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+The Project Gutenberg EBook of Expériences et observations sur
+l'électricité faites à Philadelphie en Amérique, by Benjamin Franklin
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Expériences et observations sur l'électricité faites à Philadelphie en Amérique
+
+Author: Benjamin Franklin
+
+Translator: Thomas-François d'Alibard
+
+Release Date: December 25, 2008 [EBook #27610]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OBSERVATIONS SUR L'ELECTRICITE ***
+
+
+
+
+Produced by Sébastien Blondeel, Carlo Traverso, Rénald
+Lévesque and the Online Distributed Proofreading Team at
+https://www.pgdp.net (This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothèque nationale
+de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+
+ EXPÉRIENCES
+ ET
+ OBSERVATIONS
+ SUR
+ L'ÉLECTRICITÉ
+ FAITES
+ _À PHILADELPHIE EN AMÉRIQUE_
+ PAR
+ M. BENJAMIN FRANKLIN;
+ & communiquées dans plusieurs Lettres à M. P. COLLINSON,
+ de la Société Royale de Londres.
+
+ _Traduites de l'Anglois._
+
+
+ SECONDE ÉDITION
+
+_Revue, corrigée & augmentée d'un supplément considérable du même
+Auteur, avec des Notes & des Expériences nouvelles._
+
+ _Par M._ d'ALIBARD.
+
+
+
+ TOME PREMIER.
+
+ A PARIS
+ Chez DURAND, rue du Foin, au Griffon.
+
+ M. DCC. LVI.
+
+ _Avec Approbation & Privilége du Roi._
+
+
+
+
+À SON ALTESSE
+SÉRÉNISSIME
+MONSEIGNEUR
+LE COMTE
+DE LA MARCHE.
+
+MONSEIGNEUR,
+
+_La permission que VOTRE ALTESSE SÉRÉNISSIME veut bien me donner de
+faire paroître cette Traduction sous son auguste nom, est une suite des
+bontés dont Elle a daigné m'honorer dès sa plus tendre jeunesse. Cet
+hommage public est en même tems un tribut de ma reconnoissance & de
+l'ancien & très-respectueux attachement que j'ai toujours eu pour la
+personne de VOTRE ALTESSE SÉRÉNISSIME. Son amour pour les Sciences, la
+protection qu'Elle accorde ouvertement aux Lettres & à ceux qui les
+cultivent, l'application qu'Elle donne Elle-même à l'Étude, son goût
+pour la Physique, l'attention avec laquelle Elle se fait rendre compte
+des nouvelles découvertes, sont autant d'autres motifs qui m'en imposent
+la loi. Trop heureux, MONSEIGNEUR, de pouvoir aujourd'hui réunir un
+devoir avec les vrais sentimens de mon coeur._
+
+Je suis avec un très-profond respect,
+
+MONSEIGNEUR,
+DE VOTRE ALTESSE SÉRÉNISSIME,
+Le très-humble & très-obéissant serviteur, D'ALIBARD.
+
+
+
+
+AVERTISSEMENT.
+
+
+Monsieur Franklin, habitant de Philadelphie dans la Colonie Angloise de
+Pensylvanie en Amérique, est l'Auteur des Lettres suivantes sur
+l'Électricité. M. Collinson son ami & son correspondant à Londres, à qui
+elles sont adressées, les a jugées dignes de l'impression. Elles étoient
+sous la presse, lorsqu'il en informa M. Franklin; celui-ci, qui ne les
+avoit pas écrites à cette intention, se pressa d'envoyer à son ami
+quelques changemens, qui n'étant pas arrivés à tems, ne purent être mis
+que comme additions & corrections à la fin de l'ouvrage. Il pria en même
+tems M. Collinson d'en envoyer un des premiers exemplaires à M. de
+Buffon, qui jugea de ces Lettres, comme on en avoit jugé en Angleterre
+où elles ont eu un applaudissement général. Occupé d'ouvrages bien plus
+importans dont il ne veut pas se distraire, M. de Buffon m'a engagé à
+les faire paroître en François. Il ne s'agissoit que de rendre
+exactement des choses simples, aussi ne s'est-on attaché qu'à les
+traduire littéralement, à bien rendre le sens de l'Auteur & à éclaircir
+les endroits qui ont paru un peu obscurs dans l'original. Pour la
+commodité des lecteurs, on a rapporté en notes au bas des pages, les
+changemens que Mr. Collinson avoit fait imprimer comme additions &
+corrections à la suite des Lettres.
+
+Quoique la plupart des Physiciens se soient exercés depuis plusieurs
+années sur la matière de l'électricité: quoique leur zèle ait été
+récompensé par des succès assez brillans, on verra par les recherches &
+par les découvertes de M. Franklin, que cette matière est encore neuve à
+bien des égards. On sentira en même tems qu'il y a cependant lieu
+d'espérer qu'en multipliant, à son exemple, les expériences & les
+observations dans des vûes nouvelles, on parviendra un jour à pénétrer
+un mystère qui n'importe peut-être pas moins à l'utilité commune qu'à la
+la curiosité de l'esprit. On y arrivera même d'autant plus vite & plus
+sûrement, qu'on se hâtera moins de hazarder des systèmes. On n'a pas
+encore assez de faits sur ce sujet pour qu'il soit permis d'y joindre
+des hypothèses.
+
+«C'est (dit M. de Buffon[1]) par des expériences fines raisonnées &
+suivies que l'on force la nature à découvrir son secret; toutes les
+autres méthodes n'ont jamais réussi, & les vrais Physiciens ne peuvent
+s'empêcher de regarder les anciens systèmes comme d'anciennes rêveries,
+& sont réduits à lire la plupart des nouveaux comme on lit les Romans.
+Les recueils d'expériences & d'observations sont donc les seuls livres
+qui puissent augmenter nos connoissances. Il ne s'agit pas, pour être
+Physicien, de sçavoir ce qui arriveroit dans telle ou telle hypothèse,
+en supposant, par exemple, une matière subtile, des tourbillons, une
+attraction, &c. Il s'agit de bien sçavoir ce qui arrive, & de bien
+connoître ce qui se présente à nos yeux; la connoissance des effets nous
+conduira insensiblement à celle des causes, & l'on ne tombera plus dans
+les absurdités qui semblent caractériser tous les systèmes; en effet
+l'expérience ne les a-t-elle pas détruits successivement? ne nous
+a-t-elle pas montré que ces élémens que l'on croyoit autrefois si
+simples, sont aussi composés que les autres corps? ne nous a-t-elle pas
+appris ce que l'on doit penser du chaud, du froid, du sec & de l'humide,
+de la pesanteur & de la légèreté absoluë, de l'horreur du vuide, des
+loix du mouvement autrefois établies, de l'unité des couleurs, du repos
+& de la sphèricité de la terre, & si je l'ose dire des Tourbillons?
+Amassons-donc toujours des expériences & éloignons-nous, s'il est
+possible, de tout esprit de système, du moins jusqu'à ce que nous soyons
+instruits, nous trouverons assûrément à placer un jour ces matériaux, &
+quand même nous ne serions pas assez heureux pour en bâtir l'édifice
+tout entier, ils nous serviront certainement à le fonder, & peut-être à
+l'avancer au-delà même de nos espérances.» C'est cette méthode que M.
+Franklin a suivie à l'imitation du grand Newton & des plus excellens
+Physiciens, méthode qui doit suffire pour prévenir le public en faveur
+de l'ouvrage qu'on lui présente.
+
+[Note 1: Fréf. de la Statiq. des Végét.]
+
+Mais il ne suffit pas de s'attacher uniquement à la voye de
+l'expérience, à moins que d'être, comme notre auteur, fécond en moyens,
+ingénieux en découvertes & heureux en applications; il ne faut pas,
+comme tant d'autres Physiciens sans génie, se permettre de tirer des
+inductions qui ne sont ni justes ni naturelles, déduire des conséquences
+qui ne sont fondées que sur des suppositions vagues & étrangères au
+sujet. Il faut au contraire dans une matière aussi nouvelle que l'est
+celle-ci, se contenter de considérer les faits sous de nouveaux points
+de vûe, pour tâcher de les généraliser & d'en former un ordre
+systématique & suivi. C'est ce qu'a fait M. Franklin. Instruit, par
+exemple, des effets surprenans de la bouteille électrique, le premier
+objet qu'il s'est proposé, a été d'examiner comment elle acquiert la
+vertu électrique, comment elle la conserve, quoiqu'on la touche, &
+comment elle la communique. Ayant toujours l'expérience & l'observation
+pour guides, il a bientôt reconnu que l'électricité est inhérente &
+inséparable de la matière: que le verre en contient autant qu'il en peut
+contenir, & toujours la même quantité: qu'électriser la bouteille, ce
+n'est pas y faire entrer plus de matière électrique qu'elle n'en avoit
+auparavant, mais accumuler sur une de ses surfaces autant de cette
+matière qu'il y en a dans les deux surfaces ensemble, ce qui ne se fait
+que parce que l'une en rejette précisément la même quantité que l'autre
+en reçoit: que les deux surfaces de la bouteille électrisée sont
+toujours prêtes l'une à rendre ce qu'elle a de plus, & l'autre à
+recevoir ce qu'elle a de moins que sa quantité naturelle: qu'elles ne
+peuvent le faire l'une sans l'autre: que l'équilibre ne sçauroit se
+rétablir entr'elles par la communication intime de l'une à l'autre, mais
+seulement par une communication extérieure non électrique: qu'ainsi la
+bouteille reste chargée tant que cette communication extérieure n'est
+pas établie, & qu'enfin l'électricité ne sçauroit être communiquée par
+la bouteille, qu'autant que cette bouteille reçoit par une voye la même
+quantité de matière électrique qu'elle donne par l'autre.
+
+Ces premières connoissances ont conduit notre auteur à trouver les
+moyens de faire paroître l'électricité de deux manières tout-à-fait
+opposées, l'une en augmentant l'électricité naturelle dans les corps que
+nous nommons non-électriques, & il appelle cette augmentation
+électricité _positive_; l'autre en diminuant l'électricité naturelle; il
+nomme celle-ci _négative_. De là sont venus les termes nouveaux
+électriser _en plus_, électriser _en moins_, dont les significations
+répondent assez bien à celles qu'ils ont dans l'algèbre.
+
+L'analyse de la bouteille électrique à achevé de confirmer M. Franklin
+dans l'opinion où il étoit dès auparavant que l'électricité dans cette
+bouteille est attachée au verre précisément comme verre, & que les corps
+non-électriques qu'on y ajoute ne servent que, comme l'armure d'une
+pierre d'aimant, à unir les particules de la matière électrique
+surabondante, & à les tenir rassemblées sur l'une des surfaces du verre,
+étant toujours prêtes à s'échapper par le premier endroit où elles
+trouveroient passage pour aller à l'autre. En conséquence de ces
+découvertes; il a imaginé quantité d'autres expériences dont
+l'enchaînement & le résultat sont la confirmation des premières &
+l'apologie de son jugement. Néanmoins quelques justes que soient ses
+idées, quoiqu'elles soient toutes appuyées sur des faits, l'auteur ne
+les propose que comme des conjectures, & l'on verra que sa modestie est
+égale à sa pénétration. Mais ce seroit s'écarter de la retenuë dont il
+donne l'exemple, que de chercher à faire valoir son mérite par des
+louanges dont il n'a pas besoin, & qui ne pourroient être que suspectes
+de la part d'un traducteur. Il vaut mieux le laisser lire & s'en
+rapporter au jugement du public.
+
+Le pays qu'abite M. Franklin est des plus favorables pour les
+expériences électriques; autant les chaleurs y sont excessives en été,
+autant le froid y est rigoureux en hyver; l'on passe subitement de l'un
+à l'autre sans presque s'appercevoir ni de la douceur du printems, ni de
+la température de l'automne. Le vent sud ou nord amène les deux saisons
+opposées; mais dans l'une & dans l'autre on y jouit presque toujours du
+plus beau ciel. Les nuages épais y dérobent rarement la vûe du soleil &
+des étoiles: les pluyes n'y sont jamais de longue durée, & les
+brouillards y sont presque inconnus. Ainsi la sécheresse du tems & la
+froideur du vent du nord contribuent beaucoup à y rendre plus sensibles
+la force & les effets de l'électricité. On en trouvera des preuves
+incontestables dans plusieurs endroits cet ouvrage. Malgré la différence
+de climat, je n'ai pas voulu publier cette traduction, sans avoir du
+moins essayé de répéter les expériences qui y sont rapportées; après
+avoir parfaitement réussi à faire celles que j'ai jugées les plus
+intéressantes & les plus difficiles dans l'exécution, quelques-unes
+m'ont paru mériter que j'en fisse hommage à l'Académie Royale des
+Sciences. Je lui rendis compte le 22. Décembre 1751. de mon succès dans
+les expériences du tableau magique & de la fusion des métaux; j'y fis
+voir des lames de verre sur lesquelles on distinguoit aisément l'or,
+l'argent, le cuivre & l'étain que l'électricité avoit par sa violence
+incorporés dans la substance même du verre. J'avois employé pour me
+procurer le puissant dégré d'électricité nécessaire, une bouteille de
+verre blanc & mince tenant environ deux pintes dont j'avois fait
+argenter extérieurement le fond jusqu'au milieu de sa hauteur, & j'y
+avois mis à peu près quinze livres de menu plomb bien sec. Ces métaux
+sont sur ces lames dans un état de vitrification, inattaquables à l'eau
+forte & à l'eau régale, suivant les épreuves que j'en avois faites
+auparavant d'après les assurances de M. Franklin. Enfin ces expériences
+aussi bien que beaucoup d'autres, avoient si pleinement satisfait à mes
+désirs, eu égard au tems, à la saison & au climat, qu'elles ne
+laissoient nullement lieu de douter de la certitude de celles que je
+n'avois pas encore tentées.
+
+Dès que la première édition de cette traduction fut achevée, j'en
+envoyai un exemplaire à M. Franklin, ce qui me mit en correspondance
+directe avec lui. Je lui fis part dans le tems, du succès de mon
+expérience sur le tonnerre, & lui envoyai le mémoire que j'en avois
+donné à l'Académie Royale des Sciences le 13. Mai 1752. tel qu'il est
+dans le second volume de cet ouvrage; il en fut charmé & m'envoya avec
+sa réponse, son premier supplément, dont je vérifiai pareillement les
+expériences. Le second ne m'a été rendu que long-tems après.
+
+J'ai trouvé dans cette dernière brochure d'excellentes observations à
+opposer aux critiques qui avoient paru contre mon auteur, & auxquelles
+j'avois entrepris de répondre; c'est ce qui m'a engagé à resserrer ce
+que j'avois écrit dans ce dessein, pour ne pas multiplier les êtres sans
+nécessité. Je me suis contenté d'ajouter à la suite des principales
+expériences critiquées quelques-unes des réponses dont j'avois eu
+intention de faire un ouvrage séparé. Au lieu d'être mises en notes,
+elles y sont distinguées par des guilmets, ce qui m'a semblé plus
+commode pour les lecteurs. Les expériences contenuës dans ce second
+supplément ne sont pas moins sûres que celles qui avoient été publiées
+auparavant. Elles ont été répétées avec le même succès. Sans avoir égard
+aux dates des lettres, je les ai arrangées tout différemment de ce
+qu'elles étoient dans la première édition de cet ouvrage; j'en ai même
+partagé quelques-unes en plusieurs fragmens que j'ai placés suivant
+l'ordre des matières: c'est dans la même vûe que j'ai mis une suite
+uniforme aux paragraphes.
+
+Enfin je n'ai rien négligé pour répandre dans cette seconde édition
+toute la clarté qui a pû dépendre de mes soins. Ils se trouveront bien
+récompensés, si les changemens que j'ai faits du consentement de Mr.
+Franklin, sont approuvés du public.
+
+Au reste j'ai pensé que ceux qui n'ont pas fait une étude particulière
+de l'électricité seroient bien-aises d'en connoître les progrès depuis
+son origine jusqu'aux découvertes de M. Franklin. L'histoire qu'en a
+faite M. de Secondat pour l'Académie de Bordeaux en 1748. me rendoit ce
+travail facile; on verra que j'ai profité de cet excellent ouvrage; j'y
+ai ajouté des choses ou qui n'étoient pas venuës alors à la connoissance
+de M. de Secondat, ou qu'il avoit crû devoir négliger, & j'y ai joint
+les découvertes qui ont été faites sur le même sujet depuis son histoire
+jusqu'à présent. J'espère qu'en allant par cette voye à mon objet
+principal, qui est de mettre les Lecteurs en état de mieux juger du
+mérite de mon auteur, & de la valeur de son ouvrage, je ne leur
+laisserai rien à désirer sur les faits principaux de l'électricité.
+
+
+
+
+HISTOIRE ABRÉGÉE
+DE
+L'ÉLECTRICITÉ.
+
+
+La première chose qui a fait reconnoître l'Électricité, est la vertu
+d'attirer que l'on a remarquée en certains corps, après qu'ils ont été
+frottés. Le premier de tous, dans lequel ont ait observé cette vertu,
+c'est l'ambre jaune connu des anciens sous le nom d'_Electrum_; c'est de
+ce nom que cette vertu a retenu celui d'Électricité, & l'on appelle
+corps électriques ceux qui en sont pourvûs. Il seroit difficile &
+peut-être impossible de déterminer le tems où l'on a observé pour la
+première fois que l'ambre-jaune, après avoir été frotté, attire les
+brins de paille dont on l'approche. Ce qu'en disent quelques-uns des
+auteurs anciens qui en ont fait mention, comme Thalès de Milet,
+Plutarque, Pline, &c. prouve que l'observation de ce phénomène est
+très-ancienne, aussi ne se trouve-t-il guères de traités de Physique où
+il n'en soit parlé; mais personne que l'on sçache ne s'étoit avisé de
+faire sur ce sujet des recherches suivies avant Gilbert médecin Anglois
+qui vivoit vers l'an 1600. après avoir recueilli sur l'aimant les
+découvertes de ceux qui l'avoient précédé & avoir fait lui-même un grand
+nombre d'observations nouvelles sur les propriétés de cette merveilleuse
+pierre, il crut devoir considérer les propriétés de l'_Electrum_ qui
+paroissent avoir du rapport à celles de l'aimant. Il avoit pû d'abord
+regarder cette résine comme une espèce d'aimant dont la vertu a besoin
+d'être excitée par le frottement. Quoi qu'il en soit, il parle de cette
+vertu comme d'une chose que l'on connoissoit de tout tems. On avoit
+aussi reconnu la même propriété dans le Jayet, mais cette remarque étoit
+récente. Il s'agissoit de la chercher encore dans d'autres corps, c'est
+à quoi il s'appliqua. L'ambre-jaune étoit mis alors au rang des choses
+les plus précieuses; il servoit à l'ornement des autels & aux parures
+inventées par le luxe. Le Jayet étoit aussi une matière fort estimée;
+avant l'invention des glaces on l'employoit à faire des miroirs.
+
+Gilbert, qui avoit tant étudié toutes les propriétés de l'aimant, avoit
+sans doute remarqué qu'il falloit une moindre force pour mettre en
+mouvement une aiguille mince & légère posée en équilibre sur un pivot
+bien poli, comme sont les aiguilles aimantées, que pour élever d'une
+seule ligne un corps beaucoup plus léger. C'est pourquoi il se servit
+habilement de ce moyen pour reconnoître l'électricité dans les
+substances où elle est trop foible pour se manifester d'une autre
+manière. «Faites, dit-il, une aiguille de quelque métal que ce soit, de
+la longueur de deux ou trois pouces, légère & très-mobile sur un pivot,
+à la manière des aiguilles aimantées: approchez d'une des extrémités de
+cette aiguille de l'ambre jaune ou une pierre précieuse légèrement
+frottée, luisante & polie, l'aiguille se tournera sur le champ.» Ce fut
+vraisemblablement par ce moyen qu'il reconnut que non-seulement l'ambre
+& le jayet ont cette propriété d'attirer, mais qu'elle est commune à la
+plupart des pierres précieuses, comme le diamant, le saphir, le rubis,
+l'opale, l'améthyste, l'aigue-marine; le cristal de roche: qu'on la
+trouve aussi dans le verre, la bélemnite, le soufre, le mastic, la cire
+d'Espagne, la résine, l'arsenic, le sel-gemme, le talc, l'alun de roche.
+Toutes ces différentes matières, quoiqu'avec différens dégrés de force,
+lui parurent attirer non-seulement les brins de paille, mais tous les
+corps légers, comme le bois, les feuilles, les métaux en limaille ou en
+feuille, les pierres, les terres, & même les liqueurs comme l'eau &
+l'huile.
+
+La Physique est encore redevable à Gilbert de beaucoup d'autres
+observations sur l'Électricité. C'est lui qui nous a appris qu'elle est
+plus facilement excitée par un frottement léger & rapide que par un
+frottement plus rude: que le tems le plus sec & le vent de nord le plus
+froid sont les plus favorables pour l'Électricité: que l'humidité de
+l'air & à plus forte raison le souffle des animaux l'affoiblissent &
+même la détruisent en peu de tems: que l'eau produiroit le même effet,
+si l'on moüilloit le corps électrique: qu'une toile mise entre ce corps
+& celui qu'on veut attirer, empêche totalement l'attraction: qu'une
+étoffe de soye placée de même ne l'empêche pas entièrement: que les
+corps électriques n'attirent point la flamme d'une bougie, mais attirent
+fortement la fumée de cette bougie éteinte.
+
+Pour expliquer les phénomènes de l'électricité, ceux de l'aimant, & ceux
+de la pésanteur, Gilbert imagina des hypothèses ingénieuses, auxquelles
+pourtant il se fioit moins qu'à ses expériences. L'attraction, suivant
+son opinion, est causée par des écoulemens très-subtils; l'air est
+l'écoulement électrique de la terre & l'instrument de la pésanteur.
+C'est peut-être sur cette idée de Gilbert que le célèbre Otto de Guerike
+s'avisa de faire des observations sur un globe de soufre qu'il excitoit
+à l'électricité par un mouvement qui imitoit en quelque forte celui de
+la terre.
+
+Otto de Guerike, dit l'ingénieux M. Dufay dans son premier mémoire sur
+l'électricité, a imaginé de faire tourner sur son axe par le moyen d'une
+manivelle, une boule de soufre grosse comme la tête d'un enfant. Cette
+boule étant muë avec rapidité, si l'on applique la main dessus elle
+devient électrique & attire les corps légers qui lui sont présentés; si
+on la détache de la machine sur laquelle elle a dû être posée pour la
+faire tourner & qu'on la tienne à la main par l'axe, non-seulement elle
+attire une plume, mais elle la repousse ensuite, & ne l'attire plus de
+nouveau que la plume n'ait touché quelqu'autre corps. Il remarque que la
+plume ainsi chassée par le globe attire tout ce qu'elle rencontre, ou va
+s'y appliquer, si elle ne peut pas l'attirer vers elle; mais que la
+flamme d'une chandelle la chasse & la repousse vers le globe.... Si l'on
+suspend un fil dessus du globe, ensorte qu'il ne le touche point, &
+qu'on approche le doigt du bout inférieur de ce fil, on verra le fil
+s'éloigner du doigt. Il a aussi remarqué que la vertu électrique du
+globe se transmettoit par le moyen d'un fil jusqu'à la distance d'une
+aune, & que lorsque le globe avoit été rendu électrique par la rotation
+& par la main appliquée au-dessus, il conservoit sa vertu pendant
+plusieurs heures. Tenant l'axe de ce globe dans une position verticale,
+il promenoit une plume par toute la chambre; sans qu'elle s'appliquât au
+globe.» Il remarqua aussi que le globe frotté dans l'obscurité répandoit
+de la lumière.
+
+Otto de Guerike avoit pour contemporain & pour émule le fameux Boyle à
+qui nous avons obligation d'un si grand nombre de belles découvertes. Ce
+dernier chercha & trouva la vertu électrique dans un grand nombre de
+corps où Gilbert ne l'avoit point cherchée, & dans quelques-uns de ceux
+où il l'avoit cherchée inutilement. Pour éprouver si l'air avoit quelque
+part à l'électricité, il suspendit dans une fiole au-dessus d'un corps
+léger un morceau d'ambre-jaune excité à l'électricité; ayant ensuite
+pompé l'air de la fiole, il laissa descendre l'ambre-jaune près du corps
+léger, qui fut attiré. Il reconnut par-là que la vertu électrique une
+fois excitée se conserve dans le vuide, & que son action ne dépend point
+de l'air.
+
+M. Boyle avoit fait beaucoup de recherches sur les corps qui donnent de
+la lumière dans l'obscurité, en particulier sur le ver luisant; y
+ayant emprunté un diamant qu'on disoit avoir la propriété d'être
+lumineux dans les ténèbres, il observa que ce diamant étant frotté dans
+l'obscurité contre quelqu'étoffe que ce fût, devenoit en effet
+non-seulement lumineux, mais encore électrique, comme l'avoit observé
+Gilbert. Il reconnut bientôt les mêmes propriétés dans plusieurs autres.
+
+L'Électricité resta long-tems négligée après Boyle; mais les grandes
+découvertes de Newton sur les propriétés de la lumière & sur le système
+de l'attraction engagèrent vraisemblablement Hauksbée de la Société
+Royale de Londres à faire des recherches sur les mêmes sujets & sur
+l'électricité. Ayant inventé une machine pour faire tourner rapidement
+un corps sous le récipient de la machine pneumatique, il s'en servit
+pour faire frotter dans le vuide un morceau d'ambre jaune contre de la
+laine. Ce frottement produisit une lumiére beaucoup plus vive que le
+même frottement dans l'air; après l'opération l'ambre jaune, aussi bien
+que la laine lui parurent un peu brûlés.
+
+On avoit sans doute remarqué que de tous les corps électriques, le verre
+est un de ceux en qui le frottement excite une plus forte électricité.
+Hauksbée s'avisa d'employer dans ses expériences un tube ou cylindre
+creux de verre. En le frottant rapidement dans sa main, un papier
+entre-deux, il le rendoit électrique, & faisoit par son moyen toutes les
+expériences qu'Otto de Guerike avoit faites avant lui avec un globe de
+soufre. Il observa de plus qu'un tube dont on a pompé l'air, ne
+s'électrise que très-foiblement, & que si on y laisse rentrer l'air il
+acquiert beaucoup d'électricité sans être frotté de nouveau. Quand on
+frotte un tube dans l'obscurité, une lumière fuit la main qui frotte, &
+si l'on approche de ce tube ainsi excité une autre main, ou quelqu'autre
+corps, comme du métal, de l'yvoire, du bois, &c. il en sort une
+étincelle accompagnée d'un bruit assez semblable au pétillement d'une
+feüille verte jettée au feu, mais moins fort. Quand on frotte le tube
+vuide d'air, la lumière est plus vive, mais toute dans son intérieur, &
+l'on n'en peut tirer d'étincelle.
+
+Hauksbée imagina aussi de faire tourner sur son axe un globe creux de
+verre par le moyen d'une rouë & d'une corde qui passe sur la
+circonférence de cette rouë & sur une poulie fixée sur l'axe du globe.
+Il excita l'électricité en frottant ce globe, mais il n'en tira pas de
+plus grands effets que de son tube. L'électricité qui jusques-là ne
+s'étoit manifestée que par le frottement, Hauksbée la découvrit dans une
+substance qui n'avoit point été frottée; il remarqua que si on laisse
+refroidir de la résine qui a été fondüe, & que, si, avant qu'elle soit
+tout-à-fait refroidie, on en approche du cuivre en feüilles, elle
+l'attire à la distance d'un pouce ou deux, sans aucun frottement
+précédent.
+
+M. Gray continua avec succès les recherches électriques de Boyle & de
+Hauksbée; ayant voulu éprouver s'il y avoit quelque différence dans
+l'attraction du tube lorsqu'il étoit bouché par les deux bouts &
+lorsqu'il ne l'étoit pas, il n'en apperçut aucune; mais comme il tenoit
+une plume ou duvet au-dessus du bouchon de liége dont le bout supérieur
+du tube étoit bouché, il remarqua que cette plume étoit attirée &
+ensuite repoussée par le liége de la même manière qu'elle a coutume de
+l'être par le tube. Cette observation le confirma dans une pensée qu'il
+avoit euë autrefois, que, comme le tube frotté dans l'obscurité
+communique de la lumière aux autres corps par l'attouchement, il pouvoit
+bien aussi leur communiquer de l'électricité. Le liége effectivement
+n'avoit cette vertu attractive que par communication du tube excité à
+l'électricité. Il s'en assura encore d'une autre façon: ayant fixé au
+bout d'un bâton de sapin d'environ quatre pouces de long une boule
+d'yvoire d'un peu plus d'un pouce de diamètre, il enfonça l'autre bout
+du bâton dans le bouchon de liége: ayant ensuite frotté le tube, il vit
+avec plaisir que la boule attiroit & repoussoit le duvet avec plus de
+force que n'avoit fait le liége. Il répéta cette expérience avec des
+bâtons plus longs & enfin avec un de vingt-quatre pouces, & trouva
+toujours les mêmes effets.
+
+Au lieu de bois M. Gray se servit dans la suite d'un fil de fer, puis
+d'un fil de laiton, & eut encore le même succès; mais comme les
+vibrations de ces fils de fer, & de laiton, causées par le frottement du
+tube, étoient incommodes, surtout lorsque les fils étoient longs de deux
+ou trois pieds, il imagina de suspendre la boule à l'extrémité d'une
+ficelle nouée au tube par son autre extrémité; étant sur un balcon élevé
+de trente-six pieds, il laissa pendre la boule ainsi attachée au tube
+par le moyen d'une ficelle de cette longueur; le tube étant frotté, la
+boule attira & repoussa du cuivre en feuilles qui étoit au-dessous
+d'elle.
+
+M. Gray essaya ensuite de transmettre en ligne horizontale l'électricité
+à de bien plus grandes distances; il y réussit d'abord en se servant
+pour cela d'une ficelle soutenuë horizontalement à quelque distance de
+terre sur des fils de soye, & transmit l'électricité à cent quarante
+pieds; mais comme il vouloit pousser plus loin son expérience, les fils
+de soye s'étant rompus, il leur substitua des fils-d'archal de la même
+finesse; car il s'imaginoit que le succès de l'expérience dépendoit de
+la finesse de ces fils, qu'il croyoit trop minces pour pouvoir
+intercepter une partie sensible de la force électrique communiquée par
+le tube à la ficelle & à la boule. Quand il vint à frotter le tube,
+l'électricité ne fut point transmise à l'extrémité de la ficelle. Il
+reconnut de là que le succès de la première expérience ne venoit pas de
+la finesse des fils de soye, puisque les fils-d'archal de la seconde
+étoient aussi minces, mais qu'il venoit de la nature même de la soye.
+Instruit par ce contre-tems M. Gray vint depuis à bout de transmettre
+l'électricité à une distance de sept cens pieds.
+
+Il découvrit encore que la communication de l'électricité pouvoit se
+faire par la seule approche du tube, sans qu'il touchât le corps auquel
+on vouloit la communiquer. Ayant suspendu horizontalement un enfant sur
+des cordons de crin, en approchant de ses pieds le tube bien frotté, il
+l'électrisa au point que son visage & ses mains attirèrent des feüilles
+de cuivre. Il plaça cet enfant debout sur deux pains de résine d'environ
+huit pouces de diamètre & deux pouces d'épaisseur, un sous chaque pied.
+Ayant ensuite approché le tube bien frotté des cuisses de l'enfant, ses
+mains attirèrent & repoussèrent alternativement des feüilles de cuivre
+que l'on avoit mises au-dessous.
+
+Mr. Dufay de l'Académie Royale des Sciences, informé des découvertes de
+M. Gray, se mit aussi à travailler sur l'électricité. Après un nombre
+infini d'expériences dont on n'indiquera que les principales, il nous a
+appris qu'il n'y a point de corps, à l'exception des métaux & des
+animaux qui ne soit électrique. Les métaux & les animaux s'électrisent
+fortement ou deviennent fortement électriques, lorsqu'étant soutenus sur
+des cordons de soye ou de crin, sur des gâteaux de résine, sur du verre,
+&c. on en approche le tube excité à l'électricité. On doit donc entendre
+par corps électriques ceux qui le sont naturellement qui n'ont besoin
+que d'être frottés pour en donner des preuves, & par corps
+non-électriques ceux qui ne peuvent devenir électriques que par
+communication, comme sont les métaux.
+
+En répétant avec un tube de verre & des feüilles d'or une expérience
+d'Otto de Guerike, dans laquelle une petite plume avoit été attirée,
+repoussée & soutenuë en l'air au-dessus du globe de soufre, M. Dufay
+observa que la feüille d'or alla s'attacher à un morceau de gomme-copal
+qu'il lui présentoit & y demeura. Cela lui fit soupçonner que
+l'électricité de la gomme-copal étoit différente par sa nature de
+l'électricité du verre, puisque l'une attiroit ce que l'autre
+repoussoit. Cette observation le porta à faire plusieurs autres
+expériences, d'où il crut pouvoir conclure qu'il y avoit en effet deux
+sortes d'électricités. Il nomma l'une vitrée & l'autre résineuse; mais
+les Physiciens n'ont pas admis cette distinction. On verra cependant
+dans la suite de cet ouvrage qu'elle est bien fondée, & qu'un globe de
+soufre détruit l'effet d'un globe de verre.
+
+M. Dufay répétant de même l'expérience de M. Gray, dans laquelle on
+électrise un enfant suspendu sur des cordons de crin ou de soye, &
+s'étant mis lui-même à la place de l'enfant; quelqu'un voulut ramasser
+une feüille d'or qui s'étoit attachée à sa jambe; dans l'instant ils
+sentirent l'un à la jambe & l'autre au doigt une douleur comme une
+piqûre, & l'on entendit un pétillement semblable à celui du tube
+lorsqu'on en approche le doigt. Cette douleur & ce pétillement sont
+accompagnés d'une étincelle visible même en plein jour.
+
+Cette étincelle n'avoit été regardée jusques-là que comme la lumière de
+certains phosphores qui ne brûlent point, tels que le bois pourri & les
+vers luisans: mais la douleur fit penser à M. Dufay que l'électricité
+étoit un véritable feu. On s'est appliqué depuis à en rendre les effets
+plus sensibles.
+
+Les Physiciens d'Allemagne profitant de tout ce qui avoit été découvert
+avant eux sur le sujet de l'électricité, imaginèrent de reprendre le
+globe de verre, dont Hauksbée n'avoit pas tiré un meilleur parti que du
+tube & qu'il avoit abandonné trop légèrement. Ce qui les y engagea fut
+sans doute la réflexion que le verre étant plus électrique, un globe de
+cette matière doit produire de plus grands effets que le globe de soufre
+d'Otto de Guerike, & qu'étant susceptible d'une friction plus rapide &
+plus long-tems continuée, l'usage de ce globe devoit être plus facile &
+plus avantageux que celui du tube de Hauksbée. Ils employèrent des
+globes & des rouës plus grandes & les disposèrent de la même manière que
+la meule & la rouë dont se servent les Couteliers. Par ce moyen ils
+réussirent d'abord à rendre beaucoup plus sensibles tous les phénomènes
+de l'électricité déjà connus. Ils firent encore de très-belles
+découvertes dont les Journaux d'Allemagne de 1745. ont rendu compte, &
+dont on ne rapportera ici qu'une seule.
+
+Si, en faisant tourner & frotter le globe de verre, on en approche le
+bout d'un grand tuyau de fer blanc, sans qu'il touche le globe, & qu'une
+personne montée sur un gâteau de résine tienne d'une main ce tuyau par
+l'autre extrémité, cette personne est électrisée, & acquiert après deux
+ou trois révolutions du globe une puissance flammifique assez forte pour
+allumer avec un de ses doigts, avec une canne ou avec une épée de
+l'esprit de vin un peu échauffé. Le même effet s'ensuit lorsque la
+personne électrisée tient dans sa main le vase qui contient la liqueur,
+& la fait toucher par une autre personne est sur le plancher. Dès que le
+doigt approche de la liqueur, il en sort une étincelle bruyante qui
+enflamme l'esprit de vin. On peut de même enflammer de la poix, de la
+résine, de la cire d'Espagne, du soufre & même de la poudre à canon,
+pourvû que ces matières soient en fusion, & conséquemment échauffées.
+Cette expérience réussit aussi quand on électrise avec le tube, mais les
+étincelles sont foibles & l'effet n'en est pas si sûr qu'avec le globe.
+
+L'année 1746. est l'époque la plus marquée de l'Électricité.
+
+Ce fut au commencement de cette année que MM. Muschenbroek & Allaman
+illustres citoyens de Leyde communiquèrent à l'Académie Royale des
+Sciences de Paris l'expérience suivante que le hazard avoit fait trouver
+à M. Cuneus, lorsqu'il s'amusoit à revoir chez lui les phénomènes
+électriques qu'il avoit admirés chez M. Muschenbroek. Suspendez sur des
+cordons de soye dans une situation horizontale une verge de fer ou un
+canon de fusil dont un des bouts soit près du globe, pour en recevoir
+l'électricité par communication: laissez pendre à son autre bout un
+fil-d'archal ou de laiton; pendant qu'on électrise la verge de fer,
+tenez d'une main un vase de verre rond & en partie plein d'eau dans
+laquelle plonge le fil de métal suspendu: avec l'autre main essayez
+d'exciter une étincelle à tel endroit que vous voudrez de la verge de
+fer ou du fil de métal qui pend au bout & qui plonge dans l'eau du vase;
+vous ressentirez une commotion très-forte & très-subite dans les deux
+bras, dans la poitrine & dans tout le corps. Le coup est plus fort quand
+le globe est plus gros, plus frotté, quand le vase qui contient l'eau
+est plus large, quand la verge de fer qui conduit l'électricité, est
+plus grande, ensorte qu'on pourroit blesser, peut-être même tuer
+quelqu'un qui s'y exposeroit imprudemment.
+
+Le bruit de cette expérience se répandit bientôt dans tout le monde
+sçavant: elle exerça l'industrie des Physiciens, & tout le monde voulut
+être Physicien. Chacun la répéta, & fit tout son possible pour y
+ajouter. On trouva bientôt le moyen d'en rendre l'appareil plus simple &
+plus commode; au lieu de suspendre la verge de fer près du globe & à la
+même hauteur, on la tient plus élevée, & on laisse pendre de son
+extrémité voisine du globe une bande de métal bien mince ou un fil de
+fer qui touche l'équateur du globe pendant qu'il tourne sur son axe &
+qu'il est frotté. La verge s'électrise aussi promptement & aussi
+fortement par cette méthode que par celle de M. Muschenbroek, & le globe
+est plus en sureté.
