diff options
Diffstat (limited to '29169-8.txt')
| -rw-r--r-- | 29169-8.txt | 10227 |
1 files changed, 10227 insertions, 0 deletions
diff --git a/29169-8.txt b/29169-8.txt new file mode 100644 index 0000000..a2b624a --- /dev/null +++ b/29169-8.txt @@ -0,0 +1,10227 @@ +The Project Gutenberg EBook of Dictionnaire des calembours et des jeux de +mots, lazzis, coqs-à-l'âne, quolibets, quiproquos, amphigouris, etc., by Baron de La Pointe and Eugène Le Gai + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Dictionnaire des calembours et des jeux de mots, lazzis, coqs-à-l'âne, quolibets, quiproquos, amphigouris, etc. + +Author: Baron de La Pointe + Eugène Le Gai + +Release Date: June 19, 2009 [EBook #29169] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DICTIONNAIRE DES CALEMBOURS *** + + + + +Produced by Laurent Vogel, Hugo Voisard, Rénald Lévesque +and the Online Distributed Proofreading Team at +http://www.pgdp.net (This file was produced from images +generously made available by the Bibliothèque Nationale +de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) + + + + + + + +DICTIONNAIRE +DES +CALEMBOURS + + + + +PARIS +IMPRIMERIE J. CLAYE, RUE SAINT-BENOIT, 7 + + + + +DICTIONNAIRE +DES +CALEMBOURS +ET DES +JEUX DE MOTS +LAZZIS, COQ-À-L'ÂNE, QUOLIBETS, QUIPROQUOS +AMPHIGOURIS, ETC. +RECUEILLIS +PAR LE BARON DE LA POINTE +ET +LE Dr EUGÈNE LE GAI + + Quel genre d'esprit faut-il avoir pour + deviner un calembour?--Il faut avoir + l'esprit devin. + + + + +PARIS +PASSARD, LIBRAIRE-ÉDITEUR +7 RUE DES GRANDS-AUGUSTINS +Droits réservés. +1860 + + + + DICTIONNAIRE + DES + CALEMBOURS + ET DES + JEUX DE MOTS + LAZZIS, COQ-À-L'ÂNE, POINTES, QUIPROQUOS, + AMPHIGOURIS, ETC. + + + +A + +On présente en forme d'énigme ce jeu de lettres:--Je suis capitaine de +vingt-quatre soldats; sans moi _Paris_ serait _pris_.--On comprend que +ce capitaine est la lettre _a_. + +Quels sont les A les plus respectables?--Ce sont les Aloyaux. + +Quelles sont les plus vieilles de toutes les lettres?--Les lettres A G. + +Quelles sont les lettres les plus incommodes?--Les lettres A J T. + +ABBÉ + +Il y a, dans le pays wallon, un monsieur l'abbé Tise, à qui on conseille +de changer de nom. + +A B C exprime le sort que doit attendre celui qui s'exalte. + +ACCOMPLI + +On critiquait devant un bon curé ses paroissiennes.--Cependant, +répondit-il, je les vois presque toutes à Complies. Voyez +_Complimenteur_. + +ACCOUTUMÉS + +On conduisait un Picard et un Normand à la potence. Le Picard +pleurait.--Lâche! lui dit le Normand, qui ne pleurait pas.--Hélas! +répliqua le Picard, nous ne sommes pas accoutumés comme vous à être +pendus. + +ACROSTICHE + +Celui que nous citons ici offre un gracieux jeu de mots. + + L ouis est un héros sans peur et sans reproche. + O n désire le voir. Aussitôt qu'on l'approche, + U n sentiment d'amour enflamme tous les coeurs. + I l ne trouve chez nous que des adorateurs. + S on image est partout, excepté dans ma poche. + +Le comte de Marcellus, qui était poëte assurément, quoique dans les +seconds rangs, adressa un jour à M. de Bonald un acrostiche dont les +premières lettres formaient son nom. L'illustre écrivain, sortant de sa +haute philosophie, lui répondit par un autre acrostiche, que voici: + + M alheur à l'écrivain qui poursuit l'acrostiche! + A pollon ne veut pas que ses chers nourrissons, + R uminant sans honneur une rime postiche, + C ourent avec effort après quelque hémistiche, + E t dans ce froid labeur négligent ses leçons. + L e dieu du goût, ami, te donna le génie; + L e sentiment du beau, la grâce, l'harmonie. + U se de ses faveurs, mais n'en abuse pas; + S ois Rousseau, sois Horace, et non pas Du Bartas. + +ADAM + +On a fait à Adam Billaud, plus connu sous le nom de maître Adam, +menuisier à Nevers, mort en 1662, que quelques poésies légères ont rendu +célèbre, le petit compliment que voici: + + Ornement du siècle où nous sommes, + Je ne dis rien de vous, sinon + Que pour les vers et pour le nom + Vous êtes le premier des hommes. + +On appelait aussi maître Adam, _le Virgile au rabot_. Il y avait de son +temps, un pâtissier poëte, qui enveloppait ses biscuits de ses vers. Ce +pâtissier disait que si maître Adam travaillait avec plus de bruit, pour +lui il travaillait avec plus de feu. + +Un avocat de Toulouse, nommé Adam, faisait les harangues que devait +prononcer un président. Cet avocat fut obligé de faire un voyage à +Paris. Pendant son absence le président eut une harangue à faire, qu'il +composa le mieux qu'il put; comme il la prononçait, un conseiller, qui +le vit embarrassé, cita ces paroles de la Genèse: _Adam, ubi es?_ Où +êtes-vous, Adam? + +ADORÉS + +En quoi les doreurs sont-ils les plus fortunés des humains? + +À cette question, lady Stanhope répondit:--Parce qu'ils sont toujours _à +dorer_. + +ADMIRATION + +On demandait à des soldats en campagne si on pouvait compter sur eux et +quel était le thermomètre de leur enthousiasme: L'un d'eux +répondit:--Nous en sommes à _la demi-ration_. + +ADRESSE + +Un partageux disait en 1848: J'ai envoyé une adresse à Caussidière pour +l'engager à faire usage de la mienne.--Dans quel emploi?--Dans la police +politique.--Je lui donnerai les adresses de tous les aristos.--Ton +adresse n'est pas grande. Il fallait t'adresser à Sobrier. + +AFFAIRES + +Un homme, souvent gêné, habitait l'entre-sol d'une maison dont le +rez-de-chaussée était occupé par un commissionnaire du Mont-de-Piété. Il +y déposait de temps en temps ses effets, et disait alors qu'il était +au-dessus de ses affaires. + +Un laboureur demandait un maréchal ferrant. Sa femme répondit qu'il +était à ferrer.--Affairé, dit le bon homme, à quoi donc?--À ferrer les +chevaux. + +Un fermier général qui, sous l'ancien régime, s'était enrichi trop vite, +fut chassé de sa place.--On a tort de me destituer, dit-il: j'ai fait +mes affaires, j'allais faire celles de l'État. + +AGITATION + +En 1793, M. Monchenut fut arrêté, dans le faubourg Saint-Honoré, comme +agitateur.--Il avait quatre-vingts ans.--Hélas! dit-il, je ne puis +m'agiter moi-même.--Ce mot le fit relâcher. + +AIMER + +S'écrit avec deux lettres: ME. + +AÎNÉ + +Quel est de tous les animaux le plus respectable?--C'est le mouton, +parce qu'il est lainé. + +Pourquoi l'aîné d'une famille n'est-il pas ordinairement beau?--Parce +qu'il est laid-né. + +Le mot aîné s'écrit avec deux lettres dans les rébus: NE. + +AIR + +Un acteur d'opéra-comique, qui n'avait à paraître que dans le dialogue, +disait:--C'est singulier, je suis là entre deux airs.--Tu t'enrhumeras, +lui dit-on. + +Dans un moment où l'on venait de siffler une pièce intitulée la pièce +sans A, Brunet demandait à l'auteur de lui faire un vaudeville sans R. + +On faisait remarquer à une dame que ses enfants avaient l'air tristes et +malheureux: «C'est bien vrai, répondit-elle; je les fouette toute la +journée pour leur faire perdre cet air-là, et je ne puis pas y +parvenir.» + +Deux campagnards se rencontrant dans la rue, l'un dit à l'autre qu'il +venait d'apercevoir un vent.--Comment! apercevoir un vent?--Oui, je l'ai +vu, te dis-je.--Et quel air avait-il?--Il avait l'air de vouloir abattre +la cheminée. + +AIRAIN + +Un auteur médiocre et brutal, après avoir donné des coups de bâton à un +critique qui l'avait maltraité, disait:--Il m'a attaqué sur le papier, +je lui ai répondu sur _les reins_. + +AIR ÉLÉGANT + +On a _l'air et les gants_, lorsqu'on porte des gants troués. + +ALITÉ + +Un malade étendu sur sa couche disait qu'on négligeait un peu trop son +_individualité_. + +ALLER + +On demandait à Fontenelle mourant:--Comment cela va-t-il?--Cela ne va +pas, répondit-il, cela s'en va. + +Le père Bonhours, célèbre grammairien, comme on sait, fut attaqué d'une +maladie violente qui l'emporta en peu de jours. Se trouvant à +l'extrémité, il dit aux assistants: «Je vas ou je vais bientôt mourir, +l'un et l'autre se dit ou se disent.» + +ALLIÉS + +Pendant une alliance de l'Angleterre et de l'Autriche, on accola deux A +dans un cartel, en manière de rébus, qui signifiait les A liés. + +ALLUSION + +Un général, qui avait été battu en Allemagne et en Italie, aperçut un +jour, au-dessus de sa porte, un tambour qu'on y avait peint, avec cette +devise: «On me bat des deux côtés.» + +ALTÉRÉE + +Ma santé est bien altérée, disait un vieux viveur.--Quelqu'un lui +répondit:--Faites-la boire. + +ALTESSE + +«Je me suis trouvé, disait un quaker, avec une excellence et une +altesse. On ne saurait être plus bête que son excellence, et son altesse +n'avait pas quatre pieds huit pouces.» + +AMENDE + +Un homme, condamné à une amende qu'il croyait injuste, disait:--C'est +une amende amère! + +Un autre, obligé à réparer un scandale, s'écriait:--Voilà une amende +honorable qui ne m'honorera guère. + +AMER + +Quel est le fleuve le plus éloigné de la mer?--C'est le Doubs. + +AMIS + +On parlait de la rareté des amis et du peu de fond qu'on peut faire sur +ceux qui usurpent ce titre.--Comment! dit un interlocuteur bienveillant, +n'avez-vous pas tous, dans votre cuisine, un petit tamis dont vous êtes +sûr? + +Madame de Sévigné appelait les amis de ses amis, et qui n'étaient pour +elle à proprement parler que des connaissances, des amis par +réverbération. + +Un gentilhomme de Morges, passant devant la poste aux lettres de ce +pays, appela le directeur, et lui dit, d'un ton impoli: «L'ami, n'y +a-t-il rien pour moi? + +--Non, l'ami, il n'y a rien pour toi. + +--Et depuis quand, s'il vous plaît, ce ton de familiarité? + +--Depuis que nous sommes amis.» + +Non-seulement nous avons des amis en foule et nous en trouvons partout, +mais il n'y a pas même de nom plus prodigué, plus prostitué que celui +d'ami: il devient souvent dans notre langue un terme de familiarité ou +de mépris. + +--Mon ami, dit-on à un postillon, je te donne un écu si tu me mènes en +une heure à Versailles. + +--Mon ami, dit un passant à un polisson, vous irez au corps de garde si +vous faites du train. + +--Mon ami, dit un juge à un fripon, vous êtes acquitté cette fois faute +de preuves: mais si vous continuez, vous serez pendu. + +N'entendez-vous pas souvent un homme, pour affirmer une nouvelle, dire: +«Je la tiens d'un de mes amis, _que je connais beaucoup_.» + +Un jour, au Palais-Royal, le chevalier de C*** avait gagné 1,500 louis +qu'il tenait dans un chapeau. Quelqu'un s'approche et lui dit: «Mon cher +ami, de grâce prêtez-moi 100 louis.--Je le veux bien, mon cher ami, +répondit le chevalier, pourvu que vous me disiez comment je m'appelle.» +L'autre demeurant sans réponse à cette question: «Vous voyez bien, mon +cher ami, reprit le chevalier, que vous seriez trop embarrassé pour +trouver le moyen de me rendre ces 100 louis, si je vous les prêtais.» + +AMPHIGOURI + +En voici un modèle en vers: + + Un jour qu'il faisait nuit, je dormais éveillé, + Tout debout dans mon lit, sans avoir sommeillé, + Les yeux fermés, je vis le tonnerre en silence + Par des éclairs obscurs annoncer sa présence. + Tout s'enfuit, nul ne bouge, et ce muet fracas + Me fit voir en dormant que je ne dormais pas. + +En prose, on cite celui-ci d'un jeune paysan: + +«Il en avait de beaux, mon grand'père, des couteaux, quand il vivait, +dans une gaîne, Dieu veuille avoir son âme, pendue à sa ceinture.» + +AMUSER + +Le fils d'un paysan, qui se mourait, alla chercher son curé pour +l'assister; il était une heure du matin. Le pauvre garçon resta deux +grandes heures à la porte, l'appelant tout doucement, de peur de +l'éveiller brusquement. + +Quand le curé se leva et qu'il apprit la chose:--Mais, mon enfant, lui +dit-il, votre père à présent sera mort.--Oh! non, monsieur le curé, +Pierrot, notre voisin, m'a promis qu'il l'amuserait jusqu'à votre +arrivée. + +ÂNE + +Il y a eu, à Paris, sous le premier empire, une société littéraire qui +s'intitulait la Société des ânes. Chaque membre était _membrâne_. Un +épicier était l'âne à gramme, un bourgeois dont la femme s'appelait +Lise, l'âne à Lise; un professeur l'âne à thème, un compilateur +l'ânalecte, un rhéteur l'âne à logique, un médecin l'âne à peste, etc. + +Ces messieurs tenaient leurs séances à Montmartre. + +Un jour, au commencement du consulat, quatre officiers généraux +occupaient une loge à l'Opéra. C'étaient Bonaparte, Kilmène, Le Meunier +et Lannes, depuis duc de Montebello. Un curieux demandait qui étaient +ces messieurs, à son voisin qui lui répondit: «Lannes, Le Meunier, +Kilmène et Bonaparte.» + +Napoléon avait un faible pour les calembours. Il lui vint un jour une +députation nombreuse de la ville de Sézane, qui demandait un +sous-préfet. Quand on la lui annonça, il répondit de sorte qu'on +entendît: «Laissez entrer ces ânes.» + +On sait qu'en organisant l'empire il nomma gouverneur des pages le +général Gardane. + +Beffroy de Reigny a publié la chanson suivante, adressée à sa soeur Anne +pour sa fête. Elle se chante sur l'air des fraises: + + Je fus jadis moissonneur + Au Parnasse, où je glane; + Y trouverai-je une fleur + Pour en parer de bon coeur + Une Anne? (_ter._) + + Dis-moi pour quelle raison, + Ma soeur, tu me condamnes, + À cause de ton prénom, + À devenir l'Apollon + Des Annes? (_ter._) + + Il est vrai qu'en ce pays, + Tout peuplé de profanes, + J'ai vu cent paniers fleuris, + Et j'ai dit: Oh! dans Paris + Que d'Annes! (_ter._) + + Mais toi, voulant prévenir + Les mauvaises chicanes, + Tu pris ce nom à plaisir + Pour nous forcer à chérir + Les Annes (_ter._) + +ÂNERIES SIMULÉES + +Il y a longtemps que je cherchais à m'expliquer pourquoi on met plutôt +un coq qu'une poule au haut d'un clocher et je crois l'avoir trouvé, +disait un bedeau farceur; c'est que si l'on y mettait une poule et +qu'elle vînt à pondre, les oeufs se casseraient peut-être. + +ÂNONS + +On dénonça, en 1790, le couvent de la place Maubert comme détenant cinq +canons et vingt-cinq armes. Une perquisition fut décrétée; et on trouva +dans la maison _vingt-cinq carmes et cinq ânons_. + +ANNÉE + +Des Limousins fort simples, et qui croyaient que rien n'était impossible +au Saint-Siége, demandaient à un pape, qui était de leur nation, qu'il +leur accordât deux récoltes de blé dans une année.--Je le veux bien, +répondit le pape, et de plus vos années auront dorénavant vingt-quatre +mois. + +AOÛT + +Un prince allemand croyait qu'Augustus ne se traduisait jamais en +français que par Août. En conséquence, quand il parlait dans notre +langue du roi de Pologne Auguste, il ne l'appelait jamais que le roi +Août. + +APPARTEMENT + +Si vous voulez avoir chaud à peu de frais, en hiver, dans votre +appartement, achetez une statuette en plâtre du premier consul +Bonaparte; cassez-lui un bras, et vous aurez _un Bonaparte manchot_. + +APPELER + +Un Européen se promenant sur les bords du Mississipi qui, comme on sait, +est très-rapide, demanda à un passant comment on appelait ce fleuve.--Ma +foi, Monsieur, lui répondit le rustre, il n'y a pas besoin de l'appeler, +il vient déjà assez vite. + +APPÉTIT + +Un muet qui mourait de faim exprimait sa détresse par deux lettres, un +_G_ grand et un _a_ petit. + +APPLICATION + +On a appliqué aux médecins ce passage de l'Écriture sainte: _Non mortui +laudabunt te_. Les morts ne chanteront pas vos louanges. + +APPRÉCIATION + +Farinelli de musicien était devenu favori du roi d'Espagne Ferdinand VI, +fils de Philippe V. Cafarelli, autre musicien, disait «que Farinelli +était ministre et le méritait bien, car il était la plus belle voix de +l'univers.» + +AQUEUX + +Dans le temps du choléra, on défendait les légumes aqueux.--Nous +mangeons pourtant de l'oseille, dit une dame. Mais ça a des queues si +petites! + +ARAIGNÉE + +À cet hémistiche du _Siége de Paris_, tragédie de M. le vicomte +d'Arlincourt: + + On m'appelle _à régner_... + +Une voix du parterre cria: «C'est un vilain nom.» + +ARGOT + +Chaque profession a son argot et chaque métier son vocabulaire. Le +transport de cette langue spéciale hors de sa sphère produit un +singulier effet. + +Quinault était fils d'un boulanger; ce qui a donné lieu à cette tirade +de Furetière, qui ne l'aimait pas: «Quinault est la meilleure pâte +d'homme que Dieu ait jamais faite; il oublie généreusement les outrages +qu'il a soufferts de ses ennemis, et il ne lui en reste aucun levain sur +le coeur. Il a eu quatre ou cinq cents mots de la langue, pour son +partage, qu'il blute, qu'il sasse et ressasse, et qu'il pétrit le mieux +qu'il peut.» + +ARLEQUIN + +Le célèbre médecin Silva, mort à Paris en 1742, fut appelé près d'un +malade consumé d'une bile noire. «Je vous conseille, Monsieur, lui +dit-il, d'aller voir Arlequin; c'est le meilleur moyen de dissiper votre +bile.» Malheureusement le malade était le seul homme peut-être qui ne +pouvait user du remède. C'était Arlequin lui-même. + +ARRÊTÉ + +Un jour d'hiver, en 1856, un voyageur attardé arriva de nuit dans une +auberge de Privas. L'hôte, qui le connaissait, lui ayant demandé comment +il se faisait qu'il arrivât si tard, il répondit qu'il avait été arrêté +en traversant les montagnes de l'Ardèche. Là-dessus, il soupa, se coucha +et défendit qu'on le réveillât sous aucun prétexte, parce qu'il était +fatigué et voulait dormir. + +Cependant, le bruit de son aventure se répandit dans le voisinage: on +s'effraya de savoir que les voyageurs pouvaient être arrêtés si près de +la ville; la gendarmerie prit les armes, et alla en patrouille sur la +route qu'avait suivie le voyageur. + +La nuit s'écoula en recherches inutiles; on ne trouva pas le moindre +brigand. Le lendemain, comme le voyageur arrêté se chauffait +tranquillement au coin du feu de l'auberge, le brigadier de gendarmerie +entra: + +--Monsieur, lui dit-il, combien étaient-ils? + +--Qui? + +--Ceux qui vous ont demandé la bourse ou la vie. + +--Personne ne m'a demandé la bourse ou la vie. + +--Quoi! vous ne vous êtes donc pas plaint d'avoir été arrêté dans la +journée d'hier? + +--J'ai été arrêté en effet. + +--Par des voleurs? + +--Non, par un ruisseau débordé qui m'a forcé de faire un très-long +détour. + +--Monsieur, il fallait le dire. + +--Il fallait me le demander. + +ARROGANCE + +On en accuse les passementiers. Mais s'ils mettent de l'_art aux +ganses_, c'est qu'il le faut. + +ART + +Comment les voleurs et les guerriers sont-ils dans la classe des +artistes?--C'est que les premiers cultivent l'_art goth_ et les seconds +l'_art mûr_. + +ASNIÈRES + +Dans tous les recueils facétieux on ne manque pas de citer les +expressions singulières et les naïvetés d'un personnage probablement +composite qu'on appelle le baron d'Asnières. Nous ne pouvons nous +dispenser de rapporter ici ce qu'elles ont de plus saillant. + +Il demandait un jour à un jeune homme quel était le plus âgé de son aîné +ou de lui. + +Un de ses fermiers se plaignait de ce que les taupes lui gâtaient un +beau pré.--Vous êtes bien embarrassé, répondit-il; faites-le paver. + +En voyage, il fut obligé de s'arrêter dans une auberge pour y coucher. +On lui donne une chambre dont les cloisons étaient presque +entr'ouvertes: il s'en plaignit à l'hôtesse.--Cela est détestable, +dit-il, votre chambre est la plus mauvaise du monde; on y voit le jour +toute la nuit. + +Un jour il se coupa le doigt, et s'écria:--On me l'avait bien dit que ce +couteau coupait tout ce qu'il voyait! + +On lui contait d'un savant qu'il possédait huit langues.--Celui-là, +répondit-il, doit parler beaucoup. + +Il demanda un jour si les chiens du roi allaient à pied à la chasse. + +Dans une société il entend annoncer qu'il était arrivé deux vaisseaux +chargés de Terre-Neuve: il demanda si la vieille n'était pas aussi +bonne. + +Une dame, près d'un feu clair, racontait une histoire. Une étincelle +vola sur sa robe, et elle ne s'en aperçut que lorsque le feu eut fait +des progrès.--Je le voyais, Madame, dit-il, mais je ne voulais pas avoir +l'impolitesse d'interrompre votre récit. + +Quelqu'un lui contant qu'il avait dîné avec un poëte qui l'avait régalé +au dessert d'une excellente épigramme, il fit venir son cuisinier et lui +dit en colère: --D'où vient que tu ne m'as pas encore servi une +épigramme? + +Quelqu'un lui ayant annoncé qu'un de ses amis était mort, il +répondit:--Je n'en crois rien, car si cela était, il me l'aurait écrit. + +Il dînait, un jour de carême, chez un de ses amis. On servit des harengs +saurs. Il les trouva si bons, qu'il demanda où il pourrait en avoir pour +peupler ses étangs. + +ASSONANCES + +On en faisait assez du temps de Louis XVI. M. Gozlan en a fait +d'agréables. En voici un exemple emprunté à l'un des spirituels +écrivains de la _Gazette des Tribunaux_: + +La femme Dagobert a mis son bonnet à l'envers. Un vieux châle vert, +placé de travers, un jupon presque blanc composent son accoutrement. Le +président lui dit: + +--Avant-hier, quelqu'un vous vit, marché des Innocents, demander +l'aumône aux passants. + +--Mais... + +--C'est un délit; la loi l'interdit. + +--Alors que la loi me donne de quoi! Mon coeur reconnaissant bénira le +gouvernement. + +--Avez-vous des enfants? + +--J'en ai zévu trois dans le temps. + +--Où sont-ils? + +--Mais ils sont où tous les défunts s'en vont. + +--Et votre mari? + +--Le pauvre homme aussi. Je n'ai pour soutien que la charité des +chrétiens. + +Chacun plaint de concert la pauvre femme Dagobert, et le tribunal du +Code pénal usant sagement dans son jugement, applique seulement quatre +jours d'emprisonnement. + +Il est près de Paris, dans la ville de Saint-Denis, un lieu destiné à +tous les infortunés. Après sa prison, dans cette maison, la vieille aura +gratis un lit, la soupe et du pain bis. + +ATHÉE + +Un traité des preuves de l'existence de Dieu a paru en 1845, avec la +signature A. T. + +ATOUT + +Quand faut-il jouer pour être heureux aux cartes?--Quand on est enrhumé, +parce qu'on a toujours de la toux. + +ATTRAPER + +Savez-vous, dit Dasnières, une bonne manière d'attraper les pies? + +--Il y a plus d'une manière de les attraper: les lacets, la glue, les +appâts; que sais-je encore! + +--Vieux moyens; voici ma méthode: je mets un fromage dans mon jardin, un +fromage à la pie. L'oiseau vient et mange le fromage. Le lendemain, +nouveau fromage, nouveau régal. La pie s'y habitue. Le troisième jour, +je ne mets rien; la pie vient, croyant trouver un fromage: votre +serviteur! Elle est attrapée. + +AUDITEUR + +Un benêt, qui avait acheté une charge d'auditeur à la cour des comptes, +étant au sermon, se levait et faisait une inclination toutes les fois +que le prédicateur disait: Mon cher auditeur. + +AUTOMATE + +Un plaisant disait que sa cuisinière était aussi habile que Vaucanson, +puisqu'elle faisait des canards aux tomates. + +AVALER + +Un médecin, ayant écrit une ordonnance, la donna au malade en +disant:--Voilà ce que vous avalerez, demain matin. + +Le malade prit le papier du médecin, l'avala, et guérit. + +AVENT + +Quel est le jour de l'année qui n'en suit pas un autre?--L'Avent. + +AVEUGLE + +Il y a quelques mois, la princesse Mathilde avait commandé son portrait +à l'un de nos peintres les plus distingués. + +Heureuse d'échapper, pendant quelques instants, au cérémonial et à +l'étiquette, joyeuse de pouvoir se promener librement, comme une simple +jolie femme, dans les environs des Tuileries, la princesse se rendait +chaque matin, à pied, dans l'atelier de l'artiste privilégié. Un jour en +traversant le pont des Arts, elle entendit une voix lamentable qui +criait: + +--Ma belle dame charitable, ayez pitié d'un pauvre aveugle, s'il vous +plaît. + +Un pauvre diable assis sur un banc du pont, tenant entre ses jambes un +chien qui tendait une sébile, implorait la charité publique. La +princesse jeta dans la sébile une pièce blanche et passa. Le lendemain +matin, même don;--pendant plusieurs jours, même jeu. Mais un matin, la +princesse distraite oubliait en passant de faire son aumône, lorsqu'une +voix connue lui dit:--Eh quoi! madame la princesse oublie aujourd'hui +son pauvre aveugle!... + +La princesse étonnée s'arrête et interroge le mendiant, qui se tenait +debout en la regardant respectueusement.--Vous me connaissez donc, mon +brave homme?--Ah! oui, Madame, vous donnez la pièce chaque matin. Et +quand on vous a vue une fois, vous êtes si belle qu'on ne vous oublie +pas.--Mais comment pouvez-vous le savoir, puisque vous êtes +aveugle?--Oh! madame la princesse, ce n'est pas moi qui suis aveugle! +C'est mon pauvre chien... Je dis: Donnez pour le pauvre aveugle!... + +On demandait à Aristote pourquoi on avait tant d'amour pour la beauté; +il répondit: Voilà la question d'un aveugle. + +AVIS + +Odry fut arrêté un soir, rue de Richelieu, devant la Bibliothèque +impériale.--La bourse ou la vie! lui demanda le voleur.--Sans se +déconcerter, Odry lui répondit:--La Bourse, au bout de la première rue à +droite. Quant à l'avis, le meilleur que je puisse vous donner, c'est de +prendre un métier moins couru. + +AVOIR + +Un homme d'esprit disait en 1848:--Depuis cinquante ans la France fait, +défait, refait et redéfait. + +Jusqu'à présent nous n'avons pas encore la République, c'est la +République qui nous a. + +À VUE + +Un fripon se tira des instances qu'on lui faisait pour payer une dette +dont il ne s'occupait pas, en donnant à son créancier une traite à vue +sur un de ses amis qui le valait.--Or cet ami était aveugle. Quand on +lui présenta la traite:--Elle est à vue? dit-il; si vous voulez que je +la paie, faites-moi voir. + + + +B + +BADAUD + +L'expression de badaud qu'on applique aux Parisiens comme une injure, +vient, dit-on, d'un mot celtique qui signifie batelier, parce que les +Parisiens faisaient autrefois un grand commerce par eau. La ville de +Paris porte même un navire pour armoiries. + +Journel, qui était l'imprimeur de Ménage, ne voulait pas imprimer ce que +l'auteur avait écrit sur la badauderie des Parisiens, ce qui inspira à +Ménage ces quatre vers: + + De peur d'offenser sa patrie, + Journel, mon imprimeur, digne enfant de Paris, + Ne veut rien imprimer sur la badauderie. + Journel est bien de son pays. + +BAL + +Un fournisseur envoyant des caisses de schakos à l'armée, disait:--Voilà +des coiffures qui vont aux balles. + +BANQUEROUTE + +Le nègre du bailli J***, entendant dire à la table de son maître que +quand on faisait banqueroute, on ne donnait tout au plus que la moitié +de ce qu'on devait, résolut d'en faire son profit; il vola toute la +vaisselle, qui était considérable, et la renferma dans un coffre qu'il +descendit dans un vieux puits où il n'y avait pas d'eau. On chercha +longtemps et l'argenterie et le nègre; enfin on le découvrit au fond du +puits, assis sur le coffre.--Que fais-tu là avec ma vaisselle? lui +demanda son maître.--Monsieur, je fais banqueroute, moitié pour vous, +moitié pour moi. + +BARBARISME + +On demandait à une dame comment elle se portait.--Oh! répondit-elle, je +souffre beaucoup d'un rhumatisse.--En ce cas-là, Madame, lui dit-on, +faites beaucoup d'exercisme. + +BAS + +On dit que les bonnetiers doivent être discrets, parce qu'ils ont +coutume de parler bas. + +BAS LONGS + +On demandait à quelqu'un à quoi servaient les ballons. Il entendit mal +et répondit:--À chausser les grandes jambes. + +BASSE-COUR + +Sur le costume prescrit aux magistrats en 1790, on fit l'épigramme +suivante: + + Au lieu de robe et de simarre, + Accoutrement lourd et bizarre, + Dont s'affublaient nos anciens sénateurs, + Un décret veut que les nouveaux jugeurs, + En manteaux courts, en pourpoints lestes, + Au métier de Cujas soient plus prompts et plus prestes. + Puis supprimant encore et bonnets et mortiers, + Attributs surannés des Molés, des Séguiers, + L'ordonnance prescrit pour moderne costume + Que ces dandins auront à la toque une plume. + Tels emplumés, je crois, pourront avoir un jour, + Aux yeux de bien des gens, un air de basse-cour. + +BATISTE + +On donnait un jour au Théâtre-Français une pièce où jouait la famille +Batiste. Un provincial s'informait des noms des acteurs:--Eh! quel est +celui-là?--Batiste aîné, lui répondit-on.--Et celui-là?--Batiste +cadet.--Et celui-là?--Batiste jeune.--Et cette actrice?--C'est Mme +Batiste mère.--Et celle-ci?--C'est Mme Batiste bru. Ah mon Dieu! s'écria +le provincial, c'est donc là une pièce de batiste. + +BATTERIE + +Le marquis de Bièvre regardait deux marmitons qui se boxaient, et +quelqu'un lui ayant demandé ce que c'était que ce bruit:--Ce n'est rien, +répondit-il, c'est une batterie de cuisine. + +BAVAROISE + +Quand le prince Eugène de Beauharnais obtint la main d'une princesse de +Bavière, un soldat disait:--C'est un bel homme et un grand coeur. C'est +dommage qu'il n'ait plus de dents.--Bah! dit un autre, on n'a pas besoin +de dents pour prendre une bavaroise. + +BAZIRE ET CHABOT + +Relation d'une aventure de 1791: + + Un jour, chez un bourgeois, Bazire + S'en fut diner avec Chabot. + Chabot recommandait Bazire, + Bazire patronait Chabot; + On reçut assez bien Bazire; + Mais on lui préféra Chabot. + Si bien que le brillant Bazire + Arracha la barbe à Chabot. + Et la crinière de Bazire + Resta dans les mains de Chabot. + Les coups de poing du sieur Bazire + N'empêchaient pas ceux de Chabot. + Pour séparer le doux Bazire + D'avec le vertueux Chabot, + Le maître du lieu prit Bazire, + Ses gens empoignèrent Chabot; + Par la rampe on jeta Bazire + Et par la fenêtre Chabot. + Depuis ce temps, Monsieur Bazire + Dit du mal de Monsieur Chabot; + A son tour de Monsieur Bazire + Médit l'ex-capucin Chabot. + Mais en voyant Monsieur Bazire, + Ainsi que son ami Chabot, + On dit que Chabot vaut Bazire + Et que Bazire vaut Chabot. + +BEAU + +Les paysans futés aiment à faire ce compliment: Vous êtes _beau dès_ le +matin, _beau su'_ le midi, _encore beau_ le soir. + +Le gendre d'un de nos représentants de 1848, que nous ne voulons pas +chagriner en le nommant, disait:--J'ai une belle-mère qui n'est pas +belle et un beau-père qui est bien laid. + +BELLE LUNE + +Le maréchal Victor avait débuté en simple soldat dans la carrière qu'il +a illustrée; et lorsqu'il fit ses premières campagnes, ses camarades ne +le connaissaient que sous le sobriquet de Beausoleil. Quand l'empereur +Napoléon l'eut nommé maréchal de l'Empire, il l'appela et lui +dit:--Beausoleil, je te fais duc de Bellune. + +BÉTANCOUR + +M. de Bétancour, qui logeait près du Louvre, avait beaucoup à se +plaindre des blanchisseuses voisines qui, avec leurs battoirs sans cesse +en mouvement, l'empêchaient de dormir. Une fois, outré de colère, il +s'écria:--Si je ne me retenais pas, j'irais mettre le feu à la rivière. + +Un jour, voyant un homme qui louchait en lisant:--Cet homme-là, dit-il, +doit être doublement savant, car il lit deux pages à la fois. + +Il tomba malade; son médecin lui ayant demandé s'il n'avait rien pris +dans la journée:--Pardon, répondit-il, j'ai pris ce matin une puce. + +BEETHOVEN + +Pourquoi les sangsues passent-elles pour musiciennes?--Parce qu'elles +font des ouvertures de _bête aux veines_. + +BÊTISES + +On ferait sous ce titre bien des volumes. Une des plus grosses, dans le +bêtisiana moderne, est le compliment que Victor Hugo fit tout haut à +Louis-Philippe, dans une réception officielle:--Sire, Dieu a besoin de +vous... + + On vient de perdre un jeune chien + Lequel n'avait ni queue ni tête. + Ceux qui l'ont trouvé n'auront rien. + C'est une récompense honnête, + Sans queue aussi bien que sans tête. + +BIEN FAIT + +Un prédicateur disait en chaire que tout ce que Dieu a fait est bien +fait.--Voilà, pensa un bossu, une parole hasardée. Il attend le +prédicateur à la porte de l'église, et lui dit:--Mon père, vous avez +prêché que Dieu a bien fait toutes choses. Voyez donc comme je suis +bâti!--Mais, mon ami, répond le prédicateur, vous êtes bien fait pour un +bossu. + +BIÈRE + +De vieux littérateurs de l'Empire ont appelé le cercueil de Napoléon _la +bière de Mars_. + +Un brasseur parisien, du temps du calendrier républicain, appelait sa +bière de Mars _bière de Germinal_. + +On afficha en 1793 la tragédie de _Jean-sans-Terre_: quelques patriotes +du faubourg Saint-Antoine, croyant qu'on voulait jouer le général +Sans-Terre, qui était brasseur, arrachèrent toutes les affiches et se +portèrent en masse au théâtre de la République. On parvint à les apaiser +en leur donnant les premières places; mais l'on ne put en être maître, +lorsque Sans-Terre dit au tyran: + + Tu crois m'intimider en découvrant ma bière. + +--Je l'avais bien dit! s'écria un d'entre eux. A bas!... à bas!... à bas +les muscadins!... (On baissa la toile.) + +M. de Bièvre, voyant des hommes qui suaient pour mettre au cercueil un +homme dont on avait mal pris la mesure, leur dit:--C'est _en vain_ que +vous vous mettrez _en eau_ pour le mettre _en bière_. + +BIÈVRE + +A propos de M. de Bièvre, qui a fait tant de calembours, un amateur +demandait quelle différence il y avait entre M. de Bièvre et une +épingle. On ne devinait pas.--C'est, dit-il, qu'une épingle a une tête +et une pointe, tandis que M. de Bièvre a beaucoup de pointes, mais pas +de tête. + +Le marquis de Bièvre n'est mort qu'en 1789, époque où le calembour +allait faire place à des jeux plus sinistres. Il a publié quelques +petits ouvrages assez rares: l'_Ange Lure_, la _Fée Lure_, la lettre à +la comtesse Tation, par le sieur (scieur) de Bois-Flotté, étudiant en +droit-fil, l'_Almanach des calembours_, et quelques autres +plaisanteries. + +Si le marquis de Bièvre a introduit chez nous la manie des calembours, +il a quelquefois fourni des armes contre lui-même. Il était fils du +chirurgien du roi, nommé Maréchal. Dédaignant le nom de son père, il +acheta la terre de Bièvre. Un de ses amis, qui l'entendait annoncer sous +ce titre, lui dit:--Mais, mon ami, tu as mal fait de ne prendre que le +titre de marquis; il t'en aurait moins coûté de te faire appeler le +maréchal de Bièvre. + +BIGOT + +Napoléon, qui aimait les jeux de mots, fut charmé de nommer ministre des +cultes M. Bigot, qui signait: Bigot de Préameneu. + +BLANC + +Un procureur avait promis à un homme, accusé d'un crime de faux, que, +par ses soins, il sortirait de cette affaire blanc comme neige. +L'accusé, flatté de cette espérance, donnait au procureur tout l'argent +qu'il lui demandait. Cependant, il succomba et fut condamné à faire +amende honorable en chemise. Il dit alors au procureur: + +--Vous m'avez trompé par vos promesses. + +--Comment donc! répondit le procureur; je vous tiens parole: vous voilà +en chemise; n'est-ce pas sortir de là blanc comme neige? + +BOILEAU + +Le cardinal Janson disait à Boileau:--Pourquoi vous appelez-vous +Boileau? C'est un nom froid. J'aimerais mieux, à votre place, m'appeler +Boivin.--Et vous, Monseigneur, répondit le poëte, pourquoi vous +appelez-vous Janson? c'est un nom sec. A votre place, j'aimerais mieux +m'appeler Janfarine. + +BOIS + +Un gentilhomme breton disait au maréchal de La Meilleraye:--Si je ne +suis pas maréchal, je suis du bois dont on les fait.--Aussi le +deviendrez-vous, répondit La Meilleraye, quand on les fera de bois. + +BOITER + +Un homme qui venait d'acheter un cheval, à la vue, reconnut qu'il était +boiteux et voulut résilier son marché. Mais le vendeur témoigna qu'il +l'avait prévenu de ce défaut, en lui disant:--Il _boite_ et mange bien. + +BON + +Les marguilliers d'une paroisse de Paris, ayant appelé un orfévre +huguenot pour réparer une figure de saint Michel, l'orfévre, considérant +cette figure, leur dit:--Messieurs, votre diable est fort bon, mais +votre saint Michel ne vaut rien. + + Bonnes gens font les bons pays; + Bon coeur fait le bon caractère; + Bons comptes font les bons amis; + Bon fermier fait la bonne terre. + Bons livres font les bonnes moeurs, + Bons maîtres les bons serviteurs; + Bons maris font les bonnes femmes, + Bonnes femmes les bons maris, + Bonnes actions les bonnes âmes, + Bons sentiments les bons esprits. + Le bon goût fait les bons écrits; + Bonne foi les bonnes affaires, + Bonnes lois les bons citoyens; + Bons fils encor font les bons pères, + Bonnes filles les bonnes mères. + Dieu, qui tout est bon, fait tous biens. + +BONA + +Après la mort du pape Clément IX, beaucoup de grands personnages +désignaient pour son successeur le cardinal Bona, sur quoi se fit cette +pasquinade que _Papa Bona_ serait un solécisme. Le P. Daugières répondit +par le jeu de mots suivant: + + Grammaticæ leges plerumque Ecclesia spernit: + Fors erit ut liceat dicere Papa Bona. + Vana solæcismi ne te conturbet imago, + Esset Papa bonus, si Bona Papa foret. + +BONHEUR + +Le moyen d'être heureux en ménage, c'est de se marier au point du jour, +parce qu'alors on est sûr d'avoir fait un mariage de bonne heure. + +Une jeune fille, peu formée à l'orthographe, écrivait à son +fiancé:--Venez de bonne heure, vous ferez le mien. + +BONJOUR + +M. Casimir Bonjour, candidat à l'Académie, se présente un jour pour +faire sa visite à un des quarante. Une femme de chambre vient lui ouvrir +la porte.--Votre nom, Monsieur! dit-elle. Le candidat répond avec son +plus gracieux sourire:--Bonjour. Flattée de cette politesse, la jeune +fille répond:--Bonjour, Monsieur; voulez-vous me dire votre nom?--Je +vous dis Bonjour.--Et moi aussi, bonjour, Monsieur; qui faut-il que +j'annonce?--Eh Bonjour! c'est mon nom. La camériste comprit alors qu'au +lieu de dire: Bonjour, Monsieur, il fallait dire: Monsieur Bonjour. + +BONNET DE NUIT + +--Quels sont les vins qu'il convient de boire avant de se coucher pour +bien dormir? + +Les vins de _Beaune et de Nuits_. + +BONS MOTS + +Un meunier cheminait avec son âne. Un bel esprit le rencontre et se met +à crier: «Où allez-vous donc vous deux?--Chercher du foin pour nous +trois,» répond le meunier. + +Le président d'Ormesson, qui avait un nez énorme et des narines +extrêmement larges, causait avec le marquis de Villette dans une +embrasure et mettait beaucoup de chaleur dans cet entretien. Lorsque +Villette se rapprocha du cercle, il dit à quelqu'un:--Quand cet homme me +parle de près, j'ai toujours peur qu'il ne me renifle. + +BONTÉ + +M. de Kératry, qui avait assez de laideur, avec une belle âme, déjeunait +habituellement dans un café, et son déjeuner consistait toujours en ce +qu'on appelle une tasse de café à la crème. Pour lui seul, la dame du +comptoir affectait de dire, en le désignant:--Garçon, versez du café au +laid. + +--Madame, lui dit un jour M. de Kératry, vous avez d'excellent café, +mais vous n'avez assurément pas de _bon thé_. + +BORGNE + +Un borgne gageait contre un homme qui avait bonne vue, qu'il voyait plus +que lui. Le pari est accepté.--J'ai gagné, dit le borgne, car je vous +vois deux yeux, et vous ne m'en voyez qu'un. (Voyez _Yeux_.) + +BOTTES SANS COUTURES + +Dans quelques tombolas où se distribuent des lots plaisants, des +amateurs ont gagné une paire de bottes sans coutures. C'étaient deux +bottes d'oignons ou de navets. + +BOUFFLERS + +Quel est le poëte qui s'est nourri des aliments les plus +légers?--Boufflers. + +BOUILLON + +Un historien a dit que, dans les Croisades, Godefroi de Bouillon était +le général le plus _consommé_. + +BOURVALAIS + +Ce financier, qui avait amassé des biens immenses dans les affaires, +sous Louis XIV, ayant trouvé, dans un de ses étangs, un brochet d'une +grosseur extraordinaire, en fit présent à M. le premier président de +Harlay. Ce magistrat l'invita à en venir manger sa part. Comme tous les +conviés admiraient l'énormité de ce poisson monstre:--Messieurs, leur +dit le premier président, ne soyez pas surpris, c'est le bourvalais des +étangs de monsieur. + +BOUT + +Comment faire pour ne pas se crotter dans les rues de Paris?--Il faut ne +pas aller jusqu'aux boues. + +BRUNET + +Célébrité dans le bazar des calembours et des bêtises excentriques. Nous +ne citerons que quelques-unes de ses expressions singulières: + +«Il faisait un froid d'enfer, ce matin. J'en avais l'onglée au menton. + +«Voilà un événement qui va leur tailler bien des croupions. + +«Cet homme paraît plus vieux qu'il n'en a l'air. C'est peut-être son +oeil borgne qui en est cause. + +«On dit que Paris va sauter. Je crois qu'il serait prudent de fermer les +fenêtres. + +«Le soleil coule pour tout le monde. + +«Ce n'est pas de l'orient que vient cette étoffe de Perse; le marchand +assure que c'est du levant. + +«Si les écrevisses ne devenaient pas rouges en cuisant, il faudrait les +changer de nom.--Pourquoi?--parce qu'on dit: Rouge comme une écrevisse. + + + +C + +CACOPHONIE + +Un beau parleur, contant le naufrage d'un vaisseau, disait que le navire +avait pris le mors aux dents. + +Le même exprimait la marche rapide d'un ballon, en disant qu'il allait +ventre à terre. + +Il habitait Paris et se plaisait à dire qu'il y a de la rue de Tournon à +la rue de Richelieu un grand laps de temps. + +CALET + +On demandait à un Parisien s'il connaissait le Pas-de-Calais.--Je les +connais tous, répondit-il; il appliquait sa réponse aux pas du danseur +Calet. + +CAMARD + +Un homme, dont le nez était fort camard, étant venu à éternuer devant un +railleur, celui-ci le salua et ajouta:--Dieu vous conserve la vue. Celui +qui venait d'éternuer, surpris de ce voeu, lui demanda pourquoi il le +faisait.--Parce que, répondit le railleur, votre nez n'est pas propre à +porter des lunettes. + +CAMUS + +Guy Patin, médecin célèbre, fit un procès à Renaudot, célébrité d'un +autre genre, qui exerçait la médecine, à Paris, sans s'être fait agréer +au corps des médecins de cette capitale. Renaudot fut condamné.--Vous +avec perdu et gagné à la fois, lui dit Patin.--Comment gagné? répliqua +Renaudot.--Mais vous êtes entré camus au palais, et vous en sortez avec +un pied de nez. + +CAMPENON + +Lorsque Ducis mourut, MM. Michaud et Campenon se disputèrent son +fauteuil à l'Académie française. M. Campenon, prenant les devants, fit +cette épigramme contre son concurrent: + + Au fauteuil de Ducis on a porté Michaud, + Ma foi pour l'y placer il faut un ami chaud. + +Michaud répliqua: + + Au fauteuil de Delisle aspire Campenon; + Son talent suffit-il pour qu'il s'y campe? non. + +CANCAN + +Dans une société où l'on parlait du Général De Caen, une personne qui +l'avait connu à l'époque où il n'était encore qu'aide de camp de son +frère, raconta ce qui suit: + +En se rendant à l'armée, De Caen fut arrêté par la gendarmerie.--Comment +vous nommez-vous? lui demanda le brigadier.--De Caen.--D'où +êtes-vous?--De Caen.--D'où venez-vous?--De Caen.--Qui êtes-vous?--Aide +de camp.--De qui?--Du général de Caen.--Où allez-vous?--Au camp.--Assez +de cancans comme cela, dit le gendarme, je vous arrête. + +CARTE + +C'est un mot qui a plusieurs sens, nous empruntons ce couplet à une +chanson de M. Goulard: + + Le politique sur la carte + Visite le lieu des combats; + Le gourmand consulte la carte, + Pour faire choix d'un bon repas. + Souvent le fou sur une carte + Tout son argent voit emporté; + Et plus tard, si je perds la carte, + Je perds aussi la liberté. + +Les journaux racontaient, il y a trente ans, l'anecdote suivante à +propos des cartes de visite. Un maître de maison était monté en équipage +en compagnie de sa dame, lorsqu'il s'aperçoit qu'il a oublié ses cartes; +il dit au laquais nouvellement à son service d'aller les prendre sur la +cheminée de la salle à manger. Ce qui fut dit fut fait, et, fouette +cocher, les visites vont bon train. Au bout d'un certain temps, le +maître demande au groom s'il a encore beaucoup de cartes. + +--Monsieur, répond celui-ci, il me reste encore le roi de pique, le dix +de coeur et l'as de trèfle! Le pauvre garçon avait pris les cartes à +jouer au lieu des cartes de visite. + +CARTERON + +Un libraire de Lyon, nommé Carteron, avait pour enseigne une balance, +avec des petits poids d'un côté et des livres de l'autre. Ces mots +étaient au bas: «Les quarterons font les livres.» + +CAUSES + +Un particulier ayant dit à Garrick que l'avocat Barell avait laissé fort +peu d'_effets_ à sa mort:--Cela n'est pas étonnant, reprit ce comédien, +il avait fort peu de _causes_. + +CÉDEZ + +S'écrit avec les deux lettres: CD. + +CENSEURS + +Pourquoi faut-il prendre garde à ce qu'on dit devant les fils uniques? + +--Parce qu'ils sont _sans soeurs_. + +CENT ANS + +Un farceur disait:--Celui qui arrivera à tuer le temps vivra sans temps. + +CERCEAU + +Dans les farces du théâtre italien, Arlequin disait à un autre qui le +battait avec sa ceinture:--Tu te conduis comme un tonnelier; tu me +donnes des coups de _serre sot_. + +CERVELLE + +Deux Suisses, le sabre à la main, se battaient à outrance dans une +place. Un paysan passe par là, et le coeur ému de compassion, s'efforce +de les séparer; mais le pauvre diable, pour toute récompense de son +zèle, reçoit à la tête un coup de sabre qui le jette à la renverse. On +appelle un chirurgien qui veut voir si la cervelle est atteinte.--Ah! +dit le paysan, je n'en avais point lorsque je me suis trouvé dans cette +querelle. + +Le jeu de mots qui suit est dans le même sens: + +Au siége de Landrecies, en 1655, M. de La Feuillade fut blessé d'un coup +de mousquet à la tête. Les chirurgiens dirent que la blessure était +dangereuse et qu'on voyait la cervelle.--Eh bien! Messieurs, dit La +Feuillade, faites-moi le plaisir d'en prendre un peu tout proprement, +et, que je vive ou que je meure, de l'envoyer au cardinal Mazarin, qui a +coutume de répéter que je n'en ai pas. + +CÉSAR + +En Italie, comme on sait, les voiturins qui vous conduisent à Rome, vous +mènent, vous nourrissent et vous couchent dans la route, moyennant un +prix convenu. En France, dans de telles conditions, le voyageur qui fait +sa convention avec le voiturin lui donnerait des arrhes. En Italie, au +contraire, le voiturin donne des arrhes au voyageur pour se l'assurer. +Les voiturins sont chers aux artistes et aux gens qui veulent voir. Un +abbé, qui cherchait à gagner Rome en artiste, rentrait joyeusement +auprès de ses amis.--Avez-vous trouvé? lui dit-on.