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+ The Project Gutenberg's eBook of Le Chanteur Parisien, by Louis-Ange Pitou</title>
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+<pre>
+
+The Project Gutenberg EBook of Le chanteur parisien, by Louis-Ange Pitou
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Le chanteur parisien
+ Recueil des chansons de L.A. Pitou
+
+Author: Louis-Ange Pitou
+
+Release Date: January 29, 2010 [EBook #31117]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CHANTEUR PARISIEN ***
+
+
+
+
+Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink and the
+Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
+(This file was produced from images generously made
+available by the Bibliothèque nationale de France
+(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+
+<div class="box">
+<p>Note de transcription:<br />
+Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
+L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.</p></div>
+
+<p class="p6"><a name="Page_I" id="Page_I"></a></p>
+<h1>LE<br />
+CHANTEUR PARISIEN.</h1>
+
+<h2>RECUEIL</h2>
+
+<h3>DES CHANSONS DE L. A. PITOU,</h3>
+
+<p class="center font95"><b>AVEC</b></p>
+
+<div class="p2 box1">
+<p class="ni1 font90"><b>Un Almanach-Tablette des grands Évènements depuis<br />
+1787 jusqu'à 1808, chaque fait placé à son rang de
+date et de jour, ou Calendrier Éphéméride pour
+l'année 1808;</b></p></div>
+
+<p class="p4 center"><b><big>PAR LOUIS-ANGE PITOU</big></b>,<br />
+<b>dit <i>le Chanteur</i>, auteur du Voyage à Cayenne.</b></p>
+
+<p class="p4 right"><b>Jadis j'ai vendu des chansons<br />
+et d'excellentes aventures.</b></p>
+
+<p class="p2 center"><big><b>PARIS,</b></big></p>
+
+<p class="p2 center"><b>Chez L. A. PITOU, libraire, rue Croix-des-Petits-Champs,<br />
+n<sup>o</sup>. 21, près celle du Bouloy.</b></p>
+
+<p class="p4 center"><b>DE L'IMPRIMERIE DES FRÈRES MAME</b>,<br />
+<b><small>rue du Pot-de-Fer, n<sup>o</sup>. 14.</small></b></p>
+
+<p class="p4 center"><b>1808.</b></p>
+<hr class="p2 c15" />
+
+<p><a name="Page_II" id="Page_II"></a></p>
+<h3 class="p8">ON TROUVE A LA MÊME ADRESSE:</h3>
+
+<p class="p2">Voyage à Cayenne, dans les deux Amériques et chez les Antropophages;
+ouvrage orné de gravures, contenant le tableau général des déportés,
+la vie et les causes de l'exil de l'auteur, des notions sur
+Collot-d'Herbois et Billaud-de-Varennes, sur les îles Séchelles, etc.,
+2 volumes in-8. de 400 pages chacun, seconde édition.<br />
+Prix, 7 fr. 50 cent. pour Paris.</p>
+
+<p class="p6"><a name="Page_III" id="Page_III"></a></p>
+<h2>PRÉFACE.</h2>
+<hr class="c15 p4" />
+<h3>COMMENT JE M'ÉTAIS FAIT CHANTEUR.</h3>
+
+<p>Je me souviens toujours avec plaisir d'avoir chanté à Paris, depuis
+1795 jusqu'en 1797, pour chasser la misère et gagner ma vie, et je
+remercie le public d'avoir déposé en ma faveur le préjugé qu'il a
+contre tous ceux qui exercent la même profession que moi. Jadis les
+troubadours inspirèrent aux Français cette gaieté qui fera toujours
+notre caractère distinctif: mais, depuis notre civilisation, tout le
+monde a voulu chanter, et la paresse, la misère, l'ignorance et la
+mauvaise conduite ont bientôt fait pulluler les chanteurs. C'était
+autrefois un état considéré, et même lucratif; car les premiers
+troubadours étaient instruits, gais et probes. Ils ne <span class="pagenum"><a
+name="Page_IV" id="Page_IV">IV</a></span> chantaient que par délassement leurs
+maîtresses, leurs infortunes, et les exploits des sires, des damoisels
+et des châtelains. Ils voyageaient pour s'instruire; ils trouvaient un
+asile chez les grands dont ils composaient l'histoire en vers
+gothiques.</p>
+
+<p>Un grain de vanité est le partage de tous les hommes: le nain prend
+des échasses, pour s'égaler au géant; ainsi je me crus historien en me
+faisant chanteur.</p>
+
+<p>Dans le premier volume de mon Voyage à Cayenne<a name="FNanchor_1" id="FNanchor_1"></a><a href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a> j'ai parlé des
+motifs qui me forcèrent à chanter en public; beaucoup de personnes me
+croient mort, d'autres viennent me demander si réellement c'est bien
+moi? Oui, oui, leur dis-je, j'ai traversé gaiement une fournaise
+ardente; j'ai écrit mon voyage, j'ai chanté au milieu des tourments:
+à ma voix, le Ténare <span class="pagenum"><a name="Page_V" id="Page_V">V</a></span> a souri.... Aujourd'hui, je joins au récit de
+mes traverses, et les chansons qui m'ont fait exiler, et les airs qui
+m'ont préservé des influences malignes du climat dévastateur que j'ai
+foulé pendant trente mois.</p>
+
+<p>Si mon retour fait croire aux revenants, c'est que je suis revenu d'un
+autre monde avec la même gaieté que j'avais avant mon départ.</p>
+
+<p>Comme l'originalité est mon lot, je me suis établi libraire dans la
+rue Croix-des-Petits-Champs, numéro 21, près la place des Victoires.
+Du seuil de ma porte, je vois l'ancien théâtre en plein air, où j'ai
+chanté les <i>mandats</i>, les <i>patentes</i>, le <i>père Hilarion</i>, les
+<i>incroyables</i>, les <i>collets noirs</i>, les <i>contradictions</i>, les
+<i>lunettes</i>, la <i>béquilles</i> et autres vaudevilles, accompagnés de
+commentaires qui m'ont valu la déportation.</p>
+
+<p>Toutes les fois que je passe dans la rue Saint-Denis, je m'arrête à
+considérer la <span class="pagenum"><a name="Page_VI" id="Page_VI">VI</a></span> maison de l'Homme Armé, où je débutai en 1795, le
+premier juillet, à cinq heures du matin. Une marchande de la halle,
+qui s'aperçut que je m'enrouais à force de chanter contre l'agiotage,
+me dit en style énergique, qu'un chanteur sans violon sonnait comme un
+pot cassé. J'avais fait ma journée, et j'allai compter ma recette dans
+un petit cabaret borgne, où je trouvai des gens attablés, qui me
+donnèrent un gros morceau de pain!.... Dans ce moment de disette, ce
+fut pour moi un gros morceau d'or: je donnai en retour quelques
+cahiers de chansons.</p>
+
+<p>A six heures et demie, je m'en retournai chez moi, persuadé qu'en me
+retirant tous les jours à la même heure je ne serais reconnu de
+personne, le jour ne venant ordinairement qu'à dix heures du matin
+chez les gens du bon ton; mais la faim, qui chasse le loup du bois,
+réveilloit alors tout le monde avant l'aurore, et je me trouvai caché
+au milieu des <span class="pagenum"><a name="Page_VII" id="Page_VII">VII</a></span> halles, comme la perdrix qui met sa tête sous l'aile
+pour se dérober au chasseur.</p>
+
+<p>A dix heures j'allai à mon ordinaire rédiger la séance de la
+Convention, pour les Annales patriotiques et littéraires. En revenant
+je trouvai au coin de la place Dauphine un opérateur (le marchand de
+vulnéraire suisse) entouré de toute sa musique, qui, suivant l'argot
+du métier, <i>postigeait à faire quimper le trepe</i>, s'arrêtait, et
+faisait jouer pour attirer les passants.</p>
+
+<p>L'observation de la dame de la halle m'avait frappé. J'avais besoin de
+musique. Je parlai à l'oreille d'un membre de l'orchestre du marchand
+de vulnéraire. Convention faite à partage égal, nous nous donnons
+rendez-vous, pour le lendemain à cinq heures du matin, dans un petit
+cabaret de la rue du Puits, près des halles. Comme l'opérateur ne
+sortait de chez lui qu'à sept heures du matin, son musicien trouvait
+son compte <span class="pagenum"><a name="Page_VIII" id="Page_VIII">VIII</a></span> à nous servir tous deux. Nous nous attablons; un verre
+de cassie met de la colophane à l'archet et dérouille le gosier: nous
+répétons notre cahier, et nous allons <i>posticher</i>. J'étais plus hardi;
+le <i>trepe quimpe</i>, et à six heures et demie nous avons fait quatre
+cents francs.</p>
+
+<p>Nous allons compter notre recette, et déjeûner à un petit cabaret;
+c'était la galerie de mon musicien et le rendez-vous des autres
+chanteurs. Je payai mon entrée. Bientôt les accords discordants des
+chanteurs et chanteuses font une cacophonie risible. Les savants
+composent en un clin d'&oelig;il de la prose, et des vers outre mesure.
+Les censeurs et les admirateurs sont des commères du marché aux
+poirées, qui viennent avec leurs amoureux affublés d'un large chapeau
+blanc et la pipe en gueule, juger l'impromptu fait à coup de verres.
+Comme je figure dans cette tabagie, au milieu d'un nuage de fumée,
+les coudes appuyés sur une table couverte <span class="pagenum"><a name="Page_IX" id="Page_IX">IX</a></span> d'une serpillière
+humide, grise, rouge, brune et violette!</p>
+
+<p>L'homme qui se trouve là dans sa sphère, gagnant de l'argent sans
+beaucoup de peine, le dépense de même, et ne compte jamais pour
+l'avenir.</p>
+
+<p>Ici, commence la démarcation entre l'être oisif et taré, et l'honnête
+indigent qui s'accroche à une branche, se secoue sur le rivage au
+milieu des nageurs, et sait faire de nécessité vertu.</p>
+
+<p>Une jolie femme disait un jour à une dévote qui répondait de sa vertu,
+que l'amour était par-tout le même et qu'il n'y a que manière de le
+faire. Que d'actions sont susceptibles du même proverbe!</p>
+
+<p>Quand je commençai à paraître en public, j'avais contre moi-même le
+préjugé que je reconnaissais aux autres; et ce préjugé était une
+mauvaise honte qui me faisait rougir de ma profession. En
+m'interrogeant par ma détresse, je me répondais que cet acte de
+courage était louable, <span class="pagenum"><a name="Page_X" id="Page_X">X</a></span> puis tout à coup je me rendais aux clameurs
+du préjugé: cette dispute de moi-même contre moi-même ne dura pas
+long-temps: l'accueil et la bienveillance du public m'auraient presque
+fait tomber dans un autre excès. Je prie le lecteur de faire attention
+à cet instant. Il est décisif, et tous les hommes se trouvent plus ou
+moins souvent dans la même passe. De la coupe de cette jointure des
+circonstances dépend toujours la prétendue fatalité de malheur ou de
+bonheur attachée à nos pas ou plutôt à nos déterminations: ce moment
+est aussi prompt qu'un éclair.</p>
+
+<p>En chantant sur les places, je me trouvai associé à la plupart des
+gens sans état et sans considération; le public, qui devina les motifs
+qui m'avaient réduit là, vint me voir avec autant de curiosité que
+d'intérêt et de plaisir. L'argent ne me manqua plus: je faisais
+jusqu'à cinquante francs de recette par jour. En 1796, moment où le
+numéraire ne commençait qu'à reparaître, <span class="pagenum"><a name="Page_XI" id="Page_XI">XI</a></span> je nageais dans
+l'abondance au milieu de la disette. Cette abondance me donna le goût
+du plaisir et de la dissipation. On ne se doute pas des rencontres que
+trouve un acteur et un chanteur; sa physionomie, que tout le monde
+regarde sans contrainte, s'imprime plus ou moins dans la mémoire et
+dans le c&oelig;ur de ceux qui l'entourent. De là ces prévenances, ces
+visites, ces avances qu'on lui fait sans conséquence et sans crainte.
+S'il assaisonne ses vaudevilles de quelques lazzis ou quolibets, la
+petite fille qui ne désire qu'un amant entreprenant les prend pour
+elle, et le chanteur remplace l'amant timide qui se gêne en sa
+présence.</p>
+
+<p>Deux hommes aimables se présentent dans un cercle; l'un est libre,
+l'autre a fait un choix; le premier sera assidu et galant auprès de
+toutes les femmes, le second sera poli; le premier aura dix maîtresses
+sans y songer, sans excepter même celle de son ami. La vanité
+<span class="pagenum"><a name="Page_XII" id="Page_XII">XII</a></span> de plaire est souvent plus puissante
+que l'amour, elle se prend pour lui: plus un homme est exposé aux
+regards, s'il est goûté du public ou de la société, plus on s'oublie
+pour lui faire des avances. On ne rougit même pas d'acheter ses
+faveurs.</p>
+
+<p>Les marchands de la place Saint-Germain-l'Auxerrois, où j'avais établi
+mon théâtre ambulant, m'ont vu plus d'une fois refuser différents
+cadeaux; les commissionnaires insister, au point qu'un jour je remis
+sur la borne trois paires de bas de soie qu'on venait de me présenter
+en plein jour. Et je ne me rappelle jamais sans rire la ruse d'une
+jeune femme qui, se trouvant un jour à mon cercle avec son vieux mari,
+vint le lendemain chez moi me gronder de l'avoir regardée en public,
+et pour appuyer sa plainte, me montrer une contusion qu'il lui avait
+faite au cou, en la menaçant du divorce si jamais elle revenait
+m'entendre: je la voyais pour la première fois. Un jour, au sortir de
+plaider ma cause <span class="pagenum"><a name="Page_XIII" id="Page_XIII">XIII</a></span> pour mes chansons, je fus accosté par une autre
+qui me pria de lui montrer la musique.&mdash;Madame, je ne la sais
+pas.&mdash;N'importe, dit-elle, mon mari est vieux et aveugle, nous lui
+ferons compagnie, et vous serez musicien.&mdash;Mais, madame, on le
+préviendra.&mdash;Je me charge de tout.&mdash;Je vous tromperais, madame, j'ai
+une amie.&mdash;Et moi un mari. Ainsi l'amour ou le caprice sautent à pieds
+joints sur toutes les bienséances; et les femmes sont plus entêtées
+que nous dans leurs résolutions, et plus habiles à en venir à leurs
+fins. Ce vertige passé il ne reste pas une étincelle d'amour, et
+l'homme est souvent dupe de l'illusion.</p>
+
+<p>Je ne connais pas de moyens plus dangereux que ces chances de bonne
+fortune pour plonger l'homme dans l'oubli de son être, de son état, de
+son c&oelig;ig;ur et de ses facultés morales et physiques. Les anciens nous
+ont dépeint cette vérité dans la fable de Circé: tous les chanteurs,
+comme les <span class="pagenum"><a name="Page_XIV" id="Page_XIV">XIV</a></span> compagnons d'Ulysse, sont entourés de femmes plus ou
+moins dignes de respect, qui les plongent dans l'ivrognerie,
+l'oisiveté et la stupeur: les libéralités de ces femmes font perdre à
+leurs amants cette délicatesse qui distingue l'honnête homme en amour
+du traitant déhonté: souvent elles volent ce qu'elles donnent au
+favori receleur, et le tout se termine quelquefois par une association
+qui finit d'une manière aussi honteuse que déplorable.</p>
+
+<p>Sous ce point de vue, mon préjugé contre moi-même était raisonnable de
+ma part comme de celle du public; mais ma conduite me permet d'avouer
+que j'ai été chanteur sans que personne ait à rougir de me donner
+cette qualification. Si j'ai vaincu le préjugé et la mauvaise honte,
+je ne l'ai pas déraciné dans tous les esprits; car l'épithète de
+chanteur m'a fait juger incapable d'occuper certaines places, et j'ai
+admiré plus d'une fois l'inconséquence de certaines gens qui, me
+trouvant propre <span class="pagenum"><a name="Page_XV" id="Page_XV">XV</a></span> à tout autre emploi, m'éliminaient directement
+parce que je professais celui-là: c'était me dire de n'en prendre aucun
+ou d'en choisir un moins honnête, et de le faire adroitement. Le monde
+est plein de ces donneurs de conseils qui vous trouvent du mérite pour
+tous les emplois dont ils ne disposent pas, et l'eau bénite de cour se
+répand par-tout.</p>
+
+<p>Du reste, mes malheurs et l'estime publique sont ma meilleure réponse
+contre le préjugé attaché à la profession de chanteur. C'est dans cet
+état, comme dans les prisons, que j'ai appris ce qu'il en coûte pour
+être honnête homme. Si l'appât de l'or eût pu me séduire, je serais
+riche et considéré; mais j'aurais perdu le seul titre qui me console
+dans ma médiocrité. J'ai lutté dix ans contre l'adversité; la fortune
+qui m'a trouvé inébranlable à mon départ comme à mon retour, m'a
+conduit au port lorsque je me préparais encore à une tourmente. On
+m'a demandé les vaudevilles <span class="pagenum"><a name="Page_XVI" id="Page_XVI">XVI</a></span> qui me firent voir les bords de la
+Guyane. Comme on rit du mal passé et que le voyageur, dans un temps
+calme, revoit avec plaisir les lieux affligés par l'orage, ce petit
+mémorial, que personne ne sera tenté de rédiger à aussi cher gage que
+moi, nous paraît aujourd'hui dans le calme du réveil un songe affreux
+dont le souvenir nous plaît et nous corrigerait pour l'avenir.</p>
+
+<p>Je composerai ce recueil,</p>
+
+<p>1<sup>o</sup> Des vaudevilles faits avant mon départ;</p>
+
+<p>2<sup>o</sup> Des romances et des loisirs de mon exil;</p>
+
+<p>3<sup>o</sup> Des chansons érotiques et critiques des anciens et des modernes;</p>
+
+<p>4<sup>o</sup> D'un choix de pièces analogues au temps et aux m&oelig;urs;</p>
+
+<p>5<sup>o</sup> D'un tableau général et varié de prose et de vers pour tous les
+goûts.</p>
+
+<hr class="c15 p6" />
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_001" id="Page_001">1</a></span></p>
+<h2>LE CHANTEUR<br />
+PARISIEN.</h2>
+
+<hr class="c15 p4" />
+
+<h3>LE PRÉJUGÉ VAINCU.</h3>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Avec les jeux dans le village</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>L'amour inventa l'art de plaire,<br />
+Celui de peindre et de chanter.<br />
+Daphnis, auprès de sa bergère,<br />
+Chanta le premier l'art d'aimer.<br />
+Homère, après lui dans la Grèce<br />
+Chantant ses vers harmonieux,<br />
+Sut apprivoiser la rudesse<br />
+De ce peuple de demi-dieux.</p>
+
+<p>Des tyrans les projets superbes<br />
+Ont tout mis en combustion;<br />
+Soudain je vois relever Thèbes,<br />
+Par les doux accords d'Amphion.<br />
+En Thrace le sensible Orphée<br />
+Chante l'amour et ses malheurs;<br />