+
+On se sert d'une bouteille de verre mince: on la remplit d'eau jusqu'au
+collet, & on la bouche d'un bouchon de liége traversé d'un fil-d'archal,
+qui y reste fixé de telle manière qu'une partie de ce fil-d'archal est
+plongée dans l'eau de la bouteille, & une autre partie est au-dessus du
+bouchon, courbée en crochet. Par ce moyen on peut suspendre la bouteille
+à la verge de fer, en l'y accrochant, ou l'en séparer à volonté, quand
+elle est chargée d'électricité.... On peut aussi l'électriser à la main,
+sans la suspendre à la verge de fer, & même sans se servir de cette
+verge. Il ne s'agit que d'en présenter le crochet ou auprès de la verge
+ou auprès du globe dans le temps qu'il est en mouvement & qu'il est
+frotté.... On peut de même décharger la bouteille électrisée sans le
+secours de la verge de fer, en tenant la bouteille dans une main, & cela
+de trois manières, par l'expérience de Leyde, par l'approche d'un corps
+non-électrique, ou par l'opposition d'une pointe non-électrique. Dans le
+premier cas il ne faut que tirer une étincelle du fil-d'archal avec
+l'autre main: l'on reçoit la commotion, & la bouteille est déchargée à
+l'instant; dans le second l'on approche le fil-d'archal d'un corps
+non-électrique pour tirer l'étincelle; mais il faut avoir attention à ne
+pas tenir ce corps de l'autre main, car on seroit frappé; dans le
+troisième cas il ne s'agit que d'opposer à quelques pouces de distance
+du crochet une pointe de métal, comme celle d'une aiguille, d'un
+poinçon, &c. la bouteille se déchargera lentement & insensiblement sans
+bruit, sans explosion & sans commotion. On voit dans les tems favorables
+la pointe d'une aiguille tirer le feu électrique à plus de six pieds de
+la bouteille, & cela s'apperçoit par une petite lumière qui paroît dans
+l'obscurité à la pointe de l'aiguille.
+
+Quand la bouteille préparée, comme on vient de le dire, est bien
+électrisée, on peut la transporter fort loin, ou la garder plusieurs
+jours dans cet état, sans qu'elle perde beaucoup de sa force électrique;
+il n'y a point d'autre précaution à prendre que de la déposer sur un
+corps électrique, dans un endroit qui ne soit pas trop exposé à
+l'humidité de l'air ou à la poussière.
+
+L'on a trouvé ensuite que dans l'expérience de Leyde, si au lieu d'une
+seule personne, on forme un grand cercle ou une chaîne de plusieurs, en
+quelque nombre que ce soit, qui se tiennent tous par la main: que le
+premier de la chaîne soutienne par le fond la bouteille électrisée, &
+que le dernier tire une étincelle du fil-d'archal, ils sentiront tous au
+même instant la commotion dans les bras & dans la poitrine. Cette
+expérience a été faite à Versailles devant le Roi sur deux cens quarante
+personnes à la fois. Le même effet s'ensuivroit encore si les acteurs,
+au lieu de se tenir par la main, étoient joints ensemble par des fils ou
+des chaînes de métal, par l'eau tranquille d'un grand vase ou même d'un
+bassin, dans laquelle ils auroient les mains plongées.
+
+L'on a de même découvert que la force de l'électricité est plus grande,
+lorsque la verge de fer, que l'on nomme le _premier conducteur_, est
+plus longue; que l'étenduë en superficie du premier conducteur contribuë
+davantage à l'augmentation de cette force que son étenduë en solidité &
+que la longueur est celle des trois dimensions qui lui est la plus
+favorable.
+
+Il n'y a presque personne qui ne sçache que la propagation du son n'est
+point aussi rapide que celle de la lumière. Si l'on voit tirer une pièce
+de canon de quelques centaines de toises, on apperçoit la flamme sortir
+de son embouchure long-tems avant d'en entendre le coup; en général plus
+l'on est éloigné, plus on remarque de distance entre l'un & l'autre. Il
+est cependant certain que dans ce cas la lumière & le son partent en
+même tems; mais l'air qui nous en transmet les sensations est plus
+facilement ébranlé par l'un que par l'autre; & l'on est venu à bout de
+connoître cette différence. C'est dans la même vuë qu'un sçavant
+Physicien[2] a voulu éprouver comment se fait la propagation de
+l'électricité dans les corps à qui on la communique; si cette
+propagation est instantanée du moins sensiblement, ou si elle se fait
+dans un temps perceptible.
+
+[Note 2: M. le Monnier, médecin, à qui on est redevable de la plupart
+des découvertes précédentes, _Hist. de l'Acad. R. des Scienc._ 1746.]
+
+»Pour s'en assurer, après quelques tentatives, dont le résultat ne lui
+parut pas assez décisif, M. le Monnier disposa deux fils de fer
+parallèles autour d'un grand clos; chacun d'eux avoit neuf cens
+cinquante toises, & leurs quatre extrémités se trouvoient à un des
+angles de ce clos, voisines les unes des autres; un homme prit un bout
+de chacun de ces fils de chaque main; par ce moyen il se forma une
+communication de l'un à l'autre, & ils ne firent plus qu'un seul corps
+de 1900. toises de long, au milieu duquel étoit placé l'homme qui tenoit
+les deux bouts des fils.
+
+»Par l'arrangement que nous venons de décrire, cet homme, quoique placé
+au milieu de la longueur totale du corps à électriser, étoit très-voisin
+des deux autres bouts, & pouvoit juger aisément s'il sentiroit la
+commotion au moment qu'il verroit éclater l'étincelle: ce fut
+effectivement ce qui arriva. M. le Monnier ayant pris d'une main le bout
+d'un des fils de fer, approcha de celui de l'autre fil, le fil-d'archal
+de la bouteille électrique qu'il tenoit de l'autre main; & dans le même
+instant que parut l'étincelle, lui & l'homme placés au milieu de la
+longueur des fils de fer, ressentirent la commotion, sans qu'il fût
+jamais possible d'appercevoir le plus petit intervalle de tems entre
+l'étincelle & le coup, quoiqu'il eût été facile de discerner jusqu'à un
+quart de seconde s'il s'y étoit trouvé.
+
+Le même Physicien, pour acquérir une preuve encore plus complette de ce
+phénomène, fit quelque tems après une autre expérience un peu
+différente, dont le succès lui confirma celui de la précédente. Ayant
+choisi un endroit commode dans une plaine des environs de Paris, il
+l'entoura d'un fil de fer de quatre mille toises de longueur qui font
+deux lieuës. Les deux extrémités de ce fil furent disposées à six ou
+sept pieds de distance l'une de l'autre. Pendant que M. le Monnier
+tenoit dans sa main l'un des bouts de ce fil de fer, un autre
+observateur qui portoit la bouteille électrique approcha le fil-d'archal
+de cette bouteille de l'autre bout du fil de fer. Dans le même instant
+les deux observateurs ressentirent la commotion dans les bras dont ils
+tenoient l'un le fil de fer & l'autre la bouteille. La commotion est
+moins forte dans cette expérience qu'elle ne l'est dans la précédente,
+parce que sa violence est partagée entre les deux observateurs; chacun
+n'éprouve qu'environ la moitié de la commotion qu'il ressentiroit, si le
+cercle de communication de l'un à l'autre étoit achevé; mais le résultat
+n'en est pas moins sûr pour le but qu'on s'étoit proposé. L'expérience
+fut répétée, & le même effet s'ensuivit toujours également, sans qu'on
+pût trouver le moindre instant saisissable entre l'apparition de
+l'étincelle & la sensation du choc. Ainsi l'électricité parcourut une
+espace de deux lieuës dans un instant imperceptible. On ne remarqua pas
+non plus la moindre différence de force entre la commotion qui se fit
+sentir à l'un des observateurs & celle qui se fit sentir à l'autre,
+quoiqu'ils ne se communiquassent que par le fil de fer de quatre mille
+toises de longueur.
+
+Si ces expériences ne prouvent pas que la propagation de l'électricité
+est instantanée, elles font voir du moins que les écoulemens de la
+matière électrique se portent avec une rapidité inconcevable, &
+apparemment égale à celle de la lumière le long des corps
+non-électriques: elles servent de confirmation à la première découverte
+de Boyle, que l'air n'y a point de part: & elles ajoutent beaucoup à
+l'analogie que M. Hales[3] a trouvée entre les effets de l'électricité &
+ceux du tonnerre. On verra bientôt ce que l'on doit penser de cette
+analogie.
+
+[Note 3: Considérations sur la cause Physique des tremblemens de terre.]
+
+Il arrive souvent, lorsqu'on électrise la bouteille avec excès, ou qu'on
+la soutient par le fond étant trop fortement électrisée, qu'elle se
+décharge d'elle-même dans la main de celui qui la tient, sans qu'il
+approche son autre main du fil de fer de cette bouteille, ni du premier
+conducteur. Il sort alors une forte étincelle du fond de la bouteille, &
+il se fait une puissante commotion. Il est arrivé à plusieurs de
+recevoir de cette manière un choc si violent qu'ils en ont été
+renversés, & qu'il leur en est resté dans toutes les parties du corps un
+tremblement qui a duré trois ou quatre jours. Ils ont aussi ressenti
+pendant long-tems l'impression que la violence de l'étincelle leur avoit
+faite au doigt, & en ont porté long-tems temps une marque noire
+semblable à celle d'une brûlure.
+
+Il arrive encore quelquefois qu'en chargeant la bouteille auprès du
+globe, elle fait explosion & se casse; celui qui la tient reçoit dans
+cet instant une violente commotion: après cette explosion la bouteille
+se trouve percée au côté d'un trou exactement rond ordinairement sans
+fêlure, dont on est averti par l'écoulement de l'eau qu'elle contenoit.
+Il est aussi arrivé plus d'une fois que le globe lui-même a fait
+explosion & s'est brisé en même tems que la bouteille; quelques-uns de
+ses fragmens ont paru avoir été lancés avec autant de force que des
+éclats de bombe. Il est plus sûr de ne charger la bouteille qu'auprès du
+premier conducteur.
+
+Si un homme est si rudement frappé d'un coup d'électricité qu'il puisse
+même en être renversé, & en ressentir les effets pendant plusieurs
+jours, doit-on s'étonner que de petits animaux puissent en être tués?
+Presque tous ceux qui ont répété l'expérience de Leyde, en ont fait
+l'épreuve avec succès.
+
+La médecine à sçu plusieurs fois tirer parti des choses qui sembloient
+les plus opposées à son but, & convertir en remèdes salutaires des
+substances qui avoient de tout tems été reconnuës pour des poisons
+dangereux; la philosophie à son exemple a essayé de faire servir à
+l'utilité des hommes ce qui peut leur être nuisible ou qui paroît tout
+au moins inutile pour la santé: elle a tenté d'appliquer à la guérison
+des maladies, ce qui peut donner la mort. Quel but plus noble les
+Sciences peuvent-elles se proposer? l'extrait d'une lettre de M.
+Jallabert célèbre Professeur de Philosophie à Genève inséré dans le
+Journal des Sçavans pour le mois de Mai 1748. fait foi du dessein, de
+l'épreuve & du succès.
+
+»On m'amena, dit M. Jallabert, le 26. Décembre un nommé Nogués
+paralytique du bras droit depuis près de quinze ans; outre la perte du
+sentiment & du mouvement, le bras & l'avant-bras étoient extrêmement
+maigres. Nous exposâmes d'abord, Mr. Guiot Chirurgien & moi à l'épreuve
+de la commotion, la main paralytique attaché au vase; la violence du
+coup porta principalement au haut de l'épaule. Je fis ensuite découvrir
+le bras paralytique, & l'homme étant placé sur de la poix, & vivement
+électrisé, je vis sortir des étincelles de divers endroits du bras; nous
+aperçûmes d'abord que les muscles d'où elles partoient, étoient agités
+de mouvemens convulsifs: bientôt après nous les vîmes mouvoir
+successivement & en différens sens l'avant-bras, le carpe & les doigts,
+suivant que nous tirions l'étincelle de tel ou tel muscle.»
+
+»Je me mis à la place du paralytique, & j'observai que les muscles & les
+parties auxquelles ils aboutissent se mouvoient quand on en tiroit une
+étincelle, sans qu'il fût en mon pouvoir de l'empêcher, & que suivant
+que l'on tiroit une étincelle, par exemple, des muscles extenseurs ou
+fléchisseurs du carpe ou des doigts, ils se baissoient ou s'élevoient en
+sens opposés. Cette observation me donna quelqu'espérance pour le
+paralytique, & après l'avoir souvent exposé aux étincelles électriques &
+quelquefois à la commotion, je remarquai des changemens en bien, & le
+10. Janvier le bras paralytique avoit beaucoup d'embonpoint, le malade
+commençoit à étendre les doigts. Le 24. Janvier les mouvemens de
+l'avant-bras & du bras se faisoient mieux, il approchoit la main de son
+chapeau. Le 30. Janvier il avoit tiré son chapeau; l'avant-bras affecté
+étoit aussi rempli de chair que l'avant bras sain, & le bras augmentoit
+considérablement; le poignet pouvoit faire les différens mouvemens, lors
+même que la main étoit chargée d'une bouteille tenant un pinte.» Une
+lettre de Genève du 28. Février porte que le paralytique tiroit son
+chapeau sans peine, qu'il manioit de gros marteaux, & qu'il comptoit
+pouvoir forger en peu de jours.
+
+Il a été soutenu[4] en l'année 1751. dans l'Université de Prague en
+Bohême, une Thèse de médecine sur l'utilité de l'électricité pour la
+guérison des maladies. Quoique les expériences & les observations dont
+cette thèse est remplie, n'ayent pas toutes le mérite de la nouveauté,
+elles sont trop intéressantes par leur objet & par l'ordre dans lequel
+elles sont rapportées, pour ne pas trouver place dans cette histoire.
+Après avoir examiné les effets de l'électricité tant sur les corps
+fluides, que sur les corps solides en général qui ont été exposés à son
+action, & après avoir prouvé par des expériences suivies & comparées que
+l'électricité augmente l'évaporation naturelle de la plupart des uns, &
+la transpiration insensible des autres: après avoir expliqué comment &
+pourquoi l'électricité accélère l'écoulement des liqueurs dans les
+tuyaux capillaires dont elle rend les jets continus & divergens, &
+qu'elle ne produit pas le même effet dans des tuyaux d'un plus grand
+diamètre[5]: après avoir fait voir par une expérience déjà connuë que la
+végétation des plantes est avancée par l'électricité: enfin après avoir
+démontré par le résultat de quantité d'expériences combinées & répétées
+de différentes manières en différens tems sur des corps animés de
+différens genres, que l'électricité augmente la transpiration des
+animaux en favorisant en eux le mouvement des fluides & l'action tonique
+des solides, l'auteur de cette thèse pour rechercher les maladies
+auxquelles l'_électrisation_ pourroit servir de remède, prend pour
+exemple la paralysie dont il examine en détail les différens symptômes &
+les différens effets. Après avoir cité l'opinion d'un fameux
+Professeur[6] en médecine de Montpellier, qui prétend que le fluide
+nerveux n'est autre chose que le fluide électrique. Il rapporte les
+raisons qui appuyent cette conjecture & adopte son sentiment. Il ne
+doute même pas que ce fluide qui parcourt les nerfs avec une vîtesse
+incompréhensible, pour mettre les muscles en mouvement au premier ordre
+de la volonté, n'ait la plus grande part à l'origine, à la vigueur & à
+l'entretien de la chaleur naturelle. De là il passe aux diverses
+méthodes de traiter les paralysies, & n'oublie pas celle d'y appliquer
+l'électricité. Il en prouve l'efficacité par le traitement
+circonstancié, par le changement en mieux & par la guérison parfaite de
+quatre paralytiques, par le soulagement d'un rhumatisme très-douloureux,
+par la résolution des nodus & le rétablissement des forces d'un gouteux
+& d'un autre malade privés l'un & l'autre de l'usage de leurs membres.
+Enfin il termine sa dissertation par les positions suivantes.
+
+[Note 4: Par M. J. Bohadsch.]
+
+[Note 5: Il est vraisemblable que cette différence ne vient que de ce
+que les écoulemens de la matière électrique ne sont pas aussi abondans
+que ceux des liqueurs dans de larges tuyaux. Si l'électricité étoit
+assez forte & assez abondante, elle accéléreroit, diviseroit & rendroit
+divergens les jets de toute sorte de tuyaux également.]
+
+[Note 6: M. de Sauvages.]
+
+I. _Electricitas in arte medicâ est adhibenda._
+
+II. _Electricitas auget naturalem animalium transpirationem._
+
+III. _Hæc acceleratio transpirationis in hominibus fit per vasa
+capillaria exhalantia, & non per glandulas subcutaneas._
+
+IV. _Fluidum nerveum fluidum electricum dici potest._
+
+V. _Nervi sensorii à motoriis non sunt distincti._
+
+VI. _Hemiplegiæ causa proxima est immeabilitas fluidi nervei per
+nervos._
+
+VII. _Hemiglegia præ reliquis_ _morbis electrisatione curanda._
+
+VIII. _Etiam febris intermittens electrisatione debellari potest._ &c.
+&c.
+
+Il a paru dans les nouvelles publiques des années 1753. & 1754. des
+relations détaillées de diverses guérisons opérées par l'électricité sur
+des sourds & des aveugles en différentes contrées de l'Europe. Malgré
+les autorités dont elle étoient revêtuës, quoique quelques-unes de ces
+guérisons m'ayent été attestées par un jeune médecin Suédois[7] qui
+avoit apporté à Paris un excellent globe dans l'intention d'y faire des
+miracles, elles n'ont point assez gagné ma confiance pour me paroître
+mériter d'avoir place dans cette histoire.
+
+[Note 7: M. Lindulf.]
+
+La persuasion où l'on est que la matière électrique pénètre les corps
+auxquels on la communique, de même que ceux qui la contiennent
+naturellement, a encore donné occasion d'imaginer des moyens pour en
+tirer de l'utilité. On a pensé que si elle pénètre les parties du corps
+humain, auxquelles elle n'est par elle-même capable que de donner de
+l'ébranlement, elle pourroit servir de véhicule à des remèdes que l'on
+voudroit faire passer dans l'intérieur de ces parties. De quel avantage
+ne seroit pas cette propriété, si elle se trouvoit avoir quelque
+réalité? On trouvera dans la suite de cet ouvrage ce que l'on doit
+attendre de cette idée.
+
+M. Bose célèbre Professeur de Physique à Wittemberg rapporte une
+expérience qui a vainement occupé la plupart des Physiciens. Un enfant
+ou un adulte placé sur un gâteau de résine touche de la main le globe ou
+la poignée d'une épée actuellement électrisée par sa pointe auprès du
+globe, il acquiert en peu de tems une si grande quantité de feu
+électrique que d'abord ses pieds, ensuite ses jambes, ses genoux & enfin
+tout son corps paroissent dans l'obscurité en être environnés de tous
+côtés comme d'un nuage lumineux semblable à la gloire dont les peintres
+entourent le portrait d'un saint. C'est pour cette raison que l'auteur a
+nommé cette expérience la _Béatification_. Tous ceux qui l'ont tentée se
+plaignent de ce que M. Bose n'en a pas donné un détail assez
+circonstancié. Il avouë aussi lui-même qu'elle lui a souvent manqué.
+L'on conçoit en effet qu'il faut un tems & des circonstances bien
+favorables pour pouvoir accumuler sur un homme une assez grande quantité
+de feu électrique pour l'environner depuis les pieds jusqu'à la tête
+d'une atmosphère lumineuse & bien visible.
+
+Le même M. Bose avoit avancé dans son quatriéme commentaire sur
+l'électricité qu'il désespéroit que l'on pût trouver une mesure exacte
+des forces de l'électricité. L'on a reconnu que sa conjecture étoit
+hazardée. Quand on n'auroit pas l'ingénieux instrument que MM. d'Arcy &
+le Roy ont inventé & exécuté pour mesurer la force de l'électricité,
+auquel ils ont pour cette raison donné le nom d'_Électromètre_,[8] on
+trouveroit dans les expériences de M. Franklin de quoi y suppléer. Cet
+auteur a donné (Lettre V. §. 55. & 56.) la description de deux fortes de
+rouës électriques qui, quoiqu'elles n'ayent pas été imaginées à cette
+intention, peuvent être regardées comme d'excellens Électromètres. Il
+fait servir dans chacune de ces machines la seule vertu attractive de
+l'électricité de deux manières différentes activement & passivement. Ces
+deux effets se succèdant alternativement contribuënt également au
+mouvement circulaire des rouës. Il seroit inutile d'en rapporter ici la
+construction & le détail que l'on trouvera tome premier, pag. 172-183.
+Il suffit de dire que ces rouës sont mises en mouvement par la seule
+force de l'électricité, & qu'elles font chacune sur leur axe plus ou
+moins de révolutions, à proportion que ces rouës ou les bouteilles sont
+plus ou moins chargées d'électricité. Ainsi sans être, comme le dit M.
+Bose _audaculus_ & [Grec: achômerutos], on pourra assurer que tel ou tel
+degré de force électrique est double, triple, quadruple de tel ou tel
+autre. Quel privilège lui paroissoit avoir l'électricité, pour être la
+seule chose physique qui ne fût pas soumise à l'empire du calcul?
+
+[Note 8: Voyez Mém. de l'Acad. R. des Scienc. 1749. pag. 63.]
+
+Ainsi depuis l'expérience de M. Cuneus vulgairement appellée expérience
+de Leyde, les connoissances sur l'électricité ont plus fait de progrès
+qu'elles n'en avoient fait auparavant. Les Physiciens ont travaillé &
+travaillent sans relâche à ajouter aux découvertes qui ont été faites
+sur ce sujet. Les uns, sans songer que la matière n'est point encore
+assez préparée, & qu'il n'y a pas encore assez de faits connus, font
+tous leurs efforts pour pénétrer les mystères de l'électricité & pour en
+expliquer la nature; d'autres s'appliquent à lui chercher de nouvelles
+propriétés, & pour cela s'en tiennent modestement aux expériences,
+d'autres enfin en proposant leurs conjectures, font voir des rapports
+évidens entre les phénomènes les plus communs des météores & ceux de
+l'électricité.
+
+M. Franklin, sans prétendre à la première de ces classes, occupe une
+place de distinction dans les deux dernières avec les Physiciens qui se
+sont le plus avancés dans cette carrière; mais il les laisse bien loin
+derrière lui. Une seule des découvertes qu'il a faites dans cette
+nouvelle terre, suffira pour donner une idée de la sagesse, de la
+grandeur & de la finesse de ses vûes. Étant venu à bout de fondre, &
+même de vitrifier les métaux d'un coup d'électricité, il compare ce
+phénomène avec un effet tout semblable du tonnerre; c'est celui de
+fondre l'argent dans une bourse & une lame d'épée dans le fourreau.
+Conduit par cette observation & par une infinité d'autres rapprochées
+avec sagacité, il découvre une analogie surprenante entre l'électricité
+& la foudre: il fait voir par des raisons solides que le feu électrique
+& le feu du ciel sont le même élément bien différent du feu commun,
+quoiqu'il puisse le produire. Celui-ci ennemi de l'eau ne subsiste que
+dans l'air libre, & n'agit que par sa chaleur; celui-là au contraire
+s'unit à l'eau, se maintient dans le vuide, & opère sans chaleur. Il y a
+beaucoup d'apparence que c'est le véritable feu élémentaire, dont le feu
+commun n'est que l'image imparfaite.
+
+Convaincu lui-même par la force de ses preuves, sans pourtant en être
+ébloüi, notre auteur développe en conséquence la nature & la formation
+du plus redoutable des météores. Se rappellant ensuite le pouvoir
+admirable qu'ont les pointes de tirer imperceptiblement le feu
+électrique des corps où il se trouve dans un mouvement actuel, &
+profitant adroitement de cet avantage, il va jusqu'à indiquer des moyens
+par lesquels on pourroit dissiper le tonnerre, & par-là nous garantir de
+ses funestes effets.
+
+En suivant les principes de M. Franklin que je me suis rendus propres,
+en examinant ses observations que j'ai répétées & approfondies, en
+déférant à ses conjectures auxquelles j'ai ajouté les miennes, en
+joignant à ses probabilités celles que j'ai recueillies d'ailleurs, en
+un mot en entrant dans toutes ses vuës, je me suis persuadé que la
+matière du tonnerre devoit être la même que celle de l'électricité. Le
+feu S. Elme & la lumière que l'on aperçoit sur des pointes métalliques à
+l'approche des orages, celle entr'autres dont il est dit dans les
+Commentaires de César, _eâdem nocte quintæ legionis pilorum cacumina suâ
+sponte arserunt_, m'ont semblé être la même chose que l'aigrette que
+montre une pointe dans les expériences électriques. Enfin mes réflexions
+m'avoient tellement affermi dans cette opinion, que quand même le succès
+n'eût pas répondu à mon attente, je n'aurois pû y renoncer. Il
+s'agissoit d'en avoir une confirmation tirée de l'expérience; je ne fus
+pas long-tems à l'attendre.
+
+Après avoir fait dresser en Avril 1752. l'appareil dont on trouvera la
+description dans le second tome de cet ouvrage pag. 67. & suiv. Il
+arriva le 10. Mai suivant un orage qui auroit pleinement satisfait à
+tous mes désirs, si j'avois pû être témoin occulaire des observations
+qui s'y firent en mon absence. Ceux à qui j'avois laissé le soin de mon
+expérience avec les instructions nécessaires, virent l'électricité
+naturelle & furent les premiers à recueillir le feu du ciel. La nouvelle
+m'en fut apportée dès le soir même, & j'en rendis compte deux jours
+après à l'Académie Royale des Sciences. La plupart des Membres de cette
+célèbre Compagnie eurent la politesse de me faire compliment sur mon
+mémoire & de m'assurer que jamais il n'en avoit paru aucun qui eût été
+écouté avec autant d'attention ni aucune expérience dont le rapport eût
+donné autant de satisfaction; elle prit dès-lors le nom du lieu de sa
+naissance, & un Physicien des plus renommés vaincu par des observations
+générales ne put s'empêcher de publier quelque tems après que
+l'expérience de Marly-la-Ville, de même que celle de Leyde, feroit
+époque dans l'histoire de l'électricité.
+
+Le bruit de cette découverte se répandit bientôt dans toute l'Europe &
+même dans toute la terre. L'expérience fut répétée avec le même succès
+dans tous endroits où elle fut tentée. On imagina des moyens fort
+ingénieux pour dresser en l'air des pointes métalliques, & pour les
+faire communiquer dans les appartemens sans rien perdre de la matière
+dont elles se chargeroient; la petite sonnerie qu'on y ajoûta, est
+l'expédient le plus simple & le plus sûr pour être averti en tous tems
+de la présence de cette matière & de l'approche des nuages qui en
+occasionnent l'apparition. Le carillon procure encore un autre avantage
+plus important dont nous allons parler.
+
+Les précautions que j'avois prises pour me garantir de tout accident
+fâcheux dans la première tentative de cet expérience, ne touchèrent pas
+sans doute également tous ceux qui entreprirent de la répéter. Le
+malheur d'un célèbre Professeur de Physique à Petersbourg montra en même
+tems combien il est dangereux de les négliger, & combien en général nous
+devons être redevables à ceux qui ont cherché à étendre nos
+connoissances par les premiers essais des choses.
+
+Les relations de la mort de M. Richman qui furent mises dans les
+nouvelles publiques de 1753. nous ont bien appris qu'il avoit été tué
+d'un coup d'électricité naturelle; mais on ignore si le tonnerre est
+réellement tombé sur son appareil électrique, ou s'il n'a été frappé que
+par l'explosion de la matière dont sa barre de fer trop bien isolée se
+trouva surchargée. L'exemple de ce qui est arrivé à plusieurs autres en
+pareilles circonstances, me fait pancher vers ce dernier sentiment. Dans
+l'un & l'autre cas; sans cesser de plaindre son malheur, je ne puis en
+attribuer la cause qu'à son défaut d'attention & de précaution. S'il y
+eût eu une décharge métallique à un ou deux pouces de l'appareil, elle
+en auroit reçu la matière électrique surabondante, & n'y en auroit
+laissé qu'autant qu'il en falloit pour faire les expériences
+nécessaires, & jamais assez pour frapper à une distance de quatre
+pouces, qui est celle où l'on dit que M. Richman a reçu le coup fatal.
+Le carillon dont nous avons parlé ci-devant, eût été une décharge plus
+que suffisante pour lui sauver la vie.
+
+Dans le tems que la Physique récompensoit si mal les soins d'un Sçavant
+empressé à pénétrer ses secrets, je continuois à faire mes observations
+tant sur l'électricité naturelle que sur l'artificielle. Je n'y étois
+pas plus encouragé par mes premiers succès & par le commerce de Mr.
+Franklin que par le vif intérêt qu'y prenoient plusieurs amis du premier
+ordre qui travailloient souvent avec moi; l'un de ceux-ci m'avoit prié
+de lui aider à former un cabinet électrique complet; je n'avois rien
+épargné pour lui donner satisfaction. Le premier fruit qu'il en retira,
+fut le succès de mon expérience du tonnerre artificiel sur une glace de
+1200. pouces quarrés, dont il fut enchanté.
+
+Cette glace est des plus parfaites & des plus minces, bien polie, en
+quarré long, étamée des deux côtés & affermie sur un fort cadre de bois.
+Sur le teint de sa surface antérieure, j'ai tracé tout autour une
+bordure d'environ trois pouces de largeur, & avec un cizeau de cuivre
+j'en ai enlevé l'étain, en observant d'arrondir les angles & de ne point
+laisser de bavures en pointes dans tout le circuit. En voilà toute la
+préparation.
+
+L'expérience consiste à électriser cette glace ainsi préparée, en
+laissant tomber une petite chaîne du premier conducteur sur le milieu de
+sa surface antérieure. Si le tems est favorable & que l'on soit dans
+l'obscurité, après douze ou quinze tours de rouë on apperçoit sur les
+bords de l'étain quelques étincelles, qui augmentant peu à peu en nombre
+& en force, représentent assez bien un ciel tout enflammé, tel que celui
+qui précède les grands orages. En continuant & même en forçant
+l'électrisation, tout cela se termine par une violente explosion qui
+fait avec le plus brillant éclair un bruit aussi éclatant que celui du
+plus fort coup de fouet.
+
+Après cette explosion, l'on trouve à l'endroit où elle s'est faite sur
+la glace une trace blanchâtre plus ou moins apparente assez
+ordinairement en zic-zac, qui traverse la bordure découverte depuis le
+bord de l'étain jusqu'au cadre sous lequel elle va se perdre. En passant
+le doigt ou l'ongle dessus on sent que la glace est dépolie & raboteuse
+en cet endroit, ce qui prouve évidemment que la matière électrique
+pénètre le verre sans le traverser.
+
+Si, immédiatement après l'explosion on approchoit le nez de l'endroit où
+elle s'est faite, l'on y sentiroit une odeur de soufre très-frappante.
+Cette odeur est si volatile qu'elle s'exhale en peu de tems, & il ne
+faut que deux ou trois explosions pour en remplir toute la chambre,
+quelque grande qu'elle puisse être. Il n'y a personne qui ne reconnoisse
+à tous ces traits le plus redoutable des météores; c'est la raison pour
+laquelle on a donné à cette expérience le nom de tonnerre artificiel. Il
+est très-possible d'en tirer des effets aussi surprenans que ceux du
+tonnerre naturel.
+
+C'est avec cette glace que j'ai percé d'un coup d'électricité jusqu'à
+cent soixante feüilles de papier fin; elle m'a aussi servi à enflammer
+la poudre à canon froide; mais je trouve plus commode l'usage des grands
+vases de verre bien armés.
+
+Dans la première idée que M. Franklin s'étoit formée de la nature du
+tonnerre, il avoit supposé que les nuages orageux étoient électrisés
+positivement, & c'est sur cette hypothèse qu'il avoit établi sa première
+Théorie; dès qu'il a reconnu que l'électricité des nuages est négative
+bien plus souvent qu'elle n'est positive, il n'a pas hésité à changer
+d'opinion; loin d'être plus attaché à sa nouvelle conjecture qu'il ne
+l'avoit été à la première, il la donne pour ce qu'elle est & propose
+lui-même les objections qui peuvent l'embarrasser.
+
+C'est avec la même franchise qu'il se rend aux découvertes d'autrui. On
+lui apprend que l'électricité du soufre paroît d'une nature différente
+de celle du verre; il se met sur le champ à répéter les expériences qui
+peuvent constater le fait, & convaincu par lui-même de la vérité, il en
+laisse toute la gloire à son émule.
+
+Avec le secours des grands vases multipliés, M. Franklin est parvenu à
+aimanter des aiguilles, à en changer les pôles à volonté, & à démontrer
+par ces merveilles que la vertu magnétique n'est qu'un effet
+d'électricité. Peut-être la pierre d'aimant elle-même n'est-elle devenuë
+aimant que par un pareil effet de l'électricité naturelle. Quoi qu'il en
+soit, le magnétisme a été communiqué par les expériences faites à Paris,
+de même qu'il l'avoit été par celles de Philadelphie.
+
+On s'attend bien que ces dernières découvertes feront reprendre la plume
+aux critiques de M. Franklin. Pourquoi auroient-elles plus de privilége
+que toutes les autres du même auteur? Dès que son premier ouvrage parut,
+il fut vivement attaqué; & comme l'on trouvoit peu de prise sur le fond,
+on n'épargna rien pour tourner en ridicule ceux qui en étoient les
+partisans. Cette guerre littéraire n'est point encore éteinte, &
+vraisemblablement ne finira pas sitôt, puisque le plus ardent de nos
+adversaires abandonnant sa première attaque est forcé de revenir sur ses
+pas, de changer de batterie & de recommencer sur nouveaux frais. Il n'en
+est encore qu'à l'examen des étincelles électriques. S'il suit l'ordre
+des expériences, quand il arrivera à ces dernières, elles ne seront plus
+nouvelles que pour lui.
+
+
+
+
+PRÉFACE
+DE
+L'ÉDITEUR ANGLOIS.
+
+
+_Il est à propos d'avertir le Lecteur que les observations & les
+expériences suivantes n'ont pas été faites dans le dessein d'être
+données au public. Elles avoient été communiquées en divers tems à
+quelques amis particuliers, & n'étoient destinées qu'à leur servir
+d'amusement, la plupart même se trouvent dans des lettres écrites sur
+différens sujets._
+
+_Mais ayant été luës à quelques personnes fort versées dans les
+recherches électriques, toutes ont jugé qu'elles contenoient tant de
+particuliarités curieuses & intéressantes, relativement à la matière en
+question, que ce seroit faire une espèce d'injustice au public, de les
+renfermer dans les bornes d'un petit cercle d'amis._
+
+_C'est pourquoi l'Éditeur avoit pris sur lui de faire imprimer ces
+extraits de lettres & autres pièces détachées dans l'état qu'elles lui
+étoient tombées entre les mains, sans avoir demandé à l'ingénieux auteur
+la permission d'en user de la sorte. Il avoit fait cette démarche avec
+d'autant moins de scrupule, qu'il appréhendoit que les engagemens de
+l'auteur dans d'autres affaires plus importantes ne lui laissassent pas
+le loisir de donner au public ses réflexions, & ses expériences sur
+l'électricité retouchées avec ce soin & cette précision dont il n'est
+pas moins jaloux que capable, comme il est facile de s'en convaincre par
+le traité que nous avons sous les yeux._
+
+_On ne l'instruisit de la liberté qu'on avoit prise, que lorsque les
+premières feüilles étoient sous la presse, & il n'eut que le tems
+d'envoyer quelques nouvelles remarques avec un petit nombre de
+corrections & d'augmentations, qui ont été placées à la fin de
+l'ouvrage, & que l'on peut consulter dans l'occasion._
+
+_Ces expériences sont presque toutes en propre à notre auteur; il les a
+conduites avec jugement, & les conséquences qu'il en déduit sont
+évidentes, & décisives, quoique proposées quelquefois sous les termes
+modestes d'hypothèses, & de conjectures._
+
+_En effet la scène qu'il ouvre à nos regards, nous surprend
+agréablement, tandis qu'il nous mène par un enchaînement de faits, & de
+réfléxions judicieuses à une cause probable des phénomènes les plus
+terribles & qui ont été expliqués jusqu'ici avec le moins de
+vraisemblance._
+
+_Il nous découvre une matière invisible, subtile, répanduë dans toute la
+nature en différentes proportions, qui avoit échappé à nos observations,
+& qui est incapable de nuire lorsque tous les corps auxquels elle est
+adhérente, en sont également chargés. Il prouve néanmoins que si par
+quelque moyen que ce soit, il s'en fait une distribution inégale, s'il y
+a accumulation sur une partie de l'espace, & qu'il y ait sur l'autre une
+moindre proportion, un vuide, un épuisement, à l'approche immédiate d'un
+corps capable de conduire la partie accumulée à l'espace altéré, cette
+matière devient peut-être l'agent le plus formidable, & le plus
+irrésistible qui soit dans l'univers. Les animaux en sont subitement
+frappés à mort: les corps impénétrables à la plus grande force que nous
+connoissions, en sont criblés, & les métaux fondus en un instant._
+
+_Les effets analogues de la foudre & de l'électricité ont conduit notre
+auteur à avancer quelques conjectures fort vraisemblables sur la cause
+du tonnerre, & à proposer en même tems quelques expériences raisonnées
+pour nous préserver de ses effets pernicieux & garantir les choses qui
+sont le plus exposées à en ressentir les atteintes: circonstance
+assurément très-importante pour le public & digne par conséquent de la
+plus sérieuse attention._
+
+_Il étoit passé en mode depuis quelque tems d'attribuer à l'électricité
+toutes les grandes & extraordinaires opérations de la nature; telles que
+la foudre & les tremblemens de terre; ce n'est pas (comme on pourroit se
+l'imaginer par la manière dont on raisonne sur ces événemens) que les
+auteurs de ces systèmes eussent découvert quelque connéxion entre la
+cause & l'effet, ou donné la raison de leur dépendance réciproque, mais
+seulement (à ce qu'il paroit) parce qu'ils ne connoissoient aucun autre
+agent dont la liaison avec les effets ne pût être positivement démontrée
+impossible._
+
+_Mais le lecteur sera pleinement satisfait sur ces circonstances, & sur
+plusieurs autres non moins intéressantes, par la lecture des lettres qui
+suivent, & auxquelles l'Éditeur n'hésite point de le renvoyer avec
+confiance._
+
+
+
+
+APPROBATION.
+
+J'ai lû par l'ordre de Monseigneur le Chancelier, un Ouvrage intitulé:
+_Expériences & Observations sur l'Électricité faites à Philadelphie en
+Amérique par M. Benjamin Franklin, &c. traduites de l'Anglois par M.
+D'Alibard; deuxiéme édition, &c._ & je n'y ai rien trouvé qui m'ait paru
+devoir en empêcher l'impression. À Paris ce 30.
+
+Mai 1755. PICQUET.
+
+
+
+
+PRIVILÉGE DU ROI.