--Oui, répondit-il; je +suis engagé; et le voiturin m'a donné un napoléon pour _ses arrhes_. + +CHACAL + +«Un prêtre espagnol, rencontrant Thomas Campbell dont il avait fait la +connaissance à la table du général Trézel:--Excusez-moi, lui dit-il, si +je ne vous ai pas rendu visite hier; mais j'étais obligé d'assister à la +mort d'un chacal. + +--À merveille, mon père, répondit Campbell, et j'espère que vous vous +êtes amusé! + +--Comment, amusé? mais j'allais lui porter les tristes consolations de +notre sainte religion! + +--En vérité? + +--En vérité! et je vous assure qu'il est mort en chrétien repentant, +malgré la vie dissolue qu'il avait toujours menée. + +--Vous aimez à plaisanter, mon père! mais, parbleu, les chacals sont des +chacals! vous ne pouvez pas exiger d'une brute qu'elle règle ses +passions comme un animal raisonnable. Il n'est pas plus possible au +chacal d'imiter votre continence, qu'il ne l'eût été au compagnon de +Saint-Antoine d'imiter la sobriété de son patron. + +--Il était adonné à la boisson, et, voyant un autre chacal mettre de +l'argent dans sa poche, il le tua pour s'en emparer et acheter de +l'eau-de-vie. + +--Que diable me racontez-vous là, mon saint père! des chacals qui ont +des poches, qui boivent de l'eau-de-vie, qui meurent en chrétiens! Vous +êtes en joyeuse humeur, _mio padre_.» + +Ici mon Espagnol éclata de rire: «Quoi! vous ne savez pas que tous les +soldats d'infanterie légère ont reçu le sobriquet de chacal?» + +(THOMAS CAMPBELL, _Oran et ses environs_.) + +CHAIR + +M. Ch. Monselet, après avoir entendu M. Saisset, dans son cours de +philosophie à la Sorbonne, se retira en disant:--L'esprit est fort, mais +la _chaire_ est faible. + +CHALEUR + +Bautru se promenait le chapeau à la main, par un soleil ardent, avec +Gaston d'Orléans. Ce prince lui ayant dit qu'il aimait ses amis avec +chaleur:--Ma tête s'en aperçoit, répondit Bautru. + +CHANDELLE + +Les habitants de... présentèrent une adresse pompeuse à Jacques Ier, +successeur d'Élisabeth. Ils lui souhaitaient que son règne pût durer +aussi longtemps que le soleil, la lune et les étoiles. Il leur répondit +que «si leurs voeux étaient exaucés, son fils serait obligé de régner à +la chandelle.» + +CHANGER + +Ce mot a plus d'un sens. Un acteur débutait au Théâtre-Français par le +rôle de Mithridate, dans la tragédie de ce nom. Il n'était pas dépourvu +de talent; il avait même beaucoup d'intelligence et de feu; mais son +extérieur n'était rien moins qu'héroïque. Dans la scène où Monime dit à +Mithridate: + + Seigneur, vous changez de visage! + +Un plaisant cria: Laissez-le faire. + +CHANT + +On dit que le rossignol ne chante plus lorsqu'il est en cage, parce +qu'il a perdu la clef des champs. + +CHARABIA + +Tu sais bien, le voisin qui est si fier, hier il me visita, me fit +politesse, et je le reconduisa.--Avec un I?--Non, avec un bout de +chandelle. + +CHARMES + +On devait manger une dinde aux truffes à une table où se trouvait +Buffon. Avant le dîner, une vieille dame demande au Pline moderne où +croissent les truffes: + +--À vos pieds, Madame. + +La vieille ne comprend pas. On lui explique que c'est aux pieds des +charmes; elle trouve charmant le compliment et le complimenteur. + +Vers la fin du repas, quelqu'un fit la même question au savant +naturaliste, qui, ne faisant pas attention que la dame d'avant-diner se +trouvait là, dit naturellement: + +--Aux pieds des vieux charmes. + +La dame qui l'entendit ne le trouva plus si charmant. + +CHARRETTE + +Un postulant au théâtre devait prononcer cet hémistiche d'un vers: + + Arrête lâche, arrête. + +Il prononça si brièvement que tout le monde entendit: + + Arrête la charrette. + +CHASLES + +Tout en rendant justice à M. Chasles, les plaisants disent qu'on le +porte sur les épaules. + +CHAUDRON + +Brunet disait que le vase qu'on appelle chaudron ne s'appelait ainsi que +parce qu'il est chaud et rond. + +CHEMIN DE LA PRISON + +Un villageois demandait le chemin de Newgate (prison de Londres). Un +plaisant qui l'entendit s'offrit de le lui montrer.--Traversez le +ruisseau, lui dit-il, entrez chez le bijoutier en face, prenez deux +gobelets d'argent; décampez avec, et dans cinq minutes vous y serez. + +CHER + +C'est un département où l'on ne peut pas vivre à bon marché. + +CHEVAL + +Apprenez-moi, disait un Gascon, où demeure, dans cette rue, monsieur +Cheval.--Monsieur, lui dit un marchand, il n'y a point d'homme de ce nom +dans cette rue; mais vous êtes devant la porte de M. Poulain.--Eh! c'est +cela; mais depuis dix ans que je ne l'ai vu, il a bien eu le temps de +changer de nom, à moins qu'il ne fasse encore le jeune. + +CHEVEUX + +Ces jours derniers, un brave homme de la campagne fut élu maire dans sa +commune. + +Voulant, après l'élection, remercier ses futurs administrés du choix +qu'ils avaient bien voulu faire de lui, il rassembla tout le village, et +s'exprima ainsi: + +«Mes amis, croyez que je n'oublierai jamais le jour où vous avez daigné +mettre mes cheveux blancs à votre tête!...» + +CHICOT + +Deux faiseurs de calembours dînaient ensemble, à Paris, chez un +restaurateur. À la fin du repas, l'un dit à l'autre:--Je te parie que je +fais un calembour sur le premier mot que tu diras en sortant de +table.--Je parie que non.--Je parie que si.--Le prix du dîner?--Va pour +le dîner. + +Le parieur attend de pied ferme. L'autre cherche un mot sans équivoque; +il s'approche de la fenêtre et dit:--Il pleut.--Eh bien, chicot.--J'ai +perdu. + +Un étranger, témoin de cette scène, ne put comprendre le jeu de mots +qu'après avoir cherché dans son dictionnaire; il y trouva la définition +du mot chicot, _reste de dent_. «Ah! dit-il,--il pleut, reste +dedans.--Voilà des gaillards bien spirituels.» + +CHIEN + +Un homme d'esprit vaniteux disait à un homme qui le regardait +curieusement:--De quel droit me toisez-vous ainsi?--Un chien regarde +bien un évêque, répondit l'indiscret. À quoi l'homme d'esprit +répliqua:--Qui vous a dit que j'étais un évêque? + +Scarron, dans un recueil de ses poésies qu'il fit imprimer, ayant +adressé un madrigal à la petite chienne de sa soeur, mit pour titre: «À +la chienne de ma soeur.» Depuis, s'étant brouillé avec elle, il fit +mettre dans l'errata de son livre: «_Au lieu de_ à la chienne de ma +soeur, _lisez_ à ma chienne de soeur.» + +CI-DEVANT + +Un écrivain fit, en 1793, un livre qui parut sous le titre +d'Observations sur la chaîne des ci-devant montagnes d'Auvergne. + +Un nègre, ayant adressé alors une pétition à la Convention nationale, +signa: «Ziméo, ci-devant nègre.» + +CINQ + +Saint Denis est le saint des Français; saint Georges est le saint des +Anglais; celui des Genevois est le cinq pour cent. (À Genève le _q_ ne +se fait pas sentir.) + +Cinq cordeliers, sains de corps et sains d'esprit, étaient ceints d'une +corde et portaient sur leur sein un petit saint, muni du seing du +saint-père. + +CINQ ANS + +On disait à un bon homme qu'Abdel-Kader avait cinq camps lorsqu'on l'a +pris. Ce bon homme s'écria:--Comment, ce fameux guerrier n'est qu'un +enfant? + +CIVIL + +Le général D.... parlait avec chaleur dans un cercle où se trouvait M. +de Talleyrand, de diverses personnes qu'il qualifiait de pékins. + +--S'il vous plaît, général, lui dit le prince, qu'appelez-vous pékins? + +--Nous autres, répond le général, nous appelons pékin tout ce qui n'est +pas militaire. + +--Ah! fort bien! répond M. de Talleyrand; tout comme nous, nous appelons +militaire tout ce qui n'est pas civil. + +CLAIR DE LUNE + +Un jeune homme à qui on demandait quelle était sa position sociale +répondit:--Mon père est notaire, et mon oncle aussi. Ils ont chacun une +étude; je suis clerc de l'une. + +CLEF + +Le poëte Longchamps, devenu chambellan de Joachim Murat, roi de Naples, +regrettait si fort la campagne, qu'il demanda sa retraite et vint finir +ses jours à la campagne, près de Louviers. C'est à ce propos qu'il fit +le couplet suivant: + + Adieu, donc, stérile étiquette, + Adieu, petite vanité, + Graves riens, noble ennui, toilette, + Et grandes fêtes sans gaîté. + Adieu, clef d'or qu'ont au derrière + Mes collègues les chambellans, + Pour vivre enfin à ma manière, + Ma foi, j'ai pris la clef des champs. + +Combien les musiciens connaissent-ils de clefs?--Trois, la clef de +_sol_, la clef de _fa_ et la clef d'_ut_.--Il y en a une quatrième +qu'ils connaissent aussi, c'est la clef de la cave. + +CLOCHER + +Dans un écrit que publia M. de Talleyrand, alors évêque d'Autun (1790), +on prétendit qu'il n'y avait de lui que ce qui clochait.--On sait qu'il +était boiteux. + +COCHON + +Napoléon fit un jeu de mots en nommant M. Cochon préfet de Bayonne, la +ville aux jambons renommés. M. Cochon signait: Cochon de Lapparent. + +COCO + +Plusieurs Français, à Amsterdam, étaient réunis à une table d'hôte. Un +Anglais s'y trouvait aussi. Il mangeait, mangeait, mangeait, avec une +attention profonde. Déjà plusieurs fois un convive lui avait adressé ces +mots:--Monsieur, auriez-vous la bonté de me passer ce plat d'épinards? +Le sombre habitant des bords de la Tamise était incapable de la moindre +distraction. Alors le Français dit à un de ses amis:--Passe-moi donc le +plat d'épinards, car ce coco-là ne veut pas que j'en goûte. À ce mot, +les yeux de l'Anglais quittent enfin son assiette, et se portent +courroucés sur son interlocuteur; il se croit insulté. Un de ces +rendez-vous qu'on appelle d'honneur va être pris. Mais l'Anglais se +ravise; il ouvre son pocket-dictionnaire; ses yeux brillent. Il appelle +un domestique, demande du champagne, et invite son adversaire à trinquer +avec lui. + +--Monsieur le Français, dit-il, je étais dans le dérèglement (erreur). +Vous faites politesse à moi. Vous appelez moi coco. Lisez: «Coco, fruit +des Indes, doux et agréable.» Chacun partit d'un éclat de rire, et l'on +but le champagne à la santé des deux nations. + +COEUR + +Un banquier poursuivait de ses assiduités une jeune et riche héritière +dont il sollicitait la main. Le jour de la Toussaint il se rendit à +Saint-Roch, et là, placé à côté du bénitier, il attendait l'inhumaine, à +laquelle il offrit de l'eau bénite, en lui disant tout +bas:--Mademoiselle, que dois-je espérer?--Monsieur, lui répond la jeune +personne, vous êtes dans mon esprit comme le bénitier dans l'église; +près de la porte et loin du choeur. + +COMBLÉ + +Un très-gros homme, arrêté au bord d'un fossé, disait:--Je le sauterais +bien, mais j'aurais peur de tomber dedans.--Monsieur, lui dit une dame, +il serait comblé de vous recevoir. + +COMMUN + +Un jeune homme, voyant une belle dame qui avait une grande bouche, +disait:--Quel dommage qu'une si belle femme ait la bouche commune! Son +voisin lui répondit:--Si tu disais: comme deux! + +COMPARAISON + + L'existence est une pendule + Que par soi-même il faut guider. + Malheur à l'homme trop crédule + Qui la donne à raccommoder! + On croit qu'Esculape calcule, + Lorsqu'il s'agit d'y regarder, + Mais il l'avance sans scrupule + Ne pouvant pas la retarder! + +Cette autre comparaison est de M. Boniface. + + La chenille rampante, + Dans son premier état, + Végète sur la plante: + Voilà le candidat. + Sorti de la chenille, + Sur des ailes porté, + Un beau papillon brille: + Voilà le député. + +Un proverbe dit: Comparaison n'est pas raison. Un axiome dit aussi: +Toute comparaison cloche. + +COMPLAISANTES + +Odry disait un jour à Brunet:--Sais-tu pourquoi l'on se moque plutôt des +bons que des méchants? + +--Je ne sais pas. + +--Parce que les bonnes gens sont presque toujours des personnes qu'on +plaisante. + +COMPLET + +Un jeune soldat, originaire de Lyon, a adressé à sa famille, après la +bataille de Solferino, la lettre laconique suivante. C'est à la fois la +lettre d'un brave soldat et d'un bon fils: + +«Castiglione, 25 juin. + +«Chère mère, + +«Je suis encore vivant, très-vivant et bon vivant. + +«Seulement, je ne suis plus complet, comme un omnibus les jours de +pluie. + +«Le chirurgien du régiment vient de me couper la jambe. + +«Je m'étais habitué à l'avoir, et la séparation a été cruelle. + +«Mon sergent-major me dit, pour me consoler, que j'aurai maintenant une +jambe faite au tour. + +«Allons! bonne mère, ne pleure pas, songe que j'aurais pu être tué comme +une foule de mes braves camarades. C'est ceux-là ou plutôt la famille de +ces pauvres amis qu'il faut plaindre. + +«Réjouis-toi donc, au contraire, bonne mère, tout est profit pour toi: +je vais bientôt aller te rejoindre pour ne plus te quitter, ma jambe de +bois me forçant à rester près de toi; je ferai tout ce qu'il te plaira: +la chère partie de piquet. + +«Tiens, voilà une larme qui tombe sur ce papier; ce n'est point une +larme de regret, mais de bonheur, car je vais bientôt t'embrasser.» + +COMPLIMENTEUR + +On dit qu'un complimenteur est un accompli menteur. + +COMPTE + +Le prince de Ligne connaissait deux frères du nom de Montailleur, l'un +le marquis, et l'autre le comte. Le premier était aussi aimable et +spirituel que son frère était ennuyeux. Aussi le prince, quand son valet +de chambre lui annonçait M. de Montailleur, avait-il coutume de +dire:--Si c'est le marquis de Montailleur, à la bonne heure; mais si +c'est le compte de mon tailleur, je sais ce que c'est et je n'en veux +pas. + +CONFIDENT + +Qui peut nous expliquer les propriétés du liquide qu'on joint à l'huile +dans la salade?--Le cornichon, parce qu'il est _confit dans_ du +vinaigre. + +CONFIRE + +La différence qu'il y a entre un mari et un cornichon, c'est que le +premier se confie en sa moitié, et l'autre se confit en son entier. + +CONFRÈRE + +Un médecin, ayant un cheval malade, fit appeler un maréchal. Celui-ci +ayant guéri le cheval, le médecin lui dit:--Mon ami, qu'est-ce que je +vous dois?--Rien, répondit le maréchal: je ne prends jamais rien à mes +confrères. + +CONNAÎTRE + +L'évêque de Québec, au commencement de sa mission, s'était perdu au +Canada. Ceux qui étaient à sa recherche rencontrèrent une troupe de +sauvages auxquels ils demandèrent s'ils connaissaient cet évêque.--Si je +le connais! répondit l'un d'eux, j'en ai mangé. + +On disait d'une femme qui s'évanouissait:--Elle se trouve mal. Un +farceur répondit:--C'est qu'elle se connaît. + +CONSEIL + +Louis XI disait ordinairement que tout son conseil était dans sa tête, +parce qu'il ne consultait personne. L'amiral de Brézé, le voyant monter +sur un bidet très-faible, dit:--Il faut que ce cheval soit plus fort +qu'il ne paraît, puisqu'il porte le roi et son conseil. + +Quand on eut posé la statue de Louis XV sur des grues, afin de l'élever +à la place dite aujourd'hui de la Concorde, un mauvais plaisant dit:--Le +voilà au milieu de son conseil! + +CONSIDÉRER + +On donne souvent à ce mot des sens qu'il n'a pas trop. Une dame de +moeurs légères, sur qui un étranger arrêtait ses regards avec +persistance, lui dit:--Pourquoi, Monsieur, me considérez-vous +ainsi?--Madame, répondit l'autre, assez peu galamment, je vous regarde, +mais je ne vous considère pas. + +Voyez REGARDER. + +CONVENTION + +Un savant disait qu'il n'aimait pas qu'on l'appelât citoyen, parce que +c'est un style de convention qui ne convient pas à tout le monde. + +CONVOIS + +On présentait comme un parti convenable à une demoiselle un jeune +employé d'administration militaire. Il ne plut pas. La demoiselle lui +demanda ce qu'il faisait.--Je suis dans les convois, Mademoiselle.--Oh! +l'horreur!--Militaires, Mademoiselle!--Ou civils, peu importe! repassez +quand je serai morte. + +COQ-À-L'ÂNE + +Ménage dit que Marot a inventé l'expression coq-à-l'âne, en donnant ce +titre à une de ses épîtres. D'autres prétendent que ce mot vient d'une +vieille fable où l'on introduisait un coq raisonnant avec un âne. Comme +cette fiction n'avait pas le sens commun, on a donné le nom de +coq-à-l'âne à tous les raisonnements aussi absurdes. + +Une personne regardant le portail des Feuillants de la rue Saint-Honoré, +à Paris, et entendant dire qu'il était de l'ordre corinthien: «Je +croyais, dit-elle, qu'il était de l'ordre de Saint-Bernard.» + +Un homme très-crédule disait qu'il n'avait pas de confiance dans la +vaccine. «À quoi sert-elle, ajoute-t-il, je connais un enfant, beau +comme le jour, que sa famille avait fait vacciner... eh bien! il est +mort deux jours après...--Comment! deux jours après?...--Oui... il est +tombé du haut d'un arbre, et s'est tué roide... Faites donc vacciner vos +enfants, après cela!» + +On a dit que le char funèbre, genre antique, qui avait transporté Louis +XVIII à Saint-Denis, était le même qui avait traîné la liberté au Champ +de Mars, la déesse Raison à Notre-Dame et Voltaire au Panthéon; mais les +draperies, selon la circonstance, en déguisaient la carcasse. Quoi qu'il +en soit, lorsque le char, qui avait emporté le cercueil royal, revint à +sa remise rue Bergère, chargé de toutes les décorations mortuaires +entassées pèle-mêle, on lisait dessus, en grosses lettres: _Service des +menus plaisirs du roi_. + +Louis XV allant à Choisy, M. de Nédonchelles, officier des gardes du +corps, anglomane décidé, galopait à l'une des portières de la voiture; +et, comme il avait plu beaucoup, à tout moment il éclaboussait le roi, +qui avait baissé la glace.--Nédonchelles, lui cria le roi, vous me +crottez!--Oui, Sire, répondit l'officier, à l'anglaise. On devine que +Nédonchelles avait entendu: Vous trottez. Louis XV, ne saisissant pas la +méprise, leva la glace de mauvaise humeur, et dit à ceux qui +l'accompagnaient: «Parbleu! voilà un trait d'anglomanie qui est un peu +fort!» + +Frédéric le Grand avait coutume, toutes les fois qu'un nouveau soldat +paraissait au nombre de ses gardes, de lui faire ces trois questions: +«Quel âge avez-vous? Depuis combien de temps êtes-vous à mon service? +Recevez-vous votre paye et votre habillement comme vous le désirez?» + +Un jeune Français désira entrer dans la compagnie des gardes. Sa figure +le fit accepter sur-le-champ; mais il n'entendait pas l'allemand. Son +capitaine le prévint que le roi le questionnerait dès qu'il le verrait, +et lui recommanda d'apprendre par coeur, dans cette langue, les trois +réponses qu'il aurait à faire. Il les sut bientôt, et le lendemain +Frédéric vint à lui pour l'interroger; mais il commença par la seconde +question et lui demanda: «Combien y a-t-il que vous êtes à mon +service?--Vingt-un ans, répondit le soldat.» Le roi, frappé de sa +jeunesse qui ne laissait pas présumer qu'il eût porté le mousquet si +longtemps, lui dit d'un air de surprise: «Quel âge avez-vous?--Un an, +sous le bon plaisir de Votre Majesté.» Frédéric, encore plus étonné, +s'écria: «Vous ou moi avons perdu l'esprit.» Le soldat, qui prit ces +mots pour la dernière question, répliqua avec fermeté: «L'un et l'autre, +n'en déplaise à Votre Majesté.--Voilà, dit Frédéric, la première fois +que je me suis vu traiter de fou à la tête de mon armée.» + +Le soldat, qui avait épuisé sa provision d'allemand, garda pour lors le +silence; et quand le roi, se retournant vers lui, le questionna de +nouveau pour pénétrer ce mystère, il lui dit en français qu'il ne +comprenait pas un mot d'allemand. Frédéric, s'étant mis à rire, lui +conseilla d'apprendre la langue qu'on parlait dans ses États, et +l'exhorta d'un air de bonté à bien faire son devoir. + +Pièce copiée sur l'original affiché à Pontarlier. + +1º Il est défendu d'extraire de la pierre, du sable, des carrières du +territoire de la commune sans avoir prévenu les autorités, surtout de la +marne, les étrangers n'y sont pas admis. + +2º Les cabaretiers qui donneront à boire le dimanche sont prévenus qu'on +leur dressera procès-verbal pendant les offices, surtout de la messe, +qu'il est défendu d'y aller. + +3º Il est défendu de conduire le bétail sur le communal joignant le pic +des avoines, ni avec des brebis, chèvres ou autres, malgré qu'ils +seraient conduits par des personnes raisonnables, qui ne doivent pas +être pâturés. + +4º Dimanche, à l'issue de vêpres, il sera procédé à l'adjudication au +plus offrant et dernier enchérisseur des boues du village, en présence +du maire, qu'on devra racler proprement, assisté de deux membres du +conseil, provenant des égouts de la ville. Les articles sus-dits, +regardent aussi tous les habitants de tous les sexes, qui devront être +exécutés. + +Les habitants sont prévenus que, lundi prochain, on échenillera deux +personnes par maison, le curé excepté. + +_Le maire_ COLAS. + +Le 5 mars 1846. + +L'abbé Cherrier, censeur royal au commencement de la régence, publia un +volume de plaisanteries, qu'on retrouve pour la plupart dans diverses +compilations connues. Nous en extrairons ici le seul morceau qui soit un +peu rare. C'est un singulier faisceau d'équivoques. + +HISTOIRE DE L'HOMME INCONNU + +Je prie qu'on ne juge pas mon style avec la rigueur (_du grand hiver_). +S'il est un peu plat (_de terre_) et simple (_du jardin du roi_), vous +n'en apprendrez pas moins que mon héros avait un corps (_de garde_), une +tête (_d'épingle_), un cou (_de tonnerre_), des bras (_de mer_), un cul +(_de sac_), une haleine (_de savetier_), une âme (_de soufflet_). On lui +acheta une charge (_de cotterets_) qui le mit dans belle passe (_de +billard_). Il parlait en fort bons termes (_de Pâques ou de la +Saint-Jean_); il était fort bien vêtu, ayant de belles chemises de toile +(_d'araignée_), un magnifique rabat (_joie_) de point (_du jour_), une +jolie culotte (_de boeuf_). Sa maison était bâtie de pierres +(_philosophales_), soutenue de piliers (_de cabaret_); on y entrait par +deux cours (_de chimie_), d'où en montant vingt-cinq degrés (_de +chaleur_) on se trouvait dans une grande chambre (_de justice_), qui +donnait entrée dans douze pièces (_de Molière_), toutes ornées de +colonnes (_de chiffres_). + +L'homme inconnu se faisait servir dans chacune (_à spectacle_) tour à +tour une fricassée de coq-(_à-l'âne_), avec deux entrées (_de ballets_) +et deux poulets (_d'amants_). Son dessert était composé d'une compote de +coins (_de rue_), d'un pot de gelée (_de novembre_), de marrons +(_d'artifice_) et d'amendes (_honorables_). + +Après le repas, il courait à la chasse, suivi d'une meute de chiens +(_dent_), de quatre valets (_de pique_), et de deux pages (_de livre_), +montés sur des chevaux (_de frise_), portant des lacs (_d'amour_) et des +filets (_de canard_). + +Comme ce rare personnage avait souvent des tranchées (_de ville +assiégée_), on lui ordonna la diète (_de Ratisbonne_). + +Ayant perdu sa femme, il voyagea et mourut d'une chute (_d'eau_). + +Voici une autre plaisanterie de même genre: + +Mademoiselle Esprit d'Alambic avait une très-belle tête à papillotes, +une de ces figures de géométrie qui promettent; quoique demoiselle, elle +avait un superbe port de mer (_mère_); elle portait le fronteau (_front +haut_); elle avait un oeil de boeuf, un oeil de bouillon gras, un +négrillon (_nez grillon_) charmant, une bouche de canon dans laquelle +étaient des dents de loup et une langue de vipère, la laine +(_l'haleine_) d'un mérinos, une oreille de veau frite au sec, une +oreille de Midas, un couvert (_cou vert_), mais il était d'étain +(_dé__teint_), les pôles (_l'épaule_) du monde, un bras de fauteuil, un +bras dessus bras dessous, une main morte, un doigt de gaieté, un pouce +de terre, un point (_poing_) d'Angleterre, un poignet à jour, un +cou-de-pied, des côtes de fer, une anche (_hanche_) de basson, une anche +oie: on voyait toujours avec un plaisir nouveau sa jambe de cerf, sa +cheville ouvrière, son pied de table, son pied de grue, son talon de +passe-port; elle joignait à tous ces avantages celui d'une éloquence +rare, et l'on ne pouvait résister aux coups que portait sa patte étique +(_pathétique_); quoique d'une chair fraîche, elle avait une teinte +violette qui lui rendait la polaque (_peau laque_); c'était cependant +une police (_peau lisse_), car elle n'avait pas de chagrin, et elle +pouvait se vanter en tout temps d'avoir le cornet (_corps net_). + +Ce qui suit est encore dans le même genre: + +LES AVENTURES DU COURTISAN GROTESQUE. + +Le courtisan sortit un jour d'un palais (_de boeuf_) habillé de vert +(_de gris_), parfumé (_comme un jambon_) d'odeur (_de sainteté_), et +enveloppé d'un manteau (_de cheminée_). Il rencontre une dame +(_d'échecs_) parée d'une belle robe (_d'avocat_), d'une fine fraise (_de +veau_) et d'une riche côte (_de melon_), bordée d'un filet (_de +vinaigre_). + +Ah! ma reine, s'écria-t-il, jetez les yeux sur mon coeur (_d'opéra_). +Voyez les mille morts (_de bride_) que vos dédains me font souffrir. Par +pitié, accordez-moi (_comme une guitare_) un don (_prieur_). Laissez-moi +jouir à vos pieds (_destal_) de mon ravissement (_de Proserpine_). Vous +balancez (_sur la corde_). Ah! belle dame, ne craignez pas que je change +jamais (_mon argent blanc_). Je suis à vous pour la vie (_de parents_), +j'en fais à l'amour le plus doux des voeux (_de chasteté_). + +La dame (_d'échecs_), flattée des transports (_de marchandises_) du +courtisan, ne put retenir quelques souris (_de mon grenier_), et +quelques coups d'oeil en dessous (_main_). Celui-ci, enhardi par cette +faveur (_de filoselle blanche_) appelle la dame sa lumière (_de canon_), +son âme (_de violon_), l'attire sur un banc (_de mariage_), et la +conjure d'apaiser la violence du feu (_son père_) qui le consume. La +bonne dame (_d'échecs_) se laisse émouvoir par ses larmes (_de sapin_), +et le suit dans un lieu (_privé_) où l'on voyait de longues allées +d'arbres (_généalogiques_), qui, enlaçant leurs branches +(_collatérales_), donnaient beaucoup d'ombre (_des Champs-Élysées_). Les +parterres étaient émaillés de fleurs (_de rhétorique_). On y respirait +un air doux (_de clavecin_), et l'on se reposait sous de riants berceaux +(_d'enfants_), impénétrables aux chaleurs (_de poitrine_) et rafraîchis +par plusieurs bassins (_de barbiers_). + +Ce lieu charmant aiguisait l'appétit le plus malade. Le courtisan y fit +dresser une table (_de la loi_) et servir un coq (_de clocher_), entre +deux entrées (_aux barrières_) suivi d'un friand dessert, où l'on +remarquait de belles poires (_d'angoisses_) et d'excellentes pêches (_de +marée_). La dame fit honneur à cette collation (_de bénéfice_). Pour le +courtisan, il mangea peu, babilla beaucoup, conta (_par livres, sous et +deniers_) toutes ses bonnes fortunes (_du pot_), reconduisit ensuite +chez elle sa nouvelle conquête (_de l'Amérique_), et se retira (_comme +un parchemin_). + +Le lendemain, il prend un peu d'encre (_de navire_), taille quelques +plumes (_d'oreiller_), fait des vers (_à soie_) les plus galants du +monde, et vite en charge un courrier (_de Rome_), qui met ses bottes +(_de foin_), monte sur le cheval (_de Troie_), galope, ou plutôt vole +(_une tabatière_) chez la dame (_d'échecs_) et rapporte aussitôt à +l'amoureux sa réponse (_en salade_). + +Il le trouve couché dans un lit (_de rivière_), suant, se débattant et +ravi en extaxe jusqu'au ciel (_du lit_). Un bel esprit (_du cimetière_) +cherchait en vain à le distraire de ses pensées (_odoriférantes_). Notre +amoureux n'écouta point (_et virgule_) ce qu'il disait. Il lut la lettre +(_dominicale_) que venait de lui remettre le courrier; et enchanté il +prend les plus beaux habits de son coffre (_fort_) et va tout droit +(_romain_) chez sa mie (_de pain mollet_). + +Cependant, un ancien amoureux de la belle se livre à la jalousie (_d'une +fenêtre_), et ne pouvant souffrir que la dame (_d'échecs_) soit possédée +(_du démon_) par un autre que lui, il envoie au courtisan un appel +(_comme d'abus_). Les deux rivaux se trouvent sur le champ (_des +rossignols_), viennent aux prises (_de rhubarbe_), se portent tour à +tour plusieurs coups (_de vin_), frappent de pointe (_des cheveux_), de +revers (_de médaille_), enfin, après un long combat (_des passions_), le +courtisan allonge à son rival une terrible botte (_molle_); il le +blesse; le fait porter chez un esculape pour le faire panser (_à ses +affaires_), revient triomphant sur un char (_de fumier_) et se jette aux +genoux de sa bonne dame (_d'échecs_) qui le reçoit à bras ouverts (_par +trois cautères_) et lui accorde sa main (_de papier_), après lui avoir +donné quelques jours (_de vigile et jeûne_) pour se remettre. + +Quand les noces furent faites, on mit l'épousée dans une couche (_de +citrouilles_) bien mollement garnie de plumes (_d'écritoire_), puis l'on +dansa autour (_d'un couvent grillé_) au son (_de la farine_) que +rendaient mille instruments (_de mathématiques_). + +Nos époux donnèrent de grandes fêtes (_mobiles_), se divertirent pendant +quelques mois avec leurs connaissances (_littéraires_), visitèrent +ensuite leur château (_en Espagne_), leurs terres (_australes_), leurs +champs (_de bataille_), et ayant tiré de leurs fermiers différentes +sommes (_de saint Thomas_), ils parurent à la cour (_tille_). Le mari +acheta un office (_des morts_), devint officier (_d'office_), et par ses +grands talents (_d'or_), fut bientôt général (_des capucins_); il fit +alors de fameux exploits (_de sergent_), de belles actions (_de grâces_) +dont il fut loué (_à dix sous par jour_) et eut la gloire de mourir dans +une grande journée (_d'été_), laissant toute la terre dans la douleur +(_de l'enfantement_). + +On lui fit cet épitaphe: + + Ci-gît un courtisan grotesque + Un fantôme godeluresque; + Fils du mensonge décevant: + Il vécut sans corps et sans âme. + Passant, regarde sous sa lame, + Tu n'y trouveras que du vent. + +COQUELICOT + +Le mot coq doit se prononcer coque et non pas co, excepté dans coq +d'Inde, qui se prononce codinde. Cependant, un provincial, tenant à +l'usage de sa province, enseignait la prononciation de cette manière à +son fils qui le consultait: + +Écris _coq, lis co_. + +CORBEAU + + Tout alla bien, quand Talma prit Racine + Et dans Corneille il était encor beau. + Mais Manlius prépara sa ruine; + Et dans La Fosse il trouva son tombeau. + +CORDE + +Tout va bien, disait un représentant sous Louis-Philippe; j'ai mérité la +croix et les ministres _l'accordent_. + +CORPS + +Un musicien, qui jouait des fanfares à la Moskowa, fut attaqué par un +Russe, qui lui passa son sabre dans le cor, sans lui faire aucun mal. + +COSSES + +Les faiseurs de calembours disent que la patrie des poids, c'est +l'Écosse. + +COTON + +Le Père Cotton, jésuite, était le confesseur de Henri IV; il avait, par +son dévouement, pris un certain ascendant sur ce monarque, ce qui donna +lieu à cette pointe des protestants: Henri est assez bon prince, c'est +dommage qu'il ait du _coton_ dans les oreilles. + +COU + +On s'étonnait de l'effronterie d'un filou en guenilles, portant une +magnifique cravate, qu'il venait de voler.--Quelqu'un dit: il l'a mise +pour cacher son _coup_. + +COUCHE + +Le marquis de Bièvre dînant chez le financier Beaujon, on servit un +melon auquel les convives reprochèrent ses pâles couleurs: «C'est qu'il +relève de couche,» dit le marquis. + +COUPS + +Ce mot a beaucoup de sens, qui sont ingénieusement passés en revue dans +cette chanson de Désaugiers: + + Tout homme ici bas a sa part + Des coups qui menacent la vie; + Le joueur craint ceux du hasard, + Le riche craint ceux de l'envie. + L'ennemi craint ceux du canon, + Le poltron craint les coups de canne; + Et l'homme à talents est, dit-on, + Sujet au coup de pied de l'âne. + + Un coup de tête, bien souvent, + Aux jeunes gens devient funeste. + Un coup de langue est du méchant + L'arme qu'à bon droit on déteste. + L'espérance du laboureur + Par un coup de vent est trompée. + Un coup de patte à son auteur + Par fois attire un coup d'épée. + + Tous fiers de leurs nouveaux succès, + Nos riches, étonnés de l'être, + Se vantent que leurs coups d'essais + Ont été de vrais coups de maître. + Un coup de théâtre mal fait + Indispose tout un parterre, + Et l'auteur, au coup de sifflet, + Est frappé d'un coup de tonnerre. + + Chers amis, comme en vous chantant + Coup sur coup trois couplets, je tremble + D'avoir perdu les coups de dents, + Buvons au moins un coup ensemble. + Si de ma chanson sur les coups + L'assommante longueur vous lasse, + Je consens, par pitié pour vous, + A vous donner le coup de grâce. + +COURBE + +À propos des fêtes que l'on fit à Lons-le-Saulnier pour l'inauguration +de la statue du général Lecourbe, la _Sentinelle du Jura_ a remis en +lumière un quatrain composé à l'époque où, avec 9,000 hommes, ce général +parvint à faire 35,000 prisonniers et à arrêter court au pied des Alpes +les armées russes qui s'avançaient à grands pas pour envahir le +territoire de la République. + + Par trop d'emportement sujet à se méprendre, + Suwarow vers Paris prenait son chemin droit, + Quand, battu près Glaris, chacun dans cet endroit + Lui dit: C'était _le courbe_, ami, qu'il fallait prendre. + +COURTE-POINTE + +On prétendit, en 1780, que le marquis de Bièvre étant entré un jour +d'été chez le roi, le prince lui dit: «Marquis de Bièvre, faites-nous +une pointe qui soit bonne et courte.» Le marquis répondit: «Sire, il +fait trop chaud pour se charger de courtes-pointes.» + +COUVERT DE BOIS + +Quand est-ce que le dos d'un bûcheron est propre à retourner la salade? + +--Quand il est _couvert de bois_. + +COUVERTS D'ÉTAIN + +M. F. disait l'autre jour à M. G. S.-H.: Quels sont les animaux qui +savent se procurer des fourchettes et des cuillers? + +--Ni vu ni connu. + +--Ce sont les lapins quand ils sont à jeun, parce qu'ils cherchent +partout jusqu'à ce qu'ils aient _découvert des thyms_. + +COUVERTURES + +On a donné ce conseil à un frileux: «Vous louez un appartement dans +lequel se trouve une pièce ayant deux fenêtres et trois portes; vous les +ouvrez toutes et vous avez cinq ouvertures.» + +CRACHAT + +Ce mot a de très-singulières applications. Elles sont employées dans un +quatrain publié à l'entrée de 1789, sous le titre de _prophétie de +Nostradamus_: + + En quatre-vingt-neuf, grand combat. + Les Gaulois s'armeront les uns contre les autres. + Le seigneur d'Orléans y perdra son crachat; + Mais il sera couvert des nôtres. + +CROIRE + +Un demi-savant disait, dans un salon:--Je ne crois que ce que je +comprends.--Comprenez-vous, lui objecta le père Lacordaire, comment le +feu fait fondre le beurre et durcir les oeufs?--Non, je ne le comprends +pas.--Cependant, vous croyez à l'omelette. + +CROISÉS + +Un jeune homme cherchait à établir qu'un de ses aïeux s'était croisé du +temps de saint Louis.--C'est vrai, dit un de ses amis; il s'est même +croisé deux fois. La première fois, il s'est croisé les bras; la seconde +fois il s'est croisé les jambes. + +Un farceur demandait à quoi auraient ressemblé Tancrède et Godefroid de +Bouillon s'ils eussent pris du tabac. On lui répondit:--à des croisés à +tabatières. + +CROIX + +On avait donné à deux enfants un biscuit. C'était au seizième siècle. + +--Jouons-le à croix ou pile, dit le premier. Il tira un doublon et le +jeta en disant:--Moi, je prends la croix.--Et moi, dit le second, je +prends le biscuit,--et il le mangea. + +CRUCHES + +Rien de plus singulier, disait M. de Maurepas, alors ministre, que la +manière dont se tient le conseil chez quelques nations nègres; +représentez-vous une salle d'assemblée où sont placées une douzaine de +grandes cruches remplies d'eau: c'est là que, nus, et d'un pas grave, se +rendent une douzaine de conseillers d'État. Arrivés dans cette chambre +chacun saute dans sa cruche, s'y enfonce jusqu'au cou, et c'est dans +cette posture qu'on délibère sur les affaires d'État. + +Mais quoi! vous ne riez pas, ajouta Maurepas en se tournant vers le +prince de Ligne, son voisin. + +--C'est, répondit-il, que j'ai vu quelquefois une chose plus plaisante +encore. + +--Et quoi donc, s'il vous plaît? + +--C'est un pays où les cruches seules tiennent conseil. + +Dans les farces qu'il faisait, F... n'était pas toujours heureux. Il se +présenta un jour plus que gris à la barrière, et dit au commis de +l'octroi:--Je passe du vin que vous ne me ferez pas payer. + +--Monsieur, répondit un des employés, le vin en cruche ne paye pas. + +CUBES + +M. Pouillet disait l'autre jour à M. Cauchy: Quel est le personnage grec +qui aimait le mieux la géométrie? + +--Je ne sais pas, répondit M. Cauchy, et pourtant je voudrais bien le +savoir. + +--Eh bien... c'est Priam! + +--Et pourquoi. + +--Parce qu'il était amoureux d'Hécube (_des cubes_). + +CUIR + +Comment feriez-vous des bottes avec une pomme? Je la ferais cuire. + +CYRUS + +On annonçait chez un libraire les voyages de Cyrus; tous les Russes qui +en entendaient parler achetaient ce livre, croyant que c'étaient les +voyages de six de leurs compatriotes. + + + +D + +DATTES + +Un Anglais, qui aimait beaucoup les dattes, grognait contre les épiciers +qui les lui vendaient souvent avariées. En passant sur le quai des +Augustins, il lut à la fenêtre d'un libraire l'étiquette d'un in-folio. +C'était le savant travail des Bénédictins intitulé: l'_Art de vérifier +les dates_.--Voilà mon affaire, dit-il. Il acheta le livre, l'emporta, +et grogna de nouveau en n'y trouvant que les dates historiques qui +l'occupaient moins que les dattes du dattier. + +DÉCRET + +Un savant prétend que les mots décret et décréter ont été inventés par +Minos roi et législateur de la Crète. + +DEDANS + +On disait d'un merveilleux, qui avait perdu ses dents et qui se pavanait +comme un autre, que quand il se présentait devant un miroir, il ne se +voyait jamais _de dents_. + +Un autre se plaignait d'avoir un mal de dents qu'il ne pouvait pas +mettre dehors. + +DÉGOÛTER + +Pourquoi se plaint-on des jours pluvieux?--Parce qu'on _sent des +gouttes_. + +DÉMOCRATE + +Épigramme.--Anagramme. 1799. + + Ces jours passés, un fougueux démocrate, + Que l'anagramme en tout temps transporta. + Du vilain mot aristocrate + Avec labeur _iscariote_ ôta. + Un gros monsieur, habillé d'écarlate, + Dit en courroux: Quel butor est-ce là? + J'ai trouvé bien mieux que cela; + On en conviendra, je m'en flatte; + Car sans tricher d'un iota, + Démocrate _me décrota_. + +DÉROBÉ + +Le financier La Noue montrait une magnifique maison qu'il venait de +faire bâtir, à un seigneur qui savait bien qu'en penser. Après lui avoir +fait parcourir plusieurs beaux appartements:--Admirez, lui dit-il cet +escalier dérobé.--Le visiteur repartit:--Il est comme le reste de la +maison. + +DÉSASTRE + +Dans les derniers jours du Directoire, on trouva un matin, sur la porte +du Luxembourg, un magnifique soleil fraîchement peint, et portant au +milieu de ses rayons ce seul mot: _la République_. Les Parisiens +comprirent le rébus, et tout le monde le lisait. (La République dans le +plus grand des astres.) + +DESCARTES + +Le marquis de Saint-Aulaire, qui, à la fin du XVIIe siècle, fit les +délices de la cour de la duchesse du Maine, fut prié un jour par cette +princesse de lui expliquer le système de Newton. La sachant zélée +cartésienne, le spirituel marquis éluda la question en improvisant ce +petit couplet sur l'air _des fraises_: + + Princesse, détachons-nous + De Newton, de Descartes; + Ces deux espèces de fous + N'ont jamais vu le dessous + Des cartes, + Des cartes, + Des cartes. + +DÉTESTABLE + +On s'est réjoui beaucoup en 1858 d'avoir une si grande suite de jours +d'été stables. + +DÉTRESSE + +Plaignez les coiffeurs parce qu'ils vivent souvent avec _des tresses_. + +DEUX + +L'abbé Morellet disait: «Il faut être deux pour manger une dinde +truffée; je ne fais jamais autrement. J'en ai une aujourd'hui, nous +serons deux,--la dinde et moi.» + +Madame Denys était fort laide. Comme elle était encore au lit avec son +mari, qu'elle avait épousé après la mort de Voltaire, on introduisit +dans sa chambre un paysan qui lui apportait de l'argent. + +À la vue de ces deux têtes il ne sut à qui s'adresser.--Messieurs, leur +dit-il, lequel de vous deux est madame?» + +DEVANT + +Le comte de Lauraguais, ruiné, n'avait plus que mille écus de rente, et +il donnait trois mille livres à son coureur.--J'ai trouvé le moyen, +disait-il, d'avoir toujours une année de mes revenus devant moi. + +On raconte autrement la même chose: + +Bien jeune, le vicomte de Choiseul s'était fait remarquer par une +réponse à Louis XV. Ce monarque lui reprochant un jour des prodigalités +qui le menaçaient d'une ruine certaine, il lui répondit: «Sire, on m'a +calomnié auprès de votre Majesté, car j'ai toujours une année de mon +revenu devant moi.» Le vicomte disait vrai, il ne lui restait plus que +douze mille livres de rente, et la riche livrée de son coureur coûtait +douze mille francs. + +DEVIN + +Le marquis de Bièvre disait que l'esprit-de-vin était nécessaire pour +deviner un calembour. + +DEVOIR + +Une ville assez pauvre fit une dépense considérable en fêtes et en +illuminations au passage de son prince. Il en parut lui-même +étonné.--Elle n'a fait, dit un courtisan flatteur, que ce qu'elle +devait.--Cela est vrai, répliqua un seigneur mieux intentionné, mais +elle doit tout ce qu'elle a fait. + +Un Florentin connu de Pogge avait besoin d'un cheval. Il en trouva un +qu'on voulut lui vendre vingt-cinq ducats.--Je vous en donnerais quinze +comptant, dit-il au maquignon, et je serai votre débiteur du reste. Le +maquignon y consentit. Quelques jours après il alla demander ses dix +ducats.--Il faut, dit l'acheteur, vous en tenir à nos conventions. Je +vous ai dit que je vous devrais le reste, et je ne vous le devrais plus +si je vous le payais. + +Un oncle gourmandant son neveu sur ses folles dépenses, lui dit: «Tu +fais des dettes partout, tu dois à Dieu et à diable.--Précisément, mon +oncle, reprit le neveu, vous venez de citer les deux seuls êtres +auxquels je ne doive rien.» + +DIFFÉRENCES + +Madame la duchesse du Maine demanda un jour à quelques gens de beaucoup +d'esprit qui s'assemblaient chez elle: «Quelle différence y a-t-il entre +moi et une pendule?» Ces messieurs se trouvaient fort embarrassés pour +la réponse, lorsque M. de Fontenelle entra. La même question lui fut +faite par la princesse. Il répondit sur-le-champ: «La pendule marque les +heures, et votre altesse les fait oublier.» + +Sous ce titre de différences, les bonnes gens ont une série d'énigmes, +où le calembour et le jeu de mots se présentent quelquefois: + +Quelle différence y a-t-il entre une femme et une serrure? + +--Celle-ci, qu'une serrure est pleine de vis et une femme pleine de +vertus. + +Quelle différence y a-t-il entre un juge et une échelle? + +--C'est qu'un juge fait lever la main et qu'une échelle fait lever le +pied. + +Quelle différence y a-t-il entre Alexandre le Grand et un tonnelier? + +--C'est qu'Alexandre mit les Perses en pièces et qu'un tonnelier met les +pièces en perce. + +Quelle différence y a-t-il entre Louis XIV et un cuisinier? + +--Celle-ci, que Louis XIV était un potentat et qu'un cuisinier est un +tâte en pot. + +Quelle différence y a-t-il entre Frédéric II et son meunier de +Sans-Souci? + +--C'est que Frédéric II connaissait la tactique et son meunier le +tictac. + +DIFFICULTÉS + +Avant le 31 mai 1794, T... demandait à B... s'il n'y avait aucuns moyens +de rapprochement entre la Montagne et les Girondins.--Aucun répond +celui-ci; ces gens-là ont des têtes trop difficiles.--Difficiles, +répliqua T... Eh bien! on tranchera les difficultés. + +DIGÉRER + +Montmaur, le célèbre parasite, disait d'un financier chez qui tout le +monde allait pour sa table et que l'on trouvait très-ennuyeux: «On le +mange, mais on ne digère pas.» + +DIMINUER + +Que dit la miche quand on la coupe?--Elle diminue. + +DINDON + +Rossini avait fait un pari; je ne sais quel était le sujet du pari; mais +l'enjeu était une dinde truffée. Son adversaire le perdit, et comme il +ne se pressait pas de s'exécuter, Rossini lui dit un jour: «Eh bien! mon +cher, à quand donc la dinde?» L'autre: «Les truffes ne sont pas encore +bonnes.--Allons donc, dit le maestro, ce sont les dindons qui font +courir ce bruit-là.» + +DÎNER + +Quand est-ce qu'un priseur prend le plus de tabac?--Quand il a dix nez. + +DONNER + +Montesquieu disputait sur un fait avec un conseiller du parlement de +Bordeaux, qui avait de l'esprit, mais la tête un peu chaude. Celui-ci, à +la suite de plusieurs raisonnements débités avec fougue, dit: M. le +président, si cela n'est pas comme je vous le dis, je vous donne ma +tête.--Je l'accepte, répondit froidement Montesquieu, les petits +présents entretiennent l'amitié. + +Le mot _donner_ a beaucoup d'expressions singulières. Un fossoyeur +disait un jour:--Ça va mal; le mort ne donne pas. + +Une vieille dame demandait à son voisin, dans un salon: + +--Combien me donnez-vous d'années? + +--Vous en avez assez, Madame, répondit le voisin, sans que je vous en +donne encore. + +DOS + +Quelle différence y avait-il, avant la révolution, entre la reine de +France et son chat:--C'est que le chat faisait le gros dos, et la reine +le Dauphin. + +DOUBLE SENS + +On a fait plusieurs fois des vers qui ont un double sens, lorsqu'on les +lit dans l'idée de l'auteur. Nous n'en citerons qu'un exemple. C'est le +serment civique _à double face_ de 1792. Si on lit ces vers à pleine +ligne ils ont un sens, qui est démenti lorsqu'on les relit à deux +colonnes: + + À la nouvelle loi je veux être fidèle + Je renonce dans l'âme. au régime ancien. + Comme article de foi je crois la loi nouvelle + Je crois celle qu'on blâme. opposée à tout bien. + Dieu vous donne la paix messieurs les démocrates, + Noblesse désolée, au diable allez-vous-en, + Qu'il confonde à jamais tous les aristocrates + Messieurs de l'assemblée ont seuls le vrai bon sens. + +DOUCEUR + +Un complimenteur disait au salon de M. Thiers:--Une heure passée ici est +une douce heure. + +DROIT + +Quelqu'un ayant demandé à un homme qui avait les jambes crochues, quel +chemin il avait pris pour venir de Londres.--Je suis venu tout droit, +lui répondit-il.--En ce cas, Monsieur, reprit l'autre, vous avez +furieusement changé dans la route. + +DROMADAIRE + +Il est mâle et femelle. Lorsque la République de 1848 sollicita les +assentiments de la province, les notables républicains de Valence +envoyèrent au gouvernement provisoire cette adresse laconique: _la Drôme +adhère_. + +DUCIS + +Deux bibliomanes jouant aux dominos, l'un demanda: «As-tu du +six?...--Ducis? répondit l'autre. Non, mais mon libraire me l'apportera +demain. + +Il se préoccupait de Ducis, le poëte. + + + +E + +Les lettres les moins sémillantes sont les lettres E B T. Un E est aussi +la lettre qui porte le mieux les lunettes. + +EAU FINE + +Quelle est la fontaine de Paris qui fournit l'eau la plus délicate? + +--C'est la fontaine Dauphine. + +ÉCHELLES + +Un nouvelliste disait, dans un café de Paris, qu'il y avait une arche du +Pont-Euxin de tombée.