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@@ -0,0 +1,6418 @@
+The Project Gutenberg EBook of Le Tour du Monde; Kachmir, by Various
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Le Tour du Monde; Kachmir
+ Journal des voyages et des voyageurs; 2e Sem. 1905
+
+Author: Various
+
+Editor: Édouard Charton
+
+Release Date: July 29, 2009 [EBook #29536]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE TOUR DU MONDE; KACHMIR ***
+
+
+
+
+Produced by Carlo Traverso, Christine P. Travers and the
+Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
+(This file was produced from images generously made
+available by the Bibliothèque nationale de France
+(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+[Note au lecteur de ce fichier digital:
+
+Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été
+corrigées.
+
+Ce fichier est un extrait du recueil du journal "Le Tour du monde:
+Journal des voyages et des voyageurs" (2e semestre 1905).
+
+Les articles ont été regroupés dans des fichiers correspondant
+aux différentes zones géographiques, ce fichier contient les articles sur
+le Kachmir.
+
+Chaque fichier contient l'index complet du recueil dont ces
+articles sont originaires.
+
+La liste des illustrations étant très longue, elle a été déplacée et
+placée en fin de fichier.]
+
+
+
+
+ LE TOUR DU MONDE
+
+
+
+
+ PARIS
+ IMPRIMERIE FERNAND SCHMIDT
+ 20, rue du Dragon, 20
+
+
+
+
+ NOUVELLE SÉRIE--11e ANNÉE
+ 2e SEMESTRE
+
+
+
+
+ LE TOUR DU MONDE
+
+ JOURNAL
+ DES VOYAGES ET DES VOYAGEURS
+
+
+
+
+ Le Tour du Monde
+ a été fondé par Édouard Charton
+  en 1860
+
+
+
+
+ PARIS
+ LIBRAIRIE DE HACHETTE ET Cie
+ 79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79
+ LONDRES, 18, KING WILLIAM STREET, STRAND
+ 1905
+
+Droits de traduction et de reproduction réservés.
+
+
+
+
+TABLE DES MATIÈRES
+
+
+L'ÉTÉ AU KACHMIR
+
+Par _Mme F. MICHEL_
+
+ I. De Paris à Srînagar. -- Un guide pratique. -- De Bombay à
+ Lahore. -- Premiers préparatifs. -- En _tonga_ de
+ Rawal-Pindi à Srînagar. -- Les Kachmiris et les maîtres du
+ Kachmir. -- Retour à la vie nomade. 1
+
+ II. La «Vallée heureuse» en _dounga_. -- Bateliers et
+ batelières. -- De Baramoula à Srînagar. -- La capitale du
+ Kachmir. -- Un peu d'économie politique. -- En amont de
+ Srînagar. 13
+
+ III. Sous la tente. -- Les petites vallées du Sud-Est. --
+ Histoires de voleurs et contes de fées. -- Les ruines de
+ Martand. -- De Brahmanes en Moullas. 25
+
+ IV. Le pèlerinage d'Amarnâth. -- La vallée du Lidar. -- Les
+ pèlerins de l'Inde. -- Vers les cimes. -- La grotte sacrée.
+ -- En _dholi_. -- Les Goudjars, pasteurs de buffles. 37
+
+ V. Le pèlerinage de l'Haramouk. -- Alpinisme funèbre et
+ hydrothérapie religieuse. -- Les temples de Vangâth. --
+ Frissons d'automne. -- Les adieux à Srînagar. 49
+
+
+SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE
+
+Par _le docteur LAMY_
+
+_Médecin-major des troupes coloniales_.
+
+ I. Voyage dans la brousse. -- En file indienne. -- Motéso.
+ -- La route dans un ruisseau. -- Denguéra. -- Kodioso. --
+ Villes et villages abandonnés. -- Où est donc Bettié? --
+ Arrivée à Dioubasso. 61
+
+ II. Dans le territoire de Mopé. -- Coutumes du pays. -- La
+ mort d'un prince héritier. -- L'épreuve du poison. -- De
+ Mopé à Bettié. -- Bénie, roi de Bettié, et sa capitale. --
+ Retour à Petit-Alépé. 73
+
+ III. Rapports et résultats de la mission. -- Valeur
+ économique de la côte d'Ivoire. -- Richesse de la flore. --
+ Supériorité de la faune. 85
+
+ IV. La fièvre jaune à Grand-Bassam. -- Deuils nombreux. --
+ Retour en France. 90
+
+
+L'ÎLE D'ELBE
+
+Par _M. PAUL GRUYER_
+
+ I. L'île d'Elbe et le «canal» de Piombino. -- Deux mots
+ d'histoire. -- Débarquement à Porto-Ferraio. -- Une ville
+ d'opéra. -- La «teste di Napoleone» et le Palais impérial.
+ -- La bannière de l'ancien roi de l'île d'Elbe. -- Offre à
+ Napoléon III, après Sedan. -- La bibliothèque de l'Empereur.
+ -- Souvenir de Victor Hugo. Le premier mot du poète. -- Un
+ enterrement aux flambeaux. Cagoules noires et cagoules
+ blanches. Dans la paix des limbes. -- Les différentes routes
+ de l'île. 97
+
+ II. Le golfe de Procchio et la montagne de Jupiter. -- Soir
+ tempétueux et morne tristesse. -- L'ascension du Monte
+ Giove. -- Un village dans les nuées. -- L'Ermitage de la
+ Madone et la «Sedia di Napoleone». -- Le vieux gardien de
+ l'infini. «Bastia, Signor!». Vision sublime. -- La côte
+ orientale de l'île. Capoliveri et Porto-Longone. -- La gorge
+ de Monserrat. -- Rio 1 Marina et le monde du fer. 109
+
+ III. Napoléon, roi de l'île d'Elbe. -- Installation aux
+ Mulini. -- L'Empereur à la gorge de Monserrat. -- San
+ Martino Saint-Cloud. La salle des Pyramides et le plafond
+ aux deux colombes. Le lit de Bertrand. La salle de bain et
+ le miroir de la Vérité. -- L'Empereur transporte ses pénates
+ sur le Monte Giove. -- Elbe perdue pour la France. --
+ L'ancien Musée de San Martino. Essai de reconstitution par
+ le propriétaire actuel. Le lit de Madame Mère. -- Où il faut
+ chercher à Elbe les vraies reliques impériales. «Apollon
+ gardant ses troupeaux.» Éventail et bijoux de la princesse
+ Pauline. Les clefs de Porto-Ferraio. Autographes. La robe de
+ la signorina Squarci. -- L'église de l'archiconfrérie du
+ Très-Saint-Sacrement. La «Pieta» de l'Empereur. Les
+ broderies de soie des Mulini. -- Le vieil aveugle de
+ Porto-Ferraio. 121
+
+
+D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE
+
+Par _M. VICTOR CHAPOT_
+
+_membre de l'École française d'Athènes._
+
+ I. -- Alexandrette et la montée de Beïlan. -- Antioche et
+ l'Oronte; excursions à Daphné et à Soueidieh. -- La route
+ d'Alep par le Kasr-el-Benat et Dana. -- Premier aperçu
+ d'Alep. 133
+
+ II. -- Ma caravane. -- Village d'Yazides. -- Nisib. --
+ Première rencontre avec l'Euphrate. -- Biredjik. --
+ Souvenirs des Hétéens. -- Excursion à Resapha. -- Comment
+ atteindre Ras-el-Aïn? Comment le quitter? -- Enfin à Orfa! 145
+
+ III. -- Séjour à Orfa. -- Samosate. -- Vallée accidentée de
+ l'Euphrate. -- Roum-Kaleh et Aïntab. -- Court repos à Alep.
+ -- Saint-Syméon et l'Alma-Dagh. -- Huit jours trappiste! --
+ Conclusion pessimiste. 157
+
+
+LA FRANCE AUX NOUVELLES-HÉBRIDES
+
+Par _M. RAYMOND BEL_
+
+ À qui les Nouvelles-Hébrides: France, Angleterre ou
+ Australie? Le condominium anglo-français de 1887. --
+ L'oeuvre de M. Higginson. -- Situation actuelle des îles. --
+ L'influence anglo-australienne. -- Les ressources des
+ Nouvelles-Hébrides. -- Leur avenir. 169
+
+
+LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE
+
+Par _M. ALBERT THOMAS_
+
+ I. -- Moscou. -- Une déception. -- Le Kreml, acropole
+ sacrée. -- Les églises, les palais: deux époques. 182
+
+ II. -- Moscou, la ville et les faubourgs. -- La bourgeoisie
+ moscovite. -- Changement de paysage; Nijni-Novgorod: le
+ Kreml et la ville. 193
+
+ III. -- La foire de Nijni: marchandises et marchands. --
+ L'oeuvre du commerce. -- Sur la Volga. -- À bord du
+ _Sviatoslav_. -- Une visite à Kazan. -- La «sainte mère
+ Volga». 205
+
+ IV. -- De Samara à Tomsk. -- La vie du train. -- Les
+ passagers et l'équipage: les soirées. -- Dans le steppe:
+ l'effort des hommes. -- Les émigrants. 217
+
+ V. -- Tomsk. -- La mêlée des races. -- Anciens et nouveaux
+ fonctionnaires. -- L'Université de Tomsk. -- Le rôle de
+ l'État dans l'oeuvre de colonisation. 229
+
+ VI. -- Heures de retour. -- Dans l'Oural. -- La
+ Grande-Russie. -- Conclusion. 241
+
+
+LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES
+
+Par _M. GERSPACH_
+
+ La petite ville de Lugano; ses charmes; son lac. -- Un peu
+ d'histoire et de géographie. -- La cathédrale de
+ Saint-Laurent. -- L'église Sainte-Marie-des-Anges. --
+ Lugano, la ville des fresques. -- L'oeuvre du Luini. --
+ Procédés employés pour le transfert des fresques. 253
+
+
+SHANGHAÏ, LA MÉTROPOLE CHINOISE
+
+Par _M. ÉMILE DESCHAMPS_
+
+ I. -- Woo-Sung. -- Au débarcadère. -- La Concession
+ française. -- La Cité chinoise. -- Retour à notre
+ concession. -- La police municipale et la prison. -- La
+ cangue et le bambou. -- Les exécutions. -- Le corps de
+ volontaires. -- Émeutes. -- Les conseils municipaux. 265
+
+ II. -- L'établissement des jésuites de Zi-ka-oueï. --
+ Pharmacie chinoise. -- Le camp de Kou-ka-za. -- La fumerie
+ d'opium. -- Le charnier des enfants trouvés. -- Le
+ fournisseur des ombres. -- La concession internationale. --
+ Jardin chinois. -- Le Bund. -- La pagode de Long-hoa. --
+ Fou-tchéou-road. -- Statistique. 277
+
+
+L'ÉDUCATION DES NÈGRES AUX ÉTATS-UNIS
+
+Par _M. BARGY_
+
+ Le problème de la civilisation des nègres. -- L'Institut
+ Hampton, en Virginie. -- La vie de Booker T. Washington. --
+ L'école professionnelle de Tuskegee, en Alabama. --
+ Conciliateurs et agitateurs. -- Le vote des nègres et la
+ casuistique de la Constitution. 289
+
+
+À TRAVERS LA PERSE ORIENTALE
+
+Par _le Major PERCY MOLESWORTH SYKES_
+
+_Consul général de S. M. Britannique au Khorassan_.
+
+ I. -- Arrivée à Astrabad. -- Ancienne importance de la
+ ville. -- Le pays des Turkomans: à travers le steppe et les
+ Collines Noires. -- Le Khorassan. -- Mechhed: sa mosquée;
+ son commerce. -- Le désert de Lout. -- Sur la route de
+ Kirman. 301
+
+ II. -- La province de Kirman. -- Géographie: la flore, la
+ faune; l'administration, l'armée. -- Histoire: invasions et
+ dévastations. -- La ville de Kirman, capitale de la
+ province. -- Une saison sur le plateau de Sardou. 313
+
+ III. -- En Baloutchistan. -- Le Makran: la côte du golfe
+ Arabique. -- Histoire et géographie du Makran. -- Le Sarhad. 325
+
+ IV. -- Délimitation à la frontière perso-baloutche. -- De
+ Kirman à la ville-frontière de Kouak. -- La Commission de
+ délimitation. -- Question de préséance. -- L'oeuvre de la
+ Commission. -- De Kouak à Kélat. 337
+
+ V. -- Le Seistan: son histoire. -- Le delta du Helmand. --
+ Comparaison du Seistan et de l'Égypte. -- Excursions dans le
+ Helmand. -- Retour par Yezd à Kirman. 349
+
+
+AUX RUINES D'ANGKOR
+
+Par _M. le Vicomte DE MIRAMON-FARGUES_
+
+ De Saïgon à Pnôm-penh et à Compong-Chuang. -- À la rame sur
+ le Grand-Lac. -- Les charrettes cambodgiennes. -- Siem-Réap.
+ -- Le temple d'Angkor. -- Angkor-Tom -- Décadence de la
+ civilisation khmer. -- Rencontre du second roi du Cambodge.
+ -- Oudong-la-Superbe, capitale du père de Norodom. -- Le
+ palais de Norodom à Pnôm-penh. -- Pourquoi la France ne
+ devrait pas abandonner au Siam le territoire d'Angkor. 361
+
+
+EN ROUMANIE
+
+Par _M. Th. HEBBELYNCK_
+
+ I. -- De Budapest à Petrozeny. -- Un mot d'histoire. -- La
+ vallée du Jiul. -- Les Boyards et les Tziganes. -- Le marché
+ de Targu Jiul. -- Le monastère de Tismana. 373
+
+ II. -- Le monastère d'Horezu. -- Excursion à Bistritza. --
+ Romnicu et le défilé de la Tour-Rouge. -- De Curtea de Arges
+ à Campolung. -- Défilé de Dimboviciora. 385
+
+ III. -- Bucarest, aspect de la ville. -- Les mines de sel de
+ Slanic. -- Les sources de pétrole de Doftana. -- Sinaïa,
+ promenade dans la forêt. -- Busteni et le domaine de la
+ Couronne. 397
+
+
+CROQUIS HOLLANDAIS
+
+Par _M. Lud. GEORGES HAMÖN_
+
+_Photographies de l'auteur._
+
+ I. -- Une ville hollandaise. -- Middelburg. -- Les nuages.
+ -- Les _boerin_. -- La maison. -- L'éclusier. -- Le marché.
+ -- Le village hollandais. -- Zoutelande. -- Les bons
+ aubergistes. -- Une soirée locale. -- Les sabots des petits
+ enfants. -- La kermesse. -- La piété du Hollandais. 410
+
+ II. -- Rencontre sur la route. -- Le beau cavalier. -- Un
+ déjeuner décevant. -- Le père Kick. 421
+
+ III. -- La terre hollandaise. -- L'eau. -- Les moulins. --
+ La culture. -- Les polders. -- Les digues. -- Origine de la
+ Hollande. -- Une nuit à Veere. -- Wemeldingen. -- Les cinq
+ jeunes filles. -- Flirt muet. -- Le pochard. -- La vie sur
+ l'eau. 423
+
+ IV. -- Le pêcheur hollandais. -- Volendam. -- La lessive. --
+ Les marmots. -- Les canards. -- La pêche au hareng. -- Le
+ fils du pêcheur. -- Une île singulière: Marken. -- Au milieu
+ des eaux. -- Les maisons. -- Les moeurs. -- Les jeunes
+ filles. -- Perspective. -- La tourbe et les tourbières. --
+ Produit national. -- Les tourbières hautes et basses. --
+ Houille locale. 433
+
+
+ABYDOS
+
+dans les temps anciens et dans les temps modernes
+
+Par _M. E. AMELINEAU_
+
+ Légende d'Osiris. -- Histoire d'Abydos à travers les
+ dynasties, à l'époque chrétienne. -- Ses monuments et leur
+ spoliation. -- Ses habitants actuels et leurs moeurs. 445
+
+
+VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHÈSE AUX MONTS CÉLESTES
+
+Par _M. JULES BROCHEREL_
+
+ I. -- De Tachkent à Prjevalsk. -- La ville de Tachkent. --
+ En tarentass. -- Tchimkent. -- Aoulié-Ata. -- Tokmak. -- Les
+ gorges de Bouam. -- Le lac Issik-Koul. -- Prjevalsk. -- Un
+ chef kirghize. 457
+
+ II. -- La vallée de Tomghent. -- Un aoul kirghize. -- La
+ traversée du col de Tomghent. -- Chevaux alpinistes. -- Une
+ vallée déserte. -- Le Kizil-tao. -- Le Saridjass. --
+ Troupeaux de chevaux. -- La vallée de Kachkateur. -- En vue
+ du Khan-Tengri. 469
+
+ III. -- Sur le col de Tuz. -- Rencontre d'antilopes. -- La
+ vallée d'Inghiltchik. -- Le «tchiou mouz». -- Un chef
+ kirghize. -- Les gorges d'Attiaïlo. -- L'aoul d'Oustchiar.
+ -- Arrêtés par les rochers. 481
+
+ IV. -- Vers l'aiguille d'Oustchiar. -- L'aoul de Kaende. --
+ En vue du Khan-Tengri. -- Le glacier de Kaende. -- Bloqués
+ par la neige. -- Nous songeons au retour. -- Dans la vallée
+ de l'Irtach. -- Chez le kaltchè. -- Cuisine de Kirghize. --
+ Fin des travaux topographiques. -- Un enterrement kirghize. 493
+
+ V. -- L'heure du retour. -- La vallée d'Irtach. -- Nous
+ retrouvons la douane. -- Arrivée à Prjevalsk. -- La
+ dispersion. 505
+
+ VI. -- Les Khirghizes. -- L'origine de la race. -- Kazaks et
+ Khirghizes. -- Le classement des Bourouts. -- Le costume
+ khirghize. -- La yourte. -- Moeurs et coutumes khirghizes.
+ -- Mariages khirghizes. -- Conclusion. 507
+
+
+L'ARCHIPEL DES FEROÉ
+
+Par _Mlle ANNA SEE_
+
+ Première escale: Trangisvaag. -- Thorshavn, capitale de
+ l'Archipel; le port, la ville. -- Un peu d'histoire. -- La
+ vie végétative des Feroïens. -- La pêche aux dauphins. -- La
+ pêche aux baleines. -- Excursions diverses à travers
+ l'Archipel. 517
+
+
+PONDICHÉRY
+
+chef-lieu de l'Inde française
+
+Par _M. G. VERSCHUUR_
+
+ Accès difficile de Pondichéry par mer. -- Ville blanche et
+ ville indienne. -- Le palais du Gouvernement. -- Les hôtels
+ de nos colonies. -- Enclaves anglaises. -- La population;
+ les enfants. -- Architecture et religion. -- Commerce. --
+ L'avenir de Pondichéry. -- Le marché. -- Les écoles. -- La
+ fièvre de la politique. 529
+
+
+UNE PEUPLADE MALGACHE LES TANALA DE L'IKONGO
+
+Par _M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ_
+
+ I. -- Géographie et histoire de l'Ikongo. -- Les Tanala. --
+ Organisation sociale. Tribu, clan, famille. -- Les lois. 541
+
+ II. -- Religion et superstitions. -- Culte des morts. --
+ Devins et sorciers. -- Le Sikidy. -- La science. --
+ Astrologie. -- L'écriture. -- L'art. -- Le vêtement et la
+ parure. -- L'habitation. -- La danse. -- La musique. -- La
+ poésie. 553
+
+
+LA RÉGION DU BOU HEDMA
+
+(sud tunisien)
+
+Par _M. Ch. MAUMENÉ_
+
+ Le chemin de fer Sfax-Gafsa. -- Maharess. -- Lella Mazouna.
+ -- La forêt de gommiers. -- La source des Trois Palmiers. --
+ Le Bou Hedma. -- Un groupe mégalithique. -- Renseignements
+ indigènes. -- L'oued Hadedj et ses sources chaudes. -- La
+ plaine des Ouled bou Saad et Sidi haoua el oued. -- Bir
+ Saad. -- Manoubia. -- Khrangat Touninn. -- Sakket. -- Sened.
+ -- Ogla Zagoufta. -- La plaine et le village de Mech. --
+ Sidi Abd el-Aziz. 565
+
+
+DE TOLÈDE À GRENADE
+
+Par _Mme JANE DIEULAFOY_
+
+ I. -- L'aspect de la Castille. -- Les troupeaux en
+ _transhumance_. -- La Mesta. -- Le Tage et ses poètes. -- La
+ Cuesta del Carmel. -- Le Cristo de la Luz. -- La machine
+ hydraulique de Jualino Turriano. -- Le Zocodover. -- Vieux
+ palais et anciennes synagogues. -- Les Juifs de Tolède. --
+ Un souvenir de l'inondation du Tage. 577
+
+ II. -- Le Taller del Moro et le Salon de la Casa de Mesa. --
+ Les pupilles de l'évêque Siliceo. -- Santo Tomé et l'oeuvre
+ du Greco. -- La mosquée de Tolède et la reine Constance. --
+ Juan Guaz, premier architecte de la Cathédrale. -- Ses
+ transformations et adjonctions. -- Souvenirs de las Navas.
+ -- Le tombeau du cardinal de Mendoza. Isabelle la Catholique
+ est son exécutrice testamentaire. -- Ximénès. -- Le rite
+ mozarabe. -- Alvaro de Luda. -- Le porte-bannière d'Isabelle
+ à la bataille de Toro. 589
+
+ III. -- Entrée d'Isabelle et de Ferdinand, d'après les
+ chroniques. -- San Juan de los Reyes. -- L'hôpital de Santa
+ Cruz. -- Les Soeurs de Saint-Vincent de Paul. -- Les
+ portraits fameux de l'Université. -- L'ange et la peste. --
+ Sainte-Léocadie. -- El Cristo de la Vega. -- Le soleil
+ couchant sur les pinacles de San Juan de los Reyes. 601
+
+ IV. -- Les «cigarrales». -- Le pont San Martino et son
+ architecte. -- Dévouement conjugal. -- L'inscription de
+ l'Hôtel de Ville. -- Cordoue, l'Athènes de l'Occident. -- Sa
+ mosquée. -- Ses fils les plus illustres. -- Gonzalve de
+ Cordoue. -- Les comptes du _Gran Capitan_. -- Juan de Mena.
+ -- Doña Maria de Parèdes. -- L'industrie des cuirs repoussés
+ et dorés. 613
+
+
+
+
+ TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.--1re LIV. Nº 1.--7 Janvier 1905.
+
+[Illustration: En «rickshaw» sur la route du Mont Abou--D'après une
+photographie.]
+
+
+
+
+L'ÉTÉ AU KACHMIR
+
+Par Mme F. MICHEL.
+
+ I.--De Paris à Srînagar.--Un guide pratique.--De Bombay à
+ Lahore.--Premiers préparatifs.--En tonga de Rawal-Pindi à
+ Srînagar.--Les Kachmiris et les maîtres du Kachmir.--Retour à la
+ vie nomade.
+
+
+Passez-vous l'été au Kachmir? La question n'est pas aussi saugrenue
+qu'elle peut sembler aux sédentaires Français que nous sommes. Je sais
+des gens qui le font et ne s'en portent que mieux. La «season» y est
+admirable. On trouve de tout dans cette heureuse contrée, une vallée
+comme en Touraine, des sources et des ruisseaux comme en Bretagne, des
+arbres et des gazons comme en Angleterre, des montagnes comme en
+Suisse, des ruines comme en Italie, et, comme en nul de ces pays, la
+liberté!--je veux dire le droit d'aller et de venir au gré de votre
+humeur, roi en votre bateau et seigneur en votre tente, amarrant ou
+démarrant à votre guise, plantant ou levant le camp à votre fantaisie,
+sans que jamais aucune clôture, aucun écriteau, ni aucun garde
+champêtre vienne vous arrêter. Ajoutez enfin l'étonnant bon marché de
+la vie; et, au total, cela est infiniment plus intéressant, plus
+hygiénique et, après tout, pas beaucoup plus coûteux qu'une saison
+dans telle ville d'eaux à la mode.
+
+[Illustration: L'éléphant du touriste à Djaïpour.]
+
+À quiconque voudrait tenter l'aventure, ces notes sont dédiées. Elles
+n'ont d'autres prétentions que de donner les quelques renseignements
+dont on pourrait avoir besoin. Si, ça et là, aux informations se
+mêlent quelques impressions, on pardonnera celles-ci en faveur de
+celles-là.
+
+Pour commencer, Srînagar n'est qu'à vingt jours et à moins de 2 000
+francs de Paris. Comptons: de Marseille, les paquebots des Messageries
+maritimes vous conduiront en quinze jours et pour 1 375 francs jusqu'à
+Bombay. De Bombay, le train express,--en dehors duquel il n'est point
+dans l'Inde de salut,--vous mènera en soixante-quatre heures
+vingt-cinq minutes jusqu'à Rawal-Pindi, et vous paierez en première
+classe 93 roupies 9 annas, soit, au taux actuel de la roupie, environ
+160 francs. En courant ensuite la poste, vous atteindrez Srînagar en
+deux jours. Une place dans le courrier se paye 45 roupies, une voiture
+spéciale revient à 130.
+
+Si le touriste n'a pas passé l'hiver précédent dans l'Inde, il fera
+bien d'arriver à Bombay dès les premiers jours de mars. Plus tard il
+risquerait de trouver la chaleur déjà accablante. En remontant vers le
+nord, il aura encore le temps de visiter Ahmedabad et ses mosquées; le
+mont Abou et ses sanctuaires djaïns, bijoux de marbre ciselé; la ville
+rose de Djaïpour d'où un éléphant le conduira à Amber, la vieille
+capitale désertée; Agra et sa fameuse merveille du Tadj-Mahal,
+assurément le plus beau monument qu'en aucun lieu du monde l'amour ait
+jamais élevé à la mort; Mathourâ, patrie du dieu Krichna, et ses quais
+bordés de temples où les singes disputent aux tortues du fleuve les
+offrandes des pèlerins; l'impériale Delhi, dont la campagne, jonchée à
+perte de vue de ruines imposantes, a le même air de grandeur et de
+désolation que celle de Rome; Amritsar, la ville sainte des Sikhs, qui
+mire dans un étang les coupoles d'or de son temple trop vanté....
+Enfin le voici à Lahore.
+
+Là, que de choses encore à voir: le beau musée, les rues pittoresques
+de la ville indigène, le fort d'Akbar, la mosquée d'Aureng-Zeb; celle
+de Vazir-Khân, toute revêtue de précieux carreaux de faïence; les
+jardins mogols de Shalimar, et, au delà du grand pont de bateaux de la
+Ravi, ceux de Shah-Dehra où Jehan-Guir, de son vivant grand libertin,
+opère après sa mort des miracles; puis les innombrables tombeaux qui
+font de Lahore et de sa banlieue comme une vaste nécropole et peuvent,
+pendant des mois, donner un but nouveau à chaque promenade du soir. On
+nous en voudrait de ne pas mentionner celui de la pauvre Anarkali,
+dont le nom signifie «Bouton de grenade» et qui fut, dit-on, enterrée
+vive, en la fleur non épanouie de sa jeunesse, pour avoir une fois
+rendu son sourire à ce même Jehan-Guir, du temps qu'il n'était encore
+que le prince héritier Sélim. Et pourtant, j'eus une surprise plus
+émue en visitant la maison où vécut le général Allard,--un de ces
+officiers de la grande armée qui firent, à charge de revanche, la
+fortune de Randjit Singh,--et où il donna l'hospitalité à Jacquemond;
+sous un kiosque du jardin, une simple dalle de marbre porte ces mots
+en français: MARIE ALLARD, _six mois_.
+
+[Illustration: Petit sanctuaire latéral dans l'un des temples djaïns
+du Mont Abou.--D'après une photographie.]
+
+Entre temps, le touriste fera ses préparatifs de nomade civilisé. Il
+commencera par se procurer une tente légère, mais pourtant double, du
+modèle dit: «Cottage suisse» ou «tente de Kaboul». Puis il réunira un
+mobilier de camp comprenant un lit démontable, des chaises et des
+tables pliantes; de la batterie de cuisine, plus volontiers un jeu de
+casseroles en aluminium rentrant les unes dans les autres; un four de
+campagne, de la vaisselle émaillée, des chandeliers ou des lampes de
+jardin; enfin le très petit nombre d'objets qui sont vraiment
+indispensables. Il peut d'ailleurs remettre jusqu'à son arrivée au
+Kachmir une partie de ces acquisitions et louer le reste à l'une des
+agences de Srînagar.
+
+Surtout qu'il ne manque pas d'engager, dès Lahore, deux de ces
+précieux domestiques indiens, si habiles à assurer le confort de leur
+maître au milieu de toutes les tribulations des déplacements
+quotidiens. L'un lui servira de _khitmatgar_ (valet de chambre);
+l'autre sera le _khansama_ (cuisinier). Leur salaire mensuel est de 12
+à 16 roupies, plus une indemnité de 8 roupies quand on les emmène loin
+de chez eux, à charge de se nourrir eux-mêmes. Ces musulmans du
+Pendjâb sont en général des gens de confiance et parfaitement sobres,
+ce que ne sont pas toujours les domestiques qui guettent dans les
+ports de mer l'arrivée des globe-trotters. Assurez-vous seulement
+qu'ils soient bien de même secte, pour éviter de fâcheux conflits. Les
+miens s'étaient fort bien entendus durant la campagne, mais tout finit
+par des grincements de dents! Pendant les derniers temps de mon
+séjour à Srînagar, j'avais dû accepter et rendre quelques invitations,
+et c'est assez la coutume des domestiques que de s'inviter en même
+temps que les maîtres; or, un beau soir que les miens se trouvaient à
+dîner chez des Lahoris comme eux, le khansama qui était _sunnite_ et
+très dévot, apprit avec horreur que le khitmatgar appartenait à la
+secte des Chyites, et c'est ainsi qu'après avoir fraternisé six mois,
+ils découvrirent qu'ils étaient ennemis jurés, pour la raison qu'il y
+a plus de mille ans le calife Omar extermina la famille d'Ali, gendre
+du Prophète.
+
+[Illustration: Pont de cordes sur le Djhilam, près de Garhi.--Dessin
+de Massias, d'après une photographie.]
+
+Que le touriste s'en fie au khitmatgar pour trouver, chaque jour, à la
+même place, sous sa main, à table, près de son lit ou dans les poches
+de la tente, tous les objets dont il a coutume de se servir. À toute
+heure, le cri de «Koï hai!» qui équivaut au «Holà, quelqu'un!» de nos
+pères, trouvera celui-ci prêt à répondre, empressé et ingénieux, et
+portant sur l'épaule la serviette qui est comme l'insigne de sa
+charge. Veillez seulement à ce qu'il en change souvent! C'est avec
+elle qu'il essuie l'assiette qu'il vous apporte; avec elle qu'il
+époussette, à l'occasion, vos vêtements et vos chaussures; avec elle
+qu'au matin, en faisant votre lit, quand vous avez campé trop près
+d'un village, il chasse à petits coups bienveillants les puces, à demi
+asphyxiées par la poudre de pyrèthre dont il eut soin la veille de
+saupoudrer vos draps; c'est avec elle encore qu'il fouaille les
+coolies qui tardent à dresser les tentes et à disposer le camp; car il
+s'improvise chef de caravane, et les bons Kachmiris que houspillait le
+mien,--un freluquet qu'ils auraient écrasé d'une chiquenaude,--ne
+manquaient jamais de lui donner respectueusement du «Sirdar!»... ni
+plus ni moins que le titre que portait lord Kitchener de Khartoum
+quand il commandait l'armée anglo-égyptienne! Il se piquait d'ailleurs
+d'être de bonne famille, mais des malheurs domestiques avaient
+contrarié son éducation; aussi ne prétendait-il pas au titre de poète
+comme le khitmatgar d'un de mes amis, qui charmait ses loisirs à
+composer des vers persans. Du moins il était fidèle; à la différence
+d'autres qui ont, tous les quinze jours, à enterrer la même
+belle-mère, il ne m'a jamais demandé qu'une demi-journée de congé.
+C'était à Lahore, pour se marier! Et comme, généreusement, je lui
+offrais la journée tout entière, il protesta qu'il tenait à être de
+retour à temps pour me servir mon déjeuner.
+
+Quant au khansama, sans doute, il volera un peu son maître; c'est le
+métier qui veut ça. En revanche, on peut être assuré de trouver
+partout, même en pleine djangle, et par quelque temps qu'il fasse, le
+repas prêt à l'heure et cuit à point. Par la pluie ou le vent, au coin
+d'un bois, sur un feu qui flambe entre deux pierres, dans des
+circonstances où le meilleur maître-queux européen ne songerait qu'à
+rendre son tablier, ces cuisiniers indiens réalisent couramment et
+d'impeccable façon le menu classique: potage, entrée, légumes, rôti,
+entremets. Lorsque le mien vint, le premier jour de son entrée en
+charge, me demander dans son jargon anglo-indien comment je désirais
+le rôti: _Half-paka, three quarters paka ya bahout paka_, «mi-cuit,
+aux trois quarts cuit ou très cuit», je connus que je possédais un
+virtuose doué du sentiment des nuances. Je dois dire qu'il les
+réalisait imperturbablement, et à la broche; car je lui avais, une
+fois pour toutes, inculqué l'idée que mes principes s'opposaient à ce
+que les rôtis se fissent à la casserole; et je le vois encore, à telle
+étape, sous l'ondée, abritant d'une main avec un parapluie, et
+tournant mélancoliquement de l'autre devant la braise le poulet du
+soir. En pareilles matières, n'invoquez jamais votre goût ni votre
+estomac; ils n'en ont cure. Parlez vaguement de rites ou simplement de
+coutume (_dastour_) que vous tenez à observer: vous serez sûr d'être
+obéi, et ils vous en estimeront davantage d'avoir ce qu'ils ne
+manqueront pas de prendre pour des pratiques religieuses, dans le
+genre des leurs. Quelques plats à la mode de France vinrent ainsi, au
+nom du _french dastour_, remplacer fort avantageusement les éternelles
+«côtelettes de poulet» (_sic_) et les fades légumes à l'anglaise.
+Grâce moitié à de laborieuses explications, moitié à des
+démonstrations pratiques, ces recettes furent assimilées par le
+cuisinier avec une telle maestria que, quand je le congédiai au bout
+de la saison, il ne parlait de rien moins, fort de sa science accrue,
+que de se faire engager chez un lieutenant-gouverneur.
+
+Au Kachmir, le touriste renforcera encore sa maison de deux ou trois
+autres domestiques à 8 ou 10 roupies par mois. Il lui faudra d'abord
+un _bhichti_ (porteur d'eau) qui cumulera sans doute les fonctions de
+_masalchi_ (laveur de vaisselle). Les familles un peu nombreuses
+traînent même à leur suite un _dhobi_ (blanchisseur) particulier
+attaché à leur service. Enfin il y aura encore le «balayeur»,--celui
+que Jacquemond appelait le grand-maître de la garde-robe,--homme de si
+basse caste, qu'il soigne les chiens et mange pêle-mêle les restes de
+votre table; inutile d'ajouter qu'il est au ban de la société. Et
+quand, arrivant fatigué à l'étape, vous aurez vu le cuisinier réclamer
+au _bhichti_ de l'eau qu'il fera chauffer sur du bois ramassé par le
+balayeur pour vous préparer selon les rites une simple tasse de thé,
+que vous apportera le khitmatgar, vous admirerez,--si du moins vous
+n'êtes pas à bout de patience,--cette élégante division du travail.
+
+Lahore, en avril, est encore plein de roses. Mais si le voyageur veut
+s'assurer que la chaleur de l'Inde n'est pas «un mythe solaire», comme
+le proclament souvent les touristes d'hiver, qu'il s'attarde seulement
+jusqu'en mai et attende le premier «orage de poussière», après 117° ou
+120° Fahrenheit (48° centigrade) à l'ombre; tout comme jadis les
+compagnons d'Alexandre, il déclarera que l'expérience est suffisante
+et insistera pour se retirer sans demander son reste. Le départ pour
+les montagnes ne lui semblera que plus doux. Il sera déjà temps pour
+lui de s'approvisionner de glace pour faire sans encombre les neuf
+heures d'express qui le séparent de Rawal-Pindi. Il passera sans
+s'arrêter devant l'amorce des routes que suivirent Bernier et
+Jacquemond par le Pir-Pantsal ou Pantch. Le Kachmir a maintenant sa
+voie carrossable, passant par Mari (orth. anglaise: Murree). On parle
+même d'y pousser un chemin de fer électrique; mais alors ce sera
+l'invasion des hordes de l'agence Cook et la fin du «paradis des
+Indes». Hâtez-vous pendant qu'il en est temps encore!
+
+[Illustration: Les «karévas» ou plateaux alluviaux formés par les
+érosions du Djhilam. D'après une photographie.]
+
+L'express de Calcutta arrive à deux heures du matin à Rawal-Pindi, un
+des grands «cantonnements» ou stations militaires du Pendjâb. Il sera
+bon d'avoir d'avance écrit à l'indispensable Dhanjibhoy,
+l'entrepreneur de transports, dont les voitures roulent sur toutes les
+routes de l'Inde du Nord, pour retenir une _tonga_. C'est un petit
+chariot à deux roues, fort bas et médiocrement suspendu, recouvert
+d'une épaisse bâche blanche, qui est la chaise de poste du pays; il y
+a place pour trois personnes, plus le cocher, et les menus bagages.
+Les malles et caisses viennent d'ordinaire en _ekkas_, voitures
+indigènes fort ingénieusement construites, qu'on peut louer de
+Rawal-Pindi à Srînagar pour 35 ou 40 francs, et qui, attelées au même
+poney indigène, accomplissent le voyage en quatre ou cinq jours. On
+les fait d'ordinaire accompagner, pour plus de sûreté, par l'un des
+domestiques.
+
+Sitôt les bagages chargés à la gare, on part, sous les étoiles du ciel
+immuablement pur, à travers les rues de Rawal-Pindi, au risque
+d'écraser les dormeurs rangés sur des _tcharpaïs_ (lits indigènes)
+devant leur porte. Les premiers milles sont rapidement franchis le
+long de la route plate; mais bientôt la silhouette des montagnes sur
+lesquelles meurt l'étoile du matin, apparaît dans des blancheurs
+d'aurore. Avec délices on respire la fraîcheur retrouvée. On monte et
+les relais se font plus courts. La route longe le lit d'un torrent
+bordé de lauriers roses, puis devient de plus en plus montante et
+pittoresque. Les pentes se couvrent de sapins; des églantiers s'y
+accrochent, les revêtant jusqu'à la cime de leurs touffes blanches et
+parfumées. Les ravins sont pleins de fougères et de fraisiers en
+fleurs. La route monte de plus belle. Aux derniers relais le _saïce_
+(palefrenier), qui d'ordinaire se tient à l'arrière sur le marchepied,
+passe à l'avant de la tonga, et, assis sur le brancard de gauche, aide
+le cocher à fouetter ses deux chevaux. On fait ainsi plus de 60
+kilomètres en six heures, en même temps qu'on monte à 2000 mètres de
+hauteur.
+
+[Illustration: «Ekkas» et «tongas» sur la route du Kachmir: vue prise
+au relais de Rampour.--D'après une photographie Jadu Kissen, à Delhi.]
+
+Mari, la station d'été à la mode du Pendjâb, éparpille sur plusieurs
+crêtes ses églises, ses hôtels, ses magasins européens, ses cottages
+entourés de verdure et ses jolies promenades remplies d'amazones et de
+cavaliers. Au sud, la vue s'étend sur l'immense plaine couleur de
+_khaki_, au nord sur les hautes cimes neigeuses qui semblent barrer la
+route de Kachmir. On se sent renaître dans cet air pur et frais,
+descendu de l'Himalaya, l'éternel «séjour des neiges», alors que, la
+veille encore, on étouffait sous le vent artificiel des _pankas_.
+
+Cependant, après avoir tant monté, il faut redescendre,--bien entendu
+sans frein,--à mi-côte des pentes boisées, le long de précipices dont
+ne vous séparent que quelques quartiers de roc échelonnés au bord de
+la route. À chaque relais, pas un cheval qui ne plonge et se cabre au
+moment de démarrer; puis ils trottent de façon tout à fait paisible
+comme si, après avoir protesté pour la forme, ils se résignaient à
+leur sort. Un seul cheval suffit dans la descente. Tous d'ailleurs, au
+fort de la saison, sont maigres et écorchés à faire pitié. Pourtant au
+deuxième relais après Mari, on nous amena par hasard un cheval en bon
+état, gras, le poil luisant, la peau intacte. Il ne fallut pas moins
+de quatre _saïces_ pour l'atteler, après quoi il ne répondit aux coups
+de fouet que par des ruades folles. Comme le cocher insistait, il usa
+de son grand moyen; reculant soudain, il alla violemment jeter la
+voiture contre les pierres qui bordaient la route du côté de la
+vallée. À vingt pas plus loin, rien n'aurait empêché la dégringolade,
+et on nous aurait ramassés avec armes et bagages à 500 mètres plus
+bas. Les gens du village et les conducteurs d'une caravane au repos
+regardaient, avec intérêt, se préparer l'accident. Nous avons
+immédiatement réclamé un autre cheval: c'est tout ce que demandait le
+premier; et tandis qu'on amenait un de ses compagnons, moins ingénieux
+ou plus bonasse, le vicieux animal, aussitôt dételé, remontait tout
+seul reprendre à l'écurie sa place accoutumée et son repas interrompu.
+
+Cependant, à force de descendre, la route atteint enfin le creux de la
+vallée du Djhilam ou Vitastâ. Elle suit jusqu'au pont de Kohala le
+bord de la blanchâtre et puissante rivière, grossie d'eau de neige.
+Changée en furieux torrent, elle écume et gronde, affolée de remous et
+de rapides dans son lit de rochers, elle si calme au Kachmir! Des bois
+flottés, membres épars des beaux cèdres déodars des montagnes, y
+tournoient, entraînés aux plaines du Pendjâb. Les ruines de l'ancien
+pont suspendu, remplacé par un pont de pierre, racontent les
+fantasques sursauts des inondations. De l'autre côté de ce pont, nous
+sommes dans les États du mahârâdja de Djammou et Kachmir; à preuve
+que, de ce côté du Djhilam, on donne une roupie de péage aux
+fonctionnaires anglais et, de l'autre côté, une roupie l/2 aux gens du
+mahârâdja pour le droit de route et le droit de pâturage des bêtes de
+somme. Quant aux droits de douane, ils ne sont pas faits pour les
+_sahebs_ ou «seigneurs», entendez les Européens.
+
+La route continue, désormais, le long de la rive gauche du Djhilam,
+pour ne plus la quitter: bonne route quand elle est en état, et dont
+un de nos chemins vicinaux de France peut donner une idée assez juste.
+Elle court en corniche, un peu au-dessus du fleuve écumant et furieux,
+dans l'étroite vallée où le soleil oublié se fait de nouveau sentir. À
+chaque pas, il lui faut traverser d'innombrables _nallas_ ou vallées
+latérales. Ce sont, en général, de délicieux ravins où, du haut des
+montagnes, l'eau dévale en cascades, quelquefois même en puissants
+torrents, et qui, tous, vaudraient une visite. Chacun d'eux a son
+pont, d'ordinaire emporté à chaque brusque fonte des neiges et
+reconstruit avec une inlassable patience par les ingénieurs de l'État.
+De temps à autre, on rencontre un de ces glissements de terrain qui,
+au début de la saison, rendent fréquemment la route infranchissable.
+On déblaye juste la place de la voiture, le reste des éboulis est jeté
+au Djhilam. Presque au milieu de mai, nous avons trouvé de nombreux
+coolies encore occupés à réparer la route; mais il suffit qu'il en
+reste un soupçon pour que la _tonga_ continue à passer à toute volée.
+Un cahot vous jette dans la crevasse béante, un autre vous en retire;
+le cocher vous prévient d'un mot bref: «_Khabardar!_ Prenez garde»! Et
+tout est dit.
+
+[Illustration: Le vieux fort sikh et les gorges du Djhilam à
+Ouri.--D'après une photographie.]
+
+Nous avons, le premier jour, fait ainsi 90 kilomètres avec bien des
+_khabardars_ à la clef. Ce sont naturellement les passages les plus
+périlleux que choisit le cocher pour lâcher les rênes et souffler dans
+sa trompette. Les accidents sont, d'ailleurs, extrêmement rares, et on
+finit par goûter ces galopades éperdues sur des ponts sans parapets et
+ces brusques tournants pris à toute volée. Toutefois, les gens nerveux
+feront bien de s'absorber, aux tournants surtout, dans la
+contemplation de la paroi droite de la route, pour ne point voir le
+Djhilam, où le moindre écart les précipiterait, et où les grands
+sapins, emportés comme des fétus de paille, leur prédisent assez leur
+sort. Cette paroi a d'ailleurs son intérêt; faite, le plus souvent, de
+cailloux roulés de nuances diverses, grès et porphyres, veinés et
+polis comme nos galets de l'Océan, elle a été sûrement tranchée dans
+un ancien lit du fleuve. Parfois même des tunnels sont percés au
+travers, et l'on ne passe pas sans quelque appréhension sous ces blocs
+suspendus, à peine cimentés dans leur gangue de terre.
+
+[Illustration: Shêr-Garhi ou la «maison du lion», palais du mahârâdja
+à Srînagar.--Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.]
+
+Tous les 20 kilomètres, ou à peu près, si le désir vous prend de vous
+arrêter, un bangalow (hind. _bângla_) est prêt à vous recevoir.
+Quelques-uns, notamment à Domel, Garhi et Ouri, sont suffisamment
+approvisionnés. Vous n'y risquez pas de voir se répéter l'anecdote
+classique du bangalow de l'Inde, dont le dernier poulet,--suprême
+ressource,--vient toujours de s'enfuir dans la djangle à votre arrivée
+«par respect pour Votre Honneur!» Ici, le khansama vous sert
+immanquablement le déjeuner ou le dîner à l'anglaise, et fournit en
+plus, aux amateurs, du «Kachmir Barsac» ou du «Kachmir Médoc» fabriqué
+à Srînagar. Quant aux chambres, elles sont assez propres, mais
+sommairement meublées.
+
+[Illustration: L'entrée du Tchinar-Bâgh, ou bois-des-platanes,
+au-dessus de Srînagar; au premier plan une «dounga», au fond le sommet
+du Takht-i-Souleiman.--Photographie Jadu Kissen, à Delhi.]
+
+La vallée, un peu fermée d'abord après Kohala, s'élargit bientôt au
+confluent de la Kichen-ganga, près de Domel. En même temps, on cesse
+brusquement de courir du sud au nord pour tourner au sud-est. Une des
+curiosités de l'étape de Garhi est son pont de cordes. Imaginez des
+deux côtés de la rivière, large d'environ 80 mètres, deux solides
+montants renforcés par une poutre transversale et maintenus par
+d'énormes tas de gros galets. D'une rive à l'autre, deux cordes,
+faites de lanières de cuir légèrement tordues, les relient deux à
+deux; ce sont les rampes. Aux poutres transversales se suspend une
+autre corde de cuir; c'est le chemin. Les trois cordes sont maintenues
+en position par des fourches de bois en forme de V, placées à environ
+3 mètres les unes des autres. Sur cet appareil instable, les Kachmiris
+se promènent portant d'énormes faix d'herbe ou un pot au lait placés
+en équilibre sur leur tête; il est vrai que ceux qui possèdent des
+chaussures les passent à leur ceinture avant d'y monter, ce qui leur
+permet de se servir de leurs pieds à la façon des singes. D'ailleurs,
+il y a un passeur qui, pour deux _annas_, charge sur son dos les gens
+sujets au vertige ou effrayés par les rapides qui roulent à grand
+fracas sous ce chemin de clown. Ce passeur est une manière d'Hercule
+qui porte un homme comme une plume; il a soin, préalablement, de
+s'attacher sur le dos son client au moyen d'une large écharpe dont il
+se noue solidement les bouts sur la poitrine, gardant ainsi toute sa
+liberté de mouvements. Un autre pont semblable, mais moins long, se
+voit encore près d'Ouri, au-dessous du vieux fort Sikh, dont les
+murailles de briques et de pisé semblent placées là comme un décor
+dans le paysage.
+
+[Illustration: Ruines du temple de Brankoutri. D'après une
+photographie.]
+
+Mais comment décrire tous les pittoresques tableaux qui, tour à tour,
+s'encadrent entre les montants de la capote de la voiture et auxquels
+on ne donne qu'un regard en passant? Et de même il nous faut renoncer
+à énumérer les mille et un incidents de la route: rencontres
+d'_ekkas_, de chars à boeufs ou de longues théories de chameaux qui
+vont, remuant les lèvres comme s'ils marmottaient des patenôtres. Puis
+ce sont les villages, avec leurs huttes basses à toit plat formant
+véranda; les bazars, où ont encore cours de vieilles monnaies à
+légendes grecques; les sanctuaires, que marquent des drapeaux
+triangulaires de couleurs diverses,--sans parler de l'émotion de
+rigueur à chacun des relais! Vus encore sous un buisson, près de leurs
+chevreaux et de leur jeune chien aboyant à la _tonga_ qui passe, deux
+jolis petits pâtres kachmiris, Daphnis et Chloé à leur âge
+d'innocence; et Chloé appuyait tendrement sa toque de drap rouge
+contre le turban sale de Daphnis....
+
+Et ainsi, de ce paradis, la route même est délicieuse. D'ailleurs, à
+partir de Rampour, tout annonce l'approche du Kachmir. Les pentes sont
+couvertes de sapins et de cèdres déodars, le chemin bordé de peupliers
+et de platanes. Déjà, à Brankoutri, on passe devant un premier temple
+en ruines. Celui de Baniyar, mieux conservé, debout au milieu de sa
+cour quadrangulaire, donne une idée très nette de ce qu'étaient les
+vieux édifices d'autrefois. Voici bientôt que paraissent les iris,
+cette fleur symbolique de la contrée. Soudain, la rivière assagie se
+fait unie comme un miroir, et le long couloir, où nous trottons depuis
+deux jours, débouche brusquement dans «l'heureuse vallée» par
+l'étroite porte de Baramoula, qui est en même temps la seule issue
+pour tout le drainage de ses eaux.
+
+De Mari à Baramoula, on compte 200 kilomètres, soit, si l'on marche,
+neuf étapes, et, si l'on court la poste, une trentaine de relais. La
+route, commencée en 1880, était terminée en 1890 jusqu'à l'entrée de
+la vallée; mais la section de Baramoula à Srînagar n'a été livrée
+qu'en 1897. Dès 1896, les ponts étaient finis, et le rouleau à vapeur,
+image de notre civilisation niveleuse, achevait d'écraser dans le
+ballast plus d'une pierre empruntée aux vieilles ruines hindoues. La
+route traverse, en effet, la plaine alluviale où l'on ne trouverait
+pas un caillou; la montagne est loin; les entrepreneurs avaient trouvé
+plus court de prendre comme carrière les vieilles capitales du pays.
+Cette année-là, les premières voitures commencèrent à rouler à travers
+le Kachmir, regardées avec plus de curiosité par les paysans que chez
+nous les automobiles. Maintenant, tous les véhicules suivent
+couramment jusqu'à Srînagar, laissant à mi-chemin le vieux bourg et
+les temples ruinés de Patan. Si vous êtes impatients d'arriver,
+poussez de suite jusqu'à la capitale; mais du moins, en y entrant,
+arrêtez-vous sur le pont par lequel la route franchit la rivière, pour
+vous donner le temps de souffler un peu.
+
+[Illustration: Types de pandis ou brahmanes kachmiris.--Photographie
+Jadu Kissen, à Delhi.]
+
+Aussi bien l'Amira-Kadal, le premier en amont des sept ponts de
+Srînagar et le seul construit à l'européenne, est devenu le
+rendez-vous habituel des nouvellistes de la cité. C'est là qu'ils
+discutent des affaires publiques et font courir toutes les semaines le
+bruit que les Afghans sont entrés à Lahore et que les Russes ont
+franchi les Pâmirs. Nous y serons bien pour regarder et causer un
+instant. Un marché se tient des deux côtés, et les gens passent et
+repassent, pour la plupart de grands gaillards au teint à peine
+basané, vêtus d'une robe de laine qui se souvient plus ou moins
+d'avoir jadis été blanche, et enturbannés de calicot. Ce sont,
+d'ailleurs, de braves gens, à la façon dont l'entendait le
+globe-trotter qui, dans une gare du Pendjâb, outré de l'insolence d'un
+coolie, allait s'enquérant de sa race avant de se risquer à sévir. Les
+Kachmiris sont de la bonne espèce; on peut les battre impunément, ils
+ne font que tendre le dos. Ce n'est pas comme les Afghans de la
+frontière qui auraient tôt fait de riposter à la bourrade par un coup
+de coutelas mortel. Les voyant si forts et si débonnaires, les Anglais
+en ont tout de suite conclu qu'ils étaient couards. Les
+préféreraient-ils enclins au meurtre et au brigandage? Il est vrai que
+pour les Afghans, dont la bravoure ne fait pas question, les Anglais
+se tirent d'affaire en prétendant qu'ils sont «traîtres». Ce parti
+pris dans le choix des qualificatifs les plus malsonnants prouve
+seulement, ce que l'on sait déjà, que les Anglais ne sont guère
+contents que d'eux-mêmes. Quelques Kachmiris, piqués de ce reproche de
+lâcheté, soutiennent que la robe, qui est leur costume national, leur
+fut imposée par les conquérants musulmans, en vue d'efféminer leur
+caractère. L'histoire est spécieuse et paraîtrait même convaincante,
+si ceux qui l'ont imaginée pouvaient se passer de leur _kangri_. Le
+kangri est la chaufferette indigène, bol de terre garni d'osier et
+rempli de charbons et de cendres, qui, dès qu'il fait un peu frais, ne
+quitte pas le Kachmiri plus que son ombre; il passe ses jours accroupi
+sur elle, il couche avec elle la nuit, et c'est à elle qu'il doit les
+fréquents incendies de ses demeures et les cicatrices de brûlures dont
+il est le plus souvent couturé. Or le kangri ne va pas sans les plis
+de la large robe à longues manches sous lesquels, frileusement, on
+l'enfouit; et comme le Dr M. A. Stein assure qu'il en était déjà
+question dans les vieilles chroniques, il faut renoncer à la légende
+d'un Kachmir, jadis peuplé de héros, tous braves parce que portant
+culottes.
+
+Mais vous commencez à discerner entre les passants des nuances de
+types et de costumes. Laissons de côté quelques Sikhs, Pendjâbis et
+autres immigrés de l'Inde; les Kachmiris eux-mêmes n'ont pas tous même
+religion ni même caste. En gros ils se partagent entre hindous et
+musulmans. Ces derniers sont de beaucoup les plus nombreux: des cent
+vingt mille habitants de la capitale, plus des trois quarts professent
+l'islamisme, et, dans les campagnes, la proportion est plus forte
+encore. Il semble que cette conversion de la masse de la population,
+qui date seulement du XIVe siècle, se soit produite sans violence et
+nullement à la suite d'une invasion de conquérants. Les cultivateurs
+et les gens de peu, qui n'avaient qu'à gagner au change, embrassèrent
+tous la religion étrangère; les brahmanes, qui avaient tout à y
+perdre, s'attachèrent désespérément au culte que leur avaient légué
+leurs aïeux, seule justification des privilèges attachés à leur caste.
+Les musulmans les stigmatisent naturellement de l'épithète de
+_bout-parast_ (adorateurs d'idoles); mais eux-mêmes sont-ils bien sûrs
+d'être des «vrais croyants» orthodoxes? En fait, ils ont gardé toutes
+les superstitions hindoues sous un léger vernis d'islam, et les
+docteurs de la Mecque les flétrissent à leur tour du nom de
+_pir-parast_ (adorateurs de saints). Si les brahmanes sont la
+minorité, ils restent de beaucoup la classe la plus intelligente et la
+plus cultivée, encore que tous ne justifient pas par de suffisantes
+études le titre de _pandit_ (lettré), qu'ils se donnent uniformément.
+Déjà, vous les distinguez aisément de leurs compatriotes musulmans à
+la marque sectaire qu'ils portent au front, au tour particulier de
+leur turban et à l'écharpe jetée sur leurs épaules.
+
+Maintenant que vous avez fait une première connaissance avec les
+Kachmiris, êtes-vous curieux de savoir qui les gouverne? Regardez en
+aval, puis en amont. Là, tout près, sur la rive gauche, cet
+entassement d'horribles bâtisses est le Shêr-Garhi, comme on appelle
+le palais du mahârâdja; là-bas en amont, sur la rive droite, vous
+distinguez entre les peupliers et les platanes la place de l'élégante
+villa du résident anglais. Du résident ou du mahârâdja, lequel est le
+vrai roi de Kachmir? Les petits enfants même le savent et les
+vieillards ne s'y trompent pas. Un brahmane centenaire, nous disant
+tous les _sarkars_ (gouvernements) qu'il avait vu passer dans sa vie,
+énumérait les Afghans Douranis, les Sikhs de Randjit-Singh, les
+Râdjpoutes Dogras de Goulâb-Singh... et les Anglais de la reine. Il
+est presque dommage, pour la beauté du fait, qu'il n'ait pas aussi vu
+les Russes.
+
+[Illustration: Le quai de la résidence; au fond, le sommet du
+Takht-i-Souleiman.--Photographie Jadu Kissen, à Dehli.]
+
+C'est le Kachmir des Sikhs qu'a visité Jacquemond en 1831 et dont la
+vice-royauté lui fut, dit-on, offerte. Ne craignez pas que votre
+modestie soit mise à pareille épreuve: cet heureux temps n'est plus! Sur
+sa route, à l'aller et au retour, notre compatriote avait eu l'occasion
+de rencontrer un Râdjpoute du clan des Dogras que la faveur de
+Randjit-Singh avait fait râdja de Djammou. Déjà Goulâb-Singh--c'était le
+nom de ce condottiere--convoitait le Kachmir. Tant que vit le vieux
+«lion» ou, comme l'appelle encore Jacquemond, le vieux «renard» du
+Pendjâb, nous le voyons rôder alentour sans y pénétrer; l'un après
+l'autre, il conquiert les pays limitrophes, le Kichtwar, le Ladâkh, le
+Skardo. Randjit-Singh mort, il sait habilement ménager sa fortune entre
+les Sikhs et les Anglais. Enfin par un traité en date du 16 mars 1846,
+le Gouvernement britannique «transfère et cède, au mahârâdja
+Goulâb-Singh et aux héritiers mâles de son corps, toute la contrée
+accidentée ou montagneuse située à l'est de l'Indus et à l'ouest de la
+Ravi...» En échange, le nouveau mahârâdja payait la somme de 75 lakhs de
+roupies (un lakh vaut 100 000) et s'engageait à offrir un tribut annuel
+de chevaux, de chèvres et de châles. On dit que ceux-ci sont encore
+livrés et que la défunte reine-impératrice en faisait des cadeaux de
+noces qui n'avaient rien de ruineux. Ce traité était pour Goulâb-Singh
+un coup de maître. On assure qu'en quelques années, il retrouva, dans le
+revenu de la Vallée, la somme qu'il avait payée pour l'acquérir. Jamais
+on n'ôtera de la tête des Kachmiris l'idée que, pour obtenir tant
+d'avantages, il devait avoir fait croire aux Anglais que tout le pays à
+lui cédé n'était que montagnes et collines stériles, et la rédaction
+même du traité le donne assez à penser. En fait, leur but était de
+séparer Goulâb-Singh de la cause des Sikhs et de s'en faire un allié
+contre eux; trois ans plus tard, quand, en 1849, ils eurent
+définitivement annexé le Pendjâb, ils se trouvèrent avoir constitué sur
+leur flanc un royaume presque indépendant et, qui plus est, confinant
+aux territoires chinois et russes. C'est l'erreur de cette politique à
+courte vue qu'ils s'occupent aujourd'hui de réparer au nom des intérêts
+impériaux de la défense de l'Inde; et voilà sous quel prétexte ils
+reprennent pour rien ce qu'ils n'ont d'ailleurs pas vendu bien cher.
+
+[Illustration: La porte du Kachmir et la sortie du Djhilam à
+Baramoula.--Photographie Jadu Kissen, à Delhi.]
+
+Mais assez causé politique. Occupons-nous de vous assurer le vivre et
+le couvert. Vous les trouverez pour quelques jours à l'hôtel que le
+progrès ou le malheur des temps vient de faire établir à Srînagar et
+dont l'inauguration de la route carrossable avait d'ailleurs rendu
+l'ouverture nécessaire. Mais on ne vient pas au Kachmir pour vivre à
+l'hôtel,--autant alors aller en Suisse,--et du reste vous ne
+connaîtrez rien du pays ni de son charme qu'à condition d'avoir une
+installation indépendante et ambulante et de mener (ou de vous
+imaginer mener) dans ce magnifique décor de «Haute-Asie» la vie
+errante de nos hypothétiques ancêtres aryens. C'est là encore une
+fois, conscient ou non, tout le secret de l'attrait subtil et prenant
+de la saison kachmirie. C'est l'évasion hors des ridicules et
+perpétuelles entraves de notre société, où tout est devenu matière à
+contravention, depuis l'acte de prendre du bois à la forêt jusqu'à
+celui de puiser de l'eau à l'océan; c'est la réalisation de ce qui
+reste, depuis l'Eden, la vocation et le rêve de l'homme, la royauté au
+sein d'une nature amie; c'est enfin la satisfaction de ce puissant et
+obscur instinct de vagabondage qui fait qu'au fond de tout civilisé un
+nomade sommeille. La marque, et peut-être aussi la rançon de ce retour
+(oh! combien mitigé, d'aucuns diraient perfectionné) aux moeurs de
+l'humanité primitive, c'est l'importance énorme et insoupçonnée dans
+le cadre artificiel de nos villes, que prend soudain le double
+problème de l'abri et du ravitaillement.
+
+Quelques renseignements seront peut-être encore ici les bienvenus.
+Vous pourrez vous procurer à Srînagar, dans les boutiques des
+inévitables Parsis, toutes les conserves européennes; mais vous ferez
+mieux pendant votre séjour de vous approvisionner, comme fait
+d'ailleurs le reste de la flottante colonie étrangère, aux marchés
+voisins du pont de l'Amira-Kadal. Bien entendu vous n'y trouverez de
+boeuf «ni pour amour ni pour argent», au grand scandale des Anglais,
+qui se dédommagent en consommant force boîtes de _corned beef_.
+L'interdiction est maintenue en vigueur par la dynastie hindoue
+régnante et le meurtre d'une vache, jadis puni de mort, coûterait
+encore à un indigène une quinzaine d'années de prison, et, à un
+Européen, l'expulsion du royaume. En dehors de cette viande prohibée,
+parce que trop sacrée, et de celle de porc que votre cuisinier
+musulman se résignera malaisément à préparer, parce que trop impure,
+votre table pourra être abondamment servie: mouton excellent,
+succulentes volailles, légumes, oeufs et beurre frais, rien ne manque
+au «bazar». Ne vous étonnez pas si votre cuisinier rapporte du marché
+les victuailles enveloppées dans de l'écorce de bouleau: c'est
+l'ancien papier du pays, comme en témoignent les vieux manuscrits, et
+l'on continue à s'en servir pour maint usage domestique. Voulez-vous
+enfin un aperçu des prix, qui, d'ailleurs, ont tendance à monter en
+raison de l'affluence des touristes? Un quartier de mouton, 30 sous de
+notre monnaie; un poulet, de 6 à 10; une livre de beurre ou une
+douzaine d'oeufs, 4; et le reste à l'avenant. Encore rencontre-t-on
+des gens qui se plaignent de la cherté des vivres et vantent le bon
+temps où, pour la roupie, on avait le mouton tout entier.
+
+Voilà pour la table. Quant à l'abri, si vous n'avez déjà pris vos
+précautions à Lahore, vous aurez tôt fait d'acheter ou de louer dans
+une des agences de Srînagar les tentes et le mobilier de camp
+nécessaires. Vous ferez dresser votre maison de toile,--bien plus
+confortable que vous ne pouvez croire, si vous n'en avez jamais
+essayé,--sur la rive et dans les environs de la Résidence, sous les
+ombrages de l'un des _bâghs_, que se sont appropriés les Européens. Il
+y a le Mounchi-Bâgh, qui est un verger au bord du Djhilam, réservé aux
+gens mariés et aux dames seules; il y a le Tchinar-Bâgh qui est un
+magnifique bois de platanes sur le déversoir du lac, à l'usage des
+célibataires hommes; et ainsi l'ivraie est séparée du bon grain.
+Surtout, vous vous assurerez la disposition d'une de ces barques
+indigènes que l'on appelle des _doungas_: elle vous servira de logis
+en même temps que de véhicule, au cours de vos premiers déplacements.
+Ni la roulotte du bohémien, ni même «la maison du berger», dont parle
+le poète, ne vous mènerait bien loin au Kachmir; pendant ces derniers
+jours du printemps, où les eaux sont encore hautes, le bateau vous
+conduira, au contraire, éveillé ou dormant, par la rivière et les
+lacs, à tous les coins les plus intéressants de la vallée. Pour vous
+qui descendez de voiture, moulu de cahots, ahuri de trompette et
+suffoqué de poussière, vous verrez que vous ne perdrez pas au change
+en troquant votre _tonga_ contre une _dounga_.
+
+ (_À suivre._) Mme F. MICHEL.
+
+[Illustration: Nos tentes à Lahore.--D'après une photographie.]
+
+Droits de traduction et de reproduction réservés.
+
+
+
+
+ TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.--2e LIV. Nº 2.--14 Janvier 1905.
+
+[Illustration: «Dounga» ou bateau de passagers au
+Kachmir.--Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.]
+
+
+
+
+L'ÉTÉ AU KACHMIR[1]
+
+ [Note 1: _Suite._ _Voyez page 1._]
+
+Par Mme F. MICHEL
+
+ II.--La «Vallée heureuse» en dounga.--Bateliers et
+ Batelières.--De Baramoula à Srînagar.--La capitale du
+ Kachmir.--Un peu d'économie politique.--En amont de Srînagar.
+
+
+[Illustration: Vichnou porté par Garouda, idole vénérée près du temple
+de Vidjabroer (hauteur 1m40).]
+
+La _dounga_ est un bateau plat, pointu aux deux extrémités, long d'une
+dizaine de mètres et recouvert d'un toit en nattes de roseaux.
+D'autres nattes, se roulant à volonté comme des stores, forment la
+fermeture des côtés, la porte et les séparations intérieures. À
+l'avant, se trouve une petite véranda; puis vient une chambre (la
+mienne avait exactement 4 mètres de long sur 1m80 de large), et enfin
+une pièce plus petite qui sert de cabinet de toilette; à l'arrière, la
+famille du batelier grouille, pagaye et dort dans un espace
+invraisemblablement restreint. Bateau et équipage se louent au mois
+pour une vingtaine de roupies le tout; et l'on y est très
+«confortable» (bien que le lit de camp, si bas qu'il soit, dépasse le
+plat-bord du bateau), à la condition de se réserver l'entière
+propriété de son vaisseau et de le meubler à sa fantaisie. Les
+domestiques suivent dans un autre, où l'on cuisine; qu'en cours de
+route l'heure du repas sonne, la cuisine flottante accoste, et vous
+êtes servi sans qu'il soit besoin de vous arrêter. Un petit bateau
+léger, qu'on appelle _shikara_ et qui sert à la chasse aux oiseaux
+d'eau et aux courses rapides, complète la flottille; avec cela, vous
+pouvez circuler partout sur la rivière et sur les lacs du Kachmir. La
+mode de ces habitations flottantes, que les Anglais appellent
+_house-boats_, a bien passé de la Tamise au Djhilam; on en peut louer
+de fort bien agencées pour la saison. Mais, outre que cela revient
+beaucoup plus cher, ce sont de lourdes et encombrantes machines qui,
+dès que les eaux baissent, risquent à chaque instant de s'échouer;
+puis la _dounga_ est plus couleur locale; et enfin dans aucun cas l'on
+n'échappe aux handjis!
+
+Les handjis sont les bateliers du Kachmir; caste peut-être méprisable,
+à coup sûr méprisée, ils tiennent pourtant une grande place dans la
+vie du pays. Jusqu'à ces dernières années, tous les transports se
+faisaient par eau. Il y a beau temps que les Kachmiris ont découvert
+que leur rivière est un chemin qui marche; aussi, la Vihat, comme ils
+l'appellent, est-elle couverte de barques, depuis les gros chalands de
+charge, jusqu'aux légères _doungas_ de passagers. Les handjis de cette
+dernière catégorie sont les plus mal famés de tous. On dit le plus
+grand mal de la vertu de leurs femmes; il est vrai que l'on vante
+aussi leur beauté.
+
+Espérons que le reproche n'est pas plus mérité que la louange. Du
+moins, si les malheureuses créatures ont eu, dans leur prime jeunesse,
+un moment de fraîcheur, la dure vie qu'elles mènent les a vite
+flétries. Elles pagayent, pontent, ou tirent la cordelle sans relâche;
+puis il leur faut décortiquer le riz ou concasser le maïs dans de
+lourds mortiers de bois, à l'aide d'un grand pilon; enfin, elles ont,
+en plus, le souci d'élever toute une nichée d'enfants qui, d'ailleurs,
+sont charmants. Leur seul délassement est de se quereller d'un bateau
+à l'autre. Ces querelles de handjis sont passées en proverbe au
+Kachmir. Leur répertoire d'injures, au dire de ceux qui les
+comprennent, laisse bien loin derrière lui celui des cochers
+parisiens. Le plus souvent, les femmes seules s'en mêlent et
+s'invectivent avec fureur, tandis que les hommes écoutent en fumant et
+marquent les points sans cesser de rire. Parfois, le soir tombe, et
+l'inspiration n'est pas encore épuisée; alors, chacune des mégères
+renverse, à l'avant de sa barque, une marmite ou un panier. C'est un
+geste symbolique; la querelle est enfermée là-dessous pour la nuit; au
+matin, on retourne l'ustensile, et la voici qui repart de plus belle.
+
+Dès Baramoula, j'ai fait connaissance avec la naïve astuce de ces
+handjis tant calomniés. Il s'agissait, au milieu de la flottille
+amarrée au bord, de nous choisir des barques. De tous côtés, c'était à
+mon adresse des appels et des supplications, mêlés de larmes et de
+prosternements, de gens se jetant sur mes pieds pour en essuyer du
+front la poussière, toute la comédie dont ils sont coutumiers en
+pareil cas. Et toujours un cri dominait: «_Kiline_, Hazour, _kiline_!»
+C'est leur façon de prononcer le mot anglais «clean», la propreté
+étant naturellement la qualité requise par les arrivants européens.
+Mon choix fait, les autres bateliers cessèrent aussitôt leurs
+pathétiques prières; leur tour viendrait une autre fois. Je n'ai,
+d'ailleurs, pas eu à me plaindre des miens, sauf qu'ils avaient, comme
+tous leurs congénères, la détestable habitude de jacasser jour et
+nuit, en dépit de tous mes «_tchoup!_», ce qui est la manière de leur
+crier «silence!» en langue hindoustanie. Il y eut bien quelques
+querelles entre les femmes des deux bateaux; mais elles n'osaient trop
+m'en rebattre les oreilles, et il était plaisant de voir par instants,
+quand elles ne se croyaient pas observées, l'air de rage concentrée
+avec lequel elles se crachaient silencieusement, à l'adresse l'une de
+l'autre, tout leur réciproque mépris.
+
+[Illustration: Enfants de bateliers jouant à cache-cache dans le creux
+d'un vieux platane.--D'après une photographie.]
+
+Mais, une fois embarqué, quel délice de se réveiller dans sa _dounga_
+qui, insensiblement, glisse sur le beau fleuve transparent et calme.
+Si une bonne heure de paresse a son prix, c'est à voir de son lit, par
+la natte à peine soulevée, défiler les vertes rives dans la fraîcheur
+du matin. À la vérité, le paysage immédiat n'a rien que de déjà vu, et
+peut-être sa popularité, parmi les Anglo-Indiens, vient-elle de ce
+qu'il leur rappelle les prés de la Tamise. Nous avons, le premier
+jour, remonté de Baramoula jusqu'à Sopour par un de ces temps tièdes
+et voilés, comme en ont nos étés du nord; les fonds se perdaient dans
+une brume blanche, et, plus près, les ombrages, les grasses prairies
+peuplées de troupeaux, les beaux champs bien cultivés, les larges
+perspectives à peine ondulées et fermées de lignes d'arbres, tout
+était aussi bien une des belles vallées de chez nous. Vers midi, les
+rideaux de gaze qui voilaient l'horizon se déchirèrent, et, dans la
+nue diaphane, apparurent, uniques à voir, les cimes neigeuses qui
+encerclent la vallée, vaste émeraude sertie d'argent; et alors cela
+valut le voyage.
+
+Sans plus de peine, vous pouvez visiter, au cours de cette indolente
+navigation, les curieuses et célèbres ruines du Kachmir. Toutes les
+vieilles capitales et presque toutes les fondations religieuses des
+rois, dont les Chroniques nous entretiennent, jalonnent la rivière,
+qui est la grande artère du pays. Les seuls noms des villages que l'on
+rencontre, Pampour, Lattapour, Avantipour, forcent d'ailleurs les plus
+profanes à connaître les noms de Padma, de Lalitâditya,
+d'Avantivarman. Le bourg de Sopour devrait lui-même son nom à Souyya,
+l'ingénieur de ce dernier prince qui, dit-on, rectifia et cura le
+cours de la Vitastâ. Si l'on en croit la _Râdjataranginî_, il se
+serait borné à vider les coffres du roi dans la rivière! Aussitôt,
+tous les citoyens s'empressèrent d'aller en fouiller le lit pour
+retrouver les dinnars d'or, tant et si bien qu'elle s'en trouva
+désobstruée.
+
+[Illustration: Batelières du Kachmir décortiquant du riz, près d'une
+rangée de peupliers. Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.]
+
+Le procédé est simple, sinon à la portée de tous les esprits et de
+toutes les bourses. Ce fut une autre affaire, au temps du farouche
+Mihirakoula, pour remuer un seul rocher; il faut dire qu'un génie s'y
+était embusqué, qui se riait de tous les efforts. Toutefois, un rêve
+avertit le roi qu'il n'y fallait que la main d'une honnête femme. Les
+dames de la cour et de la ville passèrent l'une après l'autre, par
+ordre de préséance, et le roc ne bougeait toujours pas; ce fut
+seulement quand vint le tour de l'épouse d'un pauvre potier qu'il
+consentit à se mettre en branle. De fureur, Mihirakoula fit mettre à
+mort, non seulement les femmes coupables, mais encore leurs maris et
+leurs frères, pour les punir de les avoir si mal gardées; et il en
+périt ainsi trois _crores_, c'est-à-dire trente millions! Ce n'est pas
+la seule histoire qu'il y aurait à conter; le peu que je viens d'en
+dire n'est que pour vous exciter à en lire davantage dans la
+traduction anglaise,--à moins, bien entendu, que vous ne préfériez
+l'édition sanscrite,--du Dr M. A. Stein.
+
+Un pont à la mode kachmirie, qui en vaut bien une autre, de petits
+sanctuaires hindous, une mosquée, un bazar de village, quelque huit
+cents maisons à toit anguleux comme chez nous, et non plus en terrasse
+comme dans l'Inde, voilà Baramoula, et voilà encore, en plus petit,
+Sopour. Les ponts surtout amusent l'oeil par la nouveauté de leur
+silhouette. Ils sont entièrement en bois. Leurs piles sont formées de
+rangs de solives superposées alternativement en long et en large. De
+loin, on dirait assez bien un tas de planches que l'on veut faire
+sécher. À la base, en amont, une sorte d'éperon, construit de solides
+madriers et rempli de grosses pierres, rompt l'effort du courant; par
+en haut, les piles vont s'élargissant et les pièces de bois parallèles
+au fil de l'eau se font de plus en plus longues, jusqu'à ce qu'enfin
+elles se trouvent assez rapprochées pour qu'on puisse aisément jeter,
+de l'une à l'autre, les traverses du tablier. Ces ponts à jour, outre
+la simplicité et le bon marché de leur construction, ont encore
+l'avantage de résister aux crues, qui passent à travers leurs
+interstices sans les entraîner. Jadis, ils étaient bordés de maisons
+et de boutiques à la façon du Pont-au-Change de nos ancêtres ou du
+Ponte Vecchio de Florence; mais partout ces superstructures ont brûlé
+et n'ont pas été rebâties.
+
+Derrière Sopour, s'ouvre le Voular, le plus grand lac du Kachmir.
+N'étaient quelques belles nappes d'eau libre, on dirait plutôt une
+immense prairie d'herbes aquatiques, où se posent des oiseaux au
+plumage éclatant. Partout flottent en cette saison de vieilles noix,
+ou mieux des châtaignes d'eau (_singhara_), hérissées de quatre
+longues épines, qui sont un des produits du lac et la suprême
+ressource des Kachmiris en temps de famine. Dans des barques plates,
+chargées à couler bas, les riverains recueillent, pour leur bétail,
+les herbages de ce pré de nénuphars et de lotus. Ils chantent en
+arrachant avec leurs mains les larges feuilles humides à tiges
+visqueuses et le vent emporte très loin ces mélancoliques mélopées
+hindoues, qui recommencent sans fin.
+
+Les bateliers ont très grand'peur du Voular; c'est qu'il est
+fréquemment visité par des orages brusquement descendus des montagnes,
+et auxquels leurs bateaux plats et trop chargés du haut ne sauraient
+résister. Ils n'ont d'autre ressource que de gagner au plus vite le
+bord avant que les vagues n'embarquent. Goulâb-Singh, dit-on, faillit
+y périr. Aussi, au lieu de traverser le lac pour gagner l'embouchure
+de la grande rivière, les handjis se hâtent-ils de rejoindre, le long
+de la rive méridionale, l'entrée du canal de Norou. C'est ce que
+firent les nôtres, et non sans raison: au soir, le vent tomba soudain
+sur nous, soulevant les nattes et menaçant de jeter à l'eau mobilier
+et habitants. Nous trouvons, par bonheur, l'abri d'une levée de terre,
+et toute l'équipe de handjis, hurlant d'effroi, s'empresse d'augmenter
+les amarres et d'assujettir le toit du bateau. Après quoi, il n'y eut
+qu'à s'endormir paisiblement, défendu de la pluie et des rafales par
+cet excellent abri de roseaux tressés.
+
+Ces orages s'en vont aussi vite qu'ils sont venus. Au matin, nous
+repartons sur l'eau calme et miroitante. L'occasion est belle, au
+début de la saison, pour gagner, par les étangs intérieurs, le
+voisinage des ruines de Patan. Les _doungas_ glissent sur les
+nénuphars en fleurs ou se coulent à travers les grands roseaux peuplés
+de sarcelles; la transparence de l'eau est telle qu'on peut compter
+les brins de mousse qui tapissent le fond. Un petit canal conduit
+jusqu'à de grands platanes isolés dans la plaine près du village,
+ignoré des cartes, de Palhallan. Aucune place de campement ne paye
+moins de mine; mais on y est comme sur la plate-forme d'un magique
+panorama, d'où la vue s'étend de l'Haramouk au Toutakouti et du
+Kadjnâg au Brahma-Sakoul, sur l'immense cirque de montagnes neigeuses.
+
+[Illustration: Campement près de Palhallan: tentes et
+doungas.--D'après une photographie.]
+
+À quelques kilomètres plus loin, les vieux temples de Patan, fortement
+éprouvés en 1885 par le dernier tremblement de terre, achèvent de
+crouler. Palhallan, magnifiquement ombragé de mûriers, de noyers, de
+platanes séculaires et de peupliers où s'accroche la vigne, a aussi sa
+curiosité: c'est sa héronnière. Des centaines de hérons vont et
+viennent, faisant la navette entre les lacs voisins et les grands
+arbres où ils ont logé leur nichée. Il est comique de les voir se
+poser avec un geste maladroit de leurs longues pattes. D'autres se
+font les plumes ou méditent, le cou rentré dans les épaules, au bout
+d'un rameau desséché; car les cimes dépouillées semblent souffrir de
+cet excès d'habitants. On est en droit de s'étonner que l'art kachmiri
+n'ait pas tiré du héron le même parti que les Chinois et les Japonais
+de leurs cigognes, d'autant que c'est un oiseau royal, dont la chasse
+est interdite. Jadis, les gens de qualité portaient, fixée par un
+joyau à leur turban, une aigrette de plumes de héron, et le fermage de
+la cueillette comptait dans les revenus de l'État. Dans ces dernières
+années encore, le fermier avait à payer 268 roupies et à fournir 2 999
+plumes, pas une de plus, pas une de moins. Mais la mode s'en va, et
+les aigrettes ne reparaissent qu'à l'occasion des mariages, dans le
+costume de mascarade dont on affuble le fiancé.
+
+La maison flottante se remet en marche à travers les étangs
+transparents et fleuris pour regagner le canal de Norou, qui
+s'embranche à Shadipour sur le bras principal de la Vitastâ; juste en
+face, se jette le Sindh, formant ainsi un vrai carrefour de rivières.
+Ce confluent est aux yeux des brahmanes un lieu aussi sacré que le
+point de jonction du Gange et de la Djamna; sur un îlot circulaire, un
+petit platane, pareil à l'arbre éternel dont les pèlerins vénèrent
+encore le tronc dans les souterrains du fort d'Allahabâd, est censé
+ne connaître ni déclin ni croissance. Détail qui a son prix, on pèche
+à cette place vénérée d'excellents poissons appelés _mahsirs_. De là,
+en descendant la grande rivière, on aurait vite fait d'atteindre le
+pont de Soumbal, et, par un étroit déversoir, les eaux vertes et
+profondes du petit lac Manusbal, où une réduction de temple kachmiri
+achève de s'enliser dans la vase. Si, au contraire, on la remonte,
+bientôt se dessine, dans le lointain, le fort sikh de Hari-Parvat, qui
+est la citadelle de Srînagar. Par derrière, se profile, plus haut
+encore, servant d'écran au soleil levant, une colline couronnée d'un
+sanctuaire brahmanique, ce qui n'empêche pas les musulmans de
+l'appeler Takht-i-Souleiman, c'est-à-dire «Trône de Salomon».
+
+[Illustration: Troisième pont de Srînagar et mosquée de Shah Hamadan;
+au fond, le fort de Hari-Parvat.--Photographie Jadu Kissen, à Delhi.]