+Sa lyre lui fraye une entrée<br />
+Dans le sombre manoir des pleurs.</p>
+
+<p>Le sort, qui d'un cardeur de laine<br />
+Avait fait un législateur,<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_002" id="Page_002">2</a></span>
+Me donna la force et l'haleine,<br />
+Et le talent d'être chanteur.<br />
+Modeste au lit tout comme à table,<br />
+Je ne cherche point le haut bout,<br />
+Croyant qu'il faut pour être aimable<br />
+Rester plus couché que debout.</p></div>
+
+<h3 class="p4">LES MANDATS DE CYTHÈRE.</h3>
+
+<p class="p2">Au mois de mai 1796, on donna au théâtre de la Cité les Mandats de
+Cythère. Je fis les couplets suivants qui me firent condamner à une
+amende de 1000 liv. en mandats, somme que j'acquittai pour 2 liv, 10
+s. en argent, au mois de septembre de la même année.</p>
+
+<p class="center p2">Air: <i>Un jour la petite Lisette</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>En France, en Europe, à Cythère,<br />
+On veut fabriquer des mandats.<br />
+L'amour, en prenant ses ébats,<br />
+Disait l'autre jour à sa mère.<br />
+Prendront-ils, ne prendront-ils pas?<br />
+C'est ce que nous ne savons pas.</p>
+
+<p>A l'entreprise je préside,<br />
+Dit Vénus montrant ses états;<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_003" id="Page_003">3</a></span>
+J'hypothèquerai nos mandats<br />
+Sur le double monde de Guide.<br />
+Prendront-ils, ne prendront-ils pas?<br />
+Oh, ma foi, nous n'en doutons pas.</p>
+
+<p>Deux beaux yeux, une belle bouche,<br />
+Deux globes taillés pour l'amour;<br />
+L'Élysée ou le dieu du jour<br />
+N'entre que quand Priape y couche,<br />
+Sont les secrets de nos états<br />
+Pour hypothéquer nos mandats.</p>
+
+<p>Si les législateurs de France<br />
+Avaient d'aussi jolis états,<br />
+Ils seraient moins dans l'embarras<br />
+Pour débrouiller notre finance:<br />
+Car chez nous toujours les mandats<br />
+Sont au pair avec les ducats.</p>
+
+<p>Dans notre aimable république<br />
+On bénit le contrefacteur,<br />
+Et sur le front du délateur<br />
+Croissent les cornes du tropique.<br />
+En tous temps nos jolis mandats<br />
+Sont au pair avec les ducats.</p>
+
+<p>L'amour voyant venir Glycère,<br />
+Pour échanger ses assignats,<br />
+Lui donne un rouleau de mandats<br />
+Qu'il avait reçus de sa mère.<br />
+La friponne disait tout bas....<br />
+Que ce rouleau vaut de ducats!</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_004" id="Page_004">4</a></span>
+Une vieille en perruque blonde,<br />
+Dont le temps ride les appas,<br />
+Veut captiver le beau Lucas<br />
+Et renaître dans le grand monde.<br />
+Pour certain rouleau de mandats,<br />
+Elle offrira mille ducats.</p>
+
+<p>Un vieux Mondor de l'assemblée<br />
+De Lise veut voir les états;<br />
+Il offre un rouleau de mandats,<br />
+Timbré par une planche usée;<br />
+Mais Lise lui dit: vos mandats<br />
+Perdent, cent contre mes ducats.</p></div>
+
+<p class="p2">Les mandats étaient un papier-monnaie, décrété en avril 1796, en
+remplacement des assignats. En août il perdait autant que l'assignat,
+c'est-à-dire, neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-huit trois quarts
+pour cent.... Ce qui les fit appeler, dans le temps, enfants
+mort-nés.</p>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_005" id="Page_005">5</a></span></p>
+<h3>LES PATENTES.</h3>
+
+<p class="p2">Ce vaudeville, composé au mois d'octobre 1796, a été une des causes
+principales de ma déportation. Comme il m'arrivait de porter souvent
+ma main à ma poche, on prétendit que je faisais des gestes indécents
+et contre-révolutionnaires, délit prévu par la loi du 27 germinal,
+emportant peine de mort. L'application m'en fut réellement faite le
+premier novembre 1797. La peine de mort fut commuée en déportation
+perpétuelle, et, le 8 septembre 1803, je reçus ma grace et ma liberté
+de sa majesté l'Empereur et Roi.</p>
+
+<p class="center p2">Air: <i>Un jour Guillot trouva Lisette</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Républicains, aristocrates,<br />
+Terroristes, buveurs de sang,<br />
+Vous serez parfaits démocrates,<br />
+Si vous nous comptez votre argent.<br />
+Et comme la crise est urgente,<br />
+Il faut vous conformer au temps,<br />
+Et prendre tous une patente,<br />
+Pour devenir honnêtes gens.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_006" id="Page_006">6</a></span>
+Mon dieu, que la patrie est chère<br />
+A qui la porte au fond du c&oelig;ur!<br />
+Tous les états sont à l'enchère,<br />
+Hors celui de législateur.<br />
+La raison en est évidente,<br />
+C'est qu'aucun des représentants<br />
+Ne pourrait payer la patente<br />
+Qu'il doit à tous ses commettants.</p>
+
+<p>Un jacobin, nommé Scrupule,<br />
+En s'approchant du receveur,<br />
+Retourne sa poche et spécule,<br />
+Qu'il n'a plus rien que son honneur.<br />
+Oh! que cela ne te tourmente,<br />
+Dit le receveur avisé,<br />
+Ton dos a le droit de patente,<br />
+Commerce donc en liberté.</p>
+
+<p>Une vierge du haut parage,<br />
+Imposée à quatre cents francs,<br />
+Dit en descendant d'équipage,<br />
+Bon dieu! vous moquez-vous des gens?<br />
+Mais, monsieur, je vis d'industrie;<br />
+Le financier, le directeur,<br />
+Vous diront que pour ma patrie<br />
+J'ai vendu jusqu'à mon honneur.</p>
+
+<p>Un gros procureur, honnête homme,<br />
+Cousin de tous les fins Normands,<br />
+Murmure de payer tout comme<br />
+Les malheureux honnêtes gens.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_007" id="Page_007">7</a></span>
+Oh! cette injustice est criante,<br />
+On se pendrait d'un pareil coup!<br />
+Faire payer une patente<br />
+A ce grand maître grippe-sou.</p>
+
+<p>Sous ce déguisement cynique,<br />
+Remets-tu ce fameux voleur?<br />
+Fournisseur de la république,<br />
+Autrefois simple décrotteur.<br />
+Depuis qu'on parle de patentes,<br />
+Monsieur dit qu'il n'a plus d'états,<br />
+Que la république indulgente<br />
+Le classe parmi les forçats.</p>
+
+<p>Combien paierai-je de patente,<br />
+Dit certain faiseur de journal?<br />
+Si tu devais un sou de rente<br />
+A tous ceux dont tu dis du mal,<br />
+Je crois bien qu'au bout de l'année,<br />
+Sans compter tous tes revenus,<br />
+Ta dette serait augmentée<br />
+De trois ou quatre mille écus.</p>
+
+<p>Un vieux médecin se présente,<br />
+Hé quoi! dit un des assistants,<br />
+Peut-on payer une patente<br />
+Pour avoir droit de tuer les gens?<br />
+Non, dit un auteur dramatique,<br />
+Il vaut bien mieux les égayer;<br />
+Et mais, répond certain critique,<br />
+Nous vous payons bien pour bâiller.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_008" id="Page_008">8</a></span>
+En fredonnant un air gothique,<br />
+Arrive un chanteur écloppé.<br />
+Si pour chanter la république<br />
+Il faut que je sois patenté,<br />
+Je ferai, dit-il, sans contrainte,<br />
+Cette offrande à la liberté,<br />
+Si désormais je puis sans crainte<br />
+Chanter par-tout la vérité.</p></div>
+
+<h3 class="p4">LES CONTRADICTIONS.</h3>
+<p class="center p2">Air: <i>Pour attendrir Junon rebelle</i> (d'Anacréon
+chez Polycrate.)</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Ah! qu'on a bien raison de dire<br />
+Qu'amour est un étrange enfant;<br />
+Plus il nous cause de martyre,<br />
+Et plus il nous paraît charmant.<br />
+Dans son inconcevable empire,<br />
+Tout comme en révolution,<br />
+Chacun de nous veut se conduire<br />
+Toujours par contradiction.</p>
+
+<p>Quand Fanchette fut moins cruelle<br />
+Je songeais à peine à l'aimer;<br />
+Aujourd'hui qu'elle est infidèle,<br />
+Fanchette a tout pour me charmer.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_009" id="Page_009">9</a></span>
+Et dans mon aveugle délire,<br />
+Tout comme en révolution,<br />
+Fanchette, tu vas me conduire<br />
+Toujours par contradiction.</p>
+
+<p>On se recherche, l'on s'évite,<br />
+On s'ennuie de résister;<br />
+Pour être pris, l'un court moins vîte;<br />
+L'autre aussitôt va s'arrêter.<br />
+A Cythère on fait comme en France,<br />
+Pour l'amour ou pour la raison,<br />
+Quand l'un recule, l'autre avance,<br />
+Toujours par contradiction.</p>
+
+<p>Aux pieds de la reine de Gnide,<br />
+Tous les dieux se sont réunis;<br />
+Elle vole où son c&oelig;ur la guide,<br />
+Et c'est dans les bras d'Adonis.<br />
+De ce choix qu'elle vient de faire,<br />
+L'amour murmure avec raison;<br />
+Mais en France, comme à Cythère,<br />
+Tout va par contradiction.</p>
+
+<p>Quand Lucas aime sa voisine,<br />
+Avec sa peau de maroquin<a name="FNanchor_2" id="FNanchor_2"></a><a href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>,<br />
+Pluton épouse Proserpine,<br />
+Et Vénus épouse Vulcain;<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_010" id="Page_010">10</a></span>
+Mais dans leur aveugle délire,<br />
+Tout comme en révolution,<br />
+Les objets peuvent les séduire,<br />
+Toujours par contradiction.</p>
+
+<p>Quand nous pourrons couper les ailes<br />
+De ce petit fripon d'amour,<br />
+Nos dames seront plus fidèles,<br />
+Et nous les paierons de retour;<br />
+Quand les trois pouvoirs en cadence<br />
+Peuvent chanter à l'unisson,<br />
+Nous voyons que tout dans la France;<br />
+Marche sans contradiction.</p></div>
+
+<h3 class="p4">LES COLLETS NOIRS.</h3>
+
+<p class="p2">Je composai ce vaudeville au mois de juillet 1797, au moment où l'on
+se faisait la guerre à Paris pour un ruban, un collet rouge ou noir;
+pour des souliers pointus ou carrés, et sur-tout pour les nattes. J.
+J. Rousseau, en écrivant sa lettre contre la musique française, dit
+que la querelle qui s'anima au sujet de cette futilité fut si grande,
+qu'on oublia de grands intérêts et des démêlés plus sérieux pour
+celui-là. Pour moi, je voulais voir les deux <span class="pagenum"><a name="Page_011" id="Page_011">11</a></span> partis s'amuser de
+leurs ridicules, et on m'arrêta lorsque je chantai cette chanson pour
+la quatrième fois.</p>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Il y a cinquante ans et plus</i> (de la Caverne).</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Faut-il pour un collet noir,<br />
+Pour une perruque blonde,<br />
+Pour une toque, un mouchoir,<br />
+Bouleverser tout le monde.<br />
+Les frondeurs de cette mode,<br />
+Comme moi dans un boudoir,<br />
+N'ont rien vu de plus commode,<br />
+Qu'un collet bordé de noir.</p>
+
+<p>Dans l'olympe radieux,<br />
+Quand Vénus sortant de l'onde,<br />
+Fut admise au rang des dieux<br />
+On dira qu'elle était blonde.<br />
+Pour lui donner l'art de plaire,<br />
+L'amour fit apercevoir,<br />
+Près du temple du mystère,<br />
+Son collet bordé de noir.</p>
+
+<p>A la mère de l'amour<br />
+Chaque dieu fit son offrande;<br />
+Mais Mars eut, avant son tour,<br />
+Le premier droit de prébende.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_012" id="Page_012">12</a></span>
+Oh! ma plus belle parure,<br />
+Lui dit-elle, c'est d'avoir<br />
+Au-dessous de ma ceinture,<br />
+Ton collet bordé de noir.</p>
+
+<p>D'un déchireur de collet,<br />
+Pour punir l'audace extrême,<br />
+L'amour juge du méfait,<br />
+Sut s'en venger par lui-même.<br />
+Le galant, par aventure,<br />
+Chez Thisbé montant le soir,<br />
+Trouve au bas de sa ceinture,<br />
+Collet rouge, et blanc, et noir.</p>
+
+<p>Si d'un pantalon crasseux,<br />
+D'une robe rouge ou grise,<br />
+Aristide est amoureux,<br />
+Qu'il se vêtisse à sa guise;<br />
+Si le bonnet et la pique<br />
+Peuvent flatter son espoir,<br />
+Qu'il les prenne sans réplique,<br />
+Moi je veux un collet noir.</p>
+
+<p>On peut, sans être malin,<br />
+Vous dire avec assurance<br />
+Que c'est l'habit d'Arlequin<br />
+Qui sied le mieux à la France.<br />
+Car le démon de la mode,<br />
+Chez nous du matin au soir,<br />
+Fait, défait et raccommode,<br />
+Collet rouge, et blanc et noir.</p></div>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_013" id="Page_013">13</a></span></p>
+<h3>LE PÈRE HILARION</h3>
+
+<h4>AUX FRANÇAIS.</h4>
+
+<p class="center"><i>Fait au premier janvier 1797.</i></p>
+
+<p class="center">Parallèle des abus du cloître avec les abus de 1793, 94, 95 et 96.</p>
+
+<p class="center p2">Air: <i>A moins que dans ce monastère</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Peuple français, peuple de frères,<br />
+Souffrez que père Hilarion,<br />
+Turlupiné dans vos parterres,<br />
+Vous fasse ici sa motion <span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span><br />
+Il vient sans fiel et sans critique,<br />
+Et sans fanatiques desseins,<br />
+Comparer tous les capucins<br />
+Aux frères de la république.</p>
+
+<p>Nous renonçons à la richesse<br />
+Par la loi de notre couvent,<br />
+Votre code, plein de sagesse,<br />
+Vous en fait faire tout autant.<br />
+Comme dans l'ordre séraphique,<br />
+Ne faut-il pas, en vérité,<br />
+Faire le v&oelig;u de pauvreté,<br />
+Pour vivre dans la république.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_014" id="Page_014">14</a></span>
+On nous défend luxe et parure,<br />
+Et vos frères les jacobins<br />
+Avaient la crasseuse figure<br />
+De nos plus sales capucins.<br />
+Notre chaussure est sympathique;<br />
+Souvent sans bas et sans souliers,<br />
+On voit par-tout des va-nu-pieds,<br />
+Capucins de la république.</p>
+
+<p>Tout comme dans nos monastères,<br />
+Vous aviez vos frères quêteurs,<br />
+C'étaient vos braves commissaires<br />
+Et vos benins réquisiteurs.<br />
+Par leur douceur évangélique<br />
+Et par leur sainte humanité,<br />
+Comme ils faisaient la charité<br />
+Aux pauvres de la république!</p>
+
+<p>On nous ordonne l'abstinence,<br />
+Dedans notre institut pieux:<br />
+N'observait-on pas dans la France<br />
+Le jeûne le plus rigoureux?<br />
+Dans votre carême civique<a name="FNanchor_3" id="FNanchor_3"></a><a href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>,<br />
+Vous surpassiez le capucin;<br />
+En vivant d'une once de pain,<br />
+Vous jeûniez pour la république.</p>
+
+<p>Par un vieux règlement d'usage<br />
+Nous faisons v&oelig;u de chasteté;<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_015" id="Page_015">15</a></span>
+Le sacrement de mariage<br />
+Par vos frères est rejeté<a name="FNanchor_4" id="FNanchor_4"></a><a href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>.<br />
+Dans cette gaillarde pratique,<br />
+Qu'il est beau de voir à présent,<br />
+Pour une femme seulement,<br />
+Vingt filles de la république!</p>
+
+<p>Nous avons notre discipline,<br />
+Instrument de punition.<br />
+Vous avez votre guillotine,<br />
+Fraternelle correction.<br />
+Ce châtiment patriotique<br />
+Est bien sûr de tous ses effet<br />
+Il n'en faut qu'un coup pour jamais<br />
+Ne manquer à la république.</p>
+
+<p>Demandant toujours des réformes,<br />
+Vous avez fait tout réformer;<br />
+De toutes vos nouvelles formes,<br />
+Quand je vous entends murmurer,<br />
+Je vous dis, trève de critique,<br />
+Puisque vous l'avez fait créer,<br />
+Il faut bien vous accoutumer,<br />
+A supporter la république.</p>
+
+<p>Rien ne vous plaît, tout vous ennuie,<br />
+Vous voulez toujours innover;<br />
+En abhorrant la monarchie,<br />
+Vous ne pourrez vous en passer.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_016" id="Page_016">16</a></span>
+Pour jouer nos capucinades,<br />
+Notre cloître était excellent;<br />
+Faudrait qu'il fût cent fois plus grand,<br />
+Pour jouer vos arlequinades.</p>
+
+<p>Agréez, mes chers camarades,<br />
+Le salut de l'égalité,<br />
+Et recevez mes accolades,<br />
+En signe de fraternité;<br />
+Mais respectez ma barbe antique,<br />
+Lorsque je viens vous embrasser,<br />
+Et ne la faites point passer<br />
+Au rasoir de la république.</p></div>
+
+<h3 class="p4">LA CHARENTE.</h3>
+
+<p class="p2">Ce vaudeville poissard est la relation fidèle du combat que nous
+soutînmes depuis minuit jusqu'à six heures du matin, le 21 mars 1797,
+sur la frégate la Charente, qui sortit de la rade de Rochefort dans la
+nuit du 20 mars, pour nous déporter à Cayenne. Le lendemain, en
+avançant en haute mer, nous vîmes à notre poursuite trois bâtiments
+anglais, le Vieux Canada, de 74 canons, escorté des frégates la Pomone
+et la Flore, toutes deux de 42 pièces. Toute la journée nous tentâmes
+de <span class="pagenum"><a name="Page_017" id="Page_017">17</a></span>
+gagner les côtes de Médoc; mais la Flore nous rasait la terre:
+la Pomone gagnait au large, et le Vieux Canada fermait la marche. Dans
+la journée on jeta à la mer toute la cargaison et une partie de nos
+effets pour délester le bâtiment. La nuit vint, et nous nous perdîmes
+de vue; à minuit la lune nous trahit et nous nous trouvâmes près de
+l'écueil du phare Cordouan. Les Anglais nous débouquèrent; la marée
+montait; le combat s'engagea. On délesta de nouveau le bâtiment, qui,
+démâté par le canon, le gouvernail brisé, nous fit échouer sur les
+ruines de l'ancienne ville des Olives, près la rade de Royan, à
+dix-huit lieues de Bordeaux.</p>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Stuila qu'a pincé Berg-op-Zoom</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Ventrebleu qu'il est donc brutal,<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span><br />