--Cela est si vrai, reprit un autre, que le Grand +Seigneur a ordonné qu'on prît les échelles du Levant pour la rétablir. + +ÉCHO + +Quelques jeunes gens s'entretenaient d'un écho qui avait fait plaisir +dans la musique d'une pièce nouvelle. A cette occasion, on se mit à +parler d'échos qui rendaient deux, trois, quatre et cinq syllabes. +Chacun citait, exagérait même, lorsqu'un Gascon qui n'avait encore rien +dit, s'écria:--Qué mé dites-vous là, mes amis? Vive celui de mon pays! +On lui dit:--Écho, comment te portes-tu? Il répondit:--Jé mé porté bien. +Voilà un écho, céla. + +DIALOGUE ENTRE UN REPRÉSENTANT ET L'ÉCHO. + + Si je te parle, Écho, de toi serai-je ouï? Oui. + Qu'a-t-on dit que j'étais dans l'emploi de Solon? Long. + Eh! comment voulait-on que fussent mes discours? Courts. + On m'assure pourtant que je fus éloquent. Quand? + Que dit-on du _quantum_ que l'on me fait toucher? Cher. + Penses-tu que je sois regretté du vulgaire? Guère. + Renaîtrai-je de l'urne ainsi que le phénix? Nix. + L'électeur, que dit-il? Je suis sur mon départ. Pars. + Je vais donc te quitter, ô nation française? Aise. + Voilà de mon mandat un bien triste examen! _Amen._ + +L'ÉCHO À UN MINISTRE DE LA DYNASTIE DE JUILLET. + + On dit que vous aimez la guerre; + --Guère! + Que vous raffolez du canon; + --Non! + Que, nuit et jour, et sans relâche, + --Lâche, + À l'Anglais vous montrez le poing: + --Point! + Que, ne voulant ni paix ni trêve, + --Rêve! + Vous n'aspirez que le combat. + --Bah!... + Pritchard, qui vous trouve admirable + --Hable, + Et qui vous proclame charmant, + --Ment, + Prétend que votre coeur escompte + --Honte + Jusqu'à l'honneur évanoui; + --Oui; + Que votre gloire est colossale + --Sale, + Et qu'on bénira votre nom. + --Non!! + + _Capitaine_ CLÉVELAND. + +LES ÉCHOS DE LA MONTAGNE (1848). + + Vous parlez ab hoc et ab hâc + --Bac. + Vous ferez bien souvent, Chauffour, + --Four. + Votre parole est, Laclodure, + --Dure; + La vôtre n'est pas, Madesclaire, + --Claire; + Que vos discours sont donc, Charras, + --Ras; + Votre débit n'est pas, Cambon, + --Bon: + Économisez notre argent, + --Gent; + Parlez donc et votez, Crémieux, + --Mieux. + Enfin, pour paraître moins gauche, + --_Gauche_, + Faites surtout tous vos discours, + --Courts. + +ÉCLAIRER + +Un ferblantier de Besançon, s'étant passionné pour Voltaire à la lecture +de ses ouvrages, désira ardemment de le voir; il arrive à Ferney et +demande à être présenté au maître du château; les gens le refusent +durement; il insistait, lorsque le patriarche des philosophes, qui avait +vu arriver celui-ci à pied, mal vêtu, enfin dans un équipage par trop +philosophique, ouvre sa fenêtre et lui demande brusquement:--Qui +êtes-vous? Que faites-vous? Le ferblantier répond fièrement:--Je fais +comme vous, j'éclaire le monde..., je fais des lanternes. + +Cette plaisanterie lui valut, dit-on, un accueil favorable. + +ÉCRIRE + +Un savant, connu par un nasillement extraordinaire, assistait à la +lecture d'un ouvrage historique.--Cet ouvrage est mal écrit, +s'écria-t-il, un style prétentieux, plein d'affectation! Il faut avant +tout écrire comme on parle.--C'est fort bien, dit un ami de l'auteur, +mais alors, vous qui parlez du nez, vous devez écrire de même. + +L'abbé Alary fut reçu parmi les Quarante, quoiqu'il n'eût publié aucun +ouvrage. Lorsqu'il alla faire ses visites, il laissa son billet chez un +académicien de qualité, qui était sorti et qui n'avait jamais entendu +parler de lui. En rentrant avec un de ses amis, l'académicien trouva le +billet, le lut, et dit, avec le ton de la surprise: + +--L'abbé Alary! je ne le connais pas; qu'a-t-il écrit?--Son nom, reprit +l'autre. + +EFFORT + +Voyant un homme qui avait le nez très-gros, Odry disait:--En faisant cet +homme-là la nature a fait _un nez fort_. + +ÉGALITÉ + +Il y a sur ce mot quelques couplets dans la chanson du communisme, qui +se chante sur l'air: _Ah! le bel oiseau, maman._ Nous ne copions pas le +refrain: + + Pour être vraiment égaux, + Tous devront naître de même, + Ni plus forts, ni moins nigauds + Que les rêveurs du système. + + L'esprit n'est plus bon à rien; + Nous l'abolissons d'avance! + Nous savons, on le voit bien, + Nous passer d'intelligence. + + À quoi servent, ici-bas, + Les peintres et les poëtes? + Raphaël fera des bas + Et Corneille des chaussettes. + +EMPLOI + +Un capitaine qui avait été barbier, partant pour aller au siége d'une +ville, on lui dit:--Si l'on rase cette ville, vous pourrez bien y avoir +de l'emploi. + +EMPORTER + +Voici un proverbe: + +«Ne nous emportons pas, nous ne nous en porterons que mieux.» + +EN + +Prête au calembour dans plusieurs circonstances. Un riche bourgeois +disait, dans une réunion:--On doit du respect et des honneurs aux _gens +en place_.--Je suis dans ce cas-là, dit un jeune homme qu'on ne +remarquait pas, et je me contenterai d'un peu d'aide. + +--Dans quel cas êtes-vous? + +--Dans le cas assez triste des _gens sans place_. + +On a fait ce quatrain sans rime sur les bonnets de juge: + + L'huissier s'en glorifie; + Le procureur s'en pare; + L'avocat s'en joue; + Tandis que le juge s'endort. + +ENCORNÉ + +Un farceur se vantait d'avoir mangé d'un veau qui n'était pas _encorné_. + +ENCRE + +Un voyageur revenant d'Angleterre s'excusait auprès de sa femme de ne +lui avoir pas écrit.--C'était mon intention, disait-il, mais je ne l'ai +pas pu, parce qu'en arrivant à Douvres on a jeté l'ancre. + +ÉNIGME + +CONTENANT QUELQUES CALEMBOURS + + Il faut qu'ici chacun devine + Qui je suis et quel est mon nom; + Sans moi, vous n'auriez pas Racine, + Sans moi, vous n'auriez pas Pradon. + C'est toujours par moi qu'on hérite; + Je renferme et sucre et poison; + Et je boirai cent ans de suite, + Sans jamais perdre la raison. + + Plus d'un critique impitoyable + M'emploie en son malin esprit; + Sans que je puisse être coupable, + On me déchire, on me noircit. + En France, en Russie, en Espagne, + J'ai des succès, j'ai des revers; + Si les uns perdent quand je gagne, + Les autres gagnent quand je perds. + + Quoiqu'assez gênant par ma forme, + Chacun m'emporte quand il sort: + Je suis mince; je suis énorme; + Je suis délicat; je suis fort. + Petit, je sers beaucoup aux dames. + Je suis Français, Grec, ou Romain; + Je fais des bateaux; j'ai des rames; + Et sans bras j'ai beaucoup de mains[1]. + +[Note 1: Le mot est le _papier_.] + +ENNEMIS + +Lorsque les Bourbons revinrent, ils firent ce calembour que Napoléon +avait des _N mis_ partout. On détruisit les N sur les monuments. Un +inspecteur, voyant un N sur la porte Saint-Denis, s'écria:--J'aperçois +là un N qu'il faut enlever.--Mais, lui dit-on, elle fait partie de +l'inscription _Ludovico Magno_: si vous l'ôtez, on lira _Ludovico mago_, +ce qui ne plaira peut-être pas à Louis XVIII. + +On remplaça les N par les L; et les plaisants dirent: Les chiffres +maintenant sont tous L. Mais quand vinrent les C de Charles X, on se +récria sur ce qu'on ne faisait plus que tous C. + +ENSEIGNES + +On remarquait, il y a quelque temps, rue des Petits-Champs, une pension +de jeunes filles et un charcutier dont les deux enseignes n'en faisaient +qu'une, si bien qu'on lisait sur la même ligne: Pension de jeunes +demoiselles. _À la Renommée des bonnes langues._ + +Une enseigne de marchand de ferrailles, au passage du Dragon portait: +_Au Juste pris_. Le tableau représentait un saint attaqué et pris par +d'affreux bandits. + +Le Chat qui _pèche_, est un chat qui fait la faute de ronger un fromage. + +Le Vert galant; ce n'est pas Henri IV, c'est un gobelet, un verre orné +de guirlandes de fleurs. + +Les Deux Amis sont deux A rangés sur la même ligne. + +Les Trois Forbans, qui vous annoncent la mer et des pirates, sont trois +escabeaux de bois solidement construits. Trois forts bancs. + +_Au Bon Coing_ est l'enseigne d'un marchand de vin, au coin d'une rue. + +On a remarqué dans Paris une enseigne ainsi conçue: T....., culottier de +la reine. + +On lisait sur une autre, en 1811; B....., chirurgien-accoucheur de la +grande armée. + +Et sur une autre, rue Dauphine: Grégoire, tailleur d'hommes. + +Dans la rue Chartière, près du Collége de France, on lisait sur la porte +d'une maîtresse d'école qui venait de déménager: Madame Prudent est +maintenant enceinte du Panthéon. + +Aux _Trois sans hommes_, à Arras, est un rébus au-dessous d'un tableau +où sont trois femmes seules. + +On disait, dans le même sens, que l'église de Saint-Denis, qui avait +cinq clochers, avait cinq clochers et quatre sans cloches. + +ENSEIGNER + +Un homme s'était piqué jusqu'au sang de la pointe d'une grosse alêne. +C'était un cordonnier.--Le voilà devenu professeur, dit un plaisant.--Et +comment cela? s'écria un témoin intrigué.--Mais, riposta le farceur, il +s'est piqué et il _en saigne_. + +ENTENDRE + +Dans une audience où l'on faisait beaucoup de bruit, le juge dit: + +--Huissier, imposez silence; il est étrange qu'on fasse tant de bruit. +Nous avons jugé je ne sais combien de causes sans les entendre. + +ENTERRER + +L'ancien usage de l'Académie était que le directeur fît les frais +d'enterrement de ceux de ses confrères qui décédaient sous son +directorat. Corneille mourut dans la nuit du jour où Racine devait +succéder au directeur Lavaux. Il y eut entre eux un combat de +générosité. Lavaux prétendait qu'étant encore directeur au moment où +Corneille avait expiré, il devait payer les frais d'inhumation; Racine +soutenait que cet honneur lui était dévolu, puisque l'inhumation n'avait +eu lieu que le jour qu'il avait été installé directeur. Lavaux +l'emporta; ce qui fit dire à Benserade:--Lavaux a enterré Corneille; +mais personne plus que Racine n'était fait pour l'enterrer. + +ENTRE DEUX + +Un bon maire de campagne se trouvait à table, à Paris, entre deux jeunes +étourdis qui cherchaient à le persifler.--Je vois bien, Messieurs, +dit-il, que vous voulez vous moquer de moi; je ne suis pourtant pas tout +à fait un sot ni un fat, je suis entre les deux. + +ENTRER + +Un vétéran de l'armée de Condé montrait un jour à Martainville un sonnet +commençant par ce prétendu vers: + + «Marie-Thérèse dont les vertus...» + +--Le début est heureux, dit Martainville; mais malheureusement +Marie-Thérèse ne peut pas entrer dans un vers.--Monsieur, répartit le +vétéran, je vous croyais bon royaliste, mais je me suis trompé. Vous +saurez, pour votre gouverne, que Marie-Thérèse peut entrer partout. + +Le comte de C., qui connaît beaucoup Vienne, racontait un fait qui +prouverait la bonhomie des soldats de police de la capitale de +l'Autriche. + +La consigne leur avait été donnée d'arrêter tous ceux qui, après une +certaine heure, feraient du tapage ou chanteraient trop bruyamment _en +rentrant chez eux_. Le comte revenait de l'Opéra; il fredonnait assez +haut un des airs qui lui avaient plu. Une patrouille le rencontre, lui +défend de chanter ainsi, et lui rappelle qu'il faut _rentrer_ chez soi +paisiblement et sans bruit.--C'est juste, dit le comte: mais je _ne +rentre pas_.--Oh! alors, c'est différent, dit le chef; et votre +excellence peut faire ce qu'elle voudra. + +Ce trait, que nous empruntons au _Journal des anecdotes_, qui ne paraît +plus, ne vous rappelle-t-il pas la naïveté de ce bon Suisse, à qui on +avait donné en garde une porte du palais de Versailles, avec défense de +laisser personne _entrer dedans_. Un grand seigneur, qui ne devait pas +être compris dans l'exclusion générale, et qu'on attendait, se présente. +Le Suisse barre le chemin.--Mais j'ai droit d'entrer.--Point, mon +sir.--Mais je suis le prince de Poix.--Quand vous seriez le roi des +haricots, vous point entrer dedans.--Mais qui vous parle de cela? dit le +gentilhomme intelligent. Je ne veux pas entrer, je veux sortir +dedans.--Sortir dedans? mon sir; ah! c'est autre chose. Allez. + +Et le grand seigneur sortit dedans. + +--Quand est-ce que les chiens entrent dans l'église?--Quand la porte est +ouverte. + +ENVIEUX + +Il y a des marchands en vieux qu'on n'évite pourtant pas et qui ne se +confessent pas du péché d'envie; ce sont les fripiers. + +ENVOYER + +Un paysan fin matois, qui avait reçu d'un avoué quelque bon conseil, +avait promis de lui envoyer un lièvre. L'homme de loi, ne voyant rien +venir, va chez le paysan, et lui demande quand il compte tenir sa +promesse.--Comment! monsieur, le lièvre n'est pas encore +arrivé?--Non.--C'est étonnant! je vous l'ai pourtant envoyé hier. Je +l'ai aperçu au bout de mon champ, et je lui ai crié: Va-t-en vite chez +mon avoué. + +ÉPICIERS + +En temps de moisson, on voit en campagne des masses d'épis sciés, dont +beaucoup sont en bottes. + +Nos pères avaient mis l'esprit pointu dans leurs enseignes. On voyait +encore, il y a quelques années, au boulevard du Temple, à Paris, +au-dessus d'un magasin d'épicerie, une enseigne qui représentait un +champ de blé où un homme sciait un épi; au-dessous on lisait: _À l'Épi +scié._ + +ÉPICTÈTE, ÉPICURE + +Louis XV demandait, dit-on, au marquis de Bièvre de quelle secte de +philosophes étaient les puces? Il répondit:--De celle des piqûres.--Et +les poux?--De celle des pique-têtes. + +ÉPIGRAMME + + Certain ministre avait la pierre, + On résolut de le tailler; + Chacun se permit de parler, + Et l'on égaya la matière. + --Mais comment, se demandait-on, + A-t-il pareille maladie? + --C'est que son coeur, dit Florimon, + Sera tombé dans sa vessie. + +ÉPOUVANTABLE + +On complimentait la femme d'un homme de lettres en disant qu'elle avait +un époux vanté. + +--Ce n'est que justice, répondit-elle; car il est époux vantable. + +ÉPOUVANTÉ + +Un jeune homme allait épouser une beauté. On lui dit:--Vous épousez une +femme charmante, dont vous serez bientôt époux vanté. + +ÉPOUX LAID + +Un mari, peu favorisé des dons de la nature, crut voir un calembour +insultant dans une parole de sa femme, qui disait qu'elle n'aimait pas +les poulets. + +ESPRIT + +--C'est agréable d'avoir de l'esprit, dit Alcide Tousez, on a toujours +quelques bêtises à dire. + +ESTROPIÉ + +Un homme était blessé à la main.--Vous êtes estropié, lui dit-on.--Non +pas, répondit-il, je suis estro-main. + +ÉTAIN + +Les Parisiens, en apprenant la mort de Pothier, ont fait cette +exclamation ingénieuse:--Voilà un potier d'éteint! + +ÉTAMAGE + +--Quelle est la place de Paris où les chaudronniers ne peuvent pas +étamer? + +--C'est la place Vendôme. On y lit en effet en grandes lettres: +_État-major de la place._ + +ÉTATS + +Louis XIV disait au duc de Vivonne:--Ne trouvez-vous pas surprenant que +M. de Schomberg, qui est né Allemand, se soit fait naturaliser +Hollandais, Anglais, Portugais et Français?--Sire, répondit le duc, +c'est tout simplement un homme qui essaie de tous les États pour vivre. + +ÉTÉ + +On boit tant de thé en hiver dans les soirées de Londres, qu'on a dit +que les Anglais faisaient de l'hiver la saison des thés. + +ÉTENDRE + +--Quel rapport y a-t-il entre un morceau de beurre frais, un avocat et +un paresseux? + +--C'est que le premier s'étend sur du pain, le second sur son sujet et +le troisième sur son lit. + +ÉTRILLE + +Un palefrenier se présentait comme choriste à l'Opéra, parce qu'on lui +avait dit qu'il était fort dans _les trilles_. + +EU + +On prétend que cette ville est celle où l'on fait le plus d'omelettes. + +On dit que son maire rougit toutes les fois qu'il est obligé d'exprimer +sa fonction. + +EUX + +Les cuisiniers font acte d'orgueil quand ils prétendent qu'on ne peut +pas faire d'omelettes sans _oeufs_. + +EXÉCUTIF + +Quand l'Assemblée constituante eut restreint, comme on sait, l'autorité +royale de Louis XVI, on fit cette épigramme: + + Entre savants, quelquefois on dispute. + D'où vient ce nom: _pouvoir exécutif_ + Que donne au roi le corps législatif? + Eh! le voici: trop faible pour la lutte, + C'est un pouvoir, hélas! qui s'exécute. + +EXERCICE + +Louis XIV raillait le duc de Vivonne sur son embonpoint excessif, en +présence du duc d'Aumont qui n'était pas moins gros, et lui reprochait +de ne point faire assez d'exercice.--Sire, répondit Vivonne, c'est une +médisance; il n'y a point de jour que je ne fasse au moins trois fois le +tour de mon cousin d'Aumont. + +EXPOSITION + +On a dit, à propos de l'exposition universelle de Londres, que ce qu'il +y avait de plus exposé au Palais de Cristal, c'étaient les poches des +visiteurs. + +EXPRESSIONS + +Fontenelle se trouvant à table avec deux jeunes poëtes avantageux, il +fut beaucoup question au dessert des différentes manières d'exprimer la +même chose en français. Nos deux étourdis lui demandèrent, sur le ton +badin, s'il était mieux de dire: Donnez-nous à boire, qu'apportez-nous à +boire. Fontenelle leur répondit en souriant:--Vous devez dire: +menez-nous boire. + + + +F + +Les lettres les plus embarrassantes sont les lettres F A C. + +FACÉTIES + +Un huissier qui voulait faire une chanson n'accoucha que du premier +vers, et il demandait si la rime était bonne. + +On voulait marier un épicier avec sa jeune tante.--Je ne le veux pas, +dit-il; car si j'épousais ma tante, je serais mon oncle. + +--Le pavé est bien fier, disait un bonhomme qui, par le verglas, s'était +laissé tomber.--Je ne le trouve pas fier du tout, dit un autre, car +voilà trois fois déjà qu'il me baise le derrière. + +On demandait à un homme un peu distrait:--Quel jour est-ce +demain?...--Ma foi, je ne vous dirais pas trop; tout ce que je sais, +c'est que c'est aujourd'hui samedi. + +Un homme riche, qui s'était marié trois fois, ayant perdu sa troisième +femme, répondit à quelqu'un qui lui proposait une fort aimable +demoiselle en quatrième noce:--J'accepte volontiers la demoiselle, même +sans dot, pourvu que vous fassiez stipuler dans le contrat qu'elle ne +mourra pas; car je suis las d'épouser des femmes qui meurent. + +On présenta à un maire de village, dans les premiers temps où l'état +civil fut confié à ces officiers ministériels, un enfant de trois ans, +qu'on avait négligé de faire inscrire sur le registre communal. Le maire +écrivit: «Aujourd'hui est né de légitime mariage un enfant âgé de trois +ans....» + +Une dame marchandant une chaise percée en offrait trop peu. Le bahutier, +pour l'engager davantage, la priait de considérer la bonté de la serrure +et de la clef.--Pour ce qui est de cela, dit la dame, je n'en fais pas +grand cas, car je n'ai pas peur qu'on me dérobe ce que j'ai dessein d'y +mettre. + +GYBLOTTE.--Si j'ai été obligé de quitter le poste, ce n'est pas ma +faute, je ne pouvais plus y revenir. + +LE PRÉSIDENT.--Pourquoi? + +GYBLOTTE.--J'étais cuit. (Rires.) J'étais rôti à point comme un jeune +dindonneau au sortir de la broche. (Rire général.) + +LE PRÉSIDENT.--Comment cela? + +GYBLOTTE.--Imaginez-vous que j'avais appris que l'on faisait des +portraits à la minute au daguerréotype. Comme j'éprouvais le désir de me +faire dessiner en garde national, je profitai de l'occasion de ma garde +pour me rendre chez l'artiste, je m'esquivai du poste. + +LE PRÉSIDENT.--Vous avez eu tort. + +GYBLOTTE.--J'en suis bien puni.--Monsieur, lui dis-je, faites-moi mon +portrait. + +--Voilà! Monsieur, me répond l'artiste. Mettez-vous le nez au soleil et +ne bougez pas. (Rire général.) Je me plaçai au vis-à-vis de cet astre, +et je le regardai en face... ce qui du reste ne laisse pas d'être fort +gênant. (Nouveaux rires.) Lorsque j'eus demeuré dix minutes dans cette +attitude, que je prendrai sur moi de nommer incommode, je sentis que ma +peau se gonflait par la chaleur... Je devenais croustillant. (Rire +général.) + +--Monsieur, dis-je à l'artiste, est-ce fini?--Pour l'amour de Dieu, ne +tournez pas la tête, me répondit-il; votre portrait sera ressemblant +comme deux gouttes d'eau. Des gouttes d'eau, il ne m'en manquait pas sur +le visage... Je demeure encore un quart d'heure au soleil; je +roussissais à vue d'oeil, je sentais mes sourcils qui grillaient comme +les plumes d'un poulet flambé.--Monsieur, dis-je alors au peintre par le +daguerréotype, je renonce à votre procédé; je ne veux pas être peint +dans l'attitude d'un rôti. (Hilarité générale.) Veuillez me rendre mon +chapeau.--Monsieur, dit cet homme, si vous vouliez rester encore une +petite minute, vous seriez frappant...--Frappant! m'écriai-je, +c'est-à-dire que je serais à l'étuvée: je sors d'en prendre. Et, en +disant cela, je me traînai à mon domicile, où je me couchai. + +LE PRÉSIDENT.--Pourquoi ne pas revenir au poste? + +GYBLOTTE.--Parce que je serais tombé en ruine. Je parie que l'on +m'aurait enlevé un bras ou une jambe rien qu'en me posant la fourchette +dans le dos. + +Le président condamne le délinquant à une garde hors de tour, et lui +recommande de se méfier à l'avenir des portraits à la minute. + +GYBLOTTE.--Quand j'y retournerai, il fera ch... non, il fera froid. +(Rire général.) + +--Un diseur d'anecdotes raconte les facéties suivantes: + +«J'ai lu autrefois, dans les Mémoires de M. le maréchal de ***, qu'il +examinait toujours le soir ce qu'il avait dépensé le jour; et comme il +avait donné cent écus au maître d'hôtel qui le servait, pour faire la +plus grande chère qu'il pourrait à sept ou huit personnes de l'un et de +l'autre sexe, et de qualité, ce maître d'hôtel lui porta ses comptes, +lorsqu'il était près de se coucher. Dans son mémoire, il ne trouva que +quatre-vingt-dix écus pour la dépense du repas, et M. le maréchal lui +dit après l'avoir lu: «Faites que le compte soit juste, si vous voulez +que je l'arrête.» Le maître d'hôtel descendit au même instant, rapporta +le compte après avoir ajouté au bas: «_Item_, dix écus pour faire les +cent écus.» + +Le savant Bouilleau, que son père, procureur, envoyait étudier à Paris, +fit un mémoire pour rendre compte des dépenses qui avaient employé +l'argent qu'il avait reçu. Il exagéra par plus de soixante _item_ +jusqu'aux moindres minuties, et, comme il n'y trouvait pas encore son +compte, il mit au bas d'un article: _Item, mon père, il faut vivre_.» + +--«Je suis si malheureux, disait Saint-Péraire, que si je me faisais +chapelier, personne n'aurait plus de tête.» + +--«Au 15 septembre 1848, _je paierais_ à M. Coquardeau la somme de trois +cents francs.» + +--Après? + +--Eh bien! payez-moi, c'est aujourd'hui le 15. + +--Impossible, je n'ai pas d'argent. + +--Que m'importe! vous m'avez souscrit un billet. + +--C'est vrai; mais il y a un _s_ à _je paierais_. + +--Après, Monsieur? + +--Après?... vous n'êtes pas fort: l'_s_ indique le conditionnel, par +conséquent, je ne vous paie pas, puisque c'était à condition... que +j'aurais de l'argent. + +--Quelqu'un, à Paris, pour se moquer d'un provincial, cherchait à lui +faire des questions singulières. Il lui demanda, un jour, en compagnie: +«Qu'est-ce qu'une obole, une faribole et une parabole?» Le provincial, +sans se déconcerter, lui répondit: «Une parabole est ce que vous +n'entendez pas; une faribole, ce que vous dites; une obole, ce que vous +valez.» + +LE PÈRE COUPE-TOUJOURS. + +LE JUGE, au marchand de galette.--Vous avez fait assigner le sieur +Bazoteau. Qu'avez-vous à dire? + +LE MARCHAND DE GALETTE.--J'ai à dire de lui que c'est indigne. Voilà ce +que j'ai à dire. + +LE JUGE.--Mais, encore, expliquez-vous. + +LE MARCHAND DE GALETTE.--Ah! mon Dieu! c'est tout expliqué; monsieur est +cause que j'ai perdu toutes mes pratiques... Voilà tout... Il me semble +que c'est bien assez, cristi! + +BAZOTEAU.--Allons donc! vous voulez rire. + +LE MARCHAND.--Du tout, du tout... Moi, un des principaux marchands de +galette du boulevard... vous m'avez mis dans le pétrin. (Rire général.) + +LE JUGE.--Comment cela? + +LE MARCHAND.--Monsieur est fabricant de lunettes... J'avais perdu les +miennes, il m'en fournit... Et v'lan! comme par enchantement, voilà +toutes mes pratiques qui filent chez le marchand d'à côté. + +LE JUGE.--Mais, enfin, pourquoi? + +LE MARCHAND.--Pourquoi! Parce que depuis ce moment je suis là à me +croiser les bras et les jambes comme un commissionnaire; je chauffe mon +four, je mets la main à la pâte, j'aiguise mes couteaux, et moi, _père +Coupe-Toujours_, je ne coupe plus rien du tout. Voilà pourquoi. (Longue +hilarité.) Du reste, en voici la raison. + +LE JUGE.--Ah! c'est bien heureux. + +LE MARCHAND.--Monsieur, que voilà, au lieu de me fournir du petit zéro, +qui est mon numéro, m'a mis des verres grossissants, oh! mais +grossissant au point que je trouvais les plus petits morceaux toujours +trop gros, et que je finissais par ne plus rien donner du tout de pâte +ferme pour deux sous... (Rire général.) + +BAZOTEAU.--Ah! c'est pour ça? + +LE MARCHAND.--Vous pensez bien que ce n'est pas le moyen de faire son +beurre; aussi je suis bientôt resté sur le flanc. (Rire.) On ne +m'appelait plus que le _père Coupe-Trop-Court_. (Rire général.) + +BAZOTEAU.--Ça ne me regarde pas, c'est votre femme qui m'a demandé les +verres que j'ai mis. Elle trouvait que vous serviez trop largement la +pratique. + +LE MARCHAND.--Elle est bien avancée, à présent que je ne la sers plus du +tout. (Nouveaux rires.) + +Pour comble de malheur, Bazoteau est renvoyé de la plainte, et le +marchand de galette est condamné aux dépens. + +LE PÈRE COUPE-TOUJOURS À SA FEMME.--Chaud! chaud! là, j'espère que vous +m'en faites avaler... des brioches... Pour une marchande de galette, +madame mon épouse, vous êtes une fameuse galette. (Longue et vive +hilarité.) + +--En creusant des fondations à Écouis (Eure), on a trouvé un squelette +et deux crânes dans un même tombeau. Les archéologues ont prétendu que +le squelette était celui de Pierre III de Roucherolles, seigneur +d'Écouis; mais comment expliquer les deux crânes? Le sieur P. a +découvert une solution; il a mis les deux crânes sur un rayon de sa +bibliothèque, et il explique gravement aux curieux «que le petit crâne +appartenait à Pierre de Roucherolles encore enfant, tandis que le plus +gros était sa tête lorsqu'il fut devenu homme!» + +--Un fermier écossais, qui ne savait ni lire ni écrire, et qui avait +quelques épargnes, voulut faire donner de l'instruction à son fils, et +l'envoya dans un pensionnat d'Édimbourg. Après y avoir passé deux +années, le jeune homme revint chez ses parents, et rentra dans la ferme +au moment où son père et sa mère se mettaient à table devant un plat de +viande et un plat de légumes. + +Après les embrassements d'usage, le fermier dit à son fils, tandis que +la mère préparait un troisième couvert:--Eh bien! garçon, as-tu bien +employé ton temps?--Es-tu devenu savant là-bas?--Oh! que oui, père, +répondit l'écolier avec suffisance.--Sais-tu compter, surtout, +garçon?--J'étais le plus fort en arithmétique, répondit encore le jeune +drôle, et je puis vous donner la preuve que je sais faire des comptes +que ne feriez pas vous-même.--Je ne dis pas non... Mais voyons la preuve +de ton savoir.--Voilà: Combien croyez-vous avoir de plats sur votre +table?--Deux, répondit le père: un plat de mouton, un autre de pommes de +terre.--Eh bien! vous vous trompez... Il y a trois plats sur votre +table.--Pardi je serais aise d'entendre ton raisonnement à l'appui de ce +compte-là.--Rien de plus facile; nous disons: plat de mouton, ça nous +fait un; plat de pommes de terre, ça nous fait deux; j'additionne, et je +dis: un et deux font trois.--C'est juste, dit le fermier. Pour lors, je +vais manger un plat, ta mère mangera le second, et toi tu mangeras le +troisième en récompense de ton savoir. + +--On lisait dans un journal de 1848: + +«En entendant les crieurs hurler sur le boulevard: _Le Journal_, par +Alphonse Karr et son supplément, on se demandait naturellement si ce +supplément était l'associé de M. Alphonse Karr, ou tout simplement une +double feuille de papier. Cette tournure de phrase nous rappelle +l'embarras de ce brave homme, propriétaire d'un bain sur la Seine, qui +passa toute sa vie à rédiger l'enseigne de son établissement et n'y put +jamais parvenir. Il avait d'abord trouvé _Bains à quatre sols pour les +femmes à fond de bois_. Mais il vit qu'on riait: il changea en _Bains à +fond de bois pour les femmes à quatre sous_. On rit encore plus, et sa +clientèle, se trouvant insultée, l'abandonna; il mourut de désespoir de +n'avoir pas pu rédiger son enseigne convenablement.» + +--J'ai lu autrefois, dans une publication périodique, intitulée avec un +peu de vanité _Recueil encyclopédique belge_, une page singulière, +intitulée _Pensées sur l'homme_. Il m'a semblé tout d'un coup que ces +pensées avaient été écrites par un homme marin. Vous allez juger comme +c'est liquide: + +Première pensée: «Vois le _ruisseau_; il fuit...; enfin il va se perdre +dans la _mer_.» N'est-il pas vrai que c'est là un début très-mouillé? + +Deuxième pensée: «Un _océan_ d'amertume environne l'esprit de l'homme, +comme l'immensité des _eaux_ enveloppe la terre.» C'est encore de +l'humidité. + +Quatrième pensée: «L'oubli passe l'_éponge_ sur le nom de l'égoïste.» On +voit que l'auteur est un homme qui se débarbouille. + +Cinquième pensée: «Le présomptueux s'embarrasse dans ses paroles, comme +le _poisson_ dans les filets; ils se prennent l'un et l'autre à +l'_hameçon_.» Le penseur, à coup sûr, vit dans l'eau. + +Dans la sixième pensée, il compare l'espérance aux feux follets qui +naissent dans les marécages; et il n'y a que huit pensées. + +Quand je vous disais que l'auteur est un homme marin! Il a signé; et il +s'appelle _De la Flotte_. + + Non loin du camp, la nuit, après certaine attaque, + Un soldat se mit à crier: + --Amis, j'ai fait un prisonnier, + Et je le tiens; c'est un Cosaque + Qui de son régiment vient de se détacher. + --Amène-le vers nous.--Mais il fait résistance. + --En ce cas, viens sans lui.--C'est bien à quoi je pense, + Mais il ne veut pas me lâcher. + + E. ARNAL. + +Aux élections de 1848, deux candidats étaient en présence à Pithiviers: +MM. Lejeune et Deloines. + +Deux auberges se disputaient les électeurs partagés entre ces deux +candidatures. + +Sur la porte de l'une d'elles on avait écrit ces vers: + + Votez tous pour monsieur Deloines. + Vous serez gras comme des moines. + +Et sur l'autre: + + Ceux qui voteront pour Lejeune. + Ne connaîtront jamais le jeûne. + +--Boulvot, originaire d'Éclavolle (Marne), ayant pour le quart d'heure +son domicile à Romilly-sur-Seine, est arrêté par la gendarmerie de +Saint-Aubin en flagrant délit de mendicité. Conduit devant M. le +procureur du roi de Nogent-sur-Seine. Boulvot prétend que, loin de +l'inquiéter, on devrait lui décerner une médaille.--Depuis plus de dix +ans, dit-il, je ne suis occupé qu'à poursuivre l'extinction de la +mendicité.--Comment, en mendiant?...--Eh! sans doute, mon procureur: on +m'arrête; n'est-ce pas un mendiant de moins?... + +--Un riche bourgeois marchandait dernièrement, avec son fils, une carte +de France dans la boutique d'un libraire. Le fils, voulant s'assurer de +l'exactitude de cette carte, y cherchait Moscou, et témoignait à son +père son étonnement de ne pas l'y trouver. «Comment, lui répondit +celui-ci, peux-tu chercher cette ville sur la carte! Tu devrais bien +savoir qu'elle a été brûlée.» + +--Le duc de Pembroke nourrissait un nombre considérable de porcs à la +terre de Wilthsire. Traversant sa basse-cour, il fut surpris de les voir +rassemblés autour d'une auge et faisant un bruit affreux. La curiosité +le porte à examiner quelle peut en être la cause; il s'approche et +aperçoit dans l'auge une cuiller d'argent. Dans ce moment arrive la +cuisinière, fort étonnée de tout ce bruit: «Sotte que vous êtes, lui dit +Sa Seigneurie, ils ont raison de grogner, les pauvres animaux! vous ne +leur avez donné qu'une cuiller pour eux tous.» + + Indécis autant qu'incertain, + Entre vos attraits et vos charmes, + Du sort je brave le destin + Et mêle mes pleurs à mes larmes. + Mon coeur ne saurait être heureux + Dans le veuvage de mon âme, + Et je ne connais que mes feux + Qui puissent égaler ma flamme. + +Dans un des arrondissements du Havre, un candidat ministériel venait +d'être repoussé avec perte du collége électoral. Son perruquier, appelé +pour lui faire la barbe, s'arrête tout à coup, l'examine avec attention, +et lui déclare qu'il ne veut plus dorénavant le raser au même prix, +attendu qu'il lui trouve la figure beaucoup plus longue que par le +passé. Ce fonctionnaire allait se fâcher, lorsqu'il sentit qu'il valait +mieux prendre du bon côté la plaisanterie du facétieux barbier: «Vous +pouvez, lui répondit-il, me raser à bon marché, car on vient de me faire +la queue pour rien.» + + Un jour qu'il était nuit, + Tout debout éveillé, je dormais dans mon lit, + Quand la foudre en silence + Par un éclair obscur m'annonça sa présence. + Nul ne bouge, tout fuit; + Le marbre épouvanté reste froid comme glace; + Le muet ne dit mot, le sourd n'entend plus rien; + Soudain la terre tourne, on n'en sent pas la trace; + Le cerf devient craintif, et devançant le chien + Il s'élance et bondit; quoiqu'il change de place, + Bientôt il est le prix de celui qui le chasse. + Mais ce muet fracas + Me fit voir, en dormant, que je ne dormais pas. + +Un Parisien qui se trouvait avec sa femme dans le convoi du chemin de +fer, lors de l'épouvantable catastrophe du 8 mai 1842, se sauva par +miracle; sa femme y resta et périt. Notre homme revint chez lui, mais il +s'aperçut en rentrant qu'il avait perdu son parapluie; il alla +sur-le-champ le réclamer à la préfecture de police.--On ne l'avait point +retrouvé.--Quand il raconte cette histoire, il ne manque jamais de dire: +«J'y ai perdu ma femme et mon parapluie; un parapluie tout neuf.» + +--Un directeur de spectacle de province écrivait à son correspondant à +Paris: «J'ai reçu par le bateau à vapeur la neige et la gelée que vous +avez chargées pour moi. Elles sont très-fraîches; mais il manquait une +aile à Zéphire, et le tonnerre ayant crevé en route, j'ai été forcé de +le faire ressouder: les éclairs, les deux fleuves et la mer qu'on avait +mis dans le panier de derrière la diligence, ont souffert de la chaleur. +Notre père noble ayant fait un trou à la lune, je n'ai pu m'en servir. +Envoyez-moi un torrent, car le mien a été brûlé: joignez, je vous prie, +à l'envoi que vous me ferez, mon manteau et une forteresse. Je ne +pourrai pas ouvrir avant huit jours, car mon petit amour a la +coqueluche, mon jeune premier a la goutte, et ma duègne vient d'être +vaccinée.» + +FAÇON + +Je vais vous dire ma façon de penser.--Dites-moi simplement votre +pensée; je ne tiens pas à la façon. + +FAGOTS + +Des économistes du dernier siècle vantaient dans une société la moderne +philosophie. + +--Quel bien a-t-elle donc fait?... demanda une dame. + +--Les philosophes, Madame, répondit d'Alembert, ont abattu la forêt des +préjugés. + +--Je ne suis plus surprise, répliqua cette dame en riant, que vous nous +débitiez tant de fagots. + +FAIM + +Quelle est l'occupation qui commence par la fin?--Un repas. + +Au commencement d'un grand festin, où tout le monde dévorait sans rien +dire, un convive s'écria:--Que signifie ce silence?--Il annonce la faim +du monde, répondit un autre. + +FAIRE + +Un musicien assez mal vêtu disait en parlant de sa voix, dont quelqu'un +faisait l'éloge:--Il est vrai que j'en fais ce que je veux.--Ma foi, +Monsieur, lui dit un plaisant, vous devriez bien vous en faire une +culotte. + +Un médecin anglais, se promenant un jour dans un jardin de M. Hamilton à +Cobham, lui exprima son étonnement de la crue prodigieuse de ses +arbres.--«Monsieur le docteur, reprit Hamilton, songez donc qu'ils n'ont +pas autre chose à faire.» + +Le Mariage du Poussin est le moins bon tableau des sept sacrements de ce +peintre: Tant, il est vrai, disait l'abbé Desaleurs, qu'il est difficile +de faire un bon mariage, même en peinture. + +Un observateur froid demandait, à propos de la révolution de 1789: +Qu'a-t-elle donc fait? Un autre lui répondit: Elle a beaucoup défait. + +Un Gascon sur une rosse tremblante rencontra, près le Pont-Neuf, un +seigneur qui montait un cheval magnifique:--Cadédis, lui dit-il, jé gage +dix louis qué jé fais faire à mon bidet cé qué lé votre né féra +pas.--Oui, je gage, dit le seigneur, en regardant d'un air de mépris le +rossinante. Aussitôt le Gascon prend son cheval dans ses bras, et le +jette dans la Seine; le gentilhomme fort étonné paya la gageure. + +Un garçon boucher écrivait à son père: «Je profite avec empressement de +l'occasion de la poste pour vous apprendre que j'ai un état. Dans un +mois il y aura six semaines que je suis garçon boucher. Mon maître est +très-content de moi; il m'a déjà fait tuer deux ou trois fois, et il me +fera écorcher à Pâques.» + +Pétition de Sans-Culottes du faubourg Saint-Antoine à l'Assemblée +nationale: + + Ah! que nous serions satisfaits, + Si, toujours patriotes, + Au lieu de faire des décrets, + Vous faisiez des culottes. + +(_Suivent les signatures._) + +Un acteur des boulevards voyant, au Musée de l'artillerie, l'armure du +roi François Ier, demanda à l'employé sous quel règne ce conquérant +faisait ses exploits. + +--Il faisait sous lui, répondit l'employé. + +Le maréchal de... menait des dames à l'Opéra; mais toutes les loges +avaient été retenues. Comme il en vit une remplie par un domestique qui +la gardait pour un bourgeois, il obligea le domestique de sortir et fit +entrer sa compagnie dans la loge. Le bourgeois arriva peu de temps après +avec des dames, et fut piqué, comme on le pense bien, de cette violence. +Force lui fut néanmoins de céder pour le moment; mais le lendemain, il +fit assigner son rival devant le tribunal des maréchaux de France, et +plaidant lui-même sa cause, dit: «Qu'il était bien malheureux d'être +obligé de se plaindre de l'un d'entre eux, qui de sa vie n'avait pris +que sa loge;» et demanda justice. Le président lui répondit: «Vous venez +de vous la _faire_.» + +A une partie de thé chez mistress Thrale, au moment où la compagnie +était engagée dans une conversation très-animée, la belle hôtesse, qui +avait été faire son thé à l'office, oublia de mettre dans la théière la +chose principale, c'est-à-dire du thé. Le docteur Johnson en fit +l'observation le premier, et lui dit:--Mistress Thrale, il est possible +que dans votre imagination vous croyez avoir été faire du thé, mais +l'opinion de vos amis est que vous avez été faire de l'eau. + +FAIRE VOIR + +Un maquignon, vendant un cheval, dit à l'acheteur:--Monsieur, faites-le +voir; je le garantis sans défaut. + +Ce cheval se trouvant aveugle, l'acheteur voulut obliger le maquignon à +le reprendre. Mais celui-ci soutint qu'il ne pouvait pas l'y +contraindre, puisqu'il l'avait averti de son infirmité, en +disant:--Faites-le voir; je le garantis sans défaut. + +FAIRE PARLER DE SOI + +Un membre de l'Académie de Soissons en racontait un jour toutes les +prérogatives; il finit par dire qu'elle était la fille aînée de +l'Académie française. Voltaire, qui l'écoutait, lui dit:--Assurément, +c'est une bonne fille; car elle n'a jamais fait parler d'elle. + +FAIT AU MOULE + +C'est une scène du conseil de discipline de la ci-devant garde +nationale. + +LE PRÉSIDENT.--Voici un rapport qui annonce que vous avez manqué pour la +troisième fois votre faction. Très-exact du reste, vous passez +régulièrement une partie de la journée au poste; mais quand vient +l'heure du dîner, vous disparaissez pour ne plus revenir. Avant-hier +encore, cela vous est arrivé. Vous passez donc tout votre temps à table? + +JUPIN.--C'est vrai, mais en voici la raison. Avant-hier je suis allé +dîner avec un ami, nous avons mangé des moules, et ça nous a fait enfler +(rire). Dame! que voulez-vous, je ne suis pas fait _aux moules_ (longue +hilarité). + +LE PRÉSIDENT.--Et l'avant-dernière fois, faut-il encore accuser les +moules? Non, je crois qu'il faut accuser le vin de Champagne. Il paraît +que vous l'aimez beaucoup, et en voici la preuve. C'est une lettre de +vous adressée à votre commandant, que je vais soumettre à l'approbation +du conseil. On verra qu'une lettre semblable n'est pas faite de +sang-froid. Le sans-gêne de cette dépêche explique l'excuse maladroite +d'un convive plus que joyeux qui déserte plutôt le poste que la salle du +festin. (Ici M. le président fait passer sous les yeux du conseil la +lettre adressée par le sieur Jupin. Nous transcrivons cette lettre qui, +probablement à défaut d'autre papier, se trouve tracée sur un feuillet +détaché de la carte du restaurant): + + «Mon cher camarade et commandant du + _Fricandeau à l'oseille._ + poste. Je suis retenu à dîner par un brave + _Dindon aux truffes._ + de mes amis, et je vous prie de ne pas compter sur une + _Mauviette_. + faction que je dois, d'après l'ordre, monter ce soir au + _Vol-au-vent._ + drapeau. Du reste je vous dirai que je me + _Riz de veau sauce tomate._ + corrigerai. Et buvant du Champagne à votre santé, + je suis, mon cher, + _Turbot._ + votre fidèle camarade qui dépose à vos + _Pieds de veau._ + genoux sa position de récalcitrant, tout en vous priant + de compter sur une + _Morue hollandaise._ + amélioration dans le service que je dois à la + _Limande._ + patrie. + + Signé: JUPIN.» + _Merlan au gratin._ + +Jupin est condamné à une garde hors de tour. + +FARDEAU + +Mme de Pompadour avait un pied-à-terre près de Ménars-le-Château, où +l'architecte Hupeau lui rendit visite un jour. Il était triste; il +venait de terminer le pont d'Orléans, et mille bruits défavorables +couraient sur la solidité de son oeuvre. Pour fermer la bouche aux +médisances, il osa proposer à la favorite de traverser son pont dans son +carrosse à six chevaux. Mme de Pompadour accepta, et, l'épreuve ayant +réussi, on dut se taire; mais les bavards, ne pouvant plus parler, +rimèrent l'épigramme que voici: + + Censeurs de notre pont, vous dont l'impertinence + Va jusqu'à la témérité, + Hupeau, par un seul fait, vous réduit au silence. + Bien solide est son pont; ce jour il a porté + Le plus lourd fardeau de la France. + +Mme de Pompadour lut l'épigramme; et, afin de ne plus repasser sur ce +pont, elle fit changer la direction de la route. + +FATALITÉ + +On attribue à Boileau ce faible calembour. On lui disait qu'un homme +dont il méprisait la fatuité était tombé malade.--Quelle fat alité! se +serait écrié l'auteur de la satire contre l'équivoque.--Mais nous ne le +croyons pas. + +FAUTES CONTRE LA LANGUE + +Un incendie dévora, en 1763, la salle de l'Opéra. Quelques heures après +l'événement, une grande dame, rencontrant Sophie Arnould, lui dit d'un +air effrayé: «Mademoiselle, racontez-moi ce qui s'est passé à _cette_ +terrible incendie.--Madame, lui répondit l'actrice, tout ce que je puis +vous dire, c'est qu'incendie est du masculin.» + +FAUTES D'IMPRESSION + +On lisait un matin, dans le _Journal du Havre_, à l'article +_Angleterre_: + +«A un repas diplomatique donné par lord Aberdeen, on distinguait entre +autres mets, sur la table de l'illustre amphitryon, plusieurs plats de +_seringues_ à la crème.» + +La lecture de cet article nous laisse vraiment dans une affligeante +incertitude. + +Est-ce une excentricité gastronomique, ou bien une distraction +typographique? + +Dans tous les cas, le mal est maintenant sans _remède_. + +Dans un livre où on louait les vertus d'une femme, l'auteur disait +qu'elle occupait activement ses moments de loisir à tricoter. Le +typographe mit une _f_ à la place du premier _t_. Et comme à la nouvelle +édition on voulut corriger la faute, cette fois on écrivit tripoter. + + Si vous lisez dans l'épitaphe + De Fabrice qu'il fut toujours homme de bien, + C'est une faute d'orthographe; + Passant, lisez homme de rien. + Si vous lisez qu'il aima la justice, + Qu'à tout le monde il l'a rendit, + C'est une faute encor, je connaissais Fabrice: + Passants, lisez qu'il l'a vendit. + + LEBRUN. + +FAUX + +Rameau, rendant visite à une belle dame, se lève tout à coup de sa +chaise, prend un petit chien qu'elle avait sur ses genoux et le jette +par la fenêtre. La dame épouvantée s'écrie:--Eh! que faites-vous, +Monsieur!--Il aboie faux, répondit Rameau avec l'indignation d'un grand +musicien dont l'oreille avait été déchirée. + +FAUX PAS + +Le marquis de Bièvre disait d'une dame boiteuse: «Voilà une femme qui a +fait bien des faux pas.» + +FÉDÉRATION + +Le jour de la première fédération, 14 juillet 1790, il faisait +très-chaud au Champ de Mars.--Ah! disait une dame, si une bonne fée +pouvait nous envoyer des rafraîchissements.--Adressez-vous, lui dit +quelqu'un, à la fée des rations. + +FENÊTRE + +Danières disait qu'une croisée s'appelle une fenêtre, parce que c'est +elle qui dans une chambre le jour _fait naître_... + +FERRAILLEUR + +Lorsqu'on expulsa les étalages de vieilles ferrailles du quai de la +Mégisserie, à Paris, on afficha ce distique: + + Allez donc tous, vieux ferrailleurs, + Vendre votre vieux fer ailleurs. + +FÊTE + +Une dame disait qu'il n'y a pas de fêtes sans lendemain.--Pardon, lui +dit quelqu'un, le faîte des grandeurs peut en avoir, mais le faîte d'une +maison n'en a pas. + +FEUILLETÉ + +En quoi les bons livres ressemblent-ils à la galette?--En ce qu'ils sont +feuilletés. + +FIÈVRE + +Dans une chanson de madame Constance Pipelet, il y a un couplet qui +exprime élégamment les divers emplois du mot _fièvre_. + + Ah! qu'il est beau pour un grand coeur + D'avoir la fièvre de la gloire! + C'est par sa fièvre qu'un auteur + S'inscrit au temple de Mémoire, + On voit peu d'hommes ici bas + Avoir la fièvre du génie; + Mais on en voit beaucoup, hélas! + Nourrir la fièvre de l'envie. + +FIL + +A UNE JEUNE MERCIÈRE. + +Air: _J'ai vu partout dans mes voyages._ + + On vante de votre boutique + L'ordre, la grâce et le bon goût; + Pour attirer une pratique, + Avec art vous parlez de tout. + Vos manières sont si gentilles, + Vous avez un si doux babil, + Que pour bien vendre vos aiguilles, + On dit que vous avez le fil. + +FLEURS (LANGAGE DES) + +Nous empruntons aux journaux qui s'occupent des tribunaux la facétie qui +suit; c'est une scène de la garde nationale, quand elle jouait au +soldat: + +LE CAPITAINE RAPPORTEUR.--M. Troupeau! + +Une femme se présente et dépose un énorme bouquet sur le bureau du +président. (Surprise générale.) + +LE PRÉSIDENT.--Qu'est-ce que cela signifie? + +LA FEMME.--Ça signifie, monsieur le président, que je suis la femme +Troupeau, que mon mari m'a ordonné de vous apporter ça... il a dit que +vous saviez bien ce que ça voulait dire. + +LE PRÉSIDENT.--Mais pas le moins du monde. Il est fou, votre mari. + +LA FEMME TROUPEAU.--Ah! mon Dieu! c'est tout comme depuis qu'il a eu la +bête d'idée de se fourrer dans une société d'horticulture... il ne parle +plus qu'avec des fleurs... C'est stupide... mais en bonne épouse je dois +flatter sa manie. + +LE PRÉSIDENT, souriant.--Mais qu'est-ce que vous voulez que le tribunal +comprenne... + +LA FEMME TROUPEAU.--Oh! je vas vous expliquer ça, moi. Depuis un an il +ne cause pas autrement avec moi; j'ai bien été forcée de comprendre; +voilà ce qu'il vous dit: _La mauve_ qu'est dans le bouquet signifie +qu'il vous parle avec _sincérité_..... et l'_immortelle_, l'_estime_ +qu'il a pour vous... Le _seringa_ veut dire _le regret_ qu'il a d'être, +par _la fleur de sureau_, malade; les sept branches de _réséda_, depuis +le 7 du mois... ce qui a mis (_églantier_) obstacle à son (_mouron_) +exactitude; (_guimauve_) cela soit dit sans (_pissenlit_) outrage, +(_oeillet d'Inde_) déguisement et avec (_giroflée_) vérité... (Ici le +rire qui s'est répandu dans la salle gagne le tribunal.) + +LE PRÉSIDENT, souriant.--Qu'est-ce que vous venez nous raconter là... +vous abusez des moments du conseil. + +LA FEMME TROUPEAU.