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| author | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-14 19:55:09 -0700 |
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Pitou + +Author: Louis-Ange Pitou + +Release Date: January 29, 2010 [EBook #31117] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CHANTEUR PARISIEN *** + + + + +Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink and the +Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net +(This file was produced from images generously made +available by the Bibliothèque nationale de France +(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) + + + + + + + Note de transcription: + Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été + corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été + harmonisée. + + + LE + + CHANTEUR PARISIEN. + + RECUEIL + + DES CHANSONS DE L. A. PITOU, + + AVEC + + Un Almanach-Tablette des grands Évènements depuis 1787 jusqu'à + 1808, chaque fait placé à son rang de date et de jour, ou + Calendrier Éphéméride pour l'année 1808; + + PAR LOUIS-ANGE PITOU, + dit _le Chanteur_, auteur du Voyage à Cayenne. + + Jadis j'ai vendu des chansons + et d'excellentes aventures. + + + PARIS, + + Chez L. A. PITOU, libraire, rue Croix-des-Petits-Champs, + nº. 21, près celle du Bouloy. + + + + + DE L'IMPRIMERIE DES FRÈRES MAME, + rue du Pot-de-Fer, nº. 14. + + 1808. + + + + +ON TROUVE A LA MÊME ADRESSE: + + + Voyage à Cayenne, dans les deux Amériques et chez les + Antropophages; ouvrage orné de gravures, contenant le tableau + général des déportés, la vie et les causes de l'exil de + l'auteur, des notions sur Collot-d'Herbois et + Billaud-de-Varennes, sur les îles Séchelles, etc., 2 volumes + in-8. de 400 pages chacun, seconde édition. Prix, 7 fr. 50 + cent. pour Paris. + + + + +PRÉFACE. + +COMMENT JE M'ÉTAIS FAIT CHANTEUR. + + +Je me souviens toujours avec plaisir d'avoir chanté à Paris, depuis +1795 jusqu'en 1797, pour chasser la misère et gagner ma vie, et je +remercie le public d'avoir déposé en ma faveur le préjugé qu'il a +contre tous ceux qui exercent la même profession que moi. Jadis les +troubadours inspirèrent aux Français cette gaieté qui fera toujours +notre caractère distinctif: mais, depuis notre civilisation, tout le +monde a voulu chanter, et la paresse, la misère, l'ignorance et la +mauvaise conduite ont bientôt fait pulluler les chanteurs. C'était +autrefois un état considéré, et même lucratif; car les premiers +troubadours étaient instruits, gais et probes. Ils ne chantaient que +par délassement leurs maîtresses, leurs infortunes, et les exploits +des sires, des damoisels et des châtelains. Ils voyageaient pour +s'instruire; ils trouvaient un asile chez les grands dont ils +composaient l'histoire en vers gothiques. + +Un grain de vanité est le partage de tous les hommes: le nain prend +des échasses, pour s'égaler au géant; ainsi je me crus historien en me +faisant chanteur. + +Dans le premier volume de mon Voyage à Cayenne[1] j'ai parlé des +motifs qui me forcèrent à chanter en public; beaucoup de personnes me +croient mort, d'autres viennent me demander si réellement c'est bien +moi? Oui, oui, leur dis-je, j'ai traversé gaiement une fournaise +ardente; j'ai écrit mon voyage, j'ai chanté au milieu des tourments: +à ma voix, le Ténare a souri.... Aujourd'hui, je joins au récit de mes +traverses, et les chansons qui m'ont fait exiler, et les airs qui +m'ont préservé des influences malignes du climat dévastateur que j'ai +foulé pendant trente mois. + + [1] Voyage à Cayenne, 2 volumes in-8., avec figures; chez L. A. + Pitou, libraire, rue Croix-des-Petits-Champs, nº. 21. Prix, 7 fr. + 50 cent. + +Si mon retour fait croire aux revenants, c'est que je suis revenu d'un +autre monde avec la même gaieté que j'avais avant mon départ. + +Comme l'originalité est mon lot, je me suis établi libraire dans la +rue Croix-des-Petits-Champs, numéro 21, près la place des Victoires. +Du seuil de ma porte, je vois l'ancien théâtre en plein air, où j'ai +chanté les _mandats_, les _patentes_, le _père Hilarion_, les +_incroyables_, les _collets noirs_, les _contradictions_, les +_lunettes_, la _béquilles_ et autres vaudevilles, accompagnés de +commentaires qui m'ont valu la déportation. + +Toutes les fois que je passe dans la rue Saint-Denis, je m'arrête à +considérer la maison de l'Homme Armé, où je débutai en 1795, le +premier juillet, à cinq heures du matin. Une marchande de la halle, +qui s'aperçut que je m'enrouais à force de chanter contre l'agiotage, +me dit en style énergique, qu'un chanteur sans violon sonnait comme un +pot cassé. J'avais fait ma journée, et j'allai compter ma recette dans +un petit cabaret borgne, où je trouvai des gens attablés, qui me +donnèrent un gros morceau de pain!.... Dans ce moment de disette, ce +fut pour moi un gros morceau d'or: je donnai en retour quelques +cahiers de chansons. + +A six heures et demie, je m'en retournai chez moi, persuadé qu'en me +retirant tous les jours à la même heure je ne serais reconnu de +personne, le jour ne venant ordinairement qu'à dix heures du matin +chez les gens du bon ton; mais la faim, qui chasse le loup du bois, +réveilloit alors tout le monde avant l'aurore, et je me trouvai caché +au milieu des halles, comme la perdrix qui met sa tête sous l'aile +pour se dérober au chasseur. + +A dix heures j'allai à mon ordinaire rédiger la séance de la +Convention, pour les Annales patriotiques et littéraires. En revenant +je trouvai au coin de la place Dauphine un opérateur (le marchand de +vulnéraire suisse) entouré de toute sa musique, qui, suivant l'argot +du métier, _postigeait à faire quimper le trepe_, s'arrêtait, et +faisait jouer pour attirer les passants. + +L'observation de la dame de la halle m'avait frappé. J'avais besoin de +musique. Je parlai à l'oreille d'un membre de l'orchestre du marchand +de vulnéraire. Convention faite à partage égal, nous nous donnons +rendez-vous, pour le lendemain à cinq heures du matin, dans un petit +cabaret de la rue du Puits, près des halles. Comme l'opérateur ne +sortait de chez lui qu'à sept heures du matin, son musicien trouvait +son compte à nous servir tous deux. Nous nous attablons; un verre de +cassie met de la colophane à l'archet et dérouille le gosier: nous +répétons notre cahier, et nous allons _posticher_. J'étais plus hardi; +le _trepe quimpe_, et à six heures et demie nous avons fait quatre +cents francs. + +Nous allons compter notre recette, et déjeûner à un petit cabaret; +c'était la galerie de mon musicien et le rendez-vous des autres +chanteurs. Je payai mon entrée. Bientôt les accords discordants des +chanteurs et chanteuses font une cacophonie risible. Les savants +composent en un clin d'oeil de la prose, et des vers outre mesure. Les +censeurs et les admirateurs sont des commères du marché aux poirées, +qui viennent avec leurs amoureux affublés d'un large chapeau blanc et +la pipe en gueule, juger l'impromptu fait à coup de verres. Comme je +figure dans cette tabagie, au milieu d'un nuage de fumée, les coudes +appuyés sur une table couverte d'une serpillière humide, grise, rouge, +brune et violette! + +L'homme qui se trouve là dans sa sphère, gagnant de l'argent sans +beaucoup de peine, le dépense de même, et ne compte jamais pour +l'avenir. + +Ici, commence la démarcation entre l'être oisif et taré, et l'honnête +indigent qui s'accroche à une branche, se secoue sur le rivage au +milieu des nageurs, et sait faire de nécessité vertu. + +Une jolie femme disait un jour à une dévote qui répondait de sa vertu, +que l'amour était par-tout le même et qu'il n'y a que manière de le +faire. Que d'actions sont susceptibles du même proverbe! Quand je +commençai à paraître en public, j'avais contre moi-même le préjugé que +je reconnaissais aux autres; et ce préjugé était une mauvaise honte +qui me faisait rougir de ma profession. En m'interrogeant par ma +détresse, je me répondais que cet acte de courage était louable, puis +tout à coup je me rendais aux clameurs du préjugé: cette dispute de +moi-même contre moi-même ne dura pas long-temps: l'accueil et la +bienveillance du public m'auraient presque fait tomber dans un autre +excès. Je prie le lecteur de faire attention à cet instant. Il est +décisif, et tous les hommes se trouvent plus ou moins souvent dans la +même passe. De la coupe de cette jointure des circonstances dépend +toujours la prétendue fatalité de malheur ou de bonheur attachée à nos +pas ou plutôt à nos déterminations: ce moment est aussi prompt qu'un +éclair. + +En chantant sur les places, je me trouvai associé à la plupart des +gens sans état et sans considération; le public, qui devina les motifs +qui m'avaient réduit là, vint me voir avec autant de curiosité que +d'intérêt et de plaisir. L'argent ne me manqua plus: je faisais +jusqu'à cinquante francs de recette par jour. En 1796, moment où le +numéraire ne commençait qu'à reparaître, je nageais dans l'abondance +au milieu de la disette. Cette abondance me donna le goût du plaisir +et de la dissipation. On ne se doute pas des rencontres que trouve un +acteur et un chanteur; sa physionomie, que tout le monde regarde sans +contrainte, s'imprime plus ou moins dans la mémoire et dans le coeur +de ceux qui l'entourent. De là ces prévenances, ces visites, ces +avances qu'on lui fait sans conséquence et sans crainte. S'il +assaisonne ses vaudevilles de quelques lazzis ou quolibets, la petite +fille qui ne désire qu'un amant entreprenant les prend pour elle, et +le chanteur remplace l'amant timide qui se gêne en sa présence. + +Deux hommes aimables se présentent dans un cercle; l'un est libre, +l'autre a fait un choix; le premier sera assidu et galant auprès de +toutes les femmes, le second sera poli; le premier aura dix maîtresses +sans y songer, sans excepter même celle de son ami. La vanité de +plaire est souvent plus puissante que l'amour, elle se prend pour lui: +plus un homme est exposé aux regards, s'il est goûté du public ou de +la société, plus on s'oublie pour lui faire des avances. On ne rougit +même pas d'acheter ses faveurs. + +Les marchands de la place Saint-Germain-l'Auxerrois, où j'avais établi +mon théâtre ambulant, m'ont vu plus d'une fois refuser différents +cadeaux; les commissionnaires insister, au point qu'un jour je remis +sur la borne trois paires de bas de soie qu'on venait de me présenter +en plein jour. Et je ne me rappelle jamais sans rire la ruse d'une +jeune femme qui, se trouvant un jour à mon cercle avec son vieux mari, +vint le lendemain chez moi me gronder de l'avoir regardée en public, +et pour appuyer sa plainte, me montrer une contusion qu'il lui avait +faite au cou, en la menaçant du divorce si jamais elle revenait +m'entendre: je la voyais pour la première fois. Un jour, au sortir de +plaider ma cause pour mes chansons, je fus accosté par une autre qui +me pria de lui montrer la musique.--Madame, je ne la sais +pas.--N'importe, dit-elle, mon mari est vieux et aveugle, nous lui +ferons compagnie, et vous serez musicien.--Mais, madame, on le +préviendra.--Je me charge de tout.--Je vous tromperais, madame, j'ai +une amie.--Et moi un mari. Ainsi l'amour ou le caprice sautent à pieds +joints sur toutes les bienséances; et les femmes sont plus entêtées +que nous dans leurs résolutions, et plus habiles à en venir à leurs +fins. Ce vertige passé il ne reste pas une étincelle d'amour, et +l'homme est souvent dupe de l'illusion. + +Je ne connais pas de moyens plus dangereux que ces chances de bonne +fortune pour plonger l'homme dans l'oubli de son être, de son état, de +son coeur et de ses facultés morales et physiques. Les anciens nous +ont dépeint cette vérité dans la fable de Circé: tous les chanteurs, +comme les compagnons d'Ulysse, sont entourés de femmes plus ou moins +dignes de respect, qui les plongent dans l'ivrognerie, l'oisiveté et +la stupeur: les libéralités de ces femmes font perdre à leurs amants +cette délicatesse qui distingue l'honnête homme en amour du traitant +déhonté: souvent elles volent ce qu'elles donnent au favori receleur, +et le tout se termine quelquefois par une association qui finit d'une +manière aussi honteuse que déplorable. + +Sous ce point de vue, mon préjugé contre moi-même était raisonnable de +ma part comme de celle du public; mais ma conduite me permet d'avouer +que j'ai été chanteur sans que personne ait à rougir de me donner +cette qualification. Si j'ai vaincu le préjugé et la mauvaise honte, +je ne l'ai pas déraciné dans tous les esprits; car l'épithète de +chanteur m'a fait juger incapable d'occuper certaines places, et j'ai +admiré plus d'une fois l'inconséquence de certaines gens qui, me +trouvant propre à tout autre emploi, m'éliminaient directement +parce que je professais celui-là: c'était me dire de n'en prendre aucun +ou d'en choisir un moins honnête, et de le faire adroitement. Le monde +est plein de ces donneurs de conseils qui vous trouvent du mérite pour +tous les emplois dont ils ne disposent pas, et l'eau bénite de cour se +répand par-tout. + +Du reste, mes malheurs et l'estime publique sont ma meilleure réponse +contre le préjugé attaché à la profession de chanteur. C'est dans cet +état, comme dans les prisons, que j'ai appris ce qu'il en coûte pour +être honnête homme. Si l'appât de l'or eût pu me séduire, je serais +riche et considéré; mais j'aurais perdu le seul titre qui me console +dans ma médiocrité. J'ai lutté dix ans contre l'adversité; la fortune +qui m'a trouvé inébranlable à mon départ comme à mon retour, m'a +conduit au port lorsque je me préparais encore à une tourmente. On +m'a demandé les vaudevilles qui me firent voir les bords de la Guyane. +Comme on rit du mal passé et que le voyageur, dans un temps calme, +revoit avec plaisir les lieux affligés par l'orage, ce petit mémorial, +que personne ne sera tenté de rédiger à aussi cher gage que moi, nous +paraît aujourd'hui dans le calme du réveil un songe affreux dont le +souvenir nous plaît et nous corrigerait pour l'avenir. + +Je composerai ce recueil, + +1º Des vaudevilles faits avant mon départ; + +2º Des romances et des loisirs de mon exil; + +3º Des chansons érotiques et critiques des anciens et des modernes; + +4º D'un choix de pièces analogues au temps et aux moeurs; + +5º D'un tableau général et varié de prose et de vers pour tous les +goûts. + + + + +LE CHANTEUR + +PARISIEN. + + + + +LE PRÉJUGÉ VAINCU. + + + Air: _Avec les jeux dans le village_. + + L'amour inventa l'art de plaire, + Celui de peindre et de chanter. + Daphnis, auprès de sa bergère, + Chanta le premier l'art d'aimer. + Homère, après lui dans la Grèce + Chantant ses vers harmonieux, + Sut apprivoiser la rudesse + De ce peuple de demi-dieux. + + Des tyrans les projets superbes + Ont tout mis en combustion; + Soudain je vois relever Thèbes, + Par les doux accords d'Amphion. + En Thrace le sensible Orphée + Chante l'amour et ses malheurs; + Sa lyre lui fraye une entrée + Dans le sombre manoir des pleurs. + + Le sort, qui d'un cardeur de laine + Avait fait un législateur, + Me donna la force et l'haleine, + Et le talent d'être chanteur. + Modeste au lit tout comme à table, + Je ne cherche point le haut bout, + Croyant qu'il faut pour être aimable + Rester plus couché que debout. + + + + +LES MANDATS DE CYTHÈRE. + + +Au mois de mai 1796, on donna au théâtre de la Cité les Mandats de +Cythère. Je fis les couplets suivants qui me firent condamner à une +amende de 1000 liv. en mandats, somme que j'acquittai pour 2 liv, 10 +s. en argent, au mois de septembre de la même année. + + + Air: _Un jour la petite Lisette_. + + En France, en Europe, à Cythère, + On veut fabriquer des mandats. + L'amour, en prenant ses ébats, + Disait l'autre jour à sa mère. + Prendront-ils, ne prendront-ils pas? + C'est ce que nous ne savons pas. + + A l'entreprise je préside, + Dit Vénus montrant ses états; + J'hypothèquerai nos mandats + Sur le double monde de Guide. + Prendront-ils, ne prendront-ils pas? + Oh, ma foi, nous n'en doutons pas. + + Deux beaux yeux, une belle bouche, + Deux globes taillés pour l'amour; + L'Élysée ou le dieu du jour + N'entre que quand Priape y couche, + Sont les secrets de nos états + Pour hypothéquer nos mandats. + + Si les législateurs de France + Avaient d'aussi jolis états, + Ils seraient moins dans l'embarras + Pour débrouiller notre finance: + Car chez nous toujours les mandats + Sont au pair avec les ducats. + + Dans notre aimable république + On bénit le contrefacteur, + Et sur le front du délateur + Croissent les cornes du tropique. + En tous temps nos jolis mandats + Sont au pair avec les ducats. + + L'amour voyant venir Glycère, + Pour échanger ses assignats, + Lui donne un rouleau de mandats + Qu'il avait reçus de sa mère. + La friponne disait tout bas.... + Que ce rouleau vaut de ducats! + + Une vieille en perruque blonde, + Dont le temps ride les appas, + Veut captiver le beau Lucas + Et renaître dans le grand monde. + Pour certain rouleau de mandats, + Elle offrira mille ducats. + + Un vieux Mondor de l'assemblée + De Lise veut voir les états; + Il offre un rouleau de mandats, + Timbré par une planche usée; + Mais Lise lui dit: vos mandats + Perdent, cent contre mes ducats. + +Les mandats étaient un papier-monnaie, décrété en avril 1796, en +remplacement des assignats. En août il perdait autant que l'assignat, +c'est-à-dire, neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-huit trois quarts +pour cent.... Ce qui les fit appeler, dans le temps, enfants +mort-nés. + + + + +LES PATENTES. + + +Ce vaudeville, composé au mois d'octobre 1796, a été une des causes +principales de ma déportation. Comme il m'arrivait de porter souvent +ma main à ma poche, on prétendit que je faisais des gestes indécents +et contre-révolutionnaires, délit prévu par la loi du 27 germinal, +emportant peine de mort. L'application m'en fut réellement faite le +premier novembre 1797. La peine de mort fut commuée en déportation +perpétuelle, et, le 8 septembre 1803, je reçus ma grace et ma liberté +de sa majesté l'Empereur et Roi. + + + Air: _Un jour Guillot trouva Lisette_. + + Républicains, aristocrates, + Terroristes, buveurs de sang, + Vous serez parfaits démocrates, + Si vous nous comptez votre argent. + Et comme la crise est urgente, + Il faut vous conformer au temps, + Et prendre tous une patente, + Pour devenir honnêtes gens. + + Mon dieu, que la patrie est chère + A qui la porte au fond du coeur! + Tous les états sont à l'enchère, + Hors celui de législateur. + La raison en est évidente, + C'est qu'aucun des représentants + Ne pourrait payer la patente + Qu'il doit à tous ses commettants. + + Un jacobin, nommé Scrupule, + En s'approchant du receveur, + Retourne sa poche et spécule, + Qu'il n'a plus rien que son honneur. + Oh! que cela ne te tourmente, + Dit le receveur avisé, + Ton dos a le droit de patente, + Commerce donc en liberté. + + Une vierge du haut parage, + Imposée à quatre cents francs, + Dit en descendant d'équipage, + Bon dieu! vous moquez-vous des gens? + Mais, monsieur, je vis d'industrie; + Le financier, le directeur, + Vous diront que pour ma patrie + J'ai vendu jusqu'à mon honneur. + + Un gros procureur, honnête homme, + Cousin de tous les fins Normands, + Murmure de payer tout comme + Les malheureux honnêtes gens. + Oh! cette injustice est criante, + On se pendrait d'un pareil coup! + Faire payer une patente + A ce grand maître grippe-sou. + + Sous ce déguisement cynique, + Remets-tu ce fameux voleur? + Fournisseur de la république, + Autrefois simple décrotteur. + Depuis qu'on parle de patentes, + Monsieur dit qu'il n'a plus d'états, + Que la république indulgente + Le classe parmi les forçats. + + Combien paierai-je de patente, + Dit certain faiseur de journal? + Si tu devais un sou de rente + A tous ceux dont tu dis du mal, + Je crois bien qu'au bout de l'année, + Sans compter tous tes revenus, + Ta dette serait augmentée + De trois ou quatre mille écus. + + Un vieux médecin se présente, + Hé quoi! dit un des assistants, + Peut-on payer une patente + Pour avoir droit de tuer les gens? + Non, dit un auteur dramatique, + Il vaut bien mieux les égayer; + Et mais, répond certain critique, + Nous vous payons bien pour bâiller. + + En fredonnant un air gothique, + Arrive un chanteur écloppé. + Si pour chanter la république + Il faut que je sois patenté, + Je ferai, dit-il, sans contrainte, + Cette offrande à la liberté, + Si désormais je puis sans crainte + Chanter par-tout la vérité. + + + + +LES CONTRADICTIONS. + + + Air: _Pour attendrir Junon rebelle_ (d'Anacréon chez Polycrate.) + + Ah! qu'on a bien raison de dire + Qu'amour est un étrange enfant; + Plus il nous cause de martyre, + Et plus il nous paraît charmant. + Dans son inconcevable empire, + Tout comme en révolution, + Chacun de nous veut se conduire + Toujours par contradiction. + + Quand Fanchette fut moins cruelle + Je songeais à peine à l'aimer; + Aujourd'hui qu'elle est infidèle, + Fanchette a tout pour me charmer. + Et dans mon aveugle délire, + Tout comme en révolution, + Fanchette, tu vas me conduire + Toujours par contradiction. + + On se recherche, l'on s'évite, + On s'ennuie de résister; + Pour être pris, l'un court moins vîte; + L'autre aussitôt va s'arrêter. + A Cythère on fait comme en France, + Pour l'amour ou pour la raison, + Quand l'un recule, l'autre avance, + Toujours par contradiction. + + Aux pieds de la reine de Gnide, + Tous les dieux se sont réunis; + Elle vole où son coeur la guide, + Et c'est dans les bras d'Adonis. + De ce choix qu'elle vient de faire, + L'amour murmure avec raison; + Mais en France, comme à Cythère, + Tout va par contradiction. + + Quand Lucas aime sa voisine, + Avec sa peau de maroquin[2], + Pluton épouse Proserpine, + Et Vénus épouse Vulcain; + Mais dans leur aveugle délire, + Tout comme en révolution, + Les objets peuvent les séduire, + Toujours par contradiction. + + Quand nous pourrons couper les ailes + De ce petit fripon d'amour, + Nos dames seront plus fidèles, + Et nous les paierons de retour; + Quand les trois pouvoirs en cadence + Peuvent chanter à l'unisson, + Nous voyons que tout dans la France; + Marche sans contradiction. + + [2] Si on crie à l'invraisemblance sur ce goût dépravé, on se + souviendra qu'Horace est mon garant. Il dit que l'amour est si + bizarre qu'il a vu un galant baiser avec transport le polype de + sa maîtresse. + + + + +LES COLLETS NOIRS. + + +Je composai ce vaudeville au mois de juillet 1797, au moment où l'on +se faisait la guerre à Paris pour un ruban, un collet rouge ou noir; +pour des souliers pointus ou carrés, et sur-tout pour les nattes. J. +J. Rousseau, en écrivant sa lettre contre la musique française, dit +que la querelle qui s'anima au sujet de cette futilité fut si grande, +qu'on oublia de grands intérêts et des démêlés plus sérieux pour +celui-là. Pour moi, je voulais voir les deux partis s'amuser de leurs +ridicules, et on m'arrêta lorsque je chantai cette chanson pour la +quatrième fois. + + + Air: _Il y a cinquante ans et plus_ (de la Caverne). + + Faut-il pour un collet noir, + Pour une perruque blonde, + Pour une toque, un mouchoir, + Bouleverser tout le monde. + Les frondeurs de cette mode, + Comme moi dans un boudoir, + N'ont rien vu de plus commode, + Qu'un collet bordé de noir. + + Dans l'olympe radieux, + Quand Vénus sortant de l'onde, + Fut admise au rang des dieux + On dira qu'elle était blonde. + Pour lui donner l'art de plaire, + L'amour fit apercevoir, + Près du temple du mystère, + Son collet bordé de noir. + + A la mère de l'amour + Chaque dieu fit son offrande; + Mais Mars eut, avant son tour, + Le premier droit de prébende. + Oh! ma plus belle parure, + Lui dit-elle, c'est d'avoir + Au-dessous de ma ceinture, + Ton collet bordé de noir. + + D'un déchireur de collet, + Pour punir l'audace extrême, + L'amour juge du méfait, + Sut s'en venger par lui-même. + Le galant, par aventure, + Chez Thisbé montant le soir, + Trouve au bas de sa ceinture, + Collet rouge, et blanc, et noir. + + Si d'un pantalon crasseux, + D'une robe rouge ou grise, + Aristide est amoureux, + Qu'il se vêtisse à sa guise; + Si le bonnet et la pique + Peuvent flatter son espoir, + Qu'il les prenne sans réplique, + Moi je veux un collet noir. + + On peut, sans être malin, + Vous dire avec assurance + Que c'est l'habit d'Arlequin + Qui sied le mieux à la France. + Car le démon de la mode, + Chez nous du matin au soir, + Fait, défait et raccommode, + Collet rouge, et blanc et noir. + + + + +LE PÈRE HILARION + +AUX FRANÇAIS. + +_Fait au premier janvier 1797._ + +Parallèle des abus du cloître avec les abus de 1793, 94, 95 et 96. + + + Air: _A moins que dans ce monastère_. + + Peuple français, peuple de frères, + Souffrez que père Hilarion, + Turlupiné dans vos parterres, + Vous fasse ici sa motion (_bis_). + Il vient sans fiel et sans critique, + Et sans fanatiques desseins, + Comparer tous les capucins + Aux frères de la république. + + Nous renonçons à la richesse + Par la loi de notre couvent, + Votre code, plein de sagesse, + Vous en fait faire tout autant. + Comme dans l'ordre séraphique, + Ne faut-il pas, en vérité, + Faire le voeu de pauvreté, + Pour vivre dans la république. + + On nous défend luxe et parure, + Et vos frères les jacobins + Avaient la crasseuse figure + De nos plus sales capucins. + Notre chaussure est sympathique; + Souvent sans bas et sans souliers, + On voit par-tout des va-nu-pieds, + Capucins de la république. + + Tout comme dans nos monastères, + Vous aviez vos frères quêteurs, + C'étaient vos braves commissaires + Et vos benins réquisiteurs. + Par leur douceur évangélique + Et par leur sainte humanité, + Comme ils faisaient la charité + Aux pauvres de la république! + + On nous ordonne l'abstinence, + Dedans notre institut pieux: + N'observait-on pas dans la France + Le jeûne le plus rigoureux? + Dans votre carême civique[3], + Vous surpassiez le capucin; + En vivant d'une once de pain, + Vous jeûniez pour la république. + + Par un vieux règlement d'usage + Nous faisons voeu de chasteté; + Le sacrement de mariage + Par vos frères est rejeté[4]. + Dans cette gaillarde pratique, + Qu'il est beau de voir à présent, + Pour une femme seulement, + Vingt filles de la république! + + Nous avons notre discipline, + Instrument de punition. + Vous avez votre guillotine, + Fraternelle correction. + Ce châtiment patriotique + Est bien sûr de tous ses effets; + Il n'en faut qu'un coup pour jamais + Ne manquer à la république. + + Demandant toujours des réformes, + Vous avez fait tout réformer; + De toutes vos nouvelles formes, + Quand je vous entends murmurer, + Je vous dis, trève de critique, + Puisque vous l'avez fait créer, + Il faut bien vous accoutumer, + A supporter la république. + + Rien ne vous plaît, tout vous ennuie, + Vous voulez toujours innover; + En abhorrant la monarchie, + Vous ne pourrez vous en passer. + Pour jouer nos capucinades, + Notre cloître était excellent; + Faudrait qu'il fût cent fois plus grand, + Pour jouer vos arlequinades. + + Agréez, mes chers camarades, + Le salut de l'égalité, + Et recevez mes accolades, + En signe de fraternité; + Mais respectez ma barbe antique, + Lorsque je viens vous embrasser, + Et ne la faites point passer + Au rasoir de la république. + + [3] Disette du pain, depuis le mois de décembre 1791, jusqu'en + avril 1796. + + [4] Le mariage à l'église fut défendu à l'époque de leur + fermeture, en octobre 1793, jusqu'au mois de septembre 1795. + + + + +LA CHARENTE. + + +Ce vaudeville poissard est la relation fidèle du combat que nous +soutînmes depuis minuit jusqu'à six heures du matin, le 21 mars 1797, +sur la frégate la Charente, qui sortit de la rade de Rochefort dans la +nuit du 20 mars, pour nous déporter à Cayenne. Le lendemain, en +avançant en haute mer, nous vîmes à notre poursuite trois bâtiments +anglais, le Vieux Canada, de 74 canons, escorté des frégates la Pomone +et la Flore, toutes deux de 42 pièces. Toute la journée nous tentâmes +de gagner les côtes de Médoc; mais la Flore nous rasait la terre: la +Pomone gagnait au large, et le Vieux Canada fermait la marche. Dans la +journée on jeta à la mer toute la cargaison et une partie de nos +effets pour délester le bâtiment. La nuit vint, et nous nous perdîmes +de vue; à minuit la lune nous trahit et nous nous trouvâmes près de +l'écueil du phare Cordouan. Les Anglais nous débouquèrent; la marée +montait; le combat s'engagea. On délesta de nouveau le bâtiment, qui, +démâté par le canon, le gouvernail brisé, nous fit échouer sur les +ruines de l'ancienne ville des Olives, près la rade de Royan, à +dix-huit lieues de Bordeaux. + + + Air: _Stuila qu'a pincé Berg-op-Zoom_. + + Ventrebleu qu'il est donc brutal, (_bis._) + Ce carillon de germinal; + J'crayons ma foi que c'te Charente, + Au diable f.... l'épouvante. + + Voyant ces trois châtiaux flottants, + J'avions largué la voile aux vents; + Avec tout nout échapatoire, + Fallut nous casser la mâchoire. + + Par là corbleu, monsieu Breuillac, + N'est ma foi point un monsieu d'Crac, + C'est f.... ben un pinc' sans rire, + Que malgré lui l'Anglais admire. + + Not maison quand brutal ronflait, + Sur le rocher se reposait. + J'avions un pied dans l'onde noire, + Et plus qu'nout saoul j'ons failli boire. + + Au milieu de tout c't'embarras, + Le grand marin qu'je n'voyons pas, + Qui ben mieux qu'nous connaît l'parage, + A lui seul sauva l'équipage. + + + + +LES LUNETTES + +ET LA NOUVELLE BÉQUILLE. + + + Air: _De la béquille_. + + Tous nos messieurs du jour, + Pour lorgner les brunettes, + Font porter à l'amour + Cent sortes de lunettes; + Mais fillette gentille + Bien mieux s'amusera, + D'une grosse béquille + Du père Barnaba. + + Hortense est dans son lit, + Hortense est bien malade; + N'amenez point ici + D'Hippocrate maussade. + De cette jeune fille + Le bobo guérira + Par un coup de béquille + Du père Barnaba. + + Hélas! depuis long-temps + Comme tout change en France! + Dès nos plus jeunes ans + Le malheur nous devance; + Garçon et jeune fille, + En sortant du berceau, + Prennent tous la béquille + Pour aller au tombeau. + + C'est en se chamaillant + Pour la chose publique, + Qu'on fit clopin clopan, + Boiter la république. + Moins leste que nos filles, + La jeune liberté + Court avec des béquilles + A la caducité. + + Pour réconcilier + Tous les aristocrates, + Il faut les marier + Avec les démocrates. + A la grande famille + Tout se réunira, + Par un coup de béquille + Du père Barnaba. + + + + +LE COUP DU LOUP. + +Vaudeville-proverbe, composé en brumaire, octobre 1799. + + + Air: _Lise voyait deux pigeons se becquer_. + + Vous qui n'aimez que les dons de Plutus, + Le bruit de Mars, les myrtes de Vénus, + Votre bonheur est sur l'aile d'Eole; + Le char se brise et tombe tout à coup; + Appliquez-vous ce proverbe d'école, + Y n'faut qu'un coup + Pour assommer un loup. + + J'ai vu le loup, disait la jeune Iris, + Il m'a pris hier mes deux jolis cabrits; + Pour m'en venger, je tiens cette houlette; + C'était le bien du beau berger Pâris. + Pâris lui dit, la jetant sur l'herbette, + N'en faut qu'un coup + Pour assommer le loup. + + Par intérêt, ou pour tout autre cas, + Sa vieille mère avait suivi ses pas; + En la voyant tomber sous la coudrette, + Bon dieu, bon dieu, qu'elle fit de fracas! + Elle disait à la pauvre fillette: + Voilà le coup + Pour assommer le loup. + + Par son voisin, Guyot voit ses enfants; + Mais au voisin ils sont très ressemblants. + Un vieil ami que Laure répudie, + Rend du mari les yeux trop clairvoyants: + Au bois d'amour quand naît la jalousie, + I' n'faut qu'un coup + Pour assommer un loup. + + Guyot annonce un voyage important: + Laure a déjà prévenu son amant. + Madame, il faut voyager à ma place, + Lui dit l'époux au beau milieu du champ; + Guyot revient, Laure fait la grimace. + I' n'faut qu'un coup + Pour assommer un loup. + + Pour mieux tromper les yeux de ses voisins, + Pour enchaîner leurs caquets assassins, + A son amant Laure avait, par prudence, + Fait fabriquer un bon passe-partout. + Guyot absent, il venait en silence. + I' n'faut qu'un coup + Pour assommer un loup. + + Sur le minuit il entra doucement; + Le gars savait toiser l'appartement: + En tâtonnant sur le lit de la dame, + Il le pressait.... Guyot dit tout à coup: + Réservez donc vos baisers pour ma femme. + I' n'faut qu'un coup + Pour assommer un loup. + + + + +LES INCROYABLES, + +LES INCONCEVABLES, + +ET LES MERVEILLEUSES. + +Tableau des aimables du jour, et du costume des plus élégants de la +révolution de 1796 et 1797. + + + Air: _Dans nos bois, dans nos campagnes_. + + Tout est incroyable en France + Dans la révolution: + La sagesse est la démence, + La folie est la raison. + Faisant la guerre aux coutumes + Pour rappeler les vertus, + Sous d'incroyables costumes, + Se vois rentrer les abus. + + Nous n'avons plus de comtesses, + Nous n'avons plus de barons; + Nos merveilleuses déesses + Leur ont pris leurs phaétons: + Et Margot dans l'équipage + Vient d'oublier son talent; + Se voyant dans l'apanage, + Ne connaît plus ses parents. + + Son incroyable Narcisse + Lui dit du haut de son char: + Vénus, ou que je périsse! + A moins de graces et moins d'art. + Pa'ol' d'honneur, dit-elle, + Sous ce costume élégant, + Je voudrais être aussi belle + Que vous paraissez galant. + + +_La merveilleuse à l'incroyable._ + + En vous tout est incroyable, + De la tête jusqu'aux pieds; + Chapeau de forme effroyable, + Gros pieds dans petits souliers; + Si pour se mettre à la mode + Gargantua venait ici, + Rien ne serait plus commode + Que d'emprunter votre habit. + + Botté tout comme un saint George, + Culotté comme un Malbrouk, + Gilet croisant sur la gorge, + Épinglette d'or au cou; + Trois merveilleuses cravattes + Ont bloqué votre menton, + Et la pointe de vos nattes + Fait cornes sur votre front. + + Je vois un autre incroyable + Chaussé comme une catin, + A la belle inconcevable + Présenter sa blanche main; + Cette incroyable coiffure + A, dit-elle, tant d'appas, + Qu'en voyant votre figure + Je ne vous remettais pas. + + De vos boucles de culottes + Ménageant les ardillons, + Nous déborderons nos cottes, + Pour vous faire des cordons; + Mais venez en diligence, + O merveilleux chevaliers! + Chez nous par reconnaissance + Chercher chaussure à vos pieds. + + +_Réponse des incroyables aux merveilleuses._ + + O charmante merveilleuse! + Mère du divin amour, + De votre taille amoureuse + Rien ne gêne le contour; + De votre robe à coulisse + Les plis sont très peu serrés; + C'est pour faire un sacrifice + Que vos bras sont retroussés. + + Vous avez déjà l'étole + Des prêtresses de Vénus, + Et je vois à votre école + Un essaim de parvenus: + Cythérée à sa toilette, + Voulant enchaîner l'espoir, + Tous cèderait son aigrette + Pour votre immense mouchoir. + + De votre robe traînante + Quand les replis ondulants + Avaient interdit l'attente + A nos désirs renaissants, + Je vois votre main légère, + Conduite par les amours, + De l'asile du mystère. + Nous découvrir les détours. + + Talons à la cavalière, + Boucles et souliers brodés, + Bottines à l'écuyère, + Ou bas à coins rapportés; + Ridiculement mondaines + Dans tous vos ajustements, + Des reines et des Romaines + Vous quêtez les agréments. + + Mais vos perruques frisées + Tout comme un poil de barbet + Ne sont donc plus couronnées + Par des chapeaux à plumet; + Et vos toques prolongées + Disent aux maris françois, + Que leurs femmes corrigées + Portent la moitié du bois. + + Mais ces autres dédaigneuses + Ont un bonnet plus galant; + Leurs têtes impérieuses + Sont un vrai moulin à vent: + Celles-ci plus souveraines + Vous disent éloquemment, + En France nous sommes reines, + Et nous portons un turban. + + + + +REGRETS DE DAVID + +A LA MORT DE BETHSABÉE. + + +David, surnommé le prophète-roi, était le plus jeune des fils d'Isaïe, +bethléémite, et, suivant certaines versions, le moins aimé de son +père, qui l'avait relégué dans la campagne pour garder ses troupeaux. +Dieu le tira de ce néant pour le placer sur le trône d'Israël. David, +au milieu de la prospérité, oublia une si grande faveur. Dans un +moment d'oisiveté, en se promenant, il vit au bain Bethsabée femme +d'Urie, un des capitaines de ses troupes. Urie était absent pour le +service de son prince. David s'enflamma pour Bethsabée, qui devint +enceinte en l'absence de son mari. Le roi rappela Urie pour que son +adultère ne fût point connu; mais ce guerrier se rendit au palais du +roi sans vouloir rentrer chez lui, et répondit à David qui l'y +engageait: Comment ne jeûnerais-je pas et rentrerais-je dans ma +maison, quand l'arche du seigneur couche dans les camps et qu'elle est +peut-être au pouvoir des infidèles?.... Le roi, loin d'être touché de +ces paroles, fit marcher Urie dans un défilé, d'où, il ne put échapper +à la mort. Bethsabée épousa David, donna le jour à Salomon, et mourut +subitement à la fleur de son âge, au moment où David l'idolâtrait.... + +L'auteur de ce chef-d'oeuvre peint David debout, les bras étendus sur +les tristes restes de son amante, dont le visage à découvert dans le +cercueil, en lui laissant le souvenir de ses charmes, lui rappelle son +ingratitude envers Dieu et son crime envers Urie. David, en proie à +l'amour, au remords, à la reconnaissance, cède tour à tour à sa +passion, à son désespoir et à son repentir. Cette héroïde arrachait +des larmes aux sauvages de la Guyane, quand nous la chantions sur les +bords de la mer: l'écho des forêts et des montagnes lui donnait +quelque chose de mélodieux, et les cultivateurs quittaient leurs +travaux pour nous écouter. Je me croirais poëte si j'eusse fait ces +couplets. + + Je suis puni, je perds ce que j'adore, + Ce cher auteur de mes forfaits. + C'est malgré moi que je t'offense encore, + Seigneur, par mes tristes regrets. + Mon coeur est déchiré sans cesse + Par le remords et le désir. + Ah! j'en mourrais de repentir + Si je n'expirais de tendresse. (_bis._) + + De mon amour, déplorable victime, + Je n'ai long-temps fait que gémir. + J'ai succombé, j'ai vécu dans le crime.... + Tu ne pouvais mieux m'en punir.... + Grand Dieu! ta puissance suprême + N'a plus de coups à me porter. + On n'a plus rien à redouter + Quand on a perdu ce qu'on aime. (_bis._) + + Elle n'est plus; la mort impitoyable + A moissonné ses jeunes ans; + Et c'est du fond d'un sépulcre effroyable + Qu'elle ravit encor mes sens. + En t'implorant mon coeur t'outrage, + Seigneur; mes voeux sont criminels, + Puisque j'apporte à tes autels + Un coeur rempli de son image. + + Si je l'aimai cette amante adorable, + Si j'oubliai tant de bienfaits, + C'est toi, mon Dieu, qui me rendis coupable + En la formant de tes attraits. + A mes devoirs toujours fidèle, + Et toujours soumis à ta loi, + Hélas! je n'eusse aimé que toi, + Si je n'avais brûlé pour elle. + + + + +LE DÉPORTÉ + +DANS LA GUYANE FRANÇAISE. + +Romance composée à la Franchise, en frimaire an huitième (24 novembre +1799). + + + Air de l'opéra de Tom-Jones; _Vous voulez que je vous oublie_. + + _Reprise._ O ma maîtresse! ô ma patrie! + Oui, je chéris jusqu'à vos coups. + Vos arrêts font le destin de ma vie; + Vous m'exilez quand je brûle pour vous.... + + Déporté dans le nouveau monde, + Un troubadour, au bord de l'onde, + Soupirait ainsi ses revers! + Sombres forêts, affreux rivage, + Faut-il qu'au printemps de mon âge + J'expire ici chargé de fers?.... + + O ma maîtresse! ô ma patrie! etc. + + Oh! je ne suis pourtant coupable + Que d'aimer un objet aimable, + Et de soupirer pour un roi; + Trop fier de ce vertueux crime, + De l'amour sensible victime, + J'expire en adorant ta loi. + + O ma maîtresse! ô ma patrie! etc. + + Dès que l'orient se colore, + Je dis à la naissante aurore: + Mêle tes larmes à mes pleurs; + Mais conserve pour ma patrie, + Et pour l'ingrate qui m'oublie, + Tes dons et tes riches couleurs. + + O ma maîtresse! ô ma patrie! etc. + + Quand de cette zone torride + Mon pied foule le sable aride, + Je porte la main sur mon coeur. + Zulma, pour toi comme il palpite! + Vers toi comme il se précipite, + Beau climat où naît le bonheur!.... + + O ma maîtresse! ô ma patrie! etc. + + Le nouveau siècle qui commence + Rendra l'âge d'or à la France; + Sur les lis l'aigle volera. + Soit qu'ici je végète encore, + Ou soit qu'un tigre m'y dévore, + Ma langue en se glaçant dira: + + O ma maîtresse! ô ma patrie! etc. + + O Dieu! je reverrais la France! + Je jouirais de ta présence! + Zulma! tu m'as ravi ton coeur!.... + Non.... Laissez-moi sur cette rive, + Et qu'en mourant, ma voix plaintive + Nomme Zulma pour mon malheur. + + O ma maîtresse! ô ma patrie! + Oui, je chéris jusqu'à vos coups: + Vos arrêts font le destin de ma vie; + Vous m'exilez quand je brûle pour vous. + +Un de nos compagnons d'exil fut déporté, en 1797, pour avoir ramené en +France, dans sa famille, une jeune émigrée comme lui dont il venait +demander la main. Pendant que nous étions dans la Guyane, il apprit +qu'elle avait épousé un autre jeune homme qui lui avait fait obtenir +sa radiation: il en mourut de douleur. C'est le sujet de cette +romance. + + + + +LE TOMBEAU D'ISMÈNE. + + +Un jeune homme dont les parents avaient éprouvé de grands revers +parvint, par amour et par séduction, à obtenir les faveurs d'Ismène +d'Orv.... que ses parents lui destinaient, avant que la fortune eût +allumé entre les deux maisons une haine irréconciliable. Ismène +d'Orv.... devint enceinte. Cette nouvelle éclata un jour au milieu +d'une fête que toute la famille donnait au grand-papa. M. d'Orv...., +plaint par les gens sensés, et ridiculisé par les jeunes étourdis, +concentra sa colère durant le repas: mais le soir, en rentrant chez sa +fille, il la traîne aux cheveux, lui donne des coups de pied dans le +ventre, et assassine la mère et l'enfant, qui moururent au bout de +huit jours. Le premier auteur de cette catastrophe était un de nos +compagnons d'exil. L'amour et la douleur le traînèrent au sanctuaire. +Il me demanda les couplets suivants; me permit de les publier, et me +pria de taire son nom par égard pour la famille de son amie, dont le +chef expie sa faute dans un deuil éternel. + + + Air de la nouvelle Clémentine: _Une jeune bergère, les yeux baignés + de pleurs_. + + J'ai perdu mon Ismène, + J'ai perdu mon bonheur; + Échos, forêts, fontaines, + Répétez ma douleur. + Pour moi, belle nature, + Tes dons sont superflus; + Dépouille-toi de ta verdure, + Mon Ismène n'est plus. + + Claire et pure fontaine, + Sur tes bords enchanteurs, + Chaque jour, pour Ismène, + Tu t'émaillais de fleurs; + Je vais grossir ton onde + De mes pleurs superflus; + Je reste isolé dans le monde, + Mon Ismène n'est plus! + + Si l'or me rend Ismène[5], + Si l'or me rend mon fils, + Je veux m'ouvrir la veine + Pour en doubler le prix: + Tes largesses tardives + Sont des biens superflus; + Les habitants des sombres rives + Payent de leurs vertus. + + Coudrier dont l'ombrage + Protégeait nos plaisirs, + Assis sous ton feuillage, + Je pousse des soupirs. + Au récit de ma peine, + Ces rochers sont émus; + Écho répète encore Ismène, + Mais Ismène n'est plus! + + Près de cette hécatombe, + Venez en sanglotant; + Ce marbre sert de tombe + A la mère, à l'enfant. + Son bourreau fut son père, + L'amour fit ses malheurs, + Et son amant se désespère: + Vous leur devez des pleurs. + + [5] M. d'Orv...., après la mort de sa fille, offrit sa dot à son + amant. On devine ses motifs. + + + + +MES LOISIRS + +DANS LA GUYANE FRANÇAISE + +en 1801. + +_Loyauté, Commerce, et Usure._ + + +Durant le fameux hiver de 1784 une femme, chargée d'un poêlon de +cuivre, se présenta chez le sieur Crugeon, chaudronnier sur le pont +Marie, à Paris. «Il y a sept mois, lui dit-elle, que vous m'avez vendu +cet ustensile; je le payai huit livres dix sous, et vous me promîtes +de le reprendre à sept livres dix sous, si je voulais m'en défaire +dans l'année. Mais ne pouvant prévoir que nous eussions un hiver si +rigoureux, je suis obligée de m'en défaire; reprenez votre poêlon et +donnez-moi ce qu'il vous plaira. Je loge maintenant à l'autre bout de +la ville. Je l'ai offert à cinq ou six personnes, aucun n'a passé le +prix de trois livres dix sols. Je vous reconnais et je reconnais le +poêlon, répondit l'artisan. Vous avez eu tort de l'offrir à cinq ou +six personnes, il fallait venir droit à moi: je suis homme de parole +en hiver comme en été; voilà vos sept livres dix sous.» + +_Beau modèle de franchise et de probité de l'artisan: voilà la vraie +justice. Voici l'usure._ + +Durant le même hiver, un homme de lettres malade entra chez un riche +bijoutier dont on rougit de dire le nom, et lui dit: «Vous m'avez +vendu il y a six mois, avec garantie, une pendule que je vous payai +cinq cents livres. Je suis forcé de m'en défaire; voyez pour quelle +somme vous voulez la reprendre. Mon cher monsieur, répondit le +trafiquant, il faut aller suivant la saison: l'hiver est très rude: je +vous donne deux louis et demi de votre pendule. Le marché se conclut à +quatre-vingts livres....» + + + + +PHÉNOMÈNE. _Anecdote de 1788._ + + +Pierre Noël Le Cauchois avait servi long-temps dans un régiment de +dragons où il avait mérité et obtenu des distinctions et des grades; +mais son bon coeur l'ayant porté à défendre les opprimés, il embrassa +la profession d'avocat. Cet homme généreux et infatigable, qui s'était +ruiné pour faire éclater dans tout son jour l'innocence de la fille +Salmon, est mort à Paris, le 16 février 1788, dans l'indigence la plus +déplorable. Ses amis seuls suivirent son convoi en fondant en larmes, +et ce fut monsieur Cosson qui, ne voulant point qu'un homme si +estimable fût enterré par charité, paya les frais de son enterrement à +Saint-Sulpice. Voici ce que le propriétaire de la maison qu'occupait +le vertueux Le Cauchois écrivit le jour de sa mort à monsieur Cosson. + +«Monsieur, je vous donne avis que le pauvre monsieur Le Cauchois vient +de mourir dans la plus affreuse misère, n'ayant pas laissé un sou pour +se faire enterrer; vous étiez son ami, monsieur, voyez à régler la +manière dont nous lui ferons rendre les derniers devoirs.» + +Voilà la fin d'un citoyen qui venait d'arracher un être innocent du +bûcher. Il ne faisait que du bien. Il est mort indigent, sans +ostentation; donnez à ses mânes des larmes de repentir et de +reconnaissance pour le siècle qui a ressuscité un Aristide au milieu +de tant d'Alcibiades. + +M. Jame de Saint-Léger lui a payé son tribut dans l'épitaphe suivante: + + De Mars et de Thémis noble et sage soutien, + Il servit son pays, il sauva l'innocence; + Il mourut sans regrets, hélas! quand l'indigence + Lui ravit le pouvoir de faire encor du bien. + Vous voilà consolés, détracteurs méprisables, + Par qui de ses succès l'honneur fut envié! + Mais la vertu le pleure au sein de l'amitié, + Et sa mort, à jamais, les laisse inconsolables. + + + + +CONTRE LA TOILETTE TROP RECHERCHÉE. + + + Air: _Et ça ne se peut pas_, ou de l'Officier de Fortune: _Fidèle + époux, franc militaire_. + + Pourquoi, d'une main indiscrète, + Vouloir orner vos doux appas? + On montre, à force de toilette, + Des défauts que l'oeil ne voit pas. + Loin d'ajouter à la nature, + Cet art enlaidirait Vénus: + Sur un front qui plaît sans parure + Tous les pompons sont superflus. + + Parmi les plaisirs de la table, + Au sein des ris et des amours, + Est-il objet moins agréable + Qu'une pompe de vains atours? + Si ma voisine a quelques charmes, + Bacchus me promet des larcins; + Mais la coquette sous les armes + Fait échouer tous mes desseins. + + David, ce roi dévot et sage, + Aimait Bethsabé sans habit; + Holopherne en même équipage + Voulut voir la chaste Judith. + A tort on croirait que Lucrèce + Pour la vertu trancha ses jours; + C'est que Tarquin, par maladresse, + Avait chiffonné ses atours. + + Le berger qu'au Pinde on renomme + Pour un arrêt digne des dieux, + A Vénus adjugea la pomme: + Était-ce donc pour ses beaux yeux? + Non, non; Junon, nous dit Homère, + Les avait plus beaux et plus grands; + Mais en femme orgueilleuse et fière, + Elle avait mis trop d'ornements. + + Minerve, par trop de sagesse, + Avait trop voilé ses appas; + Vénus, par un trait de finesse, + Prudemment ne les cacha pas: + Sous ces habits de la nature + Elle parut coquettement, + Et sa beauté touchante et pure + Reçut deux prix au même instant. + + + + +SUR UN RENDEZ-VOUS. + + + Demain, dans le palais de Flore, + Je dois rencontrer mon berger. + Amour, ouvre mes yeux à la naissante aurore, + Et ferme-les sur le danger. + + + + +MES QUATRE AGES. + +STANCES ANACRÉONTIQUES. + + + Dans mon ame douce et paisible + A quinze ans il n'était pas jour. + A vingt ans mon coeur insensible + Émoussa les traits de l'amour. + + A vingt-cinq ans, moins intraitable, + Je sus distinguer la beauté, + Et, de raison toujours capable, + Je conservai ma liberté.... + + Mais j'ai vu la jeune Amaranthe; + Elle compte quinze printemps, + Et moi, qui déjà vise à trente, + Je suis moins sage qu'à quinze ans. + + Amour, enfant doux et barbare, + Cher ennemi qu'enfin je sers, + Sont-ce des fleurs, sont-ce des fers + Que ton caprice me prépare? + + Loin de ma première saison, + J'aime une belle à son aurore; + Dans son coeur trompé fais éclore + Le désir avec la raison. + + Inspire-lui des goûts plus sages + Que ceux du plus fou des amants: + Amour, en opposant nos âges, + Accorde au moins nos sentiments. + + + + +LA BONNE AMITIÉ + +NÉE DE L'AMOUR. + + + Je l'attendais avec impatience, + Cet ami si cher à mon coeur; + Je me disais que sa présence + Serait pour moi l'aurore du bonheur. + Je l'attendais sans espérance + Qu'il partagerait mon ardeur; + Mais je me contentai d'avance + D'un sourire plein de douceur. + Je l'attendais avec sagesse, + L'amitié seule eût donné mon baiser, + Et rien n'eût trahi ma tendresse + Que la douleur de le voir refuser. + Je l'attendais dans ma retraite, + Où les amours ne logent plus; + Un seul encor, mais en cachette, + Vit dans mon coeur en vrai reclus. + Je l'attendais sans art et sans parure. + Ah! le plaisir eût animé mes traits: + Le sentiment embellit la nature, + Elle lui doit ses plus touchants attraits. + Il ne vient point. Je ne veux plus l'attendre, + L'ingrat ami qui me fait soupirer; + Mais sans le voir, même sans y prétendre, + Je puis au moins le désirer. + + Par Madame DE MONTANCLOS. + + + + +LA LANTERNE MAGIQUE. + + +Un chanteur tire ordinairement le diable par la queue; ce diable est +une des merveilles de la lanterne magique. Un joueur de gobelets, un +promeneur de vielle et un chanteur, se disputent souvent le terrain +sur la même place. Si ces trois hommes sont au niveau de leur état, +ils doivent amuser en instruisant. Le premier peint l'adresse des +filous, le second les ridicules des sots, et le troisième présente un +miroir à la société; il est vrai que le spectateur voit sans être vu; +mais un émule du père Ducerceau les a pourtant assez bien attrapés +dans la lanterne magique suivante. Le vaudeville entrait dans notre +recueil de la Guyane, et je ne le répète jamais sans un doux souvenir +du convive qui me l'apprit. Il me rappelle les bois et les cases où +nous passions quelques heures de bonheur; et celui-ci était bien vif, +car il était payé bien cher. + + + L'on voit dans ma boîte magique + La rareté! la rareté! + Rien qui ne flatte et qui ne pique + La curiosité. + Le monde en peinture mouvante, + Par mon verre se montre aux yeux, + Et la figure est si parlante, + Qu'elle fait dire aux curieux: + Oh la merveille! + Oh la merveille sans pareille! + + Je fais voir un grand sans caprice; + La rareté! la rareté! + Un courtisan sans artifice; + La curiosité! + Une cour où dame fortune + Ne trouble point les plus beaux jours, + Et n'a pas, ainsi que la lune, + Et son croissant et son décours. + Oh la merveille! + Oh la merveille sans pareille! + + Un seigneur sans faste et sans dettes; + La rareté! la rareté! + Un commis riche et les mains nettes; + La curiosité! + Un Crésus chez qui l'industrie + Enfante la prospérité, + Sans que dans l'éclat il oublie + Ce que ses parents ont été: + Oh la merveille! + Oh la merveille sans pareille! + + Un bel esprit sans suffisance; + La rareté! la rareté! + Un joueur parmi l'abondance; + La curiosité! + Un ami qui, dans ma disgrace, + M'aime autant que dans mon bonheur; + Qui, quand le sort m'ôte ma place, + M'en conserve une dans son coeur: + Oh la merveille! + Oh la merveille sans pareille! + + Un conteur qui jamais n'ennuie; + La rareté! la rareté! + Un breteur qui jamais ne fuie; + La curiosité! + Un tartuffe à lui-même austère, + Qui, sous la douceur du miel, + Ne déguise point le mystère + D'un coeur amer et plein de fiel: + Oh la merveille! + Oh la merveille sans pareille! + + Mari d'accord avec sa femme; + La rareté! la rareté! + Deux coeurs qui ne fassent qu'une âme; + La curiosité! + Paisible et vertueux ménage, + Où sans cesse d'heureux enfants + Trouvent, d'une conduite sage, + Le modèle dans leurs parents: + Oh la merveille! + Oh la merveille sans pareille! + + Un petit maître raisonnable; + La rareté! la rareté! + Un plaideur qui soit équitable; + La curiosité! + Un modeste et sage critique + Qui, sans mélange d'âpreté, + Assaisonne d'un sel attique + Ce que la raison a dicté: + Oh la merveille! + Oh la merveille sans pareille! + + Mérite à l'abri de l'envie; + La rareté! la rareté! + Plaisir sans trouble dans la vie; + La curiosité! + Un coeur où n'eut jamais d'empire + Le souci contraire à ses voeux, + Et qui toujours se puisse dire: + Je suis content, je suis heureux! + Oh la merveille! + Oh la merveille sans pareille! + + Un grand coeur exempt de foiblesse; + La rareté! la rareté! + Un coeur fier exempt de bassesse; + La curiosité! + Politique sans tromperie, + Courage sans témérité, + Prudence sans pédanterie, + Jeunes appas sans vanité: + Oh la merveille! + Oh la merveille sans pareille! + + Grand spectacle où l'on divertisse; + La rareté! la rareté! + Fête où tout le monde applaudisse; + La curiosité! + Chanson badine ou satirique, + Où les couplets soient d'un goût fin, + Dont chaque mot sans blesser pique, + Et prépare un heureux refrain: + Oh la merveille! + Oh la merveille sans pareille! + + + + +VOICI LE SECOND TABLEAU DE MA LANTERNE MAGIQUE. + + + + +L'AMI DE TOUT LE MONDE. + + + L'amour-propre des grands seigneurs + Fait le revenu des flatteurs; + C'est où leur fortune se fonde. + En parlant trop sincèrement, + On n'est pas ordinairement + Ami de tout le monde. + + Quand j'aime, j'aime uniquement; + Je parle toujours franchement; + Comme le corps j'ai l'ame ronde, + Il ne faut rien faire à demi: + Je compte pour rien un ami + Ami de tout le monde. + + Prêtez argent sans intérêts, + Ne le redemandez jamais; + Qu'en bon vin votre cave abonde; + Ouvrez la porte à tous venants, + Et vous serez en peu de temps + Ami de tout le monde. + + Aux badauds donnez de l'encens, + Aux Gascons des repas friands, + Aux Bretons, buvez à la ronde, + Ne demandez rien aux Normands, + Et vous serez, avec le temps, + Ami de tout le monde. + + + + +QUE DEVIENDRAIT LE MONDE. + + + Air: _Ma femme le sait_. + + Suivons l'amour et la folie + Pour goûter un plaisir charmant; + L'amour est l'ame de la vie, + La folie en fait l'agrément: + La raison jalouse en vain gronde, + Fermons l'oreille à ses discours, + Sans la folie et les amours, + Que deviendrait le monde? + + A jeune fillette, une mère + Défend toujours d'aller au bois; + Mais on se rit de sa colère, + Et l'on s'échappe en tapinois: + L'Amour fait le guet à la ronde, + Les Sylvains sont vifs et charmants.... + Si l'on écoutait les mamans, + Que deviendrait le monde? + + On ne me veut voir occupée + Que de joujoux ou de pompons; + On me renvoie à ma poupée, + Lorsque je fais des questions: + Oh! c'est alors que l'on me gronde.... + Si certain désir curieux, + Aux fillettes n'ouvrait les yeux, + Que deviendrait le monde? + + Sous le joug de la continence + Un abbé gémit nuit et jour; + Des rigueurs de la pénitence, + Il vole aux plaisirs de l'amour; + Et c'est alors que l'on en gronde. + Mais si ceux qui portent rabat + Observaient tous le célibat, + Que deviendrait le monde? + + A dépeupler la terre entière, + Travaillent tous les médecins: + Vous les voyez dans leur carrière + Livrer bataille au genre humain. + Mais si, pendant qu'ils font leur ronde, + Leur sage et prudente moitié + Des maux d'autrui n'avait pitié, + Que deviendrait le monde? + + Pauvres maris que l'on offense, + Et dont toujours on rit après, + Chez les autres prenez vengeance, + Et n'en vivez pas moins en paix: + Qu'on vous raille ou que l'on vous fronde, + Ne vous mettez pas en courroux; + Messieurs, si vous vous fâchiez tous, + Que deviendrait le monde? + + Que ce repas est délectable! + Ah! qu'on y voit briller d'attraits! + Vénus, que nous vante la fable, + N'en eut jamais d'aussi parfaits! + Embrassons-nous tous à la ronde, + Trinquons ensemble et buvons plein; + Sans le beau sexe et le bon vin + Que deviendrait le monde? + + (ANONYME) + + + + +L'EMPIRE. + + + Air: _Amusez-vous, jeunes fillettes_. + + L'homme prétend avoir l'empire; + L'homme s'abuse: il est à nous. + Joli minois n'a qu'à sourire, + Notre maître est à nos genoux. + Nous commandons par la tendresse, + C'est un droit qu'Amour nous donna: + Le premier qui dit ma maîtresse, + Fut celui qui nous couronna. (_bis._) + + L'homme regretta son hommage + Aussitôt qu'il nous l'eut rendu: + Il nous en a laissé l'image; + Mais son orgueil n'a rien perdu; + Il nous cajole, il nous caresse; + Il a toujours l'air de céder; + Il nous appelle sa maîtresse; + Mais c'est pour mieux nous commander. (_bis._) + + + + +LE DÉPIT + +CONTRE LA SAGESSE. + + + Air: _Du réservoir d'amour_. + + Corinne, ta beauté n'est pas + Ce qui cause ma flamme; + Oui, je résiste à tes appas, + Mais je cède à ton ame: + Je cède à l'esprit d'Apollon, + Aux talents d'Uranie; + Et c'est même un peu ta raison + Qui cause ma folie. (_bis._) + + En toi, ce qu'on aime le plus, + Fait qu'on se désespère: + En nous montrant moins de vertus, + Tu saurais moins nous plaire. + De toi j'ai reçu le poison, + De toi j'attends la vie: + Corinne, rends-moi ma raison, + Ou bien prends ma folie. (_bis._) + + + + +L'AMANT PRÉSOMPTUEUX. + + + Air: _C'est la fille à ma tante_. + + La simple violette, + Tendre dans ses couleurs, + Sur la naissante herbette + Règne parmi les fleurs. + La jeune Églé, comme elle, + Simple dans ses atours, + Craint de paraître belle, + Mais triomphe toujours. + + Le plus beau du village + Lui peint tous ses désirs; + On entend sous l'ombrage + Ses amoureux soupirs; + Mais elle a ma tendresse, + Et mon coeur et ma foi; + Elle m'a dit sans cesse + Qu'elle n'aimait que moi. + + En vain elle est sévère; + Mais qu'importe à mon coeur? + Le seul bien de lui plaire + Suffit à mon bonheur. + Sa tendresse m'assure + De sa fidélité + Quel bien dans la nature + Vaut un souris d'Églé? + + + + +ROMANCE + +DE MADAME DE LA VALLIÈRE. + + +En 1806, le chef-d'oeuvre des miniatures de l'exposition du Muséum +était un tableau représentant madame de La Vallière dans sa cellule de +carmélite. Un livre de prières à la main: le sermon de Bourdaloue sur +la Madeleine. Sur sa fenêtre est un lis, emblème de Louis XIV et de la +France: elle le fixe; son livre lui tombe des mains, ses yeux se +mouillent de douces larmes, la bonté de son ame se peint dans la +douceur de ses traits avec l'amour, le sentiment, la franchise et +l'amitié. Ce morceau achevé m'inspira ces couplets. + + + Air: _C'est à mon maître en l'art de plaire_. + + Un grand roi captiva mon