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+The Project Gutenberg EBook of Expériences et observations sur
+l'électricité faites à Philadelphie en Amérique, by Benjamin Franklin
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Expériences et observations sur l'électricité faites à Philadelphie en Amérique
+
+Author: Benjamin Franklin
+
+Translator: Thomas-François d'Alibard
+
+Release Date: December 25, 2008 [EBook #27610]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OBSERVATIONS SUR L'ELECTRICITE ***
+
+
+
+
+Produced by Sébastien Blondeel, Carlo Traverso, Rénald
+Lévesque and the Online Distributed Proofreading Team at
+https://www.pgdp.net (This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothèque nationale
+de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+
+ EXPÉRIENCES
+ ET
+ OBSERVATIONS
+ SUR
+ L'ÉLECTRICITÉ
+ FAITES
+ _À PHILADELPHIE EN AMÉRIQUE_
+ PAR
+ M. BENJAMIN FRANKLIN;
+ & communiquées dans plusieurs Lettres à M. P. COLLINSON,
+ de la Société Royale de Londres.
+
+ _Traduites de l'Anglois._
+
+
+ SECONDE ÉDITION
+
+_Revue, corrigée & augmentée d'un supplément considérable du même
+Auteur, avec des Notes & des Expériences nouvelles._
+
+ _Par M._ d'ALIBARD.
+
+
+
+ TOME PREMIER.
+
+ A PARIS
+ Chez DURAND, rue du Foin, au Griffon.
+
+ M. DCC. LVI.
+
+ _Avec Approbation & Privilége du Roi._
+
+
+
+
+À SON ALTESSE
+SÉRÉNISSIME
+MONSEIGNEUR
+LE COMTE
+DE LA MARCHE.
+
+MONSEIGNEUR,
+
+_La permission que VOTRE ALTESSE SÉRÉNISSIME veut bien me donner de
+faire paroître cette Traduction sous son auguste nom, est une suite des
+bontés dont Elle a daigné m'honorer dès sa plus tendre jeunesse. Cet
+hommage public est en même tems un tribut de ma reconnoissance & de
+l'ancien & très-respectueux attachement que j'ai toujours eu pour la
+personne de VOTRE ALTESSE SÉRÉNISSIME. Son amour pour les Sciences, la
+protection qu'Elle accorde ouvertement aux Lettres & à ceux qui les
+cultivent, l'application qu'Elle donne Elle-même à l'Étude, son goût
+pour la Physique, l'attention avec laquelle Elle se fait rendre compte
+des nouvelles découvertes, sont autant d'autres motifs qui m'en imposent
+la loi. Trop heureux, MONSEIGNEUR, de pouvoir aujourd'hui réunir un
+devoir avec les vrais sentimens de mon coeur._
+
+Je suis avec un très-profond respect,
+
+MONSEIGNEUR,
+DE VOTRE ALTESSE SÉRÉNISSIME,
+Le très-humble & très-obéissant serviteur, D'ALIBARD.
+
+
+
+
+AVERTISSEMENT.
+
+
+Monsieur Franklin, habitant de Philadelphie dans la Colonie Angloise de
+Pensylvanie en Amérique, est l'Auteur des Lettres suivantes sur
+l'Électricité. M. Collinson son ami & son correspondant à Londres, à qui
+elles sont adressées, les a jugées dignes de l'impression. Elles étoient
+sous la presse, lorsqu'il en informa M. Franklin; celui-ci, qui ne les
+avoit pas écrites à cette intention, se pressa d'envoyer à son ami
+quelques changemens, qui n'étant pas arrivés à tems, ne purent être mis
+que comme additions & corrections à la fin de l'ouvrage. Il pria en même
+tems M. Collinson d'en envoyer un des premiers exemplaires à M. de
+Buffon, qui jugea de ces Lettres, comme on en avoit jugé en Angleterre
+où elles ont eu un applaudissement général. Occupé d'ouvrages bien plus
+importans dont il ne veut pas se distraire, M. de Buffon m'a engagé à
+les faire paroître en François. Il ne s'agissoit que de rendre
+exactement des choses simples, aussi ne s'est-on attaché qu'à les
+traduire littéralement, à bien rendre le sens de l'Auteur & à éclaircir
+les endroits qui ont paru un peu obscurs dans l'original. Pour la
+commodité des lecteurs, on a rapporté en notes au bas des pages, les
+changemens que Mr. Collinson avoit fait imprimer comme additions &
+corrections à la suite des Lettres.
+
+Quoique la plupart des Physiciens se soient exercés depuis plusieurs
+années sur la matière de l'électricité: quoique leur zèle ait été
+récompensé par des succès assez brillans, on verra par les recherches &
+par les découvertes de M. Franklin, que cette matière est encore neuve à
+bien des égards. On sentira en même tems qu'il y a cependant lieu
+d'espérer qu'en multipliant, à son exemple, les expériences & les
+observations dans des vûes nouvelles, on parviendra un jour à pénétrer
+un mystère qui n'importe peut-être pas moins à l'utilité commune qu'à la
+la curiosité de l'esprit. On y arrivera même d'autant plus vite & plus
+sûrement, qu'on se hâtera moins de hazarder des systèmes. On n'a pas
+encore assez de faits sur ce sujet pour qu'il soit permis d'y joindre
+des hypothèses.
+
+«C'est (dit M. de Buffon[1]) par des expériences fines raisonnées &
+suivies que l'on force la nature à découvrir son secret; toutes les
+autres méthodes n'ont jamais réussi, & les vrais Physiciens ne peuvent
+s'empêcher de regarder les anciens systèmes comme d'anciennes rêveries,
+& sont réduits à lire la plupart des nouveaux comme on lit les Romans.
+Les recueils d'expériences & d'observations sont donc les seuls livres
+qui puissent augmenter nos connoissances. Il ne s'agit pas, pour être
+Physicien, de sçavoir ce qui arriveroit dans telle ou telle hypothèse,
+en supposant, par exemple, une matière subtile, des tourbillons, une
+attraction, &c. Il s'agit de bien sçavoir ce qui arrive, & de bien
+connoître ce qui se présente à nos yeux; la connoissance des effets nous
+conduira insensiblement à celle des causes, & l'on ne tombera plus dans
+les absurdités qui semblent caractériser tous les systèmes; en effet
+l'expérience ne les a-t-elle pas détruits successivement? ne nous
+a-t-elle pas montré que ces élémens que l'on croyoit autrefois si
+simples, sont aussi composés que les autres corps? ne nous a-t-elle pas
+appris ce que l'on doit penser du chaud, du froid, du sec & de l'humide,
+de la pesanteur & de la légèreté absoluë, de l'horreur du vuide, des
+loix du mouvement autrefois établies, de l'unité des couleurs, du repos
+& de la sphèricité de la terre, & si je l'ose dire des Tourbillons?
+Amassons-donc toujours des expériences & éloignons-nous, s'il est
+possible, de tout esprit de système, du moins jusqu'à ce que nous soyons
+instruits, nous trouverons assûrément à placer un jour ces matériaux, &
+quand même nous ne serions pas assez heureux pour en bâtir l'édifice
+tout entier, ils nous serviront certainement à le fonder, & peut-être à
+l'avancer au-delà même de nos espérances.» C'est cette méthode que M.
+Franklin a suivie à l'imitation du grand Newton & des plus excellens
+Physiciens, méthode qui doit suffire pour prévenir le public en faveur
+de l'ouvrage qu'on lui présente.
+
+[Note 1: Fréf. de la Statiq. des Végét.]
+
+Mais il ne suffit pas de s'attacher uniquement à la voye de
+l'expérience, à moins que d'être, comme notre auteur, fécond en moyens,
+ingénieux en découvertes & heureux en applications; il ne faut pas,
+comme tant d'autres Physiciens sans génie, se permettre de tirer des
+inductions qui ne sont ni justes ni naturelles, déduire des conséquences
+qui ne sont fondées que sur des suppositions vagues & étrangères au
+sujet. Il faut au contraire dans une matière aussi nouvelle que l'est
+celle-ci, se contenter de considérer les faits sous de nouveaux points
+de vûe, pour tâcher de les généraliser & d'en former un ordre
+systématique & suivi. C'est ce qu'a fait M. Franklin. Instruit, par
+exemple, des effets surprenans de la bouteille électrique, le premier
+objet qu'il s'est proposé, a été d'examiner comment elle acquiert la
+vertu électrique, comment elle la conserve, quoiqu'on la touche, &
+comment elle la communique. Ayant toujours l'expérience & l'observation
+pour guides, il a bientôt reconnu que l'électricité est inhérente &
+inséparable de la matière: que le verre en contient autant qu'il en peut
+contenir, & toujours la même quantité: qu'électriser la bouteille, ce
+n'est pas y faire entrer plus de matière électrique qu'elle n'en avoit
+auparavant, mais accumuler sur une de ses surfaces autant de cette
+matière qu'il y en a dans les deux surfaces ensemble, ce qui ne se fait
+que parce que l'une en rejette précisément la même quantité que l'autre
+en reçoit: que les deux surfaces de la bouteille électrisée sont
+toujours prêtes l'une à rendre ce qu'elle a de plus, & l'autre à
+recevoir ce qu'elle a de moins que sa quantité naturelle: qu'elles ne
+peuvent le faire l'une sans l'autre: que l'équilibre ne sçauroit se
+rétablir entr'elles par la communication intime de l'une à l'autre, mais
+seulement par une communication extérieure non électrique: qu'ainsi la
+bouteille reste chargée tant que cette communication extérieure n'est
+pas établie, & qu'enfin l'électricité ne sçauroit être communiquée par
+la bouteille, qu'autant que cette bouteille reçoit par une voye la même
+quantité de matière électrique qu'elle donne par l'autre.
+
+Ces premières connoissances ont conduit notre auteur à trouver les
+moyens de faire paroître l'électricité de deux manières tout-à-fait
+opposées, l'une en augmentant l'électricité naturelle dans les corps que
+nous nommons non-électriques, & il appelle cette augmentation
+électricité _positive_; l'autre en diminuant l'électricité naturelle; il
+nomme celle-ci _négative_. De là sont venus les termes nouveaux
+électriser _en plus_, électriser _en moins_, dont les significations
+répondent assez bien à celles qu'ils ont dans l'algèbre.
+
+L'analyse de la bouteille électrique à achevé de confirmer M. Franklin
+dans l'opinion où il étoit dès auparavant que l'électricité dans cette
+bouteille est attachée au verre précisément comme verre, & que les corps
+non-électriques qu'on y ajoute ne servent que, comme l'armure d'une
+pierre d'aimant, à unir les particules de la matière électrique
+surabondante, & à les tenir rassemblées sur l'une des surfaces du verre,
+étant toujours prêtes à s'échapper par le premier endroit où elles
+trouveroient passage pour aller à l'autre. En conséquence de ces
+découvertes; il a imaginé quantité d'autres expériences dont
+l'enchaînement & le résultat sont la confirmation des premières &
+l'apologie de son jugement. Néanmoins quelques justes que soient ses
+idées, quoiqu'elles soient toutes appuyées sur des faits, l'auteur ne
+les propose que comme des conjectures, & l'on verra que sa modestie est
+égale à sa pénétration. Mais ce seroit s'écarter de la retenuë dont il
+donne l'exemple, que de chercher à faire valoir son mérite par des
+louanges dont il n'a pas besoin, & qui ne pourroient être que suspectes
+de la part d'un traducteur. Il vaut mieux le laisser lire & s'en
+rapporter au jugement du public.
+
+Le pays qu'abite M. Franklin est des plus favorables pour les
+expériences électriques; autant les chaleurs y sont excessives en été,
+autant le froid y est rigoureux en hyver; l'on passe subitement de l'un
+à l'autre sans presque s'appercevoir ni de la douceur du printems, ni de
+la température de l'automne. Le vent sud ou nord amène les deux saisons
+opposées; mais dans l'une & dans l'autre on y jouit presque toujours du
+plus beau ciel. Les nuages épais y dérobent rarement la vûe du soleil &
+des étoiles: les pluyes n'y sont jamais de longue durée, & les
+brouillards y sont presque inconnus. Ainsi la sécheresse du tems & la
+froideur du vent du nord contribuent beaucoup à y rendre plus sensibles
+la force & les effets de l'électricité. On en trouvera des preuves
+incontestables dans plusieurs endroits cet ouvrage. Malgré la différence
+de climat, je n'ai pas voulu publier cette traduction, sans avoir du
+moins essayé de répéter les expériences qui y sont rapportées; après
+avoir parfaitement réussi à faire celles que j'ai jugées les plus
+intéressantes & les plus difficiles dans l'exécution, quelques-unes
+m'ont paru mériter que j'en fisse hommage à l'Académie Royale des
+Sciences. Je lui rendis compte le 22. Décembre 1751. de mon succès dans
+les expériences du tableau magique & de la fusion des métaux; j'y fis
+voir des lames de verre sur lesquelles on distinguoit aisément l'or,
+l'argent, le cuivre & l'étain que l'électricité avoit par sa violence
+incorporés dans la substance même du verre. J'avois employé pour me
+procurer le puissant dégré d'électricité nécessaire, une bouteille de
+verre blanc & mince tenant environ deux pintes dont j'avois fait
+argenter extérieurement le fond jusqu'au milieu de sa hauteur, & j'y
+avois mis à peu près quinze livres de menu plomb bien sec. Ces métaux
+sont sur ces lames dans un état de vitrification, inattaquables à l'eau
+forte & à l'eau régale, suivant les épreuves que j'en avois faites
+auparavant d'après les assurances de M. Franklin. Enfin ces expériences
+aussi bien que beaucoup d'autres, avoient si pleinement satisfait à mes
+désirs, eu égard au tems, à la saison & au climat, qu'elles ne
+laissoient nullement lieu de douter de la certitude de celles que je
+n'avois pas encore tentées.
+
+Dès que la première édition de cette traduction fut achevée, j'en
+envoyai un exemplaire à M. Franklin, ce qui me mit en correspondance
+directe avec lui. Je lui fis part dans le tems, du succès de mon
+expérience sur le tonnerre, & lui envoyai le mémoire que j'en avois
+donné à l'Académie Royale des Sciences le 13. Mai 1752. tel qu'il est
+dans le second volume de cet ouvrage; il en fut charmé & m'envoya avec
+sa réponse, son premier supplément, dont je vérifiai pareillement les
+expériences. Le second ne m'a été rendu que long-tems après.
+
+J'ai trouvé dans cette dernière brochure d'excellentes observations à
+opposer aux critiques qui avoient paru contre mon auteur, & auxquelles
+j'avois entrepris de répondre; c'est ce qui m'a engagé à resserrer ce
+que j'avois écrit dans ce dessein, pour ne pas multiplier les êtres sans
+nécessité. Je me suis contenté d'ajouter à la suite des principales
+expériences critiquées quelques-unes des réponses dont j'avois eu
+intention de faire un ouvrage séparé. Au lieu d'être mises en notes,
+elles y sont distinguées par des guilmets, ce qui m'a semblé plus
+commode pour les lecteurs. Les expériences contenuës dans ce second
+supplément ne sont pas moins sûres que celles qui avoient été publiées
+auparavant. Elles ont été répétées avec le même succès. Sans avoir égard
+aux dates des lettres, je les ai arrangées tout différemment de ce
+qu'elles étoient dans la première édition de cet ouvrage; j'en ai même
+partagé quelques-unes en plusieurs fragmens que j'ai placés suivant
+l'ordre des matières: c'est dans la même vûe que j'ai mis une suite
+uniforme aux paragraphes.
+
+Enfin je n'ai rien négligé pour répandre dans cette seconde édition
+toute la clarté qui a pû dépendre de mes soins. Ils se trouveront bien
+récompensés, si les changemens que j'ai faits du consentement de Mr.
+Franklin, sont approuvés du public.
+
+Au reste j'ai pensé que ceux qui n'ont pas fait une étude particulière
+de l'électricité seroient bien-aises d'en connoître les progrès depuis
+son origine jusqu'aux découvertes de M. Franklin. L'histoire qu'en a
+faite M. de Secondat pour l'Académie de Bordeaux en 1748. me rendoit ce
+travail facile; on verra que j'ai profité de cet excellent ouvrage; j'y
+ai ajouté des choses ou qui n'étoient pas venuës alors à la connoissance
+de M. de Secondat, ou qu'il avoit crû devoir négliger, & j'y ai joint
+les découvertes qui ont été faites sur le même sujet depuis son histoire
+jusqu'à présent. J'espère qu'en allant par cette voye à mon objet
+principal, qui est de mettre les Lecteurs en état de mieux juger du
+mérite de mon auteur, & de la valeur de son ouvrage, je ne leur
+laisserai rien à désirer sur les faits principaux de l'électricité.
+
+
+
+
+HISTOIRE ABRÉGÉE
+DE
+L'ÉLECTRICITÉ.
+
+
+La première chose qui a fait reconnoître l'Électricité, est la vertu
+d'attirer que l'on a remarquée en certains corps, après qu'ils ont été
+frottés. Le premier de tous, dans lequel ont ait observé cette vertu,
+c'est l'ambre jaune connu des anciens sous le nom d'_Electrum_; c'est de
+ce nom que cette vertu a retenu celui d'Électricité, & l'on appelle
+corps électriques ceux qui en sont pourvûs. Il seroit difficile &
+peut-être impossible de déterminer le tems où l'on a observé pour la
+première fois que l'ambre-jaune, après avoir été frotté, attire les
+brins de paille dont on l'approche. Ce qu'en disent quelques-uns des
+auteurs anciens qui en ont fait mention, comme Thalès de Milet,
+Plutarque, Pline, &c. prouve que l'observation de ce phénomène est
+très-ancienne, aussi ne se trouve-t-il guères de traités de Physique où
+il n'en soit parlé; mais personne que l'on sçache ne s'étoit avisé de
+faire sur ce sujet des recherches suivies avant Gilbert médecin Anglois
+qui vivoit vers l'an 1600. après avoir recueilli sur l'aimant les
+découvertes de ceux qui l'avoient précédé & avoir fait lui-même un grand
+nombre d'observations nouvelles sur les propriétés de cette merveilleuse
+pierre, il crut devoir considérer les propriétés de l'_Electrum_ qui
+paroissent avoir du rapport à celles de l'aimant. Il avoit pû d'abord
+regarder cette résine comme une espèce d'aimant dont la vertu a besoin
+d'être excitée par le frottement. Quoi qu'il en soit, il parle de cette
+vertu comme d'une chose que l'on connoissoit de tout tems. On avoit
+aussi reconnu la même propriété dans le Jayet, mais cette remarque étoit
+récente. Il s'agissoit de la chercher encore dans d'autres corps, c'est
+à quoi il s'appliqua. L'ambre-jaune étoit mis alors au rang des choses
+les plus précieuses; il servoit à l'ornement des autels & aux parures
+inventées par le luxe. Le Jayet étoit aussi une matière fort estimée;
+avant l'invention des glaces on l'employoit à faire des miroirs.
+
+Gilbert, qui avoit tant étudié toutes les propriétés de l'aimant, avoit
+sans doute remarqué qu'il falloit une moindre force pour mettre en
+mouvement une aiguille mince & légère posée en équilibre sur un pivot
+bien poli, comme sont les aiguilles aimantées, que pour élever d'une
+seule ligne un corps beaucoup plus léger. C'est pourquoi il se servit
+habilement de ce moyen pour reconnoître l'électricité dans les
+substances où elle est trop foible pour se manifester d'une autre
+manière. «Faites, dit-il, une aiguille de quelque métal que ce soit, de
+la longueur de deux ou trois pouces, légère & très-mobile sur un pivot,
+à la manière des aiguilles aimantées: approchez d'une des extrémités de
+cette aiguille de l'ambre jaune ou une pierre précieuse légèrement
+frottée, luisante & polie, l'aiguille se tournera sur le champ.» Ce fut
+vraisemblablement par ce moyen qu'il reconnut que non-seulement l'ambre
+& le jayet ont cette propriété d'attirer, mais qu'elle est commune à la
+plupart des pierres précieuses, comme le diamant, le saphir, le rubis,
+l'opale, l'améthyste, l'aigue-marine; le cristal de roche: qu'on la
+trouve aussi dans le verre, la bélemnite, le soufre, le mastic, la cire
+d'Espagne, la résine, l'arsenic, le sel-gemme, le talc, l'alun de roche.
+Toutes ces différentes matières, quoiqu'avec différens dégrés de force,
+lui parurent attirer non-seulement les brins de paille, mais tous les
+corps légers, comme le bois, les feuilles, les métaux en limaille ou en
+feuille, les pierres, les terres, & même les liqueurs comme l'eau &
+l'huile.
+
+La Physique est encore redevable à Gilbert de beaucoup d'autres
+observations sur l'Électricité. C'est lui qui nous a appris qu'elle est
+plus facilement excitée par un frottement léger & rapide que par un
+frottement plus rude: que le tems le plus sec & le vent de nord le plus
+froid sont les plus favorables pour l'Électricité: que l'humidité de
+l'air & à plus forte raison le souffle des animaux l'affoiblissent &
+même la détruisent en peu de tems: que l'eau produiroit le même effet,
+si l'on moüilloit le corps électrique: qu'une toile mise entre ce corps
+& celui qu'on veut attirer, empêche totalement l'attraction: qu'une
+étoffe de soye placée de même ne l'empêche pas entièrement: que les
+corps électriques n'attirent point la flamme d'une bougie, mais attirent
+fortement la fumée de cette bougie éteinte.
+
+Pour expliquer les phénomènes de l'électricité, ceux de l'aimant, & ceux
+de la pésanteur, Gilbert imagina des hypothèses ingénieuses, auxquelles
+pourtant il se fioit moins qu'à ses expériences. L'attraction, suivant
+son opinion, est causée par des écoulemens très-subtils; l'air est
+l'écoulement électrique de la terre & l'instrument de la pésanteur.
+C'est peut-être sur cette idée de Gilbert que le célèbre Otto de Guerike
+s'avisa de faire des observations sur un globe de soufre qu'il excitoit
+à l'électricité par un mouvement qui imitoit en quelque forte celui de
+la terre.
+
+Otto de Guerike, dit l'ingénieux M. Dufay dans son premier mémoire sur
+l'électricité, a imaginé de faire tourner sur son axe par le moyen d'une
+manivelle, une boule de soufre grosse comme la tête d'un enfant. Cette
+boule étant muë avec rapidité, si l'on applique la main dessus elle
+devient électrique & attire les corps légers qui lui sont présentés; si
+on la détache de la machine sur laquelle elle a dû être posée pour la
+faire tourner & qu'on la tienne à la main par l'axe, non-seulement elle
+attire une plume, mais elle la repousse ensuite, & ne l'attire plus de
+nouveau que la plume n'ait touché quelqu'autre corps. Il remarque que la
+plume ainsi chassée par le globe attire tout ce qu'elle rencontre, ou va
+s'y appliquer, si elle ne peut pas l'attirer vers elle; mais que la
+flamme d'une chandelle la chasse & la repousse vers le globe.... Si l'on
+suspend un fil dessus du globe, ensorte qu'il ne le touche point, &
+qu'on approche le doigt du bout inférieur de ce fil, on verra le fil
+s'éloigner du doigt. Il a aussi remarqué que la vertu électrique du
+globe se transmettoit par le moyen d'un fil jusqu'à la distance d'une
+aune, & que lorsque le globe avoit été rendu électrique par la rotation
+& par la main appliquée au-dessus, il conservoit sa vertu pendant
+plusieurs heures. Tenant l'axe de ce globe dans une position verticale,
+il promenoit une plume par toute la chambre; sans qu'elle s'appliquât au
+globe.» Il remarqua aussi que le globe frotté dans l'obscurité répandoit
+de la lumière.
+
+Otto de Guerike avoit pour contemporain & pour émule le fameux Boyle à
+qui nous avons obligation d'un si grand nombre de belles découvertes. Ce
+dernier chercha & trouva la vertu électrique dans un grand nombre de
+corps où Gilbert ne l'avoit point cherchée, & dans quelques-uns de ceux
+où il l'avoit cherchée inutilement. Pour éprouver si l'air avoit quelque
+part à l'électricité, il suspendit dans une fiole au-dessus d'un corps
+léger un morceau d'ambre-jaune excité à l'électricité; ayant ensuite
+pompé l'air de la fiole, il laissa descendre l'ambre-jaune près du corps
+léger, qui fut attiré. Il reconnut par-là que la vertu électrique une
+fois excitée se conserve dans le vuide, & que son action ne dépend point
+de l'air.
+
+M. Boyle avoit fait beaucoup de recherches sur les corps qui donnent de
+la lumière dans l'obscurité, en particulier sur le ver luisant; y
+ayant emprunté un diamant qu'on disoit avoir la propriété d'être
+lumineux dans les ténèbres, il observa que ce diamant étant frotté dans
+l'obscurité contre quelqu'étoffe que ce fût, devenoit en effet
+non-seulement lumineux, mais encore électrique, comme l'avoit observé
+Gilbert. Il reconnut bientôt les mêmes propriétés dans plusieurs autres.
+
+L'Électricité resta long-tems négligée après Boyle; mais les grandes
+découvertes de Newton sur les propriétés de la lumière & sur le système
+de l'attraction engagèrent vraisemblablement Hauksbée de la Société
+Royale de Londres à faire des recherches sur les mêmes sujets & sur
+l'électricité. Ayant inventé une machine pour faire tourner rapidement
+un corps sous le récipient de la machine pneumatique, il s'en servit
+pour faire frotter dans le vuide un morceau d'ambre jaune contre de la
+laine. Ce frottement produisit une lumiére beaucoup plus vive que le
+même frottement dans l'air; après l'opération l'ambre jaune, aussi bien
+que la laine lui parurent un peu brûlés.
+
+On avoit sans doute remarqué que de tous les corps électriques, le verre
+est un de ceux en qui le frottement excite une plus forte électricité.
+Hauksbée s'avisa d'employer dans ses expériences un tube ou cylindre
+creux de verre. En le frottant rapidement dans sa main, un papier
+entre-deux, il le rendoit électrique, & faisoit par son moyen toutes les
+expériences qu'Otto de Guerike avoit faites avant lui avec un globe de
+soufre. Il observa de plus qu'un tube dont on a pompé l'air, ne
+s'électrise que très-foiblement, & que si on y laisse rentrer l'air il
+acquiert beaucoup d'électricité sans être frotté de nouveau. Quand on
+frotte un tube dans l'obscurité, une lumière fuit la main qui frotte, &
+si l'on approche de ce tube ainsi excité une autre main, ou quelqu'autre
+corps, comme du métal, de l'yvoire, du bois, &c. il en sort une
+étincelle accompagnée d'un bruit assez semblable au pétillement d'une
+feüille verte jettée au feu, mais moins fort. Quand on frotte le tube
+vuide d'air, la lumière est plus vive, mais toute dans son intérieur, &
+l'on n'en peut tirer d'étincelle.
+
+Hauksbée imagina aussi de faire tourner sur son axe un globe creux de
+verre par le moyen d'une rouë & d'une corde qui passe sur la
+circonférence de cette rouë & sur une poulie fixée sur l'axe du globe.
+Il excita l'électricité en frottant ce globe, mais il n'en tira pas de
+plus grands effets que de son tube. L'électricité qui jusques-là ne
+s'étoit manifestée que par le frottement, Hauksbée la découvrit dans une
+substance qui n'avoit point été frottée; il remarqua que si on laisse
+refroidir de la résine qui a été fondüe, & que, si, avant qu'elle soit
+tout-à-fait refroidie, on en approche du cuivre en feüilles, elle
+l'attire à la distance d'un pouce ou deux, sans aucun frottement
+précédent.
+
+M. Gray continua avec succès les recherches électriques de Boyle & de
+Hauksbée; ayant voulu éprouver s'il y avoit quelque différence dans
+l'attraction du tube lorsqu'il étoit bouché par les deux bouts &
+lorsqu'il ne l'étoit pas, il n'en apperçut aucune; mais comme il tenoit
+une plume ou duvet au-dessus du bouchon de liége dont le bout supérieur
+du tube étoit bouché, il remarqua que cette plume étoit attirée &
+ensuite repoussée par le liége de la même manière qu'elle a coutume de
+l'être par le tube. Cette observation le confirma dans une pensée qu'il
+avoit euë autrefois, que, comme le tube frotté dans l'obscurité
+communique de la lumière aux autres corps par l'attouchement, il pouvoit
+bien aussi leur communiquer de l'électricité. Le liége effectivement
+n'avoit cette vertu attractive que par communication du tube excité à
+l'électricité. Il s'en assura encore d'une autre façon: ayant fixé au
+bout d'un bâton de sapin d'environ quatre pouces de long une boule
+d'yvoire d'un peu plus d'un pouce de diamètre, il enfonça l'autre bout
+du bâton dans le bouchon de liége: ayant ensuite frotté le tube, il vit
+avec plaisir que la boule attiroit & repoussoit le duvet avec plus de
+force que n'avoit fait le liége. Il répéta cette expérience avec des
+bâtons plus longs & enfin avec un de vingt-quatre pouces, & trouva
+toujours les mêmes effets.
+
+Au lieu de bois M. Gray se servit dans la suite d'un fil de fer, puis
+d'un fil de laiton, & eut encore le même succès; mais comme les
+vibrations de ces fils de fer, & de laiton, causées par le frottement du
+tube, étoient incommodes, surtout lorsque les fils étoient longs de deux
+ou trois pieds, il imagina de suspendre la boule à l'extrémité d'une
+ficelle nouée au tube par son autre extrémité; étant sur un balcon élevé
+de trente-six pieds, il laissa pendre la boule ainsi attachée au tube
+par le moyen d'une ficelle de cette longueur; le tube étant frotté, la
+boule attira & repoussa du cuivre en feuilles qui étoit au-dessous
+d'elle.
+
+M. Gray essaya ensuite de transmettre en ligne horizontale l'électricité
+à de bien plus grandes distances; il y réussit d'abord en se servant
+pour cela d'une ficelle soutenuë horizontalement à quelque distance de
+terre sur des fils de soye, & transmit l'électricité à cent quarante
+pieds; mais comme il vouloit pousser plus loin son expérience, les fils
+de soye s'étant rompus, il leur substitua des fils-d'archal de la même
+finesse; car il s'imaginoit que le succès de l'expérience dépendoit de
+la finesse de ces fils, qu'il croyoit trop minces pour pouvoir
+intercepter une partie sensible de la force électrique communiquée par
+le tube à la ficelle & à la boule. Quand il vint à frotter le tube,
+l'électricité ne fut point transmise à l'extrémité de la ficelle. Il
+reconnut de là que le succès de la première expérience ne venoit pas de
+la finesse des fils de soye, puisque les fils-d'archal de la seconde
+étoient aussi minces, mais qu'il venoit de la nature même de la soye.
+Instruit par ce contre-tems M. Gray vint depuis à bout de transmettre
+l'électricité à une distance de sept cens pieds.
+
+Il découvrit encore que la communication de l'électricité pouvoit se
+faire par la seule approche du tube, sans qu'il touchât le corps auquel
+on vouloit la communiquer. Ayant suspendu horizontalement un enfant sur
+des cordons de crin, en approchant de ses pieds le tube bien frotté, il
+l'électrisa au point que son visage & ses mains attirèrent des feüilles
+de cuivre. Il plaça cet enfant debout sur deux pains de résine d'environ
+huit pouces de diamètre & deux pouces d'épaisseur, un sous chaque pied.
+Ayant ensuite approché le tube bien frotté des cuisses de l'enfant, ses
+mains attirèrent & repoussèrent alternativement des feüilles de cuivre
+que l'on avoit mises au-dessous.
+
+Mr. Dufay de l'Académie Royale des Sciences, informé des découvertes de
+M. Gray, se mit aussi à travailler sur l'électricité. Après un nombre
+infini d'expériences dont on n'indiquera que les principales, il nous a
+appris qu'il n'y a point de corps, à l'exception des métaux & des
+animaux qui ne soit électrique. Les métaux & les animaux s'électrisent
+fortement ou deviennent fortement électriques, lorsqu'étant soutenus sur
+des cordons de soye ou de crin, sur des gâteaux de résine, sur du verre,
+&c. on en approche le tube excité à l'électricité. On doit donc entendre
+par corps électriques ceux qui le sont naturellement qui n'ont besoin
+que d'être frottés pour en donner des preuves, & par corps
+non-électriques ceux qui ne peuvent devenir électriques que par
+communication, comme sont les métaux.
+
+En répétant avec un tube de verre & des feüilles d'or une expérience
+d'Otto de Guerike, dans laquelle une petite plume avoit été attirée,
+repoussée & soutenuë en l'air au-dessus du globe de soufre, M. Dufay
+observa que la feüille d'or alla s'attacher à un morceau de gomme-copal
+qu'il lui présentoit & y demeura. Cela lui fit soupçonner que
+l'électricité de la gomme-copal étoit différente par sa nature de
+l'électricité du verre, puisque l'une attiroit ce que l'autre
+repoussoit. Cette observation le porta à faire plusieurs autres
+expériences, d'où il crut pouvoir conclure qu'il y avoit en effet deux
+sortes d'électricités. Il nomma l'une vitrée & l'autre résineuse; mais
+les Physiciens n'ont pas admis cette distinction. On verra cependant
+dans la suite de cet ouvrage qu'elle est bien fondée, & qu'un globe de
+soufre détruit l'effet d'un globe de verre.
+
+M. Dufay répétant de même l'expérience de M. Gray, dans laquelle on
+électrise un enfant suspendu sur des cordons de crin ou de soye, &
+s'étant mis lui-même à la place de l'enfant; quelqu'un voulut ramasser
+une feüille d'or qui s'étoit attachée à sa jambe; dans l'instant ils
+sentirent l'un à la jambe & l'autre au doigt une douleur comme une
+piqûre, & l'on entendit un pétillement semblable à celui du tube
+lorsqu'on en approche le doigt. Cette douleur & ce pétillement sont
+accompagnés d'une étincelle visible même en plein jour.
+
+Cette étincelle n'avoit été regardée jusques-là que comme la lumière de
+certains phosphores qui ne brûlent point, tels que le bois pourri & les
+vers luisans: mais la douleur fit penser à M. Dufay que l'électricité
+étoit un véritable feu. On s'est appliqué depuis à en rendre les effets
+plus sensibles.
+
+Les Physiciens d'Allemagne profitant de tout ce qui avoit été découvert
+avant eux sur le sujet de l'électricité, imaginèrent de reprendre le
+globe de verre, dont Hauksbée n'avoit pas tiré un meilleur parti que du
+tube & qu'il avoit abandonné trop légèrement. Ce qui les y engagea fut
+sans doute la réflexion que le verre étant plus électrique, un globe de
+cette matière doit produire de plus grands effets que le globe de soufre
+d'Otto de Guerike, & qu'étant susceptible d'une friction plus rapide &
+plus long-tems continuée, l'usage de ce globe devoit être plus facile &
+plus avantageux que celui du tube de Hauksbée. Ils employèrent des
+globes & des rouës plus grandes & les disposèrent de la même manière que
+la meule & la rouë dont se servent les Couteliers. Par ce moyen ils
+réussirent d'abord à rendre beaucoup plus sensibles tous les phénomènes
+de l'électricité déjà connus. Ils firent encore de très-belles
+découvertes dont les Journaux d'Allemagne de 1745. ont rendu compte, &
+dont on ne rapportera ici qu'une seule.
+
+Si, en faisant tourner & frotter le globe de verre, on en approche le
+bout d'un grand tuyau de fer blanc, sans qu'il touche le globe, & qu'une
+personne montée sur un gâteau de résine tienne d'une main ce tuyau par
+l'autre extrémité, cette personne est électrisée, & acquiert après deux
+ou trois révolutions du globe une puissance flammifique assez forte pour
+allumer avec un de ses doigts, avec une canne ou avec une épée de
+l'esprit de vin un peu échauffé. Le même effet s'ensuit lorsque la
+personne électrisée tient dans sa main le vase qui contient la liqueur,
+& la fait toucher par une autre personne est sur le plancher. Dès que le
+doigt approche de la liqueur, il en sort une étincelle bruyante qui
+enflamme l'esprit de vin. On peut de même enflammer de la poix, de la
+résine, de la cire d'Espagne, du soufre & même de la poudre à canon,
+pourvû que ces matières soient en fusion, & conséquemment échauffées.
+Cette expérience réussit aussi quand on électrise avec le tube, mais les
+étincelles sont foibles & l'effet n'en est pas si sûr qu'avec le globe.
+
+L'année 1746. est l'époque la plus marquée de l'Électricité.
+
+Ce fut au commencement de cette année que MM. Muschenbroek & Allaman
+illustres citoyens de Leyde communiquèrent à l'Académie Royale des
+Sciences de Paris l'expérience suivante que le hazard avoit fait trouver
+à M. Cuneus, lorsqu'il s'amusoit à revoir chez lui les phénomènes
+électriques qu'il avoit admirés chez M. Muschenbroek. Suspendez sur des
+cordons de soye dans une situation horizontale une verge de fer ou un
+canon de fusil dont un des bouts soit près du globe, pour en recevoir
+l'électricité par communication: laissez pendre à son autre bout un
+fil-d'archal ou de laiton; pendant qu'on électrise la verge de fer,
+tenez d'une main un vase de verre rond & en partie plein d'eau dans
+laquelle plonge le fil de métal suspendu: avec l'autre main essayez
+d'exciter une étincelle à tel endroit que vous voudrez de la verge de
+fer ou du fil de métal qui pend au bout & qui plonge dans l'eau du vase;
+vous ressentirez une commotion très-forte & très-subite dans les deux
+bras, dans la poitrine & dans tout le corps. Le coup est plus fort quand
+le globe est plus gros, plus frotté, quand le vase qui contient l'eau
+est plus large, quand la verge de fer qui conduit l'électricité, est
+plus grande, ensorte qu'on pourroit blesser, peut-être même tuer
+quelqu'un qui s'y exposeroit imprudemment.
+
+Le bruit de cette expérience se répandit bientôt dans tout le monde
+sçavant: elle exerça l'industrie des Physiciens, & tout le monde voulut
+être Physicien. Chacun la répéta, & fit tout son possible pour y
+ajouter. On trouva bientôt le moyen d'en rendre l'appareil plus simple &
+plus commode; au lieu de suspendre la verge de fer près du globe & à la
+même hauteur, on la tient plus élevée, & on laisse pendre de son
+extrémité voisine du globe une bande de métal bien mince ou un fil de
+fer qui touche l'équateur du globe pendant qu'il tourne sur son axe &
+qu'il est frotté. La verge s'électrise aussi promptement & aussi
+fortement par cette méthode que par celle de M. Muschenbroek, & le globe
+est plus en sureté.
+
+On se sert d'une bouteille de verre mince: on la remplit d'eau jusqu'au
+collet, & on la bouche d'un bouchon de liége traversé d'un fil-d'archal,
+qui y reste fixé de telle manière qu'une partie de ce fil-d'archal est
+plongée dans l'eau de la bouteille, & une autre partie est au-dessus du
+bouchon, courbée en crochet. Par ce moyen on peut suspendre la bouteille
+à la verge de fer, en l'y accrochant, ou l'en séparer à volonté, quand
+elle est chargée d'électricité.... On peut aussi l'électriser à la main,
+sans la suspendre à la verge de fer, & même sans se servir de cette
+verge. Il ne s'agit que d'en présenter le crochet ou auprès de la verge
+ou auprès du globe dans le temps qu'il est en mouvement & qu'il est
+frotté.... On peut de même décharger la bouteille électrisée sans le
+secours de la verge de fer, en tenant la bouteille dans une main, & cela
+de trois manières, par l'expérience de Leyde, par l'approche d'un corps
+non-électrique, ou par l'opposition d'une pointe non-électrique. Dans le
+premier cas il ne faut que tirer une étincelle du fil-d'archal avec
+l'autre main: l'on reçoit la commotion, & la bouteille est déchargée à
+l'instant; dans le second l'on approche le fil-d'archal d'un corps
+non-électrique pour tirer l'étincelle; mais il faut avoir attention à ne
+pas tenir ce corps de l'autre main, car on seroit frappé; dans le
+troisième cas il ne s'agit que d'opposer à quelques pouces de distance
+du crochet une pointe de métal, comme celle d'une aiguille, d'un
+poinçon, &c. la bouteille se déchargera lentement & insensiblement sans
+bruit, sans explosion & sans commotion. On voit dans les tems favorables
+la pointe d'une aiguille tirer le feu électrique à plus de six pieds de
+la bouteille, & cela s'apperçoit par une petite lumière qui paroît dans
+l'obscurité à la pointe de l'aiguille.
+
+Quand la bouteille préparée, comme on vient de le dire, est bien
+électrisée, on peut la transporter fort loin, ou la garder plusieurs
+jours dans cet état, sans qu'elle perde beaucoup de sa force électrique;
+il n'y a point d'autre précaution à prendre que de la déposer sur un
+corps électrique, dans un endroit qui ne soit pas trop exposé à
+l'humidité de l'air ou à la poussière.
+
+L'on a trouvé ensuite que dans l'expérience de Leyde, si au lieu d'une
+seule personne, on forme un grand cercle ou une chaîne de plusieurs, en
+quelque nombre que ce soit, qui se tiennent tous par la main: que le
+premier de la chaîne soutienne par le fond la bouteille électrisée, &
+que le dernier tire une étincelle du fil-d'archal, ils sentiront tous au
+même instant la commotion dans les bras & dans la poitrine. Cette
+expérience a été faite à Versailles devant le Roi sur deux cens quarante
+personnes à la fois. Le même effet s'ensuivroit encore si les acteurs,
+au lieu de se tenir par la main, étoient joints ensemble par des fils ou
+des chaînes de métal, par l'eau tranquille d'un grand vase ou même d'un
+bassin, dans laquelle ils auroient les mains plongées.
+
+L'on a de même découvert que la force de l'électricité est plus grande,
+lorsque la verge de fer, que l'on nomme le _premier conducteur_, est
+plus longue; que l'étenduë en superficie du premier conducteur contribuë
+davantage à l'augmentation de cette force que son étenduë en solidité &
+que la longueur est celle des trois dimensions qui lui est la plus
+favorable.
+
+Il n'y a presque personne qui ne sçache que la propagation du son n'est
+point aussi rapide que celle de la lumière. Si l'on voit tirer une pièce
+de canon de quelques centaines de toises, on apperçoit la flamme sortir
+de son embouchure long-tems avant d'en entendre le coup; en général plus
+l'on est éloigné, plus on remarque de distance entre l'un & l'autre. Il
+est cependant certain que dans ce cas la lumière & le son partent en
+même tems; mais l'air qui nous en transmet les sensations est plus
+facilement ébranlé par l'un que par l'autre; & l'on est venu à bout de
+connoître cette différence. C'est dans la même vuë qu'un sçavant
+Physicien[2] a voulu éprouver comment se fait la propagation de
+l'électricité dans les corps à qui on la communique; si cette
+propagation est instantanée du moins sensiblement, ou si elle se fait
+dans un temps perceptible.
+
+[Note 2: M. le Monnier, médecin, à qui on est redevable de la plupart
+des découvertes précédentes, _Hist. de l'Acad. R. des Scienc._ 1746.]
+
+»Pour s'en assurer, après quelques tentatives, dont le résultat ne lui
+parut pas assez décisif, M. le Monnier disposa deux fils de fer
+parallèles autour d'un grand clos; chacun d'eux avoit neuf cens
+cinquante toises, & leurs quatre extrémités se trouvoient à un des
+angles de ce clos, voisines les unes des autres; un homme prit un bout
+de chacun de ces fils de chaque main; par ce moyen il se forma une
+communication de l'un à l'autre, & ils ne firent plus qu'un seul corps
+de 1900. toises de long, au milieu duquel étoit placé l'homme qui tenoit
+les deux bouts des fils.
+
+»Par l'arrangement que nous venons de décrire, cet homme, quoique placé
+au milieu de la longueur totale du corps à électriser, étoit très-voisin
+des deux autres bouts, & pouvoit juger aisément s'il sentiroit la
+commotion au moment qu'il verroit éclater l'étincelle: ce fut
+effectivement ce qui arriva. M. le Monnier ayant pris d'une main le bout
+d'un des fils de fer, approcha de celui de l'autre fil, le fil-d'archal
+de la bouteille électrique qu'il tenoit de l'autre main; & dans le même
+instant que parut l'étincelle, lui & l'homme placés au milieu de la
+longueur des fils de fer, ressentirent la commotion, sans qu'il fût
+jamais possible d'appercevoir le plus petit intervalle de tems entre
+l'étincelle & le coup, quoiqu'il eût été facile de discerner jusqu'à un
+quart de seconde s'il s'y étoit trouvé.
+
+Le même Physicien, pour acquérir une preuve encore plus complette de ce
+phénomène, fit quelque tems après une autre expérience un peu
+différente, dont le succès lui confirma celui de la précédente. Ayant
+choisi un endroit commode dans une plaine des environs de Paris, il
+l'entoura d'un fil de fer de quatre mille toises de longueur qui font
+deux lieuës. Les deux extrémités de ce fil furent disposées à six ou
+sept pieds de distance l'une de l'autre. Pendant que M. le Monnier
+tenoit dans sa main l'un des bouts de ce fil de fer, un autre
+observateur qui portoit la bouteille électrique approcha le fil-d'archal
+de cette bouteille de l'autre bout du fil de fer. Dans le même instant
+les deux observateurs ressentirent la commotion dans les bras dont ils
+tenoient l'un le fil de fer & l'autre la bouteille. La commotion est
+moins forte dans cette expérience qu'elle ne l'est dans la précédente,
+parce que sa violence est partagée entre les deux observateurs; chacun
+n'éprouve qu'environ la moitié de la commotion qu'il ressentiroit, si le
+cercle de communication de l'un à l'autre étoit achevé; mais le résultat
+n'en est pas moins sûr pour le but qu'on s'étoit proposé. L'expérience
+fut répétée, & le même effet s'ensuivit toujours également, sans qu'on
+pût trouver le moindre instant saisissable entre l'apparition de
+l'étincelle & la sensation du choc. Ainsi l'électricité parcourut une
+espace de deux lieuës dans un instant imperceptible. On ne remarqua pas
+non plus la moindre différence de force entre la commotion qui se fit
+sentir à l'un des observateurs & celle qui se fit sentir à l'autre,
+quoiqu'ils ne se communiquassent que par le fil de fer de quatre mille
+toises de longueur.
+
+Si ces expériences ne prouvent pas que la propagation de l'électricité
+est instantanée, elles font voir du moins que les écoulemens de la
+matière électrique se portent avec une rapidité inconcevable, &
+apparemment égale à celle de la lumière le long des corps
+non-électriques: elles servent de confirmation à la première découverte
+de Boyle, que l'air n'y a point de part: & elles ajoutent beaucoup à
+l'analogie que M. Hales[3] a trouvée entre les effets de l'électricité &
+ceux du tonnerre. On verra bientôt ce que l'on doit penser de cette
+analogie.
+
+[Note 3: Considérations sur la cause Physique des tremblemens de terre.]
+
+Il arrive souvent, lorsqu'on électrise la bouteille avec excès, ou qu'on
+la soutient par le fond étant trop fortement électrisée, qu'elle se
+décharge d'elle-même dans la main de celui qui la tient, sans qu'il
+approche son autre main du fil de fer de cette bouteille, ni du premier
+conducteur. Il sort alors une forte étincelle du fond de la bouteille, &
+il se fait une puissante commotion. Il est arrivé à plusieurs de
+recevoir de cette manière un choc si violent qu'ils en ont été
+renversés, & qu'il leur en est resté dans toutes les parties du corps un
+tremblement qui a duré trois ou quatre jours. Ils ont aussi ressenti
+pendant long-tems l'impression que la violence de l'étincelle leur avoit
+faite au doigt, & en ont porté long-tems temps une marque noire
+semblable à celle d'une brûlure.
+
+Il arrive encore quelquefois qu'en chargeant la bouteille auprès du
+globe, elle fait explosion & se casse; celui qui la tient reçoit dans
+cet instant une violente commotion: après cette explosion la bouteille
+se trouve percée au côté d'un trou exactement rond ordinairement sans
+fêlure, dont on est averti par l'écoulement de l'eau qu'elle contenoit.
+Il est aussi arrivé plus d'une fois que le globe lui-même a fait
+explosion & s'est brisé en même tems que la bouteille; quelques-uns de
+ses fragmens ont paru avoir été lancés avec autant de force que des
+éclats de bombe. Il est plus sûr de ne charger la bouteille qu'auprès du
+premier conducteur.
+
+Si un homme est si rudement frappé d'un coup d'électricité qu'il puisse
+même en être renversé, & en ressentir les effets pendant plusieurs
+jours, doit-on s'étonner que de petits animaux puissent en être tués?
+Presque tous ceux qui ont répété l'expérience de Leyde, en ont fait
+l'épreuve avec succès.
+
+La médecine à sçu plusieurs fois tirer parti des choses qui sembloient
+les plus opposées à son but, & convertir en remèdes salutaires des
+substances qui avoient de tout tems été reconnuës pour des poisons
+dangereux; la philosophie à son exemple a essayé de faire servir à
+l'utilité des hommes ce qui peut leur être nuisible ou qui paroît tout
+au moins inutile pour la santé: elle a tenté d'appliquer à la guérison
+des maladies, ce qui peut donner la mort. Quel but plus noble les
+Sciences peuvent-elles se proposer? l'extrait d'une lettre de M.
+Jallabert célèbre Professeur de Philosophie à Genève inséré dans le
+Journal des Sçavans pour le mois de Mai 1748. fait foi du dessein, de
+l'épreuve & du succès.
+
+»On m'amena, dit M. Jallabert, le 26. Décembre un nommé Nogués
+paralytique du bras droit depuis près de quinze ans; outre la perte du
+sentiment & du mouvement, le bras & l'avant-bras étoient extrêmement
+maigres. Nous exposâmes d'abord, Mr. Guiot Chirurgien & moi à l'épreuve
+de la commotion, la main paralytique attaché au vase; la violence du
+coup porta principalement au haut de l'épaule. Je fis ensuite découvrir
+le bras paralytique, & l'homme étant placé sur de la poix, & vivement
+électrisé, je vis sortir des étincelles de divers endroits du bras; nous
+aperçûmes d'abord que les muscles d'où elles partoient, étoient agités
+de mouvemens convulsifs: bientôt après nous les vîmes mouvoir
+successivement & en différens sens l'avant-bras, le carpe & les doigts,
+suivant que nous tirions l'étincelle de tel ou tel muscle.»
+
+»Je me mis à la place du paralytique, & j'observai que les muscles & les
+parties auxquelles ils aboutissent se mouvoient quand on en tiroit une
+étincelle, sans qu'il fût en mon pouvoir de l'empêcher, & que suivant
+que l'on tiroit une étincelle, par exemple, des muscles extenseurs ou
+fléchisseurs du carpe ou des doigts, ils se baissoient ou s'élevoient en
+sens opposés. Cette observation me donna quelqu'espérance pour le
+paralytique, & après l'avoir souvent exposé aux étincelles électriques &
+quelquefois à la commotion, je remarquai des changemens en bien, & le
+10. Janvier le bras paralytique avoit beaucoup d'embonpoint, le malade
+commençoit à étendre les doigts. Le 24. Janvier les mouvemens de
+l'avant-bras & du bras se faisoient mieux, il approchoit la main de son
+chapeau. Le 30. Janvier il avoit tiré son chapeau; l'avant-bras affecté
+étoit aussi rempli de chair que l'avant bras sain, & le bras augmentoit
+considérablement; le poignet pouvoit faire les différens mouvemens, lors
+même que la main étoit chargée d'une bouteille tenant un pinte.» Une
+lettre de Genève du 28. Février porte que le paralytique tiroit son
+chapeau sans peine, qu'il manioit de gros marteaux, & qu'il comptoit
+pouvoir forger en peu de jours.
+
+Il a été soutenu[4] en l'année 1751. dans l'Université de Prague en
+Bohême, une Thèse de médecine sur l'utilité de l'électricité pour la
+guérison des maladies. Quoique les expériences & les observations dont
+cette thèse est remplie, n'ayent pas toutes le mérite de la nouveauté,
+elles sont trop intéressantes par leur objet & par l'ordre dans lequel
+elles sont rapportées, pour ne pas trouver place dans cette histoire.
+Après avoir examiné les effets de l'électricité tant sur les corps
+fluides, que sur les corps solides en général qui ont été exposés à son
+action, & après avoir prouvé par des expériences suivies & comparées que
+l'électricité augmente l'évaporation naturelle de la plupart des uns, &
+la transpiration insensible des autres: après avoir expliqué comment &
+pourquoi l'électricité accélère l'écoulement des liqueurs dans les
+tuyaux capillaires dont elle rend les jets continus & divergens, &
+qu'elle ne produit pas le même effet dans des tuyaux d'un plus grand
+diamètre[5]: après avoir fait voir par une expérience déjà connuë que la
+végétation des plantes est avancée par l'électricité: enfin après avoir
+démontré par le résultat de quantité d'expériences combinées & répétées
+de différentes manières en différens tems sur des corps animés de
+différens genres, que l'électricité augmente la transpiration des
+animaux en favorisant en eux le mouvement des fluides & l'action tonique
+des solides, l'auteur de cette thèse pour rechercher les maladies
+auxquelles l'_électrisation_ pourroit servir de remède, prend pour
+exemple la paralysie dont il examine en détail les différens symptômes &
+les différens effets. Après avoir cité l'opinion d'un fameux
+Professeur[6] en médecine de Montpellier, qui prétend que le fluide
+nerveux n'est autre chose que le fluide électrique. Il rapporte les
+raisons qui appuyent cette conjecture & adopte son sentiment. Il ne
+doute même pas que ce fluide qui parcourt les nerfs avec une vîtesse
+incompréhensible, pour mettre les muscles en mouvement au premier ordre
+de la volonté, n'ait la plus grande part à l'origine, à la vigueur & à
+l'entretien de la chaleur naturelle. De là il passe aux diverses
+méthodes de traiter les paralysies, & n'oublie pas celle d'y appliquer
+l'électricité. Il en prouve l'efficacité par le traitement
+circonstancié, par le changement en mieux & par la guérison parfaite de
+quatre paralytiques, par le soulagement d'un rhumatisme très-douloureux,
+par la résolution des nodus & le rétablissement des forces d'un gouteux
+& d'un autre malade privés l'un & l'autre de l'usage de leurs membres.
+Enfin il termine sa dissertation par les positions suivantes.
+
+[Note 4: Par M. J. Bohadsch.]
+
+[Note 5: Il est vraisemblable que cette différence ne vient que de ce
+que les écoulemens de la matière électrique ne sont pas aussi abondans
+que ceux des liqueurs dans de larges tuyaux. Si l'électricité étoit
+assez forte & assez abondante, elle accéléreroit, diviseroit & rendroit
+divergens les jets de toute sorte de tuyaux également.]
+
+[Note 6: M. de Sauvages.]
+
+I. _Electricitas in arte medicâ est adhibenda._
+
+II. _Electricitas auget naturalem animalium transpirationem._
+
+III. _Hæc acceleratio transpirationis in hominibus fit per vasa
+capillaria exhalantia, & non per glandulas subcutaneas._
+
+IV. _Fluidum nerveum fluidum electricum dici potest._
+
+V. _Nervi sensorii à motoriis non sunt distincti._
+
+VI. _Hemiplegiæ causa proxima est immeabilitas fluidi nervei per
+nervos._
+
+VII. _Hemiglegia præ reliquis_ _morbis electrisatione curanda._
+
+VIII. _Etiam febris intermittens electrisatione debellari potest._ &c.
+&c.
+
+Il a paru dans les nouvelles publiques des années 1753. & 1754. des
+relations détaillées de diverses guérisons opérées par l'électricité sur
+des sourds & des aveugles en différentes contrées de l'Europe. Malgré
+les autorités dont elle étoient revêtuës, quoique quelques-unes de ces
+guérisons m'ayent été attestées par un jeune médecin Suédois[7] qui
+avoit apporté à Paris un excellent globe dans l'intention d'y faire des
+miracles, elles n'ont point assez gagné ma confiance pour me paroître
+mériter d'avoir place dans cette histoire.
+
+[Note 7: M. Lindulf.]
+
+La persuasion où l'on est que la matière électrique pénètre les corps
+auxquels on la communique, de même que ceux qui la contiennent
+naturellement, a encore donné occasion d'imaginer des moyens pour en
+tirer de l'utilité. On a pensé que si elle pénètre les parties du corps
+humain, auxquelles elle n'est par elle-même capable que de donner de
+l'ébranlement, elle pourroit servir de véhicule à des remèdes que l'on
+voudroit faire passer dans l'intérieur de ces parties. De quel avantage
+ne seroit pas cette propriété, si elle se trouvoit avoir quelque
+réalité? On trouvera dans la suite de cet ouvrage ce que l'on doit
+attendre de cette idée.
+
+M. Bose célèbre Professeur de Physique à Wittemberg rapporte une
+expérience qui a vainement occupé la plupart des Physiciens. Un enfant
+ou un adulte placé sur un gâteau de résine touche de la main le globe ou
+la poignée d'une épée actuellement électrisée par sa pointe auprès du
+globe, il acquiert en peu de tems une si grande quantité de feu
+électrique que d'abord ses pieds, ensuite ses jambes, ses genoux & enfin
+tout son corps paroissent dans l'obscurité en être environnés de tous
+côtés comme d'un nuage lumineux semblable à la gloire dont les peintres
+entourent le portrait d'un saint. C'est pour cette raison que l'auteur a
+nommé cette expérience la _Béatification_. Tous ceux qui l'ont tentée se
+plaignent de ce que M. Bose n'en a pas donné un détail assez
+circonstancié. Il avouë aussi lui-même qu'elle lui a souvent manqué.