--Dame! je vous explique son emblème à c't homme +(nouveaux rires). Mon Dieu, il n'est pas malade du tout! c'est pour +rester chez lui à cultiver ses fleurs. Qu'est-ce qui pourra donc le +guérir de ça... j'y donnerais une fameuse récompense à celui-là... +Figurez-vous, monsieur le président, que Troupeau me parle toujours +ainsi. Tenez, par exemple: quand il veut que j'aille chercher le dîner, +il m'envoie par la bonne une branche de cerfeuil, une gousse d'ail et +une botte d'échalottes (rires bruyants.) + +Au milieu de l'hilarité générale, le conseil de discipline passe outre +et condamne Troupeau, garde national, à six heures de prison... + +LA FEMME TROUPEAU.--Vous ne pourriez pas lui en mettre vingt-quatre +heures; ça m'obligerait bien. (Rires.) + +LE PRÉSIDENT.--Dans quel but? + +LA FEMME TROUPEAU.--Eh! c'est que, voyez-vous, vingt-quatre de haricots +ça pourrait bien le guérir un peu; dans tous les cas ça ne pourrait pas +lui faire de mal. + +Le président maintient la condamnation. + +LA FEMME TROUPEAU.--Allons, va pour six heures, ça lui fera peut-être du +bien. Voilà cependant où conduit le fanatisme de l'horticulture. Tenez, +monsieur le greffier, vous qui mettez en note les condamnations à la +prison, acceptez cette fois, de ma part, cette branche de myosotis; ça +veut dire: _ne l'oubliez pas_ (longue hilarité.) + +FOI + +Un homme, se plaignant de la trahison d'un de ses amis, disait: «il +manque à ce qu'il m'a cent fois promis. + +--C'est justement, lui dit-on, parce qu'il vous l'a promis sans foi.» + +FOLIE + +Nathaniel Lee, auteur de plusieurs drames, et dont la nation anglaise +n'a pas assez honoré la mémoire, finit ses jours à l'hôpital des fous, à +Londres. Ce fut là qu'il composa, quoiqu'en démence, sa tragédie des +_Reines rivales_. Il y travaillait, une nuit, au clair de la lune. Un +nuage léger en ayant tout à coup intercepté la lumière, il prononça d'un +ton impérieux: «Jupiter! lève-toi et mouche la lune.» Le nuage +s'épaississant, la lune disparut entièrement; alors il s'écria en +éclatant de rire: «L'étourdi! je lui dis de la moucher et il l'éteint.» + +FONDRE LA CLOCHE + +A propos d'un décret de la révolution, qui supprimait les cloches pour +en faire des sous: + + Rendons grâce au puissant génie + Qui, voyant notre pénurie, + Veut que l'on réduise en billon + Toute espèce de carillon: + Dès longtemps en effet tout cloche, + Les paiements vont cahin-caha; + Sitôt qu'on en est réduit là, + C'est le cas de fondre la cloche. + +FORT + +Deux prédicateurs prêchaient dans la même église; celui qui prêchait le +soir avait une voix très-forte. Quelqu'un dit que la différence entre le +prédicateur du matin et celui du soir, c'était que le premier prêchait +fort bien, et le second bien fort. + +FOSSE + +Potier est mort, disait un vaudevilliste, dans le café des Variétés; +j'ai vu les tentures à sa porte; et voici Odry qui prétend que c'est une +fausse nouvelle.--L'enterrera-t-on? dit Odry.--Assurément.--Eh bien! +n'est-ce pas, comme je l'ai dit, une fosse nouvelle? + +FOURMI + +Lorsque les fous, ayant recouvré leur raison, quittent Bicêtre, +qu'est-ce qu'ils sont!--Guéris.--Non, ce sont des _fous remis_. + +FRANC + +A présent pièce de vingt sous (vieux style), autrefois nom de peuple +porté par les conquérants des Gaules. Dans le _Siége de Paris_ de M. le +vicomte d'Arlincourt, ces deux vers furent mal compris: + + Pour chasser de ces murs les farouches Normands + Le roi Charles s'avance avec _vingt mille francs_. + +Un spectateur s'écria: «Ce n'est guère.» + +FRAPPÉ + +Un duel, dont les conséquences ont pensé être funestes à l'un des +combattants, prit dernièrement naissance dans la réplique suivante, à +une question fort simple. + +--Monsieur, en lisant le premier article du journal, n'avez-vous pas été +frappé?...--Frappé, monsieur? que voulez-vous dire? Croyez-vous que je +sois homme à me laisser frapper? + +FRISER + +Comment les cochers sont-ils plus coiffeurs que les coiffeurs eux-mêmes? + +--Parce qu'ils savent friser les bornes et raser les boutiques. + +FRIT + +Un plaisant nommé Turbot, étant près de mourir de violentes coliques, +son médecin demanda de l'huile et voulut lui en faire prendre pour +calmer ses douleurs. + +--Ah! docteur, lui dit le malade, remportez votre huile, car le pauvre +Turbot est frit. + +FRUITS + +Des ambassadeurs hollandais à la cour de France étaient invités à dîner +chez le ministre des finances. On servit, au dessert, du fromage de +Hollande. Le ministre, en l'apercevant, dit à l'un des envoyés: «Voilà +du fruit de votre pays.» L'ambassadeur tire de sa poche une poignée de +ducats, les jette au milieu de la salle et dit: «Ces fruits-là en sont +aussi.» + +En 1789 les désordres dans les spectacles commençaient déjà à devenir +habituels. Il arriva un soir, au Théâtre-Français, que le parti dit +patriote se battit à coups de poings dans le parterre contre le parti +aristocrate, à une représentation d'_Iphigénie_; et comme on supposait +que les loges étaient remplies principalement de ces aristocrates, on +jeta des pommes contre plusieurs. La duchesse de Biron, qui en reçut une +sur la tête, l'envoya le lendemain à M. de La Fayette en lui écrivant: +«Permettez, Monsieur, que je vous offre le premier fruit de la +révolution qui soit venu jusqu'à moi.» + +FUIR + +Une dame en visite disait à la dame du logis: «Prenez garde à votre +robe, votre petite chienne _fuit_. + +FUSILIER + +Pendant la guerre d'Orient, les journaux ont raconté l'anecdote que +voici: + +«Il y a quelques jours, à Valenciennes, une vieille femme demanda à un +jeune homme qu'elle rencontra dans la rue où elle pourrait escompter un +bon de 100 fr. sur le Trésor, que lui envoyait son fils, militaire en +Crimée. A la lecture du billet, le monsieur pâlit légèrement. Cependant, +il conduisit la dame au comptoir de MM. L. Dupont, Deparis et Cie. +Tandis que le caissier payait la somme souscrite, M. S... donnait les +marques de la plus vive émotion. Enfin, profitant du moment où la bonne +dame, tout heureuse, serrait dans son sac les 100 fr. de son excellent +fils, le jeune homme s'approche du caissier et lui dit, avec des larmes +dans la voix (car il pleurait, le bon jeune homme):--La joie de cette +femme ne vous fait-elle pas mal comme à moi, monsieur? Son fils vient +d'être fusillé, et je ne sais comment apprendre cette nouvelle à la +pauvre mère. Dites-la-lui, vous! Le caissier se récrie et refuse en +faisant entendre quelques mots d'étonnement; puis se ravisant, il +demande au jeune homme d'où il tient ce terrible malheur. Pour toute +réponse, M. S... retourne le billet escompté, et montrant du doigt le +nom du dernier endosseur, il dit:--Lisez, monsieur, lisez? Le caissier +lut: Jean-Baptiste Gillot, fusilier au 27e de ligne.--Vous le voyez, +monsieur: Jean-Baptiste Gillot, _fusilier_! Le pauvre garçon est bien +mort!--Qu'on se figure, si l'on peut, le fou rire qui s'empara à ces +mots et du caissier et de la caisse et de la banque. Les écus restèrent +seuls insensibles.» + + + +G + +GAGNER + +Deux vieux charpentiers, grands observateurs du saint Lundi s'étaient +rendus, comme de coutume, à la barrière et se livraient à d'abondantes +libations. Ils devisaient tous deux sur le moyen d'avoir de grands +profits:--Y a toujours moyen de gagner de l'argent, père Flottard!... Un +litre à la barrière, c'est six sous, au lieu de douze qu'on le paie à +Paris.--C'est vrai, père Bisaiguë, j'ai gagné comme ça trois francs +lundi dernier, et j'en gagnerai bien encore autant aujourd'hui! + +GALIMATHIAS + +Un boucher, maigre de corps comme d'esprit, étant entré un jour dans le +magasin d'un libraire où était l'abbé Maury, prit un volume de J. J., et +se mit à répéter, comme par affectation, et pour faire preuve de goût, +le passage suivant: + +«Qui commande à des hommes libres doit-être libre lui-même.» + +Puis, se tournant vers l'abbé: Que pensez-vous de cet adage, monsieur, +lui dit-il?--Il n'a pas le sens commun, reprit Maury, c'est comme si +l'on disait: + +Quiconque tue des boeufs gras doit-être gras lui-même. + +GAMME + +Chantée à Genève au citoyen Proudhon: + + _Ut_-opiste infernal, sans Dieu comme sans âme, + _Ré_-trograde prôneur d'un vieux système usé, + _Mi_-racle d'impudence en ce siècle abusé, + _Fa_-vorable aux fripons, dont tu fais la réclame, + _Sol_-eil dont la lumière est propice au voleur, + _La_ terre connaîtrait ta funeste valeur, + _Si_ tout homme de sens te chantait cette gamme, + _Ut_-opiste infernal, sans Dieu comme sans âme. + +GANACHE + +Un jour, Napoléon, fort mécontent à la lecture d'une dépêche de Vienne, +dit à Marie-Louise: Votre père est une ganache. L'impératrice, qui +ignorait beaucoup de termes français, s'adresse à un conseiller d'État +et lui demande la signification du mot ganache, en lui disant dans +quelle circonstance l'Empereur l'a employée.--À cette demande +inattendue, le courtisan balbutie que cela veut dire un homme sage, un +homme de poids, un homme de bon conseil. + +Quelques jours après, la mémoire encore fraîche de sa nouvelle +acquisition, Marie-Louise, présidant le conseil d'État et voyant la +discussion plus animée qu'elle ne voulait, interpelle, pour y mettre +fin, Cambacérès, qui, à ses côtés, bayait tant soit peu aux corneilles: +C'est à vous à nous mettre d'accord dans cette occasion importante, +dit-elle, vous serez notre oracle, car je vous tiens pour la première et +la meilleure ganache de l'Empire. + +Mais cette plaisanterie est, dit-on, un conte du faubourg Saint-Germain. + +GAND + +Charles-Quint, né dans cette ville, jouait avec son nom. Un jour qu'à la +suite d'une révolte, le duc d'Albe lui conseillait de détruire cette +fourmilière de séditieux, il le fit monter sur la tour du beffroi, et +lui faisant embrasser l'immense étendue de la ville:--Toutes vos peaux +d'Espagne, dit-il, ne suffiraient pas à refaire un gant de cette +grandeur. + +Lorsqu'il visita Paris, qui était plus resserré, il se plut à dire +encore:--Je mettrais Paris dans mon gant. + +GARÇON + +Frédéric Soulié disait à un garçon de café qui le servait mal: + +--Il faut vous marier.--Pourquoi cela?--Parce que vous n'êtes pas fait +pour rester garçon. + +La Bruyère appelle ceux qui briguent le nom de bel esprit «garçons bel +esprit,» comme qui dirait garçon tailleur. + +GARDE + +On lisait en décembre 1857, dans le _Moniteur du Calvados_: + +«Voici une interprétation originale de la loi portant taxe sur les +chiens. Un propriétaire d'une commune voisine aurait écrit au maire de +son endroit à peu près en ces termes: + + «Monsieur le Maire, + +«La loi divise les chiens en deux catégories: chiens de luxe ou +d'agrément, et chiens de garde; les premiers payant la taxe la plus +élevée, et les derniers la moindre. + +«J'ai l'honneur de vous informer que les deux chiens que j'ai dans ma +propriété appartiennent à mon garde. Je vous prie donc les inscrire, +comme chiens _de garde_, dans la deuxième catégorie.» + +«Or, il paraît que ces chiens sont deux magnifiques chiens de chasse.» + +GAUCHE + +Quatrain de Rivarol sur l'Assemblée nationale de 1789: + + Dans cette assemblée, où l'on fauche + Et le bons sens et le bon droit, + Le côté droit est toujours gauche, + Et le gauche n'est jamais droit. + +GAULES + +Quel profit remarquable eurent les Romains à prendre les Gaules?--La +facilité d'abattre les noix. + +GENDARMERIE + +Une chanson, populaire à Paris, commence ainsi: + + De la gendarmerie, + Lorsqu'un gendarme rit, + Dans la gendarmerie + Chaque gendarme rit. + +GENDEBIEN + +Ex-représentant de Belgique, dont le nom fit faire un +calembour.--Avez-vous beaucoup de _gens de bien_ à la Chambre? +demandait-on à une dame de Bruxelles.--Non, monsieur, répondit-elle. +Nous n'en avons qu'un. + +GÊNE + +Quel est le peuple le moins bien dans ses affaires?--Ce sont les Gênois, +qui vivent constamment dans l'État de _Gênes_. + +GÉNÉRALE + +On sait le mot de ce soldat de la République sur un de ses chefs qui +faisait mauvais ménage: + +--Notre général n'est qu'un tambour. + +--Pourquoi? + +--Parce qu'il bat la générale. + +GENTILHOMME + +Franklin prenait plaisir à répéter une observation de son nègre, auquel +il avait défini ce que c'était qu'un gentilhomme. + +--Massa, lui disait l'Africain, tout travaille dans ce pays: l'eau +travaille, le vent travaille, le feu travaille, la fumée travaille, les +chiens travaillent, le boeuf travaille, le cheval travaille, l'homme +travaille, tout travaille, excepté le cochon; il mange, il boit, il +dort, et ne fait rien de la journée. Le cochon est donc le seul +gentilhomme de l'Angleterre. + +GILET + +Un fermier de Saint-Julien-du-Sault étant très-malade, ses amis lui +conseillèrent de faire venir le médecin de l'endroit, qui se nommait +Gilet. «Ah bah! leur dit-il, je suis venu tout nu au monde, je m'en +retournerai bien sans gilet.» + +GLACÉS + +Un galant, présentant à une dame une paire de gants _glacés_, lui +disait:--C'est ce que j'ai trouvé de plus _frais_. + +GRAINS + +Donnons sur ce mot quelques jolis couplets de M. Jacinthe Leclère: + + Déjà maint critique s'avance + Impatient de me juger + Pour faire pencher la balance + Un grain est un sujet léger. + Mais à son jugement suprême + Je m'abandonne sans appel; + Heureux, si des grains que je sème, + Je recueille un seul grain de sel. + + Ce riche gourmand qui m'écoute, + Et déjà méprise mes grains, + Sait-il ce qu'un grain de blé coûte + Et de sueurs et de chagrins? + Ce chapon fin dont il se gorge + De grains dépeupla nos guérets; + Et de sa serviette à grains d'orge + Un grain de chanvre a fait les frais. + + Un grain de vent porte la foudre + Et des mers trouble le repos; + Et plus loin, quelques grains de poudre + Tranchent la trame des héros. + Un grain d'esprit rend plus jolie; + Un grain d'amour trouble les sens; + Et souvent un grain de folie + Fait passer un grain de bon sens. + + De mes grains j'ouvre une boutique, + Et j'en donne à tous mes voisins: + Aux parvenus, grains d'émétique, + Aux ivrognes grains de raisins, + Quelques grains d'or à l'alchimiste + Au malade, grains de santé, + Grains d'ellébore au journaliste, + Et grains d'encens à la beauté. + +GRAMMAIRE + +Un professeur de mathématiques, bon homme et vieux savant, que les +préoccupations de la science poursuivaient souvent jusque dans ses +fonctions les plus pieuses, avait l'habitude, lorsque les élèves +égaraient un livre ou quelque objet d'étude, d'en faire l'annonce à la +prière du soir. Un jour qu'il venait de réciter les oraisons communes, +un élève s'approchant lui dit à l'oreille:--Monsieur, voulez-vous +annoncer, s'il vous plaît, que j'ai perdu ma grammaire. + +Préoccupé sans doute par quelque problème, le savant, s'égarant sur le +mot, s'empressa de répéter tout haut: Un tel me prie de vous annoncer +qu'il a eu la douleur de perdre sa grand'mère. Nous la recommandons à +vos prières. + +Mais c'est ma grammaire grecque que j'ai perdue, répond le jeune homme +en riant du quiproquo. + +Messieurs, la pauvre femme était Grecque, ajoute aussitôt le professeur +avec émotion; Dieu veuille avoir son âme. + +GRAND + +Ce mot change de sens quelquefois en changeant de place: un grand homme +n'est pas toujours un homme grand, et souvent un homme grand n'est qu'un +petit homme. La grandeur mise en avant est la mesure de l'âme, mise en +arrière elle n'est que la taille du corps. + +La musique du _Jugement de Midas_, de Grétry, fut sifflée à la cour et +applaudie à Paris. C'est à ce sujet que Voltaire adressa au célèbre +compositeur le quatrain suivant: + + «La cour a dénigré tes chants + Dont Paris nous dit des merveilles, + Grétry, les oreilles des grands + Sont souvent de grandes oreilles.» + +Le chancelier Bacon disait: «Les gens de haute stature ressemblent +quelquefois aux maisons de quatre ou cinq étages, dont le plus haut +appartement est d'ordinaire le plus mal meublé.» + +Un des derniers rois d'Espagne, auquel le sort des armes avait enlevé +plusieurs places considérables recevait cependant, de la plupart de ses +courtisans, le titre de grand: «Sa Grandeur, dit un Espagnol, ressemble +à celle des fossés, qui deviennent grands à proportion des terres qu'on +leur ôte.» + +GRANDESSE + +Quelle est la lettre la plus estimée en Espagne?--La grande _S_. + +GRAND-LIVRE + +On lisait, chez la femme d'un banquier, l'Invocation de Milton à la +lumière. Un homme d'affaire, qui n'avait jusqu'alors donné qu'une faible +attention à cette lecture, se réveilla tout à coup à ce vers: + + Et pour moi le grand livre est fermé pour jamais! + +(Il s'agit là du grand livre de la nature.) + +--Eh quoi! s'écria le banquier, est-ce qu'on ne lui a pas payé ses +rentes? + +GREDIN + +Une épigramme de l'_Almanach des Aristocrates_ pour 1791: + + Certaine Anglaise, à certaine séance, + D'un certain club qui dirige la France, + Un certain soir, se trouvait par hasard. + --Oh! s'il vous plaît, dit-elle à sa voisine, + Sur cet fauteuil qu'est cet monsieur camard, + Qu'à droite, à gauche, ici chacun lutine? + --Milady, c'est monsieur le président, + Ce que chez vous l'orateur on appelle. + --Oh! l'orateur, fort bien cet mot s'entend. + Mais, s'il vous plaît, quel est, ajouta-t-elle, + Cet instrument que dans ses mains je vois? + --C'est de son rang l'éclatant interprète; + C'est là son sceptre, et nos augustes lois + Ne se font plus qu'à grands coups de sonnette. + --Oh! et que dit ce bruit original: + _Gredin! Gredin!_ dont toute l'assemblée + A, comme moi, la cervelle fêlée? + --Mais, Milady, c'est l'appel nominal. + +GUET-APENS + +Le roi des Turlupins était M. d'Armagnac. Ce seigneur se trouvant un +jour avec le duc (Henri-Jules), depuis prince de Condé, il lui demanda +pourquoi on disait guet-à-paon et non pas guet-à-dinde?--Par la même +raison, répondit le prince, qu'on ne dit pas, Monsieur d'Armagnac est un +_turluchêne_, mais un _turlupin_. + + + +H + +Quelles sont les lettres les plus menues?--Les lettres H E. + +HABILLER + +Une maîtresse de maison avait besoin d'un domestique; on lui envoya un +brave garçon qui arrivait en droite ligne de Limoges, en +Limousin.--Victor (c'était son nom) était muni des meilleurs +renseignements. + +--C'est bien, Victor, lui dit-elle, je vous prends à mon service; vous +aurez cent écus de gages, vous serez nourri, blanchi et je vous +habillerai. + +--Ainsi, madame m'habillera? + +--Oui. Faites porter vos effets et restez. + +Victor sortit, revint et fit son service. + +Le lendemain on attend Victor; point de Victor. On sonne, personne; on +resonne, personne encore. Deux heures se passent et Victor ne paraît +pas. + +Impatientée, la maîtresse du logis monte chez Victor. + +Il était pacifiquement couché, les yeux ouverts. + +--Mais, Victor, dit la dame, il est onze heures. + +--Je le sais, madame, répond Victor d'un air tranquille. + +--Vous n'avez donc pas entendu qu'on vous a sonné? + +--Au contraire. + +--Alors, pourquoi ne descendiez-vous pas? + +--Mais, madame m'avait dit hier qu'elle m'habillerait; j'attendais +qu'elle vint m'habiller. + +HACHÉES + +Quelles sont les lettres les plus maltraitées?--Les lettres H E. + +HACHER + +Madame de Sévigné disait des pendules à secondes, qu'elle ne les aimait +pas, parce qu'elles hachent la vie trop menu. + +HAINE AU BEURRE + +Quels sont les départements où l'on fait la cuisine à l'huile? + +Les voici: Aisne, Aube, Eure. + +HAINE AU HACHIS + +S'écrit en quatre lettres délicates, _n_, _o_, _h_, _i_. + +HALEINE + +Un cordonnier, président de section en 1793, prononçait un discours de +circonstance; une période, entre autres, se trouva si étendue que, +malgré la force de ses poumons, les derniers mots expiraient sur ses +lèvres. Un plaisant lui cria:--Citoyen, reprenez votre alène.» + +HARENG SAUR + +Cadet-Roussel, professeur de déclamation, remplit le rôle d'un tyran qui +a pour confident Aran; il le chasse en lui disant:--«_Aran, sors._» + +Citons aussi ce vers, du récit de la mort d'un vieillard, dans une +tragédie moderne: + + Il sortit d'ici-bas comme _un vieillard en sort_. + +HARMONIE + +Malherbe est auteur de ce vers: + + Enfin cette beauté m'a la place rendue. + +On dit un jour à ce poëte que Des Yveteaux l'appelait le poëte Malapla, +faisant allusion à ce dernier hémistiche: _m'a la place rendue_, qui, à +la vérité ne désigne pas une oreille sévère pour la cadence. + +--C'est bien à M. Des Yveteaux à trouver mauvais ce _m'a la pla_, dit +Malherhe, lui qui a fait _parabla ma fla_. + +Des Yveteaux, en effet, finit un vers par ces mots: + + Comparable à ma flamme. + +Le comte de Caylus avait demandé, en mourant, que son tombeau fût +surmonté d'une urne étrusque dans laquelle on renfermerait son coeur. Il +n'y avait que lui qui pût se faire cette épitaphe: + + Ci-gît un antiquaire, acariâtre et brusque. + Ah! qu'il est bien placé dans cette cruche étrusque. + +La Motte-Le-Vayer cite un homme qui fut vingt-quatre heures à rêver +comment il éviterait de dire _ce serait_, à cause de la ressemblance des +deux premières syllabes: ce n'est pas ce que nous conseillons ici. + +--Les vers suivants sont faits exprès: + + Quand un cordier cordant veut accorder sa corde, + Pour sa corde accorder trois cordons il accorde; + Mais si l'un des cordons de la corde décorde, + Le cordon décordant fait décorder la corde. + +HARNAIS + +L'industrie est une fort belle chose assurément; mais elle a une manie +d'envahissement parfois déplorable. Que lui ont fait les grands noms de +Condé, Turenne, Bayard, Montesquieu, pour qu'elle en fasse une enseigne? +N'a-t-elle pas des patrons plus naturels? Voici de quoi nous menace un +sellier. Il se propose d'écrire sur sa boutique: + + Au prince Eugène--Beaux-harnais. + +Qui oserait dire que la société n'est pas malade, lorsqu'il se produit +des cas aussi graves de calembour! + +HAUT ET VAIN + +On disait à un homme orgueilleux: vous avez bu de l'abondance, car vous +êtes _eau et vin_... + +HÉBÉTÉES + +Quelles sont les lettres les moins spirituelles?--Les lettres _e_, _b_, +_t_. + +HEURE + +Dans quel département peut-on le mieux se passer de montre?--Dans le +département de l'Eure. + +HISTORIOGRAPHE + +Moncrif avait fait une histoire des chats, sous le nom desquels il avait +plaisanté plusieurs personnages de la cour. Il était fort aimé du comte +d'Argenson. Il dit un jour au ministre:--Monseigneur, vous êtes le +maître de me faire donner le brevet d'historiographe de France. + +Malheureusement, M. d'Argenson se ressouvenait encore de l'histoire des +chats.--Historiographe? lui-dit-il, cela n'est pas possible; mais pour +historiogriffe, cela se pourrait faire. + +HOMARD + +Un des spirituels écrivains de ce temps-ci a dit, en parlant d'un +crustacé qu'il aime, à ce qu'il paraît: «Le homard, ce cardinal de la +mer.» Cet écrivain gastronome croit que le homard est rouge avant d'être +cuit. + +HOMME + +Un soldat ivre, disait à son caporal:--Tais-toi, tu n'es pas un +homme.--Je te prouverai le contraire, lui dit le caporal.--Jamais, +reprend le soldat, et c'est impossible: écoute le major, quand il +commande la garde, le matin à la parade. Ne dit-il pas toujours: pour +tel poste, six hommes et un caporal! Tu vois donc bien que les caporaux +ne sont pas des hommes. + +HONNÊTE + +Ce mot change de sens, comme grand, en changeant de place. Les gens +honnêtes n'annoncent pas toujours les honnêtes gens; et les démocrates +ne se lassaient pas de dire, sous la restauration, avec moins de raison +que d'envie peut-être: ceux qu'on appelle les honnêtes gens ne sont pas +ceux que nous appelons les gens honnêtes. + +HOSTILES + +Voilà un homme qui a des prétentions au style.--Comment hostiles! mais +c'est un homme très-doux. + +HOTEL + +Un Gascon, qui n'avait que ses bons mots pour vivre, étant tombé malade +à Paris, fut contraint de se faire porter à l'Hôtel-Dieu. Un de ses +anciens camarades vint le voir: + +--Eh! donc, mon cher enfant, lui dit-il, en quel état je te trouve! +Courage, mon ami, courage! + +--Pour du courage, lui répondit-il, les gens de notre pays n'en manquent +point. + +--Eh! qui le sait mieux que moi? lui dit celui qui le visitait. Au +reste, mon cher enfant, ajouta-t-il, tu me permets de te demander si tu +es bien avec Dieu? + +--Apparemment, lui répliqua le Gascon malade, je ne dois pas y être mal, +puisqu'il me donne un appartement dans son hôtel. + +HUMIDE + +Un médecin demanda à un malade comment il avait trouvé le bain qu'il lui +avait ordonné.--Un peu humide, répondit l'autre. + +Malherbe était affecté d'un bégaiement continuel, et de plus il crachait +très-fréquemment, cinq ou six fois au moins, en lisant une stance de +quatre vers. Cela fit dire très-plaisamment au cavalier Marini: «Je n'ai +jamais vu d'homme plus humide, ni de poëte plus sec.» + +HUPPÉES + +Quelles sont les lettres les plus fières?--Les lettres _u_, _p_. + + + +I + +Quel est le plus ancien des I.--L'I mage.--Et quel est le plus +froid?--L'I vert. + +I FIT GÉNIE + +De qui le génie a-t-il reçu le jour?--De la lettre I, car les anciens +ont écrit _Iphigénie_. + +IMITATION + +M. O. Leroy a raconté la petite anecdote que voici, dans les journaux de +septembre 1855. + +«Un bon vieux curé de campagne, qui avait entendu parler magnifiquement +des _Imitations_, l'une en latin, l'autre en vers français de Corneille, +réimprimées pour l'Exposition universelle, y était arrivé, uniquement +pour voir son livre de prédilection, bien décidé à repartir dès qu'il +l'aurait examiné sous ses nouvelles formes. Il ne doutait pas que ce +livre, qui remplit le monde de sa gloire, mais qui tient une si petite +place à l'Exposition universelle, ne fût là tout entier dans la tête de +chaque employé, ainsi qu'il était dans la sienne. Il s'adresse en +entrant à l'un d'eux: + +--Monsieur, voudriez-vous me dire ou sont les _Imitations_? + +--Les imitations en verre? + +--En vers, mon ami! Il y en a une en vers de Boisville, une autre de +Corneille à laquelle on a mis, dit-on, des peintures superbes et dignes +de l'auteur. + +--Ah! très-bien! je vois cela d'ici... Ça doit être dans les cristaux, +ou bien dans les émaux, se dit-il en lui-même... Monsieur l'abbé, vous +ferez du chemin, mais ne soyez pas rebuté, vous finirez par arriver, et +rien de si facile que de vous indiquer ce que vous demandez: vous allez +monter cet escalier. + +--Très-bien, mon ami. + +--Vous descendrez ensuite. + +--À merveille, mon cher. + +--Et vous irez toujours tout droit. Vous n'aurez pas fait une demi-lieue +que vous demanderez où sont les _Imitations en verre_; c'est connu de +tout le monde. + +--De tout le monde! dit avec joie le bon curé. Et l'on dit le siècle +prosaïque!... Je suis édifié, mon ami, et très-reconnaissant de vos +excellentes indications. + +--Il n'y a pas de quoi, Monsieur l'abbé. + +Voilà le pauvre prêtre qui se met en route, monte, descend, traverse les +longues galeries au milieu de la foule et de toutes les industries; il +ne voit rien que le but où il tend, et répète en lui-même les premiers +mots de son livre chéri: «Celui qui vous cherche, Seigneur, ne marche +point dans les ténèbres, _non ambulat in tenebris_.» Enfin, il s'arrête +et demande à quelques étourdis qui se trouvent sur son passage où sont +les _Imitations_. + +--Est-ce du plaqué que vous cherchez, monsieur l'abbé? répond l'un +d'eux. + +--Non, monsieur, c'est de l'A-kempis ou du Gerson, dont le grand +Corneille a traduit en vers l'_Imitation de Jésus-Christ_. + +--Ah! ce curé est adorable et à mettre sous verre! dit tout bas +l'étourdi, qui ajouta plus haut: Monsieur l'abbé, ces choses-là ne sont +pas de notre connaissance. + +--Tant pis, Messieurs! Quelqu'un a dit: Il est venu parmi les siens, ils +ne l'ont pas connu. + +Le prêtre attristé s'en allait, quand un jeune exposant, qui l'avait +entendu de son magasin où il était avec son père, vint lui dire: +Monsieur l'abbé, permettez-moi de vous conduire vers ce beau livre que +mon père a aussi dans sa bibliothèque et dont souvent il nous cite les +vers. + +Et le bon prêtre consolé, après avoir serré la main du père qui l'était +venu saluer, fut conduit par le fils au but de son voyage, à ses chères +_Imitations_, dont il lut avec âme quelques vers sublimes à son guide, +le remercia affectueusement, le bénit, et en s'en allant répéta ces vers +qu'il avait lus: + + Vous pouvez maintenant, Seigneur, + Rappeler votre serviteur. + +IMPÔTS + +On a renouvelé, à l'aspect de l'Assemblée constituante de 1848, ces +petits vers faits en 1790 pour sa devancière. + + Quel coup d'oeil ravissant! + Quel spectacle _imposant_! + Disait un démocrate. + Oui, réplique aussitôt + Un brave aristocrate: + Il va doubler l'_impôt_. + +INCUIT + +Ce gigot est incuit, disait à son hôte un homme qui faisait le beau +parleur.--Monsieur, répondit l'hôte, c'est par l'insoin de la +cuisinière. + +INRI + +Le marquis de Gèvres était vain et ignorant; du moins, on le dit. On +ajoute qu'il se compromettait souvent par là. Causant un jour dans les +cabinets du roi, et admirant plusieurs tableaux, entre autres des +crucifiements de différents maîtres, il décida que le même en avait fait +un grand nombre, entre autres tous ceux qui se trouvaient là. On se +moqua de lui, et on lui nomma les peintres, dont on reconnaissait la +manière.--Point du tout, s'écria-t-il, ce peintre s'appelait INRI. + +Ne voyez vous pas son nom sur tous ces tableaux?... + +Est-ce possible? + +INVENTER + +Quelqu'un disait devant madame Du Deffant, qui s'était brouillée avec +Voltaire, que ce dernier n'avait pas beaucoup inventé:--Que voulez-vous +de plus? dit-elle finement, il a inventé l'histoire! + + + +J + +JABOT + +Un élève en médecine se présente à l'examen de la Faculté, avec une +chemise à jabot qui faisait honneur à sa blanchisseuse. Cela sortait de +son gilet avec un éclat à faire loucher le professeur qui +l'interrogeait. + +Dans le fait, le vieux docteur en était tout offusqué, et il prononça +sur-le-champ, qu'un si beau jabot ne devait pas appartenir à un +récipiendaire bien savant. + +Monsieur, dit-il, pourriez-vous me dire ce que vous entendez par jabot? + +Le candidat troublé ouvre de grands yeux, les abaisse sur sa poitrine, +regarde le professeur et rougit. + +--Allons, vous ne savez pas ce que c'est qu'un jabot; c'est le troisième +estomac d'un dindon. + +J'AI FROID + +Quel est l'homme dont on prononce le plus souvent le nom en +hiver?--L'acteur _Geffroy_. + +JAMBON + +On disait à un touriste qu'il fallait se défier des Allemands, surtout +dans les provinces rhénanes.--Cela m'étonne, dit-il, car à mon dernier +voyage à Mayence, j'y ai vu beaucoup de _gens bons_. + +JÉRICHO + +Un marchand de tableaux présentait à un certain prince qu'on ne nomme +pas, un petit tableau précieux, en lui disant qu'il venait de +Géricault.--C'est prodigieux, dit le prince, que le tableau se soit si +bien conservé depuis l'écroulement de cette ville! + +JEUNESSE + +Dasnières disait que la jeunesse s'appelle ainsi parce qu'elle est l'âge +où les jeux naissent. + +JEUX DE MOTS + +À la fin de la campagne de 1761, où MM. les comtes de Fougère et de La +Luzerne commandaient la maison du roi, un garde du corps, que des +affaires instantes appelaient dans sa province, vint leur présenter sa +démission, et les prier de lui accorder son congé. + +Quoi! Monsieur, lui dirent d'un ton ironique ces deux généraux, vous +quittez le service pour aller planter vos choux! + +--Oui, Messieurs, répondit froidement l'honnête militaire; je vais +bêcher mon jardin, et je le cultiverai de manière qu'il n'y vienne ni +luzerne ni fougère. + +Un poëte médiocre croyait mettre ses vers à l'abri de la censure en +disant qu'ils étaient passables: + +--Oui, lui dit-on, il sont passables en tous sens: vous vous seriez bien +passé de les faire, nous nous serions bien passé de les lire, et la +mémoire en passera bien vite. + +Quelqu'un ayant dit à une femme que le suif était augmenté à cause de la +guerre:--Ah! dit-elle, apparemment que les armées se sont battues à la +chandelle. + +Le marquis de St*** ayant offensé un M. De Chambre, fut engagé par ses +amis à lui faire quelques excuses. Le marquis lui écrivit à peu près en +ces termes. + +«Ce que je me suis permis de dire à votre sujet est absolument sans +conséquence. La meilleure preuve que je puisse vous donner de mon +estime, c'est de vous demander à dîner pour le jour qu'il vous plaira de +m'assigner. Tout à vous. + +«LE MARQUIS DE ST***.» + +M. De Chambre répondit: + +«Vous m'avez laissé le choix du jour. Empressé de vous recevoir, je vous +invite pour mercredi, et vous prie de vouloir bien accepter la fortune +du pot. + +«DE CHAMBRE.» + +M. de Puymaurin, député de Toulouse pendant la restauration, se plaisait +à faire des jeux de mots. Un jour, M. Petou, député de la Còte-d'Or, +monta trois fois à la tribune dans la même séance.--Ah ça! dit M. de +Puymaurin, il faut donc toujours que M. Petou parle? + +--Je voudrais que mon fils sût un peu de tout, qu'il eût une teinture +des langues latine et grecque, une teinture d'histoire et de géographie, +une teinture des mathématiques, une teinture de dessin, etc.; mais je ne +sais pas pour cela quel maître lui donner. + +--Donnez-lui, madame, un maître teinturier. + +La présente liste a été trouvée, en 1848, à l'Assemblée nationale sous +le pupitre d'un montagnard facétieux, non moins connu par ses +calembredaines que par ses quinze perruques. Les noms qui y sont +inscrits étaient-ils destinés à _l'épuration_? Forment-ils au contraire +une liste de conciliation? Nos lecteurs jugeront sur la copie textuelle +que nous mettons sous leurs yeux: + +Armand Marrast, Mauvais, Marquis. + +Sénard, Mulé, Normand. + +Bastide, Canul, Rouillé. + +Porypapy, Noirot, Crépu. + +Buvignier, Casse-Carreau. + +Ledru-Rollin, Levet, Laissac, Dargent, Crémieux, Laydet, Découvrant, +Cécile, Lacroix, Lorette. + +Leyraud de Puyraveau, Daix, Gouttay, Lamartine. + +Leblanc, Mouton, Beslay, Considérant, Lherbette, Faucher. + +Joly père, Savy, A. Payer, Lebleu, Dargenteuil. + +Sallandrouze, Tendret, Lestapis. + +Pierre Leroux, Person, Toupet. + +Boulanger, Pézerat, Dupin. + +Labbé, de Lamenais, Vieillard, Boussingault. + +On lisait alors dans le _Corsaire_ cet autre amas de jeux de mots sur la +même Assemblée: + +«On a vu tous nos législateurs éclater de rire à l'aspect du bon M. +_Leboeuf_, montant à la tribune à propos d'une question de boucherie: +rien de mieux! Le coq-à-l'âne y était; mais dès lors il devient fort +difficile d'aborder les rostres pour peu qu'on ait un nom... Voyez +plutôt:--D'ici à peu de temps, on doit présenter un projet de loi sur la +boulangerie. Voilà donc la discussion interdite à la famille _Dupin_ et +à M. _Dufour_! Vienne le rapport de la commission des pâturages, et M. +_Lherbette_ est obligé de rester chez lui. S'agit-il du droit des vins, +le pauvre M. _Baune_ est réduit au silence, et M. _Lacave_ est bien +forcé de l'imiter. La discussion sur les ordonnances de chasse, entamée +par M. _Chasseloup_, va faire fuir M. _Dain_, qui sera fort heureux de +se cacher entre _Duparc_ et _Dubois_. Si l'on s'avise de réglementer les +perruquiers français, que diront MM. _Crépu_ et _Toupet-des-Vignes_; MM. +_Rateau_ et _Bineau_ auront-ils le droit de voter dans une question de +jardinage, et M. _Buffet_ dans une affaire de comestibles? Voyez-vous M. +_Pigeon_ prenant la parole contre _Lagrange_, dans une explication sur +les grains, défendus par M. _Moulin_?... Quand il s'agira de la fixation +de l'âge pour les listes électorales, est-ce M. _Vieillard_ qui osera se +déclarer incompétent? A propos du droit d'aînesse, que ferait l'amiral +_Lainé_? Et si jamais (cela peut arriver) _Hyacinthe_ comparaissait à la +barre de la Législative, pour crime politique, qui le jugerait, de M. +_Ney_ ou de M. _Camus_?... Il n'y aurait guère que M. _Troplong_ qui +pourrait hasarder son bulletin. MM. _Le Flô_ et _de Flotte_ seraient +bien vagues à propos de marine; M. _Failly_, fort suspect dans les +questions commerciales; M. _Lélut_ au moins superflu dans un projet +électoral, et M. _Bigot_ très-récusable dans l'examen du budget des +cultes, appuyés par M. _Legros-Dévot_... Est-ce que M. _Lemaire_ oserait +dire son mot sur les franchises municipales? S'il s'agissait des +monuments nationaux, M. _Conté_ se croirait-il appelé à faire de +l'histoire? En matière religieuse, _Pascal (Frédéric)_ combattrait-il M. +_Arnaud (de l'Ariège)_, sans craindre les allusions à _Port-Royal_? + +Un autre journal du même temps (_la Providence_) publia aussi une +charmante et spirituelle critique, qui a droit à figurer ici. + + On vous a raconté l'idée assez comique + De ce monsieur _Leroy_ qui, plein d'ardeur civique, + Prétendait l'autre jour, répudiant son nom, + Qu'on l'appelât: _le Peuple_... et cela tout de boni + C'était peut-être un comte... (ah! pardon, une histoire: + Le mot _comte_, je crois, est banni du grimoire.) + J'y pense, il est de fait que cela désormais, + Va changer diablement le langage français; + Voyez combien de mots le décret nous enlève: + Il supprime d'un coup l'ancien _roi_ de la fève, + Les _rênes_ de voiture et la _reine_ du bal; + Quant à la _reine Claude_, un arrêté légal + N'admet, dans ses rigueurs, d'exceptions aucunes, + Et la loi promulgée est faite pour les prunes. + Le _Grand-Duc_, ce rival du rapide faucon, + N'a qu'à bien se garder et qu'à changer de nom, + Et le _tigre royal_, s'il tient à sa peau lisse, + Doit cacher l'épithète à l'oeil de la police... + Et l'oiseau de passage, appelé _Chevalier_, + Quoi qu'en ait dit Buffon, n'est plus qu'un roturier; + Quant à Jules Janin que notre République + Proclama, dès longtemps, _prince_ de la critique, + Son esprit, son talent ne lui servent de rien: + C'est presqu'un _Vacquerie_... un simple citoyen... + Plus de distinctions, d'ordres, de privilèges! + Les _croix_... même d'honneur, sont choses sacriléges: + On les supprimera sur les dos des ânons: + Les souliers désormais n'auront plus de _cordons_, + Et l'on ne pourra plus mettre aux foyers de _plaques_. + On défend les _rubans_ aux bonnets comme aux claques; + Les théâtres sont pris dans ces proscriptions, + On joûra tout Chénier... sans _décorations_; + Et quand madame Hamel rôtira des mauviettes, + Défense à ses garçons d'en servir en _brochettes_: + Inutile de dire aux lecteurs pénétrants + Que les bottes, parbleu! n'auront pas de _tirans_; + Que les livres, ces rois assemblés en chapitres, + Paraîtront en public sans _pages_ et sans _titres_; + La lettre majuscule est proscrite à jamais: + L'égalité pour tous! Aux termes des décrets + Défense d'imprimer sur du papier _couronne_; + Ordre de démolir la barrière du _Trône_: + Le _sceptre_ de Neptune est brisé pour toujours; + Les fleuves couleront... comme ils pourront... sans _cours_. + . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . + On prétend que _Marquis_, l'homme des chocolats, + Le _Marquis_ praliné près des Panoramas. + Fait peindre, en ce moment, un panneau magnifique + Où l'on verra décrit en pastille gothique + Ce seul mot: _Ci-devant_... Et que monsieur Boissy + A, dit-on, résolu de l'adopter aussi. + _Leduc_, marchand de bois au boulevard du Temple, + Se range noblement à ce sublime exemple: + _Leprince_, cordonnier près de la rue aux Ours, + S'est citoyennisé déjà, depuis trois jours: + _Baron_, le bandagiste, adhère pour son compte; + Le passage Choiseul expulse monsieur _Comte_; + Honteuse avec raison, la maison _Chambellan_ + Biffe de son enseigne un nom de courtisan. + Au quartier Montorgueil, par le même principe, + On va voir effacer l'enseigne de _Philippe_; + Le nom vilipendé qu'il tient de son parrain + Disparaît..., et Philippe a nom _Ledru-Rollin_. + Quant à l'homme d'État, ce Solon... provisoire, + Attendu que _Rollin_ fut professeur d'histoire, + Et que, dans ses écrits, il flatta maintes fois + Les despotes de Rome et le pouvoir des rois, + Il abdique le nom d'un écrivain servile + Et l'immole à l'autel de son hôtel-de-ville; + Il reste désormais Ledru... Ledru tout court!... + Mais pourtant attendu qu'autrefois, à la cour, + Un sieur _Ledru-Comus_ professa la physique, + Et fut de Louis-Quinze un rampant domestique + Défense aux citoyens de parler des Ledrus, + Le ministre est ministre et ne s'appelle plus! + L'illustre _Louis Blanc_, l'écrivain populaire, + Ce Tacite français, cet orateur sincère, + Veut de son double nom s'affranchir à la fois. + Les _Louis_ trop longtemps nous ont servi de rois, + Le _blanc_ fut la couleur d'un drapeau qu'il abhorre. + Il va prendre le nom de _Vingt-Francs-Tricolore_. + +Un ancien philosophe avait coutume de dire que peu de chose donnait la +perfection, mais que la perfection n'était pas peu de chose. + +Un Gascon disait:--La boue de Paris a deux grands inconvénients: le +premier est de faire des taches noires sur les bas blancs; le second, de +faire des taches blanches sur les bas noirs. + +Un ami de Bautru étant allé le voir dans le temps qu'il avait la goutte, +le trouva mangeant du jambon:--Que faites-vous là? lui dit-il; ne +savez-vous pas que le jambon est contraire à la goutte?--Cela est vrai, +lui répondit froidement Bautru; il est contraire à la goutte, mais il +est bon pour le goutteux. + +Un procureur, en recevant d'un chapelier, sa partie, un chapeau, lui +dit:--Ne vous inquiétez point, allez; j'ai votre affaire en tête, j'en +aurai soin. + +Nous ne voulons pas oublier une petite pièce de vers de maître André le +perruquier: + + Les poëtes, les perruquiers + Ont entre eux quelque ressemblance; + Et vraiment, dans ces deux métiers + Je vois bien peu de différence + Pour réussir, à chacun d'eux, + Certe il ne faut pas être bête... + Compter des vers ou des cheveux, + C'est toujours un travail de tête. + +Nous ne pouvons omettre la harangue faite, à la porte d'une ville, à +l'un des généraux de Louis XIV, quoiqu'elle ait été souvent reproduite. + +«Monseigneur, tandis que Louis le Grand gêne les Gênois, berne les +Bernois et fait cantonner le reste des cantons: tandis qu'il fait aller +l'Empire de mal en pire, damner le Danemarck et suer la Suède; tandis +que son digne rejeton fait baver les Bavarois et rend les troupes de +Zelle sans zèle; tandis que Luxembourg fait fleurir la France à Fleurus, +met en flamme les Flamands, lie les Liégeois et fait danser Castana sans +castagnette; tandis que le Turc fait esclaves les Esclavons et réduit en +servitude la Servie; enfin, tandis que Catinat démonte les Piémontais, +que Saint-Ruch se rue sur les Savoyards et que Larré les arrête, vous, +Monseigneur, non content de faire sentir la pesanteur de vos doigts aux +Vaudois, vous faites encore la barbe aux Barbets, ce qui nous oblige +d'être, avec un profond respect, etc.» + +Remarquons que le mot _Barbets_ ne s'applique pas aux intéressants +quadrupèdes connus sous ce nom, mais bien aux habitants de diverses +vallées du Piémont et de la Suisse. + +JOCRISSE + +Personnage des farces modernes, dont les bêtises ont un cachet +particulier. Il aime beaucoup sa soeur et veut l'épouser.--Mais je ne +peux pas t'épouser, lui dit-elle: je suis ta soeur. Nous sommes trop +proches parents.--Quelle bêtise, dit Jocrisse, trop proches parents! Mon +père a bien épousé ma mère. + +Sa soeur en épouse donc un autre quelque temps après.--Ma soeur est +enceinte, dit-il, quel ennui! J'en ai pour neuf mois avant de savoir si +je serai un oncle ou une tante. Il veut dire: Si j'aurai un neveu ou une +nièce. C'est digne du commentaire sur la parenté. + +JOUER + +Un seigneur allemand, connu par les grâces et la finesse de son esprit, +alla un jour chez un prince de l'Empire: il y trouva nombreuse +compagnie, et s'amusa beaucoup de l'extrême vivacité avec laquelle +quelques petits princes, qui y étaient, se traitaient mutuellement +d'_altesse_. + +Sortant de là, il fut faire une autre visite, et revint chez lui. On lui +demanda comment il avait passé la soirée.--J'ai été dans deux maisons, +répondit-il: dans l'une, on jouait à l'_altesse_, et dans l'autre, au +_loto_. + +JOUEUR + +--Quatre joueurs ont joué toute une nuit dans une société, disait-on à +une dame, et le matin chaque joueur avait gagné dix francs. La dame ne +pouvait comprendre un tel fait pourtant bien simple; les quatre joueurs +étaient quatre joueurs de violon. + +JUSTE + +Un Allemand, dit-on, apprenant le français, vit dans un dictionnaire que +juste et équitable étaient synonymes. Il essaya des bottes qui le +gênaient:--Vous m'avez fait, dit-il à son cordonnier, des bottes qui +sont par trop équitables. + + + +K + +Les lettres K C et les lettres K O T sont désagréables au lecteur. + +K + +Un homme qui s'appelait Franqlin songea qu'il pourrait bien être le +parent de ce fameux Américain, que les philosophes ont si bien fait +mousser. Il alla donc trouver à Paris le neveu de Franklin et lui +présenta ses papiers.--Monsieur, lui répondit le jeune homme, faites un +K de votre Q, et vos papiers pourront alors vous servir. + +KARR + +On s'est amusé à chercher les aptitudes et les qualificatifs de M. +Alphonse Karr, qui a un esprit si original, et on a fait ces médiocres +calembours: + +Karr abat (_Carabas_), Karr casse (_carcasse_), Karr touche +(_Cartouche_), Karr aime (_carême_), Karr nage (_carnage_), etc. + +KANIFERSTANE + +Un Parisien, allant de La Haye à Amsterdam, remarqua une de ces riantes +maisons de campagne qui bordent la route (on allait encore alors en +diligences), et demanda en français à un Hollandais, son voisin: + +--A qui appartient ce délicieux château? Le Hollandais lui répondit: _Ik +kan niet verstaan_ (je ne comprends pas). Le Parisien traduisant cette +phrase comme il l'entendait prononcer, reprit:--Ah! cette belle demeure +appartient à M. Kaniferstane. C'est un mortel bien heureux. + +En entrant à Amsterdam, il vit passer trois charmantes jeunes filles et +demanda à un passant: Quelles sont ces demoiselles si brillantes? il ne +reçut pour réponse que la phrase de la route.--Ce sont les demoiselles +Kaniferstane, se dit-il. Cet homme est bien privilégié! + +Un des palais d'Amsterdam donna lieu à de nouvelles admirations.--Cet +homme, dit le Parisien, est vraiment le marquis de Carabas. + +En passant devant la loterie, il entendit sonner des fanfares, qui +annonçaient que le gros lot venait de sortir. Il voulut savoir qui +l'avait gagné; et comme on lui jeta encore l'_ik kan niet verstaan_, il +se récria de nouveau sur le bonheur-monstre de ce M. Kaniferstane. + +Un peu plus loin il rencontra un enterrement pompeux; il salua le convoi +et demanda qui était le défunt. Sur la réponse habituelle des Hollandais +qui n'entendent pas le français, il pensa que M. Kaniferstane avait +ici-bas une félicité trop grande pour qu'elle fût durable; et il gagna +son hôtel, en faisant de sages réflexions sur la fragilité des choses +d'ici-bas. + + + +L + +Quelles sont les lettres les plus agiles?