+Ce carillon de germinal;<br />
+J'crayons ma foi que c'te Charente,<br />
+Au diable f.... l'épouvante.</p>
+
+<p>Voyant ces trois châtiaux flottants,<br />
+J'avions largué la voile aux vents;<br />
+Avec tout nout échapatoire,<br />
+Fallut nous casser la mâchoire.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_018" id="Page_018">18</a></span>
+Par là corbleu, monsieu Breuillac,<br />
+N'est ma foi point un monsieu d'Crac,<br />
+C'est f.... ben un pinc' sans rire,<br />
+Que malgré lui l'Anglais admire.</p>
+
+<p>Not maison quand brutal ronflait,<br />
+Sur le rocher se reposait.<br />
+J'avions un pied dans l'onde noire,<br />
+Et plus qu'nout saoul j'ons failli boire.</p>
+
+<p>Au milieu de tout c't'embarras,<br />
+Le grand marin qu'je n'voyons pas,<br />
+Qui ben mieux qu'nous connaît l'parage,<br />
+A lui seul sauva l'équipage.</p></div>
+
+<h3 class="p4">LES LUNETTES</h3>
+
+<h3>ET LA NOUVELLE BÉQUILLE.</h3>
+
+<p class="center p2">Air: <i>De la béquille</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Tous nos messieurs du jour,<br />
+Pour lorgner les brunettes,<br />
+Font porter à l'amour<br />
+Cent sortes de lunettes;<br />
+Mais fillette gentille<br />
+Bien mieux s'amusera,<br />
+D'une grosse béquille<br />
+Du père Barnaba.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_019" id="Page_019">19</a></span>
+Hortense est dans son lit,<br />
+Hortense est bien malade;<br />
+N'amenez point ici<br />
+D'Hippocrate maussade.<br />
+De cette jeune fille<br />
+Le bobo guérira<br />
+Par un coup de béquille<br />
+Du père Barnaba.</p>
+
+<p>Hélas! depuis long-temps<br />
+Comme tout change en France!<br />
+Dès nos plus jeunes ans<br />
+Le malheur nous devance;<br />
+Garçon et jeune fille,<br />
+En sortant du berceau,<br />
+Prennent tous la béquille<br />
+Pour aller au tombeau.</p>
+
+<p>C'est en se chamaillant<br />
+Pour la chose publique,<br />
+Qu'on fit clopin clopan,<br />
+Boiter la république.<br />
+Moins leste que nos filles,<br />
+La jeune liberté<br />
+Court avec des béquilles<br />
+A la caducité.</p>
+
+<p>Pour réconcilier<br />
+Tous les aristocrates,<br />
+Il faut les marier<br />
+Avec les démocrates.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_020" id="Page_020">20</a></span>
+A la grande famille<br />
+Tout se réunira,<br />
+Par un coup de béquille<br />
+Du père Barnaba.</p></div>
+
+<h3 class="p4">LE COUP DU LOUP.</h3>
+
+<p class="center">Vaudeville-proverbe, composé en brumaire, octobre 1799.</p>
+
+<p class="center p2">Air: <i>Lise voyait deux pigeons se becquer</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Vous qui n'aimez que les dons de Plutus,<br />
+Le bruit de Mars, les myrtes de Vénus,<br />
+Votre bonheur est sur l'aile d'Eole;<br />
+Le char se brise et tombe tout à coup;<br />
+Appliquez-vous ce proverbe d'école,<br />
+<span class="i3">Y n'faut qu'un coup</span><br />
+<span class="i3">Pour assommer un loup.</span></p>
+
+<p>J'ai vu le loup, disait la jeune Iris,<br />
+Il m'a pris hier mes deux jolis cabrits;<br />
+Pour m'en venger, je tiens cette houlette;<br />
+C'était le bien du beau berger Pâris.<br />
+Pâris lui dit, la jetant sur l'herbette,<br />
+<span class="i3">N'en faut qu'un coup</span><br />
+<span class="i3">Pour assommer le loup.</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_021" id="Page_021">21</a></span>
+Par intérêt, ou pour tout autre cas,<br />
+Sa vieille mère avait suivi ses pas;<br />
+En la voyant tomber sous la coudrette,<br />
+Bon dieu, bon dieu, qu'elle fit de fracas!<br />
+Elle disait à la pauvre fillette:<br />
+<span class="i3">Voilà le coup</span><br />
+<span class="i3">Pour assommer le loup.</span></p>
+
+<p>Par son voisin, Guyot voit ses enfants;<br />
+Mais au voisin ils sont très ressemblants.<br />
+Un vieil ami que Laure répudie,<br />
+Rend du mari les yeux trop clairvoyants:<br />
+Au bois d'amour quand naît la jalousie,<br />
+<span class="i3">I' n'faut qu'un coup</span><br />
+<span class="i3">Pour assommer un loup.</span></p>
+
+<p>Guyot annonce un voyage important:<br />
+Laure a déjà prévenu son amant.<br />
+Madame, il faut voyager à ma place,<br />
+Lui dit l'époux au beau milieu du champ;<br />
+Guyot revient, Laure fait la grimace.<br />
+<span class="i3">I' n'faut qu'un coup</span><br />
+<span class="i3">Pour assommer un loup.</span></p>
+
+<p>Pour mieux tromper les yeux de ses voisins,<br />
+Pour enchaîner leurs caquets assassins,<br />
+A son amant Laure avait, par prudence,<br />
+Fait fabriquer un bon passe-partout.<br />
+Guyot absent, il venait en silence.<br />
+<span class="i3">I' n'faut qu'un coup</span><br />
+<span class="i3">Pour assommer un loup.</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_022" id="Page_022">22</a></span>
+Sur le minuit il entra doucement;<br />
+Le gars savait toiser l'appartement:<br />
+En tâtonnant sur le lit de la dame,<br />
+Il le pressait.... Guyot dit tout à coup:<br />
+Réservez donc vos baisers pour ma femme.<br />
+<span class="i3">I' n'faut qu'un coup</span><br />
+<span class="i3">Pour assommer un loup.</span></p></div>
+
+<h3 class="p4">LES INCROYABLES,<br />
+
+LES INCONCEVABLES,<br />
+
+ET LES MERVEILLEUSES.</h3>
+
+<p class="center">Tableau des aimables du jour, et du costume des plus élégants de la
+révolution de 1796 et 1797.</p>
+
+<p class="center p2">Air: <i>Dans nos bois, dans nos campagnes</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Tout est incroyable en France<br />
+Dans la révolution:<br />
+La sagesse est la démence,<br />
+La folie est la raison.<br />
+Faisant la guerre aux coutumes<br />
+Pour rappeler les vertus,<br />
+Sous d'incroyables costumes,<br />
+Se vois rentrer les abus.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_023" id="Page_023">23</a></span>
+Nous n'avons plus de comtesses,<br />
+Nous n'avons plus de barons;<br />
+Nos merveilleuses déesses<br />
+Leur ont pris leurs phaétons:<br />
+Et Margot dans l'équipage<br />
+Vient d'oublier son talent;<br />
+Se voyant dans l'apanage,<br />
+Ne connaît plus ses parents.</p>
+
+<p>Son incroyable Narcisse<br />
+Lui dit du haut de son char:<br />
+Vénus, ou que je périsse!<br />
+A moins de graces et moins d'art.<br />
+Pa'ol' d'honneur, dit-elle,<br />
+Sous ce costume élégant,<br />
+Je voudrais être aussi belle<br />
+Que vous paraissez galant.</p></div>
+
+<p class="p2 center"><i>La merveilleuse à l'incroyable.</i></p>
+
+<div class="block p1">
+<p>En vous tout est incroyable,<br />
+De la tête jusqu'aux pieds;<br />
+Chapeau de forme effroyable,<br />
+Gros pieds dans petits souliers;<br />
+Si pour se mettre à la mode<br />
+Gargantua venait ici,<br />
+Rien ne serait plus commode<br />
+Que d'emprunter votre habit.</p>
+
+<p>Botté tout comme un saint George,<br />
+Culotté comme un Malbrouk,<br />
+Gilet croisant sur la gorge,<br />
+Épinglette d'or au cou;<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_024" id="Page_024">24</a></span>
+Trois merveilleuses cravattes<br />
+Ont bloqué votre menton,<br />
+Et la pointe de vos nattes<br />
+Fait cornes sur votre front.</p>
+
+<p>Je vois un autre incroyable<br />
+Chaussé comme une catin,<br />
+A la belle inconcevable<br />
+Présenter sa blanche main;<br />
+Cette incroyable coiffure<br />
+A, dit-elle, tant d'appas,<br />
+Qu'en voyant votre figure<br />
+Je ne vous remettais pas.</p>
+
+<p>De vos boucles de culottes<br />
+Ménageant les ardillons,<br />
+Nous déborderons nos cottes,<br />
+Pour vous faire des cordons;<br />
+Mais venez en diligence,<br />
+O merveilleux chevaliers!<br />
+Chez nous par reconnaissance<br />
+Chercher chaussure à vos pieds.</p></div>
+
+<p class="center p2"><i>Réponse des incroyables aux merveilleuses.</i></p>
+
+<div class="block p1">
+<p>O charmante merveilleuse!<br />
+Mère du divin amour,<br />
+De votre taille amoureuse<br />
+Rien ne gêne le contour;<br />
+De votre robe à coulisse<br />
+Les plis sont très peu serrés;<br />
+C'est pour faire un sacrifice<br />
+Que vos bras sont retroussés.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_025" id="Page_025">25</a></span>
+Vous avez déjà l'étole<br />
+Des prêtresses de Vénus,<br />
+Et je vois à votre école<br />
+Un essaim de parvenus:<br />
+Cythérée à sa toilette,<br />
+Voulant enchaîner l'espoir,<br />
+Tous cèderait son aigrette<br />
+Pour votre immense mouchoir.</p>
+
+<p>De votre robe traînante<br />
+Quand les replis ondulants<br />
+Avaient interdit l'attente<br />
+A nos désirs renaissants,<br />
+Je vois votre main légère,<br />
+Conduite par les amours,<br />
+De l'asile du mystère.<br />
+Nous découvrir les détours.</p>
+
+<p>Talons à la cavalière,<br />
+Boucles et souliers brodés,<br />
+Bottines à l'écuyère,<br />
+Ou bas à coins rapportés;<br />
+Ridiculement mondaines<br />
+Dans tous vos ajustements,<br />
+Des reines et des Romaines<br />
+Vous quêtez les agréments.</p>
+
+<p>Mais vos perruques frisées<br />
+Tout comme un poil de barbet<br />
+Ne sont donc plus couronnées<br />
+Par des chapeaux à plumet;<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_026" id="Page_026">26</a></span>
+Et vos toques prolongées<br />
+Disent aux maris françois,<br />
+Que leurs femmes corrigées<br />
+Portent la moitié du bois.</p>
+
+<p>Mais ces autres dédaigneuses<br />
+Ont un bonnet plus galant;<br />
+Leurs têtes impérieuses<br />
+Sont un vrai moulin à vent:<br />
+Celles-ci plus souveraines<br />
+Vous disent éloquemment,<br />
+En France nous sommes reines,<br />
+Et nous portons un turban.</p></div>
+
+<h3 class="p4">REGRETS DE DAVID</h3>
+
+<h4>A LA MORT DE BETHSABÉE.</h4>
+
+<p class="p2">David, surnommé le prophète-roi, était le plus jeune des fils d'Isaïe,
+bethléémite, et, suivant certaines versions, le moins aimé de son
+père, qui l'avait relégué dans la campagne pour garder ses troupeaux.
+Dieu le tira de ce néant pour le placer sur le trône d'Israël. David,
+au milieu de la prospérité, oublia une si grande faveur. Dans un
+moment d'oisiveté, en <span class="pagenum"><a name="Page_027" id="Page_027">27</a></span>
+se promenant, il vit au bain Bethsabée femme
+d'Urie, un des capitaines de ses troupes. Urie était absent pour le
+service de son prince. David s'enflamma pour Bethsabée, qui devint
+enceinte en l'absence de son mari. Le roi rappela Urie pour que son
+adultère ne fût point connu; mais ce guerrier se rendit au palais du
+roi sans vouloir rentrer chez lui, et répondit à David qui l'y
+engageait: Comment ne jeûnerais-je pas et rentrerais-je dans ma
+maison, quand l'arche du seigneur couche dans les camps et qu'elle est
+peut-être au pouvoir des infidèles?.... Le roi, loin d'être touché de
+ces paroles, fit marcher Urie dans un défilé, d'où, il ne put échapper
+à la mort. Bethsabée épousa David, donna le jour à Salomon, et mourut
+subitement à la fleur de son âge, au moment où David l'idolâtrait....</p>
+
+<p>L'auteur de ce chef-d'&oelig;uvre peint David debout, les bras étendus
+sur les tristes restes de son amante, dont le visage à découvert dans
+le cercueil, en lui laissant le souvenir de ses charmes, lui rappelle
+son ingratitude envers Dieu et son crime envers Urie. David, en proie
+à l'amour, au remords, à la reconnaissance, cède tour à tour à sa
+passion, à son désespoir et à son repentir. Cette héroïde arrachait
+des <span class="pagenum"><a name="Page_028" id="Page_028">28</a></span> larmes aux sauvages de la Guyane, quand nous la chantions sur
+les bords de la mer: l'écho des forêts et des montagnes lui donnait
+quelque chose de mélodieux, et les cultivateurs quittaient leurs
+travaux pour nous écouter. Je me croirais poëte si j'eusse fait ces
+couplets.</p>
+
+<div class="block p2">
+<p>Je suis puni, je perds ce que j'adore,<br />
+Ce cher auteur de mes forfaits.<br />
+C'est malgré moi que je t'offense encore,<br />
+Seigneur, par mes tristes regrets.<br />
+Mon c&oelig;ur est déchiré sans cesse<br />
+Par le remords et le désir.<br />
+Ah! j'en mourrais de repentir<br />
+Si je n'expirais de tendresse.<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p>
+
+<p>De mon amour, déplorable victime,<br />
+Je n'ai long-temps fait que gémir.<br />
+J'ai succombé, j'ai vécu dans le crime....<br />
+Tu ne pouvais mieux m'en punir....<br />
+Grand Dieu! ta puissance suprême<br />
+N'a plus de coups à me porter.<br />
+On n'a plus rien à redouter<br />
+Quand on a perdu ce qu'on aime. <span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p>
+
+<p>Elle n'est plus; la mort impitoyable<br />
+A moissonné ses jeunes ans;<br />
+Et c'est du fond d'un sépulcre effroyable<br />
+Qu'elle ravit encor mes sens.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_029" id="Page_029">29</a></span>
+En t'implorant mon c&oelig;ur t'outrage,<br />
+Seigneur; mes v&oelig;ux sont criminels,<br />
+Puisque j'apporte à tes autels<br />
+Un c&oelig;ur rempli de son image.</p>
+
+<p>Si je l'aimai cette amante adorable,<br />
+Si j'oubliai tant de bienfaits,<br />
+C'est toi, mon Dieu, qui me rendis coupable<br />
+En la formant de tes attraits.<br />
+A mes devoirs toujours fidèle,<br />
+Et toujours soumis à ta loi,<br />
+Hélas! je n'eusse aimé que toi,<br />
+Si je n'avais brûlé pour elle.</p></div>
+
+<h3 class="p4">LE DÉPORTÉ</h3>
+
+<h4>DANS LA GUYANE FRANÇAISE.</h4>
+
+<p class="center">Romance composée à la Franchise, en frimaire an huitième (24 novembre
+1799).</p>
+
+<p class="center p2">Air de l'opéra de Tom-Jones; <i>Vous voulez que je vous oublie</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p><i>Reprise.</i>&nbsp;&nbsp;O ma maîtresse! ô ma patrie!<br />
+<span class="i4">Oui, je chéris jusqu'à vos coups.</span><br />
+Vos arrêts font le destin de ma vie;<br />
+Vous m'exilez quand je brûle pour vous....</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="Page_030" id="Page_030">30</a></span>
+<p>Déporté dans le nouveau monde,<br />
+Un troubadour, au bord de l'onde,<br />
+Soupirait ainsi ses revers!<br />
+Sombres forêts, affreux rivage,<br />
+Faut-il qu'au printemps de mon âge<br />
+J'expire ici chargé de fers?....</p>
+
+<p>O ma maîtresse! ô ma patrie! etc.</p>
+
+<p>Oh! je ne suis pourtant coupable<br />
+Que d'aimer un objet aimable,<br />
+Et de soupirer pour un roi;<br />
+Trop fier de ce vertueux crime,<br />
+De l'amour sensible victime,<br />
+J'expire en adorant ta loi.</p>
+
+<p>O ma maîtresse! ô ma patrie! etc.</p>
+
+<p>Dès que l'orient se colore,<br />
+Je dis à la naissante aurore:<br />
+Mêle tes larmes à mes pleurs;<br />
+Mais conserve pour ma patrie,<br />
+Et pour l'ingrate qui m'oublie,<br />
+Tes dons et tes riches couleurs.</p>
+
+<p>O ma maîtresse! ô ma patrie! etc.</p>
+
+<p>Quand de cette zone torride<br />
+Mon pied foule le sable aride,<br />
+Je porte la main sur mon c&oelig;ur.<br />
+Zulma, pour toi comme il palpite!<br />
+Vers toi comme il se précipite,<br />
+Beau climat où naît le bonheur!....</p>
+
+<p>O ma maîtresse! ô ma patrie! etc.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_031" id="Page_031">31</a></span>
+Le nouveau siècle qui commence<br />
+Rendra l'âge d'or à la France;<br />
+Sur les lis l'aigle volera.<br />
+Soit qu'ici je végète encore,<br />
+Ou soit qu'un tigre m'y dévore,<br />
+Ma langue en se glaçant dira:</p>
+
+<p>O ma maîtresse! ô ma patrie! etc.</p>
+
+<p>O Dieu! je reverrais la France!<br />
+Je jouirais de ta présence!<br />
+Zulma! tu m'as ravi ton c&oelig;ur!....<br />
+Non.... Laissez-moi sur cette rive,<br />
+Et qu'en mourant, ma voix plaintive<br />
+Nomme Zulma pour mon malheur.</p>
+
+<p><span class="i2">O ma maîtresse! ô ma patrie!</span><br />
+<span class="i2">Oui, je chéris jusqu'à vos coups:</span><br />
+Vos arrêts font le destin de ma vie;<br />
+Vous m'exilez quand je brûle pour vous.</p></div>
+
+<p class="p2">Un de nos compagnons d'exil fut déporté, en 1797, pour avoir ramené en
+France, dans sa famille, une jeune émigrée comme lui dont il venait
+demander la main. Pendant que nous étions dans la Guyane, il apprit
+qu'elle avait épousé un autre jeune homme qui lui avait fait obtenir
+sa radiation: il en mourut de douleur. C'est le sujet de cette
+romance.</p>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_032" id="Page_032">32</a></span></p>
+<h3>LE TOMBEAU D'ISMÈNE.</h3>
+
+<p class="p2">Un jeune homme dont les parents avaient éprouvé de grands revers
+parvint, par amour et par séduction, à obtenir les faveurs d'Ismène
+d'Orv.... que ses parents lui destinaient, avant que la fortune eût
+allumé entre les deux maisons une haine irréconciliable. Ismène
+d'Orv.... devint enceinte. Cette nouvelle éclata un jour au milieu
+d'une fête que toute la famille donnait au grand-papa. M. d'Orv....,
+plaint par les gens sensés, et ridiculisé par les jeunes étourdis,
+concentra sa colère durant le repas: mais le soir, en rentrant chez sa
+fille, il la traîne aux cheveux, lui donne des coups de pied dans le
+ventre, et assassine la mère et l'enfant, qui moururent au bout de
+huit jours. Le premier auteur de cette catastrophe était un de nos
+compagnons d'exil. L'amour et la douleur le traînèrent au sanctuaire.
