _Rec. gén._: la femme de l'advocat. + +[267] _Var._ La fin de l'alinéa manque au _Recueil général_. + +[268] _Var._ Au lieu de la fin de cet alinéa et de tout l'alinéa +suivant, on lit dans le _Recueil général_: estoit escrit que la fille +d'un sergent à verge avoit abandonné y a quelque temps son père, vieil +qu'il estoit, pour suivre par tout Madamoiselle, à cause qu'elle luy +faisoit porter l'atour, et d'autres petits secrets qui estoient inserez +dans le petit papier. + +[269] _Var._ Ces mots manquent au _Recueil général_. + +[270] _Var._ Le passage entre crochets manque au _Recueil général_. + +[271] _Var._ Le passage entre crochets manque au _Recueil général_. + +[272] _Var._ Le commencement de cet alinéa est remplacé, dans le +_Recueil général_, par: Il y en a beaucoup qui s'en font à croire, +tesmoins ce qu'a fait un certain gantier qui, depuis quelque temps en +çà... + +[273] Depuis long-temps on se plaignoit des échevins et on les +chansonnoit. Tabourot, dans ses _Bigarrures_, au chapitre des Allusions, +plaisantant sur leur nom, dit: «qu'_échevin_ est ainsi nommé quasi +léchevin, pour ce qu'il doit tâter le vin pour commencement de bonne +police, afin qu'on n'en vende de mauvais.» + +[274] Il faut lire ici, je crois, Moysset, et non Massey: c'est le +partisan dont nous avons parlé plus haut dans une note. Luynes et ses +frères l'avoient lancé, comme Chalange, dans les grandes affaires. Dans +un pamphlet du temps, _le Contadin provençal_, il est question de «la +grande familiarité que ces trois frères ont avec ce preud'homme Moysset, +ne provenant que des etroictes intelligences qu'ils ont ensemble pour +voler les deniers du royaume.» _Recueil des pièces les plus curieuses +qui ont été faictes pendant le règne du connestable M. de Luynes_, +Paris, 1632, in-8, p. 98. + +[275] _Var._ _Rec. gén._: garde l'accouchée voulut, auparavant prendre +congé, dire quelque chose en... + +[276] _Var._ _Rec. gén._: desire, s'il vous plaist, vous en dire un en +passant: c'est qu'un... + +[277] _Var._ _Rec. gén._: j'ai patience qu'il ait la fortune meilleure. + +[278] _Var._ Ce qui termine l'alinéa est remplacé, au _Recueil général_, +par: le laisser estudier encore quatre ou cinq années, pour estre plus +parfait en toute sorte de sciences. + +[279] _Var._ Le passage entre crochets manque au _Rec. gén._ + +[280] On écrivoit ainsi, d'après l'étymol. ital., _fare all' erta_. V. +Montaigne, I, 19. + +[281] _Var._ Le passage entre crochets manque au _Rec. gén._ + +[282] _Var._ Le passage entre crochets est remplacé, au _Recueil +général_, par: les unes aux autres auparavant que partir et de prendre +congé de madame la relevée. Ce qui occasionna la compagnie de faire la +collation. + +[283] _Var._ _Rec. gén._: verre. + +[284] _Var._ Le mot _nompareil_ est remplacé, au _Recueil général_, par: +ne voulant plus traicter des discours ny d'Accouchée ni de Relevée. + +[285] _Var._ Le _Recueil général_ ajoute: se promettant les unes aux +autres, d'un vif courage, de se voir à leurs autres accouchemens. + +[286] _Antrax._ + +[287] V. sur cette promenade, dépendante des anciens jardins de la reine +Marguerite dans la rue de Seine, une longue note de nos _Variétés +historiques et littéraires_, t. I, 18e pièce, p. 219. + +[288] Tabarin surtout devint très riche. Il se retira dans une terre +près de Paris, et, jalousé par les nobles ses voisins, qui s'indignoient +de voir ce farceur se poser comme leur égal, il fut tué par eux dans une +dispute pour affaire de chasse. Dupuys Demporte, _Hist. gén. du +Pont-Neuf_, 1750, in-8, p. 36, et D. Martin, _Le parlement nouv._, +franc.