+L'on conçoit en effet qu'il faut un tems & des circonstances bien
+favorables pour pouvoir accumuler sur un homme une assez grande quantité
+de feu électrique pour l'environner depuis les pieds jusqu'à la tête
+d'une atmosphère lumineuse & bien visible.
+
+Le même M. Bose avoit avancé dans son quatriéme commentaire sur
+l'électricité qu'il désespéroit que l'on pût trouver une mesure exacte
+des forces de l'électricité. L'on a reconnu que sa conjecture étoit
+hazardée. Quand on n'auroit pas l'ingénieux instrument que MM. d'Arcy &
+le Roy ont inventé & exécuté pour mesurer la force de l'électricité,
+auquel ils ont pour cette raison donné le nom d'_Électromètre_,[8] on
+trouveroit dans les expériences de M. Franklin de quoi y suppléer. Cet
+auteur a donné (Lettre V. §. 55. & 56.) la description de deux fortes de
+rouës électriques qui, quoiqu'elles n'ayent pas été imaginées à cette
+intention, peuvent être regardées comme d'excellens Électromètres. Il
+fait servir dans chacune de ces machines la seule vertu attractive de
+l'électricité de deux manières différentes activement & passivement. Ces
+deux effets se succèdant alternativement contribuënt également au
+mouvement circulaire des rouës. Il seroit inutile d'en rapporter ici la
+construction & le détail que l'on trouvera tome premier, pag. 172-183.
+Il suffit de dire que ces rouës sont mises en mouvement par la seule
+force de l'électricité, & qu'elles font chacune sur leur axe plus ou
+moins de révolutions, à proportion que ces rouës ou les bouteilles sont
+plus ou moins chargées d'électricité. Ainsi sans être, comme le dit M.
+Bose _audaculus_ & [Grec: achômerutos], on pourra assurer que tel ou tel
+degré de force électrique est double, triple, quadruple de tel ou tel
+autre. Quel privilège lui paroissoit avoir l'électricité, pour être la
+seule chose physique qui ne fût pas soumise à l'empire du calcul?
+
+[Note 8: Voyez Mém. de l'Acad. R. des Scienc. 1749. pag. 63.]
+
+Ainsi depuis l'expérience de M. Cuneus vulgairement appellée expérience
+de Leyde, les connoissances sur l'électricité ont plus fait de progrès
+qu'elles n'en avoient fait auparavant. Les Physiciens ont travaillé &
+travaillent sans relâche à ajouter aux découvertes qui ont été faites
+sur ce sujet. Les uns, sans songer que la matière n'est point encore
+assez préparée, & qu'il n'y a pas encore assez de faits connus, font
+tous leurs efforts pour pénétrer les mystères de l'électricité & pour en
+expliquer la nature; d'autres s'appliquent à lui chercher de nouvelles
+propriétés, & pour cela s'en tiennent modestement aux expériences,
+d'autres enfin en proposant leurs conjectures, font voir des rapports
+évidens entre les phénomènes les plus communs des météores & ceux de
+l'électricité.
+
+M. Franklin, sans prétendre à la première de ces classes, occupe une
+place de distinction dans les deux dernières avec les Physiciens qui se
+sont le plus avancés dans cette carrière; mais il les laisse bien loin
+derrière lui. Une seule des découvertes qu'il a faites dans cette
+nouvelle terre, suffira pour donner une idée de la sagesse, de la
+grandeur & de la finesse de ses vûes. Étant venu à bout de fondre, &
+même de vitrifier les métaux d'un coup d'électricité, il compare ce
+phénomène avec un effet tout semblable du tonnerre; c'est celui de
+fondre l'argent dans une bourse & une lame d'épée dans le fourreau.
+Conduit par cette observation & par une infinité d'autres rapprochées
+avec sagacité, il découvre une analogie surprenante entre l'électricité
+& la foudre: il fait voir par des raisons solides que le feu électrique
+& le feu du ciel sont le même élément bien différent du feu commun,
+quoiqu'il puisse le produire. Celui-ci ennemi de l'eau ne subsiste que
+dans l'air libre, & n'agit que par sa chaleur; celui-là au contraire
+s'unit à l'eau, se maintient dans le vuide, & opère sans chaleur. Il y a
+beaucoup d'apparence que c'est le véritable feu élémentaire, dont le feu
+commun n'est que l'image imparfaite.
+
+Convaincu lui-même par la force de ses preuves, sans pourtant en être
+ébloüi, notre auteur développe en conséquence la nature & la formation
+du plus redoutable des météores. Se rappellant ensuite le pouvoir
+admirable qu'ont les pointes de tirer imperceptiblement le feu
+électrique des corps où il se trouve dans un mouvement actuel, &
+profitant adroitement de cet avantage, il va jusqu'à indiquer des moyens
+par lesquels on pourroit dissiper le tonnerre, & par-là nous garantir de
+ses funestes effets.
+
+En suivant les principes de M. Franklin que je me suis rendus propres,
+en examinant ses observations que j'ai répétées & approfondies, en
+déférant à ses conjectures auxquelles j'ai ajouté les miennes, en
+joignant à ses probabilités celles que j'ai recueillies d'ailleurs, en
+un mot en entrant dans toutes ses vuës, je me suis persuadé que la
+matière du tonnerre devoit être la même que celle de l'électricité. Le
+feu S. Elme & la lumière que l'on aperçoit sur des pointes métalliques à
+l'approche des orages, celle entr'autres dont il est dit dans les
+Commentaires de César, _eâdem nocte quintæ legionis pilorum cacumina suâ
+sponte arserunt_, m'ont semblé être la même chose que l'aigrette que
+montre une pointe dans les expériences électriques. Enfin mes réflexions
+m'avoient tellement affermi dans cette opinion, que quand même le succès
+n'eût pas répondu à mon attente, je n'aurois pû y renoncer. Il
+s'agissoit d'en avoir une confirmation tirée de l'expérience; je ne fus
+pas long-tems à l'attendre.
+
+Après avoir fait dresser en Avril 1752. l'appareil dont on trouvera la
+description dans le second tome de cet ouvrage pag. 67. & suiv. Il
+arriva le 10. Mai suivant un orage qui auroit pleinement satisfait à
+tous mes désirs, si j'avois pû être témoin occulaire des observations
+qui s'y firent en mon absence. Ceux à qui j'avois laissé le soin de mon
+expérience avec les instructions nécessaires, virent l'électricité
+naturelle & furent les premiers à recueillir le feu du ciel. La nouvelle
+m'en fut apportée dès le soir même, & j'en rendis compte deux jours
+après à l'Académie Royale des Sciences. La plupart des Membres de cette
+célèbre Compagnie eurent la politesse de me faire compliment sur mon
+mémoire & de m'assurer que jamais il n'en avoit paru aucun qui eût été
+écouté avec autant d'attention ni aucune expérience dont le rapport eût
+donné autant de satisfaction; elle prit dès-lors le nom du lieu de sa
+naissance, & un Physicien des plus renommés vaincu par des observations
+générales ne put s'empêcher de publier quelque tems après que
+l'expérience de Marly-la-Ville, de même que celle de Leyde, feroit
+époque dans l'histoire de l'électricité.
+
+Le bruit de cette découverte se répandit bientôt dans toute l'Europe &
+même dans toute la terre. L'expérience fut répétée avec le même succès
+dans tous endroits où elle fut tentée. On imagina des moyens fort
+ingénieux pour dresser en l'air des pointes métalliques, & pour les
+faire communiquer dans les appartemens sans rien perdre de la matière
+dont elles se chargeroient; la petite sonnerie qu'on y ajoûta, est
+l'expédient le plus simple & le plus sûr pour être averti en tous tems
+de la présence de cette matière & de l'approche des nuages qui en
+occasionnent l'apparition. Le carillon procure encore un autre avantage
+plus important dont nous allons parler.
+
+Les précautions que j'avois prises pour me garantir de tout accident
+fâcheux dans la première tentative de cet expérience, ne touchèrent pas
+sans doute également tous ceux qui entreprirent de la répéter. Le
+malheur d'un célèbre Professeur de Physique à Petersbourg montra en même
+tems combien il est dangereux de les négliger, & combien en général nous
+devons être redevables à ceux qui ont cherché à étendre nos
+connoissances par les premiers essais des choses.
+
+Les relations de la mort de M. Richman qui furent mises dans les
+nouvelles publiques de 1753. nous ont bien appris qu'il avoit été tué
+d'un coup d'électricité naturelle; mais on ignore si le tonnerre est
+réellement tombé sur son appareil électrique, ou s'il n'a été frappé que
+par l'explosion de la matière dont sa barre de fer trop bien isolée se
+trouva surchargée. L'exemple de ce qui est arrivé à plusieurs autres en
+pareilles circonstances, me fait pancher vers ce dernier sentiment. Dans
+l'un & l'autre cas; sans cesser de plaindre son malheur, je ne puis en
+attribuer la cause qu'à son défaut d'attention & de précaution. S'il y
+eût eu une décharge métallique à un ou deux pouces de l'appareil, elle
+en auroit reçu la matière électrique surabondante, & n'y en auroit
+laissé qu'autant qu'il en falloit pour faire les expériences
+nécessaires, & jamais assez pour frapper à une distance de quatre
+pouces, qui est celle où l'on dit que M. Richman a reçu le coup fatal.
+Le carillon dont nous avons parlé ci-devant, eût été une décharge plus
+que suffisante pour lui sauver la vie.
+
+Dans le tems que la Physique récompensoit si mal les soins d'un Sçavant
+empressé à pénétrer ses secrets, je continuois à faire mes observations
+tant sur l'électricité naturelle que sur l'artificielle. Je n'y étois
+pas plus encouragé par mes premiers succès & par le commerce de Mr.
+Franklin que par le vif intérêt qu'y prenoient plusieurs amis du premier
+ordre qui travailloient souvent avec moi; l'un de ceux-ci m'avoit prié
+de lui aider à former un cabinet électrique complet; je n'avois rien
+épargné pour lui donner satisfaction. Le premier fruit qu'il en retira,
+fut le succès de mon expérience du tonnerre artificiel sur une glace de
+1200. pouces quarrés, dont il fut enchanté.
+
+Cette glace est des plus parfaites & des plus minces, bien polie, en
+quarré long, étamée des deux côtés & affermie sur un fort cadre de bois.
+Sur le teint de sa surface antérieure, j'ai tracé tout autour une
+bordure d'environ trois pouces de largeur, & avec un cizeau de cuivre
+j'en ai enlevé l'étain, en observant d'arrondir les angles & de ne point
+laisser de bavures en pointes dans tout le circuit. En voilà toute la
+préparation.
+
+L'expérience consiste à électriser cette glace ainsi préparée, en
+laissant tomber une petite chaîne du premier conducteur sur le milieu de
+sa surface antérieure. Si le tems est favorable & que l'on soit dans
+l'obscurité, après douze ou quinze tours de rouë on apperçoit sur les
+bords de l'étain quelques étincelles, qui augmentant peu à peu en nombre
+& en force, représentent assez bien un ciel tout enflammé, tel que celui
+qui précède les grands orages. En continuant & même en forçant
+l'électrisation, tout cela se termine par une violente explosion qui
+fait avec le plus brillant éclair un bruit aussi éclatant que celui du
+plus fort coup de fouet.
+
+Après cette explosion, l'on trouve à l'endroit où elle s'est faite sur
+la glace une trace blanchâtre plus ou moins apparente assez
+ordinairement en zic-zac, qui traverse la bordure découverte depuis le
+bord de l'étain jusqu'au cadre sous lequel elle va se perdre. En passant
+le doigt ou l'ongle dessus on sent que la glace est dépolie & raboteuse
+en cet endroit, ce qui prouve évidemment que la matière électrique
+pénètre le verre sans le traverser.
+
+Si, immédiatement après l'explosion on approchoit le nez de l'endroit où
+elle s'est faite, l'on y sentiroit une odeur de soufre très-frappante.
+Cette odeur est si volatile qu'elle s'exhale en peu de tems, & il ne
+faut que deux ou trois explosions pour en remplir toute la chambre,
+quelque grande qu'elle puisse être. Il n'y a personne qui ne reconnoisse
+à tous ces traits le plus redoutable des météores; c'est la raison pour
+laquelle on a donné à cette expérience le nom de tonnerre artificiel. Il
+est très-possible d'en tirer des effets aussi surprenans que ceux du
+tonnerre naturel.
+
+C'est avec cette glace que j'ai percé d'un coup d'électricité jusqu'à
+cent soixante feüilles de papier fin; elle m'a aussi servi à enflammer
+la poudre à canon froide; mais je trouve plus commode l'usage des grands
+vases de verre bien armés.
+
+Dans la première idée que M. Franklin s'étoit formée de la nature du
+tonnerre, il avoit supposé que les nuages orageux étoient électrisés
+positivement, & c'est sur cette hypothèse qu'il avoit établi sa première
+Théorie; dès qu'il a reconnu que l'électricité des nuages est négative
+bien plus souvent qu'elle n'est positive, il n'a pas hésité à changer
+d'opinion; loin d'être plus attaché à sa nouvelle conjecture qu'il ne
+l'avoit été à la première, il la donne pour ce qu'elle est & propose
+lui-même les objections qui peuvent l'embarrasser.
+
+C'est avec la même franchise qu'il se rend aux découvertes d'autrui. On
+lui apprend que l'électricité du soufre paroît d'une nature différente
+de celle du verre; il se met sur le champ à répéter les expériences qui
+peuvent constater le fait, & convaincu par lui-même de la vérité, il en
+laisse toute la gloire à son émule.
+
+Avec le secours des grands vases multipliés, M. Franklin est parvenu à
+aimanter des aiguilles, à en changer les pôles à volonté, & à démontrer
+par ces merveilles que la vertu magnétique n'est qu'un effet
+d'électricité. Peut-être la pierre d'aimant elle-même n'est-elle devenuë
+aimant que par un pareil effet de l'électricité naturelle. Quoi qu'il en
+soit, le magnétisme a été communiqué par les expériences faites à Paris,
+de même qu'il l'avoit été par celles de Philadelphie.
+
+On s'attend bien que ces dernières découvertes feront reprendre la plume
+aux critiques de M. Franklin. Pourquoi auroient-elles plus de privilége
+que toutes les autres du même auteur? Dès que son premier ouvrage parut,
+il fut vivement attaqué; & comme l'on trouvoit peu de prise sur le fond,
+on n'épargna rien pour tourner en ridicule ceux qui en étoient les
+partisans. Cette guerre littéraire n'est point encore éteinte, &
+vraisemblablement ne finira pas sitôt, puisque le plus ardent de nos
+adversaires abandonnant sa première attaque est forcé de revenir sur ses
+pas, de changer de batterie & de recommencer sur nouveaux frais. Il n'en
+est encore qu'à l'examen des étincelles électriques. S'il suit l'ordre
+des expériences, quand il arrivera à ces dernières, elles ne seront plus
+nouvelles que pour lui.
+
+
+
+
+PRÉFACE
+DE
+L'ÉDITEUR ANGLOIS.
+
+
+_Il est à propos d'avertir le Lecteur que les observations & les
+expériences suivantes n'ont pas été faites dans le dessein d'être
+données au public. Elles avoient été communiquées en divers tems à
+quelques amis particuliers, & n'étoient destinées qu'à leur servir
+d'amusement, la plupart même se trouvent dans des lettres écrites sur
+différens sujets._
+
+_Mais ayant été luës à quelques personnes fort versées dans les
+recherches électriques, toutes ont jugé qu'elles contenoient tant de
+particuliarités curieuses & intéressantes, relativement à la matière en
+question, que ce seroit faire une espèce d'injustice au public, de les
+renfermer dans les bornes d'un petit cercle d'amis._
+
+_C'est pourquoi l'Éditeur avoit pris sur lui de faire imprimer ces
+extraits de lettres & autres pièces détachées dans l'état qu'elles lui
+étoient tombées entre les mains, sans avoir demandé à l'ingénieux auteur
+la permission d'en user de la sorte. Il avoit fait cette démarche avec
+d'autant moins de scrupule, qu'il appréhendoit que les engagemens de
+l'auteur dans d'autres affaires plus importantes ne lui laissassent pas
+le loisir de donner au public ses réflexions, & ses expériences sur
+l'électricité retouchées avec ce soin & cette précision dont il n'est
+pas moins jaloux que capable, comme il est facile de s'en convaincre par
+le traité que nous avons sous les yeux._
+
+_On ne l'instruisit de la liberté qu'on avoit prise, que lorsque les
+premières feüilles étoient sous la presse, & il n'eut que le tems
+d'envoyer quelques nouvelles remarques avec un petit nombre de
+corrections & d'augmentations, qui ont été placées à la fin de
+l'ouvrage, & que l'on peut consulter dans l'occasion._
+
+_Ces expériences sont presque toutes en propre à notre auteur; il les a
+conduites avec jugement, & les conséquences qu'il en déduit sont
+évidentes, & décisives, quoique proposées quelquefois sous les termes
+modestes d'hypothèses, & de conjectures._
+
+_En effet la scène qu'il ouvre à nos regards, nous surprend
+agréablement, tandis qu'il nous mène par un enchaînement de faits, & de
+réfléxions judicieuses à une cause probable des phénomènes les plus
+terribles & qui ont été expliqués jusqu'ici avec le moins de
+vraisemblance._
+
+_Il nous découvre une matière invisible, subtile, répanduë dans toute la
+nature en différentes proportions, qui avoit échappé à nos observations,
+& qui est incapable de nuire lorsque tous les corps auxquels elle est
+adhérente, en sont également chargés. Il prouve néanmoins que si par
+quelque moyen que ce soit, il s'en fait une distribution inégale, s'il y
+a accumulation sur une partie de l'espace, & qu'il y ait sur l'autre une
+moindre proportion, un vuide, un épuisement, à l'approche immédiate d'un
+corps capable de conduire la partie accumulée à l'espace altéré, cette
+matière devient peut-être l'agent le plus formidable, & le plus
+irrésistible qui soit dans l'univers. Les animaux en sont subitement
+frappés à mort: les corps impénétrables à la plus grande force que nous
+connoissions, en sont criblés, & les métaux fondus en un instant._
+
+_Les effets analogues de la foudre & de l'électricité ont conduit notre
+auteur à avancer quelques conjectures fort vraisemblables sur la cause
+du tonnerre, & à proposer en même tems quelques expériences raisonnées
+pour nous préserver de ses effets pernicieux & garantir les choses qui
+sont le plus exposées à en ressentir les atteintes: circonstance
+assurément très-importante pour le public & digne par conséquent de la
+plus sérieuse attention._
+
+_Il étoit passé en mode depuis quelque tems d'attribuer à l'électricité
+toutes les grandes & extraordinaires opérations de la nature; telles que
+la foudre & les tremblemens de terre; ce n'est pas (comme on pourroit se
+l'imaginer par la manière dont on raisonne sur ces événemens) que les
+auteurs de ces systèmes eussent découvert quelque connéxion entre la
+cause & l'effet, ou donné la raison de leur dépendance réciproque, mais
+seulement (à ce qu'il paroit) parce qu'ils ne connoissoient aucun autre
+agent dont la liaison avec les effets ne pût être positivement démontrée
+impossible._
+
+_Mais le lecteur sera pleinement satisfait sur ces circonstances, & sur
+plusieurs autres non moins intéressantes, par la lecture des lettres qui
+suivent, & auxquelles l'Éditeur n'hésite point de le renvoyer avec
+confiance._
+
+
+
+
+APPROBATION.
+
+J'ai lû par l'ordre de Monseigneur le Chancelier, un Ouvrage intitulé:
+_Expériences & Observations sur l'Électricité faites à Philadelphie en
+Amérique par M. Benjamin Franklin, &c. traduites de l'Anglois par M.
+D'Alibard; deuxiéme édition, &c._ & je n'y ai rien trouvé qui m'ait paru
+devoir en empêcher l'impression. À Paris ce 30.
+
+Mai 1755. PICQUET.
+
+
+
+
+PRIVILÉGE DU ROI.
+
+Louis, par la grace de Dieu, Roi de France & de Navarre: À nos amés &
+féaux Conseillers les gens tenans nos Cours de Parlement, Maîtres des
+Requêtes ordinaires de notre Hôtel, Grand Conseil, Prevôt de Paris,
+Baillifs, Sénéchaux, leurs Lieutenans Civils & autres nos Justiciers
+qu'il appartiendra, SALUT. Notre amé _le Sieur D'Alibard_, Nous a fait
+exposer qu'il desireroit faire imprimer & donner au Public un Livre qui
+a pour titre _Expériences & Observations sur l'Électricité faites à
+Philadelphie en Amérique par M. Benjamin Franklin de Philadelphie &
+communiquées dans plusieurs Lettres à M. Collinson à Londres_, s'il nous
+plaisoit lui accorder nos Lettres de Privilége pour ce nécessaires. À
+CES CAUSES, voulant favorablement traiter l'Exposant; Nous lui avons
+permis & permettons par ces Présentes, de faire imprimer ledit Livre en
+un ou plusieurs volumes, & autant de fois que bon lui semblera, & de le
+vendre, faire vendre & débiter partout notre Royaume pendant le tems _de
+six années consécutives_, à compter du jour de la date des Présentes:
+Faisons défenses à toutes personnes de quelque qualité & condition
+qu'elles soient, d'en introduire d'impression étrangere dans aucun lieu
+de notre obéissance: Comme aussi à tous Libraires & Imprimeurs
+d'imprimer ou faire imprimer, vendre, faire vendre, débiter, ni
+contrefaire ledit Livre, ni d'en faire aucun extrait sous quelque
+prétexte que ce soit d'augmentation, correction, changement ou autres,
+sans la permission expresse & par écrit dudit Exposant, ou de ceux qui
+auront droit de lui, à peine de confiscation des exemplaires
+contrefaits, de trois mille livres d'amende contre chacun des
+contrevenans, dont un tiers à Nous, un tiers à l'Hôtel-Dieu de Paris, &
+l'autre tiers audit Exposant, ou à celui qui aura droit de lui, & de
+tous dépens, dommages & interêts; à la charge que ces Présentes seront
+enregistrées tout au long sur le registre de la Communauté des Libraires
+& Imprimeurs de Paris dans trois mois de la date d'icelles; que
+l'impression dudit Livre sera faite dans notre Royaume, & non ailleurs,
+en bon papier & beaux caractéres, conformément à la feüille imprimée,
+attachée pour modéle sous le contre-scel des présentes; que l'impétrant
+se conformera en tout aux réglemens de la Librairie, & notamment à celui
+du 10. Avril 1725; qu'avant de l'exposer en vente, l'imprimé qui aura
+servi de copie à l'impression dudit Livre, sera remis dans le même état
+où l'approbation y aura été donnée, ès mains de notre très-cher & féal
+Chevalier Chancelier de France le Sr. de Lamoignon, & qu'il en sera
+ensuite remis deux exemplaires dans notre bibliothéque publique, un dans
+celle de notre Château du Louvre, un dans celle de notredit très-cher &
+féal Chevalier Chancelier de France le sieur de Lamoignon, & un dans
+celle de notre très-cher & féal Chevalier Garde des Sceaux de France le
+sieur de Machault Commandeur de nos Ordres, le tout à peine de nullité
+des présentes; du contenu desquelles, vous mandons & enjoignons de faire
+jouir ledit Exposant & ses ayans causes pleinement & paisiblement, sans
+souffrir qu'il leur soit fait aucun trouble ou empêchement. Voulons que
+la copie des présentes qui sera imprimée tout au long ou au commencement
+ou à la fin dudit Livre, soit tenuë pour dûement signifiée; & qu'aux
+copies collationnées par l'un de nos amés & féaux Conseillers &
+Secrétaires, foi soit ajoutée comme à l'original: Commandons au premier
+notre Huissier ou Sergent sur ce requis, de faire pour l'exécution
+d'icelles, tous actes requis & nécessaires, sans demander autre
+permission, & nonobstant clameur de Haro, charte Normande & lettres à ce
+contraires. Car tel est notre plaisir. Donné à Versailles le huitiéme
+jour du mois d'Octobre, l'an de grace mil sept cens cinquante-un, & de
+notre regne le trente-septiéme. Par le Roi en son Conseil. _Signé_
+SAISON.
+
+_Registré sur le Registre douze de la Chambre Royale des Libraires &
+Imprimeurs de Paris, Nº. 688. fol. 547. conformément au Réglement de
+1723. qui fait défense, art. 4. à toutes personnes de quelque qualité
+qu'elles soient, autres que les Libraires & Imprimeurs, de vendre,
+débiter & faire afficher aucuns Livres, pour en vendre en leurs noms,
+soit qu'ils s'en disent les Auteurs ou autrement, & à la charge de
+fournir à la susdite Chambre, huit exemplaires prescrits par l'article
+08. du même Réglement. À Paris, ce 24. Décembre 1751._ LE GRAS, Syndic.
+
+
+
+
+LETTRES
+SUR L'ÉLECTRICITÉ
+DE
+M. BENJ. FRANKLIN
+_de Philadelphie en Amérique_,
+
+
+M. P. COLLINSON
+_de la Société Royale de Londres_.
+
+
+
+
+LETTRE I.
+
+
+_29, Juillet 1750_.
+
+MONSIEUR,
+
+Comme vous nous avez engagés dans les Expériences électriques, en
+envoyant à notre Société Littéraire un Tube avec les instructions
+nécessaires pour s'en servir; & comme notre respectable Fondateur nous a
+mis en état de porter ces Expériences à une plus grande perfection par
+le magnifique présent qu'il nous a fait d'un Laboratoire électrique
+complet, il est convenable que vous soyez l'un & l'autre informés de
+tems en tems des progrès que nous faisons à cet égard. Ce fut dans cette
+intention que j'écrivis, & que je vous envoyais mes premières réfléxions
+sur ce sujet, desirant, puisque je n'ai point l'honneur d'être en
+correspondance directe avec ce généreux Bienfaiteur de notre Société
+littéraire, qu'elles pûssent lui être communiquées par votre entremise.
+C'est dans cette même vûë que j'écris encore, & que je vous envoye ces
+nouvelles observations. Si vous n'y trouvez rien d'intéressant (ce qui
+est très-possible, attendu la multitude de sçavans en Europe qui sont
+continuellement occupés aux mêmes recherches) elles vous prouveront du
+moins que nous n'avons pas négligé les instrumens qui nous ont été mis
+entre les mains, & que, s'ils ne nous ont pas servi à faire des
+découvertes intéressantes, quelle qu'en puisse être la cause, ce n'est
+pas manque de zêle ni d'application.
+
+Je suis, &c. B. FRANKLIN.
+
+
+OPINIONS
+ET
+CONJECTURES
+
+_Sur les propriétés & sur les effets de la matière électrique qui
+résultent des Expériences & observations faites à Philadelphie. 1749._
+
+§. 1. La matière électrique est composée de particules extrèmement
+subtiles, puisqu'elle peut traverser la matière commune, même les métaux
+les plus denses, avec tant de facilité & de liberté qu'elle n'éprouve
+aucune résistance sensible.
+
+2. Si quelqu'un doutoit que la matière électrique passât à travers la
+substance des corps, mais seulement sur & le long de leur surface,
+l'expérience de Leyde faite avec un grand vase de verre électrisé, dont
+le coup seroit tiré à travers son propre corps suffiroit probablement
+pour le convaincre.
+
+3. La matière électrique diffère de la matière commune en ce que les
+parties de celle-ci s'attirent mutuellement, & que les parties de la
+première se repoussent mutuellement; de-là vient la divergence apparante
+dans un courant d'écoulemens électriques.
+
+4. Mais quoique les particules de matière électrique se repoussent l'une
+l'autre, elles sont fortement attirées par toute autre matière[9]: ceci
+doit s'entendre de celle qui en est susceptible.
+
+[Note 9: Voyez les ingénieux essais sur l'Électricité par M. Ellicot
+dans les Transact. Phil.]
+
+5. De ces trois choses, sçavoir l'extrême subtilité de la matière
+électrique, la mutuelle répulsion de ses parties, & la forte attraction
+entr'elles & une autre matière, il en résulte cet effet, que quand une
+quantité de matière électrique est appliquée à une masse de matière
+commune d'une grosseur & d'une longueur sensibles, qui n'a pas déjà
+acquis sa quantité, elle se répand aussitôt également dans la totalité.
+
+6. Ainsi la matière commune est une espèce d'éponge pour le fluide
+électrique; une éponge ne recevroit pas l'eau, si les parties de l'eau
+n'étoient plus petites que les pores de l'éponge: elle ne la recevroit
+que bien lentement, s'il n'y avoit pas une attraction mutuelle entre ses
+parties & celles de l'éponge: celle-ci s'en imbiberoit plus promptement,
+si l'attraction réciproque entre les parties de l'eau n'y mettoit pas un
+obstacle, puisqu'il doit y avoir quelque force employée pour les
+séparer: enfin l'imbibition seroit très-rapide, si au lieu d'attraction
+il y avoit entre les parties de l'eau une répulsion mutuelle qui
+concourût avec l'attraction de l'éponge. C'est précisément là le cas où
+se trouvent la matière électrique & la matière commune.
+
+7. Mais dans la matière commune il y a (généralement parlant) autant de
+matière électrique qu'elle peut en contenir dans sa substance. Si l'on
+en ajoûte davantage, le surplus reste sur la surface, & forme ce que
+nous appellons une Atmosphère électrique, & l'on dit alors que le corps
+est électrisé.
+
+8. On suppose que toute sorte de matière commune n'attire pas ni ne
+retient pas la matière électrique avec une égale force & une égale
+activité pour les raisons que nous donnerons dans la suite, & que les
+corps appellés originairement électriques, comme le verre, &c.
+l'attirent & la retiennent plus fortement, & en contiennent la plus
+grande quantité.
+
+9. Nous sçavons que le fluide électrique est dans la matière commune,
+parce que nous pouvons le pomper & l'en faire sortir par le moyen du
+globe ou du tube: nous sçavons que la matière commune en a à peu près
+autant qu'elle en peut contenir, parce que, quand nous en ajoûtons un
+peu plus à une portion quelconque, cette quantité ajoûtée n'y entre
+point, mais forme une atmosphère électrique: & nous sçavons que la
+matière commune n'en a pas (généralement parlant) plus qu'elle n'en peut
+contenir; autrement toutes ses parties détachées se repousseroient l'une
+l'autre, comme elles font constamment, lorsqu'elles ont des atmosphères
+électriques.
+
+10. Nous ne sommes pas encore instruits des usages avantageux attachés à
+ce fluide électrique dans la création, quoique nous ne puissions douter
+qu'il n'y en ait, & même de très-considérables; mais nous pouvons
+apercevoir quelques pernicieuses conséquences, qui résulteroient d'une
+plus grande proportion de ce fluide; car si ce globe où nous vivons, en
+avoit autant à proportion que nous en pouvons donner à un globe de fer,
+de bois, ou autre chose semblable, les particules de poussière, ou
+d'autre matière légère, qui en sont détachées, non-seulement se
+repousseroient l'une l'autre par la vertu de leurs atmosphères
+électriques séparées, mais encore seroient repoussées de la terre &
+seroient difficilement amenées à s'y réunir. Dès-là notre air seroit
+continuellement & de plus en plus embarrassé de matières étrangéres, &
+cesseroit d'être propre pour la respiration. Cette réfléxion nous
+présente une nouvelle occasion d'adorer cette souveraine Sagesse qui a
+fait toutes choses avec poids & mesure.
+
+11. Si l'on suppose une portion de matière commune entièrement dépourvûë
+de matière électrique, & que l'on en approche une simple particule de
+cette dernière, elle sera attirée, entrera dans le corps, & prendra
+place dans le centre, ou à l'endroit dans lequel l'attraction est égale
+de toutes parts; s'il y entre un plus grand nombre de particules
+électriques, elles prennent leur place dans l'endroit où la balance est
+égale entre l'attraction de la matière commune & leur propre répulsion
+mutuelle. On suppose que ces particules forment des triangles dont les
+côtés se raccourcissent à proportion que leur nombre augmente, jusqu'à
+ce que la matière commune en ait tant attiré que tout son pouvoir de
+comprimer les triangles par l'attraction, soit égal à tout leur pouvoir
+de s'étendre elles-mêmes par la répulsion, & alors cette portion de
+matière n'en recevra plus.
+
+12. Lorsqu'une partie de cette quantité naturelle de fluide électrique
+est chassée d'une portion de matière commune, on suppose que les
+triangles formés par le reste s'élargissent par la répulsion mutuelle
+des parties jusqu'à ce qu'ils occupent cette portion en entier.
+
+13. Lorsque la quantité de fluide électrique qui a été enlevée à une
+portion de matière commune, lui est renduë, elle y entre, les triangles
+dilatés étant comprimés de nouveau, jusqu'à ce qu'il y ait place pour la
+totalité.
+
+14. Pour expliquer ceci, prenez deux pommes ou deux boules de bois, ou
+d'autre matière, chacune ayant sa quantité naturelle de fluide
+électrique; suspendez-les au plat-fond par des fils de soye: appliquez
+le fil d'archal d'une bouteille bien chargée que vous tiendrez à la
+main, à l'une de ces boules A. (Fig. 1.) & elle recevra du fil d'archal
+une quantité de fluide électrique, mais elle ne s'en imbibera point, en
+étant déjà pleine. C'est pourquoi le fluide volera autour de sa surface,
+& y formera une atmosphère électrique. Amenez A en contact avec B, &
+elle lui communiquera la moitié du fluide électrique qu'elle a reçû; de
+sorte que toutes deux auront une atmosphère électrique, & par conséquent
+se repousseront l'une l'autre: supprimez ces atmosphères en touchant les
+boules, & laissez-les dans leur état naturel, alors ayant attaché un
+bâton de cire d'Espagne au milieu de la bouteille pour lui servir de
+manche, appliquez-en le fil d'archal à A, & qu'en même-tems les parois
+de cette bouteille touchent B; de cette sorte une quantité de fluide
+électrique sera chassée de B, & poussée sur A, ainsi A aura un excès de
+ce fluide électrique qui forme une atmosphère autour de lui, & B sera
+privé éxactement de cette même quantité: maintenant ramenez les boules
+en contact, & l'atmosphère électrique ne sera pas divisée entre A & B
+dans deux plus petites atmosphères comme ci-devant, car B absorbera
+toute l'atmosphère de A, & les deux boules se retrouveront dans leur
+état naturel.
+
+15. La forme de l'atmosphère électrique est celle du corps qu'elle
+environne. Cette forme peut être renduë visible dans un air calme, en
+excitant une fumée de résine séche, que l'on versera dans une cuillier à
+caffé sous le corps électrisé; elle sera attirée & s'étendra d'elle-même
+également sur tous les côtés, couvrant & cachant le corps. Elle prend
+cette forme, parce qu'elle est attirée de tous les côtés de la surface
+du corps, quoiqu'elle ne puisse entrer dans sa substance qui est déjà
+remplie; sans cette attraction, elle ne demeureroit pas autour du corps,
+mais elle se dissiperoit en l'air.
+
+16. L'atmosphère des particules électriques qui environnent une sphère
+électrisée, n'est pas plus disposée à l'abandonner, ni plus aisément
+tirée d'un côté de la sphère que de l'autre, parce qu'elle est également
+attirée de toutes parts. Mais ce cas n'est pas le même pour les corps
+d'une autre figure. Dans un cube elle est plus facilement tirée des
+angles que des surfaces planes, & ainsi des angles d'un corps de toute
+autre figure, & toujours plus facilement de l'angle le plus aigu. Si
+donc un corps figuré comme A B C D E dans la Fig. 2. est électrisé, ou à
+une atmosphère qui lui soit communiquée; & si nous considérons chaque
+côté comme une base sur laquelle les particules électriques reposent, &
+par laquelle elles sont attirées, on peut voir en imaginant une ligne de
+A en F, & une autre de F en G, que la portion d'atmosphère enfermée dans
+F A E G, a la ligne A E pour base. De même la portion d'atmosphère
+enfermée dans H A B I, a la ligne A B pour base, & pareillement la
+portion enfermée dans K B C L, a B C pour appui, & de même sur l'autre
+côté de la figure. Maintenant si vous tirez cette atmosphère avec
+quelque corps poli & émoussé, & que vous l'approchiez du milieu du côté
+A B, il faut venir fort près avant que la force de votre attracteur
+excède la force ou le pouvoir, avec lequel ce côté maintient son
+atmosphère: mais il y a une petite portion entre I B K, qui a moins de
+surface pour s'y appuyer & en être attirée que les portions voisines,
+tandis qu'il y a d'ailleurs une répulsion mutuelle entre ses particules
+& les particules de ces portions; vous pouvez donc venir à bout de la
+tirer avec plus de facilité, & à une plus grande distance. Entre F A H,
+il y a une plus grande portion qui a encore une moindre surface pour s'y
+appuyer & pour en être attirée; c'est pourquoi vous pouvez toujours
+l'enlever plus facilement. Mais la plus grande facilité se rencontre
+entre L C M, où la quantité est la plus abondante, & où la surface pour
+l'attirer & la retenir est la plus petite. Lorsque vous avez enlevé une
+de ces portions angulaires du fluide, une autre prend sa place, par un
+effet de la fluidité naturelle & de la répulsion mutuelle dont nous
+avons parlé ci devant; & ainsi l'atmosphère continuë de couler vers cet
+angle comme un courant, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus. Les extrémités
+de ces portions d'atmosphère sur ces parties angulaires sont
+pareillement à une plus grande distance du corps électrisé, comme on le
+peut voir, en jettant les yeux sur la figure. La pointe de l'atmosphère
+de l'angle C étant beaucoup plus loin de C qu'aucune partie de
+l'atmosphère sur les lignes C B, ou B A; & outre la distance qui résulte
+de la nature de la figure, là où l'attraction est moindre, les
+particules doivent naturellement s'étendre à une plus grande distance
+par leur mutuelle répulsion.
+
+Sur ces principes fondamentaux nous supposons que les corps électrisés
+déchargent leur atmosphère sur les corps non électrisés avec plus de
+facilité & à une plus grande distance de leurs angles & de leurs pointes
+que de leurs côtés unis. Les pointes la déchargent aussi dans l'air,
+lorsque le corps a une trop grande atmosphère électrique, sans qu'il
+soit besoin d'approcher quelque corps non-électrique, pour recevoir ce
+qui est chassé; car l'air, quoiqu'originairement électrique, a toujours
+plus ou moins d'eau, ou d'autres matières non-électriques mêlées avec
+lui, lesquelles attirent & reçoivent ce qui est ainsi déchargé.
+
+17. Mais les pointes ont la propriété de _tirer_, aussi bien que de
+_pousser_ le fluide électrique à de plus grandes distances que ne le
+peuvent faire les corps émoussés; c'est-à-dire, que comme la partie
+pointuë d'un corps électrisé déchargera l'atmosphère de ce corps, ou la
+communiquera plus loin à un autre corps, de même la pointe d'un corps
+non électrisé tirera l'atmosphère électrique d'un corps électrisé de
+beaucoup-plus loin qu'une partie plus émoussée du même corps
+non-électrisé ne le pourroit faire. Ainsi une épingle tenuë par la tête,
+& présentée par la pointe à un corps électrisé, tirera son atmosphère à
+un pied de distance; mais si la tête étoit présentée au lieu de la
+pointe, le même effet n'en résulteroit pas. Pour concevoir ceci, nous
+pouvons considérer que, si une personne debout sur le plancher, tiroit
+l'atmosphère électrique d'un corps électrisé, une pince de fer & une
+aiguille à tricoter émoussée tenuës alternativement dans la main, &
+présentées à cette intention ne l'attireroient pas avec des forces
+différentes, à proportion de leurs différentes masses. Car l'homme, & ce
+qu'il tient dans la main, soit grand, soit petit, sont unis avec la
+masse commune de la matière non-électrisée; & la force avec laquelle il
+tire, est la même dans les deux cas, puisqu'elle consiste dans la
+différente proportion d'électricité dans le corps électrisé & dans cette
+masse commune. Mais la force avec laquelle le corps électrisé retient
+son atmosphère en l'attirant, est proportionnée à la surface sur
+laquelle les particules sont placées. Par éxemple, quatre pieds quarrés
+de cette surface retiennent leur atmosphère avec quatre fois autant de
+force qu'un pied quarré retient son atmosphère; & comme en arrachant les
+crins de la queuë d'un cheval, un degré de force insuffisant pour en
+arracher une poignée à la fois, suffiroit pour la dépouiller crin à
+crin; de même un corps émoussé que l'on présente, ne sauroit tirer
+plusieurs parties à la fois; mais un corps pointu, sans une plus grande
+force, les enléve aisément partie par partie.
+
+18. Ces explications du pouvoir & de l'opération des pointes,
+lorsqu'elles se présentèrent à moi pour la première fois, & tandis
+qu'elles rouloient dans mon esprit, me parurent satisfaire à toutes les
+difficultés; cependant depuis que je les ai mises par écrit & rapellées
+à un examen plus sévère & plus réfléchi, j'avouë de bonne foi qu'il me
+reste quelque doute à cet égard. Mais n'ayant rien de mieux pour le
+présent à vous offrir à leur place, je ne les rejette pas absolument;
+car une mauvaise solution que l'on lit, & dont on découvre les défauts,
+donne souvent occasion à un Lecteur ingénieux d'en trouver une plus
+parfaite.
+
+19. Le plus important pour nous n'est pas de sçavoir de quelle manière
+la nature exécute ses loix; il nous suffit de connoître les loix
+elles-mêmes. C'est un avantage réel de sçavoir qu'une porcelaine
+abandonnée en l'air sans être soutenuë, tombera & se brisera
+immanquablement; mais de sçavoir _comment_ elle tombe & _pourquoi_ elle
+se brise c'est une matière de pure spéculation. Ces connoissances sont
+agréables à la vérité, mais sans elles nous pouvons garantir notre
+porcelaine.
+
+20. Ainsi dans le cas présent il pouroit être de quelque usage pour le
+genre humain de connoître le pouvoir des pointes, quoique nous ne
+fussions jamais en état d'en donner une explication précise. Les
+expériences suivantes montrent ce pouvoir. J'ai un premier conducteur
+fort large, composé de plusieurs feüilles minces de carton, ajusté en
+forme de tube d'environ dix pieds de longueur & d'un pied de diamètre.
+Il est couvert de papier d'Hollande relevé en bosse & presque tout doré.
+
+Cette large surface métallique soutient une atmosphère électrique
+beaucoup plus grande que n'en soutiendroit une verge de fer cinquante
+fois plus pesante. Il est suspendu par des fils de soye; & lorsqu'il est
+chargé, il frappe à environ deux pouces de distance, un coup assez fort
+pour causer de la douleur aux articulations du doigt. Qu'un homme sur le
+plancher présente la pointe d'une aiguille à 12. pouces ou plus de
+distance; tandis que l'aiguille est ainsi présentée, le conducteur ne
+sauroit être chargé, la pointe tirant le feu aussi promptement qu'il est
+poussé par le globe électrique: chargez-le, & présentez alors la pointe
+à la même distance, & il sera déchargé en un instant. Dans l'obscurité
+vous pouvez voir une lumiére sur la pointe, lorsqu'on fait l'expérience,
+& si la personne qui tient la pointe est sur un gâteau de cire, elle
+sera électrisée en recevant le feu à cette distance. Essayez de tirer de
+l'électricité avec un corps émoussé, tel qu'un morceau de fer arondi &
+poli à l'extrémité (je me sers du poinçon d'un Orfévre, de l'épaisseur
+d'un pouce) il faut que vous l'approchiez à la distance de trois pouces,
+avant de pouvoir faire l'opération, & elle se fait alors avec un coup &
+un craquement. Comme le tube de carton pend librement sur des fils de
+soye, lorsque vous en approchez le morceau de fer, il s'avance
+pareillement vers ce morceau de fer, étant attiré pendant tout le tems
+qu'il est chargé; mais si au même instant la pointe est présentée comme
+auparavant, il se retire, parce qu'il est déchargé par la pointe.
+
+«On ne doit pas prendre à la rigueur tout ce que M. Franklin dit ici du
+pouvoir & de l'effet des pointes, comme l'ont observé plusieurs de ses
+Critiques; mais aussi il s'en faut beaucoup qu'on doive tirer de leurs
+observations toutes les conséquences qu'ils prétendent en résulter. L'un
+accorde un avantage considérable aux corps pointus sur ceux qui sont
+arondis ou émoussés, soit pour pousser, soit pour tirer la matière
+électrique; & veut que la première observation de cet effet soit
+attribuée à un Européen, comme si notre auteur cherchoit à s'en emparer
+lui-seul; un autre pour avoir remarqué qu'une pointe d'aiguille
+présentée à un pied de distance d'un conducteur n'empêche pas qu'on n'en
+tire quelques étincelles, s'imagine avoir fait une des plus importantes
+découvertes: que le pouvoir des pointes est une chimère, & que toute la
+Théorie du Tonnerre est détruite par cette seule observation; d'autres
+enfin se laissant emporter au gré de leur imagination, vont s'égarer
+dans des sistêmes dont l'obscurité fait le seul mérite. Mais il n'est
+pas encore tems de parler de ces différens sentimens; le détail en
+trouvera mieux sa place dans la suite de cet ouvrage.»
+
+
+
+
+LETTRE II.
+DE B. FRANKLIN,
+Écuyer _de Philadelphie_,
+
+À C. C. Écuyer à la nouvelle York. 1751.
+MONSIEUR,
+
+
+Je fais aux principales questions contenuës dans votre lettre du 28. du
+courant, une réponse telle que l'embarras de mes affaires présentes me
+le permet, & je vous demande la permission de vous renvoyer à la
+dernière piéce du recueil imprimé de mes écrits, pour vous expliquer
+plus amplement la différence entre ce qui est apellé _électrique par
+soi_ & _non électrique_. Quand vous aurez eu le tems de lire &
+d'examiner ces écrits, je tâcherai de faire quelques-unes des nouvelles
+expériences que vous proposez, & que vous croyez plus capables de nous
+éclairer & de nous satisfaire l'un & l'autre sur ce sujet. Je vous serai
+toujours fort obligé de me communiquer les remarques, objections, &c.
+qui peuvent se présenter à vous.
+
+Je suis avec un sincère respect, Votre très-humble & très-obligé
+serviteur,
+
+B. FRANKLIN.
+
+
+QUESTIONS
+ET
+RÉPONSES;
+
+_Auxquelles on renvoye dans la Lettre précédente._
+
+1e. _Question_. En quoi consiste la différence entre un corps électrique
+& un corps non-électrique?
+
+§ 21. _Réponse_. Les termes _électrique par soi_ & _non-électrique_
+furent d'abord employés pour distinguer les corps dans la fausse
+supposition que les seuls corps apellés électriques par soi, contenoient
+dans leur substance la matiére électrique qui pouvoit être excitée par
+le frottement, être produite & en être tirée, & communiquée à ceux que
+l'on apelloit _non-électriques_, que l'on supposoit dépourvûs de cette
+matière; car le verre, &c. étant frotté, donnoit des signes qu'il
+contenoit de cette matière en piquant le doigt, en attirant &
+repoussant, &c. & qu'il pouvoit communiquer cette vertu aux métaux & à
+l'eau.
+
+On découvrit dans la suite que le frottement du verre ne produisoit pas
+la matière électrique, à moins que l'on ne conservât une communication
+entre le corps frottant & le plancher; & les expériences suivantes
+prouvèrent que la matière électrique étoit réellement tirée de ces
+corps, que l'on avoit cru d'abord n'en contenir aucune: alors on douta
+que le verre & les autres corps apellés électriques par soi, eussent
+réellement en eux-mêmes quelque matière électrique; puisque, selon les
+apparences, ils n'en fournissoient aucune autre que celle qu'ils
+tiroient d'abord de ces corps qui avoient été appellés non électriques;
+mais quelques-unes de mes expériences prouvent que le verre en contient
+une grande quantité; & je soupçonne à présent qu'elle est répanduë assez
+également dans toute la matière du globe terrestre.
+
+Dès-lors on peut abandonner, comme impropres, les termes _électrique par
+soi_, & _non-électrique_; & puisque la seule différence est que quelques
+corps conduisent la matière électrique, & que les autres ne la
+conduisent pas, on peut mettre en leur place les termes _conducteurs_ &
+_non-conducteurs_.
+
+Si quelque partie de matière électrique est appliquée à un morceau de
+matière conductrice, elle le pénètre, coule au travers, ou se répand
+également sur sa surface; si elle est appliquée à un morceau de matière
+non conductrice, elle ne fera ni l'un ni l'autre. Il n'y a de
+conducteurs parfaits de la matière électrique, que les métaux & l'eau;
+les autres corps ne le sont qu'à proportion qu'il entre dans leur
+composition du mêlange de ceux-ci; s'il n'y en a pas plus ou moins, ils
+ne seront point du tout conducteurs.[10] Ceci, soit dit en passant,
+montre entre les métaux & l'eau un nouveau rapport que l'on ignoroit
+jusqu'à présent.
+
+[Note 10: Cette proposition a été trouvée depuis trop générale: M.
+Wilson ayant découvert que la cire fonduë & la résine sont aussi
+conducteurs. On pourroit y ajoûter beaucoup d'autres exemples
+semblables, comme celui de l'eau qui est un des plus excellens
+conducteurs d'électricité tant qu'elle conserve sa fluidité, & qui cesse
+de l'être, dès qu'elle la perd.]
+
+Je vais tâcher d'éclaircir cela par une comparaison, qui cependant n'en
+peut donner qu'une foible analogie. La matière électrique passe au
+travers des conducteurs, comme l'eau passe au travers d'une pierre
+poreuse, ou se répand sur leur surface, comme l'eau se répand sur une
+pierre moüillée; mais quand cette matière est appliquée à des corps non
+conducteurs, c'est comme l'eau qui dégoutte sur une pierre grasse; elle
+ne la pénétre point, ne passe point à travers, ne s'étend point sur sa
+surface; mais elle reste par gouttes sur les endroits où elle tombe.
+Voyez à cet égard ma dernière piéce imprimée.
+
+2e. _Question_. Quels sont les effets de l'air dans les expériences
+électriques?
+
+22. _Réponse_. Voici tous ceux que j'ai remarqués jusqu'à présent; l'air
+humide reçoit & conduit la matière électrique à proportion de son
+humidité; l'air parfaitement sec ne le fait point du tout; l'air doit
+donc être mis dans la classe des non-conducteurs. L'air sec aide à fixer
+l'atmosphère électrique autour du corps qu'elle environne, & en empêche
+la dissipation; car dans le vuide elle se dissipe aisément, & les
+pointes agissent plus fortement; c'est-à-dire, elles poussent ou
+attirent la matière électrique plus librement & à de plus grandes
+distances; en sorte que l'air survenant met quelque sorte d'obstacle à
+ce qu'elle passe d'un corps à un autre. Une bouteille électrique bien
+propre garnie de son fil-d'archal, remplie d'air au lieu d'eau, ne se
+chargera, & ne donnera pas plus de choc que si elle étoit remplie de
+verre pulvérisé; mais étant vuide d'air, elle produit autant d'effet que
+si elle étoit remplie d'eau. Cependant une atmosphère électrique & l'air
+ne semblent pas s'exclure l'un l'autre, car nous respirons librement
+dans une pareille atmosphère, & l'air sec passeroit au travers de cet
+atmosphère, sans la déplacer ni la disperser. Je doute que le vent
+Nord-ouest, le plus sec & le plus fort, pût la dissiper.
+
+23. J'électrisai une fois une grosse boule de liége suspenduë au bout
+d'un fil de soye, long de trois pieds, dont je tenois l'autre bout dans
+mes doigts: je la fis tourner cent fois en rond comme une fronde, le
+plus rapidement qu'il me fut possible: elle n'en conserva pas moins son
+atmosphère électrique, quoiqu'elle eût nécessairement traversé 800.
+verges[11] d'air, en supposant que dans la rotation mon bras augmentoit
+d'un pied le demi-diamètre du cercle.
+
+[Note 11: Environ 400. toises.]
+
+Par l'air parfaitement sec, j'entens le plus sec, que nous puissions
+avoir; car peut-être n'en avons-nous jamais qui soit parfaitement purgé
+d'humidité. Une atmosphère électrique formée autour d'un gros
+fil-d'archal introduit dans une grosse bouteille pleine d'air, n'en fait
+pas sortir la moindre partie de cet air; & si on détruit cette
+atmosphère, aucun air ne s'y précipite, comme je l'ai découvert par une
+expérience très-curieuse, faite avec soin; d'où nous avons conclu que
+l'élasticité de l'air n'en est point du tout affectée.
+
+
+
+
+LETTRE III.
+
+
+18. _Juillet_ 1747.
+
+MONSIEUR,
+
+La peine indispensable de copier de longues lettres, qui peut-être,
+lorsqu'elles vous sont renduës, ne contiennent rien de nouveau ou
+d'intéressant pour vous (tant est rapide le progrès que l'on a fait en
+Europe dans l'Électricité) me décourage presque de vous en écrire
+davantage sur ce sujet. Je ne puis cependant me dispenser de vous
+communiquer encore quelques observations sur la merveilleuse bouteille
+de M. de Muschenbroek.
+
+§. 24. Le corps non-électrique contenu dans la bouteille, étant
+électrisé, diffère du corps non-électrique électrisé hors de la
+bouteille, en ce que le feu électrique du dernier est accumulé à _sa
+surface_, & forme librement à l'entour une atmosphère électrique d'une
+étenduë considérable; au lieu que le feu électrique est comprimé dans la
+substance du premier que le verre borne de toutes parts. [12]
+
+[Note 12: Nous avons découvert depuis que le feu de la bouteille n'est
+pas contenu dans le corps non-électrique, mais dans _le verre_.]
+
+25. En même-tems que le fil-d'archal & le dedans de la bouteille, &c.
+sont électrisés _positivement_ ou _plus_, le dehors de la bouteille est
+électrisé _négativement_ ou _moins_ dans une éxacte proportion;
+c'est-à-dire, que telle que soit la quantité de feu électrique qui passe
+dans l'intérieur, il en sort de l'extérieur une égale quantité. Pour
+concevoir ceci, supposez que la quantité commune d'électricité dans
+chaque surface de la bouteille, avant le commencement de l'opération
+soit égale à 20; supposez encore qu'à chaque coups de tube, ou à chaque
+tour du globe il y entre une quantité égale à 1; alors après le premier
+coup la quantité contenuë dans le fil-d'archal & le dedans de la
+bouteille sera 21, dans le dehors elle ne sera plus que 19: après le
+second la partie intérieure aura 22, l'extérieure 18: & ainsi après le
+le vingtième coup, la partie intérieure aura une quantité de feu
+électrique égale à 40; celle de la partie extérieure sera égale à zero,
+& l'opération finit là, car il n'en peut plus être poussé dans la partie
+intérieure, lorsqu'il n'en peut plus être tiré de la partie extérieure.
+Si vous essayez d'en introduire davantage il est rejetté par le
+fil-d'archal, ou casse la bouteille avec un craquement sensible.
+
+26. L'équilibre ne sauroit être rétabli dans la bouteille par la
+communication _intime_ ou le contact des parties, mais seulement par une
+communication formée au dehors de la bouteille entre l'intérieur &
+l'extérieur, par le moyen de quelque corps conducteur qui les touche
+tous deux, soit en même-tems, auquel cas l'équilibre est rétabli avec
+une violence & une rapidité inexprimables; soit alternativement, auquel
+cas il est rétabli par dégrés.
+
+27. Comme il ne peut plus être poussé de feu électrique au dedans de la
+bouteille, lorsque tout celui du dehors est épuisé; de même dans une
+bouteille non encore électrisée, on ne sauroit en pousser dans le
+dedans, lorsqu'il n'en peut sortir du dehors: ce qui arrive ou quand le
+fond est trop épais, ou quand la bouteille est placée sur un corps
+originairement électrique. Et réciproquement lorsque la bouteille est
+électrisée, on ne peut tirer de son intérieur, qu'une assez petite
+quantité de feu électrique, en touchant le fil-d'archal, à moins qu'une
+quantité égale ne puisse en même-tems être renduë à l'extérieur. Ainsi
+posez une bouteille électrisée sur un verre net, ou sur de la cire
+séche, & vous aurez beau toucher le fil-d'archal, vous n'en pourrez
+tirer d'étincelle. Posez-la sur un corps non électrique, touchez le
+fil-d'archal, & le feu en sortira en très-peu de tems; mais il sortira
+beaucoup-plus vîte encore, si vous formez une communication directe,
+comme il a été dit ci-dessus, tant ces deux états d'électricité le
+_plus_ & _le moins_ sont merveilleusement combinés, & balancés dans
+cette bouteille miraculeuse; ils sont disposés & proportionnés entr'eux
+d'une manière qui surpasse mon intelligence. La bouteille électrisée est
+en sens contraire comme le récipient de la machine pneumatique, dont on
+a vuidé l'air: si l'on ouvroit le robinet l'équilibre seroit rétabli
+dans un instant au dedans & au dehors du récipient; mais ici, nous avons
+une bouteille qui contient en même-tems un _plein_ de feu électrique, &
+un _vuide_ de ce même feu; & quoique le passage de l'un à l'autre
+paroisse libre, que le plein presse violemment pour se dilater, & que le
+vuide affamé semble attirer avec une égale violence pour se remplir,
+_l'équilibre_ ne peut cependant être rétabli entr'eux que par le moyen
+d'une communication au dehors de la bouteille.
+
+L'ébranlement des nerfs, ou plutôt la convulsion est occasionnée par le
+passage subit du feu à travers le corps qui le transmet du dedans au
+dehors de la bouteille: le feu prend la voye la plus courte, comme M.