+
+Srînagar est coupé en deux par la rivière qu'elle borde pendant plus
+de 5 kilomètres. Sept ponts relient les deux rives. J'ai, pour ma
+part, eu l'impression d'arriver dans une ville demi-ruinée. Il
+semblerait que les maisons, dont beaucoup sont étayées, ont été
+laissées en état d'équilibre instable par le dernier tremblement de
+terre, en attendant que le prochain achève de les jeter à bas. Elles
+n'en sont que plus pittoresques, avec leurs petites loggias à l'étage
+supérieur, leurs volets ajourés, sur lesquels, l'hiver, on colle du
+papier pour remplacer les vitres absentes, et surtout leurs toits de
+terre couverts de touffes d'iris et d'herbes folles, ondoyant au
+moindre souffle. Tour à tour défilent des mosquées, avec leur triple
+toit également fleuri, et les temples hindous, dont les dômes oblongs
+sont revêtus de plaques de fer blanc, hélas! empruntées à des bidons
+de pétrole. Des quais et de grands escaliers, bâtis de vieilles
+pierres sculptées, bordent la rivière. Des femmes y descendent emplir
+leurs cruches de terre rouge ou de bronze; leurs petites sandales de
+bois, retenues par un simple champignon passé entre l'orteil et le
+premier doigt, claquent sur les marches glissantes, et c'est miracle
+qu'elles ne se rompent pas le cou; leurs longues robes de laine ont
+parfois des teintes délicieusement passées: vieux vert, bleu pâli,
+grenat foncé. Les _shikaras_ sillonnent en tous sens la rivière, aussi
+nombreux que les fiacres dans une rue de Paris.
+
+Sur la gauche, on a laissé le Mahârâdj-gandj, qui est le bazar
+neuf,--d'autant plus neuf à présent qu'on vient encore de le rebâtir
+après un nouvel incendie. C'est le repaire de tous les gros marchands
+de ces bibelots d'argent, de cuivre ciselé et émaillé, de «papier
+mâché», de bois sculpté et de broderies, qui sont les grandes
+productions artistiques du pays. N'espérez pas leur échapper. Ils vous
+poursuivront sur eau comme sur terre; avec une inlassable patience,
+ils mettront le siège devant votre tente ou votre bateau,
+s'insinueront peu à peu, eux et leurs marchandises, dans la place, et
+ne vous tiendront quittes qu'ils ne remportent, inscrite sur leurs
+livres, votre commande, livrable fin saison. Entre temps, les
+courtiers des banquiers indigènes vous proposent fort poliment
+d'escompter vos chèques, tout comme la Banque anglaise, et même, ce
+que celle-ci ne saurait faire, de vous délivrer des lettres de change
+(en kachmiri, _houndi_) pour les plus lointaines villes de l'Asie
+centrale, où ils ont leurs correspondants attitrés. Et enfin, c'est
+toute la horde des fournisseurs venant faire leurs offres de services,
+tailleurs pour hommes et pour dames (à dix roupies le complet;
+spécialité de paletots pour fox-terriers), bottiers pour la ville et
+pour la montagne, marchands de fourrures, fabricants d'articles de
+voyage et de campement, prêts à vous équiper de pied en cap pour vos
+expéditions futures, vous, vos gens, et, si besoin est, vos chiens.
+
+Pour tout ce petit monde grouillant d'artisans et de commerçants, la
+mort de l'industrie des châles fut, il y a quelque trente ans, un coup
+terrible. On sait que la mode commençait, dès 1870, à en passer; mais
+comme ce commerce était entre les mains de nos courtiers et que la
+guerre franco-allemande vint arrêter brusquement leurs achats, les
+bons Kachmiris établirent tout naturellement une relation entre nos
+désastres et leur ruine. La nouvelle de Sedan fut accueillie chez ce
+peuple démonstratif par des lamentations publiques, qui, pour être
+intéressées, n'en étaient pas moins sincères; et peut-être est-il le
+seul qui ait compati à nos malheurs. Une partie des tisseurs de châles
+ont retrouvé depuis un gagne-pain dans deux manufactures de tapis,
+dont l'une est dirigée par un Français, M. Dauvergne.
+
+Cette crise économique n'est, d'ailleurs, qu'un incident dans
+l'histoire récente de la malheureuse capitale de l'heureuse Vallée. On
+s'explique assez son air de délabrement quand on songe à tous les maux
+qui l'ont éprouvée au cours de ces dernières années: famines, choléra,
+inondations et incendies périodiques, rien ne lui a été épargné;
+par-dessus tout, elle a eu à souffrir de l'hostilité déclarée de la
+nouvelle administration anglaise, qui, bienfait pour le reste du pays,
+fut pour elle un malheur. Cette agglomération de cent vingt mille
+habitants--pour les trois quarts, artisans ou commerçants musulmans,
+et, pour le reste, brahmanes,--pèse d'un poids anormal dans une vallée
+fermée de 35 lieues de long sur 10 de large, et qui compte, au plus,
+huit cent mille âmes. Jusqu'il y a quinze ans à peine, la tradition
+avait été d'exploiter la province au profit de la capitale; le mot
+d'ordre des fonctionnaires prêtés--ou imposés--au mahârâdja par le
+Gouvernement anglais fut, au contraire, de renverser les rôles et de
+sacrifier la ville à la campagne. On ne saurait donner un meilleur
+résumé des deux chapitres que M. W. Lawrence,--le fonctionnaire qui a
+fait le plus pour attacher son nom à cette transformation,--a
+consacrés, dans son intéressant ouvrage (_The Valley of Kashmir_,
+Oxford, 1895), à nous faire sentir la différence entre l'ancien régime
+et le nouveau. C'était, proprement, tout mettre sens dessus dessous et
+vouloir faire marcher le Kachmir sur la tête. Il fallait avoir affaire
+à une population aussi douce et malléable pour qu'un si radical et si
+brusque changement pût être opéré en si peu de temps; partout
+ailleurs, il eût provoqué des troubles, sinon une révolution; mais
+s'il se fit sans révolte, il ne se fit pas sans souffrances, au moins
+pour les citadins.
+
+[Illustration: Le temple inondé de Pandrethan.--D'après une
+photographie.]
+
+Peut-être était-ce aussi leur tour, car il faut avouer que,
+jusqu'alors, la vie du paysan kachmiri avait été des plus dures.
+C'était déjà un principe des vieux rois hindous que l'on ne devait
+laisser aux cultivateurs, gens de basse caste, que tout juste la
+quantité de grains nécessaire pour faire les semailles et attendre la
+récolte suivante, sans mourir tout à fait de faim. Leur conversion en
+masse au mahométisme ne semble pas avoir amélioré leur sort. Rois ou
+gouverneurs musulmans continuèrent de les dépouiller à l'envi, et les
+Sikhs firent de même. Jacquemond définit le gouverneur de son temps
+«le Sikh stupide qui est, pour le présent, en possession de piller ce
+malheureux pays», à charge, sans doute, de rendre gorge dans le trésor
+de Randjit-Singh à l'expiration de sa charge. Quant à Goulâb-Singh,
+l'homme qui vendait couramment ses audiences pour une roupie, il
+n'entendait pas raillerie en matière de revenu. Du temps de
+Ranbîr-Singh, il y avait bien eu quelques tentatives de réformes, mais
+elles avaient échoué, grâce à l'opposition systématique des
+fonctionnaires qui, comme il était naturel sous une dynastie hindoue,
+étaient des brahmanes ou «pandits». Or tous les pandits, depuis le
+_patwari_ de village jusqu'au _vazir-vazarat_ ou gouverneur de
+province, en passant par les _tahsildars_ ou chefs de district,
+s'entendaient entre eux pour exploiter le plus possible le cultivateur
+musulman. La plus grande partie du revenu se payait en nature, et
+l'État, après avoir pris, sans façons, aux campagnards, les trois
+quarts de leur récolte, la vendait à bas prix aux gens de la ville. En
+ce temps-là, nous assure-t-on, une roupie par mois suffisait à faire
+vivre son homme. On comprend, dans ces conditions, l'essor des
+industries citadines, grâce au bon marché de la main-d'oeuvre; mais ce
+n'était pas gai tous les jours pour les villageois qui voyaient la
+meilleure part de leur riz mangée par les frelons de la ruche.
+
+[Illustration: Femme musulmane du Kachmir.--Photographie Jadu Kissen,
+à Delhi.]
+
+[Illustration: Pandit Narayan, assis sur le seuil du temple de
+Narasthân. D'après une photographie.]
+
+Enfin, M. W. Lawrence vint (c'est lui qui parle), chargé du
+_settlement_, c'est-à-dire de la révision du cadastre et de la
+répartition de l'impôt foncier; il prit sous sa protection le paysan
+et déclara, du même coup, la guerre à ceux qu'il appelle ses trois
+ennemis, à savoir, dit-il: 1º les pandits des classes officielles; 2º
+les chefs de village; 3º la cité de Srînagar. Depuis, il est de fait
+que le cultivateur, le _zémindar_, prospère; les autres clans
+prétendent même qu'il prospère insolemment. Il a obtenu du _Settlement
+officer_ les conditions les plus douces qu'il ait jamais connues; et
+ce n'est pas sa faute si, à force de ruses, il n'en a pas obtenu de
+plus douces encore. Si quelques erreurs inévitables ont été commises,
+et si des abus séculaires n'ont pas été réformés d'un coup de
+baguette,--et que, par exemple, les exactions des petits
+fonctionnaires indigènes soient loin d'avoir été supprimées,--il n'y a
+pas de doute que l'immense majorité des protégés de M. Lawrence ne
+soit justement enchantée d'un régime qui, pour la première fois, leur
+permet de garder leur riz et de payer tout ou partie de leurs
+contributions en espèces. Que dire de ses trois ennemis? Avec l'un
+d'eux au moins, la corporation des maires ou _lambardârs_, il a dû
+transiger et leur a alloué, pour les apaiser, une indemnité de 5 pour
+100 sur le revenu de leur village. Mais pour les brahmanes, et, avec
+eux, le reste des habitants de Srînagar, il s'est montré inexorable,
+et il faut avouer qu'ils ont été en grand danger de mourir de faim.
+Ils subsistent cependant, quoique, à la vérité, d'une vie fort
+misérable. Les pandits finiront toujours par s'en tirer; ils ont bien
+su s'arranger pour survivre aux persécutions des gouverneurs afghans.
+Comme, au temps de la domination mongole, ils ont appris le persan,
+voici qu'à présent les jeunes gens se mettent à l'anglais, passent des
+examens, reprennent les places. Assurément, la transition actuelle se
+fait cruellement sentir dans les familles; ils n'en rentreront pas
+moins en maîtres dans cette administration dont M. Lawrence avait
+voulu les chasser à jamais, et cela par la force des choses, pour la
+bonne raison, qu'étant la partie éclairée et intelligente de la
+population, ils redeviendront, bon gré mal gré, la classe dirigeante.
+Les plus à plaindre sont assurément les pauvres artisans de Srînagar.
+Heureusement pour eux, on n'a pas poussé jusqu'au bout les théories du
+_Settlement officer_, qui voulait que la totalité du revenu fût perçue
+en argent et que l'État cessât d'être le grand fournisseur de riz des
+gens de la capitale. C'est ce qu'on fit en 1891, et il en résulta
+l'année suivante une telle famine qu'on n'osa pas recommencer. En
+1893, on décida d'amener encore à Srînagar 300 000 _kharvar_ ou
+«charges d'âne» (177 livres anglaises) de riz du Roi; au moment de
+notre passage, en 1896, on en apportait encore la moitié, et c'est ce
+qui empêchait la ville d'être affamée. Un nouvel essai, tenté il y a
+trois ans, n'a pas été plus heureux, et cette année même (1904), on a
+dû, pour combattre l'excessive cherté, percevoir en nature le tiers du
+revenu de deux districts sur quatre.
+
+Que la médaille ait ainsi son revers, la faute en est moins à M.
+Lawrence, qu'au régime qu'il était chargé d'inaugurer. Ce qu'il est
+venu faire au Kachmir, c'est appliquer simplement à la Vallée le
+système qui prévaut dans toute l'Inde anglaise. On sait que l'impôt
+foncier y constitue le plus clair du revenu. Ce n'est pas la
+politique de l'Angleterre, et pour cause, d'encourager l'industrie
+dans ses colonies. On l'a vérifié dernièrement encore, quand
+Manchester s'est ému de la concurrence des filatures de coton
+anglo-indiennes. L'Inde est, en somme, régie comme une grande
+exploitation agricole, à charge pour elle d'acheter à la métropole la
+plus grande partie des produits manufacturés dont elle a besoin. Ce
+n'est peut-être pas très impérial, mais c'est très pratique. Reste à
+savoir si la situation particulière du Kachmir n'appelait pas quelque
+modification à ce système. Après tout, l'avenir agricole de ce pays
+est aussi restreint que sa partie cultivable. Peut-être eût-il été
+plus sage et plus habile de ne pas tout subordonner à l'unique
+préoccupation d'obtenir une rentrée facile de l'impôt foncier.
+L'adresse de mains des Kachmiris, leur habileté, depuis longtemps
+célèbre, dans les arts décoratifs, pouvait être une source bien plus
+précieuse de revenus. Ce n'était pas si maladroit, de la part des
+anciens rois ou gouverneurs, de sacrifier une partie du revenu de la
+terre à la subsistance des artisans de la capitale et à la prospérité
+de leurs métiers. Le seul droit sur l'exportation des châles
+rapportait à l'État plus de 600 000 roupies; il y avait là des
+compensations. Ce que les châles ne donnaient plus, d'autres
+industries pouvaient le rendre. Dirons-nous celles que les
+administrateurs anglais se vantent d'avoir préconisées? C'est la
+fabrication de la bière et des confitures, lesquelles ne peuvent même
+pas s'exporter, faute de moyens de transport; l'énoncé seul en est
+suffisamment ridicule, et il serait cruel d'insister. Quand le sultan
+Zaïn-oul-ab-Din introduisit dans la Vallée la fabrication du papier,
+du «papier mâché» et des châles, il se montrait plus avisé. Il est à
+craindre qu'en raison de l'enchérissement de la vie et de la
+production de camelote à l'usage des touristes, les arts, qui firent
+la gloire du Kachmir, n'aillent bientôt rejoindre les industries jadis
+si renommées de l'Hindoustan dans la remise aux vieilles lunes.
+
+[Illustration: Pont et bourg de Vidjabroer.--Photographie Jadu Kissen,
+à Delhi.]
+
+De tout ceci, nous voudrions tirer deux petites conclusions pratiques.
+La première est qu'il est sage de se procurer à Srînagar, en même
+temps que la passe nécessaire à tout «Européen, Américain ou
+Australien», un _parvana_, sorte de lettre de réquisition, dont on
+pourrait user, à l'occasion, soit pour se procurer des coolies sur les
+routes trop fréquentées, soit surtout pour assurer le ravitaillement
+de ses gens dans les villages écartés, où vous avez toutes les peines
+du monde à obtenir des paysans qu'ils vous vendent un peu de leur riz.
+L'autre conseil, que nous donnerions volontiers, serait de ne pas
+prendre un _shikari_ comme chef de caravane, à moins qu'on ne soit
+venu au Kachmir spécialement pour chasser. Si à ces lointaines et
+fatigantes expéditions vous préférez la visite de la Vallée,
+faites-vous plutôt suivre d'un pandit. Au prix réduit où sont en ce
+moment l'instruction et les bonnes manières, vous trouverez aisément,
+pour le salaire d'un domestique indien, un brahmane bien élevé,
+parlant l'anglais, et capable de vous servir non seulement
+d'interprète, mais encore de secrétaire en kachmiri, voire même en
+sanscrit et en persan. Il vous rendra les mêmes services comme
+intermédiaire auprès des tahsildars et lambardârs rencontrés en route;
+et l'on devine que sa familiarité avec le pays lui permettra de
+satisfaire à chaque pas votre curiosité, et rendra bien plus
+intéressant le voyage; car passer sans comprendre, c'est passer sans
+voir.
+
+Les attractions de Srînagar et ses distractions mondaines
+épuisées,--nous y reviendrons à l'approche de l'automne,--il est, dès
+la mi-juin, temps de repartir; car voici la chaleur qui arrive, et
+avec elle les moustiques et parfois quelques cas de malaria. On a
+assez souvent comparé le climat de la Basse-Vallée, en été, à celui de
+la Lombardie.
+
+Par les méandres qui, vus du haut du Takht-i-Souleiman, dessinent dans
+la Vallée comme une palme (le motif décoratif des anciens châles), on
+atteint d'abord Pandrethan, qui passe pour être l'ancienne capitale
+détrônée par Srînagar. Elle s'étendait sur les premières pentes des
+collines, à l'abri des inondations de la Vitastâ. Ses ruines ne sont
+plus qu'un chaos de pierres. Seul, un petit temple est encore debout
+au milieu de sa cour quadrangulaire qu'a envahie l'eau de son _nâga_:
+c'est le nom que les Kachmiris donnent aux fontaines et aux serpents
+mythiques à tête humaine, qui sont censés en être les divinités
+protectrices. Sur le petit étang, ainsi formé, flotte un bachot. En
+voulant m'y embarquer, je me rencontre nez à nez avec mon premier
+serpent. Mais celui-ci n'avait rien de mythique, ni non plus celui que
+l'on trouva, quelques jours plus tard, roulé sous la natte de ma
+tente; après quoi je n'en vis plus, ni ne souhaitai d'en voir
+davantage.
+
+La bête tuée à coups de bâton par les handjis, je demande au pandit,
+lequel réprouve cet assassinat, s'il la croit venimeuse; au lieu de se
+baisser pour examiner sa forme et sa couleur, le voilà qui se dresse
+sur ses babouches, le nez en l'air, dans la direction du
+nord-ouest.... C'était pourtant bien la réponse à ma question que
+l'honnête homme cherchait ainsi dans les nuages. Étant donné que Çiva
+réside sur l'Haramouk, qu'il porte comme colliers et bracelets des
+serpents, et qu'en sa qualité de divinité tutélaire de la Vallée, il a
+promis que la morsure de ces derniers ne serait jamais mortelle en
+aucun lieu d'où l'on découvre la cime neigeuse de sa demeure, le
+problème se résumait donc à vérifier si, de cette place, on apercevait
+la pointe de l'Haramouk. «Tant que vous la verrez, ajouta le pandit,
+vous pourrez être tranquille, mais après il faudra se méfier....» Je
+préfère me méfier avant.
+
+[Illustration: Ziarat de Cheik Nasr-Oud-Din, à Vidjabroer.--D'après
+une photographie.]
+
+Plus en amont, Pampour montre une base de temple hindou, une mosquée,
+un pont et des champs où le safran fleurira à l'automne. La récolte de
+cette suprême délicatesse des gourmets kachmiris est un monopole
+d'État, et la poudre dorée des étamines se paye au poids de l'argent.
+On fabrique aussi à Pampour d'excellents biscuits, qui sont d'une
+grande ressource en campagne et valent, à mon avis, le meilleur pain.
+
+Je dois, faute de place, brûler les étapes et me borner à énumérer les
+buts d'excursion les plus intéressants. De Pampour, sur la rive
+droite, on visite les sources sulfureuses de Vian et les ruines des
+temples de Ladou. De Kakapour, sur la rive gauche, deux heures de
+marche vous conduisent au petit temple, bien conservé, de Panyech,
+bijou de l'art kachmiri, sculpté dans l'assemblage de dix blocs de
+pierre. Quant aux temples de Narasthân, il faut une bonne journée de
+marche pour les découvrir au pied des hautes montagnes neigeuses de
+Brariangan. En revanche, les doubles ruines d'Avantipour bordent la
+rivière, à moitié enfouies dans les alluvions.
+
+[Illustration: Le temple de Panyech. À gauche, un brahmane; à droite,
+un musulman. Photographie Jadu Kissen, à Delhi.]
+
+Plus haut se présente le confluent de la Vitastâ et de la Veshau, non
+moins sacré, aux yeux des Hindous du pays, que celui de la Vitastâ et
+du Sindh. Au-dessus, surplombe un _karéva_, sorte de plateau alluvial
+bizarrement découpé en bastion par les eaux; c'est au sommet que
+Kaçyapa aurait médité mille ans, avant de dessécher la Vallée. On
+pourrait, d'ailleurs, lui reprocher de n'avoir fait sa besogne qu'à
+moitié. Quand, dès le début de la saison des pluies, quelque gros
+orage vient déverser jusqu'au Kachmir ses trombes d'eau, au moment de
+la fonte des neiges, la Vallée, brusquement submergée, se trouve,
+faute d'une issue suffisamment large, en passe de redevenir un lac.
+Les inondations de juillet 1893 furent désastreuses, celles de juillet
+1903 ne le furent pas moins, et l'on estime qu'un sixième des récoltes
+a été détruit d'un coup: sans doute les _nâgas_ avaient faim, et le
+temps était venu pour eux de prélever leur dîme périodique.
+
+Au pied du _karéva_ de Tsakadar, dans un étang aujourd'hui desséché,
+se localiserait, de toute antiquité, une des plus curieuses légendes
+du Kachmir. En ce temps-là, un _nâga_ habitait encore l'étang, et des
+arbres se miraient dans son eau limpide; un jeune brahmane, en voyage,
+vint un jour y chercher l'ombre et la fraîcheur. Comme il s'apprêtait
+à entamer ses provisions de route, il aperçut tout à coup devant lui
+une jeune fille si belle, qu'à voir sa «figure de lune», il en oublia
+de manger. Son trouble et sa confusion augmentèrent, quand il vit que
+la belle enfant se contentait, pour tout potage, de racines de lotus.
+Ému d'un tendre sentiment, il l'invita à partager son riz, lui apporta
+à boire dans une coupe de feuilles, puis, tout en l'éventant, la pria
+de lui conter son histoire et de lui expliquer comment, avec de si
+beaux yeux, elle faisait si maigre chère. Sans plus de cérémonie, la
+_nâgî_,--car c'en était une,--lui répondit que la plus belle fille du
+monde ne peut manger que ce qu'elle a; quant à la raison de sa
+pauvreté, qu'il en référât à son père; il le trouverait à la _mêla_ du
+village voisin,--en Bretagne on eût dit: au pardon,--et le
+reconnaîtrait aisément, dans la foule, à son chignon tout ruisselant
+d'eau. C'est ce qui arriva: le _nâga_ confie au jeune brahmane que les
+temps sont durs, et qu'il est réduit à la plus grande disette; car ces
+souterraines divinités ont besoin de grain tout comme les hommes, et
+les orages sont leur façon de moissonner les récoltes à leur profit.
+Or les champs du voisinage étaient gardés par un ascète si
+consciencieux, qu'aucun épi nouveau n'approchait jamais de sa bouche;
+et tant qu'il n'en mangeait pas, il était impossible aux _nâgas_ d'y
+toucher. C'était pour lui et les siens le supplice de Tantale.
+L'amoureux brahmane n'a de cesse qu'il n'ait obligé le père d'une si
+jolie fille. Il s'avise du stratagème fort simple de mêler quelques
+grains de riz nouveau à la bouillie de l'ascète, quand celui-ci avait
+le dos tourné. À peine le vieillard en a-t-il porté une boulette à sa
+bouche, que, dans un tourbillon de grêle, le _nâga_ emporte toute la
+moisson; reconnaissant, il donne sa fille en mariage au brahmane. Les
+deux époux vivaient heureux, mais leur bonheur fut de courte durée. Un
+jour que la _nâgî_ était sur sa terrasse, elle aperçut un cheval
+détaché de l'écurie, et qui mangeait à même un tas de riz que l'on
+avait mis à sécher dans la cour. Elle appelle pour qu'on le chasse,
+puis, comme aucun serviteur ne répond, elle y court elle-même,
+accompagnée du son argentin de ses bracelets, et le cheval emporte sur
+sa croupe l'empreinte dorée de la belle main qui l'avait frappé. Ce
+fut l'origine de tout le mal. Cette vue exaspéra les passions du roi
+du pays. Il essaya d'abord, vainement, de séduire la jeune femme. Puis
+il prétendit l'obtenir de son mari, mais le pandit n'était pas du tout
+«Régence» et n'apprécia pas l'honneur que le roi voulait faire à sa
+maison. Enfin quand, de guerre lasse, celui-ci envoie ses soldats pour
+enlever la _nâgî_ par la force, le brahmane appelle son beau-père à
+son secours. Le _nâga_ sort tout en furie de son étang, et en moins de
+temps qu'il n'en faut pour le dire, brûle, pêle-mêle, le roi, la ville
+et tous ses habitants. Après quoi, dégoûté du monde, et non sans
+quelque remords de son accès de vivacité, il se retira dans la
+solitude, sur la route d'Amarnâth, où il est encore.
+
+Non loin de là, sur la rive gauche, le gros bourg de Vidjabroer (le
+Bij-Bihara des cartes anglaises), possède un temple hindou moderne,
+bâti par Goulâb-Singh, et où se conservent de curieuses idoles, et une
+jolie _ziarat_ musulmane à triple toit. À chaque pas, d'ailleurs, on y
+rencontre des vestiges d'antiquités, et son pittoresque bazar
+fourmille d'anciennes monnaies de cuivre. On campe de l'autre côté du
+pont, sous des platanes séculaires, non loin de la maison où le
+mahârâdja se repose un jour ou deux, quand il vient à Srînagar. Nous y
+avons eu la visite d'un vieux fakir musulman, qu'on ne manquerait pas,
+en pays civilisé, de coffrer comme vagabond. Les domestiques s'en sont
+emparés et lui ont servi un repas copieux: une effroyable quantité de
+riz, des _tchapatis_ (sortes d'épaisses galettes qui tiennent lieu de
+pain) et du fromage frais, largement saupoudré de sucre, de quoi
+rassasier trois hommes; puis ils lui ont présenté un _houka_. Pendant
+que notre cuisinier, très dévot musulman, le couvait avec des yeux
+attendris de jeune mère pour son nouveau-né, l'affreux bonhomme fumait
+béatement, ne lâchant le tube que pour vociférer quelque anathème à
+l'adresse de l'humanité qui l'engraisse et le couvre, pendant qu'il
+lézarde au soleil, en grattant sa vermine à deux mains. Au physique,
+il n'a rien du fakir tel qu'on l'imagine et qu'il est ordinairement.
+Énorme, chauve, sous ses sourcils en broussailles ses petits yeux
+clignotants toisent insolemment ceux qui l'examinent; son nez camus et
+sa longue barbe frisée lui font une tête de vieux faune. Quand le
+mahârâdja passe à Vidjabroer, il ne manque jamais de le faire
+demander; mais le vieux fakir, dédaigneux des honneurs, se dérobe et
+reste introuvable. Aussi ne vous dirai-je pas son nom: j'ai oublié de
+le demander, l'ayant aussitôt baptisé Diogène.
+
+Mais déjà la rivière s'étrécit entre ses rives bordées de chanvre;
+bientôt elle se fait moins profonde et le courant plus dur. C'est le
+moment pour les bateliers d'invoquer leur saint patron _Dast Guir_,
+tout en poussant la perche ou en tirant la cordelle. À un certain
+moment, ils sont obligés de marcher dans l'eau, les uns tirant, les
+autres poussant le bateau, qu'enfin ils amènent devant le terrain de
+campement, à Islamabâd; efforts d'autant plus méritoires, qu'arrivés
+là, il ne reste plus qu'à les congédier.
+
+Tandis qu'on dresse les tentes, les chefs de famille apportent le
+cahier de certificats de l'équipage. Il en est de curieux; nous
+relevons notamment, au passage, celui d'un gentleman qui déclare
+quitter le bateau avec indignation «parce qu'il ne peut supporter plus
+longtemps la vue de la jolie soeur du batelier, faisant un travail de
+cheval.» Mais il ne suffit pas de les lire, nous dûmes aussi
+collaborer à cette bizarre collection d'autographes. Après quoi il
+fallait voir les salâms, les protestations et l'air de dévotion
+comique avec lequel ils portaient à leurs fronts les roupies données
+comme _bakchich_, et bien méritées, d'ailleurs, par deux mois de bons
+et loyaux services.
+
+(_À suivre._) Mme F. MICHEL.
+
+[Illustration: Temple hindou moderne à Vidjabroer.--D'après une
+photographie.]
+
+Droits de traduction et de reproduction réservés.
+
+
+
+
+ TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.--3e LIV. Nº 3.--21 Janvier 1905.
+
+[Illustration: Brahmanes en visite au Nâga ou source sacrée de
+Valtongou.--D'après une photographie.]
+
+
+
+
+L'ÉTÉ AU KACHMIR[2]
+
+ [Note 2: _Suite._ _Voyez pages 1 et 13._]
+
+Par Mme F. MICHEL.
+
+ III.--Sous la tente.--Les petites vallées du Sud-Est.--Histoires
+ de voleurs et contes de fées.--Les Ruines de Martand.--De
+ Brahmanes en Moullas.
+
+
+[Illustration: Gargouille ancienne, de style hindou, dans le mur d'une
+mosquée, à Houtamourou, près de Bhavan.]
+
+Islamabâd, ou, comme l'appellent les Hindous, Anantnâg, est à peu près
+situé au confluent des quatre rivières non navigables, Sandran,
+Bringh, Arpat et Lidar, branches de l'éventail dont le manche est la
+Vitastâ. La vallée de chacun de ces ruisseaux ou plutôt de ces
+torrents rivalise de pittoresque avec sa voisine. Que leur charme
+agreste ne date pas d'hier, c'est ce que prouvent les villas d'été
+qu'y avaient bâties les empereurs mogols, et dont les restes
+subsistent toujours. Jehan-Guir, surtout, s'y complaisait en compagnie
+de la belle Nour-Mahal, dont le souvenir, à la fois idyllique et
+tragique, flotte encore sous l'ombre des platanes plantés par elle. Et
+vraiment, quiconque a visité tous les recoins du pays comprend ce que
+Bernier nous dit de cet empereur: «qu'il en était devenu tellement
+amoureux qu'il ne le pouvait quitter et qu'il disait quelquefois qu'il
+aimerait mieux perdre tout son royaume que de perdre Cachemire.»
+
+Islamabâd est le point de départ obligé pour toutes ces excursions
+qu'il faut bien faire sous la tente, puisque presque nulle part il n'y
+a de _bungalows_. C'est en même temps le point de chargement pour tous
+les produits des villages, qui descendent vers Srînagar. Le grand
+verger, qui sert de campement, est très animé, ainsi que la berge
+bordée d'une nombreuse flottille. Mais, la nuit, les aboiements des
+chiens, les hurlements des chacals et les braiements des petits ânes
+de charge empêchent tout sommeil. Aussi, je me contente d'une rapide
+visite aux sources sacrées et au bazar de la ville. Ou y trouve des
+étoffes brodées nommées _gabas_, de toutes teintes et de toutes
+tailles, depuis les plus petits tapis de table jusqu'aux rideaux et
+portières de plusieurs mètres. Très bon marché et très décoratives,
+ces broderies rappellent le dessin des anciens châles. On y fabrique
+aussi de jolis rouets de parade, peints et argentés, qui sont donnés
+en cadeau de noces aux fiancées kachmiries.
+
+Nous plions bagage dès le surlendemain. Au matin, les tentes sont
+abattues et tout le fourniment gît pêle-mêle sur l'herbe. Le _tub_
+fraternise avec le garde-manger, la broche du khansama fait commerce
+d'amitié avec le sac à ombrelles, la literie voisine avec les
+casseroles: c'est un vrai déballage de bohémiens au bord d'un grand
+chemin. Aussi bien allons-nous vivre de la même vie nomade que, sages,
+ils ont su garder du temps de nos préhistoriques ancêtres. La grosse
+affaire est de répartir tout cela en paquets d'un poids sensiblement
+égal, d'environ 80 livres. Le _bandobast_ se fait,--entendez que tout
+se débrouille,--comme par enchantement. La toile des tentes se roule
+autour des bâtons, le lit démontable s'emballe dans sa sangle, la
+literie se met à l'abri de la poussière ou de l'humidité dans des
+draps caoutchoutés. Vaisselle, batterie de cuisine, provisions de
+toutes sortes s'arriment dans le ventre rebondi ou allongé des
+_kiltas_, paniers d'osier recouverts de cuir, légers, solides,
+imperméables, qu'on fabrique tout exprès dans le pays. Les chaises de
+camp s'entassent sur les tables également pliantes. Au total, vingt
+charges: il nous faudra donc vingt hommes ou dix poneys pour
+transporter après nous dans la djangle tout l'essentiel de la
+civilisation. Le chiffre est modeste si l'on songe qu'au grand Mogol,
+en déplacement, il fallait trente mille porteurs!
+
+[Illustration: Temple ruiné, à Khotair.--D'après une photographie.]
+
+Le curieux n'est pas qu'il en faille, mais qu'on en trouve. Non
+seulement le Kachmir est comme un grand parc mis à la disposition du
+visiteur et où il peut dresser sa tente à volonté, mais lui plaît-il
+d'aller plus loin, il n'a qu'à dire. Au matin, il trouve, assis près
+des tentes, des braves gens du plus proche village qui ont laissé pour
+son service leurs maisons et leurs champs. Avec leurs 80 livres sur le
+dos, ils iront où il lui plaira de les conduire. Les prix sont fixés:
+pour l'étape d'environ 20 kilomètres, 4 annas; pour la mi-étape, 2
+annas, c'est-à-dire 40 ou 20 centimes de notre monnaie. Sur un bon
+conseil qui me fut donné, j'avais emporté à leur intention quantité de
+petites pièces d'argent de 2 et 4 annas. Je faisais ranger les coolies
+et veillais à ce que chacun reçût bien son compte. Grâce à ce système,
+je n'eus jamais de difficulté pour trouver des porteurs. C'était
+plaisir de voir le sourire que chacun d'eux, tour à tour, faisait à sa
+piécette, tandis que les derniers de la file touchaient du coin de
+l'oeil et se grattaient la tête dans leur inquiétude qu'il n'en restât
+pas jusqu'à eux.
+
+C'est à Atchibal, notre première étape, que je me donne pour la
+première fois cette comédie. Du pied de la colline, font éruption
+trois sources, qui sont aussitôt trois ruisseaux; pour en mieux jouir,
+les empereurs mogols avaient creusé des bassins et bâti des terrasses
+surmontées de pavillons de plaisance. Tout cela est à présent bien
+délabré. Pourtant, les trois cascades jouent encore, et c'est près
+d'elles qu'est installé notre campement, à l'ombre des platanes
+séculaires, entre quatre ruisseaux qui entretiennent une délicieuse
+fraîcheur.
+
+C'est encore à Atchibal que j'apprends la première et dernière
+histoire de vol dont j'aie entendu parler au Kachmir. En ce
+bienheureux pays, la sécurité est parfaite, dans tous les cas plus
+grande qu'en France, où je ne me vois pas bien dormant en pleine
+campagne sous un simple abri de toile. Pourtant, fait inouï, on a
+tenté la nuit dernière de dérober une malle dans un camp établi de
+l'autre côte du village. Un pareil attentat contre la propriété des
+Sahebs réclamait une éclatante vengeance; deux inspecteurs de police
+sont aussitôt accourus d'Islamabâd. Nous apprenons ce matin qu'ils ont
+passé la nuit à bâtonner successivement tous les gens du hameau afin
+de leur faire avouer plus vite le crime qu'ils ne peuvent pourtant
+pas tous avoir commis. Ce sont là, paraît-il, les procédés ordinaires
+de la police; on ne saurait trop s'élever contre eux. Le _lambardâr_
+(maire du village) vient en pleurant me prier d'intervenir. J'y
+consens: allons demander un peu à ces policiers ce qu'ils croient que
+le résident penserait de ces moyens d'enquête.... Mais j'ai mal
+compris le discours du bonhomme; ce n'est pas du tout de cela qu'il
+s'agit. Les villageois ne se plaignent pas le moins du monde d'avoir
+été battus. Qui serait assez bête pour avouer un vol autrement que
+sous le bâton? Mais voilà qu'on veut à présent leur extorquer un
+cautionnement de 100 roupies qu'ils sont sûrs de ne jamais revoir.
+C'est contre cela qu'ils protestent. Ils veulent bien être battus,
+mais ils ne veulent pas payer pour l'avoir été! Tant de philosophie de
+la part des intéressés a jeté une douche sur mon bel accès
+d'indignation et je laisse villageois et policiers s'arranger en
+famille.
+
+[Illustration: Nâga ou source sacrée de Khotair.--D'après une
+photographie.]
+
+Après les sources d'Atchibal, ce qu'il faut voir dans le fond sud-est
+du Kachmir, ce sont celles de Koukar-Nâg et de Ver-Nâg. Des routes
+directes y conduisent d'Islamabâd. Mais il vaut mieux, à notre avis,
+prendre le chemin des écoliers et aller faire le grand tour par la
+vallée de Nauboug. Pour commencer, nous contournons, à l'est, les
+collines d'Atchibal et faisons un premier crochet pour rendre visite
+au _nâga_ et aux ruines de Kothair. Les pierres des vieux temples sont
+toutes rongées par le temps, mais le bassin circulaire de la source
+est toujours merveilleux de limpidité; on dirait d'un morceau de ciel
+tombé dans un creux de colline.
+
+Nous reprenons le sentier qui escalade à présent un petit rameau
+montagneux, fort exposé au soleil, entre deux vallées. Du haut du col,
+on voit, en avant, s'ouvrir les vallons tributaires de la Bringh. Les
+gens pressés pourraient, en poussant tout droit, gagner Koukar-Nâg par
+Sôp et ses mines de fer. Nous tournons au contraire, à gauche, pour
+installer le camp à l'ombre des peupliers de Karpour. Plus hauts
+encore que ceux de Srînagar, ils forment, au centre d'un petit cirque
+de montagnes, un bouquet d'arbres magnifiques. Quelques-uns tombent de
+vieillesse. L'un d'eux s'est abattu en travers du sentier: impossible
+de remuer une semblable masse. On a trouvé plus court de creuser un
+passage au milieu de l'énorme tronc.
+
+Le lendemain, une autre passe nous mène dans la vallée de Nauboug. À
+celle-ci, on ne peut reprocher que d'être trop jolie. On dirait d'un
+parc bien entretenu. Une claire rivière serpente sur des galets polis
+entre des rizières d'un vert incomparable. Au-dessus, les champs de
+maïs s'étendent jusqu'aux vergers, qui ne finissent eux-mêmes qu'à la
+lisière des sapins. Mais, dans les creux exposés au nord, de grandes
+coulées de neige subsistent, et de ci, de là, s'ouvrent des échappées
+sur les hautes cimes, qui mêlent dans le bleu du ciel la blancheur de
+leurs glaces éternelles à celle des nuages d'été.
+
+Le meilleur campement est à Laram, au-dessus du village, sous des
+noyers. Il y faisait si délicieusement frais qu'en plein mois de
+juillet je trouvais plaisir, chaque soir, à me chauffer. C'est un des
+meilleurs souvenirs de mon voyage que ces soirées passées devant le
+feu du campement, où parfois flambait tout un sapin; car le bois ne
+manque pas. Rien d'ailleurs ne nous fait défaut de ce qui est
+nécessaire au ravitaillement: lait, beurre, oeufs, poulets, prennent
+spontanément le chemin du camp. Le miel est délectable. Enfin, ces
+bons Kachmiris ont eu l'ingénieuse prévenance de semer de véritables
+champs de petits pois et de faire grimper un peu partout des haricots
+autour des tiges de maïs. Seulement, on a quelque peine à leur faire
+comprendre qu'on désire les manger verts; leur idée est qu'on attende
+qu'ils soient _paka_ (cuits), c'est-à-dire mûrs. Plus lard, dans la
+vallée du Lidar, à mesure que nous gagnions une altitude plus haute,
+nous devions en trouver, très tard dans la saison, qui n'étaient pas
+encore secs. Cette découverte fut une joie si pure que je décidai
+immédiatement d'en faire part à mes contemporains et de composer dès
+mon retour un _Traité sur l'existence des légumes verts dans la
+djangle kachmirie_; ainsi me vint la première idée d'écrire les notes
+que vous lisez.
+
+En quittant Laram, comme je chemine au petit matin par le sentier
+humide, brusquement s'impose à moi, absurde et délicieuse, une
+impression de sol natal. Est-ce le pittoresque rétrécissement de la
+fraîche vallée et la vue de cette ferme paisible au milieu de ses
+vergers de pommiers remplis de gui? Est-ce le joyeux tic-tac que ce
+petit moulin mêle à l'allègre rumeur du ruisseau qu'il enjambe, ou le
+grisant parfum de miel qui monte de ce champ de blé noir en fleurs?
+Sans doute, c'est un peu tout cela qui fait que je me crois, comme par
+enchantement, transportée en Basse-Bretagne; et j'éprouve cette joie
+qui est peut-être la meilleure récompense du voyageur,--qui est aussi
+assurément la meilleure condamnation du voyage,--de goûter après tant
+d'inutiles courses la secrète douceur des paysages familiers.
+
+À quelques milles plus loin, on atteint les bords de la Bringh: la
+rivière coule très encaissée dans un lit étroit et creusé dans le roc
+vif, ce qui donne à ses eaux une teinte particulière d'opale bleutée.
+Au-delà du pont qui la franchit, on rejoint la route qui mène du
+Kitchwar en Kachmir. Il est rare qu'on n'y rencontre pas quelques
+Kichtwaris en voyage avec leur passe-montagne, leur court justaucorps
+et leurs inexpressibles _pyndjamas_, dont le fond, sillonné de mille
+plis, est tout un poème. Sur le chemin tout droit et ensoleillé, les
+arbres des villages font des haltes d'ombre où le repos semble
+d'autant plus doux. Comme nous approchons de l'un d'eux, j'entends un
+chant bizarre. C'était une sorte de mélopée qui montait, montait
+toujours, de plus en plus déchirante, pour finir par des sanglots.
+Information prise, c'était le chant de deuil d'une mère dont le fils
+était mort trois jours avant. Assise devant sa maison, près de son
+rouet délaissé, elle exaltait, dans une improvisation dolente, la
+beauté et les qualités du disparu. Chaque matin, jusqu'à la prochaine
+quinzaine obscure, elle devait, dès l'aube, manifester à nouveau sa
+douleur, jusqu'au moment où une autre femme, parente ou voisine,
+venait en silence poser sa main sur la bouche de la vocératrice, et
+lui faisait ainsi comprendre qu'elle s'était assez lamentée pour ce
+jour-là.
+
+[Illustration: Ver-Nâg: le bungalow au-dessus de la source.--D'après
+une photographie.]
+
+Nous plantons les tentes près de Vangam, dans un verger d'abricotiers,
+pour visiter, à une petite heure de là, sur la gauche, dans un de ces
+charmants vallons dont le pays abonde, la source intermittente de
+Soundbrâr. En juillet, ce n'est plus qu'une sorte d'entonnoir bordé de
+pierres brutes; mais en avril et mai, la source bouillonne et coule,
+dit-on, trois fois par jour. À cette époque, les pèlerins viennent en
+foule se baigner dans cette eau supposée sacrée. Rangés en silence
+tout autour, ils attendent sa venue, mais si, à son apparition,
+quelque sot crie: «La voilà!», l'onde, offensée, immédiatement se
+retire; du moins on me l'affirme avec un grand sérieux. Au temps de
+Bernier, «cette merveille du Cachemire» était déjà célèbre. Il la
+visita et en tenta une explication fondée, vu l'activité de la source
+au printemps, sur la fonte des neiges environnantes. Au lieu d'une
+cause physique, les Kachmiris assignent à cette intermittence une
+raison psychologique bien plus profonde. La déesse (car,
+naturellement, la source est fée) s'est dit: «En cet âge de fer, si je
+suis ici toute l'année, personne ne fera attention à moi. Je ne
+manifesterai donc ma présence que deux mois par an; on ne m'en rendra
+que plus d'hommages....» Et le calcul s'est trouvé juste.
+
+[Illustration: Temple rustique de Voutanâr.--D'après une
+photographie.]
+
+De Vangam, il n'y a qu'une courte étape jusqu'à Koukar-Nâg. Mais ici
+les mots me manquent pour décrire le charme de ce féerique séjour. Que
+vous dirai-je? Du pied d'une colline, couverte de pivoines
+arborescentes, jaillissent une dizaine de sources qui forment, limpide
+et fraîche, une petite rivière; aux bords, les mousses, les fougères,
+les myosotis, les reines des prés, se mêlent aux massifs de
+boules-de-neige et de rhododendrons. Au-dessus, des jasmins, des
+clématites, des rosiers grimpent aux arbres et retombent en
+berceaux.... Je sais bien qu'ailleurs il y a de toutes ces choses;
+mais nulle part, comme là, tout cela ne murmure, ne fleurit, ne
+parfume et n'enchante. Par instants sous la feuillée, ondule un éclair
+blanc à tête bleue, qui est un oiseau de paradis, au nom digne des
+lieux qu'il habite.... Du moins, ai-je cru y retrouver comme un
+vestige de l'antique Éden!
+
+Par intervalles seulement nous arrivent les bruits du monde. Un
+vieillard déguenillé, traînant son cheval par le licou, s'est arrêté
+près des tentes des domestiques et a conté la nouvelle du jour. Le
+mahârâdja est arrivé ce matin dans la Vallée; pour ses débuts, il a
+fait bâtonner le tahsildar (le sous-préfet) de Ver-Nâg. La raison: il
+n'y avait pas une provision d'herbe suffisante pour ses chevaux.
+Justement, je rencontre en me promenant deux jeunes garçons
+paisiblement assis à l'ombre, à côté d'un grand faix d'herbe: ils me
+font penser aux porteurs de marée de Vatel.
+
+Environ trois lieues nous séparent de la résidence du pauvre
+sous-préfet, qui, dit-on, aurait même laissé dans l'algarade une
+partie de sa barbe; et depuis il ne se montrait plus. Il suffit de
+traverser le petit massif qui sépare la vallée de la Bringh de celle
+de la Sandran. Par ce matin de juillet, nous passons près du petit
+temple rustique de Voutanâr. Du sentier, des chants nasillards
+s'entendaient entre les arbres; c'était le brahmane du lieu qui
+faisait sa _poudjâ_. Il était accroupi devant une noire statue de
+Vichnou à trois têtes, dont une de sanglier. Il l'avait déjà baignée,
+drapée dans un châle et couronnée de fleurs. Autour de lui gisait
+l'ordinaire attirail du culte: la conque, pour chasser les mauvais
+esprits, la clochette, pour réveiller l'attention du dieu, la lampe
+pour l'éclairer, le chasse-mouches pour l'éventer et les cymbales pour
+lui faire de la musique. Infatigablement, le vieux prêtre psalmodiait
+ses hymnes.... Qui donc disait que tous les dieux étaient morts?
+
+Du haut du raidillon qui monte derrière Voutanâr, la vue est un vrai
+coup de théâtre. À nos pieds, au fond de la vallée étroite et semée de
+bouquets d'arbres qui marquent les villages, le lit rocailleux de la
+Sandran court encadré de rizières et bordé de tamaris en fleurs. Dans
+un groupe de peupliers hauts comme des mâts de navire, on aperçoit le
+large bassin octogonal de Ver-Nâg. Par derrière, se dresse la
+formidable muraille du Banihal et les croupes boisées des contreforts
+qui en descendent. Le mince ruban qui les coupe est la route de
+Djammou, réservée au mahârâdja. Nous nous heurtons à la barrière
+méridionale du Kachmir.
+
+Au-dessus des arcades mogoles en alcôve, dont Jehan-Guir entoura la
+merveilleuse source de Ver-Nâg, se dressent, sur trois côtés, des
+pavillons, ouverts à tous les vents, qui servent de _bungalows_. La
+belle Nour-Mahal y résida peut-être; en tous cas, c'est délice de s'y
+installer entre le bassin bleu et la colline verte. Un fouillis de
+clématites et de lianes, s'accrochant aux sapins, escalade la pente
+presque à pic. L'azur profond de l'eau est sillonné de poissons par
+myriades. Le gouffre, de plus de 100 mètres de tour, passe pour
+insondable; du moins, le pandit l'assure, ce qui ne l'empêche pas
+d'affirmer, non moins catégoriquement, qu'au fond demeure un vieil
+anachorète. Voici comment cela s'est su. En ce temps-là, les hommes
+n'habitaient le Kachmir que pendant les six mois de belle saison; dès
+l'automne, ils s'empressaient de déguerpir pour céder la place à des
+démons et des lutins qui, pendant tout l'hiver, régnaient en maîtres
+dans la vallée. Une fois, les hommes laissèrent derrière eux un
+vieillard qui n'avait plus la force de suivre leurs migrations
+périodiques et ne valait pas la peine de son transport. Lutins et
+démons se firent un souffre-douleurs de l'intrus; mais, en jouant à la
+balle avec lui, ils le laissèrent choir dans le bassin de Ver-Nâg.
+Cette maladresse devait leur coûter cher. Au fond de la source, le
+pauvre vieux trouva un compatissant ascète qui lui fit présent de deux
+choses: un grimoire pour exorciser les démons et un _kangri_ (la
+chaufferette kachmirie) pour se défendre du froid. Armé de ces deux
+dons précieux, le vieillard passa un hiver des plus confortables, et,
+au printemps de l'année suivante, les hommes eurent la surprise de le
+retrouver encore vivant. Il leur apprit son secret, et c'est depuis
+qu'ils résident à demeure dans la vallée.
+
+Par de petits vallons de plus en plus sauvages, nous pénétrons enfin
+dans le bassin fermé de Rozlou, que dominent les rocs et pics
+romantiques du sombre Soundrinâr. C'est un fief ou _djâgir_, jadis
+concédé par Randjit-Singh. Nous nous installons au village central de
+Kantchlou (le Kosroe des cartes!), résidence des hobereaux du canton,
+qui ont droit de basse justice. On nous indique une place de campement
+sous des noyers, dans ce qui m'a tout l'air d'un cimetière; mais en
+campagne, on n'y regarde pas de si près. Les tentes sont à peine
+dressées qu'arrivent les présents diplomatiques: des fruits, des
+légumes, du miel. Que peut-on bien désirer en échange? Pas
+grand'chose; un peu de ce produit de la civilisation qui a nom en
+français poudre de pyrèthre et, dans le jargon anglo-indien des
+domestiques, _piçou-powder_. On a beau être un seigneur féodal, on
+n'en est pas moins réveillé par ses puces.
+
+Le village était plein d'allées et de venues. Informations prises, il
+s'agissait d'un mariage, et les maîtres de céans font obligeamment les
+honneurs du défilé. La mariée passa la première, portée dans une
+litière hermétiquement close; puis vinrent les musiciens, tambourinant
+avec rage ou soufflant, avec force contorsions, dans des espèces de
+hautbois. Leur cacophonie me fait excuser l'air ahuri du fiancé, un
+garçon de douze ans, vêtu d'oripeaux rouge et or et coiffé d'un turban
+argenté, surmonté de l'habituelle aigrette de plumes de héron. Juché
+sur un cheval, il reconduit ainsi en pompe la jeune épousée chez ses
+parents, en attendant qu'ils soient d'âge tous deux à se mettre
+vraiment en ménage.
+
+[Illustration: Autel du temple de Voutanâr et accessoires du
+culte.--D'après une photographie.]
+
+Ici encore, que de légendes locales! Je m'amuse à les recueillir par
+l'intermédiaire du pandit. C'est d'abord les hautes cimes voisines,
+encore zébrées de neige, que l'on dit hantées de Yoginis, moitié fées
+et moitié sorcières; malheur à qui s'égare dans leur retraite
+enchantée: il y laisse au moins sa raison. On nous conte, entre
+autres, un tour de leur métier, dont on dirait que Rudyard Kipling
+s'est inspiré dans son «Livre de la djangle». Un beau jour,--il y
+avait deux ans en 1896,--un Goudjar, en faisant paître son troupeau
+dans une prairie alpestre, trouva, assis sur un rocher, un garçon de
+quinze ans, muet et nu. Il l'emmena à la ziarat de Valtongou où,
+depuis trois mois, on le nourrissait aux dépens de la charité des
+fidèles, quand un homme de Shahabâd, venu en pèlerinage, reconnut son
+fils qui était perdu depuis douze ans. Nul doute qu'il n'eût été
+dérobé et nourri depuis ce temps à l'état sauvage par les Yoginis de
+la montagne. C'est encore à Valtongou que réside, pendant les six mois
+d'été, un nâga qui est censé passer l'hiver dans l'Inde. Enfin, avant
+de quitter la vallée, nous visitons le célèbre et fatidique nâga de
+Rozlou où, parfois, l'on entend, la nuit, se battre à grand fracas des
+troncs d'arbres morts! Quelque calamité menace-t-elle le pays, il
+trace sur la boue desséchée de son lit des signes prophétiques: une
+épée annonce la guerre, un van prévoit la famine, mais pour la
+_mahâmarî_, la grande tueuse (le choléra), c'est en traits de sang
+qu'est prédite sa venue.
+
+[Illustration: Noce musulmane, à Rozlou: les musiciens et le
+fiancé.--D'après une photographie.]
+
+De Kantchlou à l'entrée de la vallée du Lidar, il faut, pour
+retraverser le Kachmir dans sa largeur, compter trois bonnes étapes et
+franchir quatre rivières. Je passe la première, le Vithavatour, sur de
+grosses pierres; arrivée au bord de la seconde, la Sandran, je ne suis
+pas peu surprise de trouver son lit complètement à sec; comme je
+demande où est l'eau, un Kachmiri fait un geste vague: elle est en
+train de vaquer à l'irrigation des champs. Quant à la Bringh, elle est
+si bien chez elle, qu'il me faut me résigner à emprunter le dos d'un
+coolie pour la traverser. Je rencontre au gué une femme battue et
+pas contente, qui s'en allait se plaindre à la police d'Islamabâd,
+tenant précieusement dans sa main, comme pièces à conviction, les
+trois dents qu'une de ses voisines lui avait cassées. Tout ceci nous
+ramène de Lokabhavan, notre première halte, à la seconde, près des
+frais ombrages d'Atchibal, où nous retrouvons le gros de nos bagages.
+
+[Illustration: Sacrifice brahmanique, à Bhavan.--D'après une
+photographie.]
+
+D'Atchibal à Martand, la route court entre des rizières arrosées par
+l'Arpat. On traverse la rivière sur un pont rustique, fait de deux
+arbres jetés d'une rive à l'autre, puis recouverts de branchages et de
+terre; et bientôt on atteint le _karéva_. En juillet, la moisson de
+blé est déjà faite. De grosses meules de gerbes s'entassent près des
+villages; sur les aires, des boeufs foulent les épis pour en faire
+sortir le grain. Dans les champs sont encore sur pied le lin déjà mûr
+et la plante annuelle qui fournit le coton (_gossypium herbaceum_).
+Dans les maïs et le millet picorent de nombreux couples de
+tourterelles grises, si peu farouches qu'elles ne se dérangent pas
+quand nous passons.
+
+[Illustration: Intérieur du temple de Martand: le repos des coolies
+employés au déblaiement.--D'après une photographie.]
+
+Non loin du village de Martand se dresse ce qui fut, il y a bientôt
+mille ans, le plus beau temple--ce qui reste encore aujourd'hui les
+plus belles ruines du Kachmir. Le site en est magnifique. Le monument
+s'élève au pied de la colline, à la naissance d'un de ces grands
+plateaux, de formation alluviale, qui bordent comme d'une frange de
+falaises toute la ceinture des montagnes et semblent bien être les
+restes du lit d'un ancien lac. Ici le _karéva_, de forme triangulaire
+et relevé à son extrémité, s'avance au-dessus de la plaine comme une
+énorme proue. À gauche, se prolonge obliquement la chaîne dentelée et
+encore neigeuse du Pantsal; à droite, trois ou quatre arêtes de
+montagne se profilent, les unes derrière les autres, de plus en plus
+estompées dans l'éloignement; et, devant vous, c'est toute l'heureuse
+vallée, avec les teintes claires de ses rizières, les taches sombres
+de ses feuillages, les lacis d'argent de ses fleuves; et ainsi à perte
+de vue, depuis les premiers plans qui sont verts, jusqu'aux plus
+lointains qui sont bleus. Imaginez enfin tout cela baigné dans cette
+belle lumière du Kachmir, à la fois si limpide et si vaporeuse, dans
+l'air léger des hauteurs. Que ce soit le matin, quand le soleil, se
+levant derrière vous, soulève les brouillards de la vallée, ou bien le
+soir, quand il noie les fonds dans la brume d'or du couchant, il est
+peu de plus beaux spectacles; et il ne serait pas moins difficile de
+trouver un meilleur cadre à ce merveilleux tableau que les hautes
+arches trifoliées, bâties par Lalitâditya à la gloire de sa divinité
+favorite, le Soleil.
+
+Plus de mille ans ont passé, et les imposantes murailles sont toujours
+debout, au milieu d'une cour rectangulaire, bordée d'une colonnade et
+flanquée de quatre portes, dont la plus monumentale est celle de
+l'ouest. Si, le jour, les débris du temple ont encore grand air, la
+nuit, au clair de lune, ils reprennent, comme font souvent les ruines,
+un reflet de leur ancienne splendeur.... Ce soir-là, très haut dans le
+ciel d'un bleu de saphir, le croissant était suspendu, les cornes en
+l'air; l'azur foncé du zénith se dégradait peu à peu en un gris qui
+lui-même se teintait doucement, pour finir à l'horizon par une large
+bande rose. Sous l'ombre croissante, par l'ampleur des écroulements et
+par la massive élégance de ses lignes, le vieux temple hindou revêtait
+une majesté comparable à celle des ruines romaines. Deux colonnes,
+isolées et reliées encore par leur architrave, ajoutaient à
+l'illusion. Ce n'est pas un des moindres attraits du Kachmir que d'y
+retrouver jusqu'à des sensations d'Italie.
+
+Au village de Martand, peu d'arbres, partant peu d'ombre. Nous
+songeons à établir notre campement sous un bouquet de sapins, près des
+ruines, mais l'eau potable manque, à moins de nous contenter de celle
+de la mare où vont puiser les ménagères, et qui sert d'abreuvoir aux
+troupeaux. Nous décidons d'aller planter nos tentes à Bhavan, à un
+mille environ de Martand. Nous y descendons par un chemin étrangement
+raviné, mais pour trouver bientôt l'un des plus beaux campements du
+Kachmir.
+
+[Illustration: Ruines de Martand: façade postérieure et vue latérale
+du temple. D'après des photographies.]
+
+Bhavan possédait autrefois, comme Atchibal et Ver-Nâg, un jardin de
+plaisance, ainsi qu'en témoignent les restes d'importants travaux. Au
+pied d'une colline presque nue, l'abondante source forme un premier
+bassin qui se déverse dans un second plus large, où, sous l'eau
+opaline, on voit encore des assises de pierre. De là, le nâga, ou même
+les deux nâgas, à ce que disent les brahmanes, coulaient par trois
+canaux de granit, celui du milieu faisant cascade. L'eau a aujourd'hui
+déserté les canaux ruinés, elle s'égare parmi les capillaires en une
+série de cascatelles et s'échappe par un tunnel qu'elle s'est creusé.
+C'est là, à la fraîcheur des eaux vives, sous les platanes séculaires
+formant une voûte haute comme celle d'une cathédrale et laissant
+passer une lumière tamisée d'un doux vert pâle, qu'est établi notre
+camp.
+
+Ma première visite fut pour la source où d'innombrables poissons
+vivent des offrandes des fidèles. Les brahmanes de l'endroit en font
+autant. Bhavan est, en effet, un grand lieu de pèlerinage. À certaines
+périodes, les Hindous du Kachmir et même du Pendjâb s'y rendent en
+grand nombre, pour célébrer des sacrifices funèbres en l'honneur de
+leurs ancêtres morts. Voici, à ce propos, la légende qui me fut
+contée: Au commencement des temps, Aditi, femme de Kaçyapa, avait déjà
+mis au monde douze fils, appelés Adityas, du nom de leur mère, et qui
+sont douze dieux solaires présidant aux douze mois. Elle pensa qu'il
+n'y avait rien de bon à attendre d'une treizième grossesse, et elle
+jeta un dernier oeuf dans le lac qui recouvrait alors le Kachmir.
+Toutefois, cet oeuf dédaigné finit par éclore, et il en sortit un
+pauvre petit avorton de soleil qui reçut le nom de Martand, parce
+qu'il était né d'un oeuf qu'on avait cru mort. Tout malingre qu'il
+fût, il alla bravement trouver son père et sa mère, et leur dit: «Vous
+avez donné un mois à chacun de mes frères, j'en veux un pour ma part.»
+Le cas aurait pu être embarrassant. Mais il faut savoir que les
+brahmanes se servent à la fois d'un calendrier lunaire et solaire. Or
+douze mois lunaires ne font que trois cent cinquante-quatre jours,
+tandis qu'une année solaire en compte trois cent soixante-cinq et
+quelques heures: il en résulte que tous les deux ans et demi le
+calendrier lunaire est en retard d'un mois sur le solaire. On compense
+cette différence en intercalant un mois lunaire complémentaire. C'est
+ce mois que Martand reçut en apanage: aussi bien n'a-t-il été inventé
+que pour cela; enfin, ce mois intercalaire est consacré au culte des
+_pitris_, des «pères», c'est-à-dire des ancêtres morts. On conçoit que
+les cérémonies seront infiniment plus méritoires si on les accomplit
+au lieu même qui fut le berceau du dieu de ce mois.
+
+Il faut voir avec quel empressement, au retour de chaque saison
+sainte, les deux cents ou deux cent-cinquante brahmanes officiants ou
+pourohitas de Bhavan vont à la rencontre des pèlerins de l'Inde,
+munis, si l'on peut dire, de leur «livre des visiteurs». C'est une
+liste de tous ceux pour qui ils ont déjà officié. Quiconque peut avoir
+une vague parenté avec l'une des personnes inscrites leur appartient
+de droit. Ils s'en emparent sur le champ et le pèlerin ne se tirera
+pas de leurs mains sans y laisser quelques plumes. C'est, pendant tout
+un mois, une période d'abondance. On prétend que les poissons même du
+Nâg, trop gavés, refusent les grains de riz et de maïs grillé qu'on
+leur jette. Mais il ne s'agit pas seulement, pour _pourohitas_ de
+faire bombance, il leur faut aussi songer à économiser pour l'avenir.
+Chacun d'eux compte bien mettre de côté quelques centaines de roupies.
+Étant donné que, sauf cas de disette, deux ou trois roupies par mois
+suffisent à nourrir un homme, et quatre ou cinq par an à le vêtir
+confortablement, cela leur permettra d'attendre sans trop d'impatience
+le prochain pèlerinage. Cette année-là, une pauvre petite veuve de
+quinze ans avait donné à elle seule, pour le salut de son mari, deux
+cents roupies: on se montrait le brahmane à qui était échue cette
+bonne aubaine. Un autre vint m'avertir qu'il était le _pourohita_ en
+titre des Sahebs et m'invita d'office à m'inscrire sur son livre
+contre argent comptant. Car il n'est de pires mendiants au monde, et
+il est curieux d'observer combien les Hindous les méprisent tout en
+les employant. Pour un brahmane de bonne maison, le nom de _pourohita_
+serait une véritable injure.
+
+[Illustration: Place du campement sous les platanes, à
+Bhavan.--D'après une photographie.]
+
+Mais, en somme, il faut bien que tout le monde vive, et ces pauvres
+gens ont aussi leurs qualités. Ainsi, mon soi-disant aumônier hindou
+me fut très précieux: il fit toutes mes commissions, se chargea de
+veiller au ravitaillement et à la réparation du mobilier du camp
+pendant mon séjour à Bhavan, et m'indiqua le meilleur four du village
+où faire cuire la pâtisserie. Enfin, ils éprouvent le besoin de mettre
+leur conscience en repos en rendant à la divinité une partie de ce
+qu'ils ont pris aux fidèles. Avec le mois intercalaire, leur saison
+venait de finir. Le 28 juillet 1896, ils se cotisèrent pour célébrer,
+en manière d'action de grâces, une sorte de sacrifice pique-nique.
+Sous un beau platane, au bord de la rivière, on avait établi un petit
+bûcher carré; et tout le jour on jeta dans les flammes des fleurs, des
+fruits, du beurre fondu ou _ghî_, du miel, du riz, du maïs, sans
+compter du sucre candi et autres douceurs du même genre. Au pied de
+l'arbre, les chanteurs de textes sacrés ne se taisaient point, et
+toujours revenait le «Svaha» monotone accompagnant le geste machinal
+de l'officiant. S'il faut tout dire, je contribuai aussi de mon obole
+au sacrifice; mais, en retour, je fus autorisée de la meilleure grâce
+du monde à en prendre des instantanés: l'un d'eux vient de passer sous
+les yeux du lecteur.
+
+[Illustration: La Ziarat de Zaïn-Oud-Din, à Eichmakam.--Photographie
+Bourne et Shepherd, à Calcutta.]
+
+À propos de _pourohitas_, j'ai été, à Bhavan, témoin d'une petite
+comédie assez amusante. J'ai dit que j'avais engagé les services d'un
+pandit de Srînagar. Un jour qu'il prenait le frais près des tentes, à
+l'ombre des beaux platanes, nonchalamment pelotonné au creux de son
+siège favori,--une vieille chaise de bord transformée en chaise de
+camp,--accourt un brahmane de l'endroit qui jette son turban à ses
+pieds. Il n'est pas de façon plus solennelle de faire appel à la
+charité de quelqu'un, ni de se mettre sous sa protection, corps et
+âme. Or c'est de l'âme que souffrait le pauvre homme. Voici son
+histoire telle que le pandit me la conta. Ce brahmane, un peu sot,
+avait une femme très jolie et un méchant voisin; celui-ci lui prit
+celle-là. Les personnes soucieuses de sauver l'honneur de la
+corporation prétendirent qu'il l'avait enivrée dans du lait, sur le
+chemin, un jour qu'elle se rendait chez son père; puis, la jetant dans
+un bateau, il l'avait emmenée jusqu'à Srînagar, où il la garda quelque
+temps. Un beau matin, la panditânî reparut au village, et son mari,
+bonnement, la reprit chez lui. Jusqu'ici l'aventure est banale. Le
+plaisant de l'affaire, c'est que le voisin étant musulman, la femme
+avait perdu sa caste en sa compagnie, et que le pauvre brahmane
+«tomba» à son tour de la sienne pour avoir accueilli au pigeonnier le
+retour de la voyageuse. Aucun de ses collègues ne voulait plus
+s'asseoir à sa table, ni rien accepter de sa main. Ses malheurs
+domestiques se compliquaient d'excommunication majeure. Il y avait
+bien de quoi faire rouler son turban dans la poussière. «Toi,
+disait-il, tu es un pandit de la ville; sage et savant, tu connais les
+textes sacrés; fixe ma pénitence et sois mon arbitre. Je ferai tout ce
+que tu auras décidé.» Ces flatteries allèrent, sans doute, au coeur du
+pandit, qui aussitôt mit sa plus belle robe pour aller conférer de
+l'autre côté du ruisseau avec les _pourohitas_ réunis en assemblée
+plénière. Puis il passa tout le reste du jour à élaborer,--en
+sanscrit, s'il vous plaît,--son arrêt de justice, en y joignant tous
+les considérants appropriés. Il ne manqua pas, avec les explications
+nécessaires, de m'en donner la primeur, tant il semblait ravi de la
+sagesse de sa sentence. La femme était condamnée à observer le voeu de
+_pruajâpati_. C'est une sorte de neuvaine. Les trois premiers jours,
+on ne doit manger qu'une fois le soir, les trois suivants seulement le
+matin, et, les trois derniers, rien autre que ce que l'on reçoit en
+don. En somme, on n'en meurt pas; mais il paraît qu'il est écrit qu'il
+ne faut imposer aux femmes, aux enfants et aux vieillards que des
+pénitences légères. Pour le mari, le pandit fut sans pitié. Il était
+d'autant moins disposé à le ménager qu'il tenait pour certain que son
+cas ne pouvait être que celui d'un imbécile ou d'un méchant homme; en
+quoi il exagérait. Toujours est-il que le pauvre brahmane en avait
+pour trois jours à ne cesser de répéter sans manger ni dormir, le nom
+béni de «Râm! Râm!». Après quoi, purifié par l'énonciation continue
+des divines syllabes et l'absorption des cinq produits de la vache
+(lait, petit-lait, beurre fondu et deux autres sur lesquels il est
+préférable de ne pas insister), il ne lui restait plus qu'à
+s'endetter, pour offrir à tous ses collègues brahmaniques un grand
+banquet auquel on lui ferait l'honneur de prendre part. Il en advint
+comme l'oracle de la grande ville l'avait décidé dans sa sagesse; et
+c'est ainsi que le pandit de village dut faire pénitence pour les
+péchés de sa panditânî.
+
+À cinq lieues au-dessus de Bhavan, faisant face à la grande vallée,
+Eichmakam (le séjour des délices) étage au flanc de la colline ses
+maisons dominées par les vieilles murailles de sa ziarat. On dirait un
+village d'Ombrie; la ziarat, avec sa loggia italienne, ajoute encore à
+la ressemblance, que sa flèche de pagode n'arrive pas à détruire.
+C'est le sanctuaire de Zaïn-oud-din, l'un des disciples du grand saint
+national du Kachmir, Nour-oud-din. Il est tenu en grande vénération,
+surtout par les bateliers, qui y conduisent leurs enfants quand le
+moment est venu de couper leur première mèche de cheveux. Ils amènent,
+en même temps, volailles et béliers, qu'ils tuent et mangent sur
+place. On assure que plus de deux cents personnes vivent ainsi des
+offrandes des fidèles. Le mode de répartition est des plus simples:
+chacun des moullas, à tour de rôle, encaisse la recette du jour.
+
+La ziarat domine les noyers sous lesquels on campe. On prend pour y
+monter l'unique rue, mi-raidillon, mi-casse-cou, bordée d'échoppes
+capricieusement alignées. En haut de ce bazar de village, un escalier
+conduit à la porte où quelques vieux moullas s'agitent à votre
+arrivée, pendant que le frère portier, assis près du gong qu'il frappe
+pour sonner les heures, tend la main tout comme un sacristain italien.
+Deux des côtés de la cour rectangulaire sont occupés par la galerie
+(j'allais dire le cloître), les deux autres par des constructions et
+l'entrée du sanctuaire. C'est une toute petite grotte taillée en plein
+roc, à peine assez grande pour contenir cinq ou six personnes. Le
+moulla, dont c'était le jour de recette, était accroupi près d'une
+sorte de grande cage de bois noir cachée sous une housse de cotonnade
+peinte et malpropre. C'est le cénotaphe du Saint. Après sa disparition
+miraculeuse, on a retrouvé, à cette place, sa lance, sa guirlande et
+son pain.
+
+Avant de les laisser quitter la ziarat, on exhibe aux visiteurs ces
+reliques et quelques autres; à la longue lance s'est joint un joli arc
+en fer forgé et articulé; la guirlande est faite d'une dizaine de
+galets de la grosseur d'un petit oeuf, percés au milieu et enfilés à
+une cordelette; le fameux pain ressemble à un biscuit pétrifié; vient
+enfin une sandale de bois et jusqu'aux cornes de la chèvre du Saint.
+Il faut voir avec quelle dévotion prêtres et pèlerins les baisent et
+s'en frottent les yeux. Je fus encore plus surprise de là pieuse
+déférence avec laquelle notre brahmane vénère ces reliques d'un saint
+mahométan. Il gobe visiblement toutes les histoires qu'on lui conte et
+qu'à mesure il me traduit; aussi bien la plupart empruntent au terroir
+une saveur beaucoup plus hindoue que musulmane, et il est fâcheux que
+la place me manque pour les rapporter. Qu'il suffise de dire que ces
+suppôts de l'islam, dont quelques-uns ont des têtes dignes de
+Rembrandt, se donnent bénévolement le titre de rishis, emprunté aux
+plus anciennes traditions de l'Inde. En réalité, pandits ou musulmans
+du Kachmir sont de la même mouture et bons à remettre pêle-mêle dans
+le même sac. Quitter Bhavan pour Eichmakam, c'est tomber de brahmanes
+en moullas.
+
+ (_À suivre._) Mme F. MICHEL.
+
+[Illustration: Nâga ou source sacrée de Bhar, entre Bhavam et
+Eichmakam. D'après une photographie.]
+
+Droits de traductions et de reproductions réservés.
+
+
+
+
+ TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.--4e LIV. Nº 4.--28 Janvier 1905.
+
+[Illustration: Maisons de bois, à Palgâm.--Photographie Bourne et
+Shepherd, à Calcutta.]
+
+
+
+
+L'ÉTÉ AU KACHMIR[3]
+
+ [Note 3: _Suite._ _Voyez pages 1, 13 et 25._]
+
+Par Mme F. MICHEL.
+
+ IV.--Le pèlerinage d'Amarnâth.--La vallée du Lidar.--Les pèlerins
+ de l'Inde.--Vers les cimes.--La grotte sacrée.--En _dholi_.--Les
+ Goudjars, pasteurs de buffles.
+
+
+[Illustration: Palanquin et porteurs.]
+
+Des quatre torrents de montagne, qui se réunissent près d'Anantnâg ou
+Islamabâd pour former la rivière maîtresse du Kachmir, le plus
+considérable est, sans contredit, celui du Lidar. C'est aussi celui
+dont la vallée est la plus pittoresque, et réunit le plus
+d'attractions. Quinze lieues durant, du haut des glaciers originels
+jusqu'aux plus prochaines rizières, d'abord il dévale en ruisseaux
+laiteux, sur les pentes nues des sommets, puis rugit de roc en roc, au
+creux de gorges magnifiquement boisées, pour s'étaler enfin, vif et
+clair, en maints lits semés de cailloux, à travers la plaine élargie.
+Si tant d'écume et de bruit venait à sembler monotone, le décor a des
+figurants variés à souhait. Des centaines de pèlerins, arrivant de
+tous les coins de l'Inde, remontent à chaque mois d'août le cours
+entier du torrent, jusque par delà ses sources, avec leur cortège
+obligé de brahmanes et de coolies kachmiris. Leur route est toute
+jalonnée de surprenants sanctuaires, les uns construits de main
+d'homme et les autres simples jeux de la nature, temples ruinés,
+sources sacrées, rochers divins ou lacs de mystère, et dont chacun a
+sa légende et sa particulière vertu. C'est ainsi que la vallée du
+Lidar s'accommode aux goûts de tout le monde; il y a place pour le
+pécheur à la ligne, pour l'amateur de ruines et de paysages, comme
+pour le curieux d'humanité. Aussi, n'est-il pas étonnant que le nombre
+des visiteurs aille croissant chaque année; quelques-uns même,
+délaissant les plaisirs «sportifs» de Goulmarg, la station d'été
+officielle, ou reculant devant le long voyage de Sonamarg,
+s'établissent, pour laisser passer les grandes chaleurs, aux alentours
+de Palgâm; comme eux, je préférai le paisible «village des bergers»
+à la «prairie d'or» et même à celle «des roses».
+
+Déjà nous avons visité ensemble toute la partie basse de la vallée,
+depuis Bhavan, fertile en brahmanes, jusqu'à Eichmakam, riche en
+moullas. Après ce dernier village, la vallée s'étrangle subitement et
+désormais la route suit le bord du Lidar. La rivière, elle-même au
+lieu de former un inextricable réseau de ruisseaux--dans la traverse
+d'Eichmakam à Sallar, j'en ai compté une quarantaine,--ne coule plus
+que dans un seul lit, roulant dans ses rapides écumeux d'énormes
+troncs de déodars et de sapins.
+
+Nous arrivons à Bhatkote sous une belle averse. En attendant que les
+tentes soient debout, je cherche un abri sous la véranda de la petite
+mosquée. C'est, comme dans tous les villages, un bâtiment fort
+misérable et délabré. Le Kachmiri musulman se soucie moins d'Allah que
+des saints locaux et fréquente les ziarats de préférence aux mosquées.
+Je ne trouve, comme siège, que le cercueil qui sert à porter en terre
+tous les morts des environs.
+
+Pendant ce temps, une scène épique se passait sous les beaux noyers du
+campement. Bhatkote est habité par des _maliks_, des seigneurs du
+chemin, sans doute descendants de quelque petit râdja commandant
+autrefois dans la vallée. Tout musulmans qu'ils soient, il leur reste
+le privilège de conduire les pèlerins hindous à Amarnâth et
+d'encaisser le quart des offrandes. Un très vieux «chef», sinon le
+plus vieux du village, se trouve bientôt aux prises avec le pandit.
+Celui-ci demandait du riz que celui-là refusait énergiquement, jurant
+«par sa barbe et par le Coran» qu'il n'y en avait pas un grain dans le
+village. Le pandit qui, sur ce chapitre, n'entend pas la plaisanterie,
+menaçait le vieillard de son bâton. La menace n'était pas sérieuse; le
+bonhomme en fut pourtant si effrayé que, défaillant, il dut
+s'accroupir au pied d'un arbre pour ne pas tomber, tant il tremblait,
+cependant que le _tchaukidar_ (garde-champêtre), pour calmer la colère
+plus feinte que réelle du pandit, lui prenait la barbe à la manière
+antique en l'appelant «baba-dji» (vénéré père).
+
+Une heure plus tard, le vieux malik, ayant coiffé un beau turban et
+endossé une robe verte, vint me donner ses _salâms_ et m'offrir tout
+ce dont nous aurions besoin: volailles, beurre, lait, oeufs et
+légumes,--pour un bon prix, bien entendu. Après quoi, il m'informa
+qu'il était un très vieil homme et qu'on avait tenté de l'assassiner
+quand, à l'arrivée, il venait pour me saluer.... J'eus quelque peine à
+lui faire entendre raison. Comme à Bhatkote on dit définitivement
+adieu aux éternelles rizières, mes gens désiraient légitimement
+augmenter, avant d'entrer en montagne, leur provision pourtant déjà
+considérable de riz. En exhibant les «parvanas»,--les lettres de
+réquisition dont nous nous étions munis à Srînagar,--ils finirent par
+en obtenir un peu, mais au prix de 8 _sêrs_ (un _sêr_ est d'environ
+800 gr.) à la roupie, ce qui semblait un vol au pandit qui à Bhavan en
+obtenait seize pour le même prix, et vingt-quatre à Islamabâd.
+
+Après Bhatkote, la «scenery», comme disent les Anglais, devient de
+plus en plus sauvage; en certains endroits, la Vallée se transforme en
+une véritable gorge, ne laissant de place qu'au sentier et au torrent.
+
+[Illustration: Ganech-Bal sur le Lidar; le village hindou et la roche
+miraculeuse.--D'après une photographie.]
+
+Un peu plus haut, elle s'élargit de nouveau, et l'on arrive à
+Ganech-Bal. Le petit village de ce nom est partagé en deux par la
+rivière. Sur la rive gauche et sur les premières pentes, trois
+maisons, dans quelques champs de maïs (_makhi_) et de blé noir
+(_troumba_), forment le village musulman. De l'autre côté, au ras de
+l'eau, deux maisons pour les pourohitas et quelques _baradéris_ ou
+pavillons de planches, pour les pèlerins: c'est le village hindou.
+L'endroit n'en est pas moins célèbre à cause de l'image du dieu auquel
+il doit son nom. N'allez pas croire qu'il s'agisse d'une statue, mais
+cherchez avec les yeux de la foi, au milieu des rapides de la rivière,
+une roche que l'eau courante a vaguement modelée en forme de tête
+d'éléphant: voilà Ganech!
+
+Au moment du pèlerinage, quelques judicieuses applications de minium,
+laissant deux taches noires pour figurer les yeux, soulignent
+heureusement la ressemblance. C'est, en somme, une de ces images
+_svayambhou_ (c'est-à-dire nées d'elles-mêmes, naturelles) qui sont si
+fréquentes et si vénérées au Kachmir. D'après les brahmanes,
+Bout-Shikan, l'iconoclaste, dans sa tournée de destruction, entendit
+parler de cette image et résolut de la détruire aussi. Il se mit donc
+en route. À la première halte, la nuit, Ganech lui apparut et lui
+parla: «Ne va pas plus loin; je te touche les genoux en signe. Et si
+cela ne te suffit pas, demain matin, regarde le Lidar: il roulera
+rouge.» Il en fut ainsi; mais l'incrédule dédaigna cet avertissement
+du ciel; aussi, avant même d'arriver à l'image, périt-il avec toute
+son escorte sous les aiguillons d'une nuée d'abeilles. Le dixième jour
+de la quinzaine claire de _çrâvan_ (août), en leur chemin pour
+Amarnâth, les pèlerins s'y arrêtent. On fait un pont de planches de la
+rive à l'idole. Les fidèles lui offrent des gâteaux de farine et de
+miel, puis en donnent aux brahmanes du lieu, et enfin en mangent, s'il
+en reste.
+
+[Illustration: Le massif du Kolahoi et la bifurcation de la vallée du
+Lidar au-dessus de Palgâm. Vue prise de Ganech-Bal. Photographie Jadu
+Kissen, à Delhi.]
+
+À partir de Ganech-Bal, les emplacements de camp abondent jusqu'à
+Palgâm. Sur les anciennes berges de la rivière, situées à présent bien
+au-dessus du lit actuel, les tentes des Sahebs font de nombreuses
+taches blanches sous les pins bleus et les sapins d'argent,--le
+_kairou_ et le _soungal_ des Kachmiris, les _pinus excelsa_, et _abies
+webiana_ des botanistes. Il va de soi qu'avec un pareil afflux
+d'Européens, les ressources des hameaux voisins sont vite épuisées. Il
+faut avoir au moins deux coolies faisant la navette, pour le
+ravitaillement et la poste entre Islamabâd ou Srînagar et le
+campement. Qui dira jamais les surprises que ménage le retour de ces
+commissionnaires improvisés!
+
+Palgâm éparpille ses maisons de bois au pied de l'énorme massif
+neigeux du Kolahoi, à la bifurcation des deux principales branches du
+Lidar. C'est la branche de droite que remonte vers le nord-est la
+route d'Amarnâth. L'époque traditionnelle de la visite de la fameuse
+grotte est proche, et, le 17 août, nous faisons nos derniers
+préparatifs pour l'excursion.
+
+Nous commençons par confier au lambardâr le gros de nos bagages, pour
+n'en garder que tout juste le nécessaire: les tentes et leur mobilier
+indispensable, la batterie de cuisine, des vivres pour quinze jours et
+des vêtements chauds. Tout compte fait, il reste encore quinze
+charges; il nous faut donc quinze porteurs. S'il est facile de trouver
+des coolies pour vous conduire d'une étape à l'autre, c'est une tout
+autre affaire quand il s'agit de les garder, une semaine ou deux, loin
+de leurs villages et de leurs champs. À l'appât d'un bon salaire et
+d'une indemnité quotidienne de nourriture (_rasad_), il convient
+d'ajouter une douce pression officielle pour achever de décider les
+plus hésitants. Toutes les autorités du village étaient convoquées, ce
+matin, à cet effet, et discutaient ferme, c'est-à-dire qu'elles
+criaient toutes ensemble. Enfin, le lambardâr d'Eichmakam, qui est en
+même temps le «jelladar» de toute la vallée, s'emploie à trouver les
+quinze coolies qu'il nous faut. Son obligeance n'est pas absolument
+désintéressée, et ce gros personnage sollicite, comme récompense, des
+bouteilles et des boîtes de conserves vides. Entre temps, il expédie
+son _dâk_ ou courrier, un bout de papier plié très étroit, pincé dans
+la fente d'une baguette, que ses administrés se repassent de main en
+main, jusqu'à destination: le plus étonnant, c'est que ces lettres
+arrivent.