-allem. Strasb., 1637. + +[289] Lunettes d'approche, que les Hollandois fabriquoient seuls alors, +et qu'on appeloit aussi lunettes de Hollande. Sur cette invention, assez +nouvelle alors, surtout pour les Parisiens, puisque la première lunette +de cette espèce fut vendue en 1609 sur le Pont-Marchand. V. _Journal_ de +l'Estoille, 30 avril 1609, et _l'Hermite du Mont-Valérien_, p. 1 +(_Recueil des pièces les plus curieuses sur le connétable de Luynes_). + +[290] Expression qui répond à celle-ci: _faire des embarras_, _Enhazé_ +vient, selon Oudin, du verbe espagnol _hacer_, faire. + +[291] A l'hospice des _Enfants-Rouges_, fondé au Marais par François +Ier, aussi bien qu'à l'_Hôpital du Saint-Esprit_, près la Grève, on +recevoit et l'on élevoit les enfants de pauvres. Ceux de l'hospice du +Saint-Esprit s'appeloient les _enfants bleus_. A l'hospice de _la +Trinité_, ou les enfants portoient aussi un habit de cette même couleur +(Du Breul, _Antiq. de Paris_, liv. 3), on leur faisoit apprendre +gratuitement un métier. (V. la _Biblioth_. de Bouchel, au mot +_Hospitaux_, art. _Hospital de la Trinité_.) + +[292] Ceci n'est pas tout à fait vrai. On en peut voir la preuve dans +une pièce de nos _Variétés historiques et littéraires_, t. 1, p. +207-209. + +[293] Elles y retournèrent cependant, ou, pour mieux dire, elles ne les +avoient jamais quittés, surtout le faubourg Montmartre, «alors leur +retraite ordinaire», comme il est dit dans le _Caquet des femmes du +faubourg Montmartre, etc._, Paris, 1622, in-8, p. 3. + +[294] Les cercles luthériens d'Allemagne, toujours alliés +clandestinement avec les huguenots de France. + +[295] C'est le nom qu'on donnoit alors à la rue Phelippeaux. Son premier +nom, qui remonte au XIVe siècle, étoit _Frépault_; au XVe siècle, +on dit _Frapault_; nous trouvons _Fripaux_, comme ici, en 1560, puis +_Frepoux_, en 1636. C'est seulement à la fin du XVIIe siècle que le +nom de Phelipeaux, étant devenu célèbre, prit peu à peu la place de ces +appellations si changeantes; la rue l'a gardé. Elle est encore, comme la +rue Frépillon, sa voisine, toute peuplée de revendeurs et de marchands +de vieux chiffons. + +[296] V. sur cet abus des laquais porteurs d'épée, et sur la défense qui +y mit fin en 1654, nos _Variétés historiques et littéraires_, tome 1, p. +283, note 1, et 284, note 3. + +[297] V. plus haut pour ce vêtement des bandits d'alors. + +[298] Personne ne comprit mieux que M. d'Angoulême l'emploi que les +laquais mis à la retraite devoient faire de leurs loisirs. Même pendant +qu'ils étoient à son service, s'ils lui demandoient leurs gages, il ne +les payoit que de ce beau conseil: «C'est à vous à vous pourvoir. Quatre +rues aboutissent à l'hôtel d'Angoulême, vous êtes en beau lieu, +profitez-en.» Tallemant, _édit. in_-12, t. 1, p. 221. + +[299] C'est sans doute à cause de la capitainerie du Louvre, dont il +étoit en effet investi, qu'Enguerrand de Marigny est traité ici de +capitaine. + +[300] Cette statue d'Enguerrand de Marigny ne fut placée sur le portail +du Palais qu'après le jugement qui le réhabilita. On lisoit au dessous: + + Chacun soit content de ses biens; + Qui n'a suffisance n'a rien. + + +[301] V. plus haut sur cet édit des procureurs que Chalange fit rendre +et dont il eut les profits; V. aussi nos _Variétés histor. et litt._, t. +1, p. 215. + +[302] Le jacobus, monnoie d'or à l'effigie de Jacques Ier, d'une +valeur de 14 fr. 70 cent., d'après l'évaluation moderne, avoit alors +cours en