+_Watson_ l'a judicieusement observé; mais il ne paroît par aucune
+expérience, qu'afin qu'une personne reçoive le coup, la communication
+avec le plancher lui soit nécessaire. Car celui qui tient la bouteille
+d'une main, & qui touche de l'autre le fil-d'archal, sera également
+frappé, quoique ses souliers soient secs, ou même qu'il soit sur un
+gâteau de cire, comme dans toute autre circonstance. Pour ce qui est de
+l'attouchement du fil-d'archal ou du canon du fusil (car cela revient au
+même) le feu ne passe point du doigt qui touche au fil-d'archal, comme
+on le suppose, mais du fil-d'archal au doigt; de là traversant le corps,
+il passe à l'autre main, & ainsi jusqu'à l'extérieur de la bouteille.
+
+
+EXPÉRIENCES
+
+_Qui confirment ce qui vient d'être avancé._
+
+
+EXPÉRIENCE I.
+
+Placez une fiole électrisée sur de la cire; tenez à la main une petite
+boule de liége suspenduë par un fil de soye séche: approchez-la du
+fil-d'archal, elle sera d'abord attirée & ensuite repoussée. Lorsqu'elle
+est dans cet état de répulsion, baissez la main, afin que la boule se
+trouve vis-à-vis le fond de la bouteille; elle sera promptement &
+fortement attirée jusqu'à ce qu'elle ait communiqué son feu.
+
+Si la bouteille avoit repris, comme son fil-d'archal, une atmosphère
+électrique, le liége électrisé seroit également repoussé par l'une comme
+par l'autre.
+
+«Quand on tient dans sa main une bouteille bien électrisée, on aperçoit
+sur tout dans l'obscurité une aigrette lumineuse au haut du crochet, &
+on entend le sifflement de la matière électrique qui s'échape dans l'air
+par cette voye. Si dans cet état l'on pose la bouteille sur un support
+électrique de verre, de résine, &c. l'aigrette disparoît & le sifflement
+cesse. Cette observation suffiroit seule pour prouver que la bouteille
+doit se décharger plus lentement quand elle est sur un support
+électrique, que quand elle est sur un non-électrique. Un célebre
+Physicien a cependant cru remarquer le contraire; & c'est sur sa parole
+que le critique de M. Fr. sans s'être assûré par lui-même de la vérité
+du fait, lui adresse cette question[13]: _Pourquoi dans vos expériences
+la posez-vous toujours_ (cette bouteille) _sur de la cire ou sur du
+verre? Ne savez-vous pas_, continue-t-il, _qu'étant ainsi placée sur un
+corps originairement électrique, elle perd promptement sa vertu?_
+
+[Note 13: Lettre sur l'Electr. pag. 99.]
+
+»Voici les précautions que j'ai prises pour faire cette expérience.
+
+1º. J'ai choisi deux bouteilles les plus égales qu'il m'a été possible
+de trouver en matière, en forme, en dimensions, en poids & en capacité:
+2º. Les tenant toutes deux à la main, je les ai électrisées également &
+en même tems au même conducteur; & pour m'assûrer qu'elles étoient
+également chargées, j'ai fait toucher le crochet de l'une à celui de
+l'autre: 3º. Je les ai ensuite posées en même-tems l'une sur un plateau
+de verre, l'autre sur un plateau de bois à peu près égal, placés sur une
+table l'un à un bout, & l'autre à l'autre, au milieu d'une chambre. 4º.
+Après les avoir laissées en cet état pendant plusieurs heures, j'ai fait
+l'expérience de Leyde avec chacune de ces deux bouteilles, & j'ai trouvé
+que la commotion donnée par la bouteille posée sur le support
+électrique, étoit la plus forte.
+
+»Après avoir recommencé plusieurs fois la même expérience, tantôt de la
+même façon, & tantôt en changeant les bouteilles de place, j'ai toujours
+eu le même succès. On doit en conclure que notre Critique n'a pas raison
+d'éxiger de M. Fr. que la bouteille électrisée soit placée sur un
+support non électrique pour faire la première expérience.
+
+»Objecter que _si l'on veut de bonne foi savoir & montrer l'état naturel
+& véritable de la surface extérieure ou du bas de la bouteille, il ne
+faut la poser ni sur de la cire ni sur du verre, puisque cela-seul peut
+faire changer d'état à l'une des deux surfaces, & qu'il convient de la
+laisser dans toutes les circonstances où elle étoit lorsqu'on la
+chargeoit d'électricité, &c._ c'est faire connoître qu'on n'entend pas
+ce dont il s'agit, ou tout au moins que l'on perd son point de vûe;
+c'est oublier que la bouteille électrisée est dans un état tout opposé à
+celui de la bouteille qu'on électrise. Celle-ci reçoit sur une de ses
+surfaces, & perd d'autant sur l'autre; ce qui se passe en celle-là est
+précisément le contraire, & encore quelque chose de plus, si la
+bouteille est soutenuë sur un support électrique. M. Fr. a donc raison
+de la mettre dans la situation la plus favorable à ses vuës, lorsqu'il
+veut éprouver la force, l'effet, la différence & la manière d'être de
+chacune de ses surfaces. L'on sent bien que s'il traitoit la bouteille
+électrisée comme on veut le lui enseigner, il trouveroit en pure perte &
+la force & l'effet d'une de ses surfaces. Ingénieux comme l'est cet
+illustre Américain, consommé dans les recherches électriques, où il a
+fait lui-seul plus de progrès que tous les autres physiciens ensemble,
+pouvons-nous douter qu'il n'ait tenté des moyens aussi simples que ceux
+qu'on veut lui apprendre?»
+
+
+EXPÉRIENCE II.
+
+Fig. 3. D'un fil-d'archal courbé (_a_) & affermi sur une table, faites
+pendre un fil de lin (_b_) à ls distance d'un demi-pouce du ventre de la
+fiole (_c_) électrisée & posée sur de la cire: touchez avec le doigt le
+fil-d'archal de la fiole à plusieurs reprises; & à chaque attouchement
+vous verrez le fil aussitôt attiré par la bouteille. (Cette expérience
+réussit encore mieux avec un vinaigrier, ou tel autre vase bombé qu'on
+voudra.) Dès que vous tirez du feu de la partie intérieure en touchant
+le fil-d'archal, la partie extérieure de la bouteille en attire une
+égale quantité par le fil.
+
+
+EXPÉRIENCE III.
+
+Fig. 4. Faites tenir un fil-d'archal dans le plomb dont le bas de la
+bouteille est armé (_d_), de sorte qu'en faisant un coude pour se
+relever perpendiculairement, l'anneau qui le termine se trouve de niveau
+avec le haut ou l'anneau du fil-d'archal qui entre dans le liége (_e_) à
+trois ou quatre pouces de distance. Alors électrisez la bouteille &
+posez-la sur de la cire. Si un morceau de liége suspendu par un fil de
+soye tombe entre les deux fils-d'archal, il jouëra continuellement de
+l'un à l'autre jusqu'à ce que la bouteille ne soit plus électrisée: la
+raison en est qu'il charrie & apporte le feu du dedans au dehors de la
+bouteille jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli.
+
+«Les objections que l'on fait contre cette troisiéme expérience, ou
+plutôt les faits que l'on oppose aux conséquences qui en résultent,
+doivent être partagés en deux classes. Je vais répondre à ceux de la
+premiere, & ceux de la seconde trouveront place ailleurs; notre auteur
+ayant examiné à fond la différence que l'on a remarquée entre un corps
+électrisé par un globe de verre, & un autre électrisé par un globe de
+soufre.[14].
+
+[Note 14: Voyez vers la fin les Lettres 7, 8 & 9.]
+
+»Comment notre critique, si clairvoyant d'ailleurs, a-t-il pû
+méconnoître l'effet des pointes dans l'expérience qu'il propose pour
+objection, pag. 102 & 103? Il avoit déjà déclaré dans la page précédente
+qu'il préféroit une petite feuille de métal aux boulettes de liége dont
+s'est servi M. Franklin: il s'en sert encore ici pour prouver que la
+surface extérieure de la bouteille électrisée n'attire pas ce que sa
+surface intérieure a repoussé, sans faire attention qu'en vertu du
+pouvoir des pointes, cette feuille métallique est dépouillée de son
+atmosphère électrique avant de pouvoir être attirée; je dis plus, c'est
+qu'elle est alors dans un état d'électricité négative, aussi bien que
+l'extérieur de la bouteille, & c'est pour cela qu'elle est repoussée. Il
+ne lui arrive en cet endroit que ce qui lui est arrivé auprès du
+fil-d'archal plongé dans la bouteille. La feuille du métal s'y est
+souvent électrisée sans toucher le crochet, de même elle se
+_désélectrise_ sans toucher le ventre; après quoi elle en est repoussée;
+car c'est une vérité reconnue que les corps électrisés négativement se
+repoussent de même que ceux qui le sont positivement. Que notre critique
+substituë à sa feuille de métal ou une petite boule de liége, à
+l'imitation de notre auteur, ou une balle de métal,[15] comme je l'ai
+souvent éprouvé, je lui serai garant d'un succès aussi complet que celui
+qu'il entreprend de contester.
+
+[Note 15: On peut en avoir d'aussi légéres que du liége.]
+
+»Quant à l'expérience que l'on nous oppose, pag. 104. & suivantes, le R.
+P. Beccaria m'a dispensé de me mettre en frais pour y répondre. _Voy.
+son Liv. I. de l'Électricité Artificielle, chap. II._»
+
+
+EXPÉRIENCE IV.
+
+Fig. 5. Placez une fiole électrisée sur de la cire: prenez un
+fil-d'archal (_g_) qui ait la forme d'un C: que ses extrémités,
+lorsqu'il est bandé, soient tellement éloignées, que la supérieure
+puisse toucher le fil-d'archal de la bouteille, tandis que l'inférieure
+en touche le ventre. Attachez-en la partie extérieure sur un bâton de
+cire d'Espagne (_h_), qui servira comme de manche: appliquez d'abord son
+extrémité inférieure au fond extérieur de la bouteille, & approchez par
+dégrés son extrémité supérieure du fil-d'archal qui est dans le liége,
+vous y verrez les étincelles se suivre successivement jusqu'à ce que
+l'équilibre soit rétabli; touchez d'abord le haut, & en approchant
+l'autre extrémité du fond, vous aurez un courant de feu continuel du
+dedans au dehors de la bouteille: touchez le haut & le bas en même tems,
+& l'équilibre sera bientôt rétabli, le fil-d'archal courbé formant la
+communication de l'intérieur à l'extérieur.
+
+»Il est raisonnable en général de faire des questions pour s'instruire
+de ce que l'on n'entend pas; mais il ne l'est guères de les accompagner
+d'objections; c'est déclarer d'avance que l'on est déterminé à
+contredire. Que notre critique demande à Mr. Franklin ce qu'il prétend
+prouver par sa quatriéme expérience; à la bonne heure; mais qu'il ajoute
+tout de suite: _Ne sçait-on pas qu'on fait cesser l'électricité d'un
+corps quand on en tire des étincelles? Ce que vous faites ici sur la
+bouteille de Leyde, vous l'éprouverez de même sur une barre de fer,.....
+Faudroit-il dire aussi que vous lui rendez par un côté le feu que vous
+lui ôtez par l'autre?_ C'est faire connoître qu'il n'entend pas l'état
+de la question; l'état d'une bouteille électrisée, & celui d'une barre
+de fer aussi électrisée, ne peuvent guères se comparer tant il se trouve
+de différence de l'un à l'autre: différence dans la charge, différence
+dans la situation, différence dans la décharge, différence dans l'effet;
+pour l'expliquer il faudroit un trop long détail, qui se trouvera
+d'ailleurs dans toute la suite de ce livre. Revenons à l'expérience dont
+il est question.
+
+»Il est certain qu'en touchant successivement avec le fil de fer préparé
+comme il est expliqué, le fil-d'archal & le bas de la bouteille
+électrisée, l'on transporte le feu du dedans au dehors; quoiqu'en dise
+la critique, l'on rend peu à peu à la surface extérieure ce qu'on ôte à
+l'intérieure, ce que celle-ci a de trop, & ce qui manque à celle-là,
+jusqu'à ce qu'elles soient remises chacune dans leur état naturel. Il y
+a même un moyen de rendre ces effets si sensibles qu'on ne puisse plus
+les contester; il ne s'agit que de faire l'expérience suivante: tenez
+près du ventre de la bouteille une balle de liége suspenduë à un fil de
+soye; quand vous toucherez le fil-d'archal de la bouteille avec le fil
+de fer, le liége s'approchera de la bouteille; quant après cela vous
+toucherez le bas de la bouteille, si vous êtes dans l'obscurité, vous
+appercevrez au haut du crochet l'aigrette qui paroîtra & disparoîtra à
+chaque attouchement ainsi répété. Si on applique en même tems les deux
+bouts du fil de fer, l'un au fil-d'archal de la bouteille, & l'autre au
+bas de la même bouteille, l'équilibre sera dans l'instant rétabli entre
+les deux surfaces, comme l'a judicieusement avancé notre Américain.»
+
+
+EXPÉRIENCE V.
+
+Fig. 6. Entourez une bouteille (_i_) d'une bande de plomb laminé ou même
+de papier, à quelque distance au-dessus du fond: de cette bande
+circulaire faites monter un fil-d'archal jusqu'à ce qu'il touche le
+fil-d'archal du bouchon de liége (_k_). Il n'est pas possible
+d'électriser un bouteille disposée de la sorte: l'équilibre n'est jamais
+détruit; car tandis que la communication entre les parties intérieure &
+extérieure de la bouteille est continuée par le fil-d'archal du dehors,
+le feu ne fait que circuler, & ce qui sort du bas est constamment
+remplacé par le haut; il suit de là qu'on ne sçauroit électriser une
+bouteille qui est sale ou humide en dehors, surtout si cette humidité
+monte jusqu'au liége ou au fil-d'archal.
+
+»À prendre les choses à la rigueur, Mr. L. N. a raison de dire, contre
+l'assurance de Mr. Franklin, qu'il n'est pas impossible de charger une
+bouteille préparée comme on vient de l'expliquer; j'en avois fait
+l'expérience de diverses manières long-tems avant d'avoir vû les lettres
+de l'académicien; je l'avois même poussée plus loin, puisque j'étois
+venu à bout de charger & de décharger la bouteille par parties,
+c'est-à-dire à plusieurs reprises, il ne s'agit pour cela que d'avoir
+une fiole fort allongée, de l'entourer de plusieurs bandes ou ceintures
+de métal parallèles, & assez éloignées pour que l'étincelle électrique
+ne puisse sauter de l'une à l'autre, & de ne pas forcer en
+l'électrisant. L'expérience qu'on nous oppose revient au même, elle
+réussit quand la main qui soutient la bouteille ne touche pas à la
+ceinture métallique, & qu'on ne force pas l'électrisation au point que
+le feu puisse franchir l'espace vuide qui se trouve entr'elles, elle ne
+réussiroit pas autrement.
+
+»Quoi qu'il en soit, je ne trouve pas que le succès de cette expérience
+prouve beaucoup contre la proposition de Mr. Franklin: il n'en reste pas
+moins vrai que la bouteille ne se chargera point tant qu'il y aura une
+communication exactement établie entre son intérieur & sa doublure
+extérieure. Il faut toujours regarder la main qui lui est appliquée,
+comme faisant partie de cette doublure; si elle est assez écartée de la
+ceinture métallique pour que le feu ne puisse passer de l'une à l'autre,
+la bouteille pourra se charger foiblement; mais ce ne sera jamais mais
+que dans la partie qui est couverte par la main, & point du tout dans la
+partie qui est couverte par la bande de métal.»
+
+
+EXPÉRIENCE VI.
+
+Placez un homme sur un gâteau de cire, & donnez-lui à toucher le
+fil-d'archal de la fiole électrisée, que vous tiendrez à la main
+demeurant debout sur le plancher; à chaque fois qu'il le touchera, il
+sera électrisé de _plus_ en _plus_, & quiconque sera sur le plancher
+pourra tirer de lui une étincelle. Le feu dans cette expérience passe du
+fil-d'archal dans son corps, & passe en même tems de votre main dans la
+partie extérieure de la bouteille.
+
+
+EXPÉRIENCE VII.
+
+Donnez-lui à tenir la fiole électrisée, & touchez le fil-d'archal; à
+chaque fois que vous le toucherez, il sera électrisé de _moins_ en
+_moins_, & pourra tirer une étincelle de chacun de ceux qui sont sur le
+plancher. Ici le feu passe du fil-d'archal dans vous, & de lui dans la
+partie extérieure de la bouteille.
+
+
+EXPÉRIENCE VIII.
+
+Couchez deux livres sur deux verres dos à dos, à la distance de deux ou
+trois pouces; mettez sur l'un la fiole électrisée, & touchez le
+fil-d'archal, ce livre sera électrisé _négativement_; le feu électrique
+en étant tiré par le fond de la bouteille, ôtez la bouteille, & la tenez
+à la main, touchez l'autre livre avec le fil-d'archal, ce livre sera
+électrisé positivement: le feu passant du fil-d'archal dans le livre, &
+votre main en refournissant en même tems à la bouteille; une petite
+boule de liége suspendue à un fil de soye jouëra entre ces deux livres
+jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli.
+
+
+EXPÉRIENCE IX.
+
+Lorsqu'un corps est électrisé _positivement_, il repousse une plume, ou
+une petite boule de liége électrisée; lorsqu'il est électrisé
+_négativement_, ou qu'il est dans l'état commun, il les attire, mais
+plus fortement lorsqu'il est électrisé _négativement_ que lorsqu'il est
+dans l'état commun, la différence étant plus grande.
+
+
+EXPÉRIENCE X.
+
+Quoique, comme dans l'expérience VI. un homme debout sur de la cire
+puisse être électrisé nombre de fois, en touchant à plusieurs reprises
+le fil-d'archal de la bouteille électrisée que tient quelqu'un aussi
+debout sur le plancher, parce qu'il reçoit à chaque fois le feu du
+fil-d'archal; cependant en la tenant lui-même dans sa main, & touchant
+le fil-d'archal, quoiqu'il tire une forte étincelle, & qu'il soit
+violemment frappé, il ne reste point en lui d'électricité, le feu le
+traverse seulement en passant de la partie intérieure à la partie
+extérieure de la bouteille. Observez, avant le coup, de le faire toucher
+par quelqu'un qui soit debout sur le plancher, afin de rétablir
+l'équilibre dans son corps; car en empoignant le bas de la bouteille, il
+devient quelquefois un peu électrisé _négativement_, ce qui continuë
+après le coup, de même qu'il conserveroit l'électricité _positive_, qui
+pourroit lui avoir été communiquée avant le coup; car le rétablissement
+de l'équilibre dans la bouteille n'affecte point du tout l'électricité
+dans l'homme que le feu traverse; cette électricité n'est ni augmentée
+ni diminuée.
+
+
+EXPÉRIENCE XI.
+
+Voici une jolie expérience qui rend extrêmement sensible le passage du
+feu électrique de la partie intérieure à la partie extérieure de la
+bouteille, pour rétablir l'équilibre. Prenez un livre dont la couverture
+soit ornée de filets d'or: courbez un fil-d'archal de 8 ou 10 pouces de
+long dans la forme (_m_), fig. 7. glissez-le & l'affermissez à
+l'extrémité de la couverture du livre sur le filet d'or, de sorte que le
+coude de ce fil-d'archal puisse presser sur une extrémité du filet d'or,
+l'anneau étant en haut, mais directement au-dessus de l'autre extrémité
+du livre: couchez ce livre sur un verre ou sur de la cire, & posez la
+bouteille électrisée sur l'autre extrémité des filets d'or: alors
+courbez le fil-d'archal élastique, en le pressant avec un bâton de cire;
+jusqu'à ce que son anneau soit proche de l'anneau du fil-d'archal de la
+bouteille; à l'instant vous appercevez une forte étincelle & un coup, &
+tout le filet d'or qui complette la communication entre l'intérieur &
+l'extérieur de la bouteille, paroît une flamme vive comme un éclair
+très-brillant. L'expérience réussira d'autant mieux que le contact sera
+plus immédiat entre le coude du fil-d'archal & l'or à une extrémité du
+filet, & entre le fond extérieur de la bouteille & l'or à l'autre
+extrémité. Il faut faire cette expérience dans une chambre obscure. Si
+vous voulez que tout le contour des filets d'or sur la couverture
+paroisse en feu tout à la fois, faites en sorte que la bouteille & le
+fil-d'archal touchent l'or dans les angles diagonalement opposés.
+
+
+_DE LA LETTRE VI._
+
+_1. Septembre 1747._
+
+Nous avions été quelque tems dans l'opinion que le feu électrique
+n'étoit pas produit, mais rassemblé par le frottement, étant en effet un
+élément répandu partout, & attiré par d'autres matières, spécialement
+par l'eau & par les métaux: nous avions aussi découvert & démontré son
+affluence au globe électrique, aussi bien que son effluence par le moyen
+des roues d'un petit moulin à vent[16], dont les aîles sont de gros
+papier placées obliquement, & tournant librement sur un axe délié de
+fil-d'archal, & aussi par de petites roues de la même matière, mais qui
+ont la forme des roues de moulin à eau. Je pourrois, si j'avois le tems,
+vous remplir une feuille de papier de la disposition & de l'application
+de ces roues, & des différens phénomènes qui en résultent.
+
+[Note 16: Nous avons découvert depuis que le mouvement des roues n'étoit
+pas causé par l'affluence ou l'effluence du feu électrique, mais par
+diverses circonstances d'attraction & de répulsion.]
+
+L'impossibilité de s'électriser soi-même, quoique placé sur un gâteau de
+cire, en frottant le tube & en tirant le feu, & la manière d'y réussir
+en approchant le tube d'une personne ou d'une chose placée sur le
+plancher, &c. s'étoient également présentées à nous quelques mois avant
+d'avoir lû l'ingénieux ouvrage (_Sequel_) de M. _Watson_; elles font
+même partie de ces nouvelles découvertes que je me proposois de vous
+communiquer..... Il ne s'agit maintenant que de rapporter certaines
+particularités qui ne se trouvent point dans cet ouvrage, en y joignant
+nos réfléxions, quoiqu'il fût peut-être plus à propos de vous les
+épargner.
+
+28. Une personne sur un gâteau de cire ou de résine & frottant le tube,
+une autre personne aussi sur un gâteau de cire & tirant le feu; ces deux
+personnes paroîtront électrisées à une troisiéme sur le plancher, pourvû
+qu'elles ne soient pas assez près pour se toucher; c'est-à-dire que
+cette troisiéme personne appercevra une étincelle en approchant son
+doigt de chacune des deux premières.
+
+29. Mais si celles qui sont sur la cire se touchent l'une l'autre
+pendant que le tube est frotté, aucune des deux ne paroîtra électrisée.
+
+30. Si elles se touchent l'une l'autre, après que l'on aura excité le
+tube, & tiré le feu, comme ci-devant, il y aura une plus forte étincelle
+entr'elles, qu'elle ne l'étoit entre l'une d'elles & la personne qui est
+sur le plancher.
+
+31. Après cette forte étincelle, on ne découvre dans l'une ni dans
+l'autre aucune trace d'électricité.
+
+Voici de quelle manière nous tâchons de rendre raison de ces phénomènes.
+Nous supposons, comme ci-dessus, que le feu électrique est un élément
+commun, dont chacune des trois personnes susdites a une portion égale
+avant le commencement de l'opération avec le tube: A, qui est sur un
+gâteau de cire, & qui frotte le tube, rassemble de son corps dans le
+verre le feu électrique; & sa communication avec le magazin commun étant
+interceptée par la cire, son corps ne recouvre pas d'abord ce qui lui en
+manque. B, qui est pareillement sur la cire, alongeant son doigt près du
+tube, reçoit le feu que le verre avoit tiré de A; & sa communication
+avec le magazin commun étant aussi interceptée, il conserve de surplus
+la quantité qui lui a été communiquée. A & B paroissent électrisés à C,
+qui est sur le plancher; car celui-ci ayant seulement la moyenne
+quantité de feu électrique, reçoit une étincelle à l'approche de B, qui
+en a _de plus_, & il en donne à A, qui en a de _moins_. Si A & B
+s'approchent jusqu'à se toucher l'un l'autre, l'étincelle sera plus
+forte, parce que la différence entr'eux est plus grande. Après cet
+attouchement il n'y aura plus d'étincelle entre l'un des deux & C, parce
+que le feu électrique est réduit dans tous les trois à l'uniformité
+primitive. S'ils se touchent pendant qu'on électrise, l'égalité n'est
+point détruite, le feu ne faisant que circuler. De-là quelques termes
+nouveaux se sont introduits parmi nous. Nous disons que B (& les corps
+dans les mêmes circonstances) est électrisé _positivement_, & A
+_négativement_; ou plutôt B est électrisé _plus_, A l'est _moins_; &
+tous les jours dans nos expériences nous électrisons les corps en _plus_
+& en _moins_, selon que nous le jugeons à propos..... Pour électriser en
+_plus_ ou en _moins_, il faut seulement savoir que les parties du tube
+ou du globe qui sont frottées, attirent dans l'instant du frottement le
+feu électrique, & l'enlevent par conséquent à la chose frottante. Les
+mêmes parties, aussitôt que le frottement cesse, sont disposées à donner
+le feu qu'elles ont reçu, à tout corps qui en a moins. Ainsi vous pouvez
+le faire circuler, comme M. _Watson_ l'a enseigné: vous pouvez aussi
+l'accumuler sur un corps ou l'en soustraire, selon que vous liez ce
+corps avec celui qui frotte ou avec celui qui reçoit, la communication
+avec le magazin commun étant interrompuë. Nous croyons que cet ingénieux
+auteur s'est trompé lorsqu'il a imaginé dans son ouvrage que le feu
+électrique descend par le fil-d'archal du lambris au canon de fusil,
+de-là au globe, & électrise ainsi la machine & l'homme qui tourne la
+roue, &c. Nous supposons au contraire qu'il est chassé & non introduit à
+travers le fil-d'archal, & que la machine & l'homme, &c. sont électrisés
+en moins; c'est-à-dire, qu'ils ont en eux moins de feu électrique que
+les choses dans l'état commun.
+
+Comme le Vaisseau est sur le point de faire voiles, je ne puis vous
+rendre sur l'électricité de l'Amérique, un compte aussi étendu que je me
+l'étois proposé, je me bornerai donc à quelques autres
+particuliarités.... Nous trouvons le plomb granulé meilleur que l'eau
+pour remplir la bouteille, parce qu'il est aisément chauffé, & qu'il
+conserve la chaleur & la sécheresse dans un air humide.... nous
+enflammons les liqueurs spiritueuses avec le fil-d'archal de la fiole...
+nous rallumons une chandelle qui vient d'être éteinte, en tirant une
+étincelle dans la fumée entre le fil-d'archal & les mouchettes.... nous
+imitons les éclairs en passant le fil-d'archal dans l'obscurité sur un
+plat de porcelaine qui a des fleurs d'or, ou en l'appliquant au câdre
+doré d'un miroir, &c.... nous électrisons une personne plus de vingt
+fois de suite par l'attouchement du doigt au fil-d'archal, de cette
+manière: placez quelqu'un sur de la cire; mettez-lui à la main la
+bouteille électrisée, touchez du doigt le fil-d'archal; touchez ensuite
+sa main ou son visage, il y paroîtra des étincelles à chaque fois...
+nous augmentons excessivement la force des baisers électriques. Ainsi
+placez A & B. sur un gâteau de cire,[17] mettez à la main de l'un des
+deux la fiole électrisée; faites empoigner à l'autre le fil-d'archal, il
+en sortira une petite étincelle; mais s'ils approchent leurs lèvres ils
+seront frappés & étourdis. La même chose arrive, si un autre homme & une
+autre femme C & D se tenant aussi sur de la cire, & joignant les mains
+avec A & B, viennent à se baiser ou à se prendre les mains.... nous
+suspendons par un fil de soye une figure d'araignée faite d'un petit
+morceau de liége brûlé avec les pates de fil de lin, & lestée d'un ou de
+deux grains de plomb pour lui donner plus de poids sur la table où elle
+est suspenduë; nous attachons un fil-d'archal perpendiculairement, aussi
+haut que le fil-d'archal de la fiole, & éloigné de l'araignée de deux ou
+trois pouces: alors nous l'animons en mettant la fiole électrisée à la
+même distance, mais de l'autre côté; elle volera sur le champ au
+fil-d'archal de la fiole, & bandera ses pattes, en le touchant;
+s'élancera de ce fil, & volera au fil-d'archal de la table, de-là encore
+au fil-d'archal de la fiole, joüant avec ses pattes contre l'un &
+l'autre d'une manière tout à fait amusante, & paroîtra parfaitement
+animée aux personnes qui ne seront pas instruites. Elle continuëra ce
+mouvement une heure & plus dans un tems sec.... nous électrisons sur de
+la cire dans l'obscurité, un livre entouré d'un double filet d'or sur la
+couverture, ensuite nous appliquons le doigt à la dorure; le feu paroît
+partout sur l'or comme un faisceau d'éclairs, & nullement sur le cuir,
+quand même on toucheroit le cuir au lieu de l'or.... nous frottons nos
+tubes avec une peau de chamois, & nous observons de présenter toujours
+le même coté au tube, & de ne jamais salir le tube en le maniant. Ainsi
+l'on travaille avec vitesse & facilité, sans la moindre fatigue, surtout
+si l'on a soin de l'enfermer proprement dans un étui de carton doublé de
+flanelle, dont la capacité réponde exactement au volume du tube...[18]
+J'entre dans ce détail, parce que les écrits d'Europe sur l'électricité
+parlent souvent du frottement des tubes, comme d'un éxercice pénible &
+fatiguant. Nos globes tournent sur des axes de fer qui les traversent: à
+une extrémité de l'axe il y a une manivelle avec laquelle nous tournons
+le globe comme une meule ordinaire, ce que nous trouvons d'autant-plus
+commode, que la machine ocupant peu de place, est portative, & peut être
+renfermée dans une boëte propre lorsque l'on ne s'en sert plus. Il est
+vrai que le globe ne tourne pas aussi vîte que lorsqu'on y employe une
+grande rouë; mais cet inconvénient est de peu de conséquence, puisque
+quelques tours suffisent pour charger la fiole, &c.
+
+[Note 17: Nous reconnumes bientôt qu'il n'étoit besoin d'y placer que
+l'un ou l'autre.]
+
+[Note 18: Nos Tubes sont ici de verre verd, longs de 27. à 30. pouces,
+et aussi gros qu'on puisse les empoigner. L'Électricité est si fort en
+vogue, que depuis quatre mois il en a été vendu plus d'un cent.]
+
+
+AUTRES EXPÉRIENCES
+
+_Qui prouvent que la bouteille de Leyde ne contient pas plus de feu
+électrique, lorsqu'elle est chargée, ni moins, lorsqu'elle est
+déchargée, qu'auparavant: que dans la décharge le feu ne sort point du
+fil-d'archal & des côtés en même-tems, comme quelques-uns l'ont pensé;
+mais que les côtés reçoivent toujours ce qui est déchargé par le
+fil-d'archal, ou une égale quantité; la surface extérieure étant
+toujours dans un état négatif d'électricité, tandis que la surface
+intérieure est dans un état positif._
+
+32. Placez sous le coussin, frottant une lame de verre assez épaisse
+pour couper la communication du feu électrique entre le plancher & le
+coussin; alors s'il n'y a pas de pointes déliées ou de fils capillaires
+qui sortent du coussin ou des parties de la machine opposées au coussin
+(ce à quoi vous devez bien prendre garde) vous ne pourrez tirer du
+premier conducteur que peu d'étincelles, qui seront tout ce que le
+coussin en pourra donner.
+
+33. Suspendez alors une fiole sur le premier conducteur, & elle ne se
+chargera pas, quoique vous la teniez par le côté; mais formez par une
+chaîne une communication des côtés de la fiole au coussin, & la fiole se
+chargera, car alors le globe tire le feu électrique de la surface
+extérieure de la fiole, & le pousse à travers le premier conducteur, &
+le fil-d'archal de la fiole dans sa surface intérieure.
+
+Ainsi la bouteille est chargée avec son propre feu, nul autre ne pouvant
+y entrer, tandis que la lame de verre est sous le coussin.
+
+«M. L. N. conteste cette expérience, en assurant qu'il l'a répétée, &
+que dans le premier cas; c'est-à-dire, quand on tenoit la bouteille à la
+main, elle s'est chargée de même que dans le second cas, où l'on avoit
+établi une communication de l'envelope de cette bouteille au coussin. Je
+ne sçai pas précisément la différence qui a pû se trouver entre sa
+manière d'opérer & celle de M. Franklin; mais sur l'exposé du Physicien
+François, je soupçonne ce qui a pû l'induire en erreur; il s'est
+apparemment persuadé que d'épuiser le coussin de son électricité,
+c'étoit une opération toute simple & de facile éxécution. Il s'en faut
+beaucoup que je ne l'aye regardée du même oeil; plus j'y ai réfléchi
+avant de l'entreprendre, plus elle m'a paru difficile; & depuis que j'en
+suis venu à bout, j'estime qu'il n'y a point d'expérience électrique
+plus délicate, & qui éxige tant de précautions. Voici quelques maximes
+générales tirées de mes remarques sur les différentes expériences que
+j'ai tentées pour épuiser le coussin, qui pourront le faire connoître.
+Il faut:
+
+»1º. Que le carreau de glace ou de verre, qui porte le coussin l'excéde
+au moins de 7. à 8. pouces de chaque côté.
+
+»2º. Que ni le carreau ni le coussin ne soient attachés par des ligamens
+extérieurs, pas même avec des cordons de soye, à moins qu'ils ne soient
+préparés, comme je le dirai ci-après.
+
+»3º. Que les mandrins mastiqués au globe soient au moins à 6. ou 7.
+pouces du coussin.
+
+»4º. Qu'il ne se trouve à 3. ou 4. pieds tout autour aucune pointe, de
+quelque nature qu'elle soit.
+
+»J'ai d'abord essayé d'épuiser au coussin d'environ 7. pouces de
+diamètre, sous lequel j'avois mis une glace plane d'un pied quarré, le
+tout attaché avec des cordons de soye; l'expérience n'a point réussi.
+
+»J'ai substitué à cette glace une capsule sphérique de 10. pouces de
+diamètre, dans laquelle j'avois fixé le coussin avec des cordons de
+soye, qui en passant par-dessus les bords de la capsule, les attachoient
+ensemble sur le support destiné à porter le coussin. Cette expérience
+n'eut pas plus de succès que la première; mais j'apperçus que les petits
+poils qui sortoient tout autour des cordons de soye se dressoient vers
+le coussin. Je jugeai de-là que c'étoient autant de pointes qui lui
+fournissoient de nouveau feu à mesure que le globe en tiroit. Après
+avoir remédié à ce défaut en cirant bien éxactement les cordons de soye,
+je répétai l'électrisation; mais je ne fus pas plus heureux. Le feu
+électrique parut sortir du conducteur presqu'aussi abondamment que si le
+coussin n'eût point été isolé. J'y apperçus cependant un changement
+marqué qui me donna bonne espérance; quand je présentois mon doigt à 3.
+ou 4. pouces du coussin, j'y sentois une espéce de suction, &
+j'entendois sur le coussin un bruit assez semblable à celui que l'on
+fait en retirant son haleine, les lèvres serrées, comme pour piper un
+petit animal. Cela me fit conjecturer que j'apercevrois dans l'obscurité
+une aigrette lumineuse au bout de mon doigt, & peut-être l'endroit d'où
+sortoit le feu qui étoit fourni au coussin.
+
+»Dès-que la nuit fut venuë, & que j'eus recommencé l'opération, je vis,
+1º. un courant de feu qui sortant en nappe d'un des mandrins du globe,
+se précipitoit jusques sur le coussin à l'endroit de sa jonction avec le
+globe; 2º. de petites aigrettes lumineuses à tous les poils de mes
+habits qui se dirigeoient vers le coussin; 3º. une longue aigrette mince
+& peu divergente qui partoit de mon doigt, lorsque je le présentois au
+coussin à 3. ou 4. pouces de distance, & qui se changeoit en un courant
+continu, pour peu que je l'approchasse davantage. M'étant aperçû que le
+coussin étoit plus près d'un des pôles du globe que de l'autre, &
+l'ayant remis le plus éxactement qu'il me fut possible, à égale distance
+des deux mandrins, je vis le courant de feu, qui auparavant sortoit de
+l'un d'eux, partagé en deux nappes à peu-près égales, une de chaque
+côté: Ayant fait cesser la rotation du globe, je remarquai que la vertu
+attractive du coussin s'y conserva encore long-temps. Plus d'une
+demi-heure après l'avoir laissé dans cet état, il suçoit & pipoit encore
+à l'approche du doigt.
+
+»En réfléchissant sur ces observations, j'ai imaginé qu'il falloit avoir
+un coussin plus étroit & un globe plus gros, ou du moins dont les
+mandrins fussent plus éloignés de l'Équateur. J'essayai un globe de 14.
+pouces de diamètre; mais il se trouva un peu trop dur, ayant trop
+d'épaisseur de verre. D'ailleurs, quelque solide que fût la machine dont
+je me servois, il y causa par sa rotation un ébranlement qui m'inquiéta.
+Ces considérations me déterminérent à donner la préférence à un globe de
+cristal de 13. pouces que je fis monter exprès. Les goulots en sont
+minces, & les mandrins qui y sont mastiqués n'ont guère plus d'un
+demi-pouce d'empattement tout autour. En faisant rouler ce globe sur un
+coussin de 3. pouces de diamètre, les bords de celui-ci se trouvent
+éloignés des mandrins de plus de 7. pouces. Ma grande capsule au fond de
+laquelle j'ai fixé ce coussin avec du mastic, met encore un plus grand
+éloignement entre lui & le plateau de bois qui porte le tout.
+
+»Ce n'est qu'après toutes ces précautions que je suis venu à bout
+d'épuiser la matière électrique du coussin, & de faire les expériences
+que M. Franklin nous a indiquées sur ce sujet. Je suis d'autant-moins
+étonné du peu de succès de ceux qui disent les avoir tentées
+inutilement, que je suis sûr qu'il est impossible d'y réussir sans
+toutes ces précautions. Sans entrer dans une discussion qui seroit trop
+longue & ennuyeuse, on trouvera dans cet exposé des réponses plus que
+suffisantes aux questions & objections de nos critiques, & la raison de
+la différence de leurs succès. _Lisez Lettres sur l'Électricité_, _pag._
+112-115. Pour les trois questions qui terminent la page 115, pourra-t-on
+apprendre, sans étonnement, qu'elles nous viennent d'un homme instruit?
+Je vais pourtant y satisfaire comme si elles le méritoient. Sur la
+dernière conséquence de M. Franklin qu'il n'entre dans la bouteille que
+le feu électrique qui vient de sa surface extérieure, on lui demande:
+_Et quelle certitude en avez-vous? La matière électrique n'est-elle pas
+répandue dans l'air de l'atmosphère? Et pourquoi ne voulez-vous pas que
+la chaîne & le globe y trouvent ce feu électrique qui passe par le
+conducteur dans l'intérieur de la fiole? Il faut montrer que cela est
+impossible, ou que cela n'est pas, si vous voulez que votre conséquence
+soit reçuë._ Soit, Monsieur, on s'en tient à votre parole. Voici la
+certitude que nous en avons, indépendamment de ce que nous voulons ou ne
+voulons pas. Écoutez bien. Si la chaîne & le globe trouvoient dans l'air
+de l'atmosphère ce feu électrique qui passe par le conducteur dans
+l'intérieur de la fiole, ils l'y trouveroient aussi bien avant qu'on eût
+établi une communication de l'extérieur de la bouteille au coussin,
+qu'après, & dans ce cas on l'apercevroit en touchant au conducteur. Il
+est cependant très-certain que dès-que le coussin est épuisé on ne tire
+pas la moindre étincelle des conducteurs: tirez, s'il vous plaît, la
+conséquence vous-même, & ne refusez plus de la recevoir.»
+
+34. Suspendez deux balles de liége par des fils de lin attachés au
+premier conducteur; touchez alors le côté de la bouteille, & elles
+seront électrisées, & elles s'éloigneront l'une de l'autre.
+
+Car autant que vous donnez de feu aux côtés, autant précisément il s'en
+décharge à travers le fil-d'archal sur le premier conducteur, d'où les
+balles de liége reçoivent une atmosphére électrique.
+
+Mais prenez un fil-d'archal courbé en forme de C, avec un bâton de cire
+d'Espagne fixé à la partie extérieure de la courbure, afin de le tenir
+par-là, & appliquez une extremité de ce fil-d'archal aux côtés, &
+l'autre en même temps au premier conducteur, la fiole sera déchargée; &
+si les balles ne sont pas électrisées avant la décharge, elles ne
+paroîtront pas l'être après; car elles ne se repousseront pas l'une
+l'autre.
+
+Maintenant si le feu déchargé de la surface intérieure de la bouteille à
+travers son fil-d'archal restoit sur le premier conducteur, les balles
+seroient électrisées & s'éloigneroient l'une de l'autre.
+
+Si la fiole faisoit une explosion réelle aux deux extrémités &
+déchargeoit le feu tant des côtés que du fil-d'archal, les balles
+seroient électrisées en _plus_ & s'éloigneroient _plus loin_, car aucune
+portion de feu ne peut s'échaper en étant empêchée par le manche de
+cire.
+
+Mais si le feu, dont la surface intérieure est surchargée, est
+précisément la quantité qui manque à la surface extérieure, il passera
+circulairement à travers le fil-d'archal attaché au manche de cire,
+rétablira l'équilibre dans le verre, & ne causera aucune altération dans
+l'état du premier conducteur.
+
+Nous avons trouvé conformément que si le premier conducteur est
+électrisé, & que les balles de liége soient dans un état de répulsion
+avant que la bouteille soit chargée, elles continueront d'y être après,
+sinon elles ne seront point électrisées par cette décharge.
+
+«Tout ce qui est dans la critique, pag. 116. 117, & 118. contre cette
+expérience, me paroît tout-à-fait hors de propos; notre auteur, comme on
+vient de le voir, prouve incontestablement que l'expérience de Leyde
+n'électrise point les corps qui reçoivent la commotion, ou qui ont
+communication avec ceux qui la reçoivent, & M. L. N. en convient; mais
+après cela il se perd dans une discussion qui n'a aucun rapport au sujet
+dont il s'agit.»
+
+
+
+
+LETTRE IV.
+
+_Nouvelles expériences & observations sur l'Électricité._
+
+1748.
+
+
+MONSIEUR,
+
+35. Il y aura la même explosion & le même choc, si la bouteille
+électrisée est tenue d'une main par le _crochet_, & touchée de l'autre
+par les _côtés_[19], que si elle est tenue par les _côtés_ & touchée au
+_crochet_.
+
+[Note 19: M. Franklin s'est servi dans la plupart de ses expériences, &
+surtout dans les suivantes, de bouteilles garnies de métal en dedans &
+en dehors: il faut donc entendre par le terme _côtés_, la surface
+extérieure couverte d'une enveloppe métallique depuis le fond jusqu'au
+collet, ou jusqu'à deux ou trois pouces près du goulot.]
+
+36. Pour prendre impunément par le _crochet_ la bouteille chargée, & en
+même tems ne pas diminuer sa force; il faut d'abord la placer sur un
+corps originairement électrique.
+
+37. La fiole sera électrisée aussi fortement, si elle est tenue par le
+_crochet_ & les _côtés_ appliqués au globe ou au tube, que si elle est
+tenue par les _côtés_, & que le _crochet_ leur soit appliqué.
+
+38. Mais la direction du feu électrique étant différente dans la charge,
+elle sera aussi différente dans l'explosion; la bouteille chargée par le
+_crochet_ sera déchargée par le _crochet_; la bouteille chargée par les
+_côtés_ sera déchargée par les _côtés_, & jamais autrement; car le feu
+doit sortir par la même voye qui lui a donné entrée.
+
+39. Pour prouver cela, prenez deux bouteilles qui soient également
+chargées par les _crochets_, une dans chaque main; approchez leurs
+_crochets_ l'un de l'autre, il n'en résultera ni étincelle ni choc,
+parce que chaque _crochet_ est disposé à donner du feu, & ni l'un ni
+l'autre ne l'est à en recevoir. Posez une des bouteilles sur le verre,
+levez-la par le _crochet_, & appliquez son _côté_ au _crochet_ de
+l'autre; il y aura alors une explosion & un choc, & les deux bouteilles
+seront déchargées.
+
+»Sur l'assertion de Mr. Franklin que, si l'on approche l'un de l'autre
+les crochets des deux bouteilles également chargées, il n'en résultera
+ni étincelle, ni choc: _Ho! voilà_, s'écrie M. L. N.[20], _ce dont je ne
+conviendrai pas; car dès la premiere fois que j'en fis l'épreuve, je vis
+très-distinctement éclater le feu électrique entre les deux crochets, &
+je ressentis un coup assez vif dans les deux bras_. Cela peut être, & je
+crois que cela est, pour l'avoir éprouvé de même; mais la proposition de
+M. Franklin n'en est pas moins vraie, & il faudra que le physicien
+François en convienne malgré sa protestation, car il faut se rendre à
+l'évidence; il doit sçavoir qu'après l'expérience de Leyde, la bouteille
+n'est plus chargée, & qu'il n'y reste plus de feu: si les deux
+bouteilles dont il s'agit restent chargées après en avoir approché les
+deux crochets l'un de l'autre, c'est une preuve incontestable qu'elles
+n'ont pas produit tout leur effet. Celui que M. L. N. a ressenti n'est
+venu que de ce que l'une des bouteilles étoit plus chargée que l'autre,
+& le feu qu'il a vû si distinctement entre les deux crochets, n'est que
+ce qui en a passé de l'une à l'autre pour les remettre toutes deux en
+équilibre: elles n'en restent pas moins chargées l'une & l'autre après
+cette légère commotion, qui d'ailleurs n'est pas différente de celles
+qu'on ressent dans la main à chaque étincelle que l'on tire d'un peu
+loin du conducteur, quand on charge une bouteille.
+
+[Note 20: Lett. sur l'Électricité, pag. 123.]
+
+»Pour avoir sur ce sujet une conviction encore plus complette, il ne
+s'agit que de varier l'expérience: prenez deux bouteilles dont l'une
+soit bien chargée & l'autre ne le soit point du tout; en approchant
+leurs crochets l'un de l'autre, vous verrez une étincelle & vous
+recevrez un coup; mais après cela les bouteilles seront toutes deux à
+demi chargées; preuve certaine que le feu est sorti par le crochet de
+celle qui étoit électrisée, comme il y étoit entré.
+
+»Cette erreur de M. L. N. ne vient donc que de ce qu'il n'a pas fait
+attention que pour cette expérience les deux bouteilles doivent être
+_également_ chargées. Quand elles le sont, il n'y a réellement ni
+étincelle, ni choc, comme l'a judicieusement avancé M. Franklin.
+
+40. Variez l'expérience en chargeant deux fioles également, l'une par le
+_crochet_, l'autre par le _côté_; tenez par les _côtés_ celle qui a été
+chargée par le _crochet_, & tenez par le _crochet_ celle qui à été
+chargée par le _côté_; appliquez le _crochet_ de la première au _côté_
+de la seconde, il n'y aura ni choc, ni étincelle: posez sur le verre
+celle que vous tenez par le _crochet_, levez-la par les _côtés_, &
+présentez les deux _crochets_ l'un à l'autre, il y aura une étincelle &
+un choc, & les deux bouteilles seront déchargées.
+
+»Cette expérience étant attaquée dans le même endroit & de la même
+manière que la précédente, trouve aussi la même défense.
+
+Dans cette expérience les bouteilles sont totalement déchargées, &
+l'équilibre y est rétabli: l'excès du feu dans un des crochets, (ou
+plutôt dans la surface intérieure d'une bouteille,) étant exactement
+égale à ce qui manque de feu dans l'autre, & par conséquent comme chaque
+bouteille a en elle-même l'excès aussi bien que le défaut, le défaut &
+l'excès doivent être égaux dans chaque bouteille. Voyez §. 42. 43. 44.
+45. Mais si un homme tient en main les deux bouteilles, dont l'une soit
+pleinement électrisée, & l'autre ne le soit point du tout; s'il
+rapproche leurs crochets, il ne sentira que la moitié du coup, & les
+bouteilles resteront à demi électrisées, l'une étant à demi déchargée, &
+l'autre à demi chargée.
+
+41. Placez deux fioles également chargées sur une table à 5. ou 6.
+pouces de distance; suspendez une petite boule de liége par un fil de
+soye, qui tombe entre les deux bouteilles: si les fioles ont été toutes
+deux chargées par leurs crochets, lorsque le liége aura été attiré &
+repoussé par l'un, il ne sera pas attiré par l'autre, mais il en sera
+également repoussé; mais si les fioles ont été chargées l'une par le
+crochet & l'autre par le côté,[21] le liége après avoir été attiré, &
+repoussé par un crochet, sera aussi fortement attiré & ensuite repoussé
+par l'autre, & jouëra ainsi avec force entre les deux, jusqu'à ce que
+les deux bouteilles soient à peu près déchargées.
+
+[Note 21: Pour charger commodément une bouteille par le côté, mettez-la
+sur un verre: établissez une communication du premier conducteur à
+l'enveloppe métallique de cette bouteille, & une autre de son crochet à
+la muraille ou au plancher. Quand elle sera chargée, supprimez cette
+derniere communication avant que d'empoigner la bouteille, autrement une
+grande partie du feu s'échapperoit par cette voye.]
+
+42. Lorsque nous employons les termes de _charger_ & _décharger_ les
+bouteilles, c'est pour nous conformer à l'usage, & par disette d'autres
+termes plus convenables; puisque nous sommes persuadés qu'il n'y a
+réellement pas plus de feu électrique dans la bouteille après ce qu'on
+appelle sa _charge_, ni moins après sa _décharge_ qu'il n'y en avoit
+auparavant, excepté seulement la petite étincelle que l'on peut donner
+ou enlever à la matière non-électrique, si elle est séparée de la
+bouteille: étincelle qui ne peut pas égaler la cinquantiéme partie de
+celle qui fait l'explosion.
+
+Car si dans l'explosion le feu électrique sortoit de la bouteille par un
+endroit, & qu'il ne rentrât pas par un autre, il s'ensuivroit que si un
+homme placé sur de la cire & tenant la bouteille d'une main, tiroit
+l'étincelle en touchant avec l'autre le crochet de fil-d'archal, la
+bouteille étant par là déchargée, l'homme seroit chargé; ou que la
+quantité de feu perduë par l'une se retrouveroit dans l'autre, puisqu'il
+n'y a aucune issue pour la laisser échaper; mais il arrive le contraire.
+
+43. D'ailleurs la fiole ne souffrira pas ce que l'on appelle une charge,
+à moins qu'il n'en puisse sortir autant de feu par une voye qu'il en
+entre par une autre. Une fiole placée sur la cire ou sur le verre, ou
+bien suspenduë sur le premier conducteur d'électricité, ne peut être
+chargée à moins qu'il n'y ait une communication établie entre ses côtés
+& le plancher pour servir de décharge.
+
+»De toutes les expériences de Philadelphie, il y en a peu qui soient
+contestées avec autant de confiance que celle-ci. Dès le premier rapport
+que je fis à l'Académie royale des sciences en 1751. du succès des
+expériences de M. Franklin, on me soutint avec vivacité que cette
+observation étoit contraire à l'expérience. N'étant allé à l'Académie
+que pour y rendre compte de ce que j'avois fait & vû, & non pas pour
+disputer; je me contentai de répliquer que j'étois sûr de ce que
+j'avançois d'après mon auteur: je suis surpris qu'on n'en ait pas encore
+reconnu la vérité. Cette communication que l'on établit des côtés de la
+bouteille au plancher, est ce que nous appellons une décharge: quand on
+électrise une bouteille à la main, c'est la main qui en tient lieu; mais
+si la bouteille est suspenduë au conducteur sans décharge, & que l'air
+soit bien sec, je suis sûr pour l'avoir éprouvé cent fois, qu'elle ne se
+charge point: j'ai de même éprouvé que quand elle est appuyée sur un
+support électrique, plus ce support est large & élevé & moins elle se
+charge. J'ai cependant vû la bouteille de Leyde se charger quoique
+suspenduë au conducteur sans décharge, mais très-lentement &
+très-difficilement, dans des tems où l'air de l'atmosphère est chargé
+d'humidité, (c'est apparemment celui où notre critique a étudié son
+objection) mais cela ne vient que de ce que les particules d'humidité
+répanduës dans l'air font l'office de décharge: l'on peut d'autant moins
+se prévaloir de cette observation contre M. Franklin, qu'il est moins à
+portée de la faire par lui-même. La saison où il se livre plus
+particulierement à l'électricité, comme la plus favorable aux
+expériences, est l'hyver, & c'est le temps où la Pensylvanie jouit du
+ciel le plus beau & le plus pur; quoi qu'il en soit, des objections, la
+proposition de notre auteur restera dans toute sa force pour quiconque
+voudra se mettre dans sa position, & consulter l'expérience sans
+prévention.
+
+44. Mais suspendez deux ou plusieurs fioles sur le premier conducteur
+d'électricité, l'une pendante à la queuë de l'autre, & un fil-d'archal
+de la derniere au plancher, un égal nombre de tours de rouë les chargera
+également, & chacune le sera autant que si elle seule eût été soumise à
+l'opération: ce qui est chassé de la queuë de la premiere servant à
+charger la seconde, ce qui est chassé de la seconde chargeant la
+troisiéme, & ainsi de suite; par ce moyen une quantité de bouteilles
+peuvent être chargées par la même opération, & aussi pleinement que s'il
+n'y en avoit qu'une seule; si ce n'est que chaque bouteille reçoit de
+nouveau feu, & abandonne son ancien avec quelque réticence, ou plutôt
+apporte à la charge quelque foible résistance, qui dans un nombre de
+bouteilles devient plus égale à la puissance chargeante, & repousse
+ainsi le feu sur le globe plus vite qu'une simple bouteille ne le
+pourroit faire.
+
+45. Lorsqu'une bouteille est chargée par la voye ordinaire, ses surfaces
+intérieure & extérieure sont prêtes, l'une à donner le feu par le
+crochet, l'autre à le recevoir par le côté: l'une est pleine, & disposée
+à pousser, l'autre est vuide, & extrêmement affamée; & cependant comme
+la premiere ne chassera point, que l'autre ne puisse au même instant
+recevoir, de même la dernière ne recevra point, que la première ne
+puisse donner au même instant; lorsque l'un & l'autre peut se faire en
+même-tems, cela se fait avec une vitesse & une violence inconcevables.
+
+46. Ainsi lorsqu'on bande un ressort avec violence (quoique la
+comparaison ne convienne pas dans tous les points) il doit, pour se
+rétablir de lui-même, resserrer le côté qui avoit été étendu en le
+bandant, & étendre celui qui avoit été resserré. Si l'une de ces
+opérations rencontre des obstacles, l'autre ne sauroit avoir son
+éxécution; mais on ne dit point que le ressort soit chargé d'élasticité,
+lorsqu'il est bandé, & déchargé, lorsqu'il est débandé; sa quantité
+d'élasticité est toujours la même.
+
+47. Le verre a pareillement toujours dans sa substance la même quantité
+de feu électrique, & une fort grande quantité, par rapport à la masse du
+verre, comme il sera prouvé dans la suite.
+
+48. Cette quantité proportionnée au verre, il la retient avec force &
+opiniatreté; il n'en aura ni plus ni moins, quelque changement qu'il
+éprouve dans ses parties, & dans sa situation; c'est-à-dire, que nous en
+pouvons tirer une partie de l'un de ses côtés, pourvû que nous en
+rendions à l'autre une égale quantité.
+
+49. Néanmoins lorsque la situation du feu électrique est ainsi dérangée
+dans le verre, lorsque quelque partie a été retranchée de l'un des
+côtés, & que quelque partie a été ajoûtée à l'autre, il ne reste point
+en repos ou dans son état naturel, jusqu'à ce qu'il ait été rétabli dans
+son uniformité primitive .... & ce rétablissement ne peut être fait à
+travers la substance du verre, mais il doit se faire par une
+communication non électrique, établie au dehors, de surface à surface.
+
+50. Ainsi la force totale de la bouteille, & le pouvoir de donner un
+choc est dans le verre-même; les corps non-électriques en contact avec
+les deux surfaces ne servant qu'à donner & à recevoir des différentes
+parties du verre; c'est-à-dire, à donner à un côté, & à recevoir de
+l'autre.
+
+51. Nous avons fait ici cette découverte de la manière suivante. Nous
+proposant d'analyser la bouteille électrifiée pour sçavoir où réside sa
+force, nous la plaçâmes sur un verre, & nous ôtames le liége & le
+fil-d'archal, que l'on avoit eu attention de ne pas trop enfoncer. Alors
+prenant la bouteille d'une main, & approchant un doigt de l'autre main
+auprès de l'orifice, une forte éteincelle s'élança de l'eau, & le choc
+fut aussi violent que si le fil-d'archal n'eût point été dérangé, ce qui
+nous fit connoître que la force électrique ne résidoit point dans le
+fil-d'archal. Ensuite pour découvrir si elle résidoit dans l'eau, y
+étant comprimée & condensée, parce que le verre la serre de toutes parts
+(ce qui avoit été notre première opinion,) nous électrisâmes de nouveau
+la bouteille; & l'ayant mise sur un verre, nous otâmes, comme ci-devant,
+le liége & le fil-d'archal; levant alors la bouteille, nous versâmes
+toute l'eau dans une autre bouteille vuide qui étoit pareillement sur un
+verre; & levant cette derniere fiole, nous comptâmes, si la force
+résidoit dans l'eau, d'entendre partir un coup; mais il n'y en eut
+point. Nous jugeâmes donc qu'il falloit ou que la force se fût perduë en
+transvasant, ou qu'elle fût restée dans la première bouteille; & nous
+trouvâmes que notre derniere conjecture étoit juste. Car cette bouteille
+mise à l'épreuve donna un coup, quoique remplie, sans la déplacer, avec
+de l'eau fraîche, & qui n'étoit point électrifiée... Alors pour
+découvrir si le verre avoit cette propriété précisément comme verre, ou
+si la forme y contribuoit en quelque chose, nous prîmes un carreau de
+verre; & le posant sur la main, nous mîmes une plaque de plomb sur sa
+surface supérieure; ensuite nous électrisâmes cette plaque, & à
+l'approche du doigt il y eut une étincelle & un choc. Nous prîmes
+ensuite deux plaques de plomb de dimensions égales, mais plus petites
+que le verre qui les débordoit de deux pouces de tous côtés, & nous
+électrisâmes le verre entr'elles en électrisant la plaque de dessus.