+
+Louis, par la grace de Dieu, Roi de France & de Navarre: À nos amés &
+féaux Conseillers les gens tenans nos Cours de Parlement, Maîtres des
+Requêtes ordinaires de notre Hôtel, Grand Conseil, Prevôt de Paris,
+Baillifs, Sénéchaux, leurs Lieutenans Civils & autres nos Justiciers
+qu'il appartiendra, SALUT. Notre amé _le Sieur D'Alibard_, Nous a fait
+exposer qu'il desireroit faire imprimer & donner au Public un Livre qui
+a pour titre _Expériences & Observations sur l'Électricité faites à
+Philadelphie en Amérique par M. Benjamin Franklin de Philadelphie &
+communiquées dans plusieurs Lettres à M. Collinson à Londres_, s'il nous
+plaisoit lui accorder nos Lettres de Privilége pour ce nécessaires. À
+CES CAUSES, voulant favorablement traiter l'Exposant; Nous lui avons
+permis & permettons par ces Présentes, de faire imprimer ledit Livre en
+un ou plusieurs volumes, & autant de fois que bon lui semblera, & de le
+vendre, faire vendre & débiter partout notre Royaume pendant le tems _de
+six années consécutives_, à compter du jour de la date des Présentes:
+Faisons défenses à toutes personnes de quelque qualité & condition
+qu'elles soient, d'en introduire d'impression étrangere dans aucun lieu
+de notre obéissance: Comme aussi à tous Libraires & Imprimeurs
+d'imprimer ou faire imprimer, vendre, faire vendre, débiter, ni
+contrefaire ledit Livre, ni d'en faire aucun extrait sous quelque
+prétexte que ce soit d'augmentation, correction, changement ou autres,
+sans la permission expresse & par écrit dudit Exposant, ou de ceux qui
+auront droit de lui, à peine de confiscation des exemplaires
+contrefaits, de trois mille livres d'amende contre chacun des
+contrevenans, dont un tiers à Nous, un tiers à l'Hôtel-Dieu de Paris, &
+l'autre tiers audit Exposant, ou à celui qui aura droit de lui, & de
+tous dépens, dommages & interêts; à la charge que ces Présentes seront
+enregistrées tout au long sur le registre de la Communauté des Libraires
+& Imprimeurs de Paris dans trois mois de la date d'icelles; que
+l'impression dudit Livre sera faite dans notre Royaume, & non ailleurs,
+en bon papier & beaux caractéres, conformément à la feüille imprimée,
+attachée pour modéle sous le contre-scel des présentes; que l'impétrant
+se conformera en tout aux réglemens de la Librairie, & notamment à celui
+du 10. Avril 1725; qu'avant de l'exposer en vente, l'imprimé qui aura
+servi de copie à l'impression dudit Livre, sera remis dans le même état
+où l'approbation y aura été donnée, ès mains de notre très-cher & féal
+Chevalier Chancelier de France le Sr. de Lamoignon, & qu'il en sera
+ensuite remis deux exemplaires dans notre bibliothéque publique, un dans
+celle de notre Château du Louvre, un dans celle de notredit très-cher &
+féal Chevalier Chancelier de France le sieur de Lamoignon, & un dans
+celle de notre très-cher & féal Chevalier Garde des Sceaux de France le
+sieur de Machault Commandeur de nos Ordres, le tout à peine de nullité
+des présentes; du contenu desquelles, vous mandons & enjoignons de faire
+jouir ledit Exposant & ses ayans causes pleinement & paisiblement, sans
+souffrir qu'il leur soit fait aucun trouble ou empêchement. Voulons que
+la copie des présentes qui sera imprimée tout au long ou au commencement
+ou à la fin dudit Livre, soit tenuë pour dûement signifiée; & qu'aux
+copies collationnées par l'un de nos amés & féaux Conseillers &
+Secrétaires, foi soit ajoutée comme à l'original: Commandons au premier
+notre Huissier ou Sergent sur ce requis, de faire pour l'exécution
+d'icelles, tous actes requis & nécessaires, sans demander autre
+permission, & nonobstant clameur de Haro, charte Normande & lettres à ce
+contraires. Car tel est notre plaisir. Donné à Versailles le huitiéme
+jour du mois d'Octobre, l'an de grace mil sept cens cinquante-un, & de
+notre regne le trente-septiéme. Par le Roi en son Conseil. _Signé_
+SAISON.
+
+_Registré sur le Registre douze de la Chambre Royale des Libraires &
+Imprimeurs de Paris, Nº. 688. fol. 547. conformément au Réglement de
+1723. qui fait défense, art. 4. à toutes personnes de quelque qualité
+qu'elles soient, autres que les Libraires & Imprimeurs, de vendre,
+débiter & faire afficher aucuns Livres, pour en vendre en leurs noms,
+soit qu'ils s'en disent les Auteurs ou autrement, & à la charge de
+fournir à la susdite Chambre, huit exemplaires prescrits par l'article
+08. du même Réglement. À Paris, ce 24. Décembre 1751._ LE GRAS, Syndic.
+
+
+
+
+LETTRES
+SUR L'ÉLECTRICITÉ
+DE
+M. BENJ. FRANKLIN
+_de Philadelphie en Amérique_,
+
+
+M. P. COLLINSON
+_de la Société Royale de Londres_.
+
+
+
+
+LETTRE I.
+
+
+_29, Juillet 1750_.
+
+MONSIEUR,
+
+Comme vous nous avez engagés dans les Expériences électriques, en
+envoyant à notre Société Littéraire un Tube avec les instructions
+nécessaires pour s'en servir; & comme notre respectable Fondateur nous a
+mis en état de porter ces Expériences à une plus grande perfection par
+le magnifique présent qu'il nous a fait d'un Laboratoire électrique
+complet, il est convenable que vous soyez l'un & l'autre informés de
+tems en tems des progrès que nous faisons à cet égard. Ce fut dans cette
+intention que j'écrivis, & que je vous envoyais mes premières réfléxions
+sur ce sujet, desirant, puisque je n'ai point l'honneur d'être en
+correspondance directe avec ce généreux Bienfaiteur de notre Société
+littéraire, qu'elles pûssent lui être communiquées par votre entremise.
+C'est dans cette même vûë que j'écris encore, & que je vous envoye ces
+nouvelles observations. Si vous n'y trouvez rien d'intéressant (ce qui
+est très-possible, attendu la multitude de sçavans en Europe qui sont
+continuellement occupés aux mêmes recherches) elles vous prouveront du
+moins que nous n'avons pas négligé les instrumens qui nous ont été mis
+entre les mains, & que, s'ils ne nous ont pas servi à faire des
+découvertes intéressantes, quelle qu'en puisse être la cause, ce n'est
+pas manque de zêle ni d'application.
+
+Je suis, &c. B. FRANKLIN.
+
+
+OPINIONS
+ET
+CONJECTURES
+
+_Sur les propriétés & sur les effets de la matière électrique qui
+résultent des Expériences & observations faites à Philadelphie. 1749._
+
+§. 1. La matière électrique est composée de particules extrèmement
+subtiles, puisqu'elle peut traverser la matière commune, même les métaux
+les plus denses, avec tant de facilité & de liberté qu'elle n'éprouve
+aucune résistance sensible.
+
+2. Si quelqu'un doutoit que la matière électrique passât à travers la
+substance des corps, mais seulement sur & le long de leur surface,
+l'expérience de Leyde faite avec un grand vase de verre électrisé, dont
+le coup seroit tiré à travers son propre corps suffiroit probablement
+pour le convaincre.
+
+3. La matière électrique diffère de la matière commune en ce que les
+parties de celle-ci s'attirent mutuellement, & que les parties de la
+première se repoussent mutuellement; de-là vient la divergence apparante
+dans un courant d'écoulemens électriques.
+
+4. Mais quoique les particules de matière électrique se repoussent l'une
+l'autre, elles sont fortement attirées par toute autre matière[9]: ceci
+doit s'entendre de celle qui en est susceptible.
+
+[Note 9: Voyez les ingénieux essais sur l'Électricité par M. Ellicot
+dans les Transact. Phil.]
+
+5. De ces trois choses, sçavoir l'extrême subtilité de la matière
+électrique, la mutuelle répulsion de ses parties, & la forte attraction
+entr'elles & une autre matière, il en résulte cet effet, que quand une
+quantité de matière électrique est appliquée à une masse de matière
+commune d'une grosseur & d'une longueur sensibles, qui n'a pas déjà
+acquis sa quantité, elle se répand aussitôt également dans la totalité.
+
+6. Ainsi la matière commune est une espèce d'éponge pour le fluide
+électrique; une éponge ne recevroit pas l'eau, si les parties de l'eau
+n'étoient plus petites que les pores de l'éponge: elle ne la recevroit
+que bien lentement, s'il n'y avoit pas une attraction mutuelle entre ses
+parties & celles de l'éponge: celle-ci s'en imbiberoit plus promptement,
+si l'attraction réciproque entre les parties de l'eau n'y mettoit pas un
+obstacle, puisqu'il doit y avoir quelque force employée pour les
+séparer: enfin l'imbibition seroit très-rapide, si au lieu d'attraction
+il y avoit entre les parties de l'eau une répulsion mutuelle qui
+concourût avec l'attraction de l'éponge. C'est précisément là le cas où
+se trouvent la matière électrique & la matière commune.
+
+7. Mais dans la matière commune il y a (généralement parlant) autant de
+matière électrique qu'elle peut en contenir dans sa substance. Si l'on
+en ajoûte davantage, le surplus reste sur la surface, & forme ce que
+nous appellons une Atmosphère électrique, & l'on dit alors que le corps
+est électrisé.
+
+8. On suppose que toute sorte de matière commune n'attire pas ni ne
+retient pas la matière électrique avec une égale force & une égale
+activité pour les raisons que nous donnerons dans la suite, & que les
+corps appellés originairement électriques, comme le verre, &c.
+l'attirent & la retiennent plus fortement, & en contiennent la plus
+grande quantité.
+
+9. Nous sçavons que le fluide électrique est dans la matière commune,
+parce que nous pouvons le pomper & l'en faire sortir par le moyen du
+globe ou du tube: nous sçavons que la matière commune en a à peu près
+autant qu'elle en peut contenir, parce que, quand nous en ajoûtons un
+peu plus à une portion quelconque, cette quantité ajoûtée n'y entre
+point, mais forme une atmosphère électrique: & nous sçavons que la
+matière commune n'en a pas (généralement parlant) plus qu'elle n'en peut
+contenir; autrement toutes ses parties détachées se repousseroient l'une
+l'autre, comme elles font constamment, lorsqu'elles ont des atmosphères
+électriques.
+
+10. Nous ne sommes pas encore instruits des usages avantageux attachés à
+ce fluide électrique dans la création, quoique nous ne puissions douter
+qu'il n'y en ait, & même de très-considérables; mais nous pouvons
+apercevoir quelques pernicieuses conséquences, qui résulteroient d'une
+plus grande proportion de ce fluide; car si ce globe où nous vivons, en
+avoit autant à proportion que nous en pouvons donner à un globe de fer,
+de bois, ou autre chose semblable, les particules de poussière, ou
+d'autre matière légère, qui en sont détachées, non-seulement se
+repousseroient l'une l'autre par la vertu de leurs atmosphères
+électriques séparées, mais encore seroient repoussées de la terre &
+seroient difficilement amenées à s'y réunir. Dès-là notre air seroit
+continuellement & de plus en plus embarrassé de matières étrangéres, &
+cesseroit d'être propre pour la respiration. Cette réfléxion nous
+présente une nouvelle occasion d'adorer cette souveraine Sagesse qui a
+fait toutes choses avec poids & mesure.
+
+11. Si l'on suppose une portion de matière commune entièrement dépourvûë
+de matière électrique, & que l'on en approche une simple particule de
+cette dernière, elle sera attirée, entrera dans le corps, & prendra
+place dans le centre, ou à l'endroit dans lequel l'attraction est égale
+de toutes parts; s'il y entre un plus grand nombre de particules
+électriques, elles prennent leur place dans l'endroit où la balance est
+égale entre l'attraction de la matière commune & leur propre répulsion
+mutuelle. On suppose que ces particules forment des triangles dont les
+côtés se raccourcissent à proportion que leur nombre augmente, jusqu'à
+ce que la matière commune en ait tant attiré que tout son pouvoir de
+comprimer les triangles par l'attraction, soit égal à tout leur pouvoir
+de s'étendre elles-mêmes par la répulsion, & alors cette portion de
+matière n'en recevra plus.
+
+12. Lorsqu'une partie de cette quantité naturelle de fluide électrique
+est chassée d'une portion de matière commune, on suppose que les
+triangles formés par le reste s'élargissent par la répulsion mutuelle
+des parties jusqu'à ce qu'ils occupent cette portion en entier.
+
+13. Lorsque la quantité de fluide électrique qui a été enlevée à une
+portion de matière commune, lui est renduë, elle y entre, les triangles
+dilatés étant comprimés de nouveau, jusqu'à ce qu'il y ait place pour la
+totalité.
+
+14. Pour expliquer ceci, prenez deux pommes ou deux boules de bois, ou
+d'autre matière, chacune ayant sa quantité naturelle de fluide
+électrique; suspendez-les au plat-fond par des fils de soye: appliquez
+le fil d'archal d'une bouteille bien chargée que vous tiendrez à la
+main, à l'une de ces boules A. (Fig. 1.) & elle recevra du fil d'archal
+une quantité de fluide électrique, mais elle ne s'en imbibera point, en
+étant déjà pleine. C'est pourquoi le fluide volera autour de sa surface,
+& y formera une atmosphère électrique. Amenez A en contact avec B, &
+elle lui communiquera la moitié du fluide électrique qu'elle a reçû; de
+sorte que toutes deux auront une atmosphère électrique, & par conséquent
+se repousseront l'une l'autre: supprimez ces atmosphères en touchant les
+boules, & laissez-les dans leur état naturel, alors ayant attaché un
+bâton de cire d'Espagne au milieu de la bouteille pour lui servir de
+manche, appliquez-en le fil d'archal à A, & qu'en même-tems les parois
+de cette bouteille touchent B; de cette sorte une quantité de fluide
+électrique sera chassée de B, & poussée sur A, ainsi A aura un excès de
+ce fluide électrique qui forme une atmosphère autour de lui, & B sera
+privé éxactement de cette même quantité: maintenant ramenez les boules
+en contact, & l'atmosphère électrique ne sera pas divisée entre A & B
+dans deux plus petites atmosphères comme ci-devant, car B absorbera
+toute l'atmosphère de A, & les deux boules se retrouveront dans leur
+état naturel.
+
+15. La forme de l'atmosphère électrique est celle du corps qu'elle
+environne. Cette forme peut être renduë visible dans un air calme, en
+excitant une fumée de résine séche, que l'on versera dans une cuillier à
+caffé sous le corps électrisé; elle sera attirée & s'étendra d'elle-même
+également sur tous les côtés, couvrant & cachant le corps. Elle prend
+cette forme, parce qu'elle est attirée de tous les côtés de la surface
+du corps, quoiqu'elle ne puisse entrer dans sa substance qui est déjà
+remplie; sans cette attraction, elle ne demeureroit pas autour du corps,
+mais elle se dissiperoit en l'air.
+
+16. L'atmosphère des particules électriques qui environnent une sphère
+électrisée, n'est pas plus disposée à l'abandonner, ni plus aisément
+tirée d'un côté de la sphère que de l'autre, parce qu'elle est également
+attirée de toutes parts. Mais ce cas n'est pas le même pour les corps
+d'une autre figure. Dans un cube elle est plus facilement tirée des
+angles que des surfaces planes, & ainsi des angles d'un corps de toute
+autre figure, & toujours plus facilement de l'angle le plus aigu. Si
+donc un corps figuré comme A B C D E dans la Fig. 2. est électrisé, ou à
+une atmosphère qui lui soit communiquée; & si nous considérons chaque
+côté comme une base sur laquelle les particules électriques reposent, &
+par laquelle elles sont attirées, on peut voir en imaginant une ligne de
+A en F, & une autre de F en G, que la portion d'atmosphère enfermée dans
+F A E G, a la ligne A E pour base. De même la portion d'atmosphère
+enfermée dans H A B I, a la ligne A B pour base, & pareillement la
+portion enfermée dans K B C L, a B C pour appui, & de même sur l'autre
+côté de la figure. Maintenant si vous tirez cette atmosphère avec
+quelque corps poli & émoussé, & que vous l'approchiez du milieu du côté
+A B, il faut venir fort près avant que la force de votre attracteur
+excède la force ou le pouvoir, avec lequel ce côté maintient son
+atmosphère: mais il y a une petite portion entre I B K, qui a moins de
+surface pour s'y appuyer & en être attirée que les portions voisines,
+tandis qu'il y a d'ailleurs une répulsion mutuelle entre ses particules
+& les particules de ces portions; vous pouvez donc venir à bout de la
+tirer avec plus de facilité, & à une plus grande distance. Entre F A H,
+il y a une plus grande portion qui a encore une moindre surface pour s'y
+appuyer & pour en être attirée; c'est pourquoi vous pouvez toujours
+l'enlever plus facilement. Mais la plus grande facilité se rencontre
+entre L C M, où la quantité est la plus abondante, & où la surface pour
+l'attirer & la retenir est la plus petite. Lorsque vous avez enlevé une
+de ces portions angulaires du fluide, une autre prend sa place, par un
+effet de la fluidité naturelle & de la répulsion mutuelle dont nous
+avons parlé ci devant; & ainsi l'atmosphère continuë de couler vers cet
+angle comme un courant, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus. Les extrémités
+de ces portions d'atmosphère sur ces parties angulaires sont
+pareillement à une plus grande distance du corps électrisé, comme on le
+peut voir, en jettant les yeux sur la figure. La pointe de l'atmosphère
+de l'angle C étant beaucoup plus loin de C qu'aucune partie de
+l'atmosphère sur les lignes C B, ou B A; & outre la distance qui résulte
+de la nature de la figure, là où l'attraction est moindre, les
+particules doivent naturellement s'étendre à une plus grande distance
+par leur mutuelle répulsion.
+
+Sur ces principes fondamentaux nous supposons que les corps électrisés
+déchargent leur atmosphère sur les corps non électrisés avec plus de
+facilité & à une plus grande distance de leurs angles & de leurs pointes
+que de leurs côtés unis. Les pointes la déchargent aussi dans l'air,
+lorsque le corps a une trop grande atmosphère électrique, sans qu'il
+soit besoin d'approcher quelque corps non-électrique, pour recevoir ce
+qui est chassé; car l'air, quoiqu'originairement électrique, a toujours
+plus ou moins d'eau, ou d'autres matières non-électriques mêlées avec
+lui, lesquelles attirent & reçoivent ce qui est ainsi déchargé.
+
+17. Mais les pointes ont la propriété de _tirer_, aussi bien que de
+_pousser_ le fluide électrique à de plus grandes distances que ne le
+peuvent faire les corps émoussés; c'est-à-dire, que comme la partie
+pointuë d'un corps électrisé déchargera l'atmosphère de ce corps, ou la
+communiquera plus loin à un autre corps, de même la pointe d'un corps
+non électrisé tirera l'atmosphère électrique d'un corps électrisé de
+beaucoup-plus loin qu'une partie plus émoussée du même corps
+non-électrisé ne le pourroit faire. Ainsi une épingle tenuë par la tête,
+& présentée par la pointe à un corps électrisé, tirera son atmosphère à
+un pied de distance; mais si la tête étoit présentée au lieu de la
+pointe, le même effet n'en résulteroit pas. Pour concevoir ceci, nous
+pouvons considérer que, si une personne debout sur le plancher, tiroit
+l'atmosphère électrique d'un corps électrisé, une pince de fer & une
+aiguille à tricoter émoussée tenuës alternativement dans la main, &
+présentées à cette intention ne l'attireroient pas avec des forces
+différentes, à proportion de leurs différentes masses. Car l'homme, & ce
+qu'il tient dans la main, soit grand, soit petit, sont unis avec la
+masse commune de la matière non-électrisée; & la force avec laquelle il
+tire, est la même dans les deux cas, puisqu'elle consiste dans la
+différente proportion d'électricité dans le corps électrisé & dans cette
+masse commune. Mais la force avec laquelle le corps électrisé retient
+son atmosphère en l'attirant, est proportionnée à la surface sur
+laquelle les particules sont placées. Par éxemple, quatre pieds quarrés
+de cette surface retiennent leur atmosphère avec quatre fois autant de
+force qu'un pied quarré retient son atmosphère; & comme en arrachant les
+crins de la queuë d'un cheval, un degré de force insuffisant pour en
+arracher une poignée à la fois, suffiroit pour la dépouiller crin à
+crin; de même un corps émoussé que l'on présente, ne sauroit tirer
+plusieurs parties à la fois; mais un corps pointu, sans une plus grande
+force, les enléve aisément partie par partie.
+
+18. Ces explications du pouvoir & de l'opération des pointes,
+lorsqu'elles se présentèrent à moi pour la première fois, & tandis
+qu'elles rouloient dans mon esprit, me parurent satisfaire à toutes les
+difficultés; cependant depuis que je les ai mises par écrit & rapellées
+à un examen plus sévère & plus réfléchi, j'avouë de bonne foi qu'il me
+reste quelque doute à cet égard. Mais n'ayant rien de mieux pour le
+présent à vous offrir à leur place, je ne les rejette pas absolument;
+car une mauvaise solution que l'on lit, & dont on découvre les défauts,
+donne souvent occasion à un Lecteur ingénieux d'en trouver une plus
+parfaite.
+
+19. Le plus important pour nous n'est pas de sçavoir de quelle manière
+la nature exécute ses loix; il nous suffit de connoître les loix
+elles-mêmes. C'est un avantage réel de sçavoir qu'une porcelaine
+abandonnée en l'air sans être soutenuë, tombera & se brisera
+immanquablement; mais de sçavoir _comment_ elle tombe & _pourquoi_ elle
+se brise c'est une matière de pure spéculation. Ces connoissances sont
+agréables à la vérité, mais sans elles nous pouvons garantir notre
+porcelaine.
+
+20. Ainsi dans le cas présent il pouroit être de quelque usage pour le
+genre humain de connoître le pouvoir des pointes, quoique nous ne
+fussions jamais en état d'en donner une explication précise. Les
+expériences suivantes montrent ce pouvoir. J'ai un premier conducteur
+fort large, composé de plusieurs feüilles minces de carton, ajusté en
+forme de tube d'environ dix pieds de longueur & d'un pied de diamètre.
+Il est couvert de papier d'Hollande relevé en bosse & presque tout doré.
+
+Cette large surface métallique soutient une atmosphère électrique
+beaucoup plus grande que n'en soutiendroit une verge de fer cinquante
+fois plus pesante. Il est suspendu par des fils de soye; & lorsqu'il est
+chargé, il frappe à environ deux pouces de distance, un coup assez fort
+pour causer de la douleur aux articulations du doigt. Qu'un homme sur le
+plancher présente la pointe d'une aiguille à 12. pouces ou plus de
+distance; tandis que l'aiguille est ainsi présentée, le conducteur ne
+sauroit être chargé, la pointe tirant le feu aussi promptement qu'il est
+poussé par le globe électrique: chargez-le, & présentez alors la pointe
+à la même distance, & il sera déchargé en un instant. Dans l'obscurité
+vous pouvez voir une lumiére sur la pointe, lorsqu'on fait l'expérience,
+& si la personne qui tient la pointe est sur un gâteau de cire, elle
+sera électrisée en recevant le feu à cette distance. Essayez de tirer de
+l'électricité avec un corps émoussé, tel qu'un morceau de fer arondi &
+poli à l'extrémité (je me sers du poinçon d'un Orfévre, de l'épaisseur
+d'un pouce) il faut que vous l'approchiez à la distance de trois pouces,
+avant de pouvoir faire l'opération, & elle se fait alors avec un coup &
+un craquement. Comme le tube de carton pend librement sur des fils de
+soye, lorsque vous en approchez le morceau de fer, il s'avance
+pareillement vers ce morceau de fer, étant attiré pendant tout le tems
+qu'il est chargé; mais si au même instant la pointe est présentée comme
+auparavant, il se retire, parce qu'il est déchargé par la pointe.
+
+«On ne doit pas prendre à la rigueur tout ce que M. Franklin dit ici du
+pouvoir & de l'effet des pointes, comme l'ont observé plusieurs de ses
+Critiques; mais aussi il s'en faut beaucoup qu'on doive tirer de leurs
+observations toutes les conséquences qu'ils prétendent en résulter. L'un
+accorde un avantage considérable aux corps pointus sur ceux qui sont
+arondis ou émoussés, soit pour pousser, soit pour tirer la matière
+électrique; & veut que la première observation de cet effet soit
+attribuée à un Européen, comme si notre auteur cherchoit à s'en emparer
+lui-seul; un autre pour avoir remarqué qu'une pointe d'aiguille
+présentée à un pied de distance d'un conducteur n'empêche pas qu'on n'en
+tire quelques étincelles, s'imagine avoir fait une des plus importantes
+découvertes: que le pouvoir des pointes est une chimère, & que toute la
+Théorie du Tonnerre est détruite par cette seule observation; d'autres
+enfin se laissant emporter au gré de leur imagination, vont s'égarer
+dans des sistêmes dont l'obscurité fait le seul mérite. Mais il n'est
+pas encore tems de parler de ces différens sentimens; le détail en
+trouvera mieux sa place dans la suite de cet ouvrage.»
+
+
+
+
+LETTRE II.
+DE B. FRANKLIN,
+Écuyer _de Philadelphie_,
+
+À C. C. Écuyer à la nouvelle York. 1751.
+MONSIEUR,
+
+
+Je fais aux principales questions contenuës dans votre lettre du 28. du
+courant, une réponse telle que l'embarras de mes affaires présentes me
+le permet, & je vous demande la permission de vous renvoyer à la
+dernière piéce du recueil imprimé de mes écrits, pour vous expliquer
+plus amplement la différence entre ce qui est apellé _électrique par
+soi_ & _non électrique_. Quand vous aurez eu le tems de lire &
+d'examiner ces écrits, je tâcherai de faire quelques-unes des nouvelles
+expériences que vous proposez, & que vous croyez plus capables de nous
+éclairer & de nous satisfaire l'un & l'autre sur ce sujet. Je vous serai
+toujours fort obligé de me communiquer les remarques, objections, &c.
+qui peuvent se présenter à vous.
+
+Je suis avec un sincère respect, Votre très-humble & très-obligé
+serviteur,
+
+B. FRANKLIN.
+
+
+QUESTIONS
+ET
+RÉPONSES;
+
+_Auxquelles on renvoye dans la Lettre précédente._
+
+1e. _Question_. En quoi consiste la différence entre un corps électrique
+& un corps non-électrique?
+
+§ 21. _Réponse_. Les termes _électrique par soi_ & _non-électrique_
+furent d'abord employés pour distinguer les corps dans la fausse
+supposition que les seuls corps apellés électriques par soi, contenoient
+dans leur substance la matiére électrique qui pouvoit être excitée par
+le frottement, être produite & en être tirée, & communiquée à ceux que
+l'on apelloit _non-électriques_, que l'on supposoit dépourvûs de cette
+matière; car le verre, &c. étant frotté, donnoit des signes qu'il
+contenoit de cette matière en piquant le doigt, en attirant &
+repoussant, &c. & qu'il pouvoit communiquer cette vertu aux métaux & à
+l'eau.
+
+On découvrit dans la suite que le frottement du verre ne produisoit pas
+la matière électrique, à moins que l'on ne conservât une communication
+entre le corps frottant & le plancher; & les expériences suivantes
+prouvèrent que la matière électrique étoit réellement tirée de ces
+corps, que l'on avoit cru d'abord n'en contenir aucune: alors on douta
+que le verre & les autres corps apellés électriques par soi, eussent
+réellement en eux-mêmes quelque matière électrique; puisque, selon les
+apparences, ils n'en fournissoient aucune autre que celle qu'ils
+tiroient d'abord de ces corps qui avoient été appellés non électriques;
+mais quelques-unes de mes expériences prouvent que le verre en contient
+une grande quantité; & je soupçonne à présent qu'elle est répanduë assez
+également dans toute la matière du globe terrestre.
+
+Dès-lors on peut abandonner, comme impropres, les termes _électrique par
+soi_, & _non-électrique_; & puisque la seule différence est que quelques
+corps conduisent la matière électrique, & que les autres ne la
+conduisent pas, on peut mettre en leur place les termes _conducteurs_ &
+_non-conducteurs_.
+
+Si quelque partie de matière électrique est appliquée à un morceau de
+matière conductrice, elle le pénètre, coule au travers, ou se répand
+également sur sa surface; si elle est appliquée à un morceau de matière
+non conductrice, elle ne fera ni l'un ni l'autre. Il n'y a de
+conducteurs parfaits de la matière électrique, que les métaux & l'eau;
+les autres corps ne le sont qu'à proportion qu'il entre dans leur
+composition du mêlange de ceux-ci; s'il n'y en a pas plus ou moins, ils
+ne seront point du tout conducteurs.[10] Ceci, soit dit en passant,
+montre entre les métaux & l'eau un nouveau rapport que l'on ignoroit
+jusqu'à présent.
+
+[Note 10: Cette proposition a été trouvée depuis trop générale: M.
+Wilson ayant découvert que la cire fonduë & la résine sont aussi
+conducteurs. On pourroit y ajoûter beaucoup d'autres exemples
+semblables, comme celui de l'eau qui est un des plus excellens
+conducteurs d'électricité tant qu'elle conserve sa fluidité, & qui cesse
+de l'être, dès qu'elle la perd.]
+
+Je vais tâcher d'éclaircir cela par une comparaison, qui cependant n'en
+peut donner qu'une foible analogie. La matière électrique passe au
+travers des conducteurs, comme l'eau passe au travers d'une pierre
+poreuse, ou se répand sur leur surface, comme l'eau se répand sur une
+pierre moüillée; mais quand cette matière est appliquée à des corps non
+conducteurs, c'est comme l'eau qui dégoutte sur une pierre grasse; elle
+ne la pénétre point, ne passe point à travers, ne s'étend point sur sa
+surface; mais elle reste par gouttes sur les endroits où elle tombe.
+Voyez à cet égard ma dernière piéce imprimée.
+
+2e. _Question_. Quels sont les effets de l'air dans les expériences
+électriques?
+
+22. _Réponse_. Voici tous ceux que j'ai remarqués jusqu'à présent; l'air
+humide reçoit & conduit la matière électrique à proportion de son
+humidité; l'air parfaitement sec ne le fait point du tout; l'air doit
+donc être mis dans la classe des non-conducteurs. L'air sec aide à fixer
+l'atmosphère électrique autour du corps qu'elle environne, & en empêche
+la dissipation; car dans le vuide elle se dissipe aisément, & les
+pointes agissent plus fortement; c'est-à-dire, elles poussent ou
+attirent la matière électrique plus librement & à de plus grandes
+distances; en sorte que l'air survenant met quelque sorte d'obstacle à
+ce qu'elle passe d'un corps à un autre. Une bouteille électrique bien
+propre garnie de son fil-d'archal, remplie d'air au lieu d'eau, ne se
+chargera, & ne donnera pas plus de choc que si elle étoit remplie de
+verre pulvérisé; mais étant vuide d'air, elle produit autant d'effet que
+si elle étoit remplie d'eau. Cependant une atmosphère électrique & l'air
+ne semblent pas s'exclure l'un l'autre, car nous respirons librement
+dans une pareille atmosphère, & l'air sec passeroit au travers de cet
+atmosphère, sans la déplacer ni la disperser. Je doute que le vent
+Nord-ouest, le plus sec & le plus fort, pût la dissiper.
+
+23. J'électrisai une fois une grosse boule de liége suspenduë au bout
+d'un fil de soye, long de trois pieds, dont je tenois l'autre bout dans
+mes doigts: je la fis tourner cent fois en rond comme une fronde, le
+plus rapidement qu'il me fut possible: elle n'en conserva pas moins son
+atmosphère électrique, quoiqu'elle eût nécessairement traversé 800.
+verges[11] d'air, en supposant que dans la rotation mon bras augmentoit
+d'un pied le demi-diamètre du cercle.
+
+[Note 11: Environ 400. toises.]
+
+Par l'air parfaitement sec, j'entens le plus sec, que nous puissions
+avoir; car peut-être n'en avons-nous jamais qui soit parfaitement purgé
+d'humidité. Une atmosphère électrique formée autour d'un gros
+fil-d'archal introduit dans une grosse bouteille pleine d'air, n'en fait
+pas sortir la moindre partie de cet air; & si on détruit cette
+atmosphère, aucun air ne s'y précipite, comme je l'ai découvert par une
+expérience très-curieuse, faite avec soin; d'où nous avons conclu que
+l'élasticité de l'air n'en est point du tout affectée.
+
+
+
+
+LETTRE III.
+
+
+18. _Juillet_ 1747.
+
+MONSIEUR,
+
+La peine indispensable de copier de longues lettres, qui peut-être,
+lorsqu'elles vous sont renduës, ne contiennent rien de nouveau ou
+d'intéressant pour vous (tant est rapide le progrès que l'on a fait en
+Europe dans l'Électricité) me décourage presque de vous en écrire
+davantage sur ce sujet. Je ne puis cependant me dispenser de vous
+communiquer encore quelques observations sur la merveilleuse bouteille
+de M. de Muschenbroek.
+
+§. 24. Le corps non-électrique contenu dans la bouteille, étant
+électrisé, diffère du corps non-électrique électrisé hors de la
+bouteille, en ce que le feu électrique du dernier est accumulé à _sa
+surface_, & forme librement à l'entour une atmosphère électrique d'une
+étenduë considérable; au lieu que le feu électrique est comprimé dans la
+substance du premier que le verre borne de toutes parts. [12]
+
+[Note 12: Nous avons découvert depuis que le feu de la bouteille n'est
+pas contenu dans le corps non-électrique, mais dans _le verre_.]
+
+25. En même-tems que le fil-d'archal & le dedans de la bouteille, &c.
+sont électrisés _positivement_ ou _plus_, le dehors de la bouteille est
+électrisé _négativement_ ou _moins_ dans une éxacte proportion;
+c'est-à-dire, que telle que soit la quantité de feu électrique qui passe
+dans l'intérieur, il en sort de l'extérieur une égale quantité. Pour
+concevoir ceci, supposez que la quantité commune d'électricité dans
+chaque surface de la bouteille, avant le commencement de l'opération
+soit égale à 20; supposez encore qu'à chaque coups de tube, ou à chaque
+tour du globe il y entre une quantité égale à 1; alors après le premier
+coup la quantité contenuë dans le fil-d'archal & le dedans de la
+bouteille sera 21, dans le dehors elle ne sera plus que 19: après le
+second la partie intérieure aura 22, l'extérieure 18: & ainsi après le
+le vingtième coup, la partie intérieure aura une quantité de feu
+électrique égale à 40; celle de la partie extérieure sera égale à zero,
+& l'opération finit là, car il n'en peut plus être poussé dans la partie
+intérieure, lorsqu'il n'en peut plus être tiré de la partie extérieure.
+Si vous essayez d'en introduire davantage il est rejetté par le
+fil-d'archal, ou casse la bouteille avec un craquement sensible.
+
+26. L'équilibre ne sauroit être rétabli dans la bouteille par la
+communication _intime_ ou le contact des parties, mais seulement par une
+communication formée au dehors de la bouteille entre l'intérieur &
+l'extérieur, par le moyen de quelque corps conducteur qui les touche
+tous deux, soit en même-tems, auquel cas l'équilibre est rétabli avec
+une violence & une rapidité inexprimables; soit alternativement, auquel
+cas il est rétabli par dégrés.
+
+27. Comme il ne peut plus être poussé de feu électrique au dedans de la
+bouteille, lorsque tout celui du dehors est épuisé; de même dans une
+bouteille non encore électrisée, on ne sauroit en pousser dans le
+dedans, lorsqu'il n'en peut sortir du dehors: ce qui arrive ou quand le
+fond est trop épais, ou quand la bouteille est placée sur un corps
+originairement électrique. Et réciproquement lorsque la bouteille est
+électrisée, on ne peut tirer de son intérieur, qu'une assez petite
+quantité de feu électrique, en touchant le fil-d'archal, à moins qu'une
+quantité égale ne puisse en même-tems être renduë à l'extérieur. Ainsi
+posez une bouteille électrisée sur un verre net, ou sur de la cire
+séche, & vous aurez beau toucher le fil-d'archal, vous n'en pourrez
+tirer d'étincelle. Posez-la sur un corps non électrique, touchez le
+fil-d'archal, & le feu en sortira en très-peu de tems; mais il sortira
+beaucoup-plus vîte encore, si vous formez une communication directe,
+comme il a été dit ci-dessus, tant ces deux états d'électricité le
+_plus_ & _le moins_ sont merveilleusement combinés, & balancés dans
+cette bouteille miraculeuse; ils sont disposés & proportionnés entr'eux
+d'une manière qui surpasse mon intelligence. La bouteille électrisée est
+en sens contraire comme le récipient de la machine pneumatique, dont on
+a vuidé l'air: si l'on ouvroit le robinet l'équilibre seroit rétabli
+dans un instant au dedans & au dehors du récipient; mais ici, nous avons
+une bouteille qui contient en même-tems un _plein_ de feu électrique, &
+un _vuide_ de ce même feu; & quoique le passage de l'un à l'autre
+paroisse libre, que le plein presse violemment pour se dilater, & que le
+vuide affamé semble attirer avec une égale violence pour se remplir,
+_l'équilibre_ ne peut cependant être rétabli entr'eux que par le moyen
+d'une communication au dehors de la bouteille.
+
+L'ébranlement des nerfs, ou plutôt la convulsion est occasionnée par le
+passage subit du feu à travers le corps qui le transmet du dedans au
+dehors de la bouteille: le feu prend la voye la plus courte, comme M.
+_Watson_ l'a judicieusement observé; mais il ne paroît par aucune
+expérience, qu'afin qu'une personne reçoive le coup, la communication
+avec le plancher lui soit nécessaire. Car celui qui tient la bouteille
+d'une main, & qui touche de l'autre le fil-d'archal, sera également
+frappé, quoique ses souliers soient secs, ou même qu'il soit sur un
+gâteau de cire, comme dans toute autre circonstance. Pour ce qui est de
+l'attouchement du fil-d'archal ou du canon du fusil (car cela revient au
+même) le feu ne passe point du doigt qui touche au fil-d'archal, comme
+on le suppose, mais du fil-d'archal au doigt; de là traversant le corps,
+il passe à l'autre main, & ainsi jusqu'à l'extérieur de la bouteille.
+
+
+EXPÉRIENCES
+
+_Qui confirment ce qui vient d'être avancé._
+
+
+EXPÉRIENCE I.
+
+Placez une fiole électrisée sur de la cire; tenez à la main une petite
+boule de liége suspenduë par un fil de soye séche: approchez-la du
+fil-d'archal, elle sera d'abord attirée & ensuite repoussée. Lorsqu'elle
+est dans cet état de répulsion, baissez la main, afin que la boule se
+trouve vis-à-vis le fond de la bouteille; elle sera promptement &
+fortement attirée jusqu'à ce qu'elle ait communiqué son feu.
+
+Si la bouteille avoit repris, comme son fil-d'archal, une atmosphère
+électrique, le liége électrisé seroit également repoussé par l'une comme
+par l'autre.
+
+«Quand on tient dans sa main une bouteille bien électrisée, on aperçoit
+sur tout dans l'obscurité une aigrette lumineuse au haut du crochet, &
+on entend le sifflement de la matière électrique qui s'échape dans l'air
+par cette voye. Si dans cet état l'on pose la bouteille sur un support
+électrique de verre, de résine, &c. l'aigrette disparoît & le sifflement
+cesse. Cette observation suffiroit seule pour prouver que la bouteille
+doit se décharger plus lentement quand elle est sur un support
+électrique, que quand elle est sur un non-électrique. Un célebre
+Physicien a cependant cru remarquer le contraire; & c'est sur sa parole
+que le critique de M. Fr. sans s'être assûré par lui-même de la vérité
+du fait, lui adresse cette question[13]: _Pourquoi dans vos expériences
+la posez-vous toujours_ (cette bouteille) _sur de la cire ou sur du
+verre? Ne savez-vous pas_, continue-t-il, _qu'étant ainsi placée sur un
+corps originairement électrique, elle perd promptement sa vertu?_
+
+[Note 13: Lettre sur l'Electr. pag. 99.]