--Les lettres L E. + +On a fait cette petite espièglerie pour la lettre L: + + Saint Louis l'a par devant, + Saint Michel l'a par derrière, + Les demoiselles l'ont deux fois, + Les dames l'ont perdue, + Les hommes ne l'ont pas. + +On dit proverbialement qu'un homme en a dans l'aile pour signifier qu'il +passe la cinquantaine, par une mauvaise allusion à la lettre L qui, dans +le chiffre romain, exprime cinquante. + +LA + +Une dame, gui chantait médiocrement dans une société, ne pouvant achever +son air, dit à un homme d'esprit qui se trouvait à côté d'elle:--Je vais +le reprendre en _mi_.--Non, Madame, répondit-il, restez-en _la_. + +LACHE + +Un Gascon se fit faire un bel habit, et il demanda à ses amis ce qu'il +leur en semblait. Un d'eux en mania le drap, qu'il trouva un peu lâche. + +--Comment lâche! reprit le Gascon, que l'on m'en cherche d'autre; je ne +veux rien de lâche autour de moi. + +Le cardinal de Richelieu ayant eu la patience d'entendre lire une +tragédie de La Calprenède, dit: «La pièce n'est pas mauvaise, mais les +vers sont lâches.--Comment, lâches, s'écria le rimeur gascon! cadédis! +il n'y a rien de lâche dans la maison de Calprenède.» + +LA-HAUT + +Dans les embarras de la république qui surgit en 1848, la femme de l'un +des utopistes d'alors reçut la visite d'une amie.--Bonjour, chère +citoyenne, je vois que tu es prospère, et ton mari?--Il travaille, ma +chère, dit la dame du logis en indiquant du doigt l'étage supérieur, où +son mari s'enfermait pour ses élucubrations.--Mais, reprit la visiteuse, +ne vois-tu pas comme tout va mal?--Je le vois trop. Tout le monde veut +gouverner.--Nous sommes en vérité dans un gâchis tel, qu'il n'y a que +celui qui est là-haut qui puisse nous en tirer.--Tu as bien raison, ma +chère; aussi je te dis qu'il y travaille.--Elle appliquait à son mari ce +que l'autre disait du bon Dieu. + +LAIDS + +Après qu'on eut nommé le département des Deux-Sèvres (pays de Niort), on +voulut nommer le pays de Fontenay département des Deux-Lays (de ses +principales rivières, le grand Lay et le petit Lay). + +MM. Buron et Mercier, deux députés de ce département, tous deux les plus +laids de l'assemblée, firent observer que si on adoptait ce nom pour +leur département, on en ferait contre eux un affreux calembour et qu'on +l'appellerait le département des deux laids. Ce qui fit qu'on l'appela +département de la Vendée, du nom d'une petite rivière qui est à sec la +moitié de l'année. + +LAINE + +Quelqu'un disait à un berger:--Ne faites jamais tondre vos moutons.--Et +pourquoi donc?--Parce qu'on devient poussif, lorsqu'on a perdu +l'haleine. + +On disait d'un homme qui avait la bouche malsaine:--Il est bon à tondre, +car il a l'haleine forte. + +Quel événement a fait renchérir les draps?--L'enlèvement d'Hélène. + +LAMICHODIÈRE + +Un étranger dînant chez M. de La Michodière, président de la cour royale +de Paris, et l'entendant appeler par ses familiers Lamichodière tout +court, ne crut pas pouvoir se permettre cette liberté et ne l'appela +pendant tout le repas que M. Chaudière. Ce qui divertit un peu les amis +conviés. + +LANGUES + +Madame Denis, la nièce de Voltaire, prenant une leçon d'anglais, disait +à son maître, fatiguée qu'elle était de la prononciation de cette rude +langue: «Vous écrivez _bread_, pourquoi prononcer _bred_? Ne serait-il +pas plus simple de dire tout bonnement _du pain_?» + +LAPIN + +Un farceur disait que la dynastie des lapins allait vite, que peu après +_la pincette_, on en était déjà à _l'appendix_. + +LARCIN + +Les naturalistes nous apprennent que les rats sont joyeux quand ils +peuvent vivre de lard sain. + +LAVER + +Un farceur demandant quelque chose à une femme lui disait:--Je crois, +Madame, que vous l'avez.--Non, Monsieur, répondit-elle, je ne lave pas. + +LÉPREUX + +Le public vit un calembour involontaire dans ce vers du _Siége de +Paris_, de M. le vicomte d'Arlincourt. + + Ce sont ces chevaliers que l'on nomme _les preux_. + +LETTRES + +On fait beaucoup de jeux de mots avec les lettres de l'alphabet. On a +publié celui-ci sous Louis XVIII: + + La liberté D. C. D. + Les doctrinaires A. I. + Les pairs E. B. T. + Deux cents députés H. T. + La gloire A. B. C + La dette O. C. + La liberté de la presse O.T. + Le crédit B. C. + La charte L. U. D. + +HISTOIRE D'HÉLÈNE. + + _L. n. n. e. o. p. y. L. i.a. t.t. l._ + Hélène est née au pays grec. Elle y a tété; elle + + _i.a.v.q. l. i.a.e.t. l.v. l. i.a.e.t.o.q.p._ + y a vécu. Elle y a été élevée; elle y a été occupée; + + _l. i.a.e.t. e.d. l. i.a. m.e. l. i.a._ + elle y a été aidée; elle y a aimé; elle y a + + _e.t. m.e. e. a.i. l. i.a.e.t. d. s. e. d.i.t. l._ + été aimée et haïe; elle y a été déesse et déité; elle + + _i.a. c.d. l. i.a.o.b.i. l. i.a.e.t. h.t. l._ + y a cédé; elle y a obéi; elle y a été achetée; elle + + _i.a.e.t.a.j.t. a. b. c. k. o. t. l. i.a. v.g.t._ + y a été agitée, abaissée, cahotée; elle y a végété. + + _l. i.a. r.i.t. e. l. i. e. d.c.d. a.g. e. k. c._ + Elle y a hérité, et elle y est décédée, âgée et cassée. + +LÉZARD + +Une vieille, voyant au-dessus de la porte d'un lycée de Paris: + + Les arts nourrissent l'homme et le consolent, + +s'écria:--Que ces gens-là mangent des lézards tant qu'ils voudront; je +ne ferai pas de tort à leur dîner. + +LIBERTÉ + +Dans le temps où les mots liberté, égalité, fraternité, cocarde +nationale, faisaient tourner la tête à tout le monde, les habitants d'un +village du Périgord obligèrent leur curé, non-seulement à mettre une +cocarde au Saint-Sacrement, mais encore à tenir le tabernacle ouvert +jour et nuit, par la raison que tout le monde étant, libre en France, +leur bon Dieu ne devait pas, plus que tout autre, demeurer enfermé. + +LIÉGE + +Quelles sont les femmes les plus légères?--Ce sont les femmes de Liége +et les femmes de Tulle. + +LIGNE + +Comment feriez-vous pour pêcher tous les poissons de la Seine? + +--Je prendrais un régiment de lignes. + +LISIÈRE + +Pourquoi ne mène-t-on pas les petits enfants dans les bois?--Parce qu'on +ne les mène alors qu'à la lisière. + +LOCUTIONS + +Lorsque le projet de loi de la translation des cendres de Napoléon fut +porté aux Chambres, un de nos honorables s'écria:--Les cendres! Est-ce +que ces gueux d'Anglais auraient eu l'infamie de brûler le grand homme? + +Des soldats de l'expédition d'Égypte disaient dans les sables:--Il fait +bien soif par ici. + +Le poëte Méry est très-frileux. Dans les grands froids, enveloppé de +couvertures, il s'enferme auprès d'un grand feu, ne sort plus, et fait +dire à ses amis qu'il est malade. Quand on vient le voir et qu'on lui +demande quel est son mal, il répond:--Hélas! j'ai l'hiver! (Voyez +_Mots_.) + +LOIN + +On disait à un enfant de Pontoise qui montrait d'heureuses +dispositions:--Mon enfant, vous irez loin.--Pas de sitôt, répondit-il; +maman ne veut pas même que j'aille jusqu'à Paris. + +LONDRES + +La ville des brouillards. Pendant un séjour que fit à Londres madame de +Staël, une de ses amies qui revenait en France lui demanda si elle avait +quelque commission à lui donner.--Aucune autre, répondit-elle, que de +faire mes compliments au soleil, quand vous le reverrez. + +LOUER + +Lorsque le duc d'Orléans, Philippe-Égalité, convertit son jardin en un +vaste bazar, et le couvrit de boutiques, il tomba sur lui un déluge de +quolibets et d'épigrammes. Son propre père s'en mêla, et il dit:--Je ne +sais pas d'où vient l'acharnement du public contre mon fils; j'y vois de +plus près que les autres, et je puis assurer que tout est à _louer_ chez +lui. + +LUMIÈRES + +Dans un repas donné par un nouveau parvenu, l'un des convives porta un +toast à la propagation des lumières. Les gens qui servaient à table +s'empressèrent de moucher les chandelles. + +LUSTRE + +Un plaisant, voyant deux hommes qui portaient un lustre, dit à ses +voisins:--Voilà cinq ans qui passent. + + + +M + +MAÇONNERIE + +Un charpentier critiquait un carillonneur sur sa manière:--Allez à vos +bûches, dit celui-ci, et ne vous mêlez pas de ma sonnerie. + +MADELEINE + +--Que faudrait-il pour bouleverser l'_amas de laine_? + +--Un _cardeur_. + +MAINTENON + +Sur la fin du règne de Louis XIV, le grand dauphin parut surpris de la +détresse qui semblait menacer le royaume:--Mon fils, dit le roi, nous +maintiendrons notre couronne.--Sire, répondit le dauphin, Maintenon l'a. + +MAIRE + +Le maire de Saintes écrivait à son fils, qui se conduisait +mal:--Respectez votre père et maire. + +Un bon cultivateur, maire de sa commune, se trouva dernièrement dans un +grand embarras, dont il se tira fort adroitement. Sa femme était +accouchée depuis trois jours, et l'adjoint de la commune venait de +partir pour un village assez éloigné. Il fallait cependant dresser +l'acte de naissance sur-le-champ. Le maire-père, après avoir mûrement +réfléchi, s'en acquitta de la manière suivante: + +«Ce jourd'hui, etc., étant accompagné de tels et tels, mes témoins, je +suis comparu devant moi, maire de la commune de..., à l'effet de me +déclarer que ma femme vient d'accoucher d'un enfant vivant et bien +constitué. + +«Sur la demande de quel sexe est l'enfant et quels étaient ses père et +mère, je me suis répondu qu'il est du sexe masculin et fils de moi, +François Piot, et de Madeleine Bidou, mon épouse; en foi de quoi, j'ai +signé le présent, avec moi, maire, et lesdits témoins. + + «_Signé_: François Piot, père, + «et François Piot, _maire_.» + +MAL + +Un dentiste disait à son fils qui voulait donner dans les +grandeurs:--Eh! Monsieur, ne cherchez pas à vous élever; faites comme +votre père: arrachez-moi de bonnes dents; j'en arrache; mon père en +arrachait, mon grand-père en a arraché, et nous n'avons jamais fait de +mal à personne. + +MALADE + +Henri IV, ayant appris que deux médecins avaient fait abjuration, dit à +Duplessis-Mornay:--Ventre Saint-Gris! monsieur Duplessis, votre religion +est bien malade; les médecins l'abandonnent. + +MANCHE + +On appelle ainsi le détroit qui sépare la France de l'Angleterre. +Lorsqu'on imprima, il y a quelques années, des cartes géographiques sur +foulard:--Je ne vois pas l'utilité de cette invention, dit un bonhomme, +si ce n'est que chacun peut avec cela se moucher proprement sur la +Manche. + +À propos de l'alliance conclue avec l'Angleterre pour la guerre +d'Orient, on a dit que les Anglais et les Français se tenaient par la +Manche. + +MANGER + +Un huissier ayant été signifier un exploit dans une ferme, on lâcha +après lui deux énormes chiens, qui lui firent prendre aisément la fuite; +et comme à son retour on lui demandait s'il avait été bien +reçu:--Parfaitement, dit-il; et la preuve, c'est qu'on a voulu me faire +manger. + +L'abbé de Choisy, passant devant le château de Balleroy, qu'il avait été +obligé de vendre, s'écria:--Ah! que je te mangerais bien encore! + +Montmaur étant un jour à table avec grande compagnie de ses amis, qui +parlaient, chantaient et riaient tout ensemble:--Eh! Messieurs, +s'écria-t-il, un peu de silence; on ne sait ce qu'on mange. + +MANQUER + +Gourville, rencontrant au bois de Boulogne un médecin de ses amis qui +avait un fusil, lui dit:--Où allez-vous donc?--Voir un malade à +Auteuil.--Il paraît, répliqua Gourville, que vous avez peur de le +manquer. + +MANTEAU + +On demandait à Londres à un ambassadeur belge:--Quel est le manteau le +plus chaud? Il répondit:--C'est le manteau de la cheminée. + +MARCA + +Pierre de Marca fut nommé à l'archevêché de Paris, et mourut en 1662, le +jour même que ses bulles arrivèrent. Colletet lui fit cette épitaphe: + + Ci-gît monseigneur de Marca, + Que le roi sagement marqua + Pour le prélat de son Église; + Mais la mort qui le remarqua, + Et qui se plaît à la surprise, + Tout aussitôt le démarqua. + +MARCHAND + +Un vagabond, à qui le tribunal demandait quel était son état, répondit +qu'il était marchant, attendu qu'il ne voyageait qu'à pied. + +MARÉCHAL + +Un maréchal ferrait un des chevaux d'un maréchal de France qui passait +sur la route. Pendant l'opération, il entendit les domestiques qui +appelaient l'illustre voyageur monsieur le maréchal; et, quand on fut +pour le payer, il refusa, en faisant observer qu'il ne prenait rien d'un +confrère. + +MARÉCHAUSSÉE + +Une poissarde de la rue Montorgueil, à Paris, avait pour enseigne un +merlan dans une botte, avec la légende: _A la marée chaussée_. + +MATIGNON + +On a beaucoup dit sur la simplicité d'un certain M. de Matignon. On a +dit qu'il avait fait paver son pré pour empêcher les taupes d'y +fouiller; qu'il avait fait reculer la cheminée, parce que de l'endroit +où il se plaçait, le feu lui brûlait les jambes; qu'un mouton étant trop +gros pour régaler ses amis, il n'en avait fait tuer que la moitié, etc. + +Un autre ingénu avait pris un pot de terre en guise d'oreiller, et, le +trouvant trop dur, il le rembourra de paille. + +MÉDECINE + +--Qu'est-ce que la médecine? demande Bobèche à l'un de ses amis. + +--La médecine, répond celui-ci, c'est l'art de guérir les maladies; +c'est une science... + +--Du tout, tu n'y es pas, répond Bobèche: la _médecine, c'est la femme +du médecin_. + +MÉGARDE + +Un colonel, défendant son fils accusé, disait aux juges:--Je puis vous +prouver que le délit dont mon fils est accusé a été commis par +_mégarde_.--C'est différent, dit le juge; alors nous allons assigner vos +gardes. + +MELON + +Un incident singulier a égayé un jour l'audience de la justice de paix +du sixième arrondissement. M. L..., marchand grainetier et sergent-major +de la garde nationale, accusait M. B..., professeur suppléant d'histoire +dans un collége de Paris, de l'avoir appelé _melon_ à la suite d'un coup +mal joué dans une partie de dominos à quatre. Le plaignant exigeait une +rétractation formelle et des dommages-intérêts considérables. + +L'accusé présenta ainsi sa défense: + +Sous le règne de Constantin le Grand... + +--Au fait, Monsieur, au fait, dit le magistrat qui voit poindre une +harangue interminable. + +--J'y arrive. Sous le règne, dis-je, de Constantin le Grand, vivait à +Lugdunum Horatius Melo, illustre praticien qui, après s'être couvert de +gloire en introduisant dans la Gaule le savoureux tubercule auquel il a +donné son nom... + +Le juge sourit et le front du plaignant se dérida à vue d'oeil. + +--Mon honorable ami L..., continue l'orateur avec feu, a donc grand tort +de s'offenser d'une épithète qui prouve au contraire le grand cas que je +fais de ses vertus civiles et militaires. + +Le grainetier, quittant précipitamment son siége, serre avec effusion la +main du professeur, et, abjurant toute rancune, lui promet de donner à +son premier enfant les glorieux surnoms d'Horatius Melo. + +Il suffira de quelques procès de cette nature pour réhabiliter dans +l'opinion publique le cornichon, le concombre, et tous les membres de la +grande famille des citrouilles. + +MÉMOIRE + +C'est encore ici une scène de tribunal; et celle-ci à propos d'une +distribution de prix. + +LE JUGE.--Monsieur Blondel, vous avez payé d'avance et pour un an la +pension de votre fils? + +BLONDEL.--C'est vrai, mais il n'en est pas moins bête comme un âne. + +LE JUGE.--Et maintenant vous voulez qu'on vous rende votre argent? + +LE MAÎTRE D'ÉCOLE.--C'est contraire à l'usage, on ne rend jamais +l'argent chez moi. + +BLONDEL.--Cependant je veux le mien, je ne veux pas laisser mon fils en +pension chez vous. + +LE JUGE.--Pourquoi donc? + +BLONDEL.--À cause de la distribution des prix. + +LE JUGE.--Expliquez-vous. + +BLONDEL.--Imaginez-vous, mon juge, que mon enfant, qui aura onze ans à +la Saint-Nicaise, allait en classe chez cet homme contre lequel je +plaide. Il y apprenait à ravir... la manière d'arracher sa culotte et de +se fourrer des barbes de plumes dans les narines. (Rire général.) Bref, +je croyais qu'à part ces connaissances spéciales, mon enfant aurait fait +quelques progrès dans les sciences... le maître d'école que je +consultais à ce sujet, la veille de la distribution des prix, me +répétait qu'il serait récompensé selon son mérite. + +LE MAITRE D'ÉCOLE.--Il a eu un prix, il l'a été, récompensé; donc pas de +reproche à me faire. + +BLONDEL.--Joliment ma foi. Vous saurez que, n'ayant pas eu le temps +d'aller voir couronner mon fils, je l'envoyai le jour de la distribution +des prix se faire couronner tout seul. Mon petit bonhomme revient avec +une couronne atroce (rire), grosse comme le bras, de quoi orner le front +d'un géant; quand il la mettait sur sa tête, elle lui tombait sur le +ventre. (Rire général.) «Quel prix as-tu eu? lui dis-je.--Ah! papa, j'ai +oublié mon prix.--Mais enfin quel prix était-ce?--J'sais pas, +papa.--Diable d'enfant! ne pas savoir le prix qu'on a remporté... Est-ce +d'orthographe?--Non, p'pa.--C'est peut-être d'écriture?--Non, p'pa.--De +calcul?-Non p'pa.--Quelle pauvre tête!... ne pas se souvenir de son +prix!... Je vais à la pension moi-même pour le chercher... Savez-vous +quel prix mon fils avait remporté? + +LE JUGE.--Lequel donc? + +BLONDEL.--Le prix de mémoire. (Longue et bruyante hilarité.) + +Le maître d'école, pendant le rire général, rend à M. Blondel le montant +de la pension de son fils, et sort furieux du prétoire. + +MENER + +François II, empereur d'Allemagne se rendait à Luxembourg, forteresse +curieuse élevée au milieu d'un lac. Sans suite et sans gardes, il +s'amusait à conduire lui-même une barque. Il y en a beaucoup sur ses +rives. Un villageois s'approche et l'appelle; il le prend pour un +batelier. «Ohé! passez-moi! lui crie-t-il.--Volontiers,» répond le +monarque. + +Le paysan s'assied tranquillement dans la nacelle; et le souverain la +dirige. «Combien vous faut-il maintenant? dit le rustre arrivé au but, +et tirant sa bourse.--Rien, mon ami, répond l'empereur...--Vous ne menez +donc pas par état?--Si fait, je mène... mon empire.» + +MENTON + +Un Anglais et un Français se battaient au pistolet. Le premier, au +moment de tirer, n'étant pas encore bien décidé à se battre, dit: +«Parlementons.--Soit,» dit l'autre. Et la balle vint traverser la +mâchoire inférieure de son adversaire. + +MERLAN + +Un chercheur d'esprit disait, en passant devant une mairie où les +affaires n'allaient pas vite: «On peut faire maigre là tous les jours, +car on y trouve à tout heure un maire lent.» + +MERVEILLE + +En 1812, il y avait dans la rue Saint-Honoré un confiseur qui s'appelait +Veille. Dès qu'il eut un fils, il fit savoir au public qu'on pouvait +venir chez lui admirer la mère Veille. + +MESSIDOR + +Quel est le mois que les juifs aiment le mieux?--Le mois de juillet, qui +dans la république leur amenait un _Messie d'or_. + +MESURE + +On dit des musiciens que quand il s'agit de payer, ils sont rarement en +mesure. + +MILLE ANS + +Napoléon Ier aimait assez les calembours. + +En 1796, lorsqu'il sollicitait le commandement en chef de l'armée +d'Italie, il n'avait que vingt-sept ans; et, lui opposant son âge, on +balançait à le nommer. «Vous me trouvez trop jeune, dit-il, pour +commander en chef; eh bien, accordez-moi ma demande, et je vous réponds +que dans six mois j'aurai Milan.» + +MINE + +Guillot-Gorjus disait à Turlupin:--Tu m'as fait la mine.--Non, répondit +Turlupin, si je te l'avais faite, tu l'aurais plus belle. + +MOITIÉ + +Deux villageois avaient acheté un cochon en commun; au bout de six mois, +l'un voulait le tuer, l'autre ne voulait pas. «Si vous ne voulez pas +tuer votre moitié, dit le premier, laissez moi tuer la mienne.» + +MONARCHIEN + +Les dictionnaires nous apprennent que monarchien signifie, comme +monarchiste, partisan de la monarchie. En 1793, un boucher, nommé Monar, +était dur aux pauvres gens, auxquels, dans la détresse générale, il +refusait tout crédit. Un pauvre homme, fâché, écrivit sur sa porte +_monar chien_. C'était une dénonciation. Il fut arrêté comme suspect, et +sans son ami Henri, le boucher historique, il eût pu y passer. + +MONDE + +Un bonhomme disait: «Je ne connais pas d'endroit où il se passe plus de +choses que dans le monde.» + +MONORIMES + +Un des plus curieux tours de force en monorimes, employant les cinq +voyelles dans leur plus rare situation, a été fait par l'abbé de +Latteignant; on le chantait jadis sur l'air: «_En quatre mots je vais +vous dire ça._» + + I + + Je hais les dés, les cartes, le trictrac; + Je ne bois jamais de scubac + Ni de punch, ni de rack. + Par peur de la moindre claque, + Je fuis sitôt qu'on m'attaque + Plus vite qu'un brac. + Je ne vais pas courtiser Bergerac; + Et pour grossir mon sac + Je ne fais nul micmac. + Je n'ai d'horloge et d'almanach + Que mon seul estomac. + + II + + Je suis ravi du bon vieillard Issec. + Son langage est un vrai sorbec. + Malgré son vilain bec + J'irais le voir à la Mecque + Et rendre à ce vrai Sénèque + Un salamalec. + Près de lui j'aime autant un hareng pec + Blême du pain tout sec, + Que perdrix et vin grec. + O mort, si tu le fais échec, + Viens m'enlever avec + + III + + Je suis charmé, quand je suis en pic-nic. + On est libre; c'est là le hic, + En payant ric à ric. + Je fais quelques vers lyriques, + Mais jamais de satiriques; + Ce n'est pas là mon tic. + Je crains bien moins la langue d'un aspic, + Les yeux d'un basilic, + Que le blâme public. + Je ne fais nul honteux trafic; + Je suis dans mon district + + IV + + Je ne voudrais, pour l'or du monde en bloc, + Le sort m'eût-il remis au soc, + D'aucun bien être escroc. + D'un ami rien ne me choque; + S'il me raille, je m'en moque, + Sans livrer le choc. + Et j'aime autant un forban de Maroc + Que le grand monsieur Roch, + Tant il a l'air d'un croc; + Contre un turban ferais-je troc? + Non, plutôt contre un froc + + V + + Je hais les eaux de Forge et Balaruc. + Je ne porte point chez Colduc + D'ordonnance d'Astruc. + Je ne veux, sous ma perruque, + Porter cautère à la nuque, + Dussé-je être duc. + Car de son corps qui fait un aqueduc + Devient bientôt caduc, + Fût-il un gros heiduc. + Mais le vin est, si j'en crois Luc, + De tous le meilleur suc. + +On a fait aussi sur ces mêmes rimes isolées cinq adages que voici: + + Le thésauriseur cherche le sac. + Le promeneur cherche le sec. + Le biographe cherche le sic. + Le laboureur cherche le soc. + Le gourmand cherche le suc. + +On a publié, en février 1849, sur les désordres de l'Assemblée nationale +constituante, les vers monorimes suivants: + + En voyant cet affreux micmac, + On dit partout, même à Cognac, + À Bergerac, à Ribérac, + Que la république, au bissac, + Fait un déplorable tic-tac, + Qui peut finir par un cric-crac, + Comme en a produit Polignac. + Que voulez-vous? Proudhon et Bac, + Ledru-Rollin et Cavaignac + La poussent dans un cul-de-sac, + Où, par quelque coup de Jarnac, + On renversera son hamac. + Que Dieu conserve son cornac! + +MONSIEUR + +Ce nom autrefois indiquait une seigneurie. On disait: M. de Mayence, +pour l'électeur de Mayence. M. de Paris, pour l'archevêque de Paris. On +appelait Bossuet M. de Meaux, et, ce qui est assez singulier, Mme de +Sévigné, en parlant du pape, disait: M. de Rome. + +Un officier gascon, étant à l'armée, quitte un de ses camarades, et lui +dit assez haut et d'un ton important:--Je vais dîner chez Villars. Le +maréchal, qui se trouvait derrière cet officier, lui dit avec honte:--À +cause de mon rang et non à cause de mon mérite dites: Monsieur de +Villars.--Cadédis! répond le Gascon sans s'émouvoir, on ne dit pas +monsieur de César. + +Le grand Condé, ennuyé d'entendre un fat parler sans cesse de monsieur +son père et de madame sa mère, appela un de ses gens, et lui +dit:--Monsieur mon laquais, dites à monsieur mon cocher de mettre +messieurs mes chevaux à monsieur mon carrosse. + +MONTER + +Une servante apporte le mémoire du mois à son maître; il y remarque pour +trente francs de lait.--Comment! dit-il, je dois tant que ça à la +laitière?--Mon Dieu oui, Monsieur; c'est qu'il n'y a rien qui monte +comme le lait. + +MONTRER + +Une princesse passait tous les matins à apprendre l'hébreu. Un jour que +son maître de langue était entré chez elle avec une culotte déchirée, le +prince son mari lui demanda ce que cet homme venait faire dans sa +chambre. La princesse lui dit:--Il me montre l'hébreu. + +--Madame, répondit le prince, il vous montrera bientôt le derrière. + +MORCEAUX D'ENCENS + +On demandait à M. Castil-Blaze quels étaient les morceaux de musique qui +avaient la meilleure odeur. Il répondit:--Ce sont les morceaux dansants. + +MORDANT + +On demande pourquoi les gens décédés mangent du bois.--Parce qu'on les +trouve _morts dans_ leurs bières. + +MORT + +Trois députés des États de Bretagne étant venus pour haranguer le roi, +l'évêque, qui était le premier, oublia sa harangue, et ne put dire un +seul mot. Le gentilhomme qui le suivait, se croyant obligé de prendre la +parole, s'écria:--Sire, mon grand-père, mon père et moi sommes tous +morts à votre service. + +Un plaisant en fiacre, voyant passer un convoi funèbre qui s'en allait +au cimetière du Père-Lachaise, dit au cocher:--Retenez vos chevaux et +empêchez-les de prendre le _mort aux dents_. + +De tous les genres de mort dont on avait donné le choix à Arlequin, il +préféra celui de mourir de vieillesse ou d'indigestion. + +MOTS + +Un célibataire venait d'acheter une paire de mouchettes; sa gouvernante +lui ayant fait observer qu'elles étaient bien petites, il répondit +qu'elles étaient bien assez grandes pour une personne seule. + +Une ronde arriva près d'un poste. Un seul homme se trouvait présent à ce +moment, c'était le factionnaire. Le capitaine de la ronde, furieux, +s'avance sur lui en disant:--Comment, tas de coquins, vous n'êtes qu'un? + +Une femme d'esprit disait d'un orateur boursouflé qui avait une certaine +réputation d'éloquence:--Il est vrai qu'il trouve facilement ses +phrases; mais quand il les a trouvées, il est obligé de chercher ce +qu'il mettra dedans. + +Un Américain, ayant vu six Anglais séparés de leur troupe, eut l'audace +de leur courir sus, d'en blesser deux, de désarmer les autres et de les +amener au général Washington. Le général lui demanda comment il avait pu +faire pour se rendre maître de six hommes.--Aussitôt que je les ai vus, +répondit-il, j'ai couru sur eux et je les ai enveloppés. + +Un bourreau, conduisant au gibet un pauvre diable, lui dit:--Écoutez, je +ferai de mon mieux; mais je dois vous prévenir que je n'ai jamais +pendu.--Ma foi, répond le patient, je vous avouerai également que je +n'ai jamais été pendu non plus; mais, que voulez-vous! nous y mettrons +chacun du nôtre. Il faut espérer que nous nous en tirerons. + +Le deuxième consul, Cambacérès, donnait une fête à laquelle se +trouvaient beaucoup d'artistes. Elle touchait à sa fin, lorsque +Cambacérès invita Garat à chanter. Celui-ci, piqué de ce que l'on ne se +fût pas adressé plutôt à lui, tire sa montre et répond:--Impossible, +citoyen consul; il est minuit: ma voix est couchée. + +L'expression «à faire trembler» est si familière aux Gascons, qu'ils +l'emploient à tout propos. Quelqu'un faisait observer ce gasconisme à un +officier gascon, qui répondit par cette gasconnade:--Que l'expression +«cela fait trembler» est la plus forte qu'un Gascon puisse employer en +quelque circonstance que ce soit, parce qu'il n'y a rien dans la nature +qui soit au-dessus de ce qui fait trembler un Gascon. + +Le mot «au contraire» pour _non_ est encore très-usité par les Gascons. +Les députés des États du Languedoc étant à Versailles à l'audience du +roi, un Gascon du cortège trébucha et tomba. Comme tout le monde lui +demandait s'il s'était fait mal en tombant, il dit gaiement en se +relevant:--_Au contraire._ Cette manière de parler fit rire ceux qui +étaient présents. Les uns prétendaient que c'étaient un gasconisme, les +autres une gasconnade. C'était l'un et l'autre. + +Dans un grand dîner que donnait Louis XVIII, le vieux roi, s'adressant à +un seigneur, vieux aussi, lui demanda si un certain mets qu'il lui +désignait, et que le roi aimait fort, était de son goût.--Sire, lui +répondit le courtisan, je ne fais jamais attention à ce que je +mange.--C'est un tort que vous avez, reprit le roi; à tout âge il faut +faire attention à ce qu'on mange, et au vôtre à ce qu'on dit. + +M. le comte de Mailly de Beaupré portait toujours à l'armée son chapeau +à la tapageuse, en sorte que la cocarde se trouvait derrière.--Voilà, +disait un de ses officiers, une cocarde qui a bien souvent vu l'ennemi. + +Un conseiller borgne, voulant décider seul une contestation épineuse, +une autre espèce de turlupin lui dit:--Croyez-moi, empruntez les +lumières d'un de vos confrères; deux yeux valent mieux qu'un. + +Un célèbre buveur, étant à l'article de la mort, pria un de ses amis, +qui était à côté de son lit, d'y faire apporter un verre d'eau, en +disant:--A la mort, il faut se réconcilier avec ses ennemis. + +Le poëte Bret, qui a fait sur Molière des commentaires assez estimés, +alla voir, dans sa jeunesse, un seigneur bourguignon, qui, enflé de sa +fortune et de ses titres, lui dit que ses vassaux ne s'asseyaient et ne +se couvraient jamais devant lui.--Corbleu! réplique Bret en enfonçant +son chapeau sur ses oreilles et se jetant dans un grand fauteuil, ces +gens-là n'ont donc ni cul ni tête? + +La basse bohème, à Paris, emploie une langue à part. Après s'être +traités, dans une dispute, de polichinelle et de caricature empaillée, +les deux casseurs d'assiettes se retroussent les manches pour se donner +ce qu'ils appellent une raclée, une peignée, une rincée, et le plus +rageur dit à l'autre:--Numérote tes os, que je te démolisse! On arrive +alors, et on les sépare, à moins que ce ne soient des Auvergnats. + +MOURIR + +Un malade interrogé pourquoi il n'appelait pas un médecin: «C'est, +répondit-il, parce que je n'ai pas encore envie de mourir.» + +MOUSSES + +On demande pourquoi les marins font tant de cas du vin de +Champagne.--C'est pourtant bien clair. Leur raison est que c'est le vin +qui produit le plus de mousse. + +MULE + +Voici un exemple de la tolérance et des lumières des ennemis +systématiques de Rome. Un journal anglais a donné, il y a dix ans, à ses +lecteurs un récit tronqué du voyage de S. S. Grégoire XVI à Ancône. +L'auteur de ce récit, copié d'après les feuilles françaises, a traduit +la mule du pape par _mule_, animal. Mais, non content de commettre cette +grossière méprise, il y ajoute quelque chose de sa façon. Ainsi, il +raconte que «Sa Sainteté était assise sur un trône, un de ses pieds +reposait sur un tabouret recouvert de velours rouge; la mule, RICHEMENT +CAPARAÇONNÉE DE MÊME COULEUR, se trouvait à ses côtés. Toutes les +personnes, ajoute-t-il, qui étaient admises dans le salon, +s'agenouillèrent trois fois et allèrent baiser la mule.» + +L'écrivain accompagne ce récit des commentaires les plus ridicules; il +s'élève contre la superstition des catholiques qui s'avilissent au point +de baiser de vils animaux. C'est là de l'idolâtrie, du fétichisme, etc. +Il conclut en faisant l'éloge de la réforme, qui a aboli le culte des +mules, etc. + +Si des journalistes se trompent à ce point sur ce qui concerne le chef +visible de l'Église, est-il étonnant que tant de réformés, en Angleterre +comme en Allemagne, nourrissent des préjugés absurdes contre le +catholicisme? + +MUR + +Lorsque les fermiers généraux enfermèrent Paris d'un mur d'enceinte en +1785, cette innovation triste souleva presque autant de clameurs que +l'enceinte continue en 1840. On fit là-dessus le vers qui suit: + + Le mur murant Paris rend Paris murmurant. + + + +N + +NACELLE + +Quel est l'âne qui va le mieux à l'eau?--C'est _l'âne à selle_. + +NAIN + +La vie que menait, au dernier siècle, le prince d'Hénin, lui attira +cette épigramme de Champcenetz: + + Prince, à te juger par ton train, + Tu fais un rôle des plus minces; + Tu n'es plus le prince d'_Hénin_, + Mais seulement le nain des princes. + +NAIVETÉ + +On recommandait à une dame malade de boire de l'eau de sedlitz, et on +lui disait: «Il n'y a que le premier verre qui coûte à boire.--Eh bien! +dit la malade, je ne prendrai que le second.» + +M. de D*** recommanda très-instamment qu'on l'ouvrît, et en donna la +raison suivante: «Les médecins n'ayant pu s'accorder entre eux sur le +genre de ma maladie, je ne serais pas fâché de savoir à quoi m'en tenir +sur la cause de ma mort.» + +Un conseiller disait à un ami: «Si j'avais quelque chose de bon, je vous +dirais de dîner avec moi.» Le domestique qui le suivait lui dit à +demi-voix: «Monsieur, vous avez une tête de veau.» + +Un banquier anglais, nommé Fer ou Fair, fut accusé d'avoir fait une +conspiration pour enlever le roi (George III), et le transporter à +Philadelphie. Amené devant ses juges, il leur dit: «Je sais très-bien ce +qu'un roi peut faire d'un banquier, mais j'ignore ce qu'un banquier peut +faire d'un roi.» + +Un dame de la cour dit un jour: «C'est bien dommage que l'aventure de la +Tour de Babel ait produit la confusion des langues; sans cela, tout le +monde aurait toujours parlé français.» + +On pressait une femme lancée dans l'esprit et dans les sciences, et qui +devait aller à l'Observatoire voir une éclipse de lune. «Ne vous +inquiétez pas, dit-elle, M. de Lalande a beaucoup de bontés pour moi; si +c'est fini quand nous arriverons, il fera recommencer.» + +Un provincial, étant à Saint-Cloud, vit Napoléon dans ses jardins: + +«Je l'ai vu, dit-il, ce grand empereur, qui se promenait lui-même.» + +NERF DE BOEUF + +On disait d'un homme colère qu'il ne s'expliquait jamais qu'avec un air +de boeuf. + +NÉRON + +Dans le temps où quelques hommes changeaient de nom pour prendre les +noms de Brutus, de Scévola, de Fabricius, Publicola, etc., un membre de +la section des Tuileries disait à la tribune: «Et moi aussi je veux +prendre un nom romain, afin que l'on ne doute plus de mon patriotisme; +je veux m'appeler comme celui qui mit le feu dans la commune de Rome +pour faire brûler les aristocrates, et qui manqua d'être la victime +d'Épicharis et de Séjan... celui... Parbleu!... Aidez-moi donc... +celui... qui... pardienne, vous n'en connaissez pas d'autre, celui qui +n'avait pas comme gui dirait un nez pointu... + +--Que t'es bête, lui dit un collègue, c'est _nez rond_. + +--Oui, c'est ça, je me baptise Nez rond. + +NEUF + +Ah! mon cher ami, que je suis aise de vous rencontrer. Savez-vous ce +qu'on dit de neuf? + +--Non, eh bien? + +--Eh bien, on dit que c'est la moitié de dix-huit. + +NEZ + +Un camus annonçait à ses amis que sa femme venait d'accoucher.--Ah! tant +mieux, lui répondit-on, tu auras un _nouveau-né_. + +Quel événement a ruiné les marchands de tabac? + +--La descente d'Énée aux enfers. (Voyez _Diné_.) + +M. Fouquier-Long, n'ayant pas été réélu par le département de la +Seine-Inférieure, son épouse signa depuis ses lettres et billets: Femme +Fouquier, _née Long_. + +Dans la petite pièce intitulée: _le Sourd_, le papa Doliban donne ainsi +le signalement de son gendre futur: «Front large, cheveux châtains, nez +aquilin...» + +--Comment, né à Quilin! papa, vous vous trompez; vous savez bien que je +suis né à Châlons-sur-Marne. + +M. Renaudot, médecin à Montpellier, avait le nez camus. Il perdit contre +Guy-Patin, médecin de Paris, un procès et s'en plaignait fort en sortant +de l'audience. Guy-Patin lui dit: «Si vous avez perdu d'un côté, vous +avez gagné de l'autre; car vous étiez entré ici avec le nez camus, et +maintenant vous avez _un pied de nez_.» + +On doit à Désaugiers le joyeux pot-pourri de la bouche et du nez, qui +est farci de quelques jeux de mots. Nous le donnons ici: + + POT-POURRI DE LA BOUCHE ET DU NEZ + + Air: _Mon père était pot._ + + Jugez si je fus étonné + Lorsque, la nuit dernière, + Je sentis ma bouche et mon nez + S'agiter en colère. + Qui donc en sursaut, + Me dis-je aussitôt, + Si matin me réveille? + Le nez se moucha, + La bouche cracha, + Et je prêtais l'oreille. + + LA BOUCHE, bâillant. + + Air: _Je suis né natif de Ferrare._ + + Maudit nez! Le diable t'emporte + Ronfla-t-on jamais de la sorte! + + LE NEZ. + + Morbleu! quel démon m'installa + Près de cette bavarde-là? + + LA BOUCHE. + + Et c'est au milieu du visage + Qu'on loge un si sot personnage! + + LE NEZ. + + Tout sot que je suis, je me croi + Encor moins mâchoire que toi. + + LA BOUCHE, piquée. + + Air de _la Fanfare de Saint-Cloud_. + + Que m'importent ta colère + Et tes sarcasmes mordants! + + LE NEZ. + + Est-ce pour me faire taire + Que tu me montres les dents? + + LA BOUCHE. + + Va, je ris de tes sottises; + Entends-tu, vilain camus? + + LE NEZ. + + Quelque chose que tu dises, + J'aurai toujours le dessus. + + LA BOUCHE. + + Air: _Réveillez-vous, belle endormie._ + + Nécessaire autant qu'agréable, + Je sers l'enfant et le barbon; + Et de toi, qui fais le capable, + On ne peut rien tirer de bon. + + LE NEZ. + + Air: _La bonne aventure au gué!_ + + De quelque titre plâtré + Que tu t'autorises. + Jamais je ne souffrirai + Que tu me maîtrises. + Si tu le veux, fâche-toi, + Je n'ai jamais craint, ma foi, + D'en venir aux prises, + Moi... + D'en venir aux prises. + + LA BOUCHE. + + Air: _Si Dorilas._ + + Je suis utile à mille choses. + + LE NEZ. + + De ses dons le ciel m'a comblé. + C'est pour moi qu'on plante les roses. + + LA BOUCHE. + + C'est pour moi qu'on sème le blé. (_bis._) + + LE NEZ. + + Par moi l'on respire sur terre. + + LA BOUCHE. + + C'est moi qui préside aux repas. + + LE NEZ. + + L'homme, sans moi, ne vivrait guère. + + LA BOUCHE. + + L'homme, sans moi, ne vivrait pas (_bis._) + + LE NEZ. + + Air de _l'Avare et son ami_. + + Dans une maison, lorsqu'on entre, + À l'instant même du dîner, + Ne dit-on pas, frappant son ventre: + Ma foi! je vois que j'ai bon nez? + + LA BOUCHE. + + De tous les mets auxquels on touche, + Celui qu'on croit de meilleur goût + N'est-il pas celui que partout + On garde pour la bonne bouche? (_bis._) + + LE NEZ. + + Air: _Jeunes filles, jeunes garçons_. + + Tu conviens pourtant que jamais + Tu ne cessas d'être gourmande? (_bis._) + + LA BOUCHE. + + C'est bien toi que tout affriande, + Jusqu'à la seule odeur des mets. + + LE NEZ. + + Oui, leur parfum me touche; + J'en dois faire l'aveu; + En tout temps, en tout lieu, + Je fus toujours un peu + Sur la bouche (_bis._) + + LA BOUCHE. + + Air: _Dans la vigne à Claudine_. + + As-tu juré de mettre + Ma patience à bout? + C'est trop me compromettre + Avec ce marabout. + + LE NEZ. + + En vain tu voudrais feindre; + J'ai su te battre... + + LA BOUCHE. + + Moi! + Que puis-je avoir à craindre + D'un morveux comme toi? (_trois fois._) + + LE NEZ, rouge de fureur. + + Air: _Tenez, moi, je suis un bon homme_. + + Qui? moi, morveux! dans ma colère, + Je vais te prouver sans pitié, + Que le nez est un adversaire + Qui ne se mouche pas du pied. + (Après un moment de réflexion.) + Je me salis, si je te touche... + Il vaut bien mieux nous séparer... + Et, d'ailleurs, le nez et la bouche + Sont-ils faits pour se mesurer? + + LA BOUCHE. + + Air: _Bon voyage, cher Dumollet._ + + Bon voyage, + Mon cher voisin! + Nous en ferons tous deux meilleur ménage. + Bon voyage, + Mon cher voisin! + Loin l'un de l'autre, on est toujours cousin. + + LE NEZ, se détachant et lui tournant les talons. + + Tu vas savoir si du nez l'on se passe. + + LA BOUCHE. + + Dans quel quartier vas-tu donc demeurer? + + LE NEZ. + + Je ne tiens pas une si grande place + Que je ne trouve enfin où me fourrer. + + LA BOUCHE. + + Bon voyage, + Mon cher voisin! + Nous en ferons tous deux meilleur ménage. + Bon voyage, + Mon cher voisin! + Loin l'un de l'autre, on est toujours cousin. + (Le nez sort par une vitre cassée.) + + LA BOUCHE, se regardant au miroir. + + Oh! grand Dieu! sans nez que je suis laide! + J'ai tort, j'en conviens. + Cher nez, reviens + Vite à mon aide. + Oh! grand Dieu! sans nez que je suis laide! + Je sens qu'en effet + La nature avait tout bien fait. + + LE NEZ, dehors, cherchant où se poser. + + Mais où donc faut-il que je me place? + Mon oeil étonné + Rencontre un nez + Sur chaque face. + Mais où donc faut-il que je me place? + Où donc me jucher? + Où me nicher? où me percher? + + LA BOUCHE, au désespoir. + + Oh! grand Dieu! sans nez que je suis laide! + J'ai tort; j'en conviens. + Cher nez, reviens + Vite à mon aide. + Oh! grand Dieu! sans nez que je suis laide! + Je sens qu'en effet + La nature avait tout bien fait. + + LE NEZ, un peu honteux, reprenant sa place. + + Air: _Qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il tonne!_ + + Je voulais faire un coup de tête... + Mais toute réflexion faite, + Je reste où le destin m'a mis. + Peut-être ailleurs serais-je pis. + + FINAL. + + Air: _Aussitôt que la lumière._ + + À ces mots ils s'embrassèrent; + Et, se tenant par la main, + Tous les deux ils se jurèrent + Alliance, accord sans fin. + C'est ainsi que, sur la terre, + Me dis-je alors en secret, + La discorde sait se taire, + A la voix de l'intérêt. + +NICHES + +Pourquoi les saints n'aiment-ils pas trop les maçons?--Parce qu'ils leur +font des niches. + +NOIRCEUR + +Un bourgeois facétieux, passant devant un couvent de femmes, +disait:--Voilà une maison pleine de noires soeurs. + +NOMS + +Un journal de Lyon mentionnait, il y a quelque temps, quelques +associations de noms propres qui donnent lieu à de plaisants jeux de +mots. Ainsi, il y a eu dans cette ville une maison de commerce célèbre +sous la raison de: _Lajoie_, _Rigodon_, _Vidon et Cie_. Viennent ensuite +MM. _Hyver_, marchand de charbons; _Gilet_, marchand de bas; _Mouton_, +boucher; Mlle _Quinquet_, veilleuse. Tout cela, du reste, n'est rien à +côté de l'adresse d'une, lettre dont le _Salut public_ garantit +l'authenticité: _A Monsieur Vermine, au dépôt de Mendicité, place de la +Misère, à La Charité_. M. Vermine a été longtemps concierge du dépôt de +mendicité de la Charité-sur-Loire, et peut-être l'est-il encore. (Voyez +_Jeux de mots et facéties_.) + +On a imprimé au dernier siècle un assez mauvais roman; les héros +portaient des noms à prétentions allégoriques. C'étaient le père +Vertisseur, le père Manant, le père Nicieux, le père Foré, le père +Hoquet, le père Sonnel, le père Fide, le père Lé, etc. Dans les femmes, +c'était la mère Veille, la mère Tume, la mère Idienne, la mère Curiale, +la mère Ida, la mère Ingue, Puis des Anglais et des Anglaises: lord +Gueil, lord Nière, lord Ange, lord Dinaire, lord Igine, lord Tie, lord +Gane, lord Seille, lady Arrhée, lady Scorde, lady Gestion, lady Spense, +lady Forme, lady Aphane. Des plaisanteries de ce genre n'auraient +peut-être pas grande vogue aujourd'hui. + +Trois Anglais, dont les noms étaient: _Singulier_, _Davantage_ et +_Juste_ (Strange, More, Right), s'étant trouvés ensemble à souper dans +une taverne, le dernier dit aux autres:--Il y a un voleur parmi nous; +c'est Singulier.--Cela est vrai, reprit Singulier; mais pourquoi pas +Davantage?--Oui, reprit Davantage, il faut être Juste. + +Le docteur Drawell ayant rencontré un de ses amis la veille d'une +exécution qui devait se faire à Tyburn, lui demanda s'il savait le nom +du criminel.--Pas trop, reprit l'autre; c'est un certain +Pronom.--Comment! un Pronom?--Rien n'est plus vrai; mais on assure que +ce n'est ni vous ni moi. + +NORMANDS + +Le Gascon par excellence, Cyrano Bergerac, dit, dans son _Pédant +joué_:--Et la seconde objection que je fais est que vous êtes Normand: +Normandie _quasi_ venue du _Nord_ pour _mendier_. De votre nation les +serviteurs sont traîtres, les égaux insolents, les maîtres +insupportables. Jadis le blason de cette province était trois faux, pour +montrer les trois espèces de faux qu'engendre ce climat: _Scilicet_, +faux sauniers, faux témoins, faux monnayeurs. Je ne veux point de +faussaires en ma maison. + +NOTAIRE + +Un plaisant disait que la métempsycose ne le surprenait pas, puisque +lui-même pouvait faire avec _un os taire_ un chien. + +NOUS + +Un grand seigneur de la cour, qui aimait beaucoup les chevaux, fut +extrêmement surpris de ce que son écuyer lui vint dire un matin que le +cheval qu'il avait monté la veille était mort.--Quoi, dit-il, le cheval +que j'avais hier à la chasse?--Oui, Monsieur.--Ce cheval bai que j'ai eu +de M. de Barradas?--Oui, Monsieur.--Qui n'avait que six ans?--Oui, +Monsieur.--Qui mangeait si bien?--Oui, Monsieur, celui-là même, répondit +l'écuyer.--Eh! bon Dieu! écria le maître, qu'est-ce que c'est que de +nous! + +NUMA POMPILIUS + +On parlait à une dame bel esprit de ce gracieux roman-poëme de Florian. + +--L'avez-vous lu? lui disait-on. + +--Certainement, répondit-elle avec assurance; et j'en avais prévu le +dénoûment dès le début. + +--Quel dénoûment? + +--Mon Dieu, comme toujours, un mariage: Pompilius qui finit par épouser +Numa. + + + +O + +Quel est le plus agréable des O?--l'O riant.--l'O est aussi la lettre la +plus humide. + +L'O était chez les anciens l'emblème de l'éternité. Il est le sujet de +l'énigme suivante: + + Je sais de l'Éternel la figure et l'emblème: + Mortel, que ferais-tu sans mon pouvoir suprême? + Rien. Le monde sans moi n'aurait plus de soutien; + Je suis utile à tout, sans être propre à rien. + +OBÉISSEZ + +S'écrit avec les quatre lettres OBIC. + +OBSERVER + +Le grammairien Urbain Domergue était retenu au lit par un abcès à la +gorge, qui menaçait de le suffoquer. Son médecin s'approche et lui +dit:--Si vous ne prenez ce que je vous ordonne, je vous observe que... + +--Et moi, je vous fais observer, s'écrie le moribond, transporté d'une +scientifique colère, que c'est bien assez de m'empoisonner par vos +remèdes, sans qu'à mon dernier moment vous veniez m'étouffer par vos +solécismes! + +À ces mots prononcés avec impétuosité, l'abcès crève, la gorge se +débarrasse, et grâce au solécisme, l'irascible grammairien est guéri. + +ODRY + +Un médecin fashionable disait, il y a dix ans, à un malade +triste:--prenez de l'_odry_.--Le malade prit de l'_eau de riz_, et n'en +fut que plus resserré. + +Nous avons cité plusieurs calembourgs d'Odry. Voici deux chansons de sa +façon. + + I. + + --Papa, ces p'tits bateaux + Qui vont sur l'eau + Ç'a-t-il des jambes? + --Mais s'ils n'en avaient pas, + Petit bêtat, + Ils n'iraient pas. + + II. + + Petit-Jean, hausse-moi, + Pour voir les fusées volantes; + Petit-Jean, hausse-moi, + Pour voir les fusées voler. + + Petit-Jean m'a haussé, + J'ai vu les fusées volantes. + Petit-Jean m'a haussé, + J'ai vu les fusées voler. + +OEUF + +Bobèche disait que le mariage, les premiers jours, est _un noeud frais_, +au bout d'un an _un noeud dur_, et quelquefois _un noeud brouillé_. + +OEUFS + +Quel est le pays où l'on mange le plus d'omelettes?