+
+Comme la pleine lune approche, nous voyons toute la journée défiler
+nombre de ces religieux mendiants que l'on appelle _sâdhous_; s'il
+s'agissait de musulmans, on les appellerait des fakirs. Les uns sont
+plus ou moins vêtus de cotonnade orange, les autres affublés de robes
+semblables à des habits d'arlequin; quelques-uns, presque nus, ont le
+corps frotté de cendres. Tous sont porteurs d'un bol à aumônes, tantôt
+en cuivre, tantôt fait d'une noix de coco ou d'une courge. L'un d'eux
+avait planté le sien en guise de coiffure sur ses cheveux roux,
+décolorés par la cendre; c'était à peu près tout son vêtement. Outre
+les sâdhous qui, pour la plupart, viennent de l'Inde, des familles
+entières de brahmanes montent de Srînagar, hommes, femmes, et même
+quelques enfants, dont certains encore à la mamelle. Tout ce monde ne
+dépassera pas Palgâm avant deux jours. À ce moment, le surintendant de
+police donnera le signal, et un sâdhou, portant la bannière, se mettra
+en marche vers Amarnâth; tout le monde suivra.
+
+En attendant, ils campent dans une sorte d'île formée par deux bras de
+la rivière. Nous sommes naturellement allés les voir. Ils ont des
+tentes de tout genre, la plupart de simples abris drôlement fabriqués
+avec trois bâtons coupés dans la djangle, et un morceau de mauvaise
+étoffe. La palme appartenait sans conteste à un ascète presque nu,
+dont le logis avait pour dôme un parapluie, et un châle comme mur de
+clôture. Un autre, très vieux, portant une longue barbe blanche en
+pointe, l'air martial, très causeur, nous présente ses trois disciples
+et nous conte qu'il vient de Patiala, l'un des États indigènes du
+Pendjâb; nous prenons rendez-vous, là-haut, à la grotte.
+
+
+Tannin, 18 août.
+
+[Illustration: Vallée d'Amarnâth: vue prise de la grotte.--D'après une
+photographie.]
+
+Nous voici à Tannin depuis deux heures; le temps de souffler et de
+dîner. L'étape est rude depuis Palgâm. Nous sommes partis ce matin à
+sept heures après un dernier «bandobast», l'achat de quelques paires
+de _poulahor_ ou sandales faites d'herbes tressées, et de _kangris_,
+la chaufferette nationale des Kachmiris. Deux paires de chaussures et
+un kangri coûtent 3 annas (30 centimes).
+
+Tout le monde était en mouvement dans le camp des pèlerins. Les uns
+démolissaient leurs abris pour se draper dans la pièce d'étoffe qui,
+la nuit, leur servait de maison. D'autres, très affairés, allumaient
+de petits feux. Les plus matineux allaient à la rivière éteindre le
+bois qui devait leur servir le soir.
+
+Les ponts rustiques passés, nous avons suivi, au flanc de la montagne,
+un sentier abrupt, juste assez large pour une personne. Deux heures
+après, nous étions à Preslang, misérable village, le dernier de la
+route et où l'on ne peut rien trouver.
+
+À mesure qu'on avance, la vallée devient de plus en plus belle et
+sauvage. Le torrent se précipite entre des rochers énormes, formant,
+en certains endroits, jusqu'à trois étages de cascades. Sur la rive
+gauche, les hautes montagnes neigeuses sont couvertes de sapins,
+tandis que la rive droite, exposée au sud, est nue. Elle rachète sa
+nudité par les fantastiques découpures de ses pics granitiques. Ici,
+une mince aiguille, pointant droit vers le ciel, semble un clocher,
+tandis qu'à côté, on croirait voir quelque château fort ruiné ou bien
+encore le porche d'un grand temple.
+
+Nous sommes campés au confluent de deux torrents, une réduction de
+Palgâm en plus sauvage, dans une clairière bordée de pins et de
+bouleaux. Les tentes sont comme adossées à la montagne que nous
+gravirons demain, dès l'aube. En attendant, ce soir, la lune éclaire
+le grandiose paysage, baignant de lumière le haut des falaises et les
+pics qui, de tous côtés, émergent des masses sombres des forêts.
+
+[Illustration: Pandjtarni et le camp des pèlerins: au fond la passe du
+Mahagouxas.--Photographie Jadu Kissen, à Delhi.]
+
+
+Zodji-Pâl, 19 août.
+
+Au sortir du campement, nous avons commencé l'ascension de Pich-bal,
+la bien nommée «montagne de la Puce». C'est une falaise, haute d'au
+moins 500 mètres, et presque à pic. Le sentier monte tout droit dans
+les pierres, «par le chemin de l'eau»,--bien entendu quand elle
+descend pendant la fonte des neiges. C'est à peine si, de ci, de là,
+il esquisse quelques zigzags; ou bien des roches forment de hautes
+marches, sur lesquelles on se hisse comme on peut. Vus d'en haut, nos
+pauvres coolies faisaient pitié. Penchés vers la terre, sous le faix
+des _kiltas_ et des tentes, qui ressemblaient assez à de grosses
+coquilles brunes ou blanches, ils se traînaient péniblement, pareils à
+des escargots malades. La ligne des arbres était déjà dépassée, et
+tout le monde se plaignait, plus ou moins, des nausées et des
+vertiges, premiers symptômes du mal des hauteurs.
+
+Mais cette sorte de gigantesque seuil franchi, quelle joie pour la
+caravane de s'affaler pour souffler dans l'herbe fleurie! Nous avions,
+en effet, atteint le _marg_. La grande prairie alpestre ressemblait à
+un immense jardin rustique, où poussaient, pêle-mêle, pieds
+d'alouette, sainfoin, fumeterre, myosotis, campanules, prêles, et, ça
+et là, de grosses touffes de chardons jaunes, dont la tige atteint
+jusqu'à 3 mètres. Voilà une bien plate énumération; mais avec quels
+mots rendre le charme virginal et la fraîcheur de ces plantes des
+cimes, qui ne fleurissent que pour Dieu?
+
+Le sentier court, à présent, à mi-côte, le long de la pente herbeuse,
+dans une sorte de large val. À gauche, au-dessus de nos têtes,
+surplombent de hautes falaises déchiquetées et convulsées, qui
+semblent vouloir nous écraser au passage. À droite, au-dessous de
+nous, la rivière s'engouffre sous des tunnels de neige ou s'en échappe
+en cascades, remplissant ces voûtes naturelles de poussière d'eau et
+de bruit. Çà et là, quelques bouleaux s'entêtent encore à pousser.
+Beaucoup sont couchés à terre par les avalanches, et leurs branches
+tordues et sans feuilles rampent comme des serpents d'argent.
+Ailleurs, tout un groupe échevèle ses branches nues, mort sans doute
+sous le couteau de l'écorceur. Par places, seulement, ils ont gardé
+leur beau feuillage vert sombre.
+
+Soudain, sur la rive droite, une échappée s'ouvre sur de glorieux
+glaciers; nous campons juste en face, dans la prairie qui prête à nos
+tentes son moelleux tapis. Mais avec la nuit, la pluie et le froid
+tombent, et, pour nous chauffer, nous n'avons qu'un feu de bois de
+bouleau qui, lentement, noircit, et, par instants, fuse en étincelles,
+sans flamber.
+
+
+Çecha-Nâg, 20 août.
+
+Ce matin, il nous a fallu escalader encore un nouveau gradin
+montagneux, un peu moins haut, mais non moins rude. Nous nous élevons
+ainsi d'une marche par jour, comme des nains par un escalier de
+géants. D'arbres, il n'en est plus question, sauf quelques buissons
+rabougris de genévriers, qui se terrent dans le creux des roches.
+
+Nous atteignons enfin le bord d'un lac. Il n'est autre, paraît-il, que
+le nâga qui, jadis, demeurait près de Bidj-Bihara, et qui s'est
+retiré, par dégoût du monde, dans ces solitudes glacées. Nâg ou lac,
+l'aspect en est sinistre et grandiose. Il remplit de son eau vitreuse
+une coupe ovale, bordée de pics rugueux; à la tête, un grand glacier
+ferme une large échancrure que domine, casquée de neige, la cime noire
+du Koh-i-Nour.
+
+J'écris, emballée dans une fourrure, avec un _kangri_ sous mes pieds;
+pourtant, le soleil n'est pas couché. Il me cuit la joue droite, la
+gauche gèle. J'avais lu quelque chose de semblable dans un récit de
+voyage au Tibet, et je ne pouvais y croire. C'est une première
+expérience, comme d'ailleurs celle du _kangri_, mais celle-ci plutôt
+agréable. Quand je lève les yeux, je ne vois autour de moi que de la
+roche et de la neige. C'est toute l'aridité des bords de la mer encore
+amplifiée. Les nuages remplissent la gorge étroite par laquelle nous
+comptons nous échapper demain du cirque de montagnes qui nous entoure;
+on les voit s'abaisser avec le soir le long de leurs flancs. Bientôt,
+ils seront sur nous. Quand les coolies se taisent, on n'entend plus
+que la rumeur des ruisseaux qui, de tous côtés, dévalent des glaciers
+sur les pentes, et le coup de sifflet aigu des marmottes, déchirant
+l'air de temps en temps. On a tout à fait l'impression d'un paysage
+éternel, tel qu'il restera jusqu'à la consommation des âges, alors que
+la terre ne sera plus qu'un astre mort; et c'est comme si nous
+touchions les extrémités déjà refroidies de la planète.
+
+[Illustration: Cascade sortant de dessous un pont de neige entre
+Tannin et Zodji-Pâl.--D'après une photographie.]
+
+
+Kêl Nàr, 21 août.
+
+En nous réveillant, ce matin, nous avons trouvé toutes les cimes
+d'alentour poudrées de neige fraîche. Une pluie glacée tombe sur nous.
+Voici pourtant les pèlerins qui arrivent à la file indienne. Ils sont
+pitoyables à voir ainsi, demi-nus et grelottants sous leurs minces
+vêtements de coton. Certes, le premier qui mit à la mode le pèlerinage
+d'Amarnâth avait le sens et le goût du pittoresque, mais surtout il ne
+manquait pas de courage. C'est bien une autre affaire pour ces pauvres
+gens que pour nous, qui sommes relativement «confortables». Au fond,
+ils y risquent leur vie, et, dans les mauvaises années, beaucoup
+périssent de froid. Il est vrai qu'ils ont, pour les soutenir, la foi
+et l'espoir de voir Çiva face à face, motif plus entraînant, sinon
+même plus excusable, que ma curiosité.
+
+Profitant d'une éclaircie, nous nous décidons, à notre tour, à partir.
+Nous débutons par passer un torrent sur un pont de neige; c'est
+décidément plus solide qu'on ne croirait. Et voici d'autres ruisseaux
+qui nous barrent la route. Il serait étonnant de rencontrer tant d'eau
+à de telles hauteurs si les inépuisables réserves des glaciers ne se
+dressaient encore bien au-dessus de nous.
+
+Des cris désespérés: c'est un coolie, étalé au beau milieu du torrent,
+qui beugle lamentablement en se raccrochant à une pierre. Ses
+camarades accourent à son aide et le ramènent au bord. Naturellement,
+sur les quinze, c'est celui qui portait le lait et le sucre qui est
+seul à prendre ce bain forcé. Par bonheur, la _kilta_ ferme bien, et
+notre provision d'épicerie est sauve. Quant au lait qu'il portait à la
+main, c'est une offrande involontaire aux nâgas de la contrée.
+
+[Illustration: Le Koh-i-Nour et les glaciers au-dessus du lac
+Çecha-Nag.--Photographie Jadu Kissen, à Delhi.]
+
+L'incident clos, on se hisse encore, en prenant la montagne en flanc,
+pour gagner la passe du Mahâgounas, «du grand Serpent». Elle est
+couverte de neige, ce qui n'a rien de surprenant; nous sommes à 14 000
+pieds d'altitude. Nous peinons dans les pierres éboulées: une moitié
+de montagne est tombée dans la passe; le pandit veut qu'un coup de
+foudre ait déterminé l'éboulement. Beaucoup de pierres sont arrangées
+par trois ou quatre, en sorte de petites maisons comme les enfants en
+construisent. Chaque pèlerin en bâtit une et y dépose un sou, que les
+maliks de Bhatkote ramassent ensuite. Nous montons toujours. Çà et là,
+quelques edelweiss se montrent. Rien ne saurait rendre l'aspect désolé
+de cette passe entre ses deux murailles de granit sous le ciel gris;
+le vent qui la balaie nous glace jusqu'aux os. Un cairn en marque le
+faîte; nous accomplissons en passant le rite d'ajouter notre pierre au
+monceau. Puis nous descendons le long de pentes glissantes et
+couvertes d'herbes dans une nouvelle vallée, semblable à celle que
+nous venons de quitter, mais orientée, celle-ci, vers le nord, et qui
+déverse ses eaux, non plus dans le Lidar, mais dans le Sind.
+
+[Illustration: Grotte d'Amarnâth.--Photographie Jadu Kissen, à Delhi.]
+
+La pluie nous a rattrapés en chemin; la voilà bientôt qui se change en
+neige fondue, puis en neige véritable. Les coolies sont bien loin
+derrière. Nous nous arrêtons à la première place où l'on puisse songer
+à camper, près de Kêl-Nàr, la «gorge de l'Ibex». J'attends là deux
+mortelles heures, sous la neige, les tentes, qui n'arrivent toujours
+pas. Les voici enfin, on les monte à la diable. Rien à tirer de nos
+gens. Les domestiques hindous, qui n'avaient jamais vu tomber de
+neige, sont positivement atterrés. Les coolies, qui ont pourtant de
+bonnes couvertures de laine, pleurent, disant qu'ils vont tous mourir.
+Deux d'entre eux manquent à l'appel, et la nuit vient. Deux autres de
+leurs camarades consentent, moyennant un gros _bakchich_, à se mettre
+à leur recherche. Pour comble, pas de bois pour faire du feu; tout au
+plus peut-on, avec une lampe à alcool, me préparer une tasse de thé.
+J'ordonne une distribution générale de sucre, qui est considéré ici
+comme un «aliment chaud», je fais mettre les coolies sous la double
+toile et jusque dans les «bathrooms» des tentes, où, toute la nuit,
+ils grognent, grouillent, geignent, accroupis sur la terre détrempée
+de la prairie. Les pieds de mon lit de camp s'y enfoncent, pendant que
+les bâtons de la tente plient et craquent sous le poids de la neige
+qui charge la toile.
+
+
+Pandjtarni, 22 août.
+
+La neige a continué à tomber une partie de la nuit; mais ce matin,
+quel beau soleil étincelait sur les neiges nouvelles, et avec quel
+plaisir bêtes et gens s'y chauffaient! Cela a rendu courage à tout le
+monde, et il se trouve qu'après tout personne, pas même les poulets
+que nous traînons après nous, n'est _mar-gaya_, «allé mort».
+
+[Illustration: Astan-Marg: la prairie et les bouleaux.--D'après une
+photographie.]
+
+L'étape qui nous reste à fournir est, d'ailleurs, fort courte. On
+continue à descendre le long de la même vallée, toute fleurie
+d'immortelles et de gentianes, en traversant cinq fois le torrent qui
+serpente au fond. Les marmottes, assises au bord de leurs trous, nous
+regardent passer. En face de nous, derrière quelques montagnes nues,
+se dresse le pic d'Amarnâth, terme de notre excursion et but du
+pèlerinage. Déjà, ce rocher que nous longeons n'est autre que le
+«tambour de Çiva». Les pèlerins ont soin de le faire résonner au
+passage, en le frappant d'un galet. Presque aussitôt on arrive à
+Pandjtarni. Les «cinq rivières» coulent dans un immense lit, moitié
+rocaille, moitié prairie, descendant de deux beaux glaciers,
+curieusement striés. Nous ne sommes heureusement pas obligés, comme
+les pèlerins, de prendre un bain «frappé» dans chacune d'elles. Nous
+installons notre campement au bout de la prairie, près de l'endroit où
+les cinq rivières se réunissent pour former le Sangam (confluent). À
+cette place, la haute vallée s'étrécit de nouveau, et par la porte
+ouverte de ma tente, orientée au nord, je ne vois qu'un triangle de
+ciel pâle, qui est celui du Ladâkh ou petit Tibet. Sa frontière n'est
+qu'à un jour de marche, mais nous sommes trop tard dans la saison, et
+la gorge qui mène à Baltal est, pour le moment, infranchissable.
+
+[Illustration: Campement de goudjars à Astan-Marg.--D'après une
+photographie.]
+
+Au soir, les pèlerins sont enfin arrivés. Les officiers de police, que
+le mahârâdja mobilise pour le soin temporel des pèlerins, les avaient
+retenus à notre campement d'avant-hier, de peur qu'ils ne fussent pris
+dans la passe par la neige. Ils sont on retard. À la nuit tombante,
+ils arrivent encore le long du sentier, que leur file indienne dessine
+à perte de vue. Je suis allée les voir à six heures. Ils remontaient
+la berge, tout grelottants de leurs cinq bains consécutifs et le front
+barbouillé de jaune et de rouge par les _pourohitas_ qui, dès deux
+heures de l'après-midi, les guettaient, accroupis au bord de la
+dernière rivière. Quelques tentes étaient déjà debout. Les marchands
+qui suivent les pèlerins avaient ouvert boutique pour ceux qui ne
+peuvent allumer de feu, soit faute de bois, soit que leurs voeux le
+leur interdisent. Il y avait là des vendeurs de _mithaï_ (confiseurs)
+et des espèces d'épiciers débitant du mauvais thé et des ingrédients
+bizarres, de petites graines d'amarante qui ne rompent pas le jeûne,
+des amandes, des noyaux d'abricots, du chanvre à fumer haché très fin,
+des tas de choses hétéroclites par petits lots ou dans des sacs
+minuscules. Nos coolies eux-mêmes se sont transformés en marchands de
+bois; aussitôt les tentes montées, ils étaient partis à l'aventure, et
+les voici qui reviennent, chargés de fagotins de genévrier.
+
+C'est une cohue des plus amusantes et bariolées; des gens enfoncent
+des piquets de tente, d'autres récurent d'énormes pots de cuivre jaune
+où, tout à l'heure, cuira le riz; des sâdhous, et même des sadhounies
+de l'Inde, en coudoient d'autres du Ladâk et du Népal; et tous ces
+gens grouillent au pied de la montagne, qu'ils graviront demain matin.
+
+
+Amarnâth, 23 août.
+
+De bonne heure, ce matin, les pèlerins sont partis pour Amarnâth, par
+leur chemin spécial, laissant seulement quelques coolies pour garder
+le camp. Ce chemin a ses mérites particuliers. D'abord, il est très
+dur; il faut franchir une crête à plus de 5 000 mètres d'altitude et
+redégringoler de l'autre côté comme on peut. On fait, en outre, ses
+dévotions à une aiguille rocheuse, qui passe pour être une image de
+Bhairava. On lui offre des gâteaux de farine, du sucre et du _ghî_,
+rite d'autant plus méritoire que ces pauvres pèlerins grimpent là-haut
+absolument à jeun. Jadis, nombre de sâdhous escaladaient la roche et
+se précipitaient à terre, c'est-à-dire, d'après leurs idées, montaient
+au ciel. Ce saut périlleux dans l'autre monde est, à présent, interdit
+par la police; qu'on nie après cela les progrès de la civilisation!
+
+Sur l'autre versant, on rencontre dans les rochers une fissure qui
+forme une sorte de porte naturelle: celui qui l'a franchie n'est plus
+condamné à renaître, car c'est là l'idée que les Hindous se font de
+leur «salut». Le pandit contait que ceux qui ont quelque chose de
+grave sur la conscience sont empêchés de passer: une force mystérieuse
+et invincible les arrête, et l'on assure que plus d'un se sent mal à
+l'aise en approchant de cette épreuve redoutée. Après quoi, il ne
+reste plus qu'à gagner la bienheureuse grotte.
+
+Pour nous autres, profanes, nous nous bornons à prendre, pour y aller,
+le chemin que les pèlerins suivent pour revenir; c'est aussi celui
+qu'adoptent de préférence les fidèles qui se sentent trop faibles et
+les malades assez insensés pour venir chercher ici leur guérison. Il
+ne faut pas croire, d'ailleurs, qu'il soit des plus faciles: on est
+heureux de trouver place pour un pied à la fois, souvent sur du
+schiste émietté qui s'éboule.
+
+[Illustration: Le bain des pèlerins à Amarnâth.--D'après une
+photographie.]
+
+Le pis est qu'après avoir monté, il ne reste plus qu'à descendre par un
+sentier du même acabit, jusqu'à ce qu'on gagne enfin le lit du torrent
+d'Amarnâth, de son nom Amarâvati. On marche au creux de cette lugubre
+vallée de mort, tantôt sur des éboulis, tantôt sur des tunnels de neige.
+De chaque côté, vous oppressent des montagnes nues, dont la crête est
+aussi déchiquetée que celle des vagues un jour de tempête. De
+quelques-unes, avec leurs stries bizarrement soulevées, on dirait
+d'énormes lames figées dans leur effort vers le ciel. Dans l'une
+d'elles, à gauche, on aperçoit enfin une large baie ouverte à mi-côte,
+où montent et descendent des files ininterrompues de pèlerins; c'est la
+grotte du «Seigneur des immortels». Un jour dans l'an, le 15e jour de la
+quinzaine claire de çrâvan, le jour de la pleine lune d'août, les
+pèlerins remplissent ainsi la vallée de leur multitude bariolée, où
+domine la couleur orange des vêtements des sâdhous, et de la rumeur de
+leurs cris. Leur première action est de se baigner dans le ruisseau
+d'Amarâvati, qui forme, à gauche de la grotte, trois étages de cascades.
+Celui du bas semble réservé aux femmes. Puis, tous les hommes, vêtus
+seulement d'un pagne d'écorce de bouleau retenu autour des reins par une
+cordelette de même nature, les femmes, drapées d'une pièce d'étoffe
+immaculée, tous poussant le même cri: «Amarnâth-Svâmi-ki-Jay! Vive le
+seigneur roi des Dieux!» se précipitent vers la grotte. On y accède par
+une sorte de rampe, le long de la paroi de gauche. La grande arche
+béante, haute comme une voûte de cathédrale, est à moitié comblée à
+droite par les éboulements. Les pèlerins se plâtrent la figure, certains
+même tout le corps, avec la poudre de la pierre de gypse où elle est
+creusée. Il faut les voir à l'entrée de la caverne, les mains étendues,
+la tête renversée et la bouche ouverte, guettant éperdûment les
+infiltrations de la voûte pour tâcher d'en recueillir au vol quelques
+gouttes, car cette eau n'est rien moins que de l'_amrita_, de
+l'ambroisie. Enfin, se prosternant de tout leur long, ils pénètrent dans
+la grotte.
+
+Le but principal du pèlerinage est la contemplation des sources
+glacées qui sont censées représenter Çiva et même sa famille.
+Imaginez, dans un retrait, où le soleil ne pénètre jamais, des sortes
+de petits dômes de glace. Le plus grand ne serait rien autre qu'une
+image naturelle du dieu. Certains prétendent que l'épaisseur de la
+glace croît et décroît avec la lune; personne, d'ailleurs, n'est là
+pour le voir. Dans l'âme des pèlerins, il n'y a pas l'ombre de
+scepticisme. Avec quelle dévotion ils se pressent vers le bloc de
+glace, y frottant avec frénésie leurs fronts, leurs bras, leurs torses
+nus; quand ils ont fini de se frotter d'un côté, ils recommencent de
+l'autre. Puis ils organisent, dans l'ombre froide de la grotte, une
+sorte de danse sacrée, rythmée par des battements de mains.
+
+Inutile de dire que les _pourohitas_ sont de la fête; ils ont décoré
+les blocs glacés d'oripeaux rouges, de petites lampes fumeuses, et y
+ont semé des fleurs. Deux d'entre eux sont, sans façon, accroupis sur
+Çiva; deux autres tiennent une corde de paille pour maintenir la foule
+qui se presse alentour. Tous ces prétendus fanatiques nous font
+d'ailleurs bon accueil. On semble me savoir gré d'avoir remplacé mes
+impures chaussures de cuir par des sandales de paille. On s'informe
+avec intérêt si je vais faire ou si j'ai déjà fait le _darçan_ (la
+contemplation) du fameux glaçon. J'aurais d'ailleurs été désolée de
+contrister en quoi que ce soit le coeur de ces braves gens. Si toute
+croyance est respectable dès lors qu'elle est sincère, le mépris n'est
+pas de mise ici.
+
+[Illustration: Pèlerins d'Amarnâth: le sâdhou de Patiala; par derrière,
+des brahmanes, et à droite, des musulmans du Kachmir.--D'après une
+photographie.]
+
+À la vérité, les pourohitas marquent un empressement exagéré et
+bousculent les pauvres sâdhous pour faire une large place aux Sahebs
+qui, à défaut de conviction, apportent des roupies. Ils me donnent, en
+échange, quantité de sucre candi, des amandes, des fleurs, et
+m'attachent au poignet gauche un bracelet de laine rouge et de soie
+jaune. Une pauvre vieille femme me demande l'aumône et va
+immédiatement apporter la piécette d'argent à d'autres brahmanes, en
+train de sacrifier autour d'un petit feu. Ce soir, on partagera la
+recette: un quart sera pour les pourohitas de Bhavan, un quart pour
+ceux de Ganech-Bal, un autre pour les sâdhous qui ont porté
+l'étendard, et le dernier pour les maliks de Bhatkote. Nous avons
+entendu plus tard, en repassant par ce village, les doléances du vieux
+malik: les petits hobereaux n'avaient eu pour leur part que cent
+roupies. Chaque année, d'ailleurs, ils ne manquent pas de se déclarer
+lésés, pour la bonne raison que l'accès de la grotte--et par suite,
+tout contrôle sur les opérations financières qui s'y passent,--est
+interdit aux musulmans.
+
+Cependant, le _darçan_ fait, tout est fait; il ne reste plus qu'à s'en
+aller. Alors, c'est une déroute lamentable parmi ces pauvres gens déjà
+épuisés par huit jours de fatigues et de jeûnes, et que la volonté
+d'arriver au but ne soutient plus. Tant que le sentier descend la
+vallée d'Amarnâth, en vue de la caverne, cela va encore, et l'on
+entend quelques cris enthousiastes. Au bord du torrent, nous voyous
+deux femmes s'arrêter; par trois fois, elles puisent de l'eau dans le
+creux de leurs mains et se font boire réciproquement, et par trois
+fois, elles se donnent l'accolade. C'est un pacte d'amitié qu'elles
+sont en train de sceller entre elles. Un tel pacte, assure le pandit,
+prime tout intérêt mondain ou tout lien de famille; c'est à la vie et
+à la mort. Bientôt, les acclamations s'éteignent, les groupes
+s'espacent et s'éparpillent. Un des disciples de notre vieille
+connaissance, le sâdhou de Patiala, mourant, allait rester sur la
+place, faute de dix annas pour se faire porter. À la première montée,
+ce ne sont partout que des gens affalés sur les pentes, cramponnés aux
+touffes d'herbes, haletants, geignants, et ne voulant pas croire que
+l'ascension puisse jamais finir. De l'autre côté du contrefort, la
+descente sur les cinq rivières n'est pas plus brillante; beaucoup qui,
+tout à l'heure, grimpaient en rampant, à quatre pattes, se laissent à
+présent glisser sur le dos. En bas, un dernier bain, aussi sacré que
+froid, les attend en l'honneur des ancêtres, comme s'ils voulaient
+hâter le moment d'aller les rejoindre. La fatigue, il faut l'avouer,
+m'a terrassée comme eux et, comme eux, je me traîne, tant bien que
+mal, jusqu'au campement de Pandjtarni. Par derrière, les officiers de
+police s'occupent à presser les derniers retardataires; ce serait la
+mort certaine pour ceux qu'on abandonnerait sur le chemin dans ces
+solitudes désolées, où tout est de glace, jusqu'aux dieux; et pour un
+an entier, la vallée d'Amarnâth retombe dans son silence.
+
+Le 24 août au matin, il n'y avait plus que nos tentes de dressées, à
+Pandjtarni, sur la prairie étincelante de gelée blanche. Je me ressens
+à ce point des fatigues de la veille que je suis obligée de différer
+mon départ d'un jour. Quand le surintendant de police, qui continue à
+fermer la marche du cortège vient, avant de partir à son tour,
+m'offrir ses services, je lui demande de m'envoyer un _dholi_ avec
+double équipe de porteurs. Le _dholi_, pour ceux qui l'ignorent, est
+une espèce de palanquin de forme carrée, surmonté d'un dais d'étoffe.
+Bien suspendu entre deux longs bambous, l'appareil me sembla
+confortable; son seul défaut est d'être fort encombrant. Mais mes huit
+mulets non baptisés sont des _kahars_ exercés et qui me portent par
+les chemins les plus difficiles avec une incroyable adresse.
+
+On suit au retour le même chemin qu'à l'aller, sauf que d'ordinaire
+l'on coupe au plus court par une passe encore plus haute que celle du
+Mahâgounas (les cartes anglaises accusent 16 000 pieds) et non moins
+rocailleuse. Brusquement on arrive après avoir contourné une corniche
+vertigineuse, sur l'autre versant. Sous nos pieds se creuse un immense
+gouffre, entouré de crêtes bizarrement «ondées», et profond de plus de
+1 000 mètres. On croirait, à première vue, qu'il est impossible de
+descendre des pentes aussi abruptes; on les descend cependant, non
+sans peine et sans risques. Au bas, près d'un ruisseau qui sort
+soudain de terre, les bouleaux retrouvés forment un nid de verdure qui
+a nom Astan Marg.
+
+Toute une famille de pasteurs Goudjars est établie là avec ses
+buffles. La vieille mère, bonne femme à tête de sorcière, vient me
+faire ses _salâms_ en m'offrant d'épaisses galettes de lait cuit et
+m'invite du geste à entrer dans la hutte. Ce n'est qu'un large auvent
+supporté par quelques troncs d'arbres, d'ailleurs simple séjour d'été;
+l'hiver, ils redescendent dans leurs villages. Je n'aperçois, en fait
+de mobilier, que ces sacs de peau de chèvre où l'on conserve le beurre
+fondu et les pots de terre ou de bronze où on le fait fondre. Dans un
+coin, une toute jeune femme était étendue sur un lit d'herbes sèches,
+ayant à côté d'elle son bébé, nouveau-né de la veille. Comme ses
+compagnes, elle est couverte de bijoux et je compte jusqu'à douze
+anneaux d'argent par oreille. Ainsi, la coquetterie ne perd jamais ses
+droits, et je reste sceptique sur la simplicité tant vantée des
+bergères. Connaissent-elles seulement leur bonheur? Volontiers, je
+partagerais pour le reste de l'été leur claire et fraîche retraite
+qu'un poète du cru ne manquerait pas de décrire, nichée au creux du
+géant Himalaya, comme un joyau sur le sein de la déesse Pârvati.
+Malheureusement, les nécessités du ravitaillement s'y opposent et il
+faut se rabattre sur des régions de 1 000 mètres plus basses et où
+déjà l'on respire un air plus lourd. Encore deux jours de pittoresque
+descente et mes porteurs me déposaient doucement à terre à Palgâm. De
+là, il ne me reste plus qu'à retraverser le Kachmir en diagonale, si
+je veux être arrivée à temps pour faire l'ascension de l'Haramouk.
+
+ (_À suivre._) Mme F. MICHEL.
+
+[Illustration: Mosquée de village au Kachmir.--D'après une
+photographie.]
+
+Droits de traduction et de reproduction réservés.
+
+
+
+
+ TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.--5e LIV. Nº 5.--4 Février 1905.
+
+[Illustration: Brodeurs kachmiris sur toile.--Photographie Bourne et
+Shepherd, à Calcutta.]
+
+
+
+
+L'ÉTÉ AU KACHMIR[4]
+
+ [Note 4: _Suite._ _Voyez pages 1, 13, 25 et 37._]
+
+Par Mme F. MICHEL.
+
+ V.--Le Pèlerinage de l'Haramouk.--Alpinisme funèbre et
+ hydrothérapie religieuse.--Les temples de Vangâth.--Frissons
+ d'automne.--Les adieux à Srînagar.
+
+
+[Illustration: Mendiant musulman. D'après une photographie.]
+
+Le huitième jour de la quinzaine claire de Bhadrapâda qui, cette année
+(1896), tombait le 14 septembre, est le grand jour des morts des
+pandits kachmiris. Mais il ne s'agit pas seulement d'aller apporter
+des fleurs à un cimetière plus ou moins proche; il leur faut monter à
+plus de 4 000 mètres, par de rudes chemins, à travers des passes
+désolées, jusqu'à un lac, entouré de glaciers et de pentes pierreuses,
+au pied du géant Haramouk. Comme on jette plus volontiers dans le
+Gange les cendres des Hindous de l'Inde, celles des brahmanes et des
+Sikhs du Kachmir viennent toutes s'amasser là. Aussi bien le lac
+est-il donné, pour les besoins de la cause, comme une des sources du
+grand fleuve sacré.
+
+Les profanes et les cartes l'appellent Gangâbal; les brahmanes disent
+simplement la Gangâ, ou la Moukouta-Gangâ, la «Gangâ du diadème». On
+sait que le grand fleuve coule du chignon de Çiva, et l'Haramouk,
+l'énorme massif de roches et de glaces qui domine cinq vallées et
+dresse vers le ciel sept grands pics inégaux, n'est autre que le
+neigeux diadème en même temps que la demeure du dieu. Les pandits
+affirment sans rire que les années de sécheresse, en faisant la
+_pradakchinâ_, c'est-à-dire le tour du lac à main droite, on aperçoit
+comme des cheveux d'où ruisselle la source! Si le huitième jour de la
+quinzaine claire de Bhadrapâda tombe après le commencement de la
+saison d'automne, le rite du «jet des cendres» dans la Gangâ est remis
+à l'année suivante. Cette année-là, il s'en est fallu de peu qu'il
+n'eût pas lieu; la saison d'automne commençait le neuvième jour de la
+quinzaine.
+
+Dans toutes les maisons où il y a eu un mort, un des parents, aussi
+proche que possible, doit forcément faire l'ascension. Ce pèlerinage
+de Gangâbal a donc un caractère local tout particulier. Ici plus de
+pèlerins de l'Inde, autant dire point de Sâdhous; quelques Sikhs mis à
+part, on n'y voit que des brahmanes kachmiris; c'est un vrai
+pèlerinage de famille.
+
+Et ce n'est pas une petite affaire pour les pandits. On sait quelle
+frayeur plaisante les Kachmiris ont des magnifiques montagnes au sein
+desquelles ils vivent et qu'il leur plaît de contempler de loin. Le
+«bandobast» est une aussi longue opération que s'il s'agissait d'un
+voyage au pôle; il faut s'assurer d'une tente, puis réunir des
+provisions, vêtements et couvertures à profusion; enfin, se munir de
+sucre, de poivre en grains et de fruits aigres, toutes choses qui ne
+rompent pas le jeûne, pour se réchauffer le coeur ou se rafraîchir en
+route; n'oublions pas un parfum noué dans le coin de l'écharpe pour
+respirer en guise de sels, si l'on est pris du mal des hauteurs. Il
+est surtout important d'avoir des _kangris_ et nombre de ces sandales
+en corde d'herbe (_poulahor_), si précieuses pour marcher sur les
+pentes glissantes. Il s'agit, ensuite de trouver des coolies pour tout
+cela. Enfin--_last but not least_, comme disent les Anglais,--vient la
+question des cendres. On débouche, pour les prendre, au-dessus de la
+porte, dans le mur extérieur de la maison, la cachette où elles
+étaient enfermées depuis le jour de l'incinération. L'habitude est de
+placer les quelques débris d'ossements recueillis parmi la cendre du
+bûcher dans un vase de terre, purifié par les cinq produits de la
+vache, en compagnie de minuscules fragments des «cinq joyaux»: perle,
+saphir, corail, or, argent. Je me suis laissé dire qu'on ne prenait
+pas autant de cendres qu'il serait possible, par crainte d'en être
+encombré au jour du pèlerinage; car les morts ont toujours pesé aux
+vivants.
+
+[Illustration: Le brahma Sâr et le camp des pèlerins au pied de
+l'Haramouk.--D'après une photographie.]
+
+Voilà enfin nos pandits en route, non sans que les porteurs de cendres
+aient d'abord célébré à la maison un premier _çrâddh_ ou sacrifice
+funèbre. Ces derniers renouvellent, d'ailleurs, tous les jours du
+chemin, ces oblations de boulettes de farine, d'eau et de fruits aux
+mânes des ancêtres; à la Gangâ, tous doivent faire un _çrâddh_, et
+ceux qui ont apporté des cendres en font deux. Nous avons rejoint à
+Prang, au bord du Sind, la foule bariolée des pèlerins, déjeunant
+après leur offrande faite ou se reposant sous les arbres. Il y avait
+là de bien jolies panditanies; elles passent, d'ailleurs, pour plus
+belles que leurs compatriotes musulmanes, et sans doute avec raison;
+car, comme on sait, ce furent les hautes classes qui ne se laissèrent
+pas convertir au mahométisme. Gracieuses dans leurs robes de couleur
+vive à larges manches, la taille serrée par une écharpe blanche et la
+tête couverte d'un long voile blanc flottant sur les épaules,
+plusieurs avaient quelque chose de biblique. Quant aux pandits, la
+plupart quittent en voyage la robe blanche qui, avec l'écharpe dont
+ils se drapent, prend des allures de toge et leur donne vraiment bon
+air; ils la remplacent par un costume assez semblable à celui du
+Kichtwar, une sorte de justaucorps sur des culottes et des «pattis»
+enroulées autour des jambes. Presque tous portent aussi un ample
+pardessus, fourré de peau d'agneau du Ladâkh. Quelques adolescents
+ressemblaient, avec leurs calottes brodées et leurs pourpoints de
+couleur sur leurs haut-de-chausses collants, à des pages Moyen Âge.
+D'autres avaient eu la fâcheuse idée d'arborer d'invraisemblables
+redingotes, chefs-d'oeuvre des tailleurs de la capitale; il y en avait
+de bleu-ciel, de beiges, de vertes, d'autres mêmes en velours noir,
+toutes ornées par devant de grandes poches extérieures comme celles
+des vestes de chasse. Ces jeunes élégants représentent le nouveau
+Kachmir, celui qui s'est mis à l'anglais pour vivre; ils nous saluent
+dans le baragouin qu'ils ont appris à l'école de Srînagar, en vue de
+briguer quelque petit emploi. En attendant, ils ne se dispensent pas
+encore d'aller à Gangâbal. À côté, des pourohitas, accourus à
+l'aubaine, s'acquittent de leur _poudjâ_. Plus loin, un groupe de
+Sikhs devisaient assez joyeusement. Près d'eux, à la fourche de bâtons
+plantés en terre, se balançaient des sachets de diverses couleurs,
+contenant les cendres de leurs morts; c'est leur façon de les porter à
+la Gangâ; les pandits les mettent d'ordinaire à leur cou. Quelques-uns
+en avaient jusqu'à trois et quatre: les diverses couleurs des sachets
+leur servent en ce cas à s'y reconnaître, car ils doivent prononcer le
+nom de l'ex-propriétaire des cendres en les jetant à l'eau. Au soir,
+des feux s'allumèrent de tous côtés, et le campement avait un air de
+fête qui s'accordait assez mal avec le but du pèlerinage.
+
+[Illustration: Lac Gangâbal au pied du massif de
+l'Haramouk.--Photographie Jadu Kissen, à Delhi.]
+
+Le lendemain, tout le monde s'engageait par un petit sentier pierreux
+dans la vallée de Chittragoul; le chemin de retour passe par celle de
+Vangâth. À Chittragoul demeurent des maliks qui, comme ceux de
+Bhatkote pour Amarnâth, sont chargés du soin temporel des pèlerins et
+perçoivent une redevance à cet effet. On campe en plein champ, au pied
+de la montagne: quelque 2 000 mètres à gravir d'une haleine. Un fort
+orage, survenu dans la soirée, avait mouillé tentes et gens. C'était,
+dès minuit, un curieux spectacle que de voir les groupes s'agiter, mi
+dans l'ombre, mi dans l'éclairage violent des feux, séchant leurs
+vêtements au moment du départ; puis leur procession s'engage à la file
+indienne dans le sentier, les uns portant une branche de bois
+résineux, d'autres une torche d'écorce de bouleau ou même une
+«hurricane lamp». De nuit, l'ascension semble-t-elle plus courte? je
+ne sais; de jour, elle paraît interminable. D'une traite, on passe par
+toutes les zones de la végétation. Tout d'abord, le sentier monte au
+creux d'un ravin boisé, entre deux murs de verdure, composés surtout
+de noyers, de marronniers, de noisetiers et de sycomores. Puis l'on
+s'engage sur des pentes clairsemées de sapins à demi déchaussés par
+les pluies et désespérément cramponnés de toutes leurs racines. Enfin,
+voici la ligne des bouleaux qui font bientôt place à l'herbe, et
+celle-ci à la roche nue.
+
+On retrouve ici, comme du côté d'Amarnâth, ces sortes de seuils
+gigantesques menant aux hauts plateaux qui sont les _margs_, et que
+seuls quelques pics dominent encore. Mais d'abord ce ravin aux parois
+rocheuses et perpendiculaires, où l'herbe vient affleurer comme au
+bord des falaises de l'océan, c'est le Haph-Nâr, la «gorge des
+Revenants». Là auraient péri, il y a longtemps, des pèlerins qui
+avaient perdu leur chemin; et si grand était leur nombre, que l'on
+aurait ramassé au fond du sinistre précipice, hanté de leurs fantômes,
+plus d'un _maund_ (80 livres) de cordons sacrés de brahmanes! Plus
+loin, on traverse une crête rocheuse par une étroite et bizarre
+coupure bien nommée le «Portail». C'est là que se tiennent les maliks
+pour percevoir de chaque passant leur redevance de quelques centimes.
+On s'engage ensuite à travers les croupes ondulées du Mahalesh, vaste
+prairie semée de roches, qui semblent les débris épars de quelques
+pics ruinés. En certains endroits, des torrents ont emprunté pour lits
+d'anciennes moraines, et sous les amas de pierres qui les couvrent, on
+les entend au passage bruire ou gronder sans les voir. Voici enfin
+Brahmasâr, un petit étang pour un grand nom: c'est la halte souhaitée,
+tout au pied de la haute pyramide noire de l'Haramouk, qui domine,
+d'ailleurs, toute la dernière partie de la route.
+
+Que de légendes ici encore et de croyances populaires! Qui doutera que
+le sommet ne soit fait d'une immense pierre et que sa vue ne suffise à
+rendre les serpents inoffensifs, se souvenant sans doute qu'un de
+leurs pareils forme le vivant collier du dieu Çiva? Le pic est réputé
+inaccessible par les Kachmiris. Jadis, un Sâdhou s'était, douze ans
+durant, assigné comme tâche quotidienne de le gravir jusqu'au sommet
+pour voir Çiva. Chaque jour, il montait, montait le long des roches;
+la nuit le surprenait toujours en chemin et, à son réveil, il se
+retrouvait au lieu d'où il était parti le jour précédent. Son cas est
+devenu un commun proverbe au pays de Kachmir; si, par exemple, un
+enfant oublie au fur et à mesure ce qu'il apprend, il est «comme le
+religieux de l'Haramouk» retombant toujours à son point de départ. On
+dit pourtant,--que ne dit-on pas?--qu'un jour un de ces gardeurs de
+moutons, qui sont connus pour aller partout, s'étant mis à la
+recherche d'une brebis égarée, s'aventura très haut sur la montagne.
+Il aperçut dans un creux de roches un homme et une femme--de cette
+caste si méprisée qui se nourrit de charognes et où les Européens
+recrutent le dernier de leurs serviteurs,--occupés à traire une
+chienne pour en boire le lait. L'homme invita le berger à partager
+leur boisson, mais l'aveugle Mletcha refusa, plein d'horreur et de
+mépris, et passa outre. Pourtant l'homme eut le temps de lui frotter
+le front d'une goutte de lait. En redescendant, le berger rencontra le
+Sâdhou et lui conta son aventure. Aussitôt celui-ci bondit sur ses
+pieds, essuya d'un coup de langue la gouttelette sur le front de
+l'infidèle et disparut, ravi au ciel. Ceux que le musulman avait pris
+pour un couple d'infâmes Vatals, n'étaient autres que Çiva et son
+épouse Pârvatî.
+
+[Illustration: Le Noun-Kôl, au pied de l'Haramouk et le bain des
+pèlerins. D'après une photographie.]
+
+Le dieu est-il vraiment de mauvaise humeur cette année; ou bien est-ce
+Pârvatî que dépitent tous ces hommages rendus à sa rivale, la Gangâ?
+Les coolies sont encore loin naturellement, et voici qu'éclate un gros
+orage de grêle; en un instant la terre est couverte d'une épaisse
+couche blanche; les coups de tonnerre sont si violents qu'ils semblent
+vouloir nous jeter les montagnes sur la tête; pour comble, le vent
+s'est levé, glacial, et balaye la passe. C'est une piteuse débandade
+parmi les pauvres brahmanes qui n'ont d'autre réconfort en perspective
+qu'un bain glacé à prendre dans le Nâga; car, point de bain, point de
+mérite. Aussi, ont-ils une frayeur extrême de ces orages qui vous font
+passer en un moment du climat de l'Inde à celui de la Laponie, et
+surtout de ce vent qui, plus tard dans la saison, est mortel aux
+caravanes surprises dans les hautes passes. On s'entasse, comme on
+peut, dans les tentes envahies avant que montées. Tant bien que mal la
+nuit s'achève, et, au matin, le soleil fait de nouveau soupirer après
+l'ombre sur les pentes dénudées; ce qui n'empêche d'ailleurs pas
+l'orage et le froid de recommencer de plus belle au soir.
+
+L'étape du lendemain conduit enfin au but du voyage, aux bords du lac
+Gangâbal. Mais ce n'est point encore sans fatigue, surtout pour les
+pèlerins. Ils ont, comme à Amarnâth, leur chemin particulier, plus
+long et plus difficile, mais qui a, à leurs yeux, l'inestimable
+avantage de leur faire rencontrer trois Nagâs et de leur donner
+l'occasion de trois baignades de plus. En vérité, ils gagnent bien les
+indulgences qu'ils viennent chercher si haut et au prix de tant de
+peines; mais si tous ces bains froids successifs, pris à jeun, leur
+doivent être du plus grand secours dans leur prochaine naissance, j'ai
+bien peur qu'ils ne leur vaillent plus d'un gros rhume dans celle-ci.
+Un peu au-dessus de Brahmasâr, ils tournent à droite pour franchir une
+porte rocheuse. Des trois Nagâs auxquels elle conduit, deux seraient
+nés des larmes de la belle Pârvatî. C'était au temps des scènes de
+jalousie qu'elle faisait à Çiva à propos de sa rivale la Gangâ,
+toujours errante dans les noires tresses du dieu. Çiva avait pris le
+meilleur parti en pareil cas; il s'était éclipsé. Pârvatî, repentante
+et désolée, se mit bientôt à sa recherche. Chemin faisant, elle
+s'inquiétait si l'on n'avait pas vu passer son divin époux; ici on lui
+répondit négativement et une brûlante larme de douleur s'échappa de
+ses yeux; plus loin, la réponse fut affirmative et une fraîche larme
+de joie glissa sur sa joue; et voilà pourquoi, à présent encore, le
+Nagâ de la première larme est chaud, tandis que l'autre est froid.
+Quant au troisième, sa couleur sombre lui a simplement valu le nom de
+Kâl Sâr.
+
+[Illustration: Femmes musulmanes du Kachmir avec leurs «houkas»
+(pipes) et leur «kangri» (chaufferette).--Photographie Jadu Kissen, à
+Delhi.]
+
+Cependant, les coolies et les profanes continuent à monter jusqu'à la
+chaîne qui ferme le fond dernier de la vallée de Chittragoul, à
+quelque 4 000 mètres d'altitude. Impatiente de voir, je pousse droit
+pour gravir la croupe qui domine les lacs; de là, la vue est
+grandiose. Sous nos pieds, au bas même du pic, le Noun-Kôl arrondit
+ses bassins, mi-partie bleu, mi-partie vert, selon la profondeur des
+cuvettes; plus loin, vers la gauche, on aperçoit les glaciers
+suspendus au-dessus du Gangâbal; de l'un à l'autre, un ruisseau
+d'argent cascatelle. Déjà brahmanes et brahmines ont repris leur
+hydrothérapie sacrée. Le lac funéraire reflétait paisiblement le ciel
+changeant dans ses couleurs fuyantes. Durs rochers, eaux froides,
+neiges glacées, toutes choses étaient sous le soleil d'une sérénité
+morne. Quelques panditanies passaient, oubliant de se cacher le
+visage, et je vis qu'elles avaient les yeux rouges de pleurs. C'est,
+en effet, le lieu de la séparation définitive. C'est là que s'achèvent
+les destinées dernières de ceux qui furent,--là que s'achèveront
+celles de ceux qui sont les Hindous du Kachmir: dans une boule de
+terre prise au bord de l'eau et pétrie à la main, on enferme, avec les
+cinq joyaux, les débris qu'ont laissés les flammes; le lac indifférent
+se referme sur le tout. Voilà des siècles que cela dure, et toutes les
+générations du monde ne suffiront pas à le combler.
+
+Nous laissons ces bonnes gens à leurs pensers et devoirs funèbres, et
+nous redescendons vers Vangâth, jusqu'aux tentes plantées plus bas, à
+la limite des bouleaux. En face, sur une pente herbeuse, un grand
+troupeau d'un millier de moutons fait son tour accoutumé. Comme
+poussés par une force invincible, ils vont, broutant à la hâte
+quelques touffes d'herbe happées au passage, ils vont sans trêve
+devant eux. Beaucoup forment sur une seule ligne de longues files où
+chacun semble oublier même de manger dans la préoccupation unique de
+suivre la queue qui marche devant lui. Notez que personne ne les
+incite à changer de place, sauf leur instinct migrateur. Quand ils
+sont allés assez loin dans un sens, les bergers se bornent à les
+relancer dans un autre. Et on comprend ce qu'on raconte des caravanes
+de «moutons de charge» qui traversent les hautes passes de l'Asie
+centrale, chacun d'eux portant quelques «briques» de thé comprimé.
+Leur gîte de nuit est en plein air, au creux d'un val. À côté, les
+_chaupans_ habitent pêle-mêle avec leur famille dans une sorte de
+tente-abri, ouverte aux deux bouts; ils se contentent d'entasser des
+fagots de genévriers du côté du vent et de la pluie. En échange d'un
+maigre salaire, ils se chargent ainsi pendant tout l'été de faire
+paître les moutons d'un ou même de plusieurs villages. Les paysans
+n'ont pas une très haute opinion de leur honnêteté, et plus d'un
+propriétaire monte de temps à autre vérifier le compte de ses bêtes,
+sous prétexte de leur apporter, comme friandise, une petite provision
+de sel.
+
+De ce point encore la vue s'étend sur un fouillis de montagnes,
+tourmentées comme des vagues et toutes crêtées de neiges nouvelles,
+d'un blanc écumeux. Le chemin du retour est, pour 4 à 5 milles, pareil
+aux prairies du Mahalesh, avec les mêmes torrents de pierres grises
+dans les creux. Puis on rencontre le bord abrupt des falaises
+rocheuses, et l'on arrive à la dernière descente, contre-partie de la
+première montée, une glissade vertigineuse par des sentiers de sable
+et de grès, qui font des coulées blanches à travers la noire
+sapinière. En bas, c'est la rivière, les temples, le Nagâ, et, à une
+petite lieue plus loin, par un sentier à travers les taillis, le
+village de Vangâth, l'étape du jour.
+
+Les parents des pèlerins viennent en masse les y attendre, chargés de
+mille choses réconfortantes pour les braves qui sont montés jusqu'au
+Gangâbal. Ceux-ci en redescendent complètement rasés, conséquence
+obligée du dernier rite funéraire célébré là-haut. Les barbiers
+musulmans de Srînagar n'ont garde de manquer l'occasion; pour exercer
+leur art à de pareilles hauteurs, ils exigent des sommes énormes,
+jusqu'à huit annas (0 fr. 80)! Tous les brahmanes y passent, qu'ils
+aient ou non apporté les restes d'un mort; il n'est fait exception que
+pour ceux dont le père est encore vivant ou la femme grosse.
+
+[Illustration: Temples ruinés à Vangâth.--D'après une photographie.]
+
+Les dix ou douze temples de Vangâth enfouissent sous la verdure leurs
+ruines pittoresques, près d'une source, merveilleuse de limpidité et
+encore à demi prisonnière dans son bassin de pierres taillées. Ces
+lieux si calmes furent, au temps d'Avantivarman, le théâtre d'une
+curieuse tragédie qu'il vaut la peine de lire dans la traduction du Dr
+Stein. Ce roi était un jour venu faire ses dévotions au grand temple,
+qu'il croyait avoir enrichi de ses présents. Aussi fut-il plutôt
+étonné de voir que les prêtres ne déposaient devant l'image du dieu,
+pour toute offrande, que des feuilles d'_oupalâkh_. (Il faut savoir
+que c'est une plante sauvage, sorte de scabieuse blanche, dont les
+Kachmiris mangent les feuilles bouillies; que ne mangent pas les
+Kachmiris!) Devant cette ingénieuse mise en scène, le roi ne peut
+s'empêcher de demander la raison de tant de lésinerie: c'est tout ce
+que les pourohitas attendaient pour parler. Ils content qu'un certain
+hobereau du voisinage se prévaut de sa faveur auprès du ministre pour
+leur enlever les revenus de leurs villages; ainsi s'explique la
+pauvreté de leur offrande et la maigre chère à laquelle est réduit le
+dieu. Le roi fait semblant de n'avoir rien entendu et sort, sous
+prétexte d'indisposition subite, laissant la cérémonie interrompue.
+Voilà tout le monde en l'air. L'affaire arrive aussitôt aux oreilles
+du ministre, qui ne songe qu'à garder sa place en se débarrassant au
+plus vite d'un favori aussi compromettant; et c'est pourquoi il lui
+fait, séance tenante, couper la tête et jeter le corps décapité dans
+l'eau claire du petit étang. Après quoi, paisible, il vient s'informer
+de la santé du roi, laquelle se trouve instantanément rétablie. «Non,
+jamais, s'extasie le bon chroniqueur, on n'a vu ni on ne reverra
+pareil ministre!» Il ne faudrait rien exagérer; les moeurs se sont
+incontestablement adoucies, mais on trouve toujours des ministres qui
+ont leur portefeuille chevillé au corps.
+
+[Illustration: «Mêla» ou foire religieuse à Hazarat-Bal.--En haut,
+photographie de l'auteur; en bas, photographie Jadu Kissen, à Delhi.]
+
+Le voisinage des temples et la beauté de la vallée me retiennent
+quelques jours à Vangâth, et aussi je ne sais quelle paresse à
+m'éloigner pour jamais de ces montagnes, dont la nostalgie doit
+toujours hanter quiconque en a foulé l'herbe parfumée et respiré l'air
+pur et léger. Pourtant voici l'automne: il s'annonce à n'en pas douter
+par la teinte dorée des pentes et la neige qui poudre les sommets, par
+la fraîcheur piquante de l'air matinal et la clarté franche et froide
+des clairs de lune. Et voici que descendent avec le premier frisson
+d'automne tous les pasteurs, habitants d'été des hautes prairies; ils
+descendent avec leurs familles et leurs troupeaux. Tous les jours, à
+travers le petit hameau, c'est le bruyant et pittoresque défilé de
+leurs bandes émigrantes; et elles m'apparaissent aussi soumises aux
+fatalités des saisons que les troupes d'oiseaux migrateurs que je vois
+passer au-dessus de ma tête.
+
+Ce sont les Goudjars qui ouvrent la marche, car leurs buffles ne
+supportent pas mieux le froid que le chaud. Aussi les huttes ouvertes,
+où ils gîtent là-haut, sous la blancheur spectrale des bouleaux, sont
+les premières désertées. Emportant dans des outres leurs provisions de
+beurre ou de _ghî_, ils vont, poussant devant eux leurs lourdes bêtes
+stupides, à la constitution si ridiculement délicate, et qui
+s'attardent à se vautrer dans toutes les eaux du chemin. Là-bas, du
+côté du midi, les attend quelque petite maison basse, à toit plat,
+terrée dans un champ de maïs, comme nous en avons tant vu, en montant
+au Kachmir, sur les collines qui dominent la route.
+
+Voici à présent le _chaupan_ ramenant aux paysans d'en bas les moutons
+confiés pour l'été à sa garde. Mais combien manqueront à l'appel et
+seront censés avoir été dévorés par les ours ou être tombés dans un
+précipice, qui auront été simplement vendus le plus cher possible au
+touriste de passage? C'est le secret du _marg_. Il y aura dans les
+villages des querelles et des cris assourdissants, à la mode
+kachmirie; puis, tout s'apaisera; le berger recevra son salaire en
+grains et son congé jusqu'au printemps de l'année prochaine; et
+aussitôt ses moutons lavés, peignés et tondus, le paysan les enfermera
+au rez-de-chaussée de sa maison pour lui servir de calorifère,
+cependant qu'avec leur laine il se tissera des couvertures bien
+chaudes au cours de ses longs loisirs d'hiver.
+
+La rencontre la plus nouvelle pour nous a été, sur le chemin des
+temples, celle d'une halte de _bakarban_ ou chevriers. Ceux-ci, de
+véritables nomades, ne sont au Kachmir que des hôtes de passage comme
+les touristes d'été; ils passent la saison froide sur les pentes
+méridionales de l'Himalaya. Ce sont de tout autres personnages que le
+_chaupan_ mercenaire. Leurs chèvres sont leur propriété, ainsi que les
+nombreux chevaux de charge qui portent leurs bagages.
+
+[Illustration: La villa de Sheik-Safai-Bâgh au sud du lac du
+Srînagar.--D'après une photographie.]
+
+On cite tel _bakarban_,--un boiteux,--qui posséderait à lui seul plus
+de treize mille chèvres. Ce serait donc un Crésus pour le pays; car
+son troupeau représenterait une valeur d'au moins 50 000 roupies. Ces
+chèvres sont, en effet, très grandes, et leur peau est fort recherchée
+pour faire des outres. Celles qui servent à l'eau sont tannées des
+deux côtés; au contraire, pour celles à provisions, on laisse le poil
+à l'intérieur. N'allez pas vous imaginer que c'est avec ce poil que
+l'on fabriquait les fameux châles. La chèvre, dite du Kachmir, y est
+inconnue; elle ne se trouve que sur les hauts plateaux glacés du
+Tibet. Là seulement, la bonne mère nature fait pousser, sous la longue
+toison de la bête, une sorte de plastron de laine fine, tout comme le
+duvet pousse sous les plumes de l'eider. C'est de cette laine qu'on
+tissait les châles et qu'on fait encore les souples et chauds tissus
+de _pashmina_. On a bien essayé d'acclimater au Kachmir la chèvre à
+lainage, mais l'hiver, si dur qu'il soit, ne l'est pas assez pour la
+forcer à doubler d'un gilet de laine son long manteau de fourrure; à
+plus forte raison en est-il de même des chèvres des _bakarban_ qui
+passent le temps froid du côté de l'Inde.
+
+[Illustration: Nishat-Bâgh et le bord oriental du lac de
+Srînagar.--Photographie Jadu Kissen, à Delhi.]
+
+Pour en revenir à nos chevriers, ils étaient bien une vingtaine,
+hommes, femmes et enfants. Ils traînaient à leur suite une bonne
+grosse bufflesse, dont le lait, avec quelques galettes, composa leur
+déjeuner. Les hommes étaient drapés dans des couvertures à la mode
+kachmirie; les femmes étaient toutes vêtues d'une étoffe de coton bleu
+foncé, à petites raies rouges largement espacées. Leur costume se
+composait d'un pantalon étroit aux chevilles, mais par ailleurs très
+largement drapé,--certains emploient jusqu'à 20 mètres d'étoffe,--et
+d'une blouse serrée à la taille. Sous la petite calotte ronde dont
+elles sont coiffées, leurs cheveux tombent sur leurs épaules en
+quantité de petites tresses. Ainsi affublées, elles n'en restent pas
+moins sveltes et souples. L'une d'elles, parée comme une idole, était
+royalement belle; avec le gracieux ovale de son visage, son nez fin,
+sa bouche mignonne et ses longs yeux de flamme sous l'arc parfait de
+ses sourcils, elle était le vivant portrait de ces miniatures
+indo-persanes qui représentent les sultanes favorites des grands
+Mogols. Comme les autres, je la vis se charger, au départ, de son
+dernier-né. Au lieu de tenir leurs enfants sur la hanche ou sur
+l'épaule à la façon des femmes indiennes ou kachmiries, ces nomades
+portent les leurs sur le dos à la hauteur des reins, dans une sorte de
+berceau improvisé avec un pan d'étoffe. Elles se nouent solidement
+autour de la ceinture le bout d'une longue écharpe, puis ramènent
+l'autre extrémité par derrière sur leur épaule; dans la poche ainsi
+formée est glissé l'enfant, puis l'excédent d'étoffe est enroulé en
+manière de turban autour de la tête de la mère, qui pose encore
+par-dessus un vase de terre ou de bronze, et, alerte, les mains
+libres, se remet en marche. Par derrière, les enfants plus grands
+trottinent comme ils peuvent, faisant leur apprentissage de bohémiens
+et se familiarisant de bonne heure avec les routes de transhumance que
+plus tard ils enseigneront à leurs descendants; car l'homme, comme les
+animaux des bois, a ses pistes et ses foulées par lesquelles un même
+instinct le pousse toujours à repasser.
+
+Enfin il faut nous résigner à redescendre comme les autres. Avec la
+vallée du Sind nous rattrapons la route muletière qui mène de Srînagar
+à Leh, et nous faisons encore d'intéressantes rencontres. Ce sont de
+bons bouddhistes du Ladâkh, qui regagnent leur pays avec des caravanes
+de yaks chargés de blé, de riz, de sel et de poteries communes; ou
+bien, au contraire, ce sont des musulmans de Yarkand en route pour les
+ports de l'Inde, d'où ils comptent s'embarquer à destination de la
+Mecque. L'accoutrement des uns et des autres est sensiblement le même:
+bonnet fourré, houppelande à longues manches et bottes de feutre; et
+ce sont toujours les mêmes petits yeux bridés qui clignotent dans
+leurs faces jaunes et plates de Mongols. Tout ce monde se hâte, en
+sens inverse, avant que la neige n'ait fermé les passes et que le
+Kachmir ne retombe dans sa léthargie d'hiver.
+
+Hâtons-nous donc, nous aussi, de profiter des derniers beaux jours. Je
+m'installe avec quelques amis au Sheik-Safai-Bâgh, dans une maison de
+plaisance qui est la propriété du râdja Amar-Singh, l'un des frères du
+roi. Elle est--ou plutôt elle était--bâtie au milieu d'un grand parc
+d'amandiers, sur une terrasse assez élevée pour jouir de la vue du
+merveilleux lac de Srînagar: les citadins disent le _Dal_ ou «lac»
+tout court, comme les Parisiens quand ils parlent de celui du Bois de
+Boulogne; mais il n'y a pas à comparer. Donc le «Dal» est plus
+féerique que jamais dans cette lumière d'automne. Les îlots et les
+fameux jardins flottants, véritables radeaux de verdure, continuent à
+se mirer dans l'eau transparente, qui reflète en plus clair les bois,
+les montagnes et le ciel. Et le cadre est digne du tableau; il n'est
+pas de plus bel amphithéâtre de collines que celui qui va de
+l'Hariparvat, couronné de son fort, au Takht-i-Souleiman, coiffé de
+son temple, tandis que, par derrière, monte le cône blanchi de
+l'Haramouk. Seules, la teinte de rouille des prochains versants, les
+feuilles d'or pâle des peupliers et la mince ligne de neige qui, déjà,
+court sur le haut des montagnes comme pour en mieux dessiner les
+arêtes, font pressentir l'approche de la mauvaise saison. La vallée,
+en veine de coquetterie, devient chaque jour plus belle, comme pour se
+faire davantage regretter de ceux qui vont lui dire adieu.
+
+Le Bâgh de Dilavar-Khân, où résida Jacquemont, est beaucoup plus
+proche de la ville et jouit d'une vue infiniment moins belle;
+toutefois je n'ai pas manqué de m'y rendre en pèlerinage. Le bois de
+la véranda est bien vermoulu et les chambres bien délabrées; mais il y
+a peu d'années que vivait encore un vieux gardien qui avait connu
+«Chakaman-Sâheb» et se rappelait comment «c'était un grand maigre, qui
+jetait les roupies à poignées». Il est vrai que, sur les ordres de
+Randjit-Singh, sa provision lui en était renouvelée chaque matin; ce
+n'est pas avec les 1 200 francs que lui avait octroyés le Muséum qu'il
+aurait pu faire des folies. Plus d'une fois, dit-il dans ses lettres,
+il vint chercher à ce Sheik-Safai-Bâgh, où nous demeurons, un peu de
+repos et peut-être réjouir ses yeux d'un plus beau paysage. Il n'y a
+pas de doute que nous ayons retrouvé cette maison à peu près telle
+qu'elle était en 1831; mais elle ne devait pas tarder à disparaître
+sous la pioche des démolisseurs. Un an fait plus aujourd'hui que jadis
+un siècle pour la transformation du Kachmir. Non seulement le joli
+_baradéri_ n'existe plus, mais le bois d'amandiers a été découpé en
+petits lots, comme un de nos parcs de banlieue, et s'est rempli de
+cottages «à louer pour la saison»; car le râdja Amar-Singh passe pour
+être fort entendu en affaires et n'a pas jugé ce genre de spéculation
+indigne de lui. L'endroit, comme l'avait déjà remarqué Bernier, «s'est
+trouvé admirable pour cela, parce qu'il est en très bel air, en vue du
+lac, des îles et de la ville, et qu'il est plein de sources et de
+ruisseaux».
+
+[Illustration: Le canal de Mar à Srînagar.--Photographie Jadu Kissen,
+à Delhi.]
+
+Situé sur les molles pentes qui descendent à la rive méridionale,
+Sheik-Safai-Bâgh était un excellent centre d'excursions pour les
+fameux jardins de plaisance mogols disséminés alentour. On sait
+comment ces parcs rappellent curieusement par leur ordonnance celui de
+Versailles, dont ils sont à peu près contemporains. Sur la rive
+occidentale, Nasim-Bâgh, le «jardin des brises», n'a plus ni
+terrasses, ni fontaines, mais son bois de platanes est dans toute sa
+splendeur. Sur le bord opposé, Nishat-Bâgh, le «jardin de la joie»,
+adosse au rapide versant sa blanche villa à l'italienne, doublée par
+son reflet dans les eaux. Enfin, au fond de la vaste nappe, longue de
+plus d'une lieue, une vallée naturelle encadre la résidence royale de
+Shahlimar: au bout de longs bassins semés de jets d'eau et bordés de
+nobles avenues, la retraite d'amour de Jehan-Guir et de Nour-Mahal
+dresse encore, au haut de ses quatre terrasses étagées, au milieu des
+cascades et des fontaines, les piliers de marbre de ses pavillons. Il
+faut lire dans Bernier, pour une fois enthousiaste, la description de
+ces splendeurs aujourd'hui ternies ou éclipsées. On ne peut errer
+parmi leurs débris sans un mélancolique retour en arrière sur les
+figures évanouies, qui jadis s'y épanouirent en pleine joie de vivre,
+«feuilles de l'autre été, femmes de l'autre temps». Et l'on doit
+convenir que ces empereurs et ces sultanes avaient le sens de la vie
+et de la nature; il n'est sûrement pas au monde de lieux mieux choisis
+que ces maisons et jardins de plaisance, au bord du grand lac
+transparent, pour goûter, comme en suspens entre deux ciels, la beauté
+des choses de la terre. Prenez garde seulement de ne vous abandonner à
+cette contemplation qu'à l'automne ou au printemps, quand la saison
+des moustiques est déjà passée ou n'est pas encore venue. Ce serait un
+bonheur trop parfait et, l'été, les anges déserteraient le Paradis
+pour le Kachmir, s'il n'y fallait compter avec cette diabolique
+engeance.
+
+[Illustration: La mosquée de Shah Hamadan à Srînagar (rive
+droite).--Photographie Jadu Kissen, à Delhi.]
+
+Que de sites et de monuments, plus intéressants les uns que les autres,
+il nous resterait encore à visiter! Si l'ascension ne vous effrayait
+pas, ce serait d'abord le temple en haut du Takht-i-Souleiman, dont la
+plate-forme commande une si belle vue sur les gracieux méandres de la
+rivière; ou bien, au contraire, un bateau nous mènerait paresseusement à
+la mosquée d'Hazarat-Bal, qui est censée posséder un poil de la barbe du
+Prophète; de grandes foires religieuses, où des préoccupations profanes
+et mercantiles se mêlent aux exercices de dévotion dans une
+indescriptible cohue, s'y tiennent périodiquement en son honneur. Non
+seulement c'est un rendez-vous général pour les marchands et les
+mendiants autant que pour les personnes pieuses, mais les «dames à la
+mode» de Srînagar ne manquent pas d'y venir parader dans leurs plus
+magnifiques atours. Vous conduirai-je encore, moitié par eau, moitié par
+terre, aux édifices brahmaniques ou musulmans de la ville, au temple
+doré du palais royal ou à la mosquée de Chah-Hamadan, reconnaissable à
+ses toits plats superposés, et à la tombe de Zaïn-oul-ab-Din que
+surmonte une coupole? Battrons-nous ensemble les faubourgs de la rive
+droite jusqu'à la Jamma-Masjid, dont le grand hall est supporté par des
+troncs de déodars hauts comme des mâts, et relèverons-nous, dans les
+porches ou sur les murs des _ziarats_ voisines, les vieilles colonnes et
+les sculptures empruntées à d'anciens sanctuaires hindous? Nous
+contenterons-nous, au contraire, de suivre les divers canaux qui
+s'entrecroisent, comme des rues d'eau, à travers la ville, et notamment
+celui de Mar, parfois si mal odorant, mais toujours si pittoresque avec
+les lourds ponts de pierre qui le coupent et les hautes maisons qui le
+bordent? N'espérez pas, à Srînagar plus qu'ailleurs, échapper à cette
+sorte de loi fatale qui veut que, dans les villes anciennes, les coins
+les plus amusants pour les yeux soient souvent les plus déplaisants pour
+le nez; on sait assez que l'hygiène et le pittoresque ne logent pas à la
+même enseigne. Mais, en somme, ces excursions sont celles de tout le
+monde et de tous les jours, et l'on trouve là-dessus tous les
+renseignements nécessaires dans les guides.
+
+Une expérience peut-être plus rare et plus digne d'être rapportée est la
+visite que j'eus l'occasion de faire à la maison d'un grand seigneur
+kachmiri. Nous étions encore partis, ce matin-là, en expédition; car
+quel autre nom donner à ces promenades en deux ou trois bateaux, où l'on
+traîne après soi, à la mode anglo-indienne, mobilier de salle à manger
+et vaisselle, provisions et domestiques, batterie de cuisine et
+cuisinier? Il était convenu que nous nous arrêterions pour déjeuner dans
+le jardin de ce palais, un des rares qui subsistent à Srînagar, et
+auquel on accède du côté du Djhilam par un large escalier de pierre.
+Notre repas fini, le propriétaire, fort correctement vêtu à l'européenne
+entre ses babouches et son turban, nous fit aimablement les honneurs de
+sa vaste demeure. Une porte monumentale, bâtie à la taille des éléphants
+et surmontée de pavillons destinés à loger les hôtes, donne accès, du
+côté de la rue, à une première cour; deux grands corps de bâtiments
+parallèles, séparés par une autre cour, et dont le plus intérieur est le
+_zénana_ réservé aux femmes, constituent la résidence; nous ne visitons
+que le premier. Dans les chambres, au luxe asiatique des tapis, des
+divans et des coussins brodés, se mêlent malheureusement des canapés et
+des meubles du plus mauvais goût anglais; mais c'est une haute salle au
+plafond soutenu par deux rangs de colonnes sculptées, qui nous présente
+le ramassis le plus hétéroclite: des filets et des raquettes de tennis
+traînent sur des tapis de Perse à faire rêver tous les collectionneurs;
+des bidons de pétrole s'amoncellent à côté de braseros de bronze finement
+ciselés, et tandis que nous feuilletons des manuscrits persans, ornés
+d'admirables miniatures, sur les murs, dans des cadres dorés, les quatre
+saisons et les cinq parties du monde, horribles chromolithographies,
+nous contemplent.
+
+Est-ce la peine de confesser que je profite de toutes ces courses pour
+«boutiquer», comme disaient mes amies anglaises, chez les marchands du
+bazar? J'ai eu la naïveté, en mai dernier, de leur commander les
+bibelots que je tenais à emporter; je me convainc, à présent, que
+c'était parfaitement inutile. Dans les principales échoppes il est
+aisé de se procurer tout ce que l'on veut au moment même du départ. Le
+style des artistes kachmiris commence, d'ailleurs, à être fâcheusement
+gâté par les modèles qu'on leur impose. Les formes massives de
+salières anglaises tendent, par exemple, à supplanter les motifs
+indigènes du _kangri_, de la _kilta_ ou du lotus, et des tasses à
+l'européenne remplacent les jolis bols de Lhassa. Presque tous les
+objets d'argent deviennent ainsi d'un goût détestable. Le travail sur
+cuivre est resté plus original; mais il faut savoir y mettre le prix.
+Je n'ai pas vu une seule pièce émaillée qui fût parfaitement réussie,
+et ils ne connaissent que l'émail bleu, en deux tons. Ce qui a le
+mieux résisté jusqu'à présent à la contagion européenne, c'est la
+sculpture sur bois et la broderie, très habilement exécutées et à très
+bas prix. Quelques objets usuels, cadres, boîtes, écritoires, etc.,
+fabriqués en papier mâché ou garnis de turquoises tibétaines, achèvent
+de former un assortiment assez complet de la production jadis
+artistique du Kachmir.
+
+Que les beaux jours sont courts, assurent les romances; elles n'ont
+que trop raison! Il faut bien me résigner, par un laid matin de
+novembre, à donner l'ordre du départ. Dans le brouillard gris, nos
+_doungas_ démarrent et se mettent à descendre au fil de l'eau, nous
+ramenant à Baramoula, porte de sortie comme d'entrée de la Vallée.
+Lentement,--j'ai défendu que l'on pagaye,--nous glissons sous les sept
+ponts de Srînagar, qui, en cette saison où la rivière est basse,
+semblent avoir doublé de hauteur. Temples, mosquées, palais, un à un
+tous les aspects familiers des quais défilent et demeurent en arrière;
+et quand enfin l'Hari-Parvat s'estompa, puis disparut au tournant du
+fleuve,--l'avouerai-je?--quelque chose comme une larme de regret me
+mouilla les yeux.
+
+Mais alors, dira-t-on, à quoi bon le voyage et pourquoi se donner tant
+de fatigues pour ne recueillir au bout qu'une tristesse de plus? À
+cela je répondrai que c'est un goût comme un autre et peut-être plus
+défendable que celui de l'opium ou de l'alcool. Du moins, sa
+principale vertu n'est pas d'abréger la vie par l'oubli et
+l'abrutissement final, mais, au contraire, de l'allonger, en
+augmentant la somme de vos expériences. De cette saison passée au
+Kachmir, il me reste une impression à la fois très présente, comme
+d'hier, et très lointaine, comme celles qui, si l'on en croit les
+Hindous, vous reviennent parfois du temps de vos existences passées:
+je n'en demande pas plus. Il est convenu que les voyages forment la
+jeunesse; pourquoi n'ajoute-t-on pas qu'il n'est pas de meilleure
+manière de faire provision de souvenirs pour ses vieux jours? Après
+tout, mieux vaut porter gravée dans sa mémoire que sur son tombeau la
+fameuse inscription: «Et moi aussi, je fus en Arcadie.»
+
+ Mme F. MICHEL.
+
+[Illustration: Spécimens de l'art du Kachmir.--D'après une
+photographie.]
+
+Droits de traduction et de reproduction réservés.
+
+
+ * * * * *
+
+
+TABLE DES GRAVURES ET CARTES
+
+
+L'ÉTÉ AU KACHMIR
+
+Par _Mme F. MICHEL_
+
+
+ En «rickshaw» sur la route du mont Abou.
+ (D'après une photographie.) 1
+
+ L'éléphant du touriste à Djaïpour. 1
+
+ Petit sanctuaire latéral dans l'un des temples djaïns du mont Abou.
+ (D'après une photographie.) 2
+
+ Pont de cordes sur le Djhilam, près de Garhi. (Dessin de Massias,
+ d'après une photographie.) 3
+
+ Les «Karévas» ou plateaux alluviaux formés par les érosions du
+ Djhilam. (D'après une photographie.) 4
+
+ «Ekkas» et «Tongas» sur la route du Kachmir: vue prise au relais
+ de Rampour. (D'après une photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 5
+
+ Le vieux fort Sikh et les gorges du Djhilam à Ouri. (D'après une
+ photographie.) 6
+
+ Shèr-Garhi ou la «Maison du Lion», palais du Mahârâdja à Srînagar.
+ (Photographie Bourne et Sheperd, à Calcutta.) 7
+
+ L'entrée du Tchinar-Bâgh, ou Bois des Platanes, au-dessus de
+ Srînagar; au premier plan une «dounga», au fond le sommet du
+ Takht-i-Souleiman. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 7
+
+ Ruines du temple de Brankoutri. (D'après une photographie.) 8
+
+ Types de Pandis ou Brahmanes Kachmirs. (Photographie Jadu Kissen,
+ à Delhi.) 9
+
+ Le quai de la Résidence; au fond, le sommet du Takht-i-Souleiman.
+ (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 10
+
+ La porte du Kachmir et la sortie du Djhilam à Baramoula.
+ (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 11
+
+ Nos tentes à Lahore. (D'après une photographie.) 12
+
+ «Dounga» ou bateau de passagers au Kachmir. (Photographie Bourne
+ et Shepherd, à Calcutta.) 13
+
+ Vichnou porté par Garouda, idole vénérée près du temple de
+ Vidja-Broer (hauteur 1m 40.) 13
+
+ Enfants de bateliers jouant à cache-cache dans le creux d'un
+ vieux platane. (D'après une photographie.) 14
+
+ Batelières du Kachmir décortiquant du riz, près d'une rangée de
+ peupliers. (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.) 15
+
+ Campement près de Palhallan: tentes et doungas. (D'après une
+ photographie.) 16
+
+ Troisième pont de Srînagar et mosquée de Shah Hamadan; au fond,
+ le fort de Hari-Paryat. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 17
+
+ Le temple inondé de Pandrethan. (D'après une photographie.) 18
+
+ Femme musulmane du Kachmir. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 19
+
+ Pandit Narayan assis sur le seuil du temple de Narasthân.
+ (D'après une photographie.) 20
+
+ Pont et bourg de Vidjabroer. (Photographie Jadu Kissen, à
+ Delhi.) 21
+
+ Ziarat de Cheik Nasr-oud-Din, à Vidjabroer. (D'après une
+ photographie.) 22
+
+ Le temple de Panyech: à gauche, un brahmane; à droite, un
+ musulman. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 23
+
+ Temple hindou moderne à Vidjabroer. (D'après une photographie.) 24
+
+ Brahmanes en visite au Naga ou source sacrée de Valtongou.
+ (D'après une photographie.) 25
+
+ Gargouille ancienne, de style hindou, dans le mur d'une mosquée,
+ à Houtamourou, près de Bhavan. 25
+
+ Temple ruiné, à Khotair. (D'après une photographie.) 26
+
+ Naga ou source sacrée de Kothair. (D'après une photographie.) 27
+
+ Ver-Nâg: le bungalow au-dessus de la source. (D'après une
+ photographie.) 28
+
+ Temple rustique de Voutanâr. (D'après une photographie.) 29
+
+ Autel du temple de Voutanâr et accessoires du culte. (D'après une
+ photographie.) 30
+
+ Noce musulmane, à Rozlou: les musiciens et le fiancé. (D'après
+ une photographie.) 31
+
+ Sacrifice bhramanique, à Bhavan. (D'après une photographie.) 31
+
+ Intérieur de temple de Martand: le repos des coolies employés au
+ déblaiement. (D'après une photographie.) 32
+
+ Ruines de Martand: façade postérieure et vue latérale du temple.
+ (D'après des photographies.) 33
+
+ Place du campement sous les platanes, à Bhavan. (D'après une
+ photographie.) 34
+
+ La Ziarat de Zaïn-oud-Din, à Eichmakam. (Photographie Bourne et
+ Shepherd, à Calcutta.) 35
+
+ Naga ou source sacrée de Brar, entre Bhavan et Eichmakar.
+ (D'après une photographie.) 36
+
+ Maisons de bois, à Palgâm. (Photographie Bourne et Shepherd, à
+ Calcutta.) 37
+
+ Palanquin et porteurs. 37
+
+ Ganech-Bal sur le Lidar: le village hindou et la roche
+ miraculeuse. (D'après une photographie.) 38
+
+ Le massif du Kolahoi et la bifurcation de la vallée du Lidar
+ au-dessus de Palgâm, vue prise de Ganeth-Bal. (Photographie
+ Jadu Kissen, à Delhi.) 39
+
+ Vallée d'Amarnâth: vue prise de la grotte. (D'après une
+ photographie.) 40
+
+ Pondjtarni et le camp des pèlerins: au fond, la passe du
+ Mahâgounas. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 41
+
+ Cascade sortant de dessous un pont de neige entre Tannin et
+ Zodji-Pâl. (D'après une photographie.) 42
+
+ Le Koh-i-Nour et les glaciers au-dessus du lac Çecra-Nag.
+ (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 43
+
+ Grotte d'Amarnâth. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 43
+
+ Astan-Marg: la prairie et les bouleaux. (D'après une
+ photographie.) 44
+
+ Campement de Goudjars à Astan-Marg. (D'après une photographie.) 45
+
+ Le bain des pèlerins à Amarnath. (D'après une photographie.) 46
+
+ Pèlerins d'Amarnâth: le Sâdhou de Patiala; par derrière, des
+ brahmanes, et à droite, des musulmans du Kachmir. (D'après une
+ photographie.) 47
+
+ Mosquée de village au Kachmir. (D'après une photographie.) 48
+
+ Brodeurs Kachmiris sur toile. (Photographie Bourne et Shepherd,
+ à Calcutta.) 49
+
+ Mendiant musulman. (D'après une photographie.) 49
+
+ Le Brahma Sâr et le camp des pèlerins au pied de l'Haramouk.
+ (D'après une photographie.) 50
+
+ Lac Gangâbal au pied du massif de l'Haramouk. (Photographie Jadu
+ Kissen, à Delhi.) 51
+
+ Le Noun-Kôl, au pied de l'Haramouk, et le bain des pèlerins.