+
+»Voici les précautions que j'ai prises pour faire cette expérience.
+
+1º. J'ai choisi deux bouteilles les plus égales qu'il m'a été possible
+de trouver en matière, en forme, en dimensions, en poids & en capacité:
+2º. Les tenant toutes deux à la main, je les ai électrisées également &
+en même tems au même conducteur; & pour m'assûrer qu'elles étoient
+également chargées, j'ai fait toucher le crochet de l'une à celui de
+l'autre: 3º. Je les ai ensuite posées en même-tems l'une sur un plateau
+de verre, l'autre sur un plateau de bois à peu près égal, placés sur une
+table l'un à un bout, & l'autre à l'autre, au milieu d'une chambre. 4º.
+Après les avoir laissées en cet état pendant plusieurs heures, j'ai fait
+l'expérience de Leyde avec chacune de ces deux bouteilles, & j'ai trouvé
+que la commotion donnée par la bouteille posée sur le support
+électrique, étoit la plus forte.
+
+»Après avoir recommencé plusieurs fois la même expérience, tantôt de la
+même façon, & tantôt en changeant les bouteilles de place, j'ai toujours
+eu le même succès. On doit en conclure que notre Critique n'a pas raison
+d'éxiger de M. Fr. que la bouteille électrisée soit placée sur un
+support non électrique pour faire la première expérience.
+
+»Objecter que _si l'on veut de bonne foi savoir & montrer l'état naturel
+& véritable de la surface extérieure ou du bas de la bouteille, il ne
+faut la poser ni sur de la cire ni sur du verre, puisque cela-seul peut
+faire changer d'état à l'une des deux surfaces, & qu'il convient de la
+laisser dans toutes les circonstances où elle étoit lorsqu'on la
+chargeoit d'électricité, &c._ c'est faire connoître qu'on n'entend pas
+ce dont il s'agit, ou tout au moins que l'on perd son point de vûe;
+c'est oublier que la bouteille électrisée est dans un état tout opposé à
+celui de la bouteille qu'on électrise. Celle-ci reçoit sur une de ses
+surfaces, & perd d'autant sur l'autre; ce qui se passe en celle-là est
+précisément le contraire, & encore quelque chose de plus, si la
+bouteille est soutenuë sur un support électrique. M. Fr. a donc raison
+de la mettre dans la situation la plus favorable à ses vuës, lorsqu'il
+veut éprouver la force, l'effet, la différence & la manière d'être de
+chacune de ses surfaces. L'on sent bien que s'il traitoit la bouteille
+électrisée comme on veut le lui enseigner, il trouveroit en pure perte &
+la force & l'effet d'une de ses surfaces. Ingénieux comme l'est cet
+illustre Américain, consommé dans les recherches électriques, où il a
+fait lui-seul plus de progrès que tous les autres physiciens ensemble,
+pouvons-nous douter qu'il n'ait tenté des moyens aussi simples que ceux
+qu'on veut lui apprendre?»
+
+
+EXPÉRIENCE II.
+
+Fig. 3. D'un fil-d'archal courbé (_a_) & affermi sur une table, faites
+pendre un fil de lin (_b_) à ls distance d'un demi-pouce du ventre de la
+fiole (_c_) électrisée & posée sur de la cire: touchez avec le doigt le
+fil-d'archal de la fiole à plusieurs reprises; & à chaque attouchement
+vous verrez le fil aussitôt attiré par la bouteille. (Cette expérience
+réussit encore mieux avec un vinaigrier, ou tel autre vase bombé qu'on
+voudra.) Dès que vous tirez du feu de la partie intérieure en touchant
+le fil-d'archal, la partie extérieure de la bouteille en attire une
+égale quantité par le fil.
+
+
+EXPÉRIENCE III.
+
+Fig. 4. Faites tenir un fil-d'archal dans le plomb dont le bas de la
+bouteille est armé (_d_), de sorte qu'en faisant un coude pour se
+relever perpendiculairement, l'anneau qui le termine se trouve de niveau
+avec le haut ou l'anneau du fil-d'archal qui entre dans le liége (_e_) à
+trois ou quatre pouces de distance. Alors électrisez la bouteille &
+posez-la sur de la cire. Si un morceau de liége suspendu par un fil de
+soye tombe entre les deux fils-d'archal, il jouëra continuellement de
+l'un à l'autre jusqu'à ce que la bouteille ne soit plus électrisée: la
+raison en est qu'il charrie & apporte le feu du dedans au dehors de la
+bouteille jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli.
+
+«Les objections que l'on fait contre cette troisiéme expérience, ou
+plutôt les faits que l'on oppose aux conséquences qui en résultent,
+doivent être partagés en deux classes. Je vais répondre à ceux de la
+premiere, & ceux de la seconde trouveront place ailleurs; notre auteur
+ayant examiné à fond la différence que l'on a remarquée entre un corps
+électrisé par un globe de verre, & un autre électrisé par un globe de
+soufre.[14].
+
+[Note 14: Voyez vers la fin les Lettres 7, 8 & 9.]
+
+»Comment notre critique, si clairvoyant d'ailleurs, a-t-il pû
+méconnoître l'effet des pointes dans l'expérience qu'il propose pour
+objection, pag. 102 & 103? Il avoit déjà déclaré dans la page précédente
+qu'il préféroit une petite feuille de métal aux boulettes de liége dont
+s'est servi M. Franklin: il s'en sert encore ici pour prouver que la
+surface extérieure de la bouteille électrisée n'attire pas ce que sa
+surface intérieure a repoussé, sans faire attention qu'en vertu du
+pouvoir des pointes, cette feuille métallique est dépouillée de son
+atmosphère électrique avant de pouvoir être attirée; je dis plus, c'est
+qu'elle est alors dans un état d'électricité négative, aussi bien que
+l'extérieur de la bouteille, & c'est pour cela qu'elle est repoussée. Il
+ne lui arrive en cet endroit que ce qui lui est arrivé auprès du
+fil-d'archal plongé dans la bouteille. La feuille du métal s'y est
+souvent électrisée sans toucher le crochet, de même elle se
+_désélectrise_ sans toucher le ventre; après quoi elle en est repoussée;
+car c'est une vérité reconnue que les corps électrisés négativement se
+repoussent de même que ceux qui le sont positivement. Que notre critique
+substituë à sa feuille de métal ou une petite boule de liége, à
+l'imitation de notre auteur, ou une balle de métal,[15] comme je l'ai
+souvent éprouvé, je lui serai garant d'un succès aussi complet que celui
+qu'il entreprend de contester.
+
+[Note 15: On peut en avoir d'aussi légéres que du liége.]
+
+»Quant à l'expérience que l'on nous oppose, pag. 104. & suivantes, le R.
+P. Beccaria m'a dispensé de me mettre en frais pour y répondre. _Voy.
+son Liv. I. de l'Électricité Artificielle, chap. II._»
+
+
+EXPÉRIENCE IV.
+
+Fig. 5. Placez une fiole électrisée sur de la cire: prenez un
+fil-d'archal (_g_) qui ait la forme d'un C: que ses extrémités,
+lorsqu'il est bandé, soient tellement éloignées, que la supérieure
+puisse toucher le fil-d'archal de la bouteille, tandis que l'inférieure
+en touche le ventre. Attachez-en la partie extérieure sur un bâton de
+cire d'Espagne (_h_), qui servira comme de manche: appliquez d'abord son
+extrémité inférieure au fond extérieur de la bouteille, & approchez par
+dégrés son extrémité supérieure du fil-d'archal qui est dans le liége,
+vous y verrez les étincelles se suivre successivement jusqu'à ce que
+l'équilibre soit rétabli; touchez d'abord le haut, & en approchant
+l'autre extrémité du fond, vous aurez un courant de feu continuel du
+dedans au dehors de la bouteille: touchez le haut & le bas en même tems,
+& l'équilibre sera bientôt rétabli, le fil-d'archal courbé formant la
+communication de l'intérieur à l'extérieur.
+
+»Il est raisonnable en général de faire des questions pour s'instruire
+de ce que l'on n'entend pas; mais il ne l'est guères de les accompagner
+d'objections; c'est déclarer d'avance que l'on est déterminé à
+contredire. Que notre critique demande à Mr. Franklin ce qu'il prétend
+prouver par sa quatriéme expérience; à la bonne heure; mais qu'il ajoute
+tout de suite: _Ne sçait-on pas qu'on fait cesser l'électricité d'un
+corps quand on en tire des étincelles? Ce que vous faites ici sur la
+bouteille de Leyde, vous l'éprouverez de même sur une barre de fer,.....
+Faudroit-il dire aussi que vous lui rendez par un côté le feu que vous
+lui ôtez par l'autre?_ C'est faire connoître qu'il n'entend pas l'état
+de la question; l'état d'une bouteille électrisée, & celui d'une barre
+de fer aussi électrisée, ne peuvent guères se comparer tant il se trouve
+de différence de l'un à l'autre: différence dans la charge, différence
+dans la situation, différence dans la décharge, différence dans l'effet;
+pour l'expliquer il faudroit un trop long détail, qui se trouvera
+d'ailleurs dans toute la suite de ce livre. Revenons à l'expérience dont
+il est question.
+
+»Il est certain qu'en touchant successivement avec le fil de fer préparé
+comme il est expliqué, le fil-d'archal & le bas de la bouteille
+électrisée, l'on transporte le feu du dedans au dehors; quoiqu'en dise
+la critique, l'on rend peu à peu à la surface extérieure ce qu'on ôte à
+l'intérieure, ce que celle-ci a de trop, & ce qui manque à celle-là,
+jusqu'à ce qu'elles soient remises chacune dans leur état naturel. Il y
+a même un moyen de rendre ces effets si sensibles qu'on ne puisse plus
+les contester; il ne s'agit que de faire l'expérience suivante: tenez
+près du ventre de la bouteille une balle de liége suspenduë à un fil de
+soye; quand vous toucherez le fil-d'archal de la bouteille avec le fil
+de fer, le liége s'approchera de la bouteille; quant après cela vous
+toucherez le bas de la bouteille, si vous êtes dans l'obscurité, vous
+appercevrez au haut du crochet l'aigrette qui paroîtra & disparoîtra à
+chaque attouchement ainsi répété. Si on applique en même tems les deux
+bouts du fil de fer, l'un au fil-d'archal de la bouteille, & l'autre au
+bas de la même bouteille, l'équilibre sera dans l'instant rétabli entre
+les deux surfaces, comme l'a judicieusement avancé notre Américain.»
+
+
+EXPÉRIENCE V.
+
+Fig. 6. Entourez une bouteille (_i_) d'une bande de plomb laminé ou même
+de papier, à quelque distance au-dessus du fond: de cette bande
+circulaire faites monter un fil-d'archal jusqu'à ce qu'il touche le
+fil-d'archal du bouchon de liége (_k_). Il n'est pas possible
+d'électriser un bouteille disposée de la sorte: l'équilibre n'est jamais
+détruit; car tandis que la communication entre les parties intérieure &
+extérieure de la bouteille est continuée par le fil-d'archal du dehors,
+le feu ne fait que circuler, & ce qui sort du bas est constamment
+remplacé par le haut; il suit de là qu'on ne sçauroit électriser une
+bouteille qui est sale ou humide en dehors, surtout si cette humidité
+monte jusqu'au liége ou au fil-d'archal.
+
+»À prendre les choses à la rigueur, Mr. L. N. a raison de dire, contre
+l'assurance de Mr. Franklin, qu'il n'est pas impossible de charger une
+bouteille préparée comme on vient de l'expliquer; j'en avois fait
+l'expérience de diverses manières long-tems avant d'avoir vû les lettres
+de l'académicien; je l'avois même poussée plus loin, puisque j'étois
+venu à bout de charger & de décharger la bouteille par parties,
+c'est-à-dire à plusieurs reprises, il ne s'agit pour cela que d'avoir
+une fiole fort allongée, de l'entourer de plusieurs bandes ou ceintures
+de métal parallèles, & assez éloignées pour que l'étincelle électrique
+ne puisse sauter de l'une à l'autre, & de ne pas forcer en
+l'électrisant. L'expérience qu'on nous oppose revient au même, elle
+réussit quand la main qui soutient la bouteille ne touche pas à la
+ceinture métallique, & qu'on ne force pas l'électrisation au point que
+le feu puisse franchir l'espace vuide qui se trouve entr'elles, elle ne
+réussiroit pas autrement.
+
+»Quoi qu'il en soit, je ne trouve pas que le succès de cette expérience
+prouve beaucoup contre la proposition de Mr. Franklin: il n'en reste pas
+moins vrai que la bouteille ne se chargera point tant qu'il y aura une
+communication exactement établie entre son intérieur & sa doublure
+extérieure. Il faut toujours regarder la main qui lui est appliquée,
+comme faisant partie de cette doublure; si elle est assez écartée de la
+ceinture métallique pour que le feu ne puisse passer de l'une à l'autre,
+la bouteille pourra se charger foiblement; mais ce ne sera jamais mais
+que dans la partie qui est couverte par la main, & point du tout dans la
+partie qui est couverte par la bande de métal.»
+
+
+EXPÉRIENCE VI.
+
+Placez un homme sur un gâteau de cire, & donnez-lui à toucher le
+fil-d'archal de la fiole électrisée, que vous tiendrez à la main
+demeurant debout sur le plancher; à chaque fois qu'il le touchera, il
+sera électrisé de _plus_ en _plus_, & quiconque sera sur le plancher
+pourra tirer de lui une étincelle. Le feu dans cette expérience passe du
+fil-d'archal dans son corps, & passe en même tems de votre main dans la
+partie extérieure de la bouteille.
+
+
+EXPÉRIENCE VII.
+
+Donnez-lui à tenir la fiole électrisée, & touchez le fil-d'archal; à
+chaque fois que vous le toucherez, il sera électrisé de _moins_ en
+_moins_, & pourra tirer une étincelle de chacun de ceux qui sont sur le
+plancher. Ici le feu passe du fil-d'archal dans vous, & de lui dans la
+partie extérieure de la bouteille.
+
+
+EXPÉRIENCE VIII.
+
+Couchez deux livres sur deux verres dos à dos, à la distance de deux ou
+trois pouces; mettez sur l'un la fiole électrisée, & touchez le
+fil-d'archal, ce livre sera électrisé _négativement_; le feu électrique
+en étant tiré par le fond de la bouteille, ôtez la bouteille, & la tenez
+à la main, touchez l'autre livre avec le fil-d'archal, ce livre sera
+électrisé positivement: le feu passant du fil-d'archal dans le livre, &
+votre main en refournissant en même tems à la bouteille; une petite
+boule de liége suspendue à un fil de soye jouëra entre ces deux livres
+jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli.
+
+
+EXPÉRIENCE IX.
+
+Lorsqu'un corps est électrisé _positivement_, il repousse une plume, ou
+une petite boule de liége électrisée; lorsqu'il est électrisé
+_négativement_, ou qu'il est dans l'état commun, il les attire, mais
+plus fortement lorsqu'il est électrisé _négativement_ que lorsqu'il est
+dans l'état commun, la différence étant plus grande.
+
+
+EXPÉRIENCE X.
+
+Quoique, comme dans l'expérience VI. un homme debout sur de la cire
+puisse être électrisé nombre de fois, en touchant à plusieurs reprises
+le fil-d'archal de la bouteille électrisée que tient quelqu'un aussi
+debout sur le plancher, parce qu'il reçoit à chaque fois le feu du
+fil-d'archal; cependant en la tenant lui-même dans sa main, & touchant
+le fil-d'archal, quoiqu'il tire une forte étincelle, & qu'il soit
+violemment frappé, il ne reste point en lui d'électricité, le feu le
+traverse seulement en passant de la partie intérieure à la partie
+extérieure de la bouteille. Observez, avant le coup, de le faire toucher
+par quelqu'un qui soit debout sur le plancher, afin de rétablir
+l'équilibre dans son corps; car en empoignant le bas de la bouteille, il
+devient quelquefois un peu électrisé _négativement_, ce qui continuë
+après le coup, de même qu'il conserveroit l'électricité _positive_, qui
+pourroit lui avoir été communiquée avant le coup; car le rétablissement
+de l'équilibre dans la bouteille n'affecte point du tout l'électricité
+dans l'homme que le feu traverse; cette électricité n'est ni augmentée
+ni diminuée.
+
+
+EXPÉRIENCE XI.
+
+Voici une jolie expérience qui rend extrêmement sensible le passage du
+feu électrique de la partie intérieure à la partie extérieure de la
+bouteille, pour rétablir l'équilibre. Prenez un livre dont la couverture
+soit ornée de filets d'or: courbez un fil-d'archal de 8 ou 10 pouces de
+long dans la forme (_m_), fig. 7. glissez-le & l'affermissez à
+l'extrémité de la couverture du livre sur le filet d'or, de sorte que le
+coude de ce fil-d'archal puisse presser sur une extrémité du filet d'or,
+l'anneau étant en haut, mais directement au-dessus de l'autre extrémité
+du livre: couchez ce livre sur un verre ou sur de la cire, & posez la
+bouteille électrisée sur l'autre extrémité des filets d'or: alors
+courbez le fil-d'archal élastique, en le pressant avec un bâton de cire;
+jusqu'à ce que son anneau soit proche de l'anneau du fil-d'archal de la
+bouteille; à l'instant vous appercevez une forte étincelle & un coup, &
+tout le filet d'or qui complette la communication entre l'intérieur &
+l'extérieur de la bouteille, paroît une flamme vive comme un éclair
+très-brillant. L'expérience réussira d'autant mieux que le contact sera
+plus immédiat entre le coude du fil-d'archal & l'or à une extrémité du
+filet, & entre le fond extérieur de la bouteille & l'or à l'autre
+extrémité. Il faut faire cette expérience dans une chambre obscure. Si
+vous voulez que tout le contour des filets d'or sur la couverture
+paroisse en feu tout à la fois, faites en sorte que la bouteille & le
+fil-d'archal touchent l'or dans les angles diagonalement opposés.
+
+
+_DE LA LETTRE VI._
+
+_1. Septembre 1747._
+
+Nous avions été quelque tems dans l'opinion que le feu électrique
+n'étoit pas produit, mais rassemblé par le frottement, étant en effet un
+élément répandu partout, & attiré par d'autres matières, spécialement
+par l'eau & par les métaux: nous avions aussi découvert & démontré son
+affluence au globe électrique, aussi bien que son effluence par le moyen
+des roues d'un petit moulin à vent[16], dont les aîles sont de gros
+papier placées obliquement, & tournant librement sur un axe délié de
+fil-d'archal, & aussi par de petites roues de la même matière, mais qui
+ont la forme des roues de moulin à eau. Je pourrois, si j'avois le tems,
+vous remplir une feuille de papier de la disposition & de l'application
+de ces roues, & des différens phénomènes qui en résultent.
+
+[Note 16: Nous avons découvert depuis que le mouvement des roues n'étoit
+pas causé par l'affluence ou l'effluence du feu électrique, mais par
+diverses circonstances d'attraction & de répulsion.]
+
+L'impossibilité de s'électriser soi-même, quoique placé sur un gâteau de
+cire, en frottant le tube & en tirant le feu, & la manière d'y réussir
+en approchant le tube d'une personne ou d'une chose placée sur le
+plancher, &c. s'étoient également présentées à nous quelques mois avant
+d'avoir lû l'ingénieux ouvrage (_Sequel_) de M. _Watson_; elles font
+même partie de ces nouvelles découvertes que je me proposois de vous
+communiquer..... Il ne s'agit maintenant que de rapporter certaines
+particularités qui ne se trouvent point dans cet ouvrage, en y joignant
+nos réfléxions, quoiqu'il fût peut-être plus à propos de vous les
+épargner.
+
+28. Une personne sur un gâteau de cire ou de résine & frottant le tube,
+une autre personne aussi sur un gâteau de cire & tirant le feu; ces deux
+personnes paroîtront électrisées à une troisiéme sur le plancher, pourvû
+qu'elles ne soient pas assez près pour se toucher; c'est-à-dire que
+cette troisiéme personne appercevra une étincelle en approchant son
+doigt de chacune des deux premières.
+
+29. Mais si celles qui sont sur la cire se touchent l'une l'autre
+pendant que le tube est frotté, aucune des deux ne paroîtra électrisée.
+
+30. Si elles se touchent l'une l'autre, après que l'on aura excité le
+tube, & tiré le feu, comme ci-devant, il y aura une plus forte étincelle
+entr'elles, qu'elle ne l'étoit entre l'une d'elles & la personne qui est
+sur le plancher.
+
+31. Après cette forte étincelle, on ne découvre dans l'une ni dans
+l'autre aucune trace d'électricité.
+
+Voici de quelle manière nous tâchons de rendre raison de ces phénomènes.
+Nous supposons, comme ci-dessus, que le feu électrique est un élément
+commun, dont chacune des trois personnes susdites a une portion égale
+avant le commencement de l'opération avec le tube: A, qui est sur un
+gâteau de cire, & qui frotte le tube, rassemble de son corps dans le
+verre le feu électrique; & sa communication avec le magazin commun étant
+interceptée par la cire, son corps ne recouvre pas d'abord ce qui lui en
+manque. B, qui est pareillement sur la cire, alongeant son doigt près du
+tube, reçoit le feu que le verre avoit tiré de A; & sa communication
+avec le magazin commun étant aussi interceptée, il conserve de surplus
+la quantité qui lui a été communiquée. A & B paroissent électrisés à C,
+qui est sur le plancher; car celui-ci ayant seulement la moyenne
+quantité de feu électrique, reçoit une étincelle à l'approche de B, qui
+en a _de plus_, & il en donne à A, qui en a de _moins_. Si A & B
+s'approchent jusqu'à se toucher l'un l'autre, l'étincelle sera plus
+forte, parce que la différence entr'eux est plus grande. Après cet
+attouchement il n'y aura plus d'étincelle entre l'un des deux & C, parce
+que le feu électrique est réduit dans tous les trois à l'uniformité
+primitive. S'ils se touchent pendant qu'on électrise, l'égalité n'est
+point détruite, le feu ne faisant que circuler. De-là quelques termes
+nouveaux se sont introduits parmi nous. Nous disons que B (& les corps
+dans les mêmes circonstances) est électrisé _positivement_, & A
+_négativement_; ou plutôt B est électrisé _plus_, A l'est _moins_; &
+tous les jours dans nos expériences nous électrisons les corps en _plus_
+& en _moins_, selon que nous le jugeons à propos..... Pour électriser en
+_plus_ ou en _moins_, il faut seulement savoir que les parties du tube
+ou du globe qui sont frottées, attirent dans l'instant du frottement le
+feu électrique, & l'enlevent par conséquent à la chose frottante. Les
+mêmes parties, aussitôt que le frottement cesse, sont disposées à donner
+le feu qu'elles ont reçu, à tout corps qui en a moins. Ainsi vous pouvez
+le faire circuler, comme M. _Watson_ l'a enseigné: vous pouvez aussi
+l'accumuler sur un corps ou l'en soustraire, selon que vous liez ce
+corps avec celui qui frotte ou avec celui qui reçoit, la communication
+avec le magazin commun étant interrompuë. Nous croyons que cet ingénieux
+auteur s'est trompé lorsqu'il a imaginé dans son ouvrage que le feu
+électrique descend par le fil-d'archal du lambris au canon de fusil,
+de-là au globe, & électrise ainsi la machine & l'homme qui tourne la
+roue, &c. Nous supposons au contraire qu'il est chassé & non introduit à
+travers le fil-d'archal, & que la machine & l'homme, &c. sont électrisés
+en moins; c'est-à-dire, qu'ils ont en eux moins de feu électrique que
+les choses dans l'état commun.
+
+Comme le Vaisseau est sur le point de faire voiles, je ne puis vous
+rendre sur l'électricité de l'Amérique, un compte aussi étendu que je me
+l'étois proposé, je me bornerai donc à quelques autres
+particuliarités.... Nous trouvons le plomb granulé meilleur que l'eau
+pour remplir la bouteille, parce qu'il est aisément chauffé, & qu'il
+conserve la chaleur & la sécheresse dans un air humide.... nous
+enflammons les liqueurs spiritueuses avec le fil-d'archal de la fiole...
+nous rallumons une chandelle qui vient d'être éteinte, en tirant une
+étincelle dans la fumée entre le fil-d'archal & les mouchettes.... nous
+imitons les éclairs en passant le fil-d'archal dans l'obscurité sur un
+plat de porcelaine qui a des fleurs d'or, ou en l'appliquant au câdre
+doré d'un miroir, &c.... nous électrisons une personne plus de vingt
+fois de suite par l'attouchement du doigt au fil-d'archal, de cette
+manière: placez quelqu'un sur de la cire; mettez-lui à la main la
+bouteille électrisée, touchez du doigt le fil-d'archal; touchez ensuite
+sa main ou son visage, il y paroîtra des étincelles à chaque fois...
+nous augmentons excessivement la force des baisers électriques. Ainsi
+placez A & B. sur un gâteau de cire,[17] mettez à la main de l'un des
+deux la fiole électrisée; faites empoigner à l'autre le fil-d'archal, il
+en sortira une petite étincelle; mais s'ils approchent leurs lèvres ils
+seront frappés & étourdis. La même chose arrive, si un autre homme & une
+autre femme C & D se tenant aussi sur de la cire, & joignant les mains
+avec A & B, viennent à se baiser ou à se prendre les mains.... nous
+suspendons par un fil de soye une figure d'araignée faite d'un petit
+morceau de liége brûlé avec les pates de fil de lin, & lestée d'un ou de
+deux grains de plomb pour lui donner plus de poids sur la table où elle
+est suspenduë; nous attachons un fil-d'archal perpendiculairement, aussi
+haut que le fil-d'archal de la fiole, & éloigné de l'araignée de deux ou
+trois pouces: alors nous l'animons en mettant la fiole électrisée à la
+même distance, mais de l'autre côté; elle volera sur le champ au
+fil-d'archal de la fiole, & bandera ses pattes, en le touchant;
+s'élancera de ce fil, & volera au fil-d'archal de la table, de-là encore
+au fil-d'archal de la fiole, joüant avec ses pattes contre l'un &
+l'autre d'une manière tout à fait amusante, & paroîtra parfaitement
+animée aux personnes qui ne seront pas instruites. Elle continuëra ce
+mouvement une heure & plus dans un tems sec.... nous électrisons sur de
+la cire dans l'obscurité, un livre entouré d'un double filet d'or sur la
+couverture, ensuite nous appliquons le doigt à la dorure; le feu paroît
+partout sur l'or comme un faisceau d'éclairs, & nullement sur le cuir,
+quand même on toucheroit le cuir au lieu de l'or.... nous frottons nos
+tubes avec une peau de chamois, & nous observons de présenter toujours
+le même coté au tube, & de ne jamais salir le tube en le maniant. Ainsi
+l'on travaille avec vitesse & facilité, sans la moindre fatigue, surtout
+si l'on a soin de l'enfermer proprement dans un étui de carton doublé de
+flanelle, dont la capacité réponde exactement au volume du tube...[18]
+J'entre dans ce détail, parce que les écrits d'Europe sur l'électricité
+parlent souvent du frottement des tubes, comme d'un éxercice pénible &
+fatiguant. Nos globes tournent sur des axes de fer qui les traversent: à
+une extrémité de l'axe il y a une manivelle avec laquelle nous tournons
+le globe comme une meule ordinaire, ce que nous trouvons d'autant-plus
+commode, que la machine ocupant peu de place, est portative, & peut être
+renfermée dans une boëte propre lorsque l'on ne s'en sert plus. Il est
+vrai que le globe ne tourne pas aussi vîte que lorsqu'on y employe une
+grande rouë; mais cet inconvénient est de peu de conséquence, puisque
+quelques tours suffisent pour charger la fiole, &c.
+
+[Note 17: Nous reconnumes bientôt qu'il n'étoit besoin d'y placer que
+l'un ou l'autre.]
+
+[Note 18: Nos Tubes sont ici de verre verd, longs de 27. à 30. pouces,
+et aussi gros qu'on puisse les empoigner. L'Électricité est si fort en
+vogue, que depuis quatre mois il en a été vendu plus d'un cent.]
+
+
+AUTRES EXPÉRIENCES
+
+_Qui prouvent que la bouteille de Leyde ne contient pas plus de feu
+électrique, lorsqu'elle est chargée, ni moins, lorsqu'elle est
+déchargée, qu'auparavant: que dans la décharge le feu ne sort point du
+fil-d'archal & des côtés en même-tems, comme quelques-uns l'ont pensé;
+mais que les côtés reçoivent toujours ce qui est déchargé par le
+fil-d'archal, ou une égale quantité; la surface extérieure étant
+toujours dans un état négatif d'électricité, tandis que la surface
+intérieure est dans un état positif._
+
+32. Placez sous le coussin, frottant une lame de verre assez épaisse
+pour couper la communication du feu électrique entre le plancher & le
+coussin; alors s'il n'y a pas de pointes déliées ou de fils capillaires
+qui sortent du coussin ou des parties de la machine opposées au coussin
+(ce à quoi vous devez bien prendre garde) vous ne pourrez tirer du
+premier conducteur que peu d'étincelles, qui seront tout ce que le
+coussin en pourra donner.
+
+33. Suspendez alors une fiole sur le premier conducteur, & elle ne se
+chargera pas, quoique vous la teniez par le côté; mais formez par une
+chaîne une communication des côtés de la fiole au coussin, & la fiole se
+chargera, car alors le globe tire le feu électrique de la surface
+extérieure de la fiole, & le pousse à travers le premier conducteur, &
+le fil-d'archal de la fiole dans sa surface intérieure.
+
+Ainsi la bouteille est chargée avec son propre feu, nul autre ne pouvant
+y entrer, tandis que la lame de verre est sous le coussin.
+
+«M. L. N. conteste cette expérience, en assurant qu'il l'a répétée, &
+que dans le premier cas; c'est-à-dire, quand on tenoit la bouteille à la
+main, elle s'est chargée de même que dans le second cas, où l'on avoit
+établi une communication de l'envelope de cette bouteille au coussin. Je
+ne sçai pas précisément la différence qui a pû se trouver entre sa
+manière d'opérer & celle de M. Franklin; mais sur l'exposé du Physicien
+François, je soupçonne ce qui a pû l'induire en erreur; il s'est
+apparemment persuadé que d'épuiser le coussin de son électricité,
+c'étoit une opération toute simple & de facile éxécution. Il s'en faut
+beaucoup que je ne l'aye regardée du même oeil; plus j'y ai réfléchi
+avant de l'entreprendre, plus elle m'a paru difficile; & depuis que j'en
+suis venu à bout, j'estime qu'il n'y a point d'expérience électrique
+plus délicate, & qui éxige tant de précautions. Voici quelques maximes
+générales tirées de mes remarques sur les différentes expériences que
+j'ai tentées pour épuiser le coussin, qui pourront le faire connoître.
+Il faut:
+
+»1º. Que le carreau de glace ou de verre, qui porte le coussin l'excéde
+au moins de 7. à 8. pouces de chaque côté.
+
+»2º. Que ni le carreau ni le coussin ne soient attachés par des ligamens
+extérieurs, pas même avec des cordons de soye, à moins qu'ils ne soient
+préparés, comme je le dirai ci-après.
+
+»3º. Que les mandrins mastiqués au globe soient au moins à 6. ou 7.
+pouces du coussin.
+
+»4º. Qu'il ne se trouve à 3. ou 4. pieds tout autour aucune pointe, de
+quelque nature qu'elle soit.
+
+»J'ai d'abord essayé d'épuiser au coussin d'environ 7. pouces de
+diamètre, sous lequel j'avois mis une glace plane d'un pied quarré, le
+tout attaché avec des cordons de soye; l'expérience n'a point réussi.
+
+»J'ai substitué à cette glace une capsule sphérique de 10. pouces de
+diamètre, dans laquelle j'avois fixé le coussin avec des cordons de
+soye, qui en passant par-dessus les bords de la capsule, les attachoient
+ensemble sur le support destiné à porter le coussin. Cette expérience
+n'eut pas plus de succès que la première; mais j'apperçus que les petits
+poils qui sortoient tout autour des cordons de soye se dressoient vers
+le coussin. Je jugeai de-là que c'étoient autant de pointes qui lui
+fournissoient de nouveau feu à mesure que le globe en tiroit. Après
+avoir remédié à ce défaut en cirant bien éxactement les cordons de soye,
+je répétai l'électrisation; mais je ne fus pas plus heureux. Le feu
+électrique parut sortir du conducteur presqu'aussi abondamment que si le
+coussin n'eût point été isolé. J'y apperçus cependant un changement
+marqué qui me donna bonne espérance; quand je présentois mon doigt à 3.
+ou 4. pouces du coussin, j'y sentois une espéce de suction, &
+j'entendois sur le coussin un bruit assez semblable à celui que l'on
+fait en retirant son haleine, les lèvres serrées, comme pour piper un
+petit animal. Cela me fit conjecturer que j'apercevrois dans l'obscurité
+une aigrette lumineuse au bout de mon doigt, & peut-être l'endroit d'où
+sortoit le feu qui étoit fourni au coussin.
+
+»Dès-que la nuit fut venuë, & que j'eus recommencé l'opération, je vis,
+1º. un courant de feu qui sortant en nappe d'un des mandrins du globe,
+se précipitoit jusques sur le coussin à l'endroit de sa jonction avec le
+globe; 2º. de petites aigrettes lumineuses à tous les poils de mes
+habits qui se dirigeoient vers le coussin; 3º. une longue aigrette mince
+& peu divergente qui partoit de mon doigt, lorsque je le présentois au
+coussin à 3. ou 4. pouces de distance, & qui se changeoit en un courant
+continu, pour peu que je l'approchasse davantage. M'étant aperçû que le
+coussin étoit plus près d'un des pôles du globe que de l'autre, &
+l'ayant remis le plus éxactement qu'il me fut possible, à égale distance
+des deux mandrins, je vis le courant de feu, qui auparavant sortoit de
+l'un d'eux, partagé en deux nappes à peu-près égales, une de chaque
+côté: Ayant fait cesser la rotation du globe, je remarquai que la vertu
+attractive du coussin s'y conserva encore long-temps. Plus d'une
+demi-heure après l'avoir laissé dans cet état, il suçoit & pipoit encore
+à l'approche du doigt.
+
+»En réfléchissant sur ces observations, j'ai imaginé qu'il falloit avoir
+un coussin plus étroit & un globe plus gros, ou du moins dont les
+mandrins fussent plus éloignés de l'Équateur. J'essayai un globe de 14.
+pouces de diamètre; mais il se trouva un peu trop dur, ayant trop
+d'épaisseur de verre. D'ailleurs, quelque solide que fût la machine dont
+je me servois, il y causa par sa rotation un ébranlement qui m'inquiéta.
+Ces considérations me déterminérent à donner la préférence à un globe de
+cristal de 13. pouces que je fis monter exprès. Les goulots en sont
+minces, & les mandrins qui y sont mastiqués n'ont guère plus d'un
+demi-pouce d'empattement tout autour. En faisant rouler ce globe sur un
+coussin de 3. pouces de diamètre, les bords de celui-ci se trouvent
+éloignés des mandrins de plus de 7. pouces. Ma grande capsule au fond de
+laquelle j'ai fixé ce coussin avec du mastic, met encore un plus grand
+éloignement entre lui & le plateau de bois qui porte le tout.
+
+»Ce n'est qu'après toutes ces précautions que je suis venu à bout
+d'épuiser la matière électrique du coussin, & de faire les expériences
+que M. Franklin nous a indiquées sur ce sujet. Je suis d'autant-moins
+étonné du peu de succès de ceux qui disent les avoir tentées
+inutilement, que je suis sûr qu'il est impossible d'y réussir sans
+toutes ces précautions. Sans entrer dans une discussion qui seroit trop
+longue & ennuyeuse, on trouvera dans cet exposé des réponses plus que
+suffisantes aux questions & objections de nos critiques, & la raison de
+la différence de leurs succès. _Lisez Lettres sur l'Électricité_, _pag._
+112-115. Pour les trois questions qui terminent la page 115, pourra-t-on
+apprendre, sans étonnement, qu'elles nous viennent d'un homme instruit?
+Je vais pourtant y satisfaire comme si elles le méritoient. Sur la
+dernière conséquence de M. Franklin qu'il n'entre dans la bouteille que
+le feu électrique qui vient de sa surface extérieure, on lui demande:
+_Et quelle certitude en avez-vous? La matière électrique n'est-elle pas
+répandue dans l'air de l'atmosphère? Et pourquoi ne voulez-vous pas que
+la chaîne & le globe y trouvent ce feu électrique qui passe par le
+conducteur dans l'intérieur de la fiole? Il faut montrer que cela est
+impossible, ou que cela n'est pas, si vous voulez que votre conséquence
+soit reçuë._ Soit, Monsieur, on s'en tient à votre parole. Voici la
+certitude que nous en avons, indépendamment de ce que nous voulons ou ne
+voulons pas. Écoutez bien. Si la chaîne & le globe trouvoient dans l'air
+de l'atmosphère ce feu électrique qui passe par le conducteur dans
+l'intérieur de la fiole, ils l'y trouveroient aussi bien avant qu'on eût
+établi une communication de l'extérieur de la bouteille au coussin,
+qu'après, & dans ce cas on l'apercevroit en touchant au conducteur. Il
+est cependant très-certain que dès-que le coussin est épuisé on ne tire
+pas la moindre étincelle des conducteurs: tirez, s'il vous plaît, la
+conséquence vous-même, & ne refusez plus de la recevoir.»
+
+34. Suspendez deux balles de liége par des fils de lin attachés au
+premier conducteur; touchez alors le côté de la bouteille, & elles
+seront électrisées, & elles s'éloigneront l'une de l'autre.
+
+Car autant que vous donnez de feu aux côtés, autant précisément il s'en
+décharge à travers le fil-d'archal sur le premier conducteur, d'où les
+balles de liége reçoivent une atmosphére électrique.
+
+Mais prenez un fil-d'archal courbé en forme de C, avec un bâton de cire
+d'Espagne fixé à la partie extérieure de la courbure, afin de le tenir
+par-là, & appliquez une extremité de ce fil-d'archal aux côtés, &
+l'autre en même temps au premier conducteur, la fiole sera déchargée; &
+si les balles ne sont pas électrisées avant la décharge, elles ne
+paroîtront pas l'être après; car elles ne se repousseront pas l'une
+l'autre.
+
+Maintenant si le feu déchargé de la surface intérieure de la bouteille à
+travers son fil-d'archal restoit sur le premier conducteur, les balles
+seroient électrisées & s'éloigneroient l'une de l'autre.
+
+Si la fiole faisoit une explosion réelle aux deux extrémités &
+déchargeoit le feu tant des côtés que du fil-d'archal, les balles
+seroient électrisées en _plus_ & s'éloigneroient _plus loin_, car aucune
+portion de feu ne peut s'échaper en étant empêchée par le manche de
+cire.
+
+Mais si le feu, dont la surface intérieure est surchargée, est
+précisément la quantité qui manque à la surface extérieure, il passera
+circulairement à travers le fil-d'archal attaché au manche de cire,
+rétablira l'équilibre dans le verre, & ne causera aucune altération dans
+l'état du premier conducteur.