--La ville d'_Eu_. + +OIE + +Un républicain, à dîner chez un de ses amis, vit servir un foie de veau +piqué et une oie à la broche.--À la bonne heure! dit-il, on ne pourra +plus vous accuser de n'avoir ni foi, ni loi. + +OMBRE + +Un homme surpris par un bataillon de ses ennemis, quelque brave qu'il +soit, peut avoir peur de son nombre. + +ONCE + +Quel était la voiture la plus légère au baptême du prince impérial? + +--La voiture du Nonce. + +ORDRE + +Comme le chevalier Taylor racontait les honneurs qu'il avait reçus des +différentes cours de l'Europe, et les ordres dont il avait été décoré +par un grand nombre de souverains, un membre du parlement, qui se +trouvait près de lui, observa qu'il n'avait pas nommé le roi de Prusse, +et il ajouta:--Je présume qu'il ne vous a jamais donné aucun +ordre.--Pardonnez-moi monsieur, reprit le chevalier, il m'a donné +l'ordre de quitter ses États. + +OREMUS + +Quel est le plus poli d'_Oremus_ et de _Quæsumus_. + +--C'est _Oremus_, car on dit souvent: _Oremus visita Quæsumus_; et on ne +voit pas que _Quæsumus_ ait visité _Oremus_. + +On repoussa, au théâtre français, en 1814. une tragédie de _Romulus_, +dont le premier vers commençait par ces mots: _ô Remus_. Des plaisants +citent ainsi le vers entier: + + _O Remus, dominez_ sur les remparts de Rome. + +ORIGINAL + +Un doyen anglais, qui n'était pas d'un très-grand génie, acheta un jour, +d'un homme de lettres, un sermon qu'il prêcha avec beaucoup de succès +dans une grande chapelle de Londres. Le dimanche suivant, il alla dans +une autre église pour assister à l'office, et eut le désagrément +d'entendre un autre ecclésiastique prêcher le même sermon que le sien, +devant une nombreuse assemblée qui couvrait d'applaudissements le +prédicateur. Courroucé de ce que l'auteur avait abusé sa bonne foi, il +lui fit reproche, dans les termes les plus vifs, de lui avoir vendu une +copie pour un original. «Vous vous trompez grandement, lui repartit +l'auteur, car c'est l'autre prédicateur qui a la copie, et vous avez +l'original.» + +OS + +Quelqu'un disait, en voyant jouer une actrice fort maigre: il n'est pas +besoin d'aller à Versailles ou à Saint-Cloud pour voir jouer les os. + +OU + +Le célèbre Daniel Burgess dînait un jour en ville, chez une personne de +sa connaissance. Lorsqu'on en fut au dessert, on servit un grand fromage +du Cheshire. + +--Où l'entamerai-je, demanda Daniel? + +--Où vous voudrez, reprit le maître de la maison? + +Là-dessus, Daniel, appelant un des domestiques qui servaient à +table:--Portez, dit-il, ce fromage chez moi; je l'entamerai à la maison. + +OURAGAN + +L'empereur Nicolas disait un jour au prince Dolgorouki: Devine quel est +le moment où M. Guizot a le plus tempêté. + +--Je ne sais pas. + +--Eh bien... c'est quand il a suivi Louis XVIII dans les Cent Jours, +qu'il a fait un petit tour à Gand. + +OURSINS + +M. Prud'homme a constaté que les ours sains sont ceux qui généralement +se portent le mieux. + +OUVRIR LA BOUCHE + +Montmaur était avocat et professeur en langue grecque; c'est pour cela +qu'on l'appelait le Grec. Quoiqu'il fût fort riche, il voulait ajouter +au plaisir de faire bonne chère, celui de ne rien dépenser; il tenait un +registre de toutes les bonnes tables de Paris, et cherchait les moyens +de s'y introduire--Il était d'un naturel satirique; dès qu'il se +trouvait avec de grands seigneurs, il se déchaînait contre tous les +auteurs et les savants. Ses habitudes de parasite et sa médisance firent +dire de lui «qu'il n'ouvrait jamais la bouche qu'aux dépens d'autrui.» + + + +P + +PAGES + +On proposait au directeur de la troupe des comédiens de Versailles de +laisser entrer tous les pages du roi, de la reine et des princes. Il +objecta, avec raison, que beaucoup de pages font un gros volume. + +PAIN ET BOUILLI + +Bouilly est connu par quelques ouvrages médiocres, parmi lesquels on +citera, si vous voulez, _les Contes à ma fille_, deux volumes que +donnait en prix, tous les ans, madame Campan, à la maison d'Écouen. +Joseph. Pain ne manquait pas de faire, pour cette solennité, des vers +que l'on distribuait également aux jeunes pensionnaires. Un plaisant +dit, à ce sujet, que les filles (d'Écouen), quand elles se conduisaient +bien, recevaient tous les ans deux livres de bouilli et un morceau de +pain. + +PAIR + +Le jour de l'apparition des trois ordonnances (juillet 1830), un balourd +empressé se rencontre avec M. de Sesmaisons au tourniquet de Saint-Jean, +et, comme il le gênait en passant, il lui dit: Excusez, gros +père.--Allons, s'écria l'ex-honorable député, on ne peut plus garder son +incognito dans cette ville; cet homme sait déjà que je suis pair de +France. + +Un Gascon, voyant un duc perdre au jeu, s'écria:--Il est _duc et perd_. + +ÉPIGRAMME DE 1790. + + Par un arrêt plein de sens, de raison, + Les douze cents majestés de la France, + En corrigeant l'impertinence + Des magistrats du bon peuple breton, + Les ont, pour le bien de leurs âmes, + Déclarés tous séditieux, pervers, + Félons, coquins, traîtres, infâmes... + C'est un jugement de leurs pairs. + +PALAIS + +On appelle palais la partie intérieure de la bouche, qui en est la +voûte. + +Le Palais de Justice ayant été incendié dans le siècle dernier, les +Parisiens, qui rient de tout, même de leur propre malheur, se passèrent +de main en main le quatrain suivant: + + Certes, ce fut un triste jeu, + Quand à Paris, dame justice, + Pour avoir mangé trop d'épice, + Se mit le palais tout en feu. + +--Quelle différence y a-t-il entre les princes et les huîtres? + +--C'est que les huîtres ne font que traverser le palais, et que les +princes y résident. + +Cette solution rappelle un des calembours de M. de Bièvre. Il revenait +de Versailles où il avait assisté au déjeuner de Louis XV, et on lui +demandait ce qu'il y avait remarqué. + +--J'ai vu, dit-il, une huître traverser le palais royal. + +PAON + +--Quels sont les paons les plus lourds?--Ce sont les plus gras.--Non, ce +sont les pans de murailles, comme les plus légers sont les pans +d'habits, et les plus crottés les pantalons. + +On annonçait un jour, en objet à vendre, une volière ayant huit pans. Un +amateur de paons l'alla voir. C'était une volière octogone. + +PAPIER + +Ce mot a plusieurs sens, qu'il est inutile d'exposer. On comprendra +aisément ce qu'il veut dire ici. Ces vers ont paru en 1790. + + L'or, l'argent et l'airain, aussi bien que le fer + Chez nos premiers aïeux ont eu chacun leur âge. + Celui-ci doit son nom au charlatan Necker; + Et du peuple français l'auguste aréopage, + Secondant les projets du ministre banquier, + Veut que l'âge présent soit l'âge du papier. + +PARAPET + +Un homme passant avec sa femme sur le pont Royal, à Paris, pont +très-fréquenté, laissa échapper un de ces soupirs intérieurs dont on +rougit toujours un peu.--Prends-donc garde à ce que tu fais, lui dit sa +femme.--Ne crains rien, répondit-il; tu vois bien qu'il y a ici des +parapets. + +PARDON + +À Messine, où commandait le maréchal de Vivonne, un officier vint le +réveiller pour lui dire quelque chose. Il commença ainsi: «Monseigneur, +je vous demande pardon, si je viens vous réveiller.--Et moi, lui +repartit le maréchal, je vous demande pardon si je me rendors.» + +PAREIL + +Un bourgeois qui avait un attelage de deux chevaux bruns perdit l'une de +ses bêtes, et chargea le domestique de rappareiller le survivant. Le +domestique chercha, découvrit et vint dire à son maître:--Monsieur, j'ai +trouvé votre pareil. + +PARLEMENT + +Montmaur dit, dans sa requête au Parlement: + + De la cour du grand parlement + Tout homme qui mal parle ment. + +PAROLE + +Ménage se trouvait dans le cloître des Chartreux lorsqu'on y faisait +voir le tableau de saint Bruno. Quelqu'un dit: «Il ne lui manque que la +parole.--En ce cas, dit Ménage, il est parfait; car il ne pourrait +parler sans manquer à la règle.» + +PARTIR + +Potier dit un jour à un de ses amis qu'il avait eu jadis des fusils +excellents: «En quoi étaient-ils donc si merveilleux? reprit +l'autre.--C'est qu'ils partaient aussitôt qu'il entrait des voleurs chez +moi, quoiqu'ils ne fussent pas chargés.--Et comment cela?--Parce que les +voleurs les emportaient pour eux.» + +Quand la brillante société de Paris s'échappe au beau temps pour les +eaux et la compagne, les pointus disent qu'il y a dans la capitale +beaucoup d'_esprit de parti_. + +PAS + +Au commencement de 1793, les gazettes allemandes ayant répandu le bruit +que le prince de Brunswick avançait à pas de géant sur Paris, un soldat +de l'armée parisienne lit l'impromptu suivant: + + Monsieur l'imprimeur allemand, + Rendez-nous un petit service; + Effacez: À pas de géant, + Et mettez: À pas d'écrevisse. + +Un poëte de village a placé sur la porte du cimetière de sa commune +l'inscription suivante: + + Tous tes pas sont faux pas; tu ne fais pas de pas + Que tes pas, pas à pas, n'amènent ton trépas. + +PASSER + +Sur la porte du passage de l'église de Saint-Séverin, qui menait +autrefois du cimetière à la rue de la Parcheminerie, on lisait ces vers: + + Passant, penses-tu pas passer par ce passage, + Où passant j'ai passé? + Si tu n'y penses pas, passant, tu n'es pas sage; + Car, en n'y pensant pas, tu te verras passé. + +Un ignorant, bel esprit et quelque peu farceur, se présente à +l'université de Reims pour y passer maître ès arts. Il y est reçu. +Surpris de la facilité avec laquelle il avait acquis ce grade, il va de +nouveau trouver le président de la Faculté, et lui dit: «Monsieur, +pendant que je suis en cette ville, je voudrais profiter de l'occasion, +et faire aussi passer mon cheval maître ès arts.--Monsieur, lui répondit +le président, je suis fâché de ne pouvoir vous obliger davantage, mais +nous ne recevons ici que les ânes.» + +PATAQUIÈS OU PATAQU'EST-CE + +Lorsqu'en 1857 on distribua la médaille de Sainte-Hélène, les journaux +citèrent la lettre suivante, adressée à l'Empereur, au camp de Châlons: + +«Sire, + +«J'ai contracté sous votre cher oncle deux blessures mortelles, qui, +depuis 30 ans, font l'ornement de ma vie, l'une à la cuisse droite, +l'autre à Wagram. Si ces deux anecdotes vous paraissent susceptibles de +la croix d'honneur, j'ai bien celui de vous en remercier d'avance. + +«_Signé_: ANTOINE BONNIOT, «_Caporal honoraire à l'ex-jeune garde_. + +«_P. S._ Mme Bonniot sera bien sensible à votre amabilité. +«Affranchir la réponse, s'il vous plaît. +«Ci-joint les pièces amplificatives.» + +PATTE ÉTHIQUE + +Une actrice qui avait la main décharnée, se présenta sur le théâtre où +elle joignait, à une déclamation forte, de grands gestes, en déployant +de grands bras. + +--Quel pathétique! s'écria un des spectateurs. + +PAUVRE + +Le collége des Grassins, à Paris, a été fondé pour les pauvres écoliers +du diocèse de Sens. Il y avait autrefois, au-dessus de la porte: +_Collège des Grassins, fondé pour les Pauvres de Sens_. Cette +inscription fit croire que c'était un hôpital de fous. On fut obligé de +la supprimer. + +Un ami de Bayle s'entretenait avec ce philosophe sur la pauvreté des +gens de lettres: «Ah! mon ami, lui dit Bayle, le nombre des auteurs +pauvres est presque aussi considérable que le nombre des pauvres +auteurs.» + +Un pauvre diable qui passait par un village alla, pressé par la faim, +heurter à la porte d'un seigneur: + +--Qui êtes-vous? lui demanda-t-on. + +--Je suis un pauvre musicien qui demande la passade. + +--Entrez. + +Entré qu'il fut, le seigneur le fit dîner avec lui. Ce seigneur était +mélomane; et il avait fait apprendre la musique à ses enfants, garçons +et filles. Après le dîner, il fait apporter des livres de chant; il les +distribue, un à l'étranger, et les autres à ses enfants. Ceux-ci se +mirent à chanter; le seigneur qui n'entendait rien dire au passant, +croyait qu'il voulait écouter un moment. À la fin, comme le silence +continuait: + +--Vous ne chantez point? lui dit-il. + +--Non, monsieur. + +--Pourquoi? + +--Monsieur, ne vous ai-je pas dit que j'étais un pauvre musicien? Eh +bien! je suis si pauvre musicien, qu'en fait de musique je n'y entends +rien du tout. + +Un bourgeois de Londres fut pareillement arrêté dans la rue par un homme +qui lui demanda l'aumône, en se qualifiant de pauvre savant. Le +bourgeois lui donna un schelling, en lui parlant latin.--Ah! Monsieur, +lui répondit le mendiant, je me suis qualifié de pauvre savant, et je +suis tellement pauvre savant que je n'ai pas même appris mon alphabet. + +PÊCHER + +Dès les premiers jours de la Révolution, le gouvernement provisoire a +envoyé M. Auguste Luchet à Fontainebleau, en qualité de gouverneur de +l'ex-château royal. + +Il n'y avait rien du tout à gouverner dans le splendide palais bâti par +le génie de Primatice.--Il n'y avait qu'à se promener dans le parc et à +prendre du ventre. + +M. Auguste Luchet, qui est romancier, se promena, rêva, digéra, et, au +bout du compte, se chercha un autre passe-temps.--Il découvrit alors ce +fameux vivier où sont des carpes dont plusieurs ont de la barbe et sont, +dit-on, contemporaines de François Ier.--Il imagina d'y goûter; il +pêcha, trouva l'exercice bon, et, depuis lors, il pêche toujours. + +Les habitants de Fontainebleau s'alarmèrent d'un labeur si +terrible.--Ils écrivirent au général Cavaignac une lettre dans laquelle +on trouvait ce passage: + +«Citoyen général, nos prédicateurs disent que le juste pèche au moins +sept fois par jour. Or, M. Auguste Luchet pèche du matin au soir, sans +discontinuer. Jugez s'il est juste.» + +PEINDRE + +--Pendant que mon mari peignait notre corridor, disait une Parisienne, +je peignais nos enfants; nos enfants étaient bien peignés, mais notre +corridor était mal peint. + +On sait que Wateau était, au dernier siècle, un peintre célèbre. Un +autre Wateau était coiffeur renommé. Un bourgeois de Paris, invité à la +cour, envoyant chercher Wateau le coiffeur, qu'il ne connaissait pas, +dit à son domestique: + +--Va-t'en me chercher Wateau; il faut qu'il me peigne tout de suite. Le +domestique, qui entendait tous les jours vanter le peintre, courut chez +lui, et Watteau arriva. + +--Bonjour, monsieur Wateau, dit le bourgeois, je vais à la cour et j'ai +besoin de vos talents. A quel prix me peignez-vous? + +--Mais, monsieur, dit l'artiste, pour que vous soyez convenable, vous me +donnerez cinquante louis. + +Le bourgeois sauta en l'air: + +--Comment, cinquante louis! Renaud me peigne pour quinze sous en +perfection. + +L'artiste rit longtemps du quiproquo. + +PÊNE + +Qu'est-ce qui ressemble le plus à une serrure?--C'est une femme +malheureuse, parce qu'elle n'est jamais sans peine. + +PENSER + +On sait que l'ordre de la jarretière a pour devise: _Honni soit qui mal +y pense._ Les marquis de Mesgrigny à leur château de Villebertain ont +fait écrire en lettres d'or, au-dessus de la grande porte de leurs +écuries: _Honni soit qui mal y panse._ + +Le comte de Lauraguais revenait de l'Angleterre. Louis XV, le revoyant à +Versailles, lui demanda d'où il arrivait. + +--De Londres, Sire. + +--Et qu'êtes-vous allé faire là? + +--Apprendre à penser. + +--A panser les chevaux, répliqua le roi. + +En 1815, une noble marquise des environs de Valenciennes se casse la +jambe en descendant de voiture, dans la cour des Tuileries. Son époux +désolé commande à l'un de ses gens d'aller au plus vite chercher un +chirurgien. + +--Lequel, monsieur, dit le domestique? + +--N'importe, pourvu qu'il pense bien. Le laquais court, et ramène un +Esculape dont les bons principes étaient connus; deux jours après, +madame était morte: Hélas! ce brave docteur pensait bien, mais il +pansait mal. + +PEPIN + +Quelle différence y a-t-il entre l'histoire de France et une poire +d'Angleterre. + +--L'histoire de France n'a qu'un Pépin et la poire en a plusieurs. + +C'est un calembour de M. de Bièvre. + +PÉQUIN OU PÉKIN + +Mot injurieux par lequel les militaires désignaient autrefois un +bourgeois. Lorsque Martainville fut accusé d'avoir livré le pont du Pecq +près Saint-Germain aux alliés, on fit courir ces vers, où l'application +de péquin est plus juste: + + À Scipion, sa république, + Pour avoir dompté l'Afrique, + Donna le nom d'Africain. + Nommons donc cette âme vile, + Qui du Pecq livra la ville, + Martainville le _Pecquin_. + +PERÇANT + +Un faiseur de calembours a soutenu que les Perses avaient introduit dans +le monde _les cris persans_. + +Le même prétend que le roi Persée, prisonnier des Romains, avait charmé +les ennuis de sa captivité, en fabriquant ces sortes de chaises qui +portent son nom. + +PERDRE + +Un ecclésiastique de Troyes, prêchant, perdit la mémoire; un plaisant se +leva et dit:--Qu'on ferme la porte; il n'y a ici que d'honnêtes gens; il +faut que la mémoire de monsieur se retrouve. + +PERDRIX + +Un plaisant, voyant deux ris de veau sur la table, chez Véry, +embarrassait le garçon de service en lui disant:--Faites-moi le plaisir +de me passer cette _paire de ris_. + +PÉROU + +On parlait dans une société du mariage du doge de Venise avec la mer +Adriatique.--Il y a, dit quelqu'un, un fait plus singulier, c'est +l'union indissoluble de père Ou et de la mère Ique. + +PERRUQUE + +Pendant les guerres de l'empire, un Troyen, entendant annoncer que le +général Baville avait pris perruque, demanda où cette ville était +située. Un vieil abbé lui répondit: Sur la nuque. + +PERRUQUIER + +L'argot de cette profession a fourni à un membre de la corporation une +série de calembours à propos de la guerre d'Italie.--Les autrichiens, +dit-il, sont des _perruques_. Ils espéraient que le Piémont manquerait +de _toupet_ au moment de _se prendre aux cheveux_ et de se _donner un +coup de peigne_. Mais nous sommes là, _le fer_ à la main; nous ne +laisserons pas _faire la barbe_ à nos alliés, et l'Autriche, après avoir +reçu un _savon_ et _un coup de brosse_, pourra bien _friser_ sa ruine. + +PEUPLIER + +On a trouvé un calembour, dans ce vers d'un poëte, qui donne de sages +conseils: + + Au fort de la tempête, il faut un peu plier. + +PEUR + +On parlait devant Charles-Quint d'un capitaine espagnol qui se vantait +de n'avoir jamais eu peur.--Il faut, dit l'empereur, que cet homme n'ait +jamais mouché la chandelle avec ses doigts; car il aurait eu peur de se +brûler. + +PEUREUX + +On disait à un joueur qui gagnait toujours:--Vous n'iriez pas la nuit +dans un cimetière; vous êtes trop heureux. + +PET + +Un perruquier de campagne réfléchissait assis sur le coin de sa porte. +Un monsieur passe et lui demande s'il a un fer à toupet.--Oui, monsieur +répond avec empressement l'artiste campagnard.--Eh bien! frisez-moi +celui-là, dit le meunier en laissant échapper un bruit monstrueux. +(Voyez _parapet_.) + +PIÈCE + +Quelle est la première pièce du théâtre Français?--Le vestibule. + +Quelles sont les pièces qui vont toujours?--Les pièces de cinq francs. + +Fabert, maréchal de France, ayant été blessé au siége de Turin d'un coup +de mousquet à la cuisse, Turenne et le cardinal de La Valette, le +conjurèrent de se la laisser couper, selon l'avis de tous les +chirurgiens. Le maréchal leur répondit:--Je ne veux pas mourir par +pièces; la mort m'aura tout entier, ou elle n'aura rien, et il guérit de +sa blessure. + +PIED + +Un grenadier, qui s'appelait la Paix de Dieu, fut blessé: on allait lui +couper une jambe. Pendant les préparatifs de cette cruelle opération, il +disait:--Eh! la Paix de Dieu, mon ami, que va-t-on dire de toi, quand on +saura que tu as lâché pied. + +Lorsqu'il fut question de proclamer Louis XVI, le restaurateur de la +liberté française, un avocat voulait que l'hommage de la nation fût +porté humblement aux pieds de Sa Majesté.--La majesté n'a point de +pieds, s'écria Mirabeau, et chacun éclata de rire, ce qui fit tomber la +motion. + +Le journal de Lille racontait, il n'y a pas longtemps, l'anecdote +suivante: + +Madame N..., bonne vieille dame, n'a jamais pu se mettre au fait des +nouvelles mesures: les dénominations de mètre, gramme, stère, etc., lui +ont toujours semblé des monstres, et elle ne comprend pas qu'on préfère +ces noms barbares aux anciens. Cependant, poussée par un caprice (car +les femmes en ont à tout âge), elle voulut dernièrement essayer de se +mettre au niveau des idées modernes, et elle écrivit bravement à son +boucher de lui envoyer un mètre de veau. + +--Je verrai bien ce que ça fera, se disait-elle, et cela me guidera pour +une autre fois. Sa lettre tomba dans les mains d'un nouveau garçon, +encore peu expérimenté, à qui le patron avait recommandé, quand il +serait absent, de consulter un tableau de comparaison entre les mesures +anciennes et les nouvelles, afin de ne pas commettre d'erreurs. Le jeune +homme ne manqua pas de suivre ce bon conseil, et ayant lu sur son +tableau qu'un mètre valait trois pieds, il envoya avec satisfaction +trois énormes pieds de veau à madame N..., qui ne peut souffrir cette +partie de l'animal. + +Quand l'emploi des mesures nouvelles fut discuté à l'Académie française, +un des membres de la commission du Dictionnaire proposa de substituer à +cette expression proverbiale: Avoir _un pied de nez_, celle-ci: Avoir +trente-trois centimètres de nez. Comme M. Villemain s'y opposait:--Je +sais bien, dit M. de Jouy, que l'expression n'est pas exacte, et qu'il +faudrait ajouter une fraction. + +PILE + +Nos soldats font des calembours. Un chasseur disait après la bataille de +Solferino:--Les Autrichiens ont l'air de vouloir prendre Volta.--Non, +non, dit l'autre, ils ont trop peur de la _pile_. + +PLACE + +M. de Villèle ayant rencontré M. de La Bourdonnaye, lui fit quelques +caresses bien franches.--Comment, mon cher confrère, vous me boudez! +Vous ne savez donc pas combien le poste est difficile à tenir. +Mettez-vous à ma place...--Eh! c'est tout ce que je demande, répondit M. +de La Bourdonnaye. + +Un jeune homme qui possède un petit bien dans le comté de Gloucester, se +décida à quitter sa campagne et à venir à la ville solliciter un emploi, +comptant sur le duc de Newcastle, qui avait promis de le servir, et qui +pendant plusieurs mois, exerça, on ne peut mieux, sa patience. Las +d'attendre inutilement, l'homme des champs alla trouver son protecteur, +et lui dit qu'à la fin, il s'était procuré une place. + +--Je vous fais mon compliment de votre bonne fortune, lui dit le duc; et +où est cette place, je vous prie? + +--Dans le coche de Gloucester, je m'en suis assuré hier soir, et vous +m'avez guéri, monseigneur, d'une plus haute ambition. + +PLAINE + +Quelle est la plaine la plus haute?--La pleine lune. + +PLAISIR + +Garçon! un beefsteak, disait un Anglais au café de Paris.--Oui, +monsieur, avec plaisir.--Non pas avec plaisir, avec des pommes de terre. + +On invitait Pothier à un dîner.--Dois-je venir avec plaisir? +dit-il.--Certainement.--Il amena avec lui Plaisir, coiffeur célèbre de +la rue Richelieu. + +PLAN + +Je ne possède plus rien, s'écriait un pauvre diable à un de ses +confrères; j'avais une petite rente, j'ai été forcé de m'en défaire; +j'avais une tirelire assez bien garnie, je ne l'ai plus.--Ainsi, lui +répond l'autre, la situation est rente en plan, tirelire en plan. + +PLANCHE + +Les faiseurs de jeux de mots disent que M. Planche est le plus plat de +nos écrivains. + +Ce qui n'est vrai que dans son nom. + +PLANTE + +Quelle est la plante la plus utile à l'homme?--La plante des pieds. + +PLAT + +Piron, un jour au parterre du Théâtre-Français, suait à grosses gouttes. +Ses deux voisins se disaient à l'oreille: + +--Voilà Piron qui cuit dans son jus.--«Ce n'est pas étonnant, dit Piron, +sans se retourner, je suis entre deux plats.» + + Vous habitez un pays âpre et rude, + Disait un bon Flamand au Suisse Frenkestel, + Et votre caractère aussi doit être tel; + De son pays toujours on saisit l'habitude + --Ce propos n'est pas délicat, + Reprend le Suisse. En ce moment j'y pense, + Vous habitez un pays plat; + Dois-je en tirer la même conséquence? + +PLATE-BANDE + +Dans le temps qu'on imposait aux enfants des noms recherchés, un bon +homme qui aimait son jardin, se vantait d'avoir donné aux siens des noms +plus convenables. Mes trois filles, disait-il, s'appellent Rose, +Jacinthe et Marguerite, et mon fils Narcisse.--Ainsi, lui répondit-on, +vous faites de vos enfants une plate-bande. + +PLOMB + +Dans la dernière guerre d'Italie, un officier aussi fou qu'il était +brave, ayant reçu une balle dans la tête, dit: «Je savais bien que j'y +avais besoin de plomb; mais la dose est un peu trop forte.» Et il mourut +sur-le-champ. + +POËTE + +On dit que les poëtes sautent parfaitement les ruisseaux, parce qu'ils +sont habitués aux _enjambements_. + +Quel est le poëte qui fait la barbe à tous les autres?--M. Barbier. + +POIDS + +Une dame, le jour des rois, eut la fève; elle la passa à son mari.--Que +voulez-vous que je fasse de cela? dit-il.--Ne savez-vous pas qu'en +France, répondit la dame, la couronne ne peut tomber en quenouille, et +que c'est l'homme qui doit se charger du poids de la royauté. + +POINGS + +Pourquoi les poissardes ne mettent-elles pas les points sur les I? + +--Parce qu'elles les ont ordinairement sur les hanches. + +POINT + +Autrefois les dames portaient un genre de bracelet qu'elles nommaient +sentiment. M. ***, voyant un de ces bijoux au bras gauche de +mademoiselle Bourgoing, lui dit: «Je ne croyais pas que vous portiez le +sentiment à ce poing-là.» + +POIS + +Un bourgeois, qui avait passé une notable partie de sa vie à dire des +facéties plus ou moins fines, était moribond. Sa soeur, qui l'assistait +dans ces tristes moments, lui ayant demandé s'il ne se sentait pas un +poids sur l'estomac:--Non, ma soeur, dit-il, je ne sens ni pois ni fève. + +Sous Louis XV, un factionnaire de la garde avait été placé à l'une des +grilles de la cour des Tuileries, avec la consigne de ne laisser +pénétrer personne par cette voie. Un homme se présente pour entrer, le +factionnaire lui oppose sa consigne. L'individu insiste en disant: + +--Tu ne me reconnais donc pas? Je suis le prince de Poix. + +--Quand vous seriez le roi des haricots, répliqua le soldat, vous ne +passeriez pas! + +POISSARDES + +On accuse de férocité le roi de Sardaigne: et en effet, il mange +quelquefois des pois sardes. + +POLI + +Un ami d'Odry le trouvant encore au lit à onze heures, le blâmait de se +lever si lard.--Je ne m'attendais pas à des reproches, répondit-il, pour +avoir été _trop au lit_. + +L'autre jour, M. T... était furieux. Il venait d'inviter à dîner un de +ses amis, qui avait accepté. + +--Fiez-vous donc aux amis, s'écriait-il! Je l'invite à manger la soupe +avec moi, je l'invite de la façon la plus polie, la plus gracieuse, la +plus délicate,--et il accepte. + +--Eh bien? lui dit le confident de ses peines. + +--Eh bien! il devait refuser. Que diable! une politesse en vaut une +autre. + +PORC FRAIS + +Le directeur du grand théâtre de Saint-Pétersbourg ayant laissé reposer +le danseur Duport pendant tout le carême, quelqu'un dit que sans doute +il voulait avoir _Duport frais_ à Pâques. + +PORTE + +Une dame demandait à son mari, qui sollicitait un consulat, le succès de +ses démarches. Il répondit:--On vient de me mettre à la Porte.--Et vous +souffrez cela? reprit-elle indignée. Elle ne se calma que lorsqu'elle +comprit que la Porte, la sublime Porte était Constantinople. + +POSTÉRITÉ + +Brunet disait:--Je connais un enfant de cinq ans qui a déjà de la _poste +hérité_. C'était le fils d'un maître de poste défunt. + +POSTHUME + +Papa, qu'est-ce que c'est donc qu'un ouvrage posthume?--Mon fils, c'est +un ouvrage que l'auteur publie après sa mort. + +POT + +Quel est, demandait Odry, le pays où l'on mange le plus de +bouillon?--C'est l'Italie!--Parce que?--Parce que la Providence y a mis +le Pô. + +Le dialogue suivant a eu lieu, lorsque la Savoie demanda, en 1848, notre +intervention armée en Italie. + +--Es-tu pour l'intervention, toi? + +--Non. + +--Pourquoi? parce que je vois _la manigance_. + +--Quelle manigance? + +--Écoute, les élections arrivent; les rouges veulent nous envoyer là-bas +pour être maîtres par ici; et alors, ce ne sont pas ceux qui seraient le +plus près du Pô qui mangeraient la soupe. + +Un saltimbanque, appelé chez le commissaire et sommé de décliner son +nom, déploya ses papiers où le magistrat reconnut qu'il portait le nom +de Pot.--Singulier nom! dit le commissaire. + +--C'est vrai, monsieur; mais c'est un nom qui ne manque pas de +célébrité; mon père était soldat, et même on le fit sergent, attendu, +disent les rapports, qu'on voyait toujours dans les combats Pot au feu +le premier. Pour une faute de discipline, on lui ôta son grade et on lui +donna son congé. Pot, cassé, se mit à faire le commerce; il y réussit, +mal et se noya. Une fois Pot à l'eau, il perdit ses chagrins et devint +fou, car on le retira, et on ne l'appela plus que Pot fêlé. Pot, âgé +alors de cinquante ans, mourut six mois après. + +POUDRE + +Un maître parfumeur demandait à son garçon de boutique s'il avait fait +toutes les commissions dont il l'avait chargé.--Oui, monsieur,--As-tu +porté un échantillon de mes poudres à cet étranger en question?--Oui, +monsieur.--Et quelle poudre a-t-il prise?--Monsieur, il a pris la poudre +d'escampette. + +POULE + +Lorsque l'abbé Poule, aux sermons duquel tout Paris avait couru, fut +pourvu d'une riche abbaye, il cessa de prêcher: ce qui fit dire à Louis +XVI, qui l'avait si bien doté:--Quand la poule est grasse, elle ne pond +plus. + +PRATIQUE + +On donne ce nom à un petit instrument qu'on se met dans la bouche pour +faire parler Polichinelle. Un jour, Charles Nodier, qui aimait beaucoup +le théâtre des marionnettes, demanda au maître du spectacle à voir la +pratique; et pour essayer s'il ferait aussi bien que le bateleur la voix +singulière du matamore napolitain, il se la mit dans la bouche. Content +de cette expérience, il rendit la pièce au bon homme en disant, c'est +ingénieux, mais c'est si petit qu'il doit y avoir quelquefois danger de +l'avaler.--Oui, monsieur, répondit le bateleur: mais cela ne fait aucun +mal. Celle que vous venez d'essayer a déjà été avalée huit ou dix fois. + +PRAULT + +Le libraire Prault pria un jour M. de Bièvre qui entrait chez lui, de +lui faire un calembour sur lui-même ou sur sa femme. Le marquis de +Bièvre répliqua sur-le-champ:--Vous êtes un _prault-blème_ et votre +femme une _prault-fanée_. + +PRENDRE + +Le célèbre apothicaire Baumé était occupé, dans son laboratoire, à des +opérations de chimie. On l'appelle pour une personne qui voulait lui +parler. Cette personne lui fait un long détail du commencement, des +progrès et de l'état actuel d'une maladie dont elle se dit attaquée. + +--Eh bien, monsieur, que me demandez-vous? dit Baume impatient de +retourner à ses alambics. + +--Monsieur, je viens vous consulter pour savoir ce qu'il faut que je +prenne pour me guérir. + +--Ce qu'il faut que vous preniez? mais prenez un médecin ou un +chirurgien. + +--Monsieur, est-ce en infusion ou en décoction qu'il me faudra les +prendre?... + +En 1776, les médecins de Paris recommandèrent, comme une précaution +utile contre la grippe, dont beaucoup de personnes se trouvaient +attaquées cette année-là, de ne pas sortir à jeun. Un pasteur des +environs, instruit de la recette, crut devoir en recommander l'usage à +ses paroissiens. Il leur dit donc, le dimanche suivant, au prône, qu'ils +feraient bien de ne pas sortir le matin, qu'ils n'eussent pris quelque +chose auparavant. Le lendemain il trouva chez lui 25 louis de moins. Son +domestique, qui était sorti le matin, ne reparut plus. Aux premières +recherches il ne fut pas difficile de s'apercevoir qu'il était le voleur +des 25 louis. Arrêté, interrogé sur le fait, il s'avoua l'auteur du vol; +mais il s'excusa en disant avoir obéi à son maître et curé, qui, d'après +l'ordonnance de la Faculté, avait défendu au prône de sortir le matin +sans avoir pris quelque chose, et qu'il ne l'avait fait que pour se +préserver de la grippe. + +--Mon père, disait dans un café un petit garçon à un filou, +prendrez-vous une demi-tasse aujourd'hui?--Non, mon fils, reprit le +père, je prendrai une cuiller. + +LE PARTISAN DES ASSIGNATS. + + L'autre jour, sous le toit du grand aréopage + Où maint gredin, à face de proscrit, + Pour quinze sous applaudit, fait tapage + En faveur de tout ce que dit + Ou Barnave le doux, ou Mirabeau le sage. + Un citoyen actif, qui n'avait pas d'habit, + Vantait les assignats et prônait leur débit: + --On n'en sent pas assez, criait-il, l'avantage; + Sans eux l'état périt. Pour moi, je jure bien, + Messieurs, que j'en prendrai.--Tout beau, maître Desroches, + Dit un quidam, qui connaît mon vaurien, + On sait quel est votre moyen: + Vous en prendrez, mais dans les poches. + +On montrait à un paysan tout ce qu'un maréchal de France avait pris; les +villes, les pays, tout cela était dans un tableau.--Morgué! tout ce +qu'il a pris n'est pas là, dit le paysan, car je n'y vois pas mon pré. + +--Je viens de prendre une heure de promenade, où j'ai pris un plaisir +extrême; mais comme le jour prend son déclin, je me retire chez moi pour +aller prendre l'air du feu; car si je tardais davantage, j'aurais peur +de prendre un rhume. Et vous, monsieur, quel parti prenez-vous?--Mais +vous le voyez, monsieur, je prends le parti de prendre patience. + +L'hiver dernier était si violent, que tout se gelait, tout se prenait, +même les bourses et les manteaux. + +Un Gascon, qui avait perdu son argent au jeu, coucha avec celui qui le +lui avait gagné. La nuit, il glissa la main sous le chevet de son +compagnon pour reprendre son argent. L'autre le surprit, et lui demanda +ce qu'il faisait.--Mon ami, répondit le Gascon, je prends ma revanche. + +Le cardinal de Fleury voulait passer pour faire mauvaise chère. Il +demandait un jour à un courtisan très-délié, qui dînait chez son +Éminence:--Prenez-vous du café?--Monseigneur, je n'en prends que quand +je dîne. + +On demandait à un médecin octogénaire qui jouissait encore de la +meilleure santé, comment il faisait pour se porter si bien.--Je vis de +mes remèdes, répondit-il, et je n'en prends pas. + +On connaît cette épigramme de Scarron: + + Ci-gît qui se plut tant à prendre, + Et qui l'avait si bien appris, + Qu'il trépassa de peur de rendre + Un lavement qu'il avait pris. + +PRÈS + +Un Anglais se plaignait à tout venant, dans un café, d'une chute qu'il +avait faite, et qui lui causait de vives douleurs. + +--Monsieur, lui dit un chirurgien qui était à côté de lui, est-ce près +des vertèbres que vous vous êtes fait mal? + +--Non, monsieur, reprit le malade, c'est près de l'obélisque. + +PRÉSENT + +Dans des fiançailles célébrées avec beaucoup d'éclat, on remarquait deux +choses: la laideur de l'époux et l'opulence de la corbeille. Le présent +faisait oublier le futur. + +PROFESSION + +Louis XVI périt juridiquement assassiné, contre le voeu formel de la +nation, le 21 janvier 1793. Le réclame qui voudra, ce crime n'appartient +point à la France. Cependant, ce qui est affreux, et ce qui existe, +c'est que sur les registres des actes civils de la ville de Paris on ait +laissé subsister: «Capet (Louis), etc., etc., profession de dernier +tyran des Français.» + +PRONONCIATION + +Un étranger demandait à des savants comment on doit prononcer le mot +pétition? + +--D'après la règle qui veut qu'un _t_ entre deux _i_ se prononce _ci_, +répondit un grammairien. + +--Faites-moi donc l'_amicié_ de prendre _picié_ de mon ignorance, et de +me répéter la _moicié_ de ce que vous venez de dire, répliqua +sur-le-champ Charles Nodier. + +PROPRE + +M. Salot voulait changer de nom, parce que le sien, disait-il, était un +nom _commun_, et qu'il désirait un nom _propre_. + +PUNCH + +M. R***, préfet d'un riche département français, avait si bien mérité de +ses administrateurs, que, dans leur reconnaissance, ils avaient donné +son nom à un pont construit sous son administration. Un jour qu'il se +louait de ce témoignage de gratitude, un de ses amis lui dit:--R***, +c'est dommage que tu ne te nommes pas Chauvin.--Pourquoi cela?--Parce +que ton pont, au lieu de s'appeler pont R***, s'appellerait pont Chauvin +(punch au vin), et que ce serait plus drôle. + + + +Q + +QUAND + +Un homme qui arrivait de Belgique disait:--J'ai vu avec plaisir la ville +de Gand. Comme on lui demandait: Quand? il crut qu'on avait mal entendu, +et répondit:--Caen est en Normandie. + +QUARTERON + +Il m'est tombé entre les mains, dit quelque part M. Louis de Verrières, +un vieux et grand livre contenant la vie de plusieurs saints. Ma mémoire +ne me fournit point la date de son impression; la veuve du libraire +Carteron, après la préface, met la devise de sa maison; je pourrais +presque dire ses armoiries. Voici en quoi elles consistent: un dessin +représente une balance, tenue, ce me semble, par une main (je dirais +_dextrochère_ ou _senextrochère_ si je voulais faire le savant; mais je +rappellerais ceux qui dénigrent le calembour). Dans cette balance on +aperçoit des _quarts_ de _livre_, qu'on nommait alors quarterons; et la +devise qui accompagne donne l'explication aux lecteurs qui n'ont pas +l'_esprit des sots_, ou l'_esprit de ceux qui n'en ont point: Les +quarterons font les livres_. + +De nos jours le système décimal contrarierait singulièrement ces +libraires, venus au beau temps de la _livre_ et des _onces_. Que +feraient-ils avec des _kilogrammes_ et des _décagrammes_? Cela leur +paraîtrait un peu _lourd_; et j'ajoute à cette opinion le poids de mon +assentiment. + +QUARTIER + +Quelqu'un voyant passer un laideron disait:--Voilà la plus belle fille +du cartier. Tous les auditeurs, entendant, étaient scandalisés. Mais ils +apprirent qu'il y avait dans l'endroit un faiseur de cartes qui avait +deux filles. + +QUASI + +On fit usage de cet adverbe, en 1830, dans le couplet suivant: + + Le peuple est quasi souverain; + Philippe est quasi légitime; + L'ouvrier est quasi sans pain; + La France est quasi dans l'abîme; + Les pairs quasi déracinés + Ont l'air quasi démocratique; + Nous sommes quasi ruinés + Par une quasi république. + +QUATRE + +Piron passait dans le Louvre avec un de ses amis:--Tenez, dit-il en +montrant l'Académie française; ils sont là quarante qui ont de l'esprit +comme quatre. + +Cette boutade a sans doute inspiré les quatre vers spirituels que +Boufflers adressa à Mme de Staël, qui lui demandait pourquoi il n'était +pas de l'Académie: + + Je vois l'Académie où vous êtes présente; + Si vous m'y recevez mon sort est assez beau. + Nous aurons de l'esprit à nous deux pour quarante, + Vous comme quatre et moi comme zéro. + +Un sot se vantait devant Rivarol de savoir quatre langues.--Je vous en +félicite, lui dit-il; vous avez quatre mots contre une idée. + +QUATREMER + +M. Quatremer demanda à Louis XV l'autorisation d'ajouter le _de_ à son +nom.--Volontiers, répondit le roi, pourvu que vous le mettiez à la fin. + +Et nous avons eu Quatremer de Quincy. + +QUELQUE + +Une femme, qui courait follement après les airs, accoste un jour La +Popelinière qu'on venait d'annoncer, et lui dit:--Il me semble, +monsieur, vous avoir vu quelque part.--Il est vrai, madame, lui +répliqua-t-il, qu'il m'est arrivé d'y aller quelquefois. + +QUESTIONS GROTESQUES + +Pourquoi les pompiers n'aiment-ils pas César?--Parce qu'ils sont engagés +pour pomper. + +Quel est le jeu que préfèrent les domestiques? + +--Le gage touché. + +Pourquoi le soleil se lève-t-il tard en hiver? + +--Parce qu'il fait si froid qu'il ne peut se résoudre à se lever matin. + +Quelle est la partie plus grande que le tout? + +--La peau d'un boeuf. + +Qu'est-ce qui fait tourner le dos au plus brave guerrier? + +--Une seringue. + +Que faut-il faire pour ne plus avoir le mal de dents? + +--Le mal dedans, il faut le mettre dehors. + +Que font trois poules sur un mur? + +--Un nombre impair. + +Pourquoi les journalistes craignent-ils l'automne? + +A cette question de M. Guizot, M. Bertin de Vaux répondit:--Parce que +l'automne amène la chute des feuilles. + +Pourquoi la lettre A est-elle plus intelligente que la lettre B? + +--Parce qu'elle est bien plus avancée (avant C). + +Quels sont les poissons sans arêtes? + +--Les poissons d'avril. + +Où avez-vous la main quand vous dormez? + +--Au bout du bras. + +Qu'est-ce qui passe sous le soleil sans faire de l'ombre? + +--Le son de la cloche. + +Quel est le premier homme du monde? + +--Le rhum de la Jamaïque. + +Quelle différence y a-t-il entre le ciel et la terre? + +--C'est que le ciel a saint Paul, et que la terre n'en a que deux: le +pôle arctique et le pôle antarctique. + +Quel fut l'empereur romain le moins gênant? + +--L'empereur Commode. + +Quand est-ce qu'une demoiselle peut nous éclairer? + +--Lorsqu'elle chante, parce qu'on a des _chants d'elle_. + +Quelles sont les plus vénérables lettres de l'alphabet? + +--Les lettres AG. + +Quel est l'ami le plus désagréable? + +--La migraine. + +Quels sont en Angleterre les lords et les ladys les moins commodes? + +--L'orgueil et l'ortie, la dyssenterie et la disette; avec la +dissimulation et la discorde. + +Quel est le moyen d'empêcher les cheminées de fumer? + +--C'est de n'y point faire de feu. + +Pourquoi met-on les fours dans les villes? + +--Parce qu'on ne peut pas mettre les villes dans les fours. + +Pourquoi les forts de la halle mettent-ils des chapeaux blancs? + +--Pour se couvrir la tête. + +Les villageois malins vous diront:--Quand notre curé dit la messe et que +notre maître d'école la chante avec les enfants, qu'est-ce qu'ils +font?--Mais ils ne prononcent pas l, vous répondrez:--Ils font +l'office;--gros rire alors, à travers lequel on vous répliquera:--Ce qui +fond, c'est la cire. + +QUEUE + +Un bonhomme entendant parler de _que retranché_, dans les modes de la +langue latine:--Je comprends, dit-il, la queue retranchée, c'est la +Titus, une coiffure qui nous est revenue sous l'empire. + +Dernièrement une Anglaise se promenait au Jardin-des-Plantes. Elle dit à +sa femme de chambre qui la suivait:--Achetez un pain et donnez-le à +l'éléphant. La camériste revient, le pain à la main: Milady, dit-elle, +par quel bout faut-il lui donner cela? il a deux queues! + +Un paysan, ayant tué d'un coup de hallebarde un chien qui voulait le +mordre, fut cité devant le juge, qui lui demanda pourquoi il n'avait pas +opposé le manche de la hallebarde.--Je l'aurais fait, répondit le +paysan, s'il m'eût mordu de la queue; mais il me mordait avec ses dents. + +QUIPROQUO + +Un pauvre ministre de la secte anglicane avait chargé Dick, son +domestique, d'aller prendre, chez David Black, le boucher, une fraise de +veau à crédit pour son diner. Comme Dick entrait dans le temple après sa +commission faite, le pasteur en chaire s'écriait:--Quelles sont à ce +propos les paroles de David, mes frères? que dit David?--Monsieur, +s'écria Dick, David a dit: «Pas d'argent, pas de fraises!» + +On lisait dernièrement dans un petit journal de Bruxelles:--Un incident +joyeux a ajouté un supplément de gaieté, vendredi, au théâtre des +Variétés amusantes, à Bruxelles. Je ne sais quel merle du parterre +s'avisa de siffler pendant la représentation du _Monsieur seul_. +L'officier de police se lève et demande de sa plus belle voix:--Qui se +permet de siffler? + +--C'est un droit qu'à la porte on achète en entrant, riposte une voix +qui part de la galerie. + +Le policeman, intrigué et indigné, cherche des yeux ce nouvel +interrupteur.--Qui a dit ça? hurle-t-il. + +--C'est Boileau, répond un plaisant des stalles. + +--Que Boileau sorte de la salle à l'instant! + +Celui-ci a paru dans l'ancien _Corsaire_. + +Ma chère, disait Mme F..... à son inséparable Mme X., avez-vous vu les +bêtes féroces de Mme Leprince, derrière le Château-d'Eau. + +--Non, ma toute belle. + +--Vous avez tort; c'est un spectacle très-curieux et qui m'a rappelé +malgré moi l'histoire du _Lion de Damoclès_. + +--Et vous, ma bonne, avez-vous souscrit à l'épée d'honneur du colonel +Forestier? + +--Non, ma chérie. + +--Il faut y souscrire. Ce sera un glaive magnifique et qui rappellera +chaque jour à la réaction l'_épée d'Androclès_. + +Un grave espagnol arrivait, de nuit, dans un village de France qui +n'avait qu'une seule hôtellerie. Il était plus de minuit; il frappa +longtemps à la porte de cette hôtellerie, avant de pouvoir réveiller +l'hôte; à la fin il le fit lever.--Qui est là? cria l'hôte par la +fenêtre--C'est, dit l'espagnol, don Juan Pédro Hernandez Rodriguez de +Villa-Nova, conde de Malafra, caballero de Santiago y d'Alcantara. + +L'hôte répondit aussitôt en fermant la fenêtre:--Monsieur, j'en suis +bien fâché, mais nous n'avons pas assez de chambres pour loger tous ces +messieurs-là. + +En 1758, au moment où l'on attendait d'heure en heure la mort du roi +d'Espagne, qui était à toute extrémité, le duc de Newcastle, alors +chancelier de l'échiquier, donna ordre à ses gens, s'il venait un exprès +pour lui parler, fût-il deux heures du matin, de le laisser entrer. Sur +les trois heures après minuit, un homme frappe à la porte de la cour; on +l'introduisit sur-le-champ dans la chambre à coucher du duc:--Hé bien, +mon ami, lui dit le lord en se hâtant de mettre ses bas et en fixant ses +regards sur cet homme qui était crotté jusqu'aux épaules, vous devez +être venu grand train?--Oh! oui, milord, je n'ai pas fermé l'oeil depuis +mon départ!--Vous êtes sûr donc qu'il est mort?--Oh! très-sûr, le pauvre +diable est délivré des peines de ce monde!--Dites-moi, quand avez-vous +quitté Madrid?--Madrid! reprit l'homme avec la plus grande surprise; +moi, milord, je n'y suis allé de ma vie.--Eh! d'où diable venez-vous +donc?--De Richemond, comté d'York, et j'accours pour vous informer de la +mort de Samuel Dickinson, le receveur de la barrière, dont votre +seigneurie, lors de la dernière élection, m'a promis la place aussitôt +qu'il fermerait l'oeil. + +Extrait littéral d'une séance du 22 juin 1792: + +Un membre demande la parole pour faire un rapport:--Il y a quelques +jours, dit-il, que la municipalité de Langres arrêta des chevaux qui lui +parurent suspects dans leur marche. + +On rit.--Comment, des chevaux suspects? + +--Ils comparurent devant la municipalité. + +Comment, dit-on, ces chevaux comparurent? + +L'orateur continue sans s'apercevoir de sa méprise:--On reconnut par +leur interrogatoire... + +L'interrogatoire des chevaux! + +--Non, dit l'orateur, ce sont les conducteurs qui furent interrogés... + +L'assemblée rit très-fort et passa à l'ordre du jour. + +Dans un discours, (seconde République) P. Leroux a cité le proverbe +latin: _Tot capita, tot sensus._ Greppo l'a immédiatement traduit par +ces mots: «Autant de capitalistes, autant de sangsues.» + +Et dans la Republique de 1793, en parlant du coup d'État qui venait de +renverser Robespierre, un orateur de la convention disait à la +tribune:--Citoyens, la belle journée que la nuit du 9 thermidor! + +Un étranger très-riche, Suderland, naturalisé russe, était le banquier +de la cour, et jouissait d'une assez grande faveur. Un matin, on lui +annonce que sa maison est entourée de gardes, et que le maître de la +police demande à lui parler. + +Cet officier, nommé Reliew, entre avec l'air consterné.