ame, + J'osais espérer du retour; + J'eus pour lui la plus tendre flamme, + Il ne la devait qu'à l'amour: + A tout l'éclat qui l'environne + Mon coeur ne trouvait point d'attraits; + Ce n'était pas une couronne, + C'est un amant que je voulais. + + Sa grandeur faisait mon martyre; + Et je songeais avec effroi + Que, des sentiments qu'il inspire, + Rien ne peut assurer un roi. + J'aurais voulu, dans mon ivresse, + Réunir tout pour le charmer; + Mais je n'avais que ma tendresse, + Et tout mon art fut de l'aimer. + + Je lui donnai plus que ma vie, + Car j'oubliai l'amour pour lui. + L'amour punit ma perfidie + Par le plus insensible oubli; + Un autre à présent sait lui plaire.... + Plus que moi je plains mon amant; + Il perd une amante sincère: + Les rois n'en trouvent pas souvent. + + +_A madame de Montespan, sa rivale, en regardant le lis._ + + Et toi, qui me sembles si vaine + De la douleur où tu me voi, + Je te pardonnerai sans peine + Si tu sais l'aimer mieux que moi. + Dans une retraite profonde + Je ne forme plus qu'un désir: + Qu'il existe heureux dans ce monde; + Moi, j'attends un autre avenir. + + + + +CHANSON + +SUR LE TRICTRAC. + + + Air: _Ma plus belle promenade_. + + Galants, je veux vous apprendre, + Sans livre et sans almanach, + Un jeu facile à comprendre, + Un nouveau jeu de trictrac. + Il faut, en suivant la chance, + Mettre les dames en bas; + C'est par-là que l'on commence, + Sans quoi l'on ne case pas. + + Quand on a su les abattre, + On les pousse encore un peu + Pour avoir de quoi combattre, + Il faut étendre son jeu. + Si votre partie adverse + Craint, et ne s'avance point, + Que votre savoir s'exerce + A battre vite son coin. + + C'est par le coin que l'on s'ouvre + L'entrée aux coups importants: + On passe une dame, on couvre, + On avance, on met dedans; + Mais ne faites point d'école, + N'oubliez point à marquer: + Jamais on ne se console + D'être assez sot pour manquer. + + Pour faire de grands vacarmes, + N'avoir jamais le dessous, + Il faut amener des carmes, + Car ils font les plus grands coups. + L'autre jour, grand dieu! quel charme, + Et quel plaisir d'y songer! + Je vis prendre par un carme + Cinq ou six trous sans bouger. + + Une fille jeune et vive + Ne peut modérer son jeu, + Ni, quand un beau coup arrive, + Garder un juste milieu: + Elle pousse un peu trop vite, + Et, son jeu se serrant trop, + On l'enfile tout de suite + Et l'on va le grand galop. + + Si par heureuse fortune, + En l'absence d'un époux, + Vous jouez contre une brune, + Soyez bien sûr de vos coups: + Sur-tout point d'étourderie, + Et prenez bien votre jour; + Car on manque la partie + Souvent par jan de retour. + + + + +VOILA COMME ILS SONT TOUS. + + + Air: _Si des galants de la ville_. + + Je conçois bien qu'un novice + En amour perde son temps; + Qu'il soit dupe du caprice, + Qu'il prend pour du sentiment. + Pour moi, satisfait de plaire, + Je ne crois pas aux serments + Qu'une femme peu sincère + Fait toujours à ses amants. + + Je déteste l'esclavage, + Le plaisir seul est ma loi; + Je me plais au badinage, + Sans jamais donner ma foi; + Et, de peur qu'une volage + Ne me donne mon congé, + Le matin si je m'engage, + Le soir je suis dégagé. + + Églé, Corinne, Julie, + Ont eu mes voeux tour à tour: + Je suis né sans jalousie, + Et mon coeur est sans détour. + J'offre aux belles mon hommage, + Fruit de ma sincérité; + C'est comme un droit de passage + Que l'on doit à la beauté. + + + + +LE VIEILLARD JEUNE HOMME. + + + Air: _Si de tous les maux de l'absence_. + + Permets, Hébé, que la vieillesse + Chante la saison des amours, + Ou calme, auprès de la jeunesse, + L'ennui cruel de ses vieux jours: + L'hiver goûte un plaisir céleste + En se rapprochant du printemps; + Laisse-moi savourer un reste, + Un vieux reste de mon bon temps. + + Quand dans nos champs une bergère + Couronne son heureux berger; + Quand la molle et verte fougère + Obéit sous son pas léger; + Quand de ses pleurs la jeune aurore + Arrose les fleurs du printemps; + Quand dans le monde tout s'adore, + C'est l'âge d'or, c'est le bon temps. + + Jeune Hébé, je commence à croire, + Aux feux que je sens près de toi, + Que les dieux veulent pour ta gloire + Faire un nouveau Titan de moi: + Quand sur ton teint je vois éclore + Toutes les roses du printemps; + Ce tableau me rappelle encore + Ce que je fis dans mon bon temps. + + Si jamais de quelque puissance + Je suis revêtu dans les cieux, + Je rends le monde à son enfance; + Et quant au dieu d'amour, je veux + Qu'il immortalise les belles, + Qu'il éternise leur printemps; + Et qu'il coupe, en brûlant ses ailes, + Les ongles et la barbe au temps. + + _Attribuée au duc de Nivernois._ + + + + +LE JEUNE HOMME VIEILLARD. + + + Souffrez, amis, que je vous dise + Le triste état de mes amours; + Je vais le faire avec franchise, + Ne vous y fiez pas toujours: + Déplorez tous mon sort funeste, + L'hiver succède à mon printemps. + Ah! quand on y va de son reste, + Hélas! c'est bien le pauvre temps! + + Quand j'aperçois cette bergère + Auprès de son heureux berger; + Quand je songe à ce qu'il doit faire, + Oui, je suis prêt d'en enrager: + Auprès d'un objet qu'il adore, + Ses feux sont toujours renaissants.... + Vainement je l'appelle encore + La vigueur de mon ancien temps! + + A cinquante ans, nos joyeux pères + Brûlaient jadis de nouveaux feux! + Aujourd'hui, quels effets contraires! + A trente ans je suis déjà vieux. + Comme à Titan, l'Aurore aimable + Devrait ressusciter mes sens; + Mais, hélas! ce n'est qu'une fable + Des annales du bon vieux temps. + +Pour m'en consoler, reprit le chanteur, buvons du vin de Palme jusqu'à +ce que l'air de France me rajeunisse, et disons en dépit du sort: + + Amis, jusqu'en notre vieillesse + Ménageons-nous d'heureux moments; + C'est un songe que la vieillesse + Après la saison des amants. + Vivent les plaisirs de la table; + L'automne vaut bien le printemps: + Savourons ce jus délectable, + Croyez-moi, c'est-là le bon temps. + + + + +CHANSON CRÉOLE. + + +_Musique Créole._ + + Moi las de tant souffrir, + Moi v'lè mourir. + Zizi trop cruelle, + Moi las de tant souffrir, + Moi v'lè mourir, + Pour mal moi finir. + Moi bandi en yeux li qui belle; + Moi jurè li, et moi fidèle, + Zizi ny l'air ben doux, + Mais coeur cailloux, + Ly cache là-z-ous. + + Z'autre qui toujours heureux, + Ben amoureux; + La sou-z-un feuillage, + Zozo n'a pas chantè.... + Yo moment, pèt!.... + Zo moi trop mauvais; + Malgré moi, ben content, ben sage, + Pas zottè, Zizi, li volage, + Zozo n'a pas chantè!.... + Yo moment pèt, + Sont moi trop mauvais. + + Zizi, pas save aimer, + Ayant charmé, + Çà tout ça li scave, + Coeur moi tant désiré, + Tant soupiré + Li sont déchiré, + Moi vinit plat comme youm casave, + Moi semblè un viel pauvre esclave; + Zizi pas save aimer, + Ayant charmé, + Li tout déchiré. + + Premier jour, moi voi li + Ça moi sentir + Parlé petit'chose, + Premier jour moi voir ly + Ça moi sentir + Yous trop grand plaisir; + Couler lis et couler la rose, + Si moi fou, ça li qui la cause, + Ly dit: ay l'air ben doux; + Mais coeur cailloux + Li cache là-zous. + + + + +DESTINÉE + +DE LA FEMME COQUETTE. + + + Air: _Tôt tôt tôt, battez chaud, etc._ + + La jeune Elvire à quatorze ans, + Livrée à des goûts innocents, + Voit, sans en deviner l'usage, + Éclore ses charmes naissants; + Mais l'amour, effleurant ses sens, + Lui dérobe un premier hommage: + Un soupir + Vient d'ouvrir + Au plaisir + Le passage, + Un songe a percé le nuage. + + Lindor, épris de sa beauté, + Se déclare: il est écouté: + D'un songe, d'une vive image, + Lindor est la réalité. + Le sein d'Elvire est agité, + Le trouble a couvert son visage; + Quel moment, + Si l'amant + Plus ardent + A cet âge + Avait hasardé davantage! + + Mais quel trouble vient la saisir + Cet objet d'un premier désir, + Qu'avec rougeur elle envisage, + Est l'époux qu'on doit lui choisir. + On les unit; dieux! quel plaisir! + Elvire en fournit plus d'un gage; + Les ardeurs, + Les langueurs, + Les fureurs, + Tout présage + Qu'on veut un époux sans partage. + + Dans le monde, un essaim flatteur + Vivement agite son coeur. + Lindor est devenu volage, + Il a méconnu son bonheur. + Elvire a fait choix d'un vengeur + Qui la prévient, qui l'encourage; + Vengez-vous, + Il est doux, + Quand l'époux + Se dégage, + Qu'un amant répare l'outrage. + + Voilà l'outrage réparé, + Son coeur n'est que plus altéré. + Des plaisirs le fréquent usage + Rend le désir immodéré. + Son regard fixe et déclaré + A tout amant tient ce langage: + Dès ce soir, + Si l'espoir + De me voir + Vous engage, + Venez, je reçois votre hommage. + + Elle épuise tous les excès; + Mais au milieu de ses succès, + L'époux meurt, et pour héritage + Laisse des dettes, des procès. + Un vieux traitant demande accès, + L'or accompagne son message: + Un coup d'oeil + Est l'écueil + Où l'orgueil + Fait naufrage; + Un écrin couronne l'ouvrage. + + Dans ces laborieux passe-temps, + Elvire a passé son printemps: + La coquette d'un certain âge + N'a plus d'ami, n'a plus d'amants. + En vain de quelques jeunes gens + Elle ébauche l'apprentissage; + Tout est dit, + L'amour fuit + On en rit, + Quel dommage! + Mais Elvire enfin devient sage. + + + + +LES GANTS. + + + Air: _Du petit Matelot_. + + L'hiver, mes amis, sera rude, + Et de pester j'aurai le droit; + Car ma singulière habitude + Va me reprendre avec le froid. + J'ai beau m'en faire le reproche, + Même sottise tous les ans; + Pour avoir chaud, c'est dans ma poche + Que j'ai toujours porté mes gants. + + Pourtant la lecture rend sage; + J'ai beaucoup lu, sans vanité. + Ganter ses mains est un usage + Consacré par l'antiquité. + Nos paladins à l'humeur fière, + Que faisaient-ils au bon vieux temps, + Pour rendre plus chaude une affaire, + Au nez ils se jetaient leurs gants. + + Assez souvent un homme en place, + De tous les vices suit la loi; + Est-ce en lui faisant la grimace + Que nous obtiendrons un emploi? + Quoique son méchant caractère + Agite et révolte nos sens; + Voulons-nous gagner notre affaire? + Pour lui parler prenons des gants. + + Au théâtre, si mon ouvrage + Satisfait peu les assistants; + S'il est suivi, non d'un orage, + Mais de sourds applaudissements, + Rendons ma honte supportable; + Disons par tout: quel contre-temps! + Il faisait froid, un froid du diable! + Tout le monde avait mis des gants. + + Jeunes fillettes qu'on marie, + Le gant blanc vous est présenté; + A votre main, il signifie + Innocence et fidélité. + Faut-il qu'un seul point m'importune! + Faut-il, au bout de quelque temps, + Qu'à chaque doigt, sans crainte aucune, + Vous déchiriez ainsi vos gants! + + Si, dès la première journée, + Parfois l'époux a du souci, + N'accusons point la destinée; + Il n'en est pas toujours ainsi. + Voyez celui qu'amour invite + A cueillir rose du printemps; + Pour peu que l'arbuste s'agite, + Il s'écriera: j'en ai les gants. + + GRÉTRY neveu. + + + + +LE MOT ET LA CHOSE. + +Adressé à une femme susceptible par d'autres femmes. + + + Air: _Dans ce salon où du Poussin_. + + Avec un maintien aussi doux, + Avec autant de modestie, + Pourquoi tous fâcher contre nous + A la moindre plaisanterie? + Pour tous, un aussi mauvais lot + Fait dire à chacun dans sa glose, + Que vous vous offensez du mot, + Et que vous aimez mieux la chose. + + Si tel est votre bon plaisir, + Votre goût est vraiment louable; + Il est toujours bon de choisir + L'utile au lieu de l'agréable. + Quand l'hymen sera votre lot, + Je vois que votre seule clause + Sera de tous priver du mot, + Et d'aimer plus souvent la chose. + + Ne disputons plus désormais, + Chacun a son goût dans ce monde; + Qu'il soit bon, ou qu'il soit mauvais, + C'est bien à tort que l'on en gronde. + Mais pour rétablir au plutôt + Une paix que je vous propose, + De grace, laissez-nous le mot, + Nous vous abandonnons la chose. + + F. D. + + + + +COUPLET + +Adressé avec une rose à Mademoiselle ***. + + + Air: _J'ai vu par-tout dans mes voyages_. + + De toutes parts on se dispose + A vous fêter, à vous fleurir; + L'amour m'a fourni cette rose, + Permettez-moi de vous l'offrir. + Une rose pour votre fête.... + L'hommage n'est point indiscret, + Et c'est un moyen fort honnête + De vous donner votre portrait. + + ARMAND-GOUFFÉ. + + + + +LE DEVIN. + + + Air: _De la Fanfare de Saint-Cloud_. + + Je suis d'un fort bon augure, + Approchez gens de céans; + Je lis sur chaque figure + Avec des yeux pénétrants. + Plus d'une vieille commère + Me traitera de sorcier; + C'est ce qu'on dit d'ordinaire + A qui sait bien son métier. + + Commençons par vous, Thérèse: + Vous soupirez nuit et jour; + Vous éprouvez un malaise + Qu'on appelle mal d'amour; + Votre maman trop cruelle + Long-temps vous fera languir; + Sans tarder, faites comme elle, + Ne vous laissez pas mourir. + + Pour vous, belle Marguerite, + Vous avez ce qu'il vous faut; + Mais cependant au plus vite, + Qu'un mari soit votre lot; + Jacques, Pierre, ou Nicodême, + Eh! n'importe qui vraiment, + Pourvu qu'avant le carême + Vous puissiez être maman. + + Qu'avez-vous, gros maître Blaise? + Vous marchez d'un pas bien lourd; + Pour voir vos pieds à votre aise, + Comment ferez-vous un jour? + Votre amour pour le beau sexe + Vous menace d'un affront; + Car un accent circonflexe + Orne déjà votre front. + + Vous, Thomas, sans retenue, + A chaque instant vous criez + Que votre vin diminue; + Quoique vous le ménagiez. + Votre femme feint de croire + Aux esprits, aux loups-garoux. + Mais votre voisin Grégoire + Est ivrogne comme vous. + + De moi, vous voulez apprendre + Si vous vivrez dans six mois? + A ce terme on doit vous pendre, + Vous a-t-on dit autrefois. + Il est certain que j'ignore + Si dans six mois vous vivrez; + Mais si vous vivez encore, + Il est sûr que vous boirez. + + GRÉTRY neveu. + + + + +LES AINÉS ET LES CADETS. + + + Air: _Du ballet des Pierrots_. + + Le plus heureux en toutes choses + Est celui qui vient le premier. + Le premier venu prend les roses, + Et l'épine reste au dernier. + Il en est ainsi chez Thalie, + Trop tard, hélas! nous sommes nés; + Il nous faut glaner pour la vie, + La moisson fut pour nos aînés. + + L'Hymen de l'Amour est le frère, + Mais l'Amour naquit le premier; + Et dans les jardins de Cythère + L'Hymen ne vint que le dernier. + Tous deux ont part à l'héritage, + Mais l'Hymen, souvent chagriné, + N'a que les fruits pour son partage, + Les fleurs sont toujours pour l'aîné. + + On sait assez que la nature + Donne encore un frère à l'Amour: + C'est l'Amour-propre; et l'on assure + Qu'avant l'autre il reçut le jour. + A perdre, en naissant, la lumière, + Le jeune Amour fut condamné; + Aussi le voit-on sur la terre, + Souvent conduit par son aîné. + + DUPATY. + + + + +LE TOMBEAU DE CÉCILE. + + + Air: _C'est à mon maître en l'art de plaire_. + + Tout reposait dans la nature, + Phoebée seule éclairait les cieux, + Et sa lumière douce et pure + Répandait le calme en tous lieux; + Le berger, près de sa compagne, + Du sommeil goûtait la douceur; + Victor, parcourant la campagne, + Veillait seul avec sa douleur. + + Victor, au printemps de son âge, + Avait connu les coups du sort; + Le tendre objet de son hommage + Dormait dans les bras de la mort. + Prêt à fixer sa destinée, + Victor voyait combler ses voeux; + Et le flambeau de l'hyménée + S'allume et s'éteint à ses yeux. + + Chaque nuit, cet amant fidèle, + Le coeur navré, versant des pleurs, + Au pied du tombeau de sa belle, + A veiller trouvait des douceurs. + Placé dans un champêtre asile, + Et loin des regards curieux, + Ce tombeau renfermait Cécile, + Où Victor eût-il été mieux? + + C'est là, disait-il, que repose + Celle que m'accordait l'amour; + Semblable à la naissante rose, + Son éclat n'a duré qu'un jour! + Cécile était faite pour plaire, + L'amour la forma de ses traits; + Hélas! faut-il donc que la terre + Ensevelisse tant d'attraits? + + Son front, trône de l'innocence, + Brillait d'une aimable pudeur; + Les vains plaisirs de l'inconstance + N'avaient point corrompu son coeur; + Ses yeux, où se peignait son ame, + Ne s'ouvraient que pour mon bonheur; + Ses yeux, où j'allumais ma flamme, + Sont fermés même à ma douleur. + + Ombre chère, tendre victime, + Accours, vient recevoir ma foi; + Sors du froid cercueil qui t'opprime + Pour voltiger autour de moi. + Que de l'hymen la chaîne heureuse, + Malgré la mort, double nos feux; + Et que la tombe moins affreuse + Se ferme ensuite sur tous deux. + + Peut-être tu me dis, Cécile: + Faible ami, pourquoi, quand la mort + Ouvrit pour moi ce triste asile + N'as-tu pas partagé mon sort? + Oui, ton amant voit la lumière, + Au trépas il n'eut pas recours; + Mais sa peine est bien plus amère, + Il vit pour mourir tous les jours. + + Adieu, tombeau de ma maîtresse, + Toi que j'arrose de mes pleurs! + Puissent ces marques de tristesse + Sur toi faire éclore des fleurs! + Alors Victor, d'un pas tranquille, + Mais le désespoir dans le sein, + Quittait la tombe de Cécile, + Pour la revoir le lendemain. + + GRÉTRY neveu. + + + + +LA BOUCHE. + + + Air: _Du vaudeville de Cassandre Agamemnon_. + + Il faut convenir que les cieux + Ont fait pour nous bien des merveilles; + Les cieux nous ont donné des yeux, + Des mains, des pieds et des oreilles.... + Sans doute, ici, vous devinez + Pourquoi je tousse et je me mouche? + C'est qu'avant de parler du nez, + Je veux commencer par la bouche. + + On a vu des aveugles nés, + Chantant gaîment leurs chansonnettes; + On peut bien se passer d'un nez, + Lorsqu'on sait lire sans lunette. + On brave les bruits les plus fous + Lorsqu'on est sourd comme une souche.... + Mais, ventrebleu! que diriez-vous + Si vous n'aviez pas une bouche? + + De comestibles succulents + Quand notre hôte garnit sa table, + Ortolans, merlans, éperlans + Composent un groupe admirable: + Mes yeux convoitent chaque mets; + Avec plaisir ma main les touche; + Et mon nez les respire.... mais + Je n'en mange qu'avec ma bouche! + + L'Amour, cet espiègle marmot, + A, je le sais, plus d'un langage. + Par un geste, il remplace un mot; + Souvent c'est un grand avantage: + Sans rien dire, l'on dit beaucoup + A la beauté la plus farouche; + Mais le mot j'aime, qui dit tout, + On ne le dit qu'avec la bouche. + + Ce vin dont vous vous enivrez, + Qui vous échauffe et vous réveille, + Peut-être vous me soutiendrez + Que vous l'avalez par l'oreille? + Qu'on apporte ce jus divin; + Eh vite! qu'on le débouche!.... + Je suis sûr qu'en parlant du vin, + L'eau déjà vous vient à la bouche. + + Sur ma bouche faut-il rester? + Non, non; dans mon transport bachique, + J'aime mieux vingt fois mériter + D'être mordu par la critique. + Jamais, messieurs, je ne m'en plains; + Et loin que sa fureur me touche, + C'est à coup de verres bien pleins + Que je veux lui fermer la bouche. + + Mesdames, vous qui m'inspirez, + En voyant ma bouche paraître, + Dans ma bouche vous trouverez + Mille et mille défauts peut-être. + Combien je ferais de jaloux + Si vous ne preniez pas la mouche, + Et si ma bouche, parmi vous, + Volait gaîment de bouche en bouche. + + ARMAND-GOUFFÉ. + + + + +LA VEILLE. + + + Air: _Vous qui de l'amoureuse ivresse_. + + N'en puis douter, ô mon Estelle! + C'est donc demain, + Que pastoureau tendre et fidèle + Reçoit ta main? + Nuit semblera bien longue encore, + Vais soupirer: + Serai surpris par douce aurore + A désirer. + + Tendres parents, vous que tant j'aime! + Vous dis adieu; + De fleurs, demain, viendrai moi-même + Parer ce lieu: + Mettrai par-tout rose nouvelle; + Car, pour se voir, + Ne puis donner à mon Estelle + Plus doux miroir. + + Chacun s'éloigne, ô mon amie! + Un seul baiser: + Bouche d'Estelle est trop jolie + Pour refuser. + Premier bon soir ne peut suffire, + Quand par amour + Le temps approche où l'on peut dire + Premier bon jour. + + Pourquoi ce trouble, mon Estelle? + N'aime que toi; + Toujours amant, époux fidèle + Vivrai pour toi. + Nuit est déjà bien avancée, + Repose-toi, + Et crois que suis par la pensée + Bien près de toi. + + GRÉTRY neveu. + + + + +L'AIR. + +CHANSON LÉGÈRE. + + + Air: _Du ballet des Pierrots_. + + A l'exemple du bon Horace, + Si je veux faire une chanson, + Ce n'est pas l'air qui m'embarrasse, + Bacchus vient me donner le ton. + Presque toujours ma voix ingrate + Le prend trop bas, ou bien trop clair; + Mais, pour cette fois, je me flatte + De chanter des couplets sur l'air. + + Travailler est notre habitude; + Sans le travail, adieu nos jours; + Le besoin et l'inquiétude + Viendront en abréger le cours. + Aussi, j'ai la preuve certaine + Que l'on jouirait plus long-temps, + Et que l'on prendrait moins de peine + Si l'on vivait de l'air du temps. + + Jugeant du ton par la dépense, + Dans un repas de cent couverts, + Voyez avec quelle insolence + Mondor se donne de grands airs: + Oui; mais dans sa métamorphose, + Quand Mondor, avec tout son bien, + Veut avoir l'air de quelque chose, + Hélas! il n'a plus l'air de rien. + + Lise a seize ans, Lise est jolie + Avec son air embarrassé; + Jusqu'à présent, par modestie, + Elle marcha le nez baissé. + Depuis que sa mère lui nomme + L'époux qui viendra cet hiver, + Dès qu'elle voit le nez d'un homme, + La friponne a le nez en l'air. + + De mes couplets sans conséquence + Jamais je ne me montre fier; + Mais je suis, dans cette occurrence, + Tout gonflé d'avoir chanté l'air. + Vous dont je brigue la conquête, + Belles, convenez sans façon, + Que désormais si j'ai l'air bête, + J'en aurai l'air et la chanson. + + BRAZIER fils. + + + + +LES YEUX. + + + Air: _J'étais bon chasseur autrefois_. + + Que les yeux sont bien inventés! + Comme ils parent bien un visage! + Qu'ils procurent de voluptés + Lorsque l'on en peut faire usage! + Des yeux j'admire le pouvoir; + Mais je crois qu'il est nécessaire, + Quand on fait tant que d'en avoir, + D'en avoir au moins une paire. + + C'est sur-tout dans un bon repas + Qu'avec les yeux on fait merveille, + Un gourmand qui n'y verrait pas, + Pourrait mettre dans son oreille. + Le convive laborieux + Doit savoir, quand il n'est pas louche, + Dévorer tout avec ses yeux, + S'il ne met pas tout dans sa bouche. + + Au théâtre, où l'on va souvent + Pour voir avec un oeil sévère, + On a presque l'air d'un savant + Quand on porte des yeux de verre; + Mais en dépit de ce moyen, + Soit par erreur ou maladresse, + Dans mainte salle on ne voit rien, + Et quelquefois rien dans la pièce. + + Les yeux sur la terre fixés + Sont ceux de l'homme qui médite; + Les yeux toujours embarrassés, + Le fripon lorgne et tous évite; + La coquette a les yeux malins, + Avec la tournure agaçante; + Mais il faut des yeux un peu fins + Pour trouver ceux d'une innocente. + + Sans les yeux, verrait-on le jour? + Sans les yeux, verrait-on les femmes? + Sans les yeux, ferait-on l'amour? + Pourrait-on lire dans les ames? + Sans les yeux, verrait-on les cieux, + Les fleurs, la lune, les planettes? + Si l'homme n'avait pas des yeux, + A quoi serviraient les lunettes? + + Quand on n'a des yeux que pour soi, + La vue est un faible avantage; + Avec les yeux purs de la foi + On est heureux en mariage. + Sur les yeux j'ai fait ma chanson + Avec les yeux de l'espérance, + Et peut-être la lira-t-on + Avec les yeux de l'indulgence. + + ANTIGNAC. + + + + +ÉPITAPHE. + + + Air: _Nous sommes précepteurs d'amour_. + + Exact plus qu'on ne peut penser, + Ci-gît le docteur la Balue: + Il est mort exprès pour passer + Tous ses malades en revue. + + GRÉTRY neveu. + + + + +UNE CARESSE. + + + Air: _Avez-vous sous le même toit_. + + Pour animer le sentiment, + Rien n'est plus sur qu'une caresse: + Douce caresse est un aimant + Pour l'amitié, pour la tendresse. + Dans l'enfance et dans l'âge mûr, + Même jusque dans la vieillesse, + Si le coeur goûte un plaisir pur, + Il est l'effet d'une caresse. + + Les frères caressent leurs soeurs, + La fille caresse sa mère, + Le zéphir caresse les fleurs, + Dorilas caresse Glicère. + Voyez les ramiers dans les bois + S'aimer, se caresser sans cesse: + Par-tout l'amour dicte ses lois; + Dans l'univers tout se caresse. + + Quelquefois des soupçons jaloux + Troublent la paix d'un bon ménage, + Et l'on voit entre deux époux + S'élever un sombre nuage: + L'orage, avant la fin du jour, + Est dissipé par la tendresse; + Et la colère de l'amour + S'apaise par une caresse. + + Dans nos plaisirs, dans nos amours, + D'Anacréon suivons les traces; + Comme lui, caressons toujours + Bacchus, les Muses et les Graces: + Du temps qui fuit sachons jouir; + Bonheur d'aimer passe richesse: + Jusqu'à notre dernier soupir, + Rendons caresse pour caresse. + + FAVART. + + + + +A AGLAURE. + + + Air: _Un soir dans la forêt prochaine_. + + Sous la fenêtre de sa belle + Un jeune amant contait ses maux; + Sa plainte attendrit les échos, + Mais n'attendrit point l'infidelle. + Le désespoir au fond du coeur, + Sur un luth dont sa main craintive + Fait gémir la corde plaintive, + Il soupire ainsi sa douleur: + + «Beauté, de mon coeur souveraine, + «Apporte un terme à mes tourments; + «Est-ce à mon âge, est-ce à vingt ans + «Qu'on devrait connaître la peine? + «Eh quoi! me faut-il sans retour + «Fermer mon coeur à l'espérance? + «Et sans qu'il s'ouvre à la souffrance, + «Ne peut-il s'ouvrir à l'amour? + + «Objet de ma constante flamme, + «Je t'ai dû mon premier désir; + «Je t'ai dû le premier soupir + «Qui soit échappé de mon ame; + «Par un sentiment de plaisir, + «Quand j'ai commencé ma carrière, + «Faut-il qu'un sentiment contraire + «Vienne si vite la finir? + + «Tu reposes, et moi je veille! + «Si du moins un songe amoureux, + «Interprète de tous mes voeux, + «Les murmurait à ton oreille! + «Il te dirait qu'un même jour + «Je vis, j'adorais mon Aglaure, + «Et qu'un même jour doit encore + «Finir ma vie et mon amour.» + + C'était ainsi que sur sa lyre + Il contait sa peine aux échos, + Quand le confident de ses maux, + L'écho cessa de les redire. + Soit qu'il fit des voeux superflus, + Soit qu'il eût touché l'infidelle, + Sous la fenêtre de sa belle + Le jeune amant ne chanta plus. + + M. A. M. + + + + +LE JE NE SAIS QUOI. + + + Air: _Avec les jeux dans le village_. + + Un jour je rêvais qu'à Cythère + Le dieu du goût donnait un thé; + Il voulait fêter l'art de plaire, + Qu'il chérit plus que la beauté. + Il dit: «Ceux qui voudront des places, + «Montreront, pour entrer chez moi, + «De l'esprit, du goût et des graces, + «Le séduisant je ne sais quoi!» + + N'osant pénétrer dans le temple, + A la porte je cherche un coin; + Comme un amant, là, je contemple + Toutes les nymphes avec soin. + Minois charmants, tailles divines, + Que d'aimables choses je voi! + Des pieds mignons, des jambes fines, + M'inspirent le je ne sais quoi! + + Je vis monter au péristyle + Boufflers, Ovide, Anacréon, + Delille, et son ami Virgile, + Bernis, Pannard, Chaulieu, Piron; + Et ce dieu, les voyant paraître, + Leur dit: «Amis, entrez chez moi; + «Vos vers charmants ont fait connaître + «De l'esprit le je ne sais quoi!» + + En ce moment entre une file + D'acteurs que Molière conduit; + Le dieu du goût voyant Préville, + En lui serrant la main, lui dit: + «Imitateur inimitable, + «Quel plaisir j'ai quand je vous voi! + «Vous avez, du talent aimable, + «Trouvé le vrai je ne sais quoi!» + + Entre l'Amour et la Folie, + J'aperçois un objet charmant, + Je reconnais mon Aspasie; + Le plaisir m'éveille à l'instant. + Que n'a-t-il duré ce mensonge! + J'éprouvais un si doux émoi, + Que j'aurais vu, peut-être en songe, + De la belle je ne sais quoi! + + P. B. + + + + +LA RÉSISTANCE, + +OU LE SECRET DES FEMMES. + + + Air: _Ah! quelle gêne et quel tourment_. (Opéra de Pierre-le-Grand.) + + Oui, je me livre au désespoir, + Disait certain amant novice, + «Églé, je ne veux plus te voir; + «Car tes charmes font mon supplice!-- + «Si je te refuse un baiser,» + Répond elle avec innocence, + «Mes yeux toujours t'ont dit d'oser + «Triompher de ma résistance.-- (_bis._) + + «Pour me rendre plus amoureux, + «Tu m'agaces par un sourire: + «Si nous ne sommes que tous deux, + «Tu n'as jamais rien à me dire.