+
+Nous avons trouvé conformément que si le premier conducteur est
+électrisé, & que les balles de liége soient dans un état de répulsion
+avant que la bouteille soit chargée, elles continueront d'y être après,
+sinon elles ne seront point électrisées par cette décharge.
+
+«Tout ce qui est dans la critique, pag. 116. 117, & 118. contre cette
+expérience, me paroît tout-à-fait hors de propos; notre auteur, comme on
+vient de le voir, prouve incontestablement que l'expérience de Leyde
+n'électrise point les corps qui reçoivent la commotion, ou qui ont
+communication avec ceux qui la reçoivent, & M. L. N. en convient; mais
+après cela il se perd dans une discussion qui n'a aucun rapport au sujet
+dont il s'agit.»
+
+
+
+
+LETTRE IV.
+
+_Nouvelles expériences & observations sur l'Électricité._
+
+1748.
+
+
+MONSIEUR,
+
+35. Il y aura la même explosion & le même choc, si la bouteille
+électrisée est tenue d'une main par le _crochet_, & touchée de l'autre
+par les _côtés_[19], que si elle est tenue par les _côtés_ & touchée au
+_crochet_.
+
+[Note 19: M. Franklin s'est servi dans la plupart de ses expériences, &
+surtout dans les suivantes, de bouteilles garnies de métal en dedans &
+en dehors: il faut donc entendre par le terme _côtés_, la surface
+extérieure couverte d'une enveloppe métallique depuis le fond jusqu'au
+collet, ou jusqu'à deux ou trois pouces près du goulot.]
+
+36. Pour prendre impunément par le _crochet_ la bouteille chargée, & en
+même tems ne pas diminuer sa force; il faut d'abord la placer sur un
+corps originairement électrique.
+
+37. La fiole sera électrisée aussi fortement, si elle est tenue par le
+_crochet_ & les _côtés_ appliqués au globe ou au tube, que si elle est
+tenue par les _côtés_, & que le _crochet_ leur soit appliqué.
+
+38. Mais la direction du feu électrique étant différente dans la charge,
+elle sera aussi différente dans l'explosion; la bouteille chargée par le
+_crochet_ sera déchargée par le _crochet_; la bouteille chargée par les
+_côtés_ sera déchargée par les _côtés_, & jamais autrement; car le feu
+doit sortir par la même voye qui lui a donné entrée.
+
+39. Pour prouver cela, prenez deux bouteilles qui soient également
+chargées par les _crochets_, une dans chaque main; approchez leurs
+_crochets_ l'un de l'autre, il n'en résultera ni étincelle ni choc,
+parce que chaque _crochet_ est disposé à donner du feu, & ni l'un ni
+l'autre ne l'est à en recevoir. Posez une des bouteilles sur le verre,
+levez-la par le _crochet_, & appliquez son _côté_ au _crochet_ de
+l'autre; il y aura alors une explosion & un choc, & les deux bouteilles
+seront déchargées.
+
+»Sur l'assertion de Mr. Franklin que, si l'on approche l'un de l'autre
+les crochets des deux bouteilles également chargées, il n'en résultera
+ni étincelle, ni choc: _Ho! voilà_, s'écrie M. L. N.[20], _ce dont je ne
+conviendrai pas; car dès la premiere fois que j'en fis l'épreuve, je vis
+très-distinctement éclater le feu électrique entre les deux crochets, &
+je ressentis un coup assez vif dans les deux bras_. Cela peut être, & je
+crois que cela est, pour l'avoir éprouvé de même; mais la proposition de
+M. Franklin n'en est pas moins vraie, & il faudra que le physicien
+François en convienne malgré sa protestation, car il faut se rendre à
+l'évidence; il doit sçavoir qu'après l'expérience de Leyde, la bouteille
+n'est plus chargée, & qu'il n'y reste plus de feu: si les deux
+bouteilles dont il s'agit restent chargées après en avoir approché les
+deux crochets l'un de l'autre, c'est une preuve incontestable qu'elles
+n'ont pas produit tout leur effet. Celui que M. L. N. a ressenti n'est
+venu que de ce que l'une des bouteilles étoit plus chargée que l'autre,
+& le feu qu'il a vû si distinctement entre les deux crochets, n'est que
+ce qui en a passé de l'une à l'autre pour les remettre toutes deux en
+équilibre: elles n'en restent pas moins chargées l'une & l'autre après
+cette légère commotion, qui d'ailleurs n'est pas différente de celles
+qu'on ressent dans la main à chaque étincelle que l'on tire d'un peu
+loin du conducteur, quand on charge une bouteille.
+
+[Note 20: Lett. sur l'Électricité, pag. 123.]
+
+»Pour avoir sur ce sujet une conviction encore plus complette, il ne
+s'agit que de varier l'expérience: prenez deux bouteilles dont l'une
+soit bien chargée & l'autre ne le soit point du tout; en approchant
+leurs crochets l'un de l'autre, vous verrez une étincelle & vous
+recevrez un coup; mais après cela les bouteilles seront toutes deux à
+demi chargées; preuve certaine que le feu est sorti par le crochet de
+celle qui étoit électrisée, comme il y étoit entré.
+
+»Cette erreur de M. L. N. ne vient donc que de ce qu'il n'a pas fait
+attention que pour cette expérience les deux bouteilles doivent être
+_également_ chargées. Quand elles le sont, il n'y a réellement ni
+étincelle, ni choc, comme l'a judicieusement avancé M. Franklin.
+
+40. Variez l'expérience en chargeant deux fioles également, l'une par le
+_crochet_, l'autre par le _côté_; tenez par les _côtés_ celle qui a été
+chargée par le _crochet_, & tenez par le _crochet_ celle qui à été
+chargée par le _côté_; appliquez le _crochet_ de la première au _côté_
+de la seconde, il n'y aura ni choc, ni étincelle: posez sur le verre
+celle que vous tenez par le _crochet_, levez-la par les _côtés_, &
+présentez les deux _crochets_ l'un à l'autre, il y aura une étincelle &
+un choc, & les deux bouteilles seront déchargées.
+
+»Cette expérience étant attaquée dans le même endroit & de la même
+manière que la précédente, trouve aussi la même défense.
+
+Dans cette expérience les bouteilles sont totalement déchargées, &
+l'équilibre y est rétabli: l'excès du feu dans un des crochets, (ou
+plutôt dans la surface intérieure d'une bouteille,) étant exactement
+égale à ce qui manque de feu dans l'autre, & par conséquent comme chaque
+bouteille a en elle-même l'excès aussi bien que le défaut, le défaut &
+l'excès doivent être égaux dans chaque bouteille. Voyez §. 42. 43. 44.
+45. Mais si un homme tient en main les deux bouteilles, dont l'une soit
+pleinement électrisée, & l'autre ne le soit point du tout; s'il
+rapproche leurs crochets, il ne sentira que la moitié du coup, & les
+bouteilles resteront à demi électrisées, l'une étant à demi déchargée, &
+l'autre à demi chargée.
+
+41. Placez deux fioles également chargées sur une table à 5. ou 6.
+pouces de distance; suspendez une petite boule de liége par un fil de
+soye, qui tombe entre les deux bouteilles: si les fioles ont été toutes
+deux chargées par leurs crochets, lorsque le liége aura été attiré &
+repoussé par l'un, il ne sera pas attiré par l'autre, mais il en sera
+également repoussé; mais si les fioles ont été chargées l'une par le
+crochet & l'autre par le côté,[21] le liége après avoir été attiré, &
+repoussé par un crochet, sera aussi fortement attiré & ensuite repoussé
+par l'autre, & jouëra ainsi avec force entre les deux, jusqu'à ce que
+les deux bouteilles soient à peu près déchargées.
+
+[Note 21: Pour charger commodément une bouteille par le côté, mettez-la
+sur un verre: établissez une communication du premier conducteur à
+l'enveloppe métallique de cette bouteille, & une autre de son crochet à
+la muraille ou au plancher. Quand elle sera chargée, supprimez cette
+derniere communication avant que d'empoigner la bouteille, autrement une
+grande partie du feu s'échapperoit par cette voye.]
+
+42. Lorsque nous employons les termes de _charger_ & _décharger_ les
+bouteilles, c'est pour nous conformer à l'usage, & par disette d'autres
+termes plus convenables; puisque nous sommes persuadés qu'il n'y a
+réellement pas plus de feu électrique dans la bouteille après ce qu'on
+appelle sa _charge_, ni moins après sa _décharge_ qu'il n'y en avoit
+auparavant, excepté seulement la petite étincelle que l'on peut donner
+ou enlever à la matière non-électrique, si elle est séparée de la
+bouteille: étincelle qui ne peut pas égaler la cinquantiéme partie de
+celle qui fait l'explosion.
+
+Car si dans l'explosion le feu électrique sortoit de la bouteille par un
+endroit, & qu'il ne rentrât pas par un autre, il s'ensuivroit que si un
+homme placé sur de la cire & tenant la bouteille d'une main, tiroit
+l'étincelle en touchant avec l'autre le crochet de fil-d'archal, la
+bouteille étant par là déchargée, l'homme seroit chargé; ou que la
+quantité de feu perduë par l'une se retrouveroit dans l'autre, puisqu'il
+n'y a aucune issue pour la laisser échaper; mais il arrive le contraire.
+
+43. D'ailleurs la fiole ne souffrira pas ce que l'on appelle une charge,
+à moins qu'il n'en puisse sortir autant de feu par une voye qu'il en
+entre par une autre. Une fiole placée sur la cire ou sur le verre, ou
+bien suspenduë sur le premier conducteur d'électricité, ne peut être
+chargée à moins qu'il n'y ait une communication établie entre ses côtés
+& le plancher pour servir de décharge.
+
+»De toutes les expériences de Philadelphie, il y en a peu qui soient
+contestées avec autant de confiance que celle-ci. Dès le premier rapport
+que je fis à l'Académie royale des sciences en 1751. du succès des
+expériences de M. Franklin, on me soutint avec vivacité que cette
+observation étoit contraire à l'expérience. N'étant allé à l'Académie
+que pour y rendre compte de ce que j'avois fait & vû, & non pas pour
+disputer; je me contentai de répliquer que j'étois sûr de ce que
+j'avançois d'après mon auteur: je suis surpris qu'on n'en ait pas encore
+reconnu la vérité. Cette communication que l'on établit des côtés de la
+bouteille au plancher, est ce que nous appellons une décharge: quand on
+électrise une bouteille à la main, c'est la main qui en tient lieu; mais
+si la bouteille est suspenduë au conducteur sans décharge, & que l'air
+soit bien sec, je suis sûr pour l'avoir éprouvé cent fois, qu'elle ne se
+charge point: j'ai de même éprouvé que quand elle est appuyée sur un
+support électrique, plus ce support est large & élevé & moins elle se
+charge. J'ai cependant vû la bouteille de Leyde se charger quoique
+suspenduë au conducteur sans décharge, mais très-lentement &
+très-difficilement, dans des tems où l'air de l'atmosphère est chargé
+d'humidité, (c'est apparemment celui où notre critique a étudié son
+objection) mais cela ne vient que de ce que les particules d'humidité
+répanduës dans l'air font l'office de décharge: l'on peut d'autant moins
+se prévaloir de cette observation contre M. Franklin, qu'il est moins à
+portée de la faire par lui-même. La saison où il se livre plus
+particulierement à l'électricité, comme la plus favorable aux
+expériences, est l'hyver, & c'est le temps où la Pensylvanie jouit du
+ciel le plus beau & le plus pur; quoi qu'il en soit, des objections, la
+proposition de notre auteur restera dans toute sa force pour quiconque
+voudra se mettre dans sa position, & consulter l'expérience sans
+prévention.
+
+44. Mais suspendez deux ou plusieurs fioles sur le premier conducteur
+d'électricité, l'une pendante à la queuë de l'autre, & un fil-d'archal
+de la derniere au plancher, un égal nombre de tours de rouë les chargera
+également, & chacune le sera autant que si elle seule eût été soumise à
+l'opération: ce qui est chassé de la queuë de la premiere servant à
+charger la seconde, ce qui est chassé de la seconde chargeant la
+troisiéme, & ainsi de suite; par ce moyen une quantité de bouteilles
+peuvent être chargées par la même opération, & aussi pleinement que s'il
+n'y en avoit qu'une seule; si ce n'est que chaque bouteille reçoit de
+nouveau feu, & abandonne son ancien avec quelque réticence, ou plutôt
+apporte à la charge quelque foible résistance, qui dans un nombre de
+bouteilles devient plus égale à la puissance chargeante, & repousse
+ainsi le feu sur le globe plus vite qu'une simple bouteille ne le
+pourroit faire.
+
+45. Lorsqu'une bouteille est chargée par la voye ordinaire, ses surfaces
+intérieure & extérieure sont prêtes, l'une à donner le feu par le
+crochet, l'autre à le recevoir par le côté: l'une est pleine, & disposée
+à pousser, l'autre est vuide, & extrêmement affamée; & cependant comme
+la premiere ne chassera point, que l'autre ne puisse au même instant
+recevoir, de même la dernière ne recevra point, que la première ne
+puisse donner au même instant; lorsque l'un & l'autre peut se faire en
+même-tems, cela se fait avec une vitesse & une violence inconcevables.
+
+46. Ainsi lorsqu'on bande un ressort avec violence (quoique la
+comparaison ne convienne pas dans tous les points) il doit, pour se
+rétablir de lui-même, resserrer le côté qui avoit été étendu en le
+bandant, & étendre celui qui avoit été resserré. Si l'une de ces
+opérations rencontre des obstacles, l'autre ne sauroit avoir son
+éxécution; mais on ne dit point que le ressort soit chargé d'élasticité,
+lorsqu'il est bandé, & déchargé, lorsqu'il est débandé; sa quantité
+d'élasticité est toujours la même.
+
+47. Le verre a pareillement toujours dans sa substance la même quantité
+de feu électrique, & une fort grande quantité, par rapport à la masse du
+verre, comme il sera prouvé dans la suite.
+
+48. Cette quantité proportionnée au verre, il la retient avec force &
+opiniatreté; il n'en aura ni plus ni moins, quelque changement qu'il
+éprouve dans ses parties, & dans sa situation; c'est-à-dire, que nous en
+pouvons tirer une partie de l'un de ses côtés, pourvû que nous en
+rendions à l'autre une égale quantité.
+
+49. Néanmoins lorsque la situation du feu électrique est ainsi dérangée
+dans le verre, lorsque quelque partie a été retranchée de l'un des
+côtés, & que quelque partie a été ajoûtée à l'autre, il ne reste point
+en repos ou dans son état naturel, jusqu'à ce qu'il ait été rétabli dans
+son uniformité primitive .... & ce rétablissement ne peut être fait à
+travers la substance du verre, mais il doit se faire par une
+communication non électrique, établie au dehors, de surface à surface.
+
+50. Ainsi la force totale de la bouteille, & le pouvoir de donner un
+choc est dans le verre-même; les corps non-électriques en contact avec
+les deux surfaces ne servant qu'à donner & à recevoir des différentes
+parties du verre; c'est-à-dire, à donner à un côté, & à recevoir de
+l'autre.
+
+51. Nous avons fait ici cette découverte de la manière suivante. Nous
+proposant d'analyser la bouteille électrifiée pour sçavoir où réside sa
+force, nous la plaçâmes sur un verre, & nous ôtames le liége & le
+fil-d'archal, que l'on avoit eu attention de ne pas trop enfoncer. Alors
+prenant la bouteille d'une main, & approchant un doigt de l'autre main
+auprès de l'orifice, une forte éteincelle s'élança de l'eau, & le choc
+fut aussi violent que si le fil-d'archal n'eût point été dérangé, ce qui
+nous fit connoître que la force électrique ne résidoit point dans le
+fil-d'archal. Ensuite pour découvrir si elle résidoit dans l'eau, y
+étant comprimée & condensée, parce que le verre la serre de toutes parts
+(ce qui avoit été notre première opinion,) nous électrisâmes de nouveau
+la bouteille; & l'ayant mise sur un verre, nous otâmes, comme ci-devant,
+le liége & le fil-d'archal; levant alors la bouteille, nous versâmes
+toute l'eau dans une autre bouteille vuide qui étoit pareillement sur un
+verre; & levant cette derniere fiole, nous comptâmes, si la force
+résidoit dans l'eau, d'entendre partir un coup; mais il n'y en eut
+point. Nous jugeâmes donc qu'il falloit ou que la force se fût perduë en
+transvasant, ou qu'elle fût restée dans la première bouteille; & nous
+trouvâmes que notre derniere conjecture étoit juste. Car cette bouteille
+mise à l'épreuve donna un coup, quoique remplie, sans la déplacer, avec
+de l'eau fraîche, & qui n'étoit point électrifiée... Alors pour
+découvrir si le verre avoit cette propriété précisément comme verre, ou
+si la forme y contribuoit en quelque chose, nous prîmes un carreau de
+verre; & le posant sur la main, nous mîmes une plaque de plomb sur sa
+surface supérieure; ensuite nous électrisâmes cette plaque, & à
+l'approche du doigt il y eut une étincelle & un choc. Nous prîmes
+ensuite deux plaques de plomb de dimensions égales, mais plus petites
+que le verre qui les débordoit de deux pouces de tous côtés, & nous
+électrisâmes le verre entr'elles en électrisant la plaque de dessus.
+Après cela nous séparâmes cette plaque du verre, & par cette opération
+le peu de feu qui pouvoit être dans le plomb fut enlevé, & le verre
+touché avec le doigt sur les parties électrisées, ne donna que quelques
+petites étincelles piquantes; on peut cependant en tirer un grand nombre
+de différent endroits. Après avoir remis adroitement le verre entre les
+deux plaques, & achevé un cercle; c'est-à-dire, pratiqué une
+communication entre les deux surfaces, il s'ensuivit un choc violent
+.... ce qui démontre que le pouvoir réside dans le verre comme verre, &
+que les corps non-électriques en contact servent uniquement, comme
+l'armure de l'aimant, à unir les forces des différentes parties, & à les
+rassembler dans tel point qu'on désire. Car c'est une proprieté des
+corps non-électriques, que tout le corps reçoit ou donne dans un instant
+tout le feu électrique qui est donné ou enlevé à quelqu'une de ses
+parties.
+
+»L'expérience de Leyde est sans contredit une des plus belles
+découvertes qui ayent été faites en Physique. C'est elle qui a donné
+lieu aux profondes recherches qui occupent si généralement les
+Physiciens depuis 1745. Chacun d'eux a fait ses efforts pour déveloper
+la merveilleuse bouteille qui en est le fondement; mais on ne voit pas
+qu'aucun y ait réussi avant M. Franklin. L'analyse de cette bouteille
+étoit, ce semble, la chose la plus aisée à imaginer & la plus simple à
+éxécuter, & cependant personne n'y a songé, comme si cette idée n'eût pû
+venir que du nouveau monde; mais à peine a-t-elle pénetré en Europe, à
+peine le succès en est-il connu qu'on entreprend de le contester; on
+veut documenter l'auteur, changer le procedé, & nier le résultat.
+Examinons chacune de ces choses.
+
+»_Si vous voulez_, dit le Physicien françois à l'Américain[22], _répéter
+cette expérience_ (l'analyse de la bouteille) _de bonne foi & sans
+prévention, je vous dirai en quoi vous avez manqué; & je vous promets
+qu'en procédant, comme il convient, vous trouverez des signes
+très-marqués de la vertu électrique dans votre eau transvasée._ Voici le
+procedé.
+
+[Note 22: Lettre sur l'Électricité, pag. 91.]
+
+»_Je vous avertis donc qu'il faut faire cette expérience avec une
+électricité passablement forte, éviter les longueurs... que le nouveau
+vase qui reçoit l'eau, ne soit pas d'un verre fort épais, & qu'au lieu
+d'être posé sur du verre, comme vous le faites, il le soit au contraire
+sur la main d'un homme ou sur quelqu'autre corps non-électrique. Si vous
+procedez ainsi, je vous réponds du succès._ Pour moi je pense qu'en
+procedant ainsi, on ne feroit point l'analyse de la bouteille. Mais ni
+le critique, ni celui qui s'est laissé surprendre par cette expérience,
+ne se sont apperçus qu'ils manquoient dans le point essentiel. C'est ce
+défaut de sagacité qui paroît avoir assuré la défaite de l'un & la
+victoire de l'autre que l'on a fait sonner si haut.
+
+»D'après ce résultat vrai en lui-même, mais faux dans son principe, on
+argumente contre M. Fr. on le presse: on le poursuit: on se persuade
+qu'il ne lui reste pas plus de ressource qu'à celui qu'on a nommé son
+plus zèlé partisan.
+
+»Sans entreprendre de réfuter tout ce que l'éloquence étale en 8. ou 10.
+pages de la critique, & sans rétorquer tous les argumens adressé à notre
+Américain, je crois que quelques réflexions fondées sur l'expérience
+suffiront pour en effacer les impressions.
+
+»Quand une personne tient dans sa main la bouteille électrisée, &
+qu'elle en verse l'eau dans une autre bouteille tenuë dans la main d'une
+autre personne, il arrive la même chose que si l'on faisoit toucher le
+crochet de la premiere bouteille à celui de la seconde qui seroit armée,
+la charge se partage entre les deux bouteilles.[23] Cela est si vrai que
+si la même personne fait seule cette expérience en tenant les deux
+bouteilles, une en chaque main, elle ressentira une commotion, qui ne
+sera pourtant que la moitié de celle qu'elle recevroit, si elle faisoit
+tout simplement l'expérience de Leyde. Donc en versant l'eau de cette
+façon on fait passer avec elle dans la seconde bouteille la moitié de la
+matière électrique contenuë dans la première. La preuve s'en tire encore
+d'une autre observation que voici. Si la matière électrique qui passe
+ainsi avec l'eau d'une bouteille dans l'autre, étoit précisément
+attachée à la liqueur, la quantité en seroit proportionelle à la
+quantité de l'eau transvasée: or cela n'est point; car que l'on vuide
+toute la liqueur, ou que l'on n'en vuide que la moitié, la seconde
+bouteille qui l'aura reçuë se trouvera également chargée, c'est-à-dire
+électrisée au même degré; & si toutes choses étoient égales des deux
+cotés: si les bouteilles étoient égales en capacité, en matiére, en
+forme, & leur intérieur également moüillé, ce degré seroit éxactement le
+même dans chacune. Donc notre critique n'a pas raison de dire que l'on
+ne sauroit lui objecter que les circonstances dont il fait dépendre le
+succès de l'expérience, changent l'espèce. Et pourquoi ne sauroit-on lui
+faire cette objection, dès qu'on voit évidemment que son procédé est
+erronné: que n'en apperçevant pas le défaut, il en tire avantage, pour
+combattre la doctrine d'un Physicien consommé dans cette partie, où il
+donne des leçons à tout le monde sçavant?
+
+[Note 23: V. pag. 125. §. 40.]
+
+»S'il restoit encore quelques doutes sur l'analyse de la bouteille
+électrisée, qui est regardée avec raison comme une des plus belles
+expériences de M. Franklin, quoiqu'elle ne soit pas une des plus
+brillantes, & sur laquelle j'ai entendu un des Physiciens les plus
+experimentés en cette partie, se reprocher de ne l'avoir pas imaginée;
+si, dis-je, il restoit encore quelques doutes sur ce sujet, on pourroit
+les lever, en s'y prenant d'une autre façon que j'ai imaginée, & que je
+rapporte ici, pour répondre à ceux qui prétendent que la matière
+électrique ne paroît attachée au verre de la bouteille qu'en vertu de
+l'adhérence de l'eau à ses parois intérieures. Au lieu d'eau, je mets
+dans la bouteille du menu plomb, comme du plomb à perdreaux, ou de la
+cendrée: après l'avoir armée de son crochet, & l'avoir électrisée, j'en
+fais l'analyse, suivant la méthode de M. Franklin, & je trouve toujours
+que le plomb en étant vuidé, n'a point emporté l'électricité, mais que
+cette matière est restée presque toute entière en la bouteille où je
+l'avois fait entrer d'abord, puisque de nouveau plomb, ou à sa place de
+l'eau, ou toute autre substance non-électrique, ou même rien autre chose
+qu'un fil-d'archal, pourvû qu'il touche au fond intérieur, lui rend le
+pouvoir de donner la commotion à quiconque veut la tenter. J'ai même
+éprouvé qu'elle étoit, toutes choses égales d'ailleurs, toujours plus
+forte avec le plomb qu'avec l'eau, C'est en conséquence de cette
+observation, que depuis long-tems je ne me sers presque plus d'eau dans
+mes expériences électriques. J'ai trouvé que le métal, & sur tout le
+plomb granulé est bien préférable à la liqueur pour analyser la
+bouteille: il n'est pas sujet à l'évaporation: on peut le sécher
+aisément; il n'éclabousse point en le traversant: il ne s'attache ni aux
+parois ni au goulot de la bouteille, toutes choses qui font souvent
+manquer l'expérience, quand on opére avec de l'eau. L'usage de la
+limaille pour remplir la bouteille est aussi très-bon; mais si l'on veut
+en faire l'analyse, il faut avoir attention que la limaille soit bien
+séche, & qu'elle ne fasse point de poussière quand on la verse.
+
+Il résulte de toutes ces observations que j'ai faites & répétées avec
+tout le soin & l'éxactitude possibles, qu'en s'y prenant comme
+l'enseigne M. L. N. on ne fait point l'analyse de la bouteille
+électrisée. Car, qu'est-ce que faire cette analyse? N'est-ce pas tout
+simplement séparer chacune des parties dont elle est composée, pour voir
+à laquelle de ses parties la matière électrique restera attachée? Or en
+suivant la route indiquée par M. Fr. on arrive sûrement à ce but; si
+l'on entreprend de m'en montrer une autre, il faudra me prouver qu'elle
+y conduit aussi sûrement, ou tout au moins me mettre dans
+l'impossibilité d'en découvrir l'erreur. Notre critique ne fait ni l'un
+ni l'autre, & malgré ses argumens spécieux, je n'y aurai pas plus de
+confiance que si, pour me prouver que l'électricité n'est pas attachée
+au verre, il commençoit par décharger la bouteille avant d'en faire
+l'analyse; il n'y a pas plus de raison à vouloir que la seconde
+bouteille dans laquelle on verse l'eau électrisée, soit dans la main
+d'un autre homme, qu'il y en auroit à éxiger que la premiere y fût
+aussi, quand on en ôte le fil-d'archal avec les doigts. Il y a donc,
+quoiqu'en dise la critique, des circonstances d'où on fait dépendre le
+succès de l'expérience, qui en changent l'espéce; & celles-ci sont du
+nombre. C'est pour cela que je prétens qu'en s'y prenant de cette façon,
+l'on ne fait point du tout l'analyse de la bouteille.
+
+»Que notre adversaire au reste ne s'imagine pas que je n'aye en vûe que
+de le contredire. La recherche de la verité est mon seul objet. Aucune
+considération ne sauroit m'en détourner. Quand nous avons dit que l'eau
+ou le métal que l'on met dans la bouteille de Leyde n'emportent point
+avec eux d'électricité, dans le temps qu'on les verse dans un autre vase
+soutenu sur un support électrique; il ne faut pas prendre cette
+proposition à la rigueur. Je sçais par expérience que ces corps
+non-électriques ne se dépoüillent pas absolument, en sortant de la
+bouteille, de toute l'électricité dont ils étoient chargés. Cela se voit
+évidemment quand on se sert de limaille pour faire l'analyse de la
+bouteille. Notre auteur estime que la quantité qu'ils retiennent de
+cette matière n'équivaut peut-être pas la cinq-centiéme partie de ce qui
+fait la charge de la bouteille; mais cette petite quantité n'est pas ce
+dont il s'agit ici; quand elle seroit beaucoup plus considérable dans
+les circonstances établies, elle ne mettroit jamais la seconde bouteille
+en état de donner la commotion.»
+
+52. Sur quoi nous avons fait ce que nous appellons une _batterie
+électrique_, consistant en onze grands carreaux de vitre garnis de lames
+de plomb appliquées sur chaque côté, placés verticalement, & soutenus à
+deux pouces de distance sur des cordons de soye, avec des crochets épais
+de fil de plomb, un de chaque côté, dressés en ligne droite, éloignés
+l'un de l'autre, & des communications convenables de fil, & une chaîne
+depuis le côté _donnant_ d'un carreau jusqu'au côté _recevant_ de
+l'autre, de sorte que le tout puisse être chargé ensemble, & par la même
+opération, comme s'il n'y avoit qu'un seul carreau. Nous avons fait
+encore une autre machine pour amener les côtés _donnans_ après la
+charge, en contact avec un long fil-d'archal, & les côtés _recevans_
+avec un autre. Ces deux longs fils-d'archal donneroient la force de tous
+les carreaux de verre à la fois à travers le corps de quelque animal qui
+formeroit le cercle avec eux. Les carreaux peuvent aussi être déchargés
+séparément, ou tel nombre ensemble que l'on voudra; mais cette machine
+n'a pas été mise beaucoup en usage, comme ne répondant pas parfaitement
+à notre intention, relativement à la facilité de la charge par la raison
+donnée §. 44. Nous avons fait aussi avec de grands carreaux de vitre des
+tableaux magiques & des roues animées qui se meuvent d'elles-mêmes, &
+dont nous allons bientôt faire la description.
+
+53. Je m'apperçois par le dernier livre de l'ingénieux Mr. Watson que
+j'ai reçu dernièrement, que le docteur _Bevis_ s'est servi avant nous de
+carreaux de verre pour faire l'expérience de Leyde, & jusqu'au moment
+que ce livre m'est parvenu, je me proposois de vous communiquer cela
+comme une nouveauté. Si j'en fais mention ici, je vous dirai pour excuse
+que nous avons tenté l'expérience différemment, que nous en avons tiré
+des conséquences différentes, (car M. Watson paroît toujours persuadé
+que le feu est accumulé sur le corps non électrique, qui est en contact
+avec le verre, pag. 72.) & nous l'avons même poussé plus loin, autant
+que j'en puis juger jusqu'à présent.
+
+
+
+
+_LETTRE V._
+
+PREMIÈRE PARTIE.
+
+
+27. Juillet 1751.
+
+MONSIEUR,
+
+Je crois que M. Watson a fait à la hâte ses observations sur mon dernier
+écrit, avant d'avoir bien considéré les expériences rapportées dans le
+§. 51. qui me paroissent toujours décisives dans cette question: _Si
+l'accumulation du feu électrique est sur le verre électrisé, ou sur la
+matière non-électrique jointe au verre_; je crois qu'elles démontrent
+que l'accumulation est réellement sur le verre.
+
+Quant à l'expérience dont parle cet ingénieux physicien, & qu'il regarde
+comme concluante pour le parti opposé; je me flatte qu'il changera de
+façon de penser à cet égard, lorsqu'il considérera que, comme une
+personne qui applique le fil-d'archal de la bouteille chargée à une
+liqueur spiritueuse échauffée dans une cuillier que tient une autre
+personne, toutes deux étant sur le plancher, en enflammera les esprits,
+& que cependant une pareille inflammation ne peut pas décider si
+l'accumulation étoit sur le verre ou dans le corps non-électrique; de
+même si l'on place une troisiéme personne sur un gâteau de cire entre
+les deux premières, qu'elle tienne d'une main un bassin dans lequel on
+verse l'eau de la bouteille, & qu'à l'instant de l'effusion elle
+présente un doigt de l'autre main à la liqueur spiritueuse; cette
+circonstance ne change rien du tout à l'état des choses, le filet d'eau
+tombant de la fiole, le côté du bassin, les bras & le corps de la
+personne placée sur le gâteau n'étant tous ensemble que comme un long
+fil-d'archal qui s'étend de la surface intérieure de la fiole à la
+liqueur spiritueuse.
+
+54. Voici de quelle manière se fait le tableau magique. Ayant un grand
+portrait avec un cadre & une glace, (supposez que ce soit celui du Roi)
+ôtez-en l'estampe, & coupez-en une bande à la distance d'environ deux
+pouces du cadre tout autour; quand la coupure prendroit sur le portrait
+il n'y auroit pas d'inconvénient. Avec de la colle légere ou de l'eau
+gommée, fixez sur le revers de la glace la bande du portrait séparée du
+reste, en la serrant & l'unissant bien: alors remplissez l'espace vuide
+en dorant la glace avec de l'or ou du cuivre en feuille: dorez
+pareillement le bord intérieur du derrière du cadre tout autour, excepté
+le haut, & établissez une communication entre cette dorure & la dorure
+du derrière de la glace: remettez la planche ou le carton sur la glace,
+& ce côté est fini. Retournez la glace, & dorez exactement le côté
+antérieur sur la dorure de derrière, & lorsqu'elle sera séche
+couvrez-la, en collant dessus le milieu de l'estampe qui avoit été
+séparé de la bande; observant de rapprocher les parties correspondantes
+de cette bande & du portrait; par ce moyen le portrait paroîtra tout
+d'une piéce comme auparavant; seulement une partie est derrière la glace
+& l'autre devant....... tenez le portrait horizontalement par le haut, &
+posez sur la tête du Roi une petite couronne dorée & mobile. Maintenant
+si le portrait est électrisé modérément, & qu'une autre personne
+empoigne le cadre d'une main, de sorte que ses doigts touchent la dorure
+postérieure, & que de l'autre main elle tâche d'enlever la couronne,
+elle recevra une commotion épouventable, & manquera son coup. Si le
+portrait étoit puissamment chargé, la conséquence pourroit bien en être
+aussi fatale[24] que celle du crime de haute trahison: car lorsque
+l'étincelle est tirée à travers une main de papier couchée sur le
+portrait par le moyen d'un fil-d'archal de communication; elle fait un
+trou à travers chaque feuillet, c'est-à-dire à travers 48. feuilles,
+(quoique l'on regarde une main de papier comme un bon plastron contre la
+pointe d'une épée; ou même contre une balle de pistolet,) & le
+craquement est excessivement fort. L'opérateur qui tient ce portrait par
+l'extrémité supérieure, où l'intérieur du cadre n'est pas doré, à
+dessein d'empêcher la chute du portrait, ne sent rien du coup, & peut
+toucher le visage du portrait sans aucun danger, ce qu'il donne comme un
+témoignage de sa fidélité..... Si plusieurs personnes en cercle
+reçoivent le choc, on appelle l'expérience _les conjurés_.
+
+[Note 24: Nous avons trouvé depuis qu'elle est fatale à de petits
+animaux, mais que l'action n'est pas assez violente pour en tuer de
+grands; le plus gros que nous ayons tué est une poule.]
+
+«Avec une glace de 1200. pouces quarrés étamée sur ses deux faces, j'ai
+plusieurs fois percé jusqu'à 160. feuilles de papier commun.»
+
+55. Sur le principe établi dans le §. 41. que les crochets des
+bouteilles différemment chargées attireront & repousseront différemment,
+on a fait une rouë électrique, qui tourne avec une force extraordinaire.
+Une petite fléche de bois élevée perpendiculairement passe à angles
+droits à travers une planche mince, & de figure ronde d'environ 12.
+pouces de diamétre, & tourne sur une pointe de fer fixée dans
+l'extrémité inférieure, tandis qu'un gros fil-d'archal dans la partie
+supérieure traversant un petit trou dans une feuille de cuivre,
+maintient la fléche dans sa situation perpendiculaire. Environ trente
+rayons d'égale longueur faits d'un carreau de vitre coupé en bandes
+étroites sortent horizontalement de la circonférence de la planche, les
+extrémités les plus éloignées du centre excédant les bords de la planche
+d'environ 4. pouces; sur l'extrémité de chacun est fixé un dé de cuivre.
+Maintenant si le fil-d'archal de la bouteille électrisée par la voye
+ordinaire est approché de la circonférence de cette rouë, il attirera le
+dé le plus proche, & mettra ainsi la rouë en mouvement. Ce dé dans le
+passage reçoit une étincelle, & dès-lors étant électrisé, il est
+repoussé & chassé en avant, tandis qu'un second étant attiré, approche
+du fil-d'archal, reçoit une étincelle, & est chassé après le premier, &
+ainsi de suite jusqu'à ce que la rouë ait achevé un tour: alors les dez
+déjà électrisés approchant du fil-d'archal, au lieu d'être attirés comme
+auparavant, sont au contraire repoussés, & le mouvement cesse à
+l'instant... mais si une autre bouteille qui a été chargée par les côtés
+est placée auprès de la même rouë, son fil-d'archal attirera le dé
+repoussé par le premier, & par là doublera la force qui fait tourner la
+rouë, en enlevant non-seulement le feu qui a été communiqué aux dez par
+la première bouteille; mais leur en dérobant même de leur quantité
+naturelle, au lieu d'être repoussés lorsqu'ils reviennent vers la
+première bouteille, ils sont plus fortement attirés; de sorte que la
+rouë accélère sa marche jusqu'à fournir avec une grande rapidité 12. ou
+15. tours dans une minute, & avec une telle force que le poids de cent
+rixdales dont nous la chargeâmes une fois, ne parut en aucune manière
+ralentir son mouvement..... C'est ce que l'on nomme une broche
+électrique; & si un gros oiseau étoit embroché à la fléche
+perpendiculaire, il tourneroit devant le feu avec un mouvement capable
+de le rôtir.
+
+«Au lieu de faire cette roue de bois, & d'y rapporter des rayons de
+verre, comme l'enseigne M. Franklin, j'ai imaginé qu'il étoit plus
+simple & plus commode de la faire d'une seule piéce de verre; j'ai
+choisi pour cela un carreau de verre de Bohême, le plus uni & le plus
+plane que j'ai pû trouver: je l'ai fait couper en plateau rond de 18.
+pouces de diamètre: j'ai collé sur chacune de ses surfaces une feuille
+de papier marbré en couleur de bois, qui n'approche pas de la
+circonférence du plateau plus près que de deux pouces: j'ai ensuite
+mastiqué sur son centre de chaque côté deux gros-fils-d'archal qui
+servent d'axe, dont l'un est terminé en pointe pour servir de pivot &
+pour tourner sur une petite crapaudine de cuivre, & l'autre plus long
+pour passer dans un trou rond pratiqué dans une traverse de bois. On
+pourroit faire l'axe tout d'une piéce en perçant la rouë au centre pour
+les recevoir. Cette roue étant ainsi mise à peu près en équilibre sur
+son axe, j'ai mastiqué sur ses bords 30. balles de cuivre creuses, à
+égales distance les unes des autres, & également éloignées du centre.
+L'on conçoit que cette roue est bien plus légère, & par conséquent plus
+mobile que celle de M. Franklin; aussi a-t-elle mieux réussi que celles
+qui ont été exécutées suivant sa méthode.»