--Monsieur +Suderland, dit-il, je me vois, avec un vrai chagrin, chargé par ma +gracieuse souveraine d'exécuter un ordre dont la sévérité m'effraie; et +j'ignore par quelle faute ou par quel délit vous avez excité à ce point +le ressentiment de Sa Majesté. + +--Moi! monsieur, répond le banquier, je l'ignore autant et plus que +vous; ma surprise surpasse la vôtre. Mais enfin, quel est cet ordre? + +--Monsieur, reprend l'officier, en vérité le courage me manque pour vous +le faire connaître. + +--Eh quoi! aurais-je perdu la confiance de l'impératrice? + +--Si ce n'était que cela, vous ne me verriez pas si désolé. La confiance +peut revenir; une place peut être rendue. + +--Mais, s'agit-il donc de me renvoyer dans mon pays? + +--Ce serait une contrariété; mais avec vos richesses, on est bien +partout. + +--Ah! mon Dieu! s'écrie Suderland tremblant, est-il question de m'exiler +en Sibérie? + +--Hélas! on en revient. + +--De me jeter en prison? + +--Si ce n'était encore que cela, on en sort. + +--Bonté divine! voudrait-on me knouter? + +--Ce supplice est affreux, mais il ne tue pas. + +--Eh quoi! dit le banquier en sanglotant, ma vie est-elle en péril? +l'impératrice si bonne, si clémente, qui me parlait encore si doucement +il y a deux jours, elle voudrait.... Mais, je ne puis le croire. Ah! de +grâce, achevez; la mort serait moins cruelle que cette attente +insupportable. + +--Eh bien! mon cher, dit enfin l'officier de police avec une voix +lamentable, ma gracieuse souveraine m'a donné l'ordre de vous faire +empailler. + +--Empailler? s'écrie Suderland, en regardant fixement son interlocuteur. +Mais vous avez perdu la raison, ou l'impératrice n'a pas conservé la +sienne; enfin vous n'avez pas reçu un pareil ordre sans en faire sentir +la barbarie et l'extravagance? + +--Hélas! mon pauvre ami, j'ai fait ce qu'ordinairement nous n'osons +jamais tenter. J'ai marqué ma surprise, ma douleur; j'allais hasarder +d'humbles remontrances, mais mon auguste souveraine, d'un ton irrité, en +me reprochant mon hésitation, m'a commandé de sortir et d'exécuter +sur-le-champ l'ordre qu'elle m'avait donné. + +Il serait impossible de peindre l'étonnement, la colère, le tremblement, +le désespoir du pauvre banquier. Après avoir laissé quelque temps un +libre cours à sa douleur, le maître de la police lui accorde un quart +d'heure pour mettre ordre à ses affaires. + +Alors Suderland le prie, le conjure, le presse longtemps en vain de lui +laisser écrire un billet à l'impératrice pour implorer sa pitié. Le +magistrat, vaincu par ses supplications, cède en tremblant à ses +prières, se charge de son billet, sort, et n'osant aller au palais, se +rend précipitamment chez le comte de Bruce. Celui-ci croit que le maître +de la police est devenu fou; il lui dit de le suivre, de l'attendre dans +le palais, et court sans tarder chez l'impératrice. Introduit chez cette +princesse, il lui expose le fait. + +Catherine, en entendant cet étrange récit, s'écrie:--Juste ciel! quelle +horreur! en vérité, Reliew a perdu la tête. Comte, partez, courez et +ordonnez à cet insensé d'aller tout de suite délivrer mon pauvre +banquier de ses folles terreurs, et de le mettre en liberté. + +Le comte sort, exécute l'ordre, revient, et trouve avec surprise +Catherine riant aux éclats. + +«Je vois à présent, dit-elle, la cause d'une scène aussi burlesque +qu'inconcevable. J'avais, depuis quelques années, un joli chien que +j'aimais beaucoup, et je lui avais donné le nom de Suderland, parce que +c'était celui d'un anglais qui m'en avait fait présent. Ce chien vient +de mourir; j'ai ordonné à Reliew de le faire empailler, et, comme il +hésitait, je me suis mise en colère contre lui, pensant que, par une +vanité sotte, il croyait une telle commission au-dessous de sa dignité. +Voilà le mot de cette ridicule énigme.» + +QUINT + +Brunet disait:--La famille _Quint, qui n'a_ pas manqué de faire du +bruit, n'a pourtant produit que trois grands hommes:--Quint-Curce, +Charles-Quint et Sixte-Quint. + +QUOLIBET + +Caprice plus ou moins piquant. On en trouve de temps en temps dans les +journaux, exemple: + +Un jeune berger des environs d'Yvetot n'a jamais pu apprendre le _Pater +Noster_, quoiqu'il sache parfaitement _Notre Père_.--Comment, lui dit, +il y a environ six semaines, le bon curé de sa commune, tu ne veux pas +incruster dans ta mémoire l'oraison dominicale en latin?--Je peux point, +moussieu le curai.--Veux-tu que je t'enseigne le moyen de +l'apprendre?--Je veux bien, moussieu le curai.--Eh bien, il faut nommer +tes moutons par les mots que tu ne peux pas retenir; ainsi, par exemple, +ce grand cornu s'appellera _Pater_: cet autre gros et gras, _Noster_; ce +tout petit, _qui es_, etc.; de manière que ta mémoire, guidée par ces +mois...--J'entends, j'entends, moussieu le curai, et pis d'ailleurs ma +soeur Jeanneton sait lire; alle m'enseignera. + +Avant-hier, le bon curé l'aperçoit conduisant ses moutons...--Ah! +voyons, lui dit-il, puisque ton troupeau est là, si tu sais ton +_Pater_.--Si je l'sais, moussieu l'curai! j'crais bien! allais marchais, +je les appelons si bien, qu'on dirait que j'lis tout +coursement--Voyons...--_Pater_...--Bon!--_Noster_...--Bon!--_Nomen!_... +_Tuum!_...--Un instant, un instant!... et _Sanctificetur_?--Ah! pardon +excuse, mon bon moussieu le curai! J'ons oublié de vo dire que +nout'-maître a vendu et livré _Sanctificetur_ à deux de ses vésins pour +leur mardi gras!... + +Des plaisants ont attribué au maire d'une commune, dont on ne trouve pas +le nom sur la carte, l'affiche suivante: + +ART. 1.--Toutes les fois qu'un habitant et des chiens non muselés se +rencontreront, on devra les tuer. + +ART. 2.--Tout le monde, sans exception, est tenu d'obéir au précédent +article, et de massacrer les chiens, excepté M. l'adjoint. + +ART. 3.--Les habitants majeurs et vaccinés devront également, dimanche +prochain, se rendre sur la place, moins les malades, pour nettoyer +l'égout, en présence de l'adjoint, qu'on devra racler proprement, et du +garde-champêtre, parce qu'il est obstrué par les immondices. + +Ajoutons aussi cette lettre d'un père à son fils. + +«Mon fils, l'objet de la présente est de te prévenir que je suis fort +mécontent de toi, et que si les coups de bâton s'écrivaient, tu +recevrais souvent de mes nouvelles. Ta mère te gâte toujours; et pour +preuve, tu trouveras ci-joint cinq francs, qu'elle t'envoie à mon insu.» + +Un homme qui n'avait qu'un pantalon et qui l'avait donné à sa +blanchisseuse disait:--j'irais bien chercher mon pantalon, mais pour +l'aller chercher il faudrait que je l'eusse. + +Cette tournure de phrase rappelle un autre mot d'Odry:--Je n'aime pas +les épinards; et c'est heureux, car si je les aimais, j'en mangerais; et +je ne peux pas les souffrir. + + + +R + +Un paillasse disait:--J'aime mieux être railleur que tailleur, parce que +l'un prend l'R, et que l'autre ne prend que le T. + +RACINE + +Dans un cabaret, un commis voyageur combattant les propositions d'un +paysan bel esprit, lui disait:--Écoutez là-dessus l'opinion de Racine... + +--Quelle racine? interrompit le paysan; est-ce la racine grecque? j'en +ai entendu parler; mais je ne sais pas ce que c'est. Est-ce la racine +radix qui guérit les maux de dents? Est-ce la racine cube ou la racine +carrée, qui sont dans la bouche du maître d'école? Est-ce la racine des +cheveux? la racine de tremble? la racine d'avoine? la racine du buis? la +racine des choux?... + +Le bavard allait poursuivre longtemps encore, lorsque le commis voyageur +s'écria: + +--Racine est un poëte. + +--Singulier nom pour un poëte. Qu'est-ce qu'il faisait ou qu'est-ce +qu'il fait, s'il est vivant? + +--Il n'est plus vivant. Il faisait des vers. + +--Des verres à vin ou des verres à bière? des verres à vitres? des... + +--Taisez-vous donc et laissez-moi placer un mot. Si vous refusez +d'acheter mon vin aujourd'hui, parce que vous comptez sur une +température qui fera baisser les prix, ne vous y fiez pas; car Racine +disait. + + Ma foi sur l'avenir bien fou qui se fiera: + Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera. + +Lorsqu'on eut joué avec applaudissements au Théâtre-Français la tragédie +d'_Hernani_ de M. Victor Hugo, les partisans du romantique, quand même, +s'écrièrent que la tragédie était _déracinée_. + +Mais peu après, la vogue de Mlle Rachel fit voir que Racine ne se +_déracine_ pas. + +RACOLLEUR + +Un marchand de Paris avait pour enseigne un rat qui collait une affiche, +avec cette légende: _Au rat colleur._ + +RACCOMMODEMENTS + +En affections troublées, les raccommodements ne sont que des +raccommodages. + +RADIS + +Lord Palmerston demandait un jour en société:--Pourquoi les radis +sont-ils d'un grand poids dans la balance de la justice? + +--Parce qu'ils sont toujours crus, répondit M. le comte d'Aberdeen, qui +aime passionnément ce genre de légumes. + +RAISON + +Le duc de Vendôme disait assez plaisamment:--Dans la marche des armées, +j'ai souvent examiné les querelles des mulets et des muletiers; et j'ai +remarqué qu'à la honte de l'humanité, la raison était presque toujours +du côté des mulets. + +Deux paysans terminaient un procès par un arrangement:--Celui qui avait +tort s'obligeait à livrer à l'autre, dans trois mois, pour l'indemniser, +un cochon?--Mais, quel cochon? demanda l'arbitre. Un petit cochon n'en +vaut pas un gros. Quel poids aura-t-il?--Écrivez, répondit le premier: +«Un cochon raisonnable.» + +RAMPON + +Quand le premier consul Bonaparte voulut récompenser les services qui +avaient illustré depuis dix ans la carrière militaire du général Rampon, +il fit savoir au conseil des Cinq Cents, qui, dans la constitution +d'alors, avait le privilège de présenter une liste de trois noms, parmi +lesquels le premier consul choisissait celui qu'il jugeait digne du +titre de sénateur, qu'il désirait qu'on portât le général Rampon. +L'assemblée accueillit cette communication avec sympathie. Mais il y +avait alors dans les Cinq Cents un prêtre marié nommé Lecerf, dont les +opinions républicaines conservaient la teinte de 93. Il crut faire acte +de courage et de malice, en écrivant sur son bulletin: _Puisqu'il faut +ramper_, RAMPON. Le premier consul ne fit que rire du calembour. + +RASER + +Peu de jours après son arrivée à la Bastille, Linguet voit entrer dans +sa chambre un grand homme sec qui lui cause quelque frayeur. + +--Qui êtes-vous, monsieur? lui dit-il. + +--Je suis le barbier de la Bastille. + +--Parbleu! vous auriez bien dû la raser. + +RASSIS + +Un épicier, sur le boulevard du Temple, à Paris, avait pour enseigne un +tableau représentant deux rats sciant un pain de sucre, avec cette +devise: _Au pain de sucre rats scient_. + +RATAFIA ET BARNABÉ + +--Quels sont les inventeurs des deux premières lettres de +l'alphabet?--Rata et Barna. _Rata fit_ A et _Barna_ B. + +RÉBUS + +Farce énigmatique, aujourd'hui plus en vogue que jamais, composée de +figures et de lettres dont l'arrangement, le nombre, la couleur, +expriment un mot, un nom ou une pensée. Pour signifier _vieux +parchemin_, on peint un vieillard qui chemine, appuyé sur un bâton. Pour +exprimer ces paroles: _J'ai soupé entre six et sept_, on a mis un G sous +un P, entre les deux chiffres 6 et 7. + +Le Français, né malin, emploie quelquefois le rébus avec finesse. Parmi +les hiéroglyphes ou caricatures qui tapissaient, en l'an VII, les +boutiques des marchands d'estampes, on en distinguait une à qui +l'événement donna, en quelque sorte, le mérite de la prophétie. Le +dessinateur avait représenté les membres du Directoire, et, au-dessous, +une lancette, une laitue et un rat; ce qui, aux yeux des connaisseurs, +signifiait: _L'an_ VII _les tuera_. + +En effet, en l'an VII (nouveau style), Bonaparte revint tout à coup +d'Égypte; et si ce retour inopiné ne tua point les directeurs, il tua le +directoire. + +M. Flamand, médecin, ne montait jamais sa garde, c'est un fait reconnu; +mais, en revanche, lorsqu'il était cité devant le conseil de discipline, +il y envoyait des missives originales. En voici une: + +LE PRÉSIDENT.--Messieurs, le docteur Flamand, assigné pour avoir manqué +sa garde, me fait parvenir le billet suivant, que je livre à vos +méditations, n'y comprenant rien du tout: + + Aves Par suite de plusieurs Aves + Prendre Je n'ai pu, messieurs, Prendre + Nous De monter la garde; Nous + Pot Je n'ai pu quitter l' Pot + E Où mon vin était E + Voir Pourtant on me fait Voir + Ainés Que vous allez être Ainés + Quatre murs A me mettre Quatre murs + Ouverte Voyant ma prison Ouverte + Vue J'ai différé notre Vue + Mise D'un ami j'ai pris l' Mise + Faites Espérant sur ces Faites + Ailles Ne pas vous trouver sans Ailles. + +Après avoir longtemps examiné le billet, le conseil interpelle un +monsieur qui l'a apporté, et demande ce que c'est. + +LE MONSIEUR.--C'est un rébus (Rires.) + +LE PRÉSIDENT.--Encore faut-il en avoir la clef? + +LE MONSIEUR.--C'est facile. Voici comment l'excuse de mon ami se lit: + +«Par suite de plusieurs entraves, je n'ai pu, Messieurs, entreprendre de +monter la garde; entre nous, je n'ai pu quitter l'entrepôt où mon vin +était entré. Pourtant on me fait entrevoir que vous allez être entraînés +à me mettre entre quatre murs: voyant ma prison entr'ouverte, j'ai +différé notre entrevue. D'un ami j'ai pris l'entremise, espérant, sur +ces entrefaites, ne pas vous trouver sans entrailles.» + +Au milieu du rire général, l'officieux ami du docteur Flamand entend +condamner ce savant à vingt-quatre heures de prison. + +RECEVOIR + +Un marchand présentait une requête à un très-grand seigneur pour être +payé de ses fournitures.--Est-ce que vous n'avez rien reçu, mon ami, sur +votre mémoire?--Je vous demande pardon, Monseigneur, j'ai reçu un +soufflet de votre intendant. + +RÉCHAUD + +Une jeune fille répétait une ariette.--Voilà un _ré_ trop froid, lui dit +son maître de musique.--Si vous voulez un _ré chaud_, répondit la jeune +fille, on le trouve à la cuisine. + +RECONNAISSANCE + +On donne ce nom aux reçus du Mont-de-Piété, lorsqu'on y a déposé des +gages. + +--L'ingratitude est à son comble dans Paris, dit un mauvais plaisant; +sans le Mont-de-Piété, on n'y trouverait plus de reconnaissance. + +RECONNAITRE + +Terme de l'argot militaire. En voici l'application, qui fut faite par la +feue garde nationale de Louis-Philippe: + +Un capitaine de ronde s'était arrêté devant un poste de la garde +nationale et attendait que le chef de poste vînt le reconnaître: + +Il attendit dix minutes... Personne ne venait. + +Impatienté, il pousse la porte et s'écrie: + +--Ah ça! viendrez-vous me reconnaître? + +--Impossible! fit un caporal qui gardait le poste, le lieutenant est +parti. + +--Eh bien? + +--Eh bien! comment voulez-vous que je vous reconnaisse, moi? Je ne vous +ai jamais vu! + +RECULER + +_Avance, Hercule!_ dit Cadet Roussel, professeur de déclamation, dans +une leçon qu'il donne à son élève. + +--Comment! _avance et recule_, répond l'autre, qui ne comprend pas qu'on +s'adresse au plus redoutable des demi-dieux. + +Un Gascon disait qu'il n'avait jamais achevé les leçons de danse que son +maître avait commencé à lui donner, parce que, quand il avait fallu +former le pas en arrière, il n'avait pu s'y déterminer, de peur qu'il ne +fût dit qu'une fois en sa vie il avait reculé. + +REDONDANCE + +Commerson a dit:--Aujourd'hui tout le monde pose. L'homme propose; la +femme dispose; l'industrie expose; le commerce dépose; les consciences +composent; les grands hommes se reposent. + +Il pourrait ajouter ce qu'un amateur oppose: Que le chimiste décompose; +que le conspirateur suppose; que l'État impose; que le mauvais vin +indispose; que les compilateurs transposent. + +REDRESSER + +Un bossu, qui se lançait dans le monde, disait à son ami: + +--Si tu me vois faire quelque chose de gauche, redresse-moi. + +--Je t'avertirai, dit l'autre; mais je ne pourrais pas te redresser. + +RÉFLÉCHIR + +--Pourquoi un miroir est-il muet?--Parce qu'il réfléchit. + +REGARDER + +Ce mot a plusieurs sens. On sait que Lacondamine était très-indiscret. +Un jour qu'il jetait un regard curieux sur une lettre qu'un de ses amis +écrivait, celui-ci lui dit:--Mon ami, tu regardes ce qui ne te regarde +pas. + +RELEVER + +Un homme que l'on avait placé en faction, et qui était gris, tomba par +terre et y resta; le caporal, passant par là, lui dit:--Malheureux! que +fais-tu là? Si l'officier te voyait, tu irais en prison.--Pourquoi? +répondit le soldat; quel mal ai-je fait en me mettant par terre, +puisqu'on m'a dit que toutes les deux heures on relevait les +sentinelles. + +RELIRE ET RELIER + +Un homme riche, qui ne lisait guère, disait:--Je relis Montaigne pour la +sixième fois.--Monsieur est relieur? lui dit un auditeur qui le +connaissait. + +REMISE + +--Vous allez vous marier, Monsieur?--Oui, Jocrisse; et j'y vais sans +remise, entends-tu bien.--Là-dessus, Jocrisse descend et dit à la +portière:--Allez chercher une voiture; et, comme Monsieur ne veut pas de +_remise_, amenez un fiacre. + +REMONTER + +Un ménage avait descendu ses meubles à Paris, du troisième étage au +rez-de-chaussée. Au bout de quelques jours, on dit à une fille de +boutique un peu obtuse:--Prudence, il faut remonter la pendule.--Elle la +remonta au troisième étage. + +RENDRE + +Une femme, ayant reçu un soufflet de son mari, alla consulter un avocat +pour savoir si elle pourrait à cause de ce fait obtenir sa séparation. +Le mari, sachant qu'elle avait fait cette démarche, lui demanda d'un air +goguenard quel parti elle allait tirer de son soufflet! + +--Comme on m'a dit que je n'en pourrais rien faire, répliqua-t-elle, je +vous le rends. + +Ce qu'elle fit et fit bien. + +DIATRIBE SUR LE MOT RENDRE. + + Le mot de rendre est bon, je le sais bien; + Mais coup sur coup le répéter sans cesse, + Autre chose est. Alors il ne vaut rien. + Il faut, dis-tu, rendre à chacun le sien; + Ce fonds rend tant. Quand un lavement presse, + Il faut le rendre; Alain se rend chartreux; + Jean voit Lisette, il s'en rend amoureux; + Le roi se rend à Mons, qui va se rendre; + Il se rendra tôt maître de la Flandre. + Tu rends en cour mille respects aux grands, + En ta maison mille soins à ta femme; + Fèves pour pois tu fais bien rendre aux gens, + Rendeur bavard, qui tant de choses rends, + L'un de ces jours puisses-tu rendre l'âme! + +RENIER + +Au bas de la statue pédestre élevée à la gloire de Louis XIV, au milieu +de la place des Victoires, à Paris, on lisait d'assez mauvais vers faits +par un nommé Renier, de l'Académie française. Quand on demandait à +Santeul ce qu'il pensait de ces vers, il disait:--Ce sont des vers à +Renier. + +REPAS + +Quels sont les hommes les plus sobres?--Les couteliers, parce qu'ils +font des repassages. + +RÉPLIQUES + +Un capitaine de vaisseau, ayant besoin de la protection d'un premier +commis de la marine, qui avait une merveilleuse adresse à tirer parti de +sa place, lui envoya une balle de café. + +--Qu'est-ce que cela? demanda le bureaucrate au domestique qui +accompagnait le message. + +--Monsieur, c'est une balle de café moka que mon maître vous prie +d'accepter. + +--C'est bon; laissez cela là, et allez dire à votre maître que je ne +prends pas mon café sans sucre. + +Louis XIV parlait un jour du pouvoir que les rois ont sur leurs sujets; +le comte de Guiche osa prétendre que ce pouvoir avait des bornes; mais +le roi n'en voulant admettre aucune, lui dit avec emportement:--Si je +vous ordonnais de vous jeter à la mer, vous devriez, sans hésiter, y +sauter la tête la première. Le comte, au lieu de répliquer, se retourna +brusquement et prit le chemin de la porte. Le roi lui demanda avec +étonnement où il allait.--Apprendre à nager, sire, lui répondit-il. +Louis XIV se mit à rire, et la conversation en resta là. + +Mais ce récit n'est qu'un conte. + +On répétait, devant Martainville, cette maxime si connue: Qui paie ses +dettes s'enrichit.--Bah! bah! répondit-il; c'est un bruit que les +créanciers font courir. + +--O Julie, disait sentimentalement un jeune amoureux, la première fois +que vous me parlerez ainsi, je me tuerai à vos pieds!--Et la seconde +fois? répondit la demoiselle. + +Piron, dînant chez madame ***, se livra à quelques sarcasmes violents +qui déplurent.--Vous êtes un cheval, lui dit cette dame. Le poëte se +lève de table, tenant sa serviette à la main. + +--Où allez-vous donc?--A l'écurie.--Vous n'avez pas besoin de serviette. + +Un petit prince d'Italie envoya dire à un étranger de sortir dans +vingt-quatre heures de ses États.--Il me fait trop de grâce, répondit +celui-ci; je n'ai besoin que de trois quarts d'heure pour en être +dehors. + +Un matin, sur un banc du Luxembourg, un jeune homme timide, qui voulait +engager conversation avec une jeune personne placée à côté de lui, +saisit adroitement le moment où un insecte montait sur son châle pour +dire:--Mademoiselle, je vous préviens que vous avez une bête derrière +vous.--Ah! mon Dieu! monsieur, dit la dame en se retournant étonnée et +comme effrayée, je ne vous savais pas là. + +On reprochait à l'abbé Terrai qu'une de ses opérations ressemblait fort +à prendre l'argent dans les poches. Il répondit:--Eh! où voulez-vous +donc que je le prenne? + +A Naples, un commandeur de Malte, homme riche et avare, laissait user sa +livrée au point qu'un savetier du voisinage, voyant les habits de ses +gens tout troués, s'en moquait. Ils s'en plaignirent à leur maître, qui +fit venir le savetier et le tança sur son insolence.--Moi! Monseigneur, +c'est une calomnie. Je sais trop le respect que je dois à Votre +Excellence, pour me moquer de sa livrée.--On dit pourtant que tu ris +sans cesse en voyant les habits de mes gens.--Il est vrai, Monseigneur; +mais c'est des trous que je ris, et à ces trous il n'y a pas de livrée. + +--Mon ami, n'êtes-vous pas janséniste? disait un confesseur à son +pénitent.--Non, mon père, je suis ébéniste. + +Le comte d'Alets, passant par Lyon, fut conduit chez le lieutenant du +roi, qui, ne le connaissant pas, le reçut avec hauteur et lui dit: + +--Mon ami, que disait-on à Paris quand vous en êtes sorti? + +--Des messes, répondit le comte d'Alets. + +--Mais je vous demande ce qu'il y a de nouveau? + +--Des pois-verts. + +--Mon ami, vous êtes plaisant. Comment vous appelez-vous. + +--À Lyon, les sots m'appellent mon ami; à Paris, on m'appelle le comte +d'Alets. + +REPOS + +Une actrice nouvelle, qui jouait à Londres le rôle de lady Anne dans la +tragédie de Richard III, ayant répété ce passage: + + Ah! quand aurai-je un peu de repos! + +Un de ses créanciers qui était au parterre lui cria:--Jamais, si vous ne +me payez pas les trente schellings que vous me devez. + +REPRÉSENTÉ + +On disait à un représentant, avant le 18 brumaire, qu'il y avait parmi +eux de grands scélérats. Il répondit que dans un grand État il fallait +que tout le monde fût représenté. + +RESSORT + +Ce mot a plusieurs sens, comme on le voit dans cette boutade faite au +milieu du XVIIe siècle contre le parlement. L'esprit alors n'était pas +si délicat qu'aujourd'hui: + + Emmitouflés de robes rouges, + Qui jugez souverainement, + Auguste et grave parlement, + Qui faites vos lois dans vos bouges, + Croyez-vous être bien bravés + Quand vous dites que vous avez + Quantité de ressorts en France? + Un avantage si commun + N'est pas de grande conséquence: + Mon tourne-broche en a bien un. + +RESTAURER + +Le dîner splendide que le duc de Penthièvre donna aux membres de +l'Académie, le lendemain de la réception du chevalier de Florian, valut +à ce prince le titre de _restaurateur_ de l'Académie française. + +RESTER + +Je vois douze pigeons sur un arbre, je tire sur eux, j'en tue cinq. +Combien en reste-t-il? + +--Il en est resté sept. + +--Non, il n'en reste point, parce que les autres se sont envolés. + +RETARD + +--Ma montre retarde de deux heures, disait un étudiant à un autre +étudiant.--La mienne, répond celui-ci, retarde de 200 francs. + +Il l'avait mise au Mont-de-Piété. + +RÉUNION + +On lisait dernièrement dans un journal du Bas-Rhin cette phrase +textuelle: «De magnifiques fêtes se préparent à Strasbourg, en l'honneur +de l'anniversaire de _la réunion de la France à l'Alsace_.» + +Cette manière d'entendre cette réunion nous rappelle la joie naïve de ce +Génevois qui, à l'époque où sa ville natale devenait la capitale du +département du Lac-Léman, s'écriait avec une satisfaction enthousiaste: + +--Dieu me damne! la nouvelle est bonne. On vient de réunir la France à +Genève. + +RHUBARBE + +Lorsqu'en 1793 on eut supprimé les saints à Paris, on ôta cette +désignation aux écriteaux des rues. On appela donc la rue Saint-Antoine +rue Antoine, la rue Sainte-Barbe, rue Barbe et ainsi des autres. Un +provincial demandait un jour au commissionnaire du coin la rue Barbe. + +--La _rhubarbe_, répondit l'autre; entrez là chez l'apothicaire. + +RIME ET RAISON + +La comtesse de La Suze, que ses poésies ont rendue célèbre, plaidait au +Parlement de Paris contre la duchesse de Châtillon. Ces deux dames se +rencontrèrent dans la grande salle du Palais. Le duc de la Feuillade +donnait la main à la duchesse; il dit à Madame de La Suze, qui était +accompagnée de Benserade et de quelques autres poëtes: + +--Madame, si vous avez la rime de votre côté, nous avons la raison du +nôtre. + +La comtesse repartit aussitôt: + +--Ce n'est donc pas sans rime ni raison que nous plaidons. + +RICHELIEU + +Dans les épigrammes que subit ce grand ministre, nous avons toujours +remarqué celle-ci, à cause du jeu de mots: + + Jésus-Christ vint de pauvre lieu + Apportant la paix sur la terre. + S'il fût venu de Richelieu, + Il nous eût amené la guerre. + +RIVAROL + +Il disait de M. Le Tonnelier de Breteuil, ambassadeur de France à +Vienne:--Il aurait dû raccommoder les cercles de l'empire. + +Il disait en parlant d'Arnaud Baculard:--Ses idées ressemblent à des +carreaux de vitre entassés dans le panier d'un vitrier, claires une à +une, et obscures toutes ensemble. + +RIVE + +Après, la mort de l'acteur Lekain, tragédien renommé, Larive fut choisi +pour le remplacer dans les grands rôles. Les critiques dirent +bientôt:--Lekain, en passant le Styx, n'a pas laissé son talent à la +_rive_. + +ROGNER LES LIVRES + +Jobin plaidait contre son relieur. Son débat ayant produit de curieux +contre-sens par suite de mots rognés, nous en citons ici quelques +passages que les journaux ont rapportés: + +LE JUGE.--Reconnaissez-vous que le demandeur a travaillé pour vous? + +JOBIN.--Joli travail... Je lui en ferai mon compliment un de ces jours, +quand il repassera... C'est du propre... En vérité, je ne comprends pas +l'audace de ce Monsieur... c'est comme si, après m'avoir jeté un pot à +fleurs sur la tête, il me demandait une indemnité pour la casse... il +peut en rire... Permettez-moi d'en rire. + +LE JUGE.--Mais enfin, que lui reprochez-vous? + +JOBIN.--Voici le fait; il est odieux... Je suis abonné au _Corsaire_ +depuis cinq ans... cette feuille me plaît... elle est fort gaie, je suis +fort gai, nous sommes faits l'un pour l'autre. (Rires.) Un jour, il me +prit l'envie de faire relier ma collection... j'ai eu l'imprudence de la +confier à cet être (il montre son adversaire). Ça s'intitule relieur, +ça... si ça ne fait pas suer... Faites des bottes de foin, mon cher, +reliez des asperges... mais des livres, plus souvent! (On rit). + +LE JUGE.--Modérez-vous, et n'insultez personne. + +JOBIN.--C'est vrai, je m'exalte, j'ai tort... Je reviens au fait. Ce +délicieux, ce charmant, cet adorable relieur... c'est écrit sur sa +boutique, parole d'honneur: _M. D..._, _relieur_... Enfin, ce délicieux, +ce charmant, cet adorable relieur me garda ma collection trois mois: +premier grief... Je continue. Au bout de ce laps de temps, il me la +rapporte _rognée_, à ce qu'il disait; j'examine la fourniture... Au +dehors, ça pouvait encore passer... mais voilà que je m'avise d'ouvrir +un volume... (Élevant la voix.) Oh! grands dieux! que vois-je? pas de +marge, pas la moindre petite marge... Bien mieux, l'impression même +était rognée... l'instrument tranchant avait mordu sur presque toutes +les colonnes. + +LE RELIEUR.--C'est faux! + +JOBIN.--Ah! c'est faux... Je suis enchanté que vous ayez dit ça... J'ai +ici la preuve; j'ai apporté un volume de ma malheureuse collection. (Au +juge.) Vous allez voir dans quel état il l'a mise... et si ça ne crie +pas vengeance... Tenez, je vais vous citer des exemples sur différentes +divisions du journal. Commençons par la politique; je lis, page 30: _Le +gouvernement marchera toujours mal avec un cor_... (On rit.) Il y avait +avec un cortège de flatteurs.» Mais ce n'est rien encore. Passons à la +politique extérieure; je lis page 203: «_En ce moment la Grèce doit_...» +(Hilarité.) Je vous demande pardon du calembour... Monsieur a rogné la +suite: «La Grèce doit... veiller à ses intérêts» J'arrive à l'article +théâtre où je trouve: _La voix de Madame Stolz est tous les jours en +progrès, c'est la voix d'une sy_... (Rires.) Le reste est coupé... «La +voix d'une syrène.» Je termine par deux autres citations. Dans un +article de modes, on peut lire: _Le salon des Modes Françaises, 20, rue +d'Antin, est toujours cité par ses cha_... (Grande hilarité.) +Sous-entendu «peaux.» Et enfin, dans un article de critique littéraire, +je vois: _Madame Anaïs Ségalas vient encore de mettre au four un petit +vo_... (Explosion de rires.) La fin manque... L'auteur a voulu dire +_volume_. (On rit.) Je crois n'avoir pas besoin de vous en dire +davantage, et vous comprendrez maintenant pourquoi je refuse de payer à +Monsieur le montant de sa facture. Quant aux dommages-intérêts auxquels +j'aurais droit... eh bien, voyons, je suis généreux, j'y renonce, j'y +renonce, (avec éclat) j'y renonce! (On rit.) + +La demande du relieur est repoussée. + +ROGNER LES ONGLES + +Charles Lameth, en 1790, eut un duel où il fut blessé à la main. On +publia ce quatrain sous le titre de «Dernier Bulletin de M. Lameth»: + + --Faudra-t-il à Lameth couper quelques phalanges? + Demandait à Dufouarre un patriote ardent. + + --Non, dit le médecin, transporté jusqu'aux anges, + Il lui faudra rogner les ongles seulement. + +ROI ET SAVETIER + +Un acteur comique de bas étage s'avisa de jouer un rôle de roi: il fut +atrocement sifflé. L'acteur, contraint de retourner à son véritable +emploi, joua le lendemain un rôle de savetier et fut couvert +d'applaudissements--Cela prouve, lui dit un de ses camarades, que tu as +joué le roi comme un savetier, et le savetier comme un roi. + +ROIS + +Pour la fête de l'Épiphanie, la grande solennité des Gentils, qui la +célèbrent si imparfaitement chez nous, et qui a pourtant laissé de +grandes affections dans les familles, un de nos démocrates les plus +foncés invita, en 1849, plusieurs de ses amis et ennemis politiques à +venir _tirer les rois_. + +Seulement, au moment de l'apparition du gâteau, il a prévenu ses +convives qu'au haricot consacré il avait fait substituer une épingle. +Interrogé sur le motif de cette substitution: + +--C'est pour étrangler les prétendants, a-t-il répondu d'une voix +caverneuse. + +ROUGES + +Brunet disait, en parlant des personnes qui ont les cheveux rouges:--Les +rouges sont mes bêtes noires. + +Un chasseur, qui avait couru quelques périls dans une partie de chasse +où il avait tué des perdrix rouges, disait:--Voilà des perdrix rouges +qui m'en ont fait voir des grises! + +ROUTE + +Pascal a dit:--Un fleuve est une grande route qui marche. Un homme moins +profond demandait:--Qui va de Paris à Strasbourg sans faire un pas? Un +Alsacien répondit:--La grande route. + +RUDIMENT + +M. de Rothschild disait l'autre jour à M. Maurice Alhoy:--Je vous +prêterai un million pour relever le théâtre Saint-Antoine, si vous me +devinez quand le chef d'une mosquée ressemble à une grammaire. + +--Je ne sais pas. + +--Eh bien... c'est quand il a des manières rudes, parce qu'alors c'est +un _rude iman_. + + + +S + +SAGE + +Ménage, attaqué d'une pleurésie, demanda qu'on lui fît venir le Père +Airaut, jésuite, son parent. À peine le religieux est entré dans la +chambre du malade, qu'il l'embrasse, lui témoigne sa douleur, le console +et l'exhorte à la mort. Ménage, édifié de tout ce que le Père Airaut lui +dit des miséricordes de Dieu, dit en soupirant:--Je vois s'accomplir la +pensée que j'ai toujours eue: qu'on a besoin d'une sage-femme pour +entrer dans le monde, et d'un homme sage pour en sortir. + +SALUT + +Un homme se plaignait à un de ses amis de n'avoir pas été salué par lui, +à la sortie de l'église. Celui-ci lui répondit:--Mon cher, hors de +l'église, point de salut! + +SANG + +Santeul disputant un jour avec le grand Condé sur quelque ouvrage +d'esprit, le prince dit au poëte:--Savez-vous, Santeul, que je suis +prince du sang?--Oui, Monseigneur, je le sais; mais moi je suis prince +du bon sens; ce qui est préférable. + +SANGUIN + +Un négociant qui faisait mal ses affaires disait:--On se trompe sur mon +tempérament; on me croit flegmatique et je suis _sans gain_. + +SAPEURS + +Quand le dernier roi s'enfuit, on dit qu'il s'en allait accompagné de +_sa peur_. + +Ce mot a produit plusieurs fois un même calembour, dont voici la plus +récente application: + + Que dit-on donc?... que Ledru, dans sa fuite, + Est parti seul, sans suite?... O grave erreur!... + Il s'est sauvé, j'en conviens, au plus vite, + Mais il était escorté de... sa peur!... + +SAVOIR + +Une troupe de comédiens ambulants venait de jouer _le Misanthrope_ dans +une petite ville de Normandie. L'acteur qui avait rempli le rôle +d'Alceste, et qui l'avait joué de moitié avec le souffleur, s'avance +après la représentation et dit:--Messieurs, nous aurons l'honneur de +vous donner demain _le Philosophe sans le savoir_.--Non pas! non pas! +s'écrie le maire tout furieux; vous venez de jouer _le Misanthrope_ sans +le savoir, et vous saurez demain, s'il vous plaît, _le Philosophe_ pour +le jouer. + +Le maréchal de Villeroi, gouverneur de Louis XIV, écrivait d'une manière +absolument illisible. Il écrivit un jour une lettre au cardinal de +Fleuri, précepteur du jeune monarque; l'instituteur ne put déchiffrer un +mot de ce que le gouverneur voulait lui dire. Il le pria de vouloir bien +lui communiquer sa pensée d'une manière plus lisible. Le maréchal +écrivit une seconde lettre, à laquelle Fleuri répondit:--Votre seconde +lettre n'est pas beaucoup plus lisible que la première. Au surplus, pour +notre honneur commun, cessez de m'écrire, afin qu'on ne dise pas dans le +monde que le roi a un gouverneur qui ne sait pas écrire, et un +précepteur qui ne sait pas lire. + +SCHILLER + +Quel est le poëte dont les sécrétions ont été les plus +légères?--Schiller. + +SECOUER + +Un apothicaire de Newcastle, s'étant chargé du traitement d'un malade +qui était à l'article de la mort, lui envoya une fiole de médecine, avec +ces mots: _bien secouer avant de faire prendre_. Le lendemain, il alla +voir l'effet de son remède. En entrant chez le malade, il demanda à un +domestique comment se portait son maître. Celui-ci ne répondit que par +des larmes.--Quoi! est-ce qu'il est plus mal?--Oui, monsieur; mais comme +vous nous avez dit de le secouer avant de lui faire prendre votre +médicament, nous avons suivi vos ordres et il est passé dans nos bras. + +SEIGNEUR + +On demande à Arlequin pourquoi il se permet de prendre place parmi des +gentilshommes?--Je suis fils d'un _saigneur_, dit-il. Son père en effet +était chirurgien. + +SEINE + +Un homme lisant au bas des personnages d'une pièce cette +indication:--_La scène est à Constantinople_;--Voilà, dit-il, une +rivière qui fait bien du chemin. + +SEIZE + +On disait d'un homme âgé, pour rassurer une jeune fille qui l'épousait, +que ce monsieur n'avait que _ses ans_. + +SEL + +Montmaur était riche, mais avare; il aimait mieux diner chez les autres +que de donner à manger chez lui; et comme il savait assaisonner la +conversation de beaucoup de traits piquants, il disait à ses +amis:--Fournissez la viande et le vin, je fournirai le sel. + +S'EN REPENTIR + +Le pléonasme qui suit a un double sens assez juste:--Qui verse le sang, +s'en repent. + +SENS + +Quelles sont en France les femmes les plus raisonnables?--Les femmes de +Sens. + +SENSÉ + +Lorsqu'on eut sifflé la pièce sans A, Brunet pria l'auteur de lui faire +un drame sans C. + +SEPT VEINES + +Quelle est le pays où le sang circule le mieux? À cette question de M. +Dupin, M. Guizot répondit:--Les Cévennes. + +SERIN + +Quand peut-on mettre le temps en cage? + +--Quand il est serein. + +SERMENT + +Une jeune fille, épousant contre son gré, prononça le oui si froidement +que quelqu'un dit:--Le pauvre mari n'a là qu'un serment de bouche.--Et, +riposta un autre, la pauvre femme a un serrement de coeur. + +SERPENT + +Une cause singulière s'est présentée il y a quelque temps au tribunal de +simple police de Fontaine-Libeau (Seine-Inférieure). M. le curé, +prêchant sur le péché originel, avait plusieurs fois répété: + +«C'est le serpent maudit qui a causé vos malheurs, mes frères, c'est lui +qui est la cause de la perte de tant d'âmes.» + +Un serpent, non pas un boa, mais un de ces virtuoses en surplis qui +musicient de toutes leurs forces, et écorchent quelquefois les oreilles +des fidèles, le serpent donc de la paroisse se lève tout à coup, et, +interrompant le vénérable pasteur, d'un ton moitié furieux, moitié +stupéfait: + +--Moi! j'ai causé tout ce mal-là! s'écria-t-il; apprenez que depuis 50 +ans que je suis serpent de père en fils, je n'ai jamais fait de tort à +personne; je ne suis qu'un serpent, mais je suis honnête. + +Ayant adressé quelques injures à M. le curé, qui tentait vainement de +lui donner les explications les plus satisfaisantes, le susceptible +serpent a été traduit en simple police et condamné à deux jours de +prison. + +SERVANTE + +On raconte qu'une actrice, causant littérature avec une de ses +camarades, se mit à dire que _Don Quichotte_ n'était qu'un roman de +cuisinière.--Comment, répliqua son interlocutrice fort étonnée, _Don +Quichotte_, mais c'est un des ouvrages les plus ingénieux qui aient +jamais été écrits.--Je n'en parle que d'après notre directeur, répliqua +la première, c'est lui qui m'a certifié hier que _Don Quichotte_ était +un roman de Cervantes. + +SERVICE + +Au nombre des hommes éminents promus à une des plus hautes dignités de +la dernière république, il se trouvait un ancien marchand de +porcelaines.--Qu'a-t-il donc fait pour mériter cette récompense? demanda +quelqu'un qui entendait prononcer le nom du nouveau dignitaire pour la +première fois. Est-ce qu'il a rendu des services?--Non, il en a vendu, +répondit M. le baron T... + +SE TAIRE + +Cadet Roussel, professeur de déclamation, dit dans une leçon: il faut +_parler Esther_.--Comment! _parler et se taire_, dit un élève, qui ne +voit pas qu'on s'adresse à la nièce de Mardochée. + +SIFFLEUR + +Lorsqu'on joua la comédie du _Persiffleur_ de Sauvigny, les plaisants, +les faiseurs de calembours, les siffleurs enfin, dirent que le père +siffleur avait tous ses enfants au parterre. + +SINGE + +Une pimbêche d'importance, qui avait un procès, était venue solliciter +en sa faveur le premier président de Harlay. Comme ce magistrat ne lui +avait pas fait l'accueil qu'elle croyait lui être dû, elle dit, en +passant dans l'antichambre, mais assez haut pour être entendue du +président: + +--Peste soit du vieux singe! + +Le lendemain néanmoins l'affaire fut appelée, et cette dame gagna son +procès. Elle courut aussitôt remercier le président, qui, pour toute +vengeance, se contenta de lui dire: + +--Sachez madame, une autre fois, qu'un vieux singe est toujours disposé +à faire plaisir aux guenons. + +SOL + +Quelles sont les notes de musique que les frotteurs d'appartements +aiment le mieux? + +--Les notes _sol fa si la si ré_. + +SON + +ÉPIGRAMME SUR FAUCHET + +ÉVÊQUE CONSTITUTIONNEL DE PARIS (1791) + + Ce janséniste cannibale, + Fauchet, un jour, longuement pérora + Sur les bouffons et l'Opéra, + Dans la tourbe municipale. + Or le prêtre-bourreau prétend + Que tout théâtre dit chantant + Envoie un jour par mois ses acteurs à la halle + Pour y chanter, hurler, baller + Et de chansons le peuple régaler. + Pour cet avis très-fortement j'opine, + Reprit Warville, aimable polisson; + Du moins, s'il manque de farine, + Le peuple aura toujours du son. + +On demandait dernièrement: Pourquoi la musique, qui charme les chevaux +désole-t-elle les chiens? L'auteur des sphinx du petit journal pour rire +répondit:--C'est que les chevaux aiment le son et que les chiens l'ont +en dégoût. + +SONNET + +Pourquoi un sot devient-il poëte en prenant un bain? + +--Parce qu'il fait un _sot net_. + +SORTIR + +Des femmes de Paris qui avaient été voir des fous demandèrent à l'un +d'eux de leur donner trois numéros pour la loterie. C'était une +croyance, à Paris, dans les classes peu instruites, que les fous sont +doués d'une sorte de divination. + +Le fou écrivit trois numéros sur un papier, l'avala, et leur +dit:--Mesdames, repassez demain, vos numéros seront sortis. + +Un certain marquis connu par ses singularités, vantait à la feue reine +de France un remède dont il avait le secret, et qu'il disait avoir fait +prendre à un de ses amis fort malade. L'a-t-il guérie? demanda la reine. + +--Madame, dès le lendemain j'allai pour le voir; il était sorti. + +--Comment! déjà sorti! + +--Oui, madame, il était allé se faire enterrer à Saint-Sulpice. + +SOTS + +Du temps où florissait le régime parlementaire, un député s'excusait de +s'être fait attendre en disant qu'il était avec le garde des sceaux. On +lui répondit:--Il vous a gardé bien longtemps. + +Le marquis de Cahusac, jouant au piquet, reconnut, par ses cartes de +rentrée, qu'il avait mal écarté, et s'écria:--je suis un franc Goussaut! + +Le président Goussaut, renommé par sa stupidité, se trouvait par hasard +derrière le joueur, et lui dit: + +--Vous êtes un sot! + +--Vous avez raison, repartit Cahusac, c'est ce que je voulais dire. + +SOU + +Le Pont-des-Arts, disait Odry, lorsqu'on payait un sou le passage, le +Pont-des-Arts a cela de particulier qu'il n'y a pas plus de personnes +dessus que de _sous_. + +--Et il ajoutait, en parlant des receveurs au péage de ce pont.--Ils +doivent avoir beaucoup de mémoire, à force de voir des _sous venir_. + +SOUFFLET + +Deux personnes qui s'étaient mutuellement souffletées allaient se +battre. On pria M. de Bièvre de les réconcilier.--Me prenez-vous, +dit-il, pour un raccommodeur de soufflets? + +SOUFFRER + +Quelles sont les gens les plus à plaindre? + +Les faiseurs d'allumettes, parce qu'ils souffrent pour tout le monde. + +SOUL + +Un écolier à qui on avait donné un sou pour la promenade rentra avec des +coliques, causées par une intempérance de coco. Son maître lui +reprochait cet excès, en lui disant qu'il n'avait pas besoin d'avaler +deux énormes verres à deux liards.--Ce n'est pas ma faute, reprit +l'enfant, la cocotière n'avait pas de monnaie à me rendre, alors j'ai bu +tout mon _sou_. + +SOULIER + +Quel est l'auteur le plus crotté?--Soulié. + +SOURD + +Quelles sont les gens qui entendent le moins la plaisanterie?--Ce sont +les sourds. + +SPA + +On conte que le marquis de Bièvre, étant allé prendre les eaux de Spa, +ne voulut pas quitter cette gracieuse ville champêtre sans lui laisser +un calembour; il partit en disant:--Je m'en vais de _ce pas_. + +STYLE + +«Gallophile de tout temps, mon coeur est sans fard et mon âme est +sans-culotte.» + +C'était avec des phrases aussi barbares, aussi ridicules et aussi +ineptes que le Prussien Anacharsis Clootz, collègues et consorts se +prétendaient des patriotes exclusifs. + +«Petit pape, petit papelin, vous êtes un âne, un ânon; allez doucement, +il fait glacé, vous vous rompriez les jambes, et on dirait: que diable +est-ce ceci? Le petit ânon de papelin est estropié, un âne sait qu'il +est un âne, une pierre sait qu'elle est une pierre; mais ces petits +ânons de papes ne savent pas qu'ils sont ânons.» + +Tel était le style dans lequel Luther écrivait au pape Léon X, le +restaurateur des arts et des lettres. + +J'admire, disait un membre d'assemblée populaire, à propos de la force, +j'admire celle de Samson qui, avec une mâchoire d'âne, passa mille +Philistins au fil de l'épée. + +Dryden se trouvant un jour, après boire, avec le duc de Buckingham, le +comte de Rochester et le lord Dorset, la conversation vint à tomber sur +la langue anglaise, sur l'harmonie du nombre, sur l'élégance du style, +sorte de mérite auquel chacun des trois seigneurs prétendait +exclusivement et sans partage. On discute, on s'échauffe, on convient +enfin d'en venir à la preuve, et de prendre un juge. Ce juge fut Dryden. +La preuve consista à écrire, isolément et sans désemparer, sur le +premier sujet venu, et de mettre les trois thèmes sous le chandelier. On +se met à l'ouvrage... Le duc et le comte font des efforts de génie. Le +lord Dorset trace négligemment quelques lignes. Quand chacun eut fini et +placé son chef-d'oeuvre sous le chandelier, Dryden procède à l'examen. +Dès qu'il eut achevé la lecture des trois pièces: «Messieurs, dit-il au +duc de Buckingham et au comte de Rochester, votre style m'a plu, mais +celui du lord m'a ravi. Écoutez; c'est vous qu'à présent je fais juges.» +Dryden lit: «Au premier de mai prochain (fixe) je paierai à John Dryden, +ou à son ordre, la somme de cinq cents livres sterling, valeur reçue; 15 +avril 1686. Signé Dorset.» Après avoir entendu ces expressions, +Rochester et Buckingham ne purent disconvenir que ce style ne l'emportât +sur tout autre. + +Nous empruntons à la _Gazette des Tribunaux_ un modèle du style soldat: + +Bourjot, bijoutier jeune France, est assis sur les bancs de la police +correctionnelle (7e chambre), et Combes, soldat du centre, s'avance au +pied du tribunal pour déposer contre lui; il se met au port d'armes, +adresse un petit sourire d'amitié au prévenu, et attend que M. le +président l'interroge. + +M. LE PRÉSIDENT.--Voyons... que savez-vous sur les faits de la plainte? + +COMBES.