+Après cela nous séparâmes cette plaque du verre, & par cette opération
+le peu de feu qui pouvoit être dans le plomb fut enlevé, & le verre
+touché avec le doigt sur les parties électrisées, ne donna que quelques
+petites étincelles piquantes; on peut cependant en tirer un grand nombre
+de différent endroits. Après avoir remis adroitement le verre entre les
+deux plaques, & achevé un cercle; c'est-à-dire, pratiqué une
+communication entre les deux surfaces, il s'ensuivit un choc violent
+.... ce qui démontre que le pouvoir réside dans le verre comme verre, &
+que les corps non-électriques en contact servent uniquement, comme
+l'armure de l'aimant, à unir les forces des différentes parties, & à les
+rassembler dans tel point qu'on désire. Car c'est une proprieté des
+corps non-électriques, que tout le corps reçoit ou donne dans un instant
+tout le feu électrique qui est donné ou enlevé à quelqu'une de ses
+parties.
+
+»L'expérience de Leyde est sans contredit une des plus belles
+découvertes qui ayent été faites en Physique. C'est elle qui a donné
+lieu aux profondes recherches qui occupent si généralement les
+Physiciens depuis 1745. Chacun d'eux a fait ses efforts pour déveloper
+la merveilleuse bouteille qui en est le fondement; mais on ne voit pas
+qu'aucun y ait réussi avant M. Franklin. L'analyse de cette bouteille
+étoit, ce semble, la chose la plus aisée à imaginer & la plus simple à
+éxécuter, & cependant personne n'y a songé, comme si cette idée n'eût pû
+venir que du nouveau monde; mais à peine a-t-elle pénetré en Europe, à
+peine le succès en est-il connu qu'on entreprend de le contester; on
+veut documenter l'auteur, changer le procedé, & nier le résultat.
+Examinons chacune de ces choses.
+
+»_Si vous voulez_, dit le Physicien françois à l'Américain[22], _répéter
+cette expérience_ (l'analyse de la bouteille) _de bonne foi & sans
+prévention, je vous dirai en quoi vous avez manqué; & je vous promets
+qu'en procédant, comme il convient, vous trouverez des signes
+très-marqués de la vertu électrique dans votre eau transvasée._ Voici le
+procedé.
+
+[Note 22: Lettre sur l'Électricité, pag. 91.]
+
+»_Je vous avertis donc qu'il faut faire cette expérience avec une
+électricité passablement forte, éviter les longueurs... que le nouveau
+vase qui reçoit l'eau, ne soit pas d'un verre fort épais, & qu'au lieu
+d'être posé sur du verre, comme vous le faites, il le soit au contraire
+sur la main d'un homme ou sur quelqu'autre corps non-électrique. Si vous
+procedez ainsi, je vous réponds du succès._ Pour moi je pense qu'en
+procedant ainsi, on ne feroit point l'analyse de la bouteille. Mais ni
+le critique, ni celui qui s'est laissé surprendre par cette expérience,
+ne se sont apperçus qu'ils manquoient dans le point essentiel. C'est ce
+défaut de sagacité qui paroît avoir assuré la défaite de l'un & la
+victoire de l'autre que l'on a fait sonner si haut.
+
+»D'après ce résultat vrai en lui-même, mais faux dans son principe, on
+argumente contre M. Fr. on le presse: on le poursuit: on se persuade
+qu'il ne lui reste pas plus de ressource qu'à celui qu'on a nommé son
+plus zèlé partisan.
+
+»Sans entreprendre de réfuter tout ce que l'éloquence étale en 8. ou 10.
+pages de la critique, & sans rétorquer tous les argumens adressé à notre
+Américain, je crois que quelques réflexions fondées sur l'expérience
+suffiront pour en effacer les impressions.
+
+»Quand une personne tient dans sa main la bouteille électrisée, &
+qu'elle en verse l'eau dans une autre bouteille tenuë dans la main d'une
+autre personne, il arrive la même chose que si l'on faisoit toucher le
+crochet de la premiere bouteille à celui de la seconde qui seroit armée,
+la charge se partage entre les deux bouteilles.[23] Cela est si vrai que
+si la même personne fait seule cette expérience en tenant les deux
+bouteilles, une en chaque main, elle ressentira une commotion, qui ne
+sera pourtant que la moitié de celle qu'elle recevroit, si elle faisoit
+tout simplement l'expérience de Leyde. Donc en versant l'eau de cette
+façon on fait passer avec elle dans la seconde bouteille la moitié de la
+matière électrique contenuë dans la première. La preuve s'en tire encore
+d'une autre observation que voici. Si la matière électrique qui passe
+ainsi avec l'eau d'une bouteille dans l'autre, étoit précisément
+attachée à la liqueur, la quantité en seroit proportionelle à la
+quantité de l'eau transvasée: or cela n'est point; car que l'on vuide
+toute la liqueur, ou que l'on n'en vuide que la moitié, la seconde
+bouteille qui l'aura reçuë se trouvera également chargée, c'est-à-dire
+électrisée au même degré; & si toutes choses étoient égales des deux
+cotés: si les bouteilles étoient égales en capacité, en matiére, en
+forme, & leur intérieur également moüillé, ce degré seroit éxactement le
+même dans chacune. Donc notre critique n'a pas raison de dire que l'on
+ne sauroit lui objecter que les circonstances dont il fait dépendre le
+succès de l'expérience, changent l'espèce. Et pourquoi ne sauroit-on lui
+faire cette objection, dès qu'on voit évidemment que son procédé est
+erronné: que n'en apperçevant pas le défaut, il en tire avantage, pour
+combattre la doctrine d'un Physicien consommé dans cette partie, où il
+donne des leçons à tout le monde sçavant?
+
+[Note 23: V. pag. 125. §. 40.]
+
+»S'il restoit encore quelques doutes sur l'analyse de la bouteille
+électrisée, qui est regardée avec raison comme une des plus belles
+expériences de M. Franklin, quoiqu'elle ne soit pas une des plus
+brillantes, & sur laquelle j'ai entendu un des Physiciens les plus
+experimentés en cette partie, se reprocher de ne l'avoir pas imaginée;
+si, dis-je, il restoit encore quelques doutes sur ce sujet, on pourroit
+les lever, en s'y prenant d'une autre façon que j'ai imaginée, & que je
+rapporte ici, pour répondre à ceux qui prétendent que la matière
+électrique ne paroît attachée au verre de la bouteille qu'en vertu de
+l'adhérence de l'eau à ses parois intérieures. Au lieu d'eau, je mets
+dans la bouteille du menu plomb, comme du plomb à perdreaux, ou de la
+cendrée: après l'avoir armée de son crochet, & l'avoir électrisée, j'en
+fais l'analyse, suivant la méthode de M. Franklin, & je trouve toujours
+que le plomb en étant vuidé, n'a point emporté l'électricité, mais que
+cette matière est restée presque toute entière en la bouteille où je
+l'avois fait entrer d'abord, puisque de nouveau plomb, ou à sa place de
+l'eau, ou toute autre substance non-électrique, ou même rien autre chose
+qu'un fil-d'archal, pourvû qu'il touche au fond intérieur, lui rend le
+pouvoir de donner la commotion à quiconque veut la tenter. J'ai même
+éprouvé qu'elle étoit, toutes choses égales d'ailleurs, toujours plus
+forte avec le plomb qu'avec l'eau, C'est en conséquence de cette
+observation, que depuis long-tems je ne me sers presque plus d'eau dans
+mes expériences électriques. J'ai trouvé que le métal, & sur tout le
+plomb granulé est bien préférable à la liqueur pour analyser la
+bouteille: il n'est pas sujet à l'évaporation: on peut le sécher
+aisément; il n'éclabousse point en le traversant: il ne s'attache ni aux
+parois ni au goulot de la bouteille, toutes choses qui font souvent
+manquer l'expérience, quand on opére avec de l'eau. L'usage de la
+limaille pour remplir la bouteille est aussi très-bon; mais si l'on veut
+en faire l'analyse, il faut avoir attention que la limaille soit bien
+séche, & qu'elle ne fasse point de poussière quand on la verse.
+
+Il résulte de toutes ces observations que j'ai faites & répétées avec
+tout le soin & l'éxactitude possibles, qu'en s'y prenant comme
+l'enseigne M. L. N. on ne fait point l'analyse de la bouteille
+électrisée. Car, qu'est-ce que faire cette analyse? N'est-ce pas tout
+simplement séparer chacune des parties dont elle est composée, pour voir
+à laquelle de ses parties la matière électrique restera attachée? Or en
+suivant la route indiquée par M. Fr. on arrive sûrement à ce but; si
+l'on entreprend de m'en montrer une autre, il faudra me prouver qu'elle
+y conduit aussi sûrement, ou tout au moins me mettre dans
+l'impossibilité d'en découvrir l'erreur. Notre critique ne fait ni l'un
+ni l'autre, & malgré ses argumens spécieux, je n'y aurai pas plus de
+confiance que si, pour me prouver que l'électricité n'est pas attachée
+au verre, il commençoit par décharger la bouteille avant d'en faire
+l'analyse; il n'y a pas plus de raison à vouloir que la seconde
+bouteille dans laquelle on verse l'eau électrisée, soit dans la main
+d'un autre homme, qu'il y en auroit à éxiger que la premiere y fût
+aussi, quand on en ôte le fil-d'archal avec les doigts. Il y a donc,
+quoiqu'en dise la critique, des circonstances d'où on fait dépendre le
+succès de l'expérience, qui en changent l'espéce; & celles-ci sont du
+nombre. C'est pour cela que je prétens qu'en s'y prenant de cette façon,
+l'on ne fait point du tout l'analyse de la bouteille.
+
+»Que notre adversaire au reste ne s'imagine pas que je n'aye en vûe que
+de le contredire. La recherche de la verité est mon seul objet. Aucune
+considération ne sauroit m'en détourner. Quand nous avons dit que l'eau
+ou le métal que l'on met dans la bouteille de Leyde n'emportent point
+avec eux d'électricité, dans le temps qu'on les verse dans un autre vase
+soutenu sur un support électrique; il ne faut pas prendre cette
+proposition à la rigueur. Je sçais par expérience que ces corps
+non-électriques ne se dépoüillent pas absolument, en sortant de la
+bouteille, de toute l'électricité dont ils étoient chargés. Cela se voit
+évidemment quand on se sert de limaille pour faire l'analyse de la
+bouteille. Notre auteur estime que la quantité qu'ils retiennent de
+cette matière n'équivaut peut-être pas la cinq-centiéme partie de ce qui
+fait la charge de la bouteille; mais cette petite quantité n'est pas ce
+dont il s'agit ici; quand elle seroit beaucoup plus considérable dans
+les circonstances établies, elle ne mettroit jamais la seconde bouteille
+en état de donner la commotion.»
+
+52. Sur quoi nous avons fait ce que nous appellons une _batterie
+électrique_, consistant en onze grands carreaux de vitre garnis de lames
+de plomb appliquées sur chaque côté, placés verticalement, & soutenus à
+deux pouces de distance sur des cordons de soye, avec des crochets épais
+de fil de plomb, un de chaque côté, dressés en ligne droite, éloignés
+l'un de l'autre, & des communications convenables de fil, & une chaîne
+depuis le côté _donnant_ d'un carreau jusqu'au côté _recevant_ de
+l'autre, de sorte que le tout puisse être chargé ensemble, & par la même
+opération, comme s'il n'y avoit qu'un seul carreau. Nous avons fait
+encore une autre machine pour amener les côtés _donnans_ après la
+charge, en contact avec un long fil-d'archal, & les côtés _recevans_
+avec un autre. Ces deux longs fils-d'archal donneroient la force de tous
+les carreaux de verre à la fois à travers le corps de quelque animal qui
+formeroit le cercle avec eux. Les carreaux peuvent aussi être déchargés
+séparément, ou tel nombre ensemble que l'on voudra; mais cette machine
+n'a pas été mise beaucoup en usage, comme ne répondant pas parfaitement
+à notre intention, relativement à la facilité de la charge par la raison
+donnée §. 44. Nous avons fait aussi avec de grands carreaux de vitre des
+tableaux magiques & des roues animées qui se meuvent d'elles-mêmes, &
+dont nous allons bientôt faire la description.
+
+53. Je m'apperçois par le dernier livre de l'ingénieux Mr. Watson que
+j'ai reçu dernièrement, que le docteur _Bevis_ s'est servi avant nous de
+carreaux de verre pour faire l'expérience de Leyde, & jusqu'au moment
+que ce livre m'est parvenu, je me proposois de vous communiquer cela
+comme une nouveauté. Si j'en fais mention ici, je vous dirai pour excuse
+que nous avons tenté l'expérience différemment, que nous en avons tiré
+des conséquences différentes, (car M. Watson paroît toujours persuadé
+que le feu est accumulé sur le corps non électrique, qui est en contact
+avec le verre, pag. 72.) & nous l'avons même poussé plus loin, autant
+que j'en puis juger jusqu'à présent.
+
+
+
+
+_LETTRE V._
+
+PREMIÈRE PARTIE.
+
+
+27. Juillet 1751.
+
+MONSIEUR,
+
+Je crois que M. Watson a fait à la hâte ses observations sur mon dernier
+écrit, avant d'avoir bien considéré les expériences rapportées dans le
+§. 51. qui me paroissent toujours décisives dans cette question: _Si
+l'accumulation du feu électrique est sur le verre électrisé, ou sur la
+matière non-électrique jointe au verre_; je crois qu'elles démontrent
+que l'accumulation est réellement sur le verre.
+
+Quant à l'expérience dont parle cet ingénieux physicien, & qu'il regarde
+comme concluante pour le parti opposé; je me flatte qu'il changera de
+façon de penser à cet égard, lorsqu'il considérera que, comme une
+personne qui applique le fil-d'archal de la bouteille chargée à une
+liqueur spiritueuse échauffée dans une cuillier que tient une autre
+personne, toutes deux étant sur le plancher, en enflammera les esprits,
+& que cependant une pareille inflammation ne peut pas décider si
+l'accumulation étoit sur le verre ou dans le corps non-électrique; de
+même si l'on place une troisiéme personne sur un gâteau de cire entre
+les deux premières, qu'elle tienne d'une main un bassin dans lequel on
+verse l'eau de la bouteille, & qu'à l'instant de l'effusion elle
+présente un doigt de l'autre main à la liqueur spiritueuse; cette
+circonstance ne change rien du tout à l'état des choses, le filet d'eau
+tombant de la fiole, le côté du bassin, les bras & le corps de la
+personne placée sur le gâteau n'étant tous ensemble que comme un long
+fil-d'archal qui s'étend de la surface intérieure de la fiole à la
+liqueur spiritueuse.
+
+54. Voici de quelle manière se fait le tableau magique. Ayant un grand
+portrait avec un cadre & une glace, (supposez que ce soit celui du Roi)
+ôtez-en l'estampe, & coupez-en une bande à la distance d'environ deux
+pouces du cadre tout autour; quand la coupure prendroit sur le portrait
+il n'y auroit pas d'inconvénient. Avec de la colle légere ou de l'eau
+gommée, fixez sur le revers de la glace la bande du portrait séparée du
+reste, en la serrant & l'unissant bien: alors remplissez l'espace vuide
+en dorant la glace avec de l'or ou du cuivre en feuille: dorez
+pareillement le bord intérieur du derrière du cadre tout autour, excepté
+le haut, & établissez une communication entre cette dorure & la dorure
+du derrière de la glace: remettez la planche ou le carton sur la glace,
+& ce côté est fini. Retournez la glace, & dorez exactement le côté
+antérieur sur la dorure de derrière, & lorsqu'elle sera séche
+couvrez-la, en collant dessus le milieu de l'estampe qui avoit été
+séparé de la bande; observant de rapprocher les parties correspondantes
+de cette bande & du portrait; par ce moyen le portrait paroîtra tout
+d'une piéce comme auparavant; seulement une partie est derrière la glace
+& l'autre devant....... tenez le portrait horizontalement par le haut, &
+posez sur la tête du Roi une petite couronne dorée & mobile. Maintenant
+si le portrait est électrisé modérément, & qu'une autre personne
+empoigne le cadre d'une main, de sorte que ses doigts touchent la dorure
+postérieure, & que de l'autre main elle tâche d'enlever la couronne,
+elle recevra une commotion épouventable, & manquera son coup. Si le
+portrait étoit puissamment chargé, la conséquence pourroit bien en être
+aussi fatale[24] que celle du crime de haute trahison: car lorsque
+l'étincelle est tirée à travers une main de papier couchée sur le
+portrait par le moyen d'un fil-d'archal de communication; elle fait un
+trou à travers chaque feuillet, c'est-à-dire à travers 48. feuilles,
+(quoique l'on regarde une main de papier comme un bon plastron contre la
+pointe d'une épée; ou même contre une balle de pistolet,) & le
+craquement est excessivement fort. L'opérateur qui tient ce portrait par
+l'extrémité supérieure, où l'intérieur du cadre n'est pas doré, à
+dessein d'empêcher la chute du portrait, ne sent rien du coup, & peut
+toucher le visage du portrait sans aucun danger, ce qu'il donne comme un
+témoignage de sa fidélité..... Si plusieurs personnes en cercle
+reçoivent le choc, on appelle l'expérience _les conjurés_.
+
+[Note 24: Nous avons trouvé depuis qu'elle est fatale à de petits
+animaux, mais que l'action n'est pas assez violente pour en tuer de
+grands; le plus gros que nous ayons tué est une poule.]
+
+«Avec une glace de 1200. pouces quarrés étamée sur ses deux faces, j'ai
+plusieurs fois percé jusqu'à 160. feuilles de papier commun.»
+
+55. Sur le principe établi dans le §. 41. que les crochets des
+bouteilles différemment chargées attireront & repousseront différemment,
+on a fait une rouë électrique, qui tourne avec une force extraordinaire.
+Une petite fléche de bois élevée perpendiculairement passe à angles
+droits à travers une planche mince, & de figure ronde d'environ 12.
+pouces de diamétre, & tourne sur une pointe de fer fixée dans
+l'extrémité inférieure, tandis qu'un gros fil-d'archal dans la partie
+supérieure traversant un petit trou dans une feuille de cuivre,
+maintient la fléche dans sa situation perpendiculaire. Environ trente
+rayons d'égale longueur faits d'un carreau de vitre coupé en bandes
+étroites sortent horizontalement de la circonférence de la planche, les
+extrémités les plus éloignées du centre excédant les bords de la planche
+d'environ 4. pouces; sur l'extrémité de chacun est fixé un dé de cuivre.
+Maintenant si le fil-d'archal de la bouteille électrisée par la voye
+ordinaire est approché de la circonférence de cette rouë, il attirera le
+dé le plus proche, & mettra ainsi la rouë en mouvement. Ce dé dans le
+passage reçoit une étincelle, & dès-lors étant électrisé, il est
+repoussé & chassé en avant, tandis qu'un second étant attiré, approche
+du fil-d'archal, reçoit une étincelle, & est chassé après le premier, &
+ainsi de suite jusqu'à ce que la rouë ait achevé un tour: alors les dez
+déjà électrisés approchant du fil-d'archal, au lieu d'être attirés comme
+auparavant, sont au contraire repoussés, & le mouvement cesse à
+l'instant... mais si une autre bouteille qui a été chargée par les côtés
+est placée auprès de la même rouë, son fil-d'archal attirera le dé
+repoussé par le premier, & par là doublera la force qui fait tourner la
+rouë, en enlevant non-seulement le feu qui a été communiqué aux dez par
+la première bouteille; mais leur en dérobant même de leur quantité
+naturelle, au lieu d'être repoussés lorsqu'ils reviennent vers la
+première bouteille, ils sont plus fortement attirés; de sorte que la
+rouë accélère sa marche jusqu'à fournir avec une grande rapidité 12. ou
+15. tours dans une minute, & avec une telle force que le poids de cent
+rixdales dont nous la chargeâmes une fois, ne parut en aucune manière
+ralentir son mouvement..... C'est ce que l'on nomme une broche
+électrique; & si un gros oiseau étoit embroché à la fléche
+perpendiculaire, il tourneroit devant le feu avec un mouvement capable
+de le rôtir.
+
+«Au lieu de faire cette roue de bois, & d'y rapporter des rayons de
+verre, comme l'enseigne M. Franklin, j'ai imaginé qu'il étoit plus
+simple & plus commode de la faire d'une seule piéce de verre; j'ai
+choisi pour cela un carreau de verre de Bohême, le plus uni & le plus
+plane que j'ai pû trouver: je l'ai fait couper en plateau rond de 18.
+pouces de diamètre: j'ai collé sur chacune de ses surfaces une feuille
+de papier marbré en couleur de bois, qui n'approche pas de la
+circonférence du plateau plus près que de deux pouces: j'ai ensuite
+mastiqué sur son centre de chaque côté deux gros-fils-d'archal qui
+servent d'axe, dont l'un est terminé en pointe pour servir de pivot &
+pour tourner sur une petite crapaudine de cuivre, & l'autre plus long
+pour passer dans un trou rond pratiqué dans une traverse de bois. On
+pourroit faire l'axe tout d'une piéce en perçant la rouë au centre pour
+les recevoir. Cette roue étant ainsi mise à peu près en équilibre sur
+son axe, j'ai mastiqué sur ses bords 30. balles de cuivre creuses, à
+égales distance les unes des autres, & également éloignées du centre.
+L'on conçoit que cette roue est bien plus légère, & par conséquent plus
+mobile que celle de M. Franklin; aussi a-t-elle mieux réussi que celles
+qui ont été exécutées suivant sa méthode.»
+
+56. Mais cette roue, ainsi que celles qui sont poussées par le vent,
+l'eau ou les poids, reçoit son mouvement d'une force étrangère, à
+sçavoir celle des bouteilles. La roue qui tourne d'elle-même, quoique
+construite sur les mêmes principes, paroîtra encore plus surprenante;
+elle est faite d'un carreau de verre mince & rond de 17. pouces de
+diamètre, dorée en entier sur les deux côtés, excepté 2. pouces vers le
+bord. On arrête alors deux petites hémisphères de bois avec du mastic au
+milieu des côtés supérieur & inférieur opposés à leur centre, & sur
+chacune une forte verge de fil-d'archal longue de 8. ou 10. pouces qui
+font ensemble l'axe de la roue. Elle tourne horizontalement sur une
+pointe à l'extrémité inférieure de son axe, qui pose sur un morceau de
+cuivre cimenté dans une salière de verre. La partie supérieure de son
+axe traverse un trou fait dans une lame de cuivre cimentée à un fort &
+long morceau de verre qui le tient éloigné de 5. ou 6. pouces de tout
+corps non-électrique; & l'on place à son sommet une petite boule de cire
+ou de métal pour conserver le feu. Dans un cercle sur la table qui
+soutient la roue sont fixés douze petits pilliers de verre à la distance
+d'environ 4. pouces, avec un dé sur le sommet de chaque pillier. Sur le
+bord de la roue est une balle de plomb communiquant par un fil-d'archal
+avec la dorure de la surface supérieure de la roue; & à 6. pouces
+environ est une autre balle communiquant de la même manière avec la
+surface inférieure. Lorsque l'on veut charger la roue par sa surface
+supérieure, il faut établir une communication de la surface inférieure à
+la table. Lorsqu'elle est bien chargée, elle commence à s'ébranler; la
+balle la plus proche d'un pillier s'avance vers le dé qui est sur ce
+pillier, l'électrise en passant, & dès-lors est forcée de s'en éloigner;
+la balle suivante qui communique avec l'autre surface du verre, attire
+plus fortement ce dé, par la raison que le dé a été électrisé auparavant
+par l'autre balle, & ainsi la roue augmente son mouvement jusqu'à ce
+qu'il vienne au point d'être réglé par la résistance de l'air. Elle
+tournera une demi-heure, & fera l'un portant l'autre vingt tours dans
+une minute, ce qui fait 600. tours dans une demi-heure. La balle de la
+surface supérieure donnant à chaque tour 12. étincelles aux dez, ce qui
+fait 7200. étincelles, & la balle de la surface inférieure en recevant
+autant des mêmes dez; ces balles parcourent dans ce tems près de 2500.
+pieds.... les dez sont bien attachés, & dans un cercle si exact, que les
+balles peuvent passer à une très-petite distance de chacun d'eux.... Si
+au lieu de deux balles vous en mettez huit, quatre communiquant avec la
+surface supérieure & quatre avec la surface inférieure, placées
+alternativement; lesquelles huit étant environ à six pouces de distance,
+complettent la circonférence, la force & la vitesse seront de beaucoup
+augmentées, la roue faisant cinquante tours dans une minute, mais elle
+ne continuera pas à tourner si long-tems...... On pourroit peut-être
+appliquer ces roues à la sonnerie d'un petit carillon[25], & faire par
+leur moyen mouvoir de petits planétaires fort légers.
+
+[Note 25: On l'a exécuté depuis.]
+
+57. Courbez un fil-d'archal circulairement avec un tenon à chaque
+extrémité; appuyez-en une extrémité contre la surface inférieure de la
+roue, & amenez l'autre extremité à la surface supérieure, il en
+résultera un craquement terrible, & la force sera déchargée.
+
+58. Chaque étincelle ainsi tirée de la surface de la roue fait un trou
+rond dans la dorure, perçant, lorsqu'elle sort, une partie de cette
+dorure, ce qui montre que le feu n'est pas accumulé sur la dorure, mais
+qu'il est contenu dans le verre même.
+
+59. La dorure étant vernissée avec un vernis à la térébentine, le
+vernis, quoique dur & sec, est brûlé par l'étincelle que l'on tire au
+travers, & répand une odeur forte, & une fumée visible. Lorsque
+l'étincelle est tirée à travers le papier, tout autour du trou qu'elle a
+fait, le papier se trouve noirci par la fumée, qui quelquefois même
+pénètre plusieurs feuilles. On trouve aussi une partie de la dorure
+emportée, après avoir été poussée avec force dans le trou fait au papier
+par le coup.
+
+60. On remarque avec étonnement la quantité de feu électrique qui peut
+résider dans la plus petite portion de verre. Une bouteille de verre des
+plus minces d'environ un pouce de diamètre, pésant seulement six grains,
+à demi-pleine d'eau, en partie dorée sur le dehors, & garnie d'un
+crochet de fil-d'archal, donne, lorsqu'elle est électrisée, un aussi
+grand coup qu'un homme puisse le supporter. Comme le verre a le plus
+d'épaisseur vers l'orifice, je présume que la moitié inférieure, qui
+étant dorée, a été électrisée, & a donné le coup, n'excède pas 2.
+grains; car il paroît, lorsqu'elle est rompue, qu'elle est beaucoup plus
+mince que la moitié supérieure. Si une de ces bouteilles minces est
+électrisée par le côté, & que l'étincelle soit tirée à travers la
+dorure, le verre sera brisé au dedans en même temps que la dorure le
+sera au dehors.
+
+61. En supposant (pour les raisons ci-dessus alléguées §. 42. 43. 44.)
+qu'il n'y a pas plus de feu électrique dans la bouteille après sa charge
+qu'auparavant, combien grande ne doit pas être la quantité de feu dans
+cette petite portion de verre? On seroit tenté de croire qu'il fait
+partie de sa nature & de son essence; peut-être que si la quantité
+requise de feu électrique retenue par le verre avec tant d'opiniâtreté,
+en étoit séparée, il cesseroit d'être verre. Il pourroit bien perdre sa
+transparence, ou son éclat, ou son élasticité.... Il n'est pas
+incroyable que l'on puisse trouver dans la suite des expériences qui
+conduiront à cette découverte.
+
+«Pour peu que l'on force l'électricité en chargeant une bouteille de
+verre mince, il s'y fait à l'endroit le plus foible un petit trou
+ordinairement de figure ronde & sans félure; après cette explosion la
+bouteille est déchargée, & le petit trou paroît assez souvent bordé d'un
+petit cercle blanchâtre, plus ou moins large, dont le verre a perdu sa
+transparence, & semble brûlé par l'étincelle qui l'a pénétré. Si cette
+explosion se faisoit dans la main, le trou se trouveroit vis-à-vis d'un
+des doigts, & l'on y sentiroit une piqûre très douloureuse, sans pour
+cela recevoir la commotion proprement dite.»
+
+62. Nous sommes surpris de lire dans le livre de M. _Watson_ qu'un choc
+ait été communiqué à travers un grand espace de terre séche, & nous
+soupçonnons qu'il devoit y avoir quelque qualité métallique dans le
+gravier de cette terre, ayant trouvé que la simple terre séche pressée
+dans un tube de verre ouvert par les deux bouts, & un crochet de
+fil-d'archal inséré dans la terre à chaque extrémité, la terre & les
+fils-d'archal faisant partie d'un cercle, ne conduisoient pas le moindre
+choc sensible; & qu'en effet, lorsqu'un des fils-d'archal avoit été
+électrisé, l'autre donnoit à peine quelques signes de sa connéxion avec
+le premier..... & même une ficelle bien humide manque quelquefois de
+conduire un choc, quoique d'ailleurs elle conduise parfaitement bien
+l'électricité. Un morceau de glace sec, ou une chandelle de glace[26],
+que l'on tient entre deux bouteilles dans un cercle, empêche
+semblablement le choc, ce que l'on ne devroit pas attendre, puisque
+l'eau le conduit avec tant de perfection.... La dorure sur un livre
+neuf, qui d'abord conduit le choc avec beaucoup de régularité, le manque
+après 10. ou 12. expériences[27], quoiqu'elle paroisse toujours la même
+à tous égards; c'est de quoi nous ne sçaurions rendre raison.[28]
+
+[Note 26: C'est le nom que l'on donne aux glaçons qui pendent aux
+goutières en forme de stalactites pendant l'hyver, lorsque l'eau s'y
+gèle en coulant goute à goute.]
+
+[Note 27: C'étoit avec une petite bouteille; nous avons trouvé depuis
+qu'elle manque également avec un grand verre.]
+
+[Note 28: On verra dans la suite que l'Auteur, après de nouvelles
+observations, en donne une raison très satisfaisante.]
+
+63. Il y a encore une expérience qui nous a étonnés, & que jusqu'ici on
+n'a pas expliquée d'une maniere satisfaisante; la voici. Placez un
+boulet de fer sur un verre, & qu'une balle de liége humide, suspendue
+par un fil de soye, vienne toucher le boulet: prenez une bouteille dans
+chaque main, l'une électrisée par le _crochet_ & l'autre par le _côté_:
+appliquez le fil-d'archal _donnant_ au boulet qu'il électrisera
+positivement, & le liége sera répoussé. Ensuite appliquez le
+fil-d'archal _recevant_, qui tirera l'étincelle donnée par l'autre;
+alors le liége retournera au boulet: appliquez-le même une seconde fois
+& tirez une autre étincelle; alors le boulet sera électrisé
+négativement, & le liége dans ce cas sera repoussé comme auparavant;
+appliquez encore le fil-d'archal _donnant_ au boulet, pour lui rendre
+l'étincelle dont il a été privé, & la balle de liége retournera;
+donnez-lui en une autre, qui sera une addition à sa quantité naturelle,
+& le liége sera repoussé une seconde fois.
+
+L'expérience peut être répétée de la sorte aussi long-tems qu'il y a
+quelque charge dans les bouteilles. D'où il résulte que les corps qui
+ont moins que la quantité commune d'électricité, se repoussent l'un
+l'autre, aussi bien que ceux qui en ont plus.
+
+Étant un peu mortifiés de n'avoir pû jusqu'ici rien produire par nos
+expériences pour l'utilité du genre humain, & entrant dans la saison des
+grandes chaleurs, pendant lesquelles les expériences électriques sont
+moins agréables, nous avons pris la résolution de les terminer pour
+cette saison un peu gayement par une partie de plaisir sur les bords de
+la Skuylkill[29]. Nous nous proposons d'allumer les esprits des deux
+côtés en même-tems, en envoyant une étincelle de l'un à l'autre rivage à
+travers la rivière sans autre conducteur que l'eau, expérience que nous
+avons exécutée depuis peu au grand étonnement de plusieurs spectateurs.
+Nous tuerons un dindon pour notre dîner par le choc électrique, il sera
+rôti à la broche électrique devant un feu allumé avec la bouteille
+électrisée, & nous boirons les santés de tous les fameux Électriciens
+d'Angleterre, de Hollande, de France & d'Allemagne dans des tasses
+électrisées[30], au bruit de l'artillerie d'une batterie électrique.
+
+_29. Avril 1749._
+
+[Note 29: Rivière qui baigne un côté de Philadelphie, comme le Delaware
+baigne l'autre côté. Les bords de ces deux rivières sont ornés des
+maisons de campagne des bourgeois, & des charmantes demeures des
+principaux habitans de cette colonie.]
+
+[Note 30: Une tasse électrisée est un petit vase de verre fin, presque
+rempli de vin, & électrisé comme la bouteille. Cette tasse étant portée
+adroitement aux lèvres, donne un coup, si le bord de la lèvre est rasé
+de près, & si l'on ne respire pas sur la liqueur.]
+
+
+SUITE
+
+_Des opinions & des conjectures sur les propriétés & sur les effets de
+la matière électrique._
+
+64. Il est dit dans le §. 8. que toutes les espèces de matière commune
+sont supposées ne pas attirer le fluide électrique avec une égale
+activité, & que les corps appellés originairement électriques comme le
+verre, &c. l'attirent & le retiennent avec plus de force, & en
+contiennent la plus grande quantité.
+
+Cette dernière thèse pourroit avoir l'air d'un paradoxe pour quelques
+personnes étant contraire à l'opinion dominante; c'est pourquoi je vais
+faire ensorte de l'expliquer.
+
+65. Pour le faire avec ordre, il faut d'abord considérer que nous ne
+pouvons par aucun moyen connu jusqu'à présent faire passer le fluide
+électrique au travers du verre. Je n'ignore pas que le sentiment commun
+est qu'il traverse aisément le verre, & qu'on allégue en preuve
+l'expérience d'une plume suspenduë par un fil dans une bouteille scellée
+hermétiquement, & qu'on la met en mouvement en approchant un tube frotté
+de la surface extérieure de la bouteille; mais si le fluide électrique
+traverse si aisément le verre, comment la fiole devient-elle chargée
+(pour me servir de l'expression usitée,) lorsque nous la tenons dans nos
+mains? Le feu poussé dans la bouteille par le fil-d'archal ne la
+traverseroit-il pas pour venir jusqu'à nos mains, & pour s'échapper
+ainsi sur le plancher? En ce cas la bouteille ne demeureroit-elle pas
+toujours dans le même état, c'est-à-dire sans être chargée, comme nous
+sçavons que demeureroit une bouteille de métal qu'on essayeroit de
+charger de la sorte? Assurément s'il y a la moindre fêlure, la plus
+petite solution de continuité dans le verre, quoiqu'il reste si serré
+que rien autre chose que nous sçachions n'y puisse passer; cependant le
+fluide électrique, à cause de son extrême subtilité, volera à travers
+cette fêlure avec la plus grande liberté; & nous sommes sûrs qu'une
+telle bouteille ne peut jamais être chargée. Quelle est donc la
+différence entre cette bouteille & une autre bien saine, si ce n'est que
+le fluide peut traverser l'une, & ne sçauroit traverser l'autre?[31]
+
+[Note 31: Voyez les §. 35-50.]
+
+66. Il est vrai qu'il y a une expérience, qui à la première vûe, seroit
+capable de persuader à un observateur superficiel que le feu poussé dans
+la bouteille par le fil-d'archal, passe réellement à travers la
+substance du verre. La voici: placez la bouteille sur un verre sous le
+premier conducteur: suspendez un boulet par une chaîne depuis le premier
+conducteur jusqu'à ce qu'il soit à un quart ou à un demi-pouce au-dessus
+du fil-d'archal de la bouteille: mettez le revers du doigt précisément à
+la même distance du côté de la bouteille que celle du boulet à son
+fil-d'archal: maintenant faites tourner le globe, & vous verrez une
+étincelle frapper du boulet au fil-d'archal de la bouteille, & au même
+instant vous verrez & sentirez une étincelle exactement égale frapper du
+côté de la bouteille sur votre doigt, & ainsi de suite étincelle pour
+étincelle. Il sembleroit que la totalité reçûe par la bouteille en a été
+déchargée une seconde fois, & cependant par ce moyen la bouteille est
+chargée,[32] & par conséquent le feu qui abandonne ainsi la bouteille,
+quoique dans la même quantité, ne sçauroit être le même feu qui est
+entré par le fil-d'archal, car si c'étoit le même, la bouteille
+resteroit sans être chargée.
+
+[Note 32: Voyez le §. 54.]
+
+67. Si le feu qui abandonne ainsi la bouteille n'est pas le même que
+celui qui est poussé à travers le fil-d'archal, ce doit être le feu qui
+résidoit dans la bouteille (c'est-à-dire dans le verre de la bouteille)
+avant le commencement de l'opération.
+
+68. Si cela est ainsi, il doit y en avoir une grande quantité dans le
+verre, parce qu'une grande quantité est déchargée de la sorte même d'un
+verre très mince.
+
+69. Que ce fluide ou feu électrique soit fortement attiré par le verre,
+nous le reconnoissons à la rapidité & à la violence avec lesquelles il
+est repris par la partie qui en a été privée, dès qu'elle en trouve la
+facilité, & il suit de là que d'une masse de verre nous ne pouvons tirer
+une quantité de feu électrique, ou électriser _moins_ la masse totale,
+comme nous pouvons le faire à l'égard d'une masse de métal; nous ne
+pouvons diminuer ni augmenter sa quantité totale, car il tient bien la
+quantité qu'il a, & il en a autant qu'il en peut tenir; ses pores en
+sont gorgés aussi pleinement que la répulsion mutuelle des particules le
+peut comporter; & ce qui est déjà dedans, refuse ou repousse fortement
+toute quantité surnuméraire. Nous n'avons qu'un seul moyen de mettre en
+mouvement le fluide électrique dans le verre, qui est de couvrir une des
+deux surfaces d'un verre mince avec des corps non-électriques, & de
+pousser sur une surface une quantité surnuméraire de ce fluide, qui se
+répandant sur le corps non-électrique, & étant limitée par lui à cette
+surface, agit par sa force répulsive sur les particules du fluide
+électrique contenu dans l'autre surface, & les chasse du verre dans le
+corps non électrique sur ce côté, d'où elles sont déchargées, & alors
+ces parties ajoutées sur le côté chargé peuvent y entrer; mais après
+cette opération il n'y en a dans le verre ni plus ni moins
+qu'auparavant, en ayant laissé échapper précisément autant de dessus un
+côté qu'il en a reçu sur l'autre.
+
+70. Ici les expressions me manquent, & je doute beaucoup si je pourrai
+rendre cette partie de mon ouvrage intelligible. Par ce mot _surface_
+dans le cas présent, je n'entens pas simplement longueur & largeur sans
+épaisseur; mais lorsque je parle de la surface supérieure ou inférieure
+d'un morceau de verre, de la surface extérieure ou intérieure de la
+bouteille, j'entens longueur, largeur, & moitié de l'épaisseur; & je
+demande la grace d'être entendu en ce sens. Maintenant je suppose que le
+verre dans ses premiers principes & dans la fournaise n'a pas plus de ce
+fluide électrique que toute autre matière commune; que lorsqu'il est
+soufflé, qu'il se refroidit, & que les particules de feu commun
+l'abandonnent, ses pores deviennent un vuide. Que les parties
+composantes du verre soient extrêmement petites & déliées, je le
+conjecture de ce que ses parties brisées ne sont jamais raboteuses, mais
+toujours lisses & polies; & de la ténuité de ses particules, j'infére
+que les pores entr'elles sont excessivement petits; de là vient que
+l'eau forte, ni aucun autre menstruë connu n'y peut entrer pour les
+séparer, & en dissoudre la substance; nous ne connoissons même aucun
+fluide assez délié pour les pénétrer, excepté le feu commun & le fluide
+électrique. Maintenant le feu par sa retraite laissant un vuide, comme
+il a été dit ci dessus, entre ces pores que l'air ou l'eau ne sont pas
+assez fins pour pénétrer, ni remplir, le fluide électrique y est attiré,
+car il est toujours prêt dans ce que nous appellons les corps
+non-électriques & dans les mixtions non-électriques qui sont dans l'air;
+cependant il ne se fixe point avec la substance du verre, mais il y
+séjourne comme l'eau dans une pierre poreuse, retenu seulement par
+l'attraction des parties fixées, restant toujours fluide & sans
+adhérence; mais je suppose de plus que dans le refroidissement du verre,
+son tissu devient plus serré au milieu, & forme une espèce de séparation
+dans laquelle les pores sont si étroits que les particules du fluide
+électrique qui entrent dans les deux surfaces en même tems, ne peuvent
+les traverser, ou passer & repasser d'une surface à l'autre, & ainsi se
+mêler ensemble. Néanmoins quoique les particules du fluide électrique,
+imbibé par chaque surface, ne puissent d'elles-mêmes passer à travers
+pour se joindre à celles de l'autre, leur répulsion le peut faire, & par
+ce moyen elles agissent l'une sur l'autre. Les particules du fluide
+électrique ont une mutuelle répulsion, mais par le pouvoir d'attraction
+dans le verre, elles sont condensées, ou plus rapprochées l'une de
+l'autre. Lorsque le verre a reçu, & que par son attraction il a condensé
+autant de ce fluide électrique, que la force d'attraction & de
+condensation dans l'une est égale à la force d'expension dans l'autre,
+il ne peut plus s'en imbiber, & cela reste constamment sa quantité
+totale. Mais chaque surface en recevroit plus, si la répulsion de ce qui
+est dans la surface opposée ne résistoit à son entrée. Les quantités de
+ce fluide dans chaque surface étant égales, leur action répulsive l'une
+sur l'autre est égale, & par conséquent celles d'une surface ne
+sçauroient chasser celles de l'autre.
+
+Mais si l'on en pousse dans une surface une quantité plus grande que le
+verre n'en tireroit naturellement, elle augmente le pouvoir répulsif de
+ce côté, & surmontant l'attraction de l'autre, elle chasse la partie du
+fluide qui a été imbibée par cette surface, s'il se trouve un corps
+non-électrique prêt à la recevoir, ce qui arrive dans tous les cas où le
+verre est électrisé pour donner un choc. La surface qui a été ainsi
+vuidée, pour avoir chassé son fluide électrique, en reprend avec
+violence une quantité égale aussitôt que le verre trouve l'occasion de
+décharger cette quantité excédente au-delà de ce qu'il peut retenir par
+l'attraction dans son autre surface, dont la répulsion additionnelle a
+occasionné le vuide; car les expériences favorisant, je dirois presque
+confirmant cette hipothèse, je dois, pour éviter les répétitions, vous
+prier de revoir ce qui a déjà été dit de la fiole électrique dans mes
+précédentes lettres.
+
+71. Voyons maintenant l'usage que nous en pouvons faire pour expliquer
+plusieurs autres phénomènes..... Le verre qui est un corps extrêmement
+élastique, (& peut-être qu'il doit son élasticité jusqu'à un certain
+point à la grande quantité de ce fluide répulsif qu'il renferme dans ses
+pores,) le verre doit, lorsqu'il est frotté, avoir sa surface frottée un
+peu élargie, ou ses parties solides un peu écartées, de sorte que les
+interstices dans lesquels réside le fluide électrique, deviennent plus
+larges, laissant de la place pour une plus grande quantité de ce fluide,
+lequel y est immédiatement attiré du coussin, ou de la main frottante
+qui se refournissent toujours au magazin commun; mais aussitôt que les
+parties du verre ainsi ouvert & rempli ont essuyé le frottement, elles
+se referment, & obligent la quantité surnuméraire de sortir sur la
+surface où elle doit rester jusqu'à ce que ces parties retournent au
+coussin, à moins que quelques corps non-électriques, comme le premier
+conducteur, ne se présente d'abord pour les recevoir.[33]
+
+[Note 33: Dans l'obscurité on peut voir le fluide électrique sur le
+coussin en deux demi cercles ou croissans, l'un sur le devant, l'autre
+sur le derrière, précisément dans l'endroit où le globe & le coussin se
+séparent. Dans le croissant antérieur le feu passe du coussin dans le
+verre: dans l'autre il quitte le verre & retourne dans la partie
+postérieure du coussin. Quand on applique le premier conducteur pour
+tirer le feu du verre, le croissant de derrière disparoît.]
+
+Mais si la partie intérieure du globe est doublée d'un corps
+non-électrique, la répulsion additionnelle du fluide électrique ainsi
+rassemblé par le frottement sur la partie frottée de la surface
+extérieure du globe, chasse une égale quantité de la surface intérieure
+dans cette doublure non-électrique, qui la reçoit, & l'entraîne de la
+partie frottée dans la masse commune à travers l'axe du globe & le cadre
+de la machine; le fluide électrique nouvellement ramassé peut entrer &
+demeurer dans la surface extérieure, & le premier conducteur n'en
+recevra rien ou en recevra fort peu. Lorsque cette partie chargée du
+globe en tournant revient au coussin, la surface extérieure dépose son
+feu excédant dans le coussin, la surface intérieure opposée en recevant
+en même tems une quantité égale du plancher. Il n'y a point
+d'Électricien qui ne sçache qu'un globe mouillé intérieurement ne rend
+que peu ou point de feu, mais jusqu'ici on n'a pas essayé d'en donner la
+raison, ou du moins je l'ignore.
+
+72. Si donc un tube doublé d'un corps non-électrique[34] est frotté, il
+ne rend que peu ou point de feu, ce qui est rassemblé de la main dans le
+coup qui se donne en frottant de haut en bas, entrant dans les pores du
+verre, & en chassant une égale quantité de la surface intérieure dans la
+doublure non-électrique; la main en repassant du bas en haut pour donner
+un second coup, rechasse ce qui a été poussé dans la surface extérieure,
+& alors la surface intérieure reçoit une seconde fois ce qu'elle a donné
+à la doublure non-électrique. Ainsi les parties de fluide électrique
+appartenant à la surface intérieure, pénètrent & ressortent de leurs
+pores à chaque coup donné au tube. Mettez un fil-d'archal dans le tube,
+l'extrémité intérieure en contact avec la doublure non-électrique, il
+représentera la bouteille de _Leyde_. Qu'une seconde personne touche le
+fil-d'archal tandis que vous frottez, & le feu chassé de la surface
+intérieure, lorsque vous donnez le coup, passera à travers la personne
+dans la masse commune; ensuite il reviendra au travers de la personne
+lorsque la surface intérieure reprendra sa quantité. Par conséquent
+cette nouvelle espèce de bouteille ne sçauroit être chargée de la sorte;
+mais elle peut l'être ainsi: après chaque coup, avant que vous passiez
+la main pour en donner un autre, faites appliquer le doigt de la seconde
+personne au fil-d'archal, & prendre l'étincelle, ensuite retirer son
+doigt, & ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle ait tiré un nombre
+d'étincelles; de cette façon la surface intérieure sera épuisée & la
+surface extérieure sera chargée; alors enveloppez ferme une feuille de
+papier doré autour de la surface extérieure, & l'empoignant avec la
+main, vous pourrez recevoir un coup par l'application du doigt de
+l'autre main au fil-d'archal; car alors les pores vuides dans la surface
+intérieure reprennent leur quantité, & les pores surchargés dans la
+surface extérieure déchargent leur surplus, l'équilibre étant rétabli à
+travers votre corps, lequel ne le seroit pas à travers la substance du
+verre.[35]
+
+[Note 34: Le papier doré, dont on présente la dorure au verre, fait fort
+bien.]
+
+[Note 35: Voyez les nouvelles expériences §. 49.]
+
+Si le tube est épuisé d'air, une doublure non-électrique en contact avec
+le fil d'archal n'est pas nécessaire, car dans le _vuide_ le feu
+électrique volera librement de la surface intérieure sans avoir besoin
+d'un conducteur non électrique. Mais l'air résiste à son mouvement, car
+étant lui-même un corps originairement électrique, il ne l'attire point,
+ayant déjà sa quantité suffisante. Ainsi l'air ne tire jamais une
+atmosphère électrique d'aucun corps qu'à proportion des particules
+non-électriques qui se trouvent mêlées avec lui; il conserve plutôt &
+resserre une atmosphère qui par la répulsion mutuelle de ses parties
+tend à se dissiper, & se dissiperoit immédiatement dans le _vuide_.....
+Ainsi voilà l'explication de la plume enfermée dans un vaisseau de verre
+scellé hermétiquement, & qui se meut à l'approche du tube frotté.
+Lorsqu'une quantité surnuméraire du fluide électrique est appliquée au
+côté du vase par l'atmosphère du tube, une quantité est repoussée &
+chassée de la surface intérieure de ce côté dans le vase, & y affecte la
+plume, retournant ensuite dans ses pores, lorsque le tube avec son
+atmosphère est retiré; mais les particules de cette atmosphère ne
+passent point elles-mêmes au travers du verre à la plume..... tous les
+autres phénomènes qui se sont présentés à nous, & qui concernent le
+verre & l'électricité sont, si je ne me trompe, expliqués avec une égale
+facilité par la même hypothèse; elle peut bien néanmoins n'être pas
+vraye, & je serai fort obligé à quiconque m'en fournira une meilleure.
+
+73. Ainsi je prétens que la différence entre les corps non-électriques &
+le verre, qui est un corps originairement électrique, consiste en ces
+deux particularités; la première que le corps non-électrique souffre
+sans peine un changement dans la quantité du fluide électrique qu'il
+contient. Vous pouvez diminuer sa quantité totale, en en chassant une
+partie que le corps entier reprendra; mais quant au verre, tout ce que
+vous pouvez faire, c'est de diminuer la quantité contenuë dans une de
+ses surfaces, encore n'en viendrez-vous à bout qu'en fournissant en même
+tems une quantité égale, à l'autre surface, de sorte que le verre entier
+puisse avoir la même quantité dans les deux surfaces, leurs deux
+quantités différentes étant ajoutées ensemble, ce qui ne peut même
+s'exécuter que dans un verre fort mince; nous ne connoissons jusqu'ici
+aucun moyen d'opérer ce changement au-delà d'une certaine épaisseur.
+
+La seconde que le feu électrique se transporte aisément d'un endroit à
+un autre, dans & à travers la substance d'un corps non-électrique, mais
+non à travers la substance du verre. Si vous en présentez une quantité à
+l'extrémité d'une longue baguette de métal, elle la reçoit, &
+lorsqu'elle y entre, chaque particule qui étoit auparavant dans la
+baguette pousse vivement sa voisine à l'extrémité la plus éloignée où le
+surplus est déchargé, & cela dans un instant lorsque la baguette fait
+partie du cercle dans l'expérience du choc; mais le verre à cause de la
+petitesse de ses pores ou de l'attraction plus forte de ce qu'il
+contient ne se prête pas à un mouvement si libre. Une baguette de verre
+ne conduira pas un choc, & le verre le plus mince ne laissera entrer
+aucune particule dans aucune de ses surfaces pour traverser de l'une à
+l'autre.
+
+74. De là nous voyons l'impossibilité du succès dans les expériences
+proposées, de tirer les _effluves_ salutaires d'un corps non-électrique,
+de la canelle par exemple, & de les mêler avec le fluide électrique pour
+les faire passer avec lui dans le corps, en l'enfermant dans le tube, &
+le soumettant au frottement, &c. Car quoique les effluves de la canelle
+& le fluide électrique fussent mêlés dans le globe, ils ne sortiroient
+jamais ensemble à travers les pores du verre, & ainsi n'iroient point au
+premier conducteur; car le fluide électrique lui-même ne sçauroit passer
+au travers, & le premier conducteur est toujours fourni par le coussin,
+& celui-ci par le plancher; & d'ailleurs lorsque le globe est rempli de
+canelle ou d'un autre corps non-électrique, le fluide électrique ne peut
+être tiré de la surface extérieure par la raison ci-dessus énoncée. J'ai
+essayé un autre moyen que je croyois plus efficace pour obtenir un
+mêlange de fluide électrique & d'autres effluves, si un tel mélange eût
+été possible.
+
+Je plaçai une lame de verre sous mon coussin pour couper la
+communication entre le coussin & le plancher; alors je conduisis une
+petite chaîne du coussin dans un vase d'huile de térébentine, & j'amenai
+une autre chaîne de l'huile de térébentine au plancher, prenant garde
+que la chaîne du coussin au verre ne touchât aucune partie du cadre de
+la machine; une autre chaîne fut attachée au premier conducteur, & tenue
+dans la main d'une personne qui devoit être électrisée. Les extrémités
+des deux chaînes dans le verre étoient environ à un pouce de distance
+l'une de l'autre, l'huile de térébentine entre deux. Les choses ainsi
+disposées, je ne pus tirer le feu du plancher à travers la machine, la
+communication étant interceptée par l'épaisseur de la lame de verre sous
+le coussin; il fallut donc le tirer à travers les chaînes, dont les
+extrémités étoient enfoncées dans l'huile de térébentine; & comme cette
+huile étant un corps originairement électrique, ne pouvoit conduire ce
+qui sortoit du plancher, il étoit donc obligé de sauter de l'extrémité
+d'une chaîne à l'extrémité de l'autre à travers la substance de cette
+huile, ce que nous voyions dans de grandes étincelles; ainsi le feu
+électrique eut une belle occasion de saisir quelques-unes des particules
+les plus déliées de l'huile dans son passage, & de les entraîner avec
+lui; mais cet effet ne s'ensuivit pas, & je n'apperçus pas la moindre
+différence entre l'odeur de ces écoulemens électriques ainsi rassemblés,
+& celle qu'ils ont lorsqu'ils sont rassemblés d'une autre manière, & ils
+n'affectent pas autrement le corps d'une personne électrisée.
+
+Je mis pareillement dans une fiole au lieu d'eau une liqueur fortement
+purgative, & alors je chargeai la fiole, & j'en tirai des coups à
+plusieurs reprises. Dans ce cas il falloit que chaque particule de
+fluide électrique, avant que de traverser mon corps, eût premièrement
+traversé la liqueur, lorsque la fiole se chargeoit, & qu'elle la
+traversât de nouveau lorsque la fiole se déchargeoit, & cependant il ne
+s'ensuivit pas d'autre effet que si la fiole eût été chargée avec de
+l'eau. J'ai aussi senti le feu électrique lorsqu'il avoit traversé l'or,
+l'argent, le cuivre, le plomb, le fer, le bois & le corps humain, sans y
+appercevoir aucune différence: l'odeur est toujours la même lorsque
+l'étincelle ne brûle pas ce qu'elle frappe, c'est pourquoi j'imagine
+qu'elle ne prend son odeur d'aucune qualité des corps qu'elle traverse,
+& en effet comme cette odeur abandonne si rapidement la matière
+électrique & s'attache au revers du doigt qui reçoit les étincelles,
+ainsi qu'aux autres choses, je soupçonne qu'elle n'a aucune connexion
+avec elle, mais qu'elle se forme sur le champ de quelque chose dans
+l'air, que l'air même pousse sur elle; car si elle étoit assez déliée
+pour passer avec le fluide électrique à travers le corps d'une personne,
+pourquoi s'arrêteroit-elle sur la peau d'une autre?
+
+Mais je n'aurois jamais fait, si je vous entretenois de toutes mes
+conjectures, pensées & imaginations sur la nature & sur les opérations
+de ce fluide électrique, & si je vous rapportois les diverses petites
+expériences que nous avons essayées. Cet écrit n'est déjà que trop long;
+je vous en demande pardon; je n'ai pas eu le tems de le faire plus
+court. J'ajouterai seulement que, comme il a été observé ici que l'on
+peut enflammer en été les esprits par le moyen d'une étincelle
+électrique sans les avoir chauffés, lorsque le thermomètre de
+_Farhenheit_ est au-dessus de 70. Ainsi lorsqu'il fait plus froid, si
+l'opérateur met une petite bouteille platte dans son sein ou dans son
+gousset avec la cuillier quelque tems avant d'en faire usage, la chaleur
+de son corps leur en communiquera une plus que suffisante pour le
+dessein qu'il se propose.
+
+«L'imperméabilité du verre étant contestée par M. L. N. Lettre IV. il
+seroit dans l'ordre de rapporter ici les réponses que lui a faites Mr.
+David Colden. Mais comme les remarques de ce dernier embrassent
+plusieurs objets qu'il eût été embarrassant de séparer, pour les mettre
+chacun à sa place, il a paru plus convenable de les laisser comme il les
+a écrites sous le titre de Lettre XIV.»
+
+
+
+
+_LETTRE VI._
+
+
+_1er. Septembre 1747._
+
+MONSIEUR,
+
+Je vous ai appris dans ma derniere lettre qu'en continuant nos
+recherches électriques, nous avions observé quelques Phénomènes
+singuliers que nous avons regardé comme nouveaux; je me suis engagé à
+vous en rendre compte, quoique j'appréhende qu'ils n'ayent pas pour vous
+le mérite de la nouveauté. Tant de personnes ont travaillé en Europe sur
+les expériences électriques, que quelqu'un se sera probablement
+rencontré avec nous sur les mêmes observations.
+
+Le premier Phénomène est l'étonnant effet des corps pointus tant pour
+tirer que pour pousser le feu électrique. Par exemple.