+
+56. Mais cette roue, ainsi que celles qui sont poussées par le vent,
+l'eau ou les poids, reçoit son mouvement d'une force étrangère, à
+sçavoir celle des bouteilles. La roue qui tourne d'elle-même, quoique
+construite sur les mêmes principes, paroîtra encore plus surprenante;
+elle est faite d'un carreau de verre mince & rond de 17. pouces de
+diamètre, dorée en entier sur les deux côtés, excepté 2. pouces vers le
+bord. On arrête alors deux petites hémisphères de bois avec du mastic au
+milieu des côtés supérieur & inférieur opposés à leur centre, & sur
+chacune une forte verge de fil-d'archal longue de 8. ou 10. pouces qui
+font ensemble l'axe de la roue. Elle tourne horizontalement sur une
+pointe à l'extrémité inférieure de son axe, qui pose sur un morceau de
+cuivre cimenté dans une salière de verre. La partie supérieure de son
+axe traverse un trou fait dans une lame de cuivre cimentée à un fort &
+long morceau de verre qui le tient éloigné de 5. ou 6. pouces de tout
+corps non-électrique; & l'on place à son sommet une petite boule de cire
+ou de métal pour conserver le feu. Dans un cercle sur la table qui
+soutient la roue sont fixés douze petits pilliers de verre à la distance
+d'environ 4. pouces, avec un dé sur le sommet de chaque pillier. Sur le
+bord de la roue est une balle de plomb communiquant par un fil-d'archal
+avec la dorure de la surface supérieure de la roue; & à 6. pouces
+environ est une autre balle communiquant de la même manière avec la
+surface inférieure. Lorsque l'on veut charger la roue par sa surface
+supérieure, il faut établir une communication de la surface inférieure à
+la table. Lorsqu'elle est bien chargée, elle commence à s'ébranler; la
+balle la plus proche d'un pillier s'avance vers le dé qui est sur ce
+pillier, l'électrise en passant, & dès-lors est forcée de s'en éloigner;
+la balle suivante qui communique avec l'autre surface du verre, attire
+plus fortement ce dé, par la raison que le dé a été électrisé auparavant
+par l'autre balle, & ainsi la roue augmente son mouvement jusqu'à ce
+qu'il vienne au point d'être réglé par la résistance de l'air. Elle
+tournera une demi-heure, & fera l'un portant l'autre vingt tours dans
+une minute, ce qui fait 600. tours dans une demi-heure. La balle de la
+surface supérieure donnant à chaque tour 12. étincelles aux dez, ce qui
+fait 7200. étincelles, & la balle de la surface inférieure en recevant
+autant des mêmes dez; ces balles parcourent dans ce tems près de 2500.
+pieds.... les dez sont bien attachés, & dans un cercle si exact, que les
+balles peuvent passer à une très-petite distance de chacun d'eux.... Si
+au lieu de deux balles vous en mettez huit, quatre communiquant avec la
+surface supérieure & quatre avec la surface inférieure, placées
+alternativement; lesquelles huit étant environ à six pouces de distance,
+complettent la circonférence, la force & la vitesse seront de beaucoup
+augmentées, la roue faisant cinquante tours dans une minute, mais elle
+ne continuera pas à tourner si long-tems...... On pourroit peut-être
+appliquer ces roues à la sonnerie d'un petit carillon[25], & faire par
+leur moyen mouvoir de petits planétaires fort légers.
+
+[Note 25: On l'a exécuté depuis.]
+
+57. Courbez un fil-d'archal circulairement avec un tenon à chaque
+extrémité; appuyez-en une extrémité contre la surface inférieure de la
+roue, & amenez l'autre extremité à la surface supérieure, il en
+résultera un craquement terrible, & la force sera déchargée.
+
+58. Chaque étincelle ainsi tirée de la surface de la roue fait un trou
+rond dans la dorure, perçant, lorsqu'elle sort, une partie de cette
+dorure, ce qui montre que le feu n'est pas accumulé sur la dorure, mais
+qu'il est contenu dans le verre même.
+
+59. La dorure étant vernissée avec un vernis à la térébentine, le
+vernis, quoique dur & sec, est brûlé par l'étincelle que l'on tire au
+travers, & répand une odeur forte, & une fumée visible. Lorsque
+l'étincelle est tirée à travers le papier, tout autour du trou qu'elle a
+fait, le papier se trouve noirci par la fumée, qui quelquefois même
+pénètre plusieurs feuilles. On trouve aussi une partie de la dorure
+emportée, après avoir été poussée avec force dans le trou fait au papier
+par le coup.
+
+60. On remarque avec étonnement la quantité de feu électrique qui peut
+résider dans la plus petite portion de verre. Une bouteille de verre des
+plus minces d'environ un pouce de diamètre, pésant seulement six grains,
+à demi-pleine d'eau, en partie dorée sur le dehors, & garnie d'un
+crochet de fil-d'archal, donne, lorsqu'elle est électrisée, un aussi
+grand coup qu'un homme puisse le supporter. Comme le verre a le plus
+d'épaisseur vers l'orifice, je présume que la moitié inférieure, qui
+étant dorée, a été électrisée, & a donné le coup, n'excède pas 2.
+grains; car il paroît, lorsqu'elle est rompue, qu'elle est beaucoup plus
+mince que la moitié supérieure. Si une de ces bouteilles minces est
+électrisée par le côté, & que l'étincelle soit tirée à travers la
+dorure, le verre sera brisé au dedans en même temps que la dorure le
+sera au dehors.
+
+61. En supposant (pour les raisons ci-dessus alléguées §. 42. 43. 44.)
+qu'il n'y a pas plus de feu électrique dans la bouteille après sa charge
+qu'auparavant, combien grande ne doit pas être la quantité de feu dans
+cette petite portion de verre? On seroit tenté de croire qu'il fait
+partie de sa nature & de son essence; peut-être que si la quantité
+requise de feu électrique retenue par le verre avec tant d'opiniâtreté,
+en étoit séparée, il cesseroit d'être verre. Il pourroit bien perdre sa
+transparence, ou son éclat, ou son élasticité.... Il n'est pas
+incroyable que l'on puisse trouver dans la suite des expériences qui
+conduiront à cette découverte.
+
+«Pour peu que l'on force l'électricité en chargeant une bouteille de
+verre mince, il s'y fait à l'endroit le plus foible un petit trou
+ordinairement de figure ronde & sans félure; après cette explosion la
+bouteille est déchargée, & le petit trou paroît assez souvent bordé d'un
+petit cercle blanchâtre, plus ou moins large, dont le verre a perdu sa
+transparence, & semble brûlé par l'étincelle qui l'a pénétré. Si cette
+explosion se faisoit dans la main, le trou se trouveroit vis-à-vis d'un
+des doigts, & l'on y sentiroit une piqûre très douloureuse, sans pour
+cela recevoir la commotion proprement dite.»
+
+62. Nous sommes surpris de lire dans le livre de M. _Watson_ qu'un choc
+ait été communiqué à travers un grand espace de terre séche, & nous
+soupçonnons qu'il devoit y avoir quelque qualité métallique dans le
+gravier de cette terre, ayant trouvé que la simple terre séche pressée
+dans un tube de verre ouvert par les deux bouts, & un crochet de
+fil-d'archal inséré dans la terre à chaque extrémité, la terre & les
+fils-d'archal faisant partie d'un cercle, ne conduisoient pas le moindre
+choc sensible; & qu'en effet, lorsqu'un des fils-d'archal avoit été
+électrisé, l'autre donnoit à peine quelques signes de sa connéxion avec
+le premier..... & même une ficelle bien humide manque quelquefois de
+conduire un choc, quoique d'ailleurs elle conduise parfaitement bien
+l'électricité. Un morceau de glace sec, ou une chandelle de glace[26],
+que l'on tient entre deux bouteilles dans un cercle, empêche
+semblablement le choc, ce que l'on ne devroit pas attendre, puisque
+l'eau le conduit avec tant de perfection.... La dorure sur un livre
+neuf, qui d'abord conduit le choc avec beaucoup de régularité, le manque
+après 10. ou 12. expériences[27], quoiqu'elle paroisse toujours la même
+à tous égards; c'est de quoi nous ne sçaurions rendre raison.[28]
+
+[Note 26: C'est le nom que l'on donne aux glaçons qui pendent aux
+goutières en forme de stalactites pendant l'hyver, lorsque l'eau s'y
+gèle en coulant goute à goute.]
+
+[Note 27: C'étoit avec une petite bouteille; nous avons trouvé depuis
+qu'elle manque également avec un grand verre.]
+
+[Note 28: On verra dans la suite que l'Auteur, après de nouvelles
+observations, en donne une raison très satisfaisante.]
+
+63. Il y a encore une expérience qui nous a étonnés, & que jusqu'ici on
+n'a pas expliquée d'une maniere satisfaisante; la voici. Placez un
+boulet de fer sur un verre, & qu'une balle de liége humide, suspendue
+par un fil de soye, vienne toucher le boulet: prenez une bouteille dans
+chaque main, l'une électrisée par le _crochet_ & l'autre par le _côté_:
+appliquez le fil-d'archal _donnant_ au boulet qu'il électrisera
+positivement, & le liége sera répoussé. Ensuite appliquez le
+fil-d'archal _recevant_, qui tirera l'étincelle donnée par l'autre;
+alors le liége retournera au boulet: appliquez-le même une seconde fois
+& tirez une autre étincelle; alors le boulet sera électrisé
+négativement, & le liége dans ce cas sera repoussé comme auparavant;
+appliquez encore le fil-d'archal _donnant_ au boulet, pour lui rendre
+l'étincelle dont il a été privé, & la balle de liége retournera;
+donnez-lui en une autre, qui sera une addition à sa quantité naturelle,
+& le liége sera repoussé une seconde fois.
+
+L'expérience peut être répétée de la sorte aussi long-tems qu'il y a
+quelque charge dans les bouteilles. D'où il résulte que les corps qui
+ont moins que la quantité commune d'électricité, se repoussent l'un
+l'autre, aussi bien que ceux qui en ont plus.
+
+Étant un peu mortifiés de n'avoir pû jusqu'ici rien produire par nos
+expériences pour l'utilité du genre humain, & entrant dans la saison des
+grandes chaleurs, pendant lesquelles les expériences électriques sont
+moins agréables, nous avons pris la résolution de les terminer pour
+cette saison un peu gayement par une partie de plaisir sur les bords de
+la Skuylkill[29]. Nous nous proposons d'allumer les esprits des deux
+côtés en même-tems, en envoyant une étincelle de l'un à l'autre rivage à
+travers la rivière sans autre conducteur que l'eau, expérience que nous
+avons exécutée depuis peu au grand étonnement de plusieurs spectateurs.
+Nous tuerons un dindon pour notre dîner par le choc électrique, il sera
+rôti à la broche électrique devant un feu allumé avec la bouteille
+électrisée, & nous boirons les santés de tous les fameux Électriciens
+d'Angleterre, de Hollande, de France & d'Allemagne dans des tasses
+électrisées[30], au bruit de l'artillerie d'une batterie électrique.
+
+_29. Avril 1749._
+
+[Note 29: Rivière qui baigne un côté de Philadelphie, comme le Delaware
+baigne l'autre côté. Les bords de ces deux rivières sont ornés des
+maisons de campagne des bourgeois, & des charmantes demeures des
+principaux habitans de cette colonie.]
+
+[Note 30: Une tasse électrisée est un petit vase de verre fin, presque
+rempli de vin, & électrisé comme la bouteille. Cette tasse étant portée
+adroitement aux lèvres, donne un coup, si le bord de la lèvre est rasé
+de près, & si l'on ne respire pas sur la liqueur.]
+
+
+SUITE
+
+_Des opinions & des conjectures sur les propriétés & sur les effets de
+la matière électrique._
+
+64. Il est dit dans le §. 8. que toutes les espèces de matière commune
+sont supposées ne pas attirer le fluide électrique avec une égale
+activité, & que les corps appellés originairement électriques comme le
+verre, &c. l'attirent & le retiennent avec plus de force, & en
+contiennent la plus grande quantité.
+
+Cette dernière thèse pourroit avoir l'air d'un paradoxe pour quelques
+personnes étant contraire à l'opinion dominante; c'est pourquoi je vais
+faire ensorte de l'expliquer.
+
+65. Pour le faire avec ordre, il faut d'abord considérer que nous ne
+pouvons par aucun moyen connu jusqu'à présent faire passer le fluide
+électrique au travers du verre. Je n'ignore pas que le sentiment commun
+est qu'il traverse aisément le verre, & qu'on allégue en preuve
+l'expérience d'une plume suspenduë par un fil dans une bouteille scellée
+hermétiquement, & qu'on la met en mouvement en approchant un tube frotté
+de la surface extérieure de la bouteille; mais si le fluide électrique
+traverse si aisément le verre, comment la fiole devient-elle chargée
+(pour me servir de l'expression usitée,) lorsque nous la tenons dans nos
+mains? Le feu poussé dans la bouteille par le fil-d'archal ne la
+traverseroit-il pas pour venir jusqu'à nos mains, & pour s'échapper
+ainsi sur le plancher? En ce cas la bouteille ne demeureroit-elle pas
+toujours dans le même état, c'est-à-dire sans être chargée, comme nous
+sçavons que demeureroit une bouteille de métal qu'on essayeroit de
+charger de la sorte? Assurément s'il y a la moindre fêlure, la plus
+petite solution de continuité dans le verre, quoiqu'il reste si serré
+que rien autre chose que nous sçachions n'y puisse passer; cependant le
+fluide électrique, à cause de son extrême subtilité, volera à travers
+cette fêlure avec la plus grande liberté; & nous sommes sûrs qu'une
+telle bouteille ne peut jamais être chargée. Quelle est donc la
+différence entre cette bouteille & une autre bien saine, si ce n'est que
+le fluide peut traverser l'une, & ne sçauroit traverser l'autre?[31]
+
+[Note 31: Voyez les §. 35-50.]
+
+66. Il est vrai qu'il y a une expérience, qui à la première vûe, seroit
+capable de persuader à un observateur superficiel que le feu poussé dans
+la bouteille par le fil-d'archal, passe réellement à travers la
+substance du verre. La voici: placez la bouteille sur un verre sous le
+premier conducteur: suspendez un boulet par une chaîne depuis le premier
+conducteur jusqu'à ce qu'il soit à un quart ou à un demi-pouce au-dessus
+du fil-d'archal de la bouteille: mettez le revers du doigt précisément à
+la même distance du côté de la bouteille que celle du boulet à son
+fil-d'archal: maintenant faites tourner le globe, & vous verrez une
+étincelle frapper du boulet au fil-d'archal de la bouteille, & au même
+instant vous verrez & sentirez une étincelle exactement égale frapper du
+côté de la bouteille sur votre doigt, & ainsi de suite étincelle pour
+étincelle. Il sembleroit que la totalité reçûe par la bouteille en a été
+déchargée une seconde fois, & cependant par ce moyen la bouteille est
+chargée,[32] & par conséquent le feu qui abandonne ainsi la bouteille,
+quoique dans la même quantité, ne sçauroit être le même feu qui est
+entré par le fil-d'archal, car si c'étoit le même, la bouteille
+resteroit sans être chargée.
+
+[Note 32: Voyez le §. 54.]
+
+67. Si le feu qui abandonne ainsi la bouteille n'est pas le même que
+celui qui est poussé à travers le fil-d'archal, ce doit être le feu qui
+résidoit dans la bouteille (c'est-à-dire dans le verre de la bouteille)
+avant le commencement de l'opération.
+
+68. Si cela est ainsi, il doit y en avoir une grande quantité dans le
+verre, parce qu'une grande quantité est déchargée de la sorte même d'un
+verre très mince.
+
+69. Que ce fluide ou feu électrique soit fortement attiré par le verre,
+nous le reconnoissons à la rapidité & à la violence avec lesquelles il
+est repris par la partie qui en a été privée, dès qu'elle en trouve la
+facilité, & il suit de là que d'une masse de verre nous ne pouvons tirer
+une quantité de feu électrique, ou électriser _moins_ la masse totale,
+comme nous pouvons le faire à l'égard d'une masse de métal; nous ne
+pouvons diminuer ni augmenter sa quantité totale, car il tient bien la
+quantité qu'il a, & il en a autant qu'il en peut tenir; ses pores en
+sont gorgés aussi pleinement que la répulsion mutuelle des particules le
+peut comporter; & ce qui est déjà dedans, refuse ou repousse fortement
+toute quantité surnuméraire. Nous n'avons qu'un seul moyen de mettre en
+mouvement le fluide électrique dans le verre, qui est de couvrir une des
+deux surfaces d'un verre mince avec des corps non-électriques, & de
+pousser sur une surface une quantité surnuméraire de ce fluide, qui se
+répandant sur le corps non-électrique, & étant limitée par lui à cette
+surface, agit par sa force répulsive sur les particules du fluide
+électrique contenu dans l'autre surface, & les chasse du verre dans le
+corps non électrique sur ce côté, d'où elles sont déchargées, & alors
+ces parties ajoutées sur le côté chargé peuvent y entrer; mais après
+cette opération il n'y en a dans le verre ni plus ni moins
+qu'auparavant, en ayant laissé échapper précisément autant de dessus un
+côté qu'il en a reçu sur l'autre.
+
+70. Ici les expressions me manquent, & je doute beaucoup si je pourrai
+rendre cette partie de mon ouvrage intelligible. Par ce mot _surface_
+dans le cas présent, je n'entens pas simplement longueur & largeur sans
+épaisseur; mais lorsque je parle de la surface supérieure ou inférieure
+d'un morceau de verre, de la surface extérieure ou intérieure de la
+bouteille, j'entens longueur, largeur, & moitié de l'épaisseur; & je
+demande la grace d'être entendu en ce sens. Maintenant je suppose que le
+verre dans ses premiers principes & dans la fournaise n'a pas plus de ce
+fluide électrique que toute autre matière commune; que lorsqu'il est
+soufflé, qu'il se refroidit, & que les particules de feu commun
+l'abandonnent, ses pores deviennent un vuide. Que les parties
+composantes du verre soient extrêmement petites & déliées, je le
+conjecture de ce que ses parties brisées ne sont jamais raboteuses, mais
+toujours lisses & polies; & de la ténuité de ses particules, j'infére
+que les pores entr'elles sont excessivement petits; de là vient que
+l'eau forte, ni aucun autre menstruë connu n'y peut entrer pour les
+séparer, & en dissoudre la substance; nous ne connoissons même aucun
+fluide assez délié pour les pénétrer, excepté le feu commun & le fluide
+électrique. Maintenant le feu par sa retraite laissant un vuide, comme
+il a été dit ci dessus, entre ces pores que l'air ou l'eau ne sont pas
+assez fins pour pénétrer, ni remplir, le fluide électrique y est attiré,
+car il est toujours prêt dans ce que nous appellons les corps
+non-électriques & dans les mixtions non-électriques qui sont dans l'air;
+cependant il ne se fixe point avec la substance du verre, mais il y
+séjourne comme l'eau dans une pierre poreuse, retenu seulement par
+l'attraction des parties fixées, restant toujours fluide & sans
+adhérence; mais je suppose de plus que dans le refroidissement du verre,
+son tissu devient plus serré au milieu, & forme une espèce de séparation
+dans laquelle les pores sont si étroits que les particules du fluide
+électrique qui entrent dans les deux surfaces en même tems, ne peuvent
+les traverser, ou passer & repasser d'une surface à l'autre, & ainsi se
+mêler ensemble. Néanmoins quoique les particules du fluide électrique,
+imbibé par chaque surface, ne puissent d'elles-mêmes passer à travers
+pour se joindre à celles de l'autre, leur répulsion le peut faire, & par
+ce moyen elles agissent l'une sur l'autre. Les particules du fluide
+électrique ont une mutuelle répulsion, mais par le pouvoir d'attraction
+dans le verre, elles sont condensées, ou plus rapprochées l'une de
+l'autre. Lorsque le verre a reçu, & que par son attraction il a condensé
+autant de ce fluide électrique, que la force d'attraction & de
+condensation dans l'une est égale à la force d'expension dans l'autre,
+il ne peut plus s'en imbiber, & cela reste constamment sa quantité
+totale. Mais chaque surface en recevroit plus, si la répulsion de ce qui
+est dans la surface opposée ne résistoit à son entrée. Les quantités de
+ce fluide dans chaque surface étant égales, leur action répulsive l'une
+sur l'autre est égale, & par conséquent celles d'une surface ne
+sçauroient chasser celles de l'autre.
+
+Mais si l'on en pousse dans une surface une quantité plus grande que le
+verre n'en tireroit naturellement, elle augmente le pouvoir répulsif de
+ce côté, & surmontant l'attraction de l'autre, elle chasse la partie du
+fluide qui a été imbibée par cette surface, s'il se trouve un corps
+non-électrique prêt à la recevoir, ce qui arrive dans tous les cas où le
+verre est électrisé pour donner un choc. La surface qui a été ainsi
+vuidée, pour avoir chassé son fluide électrique, en reprend avec
+violence une quantité égale aussitôt que le verre trouve l'occasion de
+décharger cette quantité excédente au-delà de ce qu'il peut retenir par
+l'attraction dans son autre surface, dont la répulsion additionnelle a
+occasionné le vuide; car les expériences favorisant, je dirois presque
+confirmant cette hipothèse, je dois, pour éviter les répétitions, vous
+prier de revoir ce qui a déjà été dit de la fiole électrique dans mes
+précédentes lettres.
+
+71. Voyons maintenant l'usage que nous en pouvons faire pour expliquer
+plusieurs autres phénomènes..... Le verre qui est un corps extrêmement
+élastique, (& peut-être qu'il doit son élasticité jusqu'à un certain
+point à la grande quantité de ce fluide répulsif qu'il renferme dans ses
+pores,) le verre doit, lorsqu'il est frotté, avoir sa surface frottée un
+peu élargie, ou ses parties solides un peu écartées, de sorte que les
+interstices dans lesquels réside le fluide électrique, deviennent plus
+larges, laissant de la place pour une plus grande quantité de ce fluide,
+lequel y est immédiatement attiré du coussin, ou de la main frottante
+qui se refournissent toujours au magazin commun; mais aussitôt que les
+parties du verre ainsi ouvert & rempli ont essuyé le frottement, elles
+se referment, & obligent la quantité surnuméraire de sortir sur la
+surface où elle doit rester jusqu'à ce que ces parties retournent au
+coussin, à moins que quelques corps non-électriques, comme le premier
+conducteur, ne se présente d'abord pour les recevoir.[33]
+
+[Note 33: Dans l'obscurité on peut voir le fluide électrique sur le
+coussin en deux demi cercles ou croissans, l'un sur le devant, l'autre
+sur le derrière, précisément dans l'endroit où le globe & le coussin se
+séparent. Dans le croissant antérieur le feu passe du coussin dans le
+verre: dans l'autre il quitte le verre & retourne dans la partie
+postérieure du coussin. Quand on applique le premier conducteur pour
+tirer le feu du verre, le croissant de derrière disparoît.]
+
+Mais si la partie intérieure du globe est doublée d'un corps
+non-électrique, la répulsion additionnelle du fluide électrique ainsi
+rassemblé par le frottement sur la partie frottée de la surface
+extérieure du globe, chasse une égale quantité de la surface intérieure
+dans cette doublure non-électrique, qui la reçoit, & l'entraîne de la
+partie frottée dans la masse commune à travers l'axe du globe & le cadre
+de la machine; le fluide électrique nouvellement ramassé peut entrer &
+demeurer dans la surface extérieure, & le premier conducteur n'en
+recevra rien ou en recevra fort peu. Lorsque cette partie chargée du
+globe en tournant revient au coussin, la surface extérieure dépose son
+feu excédant dans le coussin, la surface intérieure opposée en recevant
+en même tems une quantité égale du plancher. Il n'y a point
+d'Électricien qui ne sçache qu'un globe mouillé intérieurement ne rend
+que peu ou point de feu, mais jusqu'ici on n'a pas essayé d'en donner la
+raison, ou du moins je l'ignore.
+
+72. Si donc un tube doublé d'un corps non-électrique[34] est frotté, il
+ne rend que peu ou point de feu, ce qui est rassemblé de la main dans le
+coup qui se donne en frottant de haut en bas, entrant dans les pores du
+verre, & en chassant une égale quantité de la surface intérieure dans la
+doublure non-électrique; la main en repassant du bas en haut pour donner
+un second coup, rechasse ce qui a été poussé dans la surface extérieure,
+& alors la surface intérieure reçoit une seconde fois ce qu'elle a donné
+à la doublure non-électrique. Ainsi les parties de fluide électrique
+appartenant à la surface intérieure, pénètrent & ressortent de leurs
+pores à chaque coup donné au tube. Mettez un fil-d'archal dans le tube,
+l'extrémité intérieure en contact avec la doublure non-électrique, il
+représentera la bouteille de _Leyde_. Qu'une seconde personne touche le
+fil-d'archal tandis que vous frottez, & le feu chassé de la surface
+intérieure, lorsque vous donnez le coup, passera à travers la personne
+dans la masse commune; ensuite il reviendra au travers de la personne
+lorsque la surface intérieure reprendra sa quantité. Par conséquent
+cette nouvelle espèce de bouteille ne sçauroit être chargée de la sorte;
+mais elle peut l'être ainsi: après chaque coup, avant que vous passiez
+la main pour en donner un autre, faites appliquer le doigt de la seconde
+personne au fil-d'archal, & prendre l'étincelle, ensuite retirer son
+doigt, & ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle ait tiré un nombre
+d'étincelles; de cette façon la surface intérieure sera épuisée & la
+surface extérieure sera chargée; alors enveloppez ferme une feuille de
+papier doré autour de la surface extérieure, & l'empoignant avec la
+main, vous pourrez recevoir un coup par l'application du doigt de
+l'autre main au fil-d'archal; car alors les pores vuides dans la surface
+intérieure reprennent leur quantité, & les pores surchargés dans la
+surface extérieure déchargent leur surplus, l'équilibre étant rétabli à
+travers votre corps, lequel ne le seroit pas à travers la substance du
+verre.[35]
+
+[Note 34: Le papier doré, dont on présente la dorure au verre, fait fort
+bien.]
+
+[Note 35: Voyez les nouvelles expériences §. 49.]
+
+Si le tube est épuisé d'air, une doublure non-électrique en contact avec
+le fil d'archal n'est pas nécessaire, car dans le _vuide_ le feu
+électrique volera librement de la surface intérieure sans avoir besoin
+d'un conducteur non électrique. Mais l'air résiste à son mouvement, car
+étant lui-même un corps originairement électrique, il ne l'attire point,
+ayant déjà sa quantité suffisante. Ainsi l'air ne tire jamais une
+atmosphère électrique d'aucun corps qu'à proportion des particules
+non-électriques qui se trouvent mêlées avec lui; il conserve plutôt &
+resserre une atmosphère qui par la répulsion mutuelle de ses parties
+tend à se dissiper, & se dissiperoit immédiatement dans le _vuide_.....
+Ainsi voilà l'explication de la plume enfermée dans un vaisseau de verre
+scellé hermétiquement, & qui se meut à l'approche du tube frotté.
+Lorsqu'une quantité surnuméraire du fluide électrique est appliquée au
+côté du vase par l'atmosphère du tube, une quantité est repoussée &
+chassée de la surface intérieure de ce côté dans le vase, & y affecte la
+plume, retournant ensuite dans ses pores, lorsque le tube avec son
+atmosphère est retiré; mais les particules de cette atmosphère ne
+passent point elles-mêmes au travers du verre à la plume..... tous les
+autres phénomènes qui se sont présentés à nous, & qui concernent le
+verre & l'électricité sont, si je ne me trompe, expliqués avec une égale
+facilité par la même hypothèse; elle peut bien néanmoins n'être pas
+vraye, & je serai fort obligé à quiconque m'en fournira une meilleure.
+
+73. Ainsi je prétens que la différence entre les corps non-électriques &
+le verre, qui est un corps originairement électrique, consiste en ces
+deux particularités; la première que le corps non-électrique souffre
+sans peine un changement dans la quantité du fluide électrique qu'il
+contient. Vous pouvez diminuer sa quantité totale, en en chassant une
+partie que le corps entier reprendra; mais quant au verre, tout ce que
+vous pouvez faire, c'est de diminuer la quantité contenuë dans une de
+ses surfaces, encore n'en viendrez-vous à bout qu'en fournissant en même
+tems une quantité égale, à l'autre surface, de sorte que le verre entier
+puisse avoir la même quantité dans les deux surfaces, leurs deux
+quantités différentes étant ajoutées ensemble, ce qui ne peut même
+s'exécuter que dans un verre fort mince; nous ne connoissons jusqu'ici
+aucun moyen d'opérer ce changement au-delà d'une certaine épaisseur.
+
+La seconde que le feu électrique se transporte aisément d'un endroit à
+un autre, dans & à travers la substance d'un corps non-électrique, mais
+non à travers la substance du verre. Si vous en présentez une quantité à
+l'extrémité d'une longue baguette de métal, elle la reçoit, &
+lorsqu'elle y entre, chaque particule qui étoit auparavant dans la
+baguette pousse vivement sa voisine à l'extrémité la plus éloignée où le
+surplus est déchargé, & cela dans un instant lorsque la baguette fait
+partie du cercle dans l'expérience du choc; mais le verre à cause de la
+petitesse de ses pores ou de l'attraction plus forte de ce qu'il
+contient ne se prête pas à un mouvement si libre. Une baguette de verre
+ne conduira pas un choc, & le verre le plus mince ne laissera entrer
+aucune particule dans aucune de ses surfaces pour traverser de l'une à
+l'autre.
+
+74. De là nous voyons l'impossibilité du succès dans les expériences
+proposées, de tirer les _effluves_ salutaires d'un corps non-électrique,
+de la canelle par exemple, & de les mêler avec le fluide électrique pour
+les faire passer avec lui dans le corps, en l'enfermant dans le tube, &
+le soumettant au frottement, &c. Car quoique les effluves de la canelle
+& le fluide électrique fussent mêlés dans le globe, ils ne sortiroient
+jamais ensemble à travers les pores du verre, & ainsi n'iroient point au
+premier conducteur; car le fluide électrique lui-même ne sçauroit passer
+au travers, & le premier conducteur est toujours fourni par le coussin,
+& celui-ci par le plancher; & d'ailleurs lorsque le globe est rempli de
+canelle ou d'un autre corps non-électrique, le fluide électrique ne peut
+être tiré de la surface extérieure par la raison ci-dessus énoncée. J'ai
+essayé un autre moyen que je croyois plus efficace pour obtenir un
+mêlange de fluide électrique & d'autres effluves, si un tel mélange eût
+été possible.
+
+Je plaçai une lame de verre sous mon coussin pour couper la
+communication entre le coussin & le plancher; alors je conduisis une
+petite chaîne du coussin dans un vase d'huile de térébentine, & j'amenai
+une autre chaîne de l'huile de térébentine au plancher, prenant garde
+que la chaîne du coussin au verre ne touchât aucune partie du cadre de
+la machine; une autre chaîne fut attachée au premier conducteur, & tenue
+dans la main d'une personne qui devoit être électrisée. Les extrémités
+des deux chaînes dans le verre étoient environ à un pouce de distance
+l'une de l'autre, l'huile de térébentine entre deux. Les choses ainsi
+disposées, je ne pus tirer le feu du plancher à travers la machine, la
+communication étant interceptée par l'épaisseur de la lame de verre sous
+le coussin; il fallut donc le tirer à travers les chaînes, dont les
+extrémités étoient enfoncées dans l'huile de térébentine; & comme cette
+huile étant un corps originairement électrique, ne pouvoit conduire ce
+qui sortoit du plancher, il étoit donc obligé de sauter de l'extrémité
+d'une chaîne à l'extrémité de l'autre à travers la substance de cette
+huile, ce que nous voyions dans de grandes étincelles; ainsi le feu
+électrique eut une belle occasion de saisir quelques-unes des particules
+les plus déliées de l'huile dans son passage, & de les entraîner avec
+lui; mais cet effet ne s'ensuivit pas, & je n'apperçus pas la moindre
+différence entre l'odeur de ces écoulemens électriques ainsi rassemblés,
+& celle qu'ils ont lorsqu'ils sont rassemblés d'une autre manière, & ils
+n'affectent pas autrement le corps d'une personne électrisée.
+
+Je mis pareillement dans une fiole au lieu d'eau une liqueur fortement
+purgative, & alors je chargeai la fiole, & j'en tirai des coups à
+plusieurs reprises. Dans ce cas il falloit que chaque particule de
+fluide électrique, avant que de traverser mon corps, eût premièrement
+traversé la liqueur, lorsque la fiole se chargeoit, & qu'elle la
+traversât de nouveau lorsque la fiole se déchargeoit, & cependant il ne
+s'ensuivit pas d'autre effet que si la fiole eût été chargée avec de
+l'eau. J'ai aussi senti le feu électrique lorsqu'il avoit traversé l'or,
+l'argent, le cuivre, le plomb, le fer, le bois & le corps humain, sans y
+appercevoir aucune différence: l'odeur est toujours la même lorsque
+l'étincelle ne brûle pas ce qu'elle frappe, c'est pourquoi j'imagine
+qu'elle ne prend son odeur d'aucune qualité des corps qu'elle traverse,
+& en effet comme cette odeur abandonne si rapidement la matière
+électrique & s'attache au revers du doigt qui reçoit les étincelles,
+ainsi qu'aux autres choses, je soupçonne qu'elle n'a aucune connexion
+avec elle, mais qu'elle se forme sur le champ de quelque chose dans
+l'air, que l'air même pousse sur elle; car si elle étoit assez déliée
+pour passer avec le fluide électrique à travers le corps d'une personne,
+pourquoi s'arrêteroit-elle sur la peau d'une autre?
+
+Mais je n'aurois jamais fait, si je vous entretenois de toutes mes
+conjectures, pensées & imaginations sur la nature & sur les opérations
+de ce fluide électrique, & si je vous rapportois les diverses petites
+expériences que nous avons essayées. Cet écrit n'est déjà que trop long;
+je vous en demande pardon; je n'ai pas eu le tems de le faire plus
+court. J'ajouterai seulement que, comme il a été observé ici que l'on
+peut enflammer en été les esprits par le moyen d'une étincelle
+électrique sans les avoir chauffés, lorsque le thermomètre de
+_Farhenheit_ est au-dessus de 70. Ainsi lorsqu'il fait plus froid, si
+l'opérateur met une petite bouteille platte dans son sein ou dans son
+gousset avec la cuillier quelque tems avant d'en faire usage, la chaleur
+de son corps leur en communiquera une plus que suffisante pour le
+dessein qu'il se propose.
+
+«L'imperméabilité du verre étant contestée par M. L. N. Lettre IV. il
+seroit dans l'ordre de rapporter ici les réponses que lui a faites Mr.
+David Colden. Mais comme les remarques de ce dernier embrassent
+plusieurs objets qu'il eût été embarrassant de séparer, pour les mettre
+chacun à sa place, il a paru plus convenable de les laisser comme il les
+a écrites sous le titre de Lettre XIV.»
+
+
+
+
+_LETTRE VI._
+
+
+_1er. Septembre 1747._
+
+MONSIEUR,
+
+Je vous ai appris dans ma derniere lettre qu'en continuant nos
+recherches électriques, nous avions observé quelques Phénomènes
+singuliers que nous avons regardé comme nouveaux; je me suis engagé à
+vous en rendre compte, quoique j'appréhende qu'ils n'ayent pas pour vous
+le mérite de la nouveauté. Tant de personnes ont travaillé en Europe sur
+les expériences électriques, que quelqu'un se sera probablement
+rencontré avec nous sur les mêmes observations.
+
+Le premier Phénomène est l'étonnant effet des corps pointus tant pour
+tirer que pour pousser le feu électrique. Par exemple.
+
+75. Placez un boulet de fer de trois ou quatre pouces de diamètre sur
+l'orifice d'une bouteille de verre bien nette & bien séche: par un fil
+de soye attaché au plat-fond précisément au-dessus de l'orifice de la
+bouteille, suspendez une petite boule de liége environ de la grosseur
+d'une balle de mousquet: que le fil soit de longueur convenable pour que
+la boule de liége vienne s'arrêter à côté du boulet; électrisez le
+boulet, & le liége sera repoussé à la distance de 4. ou 5. pouces plus
+ou moins, suivant la quantité d'électricité...... Dans cet état si vous
+présentez au boulet la pointe d'un poinçon long & délié à 6. ou 8.
+pouces de distance, la répulsion sera détruite sur le champ, & le liége
+volera vers le boulet. Pour qu'un corps émoussé produise le même effet,
+il faut qu'il soit approché à un pouce de distance, & qu'il tire une
+étincelle. Afin de prouver que le feu électrique est _tiré_ par la
+pointe, si vous ôtez de son manche le côté applati du poinçon, & que
+vous le fixiez sur un bâton de cire à cacheter, vous présenterez en vain
+le poinçon à la même distance, ou l'approcherez encore de plus près, le
+même effet n'en résultera point; mais glissez le doigt le long de la
+cire, jusqu'à ce que vous touchiez le côté applati, le liége alors
+volera sur le champ vers le boulet..... Si vous présentez cette pointe
+dans l'obscurité, vous y verrez quelquefois à un pied de distance &
+plus, une lumière brillante, semblable à un feu follet, ou à un ver
+luisant.[36] Moins la pointe est aiguë, plus il faut l'approcher pour
+appercevoir la lumière, & à quelque distance que vous voyiez la lumière,
+vous pouvez _tirer_ le feu électrique, & détruire la répulsion.... Si
+une boule de liége ainsi suspenduë est repoussée par le tube, & que la
+pointe lui soit brusquement présentée, même à une distance considérable,
+vous serez étonné de voir avec quelle rapidité le liége revole vers le
+tube. Des pointes de bois feroient le même effet que celles de fer,
+pourvû que le bois ne fût pas sec; car un bois parfaitement sec n'est
+pas meilleur conducteur d'électricité que la cire d'Espagne.
+
+[Note 36: Quand l'Électricité est forte & la pointe bien fine, la
+lumière paroît jusqu'à la distance d'une toise.]
+
+76. Pour montrer que les pointes _poussent_ aussi bien qu'elles _tirent_
+le feu électrique, couchez une longue aiguille pointuë sur le boulet, &
+vous ne pourrez assez électriser le boulet pour lui faire repousser la
+boule de liége... ou bien faites tenir à l'extrèmité d'un canon de fusil
+suspendu, ou d'une verge de fer, une aiguille qui pointe en avant comme
+une espèce de petite bayonnette, dans cet état le canon de fusil ou la
+verge ne sauroit par l'application du tube à l'autre extrèmité, être
+électrisé au point de donner une étincelle; le feu s'échape ou s'écoule
+continuellement en silence par la pointe. Dans l'obscurité vous pouvez
+lui voir produire le même effet que dans le cas dont nous venons de
+parler.
+
+La répulsion entre la balle de liége & le boulet est pareillement
+détruite, 1°. en sassant dessus du sable fin, ce qui la détruit par
+dégrés; 2°. en soufflant dessus, 3°. en faisant autour, de la fumée de
+bois brulé;[37] 4°. par la lumière d'une chandelle[38] quand même la
+chandelle seroit à un pied de distance. Par ces moyens la répulsion est
+détruite subitement.... La lumière d'un charbon de bois allumé & la
+lueur d'un fer rouge produisent le même effet; mais non pas à une si
+grande distance. La fumée de résine séche, fonduë sur un fer rouge, ne
+détruit pas la répulsion; mais elle est attirée & par la balle de liége
+& par le boulet, formant autour d'eaux des atmosphères proportionnées, &
+les rendant agréables à la vûë, & presque semblables à quelques-unes des
+figures qui sont dans la Théorie de la terre de _Burnet_ ou de
+_Whiston_.
+
+[Note 37: Nous supposons que chaque particule de sable, d'humidité ou de
+fumée étant d'abord attirée, & ensuite repoussée, emporte avec elle une
+portion de feu électrique, mais que cette portion subsiste toujours dans
+ces particules, jusqu'à ce qu'elles la communiquent à quelqu'autre
+corps, & qu'elle n'est jamais réellement détruite; ainsi quand on jette
+de l'eau sur du feu commun, nous n'imaginons point que ce dernier
+élément soit par-là détruit & anéanti, mais seulement dispersé, chaque
+particule d'eau emportant en vapeurs la portion de feu qu'elle a attirée
+& qu'elle s'est attachée.]