-- + «Des femmes voilà le secret, + «Dit-elle, contre l'inconstance; + «Mais nous n'employons qu'à regret + «L'appareil de la résistance. (_bis._) + + «La nature, égale pour tous, + «Nous partagea bien ses données; + «Les femmes, plus faibles que vous, + «Doivent être les plus rusées. + «Si chacune garde pour soi + «Les ruses de la résistance, + «C'est pour mieux enfreindre la loi + «Qui la réduit à l'abstinence. (_bis._) + + «Lorsque sous des verrous dorés + «Un turc élève notre enfance, + «Nos coeurs alors sont dispensés + «Des charmes de la résistance. + «Du tyran de notre bonheur, + «Comme des bons maris de France, + «L'amour faisant brèche à l'honneur, + «Nous guérit de la continence. (_bis._) + + «Moins esclaves dans ce climat, + «Il faut que la pudeur nous guide; + «Pour bien garder le célibat, + «La résistance est notre égide. + «Car par-tout les hommes sont rois, + «Et nous sommes sous leur puissance; + «En l'enfreignant, ils ont des droits + «De nous réduire à l'abstinence.» + + Avant, tout comme après l'hymen, + Le plus doux charme de la vie, + C'est quand l'amour donne la main + A quelque tour de tricherie: + L'homme doit être l'agresseur; + La femme, toujours par prudence, + En cédant doit couvrir l'honneur + Du voile de la résistance. (_bis._) + + + + +LA SUITE DU SECRET, + +OU DE L'HYMEN. + + + Air: _Femmes, voulez-vous éprouver_. + + Victimes d'une douce erreur, + Si nous en faisons un mystère; + Quand vous attaquez notre coeur, + Alors nous avons l'art de plaire. + Avons-nous comblé vos désirs, + Le dégoût suit la jouissance: + Quand vous variez vos plaisirs, + Nous imitons votre inconstance. (_bis._) + + Notre amant, avant d'être époux, + Était un mortel adorable! + Mais l'hymen l'a rendu jaloux, + Avare, ivrogne, impitoyable. + Nous étions l'objet le plus beau; + Les dieux auraient voulu nous plaire: + L'amour a changé son flambeau + Pour une torche funéraire. (_bis._) + + Pour bien juger ce différent, + Il faut être célibataire; + Il faut être Français galant, + Et sentir le besoin de plaire. + Pendant l'absence de l'époux, + On se dit, sans lui faire injure: + Vos femmes valent mieux vous, + Et je rends grace à la nature. (_bis._) + + + + +RONDES + +FAITES A MONTLUÇON, + +CHARMANTE VILLE DU BOURBONNAIS. (EN 1807) + + +Une cause assez célèbre, que je me propose de publier bientôt, me +força d'aller à Montluçon plaider moi-même contre une femme riche, que +sa famille, ses alliés et ses gendres faisaient passer pour folle, à +l'époque où elle fit des billets d'un tiers de moins que la somme +qu'elle devait. Le tribunal et les habitants de Montluçon +m'accueillirent avec bonté: ma réputation de chanteur, à Paris, +m'avait devancé dans cette ville, qui mérite un rang distingué dans +les fastes de l'empire français. Pendant la terreur, Montluçon ne fut +troublé par aucune sédition; on n'y versa jamais une goutte de sang; +personne n'y fut dénoncé, malgré que cette petite cité renfermât plus +de nobles qu'aucune autre ville. Elle se chargea elle seule du +maintien de sa police, et répondit avec fermeté de ses concitoyens aux +autres communes qui voulaient s'immiscer dans son gouvernement. + +Ces prérogatives m'inspirèrent autant de vénération pour les +Montluçonnais, que de confiance dans les lumières et l'intégrité des +magistrats de leur ville. Pendant que j'attendais l'issue de mon +procès, des comédiens de village, qui n'avaient ni bas ni souliers, +arrivent à Montluçon, et annoncent une représentation pour restaurer +leur caisse et leur estomac. Le théâtre, le plaisir, la table, le jeu +et les vierges, sont fêtés dans ce pays, peuplé de riches +propriétaires qui mangent leur fortune sans souci, sans ambition, et +sans rixe. La troupe ambulante était aussi pitoyable que comique par +son nombre et son équipée: elle était composée d'un secrétaire avec +ses deux enfants, d'une amoureuse de coulisse, et de trois personnages +pour jouer la comédie: cependant la première représentation de la +Jeune Hôtesse remonta les finances, et l'aubergiste de l'Écu, où je +logeais, leur fit crédit et bonne mine. Nous soupâmes à la même table +d'hôte.... Au dessert on parla de donner pour la clôture une seconde +représentation; chacun des convives calcula la recette: le directeur, +inquiet, répondit que s'il faisait deux cents livres dimanche il +aurait ville gagnée.... Je lui en fis bon, et, d'un commun accord, je +devins directeur, plaideur, et chanteur. Le lendemain dimanche, car +nous étions au samedi, je fis annoncer la Banqueroute du Savetier, le +Ventriloque, et un vaudeville sur les habitants de Montluçon; le +succès répondit à l'attente: puisse cet impromptu avoir le même +avantage à vos yeux! + + + Air: _Du vaudeville du Chaudronnier de St.-Flour_. + + Au milieu d'un riant vallon, + Près d'un coteau fertile, + On voit un joli petit mont, + D'où s'élève une ville. + Vos bons aïeux, sans façon, + La nommèrent Montluçon. + Dans ce charmant asile, + Caton, Ovide, Anacréon, + Contents d'un sort tranquille, + Trinquent à l'unisson. (_bis._) + + (_Ritournelle générale, en choeur_.) + + Des beaux jours de la France, + Veut-on retrouver l'horizon? + Le plaisir en cadence + Ramène à Montluçon. (_bis._) + + Qu'on nomme bien cette cité + Vrai pays de Cocagne. + Car on y sable en liberté + Le Pouilly, le Champagne. + Momus, Bacchus et l'Amour + Y président tour à tour. + Dans ce charmant asile, + Caton, Ovide, Anacréon, + Contents d'un sort tranquille, + Trinquent à l'unisson. (_bis_.) + + (_Refrain général, en choeur_.) + + Des beaux jours de la France, + Veut-on retrouver l'horizon, etc. + +On ne trouve à Montluçon ni libraire, ni bibliothèque, ni cabinet de +lecture: tous les habitants lisent la gazette, fêtent la table; les +dames vont à l'église et à la comédie, et tous ont un esprit naturel +et une amabilité sociable et aussi usagée que celle des érudits; le +bon coeur fait dans ce pays le meilleur et le plus savant livre +d'éducation. + + L'encyclopédie en ces lieux, + Sans charger la mémoire, + Vient de Beaune ou de Condrieux, + Adressée à Grégoire; + Momus, Bacchus et l'Amour, + La rédigent tour à tour. + Dans ce charmant asile, etc. + Des beaux jours de la France, etc. + +On voit peu de pays plus galant et plus dévot que cette petite ville; +une douzaine de jolies quêteuses parcourent les rues tous les +dimanches, et vont rendre visite à tous les hôtels, tenant la bourse +paroissiale des pauvres de l'Église, de la chapelle ardente de la +Vierge, etc. Tous les dimanches, chaque fille offre une bougie à la +Sainte Vierge; et toute l'année, l'Église du lieu est illuminée, comme +les nôtres, le jour de la Chandeleur. + + C'est ici qu'on voit défiler + Un bataillon de vierge, + Puisque chacune y fait brûler + Chaque dimanche un cierge; + Voilà l'innocent détour, + Pour sanctifier l'amour. + Dans ce charmant asile, etc. + Des beaux jours de la France, etc. + + Dans le long siècle de terreur + Où régnait la discorde, + C'est ici qu'on eut le bonheur + De fixer la concorde; + Vos actes de probité + Valent l'immortalité. + Dans ce charmant asile, + Caton, Ovide, Anacréon, + Contents d'un sort tranquille, + Trinquent à l'unisson. + Des beaux jours de la France, + Veut-on retrouver l'horizon, + Le plaisir en cadence + Ramène à Montluçon. (_bis._) + +Huit jours après, mes débiteurs vinrent à l'audience; la cause fut +remise jusqu'au mois d'août. Ce vaudeville fut répété, et le soir nous +dansâmes ensemble au refrain en attendant le revoir. + +Je retournai à Montluçon au mois d'août suivant. On me demanda des +couplets pour le 15, jour de la fête de Napoléon. Pendant que je les +faisais, mes débiteurs vinrent consigner des fonds et me forcer de +prendre une somme que deux mois auparavant ils ne voulaient pas me +payer pour un empire. + + + Air: _Vive Henri Quatre_. + + Vive la gloire, + Vive Napoléon! + Paix et victoire + Ont couronné son nom: + Vive la gloire, + Vive Napoléon! + + A coups de verre + Cognons une chanson; + Pour la mieux faire, + Cognez, de son flacon, + Remplit mon verre, + Et chante à l'unisson, + + Vive la gloire, etc. + + A coups de verre, + On fait à Montluçon + La paix, la guerre, + L'amour et l'oraison. + Les dieux sur terre + Choisiraient ce vallon. + + Vive la gloire, etc. + + O paix chérie! + Ce lieu fut ton berceau, + Quand l'anarchie + Mit la France au tombeau: + O paix chérie! + Ce lieu fut ton berceau. + + Vive la gloire, + Vive Napoléon! + Paix et victoire + Ont couronné son nom: + Vive la gloire, + Vive Napoléon! + + + + + TABLE + + DU CHANTEUR PARISIEN, + + DE L. A. PITOU, + + + _Le Préjugé vaincu._ page 1 + + _Les Mandats de Cythère._ 2 + + _Les Patentes._ 5 + + _Les Contradictions._ 8 + + _Les Collets noirs._ 10 + + _Le Père Hilarion._ 13 + + _La Charente._ 16 + + _Les Lunettes et la nouvelle Béquille._ 18 + + _Le Coup du Loup._ 20 + + _Les Incroyables, les Inconcevables et les + Merveilleuses._ 22 + + _Regrets de David à la mort de Bethsabé. + (Anonyme.)_ 28 + + _Le Déporté dans la Guyane. (L. A. Pitou.)_ 29 + + _Le Tombeau d'Ismène. (Idem.)_ 32 + + _Mes Loisirs durant mon exil. (Idem.)_ 34 + + + DES AUTEURS ANCIENS, + + _La Toilette trop recherchée, Conte._ 38 + + _Sur un Rendez-vous._ 39 + + _Mes quatre Ages._ 40 + + _La bonne Amitié née de l'Amour._ 41 + + _La Lanterne magique._ 42 + + _L'Ami de tout le monde._ 46 + + _Que deviendrait le Monde?_ 47 + + _L'Empire._ 49 + + _L'Amant présomptueux._ 51 + + _Romance de madame de la Vallière. (L. A. P.)_ 52 + + _Le Trictrac._ 54 + + _Voilà comme ils sont tous._ 56 + + _Le Vieillard Jeune-Homme._ 57 + + _Le Jeune-Homme Vieillard, par un Avocat de + Moulins en Bourbonnais._ 58 + + _Chanson Créole._ 59 + + _Destinée de la Femme coquette. (Anonyme.)_ 61 + + _Les Gants. (Grétry neveu.)_ 64 + + _Le Mot et la Chose. (F. D.)_ 66 + + _Couplet, joint à une Rose. (Armand-Gouffé.)_ 67 + + _Le Devin. (Grétry neveu.)_ 68 + + _Les Aînés et les Cadets. (Dupaty.)_ 70 + + _Le Tombeau de Cécile. (Grétry neveu.)_ 71 + + _La Bouche. (Armand-Gouffé.)_ 73 + + _La Veille. (Grétry neveu.)_ 76 + + _L'air. (Brazier fils.)_ 77 + + _Les Yeux. (Antignac.)_ 79 + + _Épitaphe. (Grétry neveu.)_ 81 + + _Une Caresse. (Favart.)_ ibid. + + _A Aglaure. (M. A. M.)_ 83 + + _Le Je ne sais quoi! (P. B.)_ 84 + + _La Résistance, ou le Secret des Femmes. (L. A. + Pitou.)_ 86 + + _La suite du Secret. (L. A. Pitou.)_ 88 + + _Notice sur le caractère des Habitants de Montluçon. + Le Chanteur devenu Directeur de + comédie, etc. (L. A. Pitou.)_ 89 + + _Rondes faites à Montluçon. (L.A. Pitou.)_ 91 + + + Fin de la Table du Chansonnier Parisien. + + + + + ALMANACH-TABLETTES + + OU + + CALENDRIER ÉPHÉMÉRIDE + + POUR L'ANNÉE 1808; + + Contenant les grands Évènements qui se sont succédés + depuis 1787 jusqu'à 1808, chaque fait classé par + ordre de date et de jour. + + PAR LOUIS-ANGE PITOU, + dit _le Chanteur_, auteur du Voyage à Cayenne. + + Jadis j'ai vendu des chansons + et d'excellentes aventures. + + + * * * * * + + PRIX + + L'Almanach, ou le Chansonnier. 1 fr. chacun. + + Les deux réunis. 1 fr. 80 c. + + PARIS, + + Chez L. A. PITOU, libraire, rue Croix-des-Petits-Champs + nº. 21, près celle du Bouloy. + + * * * * * + + DE L'IMPRIMERIE DES FRÈRES MAME, + rue du Pot-de-Fer, nº. 14. + + 1808. + + + + + + +End of Project Gutenberg's Le chanteur parisien, by Louis-Ange Pitou + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CHANTEUR PARISIEN *** + +***** This file should be named 31117-8.txt or 31117-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/1/1/1/31117/ + +Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink and the +Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net +(This file was produced from images generously made +available by the Bibliothèque nationale de France +(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +http://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. 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Donations are accepted in a number of other +ways including checks, online payments and credit card donations. +To donate, please visit: http://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/31117-8.zip b/31117-8.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9955475 --- /dev/null +++ b/31117-8.zip diff --git a/31117-h.zip b/31117-h.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ce5247c --- /dev/null +++ b/31117-h.zip diff --git a/31117-h/31117-h.htm b/31117-h/31117-h.htm new file mode 100644 index 0000000..8c7f1cd --- /dev/null +++ b/31117-h/31117-h.htm @@ -0,0 +1,3965 @@ + <!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" + "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> + <html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" lang="fr" xml:lang="fr"> + <head> + <meta http-equiv="content-type" + content="text/html;charset=iso-8859-1" /> + <meta http-equiv="Content-Style-Type" content="text/css" /> + <title> + The Project Gutenberg's eBook of Le Chanteur Parisien, by Louis-Ange Pitou</title> + <style type="text/css"> + + p { margin-top: .75em; + text-align: justify; + margin-bottom: .75em; + } + + h1,h2,h3,h4 { + text-align: center; /* all headings centered */ + clear: both; + } + hr { width: 33%; + margin-top: 2em; + margin-bottom: 2em; + margin-left: auto; + margin-right: auto; + clear: both; + } + hr.c15 {width: 15%; margin-top: 2em; margin-bottom: 2em;} + hr.c30 {width: 30%; margin-top: 3em; margin-bottom: 3em;} + + body{margin-left: 12%; + margin-right: 12%; + } + + .block {margin-left: 35%; line-height: 1.5; font-size: 95%;} + + table {margin-left: auto; margin-right: auto;} + + .pagenum { /* uncomment the next line for invisible page numbers */ + /* visibility: hidden; */ + position: absolute; + left: 94%; + font-size: 10px; + font-variant: normal; + font-style: normal; + text-align: right; + background-color: #FFFACD; + border: 1px solid; + padding: 0.3em; + } /* page numbers */ + + .footnotes {border: dashed 1px; padding: 1em; background-color: #F0FFFF} + .footnote {margin-left: 15%; margin-right: 15%; font-size: 0.9em;} + .footnote .label {position: absolute; right: 84%; text-align: right;} + .fnanchor {vertical-align: super; font-size: .6em; text-decoration: none; + font-style: normal;} + + .box {margin: auto; + text-align: center; + border: 1px solid; + padding: 1em; + background-color: #F0FFFF; + width: 25em;} + + .box1 {margin: auto; + padding: 1em; + width: 20em;} + + sup {font-size: 0.7em;} + + .center {text-align: center;} + .smcap {font-variant: small-caps; font-size: 90%;} + .dalign {position: absolute; right: 35%; text-align: right;} + + .p1 {margin-top: 1em;} + .p2 {margin-top: 2em;} + .p4 {margin-top: 4em;} + .p6 {margin-top: 6em;} + .p8 {margin-top: 8em;} + + .i1 {margin-left: 1em;} + .i2 {margin-left: 2em;} + .i3 {margin-left: 3em;} + .i4 {margin-left: 4em;} + .i9 {margin-left: 9em;} + + .ni1 {text-indent: -1em;} + .ni2 {margin-left: -2em;} + + .font95 {font-size: 95%;} + .font90 {font-size: 90%;} + .left30 {margin-left: 30%;} + .right {text-align: right;} + +</style> +</head> +<body> + + +<pre> + +The Project Gutenberg EBook of Le chanteur parisien, by Louis-Ange Pitou + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Le chanteur parisien + Recueil des chansons de L.A. Pitou + +Author: Louis-Ange Pitou + +Release Date: January 29, 2010 [EBook #31117] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CHANTEUR PARISIEN *** + + + + +Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink and the +Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net +(This file was produced from images generously made +available by the Bibliothèque nationale de France +(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) + + + + + + +</pre> + + +<div class="box"> +<p>Note de transcription:<br /> +Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. +L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.</p></div> + +<p class="p6"><a name="Page_I" id="Page_I"></a></p> +<h1>LE<br /> +CHANTEUR PARISIEN.</h1> + +<h2>RECUEIL</h2> + +<h3>DES CHANSONS DE L. A. PITOU,</h3> + +<p class="center font95"><b>AVEC</b></p> + +<div class="p2 box1"> +<p class="ni1 font90"><b>Un Almanach-Tablette des grands Évènements depuis<br /> +1787 jusqu'à 1808, chaque fait placé à son rang de +date et de jour, ou Calendrier Éphéméride pour +l'année 1808;</b></p></div> + +<p class="p4 center"><b><big>PAR LOUIS-ANGE PITOU</big></b>,<br /> +<b>dit <i>le Chanteur</i>, auteur du Voyage à Cayenne.</b></p> + +<p class="p4 right"><b>Jadis j'ai vendu des chansons<br /> +et d'excellentes aventures.</b></p> + +<p class="p2 center"><big><b>PARIS,</b></big></p> + +<p class="p2 center"><b>Chez L. A. PITOU, libraire, rue Croix-des-Petits-Champs,<br /> +n<sup>o</sup>. 21, près celle du Bouloy.</b></p> + +<p class="p4 center"><b>DE L'IMPRIMERIE DES FRÈRES MAME</b>,<br /> +<b><small>rue du Pot-de-Fer, n<sup>o</sup>. 14.</small></b></p> + +<p class="p4 center"><b>1808.</b></p> +<hr class="p2 c15" /> + +<p><a name="Page_II" id="Page_II"></a></p> +<h3 class="p8">ON TROUVE A LA MÊME ADRESSE:</h3> + +<p class="p2">Voyage à Cayenne, dans les deux Amériques et chez les Antropophages; +ouvrage orné de gravures, contenant le tableau général des déportés, +la vie et les causes de l'exil de l'auteur, des notions sur +Collot-d'Herbois et Billaud-de-Varennes, sur les îles Séchelles, etc., +2 volumes in-8. de 400 pages chacun, seconde édition.<br /> +Prix, 7 fr. 50 cent. pour Paris.</p> + +<p class="p6"><a name="Page_III" id="Page_III"></a></p> +<h2>PRÉFACE.</h2> +<hr class="c15 p4" /> +<h3>COMMENT JE M'ÉTAIS FAIT CHANTEUR.</h3> + +<p>Je me souviens toujours avec plaisir d'avoir chanté à Paris, depuis +1795 jusqu'en 1797, pour chasser la misère et gagner ma vie, et je +remercie le public d'avoir déposé en ma faveur le préjugé qu'il a +contre tous ceux qui exercent la même profession que moi. Jadis les +troubadours inspirèrent aux Français cette gaieté qui fera toujours +notre caractère distinctif: mais, depuis notre civilisation, tout le +monde a voulu chanter, et la paresse, la misère, l'ignorance et la +mauvaise conduite ont bientôt fait pulluler les chanteurs. C'était +autrefois un état considéré, et même lucratif; car les premiers +troubadours étaient instruits, gais et probes. Ils ne <span class="pagenum"><a +name="Page_IV" id="Page_IV">IV</a></span> chantaient que par délassement leurs +maîtresses, leurs infortunes, et les exploits des sires, des damoisels +et des châtelains. Ils voyageaient pour s'instruire; ils trouvaient un +asile chez les grands dont ils composaient l'histoire en vers +gothiques.</p> + +<p>Un grain de vanité est le partage de tous les hommes: le nain prend +des échasses, pour s'égaler au géant; ainsi je me crus historien en me +faisant chanteur.</p> + +<p>Dans le premier volume de mon Voyage à Cayenne<a name="FNanchor_1" id="FNanchor_1"></a><a href="#Footnote_1" class="fnanchor">[1]</a> j'ai parlé des +motifs qui me forcèrent à chanter en public; beaucoup de personnes me +croient mort, d'autres viennent me demander si réellement c'est bien +moi? Oui, oui, leur dis-je, j'ai traversé gaiement une fournaise +ardente; j'ai écrit mon voyage, j'ai chanté au milieu des tourments: +à ma voix, le Ténare <span class="pagenum"><a name="Page_V" id="Page_V">V</a></span> a souri.... Aujourd'hui, je joins au récit de +mes traverses, et les chansons qui m'ont fait exiler, et les airs qui +m'ont préservé des influences malignes du climat dévastateur que j'ai +foulé pendant trente mois.</p> + +<p>Si mon retour fait croire aux revenants, c'est que je suis revenu d'un +autre monde avec la même gaieté que j'avais avant mon départ.</p> + +<p>Comme l'originalité est mon lot, je me suis établi libraire dans la +rue Croix-des-Petits-Champs, numéro 21, près la place des Victoires. +Du seuil de ma porte, je vois l'ancien théâtre en plein air, où j'ai +chanté les <i>mandats</i>, les <i>patentes</i>, le <i>père Hilarion</i>, les +<i>incroyables</i>, les <i>collets noirs</i>, les <i>contradictions</i>, les +<i>lunettes</i>, la <i>béquilles</i> et autres vaudevilles, accompagnés de +commentaires qui m'ont valu la déportation.</p> + +<p>Toutes les fois que je passe dans la rue Saint-Denis, je m'arrête à +considérer la <span class="pagenum"><a name="Page_VI" id="Page_VI">VI</a></span> maison de l'Homme Armé, où je débutai en 1795, le +premier juillet, à cinq heures du matin. Une marchande de la halle, +qui s'aperçut que je m'enrouais à force de chanter contre l'agiotage, +me dit en style énergique, qu'un chanteur sans violon sonnait comme un +pot cassé. J'avais fait ma journée, et j'allai compter ma recette dans +un petit cabaret borgne, où je trouvai des gens attablés, qui me +donnèrent un gros morceau de pain!.... Dans ce moment de disette, ce +fut pour moi un gros morceau d'or: je donnai en retour quelques +cahiers de chansons.</p> + +<p>A six heures et demie, je m'en retournai chez moi, persuadé qu'en me +retirant tous les jours à la même heure je ne serais reconnu de +personne, le jour ne venant ordinairement qu'à dix heures du matin +chez les gens du bon ton; mais la faim, qui chasse le loup du bois, +réveilloit alors tout le monde avant l'aurore, et je me trouvai caché +au milieu des <span class="pagenum"><a name="Page_VII" id="Page_VII">VII</a></span> halles, comme la perdrix qui met sa tête sous l'aile +pour se dérober au chasseur.</p> + +<p>A dix heures j'allai à mon ordinaire rédiger la séance de la +Convention, pour les Annales patriotiques et littéraires. En revenant +je trouvai au coin de la place Dauphine un opérateur (le marchand de +vulnéraire suisse) entouré de toute sa musique, qui, suivant l'argot +du métier, <i>postigeait à faire quimper le trepe</i>, s'arrêtait, et +faisait jouer pour attirer les passants.</p> + +<p>L'observation de la dame de la halle m'avait frappé. J'avais besoin de +musique. Je parlai à l'oreille d'un membre de l'orchestre du marchand +de vulnéraire. Convention faite à partage égal, nous nous donnons +rendez-vous, pour le lendemain à cinq heures du matin, dans un petit +cabaret de la rue du Puits, près des halles. Comme l'opérateur ne +sortait de chez lui qu'à sept heures du matin, son musicien trouvait +son compte <span class="pagenum"><a name="Page_VIII" id="Page_VIII">VIII</a></span> à nous servir tous deux. Nous nous attablons; un verre +de cassie met de la colophane à l'archet et dérouille le gosier: nous +répétons notre cahier, et nous allons <i>posticher</i>. J'étais plus hardi; +le <i>trepe quimpe</i>, et à six heures et demie nous avons fait quatre +cents francs.</p> + +<p>Nous allons compter notre recette, et déjeûner à un petit cabaret; +c'était la galerie de mon musicien et le rendez-vous des autres +chanteurs. Je payai mon entrée. Bientôt les accords discordants des +chanteurs et chanteuses font une cacophonie risible. Les savants +composent en un clin d'œil de la prose, et des vers outre mesure. +Les censeurs et les admirateurs sont des commères du marché aux +poirées, qui viennent avec leurs amoureux affublés d'un large chapeau +blanc et la pipe en gueule, juger l'impromptu fait à coup de verres. +Comme je figure dans cette tabagie, au milieu d'un nuage de fumée, +les coudes appuyés sur une table couverte <span class="pagenum"><a name="Page_IX" id="Page_IX">IX</a></span> d'une serpillière +humide, grise, rouge, brune et violette!</p> + +<p>L'homme qui se trouve là dans sa sphère, gagnant de l'argent sans +beaucoup de peine, le dépense de même, et ne compte jamais pour +l'avenir.</p> + +<p>Ici, commence la démarcation entre l'être oisif et taré, et l'honnête +indigent qui s'accroche à une branche, se secoue sur le rivage au +milieu des nageurs, et sait faire de nécessité vertu.</p> + +<p>Une jolie femme disait un jour à une dévote qui répondait de sa vertu, +que l'amour était par-tout le même et qu'il n'y a que manière de le +faire. Que d'actions sont susceptibles du même proverbe!</p> + +<p>Quand je commençai à paraître en public, j'avais contre moi-même le +préjugé que je reconnaissais aux autres; et ce préjugé était une +mauvaise honte qui me faisait rougir de ma profession. En +m'interrogeant par ma détresse, je me répondais que cet acte de +courage était louable, <span class="pagenum"><a name="Page_X" id="Page_X">X</a></span> puis tout à coup je me rendais aux clameurs +du préjugé: cette dispute de moi-même contre moi-même ne dura pas +long-temps: l'accueil et la bienveillance du public m'auraient presque +fait tomber dans un autre excès. Je prie le lecteur de faire attention +à cet instant. Il est décisif, et tous les hommes se trouvent plus ou +moins souvent dans la même passe. De la coupe de cette jointure des +circonstances dépend toujours la prétendue fatalité de malheur ou de +bonheur attachée à nos pas ou plutôt à nos déterminations: ce moment +est aussi prompt qu'un éclair.</p> + +<p>En chantant sur les places, je me trouvai associé à la plupart des +gens sans état et sans considération; le public, qui devina les motifs +qui m'avaient réduit là, vint me voir avec autant de curiosité que +d'intérêt et de plaisir. L'argent ne me manqua plus: je faisais +jusqu'à cinquante francs de recette par jour. En 1796, moment où le +numéraire ne commençait qu'à reparaître, <span class="pagenum"><a name="Page_XI" id="Page_XI">XI</a></span> je nageais dans +l'abondance au milieu de la disette. Cette abondance me donna le goût +du plaisir et de la dissipation. On ne se doute pas des rencontres que +trouve un acteur et un chanteur; sa physionomie, que tout le monde +regarde sans contrainte, s'imprime plus ou moins dans la mémoire et +dans le cœur de ceux qui l'entourent. De là ces prévenances, ces +visites, ces avances qu'on lui fait sans conséquence et sans crainte. +S'il assaisonne ses vaudevilles de quelques lazzis ou quolibets, la +petite fille qui ne désire qu'un amant entreprenant les prend pour +elle, et le chanteur remplace l'amant timide qui se gêne en sa +présence.</p> + +<p>Deux hommes aimables se présentent dans un cercle; l'un est libre, +l'autre a fait un choix; le premier sera assidu et galant auprès de +toutes les femmes, le second sera poli; le premier aura dix maîtresses +sans y songer, sans excepter même celle de son ami. La vanité +<span class="pagenum"><a name="Page_XII" id="Page_XII">XII</a></span> de plaire est souvent plus puissante +que l'amour, elle se prend pour lui: plus un homme est exposé aux +regards, s'il est goûté du public ou de la société, plus on s'oublie +pour lui faire des avances. On ne rougit même pas d'acheter ses +faveurs.</p> + +<p>Les marchands de la place Saint-Germain-l'Auxerrois, où j'avais établi +mon théâtre ambulant, m'ont vu plus d'une fois refuser différents +cadeaux; les commissionnaires insister, au point qu'un jour je remis +sur la borne trois paires de bas de soie qu'on venait de me présenter +en plein jour. Et je ne me rappelle jamais sans rire la ruse d'une +jeune femme qui, se trouvant un jour à mon cercle avec son vieux mari, +vint le lendemain chez moi me gronder de l'avoir regardée en public, +et pour appuyer sa plainte, me montrer une contusion qu'il lui avait +faite au cou, en la menaçant du divorce si jamais elle revenait +m'entendre: je la voyais pour la première fois. Un jour, au sortir de +plaider ma cause <span class="pagenum"><a name="Page_XIII" id="Page_XIII">XIII</a></span> pour mes chansons, je fus accosté par une autre +qui me pria de lui montrer la musique.—Madame, je ne la sais +pas.—N'importe, dit-elle, mon mari est vieux et aveugle, nous lui +ferons compagnie, et vous serez musicien.—Mais, madame, on le +préviendra.—Je me charge de tout.—Je vous tromperais, madame, j'ai +une amie.—Et moi un mari. Ainsi l'amour ou le caprice sautent à pieds +joints sur toutes les bienséances; et les femmes sont plus entêtées +que nous dans leurs résolutions, et plus habiles à en venir à leurs +fins. Ce vertige passé il ne reste pas une étincelle d'amour, et +l'homme est souvent dupe de l'illusion.</p> + +<p>Je ne connais pas de moyens plus dangereux que ces chances de bonne +fortune pour plonger l'homme dans l'oubli de son être, de son état, de +son cœig;ur et de ses facultés morales et physiques. Les anciens nous +ont dépeint cette vérité dans la fable de Circé: tous les chanteurs, +comme les <span class="pagenum"><a name="Page_XIV" id="Page_XIV">XIV</a></span> compagnons d'Ulysse, sont entourés de femmes plus ou +moins dignes de respect, qui les plongent dans l'ivrognerie, +l'oisiveté et la stupeur: les libéralités de ces femmes font perdre à +leurs amants cette délicatesse qui distingue l'honnête homme en amour +du traitant déhonté: souvent elles volent ce qu'elles donnent au +favori receleur, et le tout se termine quelquefois par une association +qui finit d'une manière aussi honteuse que déplorable.</p> + +<p>Sous ce point de vue, mon préjugé contre moi-même était raisonnable de +ma part comme de celle du public; mais ma conduite me permet d'avouer +que j'ai été chanteur sans que personne ait à rougir de me donner +cette qualification. Si j'ai vaincu le préjugé et la mauvaise honte, +je ne l'ai pas déraciné dans tous les esprits; car l'épithète de +chanteur m'a fait juger incapable d'occuper certaines places, et j'ai +admiré plus d'une fois l'inconséquence de certaines gens qui, me +trouvant propre <span class="pagenum"><a name="Page_XV" id="Page_XV">XV</a></span> à tout autre emploi, m'éliminaient directement +parce que je professais celui-là: c'était me dire de n'en prendre aucun +ou d'en choisir un moins honnête, et de le faire adroitement. Le monde +est plein de ces donneurs de conseils qui vous trouvent du mérite pour +tous les emplois dont ils ne disposent pas, et l'eau bénite de cour se +répand par-tout.</p> + +<p>Du reste, mes malheurs et l'estime publique sont ma meilleure réponse +contre le préjugé attaché à la profession de chanteur. C'est dans cet +état, comme dans les prisons, que j'ai appris ce qu'il en coûte pour +être honnête homme. Si l'appât de l'or eût pu me séduire, je serais +riche et considéré; mais j'aurais perdu le seul titre qui me console +dans ma médiocrité. J'ai lutté dix ans contre l'adversité; la fortune +qui m'a trouvé inébranlable à mon départ comme à mon retour, m'a +conduit au port lorsque je me préparais encore à une tourmente. On +m'a demandé les vaudevilles <span class="pagenum"><a name="Page_XVI" id="Page_XVI">XVI</a></span> qui me firent voir les bords de la +Guyane. Comme on rit du mal passé et que le voyageur, dans un temps +calme, revoit avec plaisir les lieux affligés par l'orage, ce petit +mémorial, que personne ne sera tenté de rédiger à aussi cher gage que +moi, nous paraît aujourd'hui dans le calme du réveil un songe affreux +dont le souvenir nous plaît et nous corrigerait pour l'avenir.</p> + +<p>Je composerai ce recueil,</p> + +<p>1<sup>o</sup> Des vaudevilles faits avant mon départ;</p> + +<p>2<sup>o</sup> Des romances et des loisirs de mon exil;</p> + +<p>3<sup>o</sup> Des chansons érotiques et critiques des anciens et des modernes;</p> + +<p>4<sup>o</sup> D'un choix de pièces analogues au temps et aux mœurs;</p> + +<p>5<sup>o</sup> D'un tableau général et varié de prose et de vers pour tous les +goûts.</p> + +<hr class="c15 p6" /> +<p><span class="pagenum"><a name="Page_001" id="Page_001">1</a></span></p> +<h2>LE CHANTEUR<br /> +PARISIEN.</h2> + +<hr class="c15 p4" /> + +<h3>LE PRÉJUGÉ VAINCU.</h3> + +<p class="p2 center">Air: <i>Avec les jeux dans le village</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>L'amour inventa l'art de plaire,<br /> +Celui de peindre et de chanter.<br /> +Daphnis, auprès de sa bergère,<br /> +Chanta le premier l'art d'aimer.