+Il me demanda les couplets suivants; me permit de les publier, et me
+pria de taire son nom par égard pour la famille de son amie, dont le
+chef expie sa faute dans un deuil éternel.</p>
+
+<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a name="Page_033" id="Page_033">33</a></span>
+Air de la nouvelle Clémentine: <i>Une jeune bergère, les yeux baignés de
+pleurs</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>J'ai perdu mon Ismène,<br />
+J'ai perdu mon bonheur;<br />
+Échos, forêts, fontaines,<br />
+Répétez ma douleur.<br />
+Pour moi, belle nature,<br />
+Tes dons sont superflus;<br />
+Dépouille-toi de ta verdure,<br />
+Mon Ismène n'est plus.</p>
+
+<p>Claire et pure fontaine,<br />
+Sur tes bords enchanteurs,<br />
+Chaque jour, pour Ismène,<br />
+Tu t'émaillais de fleurs;<br />
+Je vais grossir ton onde<br />
+De mes pleurs superflus;<br />
+Je reste isolé dans le monde,<br />
+Mon Ismène n'est plus!</p>
+
+<p>Si l'or me rend Ismène<a name="FNanchor_5" id="FNanchor_5"></a><a href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>,<br />
+Si l'or me rend mon fils,<br />
+Je veux m'ouvrir la veine<br />
+Pour en doubler le prix:<br />
+Tes largesses tardives<br />
+Sont des biens superflus;<br />
+Les habitants des sombres rives<br />
+Payent de leurs vertus.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_034" id="Page_034">34</a></span>
+Coudrier dont l'ombrage<br />
+Protégeait nos plaisirs,<br />
+Assis sous ton feuillage,<br />
+Je pousse des soupirs.<br />
+Au récit de ma peine,<br />
+Ces rochers sont émus;<br />
+Écho répète encore Ismène,<br />
+Mais Ismène n'est plus!</p>
+
+<p>Près de cette hécatombe,<br />
+Venez en sanglotant;<br />
+Ce marbre sert de tombe<br />
+A la mère, à l'enfant.<br />
+Son bourreau fut son père,<br />
+L'amour fit ses malheurs,<br />
+Et son amant se désespère:<br />
+Vous leur devez des pleurs.</p></div>
+
+<h3 class="p4">MES LOISIRS</h3>
+
+<h4>DANS LA GUYANE FRANÇAISE</h4>
+
+<p class="center">en 1801.</p>
+
+<p class="center"><i>Loyauté, Commerce, et Usure.</i></p>
+
+<p class="p2">Durant le fameux hiver de 1784 une femme, chargée d'un poêlon de
+cuivre, se présenta chez le sieur Crugeon, chaudronnier sur le <span class="pagenum"><a
+name="Page_035" id="Page_035">35</a></span> pont Marie, à Paris. «Il y a sept
+mois, lui dit-elle, que vous m'avez vendu cet ustensile; je le payai
+huit livres dix sous, et vous me promîtes de le reprendre à sept
+livres dix sous, si je voulais m'en défaire dans l'année. Mais ne
+pouvant prévoir que nous eussions un hiver si rigoureux, je suis
+obligée de m'en défaire; reprenez votre poêlon et donnez-moi ce qu'il
+vous plaira. Je loge maintenant à l'autre bout de la ville. Je l'ai
+offert à cinq ou six personnes, aucun n'a passé le prix de trois
+livres dix sols. Je vous reconnais et je reconnais le poêlon, répondit
+l'artisan. Vous avez eu tort de l'offrir à cinq ou six personnes, il
+fallait venir droit à moi: je suis homme de parole en hiver comme en
+été; voilà vos sept livres dix sous.»</p>
+
+<p class="p1"><i>Beau modèle de franchise et de probité de l'artisan: voilà la vraie
+justice. Voici l'usure.</i></p>
+
+<p class="p1">Durant le même hiver, un homme de lettres malade entra chez un riche
+bijoutier dont on rougit de dire le nom, et lui dit: «Vous m'avez
+vendu il y a six mois, avec garantie, une pendule que je vous payai
+cinq cents livres. Je suis forcé de m'en défaire; voyez <span class="pagenum"><a
+name="Page_036" id="Page_036">36</a></span> pour quelle somme vous voulez la
+reprendre. Mon cher monsieur, répondit le trafiquant, il faut aller
+suivant la saison: l'hiver est très rude: je vous donne deux louis et
+demi de votre pendule. Le marché se conclut à quatre-vingts
+livres....»</p>
+
+<p class="p4 center"><big>PHÉNOMÈNE.</big> <i>Anecdote de 1788.</i></p>
+
+<p class="p2">Pierre Noël Le Cauchois avait servi long-temps dans un régiment de
+dragons où il avait mérité et obtenu des distinctions et des grades;
+mais son bon c&oelig;ur l'ayant porté à défendre les opprimés, il
+embrassa la profession d'avocat. Cet homme généreux et infatigable,
+qui s'était ruiné pour faire éclater dans tout son jour l'innocence de
+la fille Salmon, est mort à Paris, le 16 février 1788, dans
+l'indigence la plus déplorable. Ses amis seuls suivirent son convoi en
+fondant en larmes, et ce fut monsieur Cosson qui, ne voulant point
+qu'un homme si estimable fût enterré par charité, paya les frais de
+son enterrement à Saint-Sulpice. Voici ce que le propriétaire de la
+maison qu'occupait le vertueux Le Cauchois écrivit le jour de sa mort
+à monsieur Cosson.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_037" id="Page_037">37</a></span>
+«Monsieur, je vous donne avis que le pauvre monsieur Le Cauchois vient
+de mourir dans la plus affreuse misère, n'ayant pas laissé un sou pour
+se faire enterrer; vous étiez son ami, monsieur, voyez à régler la
+manière dont nous lui ferons rendre les derniers devoirs.»</p>
+
+<p>Voilà la fin d'un citoyen qui venait d'arracher un être innocent du
+bûcher. Il ne faisait que du bien. Il est mort indigent, sans
+ostentation; donnez à ses mânes des larmes de repentir et de
+reconnaissance pour le siècle qui a ressuscité un Aristide au milieu
+de tant d'Alcibiades.</p>
+
+<p>M. Jame de Saint-Léger lui a payé son tribut dans l'épitaphe suivante:</p>
+
+<div class="block p2">
+<p>De Mars et de Thémis noble et sage soutien,<br />
+Il servit son pays, il sauva l'innocence;<br />
+Il mourut sans regrets, hélas! quand l'indigence<br />
+Lui ravit le pouvoir de faire encor du bien.<br />
+Vous voilà consolés, détracteurs méprisables,<br />
+Par qui de ses succès l'honneur fut envié!<br />
+Mais la vertu le pleure au sein de l'amitié,<br />
+Et sa mort, à jamais, les laisse inconsolables.</p></div>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_038" id="Page_038">38</a></span></p>
+<h3>CONTRE LA TOILETTE TROP RECHERCHÉE.</h3>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Et ça ne se peut pas</i>, ou de l'Officier de Fortune:
+<i>Fidèle époux, franc militaire</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Pourquoi, d'une main indiscrète,<br />
+Vouloir orner vos doux appas?<br />
+On montre, à force de toilette,<br />
+Des défauts que l'&oelig;il ne voit pas.<br />
+Loin d'ajouter à la nature,<br />
+Cet art enlaidirait Vénus:<br />
+Sur un front qui plaît sans parure<br />
+Tous les pompons sont superflus.</p>
+
+<p>Parmi les plaisirs de la table,<br />
+Au sein des ris et des amours,<br />
+Est-il objet moins agréable<br />
+Qu'une pompe de vains atours?<br />
+Si ma voisine a quelques charmes,<br />
+Bacchus me promet des larcins;<br />
+Mais la coquette sous les armes<br />
+Fait échouer tous mes desseins.</p>
+
+<p>David, ce roi dévot et sage,<br />
+Aimait Bethsabé sans habit;<br />
+Holopherne en même équipage<br />
+Voulut voir la chaste Judith.<br />
+A tort on croirait que Lucrèce<br />
+Pour la vertu trancha ses jours;<br />
+C'est que Tarquin, par maladresse,<br />
+Avait chiffonné ses atours.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_039" id="Page_039">39</a></span>
+Le berger qu'au Pinde on renomme<br />
+Pour un arrêt digne des dieux,<br />
+A Vénus adjugea la pomme:<br />
+Était-ce donc pour ses beaux yeux?<br />
+Non, non; Junon, nous dit Homère,<br />
+Les avait plus beaux et plus grands;<br />
+Mais en femme orgueilleuse et fière,<br />
+Elle avait mis trop d'ornements.</p>
+
+<p>Minerve, par trop de sagesse,<br />
+Avait trop voilé ses appas;<br />
+Vénus, par un trait de finesse,<br />
+Prudemment ne les cacha pas:<br />
+Sous ces habits de la nature<br />
+Elle parut coquettement,<br />
+Et sa beauté touchante et pure<br />
+Reçut deux prix au même instant.</p></div>
+
+<h3 class="p4">SUR UN RENDEZ-VOUS.</h3>
+
+<div class="block p2">
+<p>Demain, dans le palais de Flore,<br />
+Je dois rencontrer mon berger<br />
+<span class="ni2">Amour, ouvre mes yeux à la naissante aurore,</span><br />
+Et ferme-les sur le danger.</p></div>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_040" id="Page_040">40</a></span></p>
+<h3>MES QUATRE AGES.</h3>
+
+<h4>STANCES ANACRÉONTIQUES.</h4>
+
+<div class="block p2">
+<p>Dans mon ame douce et paisible<br />
+A quinze ans il n'était pas jour.<br />
+A vingt ans mon c&oelig;ur insensible<br />
+Émoussa les traits de l'amour.</p>
+
+<p>A vingt-cinq ans, moins intraitable,<br />
+Je sus distinguer la beauté,<br />
+Et, de raison toujours capable,<br />
+Je conservai ma liberté....</p>
+
+<p>Mais j'ai vu la jeune Amaranthe;<br />
+Elle compte quinze printemps,<br />
+Et moi, qui déjà vise à trente,<br />
+Je suis moins sage qu'à quinze ans.</p>
+
+<p>Amour, enfant doux et barbare,<br />
+Cher ennemi qu'enfin je sers,<br />
+Sont-ce des fleurs, sont-ce des fers<br />
+Que ton caprice me prépare?</p>
+
+<p>Loin de ma première saison,<br />
+J'aime une belle à son aurore;<br />
+Dans son c&oelig;ur trompé fais éclore<br />
+Le désir avec la raison.</p>
+
+<p>Inspire-lui des goûts plus sages<br />
+Que ceux du plus fou des amants:<br />
+Amour, en opposant nos âges,<br />
+Accorde au moins nos sentiments.</p></div>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_041" id="Page_041">41</a></span></p>
+<h3>LA BONNE AMITIÉ</h3>
+
+<h4>NÉE DE L'AMOUR.</h4>
+
+<div class="block p2">
+<p>Je l'attendais avec impatience,<br />
+Cet ami si cher à mon c&oelig;ur;<br />
+Je me disais que sa présence<br />
+Serait pour moi l'aurore du bonheur.<br />
+Je l'attendais sans espérance<br />
+Qu'il partagerait mon ardeur;<br />
+Mais je me contentai d'avance<br />
+D'un sourire plein de douceur.<br />
+Je l'attendais avec sagesse,<br />
+L'amitié seule eût donné mon baiser,<br />
+Et rien n'eût trahi ma tendresse<br />
+Que la douleur de le voir refuser.<br />
+Je l'attendais dans ma retraite,<br />
+Où les amours ne logent plus;<br />
+Un seul encor, mais en cachette,<br />
+Vit dans mon c&oelig;ur en vrai reclus.<br />
+Je l'attendais sans art et sans parure.<br />
+Ah! le plaisir eût animé mes traits:<br />
+Le sentiment embellit la nature,<br />
+Elle lui doit ses plus touchants attraits.<br />
+Il ne vient point. Je ne veux plus l'attendre,<br />
+L'ingrat ami qui me fait soupirer;<br />
+Mais sans le voir, même sans y prétendre,<br />
+Je puis au moins le désirer.</p>
+
+<p class="i9">Par Madame <span class="smcap">De Montanclos</span>.</p></div>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_042" id="Page_042">42</a></span></p>
+<h3>LA LANTERNE MAGIQUE.</h3>
+
+<p class="p2">Un chanteur tire ordinairement le diable par la queue; ce diable est
+une des merveilles de la lanterne magique. Un joueur de gobelets, un
+promeneur de vielle et un chanteur, se disputent souvent le terrain
+sur la même place. Si ces trois hommes sont au niveau de leur état,
+ils doivent amuser en instruisant. Le premier peint l'adresse des
+filous, le second les ridicules des sots, et le troisième présente un
+miroir à la société; il est vrai que le spectateur voit sans être vu;
+mais un émule du père Ducerceau les a pourtant assez bien attrapés
+dans la lanterne magique suivante. Le vaudeville entrait dans notre
+recueil de la Guyane, et je ne le répète jamais sans un doux souvenir
+du convive qui me l'apprit. Il me rappelle les bois et les cases où
+nous passions quelques heures de bonheur; et celui-ci était bien vif,
+car il était payé bien cher.</p>
+
+<div class="block p2">
+<p>L'on voit dans ma boîte magique<br />
+La rareté! la rareté!<br />
+Rien qui ne flatte et qui ne pique<br />
+<span class="i2">La curiosité.</span><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_043" id="Page_043">43</a></span>
+Le monde en peinture mouvante,<br />
+Par mon verre se montre aux yeux,<br />
+Et la figure est si parlante,<br />
+Qu'elle fait dire aux curieux:<br />
+<span class="i2">Oh la merveille!</span><br />
+Oh la merveille sans pareille!</p>
+
+<p>Je fais voir un grand sans caprice;<br />
+La rareté! la rareté!<br />
+Un courtisan sans artifice;<br />
+<span class="i2">La curiosité!</span><br />
+Une cour où dame fortune<br />
+Ne trouble point les plus beaux jours,<br />
+Et n'a pas, ainsi que la lune,<br />
+Et son croissant et son décours.<br />
+<span class="i2">Oh la merveille!</span><br />
+Oh la merveille sans pareille!</p>
+
+<p>Un seigneur sans faste et sans dettes;<br />
+La rareté! la rareté!<br />
+Un commis riche et les mains nettes;<br />
+<span class="i2">La curiosité!</span><br />
+Un Crésus chez qui l'industrie<br />
+Enfante la prospérité,<br />
+Sans que dans l'éclat il oublie<br />
+Ce que ses parents ont été:<br />
+<span class="i2">Oh la merveille!</span><br />
+Oh la merveille sans pareille!</p>
+
+<p>Un bel esprit sans suffisance;<br />
+La rareté! la rareté!<br />
+Un joueur parmi l'abondance;<br />
+<span class="i2">La curiosité!</span><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_044" id="Page_044">44</a></span>
+Un ami qui, dans ma disgrace,<br />
+M'aime autant que dans mon bonheur;<br />
+Qui, quand le sort m'ôte ma place,<br />
+M'en conserve une dans son c&oelig;ur:<br />
+<span class="i2">Oh la merveille!</span><br />
+Oh la merveille sans pareille!</p>
+
+<p>Un conteur qui jamais n'ennuie;<br />
+La rareté! la rareté!<br />
+Un breteur qui jamais ne fuie;<br />
+<span class="i2">La curiosité!</span><br />
+Un tartuffe à lui-même austère,<br />
+Qui, sous la douceur du miel,<br />
+Ne déguise point le mystère<br />
+D'un c&oelig;ur amer et plein de fiel:<br />
+<span class="i2">Oh la merveille!</span><br />
+Oh la merveille sans pareille!</p>
+
+<p>Mari d'accord avec sa femme;<br />
+La rareté! la rareté!<br />
+Deux c&oelig;urs qui ne fassent qu'une âme;<br />
+<span class="i2">La curiosité!</span><br />
+Paisible et vertueux ménage,<br />
+Où sans cesse d'heureux enfants<br />
+Trouvent, d'une conduite sage,<br />
+Le modèle dans leurs parents:<br />
+<span class="i2">Oh la merveille!</span><br />
+Oh la merveille sans pareille!</p>
+
+<p>Un petit maître raisonnable;<br />
+La rareté! la rareté!<br />
+Un plaideur qui soit équitable;<br />
+<span class="i2">La curiosité!</span><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_045" id="Page_045">45</a></span>
+Un modeste et sage critique<br />
+Qui, sans mélange d'âpreté,<br />
+Assaisonne d'un sel attique<br />
+Ce que la raison a dicté:<br />
+<span class="i2">Oh la merveille!</span><br />
+Oh la merveille sans pareille!</p>
+
+<p>Mérite à l'abri de l'envie;<br />
+La rareté! la rareté!<br />
+Plaisir sans trouble dans la vie;<br />
+<span class="i2">La curiosité!</span><br />
+Un c&oelig;ur où n'eut jamais d'empire<br />
+Le souci contraire à ses v&oelig;ux,<br />
+Et qui toujours se puisse dire:<br />
+Je suis content, je suis heureux!<br />
+<span class="i2">Oh la merveille!</span><br />
+Oh la merveille sans pareille!</p>
+
+<p>Un grand c&oelig;ur exempt de foiblesse;<br />
+La rareté! la rareté!<br />
+Un c&oelig;ur fier exempt de bassesse;<br />
+<span class="i2">La curiosité!</span><br />
+Politique sans tromperie,<br />
+Courage sans témérité,<br />
+Prudence sans pédanterie,<br />
+Jeunes appas sans vanité:<br />
+<span class="i2">Oh la merveille!</span><br />
+Oh la merveille sans pareille!</p>
+
+<p>Grand spectacle où l'on divertisse;<br />
+La rareté! la rareté!<br />
+Fête où tout le monde applaudisse;<br />
+<span class="i2">La curiosité!</span><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_046" id="Page_046">46</a></span>
+Chanson badine ou satirique,<br />
+Où les couplets soient d'un goût fin,<br />
+Dont chaque mot sans blesser pique,<br />
+Et prépare un heureux refrain:<br />
+<span class="i2">Oh la merveille!</span><br />
+Oh la merveille sans pareille!</p></div>
+
+<p class="p2 center"><span class="smcap">Voici le second tableau de ma lanterne magique.</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<h3 class="p4">L'AMI DE TOUT LE MONDE.</h3>
+
+<div class="block p2">
+<p>L'amour-propre des grands seigneurs<br />
+Fait le revenu des flatteurs;<br />
+C'est où leur fortune se fonde.<br />
+En parlant trop sincèrement,<br />
+On n'est pas ordinairement<br />
+<span class="i4">Ami de tout le monde.</span></p>
+
+<p>Quand j'aime, j'aime uniquement;<br />
+Je parle toujours franchement;<br />
+Comme le corps j'ai l'ame ronde,<br />
+Il ne faut rien faire à demi:<br />
+Je compte pour rien un ami<br />
+<span class="i4">Ami de tout le monde.</span></p>
+
+<p>Prêtez argent sans intérêts,<br />
+Ne le redemandez jamais;<br />
+Qu'en bon vin votre cave abonde;<br />
+Ouvrez la porte à tous venants,<br />
+Et vous serez en peu de temps<br />
+<span class="i4">Ami de tout le monde.</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_047" id="Page_047">47</a></span>
+Aux badauds donnez de l'encens,<br />
+Aux Gascons des repas friands,<br />
+Aux Bretons, buvez à la ronde,<br />
+Ne demandez rien aux Normands,<br />
+Et vous serez, avec le temps,<br />
+<span class="i4">Ami de tout le monde.</span></p></div>
+