+
+[Note 38: Quelques observations que j'ai faites depuis me portent à
+penser que ce n'est pas la lumière, mais la fumée, ou les écoulemens
+non-électriques de la chandelle, du charbon ou du fer rouge, qui
+emportent le feu électrique, parce qu'ils sont d'abord attirés & ensuite
+repoussés.]
+
+N. B. Cette expérience doit être faite dans un cabinet où l'air soit
+fort tranquille.
+
+77. La lumière du Soleil poussée avec force & long-tems de suite par le
+moyen d'un miroir ardent sur la boule de liége, que sur le boulet, ne
+diminuë aucunement la répulsion. Cette différence entre la lumière du
+feu & la lumière du Soleil est une autre découverte qui nous semble
+nouvelle & extraordinaire.
+
+
+EXPÉRIENCES,
+
+78. Prenez de grandes balances de cuivre dont le fleau soit au moins
+long de deux pieds, & dont les cordons soient de soye; suspendez-les par
+une ficelle attachée au plat-fond, de sorte que le fond des bassins
+puisse être environ à un pied du plancher; les bassins tourneront
+circulairement par le détortillement de la ficelle; plantez le poinçon
+sur le plancher, de manière que les bassins puissent passer au-dessus de
+sa tête en décrivant leur cercle; électrisez alors un bassin en lui
+communiquant une étincelle du fil-d'archal de la fiole chargée; comme
+les balances tournent toujours, vous verrez ce bassin s'avancer plus
+près du plancher, & s'abaisser davantage, lorsqu'il vient sur le
+poinçon; & s'il est placé à une distance convenable, le bassin
+étincellera, & déchargera son feu sur cet instrument. Mais si on attache
+une aiguille sur l'extremité du poinçon, la pointe en haut, le bassin au
+lieu de s'approcher de l'instrument & d'étinceller en le frappant,
+déchargera son feu en silence à travers la pointe, & s'élevera plus haut
+que le poinçon; & même si l'aiguille est placée sur le plancher auprès
+du poinçon, la pointe en haut, l'extremité de l'instrument, quoique
+beaucoup plus élevée que l'aiguille, n'attirera point le bassin, & ne
+recevra point son feu, car l'aiguille le prendra & le dissipera avant
+qu'il vienne assez près pour agir sur le poinçon. C'est une observation
+constante dans ces expériences, que plus la quantité d'électricité sur
+le conducteur de carton est grande, plus il frappe de loin, & décharge
+son feu aisément; & la pointe pareillement le tirera toujours à une plus
+grande distance.
+
+_Fin du premier Volume._
+
+
+
+
+
+ EXPÉRIENCES
+ ET
+ OBSERVATIONS
+ SUR
+ L'ÉLECTRICITÉ
+ FAITES
+ A PHILADELPHIE EN AMÉRIQUE
+ PAR
+ M. BENJAMIN FRANKLIN;
+ & communiquées dans plusieurs Lettres à M. P. COLLINSON,
+ de la Société Royale de Londres.
+
+ _Traduites de l'Anglois._
+
+
+ SECONDE EDITION.
+
+_Revue, corrigée & augmentée d'un supplément considérable du même
+auteur, avec des Notes & des Expériences nouvelles._
+
+ _Par_ M. D'ALIBARD.
+
+
+
+ TOME SECOND.
+
+
+ _A PARIS_
+ Chez DURAND, ruë du Foin, au Griffon.
+
+ M. DCC. LV.
+
+ _Avec Approbation & Privilège du Roi._
+
+
+
+
+
+LETTRES
+SUR L'ÉLECTRICITÉ
+DE
+M. BENJ. FRANKLIN
+_de Philadelphie en Amérique_,
+
+A
+
+M. P. COLLINSON
+_de la Société Royale de Londres_.
+
+
+
+
+_LETTRE VII._
+
+_Contenant des observations & des suppositions tendantes à former une
+nouvelle hypothèse pour expliquer les différens phénomènes des éclats de
+tonnerre._[39]
+
+[Note 39: Les éclats de tonnerre sont des coups soudains de tonnerre &
+d'éclairs qui sont ordinairement de peu de durée, mais qui produisent
+quelquefois de funestes effets.]
+
+
+MONSIEUR,
+
+§. 79. Les corps non-électriques, lorsqu'ils ont été chargés de feu
+électrique, le retiennent jusqu'à ce qu'on en approche d'autres corps
+non-électriques qui en ayent moins, & alors il est communiqué avec
+craquement, & se trouve également distribué.
+
+80. Le feu électrique aime l'eau, il en est fortement attiré, & ces deux
+élemens peuvent subsister ensemble.
+
+81. L'air est un corps originairement électrique, & lorsqu'il est sec,
+il n'est point conducteur du feu électrique, il ne le reçoit point des
+autres corps, & ne leur donne point; autrement aucun corps environné
+d'air ne pourroit être électrisé positivement & négativement; car si on
+essayoit de l'électriser positivement, l'air emporteroit aussitôt le
+surplus, ou si c'étoit négativement, l'air suppléeroit à ce qui
+manqueroit.
+
+82. L'eau étant électrisée, les vapeurs qui s'en exhalent seront
+également électrisées, & flottant dans l'air sous la forme de nuages ou
+autrement, elles retiendront cette quantité de feu électrique jusqu'à ce
+qu'elles rencontrent d'autres nuages ou d'autres corps qui ne soient pas
+électrisés au même point, & alors elles le communiqueront, comme il a
+été dit ci-devant.
+
+83. Chaque particule de matière électrisée est repoussée par chaque
+autre particule également électrisée; ainsi le courant d'une fontaine
+également serré & continu, dès qu'il sera électrisé, se séparera &
+s'étendra sous la forme d'une vergette, chaque goute faisant effort pour
+s'éloigner de chaque autre goute; mais lorsque le feu électrique leur
+est enlevé, elles se raprochent & se rejoignent.
+
+84. L'eau qui est fortement électrisée (aussi bien que celle qui est
+échauffée par le feu commun,) s'éleve en vapeurs plus abondamment,
+l'attraction de cohésion entre ses particules étant considérablement
+affoiblie par la puissance opposée de répulsion introduite avec le feu
+électrique; & lorsque quelque particule est dégagée par quelque moyen
+que ce soit, elle est immédiatement repoussée, & s'envole ainsi dans
+l'air.
+
+85. S'il arrive que les particules soient situées comme A & B, elle sont
+plus aisément dégagées que C & D, parce que chacune est en contact avec
+trois seulement, au lieu que C & D sont chacune en contact avec neuf.
+Lorsque la surface de l'eau éprouve la moindre agitation, les particules
+sont continuellement poussées dans l'état représenté par la figure VIII.
+
+86. Le frottement entre un corps non-électrique & un corps
+originairement électrique produit le feu électrique, non en le _créant_,
+mais en le _rassemblant_: car il est également répandu dans nos murs,
+dans nos chambres, dans la terre & dans toute la masse de la matière
+commune; ainsi le globe de verre tournant, tandis qu'il frotte contre le
+coussin, tire le feu du coussin, lequel en est dédommagé par le cadre de
+la machine, & ce cadre par le plancher sur lequel il est posé. Coupez la
+communication par le moyen d'un verre épais ou d'un gâteau de cire placé
+sous le coussin, le feu ne peut plus être produit, parce qu'il ne peut
+plus être rassemblé.
+
+87. L'Océan est un composé d'eau, corps non-électrique, & de sel, corps
+originairement électrique.
+
+88. Lorsqu'il y a du frottement entre les parties voisines de sa
+surface, le feu électrique est rassemblé des parties inférieures; il est
+alors manifestement visible dans la nuit, il paroît à la pouppe & dans
+le sillage de chaque vaisseau qui fait route; on l'apperçoit à chaque
+coup de rame, dans l'écume des vagues & dans les parties d'eau élevées
+par le vent.... Dans une tempête toute la mer paroît en feu.... Les
+particules d'eau étant alors repoussées de la surface électrisée
+entrainent continuellement le feu tel qu'il a été rassemblé, elles
+s'élèvent & forment des nuages, & ces nuages fortement électrisés
+retiennent le feu jusqu'à ce qu'ils aient occasion de le communiquer.
+
+89. Les particules d'eau s'élevant en vapeurs s'attachent elles-mêmes
+aux particules d'air.
+
+90. On dit que les particules d'air sont dures, rondes, désunies &
+éloignées l'une de l'autre, chaque particule repoussant fortement chaque
+autre particule; par ce moyen elles s'éloignent autant que leur gravité
+commune le permet.
+
+91. L'espace entre trois particules qui se repoussent également l'une
+l'autre, sera un triangle équilatéral.
+
+92. Dans l'air comprimé ces triangles sont plus resserrés, dans l'air
+raréfié ils sont plus étendus.
+
+93. Le feu commun associé à l'air augmente la répulsion, élargit les
+triangles, & par là rend l'air spécifiquement plus léger; cet air
+s'élevera au-dessus d'un air plus dense.
+
+94. Le feu commun aussi bien que le feu électrique donne de la répulsion
+aux particules d'eau, & détruit leur attraction de cohésion; de-là le
+feu commun, aussi bien que le feu électrique, facilite l'élévation des
+vapeurs.
+
+95. Les particules d'eau qui ne renferment point de feu s'attirent
+mutuellement. Trois particules d'eau étant donc attachées aux trois
+particules d'un triangle d'air, & s'opposant par leur attraction
+réciproque à la répulsion de l'air, racourciroient les côtés, &
+diminueroient le triangle; delà cette portion d'air étant rendue plus
+dense tomberoit à terre avec son eau, & ne s'éleveroit point pour
+contribuer à la formation d'un nuage.
+
+96. Mais si chaque particule d'eau, s'attachant elle-même à l'air, amène
+avec elle une particule de feu commun, la répulsion de l'air étant
+plutôt favorisée & fortifiée par le feu, qu'embarrassée & rallentie par
+l'attraction réciproque des particules d'eau, le triangle s'étend, &
+cette portion d'air devenue plus rare, & spécifiquement plus légère
+s'éleve.
+
+97. Si les particules d'eau amènent du feu électrique, lorsqu'elles
+s'attachent elles-mêmes à l'air, la répulsion entre les particules d'eau
+électrisées se joint à la répulsion naturelle de l'air, afin de pousser
+avec force ses particules à une plus grande distance; par là les
+triangles sont dilatés, & l'air s'élève emportant l'eau avec lui.
+
+98. Si les particules d'eau amènent avec elles des portions du feu
+commun & du feu électrique, la répulsion des particules d'air se
+fortifie & s'accroît de plus en plus, & les triangles sont de beaucoup
+élargis.
+
+99. Une particule d'air peut être environnée par douze particules d'eau
+d'un volume égal au sien, toutes en contact avec elle, & de plusieurs
+autres ajoutées à celles-là.
+
+100. Les particules d'air ainsi chargées seroient plus rapprochées
+ensemble par l'attraction mutuelle des particules d'eau, si le feu, soit
+commun, soit électrique, ne favorisoit pas leur répulsion.
+
+101. Si l'air ainsi chargé est comprimé par des vents contraires, s'il
+est poussé contre des montagnes, &c. ou condensé par la perte du feu qui
+favorisoit son expansion, les triangles se resserrent: l'air avec son
+eau descend comme une rosée; ou si l'eau environnant une particule
+d'air, vient en contact avec l'eau qui en environne une autre, elles se
+réunissent & forment une goute, ce qui nous donne la pluye.
+
+102. Le soleil fournit, ou semble fournir le feu commun à toutes les
+vapeurs qui s'élèvent tant de la terre que de la mer.
+
+103. Ces vapeurs qui ont en elles du feu électrique & du feu commun,
+sont mieux soutenuës que celles qui n'ont que du feu commun. Car lorsque
+les vapeurs s'élèvent dans la région la plus froide au-dessus de la
+terre, le froid, s'il diminue le feu commun, ne diminuera point le feu
+électrique.
+
+104. Delà les nuages formés par des vapeurs élevées des eaux fraîches de
+la terre, des végétaux, de la terre humide, &c. déposent leur eau & plus
+vîte & plus aisément, n'ayant que peu de feu électrique pour repousser
+les molécules, & les tenir séparées, de sorte que la plus grande partie
+de l'eau élevée de la terre est abandonnée & retombe sur la terre. Les
+vents qui soufflent sur la mer sont secs. La mer ayant peu besoin de
+pluye, paroîtroit-il raisonnable de priver la terre de son humidité,
+pour la donner à la mer en pure perte?
+
+105. Mais les nuages formés par les vapeurs élevées de la mer, ayant les
+deux feux, & surtout une grande quantité de feu électrique soutiennent
+fortement leur eau, l'élèvent à une grande hauteur, & étant agités par
+les vents peuvent l'amener du milieu de l'Océan au milieu du plus vaste
+continent.
+
+»Quoique cette hypothèse du tonnerre soit contestée par M. L. N. je
+n'entreprendrai point de la défendre. On ne doit la regarder que comme
+les premières idées que M. Franklin a euës sur la nature de ce météore;
+il ne les donne lui-même que pour des conjectures qu'il abandonnera dès
+que d'autres observations lui feront connoître qu'elles sont mal
+fondées. C'est cependant à ces conjectures que la physique est redevable
+des importantes découvertes qui font autant d'honneur à leur premier
+auteur qu'elles en font peu à quiconque cherche à tourner en ridicule
+ceux qui sont entrés dans ses vûes.
+
+106. Nous allons examiner présentement ce qui oblige les nuages de
+l'Océan qui soutiennent leur eau avec tant de force à la déposer sur les
+terres qui en manquent.
+
+107. Si ces nuages sont poussés par des vents contre des montagnes, ces
+montagnes étant moins électrisées les attirent, & dans le contact
+emportent leur feu électrique; & comme elles sont froides, elles
+emportent aussi leur feu commun; delà les molécules pressent vers les
+montagnes, & se pressent l'une l'autre. Si l'air est peu chargé, le
+nuage tombe seulement en rosée sur le sommet & sur les côtés des
+montagnes; il forme des fontaines & descend dans les vallées en petits
+ruisseaux, qui par leur réunion font les grands courans & les rivières.
+S'il est fort chargé, le feu électrique sort tout à la fois d'un nuage
+entier, & en l'abandonnant il brille comme un éclair & craque avec
+violence: les particules se réunissent d'abord faute de ce feu, &
+tombent en grosses ondées.
+
+108. Lorsque le sommet des montagnes attire ainsi les nuages & tire le
+feu électrique du premier nuage qui l'aborde, celui qui suit, lorsqu'il
+approche du premier nuage actuellement dépouillé de son feu, lui lance
+le sien, & commence à déposer son eau propre. Le premier nuage lançant
+de nouveau ce feu dans les montagnes, le troisiéme nuage approchant, &
+tous les autres arrivant successivement agissent de la même manière
+d'aussi loin qu'ils s'étendent en arrière, ce qui peut être sur une
+étendue de pays de quelques centaines de lieuës.
+
+109. Delà les déluges de pluyes, les tonnerres, les éclairs perpétuels
+sur la côte orientale des _Andes_, qui courant nord-sud & étant
+prodigieusement hautes, interceptent tous les nuages amenés contre elles
+de l'Océan atlantique par les vents de mer, & les obligent à déposer
+leurs eaux, qui forment les rivières immenses des Amazones, de la Plata,
+& d'Oroonoke, lesquelles renvoyent ces eaux dans la même mer, après
+avoir fertilisé un pays d'une étenduë fort considérable.
+
+110. Quoiqu'un pays soit uni & sans montagnes qui interceptent les
+nuages électrisés, il y a cependant encore des moyens pour les obliger à
+déposer leurs eaux; car si un nuage électrisé, venant de la mer,
+rencontre dans l'air un nuage élevé de la terre, & par conséquent
+non-électrisé, le premier lancera son feu dans le dernier, & par ce
+moyen les deux nuages seront contraints de déposer subitement leurs
+eaux.
+
+111. Les particules électrisées du premier nuage se resserrent
+lorsqu'elles perdent leur feu, les particules de l'autre nuage se
+resserrent aussi en le recevant. Dans l'un & l'autre elles ont ainsi la
+facilité de se réunir en goutes..... La commotion ou la secousse donnée
+à l'air contribuë aussi à précipiter l'eau, non-seulement de ces deux
+nuages, mais des autres qui les avoisinent, delà les chutes de pluyes
+soudaines immédiatement après la lumière des éclairs.
+
+112. Pour le montrer par une expérience facile, prenez deux cercles de
+carton de deux pouces de diamètres; du centre & de la circonférence de
+chaque cercle, suspendez par des fils de soye longs de dix-huit pouces,
+sept petites boules de bois ou sept poids de grosseur égale. Les boules
+ainsi suspenduës à chaque carton formeront trois à trois des triangles
+équilatéraux, une boule étant dans le centre & six à égale distance de
+celle-là & les unes des autres; dans cette situation elles
+représenteront les particules d'air; enfoncez les deux bandes dans
+l'eau, alors cette liqueur s'attachant & tenant un peu à chaque boule,
+elles représenteront l'air chargé. Electrisez adroitement une bande, &
+ses boules se repousseront l'une l'autre à une plus grande distance en
+élargissant les triangles. Si l'eau soutenuë par les sept boules venoit
+en contact, elle formeroit une ou plusieurs goutes assez pésantes pour
+rompre la cohésion qu'elle avoit avec les boules, & ainsi elle se
+précipiteroit... Que les deux bandes représentent donc deux nuages;
+l'une un nuage de mer électrisé, & l'autre un nuage de terre. Amenez-les
+dans la sphère d'attraction, elles s'attireront l'une l'autre, & vous
+verrez ainsi les boules désunies se resserrer. La première boule
+électrisée qui approche d'une boule non-électrisée, la joint par
+attraction, & lui donne de son feu: aussitôt elles se séparent &
+revolent chacune à une autre boule de sa bande, l'une pour donner,
+l'autre pour recevoir du feu. Cela se continuë ainsi à travers les deux
+bandes, mais avec une telle vîtesse quelle est presque instantanée. Dans
+la collision elles secouent & font tomber leur eau en goutes, ce qui
+représente la pluye.
+
+113. Ainsi lorsque les nuages de mer & de terre passent à une trop
+grande distance pour étinceller, ils sont attirés l'un vers l'autre
+jusques dans cette distance, car la sphère d'attraction électrique
+s'étend beaucoup au-delà de la distance ou les corps étincellent.
+
+114. Lorsqu'un grand nombre de nuages de mer rencontre une quantité de
+nuages de terre, les étincelles électriques paroissent s'élancer de
+différens côtés; & comme les nuages sont agités & mêlés par les vents,
+ou rapprochés par la force de l'attraction électrique, ils continuent à
+donner & à recevoir étincelles sur étincelles, jusqu'à ce que le feu
+électrique soit également répandu dans tous.
+
+115. Lorsque le canon de fusil (dans les expériences électriques) ne
+contient que peu de feu électrique, il faut en approcher fort près le
+doigt avant de pouvoir en tirer une étincelle. Donnez lui plus de feu, &
+il donnera une étincelle à une plus grande distance. Deux canons de
+fusil unis, & aussi fortement électrisés, donneront une étincelle à une
+plus grande distance. Mais si deux canons de fusil électrisés frappent à
+deux pouces de distance, & font un éclat sensible, à quelle distance
+énorme ne doivent pas être portés le coup & le feu d'un nuage de 10000.
+acres électrisé, & combien son craquement ne doit-il pas être
+épouvantable?
+
+116. C'est une chose ordinaire de voir des nuages à différentes hauteurs
+tenir différens chemins, ce qui prouve différens courants d'air l'un
+au-dessus de l'autre. Comme l'air entre les tropiques est raréfié par le
+soleil, il s'élève; l'air du nord & du sud plus dense presse à sa place;
+l'air ainsi raréfié & contraint de monter passe du coté du nord & du
+côté du midi, & est forcé de descendre dans les régions polaires, s'il
+n'a point d'autre issuë avant que la circulation puisse être continuée.
+
+117. Comme les courants d'air avec les nuages suivent des routes
+différentes, il est aisé de concevoir comment les nuages passans l'un
+sur l'autre peuvent s'attirer réciproquement, & ainsi s'approcher
+suffisamment pour le choc électrique & de même comment les nuages
+électriques peuvent être emportés sur les terres fort loin de la mer,
+avant d'avoir aucune occasion de frapper.
+
+118. Lorsque l'air avec ses vapeurs élevées de l'Océan entre les
+tropiques, vient à descendre dans les régions polaires, & à être en
+contact avec les vapeurs qui y sont élevées, le feu électrique qu'elles
+amènent commence à être communiqué, & se fait appercevoir dans de belles
+nuits, étant d'abord visible où il commence à être en mouvement,
+c'est-à-dire où le contact commence, ou dans les régions les plus
+septentrionales: delà les courans de la lumière semblent s'élancer au
+sud, même jusqu'au zénith des contrées septentrionales. Mais quoique la
+lumière paroisse s'élancer du nord au midi, le progrès du feu est
+réellement du midi au nord. Son mouvement commence dans le nord, & voilà
+pourquoi il y est d'abord apperçu.
+
+Car le feu électrique n'est jamais visible que quand il est en mouvement
+& qu'il saute de corps en corps, ou de parcelle en parcelle au travers
+de l'air; lorsqu'il traverse des corps denses il est invisible. Lorsque
+le fil-d'archal fait partie du cercle dans l'explosion de la fiole
+électrique le feu, quoiqu'en grande quantité, passe dans le fil-d'archal
+invisiblement, mais en passant le long d'une chaîne il devient visible,
+parce qu'il saute de chaînon en chaînon. En passant le long d'une
+feuille d'or il est visible, parce que la feuille d'or est pleine de
+pores; tenez-en une feuille à la lumière elle vous paroîtra comme un
+réseau, & le feu est vû tandis qu'il saute sur les interstices.....
+Comme lorsqu'on ouvre à l'une de ses extrémités un long canal rempli
+d'eau pour le vuider, le mouvement de l'eau commence d'abord auprès de
+l'extrémité ouverte, & continue vers l'extrémité fermée, quoique l'eau
+elle-même avance de l'extrémité fermée vers l'extrémité ouverte; ainsi
+le feu électrique déchargé dans les régions polaires, peut-être sur une
+longueur de mille lieuës d'air évaporé, paroît d'abord où il est d'abord
+en mouvement, c'est-à-dire dans les parties les plus septentrionales, &
+l'apparition s'avance du côté du midi, quoique le feu avance réellement
+du côté du septentrion. Cela pourroit passer pour une explication de
+_l'aurore boréale_.
+
+119. Lorsqu'il y a une chaleur excessive sur la terre dans une région
+particuliere, (le soleil ayant brillé dessus peut-être pendant plusieurs
+jours, tandis que les contrées circonvoisines ont été couvertes par les
+nuages,) l'air inférieur est raréfié, & s'élève: l'air supérieur plus
+frais & plus dense descend. Les nuages dans cet air se rencontrent de
+tous côtés, & se réunissent aux endroits échauffés, & si les uns sont
+électrisés, & que les autres ne le soient pas, les éclairs & le tonnere
+succèdent, & la pluye tombe; delà les éclats de tonnerre après les
+chaleurs, & l'air frais après les orages. L'eau & les nuages qui
+l'amènent venant d'une région plus élevée, & par conséquent plus
+fraîche.
+
+120. Une étincelle électrique tirée d'un corps irrégulier à quelque
+distance, n'est presque jamais droite, mais elle paroît courbée &
+ondoyante dans l'air; ainsi paroissent les faisceaux d'éclairs, les
+nuages étant des corps fort irréguliers.
+
+121. Quand les nuages électrisés passent sur un pays, les sommets des
+montagnes & des, arbres, les tours élevées, les pyramides, les mâts des
+vaisseaux, les cheminées, &c. comme autant d'éminences & de pointes
+attirent le feu électrique, & le nuage entier s'y décharge.
+
+122. Ainsi il est dangereux de se mettre à l'abri sous un arbre pendant
+le tonnerre. Cette retraite a été funeste à plusieurs tant hommes que
+bêtes.
+
+123. Il est plus sûr d'être en pleine campagne par une autre raison.
+Lorsque les habits sont moüillés, si un tourbillon dans son chemin vers
+la terre vient à toucher votre tête, il courra dans l'eau sur la surface
+de votre corps, au lieu que si vos habits sont secs, votre corps en sera
+traversé.
+
+C'est pour cette raison qu'un rat mouillé ne peut être tué par
+l'explosion de la bouteille électrique, ce qui peut arriver à un rat
+dont la peau est séche.
+
+124. Le feu commun est dans tous les corps, plus ou moins, aussi bien
+que le feu électrique. Peut-être ne sont-ils l'un & l'autre que les
+modifications du même élément: peut-être aussi que ce sont des élémens
+distingués. Quelques auteurs ne s'éloignent pas de ce dernier sentiment.
+
+125. Si ce sont des matières différentes, ils peuvent subsister &
+subsistent ensemble dans le même corps.
+
+126. Lorsque le feu électrique traverse un corps, il agit sur le feu
+commun contenu dans ce corps, & met ce feu en mouvement; & s'il y a une
+quantité suffisante de chaque espèce de feu, le corps sera enflammé.
+
+127. Lorsque la quantité du feu commun dans le corps est petite, il faut
+que la quantité du feu électrique (ou le choc électrique) soit plus
+grande; si la quantité du feu commun est plus grande, une moindre
+quantité du feu électrique suffit pour produire l'effet de
+l'inflammation.
+
+128. Ainsi les esprits doivent être êchauffés[40] avant que l'on puisse
+les enflammer par l'étincelle électrique; s'ils sont fort échauffés, il
+ne faudra qu'une petite étincelle, s'ils le sont peu, il faudra une plus
+forte étincelle.
+
+[Note 40: Nous avons depuis enflammé des esprits sans les chauffer,
+lorsqu'il faisoit un temps chaud.]
+
+129. Jusqu'ici nous n'avions pû enflammer que des vapeurs chaudes, mais
+à présent nous pouvons brûler de la colophone séche. Lorsque nous
+pourrons nous procurer de plus grandes étincelles électriques, nous
+seront en état d'enflammer non-seulement les esprits froids, comme fait
+la foudre, mais même le bois, en donnant une agitation suffisante au feu
+commun qu'il contient, ce que nous sçavons que le frottement peut faire.
+
+130. Les vapeurs sulphureuses & inflammables qui s'élèvent de la terre
+sont aisément allumées par la foudre. Outre ce qui s'exhale de la terre,
+de pareilles vapeurs sont envoyées par des tas de foin humide, de bled
+ou autres végétaux qui s'échauffent & qui fument. Le bois pourri des
+vieux arbres & des vieux bâtimens fait le même effet, c'est pourquoi ces
+matières sont souvent & aisément enflammées.
+
+131. Les métaux sont souvent fondus par la foudre, quoiqu'ils ne le
+soient peut-être ni par la chaleur de la foudre, ni même par l'agitation
+du feu dans les mêmes métaux..... Car tout corps qui peut s'insinuer
+lui-même entre les particules du métal, & surmonter l'attraction par
+laquelle leur cohésion subsiste, (ce que peuvent faire les menstruës)
+changera le solide en fluide aussi bien que le feu, même sans
+l'échauffer. Ainsi le feu électrique ou la foudre causant une répulsion
+violente entre les particules du métal à travers duquel il passe, le
+métal est mis en fusion.
+
+132. Si vous vouliez fondre à un feu violent l'extrémité d'un clou à
+demi-enfoncé dans une porte, la chaleur communiquée au clou entier,
+avant d'en fondre une partie, brûleroit la planche où il est enfoncé, &
+la partie fonduë brûleroit le plancher où elle tomberoit. Mais si la
+foudre peut fondre une épée dans le fourreau & l'argent dans la bourse,
+sans brûler ni le fourreau ni la bourse, il faut que la fusion soit
+froide.
+
+133. La foudre déchire quelques corps: l'étincelle électrique perce
+aussi un trou à travers une main de gros papier. (§. 54.)
+
+134. Si l'origine de la foudre assignée dans cette feüille est la
+véritable, on entendroit fort peu de tonnerre en mer, lorsque l'on
+seroit fort éloigné de la terre, & en effet quelques vieux Capitaines de
+vaisseaux que l'on a consultés sur cet article, assurent que le fait
+s'accorde parfaitement avec l'hypothèse. Parce qu'en traversant le vaste
+Océan on n'entend guères le tonnerre qu'on ne soit arrivé près des côtes
+dans des endroits où l'on peut se servir de la sonde, & que les isles
+éloignées du continent y sont fort peu sujettes. Un observateur curieux
+qui a vécu treize ans aux Bermudes, remarque qu'il y a eu moins de
+tonnerre pendant tout le tems qu'il y a séjourné, qu'il n'en a
+quelquefois entendu dans un mois à la Caroline.
+
+Maintenant si le feu de l'électricité & celui de la foudre sont le même,
+comme j'ai tâché de le prouver, notre conducteur de carton & les bassins
+de l'expérience de la balance (78.) peuvent représenter les nuages
+électrisés. Si un tube long seulement de dix pieds frappe & décharge son
+feu sur le poinçon à deux ou trois pouces de distance, un nuage
+électrisé qui est peut-être de dix mille acres, peut frapper & décharger
+son feu sur la terre à une distance proportionnellement plus grande. Le
+mouvement horizontal des bassins sur le plancher, peut représenter le
+mouvement des nuages sur la terre, & le poinçon élevé, les montagnes &
+les plus hauts édifices, & alors nous voyons comment les nuages
+électrisés passant sur les montagnes & sur les bâtimens à une trop
+grande hauteur pour les frapper, peuvent être attirés en bas jusques
+dans la distance qui leur est nécessaire pour cet effet; & enfin si une
+aiguille est fixée sur un poinçon, la pointe en haut, ou même sur le
+plancher au-dessous du poinçon, elle tirera le feu du bassin en silence
+à une distance beaucoup plus grande que la distance requise pour
+frapper, & préviendra ainsi sa descente vers le poinçon; ou si dans sa
+course le bassin étoit venu assez près pour frapper, il ne le pourroit,
+parce qu'il auroit été d'abord privé de son feu, & par-là le poinçon est
+garanti du choc.
+
+Je demande, cette supposition admise, si la connoissance du pouvoir des
+pointes ne pourroit pas être de quelque avantage aux hommes pour
+préserver les maisons, les églises, les vaisseaux, &c. des coups de la
+foudre, en nous engageant à fixer perpendiculairement sur les parties
+les plus élevées de ces édifices des verges de fer faites en forme
+d'aiguilles & dorées pour prévenir la rouille, & du pied de ces verges
+un fil-d'archal abaissé vers l'extérieur du bâtiment dans la terre, ou
+autour d'un des aubans d'un vaisseau, ou sur le bord jusqu'à ce qu'il
+touche l'eau? Ces verges de fer ne tireroient-elles pas probablement le
+feu électrique en silence hors du nuage, avant qu'il vint assez près
+pour frapper? & par ce moyen ne pourrions-nous pas être préservés de
+tant de désastres soudains & effroyables?
+
+135. Pour décider cette question, sçavoir si les nuages qui contiennent
+la foudre sont électrisés ou non. J'ai imaginé de proposer une
+expérience à tenter en un lieu convenable à cet effet. Sur le sommet
+d'une haute tour ou d'un clocher, placez une espèce de guérite (comme
+dans la fig. IX.) assez grande pour contenir un homme & un tabouret
+électrique: du milieu du tabouret élevez une verge de fer, qui passe en
+se courbant hors de la porte, & delà se relève perpendiculairement à la
+hauteur de vingt ou trente pieds, & se termine en une pointe fort aiguë.
+Si le tabouret électrique est propre & sec, un homme qui y sera placé,
+lorsque des nuages électrisés y passeront un peu bas, peut être
+électrisé & donner des étincelles, la verge de fer lui attirant le feu
+du nuage. S'il y avoit quelque danger à craindre pour l'homme (quoique
+je sois persuadé qu'il n'y en a aucun) qu'il se place sur le plancher de
+la guérite, & que de tems en tems il approche de la verge le tenon d'un
+fil-d'archal, qui a une extrémité attachée aux plombs de la couverture,
+le tenant par un manche de cire; de cette force les étincelles, si la
+verge est électrisée, frapperont de la verge au fil-d'archal, & ne
+toucheront point l'homme.
+
+136. Avant d'abandonner le sujet de la foudre, je puis citer quelques
+autres rapports entre les effets de ce météore & ceux de l'électricité.
+On sçait que la foudre a souvent rendu des personnes aveugles. Un pigeon
+que nous croyions avoir frappé à mort par le choc électrique, recouvrant
+la vie, languit quelques jours dans la basse cour, ne mangea rien,
+quoiqu'on lui eût jetté des miettes de pain, s'affoiblit, & mourut. Nous
+ne fîmes point attention qu'il avoit été privé de la vûe; mais ensuite
+un poulet tué de la même manière étant ressuscité en soufflant à
+plusieurs reprises dans ses poumons; lorsqu'il fut posé sur le plancher,
+il alla donner de la tête contre la muraille, & après l'avoir examiné
+nous reconnûmes qu'il étoit parfaitement aveugle; delà nous conclûmes
+que le pigeon avoit aussi été entiérement aveuglé par le choc. Le plus
+grand animal que nous ayons tué ou essayé de tuer par le choc électrique
+est un fort gros poulet.
+
+137. En lisant dans la relation que l'ingénieux Docteur _Hales_ a donnée
+d'un orage arrivé à _Stretham_, l'effet de la foudre qui avoit dépouillé
+toute la peinture qui couvroit la moulure dorée d'un panneau de
+boiserie, sans avoir endommagé le reste de la peinture, il me vint dans
+l'idée de mettre une couche de peinture sur les filets d'or de la
+couverture d'un livre, & d'essayer l'effet d'un grand coup électrique
+porté à travers cet or par un carreau de verre chargé; mais n'ayant
+point de peinture sous la main, je collai dessus une bande étroite de
+papier, & lorsqu'elle fut séche, je portai le coup au travers la dorure;
+alors le papier fut renversé d'un bout à l'autre avec une telle force
+qu'il fut déchiré en plusieurs endroits, & qu'en d'autres il emporta une
+partie des grains du maroquin sur lequel il étoit collé. Je suis
+persuadé que s'il eût été peint, la peinture auroit été enlevée, de la
+même manière que celle de la boiserie de _Stretham_.
+
+138. La foudre fond les métaux, & j'ai avancé dans ma lettre sur ce
+sujet que je soupçonnois que c'était une fusion froide; je n'entens pas
+dire une fusion produite par la force du froid, mais une fusion sans
+chaleur. Nous avons aussi fondu l'or, l'argent & le cuivre en petites
+quantités par le coup électrique. Voici de quelles manière. Prenez une
+feuille d'or, d'argent ou de cuivre doré, communément appellé feüille de
+cuivre ou or d'Hollande: coupez de cette feuille des bandes longues &
+étroites de la largeur d'une paille: placez une de ces bandes entre deux
+lames de verre poli, qui soient environ de la largeur de votre doigt; si
+une bande d'or de la longueur de la feuille n'est pas assez longue pour
+le verre, ajoutez-en une autre à son extrémité; de sorte que vous
+puissiez avoir une petite partie qui déborde à chaque extrémité du
+verre: attachez ensemble les deux piéces de verre d'un bout à l'autre
+avec un bon fil de soye: alors placez-les de manière qu'elles fassent
+partie d'un cercle électrique, les extrémités de l'or qui pendent au
+dehors servant à faire l'union avec les autres parties du cercle: portez
+le coup au travers par le moyen d'un grand vase ou d'un carreau de verre
+électrisé. Si vos lames de verre demeurent entières, vous verrez que
+l'or manque en plusieurs endroits, & vous trouverez à la place des
+taches métalliques sur les deux verres. Ces taches sur le verre
+supérieur & sur le verre inférieur sont éxactement semblables jusques
+dans le moindre trait, comme on le peut distinguer en les tenant à la
+lumière. Le métal nous a paru avoir été non-seulement fondu, mais même
+vitrifié ou autrement, si enfoncé dans les pores du verre qu'ils
+paroissent le défendre contre l'action de la plus puissante eau forte &
+eau régale. Je vous envoye dans une boëte deux petites piéces de verre
+couvertes de ces taches métalliques, lesquelles ne peuvent être effacées
+sans enlever une partie du verre. Quelquefois la tache s'étend un peu
+plus que la largeur de la feuille, & paroît plus brillante sur le bord,
+comme vous pouvez l'observer sur celles-ci en les examinant de près.
+Quelquefois le verre se brise en morceaux; une fois le verre de dessus
+se cassa en mille piéces qui paroissoient comme des grains de gros sel.
+Ces morceaux que je vous envoye, ont été tachetés avec l'or d'Hollande;
+le vrai or fait une tache plus obscure & un peu rougeâtre, l'argent fait
+la tache verdâtre. Nous prîmes une fois deux morceaux de verre de miroir
+fort épais, larges d'environ un pouce & demi & longs de six pouces, &
+plaçant la feuille d'or entr'eux, nous les mîmes entre deux piéces de
+bois bien uni, nous les serrâmes dans une petite presse de relieur de
+livres, & quoiqu'ainsi serrées l'une contre l'autre, la force du choc
+électrique brisa le verre en plusieurs morceaux.... l'or fut fondu & fit
+des taches dans le verre à l'ordinaire. Les circonstances de ce
+brisement de verre varient beaucoup en faisant l'expérience, &
+quelquefois même le verre n'est point du tout brisé; mais il est
+constant que les taches des morceaux de dessus & de dessous sont
+exactement des contre parties les unes des autres. Et quoique j'aie pris
+les morceaux de verre entre mes doigts immédiatement après la fusion, je
+n'y ai jamais senti la moindre chaleur.
+
+139. J'ai dit dans une de mes précédentes lettres que la dorure sur un
+livre, quoique d'abord elle communiquât parfaitement bien le choc, le
+manquoit néanmoins après un petit nombre d'expériences, sans que nous
+pussions en donner la raison. Nous avons trouvé depuis qu'un choc
+violent rompt la continuité de l'or dans le filet, & le fait paroître
+comme de la poussière d'or, quantité de ses parties étant rompuës &
+écartées; il ne sçauroit guères conduire plus d'un choc dans toute sa
+force. En voici vraisemblablement la raison, lorsqu'il n'y a pas une
+parfaite continuité dans le cercle, il faut que le feu saute pardessus
+les intervalles; il y a une certaine distance qu'il est capable de
+franchir proportionnellement à sa force; si un nombre de petits
+intervalles, quoique chacun soit excessivement petit, pris ensemble
+excèdent cette distance, il ne peut sauter pardessus, & ainsi le choc
+est empêché ou du moins fort affoibli.
+
+140. En conséquence de la loi de l'Électricité dont nous avons parlé
+ci-devant, que les pointes; selon qu'elles sont plus ou moins aiguës,
+tirent & poussent le fluide électrique avec plus ou moins de force, à de
+plus grandes ou à de moindres distances, & dans de plus grandes ou de
+plus petites quantités en tems égal, nous pouvons trouver la manière
+d'expliquer la situation de la feuille d'or suspenduë entre deux lames
+métalliques, celle d'en haut étant continuellement électrisée, & celle
+d'en bas dans la mains d'une personne qui est debout sur le plancher.