<br /> +Homère, après lui dans la Grèce<br /> +Chantant ses vers harmonieux,<br /> +Sut apprivoiser la rudesse<br /> +De ce peuple de demi-dieux.</p> + +<p>Des tyrans les projets superbes<br /> +Ont tout mis en combustion;<br /> +Soudain je vois relever Thèbes,<br /> +Par les doux accords d'Amphion.<br /> +En Thrace le sensible Orphée<br /> +Chante l'amour et ses malheurs;<br /> +Sa lyre lui fraye une entrée<br /> +Dans le sombre manoir des pleurs.</p> + +<p>Le sort, qui d'un cardeur de laine<br /> +Avait fait un législateur,<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_002" id="Page_002">2</a></span> +Me donna la force et l'haleine,<br /> +Et le talent d'être chanteur.<br /> +Modeste au lit tout comme à table,<br /> +Je ne cherche point le haut bout,<br /> +Croyant qu'il faut pour être aimable<br /> +Rester plus couché que debout.</p></div> + +<h3 class="p4">LES MANDATS DE CYTHÈRE.</h3> + +<p class="p2">Au mois de mai 1796, on donna au théâtre de la Cité les Mandats de +Cythère. Je fis les couplets suivants qui me firent condamner à une +amende de 1000 liv. en mandats, somme que j'acquittai pour 2 liv, 10 +s. en argent, au mois de septembre de la même année.</p> + +<p class="center p2">Air: <i>Un jour la petite Lisette</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>En France, en Europe, à Cythère,<br /> +On veut fabriquer des mandats.<br /> +L'amour, en prenant ses ébats,<br /> +Disait l'autre jour à sa mère.<br /> +Prendront-ils, ne prendront-ils pas?<br /> +C'est ce que nous ne savons pas.</p> + +<p>A l'entreprise je préside,<br /> +Dit Vénus montrant ses états;<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_003" id="Page_003">3</a></span> +J'hypothèquerai nos mandats<br /> +Sur le double monde de Guide.<br /> +Prendront-ils, ne prendront-ils pas?<br /> +Oh, ma foi, nous n'en doutons pas.</p> + +<p>Deux beaux yeux, une belle bouche,<br /> +Deux globes taillés pour l'amour;<br /> +L'Élysée ou le dieu du jour<br /> +N'entre que quand Priape y couche,<br /> +Sont les secrets de nos états<br /> +Pour hypothéquer nos mandats.</p> + +<p>Si les législateurs de France<br /> +Avaient d'aussi jolis états,<br /> +Ils seraient moins dans l'embarras<br /> +Pour débrouiller notre finance:<br /> +Car chez nous toujours les mandats<br /> +Sont au pair avec les ducats.</p> + +<p>Dans notre aimable république<br /> +On bénit le contrefacteur,<br /> +Et sur le front du délateur<br /> +Croissent les cornes du tropique.<br /> +En tous temps nos jolis mandats<br /> +Sont au pair avec les ducats.</p> + +<p>L'amour voyant venir Glycère,<br /> +Pour échanger ses assignats,<br /> +Lui donne un rouleau de mandats<br /> +Qu'il avait reçus de sa mère.<br /> +La friponne disait tout bas....<br /> +Que ce rouleau vaut de ducats!</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_004" id="Page_004">4</a></span> +Une vieille en perruque blonde,<br /> +Dont le temps ride les appas,<br /> +Veut captiver le beau Lucas<br /> +Et renaître dans le grand monde.<br /> +Pour certain rouleau de mandats,<br /> +Elle offrira mille ducats.</p> + +<p>Un vieux Mondor de l'assemblée<br /> +De Lise veut voir les états;<br /> +Il offre un rouleau de mandats,<br /> +Timbré par une planche usée;<br /> +Mais Lise lui dit: vos mandats<br /> +Perdent, cent contre mes ducats.</p></div> + +<p class="p2">Les mandats étaient un papier-monnaie, décrété en avril 1796, en +remplacement des assignats. En août il perdait autant que l'assignat, +c'est-à-dire, neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-huit trois quarts +pour cent.... Ce qui les fit appeler, dans le temps, enfants +mort-nés.</p> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_005" id="Page_005">5</a></span></p> +<h3>LES PATENTES.</h3> + +<p class="p2">Ce vaudeville, composé au mois d'octobre 1796, a été une des causes +principales de ma déportation. Comme il m'arrivait de porter souvent +ma main à ma poche, on prétendit que je faisais des gestes indécents +et contre-révolutionnaires, délit prévu par la loi du 27 germinal, +emportant peine de mort. L'application m'en fut réellement faite le +premier novembre 1797. La peine de mort fut commuée en déportation +perpétuelle, et, le 8 septembre 1803, je reçus ma grace et ma liberté +de sa majesté l'Empereur et Roi.</p> + +<p class="center p2">Air: <i>Un jour Guillot trouva Lisette</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Républicains, aristocrates,<br /> +Terroristes, buveurs de sang,<br /> +Vous serez parfaits démocrates,<br /> +Si vous nous comptez votre argent.<br /> +Et comme la crise est urgente,<br /> +Il faut vous conformer au temps,<br /> +Et prendre tous une patente,<br /> +Pour devenir honnêtes gens.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_006" id="Page_006">6</a></span> +Mon dieu, que la patrie est chère<br /> +A qui la porte au fond du cœur!<br /> +Tous les états sont à l'enchère,<br /> +Hors celui de législateur.<br /> +La raison en est évidente,<br /> +C'est qu'aucun des représentants<br /> +Ne pourrait payer la patente<br /> +Qu'il doit à tous ses commettants.</p> + +<p>Un jacobin, nommé Scrupule,<br /> +En s'approchant du receveur,<br /> +Retourne sa poche et spécule,<br /> +Qu'il n'a plus rien que son honneur.<br /> +Oh! que cela ne te tourmente,<br /> +Dit le receveur avisé,<br /> +Ton dos a le droit de patente,<br /> +Commerce donc en liberté.</p> + +<p>Une vierge du haut parage,<br /> +Imposée à quatre cents francs,<br /> +Dit en descendant d'équipage,<br /> +Bon dieu! vous moquez-vous des gens?<br /> +Mais, monsieur, je vis d'industrie;<br /> +Le financier, le directeur,<br /> +Vous diront que pour ma patrie<br /> +J'ai vendu jusqu'à mon honneur.</p> + +<p>Un gros procureur, honnête homme,<br /> +Cousin de tous les fins Normands,<br /> +Murmure de payer tout comme<br /> +Les malheureux honnêtes gens.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_007" id="Page_007">7</a></span> +Oh! cette injustice est criante,<br /> +On se pendrait d'un pareil coup!<br /> +Faire payer une patente<br /> +A ce grand maître grippe-sou.</p> + +<p>Sous ce déguisement cynique,<br /> +Remets-tu ce fameux voleur?<br /> +Fournisseur de la république,<br /> +Autrefois simple décrotteur.<br /> +Depuis qu'on parle de patentes,<br /> +Monsieur dit qu'il n'a plus d'états,<br /> +Que la république indulgente<br /> +Le classe parmi les forçats.</p> + +<p>Combien paierai-je de patente,<br /> +Dit certain faiseur de journal?<br /> +Si tu devais un sou de rente<br /> +A tous ceux dont tu dis du mal,<br /> +Je crois bien qu'au bout de l'année,<br /> +Sans compter tous tes revenus,<br /> +Ta dette serait augmentée<br /> +De trois ou quatre mille écus.</p> + +<p>Un vieux médecin se présente,<br /> +Hé quoi! dit un des assistants,<br /> +Peut-on payer une patente<br /> +Pour avoir droit de tuer les gens?<br /> +Non, dit un auteur dramatique,<br /> +Il vaut bien mieux les égayer;<br /> +Et mais, répond certain critique,<br /> +Nous vous payons bien pour bâiller.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_008" id="Page_008">8</a></span> +En fredonnant un air gothique,<br /> +Arrive un chanteur écloppé.<br /> +Si pour chanter la république<br /> +Il faut que je sois patenté,<br /> +Je ferai, dit-il, sans contrainte,<br /> +Cette offrande à la liberté,<br /> +Si désormais je puis sans crainte<br /> +Chanter par-tout la vérité.</p></div> + +<h3 class="p4">LES CONTRADICTIONS.</h3> +<p class="center p2">Air: <i>Pour attendrir Junon rebelle</i> (d'Anacréon +chez Polycrate.)</p> + +<div class="block p1"> +<p>Ah! qu'on a bien raison de dire<br /> +Qu'amour est un étrange enfant;<br /> +Plus il nous cause de martyre,<br /> +Et plus il nous paraît charmant.<br /> +Dans son inconcevable empire,<br /> +Tout comme en révolution,<br /> +Chacun de nous veut se conduire<br /> +Toujours par contradiction.</p> + +<p>Quand Fanchette fut moins cruelle<br /> +Je songeais à peine à l'aimer;<br /> +Aujourd'hui qu'elle est infidèle,<br /> +Fanchette a tout pour me charmer.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_009" id="Page_009">9</a></span> +Et dans mon aveugle délire,<br /> +Tout comme en révolution,<br /> +Fanchette, tu vas me conduire<br /> +Toujours par contradiction.</p> + +<p>On se recherche, l'on s'évite,<br /> +On s'ennuie de résister;<br /> +Pour être pris, l'un court moins vîte;<br /> +L'autre aussitôt va s'arrêter.<br /> +A Cythère on fait comme en France,<br /> +Pour l'amour ou pour la raison,<br /> +Quand l'un recule, l'autre avance,<br /> +Toujours par contradiction.</p> + +<p>Aux pieds de la reine de Gnide,<br /> +Tous les dieux se sont réunis;<br /> +Elle vole où son cœur la guide,<br /> +Et c'est dans les bras d'Adonis.<br /> +De ce choix qu'elle vient de faire,<br /> +L'amour murmure avec raison;<br /> +Mais en France, comme à Cythère,<br /> +Tout va par contradiction.</p> + +<p>Quand Lucas aime sa voisine,<br /> +Avec sa peau de maroquin<a name="FNanchor_2" id="FNanchor_2"></a><a href="#Footnote_2" class="fnanchor">[2]</a>,<br /> +Pluton épouse Proserpine,<br /> +Et Vénus épouse Vulcain;<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_010" id="Page_010">10</a></span> +Mais dans leur aveugle délire,<br /> +Tout comme en révolution,<br /> +Les objets peuvent les séduire,<br /> +Toujours par contradiction.</p> + +<p>Quand nous pourrons couper les ailes<br /> +De ce petit fripon d'amour,<br /> +Nos dames seront plus fidèles,<br /> +Et nous les paierons de retour;<br /> +Quand les trois pouvoirs en cadence<br /> +Peuvent chanter à l'unisson,<br /> +Nous voyons que tout dans la France;<br /> +Marche sans contradiction.</p></div> + +<h3 class="p4">LES COLLETS NOIRS.</h3> + +<p class="p2">Je composai ce vaudeville au mois de juillet 1797, au moment où l'on +se faisait la guerre à Paris pour un ruban, un collet rouge ou noir; +pour des souliers pointus ou carrés, et sur-tout pour les nattes. J. +J. Rousseau, en écrivant sa lettre contre la musique française, dit +que la querelle qui s'anima au sujet de cette futilité fut si grande, +qu'on oublia de grands intérêts et des démêlés plus sérieux pour +celui-là. Pour moi, je voulais voir les deux <span class="pagenum"><a name="Page_011" id="Page_011">11</a></span> partis s'amuser de +leurs ridicules, et on m'arrêta lorsque je chantai cette chanson pour +la quatrième fois.</p> + +<p class="p2 center">Air: <i>Il y a cinquante ans et plus</i> (de la Caverne).</p> + +<div class="block p1"> +<p>Faut-il pour un collet noir,<br /> +Pour une perruque blonde,<br /> +Pour une toque, un mouchoir,<br /> +Bouleverser tout le monde.<br /> +Les frondeurs de cette mode,<br /> +Comme moi dans un boudoir,<br /> +N'ont rien vu de plus commode,<br /> +Qu'un collet bordé de noir.</p> + +<p>Dans l'olympe radieux,<br /> +Quand Vénus sortant de l'onde,<br /> +Fut admise au rang des dieux<br /> +On dira qu'elle était blonde.<br /> +Pour lui donner l'art de plaire,<br /> +L'amour fit apercevoir,<br /> +Près du temple du mystère,<br /> +Son collet bordé de noir.</p> + +<p>A la mère de l'amour<br /> +Chaque dieu fit son offrande;<br /> +Mais Mars eut, avant son tour,<br /> +Le premier droit de prébende.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_012" id="Page_012">12</a></span> +Oh! ma plus belle parure,<br /> +Lui dit-elle, c'est d'avoir<br /> +Au-dessous de ma ceinture,<br /> +Ton collet bordé de noir.</p> + +<p>D'un déchireur de collet,<br /> +Pour punir l'audace extrême,<br /> +L'amour juge du méfait,<br /> +Sut s'en venger par lui-même.<br /> +Le galant, par aventure,<br /> +Chez Thisbé montant le soir,<br /> +Trouve au bas de sa ceinture,<br /> +Collet rouge, et blanc, et noir.</p> + +<p>Si d'un pantalon crasseux,<br /> +D'une robe rouge ou grise,<br /> +Aristide est amoureux,<br /> +Qu'il se vêtisse à sa guise;<br /> +Si le bonnet et la pique<br /> +Peuvent flatter son espoir,<br /> +Qu'il les prenne sans réplique,<br /> +Moi je veux un collet noir.</p> + +<p>On peut, sans être malin,<br /> +Vous dire avec assurance<br /> +Que c'est l'habit d'Arlequin<br /> +Qui sied le mieux à la France.<br /> +Car le démon de la mode,<br /> +Chez nous du matin au soir,<br /> +Fait, défait et raccommode,<br /> +Collet rouge, et blanc et noir.</p></div> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_013" id="Page_013">13</a></span></p> +<h3>LE PÈRE HILARION</h3> + +<h4>AUX FRANÇAIS.</h4> + +<p class="center"><i>Fait au premier janvier 1797.</i></p> + +<p class="center">Parallèle des abus du cloître avec les abus de 1793, 94, 95 et 96.</p> + +<p class="center p2">Air: <i>A moins que dans ce monastère</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Peuple français, peuple de frères,<br /> +Souffrez que père Hilarion,<br /> +Turlupiné dans vos parterres,<br /> +Vous fasse ici sa motion <span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span><br /> +Il vient sans fiel et sans critique,<br /> +Et sans fanatiques desseins,<br /> +Comparer tous les capucins<br /> +Aux frères de la république.</p> + +<p>Nous renonçons à la richesse<br /> +Par la loi de notre couvent,<br /> +Votre code, plein de sagesse,<br /> +Vous en fait faire tout autant.<br /> +Comme dans l'ordre séraphique,<br /> +Ne faut-il pas, en vérité,<br /> +Faire le vœu de pauvreté,<br /> +Pour vivre dans la république.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_014" id="Page_014">14</a></span> +On nous défend luxe et parure,<br /> +Et vos frères les jacobins<br /> +Avaient la crasseuse figure<br /> +De nos plus sales capucins.<br /> +Notre chaussure est sympathique;<br /> +Souvent sans bas et sans souliers,<br /> +On voit par-tout des va-nu-pieds,<br /> +Capucins de la république.</p> + +<p>Tout comme dans nos monastères,<br /> +Vous aviez vos frères quêteurs,<br /> +C'étaient vos braves commissaires<br /> +Et vos benins réquisiteurs.<br /> +Par leur douceur évangélique<br /> +Et par leur sainte humanité,<br /> +Comme ils faisaient la charité<br /> +Aux pauvres de la république!</p> + +<p>On nous ordonne l'abstinence,<br /> +Dedans notre institut pieux:<br /> +N'observait-on pas dans la France<br /> +Le jeûne le plus rigoureux?<br /> +Dans votre carême civique<a name="FNanchor_3" id="FNanchor_3"></a><a href="#Footnote_3" class="fnanchor">[3]</a>,<br /> +Vous surpassiez le capucin;<br /> +En vivant d'une once de pain,<br /> +Vous jeûniez pour la république.</p> + +<p>Par un vieux règlement d'usage<br /> +Nous faisons vœu de chasteté;<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_015" id="Page_015">15</a></span> +Le sacrement de mariage<br /> +Par vos frères est rejeté<a name="FNanchor_4" id="FNanchor_4"></a><a href="#Footnote_4" class="fnanchor">[4]</a>.<br /> +Dans cette gaillarde pratique,<br /> +Qu'il est beau de voir à présent,<br /> +Pour une femme seulement,<br /> +Vingt filles de la république!</p> + +<p>Nous avons notre discipline,<br /> +Instrument de punition.<br /> +Vous avez votre guillotine,<br /> +Fraternelle correction.<br /> +Ce châtiment patriotique<br /> +Est bien sûr de tous ses effet<br /> +Il n'en faut qu'un coup pour jamais<br /> +Ne manquer à la république.</p> + +<p>Demandant toujours des réformes,<br /> +Vous avez fait tout réformer;<br /> +De toutes vos nouvelles formes,<br /> +Quand je vous entends murmurer,<br /> +Je vous dis, trève de critique,<br /> +Puisque vous l'avez fait créer,<br /> +Il faut bien vous accoutumer,<br /> +A supporter la république.</p> + +<p>Rien ne vous plaît, tout vous ennuie,<br /> +Vous voulez toujours innover;<br /> +En abhorrant la monarchie,<br /> +Vous ne pourrez vous en passer.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_016" id="Page_016">16</a></span> +Pour jouer nos capucinades,<br /> +Notre cloître était excellent;<br /> +Faudrait qu'il fût cent fois plus grand,<br /> +Pour jouer vos arlequinades.</p> + +<p>Agréez, mes chers camarades,<br /> +Le salut de l'égalité,<br /> +Et recevez mes accolades,<br /> +En signe de fraternité;<br /> +Mais respectez ma barbe antique,<br /> +Lorsque je viens vous embrasser,<br /> +Et ne la faites point passer<br /> +Au rasoir de la république.</p></div> + +<h3 class="p4">LA CHARENTE.</h3> + +<p class="p2">Ce vaudeville poissard est la relation fidèle du combat que nous +soutînmes depuis minuit jusqu'à six heures du matin, le 21 mars 1797, +sur la frégate la Charente, qui sortit de la rade de Rochefort dans la +nuit du 20 mars, pour nous déporter à Cayenne. Le lendemain, en +avançant en haute mer, nous vîmes à notre poursuite trois bâtiments +anglais, le Vieux Canada, de 74 canons, escorté des frégates la Pomone +et la Flore, toutes deux de 42 pièces. Toute la journée nous tentâmes +de <span class="pagenum"><a name="Page_017" id="Page_017">17</a></span> +gagner les côtes de Médoc; mais la Flore nous rasait la terre: +la Pomone gagnait au large, et le Vieux Canada fermait la marche. Dans +la journée on jeta à la mer toute la cargaison et une partie de nos +effets pour délester le bâtiment. La nuit vint, et nous nous perdîmes +de vue; à minuit la lune nous trahit et nous nous trouvâmes près de +l'écueil du phare Cordouan. Les Anglais nous débouquèrent; la marée +montait; le combat s'engagea. On délesta de nouveau le bâtiment, qui, +démâté par le canon, le gouvernail brisé, nous fit échouer sur les +ruines de l'ancienne ville des Olives, près la rade de Royan, à +dix-huit lieues de Bordeaux.</p> + +<p class="p2 center">Air: <i>Stuila qu'a pincé Berg-op-Zoom</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Ventrebleu qu'il est donc brutal,<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span><br /> +Ce carillon de germinal;<br /> +J'crayons ma foi que c'te Charente,<br /> +Au diable f.... l'épouvante.</p> + +<p>Voyant ces trois châtiaux flottants,<br /> +J'avions largué la voile aux vents;<br /> +Avec tout nout échapatoire,<br /> +Fallut nous casser la mâchoire.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_018" id="Page_018">18</a></span> +Par là corbleu, monsieu Breuillac,<br /> +N'est ma foi point un monsieu d'Crac,<br /> +C'est f.... ben un pinc' sans rire,<br /> +Que malgré lui l'Anglais admire.</p> + +<p>Not maison quand brutal ronflait,<br /> +Sur le rocher se reposait.<br /> +J'avions un pied dans l'onde noire,<br /> +Et plus qu'nout saoul j'ons failli boire.</p> + +<p>Au milieu de tout c't'embarras,<br /> +Le grand marin qu'je n'voyons pas,<br /> +Qui ben mieux qu'nous connaît l'parage,<br /> +A lui seul sauva l'équipage.</p></div> + +<h3 class="p4">LES LUNETTES</h3> + +<h3>ET LA NOUVELLE BÉQUILLE.</h3> + +<p class="center p2">Air: <i>De la béquille</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Tous nos messieurs du jour,<br /> +Pour lorgner les brunettes,<br /> +Font porter à l'amour<br /> +Cent sortes de lunettes;<br /> +Mais fillette gentille<br /> +Bien mieux s'amusera,<br /> +D'une grosse béquille<br /> +Du père Barnaba.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_019" id="Page_019">19</a></span> +Hortense est dans son lit,<br /> +Hortense est bien malade;<br /> +N'amenez point ici<br /> +D'Hippocrate maussade.<br /> +De cette jeune fille<br /> +Le bobo guérira<br /> +Par un coup de béquille<br /> +Du père Barnaba.</p> + +<p>Hélas! depuis long-temps<br /> +Comme tout change en France!<br /> +Dès nos plus jeunes ans<br /> +Le malheur nous devance;<br /> +Garçon et jeune fille,<br /> +En sortant du berceau,<br /> +Prennent tous la béquille<br /> +Pour aller au tombeau.</p> + +<p>C'est en se chamaillant<br /> +Pour la chose publique,<br /> +Qu'on fit clopin clopan,<br /> +Boiter la république.<br /> +Moins leste que nos filles,<br /> +La jeune liberté<br /> +Court avec des béquilles<br /> +A la caducité.</p> + +<p>Pour réconcilier<br /> +Tous les aristocrates,<br /> +Il faut les marier<br /> +Avec les démocrates.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_020" id="Page_020">20</a></span> +A la grande famille<br /> +Tout se réunira,<br /> +Par un coup de béquille<br /> +Du père Barnaba.</p></div> + +<h3 class="p4">LE COUP DU LOUP.</h3> + +<p class="center">Vaudeville-proverbe, composé en brumaire, octobre 1799.</p> + +<p class="center p2">Air: <i>Lise voyait deux pigeons se becquer</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Vous qui n'aimez que les dons de Plutus,<br /> +Le bruit de Mars, les myrtes de Vénus,<br /> +Votre bonheur est sur l'aile d'Eole;<br /> +Le char se brise et tombe tout à coup;<br /> +Appliquez-vous ce proverbe d'école,<br /> +<span class="i3">Y n'faut qu'un coup</span><br /> +<span class="i3">Pour assommer un loup.</span></p> + +<p>J'ai vu le loup, disait la jeune Iris,<br /> +Il m'a pris hier mes deux jolis cabrits;<br /> +Pour m'en venger, je tiens cette houlette;<br /> +C'était le bien du beau berger Pâris.<br /> +Pâris lui dit, la jetant sur l'herbette,<br /> +<span class="i3">N'en faut qu'un coup</span><br /> +<span class="i3">Pour assommer le loup.</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_021" id="Page_021">21</a></span> +Par intérêt, ou pour tout autre cas,<br /> +Sa vieille mère avait suivi ses pas;<br /> +En la voyant tomber sous la coudrette,<br /> +Bon dieu, bon dieu, qu'elle fit de fracas!<br /> +Elle disait à la pauvre fillette:<br /> +<span class="i3">Voilà le coup</span><br /> +<span class="i3">Pour assommer le loup.</span></p> + +<p>Par son voisin, Guyot voit ses enfants;<br /> +Mais au voisin ils sont très ressemblants.<br /> +Un vieil ami que Laure répudie,<br /> +Rend du mari les yeux trop clairvoyants:<br /> +Au bois d'amour quand naît la jalousie,<br /> +<span class="i3">I' n'faut qu'un coup</span><br /> +<span class="i3">Pour assommer un loup.</span></p> + +<p>Guyot annonce un voyage important:<br /> +Laure a déjà prévenu son amant.<br /> +Madame, il faut voyager à ma place,<br /> +Lui dit l'époux au beau milieu du champ;<br /> +Guyot revient, Laure fait la grimace.<br /> +<span class="i3">I' n'faut qu'un coup</span><br /> +<span class="i3">Pour assommer un loup.</span></p> + +<p>Pour mieux tromper les yeux de ses voisins,<br /> +Pour enchaîner leurs caquets assassins,<br /> +A son amant Laure avait, par prudence,<br /> +Fait fabriquer un bon passe-partout.<br /> +Guyot absent, il venait en silence.<br /> +<span class="i3">I' n'faut qu'un coup</span><br /> +<span class="i3">Pour assommer un loup.</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_022" id="Page_022">22</a></span> +Sur le minuit il entra doucement;<br /> +Le gars savait toiser l'appartement:<br /> +En tâtonnant sur le lit de la dame,<br /> +Il le pressait.... Guyot dit tout à coup:<br /> +Réservez donc vos baisers pour ma femme.<br /> +<span class="i3">I' n'faut qu'un coup</span><br /> +<span class="i3">Pour assommer un loup.</span></p></div> + +<h3 class="p4">LES INCROYABLES,<br /> + +LES INCONCEVABLES,<br /> + +ET LES MERVEILLEUSES.</h3> + +<p class="center">Tableau des aimables du jour, et du costume des plus élégants de la +révolution de 1796 et 1797.</p> + +<p class="center p2">Air: <i>Dans nos bois, dans nos campagnes</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Tout est incroyable en France<br /> +Dans la révolution:<br /> +La sagesse est la démence,<br /> +La folie est la raison.<br /> +Faisant la guerre aux coutumes<br /> +Pour rappeler les vertus,<br /> +Sous d'incroyables costumes,<br /> +Se vois rentrer les abus.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_023" id="Page_023">23</a></span> +Nous n'avons plus de comtesses,<br /> +Nous n'avons plus de barons;<br /> +Nos merveilleuses déesses<br /> +Leur ont pris leurs phaétons:<br /> +Et Margot dans l'équipage<br /> +Vient d'oublier son talent;<br /> +Se voyant dans l'apanage,<br /> +Ne connaît plus ses parents.</p> + +<p>Son incroyable Narcisse<br /> +Lui dit du haut de son char:<br /> +Vénus, ou que je périsse!<br /> +A moins de graces et moins d'art.<br /> +Pa'ol' d'honneur, dit-elle,<br /> +Sous ce costume élégant,<br /> +Je voudrais être aussi belle<br /> +Que vous paraissez galant.</p></div> + +<p class="p2 center"><i>La merveilleuse à l'incroyable.</i></p> + +<div class="block p1"> +<p>En vous tout est incroyable,<br /> +De la tête jusqu'aux pieds;<br /> +Chapeau de forme effroyable,<br /> +Gros pieds dans petits souliers;<br /> +Si pour se mettre à la mode<br /> +Gargantua venait ici,<br /> +Rien ne serait plus commode<br /> +Que d'emprunter votre habit.</p> + +<p>Botté tout comme un saint George,<br /> +Culotté comme un Malbrouk,<br /> +Gilet croisant sur la gorge,<br /> +Épinglette d'or au cou;<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_024" id="Page_024">24</a></span> +Trois merveilleuses cravattes<br /> +Ont bloqué votre menton,<br /> +Et la pointe de vos nattes<br /> +Fait cornes sur votre front.</p> + +<p>Je vois un autre incroyable<br /> +Chaussé comme une catin,<br /> +A la belle inconcevable<br /> +Présenter sa blanche main;<br /> +Cette incroyable coiffure<br /> +A, dit-elle, tant d'appas,<br /> +Qu'en voyant votre figure<br /> +Je ne vous remettais pas.</p> + +<p>De vos boucles de culottes<br /> +Ménageant les ardillons,<br /> +Nous déborderons nos cottes,<br /> +Pour vous faire des cordons;<br /> +Mais venez en diligence,<br /> +O merveilleux chevaliers!<br /> +Chez nous par reconnaissance<br /> +Chercher chaussure à vos pieds.</p></div> + +<p class="center p2"><i>Réponse des incroyables aux merveilleuses.</i></p> + +<div class="block p1"> +<p>O charmante merveilleuse!<br /> +Mère du divin amour,<br /> +De votre taille amoureuse<br /> +Rien ne gêne le contour;<br /> +De votre robe à coulisse<br /> +Les plis sont très peu serrés;<br /> +C'est pour faire un sacrifice<br /> +Que vos bras sont retroussés.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_025" id="Page_025">25</a></span> +Vous avez déjà l'étole<br /> +Des prêtresses de Vénus,<br /> +Et je vois à votre école<br /> +Un essaim de parvenus:<br /> +Cythérée à sa toilette,<br /> +Voulant enchaîner l'espoir,<br /> +Tous cèderait son aigrette<br /> +Pour votre immense mouchoir.</p> + +<p>De votre robe traînante<br /> +Quand les replis ondulants<br /> +Avaient interdit l'attente<br /> +A nos désirs renaissants,<br /> +Je vois votre main légère,<br /> +Conduite par les amours,<br /> +De l'asile du mystère.<br /> +Nous découvrir les détours.</p> + +<p>Talons à la cavalière,<br /> +Boucles et souliers brodés,<br /> +Bottines à l'écuyère,<br /> +Ou bas à coins rapportés;<br /> +Ridiculement mondaines<br /> +Dans tous vos ajustements,<br /> +Des reines et des Romaines<br /> +Vous quêtez les agréments.</p> + +<p>Mais vos perruques frisées<br /> +Tout comme un poil de barbet<br /> +Ne sont donc plus couronnées<br /> +Par des chapeaux à plumet;<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_026" id="Page_026">26</a></span> +Et vos toques prolongées<br /> +Disent aux maris françois,<br /> +Que leurs femmes corrigées<br /> +Portent la moitié du bois.</p> + +<p>Mais ces autres dédaigneuses<br /> +Ont un bonnet plus galant;<br /> +Leurs têtes impérieuses<br /> +Sont un vrai moulin à vent:<br /> +Celles-ci plus souveraines<br /> +Vous disent éloquemment,<br /> +En France nous sommes reines,<br /> +Et nous portons un turban.</p></div> + +<h3 class="p4">REGRETS DE DAVID</h3> + +<h4>A LA MORT DE BETHSABÉE.</h4> + +<p class="p2">David, surnommé le prophète-roi, était le plus jeune des fils d'Isaïe, +bethléémite, et, suivant certaines versions, le moins aimé de son +père, qui l'avait relégué dans la campagne pour garder ses troupeaux. +Dieu le tira de ce néant pour le placer sur le trône d'Israël. David, +au milieu de la prospérité, oublia une si grande faveur. Dans un +moment d'oisiveté, en <span class="pagenum"><a name="Page_027" id="Page_027">27</a></span> +se promenant, il vit au bain Bethsabée femme +d'Urie, un des capitaines de ses troupes. Urie était absent pour le +service de son prince. David s'enflamma pour Bethsabée, qui devint +enceinte en l'absence de son mari. Le roi rappela Urie pour que son +adultère ne fût point connu; mais ce guerrier se rendit au palais du +roi sans vouloir rentrer chez lui, et répondit à David qui l'y +engageait: Comment ne jeûnerais-je pas et rentrerais-je dans ma +maison, quand l'arche du seigneur couche dans les camps et qu'elle est +peut-être au pouvoir des infidèles?.... Le roi, loin d'être touché de +ces paroles, fit marcher Urie dans un défilé, d'où, il ne put échapper +à la mort. Bethsabée épousa David, donna le jour à Salomon, et mourut +subitement à la fleur de son âge, au moment où David l'idolâtrait....</p> + +<p>L'auteur de ce chef-d'œuvre peint David debout, les bras étendus +sur les tristes restes de son amante, dont le visage à découvert dans +le cercueil, en lui laissant le souvenir de ses charmes, lui rappelle +son ingratitude envers Dieu et son crime envers Urie. David, en proie +à l'amour, au remords, à la reconnaissance, cède tour à tour à sa +passion, à son désespoir et à son repentir. Cette héroïde arrachait +des <span class="pagenum"><a name="Page_028" id="Page_028">28</a></span> larmes aux sauvages de la Guyane, quand nous la chantions sur +les bords de la mer: l'écho des forêts et des montagnes lui donnait +quelque chose de mélodieux, et les cultivateurs quittaient leurs +travaux pour nous écouter. Je me croirais poëte si j'eusse fait ces +couplets.</p> + +<div class="block p2"> +<p>Je suis puni, je perds ce que j'adore,<br /> +Ce cher auteur de mes forfaits.<br /> +C'est malgré moi que je t'offense encore,<br /> +Seigneur, par mes tristes regrets.<br /> +Mon cœur est déchiré sans cesse<br /> +Par le remords et le désir.<br /> +Ah! j'en mourrais de repentir<br /> +Si je n'expirais de tendresse.<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p> + +<p>De mon amour, déplorable victime,<br /> +Je n'ai long-temps fait que gémir.<br /> +J'ai succombé, j'ai vécu dans le crime....