+ (D'après une photographie.) 52
+
+ Femmes musulmanes du Kachmir avec leurs «houkas» (pipes) et leur
+ «hangri» (chaufferette). (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 53
+
+ Temples ruinés à Vangâth. (D'après une photographie.) 54
+
+ «Mêla» ou foire religieuse à Hazarat-Bal. (En haut, photographie
+ par l'auteur; en bas, photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 55
+
+ La villa de Cheik Safai-Bagh, au sud du lac de Srînagar. (D'après
+ une photographie.) 56
+
+ Nishat-Bâgh et le bord oriental du lac de Srînagar. (Photographie
+ Jadu Kissen, à Delhi.) 57
+
+ Le canal de Mar à Sridagar. (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.) 58
+
+ La mosquée de Shah Hamadan à Srînagar (rive droite). (Photographie
+ Jadu Kissen, à Delhi.) 59
+
+ Spécimens de l'art du Kachmir. (D'après une photographie.) 60
+
+
+SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE
+
+Par _le docteur LAMY_
+
+_Médecin-major des troupes coloniales_.
+
+
+ La barre de Grand-Bassam nécessite un grand déploiement de force
+ pour la mise à l'eau d'une pirogue. (D'après une photographie.) 61
+
+ Le féminisme à Adokoï: un médecin concurrent de l'auteur.
+ (D'après une photographie.) 61
+
+ «Travail et Maternité» ou «Comment vivent les femmes de
+ Petit-Alépé». (D'après une photographie.) 62
+
+ À Motéso: soins maternels. (D'après une photographie.) 63
+
+ Installation de notre campement dans une clairière débroussaillée.
+ (D'après une photographie.) 64
+
+ Environs de Grand-Alépé: des hangars dans une palmeraie, et une
+ douzaine de grands mortiers destinés à la préparation de l'huile
+ de palme. (D'après une photographie.) 65
+
+ Dans le sentier étroit, montant, il faut marcher en file indienne.
+ (D'après une photographie.) 66
+
+ Nous utilisons le fût renversé d'un arbre pour traverser la Mé.
+ (D'après une photographie.) 67
+
+ La popote dans un admirable champ de bananiers. (D'après une
+ photographie.) 68
+
+ Indigènes coupant un acajou. (D'après une photographie.) 69
+
+ La côte d'Ivoire.--Le pays Attié. 70
+
+ Ce fut un sauve-qui-peut général quand je braquai sur les
+ indigènes mon appareil photographique. (Dessin de J. Lavée,
+ d'après une photographie.) 71
+
+ La rue principale de Grand-Alépé. (D'après une photographie.) 72
+
+ Les Trois Graces de Mopé (pays Attié). (D'après une
+ photographie.) 73
+
+ Femme du pays Attié portant son enfant en groupe. (D'après une
+ photographie.) 73
+
+ Une clairière près de Mopé. (D'après une photographie.) 74
+
+ La garnison de Mopé se porte à notre rencontre. (D'après une
+ photographie.) 75
+
+ Femme de Mopé fabriquant son savon à base d'huile de palme et de
+ cendres de peaux de bananes. (D'après une photographie.) 76
+
+ Danse exécutée aux funérailles du prince héritier de Mopé.
+ (D'après une photographie.) 77
+
+ Toilette et embaumement du défunt. (D'après une photographie.) 78
+
+ Jeune femme et jeune fille de Mopé. (D'après une photographie.) 79
+
+ Route, dans la forêt tropicale, de Malamalasso à Daboissué.
+ (D'après une photographie.) 80
+
+ Benié Coamé, roi de Bettié et autres lieux, entouré de ses femmes
+ et de ses hauts dignitaires. (D'après une photographie.) 81
+
+ Chute du Mala-Mala, affluent du Comoé, à Malamalasso. (D'après
+ une photographie.) 82
+
+ La vallée du Comoé à Malamalasso. (D'après une photographie.) 83
+
+ Tam-tam de guerre à Mopé. (D'après une photographie.) 84
+
+ Piroguiers de la côte d'Ivoire pagayant. (D'après une
+ photographie.) 85
+
+ Allou, le boy du docteur Lamy. (D'après une photographie.) 85
+
+ La forêt tropicale à la côte d'Ivoire. (D'après une
+ photographie.) 86
+
+ Le débitage des arbres. (D'après une photographie.) 87
+
+ Les lianes sur la rive du Comoé. (D'après une photographie.) 88
+
+ Les occupations les plus fréquentes au village: discussions et
+ farniente Attié. (D'après une photographie.) 89
+
+ Un incendie à Grand-Bassam. (D'après une photographie.) 90
+
+ La danse indigène est caractérisée par des poses et des gestes
+ qui rappellent une pantomime. (D'après une photographie.) 91
+
+ Une inondation à Grand-Bassam. (D'après une photographie.) 92
+
+ Un campement sanitaire à Abidjean. (D'après une photographie.) 93
+
+ Une rue de Jackville, sur le golfe de Guinée. (D'après une
+ photographie.) 94
+
+ Grand-Bassam: cases détruites après une épidémie de fièvre jaune.
+ (D'après une photographie.) 95
+
+ Grand-Bassam: le boulevard Treich-Laplène. (D'après une
+ photographie.) 96
+
+
+L'ÎLE D'ELBE
+
+Par _M. PAUL GRUYER_
+
+
+ L'île d'Elbe se découpe sur l'horizon, abrupte, montagneuse et
+ violâtre. 97
+
+ Une jeune fille elboise, au regard énergique, à la peau d'une
+ blancheur de lait et aux beaux cheveux noirs. 97
+
+ Les rues de Porto-Ferraio sont toutes un escalier (page 100). 98
+
+ Porto-Ferraio: à l'entrée du port, une vieille tour génoise,
+ trapue, bizarre de forme, se mire dans les flots. 99
+
+ Porto-Ferraio: la porte de terre, par laquelle sortait Napoléon
+ pour se rendre à sa maison de campagne de San Martino. 100
+
+ Porto-Ferraio: la porte de mer, où aborda Napoléon. 101
+
+ La «teste» de Napoléon (page 100). 102
+
+ Porto-Ferraio s'échelonne avec ses toits plats et ses façades
+ scintillantes de clarté (page 99). 103
+
+ Porto-Ferraio: les remparts découpent sur le ciel d'un bleu
+ sombre leur profil anguleux (page 99). 103
+
+ La façade extérieure du «Palais» des Mulini où habitait Napoléon
+ à Porto-Ferraio (page 101). 104
+
+ Le jardin impérial et la terrasse de la maison des Mulini
+ (page 102). 105
+
+ La Via Napoleone, qui monte au «Palais» des Mulini. 106
+
+ La salle du conseil à Porto-Ferraio, avec le portrait de la
+ dernière grande-duchesse de Toscane et celui de Napoléon,
+ d'après le tableau de Gérard. 107
+
+ La grande salle des Mulini aujourd'hui abandonnée, avec ses
+ volets clos et les peintures décoratives qu'y fit faire
+ l'empereur (page 101). 107
+
+ Une paysanne elboise avec son vaste chapeau qui la protège du
+ soleil. 108
+
+ Les mille mètres du Monte Capanna et de son voisin, le Monte
+ Giove, dévalent dans les flots de toute leur hauteur. 109
+
+ Un enfant elbois. 109
+
+ Marciana Alta et ses ruelles étroites. 110
+
+ Marciana Marina avec ses maisons rangées autour du rivage et
+ ses embarcations tirées sur la grève. 111
+
+ Les châtaigniers dans le brouillard, sur le faite du Monte
+ Giove. 112
+
+ ... Et voici au-dessus de moi Marciana Alta surgir des nuées
+ (page 111). 113
+
+ La «Seda di Napoleone» sur le Monte Giove où l'empereur
+ s'asseyait pour découvrir la Corse. 114
+
+ La blanche chapelle de Monserrat au centre d'un amphithéâtre de
+ rochers est entourée de sveltes cyprès (page 117). 115
+
+ Voici Rio Montagne dont les maisons régulières et cubiques ont
+ l'air de dominos empilés... (page 118). 115
+
+ J'aperçois Poggio, un autre village perdu aussi dans les nuées. 116
+
+ Une des trois chambres de l'ermitage. 117
+
+ L'ermitage du Marciana où l'empereur reçut la visite de la
+ comtesse Walewska, le 3 Septembre 1814. 117
+
+ Le petit port de Porto-Longone dominé par la vieille citadelle
+ espagnole (page 117). 118
+
+ La maison de Madame Mère à Marciana Alta.--«Bastia, signor!»--La
+ chapelle de la Madone sur le Monte Giove. 119
+
+ Le coucher du soleil sur le Monte Giove. 120
+
+ Porto-Ferraio et son golfe vus des jardins de San Martino. 121
+
+ L'arrivée de Napoléon à l'île d'Elbe. (D'après une caricature du
+ temps.) 121
+
+ Le drapeau de Napoléon roi de l'île d'Elbe: fond blanc, bande
+ orangé-rouge et trois abeilles jadis dorées. 122
+
+ La salle de bains de San Martino a conservé sa baignoire de
+ pierre. 123
+
+ La chambre de Napoléon à San Martino. 123
+
+ La cour de Napoléon à l'île d'Elbe. (D'après une caricature du
+ temps.) 124
+
+ Une femme du village de Marciana Alta. 125
+
+ Le plafond de San Martino et les deux colombes symboliques
+ représentant Napoléon et Marie-Louise. 126
+
+ San Martino rappelle par son aspect une de ces maisonnettes à
+ la Jean-Jacques Rousseau, agrestes et paisibles (page 123). 126
+
+ Rideau du théâtre de Porto-Ferraio représentant Napoléon sous la
+ figure d'Apollon gardant ses troupeaux chez Admète. 127
+
+ La salle égyptienne de San Martino est demeurée intacte avec ses
+ peintures murales et son bassin à sec. 127
+
+ Broderies de soie du couvre-lit et du baldaquin du lit de Napoléon
+ aux Mulini, dont on a fait le trône épiscopal de l'évêque
+ d'Ajaccio. 128
+
+ La signorina Squarci dans la robe de satin blanc que son aïeule
+ portait à la cour des Mulini. 129
+
+ Éventail de Pauline Borghèse, en ivoire sculpté, envoyé en
+ souvenir d'elle à la signora Traditi, femme du maire de
+ Porto-Ferraio. 130
+
+ Le lit de Madame Mère, qu'elle s'était fait envoyer de Paris à
+ l'île d'Elbe. 130
+
+ Le vieil aveugle Soldani, fils d'un soldat de Waterloo,
+ chauffait, à un petit brasero de terre jaune, ses mains
+ osseuses. 131
+
+ L'entrée du goulet de Porto-Ferraio par où sortit la flottille
+ impériale, le 26 février 1815. 132
+
+
+D'ALEXANDRETTE AU COUDE DE L'EUPHRATE
+
+Par _M. VICTOR CHAPOT_
+
+_membre de l'École française d'Athènes_.
+
+
+ Dans une sorte de cirque se dressent les pans de muraille du
+ Ksar-el-Benat (page 142). (D'après une photographie.) 133
+
+ Le canal de Séleucie est, par endroits, un tunnel (page 140). 133
+
+ Vers le coude de l'Euphrate: la pensée de relever les traces de
+ vie antique a dicté l'itinéraire. 134
+
+ L'Antioche moderne: de l'ancienne Antioche il ne reste que
+ l'enceinte, aux flancs du Silpios (page 137). 135
+
+ Les rues d'Antioche sont étroites et tortueuses; parfois, au
+ milieu, se creuse en fossé. (D'après une photographie.) 136
+
+ Le tout-Antioche inonde les promenades. (D'après une
+ photographie.) 137
+
+ Les crêtes des collines sont couronnées de chapelles ruinées
+ (page 142). 138
+
+ Alep est une ville militaire. (D'après une photographie.) 139
+
+ La citadelle d'Alep se détache des quartiers qui l'avoisinent
+ (page 143). (D'après une photographie.) 139
+
+ Les parois du canal de Séleucie s'élèvent jusqu'à 40 mètres.
+ (D'après une photographie.) 140
+
+ Les tombeaux de Séleucie s'étageaient sur le Kasios. (D'après
+ une photographie.) 141
+
+ À Alep une seule mosquée peut presque passer pour une oeuvre
+ d'art. (D'après une photographie.) 142
+
+ Tout alentour d'Alep la campagne est déserte. (D'après une
+ photographie.) 143
+
+ Le Kasr-el-Benat, ancien couvent fortifié. 144
+
+ Balkis éveille, de loin et de haut, l'idée d'une taupinière
+ (page 147). (D'après une photographie.) 145
+
+ Stèle Hittite. L'artiste n'a exécuté qu'un premier ravalement
+ (page 148). 145
+
+ Église arménienne de Nisib; le plan en est masqué au dehors.
+ (D'après une photographie.) 146
+
+ Tell-Erfat est peuplé d'Yazides; on le reconnaît à la forme des
+ habitations. (D'après une photographie.) 147
+
+ La rive droite de l'Euphrate était couverte de stations romaines
+ et byzantines. (D'après une photographie.) 148
+
+ Biredjik vu de la citadelle: la plaine s'allonge indéfiniment
+ (page 148). (D'après une photographie.) 149
+
+ Sérésat: village mixte d'Yazides et de Bédouins (page 146).
+ (D'après une photographie.) 150
+
+ Les Tcherkesses diffèrent des autres musulmans; sur leur personne,
+ pas de haillons (page 152). (D'après une photographie.) 151
+
+ Ras-el-Aïn. Deux jours se passent, mélancoliques, en négociations
+ (page 155). (D'après une photographie.) 152
+
+ J'ai laissé ma tente hors les murs devant Orfa. (D'après une
+ photographie.) 153
+
+ Environs d'Orfa: les vignes, basses, courent sur le sol. (D'après
+ une photographie.) 154
+
+ Vue générale d'Orfa. (D'après une photographie.) 155
+
+ Porte arabe à Rakka (page 152). (D'après une photographie.) 156
+
+ Passage de l'Euphrate: les chevaux apeurés sont portés dans le
+ bac à force de bras (page 159). (D'après une photographie.) 157
+
+ Bédouin. (D'après une photographie.) 157
+
+ Citadelle d'Orfa: deux puissantes colonnes sont restées debout.
+ (D'après une photographie.) 158
+
+ Orfa: mosquée Ibrahim-Djami; les promeneurs flânent dans la cour
+ et devant la piscine (page 157). (D'après une photographie.) 159
+
+ Pont byzantin et arabe (page 159). (D'après une photographie.) 160
+
+ Mausolée d'Alif, orné d'une frise de têtes sculptées (page 160).
+ (D'après une photographie.) 161
+
+ Mausolée de Théodoret, selon la légende, près de Cyrrhus.
+ (D'après une photographie.) 162
+
+ Kara-Moughara: au sommet se voit une grotte taillée (page 165).
+ (D'après une photographie.) 163
+
+ L'Euphrate en amont de Roum-Kaleh; sur la falaise campait un petit
+ corps de légionnaires romains (page 160). (D'après une
+ photographie.) 163
+
+ Trappe de Checkhlé: un grand édifice en pierres a remplacé les
+ premières habitations (page 166). 164
+
+ Trappe de Checkhlé: la chapelle (page 166). (D'après une
+ photographie.) 165
+
+ Père Maronite (page 168). (D'après une photographie.) 166
+
+ Acbès est situé au fond d'un grand cirque montagneux (page 166).
+ (D'après une photographie.) 167
+
+ Trappe de Checkhlé: premières habitations des trappistes
+ (page 166). (D'après une photographie.) 168
+
+
+LA FRANCE AUX NOUVELLES-HÉBRIDES
+
+Par _M. RAYMOND BEL_
+
+
+ Indigènes hébridais de l'île de Spiritu-Santo. (D'après une
+ photographie.) 169
+
+ Le petit personnel d'un colon de Malli-Colo. (D'après une
+ photographie.) 169
+
+ Le quai de Franceville ou Port-Vila, dans l'île Vaté. (D'après
+ une photographie.) 170
+
+ Une case de l'île de Spiritu-Santo et ses habitants. (D'après
+ une photographie.) 171
+
+ Le port de Franceville ou Port-Vila, dans l'île Vaté, présente
+ une rade magnifique. (D'après une photographie.) 172
+
+ C'est à Port-Vila ou Franceville, dans l'île Vaté, que la France
+ a un résident. (D'après une photographie.) 173
+
+ Dieux indigènes ou Tabous. (D'après une photographie.) 174
+
+ Les indigènes hébridais de l'île Mallicolo ont un costume et
+ une physionomie moins sauvages que ceux de l'île Pentecôte.
+ (D'après des photographies.) 175
+
+ Pirogues de l'île Vao. (D'après une photographie.) 176
+
+ Indigènes employés au service d'un bateau. (D'après une
+ photographie.) 177
+
+ Un sous-bois dans l'île de Spiritu-Santo. (D'après une
+ photographie.) 178
+
+ Un banquet de Français à Port-Vila (Franceville). (D'après
+ une photographie.) 179
+
+ La colonie française de Port-Vila (Franceville). (D'après
+ une photographie.) 179
+
+ La rivière de Luganville. (D'après une photographie.) 180
+
+
+LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE
+
+Par _M. ALBERT THOMAS_
+
+
+ Les enfants russes, aux grosses joues pales, devant l'isba
+ (page 182). (D'après une photographie de M. J. Cahen.) 181
+
+ La reine des cloches «Tsar Kolokol» (page 180). (D'après une
+ photographie de M. Thiébeaux.) 181
+
+ Les chariots de transport que l'on rencontre en longues files
+ dans les rues de Moscou (page 183). 182
+
+ Les paysannes en pèlerinage arrivées enfin à Moscou, la cité
+ sainte (page 182). (D'après une photographie de M. J. Cahen.) 183
+
+ Une chapelle où les passants entrent adorer les icônes
+ (page 183). (D'après une photographie de M. J. Cahen.) 184
+
+ La porte du Sauveur que nul ne peut franchir sans se découvrir
+ (page 185). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.) 185
+
+ Une porte du Kreml (page 185). (D'après une photographie de M.
+ Thiébeaux.) 186
+
+ Les moines du couvent de Saint-Serge, un des couvents qui
+ entourent la cité sainte (page 185). (D'après une photographie
+ de M. J. Cahen.) 187
+
+ Deux villes dans le Kreml: celle du XVe siècle, celle d'Ivan,
+ et la ville moderne, que symbolise ici le petit palais
+ (page 190). 188
+
+ Le mur d'enceinte du Kreml, avec ses créneaux, ses tours aux
+ toits aigus (page 183). (D'après une photographie de M.
+ Thiébeaux.) 189
+
+ Tout près de l'Assomption, les deux églises-soeurs se dressent:
+ les Saints-Archanges et l'Annonciation (page 186). (D'après une
+ photographie de M. Thiébeaux.) 189
+
+ À l'extrémité de la place Rouge, Saint-Basile dresse le fouillis
+ de ses clochers (page 184). (D'après une photographie de M.
+ Thiébeaux.) 190
+
+ Du haut de l'Ivan Véliki, la ville immense se découvre (page 190).
+ (D'après une photographie de M. Thiébeaux.) 191
+
+ Un des isvotchiks qui nous mènent grand train à travers les rues
+ de Moscou (page 182). 192
+
+ Il fait bon errer parmi la foule pittoresque des marchés moscovites,
+ entre les petits marchands, artisans ou paysans qui apportent là
+ leurs produits (page 195). (D'après une photographie de M. J.
+ Cahen.) 193
+
+ L'isvotchik a revêtu son long manteau bleu (page 194). (D'après
+ une photographie de M. J. Cahen.) 193
+
+ Itinéraire de Moscou à Tomsk. 194
+
+ À côté d'une épicerie, une des petites boutiques où l'on vend le
+ kvass, le cidre russe (page 195). (D'après une photographie de
+ M. J. Cahen.) 195
+
+ Et des Tatars offraient des étoffes étalées sur leurs bras
+ (page 195). (D'après une photographie de M. J. Cahen.) 196
+
+ Patients, résignés, les cochers attendent sous le soleil de midi
+ (page 194). (D'après une photographie de M. J. Cahen.) 197
+
+ Une cour du quartier ouvrier, avec l'icône protectrice (page 196).
+ (D'après une photographie de M. J. Cahen.) 198
+
+ Sur le flanc de la colline de Nijni, au pied de la route qui
+ relie la vieille ville à la nouvelle, la citadelle au marché
+ (page 204). (D'après une photographie de M. J. Cahen.) 199
+
+ Le marché étincelait dans son fouillis (page 195). (D'après une
+ photographie de M. J. Cahen.) 200
+
+ Déjà la grande industrie pénètre: on rencontre à Moscou des
+ ouvriers modernes (page 195). (D'après une photographie.) 201
+
+ Sur l'Oka, un large pont de bois barrait les eaux (page 204).
+ (D'après une photographie de M. Thiébeaux.) 202
+
+ Dans le quartier ouvrier, les familles s'entassent, à tous les
+ étages, autour de grandes cours (page 196). (D'après une
+ photographie de M. J. Cahen.) 203
+
+ Le char funèbre était blanc et doré (page 194). (D'après une
+ photographie.) 204
+
+ À Nijni, toutes les races se rencontrent, Grands-Russiens, Tatars,
+ Tcherkesses (page 208). (D'après une photographie de M. J.
+ Cahen.) 205
+
+ Une femme tatare de Kazan dans l'enveloppement de son grand châle
+ (page 214). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.) 205
+
+ Nous avons traversé le grand pont qui mène à la foire (page 205).
+ (D'après une photographie de M. Thiébeaux.) 206
+
+ Au dehors, la vie de chaque jour s'étalait, pêle-mêle, à
+ l'orientale (page 207). (D'après une photographie de M. J.
+ Cahen.) 207
+
+ Les galeries couvertes, devant les boutiques de Nijni (page 206).
+ (D'après une photographie de M. Thiébeaux.) 208
+
+ Dans les rues, les petits marchands étaient innombrables
+ (page 207). (D'après une photographie de M. J. Cahen.) 209
+
+ Dans une rue, c'étaient des coffres de toutes dimensions, peints
+ de couleurs vives (page 206). (D'après une photographie de M.
+ J. Cahen.) 210
+
+ Près de l'asile, nous sommes allés au marché aux cloches
+ (page 208). (D'après une photographie de M. J. Cahen.) 211
+
+ Plus loin, sous un abri, des balances gigantesques étaient pendues
+ (page 206). (D'après une photographie de M. J. Cahen.) 211
+
+ Dans une autre rue, les charrons avaient accumulé leurs roues
+ (page 206). (D'après une photographie de M. J. Cahen.) 212
+
+ Paysannes russes, de celles qu'on rencontre aux petits marchés
+ des débarcadères ou des stations (page 215). (D'après une
+ photographie de M. J. Cahen.) 213
+
+ Le Kreml de Kazan. C'est là que sont les églises et les
+ administrations (page 214). (D'après une photographie de M.
+ Thiébeaux.) 214
+
+ Sur la berge, des tarantass étaient rangées (page 216). (D'après
+ une photographie de M. Thiébeaux.) 215
+
+ Partout sur la Volga d'immenses paquebots et des remorqueurs
+ (page 213). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.) 216
+
+ À presque toutes les gares il se forme spontanément un petit
+ marché (page 222). (D'après une photographie de M. J. Cahen.) 217
+
+ Dans la plaine (page 221). (D'après une photographie de M.
+ Thiébeaux.) 217
+
+ Un petit fumoir, vitré de tous côtés, termine le train
+ (page 218). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.) 218
+
+ Les émigrants étaient là, pêle-mêle, parmi leurs misérables
+ bagages (page 226). (D'après une photographie de M. J.
+ Cahen.) 219
+
+ Les petits garçons du wagon-restaurant s'approvisionnent
+ (page 218). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.) 220
+
+ Émigrants prenant leur maigre repas pendant l'arrêt de leur train
+ (page 228). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine) 221
+
+ L'ameublement du wagon-restaurant était simple, avec un bel air
+ d'aisance (page 218). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine) 222
+
+ Les gendarmes qui assurent la police des gares du Transsibérien.
+ (Photographie de M. Thiébeaux.) 223
+
+ L'église, près de la gare de Tchéliabinsk, ne diffère des isbas
+ neuves que par son clocheton (page 225). (Photographie extraite
+ du «Guide du Transsibérien».) 224
+
+ Un train de constructeurs était remisé là, avec son wagon-chapelle
+ (page 225). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine.) 225
+
+ Vue De Stretensk: la gare est sur la rive gauche, la ville sur
+ la rive droite. (Photographie de M. A. N. de Koulomzine.) 226
+
+ Un point d'émigration (page 228). (Photographie de M. A. N. de
+ Koulomzine.) 227
+
+ Enfants d'émigrants (page 228). (D'après une photographie de M.
+ Thiébeaux.) 228
+
+ Un petit marché dans une gare du Transsibérien. (Photographie de
+ M. Legras.) 229
+
+ La cloche luisait, immobile, sous un petit toit isolé (page 230).
+ (D'après une photographie de M. Thiébeaux.) 229
+
+ Nous sommes passés près d'une église à clochetons verts (page 230).
+ (Photographie de M. Thiébeaux.) 230
+
+ Tomsk a groupé dans la vallée ses maisons grises et ses toits
+ verts (page 230). (Photographie de M. Brocherel.) 231
+
+ Après la débâcle de la Tome, près de Tomsk (page 230). (D'après
+ une photographie de M. Legras.) 232
+
+ Le chef de police demande quelques explications sur les passeports
+ (page 232). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.) 233
+
+ La cathédrale de la Trinité à Tomsk (page 238). (Photographie
+ extraite du «Guide du Transsibérien».) 234
+
+ Tomsk: en revenant de l'église (page 234). (D'après une
+ photographie de M. Thiébeaux.) 235
+
+ Tomsk n'était encore qu'un campement, sur la route de l'émigration
+ (page 231). (D'après une photographie.) 236
+
+ Une rue de Tomsk, définie seulement par les maisons qui la bordent
+ (page 231). (Photographie de M. Brocherel.) 237
+
+ Les cliniques de l'Université de Tomsk (page 238). (Photographie
+ extraite du «Guide du Transsibérien».) 238
+
+ Les longs bâtiments blancs où s'abrite l'Université (page 237).
+ (Photographie extraite du «Guide du Transsibérien».) 239
+
+ La voiture de l'icône stationnait parfois (page 230). (D'après une
+ photographie de M. Thiébeaux.) 240
+
+ Flâneurs à la gare de Petropavlosk (page 242). (D'après une
+ photographie de M. Legras.) 241
+
+ Dans les vallées de l'Oural, habitent encore des Bachkirs
+ (page 245). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.) 241
+
+ Un taillis de bouleaux entourait une petite mare. (D'après une
+ photographie.) 242
+
+ Les rivières roulaient une eau claire (page 244). (D'après une
+ photographie.) 243
+
+ La ligne suit la vallée des rivières (page 243). (D'après une
+ photographie de M. Thiébeaux.) 244
+
+ Comme toute l'activité commerciale semble frêle en face des eaux
+ puissantes de la Volga! (page 248.) (D'après une photographie
+ de M. G. Cahen.) 245
+
+ Bachkirs sculpteurs. (D'après une photographie de M. Paul
+ Labbé.) 246
+
+ À la gare de Tchéliabinsk, toujours des émigrants (page 242).
+ (D'après une photographie de M. J. Legras.) 247
+
+ Une bonne d'enfants, avec son costume traditionnel (page 251).
+ (D'après une photographie de M. G. Cahen.) 248
+
+ Joie naïve de vivre, et mélancolie.--un petit marché du sud
+ (page 250). (D'après une photographie de M. G. Cahen.) 249
+
+ Un russe dans son vêtement d'hiver (page 249). (D'après une
+ photographie de M. G. Cahen.) 250
+
+ Dans tous les villages russes, une activité humble, pauvre de
+ moyens.--Marchands de poteries (page 248). (D'après une
+ photographie de M. G. Cahen.) 251
+
+ Là, au passage, un Kirghize sur son petit cheval (page 242).
+ (D'après une photographie de M. Thiébeaux.) 252
+
+
+LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES
+
+Par _M. GERSPACH_
+
+
+ Lugano: les quais offrent aux touristes une merveilleuse
+ promenade. (Photographie Alinari.) 253
+
+ Porte de la cathédrale Saint-Laurent de Lugano (page 256).
+ (Photographie Alinari.) 253
+
+ Le lac de Lugano dont les deux bras enserrent le promontoire de
+ San Salvatore. (D'après une photographie.) 254
+
+ La ville de Lugano descend en amphithéâtre jusqu'aux rives de son
+ lac. (Photographie Alinari.) 255
+
+ Lugano: faubourg de Castagnola. (D'après une photographie.) 256
+
+ La cathédrale de Saint-Laurent: sa façade est décorée de figures
+ de prophètes et de médaillons d'apôtres (page 256).
+ (Photographie Alinari.) 257
+
+ Saint-Roch: détail de la fresque de Luini à Sainte-Marie-des-Anges
+ (Photographie Alinari.) 258
+
+ La passion: fresque de Luini à l'église Sainte-Marie-des-Anges
+ (page 260). (Photographie Alinari) 259
+
+ Saint Sébastien: détail de la grande fresque de Luini à
+ Sainte-Marie-des-Anges. (Photographie Alinari.) 260
+
+ La madone, l'enfant Jésus et Saint Jean, par Luini, église
+ Sainte-Marie-des-Anges (page 260). (Photographie Alinari.) 261
+
+ La Scène: fresque de Luini à l'église Sainte-Marie-des-Anges
+ (page 260). 262
+
+ Lugano: le quai et le faubourg Paradiso.
+ (Photographie Alinari.) 263
+
+ Lac de Lugano: viaduc du chemin de fer du Saint-Gothard.
+ (D'après une photographie.) 264
+
+
+SHANGHAÏ, LA MÉTROPOLE CHINOISE
+
+Par _M. ÉMILE DESCHAMPS_
+
+
+ Les quais sont animés par la population grouillante des Chinois
+ (page 266). (D'après une photographie.) 265
+
+ Acteurs du théâtre chinois. (D'après une photographie.) 265
+
+ Plan de Shanghaï. 266
+
+ Shanghaï est sillonnée de canaux qui, à marée basse, montrent
+ une boue noire et mal odorante. (Photographie de Mlle Hélène
+ de Harven.) 267
+
+ Panorama de Shanghaï. (D'après une photographie.) 268
+
+ Dans la ville chinoise, les «camelots» sont nombreux, qui débitent
+ en plein vent des marchandises ou des légendes extraordinaires.
+ (D'après une photographie.) 269
+
+ Le poste de l'Ouest, un des quatre postes où s'abrite la milice
+ de la Concession française (page 272). (D'après une
+ photographie.) 270
+
+ La population ordinaire qui grouille dans les rues de la ville
+ chinoise de Shanghaï (page 268). 271
+
+ Les coolies conducteurs de brouettes attendent nonchalamment
+ l'arrivée du client (page 266). (Photographies de Mlle H. de
+ Harven.) 271
+
+ Une maison de thé dans la cité chinoise. (D'après une
+ photographie.) 272
+
+ Les brouettes, qui transportent marchandises ou indigènes, ne
+ peuvent circuler que dans les larges avenues des concessions
+ (page 270). (D'après une photographie.) 273
+
+ La prison de Shanghaï se présente sous l'aspect d'une grande cage,
+ à forts barreaux de fer. (D'après une photographie.) 274
+
+ Le parvis des temples dans la cité est toujours un lieu de
+ réunion très fréquenté. (D'après une photographie.) 275
+
+ Les murs de la cité chinoise, du côté de la Concession française.
+ (D'après une photographie.) 276
+
+ La navigation des sampans sur le Ouang-Pô. (D'après une
+ photographie.) 277
+
+ Aiguille de la pagode de Long-Hoa. (D'après une photographie.) 277
+
+ Rickshaws et brouettes sillonnent les ponts du Yang King-Pang.
+ (D'après une photographie.) 278
+
+ Dans Broadway, les boutiques alternent avec des magasins de belle
+ apparence (page 282). 279
+
+ Les jeunes Chinois flânent au soleil dans leur Cité.
+ (Photographies de Mlle H. de Harven.) 279
+
+ Sur les quais du Yang-King-Pang s'élèvent des bâtiments, banques
+ ou clubs, qui n'ont rien de chinois. (D'après une
+ photographie.) 280
+
+ Le quai de la Concession française présente, à toute heure du
+ jour, la plus grande animation. (D'après une photographie.) 281
+
+ Hong-Hoa: pavillon qui surmonte l'entrée de la pagode. (D'après
+ une photographie.) 282
+
+ «L'omnibus du pauvre» (wheel-barrow ou brouette) fait du deux à
+ l'heure et coûte quelques centimes seulement. (D'après une
+ photographie.) 283
+
+ Une station de brouettes sur le Yang-King-Pang. (D'après une
+ photographie.) 284
+
+ Les barques s'entre-croisent et se choquent devant le quai
+ chinois de Tou-Ka-Dou. (D'après une photographie.) 285
+
+ Chinoises de Shanghaï. (D'après une photographie.) 286
+
+ Village chinois aux environs de Shanghaï. (D'après une
+ photographie.) 287
+
+ Le charnier des enfants trouvés (page 280). (D'après une
+ photographie.) 288
+
+
+L'ÉDUCATION DES NÈGRES AUX ÉTATS-UNIS
+
+Par _M. BARGY_
+
+
+ L'école maternelle de Hampton accueille et occupe les négrillons
+ des deux sexes. (D'après une photographie.) 289
+
+ Institut Hampton: cours de travail manuel. (D'après une
+ photographie.) 289
+
+ Booker T. Washington, le leader de l'éducation des nègres aux
+ États-Unis, fondateur de l'école de Tuskegee, en costume
+ universitaire. (D'après une photographie.) 290
+
+ Institut Hampton: le cours de maçonnerie. (D'après une
+ photographie.) 291
+
+ Institut Hampton: le cours de laiterie. (D'après une
+ photographie.) 292
+
+ Institut Hampton: le cours d'électricité. (D'après une
+ photographie.) 293
+
+ Institut Hampton: le cours de menuiserie. (D'après une
+ photographie.) 294
+
+ Le salut au drapeau exécuté par les négrillons de l'Institut
+ Hampton. (D'après une photographie.) 295
+
+ Institut Hampton: le cours de chimie. (D'après une
+ photographie.) 296
+
+ Le basket ball dans les jardins de l'Institut Hampton. (D'après
+ une photographie.) 297
+
+ Institut Hampton: le cours de cosmographie. (D'après une
+ photographie.) 298
+
+ Institut Hampton: le cours de botanique. (D'après une
+ photographie.) 299
+
+ Institut Hampton: le cours de mécanique. (D'après une
+ photographie.) 300
+
+
+À TRAVERS LA PERSE ORIENTALE
+
+Par _le Major PERCY MOLESWORTH SYKES_
+
+_Consul général de S. M. Britannique au Khorassan._
+
+
+ Une foule curieuse nous attendait sur les places de Mechhed.
+ (D'après une photographie.) 301
+
+ Un poney persan et sa charge ordinaire. (D'après une
+ photographie.) 301
+
+ Le plateau de l'Iran. Carte pour suivre le voyage de l'auteur,
+ d'Astrabad à Kirman. 302
+
+ Les femmes persanes s'enveloppent la tête et le corps d'amples
+ étoffes. (D'après une photographie.) 303
+
+ Paysage du Khorassan: un sol rocailleux et ravagé, une rivière
+ presque à sec; au fond, des constructions à l'aspect de fortins.
+ (D'après une photographie.) 304
+
+ Le sanctuaire de Mechhed est parmi les plus riches et les plus
+ visités de l'Asie. (D'après une photographie.) 305
+
+ La cour principale du sanctuaire de Mechhed. (D'après une
+ photographie.) 306
+
+ Enfants nomades de la Perse orientale. (D'après une
+ photographie.) 307
+
+ Jeunes filles kurdes des bords de la mer Caspienne. (D'après une
+ photographie.) 308
+
+ Les préparatifs d'un campement dans le désert de Lout. (D'après
+ une photographie.) 309
+
+ Le désert de Lout n'est surpassé, en aridité, par aucun autre de
+ l'Asie. (D'après une photographie.) 310
+
+ Avant d'arriver à Kirman, nous avions à traverser la chaîne de
+ Kouhpaia. (D'après une photographie.) 311
+
+ Rien n'égale la désolation du désert de Lout. (D'après une
+ photographie.) 312
+
+ La communauté Zoroastrienne de Kirman vint, en chemin, nous
+ souhaiter la bienvenue. (D'après une photographie.) 313
+
+ Un marchand de Kirman. (D'après une photographie.) 313
+
+ Le «dôme de Djabalia», ruine des environs de Kirman, ancien
+ sanctuaire ou ancien tombeau. (D'après une photographie.) 314
+
+ À Kirman: le jardin qui est loué par le Consulat, se trouve à un
+ mille au delà des remparts. (D'après une photographie.) 315
+
+ Une avenue dans la partie ouest de Kirman. (D'après une
+ photographie.) 316
+
+ Les gardes indigènes du Consulat anglais de Kirman. (D'après une
+ photographie.) 317
+
+ La plus ancienne mosquée de Kirman est celle dite Masdjid-i-Malik.
+ (D'après une photographie.) 318
+
+ Membres des cheikhis, secte qui en compte 7 000 dans la province
+ de Kirman. (D'après une photographie.) 319
+
+ La Masdjid Djami, construite en 1349, une des quatre-vingt-dix
+ mosquées de Kirman. (D'après une photographie.) 320
+
+ Dans la partie ouest de Kirman se trouve le Bagh-i-Zirisf,
+ terrain de plaisance occupé par des jardins. (D'après une
+ photographie.) 321
+
+ Les environs de Kirman comptent quelques maisons de thé. (D'après
+ une photographie.) 322
+
+ Une «tour de la mort», où les Zoroastriens exposent les cadavres.
+ (D'après une photographie.) 323
+
+ Le fort dit Kala-i-Dukhtar ou fort de la Vierge, aux portes de
+ Kirman. (D'après une photographie.) 324
+
+ Le «Farma Farma». (D'après une photographie.) 325
+
+ Indigènes du bourg d'Aptar, Baloutchistan. (D'après une
+ photographie.) 325
+
+ Carte du Makran. 326
+
+ Baloutches de Pip, village de deux cents maisons groupées autour
+ d'un fort. (D'après une photographie.) 327
+
+ Des forts abandonnés rappellent l'ancienne puissance du
+ Baloutchistan. (D'après une photographie.) 328
+
+ Chameliers brahmanes du Baloutchistan. (D'après une
+ photographie.) 329
+
+ La passe de Fanoch, faisant communiquer la vallée du même nom et
+ la vallée de Lachar. (D'après une photographie.) 330
+
+ Musiciens ambulants du Baloutchistan. (D'après une
+ photographie.) 331
+
+ Une halte dans les montagnes du Makran. (D'après une
+ photographie.) 332
+
+ Baloutches du district de Sarhad. (D'après une photographie.) 333
+
+ Un fortin sur les frontières du Baloutchistan. (D'après une
+ photographie.) 334
+
+ Dans les montagnes du Makran: À des collines d'argile succèdent
+ de rugueuses chaînes calcaires. (D'après une photographie.) 335
+
+ Bureau du télégraphe sur la côte du Makran. (D'après une
+ photographie.) 336
+
+ L'oasis de Djalsk, qui s'étend sur 10 kilomètres carrés, est
+ remplie de palmiers-dattiers, et compte huit villages.
+ (D'après une photographie.) 337
+
+ Femme Parsi du Baloutchistan. (D'après une photographie.) 337
+
+ Carte pour suivre les délimitations de la frontière
+ perso-baloutche. 338
+
+ Nous campâmes à Fahradj, sur la route de Kouak, dans une
+ palmeraie. (D'après une photographie.) 339
+
+ C'est à Kouak que les commissaires anglais et persans s'étaient
+ donné rendez-vous. (D'après une photographie.) 340
+
+ Le sanctuaire de Mahoun, notre première étape sur la route de
+ Kouak. (D'après une photographie.) 341
+
+ Cour intérieure du sanctuaire de Mahoun. (D'après une
+ photographie.) 342
+
+ Le khan de Kélat et sa cour. (D'après une photographie.) 343
+
+ Jardins du sanctuaire de Mahoun. (D'après une photographie.) 344
+
+ Dans la vallée de Kalagan, près de l'oasis de Djalsk. (D'après
+ une photographie.) 345
+
+ Oasis de Djalsk: Des édifices en briques abritent les tombes
+ d'une race de chefs disparue. (D'après une photographie.) 346
+
+ Indigènes de l'oasis de Pandjgour, à l'est de Kouak. (D'après
+ une photographie.) 347
+
+ Camp de la commission de délimitation sur la frontière
+ perso-baloutche. (D'après une photographie.) 348
+
+ Campement de la commission des frontières perso-baloutches.
+ (D'après une photographie.) 349
+
+ Parsi de Yezd. (D'après une photographie.) 349
+
+ Une séance d'arpentage dans le Seistan. (D'après une
+ photographie.) 350
+
+ Les commissaires persans de la délimitation des frontières
+ perso-baloutches. (D'après une photographie.) 351
+
+ Le delta du Helmand. 352
+
+ Sculptures sassanides de Persépolis. (D'après une photographie.) 352
+
+ Un gouverneur persan et son état-major. (D'après une
+ photographie.) 353
+
+ La passe de Buzi. (D'après une photographie.) 354
+
+ Le Gypsies du sud-est persan. 355
+
+ Sur la lagune du Helmand. (D'après une photographie.) 356
+
+ Couple baloutche. (D'après une photographie.) 357
+
+ Vue de Yezd, par où nous passâmes pour rentrer à Kirman. (D'après
+ une photographie.) 358
+
+ La colonne de Nadir s'élève comme un phare dans le désert.
+ (D'après une photographie.) 359
+
+ Mosquée de Yezd. (D'après une photographie.) 360
+
+
+AUX RUINES D'ANGKOR
+
+Par _M. le Vicomte De MIRAMON-FARGUES_
+
+
+ Entre le sanctuaire et la seconde enceinte qui abrite sous ses
+ voûtes un peuple de divinités de pierre.... (D'après une
+ photographie.) 361
+
+ Emblème décoratif (art khmer). (D'après une photographie.) 361
+
+ Porte d'entrée de la cité royale d'Angkor-Tom, dans la forêt.
+ (D'après une photographie.) 362
+
+ Ce grand village, c'est Siem-Réap, capitale de la province.
+ (D'après une photographie) 363
+
+ Une chaussée de pierre s'avance au milieu des étangs. (D'après
+ une photographie.) 364
+
+ Par des escaliers invraisemblablement raides, on gravit la
+ montagne sacrée. (D'après une photographie.) 365
+
+ Colonnades et galeries couvertes de bas-reliefs. (D'après une
+ photographie.) 366
+
+ La plus grande des deux enceintes mesure 2 kilomètres de tour;
+ c'est un long cloître. (D'après une photographie.) 367
+
+ Trois dômes hérissent superbement la masse formidable du temple
+ d'Angkor-Wat. (D'après une photographie.) 367
+
+ Bas-relief du temple d'Angkor. (D'après une photographie.) 368
+
+ La forêt a envahi le second étage d'un palais khmer. (D'après
+ une photographie.) 369
+
+ Le gouverneur réquisitionne pour nous des charrettes à boeufs.
+ (D'après une photographie.) 370
+
+ La jonque du deuxième roi, qui a, l'an dernier, succédé à Norodom.
+ (D'après une photographie.) 371
+
+ Le palais du roi, à Oudong-la-Superbe. (D'après une
+ photographie.) 371
+
+ Sculptures de l'art khmer. (D'après une photographie.) 372
+
+
+EN ROUMANIE
+
+Par _M. Th. HEBBELYNCK_
+
+
+ La petite ville de Petrozeny n'est guère originale; elle a, de
+ plus, un aspect malpropre. (D'après une photographie.) 373
+
+ Paysan des environs de Petrozeny et son fils. (D'après une
+ photographie.) 373
+
+ Carte de Roumanie pour suivre l'itinéraire de l'auteur. 374
+
+ Vendeuses au marché de Targu-Jiul. (D'après une photographie.) 375
+
+ La nouvelle route de Valachie traverse les Carpathes et aboutit
+ à Targu-Jiul. (D'après une photographie.) 376
+
+ C'est aux environs d'Arad que pour la première fois nous voyons
+ des buffles domestiques. (D'après une photographie.) 377
+
+ Montagnard roumain endimanché. (Cliché Anerlich.) 378
+
+ Derrière une haie de bois blanc s'élève l'habitation modeste.
+ (D'après une photographie.) 379
+
+ Nous croisons des paysans roumains. (D'après une photographie.) 379
+
+ Costume national de gala, roumain. (Cliché Cavallar.) 380
+
+ Dans les vicissitudes de leur triste existence, les tziganes ont
+ conservé leur type et leurs moeurs. (Photographie Anerlich.) 381
+
+ Un rencontre près de Padavag d'immenses troupeaux de boeufs.
+ (D'après une photographie.) 382
+
+ Les femmes de Targu-Jiul ont des traits rudes et sévères, sous
+ le linge blanc. (D'après une photographie.) 383
+
+ En Roumanie, on ne voyage qu'en victoria. (D'après une
+ photographie.) 384
+
+ Dans la vallée de l'Olt, les «castrinza» des femmes sont
+ décorées de paillettes multicolores. 385
+
+ Dans le village de Slanic. (D'après une photographie.) 385
+
+ Roumaine du défilé de la Tour-Rouge. (D'après une photographie.) 386
+
+ La petite ville d'Horezu est charmante et animée. (D'après une
+ photographie.) 387
+
+ La perle de Curtea, c'est cette superbe église blanche,
+ scintillante sous ses coupoles dorées. (D'après une
+ photographie.) 388
+
+ Une ferme près du monastère de Bistritza. (D'après une
+ photographie.) 389
+
+ Entrée de l'église de Curtea. (D'après une photographie.) 390
+
+ Les religieuses du monastère d'Horezu portent le même costume
+ que les moines. (D'après une photographie.) 391
+
+ Devant l'entrée de l'église se dresse le baptistère de Curtea.
+ (D'après une photographie.) 392
+
+ Au marché de Campolung. (D'après une photographie.) 393
+
+ L'excursion du défilé de Dimboviciora est le complément obligé
+ d'un séjour à Campolung. (D'après une photographie.) 394
+
+ Dans le défilé de Dimboviciora. (D'après des photographies.) 395
+
+ Dans les jardins du monastère de Curtea. 396
+
+ Sinaïa: le château royal, Castel Pelés, sur la montagne du même
+ nom. (D'après une photographie.) 397
+
+ Un enfant des Carpathes. (D'après une photographie.) 397
+
+ Une fabrique de ciment groupe autour d'elle le village de Campina.
+ (D'après une photographie.) 398
+
+ Vue intérieure des mines de sel de Slanic. (D'après une
+ photographie.) 399
+
+ Entre Campina et Sinaïa la route de voiture est des plus
+ poétiques. (D'après une photographie.) 400
+
+ Un coin de Campina. (D'après une photographie.) 401
+
+ Les villas de Sinaïa. (D'après une photographie.) 402
+
+ Vues de Bucarest: le boulevard Coltei. -- L'église du Spiritou
+ Nou. -- Les constructions nouvelles du boulevard Coltei. --
+ L'église métropolitaine.--L'Université.--Le palais Stourdza.
+ -- Un vieux couvent. -- (D'après des photographies.) 403
+
+ Le monastère de Sinaïa se dresse derrière les villas et les
+ hôtels de la ville. (D'après une photographie.) 404
+
+ Une des deux cours intérieures du monastère de Sinaïa. (D'après
+ une photographie.) 405
+
+ Une demeure princière de Sinaïa. (D'après une photographie.) 406
+
+ Busteni (les villas, l'église), but d'excursion pour les habitants
+ de Sinaïa. (D'après une photographie.) 407
+
+ Slanic: un wagon de sel. (D'après une photographie.) 408
+
+
+CROQUIS HOLLANDAIS
+
+Par _M. Lud. GEORGES HAMÖN_
+
+_Photographies de l'auteur._
+
+
+ À la kermesse. 409
+
+ Ces anciens, pour la plupart, ont une maigreur de bon aloi. 409
+
+ Des «boerin» bien prises en leurs justins marchent en roulant,
+ un joug sur les épaules. 410
+
+ Par intervalles une femme sort avec des seaux; elle lave sa
+ demeure de haut en bas. 410
+
+ Emplettes familiales. 411
+
+ Les ménagères sont là, également calmes, lentes, avec leurs
+ grosses jupes. 411
+
+ Jeune métayère de Middelburg. 412
+
+ Middelburg: le faubourg qui prend le chemin du marché conduit
+ à un pont. 412
+
+ Une mère, songeuse, promenait son petit garçon. 413
+
+ Une famille hollandaise au marché de Middelburg. 414
+
+ Le marché de Middelburg: considérations sur la grosseur des
+ betteraves. 415
+
+ Des groupes d'anciens en culottes courtes, chapeaux marmites. 416
+
+ Un septuagénaire appuyé sur son petit-fils me sourit
+ bonassement. 417
+
+ Roux en le décor roux, l'éclusier fumait sa pipe. 417
+
+ Le village de Zoutelande. 418
+
+ Les grandes voitures en forme de nacelle, recouvertes de bâches
+ blanches. 419
+
+ Aussi comme on l'aime, ce home. 420
+
+ Les filles de l'hôtelier de Wemeldingen. 421
+
+ Il se campe près de son cheval. 421
+
+ Je rencontre à l'orée du village un couple minuscule. 422
+
+ La campagne hollandaise. 423
+
+ Environs de Westkapelle: deux femmes reviennent du «molen». 423
+
+ Par tous les sentiers, des marmots se juchèrent. 424
+
+ Le père Kick symbolisait les générations des Néerlandais
+ défunts. 425
+
+ Wemeldingen: un moulin colossal domine les digues. 426
+
+ L'une entonna une chanson. 427
+
+ Les moutons broutent avec ardeur le long des canaux. 428
+
+ Famille hollandaise en voyage. 429
+
+ Ah! les moulins; leur nombre déroute l'esprit. 429
+
+ Les chariots enfoncés dans les champs marécageux sont enlevés
+ par de forts chevaux. 430
+
+ La digue de Westkapelle. 431
+
+ Les écluses ouvertes. 432
+
+ Les petits garçons rôdent par bandes, à grand bruit de sabots
+ sonores.... 433
+
+ Jeune mère à Marken. 433
+
+ Volendam, sur les bords du Zuiderzee, est le rendez-vous des
+ peintres de tous les pays. 434
+
+ Avec leurs figures rondes, épanouies de contentement, les petites
+ filles de Volendam font plaisir à voir. 435
+
+ Aux jours de lessive, les linges multicolores flottent partout. 436
+
+ Les jeunes filles de Volendam sont coiffées du casque en dentelle,
+ à forme de «salade» renversée. 437
+
+ Deux pêcheurs accroupis au soleil, à Volendam. 438
+
+ Une lessive consciencieuse. 439
+
+ Il y a des couples d'enfants ravissants, d'un type expressif. 440
+
+ Les femmes de Volendam sont moins claquemurées en leur logis. 441
+
+ Vêtu d'un pantalon démesuré, le pêcheur de Volendam a une allure
+ personnelle. 442
+
+ Un commencement d'idylle à Marken. 443
+
+ Les petites filles sont charmantes. 444
+
+
+ABYDOS
+
+dans les temps anciens et dans les temps modernes
+
+Par _M. E. AMELINEAU_
+
+
+ Le lac sacré d'Osiris, situé au sud-est de son temple, qui a été
+ détruit. (D'après une photographie.) 445
+
+ Séti Ier présentant des offrandes de pain, légumes, etc. (D'après
+ une photographie.) 445
+
+ Une rue d'Abydos. (D'après une photographie.) 446
+
+ Maison d'Abydos habitée par l'auteur, pendant les trois premières
+ années. (D'après une photographie.) 447
+
+ Le prêtre-roi rendant hommage à Séti Ier (chambre annexe de la
+ deuxième salle d'Osiris). (D'après une photographie.) 448
+
+ Thot présentant le signe de la vie aux narines du roi Séti Ier
+ (chambre annexe de la deuxième salle d'Osiris). (D'après une
+ photographie.) 449
+
+ Le dieu Thot purifiant le roi Séti Ier (chambre annexe de la
+ deuxième salle d'Osiris, mur sud). (D'après une photographie.) 450
+
+ Vue intérieure du temple de Ramsès II. (D'après une
+ photographie.) 451
+
+ Perspective de la seconde salle hypostyle du temple de Séti Ier.
+ (D'après une photographie.) 451
+
+ Temple de Séti Ier, mur est, pris du mur nord. Salle due à
+ Ramsès II. (D'après une photographie.) 452
+
+ Temple de Séti Ier, mur est, montrant des scènes diverses du
+ culte. (D'après une photographie.) 453
+
+ Table des rois Séti Ier et Ramsès II, faisant des offrandes aux
+ rois leurs prédécesseurs. (D'après une photographie.) 454
+
+ Vue générale du temple de Séti Ier, prise de l'entrée. (D'après
+ une photographie.) 455
+
+ Procession des victimes amenées au sacrifice (temple de
+ Ramsès II). (D'après une photographie.) 456
+
+
+VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHÈSE AUX MONTS CÉLESTES
+
+Par _M. JULES BROCHEREL_
+
+
+ Le bazar de Tackhent s'étale dans un quartier vieux et fétide.
+ (D'après une photographie.) 457
+
+ Un Kozaque de Djarghess. (D'après une photographie.) 457
+
+ Itinéraire de Tachkent à Prjevalsk. 458
+
+ Les marchands de pain de Prjevalsk. (D'après une photographie.) 459
+
+ Un des trente-deux quartiers du bazar de Tachkent. (D'après une
+ photographie.) 460
+
+ Un contrefort montagneux borde la rive droite du «tchou».
+ (D'après une photographie.) 461
+
+ Le bazar de Prjevalsk, principale étape des caravaniers de
+ Viernyi et de Kachgar. (D'après une photographie.) 462
+
+ Couple russe de Prjevalsk. (D'après une photographie.) 463
+
+ Arrivée d'une caravane à Prjevalsk. (D'après une photographie.) 464
+
+ Le chef des Kirghizes et sa petite famille. (D'après une
+ photographie.) 465
+
+ Notre djighite, sorte de garde et de policier. (D'après une
+ photographie.) 466
+
+ Le monument de Prjevalsky, à Prjevalsk. (D'après une
+ photographie.) 467
+
+ Des têtes humaines, grossièrement sculptées, monuments funéraires
+ des Nestoriens... (D'après une photographie.) 467
+
+ Enfants kozaques sur des boeufs. (D'après une photographie.) 468
+
+ Un de nos campements dans la montagne. (D'après une
+ photographie.) 469
+
+ Montée du col de Tomghent. (D'après une photographie.) 469
+
+ Dans la vallée de Kizil-Tao. (D'après une photographie.) 470
+
+ Itinéraire du voyage aux Monts Célestes. 470
+
+ La carabine de Zurbriggen intriguait fort les indigènes. (D'après
+ une photographie.) 471
+
+ Au sud du col s'élevait une blanche pyramide de glace. (D'après
+ une photographie.) 472
+
+ La vallée de Kizil-Tao. (D'après une photographie.) 473
+
+ Le col de Karaguer, vallée de Tomghent. (D'après une
+ photographie.) 474
+
+ Sur le col de Tomghent. (D'après une photographie.) 475
+
+ J'étais enchanté des aptitudes alpinistes de nos coursiers.
+ (D'après une photographie.) 475
+
+ Le plateau de Saridjass, peu tourmenté, est pourvu d'une herbe
+ suffisante pour les chevaux. (D'après une photographie.) 476
+
+ Nous passons à gué le Kizil-Sou. (D'après des photographies.) 477
+
+ Panorama du massif du Khan-Tengri. (D'après une photographie.) 478
+
+ Entrée de la vallée de Kachkateur. (D'après une photographie.) 479
+
+ Nous baptisâmes Kachkateur-Tao, la pointe de 4 250 mètres que
+ nous avions escaladée. (D'après une photographie.) 479
+
+ La vallée de Tomghent. (D'après une photographie.) 480
+
+ Des Kirghizes d'Oustchiar étaient venus à notre rencontre.
+ (D'après une photographie.) 481
+
+ Kirghize joueur de flûte. (D'après une photographie.) 481
+
+ Le massif du Kizil-Tao. (D'après une photographie.) 482
+
+ Région des Monts Célestes. 482
+
+ Les Kirghizes mènent au village une vie peu occupée. (D'après
+ une photographie.) 483
+
+ Notre petite troupe s'aventure audacieusement sur la pente
+ glacée. (D'après une photographie.) 484
+
+ Vallée supérieure d'Inghiltchik. (D'après une photographie.) 485
+
+ Vallée de Kaende: l'eau d'un lac s'écoulait au milieu d'une
+ prairie émaillée de fleurs. (D'après une photographie.) 486
+
+ Les femmes kirghizes d'Oustchiar se rangèrent, avec leurs
+ enfants, sur notre passage. (D'après une photographie.) 487
+
+ Le chirtaï de Kaende. (D'après une photographie.) 488
+
+ Nous saluâmes la vallée de Kaende comme un coin de la terre des
+ Alpes. (D'après une photographie.) 489
+
+ Femmes mariées de la vallée de Kaende, avec leur progéniture.
+ (D'après une photographie.) 490
+
+ L'élément mâle de la colonie vint tout l'après-midi voisiner
+ dans notre campement. (D'après une photographie.) 491
+
+ Un «aoul» kirghize. 492
+
+ Yeux bridés, pommettes saillantes, nez épaté, les femmes de
+ Kaende sont de vilaines Kirghizes. (D'après une photographie.) 493
+
+ Enfant kirghize. (D'après une photographie.) 493
+
+ Kirghize dressant un aigle. (D'après une photographie.) 494
+
+ Itinéraire du voyage aux Monts Célestes. 494
+
+ Nous rencontrâmes sur la route d'Oustchiar un berger et son
+ troupeau. (D'après une photographie.) 495
+
+ Je photographiai les Kirghizes de Kaende, qui s'étaient, pour
+ nous recevoir, assemblés sur une éminence. (D'après une
+ photographie.) 496
+
+ Le glacier de Kaende. (D'après une photographie.) 497
+
+ L'aiguille d'Oustchiar vue de Kaende. 498
+
+ Notre cabane au pied de l'aiguille d'Oustchiar. (D'après des
+ photographies.) 498
+
+ Kirghizes de Kaende. (D'après une photographie.) 499
+
+ Le pic de Kaende s'élève à 6 000 mètres. (D'après une
+ photographie.) 500
+
+ La fille du chirtaï (chef) de Kaende, fiancée au kaltchè de la
+ vallée d'Irtach. (D'après une photographie.) 501
+
+ Le kaltchè (chef) de la vallée d'Irtach, l'heureux fiancé de
+ la fille du chirtaï de Kaende. (D'après une photographie.) 502
+
+ Le glacier de Kaende. 503
+
+ Cheval kirghize au repos sur les flancs du Kaende. (D'après
+ des photographies.) 503
+
+ Retour des champs. (D'après une photographie.) 504
+
+ Femmes kirghizes de la vallée d'Irtach. (D'après une
+ photographie.) 505
+
+ Un chef de district dans la vallée d'Irtach. (D'après une
+ photographie.) 505
+
+ Le pic du Kara-tach, vu d'Irtach, prend vaguement l'aspect d'une
+ pyramide. (D'après une photographie.) 506
+
+ Les caravaniers passent leur vie dans les Monts Célestes,
+ emmenant leur famille avec leurs marchandises. (D'après une
+ photographie.) 507
+
+ La vallée de Zououka, par où transitent les caravaniers de Viernyi
+ à Kachgar. (D'après une photographie.) 508
+
+ Le massif du Djoukoutchiak; au pied, le dangereux col du même nom,
+ fréquenté par les nomades qui se rendent à Prjevalsk. (D'après
+ une photographie.) 509
+
+ Le chaos des pics dans le Kara-Tao. (D'après une photographie.) 510
+
+ Étalon kirghize de la vallée d'Irtach et son cavalier. (D'après
+ une photographie.) 511
+
+ Véhicule kirghize employé dans la vallée d'Irtach. (D'après une
+ photographie.) 511
+
+ Les roches plissées des environs de Slifkina, sur la route de
+ Prjevalsk. (D'après une photographie.) 512
+
+ Campement kirghize, près de Slifkina. (D'après une
+ photographie.) 513
+
+ Femme kirghize tannant une peau. (D'après une photographie.) 514
+
+ Les glaciers du Djoukoutchiak-Tao. (D'après une photographie.) 515
+
+ Tombeau kirghize. (D'après une photographie.) 516
+
+
+L'ARCHIPEL DES FEROÉ
+
+Par _Mlle ANNA SEE_
+
+
+ «L'espoir des Feroé» se rendant à l'école. (D'après une
+ photographie.) 517
+
+ Les enfants transportent la tourbe dans des hottes en bois.
+ (D'après une photographie.) 517
+
+ Thorshavn apparut, construite en amphithéâtre au fond d'un petit
+ golfe. 518
+
+ Les fermiers de Kirkeboe en habits de fête. (D'après une
+ photographie.) 519
+
+ Les poneys feroïens et leurs caisses à transporter la tourbe.
+ (D'après une photographie.) 520
+
+ Les dénicheurs d'oiseaux se suspendent à des cordes armées d'un
+ crampon. (D'après une photographie.) 521
+
+ Des îlots isolés, des falaises de basalte ruinées par le heurt
+ des vagues. (D'après des photographies.) 522
+
+ On pousse vers la plage les cadavres des dauphins, qui ont
+ environ 6 mètres. (D'après une photographie.) 523
+
+ Les femmes feroïennes préparent la laine.... (D'après une
+ photographie.) 524
+
+ On sale les morues. (D'après une photographie.) 525
+
+ Feroïen en costume de travail. (D'après une photographie.) 526
+
+ Les femmes portent une robe en flanelle tissée avec la laine
+ qu'elles ont cardée et filée. (D'après une photographie.) 527
+
+ Déjà mélancolique!... (D'après une photographie.) 528
+
+
+PONDICHÉRY
+
+chef-lieu de l'Inde française
+
+Par _M. G. VERSCHUUR_
+
+
+ Groupe de Brahmanes électeurs français. (D'après une
+ photographie.) 529
+
+ Musicien indien de Pondichéry. (D'après une photographie.) 529
+
+ Les enfants ont une bonne petite figure et un costume peu
+ compliqué. (D'après une photographie.) 530
+
+ La visite du marché est toujours une distraction utile pour le
+ voyageur. (D'après une photographie.) 531
+
+ Indienne en costume de fête. (D'après une photographie.) 532
+
+ Groupe de Brahmanes français. (D'après une photographie.) 533
+
+ La pagode de Villenour, à quelques kilomètres de Pondichéry.
+ (D'après une photographie.) 534
+
+ Intérieur de la pagode de Villenour. (D'après une photographie.) 535
+
+ La Fontaine aux Bayadères. (D'après une photographie.) 536
+
+ Plusieurs rues de Pondichéry sont larges et bien bâties.
+ (D'après une photographie.) 537
+
+ Étang de la pagode de Villenour. (D'après une photographie.) 538
+
+ Brahmanes français attendant la clientèle dans un bazar.
+ (D'après une photographie.) 539
+
+ La statue de Dupleix à Pondichéry. (D'après une photographie.) 540
+
+
+UNE PEUPLADE MALGACHE
+
+LES TANALA DE L'IKONGO
+
+Par _M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ_
+
+
+ Les populations souhaitent la bienvenue à l'étranger. (D'après
+ une photographie.) 541
+
+ Femme d'Ankarimbelo. (D'après une photographie.) 541
+
+ Carte du pays des Tanala. 542
+
+ Les femmes tanala sont sveltes, élancées. (D'après une
+ photographie.) 543
+
+ Panorama de Fort-Carnot. (D'après une photographie.) 544
+
+ Groupe de Tanala dans la campagne de Milakisihy. (D'après une
+ photographie.) 545
+
+ Un partisan tanala tirant à la cible à Fort-Carnot. (D'après
+ une photographie.) 546
+
+ Enfants tanala. (D'après une photographie.) 547
+
+ Les hommes, tous armés de la hache. (D'après une photographie.) 548
+
+ Les cercueils sont faits d'un tronc d'arbre creusé, et recouverts
+ d'un drap. (D'après une photographie.) 549
+
+ Le battage du riz. (D'après une photographie.) 550
+
+ Une halte de partisans dans la forêt. (D'après une
+ photographie.) 551
+
+ Femmes des environs de Fort-Carnot. (D'après une photographie.) 552
+
+ Les Tanala au repos perdent toute leur élégance naturelle.
+ (D'après une photographie.) 553
+
+ Une jeune beauté tanala. (D'après une photographie.) 553
+
+ Le Tanala, maniant une sagaie, a le geste élégant et souple.
+ (D'après une photographie.) 554
+
+ Le chant du «e manenina», à Iaborano. (D'après une
+ photographie.) 555
+
+ La rue principale à Sahasinaka. (D'après une photographie.) 556
+
+ La danse est exécutée par des hommes, quelquefois par des femmes.
+ (D'après une photographie.) 557
+
+ Un danseur botomaro. (D'après une photographie.) 558
+
+ La danse, chez les Tanala, est expressive au plus haut degré.
+ (D'après des photographies.) 559
+
+ Tapant à coups redoublés sur un long bambou, les Tanala en tirent
+ une musique étrange. (D'après une photographie.) 560
+
+ Femmes tanala tissant un lamba. (D'après une photographie.) 561
+
+ Le village et le fort de Sahasinaka s'élèvent sur les hauteurs
+ qui bordent le Faraony. (D'après une photographie.) 562
+
+ Un détachement d'infanterie coloniale traverse le Rienana.
+ (D'après une photographie.) 563
+
+ Profil et face de femmes tanala. (D'après une photographie.) 564
+
+
+LA RÉGION DU BOU HEDMA
+
+(sud tunisien)
+
+Par _M. Ch. MAUMENÉ_
+
+
+ Les murailles de Sfax, véritable décor d'opéra.... (D'après une
+ photographie.) 565
+
+ Salem, le domestique arabe de l'auteur. (D'après une
+ photographie.) 565
+
+ Carte de la région du Bou Hedma (sud tunisien). 566
+
+ Les sources chaudes de l'oued Hadedj sont sulfureuses. (D'après
+ une photographie.) 567
+
+ L'oued Hadedj, d'aspect si charmant, est un bourbier qui sue la
+ fièvre. (D'après une photographie.) 568
+
+ Le cirque du Bou Hedma. (D'après une photographie.) 569
+
+ L'oued Hadedj sort d'une étroite crevasse de la montagne.
+ (D'après une photographie.) 570
+
+ Manoubia est une petite paysanne d'une douzaine d'années.
+ (D'après une photographie.) 571
+
+ Un puits dans le défilé de Touninn. (D'après une photographie.) 571
+
+ Le ksar de Sakket abrite les Ouled bou Saad Sédentaires, qui
+ cultivent oliviers et figuiers. (D'après une photographie.) 572
+
+ De temps en temps la forêt de gommiers se révèle par un arbre.
+ (D'après une photographie.) 573
+
+ Le village de Mech; dans l'arrière-plan, le Bou Hedma. (D'après
+ une photographie.) 574
+
+ Le Khrangat Touninn (défile de Touninn), que traverse le chemin
+ de Bir Saad à Sakket. (D'après une photographie.) 575
+
+ Le puits de Bordj Saad. (D'après une photographie.) 576
+
+
+DE TOLÈDE À GRENADE
+
+Par _Mme JANE DIEULAFOY_
+
+
+ Après avoir croisé des boeufs superbes.... (D'après une
+ photographie.) 577
+
+ Femme castillane. (D'après une photographie.) 577
+
+ On chemine à travers l'inextricable réseau des ruelles
+ silencieuses. (D après une photographie.) 578
+
+ La rue du Commerce, à Tolède. (D'après une photographie.) 579
+
+ Un représentant de la foule innombrable des mendiants de Tolède.
+ (D'après une photographie.) 580
+
+ Dans des rues tortueuses s'ouvrent les entrées monumentales
+ d'anciens palais, tel que celui de la Sainte Hermandad.
+ (Photographie Lacoste, à Madrid.) 581
+
+ Porte du vieux palais de Tolède. (D'après une photographie.) 582
+
+ Fière et isolée comme un arc de triomphe, s'élève la merveilleuse
+ Puerta del Sol. (Photographie Lacoste, à Madrid.) 583
+
+ Détail de sculpture mudejar dans le Transito. (D'après une
+ photographie.) 584
+
+ Ancienne sinagogue connue sous le nom de Santa Maria la Blanca.
+ (Photographie Lacoste, à Madrid.) 585
+
+ Madrilène. (D'après une photographie.) 586
+
+ La porte de Visagra, construction massive remontant à l'époque
+ de Charles Quint. (Photographie Lacoste, à Madrid.) 587
+
+ Tympan mudejar. (D'après une photographie.) 588
+
+ Des familles d'ouvriers ont établi leurs demeures près de
+ murailles solides. (D'après une photographie.) 589
+
+ Castillane et Sévillane. (D'après une photographie.) 589
+
+ Isabelle de Portugal, par le Titien (Musée du Prado).
+ (Photographie Lacoste, à Madrid.) 590
+
+ Le palais de Pierre le Cruel. (D'après une photographie.) 591
+
+ Statue polychrome du prophète Élie, dans l'église de Santo Tomé
+ (auteur inconnu). (D'après une photographie.) 592
+
+ Porte du palais de Pierre le Cruel. (D'après une photographie.) 593
+
+ Portrait d'homme, par le Greco. (Photographie Hauser y Menet,
+ à Madrid.) 594
+
+ La cathédrale de Tolède. 595
+
+ Enterrement du comte d'Orgaz, par le Greco (église Santo Tomé).
+ (D'après une photographie.) 596
+
+ Le couvent de Santo Tomé conserve une tour en forme de minaret.
+ (D'après une photographie.) 597
+
+ Les évêques Mendoza et Ximénès. (D'après une photographie.) 598
+
+ Salon de la prieure, au couvent de San Juan de la Penitencia.
+ (D'après une photographie.) 599
+
+ Prise de Melilla (cathédrale de Tolède). (D'après une
+ photographie.) 600
+
+ C'est dans cette pauvre demeure que vécut Cervantès pendant son
+ séjour à Tolède. (D'après une photographie.) 601
+
+ Saint François d'Assise, par Alonzo Cano, cathédrale de Tolède. 601
+
+ Porte des Lions. (Photographie Lacoste, à Madrid.) 602
+
+ Le cloître de San Juan de los Reyes apparaît comme le morceau le
+ plus précieux et le plus fleuri de l'architecture gothique
+ espagnole. (Photographie Lacoste, à Madrid.) 603
+
+ Ornements d'église, à Madrid. (D'après une photographie.) 604
+
+ Porte due au ciseau de Berruguete, dans le cloître de la
+ cathédrale de Tolède. (Photographie Lacoste, à Madrid.) 605
+
+ Une torea. (D'après une photographie.) 606
+
+ Vue intérieure de l'église de San Juan de Los Reyes.
+ (Photographie Lacoste, à Madrid.) 607
+
+ Une rue de Tolède. (D'après une photographie.) 608
+
+ Porte de l'hôpital de Santa Cruz. (Photographie Lacoste,
+ à Madrid.) 609
+
+ Sur les bords du Tage. (Photographie Lacoste, à Madrid.) 610
+
+ Escalier de l'hôpital de Santa Cruz. (D'après une photographie.) 611
+
+ Détail du plafond de la cathédrale. (D'après une photographie) 612
+
+ Pont Saint-Martin à Tolède. (D'après une photographie.) 613
+
+ Guitariste castillane. (D'après une photographie.) 613
+
+ La «Casa consistorial», hôtel de ville. (D'après une
+ photographie.) 614
+
+ Le «patio» des Templiers. (D'après une photographie.) 615
+
+ Jeune femme de Cordoue avec la mantille en chenille légère.
+ (D'après une photographie.) 616
+
+ Un coin de la Mosquée de Cordoue. (Photographie Lacoste,
+ à Madrid.) 617
+
+ Chapelle de San Fernando, de style mudejar, élevée au
+ centre de la Mosquée de Cordoue. (D'après une photographie.) 618
+
+ La mosquée qui fait la célébrité de Cordoue, avec ses dix-neuf
+ galeries hypostyles, orientées vers la Mecque. (Photographie
+ Lacoste, à Madrid.) 619
+
+ Détail de la chapelle de San Fernando. (D'après une
+ photographie.) 620
+
+ Vue extérieure de la Mosquée de Cordoue, avec l'église
+ catholique élevée en 1523, malgré les protestations des
+ Cordouans. (D'après une photographie.) 621
+
+ Statue de Gonzalve de Cordoue. (D'après une photographie.) 622
+
+ Statue de doña Maria Manrique, femme de Gonzalve de Cordoue.
+ (D'après une photographie.) 623
+
+ Détail d'une porte de la mosquée. (D'après une photographie.) 624
+
+
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Le Tour du Monde; Kachmir, by Various
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE TOUR DU MONDE; KACHMIR ***
+
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+Produced by Carlo Traverso, Christine P. Travers and the
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+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
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+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
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+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
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+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
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+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
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+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
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+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
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+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
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+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
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+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
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+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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+Title: Le Tour du Monde; Kachmir
+ Journal des voyages et des voyageurs; 2e Sem. 1905
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+Author: Various
+
+Editor: Édouard Charton
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+Release Date: July 29, 2009 [EBook #29536]
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+Language: French
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+Character set encoding: ISO-8859-1
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE TOUR DU MONDE; KACHMIR ***
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+Produced by Carlo Traverso, Christine P. Travers and the
+Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
+(This file was produced from images generously made
+available by the Bibliothèque nationale de France
+(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
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+<div class="tn box">
+<p>Note au lecteur de ce fichier digital:</p>
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+<p>Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été
+corrigées.</p>
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+<p>Ce fichier est un extrait du recueil du journal "Le Tour du monde:
+Journal des voyages et des voyageurs" (2ème semestre 1905).</p>
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+<p>Les articles ont été regroupés dans des fichiers correspondant
+aux différentes zones géographiques, ce fichier contient les articles sur
+le Kachmir.</p>
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+<p>Chaque fichier contient l'index complet du recueil dont ces
+articles sont originaires.</p>
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+<p>La liste des illustrations étant très longue, elle a été déplacée et
+placée en fin de fichier.</p>
+</div>
+
+
+
+<h1>LE TOUR DU MONDE</h1>
+
+<p class="p4 center small">PARIS<br>
+IMPRIMERIE FERNAND SCHMIDT<br>
+20, rue du Dragon, 20</p>
+
+
+<p class="p4 smaller">NOUVELLE SÉRIE&mdash;11<sup>e</sup> ANNÉE
+<span class="right05">2<sup>e</sup> SEMESTRE</span></p>
+
+
+<h1>LE TOUR DU MONDE<br>
+<span class="small"><i>JOURNAL</i><br>
+DES VOYAGES ET DES VOYAGEURS</span></h1>
+
+
+<p class="p4 center">Le Tour du Monde<br>
+a été fondé par Édouard Charton<br>
+en 1860</p>
+
+
+<p class="p4 center small">PARIS<br>
+LIBRAIRIE HACHETTE ET C<sup>ie</sup><br>
+79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79<br>
+<i>LONDRES, 18, KING WILLIAM STREET, STRAND</i><br>
+1905</p>
+
+<p class="small center">Droits de traduction et de reproduction réservés.</p>
+
+
+
+<h3><span class="pagenum"><a id="pagexiii" name="pagexiii"></a>(p. xiii)</span> TABLE DES MATIÈRES</h3>
+
+<div class="toc">
+
+
+<p class="center">L'ÉTÉ AU KACHMIR<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M<sup>me</sup> F. MICHEL</i></p>
+
+<p><span class="retrait">I. De Paris à Srinagar.</span> &mdash; Un guide pratique. &mdash; De Bombay
+à Lahore. &mdash; Premiers préparatifs. &mdash; En <i>tonga</i>
+de Rawal-Pindi à Srinagar. &mdash; Les Kachmiris et les
+maîtres du Kachmir. &mdash; Retour à la vie nomade.
+<span class="ralign"><a href="#page001">1</a></span></p>
+
+<p><span class="retrait">II. La «Vallée heureuse» en <i>dounga</i>.</span> &mdash; Bateliers et
+batelières. &mdash; De Baramoula à Srinagar. &mdash; La capitale
+du Kachmir. &mdash; Un peu d'économie politique. &mdash; En
+amont de Srinagar.
+<span class="ralign"><a href="#page013">13</a></span></p>
+
+<p><span class="retrait">III. Sous la tente.</span> &mdash; Les petites vallées du Sud-Est. &mdash; Histoires
+de voleurs et contes de fées. &mdash; Les ruines
+de Martand. &mdash; De Brahmanes en Moullas.
+<span class="ralign"><a href="#page025">25</a></span></p>
+
+<p><span class="retrait">IV. Le pèlerinage d'Amarnath.</span> &mdash; La vallée du Lidar. &mdash; Les
+pèlerins de l'Inde. &mdash; Vers les cimes. &mdash; La grotte
+sacrée. &mdash; En <i>dholi</i>. &mdash; Les Goudjars, pasteurs de
+buffles.
+<span class="ralign"><a href="#page037">37</a></span></p>
+
+<p><span class="retrait">V. Le pèlerinage de l'Haramouk.</span> &mdash; Alpinisme funèbre et
+hydrothérapie religieuse. &mdash; Les temples de Vangâth. &mdash; Frissons
+d'automne. &mdash; Les adieux à Srinagar.
+<span class="ralign"><a href="#page049">49</a></span></p>
+
+
+<p class="p2 center">SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>le docteur LAMY</i><br>
+<i>Médecin-major des troupes coloniales</i>.</p>
+
+<p><span class="retrait">I. Voyage dans la brousse.</span> &mdash; En file indienne. &mdash; Motéso. &mdash; La
+route dans un ruisseau. &mdash; Denguéra. &mdash; Kodioso. &mdash; Villes
+et villages abandonnés. &mdash; Où est
+donc Bettié? &mdash; Arrivée à Dioubasso.
+<span class="ralign">61</span></p>
+
+<p><span class="retrait">II. Dans le territoire de Mopé.</span> &mdash; Coutumes du pays. &mdash; La
+mort d'un prince héritier. &mdash; L'épreuve du poison. &mdash; De
+Mopé à Bettié. &mdash; Bénie, roi de Bettié, et sa
+capitale. &mdash; Retour à Petit-Alépé.
+<span class="ralign">73</span></p>
+
+<p><span class="retrait">III. Rapports et résultats de la mission.</span> &mdash; Valeur économique
+de la côte d'Ivoire. &mdash; Richesse de la flore. &mdash; Supériorité
+de la faune.
+<span class="ralign">85</span></p>
+
+<p><span class="retrait">IV. La fièvre jaune à Grand-Bassam.</span> &mdash; Deuils nombreux. &mdash; Retour
+en France.
+<span class="ralign">90</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">L'ÎLE D'ELBE<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. PAUL GRUYER</i></p>
+
+<p><span class="retrait">I. L'île d'Elbe et le «canal» de Piombino.</span> &mdash; Deux mots
+d'histoire. &mdash; Débarquement à Porto-Ferraio. &mdash; Une
+ville d'opéra. &mdash; La «teste di Napoleone» et le Palais
+impérial. &mdash; La bannière de l'ancien roi de l'île
+d'Elbe. &mdash; Offre à Napoléon III, après Sedan. &mdash; La
+bibliothèque de l'Empereur. &mdash; Souvenir de Victor
+Hugo. Le premier mot du poète. &mdash; Un enterrement
+aux flambeaux. Cagoules noires et cagoules blanches.
+Dans la paix des limbes. &mdash; Les différentes routes
+de l'île.
+<span class="ralign">97</span></p>
+
+<p><span class="retrait">II. Le golfe de Procchio et la montagne de Jupiter.</span> &mdash; Soir
+tempétueux et morne tristesse. &mdash; L'ascension du
+Monte Giove. &mdash; Un village dans les nuées. &mdash; L'Ermitage
+de la Madone et la «Sedia di Napoleone». &mdash; Le
+vieux gardien de l'infini. «Bastia, Signor!». Vision
+sublime. &mdash; La côte orientale de l'île. Capoliveri
+et Porto-Longone. &mdash; La gorge de Monserrat. &mdash; Rio
+1 Marina et le monde du fer.
+<span class="ralign">109</span></p>
+
+<p><span class="retrait">III. Napoléon, roi de l'île d'Elbe.</span> &mdash; Installation aux Mulini. &mdash; L'Empereur
+à la gorge de Monserrat. &mdash; San Martino
+Saint-Cloud. La salle des Pyramides et le plafond
+aux deux colombes. Le lit de Bertrand. La salle de
+bain et le miroir de la Vérité. &mdash; L'Empereur transporte
+ses pénates sur le Monte Giove. &mdash; Elbe perdue
+pour la France. &mdash; L'ancien Musée de San Martino.
+Essai de reconstitution par le propriétaire actuel. Le
+lit de Madame Mère. &mdash; Où il faut chercher à Elbe les
+vraies reliques impériales. «Apollon gardant ses
+troupeaux.» Éventail et bijoux de la princesse Pauline.
+Les clefs de Porto-Ferraio. Autographes. La
+robe de la signorina Squarci. &mdash; L'église de l'archiconfrérie
+du Très-Saint-Sacrement. La «Pieta» de
+l'Empereur. Les broderies de soie des Mulini. &mdash; Le
+vieil aveugle de Porto-Ferraio.
+<span class="ralign">121</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">D'ALEXANDRETTE
+AU COUDE DE L'EUPHRATE<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. VICTOR CHAPOT</i><br>
+<i>membre de l'École française d'Athènes.</i></p>
+
+<p><span class="retrait">I. &mdash; Alexandrette et la montée de Beïlan.</span> &mdash; Antioche
+et l'Oronte; excursions à Daphné et à Soueidieh. &mdash; La
+route d'Alep par le Kasr-el-Benat et Dana. &mdash; Premier
+aperçu d'Alep.
+<span class="ralign">133</span></p>
+
+<p><span class="retrait">II. &mdash; Ma caravane.</span> &mdash; Village d'Yazides. &mdash; Nisib. &mdash; Première
+rencontre avec l'Euphrate. &mdash; Biredjik. &mdash; Souvenirs
+des Hétéens. &mdash; Excursion à Resapha. &mdash; Comment
+atteindre Ras-el-Aïn? Comment le quitter?
+ &mdash; Enfin à Orfa!
+<span class="ralign">145</span></p>
+
+<p><span class="retrait">III. &mdash; Séjour à Orfa.</span> &mdash; Samosate. &mdash; Vallée accidentée
+de l'Euphrate. &mdash; Roum-Kaleh et Aïntab. &mdash; Court
+repos à Alep. &mdash; Saint-Syméon et l'Alma-Dagh. &mdash; Huit
+jours trappiste! &mdash; Conclusion pessimiste.