+<h3 class="p4">QUE DEVIENDRAIT LE MONDE.</h3>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Ma femme le sait</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Suivons l'amour et la folie<br />
+Pour goûter un plaisir charmant;<br />
+L'amour est l'ame de la vie,<br />
+La folie en fait l'agrément:<br />
+La raison jalouse en vain gronde,<br />
+Fermons l'oreille à ses discours,<br />
+Sans la folie et les amours,<br />
+Que deviendrait le monde?</p>
+
+<p>A jeune fillette, une mère<br />
+Défend toujours d'aller au bois;<br />
+Mais on se rit de sa colère,<br />
+Et l'on s'échappe en tapinois:<br />
+L'Amour fait le guet à la ronde,<br />
+Les Sylvains sont vifs et charmants....<br />
+Si l'on écoutait les mamans,<br />
+Que deviendrait le monde?</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_048" id="Page_048">48</a></span>
+On ne me veut voir occupée<br />
+Que de joujoux ou de pompons;<br />
+On me renvoie à ma poupée,<br />
+Lorsque je fais des questions:<br />
+Oh! c'est alors que l'on me gronde....<br />
+Si certain désir curieux,<br />
+Aux fillettes n'ouvrait les yeux,<br />
+Que deviendrait le monde?</p>
+
+<p>Sous le joug de la continence<br />
+Un abbé gémit nuit et jour;<br />
+Des rigueurs de la pénitence,<br />
+Il vole aux plaisirs de l'amour;<br />
+Et c'est alors que l'on en gronde.<br />
+Mais si ceux qui portent rabat<br />
+Observaient tous le célibat,<br />
+Que deviendrait le monde?</p>
+
+<p>A dépeupler la terre entière,<br />
+Travaillent tous les médecins:<br />
+Vous les voyez dans leur carrière<br />
+Livrer bataille au genre humain.<br />
+Mais si, pendant qu'ils font leur ronde,<br />
+Leur sage et prudente moitié<br />
+Des maux d'autrui n'avait pitié,<br />
+Que deviendrait le monde?</p>
+
+<p>Pauvres maris que l'on offense,<br />
+Et dont toujours on rit après,<br />
+Chez les autres prenez vengeance,<br />
+Et n'en vivez pas moins en paix:<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_049" id="Page_049">49</a></span>
+Qu'on vous raille ou que l'on vous fronde,<br />
+Ne vous mettez pas en courroux;<br />
+Messieurs, si vous vous fâchiez tous,<br />
+Que deviendrait le monde?</p>
+
+<p>Que ce repas est délectable!<br />
+Ah! qu'on y voit briller d'attraits!<br />
+Vénus, que nous vante la fable,<br />
+N'en eut jamais d'aussi parfaits!<br />
+Embrassons-nous tous à la ronde,<br />
+Trinquons ensemble et buvons plein;
+Sans le beau sexe et le bon vin<br />
+Que deviendrait le monde?</p>
+
+<p><span class="i9 smcap">(ANONYME)</span></p></div>
+
+<h3 class="p4">L'EMPIRE.</h3>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Amusez-vous, jeunes fillettes</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>L'homme prétend avoir l'empire;<br />
+L'homme s'abuse: il est à nous.<br />
+Joli minois n'a qu'à sourire,<br />
+Notre maître est à nos genoux.<br />
+Nous commandons par la tendresse,<br />
+C'est un droit qu'Amour nous donna:<br />
+Le premier qui dit ma maîtresse,<br />
+Fut celui qui nous couronna.<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p>
+
+<p>L'homme regretta son hommage<br />
+Aussitôt qu'il nous l'eut rendu:<br />
+Il nous en a laissé l'image;<br />
+Mais son orgueil n'a rien perdu;<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_050" id="Page_050">50</a></span>
+Il nous cajole, il nous caresse;<br />
+Il a toujours l'air de céder;<br />
+Il nous appelle sa maîtresse;<br />
+Mais c'est pour mieux nous commander.<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p></div>
+
+<h3 class="p4">LE DÉPIT</h3>
+
+<h4>CONTRE LA SAGESSE.</h4>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Du réservoir d'amour</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Corinne, ta beauté n'est pas<br />
+<span class="i2">Ce qui cause ma flamme;</span><br />
+Oui, je résiste à tes appas,<br />
+<span class="i2">Mais je cède à ton ame:</span><br />
+Je cède à l'esprit d'Apollon,<br />
+<span class="i2">Aux talents d'Uranie;</span><br />
+Et c'est même un peu ta raison<br />
+<span class="i2">Qui cause ma folie.</span><span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p>
+
+<p>En toi, ce qu'on aime le plus,<br />
+<span class="i2">Fait qu'on se désespère:</span><br />
+En nous montrant moins de vertus,<br />
+<span class="i2">Tu saurais moins nous plaire.</span><br />
+De toi j'ai reçu le poison,<br />
+<span class="i2">De toi j'attends la vie:</span><br />
+Corinne, rends-moi ma raison,<br />
+<span class="i2">Ou bien prends ma folie.</span><span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p></div>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_051" id="Page_051">51</a></span></p>
+<h3>L'AMANT PRÉSOMPTUEUX.</h3>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>C'est la fille à ma tante</i>.</p>
+
+<div class="block p1"><br />
+<p>La simple violette,<br />
+Tendre dans ses couleurs,<br />
+Sur la naissante herbette<br />
+Règne parmi les fleurs.<br />
+La jeune Églé, comme elle,<br />
+Simple dans ses atours,<br />
+Craint de paraître belle,<br />
+Mais triomphe toujours.</p>
+
+<p>Le plus beau du village<br />
+Lui peint tous ses désirs;<br />
+On entend sous l'ombrage<br />
+Ses amoureux soupirs;<br />
+Mais elle a ma tendresse,<br />
+Et mon c&oelig;ur et ma foi;<br />
+Elle m'a dit sans cesse<br />
+Qu'elle n'aimait que moi.</p>
+
+<p>En vain elle est sévère;<br />
+Mais qu'importe à mon c&oelig;ur?<br />
+Le seul bien de lui plaire<br />
+Suffit à mon bonheur.<br />
+Sa tendresse m'assure<br />
+De sa fidélité<br />
+Quel bien dans la nature<br />
+Vaut un souris d'Églé?</p></div>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_052" id="Page_052">52</a></span></p>
+<h3>ROMANCE</h3>
+
+<h4>DE MADAME DE LA VALLIÈRE.</h4>
+
+<p class="p2">En 1806, le chef-d'&oelig;uvre des miniatures de l'exposition du
+Muséum était un tableau représentant madame de La Vallière dans sa
+cellule de carmélite. Un livre de prières à la main: le sermon de
+Bourdaloue sur la Madeleine. Sur sa fenêtre est un lis, emblème de
+Louis XIV et de la France: elle le fixe; son livre lui tombe des
+mains, ses yeux se mouillent de douces larmes, la bonté de son ame se
+peint dans la douceur de ses traits avec l'amour, le sentiment, la
+franchise et l'amitié. Ce morceau achevé m'inspira ces couplets.</p>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>C'est à mon maître en l'art de plaire</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Un grand roi captiva mon ame,<br />
+J'osais espérer du retour;<br />
+J'eus pour lui la plus tendre flamme,<br />
+Il ne la devait qu'à l'amour:<br />
+A tout l'éclat qui l'environne<br />
+Mon c&oelig;ur ne trouvait point d'attraits;<br />
+Ce n'était pas une couronne,<br />
+C'est un amant que je voulais.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_053" id="Page_053">53</a></span>
+Sa grandeur faisait mon martyre;<br />
+Et je songeais avec effroi<br />
+Que, des sentiments qu'il inspire,<br />
+Rien ne peut assurer un roi.<br />
+J'aurais voulu, dans mon ivresse,<br />
+Réunir tout pour le charmer;<br />
+Mais je n'avais que ma tendresse,<br />
+Et tout mon art fut de l'aimer.</p>
+
+<p>Je lui donnai plus que ma vie,<br />
+Car j'oubliai l'amour pour lui.<br />
+L'amour punit ma perfidie<br />
+Par le plus insensible oubli;<br />
+Un autre à présent sait lui plaire....<br />
+Plus que moi je plains mon amant;<br />
+Il perd une amante sincère:<br />
+Les rois n'en trouvent pas souvent.</p></div>
+
+<p class="center p2"><i>A madame de Montespan, sa rivale, en regardant le lis.</i></p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Et toi, qui me sembles si vaine<br />
+De la douleur où tu me voi,<br />
+Je te pardonnerai sans peine<br />
+Si tu sais l'aimer mieux que moi.<br />
+Dans une retraite profonde<br />
+Je ne forme plus qu'un désir:<br />
+Qu'il existe heureux dans ce monde;<br />
+Moi, j'attends un autre avenir.</p></div>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_054" id="Page_054">54</a></span></p>
+
+<h3>CHANSON</h3>
+
+<h4>SUR LE TRICTRAC.</h4>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Ma plus belle promenade</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Galants, je veux vous apprendre,<br />
+Sans livre et sans almanach,<br />
+Un jeu facile à comprendre,<br />
+Un nouveau jeu de trictrac.<br />
+Il faut, en suivant la chance,<br />
+Mettre les dames en bas;<br />
+C'est par-là que l'on commence,<br />
+Sans quoi l'on ne case pas.</p>
+
+<p>Quand on a su les abattre,<br />
+On les pousse encore un peu<br />
+Pour avoir de quoi combattre,<br />
+Il faut étendre son jeu.<br />
+Si votre partie adverse<br />
+Craint, et ne s'avance point,<br />
+Que votre savoir s'exerce<br />
+A battre vite son coin.</p>
+
+<p>C'est par le coin que l'on s'ouvre<br />
+L'entrée aux coups importants:<br />
+On passe une dame, on couvre,<br />
+On avance, on met dedans;<br />
+Mais ne faites point d'école,<br />
+N'oubliez point à marquer:<br />
+Jamais on ne se console<br />
+D'être assez sot pour manquer.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_055" id="Page_055">55</a></span>
+Pour faire de grands vacarmes,<br />
+N'avoir jamais le dessous,<br />
+Il faut amener des carmes,<br />
+Car ils font les plus grands coups.<br />
+L'autre jour, grand dieu! quel charme,<br />
+Et quel plaisir d'y songer!<br />
+Je vis prendre par un carme<br />
+Cinq ou six trous sans bouger.</p>
+
+<p>Une fille jeune et vive<br />
+Ne peut modérer son jeu,<br />
+Ni, quand un beau coup arrive,<br />
+Garder un juste milieu:<br />
+Elle pousse un peu trop vite,<br />
+Et, son jeu se serrant trop,<br />
+On l'enfile tout de suite<br />
+Et l'on va le grand galop.</p>
+
+<p>Si par heureuse fortune,<br />
+En l'absence d'un époux,<br />
+Vous jouez contre une brune,<br />
+Soyez bien sûr de vos coups:<br />
+Sur-tout point d'étourderie,<br />
+Et prenez bien votre jour;<br />
+Car on manque la partie<br />
+Souvent par jan de retour.</p></div>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_056" id="Page_056">56</a></span> </p>
+<h3>VOILA COMME ILS SONT TOUS.</h3>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Si des galants de la ville</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Je conçois bien qu'un novice<br />
+En amour perde son temps;<br />
+Qu'il soit dupe du caprice,<br />
+Qu'il prend pour du sentiment.<br />
+Pour moi, satisfait de plaire,<br />
+Je ne crois pas aux serments<br />
+Qu'une femme peu sincère<br />
+Fait toujours à ses amants.</p>
+
+<p>Je déteste l'esclavage,<br />
+Le plaisir seul est ma loi;<br />
+Je me plais au badinage,<br />
+Sans jamais donner ma foi;<br />
+Et, de peur qu'une volage<br />
+Ne me donne mon congé,<br />
+Le matin si je m'engage,<br />
+Le soir je suis dégagé.</p>
+
+<p>Églé, Corinne, Julie,<br />
+Ont eu mes v&oelig;ux tour à tour:<br />
+Je suis né sans jalousie,<br />
+Et mon c&oelig;ur est sans détour.<br />
+J'offre aux belles mon hommage,<br />
+Fruit de ma sincérité;<br />
+C'est comme un droit de passage<br />
+Que l'on doit à la beauté.</p></div>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_057" id="Page_057">57</a></span></p>
+<h3>LE VIEILLARD JEUNE HOMME.</h3>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Si de tous les maux de l'absence</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Permets, Hébé, que la vieillesse<br />
+Chante la saison des amours,<br />
+Ou calme, auprès de la jeunesse,<br />
+L'ennui cruel de ses vieux jours:<br />
+L'hiver goûte un plaisir céleste<br />
+En se rapprochant du printemps;<br />
+Laisse-moi savourer un reste,<br />
+Un vieux reste de mon bon temps.</p>
+
+<p>Quand dans nos champs une bergère<br />
+Couronne son heureux berger;<br />
+Quand la molle et verte fougère<br />
+Obéit sous son pas léger;<br />
+Quand de ses pleurs la jeune aurore<br />
+Arrose les fleurs du printemps;<br />
+Quand dans le monde tout s'adore,<br />
+C'est l'âge d'or, c'est le bon temps.</p>
+
+<p>Jeune Hébé, je commence à croire,<br />
+Aux feux que je sens près de toi,<br />
+Que les dieux veulent pour ta gloire<br />
+Faire un nouveau Titan de moi:<br />
+Quand sur ton teint je vois éclore<br />
+Toutes les roses du printemps;<br />
+Ce tableau me rappelle encore<br />
+Ce que je fis dans mon bon temps.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_058" id="Page_058">58</a></span>
+Si jamais de quelque puissance<br />
+Je suis revêtu dans les cieux,<br />
+Je rends le monde à son enfance;<br />
+Et quant au dieu d'amour, je veux<br />
+Qu'il immortalise les belles,<br />
+Qu'il éternise leur printemps;<br />
+Et qu'il coupe, en brûlant ses ailes,<br />
+Les ongles et la barbe au temps.</p>
+
+<p><span class="i9"><i>Attribuée au duc de Nivernois.</i></span></p></div>
+
+<h3 class="p4">LE JEUNE HOMME VIEILLARD.</h3>
+
+<div class="block p2">
+<p>Souffrez, amis, que je vous dise<br />
+Le triste état de mes amours;<br />
+Je vais le faire avec franchise,<br />
+Ne vous y fiez pas toujours:<br />
+Déplorez tous mon sort funeste,<br />
+L'hiver succède à mon printemps.<br />
+Ah! quand on y va de son reste,<br />
+Hélas! c'est bien le pauvre temps!</p>
+
+<p>Quand j'aperçois cette bergère<br />
+Auprès de son heureux berger;<br />
+Quand je songe à ce qu'il doit faire,<br />
+Oui, je suis prêt d'en enrager:<br />
+Auprès d'un objet qu'il adore,<br />
+Ses feux sont toujours renaissants....<br />
+Vainement je l'appelle encore<br />
+La vigueur de mon ancien temps!</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_059" id="Page_059">59</a></span>
+A cinquante ans, nos joyeux pères<br />
+Brûlaient jadis de nouveaux feux!<br />
+Aujourd'hui, quels effets contraires!<br />
+A trente ans je suis déjà vieux.<br />
+Comme à Titan, l'Aurore aimable<br />
+Devrait ressusciter mes sens;<br />
+Mais, hélas! ce n'est qu'une fable<br />
+Des annales du bon vieux temps.</p></div>
+
+<p class="p1">Pour m'en consoler, reprit le chanteur, buvons du vin de Palme jusqu'à
+ce que l'air de France me rajeunisse, et disons en dépit du sort:</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Amis, jusqu'en notre vieillesse<br />
+Ménageons-nous d'heureux moments;<br />
+C'est un songe que la vieillesse<br />
+Après la saison des amants.<br />
+Vivent les plaisirs de la table;<br />
+L'automne vaut bien le printemps:<br />
+Savourons ce jus délectable,<br />
+Croyez-moi, c'est-là le bon temps.</p></div>
+
+<h3 class="p4">CHANSON CRÉOLE.</h3>
+
+<p class="p2 center"><i>Musique Créole.</i></p>
+
+<div class="block p1">
+<p><span class="i2">Moi las de tant souffrir,</span><br />
+<span class="i4">Moi v'lè mourir.</span><br />
+<span class="i2">Zizi trop cruelle,</span><br />
+<span class="i2">Moi las de tant souffrir,</span><br />
+<span class="i4">Moi v'lè mourir,</span><br />
+<span class="i3">Pour mal moi finir.</span><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_060" id="Page_060">60</a></span>
+Moi bandi en yeux li qui belle;<br />
+Moi jurè li, et moi fidèle,<br />
+<span class="i2">Zizi ny l'air ben doux,</span><br />
+<span class="i4">Mais c&oelig;ur cailloux,</span><br />
+<span class="i3">Ly cache là-z-ous.</span></p>
+
+<p><span class="i2">Z'autre qui toujours heureux,</span><br />
+<span class="i4">Ben amoureux;</span><br />
+<span class="i2">La sou-z-un feuillage,</span><br />
+<span class="i2">Zozo n'a pas chantè....</span><br />
+<span class="i4">Yo moment, pèt!....</span><br />
+<span class="i3">Zo moi trop mauvais;</span><br />
+Malgré moi, ben content, ben sage,<br />
+Pas zottè, Zizi, li volage,<br />
+<span class="i2">Zozo n'a pas chantè!....</span><br />
+<span class="i4">Yo moment pèt,</span><br />
+<span class="i3">Sont moi trop mauvais.</span></p>
+
+<p><span class="i2">Zizi, pas save aimer,</span><br />
+<span class="i4">Ayant charmé,</span><br />
+<span class="i2">Çà tout ça li scave,</span><br />
+<span class="i2">C&oelig;ur moi tant désiré,</span><br />
+<span class="i4">Tant soupiré</span><br />
+<span class="i3">Li sont déchiré,</span><br />
+Moi vinit plat comme youm casave,<br />
+Moi semblè un viel pauvre esclave;<br />
+<span class="i2">Zizi pas save aimer,</span><br />
+<span class="i4">Ayant charmé,</span><br />
+<span class="i3">Li tout déchiré.</span></p>
+
+<p><span class="i2">Premier jour, moi voi li</span><br />
+<span class="i4">Ça moi sentir</span><br />
+<span class="i2">Parlé petit'chose,</span><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_061" id="Page_061">61</a></span>
+<span class="i2">Premier jour moi voir ly</span><br />
+<span class="i4">Ça moi sentir</span><br />
+<span class="i3">Yous trop grand plaisir;</span><br />
+Couler lis et couler la rose,<br />
+Si moi fou, ça li qui la cause,<br />
+<span class="i2">Ly dit: ay l'air ben doux;</span><br />
+<span class="i4">Mais c&oelig;ur cailloux</span><br />
+<span class="i3">Li cache là-zous.</span></p></div>
+
+<h3 class="p4">DESTINÉE</h3>
+
+<h4>DE LA FEMME COQUETTE.</h4>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Tôt tôt tôt, battez chaud, etc.</i></p>
+
+<div class="block p1">
+<p>La jeune Elvire à quatorze ans,<br />