<br /> +Tu ne pouvais mieux m'en punir....<br /> +Grand Dieu! ta puissance suprême<br /> +N'a plus de coups à me porter.<br /> +On n'a plus rien à redouter<br /> +Quand on a perdu ce qu'on aime. <span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p> + +<p>Elle n'est plus; la mort impitoyable<br /> +A moissonné ses jeunes ans;<br /> +Et c'est du fond d'un sépulcre effroyable<br /> +Qu'elle ravit encor mes sens.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_029" id="Page_029">29</a></span> +En t'implorant mon cœur t'outrage,<br /> +Seigneur; mes vœux sont criminels,<br /> +Puisque j'apporte à tes autels<br /> +Un cœur rempli de son image.</p> + +<p>Si je l'aimai cette amante adorable,<br /> +Si j'oubliai tant de bienfaits,<br /> +C'est toi, mon Dieu, qui me rendis coupable<br /> +En la formant de tes attraits.<br /> +A mes devoirs toujours fidèle,<br /> +Et toujours soumis à ta loi,<br /> +Hélas! je n'eusse aimé que toi,<br /> +Si je n'avais brûlé pour elle.</p></div> + +<h3 class="p4">LE DÉPORTÉ</h3> + +<h4>DANS LA GUYANE FRANÇAISE.</h4> + +<p class="center">Romance composée à la Franchise, en frimaire an huitième (24 novembre +1799).</p> + +<p class="center p2">Air de l'opéra de Tom-Jones; <i>Vous voulez que je vous oublie</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p><i>Reprise.</i> O ma maîtresse! ô ma patrie!<br /> +<span class="i4">Oui, je chéris jusqu'à vos coups.</span><br /> +Vos arrêts font le destin de ma vie;<br /> +Vous m'exilez quand je brûle pour vous....</p> + +<span class="pagenum"><a name="Page_030" id="Page_030">30</a></span> +<p>Déporté dans le nouveau monde,<br /> +Un troubadour, au bord de l'onde,<br /> +Soupirait ainsi ses revers!<br /> +Sombres forêts, affreux rivage,<br /> +Faut-il qu'au printemps de mon âge<br /> +J'expire ici chargé de fers?....</p> + +<p>O ma maîtresse! ô ma patrie! etc.</p> + +<p>Oh! je ne suis pourtant coupable<br /> +Que d'aimer un objet aimable,<br /> +Et de soupirer pour un roi;<br /> +Trop fier de ce vertueux crime,<br /> +De l'amour sensible victime,<br /> +J'expire en adorant ta loi.</p> + +<p>O ma maîtresse! ô ma patrie! etc.</p> + +<p>Dès que l'orient se colore,<br /> +Je dis à la naissante aurore:<br /> +Mêle tes larmes à mes pleurs;<br /> +Mais conserve pour ma patrie,<br /> +Et pour l'ingrate qui m'oublie,<br /> +Tes dons et tes riches couleurs.</p> + +<p>O ma maîtresse! ô ma patrie! etc.</p> + +<p>Quand de cette zone torride<br /> +Mon pied foule le sable aride,<br /> +Je porte la main sur mon cœur.<br /> +Zulma, pour toi comme il palpite!<br /> +Vers toi comme il se précipite,<br /> +Beau climat où naît le bonheur!....</p> + +<p>O ma maîtresse! ô ma patrie! etc.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_031" id="Page_031">31</a></span> +Le nouveau siècle qui commence<br /> +Rendra l'âge d'or à la France;<br /> +Sur les lis l'aigle volera.<br /> +Soit qu'ici je végète encore,<br /> +Ou soit qu'un tigre m'y dévore,<br /> +Ma langue en se glaçant dira:</p> + +<p>O ma maîtresse! ô ma patrie! etc.</p> + +<p>O Dieu! je reverrais la France!<br /> +Je jouirais de ta présence!<br /> +Zulma! tu m'as ravi ton cœur!....<br /> +Non.... Laissez-moi sur cette rive,<br /> +Et qu'en mourant, ma voix plaintive<br /> +Nomme Zulma pour mon malheur.</p> + +<p><span class="i2">O ma maîtresse! ô ma patrie!</span><br /> +<span class="i2">Oui, je chéris jusqu'à vos coups:</span><br /> +Vos arrêts font le destin de ma vie;<br /> +Vous m'exilez quand je brûle pour vous.</p></div> + +<p class="p2">Un de nos compagnons d'exil fut déporté, en 1797, pour avoir ramené en +France, dans sa famille, une jeune émigrée comme lui dont il venait +demander la main. Pendant que nous étions dans la Guyane, il apprit +qu'elle avait épousé un autre jeune homme qui lui avait fait obtenir +sa radiation: il en mourut de douleur. C'est le sujet de cette +romance.</p> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_032" id="Page_032">32</a></span></p> +<h3>LE TOMBEAU D'ISMÈNE.</h3> + +<p class="p2">Un jeune homme dont les parents avaient éprouvé de grands revers +parvint, par amour et par séduction, à obtenir les faveurs d'Ismène +d'Orv.... que ses parents lui destinaient, avant que la fortune eût +allumé entre les deux maisons une haine irréconciliable. Ismène +d'Orv.... devint enceinte. Cette nouvelle éclata un jour au milieu +d'une fête que toute la famille donnait au grand-papa. M. d'Orv...., +plaint par les gens sensés, et ridiculisé par les jeunes étourdis, +concentra sa colère durant le repas: mais le soir, en rentrant chez sa +fille, il la traîne aux cheveux, lui donne des coups de pied dans le +ventre, et assassine la mère et l'enfant, qui moururent au bout de +huit jours. Le premier auteur de cette catastrophe était un de nos +compagnons d'exil. L'amour et la douleur le traînèrent au sanctuaire. +Il me demanda les couplets suivants; me permit de les publier, et me +pria de taire son nom par égard pour la famille de son amie, dont le +chef expie sa faute dans un deuil éternel.</p> + +<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a name="Page_033" id="Page_033">33</a></span> +Air de la nouvelle Clémentine: <i>Une jeune bergère, les yeux baignés de +pleurs</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>J'ai perdu mon Ismène,<br /> +J'ai perdu mon bonheur;<br /> +Échos, forêts, fontaines,<br /> +Répétez ma douleur.<br /> +Pour moi, belle nature,<br /> +Tes dons sont superflus;<br /> +Dépouille-toi de ta verdure,<br /> +Mon Ismène n'est plus.</p> + +<p>Claire et pure fontaine,<br /> +Sur tes bords enchanteurs,<br /> +Chaque jour, pour Ismène,<br /> +Tu t'émaillais de fleurs;<br /> +Je vais grossir ton onde<br /> +De mes pleurs superflus;<br /> +Je reste isolé dans le monde,<br /> +Mon Ismène n'est plus!</p> + +<p>Si l'or me rend Ismène<a name="FNanchor_5" id="FNanchor_5"></a><a href="#Footnote_5" class="fnanchor">[5]</a>,<br /> +Si l'or me rend mon fils,<br /> +Je veux m'ouvrir la veine<br /> +Pour en doubler le prix:<br /> +Tes largesses tardives<br /> +Sont des biens superflus;<br /> +Les habitants des sombres rives<br /> +Payent de leurs vertus.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_034" id="Page_034">34</a></span> +Coudrier dont l'ombrage<br /> +Protégeait nos plaisirs,<br /> +Assis sous ton feuillage,<br /> +Je pousse des soupirs.<br /> +Au récit de ma peine,<br /> +Ces rochers sont émus;<br /> +Écho répète encore Ismène,<br /> +Mais Ismène n'est plus!</p> + +<p>Près de cette hécatombe,<br /> +Venez en sanglotant;<br /> +Ce marbre sert de tombe<br /> +A la mère, à l'enfant.<br /> +Son bourreau fut son père,<br /> +L'amour fit ses malheurs,<br /> +Et son amant se désespère:<br /> +Vous leur devez des pleurs.</p></div> + +<h3 class="p4">MES LOISIRS</h3> + +<h4>DANS LA GUYANE FRANÇAISE</h4> + +<p class="center">en 1801.</p> + +<p class="center"><i>Loyauté, Commerce, et Usure.</i></p> + +<p class="p2">Durant le fameux hiver de 1784 une femme, chargée d'un poêlon de +cuivre, se présenta chez le sieur Crugeon, chaudronnier sur le <span class="pagenum"><a +name="Page_035" id="Page_035">35</a></span> pont Marie, à Paris. «Il y a sept +mois, lui dit-elle, que vous m'avez vendu cet ustensile; je le payai +huit livres dix sous, et vous me promîtes de le reprendre à sept +livres dix sous, si je voulais m'en défaire dans l'année. Mais ne +pouvant prévoir que nous eussions un hiver si rigoureux, je suis +obligée de m'en défaire; reprenez votre poêlon et donnez-moi ce qu'il +vous plaira. Je loge maintenant à l'autre bout de la ville. Je l'ai +offert à cinq ou six personnes, aucun n'a passé le prix de trois +livres dix sols. Je vous reconnais et je reconnais le poêlon, répondit +l'artisan. Vous avez eu tort de l'offrir à cinq ou six personnes, il +fallait venir droit à moi: je suis homme de parole en hiver comme en +été; voilà vos sept livres dix sous.»</p> + +<p class="p1"><i>Beau modèle de franchise et de probité de l'artisan: voilà la vraie +justice. Voici l'usure.</i></p> + +<p class="p1">Durant le même hiver, un homme de lettres malade entra chez un riche +bijoutier dont on rougit de dire le nom, et lui dit: «Vous m'avez +vendu il y a six mois, avec garantie, une pendule que je vous payai +cinq cents livres. Je suis forcé de m'en défaire; voyez <span class="pagenum"><a +name="Page_036" id="Page_036">36</a></span> pour quelle somme vous voulez la +reprendre. Mon cher monsieur, répondit le trafiquant, il faut aller +suivant la saison: l'hiver est très rude: je vous donne deux louis et +demi de votre pendule. Le marché se conclut à quatre-vingts +livres....»</p> + +<p class="p4 center"><big>PHÉNOMÈNE.</big> <i>Anecdote de 1788.</i></p> + +<p class="p2">Pierre Noël Le Cauchois avait servi long-temps dans un régiment de +dragons où il avait mérité et obtenu des distinctions et des grades; +mais son bon cœur l'ayant porté à défendre les opprimés, il +embrassa la profession d'avocat. Cet homme généreux et infatigable, +qui s'était ruiné pour faire éclater dans tout son jour l'innocence de +la fille Salmon, est mort à Paris, le 16 février 1788, dans +l'indigence la plus déplorable. Ses amis seuls suivirent son convoi en +fondant en larmes, et ce fut monsieur Cosson qui, ne voulant point +qu'un homme si estimable fût enterré par charité, paya les frais de +son enterrement à Saint-Sulpice. Voici ce que le propriétaire de la +maison qu'occupait le vertueux Le Cauchois écrivit le jour de sa mort +à monsieur Cosson.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_037" id="Page_037">37</a></span> +«Monsieur, je vous donne avis que le pauvre monsieur Le Cauchois vient +de mourir dans la plus affreuse misère, n'ayant pas laissé un sou pour +se faire enterrer; vous étiez son ami, monsieur, voyez à régler la +manière dont nous lui ferons rendre les derniers devoirs.»</p> + +<p>Voilà la fin d'un citoyen qui venait d'arracher un être innocent du +bûcher. Il ne faisait que du bien. Il est mort indigent, sans +ostentation; donnez à ses mânes des larmes de repentir et de +reconnaissance pour le siècle qui a ressuscité un Aristide au milieu +de tant d'Alcibiades.</p> + +<p>M. Jame de Saint-Léger lui a payé son tribut dans l'épitaphe suivante:</p> + +<div class="block p2"> +<p>De Mars et de Thémis noble et sage soutien,<br /> +Il servit son pays, il sauva l'innocence;<br /> +Il mourut sans regrets, hélas! quand l'indigence<br /> +Lui ravit le pouvoir de faire encor du bien.<br /> +Vous voilà consolés, détracteurs méprisables,<br /> +Par qui de ses succès l'honneur fut envié!<br /> +Mais la vertu le pleure au sein de l'amitié,<br /> +Et sa mort, à jamais, les laisse inconsolables.</p></div> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_038" id="Page_038">38</a></span></p> +<h3>CONTRE LA TOILETTE TROP RECHERCHÉE.</h3> + +<p class="p2 center">Air: <i>Et ça ne se peut pas</i>, ou de l'Officier de Fortune: +<i>Fidèle époux, franc militaire</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Pourquoi, d'une main indiscrète,<br /> +Vouloir orner vos doux appas?<br /> +On montre, à force de toilette,<br /> +Des défauts que l'œil ne voit pas.<br /> +Loin d'ajouter à la nature,<br /> +Cet art enlaidirait Vénus:<br /> +Sur un front qui plaît sans parure<br /> +Tous les pompons sont superflus.</p> + +<p>Parmi les plaisirs de la table,<br /> +Au sein des ris et des amours,<br /> +Est-il objet moins agréable<br /> +Qu'une pompe de vains atours?<br /> +Si ma voisine a quelques charmes,<br /> +Bacchus me promet des larcins;<br /> +Mais la coquette sous les armes<br /> +Fait échouer tous mes desseins.</p> + +<p>David, ce roi dévot et sage,<br /> +Aimait Bethsabé sans habit;<br /> +Holopherne en même équipage<br /> +Voulut voir la chaste Judith.<br /> +A tort on croirait que Lucrèce<br /> +Pour la vertu trancha ses jours;<br /> +C'est que Tarquin, par maladresse,<br /> +Avait chiffonné ses atours.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_039" id="Page_039">39</a></span> +Le berger qu'au Pinde on renomme<br /> +Pour un arrêt digne des dieux,<br /> +A Vénus adjugea la pomme:<br /> +Était-ce donc pour ses beaux yeux?<br /> +Non, non; Junon, nous dit Homère,<br /> +Les avait plus beaux et plus grands;<br /> +Mais en femme orgueilleuse et fière,<br /> +Elle avait mis trop d'ornements.</p> + +<p>Minerve, par trop de sagesse,<br /> +Avait trop voilé ses appas;<br /> +Vénus, par un trait de finesse,<br /> +Prudemment ne les cacha pas:<br /> +Sous ces habits de la nature<br /> +Elle parut coquettement,<br /> +Et sa beauté touchante et pure<br /> +Reçut deux prix au même instant.</p></div> + +<h3 class="p4">SUR UN RENDEZ-VOUS.</h3> + +<div class="block p2"> +<p>Demain, dans le palais de Flore,<br /> +Je dois rencontrer mon berger<br /> +<span class="ni2">Amour, ouvre mes yeux à la naissante aurore,</span><br /> +Et ferme-les sur le danger.</p></div> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_040" id="Page_040">40</a></span></p> +<h3>MES QUATRE AGES.</h3> + +<h4>STANCES ANACRÉONTIQUES.</h4> + +<div class="block p2"> +<p>Dans mon ame douce et paisible<br /> +A quinze ans il n'était pas jour.<br /> +A vingt ans mon cœur insensible<br /> +Émoussa les traits de l'amour.</p> + +<p>A vingt-cinq ans, moins intraitable,<br /> +Je sus distinguer la beauté,<br /> +Et, de raison toujours capable,<br /> +Je conservai ma liberté....</p> + +<p>Mais j'ai vu la jeune Amaranthe;<br /> +Elle compte quinze printemps,<br /> +Et moi, qui déjà vise à trente,<br /> +Je suis moins sage qu'à quinze ans.</p> + +<p>Amour, enfant doux et barbare,<br /> +Cher ennemi qu'enfin je sers,<br /> +Sont-ce des fleurs, sont-ce des fers<br /> +Que ton caprice me prépare?</p> + +<p>Loin de ma première saison,<br /> +J'aime une belle à son aurore;<br /> +Dans son cœur trompé fais éclore<br /> +Le désir avec la raison.</p> + +<p>Inspire-lui des goûts plus sages<br /> +Que ceux du plus fou des amants:<br /> +Amour, en opposant nos âges,<br /> +Accorde au moins nos sentiments.</p></div> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_041" id="Page_041">41</a></span></p> +<h3>LA BONNE AMITIÉ</h3> + +<h4>NÉE DE L'AMOUR.</h4> + +<div class="block p2"> +<p>Je l'attendais avec impatience,<br /> +Cet ami si cher à mon cœur;<br /> +Je me disais que sa présence<br /> +Serait pour moi l'aurore du bonheur.<br /> +Je l'attendais sans espérance<br /> +Qu'il partagerait mon ardeur;<br /> +Mais je me contentai d'avance<br /> +D'un sourire plein de douceur.<br /> +Je l'attendais avec sagesse,<br /> +L'amitié seule eût donné mon baiser,<br /> +Et rien n'eût trahi ma tendresse<br /> +Que la douleur de le voir refuser.<br /> +Je l'attendais dans ma retraite,<br /> +Où les amours ne logent plus;<br /> +Un seul encor, mais en cachette,<br /> +Vit dans mon cœur en vrai reclus.<br /> +Je l'attendais sans art et sans parure.<br /> +Ah! le plaisir eût animé mes traits:<br /> +Le sentiment embellit la nature,<br /> +Elle lui doit ses plus touchants attraits.<br /> +Il ne vient point. Je ne veux plus l'attendre,<br /> +L'ingrat ami qui me fait soupirer;<br /> +Mais sans le voir, même sans y prétendre,<br /> +Je puis au moins le désirer.</p> + +<p class="i9">Par Madame <span class="smcap">De Montanclos</span>.</p></div> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_042" id="Page_042">42</a></span></p> +<h3>LA LANTERNE MAGIQUE.</h3> + +<p class="p2">Un chanteur tire ordinairement le diable par la queue; ce diable est +une des merveilles de la lanterne magique. Un joueur de gobelets, un +promeneur de vielle et un chanteur, se disputent souvent le terrain +sur la même place. Si ces trois hommes sont au niveau de leur état, +ils doivent amuser en instruisant. Le premier peint l'adresse des +filous, le second les ridicules des sots, et le troisième présente un +miroir à la société; il est vrai que le spectateur voit sans être vu; +mais un émule du père Ducerceau les a pourtant assez bien attrapés +dans la lanterne magique suivante. Le vaudeville entrait dans notre +recueil de la Guyane, et je ne le répète jamais sans un doux souvenir +du convive qui me l'apprit. Il me rappelle les bois et les cases où +nous passions quelques heures de bonheur; et celui-ci était bien vif, +car il était payé bien cher.</p> + +<div class="block p2"> +<p>L'on voit dans ma boîte magique<br /> +La rareté! la rareté!<br /> +Rien qui ne flatte et qui ne pique<br /> +<span class="i2">La curiosité.</span><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_043" id="Page_043">43</a></span> +Le monde en peinture mouvante,<br /> +Par mon verre se montre aux yeux,<br /> +Et la figure est si parlante,<br /> +Qu'elle fait dire aux curieux:<br /> +<span class="i2">Oh la merveille!</span><br /> +Oh la merveille sans pareille!</p> + +<p>Je fais voir un grand sans caprice;<br /> +La rareté! la rareté!<br /> +Un courtisan sans artifice;<br /> +<span class="i2">La curiosité!</span><br /> +Une cour où dame fortune<br /> +Ne trouble point les plus beaux jours,<br /> +Et n'a pas, ainsi que la lune,<br /> +Et son croissant et son décours.<br /> +<span class="i2">Oh la merveille!</span><br /> +Oh la merveille sans pareille!</p> + +<p>Un seigneur sans faste et sans dettes;<br /> +La rareté! la rareté!<br /> +Un commis riche et les mains nettes;<br /> +<span class="i2">La curiosité!</span><br /> +Un Crésus chez qui l'industrie<br /> +Enfante la prospérité,<br /> +Sans que dans l'éclat il oublie<br /> +Ce que ses parents ont été:<br /> +<span class="i2">Oh la merveille!</span><br /> +Oh la merveille sans pareille!</p> + +<p>Un bel esprit sans suffisance;<br /> +La rareté! la rareté!<br /> +Un joueur parmi l'abondance;<br /> +<span class="i2">La curiosité!</span><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_044" id="Page_044">44</a></span> +Un ami qui, dans ma disgrace,<br /> +M'aime autant que dans mon bonheur;<br /> +Qui, quand le sort m'ôte ma place,<br /> +M'en conserve une dans son cœur:<br /> +<span class="i2">Oh la merveille!</span><br /> +Oh la merveille sans pareille!</p> + +<p>Un conteur qui jamais n'ennuie;<br /> +La rareté! la rareté!<br /> +Un breteur qui jamais ne fuie;<br /> +<span class="i2">La curiosité!</span><br /> +Un tartuffe à lui-même austère,<br /> +Qui, sous la douceur du miel,<br /> +Ne déguise point le mystère<br /> +D'un cœur amer et plein de fiel:<br /> +<span class="i2">Oh la merveille!</span><br /> +Oh la merveille sans pareille!</p> + +<p>Mari d'accord avec sa femme;<br /> +La rareté! la rareté!<br /> +Deux cœurs qui ne fassent qu'une âme;<br /> +<span class="i2">La curiosité!</span><br /> +Paisible et vertueux ménage,<br /> +Où sans cesse d'heureux enfants<br /> +Trouvent, d'une conduite sage,<br /> +Le modèle dans leurs parents:<br /> +<span class="i2">Oh la merveille!</span><br /> +Oh la merveille sans pareille!</p> + +<p>Un petit maître raisonnable;<br /> +La rareté! la rareté!<br /> +Un plaideur qui soit équitable;<br /> +<span class="i2">La curiosité!</span><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_045" id="Page_045">45</a></span> +Un modeste et sage critique<br /> +Qui, sans mélange d'âpreté,<br /> +Assaisonne d'un sel attique<br /> +Ce que la raison a dicté:<br /> +<span class="i2">Oh la merveille!</span><br /> +Oh la merveille sans pareille!</p> + +<p>Mérite à l'abri de l'envie;<br /> +La rareté! la rareté!<br /> +Plaisir sans trouble dans la vie;<br /> +<span class="i2">La curiosité!</span><br /> +Un cœur où n'eut jamais d'empire<br /> +Le souci contraire à ses vœux,<br /> +Et qui toujours se puisse dire:<br /> +Je suis content, je suis heureux!<br /> +<span class="i2">Oh la merveille!</span><br /> +Oh la merveille sans pareille!</p> + +<p>Un grand cœur exempt de foiblesse;<br /> +La rareté! la rareté!<br /> +Un cœur fier exempt de bassesse;<br /> +<span class="i2">La curiosité!</span><br /> +Politique sans tromperie,<br /> +Courage sans témérité,<br /> +Prudence sans pédanterie,<br /> +Jeunes appas sans vanité:<br /> +<span class="i2">Oh la merveille!</span><br /> +Oh la merveille sans pareille!</p> + +<p>Grand spectacle où l'on divertisse;<br /> +La rareté! la rareté!<br /> +Fête où tout le monde applaudisse;<br /> +<span class="i2">La curiosité!</span><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_046" id="Page_046">46</a></span> +Chanson badine ou satirique,<br /> +Où les couplets soient d'un goût fin,<br /> +Dont chaque mot sans blesser pique,<br /> +Et prépare un heureux refrain:<br /> +<span class="i2">Oh la merveille!</span><br /> +Oh la merveille sans pareille!</p></div> + +<p class="p2 center"><span class="smcap">Voici le second tableau de ma lanterne magique.</span></p> + +<hr class="c15" /> +<h3 class="p4">L'AMI DE TOUT LE MONDE.</h3> + +<div class="block p2"> +<p>L'amour-propre des grands seigneurs<br /> +Fait le revenu des flatteurs;<br /> +C'est où leur fortune se fonde.<br /> +En parlant trop sincèrement,<br /> +On n'est pas ordinairement<br /> +<span class="i4">Ami de tout le monde.</span></p> + +<p>Quand j'aime, j'aime uniquement;<br /> +Je parle toujours franchement;<br /> +Comme le corps j'ai l'ame ronde,<br /> +Il ne faut rien faire à demi:<br /> +Je compte pour rien un ami<br /> +<span class="i4">Ami de tout le monde.</span></p> + +<p>Prêtez argent sans intérêts,<br /> +Ne le redemandez jamais;<br /> +Qu'en bon vin votre cave abonde;<br /> +Ouvrez la porte à tous venants,<br /> +Et vous serez en peu de temps<br /> +<span class="i4">Ami de tout le monde.</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_047" id="Page_047">47</a></span> +Aux badauds donnez de l'encens,<br /> +Aux Gascons des repas friands,<br /> +Aux Bretons, buvez à la ronde,<br /> +Ne demandez rien aux Normands,<br /> +Et vous serez, avec le temps,<br /> +<span class="i4">Ami de tout le monde.</span></p></div> + +<h3 class="p4">QUE DEVIENDRAIT LE MONDE.</h3> + +<p class="p2 center">Air: <i>Ma femme le sait</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Suivons l'amour et la folie<br /> +Pour goûter un plaisir charmant;<br /> +L'amour est l'ame de la vie,<br /> +La folie en fait l'agrément:<br /> +La raison jalouse en vain gronde,<br /> +Fermons l'oreille à ses discours,<br /> +Sans la folie et les amours,<br /> +Que deviendrait le monde?</p> + +<p>A jeune fillette, une mère<br /> +Défend toujours d'aller au bois;<br /> +Mais on se rit de sa colère,<br /> +Et l'on s'échappe en tapinois:<br /> +L'Amour fait le guet à la ronde,<br /> +Les Sylvains sont vifs et charmants....<br /> +Si l'on écoutait les mamans,<br /> +Que deviendrait le monde?</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_048" id="Page_048">48</a></span> +On ne me veut voir occupée<br /> +Que de joujoux ou de pompons;<br /> +On me renvoie à ma poupée,<br /> +Lorsque je fais des questions:<br /> +Oh! c'est alors que l'on me gronde....<br /> +Si certain désir curieux,<br /> +Aux fillettes n'ouvrait les yeux,<br /> +Que deviendrait le monde?</p> + +<p>Sous le joug de la continence<br /> +Un abbé gémit nuit et jour;<br /> +Des rigueurs de la pénitence,<br /> +Il vole aux plaisirs de l'amour;<br /> +Et c'est alors que l'on en gronde.<br /> +Mais si ceux qui portent rabat<br /> +Observaient tous le célibat,<br /> +Que deviendrait le monde?</p> + +<p>A dépeupler la terre entière,<br /> +Travaillent tous les médecins:<br /> +Vous les voyez dans leur carrière<br /> +Livrer bataille au genre humain.<br /> +Mais si, pendant qu'ils font leur ronde,<br /> +Leur sage et prudente moitié<br /> +Des maux d'autrui n'avait pitié,<br /> +Que deviendrait le monde?</p> + +<p>Pauvres maris que l'on offense,<br /> +Et dont toujours on rit après,<br /> +Chez les autres prenez vengeance,<br /> +Et n'en vivez pas moins en paix:<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_049" id="Page_049">49</a></span> +Qu'on vous raille ou que l'on vous fronde,<br /> +Ne vous mettez pas en courroux;<br /> +Messieurs, si vous vous fâchiez tous,<br /> +Que deviendrait le monde?</p> + +<p>Que ce repas est délectable!<br /> +Ah! qu'on y voit briller d'attraits!<br /> +Vénus, que nous vante la fable,<br /> +N'en eut jamais d'aussi parfaits!<br /> +Embrassons-nous tous à la ronde,<br /> +Trinquons ensemble et buvons plein; +Sans le beau sexe et le bon vin<br /> +Que deviendrait le monde?</p> + +<p><span class="i9 smcap">(ANONYME)</span></p></div> + +<h3 class="p4">L'EMPIRE.</h3> + +<p class="p2 center">Air: <i>Amusez-vous, jeunes fillettes</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>L'homme prétend avoir l'empire;<br /> +L'homme s'abuse: il est à nous.<br /> +Joli minois n'a qu'à sourire,<br /> +Notre maître est à nos genoux.<br /> +Nous commandons par la tendresse,<br /> +C'est un droit qu'Amour nous donna:<br /> +Le premier qui dit ma maîtresse,<br /> +Fut celui qui nous couronna.<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p> + +<p>L'homme regretta son hommage<br /> +Aussitôt qu'il nous l'eut rendu:<br /> +Il nous en a laissé l'image;<br /> +Mais son orgueil n'a rien perdu;<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_050" id="Page_050">50</a></span> +Il nous cajole, il nous caresse;<br /> +Il a toujours l'air de céder;<br /> +Il nous appelle sa maîtresse;<br /> +Mais c'est pour mieux nous commander.<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p></div> + +<h3 class="p4">LE DÉPIT</h3> + +<h4>CONTRE LA SAGESSE.</h4> + +<p class="p2 center">Air: <i>Du réservoir d'amour</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Corinne, ta beauté n'est pas<br /> +<span class="i2">Ce qui cause ma flamme;</span><br /> +Oui, je résiste à tes appas,<br /> +<span class="i2">Mais je cède à ton ame:</span><br /> +Je cède à l'esprit d'Apollon,<br /> +<span class="i2">Aux talents d'Uranie;</span><br /> +Et c'est même un peu ta raison<br /> +<span class="i2">Qui cause ma folie.</span><span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p> + +<p>En toi, ce qu'on aime le plus,<br /> +<span class="i2">Fait qu'on se désespère:</span><br /> +En nous montrant moins de vertus,<br /> +<span class="i2">Tu saurais moins nous plaire.</span><br /> +De toi j'ai reçu le poison,<br /> +<span class="i2">De toi j'attends la vie:</span><br /> +Corinne, rends-moi ma raison,<br /> +<span class="i2">Ou bien prends ma folie.</span><span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p></div> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_051" id="Page_051">51</a></span></p> +<h3>L'AMANT PRÉSOMPTUEUX.</h3> + +<p class="p2 center">Air: <i>C'est la fille à ma tante</i>.</p> + +<div class="block p1"><br /> +<p>La simple violette,<br /> +Tendre dans ses couleurs,<br /> +Sur la naissante herbette<br /> +Règne parmi les fleurs.<br /> +La jeune Églé, comme elle,<br /> +Simple dans ses atours,<br /> +Craint de paraître belle,<br /> +Mais triomphe toujours.</p> + +<p>Le plus beau du village<br /> +Lui peint tous ses désirs;<br /> +On entend sous l'ombrage<br /> +Ses amoureux soupirs;<br /> +Mais elle a ma tendresse,<br /> +Et mon cœur et ma foi;<br /> +Elle m'a dit sans cesse<br /> +Qu'elle n'aimait que moi.</p> + +<p>En vain elle est sévère;<br /> +Mais qu'importe à mon cœur?<br /> +Le seul bien de lui plaire<br /> +Suffit à mon bonheur.<br /> +Sa tendresse m'assure<br /> +De sa fidélité<br /> +Quel bien dans la nature<br /> +Vaut un souris d'Églé?</p></div> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_052" id="Page_052">52</a></span></p> +<h3>ROMANCE</h3> + +<h4>DE MADAME DE LA VALLIÈRE.</h4> + +<p class="p2">En 1806, le chef-d'œuvre des miniatures de l'exposition du +Muséum était un tableau représentant madame de La Vallière dans sa +cellule de carmélite. Un livre de prières à la main: le sermon de +Bourdaloue sur la Madeleine. Sur sa fenêtre est un lis, emblème de +Louis XIV et de la France: elle le fixe; son livre lui tombe des +mains, ses yeux se mouillent de douces larmes, la bonté de son ame se +peint dans la douceur de ses traits avec l'amour, le sentiment, la +franchise et l'amitié. Ce morceau achevé m'inspira ces couplets.</p> + +<p class="p2 center">Air: <i>C'est à mon maître en l'art de plaire</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Un grand roi captiva mon ame,<br /> +J'osais espérer du retour;<br /> +J'eus pour lui la plus tendre flamme,<br /> +Il ne la devait qu'à l'amour:<br /> +A tout l'éclat qui l'environne<br /> +Mon cœur ne trouvait point d'attraits;<br /> +Ce n'était pas une couronne,<br /> +C'est un amant que je voulais.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_053" id="Page_053">53</a></span> +Sa grandeur faisait mon martyre;<br /> +Et je songeais avec effroi<br /> +Que, des sentiments qu'il inspire,<br /> +Rien ne peut assurer un roi.<br /> +J'aurais voulu, dans mon ivresse,<br /> +Réunir tout pour le charmer;<br /> +Mais je n'avais que ma tendresse,<br /> +Et tout mon art fut de l'aimer.</p> + +<p>Je lui donnai plus que ma vie,<br /> +Car j'oubliai l'amour pour lui.<br /> +L'amour punit ma perfidie<br /> +Par le plus insensible oubli;<br /> +Un autre à présent sait lui plaire....<br /> +Plus que moi je plains mon amant;<br /> +Il perd une amante sincère:<br /> +Les rois n'en trouvent pas souvent.</p></div> + +<p class="center p2"><i>A madame de Montespan, sa rivale, en regardant le lis.</i></p> + +<div class="block p1"> +<p>Et toi, qui me sembles si vaine<br /> +De la douleur où tu me voi,<br /> +Je te pardonnerai sans peine<br /> +Si tu sais l'aimer mieux que moi.<br /> +Dans une retraite profonde<br /> +Je ne forme plus qu'un désir:<br /> +Qu'il existe heureux dans ce monde;<br /> +Moi, j'attends un autre avenir.</p></div> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_054" id="Page_054">54</a></span></p> + +<h3>CHANSON</h3> + +<h4>SUR LE TRICTRAC.