+<span class="ralign">157</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">LA FRANCE AUX NOUVELLES-HÉBRIDES<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. RAYMOND BEL</i></p>
+
+<p><span class="retrait">À qui les Nouvelles-Hébrides: France, Angleterre ou
+Australie?</span> Le condominium anglo-français de 1887. &mdash; L'&oelig;uvre
+de M. Higginson. &mdash; Situation actuelle
+des îles. &mdash; L'influence anglo-australienne. &mdash; Les
+ressources des Nouvelles-Hébrides. &mdash; Leur avenir.
+<span class="ralign">169</span></p>
+
+
+<p class="p2 center"><span class="pagenum"><a id="pagexiv" name="pagexiv"></a>(p. xiv)</span> LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. ALBERT THOMAS</i></p>
+
+<p><span class="retrait">I. &mdash; Moscou.</span> &mdash; Une déception. &mdash; Le Kreml, acropole
+sacrée. &mdash; Les églises, les palais: deux époques.
+<span class="ralign">182</span></p>
+
+<p><span class="retrait">II. &mdash; Moscou, la ville et les faubourgs.</span> &mdash; La bourgeoisie
+moscovite. &mdash; Changement de paysage; Nijni-Novgorod:
+le Kreml et la ville.
+<span class="ralign">193</span></p>
+
+<p><span class="retrait">III. &mdash; La foire de Nijni: marchandises et marchands.</span> &mdash; L'&oelig;uvre
+du commerce. &mdash; Sur la Volga. &mdash; À bord
+du <i>Sviatoslav</i>. &mdash; Une visite à Kazan. &mdash; La «sainte
+mère Volga».
+<span class="ralign">205</span></p>
+
+<p><span class="retrait">IV. &mdash; De Samara à Tomsk.</span> &mdash; La vie du train. &mdash; Les
+passagers et l'équipage: les soirées. &mdash; Dans le steppe:
+l'effort des hommes. &mdash; Les émigrants.
+<span class="ralign">217</span></p>
+
+<p><span class="retrait">V. &mdash; Tomsk.</span> &mdash; La mêlée des races. &mdash; Anciens et nouveaux
+fonctionnaires. &mdash; L'Université de Tomsk. &mdash; Le
+rôle de l'État dans l'&oelig;uvre de colonisation.
+<span class="ralign">229</span></p>
+
+<p><span class="retrait">VI. &mdash; Heures de retour.</span> &mdash; Dans l'Oural. &mdash; La Grande-Russie. &mdash; Conclusion.
+<span class="ralign">241</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. GERSPACH</i></p>
+
+<p><span class="retrait">La petite ville de Lugano; ses charmes; son lac.</span> &mdash; Un
+peu d'histoire et de géographie. &mdash; La cathédrale de
+Saint-Laurent. &mdash; L'église Sainte-Marie-des-Anges. &mdash; Lugano,
+la ville des fresques. &mdash; L'&oelig;uvre du Luini. &mdash; Procédés
+employés pour le transfert des fresques.
+<span class="ralign">253</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">SHANGHAÏ, LA MÉTROPOLE CHINOISE<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. ÉMILE DESCHAMPS</i></p>
+
+<p><span class="retrait">I. &mdash; Woo-Sung.</span> &mdash; Au débarcadère. &mdash; La Concession
+française. &mdash; La Cité chinoise. &mdash; Retour à notre
+concession. &mdash; La police municipale et la prison. &mdash; La
+cangue et le bambou. &mdash; Les exécutions. &mdash; Le
+corps de volontaires. &mdash; Émeutes. &mdash; Les
+conseils municipaux.
+<span class="ralign">265</span></p>
+
+<p><span class="retrait">II. &mdash; L'établissement des jésuites de Zi-ka-oueï.</span> &mdash; Pharmacie
+chinoise. &mdash; Le camp de Kou-ka-za. &mdash; La
+fumerie d'opium. &mdash; Le charnier des enfants trouvés. &mdash; Le
+fournisseur des ombres. &mdash; La concession
+internationale. &mdash; Jardin chinois. &mdash; Le Bund. &mdash; La
+pagode de Long-hoa. &mdash; Fou-tchéou-road. &mdash; Statistique.
+<span class="ralign">277</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">L'ÉDUCATION DES NÈGRES
+AUX ÉTATS-UNIS<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. BARGY</i></p>
+
+<p><span class="retrait">Le problème de la civilisation des nègres.</span> &mdash; L'Institut
+Hampton, en Virginie. &mdash; La vie de Booker T. Washington. &mdash; L'école
+professionnelle de Tuskegee, en
+Alabama. &mdash; Conciliateurs et agitateurs. &mdash; Le vote
+des nègres et la casuistique de la Constitution.
+<span class="ralign">289</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">À TRAVERS LA PERSE ORIENTALE<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>le Major PERCY MOLESWORTH SYKES</i><br>
+<i>Consul général de S. M. Britannique au Khorassan</i>.</p>
+
+<p><span class="retrait">I. &mdash; Arrivée à Astrabad.</span> &mdash; Ancienne importance de la
+ville. &mdash; Le pays des Turkomans: à travers le
+steppe et les Collines Noires. &mdash; Le Khorassan. &mdash; Mechhed:
+sa mosquée; son commerce. &mdash; Le
+désert de Lout. &mdash; Sur la route de Kirman.
+<span class="ralign">301</span></p>
+
+<p><span class="retrait">II. &mdash; La province de Kirman.</span> &mdash; Géographie: la flore,
+la faune; l'administration, l'armée. &mdash; Histoire:
+invasions et dévastations. &mdash; La ville de Kirman,
+capitale de la province. &mdash; Une saison sur le plateau
+de Sardou.
+<span class="ralign">313</span></p>
+
+<p><span class="retrait">III. &mdash; En Baloutchistan.</span> &mdash; Le Makran: la côte du golfe
+Arabique. &mdash; Histoire et géographie du Makran. &mdash; Le
+Sarhad.
+<span class="ralign">325</span></p>
+
+<p><span class="retrait">IV. &mdash; Délimitation à la frontière perso-baloutche.</span> &mdash; De
+Kirman à la ville-frontière de Kouak. &mdash; La Commission
+de délimitation. &mdash; Question de préséance. &mdash; L'&oelig;uvre
+de la Commission. &mdash; De Kouak à
+Kélat.
+<span class="ralign">337</span></p>
+
+<p><span class="retrait">V. &mdash; Le Seistan: son histoire.</span> &mdash; Le delta du Helmand. &mdash; Comparaison
+du Seistan et de l'Égypte. &mdash; Excursions
+dans le Helmand. &mdash; Retour par Yezd
+à Kirman.
+<span class="ralign">349</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">AUX RUINES D'ANGKOR<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. le Vicomte DE MIRAMON-FARGUES</i></p>
+
+<p><span class="retrait">De Saïgon à Pnôm-penh et à Compong-Chuang.</span> &mdash; À
+la rame sur le Grand-Lac. &mdash; Les charrettes cambodgiennes. &mdash; Siem-Réap. &mdash; Le
+temple d'Angkor. &mdash; Angkor-Tom &mdash; Décadence
+de la civilisation
+khmer. &mdash; Rencontre du second roi du Cambodge. &mdash; Oudong-la-Superbe,
+capitale du père de Norodom. &mdash; Le
+palais de Norodom à Pnôm-penh. &mdash; Pourquoi
+la France ne devrait pas abandonner au
+Siam le territoire d'Angkor.
+<span class="ralign">361</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">EN ROUMANIE<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. Th. HEBBELYNCK</i></p>
+
+<p><span class="retrait">I. &mdash; De Budapest à Petrozeny.</span> &mdash; Un mot d'histoire. &mdash; La
+vallée du Jiul. &mdash; Les Boyards et les Tziganes. &mdash; Le
+marché de Targu Jiul. &mdash; Le monastère de
+Tismana.
+<span class="ralign">373</span></p>
+
+<p><span class="retrait">II. &mdash; Le monastère d'Horezu.</span> &mdash; Excursion à Bistritza. &mdash; Romnicu
+et le défilé de la Tour-Rouge. &mdash; De
+Curtea de Arges à Campolung. &mdash; Défilé de Dimboviciora.
+<span class="ralign">385</span></p>
+
+<p><span class="retrait">III. &mdash; Bucarest, aspect de la ville.</span> &mdash; Les mines de sel
+de Slanic. &mdash; Les sources de pétrole de Doftana. &mdash; Sinaïa,
+promenade dans la forêt. &mdash; Busteni et
+le domaine de la Couronne.
+<span class="ralign">397</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">CROQUIS HOLLANDAIS<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. Lud. GEORGES HAMÖN</i><br>
+<i>Photographies de l'auteur.</i></p>
+
+<p><span class="retrait">I. &mdash; Une ville hollandaise.</span> &mdash; Middelburg. &mdash; Les nuages. &mdash; Les
+<i>boerin</i>. &mdash; La maison. &mdash; L'éclusier. &mdash; Le
+marché. &mdash; Le village hollandais. &mdash; Zoutelande. &mdash; Les
+bons aubergistes. &mdash; Une soirée
+locale. &mdash; Les sabots des petits enfants. &mdash; La
+kermesse. &mdash; La piété du Hollandais.
+<span class="ralign">410</span></p>
+
+<p><span class="retrait">II. &mdash; Rencontre sur la route.</span> &mdash; Le beau cavalier. &mdash; Un
+déjeuner décevant. &mdash; Le père Kick.
+<span class="ralign">421</span></p>
+
+<p><span class="retrait">III. &mdash; La terre hollandaise.</span> &mdash; L'eau. &mdash; Les moulins. &mdash; La
+culture. &mdash; Les polders. &mdash; Les digues. &mdash; Origine
+de la Hollande. &mdash; Une nuit à Veere. &mdash; Wemeldingen. &mdash; Les
+cinq jeunes filles. &mdash; Flirt
+muet. &mdash; Le pochard. &mdash; La vie sur l'eau.
+<span class="ralign">423</span></p>
+
+<p><span class="retrait">IV. &mdash; Le pêcheur hollandais.</span> &mdash; Volendam. &mdash; La lessive. &mdash; Les
+marmots. &mdash; Les canards. &mdash; La pêche au
+hareng. &mdash; Le fils du pêcheur. &mdash; Une île singulière:
+Marken. &mdash; Au milieu des eaux. &mdash; Les
+maisons. &mdash; Les m&oelig;urs. &mdash; Les jeunes filles. &mdash; Perspective. &mdash; La
+tourbe et les tourbières. &mdash; Produit national. &mdash; Les
+<span class="pagenum"><a id="pagexv" name="pagexv"></a>(p. xv)</span> tourbières hautes et
+basses. &mdash; Houille locale.
+<span class="ralign">433</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">ABYDOS<br>
+dans les temps anciens et dans les temps modernes<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. E. AMELINEAU</i></p>
+
+<p><span class="retrait">Légende d'Osiris.</span> &mdash; Histoire d'Abydos à travers les
+dynasties, à l'époque chrétienne. &mdash; Ses monuments
+et leur spoliation. &mdash; Ses habitants actuels
+et leurs m&oelig;urs.
+<span class="ralign">445</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHÈSE
+AUX MONTS CÉLESTES<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. JULES BROCHEREL</i></p>
+
+<p><span class="retrait">I. &mdash; De Tachkent à Prjevalsk.</span> &mdash; La ville de Tachkent. &mdash; En
+tarentass. &mdash; Tchimkent. &mdash; Aoulié-Ata. &mdash; Tokmak. &mdash; Les
+gorges de Bouam. &mdash; Le lac
+Issik-Koul. &mdash; Prjevalsk. &mdash; Un chef kirghize.
+<span class="ralign">457</span></p>
+
+<p><span class="retrait">II. &mdash; La vallée de Tomghent.</span> &mdash; Un aoul kirghize. &mdash; La
+traversée du col de Tomghent. &mdash; Chevaux
+alpinistes. &mdash; Une vallée déserte. &mdash; Le Kizil-tao. &mdash; Le
+Saridjass. &mdash; Troupeaux de chevaux. &mdash; La
+vallée de Kachkateur. &mdash; En vue du Khan-Tengri.
+<span class="ralign">469</span></p>
+
+<p><span class="retrait">III. &mdash; Sur le col de Tuz.</span> &mdash; Rencontre d'antilopes. &mdash; La
+vallée d'Inghiltchik. &mdash; Le «tchiou mouz». &mdash; Un
+chef kirghize. &mdash; Les gorges d'Attiaïlo. &mdash; L'aoul
+d'Oustchiar. &mdash; Arrêtés par les rochers.
+<span class="ralign">481</span></p>
+
+<p><span class="retrait">IV. &mdash; Vers l'aiguille d'Oustchiar.</span> &mdash; L'aoul de Kaënde. &mdash; En
+vue du Khan-Tengri. &mdash; Le glacier de
+Kaënde. &mdash; Bloqués par la neige. &mdash; Nous songeons
+au retour. &mdash; Dans la vallée de l'Irtach. &mdash; Chez
+le kaltchè. &mdash; Cuisine de Kirghize. &mdash; Fin
+des travaux topographiques. &mdash; Un enterrement
+kirghize.
+<span class="ralign">493</span></p>
+
+<p><span class="retrait">V. &mdash; L'heure du retour.</span> &mdash; La vallée d'Irtach. &mdash; Nous
+retrouvons la douane. &mdash; Arrivée à Prjevalsk. &mdash; La
+dispersion.
+<span class="ralign">505</span></p>
+
+<p><span class="retrait">VI. &mdash; Les Khirghizes.</span> &mdash; L'origine de la race. &mdash; Kazaks
+et Khirghizes. &mdash; Le classement des Bourouts. &mdash; Le
+costume khirghize. &mdash; La yourte. &mdash; M&oelig;urs et
+coutumes khirghizes. &mdash; Mariages khirghizes. &mdash; Conclusion.
+<span class="ralign">507</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">L'ARCHIPEL DES FEROÉ<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M<sup>lle</sup> ANNA SEE</i></p>
+
+<p><span class="retrait">Première escale: Trangisvaag.</span> &mdash; Thorshavn, capitale
+de l'Archipel; le port, la ville. &mdash; Un peu d'histoire. &mdash; La
+vie végétative des Feroïens. &mdash; La
+pêche aux dauphins. &mdash; La pêche aux baleines. &mdash; Excursions
+diverses à travers l'Archipel.
+<span class="ralign">517</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">PONDICHÉRY<br>
+chef-lieu de l'Inde française<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. G. VERSCHUUR</i></p>
+
+<p><span class="retrait">Accès difficile de Pondichéry par mer.</span> &mdash; Ville blanche
+et ville indienne. &mdash; Le palais du Gouvernement. &mdash; Les
+hôtels de nos colonies. &mdash; Enclaves anglaises. &mdash; La
+population; les enfants. &mdash; Architecture
+et religion. &mdash; Commerce. &mdash; L'avenir
+de Pondichéry. &mdash; Le marché. &mdash; Les écoles. &mdash; La
+fièvre de la politique.
+<span class="ralign">529</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">UNE PEUPLADE MALGACHE<br>
+LES TANALA DE L'IKONGO<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ</i></p>
+
+<p><span class="retrait">I. &mdash; Géographie et histoire de l'Ikongo.</span> &mdash; Les Tanala. &mdash; Organisation
+sociale. Tribu, clan, famille. &mdash; Les
+lois.
+<span class="ralign">541</span></p>
+
+<p><span class="retrait">II. &mdash; Religion et superstitions.</span> &mdash; Culte des morts. &mdash; Devins
+et sorciers. &mdash; Le Sikidy. &mdash; La science. &mdash; Astrologie. &mdash; L'écriture. &mdash; L'art. &mdash; Le
+vêtement
+et la parure. &mdash; L'habitation. &mdash; La danse. &mdash; La
+musique. &mdash; La poésie.
+<span class="ralign">553</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">LA RÉGION DU BOU HEDMA<br>
+(sud tunisien)<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. Ch. MAUMENÉ</i></p>
+
+<p><span class="retrait">Le chemin de fer Sfax-Gafsa.</span> &mdash; Maharess. &mdash; Lella
+Mazouna. &mdash; La forêt de gommiers. &mdash; La source
+des Trois Palmiers. &mdash; Le Bou Hedma. &mdash; Un
+groupe mégalithique. &mdash; Renseignements indigènes. &mdash; L'oued
+Hadedj et ses sources chaudes. &mdash; La
+plaine des Ouled bou Saad et Sidi haoua el oued. &mdash; Bir
+Saad. &mdash; Manoubia. &mdash; Khrangat Touninn. &mdash; Sakket. &mdash; Sened. &mdash; Ogla
+Zagoufta. &mdash; La
+plaine et le village de Mech. &mdash; Sidi Abd el-Aziz.
+<span class="ralign">565</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">DE TOLÈDE À GRENADE<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M<sup>me</sup> JANE DIEULAFOY</i></p>
+
+<p><span class="retrait">I. &mdash; L'aspect de la Castille.</span> &mdash; Les troupeaux en <i>transhumance</i>. &mdash; La
+Mesta. &mdash; Le Tage et ses poètes. &mdash; La
+Cuesta del Carmel. &mdash; Le Cristo de la Luz. &mdash; La
+machine hydraulique de Jualino Turriano. &mdash; Le
+Zocodover. &mdash; Vieux palais et anciennes
+synagogues. &mdash; Les Juifs de Tolède. &mdash; Un souvenir
+de l'inondation du Tage.
+<span class="ralign">577</span></p>
+
+<p><span class="retrait">II. &mdash; Le Taller del Moro et le Salon de la Casa de Mesa.</span> &mdash; Les
+pupilles de l'évêque Siliceo. &mdash; Santo Tomé
+et l'&oelig;uvre du Greco. &mdash; La mosquée de Tolède
+et la reine Constance. &mdash; Juan Guaz, premier
+architecte de la Cathédrale. &mdash; Ses transformations
+et adjonctions. &mdash; Souvenirs de las Navas. &mdash; Le
+tombeau du cardinal de Mendoza. Isabelle la Catholique
+est son exécutrice testamentaire. &mdash; Ximénès. &mdash; Le
+rite mozarabe. &mdash; Alvaro de
+Luda. &mdash; Le porte-bannière d'Isabelle à la bataille
+de Toro.
+<span class="ralign">589</span></p>
+
+<p><span class="retrait">III. &mdash; Entrée d'Isabelle et de Ferdinand, d'après les chroniques.</span> &mdash; San
+Juan de los Reyes. &mdash; L'hôpital
+de Santa Cruz. &mdash; Les S&oelig;urs de Saint-Vincent
+de Paul. &mdash; Les portraits fameux de l'Université. &mdash; L'ange
+et la peste. &mdash; Sainte-Léocadie. &mdash; El
+Cristo de la Vega. &mdash; Le soleil couchant sur les
+pinacles de San Juan de los Reyes. 601
+
+<p><span class="retrait">IV. &mdash; Les «cigarrales».</span> &mdash; Le pont San Martino et son
+architecte. &mdash; Dévouement conjugal. &mdash; L'inscription
+de l'Hôtel de Ville. &mdash; Cordoue, l'Athènes de
+l'Occident. &mdash; Sa mosquée. &mdash; Ses fils les plus
+illustres. &mdash; Gonzalve de Cordoue. &mdash; Les comptes
+du <i>Gran Capitan</i>. &mdash; Juan de Mena. &mdash; Doña
+Maria de Parèdes. &mdash; L'industrie des cuirs repoussés
+et dorés.
+<span class="ralign">613</span></p>
+</div>
+
+
+<p class="serie"><span class="pagenum"><a id="page001" name="page001"></a>(p. 001)</span> TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.&mdash;1<sup>re</sup> LIV. <span class="right05">N<sup>o</sup> 1.&mdash;7 Janvier 1905.</span></p>
+
+
+<a id="img001" name="img001"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img001.jpg" width="600" height="381" alt="" title="">
+<p>EN «RICKSHAW» SUR LA ROUTE DU MONT ABOU&mdash;D'APRÈS UNE
+PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+
+
+
+<h2>L'ÉTÉ AU KACHMIR<br>
+<span class="smaller">Par Mme F. MICHEL.</span></h2>
+
+<p class="resume">I. &mdash; De Paris à Srînagar. &mdash; Un guide pratique. &mdash; De Bombay à
+ Lahore. &mdash; Premiers préparatifs. &mdash; En tonga de Rawal-Pindi à
+ Srînagar. &mdash; Les Kachmiris et les maîtres du Kachmir. &mdash; Retour à la
+ vie nomade.</p>
+
+<p>Passez-vous l'été au Kachmir? La question n'est pas aussi saugrenue
+qu'elle peut sembler aux sédentaires Français que nous sommes. Je sais
+des gens qui le font et ne s'en portent que mieux. La «season» y est
+admirable. On trouve de tout dans cette heureuse contrée, une vallée
+comme en Touraine, des sources et des ruisseaux comme en Bretagne, des
+arbres et des gazons comme en Angleterre, des montagnes comme en
+Suisse, des ruines comme en Italie, et, comme en nul de ces pays, la
+liberté!&mdash;je veux dire le droit d'aller et de venir au gré de votre
+humeur, roi en votre bateau et seigneur en votre tente, amarrant ou
+démarrant à votre guise, plantant ou levant le camp à votre fantaisie,
+sans que jamais aucune clôture, aucun écriteau, ni aucun garde
+champêtre vienne vous arrêter. Ajoutez enfin l'étonnant bon marché de
+la vie; et, au total, cela est infiniment plus intéressant, plus
+hygiénique et, après tout, pas beaucoup plus coûteux qu'une saison
+dans telle ville d'eaux à la mode.</p>
+
+<a id="img002" name="img002"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img002.jpg" width="250" height="283" alt="" title="">
+<p class="cap250px">L'ÉLÉPHANT DU TOURISTE À DJAÏPOUR.</p>
+</div>
+
+<p>À quiconque voudrait tenter l'aventure, ces notes sont dédiées. Elles
+n'ont d'autres prétentions que de donner les quelques renseignements
+dont on pourrait avoir besoin. Si, ça et là, aux informations se
+mêlent quelques impressions, on pardonnera celles-ci en faveur de
+celles-là.</p>
+
+<p>Pour commencer, Srînagar n'est qu'à vingt jours et à moins de 2&nbsp;000
+francs de Paris. Comptons: de Marseille, les paquebots des Messageries
+maritimes vous conduiront en quinze jours et pour 1&nbsp;375 francs jusqu'à
+Bombay. De Bombay, le train express,&mdash;en dehors duquel il n'est point
+dans l'Inde de salut,&mdash;vous <span class="pagenum"><a id="page002" name="page002"></a>(p. 002)</span> mènera en soixante-quatre heures
+vingt-cinq minutes jusqu'à Rawal-Pindi, et vous paierez en première
+classe 93 roupies 9 annas, soit, au taux actuel de la roupie, environ
+160 francs. En courant ensuite la poste, vous atteindrez Srînagar en
+deux jours. Une place dans le courrier se paye 45 roupies, une voiture
+spéciale revient à 130.</p>
+
+<p>Si le touriste n'a pas passé l'hiver précédent dans l'Inde, il fera
+bien d'arriver à Bombay dès les premiers jours de mars. Plus tard il
+risquerait de trouver la chaleur déjà accablante. En remontant vers le
+nord, il aura encore le temps de visiter Ahmedabad et ses mosquées; le
+mont Abou et ses sanctuaires djaïns, bijoux de marbre ciselé; la ville
+rose de Djaïpour d'où un éléphant le conduira à Amber, la vieille
+capitale désertée; Agra et sa fameuse merveille du Tadj-Mahal,
+assurément le plus beau monument qu'en aucun lieu du monde l'amour ait
+jamais élevé à la mort; Mathourâ, patrie du dieu Krichna, et ses quais
+bordés de temples où les singes disputent aux tortues du fleuve les
+offrandes des pèlerins; l'impériale Delhi, dont la campagne, jonchée à
+perte de vue de ruines imposantes, a le même air de grandeur et de
+désolation que celle de Rome; Amritsar, la ville sainte des Sikhs, qui
+mire dans un étang les coupoles d'or de son temple trop vanté....
+Enfin le voici à Lahore.</p>
+
+<p>Là, que de choses encore à voir: le beau musée, les rues pittoresques
+de la ville indigène, le fort d'Akbar, la mosquée d'Aureng-Zeb; celle
+de Vazir-Khân, toute revêtue de précieux carreaux de faïence; les
+jardins mogols de Shalimar, et, au delà du grand pont de bateaux de la
+Ravi, ceux de Shah-Dehra où Jehan-Guir, de son vivant grand libertin,
+opère après sa mort des miracles; puis les innombrables tombeaux qui
+font de Lahore et de sa banlieue comme une vaste nécropole et peuvent,
+pendant des mois, donner un but nouveau à chaque promenade du soir. On
+nous en voudrait de ne pas mentionner celui de la pauvre Anarkali,
+dont le nom signifie «Bouton de grenade» et qui fut, dit-on, enterrée
+vive, en la fleur non épanouie de sa jeunesse, pour avoir une fois
+rendu son sourire à ce même Jehan-Guir, du temps qu'il n'était encore
+que le prince héritier Sélim. Et pourtant, j'eus une surprise plus
+émue en visitant la maison où vécut le général Allard,&mdash;un de ces
+officiers de la grande armée qui firent, à charge de revanche, la
+fortune de Randjit Singh,&mdash;et où il donna l'hospitalité à Jacquemond;
+sous un kiosque du jardin, une simple dalle de marbre porte ces mots
+en français: <span class="smcap">Marie Allard</span>, <i>six mois</i>.</p>
+
+<a id="img003" name="img003"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img003.jpg" width="250" height="372" alt="" title="">
+<p class="cap250px">PETIT SANCTUAIRE LATÉRAL DANS L'UN DES TEMPLES DJAÏNS
+DU MONT ABOU.&mdash;D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>Entre temps, le touriste fera ses préparatifs de nomade civilisé. Il
+commencera par se procurer une tente légère, mais pourtant double, du
+modèle dit: «Cottage suisse» ou «tente de Kaboul». Puis il réunira un
+mobilier de camp comprenant un lit démontable, des chaises et des
+tables pliantes; de la batterie de cuisine, plus volontiers un jeu de
+casseroles en aluminium rentrant les unes dans les autres; un four de
+campagne, de la vaisselle émaillée, des chandeliers ou des lampes de
+jardin; enfin le très petit nombre d'objets qui sont vraiment
+indispensables. Il peut d'ailleurs remettre jusqu'à son arrivée au
+Kachmir une partie de ces acquisitions et louer le reste à l'une des
+agences de Srînagar.</p>
+
+<p>Surtout qu'il ne manque pas d'engager, dès Lahore, deux de ces
+précieux domestiques indiens, si habiles à assurer le confort de leur
+maître au milieu de toutes les tribulations des déplacements
+quotidiens. L'un lui servira de <i>khitmatgar</i> (valet de chambre);
+l'autre sera le <i>khansama</i> (cuisinier). Leur salaire mensuel est de 12
+à 16 roupies, plus une indemnité de 8 roupies quand on les emmène loin
+de chez eux, à charge de se nourrir eux-mêmes. Ces musulmans du
+Pendjâb sont en général des gens de confiance et parfaitement sobres,
+ce que ne sont pas toujours les domestiques qui guettent dans les
+ports de mer l'arrivée des globe-trotters. Assurez-vous seulement
+qu'ils soient bien de même secte, pour éviter de fâcheux conflits. Les
+miens s'étaient fort bien entendus durant la campagne, mais tout finit
+par des grincements de <span class="pagenum"><a id="page003" name="page003"></a>(p. 003)</span> dents! Pendant les derniers temps de
+mon séjour à Srînagar, j'avais dû accepter et rendre quelques
+invitations, et c'est assez la coutume des domestiques que de
+s'inviter en même temps que les maîtres; or, un beau soir que les
+miens se trouvaient à dîner chez des Lahoris comme eux, le khansama
+qui était <i>sunnite</i> et très dévot, apprit avec horreur que le
+khitmatgar appartenait à la secte des Chyites, et c'est ainsi qu'après
+avoir fraternisé six mois, ils découvrirent qu'ils étaient ennemis
+jurés, pour la raison qu'il y a plus de mille ans le calife Omar
+extermina la famille d'Ali, gendre du Prophète.</p>
+
+<a id="img004" name="img004"></a>
+<div class="floatright">
+<img src="images/img004.jpg" width="400" height="318" alt="" title="">
+<p class="cap400px">PONT DE CORDES SUR LE DJHILAM, PRÈS DE GARHI.&mdash;DESSIN
+DE MASSIAS, D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>Que le touriste s'en fie au khitmatgar pour trouver, chaque jour, à la
+même place, sous sa main, à table, près de son lit ou dans les poches
+de la tente, tous les objets dont il a coutume de se servir. À toute
+heure, le cri de «Koï hai!» qui équivaut au «Holà, quelqu'un!» de nos
+pères, trouvera celui-ci prêt à répondre, empressé et ingénieux, et
+portant sur l'épaule la serviette qui est comme l'insigne de sa
+charge. Veillez seulement à ce qu'il en change souvent! C'est avec
+elle qu'il essuie l'assiette qu'il vous apporte; avec elle qu'il
+époussette, à l'occasion, vos vêtements et vos chaussures; avec elle
+qu'au matin, en faisant votre lit, quand vous avez campé trop près
+d'un village, il chasse à petits coups bienveillants les puces, à demi
+asphyxiées par la poudre de pyrèthre dont il eut soin la veille de
+saupoudrer vos draps; c'est avec elle encore qu'il fouaille les
+coolies qui tardent à dresser les tentes et à disposer le camp; car il
+s'improvise chef de caravane, et les bons Kachmiris que houspillait le
+mien,&mdash;un freluquet qu'ils auraient écrasé d'une chiquenaude,&mdash;ne
+manquaient jamais de lui donner respectueusement du «Sirdar!»... ni
+plus ni moins que le titre que portait lord Kitchener de Khartoum
+quand il commandait l'armée anglo-égyptienne! Il se piquait d'ailleurs
+d'être de bonne famille, mais des malheurs domestiques avaient
+contrarié son éducation; aussi ne prétendait-il pas au titre de poète
+comme le khitmatgar d'un de mes amis, qui charmait ses loisirs à
+composer des vers persans. Du moins il était fidèle; à la différence
+d'autres qui ont, tous les quinze jours, à enterrer la même
+belle-mère, il ne m'a jamais demandé qu'une demi-journée de congé.
+C'était à Lahore, pour se marier! Et comme, généreusement, je lui
+offrais la journée tout entière, il protesta qu'il tenait à être de
+retour à temps pour me servir mon déjeuner.</p>
+
+<p>Quant au khansama, sans doute, il volera un peu son maître; c'est le
+métier qui veut ça. En revanche, on peut être assuré de trouver
+partout, même en pleine djangle, et par quelque temps qu'il fasse, le
+repas prêt à l'heure et cuit à point. Par la pluie ou le vent, au coin
+d'un bois, sur un feu qui flambe entre deux pierres, dans des
+circonstances où le meilleur maître-queux européen ne songerait qu'à
+rendre son tablier, ces cuisiniers indiens réalisent couramment et
+d'impeccable façon le menu classique: potage, entrée, légumes, rôti,
+entremets. Lorsque le mien vint, le premier jour de son entrée en
+charge, me demander dans son jargon anglo-indien comment je désirais
+le rôti: <i>Half-paka, three quarters paka ya bahout paka</i>, «mi-cuit,
+aux trois quarts cuit ou très cuit», je connus que je possédais un
+virtuose doué du sentiment des nuances. Je dois dire qu'il les
+réalisait imperturbablement, et à la broche; car je lui avais, une
+fois pour toutes, inculqué l'idée que mes principes s'opposaient à ce
+que les rôtis se fissent à la casserole; et je le vois encore, à telle
+étape, sous l'ondée, abritant d'une main avec un parapluie, et
+tournant mélancoliquement de <span class="pagenum"><a id="page004" name="page004"></a>(p. 004)</span> l'autre devant la braise le
+poulet du soir. En pareilles matières, n'invoquez jamais votre goût ni
+votre estomac; ils n'en ont cure. Parlez vaguement de rites ou
+simplement de coutume (<i>dastour</i>) que vous tenez à observer: vous
+serez sûr d'être obéi, et ils vous en estimeront davantage d'avoir ce
+qu'ils ne manqueront pas de prendre pour des pratiques religieuses,
+dans le genre des leurs. Quelques plats à la mode de France vinrent
+ainsi, au nom du <i>french dastour</i>, remplacer fort avantageusement les
+éternelles «côtelettes de poulet» (<i>sic</i>) et les fades légumes à
+l'anglaise. Grâce moitié à de laborieuses explications, moitié à des
+démonstrations pratiques, ces recettes furent assimilées par le
+cuisinier avec une telle maestria que, quand je le congédiai au bout
+de la saison, il ne parlait de rien moins, fort de sa science accrue,
+que de se faire engager chez un lieutenant-gouverneur.</p>
+
+<p>Au Kachmir, le touriste renforcera encore sa maison de deux ou trois
+autres domestiques à 8 ou 10 roupies par mois. Il lui faudra d'abord
+un <i>bhichti</i> (porteur d'eau) qui cumulera sans doute les fonctions de
+<i>masalchi</i> (laveur de vaisselle). Les familles un peu nombreuses
+traînent même à leur suite un <i>dhobi</i> (blanchisseur) particulier
+attaché à leur service. Enfin il y aura encore le «balayeur»,&mdash;celui
+que Jacquemond appelait le grand-maître de la garde-robe,&mdash;homme de si
+basse caste, qu'il soigne les chiens et mange pêle-mêle les restes de
+votre table; inutile d'ajouter qu'il est au ban de la société. Et
+quand, arrivant fatigué à l'étape, vous aurez vu le cuisinier réclamer
+au <i>bhichti</i> de l'eau qu'il fera chauffer sur du bois ramassé par le
+balayeur pour vous préparer selon les rites une simple tasse de thé,
+que vous apportera le khitmatgar, vous admirerez,&mdash;si du moins vous
+n'êtes pas à bout de patience,&mdash;cette élégante division du travail.</p>
+
+<p>Lahore, en avril, est encore plein de roses. Mais si le voyageur veut
+s'assurer que la chaleur de l'Inde n'est pas «un mythe solaire», comme
+le proclament souvent les touristes d'hiver, qu'il s'attarde seulement
+jusqu'en mai et attende le premier «orage de poussière», après 117° ou
+120° Fahrenheit (48° centigrade) à l'ombre; tout comme jadis les
+compagnons d'Alexandre, il déclarera que l'expérience est suffisante
+et insistera pour se retirer sans demander son reste. Le départ pour
+les montagnes ne lui semblera que plus doux. Il sera déjà temps pour
+lui de s'approvisionner de glace pour faire sans encombre les neuf
+heures d'express qui le séparent de Rawal-Pindi. Il passera sans
+s'arrêter devant l'amorce des routes que suivirent Bernier et
+Jacquemond par le Pir-Pantsal ou Pantch. Le Kachmir a maintenant sa
+voie carrossable, passant par Mari (orth. anglaise: Murree). On parle
+même d'y pousser un chemin de fer électrique; mais alors ce sera
+l'invasion des hordes de l'agence Cook et la fin du «paradis des
+Indes». Hâtez-vous pendant qu'il en est temps encore!</p>
+
+<a id="img005" name="img005"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img005.jpg" width="400" height="272" alt="" title="">
+<p class="cap400px">LES «KARÉVAS» OU PLATEAUX ALLUVIAUX FORMÉS PAR LES
+ÉROSIONS DU DJHILAM. D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>L'express de Calcutta arrive à deux heures du matin à Rawal-Pindi, un
+des grands «cantonnements» ou stations militaires du Pendjâb. Il sera
+bon d'avoir d'avance écrit à l'indispensable Dhanjibhoy,
+l'entrepreneur de transports, dont les voitures roulent sur toutes les
+routes de l'Inde du Nord, pour retenir une <i>tonga</i>. C'est un petit
+chariot à deux roues, fort bas et médiocrement suspendu, recouvert
+d'une épaisse bâche blanche, qui est la chaise de poste du pays; il y
+a place pour trois personnes, plus le cocher, et les menus bagages.
+Les malles et caisses viennent d'ordinaire en <i>ekkas</i>, voitures
+indigènes fort ingénieusement construites, qu'on peut louer de
+Rawal-Pindi à Srînagar pour 35 ou 40 francs, et qui, attelées au même
+poney indigène, accomplissent le voyage en quatre ou cinq jours. On
+les fait d'ordinaire accompagner, pour plus de sûreté, par l'un des
+domestiques.</p>
+
+<p>Sitôt les bagages chargés à la gare, on part, sous les étoiles du ciel
+immuablement pur, à travers les rues de Rawal-Pindi, au risque
+d'écraser les dormeurs rangés sur des <i>tcharpaïs</i> (lits indigènes)
+devant leur porte. <span class="pagenum"><a id="page005" name="page005"></a>(p. 005)</span> Les premiers milles sont rapidement
+franchis le long de la route plate; mais bientôt la silhouette des
+montagnes sur lesquelles meurt l'étoile du matin, apparaît dans des
+blancheurs d'aurore. Avec délices on respire la fraîcheur retrouvée.
+On monte et les relais se font plus courts. La route longe le lit d'un
+torrent bordé de lauriers roses, puis devient de plus en plus montante
+et pittoresque. Les pentes se couvrent de sapins; des églantiers s'y
+accrochent, les revêtant jusqu'à la cime de leurs touffes blanches et
+parfumées. Les ravins sont pleins de fougères et de fraisiers en
+fleurs. La route monte de plus belle. Aux derniers relais le <i>saïce</i>
+(palefrenier), qui d'ordinaire se tient à l'arrière sur le marchepied,
+passe à l'avant de la tonga, et, assis sur le brancard de gauche, aide
+le cocher à fouetter ses deux chevaux. On fait ainsi plus de 60
+kilomètres en six heures, en même temps qu'on monte à 2000 mètres de
+hauteur.</p>
+
+<a id="img006" name="img006"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img006.jpg" width="600" height="453" alt="" title="">
+<p>«EKKAS» ET «TONGAS» SUR LA ROUTE DU KACHMIR: VUE PRISE
+AU RELAIS DE RAMPOUR.&mdash;D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE JADU KISSEN, À DELHI.</p>
+</div>
+
+<p>Mari, la station d'été à la mode du Pendjâb, éparpille sur plusieurs
+crêtes ses églises, ses hôtels, ses magasins européens, ses cottages
+entourés de verdure et ses jolies promenades remplies d'amazones et de
+cavaliers. Au sud, la vue s'étend sur l'immense plaine couleur de
+<i>khaki</i>, au nord sur les hautes cimes neigeuses qui semblent barrer la
+route de Kachmir. On se sent renaître dans cet air pur et frais,
+descendu de l'Himalaya, l'éternel «séjour des neiges», alors que, la
+veille encore, on étouffait sous le vent artificiel des <i>pankas</i>.</p>
+
+<p>Cependant, après avoir tant monté, il faut redescendre,&mdash;bien entendu
+sans frein,&mdash;à mi-côte des pentes boisées, le long de précipices dont
+ne vous séparent que quelques quartiers de roc échelonnés au bord de
+la route. À chaque relais, pas un cheval qui ne plonge et se cabre au
+moment de démarrer; puis ils trottent de façon tout à fait paisible
+comme si, après avoir protesté pour la forme, ils se résignaient à
+leur sort. Un seul cheval suffit dans la descente. Tous d'ailleurs, au
+fort de la saison, sont maigres et écorchés à faire pitié. Pourtant au
+deuxième relais après Mari, on nous amena par hasard un cheval en bon
+état, gras, le poil luisant, la peau intacte. Il ne fallut pas moins
+de quatre <i>saïces</i> pour l'atteler, après quoi il ne répondit aux coups
+de fouet que par des ruades folles. Comme le cocher insistait, il usa
+de son grand moyen; reculant soudain, il alla violemment jeter la
+voiture contre les pierres qui bordaient la route du côté de la
+vallée. À vingt pas plus loin, rien n'aurait empêché la dégringolade,
+et on nous aurait ramassés avec armes et bagages à 500 mètres
+<span class="pagenum"><a id="page006" name="page006"></a>(p. 006)</span> plus bas. Les gens du village et les conducteurs d'une
+caravane au repos regardaient, avec intérêt, se préparer l'accident.
+Nous avons immédiatement réclamé un autre cheval: c'est tout ce que
+demandait le premier; et tandis qu'on amenait un de ses compagnons,
+moins ingénieux ou plus bonasse, le vicieux animal, aussitôt dételé,
+remontait tout seul reprendre à l'écurie sa place accoutumée et son
+repas interrompu.</p>
+
+<p>Cependant, à force de descendre, la route atteint enfin le creux de la
+vallée du Djhilam ou Vitastâ. Elle suit jusqu'au pont de Kohala le
+bord de la blanchâtre et puissante rivière, grossie d'eau de neige.
+Changée en furieux torrent, elle écume et gronde, affolée de remous et
+de rapides dans son lit de rochers, elle si calme au Kachmir! Des bois
+flottés, membres épars des beaux cèdres déodars des montagnes, y
+tournoient, entraînés aux plaines du Pendjâb. Les ruines de l'ancien
+pont suspendu, remplacé par un pont de pierre, racontent les
+fantasques sursauts des inondations. De l'autre côté de ce pont, nous
+sommes dans les États du mahârâdja de Djammou et Kachmir; à preuve
+que, de ce côté du Djhilam, on donne une roupie de péage aux
+fonctionnaires anglais et, de l'autre côté, une roupie &frac12; aux gens du
+mahârâdja pour le droit de route et le droit de pâturage des bêtes de
+somme. Quant aux droits de douane, ils ne sont pas faits pour les
+<i>sahebs</i> ou «seigneurs», entendez les Européens.</p>
+
+<p>La route continue, désormais, le long de la rive gauche du Djhilam,
+pour ne plus la quitter: bonne route quand elle est en état, et dont
+un de nos chemins vicinaux de France peut donner une idée assez juste.
+Elle court en corniche, un peu au-dessus du fleuve écumant et furieux,
+dans l'étroite vallée où le soleil oublié se fait de nouveau sentir. À
+chaque pas, il lui faut traverser d'innombrables <i>nallas</i> ou vallées
+latérales. Ce sont, en général, de délicieux ravins où, du haut des
+montagnes, l'eau dévale en cascades, quelquefois même en puissants
+torrents, et qui, tous, vaudraient une visite. Chacun d'eux a son
+pont, d'ordinaire emporté à chaque brusque fonte des neiges et
+reconstruit avec une inlassable patience par les ingénieurs de l'État.
+De temps à autre, on rencontre un de ces glissements de terrain qui,
+au début de la saison, rendent fréquemment la route infranchissable.
+On déblaye juste la place de la voiture, le reste des éboulis est jeté
+au Djhilam. Presque au milieu de mai, nous avons trouvé de nombreux
+coolies encore occupés à réparer la route; mais il suffit qu'il en
+reste un soupçon pour que la <i>tonga</i> continue à passer à toute volée.
+Un cahot vous jette dans la crevasse béante, un autre vous en retire;
+le cocher vous prévient d'un mot bref: «<i>Khabardar!</i> Prenez garde»! Et
+tout est dit.</p>
+
+<a id="img007" name="img007"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img007.jpg" width="400" height="272" alt="" title="">
+<p class="cap400px">LE VIEUX FORT SIKH ET LES GORGES DU DJHILAM À
+OURI.&mdash;D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>Nous avons, le premier jour, fait ainsi 90 kilomètres avec bien des
+<i>khabardars</i> à la clef. Ce sont naturellement les passages les plus
+périlleux que choisit le cocher pour lâcher les rênes et souffler dans
+sa trompette. Les accidents sont, d'ailleurs, extrêmement rares, et on
+finit par goûter ces galopades éperdues sur des ponts sans parapets et
+ces brusques tournants pris à toute volée. Toutefois, les gens nerveux
+feront bien de s'absorber, aux tournants surtout, dans la
+contemplation de la paroi droite de la route, pour ne point voir le
+Djhilam, où le moindre écart les précipiterait, et où les grands
+sapins, emportés comme des fétus de paille, leur prédisent assez leur
+sort. Cette paroi a d'ailleurs son intérêt; faite, le plus souvent, de
+cailloux roulés de nuances diverses, grès et porphyres, veinés et
+polis comme nos galets de l'Océan, elle a été sûrement tranchée dans
+un ancien lit du fleuve. Parfois même des tunnels sont percés au
+travers, et l'on ne passe pas sans quelque appréhension sous ces blocs
+suspendus, à peine cimentés dans leur gangue de terre.</p>
+
+<a id="img008" name="img008"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img008.jpg" width="600" height="431" alt="" title="">
+<p>SHÊR-GARHI OU LA «MAISON DU LION», PALAIS DU MAHÂRÂDJA
+À SRÎNAGAR.&mdash;PHOTOGRAPHIE BOURNE ET SHEPHERD, À CALCUTTA.</p>
+</div>
+
+<p>Tous les 20 kilomètres, ou à peu près, si le désir vous prend de vous
+arrêter, un bangalow (hind. <i>bângla</i>) est prêt à vous recevoir.
+Quelques-uns, notamment à Domel, Garhi et Ouri, sont suffisamment
+approvisionnés. <span class="pagenum"><a id="page008" name="page008"></a>(p. 008)</span> Vous n'y risquez pas de voir se répéter
+l'anecdote classique du bangalow de l'Inde, dont le dernier
+poulet,&mdash;suprême ressource,&mdash;vient toujours de s'enfuir dans la
+djangle à votre arrivée «par respect pour Votre Honneur!» Ici, le
+khansama vous sert immanquablement le déjeuner ou le dîner à
+l'anglaise, et fournit en plus, aux amateurs, du «Kachmir Barsac» ou
+du «Kachmir Médoc» fabriqué à Srînagar. Quant aux chambres, elles sont
+assez propres, mais sommairement meublées.</p>
+
+<a id="img009" name="img009"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img009.jpg" width="600" height="432" alt="" title="">
+<p>L'ENTRÉE DU TCHINAR-BÂGH, OU BOIS-DES-PLATANES,
+AU-DESSUS DE SRÎNAGAR; AU PREMIER PLAN UNE «DOUNGA», AU FOND LE SOMMET
+DU TAKHT-I-SOULEIMAN.&mdash;PHOTOGRAPHIE JADU KISSEN, À DELHI.</p>
+</div>
+
+<p>La vallée, un peu fermée d'abord après Kohala, s'élargit bientôt au
+confluent de la Kichen-ganga, près de Domel. En même temps, on cesse
+brusquement de courir du sud au nord pour tourner au sud-est. Une des
+curiosités de l'étape de Garhi est son pont de cordes. Imaginez des
+deux côtés de la rivière, large d'environ 80 mètres, deux solides
+montants renforcés par une poutre transversale et maintenus par
+d'énormes tas de gros galets. D'une rive à l'autre, deux cordes,
+faites de lanières de cuir légèrement tordues, les relient deux à
+deux; ce sont les rampes. Aux poutres transversales se suspend une
+autre corde de cuir; c'est le chemin. Les trois cordes sont maintenues
+en position par des fourches de bois en forme de V, placées à environ
+3 mètres les unes des autres. Sur cet appareil instable, les Kachmiris
+se promènent portant d'énormes faix d'herbe ou un pot au lait placés
+en équilibre sur leur tête; il est vrai que ceux qui possèdent des
+chaussures les passent à leur ceinture avant d'y monter, ce qui leur
+permet de se servir de leurs pieds à la façon des singes. D'ailleurs,
+il y a un passeur qui, pour deux <i>annas</i>, charge sur son dos les gens
+sujets au vertige ou effrayés par les rapides qui roulent à grand
+fracas sous ce chemin de clown. Ce passeur est une manière d'Hercule
+qui porte un homme comme une plume; il a soin, préalablement, de
+s'attacher sur le dos son client au moyen d'une large écharpe dont il
+se noue solidement les bouts sur la poitrine, gardant ainsi toute sa
+liberté de mouvements. Un autre pont semblable, mais moins long, se
+voit encore près d'Ouri, au-dessous du vieux fort Sikh, dont les
+murailles de briques et de pisé semblent placées là comme un décor
+dans le paysage.</p>
+
+<a id="img010" name="img010"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img010.jpg" width="300" height="410" alt="" title="">
+<p class="cap250px">RUINES DU TEMPLE DE BRANKOUTRI. D'APRÈS UNE
+PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>Mais comment décrire tous les pittoresques tableaux qui, tour à tour,
+s'encadrent entre les montants de la capote de la voiture et auxquels
+on ne donne qu'un regard en passant? Et de même il nous faut renoncer
+à énumérer les mille et un incidents de la route: rencontres
+d'<i>ekkas</i>, de chars à b&oelig;ufs ou de longues théories de chameaux qui
+vont, remuant les lèvres comme s'ils marmottaient des patenôtres. Puis
+ce sont les villages, avec leurs huttes basses à toit plat formant
+véranda; les bazars, où ont encore cours de vieilles monnaies à
+légendes grecques; les sanctuaires, que marquent des drapeaux
+triangulaires de couleurs diverses,&mdash;sans parler de l'émotion de
+rigueur à chacun des relais! Vus encore sous un buisson, près de leurs
+chevreaux et de leur jeune chien aboyant à la <i>tonga</i> qui passe, deux
+jolis petits pâtres kachmiris, Daphnis et Chloé à leur âge
+d'innocence; et Chloé appuyait tendrement sa toque de drap rouge
+contre le turban sale de Daphnis....</p>
+
+<p>Et ainsi, de ce paradis, la route même est délicieuse. D'ailleurs, à
+partir de Rampour, tout annonce l'approche du Kachmir. Les pentes sont
+couvertes de sapins et de cèdres déodars, le chemin bordé de peupliers
+et de platanes. Déjà, à Brankoutri, on passe devant un premier temple
+en ruines. Celui de Baniyar, mieux conservé, debout au milieu de sa
+cour quadrangulaire, donne une idée très nette de ce qu'étaient les
+vieux édifices d'autrefois. Voici bientôt que paraissent les iris,
+cette fleur symbolique de la contrée. Soudain, la rivière assagie se
+fait unie comme un miroir, et le long couloir, où nous trottons depuis
+deux jours, débouche brusquement dans «l'heureuse vallée» par
+l'étroite porte de Baramoula, qui est en même temps la seule issue
+pour tout le drainage de ses eaux.</p>
+
+<p>De Mari à Baramoula, on compte 200 kilomètres, soit, si l'on marche,
+neuf étapes, et, si l'on court <span class="pagenum"><a id="page009" name="page009"></a>(p. 009)</span> la poste, une trentaine de
+relais. La route, commencée en 1880, était terminée en 1890 jusqu'à
+l'entrée de la vallée; mais la section de Baramoula à Srînagar n'a été
+livrée qu'en 1897. Dès 1896, les ponts étaient finis, et le rouleau à
+vapeur, image de notre civilisation niveleuse, achevait d'écraser dans
+le ballast plus d'une pierre empruntée aux vieilles ruines hindoues.
+La route traverse, en effet, la plaine alluviale où l'on ne trouverait
+pas un caillou; la montagne est loin; les entrepreneurs avaient trouvé
+plus court de prendre comme carrière les vieilles capitales du pays.
+Cette année-là, les premières voitures commencèrent à rouler à travers
+le Kachmir, regardées avec plus de curiosité par les paysans que chez
+nous les automobiles. Maintenant, tous les véhicules suivent
+couramment jusqu'à Srînagar, laissant à mi-chemin le vieux bourg et
+les temples ruinés de Patan. Si vous êtes impatients d'arriver,
+poussez de suite jusqu'à la capitale; mais du moins, en y entrant,
+arrêtez-vous sur le pont par lequel la route franchit la rivière, pour
+vous donner le temps de souffler un peu.</p>
+
+<a id="img011" name="img011"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img011.jpg" width="600" height="375" alt="" title="">
+<p>TYPES DE PANDIS OU BRAHMANES KACHMIRIS.&mdash;PHOTOGRAPHIE
+JADU KISSEN, À DELHI.</p>
+</div>
+
+<p>Aussi bien l'Amira-Kadal, le premier en amont des sept ponts de
+Srînagar et le seul construit à l'européenne, est devenu le
+rendez-vous habituel des nouvellistes de la cité. C'est là qu'ils
+discutent des affaires publiques et font courir toutes les semaines le
+bruit que les Afghans sont entrés à Lahore et que les Russes ont
+franchi les Pâmirs. Nous y serons bien pour regarder et causer un
+instant. Un marché se tient des deux côtés, et les gens passent et
+repassent, pour la plupart de grands gaillards au teint à peine
+basané, vêtus d'une robe de laine qui se souvient plus ou moins
+d'avoir jadis été blanche, et enturbannés de calicot. Ce sont,
+d'ailleurs, de braves gens, à la façon dont l'entendait le
+globe-trotter qui, dans une gare du Pendjâb, outré de l'insolence d'un
+coolie, allait s'enquérant de sa race avant de se risquer à sévir. Les
+Kachmiris sont de la bonne espèce; on peut les battre impunément, ils
+ne font que tendre le dos. Ce n'est pas comme les Afghans de la
+frontière qui auraient tôt fait de riposter à la bourrade par un coup
+de coutelas mortel. Les voyant si forts et si débonnaires, les Anglais
+en ont tout de suite conclu qu'ils étaient couards. Les
+préféreraient-ils enclins au meurtre et au brigandage? Il est vrai que
+pour les Afghans, dont la bravoure ne fait pas question, les Anglais
+se tirent d'affaire en prétendant qu'ils sont «traîtres». Ce parti
+pris dans le choix des qualificatifs les plus malsonnants prouve
+seulement, ce que l'on sait déjà, que les Anglais ne sont guère
+contents que d'eux-mêmes. Quelques Kachmiris, piqués de ce reproche de
+lâcheté, soutiennent que la robe, qui est leur costume national, leur
+fut imposée par les conquérants musulmans, en vue d'efféminer leur
+caractère. L'histoire est spécieuse et paraîtrait même convaincante,
+si ceux qui l'ont imaginée pouvaient se passer de leur <i>kangri</i>. Le
+kangri est la chaufferette indigène, bol de terre garni d'osier et
+rempli de charbons et de cendres, qui, dès qu'il fait un peu frais, ne
+quitte pas le Kachmiri plus que son ombre; il passe ses jours accroupi
+sur elle, il couche avec elle la nuit, et c'est à elle qu'il doit les
+fréquents incendies de ses demeures et les cicatrices de brûlures dont
+il est le plus souvent couturé. Or le kangri ne va pas sans les plis
+de la large robe à longues <span class="pagenum"><a id="page010" name="page010"></a>(p. 010)</span> manches sous lesquels,
+frileusement, on l'enfouit; et comme le D<sup>r</sup> M. A. Stein assure qu'il
+en était déjà question dans les vieilles chroniques, il faut renoncer
+à la légende d'un Kachmir, jadis peuplé de héros, tous braves parce
+que portant culottes.</p>
+
+<p>Mais vous commencez à discerner entre les passants des nuances de
+types et de costumes. Laissons de côté quelques Sikhs, Pendjâbis et
+autres immigrés de l'Inde; les Kachmiris eux-mêmes n'ont pas tous même
+religion ni même caste. En gros ils se partagent entre hindous et
+musulmans. Ces derniers sont de beaucoup les plus nombreux: des cent
+vingt mille habitants de la capitale, plus des trois quarts professent
+l'islamisme, et, dans les campagnes, la proportion est plus forte
+encore. Il semble que cette conversion de la masse de la population,
+qui date seulement du <span class="smcap">XIV</span><sup>e</sup> siècle, se soit produite sans violence et
+nullement à la suite d'une invasion de conquérants. Les cultivateurs
+et les gens de peu, qui n'avaient qu'à gagner au change, embrassèrent
+tous la religion étrangère; les brahmanes, qui avaient tout à y
+perdre, s'attachèrent désespérément au culte que leur avaient légué
+leurs aïeux, seule justification des privilèges attachés à leur caste.
+Les musulmans les stigmatisent naturellement de l'épithète de
+<i>bout-parast</i> (adorateurs d'idoles); mais eux-mêmes sont-ils bien sûrs
+d'être des «vrais croyants» orthodoxes? En fait, ils ont gardé toutes
+les superstitions hindoues sous un léger vernis d'islam, et les
+docteurs de la Mecque les flétrissent à leur tour du nom de
+<i>pir-parast</i> (adorateurs de saints). Si les brahmanes sont la
+minorité, ils restent de beaucoup la classe la plus intelligente et la
+plus cultivée, encore que tous ne justifient pas par de suffisantes
+études le titre de <i>pandit</i> (lettré), qu'ils se donnent uniformément.
+Déjà, vous les distinguez aisément de leurs compatriotes musulmans à
+la marque sectaire qu'ils portent au front, au tour particulier de
+leur turban et à l'écharpe jetée sur leurs épaules.</p>
+
+<p>Maintenant que vous avez fait une première connaissance avec les
+Kachmiris, êtes-vous curieux de savoir qui les gouverne? Regardez en
+aval, puis en amont. Là, tout près, sur la rive gauche, cet
+entassement d'horribles bâtisses est le Shêr-Garhi, comme on appelle
+le palais du mahârâdja; là-bas en amont, sur la rive droite, vous
+distinguez entre les peupliers et les platanes la place de l'élégante
+villa du résident anglais. Du résident ou du mahârâdja, lequel est le
+vrai roi de Kachmir? Les petits enfants même le savent et les
+vieillards ne s'y trompent pas. Un brahmane centenaire, nous disant
+tous les <i>sarkars</i> (gouvernements) qu'il avait vu passer dans sa vie,
+énumérait les Afghans Douranis, les Sikhs de Randjit-Singh, les
+Râdjpoutes Dogras de Goulâb-Singh... et les Anglais de la reine. Il
+est presque dommage, pour la beauté du fait, qu'il n'ait pas aussi vu
+les Russes.</p>
+
+<a id="img012" name="img012"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img012.jpg" width="400" height="267" alt="" title="">
+<p class="cap400px">LE QUAI DE LA RÉSIDENCE; AU FOND, LE SOMMET DU
+TAKHT-I-SOULEIMAN.&mdash;PHOTOGRAPHIE JADU KISSEN, À DEHLI.</p>
+</div>
+
+<p>C'est le Kachmir des Sikhs qu'a visité Jacquemond en 1831 et dont la
+vice-royauté lui fut, dit-on, offerte. Ne craignez pas que votre
+modestie soit mise à pareille épreuve: cet heureux temps n'est plus!
+Sur sa route, à l'aller et au retour, notre compatriote avait eu
+l'occasion de rencontrer un Râdjpoute du clan des Dogras que la faveur
+de Randjit-Singh avait fait râdja de Djammou. Déjà
+Goulâb-Singh&mdash;c'était le nom de ce condottiere&mdash;convoitait le Kachmir.
+Tant que vit le vieux «lion» ou, comme l'appelle encore Jacquemond, le
+vieux «renard» du Pendjâb, nous le voyons rôder alentour sans y
+pénétrer; l'un après l'autre, il conquiert les pays limitrophes, le
+Kichtwar, le Ladâkh, le Skardo. Randjit-Singh mort, il sait habilement
+ménager sa fortune entre les Sikhs et les Anglais. Enfin par un traité
+en date du 16 mars 1846, le Gouvernement britannique «transfère et
+cède, au mahârâdja Goulâb-Singh et aux héritiers mâles de son corps,
+toute la contrée accidentée ou montagneuse située à l'est de l'Indus
+et à l'ouest de la Ravi...» En échange, le nouveau mahârâdja payait la
+somme de 75 lakhs de roupies <span class="pagenum"><a id="page011" name="page011"></a>(p. 011)</span> (un lakh vaut 100&nbsp;000) et
+s'engageait à offrir un tribut annuel de chevaux, de chèvres et de
+châles. On dit que ceux-ci sont encore livrés et que la défunte
+reine-impératrice en faisait des cadeaux de noces qui n'avaient rien
+de ruineux. Ce traité était pour Goulâb-Singh un coup de maître. On
+assure qu'en quelques années, il retrouva, dans le revenu de la
+Vallée, la somme qu'il avait payée pour l'acquérir. Jamais on n'ôtera
+de la tête des Kachmiris l'idée que, pour obtenir tant d'avantages, il
+devait avoir fait croire aux Anglais que tout le pays à lui cédé
+n'était que montagnes et collines stériles, et la rédaction même du
+traité le donne assez à penser. En fait, leur but était de séparer
+Goulâb-Singh de la cause des Sikhs et de s'en faire un allié contre
+eux; trois ans plus tard, quand, en 1849, ils eurent définitivement
+annexé le Pendjâb, ils se trouvèrent avoir constitué sur leur flanc un
+royaume presque indépendant et, qui plus est, confinant aux
+territoires chinois et russes. C'est l'erreur de cette politique à
+courte vue qu'ils s'occupent aujourd'hui de réparer au nom des
+intérêts impériaux de la défense de l'Inde; et voilà sous quel
+prétexte ils reprennent pour rien ce qu'ils n'ont d'ailleurs pas vendu
+bien cher.</p>
+
+<a id="img013" name="img013"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img013.jpg" width="600" height="449" alt="" title="">
+<p>LA PORTE DU KACHMIR ET LA SORTIE DU DJHILAM À
+BARAMOULA.&mdash;PHOTOGRAPHIE JADU KISSEN, À DELHI.</p>
+</div>
+
+<p>Mais assez causé politique. Occupons-nous de vous assurer le vivre et
+le couvert. Vous les trouverez pour quelques jours à l'hôtel que le
+progrès ou le malheur des temps vient de faire établir à Srînagar et
+dont l'inauguration de la route carrossable avait d'ailleurs rendu
+l'ouverture nécessaire. Mais on ne vient pas au Kachmir pour vivre à
+l'hôtel,&mdash;autant alors aller en Suisse,&mdash;et du reste vous ne
+connaîtrez rien du pays ni de son charme qu'à condition d'avoir une
+installation indépendante et ambulante et de mener (ou de vous
+imaginer mener) dans ce magnifique décor de «Haute-Asie» la vie
+errante de nos hypothétiques ancêtres aryens. C'est là encore une
+fois, conscient ou non, tout le secret de l'attrait subtil et prenant
+de la saison kachmirie. C'est l'évasion hors des ridicules et
+perpétuelles entraves de notre société, où tout est devenu matière à
+contravention, depuis l'acte de prendre du bois à la forêt jusqu'à
+celui de puiser de l'eau à l'océan; c'est la réalisation de ce qui
+reste, depuis l'Eden, la vocation et le rêve de l'homme, la royauté au
+sein d'une nature amie; c'est enfin la satisfaction de ce puissant et
+obscur instinct de vagabondage qui fait qu'au fond de tout civilisé un
+nomade sommeille. La marque, et peut-être aussi la rançon de ce retour
+(oh! combien mitigé, d'aucuns diraient perfectionné) aux m&oelig;urs de
+l'humanité primitive, c'est l'importance énorme et <span class="pagenum"><a id="page012" name="page012"></a>(p. 012)</span>
+insoupçonnée dans le cadre artificiel de nos villes, que prend soudain
+le double problème de l'abri et du ravitaillement.</p>
+
+<p>Quelques renseignements seront peut-être encore ici les bienvenus.
+Vous pourrez vous procurer à Srînagar, dans les boutiques des
+inévitables Parsis, toutes les conserves européennes; mais vous ferez
+mieux pendant votre séjour de vous approvisionner, comme fait
+d'ailleurs le reste de la flottante colonie étrangère, aux marchés
+voisins du pont de l'Amira-Kadal. Bien entendu vous n'y trouverez de
+b&oelig;uf «ni pour amour ni pour argent», au grand scandale des Anglais,
+qui se dédommagent en consommant force boîtes de <i>corned beef</i>.
+L'interdiction est maintenue en vigueur par la dynastie hindoue
+régnante et le meurtre d'une vache, jadis puni de mort, coûterait
+encore à un indigène une quinzaine d'années de prison, et, à un
+Européen, l'expulsion du royaume. En dehors de cette viande prohibée,
+parce que trop sacrée, et de celle de porc que votre cuisinier
+musulman se résignera malaisément à préparer, parce que trop impure,
+votre table pourra être abondamment servie: mouton excellent,
+succulentes volailles, légumes, &oelig;ufs et beurre frais, rien ne
+manque au «bazar». Ne vous étonnez pas si votre cuisinier rapporte du
+marché les victuailles enveloppées dans de l'écorce de bouleau: c'est
+l'ancien papier du pays, comme en témoignent les vieux manuscrits, et
+l'on continue à s'en servir pour maint usage domestique. Voulez-vous
+enfin un aperçu des prix, qui, d'ailleurs, ont tendance à monter en
+raison de l'affluence des touristes? Un quartier de mouton, 30 sous de
+notre monnaie; un poulet, de 6 à 10; une livre de beurre ou une
+douzaine d'&oelig;ufs, 4; et le reste à l'avenant. Encore rencontre-t-on
+des gens qui se plaignent de la cherté des vivres et vantent le bon
+temps où, pour la roupie, on avait le mouton tout entier.</p>
+
+<p>Voilà pour la table. Quant à l'abri, si vous n'avez déjà pris vos
+précautions à Lahore, vous aurez tôt fait d'acheter ou de louer dans
+une des agences de Srînagar les tentes et le mobilier de camp
+nécessaires. Vous ferez dresser votre maison de toile,&mdash;bien plus
+confortable que vous ne pouvez croire, si vous n'en avez jamais
+essayé,&mdash;sur la rive et dans les environs de la Résidence, sous les
+ombrages de l'un des <i>bâghs</i>, que se sont appropriés les Européens. Il
+y a le Mounchi-Bâgh, qui est un verger au bord du Djhilam, réservé aux
+gens mariés et aux dames seules; il y a le Tchinar-Bâgh qui est un
+magnifique bois de platanes sur le déversoir du lac, à l'usage des
+célibataires hommes; et ainsi l'ivraie est séparée du bon grain.
+Surtout, vous vous assurerez la disposition d'une de ces barques
+indigènes que l'on appelle des <i>doungas</i>: elle vous servira de logis
+en même temps que de véhicule, au cours de vos premiers déplacements.
+Ni la roulotte du bohémien, ni même «la maison du berger», dont parle
+le poète, ne vous mènerait bien loin au Kachmir; pendant ces derniers
+jours du printemps, où les eaux sont encore hautes, le bateau vous
+conduira, au contraire, éveillé ou dormant, par la rivière et les
+lacs, à tous les coins les plus intéressants de la vallée. Pour vous
+qui descendez de voiture, moulu de cahots, ahuri de trompette et
+suffoqué de poussière, vous verrez que vous ne perdrez pas au change
+en troquant votre <i>tonga</i> contre une <i>dounga</i>.</p>
+
+<p class="sig">(<i>À suivre.</i>) <span class="right10">M<sup>me</sup> <span class="smcap">F. Michel</span>.</span></p>
+
+<a id="img014" name="img014"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img014.jpg" width="400" height="284" alt="" title="">
+<p>NOS TENTES À LAHORE.&mdash;D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p class="smaller center">Droits de traduction et de reproduction réservés.</p>
+
+
+<p class="serie"><span class="pagenum"><a id="page013" name="page013"></a>(p. 013)</span> TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.&mdash;2<sup>e</sup> LIV.
+<span class="right05">N<sup>o</sup> 2.&mdash;14 Janvier 1905.</span></p>
+
+<a id="img015" name="img015"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img015.jpg" width="600" height="342" alt="" title="">
+<p>«DOUNGA» OU BATEAU DE PASSAGERS AU
+KACHMIR.&mdash;PHOTOGRAPHIE BOURNE ET SHEPHERD, À CALCUTTA.</p>
+</div>
+
+
+<h2>L'ÉTÉ AU KACHMIR<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1" title="Lien vers la note 1"><span class="smaller">[1]</span></a><br>
+<span class="smaller">Par M<sup>me</sup> F. MICHEL</span></h2>
+
+<p class="resume">II. &mdash; La «Vallée heureuse» en dounga. &mdash; Bateliers et
+ Batelières. &mdash; De Baramoula à Srînagar. &mdash; La capitale du
+ Kachmir. &mdash; Un peu d'économie politique. &mdash; En amont de Srînagar.</p>
+
+
+<a id="img016" name="img016"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img016.jpg" width="200" height="298" alt="" title="">
+<p class="cap200px">VICHNOU PORTÉ PAR GAROUDA, IDOLE VÉNÉRÉE PRÈS DU TEMPLE
+DE VIDJABROER (HAUTEUR 1<sup>m</sup>40).</p>
+</div>
+
+<p>La <i>dounga</i> est un bateau plat, pointu aux deux extrémités, long d'une
+dizaine de mètres et recouvert d'un toit en nattes de roseaux.
+D'autres nattes, se roulant à volonté comme des stores, forment la
+fermeture des côtés, la porte et les séparations intérieures. À
+l'avant, se trouve une petite véranda; puis vient une chambre (la
+mienne avait exactement 4 mètres de long sur 1<sup>m</sup>80 de large), et
+enfin une pièce plus petite qui sert de cabinet de toilette; à
+l'arrière, la famille du batelier grouille, pagaye et dort dans un
+espace invraisemblablement restreint. Bateau et équipage se louent au
+mois pour une vingtaine de roupies le tout; et l'on y est très
+«confortable» (bien que le lit de camp, si bas qu'il soit, dépasse le
+plat-bord du bateau), à la condition de se réserver l'entière
+propriété de son vaisseau et de le meubler à sa fantaisie. Les
+domestiques suivent dans un autre, où l'on cuisine; qu'en cours de
+route l'heure du repas sonne, la cuisine flottante accoste, et vous
+êtes servi sans qu'il soit besoin de vous arrêter. Un petit bateau
+léger, qu'on appelle <i>shikara</i> et qui sert à la chasse aux oiseaux
+d'eau et aux courses rapides, complète la flottille; avec cela, vous
+pouvez circuler partout sur la rivière et sur les lacs du Kachmir. La
+mode de ces habitations flottantes, que les Anglais appellent
+<i>house-boats</i>, a bien passé de la Tamise au Djhilam; on en peut louer
+de fort bien agencées pour la saison. Mais, outre que cela revient
+beaucoup plus cher, ce sont de lourdes et encombrantes machines qui,
+dès que les eaux baissent, risquent à chaque instant de s'échouer;
+puis la <i>dounga</i> est plus couleur locale; et enfin dans aucun cas l'on
+n'échappe aux handjis!</p>
+
+<p>Les handjis sont les bateliers du Kachmir; caste peut-être méprisable,
+à coup sûr méprisée, ils tiennent pourtant une grande place dans la
+vie du pays. Jusqu'à ces dernières années, tous les transports se
+faisaient <span class="pagenum"><a id="page014" name="page014"></a>(p. 014)</span> par eau. Il y a beau temps que les Kachmiris ont
+découvert que leur rivière est un chemin qui marche; aussi, la Vihat,
+comme ils l'appellent, est-elle couverte de barques, depuis les gros
+chalands de charge, jusqu'aux légères <i>doungas</i> de passagers. Les
+handjis de cette dernière catégorie sont les plus mal famés de tous.
+On dit le plus grand mal de la vertu de leurs femmes; il est vrai que
+l'on vante aussi leur beauté.</p>
+
+<p>Espérons que le reproche n'est pas plus mérité que la louange. Du
+moins, si les malheureuses créatures ont eu, dans leur prime jeunesse,
+un moment de fraîcheur, la dure vie qu'elles mènent les a vite
+flétries. Elles pagayent, pontent, ou tirent la cordelle sans relâche;
+puis il leur faut décortiquer le riz ou concasser le maïs dans de
+lourds mortiers de bois, à l'aide d'un grand pilon; enfin, elles ont,
+en plus, le souci d'élever toute une nichée d'enfants qui, d'ailleurs,
+sont charmants. Leur seul délassement est de se quereller d'un bateau
+à l'autre. Ces querelles de handjis sont passées en proverbe au
+Kachmir. Leur répertoire d'injures, au dire de ceux qui les
+comprennent, laisse bien loin derrière lui celui des cochers
+parisiens. Le plus souvent, les femmes seules s'en mêlent et
+s'invectivent avec fureur, tandis que les hommes écoutent en fumant et
+marquent les points sans cesser de rire. Parfois, le soir tombe, et
+l'inspiration n'est pas encore épuisée; alors, chacune des mégères
+renverse, à l'avant de sa barque, une marmite ou un panier. C'est un
+geste symbolique; la querelle est enfermée là-dessous pour la nuit; au
+matin, on retourne l'ustensile, et la voici qui repart de plus belle.</p>
+
+<p>Dès Baramoula, j'ai fait connaissance avec la naïve astuce de ces
+handjis tant calomniés. Il s'agissait, au milieu de la flottille
+amarrée au bord, de nous choisir des barques. De tous côtés, c'était à
+mon adresse des appels et des supplications, mêlés de larmes et de
+prosternements, de gens se jetant sur mes pieds pour en essuyer du
+front la poussière, toute la comédie dont ils sont coutumiers en
+pareil cas. Et toujours un cri dominait: «<i>Kiline</i>, Hazour, <i>kiline</i>!»
+C'est leur façon de prononcer le mot anglais «clean», la propreté
+étant naturellement la qualité requise par les arrivants européens.
+Mon choix fait, les autres bateliers cessèrent aussitôt leurs
+pathétiques prières; leur tour viendrait une autre fois. Je n'ai,
+d'ailleurs, pas eu à me plaindre des miens, sauf qu'ils avaient, comme
+tous leurs congénères, la détestable habitude de jacasser jour et
+nuit, en dépit de tous mes «<i>tchoup!</i>», ce qui est la manière de leur
+crier «silence!» en langue hindoustanie. Il y eut bien quelques
+querelles entre les femmes des deux bateaux; mais elles n'osaient trop
+m'en rebattre les oreilles, et il était plaisant de voir par instants,
+quand elles ne se croyaient pas observées, l'air de rage concentrée
+avec lequel elles se crachaient silencieusement, à l'adresse l'une de
+l'autre, tout leur réciproque mépris.</p>
+
+<a id="img017" name="img017"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img017.jpg" width="300" height="410" alt="" title="">
+<p class="cap300px">ENFANTS DE BATELIERS JOUANT À CACHE-CACHE DANS LE CREUX
+D'UN VIEUX PLATANE.&mdash;D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>Mais, une fois embarqué, quel délice de se réveiller dans sa <i>dounga</i>
+qui, insensiblement, glisse sur le beau fleuve transparent et calme.
+Si une bonne heure de paresse a son prix, c'est à voir de son lit, par
+la natte à peine soulevée, défiler les vertes rives dans la fraîcheur
+du matin. À la vérité, le paysage immédiat n'a rien que de déjà vu, et
+peut-être sa popularité, parmi les Anglo-Indiens, vient-elle de ce
+qu'il leur rappelle les prés de la Tamise. Nous avons, le premier
+jour, remonté de Baramoula jusqu'à Sopour par un de ces temps tièdes
+et voilés, comme en ont nos étés du nord; les fonds se perdaient dans
+une brume blanche, et, plus près, les ombrages, les grasses prairies
+peuplées de troupeaux, les beaux champs bien cultivés, les larges
+perspectives à peine ondulées et fermées de lignes d'arbres, tout
+était aussi bien une des belles vallées de chez nous. Vers midi, les
+rideaux de gaze qui voilaient l'horizon se déchirèrent, et, dans la
+nue diaphane, apparurent, uniques à voir, les cimes neigeuses qui
+encerclent la vallée, vaste émeraude sertie d'argent; et alors cela
+valut le voyage.</p>
+
+<p>Sans plus de peine, vous pouvez visiter, au cours de cette indolente
+navigation, les curieuses et célèbres ruines du Kachmir. Toutes les
+vieilles capitales et presque toutes les fondations religieuses des
+rois, dont les Chroniques nous entretiennent, jalonnent la rivière,
+qui est la grande artère du pays. Les seuls noms des villages que l'on
+rencontre, Pampour, Lattapour, Avantipour, forcent d'ailleurs les plus
+profanes à connaître <span class="pagenum"><a id="page015" name="page015"></a>(p. 015)</span> les noms de Padma, de Lalitâditya,
+d'Avantivarman. Le bourg de Sopour devrait lui-même son nom à Souyya,
+l'ingénieur de ce dernier prince qui, dit-on, rectifia et cura le
+cours de la Vitastâ. Si l'on en croit la <i>Râdjataranginî</i>, il se
+serait borné à vider les coffres du roi dans la rivière! Aussitôt,
+tous les citoyens s'empressèrent d'aller en fouiller le lit pour
+retrouver les dinnars d'or, tant et si bien qu'elle s'en trouva
+désobstruée.</p>
+
+<a id="img018" name="img018"></a>
+<div class="floatright">
+<img src="images/img018.jpg" width="400" height="535" alt="" title="">
+<p class="cap400px">BATELIÈRES DU KACHMIR DÉCORTIQUANT DU RIZ, PRÈS D'UNE
+RANGÉE DE PEUPLIERS. PHOTOGRAPHIE BOURNE ET SHEPHERD, À CALCUTTA.</p>
+</div>
+
+<p>Le procédé est simple, sinon à la portée de tous les esprits et de
+toutes les bourses. Ce fut une autre affaire, au temps du farouche
+Mihirakoula, pour remuer un seul rocher; il faut dire qu'un génie s'y
+était embusqué, qui se riait de tous les efforts. Toutefois, un rêve
+avertit le roi qu'il n'y fallait que la main d'une honnête femme. Les
+dames de la cour et de la ville passèrent l'une après l'autre, par
+ordre de préséance, et le roc ne bougeait toujours pas; ce fut
+seulement quand vint le tour de l'épouse d'un pauvre potier qu'il
+consentit à se mettre en branle. De fureur, Mihirakoula fit mettre à
+mort, non seulement les femmes coupables, mais encore leurs maris et
+leurs frères, pour les punir de les avoir si mal gardées; et il en
+périt ainsi trois <i>crores</i>, c'est-à-dire trente millions! Ce n'est pas
+la seule histoire qu'il y aurait à conter; le peu que je viens d'en
+dire n'est que pour vous exciter à en lire davantage dans la
+traduction anglaise,&mdash;à moins, bien entendu, que vous ne préfériez
+l'édition sanscrite,&mdash;du D<sup>r</sup> M. A. Stein.</p>
+
+<p>Un pont à la mode kachmirie, qui en vaut bien une autre, de petits
+sanctuaires hindous, une mosquée, un bazar de village, quelque huit
+cents maisons à toit anguleux comme chez nous, et non plus en terrasse
+comme dans l'Inde, voilà Baramoula, et voilà encore, en plus petit,
+Sopour. Les ponts surtout amusent l'&oelig;il par la nouveauté de leur
+silhouette. Ils sont entièrement en bois. Leurs piles sont formées de
+rangs de solives superposées alternativement en long et en large. De
+loin, on dirait assez bien un tas de planches que l'on veut faire
+sécher. À la base, en amont, une sorte d'éperon, construit de solides
+madriers et rempli de grosses pierres, rompt l'effort du courant; par
+en haut, les piles vont s'élargissant et les pièces de bois parallèles
+au fil de l'eau se font de plus en plus longues, jusqu'à ce qu'enfin
+elles se trouvent assez rapprochées pour qu'on puisse aisément jeter,
+de l'une à l'autre, les traverses du tablier. Ces ponts à jour, outre
+la simplicité et le bon marché de leur construction, ont encore
+l'avantage de résister aux crues, qui passent à travers leurs
+interstices sans les entraîner. Jadis, ils étaient bordés de maisons
+et de boutiques à la façon du Pont-au-Change de nos ancêtres ou du
+Ponte Vecchio de Florence; mais partout ces superstructures ont brûlé
+et n'ont pas été rebâties.</p>
+
+<p>Derrière Sopour, s'ouvre le Voular, le plus grand lac du Kachmir.
+N'étaient quelques belles nappes d'eau libre, on dirait plutôt une
+immense prairie d'herbes aquatiques, où se posent des oiseaux au
+plumage éclatant. Partout flottent en cette saison de vieilles noix,
+ou mieux des châtaignes d'eau (<i>singhara</i>), hérissées de quatre
+longues épines, qui sont un des produits du lac et la suprême
+ressource des Kachmiris en temps <span class="pagenum"><a id="page016" name="page016"></a>(p. 016)</span> de famine. Dans des barques
+plates, chargées à couler bas, les riverains recueillent, pour leur
+bétail, les herbages de ce pré de nénuphars et de lotus. Ils chantent
+en arrachant avec leurs mains les larges feuilles humides à tiges
+visqueuses et le vent emporte très loin ces mélancoliques mélopées
+hindoues, qui recommencent sans fin.</p>
+
+<p>Les bateliers ont très grand'peur du Voular; c'est qu'il est
+fréquemment visité par des orages brusquement descendus des montagnes,
+et auxquels leurs bateaux plats et trop chargés du haut ne sauraient
+résister. Ils n'ont d'autre ressource que de gagner au plus vite le
+bord avant que les vagues n'embarquent. Goulâb-Singh, dit-on, faillit
+y périr. Aussi, au lieu de traverser le lac pour gagner l'embouchure
+de la grande rivière, les handjis se hâtent-ils de rejoindre, le long
+de la rive méridionale, l'entrée du canal de Norou. C'est ce que
+firent les nôtres, et non sans raison: au soir, le vent tomba soudain
+sur nous, soulevant les nattes et menaçant de jeter à l'eau mobilier
+et habitants. Nous trouvons, par bonheur, l'abri d'une levée de terre,
+et toute l'équipe de handjis, hurlant d'effroi, s'empresse d'augmenter
+les amarres et d'assujettir le toit du bateau. Après quoi, il n'y eut
+qu'à s'endormir paisiblement, défendu de la pluie et des rafales par
+cet excellent abri de roseaux tressés.</p>
+
+<p>Ces orages s'en vont aussi vite qu'ils sont venus. Au matin, nous
+repartons sur l'eau calme et miroitante. L'occasion est belle, au
+début de la saison, pour gagner, par les étangs intérieurs, le
+voisinage des ruines de Patan. Les <i>doungas</i> glissent sur les
+nénuphars en fleurs ou se coulent à travers les grands roseaux peuplés
+de sarcelles; la transparence de l'eau est telle qu'on peut compter
+les brins de mousse qui tapissent le fond. Un petit canal conduit
+jusqu'à de grands platanes isolés dans la plaine près du village,
+ignoré des cartes, de Palhallan. Aucune place de campement ne paye
+moins de mine; mais on y est comme sur la plate-forme d'un magique
+panorama, d'où la vue s'étend de l'Haramouk au Toutakouti et du
+Kadjnâg au Brahma-Sakoul, sur l'immense cirque de montagnes neigeuses.</p>
+
+<a id="img019" name="img019"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img019.jpg" width="400" height="271" alt="" title="">
+<p class="cap400px">CAMPEMENT PRÈS DE PALHALLAN: TENTES ET
+DOUNGAS.&mdash;D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>À quelques kilomètres plus loin, les vieux temples de Patan, fortement
+éprouvés en 1885 par le dernier tremblement de terre, achèvent de
+crouler. Palhallan, magnifiquement ombragé de mûriers, de noyers, de
+platanes séculaires et de peupliers où s'accroche la vigne, a aussi sa
+curiosité: c'est sa héronnière. Des centaines de hérons vont et
+viennent, faisant la navette entre les lacs voisins et les grands
+arbres où ils ont logé leur nichée. Il est comique de les voir se
+poser avec un geste maladroit de leurs longues pattes. D'autres se
+font les plumes ou méditent, le cou rentré dans les épaules, au bout
+d'un rameau desséché; car les cimes dépouillées semblent souffrir de
+cet excès d'habitants. On est en droit de s'étonner que l'art kachmiri
+n'ait pas tiré du héron le même parti que les Chinois et les Japonais
+de leurs cigognes, d'autant que c'est un oiseau royal, dont la chasse
+est interdite. Jadis, les gens de qualité portaient, fixée par un
+joyau à leur turban, une aigrette de plumes de héron, et le fermage de
+la cueillette comptait dans les revenus de l'État. Dans ces dernières
+années encore, le fermier avait à payer 268 roupies et à fournir 2&nbsp;999
+plumes, pas une de plus, pas une de moins. Mais la mode s'en va, et
+les aigrettes ne reparaissent qu'à l'occasion des mariages, dans le
+costume de mascarade dont on affuble le fiancé.</p>
+
+<p>La maison flottante se remet en marche à travers les étangs
+transparents et fleuris pour regagner le canal de Norou, qui
+s'embranche à Shadipour sur le bras principal de la Vitastâ; juste en
+face, se jette le Sindh, formant ainsi un vrai carrefour de rivières.