+
+75. Placez un boulet de fer de trois ou quatre pouces de diamètre sur
+l'orifice d'une bouteille de verre bien nette & bien séche: par un fil
+de soye attaché au plat-fond précisément au-dessus de l'orifice de la
+bouteille, suspendez une petite boule de liége environ de la grosseur
+d'une balle de mousquet: que le fil soit de longueur convenable pour que
+la boule de liége vienne s'arrêter à côté du boulet; électrisez le
+boulet, & le liége sera repoussé à la distance de 4. ou 5. pouces plus
+ou moins, suivant la quantité d'électricité...... Dans cet état si vous
+présentez au boulet la pointe d'un poinçon long & délié à 6. ou 8.
+pouces de distance, la répulsion sera détruite sur le champ, & le liége
+volera vers le boulet. Pour qu'un corps émoussé produise le même effet,
+il faut qu'il soit approché à un pouce de distance, & qu'il tire une
+étincelle. Afin de prouver que le feu électrique est _tiré_ par la
+pointe, si vous ôtez de son manche le côté applati du poinçon, & que
+vous le fixiez sur un bâton de cire à cacheter, vous présenterez en vain
+le poinçon à la même distance, ou l'approcherez encore de plus près, le
+même effet n'en résultera point; mais glissez le doigt le long de la
+cire, jusqu'à ce que vous touchiez le côté applati, le liége alors
+volera sur le champ vers le boulet..... Si vous présentez cette pointe
+dans l'obscurité, vous y verrez quelquefois à un pied de distance &
+plus, une lumière brillante, semblable à un feu follet, ou à un ver
+luisant.[36] Moins la pointe est aiguë, plus il faut l'approcher pour
+appercevoir la lumière, & à quelque distance que vous voyiez la lumière,
+vous pouvez _tirer_ le feu électrique, & détruire la répulsion.... Si
+une boule de liége ainsi suspenduë est repoussée par le tube, & que la
+pointe lui soit brusquement présentée, même à une distance considérable,
+vous serez étonné de voir avec quelle rapidité le liége revole vers le
+tube. Des pointes de bois feroient le même effet que celles de fer,
+pourvû que le bois ne fût pas sec; car un bois parfaitement sec n'est
+pas meilleur conducteur d'électricité que la cire d'Espagne.
+
+[Note 36: Quand l'Électricité est forte & la pointe bien fine, la
+lumière paroît jusqu'à la distance d'une toise.]
+
+76. Pour montrer que les pointes _poussent_ aussi bien qu'elles _tirent_
+le feu électrique, couchez une longue aiguille pointuë sur le boulet, &
+vous ne pourrez assez électriser le boulet pour lui faire repousser la
+boule de liége... ou bien faites tenir à l'extrèmité d'un canon de fusil
+suspendu, ou d'une verge de fer, une aiguille qui pointe en avant comme
+une espèce de petite bayonnette, dans cet état le canon de fusil ou la
+verge ne sauroit par l'application du tube à l'autre extrèmité, être
+électrisé au point de donner une étincelle; le feu s'échape ou s'écoule
+continuellement en silence par la pointe. Dans l'obscurité vous pouvez
+lui voir produire le même effet que dans le cas dont nous venons de
+parler.
+
+La répulsion entre la balle de liége & le boulet est pareillement
+détruite, 1°. en sassant dessus du sable fin, ce qui la détruit par
+dégrés; 2°. en soufflant dessus, 3°. en faisant autour, de la fumée de
+bois brulé;[37] 4°. par la lumière d'une chandelle[38] quand même la
+chandelle seroit à un pied de distance. Par ces moyens la répulsion est
+détruite subitement.... La lumière d'un charbon de bois allumé & la
+lueur d'un fer rouge produisent le même effet; mais non pas à une si
+grande distance. La fumée de résine séche, fonduë sur un fer rouge, ne
+détruit pas la répulsion; mais elle est attirée & par la balle de liége
+& par le boulet, formant autour d'eaux des atmosphères proportionnées, &
+les rendant agréables à la vûë, & presque semblables à quelques-unes des
+figures qui sont dans la Théorie de la terre de _Burnet_ ou de
+_Whiston_.
+
+[Note 37: Nous supposons que chaque particule de sable, d'humidité ou de
+fumée étant d'abord attirée, & ensuite repoussée, emporte avec elle une
+portion de feu électrique, mais que cette portion subsiste toujours dans
+ces particules, jusqu'à ce qu'elles la communiquent à quelqu'autre
+corps, & qu'elle n'est jamais réellement détruite; ainsi quand on jette
+de l'eau sur du feu commun, nous n'imaginons point que ce dernier
+élément soit par-là détruit & anéanti, mais seulement dispersé, chaque
+particule d'eau emportant en vapeurs la portion de feu qu'elle a attirée
+& qu'elle s'est attachée.]
+
+[Note 38: Quelques observations que j'ai faites depuis me portent à
+penser que ce n'est pas la lumière, mais la fumée, ou les écoulemens
+non-électriques de la chandelle, du charbon ou du fer rouge, qui
+emportent le feu électrique, parce qu'ils sont d'abord attirés & ensuite
+repoussés.]
+
+N. B. Cette expérience doit être faite dans un cabinet où l'air soit
+fort tranquille.
+
+77. La lumière du Soleil poussée avec force & long-tems de suite par le
+moyen d'un miroir ardent sur la boule de liége, que sur le boulet, ne
+diminuë aucunement la répulsion. Cette différence entre la lumière du
+feu & la lumière du Soleil est une autre découverte qui nous semble
+nouvelle & extraordinaire.
+
+
+EXPÉRIENCES,
+
+78. Prenez de grandes balances de cuivre dont le fleau soit au moins
+long de deux pieds, & dont les cordons soient de soye; suspendez-les par
+une ficelle attachée au plat-fond, de sorte que le fond des bassins
+puisse être environ à un pied du plancher; les bassins tourneront
+circulairement par le détortillement de la ficelle; plantez le poinçon
+sur le plancher, de manière que les bassins puissent passer au-dessus de
+sa tête en décrivant leur cercle; électrisez alors un bassin en lui
+communiquant une étincelle du fil-d'archal de la fiole chargée; comme
+les balances tournent toujours, vous verrez ce bassin s'avancer plus
+près du plancher, & s'abaisser davantage, lorsqu'il vient sur le
+poinçon; & s'il est placé à une distance convenable, le bassin
+étincellera, & déchargera son feu sur cet instrument. Mais si on attache
+une aiguille sur l'extremité du poinçon, la pointe en haut, le bassin au
+lieu de s'approcher de l'instrument & d'étinceller en le frappant,
+déchargera son feu en silence à travers la pointe, & s'élevera plus haut
+que le poinçon; & même si l'aiguille est placée sur le plancher auprès
+du poinçon, la pointe en haut, l'extremité de l'instrument, quoique
+beaucoup plus élevée que l'aiguille, n'attirera point le bassin, & ne
+recevra point son feu, car l'aiguille le prendra & le dissipera avant
+qu'il vienne assez près pour agir sur le poinçon. C'est une observation
+constante dans ces expériences, que plus la quantité d'électricité sur
+le conducteur de carton est grande, plus il frappe de loin, & décharge
+son feu aisément; & la pointe pareillement le tirera toujours à une plus
+grande distance.
+
+_Fin du premier Volume._
+
+
+
+
+
+ EXPÉRIENCES
+ ET
+ OBSERVATIONS
+ SUR
+ L'ÉLECTRICITÉ
+ FAITES
+ A PHILADELPHIE EN AMÉRIQUE
+ PAR
+ M. BENJAMIN FRANKLIN;
+ & communiquées dans plusieurs Lettres à M. P. COLLINSON,
+ de la Société Royale de Londres.
+
+ _Traduites de l'Anglois._
+
+
+ SECONDE EDITION.
+
+_Revue, corrigée & augmentée d'un supplément considérable du même
+auteur, avec des Notes & des Expériences nouvelles._
+
+ _Par_ M. D'ALIBARD.
+
+
+
+ TOME SECOND.
+
+
+ _A PARIS_
+ Chez DURAND, ruë du Foin, au Griffon.
+
+ M. DCC. LV.
+
+ _Avec Approbation & Privilège du Roi._
+
+
+
+
+
+LETTRES
+SUR L'ÉLECTRICITÉ
+DE
+M. BENJ. FRANKLIN
+_de Philadelphie en Amérique_,
+
+A
+
+M. P. COLLINSON
+_de la Société Royale de Londres_.
+
+
+
+
+_LETTRE VII._
+
+_Contenant des observations & des suppositions tendantes à former une
+nouvelle hypothèse pour expliquer les différens phénomènes des éclats de
+tonnerre._[39]
+
+[Note 39: Les éclats de tonnerre sont des coups soudains de tonnerre &
+d'éclairs qui sont ordinairement de peu de durée, mais qui produisent
+quelquefois de funestes effets.]
+
+
+MONSIEUR,
+
+§. 79. Les corps non-électriques, lorsqu'ils ont été chargés de feu
+électrique, le retiennent jusqu'à ce qu'on en approche d'autres corps
+non-électriques qui en ayent moins, & alors il est communiqué avec
+craquement, & se trouve également distribué.
+
+80. Le feu électrique aime l'eau, il en est fortement attiré, & ces deux
+élemens peuvent subsister ensemble.
+
+81. L'air est un corps originairement électrique, & lorsqu'il est sec,
+il n'est point conducteur du feu électrique, il ne le reçoit point des
+autres corps, & ne leur donne point; autrement aucun corps environné
+d'air ne pourroit être électrisé positivement & négativement; car si on
+essayoit de l'électriser positivement, l'air emporteroit aussitôt le
+surplus, ou si c'étoit négativement, l'air suppléeroit à ce qui
+manqueroit.
+
+82. L'eau étant électrisée, les vapeurs qui s'en exhalent seront
+également électrisées, & flottant dans l'air sous la forme de nuages ou
+autrement, elles retiendront cette quantité de feu électrique jusqu'à ce
+qu'elles rencontrent d'autres nuages ou d'autres corps qui ne soient pas
+électrisés au même point, & alors elles le communiqueront, comme il a
+été dit ci-devant.
+
+83. Chaque particule de matière électrisée est repoussée par chaque
+autre particule également électrisée; ainsi le courant d'une fontaine
+également serré & continu, dès qu'il sera électrisé, se séparera &
+s'étendra sous la forme d'une vergette, chaque goute faisant effort pour
+s'éloigner de chaque autre goute; mais lorsque le feu électrique leur
+est enlevé, elles se raprochent & se rejoignent.
+
+84. L'eau qui est fortement électrisée (aussi bien que celle qui est
+échauffée par le feu commun,) s'éleve en vapeurs plus abondamment,
+l'attraction de cohésion entre ses particules étant considérablement
+affoiblie par la puissance opposée de répulsion introduite avec le feu
+électrique; & lorsque quelque particule est dégagée par quelque moyen
+que ce soit, elle est immédiatement repoussée, & s'envole ainsi dans
+l'air.
+
+85. S'il arrive que les particules soient situées comme A & B, elle sont
+plus aisément dégagées que C & D, parce que chacune est en contact avec
+trois seulement, au lieu que C & D sont chacune en contact avec neuf.
+Lorsque la surface de l'eau éprouve la moindre agitation, les particules
+sont continuellement poussées dans l'état représenté par la figure VIII.
+
+86. Le frottement entre un corps non-électrique & un corps
+originairement électrique produit le feu électrique, non en le _créant_,
+mais en le _rassemblant_: car il est également répandu dans nos murs,
+dans nos chambres, dans la terre & dans toute la masse de la matière
+commune; ainsi le globe de verre tournant, tandis qu'il frotte contre le
+coussin, tire le feu du coussin, lequel en est dédommagé par le cadre de
+la machine, & ce cadre par le plancher sur lequel il est posé. Coupez la
+communication par le moyen d'un verre épais ou d'un gâteau de cire placé
+sous le coussin, le feu ne peut plus être produit, parce qu'il ne peut
+plus être rassemblé.
+
+87. L'Océan est un composé d'eau, corps non-électrique, & de sel, corps
+originairement électrique.
+
+88. Lorsqu'il y a du frottement entre les parties voisines de sa
+surface, le feu électrique est rassemblé des parties inférieures; il est
+alors manifestement visible dans la nuit, il paroît à la pouppe & dans
+le sillage de chaque vaisseau qui fait route; on l'apperçoit à chaque
+coup de rame, dans l'écume des vagues & dans les parties d'eau élevées
+par le vent.... Dans une tempête toute la mer paroît en feu.... Les
+particules d'eau étant alors repoussées de la surface électrisée
+entrainent continuellement le feu tel qu'il a été rassemblé, elles
+s'élèvent & forment des nuages, & ces nuages fortement électrisés
+retiennent le feu jusqu'à ce qu'ils aient occasion de le communiquer.
+
+89. Les particules d'eau s'élevant en vapeurs s'attachent elles-mêmes
+aux particules d'air.
+
+90. On dit que les particules d'air sont dures, rondes, désunies &
+éloignées l'une de l'autre, chaque particule repoussant fortement chaque
+autre particule; par ce moyen elles s'éloignent autant que leur gravité
+commune le permet.
+
+91. L'espace entre trois particules qui se repoussent également l'une
+l'autre, sera un triangle équilatéral.
+
+92. Dans l'air comprimé ces triangles sont plus resserrés, dans l'air
+raréfié ils sont plus étendus.
+
+93. Le feu commun associé à l'air augmente la répulsion, élargit les
+triangles, & par là rend l'air spécifiquement plus léger; cet air
+s'élevera au-dessus d'un air plus dense.
+
+94. Le feu commun aussi bien que le feu électrique donne de la répulsion
+aux particules d'eau, & détruit leur attraction de cohésion; de-là le
+feu commun, aussi bien que le feu électrique, facilite l'élévation des
+vapeurs.
+
+95. Les particules d'eau qui ne renferment point de feu s'attirent
+mutuellement. Trois particules d'eau étant donc attachées aux trois
+particules d'un triangle d'air, & s'opposant par leur attraction
+réciproque à la répulsion de l'air, racourciroient les côtés, &
+diminueroient le triangle; delà cette portion d'air étant rendue plus
+dense tomberoit à terre avec son eau, & ne s'éleveroit point pour
+contribuer à la formation d'un nuage.
+
+96. Mais si chaque particule d'eau, s'attachant elle-même à l'air, amène
+avec elle une particule de feu commun, la répulsion de l'air étant
+plutôt favorisée & fortifiée par le feu, qu'embarrassée & rallentie par
+l'attraction réciproque des particules d'eau, le triangle s'étend, &
+cette portion d'air devenue plus rare, & spécifiquement plus légère
+s'éleve.
+
+97. Si les particules d'eau amènent du feu électrique, lorsqu'elles
+s'attachent elles-mêmes à l'air, la répulsion entre les particules d'eau
+électrisées se joint à la répulsion naturelle de l'air, afin de pousser
+avec force ses particules à une plus grande distance; par là les
+triangles sont dilatés, & l'air s'élève emportant l'eau avec lui.
+
+98. Si les particules d'eau amènent avec elles des portions du feu
+commun & du feu électrique, la répulsion des particules d'air se
+fortifie & s'accroît de plus en plus, & les triangles sont de beaucoup
+élargis.
+
+99. Une particule d'air peut être environnée par douze particules d'eau
+d'un volume égal au sien, toutes en contact avec elle, & de plusieurs
+autres ajoutées à celles-là.
+
+100. Les particules d'air ainsi chargées seroient plus rapprochées
+ensemble par l'attraction mutuelle des particules d'eau, si le feu, soit
+commun, soit électrique, ne favorisoit pas leur répulsion.
+
+101. Si l'air ainsi chargé est comprimé par des vents contraires, s'il
+est poussé contre des montagnes, &c. ou condensé par la perte du feu qui
+favorisoit son expansion, les triangles se resserrent: l'air avec son
+eau descend comme une rosée; ou si l'eau environnant une particule
+d'air, vient en contact avec l'eau qui en environne une autre, elles se
+réunissent & forment une goute, ce qui nous donne la pluye.
+
+102. Le soleil fournit, ou semble fournir le feu commun à toutes les
+vapeurs qui s'élèvent tant de la terre que de la mer.
+
+103. Ces vapeurs qui ont en elles du feu électrique & du feu commun,
+sont mieux soutenuës que celles qui n'ont que du feu commun. Car lorsque
+les vapeurs s'élèvent dans la région la plus froide au-dessus de la
+terre, le froid, s'il diminue le feu commun, ne diminuera point le feu
+électrique.
+
+104. Delà les nuages formés par des vapeurs élevées des eaux fraîches de
+la terre, des végétaux, de la terre humide, &c. déposent leur eau & plus
+vîte & plus aisément, n'ayant que peu de feu électrique pour repousser
+les molécules, & les tenir séparées, de sorte que la plus grande partie
+de l'eau élevée de la terre est abandonnée & retombe sur la terre. Les
+vents qui soufflent sur la mer sont secs. La mer ayant peu besoin de
+pluye, paroîtroit-il raisonnable de priver la terre de son humidité,
+pour la donner à la mer en pure perte?
+
+105. Mais les nuages formés par les vapeurs élevées de la mer, ayant les
+deux feux, & surtout une grande quantité de feu électrique soutiennent
+fortement leur eau, l'élèvent à une grande hauteur, & étant agités par
+les vents peuvent l'amener du milieu de l'Océan au milieu du plus vaste
+continent.
+
+»Quoique cette hypothèse du tonnerre soit contestée par M. L. N. je
+n'entreprendrai point de la défendre. On ne doit la regarder que comme
+les premières idées que M. Franklin a euës sur la nature de ce météore;
+il ne les donne lui-même que pour des conjectures qu'il abandonnera dès
+que d'autres observations lui feront connoître qu'elles sont mal
+fondées. C'est cependant à ces conjectures que la physique est redevable
+des importantes découvertes qui font autant d'honneur à leur premier
+auteur qu'elles en font peu à quiconque cherche à tourner en ridicule
+ceux qui sont entrés dans ses vûes.
+
+106. Nous allons examiner présentement ce qui oblige les nuages de
+l'Océan qui soutiennent leur eau avec tant de force à la déposer sur les
+terres qui en manquent.
+
+107. Si ces nuages sont poussés par des vents contre des montagnes, ces
+montagnes étant moins électrisées les attirent, & dans le contact
+emportent leur feu électrique; & comme elles sont froides, elles
+emportent aussi leur feu commun; delà les molécules pressent vers les
+montagnes, & se pressent l'une l'autre. Si l'air est peu chargé, le
+nuage tombe seulement en rosée sur le sommet & sur les côtés des
+montagnes; il forme des fontaines & descend dans les vallées en petits
+ruisseaux, qui par leur réunion font les grands courans & les rivières.
+S'il est fort chargé, le feu électrique sort tout à la fois d'un nuage
+entier, & en l'abandonnant il brille comme un éclair & craque avec
+violence: les particules se réunissent d'abord faute de ce feu, &
+tombent en grosses ondées.
+
+108. Lorsque le sommet des montagnes attire ainsi les nuages & tire le
+feu électrique du premier nuage qui l'aborde, celui qui suit, lorsqu'il
+approche du premier nuage actuellement dépouillé de son feu, lui lance
+le sien, & commence à déposer son eau propre. Le premier nuage lançant
+de nouveau ce feu dans les montagnes, le troisiéme nuage approchant, &
+tous les autres arrivant successivement agissent de la même manière
+d'aussi loin qu'ils s'étendent en arrière, ce qui peut être sur une
+étendue de pays de quelques centaines de lieuës.
+
+109. Delà les déluges de pluyes, les tonnerres, les éclairs perpétuels
+sur la côte orientale des _Andes_, qui courant nord-sud & étant
+prodigieusement hautes, interceptent tous les nuages amenés contre elles
+de l'Océan atlantique par les vents de mer, & les obligent à déposer
+leurs eaux, qui forment les rivières immenses des Amazones, de la Plata,
+& d'Oroonoke, lesquelles renvoyent ces eaux dans la même mer, après
+avoir fertilisé un pays d'une étenduë fort considérable.
+
+110. Quoiqu'un pays soit uni & sans montagnes qui interceptent les
+nuages électrisés, il y a cependant encore des moyens pour les obliger à
+déposer leurs eaux; car si un nuage électrisé, venant de la mer,
+rencontre dans l'air un nuage élevé de la terre, & par conséquent
+non-électrisé, le premier lancera son feu dans le dernier, & par ce
+moyen les deux nuages seront contraints de déposer subitement leurs
+eaux.
+
+111. Les particules électrisées du premier nuage se resserrent
+lorsqu'elles perdent leur feu, les particules de l'autre nuage se
+resserrent aussi en le recevant. Dans l'un & l'autre elles ont ainsi la
+facilité de se réunir en goutes..... La commotion ou la secousse donnée
+à l'air contribuë aussi à précipiter l'eau, non-seulement de ces deux
+nuages, mais des autres qui les avoisinent, delà les chutes de pluyes
+soudaines immédiatement après la lumière des éclairs.
+
+112. Pour le montrer par une expérience facile, prenez deux cercles de
+carton de deux pouces de diamètres; du centre & de la circonférence de
+chaque cercle, suspendez par des fils de soye longs de dix-huit pouces,
+sept petites boules de bois ou sept poids de grosseur égale. Les boules
+ainsi suspenduës à chaque carton formeront trois à trois des triangles
+équilatéraux, une boule étant dans le centre & six à égale distance de
+celle-là & les unes des autres; dans cette situation elles
+représenteront les particules d'air; enfoncez les deux bandes dans
+l'eau, alors cette liqueur s'attachant & tenant un peu à chaque boule,
+elles représenteront l'air chargé. Electrisez adroitement une bande, &
+ses boules se repousseront l'une l'autre à une plus grande distance en
+élargissant les triangles. Si l'eau soutenuë par les sept boules venoit
+en contact, elle formeroit une ou plusieurs goutes assez pésantes pour
+rompre la cohésion qu'elle avoit avec les boules, & ainsi elle se
+précipiteroit... Que les deux bandes représentent donc deux nuages;
+l'une un nuage de mer électrisé, & l'autre un nuage de terre. Amenez-les
+dans la sphère d'attraction, elles s'attireront l'une l'autre, & vous
+verrez ainsi les boules désunies se resserrer. La première boule
+électrisée qui approche d'une boule non-électrisée, la joint par
+attraction, & lui donne de son feu: aussitôt elles se séparent &
+revolent chacune à une autre boule de sa bande, l'une pour donner,
+l'autre pour recevoir du feu. Cela se continuë ainsi à travers les deux
+bandes, mais avec une telle vîtesse quelle est presque instantanée. Dans
+la collision elles secouent & font tomber leur eau en goutes, ce qui
+représente la pluye.
+
+113. Ainsi lorsque les nuages de mer & de terre passent à une trop
+grande distance pour étinceller, ils sont attirés l'un vers l'autre
+jusques dans cette distance, car la sphère d'attraction électrique
+s'étend beaucoup au-delà de la distance ou les corps étincellent.
+
+114. Lorsqu'un grand nombre de nuages de mer rencontre une quantité de
+nuages de terre, les étincelles électriques paroissent s'élancer de
+différens côtés; & comme les nuages sont agités & mêlés par les vents,
+ou rapprochés par la force de l'attraction électrique, ils continuent à
+donner & à recevoir étincelles sur étincelles, jusqu'à ce que le feu
+électrique soit également répandu dans tous.
+
+115. Lorsque le canon de fusil (dans les expériences électriques) ne
+contient que peu de feu électrique, il faut en approcher fort près le
+doigt avant de pouvoir en tirer une étincelle. Donnez lui plus de feu, &
+il donnera une étincelle à une plus grande distance. Deux canons de
+fusil unis, & aussi fortement électrisés, donneront une étincelle à une
+plus grande distance. Mais si deux canons de fusil électrisés frappent à
+deux pouces de distance, & font un éclat sensible, à quelle distance
+énorme ne doivent pas être portés le coup & le feu d'un nuage de 10000.
+acres électrisé, & combien son craquement ne doit-il pas être
+épouvantable?
+
+116. C'est une chose ordinaire de voir des nuages à différentes hauteurs
+tenir différens chemins, ce qui prouve différens courants d'air l'un
+au-dessus de l'autre. Comme l'air entre les tropiques est raréfié par le
+soleil, il s'élève; l'air du nord & du sud plus dense presse à sa place;
+l'air ainsi raréfié & contraint de monter passe du coté du nord & du
+côté du midi, & est forcé de descendre dans les régions polaires, s'il
+n'a point d'autre issuë avant que la circulation puisse être continuée.
+
+117. Comme les courants d'air avec les nuages suivent des routes
+différentes, il est aisé de concevoir comment les nuages passans l'un
+sur l'autre peuvent s'attirer réciproquement, & ainsi s'approcher
+suffisamment pour le choc électrique & de même comment les nuages
+électriques peuvent être emportés sur les terres fort loin de la mer,
+avant d'avoir aucune occasion de frapper.
+
+118. Lorsque l'air avec ses vapeurs élevées de l'Océan entre les
+tropiques, vient à descendre dans les régions polaires, & à être en
+contact avec les vapeurs qui y sont élevées, le feu électrique qu'elles
+amènent commence à être communiqué, & se fait appercevoir dans de belles
+nuits, étant d'abord visible où il commence à être en mouvement,
+c'est-à-dire où le contact commence, ou dans les régions les plus
+septentrionales: delà les courans de la lumière semblent s'élancer au
+sud, même jusqu'au zénith des contrées septentrionales. Mais quoique la
+lumière paroisse s'élancer du nord au midi, le progrès du feu est
+réellement du midi au nord. Son mouvement commence dans le nord, & voilà
+pourquoi il y est d'abord apperçu.
+
+Car le feu électrique n'est jamais visible que quand il est en mouvement
+& qu'il saute de corps en corps, ou de parcelle en parcelle au travers
+de l'air; lorsqu'il traverse des corps denses il est invisible. Lorsque
+le fil-d'archal fait partie du cercle dans l'explosion de la fiole
+électrique le feu, quoiqu'en grande quantité, passe dans le fil-d'archal
+invisiblement, mais en passant le long d'une chaîne il devient visible,
+parce qu'il saute de chaînon en chaînon. En passant le long d'une
+feuille d'or il est visible, parce que la feuille d'or est pleine de
+pores; tenez-en une feuille à la lumière elle vous paroîtra comme un
+réseau, & le feu est vû tandis qu'il saute sur les interstices.....
+Comme lorsqu'on ouvre à l'une de ses extrémités un long canal rempli
+d'eau pour le vuider, le mouvement de l'eau commence d'abord auprès de
+l'extrémité ouverte, & continue vers l'extrémité fermée, quoique l'eau
+elle-même avance de l'extrémité fermée vers l'extrémité ouverte; ainsi
+le feu électrique déchargé dans les régions polaires, peut-être sur une
+longueur de mille lieuës d'air évaporé, paroît d'abord où il est d'abord
+en mouvement, c'est-à-dire dans les parties les plus septentrionales, &
+l'apparition s'avance du côté du midi, quoique le feu avance réellement
+du côté du septentrion. Cela pourroit passer pour une explication de
+_l'aurore boréale_.
+
+119. Lorsqu'il y a une chaleur excessive sur la terre dans une région
+particuliere, (le soleil ayant brillé dessus peut-être pendant plusieurs
+jours, tandis que les contrées circonvoisines ont été couvertes par les
+nuages,) l'air inférieur est raréfié, & s'élève: l'air supérieur plus
+frais & plus dense descend. Les nuages dans cet air se rencontrent de
+tous côtés, & se réunissent aux endroits échauffés, & si les uns sont
+électrisés, & que les autres ne le soient pas, les éclairs & le tonnere
+succèdent, & la pluye tombe; delà les éclats de tonnerre après les
+chaleurs, & l'air frais après les orages. L'eau & les nuages qui
+l'amènent venant d'une région plus élevée, & par conséquent plus
+fraîche.
+
+120. Une étincelle électrique tirée d'un corps irrégulier à quelque
+distance, n'est presque jamais droite, mais elle paroît courbée &
+ondoyante dans l'air; ainsi paroissent les faisceaux d'éclairs, les
+nuages étant des corps fort irréguliers.
+
+121. Quand les nuages électrisés passent sur un pays, les sommets des
+montagnes & des, arbres, les tours élevées, les pyramides, les mâts des
+vaisseaux, les cheminées, &c. comme autant d'éminences & de pointes
+attirent le feu électrique, & le nuage entier s'y décharge.
+
+122. Ainsi il est dangereux de se mettre à l'abri sous un arbre pendant
+le tonnerre. Cette retraite a été funeste à plusieurs tant hommes que
+bêtes.
+
+123. Il est plus sûr d'être en pleine campagne par une autre raison.
+Lorsque les habits sont moüillés, si un tourbillon dans son chemin vers
+la terre vient à toucher votre tête, il courra dans l'eau sur la surface
+de votre corps, au lieu que si vos habits sont secs, votre corps en sera
+traversé.
+
+C'est pour cette raison qu'un rat mouillé ne peut être tué par
+l'explosion de la bouteille électrique, ce qui peut arriver à un rat
+dont la peau est séche.
+
+124. Le feu commun est dans tous les corps, plus ou moins, aussi bien
+que le feu électrique. Peut-être ne sont-ils l'un & l'autre que les
+modifications du même élément: peut-être aussi que ce sont des élémens
+distingués. Quelques auteurs ne s'éloignent pas de ce dernier sentiment.
+
+125. Si ce sont des matières différentes, ils peuvent subsister &
+subsistent ensemble dans le même corps.
+
+126. Lorsque le feu électrique traverse un corps, il agit sur le feu
+commun contenu dans ce corps, & met ce feu en mouvement; & s'il y a une
+quantité suffisante de chaque espèce de feu, le corps sera enflammé.
+
+127. Lorsque la quantité du feu commun dans le corps est petite, il faut
+que la quantité du feu électrique (ou le choc électrique) soit plus
+grande; si la quantité du feu commun est plus grande, une moindre
+quantité du feu électrique suffit pour produire l'effet de
+l'inflammation.
+
+128. Ainsi les esprits doivent être êchauffés[40] avant que l'on puisse
+les enflammer par l'étincelle électrique; s'ils sont fort échauffés, il
+ne faudra qu'une petite étincelle, s'ils le sont peu, il faudra une plus
+forte étincelle.
+
+[Note 40: Nous avons depuis enflammé des esprits sans les chauffer,
+lorsqu'il faisoit un temps chaud.]
+
+129. Jusqu'ici nous n'avions pû enflammer que des vapeurs chaudes, mais
+à présent nous pouvons brûler de la colophone séche. Lorsque nous
+pourrons nous procurer de plus grandes étincelles électriques, nous
+seront en état d'enflammer non-seulement les esprits froids, comme fait
+la foudre, mais même le bois, en donnant une agitation suffisante au feu
+commun qu'il contient, ce que nous sçavons que le frottement peut faire.
+
+130. Les vapeurs sulphureuses & inflammables qui s'élèvent de la terre
+sont aisément allumées par la foudre. Outre ce qui s'exhale de la terre,
+de pareilles vapeurs sont envoyées par des tas de foin humide, de bled
+ou autres végétaux qui s'échauffent & qui fument. Le bois pourri des
+vieux arbres & des vieux bâtimens fait le même effet, c'est pourquoi ces
+matières sont souvent & aisément enflammées.
+
+131. Les métaux sont souvent fondus par la foudre, quoiqu'ils ne le
+soient peut-être ni par la chaleur de la foudre, ni même par l'agitation
+du feu dans les mêmes métaux..... Car tout corps qui peut s'insinuer
+lui-même entre les particules du métal, & surmonter l'attraction par
+laquelle leur cohésion subsiste, (ce que peuvent faire les menstruës)
+changera le solide en fluide aussi bien que le feu, même sans
+l'échauffer. Ainsi le feu électrique ou la foudre causant une répulsion
+violente entre les particules du métal à travers duquel il passe, le
+métal est mis en fusion.
+
+132. Si vous vouliez fondre à un feu violent l'extrémité d'un clou à
+demi-enfoncé dans une porte, la chaleur communiquée au clou entier,
+avant d'en fondre une partie, brûleroit la planche où il est enfoncé, &
+la partie fonduë brûleroit le plancher où elle tomberoit. Mais si la
+foudre peut fondre une épée dans le fourreau & l'argent dans la bourse,
+sans brûler ni le fourreau ni la bourse, il faut que la fusion soit
+froide.
+
+133. La foudre déchire quelques corps: l'étincelle électrique perce
+aussi un trou à travers une main de gros papier. (§. 54.)
+
+134. Si l'origine de la foudre assignée dans cette feüille est la
+véritable, on entendroit fort peu de tonnerre en mer, lorsque l'on
+seroit fort éloigné de la terre, & en effet quelques vieux Capitaines de
+vaisseaux que l'on a consultés sur cet article, assurent que le fait
+s'accorde parfaitement avec l'hypothèse. Parce qu'en traversant le vaste
+Océan on n'entend guères le tonnerre qu'on ne soit arrivé près des côtes
+dans des endroits où l'on peut se servir de la sonde, & que les isles
+éloignées du continent y sont fort peu sujettes. Un observateur curieux
+qui a vécu treize ans aux Bermudes, remarque qu'il y a eu moins de
+tonnerre pendant tout le tems qu'il y a séjourné, qu'il n'en a
+quelquefois entendu dans un mois à la Caroline.
+
+Maintenant si le feu de l'électricité & celui de la foudre sont le même,
+comme j'ai tâché de le prouver, notre conducteur de carton & les bassins
+de l'expérience de la balance (78.) peuvent représenter les nuages
+électrisés. Si un tube long seulement de dix pieds frappe & décharge son
+feu sur le poinçon à deux ou trois pouces de distance, un nuage
+électrisé qui est peut-être de dix mille acres, peut frapper & décharger
+son feu sur la terre à une distance proportionnellement plus grande. Le
+mouvement horizontal des bassins sur le plancher, peut représenter le
+mouvement des nuages sur la terre, & le poinçon élevé, les montagnes &
+les plus hauts édifices, & alors nous voyons comment les nuages
+électrisés passant sur les montagnes & sur les bâtimens à une trop
+grande hauteur pour les frapper, peuvent être attirés en bas jusques
+dans la distance qui leur est nécessaire pour cet effet; & enfin si une
+aiguille est fixée sur un poinçon, la pointe en haut, ou même sur le
+plancher au-dessous du poinçon, elle tirera le feu du bassin en silence
+à une distance beaucoup plus grande que la distance requise pour
+frapper, & préviendra ainsi sa descente vers le poinçon; ou si dans sa
+course le bassin étoit venu assez près pour frapper, il ne le pourroit,
+parce qu'il auroit été d'abord privé de son feu, & par-là le poinçon est
+garanti du choc.
+
+Je demande, cette supposition admise, si la connoissance du pouvoir des
+pointes ne pourroit pas être de quelque avantage aux hommes pour
+préserver les maisons, les églises, les vaisseaux, &c. des coups de la
+foudre, en nous engageant à fixer perpendiculairement sur les parties
+les plus élevées de ces édifices des verges de fer faites en forme
+d'aiguilles & dorées pour prévenir la rouille, & du pied de ces verges
+un fil-d'archal abaissé vers l'extérieur du bâtiment dans la terre, ou
+autour d'un des aubans d'un vaisseau, ou sur le bord jusqu'à ce qu'il
+touche l'eau? Ces verges de fer ne tireroient-elles pas probablement le
+feu électrique en silence hors du nuage, avant qu'il vint assez près
+pour frapper? & par ce moyen ne pourrions-nous pas être préservés de
+tant de désastres soudains & effroyables?
+
+135. Pour décider cette question, sçavoir si les nuages qui contiennent
+la foudre sont électrisés ou non. J'ai imaginé de proposer une
+expérience à tenter en un lieu convenable à cet effet. Sur le sommet
+d'une haute tour ou d'un clocher, placez une espèce de guérite (comme
+dans la fig. IX.) assez grande pour contenir un homme & un tabouret
+électrique: du milieu du tabouret élevez une verge de fer, qui passe en
+se courbant hors de la porte, & delà se relève perpendiculairement à la
+hauteur de vingt ou trente pieds, & se termine en une pointe fort aiguë.
+Si le tabouret électrique est propre & sec, un homme qui y sera placé,
+lorsque des nuages électrisés y passeront un peu bas, peut être
+électrisé & donner des étincelles, la verge de fer lui attirant le feu
+du nuage. S'il y avoit quelque danger à craindre pour l'homme (quoique
+je sois persuadé qu'il n'y en a aucun) qu'il se place sur le plancher de
+la guérite, & que de tems en tems il approche de la verge le tenon d'un
+fil-d'archal, qui a une extrémité attachée aux plombs de la couverture,
+le tenant par un manche de cire; de cette force les étincelles, si la
+verge est électrisée, frapperont de la verge au fil-d'archal, & ne
+toucheront point l'homme.
+
+136. Avant d'abandonner le sujet de la foudre, je puis citer quelques
+autres rapports entre les effets de ce météore & ceux de l'électricité.
+On sçait que la foudre a souvent rendu des personnes aveugles. Un pigeon
+que nous croyions avoir frappé à mort par le choc électrique, recouvrant
+la vie, languit quelques jours dans la basse cour, ne mangea rien,
+quoiqu'on lui eût jetté des miettes de pain, s'affoiblit, & mourut. Nous
+ne fîmes point attention qu'il avoit été privé de la vûe; mais ensuite
+un poulet tué de la même manière étant ressuscité en soufflant à
+plusieurs reprises dans ses poumons; lorsqu'il fut posé sur le plancher,
+il alla donner de la tête contre la muraille, & après l'avoir examiné
+nous reconnûmes qu'il étoit parfaitement aveugle; delà nous conclûmes
+que le pigeon avoit aussi été entiérement aveuglé par le choc. Le plus
+grand animal que nous ayons tué ou essayé de tuer par le choc électrique
+est un fort gros poulet.
+
+137. En lisant dans la relation que l'ingénieux Docteur _Hales_ a donnée
+d'un orage arrivé à _Stretham_, l'effet de la foudre qui avoit dépouillé
+toute la peinture qui couvroit la moulure dorée d'un panneau de
+boiserie, sans avoir endommagé le reste de la peinture, il me vint dans
+l'idée de mettre une couche de peinture sur les filets d'or de la
+couverture d'un livre, & d'essayer l'effet d'un grand coup électrique
+porté à travers cet or par un carreau de verre chargé; mais n'ayant
+point de peinture sous la main, je collai dessus une bande étroite de
+papier, & lorsqu'elle fut séche, je portai le coup au travers la dorure;
+alors le papier fut renversé d'un bout à l'autre avec une telle force
+qu'il fut déchiré en plusieurs endroits, & qu'en d'autres il emporta une
+partie des grains du maroquin sur lequel il étoit collé. Je suis
+persuadé que s'il eût été peint, la peinture auroit été enlevée, de la
+même manière que celle de la boiserie de _Stretham_.
+
+138. La foudre fond les métaux, & j'ai avancé dans ma lettre sur ce
+sujet que je soupçonnois que c'était une fusion froide; je n'entens pas
+dire une fusion produite par la force du froid, mais une fusion sans
+chaleur. Nous avons aussi fondu l'or, l'argent & le cuivre en petites
+quantités par le coup électrique. Voici de quelles manière. Prenez une
+feuille d'or, d'argent ou de cuivre doré, communément appellé feüille de
+cuivre ou or d'Hollande: coupez de cette feuille des bandes longues &
+étroites de la largeur d'une paille: placez une de ces bandes entre deux
+lames de verre poli, qui soient environ de la largeur de votre doigt; si
+une bande d'or de la longueur de la feuille n'est pas assez longue pour
+le verre, ajoutez-en une autre à son extrémité; de sorte que vous
+puissiez avoir une petite partie qui déborde à chaque extrémité du
+verre: attachez ensemble les deux piéces de verre d'un bout à l'autre
+avec un bon fil de soye: alors placez-les de manière qu'elles fassent
+partie d'un cercle électrique, les extrémités de l'or qui pendent au
+dehors servant à faire l'union avec les autres parties du cercle: portez
+le coup au travers par le moyen d'un grand vase ou d'un carreau de verre
+électrisé. Si vos lames de verre demeurent entières, vous verrez que
+l'or manque en plusieurs endroits, & vous trouverez à la place des
+taches métalliques sur les deux verres. Ces taches sur le verre
+supérieur & sur le verre inférieur sont éxactement semblables jusques
+dans le moindre trait, comme on le peut distinguer en les tenant à la
+lumière. Le métal nous a paru avoir été non-seulement fondu, mais même
+vitrifié ou autrement, si enfoncé dans les pores du verre qu'ils
+paroissent le défendre contre l'action de la plus puissante eau forte &
+eau régale. Je vous envoye dans une boëte deux petites piéces de verre
+couvertes de ces taches métalliques, lesquelles ne peuvent être effacées
+sans enlever une partie du verre. Quelquefois la tache s'étend un peu
+plus que la largeur de la feuille, & paroît plus brillante sur le bord,
+comme vous pouvez l'observer sur celles-ci en les examinant de près.
+Quelquefois le verre se brise en morceaux; une fois le verre de dessus
+se cassa en mille piéces qui paroissoient comme des grains de gros sel.
+Ces morceaux que je vous envoye, ont été tachetés avec l'or d'Hollande;
+le vrai or fait une tache plus obscure & un peu rougeâtre, l'argent fait
+la tache verdâtre. Nous prîmes une fois deux morceaux de verre de miroir
+fort épais, larges d'environ un pouce & demi & longs de six pouces, &
+plaçant la feuille d'or entr'eux, nous les mîmes entre deux piéces de
+bois bien uni, nous les serrâmes dans une petite presse de relieur de
+livres, & quoiqu'ainsi serrées l'une contre l'autre, la force du choc
+électrique brisa le verre en plusieurs morceaux.... l'or fut fondu & fit
+des taches dans le verre à l'ordinaire. Les circonstances de ce
+brisement de verre varient beaucoup en faisant l'expérience, &
+quelquefois même le verre n'est point du tout brisé; mais il est
+constant que les taches des morceaux de dessus & de dessous sont
+exactement des contre parties les unes des autres. Et quoique j'aie pris
+les morceaux de verre entre mes doigts immédiatement après la fusion, je
+n'y ai jamais senti la moindre chaleur.
+
+139. J'ai dit dans une de mes précédentes lettres que la dorure sur un
+livre, quoique d'abord elle communiquât parfaitement bien le choc, le
+manquoit néanmoins après un petit nombre d'expériences, sans que nous
+pussions en donner la raison. Nous avons trouvé depuis qu'un choc
+violent rompt la continuité de l'or dans le filet, & le fait paroître
+comme de la poussière d'or, quantité de ses parties étant rompuës &
+écartées; il ne sçauroit guères conduire plus d'un choc dans toute sa
+force. En voici vraisemblablement la raison, lorsqu'il n'y a pas une
+parfaite continuité dans le cercle, il faut que le feu saute pardessus
+les intervalles; il y a une certaine distance qu'il est capable de
+franchir proportionnellement à sa force; si un nombre de petits
+intervalles, quoique chacun soit excessivement petit, pris ensemble
+excèdent cette distance, il ne peut sauter pardessus, & ainsi le choc
+est empêché ou du moins fort affoibli.
+
+140. En conséquence de la loi de l'Électricité dont nous avons parlé
+ci-devant, que les pointes; selon qu'elles sont plus ou moins aiguës,
+tirent & poussent le fluide électrique avec plus ou moins de force, à de
+plus grandes ou à de moindres distances, & dans de plus grandes ou de
+plus petites quantités en tems égal, nous pouvons trouver la manière
+d'expliquer la situation de la feuille d'or suspenduë entre deux lames
+métalliques, celle d'en haut étant continuellement électrisée, & celle
+d'en bas dans la mains d'une personne qui est debout sur le plancher.
+Lorsque la lame supérieure est électrisée, la feuille est attirée &
+élevée vers elle, & voleroit à cette lame, si elle n'étoit arrêtée par
+ses propres pointes; l'angle qui se trouve le plus haut, lorsque la
+feuille s'élève, ayant la pointe fort aigue à cause de l'extrême ténuité
+de l'or, tire & reçoit à une certaine distance une quantité suffisante
+de fluide électrique, pour se donner à lui-même une atmosphère
+électrique par laquelle son progrès à la lame supérieure est arrêté, &
+il commence à être repoussé de cette lame, & seroit renvoyé jusqu'à la
+lame inférieure sans que son angle le plus bas est pareillement une
+pointe, & pousse ou décharge le surplus de l'atmosphère de la feuille
+aussi promptement que l'angle supérieur l'attire; si la finesse de ces
+deux pointes étoit parfaitement égale, la feuille se placeroit
+exactement dans le milieu de l'espace, car la pésanteur n'est rien
+comparée au pouvoir qui agit sur elle; mais elle est généralement plus
+près de la lame non-électrisée, parce que quand la feuille est présentée
+à la lame électrisée à une certaine distance, la pointe la plus aiguë
+est communément affectée la première & élevée vers elle; ainsi cette
+pointe par sa plus grande finesse recevant le fluide trop tôt pour que
+son opposée puisse le décharger à distances égales, elle se retire de la
+lame électrisée, & s'avance plus près de la lame non-électrisée, jusqu'à
+ce qu'elle vienne à une distance où la décharge puisse être exactement
+égale à la charge. Cette dernière étant diminuée, & la première
+augmentée; & elle y demeure aussi long-tems que le globe continuë à
+fournir de nouvelle matière électrique. Ceci paroîtra évident, lorsque
+la différence de la finesse dans les angles sera devenuë fort grande.
+Coupez un morceau d'or d'Hollande (qui est le meilleur pour ces
+expériences, parce qu'il est plus fort) dans la forme de la figure X.
+que l'angle d'en haut soit un angle droit, les deux suivans des angles
+obtus, & le plus bas un angle fort aigu, & amenez cet or sur votre lame,
+qui est sous la lame électrisée, de manière que la partie coupée à angle
+droit puisse être d'abord élevée, ce qui se fait en couvrant la partie
+aiguë avec le creux de la main, & vous verrez la feüille prendre place
+beaucoup plus près de la lame supérieure que de la lame inférieure,
+parce que sans être plus près, elle ne peut recevoir aussi promptement à
+la pointe de son angle droit, qu'elle peut décharger à la pointe de son
+angle aigu. Tournez cette feüille de façon que la partie aiguë soit la
+plus élevée, & alors elle se placera tout auprès de la lame
+non-électrisée, parce qu'elle reçoit plus promptement à la pointe de
+l'angle aigu qu'elle ne peut décharger à la pointe de l'angle droit;
+ainsi la différence de distance est toujours proportionnelle à la
+différence d'accélération. Prenez garde en coupant votre feuille de ne
+pas laisser de petits lambeaux sur les extrémités, qui forment
+quelquefois des pointes où vous ne voudriez pas les avoir; vous pouvez
+faire cette figure si aiguë dans sa partie inférieure, & si obtuse dans
+sa partie supérieure, qu'il ne soit pas besoin de lame inférieure, se
+déchargeant d'elle-même assez promptement dans l'air. Si elle est plus
+étroite, comme on le voit dans la figure comprise entre les lignes
+ponctuées, nous l'appellons le _poisson d'or_, à cause de sa manière
+d'agir. Car si vous le prenez par la queuë, & que vous le teniez à un
+pied, ou à une plus grande distance horizontale du premier conducteur,
+lorsque vous le laisserez aller, il volera à lui avec un mouvement vif,
+mais ondoyant, semblable à celui d'une aiguille dans l'eau; il prendra
+place alors sous le premier conducteur, peu-être à un quart ou à un demi
+pouce de distance, & remuëra continuellement sa queuë comme un poisson,
+de sorte qu'il paroît animé. Tournez sa queuë, vers le premier
+conducteur, & alors il vole à votre doigt & semble le grignoter. Si vous
+tenez sous lui une lame à six ou huit pouces de distance, & si vous
+cessez de tourner le globe, lorsque l'atmosphère électrique du
+conducteur diminuë, il descendra sur la lame, & nagera encore en arrière
+à plusieurs reprises avec le même mouvement de poisson, ce qui fait un
+jeu amusant pour les spectateurs. Par une legère pratique d'émousser ou
+d'aiguiser les têtes, ou les queuës de ces figures, vous pouvez leur
+faire prendre la place que vous desirez, plus près ou plus loin de la
+lame électrisée.
+
+
+MÉMOIRE
+_Lû à l'Académie Royale des Sciences, le 13. Mai 1752. par M.
+D'ALIBARD._
+
+
+EXPÉRIENCES ET OBSERVATIONS
+SUR LE TONNERRE,
+_Relatives à celles de Philadelphie._
+
+Le tonnerre est un de ces phénomènes dont tous les physiciens ont éssaye
+de découvrir la nature, mais dont aucun n'a encore donné d'explication
+satisfaisante. Rien de plus commun que les effets de ce redoutable
+météore, rien de plus ignoré que leur cause; il semble même que plus on
+a fait d'efforts pour en approfondir le principe, plus on s'est écarté
+de la voye qui pouvoit y conduire. Les connoissances physiques n'étoient
+point encore assez avancées pour que l'on pût pénétrer un mistère dont
+l'intelligence étoit réservée à un siécle plus éclairé. Ce qui a causé
+la difficulté, ce qui a retardé jusqu'à présent l'explication de ce
+phénomène, c'est qu'on ne lui voyoit point de rapport à aucune chose
+connuë, & ce n'est que par l'enchaînement des rapports que l'on peut
+arriver d'une connoissance à une autre; il étoit impossible de rapporter
+le tonnerre à son vrai principe, puisque le principe même étoit inconnu.
+Les plus sages physiciens en sont restés à admirer les effets, sans
+pouvoir presque rien dire des causes; ou s'ils en ont hazardé
+quelqu'explication on reconnoît aisément dans leurs écrits que ce n'est
+que par des conjectures relatives ou à leurs préjugés, ou à leurs
+affections, ou aux systèmes qu'ils avoient embrassés, ou aux différentes
+sciences qu'ils avoient le plus cultivées. Les premiers philosophes
+regardoient le tonnerre comme un attribut des Dieux, ou comme un esprit,
+& ne poussoient pas plus loin leurs recherches à ce sujet; d'autres
+philosophes imaginèrent que les corps célestes se renvoyoient
+mutuellement des influences dont la rencontre produisoit ce météore: la
+plupart des physiciens en ont cherché la cause dans les exhalaisons des
+matières inflammables de la terre. Les chimistes ont prétendu en avoir
+découvert le principe dans le mêlange du nitre, du souffre & du fer, des
+esprits acides & des huiles essentielles; enfin chaque physicien a saisi
+le moindre rapport qu'il a pû appercevoir entre ce phénomène & ce qu'il
+connoissoit d'ailleurs pour en développer la nature, & chacun l'a
+expliquée à sa façon, mais cette matière est toujours demeurée en
+problême.
+
+Ce n'est que depuis peu d'années que l'on a commencé à avoir sur ce
+sujet des soupçons mieux fondés.
+
+M. Gray[41] est le premier à qui le tonnerre & les éclairs aient paru
+tenir beaucoup de la nature du feu & de la lumière électrique. Cette
+première opinion a été plus approfondie par MM. l'Abbé Nolet,[42]
+Hales,[43] & Barberet[44]; ils ont trouvé une analogie surprenante entre
+les effets du tonnerre & ceux de l'électricité; mais tout ce qu'ils en
+ont dit les uns & les autres n'étoit encore qu'une conjecture, il
+falloit des observations suivies, des expériences certaines, des faits
+bien constatés; tout cela se trouve dans les lettres de M. Franklin. Il
+ne manquoit à cet ingénieux physicien qu'une dernière preuve pour
+achever de le convaincre que la matière du tonnerre est absolument la
+même que celle de l'électricité; n'étant pas apparemment trop à portée
+d'acquérir cette preuve par lui-même, il nous a enseigné le moyen d'y
+parvenir.
+
+[Note 41: Lettre à M. Mortimer du mois de Mars 1735.]
+
+[Note 42: Leçons de physique, tom, 4. p. 314.]
+
+[Note 43: Considérations sur la cause physique des tremblemens de
+terre.]
+
+[Note 44: Dissertation sur le rapport qui se trouve entre les phénomènes
+du tonnerre & ceux de l'électricité, par M. Barb. Méd. à Dijon. Bordeaux
+1750.]
+
+Après avoir répété avec un succés plus que complet toutes les
+expériences de Philadelphie, après m'être confirmé dans la confiance
+entière que j'ai aux sçavantes propositions qui y sont établies &
+démontrées, j'ai entrepris de vérifier jusqu'aux conjectures de mon
+auteur; & j'en suis venu à obtenir cette dernière preuve qui manquoit à
+sa conviction. L'importance du sujet m'a paru mériter l'attention de
+l'Académie. Le résultat de l'expérience dont je vais rendre compte, ne
+va pas moins qu'à faire connoître la nature du tonnerre, à le soumettre,
+pour ainsi dire, au pouvoir des hommes, à dissiper ce redoutable
+météore, & à prévenir ses funestes effets.
+
+Mais pour me faire mieux entendre, sur tout de ceux qui ne sont point
+assez au fait des expériences de Philadelphie, j'en vais rapporter un
+extrait de ce qui est relatif à mon objet, & j'y ajouterai quelques
+autres observations dont je ne suis pas moins sûr.
+
+1. La matière électrique est un fluide, une espèce de feu répandu dans
+toute la nature en différentes proportions.
+
+2. Quoique les corps contiennent chacun une certaine quantité de ce feu,
+on les a distingués en corps électriques & corps non-électriques. Ces
+distinctions sont assez connuës.
+
+3. Les premiers sont propres à communiquer ce feu, & non à le conduire:
+les derniers le reçoivent & le transmettent, sans pouvoir le communiquer
+par eux-mêmes.
+
+4. En ce sens l'air est naturellement électrique, & l'eau ne l'est pas.
+
+5. Les corps non-électriques retiennent le feu dont ils ont été une fois
+chargés, jusqu'à ce qu'il en approche d'autres corps qui en ayent moins;
+alors le feu se communique avec bruit, & se distribue également
+entr'eux.
+
+6. L'eau étant électrisée, les vapeurs qui s'en exhalent le sont aussi.
+
+7. Les particules de matière électrisée se repoussent mutuellement; delà
+vient apparemment que l'électricité, aussi bien que la chaleur, augmente
+l'évaporation des liqueurs.
+
+8. Le frottement entre un corps non-électrique & un corps originairement
+électrique produit le feu électrique, non en le créant, mais en le
+rassemblant.
+
+9. La mer est un composé d'eau corps non-électrique, & de sel corps
+originairement électrique.
+
+10. Lorsqu'il y a du frottement entre les parties voisines de sa
+surface, la matière électrique y est rassemblée des parties inférieures
+& y devient apparente. C'est ce qu'on remarque dans le sillage d'un
+vaisseau, sous les coups de rames, dans l'écume & dans les parties d'eau
+agitées par le vent. Enfin dans une tempête toute la mer paroît en feu.
+
+11. Les particules d'eau détachées étant alors repoussées de sa surface
+électrisée, emportent avec elles le feu électrique qui a été rassemblé,
+& en s'élèvant elles s'attachent elles-mêmes aux particules d'air
+qu'elles rencontrent.
+
+12. Les particules d'air ainsi chargées & appésanties par les particules
+d'eau qui y sont adhérentes, retomberoient bientôt sur la terre, si le
+feu électrique attaché à ces dernieres ne les rendoit spécifiquement
+plus légères. La chaleur du soleil contribuë encore à les alléger.
+
+13. Aidées de ces deux puissances le feu électrique & le feu commun, les
+vapeurs de la mer s'élèvent fort haut dans l'air, & y forment des nuages
+chargés comme elles de l'un & l'autre feu.
+
+14. Quand même ces nuages fortement électrisés viendroient à s'élever
+dans la région la plus froide au-dessus de la terre, le froid qu'ils y
+rencontreroient pourroit diminuer leur feu commun; mais loin de diminuer
+leur feu électrique, il ne feroit qu'en augmenter la force.
+
+15. Les nuages formés des exhalaisons de la terre, ayant peu de feu
+électrique, ne s'élèvent pas beaucoup, & déposent leur eau promptement &
+aisément; c'est de là que les vents de terre qui soufflent sur mer se
+font facilement reconnoître par leur sécheresse.
+
+16. Il en est tout autrement des nuages formés des exhalaisons de la
+mer; ayant beaucoup de feu électrique, ils soutiennent fortement leur
+eau, s'élèvent à une grande hauteur, & poussés par les vents peuvent la
+conduire du milieu de l'Océan au milieu du plus vaste continent.
+
+17. Ces nuages électrisés étant poussés par les vents, sont attirés par
+les montagnes auxquelles ils communiquent leur feu électrique: alors les
+particules d'eau se rapprochent & tombent en rosée, si l'air est peu
+chargé; mais s'il est fort chargé, le feu électrique sort tout à la fois
+d'un nuage entier, & en l'abandonnant il brille comme un éclair & fait
+un bruit violent; dans ce cas les particules d'eau se réunissent faute
+de ce feu, & tombent en grosses ondées.
+
+18. Lorsqu'une montagne attire ainsi les nuées, & tire le feu électrique
+du premier nuage qui l'aborde, celui qui suit, lorsqu'il approche du
+premier actuellement dépouillé de son feu, lui lance le sien, & commence
+à déposer son eau propre. Le premier nuage communiquant ce nouveau feu à
+la montagne, un troisiéme nuage survient, & tous les autres arrivant
+successivement agissent de la même manière sur ceux qui les précèdent &
+sur la montagne, d'aussi loin qu'ils s'étendent en arrière, ce qui peut
+être sur une étendue de pays de quelques centaines de lieuës.
+
+19. Delà viennent les déluges de pluyes, les tonnerres, les éclairs
+presque perpétuels sur les montagnes les plus élevées, du pied
+desquelles les plus grands rivières tirent leurs sources.