</h4> + +<p class="p2 center">Air: <i>Ma plus belle promenade</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Galants, je veux vous apprendre,<br /> +Sans livre et sans almanach,<br /> +Un jeu facile à comprendre,<br /> +Un nouveau jeu de trictrac.<br /> +Il faut, en suivant la chance,<br /> +Mettre les dames en bas;<br /> +C'est par-là que l'on commence,<br /> +Sans quoi l'on ne case pas.</p> + +<p>Quand on a su les abattre,<br /> +On les pousse encore un peu<br /> +Pour avoir de quoi combattre,<br /> +Il faut étendre son jeu.<br /> +Si votre partie adverse<br /> +Craint, et ne s'avance point,<br /> +Que votre savoir s'exerce<br /> +A battre vite son coin.</p> + +<p>C'est par le coin que l'on s'ouvre<br /> +L'entrée aux coups importants:<br /> +On passe une dame, on couvre,<br /> +On avance, on met dedans;<br /> +Mais ne faites point d'école,<br /> +N'oubliez point à marquer:<br /> +Jamais on ne se console<br /> +D'être assez sot pour manquer.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_055" id="Page_055">55</a></span> +Pour faire de grands vacarmes,<br /> +N'avoir jamais le dessous,<br /> +Il faut amener des carmes,<br /> +Car ils font les plus grands coups.<br /> +L'autre jour, grand dieu! quel charme,<br /> +Et quel plaisir d'y songer!<br /> +Je vis prendre par un carme<br /> +Cinq ou six trous sans bouger.</p> + +<p>Une fille jeune et vive<br /> +Ne peut modérer son jeu,<br /> +Ni, quand un beau coup arrive,<br /> +Garder un juste milieu:<br /> +Elle pousse un peu trop vite,<br /> +Et, son jeu se serrant trop,<br /> +On l'enfile tout de suite<br /> +Et l'on va le grand galop.</p> + +<p>Si par heureuse fortune,<br /> +En l'absence d'un époux,<br /> +Vous jouez contre une brune,<br /> +Soyez bien sûr de vos coups:<br /> +Sur-tout point d'étourderie,<br /> +Et prenez bien votre jour;<br /> +Car on manque la partie<br /> +Souvent par jan de retour.</p></div> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_056" id="Page_056">56</a></span> </p> +<h3>VOILA COMME ILS SONT TOUS.</h3> + +<p class="p2 center">Air: <i>Si des galants de la ville</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Je conçois bien qu'un novice<br /> +En amour perde son temps;<br /> +Qu'il soit dupe du caprice,<br /> +Qu'il prend pour du sentiment.<br /> +Pour moi, satisfait de plaire,<br /> +Je ne crois pas aux serments<br /> +Qu'une femme peu sincère<br /> +Fait toujours à ses amants.</p> + +<p>Je déteste l'esclavage,<br /> +Le plaisir seul est ma loi;<br /> +Je me plais au badinage,<br /> +Sans jamais donner ma foi;<br /> +Et, de peur qu'une volage<br /> +Ne me donne mon congé,<br /> +Le matin si je m'engage,<br /> +Le soir je suis dégagé.</p> + +<p>Églé, Corinne, Julie,<br /> +Ont eu mes vœux tour à tour:<br /> +Je suis né sans jalousie,<br /> +Et mon cœur est sans détour.<br /> +J'offre aux belles mon hommage,<br /> +Fruit de ma sincérité;<br /> +C'est comme un droit de passage<br /> +Que l'on doit à la beauté.</p></div> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_057" id="Page_057">57</a></span></p> +<h3>LE VIEILLARD JEUNE HOMME.</h3> + +<p class="p2 center">Air: <i>Si de tous les maux de l'absence</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Permets, Hébé, que la vieillesse<br /> +Chante la saison des amours,<br /> +Ou calme, auprès de la jeunesse,<br /> +L'ennui cruel de ses vieux jours:<br /> +L'hiver goûte un plaisir céleste<br /> +En se rapprochant du printemps;<br /> +Laisse-moi savourer un reste,<br /> +Un vieux reste de mon bon temps.</p> + +<p>Quand dans nos champs une bergère<br /> +Couronne son heureux berger;<br /> +Quand la molle et verte fougère<br /> +Obéit sous son pas léger;<br /> +Quand de ses pleurs la jeune aurore<br /> +Arrose les fleurs du printemps;<br /> +Quand dans le monde tout s'adore,<br /> +C'est l'âge d'or, c'est le bon temps.</p> + +<p>Jeune Hébé, je commence à croire,<br /> +Aux feux que je sens près de toi,<br /> +Que les dieux veulent pour ta gloire<br /> +Faire un nouveau Titan de moi:<br /> +Quand sur ton teint je vois éclore<br /> +Toutes les roses du printemps;<br /> +Ce tableau me rappelle encore<br /> +Ce que je fis dans mon bon temps.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_058" id="Page_058">58</a></span> +Si jamais de quelque puissance<br /> +Je suis revêtu dans les cieux,<br /> +Je rends le monde à son enfance;<br /> +Et quant au dieu d'amour, je veux<br /> +Qu'il immortalise les belles,<br /> +Qu'il éternise leur printemps;<br /> +Et qu'il coupe, en brûlant ses ailes,<br /> +Les ongles et la barbe au temps.</p> + +<p><span class="i9"><i>Attribuée au duc de Nivernois.</i></span></p></div> + +<h3 class="p4">LE JEUNE HOMME VIEILLARD.</h3> + +<div class="block p2"> +<p>Souffrez, amis, que je vous dise<br /> +Le triste état de mes amours;<br /> +Je vais le faire avec franchise,<br /> +Ne vous y fiez pas toujours:<br /> +Déplorez tous mon sort funeste,<br /> +L'hiver succède à mon printemps.<br /> +Ah! quand on y va de son reste,<br /> +Hélas! c'est bien le pauvre temps!</p> + +<p>Quand j'aperçois cette bergère<br /> +Auprès de son heureux berger;<br /> +Quand je songe à ce qu'il doit faire,<br /> +Oui, je suis prêt d'en enrager:<br /> +Auprès d'un objet qu'il adore,<br /> +Ses feux sont toujours renaissants....<br /> +Vainement je l'appelle encore<br /> +La vigueur de mon ancien temps!</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_059" id="Page_059">59</a></span> +A cinquante ans, nos joyeux pères<br /> +Brûlaient jadis de nouveaux feux!<br /> +Aujourd'hui, quels effets contraires!<br /> +A trente ans je suis déjà vieux.<br /> +Comme à Titan, l'Aurore aimable<br /> +Devrait ressusciter mes sens;<br /> +Mais, hélas! ce n'est qu'une fable<br /> +Des annales du bon vieux temps.</p></div> + +<p class="p1">Pour m'en consoler, reprit le chanteur, buvons du vin de Palme jusqu'à +ce que l'air de France me rajeunisse, et disons en dépit du sort:</p> + +<div class="block p1"> +<p>Amis, jusqu'en notre vieillesse<br /> +Ménageons-nous d'heureux moments;<br /> +C'est un songe que la vieillesse<br /> +Après la saison des amants.<br /> +Vivent les plaisirs de la table;<br /> +L'automne vaut bien le printemps:<br /> +Savourons ce jus délectable,<br /> +Croyez-moi, c'est-là le bon temps.</p></div> + +<h3 class="p4">CHANSON CRÉOLE.</h3> + +<p class="p2 center"><i>Musique Créole.</i></p> + +<div class="block p1"> +<p><span class="i2">Moi las de tant souffrir,</span><br /> +<span class="i4">Moi v'lè mourir.</span><br /> +<span class="i2">Zizi trop cruelle,</span><br /> +<span class="i2">Moi las de tant souffrir,</span><br /> +<span class="i4">Moi v'lè mourir,</span><br /> +<span class="i3">Pour mal moi finir.</span><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_060" id="Page_060">60</a></span> +Moi bandi en yeux li qui belle;<br /> +Moi jurè li, et moi fidèle,<br /> +<span class="i2">Zizi ny l'air ben doux,</span><br /> +<span class="i4">Mais cœur cailloux,</span><br /> +<span class="i3">Ly cache là-z-ous.</span></p> + +<p><span class="i2">Z'autre qui toujours heureux,</span><br /> +<span class="i4">Ben amoureux;</span><br /> +<span class="i2">La sou-z-un feuillage,</span><br /> +<span class="i2">Zozo n'a pas chantè....</span><br /> +<span class="i4">Yo moment, pèt!....</span><br /> +<span class="i3">Zo moi trop mauvais;</span><br /> +Malgré moi, ben content, ben sage,<br /> +Pas zottè, Zizi, li volage,<br /> +<span class="i2">Zozo n'a pas chantè!....</span><br /> +<span class="i4">Yo moment pèt,</span><br /> +<span class="i3">Sont moi trop mauvais.</span></p> + +<p><span class="i2">Zizi, pas save aimer,</span><br /> +<span class="i4">Ayant charmé,</span><br /> +<span class="i2">Çà tout ça li scave,</span><br /> +<span class="i2">Cœur moi tant désiré,</span><br /> +<span class="i4">Tant soupiré</span><br /> +<span class="i3">Li sont déchiré,</span><br /> +Moi vinit plat comme youm casave,<br /> +Moi semblè un viel pauvre esclave;<br /> +<span class="i2">Zizi pas save aimer,</span><br /> +<span class="i4">Ayant charmé,</span><br /> +<span class="i3">Li tout déchiré.</span></p> + +<p><span class="i2">Premier jour, moi voi li</span><br /> +<span class="i4">Ça moi sentir</span><br /> +<span class="i2">Parlé petit'chose,</span><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_061" id="Page_061">61</a></span> +<span class="i2">Premier jour moi voir ly</span><br /> +<span class="i4">Ça moi sentir</span><br /> +<span class="i3">Yous trop grand plaisir;</span><br /> +Couler lis et couler la rose,<br /> +Si moi fou, ça li qui la cause,<br /> +<span class="i2">Ly dit: ay l'air ben doux;</span><br /> +<span class="i4">Mais cœur cailloux</span><br /> +<span class="i3">Li cache là-zous.</span></p></div> + +<h3 class="p4">DESTINÉE</h3> + +<h4>DE LA FEMME COQUETTE.</h4> + +<p class="p2 center">Air: <i>Tôt tôt tôt, battez chaud, etc.</i></p> + +<div class="block p1"> +<p>La jeune Elvire à quatorze ans,<br /> +Livrée à des goûts innocents,<br /> +Voit, sans en deviner l'usage,<br /> +Éclore ses charmes naissants;<br /> +Mais l'amour, effleurant ses sens,<br /> +Lui dérobe un premier hommage:<br /> +<span class="i4">Un soupir</span><br /> +<span class="i4">Vient d'ouvrir</span><br /> +<span class="i4">Au plaisir</span><br /> +<span class="i4">Le passage,</span><br /> +Un songe a percé le nuage.</p> + +<p>Lindor, épris de sa beauté,<br /> +Se déclare: il est écouté:<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_062" id="Page_062">62</a></span> +D'un songe, d'une vive image,<br /> +Lindor est la réalité.<br /> +Le sein d'Elvire est agité,<br /> +Le trouble a couvert son visage;<br /> +<span class="i4">Quel moment,</span><br /> +<span class="i4">Si l'amant</span><br /> +<span class="i4">Plus ardent</span><br /> +<span class="i4">A cet âge</span><br /> +Avait hasardé davantage!</p> + +<p>Mais quel trouble vient la saisir<br /> +Cet objet d'un premier désir,<br /> +Qu'avec rougeur elle envisage,<br /> +Est l'époux qu'on doit lui choisir.<br /> +On les unit; dieux! quel plaisir!<br /> +Elvire en fournit plus d'un gage;<br /> +<span class="i4">Les ardeurs,</span><br /> +<span class="i4">Les langueurs,</span><br /> +<span class="i4">Les fureurs,</span><br /> +<span class="i4">Tout présage</span><br /> +Qu'on veut un époux sans partage.</p> + +<p>Dans le monde, un essaim flatteur<br /> +Vivement agite son cœur.<br /> +Lindor est devenu volage,<br /> +Il a méconnu son bonheur.<br /> +Elvire a fait choix d'un vengeur<br /> +Qui la prévient, qui l'encourage;<br /> +<span class="i4">Vengez-vous,</span><br /> +<span class="i4">Il est doux,</span><br /> +<span class="i4">Quand l'époux</span><br /> +<span class="i4">Se dégage,</span><br /> +Qu'un amant répare l'outrage.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_063" id="Page_063">63</a></span> +Voilà l'outrage réparé,<br /> +Son cœur n'est que plus altéré.<br /> +Des plaisirs le fréquent usage<br /> +Rend le désir immodéré.<br /> +Son regard fixe et déclaré<br /> +A tout amant tient ce langage:<br /> +<span class="i4">Dès ce soir,</span><br /> +<span class="i4">Si l'espoir</span><br /> +<span class="i4">De me voir</span><br /> +<span class="i4">Vous engage,</span><br /> +Venez, je reçois votre hommage.</p> + +<p>Elle épuise tous les excès;<br /> +Mais au milieu de ses succès,<br /> +L'époux meurt, et pour héritage<br /> +Laisse des dettes, des procès.<br /> +Un vieux traitant demande accès,<br /> +L'or accompagne son message:<br /> +<span class="i4">Un coup d'œil</span><br /> +<span class="i4">Est l'écueil</span><br /> +<span class="i4">Où l'orgueil</span><br /> +<span class="i4">Fait naufrage;</span><br /> +Un écrin couronne l'ouvrage.</p> + +<p>Dans ces laborieux passe-temps,<br /> +Elvire a passé son printemps:<br /> +La coquette d'un certain âge<br /> +N'a plus d'ami, n'a plus d'amants.<br /> +En vain de quelques jeunes gens<br /> +Elle ébauche l'apprentissage;<br /> +<span class="i4">Tout est dit,</span><br /> +<span class="i4">L'amour fuit</span><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_064" id="Page_064">64</a></span> +<span class="i4">On en rit,</span><br /> +<span class="i4">Quel dommage!</span><br /> +Mais Elvire enfin devient sage.</p></div> + +<h3 class="p4">LES GANTS.</h3> + +<p class="p2 center">Air: <i>Du petit Matelot</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>L'hiver, mes amis, sera rude,<br /> +Et de pester j'aurai le droit;<br /> +Car ma singulière habitude<br /> +Va me reprendre avec le froid.<br /> +J'ai beau m'en faire le reproche,<br /> +Même sottise tous les ans;<br /> +Pour avoir chaud, c'est dans ma poche<br /> +Que j'ai toujours porté mes gants.</p> + +<p>Pourtant la lecture rend sage;<br /> +J'ai beaucoup lu, sans vanité.<br /> +Ganter ses mains est un usage<br /> +Consacré par l'antiquité.<br /> +Nos paladins à l'humeur fière,<br /> +Que faisaient-ils au bon vieux temps,<br /> +Pour rendre plus chaude une affaire,<br /> +Au nez ils se jetaient leurs gants.</p> + +<p>Assez souvent un homme en place,<br /> +De tous les vices suit la loi;<br /> +Est-ce en lui faisant la grimace<br /> +Que nous obtiendrons un emploi?<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_065" id="Page_065">65</a></span> +Quoique son méchant caractère<br /> +Agite et révolte nos sens;<br /> +Voulons-nous gagner notre affaire?<br /> +Pour lui parler prenons des gants.</p> + +<p>Au théâtre, si mon ouvrage<br /> +Satisfait peu les assistants;<br /> +S'il est suivi, non d'un orage,<br /> +Mais de sourds applaudissements,<br /> +Rendons ma honte supportable;<br /> +Disons par tout: quel contre-temps!<br /> +Il faisait froid, un froid du diable!<br /> +Tout le monde avait mis des gants.</p> + +<p>Jeunes fillettes qu'on marie,<br /> +Le gant blanc vous est présenté;<br /> +A votre main, il signifie<br /> +Innocence et fidélité.<br /> +Faut-il qu'un seul point m'importune!<br /> +Faut-il, au bout de quelque temps,<br /> +Qu'à chaque doigt, sans crainte aucune,<br /> +Vous déchiriez ainsi vos gants!</p> + +<p>Si, dès la première journée,<br /> +Parfois l'époux a du souci,<br /> +N'accusons point la destinée;<br /> +Il n'en est pas toujours ainsi.<br /> +Voyez celui qu'amour invite<br /> +A cueillir rose du printemps;<br /> +Pour peu que l'arbuste s'agite,<br /> +Il s'écriera: j'en ai les gants.</p> + +<p><span class="i9 smcap">Grétry</span> neveu.</p></div> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_066" id="Page_066">66</a></span></p> +<h3 class="p4">LE MOT ET LA CHOSE.</h3> + +<p class="center">Adressé à une femme susceptible par d'autres femmes.</p> + +<p class="p2 center">Air: <i>Dans ce salon où du Poussin</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Avec un maintien aussi doux,<br /> +Avec autant de modestie,<br /> +Pourquoi tous fâcher contre nous<br /> +A la moindre plaisanterie?<br /> +Pour tous, un aussi mauvais lot<br /> +Fait dire à chacun dans sa glose,<br /> +Que vous vous offensez du mot,<br /> +Et que vous aimez mieux la chose.</p> + +<p>Si tel est votre bon plaisir,<br /> +Votre goût est vraiment louable;<br /> +Il est toujours bon de choisir<br /> +L'utile au lieu de l'agréable.<br /> +Quand l'hymen sera votre lot,<br /> +Je vois que votre seule clause<br /> +Sera de tous priver du mot,<br /> +Et d'aimer plus souvent la chose.</p> + +<p>Ne disputons plus désormais,<br /> +Chacun a son goût dans ce monde;<br /> +Qu'il soit bon, ou qu'il soit mauvais,<br /> +C'est bien à tort que l'on en gronde.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_067" id="Page_067">67</a></span> +Mais pour rétablir au plutôt<br /> +Une paix que je vous propose,<br /> +De grace, laissez-nous le mot,<br /> +Nous vous abandonnons la chose.</p> + +<p class="i9">F. D.</p></div> + +<h3 class="p4">COUPLET</h3> + +<p class="center">Adressé avec une rose à Mademoiselle ***.</p> + +<p class="p2 center">Air: <i>J'ai vu par-tout dans mes voyages</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>De toutes parts on se dispose<br /> +A vous fêter, à vous fleurir;<br /> +L'amour m'a fourni cette rose,<br /> +Permettez-moi de vous l'offrir.<br /> +Une rose pour votre fête....<br /> +L'hommage n'est point indiscret,<br /> +Et c'est un moyen fort honnête<br /> +De vous donner votre portrait.</p> + +<p><span class="i9 smcap">Armand-Gouffé.</span></p></div> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_068" id="Page_068">68</a></span></p> +<h3 class="p4">LE DEVIN.</h3> + +<p class="p2 center">Air: <i>De la Fanfare de Saint-Cloud</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Je suis d'un fort bon augure,<br /> +Approchez gens de céans;<br /> +Je lis sur chaque figure<br /> +Avec des yeux pénétrants.<br /> +Plus d'une vieille commère<br /> +Me traitera de sorcier;<br /> +C'est ce qu'on dit d'ordinaire<br /> +A qui sait bien son métier.</p> + +<p>Commençons par vous, Thérèse:<br /> +Vous soupirez nuit et jour;<br /> +Vous éprouvez un malaise<br /> +Qu'on appelle mal d'amour;<br /> +Votre maman trop cruelle<br /> +Long-temps vous fera languir;<br /> +Sans tarder, faites comme elle,<br /> +Ne vous laissez pas mourir.</p> + +<p>Pour vous, belle Marguerite,<br /> +Vous avez ce qu'il vous faut;<br /> +Mais cependant au plus vite,<br /> +Qu'un mari soit votre lot;<br /> +Jacques, Pierre, ou Nicodême,<br /> +Eh! n'importe qui vraiment,<br /> +Pourvu qu'avant le carême<br /> +Vous puissiez être maman.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_069" id="Page_069">69</a></span> +Qu'avez-vous, gros maître Blaise?<br /> +Vous marchez d'un pas bien lourd;<br /> +Pour voir vos pieds à votre aise,<br /> +Comment ferez-vous un jour?<br /> +Votre amour pour le beau sexe<br /> +Vous menace d'un affront;<br /> +Car un accent circonflexe<br /> +Orne déjà votre front.</p> + +<p>Vous, Thomas, sans retenue,<br /> +A chaque instant vous criez<br /> +Que votre vin diminue;<br /> +Quoique vous le ménagiez.<br /> +Votre femme feint de croire<br /> +Aux esprits, aux loups-garoux.<br /> +Mais votre voisin Grégoire<br /> +Est ivrogne comme vous.</p> + +<p>De moi, vous voulez apprendre<br /> +Si vous vivrez dans six mois?<br /> +A ce terme on doit vous pendre,<br /> +Vous a-t-on dit autrefois.<br /> +Il est certain que j'ignore<br /> +Si dans six mois vous vivrez;<br /> +Mais si vous vivez encore,<br /> +Il est sûr que vous boirez.</p> + +<p><span class="i9 smcap">Grétry</span> neveu.</p></div> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_070" id="Page_070">70</a></span></p> +<h3>LES AINÉS ET LES CADETS.</h3> + +<p class="p2 center">Air: <i>Du ballet des Pierrots</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Le plus heureux en toutes choses<br /> +Est celui qui vient le premier.<br /> +Le premier venu prend les roses,<br /> +Et l'épine reste au dernier.<br /><br /> +Il en est ainsi chez Thalie,<br /> +Trop tard, hélas! nous sommes nés;<br /> +Il nous faut glaner pour la vie,<br /> +La moisson fut pour nos aînés.</p> + +<p>L'Hymen de l'Amour est le frère,<br /> +Mais l'Amour naquit le premier;<br /> +Et dans les jardins de Cythère<br /> +L'Hymen ne vint que le dernier.<br /> +Tous deux ont part à l'héritage,<br /> +Mais l'Hymen, souvent chagriné,<br /> +N'a que les fruits pour son partage,<br /> +Les fleurs sont toujours pour l'aîné.</p> + +<p>On sait assez que la nature<br /> +Donne encore un frère à l'Amour:<br /> +C'est l'Amour-propre; et l'on assure<br /> +Qu'avant l'autre il reçut le jour.<br /> +A perdre, en naissant, la lumière,<br /> +Le jeune Amour fut condamné;<br /> +Aussi le voit-on sur la terre,<br /> +Souvent conduit par son aîné.</p> + +<p><span class="i9 smcap">Dupaty.</span></p></div> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_071" id="Page_071">71</a></span></p> +<h3>LE TOMBEAU DE CÉCILE.</h3> + +<p class="p2 center">Air: <i>C'est à mon maître en l'art de plaire</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Tout reposait dans la nature,<br /> +Phœbée seule éclairait les cieux,<br /> +Et sa lumière douce et pure<br /> +Répandait le calme en tous lieux;<br /> +Le berger, près de sa compagne,<br /> +Du sommeil goûtait la douceur;<br /> +Victor, parcourant la campagne,<br /> +Veillait seul avec sa douleur.</p> + +<p>Victor, au printemps de son âge,<br /> +Avait connu les coups du sort;<br /> +Le tendre objet de son hommage<br /> +Dormait dans les bras de la mort.<br /> +Prêt à fixer sa destinée,<br /> +Victor voyait combler ses vœux;<br /> +Et le flambeau de l'hyménée<br /> +S'allume et s'éteint à ses yeux.</p> + +<p>Chaque nuit, cet amant fidèle,<br /> +Le cœur navré, versant des pleurs,<br /> +Au pied du tombeau de sa belle,<br /> +A veiller trouvait des douceurs.<br /> +Placé dans un champêtre asile,<br /> +Et loin des regards curieux,<br /> +Ce tombeau renfermait Cécile,<br /> +Où Victor eût-il été mieux?</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_072" id="Page_072">72</a></span> +C'est là, disait-il, que repose<br /> +Celle que m'accordait l'amour;<br /> +Semblable à la naissante rose,<br /> +Son éclat n'a duré qu'un jour!<br /> +Cécile était faite pour plaire,<br /> +L'amour la forma de ses traits;<br /> +Hélas! faut-il donc que la terre<br /> +Ensevelisse tant d'attraits?</p> + +<p>Son front, trône de l'innocence,<br /> +Brillait d'une aimable pudeur;<br /> +Les vains plaisirs de l'inconstance<br /> +N'avaient point corrompu son cœur;<br /> +Ses yeux, où se peignait son ame,<br /> +Ne s'ouvraient que pour mon bonheur;<br /> +Ses yeux, où j'allumais ma flamme,<br /> +Sont fermés même à ma douleur.</p> + +<p>Ombre chère, tendre victime,<br /> +Accours, vient recevoir ma foi;<br /> +Sors du froid cercueil qui t'opprime<br /> +Pour voltiger autour de moi.<br /> +Que de l'hymen la chaîne heureuse,<br /> +Malgré la mort, double nos feux;<br /> +Et que la tombe moins affreuse<br /> +Se ferme ensuite sur tous deux.</p> + +<p>Peut-être tu me dis, Cécile:<br /> +Faible ami, pourquoi, quand la mort<br /> +Ouvrit pour moi ce triste asile<br /> +N'as-tu pas partagé mon sort?<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_073" id="Page_073">73</a></span> +Oui, ton amant voit la lumière,<br /> +Au trépas il n'eut pas recours;<br /> +Mais sa peine est bien plus amère,<br /> +Il vit pour mourir tous les jours.</p> + +<p>Adieu, tombeau de ma maîtresse,<br /> +Toi que j'arrose de mes pleurs!<br /> +Puissent ces marques de tristesse<br /> +Sur toi faire éclore des fleurs!<br /> +Alors Victor, d'un pas tranquille,<br /> +Mais le désespoir dans le sein,<br /> +Quittait la tombe de Cécile,<br /> +Pour la revoir le lendemain.</p> + +<p><span class="i9 smcap">Grétry</span> neveu.</p></div> + +<h3 class="p4">LA BOUCHE.</h3> + +<p class="p2 center">Air: <i>Du vaudeville de Cassandre Agamemnon</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Il faut convenir que les cieux<br /> +Ont fait pour nous bien des merveilles;<br /> +Les cieux nous ont donné des yeux,<br /> +Des mains, des pieds et des oreilles....<br /> +Sans doute, ici, vous devinez<br /> +Pourquoi je tousse et je me mouche?<br /> +C'est qu'avant de parler du nez,<br /> +Je veux commencer par la bouche.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_074" id="Page_074">74</a></span> +On a vu des aveugles nés,<br /> +Chantant gaîment leurs chansonnettes;<br /> +On peut bien se passer d'un nez,<br /> +Lorsqu'on sait lire sans lunette.<br /> +On brave les bruits les plus fous<br /> +Lorsqu'on est sourd comme une souche....<br /> +Mais, ventrebleu! que diriez-vous<br /> +Si vous n'aviez pas une bouche?</p> + +<p>De comestibles succulents<br /> +Quand notre hôte garnit sa table,<br /> +Ortolans, merlans, éperlans<br /> +Composent un groupe admirable:<br /> +Mes yeux convoitent chaque mets;<br /> +Avec plaisir ma main les touche;<br /> +Et mon nez les respire.... mais<br /> +Je n'en mange qu'avec ma bouche!</p> + +<p>L'Amour, cet espiègle marmot,<br /> +A, je le sais, plus d'un langage.<br /> +Par un geste, il remplace un mot;<br /> +Souvent c'est un grand avantage:<br /> +Sans rien dire, l'on dit beaucoup<br /> +A la beauté la plus farouche;<br /> +Mais le mot j'aime, qui dit tout,<br /> +On ne le dit qu'avec la bouche.</p> + +<p>Ce vin dont vous vous enivrez,<br /> +Qui vous échauffe et vous réveille,<br /> +Peut-être vous me soutiendrez<br /> +Que vous l'avalez par l'oreille?<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_075" id="Page_075">75</a></span> +Qu'on apporte ce jus divin;<br /> +Eh vite! qu'on le débouche!....<br /> +Je suis sûr qu'en parlant du vin,<br /> +L'eau déjà vous vient à la bouche.</p> + +<p>Sur ma bouche faut-il rester?<br /> +Non, non; dans mon transport bachique,<br /> +J'aime mieux vingt fois mériter<br /> +D'être mordu par la critique.<br /> +Jamais, messieurs, je ne m'en plains;<br /> +Et loin que sa fureur me touche,<br /> +C'est à coup de verres bien pleins<br /> +Que je veux lui fermer la bouche.</p> + +<p>Mesdames, vous qui m'inspirez,<br /> +En voyant ma bouche paraître,<br /> +Dans ma bouche vous trouverez<br /> +Mille et mille défauts peut-être.<br /> +Combien je ferais de jaloux<br /> +Si vous ne preniez pas la mouche,<br /> +Et si ma bouche, parmi vous,<br /> +Volait gaîment de bouche en bouche.</p> + +<p><span class="i9 smcap">Armand-Gouffé.</span></p></div> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_076" id="Page_076">76</a></span></p> +<h3>LA VEILLE.</h3> + +<p class="p2 center">Air: <i>Vous qui de l'amoureuse ivresse</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>N'en puis douter, ô mon Estelle!<br /> +<span class="i4">C'est donc demain,</span><br /> +Que pastoureau tendre et fidèle<br /> +<span class="i4">Reçoit ta main?</span><br /> +Nuit semblera bien longue encore,<br /> +<span class="i4">Vais soupirer:</span><br /> +Serai surpris par douce aurore<br /> +<span class="i4">A désirer.</span></p> + +<p>Tendres parents, vous que tant j'aime!<br /> +<span class="i4">Vous dis adieu;</span><br /> +De fleurs, demain, viendrai moi-même<br /> +<span class="i4">Parer ce lieu:</span><br /> +Mettrai par-tout rose nouvelle;<br /> +<span class="i4">Car, pour se voir,</span><br /> +Ne puis donner à mon Estelle<br /> +<span class="i4">Plus doux miroir.</span></p> + +<p>Chacun s'éloigne, ô mon amie!<br /> +<span class="i4">Un seul baiser:</span><br /> +Bouche d'Estelle est trop jolie<br /> +<span class="i4">Pour refuser.</span><br /> +Premier bon soir ne peut suffire,<br /> +<span class="i4">Quand par amour</span><br /> +Le temps approche où l'on peut dire<br /> +<span class="i4">Premier bon jour.</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_077" id="Page_077">77</a></span> +Pourquoi ce trouble, mon Estelle?<br /> +<span class="i4">N'aime que toi;</span><br /> +Toujours amant, époux fidèle<br /> +<span class="i4">Vivrai pour toi.</span><br /> +Nuit est déjà bien avancée,<br /> +<span class="i4">Repose-toi,</span><br /> +Et crois que suis par la pensée<br /> +<span class="i4">Bien près de toi.</span></p> + +<p><span class="i9 smcap">Grétry</span> neveu.</p></div> + +<h3 class="p4">L'AIR.</h3> + +<h4>CHANSON LÉGÈRE.</h4> + +<p class="p2 center">Air: <i>Du ballet des Pierrots</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>A l'exemple du bon Horace,<br /> +Si je veux faire une chanson,<br /> +Ce n'est pas l'air qui m'embarrasse,<br /> +Bacchus vient me donner le ton.<br /> +Presque toujours ma voix ingrate<br /> +Le prend trop bas, ou bien trop clair;<br /> +Mais, pour cette fois, je me flatte<br /> +De chanter des couplets sur l'air.</p> + +<p>Travailler est notre habitude;<br /> +Sans le travail, adieu nos jours;<br /> +Le besoin et l'inquiétude<br /> +Viendront en abréger le cours.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_078" id="Page_078">78</a></span> +Aussi, j'ai la preuve certaine<br /> +Que l'on jouirait plus long-temps,<br /> +Et que l'on prendrait moins de peine<br /> +Si l'on vivait de l'air du temps.</p> + +<p>Jugeant du ton par la dépense,<br /> +Dans un repas de cent couverts,<br /> +Voyez avec quelle insolence<br /> +Mondor se donne de grands airs:<br /> +Oui; mais dans sa métamorphose,<br /> +Quand Mondor, avec tout son bien,<br /> +Veut avoir l'air de quelque chose,<br /> +Hélas! il n'a plus l'air de rien.</p> + +<p>Lise a seize ans, Lise est jolie<br /> +Avec son air embarrassé;<br /> +Jusqu'à présent, par modestie,<br /> +Elle marcha le nez baissé.<br /> +Depuis que sa mère lui nomme<br /> +L'époux qui viendra cet hiver,<br /> +Dès qu'elle voit le nez d'un homme,<br /> +La friponne a le nez en l'air.</p> + +<p>De mes couplets sans conséquence<br /> +Jamais je ne me montre fier;<br /> +Mais je suis, dans cette occurrence,<br /> +Tout gonflé d'avoir chanté l'air.<br /> +Vous dont je brigue la conquête,<br /> +Belles, convenez sans façon,<br /> +Que désormais si j'ai l'air bête,<br /> +J'en aurai l'air et la chanson.</p> + +<p><span class="i9 smcap">Brazier</span> fils.</p></div> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_079" id="Page_079">79</a></span></p> +<h3>LES YEUX.</h3> + +<p class="p2 center">Air: <i>J'étais bon chasseur autrefois</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Que les yeux sont bien inventés!<br /> +Comme ils parent bien un visage!<br /> +Qu'ils procurent de voluptés<br /> +Lorsque l'on en peut faire usage!<br /> +Des yeux j'admire le pouvoir;<br /> +Mais je crois qu'il est nécessaire,<br /> +Quand on fait tant que d'en avoir,<br /> +D'en avoir au moins une paire.</p> + +<p>C'est sur-tout dans un bon repas<br /> +Qu'avec les yeux on fait merveille,<br /> +Un gourmand qui n'y verrait pas,<br /> +Pourrait mettre dans son oreille.<br /> +Le convive laborieux<br /> +Doit savoir, quand il n'est pas louche,<br /> +Dévorer tout avec ses yeux,<br /> +S'il ne met pas tout dans sa bouche.</p> + +<p>Au théâtre, où l'on va souvent<br /> +Pour voir avec un œil sévère,<br /> +On a presque l'air d'un savant<br /> +Quand on porte des yeux de verre;<br /> +Mais en dépit de ce moyen,<br /> +Soit par erreur ou maladresse,<br /> +Dans mainte salle on ne voit rien,<br /> +Et quelquefois rien dans la pièce.