+Ce confluent est aux yeux des brahmanes un lieu aussi sacré que le
+point de jonction du Gange et de la Djamna; sur un îlot circulaire, un
+petit platane, pareil à l'arbre éternel dont les pèlerins vénèrent
+encore le tronc dans les souterrains <span class="pagenum"><a id="page017" name="page017"></a>(p. 017)</span> du fort d'Allahabâd,
+est censé ne connaître ni déclin ni croissance. Détail qui a son prix,
+on pèche à cette place vénérée d'excellents poissons appelés
+<i>mahsirs</i>. De là, en descendant la grande rivière, on aurait vite fait
+d'atteindre le pont de Soumbal, et, par un étroit déversoir, les eaux
+vertes et profondes du petit lac Manusbal, où une réduction de temple
+kachmiri achève de s'enliser dans la vase. Si, au contraire, on la
+remonte, bientôt se dessine, dans le lointain, le fort sikh de
+Hari-Parvat, qui est la citadelle de Srînagar. Par derrière, se
+profile, plus haut encore, servant d'écran au soleil levant, une
+colline couronnée d'un sanctuaire brahmanique, ce qui n'empêche pas
+les musulmans de l'appeler Takht-i-Souleiman, c'est-à-dire «Trône de
+Salomon».</p>
+
+<a id="img020" name="img020"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img020.jpg" width="600" height="382" alt="" title="">
+<p>TROISIÈME PONT DE SRÎNAGAR ET MOSQUÉE DE SHAH HAMADAN;
+AU FOND, LE FORT DE HARI-PARVAT.&mdash;PHOTOGRAPHIE JADU KISSEN, À DELHI.</p>
+</div>
+
+<p>Srînagar est coupé en deux par la rivière qu'elle borde pendant plus
+de 5 kilomètres. Sept ponts relient les deux rives. J'ai, pour ma
+part, eu l'impression d'arriver dans une ville demi-ruinée. Il
+semblerait que les maisons, dont beaucoup sont étayées, ont été
+laissées en état d'équilibre instable par le dernier tremblement de
+terre, en attendant que le prochain achève de les jeter à bas. Elles
+n'en sont que plus pittoresques, avec leurs petites loggias à l'étage
+supérieur, leurs volets ajourés, sur lesquels, l'hiver, on colle du
+papier pour remplacer les vitres absentes, et surtout leurs toits de
+terre couverts de touffes d'iris et d'herbes folles, ondoyant au
+moindre souffle. Tour à tour défilent des mosquées, avec leur triple
+toit également fleuri, et les temples hindous, dont les dômes oblongs
+sont revêtus de plaques de fer blanc, hélas! empruntées à des bidons
+de pétrole. Des quais et de grands escaliers, bâtis de vieilles
+pierres sculptées, bordent la rivière. Des femmes y descendent emplir
+leurs cruches de terre rouge ou de bronze; leurs petites sandales de
+bois, retenues par un simple champignon passé entre l'orteil et le
+premier doigt, claquent sur les marches glissantes, et c'est miracle
+qu'elles ne se rompent pas le cou; leurs longues robes de laine ont
+parfois des teintes délicieusement passées: vieux vert, bleu pâli,
+grenat foncé. Les <i>shikaras</i> sillonnent en tous sens la rivière, aussi
+nombreux que les fiacres dans une rue de Paris.</p>
+
+<p>Sur la gauche, on a laissé le Mahârâdj-gandj, qui est le bazar
+neuf,&mdash;d'autant plus neuf à présent qu'on vient encore de le rebâtir
+après un nouvel incendie. C'est le repaire de tous les gros marchands
+de ces bibelots d'argent, de cuivre ciselé et émaillé, de «papier
+mâché», de bois sculpté et de broderies, qui sont les grandes
+productions artistiques du pays. N'espérez pas leur échapper. Ils vous
+poursuivront sur eau comme sur terre; avec une inlassable patience,
+ils mettront le siège devant votre tente ou votre bateau,
+s'insinueront peu à peu, eux et leurs marchandises, dans la place, et
+ne vous tiendront quittes qu'ils ne remportent, inscrite sur leurs
+livres, votre commande, livrable fin saison. Entre temps, les
+courtiers des banquiers indigènes vous proposent fort poliment
+d'escompter vos chèques, tout comme la Banque anglaise, et même, ce
+que celle-ci ne saurait faire, de vous délivrer des lettres de change
+(en kachmiri, <i>houndi</i>) pour les plus lointaines villes de l'Asie
+centrale, <span class="pagenum"><a id="page018" name="page018"></a>(p. 018)</span> où ils ont leurs correspondants attitrés. Et
+enfin, c'est toute la horde des fournisseurs venant faire leurs offres
+de services, tailleurs pour hommes et pour dames (à dix roupies le
+complet; spécialité de paletots pour fox-terriers), bottiers pour la
+ville et pour la montagne, marchands de fourrures, fabricants
+d'articles de voyage et de campement, prêts à vous équiper de pied en
+cap pour vos expéditions futures, vous, vos gens, et, si besoin est,
+vos chiens.</p>
+
+<p>Pour tout ce petit monde grouillant d'artisans et de commerçants, la
+mort de l'industrie des châles fut, il y a quelque trente ans, un coup
+terrible. On sait que la mode commençait, dès 1870, à en passer; mais
+comme ce commerce était entre les mains de nos courtiers et que la
+guerre franco-allemande vint arrêter brusquement leurs achats, les
+bons Kachmiris établirent tout naturellement une relation entre nos
+désastres et leur ruine. La nouvelle de Sedan fut accueillie chez ce
+peuple démonstratif par des lamentations publiques, qui, pour être
+intéressées, n'en étaient pas moins sincères; et peut-être est-il le
+seul qui ait compati à nos malheurs. Une partie des tisseurs de châles
+ont retrouvé depuis un gagne-pain dans deux manufactures de tapis,
+dont l'une est dirigée par un Français, M. Dauvergne.</p>
+
+<p>Cette crise économique n'est, d'ailleurs, qu'un incident dans
+l'histoire récente de la malheureuse capitale de l'heureuse Vallée. On
+s'explique assez son air de délabrement quand on songe à tous les maux
+qui l'ont éprouvée au cours de ces dernières années: famines, choléra,
+inondations et incendies périodiques, rien ne lui a été épargné;
+par-dessus tout, elle a eu à souffrir de l'hostilité déclarée de la
+nouvelle administration anglaise, qui, bienfait pour le reste du pays,
+fut pour elle un malheur. Cette agglomération de cent vingt mille
+habitants&mdash;pour les trois quarts, artisans ou commerçants musulmans,
+et, pour le reste, brahmanes,&mdash;pèse d'un poids anormal dans une vallée
+fermée de 35 lieues de long sur 10 de large, et qui compte, au plus,
+huit cent mille âmes. Jusqu'il y a quinze ans à peine, la tradition
+avait été d'exploiter la province au profit de la capitale; le mot
+d'ordre des fonctionnaires prêtés&mdash;ou imposés&mdash;au mahârâdja par le
+Gouvernement anglais fut, au contraire, de renverser les rôles et de
+sacrifier la ville à la campagne. On ne saurait donner un meilleur
+résumé des deux chapitres que M. W. Lawrence,&mdash;le fonctionnaire qui a
+fait le plus pour attacher son nom à cette transformation,&mdash;a
+consacrés, dans son intéressant ouvrage (<i>The Valley of Kashmir</i>,
+Oxford, 1895), à nous faire sentir la différence entre l'ancien régime
+et le nouveau. C'était, proprement, tout mettre sens dessus dessous et
+vouloir faire marcher le Kachmir sur la tête. Il fallait avoir affaire
+à une population aussi douce et malléable pour qu'un si radical et si
+brusque changement pût être opéré en si peu de temps; partout
+ailleurs, il eût provoqué des troubles, sinon une révolution; mais
+s'il se fit sans révolte, il ne se fit pas sans souffrances, au moins
+pour les citadins.</p>
+
+<a id="img021" name="img021"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img021.jpg" width="400" height="245" alt="" title="">
+<p class="cap400px">LE TEMPLE INONDÉ DE PANDRETHAN.&mdash;D'APRÈS UNE
+PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>Peut-être était-ce aussi leur tour, car il faut avouer que,
+jusqu'alors, la vie du paysan kachmiri avait été des plus dures.
+C'était déjà un principe des vieux rois hindous que l'on ne devait
+laisser aux cultivateurs, gens de basse caste, que tout juste la
+quantité de grains nécessaire pour faire les semailles et attendre la
+récolte suivante, sans mourir tout à fait de faim. Leur conversion en
+masse au mahométisme ne semble pas avoir amélioré leur sort. Rois ou
+gouverneurs musulmans continuèrent de les dépouiller à l'envi, et les
+Sikhs firent de même. Jacquemond définit le gouverneur de son temps
+«le Sikh stupide qui est, pour le présent, en possession de piller ce
+malheureux pays», à charge, sans doute, de rendre gorge dans le trésor
+de Randjit-Singh à l'expiration de sa charge. Quant à Goulâb-Singh,
+l'homme qui vendait couramment ses audiences pour une roupie, il
+n'entendait pas raillerie en matière de revenu. Du temps de
+Ranbîr-Singh, il y avait bien eu quelques tentatives de réformes, mais
+elles avaient échoué, grâce à l'opposition systématique des
+fonctionnaires qui, comme il était naturel sous une dynastie hindoue,
+étaient des brahmanes ou «pandits». Or tous les pandits, depuis le
+<i>patwari</i> de village jusqu'au <i>vazir-vazarat</i> ou gouverneur de
+province, en passant par les <i>tahsildars</i> ou chefs de district,
+s'entendaient entre eux pour exploiter le plus possible le cultivateur
+musulman. La plus grande partie du revenu se payait en nature, et
+l'État, après avoir pris, sans façons, aux campagnards, les trois
+quarts de leur récolte, la vendait à bas prix aux gens de la ville. En
+ce temps-là, nous assure-t-on, une roupie par mois suffisait à faire
+vivre son homme. On comprend, dans <span class="pagenum"><a id="page020" name="page020"></a>(p. 020)</span> ces conditions, l'essor
+des industries citadines, grâce au bon marché de la main-d'&oelig;uvre;
+mais ce n'était pas gai tous les jours pour les villageois qui
+voyaient la meilleure part de leur riz mangée par les frelons de la
+ruche.</p>
+
+<a id="img022" name="img022"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img022.jpg" width="400" height="590" alt="" title="">
+<p>FEMME MUSULMANE DU KACHMIR.&mdash;PHOTOGRAPHIE JADU KISSEN,
+À DELHI.</p>
+</div>
+
+<a id="img023" name="img023"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img023.jpg" width="300" height="424" alt="" title="">
+<p class="cap300px">PANDIT NARAYAN, ASSIS SUR LE SEUIL DU TEMPLE DE
+NARASTHÂN. D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>Enfin, M. W. Lawrence vint (c'est lui qui parle), chargé du
+<i>settlement</i>, c'est-à-dire de la révision du cadastre et de la
+répartition de l'impôt foncier; il prit sous sa protection le paysan
+et déclara, du même coup, la guerre à ceux qu'il appelle ses trois
+ennemis, à savoir, dit-il: 1<sup>o</sup> les pandits des classes officielles;
+2<sup>o</sup> les chefs de village; 3<sup>o</sup> la cité de Srînagar. Depuis, il est de
+fait que le cultivateur, le <i>zémindar</i>, prospère; les autres clans
+prétendent même qu'il prospère insolemment. Il a obtenu du <i>Settlement
+officer</i> les conditions les plus douces qu'il ait jamais connues; et
+ce n'est pas sa faute si, à force de ruses, il n'en a pas obtenu de
+plus douces encore. Si quelques erreurs inévitables ont été commises,
+et si des abus séculaires n'ont pas été réformés d'un coup de
+baguette,&mdash;et que, par exemple, les exactions des petits
+fonctionnaires indigènes soient loin d'avoir été supprimées,&mdash;il n'y a
+pas de doute que l'immense majorité des protégés de M. Lawrence ne
+soit justement enchantée d'un régime qui, pour la première fois, leur
+permet de garder leur riz et de payer tout ou partie de leurs
+contributions en espèces. Que dire de ses trois ennemis? Avec l'un
+d'eux au moins, la corporation des maires ou <i>lambardârs</i>, il a dû
+transiger et leur a alloué, pour les apaiser, une indemnité de 5 pour
+100 sur le revenu de leur village. Mais pour les brahmanes, et, avec
+eux, le reste des habitants de Srînagar, il s'est montré inexorable,
+et il faut avouer qu'ils ont été en grand danger de mourir de faim.
+Ils subsistent cependant, quoique, à la vérité, d'une vie fort
+misérable. Les pandits finiront toujours par s'en tirer; ils ont bien
+su s'arranger pour survivre aux persécutions des gouverneurs afghans.
+Comme, au temps de la domination mongole, ils ont appris le persan,
+voici qu'à présent les jeunes gens se mettent à l'anglais, passent des
+examens, reprennent les places. Assurément, la transition actuelle se
+fait cruellement sentir dans les familles; ils n'en rentreront pas
+moins en maîtres dans cette administration dont M. Lawrence avait
+voulu les chasser à jamais, et cela par la force des choses, pour la
+bonne raison, qu'étant la partie éclairée et intelligente de la
+population, ils redeviendront, bon gré mal gré, la classe dirigeante.
+Les plus à plaindre sont assurément les pauvres artisans de Srînagar.
+Heureusement pour eux, on n'a pas poussé jusqu'au bout les théories du
+<i>Settlement officer</i>, qui voulait que la totalité du revenu fût perçue
+en argent et que l'État cessât d'être le grand fournisseur de riz des
+gens de la capitale. C'est ce qu'on fit en 1891, et il en résulta
+l'année suivante une telle famine qu'on n'osa pas recommencer. En
+1893, on décida d'amener encore à Srînagar 300&nbsp;000 <i>kharvar</i> ou
+«charges d'âne» (177 livres anglaises) de riz du Roi; au moment de
+notre passage, en 1896, on en apportait encore la moitié, et c'est ce
+qui empêchait la ville d'être affamée. Un nouvel essai, tenté il y a
+trois ans, n'a pas été plus heureux, et cette année même (1904), on a
+dû, pour combattre l'excessive cherté, percevoir en nature le tiers du
+revenu de deux districts sur quatre.</p>
+
+<p>Que la médaille ait ainsi son revers, la faute en est moins à M.
+Lawrence, qu'au régime qu'il était chargé d'inaugurer. Ce qu'il est
+venu faire au Kachmir, c'est appliquer simplement à la Vallée le
+système qui prévaut dans toute l'Inde anglaise. On sait que l'impôt
+foncier y constitue le plus clair du revenu. Ce n'est pas la <span class="pagenum"><a id="page021" name="page021"></a>(p. 021)</span>
+politique de l'Angleterre, et pour cause, d'encourager l'industrie
+dans ses colonies. On l'a vérifié dernièrement encore, quand
+Manchester s'est ému de la concurrence des filatures de coton
+anglo-indiennes. L'Inde est, en somme, régie comme une grande
+exploitation agricole, à charge pour elle d'acheter à la métropole la
+plus grande partie des produits manufacturés dont elle a besoin. Ce
+n'est peut-être pas très impérial, mais c'est très pratique. Reste à
+savoir si la situation particulière du Kachmir n'appelait pas quelque
+modification à ce système. Après tout, l'avenir agricole de ce pays
+est aussi restreint que sa partie cultivable. Peut-être eût-il été
+plus sage et plus habile de ne pas tout subordonner à l'unique
+préoccupation d'obtenir une rentrée facile de l'impôt foncier.
+L'adresse de mains des Kachmiris, leur habileté, depuis longtemps
+célèbre, dans les arts décoratifs, pouvait être une source bien plus
+précieuse de revenus. Ce n'était pas si maladroit, de la part des
+anciens rois ou gouverneurs, de sacrifier une partie du revenu de la
+terre à la subsistance des artisans de la capitale et à la prospérité
+de leurs métiers. Le seul droit sur l'exportation des châles
+rapportait à l'État plus de 600&nbsp;000 roupies; il y avait là des
+compensations. Ce que les châles ne donnaient plus, d'autres
+industries pouvaient le rendre. Dirons-nous celles que les
+administrateurs anglais se vantent d'avoir préconisées? C'est la
+fabrication de la bière et des confitures, lesquelles ne peuvent même
+pas s'exporter, faute de moyens de transport; l'énoncé seul en est
+suffisamment ridicule, et il serait cruel d'insister. Quand le sultan
+Zaïn-oul-ab-Din introduisit dans la Vallée la fabrication du papier,
+du «papier mâché» et des châles, il se montrait plus avisé. Il est à
+craindre qu'en raison de l'enchérissement de la vie et de la
+production de camelote à l'usage des touristes, les arts, qui firent
+la gloire du Kachmir, n'aillent bientôt rejoindre les industries jadis
+si renommées de l'Hindoustan dans la remise aux vieilles lunes.</p>
+
+<a id="img024" name="img024"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img024.jpg" width="600" height="463" alt="" title="">
+<p>PONT ET BOURG DE VIDJABROER.&mdash;PHOTOGRAPHIE JADU KISSEN,
+À DELHI.</p>
+</div>
+
+<p>De tout ceci, nous voudrions tirer deux petites conclusions pratiques.
+La première est qu'il est sage de se procurer à Srînagar, en même
+temps que la passe nécessaire à tout «Européen, Américain ou
+Australien», un <i>parvana</i>, sorte de lettre de réquisition, dont on
+pourrait user, à l'occasion, soit pour se procurer des coolies sur les
+routes trop fréquentées, soit surtout pour assurer le ravitaillement
+de ses gens dans les villages écartés, où vous avez toutes les peines
+du monde à obtenir des paysans qu'ils vous vendent un peu de leur riz.
+L'autre conseil, que nous donnerions volontiers, serait de ne pas
+prendre un <i>shikari</i> comme chef de <span class="pagenum"><a id="page022" name="page022"></a>(p. 022)</span> caravane, à moins qu'on
+ne soit venu au Kachmir spécialement pour chasser. Si à ces lointaines
+et fatigantes expéditions vous préférez la visite de la Vallée,
+faites-vous plutôt suivre d'un pandit. Au prix réduit où sont en ce
+moment l'instruction et les bonnes manières, vous trouverez aisément,
+pour le salaire d'un domestique indien, un brahmane bien élevé,
+parlant l'anglais, et capable de vous servir non seulement
+d'interprète, mais encore de secrétaire en kachmiri, voire même en
+sanscrit et en persan. Il vous rendra les mêmes services comme
+intermédiaire auprès des tahsildars et lambardârs rencontrés en route;
+et l'on devine que sa familiarité avec le pays lui permettra de
+satisfaire à chaque pas votre curiosité, et rendra bien plus
+intéressant le voyage; car passer sans comprendre, c'est passer sans
+voir.</p>
+
+<p>Les attractions de Srînagar et ses distractions mondaines
+épuisées,&mdash;nous y reviendrons à l'approche de l'automne,&mdash;il est, dès
+la mi-juin, temps de repartir; car voici la chaleur qui arrive, et
+avec elle les moustiques et parfois quelques cas de malaria. On a
+assez souvent comparé le climat de la Basse-Vallée, en été, à celui de
+la Lombardie.</p>
+
+<p>Par les méandres qui, vus du haut du Takht-i-Souleiman, dessinent dans
+la Vallée comme une palme (le motif décoratif des anciens châles), on
+atteint d'abord Pandrethan, qui passe pour être l'ancienne capitale
+détrônée par Srînagar. Elle s'étendait sur les premières pentes des
+collines, à l'abri des inondations de la Vitastâ. Ses ruines ne sont
+plus qu'un chaos de pierres. Seul, un petit temple est encore debout
+au milieu de sa cour quadrangulaire qu'a envahie l'eau de son <i>nâga</i>:
+c'est le nom que les Kachmiris donnent aux fontaines et aux serpents
+mythiques à tête humaine, qui sont censés en être les divinités
+protectrices. Sur le petit étang, ainsi formé, flotte un bachot. En
+voulant m'y embarquer, je me rencontre nez à nez avec mon premier
+serpent. Mais celui-ci n'avait rien de mythique, ni non plus celui que
+l'on trouva, quelques jours plus tard, roulé sous la natte de ma
+tente; après quoi je n'en vis plus, ni ne souhaitai d'en voir
+davantage.</p>
+
+<p>La bête tuée à coups de bâton par les handjis, je demande au pandit,
+lequel réprouve cet assassinat, s'il la croit venimeuse; au lieu de se
+baisser pour examiner sa forme et sa couleur, le voilà qui se dresse
+sur ses babouches, le nez en l'air, dans la direction du
+nord-ouest.... C'était pourtant bien la réponse à ma question que
+l'honnête homme cherchait ainsi dans les nuages. Étant donné que Çiva
+réside sur l'Haramouk, qu'il porte comme colliers et bracelets des
+serpents, et qu'en sa qualité de divinité tutélaire de la Vallée, il a
+promis que la morsure de ces derniers ne serait jamais mortelle en
+aucun lieu d'où l'on découvre la cime neigeuse de sa demeure, le
+problème se résumait donc à vérifier si, de cette place, on apercevait
+la pointe de l'Haramouk. «Tant que vous la verrez, ajouta le pandit,
+vous pourrez être tranquille, mais après il faudra se méfier....» Je
+préfère me méfier avant.</p>
+
+<a id="img025" name="img025"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img025.jpg" width="400" height="267" alt="" title="">
+<p class="cap400px">ZIARAT DE CHEIK NASR-OUD-DIN, À VIDJABROER.&mdash;D'APRÈS
+UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>Plus en amont, Pampour montre une base de temple hindou, une mosquée,
+un pont et des champs où le safran fleurira à l'automne. La récolte de
+cette suprême délicatesse des gourmets kachmiris est un monopole
+d'État, et la poudre dorée des étamines se paye au poids de l'argent.
+On fabrique aussi à Pampour d'excellents biscuits, qui sont d'une
+grande ressource en campagne et valent, à mon avis, le meilleur pain.</p>
+
+<p>Je dois, faute de place, brûler les étapes et me borner à énumérer les
+buts d'excursion les plus intéressants. De Pampour, sur la rive
+droite, on visite les sources sulfureuses de Vian et les ruines des
+temples de Ladou. De Kakapour, sur la rive gauche, deux heures de
+marche vous conduisent au petit temple, bien conservé, de Panyech,
+bijou de l'art kachmiri, sculpté dans l'assemblage de dix blocs de
+pierre. Quant aux temples de Narasthân, il faut une bonne journée de
+marche pour les découvrir au pied des hautes montagnes neigeuses
+<span class="pagenum"><a id="page023" name="page023"></a>(p. 023)</span> de Brariangan. En revanche, les doubles ruines d'Avantipour
+bordent la rivière, à moitié enfouies dans les alluvions.</p>
+
+<a id="img026" name="img026"></a>
+<div class="floatright">
+<img src="images/img026.jpg" width="400" height="509" alt="" title="">
+<p class="cap400px">LE TEMPLE DE PANYECH. À GAUCHE, UN BRAHMANE; À DROITE,
+UN MUSULMAN. PHOTOGRAPHIE JADU KISSEN, À DELHI.</p>
+</div>
+
+<p>Plus haut se présente le confluent de la Vitastâ et de la Veshau, non
+moins sacré, aux yeux des Hindous du pays, que celui de la Vitastâ et
+du Sindh. Au-dessus, surplombe un <i>karéva</i>, sorte de plateau alluvial
+bizarrement découpé en bastion par les eaux; c'est au sommet que
+Kaçyapa aurait médité mille ans, avant de dessécher la Vallée. On
+pourrait, d'ailleurs, lui reprocher de n'avoir fait sa besogne qu'à
+moitié. Quand, dès le début de la saison des pluies, quelque gros
+orage vient déverser jusqu'au Kachmir ses trombes d'eau, au moment de
+la fonte des neiges, la Vallée, brusquement submergée, se trouve,
+faute d'une issue suffisamment large, en passe de redevenir un lac.
+Les inondations de juillet 1893 furent désastreuses, celles de juillet
+1903 ne le furent pas moins, et l'on estime qu'un sixième des récoltes
+a été détruit d'un coup: sans doute les <i>nâgas</i> avaient faim, et le
+temps était venu pour eux de prélever leur dîme périodique.</p>
+
+<p>Au pied du <i>karéva</i> de Tsakadar, dans un étang aujourd'hui desséché,
+se localiserait, de toute antiquité, une des plus curieuses légendes
+du Kachmir. En ce temps-là, un <i>nâga</i> habitait encore l'étang, et des
+arbres se miraient dans son eau limpide; un jeune brahmane, en voyage,
+vint un jour y chercher l'ombre et la fraîcheur. Comme il s'apprêtait
+à entamer ses provisions de route, il aperçut tout à coup devant lui
+une jeune fille si belle, qu'à voir sa «figure de lune», il en oublia
+de manger. Son trouble et sa confusion augmentèrent, quand il vit que
+la belle enfant se contentait, pour tout potage, de racines de lotus.
+Ému d'un tendre sentiment, il l'invita à partager son riz, lui apporta
+à boire dans une coupe de feuilles, puis, tout en l'éventant, la pria
+de lui conter son histoire et de lui expliquer comment, avec de si
+beaux yeux, elle faisait si maigre chère. Sans plus de cérémonie, la
+<i>nâgî</i>,&mdash;car c'en était une,&mdash;lui répondit que la plus belle fille du
+monde ne peut manger que ce qu'elle a; quant à la raison de sa
+pauvreté, qu'il en référât à son père; il le trouverait à la <i>mêla</i> du
+village voisin,&mdash;en Bretagne on eût dit: au pardon,&mdash;et le
+reconnaîtrait aisément, dans la foule, à son chignon tout ruisselant
+d'eau. C'est ce qui arriva: le <i>nâga</i> confie au jeune brahmane que les
+temps sont durs, et qu'il est réduit à la plus grande disette; car ces
+souterraines divinités ont besoin de grain tout comme les hommes, et
+les orages sont leur façon de moissonner les récoltes à leur profit.
+Or les champs du voisinage étaient gardés par un ascète si
+consciencieux, qu'aucun épi nouveau n'approchait jamais de sa bouche;
+et tant qu'il n'en mangeait pas, il était impossible aux <i>nâgas</i> d'y
+toucher. C'était pour lui et les siens le supplice de Tantale.
+L'amoureux brahmane n'a de cesse qu'il n'ait obligé le père d'une si
+jolie fille. Il s'avise du stratagème fort simple de mêler quelques
+grains de riz nouveau à la bouillie de l'ascète, quand celui-ci avait
+le dos tourné. À peine le vieillard en a-t-il porté une boulette à sa
+bouche, que, dans un tourbillon de grêle, le <i>nâga</i> emporte toute la
+moisson; reconnaissant, il donne sa fille en mariage au brahmane. Les
+deux époux vivaient heureux, mais leur bonheur fut de courte durée. Un
+jour que la <i>nâgî</i> était sur sa terrasse, elle aperçut un cheval
+détaché de l'écurie, et qui mangeait à même un tas de riz que l'on
+avait mis à sécher dans la cour. Elle appelle pour qu'on le chasse,
+puis, comme aucun serviteur ne répond, elle y court elle-même,
+accompagnée du son argentin de ses bracelets, et le cheval emporte sur
+sa croupe l'empreinte <span class="pagenum"><a id="page024" name="page024"></a>(p. 024)</span> dorée de la belle main qui l'avait
+frappé. Ce fut l'origine de tout le mal. Cette vue exaspéra les
+passions du roi du pays. Il essaya d'abord, vainement, de séduire la
+jeune femme. Puis il prétendit l'obtenir de son mari, mais le pandit
+n'était pas du tout «Régence» et n'apprécia pas l'honneur que le roi
+voulait faire à sa maison. Enfin quand, de guerre lasse, celui-ci
+envoie ses soldats pour enlever la <i>nâgî</i> par la force, le brahmane
+appelle son beau-père à son secours. Le <i>nâga</i> sort tout en furie de
+son étang, et en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, brûle,
+pêle-mêle, le roi, la ville et tous ses habitants. Après quoi, dégoûté
+du monde, et non sans quelque remords de son accès de vivacité, il se
+retira dans la solitude, sur la route d'Amarnâth, où il est encore.</p>
+
+<p>Non loin de là, sur la rive gauche, le gros bourg de Vidjabroer (le
+Bij-Bihara des cartes anglaises), possède un temple hindou moderne,
+bâti par Goulâb-Singh, et où se conservent de curieuses idoles, et une
+jolie <i>ziarat</i> musulmane à triple toit. À chaque pas, d'ailleurs, on y
+rencontre des vestiges d'antiquités, et son pittoresque bazar
+fourmille d'anciennes monnaies de cuivre. On campe de l'autre côté du
+pont, sous des platanes séculaires, non loin de la maison où le
+mahârâdja se repose un jour ou deux, quand il vient à Srînagar. Nous y
+avons eu la visite d'un vieux fakir musulman, qu'on ne manquerait pas,
+en pays civilisé, de coffrer comme vagabond. Les domestiques s'en sont
+emparés et lui ont servi un repas copieux: une effroyable quantité de
+riz, des <i>tchapatis</i> (sortes d'épaisses galettes qui tiennent lieu de
+pain) et du fromage frais, largement saupoudré de sucre, de quoi
+rassasier trois hommes; puis ils lui ont présenté un <i>houka</i>. Pendant
+que notre cuisinier, très dévot musulman, le couvait avec des yeux
+attendris de jeune mère pour son nouveau-né, l'affreux bonhomme fumait
+béatement, ne lâchant le tube que pour vociférer quelque anathème à
+l'adresse de l'humanité qui l'engraisse et le couvre, pendant qu'il
+lézarde au soleil, en grattant sa vermine à deux mains. Au physique,
+il n'a rien du fakir tel qu'on l'imagine et qu'il est ordinairement.
+Énorme, chauve, sous ses sourcils en broussailles ses petits yeux
+clignotants toisent insolemment ceux qui l'examinent; son nez camus et
+sa longue barbe frisée lui font une tête de vieux faune. Quand le
+mahârâdja passe à Vidjabroer, il ne manque jamais de le faire
+demander; mais le vieux fakir, dédaigneux des honneurs, se dérobe et
+reste introuvable. Aussi ne vous dirai-je pas son nom: j'ai oublié de
+le demander, l'ayant aussitôt baptisé Diogène.</p>
+
+<p>Mais déjà la rivière s'étrécit entre ses rives bordées de chanvre;
+bientôt elle se fait moins profonde et le courant plus dur. C'est le
+moment pour les bateliers d'invoquer leur saint patron <i>Dast Guir</i>,
+tout en poussant la perche ou en tirant la cordelle. À un certain
+moment, ils sont obligés de marcher dans l'eau, les uns tirant, les
+autres poussant le bateau, qu'enfin ils amènent devant le terrain de
+campement, à Islamabâd; efforts d'autant plus méritoires, qu'arrivés
+là, il ne reste plus qu'à les congédier.</p>
+
+<p>Tandis qu'on dresse les tentes, les chefs de famille apportent le
+cahier de certificats de l'équipage. Il en est de curieux; nous
+relevons notamment, au passage, celui d'un gentleman qui déclare
+quitter le bateau avec indignation «parce qu'il ne peut supporter plus
+longtemps la vue de la jolie s&oelig;ur du batelier, faisant un travail
+de cheval.» Mais il ne suffit pas de les lire, nous dûmes aussi
+collaborer à cette bizarre collection d'autographes. Après quoi il
+fallait voir les salâms, les protestations et l'air de dévotion
+comique avec lequel ils portaient à leurs fronts les roupies données
+comme <i>bakchich</i>, et bien méritées, d'ailleurs, par deux mois de bons
+et loyaux services.</p>
+
+<p class="sig">(<i>À suivre.</i>)
+<span class="right10">M<sup>me</sup> <span class="smcap">F. Michel</span>.</span></p>
+
+<a id="img027" name="img027"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img027.jpg" width="400" height="264" alt="" title="">
+<p>TEMPLE HINDOU MODERNE À VIDJABROER.&mdash;D'APRÈS UNE
+PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p class="smaller center">Droits de traduction et de reproduction réservés.</p>
+
+
+
+<p class="serie"><span class="pagenum"><a id="page025" name="page025"></a>(p. 025)</span> TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.&mdash;3<sup>e</sup> LIV. <span class="right05">N<sup>o</sup> 3.&mdash;21 Janvier 1905.</span></p>
+
+<a id="img028" name="img028"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img028.jpg" width="600" height="389" alt="" title="">
+<p>BRAHMANES EN VISITE AU NÂGA OU SOURCE SACRÉE DE
+VALTONGOU.&mdash;D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+
+
+
+<h2>L'ÉTÉ AU KACHMIR<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2" title="Lien vers la note 2"><span class="smaller">[2]</span></a><br>
+<span class="smaller">Par M<sup>me</sup> F. MICHEL.</span></h2>
+
+<p class="resume">III. &mdash; Sous la tente. &mdash; Les petites vallées du Sud-Est. &mdash; Histoires
+ de voleurs et contes de fées. &mdash; Les Ruines de Martand. &mdash; De
+ Brahmanes en Moullas.</p>
+
+
+<a id="img029" name="img029"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img029.jpg" width="250" height="289" alt="" title="">
+<p class="cap250px">GARGOUILLE ANCIENNE, DE STYLE HINDOU, DANS LE MUR D'UNE
+MOSQUÉE, À HOUTAMOUROU, PRÈS DE BHAVAN.</p>
+</div>
+
+<p>Islamabâd, ou, comme l'appellent les Hindous, Anantnâg, est à peu près
+situé au confluent des quatre rivières non navigables, Sandran,
+Bringh, Arpat et Lidar, branches de l'éventail dont le manche est la
+Vitastâ. La vallée de chacun de ces ruisseaux ou plutôt de ces
+torrents rivalise de pittoresque avec sa voisine. Que leur charme
+agreste ne date pas d'hier, c'est ce que prouvent les villas d'été
+qu'y avaient bâties les empereurs mogols, et dont les restes
+subsistent toujours. Jehan-Guir, surtout, s'y complaisait en compagnie
+de la belle Nour-Mahal, dont le souvenir, à la fois idyllique et
+tragique, flotte encore sous l'ombre des platanes plantés par elle. Et
+vraiment, quiconque a visité tous les recoins du pays comprend ce que
+Bernier nous dit de cet empereur: «qu'il en était devenu tellement
+amoureux qu'il ne le pouvait quitter et qu'il disait quelquefois qu'il
+aimerait mieux perdre tout son royaume que de perdre Cachemire.»</p>
+
+<p>Islamabâd est le point de départ obligé pour toutes ces excursions
+qu'il faut bien faire sous la tente, puisque presque nulle part il n'y
+a de <i>bungalows</i>. C'est en même temps le point de chargement pour tous
+les produits des villages, qui descendent vers Srînagar. Le grand
+verger, qui sert de campement, est très animé, ainsi que la berge
+bordée d'une nombreuse flottille. Mais, la nuit, les aboiements des
+chiens, les <span class="pagenum"><a id="page026" name="page026"></a>(p. 026)</span> hurlements des chacals et les braiements des
+petits ânes de charge empêchent tout sommeil. Aussi, je me contente
+d'une rapide visite aux sources sacrées et au bazar de la ville. Ou y
+trouve des étoffes brodées nommées <i>gabas</i>, de toutes teintes et de
+toutes tailles, depuis les plus petits tapis de table jusqu'aux
+rideaux et portières de plusieurs mètres. Très bon marché et très
+décoratives, ces broderies rappellent le dessin des anciens châles. On
+y fabrique aussi de jolis rouets de parade, peints et argentés, qui
+sont donnés en cadeau de noces aux fiancées kachmiries.</p>
+
+<p>Nous plions bagage dès le surlendemain. Au matin, les tentes sont
+abattues et tout le fourniment gît pêle-mêle sur l'herbe. Le <i>tub</i>
+fraternise avec le garde-manger, la broche du khansama fait commerce
+d'amitié avec le sac à ombrelles, la literie voisine avec les
+casseroles: c'est un vrai déballage de bohémiens au bord d'un grand
+chemin. Aussi bien allons-nous vivre de la même vie nomade que, sages,
+ils ont su garder du temps de nos préhistoriques ancêtres. La grosse
+affaire est de répartir tout cela en paquets d'un poids sensiblement
+égal, d'environ 80 livres. Le <i>bandobast</i> se fait,&mdash;entendez que tout
+se débrouille,&mdash;comme par enchantement. La toile des tentes se roule
+autour des bâtons, le lit démontable s'emballe dans sa sangle, la
+literie se met à l'abri de la poussière ou de l'humidité dans des
+draps caoutchoutés. Vaisselle, batterie de cuisine, provisions de
+toutes sortes s'arriment dans le ventre rebondi ou allongé des
+<i>kiltas</i>, paniers d'osier recouverts de cuir, légers, solides,
+imperméables, qu'on fabrique tout exprès dans le pays. Les chaises de
+camp s'entassent sur les tables également pliantes. Au total, vingt
+charges: il nous faudra donc vingt hommes ou dix poneys pour
+transporter après nous dans la djangle tout l'essentiel de la
+civilisation. Le chiffre est modeste si l'on songe qu'au grand Mogol,
+en déplacement, il fallait trente mille porteurs!</p>
+
+<a id="img030" name="img030"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img030.jpg" width="300" height="406" alt="" title="">
+<p class="cap300px">TEMPLE RUINÉ, À KHOTAIR.&mdash;D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>Le curieux n'est pas qu'il en faille, mais qu'on en trouve. Non
+seulement le Kachmir est comme un grand parc mis à la disposition du
+visiteur et où il peut dresser sa tente à volonté, mais lui plaît-il
+d'aller plus loin, il n'a qu'à dire. Au matin, il trouve, assis près
+des tentes, des braves gens du plus proche village qui ont laissé pour
+son service leurs maisons et leurs champs. Avec leurs 80 livres sur le
+dos, ils iront où il lui plaira de les conduire. Les prix sont fixés:
+pour l'étape d'environ 20 kilomètres, 4 annas; pour la mi-étape, 2
+annas, c'est-à-dire 40 ou 20 centimes de notre monnaie. Sur un bon
+conseil qui me fut donné, j'avais emporté à leur intention quantité de
+petites pièces d'argent de 2 et 4 annas. Je faisais ranger les coolies
+et veillais à ce que chacun reçût bien son compte. Grâce à ce système,
+je n'eus jamais de difficulté pour trouver des porteurs. C'était
+plaisir de voir le sourire que chacun d'eux, tour à tour, faisait à sa
+piécette, tandis que les derniers de la file touchaient du coin de
+l'&oelig;il et se grattaient la tête dans leur inquiétude qu'il n'en
+restât pas jusqu'à eux.</p>
+
+<p>C'est à Atchibal, notre première étape, que je me donne pour la
+première fois cette comédie. Du pied de la colline, font éruption
+trois sources, qui sont aussitôt trois ruisseaux; pour en mieux jouir,
+les empereurs mogols avaient creusé des bassins et bâti des terrasses
+surmontées de pavillons de plaisance. Tout cela est à présent bien
+délabré. Pourtant, les trois cascades jouent encore, et c'est près
+d'elles qu'est installé notre campement, à l'ombre des platanes
+séculaires, entre quatre ruisseaux qui entretiennent une délicieuse
+fraîcheur.</p>
+
+<p>C'est encore à Atchibal que j'apprends la première et dernière
+histoire de vol dont j'aie entendu parler au Kachmir. En ce
+bienheureux pays, la sécurité est parfaite, dans tous les cas plus
+grande qu'en France, où je ne me vois pas bien dormant en pleine
+campagne sous un simple abri de toile. Pourtant, fait inouï, on a
+tenté la nuit dernière de dérober une malle dans un camp établi de
+l'autre côte du village. Un pareil attentat contre la propriété des
+Sahebs réclamait une éclatante vengeance; deux inspecteurs de police
+sont aussitôt accourus d'Islamabâd. Nous apprenons ce matin qu'ils ont
+passé la nuit à bâtonner successivement tous les gens du hameau afin
+de leur faire avouer plus vite le crime qu'ils ne peuvent <span class="pagenum"><a id="page027" name="page027"></a>(p. 027)</span>
+pourtant pas tous avoir commis. Ce sont là, paraît-il, les procédés
+ordinaires de la police; on ne saurait trop s'élever contre eux. Le
+<i>lambardâr</i> (maire du village) vient en pleurant me prier
+d'intervenir. J'y consens: allons demander un peu à ces policiers ce
+qu'ils croient que le résident penserait de ces moyens d'enquête....
+Mais j'ai mal compris le discours du bonhomme; ce n'est pas du tout de
+cela qu'il s'agit. Les villageois ne se plaignent pas le moins du
+monde d'avoir été battus. Qui serait assez bête pour avouer un vol
+autrement que sous le bâton? Mais voilà qu'on veut à présent leur
+extorquer un cautionnement de 100 roupies qu'ils sont sûrs de ne
+jamais revoir. C'est contre cela qu'ils protestent. Ils veulent bien
+être battus, mais ils ne veulent pas payer pour l'avoir été! Tant de
+philosophie de la part des intéressés a jeté une douche sur mon bel
+accès d'indignation et je laisse villageois et policiers s'arranger en
+famille.</p>
+
+<a id="img031" name="img031"></a>
+<div class="floatright">
+<img src="images/img031.jpg" width="400" height="314" alt="" title="">
+<p class="cap400px">NÂGA OU SOURCE SACRÉE DE KHOTAIR.&mdash;D'APRÈS UNE
+PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>Après les sources d'Atchibal, ce qu'il faut voir dans le fond sud-est
+du Kachmir, ce sont celles de Koukar-Nâg et de Ver-Nâg. Des routes
+directes y conduisent d'Islamabâd. Mais il vaut mieux, à notre avis,
+prendre le chemin des écoliers et aller faire le grand tour par la
+vallée de Nauboug. Pour commencer, nous contournons, à l'est, les
+collines d'Atchibal et faisons un premier crochet pour rendre visite
+au <i>nâga</i> et aux ruines de Kothair. Les pierres des vieux temples sont
+toutes rongées par le temps, mais le bassin circulaire de la source
+est toujours merveilleux de limpidité; on dirait d'un morceau de ciel
+tombé dans un creux de colline.</p>
+
+<p>Nous reprenons le sentier qui escalade à présent un petit rameau
+montagneux, fort exposé au soleil, entre deux vallées. Du haut du col,
+on voit, en avant, s'ouvrir les vallons tributaires de la Bringh. Les
+gens pressés pourraient, en poussant tout droit, gagner Koukar-Nâg par
+Sôp et ses mines de fer. Nous tournons au contraire, à gauche, pour
+installer le camp à l'ombre des peupliers de Karpour. Plus hauts
+encore que ceux de Srînagar, ils forment, au centre d'un petit cirque
+de montagnes, un bouquet d'arbres magnifiques. Quelques-uns tombent de
+vieillesse. L'un d'eux s'est abattu en travers du sentier: impossible
+de remuer une semblable masse. On a trouvé plus court de creuser un
+passage au milieu de l'énorme tronc.</p>
+
+<p>Le lendemain, une autre passe nous mène dans la vallée de Nauboug. À
+celle-ci, on ne peut reprocher que d'être trop jolie. On dirait d'un
+parc bien entretenu. Une claire rivière serpente sur des galets polis
+entre des rizières d'un vert incomparable. Au-dessus, les champs de
+maïs s'étendent jusqu'aux vergers, qui ne finissent eux-mêmes qu'à la
+lisière des sapins. Mais, dans les creux exposés au nord, de grandes
+coulées de neige subsistent, et de ci, de là, s'ouvrent des échappées
+sur les hautes cimes, qui mêlent dans le bleu du ciel la blancheur de
+leurs glaces éternelles à celle des nuages d'été.</p>
+
+<p>Le meilleur campement est à Laram, au-dessus du village, sous des
+noyers. Il y faisait si délicieusement frais qu'en plein mois de
+juillet je trouvais plaisir, chaque soir, à me chauffer. C'est un des
+meilleurs souvenirs de mon voyage que ces soirées passées devant le
+feu du campement, où parfois flambait tout un sapin; car le bois ne
+manque pas. Rien d'ailleurs ne nous fait défaut de ce qui est
+nécessaire au ravitaillement: lait, beurre, &oelig;ufs, poulets, prennent
+spontanément le chemin du camp. Le miel est délectable. Enfin, ces
+bons Kachmiris ont eu l'ingénieuse prévenance de semer de véritables
+champs de petits pois et de faire <span class="pagenum"><a id="page028" name="page028"></a>(p. 028)</span> grimper un peu partout des
+haricots autour des tiges de maïs. Seulement, on a quelque peine à
+leur faire comprendre qu'on désire les manger verts; leur idée est
+qu'on attende qu'ils soient <i>paka</i> (cuits), c'est-à-dire mûrs. Plus
+lard, dans la vallée du Lidar, à mesure que nous gagnions une altitude
+plus haute, nous devions en trouver, très tard dans la saison, qui
+n'étaient pas encore secs. Cette découverte fut une joie si pure que
+je décidai immédiatement d'en faire part à mes contemporains et de
+composer dès mon retour un <i>Traité sur l'existence des légumes verts
+dans la djangle kachmirie</i>; ainsi me vint la première idée d'écrire
+les notes que vous lisez.</p>
+
+<p>En quittant Laram, comme je chemine au petit matin par le sentier
+humide, brusquement s'impose à moi, absurde et délicieuse, une
+impression de sol natal. Est-ce le pittoresque rétrécissement de la
+fraîche vallée et la vue de cette ferme paisible au milieu de ses
+vergers de pommiers remplis de gui? Est-ce le joyeux tic-tac que ce
+petit moulin mêle à l'allègre rumeur du ruisseau qu'il enjambe, ou le
+grisant parfum de miel qui monte de ce champ de blé noir en fleurs?
+Sans doute, c'est un peu tout cela qui fait que je me crois, comme par
+enchantement, transportée en Basse-Bretagne; et j'éprouve cette joie
+qui est peut-être la meilleure récompense du voyageur,&mdash;qui est aussi
+assurément la meilleure condamnation du voyage,&mdash;de goûter après tant
+d'inutiles courses la secrète douceur des paysages familiers.</p>
+
+<p>À quelques milles plus loin, on atteint les bords de la Bringh: la
+rivière coule très encaissée dans un lit étroit et creusé dans le roc
+vif, ce qui donne à ses eaux une teinte particulière d'opale bleutée.
+Au-delà du pont qui la franchit, on rejoint la route qui mène du
+Kitchwar en Kachmir. Il est rare qu'on n'y rencontre pas quelques
+Kichtwaris en voyage avec leur passe-montagne, leur court justaucorps
+et leurs inexpressibles <i>pyndjamas</i>, dont le fond, sillonné de mille
+plis, est tout un poème. Sur le chemin tout droit et ensoleillé, les
+arbres des villages font des haltes d'ombre où le repos semble
+d'autant plus doux. Comme nous approchons de l'un d'eux, j'entends un
+chant bizarre. C'était une sorte de mélopée qui montait, montait
+toujours, de plus en plus déchirante, pour finir par des sanglots.
+Information prise, c'était le chant de deuil d'une mère dont le fils
+était mort trois jours avant. Assise devant sa maison, près de son
+rouet délaissé, elle exaltait, dans une improvisation dolente, la
+beauté et les qualités du disparu. Chaque matin, jusqu'à la prochaine
+quinzaine obscure, elle devait, dès l'aube, manifester à nouveau sa
+douleur, jusqu'au moment où une autre femme, parente ou voisine,
+venait en silence poser sa main sur la bouche de la vocératrice, et
+lui faisait ainsi comprendre qu'elle s'était assez lamentée pour ce
+jour-là.</p>
+
+<a id="img032" name="img032"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img032.jpg" width="400" height="287" alt="" title="">
+<p class="cap400px">VER-NÂG: LE BUNGALOW AU-DESSUS DE LA SOURCE.&mdash;D'APRÈS
+UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>Nous plantons les tentes près de Vangam, dans un verger d'abricotiers,
+pour visiter, à une petite heure de là, sur la gauche, dans un de ces
+charmants vallons dont le pays abonde, la source intermittente de
+Soundbrâr. En juillet, ce n'est plus qu'une sorte d'entonnoir bordé de
+pierres brutes; mais en avril et mai, la source bouillonne et coule,
+dit-on, trois fois par jour. À cette époque, les pèlerins viennent en
+foule se baigner dans cette eau supposée sacrée. Rangés en silence
+tout autour, ils attendent sa venue, mais si, à son apparition,
+quelque sot crie: «La voilà!», l'onde, offensée, immédiatement se
+retire; du moins on me l'affirme avec un grand sérieux. Au temps de
+Bernier, «cette merveille du Cachemire» était déjà célèbre. Il la
+visita et en tenta une explication fondée, vu l'activité de la source
+au printemps, sur la fonte des neiges environnantes. Au lieu d'une
+cause physique, les Kachmiris assignent à cette intermittence une
+raison psychologique bien plus profonde. La déesse (car,
+naturellement, la source est fée) s'est dit: «En cet âge de fer, si je
+suis ici toute l'année, personne ne fera attention à moi. Je ne
+manifesterai <span class="pagenum"><a id="page029" name="page029"></a>(p. 029)</span> donc ma présence que deux mois par an; on ne
+m'en rendra que plus d'hommages....» Et le calcul s'est trouvé juste.</p>
+
+<a id="img033" name="img033"></a>
+<div class="floatright">
+<img src="images/img033.jpg" width="400" height="292" alt="" title="">
+<p class="cap400px">TEMPLE RUSTIQUE DE VOUTANAR.&mdash;D'APRÈS UNE
+PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>De Vangam, il n'y a qu'une courte étape jusqu'à Koukar-Nâg. Mais ici
+les mots me manquent pour décrire le charme de ce féerique séjour. Que
+vous dirai-je? Du pied d'une colline, couverte de pivoines
+arborescentes, jaillissent une dizaine de sources qui forment, limpide
+et fraîche, une petite rivière; aux bords, les mousses, les fougères,
+les myosotis, les reines des prés, se mêlent aux massifs de
+boules-de-neige et de rhododendrons. Au-dessus, des jasmins, des
+clématites, des rosiers grimpent aux arbres et retombent en
+berceaux.... Je sais bien qu'ailleurs il y a de toutes ces choses;
+mais nulle part, comme là, tout cela ne murmure, ne fleurit, ne
+parfume et n'enchante. Par instants sous la feuillée, ondule un éclair
+blanc à tête bleue, qui est un oiseau de paradis, au nom digne des
+lieux qu'il habite.... Du moins, ai-je cru y retrouver comme un
+vestige de l'antique Éden!</p>
+
+<p>Par intervalles seulement nous arrivent les bruits du monde. Un
+vieillard déguenillé, traînant son cheval par le licou, s'est arrêté
+près des tentes des domestiques et a conté la nouvelle du jour. Le
+mahârâdja est arrivé ce matin dans la Vallée; pour ses débuts, il a
+fait bâtonner le tahsildar (le sous-préfet) de Ver-Nâg. La raison: il
+n'y avait pas une provision d'herbe suffisante pour ses chevaux.
+Justement, je rencontre en me promenant deux jeunes garçons
+paisiblement assis à l'ombre, à côté d'un grand faix d'herbe: ils me
+font penser aux porteurs de marée de Vatel.</p>
+
+<p>Environ trois lieues nous séparent de la résidence du pauvre
+sous-préfet, qui, dit-on, aurait même laissé dans l'algarade une
+partie de sa barbe; et depuis il ne se montrait plus. Il suffit de
+traverser le petit massif qui sépare la vallée de la Bringh de celle
+de la Sandran. Par ce matin de juillet, nous passons près du petit
+temple rustique de Voutanâr. Du sentier, des chants nasillards
+s'entendaient entre les arbres; c'était le brahmane du lieu qui
+faisait sa <i>poudjâ</i>. Il était accroupi devant une noire statue de
+Vichnou à trois têtes, dont une de sanglier. Il l'avait déjà baignée,
+drapée dans un châle et couronnée de fleurs. Autour de lui gisait
+l'ordinaire attirail du culte: la conque, pour chasser les mauvais
+esprits, la clochette, pour réveiller l'attention du dieu, la lampe
+pour l'éclairer, le chasse-mouches pour l'éventer et les cymbales pour
+lui faire de la musique. Infatigablement, le vieux prêtre psalmodiait
+ses hymnes.... Qui donc disait que tous les dieux étaient morts?</p>
+
+<p>Du haut du raidillon qui monte derrière Voutanâr, la vue est un vrai
+coup de théâtre. À nos pieds, au fond de la vallée étroite et semée de
+bouquets d'arbres qui marquent les villages, le lit rocailleux de la
+Sandran court encadré de rizières et bordé de tamaris en fleurs. Dans
+un groupe de peupliers hauts comme des mâts de navire, on aperçoit le
+large bassin octogonal de Ver-Nâg. Par derrière, se dresse la
+formidable muraille du Banihal et les croupes boisées des contreforts
+qui en descendent. Le mince ruban qui les coupe est la route de
+Djammou, réservée au mahârâdja. Nous nous heurtons à la barrière
+méridionale du Kachmir.</p>
+
+<p>Au-dessus des arcades mogoles en alcôve, dont Jehan-Guir entoura la
+merveilleuse source de Ver-nâg, se dressent, sur trois côtés, des
+pavillons, ouverts à tous les vents, qui servent de <i>bungalows</i>. La
+belle Nour-Mahal y résida peut-être; en tous cas, c'est délice de s'y
+installer entre le bassin bleu et la colline verte. Un fouillis de
+clématites et de lianes, s'accrochant aux sapins, escalade la pente
+presque à pic. L'azur profond de l'eau est sillonné de poissons par
+myriades. Le gouffre, de plus de 100 mètres de tour, passe pour
+insondable; du moins, le pandit l'assure, ce qui ne l'empêche pas
+d'affirmer, non moins catégoriquement, qu'au fond <span class="pagenum"><a id="page030" name="page030"></a>(p. 030)</span> demeure un
+vieil anachorète. Voici comment cela s'est su. En ce temps-là, les
+hommes n'habitaient le Kachmir que pendant les six mois de belle
+saison; dès l'automne, ils s'empressaient de déguerpir pour céder la
+place à des démons et des lutins qui, pendant tout l'hiver, régnaient
+en maîtres dans la vallée. Une fois, les hommes laissèrent derrière
+eux un vieillard qui n'avait plus la force de suivre leurs migrations
+périodiques et ne valait pas la peine de son transport. Lutins et
+démons se firent un souffre-douleurs de l'intrus; mais, en jouant à la
+balle avec lui, ils le laissèrent choir dans le bassin de Ver-Nâg.
+Cette maladresse devait leur coûter cher. Au fond de la source, le
+pauvre vieux trouva un compatissant ascète qui lui fit présent de deux
+choses: un grimoire pour exorciser les démons et un <i>kangri</i> (la
+chaufferette kachmirie) pour se défendre du froid. Armé de ces deux
+dons précieux, le vieillard passa un hiver des plus confortables, et,
+au printemps de l'année suivante, les hommes eurent la surprise de le
+retrouver encore vivant. Il leur apprit son secret, et c'est depuis
+qu'ils résident à demeure dans la vallée.</p>
+
+<p>Par de petits vallons de plus en plus sauvages, nous pénétrons enfin
+dans le bassin fermé de Rozlou, que dominent les rocs et pics
+romantiques du sombre Soundrinâr. C'est un fief ou <i>djâgir</i>, jadis
+concédé par Randjit-Singh. Nous nous installons au village central de
+Kantchlou (le Kosroe des cartes!), résidence des hobereaux du canton,
+qui ont droit de basse justice. On nous indique une place de campement
+sous des noyers, dans ce qui m'a tout l'air d'un cimetière; mais en
+campagne, on n'y regarde pas de si près. Les tentes sont à peine
+dressées qu'arrivent les présents diplomatiques: des fruits, des
+légumes, du miel. Que peut-on bien désirer en échange? Pas
+grand'chose; un peu de ce produit de la civilisation qui a nom en
+français poudre de pyrèthre et, dans le jargon anglo-indien des
+domestiques, <i>piçou-powder</i>. On a beau être un seigneur féodal, on
+n'en est pas moins réveillé par ses puces.</p>
+
+<p>Le village était plein d'allées et de venues. Informations prises, il
+s'agissait d'un mariage, et les maîtres de céans font obligeamment les
+honneurs du défilé. La mariée passa la première, portée dans une
+litière hermétiquement close; puis vinrent les musiciens, tambourinant
+avec rage ou soufflant, avec force contorsions, dans des espèces de
+hautbois. Leur cacophonie me fait excuser l'air ahuri du fiancé, un
+garçon de douze ans, vêtu d'oripeaux rouge et or et coiffé d'un turban
+argenté, surmonté de l'habituelle aigrette de plumes de héron. Juché
+sur un cheval, il reconduit ainsi en pompe la jeune épousée chez ses
+parents, en attendant qu'ils soient d'âge tous deux à se mettre
+vraiment en ménage.</p>
+
+<a id="img034" name="img034"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img034.jpg" width="250" height="410" alt="" title="">
+<p class="cap250px">AUTEL DU TEMPLE DE VOUTANAR ET ACCESSOIRES DU
+CULTE.&mdash;D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>Ici encore, que de légendes locales! Je m'amuse à les recueillir par
+l'intermédiaire du pandit. C'est d'abord les hautes cimes voisines,
+encore zébrées de neige, que l'on dit hantées de Yoginis, moitié fées
+et moitié sorcières; malheur à qui s'égare dans leur retraite
+enchantée: il y laisse au moins sa raison. On nous conte, entre
+autres, un tour de leur métier, dont on dirait que Rudyard Kipling
+s'est inspiré dans son «Livre de la djangle». Un beau jour,&mdash;il y
+avait deux ans en 1896,&mdash;un Goudjar, en faisant paître son troupeau
+dans une prairie alpestre, trouva, assis sur un rocher, un garçon de
+quinze ans, muet et nu. Il l'emmena à la ziarat de Valtongou où,
+depuis trois mois, on le nourrissait aux dépens de la charité des
+fidèles, quand un homme de Shahabâd, venu en pèlerinage, reconnut son
+fils qui était perdu depuis douze ans. Nul doute qu'il n'eût été
+dérobé et nourri depuis ce temps à l'état sauvage par les Yoginis de
+la montagne. C'est encore à Valtongou que réside, pendant les six mois
+d'été, un nâga qui est censé passer l'hiver dans l'Inde. Enfin, avant
+de quitter la vallée, nous visitons le célèbre et fatidique nâga de
+Rozlou où, parfois, l'on entend, la nuit, se battre à grand fracas des
+troncs d'arbres morts! Quelque calamité menace-t-elle le pays, il
+trace sur la boue desséchée de son lit des signes prophétiques: une
+épée annonce la guerre, un van prévoit la famine, mais pour la
+<i>mahâmarî</i>, la grande tueuse (le choléra), c'est en traits de sang
+qu'est prédite sa venue.</p>
+
+<a id="img035" name="img035"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img035.jpg" width="600" height="428" alt="" title="">
+<p>NOCE MUSULMANE, À ROZLOU: LES MUSICIENS ET LE
+FIANCÉ.&mdash;D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>De Kantchlou à l'entrée de la vallée du Lidar, il faut, pour
+retraverser le Kachmir dans sa largeur, compter trois bonnes étapes et
+franchir quatre rivières. Je passe la première, le Vithavatour, sur de
+grosses pierres; arrivée au bord de la seconde, la Sandran, je ne suis
+pas peu surprise de trouver son lit complètement à sec; comme je
+demande où est l'eau, un Kachmiri fait un geste vague: elle est en
+train de vaquer à l'irrigation des champs. Quant à la Bringh, elle est
+si bien chez elle, qu'il me faut me résigner à emprunter le dos d'un
+<span class="pagenum"><a id="page032" name="page032"></a>(p. 032)</span> coolie pour la traverser. Je rencontre au gué une femme
+battue et pas contente, qui s'en allait se plaindre à la police
+d'Islamabâd, tenant précieusement dans sa main, comme pièces à
+conviction, les trois dents qu'une de ses voisines lui avait cassées.
+Tout ceci nous ramène de Lokabhavan, notre première halte, à la
+seconde, près des frais ombrages d'Atchibal, où nous retrouvons le
+gros de nos bagages.</p>
+
+<a id="img036" name="img036"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img036.jpg" width="600" height="431" alt="" title="">
+<p>SACRIFICE BRAHMANIQUE, À BHAVAN.&mdash;D'APRÈS UNE
+PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>D'Atchibal à Martand, la route court entre des rizières arrosées par
+l'Arpat. On traverse la rivière sur un pont rustique, fait de deux
+arbres jetés d'une rive à l'autre, puis recouverts de branchages et de
+terre; et bientôt on atteint le <i>karéva</i>. En juillet, la moisson de
+blé est déjà faite. De grosses meules de gerbes s'entassent près des
+villages; sur les aires, des b&oelig;ufs foulent les épis pour en faire
+sortir le grain. Dans les champs sont encore sur pied le lin déjà mûr
+et la plante annuelle qui fournit le coton (<i>gossypium herbaceum</i>).
+Dans les maïs et le millet picorent de nombreux couples de
+tourterelles grises, si peu farouches qu'elles ne se dérangent pas
+quand nous passons.</p>
+
+<a id="img037" name="img037"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img037.jpg" width="300" height="412" alt="" title="">
+<p class="cap300px">INTÉRIEUR DU TEMPLE DE MARTAND: LE REPOS DES COOLIES
+EMPLOYÉS AU DÉBLAIEMENT.&mdash;D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>Non loin du village de Martand se dresse ce qui fut, il y a bientôt
+mille ans, le plus beau temple&mdash;ce qui reste encore aujourd'hui les
+plus belles ruines du Kachmir. Le site en est magnifique. Le monument
+s'élève au pied de la colline, à la naissance d'un de ces grands
+plateaux, de formation alluviale, qui bordent comme d'une frange de
+falaises toute la ceinture des montagnes et semblent bien être les
+restes du lit d'un ancien lac. Ici le <i>karéva</i>, de forme triangulaire
+et relevé à son extrémité, s'avance au-dessus de la plaine comme une
+énorme proue. À gauche, se prolonge obliquement la chaîne dentelée et
+encore neigeuse du Pantsal; à droite, trois ou quatre arêtes de
+montagne se profilent, les unes derrière les autres, de plus en plus
+estompées dans l'éloignement; et, devant vous, c'est toute l'heureuse
+vallée, avec les teintes claires de ses rizières, les taches sombres
+de ses feuillages, les lacis d'argent de ses fleuves; et ainsi à perte
+de vue, depuis les premiers plans qui sont verts, jusqu'aux plus
+lointains qui sont bleus. Imaginez enfin tout cela baigné dans cette
+belle lumière du Kachmir, à la fois si limpide et si vaporeuse, dans
+l'air léger des hauteurs. Que ce soit le matin, quand le soleil, se
+levant derrière vous, soulève les brouillards de la vallée, ou bien le
+soir, quand il noie les fonds dans la brume d'or du couchant, il est
+peu de plus beaux spectacles; et il ne serait pas moins difficile de
+trouver un meilleur cadre à ce merveilleux tableau que les hautes
+arches trifoliées, bâties par Lalitâditya à la gloire de sa divinité
+favorite, le Soleil.</p>
+
+<p>Plus de mille ans ont passé, et les imposantes murailles sont toujours
+debout, au milieu d'une cour rectangulaire, bordée d'une colonnade et
+flanquée de quatre portes, dont la plus monumentale est celle de
+l'ouest. Si, le jour, les débris du temple ont encore grand air, la
+nuit, au clair de lune, ils reprennent, comme font souvent les ruines,
+un reflet de leur ancienne splendeur.... Ce soir-là, très haut dans le
+ciel d'un bleu de saphir, le croissant était suspendu, les cornes en
+l'air; l'azur foncé du zénith se dégradait peu à peu en un gris qui
+lui-même se teintait doucement, pour finir à l'horizon par une large
+bande rose. Sous l'ombre croissante, par l'ampleur des écroulements et
+par la massive élégance de ses lignes, le vieux temple hindou revêtait
+une majesté comparable à celle des ruines romaines. Deux colonnes,
+isolées et reliées encore par leur architrave, ajoutaient à
+l'illusion. Ce n'est pas un des moindres attraits du Kachmir que d'y
+retrouver jusqu'à des sensations d'Italie.</p>
+
+<span class="pagenum"><a id="page033" name="page033"></a>(p. 033)</span>
+
+<a id="img038" name="img038"></a>
+<div class="wrap_area">
+<img src="images/img038.jpg" width="600" height="554" alt="" title="">
+<div class="shape_wrap">
+ <div style="width: 440px; height: 195px;">&nbsp;</div>
+ <div style="width: 610px; height: 360px;">&nbsp;</div>
+<p class="floatright cap400px">RUINES DE MARTAND: FAÇADE POSTÉRIEURE ET VUE LATÉRALE
+DU TEMPLE. D'APRÈS DES PHOTOGRAPHIES.</p>
+</div>
+
+<p>Au village de Martand, peu d'arbres, partant peu d'ombre.
+Nous songeons à établir notre campement sous un bouquet de sapins,
+près des ruines, mais l'eau potable manque, à moins de nous contenter
+de celle de la mare où vont puiser les ménagères, et qui sert
+d'abreuvoir aux troupeaux. Nous décidons d'aller planter nos tentes à
+Bhavan, à un mille environ de Martand. Nous y descendons par un chemin
+étrangement raviné, mais pour trouver bientôt l'un des plus beaux
+campements du Kachmir.</p>
+
+<p>Bhavan possédait autrefois, comme Atchibal et Ver-nâg, un jardin de
+plaisance, ainsi qu'en témoignent les restes d'importants travaux. Au
+pied d'une colline presque nue, l'abondante source forme un premier
+bassin qui se déverse dans un second plus large, où, sous l'eau
+opaline, on voit encore des assises de pierre. De là, le nâga, ou même
+les deux nâgas, à ce que disent les brahmanes, coulaient par trois
+canaux de granit, celui du milieu faisant cascade. L'eau a aujourd'hui
+déserté les canaux ruinés, elle s'égare parmi les capillaires en une
+série de cascatelles et s'échappe par un tunnel qu'elle s'est creusé.
+C'est là, à la fraîcheur des eaux vives, sous les platanes séculaires
+formant une voûte haute comme celle d'une cathédrale et laissant
+passer une lumière tamisée d'un doux vert pâle, qu'est établi notre
+camp.</p>
+</div>
+
+<p>Ma première visite fut pour la source où d'innombrables poissons
+vivent des offrandes des fidèles. Les brahmanes de l'endroit en font
+autant. Bhavan est, en effet, un grand lieu de pèlerinage. À certaines
+périodes, les Hindous du Kachmir et même du Pendjâb s'y rendent en
+grand nombre, pour célébrer des sacrifices funèbres en l'honneur de
+leurs ancêtres morts. Voici, à ce propos, la légende qui me fut
+contée: Au commencement des temps, Aditi, femme de Kaçyapa, avait déjà
+mis au monde douze fils, appelés Adityas, du nom de leur mère, et qui
+sont douze dieux solaires présidant aux douze mois. Elle pensa qu'il
+n'y avait rien de bon à attendre d'une treizième grossesse, et elle
+jeta un dernier &oelig;uf dans le lac qui recouvrait alors le Kachmir.
+Toutefois, cet &oelig;uf dédaigné finit par éclore, et il en sortit un
+pauvre petit avorton de soleil qui reçut le nom de Martand, parce
+qu'il était né d'un &oelig;uf qu'on avait cru mort. Tout malingre qu'il
+fût, il alla bravement trouver son père et sa mère, et leur dit: «Vous
+avez donné un mois à chacun de mes frères, j'en veux un pour ma part.»
+Le cas aurait pu être embarrassant. Mais il faut savoir que les
+brahmanes se servent à la fois d'un calendrier lunaire et solaire. Or
+douze mois lunaires ne font que trois cent cinquante-quatre jours,
+tandis qu'une année solaire en compte trois cent soixante-cinq et
+quelques heures: il en résulte <span class="pagenum"><a id="page034" name="page034"></a>(p. 034)</span> que tous les deux ans et demi
+le calendrier lunaire est en retard d'un mois sur le solaire. On
+compense cette différence en intercalant un mois lunaire
+complémentaire. C'est ce mois que Martand reçut en apanage: aussi bien
+n'a-t-il été inventé que pour cela; enfin, ce mois intercalaire est
+consacré au culte des <i>pitris</i>, des «pères», c'est-à-dire des ancêtres
+morts. On conçoit que les cérémonies seront infiniment plus méritoires
+si on les accomplit au lieu même qui fut le berceau du dieu de ce
+mois.</p>
+
+<p>Il faut voir avec quel empressement, au retour de chaque saison
+sainte, les deux cents ou deux cent-cinquante brahmanes officiants ou
+pourohitas de Bhavan vont à la rencontre des pèlerins de l'Inde,
+munis, si l'on peut dire, de leur «livre des visiteurs». C'est une
+liste de tous ceux pour qui ils ont déjà officié. Quiconque peut avoir
+une vague parenté avec l'une des personnes inscrites leur appartient
+de droit. Ils s'en emparent sur le champ et le pèlerin ne se tirera
+pas de leurs mains sans y laisser quelques plumes. C'est, pendant tout
+un mois, une période d'abondance. On prétend que les poissons même du
+Nâg, trop gavés, refusent les grains de riz et de maïs grillé qu'on
+leur jette. Mais il ne s'agit pas seulement, pour <i>pourohitas</i> de
+faire bombance, il leur faut aussi songer à économiser pour l'avenir.
+Chacun d'eux compte bien mettre de côté quelques centaines de roupies.
+Étant donné que, sauf cas de disette, deux ou trois roupies par mois
+suffisent à nourrir un homme, et quatre ou cinq par an à le vêtir
+confortablement, cela leur permettra d'attendre sans trop d'impatience
+le prochain pèlerinage. Cette année-là, une pauvre petite veuve de
+quinze ans avait donné à elle seule, pour le salut de son mari, deux
+cents roupies: on se montrait le brahmane à qui était échue cette
+bonne aubaine. Un autre vint m'avertir qu'il était le <i>pourohita</i> en
+titre des Sahebs et m'invita d'office à m'inscrire sur son livre
+contre argent comptant. Car il n'est de pires mendiants au monde, et
+il est curieux d'observer combien les Hindous les méprisent tout en
+les employant. Pour un brahmane de bonne maison, le nom de <i>pourohita</i>
+serait une véritable injure.</p>
+
+<a id="img039" name="img039"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img039.jpg" width="300" height="398" alt="" title="">
+<p class="cap300px">PLACE DU CAMPEMENT SOUS LES PLATANES, À BHAVAN.&mdash;D'APRÈS
+UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>Mais, en somme, il faut bien que tout le monde vive, et ces pauvres
+gens ont aussi leurs qualités. Ainsi, mon soi-disant aumônier hindou
+me fut très précieux: il fit toutes mes commissions, se chargea de
+veiller au ravitaillement et à la réparation du mobilier du camp
+pendant mon séjour à Bhavan, et m'indiqua le meilleur four du village
+où faire cuire la pâtisserie. Enfin, ils éprouvent le besoin de mettre
+leur conscience en repos en rendant à la divinité une partie de ce
+qu'ils ont pris aux fidèles. Avec le mois intercalaire, leur saison
+venait de finir. Le 28 juillet 1896, ils se cotisèrent pour célébrer,
+en manière d'action de grâces, une sorte de sacrifice pique-nique.
+Sous un beau platane, au bord de la rivière, on avait établi un petit
+bûcher carré; et tout le jour on jeta dans les flammes des fleurs, des
+fruits, du beurre fondu ou <i>ghî</i>, du miel, du riz, du maïs, sans
+compter du sucre candi et autres douceurs du même genre. Au pied de
+l'arbre, les chanteurs de textes sacrés ne se taisaient point, et
+toujours revenait le «Svaha» monotone accompagnant le geste machinal
+de l'officiant. S'il faut tout dire, je contribuai aussi de mon obole
+au sacrifice; mais, en retour, je fus autorisée de la meilleure grâce
+du monde à en prendre des instantanés: l'un d'eux vient de passer sous
+les yeux du lecteur.</p>
+
+<a id="img040" name="img040"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img040.jpg" width="600" height="456" alt="" title="">
+<p>LA ZIARAT DE ZAÏN-OUD-DIN, À EICHMAKAM.&mdash;PHOTOGRAPHIE
+BOURNE ET SHEPHERD, À CALCUTTA.</p>
+</div>
+
+<p>À propos de <i>pourohitas</i>, j'ai été, à Bhavan, témoin d'une petite
+comédie assez amusante. J'ai dit que j'avais engagé les services d'un
+pandit de Srînagar. Un jour qu'il prenait le frais près des tentes, à
+l'ombre des beaux platanes, nonchalamment pelotonné au creux de son
+siège favori,&mdash;une vieille chaise de bord <span class="pagenum"><a id="page035" name="page035"></a>(p. 035)</span> transformée en
+chaise de camp,&mdash;accourt un brahmane de l'endroit qui jette son turban
+à ses pieds. Il n'est pas de façon plus solennelle de faire appel à la
+charité de quelqu'un, ni de se mettre sous sa protection, corps et
+âme. Or c'est de l'âme que souffrait le pauvre homme. Voici son
+histoire telle que le pandit me la conta. Ce brahmane, un peu sot,
+avait une femme très jolie et un méchant voisin; celui-ci lui prit
+celle-là. Les personnes soucieuses de sauver l'honneur de la
+corporation prétendirent qu'il l'avait enivrée dans du lait, sur le
+chemin, un jour qu'elle se rendait chez son père; puis, la jetant dans
+un bateau, il l'avait emmenée jusqu'à Srînagar, où il la garda quelque
+temps. Un beau matin, la panditânî reparut au village, et son mari,
+bonnement, la reprit chez lui. Jusqu'ici l'aventure est banale. Le
+plaisant de l'affaire, c'est que le voisin étant musulman, la femme
+avait perdu sa caste en sa compagnie, et que le pauvre brahmane
+«tomba» à son tour de la sienne pour avoir accueilli au pigeonnier le
+retour de la voyageuse. Aucun de ses collègues ne voulait plus
+s'asseoir à sa table, ni rien accepter de sa main. Ses malheurs
+domestiques se compliquaient d'excommunication majeure. Il y avait
+bien de quoi faire rouler son turban dans la poussière. «Toi,
+disait-il, tu es un pandit de la ville; sage et savant, tu connais les
+textes sacrés; fixe ma pénitence et sois mon arbitre. Je ferai tout ce
+que tu auras décidé.» Ces flatteries allèrent, sans doute, au c&oelig;ur
+du pandit, qui aussitôt mit sa plus belle robe pour aller conférer de
+l'autre côté du ruisseau avec les <i>pourohitas</i> réunis en assemblée
+plénière. Puis il passa tout le reste du jour à élaborer,&mdash;en
+sanscrit, s'il vous plaît,&mdash;son arrêt de justice, en y joignant tous
+les considérants appropriés. Il ne manqua pas, avec les explications
+nécessaires, de m'en donner la primeur, tant il semblait ravi de la
+sagesse de sa sentence. La femme était condamnée à observer le v&oelig;u
+de <i>pruajâpati</i>. C'est une sorte de neuvaine. Les trois premiers
+jours, on ne doit manger qu'une fois le soir, les trois suivants
+seulement le matin, et, les trois derniers, rien autre que ce que l'on
+reçoit en don. En somme, on n'en meurt pas; mais il paraît qu'il est
+écrit qu'il ne faut imposer aux femmes, aux enfants et aux vieillards
+que des pénitences légères. Pour le mari, le pandit fut sans pitié. Il
+était d'autant moins disposé à le ménager qu'il tenait pour certain
+que son cas ne pouvait être que celui d'un imbécile ou d'un méchant
+homme; en quoi il exagérait. Toujours est-il que le pauvre brahmane en
+avait pour trois jours à ne cesser de répéter sans manger ni dormir,
+le nom béni de «Râm! Râm!». Après quoi, purifié par l'énonciation
+continue des <span class="pagenum"><a id="page036" name="page036"></a>(p. 036)</span> divines syllabes et l'absorption des cinq
+produits de la vache (lait, petit-lait, beurre fondu et deux autres
+sur lesquels il est préférable de ne pas insister), il ne lui restait
+plus qu'à s'endetter, pour offrir à tous ses collègues brahmaniques un
+grand banquet auquel on lui ferait l'honneur de prendre part. Il en
+advint comme l'oracle de la grande ville l'avait décidé dans sa
+sagesse; et c'est ainsi que le pandit de village dut faire pénitence
+pour les péchés de sa panditânî.</p>
+
+<p>À cinq lieues au-dessus de Bhavan, faisant face à la grande vallée,
+Eichmakam (le séjour des délices) étage au flanc de la colline ses
+maisons dominées par les vieilles murailles de sa ziarat. On dirait un
+village d'Ombrie; la ziarat, avec sa loggia italienne, ajoute encore à
+la ressemblance, que sa flèche de pagode n'arrive pas à détruire.
+C'est le sanctuaire de Zaïn-oud-din, l'un des disciples du grand saint
+national du Kachmir, Nour-oud-din. Il est tenu en grande vénération,
+surtout par les bateliers, qui y conduisent leurs enfants quand le
+moment est venu de couper leur première mèche de cheveux. Ils amènent,
+en même temps, volailles et béliers, qu'ils tuent et mangent sur
+place. On assure que plus de deux cents personnes vivent ainsi des
+offrandes des fidèles. Le mode de répartition est des plus simples:
+chacun des moullas, à tour de rôle, encaisse la recette du jour.</p>
+
+<p>La ziarat domine les noyers sous lesquels on campe. On prend pour y
+monter l'unique rue, mi-raidillon, mi-casse-cou, bordée d'échoppes
+capricieusement alignées. En haut de ce bazar de village, un escalier
+conduit à la porte où quelques vieux moullas s'agitent à votre
+arrivée, pendant que le frère portier, assis près du gong qu'il frappe
+pour sonner les heures, tend la main tout comme un sacristain italien.
+Deux des côtés de la cour rectangulaire sont occupés par la galerie
+(j'allais dire le cloître), les deux autres par des constructions et
+l'entrée du sanctuaire. C'est une toute petite grotte taillée en plein
+roc, à peine assez grande pour contenir cinq ou six personnes. Le
+moulla, dont c'était le jour de recette, était accroupi près d'une
+sorte de grande cage de bois noir cachée sous une housse de cotonnade
+peinte et malpropre. C'est le cénotaphe du Saint. Après sa disparition
+miraculeuse, on a retrouvé, à cette place, sa lance, sa guirlande et
+son pain.</p>
+
+<p>Avant de les laisser quitter la ziarat, on exhibe aux visiteurs ces
+reliques et quelques autres; à la longue lance s'est joint un joli arc
+en fer forgé et articulé; la guirlande est faite d'une dizaine de
+galets de la grosseur d'un petit &oelig;uf, percés au milieu et enfilés à
+une cordelette; le fameux pain ressemble à un biscuit pétrifié; vient
+enfin une sandale de bois et jusqu'aux cornes de la chèvre du Saint.
+Il faut voir avec quelle dévotion prêtres et pèlerins les baisent et
+s'en frottent les yeux. Je fus encore plus surprise de là pieuse
+déférence avec laquelle notre brahmane vénère ces reliques d'un saint
+mahométan. Il gobe visiblement toutes les histoires qu'on lui conte et
+qu'à mesure il me traduit; aussi bien la plupart empruntent au terroir
+une saveur beaucoup plus hindoue que musulmane, et il est fâcheux que
+la place me manque pour les rapporter. Qu'il suffise de dire que ces
+suppôts de l'islam, dont quelques-uns ont des têtes dignes de
+Rembrandt, se donnent bénévolement le titre de rishis, emprunté aux
+plus anciennes traditions de l'Inde. En réalité, pandits ou musulmans
+du Kachmir sont de la même mouture et bons à remettre pêle-mêle dans
+le même sac. Quitter Bhavan pour Eichmakam, c'est tomber de brahmanes
+en moullas.</p>
+
+<p class="sig">(<i>À suivre.</i>) <span class="right10">M<sup>me</sup> <span class="smcap">F. Michel</span>.</span></p>
+
+<a id="img041" name="img041"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img041.jpg" width="400" height="285" alt="" title="">
+<p>NÂGA OU SOURCE SACRÉE DE BHAR, ENTRE BHAVAM ET
+EICHMAKAM. D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p class="smaller center">Droits de traductions et de reproductions réservés.</p>
+
+
+
+<p class="serie"><span class="pagenum"><a id="page037" name="page037"></a>(p. 037)</span> TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.&mdash;4<sup>e</sup> LIV. <span class="right05">N<sup>o</sup> 4.&mdash;28 Janvier 1905.</span></p>
+
+<a id="img042" name="img042"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img042.jpg" width="600" height="342" alt="" title="">
+<p>MAISONS DE BOIS, À PALGÂM.&mdash;PHOTOGRAPHIE BOURNE ET
+SHEPHERD, À CALCUTTA.</p>
+</div>
+
+
+
+
+<h2>L'ÉTÉ AU KACHMIR<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3" title="Lien vers la note 3"><span class="smaller">[3]</span></a><br>
+<span class="smaller">Par M<sup>me</sup> F. MICHEL.</span></h2>
+
+<p class="resume">IV. &mdash; Le pèlerinage d'Amarnâth. &mdash; La vallée du Lidar. &mdash; Les pèlerins
+ de l'Inde. &mdash; Vers les cimes. &mdash; La grotte sacrée. &mdash; En <i>dholi</i>. &mdash; Les
+ Goudjars, pasteurs de buffles.</p>
+
+
+<a id="img043" name="img043"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img043.jpg" width="250" height="356" alt="" title="">
+<p class="cap250px">PALANQUIN ET PORTEURS.</p>
+</div>
+
+<p>Des quatre torrents de montagne, qui se réunissent près d'Anantnâg ou
+Islamabâd pour former la rivière maîtresse du Kachmir, le plus
+considérable est, sans contredit, celui du Lidar. C'est aussi celui
+dont la vallée est la plus pittoresque, et réunit le plus
+d'attractions. Quinze lieues durant, du haut des glaciers originels
+jusqu'aux plus prochaines rizières, d'abord il dévale en ruisseaux
+laiteux, sur les pentes nues des sommets, puis rugit de roc en roc, au
+creux de gorges magnifiquement boisées, pour s'étaler enfin, vif et
+clair, en maints lits semés de cailloux, à travers la plaine élargie.