+
+20. Quoique les endroits voisins des hautes montagnes soient ceux où le
+tonnerre est le plus fréquent, ce ne sont pas les seuls qui y soient
+sujets; il se fait aussi entendre dans les pays plats & unis, & les
+nuages de mer y déposent leurs eaux sans y être arrêtés par les
+montagnes. Mais dans ce cas ce sont les nuages de terre qui font
+l'office des montagnes. Ceux-ci non-électrisés & beaucoup moins élevés
+venant à passer sous ceux-là qui sont électrisés & fort élevés, les
+attirent, en reçoivent le feu électrique, & par ce moyen sont contraints
+les uns & les autres de laisser tomber subitement les eaux dont ils
+étoient chargés.
+
+21. Personne ne doute que les corps électrisés ne soient entourés d'une
+atmosphère électrique d'une étenduë considérable & précisément de la
+même figure que ces corps. On peut même rendre cette atmosphère visible
+en excitant au-dessous du corps électrisé une fumée de résine bien
+séche. L'attraction & la répulsion se font dans toute l'étenduë de cette
+atmosphère, quoique le feu électrique ne puisse se communiquer de si
+loin, du moins avec bruit; c'est pour cette raison qu'un nuage de terre
+non-électrisé venant à passer au-dessous d'un nuage de mer fort
+électrisé, l'attire à une très-grande distance.
+
+22. Quand plusieurs nuages de mer rencontrent plusieurs nuages de terre,
+le feu électrique s'élance de différens côtés, & les élancemens
+continuënt jusqu'à ce que le feu électrique soit également répandu dans
+tous ces nuages.
+
+23. La distance où se font les élancemens du feu électrique étant
+relative à l'étenduë des corps électrisés, si dans les expériences
+électriques deux canons de fusil électrisés frappent à deux pouces de
+distance & font un éclat & un bruit sensible, à quelle distance énorme
+ne doivent pas être portés le coup, le bruit & le feu d'un nuage de dix
+mille arpens électrisé?
+
+24. Comme les courans d'air avec les nuages suivant des routes
+différentes, il est aisé de concevoir comment les nuages passant les uns
+sous les autres peuvent s'attirer réciproquement & s'approcher
+suffisamment pour le choc électrique. On conçoit de même comment les
+nuages électrisés peuvent être emportés sur les terres fort loin de la
+mer sans aucun obstacle.
+
+25. Le feu électrique n'est visible & ne se fait entendre que quand il
+traverse l'air pour sauter d'un corps à un autre; on ne l'apperçoit
+point le long d'un fil de fer dans les expériences électriques; & on le
+voit le long d'une chaîne, parce qu'il saute de chaînon en chaînon. De
+même le feu du tonnerre ne brille que quand il saute d'un nuage à un
+autre. Quoique l'éclair & le coup partent en même tems, l'on ne voit le
+premier avant d'entendre le second, que parce que la lumière vole plus
+rapidement que le son; d'où il suit naturellement que l'on peut juger de
+l'éloignement du tonnerre par la distance de l'éclair au bruit, & qu'il
+n'y a jamais rien à craindre d'un éclat de tonnerre dont on a vû
+l'éclair.
+
+26. Une étincelle électrique tirée à quelque distance d'un corps
+irrégulier par un autre corps pareil, paroît courbée & ondoyante dans
+l'air; delà vient l'apparition de l'éclair en zic-zac.
+
+27. Les éminences, les grands arbres & les édifices élevés sont les plus
+exposés à être frappés du tonnerre; ainsi il est dangereux d'y chercher
+un abri pendant l'orage.
+
+28. Une autre raison pourquoi il vaudroit mieux être en rase campagne,
+c'est que le feu électrique, s'il y atteignoit quelqu'un, pourroit
+glisser sur ses habits mouillés, sans lui faire de mal. Un rat mouillé
+ne peut être tué par l'explosion de la bouteille électrique.
+
+29. Le feu électrique & le feu commun peuvent subsister, & subsistent
+ensemble dans le même corps. Le premier agit sur le second; & une
+quantité suffisante de l'un & de l'autre en différentes proportions
+produit l'inflammation.
+
+30. Les métaux sont souvent fondus par la foudre, & ces sortes de
+fusions sont froides ou chaudes. La fusion froide ou sans chaleur n'est
+qu'une désunion des particules métalliques qui détruit l'attraction par
+laquelle leur cohésion subsistoit. C'est la même manière dont les
+menstruës agissent sur le métal. Quand une épée est fonduë dans son
+fourreau, & l'argent dans une bourse, sans que le fourreau & la bourse
+soient brûlés, il faut nécessairement que ce soit par une espèce de
+fusion froide. Je pourrois citer plusieurs autres exemples de faits tout
+semblables; mais pour abréger je dirai seulement que l'on imite cet
+effet dans une des expériences électriques de Philadelphie.
+
+Il y a aussi des exemples que la foudre opère quelquefois des fusions de
+métaux par chaleur, ce sont alors de véritables fusions, des fusions
+brûlantes. Quoiqu'on n'ait pas encore poussé les expériences électriques
+jusqu'à des opérations pareilles, je ne doute point qu'on n'y parvienne
+dans la suite.
+
+31. Comme il y a des corps qui ont été déchirés par la foudre, il y en a
+de même qui sont déchirés par l'étincelle électrique. En répétant
+l'expérience où l'on perce une main de papier, & où j'en ai souvent
+percé jusqu'à 96. feüilles, j'ai remarqué que les dernières feüilles ont
+quelquefois souffert une déchirure telle qu'on pouvoit y passer le
+doigt.
+
+32. Il s'ensuit des observations précédentes qu'on devroit entendre
+très-rarement le tonnerre en pleine mer, lorsque l'on est fort éloigné
+de la terre. Quelques anciens officiers de marine qui ont été consultés
+sur ce sujet, assurent que le fait s'accorde parfaitement avec la
+conjecture, & que les isles éloignés du continent sont fort peu sujettes
+à l'orage. Un observateur judicieux a remarqué qu'il avoit moins entendu
+de tonnerre pendant treize ans qu'il a demeuré aux Bermudes, qu'il n'en
+a quelquefois entendu dans un mois à la Caroline.
+
+33. M. Franklin ajoute à toutes ces observations celles de quelques
+effets singuliers du tonnerre, & rapporte à ce sujet des effets tout à
+fait semblables de l'électricité: par exemple des aveuglemens causés par
+l'un aussi bien que par l'autre: des filets dorés sur lesquels on avoit
+mis de la peinture, qui ont été découverts par l'électricité, de même
+que par le tonnerre; il y a une infinité d'autres effets de ce météore
+que l'on pourroit rappeller ici, & dont le rapport avec ceux de
+l'électricité peut se démontrer aussi facilement. Mais pour ne point
+quitter M. Franklin, je passe à une de ses expériences, qui paroît bien
+décisive pour le sujet dont il est question.
+
+Si l'on suspend au plat-fond d'une chambre par une ficelle de grandes
+balances de cuivre, dont le fléau ait au moins 2. pieds de longueur, de
+manière que les bassins attachés à des cordons de soye soient environ à
+un pied de terre, ces bassins tourneront circulairement par le
+détortillement de la ficelle. Si l'on plante sur le plancher un poinçon
+de métal, dont la tête soit arrondie & polie, de façon que les bassins
+puissent passer pardessus en décrivant leur cercle; si dans cet état on
+électrise un des bassins en lui appliquant le fil-d'archal de la
+bouteille électrique, on verra ce bassin s'abaisser en passant sur le
+poinçon, & même décharger son feu sur cet instrument, s'il est à une
+distance convenable.
+
+Si après cela on attache une aiguille la pointe en haut sur le plancher
+auprès du poinçon, la tête de cet instrument, loin d'attirer comme
+auparavant le bassin électrisé, semblera le repousser, parce que la
+pointe de l'aiguille, quoique beaucoup plus basse, aura tiré le feu
+électrique dont le bassin étoit chargé, avant qu'il soit venu à portée
+d'être attiré par la tête du poinçon.
+
+Ces deux bassins peuvent nous représenter deux nuages, l'un un nuage de
+mer, & l'autre un nuage de terre; leur mouvement horizontal sur le
+plancher sera dans la même hypothèse, celui des nuages au-dessus de la
+terre, & le poinçon élevé représentera une montagne, une éminence ou un
+grand édifice; on comprendra alors comment les nuages électrisés, en
+passant au-dessus des montagnes ou des bâtimens à une trop grande
+hauteur pour les frapper, en peuvent être attirés jusqu'à la distance
+qui leur est nécessaire pour cet effet.
+
+Comme d'ailleurs l'aiguille fixée la pointe en haut sur le plancher au
+dessous du poinçon tire en silence le feu électrique du bassin à une
+distance beaucoup plus grande que la distance requise pour frapper, &
+prévient ainsi la descente vers le poinçon: comme le bassin électrisé,
+quand même il viendroit par son propre mouvement assez près pour
+frapper, ne pourroit le faire, parce qu'il auroit alors été dépoüillé de
+la plus grande partie de son feu: comme enfin dans ces deux cas le
+poinçon seroit toujours garanti du choc, il est plus que probable que la
+connoissance du pouvoir des pointes peut être d'un très-grand avantage à
+l'humanité pour préserver des atteintes de la foudre des maisons, les
+églises, les vaisseaux, &c.
+
+Il ne s'agiroit, pour y parvenir, que de fixer perpendiculairement sur
+les parties les plus élevées de ces édifices des verges de fer faites en
+forme d'aiguilles, & dorées pour prévenir la rouille, & d'abaisser du
+pied de ces verges, un fil-d'archal au dehors des bâtimens, jusqu'à ce
+qu'il touchât la terre ou l'eau de la mer. Ces verges de fer bien
+pointuës tireroient probablement & tireroit sans bruit le feu électrique
+hors du nuage, avant qu'il vint assez près pour frapper & pour causer
+aucun désastre.
+
+Mais avant que d'en venir à cet expédient il restoit un problême à
+résoudre. Toutes les observations pouvoient paroître bien faites, toutes
+les réflexions naturelles, tous les raisonnemens suivis, toutes les
+inductions justes, sans que pour cela le succès répondît à la
+vraisemblance. Il étoit question de décider avant tout si les nuées qui
+contiennent la foudre sont électrisées ou non; c'est ce doute qui a
+empêché M. Franklin de prononcer hardiment sur toute cette matière. Ce
+que sa pénétration & la justesse de son raisonnement lui ont fait
+reconnoître, sa droiture & sa sincérité n'ont osé l'assurer. Tout ce
+qu'il a pû faire dans cette circonstance embarrassante, ç'a été de
+proposer sa conjecture, & de nous enseigner les moyens de décider la
+question. En suivant la route qu'il nous a tracée, j'ai obtenu une
+satisfaction complette. Voici les préparatifs, le procèdé & le succès.
+
+1º. J'ai fait faire à Marly-la-Ville, situé à six lieuës de Paris, au
+milieu d'un belle plaine, dont le sol est fort élevé, une verge de fer
+d'environ un pouce diamètre, longue de quarante pieds & fort pointuë par
+son extrémité supérieure; pour lui ménager une pointe plus fine, je l'ai
+fait armer d'acier trempé & ensuite brunir, au défaut de dorure, pour la
+préserver de la rouille; outre cela cette verge de fer est courbée vers
+son extrémité inférieure en deux coudes à angles aigus quoiqu'arondis;
+le premier coude est éloigné de deux pieds du bout inférieur, & le
+second est en sens contraire à trois pieds du premier.
+
+2º. J'ai fait planter dans un jardin trois grosses perches de vingt-huit
+à vingt-neuf pieds disposées en triangle, & éloignées les unes des
+autres d'environ huit pieds; deux de ces perches sont contre un mur, &
+la troisiéme est au-dedans du jardin. Pour les affermir toutes ensemble
+l'on a cloué sur chacune des entre-toises à vingt pieds de hauteur, &
+comme le grand vent agitoit encore cette espèce d'édifice, l'on a
+attaché au haut de chaque perche de longs cordages, qui tenant lieu
+d'aubans, répondent par le bas à de bons piquets fortement enfoncés en
+terre à plus de vingt pieds des perches.
+
+3º. J'ai fait construire entre les deux perches voisines du mur, &
+adosser contre ce mur une petite guérite de bois capable de contenir un
+homme & une table.
+
+4º. J'ai fait placer au milieu de la guérite une petite table d'environ
+un demi pied de hauteur, & sur cette table j'ai fait dresser & affermir
+un tabouret électrique. Ce tabouret n'est autre chose qu'une petite
+planche quarrée portée sur trois bouteilles à vin; il n'est fait de
+cette manière que pour suppléer au défaut d'un gâteau de résine qui me
+manquoit.
+
+5º. Tout étant ainsi préparé, j'ai fait élever perpendiculairement la
+verge de fer au milieu des trois perches, & je l'ai affermie en
+l'attachant à chacune de ces perches avec de forts cordons de soye par
+deux endroits seulement. Les premiers liens sont au haut des perches
+environ trois pouces au-dessous de leurs extrémités supérieures: les
+seconds sont vers la moitié de leur hauteur. Le bout inférieur de la
+verge de fer est solidement appuyé sur le milieu du tabouret électrique,
+où j'ai fait creuser un trou propre à le recevoir.
+
+6º. Comme il étoit important de garantir de la pluye le tabouret & les
+cordons de soye, parce qu'ils laisseroient passer la matière électrique
+s'ils étoient mouillés, j'ai pris les précautions nécessaires pour en
+empêcher: c'est dans cette vûe que j'ai mis mon tabouret sous la
+guérite, & que j'avois fait courber ma verge de fer à angles aigus, afin
+que l'eau qui pourroit couler le long de cette verge ne pût arriver
+jusques sur le tabouret. C'est aussi dans le même dessein que j'ai fait
+clouer sur le haut & au milieu de mes perches à trois pouces au-dessus
+des cordons de soye, des espèces de boëtes formées de trois petites
+planches d'environ 15. pouces de long, qui couvrent pardessus & par les
+côtés une pareille longueur des cordons de soye sans leur toucher.
+
+Il s'agissoit de faire dans le tems de l'orage deux observations sur
+cette verge de fer ainsi disposée; l'une étoit de remarquer à sa pointe
+une aigrette lumineuse semblable à celle qu'on apperçoit à la pointe
+d'une aiguille, quand on l'oppose assez près d'un corps actuellement
+électrisé: l'autre étoit de tirer de la verge de fer des étincelles,
+comme on en tire du canon de fusil dans les expériences électriques.
+J'étois bien assuré du succès de la première de ces observations,
+m'étant rappellé que cette aigrette est connuë il y a deux ou trois
+mille ans. Les plus anciens auteurs, Homère, Aristote, Plutarque,
+Horace, &c. en ont parlé sous le nom d'astre d'Hélène, quand il n'en
+paroissoit qu'une, & sous les noms de Castor & Pollux, quand on en
+voyoit deux.
+
+Il n'est point rare aux navigateurs d'appercevoir ces aigrettes
+lumineuses au haut des mâts, au bout des vergues, en un mot dans les
+endroits élevés, où il y a des pointes dressées en l'air, surtout
+pendant la nuit, à l'approche & dans le tems des orages; c'est ce qu'ils
+appellent le feu S. Elme. Outre cela un de mes amis de province m'a
+mandé avoir remarqué plusieurs fois dans des orages de nuit un feu
+follet à la pointe de la verge de fer d'une girouette qui se trouvoit
+devant la fenêtre de son appartement.
+
+La certitude de cette première observation me donnoit aussi beaucoup de
+confiance pour la seconde; j'ose même dire que je n'étois pas moins
+assuré de son succès. Il me paroissoit impossible que la verge de fer
+étant bien isolée de tous corps non-électriques, ne donnât pas des
+étincelles, dès qu'elle tiroit & recevoit la matière électrique par sa
+pointe, mais il falloit voir ces étincelles.
+
+Après avoir ainsi dressé toute la machine, ne pouvant pas toujours
+rester à la campagne pour attendre l'orage, j'ai chargé de faire les
+observations en mon absence un habitant du lieu, nommé Coiffier, qui a
+servi quatorze ans dans les dragons, & sur qui je pouvois également
+compter pour l'intelligence & pour l'intrépidité. Je lui avois donné
+toutes les instructions nécessaires, soit pour observer l'aigrette
+lumineuse qui devoit paroître à la pointe de la verge de fer, soit pour
+tirer les étincelles de cette verge avec le tenon d'un fil-d'archal que
+j'avois attaché au collet d'une longue fiole pour lui servir de manche,
+& par ce moyen le garantir des piqûres de ces étincelles qui pouroient
+être trop fortes.
+
+Je lui avois encore recommandé de faire venir auprès de la machine
+quelques-uns de ses voisins, & même de faire avertir M. le Prieur Curé
+de Marly, qui m'avoit promis de s'y trouver sitôt que le tems paroîtroit
+disposé à l'orage.
+
+Le Mercredi 10. Mai 1752. entre deux & trois heures après midi, mon ami
+Coiffier entendit un coup de tonnerre assez fort: il vole à la machine,
+prend la fiole avec le fil-d'archal, présente le tenon du fil à la
+verge, en voit sortir une petite étincelle brillante, & en entend le
+pétillement; il tire une seconde étincelle plus forte que la première &
+avec plus de bruit: il appelle ses voisins, & envoye chercher M. le
+Prieur: celui-ci accourt de toutes ses forces; les Paroissiens voyant la
+précipitation de leur Curé, s'imaginent que le pauvre Coiffier a été tué
+du tonnerre; l'allarme se répand dans le village: la grêle qui survient
+n'empêche point le troupeau de suivre son Pasteur. Cet honnête
+Ecclésiastique arrive près de la machine, & voyant qu'il n'y avoit point
+de danger, met lui-même la main à l'oeuvre, & tire de fortes étincelles.
+La nuée d'orage & de grêle ne fut pas plus d'un quart-d'heure à passer
+au zénith de notre machine, & l'on n'entendit que ce seul coup de
+tonnerre. Sitôt que le nuage fut passé, & qu'on ne tira plus
+d'étincelles de la verge de fer, M. le Prieur de Marly fit partir le
+sieur Coiffier lui-même pour m'apporter la lettre suivant qu'il
+m'écrivit à la hâte.
+
+«Je vous annonce, Monsieur, ce que vous attendez; l'expérience est
+complette. Aujourd'hui à deux heures vingt minutes après midi le
+tonnerre a grondé directement sur Marly; le coup a été assez fort.
+L'envie de vous obliger & la curiosité m'ont tiré de mon fauteüil, où
+j'étois occupé à lire: je suis allé chez Coiffier, qui déjà m'avoit
+dépêché un enfant que j'ai rencontré en chemin pour me prier de venir,
+j'ai doublé le pas à travers un torrent de grêle. Arrivé à l'endroit où
+est placé la tringle coudée j'ai présenté le fil-d'archal, en avançant
+successivement vers la tringle à un pouce & demi ou environ; il est
+sorti de la tringle une petite colonne de feu bleuâtre sentant le
+souffre, qui venoit frapper avec une extrême vivacité le tenon du
+fil-d'archal, & occasionnoit un bruit semblable à celui qu'on feroit en
+frappant sur la tringle avec une clef. J'ai répèté l'expérience au moins
+six fois dans l'espace d'environ quatre minutes en présence de plusieurs
+personnes, & chaque expérience que j'ai faite a duré l'espace d'un
+_pater_ & d'un _ave_. J'ai voulu continuer; l'action du feu s'est
+rallentie peu à peu; j'ai approché plus près, & n'ai plus tiré que
+quelques étincelles, & enfin rien n'a paru.»
+
+«Le coup de tonnerre qui a occasionné cet événement n'a été suivi
+d'aucun autre; tout s'est terminé par une abondance de grêle. J'étois si
+occupé dans le moment de l'expérience de ce que je voyois, qu'ayant été
+frappé au bras un peu au-dessus du coude, je ne puis dire si c'est en
+touchant au fil-d'archal ou à la tringle: je ne me suis pas plaint du
+mal que m'avoit fait le coup dans le moment que je l'ai reçu; mais comme
+la douleur continuoit, de retour chez moi j'ai découvert mon bras en
+présence de Coiffier, & nous avons apperçu une meurtrissure tournante
+autour du bras, semblable à celle que feroit un cou de fil-d'archal si
+j'en avois été frappé à nud. En revenant de chez Coiffier j'ai rencontré
+M. le Vicaire, M. de Milly & le maître d'école à qui j'ai rapporté ce
+qui venoit d'arriver; ils se sont plaint tous les trois qu'ils sentoient
+une odeur de soufre qui les frappoit davantage à mesure qu'ils
+approchoient de moi: j'ai porté chez moi la même odeur, & mes
+domestiques s'en sont apperçus sans que je leur aie rien dit.»
+
+«Voilà, Monsieur, un récit fait à la hâte, mais naïf & vrai que
+j'atteste, & vous pouvez assurer que je suis prêt à rendre témoignage de
+cet événement dans toutes occasions. Coiffier a été le premier qui a
+fait l'expérience, & l'a répétée plusieurs fois; ce n'est qu'à
+l'occasion de ce qu'il a vû qu'il m'a envoyé prier de venir. S'il étoit
+besoin d'autres témoins que de lui & moi, vous les trouveriez. Coiffier
+presse pour partir.»
+
+«Je suis avec une respectueuse considération, Monsieur, votre, &c. signé
+Raulet, Prieur de Marly. 10. _Mai_ 1752.»
+
+On voit par le détail de cette lettre que le fait est assez bien
+constaté pour ne laisser aucun doute à ce sujet. Le porteur m'a assuré
+de vive voix qu'il avoit tiré pendant près d'un quart-d'heure avant que
+M. le Prieur arrivât, en présence de cinq ou six personnes, des
+étincelles beaucoup plus fortes & plus bruyantes que celles dont il est
+parlé dans la lettre. Ces premières personnes arrivant successivement
+n'osoient approcher qu'à dix ou douze pas de la machine, & à cette
+distance, malgré le plein soleil, ils voyoient les étincelles & en
+entendoient le bruit.
+
+Il ne parut point d'aigrette lumineuse à la pointe de la verge de fer;
+il y en avoit cependant une, & Coiffier m'a dit y avoir apperçu une
+très-foible lueur; mais d'abord la lumière du soleil, & ensuite
+l'opacité de la grêle la dérobèrent bientôt à la vûe; d'ailleurs il y a
+toute apparence que l'aigrette seroit plus visible à la pointe d'une
+verge de fer qui ne seroit point isolée.
+
+La comparaison des odeurs du tonnerre & de l'électricité n'a point
+échapé à mes recherches pour en tirer une preuve de leur identité; mais
+comme je ne connois point assez l'odeur du météore, je n'ai pas voulu
+m'y arrêter. Pour l'odeur de soufre dont il est parlé dans la lettre,
+elle pourroit bien être la même que celle de phosphore que l'on sent
+après de violentes explosions dans certaines expériences électriques.
+Quand on ne connoît pas bien distinctement l'une & l'autre, il est fort
+aisé de s'y méprendre.
+
+Enfin il me paroît évidemment prouvé par l'expérience de Marly que le
+tonnerre est pour le moins aussi propre que le globe de verre à
+communiquer l'électricité aux corps non-électriques, & que les corps
+originairement électriques, comme le verre & la soye, retiennent aussi
+bien cette électricité naturelle que celle qu'on excite
+artificiellement. Je ne doute même point, & je crois que personne n'en
+doutera, que si l'orage duroit quelque tems, on ne pût faire avec cette
+électricité naturelle toutes les mêmes expériences que l'on fait avec
+l'artificielle.
+
+Il résulte de toutes les expériences & observations que j'ai rapportées
+dans ce mémoire, & surtout de la dernière expérience faite à
+Marly-la-Ville, que la matière du tonnerre est incontestablement la même
+que celle de l'électricité. L'idée qu'en a euë M. Franklin cesse d'être
+une conjecture; la voilà devenuë une réalité, & j'ose croire que plus on
+approfondira tout ce qu'il a publié sur l'électricité, plus on
+reconnoîtra combien la Physique lui est redevable pour cette partie.
+
+Il ne me reste plus qu'à dire quelque chose des avantages qu'on peut
+retirer de cette importante découverte. Puisqu'il est bien reconnu
+qu'une pointe métallique présentée à quelque distance vis-à-vis d'un
+corps actuellement électrisé en tire le feu, & le décharge entiérement
+sans bruit, sans explosion & sans commotion: puisqu'il est également
+vérifié qu'une verge de fer présentant sa pointe bien acérée vers un
+nuage chargé de tonnerre, tire en silence la matière électrique de ce
+nuage, dès qu'il est assez proche pour que la verge se trouve dans on
+atmosphère électrique, cette verge suffira pour le décharger entiérement
+de tout le feu qui y est retenu, & elle opérera ce bon effet d'autant
+plus surement & plus facilement que la nuée orageuse sera plus près &
+plus long-tems à passer à portée de la pointe.
+
+Delà résultent les avantages infinis de dissiper presque à volonté la
+matière du tonnerre, & de préserver de ses atteintes les édifices tant
+publics que particuliers. Je suis persuadé que, si au lieu de terminer,
+comme on le fait ordinairement, les toits des pavillons, des tours, des
+clochers & les mâts des vaisseaux &c. par des giroüettes, par des coqs,
+par des croix, par des perroquets, &c. On y dressoit des pointes
+métalliques de la manière dont il a été expliqué ci-devant, on
+garantiroit ces édifices de la foudre. Dans la supposition même où ces
+pointes ainsi élevées, en tirant le feu des nuages orageux, en seroient
+assaillies par une quantité excessive, ou, pour me servir des
+expressions usitées, quand ces pointes fendroient la nuë, & attireroient
+sur elles un orage tout entier, le fil de fer attaché à leur extrémité
+inférieure suffiroit pour conduire ce feu jusqu'à la terre ou à l'eau au
+dehors des édifices, sans que la foudre pût leur toucher; la raison m'en
+paroît évidente. Comme le métal est moins électrique, & par-là plus
+perméable à l'électricité que les pierres, les bois & les autres
+matériaux qui entrent dans la construction d'un bâtiment; le feu
+électrique ne quittera point cette route que quand elle lui manquera.
+
+Pour calmer les craintes de ceux qui, malgré ces raisons, pourroient
+appréhender que les pointes élevées sur leurs maisons n'y attirassent le
+feu du ciel, j'ajouterai ici un autre moyen de les mettre tout-à-fait en
+sureté. Il consiste à élever dans le voisinage autour de leurs châteaux
+ou maisons plusieurs de ces mêmes verges métalliques sur de grands
+arbres, sur des tours, sur des éminences, &c. ou simplement à les
+planter en terre, pourvû qu'elles ayent assez de longueur pour
+surpasser, ou tout au moins pour égaler la hauteur des édifices que l'on
+voudra préserver. S'il pouvoit arriver que le tonnerre tombât sur ces
+verges, il ne pourroit y faire aucun désordre. Il ne faudroit peut-être
+pas une centaine de verges de fer ainsi dressées & disposées dans les
+différens quartiers & dans les endroits les plus élevés, pour préserver
+de la foudre toute la Ville de Paris.
+
+«Dès que ce mémoire eut été lû à l'Académie Royale des Sciences, où il
+avoit été écouté avec la plus grande attention, & reçu avec l'accueil le
+plus obligeant, le bruit s'en répandit; cette découverte fut mise dans
+toutes les nouvelles publiques, & l'expérience fut repétée avec le même
+succès dans toutes les parties de l'Europe. On imagina différens moyens
+pour élever des verges de fer pointuës suivant la situation des lieux, &
+il s'en trouva de très-ingénieux. Celui par exemple de dresser une
+pointe métallique au-dessus d'un cerf-volant que l'on élève en l'air à
+l'approche d'un orage, a fait voir des phénomènes très-singuliers. La
+matière électrique y étoit si abondante qu'elle faisoit à chaque instant
+des explosions assez bruyantes pour être entenduës à des distances
+considérables. Ces explosions doivent être regardées, & sont réellement
+autant de petits coups de tonnerre dont les effets pourroient être aussi
+funestes pour ceux qui se trouveroient à portée d'en être frappés.
+L'exemple de M. Richman, professeur de physique à Petersbourg & martyr
+de l'électricité, suffiroit seul pour avertir qu'il est quelquefois
+dangereux de s'approcher sans beaucoup de précaution de la verge de fer
+électrisée par le tonnerre. Il paroît par la relation de sa mort,
+arrivée le 6. Août 1753. & insérée dans les gazettes d'Hollande & de
+France du mois de Septembre suivant, qu'il n'a pas été tué par le
+tonnerre tombé directement du ciel, mais par l'explosion de la matière
+électrique dont la barre de fer trop bien isolée se trouva surchargée au
+moment que sa tête en approcha pendant qu'il faisoit ses observations.»
+
+«Il est encore arrivé deux accidens du même genre, quoique moins
+tragiques, à deux célèbres physiciens, dont l'un[45] est associé &
+l'autre[46] correspondant de l'Académie Royale des Sciences. Tous les
+deux furent renversés par le coup dont ils furent frappés en voulant
+tirer des étincelles de leur appareil électrique. Un degré de plus dans
+la charge de cet appareil leur eût vraisemblablement fait éprouver un
+sort aussi funeste qu'au physicien Moscovite. Mais je suis sûr que les
+précautions dont je me suis presque toujours servi en pareil cas,
+auroient pû les en garantir, & j'exhorte tous ceux qui voudront faire de
+pareilles observations sur le tonnerre, à mettre en usage ces mêmes
+précautions.»
+
+[Note 45: M. le Monnier, Médecin de S. Germain en Laye.]
+
+[Note 46: Le R. P. Bertier de l'Oratoire, à Montmorency.]
+
+«Peu de jours après la publication du mémoire ci-dessus, j'imaginai
+adapter un petit carillon à une pointe métallique que j'avois fait
+élever au jardin du Roi pour M. de Buffon; ce carillon est composé de
+deux petits timbres, dont l'un est attaché au fil de fer correspondant à
+la pointe, & l'autre à la muraille, avec une petite boule de métal
+suspenduë entre deux par un fil de soye pour servir de battant. Dès le
+premier orage qui arriva le jour même, le carillon sonna plus d'une
+demi-heure avant que le tonnerre grondât & avant que les éclairs
+parussent. Par ce moyen nous avons toujours été avertis depuis de
+l'approche des nuages orageux; il nous est même arrivé plusieurs fois, à
+M. de Buffon & à moi, d'entendre sonner le carillon sans aucune
+apparence de tonnerre. Quand un nuage chargé d'électricité vient à
+passer au-dessus de la pointe métallique à une grande distance, il met
+le carillon en mouvement, & soit qu'il n'y ait point assez de matière
+pour causer un véritable orage, soit que la pointe en dissipe assez pour
+en empêcher, tout se passe sans fracas.»
+
+«Ce carillon ainsi adapté à la machine du tonnerre sert à plusieurs
+usages importans; 1°. il avertit de l'approche ou de la présence d'un
+nuage orageux tant la nuit que le jour; 2°. il fait connoître
+l'abondance de la matière électrique dont un nuage est chargé, par la
+fréquence plus ou moins grande de ses battemens, & même par son silence,
+comme on le verra dans la suite; 3°. étant une décharge continuelle de
+la matière électrique, qui s'accumule sur la machine du tonnerre, il est
+suffisant pour en prévenir les funestes accidens. Je suis très-persuadé
+que ni M. Richman ni les autres n'auroient point été frappés si
+rudement, s'il y avoit eu de pareilles décharges aux machines dont ils
+se sont servis.»
+
+
+DE LA LETTRE II.
+
+_29. Juin 1751._
+
+Dans la relation que le capitaine Waddel a donnée des effets de la
+foudre sur son vaisseau, je ne puis m'empêcher de remarquer les grosses
+lampes _comazants_, (comme il les appelle) qui parurent sur les pointes
+du haut des perroquets toutes en feu comme de grosses torches (avant le
+coup de tonnerre); suivant mon sentiment le feu électrique étoit alors
+tiré de la nuée comme par des pointes, la grosseur de la flamme marquant
+la grande quantité d'électricité dans la nuée; & s'il y avoit eu un bon
+fil-d'archal de communication des pointes du sommet des perroquets à la
+mer, qui eût conduit plus librement que des cordes goudronnées ou des
+mâts de bois résineux, j'imagine qu'il n'y auroit point eu de coup de
+foudre, ou que s'il y en eût eu, le fil-d'archal l'auroit conduit tout
+entier dans la mer sans endommager le vaisseau.
+
+Ses boussoles perdirent la vertu de l'aiman, ou les pôles en furent
+changés; la pointe du nord se tourna vers le sud. Par le moyen de
+l'électricité nous avons souvent ici (à Philadelphie) donné aux
+aiguilles la direction au pôle, & nous en avons changé les pôles à notre
+gré.
+
+À Londres M. Wilson a essayé cette opération sur de trop grosses masses
+& avec une force trop foible.
+
+«MM. Wilson & Franklin ne sont pas les seuls qui ayent conjecturé que le
+magnétisme devoit être un effet de l'électricité; M. de Buffon doit
+partager avec eux la gloire, non-seulement d'avoir eu la même opinion,
+mais d'en avoir porté un jugement décisif long-tems avant d'apprendre
+les conjectures de ces deux sçavans. Dès le commencement de l'année
+1752. il me pria de lui faire faire six aiguilles d'acier pour essayer
+de les aimanter d'un coup d'électricité. Ses affaires ne lui permirent
+pas d'en faire l'épreuve; & comme par déférence je ne voulus pas la
+faire sans lui, l'expérience fut retardée jusqu'en 1753. tems auquel je
+reçus le supplément ou deuxiéme partie des écrits de M. Franklin, où
+j'en trouvai la réussite avant de l'avoir tentée moi-même.»
+
+«Ayant aussitôt fait armer, suivant la méthode de Mr. Franklin, une
+grande cucurbite de verre, je la joignis à un gros matras aussi préparé
+pour l'expérience de Leyde; je mis ensuite une de mes aiguilles, dont
+j'avois ôté la chape, entre deux lames de verre, l'une plus longue &
+l'autre plus courte, afin que les deux bouts de l'aiguille débordassent
+cette dernière: pour affermir ces trois piéces, je les mis dans une
+petite presse faite exprès & disposée de façon que l'aiguille touchât
+par l'un de ses bouts une feüille de métal sur laquelle étoient posés
+les deux vases: ayant ensuite chargé ces deux vases ensemble, & achevé
+le cercle par le moyen d'un fil de fer, dont j'appuyai l'une des
+extrémités sur le bout de l'aiguille, je tirai le coup fulminant au
+travers de cette aiguille. Ayant après cela démonté l'appareil, rajusté
+la chape & suspendu l'aiguille sur son pivot, elle prit la direction
+nord & sud, & fut vivement attirée par le fer que je lui présentai; en
+un mot elle se trouva très-bien aimantée. J'essayai sur le champ de
+changer ses pôles en lui donnant le coup en sens contraire; cette
+seconde expérience ne me réussit pas moins bien que la première, & je la
+répétai plusieurs fois. Cette aiguille a conservé sa vertu magnétique
+pendant plusieurs mois. Mais je n'ai pas été long-tems à m'appercevoir
+que sa force diminuoit imperceptiblement, présentement il faut en
+approcher une clef à trois ou quatre lignes, pour qu'elle puisse en être
+attirée.»
+
+«J'ai aimanté par le même moyen deux autres aiguilles qui me paroissent
+conserver toute leur force depuis plusieurs mois. Elles ont été frappées
+d'un coup donné en même tems par deux grandes cucurbites de verre
+revêtuës en dedans & en dehors de fëuilles d'étain & bien armées pour
+l'expérience de Leyde, & par deux gros matras dorés.»
+
+«Les expériences électriques développent tous les jours des mystères,
+qui sans elles seroient peut-être toujours demeurés impénétrables dans
+la physique; le succès de celle-ci nous apprend pourquoi les vieux fers
+qui ont été long-tems exposés aux injures de l'air sur le haut des
+édifices fort élevés, non-seulement se trouvent aimantés, mais même
+semblent convertis en véritable aiman. (_Voyez Mém. de l'Acad. R. des
+Sc., tom. X. pag._ 734.) Cette observation qui parut si surprenante en
+1691. cesse de l'être dès que l'on sçait que la matière du tonnerre &
+celle de l'électricité sont la même, & que le magnétisme n'est qu'un
+effet de la matière électrique. Personne n'aura de peine à se persuader
+que les clochers de Chartres à cause de leur grande élévation au milieu
+d'une vaste plaine ont été & sont souvent frappés du tonnerre. _Feriunt
+altos fulmina montes._ Les fers qui ont été employés dans ces édifices
+étant moins électriques que les pierres & les autres matériaux qui sont
+entrés dans leur construction, sont par-là plus susceptibles des
+impressions de ce météore. C'est de là qu'ils ont acquis la vertu
+magnétique; & peut-être l'aiman lui-même n'est-il aiman que parce que
+c'est une pierre qui contient beaucoup de fer, & qui a été frappée de la
+foudre.»
+
+«Cette propriété qu'a la matière électrique de s'attacher de préférence
+aux corps les moins électriques, & surtout aux métaux, nous apprend
+l'utilité d'un ancien usage presque général, dont on n'a peut-être
+jamais connu ni le fondement ni le principe, c'est celui de mettre dans
+les tems d'orage une piéce de fer sur les tonneaux de vin & dans le nid
+des poules & autres volatils que l'on fait couver. On dit que c'est pour
+empêcher le tonnerre de faire tourner le vin & les oeufs, ou de faire
+mourir les jeunes poulets dans leurs coquilles. S'il est vrai que le
+tonnerre puisse produire ces mauvais effets; il est assez vraisemblable
+qu'un morceau de fer ou d'autre métal peut les prévenir. Le matière
+électrique qui se répand de tous côtés pendant l'orage, sera attirée par
+la substance métallique, & y fera son impression bien plutôt que sur les
+autres substances qui en sont moins susceptibles.»
+
+Un choc donné par quatre grands vases de verre en forme de jarres à une
+fine aiguille à coudre flottante sur l'eau, lui donne la direction
+magnétique, & la traverse aisément. Si l'aiguille est posée Est & Ouest
+dans le tems qu'elle est frappée, le bout par lequel le feu électrique
+est entré se tourne au nord.
+
+Si l'aiguille est posée nord & sud, le bout qui est vers le nord
+continuëra de marquer le nord quand elle sera mise sur l'eau, soit que
+le feu soit entré par ce bout ou par le bout opposé.
+
+«Dans quelque direction que mes aiguilles fussent posées, lorsqu'elles
+ont reçu le coup fulminant, j'ai toujours remarqué que le bout de
+l'aiguille par lequel le feu y est entré, est constamment celui qui se
+tourne au nord, & conséquemment celui par lequel le feu est sorti, se
+tourne au sud. Pour changer les pôles d'une aiguille aimantée de cette
+manière, il ne s'agit que de donner le coup en sens contraire. M.
+Franklin à qui j'ai communiqué cette observation, m'a répondu que
+n'ayant pas eu le tems de répéter plusieurs fois cette expérience, il
+n'avoit pû l'approfondir, & que delà il pouvoit être arrivé que ses
+observations à cet égard ne fussent pas tout-à-fait justes.»
+
+Le magnétisme qu'elle acquiert est plus fort quand l'aiguille est
+frappée étant tournée au nord & au sud; il est plus foible quand
+l'aiguille est Est & Ouest; si la force du coup étoit beaucoup plus
+grande, peut-être que, l'aiguille étant nord & sud, si le feu entroit
+par le bout sud il deviendroit nord, autrement nous serions embarrassés
+de rendre raison du renversement des pôles des boussoles par le coup de
+foudre, puisqu'il n'a jamais pû trouver leurs aiguilles que dans cette
+position, & que selon nos petites expériences, soit que le feu
+électrique entre par le bout du nord & sorte par celui du sud de
+l'aiguille, ou au contraire, le bout tourné vers le nord continuëroit
+toujours à le marquer.
+
+Dans ces expériences les bouts des aiguilles reçoivent quelquefois de la
+flamme électrique, une légère teinte de bleu comme celle que l'on voit à
+un ressort de montre. Cette couleur donnée par le coup de deux vases
+seulement se dissipera, mais quatre vases la fixent, & fondent souvent
+les aiguilles; je vous en envoye quelques-unes qui ont eu leurs têtes &
+leurs pointes fonduës par notre tonnerre artificiel, & une épingle dont
+le feu électrique a fondu la pointe & fait couler quelques parties de sa
+tête & de son collet. Il arrive quelquefois que la surface du corps de
+l'aiguille coule aussi un peu & paroît soulevée en forme de vésicules
+quand elle est examinée avec une loupe. Les vases dont je me sers
+contiennent sept ou huit gallons,[47] & sont doublés de feüilles d'étain
+au dedans & au dehors, il faut à chacun d'eux mille tours d'un globe de
+neuf pouces de diamètre pour être chargé.
+
+[Note 47: Gallon, mesure d'Angleterre qui contient quatre quartes; la
+quarte équivaut environ pinte de Paris.]
+
+Je vous envoye deux échantillons de feüilles d'étain fonduës entre des
+verres par la force de deux vases seulement.
+
+Je n'ai point appris qu'aucun de vos Électriciens d'Europe ait pû
+jusqu'ici enflammer la poudre à tirer par le feu électrique. Nous le
+faisons ici de cette manière. On remplit de poudre séche une petite
+cartouche; on la bourre assez fort pour en écraser quelques grains; on y
+enfonce ensuite deux fils-d'archal pointus un à chaque bout, ensorte que
+leurs pointes ne soient éloignées que d'un demi pouce au milieu de la
+cartouche que l'on place dans cercle; quand les quatre vases se
+déchargent, la flamme sautant de la pointe d'un fil-d'archal à celle de
+l'autre dans la cartouche au travers de la poudre, l'enflamme, &
+l'explosion de la poudre se fait au même instant que le craquement de la
+décharge.
+
+«Cette expérience m'a réussi d'une façon admirable. En voici le procédé.
+Après avoir roulé une carte à jouer, & l'avoir bien liée avec du fil,
+j'ai rempli à peu près au quart ce petit tuyau de poudre à tirer, que
+j'ai bien bourée pour en écraser les grains; après cela j'y ai mis
+encore autant de poudre que j'ai bourée de la même manière; & ainsi de
+suite jusqu'à ce que le tuyau fût rempli: j'y ai ensuite enfoncé deux
+fils de fer, un à chaque bout comme le dit notre auteur; en suivant le
+reste de son procédé, l'expérience a manqué plusieurs fois. Imaginant
+que le défaut ne pouvoit venir que de ce que les pointes des fils de fer
+étoient trop éloignées l'une de l'autre, je les ai enfoncées davantage,
+& l'expérience a réussi. Quelque préparé que l'on soit au bruit que doit
+produire cette inflammation, on en est toujours surpris, mais ce n'est
+pas ce qu'il y a à craindre dans cette expérience.»
+
+«L'on doit y prendre des précautions contre deux accidens qui peuvent en
+résulter, l'un de tourner le petard du côté opposé aux spectateurs, afin
+qu'en sautant il ne puisse blesser personne; l'autre de ne pas tenir à
+la main les fils de fer dont les pointes sont enfoncées dans le petard,
+parce que si la poudre ne s'enflammoit pas, celui qui les tiendroit
+recevroit une commotion peut-être trop forte.»
+
+Je ne me souviens pas si je vous ai écrit que j'ai fondu des épingles de
+cuivre & des aiguilles d'acier, changé les pôles d'une aiguille
+aimantée, donné le magnétisme & la pôlarité à des aiguilles qui n'en
+avoient point, & que j'ai enflammé de la poudre à tirer séche avec
+l'étincelle électrique. J'ai cinq bouteilles qui contiennent chacune 8.
+ou 9. _galons_; deux de ces bouteilles chargées suffisent pour ces
+opérations; mais je puis les charger & les décharger toutes ensemble, il
+n'y a point d'autres bornes dans la force que l'homme peut donner &
+employer dans la matière électrique, que celles qui viennent de la
+dépense & du travail; car on peut augmenter le nombre des bouteilles à
+l'infini, les unir & les décharger toutes ensemble, comme s'il n'y en
+avoit qu'une. La force & l'effet sera proportionnée à leur nombre & à
+leur situation. Les plus grands effets connus des coups de foudre
+ordinaires peuvent, je pense, sans beaucoup de difficulté, être
+surpassés par cette voye, ce que l'on n'auroit jamais cru il y a
+quelques années. Bien des gens même aujourd'hui pourroient regarder
+cette supposition comme un peu extravagante. Ainsi nous sommes plus
+avancés en science que les diables de Rabelais à l'âge de deux ans; il
+dit d'eux plaisamment qu'ils ne sçavoient qu'un peut tonner & foudroyer
+autour de la tête d'un choux.
+
+Je suis avec un sincère respect, votre très-humble & très-obligé
+serviteur, B. Franklin.
+
+
+
+
+_LETTRE
+De M. E. KINNERSLEY,
+à Boston,
+
+à B. Franklin, Écuyer à Philadelphie, le 3. Février 1752._
+
+
+MONSIEUR,
+
+J'ai à vous communiquer les expériences suivantes. Je tenois dans une
+main un fil-d'archal qui étoit attaché par l'autre bout à la manivelle
+d'une Pompe, pour essayer si le coup du premier conducteur au travers de
+mes bras, seroit un peu plus fort que lorsqu'il passoit seulement sur la
+surface de la terre; mais je n'y découvris aucune différence.
+
+Je plaçai l'aiguille d'une boussole sur la pointe d'une longue épingle;
+& la tenant dans l'atmosphère du premier conducteur à la distance
+d'environ trois pouces, je trouvai qu'elle pirouettoit avec une grande
+rapidité, comme les aîles d'un tourne-broche.
+
+Je suspendis avec une soye une balle de liége environ de la grosseur
+d'un pois; je lui présentai de l'ambre frotté, de la cire à cacheter, du
+soufre, elle fut fortement repoussée par chacun de ces corps; ensuite
+j'essayai du verre & de la porcelaine frottée, & je trouvai que chacun
+l'attiroit jusqu'à ce qu'elle s'électrisât une seconde fois, & qu'alors
+elle fut repoussée comme la première fois; & tandis que cette balle
+étoit ainsi repoussée par le verre ou la porcelaine frottée, elle étoit
+attirée par l'un des trois, autres corps aussi frottés. Alors
+j'électrisai la balle avec le fil-d'archal d'une bouteille chargée, & je
+lui présentai du verre frotté (le bouchon d'un flacon) & une tasse de
+porcelaine; elle en fut repoussée aussi fortement que par le
+fil-d'archal. Mais quand je lui présentai un des autres corps
+électriques frottés, elle fut fortement attirée; & quand je l'électrisai
+par l'un d'eux jusqu'à ce qu'elle fût repoussée, elle fut attirée par le
+fil de la bouteille, mais repoussée par sa doublûre extérieure.
+
+Ces expériences me surprirent, & me portèrent à en inférer les paradoxes
+suivants.
+
+1°. Si un globe de verre est placé à l'un des bouts du premier
+conducteur, & un globe de soufre à l'autre; les deux globes étant
+également en bon état & dans un mouvement égal, on ne pourra tirer
+aucune étincelle du conducteur; mais un des globes tirera du conducteur
+aussi vîte que l'autre y fournira.
+
+2°. Si une bouteille est suspenduë au conducteur avec une chaîne de son
+envelope à la table, & que l'on ne se serve que d'un des globes à la
+fois, vingt tours de rouë, par exemple, la chargeront, après quoi autant
+de tours de l'autre rouë la déchargeront, & autant la rechargeront
+encore.
+
+3°. Les deux globes étant en mouvement, chacun ayant un conducteur
+particulier avec une fiole suspenduë à l'un d'eux, & la chaîne de
+celle-ci attachée à l'autre, la fiole se chargera, l'un des globes
+chargeant positivement, & l'autre négativement.
+
+4°. La bouteille étant chargée de cette sorte, suspendez-la de la même
+manière à l'autre conducteur; faites tourner les deux rouës, & le même
+nombre de tours qui avoit chargé la bouteille la déchargera, & le même
+nombre encore la rechargera.
+
+5°. Quand chaque globe communique avec le même premier conducteur,
+duquel il pend une chaîne jusques sur la table, l'un de ces globes (mais
+je ne puis pas dire lequel) quand ils sont en mouvement, tirera le feu
+au travers de son coussin, & le déchargera par la chaîne; l'autre le
+tirera au travers de la chaîne, & le déchargera au travers de son
+coussin.
+
+Je serois fort aise que vous envoyassiez chez moi chercher mon globe de
+soufre avec son coussin, & que vous en fissiez l'épreuve; mais je dois
+vous avertir de ne pas frotter le coussin avec de la craye, un peu de
+soufre réduit en poudre fine sera beaucoup mieux. Si, comme je m'y
+attens, vous trouvez que les globes chargent le premier conducteur d'une
+manière différente, je sçai que vous êtes en état de découvrir quelque
+méthode pour déterminer quel est celui qui charge positivement.
+
+Je suis, &c. E. Kinnersley.
+
+
+
+
+_LETTRE VIII._
+_De B. FRANKLIN, Écuyer de Philadelphie._
+
+_À M. E. Kinnersley, à Boston, le 2. Mars 1752._
+
+
+MONSIEUR,
+
+Je vous remercie des expériences que vous m'avez communiquées. J'envoyai
+sur le champ chercher votre globe de soufre dans le dessein de faire les
+épreuves que vous m'indiquiez; mais je trouvai qu'il n'étoit pas bien
+centré, & je n'avois pas le tems pour lors d'y remédier; mais au premier
+moment de loisir je le remettrai en état de servir; je tenterai les
+expériences, & je vous en rendrai compte.
+
+En attendant je soupçonne que les différentes attractions & répulsions
+que vous avez observées, venoient plutôt de la plus grande ou plus
+petite quantité du feu que vous tiriez des différens corps que de ce que
+ce feu seroit d'une espéce différente, & auroit une différente
+direction.
+
+Je suis avec précipitation, &c. B. Franklin.
+
+
+
+
+_LETTRE IX._
+_De B. FRANKLIN Écuyer de Philadelphie._
+
+_À M. E. Kinnersley, à Boston le 16. Mars 1752._
+
+
+MONSIEUR,
+
+Ayant mis votre globe de soufre en état de servir, j'essayai une des
+expériences que vous proposiez, & je fus agréablement surpris de voir
+que le globe de verre étant à une extrémité du conducteur & celui de
+soufre à l'autre, les deux globes en mouvement, on ne pouvoit pas tirer
+une seule étincelle du conducteur, à moins que l'un des globes ne
+tournât plus lentement, ou ne fût pas en aussi bon état que l'autre,
+alors même l'étincelle n'étoit que proportionnée à cette différence,
+ensorte que si on recommence à faire tourner les globes également ou à
+faire tourner plus lentement celui qui opéroit le mieux, l'on mettra
+encore le conducteur hors d'état de fournir une étincelle.
+
+Je remarquai aussi que le fil-d'archal d'une bouteille chargée par le
+globe de verre attiroit une balle de liége qui avoit touché au
+fil-d'archal d'une bouteille chargée par celui de soufre, & cela
+réciproquement, en sorte que le liége continuoit à jouer entre les deux
+bouteilles, de la même manière que si une bouteille avoit été chargée
+par le crochet & l'autre par le côté par le seul globe de verre; & les
+deux bouteilles chargées l'une par le globe de soufre, l'autre par celui
+de verre, seront toutes deux déchargées en approchant leurs
+fil-d'archal, & donneront le coup à la personne qui les tient.
+
+D'après ces expériences on peut être certain que les deuxiéme, troisiéme
+& quatriéme que vous proposez réussiront exactement, comme vous le
+supposez, quoique je ne les aye point tentées, n'en ayant pas le tems.
+J'imagine que c'est le globe de verre qui charge positivement, & celui
+de soufre négativement: en voici les raisons. 1°. Quoique le globe de
+soufre semble opérer aussi bien que le globe de verre, cependant il ne
+pourra jamais y avoir une étincelle aussi forte & à une distance aussi
+grande entre mon doigt & le conducteur, quand on se sert du globe de
+soufre que quand on employe celui de verre. Je suppose que la raison en
+est que les corps d'une certaine grosseur ne peuvent pas se séparer de
+la quantité du fluide électrique qu'ils ont & qu'ils conservent dans
+leur substance après l'avoir attirée, aussi aisément qu'ils peuvent en
+recevoir une quantité additionnelle sur leurs surfaces en forme
+d'atmosphère. Par conséquent on ne peut pas en tirer autant du
+conducteur qu'on peut y en faire entrer. 2°. J'observe que le ruisseau
+ou l'aigrette de feu qui paroît à l'extrémité du fil-d'archal attaché au
+conducteur est longue, large & fort divergente quand on se sert du globe
+de verre, & qu'elle fait un bruit avec éclat ou craquement; mais quand
+on employe le globe de soufre, cette aigrette est courte, petite, & ne
+fait qu'un sifflement. Et tout le contraire des deux arrive quand vous
+tenez le même fil-d'archal dans votre main, & que les globes travaillent
+tour-à-tour, l'aigrette est longue, large, divergente & craquante, quand
+on fait tourner le globe de soufre; elle est courte, petite & sifflante
+quand c'est celui de verre. Quand l'aigrette est longue, large, & fort
+divergente, le corps duquel elle part me semble jetter le feu: quand le
+contraire paroît, on diroit que ce corps le pompe. 3°. J'observe que
+quand j'ai présenté mon doigt devant le globe de soufre, lorsqu'il est
+en mouvement, le ruisseau de feu entre mon doigt & le globe semble se
+répandre sur sa surface comme s'il sortoit du doigt; il en est tout
+autrement du globe de verre. 4°. Le vent frais (ou ce qu'on appelle de
+ce nom) que nous avons coutume de sentir comme sortant d'une pointe
+électrisée, est beaucoup plus sensible quand on employe le globe de
+verre que quand c'est celui de soufre; mais ce ne sont ici que des
+pensées hazardées.
+
+«Les effets opposés du verre & du soufre ont été reconnus à Paris comme
+ils l'avoient été à Boston & à Philadelphie. M. le Roy de l'Académie
+Royale des Sciences, lût le 9. Avril 1755. à la rentrée publique de
+cette Académie, un mémoire bien détaillé des nouvelles expériences &
+observations qu'il avoit faites sur ce sujet. Après y avoir établi
+toutes les différences qu'il avoit remarquées entre l'électricité
+positive & l'électricité négative, (différences essentielles qui avoient
+déjà été publiées par le R. P. Beccaria dans son _Libro primo del
+Electricismo_, sous des dominations différents,) il démontre par des
+preuves convaincantes que le verre & la résine frottés produisent des
+effets électriques tout contraires: que le verre communique
+l'électricité positive, & que le soufre & la résine communiquent
+l'électricité négative. L'auteur du mémoire conclut de ses observations
+avec juste raison qu'il faut en revenir à la distinction des
+électricités vitrée & résineuse établie par feu M. Dufay; (Mém. de
+l'Acad. ann. 1733. pag. 469.) ces deux sortes d'électricités, quoique
+différentes par leur nature, semblent agir à peu près également & de la
+même manière sur les corps conducteurs qui y sont présentés; elles
+paroissent aussi à la première inspection produire les mêmes phénomènes
+d'attraction, de répulsion, d'étincellement, de pétillement, de
+percussion, de commotion, &c. Cependant quand on en vient à un examen
+plus approfondi, l'on n'est pas long-tems à reconnoître que les
+phénomènes sont en sens contraire. Ces deux sortes d'électricités se
+détruisent: l'une attire ce que l'autre repousse: celle-ci se communique
+en donnant, & celle-là en recevant: enfin la première est par excès, &
+la seconde par défaut. La bouteille de Leyde dont on présente le crochet
+au conducteur électrisé par le verre ou par le soufre, ne s'en charge
+pas moins bien, mais avec cette différence que si le conducteur est
+électrisé par le soufre, la bouteille se chargera extérieurement de même
+que cela arriveroit, si en la tenant par le crochet, on en présentoit le
+côté au conducteur électrisé par le verre, & de même encore qu'elle se
+chargeroit si, après avoir épuisé le coussin, on lui présentoit (à ce
+coussin) le crochet de cette bouteille, en la tenant par les côtés.
+
+«Outre les moyens indiqués par M. Franklin pour reconnoître si
+l'électricité est positive ou négative, voici celui qui me paroît le
+plus simple.
+
+«On sçait que si l'on présente une pointe métallique à un corps
+actuellement électrisé, il paroît dans l'obscurité une petite lumière au
+bout de cette pointe. Mais cette lumière n'est pas la même, quand le
+corps est électrisé positivement, & quand il l'est négativement. Dans le
+premier cas ce n'est qu'un petit floccon de lumière que M. le Roi nomme
+point lumineux plus ou moins apparent, fort semblable à un ver luisant.
+Dans le second cas cette lumière est en forme d'aigrette plus ou moins
+longue, plus ou moins divergente, suivant la force de l'électricité.
+C'est ce qu'on peut aisément...
+
+[Manque la page 176]
+
+...me je viens de le dire, étoit attachée tantôt au crochet & tantôt au
+ventre de la bouteille. En un mot l'endroit où paroît l'aigrette est
+celui d'où sort le feu, & conséquemment celui où est l'électricité
+positive; & l'endroit où paroît le point lumineux est celui où elle est
+négative.
+
+«Les termes d'électricité positive & électricité négative ne doivent
+jamais s'entendre dans un sens absolu. Le point lumineux que j'apperçois
+quand je présente une pointe au conducteur électrisé par le globe de
+verre ne prouve pas que je sois électrisé négativement, puisque j'ai
+toujours ma quantité naturelle d'électricité, mais seulement que j'en
+suis moins chargé que le conducteur, que j'en reçois de lui, que je suis
+dans un état négatif par rapport au sien, et par conséquent que le sien
+est positif relativement au mien.