Angleterre. + +[303] Allusion à la pension de 1,200 livres que Mathurine, comme nous +l'avons dit plus haut, recevoit de la cour. + +[304] C'est-à-dire une soupe bien odorante. L'hysope étoit une plante +parfumée. + +[305] Il est naturel que Mathurine invoque maître Guillaume, qui étoit +alors à la cour son collègue en folie. Auprès de l'article qui la +concerne dans le _Sommaire traité des revenus_, etc., de N. Remond, +Paris, 1622, _ad fin._, se trouve celui-ci pour les appointements de +maître Guillaume, le fou en titre d'office: «A Me Guillaume, par les +mains de Jean Lobeys, son gouverneur, dix-huit cents livres.» Pour ce +fou, sous le nom duquel Regnier fit d'abord courir sa 14e satyre (V. +notre livre _l'Esprit des autres_, p. 65), et dont nous aurons souvent à +parler dans nos _Variétés hist. et litt._ à propos des pasquins sans +nombre qui coururent sous son nom, nous nous contenterons de renvoyer à +l'article du _Perroniana_ (3e édit., 1691, in-12, p. 154-157) qui le +concerne, et au chapitre que lui consacre M. de Reiffenberg dans son +_Histoire des fous en titre d'office_ (_le Lundi, nouveaux récits de +Marsilius Brunck_, Paris, 1837, in-12, p. 290-293).--Les vers cités et +les deux de la page suivante se lisent peut-être dans un de ces +pasquins; mais ils se trouvaient auparavant, à quelques variantes près, +dans le _Sermon des foulx_, V. _Ancien théâtre françois_, P. Jannet, +1854, in-16, t. 2, p. 209. + +[306] Pour Bertholde, type des farces italiennes, qui commençoit à se +populariser en France, mais qui ne prit pied sur nos théâtres qu'au +XVIIIe siècle, lorsque Ciampi eut fait son _Bertholde à la cour_, et +Lattaignant _Bertholde à la ville_. + +[307] C'est-à-dire de se voir moquer comme la statue de Pierre de +Cugnières, surnommé du Coignet, laquelle on avoit placée en un petit +coin (_coignet_) du chœur de l'église Notre-Dame, «en office de +esteindre avec son nez... les chandelles, torches, cierges, bougies et +flambeaux allumez.» (Rabelais, _Nouv. prol._ du 4e livre.) Il est +ainsi parlé dans les _Contes d'Eutrapel_ (1, De la justice, _ad finem_) +de la cause qui valut à Pierre de Cugnières cette vengeance des gens +d'église: «Tesmoing, dit Noël du Fail, la statue ignominieuse de maistre +Pierre de Cugnières, estant en l'église Nostre-Dame de Paris, +vulgairement appelé maistre Pierre du Coignet, à laquelle, par +gaudisserie, on porte des chandelles. Le paillard, estant lors advocat +general, soustint que le roy Philippe de Valois, son maistre, se devoit +ressaisir du temporel ecclesiastic, pour estre le fondement d'iceluy mal +exécuté, et seule cause de la dissolution des gens d'église et +empeschement du vray service de Dieu.» + +[308] Fou qui couroit alors les rues. + +[309] Marforio, le camarade du Pasquin de Rome. + +[310] Cette phrase, où se trouve en germe l'une des plus jolies fables +de La Fontaine (liv. 9, fab. 16), ne fait presque que reproduire +celle-ci du 7e chap. des _Contes d'Eutrapel_: «ressemblans au singe +qui tire les chastaignes de sous la braise avec la patte du levrier +endormy au fouyer.» + +[311] Sur ce cabaretier fameux alors, qui avoit fait peindre au dessus +de sa taverne, près Saint-Eustache, l'arbre dont il portoit le nom, V. +notre _Histoire des hôtelleries et cabarets_, t. 2, p. 323-324. + +[312] Pour _échaffaut_, comme on appeloit alors le théâtre des +saltimbanques et des empiriques. + +[313] Ceci est assez platement abrégé d'un passage du _Moyen de +parvenir_, 1738, I, 104-5. + +[314] On sait de quelles maladies il étoit le patron, et quel