</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_080" id="Page_080">80</a></span> +Les yeux sur la terre fixés<br /> +Sont ceux de l'homme qui médite;<br /> +Les yeux toujours embarrassés,<br /> +Le fripon lorgne et tous évite;<br /> +La coquette a les yeux malins,<br /> +Avec la tournure agaçante;<br /> +Mais il faut des yeux un peu fins<br /> +Pour trouver ceux d'une innocente.</p> + +<p>Sans les yeux, verrait-on le jour?<br /> +Sans les yeux, verrait-on les femmes?<br /> +Sans les yeux, ferait-on l'amour?<br /> +Pourrait-on lire dans les ames?<br /> +Sans les yeux, verrait-on les cieux,<br /> +Les fleurs, la lune, les planettes?<br /> +Si l'homme n'avait pas des yeux,<br /> +A quoi serviraient les lunettes?</p> + +<p>Quand on n'a des yeux que pour soi,<br /> +La vue est un faible avantage;<br /> +Avec les yeux purs de la foi<br /> +On est heureux en mariage.<br /> +Sur les yeux j'ai fait ma chanson<br /> +Avec les yeux de l'espérance,<br /> +Et peut-être la lira-t-on<br /> +Avec les yeux de l'indulgence.</p> + +<p><span class="i9 smcap">Antignac.</span></p></div> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_081" id="Page_081">81</a></span></p> +<h3>ÉPITAPHE.</h3> + +<p class="p2 center">Air: <i>Nous sommes précepteurs d'amour</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Exact plus qu'on ne peut penser,<br /> +Ci-gît le docteur la Balue:<br /> +Il est mort exprès pour passer<br /> +Tous ses malades en revue.</p> + +<p><span class="i9 smcap">Grétry</span> neveu.</p></div> + +<h3 class="p4">UNE CARESSE.</h3> + +<p class="p2 center">Air: <i>Avez-vous sous le même toit</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Pour animer le sentiment,<br /> +Rien n'est plus sur qu'une caresse:<br /> +Douce caresse est un aimant<br /> +Pour l'amitié, pour la tendresse.<br /> +Dans l'enfance et dans l'âge mûr,<br /> +Même jusque dans la vieillesse,<br /> +Si le cœur goûte un plaisir pur,<br /> +Il est l'effet d'une caresse.</p> + +<p>Les frères caressent leurs sœurs,<br /> +La fille caresse sa mère,<br /> +Le zéphir caresse les fleurs,<br /> +Dorilas caresse Glicère.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_082" id="Page_082">82</a></span> +Voyez les ramiers dans les bois<br /> +S'aimer, se caresser sans cesse:<br /> +Par-tout l'amour dicte ses lois;<br /> +Dans l'univers tout se caresse.</p> + +<p>Quelquefois des soupçons jaloux<br /> +Troublent la paix d'un bon ménage,<br /> +Et l'on voit entre deux époux<br /> +S'élever un sombre nuage:<br /> +L'orage, avant la fin du jour,<br /> +Est dissipé par la tendresse;<br /> +Et la colère de l'amour<br /> +S'apaise par une caresse.</p> + +<p>Dans nos plaisirs, dans nos amours,<br /> +D'Anacréon suivons les traces;<br /> +Comme lui, caressons toujours<br /> +Bacchus, les Muses et les Graces:<br /> +Du temps qui fuit sachons jouir;<br /> +Bonheur d'aimer passe richesse:<br /> +Jusqu'à notre dernier soupir,<br /> +Rendons caresse pour caresse.</p> + +<p><span class="i9 smcap">Favart.</span></p></div> + +<p class="p4"><span class="pagenum"><a name="Page_083" id="Page_083">83</a></span></p> +<h3>A AGLAURE.</h3> + +<p class="p2 center">Air: <i>Un soir dans la forêt prochaine</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Sous la fenêtre de sa belle<br /> +Un jeune amant contait ses maux;<br /> +Sa plainte attendrit les échos,<br /> +Mais n'attendrit point l'infidelle.<br /> +Le désespoir au fond du cœur,<br /> +Sur un luth dont sa main craintive<br /> +Fait gémir la corde plaintive,<br /> +Il soupire ainsi sa douleur:</p> + +<p>«Beauté, de mon cœur souveraine,<br /> +«Apporte un terme à mes tourments;<br /> +«Est-ce à mon âge, est-ce à vingt ans<br /> +«Qu'on devrait connaître la peine?<br /> +«Eh quoi! me faut-il sans retour<br /> +«Fermer mon cœur à l'espérance?<br /> +«Et sans qu'il s'ouvre à la souffrance,<br /> +«Ne peut-il s'ouvrir à l'amour?</p> + +<p>«Objet de ma constante flamme,<br /> +«Je t'ai dû mon premier désir;<br /> +«Je t'ai dû le premier soupir<br /> +«Qui soit échappé de mon ame;<br /> +«Par un sentiment de plaisir,<br /> +«Quand j'ai commencé ma carrière,<br /> +«Faut-il qu'un sentiment contraire<br /> +«Vienne si vite la finir?</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_084" id="Page_084">84</a></span> +«Tu reposes, et moi je veille!<br /> +«Si du moins un songe amoureux,<br /> +«Interprète de tous mes vœux,<br /> +«Les murmurait à ton oreille!<br /> +«Il te dirait qu'un même jour<br /> +«Je vis, j'adorais mon Aglaure,<br /> +«Et qu'un même jour doit encore<br /> +«Finir ma vie et mon amour.»</p> + +<p>C'était ainsi que sur sa lyre<br /> +Il contait sa peine aux échos,<br /> +Quand le confident de ses maux,<br /> +L'écho cessa de les redire.<br /> +Soit qu'il fit des vœux superflus,<br /> +Soit qu'il eût touché l'infidelle,<br /> +Sous la fenêtre de sa belle<br /> +Le jeune amant ne chanta plus.</p> + +<p class="i9">M. A. M.</p></div> + +<h3 class="p4">LE JE NE SAIS QUOI.</h3> + +<p class="p2 center">Air: <i>Avec les jeux dans le village</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Un jour je rêvais qu'à Cythère<br /> +Le dieu du goût donnait un thé;<br /> +Il voulait fêter l'art de plaire,<br /> +Qu'il chérit plus que la beauté.<br /> +Il dit: «Ceux qui voudront des places,<br /> +«Montreront, pour entrer chez moi,<br /> +«De l'esprit, du goût et des graces,<br /> +«Le séduisant je ne sais quoi!»</p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_085" id="Page_085">85</a></span> +N'osant pénétrer dans le temple,<br /> +A la porte je cherche un coin;<br /> +Comme un amant, là, je contemple<br /> +Toutes les nymphes avec soin.<br /> +Minois charmants, tailles divines,<br /> +Que d'aimables choses je voi!<br /> +Des pieds mignons, des jambes fines,<br /> +M'inspirent le je ne sais quoi!</p> + +<p>Je vis monter au péristyle<br /> +Boufflers, Ovide, Anacréon,<br /> +Delille, et son ami Virgile,<br /> +Bernis, Pannard, Chaulieu, Piron;<br /> +Et ce dieu, les voyant paraître,<br /> +Leur dit: «Amis, entrez chez moi;<br /> +«Vos vers charmants ont fait connaître<br /> +«De l'esprit le je ne sais quoi!»</p> + +<p>En ce moment entre une file<br /> +D'acteurs que Molière conduit;<br /> +Le dieu du goût voyant Préville,<br /> +En lui serrant la main, lui dit:<br /> +«Imitateur inimitable,<br /> +«Quel plaisir j'ai quand je vous voi!<br /> +«Vous avez, du talent aimable,<br /> +«Trouvé le vrai je ne sais quoi!»</p> + +<p>Entre l'Amour et la Folie,<br /> +J'aperçois un objet charmant,<br /> +Je reconnais mon Aspasie;<br /> +Le plaisir m'éveille à l'instant.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_086" id="Page_086">86</a></span> +Que n'a-t-il duré ce mensonge!<br /> +J'éprouvais un si doux émoi,<br /> +Que j'aurais vu, peut-être en songe,<br /> +De la belle je ne sais quoi!</p> + +<p class="i9">P. B.</p></div> + +<h3 class="p4">LA RÉSISTANCE,</h3> + +<h4>OU LE SECRET DES FEMMES.</h4> + +<p class="p2 center">Air: <i>Ah! quelle gêne et quel tourment</i>. (Opéra de Pierre-le-Grand.)</p> + +<div class="block p1"> +<p>Oui, je me livre au désespoir,<br /> +Disait certain amant novice,<br /> +«Églé, je ne veux plus te voir;<br /> +«Car tes charmes font mon supplice!—<br /> +«Si je te refuse un baiser,»<br /> +Répond elle avec innocence,<br /> +«Mes yeux toujours t'ont dit d'oser<br /> +«Triompher de ma résistance.—<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p> + +<p>«Pour me rendre plus amoureux,<br /> +«Tu m'agaces par un sourire:<br /> +«Si nous ne sommes que tous deux,<br /> +«Tu n'as jamais rien à me dire.—<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_087" id="Page_087">87</a></span> +«Des femmes voilà le secret,<br /> +«Dit-elle, contre l'inconstance;<br /> +«Mais nous n'employons qu'à regret<br /> +«L'appareil de la résistance. <span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p> + +<p>«La nature, égale pour tous,<br /> +«Nous partagea bien ses données;<br /> +«Les femmes, plus faibles que vous,<br /> +«Doivent être les plus rusées.<br /> +«Si chacune garde pour soi<br /> +«Les ruses de la résistance,<br /> +«C'est pour mieux enfreindre la loi<br /> +«Qui la réduit à l'abstinence.<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p> + +<p>«Lorsque sous des verrous dorés<br /> +«Un turc élève notre enfance,<br /> +«Nos cœurs alors sont dispensés<br /> +«Des charmes de la résistance.<br /> +«Du tyran de notre bonheur,<br /> +«Comme des bons maris de France,<br /> +«L'amour faisant brèche à l'honneur,<br /> +«Nous guérit de la continence.<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p> + +<p>«Moins esclaves dans ce climat,<br /> +«Il faut que la pudeur nous guide;<br /> +«Pour bien garder le célibat,<br /> +«La résistance est notre égide.<br /> +«Car par-tout les hommes sont rois,<br /> +«Et nous sommes sous leur puissance;<br /> +«En l'enfreignant, ils ont des droits<br /> +«De nous réduire à l'abstinence.»<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_088" id="Page_088">88</a></span> +Avant, tout comme après l'hymen,<br /> +Le plus doux charme de la vie,<br /> +C'est quand l'amour donne la main<br /> +A quelque tour de tricherie:<br /> +L'homme doit être l'agresseur;<br /> +La femme, toujours par prudence,<br /> +En cédant doit couvrir l'honneur<br /> +Du voile de la résistance.<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p></div> + +<h3 class="p4">LA SUITE DU SECRET,</h3> + +<h4>OU DE L'HYMEN.</h4> + +<p class="p2 center">Air: <i>Femmes, voulez-vous éprouver</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Victimes d'une douce erreur,<br /> +Si nous en faisons un mystère;<br /> +Quand vous attaquez notre cœur,<br /> +Alors nous avons l'art de plaire.<br /> +Avons-nous comblé vos désirs,<br /> +Le dégoût suit la jouissance:<br /> +Quand vous variez vos plaisirs,<br /> +Nous imitons votre inconstance.<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p> + +<p>Notre amant, avant d'être époux,<br /> +Était un mortel adorable!<br /> +Mais l'hymen l'a rendu jaloux,<br /> +Avare, ivrogne, impitoyable.<br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_089" id="Page_089">89</a></span> +Nous étions l'objet le plus beau;<br /> +Les dieux auraient voulu nous plaire:<br /> +L'amour a changé son flambeau<br /> +Pour une torche funéraire.<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p> + +<p>Pour bien juger ce différent,<br /> +Il faut être célibataire;<br /> +Il faut être Français galant,<br /> +Et sentir le besoin de plaire.<br /> +Pendant l'absence de l'époux,<br /> +On se dit, sans lui faire injure:<br /> +Vos femmes valent mieux vous,<br /> +Et je rends grace à la nature.<span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p></div> + +<h3 class="p4">RONDES</h3> + +<h4>FAITES A MONTLUÇON,</h4> + +<p class="center">CHARMANTE VILLE DU BOURBONNAIS. (EN 1807)</p> + +<p class="p2">Une cause assez célèbre, que je me propose de publier bientôt, me +força d'aller à Montluçon plaider moi-même contre une femme riche, que +sa famille, ses alliés et ses gendres faisaient passer pour folle, à +l'époque où elle fit des billets d'un tiers de moins que la somme +qu'elle devait. Le tribunal et les habitants de <span class="pagenum"><a name="Page_090" id="Page_090">90</a></span> +Montluçon m'accueillirent avec bonté: ma réputation de chanteur, à Paris, +m'avait devancé dans cette ville, qui mérite un rang distingué dans +les fastes de l'empire français. Pendant la terreur, Montluçon ne fut +troublé par aucune sédition; on n'y versa jamais une goutte de sang; +personne n'y fut dénoncé, malgré que cette petite cité renfermât plus +de nobles qu'aucune autre ville. Elle se chargea elle seule du +maintien de sa police, et répondit avec fermeté de ses concitoyens aux +autres communes qui voulaient s'immiscer dans son gouvernement.</p> + +<p>Ces prérogatives m'inspirèrent autant de vénération pour les +Montluçonnais, que de confiance dans les lumières et l'intégrité des +magistrats de leur ville. Pendant que j'attendais l'issue de mon +procès, des comédiens de village, qui n'avaient ni bas ni souliers, +arrivent à Montluçon, et annoncent une représentation pour restaurer +leur caisse et leur estomac. Le théâtre, le plaisir, la table, le jeu +et les vierges, sont fêtés dans ce pays, peuplé de riches +propriétaires qui mangent leur fortune sans souci, sans ambition, et +sans rixe. La troupe ambulante était aussi pitoyable que comique par +son nombre et son équipée: elle <span class="pagenum"><a name="Page_091" id="Page_091">91</a></span> était composée d'un secrétaire avec +ses deux enfants, d'une amoureuse de coulisse, et de trois personnages +pour jouer la comédie: cependant la première représentation de la +Jeune Hôtesse remonta les finances, et l'aubergiste de l'Écu, où je +logeais, leur fit crédit et bonne mine. Nous soupâmes à la même table +d'hôte.... Au dessert on parla de donner pour la clôture une seconde +représentation; chacun des convives calcula la recette: le directeur, +inquiet, répondit que s'il faisait deux cents livres dimanche il +aurait ville gagnée....</p> + +<p>Je lui en fis bon, et, d'un commun accord, je devins directeur, +plaideur, et chanteur. Le lendemain dimanche, car nous étions au +samedi, je fis annoncer la Banqueroute du Savetier, le Ventriloque, et +un vaudeville sur les habitants de Montluçon; le succès répondit à +l'attente: puisse cet impromptu avoir le même avantage à vos yeux!</p> + +<p class="center p2">Air: <i>Du vaudeville du Chaudronnier de St.-Flour</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p>Au milieu d'un riant vallon,<br /> +<span class="i2">Près d'un coteau fertile,</span><br /> +On voit un joli petit mont,<br /> +<span class="i2">D'où s'élève une ville.</span><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_092" id="Page_092">92</a></span> +<span class="i1">Vos bons aïeux, sans façon,</span><br /> +<span class="i1">La nommèrent Montluçon.</span><br /> +<span class="i2">Dans ce charmant asile,</span><br /> +Caton, Ovide, Anacréon,<br /> +<span class="i2">Contents d'un sort tranquille,</span><br /> +<span class="i2">Trinquent à l'unisson.</span><span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p> + +<p>(<i>Ritournelle générale, en chœur.</i>)</p> + +<p><span class="i2">Des beaux jours de la France,</span><br /> +Veut-on retrouver l'horizon?<br /> +<span class="i2">Le plaisir en cadence</span><br /> +<span class="i2">Ramène à Montluçon.</span><span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p> + +<p>Qu'on nomme bien cette cité<br /> +<span class="i2">Vrai pays de Cocagne.</span><br /> +Car on y sable en liberté<br /> +<span class="i2">Le Pouilly, le Champagne.</span><br /> +<span class="i1">Momus, Bacchus et l'Amour</span><br /> +<span class="i1">Y président tour à tour.</span><br /> +<span class="i2">Dans ce charmant asile,</span><br /> +Caton, Ovide, Anacréon,<br /> +<span class="i2">Contents d'un sort tranquille,</span><br /> +<span class="i2">Trinquent à l'unisson.</span><span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p> + +<p>(<i>Refrain général, en chœur.</i>)</p> + +<p><span class="i2">Des beaux jours de la France,</span><br /> +Veut-on retrouver l'horizon, etc.</p></div> + +<p class="p1">On ne trouve à Montluçon ni libraire, ni bibliothèque, ni cabinet de +lecture: tous les habitants lisent la gazette, fêtent la table; les +<span class="pagenum"><a name="Page_093" id="Page_093">93</a></span> dames vont à l'église et à la comédie, et tous ont un esprit +naturel et une amabilité sociable et aussi usagée que celle des +érudits; le bon cœur fait dans ce pays le meilleur et le plus +savant livre d'éducation.</p> + +<div class="block p2"> +<p>L'encyclopédie en ces lieux,<br /> +<span class="i2">Sans charger la mémoire,</span><br /> +Vient de Beaune ou de Condrieux,<br /> +<span class="i2">Adressée à Grégoire;</span><br /> +<span class="i1">Momus, Bacchus et l'Amour,</span><br /> +<span class="i1">La rédigent tour à tour.</span><br /> +<span class="i2">Dans ce charmant asile, etc.</span><br /> +<span class="i2">Des beaux jours de la France, etc.</span></p></div> + +<p class="p1">On voit peu de pays plus galant et plus dévot que cette petite ville; +une douzaine de jolies quêteuses parcourent les rues tous les +dimanches, et vont rendre visite à tous les hôtels, tenant la bourse +paroissiale des pauvres de l'Église, de la chapelle ardente de la +Vierge, etc. Tous les dimanches, chaque fille offre une bougie à la +Sainte Vierge; et toute l'année, l'Église du lieu est illuminée, comme +les nôtres, le jour de la Chandeleur.</p> + +<div class="block p2"> +<p>C'est ici qu'on voit défiler<br /> +<span class="i2">Un bataillon de vierge,</span><br /> +<span class="pagenum"><a name="Page_094" id="Page_094">94</a></span> +Puisque chacune y fait brûler<br /> +<span class="i2">Chaque dimanche un cierge;</span><br /> +<span class="i1">Voilà l'innocent détour,</span><br /> +<span class="i1">Pour sanctifier l'amour.</span><br /> +<span class="i2">Dans ce charmant asile, etc.</span><br /> +<span class="i2">Des beaux jours de la France, etc.</span></p> + +<p>Dans le long siècle de terreur<br /> +<span class="i2">Où régnait la discorde,</span><br /> +C'est ici qu'on eut le bonheur<br /> +<span class="i2">De fixer la concorde;</span><br /> +<span class="i1">Vos actes de probité</span><br /> +<span class="i1">Valent l'immortalité.</span><br /> +<span class="i2">Dans ce charmant asile,</span><br /> +Caton, Ovide, Anacréon,<br /> +<span class="i2">Contents d'un sort tranquille,</span><br /> +<span class="i2">Trinquent à l'unisson.</span><br /> +<span class="i2">Des beaux jours de la France,</span><br /> +Veut-on retrouver l'horizon,<br /> +<span class="i2">Le plaisir en cadence</span><br /> +<span class="i2">Ramène à Montluçon.</span><span class="dalign">(<i>bis.</i>)</span></p></div> + +<p class="p1">Huit jours après, mes débiteurs vinrent à l'audience; la cause fut +remise jusqu'au mois d'août. Ce vaudeville fut répété, et le soir nous +dansâmes ensemble au refrain en attendant le revoir.</p> + +<p>Je retournai à Montluçon au mois d'août suivant. On me demanda des +couplets pour le 15, jour de la fête de Napoléon. Pendant <span class="pagenum"> +<a name="Page_095" id="Page_095">95</a></span> que je les faisais, mes débiteurs +vinrent consigner des fonds et me forcer de prendre une somme que deux +mois auparavant ils ne voulaient pas me payer pour un empire.</p> + +<p class="p2 center">Air: <i>Vive Henri Quatre</i>.</p> + +<div class="block p1"> +<p><span class="i2">Vive la gloire,</span><br /> +Vive Napoléon!<br /> +<span class="i2">Paix et victoire</span><br /> +Ont couronné son nom:<br /> +<span class="i2">Vive la gloire,</span><br /> +Vive Napoléon!</p> + +<p><span class="i2">A coups de verre</span><br /> +Cognons une chanson;<br /> +<span class="i2">Pour la mieux faire,</span><br /> +Cognez, de son flacon,<br /> +<span class="i2">Remplit mon verre,</span><br /> +Et chante à l'unisson,</p> + +<p><span class="i2">Vive la gloire, etc.</span></p> + +<p><span class="i2">A coups de verre,</span><br /> +On fait à Montluçon<br /> +<span class="i2">La paix, la guerre,</span><br /> +L'amour et l'oraison.<br /> +<span class="i2">Les dieux sur terre</span><br /> +Choisiraient ce vallon.</p> + +<p><span class="i2">Vive la gloire, etc.</span></p> + +<p><span class="pagenum"><a name="Page_096" id="Page_096">96</a></span> +<span class="i2">O paix chérie!</span><br /> +Ce lieu fut ton berceau,<br /> +<span class="i2">Quand l'anarchie</span><br /> +Mit la France au tombeau:<br /> +<span class="i2">O paix chérie!</span><br /> +Ce lieu fut ton berceau.</p> + +<p><span class="i2">Vive la gloire,</span><br /> +Vive Napoléon!<br /> +<span class="i2">Paix et victoire</span><br /> +Ont couronné son nom:<br /> +<span class="i2">Vive la gloire,</span><br /> +Vive Napoléon!</p></div> + +<div class="p6 footnotes"> +<h3>NOTES:</h3> +<div class="footnote"> + +<p><a name="Footnote_1" id="Footnote_1"></a><a href="#FNanchor_1"><span class="label">[1]</span></a>Voyage à Cayenne, 2 volumes in-8., avec +figures; chez L. A. Pitou, libraire, rue Croix-des-Petits-Champs, +n. 21. Prix, 7 fr. 50 cent.</p> + +<p><a name="Footnote_2" id="Footnote_2"></a><a href="#FNanchor_2"><span class="label">[2]</span></a>Si on crie à l'invraisemblance sur ce goût dépravé, on se +souviendra qu'Horace est mon garant. Il dit que l'amour est si +bizarre qu'il a vu un galant baiser avec transport le polype de sa +maîtresse.</p> + +<p><a name="Footnote_3" id="Footnote_3"></a><a href="#FNanchor_3"><span class="label">[3]</span></a>Disette du pain, depuis le mois de décembre 1791, jusqu'en +avril 1796.</p> + +<p><a name="Footnote_4" id="Footnote_4"></a><a href="#FNanchor_4"><span class="label">[4]</span></a>Le mariage à l'église fut défendu à l'époque de leur fermeture, +en octobre 1793, jusqu'au mois de septembre 1795.</p> + +<p><a name="Footnote_5" id="Footnote_5"></a><a href="#FNanchor_5"><span class="label">[5]</span></a>M. d'Orv...., après la mort de sa fille, offrit sa dot à son amant. +On devine ses motifs.</p> +</div> +</div> + +<p class="p6"><span class="pagenum"><a name="Page_097" id="Page_097">97</a></span></p> +<h2>TABLE</h2> + +<h3>DU CHANTEUR PARISIEN,</h3> + +<p class="center"><big>DE L. A. PITOU</big>,</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="TOC"> +<colgroup span="2"> +<col align="left"></col> +<col align="right"></col> +</colgroup> +<tr> + <td><i>Le Préjugé vaincu.</i></td> + <td><a href="#Page_001">page 1</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Les Mandats de Cythère.</i></td> + <td><a href="#Page_002">2</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Les Patentes.</i></td> + <td><a href="#Page_005">5</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Les Contradictions.</i></td> + <td><a href="#Page_008">8</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Les Collets noirs.</i></td> + <td><a href="#Page_010">10</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Le Père Hilarion.</i></td> + <td><a href="#Page_013">13</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>La Charente.</i></td> + <td><a href="#Page_016">16</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Les Lunettes et la nouvelle Béquille.</i></td> + <td><a href="#Page_018">18</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Le Coup du Loup.</i></td> + <td><a href="#Page_020">20</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Les Incroyables, les Inconcevables et les Merveilleuses.</i></td> + <td><a href="#Page_022">22</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Regrets de David à la mort de Bethsabé. (Anonyme.)</i></td> + <td><a href="#Page_028">28</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Le Déporté dans la Guyane. (L. A. Pitou.)</i></td> + <td><a href="#Page_029">29</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Le Tombeau d'Ismène. (Idem.)</i></td> + <td><a href="#Page_032">32</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Mes Loisirs durant mon exil. (Idem.)</i></td> + <td><a href="#Page_034">34</a></td> +</tr> +<tr> +<td><p class="p2"><span class="smcap">Des Auteurs anciens</span></p></td> +</tr> +<tr> + <td><i>La Toilette trop recherchée, Conte.</i></td> + <td><a href="#Page_038">38</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Sur un Rendez-vous.</i> </td> + <td><a href="#Page_039">39</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Mes quatre Ages.</i></td> + <td><a href="#Page_040">40</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>La bonne Amitié née de l'Amour.</i></td> + <td><a href="#Page_041">41</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>La Lanterne magique.</i> </td> + <td><a href="#Page_042">42</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>L'Ami de tout le monde.</i></td> + <td><a href="#Page_046">46</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Que deviendrait le Monde?</i></td> + <td><a href="#Page_047">47</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>L'Empire.</i></td> + <td><a href="#Page_049">49</a></td> +</tr> +<tr> + <td><span class="pagenum"><a name="Page_098" id="Page_098">98</a></span> + <i>L'Amant présomptueux.</i></td> + <td><a href="#Page_051">51</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Romance de madame de la Vallière. (L. A. P.)</i></td> + <td><a href="#Page_052">52</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Le Trictrac.</i></td> + <td><a href="#Page_054">54</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Voilà comme ils sont tous.</i></td> + <td><a href="#Page_056">56</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Le Vieillard Jeune-Homme.</i></td> + <td><a href="#Page_057">57</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Le Jeune-Homme Vieillard, par un Avocat de Moulins en Bourbonnais.</i></td> + <td><a href="#Page_058">58</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Chanson Créole.</i></td> + <td><a href="#Page_059">59</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Destinée de la Femme coquette. (Anonyme.)</i></td> + <td><a href="#Page_061">61</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Les Gants. (Grétry neveu.)</i></td> + <td><a href="#Page_064">64</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Le Mot et la Chose. (F. D.)</i></td> + <td><a href="#Page_066">66</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Couplet, joint à une Rose. (Armand-Gouffé.)</i></td> + <td><a href="#Page_067">67</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Le Devin. (Grétry neveu.)</i></td> + <td><a href="#Page_068">68</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Les Aînés et les Cadets. (Dupaty.)</i></td> + <td><a href="#Page_070">70</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Le Tombeau de Cécile. (Grétry neveu.)</i></td> + <td><a href="#Page_071">71</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>La Bouche. (Armand-Gouffé.)</i></td> + <td><a href="#Page_073">73</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>La Veille. (Grétry neveu.)</i></td> + <td> 76</td> +</tr> +<tr> + <td><i>L'air. (Brazier fils.)</i></td> + <td><a href="#Page_077">77</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Les Yeux. (Antignac.)</i></td> + <td><a href="#Page_079">79</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Épitaphe. (Grétry neveu.)</i></td> + <td><a href="#Page_081">81</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Une Caresse. (Favart.)</i></td> + <td>ibid.</td> +</tr> +<tr> + <td><i>A Aglaure. (M. A. M.)</i></td> + <td><a href="#Page_083">83</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Le Je ne sais quoi! (P. B.)</i></td> + <td><a href="#Page_084">84</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>La Résistance, ou le Secret des Femmes. (L. A. Pitou.)</i></td> + <td><a href="#Page_086">86</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>La suite du Secret. (L. A. Pitou.)</i></td> + <td><a href="#Page_088">88</a></td> +</tr> +<tr> + <td><i>Notice sur le caractère des Habitants de Montluçon. Le Chanteur + devenu Directeur de comédie, etc. (L. A. Pitou.)</i></td> + <td><a href="#Page_089">89</a></td> +</tr> +<tr> +<td><i>Rondes faites à Montluçon. (L.A. Pitou.)</i></td> +<td><a href="#Page_091">91</a></td> +</tr> +</table> + +<p class="p2 center"><b>Fin de la Table du Chansonnier Parisien.</b></p> + +<hr class="c30" /> + +<h2><a name="Page_099" id="Page_099"></a> +ALMANACH-TABLETTES</h2> + +<p class="center"><b><small>OU</small></b></p> + +<p class="center"><b><big>CALENDRIER ÉPHÉMÉRIDE</big></b></p> + +<p class="center"><b>POUR L'ANNÉE 1808;</b></p> + +<div class="p2"> +<p class="left30 ni1 font90"><b>Contenant les grands Évènements qui se sont +succédés depuis 1787 jusqu'à 1808, chaque fait classé par +ordre de date et de jour.</b></p></div> + +<p class="center p2"><b><big>PAR LOUIS-ANGE PITOU</big>,<br /> +dit <i>le Chanteur</i>, auteur du Voyage à Cayenne.</b></p> + +<p class="p2 right font90"><b>Jadis j'ai vendu des chansons<br /> +et d'excellentes aventures.</b></p> + +<hr class="c15 p2" /> + +<p class="center"><b><small>PRIX</small></b></p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="prix"> + +<tr> + <td><b>L'Almanach, ou le Chansonnier</b>.</td> + <td><b>1 fr. chacun.</b></td> +</tr> +<tr> + <td><b>Les deux réunis.</b></td> + <td><b>1 fr. 80 c.</b></td> +</tr> +</table> + +<p class="center"><b>PARIS</b>,</p> + +<p class="center p2"><b>Chez L. A. PITOU, libraire, rue Croix-des-Petits-Champs<br /> +n<sup>o</sup>. 21, près celle du Bouloy.</b></p> + +<hr class="c15 p2" /> + +<p class="center"><b><small>DE L'IMPRIMERIE DES FRÈRES MAME</small>,<br /> +<small>rue du Pot-de-Fer, n<sup>o</sup>. 14.</small></b></p> + +<p class="center"><b><small>1808</small>.</b></p> + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of Project Gutenberg's Le chanteur parisien, by Louis-Ange Pitou + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CHANTEUR PARISIEN *** + +***** This file should be named 31117-h.htm or 31117-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/1/1/1/31117/ + +Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink and the +Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net +(This file was produced from images generously made +available by the Bibliothèque nationale de France +(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. 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Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + + +</pre> + +</body> +</html> diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. 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