--Je sais que Bourjot est un bon enfant... là... mais un bon +enfant... Il avait seulement un peu siroté ce jour-là... ça peut arriver +à tout le monde... + +M. LE PRÉSIDENT.--Bourjot est accusé d'avoir frappé un agent de la force +publique dans l'exercice de ses fonctions... + +LE TÉMOIN.--C'est moi qu'étais dans l'exercice de ma faction. + +M. LE PRÉSIDENT.--Expliquez-vous. + +LE TÉMOIN.--Voilà, mon colonel... Je m'embêtais le 1er janvier au poste +du canal Saint-Martin, poste peu récréatif au point de vue du vent qui +vous coupe la figure et des particuliers qui descendent de la barrière +en faisant des zigzags et en nécessitant par leurs cris et autres +déportements l'intervention du caporal et de la patrouille... J'étais +donc là à murmurer crânement, je puis le dire, et à trouver que le +coquin de sort m'envoyait de fichues étrennes, lorsqu'un cafetier tout +effarouché vient nous dire qu'un Bédouin mettait son établissement sens +dessus dessous. + +Nous courons au pas de charge à l'endroit susdit, moi, le petit Normand +et Briquet, mon voisin de lit... Qué que nous voyons?... Bourjot, le +criminel ci-inclus... il voulait empêcher, à lui tout seul, plusieurs +autres citoyens de pincer leur partie de carambolage et faisait la garde +autour du billard avec une queue à procédé sur les épaules... Il avait +bu plus d'une bouteille et paraissait légèrement ému... Nous le sommons +de débarrasser le tapis vert... il nous envoie promener... nous le +sommons de nous suivre au poste... il nous envoie derechef là où vous +savez... Alors nous l'empoignons... il se révolutionne et fait pour 5 +francs 75 centimes de casse qu'il paie incontinent avec un pourboire +pour la fille... En voilà un bon garçon!... + +M. LE PRÉSIDENT.--Mais les coups que vous auriez reçus?... + +LE TÉMOIN.--Ça va venir... je ne suis pas pressé. (On rit.) Pour lors, +nous l'insérons au violon. Mais, avant d'y entrer, il se tourne comme ça +vers moi... je le tenais par le bras gauche... et il me dit: «Vous, si +jamais je vous rencontre derrière un mur, je vous décorerai avec une +pomme de terre.» (Hilarité.) Il faut lui pardonner... c'est le vin à +douze qui parlait pour lui. C'est un fameux bon garçon, allez! + +M. LE PRÉSIDENT.--Mais arrivez donc au fait principal. + +LE TÉMOIN.--J'y arrive du pied gauche. Pour lors le caporal me plante de +faction. J'étais tranquillement à flâner en long et en large, quand +voilà Bourjot qui sort du corps de garde. L'autorité compétente +l'envoyait dehors pour cuver son liquide. Il s'approche de moi, me passe +la jambe, et me voilà tout de mon long par terre, avec mon fusil entre +les jambes et mon schako derrière les épaules en guise d'oreiller. +Bourjot aurait pu me repasser quelques taloches pendant que j'étais dans +cette position humiliante et peu militaire. Mais bah! il filait son +noeud à toute jambes; c'est un si bon garçon! + +M. LE PRÉSIDENT.--Vous êtes bien sûr qu'il ne vous a pas porté de coups? + +LE TÉMOIN.--Pas le moindre. Un simple billet de parterre. Faites-lui +bonne mesure, mon colonel... vrai, c'est un bon garçon. + +Le tribunal, prenant en considération les bons antécédents de Bourjot et +l'état d'ivresse dans lequel il se trouvait, ne le condamne qu'à 15 +francs d'amende. + +SUIVRE + +On propose en société l'énigme que voici: + + Je ne suis pas ce que je suis; + Car si j'étais ce que je suis, + Je ne serais pas ce que je suis. + +Solution: c'est un valet, qui n'est pas le maître qu'il suit; car s'il +était le maître qu'il suit, il ne serait pas le valet. + +SUJET + +Marquis, disait un jour Louis XVI au marquis de Bièvre, vous qui faites +des calembours sur tout, faites-en un sur moi.--Sire, lui répondit le +marquis, vous n'êtes pas un sujet. + +SUR + +Va mettre ma montre sur l'horloge de l'hôtel de ville, dit M. Duval.--Et +Jocrisse s'en va porter la montre au haut du clocher. + +Un pâtissier, dont un poëte avait exalté la pâtisserie dans un ouvrage +en vers, crut devoir reconnaître cette honnêteté en lui faisant cadeau +d'un pâté. Le poëte, ayant remarqué que la feuille de papier qui +couvrait le fond de ce pâté faisait partie de sa production, en fit de +vifs reproches à son protégé. + +--Qu'avez-vous à me reprocher? lui dit celui-ci; nous sommes maintenant +à deux de jeu; vous avez fait des vers sur mes pâtés, et moi j'ai fait +des pâtés sur vos vers. + +SURE + +Danière disait que la rue la plus sûre de Paris est la rue de l'Oseille. + +SUSPECT + +Ce fut à l'occasion de la désignation des suspects qu'un plaisant +enfermé au Luxembourg, au moment où Chaumette y fut lui-même conduit à +son tour par ordre du comité de salut public, dit en allant à sa +rencontre: «Citoyen, je suis suspect, tu es suspect, il est suspect (en +montrant un des prisonniers), nous sommes suspects, vous êtes suspects, +ils sont suspects.» Puis tournant le dos au nouvel arrivé, il le laissa +consterné de son sort, et honteux de se trouver au milieu de ses +victimes. + +Un plaisant, qui voulait partir avec l'aéronaute Blanchard, s'en fut +demander à sa municipalité un passe-port pour la banlieue de la terre: +la municipalité assembla le conseil de la commune, et le pétitionnaire +fut refusé comme suspect d'émigration. + + + +T + +On conte, dans le pays wallon, cette petite anecdote sur deux +magistrats, nommés l'un M. Baude, et l'autre M. Buchet.--Baude est allé +chez M. Buchet et y a pris le T.--Eh bien! dit l'interlocuteur, qui +entend le thé, que s'ensuit-il?--Qu'ils se sont quittés remis à leur +place, Baude devenu Baudet, et Buchet devenu Buche. + +La correspondance la plus laconique que l'on ait connue se composait +d'un (?), voulant dire: Y a-t-il quelque nouvelle? et d'un (0), +répondant: Il n'y en a pas. Un épicier de Hottingham (Flandres) vient de +faire du laconisme plus remarquable encore. Il a peint sur sa vitrine +deux grands T, l'un peint en noir, l'autre en vert, pour indiquer qu'il +vend du thé noir et du thé vert. + +TABLE + +On sait que la loi des Douze Tables, publiée à Rome sur douze tables de +pierre, par les décemvirs, est devenue depuis le fondement de la +jurisprudence romaine. Elle a donné lieu au quatrain suivant: + + Un avocat, dont les destins + Font un juge des plus notables, + Croit que la loi des Douze Tables + N'était que pour les grands festins. + +TAILLES + +Ce nom, qu'on donnait autrefois aux impôts, a produit un jeu de mots. + +Une princesse du sang, sous ce qu'on appelle l'ancien régime, passait +par une ville de province; toutes les corporations s'empressèrent de +l'aller complimenter. Celle de l'élection n'était représentée que par +trois membres.--Madame, lui dit le chef de cette juridiction, nous +sommes dans ce moment une preuve sensible de cette vérité sacrée: +Beaucoup d'appelés et peu d'élus. Notre devoir est de prononcer sur le +fait des tailles, et nous certifierons à tout le monde que la vôtre est +des plus élégantes. + +TAILLEUR + +On disait à un homme distrait:--Votre esprit fait des +culottes?--Pourquoi?--Parce qu'il est ailleurs. + +TAMBOUR + +Quels sont les châles qui font le plus de bruit? + +--Ceux qui _sont en bourre_. + +TA MÈRE + +Belval, mangeant une salade de chicorée, appela sa cuisinière et lui +dit:--Es-tu donc la fille de cette salade-là?--Comment, Monsieur?--C'est +qu'elle _est amère_. + +TEINTURE + +--Je voudrais, disait une dame, que mon fils sût un peu de tout, qu'il +eût une teinture des langues latine et grecque, une teinture d'histoire +et de géographie, une teinture des mathématiques, une teinture du +dessin, etc.; mais je ne sais pas pour cela quel maître lui donner. + +--Donnez-lui, Madame, un maître teinturier. + +TENDRE + +UNE PETITE SCÈNE DE TRIBUNAL + +D. Vous ne niez pas avoir mendié?--R. Si j'avais reçu de la nature la +faveur de l'éloquence... + +D. Répondez par oui ou par non.--R. Je réponds par oui; mais n'ayant pas +reçu la faveur de l'éloquence, je vous demande la grâce de vous faire +lecture de mon excuse écrite. C'est la description en raccourci de ma +vie, en douze vers de poésie, pas un de plus, pas un de moins. (Il lit.) + + Le sort pour moi fut un bourreau; + Conscrit de l'an mil huit cent seize, + J'ai tiré le numéro treize + Qui m'envoya sous le drapeau. + Sorti des rangs, sans sou ni maille, + On me traita de rien qui vaille; + Ce qui fait qu'un jour, ayant faim, + J'ai mendié sur mon chemin. + Condamné, j'ai subi ma peine, + Mais de mon sort qu'on se souvienne! + Si l'on m'avait tendu la main, + Je n'aurais pas tendu la mienne. + +TÊTE-A-TÊTE + +Quelqu'un entrant chez un gourmand qui dînait seul devant une tête de +veau, lui dit:--Pardon, Monsieur, je ne croyais pas que vous fussiez en +tête-à-tête. + +Armand Gouffé a mis ce mot en vers: + + N'avez-vous pas connu Beauveau? + C'était un gourmand respectable. + Un jour il était seul à table + Devant une tête de veau: + On annonce madame Hortense: + «Ah! parbleu, je suis occupé, + Dit Beauveau d'un air d'importance; + Revenez quand j'aurai soupé. + --Je vois pourquoi monsieur tempête, + Reprit la dame sans bouger; + Il est fâcheux de déranger + Un aussi joli tête-à-tête.» + +TÉTER + +--J'ai-t-été à Paris, j'ai-t-été à Bordeaux, j'ai-t-été à Bruxelles, +disait un parleur incorrect.--Vous avez _tété_ une truie, lui répondit +quelqu'un, car vous parlez comme un cochon. + +THÉ + +Quelle est la lettre la plus anglaise?--Le _T_. + +Un membre de l'Université, d'une excessive rigidité sur les formes +grammaticales, était venu passer quelques jours de vacances à Paris. +Avant de quitter son hôtel, il vérifiait sa note. La dame du lieu, qui +le suivait de l'oeil dans sa lecture, le voit tout à coup +soubresauter.--Y aurait-il une erreur, Monsieur?--Comment, Madame, mais +une erreur très-grave!... Je lis ici, pour mon déjeuner, une omelette +avec un seul T. Mais il en faut deux!...--C'est facile à rectifier, +Monsieur. Et la maîtresse d'hôtel écrit en surcharge: Une omelette et +deux thés. + +Un marchand de thé, à Paris, avait, entre autres annonces, sur sa +vitrine, celle-ci, écrite comme les autres en lettres d'or sur une +caisse de thé de Chine: _Thé impérial_. En 1814, un agent de la +maladroite police des Bourbons vint lui dire:--Otez cela; il n'y a plus +d'empire.--Pardon, Monsieur, dit le marchand, il y a encore l'empire de +la Chine, et le thé impérial. + +Il fallut toutefois ôter l'annonce. + +THERMOMÈTRE + + On ne nous parle que de mètre, + Chaque femme frémit du mot. + J'entends prononcer kilomètre, + Et reste ébahi comme un sot. + Le terme de myriamètres + Me trouve souvent en défaut; + Pour nous entendre comme il faut, + Si nous mettions un terme aux mètres! + +Dans la parodie de _Cricri et ses mitrons_, plaisante imitation du +_Henri III_ de M. Dumas, on assomme un personnage, en menaçant de le +traiter comme Léonidas jadis aux Thermopyles. + +Le pauvre diable demanda grâce, en criant:--Un _terme aux piles_. + +TIRE TON BAS + +Un poëte, récitant à son jeune fils qui allait se coucher un poëme qui +commençait ainsi: + + Tyr tomba... + +l'enfant s'empressa de se déchausser. + +TITRES + +Louis XIV avait une si haute idée du jugement de madame de Maintenon, +qu'il lui disait un jour: «On appelle les papes Votre Sainteté; les +rois, Votre Majesté; les princes, Votre Sérénité; pour vous, Madame, on +devrait vous appeler Votre Solidité.» + +TOMBÉ + +M. de L... se trouvait dernièrement dans une petite réunion de membres +de l'ex-Constituante. + +Pendant la soirée, il s'approcha d'un groupe de dames dont la +conversation paraissait très-animée. + +--Tenez, Monsieur, dit Mme de C..., justement nous parlions de vous! + +--Vraiment! fit le célèbre membre de feu le gouvernement provisoire, je +suis bien tombé! + +--C'est ce que nous disions, répondit Mme de C... + +TOM JONES + +Dans le vaudeville de _M. Vautour_, Brunet se trouvait tout de jaune +habillé. S'étant caché dans une bibliothèque, il dit en sortant:--Je +devais avoir là dedans l'air d'un _tome jaune_. + +TONNERRE + +La voiture de M. de Pontchartrain se rencontra dans un passage étroit +avec celle de M. de Clermont-Tonnerre. Le cocher du premier, voulant +faire reculer l'autre, crut lui imposer en nommant le seigneur qu'il +conduisait. Le second répliqua:--Je me moque de ton _pont_, de ton +_char_ et de ton _train_; je mène le Tonnerre, et c'est à toi de +reculer. + +TOUCHER + +Une demoiselle Lange, qui avait obtenu un logement au château de +Versailles, sachant que Charles X y arrivait, se mit à sa fenêtre avec +une pétition qu'elle avait préparée, et quand le roi passa elle lança sa +pétition qui tomba sur le visage de Charles X. Le prince dit en riant: +«On ne dira pas que cette pétition ne m'a pas touché!» Et il accorda une +pension de 1,000 fr. + +TOUR + +Quels sont les plus gros pruneaux? + +--Les pruneaux d'une lieue et demie de Tours. + +TOURNEBROCHE + +Un homme qui était fort pour la bombance, étant à dîner dans un endroit +où il se trouva beaucoup de musiciens, on loua l'excellence des +instruments; et chacun, suivant son goût, estima le piano, le violon, la +flûte, etc. Au moment où on demanda l'avis du parasite:--Ah! Messieurs, +dit-il, le bel instrument que le tournebroche! + +TOUSSAINT + +Dans le temps du premier empire, on avait repris les usages anciens de +payer à la Saint-Jean, à la Saint-Martin, à la Saint-Pierre, à la +Saint-Laurent, etc. Un homme de mauvaise foi, ayant acheté un cheval à +un paysan, lui fit son billet à la Saint-Négo et s'en alla. + +Le paysan, le lendemain, montra son billet à ses voisins, leur demandant +quel jour ce saint arrivait. Mais personne ne le trouvait dans le +calendrier. Le bonhomme se rendit chez son acheteur qui lui rit au nez, +en disant je vous paierai au jour dit; cherchez-le. + +C'était en Champagne, dans le canton de Méry. L'attrapé alla trouver le +juge de paix, qui cita le créateur du billet. Devant sa réponse qu'il +paierait au jour de Saint-Négo, le cas était embarrassant. Mais le juge +s'en tira.--Vous êtes un coquin, dit-il à l'acheteur; mais vous êtes +pris, car il y a un jour où tous les saints sont fêtés. Et il dut payer +le jour de la Toussaint. + +TOUSSANT + +On a dit que les gens les plus enrhumés de Paris sont les cochers de +fiacre, parce qu'ils parcourent la ville en tous sens. + +TOUT VERT + +De quelle couleur est un coffre-fort quand on le vide?--Il _est ouvert_. + +TRADUCTION + +Un enfant qui traduisait du latin de septième, en vacances et sous +l'aide de sa mère, était embarrassé devant ces mots: _Marcus Tullius +Cicero_. + +--Je ne les trouve pas dans mon dictionnaire, disait-il en s'adressant à +la maman. + +--Mon enfant, disait-elle, _Marcus Tullius Cicero_... _Marcus_, c'est un +marchand; _Tullius_ doit signifier de la toile... Tu peux mettre: +Marchand de toile cirée; et je serais bien surprise si je me trompais. + +Un autre enfant, qui se faisait remarquer par une audace intrépide, +traduisit ces deux vers de Lucain: + + Phoenices primi, si famæ creditur, ausi + Mansuram rudibus vocem signare figuris. + +par cette phrase narrative: + +Les phénix, dans la primeur, ont si faim qu'on croit qu'ils osent manger +les rudiments, les volumes, le signet et les figures. + +Lorsque Voltaire donna sa tragédie d'_Oreste_, on avait mis sur les +billets du parterre, on ne sait trop pourquoi, les lettres initiales de +ce vers d'Horace: + + Omne Tulit Punctum Qui Miscuit Utile Dulci. + +O. T. P. Q. M. U. D., ainsi qu'elles se trouvaient écrites dans ce temps +sur la toile du théâtre. Les faiseurs de calembours du temps +interprétèrent ces initiales par: Oreste, Tragédie Pitoyable Que +Monsieur Voltaire Donne. + +Après l'avènement de George Ier au trône, le maire de Leicester qui +avait toujours supposé que _anno Domini_ signifiait la reine Anne, ayant +entendu son secrétaire lire une ordonnance municipale, s'écria avec +chaleur, lorsqu'il en fut à _anno Domini_.--Pourquoi ne dites-vous pas +_Georgio Domini_? vous ne savez jamais ce que vous faites! + +TRAIN + +Un farceur fit un jour marcher le poste du quai Saint-Bernard, en lui +annonçant qu'il y avait beaucoup de train au bout du pont. C'étaient des +trains de bois. + +TRAVAILLER + +Du temps de Cromwel, il fut rendu un décret qui défendait de brasser de +la bière le samedi, de peur qu'elle ne _travaillât_ le dimanche. + +TREIZE + +Une femme, qui avait eu déjà douze enfants, venait d'accoucher encore. +Un plaisant dit au mari:--A présent vous voilà _à votre aise_. + +TRÈS-ÉTROIT + +--J'ai un habit qui me gêne.--C'est un habit seize.--Comment?--C'est +qu'il est _treize et trois_ et que treize et trois font seize. + +TRIBUN + +Dans le temps du tribunat, on proposait à Brunet de se mettre sur les +rangs pour être membre du tribunat.--Je ne veux pas être tribun, +répondit-il, parce que ma femme serait tribune, ce qui ne lui plairait +pas, et que nos enfants seraient de petits tribunaux, ce qui fait trop +de bruit. + +TRIOLET + +Un plaisant voyant passer trois coquettes, à la fois laides et +prétentieuses, disait que c'était un trio laid. + +TROUVER + +On lisait il y a quelques temps dans les _Petites Affiches_, +ordinairement si sérieuses, cette espèce de facétie:--Un particulier +très-connu désire trouver une somme de cinquante mille francs, n'importe +en quel endroit; il consentira à la partager avec la personne qui la lui +indiquera. + +Le lord Colburn avait un domestique aussi expert en balourdises qu'il en +fut jamais. Milord l'ayant chargé un jour de porter à un magistrat de sa +connaissance un présent, celui-ci, en retour, lui envoya une +demi-douzaine de perdrix vivantes, avec une lettre. Ces perdrix s'étant +débattues en route, il n'eut rien de plus empressé que de lever le +couvercle du panier, mais aussitôt elles prirent leur volée. Tant mieux, +s'écria le rustre, que le diable les emporte! Mais à son retour à la +maison, son maître ayant décacheté la missive.--Oh! oh! dit-il, je +trouve dans la lettre six perdrix.--Est-il bien vrai? s'écria John. Je +suis charmé, mon maître, que vous les trouviez dans la lettre, car elles +se sont toutes envolées du panier. + +Le vicomte de S... aborda un jour M. de Vaines en ces termes:--Est-il +vrai, Monsieur, que dans une maison où l'on avait eu la bonté de me +trouver de l'esprit, vous avez dit que je n'en avais point?--Il n'y a +pas un mot de vrai, répondit M. de Vaines, je n'ai jamais été dans +aucune maison où l'on vous trouvât de l'esprit. + +Ajoutons ici un petit conte en vers de Capelle: + + Dans un moment de grand orage, + Sur un frêle et mince bateau, + Un petit-maître, passant l'eau, + Perdait déjà tout son courage. + «Mon ami, dit-il au passeur, + Assurément je n'ai pas peur; + Mais avez-vous la connaissance + Qu'en une telle circonstance + De ce vent le souffle importun + Vous ait fait perdre ici quelqu'un? + --Du tout. La semaine dernière, + Nicolas, mon cousin germain. + S'est laissé choir dans la rivière; + Je l'ons trouvé le lendemain.» + +TRUITES + +En 1826, on licencia la 5e compagnie des gardes du corps, qui portait, +suivant l'usage, le nom de son capitaine, le duc de Rivière. Lorsqu'on +vint lire l'ordonnance aux gardes assemblés, l'un d'entre eux +s'écria:--La compagnie de Rivière est la compagnie détruite! + +TULLE + +Quelle est la population la plus légère en France?--La population de +Tulle. + +TURCOMAN + +Dans une diligence, un bon bourgeois demandait à un commis voyageur, qui +avait l'air de tout savoir, ce que c'était qu'un Turcoman?--Un Turc au +Mans, répondit le farceur, c'est un Turc qui se trouve pour l'instant au +chef-lieu du département de la Sarthe. + + + +U + +Pourquoi appelle-t-on l'U une lettre cérémonieuse?--Parce qu'il est +toujours _après T_. + +Quelles sont les lettres les plus riches?--Les lettres U P. + +UNE VOIX + +Ce mot a plus d'un sens. Lorsque la France acclamait Napoléon III, on a +dit qu'il n'y avait là qu'une voix chez nous; l'expression alors voulait +dire l'unanimité. Lorsque le duc d'Orléans Philippe-Égalité voulut se +faire nommer maire de Paris, il n'eut pour lui, dans sa section, qu'un +seul votant. On afficha ces deux vers à sa porte: + + Saluez, citoyens, le rival de nos rois, + La ville de Paris n'a pour lui qu'une voix. + +Ce jeu de mots a été répété à propos de quelques aspirants au fauteuil +académique. + +UNIVERS + +La reine, chaussée de mules en satin vert uni, demanda au marquis de +Bièvre un calembour.--Madame, dit-il, l'_uni vert_ est à vos pieds. + +UNIVERSITÉ + +Un écrivain de quelque mérite, mais qui n'a pas pu être reçu bachelier, +a cependant publié des livres qui ont fait grand bruit; et comme il +produit aussi des calembours, il a mis au-dessous de son portrait ces +deux vers: + + Quoique je ne sois pas de l'Université, + On me voit néanmoins dans l'univers cité. + +UN NEZ + +Quelle est la lettre qui peut se servir aux lunettes?--C'est un _e_. + +USAGE + +Sous la dernière république, le _Corsaire_, qui en combattait les +tendances, a donné ce spirituel article: + +«Un cordonnier communiste lisait une feuille rouge lorsqu'une de ses +pratiques entra. + +--Que lisez-vous donc, monsieur Crépin? dit le chaland. + +--Je lis le _Socialiste_. En voici un qui est l'ami du peuple! +Écoutez-moi ça: + +--Usage pour usage, propriété pour propriété, voilà l'égal échange. En +d'autres termes, pour que l'échange soit égal, il faudrait que le +locataire reprît son argent quand le propriétaire reprendrait sa maison; +car alors le propriétaire aurait eu l'usage de l'argent du locataire, et +le locataire l'usage de la maison du propriétaire; mais quand l'un +reprendrait la propriété de sa maison, l'autre reprendrait la propriété +de son argent: l'échange serait égal. + +Voilà qui n'est pas bête, hein! dit le cordonnier en terminant. + +--Non, répondit sa pratique, et cela me fait naître une idée. Il y a +trois mois, je vous ai acheté et payé une paire de bottes: vous avez +fait usage de mon argent, j'ai fait usage de vos bottes. Rendez-moi mon +argent, je vais vous rendre vos bottes: en vertu de l'égal échange, nous +serons quittes à ce compte.» + +USÉE + +--Oh! je suis bien rusée, disait une femme au marquis de Bièvre.--Ah! +Madame, c'est sûrement un R que vous vous donnez. + + + +V + +VALET + +Instrument de menuisier. On disait d'un de ces utiles industriels qu'il +était dans la misère et qu'il gardait dix valets à son service. + +VAN + +En entendant citer un jeune homme qui avait vingt-neuf ans et dont le +père n'en avait que cinq, un bon bourgeois ouvrait d'énormes oreilles. + +--Comment cela se peut-il? + +--Rien de plus simple. Ce sont deux vaniers; le fils a vingt-neuf vans +tout faits, le père, en ce moment, n'en a que cinq, ayant vendu les +autres. + +VAUDEVILLE + +Qu'y a-t-il de poétique dans la cuisine?--Le _veau de ville_. + +Qu'est-ce que font les vaches à Paris?--Elles font des _veaux de ville_. + +VAUT + +Quel est l'équivalent de _Dominus_?--C'est _biscum_.--Comment +cela?--C'est qu'on dit souvent _Dominus vobiscum_. + +VENIR + +Papa Doliban, dit d'Asnières, dans la comédie du _Sourd_, j'avais semé +des pommes de terre dans mon jardin, savez-vous ce qui y est +venu?--Parbleu! répond Doliban, voilà une belle question! il y est venu +des pommes de terre.--Point du tout: il est venu un cochon qui a mangé +mes semences. + +Mais cette facétie est pillée d'un souvenir historique. + +Louis XIV faisant la revue de ses gardes françaises et suisses dans la +plaine d'Ouille, un paysan, qui avait semé des pois dans son champ, le +trouva ce jour-là couvert d'un bataillon de Suisses, qui foulaient aux +pieds ses pois. Il se mit aussitôt à crier:--Miracle! Miracle! + +--Qu'avez-vous, bonhomme, lui dit un officier, à crier miracle? + +Le paysan ne répondit qu'en continuant à crier miracle jusqu'à ce qu'il +pût être entendu de Louis XIV, qui le fit approcher et lui demanda +pourquoi il criait miracle.--C'est, dit-il, Sire, que j'avais semé des +pois sur ce terrain, et qu'il y est venu des Suisses. + +Cette saillie fit rire le roi, qui le fit généreusement dédommager. + +VENT + +N'y avait-il pas au baptême du prince impérial une voiture plus légère +que celle du nonce?--Oui, celle qui était devant. + +VERRE + +Maynard, fils d'un gentilhomme verrier, était fier de sa noblesse. +Saint-Amand lui fit cette épigramme: + + Votre noblesse est mince, + Et ce n'est pas d'un prince, + Daphnis, que vous sortez. + Gentilhomme de verre, + Si vous tombez à terre, + Adieu vos qualités. + +Pourquoi les vitriers sont-ils si chers aux cabaretiers?--Parce qu'ils +ont toujours le verre à la main? + +Un joyeux compère à qui on citait ce vers de Boileau: + + Le vers le mieux rempli, la plus noble pensée + Ne peut plaire à l'esprit quand l'oreille est blessée. + +répliqua:--Pour moi, le verre le mieux rempli me plaît toujours. + +VERS + +Un plaisant, au risque de dire un mauvais mot, prétendait que les vers +du fromage n'étaient autre chose que des vers à sa louange, parce qu'ils +ne s'y viennent loger que quand il est de bonne qualité. + +QUELQUES VERS SINGULIERS. + + Dans un broc qui, pour l'ordinaire, + A Grégoire servait de verre, + Une souris un jour tomba + Et se noya, la chose est claire. + L'ivrogne, en buvant, la goba; + Mais en traversant l'oesophage, + Elle fit sentir son passage, + Et Grégoire en toussant dit: «Hein! + Ma petite femme, ma mie, + Mettez en perce, je vous prie, + Un nouveau tonneau; car ce vin + Est arrivé près de sa lie, + Je viens d'avaler un pépin.» + + BANSET. + +VIE DE M. CLÉMENT. + + Il se lève tranquillement, + Déjeune raisonnablement; + Dans le Luxembourg fréquemment + Promène son désoeuvrement; + Lit la gazette exactement; + Quand il a dîné largement, + Chez sa voisine Clidament + S'en va causer très-longuement; + Revient souper légèrement, + Rentre dans son appartement, + Dit son pater dévotement, + Se déshabille lentement, + Se met au lit tout doucement, + Et dort bientôt profondément. + Ah! le pauvre monsieur Clément! + + + Autrefois un Romain s'en vint, fort affligé, + Raconter à Caton que, la nuit précédente, + Son soulier des souris avait été rongé, + Chose qui lui semblait tout à fait effrayante. + «Mon ami, dit Caton, reprenez vos esprits, + Cet accident en soi n'a rien d'épouvantable; + Mais si votre soulier eût rongé les souris, + Ç'aurait été, sans doute, un prodige effroyable.» + +Il y avait, sous la régence, à Saint-Eustache, un suisse nommé Mardoche. +Il mourut en 1727. Son ami Bombel, petit marchand mercier, voulut lui +faire une épitaphe, et il pensa que, pour plus de dignité, elle devait +être en vers. Il consulta un écrivain public des Halles, qu'il jugeait +capable de l'initier à l'art poétique. Celui-ci, ne voulant pas le +fatiguer d'un travail pénible, ne lui donna qu'une règle: c'est qu'il +fallait que chaque vers rimât avec son double et que, pour rimer, chaque +vers devait se terminer par les trois mêmes dernières lettres. + +Bombel se mit à l'oeuvre et produisit l'épitaphe qui suit, et qui a été +conservée: + + Ci-gît mon ami Mardoche. + Il a voulu être enterré à Saint-Eustache. + Il y a porté trente-deux ans la hallebarde. + Dieu lui fasse miséricorde! + + _Par son ami_ J.-D. BOMBEL. 1727. + +VERT + +Une dame de qualité, vieille et sèche, se trouvait à un bal que donnait +Henri IV. Elle était vêtue d'une robe verte. Le roi la remarqua et lui +dit plaisamment:--Madame, je vois que, pour nous faire honneur, vous +avez employé le vert et le sec. + +Un jeune homme, qui avait dissipé en peu de temps une fortune +considérable, tomba malade et fut saigné. Le médecin trouva le sang +vert. + +--Il peut bien être vert, répondit le malade, car j'ai mangé tout mon +bien en _herbe_. + +VETO + +A Versailles, on entendit, en 1790, un orateur des groupes dire au +peuple:--Voici ce que c'est que le veto. Imaginez-vous qu'au moment où +vous mangez votre soupe, un homme vient, de la part du roi, dire: +_Veto_, et voilà que votre soupe n'est plus à vous. + +C'est ainsi qu'on instruisait le peuple. + +VIDER + +Un dissipateur disait pour se procurer du crédit:--_Je vis de mes +rentes_. Un jour que ses créanciers le trouvèrent ruiné, ils lui +reprochèrent de les avoir trompés.--Pas du tout, répondit-il, je vous ai +toujours dit que je _vidais_ mes rentes. + +Un juge remettait une cause à la huitaine. L'avocat sollicitait pour +qu'elle fût entendue tout de suite. + +--De quoi s'agit-il donc? dit le magistrat. + +--Monseigneur, de six pièces de vin. + +--Oh! la cour, en effet, peut aisément vider cela. + +VIGILANCE + +Cicéron disait de Caninius Revitius, qui n'avait été consul qu'un seul +jour:--Nous avons un consul si vigilant, qu'il n'a pas dormi une seule +nuit pendant son consulat. + +VIN + +Dans une chanson de M. Gerbois sur les vins, l'annonce d'un cabaret +nouveau contient ces deux couplets: + + Vin de Liège pour les enfants, + Vin de Meaux pour tous les artistes, + Bon vin de Sens pour les savants, + Vin d'Asnières pour les copistes. + Vin de Pantin pour les danseurs, + Pour les coquets vin de Cologne, + Vin de Courbevoie aux trompeurs, + Et vin d'Avallon pour l'ivrogne. + + Pour les vieilles, vin de Milan; + Vin de Talan à nos poëtes; + Pour les poltrons, vin de Cachan; + Vin de Constance aux girouettes. + Bon vin de Nuits pour les voleurs; + Au pauvre homme, vin de Santerre, + Du vin de Plaisance aux rieurs; + Pour les braves, vin de Tonnerre. + +VINCENT + +Les paysans se proposent cette énigme: Vingt cent mille ânes dans un pré +et cent vingt dans un autre. + +Ce qui s'explique en écrivant: Vincent mit l'âne dans un pré et s'en +vint dans un autre. + +VINGT + +Savez-vous, disait quelqu'un à Désaugiers, que les Autrichiens sont +maîtres de Mâcon?--Hélas! oui; et cela devait être.--Pourquoi?--Parce +que l'ennemi a attaqué avec des pièces de vingt-quatre, et les habitants +n'avaient que des pièces de vin pour se défendre. + +VINGTIÈME + +Nom d'un impôt au dernier siècle. + +Une veuve qui avait dix-neuf enfants, et qui n'était pas en état de +payer l'impôt annuel dû au roi, lui présenta un placet conçu en ces +termes: + +«Sire, j'ai donné _dix-neuf_ sujets à l'État; je supplie votre Majesté +de vouloir bien m'exempter du _vingtième_.» + +VINGT SCÈNES + +Si vous êtes embarrassé pour faire un vaudeville, prenez la voiture de +Saint-Maur.--Et puis?--Et puis, vous trouverez _Vincennes_ en chemin. + +C'est vieux. Aujourd'hui on prend le chemin de fer. + +VIVRE + +Le duc d'Orléans, régent, demandait à Lagrange-Chancel, l'auteur des +_Philippiques_, pourquoi il faisait de sa plume un instrument de +scandale:--Monseigneur, répondit celui-ci, il faut bien que je vive.--Je +n'en vois pas la nécessité, répliqua le prince. + +VOIR + +Beauzée, le grammairien, était malade. Un homme qui louchait lui +demanda:--Comment vous portez-vous?--Comme vous voyez, repartit +l'inexorable savant. + +Un officier présentait à Henri IV un placet dans lequel il exposait +qu'ayant reçu un grand nombre de blessures à son service, il avait +besoin de ses secours. Le roi, après avoir lu le placet, dit:--Nous +verrons.--Il ne tient qu'à vous de voir à l'instant, dit le +pétitionnaire en ouvrant son justaucorps et sa chemise, et en montrant +les cicatrices dont il était couvert. + +VOITURE + +Un entrepreneur de roulage envoya un de ses commis lui acheter des +lettres de voiture. Le commis entra chez un libraire, qui lui répondit +que les _Lettres de Voiture_ n'étaient plus dans le commerce, mais qu'il +pouvait lui offrir celles de madame de Sévigné. + +VOIX + +Le comte Molé disait d'une femme qui chantait avec beaucoup de +suavité:--C'est une voix douce comme du lait. Quelqu'un reprit:--C'est +donc la voie lactée. + +On demande aussi, dans le même but:--Quelle est la voie la plus +haute?--Et on répond, c'est la voie lactée. + +A la fin d'un dîner où le dessert était mince, on disait du chanteur +célèbre qui le donnait:--Cet homme fait de sa voix tout ce qu'il +veut.--Qu'il nous en fasse donc un _biscuit de sa voix_, dit un convive. + +VOLER + +Le baron Vollant fut un jour présenté à l'empereur Napoléon Ier. C'était +dans un bon moment.--Ah! ah! Monsieur le baron Vollant, se prit à dire +Napoléon; un beau nom pour un ordonnateur!--Sire, répondit gravement M. +Vollant, il y a deux L à mon nom.--Eh bien! Monsieur, c'est une raison +pour mieux voler. + +On demandait à Alexandre Dumas:--Que pensez-vous des communistes +icariens? Il répondit:--Les communistes icariens sont les disciples d'un +certain _Grec_ qui a voulu _voler_. + +Un tailleur avait fait peindre au-dessus de sa porte une paire de +ciseaux armés de deux ailes déployées, et fait écrire au bas _Aux +ciseaux volants_.--Voilà, dit un plaisant, ce que l'on peut appeler une +enseigne parlante. + +Dans une petite ville de Normandie, il y avait un juge en très-mauvaise +odeur, et qui passait pour le plus grand voleur de son pays. Un jour +qu'il donnait à manger, il fit venir un traiteur et lui demanda, entre +autres mets, des canards de rivière. + +Le traiteur s'excusa sur ce que la saison n'était pas encore assez +avancée. + +--Quoi, lui dit le juge, il y a deux jours que j'en ai vu une compagnie +de deux douzaines qui volaient! + +--Cela se peut, Monsieur, mais vous savez que tous ceux qui volent ne +sont pas pris. + +VOLTAIRE + +En sortant de la représentation d'une de ses pièces qui avait été +sifflée, Piron fit le quatrain suivant: + + Piron prend un vol trop haut + Pour les badauds du parterre; + Ce n'est qu'un _vol terre à terre_ + Qu'il leur faut. + +VRAIMENT SOT + +Un jeune homme du Mans ne trouvait rien de bon à Paris. Les spectacles, +les monuments publics, les moeurs, les usages, tout le choquait.--Vive +la ville du Mans! disait-il à un Parisien, voilà un vrai pays de +Cocagne!--Monsieur lui dit le Parisien, vous êtes _vrai Manceau_. + + + +W + +WIGH ET TORY + +Expliquez-moi, je vous prie, dit un jour Louis XV à M. de Vergennes, la +différence qu'il y a entre un Whigh et un Tory, en Angleterre. + +La différence n'est que dans le nom, reprit le ministre: les Torys sont +Wighs, quand ils ont besoin de places, et les Wighs sont Torys, quand +ils les ont obtenues. + + + +X + +C'est la lettre de l'alphabet qui ressemble le plus aux flots agités, +parce qu'elle est toujours _sous le V_. + + + +Y + +YEUX + +Un vieil avare, pour attacher à son service un laquais qui ne vivait +chez lui que trop frugalement, avait fait ce testament: «Je donne et +lègue au domestique qui me fermera les yeux douze cents livres tournois +et mon domaine de Varac.» + +Le maître mourut enfin. Le domestique demanda aux héritiers la +délivrance du legs qu'il lui avait fait. Un d'eux voulut voir le +testament. En lisant ces mots, qui me fermera _les yeux_, il s'écria +avec joie:--La donation est nulle. + +--Et pourquoi donc, Monsieur? + +--Mon ami, mon oncle était borgne. Tu n'as donc pu lui fermer _les +yeux_. + +Un officier étranger ne put s'empêcher, dans une visite qu'il fit au roi +de Prusse, Frédéric II, à Sans-Souci, de lui marquer sa surprise de ce +qu'il voyait le portrait de l'empereur d'Allemagne dans tous les +appartements du château, et il demanda à Sa Majesté pour quelle raison +il faisait cet honneur à son ennemi naturel. Ah! dit le roi, l'empereur +est un jeune souverain, actif et entreprenant, j'ai cru nécessaire +d'avoir toujours les yeux sur lui. + +On dit _faire les yeux doux_ à une dame pour exprimer qu'on en est +épris. Une dame, qui avait le regard rude, se trouvant dans une +compagnie, un jeune homme demanda à son voisin qui elle était.--C'est, +dit-il, la marquise de T., à qui le duc de *** a fait les yeux doux.--Il +a bien mal réussi, dit le jeune homme. + +Un dilettante s'extasiait, au Café de Paris, sur la beauté de la +charmante Henriette Sontag, qui venait de débuter aux Bouffes. Un +monsieur, qui avait écouté l'enthousiaste, se hasarda à dire que +mademoiselle Sontag était en effet très-jolie, mais qu'elle avait un +oeil plus petit que l'autre.--Un oeil plus petit! s'écria le +sontagolâtre, vous ne l'avez pas vue, elle en a au contraire un plus +grand. + + + +Z + +ZÉLÉ + +Dans un dîner modeste à ses confrères, un bon curé servait deux +canards.--Ce sont là de vos paroissiens, dit un des convives.--Et ce ne +sont pas les moins ailés, répliqua un spirituel abbé. + +ZÉRO + +Un Gascon fit un jour un mémoire à présenter au conseil des Cinq Cents; +il l'avait énoncé ainsi: «Mémoire au conseil des 500,000.» Un de ses +amis, auquel il en fit part, lui représenta qu'il avait mis trois zéros +de trop:--Sandis, dit le Gascon, je n'en mettrai jamais autant qu'il y +en a. + +On aura peut-être peine à croire que ce soit contre La Bruyère, qui ne +fut admis au fauteuil académique qu'avec la plus grande difficulté, que +fut composé le quatrain suivant: + + Quand La Bruyère se présente, + Pourquoi faut-il crier haro? + Pour faire un nombre de quarante + Ne fallait-il pas un zéro? + + + +FIN. + + + +PARIS.--IMP. J. CLAYE, RUE SAINT-BENOIT, 7. + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Dictionnaire des calembours et des +jeux de mots, lazzis, coqs-à-l'âne, quolibets, quiproquos, amphigouris, etc., by Baron de La Pointe and Eugène Le Gai + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DICTIONNAIRE DES CALEMBOURS *** + +***** This file should be named 29169-8.txt or 29169-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/2/9/1/6/29169/ + +Produced by Laurent Vogel, Hugo Voisard, Rénald Lévesque +and the Online Distributed Proofreading Team at +http://www.pgdp.net (This file was produced from images +generously made available by the Bibliothèque Nationale +de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +http://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement +and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic +works. See paragraph 1.E below. + +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" +or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project +Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the +collection are in the public domain in the United States. If an +individual work is in the public domain in the United States and you are +located in the United States, we do not claim a right to prevent you from +copying, distributing, performing, displaying or creating derivative +works based on the work as long as all references to Project Gutenberg +are removed. Of course, we hope that you will support the Project +Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by +freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of +this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with +the work. You can easily comply with the terms of this agreement by +keeping this work in the same format with its attached full Project +Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. + +1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern +what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in +a constant state of change. If you are outside the United States, check +the laws of your country in addition to the terms of this agreement +before downloading, copying, displaying, performing, distributing or +creating derivative works based on this work or any other Project +Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning +the copyright status of any work in any country outside the United +States. + +1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: + +1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate +access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently +whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the +phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project +Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, +copied or distributed: + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + +1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived +from the public domain (does not contain a notice indicating that it is +posted with permission of the copyright holder), the work can be copied +and distributed to anyone in the United States without paying any fees +or charges. If you are redistributing or providing access to a work +with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the +work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 +through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the +Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or +1.E.9. + +1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted +with the permission of the copyright holder, your use and distribution +must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional +terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked +to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the +permission of the copyright holder found at the beginning of this work. + +1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm +License terms from this work, or any files containing a part of this +work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. + +1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this +electronic work, or any part of this electronic work, without +prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with +active links or immediate access to the full terms of the Project +Gutenberg-tm License. + +1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, +compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any +word processing or hypertext form. However, if you provide access to or +distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than +"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version +posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), +you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a +copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon +request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other +form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm +License as specified in paragraph 1.E.1. + +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing +access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided +that + +- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from + the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method + you already use to calculate your applicable taxes. The fee is + owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he + has agreed to donate royalties under this paragraph to the + Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments + must be paid within 60 days following each date on which you + prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax + returns. Royalty payments should be clearly marked as such and + sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the + address specified in Section 4, "Information about donations to + the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." + +- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies + you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he + does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm + License. You must require such a user to return or + destroy all copies of the works possessed in a physical medium + and discontinue all use of and all access to other copies of + Project Gutenberg-tm works. + +- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any + money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the + electronic work is discovered and reported to you within 90 days + of receipt of the work. + +- You comply with all other terms of this agreement for free + distribution of Project Gutenberg-tm works. + +1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm +electronic work or group of works on different terms than are set +forth in this agreement, you must obtain permission in writing from +both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael +Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the +Foundation as set forth in Section 3 below. + +1.F. + +1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable +effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread +public domain works in creating the Project Gutenberg-tm +collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic +works, and the medium on which they may be stored, may contain +"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or +corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual +property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a +computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by +your equipment. + +1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right +of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project +Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project +Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all +liability to you for damages, costs and expenses, including legal +fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT +LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE +PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE +TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE +LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR +INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH +DAMAGE. + +1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a +defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can +receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a +written explanation to the person you received the work from. If you +received the work on a physical medium, you must return the medium with +your written explanation. The person or entity that provided you with +the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a +refund. If you received the work electronically, the person or entity +providing it to you may choose to give you a second opportunity to +receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy +is also defective, you may demand a refund in writing without further +opportunities to fix the problem. + +1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth +in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER +WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO +WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. + +1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied +warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. +If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the +law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be +interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by +the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any +provision of this agreement shall not void the remaining provisions. + +1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit http://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including checks, online payments and credit card donations. +To donate, please visit: http://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. |