mal, +réclamant les potions _postérieures_ dont parle Regnard dans _le +Légataire_, s'appeloit le mal Saint-Fiacre. (V. Fleury de Bellingen, +_Etymol. des prov. franc._, p. 317.) + +[315] Expression consacrée par Rabelais et par Henry Estienne pour +désigner un mendiant, un quemandeur. «Quant à tant de povres moines, dit +celui-ci, qui n'ont ni rente ni revenu, qui n'ont pas un poulce de +terre, qui mesme sont appelez _porteurs de rogatons_, pour ce qu'ils ne +vivent que des aumônes des gens de bien...» _Apologie pour Hérodote_, La +Haye, 1735, in-12, t. 1er, p. 536. + +[316] Il étoit permis aux religieux du Petit-Saint-Antoine de laisser +vaguer leurs pourceaux par les rues. + +[317] La pièce d'argent, à cause de la _croix_ qui se trouvoit sur +celles de saint Louis. On connoît l'expression être _sans croix ni +pile_, pour dire être sans argent. + +[318] Prêtresse du dieu assyrien Adad. (V., à ce mot, le _Dict. mythol._ +de Jacobi.) + +[319] V., sur de pareilles pratiques, une note de nos _Variétés hist. et +litt._, t. 1er, pièce 26, p. 340-341. + +[320] Réminiscence d'un passage de Larivey. V. _la Vefve_, (comédie +imitée de _la Vedova_ de Nic. Bonaparte, dans l'_Ancien théâtre +françois_, t. 5, p. 195). + +[321] Faire le loup-garou, être changé en bête. + +[322] Lieu de pèlerinage à deux lieues de Châlons-sur-Marne, ainsi nommé +à cause d'une image de la Vierge trouvée en 1400 dans un buisson +d'épines. La façade de l'église qu'on lui éleva fut achevée en 1429. V. +Povillon-Pierrard, _Descript. histor. de l'église de Notre-Dame de +l'Epine_, Châlons, 1825, in-8.--C'étoit une des premières stations des +troupes étrangères entrant en France. L'armée que le comte d'Aremberg +amena des Pays-Bas au secours du roi en 1567 y passa. (_Mémoires non +encore veus du sieur Fery de Guyon, escuyer._ Tournay, 1664, in-8, ch. +83, pag. 144.) + +[323] Cette pièce est, je crois, la plus rare de toutes celles qui se +rapportent aux _Caquets de l'Accouchée_. Nous l'avons trouvée à la +Bibliothèque impériale. + +[324] Ce n'est pas le lieu de donner ici une longue notice de ce fameux +farceur, qui, pendant plus de quarante ans, amusa Paris, soit sur la +place de l'Estrapade, où il eut long-temps ses tréteaux, soit surtout à +la place Dauphine, où cette pièce-ci le met en scène, soit à l'hôtel de +Bourgogne, qui le vit finir. Nous renverrons à l'article que Boucher +d'Argis lui a consacré dans son _Histoire abrégée des plus célèbres +comédiens de l'antiquité et des comédiens françois les plus distingués_ +(_Variétés historiques, physiques et littéraires_, etc., 1752, in-8, t. +1er, 2e partie, p. 506), et à Tallemant, édit. in-12, t. 10, +_Historiette de Mondory_. + +[325] Ce fou, dont il est déjà parlé dans la pièce précédente, couroit +les rues comme maître Guillaume et Mathurine. Dans un livret publié en +1614 avec ce titre: _La remonstrance de Pierre Du Puits sur le resveil +de Maistre Guillaume_, et dans lequel il se donne comme ayant «l'esprit +relevé jusques en l'antichambre du troisième degré de la Lune, etc.», on +lui fait dire au commencement: + + Avec ma jacquette grise + Plusieurs lourdauts je meprise. + +Puis tout à la fin: + + AUX CURIEUX: + + Pierre du Puits n'est pas seul en folie, + Ny tous les fols ne sont Pierre du Puits, + Car tel est fol qui n'a pas l'industrie, + Ainsi qu'il a, de donner des advis. + + +[326] Autre farceur du Pont-Neuf, donné très gratuitement ici comme +auteur des _Caquets de l'Accouchée_. Les seules _œuvres_ que l'on +connoisse de lui, et dont il parut un très grand nombre d'éditions