+Si tant d'écume et de bruit venait à sembler monotone, le décor a des
+figurants variés à souhait. Des centaines de pèlerins, arrivant de
+tous les coins de l'Inde, remontent à chaque mois d'août le cours
+entier du torrent, jusque par delà ses sources, avec leur cortège
+obligé de brahmanes et de coolies kachmiris. Leur route est toute
+jalonnée de surprenants sanctuaires, les uns construits de main
+d'homme et les autres simples jeux de la nature, temples ruinés,
+sources sacrées, rochers divins ou lacs de mystère, et dont chacun a
+sa légende et sa particulière vertu. C'est ainsi que la vallée du
+Lidar s'accommode aux goûts de tout le monde; il y a place pour le
+pécheur à la ligne, pour l'amateur de ruines et de paysages, comme
+pour le curieux d'humanité. Aussi, n'est-il pas étonnant que le nombre
+des visiteurs aille croissant chaque année; quelques-uns même,
+délaissant les plaisirs «sportifs» de Goulmarg, la station d'été
+officielle, ou reculant devant le long voyage de Sonamarg,
+s'établissent, pour laisser passer les grandes chaleurs, aux alentours
+de Palgâm; comme eux, je préférai le paisible «village des bergers»
+à la «prairie d'or» et même à celle «des roses».</p>
+
+<p>Déjà nous avons visité ensemble toute la partie basse de la vallée,
+depuis Bhavan, fertile en brahmanes, <span class="pagenum"><a id="page038" name="page038"></a>(p. 038)</span> jusqu'à Eichmakam,
+riche en moullas. Après ce dernier village, la vallée s'étrangle
+subitement et désormais la route suit le bord du Lidar. La rivière,
+elle-même au lieu de former un inextricable réseau de ruisseaux&mdash;dans
+la traverse d'Eichmakam à Sallar, j'en ai compté une quarantaine,&mdash;ne
+coule plus que dans un seul lit, roulant dans ses rapides écumeux
+d'énormes troncs de déodars et de sapins.</p>
+
+<p>Nous arrivons à Bhatkote sous une belle averse. En attendant que les
+tentes soient debout, je cherche un abri sous la véranda de la petite
+mosquée. C'est, comme dans tous les villages, un bâtiment fort
+misérable et délabré. Le Kachmiri musulman se soucie moins d'Allah que
+des saints locaux et fréquente les ziarats de préférence aux mosquées.
+Je ne trouve, comme siège, que le cercueil qui sert à porter en terre
+tous les morts des environs.</p>
+
+<p>Pendant ce temps, une scène épique se passait sous les beaux noyers du
+campement. Bhatkote est habité par des <i>maliks</i>, des seigneurs du
+chemin, sans doute descendants de quelque petit râdja commandant
+autrefois dans la vallée. Tout musulmans qu'ils soient, il leur reste
+le privilège de conduire les pèlerins hindous à Amarnâth et
+d'encaisser le quart des offrandes. Un très vieux «chef», sinon le
+plus vieux du village, se trouve bientôt aux prises avec le pandit.
+Celui-ci demandait du riz que celui-là refusait énergiquement, jurant
+«par sa barbe et par le Coran» qu'il n'y en avait pas un grain dans le
+village. Le pandit qui, sur ce chapitre, n'entend pas la plaisanterie,
+menaçait le vieillard de son bâton. La menace n'était pas sérieuse; le
+bonhomme en fut pourtant si effrayé que, défaillant, il dut
+s'accroupir au pied d'un arbre pour ne pas tomber, tant il tremblait,
+cependant que le <i>tchaukidar</i> (garde-champêtre), pour calmer la colère
+plus feinte que réelle du pandit, lui prenait la barbe à la manière
+antique en l'appelant «baba-dji» (vénéré père).</p>
+
+<p>Une heure plus tard, le vieux malik, ayant coiffé un beau turban et
+endossé une robe verte, vint me donner ses <i>salâms</i> et m'offrir tout
+ce dont nous aurions besoin: volailles, beurre, lait, &oelig;ufs et
+légumes,&mdash;pour un bon prix, bien entendu. Après quoi, il m'informa
+qu'il était un très vieil homme et qu'on avait tenté de l'assassiner
+quand, à l'arrivée, il venait pour me saluer.... J'eus quelque peine à
+lui faire entendre raison. Comme à Bhatkote on dit définitivement
+adieu aux éternelles rizières, mes gens désiraient légitimement
+augmenter, avant d'entrer en montagne, leur provision pourtant déjà
+considérable de riz. En exhibant les «parvanas»,&mdash;les lettres de
+réquisition dont nous nous étions munis à Srînagar,&mdash;ils finirent par
+en obtenir un peu, mais au prix de 8 <i>sêrs</i> (un <i>sêr</i> est d'environ
+800 gr.) à la roupie, ce qui semblait un vol au pandit qui à Bhavan en
+obtenait seize pour le même prix, et vingt-quatre à Islamabâd.</p>
+
+<p>Après Bhatkote, la «scenery», comme disent les Anglais, devient de
+plus en plus sauvage; en certains endroits, la Vallée se transforme en
+une véritable gorge, ne laissant de place qu'au sentier et au torrent.</p>
+
+<a id="img044" name="img044"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img044.jpg" width="400" height="265" alt="" title="">
+<p class="cap400px">GANECH-BAL SUR LE LIDAR; LE VILLAGE HINDOU ET LA ROCHE
+MIRACULEUSE.&mdash;D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>Un peu plus haut, elle s'élargit de nouveau, et l'on arrive à
+Ganech-Bal. Le petit village de ce nom est partagé en deux par la
+rivière. Sur la rive gauche et sur les premières pentes, trois
+maisons, dans quelques champs de maïs (<i>makhi</i>) et de blé noir
+(<i>troumba</i>), forment le village musulman. De l'autre côté, au ras de
+l'eau, deux maisons pour les pourohitas et quelques <i>baradéris</i> ou
+pavillons de planches, pour les pèlerins: c'est le village hindou.
+L'endroit n'en est pas moins célèbre à cause de l'image du dieu auquel
+il doit son nom. N'allez pas croire qu'il s'agisse d'une statue, mais
+cherchez avec les yeux de la foi, au milieu des rapides de la rivière,
+une roche que l'eau courante a vaguement modelée en forme de tête
+d'éléphant: voilà Ganech!</p>
+
+<p>Au moment du pèlerinage, quelques judicieuses applications de minium,
+laissant deux taches noires pour figurer les yeux, soulignent
+heureusement la ressemblance. C'est, en somme, une de ces images
+<i>svayambhou</i> (c'est-à-dire nées d'elles-mêmes, naturelles) qui sont si
+fréquentes et si vénérées au Kachmir. D'après les <span class="pagenum"><a id="page039" name="page039"></a>(p. 039)</span> brahmanes,
+Bout-Shikan, l'iconoclaste, dans sa tournée de destruction, entendit
+parler de cette image et résolut de la détruire aussi. Il se mit donc
+en route. À la première halte, la nuit, Ganech lui apparut et lui
+parla: «Ne va pas plus loin; je te touche les genoux en signe. Et si
+cela ne te suffit pas, demain matin, regarde le Lidar: il roulera
+rouge.» Il en fut ainsi; mais l'incrédule dédaigna cet avertissement
+du ciel; aussi, avant même d'arriver à l'image, périt-il avec toute
+son escorte sous les aiguillons d'une nuée d'abeilles. Le dixième jour
+de la quinzaine claire de <i>çrâvan</i> (août), en leur chemin pour
+Amarnâth, les pèlerins s'y arrêtent. On fait un pont de planches de la
+rive à l'idole. Les fidèles lui offrent des gâteaux de farine et de
+miel, puis en donnent aux brahmanes du lieu, et enfin en mangent, s'il
+en reste.</p>
+
+<a id="img045" name="img045"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img045.jpg" width="600" height="339" alt="" title="">
+<p>LE MASSIF DU KOLAHOI ET LA BIFURCATION DE LA VALLÉE DU
+LIDAR AU-DESSUS DE PALGÂM. VUE PRISE DE GANECH-BAL. PHOTOGRAPHIE JADU
+KISSEN, À DELHI.</p>
+</div>
+
+<p>À partir de Ganech-Bal, les emplacements de camp abondent jusqu'à
+Palgâm. Sur les anciennes berges de la rivière, situées à présent bien
+au-dessus du lit actuel, les tentes des Sahebs font de nombreuses
+taches blanches sous les pins bleus et les sapins d'argent,&mdash;le
+<i>kairou</i> et le <i>soungal</i> des Kachmiris, les <i>pinus excelsa</i>, et <i>abies
+webiana</i> des botanistes. Il va de soi qu'avec un pareil afflux
+d'Européens, les ressources des hameaux voisins sont vite épuisées. Il
+faut avoir au moins deux coolies faisant la navette, pour le
+ravitaillement et la poste entre Islamabâd ou Srînagar et le
+campement. Qui dira jamais les surprises que ménage le retour de ces
+commissionnaires improvisés!</p>
+
+<p>Palgâm éparpille ses maisons de bois au pied de l'énorme massif
+neigeux du Kolahoi, à la bifurcation des deux principales branches du
+Lidar. C'est la branche de droite que remonte vers le nord-est la
+route d'Amarnâth. L'époque traditionnelle de la visite de la fameuse
+grotte est proche, et, le 17 août, nous faisons nos derniers
+préparatifs pour l'excursion.</p>
+
+<p>Nous commençons par confier au lambardâr le gros de nos bagages, pour
+n'en garder que tout juste le nécessaire: les tentes et leur mobilier
+indispensable, la batterie de cuisine, des vivres pour quinze jours et
+des vêtements chauds. Tout compte fait, il reste encore quinze
+charges; il nous faut donc quinze porteurs. S'il est facile de trouver
+des coolies pour vous conduire d'une étape à l'autre, c'est une tout
+autre affaire quand il s'agit de les garder, une semaine ou deux, loin
+de leurs villages et de leurs champs. À l'appât d'un bon salaire et
+d'une indemnité quotidienne de nourriture (<i>rasad</i>), il convient
+d'ajouter une douce pression officielle pour achever de décider les
+plus hésitants. Toutes les autorités du village étaient convoquées, ce
+matin, à cet effet, et discutaient ferme, c'est-à-dire qu'elles
+criaient toutes ensemble. Enfin, le lambardâr d'Eichmakam, qui est en
+même temps le «jelladar» de toute la vallée, s'emploie à trouver les
+quinze coolies qu'il nous faut. Son obligeance n'est pas absolument
+désintéressée, et ce gros personnage sollicite, comme récompense, des
+bouteilles et des boîtes de conserves vides. Entre temps, il expédie
+son <i>dâk</i> ou courrier, un bout de papier plié très étroit, pincé dans
+la fente d'une baguette, que ses administrés se repassent de main en
+main, jusqu'à destination: le plus étonnant, c'est que ces lettres
+arrivent.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page040" name="page040"></a>(p. 040)</span> Comme la pleine lune approche, nous voyons toute la journée
+défiler nombre de ces religieux mendiants que l'on appelle <i>sâdhous</i>;
+s'il s'agissait de musulmans, on les appellerait des fakirs. Les uns
+sont plus ou moins vêtus de cotonnade orange, les autres affublés de
+robes semblables à des habits d'arlequin; quelques-uns, presque nus,
+ont le corps frotté de cendres. Tous sont porteurs d'un bol à aumônes,
+tantôt en cuivre, tantôt fait d'une noix de coco ou d'une courge. L'un
+d'eux avait planté le sien en guise de coiffure sur ses cheveux roux,
+décolorés par la cendre; c'était à peu près tout son vêtement. Outre
+les sâdhous qui, pour la plupart, viennent de l'Inde, des familles
+entières de brahmanes montent de Srînagar, hommes, femmes, et même
+quelques enfants, dont certains encore à la mamelle. Tout ce monde ne
+dépassera pas Palgâm avant deux jours. À ce moment, le surintendant de
+police donnera le signal, et un sâdhou, portant la bannière, se mettra
+en marche vers Amarnâth; tout le monde suivra.</p>
+
+<p>En attendant, ils campent dans une sorte d'île formée par deux bras de
+la rivière. Nous sommes naturellement allés les voir. Ils ont des
+tentes de tout genre, la plupart de simples abris drôlement fabriqués
+avec trois bâtons coupés dans la djangle, et un morceau de mauvaise
+étoffe. La palme appartenait sans conteste à un ascète presque nu,
+dont le logis avait pour dôme un parapluie, et un châle comme mur de
+clôture. Un autre, très vieux, portant une longue barbe blanche en
+pointe, l'air martial, très causeur, nous présente ses trois disciples
+et nous conte qu'il vient de Patiala, l'un des États indigènes du
+Pendjâb; nous prenons rendez-vous, là-haut, à la grotte.</p>
+
+
+<p class="date">Tannin, 18 août.</p>
+
+<a id="img046" name="img046"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img046.jpg" width="300" height="420" alt="" title="">
+<p class="cap300px">VALLÉE D'AMARNÂTH: VUE PRISE DE LA GROTTE.&mdash;D'APRÈS UNE
+PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>Nous voici à Tannin depuis deux heures; le temps de souffler et de
+dîner. L'étape est rude depuis Palgâm. Nous sommes partis ce matin à
+sept heures après un dernier «bandobast», l'achat de quelques paires
+de <i>poulahor</i> ou sandales faites d'herbes tressées, et de <i>kangris</i>,
+la chaufferette nationale des Kachmiris. Deux paires de chaussures et
+un kangri coûtent 3 annas (30 centimes).</p>
+
+<p>Tout le monde était en mouvement dans le camp des pèlerins. Les uns
+démolissaient leurs abris pour se draper dans la pièce d'étoffe qui,
+la nuit, leur servait de maison. D'autres, très affairés, allumaient
+de petits feux. Les plus matineux allaient à la rivière éteindre le
+bois qui devait leur servir le soir.</p>
+
+<p>Les ponts rustiques passés, nous avons suivi, au flanc de la montagne,
+un sentier abrupt, juste assez large pour une personne. Deux heures
+après, nous étions à Preslang, misérable village, le dernier de la
+route et où l'on ne peut rien trouver.</p>
+
+<p>À mesure qu'on avance, la vallée devient de plus en plus belle et
+sauvage. Le torrent se précipite entre des rochers énormes, formant,
+en certains endroits, jusqu'à trois étages de cascades. Sur la rive
+gauche, les hautes montagnes neigeuses sont couvertes de sapins,
+tandis que la rive droite, exposée au sud, est nue. Elle rachète sa
+nudité par les fantastiques découpures de ses pics granitiques. Ici,
+une mince aiguille, pointant droit vers le ciel, semble un clocher,
+tandis qu'à côté, on croirait voir quelque château fort ruiné ou bien
+encore le porche d'un grand temple.</p>
+
+<p>Nous sommes campés au confluent de deux torrents, une réduction de
+Palgâm en plus sauvage, dans une clairière bordée de pins et de
+bouleaux. Les tentes sont comme adossées à la montagne que nous
+gravirons demain, dès l'aube. En attendant, ce soir, la lune éclaire
+le grandiose paysage, baignant de lumière le haut des falaises et les
+pics qui, de tous côtés, émergent des masses sombres des forêts.</p>
+
+<span class="pagenum"><a id="page041" name="page041"></a>(p. 041)</span>
+
+<a id="img047" name="img047"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img047.jpg" width="600" height="460" alt="" title="">
+<p>PANDJTARNI ET LE CAMP DES PÈLERINS: AU FOND LA
+PASSE DU MAHAGOUXAS.&mdash;PHOTOGRAPHIE JADU KISSEN, À DELHI.</p>
+</div>
+
+
+<p class="date">Zodji-Pâl, 19 août.</p>
+
+<p>Au sortir du campement, nous avons commencé l'ascension de Pich-bal,
+la bien nommée «montagne de la Puce». C'est une falaise, haute d'au
+moins 500 mètres, et presque à pic. Le sentier monte tout droit dans
+les pierres, «par le chemin de l'eau»,&mdash;bien entendu quand elle
+descend pendant la fonte des neiges. C'est à peine si, de ci, de là,
+il esquisse quelques zigzags; ou bien des roches forment de hautes
+marches, sur lesquelles on se hisse comme on peut. Vus d'en haut, nos
+pauvres coolies faisaient pitié. Penchés vers la terre, sous le faix
+des <i>kiltas</i> et des tentes, qui ressemblaient assez à de grosses
+coquilles brunes ou blanches, ils se traînaient péniblement, pareils à
+des escargots malades. La ligne des arbres était déjà dépassée, et
+tout le monde se plaignait, plus ou moins, des nausées et des
+vertiges, premiers symptômes du mal des hauteurs.</p>
+
+<p>Mais cette sorte de gigantesque seuil franchi, quelle joie pour la
+caravane de s'affaler pour souffler dans l'herbe fleurie! Nous avions,
+en effet, atteint le <i>marg</i>. La grande prairie alpestre ressemblait à
+un immense jardin rustique, où poussaient, pêle-mêle, pieds
+d'alouette, sainfoin, fumeterre, myosotis, campanules, prêles, et, ça
+et là, de grosses touffes de chardons jaunes, dont la tige atteint
+jusqu'à 3 mètres. Voilà une bien plate énumération; mais avec quels
+mots rendre le charme virginal et la fraîcheur de ces plantes des
+cimes, qui ne fleurissent que pour Dieu?</p>
+
+<p>Le sentier court, à présent, à mi-côte, le long de la pente herbeuse,
+dans une sorte de large val. À gauche, au-dessus de nos têtes,
+surplombent de hautes falaises déchiquetées et convulsées, qui
+semblent vouloir nous écraser au passage. À droite, au-dessous de
+nous, la rivière s'engouffre sous des tunnels de neige ou s'en échappe
+en cascades, remplissant ces voûtes naturelles de poussière d'eau et
+de bruit. Çà et là, quelques bouleaux s'entêtent encore à pousser.
+Beaucoup sont couchés à terre par les avalanches, et leurs branches
+tordues et sans feuilles rampent comme des serpents d'argent.
+Ailleurs, tout un groupe échevèle ses branches nues, mort sans doute
+sous le couteau de l'écorceur. Par places, seulement, ils ont gardé
+leur beau feuillage vert sombre.</p>
+
+<p>Soudain, sur la rive droite, une échappée s'ouvre sur de glorieux
+glaciers; nous campons juste en face, dans la prairie qui prête à nos
+tentes son moelleux tapis. Mais avec la nuit, la pluie et le froid
+tombent, et, <span class="pagenum"><a id="page042" name="page042"></a>(p. 042)</span> pour nous chauffer, nous n'avons qu'un feu de
+bois de bouleau qui, lentement, noircit, et, par instants, fuse en
+étincelles, sans flamber.</p>
+
+
+<p class="date">Çecha-Nâg, 20 août.</p>
+
+<p>Ce matin, il nous a fallu escalader encore un nouveau gradin
+montagneux, un peu moins haut, mais non moins rude. Nous nous élevons
+ainsi d'une marche par jour, comme des nains par un escalier de
+géants. D'arbres, il n'en est plus question, sauf quelques buissons
+rabougris de genévriers, qui se terrent dans le creux des roches.</p>
+
+<p>Nous atteignons enfin le bord d'un lac. Il n'est autre, paraît-il, que
+le nâga qui, jadis, demeurait près de Bidj-Bihara, et qui s'est
+retiré, par dégoût du monde, dans ces solitudes glacées. Nâg ou lac,
+l'aspect en est sinistre et grandiose. Il remplit de son eau vitreuse
+une coupe ovale, bordée de pics rugueux; à la tête, un grand glacier
+ferme une large échancrure que domine, casquée de neige, la cime noire
+du Koh-i-Nour.</p>
+
+<p>J'écris, emballée dans une fourrure, avec un <i>kangri</i> sous mes pieds;
+pourtant, le soleil n'est pas couché. Il me cuit la joue droite, la
+gauche gèle. J'avais lu quelque chose de semblable dans un récit de
+voyage au Tibet, et je ne pouvais y croire. C'est une première
+expérience, comme d'ailleurs celle du <i>kangri</i>, mais celle-ci plutôt
+agréable. Quand je lève les yeux, je ne vois autour de moi que de la
+roche et de la neige. C'est toute l'aridité des bords de la mer encore
+amplifiée. Les nuages remplissent la gorge étroite par laquelle nous
+comptons nous échapper demain du cirque de montagnes qui nous entoure;
+on les voit s'abaisser avec le soir le long de leurs flancs. Bientôt,
+ils seront sur nous. Quand les coolies se taisent, on n'entend plus
+que la rumeur des ruisseaux qui, de tous côtés, dévalent des glaciers
+sur les pentes, et le coup de sifflet aigu des marmottes, déchirant
+l'air de temps en temps. On a tout à fait l'impression d'un paysage
+éternel, tel qu'il restera jusqu'à la consommation des âges, alors que
+la terre ne sera plus qu'un astre mort; et c'est comme si nous
+touchions les extrémités déjà refroidies de la planète.</p>
+
+<a id="img048" name="img048"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img048.jpg" width="300" height="423" alt="" title="">
+<p class="cap300px">CASCADE SORTANT DE DESSOUS UN PONT DE NEIGE ENTRE
+TANNIN ET ZODJI-PÂL.&mdash;D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p class="date">Kêl Nàr, 21 août.</p>
+
+<p>En nous réveillant, ce matin, nous avons trouvé toutes les cimes
+d'alentour poudrées de neige fraîche. Une pluie glacée tombe sur nous.
+Voici pourtant les pèlerins qui arrivent à la file indienne. Ils sont
+pitoyables à voir ainsi, demi-nus et grelottants sous leurs minces
+vêtements de coton. Certes, le premier qui mit à la mode le pèlerinage
+d'Amarnâth avait le sens et le goût du pittoresque, mais surtout il ne
+manquait pas de courage. C'est bien une autre affaire pour ces pauvres
+gens que pour nous, qui sommes relativement «confortables». Au fond,
+ils y risquent leur vie, et, dans les mauvaises années, beaucoup
+périssent de froid. Il est vrai qu'ils ont, pour les soutenir, la foi
+et l'espoir de voir Çiva face à face, motif plus entraînant, sinon
+même plus excusable, que ma curiosité.</p>
+
+<p>Profitant d'une éclaircie, nous nous décidons, à notre tour, à partir.
+Nous débutons par passer un torrent sur un pont de neige; c'est
+décidément plus solide qu'on ne croirait. Et voici d'autres ruisseaux
+qui nous barrent la route. Il serait étonnant de rencontrer tant d'eau
+à de telles hauteurs si les inépuisables réserves des glaciers ne se
+dressaient encore bien au-dessus de nous.</p>
+
+<p>Des cris désespérés: c'est un coolie, étalé au beau milieu du torrent,
+qui beugle lamentablement en se raccrochant à une pierre. Ses
+camarades accourent à son aide et le ramènent au bord. Naturellement,
+sur les quinze, c'est celui qui portait le lait et le sucre qui est
+seul à prendre ce bain forcé. Par bonheur, la <i>kilta</i> ferme bien, et
+notre provision d'épicerie est sauve. Quant au lait qu'il portait à la
+main, c'est une offrande involontaire aux nâgas de la contrée.</p>
+
+<a id="img049" name="img049"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img049.jpg" width="600" height="434" alt="" title="">
+<p>LE KOH-I-NOUR ET LES GLACIERS AU-DESSUS DU LAC
+ÇECHA-NAG.&mdash;PHOTOGRAPHIE JADU KISSEN, À DELHI.</p>
+</div>
+
+<p>L'incident clos, on se hisse encore, en prenant la montagne en flanc,
+pour gagner la passe du Mahâgounas, <span class="pagenum"><a id="page044" name="page044"></a>(p. 044)</span> «du grand Serpent».
+Elle est couverte de neige, ce qui n'a rien de surprenant; nous sommes
+à 14&nbsp;000 pieds d'altitude. Nous peinons dans les pierres éboulées: une
+moitié de montagne est tombée dans la passe; le pandit veut qu'un coup
+de foudre ait déterminé l'éboulement. Beaucoup de pierres sont
+arrangées par trois ou quatre, en sorte de petites maisons comme les
+enfants en construisent. Chaque pèlerin en bâtit une et y dépose un
+sou, que les maliks de Bhatkote ramassent ensuite. Nous montons
+toujours. Çà et là, quelques edelweiss se montrent. Rien ne saurait
+rendre l'aspect désolé de cette passe entre ses deux murailles de
+granit sous le ciel gris; le vent qui la balaie nous glace jusqu'aux
+os. Un cairn en marque le faîte; nous accomplissons en passant le rite
+d'ajouter notre pierre au monceau. Puis nous descendons le long de
+pentes glissantes et couvertes d'herbes dans une nouvelle vallée,
+semblable à celle que nous venons de quitter, mais orientée, celle-ci,
+vers le nord, et qui déverse ses eaux, non plus dans le Lidar, mais
+dans le Sind.</p>
+
+<a id="img050" name="img050"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img050.jpg" width="600" height="448" alt="" title="">
+<p>GROTTE D'AMARNÂTH.&mdash;PHOTOGRAPHIE JADU KISSEN, À DELHI.</p>
+</div>
+
+<p>La pluie nous a rattrapés en chemin; la voilà bientôt qui se change en
+neige fondue, puis en neige véritable. Les coolies sont bien loin
+derrière. Nous nous arrêtons à la première place où l'on puisse songer
+à camper, près de Kêl-Nàr, la «gorge de l'Ibex». J'attends là deux
+mortelles heures, sous la neige, les tentes, qui n'arrivent toujours
+pas. Les voici enfin, on les monte à la diable. Rien à tirer de nos
+gens. Les domestiques hindous, qui n'avaient jamais vu tomber de
+neige, sont positivement atterrés. Les coolies, qui ont pourtant de
+bonnes couvertures de laine, pleurent, disant qu'ils vont tous mourir.
+Deux d'entre eux manquent à l'appel, et la nuit vient. Deux autres de
+leurs camarades consentent, moyennant un gros <i>bakchich</i>, à se mettre
+à leur recherche. Pour comble, pas de bois pour faire du feu; tout au
+plus peut-on, avec une lampe à alcool, me préparer une tasse de thé.
+J'ordonne une distribution générale de sucre, qui est considéré ici
+comme un «aliment chaud», je fais mettre les coolies sous la double
+toile et jusque dans les «bathrooms» des tentes, où, toute la nuit,
+ils grognent, grouillent, geignent, accroupis sur la terre détrempée
+de la prairie. Les pieds de mon lit de camp s'y enfoncent, pendant que
+les bâtons de la tente plient et craquent sous le poids de la neige
+qui charge la toile.</p>
+
+
+<p class="date">Pandjtarni, 22 août.</p>
+
+<p>La neige a continué à tomber une partie de la nuit; mais ce matin,
+quel beau soleil étincelait sur les neiges nouvelles, et avec quel
+plaisir bêtes et gens s'y chauffaient! Cela a rendu courage à tout le
+monde, et il se trouve qu'après tout personne, pas même les poulets
+que nous traînons après nous, n'est <i>mar-gaya</i>, «allé mort».</p>
+
+<a id="img051" name="img051"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img051.jpg" width="400" height="269" alt="" title="">
+<p class="cap400px">ASTAN-MARG: LA PRAIRIE ET LES BOULEAUX.&mdash;D'APRÈS UNE
+PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>L'étape qui nous reste à fournir est, d'ailleurs, fort courte. On
+continue à descendre le long de la même vallée, toute fleurie
+d'immortelles et de gentianes, en traversant cinq fois le torrent qui
+serpente au fond. Les marmottes, assises au bord de leurs trous, nous
+regardent passer. En face de nous, derrière quelques montagnes nues,
+se dresse le pic d'Amarnâth, terme de notre excursion et but du
+pèlerinage. Déjà, ce rocher que nous longeons n'est autre que le
+«tambour de Çiva». Les pèlerins ont soin de le faire résonner au
+passage, en le frappant d'un galet. Presque aussitôt on arrive à
+Pandjtarni. Les «cinq rivières» coulent dans un immense lit, moitié
+rocaille, moitié prairie, descendant de deux beaux glaciers,
+curieusement striés. Nous ne sommes heureusement pas obligés, comme
+les pèlerins, de prendre un bain «frappé» dans chacune d'elles. Nous
+installons notre campement au bout de la prairie, près de l'endroit où
+les cinq rivières se réunissent pour former le Sangam (confluent). À
+cette place, la haute vallée s'étrécit de nouveau, et par la porte
+ouverte de ma tente, orientée au nord, je ne vois qu'un triangle de
+ciel pâle, qui est celui du Ladâkh ou petit <span class="pagenum"><a id="page045" name="page045"></a>(p. 045)</span> Tibet. Sa
+frontière n'est qu'à un jour de marche, mais nous sommes trop tard
+dans la saison, et la gorge qui mène à Baltal est, pour le moment,
+infranchissable.</p>
+
+<a id="img052" name="img052"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img052.jpg" width="600" height="379" alt="" title="">
+<p>CAMPEMENT DE GOUDJARS À ASTAN-MARG.&mdash;D'APRÈS UNE
+PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>Au soir, les pèlerins sont enfin arrivés. Les officiers de police, que
+le mahârâdja mobilise pour le soin temporel des pèlerins, les avaient
+retenus à notre campement d'avant-hier, de peur qu'ils ne fussent pris
+dans la passe par la neige. Ils sont on retard. À la nuit tombante,
+ils arrivent encore le long du sentier, que leur file indienne dessine
+à perte de vue. Je suis allée les voir à six heures. Ils remontaient
+la berge, tout grelottants de leurs cinq bains consécutifs et le front
+barbouillé de jaune et de rouge par les <i>pourohitas</i> qui, dès deux
+heures de l'après-midi, les guettaient, accroupis au bord de la
+dernière rivière. Quelques tentes étaient déjà debout. Les marchands
+qui suivent les pèlerins avaient ouvert boutique pour ceux qui ne
+peuvent allumer de feu, soit faute de bois, soit que leurs v&oelig;ux le
+leur interdisent. Il y avait là des vendeurs de <i>mithaï</i> (confiseurs)
+et des espèces d'épiciers débitant du mauvais thé et des ingrédients
+bizarres, de petites graines d'amarante qui ne rompent pas le jeûne,
+des amandes, des noyaux d'abricots, du chanvre à fumer haché très fin,
+des tas de choses hétéroclites par petits lots ou dans des sacs
+minuscules. Nos coolies eux-mêmes se sont transformés en marchands de
+bois; aussitôt les tentes montées, ils étaient partis à l'aventure, et
+les voici qui reviennent, chargés de fagotins de genévrier.</p>
+
+<p>C'est une cohue des plus amusantes et bariolées; des gens enfoncent
+des piquets de tente, d'autres récurent d'énormes pots de cuivre jaune
+où, tout à l'heure, cuira le riz; des sâdhous, et même des sadhounies
+de l'Inde, en coudoient d'autres du Ladâk et du Népal; et tous ces
+gens grouillent au pied de la montagne, qu'ils graviront demain matin.</p>
+
+
+<p class="date">Amarnâth, 23 août.</p>
+
+<p>De bonne heure, ce matin, les pèlerins sont partis pour Amarnâth, par
+leur chemin spécial, laissant seulement quelques coolies pour garder
+le camp. Ce chemin a ses mérites particuliers. D'abord, il est très
+dur; il faut franchir une crête à plus de 5&nbsp;000 mètres d'altitude et
+redégringoler de l'autre côté comme on peut. On fait, en outre, ses
+dévotions à une aiguille rocheuse, qui passe pour être une image de
+Bhairava. On lui offre des gâteaux de farine, du sucre et du <i>ghî</i>,
+rite d'autant plus méritoire que ces pauvres pèlerins grimpent là-haut
+absolument à jeun. Jadis, nombre de sâdhous escaladaient la roche et
+se précipitaient à terre, c'est-à-dire, d'après leurs idées, montaient
+au ciel. Ce saut périlleux dans l'autre monde est, à présent, interdit
+par la police; qu'on nie après cela les progrès de la civilisation!</p>
+
+<p>Sur l'autre versant, on rencontre dans les rochers une fissure qui
+forme une sorte de porte naturelle: <span class="pagenum"><a id="page046" name="page046"></a>(p. 046)</span> celui qui l'a franchie
+n'est plus condamné à renaître, car c'est là l'idée que les Hindous se
+font de leur «salut». Le pandit contait que ceux qui ont quelque chose
+de grave sur la conscience sont empêchés de passer: une force
+mystérieuse et invincible les arrête, et l'on assure que plus d'un se
+sent mal à l'aise en approchant de cette épreuve redoutée. Après quoi,
+il ne reste plus qu'à gagner la bienheureuse grotte.</p>
+
+<p>Pour nous autres, profanes, nous nous bornons à prendre, pour y aller,
+le chemin que les pèlerins suivent pour revenir; c'est aussi celui
+qu'adoptent de préférence les fidèles qui se sentent trop faibles et
+les malades assez insensés pour venir chercher ici leur guérison. Il
+ne faut pas croire, d'ailleurs, qu'il soit des plus faciles: on est
+heureux de trouver place pour un pied à la fois, souvent sur du
+schiste émietté qui s'éboule.</p>
+
+<a id="img053" name="img053"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img053.jpg" width="300" height="437" alt="" title="">
+<p class="cap300px">LE BAIN DES PÈLERINS À AMARNÂTH.&mdash;D'APRÈS UNE
+PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>Le pis est qu'après avoir monté, il ne reste plus qu'à descendre par
+un sentier du même acabit, jusqu'à ce qu'on gagne enfin le lit du
+torrent d'Amarnâth, de son nom Amarâvati. On marche au creux de cette
+lugubre vallée de mort, tantôt sur des éboulis, tantôt sur des tunnels
+de neige. De chaque côté, vous oppressent des montagnes nues, dont la
+crête est aussi déchiquetée que celle des vagues un jour de tempête.
+De quelques-unes, avec leurs stries bizarrement soulevées, on dirait
+d'énormes lames figées dans leur effort vers le ciel. Dans l'une
+d'elles, à gauche, on aperçoit enfin une large baie ouverte à mi-côte,
+où montent et descendent des files ininterrompues de pèlerins; c'est
+la grotte du «Seigneur des immortels». Un jour dans l'an, le 15<sup>e</sup> jour
+de la quinzaine claire de çrâvan, le jour de la pleine lune d'août,
+les pèlerins remplissent ainsi la vallée de leur multitude bariolée,
+où domine la couleur orange des vêtements des sâdhous, et de la rumeur
+de leurs cris. Leur première action est de se baigner dans le ruisseau
+d'Amarâvati, qui forme, à gauche de la grotte, trois étages de
+cascades. Celui du bas semble réservé aux femmes. Puis, tous les
+hommes, vêtus seulement d'un pagne d'écorce de bouleau retenu autour
+des reins par une cordelette de même nature, les femmes, drapées d'une
+pièce d'étoffe immaculée, tous poussant le même cri:
+«Amarnâth-Svâmi-ki-Jay! Vive le seigneur roi des Dieux!» se
+précipitent vers la grotte. On y accède par une sorte de rampe, le
+long de la paroi de gauche. La grande arche béante, haute comme une
+voûte de cathédrale, est à moitié comblée à droite par les
+éboulements. Les pèlerins se plâtrent la figure, certains même tout le
+corps, avec la poudre de la pierre de gypse où elle est creusée. Il
+faut les voir à l'entrée de la caverne, les mains étendues, la tête
+renversée et la bouche ouverte, guettant éperdûment les infiltrations
+de la voûte pour tâcher d'en recueillir au vol quelques gouttes, car
+cette eau n'est rien moins que de l'<i>amrita</i>, de l'ambroisie. Enfin,
+se prosternant de tout leur long, ils pénètrent dans la grotte.</p>
+
+<p>Le but principal du pèlerinage est la contemplation des sources
+glacées qui sont censées représenter Çiva et même sa famille.
+Imaginez, dans un retrait, où le soleil ne pénètre jamais, des sortes
+de petits dômes de glace. Le plus grand ne serait rien autre qu'une
+image naturelle du dieu. Certains prétendent que l'épaisseur de la
+glace croît et décroît avec la lune; personne, d'ailleurs, n'est là
+pour le voir. Dans l'âme des pèlerins, il n'y a pas l'ombre de
+scepticisme. Avec quelle dévotion ils se pressent vers le bloc de
+glace, y frottant avec frénésie leurs fronts, leurs bras, leurs torses
+nus; quand ils ont fini de se frotter d'un côté, ils recommencent de
+l'autre. Puis ils organisent, dans l'ombre froide de la grotte, une
+sorte de danse sacrée, rythmée par des battements de mains.</p>
+
+<p>Inutile de dire que les <i>pourohitas</i> sont de la fête; ils ont décoré
+les blocs glacés d'oripeaux rouges, de petites lampes fumeuses, et y
+ont semé des fleurs. Deux d'entre eux sont, sans façon, accroupis sur
+Çiva; deux autres tiennent une corde de paille pour maintenir la foule
+qui se presse alentour. Tous ces prétendus fanatiques nous font
+d'ailleurs bon accueil. On semble me savoir gré d'avoir remplacé mes
+impures chaussures de cuir par des sandales de paille. On s'informe
+avec intérêt si je vais faire ou si j'ai déjà fait le <span class="pagenum"><a id="page047" name="page047"></a>(p. 047)</span>
+<i>darçan</i> (la contemplation) du fameux glaçon. J'aurais d'ailleurs été
+désolée de contrister en quoi que ce soit le c&oelig;ur de ces braves
+gens. Si toute croyance est respectable dès lors qu'elle est sincère,
+le mépris n'est pas de mise ici.</p>
+
+<a id="img054" name="img054"></a>
+<div class="floatright">
+<img src="images/img054.jpg" width="400" height="562" alt="" title="">
+<p class="cap400px">PÈLERINS D'AMARNÂTH: LE SÂDHOU DE PATIALA; PAR
+DERRIÈRE, DES BRAHMANES, ET À DROITE, DES MUSULMANS DU
+KACHMIR.&mdash;D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>À la vérité, les pourohitas marquent un empressement exagéré et
+bousculent les pauvres sâdhous pour faire une large place aux Sahebs
+qui, à défaut de conviction, apportent des roupies. Ils me donnent, en
+échange, quantité de sucre candi, des amandes, des fleurs, et
+m'attachent au poignet gauche un bracelet de laine rouge et de soie
+jaune. Une pauvre vieille femme me demande l'aumône et va
+immédiatement apporter la piécette d'argent à d'autres brahmanes, en
+train de sacrifier autour d'un petit feu. Ce soir, on partagera la
+recette: un quart sera pour les pourohitas de Bhavan, un quart pour
+ceux de Ganech-Bal, un autre pour les sâdhous qui ont porté
+l'étendard, et le dernier pour les maliks de Bhatkote. Nous avons
+entendu plus tard, en repassant par ce village, les doléances du vieux
+malik: les petits hobereaux n'avaient eu pour leur part que cent
+roupies. Chaque année, d'ailleurs, ils ne manquent pas de se déclarer
+lésés, pour la bonne raison que l'accès de la grotte&mdash;et par suite,
+tout contrôle sur les opérations financières qui s'y passent,&mdash;est
+interdit aux musulmans.</p>
+
+<p>Cependant, le <i>darçan</i> fait, tout est fait; il ne reste plus qu'à s'en
+aller. Alors, c'est une déroute lamentable parmi ces pauvres gens déjà
+épuisés par huit jours de fatigues et de jeûnes, et que la volonté
+d'arriver au but ne soutient plus. Tant que le sentier descend la
+vallée d'Amarnâth, en vue de la caverne, cela va encore, et l'on
+entend quelques cris enthousiastes. Au bord du torrent, nous voyous
+deux femmes s'arrêter; par trois fois, elles puisent de l'eau dans le
+creux de leurs mains et se font boire réciproquement, et par trois
+fois, elles se donnent l'accolade. C'est un pacte d'amitié qu'elles
+sont en train de sceller entre elles. Un tel pacte, assure le pandit,
+prime tout intérêt mondain ou tout lien de famille; c'est à la vie et
+à la mort. Bientôt, les acclamations s'éteignent, les groupes
+s'espacent et s'éparpillent. Un des disciples de notre vieille
+connaissance, le sâdhou de Patiala, mourant, allait rester sur la
+place, faute de dix annas pour se faire porter. À la première montée,
+ce ne sont partout que des gens affalés sur les pentes, cramponnés aux
+touffes d'herbes, haletants, geignants, et ne voulant pas croire que
+l'ascension puisse jamais finir. De l'autre côté du contrefort, la
+descente sur les cinq rivières n'est pas plus brillante; beaucoup qui,
+tout à l'heure, grimpaient en rampant, à quatre pattes, se laissent à
+présent glisser sur le dos. En bas, un dernier bain, aussi sacré que
+froid, les attend en l'honneur des ancêtres, comme s'ils voulaient
+hâter le moment d'aller les rejoindre. La fatigue, il faut l'avouer,
+m'a terrassée comme eux et, comme eux, je me traîne, tant bien que
+mal, jusqu'au campement de Pandjtarni. Par derrière, les officiers de
+police s'occupent à presser les derniers retardataires; ce serait la
+mort <span class="pagenum"><a id="page048" name="page048"></a>(p. 048)</span> certaine pour ceux qu'on abandonnerait sur le chemin
+dans ces solitudes désolées, où tout est de glace, jusqu'aux dieux; et
+pour un an entier, la vallée d'Amarnâth retombe dans son silence.</p>
+
+<p>Le 24 août au matin, il n'y avait plus que nos tentes de dressées, à
+Pandjtarni, sur la prairie étincelante de gelée blanche. Je me ressens
+à ce point des fatigues de la veille que je suis obligée de différer
+mon départ d'un jour. Quand le surintendant de police, qui continue à
+fermer la marche du cortège vient, avant de partir à son tour,
+m'offrir ses services, je lui demande de m'envoyer un <i>dholi</i> avec
+double équipe de porteurs. Le <i>dholi</i>, pour ceux qui l'ignorent, est
+une espèce de palanquin de forme carrée, surmonté d'un dais d'étoffe.
+Bien suspendu entre deux longs bambous, l'appareil me sembla
+confortable; son seul défaut est d'être fort encombrant. Mais mes huit
+mulets non baptisés sont des <i>kahars</i> exercés et qui me portent par
+les chemins les plus difficiles avec une incroyable adresse.</p>
+
+<p>On suit au retour le même chemin qu'à l'aller, sauf que d'ordinaire
+l'on coupe au plus court par une passe encore plus haute que celle du
+Mahâgounas (les cartes anglaises accusent 16&nbsp;000 pieds) et non moins
+rocailleuse. Brusquement on arrive après avoir contourné une corniche
+vertigineuse, sur l'autre versant. Sous nos pieds se creuse un immense
+gouffre, entouré de crêtes bizarrement «ondées», et profond de plus de
+1&nbsp;000 mètres. On croirait, à première vue, qu'il est impossible de
+descendre des pentes aussi abruptes; on les descend cependant, non
+sans peine et sans risques. Au bas, près d'un ruisseau qui sort
+soudain de terre, les bouleaux retrouvés forment un nid de verdure qui
+a nom Astan Marg.</p>
+
+<p>Toute une famille de pasteurs Goudjars est établie là avec ses
+buffles. La vieille mère, bonne femme à tête de sorcière, vient me
+faire ses <i>salâms</i> en m'offrant d'épaisses galettes de lait cuit et
+m'invite du geste à entrer dans la hutte. Ce n'est qu'un large auvent
+supporté par quelques troncs d'arbres, d'ailleurs simple séjour d'été;
+l'hiver, ils redescendent dans leurs villages. Je n'aperçois, en fait
+de mobilier, que ces sacs de peau de chèvre où l'on conserve le beurre
+fondu et les pots de terre ou de bronze où on le fait fondre. Dans un
+coin, une toute jeune femme était étendue sur un lit d'herbes sèches,
+ayant à côté d'elle son bébé, nouveau-né de la veille. Comme ses
+compagnes, elle est couverte de bijoux et je compte jusqu'à douze
+anneaux d'argent par oreille. Ainsi, la coquetterie ne perd jamais ses
+droits, et je reste sceptique sur la simplicité tant vantée des
+bergères. Connaissent-elles seulement leur bonheur? Volontiers, je
+partagerais pour le reste de l'été leur claire et fraîche retraite
+qu'un poète du cru ne manquerait pas de décrire, nichée au creux du
+géant Himalaya, comme un joyau sur le sein de la déesse Pârvati.
+Malheureusement, les nécessités du ravitaillement s'y opposent et il
+faut se rabattre sur des régions de 1&nbsp;000 mètres plus basses et où
+déjà l'on respire un air plus lourd. Encore deux jours de pittoresque
+descente et mes porteurs me déposaient doucement à terre à Palgâm. De
+là, il ne me reste plus qu'à retraverser le Kachmir en diagonale, si
+je veux être arrivée à temps pour faire l'ascension de l'Haramouk.</p>
+
+<p class="sig">(<i>À suivre.</i>) <span class="right10">M<sup>me</sup> <span class="smcap">F. Michel</span>.</span></p>
+
+<a id="img055" name="img055"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img055.jpg" width="400" height="291" alt="" title="">
+<p>MOSQUÉE DE VILLAGE AU KACHMIR.&mdash;D'APRÈS UNE
+PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p class="smaller center">Droits de traduction et de reproduction réservés.</p>
+
+
+
+
+<p class="serie"><span class="pagenum"><a id="page049" name="page049"></a>(p. 049)</span> TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.&mdash;5<sup>e</sup> LIV. <span class="right05">N<sup>o</sup> 5.&mdash;4 Février 1905.</span></p>
+
+
+<a id="img056" name="img056"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img056.jpg" width="600" height="442" alt="" title="">
+<p>BRODEURS KACHMIRIS SUR TOILE.&mdash;PHOTOGRAPHIE BOURNE ET
+SHEPHERD, À CALCUTTA.</p>
+</div>
+
+
+
+
+<h2>L'ÉTÉ AU KACHMIR<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4" title="Lien vers la note 4"><span class="smaller">[4]</span></a><br>
+<span class="smaller">Par M<sup>me</sup> F. MICHEL.</span></h2>
+
+<p class="resume">V. &mdash; Le Pèlerinage de l'Haramouk. &mdash; Alpinisme funèbre et
+ hydrothérapie religieuse. &mdash; Les temples de Vangâth. &mdash; Frissons
+ d'automne. &mdash; Les adieux à Srînagar.</p>
+
+<a id="img057" name="img057"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img057.jpg" width="250" height="330" alt="" title="">
+<p class="cap250px">MENDIANT MUSULMAN. D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>Le huitième jour de la quinzaine claire de Bhadrapâda qui, cette année
+(1896), tombait le 14 septembre, est le grand jour des morts des
+pandits kachmiris. Mais il ne s'agit pas seulement d'aller apporter
+des fleurs à un cimetière plus ou moins proche; il leur faut monter à
+plus de 4&nbsp;000 mètres, par de rudes chemins, à travers des passes
+désolées, jusqu'à un lac, entouré de glaciers et de pentes pierreuses,
+au pied du géant Haramouk. Comme on jette plus volontiers dans le
+Gange les cendres des Hindous de l'Inde, celles des brahmanes et des
+Sikhs du Kachmir viennent toutes s'amasser là. Aussi bien le lac
+est-il donné, pour les besoins de la cause, comme une des sources du
+grand fleuve sacré.</p>
+
+<p>Les profanes et les cartes l'appellent Gangâbal; les brahmanes disent
+simplement la Gangâ, ou la Moukouta-Gangâ, la «Gangâ du diadème». On
+sait que le grand fleuve coule du chignon de Çiva, et l'Haramouk,
+l'énorme massif de roches et de glaces qui domine cinq vallées et
+dresse vers le ciel sept grands pics inégaux, n'est autre que le
+neigeux diadème en même temps que la demeure du dieu. Les pandits
+affirment sans rire que les années de sécheresse, en faisant la
+<i>pradakchinâ</i>, c'est-à-dire le tour du lac à main droite, on aperçoit
+comme des cheveux d'où ruisselle <span class="pagenum"><a id="page050" name="page050"></a>(p. 050)</span> la source! Si le huitième
+jour de la quinzaine claire de Bhadrapâda tombe après le commencement
+de la saison d'automne, le rite du «jet des cendres» dans la Gangâ est
+remis à l'année suivante. Cette année-là, il s'en est fallu de peu
+qu'il n'eût pas lieu; la saison d'automne commençait le neuvième jour
+de la quinzaine.</p>
+
+<p>Dans toutes les maisons où il y a eu un mort, un des parents, aussi
+proche que possible, doit forcément faire l'ascension. Ce pèlerinage
+de Gangâbal a donc un caractère local tout particulier. Ici plus de
+pèlerins de l'Inde, autant dire point de Sâdhous; quelques Sikhs mis à
+part, on n'y voit que des brahmanes kachmiris; c'est un vrai
+pèlerinage de famille.</p>
+
+<p>Et ce n'est pas une petite affaire pour les pandits. On sait quelle
+frayeur plaisante les Kachmiris ont des magnifiques montagnes au sein
+desquelles ils vivent et qu'il leur plaît de contempler de loin. Le
+«bandobast» est une aussi longue opération que s'il s'agissait d'un
+voyage au pôle; il faut s'assurer d'une tente, puis réunir des
+provisions, vêtements et couvertures à profusion; enfin, se munir de
+sucre, de poivre en grains et de fruits aigres, toutes choses qui ne
+rompent pas le jeûne, pour se réchauffer le c&oelig;ur ou se rafraîchir
+en route; n'oublions pas un parfum noué dans le coin de l'écharpe pour
+respirer en guise de sels, si l'on est pris du mal des hauteurs. Il
+est surtout important d'avoir des <i>kangris</i> et nombre de ces sandales
+en corde d'herbe (<i>poulahor</i>), si précieuses pour marcher sur les
+pentes glissantes. Il s'agit, ensuite de trouver des coolies pour tout
+cela. Enfin&mdash;<i>last but not least</i>, comme disent les Anglais,&mdash;vient la
+question des cendres. On débouche, pour les prendre, au-dessus de la
+porte, dans le mur extérieur de la maison, la cachette où elles
+étaient enfermées depuis le jour de l'incinération. L'habitude est de
+placer les quelques débris d'ossements recueillis parmi la cendre du
+bûcher dans un vase de terre, purifié par les cinq produits de la
+vache, en compagnie de minuscules fragments des «cinq joyaux»: perle,
+saphir, corail, or, argent. Je me suis laissé dire qu'on ne prenait
+pas autant de cendres qu'il serait possible, par crainte d'en être
+encombré au jour du pèlerinage; car les morts ont toujours pesé aux
+vivants.</p>
+
+<a id="img058" name="img058"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img058.jpg" width="400" height="285" alt="" title="">
+<p class="cap400px">LE BRAHMA SÂR ET LE CAMP DES PÈLERINS AU PIED DE
+L'HARAMOUK.&mdash;D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>Voilà enfin nos pandits en route, non sans que les porteurs de cendres
+aient d'abord célébré à la maison un premier <i>çrâddh</i> ou sacrifice
+funèbre. Ces derniers renouvellent, d'ailleurs, tous les jours du
+chemin, ces oblations de boulettes de farine, d'eau et de fruits aux
+mânes des ancêtres; à la Gangâ, tous doivent faire un <i>çrâddh</i>, et
+ceux qui ont apporté des cendres en font deux. Nous avons rejoint à
+Prang, au bord du Sind, la foule bariolée des pèlerins, déjeunant
+après leur offrande faite ou se reposant sous les arbres. Il y avait
+là de bien jolies panditanies; elles passent, d'ailleurs, pour plus
+belles que leurs compatriotes musulmanes, et sans doute avec raison;
+car, comme on sait, ce furent les hautes classes qui ne se laissèrent
+pas convertir au mahométisme. Gracieuses dans leurs robes de couleur
+vive à larges manches, la taille serrée par une écharpe blanche et la
+tête couverte d'un long voile blanc flottant sur les épaules,
+plusieurs avaient quelque chose de biblique. Quant aux pandits, la
+plupart quittent en voyage la robe blanche qui, avec l'écharpe dont
+ils se drapent, prend des allures de toge et leur donne vraiment bon
+air; ils la remplacent par un costume assez semblable à celui du
+Kichtwar, une sorte de justaucorps sur des culottes et des «pattis»
+enroulées autour des jambes. Presque tous portent aussi un ample
+pardessus, fourré de peau d'agneau du Ladâkh. Quelques adolescents
+ressemblaient, avec leurs calottes brodées et leurs pourpoints de
+couleur sur leurs haut-de-chausses collants, à des pages Moyen Âge.
+D'autres avaient eu la fâcheuse idée d'arborer d'invraisemblables
+redingotes, chefs-d'&oelig;uvre des tailleurs de la capitale; il y en
+avait de bleu-ciel, de beiges, de vertes, d'autres mêmes en velours
+noir, toutes ornées par devant de grandes poches extérieures comme
+celles des vestes de <span class="pagenum"><a id="page051" name="page051"></a>(p. 051)</span> chasse. Ces jeunes élégants
+représentent le nouveau Kachmir, celui qui s'est mis à l'anglais pour
+vivre; ils nous saluent dans le baragouin qu'ils ont appris à l'école
+de Srînagar, en vue de briguer quelque petit emploi. En attendant, ils
+ne se dispensent pas encore d'aller à Gangâbal. À côté, des
+pourohitas, accourus à l'aubaine, s'acquittent de leur <i>poudjâ</i>. Plus
+loin, un groupe de Sikhs devisaient assez joyeusement. Près d'eux, à
+la fourche de bâtons plantés en terre, se balançaient des sachets de
+diverses couleurs, contenant les cendres de leurs morts; c'est leur
+façon de les porter à la Gangâ; les pandits les mettent d'ordinaire à
+leur cou. Quelques-uns en avaient jusqu'à trois et quatre: les
+diverses couleurs des sachets leur servent en ce cas à s'y
+reconnaître, car ils doivent prononcer le nom de l'ex-propriétaire des
+cendres en les jetant à l'eau. Au soir, des feux s'allumèrent de tous
+côtés, et le campement avait un air de fête qui s'accordait assez mal
+avec le but du pèlerinage.</p>
+
+<a id="img059" name="img059"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img059.jpg" width="600" height="352" alt="" title="">
+<p>LAC GANGÂBAL AU PIED DU MASSIF DE
+L'HARAMOUK.&mdash;PHOTOGRAPHIE JADU KISSEN, À DELHI.</p>
+</div>
+
+<p>Le lendemain, tout le monde s'engageait par un petit sentier pierreux
+dans la vallée de Chittragoul; le chemin de retour passe par celle de
+Vangâth. À Chittragoul demeurent des maliks qui, comme ceux de
+Bhatkote pour Amarnâth, sont chargés du soin temporel des pèlerins et
+perçoivent une redevance à cet effet. On campe en plein champ, au pied
+de la montagne: quelque 2&nbsp;000 mètres à gravir d'une haleine. Un fort
+orage, survenu dans la soirée, avait mouillé tentes et gens. C'était,
+dès minuit, un curieux spectacle que de voir les groupes s'agiter, mi
+dans l'ombre, mi dans l'éclairage violent des feux, séchant leurs
+vêtements au moment du départ; puis leur procession s'engage à la file
+indienne dans le sentier, les uns portant une branche de bois
+résineux, d'autres une torche d'écorce de bouleau ou même une
+«hurricane lamp». De nuit, l'ascension semble-t-elle plus courte? je
+ne sais; de jour, elle paraît interminable. D'une traite, on passe par
+toutes les zones de la végétation. Tout d'abord, le sentier monte au
+creux d'un ravin boisé, entre deux murs de verdure, composés surtout
+de noyers, de marronniers, de noisetiers et de sycomores. Puis l'on
+s'engage sur des pentes clairsemées de sapins à demi déchaussés par
+les pluies et désespérément cramponnés de toutes leurs racines. Enfin,
+voici la ligne des bouleaux qui font bientôt place à l'herbe, et
+celle-ci à la roche nue.</p>
+
+<p>On retrouve ici, comme du côté d'Amarnâth, ces sortes de seuils
+gigantesques menant aux hauts plateaux qui sont les <i>margs</i>, et que
+seuls quelques pics dominent encore. Mais d'abord ce ravin aux parois
+rocheuses et perpendiculaires, où l'herbe vient affleurer comme au
+bord des falaises de l'océan, c'est le Haph-Nâr, la «gorge des
+Revenants». Là auraient péri, il y a longtemps, des pèlerins qui
+avaient perdu leur chemin; et si grand était leur nombre, que l'on
+aurait ramassé au fond du sinistre précipice, hanté de leurs fantômes,
+plus d'un <i>maund</i> (80 livres) de cordons sacrés de brahmanes! Plus
+loin, on traverse une crête rocheuse par une étroite et bizarre
+coupure bien nommée le «Portail». C'est là que se tiennent les maliks
+pour percevoir de chaque passant leur redevance de quelques centimes.
+On s'engage ensuite à travers les <span class="pagenum"><a id="page052" name="page052"></a>(p. 052)</span> croupes ondulées du
+Mahalesh, vaste prairie semée de roches, qui semblent les débris épars
+de quelques pics ruinés. En certains endroits, des torrents ont
+emprunté pour lits d'anciennes moraines, et sous les amas de pierres
+qui les couvrent, on les entend au passage bruire ou gronder sans les
+voir. Voici enfin Brahmasâr, un petit étang pour un grand nom: c'est
+la halte souhaitée, tout au pied de la haute pyramide noire de
+l'Haramouk, qui domine, d'ailleurs, toute la dernière partie de la
+route.</p>
+
+<p>Que de légendes ici encore et de croyances populaires! Qui doutera que
+le sommet ne soit fait d'une immense pierre et que sa vue ne suffise à
+rendre les serpents inoffensifs, se souvenant sans doute qu'un de
+leurs pareils forme le vivant collier du dieu Çiva? Le pic est réputé
+inaccessible par les Kachmiris. Jadis, un Sâdhou s'était, douze ans
+durant, assigné comme tâche quotidienne de le gravir jusqu'au sommet
+pour voir Çiva. Chaque jour, il montait, montait le long des roches;
+la nuit le surprenait toujours en chemin et, à son réveil, il se
+retrouvait au lieu d'où il était parti le jour précédent. Son cas est
+devenu un commun proverbe au pays de Kachmir; si, par exemple, un
+enfant oublie au fur et à mesure ce qu'il apprend, il est «comme le
+religieux de l'Haramouk» retombant toujours à son point de départ. On
+dit pourtant,&mdash;que ne dit-on pas?&mdash;qu'un jour un de ces gardeurs de
+moutons, qui sont connus pour aller partout, s'étant mis à la
+recherche d'une brebis égarée, s'aventura très haut sur la montagne.
+Il aperçut dans un creux de roches un homme et une femme&mdash;de cette
+caste si méprisée qui se nourrit de charognes et où les Européens
+recrutent le dernier de leurs serviteurs,&mdash;occupés à traire une
+chienne pour en boire le lait. L'homme invita le berger à partager
+leur boisson, mais l'aveugle Mletcha refusa, plein d'horreur et de
+mépris, et passa outre. Pourtant l'homme eut le temps de lui frotter
+le front d'une goutte de lait. En redescendant, le berger rencontra le
+Sâdhou et lui conta son aventure. Aussitôt celui-ci bondit sur ses
+pieds, essuya d'un coup de langue la gouttelette sur le front de
+l'infidèle et disparut, ravi au ciel. Ceux que le musulman avait pris
+pour un couple d'infâmes Vatals, n'étaient autres que Çiva et son
+épouse Pârvatî.</p>
+
+<a id="img060" name="img060"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img060.jpg" width="250" height="356" alt="" title="">
+<p class="cap250px">LE NOUN-KÔL, AU PIED DE L'HARAMOUK ET LE BAIN DES
+PÈLERINS. D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE</p>
+</div>
+
+<p>Le dieu est-il vraiment de mauvaise humeur cette année; ou bien est-ce
+Pârvatî que dépitent tous ces hommages rendus à sa rivale, la Gangâ?
+Les coolies sont encore loin naturellement, et voici qu'éclate un gros
+orage de grêle; en un instant la terre est couverte d'une épaisse
+couche blanche; les coups de tonnerre sont si violents qu'ils semblent
+vouloir nous jeter les montagnes sur la tête; pour comble, le vent
+s'est levé, glacial, et balaye la passe. C'est une piteuse débandade
+parmi les pauvres brahmanes qui n'ont d'autre réconfort en perspective
+qu'un bain glacé à prendre dans le Nâga; car, point de bain, point de
+mérite. Aussi, ont-ils une frayeur extrême de ces orages qui vous font
+passer en un moment du climat de l'Inde à celui de la Laponie, et
+surtout de ce vent qui, plus tard dans la saison, est mortel aux
+caravanes surprises dans les hautes passes. On s'entasse, comme on
+peut, dans les tentes envahies avant que montées. Tant bien que mal la
+nuit s'achève, et, au matin, le soleil fait de nouveau soupirer après
+l'ombre sur les pentes dénudées; ce qui n'empêche d'ailleurs pas
+l'orage et le froid de recommencer de plus belle au soir.</p>
+
+<p>L'étape du lendemain conduit enfin au but du voyage, aux bords du lac
+Gangâbal. Mais ce n'est point encore sans fatigue, surtout pour les
+pèlerins. Ils ont, comme à Amarnâth, leur chemin particulier, plus
+long et plus difficile, mais qui a, à leurs yeux, l'inestimable
+avantage de leur faire rencontrer trois Nagâs et de leur donner
+l'occasion de trois baignades de plus. En vérité, ils gagnent bien les
+indulgences qu'ils viennent chercher si haut et au prix de tant de
+peines; mais si tous ces bains froids successifs, pris à jeun, leur
+doivent être du plus grand secours dans leur prochaine naissance, j'ai
+bien peur qu'ils ne leur vaillent plus d'un gros rhume dans celle-ci.
+Un peu au-dessus de Brahmasâr, ils tournent à droite pour franchir une
+porte rocheuse. Des <span class="pagenum"><a id="page053" name="page053"></a>(p. 053)</span> trois Nagâs auxquels elle conduit, deux
+seraient nés des larmes de la belle Pârvatî. C'était au temps des
+scènes de jalousie qu'elle faisait à Çiva à propos de sa rivale la
+Gangâ, toujours errante dans les noires tresses du dieu. Çiva avait
+pris le meilleur parti en pareil cas; il s'était éclipsé. Pârvatî,
+repentante et désolée, se mit bientôt à sa recherche. Chemin faisant,
+elle s'inquiétait si l'on n'avait pas vu passer son divin époux; ici
+on lui répondit négativement et une brûlante larme de douleur
+s'échappa de ses yeux; plus loin, la réponse fut affirmative et une
+fraîche larme de joie glissa sur sa joue; et voilà pourquoi, à présent
+encore, le Nagâ de la première larme est chaud, tandis que l'autre est
+froid. Quant au troisième, sa couleur sombre lui a simplement valu le
+nom de Kâl Sâr.</p>
+
+<a id="img061" name="img061"></a>
+<div class="floatright">
+<img src="images/img061.jpg" width="400" height="561" alt="" title="">
+<p class="cap400px">FEMMES MUSULMANES DU KACHMIR AVEC LEURS «HOUKAS»
+(PIPES) ET LEUR «KANGRI» (CHAUFFERETTE).&mdash;PHOTOGRAPHIE JADU KISSEN, À
+DELHI.</p>
+</div>
+
+<p>Cependant, les coolies et les profanes continuent à monter jusqu'à la
+chaîne qui ferme le fond dernier de la vallée de Chittragoul, à
+quelque 4&nbsp;000 mètres d'altitude. Impatiente de voir, je pousse droit
+pour gravir la croupe qui domine les lacs; de là, la vue est
+grandiose. Sous nos pieds, au bas même du pic, le Noun-Kôl arrondit
+ses bassins, mi-partie bleu, mi-partie vert, selon la profondeur des
+cuvettes; plus loin, vers la gauche, on aperçoit les glaciers
+suspendus au-dessus du Gangâbal; de l'un à l'autre, un ruisseau
+d'argent cascatelle. Déjà brahmanes et brahmines ont repris leur
+hydrothérapie sacrée. Le lac funéraire reflétait paisiblement le ciel
+changeant dans ses couleurs fuyantes. Durs rochers, eaux froides,
+neiges glacées, toutes choses étaient sous le soleil d'une sérénité
+morne. Quelques panditanies passaient, oubliant de se cacher le
+visage, et je vis qu'elles avaient les yeux rouges de pleurs. C'est,
+en effet, le lieu de la séparation définitive. C'est là que s'achèvent
+les destinées dernières de ceux qui furent,&mdash;là que s'achèveront
+celles de ceux qui sont les Hindous du Kachmir: dans une boule de
+terre prise au bord de l'eau et pétrie à la main, on enferme, avec les
+cinq joyaux, les débris qu'ont laissés les flammes; le lac indifférent
+se referme sur le tout. Voilà des siècles que cela dure, et toutes les
+générations du monde ne suffiront pas à le combler.</p>
+
+<p>Nous laissons ces bonnes gens à leurs pensers et devoirs funèbres, et
+nous redescendons vers Vangâth, jusqu'aux tentes plantées plus bas, à
+la limite des bouleaux. En face, sur une pente herbeuse, un grand
+troupeau d'un millier de moutons fait son tour accoutumé. Comme
+poussés par une force invincible, ils vont, broutant à la hâte
+quelques touffes d'herbe happées au passage, ils vont sans trêve
+devant eux. Beaucoup forment sur une seule ligne de longues files où
+chacun semble oublier même de manger dans la préoccupation unique de
+suivre la queue qui marche devant lui. Notez que personne ne les
+incite à changer de place, sauf leur instinct migrateur. Quand ils
+sont allés assez loin dans un sens, les bergers se bornent à les
+relancer dans un autre. Et on comprend ce qu'on raconte des caravanes
+de «moutons de charge» qui traversent les hautes passes de l'Asie
+centrale, chacun d'eux portant quelques «briques» de thé comprimé.
+Leur gîte de nuit est en plein air, au creux d'un val. À côté, les
+<i>chaupans</i> habitent pêle-mêle avec leur <span class="pagenum"><a id="page054" name="page054"></a>(p. 054)</span> famille dans une
+sorte de tente-abri, ouverte aux deux bouts; ils se contentent
+d'entasser des fagots de genévriers du côté du vent et de la pluie. En
+échange d'un maigre salaire, ils se chargent ainsi pendant tout l'été
+de faire paître les moutons d'un ou même de plusieurs villages. Les
+paysans n'ont pas une très haute opinion de leur honnêteté, et plus
+d'un propriétaire monte de temps à autre vérifier le compte de ses
+bêtes, sous prétexte de leur apporter, comme friandise, une petite
+provision de sel.</p>
+
+<p>De ce point encore la vue s'étend sur un fouillis de montagnes,
+tourmentées comme des vagues et toutes crêtées de neiges nouvelles,
+d'un blanc écumeux. Le chemin du retour est, pour 4 à 5 milles, pareil
+aux prairies du Mahalesh, avec les mêmes torrents de pierres grises
+dans les creux. Puis on rencontre le bord abrupt des falaises
+rocheuses, et l'on arrive à la dernière descente, contre-partie de la
+première montée, une glissade vertigineuse par des sentiers de sable
+et de grès, qui font des coulées blanches à travers la noire
+sapinière. En bas, c'est la rivière, les temples, le Nagâ, et, à une
+petite lieue plus loin, par un sentier à travers les taillis, le
+village de Vangâth, l'étape du jour.</p>
+
+<p>Les parents des pèlerins viennent en masse les y attendre, chargés de
+mille choses réconfortantes pour les braves qui sont montés jusqu'au
+Gangâbal. Ceux-ci en redescendent complètement rasés, conséquence
+obligée du dernier rite funéraire célébré là-haut. Les barbiers
+musulmans de Srînagar n'ont garde de manquer l'occasion; pour exercer
+leur art à de pareilles hauteurs, ils exigent des sommes énormes,
+jusqu'à huit annas (0 fr. 80)! Tous les brahmanes y passent, qu'ils
+aient ou non apporté les restes d'un mort; il n'est fait exception que
+pour ceux dont le père est encore vivant ou la femme grosse.</p>
+
+<a id="img062" name="img062"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img062.jpg" width="400" height="553" alt="" title="">
+<p class="cap400px">TEMPLES RUINÉS À VANGÂTH.&mdash;D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>Les dix ou douze temples de Vangâth enfouissent sous la verdure leurs
+ruines pittoresques, près d'une source, merveilleuse de limpidité et
+encore à demi prisonnière dans son bassin de pierres taillées. Ces
+lieux si calmes furent, au temps d'Avantivarman, le théâtre d'une
+curieuse tragédie qu'il vaut la peine de lire dans la traduction du
+D<sup>r</sup> Stein. Ce roi était un jour venu faire ses dévotions au grand
+temple, qu'il croyait avoir enrichi de ses présents. Aussi fut-il
+plutôt étonné de voir que les prêtres ne déposaient devant l'image du
+dieu, pour toute offrande, que des feuilles d'<i>oupalâkh</i>. (Il faut
+savoir que c'est une plante sauvage, sorte de scabieuse blanche, dont
+les Kachmiris mangent les feuilles bouillies; que ne mangent pas les
+Kachmiris!) Devant cette ingénieuse mise en scène, le roi ne peut
+s'empêcher de demander la raison de tant de lésinerie: c'est tout ce
+que les pourohitas attendaient pour parler. Ils content qu'un certain
+hobereau du voisinage se prévaut de sa faveur auprès du ministre pour
+leur enlever les revenus de leurs villages; ainsi s'explique la
+pauvreté de leur offrande et la maigre chère à laquelle est réduit le
+dieu. Le roi fait semblant de n'avoir rien entendu et sort, sous
+prétexte d'indisposition subite, laissant la cérémonie interrompue.
+Voilà tout le monde en l'air. L'affaire arrive aussitôt aux oreilles
+du ministre, qui ne songe qu'à garder sa place en se débarrassant au
+plus vite d'un favori aussi compromettant; et c'est pourquoi il lui
+fait, séance tenante, couper la tête et jeter le corps décapité dans
+l'eau claire du petit étang. Après quoi, paisible, il vient s'informer
+de la santé du roi, laquelle se trouve instantanément rétablie. «Non,
+jamais, s'extasie le bon chroniqueur, on n'a vu ni on ne reverra
+pareil ministre!» Il ne faudrait rien exagérer; les m&oelig;urs se sont
+incontestablement adoucies, mais on trouve toujours des ministres qui
+ont leur portefeuille chevillé au corps.</p>
+
+<a id="img063" name="img063"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img063.jpg" width="600" height="430" alt="" title="">
+</div>
+
+<a id="img064" name="img064"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img064.jpg" width="600" height="443" alt="" title="">
+<p>«MÊLA» OU FOIRE RELIGIEUSE À HAZARAT-BAL.&mdash;EN HAUT,
+PHOTOGRAPHIE DE L'AUTEUR; EN BAS, PHOTOGRAPHIE JADU KISSEN, À DELHI.</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page056" name="page056"></a>(p. 056)</span> Le voisinage des temples et la beauté de la vallée me
+retiennent quelques jours à Vangâth, et aussi je ne sais quelle
+paresse à m'éloigner pour jamais de ces montagnes, dont la nostalgie
+doit toujours hanter quiconque en a foulé l'herbe parfumée et respiré
+l'air pur et léger. Pourtant voici l'automne: il s'annonce à n'en pas
+douter par la teinte dorée des pentes et la neige qui poudre les
+sommets, par la fraîcheur piquante de l'air matinal et la clarté
+franche et froide des clairs de lune. Et voici que descendent avec le
+premier frisson d'automne tous les pasteurs, habitants d'été des
+hautes prairies; ils descendent avec leurs familles et leurs
+troupeaux. Tous les jours, à travers le petit hameau, c'est le bruyant
+et pittoresque défilé de leurs bandes émigrantes; et elles
+m'apparaissent aussi soumises aux fatalités des saisons que les
+troupes d'oiseaux migrateurs que je vois passer au-dessus de ma tête.</p>
+
+<p>Ce sont les Goudjars qui ouvrent la marche, car leurs buffles ne
+supportent pas mieux le froid que le chaud. Aussi les huttes ouvertes,
+où ils gîtent là-haut, sous la blancheur spectrale des bouleaux, sont
+les premières désertées. Emportant dans des outres leurs provisions de
+beurre ou de <i>ghî</i>, ils vont, poussant devant eux leurs lourdes bêtes
+stupides, à la constitution si ridiculement délicate, et qui
+s'attardent à se vautrer dans toutes les eaux du chemin. Là-bas, du
+côté du midi, les attend quelque petite maison basse, à toit plat,
+terrée dans un champ de maïs, comme nous en avons tant vu, en montant
+au Kachmir, sur les collines qui dominent la route.</p>
+
+<p>Voici à présent le <i>chaupan</i> ramenant aux paysans d'en bas les moutons
+confiés pour l'été à sa garde. Mais combien manqueront à l'appel et
+seront censés avoir été dévorés par les ours ou être tombés dans un
+précipice, qui auront été simplement vendus le plus cher possible au
+touriste de passage? C'est le secret du <i>marg</i>. Il y aura dans les
+villages des querelles et des cris assourdissants, à la mode
+kachmirie; puis, tout s'apaisera; le berger recevra son salaire en
+grains et son congé jusqu'au printemps de l'année prochaine; et
+aussitôt ses moutons lavés, peignés et tondus, le paysan les enfermera
+au rez-de-chaussée de sa maison pour lui servir de calorifère,
+cependant qu'avec leur laine il se tissera des couvertures bien
+chaudes au cours de ses longs loisirs d'hiver.</p>
+
+<p>La rencontre la plus nouvelle pour nous a été, sur le chemin des
+temples, celle d'une halte de <i>bakarban</i> ou chevriers. Ceux-ci, de
+véritables nomades, ne sont au Kachmir que des hôtes de passage comme
+les touristes d'été; ils passent la saison froide sur les pentes
+méridionales de l'Himalaya. Ce sont de tout autres personnages que le
+<i>chaupan</i> mercenaire. Leurs chèvres sont leur propriété, ainsi que les
+nombreux chevaux de charge qui portent leurs bagages.</p>
+
+<a id="img065" name="img065"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img065.jpg" width="400" height="266" alt="" title="">
+<p class="cap400px">LA VILLA DE SHEIK-SAFAI-BÂGH AU SUD DU LAC DU
+SRÎNAGAR.&mdash;D'APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p>On cite tel <i>bakarban</i>,&mdash;un boiteux,&mdash;qui posséderait à lui seul plus
+de treize mille chèvres. Ce serait donc un Crésus pour le pays; car
+son troupeau représenterait une valeur d'au moins 50&nbsp;000 roupies. Ces
+chèvres sont, en effet, très grandes, et leur peau est fort recherchée
+pour faire des outres. Celles qui servent à l'eau sont tannées des
+deux côtés; au contraire, pour celles à provisions, on laisse le poil
+à l'intérieur. N'allez pas vous imaginer que c'est avec ce poil que
+l'on fabriquait les fameux châles. La chèvre, dite du Kachmir, y est
+inconnue; elle ne se trouve que sur les hauts plateaux glacés du
+Tibet. Là seulement, la bonne mère nature fait pousser, sous la longue
+toison de la bête, une sorte de plastron de laine fine, tout comme le
+duvet pousse sous les plumes de l'eider. C'est de cette laine qu'on
+tissait les châles et qu'on fait encore les souples et chauds tissus
+de <i>pashmina</i>. On a bien essayé d'acclimater au Kachmir la chèvre à
+lainage, mais l'hiver, si dur qu'il soit, ne l'est pas assez pour la
+forcer à doubler d'un gilet de laine son long manteau de fourrure; à
+plus forte raison en est-il de même des chèvres des <i>bakarban</i> qui
+passent le temps froid du côté de l'Inde.</p>
+
+<span class="pagenum"><a id="page057" name="page057"></a>(p. 057)</span>
+
+<a id="img066" name="img066"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img066.jpg" width="600" height="372" alt="" title="">
+<p>NISHAT-BÂGH ET LE BORD ORIENTAL DU LAC DE
+SRÎNAGAR.&mdash;PHOTOGRAPHIE JADU KISSEN, À DELHI.</p>
+</div>
+
+<p>Pour en revenir à nos chevriers, ils étaient bien une vingtaine,
+hommes, femmes et enfants. Ils traînaient à leur suite une bonne
+grosse bufflesse, dont le lait, avec quelques galettes, composa leur
+déjeuner. Les hommes étaient drapés dans des couvertures à la mode
+kachmirie; les femmes étaient toutes vêtues d'une étoffe de coton bleu
+foncé, à petites raies rouges largement espacées. Leur costume se
+composait d'un pantalon étroit aux chevilles, mais par ailleurs très
+largement drapé,&mdash;certains emploient jusqu'à 20 mètres d'étoffe,&mdash;et
+d'une blouse serrée à la taille. Sous la petite calotte ronde dont
+elles sont coiffées, leurs cheveux tombent sur leurs épaules en
+quantité de petites tresses. Ainsi affublées, elles n'en restent pas
+moins sveltes et souples. L'une d'elles, parée comme une idole, était
+royalement belle; avec le gracieux ovale de son visage, son nez fin,
+sa bouche mignonne et ses longs yeux de flamme sous l'arc parfait de
+ses sourcils, elle était le vivant portrait de ces miniatures
+indo-persanes qui représentent les sultanes favorites des grands
+Mogols. Comme les autres, je la vis se charger, au départ, de son
+dernier-né. Au lieu de tenir leurs enfants sur la hanche ou sur
+l'épaule à la façon des femmes indiennes ou kachmiries, ces nomades
+portent les leurs sur le dos à la hauteur des reins, dans une sorte de
+berceau improvisé avec un pan d'étoffe. Elles se nouent solidement
+autour de la ceinture le bout d'une longue écharpe, puis ramènent
+l'autre extrémité par derrière sur leur épaule; dans la poche ainsi
+formée est glissé l'enfant, puis l'excédent d'étoffe est enroulé en
+manière de turban autour de la tête de la mère, qui pose encore
+par-dessus un vase de terre ou de bronze, et, alerte, les mains
+libres, se remet en marche. Par derrière, les enfants plus grands
+trottinent comme ils peuvent, faisant leur apprentissage de bohémiens
+et se familiarisant de bonne heure avec les routes de transhumance que
+plus tard ils enseigneront à leurs descendants; car l'homme, comme les
+animaux des bois, a ses pistes et ses foulées par lesquelles un même
+instinct le pousse toujours à repasser.</p>
+
+<p>Enfin il faut nous résigner à redescendre comme les autres. Avec la
+vallée du Sind nous rattrapons la route muletière qui mène de Srînagar
+à Leh, et nous faisons encore d'intéressantes rencontres. Ce sont de
+bons bouddhistes du Ladâkh, qui regagnent leur pays avec des caravanes
+de yaks chargés de blé, de riz, de sel et de poteries communes; ou
+bien, au contraire, ce sont des musulmans de Yarkand en route pour les
+ports de l'Inde, d'où ils comptent s'embarquer à destination de la
+Mecque. L'accoutrement des uns et des autres est sensiblement le même:
+bonnet fourré, houppelande à longues manches et bottes de feutre; et
+ce sont toujours les mêmes petits yeux bridés qui clignotent dans
+leurs faces jaunes et plates de Mongols. Tout ce monde se hâte, en
+sens inverse, avant que la neige n'ait fermé les passes et que le
+Kachmir ne retombe dans sa léthargie d'hiver.</p>
+
+<p>Hâtons-nous donc, nous aussi, de profiter des derniers beaux jours. Je
+m'installe avec quelques amis au Sheik-Safai-Bâgh, dans une maison de
+plaisance qui est la propriété du râdja Amar-Singh, l'un des frères du
+<span class="pagenum"><a id="page058" name="page058"></a>(p. 058)</span> roi. Elle est&mdash;ou plutôt elle était&mdash;bâtie au milieu d'un
+grand parc d'amandiers, sur une terrasse assez élevée pour jouir de la
+vue du merveilleux lac de Srînagar: les citadins disent le <i>Dal</i> ou
+«lac» tout court, comme les Parisiens quand ils parlent de celui du
+Bois de Boulogne; mais il n'y a pas à comparer. Donc le «Dal» est plus
+féerique que jamais dans cette lumière d'automne. Les îlots et les
+fameux jardins flottants, véritables radeaux de verdure, continuent à
+se mirer dans l'eau transparente, qui reflète en plus clair les bois,
+les montagnes et le ciel. Et le cadre est digne du tableau; il n'est
+pas de plus bel amphithéâtre de collines que celui qui va de
+l'Hariparvat, couronné de son fort, au Takht-i-Souleiman, coiffé de
+son temple, tandis que, par derrière, monte le cône blanchi de
+l'Haramouk. Seules, la teinte de rouille des prochains versants, les
+feuilles d'or pâle des peupliers et la mince ligne de neige qui, déjà,
+court sur le haut des montagnes comme pour en mieux dessiner les
+arêtes, font pressentir l'approche de la mauvaise saison. La vallée,
+en veine de coquetterie, devient chaque jour plus belle, comme pour se
+faire davantage regretter de ceux qui vont lui dire adieu.</p>
+
+<p>Le Bâgh de Dilavar-Khân, où résida Jacquemont, est beaucoup plus
+proche de la ville et jouit d'une vue infiniment moins belle;
+toutefois je n'ai pas manqué de m'y rendre en pèlerinage. Le bois de
+la véranda est bien vermoulu et les chambres bien délabrées; mais il y
+a peu d'années que vivait encore un vieux gardien qui avait connu
+«Chakaman-Sâheb» et se rappelait comment «c'était un grand maigre, qui
+jetait les roupies à poignées». Il est vrai que, sur les ordres de
+Randjit-Singh, sa provision lui en était renouvelée chaque matin; ce
+n'est pas avec les 1&nbsp;200 francs que lui avait octroyés le Muséum qu'il
+aurait pu faire des folies. Plus d'une fois, dit-il dans ses lettres,
+il vint chercher à ce Sheik-Safai-Bâgh, où nous demeurons, un peu de
+repos et peut-être réjouir ses yeux d'un plus beau paysage. Il n'y a
+pas de doute que nous ayons retrouvé cette maison à peu près telle
+qu'elle était en 1831; mais elle ne devait pas tarder à disparaître
+sous la pioche des démolisseurs. Un an fait plus aujourd'hui que jadis
+un siècle pour la transformation du Kachmir. Non seulement le joli
+<i>baradéri</i> n'existe plus, mais le bois d'amandiers a été découpé en
+petits lots, comme un de nos parcs de banlieue, et s'est rempli de
+cottages «à louer pour la saison»; car le râdja Amar-Singh passe pour
+être fort entendu en affaires et n'a pas jugé ce genre de spéculation
+indigne de lui. L'endroit, comme l'avait déjà remarqué Bernier, «s'est
+trouvé admirable pour cela, parce qu'il est en très bel air, en vue du
+lac, des îles et de la ville, et qu'il est plein de sources et de
+ruisseaux».</p>
+
+<a id="img067" name="img067"></a>
+<div class="floatleft">
+<img src="images/img067.jpg" width="300" height="367" alt="" title="">
+<p class="cap300px">LE CANAL DE MAR À SRÎNAGAR.&mdash;PHOTOGRAPHIE JADU KISSEN,
+À DELHI.</p>
+</div>
+
+<p>Situé sur les molles pentes qui descendent à la rive méridionale,
+Sheik-Safai-Bâgh était un excellent centre d'excursions pour les
+fameux jardins de plaisance mogols disséminés alentour. On sait
+comment ces parcs rappellent curieusement par leur ordonnance celui de
+Versailles, dont ils sont à peu près contemporains. Sur la rive
+occidentale, Nasim-Bâgh, le «jardin des brises», n'a plus ni
+terrasses, ni fontaines, mais son bois de platanes est dans toute sa
+splendeur. Sur le bord opposé, Nishat-Bâgh, le «jardin de la joie»,
+adosse au rapide versant sa blanche villa à l'italienne, doublée par
+son reflet dans les eaux. Enfin, au fond de la vaste nappe, longue de
+plus d'une lieue, une vallée naturelle encadre la résidence royale de
+Shahlimar: au bout de longs bassins semés de jets d'eau et bordés de
+nobles avenues, la retraite d'amour de Jehan-Guir et de Nour-Mahal
+dresse encore, au haut de ses quatre terrasses étagées, au milieu des
+cascades et des fontaines, les piliers de marbre de ses pavillons. Il
+faut lire dans Bernier, pour une fois enthousiaste, la description de
+ces splendeurs aujourd'hui ternies ou éclipsées. On ne peut errer
+parmi leurs débris sans un mélancolique retour en arrière sur les
+figures évanouies, qui jadis s'y épanouirent en pleine joie de vivre,
+«feuilles de l'autre été, femmes de l'autre temps». Et l'on doit
+convenir que ces empereurs et ces sultanes avaient le sens de la vie
+et de la nature; il n'est sûrement pas au monde de lieux mieux choisis
+que ces maisons et jardins de plaisance, au bord du grand lac
+transparent, pour goûter, comme en suspens entre deux ciels, la beauté
+des choses de la terre. Prenez garde seulement de ne vous abandonner à
+cette contemplation qu'à l'automne ou au printemps, quand la saison
+des moustiques est déjà passée ou n'est pas encore venue. Ce serait un
+bonheur <span class="pagenum"><a id="page059" name="page059"></a>(p. 059)</span> trop parfait et, l'été, les anges déserteraient le
+Paradis pour le Kachmir, s'il n'y fallait compter avec cette
+diabolique engeance.</p>
+
+<a id="img068" name="img068"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img068.jpg" width="600" height="299" alt="" title="">
+<p>LA MOSQUÉE DE SHAH HAMADAN À SRÎNAGAR (RIVE
+DROITE).&mdash;PHOTOGRAPHIE JADU KISSEN, À DELHI.</p>
+</div>
+
+<p>Que de sites et de monuments, plus intéressants les uns que les
+autres, il nous resterait encore à visiter! Si l'ascension ne vous
+effrayait pas, ce serait d'abord le temple en haut du
+Takht-i-Souleiman, dont la plate-forme commande une si belle vue sur
+les gracieux méandres de la rivière; ou bien, au contraire, un bateau
+nous mènerait paresseusement à la mosquée d'Hazarat-Bal, qui est
+censée posséder un poil de la barbe du Prophète; de grandes foires
+religieuses, où des préoccupations profanes et mercantiles se mêlent
+aux exercices de dévotion dans une indescriptible cohue, s'y tiennent
+périodiquement en son honneur. Non seulement c'est un rendez-vous
+général pour les marchands et les mendiants autant que pour les
+personnes pieuses, mais les «dames à la mode» de Srînagar ne manquent
+pas d'y venir parader dans leurs plus magnifiques atours. Vous
+conduirai-je encore, moitié par eau, moitié par terre, aux édifices
+brahmaniques ou musulmans de la ville, au temple doré du palais royal
+ou à la mosquée de Chah-Hamadan, reconnaissable à ses toits plats
+superposés, et à la tombe de Zaïn-oul-ab-Din que surmonte une coupole?