+Livrée à des goûts innocents,<br />
+Voit, sans en deviner l'usage,<br />
+Éclore ses charmes naissants;<br />
+Mais l'amour, effleurant ses sens,<br />
+Lui dérobe un premier hommage:<br />
+<span class="i4">Un soupir</span><br />
+<span class="i4">Vient d'ouvrir</span><br />
+<span class="i4">Au plaisir</span><br />
+<span class="i4">Le passage,</span><br />
+Un songe a percé le nuage.</p>
+
+<p>Lindor, épris de sa beauté,<br />
+Se déclare: il est écouté:<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_062" id="Page_062">62</a></span>
+D'un songe, d'une vive image,<br />
+Lindor est la réalité.<br />
+Le sein d'Elvire est agité,<br />
+Le trouble a couvert son visage;<br />
+<span class="i4">Quel moment,</span><br />
+<span class="i4">Si l'amant</span><br />
+<span class="i4">Plus ardent</span><br />
+<span class="i4">A cet âge</span><br />
+Avait hasardé davantage!</p>
+
+<p>Mais quel trouble vient la saisir<br />
+Cet objet d'un premier désir,<br />
+Qu'avec rougeur elle envisage,<br />
+Est l'époux qu'on doit lui choisir.<br />
+On les unit; dieux! quel plaisir!<br />
+Elvire en fournit plus d'un gage;<br />
+<span class="i4">Les ardeurs,</span><br />
+<span class="i4">Les langueurs,</span><br />
+<span class="i4">Les fureurs,</span><br />
+<span class="i4">Tout présage</span><br />
+Qu'on veut un époux sans partage.</p>
+
+<p>Dans le monde, un essaim flatteur<br />
+Vivement agite son c&oelig;ur.<br />
+Lindor est devenu volage,<br />
+Il a méconnu son bonheur.<br />
+Elvire a fait choix d'un vengeur<br />
+Qui la prévient, qui l'encourage;<br />
+<span class="i4">Vengez-vous,</span><br />
+<span class="i4">Il est doux,</span><br />
+<span class="i4">Quand l'époux</span><br />
+<span class="i4">Se dégage,</span><br />
+Qu'un amant répare l'outrage.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_063" id="Page_063">63</a></span>
+Voilà l'outrage réparé,<br />
+Son c&oelig;ur n'est que plus altéré.<br />
+Des plaisirs le fréquent usage<br />
+Rend le désir immodéré.<br />
+Son regard fixe et déclaré<br />
+A tout amant tient ce langage:<br />
+<span class="i4">Dès ce soir,</span><br />
+<span class="i4">Si l'espoir</span><br />
+<span class="i4">De me voir</span><br />
+<span class="i4">Vous engage,</span><br />
+Venez, je reçois votre hommage.</p>
+
+<p>Elle épuise tous les excès;<br />
+Mais au milieu de ses succès,<br />
+L'époux meurt, et pour héritage<br />
+Laisse des dettes, des procès.<br />
+Un vieux traitant demande accès,<br />
+L'or accompagne son message:<br />
+<span class="i4">Un coup d'&oelig;il</span><br />
+<span class="i4">Est l'écueil</span><br />
+<span class="i4">Où l'orgueil</span><br />
+<span class="i4">Fait naufrage;</span><br />
+Un écrin couronne l'ouvrage.</p>
+
+<p>Dans ces laborieux passe-temps,<br />
+Elvire a passé son printemps:<br />
+La coquette d'un certain âge<br />
+N'a plus d'ami, n'a plus d'amants.<br />
+En vain de quelques jeunes gens<br />
+Elle ébauche l'apprentissage;<br />
+<span class="i4">Tout est dit,</span><br />
+<span class="i4">L'amour fuit</span><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_064" id="Page_064">64</a></span>
+<span class="i4">On en rit,</span><br />
+<span class="i4">Quel dommage!</span><br />
+Mais Elvire enfin devient sage.</p></div>
+
+<h3 class="p4">LES GANTS.</h3>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Du petit Matelot</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>L'hiver, mes amis, sera rude,<br />
+Et de pester j'aurai le droit;<br />
+Car ma singulière habitude<br />
+Va me reprendre avec le froid.<br />
+J'ai beau m'en faire le reproche,<br />
+Même sottise tous les ans;<br />
+Pour avoir chaud, c'est dans ma poche<br />
+Que j'ai toujours porté mes gants.</p>
+
+<p>Pourtant la lecture rend sage;<br />
+J'ai beaucoup lu, sans vanité.<br />
+Ganter ses mains est un usage<br />
+Consacré par l'antiquité.<br />
+Nos paladins à l'humeur fière,<br />
+Que faisaient-ils au bon vieux temps,<br />
+Pour rendre plus chaude une affaire,<br />
+Au nez ils se jetaient leurs gants.</p>
+
+<p>Assez souvent un homme en place,<br />
+De tous les vices suit la loi;<br />
+Est-ce en lui faisant la grimace<br />
+Que nous obtiendrons un emploi?<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_065" id="Page_065">65</a></span>
+Quoique son méchant caractère<br />
+Agite et révolte nos sens;<br />
+Voulons-nous gagner notre affaire?<br />
+Pour lui parler prenons des gants.</p>
+
+<p>Au théâtre, si mon ouvrage<br />
+Satisfait peu les assistants;<br />
+S'il est suivi, non d'un orage,<br />
+Mais de sourds applaudissements,<br />
+Rendons ma honte supportable;<br />
+Disons par tout: quel contre-temps!<br />
+Il faisait froid, un froid du diable!<br />
+Tout le monde avait mis des gants.</p>
+
+<p>Jeunes fillettes qu'on marie,<br />
+Le gant blanc vous est présenté;<br />
+A votre main, il signifie<br />
+Innocence et fidélité.<br />
+Faut-il qu'un seul point m'importune!<br />
+Faut-il, au bout de quelque temps,<br />
+Qu'à chaque doigt, sans crainte aucune,<br />
+Vous déchiriez ainsi vos gants!</p>
+
+<p>Si, dès la première journée,<br />
+Parfois l'époux a du souci,<br />
+N'accusons point la destinée;<br />
+Il n'en est pas toujours ainsi.<br />
+Voyez celui qu'amour invite<br />
+A cueillir rose du printemps;<br />
+Pour peu que l'arbuste s'agite,<br />
+Il s'écriera: j'en ai les gants.</p>
+
+<p><span class="i9 smcap">Grétry</span> neveu.</p></div>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_066" id="Page_066">66</a></span></p>
+<h3 class="p4">LE MOT ET LA CHOSE.</h3>
+
+<p class="center">Adressé à une femme susceptible par d'autres femmes.</p>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Dans ce salon où du Poussin</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Avec un maintien aussi doux,<br />
+Avec autant de modestie,<br />
+Pourquoi tous fâcher contre nous<br />
+A la moindre plaisanterie?<br />
+Pour tous, un aussi mauvais lot<br />
+Fait dire à chacun dans sa glose,<br />
+Que vous vous offensez du mot,<br />
+Et que vous aimez mieux la chose.</p>
+
+<p>Si tel est votre bon plaisir,<br />
+Votre goût est vraiment louable;<br />
+Il est toujours bon de choisir<br />
+L'utile au lieu de l'agréable.<br />
+Quand l'hymen sera votre lot,<br />
+Je vois que votre seule clause<br />
+Sera de tous priver du mot,<br />
+Et d'aimer plus souvent la chose.</p>
+
+<p>Ne disputons plus désormais,<br />
+Chacun a son goût dans ce monde;<br />
+Qu'il soit bon, ou qu'il soit mauvais,<br />
+C'est bien à tort que l'on en gronde.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_067" id="Page_067">67</a></span>
+Mais pour rétablir au plutôt<br />
+Une paix que je vous propose,<br />
+De grace, laissez-nous le mot,<br />
+Nous vous abandonnons la chose.</p>
+
+<p class="i9">F. D.</p></div>
+
+<h3 class="p4">COUPLET</h3>
+
+<p class="center">Adressé avec une rose à Mademoiselle ***.</p>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>J'ai vu par-tout dans mes voyages</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>De toutes parts on se dispose<br />
+A vous fêter, à vous fleurir;<br />
+L'amour m'a fourni cette rose,<br />
+Permettez-moi de vous l'offrir.<br />
+Une rose pour votre fête....<br />
+L'hommage n'est point indiscret,<br />
+Et c'est un moyen fort honnête<br />
+De vous donner votre portrait.</p>
+
+<p><span class="i9 smcap">Armand-Gouffé.</span></p></div>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_068" id="Page_068">68</a></span></p>
+<h3 class="p4">LE DEVIN.</h3>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>De la Fanfare de Saint-Cloud</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Je suis d'un fort bon augure,<br />
+Approchez gens de céans;<br />
+Je lis sur chaque figure<br />
+Avec des yeux pénétrants.<br />
+Plus d'une vieille commère<br />
+Me traitera de sorcier;<br />
+C'est ce qu'on dit d'ordinaire<br />
+A qui sait bien son métier.</p>
+
+<p>Commençons par vous, Thérèse:<br />
+Vous soupirez nuit et jour;<br />
+Vous éprouvez un malaise<br />
+Qu'on appelle mal d'amour;<br />
+Votre maman trop cruelle<br />
+Long-temps vous fera languir;<br />
+Sans tarder, faites comme elle,<br />
+Ne vous laissez pas mourir.</p>
+
+<p>Pour vous, belle Marguerite,<br />
+Vous avez ce qu'il vous faut;<br />
+Mais cependant au plus vite,<br />
+Qu'un mari soit votre lot;<br />
+Jacques, Pierre, ou Nicodême,<br />
+Eh! n'importe qui vraiment,<br />
+Pourvu qu'avant le carême<br />
+Vous puissiez être maman.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_069" id="Page_069">69</a></span>
+Qu'avez-vous, gros maître Blaise?<br />
+Vous marchez d'un pas bien lourd;<br />
+Pour voir vos pieds à votre aise,<br />
+Comment ferez-vous un jour?<br />
+Votre amour pour le beau sexe<br />
+Vous menace d'un affront;<br />
+Car un accent circonflexe<br />
+Orne déjà votre front.</p>
+
+<p>Vous, Thomas, sans retenue,<br />
+A chaque instant vous criez<br />
+Que votre vin diminue;<br />
+Quoique vous le ménagiez.<br />
+Votre femme feint de croire<br />
+Aux esprits, aux loups-garoux.<br />
+Mais votre voisin Grégoire<br />
+Est ivrogne comme vous.</p>
+
+<p>De moi, vous voulez apprendre<br />
+Si vous vivrez dans six mois?<br />
+A ce terme on doit vous pendre,<br />
+Vous a-t-on dit autrefois.<br />
+Il est certain que j'ignore<br />
+Si dans six mois vous vivrez;<br />
+Mais si vous vivez encore,<br />
+Il est sûr que vous boirez.</p>
+
+<p><span class="i9 smcap">Grétry</span> neveu.</p></div>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_070" id="Page_070">70</a></span></p>
+<h3>LES AINÉS ET LES CADETS.</h3>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Du ballet des Pierrots</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Le plus heureux en toutes choses<br />
+Est celui qui vient le premier.<br />
+Le premier venu prend les roses,<br />
+Et l'épine reste au dernier.<br /><br />
+Il en est ainsi chez Thalie,<br />
+Trop tard, hélas! nous sommes nés;<br />
+Il nous faut glaner pour la vie,<br />
+La moisson fut pour nos aînés.</p>
+
+<p>L'Hymen de l'Amour est le frère,<br />
+Mais l'Amour naquit le premier;<br />
+Et dans les jardins de Cythère<br />
+L'Hymen ne vint que le dernier.<br />
+Tous deux ont part à l'héritage,<br />
+Mais l'Hymen, souvent chagriné,<br />
+N'a que les fruits pour son partage,<br />
+Les fleurs sont toujours pour l'aîné.</p>
+
+<p>On sait assez que la nature<br />
+Donne encore un frère à l'Amour:<br />
+C'est l'Amour-propre; et l'on assure<br />
+Qu'avant l'autre il reçut le jour.<br />
+A perdre, en naissant, la lumière,<br />
+Le jeune Amour fut condamné;<br />
+Aussi le voit-on sur la terre,<br />
+Souvent conduit par son aîné.</p>
+
+<p><span class="i9 smcap">Dupaty.</span></p></div>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_071" id="Page_071">71</a></span></p>
+<h3>LE TOMBEAU DE CÉCILE.</h3>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>C'est à mon maître en l'art de plaire</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Tout reposait dans la nature,<br />
+Ph&oelig;bée seule éclairait les cieux,<br />
+Et sa lumière douce et pure<br />
+Répandait le calme en tous lieux;<br />
+Le berger, près de sa compagne,<br />
+Du sommeil goûtait la douceur;<br />
+Victor, parcourant la campagne,<br />
+Veillait seul avec sa douleur.</p>
+
+<p>Victor, au printemps de son âge,<br />
+Avait connu les coups du sort;<br />
+Le tendre objet de son hommage<br />
+Dormait dans les bras de la mort.<br />
+Prêt à fixer sa destinée,<br />
+Victor voyait combler ses v&oelig;ux;<br />
+Et le flambeau de l'hyménée<br />
+S'allume et s'éteint à ses yeux.</p>
+
+<p>Chaque nuit, cet amant fidèle,<br />
+Le c&oelig;ur navré, versant des pleurs,<br />
+Au pied du tombeau de sa belle,<br />
+A veiller trouvait des douceurs.<br />
+Placé dans un champêtre asile,<br />
+Et loin des regards curieux,<br />
+Ce tombeau renfermait Cécile,<br />
+Où Victor eût-il été mieux?</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_072" id="Page_072">72</a></span>
+C'est là, disait-il, que repose<br />
+Celle que m'accordait l'amour;<br />
+Semblable à la naissante rose,<br />
+Son éclat n'a duré qu'un jour!<br />
+Cécile était faite pour plaire,<br />
+L'amour la forma de ses traits;<br />
+Hélas! faut-il donc que la terre<br />
+Ensevelisse tant d'attraits?</p>
+
+<p>Son front, trône de l'innocence,<br />
+Brillait d'une aimable pudeur;<br />
+Les vains plaisirs de l'inconstance<br />
+N'avaient point corrompu son c&oelig;ur;<br />
+Ses yeux, où se peignait son ame,<br />
+Ne s'ouvraient que pour mon bonheur;<br />
+Ses yeux, où j'allumais ma flamme,<br />
+Sont fermés même à ma douleur.</p>
+
+<p>Ombre chère, tendre victime,<br />
+Accours, vient recevoir ma foi;<br />
+Sors du froid cercueil qui t'opprime<br />
+Pour voltiger autour de moi.<br />
+Que de l'hymen la chaîne heureuse,<br />
+Malgré la mort, double nos feux;<br />
+Et que la tombe moins affreuse<br />
+Se ferme ensuite sur tous deux.</p>
+
+<p>Peut-être tu me dis, Cécile:<br />
+Faible ami, pourquoi, quand la mort<br />
+Ouvrit pour moi ce triste asile<br />
+N'as-tu pas partagé mon sort?<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_073" id="Page_073">73</a></span>
+Oui, ton amant voit la lumière,<br />
+Au trépas il n'eut pas recours;<br />
+Mais sa peine est bien plus amère,<br />
+Il vit pour mourir tous les jours.</p>
+
+<p>Adieu, tombeau de ma maîtresse,<br />
+Toi que j'arrose de mes pleurs!<br />
+Puissent ces marques de tristesse<br />
+Sur toi faire éclore des fleurs!<br />
+Alors Victor, d'un pas tranquille,<br />
+Mais le désespoir dans le sein,<br />
+Quittait la tombe de Cécile,<br />
+Pour la revoir le lendemain.</p>
+
+<p><span class="i9 smcap">Grétry</span> neveu.</p></div>
+
+<h3 class="p4">LA BOUCHE.</h3>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Du vaudeville de Cassandre Agamemnon</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Il faut convenir que les cieux<br />
+Ont fait pour nous bien des merveilles;<br />
+Les cieux nous ont donné des yeux,<br />
+Des mains, des pieds et des oreilles....<br />
+Sans doute, ici, vous devinez<br />
+Pourquoi je tousse et je me mouche?<br />
+C'est qu'avant de parler du nez,<br />
+Je veux commencer par la bouche.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_074" id="Page_074">74</a></span>
+On a vu des aveugles nés,<br />
+Chantant gaîment leurs chansonnettes;<br />
+On peut bien se passer d'un nez,<br />
+Lorsqu'on sait lire sans lunette.<br />
+On brave les bruits les plus fous<br />
+Lorsqu'on est sourd comme une souche....<br />
+Mais, ventrebleu! que diriez-vous<br />
+Si vous n'aviez pas une bouche?</p>
+
+<p>De comestibles succulents<br />
+Quand notre hôte garnit sa table,<br />
+Ortolans, merlans, éperlans<br />
+Composent un groupe admirable:<br />
+Mes yeux convoitent chaque mets;<br />
+Avec plaisir ma main les touche;<br />
+Et mon nez les respire.... mais<br />
+Je n'en mange qu'avec ma bouche!</p>
+
+<p>L'Amour, cet espiègle marmot,<br />
+A, je le sais, plus d'un langage.<br />
+Par un geste, il remplace un mot;<br />
+Souvent c'est un grand avantage:<br />
+Sans rien dire, l'on dit beaucoup<br />
+A la beauté la plus farouche;<br />
+Mais le mot j'aime, qui dit tout,<br />
+On ne le dit qu'avec la bouche.</p>
+
+<p>Ce vin dont vous vous enivrez,<br />
+Qui vous échauffe et vous réveille,<br />
+Peut-être vous me soutiendrez<br />
+Que vous l'avalez par l'oreille?<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_075" id="Page_075">75</a></span>
+Qu'on apporte ce jus divin;<br />
+Eh vite! qu'on le débouche!....<br />
+Je suis sûr qu'en parlant du vin,<br />
+L'eau déjà vous vient à la bouche.</p>
+
+<p>Sur ma bouche faut-il rester?<br />
+Non, non; dans mon transport bachique,<br />
+J'aime mieux vingt fois mériter<br />
+D'être mordu par la critique.<br />
+Jamais, messieurs, je ne m'en plains;<br />
+Et loin que sa fureur me touche,<br />
+C'est à coup de verres bien pleins<br />
+Que je veux lui fermer la bouche.</p>
+
+<p>Mesdames, vous qui m'inspirez,<br />
+En voyant ma bouche paraître,<br />
+Dans ma bouche vous trouverez<br />
+Mille et mille défauts peut-être.<br />
+Combien je ferais de jaloux<br />
+Si vous ne preniez pas la mouche,<br />
+Et si ma bouche, parmi vous,<br />
+Volait gaîment de bouche en bouche.</p>
+
+<p><span class="i9 smcap">Armand-Gouffé.</span></p></div>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_076" id="Page_076">76</a></span></p>
+<h3>LA VEILLE.</h3>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Vous qui de l'amoureuse ivresse</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>N'en puis douter, ô mon Estelle!<br />
+<span class="i4">C'est donc demain,</span><br />
+Que pastoureau tendre et fidèle<br />
+<span class="i4">Reçoit ta main?</span><br />
+Nuit semblera bien longue encore,<br />
+<span class="i4">Vais soupirer:</span><br />
+Serai surpris par douce aurore<br />
+<span class="i4">A désirer.</span></p>