+
+À l'égard de votre cinquiéme paradoxe, il peut pareillement être vrai,
+si les globes travaillent alternativement, mais s'il le font en même
+tems, le feu ne montera ni ne descendra par la chaîne, parce qu'un globe
+pompera le feu aussi vîte que l'autre le produira. Je ne serois pas
+fâché de sçavoir si les effets seroient contraires dans le cas où le
+globe de verre seroit solide & celui de soufre creux, mais je n'ai
+présentement aucun moyen de l'essayer.
+
+Dans vos voyages vos globes de verre sont sujets à des accidens, ceux de
+soufre sont lourds & incommodes.»
+
+_Quest._ Une plaque mince de soufre mise sur une table ne serviroit-elle
+pas de coussin dans l'occasion, pendant qu'un globe de cuir rembourré
+exactement, proprement monté, recevroit le feu du soufre & chargeroit le
+conducteur positivement, un pareil globe ne courroit aucun danger d'être
+cassé. Je crois concevoir comment cela pourroit s'exécuter. Mais je n'ai
+pas le tems d'ajouter autre chose si ce n'est que je suis, Monsieur, &c.
+
+
+
+
+_LETTRE X._
+
+_De B. FRANKLIN Écuyer de Philadelphie._
+
+_19. Octobre 1752._
+
+Comme l'on parle souvent dans les nouvelles d'Europe du succès de
+l'expérience de Philadelphie, pour tirer le feu électrique des nuées par
+le moyen des verges de fer pointuës élevées sur le haut des bâtimens,
+&c. Les curieux ne seront peut-être pas fâchés d'apprendre que la même
+expérience a réussi à Philadelphie, quoique faite d'une manière
+différente & plus facile; en voici le détail.
+
+Faites une croix de deux petites lates, les bras assez longs pour
+atteindre aux quatre coins d'un grand mouchoir fin de soye: quand il est
+étendu, liez les coins de ce mouchoir aux extrémités de la croix: par ce
+moyen vous avez le corps d'un cerf-volant; en y ajoutant adroitement une
+queuë, une gance & une ficelle, il s'élèvera en l'air comme ceux qui
+sont faits de papier; mais celui-ci qui est de soye est plus propre à
+résister au vent & à la pluye d'un orage sans se déchirer. Au sommet du
+montant de la croix il faut fixer un fil-d'archal très-pointu qui
+s'élève d'un pied ou plus au-dessus du bois. Au bout de la ficelle près
+de la main, il faut noüer un cordon ou ruban de soye, & attacher une
+clef dans l'endroit où la soye & la ficelle se joignent. On élève ce
+cerf-volant lorsqu'on est sur le point d'avoir du tonnerre, & la
+personne qui tient la corde doit être en dedans dune porte ou d'une
+fenêtre, ou sous quelqu'abri, ensorte que le ruban de soye ne soit pas
+mouillé, & l'on prendra garde que la ficelle ne touche pas le cadre de
+la porte ou de la fenêtre. Aussitôt que quelques parties de la nuée de
+tonnerre viendront sur le cerf-volant, le fil-d'archal pointu en tirera
+le feu électrique, & le cerf-volant, avec toute la ficelle, sera
+électrisé, les filamens de la ficelle qui ne sont pas serrés se
+dresseront en dehors de tous côtés, & seront attirés par l'approche du
+doigt, & quand la pluye a mouillé le cerf-volant & la ficelle, de façon
+qu'ils puissent conduire librement le feu électrique, vous trouverez
+qu'il découle en abondance de la clef à l'approche de votre doigt: on
+peut charger la bouteille à cette clef, enflammer les liqueurs
+spiritueuses avec le feu ainsi ramassé, & faire toutes les autres
+expériences électriques qu'on fait ordinairement avec le secours d'un
+globe ou d'un tube de verre frotté, & par ce moyen on démontre
+parfaitement l'identité de la matière électrique avec celle de la
+foudre.
+
+
+
+
+_LETTRE XI._
+
+_De B. FRANKLIN Ecuyer de Philadelphie._
+
+Puisque vous me dites que notre ami Cave est prêt à ajouter quelques
+dernières expériences à ma feüille volante avec l'_errata_, j'envoye une
+copie d'une lettre du Docteur Colden, qui peut aider à remplir quelques
+pages, & encore mon expérience du cerf-volant dans la gazette de
+Pensylvanie: je n'ai rien à y ajouter de nouveau, si ce n'est
+l'expérience suivante, pour découvrir un plus grand nombre des
+propriétés du fluide électrique.
+
+
+EXPÉRIENCE
+
+_Pour découvrir un plus grand nombre des propriétés du fluide
+électrique._
+
+Suspendez par un crochet de fil-d'archal un boulet au premier
+conducteur; placez sous le boulet à six lignes de distance une plaque
+d'argent poli pour recevoir les étincelles; faites alors tourner la
+rouë, & si les étincelles répétées frappent continuellement sur le même
+endroit, il s'y fera dans peu de minutes une tache bleuë approchant de
+la couleur d'un ressort de montre.
+
+Une plaque de fer poli exposée à la même épreuve, sera aussi tachée,
+mais non pas de la même couleur; elle semble plutôt corrodée.
+
+Je ne me suis pas apperçu que cette opération fît aucune impression sur
+l'or, le cuivre ou l'étain, mais les taches sur l'argent ou le fer
+seront les mêmes, soit que le boulet soit de plomb, de cuivre, d'or ou
+d'argent.
+
+Il paroîtroit aussi une petite tache sur le boulet d'argent, de même que
+sur la plaque qui seroit au-dessous.
+
+
+NOUVELLES
+EXPÉRIENCES ET OBSERVATIONS
+SUR L'ÉLECTRICITÉ.
+
+_Faites à Philadelphie en Amérique par B. Franklin, Écuyer, &
+communiquées à P. Collinson, Écuyer, de la Société Royale de Londres, &
+lûes à la même Société le 27. Juin & le 4. Juillet 1754. On y a ajouté
+un écrit sur le même sujet par J. Canton M. A. membre de la Société
+Royale, lû à la même Société le 6. Décembre 1753. & un autre pour la
+défense de Mr. Franklin contre l'Abbé Nollet, par M. D. Colden de la
+nouvelle York._
+
+
+
+
+TROISIÉME PARTIE.
+
+À Londres 1754.
+
+
+
+
+_LETTRE XII.
+
+De B. FRANKLIN Écuyer de Philadelphie.
+
+À P. Collinson Écuyer de la Société Royale de Londres._
+
+
+_Septembre 1753._
+
+MONSIEUR,
+
+Dans mon premier écrit sur cette matière fait d'abord en 1747. augmenté
+& envoyé en Angleterre en 1749. je regardai la mer comme la grande
+source des éclairs; j'imaginois que la lumière qu'on y apperçoit venoit
+du feu électrique produit par le frottement des particules d'eau avec
+celles de sel. Éloigné des côtes je n'avois pas alors la commodité de
+faire des expériences sur de l'eau de mer, de sorte que j'embrassai
+cette opinion trop à la hâte.
+
+Car en 1750. & 51. étant par occasion sur les côtes, je trouvai par des
+expériences que l'eau de la mer dans une bouteille, quoiqu'elle parût
+d'abord lumineuse en l'agitant, perdit cependant cette vertu dans peu
+d'heures. De cette observation & de ce qu'en agitant du sel fondu dans
+de l'eau je ne pouvois produire aucune lumière, je commençai d'abord à
+douter de ma première supposition, & à soupçonner que cette lumière dans
+l'eau de la mer devoit être attribuée à quelques autres principes.
+
+J'examinai alors s'il n'étoit pas possible que les particules de l'air,
+étant électriques par elles-mêmes, tirassent leur feu électrique de la
+terre dans les grands coups de vent par leur frottement contre les
+arbres, les montagnes, les bâtimens, &tc. comme autant de petits globes
+électriques frottans contre des coussins non-électriques, & que les
+vapeurs qui s'élèvent reçussent de l'air ce feu, & que par ces moyens
+les nuages devinssent électrisés.
+
+J'imaginai que si la chose étoit ainsi, poussant violemment avec des
+soufflets un courant d'air contre mon premier conducteur, je pourrois
+l'électriser négativement, le frottement des particules de l'air le
+dépoüillant d'une partie de sa quantité naturelle du fluide électrique;
+mais l'expérience que je tentai dans cette vûe ne me réussit pas.
+
+En Septembre 1752. j'élevai une verge de fer pour tirer l'éclair dans ma
+maison, afin de faire quelques expériences dessus, ayant disposé deux
+timbres pour m'avertir quand la verge seroit électrisée; cette pratique
+est familière à tout Électricien.
+
+Je trouvai que les timbres sonnèrent quelquefois quoiqu'il n'y eût ni
+éclair ni tonnerre, mais seulement un nuage obscur au-dessus de la
+verge, que quelquefois après un coup d'éclair ils s'arrêtoient tout d'un
+coup, que d'autres fois, sans avoir sonné auparavant, ils commençoient à
+le faire soudain après l'éclair, que l'électricité étoit quelquefois,
+très-foible, ensorte qu'après en avoir tiré une petite étincelle, on
+étoit quelque tems sans pouvoir en tirer d'autre; que d'autrefois les
+étincelles se suivoient avec une extrême rapidité, en ayant eu un jour
+un courant continuel d'un timbre à l'autre de la largeur d'une plume de
+corbeau; il y eut même des variations considérables pendant le même
+orage.
+
+L'hyver suivant j'imaginai une expérience pour découvrir si les nuages
+étoient électrisés positivement ou négativement; mais ma verge pointuë
+avec tout son appareil s'étant dérangée, je ne la rétablis que vers le
+printems, lorsque j'espérai que la chaleur occasionneroit plus de nuages
+orageux.
+
+Cette expérience consistoit à prendre deux bouteilles, à en charger une
+du feu de la verge de fer & à donner à l'autre une charge égale avec le
+globe de verre électrique par le moyen du premier conducteur, & après
+les avoir chargées, à les placer sur une table à trois ou quatre pouces
+l'une de l'autre, ayant suspendu au plat-fons avec un fil de soye fin,
+une boulette de liége qui pût joüer entre les crochets. Si les deux
+bouteilles étoient électrisées positivement, la boulette attirée &
+repoussée par l'une, devroit aussi être repoussée par l'autre: si l'une
+étoit positivement & l'autre négativement, la boulette seroit attirée &
+repoussée tour à tour par chacune, & continueroit de joüer entr'elles
+aussi long-tems qu'elles conserveroient quelque charge considérable.
+
+Ayant fort à coeur de faire cette expérience, le hazard voulut que je
+fusse absent pendant les deux plus gros orages que nous eûmes de bonne
+heure dans le printems, ce qui ne fut pas une petite mortification pour
+moi. J'avois bien ordonné dans ma maison que si les timbres sonnoient,
+pendant mon absence, on enfermât quelqu'éclair pour moi dans des
+bouteilles électriques, & on le fit aussi; mais tout étoit presque
+dissipé avant mon retour; & dans quelques autres orages la quantité
+d'éclairs que je pus renfermer étoit si petite, & la charge si foible,
+que je ne pus me satisfaire; cependant je vis quelquefois de quoi
+augmenter mes soupçons & enflammer ma curiosité.
+
+Enfin le 12. Avril 1753. étant arrivé un orage qui fut assez vif pendant
+quelque tems, je chargeai une des bouteilles passablement bien avec
+l'éclair, & l'autre avec l'électricité de mon globe de verre, également
+autant que j'en pus juger; & les ayant disposées convenablement, je vis
+avec autant de surprise que de plaisir la boulette de liége joüer avec
+vîtesse de l'une à l'autre, & je fus convaincu que l'une des deux étoit
+électrisée négativement.
+
+Je répétai plusieurs fois cette expérience pendant cet orage & pendant
+huit autres orages de suite, toujours avec le même succès, & étant
+persuadé (par les raisons détaillées d'abord dans ma lettre à M.
+Kinnersley, imprimée depuis à Londres,) que le globe de verre électrise
+positivement, je conclus que les nuages sont toujours électrisés
+négativement, ou contiennent toujours moins que leur quantité naturelle
+de fluide électrique.
+
+Malgré tant d'expériences il semble cependant que ma conclusion étoit
+tirée trop précipitamment, car enfin le 6. de Juin dans un orage qui
+dura depuis cinq heures après midi jusqu'à sept, je trouvai un nuage qui
+étoit électrisé positivement, quoique plusieurs qui étoient passés
+auparavant au-dessus de ma verge pendant le même orage, fussent dans
+l'état négatif. Voici comme je le découvris.
+
+Je faisois en même tems une autre expérience que je répétai plusieurs
+fois pour m'assurer de l'état négatif des nuages; la voici. Pendant que
+les timbres sonnoient, je pris la bouteille chargée au globe,
+j'appliquai son crochet à la verge, dans l'idée que si les nuages
+étoient électrisés positivement, la verge qui en recevoit son
+électricité le seroit aussi de la même façon, & alors l'électricité
+positive ajoutée avec la bouteille feroit sonner les timbres plus vîte;
+mais si les nuages étoient dans un état négatif, ils devoient épuiser le
+fluide électrique de la verge & la réduire au même état négatif où ils
+étoient; alors le crochet de la bouteille chargée positivement
+fournissant à là verge ce qui lui manquoit, (autrement elle auroit été
+obligée de le tirer de la terre par le moyen de la boulette de cuivre
+suspendue entre les deux timbres,) le carillon cesseroit jusqu'à ce que
+la bouteille fût déchargée.
+
+Je déchargeai promptement dans la verge de cette manière plusieurs
+bouteilles qui étoient chargées au globe; le fluide électrique passant
+du crochet dans la verge jusqu'à ce que le crochet ne tirât plus
+d'étincelles du doigt; & pendant que la verge recevoit de la bouteille,
+les timbres cesserent de sonner: mais en continuant d'appliquer le
+crochet de la bouteille à la verge, j'épuisai la quantité naturelle de
+la surface intérieure de ces bouteilles, ou pour m'exprimer à
+l'ordinaire je les chargeai négativement.
+
+Enfin pendant que je chargeois une bouteille à mon globe pour répèter
+cette expérience, mes timbres s'arrêtèrent d'eux-mêmes, & après une
+pause recommencèrent à sonner; mais quand j'approchai de la verge le
+crochet de la bouteille chargée, au lieu du courant ordinaire que
+j'attendois du crochet à la verge, il n'y eut pas d'étincelles, pas même
+lorsque je les fis toucher. Cependant les timbres continuèrent à sonner
+fortement, ce qui me fit connoître que la verge étoit alors électrisée
+positivement, aussi bien que le crochet de la bouteille & au même dégré,
+& par conséquent que le nuage particulier qui étoit alors au-dessus de
+la verge étoit dans le même état positif; c'étoit vers la fin de
+l'orage.
+
+Mais c'est une expérience unique qui, néanmoins fait une exception à ma
+première conclusion qui étoit trop générale, & me réduit à celle-ci, que
+les nuages d'un orage accompagné de tonnerre sont le plus ordinairement
+dans un état négatif d'électricité, mais quelquefois dans un état
+positif.
+
+Je crois que le dernier cas est rare, car quoique bientôt après la
+dernière expérience je fis un voyage à Boston, & fus hors de chez moi la
+plus grande partie de l'été, ce qui m'empêcha de poursuivre mes
+observations & mes essais; cependant M. Kinnersley revenu des isles
+précisément au tems de mon départ, continua les expériences pendant mon
+absence, & il m'assure qu'il trouva toujours les nuages dans l'état
+négatif; ensorte que le plus souvent dans les coups de foudre c'est la
+terre qui frappe les nuages, & non les nuages qui frappent la terre.
+
+Ceux qui sont versés dans les expériences électriques concevront
+aisément que les effets & les apparences doivent être à peu de chose
+près les mêmes dans les deux cas; même explosion, même éclair entre deux
+nuages, entre les nuages & les montagnes, &c. même rupture des arbres,
+des murailles, &c. que le fluide électrique rencontre sur son partage,
+même coup fatal pour les corps animaux, & que les verges pointuës
+plantées sur les bâtimens où les mâts des vaisseaux, & communiquant avec
+la terre ou la mer, doivent être également propres à rétablir doucement
+& en silence l'équilibre entre la terre & les nuages, ou à conduire un
+éclair ou un coup de foudre, s'il y en avoit, de manière à préserver la
+maison ou le vaisseau; car les pointes ont autant de vertu pour pousser
+le feu électrique que pour l'attirer, & les verges l'élèveront aussi
+bien qu'elles le feront descendre.
+
+«M. le Roy de l'Académie des Sciences, dont nous avons déjà parlé, avoit
+aussi conjecturé long-tems avant d'avoir été informé des nouvelles
+découvertes faites en Amérique, que l'électricité des nuages devoit être
+négative: voici comme il s'en explique à la fin d'un mémoire qu'il lût à
+l'Académie le 9. Avril 1755.
+
+«À ces conséquences j'en pourrois ajouter plusieurs autres assez
+importantes: mais je me contenterai de faire remarquer, 1º. que cette
+électricité nous montre qu'il pourroit bien y avoir dans la nature tel
+agent lequel électriseroit les corps en y raréfiant le fluide
+électrique, ce qu'on n'avoit pû soupçonner jusqu'ici, opération qui est
+même plus simple que celle par laquelle on conçoit ordinairement que cet
+effet a lieu. 2º. Qu'il y a une grande analogie entre un aimant & un
+systême de corps électrisés par _condensation_ & par _raréfaction_, les
+corps aimantés par un pôle se repoussant & attirant ceux qui sont
+aimantés par l'autre, comme ceux qui sont électriques d'une même façon
+se repoussent tandis qu'ils attirent ceux qui le sont d'une façon
+contraire; enfin que le choc de l'expérience de Leyde n'est qu'une suite
+pour ainsi dire des deux électricités par _condensation_ & par
+_raréfaction_, une bouteille de Leyde se chargeant dans un instant,
+quand on fait communiquer le côté avec le bâtis & le crochet avec le
+conducteur, ou _vice versâ_, & ne pouvant absolument se charger lorsque
+l'on la fait communiquer de même avec deux corps électrisés au même
+degré; c'est ce que je me propose de montrer dans un mémoire où je
+compte donner l'analyse de cette expérience.
+
+«Le R. P. Beccaria après avoir observé des différences marquées entre
+l'électricité positive & l'électricité négative, comme il a été
+ci-devant rapporté, ne fut pas long-tems à reconnoître les mêmes
+différences dans l'électricité naturelle. Il remarqua que son appareil
+électrisé par le tonnerre, ou seulement par les nuages sans apparence de
+tonnerre, étoit tantôt dans un état positif & tantôt dans un état
+négatif; il a donné un détail bien circonstancié de toutes ses
+observations à ce sujet dans son _Libro secondo del Electricismo
+naturale_, imprimé _in_-4º. à Turin en 1753.»
+
+Mais quoique les éclaircissemens tirés de ces expériences ne changent
+rien dans la pratique, il, en est tout autrement pour la théorie, nous
+sommes maintenant aussi embarrassés à trouver une hypothèse pour
+expliquer par quels moyens les nuages deviennent électrisés
+négativement, que nous l'étions précédemment à montrer comment ils le
+devenoient positivement.
+
+Je ne sçaurois m'empêcher de hazarder quelques conjectures sur ce sujet;
+voici celles qui s'offrent à présent à mon esprit; & quand même de
+nouvelles découvertes montreroient qu'elles ne sont pas tout-à-fait
+justes, elles pourroient, en attendant, être de quelque utilité, en
+excitant les curieux à faire davantage d'expériences, & en donnant
+occasion à des recherches plus exactes.
+
+Je conçois donc que ce globe de terre & d'eau avec ses plantes, ses
+animaux & ses bâtimens contient une quantité de fluide électrique
+répanduë dans sa substance, précisément aussi grande qu'il en peut
+contenir; c'est ce que j'appelle la quantité naturelle.
+
+Que cette quantité naturelle n'est pas la même dans toutes les espèces
+de matière commune sous des dimensions égales, ni dans la même espèce de
+matière commune dans toutes les circonstances. Mais un pied cube v. g.
+d'une sorte de matière commune, peut contenir plus de fluide électrique
+qu'un pied cube de quelqu'autre matière commune & une livre de la même
+espèce de matière commune, quand elle est raréfiée, peut en contenir
+plus que quand elle est condensée.
+
+Car le fluide électrique étant attiré par quelque portion de matière
+commune, les parties de ce fluide (qui ont entr'elles une mutuelle
+répulsion,) s'approchent tellement l'une de l'autre par l'attraction de
+la matière commune qui les absorbe, que leur répulsion est égale à la
+force condensante de l'attraction dans la matière commune: ainsi cette
+portion de matière commune n'en absorbera pas davantage.
+
+Les corps de différentes espèces ayant ainsi attiré & absorbé ce que
+j'appelle leur quantité naturelle, c'est-à-dire précisément autant de
+fluide électrique qu'il convient à leur état de densité, de raréfaction
+& au pouvoir d'attirer, ne donnent plus entre eux aucun signe
+d'électricité.
+
+Et si l'on charge un de ces corps d'une plus grande quantité de fluide
+électrique, elle n'y entre pas, mais elle se répand sur la surface & y
+forme une atmosphère, & alors ce corps donne des signes d'électricité.
+
+J'ai comparé dans un de mes écrits précédens la matière commune à une
+éponge & le fluide électrique à l'eau; on voudra bien me permettre de me
+servir encore une fois de la même comparaison pour éclaircir davantage
+ma pensée sur ce sujet.
+
+Quand on condense un peu une éponge, en la pressant entre les doigts,
+elle ne prend & ne garde pas autant d'eau que dans son état le plus
+naturel de relâchement & de raréfaction.
+
+Étant encore pressée & condensée davantage, il sortira quelque peu d'eau
+de ses parties intérieures qui s'écoulera par la surface.
+
+Si l'on cesse entiérement de la presser avec les doigts, l'éponge
+reprendra non-seulement ce qui avoit été exprimé d'eau en dernier lieu,
+mais elle en attirera une quantité surabondante.
+
+Comme l'éponge dans son état de raréfaction attirera & absorbera
+naturellement plus d'eau, & que dans son état de condensation elle
+attirera & absorbera naturellement moins d'eau, nous pouvons appeller la
+quantité qu'elle absorbe dans l'un ou l'autre de ces états, sa quantité
+naturelle relativement à cet état.
+
+Or l'eau est au fluide électrique ce que l'éponge est à l'eau. Quand une
+portion d'eau est dans son état commun de densité, elle ne peut contenir
+plus de fluide électrique qu'elle n'en a; si on y en ajoûte, il se
+répand sur la surface.
+
+Quand la même portion d'eau se raréfie en vapeurs & forme un nuage, elle
+est capable d'en recevoir & d'en absorber une beaucoup plus grande
+quantité; chaque particule a de la place pour avoir son atmosphère
+électrique.
+
+Ainsi l'eau en son état de raréfaction ou dans la forme d'un nuage sera
+dans un état négatif d'électricité; elle aura moins que sa quantité
+naturelle, c'est-à-dire moins qu'elle n'est naturellement capable d'en
+attirer & d'en absorber dans cet état.
+
+Ce nuage s'approchant assez de la terre pour être à portée d'être
+frappé, recevra de la terre un coup de fluide électrique, qui pour
+fournir à une grande étenduë de nuages, doit quelquefois contenir une
+très-grande quantité de ce fluide. Mais ce nuage passant sur des bois de
+haute futaye peut recevoir sans bruit quelque charge des pointes, & des
+bords aigus des feüilles de leurs cimes mouillées.
+
+Un nuage étant chargé par quelque moyen que ce soit de la part de la
+terre peut frapper sur d'autres qui n'ont pas été chargés ou qui ne
+l'ont pas été autant, ceux-ci sur d'autres encore jusqu'à ce que
+l'équilibre soit établi entre tous les nuages qui sont à portée de se
+frapper l'un l'autre.
+
+Le nuage ainsi chargé s'étant déchargé d'une bonne partie de ce qu'il a
+reçu d'abord, peut recevoir une nouvelle charge de la terre ou de
+quelqu'autre nuage qui aura été poussé par le vent à portée de la
+recevoir plus promptement de la terre.
+
+Delà ces coups & ces éclairs redoublés & continuels jusqu'à ce que les
+nuages ayent reçu à peu près leur quantité naturelle en tant que nuages,
+ou jusqu'à ce qu'ils soient tombés en ondées & réunis à ce globe
+terraquée d'où ils tirent leur origine.
+
+Ainsi les nuages orageux sont généralement parlant dans un état négatif
+d'électricité par rapport à la terre selon la plûpart de nos
+expériences; cependant comme dans l'une nous avons trouvé un nuage
+électrisé positivement, je conjecture que dans ce cas un pareil nuage,
+après avoir reçu ce qui, dans son état de raréfaction, étoit seulement
+sa quantité naturelle se trouva comprimé par l'action des vents ou de
+quelqu'autre manière, ensorte qu'une partie de ce qu'il avoit absorbé,
+fut chassée, & forma une atmosphère électrique autour de lui dans son
+état de condensation. C'est ce qui le rendit capable de communiquer une
+électricité positive à la verge.
+
+Pour prouver qu'un corps dans différentes circonstances de dilatation &
+de contraction est capable de recevoir & de retenir plus ou moins de
+fluide électrique sur sa surface, je rapporterai l'expérience suivante:
+Je plaçai sur le plancher un verre à boire propre, & dessus un petit pot
+d'argent, dans lequel je mis environ trois brasses de chaîne de cuivre,
+à un bout de laquelle j'attachai un fil de soye qui s'élevoit
+directement au plat-fond où il passoit sur une poulie & delà
+redescendoit dans ma main, de sorte que je pouvois à mon gré enlever la
+chaîne du pot, l'élever à un pied de distance du plat-fond & la laisser
+par gradation retomber dans le pot.
+
+Du plat-fond avec un autre fil de fine soye écruë, je suspendis un petit
+floccon de coton, de manière que quand il pendoit perpendiculairement il
+touchoit le côté du pot: ensuite approchant du pot le crochet d'une
+bouteille chargée, je lui donnai une étincelle qui se répandit autour en
+atmosphère électrique, & le floccon de coton fut repoussé du côté du pot
+à la distance de neuf ou dix pouces: le pot ne recevoit plus alors
+d'autre étincelle du crochet de la bouteille; mais à mesure que
+j'élevois la chaîne, l'atmosphère du pot diminua en se coulant sur la
+chaîne qui s'élevoit, & en conséquence le floccon de coton s'approcha de
+plus en plus du pot; & alors si je rapprochois de ce pot le crochet de
+la bouteille, il recevoit une autre étincelle & le coton retournoit à la
+même distance qu'auparavant, & de cette sorte à proportion que la chaîne
+étoit élevée plus haut, le pot recevoit plus d'étincelles, parce que le
+pot avec la chaîne déployée étoit capable de supporter une plus grande
+atmosphère que le pot avec la chaîne ramassée dans son intérieur. Que
+l'atmosphère autour du pot fût diminuée en enlevant la chaîne, &
+augmentée en la baissant, c'est une chose non-seulement conforme à la
+raison, puisque l'atmosphère de la chaîne doit être tirée de celle du
+pot quand elle s'enlève, & y retourner quand elle retombe; mais la chose
+est encore évidente aux yeux, le floccon de coton s'approchant toujours
+du pot quand on tiroit la chaîne en haut, & se retirant quand on la
+laissoit tomber.
+
+«Cette expérience répètée de la manière dont l'enseigne M. Franklin, a
+tout aussi bien réussi à Paris qu'à Philadelphie. Le floccon de coton ou
+une balle de liége suspenduë à un fil de soye s'écarte plus ou moins des
+bords du vase, suivant que la chaîne y est plus ou moins renfermée. J'ai
+vû le floccon qui se tenoit à un pouce de distance du vase, tandis
+qu'une chaîne de douze pieds étoit tout à fait déployée, s'en écarter
+jusqu'à un pied, quand elle étoit entiérement retombée.»
+
+Ainsi nous voyons que l'augmentation de surface rend un corps capable de
+recevoir une plus grande atmosphère électrique; mais cette expérience,
+je l'avouë, ne démontre pas parfaitement ma nouvelle hypothèse; car le
+cuivre & l'argent continuënt toujours à être solides, & ne se dilatent
+pas en vapeurs comme l'eau en nuages. Peut-être que dans la suite, des
+expériences sur l'eau élevée en vapeurs mettront cette matière dans un
+plus grand jour.
+
+Il s'élève contre cette nouvelle hypothèse une objection qui paroît
+importante; la voici: si l'eau, dans son état de raréfaction, comme
+nuage, attire & absorbe plus de fluide électrique que dans son état de
+densité comme eau, pourquoi ne tire-t-elle pas de la terre tout ce dont
+elle manque, à l'instant qu'elle en quitte la surface, qu'elle en est
+encore proche, & qu'elle ne fait que s'élever en vapeur? J'avouë que je
+ne sçaurois, quant à présent, répondre à cette difficulté d'une manière
+qui me satisfasse; j'ai cru cependant que je devois l'établir dans toute
+sa force, comme je l'ai fait, & soumettre le tout à l'examen.
+
+Qu'il me soit permis de recommander au curieux dans cette branche de la
+philosophie naturelle, de répèter avec soin & en observateurs exacts,
+les expériences que j'ai rapportées dans cet écrit & les précédens sur
+l'électricité positive & négative avec les autres de même genre qu'ils
+imagineront, afin de s'assurer si l'électricité communiquée par un globe
+de verre est réellement positive. Je prie aussi ceux qui auront occasion
+d'observer les effets récents du tonnerre sur les bâtimens, les arbres,
+&c. de les considérer en particulier dans la vûe d'en découvrir la
+direction. Mais dans cet examen il faut toujours faire attention à une
+chose, c'est qu'un courant de fluide électrique passant au travers du
+bois, de la brique, du métal, &c. quand il passe en petite quantité, la
+force avec laquelle ses parties se repoussent est limitée & surmontée
+par la cohésion des parties du corps qu'il traverse au point d'empêcher
+l'explosion; mais quand le fluide vient en trop grande quantité pour
+être retenu par cette cohésion, il fait explosion, & déchire ou fond le
+corps qui s'efforçoit de lui résister. Si c'est du bois, de la brique,
+de la pierre ou quelque chose de semblable, les éclats sortiront du côté
+où il y a moins de résistance, & de même lorsqu'il se fait un trou à
+travers du carton par le moyen d'un vase électrisé, si les surfaces du
+carton ne sont pas enfermées ou pressées, il y aura une bavûre élevée
+tout autour du trou des deux côtés du carton; mais si l'un des côtés est
+resserré, ensorte que la bavûre ne puisse pas s'élèver de ce côté, elle
+s'élevera entiérement de l'autre, de quelque côté que le fluide ait été
+dirigé, car la bavûre autour du trou est l'effet de l'explosion en tous
+sens autour du centre du courant plutôt que l'effet de la direction.
+
+Dans chaque coup de tonnerre je pense que le courant de fluide
+électrique qui est en mouvement pour rétablir l'équilibre entre la nuée
+& la terre, doit toujours préalablement trouver son passage & tracer,
+pour ainsi dire, sa course, le long de tous les conducteurs qu'il peut
+trouver dans son chemin, tels que les métaux, les murailles moites, les
+bois humides, &c., qu'il s'écartera considérablement de la ligne droite
+pour s'attacher aux bons conducteurs, & qu'enfin dans cette course il
+est actuellement en mouvement, quoique sans bruit & imperceptiblement
+avant l'explosion dans & parmi les conducteurs. Cette explosion n'arrive
+que quand les conducteurs ne peuvent pas s'en décharger aussi vîte
+qu'ils le reçoivent, parce qu'ils sont imparfaits, désunis, trop petits,
+ou qu'ils ne sont pas de la matière la plus propre à conduire. Ainsi les
+verges de métal, d'une grosseur suffisante, & qui s'étendent de la
+partie la plus haute d'un édifice jusqu'à terre, étant de la meilleure
+matière, & des conducteurs parfaits, préserveront, je pense, le bâtiment
+de dommage, ou en rétablissant l'équilibre assez vîte pour prévenir le
+coup, ou en le conduisant dans la substance de la verge aussi loin
+qu'elle s'étend, ensorte qu'il n'y ait d'explosion qu'au dessus de sa
+pointe, entre elle & les nuages.
+
+Si l'on demandoit quelle épaisseur on doit présumer suffisante dans la
+verge métalliques? Pour répondre, je remarquerois que cinq gros vases de
+verre, tels que je les ai indiqués dans mes premiers écrits, déchargent
+une très grande quantité d'électricité, qui cependant sera toute entière
+conduite autour d'un livre par le filet mince d'or de la couverture;
+elle suit l'or par le plus long chemin autour de la couverture plûtôt
+que de prendre le plus court au travers de cette couverture, qui n'est
+pas un si bon conducteur. Mais dans cette ligne d'or le métal est d'une
+finesse si grande, que ce n'est presque que la couleur de l'or; sur la
+couverture d'un livre _in-8º_. il n'y a pas un pouce quarré, & par
+conséquent pas la trente-sixiéme partie d'un grain suivant Mr. de
+Reaumur. Cependant elle est suffisante pour conduire la charge de cinq
+gros vases, & je ne sçais de combien davantage. Présentement je suppose
+qu'un fil-d'archal du quart d'un pouce de diamètre contient environ
+5000. fois autant de métal qu'il y en a dans cette ligne d'or, & si cela
+est, il conduira la charge de 25000. vases de verre pareils, quantité
+que j'imagine bien supérieure à ce qu'il y en a jamais eu dans aucun
+coup de tonnerre naturel. Mais une verge du diamètre d'un demi-pouce en
+conduiroit quatre fois autant que celle d'un quart.
+
+Et à l'égard du conducteur, quoiqu'il faille une certaine épaisseur de
+métal pour conduire un grande quantité d'électricité & en même tems
+conserver sa propre substance ferme & réunie, & qu'une moindre
+épaisseur, comme par exemple un très-petit fil-d'archal, soit détruite
+par l'explosion; cependant un pareil petit fil auroit suffi pour
+conduire ce coup, quoiqu'il devienne incapable d'en conduire un autre.
+Et considérant l'extrème rapidité avec laquelle le fluide électrique
+court sans explosion quand il a un passage libre ou une communication de
+métal parfait; je penserois qu'une grande quantité seroit conduite en
+peu de tems à un nuage ou tirée d'un nuage pour rétablir son équilibre
+avec la terre par le moyen d'un très-petit fil de fer, & par conséquent
+des verges épaisses ne paroissent pas si nécessaires. Quoiqu'il en soit,
+comme la quantité de tonnerre déchargée dans un coup ne peut pas se bien
+mesurer, & qu'elle est certainement très-différente en différens coups,
+plus grande dans quelques-uns que dans d'autres, & comme le fer (le
+meilleur métal pour cet usage, étant le moins propre à se fondre,) est à
+bon marché, il n'y a point d'inconvénient d'avoir un plus gros canal
+pour conduire ce coup impétueux que nous ne le jugeons nécessaire; car
+quoiqu'un fil-d'archal moyen puisse suffire, deux ou trois ne peuvent
+pas nuire. Le tems & des observations exactes bien comparées indiqueront
+à la fin la grosseur convenable avec une plus grande certitude.
+
+Les verges pointuës élevées sur les édifices peuvent de même prévenir
+souvent un coup de la manière suivante. Un oeil placé de façon qu'il
+voye horizontalement le dessous d'un nuage de tonnerre, verra qu'il est
+très-désuni, ayant nombre de fragmens séparés ou de petits nuages l'un
+sous l'autre, le plus bas étant souvent fort peu éloigné de la terre.
+Ceux-ci, comme autant de pierres marchantes, servent à conduire un coup
+entre le nuage & un bâtiment. Pour les représenter par une expérience,
+prenez deux ou trois floccons de coton non serré; attachez-en un au
+premier conducteur par un fil fin de deux pouces, (qui peut être filé
+sur le champ du même floccon avec les doigts,) liez-en un autre à
+celui-ci, un troisiéme au second par de semblables fils. Faites tourner
+le globe, & vous verrez ces floccons s'étendre vers la table (comme les
+petits nuages les plus bas font vers la terre,) qui les attire: mais en
+présentant une fine pointe dressée sous le plus bas, il se resserrera
+vers le second, le second vers le premier, & tous ensemble vers le
+premier conducteur, où ils resteront autant de tems que la pointe
+restera sous eux. Les petits nuages électrisés dont l'équilibre avec la
+terre est bien vîte rétabli par la pointe, ne peuvent-ils pas de la même
+manière s'élever vers le principal, & par ce moyen occasionner un si
+grand vuide que le grand nuage ne puisse frapper dans cet endroit?
+
+Ces pensées, mon cher ami, ne sont que hazardées & ébauchées; si j'étois
+simplement ambitieux de me faire quelque réputation dans la philosophie,
+je les garderois par devers moi jusqu'à ce qu'elles fussent
+perfectionnées & rectifiées par le tems & par de nouvelles expériences.
+Mais puisque la communication des moindres vûes & des expériences
+imparfaites dans une nouvelle branche de science a souvent produit de
+bons effets en attirant sur cet objet l'attention des personnes de
+génie, & a donné par là occasion à des recherches plus exactes & à des
+découvertes plus complettes. Vous êtes le maître de communiquer cet
+écrit à qui bon vous semblera; il est plus important que les
+connoissances s'augmentent qu'il ne l'est que votre ami soit regardé
+comme un philosophe exact.
+
+
+
+
+_LETTRE XIII.
+
+De B. FRANKLIN, Écuyer de Philadelphie.
+
+À P. Collinson, Écuyer, membre de la Société Royale à Londres._
+
+
+_18. Avril 1774._
+
+MONSIEUR,
+
+Depuis le mois de Septembre dernier ayant fait deux longs voyages, &
+ayant eu d'ailleurs beaucoup d'occupations, je n'ai guères fait
+d'observations sur l'état positif & négatif de l'électricité des nuages;
+mais Mr. Kinnersley a tenu en bon état sa verge & ses timbres & en a
+fait beaucoup.
+
+Un jour pendant cet hyver, les timbres sonnèrent long-tems pendant une
+chûte de neiges, quoique l'on n'entendît point de tonnerre & qu'on ne
+vît point d'éclairs; quelquefois les coups & le pétillement de la
+matière électrique entre les timbres furent si forts qu'on les entendit
+dans toute la maison; mais selon toutes ses observations les nuages
+furent constamment dans un état négatif jusques il y a environ six
+semaines; il trouva un jour qu'ils passèrent dans quelques minutes du
+négatif au positif. Environ huit jours après il fit une autre
+observation de la même sorte, & le soir de lundi dernier le vent sud-est
+soufflant fortement en tournant au nord-est & chassant beaucoup de
+nuages épais, il y eut cinq ou six passages successifs du négatif au
+positif, & du positif au négatif, les timbres s'arrêtant une minute ou
+deux entre chaque changement. Outre les méthodes rapportées dans mon
+écrit de Septembre dernier pour découvrir l'état électrique des nuages,
+on peut se servir de la suivante. Quand vos timbres sonnent, passez un
+tube frotté près du bord du timbre attaché à votre verge pointuë, si le
+nuage est alors dans un état négatif, la sonnerie s'arrêtera; s'il est
+dans un positif elle continuëra & sera peut-être plus vive. Ou bien
+suspendez une très-petite boule de liége à un fil de soye fine, ensorte
+qu'elle pende tout près du bord du timbre de la verge. Alors dès que le
+timbre est électrisé positivement ou négativement, la petite boule est
+repoussée & reste à quelque distance du timbre. Ayez tout prêt un
+bouchon de flacon en verre & à tête ronde, frottez-le sur votre côté
+jusqu'à ce qu'il soit électrisé, ensuite présentez-le à la boule de
+liége; si l'électricité dans la boule est positive elle sera repoussée
+du bouchon de verre aussi bien que du timbre. Si elle est négative elle
+sera attirée vers le bouchon.
+
+
+
+
+_LETTRE XIV._
+
+_Remarques sur les Lettres de l'Abbé Nollet sur l'Électricité, à B.
+Franklin Écuyer à Philadelphie, par M. David Colden de la nouvelle York,
+à Coldenham dans la nouvelle York, le 4. Décembre 1753._
+
+
+MONSIEUR,
+
+En examinant les lettres de l'Abbé Nollet à M. Franklin, je suis obligé
+de lui passer toutes les expériences qui se font avec ou dans des
+bouteilles scellées hermétiquement ou vuidées d'air, parce que n'étant
+pas en état de répéter les expériences, je ne pourrois pas appuyer par
+des preuves tirées de l'expérience certaines idées qui se sont
+présentées à moi là-dessus; c'est pourquoi le premier point sur lequel
+j'ose ouvrir mon sentiment est dans la quatriéme lettre de l'Abbé, _pag.
+66._ où il essaye de prouver que la matière électrique passe d'une
+surface à l'autre à travers l'épaisseur entière du verre; il prend
+l'expérience du tableau magique de M. Franklin, & parle ainsi: Lorsque
+vous électrisez ainsi un carreau de verre enduit de métal dessus &
+dessous, il est évident que ce que l'on pose sur la surface opposée à
+celle qui reçoit l'électricité du conducteur, prend aussi une vertu
+électrique très-marquée, qui, dit M. Franklin, est cette égale quantité
+de matière électrique chassée de ce côté par celle que le côté opposé
+reçoit du conducteur, & qui continuëra à donner une vertu électrique à
+chaque chose qui sera en contact avec elle jusqu'à ce qu'elle soit
+entièrement déchargée de son feu électrique; à quoi l'Abbé fait cette
+objection. «Dites-moi, je vous prie, dit-il, combien de tems faut il
+pour ce prétendu dépouillement, je puis vous assurer qu'après avoir
+soutenu l'électrisation pendant des heures entières, cette surface qui
+auroit dû, ce me semble, être bien dépourvûe de sa matière électrique,
+attendu le grand nombre d'étincelles qu'on en avoit tirées, ou le tems
+que cette matière avoit été exposée à l'action de la cause expulsive,
+cette surface, dis-je, ne m'en paroissoit que mieux électrisée & plus
+propre à produire tous les effets d'un corps actuellement électrique.»
+_Pag. 68._
+
+L'Abbé ne nous dit point quels sont ces effets: je n'ai jamais pû les
+observer tous, & on peut aisément rendre raison de ceux que l'on
+observe, en supposant que ce côté est entiérement destitué de matière
+électrique. L'effet le plus sensible d'un corps chargé d'électricité,
+est que quand on lui présente le doigt, ce doigt en tire une étincelle:
+or quand une bouteille préparée pour l'expérience de Leyde est penduë au
+canon d'un fusil ou au premier conducteur, & que vous faites tourner le
+globe pour la charger, aussitôt que la matière électrique est en
+mouvement, vous pouvez voir une étincelle aller de la surface extérieure
+de la bouteille à votre doigt, ce qui, dit M. Franklin, est la matière
+électrique naturelle du verre poussée dehors par celle qui est reçue du
+conducteur sur la surface intérieure, si elle en sort seulement par
+étincelles, on en peut tirer un grand nombre; mais si vous serrez la
+surface extérieure avec votre main, la bouteille recevra bientôt toute
+la matière électrique qu'elle est capable de recevoir, & l'extérieure
+sera alors entiérement privée de sa matière électrique, & on ne pourra
+en tirer d'étincelles avec le doigt; il y manque donc alors cet effet
+qu'ont tous les corps chargés d'électricité: quelques effets d'un corps
+électrique que l'Abbé, je suppose, a observés sur la surface extérieure
+d'une bouteille chargée, sont que tous les corps légers en sont attirés;
+c'en est un que j'ai constamment observé, mais je ne pense pas qu'il
+vienne d'une qualité attractive dans la surface extérieure de la
+bouteille; mais dans ces corps légers mêmes qui semblent être attirés
+par la bouteille, c'est une remarque constante que quand un corps a une
+plus grande charge de matière électrique qu'un autre, (c'est-à dire en
+proportion de la quantité qu'ils contiendront,) ce corps attirera celui
+qui en a moins; à présent je suppose, & c'est une partie du systême de
+M. Franklin, que tous ces corps légers qui semblent être attirés, ont
+plus de matière électrique en eux que la surface extérieure des
+bouteilles n'en a, c'est pourquoi ils tâchent d'attirer à eux la
+bouteille qui est trop pésante pour être ébranlée par le petit dégré de
+force qu'ils employent, & qui cependant étant plus grande que leur
+propre poids les pousse vers la bouteille, l'expérience suivante aidera
+l'imagination à concevoir cela. Suspendez une boule de liége ou une
+plume avec un fil de soye & électrisez-la; ensuite approchez cette boule
+de quelque corps fixe, & elle semblera attirée par ce corps, car elle
+volera vers lui. Mais de l'aveu des Électriciens, la cause attractive
+est dans la boule même, & non dans le corps fixe auquel elle court. Ce
+cas est semblable à l'attraction apparente des corps légers vers la
+surface extérieure d'une bouteille chargée.
+
+L'Abbé dit, _pag. 69._ qu'il peut électriser cent hommes debout sur des
+gâteaux de cire, pourvû qu'ils se tiennent par les mains, & qu'un d'eux
+touche l'une de ces surfaces (l'extérieure) du bout de son doigt. Je
+sçais qu'il le peut, pendant que la bouteille se charge, mais je suis
+aussi certain qu'il ne le peut pas après qu'elle est chargée; car une
+bouteille étant préparée pour l'expérience de Leyde, suspendez-la au
+conducteur, & qu'un homme debout sur le plancher touche de son doigt la
+doublure, pendant que le globe tourne, jusqu'à ce que la matière
+électrique sorte du crochet de la bouteille ou de quelque partie du
+conducteur, je crois que c'est le signe le plus certain que la bouteille
+a reçu toute la matière électrique qu'elle peut recevoir: après ce
+signe, que l'homme, qui auparavant étoit sur le plancher, monte sur un
+gâteau de cire, il peut y rester des heures entières le globe tournant
+pendant tout ce tems-là, & cependant ne donner aucun signe
+d'électricité.
+
+Après que la matière électrique fut poussée dehors du crochet de la
+bouteille préparée pour l'expérience de Leyde comme ci-dessus, je pendis
+une autre bouteille préparée de la même manière à un crochet attaché à
+la doublure de la première, & je tins cette autre bouteille dans ma
+main; mais si quelque matière électrique passoit au travers du verre de
+la première bouteille, la seconde la recevroit & la rassembleroit
+assurément; mais ayant tenu les bouteilles dans cette situation pendant
+un tems considérable, pendant lequel le globe ne cessa de tourner, je ne
+m'apperçus point que la seconde bouteille fut chargée le moins du monde,
+car quand je portai le doigt au crochet, comme dans l'expérience de
+Leyde, je n'éprouvai pas la moindre commotion, & je ne vis pas une
+étincelle partir du crochet.
+
+Je fis aussi l'expérience suivante, ayant chargé deux bouteilles
+(préparées pour l'expérience de Leyde) par leurs crochets, deux
+personnes en prirent chacun une dans leurs mains, l'un par le côté,
+l'autre par le crochet, ce qu'il fit en ôtant la communication avec le
+fond, avant de prendre le crochet, ces personnes se placèrent chacune à
+un de mes côtés, pendant que j'étois debout sur un gâteau de cire, & que
+je tenois le crochet de la bouteille qui étoit tenuë par la doublure
+(sur quoi il partit une étincelle; mais la bouteille ne fut pas
+déchargée pendant que je fus sur la cire) tenant le crochet, je touchai
+la doublure de la bouteille qui étoit tenuë par son crochet de mon autre
+main, sur quoi on apperçut une étincelle considérable entre mon doigt &
+la doublure, & les deux bouteilles furent sur le champ déchargées. Si
+l'opinion de l'Abbé est fondée, que la surface extérieure communiquant
+avec la doublure est chargée aussi bien que l'intérieure communiquant
+avec le crochet, comment puis-je, moi qui suis sur la cire, décharger
+ces deux bouteilles, quand il est bien connu que je n'en pourrois pas
+décharger une séparément? Bien plus, supposé que j'aye tiré la matière
+électrique des deux, qu'est-elle devenuë? car il ne paroît pas que j'en
+aye une quantité plus grande quand l'expérience est finie, & que je n'ai
+pas bougé de dessus la cire.
+
+Cette expérience me démontre donc pleinement que la surface extérieure
+n'est pas chargée, & non-seulement cela, mais qu'il lui manque autant de
+matière électrique que l'intérieure en a par excès; car par cette
+supposition, qui est une partie du systême de Mr. Franklin, on rend
+aisément raison de l'expérience précédente de cette sorte: quand je suis
+sur la cire mon corps n'est pas capable de recevoir du crochet d'une
+bouteille toute la matière électrique qu'elle est prête à donner, elle
+ne peut pas non plus en donner autant à la doublure de l'autre bouteille
+qu'elle est prête à en prendre, quand il n'y en a qu'une d'appliquée
+contre moi; mais quand elles le sont toutes deux, la doublure reçoit de
+l'une ce que le crochet donne: ainsi je reçois le feu de la première
+bouteille en B, dont la surface extérieure est fournie par la main en A:
+je donne le feu à la seconde bouteille en C, dont la surface intérieure
+est déchargée par la main en D. Cette décharge en D peut être renduë
+sensible en recevant ce feu dans le crochet d'une troisiéme bouteille,
+ce qui s'exécute ainsi: au lieu de prendre le crochet de la seconde
+bouteille dans votre main, faites passer au travers le fil-d'archal
+d'une troisiéme bouteille préparée comme pour l'expérience de Leyde, &
+tenez cette troisiéme bouteille dans votre main, la seconde y étant
+penduë par les bouts des crochets, passés l'un dans l'autre: quand
+l'expérience est achevée, cette troisiéme bouteille reçoit le feu en D,
+& elle sera chargée. Si l'on considère cette expérience, elle doit, je
+pense, prouver parfaitement que la surface extérieure d'une bouteille
+chargée manque de matière électrique, pendant que l'intérieure en a un
+excès. Quelque chose de plus, qui est digne de remarque dans cette
+expérience, c'est que je ne sens ni commotion ni choc dans mes bras,
+quoiqu'ils soient dans un instant traversés d'une si grande quantité de
+matière électrique; je ne sens qu'une piqûre aux bouts de mes doigts.
+Cela me fait penser que l'Abbé se trompe quand il dit qu'il n'y a point
+de différence entre le choc senti en faisant l'expérience de Leyde & la
+piqûre sentie en tirant de simples étincelles, si ce n'est du plus au
+moins. Dans la dernière expérience il passe à travers mes bras autant de
+matière électrique que m'en auroit donné un coup très-considérable, s'il
+y avoit eu une communication immédiate, par mes bras, du crochet à la
+doublure de la même bouteille; parce que quand elle fut prise dans une
+troisiéme bouteille, & que cette bouteille fut déchargée en particulier
+à travers mes bras, elle me donna un coup sensible. Si ces expériences
+prouvent que la matière électrique ne passe pas à travers l'entière
+épaisseur du verre, il est d'une conséquence nécessaire qu'elle doit
+toujours sortir par où elle est entrée.
+
+Ce qui s'est ensuite présenté, c'est dans la cinquiéme lettre _pag. 88._
+où il différe de M. Franklin, qui pense que tout le pouvoir de donner le
+coup réside dans le verre même & non dans les corps non-électriques qui
+le touchent. Les expériences que Mr. Franklin a données pour prouver
+cette opinion dans ses expériences & observations sur l'électricité,
+lettre 4. §. 50. & 51. m'ont convaincu qu'il avoit raison; & ce que
+l'Abbé a assuré de contraire ne m'a pas fait penser autrement. L'Abbé
+s'appercevant, comme je le suppose, que les expériences, comme M.
+Franklin les avoit faites, devoient prouver sa proposition, les altère
+sans en donner aucune raison, & les fait d'une manière qui ne prouve
+rien. Pourquoi veut-il qu'un homme tienne dans sa main la bouteille dans
+laquelle l'eau de la bouteille chargée doit être versée? Si le pouvoir
+de donner un coup est dans l'eau contenuë dans la bouteille, elle doit
+s'y conserver, quoiqu'elle soit versée dans une autre, puisqu'elle n'a
+été touchée par aucun corps non-électrique pour enlever ce pouvoir. Que
+la bouteille soit placée sur la cire, ce n'est pas une objection, car
+elle ne peut pas ôter le pouvoir à l'eau si elle en avoit, mais c'est un
+moyen nécessaire pour éprouver le fait; au lieu que cette bouteille
+étant chargée quand elle est dans la main d'un homme, prouve seulement
+que l'eau conduit la matière électrique. L'Abbé avouë, _pag. 94._ qu'il
+a entendu faire cette remarque; mais, dit-il, pourquoi un conducteur
+d'électricité n'est-il pas un sujet électrique? Ce n'est pas là la
+question. Mr. Franklin n'a jamais dit que l'eau ne fût pas un sujet
+électrique, il a dit que le pouvoir de donner le coup étoit dans le
+verra & non dans l'eau, & ses expériences le prouvent parfaitement, & si
+parfaitement qu'il seroit ridicule d'y rien ajouter: cependant comme je
+ne sçache pas que l'expérience suivante ait encore été connue de
+personne, on m'excusera de l'insérer ici: la voici.
+
+Pendez une bouteille préparée pour l'expérience de Leyde au conducteur
+par son crochet, & chargez-la; après cela écartez la communication du
+fond de la bouteille, alors le conducteur donne des signes évidens de
+son électrisation, car si on attache autour de lui un fil & qu'on laisse
+des bouts longs d'environ deux pouces, ils s'étendront comme une paire
+de cornes; mais si vous touchez le conducteur il en sortira une
+étincelle & les fils tomberont, & le conducteur ne donne plus le moindre
+signe d'électrisation après cela. Je pense qu'en le touchant j'ai enlevé
+toute la charge de matière électrique qui étoit dans le conducteur, le
+crochet de la bouteille & l'eau ou les fils de fer qui y sont contenus:
+nous voyons que tous les corps non-électriques peuvent en recevoir
+autant, cependant le verre de la bouteille conserve sa capacité de
+donner un coup, comme l'éprouveront tous ceux qui voudront l'essayer.
+Cette expérience fait voir évidemment que l'eau dans la bouteille ne
+contient pas plus de matière électrique qu'elle le feroit dans un bassin
+découvert, & qu'elle n'a pas la moindre chose de cette grande quantité
+qui produit le choc & qui est seulement retenuë par le verre. Après que
+l'étincelle est tirée du conducteur, si vous touchez la doublure de la
+bouteille (qui pendant tout ce tems est supposée pendre dans l'air
+dégagée de tout corps non-électrique) les fils sur le conducteur
+s'éleveront sur le champ & feront voir que le conducteur est électrisé:
+il reçoit cette électrisation de la surface intérieure de la bouteille,
+laquelle, quand la surface extérieure peut recevoir de la main qui lui
+est appliquée ce qui lui manque, en donnera autant que les corps en
+contact avec elle pourront en recevoir, ou tout ce qu'elle en a d'excès,
+s'ils sont assez gros. Il est amusant de voir la manière dont les fils
+hausseront & baisseront en touchant la doublure de la bouteille & le
+conducteur tour à tour. Ne seroit-ce point que la différence entre le
+côté chargé du verre & le côté extérieur ou vuidé étant diminuée en
+touchant le crochet ou le conducteur, le côté extérieur peut le recevoir
+de la main qui le touchoit, & par ce moyen le côté intérieur ne peut pas
+en conserver tant, & par cette raison ce qu'il n'en peut pas conserver
+électrise l'eau ou les fils & le conducteur; car il paroît être de règle
+qu'un des côtés doit se vuider dans la même proportion que l'autre est
+rempli; quoique la chose paroisse évidente par l'expérience, cependant
+c'est toujours un mystère dont on ne peut pas rendre raison.
+
+Je suis surpris de trouver dans plusieurs endroits du livre de l'Abbé
+que les expériences ont réussi si différemment à Paris de ce qu'elles
+ont fait dans les mains de M. Franklin & constamment dans les miennes.
+L'Abbé en faisant les expériences pour trouver la différence entre les
+deux surfaces d'un verre chargé, se garde bien de placer la bouteille
+sur la cire, car, dit-il, ne sçavez vous pas qu'étant mise suc un corps
+originairement électrique, elle perd promptement sa vertu? Je ne puis
+imaginer ce qui a engagé l'Abbé à penser de la sorte. Rien de plus
+opposé aux notions les plus communes des corps électriques par
+eux-mêmes, & l'expérience m'est un garant du contraire, car ayant laissé
+plusieurs fois à dessein une bouteille chargée sur la cire pendant des
+heures, je trouvai qu'elle conservoit autant de sa charge qu'une autre
+qui étoit restée pendant le même tems sur une table. J'en laissai une
+sur la cire depuis dix heures du soir jusqu'à huit du lendemain matin,
+je trouvai qu'elle conservoit une quantité de sa charge suffisante pour
+me donner une commotion sensible aux bras, quoique la chambre où étoit
+cette bouteille eût été balayée pendant ce tems, ce qui devoit avoir
+élevé beaucoup de poussière pour faciliter la décharge de la bouteille.
+
+Je trouve qu'une boule de liége suspenduë entre deux bouteilles, l'une
+chargée en plein & l'autre médiocrement, ne jouë pas entre elles, mais
+qu'elle s'arrête dans une situation qui fait un triangle avec les
+crochets des bouteilles, quoique l'Abbé ait assuré le contraire, _pag.
+101._ pour rendre raison du jeu d'une boule de liége entre le
+fil-d'archal enfoncé dans la bouteille & un autre qui s'élève de sa
+doublure. La bouteille qui est moins chargée doit avoir reçu plus de
+matière électrique, eu égard à sa grosseur, que la boule de liége n'en
+reçoit du crochet de la bouteille pleine.