+Battrons-nous ensemble les faubourgs de la rive droite jusqu'à la
+Jamma-Masjid, dont le grand hall est supporté par des troncs de
+déodars hauts comme des mâts, et relèverons-nous, dans les porches ou
+sur les murs des <i>ziarats</i> voisines, les vieilles colonnes et les
+sculptures empruntées à d'anciens sanctuaires hindous? Nous
+contenterons-nous, au contraire, de suivre les divers canaux qui
+s'entrecroisent, comme des rues d'eau, à travers la ville, et
+notamment celui de Mar, parfois si mal odorant, mais toujours si
+pittoresque avec les lourds ponts de pierre qui le coupent et les
+hautes maisons qui le bordent? N'espérez pas, à Srînagar plus
+qu'ailleurs, échapper à cette sorte de loi fatale qui veut que, dans
+les villes anciennes, les coins les plus amusants pour les yeux soient
+souvent les plus déplaisants pour le nez; on sait assez que l'hygiène
+et le pittoresque ne logent pas à la même enseigne. Mais, en somme,
+ces excursions sont celles de tout le monde et de tous les jours, et
+l'on trouve là-dessus tous les renseignements nécessaires dans les
+guides.</p>
+
+<p>Une expérience peut-être plus rare et plus digne d'être rapportée est
+la visite que j'eus l'occasion de faire à la maison d'un grand
+seigneur kachmiri. Nous étions encore partis, ce matin-là, en
+expédition; car quel autre nom donner à ces promenades en deux ou
+trois bateaux, où l'on traîne après soi, à la mode anglo-indienne,
+mobilier de salle à manger et vaisselle, provisions et domestiques,
+batterie de cuisine et cuisinier? Il était convenu que nous nous
+arrêterions pour déjeuner dans le jardin de ce palais, un des rares
+qui subsistent à Srînagar, et auquel on accède du côté du Djhilam par
+un large escalier de pierre. Notre repas fini, le propriétaire, fort
+correctement vêtu à l'européenne entre ses babouches et son turban,
+nous fit aimablement les honneurs de sa vaste demeure. Une porte
+monumentale, bâtie à la taille des éléphants et surmontée de pavillons
+destinés à loger les hôtes, donne accès, du côté de la rue, à une
+première cour; deux grands corps de bâtiments parallèles, séparés par
+une autre cour, et dont le plus intérieur est le <i>zénana</i> réservé aux
+femmes, constituent la résidence; nous ne visitons que le premier.
+Dans les chambres, au luxe asiatique des tapis, des divans et des
+coussins brodés, se mêlent malheureusement des canapés et des meubles
+du plus <span class="pagenum"><a id="page060" name="page060"></a>(p. 060)</span> mauvais goût anglais; mais c'est une haute salle au
+plafond soutenu par deux rangs de colonnes sculptées, qui nous
+présente le ramassis le plus hétéroclite: des filets et des raquettes
+de tennis traînent sur des tapis de Perse à faire rêver tous les
+collectionneurs; des bidons de pétrole s'amoncellent à côté de
+braseros de bronze finement ciselés, et tandis que nous feuilletons
+des manuscrits persans, ornés d'admirables miniatures, sur les murs,
+dans des cadres dorés, les quatre saisons et les cinq parties du
+monde, horribles chromolithographies, nous contemplent.</p>
+
+<p>Est-ce la peine de confesser que je profite de toutes ces courses pour
+«boutiquer», comme disaient mes amies anglaises, chez les marchands du
+bazar? J'ai eu la naïveté, en mai dernier, de leur commander les
+bibelots que je tenais à emporter; je me convainc, à présent, que
+c'était parfaitement inutile. Dans les principales échoppes il est
+aisé de se procurer tout ce que l'on veut au moment même du départ. Le
+style des artistes kachmiris commence, d'ailleurs, à être fâcheusement
+gâté par les modèles qu'on leur impose. Les formes massives de
+salières anglaises tendent, par exemple, à supplanter les motifs
+indigènes du <i>kangri</i>, de la <i>kilta</i> ou du lotus, et des tasses à
+l'européenne remplacent les jolis bols de Lhassa. Presque tous les
+objets d'argent deviennent ainsi d'un goût détestable. Le travail sur
+cuivre est resté plus original; mais il faut savoir y mettre le prix.
+Je n'ai pas vu une seule pièce émaillée qui fût parfaitement réussie,
+et ils ne connaissent que l'émail bleu, en deux tons. Ce qui a le
+mieux résisté jusqu'à présent à la contagion européenne, c'est la
+sculpture sur bois et la broderie, très habilement exécutées et à très
+bas prix. Quelques objets usuels, cadres, boîtes, écritoires, etc.,
+fabriqués en papier mâché ou garnis de turquoises tibétaines, achèvent
+de former un assortiment assez complet de la production jadis
+artistique du Kachmir.</p>
+
+<p>Que les beaux jours sont courts, assurent les romances; elles n'ont
+que trop raison! Il faut bien me résigner, par un laid matin de
+novembre, à donner l'ordre du départ. Dans le brouillard gris, nos
+<i>doungas</i> démarrent et se mettent à descendre au fil de l'eau, nous
+ramenant à Baramoula, porte de sortie comme d'entrée de la Vallée.
+Lentement,&mdash;j'ai défendu que l'on pagaye,&mdash;nous glissons sous les sept
+ponts de Srînagar, qui, en cette saison où la rivière est basse,
+semblent avoir doublé de hauteur. Temples, mosquées, palais, un à un
+tous les aspects familiers des quais défilent et demeurent en arrière;
+et quand enfin l'Hari-Parvat s'estompa, puis disparut au tournant du
+fleuve,&mdash;l'avouerai-je?&mdash;quelque chose comme une larme de regret me
+mouilla les yeux.</p>
+
+<p>Mais alors, dira-t-on, à quoi bon le voyage et pourquoi se donner tant
+de fatigues pour ne recueillir au bout qu'une tristesse de plus? À
+cela je répondrai que c'est un goût comme un autre et peut-être plus
+défendable que celui de l'opium ou de l'alcool. Du moins, sa
+principale vertu n'est pas d'abréger la vie par l'oubli et
+l'abrutissement final, mais, au contraire, de l'allonger, en
+augmentant la somme de vos expériences. De cette saison passée au
+Kachmir, il me reste une impression à la fois très présente, comme
+d'hier, et très lointaine, comme celles qui, si l'on en croit les
+Hindous, vous reviennent parfois du temps de vos existences passées:
+je n'en demande pas plus. Il est convenu que les voyages forment la
+jeunesse; pourquoi n'ajoute-t-on pas qu'il n'est pas de meilleure
+manière de faire provision de souvenirs pour ses vieux jours? Après
+tout, mieux vaut porter gravée dans sa mémoire que sur son tombeau la
+fameuse inscription: «Et moi aussi, je fus en Arcadie.»</p>
+
+<p class="sig">&nbsp; <span class="right10">M<sup>me</sup> <span class="smcap">F. Michel</span>.</span></p>
+
+<a id="img069" name="img069"></a>
+<div class="figcenter">
+<img src="images/img069.jpg" width="400" height="302" alt="" title="">
+<p>SPÉCIMENS DE L'ART DU KACHMIR.&mdash;D'APRÈS UNE
+PHOTOGRAPHIE.</p>
+</div>
+
+<p class="smaller center">Droits de traduction et de reproduction réservés.</p>
+
+
+
+
+
+<h3><span class="pagenum"><a id="pagei" name="pagei"></a>(p. i)</span> TABLE DES GRAVURES ET CARTES</h3>
+
+<div class="toi">
+<p class="center">L'ÉTÉ AU KACHMIR<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M<sup>me</sup> F. MICHEL</i></p>
+
+
+<p><span class="smcap">En «rickshaw» sur la route du mont Abou.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img001">1</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">L'éléphant du touriste à Djaïpour.</span>
+<span class="ralign"><a href="#img002">1</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Petit sanctuaire latéral dans l'un des temples djaïns du mont Abou.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img003">2</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Pont de cordes sur le Djhilam, près de Garhi.</span> (Dessin de Massias, d'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img004">3</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les «Karévas» ou plateaux alluviaux formés par les érosions du Djhilam.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img005">4</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">«Ekkas» et «Tongas» sur la route du Kachmir: vue prise au relais de Rampour.</span> (D'après une photographie Jadu Kissen, à Delhi.)
+<span class="ralign"><a href="#img006">5</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le vieux fort Sikh et les gorges du Djhilam à Ouri.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img007">6</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Shèr-Garhi ou la «Maison du Lion», palais du Maharadja à Srinagar.</span> (Photographie Bourne et Sheperd, à Calcutta.)
+<span class="ralign"><a href="#img008">7</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">L'entrée du Tchinar-Bagh, ou Bois des Platanes, au-dessus de Srinagar; au premier plan une «dounga», au fond le sommet du Takht-i-Souleiman.</span> (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.)
+<span class="ralign"><a href="#img009">7</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Ruines du temple de Brankoutri.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img010">8</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Types de Pandis ou Brahmanes Kachmirs.</span> (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.)
+<span class="ralign"><a href="#img011">9</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le quai de la Résidence; au fond, le sommet du Takht-i-Souleiman.</span> (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.)
+<span class="ralign"><a href="#img012">10</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">La porte du Kachmir et la sortie du Djhilam à Baramoula.</span> (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.)
+<span class="ralign"><a href="#img013">11</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Nos tentes à Lahore.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img014">12</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">«Dounga» ou bateau de passagers au Kachmir.</span> (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.)
+<span class="ralign"><a href="#img015">13</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Vichnou porté par Garouda, idole vénérée près du temple de Vidja-Broer</span> (hauteur 1<sup>m</sup> 40.)
+<span class="ralign"><a href="#img016">13</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Enfants de bateliers jouant à cache-cache dans le creux d'un vieux platane.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img017">14</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Batelières du Kachmir décortiquant du riz, près d'une rangée de peupliers.</span> (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.)
+<span class="ralign"><a href="#img018">15</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Campement près de Palhallan: tentes et doungas.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img019">16</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Troisième pont de Srinagar et mosquée de Shah Hamadan; au fond, le fort de Hari-Paryat.</span> (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.)
+<span class="ralign"><a href="#img020">17</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le temple inondé de Pandrethan.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img021">18</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Femme musulmane du Kachmir.</span> (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.)
+<span class="ralign"><a href="#img022">19</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Pandit Narayan assis sur le seuil du temple de Narasthan.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img023">20</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Pont et bourg de Vidjabroer.</span> (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.)
+<span class="ralign"><a href="#img024">21</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Ziarat de Cheik Nasr-oud-Din, à Vidjabroer.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img025">22</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le temple de Panyech: à gauche, un brahmane; à droite, un musulman.</span> (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.)
+<span class="ralign"><a href="#img026">23</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Temple hindou moderne à Vidjabroer.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img027">24</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Brahmanes en visite au Naga ou source sacrée de Valtongou.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img028">25</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Gargouille ancienne, de style hindou, dans le mur d'une mosquée, à Houtamourou, près de Bhavan.</span>
+<span class="ralign"><a href="#img029">25</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Temple ruiné, à Khotair.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img030">26</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Naga ou source sacrée de Kothair.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img031">27</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Ver-Nag: le bungalow au-dessus de la source.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img032">28</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Temple rustique de Voutanar.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img033">29</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Autel du temple de Voutanar et accessoires du culte.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img034">30</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Noce musulmane, à Rozlou: les musiciens et le fiancé.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img035">31</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Sacrifice bhramanique, à Bhavan.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img036">31</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Intérieur de temple de Martand: le repos des coolies employés au déblaiement.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img037">32</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Ruines de Martand: façade postérieure et vue latérale du temple.</span> (D'après des photographies.)
+<span class="ralign"><a href="#img038">33</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Place du campement sous les platanes, à Bhavan.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img039">34</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">La Ziarat de Zaïn-oud-Din, à Eichmakam.</span> (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.)
+<span class="ralign"><a href="#img040">35</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Naga ou source sacrée de Brar, entre Bhavan et Eichmakar.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img041">36</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Maisons de bois, à Palgam.</span> (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.)
+<span class="ralign"><a href="#img042">37</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Palanquin et porteurs.</span>
+<span class="ralign"><a href="#img043">37</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Ganech-Bal sur le Lidar: le village hindou et la roche miraculeuse.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img044">38</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le massif du Kolahoi et la bifurcation de la vallée du Lidar au-dessus de Palgam, vue prise de Ganeth-Bal.</span> (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.)
+<span class="ralign"><a href="#img045">39</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Vallée d'Amarnath: vue prise de la grotte.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img046">40</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Pondjtarni et le camp des pèlerins: au fond, la passe du Mahagounas.</span> (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.)
+<span class="ralign"><a href="#img047">41</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Cascade sortant de dessous un pont de neige entre Tannin et Zodji-Pal.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img048">42</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le Koh-i-Nour et les glaciers au-dessus du lac Çecra-Nag.</span> (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.)
+<span class="ralign"><a href="#img049">43</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Grotte d'Amarnath.</span> (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.)
+<span class="ralign"><a href="#img050">43</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Astan-Marg: la prairie et les bouleaux.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img051">44</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Campement de Goudjars à Astan-Marg.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img052">45</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le bain des pèlerins à Amarnath.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img053">46</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Pèlerins d'Amarnath: le Sadhou de Patiala; par derrière, des brahmanes, et à droite, des musulmans du Kachmir.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img054">47</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Mosquée de village au Kachmir.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img055">48</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Brodeurs Kachmiris sur toile.</span> (Photographie Bourne et Shepherd, à Calcutta.)
+<span class="ralign"><a href="#img056">49</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Mendiant musulman.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img057">49</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le Brahma Sar et le camp des pèlerins au pied de l'Haramouk.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img058">50</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Lac Gangabal au pied du massif de l'Haramouk.</span> (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.)
+<span class="ralign"><a href="#img059">51</a></span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="pageii" name="pageii"></a>(p. ii)</span> <span class="smcap">Le Noun-Kol, au pied de l'Haramouk, et le bain des pèlerins.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img060">52</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Femmes musulmanes du Kachmir avec leurs «houkas» (pipes) et leur «hangri» (chaufferette).</span> (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.)
+<span class="ralign"><a href="#img061">53</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Temples ruinés à Vangath.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img062">54</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">«Mêla» ou foire religieuse à Hazarat-Bal.</span> (En haut, photographie par l'auteur; en bas, photographie Jadu Kissen, à Delhi.)
+<span class="ralign"><a href="#img063">55</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">La villa de Cheik Safai-Bagh, au sud du lac de Srinagar.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img065">56</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Nishat-Bagh et le bord oriental du lac de Srinagar.</span> (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.)
+<span class="ralign"><a href="#img066">57</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le canal de Mar à Sridagar.</span> (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.)
+<span class="ralign"><a href="#img067">58</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">La mosquée de Shah Hamadan à Srinagar (rive droite).</span> (Photographie Jadu Kissen, à Delhi.)
+<span class="ralign"><a href="#img068">59</a></span></p>
+
+<p><span class="smcap">Spécimens de l'art du Kachmir.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign"><a href="#img069">60</a></span></p>
+
+
+<p class="p2 center">SOUVENIRS DE LA COTE D'IVOIRE<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>le docteur LAMY</i><br>
+<i>Médecin-major des troupes coloniales</i>.</p>
+
+
+<p><span class="smcap">La barre de Grand-Bassam nécessite un grand déploiement de force pour la mise à l'eau d'une pirogue.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">61</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le féminisme à Adokoï: un médecin concurrent de l'auteur.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">61</span></p>
+
+<p><span class="smcap">«Travail et Maternité» ou «Comment vivent les femmes de Petit-Alépé».</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">62</span></p>
+
+<p><span class="smcap">À Motéso: soins maternels.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">63</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Installation de notre campement dans une clairière débroussaillée.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">64</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Environs de Grand-Alépé: des hangars dans une palmeraie, et une douzaine de grands mortiers destinés à la préparation de l'huile de palme.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">65</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Dans le sentier étroit, montant, il faut marcher en file indienne.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">66</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Nous utilisons le fût renversé d'un arbre pour traverser la Mé.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">67</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La popote dans un admirable champ de bananiers.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">68</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Indigènes coupant un acajou.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">69</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La côte d'Ivoire. &mdash; Le pays Attié.</span>
+<span class="ralign">70</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Ce fut un sauve-qui-peut général quand je braquai sur les indigènes mon appareil photographique.</span> (Dessin de J. Lavée, d'après une photographie.)
+<span class="ralign">71</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La rue principale de Grand-Alépé.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">72</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les Trois Graces de Mopé (pays Attié).</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">73</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Femme du pays Attié portant son enfant en groupe.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">73</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une clairière près de Mopé.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">74</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La garnison de Mopé se porte à notre rencontre.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">75</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Femme de Mopé fabriquant son savon à base d'huile de palme et de cendres de peaux de bananes.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">76</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Danse exécutée aux funérailles du prince héritier de Mopé.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">77</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Toilette et embaumement du défunt.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">78</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Jeune femme et jeune fille de Mopé.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">79</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Route, dans la forêt tropicale, de Malamalasso à Daboissué.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">80</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Benié Coamé, roi de Bettié et autres lieux, entouré de ses femmes et de ses hauts dignitaires.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">81</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Chute du Mala-Mala, affluent du Comoé, à Malamalasso.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">82</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La vallée du Comoé à Malamalasso.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">83</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Tam-tam de guerre à Mopé.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">84</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Piroguiers de la côte d'Ivoire pagayant.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">85</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Allou, le boy du docteur Lamy.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">85</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La forêt tropicale à la côte d'Ivoire.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">86</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le débitage des arbres.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">87</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les lianes sur la rive du Comoé.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">88</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les occupations les plus fréquentes au village: discussions et farniente Attié.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">89</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un incendie à Grand-Bassam.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">90</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La danse indigène est caractérisée par des poses et des gestes qui rappellent une pantomime.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">91</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une inondation à Grand-Bassam.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">92</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un campement sanitaire à Abidjean.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">93</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une rue de Jackville, sur le golfe de Guinée.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">94</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Grand-Bassam: cases détruites après une épidémie de fièvre jaune.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">95</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Grand-Bassam: le boulevard Treich-Laplène.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">96</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">L'ÎLE D'ELBE<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. PAUL GRUYER</i></p>
+
+
+<p><span class="smcap">L'île d'Elbe se découpe sur l'horizon, abrupte, montagneuse et violâtre.</span>
+<span class="ralign">97</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une jeune fille elboise, au regard énergique, à la peau d'une blancheur de lait et aux beaux cheveux noirs.</span>
+<span class="ralign">97</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les rues de Porto-Ferraio sont toutes un escalier</span> (page 100).
+<span class="ralign">98</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Porto-Ferraio: à l'entrée du port, une vieille tour génoise, trapue, bizarre de forme, se mire dans les flots.</span>
+<span class="ralign">99</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Porto-Ferraio: la porte de terre, par laquelle sortait Napoléon pour se rendre à sa maison de campagne de San Martino.</span>
+<span class="ralign">100</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Porto-Ferraio: la porte de mer, où aborda Napoléon.</span>
+<span class="ralign">101</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La «teste» de Napoléon</span> (page 100).
+<span class="ralign">102</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Porto-Ferraio s'échelonne avec ses toits plats et ses façades scintillantes de clarté</span> (page 99).
+<span class="ralign">103</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Porto-Ferraio: les remparts découpent sur le ciel d'un bleu sombre leur profil anguleux</span> (page 99).
+<span class="ralign">103</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La façade extérieure du «Palais» des Mulini où habitait Napoléon à Porto-Ferraio</span> (page 101).
+<span class="ralign">104</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le jardin impérial et la terrasse de la maison des Mulini</span> (page 102).
+<span class="ralign">105</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La Via Napoleone, qui monte au «Palais» des Mulini.</span>
+<span class="ralign">106</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La salle du conseil à Porto-Ferraio, avec le portrait de la dernière grande-duchesse de Toscane et celui de Napoléon</span>, d'après le tableau de Gérard.
+<span class="ralign">107</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La grande salle des Mulini aujourd'hui abandonnée, avec ses volets clos et les peintures décoratives qu'y fit faire l'empereur</span> (page 101).
+<span class="ralign">107</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une paysanne elboise avec son vaste chapeau qui la protège du soleil.</span>
+<span class="ralign">108</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les mille mètres du Monte Capanna et de son voisin, le Monte Giove, dévalent dans les flots de toute leur hauteur.</span>
+<span class="ralign">109</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un enfant elbois.</span>
+<span class="ralign">109</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Marciana Alta et ses ruelles étroites.</span>
+<span class="ralign">110</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Marciana Marina avec ses maisons rangées autour du rivage et ses embarcations tirées sur la grève.</span>
+<span class="ralign">111</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les châtaigniers dans le brouillard, sur le faite du Monte Giove.</span>
+<span class="ralign">112</span></p>
+
+<p><span class="smcap">... Et voici au-dessus de moi Marciana Alta surgir des nuées</span> (page 111).
+<span class="ralign">113</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La «Seda di Napoleone» sur le Monte Giove où l'empereur s'asseyait pour découvrir la Corse.</span>
+<span class="ralign">114</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La blanche chapelle de Monserrat au centre d'un amphithéâtre de rochers est entourée de sveltes cyprès</span> (page 117).
+<span class="ralign">115</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Voici Rio Montagne dont les maisons régulières et cubiques ont l'air de dominos empilés...</span> (page 118).
+<span class="ralign">115</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="pageiii" name="pageiii"></a>(p. iii)</span> <span class="smcap">J'aperçois Poggio, un autre village perdu aussi dans les nuées.</span>
+<span class="ralign">116</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une des trois chambres de l'ermitage.</span>
+<span class="ralign">117</span></p>
+
+<p><span class="smcap">L'ermitage du Marciana où l'empereur reçut la visite de la comtesse Walewska, le 3 Septembre 1814.</span>
+<span class="ralign">117</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le petit port de Porto-Longone dominé par la vieille citadelle espagnole</span> (page 117).
+<span class="ralign">118</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La maison de Madame Mère à Marciana Alta. &mdash; «Bastia, signor!» &mdash; La chapelle de la Madone sur le Monte Giove.</span>
+<span class="ralign">119</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le coucher du soleil sur le Monte Giove.</span>
+<span class="ralign">120</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Porto-Ferraio et son golfe vus des jardins de San Martino.</span>
+<span class="ralign">121</span></p>
+
+<p><span class="smcap">L'arrivée de Napoléon à l'île d'Elbe.</span> (D'après une caricature du temps.)
+<span class="ralign">121</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le drapeau de Napoléon roi de l'île d'Elbe: fond blanc, bande orangé-rouge et trois abeilles jadis dorées.</span>
+<span class="ralign">122</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La salle de bains de San Martino a conservé sa baignoire de pierre.</span>
+<span class="ralign">123</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La chambre de Napoléon à San Martino.</span>
+<span class="ralign">123</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La cour de Napoléon à l'île d'Elbe.</span> (D'après une caricature du temps.)
+<span class="ralign">124</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une femme du village de Marciana Alta.</span>
+<span class="ralign">125</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le plafond de San Martino et les deux colombes symboliques représentant Napoléon et Marie-Louise.</span>
+<span class="ralign">126</span></p>
+
+<p><span class="smcap">San Martino rappelle par son aspect une de ces maisonnettes à la Jean-Jacques Rousseau, agrestes et paisibles</span> (page 123).
+<span class="ralign">126</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Rideau du théâtre de Porto-Ferraio représentant Napoléon sous la figure d'Apollon gardant ses troupeaux chez Admète.</span>
+<span class="ralign">127</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La salle égyptienne de San Martino est demeurée intacte avec ses peintures murales et son bassin à sec.</span>
+<span class="ralign">127</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Broderies de soie du couvre-lit et du baldaquin du lit de Napoléon aux Mulini, dont on a fait le trône épiscopal de l'évêque d'Ajaccio.</span>
+<span class="ralign">128</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La signorina Squarci dans la robe de satin blanc que son aïeule portait à la cour des Mulini.</span>
+<span class="ralign">129</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Éventail de Pauline Borghèse, en ivoire sculpté, envoyé en souvenir d'elle à la signora Traditi, femme du maire de Porto-Ferraio.</span>
+<span class="ralign">130</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le lit de Madame Mère, qu'elle s'était fait envoyer de Paris à l'île d'Elbe.</span>
+<span class="ralign">130</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le vieil aveugle Soldani, fils d'un soldat de Waterloo, chauffait, à un petit brasero de terre jaune, ses mains osseuses.</span>
+<span class="ralign">131</span></p>
+
+<p><span class="smcap">L'entrée du goulet de Porto-Ferraio par où sortit la flottille impériale, le 26 février 1815.</span>
+<span class="ralign">132</span></p>
+
+
+
+<p class="p2 center">D'ALEXANDRETTE
+AU COUDE DE L'EUPHRATE<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. VICTOR CHAPOT</i><br>
+<i>membre de l'École française d'Athènes</i>.</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Dans une sorte de cirque se dressent les pans de muraille du Ksar-el-Benat</span> (page 142). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">133</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le canal de Séleucie est, par endroits, un tunnel</span> (page 140).
+<span class="ralign">133</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Vers le coude de l'Euphrate: la pensée de relever les traces de vie antique a dicté l'itinéraire.</span>
+<span class="ralign">134</span></p>
+
+<p><span class="smcap">L'Antioche moderne: de l'ancienne Antioche il ne reste que l'enceinte, aux flancs du Silpios</span> (page 137).
+<span class="ralign">135</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les rues d'Antioche sont étroites et tortueuses; parfois, au milieu, se creuse en fossé.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">136</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le tout-Antioche inonde les promenades.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">137</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les crêtes des collines sont couronnées de chapelles ruinées</span> (page 142).
+<span class="ralign">138</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Alep est une ville militaire.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">139</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La citadelle d'Alep se détache des quartiers qui l'avoisinent</span> (page 143). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">139</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les parois du canal de Séleucie s'élèvent jusqu'à 40 mètres.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">140</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les tombeaux de Séleucie s'étageaient sur le Kasios.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">141</span></p>
+
+<p><span class="smcap">À Alep une seule mosquée peut presque passer pour une &oelig;uvre d'art.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">142</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Tout alentour d'Alep la campagne est déserte.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">143</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le Kasr-el-Benat, ancien couvent fortifié.</span>
+<span class="ralign">144</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Balkis éveille, de loin et de haut, l'idée d'une taupinière</span> (page 147). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">145</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Stèle Hittite. L'artiste n'a exécuté qu'un premier ravalement</span> (page 148).
+<span class="ralign">145</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Église arménienne de Nisib; le plan en est masqué au dehors.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">146</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Tell-Erfat est peuplé d'Yazides; on le reconnaît à la forme des habitations.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">147</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La rive droite de l'Euphrate était couverte de stations romaines et byzantines.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">148</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Biredjik vu de la citadelle: la plaine s'allonge indéfiniment</span> (page 148). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">149</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Sérésat: village mixte d'Yazides et de Bédouins</span> (page 146). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">150</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les Tcherkesses diffèrent des autres musulmans; sur leur personne, pas de haillons</span> (page 152). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">151</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Ras-el-Aïn. Deux jours se passent, mélancoliques, en négociations</span> (page 155). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">152</span></p>
+
+<p><span class="smcap">J'ai laissé ma tente hors les murs devant Orfa.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">153</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Environs d'Orfa: les vignes, basses, courent sur le sol.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">154</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Vue générale d'Orfa.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">155</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Porte arabe à Rakka</span> (page 152). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">156</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Passage de l'Euphrate: les chevaux apeurés sont portés dans le bac à force de bras</span> (page 159). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">157</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Bédouin.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">157</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Citadelle d'Orfa: deux puissantes colonnes sont restées debout.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">158</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Orfa: mosquée Ibrahim-Djami; les promeneurs flânent dans la cour et devant la piscine</span> (page 157). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">159</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Pont byzantin et arabe</span> (page 159). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">160</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Mausolée d'Alif, orné d'une frise de têtes sculptées</span> (page 160). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">161</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Mausolée de Théodoret, selon la légende, près de Cyrrhus.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">162</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Kara-Moughara: au sommet se voit une grotte taillée</span> (page 165). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">163</span></p>
+
+<p><span class="smcap">L'Euphrate en amont de Roum-Kaleh; sur la falaise campait un petit corps de légionnaires romains</span> (page 160). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">163</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Trappe de Checkhlé: un grand édifice en pierres a remplacé les premières habitations</span> (page 166).
+<span class="ralign">164</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Trappe de Checkhlé: la chapelle</span> (page 166). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">165</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Père Maronite</span> (page 168). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">166</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Acbès est situé au fond d'un grand cirque montagneux</span> (page 166). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">167</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Trappe de Checkhlé: premières habitations des trappistes</span> (page 166). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">168</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">LA FRANCE AUX NOUVELLES-HÉBRIDES<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. RAYMOND BEL</i></p>
+
+
+<p><span class="smcap">Indigènes hébridais de l'île de Spiritu-Santo.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">169</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le petit personnel d'un colon de Malli-Colo.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">169</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le quai de Franceville ou Port-Vila, dans l'île Vaté.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">170</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une case de l'île de Spiritu-Santo et ses habitants.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">171</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le port de Franceville ou Port-Vila, dans l'île Vaté, présente une rade magnifique.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">172</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="pageiv" name="pageiv"></a>(p. iv)</span> <span class="smcap">C'est à Port-Vila ou Franceville, dans l'île Vaté, que la France a un résident.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">173</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Dieux indigènes ou Tabous.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">174</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les indigènes hébridais de l'île Mallicolo ont un costume et une physionomie moins sauvages que ceux de l'île Pentecôte.</span> (D'après des photographies.)
+<span class="ralign">175</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Pirogues de l'île Vao.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">176</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Indigènes employés au service d'un bateau.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">177</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un sous-bois dans l'île de Spiritu-Santo.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">178</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un banquet de Français à Port-Vila (Franceville).</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">179</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La colonie française de Port-Vila (Franceville).</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">179</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La rivière de Luganville.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">180</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">LA RUSSIE, RACE COLONISATRICE<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. ALBERT THOMAS</i></p>
+
+
+<p><span class="smcap">Les enfants russes, aux grosses joues pales, devant l'isba</span> (page 182). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">181</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La reine des cloches «Tsar Kolokol»</span> (page 180). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">181</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les chariots de transport que l'on rencontre en longues files dans les rues de Moscou</span> (page 183).
+<span class="ralign">182</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les paysannes en pèlerinage arrivées enfin à Moscou, la cité sainte</span> (page 182). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">183</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une chapelle où les passants entrent adorer les icônes</span> (page 183). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">184</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La porte du Sauveur que nul ne peut franchir sans se découvrir</span> (page 185). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">185</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une porte du Kreml</span> (page 185). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">186</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les moines du couvent de Saint-Serge, un des couvents qui entourent la cité sainte</span> (page 185). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">187</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Deux villes dans le Kreml: celle du <span class="smcap">xv</span><sup>e</sup> siècle, celle d'Ivan, et la ville moderne, que symbolise ici le petit palais</span> (page 190).
+<span class="ralign">188</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le mur d'enceinte du Kreml, avec ses créneaux, ses tours aux toits aigus</span> (page 183). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">189</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Tout près de l'Assomption, les deux églises-s&oelig;urs se dressent: les Saints-Archanges et l'Annonciation</span> (page 186). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">189</span></p>
+
+<p><span class="smcap">À l'extrémité de la place Rouge, Saint-Basile dresse le fouillis de ses clochers</span> (page 184). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">190</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Du haut de l'Ivan Véliki, la ville immense se découvre</span> (page 190). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">191</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un des isvotchiks qui nous mènent grand train à travers les rues de Moscou</span> (page 182).
+<span class="ralign">192</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Il fait bon errer parmi la foule pittoresque des marchés moscovites, entre les petits marchands, artisans ou paysans qui apportent là leurs produits</span> (page 195). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">193</span></p>
+
+<p><span class="smcap">L'isvotchik a revêtu son long manteau bleu</span> (page 194). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">193</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Itinéraire de Moscou à Tomsk.</span>
+<span class="ralign">194</span></p>
+
+<p><span class="smcap">À côté d'une épicerie, une des petites boutiques où l'on vend le kvass, le cidre russe</span> (page 195). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">195</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Et des Tatars offraient des étoffes étalées sur leurs bras</span> (page 195). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">196</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Patients, résignés, les cochers attendent sous le soleil de midi</span> (page 194). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">197</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une cour du quartier ouvrier, avec l'icône protectrice</span> (page 196). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">198</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Sur le flanc de la colline de Nijni, au pied de la route qui relie la vieille ville à la nouvelle, la citadelle au marché</span> (page 204). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">199</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le marché étincelait dans son fouillis</span> (page 195). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">200</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Déjà la grande industrie pénètre: on rencontre à Moscou des ouvriers modernes</span> (page 195). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">201</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Sur l'Oka, un large pont de bois barrait les eaux</span> (page 204). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">202</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Dans le quartier ouvrier, les familles s'entassent, à tous les étages, autour de grandes cours</span> (page 196). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">203</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le char funèbre était blanc et doré</span> (page 194). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">204</span></p>
+
+<p><span class="smcap">À Nijni, toutes les races se rencontrent, Grands-Russiens, Tatars, Tcherkesses</span> (page 208). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">205</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une femme tatare de Kazan dans l'enveloppement de son grand châle</span> (page 214). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">205</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Nous avons traversé le grand pont qui mène à la foire</span> (page 205). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">206</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Au dehors, la vie de chaque jour s'étalait, pêle-mêle, à l'orientale</span> (page 207). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">207</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les galeries couvertes, devant les boutiques de Nijni</span> (page 206). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">208</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Dans les rues, les petits marchands étaient innombrables</span> (page 207). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">209</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Dans une rue, c'étaient des coffres de toutes dimensions, peints de couleurs vives</span> (page 206). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">210</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Près de l'asile, nous sommes allés au marché aux cloches</span> (page 208). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">211</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Plus loin, sous un abri, des balances gigantesques étaient pendues</span> (page 206). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">211</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Dans une autre rue, les charrons avaient accumulé leurs roues</span> (page 206). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">212</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Paysannes russes, de celles qu'on rencontre aux petits marchés des débarcadères ou des stations</span> (page 215). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">213</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le Kreml de Kazan. C'est là que sont les églises et les administrations</span> (page 214). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">214</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Sur la berge, des tarantass étaient rangées</span> (page 216). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">215</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Partout sur la Volga d'immenses paquebots et des remorqueurs</span> (page 213). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">216</span></p>
+
+<p><span class="smcap">À presque toutes les gares il se forme spontanément un petit marché</span> (page 222). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">217</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Dans la plaine</span> (page 221). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">217</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un petit fumoir, vitré de tous côtés, termine le train</span> (page 218). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">218</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les émigrants étaient là, pêle-mêle, parmi leurs misérables bagages</span> (page 226). (D'après une photographie de M. J. Cahen.)
+<span class="ralign">219</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les petits garçons du wagon-restaurant s'approvisionnent</span> (page 218). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">220</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Émigrants prenant leur maigre repas pendant l'arrêt de leur train</span> (page 228). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine)
+<span class="ralign">221</span></p>
+
+<p><span class="smcap">L'ameublement du wagon-restaurant était simple, avec un bel air d'aisance</span> (page 218). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine)
+<span class="ralign">222</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les gendarmes qui assurent la police des gares du Transsibérien.</span> (Photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">223</span></p>
+
+<p><span class="smcap">L'église, près de la gare de Tchéliabinsk, ne diffère des isbas neuves que par son clocheton</span> (page 225). (Photographie extraite du «Guide du Transsibérien».)
+<span class="ralign">224</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un train de constructeurs était remisé là, avec son wagon-chapelle</span> (page 225). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine.)
+<span class="ralign">225</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Vue De Stretensk: la gare est sur la rive gauche, la ville sur la rive droite.</span> (Photographie de M. A. N. de Koulomzine.)
+<span class="ralign">226</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="pagev" name="pagev"></a>(p. v)</span> <span class="smcap">Un point d'émigration</span> (page 228). (Photographie de M. A. N. de Koulomzine.)
+<span class="ralign">227</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Enfants d'émigrants</span> (page 228). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">228</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un petit marché dans une gare du Transsibérien.</span> (Photographie de M. Legras.)
+<span class="ralign">229</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La cloche luisait, immobile, sous un petit toit isolé</span> (page 230). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">229</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Nous sommes passés près d'une église à clochetons verts</span> (page 230). (Photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">230</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Tomsk a groupé dans la vallée ses maisons grises et ses toits verts</span> (page 230). (Photographie de M. Brocherel.)
+<span class="ralign">231</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Après la débâcle de la Tome, près de Tomsk</span> (page 230). (D'après une photographie de M. Legras.)
+<span class="ralign">232</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le chef de police demande quelques explications sur les passeports</span> (page 232). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">233</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La cathédrale de la Trinité à Tomsk</span> (page 238). (Photographie extraite du «Guide du Transsibérien».)
+<span class="ralign">234</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Tomsk: en revenant de l'église</span> (page 234). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">235</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Tomsk n'était encore qu'un campement, sur la route de l'émigration</span> (page 231). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">236</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une rue de Tomsk, définie seulement par les maisons qui la bordent</span> (page 231). (Photographie de M. Brocherel.)
+<span class="ralign">237</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les cliniques de l'Université de Tomsk</span> (page 238). (Photographie extraite du «Guide du Transsibérien».)
+<span class="ralign">238</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les longs bâtiments blancs où s'abrite l'Université</span> (page 237). (Photographie extraite du «Guide du Transsibérien».)
+<span class="ralign">239</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La voiture de l'icône stationnait parfois</span> (page 230). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">240</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Flâneurs à la gare de Petropavlosk</span> (page 242). (D'après une photographie de M. Legras.)
+<span class="ralign">241</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Dans les vallées de l'Oural, habitent encore des Bachkirs</span> (page 245). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">241</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un taillis de bouleaux entourait une petite mare.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">242</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les rivières roulaient une eau claire</span> (page 244). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">243</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La ligne suit la vallée des rivières</span> (page 243). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">244</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Comme toute l'activité commerciale semble frêle en face des eaux puissantes de la Volga!</span> (page 248.) (D'après une photographie de M. G. Cahen.)
+<span class="ralign">245</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Bachkirs sculpteurs.</span> (D'après une photographie de M. Paul Labbé.)
+<span class="ralign">246</span></p>
+
+<p><span class="smcap">À la gare de Tchéliabinsk, toujours des émigrants</span> (page 242). (D'après une photographie de M. J. Legras.)
+<span class="ralign">247</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une bonne d'enfants, avec son costume traditionnel</span> (page 251). (D'après une photographie de M. G. Cahen.)
+<span class="ralign">248</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Joie naïve de vivre, et mélancolie. &mdash; un petit marché du sud</span> (page 250). (D'après une photographie de M. G. Cahen.)
+<span class="ralign">249</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un russe dans son vêtement d'hiver</span> (page 249). (D'après une photographie de M. G. Cahen.)
+<span class="ralign">250</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Dans tous les villages russes, une activité humble, pauvre de moyens. &mdash; Marchands de poteries</span> (page 248). (D'après une photographie de M. G. Cahen.)
+<span class="ralign">251</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Là, au passage, un Kirghize sur son petit cheval</span> (page 242). (D'après une photographie de M. Thiébeaux.)
+<span class="ralign">252</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">LUGANO, LA VILLE DES FRESQUES<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. GERSPACH</i></p>
+
+
+<p><span class="smcap">Lugano: les quais offrent aux touristes une merveilleuse promenade.</span> (Photographie Alinari.)
+<span class="ralign">253</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Porte de la cathédrale Saint-Laurent de Lugano</span> (page 256). (Photographie Alinari.)
+<span class="ralign">253</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le lac de Lugano dont les deux bras enserrent le promontoire de San Salvatore.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">254</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La ville de Lugano descend en amphithéâtre jusqu'aux rives de son lac.</span> (Photographie Alinari.)
+<span class="ralign">255</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Lugano: faubourg de Castagnola.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">256</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La cathédrale de Saint-Laurent: sa façade est décorée de figures de prophètes et de médaillons d'apôtres</span> (page 256). (Photographie Alinari.)
+<span class="ralign">257</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Saint-Roch: détail de la fresque de Luini à Sainte-Marie-des-Anges</span> (Photographie Alinari.)
+<span class="ralign">258</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La passion: fresque de Luini à l'église Sainte-Marie-des-Anges</span> (page 260). (Photographie Alinari)
+<span class="ralign">259</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Saint Sébastien: détail de la grande fresque de Luini à Sainte-Marie-des-Anges.</span> (Photographie Alinari.)
+<span class="ralign">260</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La madone, l'enfant Jésus et Saint Jean, par Luini, église Sainte-Marie-des-Anges</span> (page 260). (Photographie Alinari.)
+<span class="ralign">261</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La Scène: fresque de Luini à l'église Sainte-Marie-des-Anges</span> (page 260).
+<span class="ralign">262</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Lugano: le quai et le faubourg Paradiso.</span> (Photographie Alinari.)
+<span class="ralign">263</span></p>
+
+<p><span class="smcap">lac de Lugano: viaduc du chemin de fer du Saint-Gothard.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">264</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">SHANGHAÏ, LA MÉTROPOLE CHINOISE<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. ÉMILE DESCHAMPS</i></p>
+
+
+<p><span class="smcap">Les quais sont animés par la population grouillante des Chinois</span> (page 266). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">265</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Acteurs du théâtre chinois.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">265</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Plan de Shanghaï.</span>
+<span class="ralign">266</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Shanghaï est sillonnée de canaux qui, à marée basse, montrent une boue noire et mal odorante.</span> (Photographie de M<sup>lle</sup> Hélène de Harven.)
+<span class="ralign">267</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Panorama de Shanghaï.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">268</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Dans la ville chinoise, les «camelots» sont nombreux, qui débitent en plein vent des marchandises ou des légendes extraordinaires.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">269</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le poste de l'Ouest, un des quatre postes où s'abrite la milice de la Concession française</span> (page 272). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">270</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La population ordinaire qui grouille dans les rues de la ville chinoise de Shanghaï</span> (page 268).
+<span class="ralign">271</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les coolies conducteurs de brouettes attendent nonchalamment l'arrivée du client</span> (page 266). (Photographies de M<sup>lle</sup> H. de Harven.)
+<span class="ralign">271</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une maison de thé dans la cité chinoise.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">272</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les brouettes, qui transportent marchandises ou indigènes, ne peuvent circuler que dans les larges avenues des concessions</span> (page 270). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">273</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La prison de Shanghaï se présente sous l'aspect d'une grande cage, à forts barreaux de fer.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">274</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le parvis des temples dans la cité est toujours un lieu de réunion très fréquenté.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">275</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les murs de la cité chinoise, du côté de la Concession française.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">276</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La navigation des sampans sur le Ouang-Pô.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">277</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Aiguille de la pagode de Long-Hoa.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">277</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Rickshaws et brouettes sillonnent les ponts du Yang King-Pang.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">278</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Dans Broadway, les boutiques alternent avec des magasins de belle apparence</span> (page 282).
+<span class="ralign">279</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les jeunes Chinois flânent au soleil dans leur Cité.</span> (Photographies de M<sup>lle</sup> H. de Harven.)
+<span class="ralign">279</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Sur les quais du Yang-King-Pang s'élèvent des bâtiments, banques ou clubs, qui n'ont rien de chinois.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">280</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le quai de la Concession française présente, à toute heure du jour, la plus grande animation.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">281</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Hong-Hoa: pavillon qui surmonte l'entrée de la pagode.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">282</span></p>
+
+<p><span class="smcap">«L'omnibus du pauvre» (wheel-barrow ou brouette) fait du deux à l'heure et coûte quelques centimes seulement.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">283</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une station de brouettes sur le Yang-King-Pang.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">284</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les barques s'entre-croisent et se choquent devant le quai chinois de Tou-Ka-Dou.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">285</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="pagevi" name="pagevi"></a>(p. vi)</span> <span class="smcap">Chinoises de Shanghaï.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">286</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Village chinois aux environs de Shanghaï.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">287</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le charnier des enfants trouvés</span> (page 280). (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">288</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">L'ÉDUCATION DES NÈGRES
+AUX ÉTATS-UNIS<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. BARGY</i></p>
+
+
+<p><span class="smcap">L'école maternelle de Hampton accueille et occupe les négrillons des deux sexes.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">289</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Institut Hampton: cours de travail manuel.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">289</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Booker T. Washington, le leader de l'éducation des nègres aux États-Unis, fondateur de l'école de Tuskegee, en costume universitaire.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">290</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Institut Hampton: le cours de maçonnerie.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">291</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Institut Hampton: le cours de laiterie.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">292</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Institut Hampton: le cours d'électricité.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">293</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Institut Hampton: le cours de menuiserie.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">294</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le salut au drapeau exécuté par les négrillons de l'Institut Hampton.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">295</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Institut Hampton: le cours de chimie.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">296</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le basket ball dans les jardins de l'Institut Hampton.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">297</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Institut Hampton: le cours de cosmographie.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">298</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Institut Hampton: le cours de botanique.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">299</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Institut Hampton: le cours de mécanique.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">300</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">À TRAVERS LA PERSE ORIENTALE<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>le Major PERCY MOLESWORTH SYKES</i><br>
+<i>Consul général de S. M. Britannique au Khorassan.</i></p>
+
+
+<p><span class="smcap">Une foule curieuse nous attendait sur les places de Mechhed.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">301</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un poney persan et sa charge ordinaire.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">301</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le plateau de l'Iran. Carte pour suivre le voyage de l'auteur, d'Astrabad à Kirman.</span>
+<span class="ralign">302</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les femmes persanes s'enveloppent la tête et le corps d'amples étoffes.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">303</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Paysage du Khorassan: un sol rocailleux et ravagé, une rivière presque à sec; au fond, des constructions à l'aspect de fortins.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">304</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le sanctuaire de Mechhed est parmi les plus riches et les plus visités de l'Asie.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">305</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La cour principale du sanctuaire de Mechhed.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">306</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Enfants nomades de la Perse orientale.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">307</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Jeunes filles kurdes des bords de la mer Caspienne.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">308</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les préparatifs d'un campement dans le désert de Lout.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">309</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le désert de Lout n'est surpassé, en aridité, par aucun autre de l'Asie.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">310</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Avant d'arriver à Kirman, nous avions à traverser la chaîne de Kouhpaia.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">311</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Rien n'égale la désolation du désert de Lout.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">312</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La communauté Zoroastrienne de Kirman vint, en chemin, nous souhaiter la bienvenue.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">313</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un marchand de Kirman.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">313</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le «dôme de Djabalia», ruine des environs de Kirman, ancien sanctuaire ou ancien tombeau.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">314</span></p>
+
+<p><span class="smcap">À Kirman: le jardin qui est loué par le Consulat, se trouve à un mille au delà des remparts.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">315</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une avenue dans la partie ouest de Kirman.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">316</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les gardes indigènes du Consulat anglais de Kirman.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">317</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La plus ancienne mosquée de Kirman est celle dite Masdjid-i-Malik.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">318</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Membres des cheikhis, secte qui en compte 7&nbsp;000 dans la province de Kirman.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">319</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La Masdjid Djami, construite en 1349, une des quatre-vingt-dix mosquées de Kirman.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">320</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Dans la partie ouest de Kirman se trouve le Bagh-i-Zirisf, terrain de plaisance occupé par des jardins.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">321</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les environs de Kirman comptent quelques maisons de thé.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">322</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une «tour de la mort», où les Zoroastriens exposent les cadavres.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">323</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le fort dit Kala-i-Dukhtar ou fort de la Vierge, aux portes de Kirman.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">324</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le «Farma Farma».</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">325</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Indigènes du bourg d'Aptar, Baloutchistan.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">325</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Carte du Makran.</span>
+<span class="ralign">326</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Baloutches de Pip, village de deux cents maisons groupées autour d'un fort.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">327</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Des forts abandonnés rappellent l'ancienne puissance du Baloutchistan.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">328</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Chameliers brahmanes du Baloutchistan.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">329</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La passe de Fanoch, faisant communiquer la vallée du même nom et la vallée de Lachar.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">330</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Musiciens ambulants du Baloutchistan.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">331</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une halte dans les montagnes du Makran.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">332</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Baloutches du district de Sarhad.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">333</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un fortin sur les frontières du Baloutchistan.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">334</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Dans les montagnes du Makran: À des collines d'argile succèdent de rugueuses chaînes calcaires.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">335</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Bureau du télégraphe sur la côte du Makran.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">336</span></p>
+
+<p><span class="smcap">L'oasis de Djalsk, qui s'étend sur 10 kilomètres carrés, est remplie de palmiers-dattiers, et compte huit villages.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">337</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Femme Parsi du Baloutchistan.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">337</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Carte pour suivre les délimitations de la frontière perso-baloutche.</span>
+<span class="ralign">338</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Nous campâmes à Fahradj, sur la route de Kouak, dans une palmeraie.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">339</span></p>
+
+<p><span class="smcap">C'est à Kouak que les commissaires anglais et persans s'étaient donné rendez-vous.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">340</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le sanctuaire de Mahoun, notre première étape sur la route de Kouak.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">341</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Cour intérieure du sanctuaire de Mahoun.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">342</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le khan de Kélat et sa cour.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">343</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Jardins du sanctuaire de Mahoun.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">344</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Dans la vallée de Kalagan, près de l'oasis de Djalsk.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">345</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Oasis de Djalsk: Des édifices en briques abritent les tombes d'une race de chefs disparue.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">346</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Indigènes de l'oasis de Pandjgour, à l'est de Kouak.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">347</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Camp de la commission de délimitation sur la frontière perso-baloutche.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">348</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Campement de la commission des frontières perso-baloutches.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">349</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Parsi de Yezd.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">349</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une séance d'arpentage dans le Seistan.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">350</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="pagevii" name="pagevii"></a>(p. vii)</span> <span class="smcap">Les commissaires persans de la délimitation des frontières perso-baloutches.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">351</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le delta du Helmand.</span>
+<span class="ralign">352</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Sculptures sassanides de Persépolis.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">352</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un gouverneur persan et son état-major.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">353</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La passe de Buzi.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">354</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le Gypsies du sud-est persan.</span>
+<span class="ralign">355</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Sur la lagune du Helmand.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">356</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Couple baloutche.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">357</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Vue de Yezd, par où nous passâmes pour rentrer à Kirman.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">358</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La colonne de Nadir s'élève comme un phare dans le désert.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">359</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Mosquée de Yezd.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">360</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">AUX RUINES D'ANGKOR<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. le Vicomte De MIRAMON-FARGUES</i></p>
+
+
+<p><span class="smcap">Entre le sanctuaire et la seconde enceinte qui abrite sous ses voûtes un peuple de divinités de pierre....</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">361</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Emblème décoratif (art khmer).</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">361</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Porte d'entrée de la cité royale d'Angkor-Tom, dans la forêt.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">362</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Ce grand village, c'est Siem-Réap, capitale de la province.</span> (D'après une photographie)
+<span class="ralign">363</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une chaussée de pierre s'avance au milieu des étangs.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">364</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Par des escaliers invraisemblablement raides, on gravit la montagne sacrée.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">365</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Colonnades et galeries couvertes de bas-reliefs.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">366</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La plus grande des deux enceintes mesure 2 kilomètres de tour; c'est un long cloître.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">367</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Trois dômes hérissent superbement la masse formidable du temple d'Angkor-Wat.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">367</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Bas-relief du temple d'Angkor.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">368</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La forêt a envahi le second étage d'un palais khmer.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">369</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le gouverneur réquisitionne pour nous des charrettes à b&oelig;ufs.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">370</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La jonque du deuxième roi, qui a, l'an dernier, succédé à Norodom.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">371</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le palais du roi, à Oudong-la-Superbe.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">371</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Sculptures de l'art khmer.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">372</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">EN ROUMANIE<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. Th. HEBBELYNCK</i></p>
+
+
+<p><span class="smcap">La petite ville de Petrozeny n'est guère originale; elle a, de plus, un aspect malpropre.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">373</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Paysan des environs de Petrozeny et son fils.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">373</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Carte de Roumanie pour suivre l'itinéraire de l'auteur.</span>
+<span class="ralign">374</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Vendeuses au marché de Targu-Jiul.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">375</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La nouvelle route de Valachie traverse les Carpathes et aboutit à Targu-Jiul.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">376</span></p>
+
+<p><span class="smcap">C'est aux environs d'Arad que pour la première fois nous voyons des buffles domestiques.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">377</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Montagnard roumain endimanché.</span> (Cliché Anerlich.)
+<span class="ralign">378</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Derrière une haie de bois blanc s'élève l'habitation modeste.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">379</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Nous croisons des paysans roumains.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">379</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Costume national de gala, roumain.</span> (Cliché Cavallar.)
+<span class="ralign">380</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Dans les vicissitudes de leur triste existence, les tziganes ont conservé leur type et leurs m&oelig;urs.</span> (Photographie Anerlich.)
+<span class="ralign">381</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un rencontre près de Padavag d'immenses troupeaux de b&oelig;ufs.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">382</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les femmes de Targu-Jiul ont des traits rudes et sévères, sous le linge blanc.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">383</span></p>
+
+<p><span class="smcap">En Roumanie, on ne voyage qu'en victoria.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">384</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Dans la vallée de l'Olt, les «castrinza» des femmes sont décorées de paillettes multicolores.</span>
+<span class="ralign">385</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Dans le village de Slanic.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">385</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Roumaine du défilé de la Tour-Rouge.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">386</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La petite ville d'Horezu est charmante et animée.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">387</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La perle de Curtea, c'est cette superbe église blanche, scintillante sous ses coupoles dorées.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">388</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une ferme près du monastère de Bistritza.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">389</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Entrée de l'église de Curtea.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">390</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les religieuses du monastère d'Horezu portent le même costume que les moines.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">391</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Devant l'entrée de l'église se dresse le baptistère de Curtea.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">392</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Au marché de Campolung.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">393</span></p>
+
+<p><span class="smcap">L'excursion du défilé de Dimboviciora est le complément obligé d'un séjour à Campolung.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">394</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Dans le défilé de Dimboviciora.</span> (D'après des photographies.)
+<span class="ralign">395</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Dans les jardins du monastère de Curtea.</span>
+<span class="ralign">396</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Sinaïa: le château royal, Castel Pelés, sur la montagne du même nom.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">397</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un enfant des Carpathes.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">397</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une fabrique de ciment groupe autour d'elle le village de Campina.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">398</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Vue intérieure des mines de sel de Slanic.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">399</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Entre Campina et Sinaïa la route de voiture est des plus poétiques.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">400</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un coin de Campina.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">401</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les villas de Sinaïa.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">402</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Vues de Bucarest: le boulevard Coltei. &mdash; L'église du Spiritou Nou. &mdash; Les constructions nouvelles du boulevard Coltei. &mdash; L'église métropolitaine. &mdash; L'Université. &mdash; Le palais Stourdza. &mdash; Un vieux couvent.</span> &mdash; (D'après des photographies.)
+<span class="ralign">403</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le monastère de Sinaïa se dresse derrière les villas et les hôtels de la ville.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">404</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une des deux cours intérieures du monastère de Sinaïa.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">405</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une demeure princière de Sinaïa.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">406</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Busteni (les villas, l'église), but d'excursion pour les habitants de Sinaïa.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">407</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Slanic: un wagon de sel.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">408</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">CROQUIS HOLLANDAIS<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. Lud. GEORGES HAMÖN</i><br>
+<i>Photographies de l'auteur.</i></p>
+
+
+<p><span class="smcap">À la kermesse.</span>
+<span class="ralign">409</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Ces anciens, pour la plupart, ont une maigreur de bon aloi.</span>
+<span class="ralign">409</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Des «boerin» bien prises en leurs justins marchent en roulant, un joug sur les épaules.</span>
+<span class="ralign">410</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Par intervalles une femme sort avec des seaux; elle lave sa demeure de haut en bas.</span>
+<span class="ralign">410</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Emplettes familiales.</span>
+<span class="ralign">411</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les ménagères sont là, également calmes, lentes, avec leurs grosses jupes.</span>
+<span class="ralign">411</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Jeune métayère de Middelburg.</span>
+<span class="ralign">412</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Middelburg: le faubourg qui prend le chemin du marché conduit à un pont.</span>
+<span class="ralign">412</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une mère, songeuse, promenait son petit garçon.</span>
+<span class="ralign">413</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une famille hollandaise au marché de Middelburg.</span>
+<span class="ralign">414</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le marché de Middelburg: considérations sur la grosseur des betteraves.</span>
+<span class="ralign">415</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Des groupes d'anciens en culottes courtes, chapeaux marmites.</span>
+<span class="ralign">416</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="pageviii" name="pageviii"></a>(p. viii)</span> <span class="smcap">Un septuagénaire appuyé sur son petit-fils me sourit bonassement.</span>
+<span class="ralign">417</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Roux en le décor roux, l'éclusier fumait sa pipe.</span>
+<span class="ralign">417</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le village de Zoutelande.</span>
+<span class="ralign">418</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les grandes voitures en forme de nacelle, recouvertes de bâches blanches.</span>
+<span class="ralign">419</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Aussi comme on l'aime, ce home.</span>
+<span class="ralign">420</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les filles de l'hôtelier de Wemeldingen.</span>
+<span class="ralign">421</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Il se campe près de son cheval.</span>
+<span class="ralign">421</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Je rencontre à l'orée du village un couple minuscule.</span>
+<span class="ralign">422</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La campagne hollandaise.</span>
+<span class="ralign">423</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Environs de Westkapelle: deux femmes reviennent du «molen».</span>
+<span class="ralign">423</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Par tous les sentiers, des marmots se juchèrent.</span>
+<span class="ralign">424</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le père Kick symbolisait les générations des Néerlandais défunts.</span>
+<span class="ralign">425</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Wemeldingen: un moulin colossal domine les digues.</span>
+<span class="ralign">426</span></p>
+
+<p><span class="smcap">L'une entonna une chanson.</span>
+<span class="ralign">427</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les moutons broutent avec ardeur le long des canaux.</span>
+<span class="ralign">428</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Famille hollandaise en voyage.</span>
+<span class="ralign">429</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Ah! les moulins; leur nombre déroute l'esprit.</span>
+<span class="ralign">429</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les chariots enfoncés dans les champs marécageux sont enlevés par de forts chevaux.</span>
+<span class="ralign">430</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La digue de Westkapelle.</span>
+<span class="ralign">431</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les écluses ouvertes.</span>
+<span class="ralign">432</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les petits garçons rôdent par bandes, à grand bruit de sabots sonores....</span>
+<span class="ralign">433</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Jeune mère à Marken.</span>
+<span class="ralign">433</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Volendam, sur les bords du Zuiderzee, est le rendez-vous des peintres de tous les pays.</span>
+<span class="ralign">434</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Avec leurs figures rondes, épanouies de contentement, les petites filles de Volendam font plaisir à voir.</span>
+<span class="ralign">435</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Aux jours de lessive, les linges multicolores flottent partout.</span>
+<span class="ralign">436</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les jeunes filles de Volendam sont coiffées du casque en dentelle, à forme de «salade» renversée.</span>
+<span class="ralign">437</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Deux pêcheurs accroupis au soleil, à Volendam.</span>
+<span class="ralign">438</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une lessive consciencieuse.</span>
+<span class="ralign">439</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Il y a des couples d'enfants ravissants, d'un type expressif.</span>
+<span class="ralign">440</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les femmes de Volendam sont moins claquemurées en leur logis.</span>
+<span class="ralign">441</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Vêtu d'un pantalon démesuré, le pêcheur de Volendam a une allure personnelle.</span>
+<span class="ralign">442</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un commencement d'idylle à Marken.</span>
+<span class="ralign">443</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les petites filles sont charmantes.</span>
+<span class="ralign">444</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">ABYDOS<br>
+dans les temps anciens et dans les temps modernes<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. E. AMELINEAU</i></p>
+
+
+<p><span class="smcap">Le lac sacré d'Osiris, situé au sud-est de son temple, qui a été détruit.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">445</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Séti I<sup>er</sup> présentant des offrandes de pain, légumes, etc.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">445</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une rue d'Abydos.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">446</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Maison d'Abydos habitée par l'auteur, pendant les trois premières années.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">447</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le prêtre-roi rendant hommage à Séti I<sup>er</sup> (chambre annexe de la deuxième salle d'Osiris).</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">448</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Thot présentant le signe de la vie aux narines du roi Séti I<sup>er</sup> (chambre annexe de la deuxième salle d'Osiris).</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">449</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le dieu Thot purifiant le roi Séti I<sup>er</sup> (chambre annexe de la deuxième salle d'Osiris, mur sud).</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">450</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Vue intérieure du temple de Ramsès II.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">451</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Perspective de la seconde salle hypostyle du temple de Séti I<sup>er</sup>.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">451</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Temple de Séti I<sup>er</sup>, mur est, pris du mur nord. Salle due à Ramsès II.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">452</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Temple de Séti I<sup>er</sup>, mur est, montrant des scènes diverses du culte.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">453</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Table des rois Séti I<sup>er</sup> et Ramsès II, faisant des offrandes aux rois leurs prédécesseurs.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">454</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Vue générale du temple de Séti I<sup>er</sup>, prise de l'entrée.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">455</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Procession des victimes amenées au sacrifice (temple de Ramsès II).</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">456</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">VOYAGE DU PRINCE SCIPION BORGHÈSE
+AUX MONTS CÉLESTES<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. JULES BROCHEREL</i></p>
+
+
+<p><span class="smcap">Le bazar de Tackhent s'étale dans un quartier vieux et fétide.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">457</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un Kozaque de Djarghess.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">457</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Itinéraire de Tachkent à Prjevalsk.</span>
+<span class="ralign">458</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les marchands de pain de Prjevalsk.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">459</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un des trente-deux quartiers du bazar de Tachkent.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">460</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un contrefort montagneux borde la rive droite du «tchou».</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">461</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le bazar de Prjevalsk, principale étape des caravaniers de Viernyi et de Kachgar.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">462</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Couple russe de Prjevalsk.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">463</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Arrivée d'une caravane à Prjevalsk.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">464</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le chef des Kirghizes et sa petite famille.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">465</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Notre djighite, sorte de garde et de policier.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">466</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le monument de Prjevalsky, à Prjevalsk.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">467</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Des têtes humaines, grossièrement sculptées, monuments funéraires des Nestoriens...</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">467</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Enfants kozaques sur des b&oelig;ufs.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">468</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un de nos campements dans la montagne.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">469</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Montée du col de Tomghent.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">469</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Dans la vallée de Kizil-Tao.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">470</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Itinéraire du voyage aux Monts Célestes.</span>
+<span class="ralign">470</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La carabine de Zurbriggen intriguait fort les indigènes.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">471</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Au sud du col s'élevait une blanche pyramide de glace.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">472</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La vallée de Kizil-Tao.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">473</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le col de Karaguer, vallée de Tomghent.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">474</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Sur le col de Tomghent.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">475</span></p>
+
+<p><span class="smcap">J'étais enchanté des aptitudes alpinistes de nos coursiers.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">475</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le plateau de Saridjass, peu tourmenté, est pourvu d'une herbe suffisante pour les chevaux.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">476</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Nous passons à gué le Kizil-Sou.</span> (D'après des photographies.)
+<span class="ralign">477</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Panorama du massif du Khan-Tengri.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">478</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Entrée de la vallée de Kachkateur.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">479</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Nous baptisâmes Kachkateur-Tao, la pointe de 4&nbsp;250 mètres que nous avions escaladée.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">479</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La vallée de Tomghent.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">480</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Des Kirghizes d'Oustchiar étaient venus à notre rencontre.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">481</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Kirghize joueur de flûte.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">481</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le massif du Kizil-Tao.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">482</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Région des Monts Célestes.</span>
+<span class="ralign">482</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les Kirghizes mènent au village une vie peu occupée.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">483</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Notre petite troupe s'aventure audacieusement sur la pente glacée.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">484</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Vallée supérieure d'Inghiltchik.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">485</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="pageix" name="pageix"></a>(p. ix)</span> <span class="smcap">Vallée de Kaende: l'eau d'un lac s'écoulait au milieu d'une prairie émaillée de fleurs.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">486</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les femmes kirghizes d'Oustchiar se rangèrent, avec leurs enfants, sur notre passage.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">487</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le chirtaï de Kaende.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">488</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Nous saluâmes la vallée de Kaende comme un coin de la terre des Alpes.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">489</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Femmes mariées de la vallée de Kaende, avec leur progéniture.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">490</span></p>
+
+<p><span class="smcap">L'élément mâle de la colonie vint tout l'après-midi voisiner dans notre campement.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">491</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un «aoul» kirghize.</span>
+<span class="ralign">492</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Yeux bridés, pommettes saillantes, nez épaté, les femmes de Kaende sont de vilaines Kirghizes.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">493</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Enfant kirghize.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">493</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Kirghize dressant un aigle.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">494</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Itinéraire du voyage aux Monts Célestes.</span>
+<span class="ralign">494</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Nous rencontrâmes sur la route d'Oustchiar un berger et son troupeau.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">495</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Je photographiai les Kirghizes de Kaende, qui s'étaient, pour nous recevoir, assemblés sur une éminence.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">496</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le glacier de Kaende.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">497</span></p>
+
+<p><span class="smcap">L'aiguille d'Oustchiar vue de Kaende.</span>
+<span class="ralign">498</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Notre cabane au pied de l'aiguille d'Oustchiar.</span> (D'après des photographies.)
+<span class="ralign">498</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Kirghizes de Kaende.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">499</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le pic de Kaende s'élève à 6&nbsp;000 mètres.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">500</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La fille du chirtaï (chef) de Kaende, fiancée au kaltchè de la vallée d'Irtach.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">501</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le kaltchè (chef) de la vallée d'Irtach, l'heureux fiancé de la fille du chirtaï de Kaende.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">502</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le glacier de Kaende.</span>
+<span class="ralign">503</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Cheval kirghize au repos sur les flancs du Kaende.</span> (D'après des photographies.)
+<span class="ralign">503</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Retour des champs.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">504</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Femmes kirghizes de la vallée d'Irtach.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">505</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un chef de district dans la vallée d'Irtach.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">505</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le pic du Kara-tach, vu d'Irtach, prend vaguement l'aspect d'une pyramide.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">506</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les caravaniers passent leur vie dans les Monts Célestes, emmenant leur famille avec leurs marchandises.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">507</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La vallée de Zououka, par où transitent les caravaniers de Viernyi à Kachgar.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">508</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le massif du Djoukoutchiak; au pied, le dangereux col du même nom, fréquenté par les nomades qui se rendent à Prjevalsk.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">509</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le chaos des pics dans le Kara-Tao.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">510</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Étalon kirghize de la vallée d'Irtach et son cavalier.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">511</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Véhicule kirghize employé dans la vallée d'Irtach.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">511</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les roches plissées des environs de Slifkina, sur la route de Prjevalsk.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">512</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Campement kirghize, près de Slifkina.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">513</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Femme kirghize tannant une peau.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">514</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les glaciers du Djoukoutchiak-Tao.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">515</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Tombeau kirghize.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">516</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">L'ARCHIPEL DES FEROÉ<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M<sup>lle</sup> ANNA SEE</i></p>
+
+
+<p><span class="smcap">«L'espoir des Feroé» se rendant à l'école.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">517</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les enfants transportent la tourbe dans des hottes en bois.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">517</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Thorshavn apparut, construite en amphithéâtre au fond d'un petit golfe.</span>
+<span class="ralign">518</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les fermiers de Kirkeb&oelig; en habits de fête.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">519</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les poneys feroïens et leurs caisses à transporter la tourbe.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">520</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les dénicheurs d'oiseaux se suspendent à des cordes armées d'un crampon.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">521</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Des îlots isolés, des falaises de basalte ruinées par le heurt des vagues.</span> (D'après des photographies.)
+<span class="ralign">522</span></p>
+
+<p><span class="smcap">On pousse vers la plage les cadavres des dauphins, qui ont environ 6 mètres.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">523</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les femmes feroïennes préparent la laine....</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">524</span></p>
+
+<p><span class="smcap">On sale les morues.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">525</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Feroïen en costume de travail.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">526</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les femmes portent une robe en flanelle tissée avec la
+laine qu'elles ont cardée et filée.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">527</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Déjà mélancolique!...</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">528</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">PONDICHÉRY<br>
+chef-lieu de l'Inde française<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. G. VERSCHUUR</i></p>
+
+
+<p><span class="smcap">Groupe de Brahmanes électeurs français.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">529</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Musicien indien de Pondichéry.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">529</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les enfants ont une bonne petite figure et un costume peu compliqué.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">530</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La visite du marché est toujours une distraction utile pour le voyageur.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">531</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Indienne en costume de fête.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">532</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Groupe de Brahmanes français.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">533</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La pagode de Villenour, à quelques kilomètres de Pondichéry.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">534</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Intérieur de la pagode de Villenour.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">535</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La Fontaine aux Bayadères.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">536</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Plusieurs rues de Pondichéry sont larges et bien bâties.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">537</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Étang de la pagode de Villenour.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">538</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Brahmanes français attendant la clientèle dans un bazar.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">539</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La statue de Dupleix à Pondichéry.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">540</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">UNE PEUPLADE MALGACHE<br>
+LES TANALA DE L'IKONGO<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. le Lieutenant ARDANT DU PICQ</i></p>
+
+
+<p><span class="smcap">Les populations souhaitent la bienvenue à l'étranger.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">541</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Femme d'Ankarimbelo.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">541</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Carte du pays des Tanala.</span>
+<span class="ralign">542</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les femmes tanala sont sveltes, élancées.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">543</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Panorama de Fort-Carnot.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">544</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Groupe de Tanala dans la campagne de Milakisihy.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">545</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un partisan tanala tirant à la cible à Fort-Carnot.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">546</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Enfants tanala.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">547</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les hommes, tous armés de la hache.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">548</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les cercueils sont faits d'un tronc d'arbre creusé, et recouverts d'un drap.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">549</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le battage du riz.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">550</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="pagex" name="pagex"></a>(p. x)</span> <span class="smcap">Une halte de partisans dans la forêt.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">551</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Femmes des environs de Fort-Carnot.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">552</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les Tanala au repos perdent toute leur élégance naturelle.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">553</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une jeune beauté tanala.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">553</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le Tanala, maniant une sagaie, a le geste élégant et souple.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">554</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le chant du «e manenina», à Iaborano.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">555</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La rue principale à Sahasinaka.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">556</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La danse est exécutée par des hommes, quelquefois par des femmes.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">557</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un danseur botomaro.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">558</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La danse, chez les Tanala, est expressive au plus haut degré.</span> (D'après des photographies.)
+<span class="ralign">559</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Tapant à coups redoublés sur un long bambou, les Tanala en tirent une musique étrange.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">560</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Femmes tanala tissant un lamba.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">561</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le village et le fort de Sahasinaka s'élèvent sur les hauteurs qui bordent le Faraony.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">562</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un détachement d'infanterie coloniale traverse le Rienana.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">563</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Profil et face de femmes tanala.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">564</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">LA RÉGION DU BOU HEDMA<br>
+(sud tunisien)<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M. Ch. MAUMENÉ</i></p>
+
+
+<p><span class="smcap">Les murailles de Sfax, véritable décor d'opéra....</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">565</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Salem, le domestique arabe de l'auteur.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">565</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Carte de la région du Bou Hedma (sud tunisien).</span>
+<span class="ralign">566</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les sources chaudes de l'oued Hadedj sont sulfureuses.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">567</span></p>
+
+<p><span class="smcap">L'oued Hadedj, d'aspect si charmant, est un bourbier qui sue la fièvre.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">568</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le cirque du Bou Hedma.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">569</span></p>
+
+<p><span class="smcap">L'oued Hadedj sort d'une étroite crevasse de la montagne.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">570</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Manoubia est une petite paysanne d'une douzaine d'années.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">571</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un puits dans le défilé de Touninn.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">571</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le ksar de Sakket abrite les Ouled bou Saad Sédentaires, qui cultivent oliviers et figuiers.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">572</span></p>
+
+<p><span class="smcap">De temps en temps la forêt de gommiers se révèle par un arbre.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">573</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le village de Mech; dans l'arrière-plan, le Bou Hedma.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">574</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le Khrangat Touninn (défile de Touninn), que traverse le chemin de Bir Saad à Sakket.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">575</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le puits de Bordj Saad.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">576</span></p>
+
+
+<p class="p2 center">DE TOLÈDE À GRENADE<br>
+<span class="smcap">Par</span> <i>M<sup>me</sup> JANE DIEULAFOY</i></p>
+
+
+<p><span class="smcap">Après avoir croisé des b&oelig;ufs superbes....</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">577</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Femme castillane.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">577</span></p>
+
+<p><span class="smcap">On chemine à travers l'inextricable réseau des ruelles silencieuses.</span> (D après une photographie.)
+<span class="ralign">578</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La rue du Commerce, à Tolède.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">579</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un représentant de la foule innombrable des mendiants de Tolède.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">580</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Dans des rues tortueuses s'ouvrent les entrées monumentales d'anciens palais, tel que celui de la Sainte Hermandad.</span> (Photographie Lacoste, à Madrid.)
+<span class="ralign">581</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Porte du vieux palais de Tolède.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">582</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Fière et isolée comme un arc de triomphe, s'élève la merveilleuse Puerta del Sol.</span> (Photographie Lacoste, à Madrid.)
+<span class="ralign">583</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Détail de sculpture mudejar dans le Transito.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">584</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Ancienne sinagogue connue sous le nom de Santa Maria la Blanca.</span> (Photographie Lacoste, à Madrid.)
+<span class="ralign">585</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Madrilène.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">586</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La porte de Visagra, construction massive remontant à l'époque de Charles Quint.</span> (Photographie Lacoste, à Madrid.)
+<span class="ralign">587</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Tympan mudejar.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">588</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Des familles d'ouvriers ont établi leurs demeures près de murailles solides.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">589</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Castillane et Sévillane.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">589</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Isabelle de Portugal, par le Titien (Musée du Prado).</span> (Photographie Lacoste, à Madrid.)
+<span class="ralign">590</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le palais de Pierre le Cruel.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">591</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Statue polychrome du prophète Élie, dans l'église de Santo Tomé (auteur inconnu).</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">592</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Porte du palais de Pierre le Cruel.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">593</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Portrait d'homme, par le Greco.</span> (Photographie Hauser y Menet, à Madrid.)
+<span class="ralign">594</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La cathédrale de Tolède.</span>
+<span class="ralign">595</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Enterrement du comte d'Orgaz, par le Greco (église Santo Tomé).</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">596</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le couvent de Santo Tomé conserve une tour en forme de minaret.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">597</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Les évêques Mendoza et Ximénès.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">598</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Salon de la prieure, au couvent de San Juan de la Penitencia.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">599</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Prise de Melilla (cathédrale de Tolède).</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">600</span></p>
+
+<p><span class="smcap">C'est dans cette pauvre demeure que vécut Cervantès pendant son séjour à Tolède.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">601</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Saint François d'Assise, par Alonzo Cano, cathédrale de Tolède.</span>
+<span class="ralign">601</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Porte des Lions.</span> (Photographie Lacoste, à Madrid.)
+<span class="ralign">602</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le cloître de San Juan de los Reyes apparaît comme le morceau le plus précieux et le plus fleuri de l'architecture gothique espagnole.</span> (Photographie Lacoste, à Madrid.)
+<span class="ralign">603</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Ornements d'église, à Madrid.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">604</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Porte due au ciseau de Berruguete, dans le cloître de la cathédrale de Tolède.</span> (Photographie Lacoste, à Madrid.)
+<span class="ralign">605</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une torea.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">606</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Vue intérieure de l'église de San Juan de Los Reyes.</span> (Photographie Lacoste, à Madrid.)
+<span class="ralign">607</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Une rue de Tolède.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">608</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Porte de l'hôpital de Santa Cruz.</span> (Photographie Lacoste, à Madrid.)
+<span class="ralign">609</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Sur les bords du Tage.</span> (Photographie Lacoste, à Madrid.)
+<span class="ralign">610</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Escalier de l'hôpital de Santa Cruz.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">611</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Détail du plafond de la cathédrale.</span> (D'après une photographie)
+<span class="ralign">612</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Pont Saint-Martin à Tolède.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">613</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Guitariste castillane.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">613</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La «Casa consistorial», hôtel de ville.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">614</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Le «patio» des Templiers.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">615</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Jeune femme de Cordoue avec la mantille en chenille légère.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">616</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Un coin de la Mosquée de Cordoue.</span> (Photographie Lacoste, à Madrid.)
+<span class="ralign">617</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Chapelle de San Fernando, de style mudejar, élevée au <span class="pagenum"><a id="pagexi" name="pagexi"></a>(p. xi)</span> centre de la Mosquée de Cordoue.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">618</span></p>
+
+<p><span class="smcap">La mosquée qui fait la célébrité de Cordoue, avec ses dix-neuf galeries hypostyles, orientées vers la Mecque.</span> (Photographie Lacoste, à Madrid.)
+<span class="ralign">619</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Détail de la chapelle de San Fernando.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">620</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Vue extérieure de la Mosquée de Cordoue, avec l'église catholique élevée en 1523, malgré les protestations des Cordouans.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">621</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Statue de Gonzalve de Cordoue.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">622</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Statue de doña Maria Manrique, femme de Gonzalve
+de Cordoue.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">623</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Détail d'une porte de la mosquée.</span> (D'après une photographie.)
+<span class="ralign">624</span></p>
+</div>
+
+
+
+
+
+<p class="p4"><a id="footnote1" name="footnote1"></a>
+<b>Note 1:</b> <i>Suite.</i> <i>Voyez page <a href="#page001">1</a>.</i><a href="#footnotetag1"><span class="small">[Back to Main Text]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote2" name="footnote2"></a>
+<b>Note 2:</b> <i>Suite.</i> <i>Voyez pages <a href="#page001">1</a> et <a href="#page013">13</a>.</i><a href="#footnotetag2"><span class="small">[Back to Main Text]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote3" name="footnote3"></a>
+<b>Note 3:</b> <i>Suite.</i> <i>Voyez pages <a href="#page001">1</a>, <a href="#page013">13</a> et <a href="#page025">25</a>.</i><a href="#footnotetag3"><span class="small">[Back to Main Text]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote4" name="footnote4"></a>
+<b>Note 4:</b> <i>Suite.</i> <i>Voyez pages <a href="#page001">1</a>, <a href="#page013">13</a>, <a href="#page025">25</a> et <a href="#page037">37</a>.</i><a href="#footnotetag4"><span class="small">[Back to Main Text]</span></a></p>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Le Tour du Monde; Kachmir, by Various
+
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