+
+<p>Tendres parents, vous que tant j'aime!<br />
+<span class="i4">Vous dis adieu;</span><br />
+De fleurs, demain, viendrai moi-même<br />
+<span class="i4">Parer ce lieu:</span><br />
+Mettrai par-tout rose nouvelle;<br />
+<span class="i4">Car, pour se voir,</span><br />
+Ne puis donner à mon Estelle<br />
+<span class="i4">Plus doux miroir.</span></p>
+
+<p>Chacun s'éloigne, ô mon amie!<br />
+<span class="i4">Un seul baiser:</span><br />
+Bouche d'Estelle est trop jolie<br />
+<span class="i4">Pour refuser.</span><br />
+Premier bon soir ne peut suffire,<br />
+<span class="i4">Quand par amour</span><br />
+Le temps approche où l'on peut dire<br />
+<span class="i4">Premier bon jour.</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_077" id="Page_077">77</a></span>
+Pourquoi ce trouble, mon Estelle?<br />
+<span class="i4">N'aime que toi;</span><br />
+Toujours amant, époux fidèle<br />
+<span class="i4">Vivrai pour toi.</span><br />
+Nuit est déjà bien avancée,<br />
+<span class="i4">Repose-toi,</span><br />
+Et crois que suis par la pensée<br />
+<span class="i4">Bien près de toi.</span></p>
+
+<p><span class="i9 smcap">Grétry</span> neveu.</p></div>
+
+<h3 class="p4">L'AIR.</h3>
+
+<h4>CHANSON LÉGÈRE.</h4>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Du ballet des Pierrots</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>A l'exemple du bon Horace,<br />
+Si je veux faire une chanson,<br />
+Ce n'est pas l'air qui m'embarrasse,<br />
+Bacchus vient me donner le ton.<br />
+Presque toujours ma voix ingrate<br />
+Le prend trop bas, ou bien trop clair;<br />
+Mais, pour cette fois, je me flatte<br />
+De chanter des couplets sur l'air.</p>
+
+<p>Travailler est notre habitude;<br />
+Sans le travail, adieu nos jours;<br />
+Le besoin et l'inquiétude<br />
+Viendront en abréger le cours.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_078" id="Page_078">78</a></span>
+Aussi, j'ai la preuve certaine<br />
+Que l'on jouirait plus long-temps,<br />
+Et que l'on prendrait moins de peine<br />
+Si l'on vivait de l'air du temps.</p>
+
+<p>Jugeant du ton par la dépense,<br />
+Dans un repas de cent couverts,<br />
+Voyez avec quelle insolence<br />
+Mondor se donne de grands airs:<br />
+Oui; mais dans sa métamorphose,<br />
+Quand Mondor, avec tout son bien,<br />
+Veut avoir l'air de quelque chose,<br />
+Hélas! il n'a plus l'air de rien.</p>
+
+<p>Lise a seize ans, Lise est jolie<br />
+Avec son air embarrassé;<br />
+Jusqu'à présent, par modestie,<br />
+Elle marcha le nez baissé.<br />
+Depuis que sa mère lui nomme<br />
+L'époux qui viendra cet hiver,<br />
+Dès qu'elle voit le nez d'un homme,<br />
+La friponne a le nez en l'air.</p>
+
+<p>De mes couplets sans conséquence<br />
+Jamais je ne me montre fier;<br />
+Mais je suis, dans cette occurrence,<br />
+Tout gonflé d'avoir chanté l'air.<br />
+Vous dont je brigue la conquête,<br />
+Belles, convenez sans façon,<br />
+Que désormais si j'ai l'air bête,<br />
+J'en aurai l'air et la chanson.</p>
+
+<p><span class="i9 smcap">Brazier</span> fils.</p></div>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_079" id="Page_079">79</a></span></p>
+<h3>LES YEUX.</h3>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>J'étais bon chasseur autrefois</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Que les yeux sont bien inventés!<br />
+Comme ils parent bien un visage!<br />
+Qu'ils procurent de voluptés<br />
+Lorsque l'on en peut faire usage!<br />
+Des yeux j'admire le pouvoir;<br />
+Mais je crois qu'il est nécessaire,<br />
+Quand on fait tant que d'en avoir,<br />
+D'en avoir au moins une paire.</p>
+
+<p>C'est sur-tout dans un bon repas<br />
+Qu'avec les yeux on fait merveille,<br />
+Un gourmand qui n'y verrait pas,<br />
+Pourrait mettre dans son oreille.<br />
+Le convive laborieux<br />
+Doit savoir, quand il n'est pas louche,<br />
+Dévorer tout avec ses yeux,<br />
+S'il ne met pas tout dans sa bouche.</p>
+
+<p>Au théâtre, où l'on va souvent<br />
+Pour voir avec un &oelig;il sévère,<br />
+On a presque l'air d'un savant<br />
+Quand on porte des yeux de verre;<br />
+Mais en dépit de ce moyen,<br />
+Soit par erreur ou maladresse,<br />
+Dans mainte salle on ne voit rien,<br />
+Et quelquefois rien dans la pièce.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_080" id="Page_080">80</a></span>
+Les yeux sur la terre fixés<br />
+Sont ceux de l'homme qui médite;<br />
+Les yeux toujours embarrassés,<br />
+Le fripon lorgne et tous évite;<br />
+La coquette a les yeux malins,<br />
+Avec la tournure agaçante;<br />
+Mais il faut des yeux un peu fins<br />
+Pour trouver ceux d'une innocente.</p>
+
+<p>Sans les yeux, verrait-on le jour?<br />
+Sans les yeux, verrait-on les femmes?<br />
+Sans les yeux, ferait-on l'amour?<br />
+Pourrait-on lire dans les ames?<br />
+Sans les yeux, verrait-on les cieux,<br />
+Les fleurs, la lune, les planettes?<br />
+Si l'homme n'avait pas des yeux,<br />
+A quoi serviraient les lunettes?</p>
+
+<p>Quand on n'a des yeux que pour soi,<br />
+La vue est un faible avantage;<br />
+Avec les yeux purs de la foi<br />
+On est heureux en mariage.<br />
+Sur les yeux j'ai fait ma chanson<br />
+Avec les yeux de l'espérance,<br />
+Et peut-être la lira-t-on<br />
+Avec les yeux de l'indulgence.</p>
+
+<p><span class="i9 smcap">Antignac.</span></p></div>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_081" id="Page_081">81</a></span></p>
+<h3>ÉPITAPHE.</h3>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Nous sommes précepteurs d'amour</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Exact plus qu'on ne peut penser,<br />
+Ci-gît le docteur la Balue:<br />
+Il est mort exprès pour passer<br />
+Tous ses malades en revue.</p>
+
+<p><span class="i9 smcap">Grétry</span> neveu.</p></div>
+
+<h3 class="p4">UNE CARESSE.</h3>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Avez-vous sous le même toit</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Pour animer le sentiment,<br />
+Rien n'est plus sur qu'une caresse:<br />
+Douce caresse est un aimant<br />
+Pour l'amitié, pour la tendresse.<br />
+Dans l'enfance et dans l'âge mûr,<br />
+Même jusque dans la vieillesse,<br />
+Si le c&oelig;ur goûte un plaisir pur,<br />
+Il est l'effet d'une caresse.</p>
+
+<p>Les frères caressent leurs s&oelig;urs,<br />
+La fille caresse sa mère,<br />
+Le zéphir caresse les fleurs,<br />
+Dorilas caresse Glicère.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_082" id="Page_082">82</a></span>
+Voyez les ramiers dans les bois<br />
+S'aimer, se caresser sans cesse:<br />
+Par-tout l'amour dicte ses lois;<br />
+Dans l'univers tout se caresse.</p>
+
+<p>Quelquefois des soupçons jaloux<br />
+Troublent la paix d'un bon ménage,<br />
+Et l'on voit entre deux époux<br />
+S'élever un sombre nuage:<br />
+L'orage, avant la fin du jour,<br />
+Est dissipé par la tendresse;<br />
+Et la colère de l'amour<br />
+S'apaise par une caresse.</p>
+
+<p>Dans nos plaisirs, dans nos amours,<br />
+D'Anacréon suivons les traces;<br />
+Comme lui, caressons toujours<br />
+Bacchus, les Muses et les Graces:<br />
+Du temps qui fuit sachons jouir;<br />
+Bonheur d'aimer passe richesse:<br />
+Jusqu'à notre dernier soupir,<br />
+Rendons caresse pour caresse.</p>
+
+<p><span class="i9 smcap">Favart.</span></p></div>
+
+<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_083" id="Page_083">83</a></span></p>
+<h3>A AGLAURE.</h3>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Un soir dans la forêt prochaine</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Sous la fenêtre de sa belle<br />
+Un jeune amant contait ses maux;<br />
+Sa plainte attendrit les échos,<br />
+Mais n'attendrit point l'infidelle.<br />
+Le désespoir au fond du c&oelig;ur,<br />
+Sur un luth dont sa main craintive<br />
+Fait gémir la corde plaintive,<br />
+Il soupire ainsi sa douleur:</p>
+
+<p>«Beauté, de mon c&oelig;ur souveraine,<br />
+«Apporte un terme à mes tourments;<br />
+«Est-ce à mon âge, est-ce à vingt ans<br />
+«Qu'on devrait connaître la peine?<br />
+«Eh quoi! me faut-il sans retour<br />
+«Fermer mon c&oelig;ur à l'espérance?<br />
+«Et sans qu'il s'ouvre à la souffrance,<br />
+«Ne peut-il s'ouvrir à l'amour?</p>
+
+<p>«Objet de ma constante flamme,<br />
+«Je t'ai dû mon premier désir;<br />
+«Je t'ai dû le premier soupir<br />
+«Qui soit échappé de mon ame;<br />
+«Par un sentiment de plaisir,<br />
+«Quand j'ai commencé ma carrière,<br />
+«Faut-il qu'un sentiment contraire<br />
+«Vienne si vite la finir?</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_084" id="Page_084">84</a></span>
+«Tu reposes, et moi je veille!<br />
+«Si du moins un songe amoureux,<br />
+«Interprète de tous mes v&oelig;ux,<br />
+«Les murmurait à ton oreille!<br />
+«Il te dirait qu'un même jour<br />
+«Je vis, j'adorais mon Aglaure,<br />
+«Et qu'un même jour doit encore<br />
+«Finir ma vie et mon amour.»</p>
+
+<p>C'était ainsi que sur sa lyre<br />
+Il contait sa peine aux échos,<br />
+Quand le confident de ses maux,<br />
+L'écho cessa de les redire.<br />
+Soit qu'il fit des v&oelig;ux superflus,<br />
+Soit qu'il eût touché l'infidelle,<br />
+Sous la fenêtre de sa belle<br />
+Le jeune amant ne chanta plus.</p>
+
+<p class="i9">M. A. M.</p></div>
+
+<h3 class="p4">LE JE NE SAIS QUOI.</h3>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Avec les jeux dans le village</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Un jour je rêvais qu'à Cythère<br />
+Le dieu du goût donnait un thé;<br />
+Il voulait fêter l'art de plaire,<br />
+Qu'il chérit plus que la beauté.<br />
+Il dit: «Ceux qui voudront des places,<br />
+«Montreront, pour entrer chez moi,<br />
+«De l'esprit, du goût et des graces,<br />
+«Le séduisant je ne sais quoi!»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_085" id="Page_085">85</a></span>
+N'osant pénétrer dans le temple,<br />
+A la porte je cherche un coin;<br />
+Comme un amant, là, je contemple<br />
+Toutes les nymphes avec soin.<br />
+Minois charmants, tailles divines,<br />
+Que d'aimables choses je voi!<br />
+Des pieds mignons, des jambes fines,<br />
+M'inspirent le je ne sais quoi!</p>
+
+<p>Je vis monter au péristyle<br />
+Boufflers, Ovide, Anacréon,<br />
+Delille, et son ami Virgile,<br />
+Bernis, Pannard, Chaulieu, Piron;<br />
+Et ce dieu, les voyant paraître,<br />
+Leur dit: «Amis, entrez chez moi;<br />
+«Vos vers charmants ont fait connaître<br />
+«De l'esprit le je ne sais quoi!»</p>
+
+<p>En ce moment entre une file<br />
+D'acteurs que Molière conduit;<br />
+Le dieu du goût voyant Préville,<br />
+En lui serrant la main, lui dit:<br />
+«Imitateur inimitable,<br />
+«Quel plaisir j'ai quand je vous voi!<br />
+«Vous avez, du talent aimable,<br />
+«Trouvé le vrai je ne sais quoi!»</p>
+
+<p>Entre l'Amour et la Folie,<br />
+J'aperçois un objet charmant,<br />
+Je reconnais mon Aspasie;<br />
+Le plaisir m'éveille à l'instant.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_086" id="Page_086">86</a></span>
+Que n'a-t-il duré ce mensonge!<br />
+J'éprouvais un si doux émoi,<br />
+Que j'aurais vu, peut-être en songe,<br />
+De la belle je ne sais quoi!</p>
+
+<p class="i9">P. B.</p></div>
+
+<h3 class="p4">LA RÉSISTANCE,</h3>
+
+<h4>OU LE SECRET DES FEMMES.</h4>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Ah! quelle gêne et quel tourment</i>. (Opéra de Pierre-le-Grand.)</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Oui, je me livre au désespoir,<br />
+Disait certain amant novice,<br />
+«Églé, je ne veux plus te voir;<br />
+«Car tes charmes font mon supplice!&mdash;<br />
+«Si je te refuse un baiser,»<br />
+Répond elle avec innocence,<br />
+«Mes yeux toujours t'ont dit d'oser<br />
+«Triompher de ma résistance.&mdash;<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p>
+
+<p>«Pour me rendre plus amoureux,<br />
+«Tu m'agaces par un sourire:<br />
+«Si nous ne sommes que tous deux,<br />
+«Tu n'as jamais rien à me dire.&mdash;<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_087" id="Page_087">87</a></span>
+«Des femmes voilà le secret,<br />
+«Dit-elle, contre l'inconstance;<br />
+«Mais nous n'employons qu'à regret<br />
+«L'appareil de la résistance. <span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p>
+
+<p>«La nature, égale pour tous,<br />
+«Nous partagea bien ses données;<br />
+«Les femmes, plus faibles que vous,<br />
+«Doivent être les plus rusées.<br />
+«Si chacune garde pour soi<br />
+«Les ruses de la résistance,<br />
+«C'est pour mieux enfreindre la loi<br />
+«Qui la réduit à l'abstinence.<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p>
+
+<p>«Lorsque sous des verrous dorés<br />
+«Un turc élève notre enfance,<br />
+«Nos c&oelig;urs alors sont dispensés<br />
+«Des charmes de la résistance.<br />
+«Du tyran de notre bonheur,<br />
+«Comme des bons maris de France,<br />
+«L'amour faisant brèche à l'honneur,<br />
+«Nous guérit de la continence.<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p>
+
+<p>«Moins esclaves dans ce climat,<br />
+«Il faut que la pudeur nous guide;<br />
+«Pour bien garder le célibat,<br />
+«La résistance est notre égide.<br />
+«Car par-tout les hommes sont rois,<br />
+«Et nous sommes sous leur puissance;<br />
+«En l'enfreignant, ils ont des droits<br />
+«De nous réduire à l'abstinence.»<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_088" id="Page_088">88</a></span>
+Avant, tout comme après l'hymen,<br />
+Le plus doux charme de la vie,<br />
+C'est quand l'amour donne la main<br />
+A quelque tour de tricherie:<br />
+L'homme doit être l'agresseur;<br />
+La femme, toujours par prudence,<br />
+En cédant doit couvrir l'honneur<br />
+Du voile de la résistance.<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p></div>
+
+<h3 class="p4">LA SUITE DU SECRET,</h3>
+
+<h4>OU DE L'HYMEN.</h4>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Femmes, voulez-vous éprouver</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Victimes d'une douce erreur,<br />
+Si nous en faisons un mystère;<br />
+Quand vous attaquez notre c&oelig;ur,<br />
+Alors nous avons l'art de plaire.<br />
+Avons-nous comblé vos désirs,<br />
+Le dégoût suit la jouissance:<br />
+Quand vous variez vos plaisirs,<br />
+Nous imitons votre inconstance.<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p>
+
+<p>Notre amant, avant d'être époux,<br />
+Était un mortel adorable!<br />
+Mais l'hymen l'a rendu jaloux,<br />
+Avare, ivrogne, impitoyable.<br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_089" id="Page_089">89</a></span>
+Nous étions l'objet le plus beau;<br />
+Les dieux auraient voulu nous plaire:<br />
+L'amour a changé son flambeau<br />
+Pour une torche funéraire.<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p>
+
+<p>Pour bien juger ce différent,<br />
+Il faut être célibataire;<br />
+Il faut être Français galant,<br />
+Et sentir le besoin de plaire.<br />
+Pendant l'absence de l'époux,<br />
+On se dit, sans lui faire injure:<br />
+Vos femmes valent mieux vous,<br />
+Et je rends grace à la nature.<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p></div>
+
+<h3 class="p4">RONDES</h3>
+
+<h4>FAITES A MONTLUÇON,</h4>
+
+<p class="center">CHARMANTE VILLE DU BOURBONNAIS. (EN 1807)</p>
+
+<p class="p2">Une cause assez célèbre, que je me propose de publier bientôt, me
+força d'aller à Montluçon plaider moi-même contre une femme riche, que
+sa famille, ses alliés et ses gendres faisaient passer pour folle, à
+l'époque où elle fit des billets d'un tiers de moins que la somme
+qu'elle devait. Le tribunal et les habitants de <span class="pagenum"><a name="Page_090" id="Page_090">90</a></span>
+Montluçon m'accueillirent avec bonté: ma réputation de chanteur, à Paris,
+m'avait devancé dans cette ville, qui mérite un rang distingué dans
+les fastes de l'empire français. Pendant la terreur, Montluçon ne fut
+troublé par aucune sédition; on n'y versa jamais une goutte de sang;
+personne n'y fut dénoncé, malgré que cette petite cité renfermât plus
+de nobles qu'aucune autre ville. Elle se chargea elle seule du
+maintien de sa police, et répondit avec fermeté de ses concitoyens aux
+autres communes qui voulaient s'immiscer dans son gouvernement.</p>
+
+<p>Ces prérogatives m'inspirèrent autant de vénération pour les
+Montluçonnais, que de confiance dans les lumières et l'intégrité des
+magistrats de leur ville. Pendant que j'attendais l'issue de mon
+procès, des comédiens de village, qui n'avaient ni bas ni souliers,
+arrivent à Montluçon, et annoncent une représentation pour restaurer
+leur caisse et leur estomac. Le théâtre, le plaisir, la table, le jeu
+et les vierges, sont fêtés dans ce pays, peuplé de riches
+propriétaires qui mangent leur fortune sans souci, sans ambition, et
+sans rixe. La troupe ambulante était aussi pitoyable que comique par
+son nombre et son équipée: elle <span class="pagenum"><a name="Page_091" id="Page_091">91</a></span> était composée d'un secrétaire avec