+
+L'Abbé dit, _pag. 103._ qu'un morceau de feüille de métal pendu à un fil
+de soye & électrisé sera repoussé par le fond d'une bouteille chargée &
+tenuë en l'air par son crochet. Je le trouve constamment tout autrement;
+dans mes mains il est toujours attiré d'abord & ensuite repoussé: en
+chargeant la feüille il faut avoir soin d'empêcher qu'elle ne se porte
+vers quelque corps non-électrique, & que par ce moyen elle ne se
+décharge, tandis que vous la croyez chargée. Il est difficile de
+l'empêcher de se porter vers votre poignet ou vers quelque partie de
+votre corps.
+
+_Pag. 108._ l'Abbé dit qu'il n'est pas impossible, comme M. Franklin le
+prétend, de charger une bouteille pendant qu'il y a une communication
+établie entre sa doublure & son crochet. J'ai toujours trouvé impossible
+de charger une pareille bouteille au point de donner un coup; à la
+vérité, si elle est suspenduë au conducteur sans communication avec lui,
+vous pouvez en tirer une étincelle comme de tout autre corps qui y
+seroit suspendu; mais cela est bien différent d'être chargée au point de
+donner une commotion. Pour rendre raison du peu de matière électrique
+qui se trouve dans la bouteille, l'Abbé dit qu'elle suit plutôt le métal
+que le verre & qu'elle est chassée de la doublure de la bouteille dans
+l'air. J'admire que la même chose n'arrive pas aussi quand elle passe au
+travers du verre & qu'elle en charge la surface extérieure suivant le
+systême de l'Abbé.
+
+Je regarde les objections de l'Abbé contre les deux dernières
+expériences de Mr. Franklin, comme peu solides: il paroît assurément
+très-embarrassé sur ce qu'il doit dire, c'est pourquoi il accuse M.
+Franklin d'avoir tenue secrette la partie importante de l'expérience.
+C'est une petitesse dont on ne doit pas charger un galant homme qui n'a
+pas marqué tant de partialité que l'Abbé dans la relation de ses
+expériences.
+
+
+
+
+_LETTRE XV._
+
+_Expériences électriques avec un essai pour rendre raison de leurs
+différens phénomènes, & quelques observations sur les nuages de
+tonnerre, pour confirmer encore les remarques de Mr. Franklin sur l'état
+électrique positif & négatif des nuages par Jean Canton M. A. & de la
+Société Royale._
+
+
+_6. Décembre 1753._
+
+_Première Expérience._
+
+Du plat-fond ou de quelqu'endroit convenable d'une chambre suspendez
+avec des fils de lin de huit ou neuf pouces de long deux boulettes de
+liége chacune de la grosseur d'un petit pois, de manière qu'elles se
+touchent, si l'on porte le tube de verre frotté sous les boulettes, il
+les fera séparer quand on le tiendra à la distance de trois ou quatre
+pieds; si on l'en approche davantage, elles se sépareront encore
+davantage; si on le retire tout-à-fait, elles se réuniront
+immédiatement. Cette expérience peut se faire avec des boulettes de
+cuivre suspenduës par le moyen d'un fil d'argent; elle réussira aussi
+bien avec de la cire d'Espagne renduë électrique qu'avec du verre.
+
+_Deuxiéme Exp._ Si deux boules de liége sont suspenduës avec des fils de
+soye secs, il faudra en approcher le tube frotté à la distance de
+dix-huit pouces avant qu'elles se repoussent l'une l'autre: elles
+continuëront de le faire quelque tems après que le tube aura été ôté.
+
+Comme les boules dans la première expérience n'ont pas été isolées, on
+ne peut pas dire à la rigueur qu'elles ayent été électrisées; mais quand
+elles sont suspenduës dans l'atmosphère du tube frotté elles peuvent
+attirer & condenser le fluide électrique autour d'elles & être séparées
+par la répulsion de ses particules; on conjecture aussi que les boules
+alors contiennent moins que leur part commune du fluide électrique par
+rapport à la force de répulsion de celui qui les environne, quoiqu'il en
+entre & en passe peut-être un peu continuellement au travers des fils; &
+si cela est ainsi, on voit clairement la raison pour laquelle les boules
+suspenduës avec de la soye dans la seconde expérience doivent être dans
+une partie beaucoup plus dense de l'atmosphère du tube avant de se
+repousser l'une l'autre. Lorsqu'on approche des boules un bâton de cire
+frottée dans la première expérience, le feu électrique est supposé venir
+au travers des fils dans les boules, & s'y condenser dans son passage
+vers la cire; car suivant M. Franklin le verre frotté laisse aller le
+fluide électrique, mais la cire frottée le reçoit.
+
+_Troisiéme Exp._ Qu'on isole avec de la soye un tube mince de quatre ou
+cinq pieds de long & d'environ deux pouces de diamètre, & qu'on suspende
+à un de ses bouts des boules de liége avec des fils de lin;
+électrisez-le en portant le tube de verre frotté près de l'autre bout,
+ensorte que les boules restent séparées d'un pouce & demi ou de deux
+pouces, alors à l'approche du tube frotté elles perdront par dégré leur
+vertu répulsive & viendront en contact: & à mesure qu'on approche
+toujours le tube davantage, elles se sépareront encore à une aussi
+grande distance qu'auparavant: au retour du tube elles s'approcheront
+jusqu'à se toucher, & se repousseront ensuite comme en premier lieu. Si
+le tube mince est électrisé par la cire ou par le crochet d'une
+bouteille chargée, les boules seront affectées de la même manière à
+l'approche de la cire frottée ou du crochet de la bouteille.
+
+_Quatriéme Exp._ Électrisez les boules de liége comme dans la dernière
+expérience par le verre, & leur répulsion augmentera à l'approche d'un
+bâton de cire frotté. Ce sera le même effet si le verre frotté en est
+approché lorsqu'elles ont été électrisées avec de la cire.
+
+On suppose qu'en portant le verre frotté au bout ou au bord du tube
+mince dans la troisiéme expérience, il l'électrise positivement, ou
+ajoute au feu électrique qu'il contenoit auparavant, & par conséquent il
+en passe au travers des boules qui se repoussent mutuellement; mais à
+l'approche d'un verre frotté qui laisse sortir pareillement un fluide
+électrique, les boules en déchargeront moins, ou une partie sera poussée
+en arrière par une force qui agira dans une direction contraire, & elles
+s'approcheront plus près. Si le tube est tenu à une telle distance des
+boules que l'excès de la densité du fluide autour d'elles au dessus de
+la quantité ordinaire dans l'air, soit égal à l'excès de la densité de
+celui qui est en elles, au-dessus de la quantité ordinaire contenuë dans
+le liége, leur répulsion sera bientôt détruite; mais si le tube est
+approché davantage, le fluide du dehors étant plus dense que celui du
+dedans des boules, il sera attiré par elles, & elles se sépareront
+encore l'une de l'autre.
+
+Quand l'appareil a perdu une partie de sa portion naturelle de ce fluide
+par l'approche de la cire frottée d'une de ses extrémités, ou qu'il est
+électrisé négativement, le feu électrique est attiré & pris par les
+boules pour suppléer au défaut, & cela plus abondamment à l'approche
+d'un verre frotté ou d'un corps électrisé positivement qu'auparavant.
+C'est pourquoi l'éloignement entre les boules augmentera à mesure que le
+fluide qui les entoure, augmente, & en général soit par l'approche, soit
+par l'éloignement de quelque corps, si la différence entre la densité du
+fluide intérieur & extérieur est augmentée ou diminuée, la répulsion des
+boules sera augmentée ou diminuée à proportion.
+
+_Cinquiéme Expér._ Si le tube mince isolé n'est pas électrisé; approchez
+de son milieu le tube de verre frotté, ensorte qu'il fasse à peu près
+angle droit avec lui, les boules du bout se repousseront l'une l'autre;
+elles le feront d'autant plus que le tube frotté sera plus près. Quand
+il a été tenu quelques secondes à la distance d'environ six pouces,
+retirez-le, & les boules s'approcheront l'une de l'autre jusqu'à ce
+qu'elles se touchent, puis se séparant encore à mesure que le tube
+s'éloigne davantage, elles continuëront à se repousser quand on l'ôtera
+tout-à-fait, & cette répulsion entre les boules augmentera à l'approche
+du verre frotté, mais elle sera diminuée par la cire frottée, comme si
+l'appareil avoit été électrisé par la cire de la manière expliquée dans
+la troisiéme expérience.
+
+_Sixiéme Exp._ Isolez deux tubes minces désignés par A & B, ensorte
+qu'ils soient en ligne droite & séparés d'environ six lignes; suspendez
+au bout éloigné de chacun une paire de boules de liége. Approchez du
+milieu d'A le tube de verre frotté, & le tenant peu de tems à la
+distance de quelques pouces, vous verrez chaque paire de boule se
+séparer: écartez le tube, & les boules de A s'uniront & se repousseront
+encore l'une l'autre; mais celles de B seront à peine affectées. Par
+l'approche du tube de verre frotté tenu sous les boules de A, leur
+répulsion sera augmentée; mais si le tube est porté de la même manière
+vers les boules de B, leur répulsion diminuëra.
+
+Dans la cinquiéme expérience la provision commune de matière électrique
+dans le tube mince est supposée être raréfiée vers le milieu & condensée
+aux extrémités par la vertu répulsive de l'atmosphère du tube de verre
+frotté, quand il est tenu près du premier; & peut-être le tube mince
+perd-il quelque chose de sa quantité naturelle de fluide électrique
+avant qu'il en reçoive du verre: comme ce fluide doit être plus prêt à
+sortir par ses bouts & par ses bords qu'à entrer au milieu: & par
+conséquent lorsque le tube de verre est écarté & que le fluide est
+dérechef également répandu à travers l'appareil, on trouve qu'il est
+électrisé négativement, car le tube frotté porté sous les boules
+augmentera leur répulsion.
+
+Dans la sixiéme expérience une partie du fluide tiré d'un tube mince
+entre dans l'autre. On connoît qu'il est électrisé positivement par la
+diminution de la répulsion de ses boules à l'approche du verre frotté.
+
+_Septiéme Exp._ Placez le tube mince avec la paire de boules à son bout,
+à trois pieds au moins de toutes les parties de la chambre; rendez l'air
+très-sec par le moyen du feu; électrisez l'appareil à un degré
+considérable; ensuite touchez du doigt ou de quelqu'autre conducteur le
+tube mince, les boules continuëront cependant de se repousser l'une
+l'autre; mais non pas à une si grande distance qu'auparavant.
+
+L'air qui environne l'appareil à la distance de deux ou trois pieds est
+supposé contenir plus ou moins de feu électrique que sa part commune,
+selon que le tube mince est électrisé positivement ou négativement; &
+quand il est très-sec il ne quitte pas son surplus, ou ne répare pas son
+défaut aussi promptement que le tube mince, mais il peut continuer
+d'être électrisé, après qu'il a été touché pendant un temps
+considérable.
+
+_Huitiéme Exp._ Ayant fait un vuide de Torricelli, long d'environ 5.
+pieds, de la manière expliquée dans les Transactions Philosophiques,
+vol. 47. pag. 370. Si on en approche assez le tube frotté, on verra une
+lumière dans plus de la moitié de sa longueur; elle s'évanouit bientôt
+si on ne met pas le tube plus près, mais elle reparoîtra à mesure qu'on
+l'avancera davantage; on peut le répéter plusieurs fois sans frotter le
+tube de nouveau.
+
+Cette expérience peut être regardée comme une espèce de démonstration
+oculaire de la vérité de l'hypothèse de M. Franklin, que quand le fluide
+électrique est condensé d'un côté d'un verre mince, il sera repoussé de
+l'autre s'il ne trouve point de résistance, en conséquence à l'approche
+du tube frotté le feu est supposé être repoussé de la surface intérieure
+du verre qui entoure le vuide & être emporté au travers des colonnes de
+mercure, mais on suppose qu'il revient à mesure qu'on écarte le tube.
+
+_Neuviéme Exp._ Qu'on tienne à peu près par le milieu un bâton de cire
+de deux pieds & demi de long, & d'environ un pouce de diamètre, frottez
+le tube de verre & traînez-le sur une de ses moitiés, ensuite le
+tournant un peu autour de son axe frottez encore le tube, & traînez-le
+sur la même moitié; répétez cette opération plusieurs fois: cette moitié
+détruira la force répulsive des boules électrisées par le verre, &
+l'autre moitié l'augmentera.
+
+Il paroît par cette expérience que la cire peut aussi être électrisée
+positivement & négativement, & il est probable que dans les corps quels
+qu'ils soient, la quantité de fluide électrique qu'ils contiennent peut
+être augmentée ou diminuée. J'ai observé par un grand nombre
+d'expériences que certains nuages sont dans un état positif
+d'électricité, d'autres dans un état négatif, car les boules de liége
+qui en sont électrisées se serrent souvent à l'approche d'un tube
+frotté, & d'autres fois s'écartent à une plus grande distance. J'ai vû
+arriver cette variation cinq ou six fois en moins d'une demi-heure, les
+boules se réunissant chaque fois & restant en contact quelques secondes
+avant qu'elles se repoussent de nouveau l'une l'autre. On peut de même
+découvrir aisément avec une bouteille chargée si le feu électrique est
+tiré de l'appareil par un nuage négatif ou s'il y est poussé par un
+positif, & quelque soit celui par lequel il sera électrisé, soit que ce
+nuage se sépare de son surplus, soit que son défaut soit remplacé sur le
+champ, l'appareil perdra son électricité. On remarque que c'est souvent
+le cas après un éclair: cependant quand l'air est bien sec, l'appareil
+continuëra d'être électrisé pendant dix minutes ou un quart-d'heure
+après que les nuages ont passé le zénith, & quelquefois jusqu'à ce
+qu'ils paroissent à plus de moitié chemin vers l'horizon: la pluye
+surtout, quand les goutes sont grosses, fait communément descendre le
+feu électrique; & la grêle en été n'y manque jamais à mon avis. Quand
+l'appareil fut électrisé la dernière fois, ce fut par la chûte d'une
+neige fonduë, ce qui arriva dernièrement environ le 12. de Novembre;
+c'étoit le vingt-sixiéme jour & la soixante-uniéme fois qu'il avoit été
+électrisé depuis qu'il avoit été élevé, c'est-à-dire vers le milieu de
+Mai, & comme le thermomètre de Fahrenheit n'étoit que de sept degrés
+au-dessus de la congélation, on présume que l'hyver n'interrompra pas
+entièrement les opérations de cette sorte. À Londres il n'arriva que
+deux orages de tonnerre pendant tout l'été, & l'appareil fut quelquefois
+si fortement électrisé pendant l'un, que les timbres qui ont souvent été
+sonnés par les nuages assez fort pour être entendus dans toutes les
+chambres de la maison (les portes étant ouvertes) furent tenus en
+silence par le cours presque continuel d'un feu électrique dense entre
+chaque timbre & la boule de cuivre, qui ne la laissoit pas frapper.
+
+Je terminerai cet écrit déjà trop long par les deux questions suivantes.
+
+1º. L'air raréfié tout-à-coup ne peut-il pas donner le feu électrique
+aux nuages & aux vapeurs qui le traversent, & lorsqu'il est condensé
+soudain, ne peut-il pas le recevoir d'eux?
+
+2º. L'aurore boréale n'est-elle point l'élancement du feu électrique des
+nuages positifs aux négatifs à une grande distance dans la partie
+supérieure de l'atmosphère où la résistance est moindre?
+
+
+
+
+
+APPENDIX.
+
+ _Comme M. Franklin dans une première Lettre à M. Collinson a
+ parlé de son dessein d'essayer le pouvoir d'un coup
+ électrique très-fort sur un poulet-d'inde, ce Monsieur en
+ conséquence a eu la bonté d'en envoyer une relation qui se
+ rêduit à ceci._
+
+Il fit d'abord plusieurs expériences sur des oiseaux, & trouva que deux
+gros pots de verre mince dorés contenant chacun environ six gallons &
+tels que j'ai dit que je les avois employés dans le dernier écrit que je
+vous ai présenté sur ce sujet, étoient suffisante quand ils étoient bien
+chargés pour tuer des poules ordinaires sur le champ; mais les
+poulets-d'inde, quoiqu'ils éprouvent de violentes convulsions, & qu'ils
+restent étendus comme morts pendant quelques minutes, se rétablissoient
+en moins d'un quart-d'heure. Quoiqu'il en soit, ayant ajouté trois pots
+pareils aux deux premiers sans être pleinement chargés; il tua un
+poulet-d'inde d'environ dix livres, & il croit qu'ils en auroient tué un
+beaucoup plus gros. Il imagina que les oiseaux tués de cette sorte
+étoient extrémement tendres à manger.
+
+En faisant ces expériences il trouva qu'un homme pouvoit, sans risquer
+beaucoup, supporter un choc beaucoup plus fort qu'il n'imaginoit; car
+sans y prendre garde il reçut un coup de deux de ces pots au travers des
+bras & du corps, lorsqu'ils étoient presqu'entiérement chargés; il lui
+sembla recevoir un coup universel depuis la tête jusqu'aux pieds dans
+tout le corps; il fut suivi d'un tremblement vif & violent dans le tronc
+qui se dissipa petit à petit dans quelques secondes; il fut quelques
+minutes avant de reprendre ses esprits au point de connoître ce dont il
+s'agissoit, car il ne vit point l'étincelle, quoique son oeil fût tout
+près du premier conducteur, d'où elle frappa le revers de sa main; il
+n'entendit pas plus le bruit du coup, quoique les assistans disent qu'il
+avoit été considérable; il ne sentit pas davantage en particulier le
+coup sur sa main, quoiqu'il vit ensuite qu'il y avoit causé une enflure
+de la grosseur d'une chevrotine ou d'une balle de pistolet. Ses bras &
+le derrière de son col restèrent un peu engourdis le reste de la soirée,
+& sa poitrine fut affectée pendant une semaine comme si elle eût été
+brisée. Par cette expérience on peut connoître le danger qu'il y a, même
+avec les plus grandes précautions, pour l'opérateur quand il fait ces
+expériences avec de gros pots; car on ne peut pas douter que plusieurs
+étant chargés en plein ne soient capables de tuer un homme, comme ils
+ont auparavant tué un poulet d'inde, en les augmentant à proportion de
+la taille.
+
+
+
+
+_LETTRE XVI._
+
+_De M. B. FRANKLIN Écuyer_
+_de Philadelphie_
+
+_à M. D'ALIBARD, à Paris._
+
+
+_29 Juin 1755._
+
+MONSIEUR,
+
+Il y a long-tems que je dois une réponse à votre dernière lettre, dattée
+du 20. Juin 1754. Je l'ai reçuë en Janvier dernier pendant que j'étois à
+Boston dans la nouvelle Angleterre, & depuis ce tems-là j'ai été si
+occupé de mes voyages en différens endroits & des affaires publiques,
+que je suis extrêmement en arrière avec mes correspondans.
+
+Je vous envoyai l'année dernière un manuscrit qui contient quelques
+nouvelles expériences & des observations sur la foudre; je ne sçai si
+vous l'avez reçu, mais il a été imprimé depuis à Londres, & j'imagine
+que notre bon ami M. Collinson vous en aura envoyé une copie.
+
+Je vous remercie de la bonté que vous avez euë de m'envoyer les quatre
+volumes de l'histoire naturelle de M. de Buffon, les cartes, &c.
+
+Vous me demandez mon sentiment sur le livre Italien du P. Beccaria. Je
+l'ai lû avec beaucoup de plaisir, & je le regarde comme un des meilleurs
+ouvrages que j'aie vûs dans aucune langue sur cette matière; cependant
+je ne suis pas pour le présent de son sentiment sur l'article des
+jets-d'eau; néanmoins je conviendrai avec vous qu'il l'a traité avec
+beaucoup de finesse. Il y a quelque tems que j'ai écrit fort au long à
+M. Collinson ce que je pensois des tourbillons & des jets-d'eau; je ne
+sçai si on le publiera; en cas qu'on ne le fasse pas, je le ferai
+transcrire pour vous.
+
+Je ne vois pas que le P. Beccaria doute de l'imperméabilité absoluë du
+verre, dans le sens que je l'entens; car les exemples qu'il rapporte de
+trous faits au verre par le coup électrique, sont les mêmes que nous
+connoissons tous; il prouve seulement que le fluide électrique n'y
+passeroit pas sans le trou qu'il y fait. Nous disons de même que l'eau
+ne peut pas passer au travers du verre, & cependant le jet-d'eau d'une
+pompe percera les carreaux de vitre les plus épais.
+
+Pour ce qui regarde l'effet des pointes, de tirer la matière électrique
+des nuages & de préserver de cette forte les bâtimens, &c. effet dont
+vous me dites qu'il semble douter, je vous avouërai que je crois que
+c'est modestie & prudence de sa part. Je trouve qu'on ne m'a pas entendu
+tout à fait sur ce sujet. J'en ai parlé dans plusieurs de mes lettres &
+toujours, excepté une seule fois, _avec une alternative_, c'est-à-dire
+que les verges pointuës élevées sur les bâtimens, & qui communiquent
+avec la terre humide empêcheroient le coup de foudre, ou que si elles ne
+le faisoient pas, elles le conduiroient de manière que le bâtiment n'en
+seroit pas endommagé. Malgré cela quand on éxamine mon opinion en
+Europe, on ne fait attention qu'à la probabilité que ces verges
+préviennent un coup ou une explosion; ce n'est qu'une partie de l'usage
+que je proposois de faire de ces verges; quoique l'autre partie soit
+d'une importance & d'une utilité égales, puisqu'elle consiste à conduire
+un coup qu'elles n'auroient pas réussi à prévenir, il semble qu'on l'ait
+totalement oubliée.
+
+Je serai fort aise de connoître les expériences de M. le Roy sur
+l'électricité positive & négative, quand vous pourrez me les
+communiquer.
+
+Je vous remercie de m'avoir fait part de la relation que M. de Buffon
+vous a donnée d'un effet de la foudre tombée à Dijon le 7. de Juin
+dernier; en revanche permettez-moi de vous parler d'un événement de la
+même sorte que j'ai vû dernièrement. Étant dans la Ville de Newbury dans
+la nouvelle Angleterre en Novembre dernier, on me montra l'effet de la
+foudre sur l'Église qui en avoit été frappée peu de mois auparavant.
+
+Le clocher étoit une tour quarrée de bois élevée de 70. pieds depuis le
+sol jusqu'à l'endroit où la cloche étoit suspenduë; au-dessus s'élevoit
+une pyramide aussi de bois, haute de plus de 70. pieds jusqu'à la
+girouette ou au coq. Près de la cloche étoit attaché un marteau de fer
+pour frapper les heures; du bout du manche descendoit un fil-d'archal
+par un petit trou de foret dans le plancher au-dessus duquel étoit la
+cloche, & de même au travers d'un second plancher; sous le plat-fond en
+plâtre de ce second plancher, & très-près couloit horizontalement le
+fil-d'archal jusqu'auprès d'une muraille de plâtre, le long de laquelle
+il descendoit à l'horloge, qui étoit 20. pieds au-dessous de la cloche.
+Ce fil-d'archal n'étoit pas plus gros qu'un lacet ordinaire.
+
+La pyramide fut toute mise en piéces par la foudre, & les éclats en
+furent poussés de tous les côtés sur la place où l'Église étoit bâtie,
+ensorte qu'il ne resta rien au-dessus de la cloche. La foudre passa
+entre le marteau & l'horloge dans ce fil-d'archal sans offenser les
+planchers, sans y produire aucun effet, si ce n'est d'agrandir un peu
+les trous de foret, sans endommager la muraille de plâtre ni aucune
+partie du bâtiment jusqu'à l'extrémité de ce fil-d'archal & de celui du
+pendule de l'horloge, ce dernier étoit de la grosseur d'une plume d'oye.
+Depuis l'extrémité du pendule jusqu'à la terre le bâtiment étoit fendu &
+excessivement endommagé; des pierres avoient été arrachées des fondemens
+& jettées es à la distance de 20. ou 30. pieds. L'on ne pût retrouver
+aucune partie du petit fil-d'archal en question entre l'horloge & le
+marteau, si ce n'est environ deux pouces qui pendoient au manche du
+marteau, & environ autant qui étoit attaché à l'horloge, le reste étant
+sauté, & ses particules dissipées en fumée & en parties insensibles,
+comme il arrive à la poudre à canon à l'approche du feu ordinaire. On
+voyoit seulement une trace noire & sale large de trois ou quatre pouces,
+plus obscure dans le milieu, plus foible vers le bord sur le plâtre le
+long du plat-fond sous lequel il passoit, & de haut en bas du mur. Voilà
+les effets & les apparences sur lesquels je ferai le peu de remarques
+qui suivent, sçavoir.
+
+1º. Que la foudre dans son passage au travers d'un bâtiment, quittera le
+bois pour passer dans le métal autant qu'elle le pourra, & ne rentrera
+point dans le bois que le conducteur de métal ne finisse. J'ai fait la
+même observation dans d'autres occasions par rapport aux murailles de
+briques ou de pierres.
+
+2º. La quantité de matière fulminante qui passa au travers de ce clocher
+doit avoir été bien grande à en juger par ses effets sur cette haute
+pyramide au-dessus de la cloche & sur toute la tour quarrée au-dessous
+de l'extrémité du pendule de l'horloge.
+
+3º. Quelque grande qu'ait été cette quantité, elle a été conduite par un
+petit fil-d'archal & un pendule d'horloge, sans que le bâtiment ait été
+endommagé le long de ces fils.
+
+4º. La verge du pendule étant d'une grosseur suffisante, conduisit la
+foudre, sans en être offensée; mais le petit fil fut entièrement
+détruit.
+
+5º. Quoique le petit fil air été détruit, il avoit conduit la foudre &
+préservé le bâtiment.
+
+6º. Et de toutes ces circonstances il paroît plus que probable que si un
+petit fil semblable avoit été étendu depuis la verge de la girouette
+jusqu'à la terre avant l'orage, ce coup de foudre n'auroit causé aucun
+dommage au clocher, quoique le fil même eût été détruit.
+
+Je sens que l'histoire naturelle de M. de Buffon me fera beaucoup de
+plaisir & m'instruira infiniment. Assurez-le, je vous prie, de mes
+respects aussi bien que M. de Fontferriere, qui m'ont donné l'un &
+l'autre des marques de leur souvenir dans votre dernière Lettre. Je
+suis, &c.
+
+B. Franklin.
+
+_FIN._
+
+
+
+
+TABLE
+DES MATIERES.
+
+_Agitation_ de l'eau favorable à l'évaporation, _tom._ II. _pag._ 6.
+
+_Aigrette_ (l') montre d'où vient le feu, II. 168.
+
+_Aiguille_ couchée sur un boulet de fer, ou au bout du canon empêche de
+les électriser, I. 239.
+
+_Aiguille_ de boussole pirouette près du premier conducteur, II. 156.
+
+_Aiguille_ décharge le conducteur en un instant, I. 239.
+
+_Air_: sa circulation, II. 32.
+
+_Air_ sec, ce que c'est, I. 44.
+
+_Air_ (l') n'est point affecté par l'électricité, I. 45.
+
+_Air_ comprimé par les vents, &c., condensé par la perte du feu, tombe
+en rosée, II. 13.
+
+_Air_: ses courans différens, II. 27.
+
+_Air_ (l') est électrique & n'est point conducteur de l'électricité, I.
+42 II. 2.
+
+_Air_ frais après l'orage, II. 32.
+
+_Air_ raréfié par le feu commun, II. 9.
+
+_Air_ (l') s'abaisse dans les zones froides, II. 27.
+
+_Air_ (l') s'élève dans la zone torride, II. 27.
+
+_Allumer_ par l'électricité une chandelle qui vient d'être éteinte, I.
+94.
+
+_Amazones:_ rivière des... II. 19.
+
+_Analyse_ de la bouteille électrisée, II. 140-160.
+
+_Andes:_ montagne des... II. 18.
+
+_Angles_ aigus d'un corps surchargé d'électricité se déchargent en
+l'air, I. 22.
+
+_Araignée_ factice & animée, I. 96.
+
+_Argent_ fondu à froid dans la bourse, II. 40.
+
+_Atmosphère_ électrique, I. 8.
+
+_Atmosphère_ électrique par sa fluidité & sa répulsion coule pour
+remplir l'endroit d'où l'on tire, I. 20. 21.
+
+_Attraction_ des particules d'eau, II. 10.
+
+_Aveuglement_ causé par la foudre, II. 48.
+
+_Aveuglement_ causé par l'électricité, II. 48.
+
+_Aurore_ Boréale: son explication, II. 32.
+
+B
+
+_Baguette_ de métal reçoit l'électricité & la transmet dans l'instant,
+I. 223.
+
+_Baguette_ de verre ne conduit point un choc, I. 224.
+
+_Baisers_ électriques, I. 95.
+
+_Balances_ suspenduës au plancher, I. 242.
+
+_Balances_ déchargées en silence par une aiguille, I. 243.
+
+_Balles_ (deux) de liége suspenduës au conducteur, I. 114.
+
+_Batterie_ électrique, I. 160.
+
+_Bermudes:_ Isle peu sujette au tonnerre, II. 41.
+
+_Bois_ sec est électrique, I. 138.
+
+_Boule_ de liége électrisée tournée en l'air, I. 44.
+
+_Boule_ de liége suspenduë entre le fil-d'archal de la bouteille & un
+fil de fer attaché au bas de la bouteille, jouera entre ces fils, I. 64.
+
+_Boule_ de liége charrie le feu électrique du haut au bas de la
+bouteille, I. 64.
+
+_Boule_ de liége suspenduë encre deux livres couchés sur des verres, I.
+79.
+
+_Boule_ de liége suspenduë entre deux bouteilles chargées semblablement
+& différemment, I. 128.
+
+_Boules_ de liége suspenduës à des fils de lin, II. 281.
+
+_Boules_ électrisées différemment, remises dans leur état naturel, I.
+15. & 16.
+
+_Boulet_ de fer électrisé, I. 192. 235.
+
+_Boussoles_ dérangées par le tonnerre, II. 134.
+
+_Bouteille_ électrique ne reçoit plus de feu intérieurement quand elle
+est épuisée extérieurement, I. 49.
+
+_Bouteille_ chargée par le globe de verre & déchargée par le globe de
+soufre, II. 159.
+
+_Bouteille_ électrisée mise sur un corps électrique conserve son feu, I.
+59.
+
+_Bouteille_ chargée entre le verre & le soufre, II. 159.
+
+_Bouteille_ électrisée attire & ensuite repousse par son fil-d'archal
+une boule de liége, & attire la même boule présentée à son côté, I. 55.
+
+_Bouteille_ (la) n'a pas la même atmosphère électrique en dedans & en
+dehors, I. 56.
+
+_Bouteille_ (la) sur de la cire peut être déchargée par un fer courbé,
+ou par partie, ou tout d'un coup, I. 68.
+
+_Bouteille_ (une) sur laquelle on auroit établi une communication de son
+fil-d'archal à son côté, ne sçauroit être électrisée, & pourquoi, I. 73.
+
+_Bouteille_ sale & humide en dehors ne sçauroit être électrisée &
+pourquoi, I. 74.
+
+_Bouteille_ (la) s'électrise par le côté aussi bien que par le crochet,
+I. 120.
+
+_Bouteilles_ chargées de la même & de différentes manières, I. 120-131.
+
+_Bouteille_ (la) électrisée ne se décharge point sans communication
+non-électrique, I. 131.
+
+_Bouteilles_ suspenduës l'une à la queuë de l'autre se chargent toutes
+en même tems, I. 135.
+
+_Bouteille_ mince d'un pouce de diamètre donne un coup prodigieux, I.
+186.
+
+_Bouteille_ électrique chargée de son propre feu, I. 102.
+
+_Broche_ électrique. I. 176.
+
+C
+
+_Canal_ ouvert à l'une de ses extrémités, II. 31.
+
+_Canons_ (deux) unis lancent leurs étincelles à deux pouces de distance,
+II. 26.
+
+_Canton:_ (Jean) ses expériences, II. 280.
+
+_Capitaines_ de vaisseaux: leur témoignage, II. 41.
+
+_Carreau_ de verre électrisé entre deux plaques de plomb, I. 142.
+
+_Carillon_ électrique, I. 183. II. 130.
+
+_Cercles_ de carton représentant les nuages de mer & de terre, II. 22.
+
+_Cerf volant_ de M. Franklin, II. 182.
+
+_Chaîne_ déployée susceptible de plus d'électricité, II. 221.
+
+_Chaleur_ du soleil ne détruit point l'électricité, I. 242.
+
+_Chaleurs_ suivies d'orages, II. 33.
+
+_Chandelle_ rallumée, I. 94.
+
+_Charge_ & décharge: leur signification, I. 129.
+
+_Charge_ & décharge de la rouë électrique, I. 181. 182.
+
+_Chute_ soudaine de pluyes après les éclairs, II. 21.
+
+_Circulation_ de l'air, II. 32.
+
+_Cire_ (la) peut être électrisée positivement & négativement, II. 296.
+
+_Colophone_ séche enflammée, II. 37.
+
+_Communication_ avec le plancher n'est point nécessaire pour qu'on
+reçoive la commotion, I. 53.
+
+_Communication_ directe entre les surfaces rétablit dans l'instant
+l'équilibre dans la bouteille, I. 69.
+
+_Communication_ du feu électrique se fait avec craquement, I. 30.
+
+_Communication_ extérieure non-électrique nécessaire pour rétablir
+l'équilibre, I. 139.
+
+_Conducteurs_ & non conducteurs, I. 39.
+
+_Conducteur_ d'électricité, sa construction, I. 28.
+
+_Conducteur_ (le) entre deux globes de différente nature, II. 164.
+
+_Conducteur_ qui frappe à deux pouces, I. 29.
+
+_Conducteur_ s'avance vers le corps émoussé, I. 31.
+
+_Conducteur_ arrêté ou repoussé par une pointe, I. 31.
+
+_Conducteur_ (le) ne donne point d'étincelles, quand la communication du
+coussin au plancher est interrompuë, I. 101.
+
+_Conjectures_ nouvelles sur la théorie du tonnerre, II. 211.
+
+_Conjurés_ (les), I. 172.
+
+_Conséquences_ pernicieuses d'une plus grande proportion d'électricité,
+I. 10.
+
+_Conviction_ que la matière électrique pénètre les corps, I. 5.
+
+_Convulsion_ causée par le passage subit du feu électrique dans les
+membres, I. 53.
+
+_Corps_ électrisé positivement repousse une plume électrisée; quand il
+l'est négativement ou dans l'état commun, il l'attire, I. 80.
+
+_Corps_ électrisés négativement se repoussent comme s'ils l'étoient
+positivement, I. 67. 193.
+
+_Corps_ (les) électriques contiennent plus d'électricité, I. 9.
+
+_Corps_ (les) électriques, comme le verre, ne souffrent de changement
+que d'une surface à l'autre, I. 222.
+
+_Corps_ émoussé ne tire l'électricité qu'à trois pouces, I. 30.
+
+_Corps_ (les) ne tirent pas l'électricité proportionnellement à leurs
+masses, I. 24.
+
+_Corps_ non-électriques servent au verre, comme l'armure à la pierre
+d'aimant, I. 144.
+
+_Corps_ non électriques susceptibles de plus & de moins d'électricité,
+I. 222.
+
+_Corps_ non-électrique souffre du changement dans sa quantité
+d'électricité, I. 223.
+
+_Couleur_ bleuë donnée à l'acier, II. 147.
+
+_Courans_ d'air différens, II. 27.
+
+_Courans_ d'air différens occasionnent l'attraction des nuages & leurs
+mouvemens, II. 27.
+
+_Courant_ d'air n'électrise point, II. 192.
+
+_Courant_ de fontaine électrisé, II. 4.
+
+_Coussin_ (le) sur une lame de verre, I. 101.
+
+D
+
+_Décharge_ nécessaire pour les observations du tonnerre, II. 129.
+
+_Delaware_ rivière, I. 194.
+
+_Déluges_ de pluyes, II. 19.
+
+_Deux_ personnes sur de la cire, l'une frotte le tube, l'autre le
+touche, I. 88.
+
+_Deux_ sortes d'électricité, II. 156.
+
+_Différence_ de la matière commune & de la matière électrique, I. 5.
+
+_Différence_ entre un corps non-électrique & le verre, I. 222.
+
+_Différence_ des corps électrisés au dedans & au dehors de la bouteille,
+I. 47.
+
+_Différence_ entre un corps électrique & un corps non-électrique, I. 36.
+
+_Dindon_ tué d'un coup d'électricité, I. 195. II. 303.
+
+_Direction_ (la) du feu électrique étant différente dans la charge,
+l'est aussi dans la décharge, I. 120.
+
+_Direction_ du fluide électrique le long des conducteurs, II. 230.
+
+_Dorure_ percée par le feu électrique, I. 184.
+
+_Dorure_ (la) sur un livre ne conduit plus le choc après dix ou douze
+coups, I. 191.
+
+_Dorure_ sur un livre découverte, par un coup d'électricité, II. 49.
+
+E
+
+_Eau_, corps non-électrique, II. 7.
+
+_Eau_ raréfiée susceptible de plus d'électricité, II. 217.
+
+_Eau_ (l') transmet fort bien l'électricité, I. 190.
+
+_Eclairs_, II. 18.
+
+_Eclairs_ sur un livre entouré d'un double filet d'or, I. 98.
+
+_Eclairs:_ imitation des... I. 94.
+
+_Eclats_ de tonnerre, II. 32.
+
+_Effet_ de deux bouteilles, l'une pleinement chargée, & l'autre
+nullement, I. 127.
+
+_Effet_ étonnant des pointes, I. 235.
+
+_Effets_ opposés du soufre & du verre, II. 158-161.
+
+_Effet_ du tonnerre à Newbury, II. 313.
+
+_Effet_ d'un corps émoussé, I. 236.
+
+_Effet_ de l'air sur la matière électrique, I. 42.
+
+_Effluves_ salutaires des corps non-électriques, impossibles à tirer par
+l'électricité, I. 225.
+
+_Elancemens_ de lumière du nord au sud, II. 31.
+
+_Elasticité_ comparée à l'électricité, I. 137.
+
+_Electricité_ de deux sortes, II. 156.
+
+_Electricité_ détruite par du sable, le souffle, la fumée de bois, de
+chandelle, de charbon, de fer, &c., I. 240.
+
+_Electricité_ (l') réside dans le verre, I. 144.
+
+_Electricité_ (l') se tire plus facilement des angles que des surfaces,
+I. 22.
+
+_Electricité_ (l') ne paroît plus après l'attouchement, I. 91.
+
+_Electricité_ vitrée & résineuse, II. 156-172.
+
+_Electriser_ positivement ou en plus, I. 77-80. 89-95.
+
+_Electriser_ négativement ou en moins, I. 78-80. 89-93.
+
+_Elévation_ des vapeurs favorisée par le feu commun & par le feu
+électrique, II. 4. 9.
+
+_Eminences_ (les) attirent les nuages, II. 33.
+
+_Epée_ fonduë dans le fourreau, II. 40.
+
+_Epuisement_ du coussin, I. 102-114.
+
+_Equilibre_ du feu électrique dans les surfaces de la bouteille, I. 48.
+
+_Equilibre_ (l') de l'électricité ne se rétablit point à travers le
+verre, I. 49.
+
+_Equilibre_ (l') ne se rétablit dans les surfaces que par une
+communication non-électrique, I. 50.
+
+_Equilibre_: moyen de le rétablir, I, 53. 68.
+
+_Erreur_ de M. Watson, I. 93.
+
+_Esprits_ allumés par & au travers de la rivière, I. 194.
+
+_Esprits_ enflammés sans avoir été chauffés, I. 232.
+
+_Essence_ (l') du verre semble consister dans son électricité, I. 187.
+
+_Etincelles_ frappent plus loin, à proportion que le feu électrique est
+plus fort, I. 245. II. 26.
+
+_Etincelle_ grande ou petite pour l'inflammation des esprits, II. 36.
+
+_Etincelle_ électrique déchire en perçant le papier, II. 40.
+
+_Etincelle_ tirée de deux personnes électrisées différemment, I. 88.
+
+_Etincelle_ plus forte entr'elles, I. 89.
+
+_Expansion_ égale de la matière électrique dans la totalité d'une masse,
+I. 6.
+
+_Expérience_ de Leyde avec un carreau de verre, I. 143.
+
+_Expérience_ de Marly-la-Ville, II. 99-125.
+
+_Expérience_ qui prouve que la matière raréfiée est susceptible de plus
+d'électricité, II. 221.
+
+_Expériences_ de M. Jean Canton, II. 280.
+
+_Explication_ de plusieurs phénomènes, I. 89. 90.
+
+_Explication_ de ce qui se passe dans le globe lorsqu'on le frotte, I.
+212.
+
+_Explosion_ (l') est la même si tenant la bouteille par le crochet on la
+touche au côté, ou au contraire, I. 119.
+
+_Explosion_ (l') n'électrise point celui qui tient la bouteille & la
+touche, I. 81.
+
+_Explosion_ (l') n'électrise point, I. 115-118.
+
+F
+
+_Feu_ commun répandu dans tous les corps, II. 35.
+
+_Feu_ électrique ne peut être tiré d'un côté s'il n'en entre d'un autre,
+I. 51.
+
+_Feu_ (le) électrique passe du fil-d'archal au doigt qui touche, & non
+au contraire, I. 54.
+
+_Feu_ électrique: moyen de le faire circuler, I. 74.
+
+_Feu_ (le) électrique doit sortir par où il est entré, I. 120.
+
+_Feu_ électrique attiré par l'eau, II. 2.
+
+_Feu_ électrique (le) qui sort de l'extérieur de la bouteille, n'est pas
+le même que celui qui entre dans l'intérieur, I. 200.
+
+_Feu_ électrique répandu dans toute la matière, I. 207.
+
+_Feu_ électrique rassemblé & non créé par le globe frotté, II. 6.
+
+_Feu_ électrique rassemblé par l'agitation sur la mer, II. 7.
+
+_Feu_ électrique d'un nuage de 10000. âcres, II. 26.
+
+_Feu_ électrique visible en sautant des intervalles & invisible le long
+des corps denses & unis, II. 29.
+
+_Feu_ électrique visible sur un feüille d'or, & pourquoi, II. 30.
+
+_Feu_ électrique & feu commun ne sont point incompatibles, II. 35.
+
+_Feu_ électrique agit sur le feu commun, & produit l'inflammation, II.
+36.
+
+_Feu_ électrique paroît sur le coussin qui frotte, I. 213.
+
+_Feu_ électrique se transporte dans & à travers les corps
+non-électriques, & non pas à travers le verre, I. 198. 223.
+
+_Feüille_ d'or entre deux lames de métal, dont l'une électrisée, &
+l'autre non, II. 58.
+
+_Feüille_ d'or plus près de la lame non-électrisée, II. 60.
+
+_Feüille_ d'or bien aiguë se soutient près du conducteur sans lame
+inférieure, II. 63.
+
+_Fil_-d'archal détruit par la foudre, II. 319.
+
+_Fil_ de lin suspendu près du ventre de la bouteille est attiré à chaque
+fois que l'on touche le fil-d'archal, I. 62.
+
+_Filet_ d'or sur un livre ne peut conduire parfaitement qu'un seul choc,
+& pourquoi, II. 57.
+
+_Fluide_ électrique ne traverse point le verre, I. 197.
+
+_Fluide_ électrique passe par une fêlure, I. 199.
+
+_Fluide_ électrique toujours prêt, I. 207.
+
+_Fluide_ électrique ne se fixe point dans le verre, mais y séjourne sans
+adhérence, I. 207.
+
+_Force_ attractive proportionnée aux surfaces, & non pas aux masses, I.
+25.
+
+_Force_ (la) de l'électricité est sans bornes, II. 153.
+
+_Forme_ de l'atmosphère électrique, I. 16.
+
+_Foudre_ (la) déchire, II. 40.
+
+_Franklin_ (M.) rudement frappé, II. 304.
+
+_Froid_ (le) diminue le feu commun, & non le feu électrique, II. 14.
+
+_Frottement_ (le) enflamme le bois sec, II. 37.
+
+_Frottement_ (le) d'un corps non-électrique contre un corps électrique
+produit le feu électrique, II. 6.
+
+_Fumée_ de résine séche ne détruit pas l'électricité & forme une
+atmosphère, I. 241.
+
+_Fusion_ à froid, II. 51.
+
+_Fusion_ des métaux sans chaleur, II. 56.
+
+G
+
+_Glace_ (la) ne conduit pas l'électricité, I. 190.
+
+_Glace_ de 1200. pouces quarrés, ses effets, I. lxxxij. 172.
+
+_Globe_ frotté: comment il rassemble le fluide électrique, I. 214. II. 6.
+
+_Globe_ doublé donne peu ou point de feu électrique, I. 214.
+
+_Globe_ moüillé intérieurement ne rend point de feu, I. 215.
+
+_Globe_ de cuir, II. 179.
+
+H
+
+_Habits_ mouillés sont un préservatif contre les coups de foudre, II. 34.
+
+_Homme_ (un) sur de la cire à qui l'on donne à toucher le fil-d'archal
+de la bouteille électrisée, est électrisé de plus en plus, I. 77.
+
+_Homme_ (un) sur de la cire tient la bouteille électrisée, & vous en
+fait toucher le fil-d'archal, il est électrisé de moins en moins, I. 78.
+
+_Homme_ (un) sur de la cire peut être électrisé plusieurs fois par un
+autre qui lui présente le fil-d'archal de la bouteille, mais il ne peut
+s'électriser lui-même en la tenant. Moyen de le reconnoître, I. 81.
+
+_Huile_ de térébentine mise en expérience, I. 226.
+
+I
+
+_Idendité_ de la matière du tonnerre & de l'Electricité, II. 120. 185.
+
+_Idée_ d'un nouveau globe, II. 179.
+
+_Imitation_ des éclairs, I. 94.
+
+_Importance_ de connoître les loix de la nature, indépendamment du
+comment & du pourquoi, I. 27.
+
+_Imperméabilité_ du verre, I. 208.
+
+_Impossibilité_ de s'électriser soi-même, I. 87.
+
+_Inflammation_ des esprits, I. 94.
+
+_Inflammation_ de la poudre, II. 149.
+
+_Irrégularité_ des éclairs, II. 33.
+
+L
+
+_Liqueur_ purgative mise dans la fiole électrique, I. 229.
+
+_Lumière_ brillante à la pointe d'un poinçon, I. 237.
+
+_Lumière_ paroît au bout d'une pointe, I. 30.
+
+M
+
+_Magnétisme_ communiqué par l'électricité, II. 135-142.
+
+_Magnétisme_ effet de l'électricité, II. 141.
+
+_Main_ de papier percée par l'étincelle, I. 171.
+
+_Matière_ commune éponge de la matière électrique, I. 6.
+
+_Matière_ électrique, sa subtilité, I. 4.
+
+_Matière_ électrique pénètre les métaux sans résistance, I. 4.
+
+_Matière_ (toute) ne contient & ne retient pas également l'électricité,
+I. 8.
+
+_Matière_ (la) contient autant d'électricité qu'elle en peut contenir,
+I. 8.
+
+_Matière_ (la) du tonnerre & la matière électrique sont la même, II.
+120. 185.
+
+_Matière_ supposée dépourvuë de fluide électrique, I. 12.
+
+_Matières_ non-électriques mêlées dans l'air, I. 22.
+
+_Métaux_ fondus par la foudre, II. 38.
+
+_Métaux_ fondus d'un coup d'électricité, II. 39.
+
+_Métaux_ (les) & l'eau conducteurs parfaits, I. 29. & 40.
+
+_Montagnes_ attirent les nuages de mer, II. 17.
+
+_Mort_ de M. Richman, II. 127.
+
+_Moyen_ de toucher le fil-d'archal de la bouteille électrisée, sans
+tirer d'étincelle, I. 120.
+
+_Moyen_ de connoître si les nuées, orageuses sont électrisées
+positivement ou négativement, II. 195.
+
+_Moyen_ de rendre bien sensible le feu électrique en passant du
+fil-d'archal au côté de la bouteille, I. 82. 85.
+
+_Moyen_ de prendre la bouteille par le crochet, I. 120.
+
+_Moyen_ de dissiper le tonnerre, II. 44.
+
+_Moyen_ de reconnoître si les nuages orageux sont électrisés ou non, II.
+45.
+
+_Moyen_ de prévenir le danger de l'épreuve, II. 47.
+
+_Moyen_ (seul) de mettre en mouvement le fluide électrique du verre, I.
+204.
+
+_Moyen_ simple de reconnoître si l'électricité est positive ou négative,
+II. 174.
+
+N
+
+_Neige_ électrique, II. 243.
+
+_Nuages_ de mer sont électriques, II. 8.
+
+_Nuages_ de terre peu électrisés retombent sur la terre, II. 15.
+
+_Nuages_, de mer électrisés s'élevent fort haut & son poussés très-loin,
+II. 15.
+
+_Nuages_ attirés par l'électricité, II. 24.
+
+_Nuages_ à différentes hauteurs tiennent des routes différentes, II. 27.
+
+_Nuages_ électrisés négativement, II. 198.
+
+_Nuage_ électrisé positivement, II. 200.
+
+O
+
+_Objection_ contre la nouvelle hypothèse du tonnerre, II. 226.
+
+_Océan_ (l') composé d'eau & de sel, II. 7.
+
+_Odeur_ du fluide électrique toujours la même, I. 230.
+
+_Ondées_, II. 18.
+
+_Orages_ après les grandes chaleurs, II. 33.
+
+P
+
+_Papier_ (main de) percée par l'étincelle, I. 171.
+
+_Papier_ percé & noirci par l'étincelle, I. 185.
+
+_Particules_ de matière électrisée se repoussent mutuellement, I. 209.
+II. 4.
+
+_Particules_ d'air, dures, rondes, désunies, II. 8.
+
+_Particules_ d'air allégées par le feu commun & par l'eau électrisée
+s'élevent, II. 11.
+
+_Particule_ d'air environnée de douze particules d'eau, II. 12.
+
+_Particules_ d'eau s'attachent aux particules d'air, II. 8.
+
+_Particules_ d'eau rassemblées forment la pluye, II. 13.
+
+_Particules_ électriques attirées par la matière, I. 5.
+
+_Particules_ électriques ne traversent point le verre, mais leur
+répulsion le traverse, I. 209.
+
+_Particules_ électriques, quoique mutuellement répulsives, sont
+rapprochées par l'attraction du verre, I. 209.
+
+_Partie_ de plaisir, I. 194.
+
+_Parties_ composantes du verre extrèmement déliées, I. 206.
+
+_Passages_ de l'état électrique négatif au positif, II. 243.
+
+_Pays_ sans montagnes peut-être arrosé, II. 20.
+
+_Peinture_ sur la dorure emportée par le tonnerre, II. 49.
+
+_Philadelphie_, I. 194.
+
+_Plein_ (le) & le vuide de feu électrique se trouvent dans la bouteille,
+I. 52.
+
+_Plein_ (le) & le vuide électrique pressent violemment, l'un pour se
+dilater, & l'autre pour se remplir, I. 53.
+
+_Plomb_ granulé meilleur que l'eau, I. 94.
+
+_Plume_ attirée dans un vase scellé hermétiquement, I. 197.
+
+_Plus_ & moins merveilleusement combinés, I. 52.
+
+_Plus_ la pointe est aiguë, plus elle tire de loin, I. 23.
+
+_Pointes_ (les) poussent aussi bien qu'elles tirent, I. 22. 23. 238.
+
+_Pointes_ (les) tirent aussi bien qu'elles poussent, I. 23. 239.
+
+_Pointe_ (la) d'une aiguille présentée à douze pouces; empêche de
+charger le conducteur, I. 29.
+
+_Pointe_ (la) électrise un homme sur de la cire, I. 30.
+
+_Poisson_ d'or, II. 64.
+
+_Pôles_ d'une aiguille aimantée changés par le coup fulminant, II. 135.
+
+_Pores_ du verre extrèmement petits, I. 206.
+
+_Pores_ du verre impénétrables à toute autre matière que celle du feu &
+de l'électricité, I. 207.
+
+_Poudre_ à tirer enflammée, II. 149.
+
+_Poulet_-d'inde de dix livres tué, II. 303.
+
+_Preuve_ que le feu électrique poussé dans une bouteille à travers le
+fil-d'archal ne la traverse pas, I. 200.
+
+_Preuves_ que l'explosion n'électrise point, I. 115-118.
+
+_Proportion_ des deux feu pour l'inflammation, II. 36.
+
+_Proportions_ des conducteurs pour le tonnerre, II. 233.
+
+Q
+
+_Quantité_ étonnante d'électricité contenuë dans la plus petite portion
+de verre, I. 186.
+
+_Quantité_ égale d'électricité dans les deux surfaces du verre, I. 210.
+
+_Questions_ sur la formation du tonnerre & de l'aurore boréale, II. 301.
+
+R
+
+_Rat_ moüillé ne peut être tué par l'électricité, II. 35.
+
+_Remarques_ de M. Colden sur les lettres de M. l'Abbé Nollet, II. 247.
+
+_Rencontre_ de plusieurs nuages de mer & de terre, II. 24.
+
+_Répulsion_ des particules de matière électrique, I. 5.
+
+_Répulsion_ d'une boule de liége suspenduë, I. 192.
+
+_Répulsion_ de la boule de liége détruite, I. 192.
+
+_Répulsion_ des particules d'air favorisée par le feu commun & par le
+feu électrique, II. 9.
+
+_Répulsion_ mutuelle des particules électriques, I. 209.
+
+_Retraite_ sous un arbre pendant l'orage, dangereuse, II. 34.
+
+_Richman_ (M.) tué par l'électricité naturelle, II. 127.
+
+_Rouës_ de moulin à vent & à eau, I. 85. 86.
+
+_Roué_ électrique, première construction, I. 172.
+
+_Rouë_ électrique, deuxiéme construction, I. 179.
+
+S
+
+_Sel_, corps électrique, II. 7.
+
+_Skuilkil_, rivière, I. 194.
+
+_Silence_ du carillon électrique, II. 300.
+
+_Soleil_, sa chaleur ne détruit point l'électricité, I. 242.
+
+_Soleil_ semble fournir le feu commun, II. 13.
+
+_Soufre_ (le) électrise négativement, II. 167.
+
+_Sphères_ électriques tournées par une manivelle, I. 99.
+
+_Sphère_ d'attraction électrique, II. 25.
+
+_Subtilité_ des particules électriques, I. 4.
+
+_Surfaces_ d'une bouteille électrisée sont l'une pleine & l'autre vuide,
+I. 210.
+
+_Surfaces_ ne peuvent agir l'une sans l'autre, I. 136.
+
+_Surfaces_ du verre, longueur, largeur & moitié d'épaisseur, I. 205.
+
+T
+
+_Tableau_ magique, sa description, son effet, I. 167.
+
+_Tabouret_ électrique, II. 46.
+
+_Tache_ bleuë sur une plaque d'argent, II. 187.
+
+_Taches_ métalliques sur le verre, II. 53.
+
+_Tasses_ électrisées, I. 195.
+
+_Thérébentine_ (huile de) ne change point l'odeur de la matière
+électrique, I. 228.
+
+_Terre_ séche empêche le choc, I. 189.
+
+_Terre_ (la) frape les nuages, II. 205.
+
+_Tonnerre_ artificiel, _hist. a._ I. lxxxii.
+
+_Tonnerre_ s'entend rarement en pleine mer, II. 40.
+
+_Triangle_ équilatéral formé par trois particules d'air, I. 12. II. 9.
+
+_Triangles_ resserrés ou étendus, I. 13. II. 9-12.
+
+_Tube_ frottée d'une peau de chamois, I. 98.
+
+_Tube_ doublé d'un corps non-électrique, I. 215.
+
+_Tube_ peut servir de bouteille pour l'expérience de Leyde, moyen, I.
+217.
+
+_Tube_ épuisé d'air, I. 219.
+
+V
+
+_Vapeurs_ de l'eau électrisée le sont aussi, II. 3.
+
+_Vapeurs_ plus abondantes de l'eau électrisée, II. 11.
+
+_Vapeurs_ de la mer électrisées, II. 15.
+
+_Vapeurs_ élevées dans la zone torride s'abaissent dans les zones
+froides & lancent des éclairs, II. 28.
+
+_Vapeurs_ sulphureuses de la terre aisément enflammées par la foudre,
+II. 38.
+
+_Vents_ de terre sont secs, II. 15.
+
+_Verge_ de fer de vingt ou trente pieds, II. 46.
+
+_Verges_ de fer pointuës, leur effet, II. 237.
+
+_Vernis_ dur & sec brûlé par l'étincelle, I. 185.
+
+_Verre_ (le) contient beaucoup d'électricité, I. 38. 138. 202.
+
+_Verre_ (le) a toujours la même quantité d'électricité, I. 138.
+
+_Verre_ brisé par l'électricité, I. 186.
+
+_Verre_ contient plus d'électricité, & la retient plus fortement, I. 9.
+183.
+
+_Verre_ n'est par lui-même susceptible ni de plus ni de moins
+d'électricité, I. 131-136.
+
+_Verre_ imperméable à l'électricité, I. 197-212.
+
+_Verre_ (le) électrise positivement, II. 167.
+
+_Usages_ de l'électricité avantageux, mais inconnus, I. 10.
+
+_Usages_ du carillon, II. 132.
+
+
+Fin de la Table des matières.
+
+
+
+De l'Imprimerie de la Veuve DELATOUR.
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Expériences et observations sur
+l'électricité faites à Philadelphie en Amérique, by Benjamin Franklin
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OBSERVATIONS SUR L'ELECTRICITE ***
+
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+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
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+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
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+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
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+
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+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
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+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
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+Foundation as set forth in Section 3 below.
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+1.F.
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+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
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+ https://www.gutenberg.org
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+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
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