chez +la veuve Oudot, sont: _Extrait des rencontres, fantaisies et +coq-à-l'asne facétieux du baron de Gratelard, tenant sa classe ordinaire +au bas du Pont-Neuf_. Dans ces derniers temps on réimprimoit encore à +Montbéliard: _Entretiens facétieux du sieur baron de Gratelard, disciple +de Verboquet, propres à chasser la mélancolie et à désopiler la rate_, +in-18 de 12 pages. (Nisard, _Hist. des livres popul._, t. 1er, p. +388.) + +[327] On disoit _crocheteur_, mais c'est _clocheteur_ qu'il falloit +dire, car il s'agit de la petite figure qui frappoit les heures sur la +cloche de la Samaritaine. Les Libellistes du temps prirent plus d'une +fois le petit _crocheteur_ pour héros, et lui firent débiter leurs +satires. L'un des pamphlets mis sur son compte fut cause qu'on l'enleva +de la Samaritaine pendant quelque temps. (V. le _Mercure françois_ de +1611.) + +[328] Autre petite figure de bronze qui, à la manière du _clocheteur_ du +Pont-Neuf et du _Jaquemart_ de Notre-Dame de Dijon, sonnoit l'heure au +clocher de l'église Saint-Paul, située dans la rue du même nom et +démolie au commencement de ce siècle. Une mazarinade a pour titre: _Le +qui fut de Jacquemard sur les sujets de la guerre mazarine_, Paris, +1652. V., pour l'étymologie du mot _Jaquemart_, P. Berigal (G. Peignot), +_Hist. de l'illustre Jaquemart de Dijon_, 1832. + +[329] Encore un farceur, mais moins connu que les autres. Il est nommé, +dans l'_Espadon satyrique_, Cologne, 1680, pag. 25, et dans l'épitaphe +du fameux _Jodelet_, Julien Joffrin: + + Ici git qui de Jodelet + Joua cinquante ans le rolet, + Et qui fut de mesme farine + Que Gros Guillaume et Jehan Farine, + Hormis qu'il parloit mieux du nez + Que les dits deux enfarinez. + +Un petit livre, réimprimé à Troyes, en 1682, sous ce titre: _Les débats +et fameuses rencontres de Gringalet et de Guillot Gorju, son maistre_, +est dédié au _père de sobriété, le grotesque_ Jean Farine, +superintendant de la maison comique hostel de Bourgogne, à Paris.--Un +passage des _Jeux de l'Inconnu_, Rouen, 1635, in-8, p. 158, montre que +ce bouffon, comme son nom l'indique, jouoit surtout, ainsi que La Fleur +(Gros-Guillaume), les rôles enfarinés. + +[330] Par la même raison que nous n'avons rien dit de Gautier-Garguille, +nous ne dirons rien du non moins fameux Robert Guérin, dit _La Fleur_ et +_Gros-Guillaume_. Nous renverrons aussi pour lui au travail curieux de +Boucher d'Argis, _loc. cit._ + +[331] Bouffon moins connu sous ce nom que sous celui de Jean des Vignes, +qui lui est donné dans la 18e serée de Guillaume Bouchet, où il est +mis en compagnie de Tabarin et Franc-à-Tripe; et dans le _Moyen de +cognoistre les filous d'une lieue loing sans lunette_, édit. des +_Joyeusetés_. Jehan des Vignes ou de la Vigne faisoit les rôles de +niais. «Moi, pauvre sot, dit d'Assoucy, plus sot que Jean des Vignes.» +_Les Avantures d'Italie_, etc., Paris, 1677, in-12, p. 336. + + + + + + + +End of Project Gutenberg's Les caquets de l'accouchée, by Édouard Fournier + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES CAQUETS DE L'ACCOUCHÉE *** + +***** This file should be named 33580-0.txt or 33580-0.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/3/5/8/33580/ + +Produced by Laurent Vogel, Pierre Lacaze, Chuck Greif and +the Online Distributed Proofreading Team at +http://www.pgdp.net (This book was produced from scanned +images of public domain material from the Google Print +project.) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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