+ses deux enfants, d'une amoureuse de coulisse, et de trois personnages
+pour jouer la comédie: cependant la première représentation de la
+Jeune Hôtesse remonta les finances, et l'aubergiste de l'Écu, où je
+logeais, leur fit crédit et bonne mine. Nous soupâmes à la même table
+d'hôte.... Au dessert on parla de donner pour la clôture une seconde
+représentation; chacun des convives calcula la recette: le directeur,
+inquiet, répondit que s'il faisait deux cents livres dimanche il
+aurait ville gagnée....</p>
+
+<p>Je lui en fis bon, et, d'un commun accord, je devins directeur,
+plaideur, et chanteur. Le lendemain dimanche, car nous étions au
+samedi, je fis annoncer la Banqueroute du Savetier, le Ventriloque, et
+un vaudeville sur les habitants de Montluçon; le succès répondit à
+l'attente: puisse cet impromptu avoir le même avantage à vos yeux!</p>
+
+<p class="center p2">Air: <i>Du vaudeville du Chaudronnier de St.-Flour</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p>Au milieu d'un riant vallon,<br />
+<span class="i2">Près d'un coteau fertile,</span><br />
+On voit un joli petit mont,<br />
+<span class="i2">D'où s'élève une ville.</span><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_092" id="Page_092">92</a></span>
+<span class="i1">Vos bons aïeux, sans façon,</span><br />
+<span class="i1">La nommèrent Montluçon.</span><br />
+<span class="i2">Dans ce charmant asile,</span><br />
+Caton, Ovide, Anacréon,<br />
+<span class="i2">Contents d'un sort tranquille,</span><br />
+<span class="i2">Trinquent à l'unisson.</span><span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p>
+
+<p>(<i>Ritournelle générale, en ch&oelig;ur.</i>)</p>
+
+<p><span class="i2">Des beaux jours de la France,</span><br />
+Veut-on retrouver l'horizon?<br />
+<span class="i2">Le plaisir en cadence</span><br />
+<span class="i2">Ramène à Montluçon.</span><span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p>
+
+<p>Qu'on nomme bien cette cité<br />
+<span class="i2">Vrai pays de Cocagne.</span><br />
+Car on y sable en liberté<br />
+<span class="i2">Le Pouilly, le Champagne.</span><br />
+<span class="i1">Momus, Bacchus et l'Amour</span><br />
+<span class="i1">Y président tour à tour.</span><br />
+<span class="i2">Dans ce charmant asile,</span><br />
+Caton, Ovide, Anacréon,<br />
+<span class="i2">Contents d'un sort tranquille,</span><br />
+<span class="i2">Trinquent à l'unisson.</span><span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p>
+
+<p>(<i>Refrain général, en ch&oelig;ur.</i>)</p>
+
+<p><span class="i2">Des beaux jours de la France,</span><br />
+Veut-on retrouver l'horizon, etc.</p></div>
+
+<p class="p1">On ne trouve à Montluçon ni libraire, ni bibliothèque, ni cabinet de
+lecture: tous les habitants lisent la gazette, fêtent la table; les
+<span class="pagenum"><a name="Page_093" id="Page_093">93</a></span> dames vont à l'église et à la comédie, et tous ont un esprit
+naturel et une amabilité sociable et aussi usagée que celle des
+érudits; le bon c&oelig;ur fait dans ce pays le meilleur et le plus
+savant livre d'éducation.</p>
+
+<div class="block p2">
+<p>L'encyclopédie en ces lieux,<br />
+<span class="i2">Sans charger la mémoire,</span><br />
+Vient de Beaune ou de Condrieux,<br />
+<span class="i2">Adressée à Grégoire;</span><br />
+<span class="i1">Momus, Bacchus et l'Amour,</span><br />
+<span class="i1">La rédigent tour à tour.</span><br />
+<span class="i2">Dans ce charmant asile, etc.</span><br />
+<span class="i2">Des beaux jours de la France, etc.</span></p></div>
+
+<p class="p1">On voit peu de pays plus galant et plus dévot que cette petite ville;
+une douzaine de jolies quêteuses parcourent les rues tous les
+dimanches, et vont rendre visite à tous les hôtels, tenant la bourse
+paroissiale des pauvres de l'Église, de la chapelle ardente de la
+Vierge, etc. Tous les dimanches, chaque fille offre une bougie à la
+Sainte Vierge; et toute l'année, l'Église du lieu est illuminée, comme
+les nôtres, le jour de la Chandeleur.</p>
+
+<div class="block p2">
+<p>C'est ici qu'on voit défiler<br />
+<span class="i2">Un bataillon de vierge,</span><br />
+<span class="pagenum"><a name="Page_094" id="Page_094">94</a></span>
+Puisque chacune y fait brûler<br />
+<span class="i2">Chaque dimanche un cierge;</span><br />
+<span class="i1">Voilà l'innocent détour,</span><br />
+<span class="i1">Pour sanctifier l'amour.</span><br />
+<span class="i2">Dans ce charmant asile, etc.</span><br />
+<span class="i2">Des beaux jours de la France, etc.</span></p>
+
+<p>Dans le long siècle de terreur<br />
+<span class="i2">Où régnait la discorde,</span><br />
+C'est ici qu'on eut le bonheur<br />
+<span class="i2">De fixer la concorde;</span><br />
+<span class="i1">Vos actes de probité</span><br />
+<span class="i1">Valent l'immortalité.</span><br />
+<span class="i2">Dans ce charmant asile,</span><br />
+Caton, Ovide, Anacréon,<br />
+<span class="i2">Contents d'un sort tranquille,</span><br />
+<span class="i2">Trinquent à l'unisson.</span><br />
+<span class="i2">Des beaux jours de la France,</span><br />
+Veut-on retrouver l'horizon,<br />
+<span class="i2">Le plaisir en cadence</span><br />
+<span class="i2">Ramène à Montluçon.</span><span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p></div>
+
+<p class="p1">Huit jours après, mes débiteurs vinrent à l'audience; la cause fut
+remise jusqu'au mois d'août. Ce vaudeville fut répété, et le soir nous
+dansâmes ensemble au refrain en attendant le revoir.</p>
+
+<p>Je retournai à Montluçon au mois d'août suivant. On me demanda des
+couplets pour le 15, jour de la fête de Napoléon. Pendant <span class="pagenum">
+<a name="Page_095" id="Page_095">95</a></span> que je les faisais, mes débiteurs
+vinrent consigner des fonds et me forcer de prendre une somme que deux
+mois auparavant ils ne voulaient pas me payer pour un empire.</p>
+
+<p class="p2 center">Air: <i>Vive Henri Quatre</i>.</p>
+
+<div class="block p1">
+<p><span class="i2">Vive la gloire,</span><br />
+Vive Napoléon!<br />
+<span class="i2">Paix et victoire</span><br />
+Ont couronné son nom:<br />
+<span class="i2">Vive la gloire,</span><br />
+Vive Napoléon!</p>
+
+<p><span class="i2">A coups de verre</span><br />
+Cognons une chanson;<br />
+<span class="i2">Pour la mieux faire,</span><br />
+Cognez, de son flacon,<br />
+<span class="i2">Remplit mon verre,</span><br />
+Et chante à l'unisson,</p>
+
+<p><span class="i2">Vive la gloire, etc.</span></p>
+
+<p><span class="i2">A coups de verre,</span><br />
+On fait à Montluçon<br />
+<span class="i2">La paix, la guerre,</span><br />
+L'amour et l'oraison.<br />
+<span class="i2">Les dieux sur terre</span><br />
+Choisiraient ce vallon.</p>
+
+<p><span class="i2">Vive la gloire, etc.</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a name="Page_096" id="Page_096">96</a></span>
+<span class="i2">O paix chérie!</span><br />
+Ce lieu fut ton berceau,<br />
+<span class="i2">Quand l'anarchie</span><br />
+Mit la France au tombeau:<br />
+<span class="i2">O paix chérie!</span><br />
+Ce lieu fut ton berceau.</p>
+
+<p><span class="i2">Vive la gloire,</span><br />
+Vive Napoléon!<br />
+<span class="i2">Paix et victoire</span><br />
+Ont couronné son nom:<br />
+<span class="i2">Vive la gloire,</span><br />
+Vive Napoléon!</p></div>
+
+<div class="p6 footnotes">
+<h3>NOTES:</h3>
+<div class="footnote">
+
+<p><a name="Footnote_1" id="Footnote_1"></a><a href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a>Voyage à Cayenne, 2 volumes in-8., avec
+figures; chez L. A. Pitou, libraire, rue Croix-des-Petits-Champs,
+n. 21. Prix, 7 fr. 50 cent.</p>
+
+<p><a name="Footnote_2" id="Footnote_2"></a><a href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a>Si on crie à l'invraisemblance sur ce goût dépravé, on se
+souviendra qu'Horace est mon garant. Il dit que l'amour est si
+bizarre qu'il a vu un galant baiser avec transport le polype de sa
+maîtresse.</p>
+
+<p><a name="Footnote_3" id="Footnote_3"></a><a href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a>Disette du pain, depuis le mois de décembre 1791, jusqu'en
+avril 1796.</p>
+
+<p><a name="Footnote_4" id="Footnote_4"></a><a href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a>Le mariage à l'église fut défendu à l'époque de leur fermeture,
+en octobre 1793, jusqu'au mois de septembre 1795.</p>
+
+<p><a name="Footnote_5" id="Footnote_5"></a><a href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a>M. d'Orv...., après la mort de sa fille, offrit sa dot à son amant.
+On devine ses motifs.</p>
+</div>
+</div>
+
+<p class="p6"><span class="pagenum"><a name="Page_097" id="Page_097">97</a></span></p>
+<h2>TABLE</h2>
+
+<h3>DU CHANTEUR PARISIEN,</h3>
+
+<p class="center"><big>DE L. A. PITOU</big>,</p>
+
+<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="TOC">
+<colgroup span="2">
+<col align="left"></col>
+<col align="right"></col>
+</colgroup>
+<tr>
+ <td><i>Le Préjugé vaincu.</i></td>
+ <td><a href="#Page_001">page 1</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Les Mandats de Cythère.</i></td>
+ <td><a href="#Page_002">2</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Les Patentes.</i></td>
+ <td><a href="#Page_005">5</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Les Contradictions.</i></td>
+ <td><a href="#Page_008">8</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Les Collets noirs.</i></td>
+ <td><a href="#Page_010">10</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Le Père Hilarion.</i></td>
+ <td><a href="#Page_013">13</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>La Charente.</i></td>
+ <td><a href="#Page_016">16</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Les Lunettes et la nouvelle Béquille.</i></td>
+ <td><a href="#Page_018">18</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Le Coup du Loup.</i></td>
+ <td><a href="#Page_020">20</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Les Incroyables, les Inconcevables et les Merveilleuses.</i></td>
+ <td><a href="#Page_022">22</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Regrets de David à la mort de Bethsabé. (Anonyme.)</i></td>
+ <td><a href="#Page_028">28</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Le Déporté dans la Guyane. (L. A. Pitou.)</i></td>
+ <td><a href="#Page_029">29</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Le Tombeau d'Ismène. (Idem.)</i></td>
+ <td><a href="#Page_032">32</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Mes Loisirs durant mon exil. (Idem.)</i></td>
+ <td><a href="#Page_034">34</a></td>
+</tr>
+<tr>
+<td><p class="p2"><span class="smcap">Des Auteurs anciens</span></p></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>La Toilette trop recherchée, Conte.</i></td>
+ <td><a href="#Page_038">38</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Sur un Rendez-vous.</i> </td>
+ <td><a href="#Page_039">39</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Mes quatre Ages.</i></td>
+ <td><a href="#Page_040">40</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>La bonne Amitié née de l'Amour.</i></td>
+ <td><a href="#Page_041">41</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>La Lanterne magique.</i> </td>
+ <td><a href="#Page_042">42</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>L'Ami de tout le monde.</i></td>
+ <td><a href="#Page_046">46</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Que deviendrait le Monde?</i></td>
+ <td><a href="#Page_047">47</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>L'Empire.</i></td>
+ <td><a href="#Page_049">49</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><span class="pagenum"><a name="Page_098" id="Page_098">98</a></span>
+ <i>L'Amant présomptueux.</i></td>
+ <td><a href="#Page_051">51</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Romance de madame de la Vallière. (L. A. P.)</i></td>
+ <td><a href="#Page_052">52</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Le Trictrac.</i></td>
+ <td><a href="#Page_054">54</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Voilà comme ils sont tous.</i></td>
+ <td><a href="#Page_056">56</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Le Vieillard Jeune-Homme.</i></td>
+ <td><a href="#Page_057">57</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Le Jeune-Homme Vieillard, par un Avocat de Moulins en Bourbonnais.</i></td>
+ <td><a href="#Page_058">58</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Chanson Créole.</i></td>
+ <td><a href="#Page_059">59</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Destinée de la Femme coquette. (Anonyme.)</i></td>
+ <td><a href="#Page_061">61</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Les Gants. (Grétry neveu.)</i></td>
+ <td><a href="#Page_064">64</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Le Mot et la Chose. (F. D.)</i></td>
+ <td><a href="#Page_066">66</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Couplet, joint à une Rose. (Armand-Gouffé.)</i></td>
+ <td><a href="#Page_067">67</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Le Devin. (Grétry neveu.)</i></td>
+ <td><a href="#Page_068">68</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Les Aînés et les Cadets. (Dupaty.)</i></td>
+ <td><a href="#Page_070">70</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Le Tombeau de Cécile. (Grétry neveu.)</i></td>
+ <td><a href="#Page_071">71</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>La Bouche. (Armand-Gouffé.)</i></td>
+ <td><a href="#Page_073">73</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>La Veille. (Grétry neveu.)</i></td>
+ <td> 76</td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>L'air. (Brazier fils.)</i></td>
+ <td><a href="#Page_077">77</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Les Yeux. (Antignac.)</i></td>
+ <td><a href="#Page_079">79</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Épitaphe. (Grétry neveu.)</i></td>
+ <td><a href="#Page_081">81</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Une Caresse. (Favart.)</i></td>
+ <td>ibid.</td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>A Aglaure. (M. A. M.)</i></td>
+ <td><a href="#Page_083">83</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Le Je ne sais quoi! (P. B.)</i></td>
+ <td><a href="#Page_084">84</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>La Résistance, ou le Secret des Femmes. (L. A. Pitou.)</i></td>
+ <td><a href="#Page_086">86</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>La suite du Secret. (L. A. Pitou.)</i></td>
+ <td><a href="#Page_088">88</a></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><i>Notice sur le caractère des Habitants de Montluçon. Le Chanteur
+ devenu Directeur de comédie, etc. (L. A. Pitou.)</i></td>
+ <td><a href="#Page_089">89</a></td>
+</tr>
+<tr>
+<td><i>Rondes faites à Montluçon. (L.A. Pitou.)</i></td>
+<td><a href="#Page_091">91</a></td>
+</tr>
+</table>
+
+<p class="p2 center"><b>Fin de la Table du Chansonnier Parisien.</b></p>
+
+<hr class="c30" />
+
+<h2><a name="Page_099" id="Page_099"></a>
+ALMANACH-TABLETTES</h2>
+
+<p class="center"><b><small>OU</small></b></p>
+
+<p class="center"><b><big>CALENDRIER ÉPHÉMÉRIDE</big></b></p>
+
+<p class="center"><b>POUR L'ANNÉE 1808;</b></p>
+
+<div class="p2">
+<p class="left30 ni1 font90"><b>Contenant les grands Évènements qui se sont
+succédés depuis 1787 jusqu'à 1808, chaque fait classé par
+ordre de date et de jour.</b></p></div>
+
+<p class="center p2"><b><big>PAR LOUIS-ANGE PITOU</big>,<br />
+dit <i>le Chanteur</i>, auteur du Voyage à Cayenne.</b></p>
+
+<p class="p2 right font90"><b>Jadis j'ai vendu des chansons<br />
+et d'excellentes aventures.</b></p>
+
+<hr class="c15 p2" />
+
+<p class="center"><b><small>PRIX</small></b></p>
+
+<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="prix">
+
+<tr>
+ <td><b>L'Almanach, ou le Chansonnier</b>.</td>
+ <td><b>1 fr. chacun.</b></td>
+</tr>
+<tr>
+ <td><b>Les deux réunis.</b></td>
+ <td><b>1 fr. 80 c.</b></td>
+</tr>
+</table>
+
+<p class="center"><b>PARIS</b>,</p>
+
+<p class="center p2"><b>Chez L. A. PITOU, libraire, rue Croix-des-Petits-Champs<br />
+n<sup>o</sup>. 21, près celle du Bouloy.</b></p>
+
+<hr class="c15 p2" />
+
+<p class="center"><b><small>DE L'IMPRIMERIE DES FRÈRES MAME</small>,<br />
+<small>rue du Pot-de-Fer, n<sup>o</sup>. 14.</small></b></p>
+
+<p class="center"><b><small>1808</small>.</b></p>
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's Le chanteur parisien, by Louis-Ange Pitou
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CHANTEUR PARISIEN ***
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+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
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+
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+
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+
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+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+
+</pre>
+
+</body>
+</html>