+Lorsque la lame supérieure est électrisée, la feuille est attirée &
+élevée vers elle, & voleroit à cette lame, si elle n'étoit arrêtée par
+ses propres pointes; l'angle qui se trouve le plus haut, lorsque la
+feuille s'élève, ayant la pointe fort aigue à cause de l'extrême ténuité
+de l'or, tire & reçoit à une certaine distance une quantité suffisante
+de fluide électrique, pour se donner à lui-même une atmosphère
+électrique par laquelle son progrès à la lame supérieure est arrêté, &
+il commence à être repoussé de cette lame, & seroit renvoyé jusqu'à la
+lame inférieure sans que son angle le plus bas est pareillement une
+pointe, & pousse ou décharge le surplus de l'atmosphère de la feuille
+aussi promptement que l'angle supérieur l'attire; si la finesse de ces
+deux pointes étoit parfaitement égale, la feuille se placeroit
+exactement dans le milieu de l'espace, car la pésanteur n'est rien
+comparée au pouvoir qui agit sur elle; mais elle est généralement plus
+près de la lame non-électrisée, parce que quand la feuille est présentée
+à la lame électrisée à une certaine distance, la pointe la plus aiguë
+est communément affectée la première & élevée vers elle; ainsi cette
+pointe par sa plus grande finesse recevant le fluide trop tôt pour que
+son opposée puisse le décharger à distances égales, elle se retire de la
+lame électrisée, & s'avance plus près de la lame non-électrisée, jusqu'à
+ce qu'elle vienne à une distance où la décharge puisse être exactement
+égale à la charge. Cette dernière étant diminuée, & la première
+augmentée; & elle y demeure aussi long-tems que le globe continuë à
+fournir de nouvelle matière électrique. Ceci paroîtra évident, lorsque
+la différence de la finesse dans les angles sera devenuë fort grande.
+Coupez un morceau d'or d'Hollande (qui est le meilleur pour ces
+expériences, parce qu'il est plus fort) dans la forme de la figure X.
+que l'angle d'en haut soit un angle droit, les deux suivans des angles
+obtus, & le plus bas un angle fort aigu, & amenez cet or sur votre lame,
+qui est sous la lame électrisée, de manière que la partie coupée à angle
+droit puisse être d'abord élevée, ce qui se fait en couvrant la partie
+aiguë avec le creux de la main, & vous verrez la feüille prendre place
+beaucoup plus près de la lame supérieure que de la lame inférieure,
+parce que sans être plus près, elle ne peut recevoir aussi promptement à
+la pointe de son angle droit, qu'elle peut décharger à la pointe de son
+angle aigu. Tournez cette feüille de façon que la partie aiguë soit la
+plus élevée, & alors elle se placera tout auprès de la lame
+non-électrisée, parce qu'elle reçoit plus promptement à la pointe de
+l'angle aigu qu'elle ne peut décharger à la pointe de l'angle droit;
+ainsi la différence de distance est toujours proportionnelle à la
+différence d'accélération. Prenez garde en coupant votre feuille de ne
+pas laisser de petits lambeaux sur les extrémités, qui forment
+quelquefois des pointes où vous ne voudriez pas les avoir; vous pouvez
+faire cette figure si aiguë dans sa partie inférieure, & si obtuse dans
+sa partie supérieure, qu'il ne soit pas besoin de lame inférieure, se
+déchargeant d'elle-même assez promptement dans l'air. Si elle est plus
+étroite, comme on le voit dans la figure comprise entre les lignes
+ponctuées, nous l'appellons le _poisson d'or_, à cause de sa manière
+d'agir. Car si vous le prenez par la queuë, & que vous le teniez à un
+pied, ou à une plus grande distance horizontale du premier conducteur,
+lorsque vous le laisserez aller, il volera à lui avec un mouvement vif,
+mais ondoyant, semblable à celui d'une aiguille dans l'eau; il prendra
+place alors sous le premier conducteur, peu-être à un quart ou à un demi
+pouce de distance, & remuëra continuellement sa queuë comme un poisson,
+de sorte qu'il paroît animé. Tournez sa queuë, vers le premier
+conducteur, & alors il vole à votre doigt & semble le grignoter. Si vous
+tenez sous lui une lame à six ou huit pouces de distance, & si vous
+cessez de tourner le globe, lorsque l'atmosphère électrique du
+conducteur diminuë, il descendra sur la lame, & nagera encore en arrière
+à plusieurs reprises avec le même mouvement de poisson, ce qui fait un
+jeu amusant pour les spectateurs. Par une legère pratique d'émousser ou
+d'aiguiser les têtes, ou les queuës de ces figures, vous pouvez leur
+faire prendre la place que vous desirez, plus près ou plus loin de la
+lame électrisée.
+
+
+MÉMOIRE
+_Lû à l'Académie Royale des Sciences, le 13. Mai 1752. par M.
+D'ALIBARD._
+
+
+EXPÉRIENCES ET OBSERVATIONS
+SUR LE TONNERRE,
+_Relatives à celles de Philadelphie._
+
+Le tonnerre est un de ces phénomènes dont tous les physiciens ont éssaye
+de découvrir la nature, mais dont aucun n'a encore donné d'explication
+satisfaisante. Rien de plus commun que les effets de ce redoutable
+météore, rien de plus ignoré que leur cause; il semble même que plus on
+a fait d'efforts pour en approfondir le principe, plus on s'est écarté
+de la voye qui pouvoit y conduire. Les connoissances physiques n'étoient
+point encore assez avancées pour que l'on pût pénétrer un mistère dont
+l'intelligence étoit réservée à un siécle plus éclairé. Ce qui a causé
+la difficulté, ce qui a retardé jusqu'à présent l'explication de ce
+phénomène, c'est qu'on ne lui voyoit point de rapport à aucune chose
+connuë, & ce n'est que par l'enchaînement des rapports que l'on peut
+arriver d'une connoissance à une autre; il étoit impossible de rapporter
+le tonnerre à son vrai principe, puisque le principe même étoit inconnu.
+Les plus sages physiciens en sont restés à admirer les effets, sans
+pouvoir presque rien dire des causes; ou s'ils en ont hazardé
+quelqu'explication on reconnoît aisément dans leurs écrits que ce n'est
+que par des conjectures relatives ou à leurs préjugés, ou à leurs
+affections, ou aux systèmes qu'ils avoient embrassés, ou aux différentes
+sciences qu'ils avoient le plus cultivées. Les premiers philosophes
+regardoient le tonnerre comme un attribut des Dieux, ou comme un esprit,
+& ne poussoient pas plus loin leurs recherches à ce sujet; d'autres
+philosophes imaginèrent que les corps célestes se renvoyoient
+mutuellement des influences dont la rencontre produisoit ce météore: la
+plupart des physiciens en ont cherché la cause dans les exhalaisons des
+matières inflammables de la terre. Les chimistes ont prétendu en avoir
+découvert le principe dans le mêlange du nitre, du souffre & du fer, des
+esprits acides & des huiles essentielles; enfin chaque physicien a saisi
+le moindre rapport qu'il a pû appercevoir entre ce phénomène & ce qu'il
+connoissoit d'ailleurs pour en développer la nature, & chacun l'a
+expliquée à sa façon, mais cette matière est toujours demeurée en
+problême.
+
+Ce n'est que depuis peu d'années que l'on a commencé à avoir sur ce
+sujet des soupçons mieux fondés.
+
+M. Gray[41] est le premier à qui le tonnerre & les éclairs aient paru
+tenir beaucoup de la nature du feu & de la lumière électrique. Cette
+première opinion a été plus approfondie par MM. l'Abbé Nolet,[42]
+Hales,[43] & Barberet[44]; ils ont trouvé une analogie surprenante entre
+les effets du tonnerre & ceux de l'électricité; mais tout ce qu'ils en
+ont dit les uns & les autres n'étoit encore qu'une conjecture, il
+falloit des observations suivies, des expériences certaines, des faits
+bien constatés; tout cela se trouve dans les lettres de M. Franklin. Il
+ne manquoit à cet ingénieux physicien qu'une dernière preuve pour
+achever de le convaincre que la matière du tonnerre est absolument la
+même que celle de l'électricité; n'étant pas apparemment trop à portée
+d'acquérir cette preuve par lui-même, il nous a enseigné le moyen d'y
+parvenir.
+
+[Note 41: Lettre à M. Mortimer du mois de Mars 1735.]
+
+[Note 42: Leçons de physique, tom, 4. p. 314.]
+
+[Note 43: Considérations sur la cause physique des tremblemens de
+terre.]
+
+[Note 44: Dissertation sur le rapport qui se trouve entre les phénomènes
+du tonnerre & ceux de l'électricité, par M. Barb. Méd. à Dijon. Bordeaux
+1750.]
+
+Après avoir répété avec un succés plus que complet toutes les
+expériences de Philadelphie, après m'être confirmé dans la confiance
+entière que j'ai aux sçavantes propositions qui y sont établies &
+démontrées, j'ai entrepris de vérifier jusqu'aux conjectures de mon
+auteur; & j'en suis venu à obtenir cette dernière preuve qui manquoit à
+sa conviction. L'importance du sujet m'a paru mériter l'attention de
+l'Académie. Le résultat de l'expérience dont je vais rendre compte, ne
+va pas moins qu'à faire connoître la nature du tonnerre, à le soumettre,
+pour ainsi dire, au pouvoir des hommes, à dissiper ce redoutable
+météore, & à prévenir ses funestes effets.
+
+Mais pour me faire mieux entendre, sur tout de ceux qui ne sont point
+assez au fait des expériences de Philadelphie, j'en vais rapporter un
+extrait de ce qui est relatif à mon objet, & j'y ajouterai quelques
+autres observations dont je ne suis pas moins sûr.
+
+1. La matière électrique est un fluide, une espèce de feu répandu dans
+toute la nature en différentes proportions.
+
+2. Quoique les corps contiennent chacun une certaine quantité de ce feu,
+on les a distingués en corps électriques & corps non-électriques. Ces
+distinctions sont assez connuës.
+
+3. Les premiers sont propres à communiquer ce feu, & non à le conduire:
+les derniers le reçoivent & le transmettent, sans pouvoir le communiquer
+par eux-mêmes.
+
+4. En ce sens l'air est naturellement électrique, & l'eau ne l'est pas.
+
+5. Les corps non-électriques retiennent le feu dont ils ont été une fois
+chargés, jusqu'à ce qu'il en approche d'autres corps qui en ayent moins;
+alors le feu se communique avec bruit, & se distribue également
+entr'eux.
+
+6. L'eau étant électrisée, les vapeurs qui s'en exhalent le sont aussi.
+
+7. Les particules de matière électrisée se repoussent mutuellement; delà
+vient apparemment que l'électricité, aussi bien que la chaleur, augmente
+l'évaporation des liqueurs.
+
+8. Le frottement entre un corps non-électrique & un corps originairement
+électrique produit le feu électrique, non en le créant, mais en le
+rassemblant.
+
+9. La mer est un composé d'eau corps non-électrique, & de sel corps
+originairement électrique.
+
+10. Lorsqu'il y a du frottement entre les parties voisines de sa
+surface, la matière électrique y est rassemblée des parties inférieures
+& y devient apparente. C'est ce qu'on remarque dans le sillage d'un
+vaisseau, sous les coups de rames, dans l'écume & dans les parties d'eau
+agitées par le vent. Enfin dans une tempête toute la mer paroît en feu.
+
+11. Les particules d'eau détachées étant alors repoussées de sa surface
+électrisée, emportent avec elles le feu électrique qui a été rassemblé,
+& en s'élèvant elles s'attachent elles-mêmes aux particules d'air
+qu'elles rencontrent.
+
+12. Les particules d'air ainsi chargées & appésanties par les particules
+d'eau qui y sont adhérentes, retomberoient bientôt sur la terre, si le
+feu électrique attaché à ces dernieres ne les rendoit spécifiquement
+plus légères. La chaleur du soleil contribuë encore à les alléger.
+
+13. Aidées de ces deux puissances le feu électrique & le feu commun, les
+vapeurs de la mer s'élèvent fort haut dans l'air, & y forment des nuages
+chargés comme elles de l'un & l'autre feu.
+
+14. Quand même ces nuages fortement électrisés viendroient à s'élever
+dans la région la plus froide au-dessus de la terre, le froid qu'ils y
+rencontreroient pourroit diminuer leur feu commun; mais loin de diminuer
+leur feu électrique, il ne feroit qu'en augmenter la force.
+
+15. Les nuages formés des exhalaisons de la terre, ayant peu de feu
+électrique, ne s'élèvent pas beaucoup, & déposent leur eau promptement &
+aisément; c'est de là que les vents de terre qui soufflent sur mer se
+font facilement reconnoître par leur sécheresse.
+
+16. Il en est tout autrement des nuages formés des exhalaisons de la
+mer; ayant beaucoup de feu électrique, ils soutiennent fortement leur
+eau, s'élèvent à une grande hauteur, & poussés par les vents peuvent la
+conduire du milieu de l'Océan au milieu du plus vaste continent.
+
+17. Ces nuages électrisés étant poussés par les vents, sont attirés par
+les montagnes auxquelles ils communiquent leur feu électrique: alors les
+particules d'eau se rapprochent & tombent en rosée, si l'air est peu
+chargé; mais s'il est fort chargé, le feu électrique sort tout à la fois
+d'un nuage entier, & en l'abandonnant il brille comme un éclair & fait
+un bruit violent; dans ce cas les particules d'eau se réunissent faute
+de ce feu, & tombent en grosses ondées.
+
+18. Lorsqu'une montagne attire ainsi les nuées, & tire le feu électrique
+du premier nuage qui l'aborde, celui qui suit, lorsqu'il approche du
+premier actuellement dépouillé de son feu, lui lance le sien, & commence
+à déposer son eau propre. Le premier nuage communiquant ce nouveau feu à
+la montagne, un troisiéme nuage survient, & tous les autres arrivant
+successivement agissent de la même manière sur ceux qui les précèdent &
+sur la montagne, d'aussi loin qu'ils s'étendent en arrière, ce qui peut
+être sur une étendue de pays de quelques centaines de lieuës.
+
+19. Delà viennent les déluges de pluyes, les tonnerres, les éclairs
+presque perpétuels sur les montagnes les plus élevées, du pied
+desquelles les plus grands rivières tirent leurs sources.
+
+20. Quoique les endroits voisins des hautes montagnes soient ceux où le
+tonnerre est le plus fréquent, ce ne sont pas les seuls qui y soient
+sujets; il se fait aussi entendre dans les pays plats & unis, & les
+nuages de mer y déposent leurs eaux sans y être arrêtés par les
+montagnes. Mais dans ce cas ce sont les nuages de terre qui font
+l'office des montagnes. Ceux-ci non-électrisés & beaucoup moins élevés
+venant à passer sous ceux-là qui sont électrisés & fort élevés, les
+attirent, en reçoivent le feu électrique, & par ce moyen sont contraints
+les uns & les autres de laisser tomber subitement les eaux dont ils
+étoient chargés.
+
+21. Personne ne doute que les corps électrisés ne soient entourés d'une
+atmosphère électrique d'une étenduë considérable & précisément de la
+même figure que ces corps. On peut même rendre cette atmosphère visible
+en excitant au-dessous du corps électrisé une fumée de résine bien
+séche. L'attraction & la répulsion se font dans toute l'étenduë de cette
+atmosphère, quoique le feu électrique ne puisse se communiquer de si
+loin, du moins avec bruit; c'est pour cette raison qu'un nuage de terre
+non-électrisé venant à passer au-dessous d'un nuage de mer fort
+électrisé, l'attire à une très-grande distance.
+
+22. Quand plusieurs nuages de mer rencontrent plusieurs nuages de terre,
+le feu électrique s'élance de différens côtés, & les élancemens
+continuënt jusqu'à ce que le feu électrique soit également répandu dans
+tous ces nuages.
+
+23. La distance où se font les élancemens du feu électrique étant
+relative à l'étenduë des corps électrisés, si dans les expériences
+électriques deux canons de fusil électrisés frappent à deux pouces de
+distance & font un éclat & un bruit sensible, à quelle distance énorme
+ne doivent pas être portés le coup, le bruit & le feu d'un nuage de dix
+mille arpens électrisé?
+
+24. Comme les courans d'air avec les nuages suivant des routes
+différentes, il est aisé de concevoir comment les nuages passant les uns
+sous les autres peuvent s'attirer réciproquement & s'approcher
+suffisamment pour le choc électrique. On conçoit de même comment les
+nuages électrisés peuvent être emportés sur les terres fort loin de la
+mer sans aucun obstacle.
+
+25. Le feu électrique n'est visible & ne se fait entendre que quand il
+traverse l'air pour sauter d'un corps à un autre; on ne l'apperçoit
+point le long d'un fil de fer dans les expériences électriques; & on le
+voit le long d'une chaîne, parce qu'il saute de chaînon en chaînon. De
+même le feu du tonnerre ne brille que quand il saute d'un nuage à un
+autre. Quoique l'éclair & le coup partent en même tems, l'on ne voit le
+premier avant d'entendre le second, que parce que la lumière vole plus
+rapidement que le son; d'où il suit naturellement que l'on peut juger de
+l'éloignement du tonnerre par la distance de l'éclair au bruit, & qu'il
+n'y a jamais rien à craindre d'un éclat de tonnerre dont on a vû
+l'éclair.
+
+26. Une étincelle électrique tirée à quelque distance d'un corps
+irrégulier par un autre corps pareil, paroît courbée & ondoyante dans
+l'air; delà vient l'apparition de l'éclair en zic-zac.
+
+27. Les éminences, les grands arbres & les édifices élevés sont les plus
+exposés à être frappés du tonnerre; ainsi il est dangereux d'y chercher
+un abri pendant l'orage.
+
+28. Une autre raison pourquoi il vaudroit mieux être en rase campagne,
+c'est que le feu électrique, s'il y atteignoit quelqu'un, pourroit
+glisser sur ses habits mouillés, sans lui faire de mal. Un rat mouillé
+ne peut être tué par l'explosion de la bouteille électrique.
+
+29. Le feu électrique & le feu commun peuvent subsister, & subsistent
+ensemble dans le même corps. Le premier agit sur le second; & une
+quantité suffisante de l'un & de l'autre en différentes proportions
+produit l'inflammation.
+
+30. Les métaux sont souvent fondus par la foudre, & ces sortes de
+fusions sont froides ou chaudes. La fusion froide ou sans chaleur n'est
+qu'une désunion des particules métalliques qui détruit l'attraction par
+laquelle leur cohésion subsistoit. C'est la même manière dont les
+menstruës agissent sur le métal. Quand une épée est fonduë dans son
+fourreau, & l'argent dans une bourse, sans que le fourreau & la bourse
+soient brûlés, il faut nécessairement que ce soit par une espèce de
+fusion froide. Je pourrois citer plusieurs autres exemples de faits tout
+semblables; mais pour abréger je dirai seulement que l'on imite cet
+effet dans une des expériences électriques de Philadelphie.
+
+Il y a aussi des exemples que la foudre opère quelquefois des fusions de
+métaux par chaleur, ce sont alors de véritables fusions, des fusions
+brûlantes. Quoiqu'on n'ait pas encore poussé les expériences électriques
+jusqu'à des opérations pareilles, je ne doute point qu'on n'y parvienne
+dans la suite.
+
+31. Comme il y a des corps qui ont été déchirés par la foudre, il y en a
+de même qui sont déchirés par l'étincelle électrique. En répétant
+l'expérience où l'on perce une main de papier, & où j'en ai souvent
+percé jusqu'à 96. feüilles, j'ai remarqué que les dernières feüilles ont
+quelquefois souffert une déchirure telle qu'on pouvoit y passer le
+doigt.
+
+32. Il s'ensuit des observations précédentes qu'on devroit entendre
+très-rarement le tonnerre en pleine mer, lorsque l'on est fort éloigné
+de la terre. Quelques anciens officiers de marine qui ont été consultés
+sur ce sujet, assurent que le fait s'accorde parfaitement avec la
+conjecture, & que les isles éloignés du continent sont fort peu sujettes
+à l'orage. Un observateur judicieux a remarqué qu'il avoit moins entendu
+de tonnerre pendant treize ans qu'il a demeuré aux Bermudes, qu'il n'en
+a quelquefois entendu dans un mois à la Caroline.
+
+33. M. Franklin ajoute à toutes ces observations celles de quelques
+effets singuliers du tonnerre, & rapporte à ce sujet des effets tout à
+fait semblables de l'électricité: par exemple des aveuglemens causés par
+l'un aussi bien que par l'autre: des filets dorés sur lesquels on avoit
+mis de la peinture, qui ont été découverts par l'électricité, de même
+que par le tonnerre; il y a une infinité d'autres effets de ce météore
+que l'on pourroit rappeller ici, & dont le rapport avec ceux de
+l'électricité peut se démontrer aussi facilement. Mais pour ne point
+quitter M. Franklin, je passe à une de ses expériences, qui paroît bien
+décisive pour le sujet dont il est question.
+
+Si l'on suspend au plat-fond d'une chambre par une ficelle de grandes
+balances de cuivre, dont le fléau ait au moins 2. pieds de longueur, de
+manière que les bassins attachés à des cordons de soye soient environ à
+un pied de terre, ces bassins tourneront circulairement par le
+détortillement de la ficelle. Si l'on plante sur le plancher un poinçon
+de métal, dont la tête soit arrondie & polie, de façon que les bassins
+puissent passer pardessus en décrivant leur cercle; si dans cet état on
+électrise un des bassins en lui appliquant le fil-d'archal de la
+bouteille électrique, on verra ce bassin s'abaisser en passant sur le
+poinçon, & même décharger son feu sur cet instrument, s'il est à une
+distance convenable.
+
+Si après cela on attache une aiguille la pointe en haut sur le plancher
+auprès du poinçon, la tête de cet instrument, loin d'attirer comme
+auparavant le bassin électrisé, semblera le repousser, parce que la
+pointe de l'aiguille, quoique beaucoup plus basse, aura tiré le feu
+électrique dont le bassin étoit chargé, avant qu'il soit venu à portée
+d'être attiré par la tête du poinçon.
+
+Ces deux bassins peuvent nous représenter deux nuages, l'un un nuage de
+mer, & l'autre un nuage de terre; leur mouvement horizontal sur le
+plancher sera dans la même hypothèse, celui des nuages au-dessus de la
+terre, & le poinçon élevé représentera une montagne, une éminence ou un
+grand édifice; on comprendra alors comment les nuages électrisés, en
+passant au-dessus des montagnes ou des bâtimens à une trop grande
+hauteur pour les frapper, en peuvent être attirés jusqu'à la distance
+qui leur est nécessaire pour cet effet.
+
+Comme d'ailleurs l'aiguille fixée la pointe en haut sur le plancher au
+dessous du poinçon tire en silence le feu électrique du bassin à une
+distance beaucoup plus grande que la distance requise pour frapper, &
+prévient ainsi la descente vers le poinçon: comme le bassin électrisé,
+quand même il viendroit par son propre mouvement assez près pour
+frapper, ne pourroit le faire, parce qu'il auroit alors été dépoüillé de
+la plus grande partie de son feu: comme enfin dans ces deux cas le
+poinçon seroit toujours garanti du choc, il est plus que probable que la
+connoissance du pouvoir des pointes peut être d'un très-grand avantage à
+l'humanité pour préserver des atteintes de la foudre des maisons, les
+églises, les vaisseaux, &c.
+
+Il ne s'agiroit, pour y parvenir, que de fixer perpendiculairement sur
+les parties les plus élevées de ces édifices des verges de fer faites en
+forme d'aiguilles, & dorées pour prévenir la rouille, & d'abaisser du
+pied de ces verges, un fil-d'archal au dehors des bâtimens, jusqu'à ce
+qu'il touchât la terre ou l'eau de la mer. Ces verges de fer bien
+pointuës tireroient probablement & tireroit sans bruit le feu électrique
+hors du nuage, avant qu'il vint assez près pour frapper & pour causer
+aucun désastre.
+
+Mais avant que d'en venir à cet expédient il restoit un problême à
+résoudre. Toutes les observations pouvoient paroître bien faites, toutes
+les réflexions naturelles, tous les raisonnemens suivis, toutes les
+inductions justes, sans que pour cela le succès répondît à la
+vraisemblance. Il étoit question de décider avant tout si les nuées qui
+contiennent la foudre sont électrisées ou non; c'est ce doute qui a
+empêché M. Franklin de prononcer hardiment sur toute cette matière. Ce
+que sa pénétration & la justesse de son raisonnement lui ont fait
+reconnoître, sa droiture & sa sincérité n'ont osé l'assurer. Tout ce
+qu'il a pû faire dans cette circonstance embarrassante, ç'a été de
+proposer sa conjecture, & de nous enseigner les moyens de décider la
+question. En suivant la route qu'il nous a tracée, j'ai obtenu une
+satisfaction complette. Voici les préparatifs, le procèdé & le succès.
+
+1º. J'ai fait faire à Marly-la-Ville, situé à six lieuës de Paris, au
+milieu d'un belle plaine, dont le sol est fort élevé, une verge de fer
+d'environ un pouce diamètre, longue de quarante pieds & fort pointuë par
+son extrémité supérieure; pour lui ménager une pointe plus fine, je l'ai
+fait armer d'acier trempé & ensuite brunir, au défaut de dorure, pour la
+préserver de la rouille; outre cela cette verge de fer est courbée vers
+son extrémité inférieure en deux coudes à angles aigus quoiqu'arondis;
+le premier coude est éloigné de deux pieds du bout inférieur, & le
+second est en sens contraire à trois pieds du premier.
+
+2º. J'ai fait planter dans un jardin trois grosses perches de vingt-huit
+à vingt-neuf pieds disposées en triangle, & éloignées les unes des
+autres d'environ huit pieds; deux de ces perches sont contre un mur, &
+la troisiéme est au-dedans du jardin. Pour les affermir toutes ensemble
+l'on a cloué sur chacune des entre-toises à vingt pieds de hauteur, &
+comme le grand vent agitoit encore cette espèce d'édifice, l'on a
+attaché au haut de chaque perche de longs cordages, qui tenant lieu
+d'aubans, répondent par le bas à de bons piquets fortement enfoncés en
+terre à plus de vingt pieds des perches.
+
+3º. J'ai fait construire entre les deux perches voisines du mur, &
+adosser contre ce mur une petite guérite de bois capable de contenir un
+homme & une table.
+
+4º. J'ai fait placer au milieu de la guérite une petite table d'environ
+un demi pied de hauteur, & sur cette table j'ai fait dresser & affermir
+un tabouret électrique. Ce tabouret n'est autre chose qu'une petite
+planche quarrée portée sur trois bouteilles à vin; il n'est fait de
+cette manière que pour suppléer au défaut d'un gâteau de résine qui me
+manquoit.
+
+5º. Tout étant ainsi préparé, j'ai fait élever perpendiculairement la
+verge de fer au milieu des trois perches, & je l'ai affermie en
+l'attachant à chacune de ces perches avec de forts cordons de soye par
+deux endroits seulement. Les premiers liens sont au haut des perches
+environ trois pouces au-dessous de leurs extrémités supérieures: les
+seconds sont vers la moitié de leur hauteur. Le bout inférieur de la
+verge de fer est solidement appuyé sur le milieu du tabouret électrique,
+où j'ai fait creuser un trou propre à le recevoir.
+
+6º. Comme il étoit important de garantir de la pluye le tabouret & les
+cordons de soye, parce qu'ils laisseroient passer la matière électrique
+s'ils étoient mouillés, j'ai pris les précautions nécessaires pour en
+empêcher: c'est dans cette vûe que j'ai mis mon tabouret sous la
+guérite, & que j'avois fait courber ma verge de fer à angles aigus, afin
+que l'eau qui pourroit couler le long de cette verge ne pût arriver
+jusques sur le tabouret. C'est aussi dans le même dessein que j'ai fait
+clouer sur le haut & au milieu de mes perches à trois pouces au-dessus
+des cordons de soye, des espèces de boëtes formées de trois petites
+planches d'environ 15. pouces de long, qui couvrent pardessus & par les
+côtés une pareille longueur des cordons de soye sans leur toucher.
+
+Il s'agissoit de faire dans le tems de l'orage deux observations sur
+cette verge de fer ainsi disposée; l'une étoit de remarquer à sa pointe
+une aigrette lumineuse semblable à celle qu'on apperçoit à la pointe
+d'une aiguille, quand on l'oppose assez près d'un corps actuellement
+électrisé: l'autre étoit de tirer de la verge de fer des étincelles,
+comme on en tire du canon de fusil dans les expériences électriques.
+J'étois bien assuré du succès de la première de ces observations,
+m'étant rappellé que cette aigrette est connuë il y a deux ou trois
+mille ans. Les plus anciens auteurs, Homère, Aristote, Plutarque,
+Horace, &c. en ont parlé sous le nom d'astre d'Hélène, quand il n'en
+paroissoit qu'une, & sous les noms de Castor & Pollux, quand on en
+voyoit deux.
+
+Il n'est point rare aux navigateurs d'appercevoir ces aigrettes
+lumineuses au haut des mâts, au bout des vergues, en un mot dans les
+endroits élevés, où il y a des pointes dressées en l'air, surtout
+pendant la nuit, à l'approche & dans le tems des orages; c'est ce qu'ils
+appellent le feu S. Elme. Outre cela un de mes amis de province m'a
+mandé avoir remarqué plusieurs fois dans des orages de nuit un feu
+follet à la pointe de la verge de fer d'une girouette qui se trouvoit
+devant la fenêtre de son appartement.
+
+La certitude de cette première observation me donnoit aussi beaucoup de
+confiance pour la seconde; j'ose même dire que je n'étois pas moins
+assuré de son succès. Il me paroissoit impossible que la verge de fer
+étant bien isolée de tous corps non-électriques, ne donnât pas des
+étincelles, dès qu'elle tiroit & recevoit la matière électrique par sa
+pointe, mais il falloit voir ces étincelles.
+
+Après avoir ainsi dressé toute la machine, ne pouvant pas toujours
+rester à la campagne pour attendre l'orage, j'ai chargé de faire les
+observations en mon absence un habitant du lieu, nommé Coiffier, qui a
+servi quatorze ans dans les dragons, & sur qui je pouvois également
+compter pour l'intelligence & pour l'intrépidité. Je lui avois donné
+toutes les instructions nécessaires, soit pour observer l'aigrette
+lumineuse qui devoit paroître à la pointe de la verge de fer, soit pour
+tirer les étincelles de cette verge avec le tenon d'un fil-d'archal que
+j'avois attaché au collet d'une longue fiole pour lui servir de manche,
+& par ce moyen le garantir des piqûres de ces étincelles qui pouroient
+être trop fortes.
+
+Je lui avois encore recommandé de faire venir auprès de la machine
+quelques-uns de ses voisins, & même de faire avertir M. le Prieur Curé
+de Marly, qui m'avoit promis de s'y trouver sitôt que le tems paroîtroit
+disposé à l'orage.
+
+Le Mercredi 10. Mai 1752. entre deux & trois heures après midi, mon ami
+Coiffier entendit un coup de tonnerre assez fort: il vole à la machine,
+prend la fiole avec le fil-d'archal, présente le tenon du fil à la
+verge, en voit sortir une petite étincelle brillante, & en entend le
+pétillement; il tire une seconde étincelle plus forte que la première &
+avec plus de bruit: il appelle ses voisins, & envoye chercher M. le
+Prieur: celui-ci accourt de toutes ses forces; les Paroissiens voyant la
+précipitation de leur Curé, s'imaginent que le pauvre Coiffier a été tué
+du tonnerre; l'allarme se répand dans le village: la grêle qui survient
+n'empêche point le troupeau de suivre son Pasteur. Cet honnête
+Ecclésiastique arrive près de la machine, & voyant qu'il n'y avoit point
+de danger, met lui-même la main à l'oeuvre, & tire de fortes étincelles.
+La nuée d'orage & de grêle ne fut pas plus d'un quart-d'heure à passer
+au zénith de notre machine, & l'on n'entendit que ce seul coup de
+tonnerre. Sitôt que le nuage fut passé, & qu'on ne tira plus
+d'étincelles de la verge de fer, M. le Prieur de Marly fit partir le
+sieur Coiffier lui-même pour m'apporter la lettre suivant qu'il
+m'écrivit à la hâte.
+
+«Je vous annonce, Monsieur, ce que vous attendez; l'expérience est
+complette. Aujourd'hui à deux heures vingt minutes après midi le
+tonnerre a grondé directement sur Marly; le coup a été assez fort.
+L'envie de vous obliger & la curiosité m'ont tiré de mon fauteüil, où
+j'étois occupé à lire: je suis allé chez Coiffier, qui déjà m'avoit
+dépêché un enfant que j'ai rencontré en chemin pour me prier de venir,
+j'ai doublé le pas à travers un torrent de grêle. Arrivé à l'endroit où
+est placé la tringle coudée j'ai présenté le fil-d'archal, en avançant
+successivement vers la tringle à un pouce & demi ou environ; il est
+sorti de la tringle une petite colonne de feu bleuâtre sentant le
+souffre, qui venoit frapper avec une extrême vivacité le tenon du
+fil-d'archal, & occasionnoit un bruit semblable à celui qu'on feroit en
+frappant sur la tringle avec une clef. J'ai répèté l'expérience au moins
+six fois dans l'espace d'environ quatre minutes en présence de plusieurs
+personnes, & chaque expérience que j'ai faite a duré l'espace d'un
+_pater_ & d'un _ave_. J'ai voulu continuer; l'action du feu s'est
+rallentie peu à peu; j'ai approché plus près, & n'ai plus tiré que
+quelques étincelles, & enfin rien n'a paru.»
+
+«Le coup de tonnerre qui a occasionné cet événement n'a été suivi
+d'aucun autre; tout s'est terminé par une abondance de grêle. J'étois si
+occupé dans le moment de l'expérience de ce que je voyois, qu'ayant été
+frappé au bras un peu au-dessus du coude, je ne puis dire si c'est en
+touchant au fil-d'archal ou à la tringle: je ne me suis pas plaint du
+mal que m'avoit fait le coup dans le moment que je l'ai reçu; mais comme
+la douleur continuoit, de retour chez moi j'ai découvert mon bras en
+présence de Coiffier, & nous avons apperçu une meurtrissure tournante
+autour du bras, semblable à celle que feroit un cou de fil-d'archal si
+j'en avois été frappé à nud. En revenant de chez Coiffier j'ai rencontré
+M. le Vicaire, M. de Milly & le maître d'école à qui j'ai rapporté ce
+qui venoit d'arriver; ils se sont plaint tous les trois qu'ils sentoient
+une odeur de soufre qui les frappoit davantage à mesure qu'ils
+approchoient de moi: j'ai porté chez moi la même odeur, & mes
+domestiques s'en sont apperçus sans que je leur aie rien dit.»
+
+«Voilà, Monsieur, un récit fait à la hâte, mais naïf & vrai que
+j'atteste, & vous pouvez assurer que je suis prêt à rendre témoignage de
+cet événement dans toutes occasions. Coiffier a été le premier qui a
+fait l'expérience, & l'a répétée plusieurs fois; ce n'est qu'à
+l'occasion de ce qu'il a vû qu'il m'a envoyé prier de venir. S'il étoit
+besoin d'autres témoins que de lui & moi, vous les trouveriez. Coiffier
+presse pour partir.»
+
+«Je suis avec une respectueuse considération, Monsieur, votre, &c. signé
+Raulet, Prieur de Marly. 10. _Mai_ 1752.»
+
+On voit par le détail de cette lettre que le fait est assez bien
+constaté pour ne laisser aucun doute à ce sujet. Le porteur m'a assuré
+de vive voix qu'il avoit tiré pendant près d'un quart-d'heure avant que
+M. le Prieur arrivât, en présence de cinq ou six personnes, des
+étincelles beaucoup plus fortes & plus bruyantes que celles dont il est
+parlé dans la lettre. Ces premières personnes arrivant successivement
+n'osoient approcher qu'à dix ou douze pas de la machine, & à cette
+distance, malgré le plein soleil, ils voyoient les étincelles & en
+entendoient le bruit.
+
+Il ne parut point d'aigrette lumineuse à la pointe de la verge de fer;
+il y en avoit cependant une, & Coiffier m'a dit y avoir apperçu une
+très-foible lueur; mais d'abord la lumière du soleil, & ensuite
+l'opacité de la grêle la dérobèrent bientôt à la vûe; d'ailleurs il y a
+toute apparence que l'aigrette seroit plus visible à la pointe d'une
+verge de fer qui ne seroit point isolée.
+
+La comparaison des odeurs du tonnerre & de l'électricité n'a point
+échapé à mes recherches pour en tirer une preuve de leur identité; mais
+comme je ne connois point assez l'odeur du météore, je n'ai pas voulu
+m'y arrêter. Pour l'odeur de soufre dont il est parlé dans la lettre,
+elle pourroit bien être la même que celle de phosphore que l'on sent
+après de violentes explosions dans certaines expériences électriques.
+Quand on ne connoît pas bien distinctement l'une & l'autre, il est fort
+aisé de s'y méprendre.
+
+Enfin il me paroît évidemment prouvé par l'expérience de Marly que le
+tonnerre est pour le moins aussi propre que le globe de verre à
+communiquer l'électricité aux corps non-électriques, & que les corps
+originairement électriques, comme le verre & la soye, retiennent aussi
+bien cette électricité naturelle que celle qu'on excite
+artificiellement. Je ne doute même point, & je crois que personne n'en
+doutera, que si l'orage duroit quelque tems, on ne pût faire avec cette
+électricité naturelle toutes les mêmes expériences que l'on fait avec
+l'artificielle.
+
+Il résulte de toutes les expériences & observations que j'ai rapportées
+dans ce mémoire, & surtout de la dernière expérience faite à
+Marly-la-Ville, que la matière du tonnerre est incontestablement la même
+que celle de l'électricité. L'idée qu'en a euë M. Franklin cesse d'être
+une conjecture; la voilà devenuë une réalité, & j'ose croire que plus on
+approfondira tout ce qu'il a publié sur l'électricité, plus on
+reconnoîtra combien la Physique lui est redevable pour cette partie.
+
+Il ne me reste plus qu'à dire quelque chose des avantages qu'on peut
+retirer de cette importante découverte. Puisqu'il est bien reconnu
+qu'une pointe métallique présentée à quelque distance vis-à-vis d'un
+corps actuellement électrisé en tire le feu, & le décharge entiérement
+sans bruit, sans explosion & sans commotion: puisqu'il est également
+vérifié qu'une verge de fer présentant sa pointe bien acérée vers un
+nuage chargé de tonnerre, tire en silence la matière électrique de ce
+nuage, dès qu'il est assez proche pour que la verge se trouve dans on
+atmosphère électrique, cette verge suffira pour le décharger entiérement
+de tout le feu qui y est retenu, & elle opérera ce bon effet d'autant
+plus surement & plus facilement que la nuée orageuse sera plus près &
+plus long-tems à passer à portée de la pointe.
+
+Delà résultent les avantages infinis de dissiper presque à volonté la
+matière du tonnerre, & de préserver de ses atteintes les édifices tant
+publics que particuliers. Je suis persuadé que, si au lieu de terminer,
+comme on le fait ordinairement, les toits des pavillons, des tours, des
+clochers & les mâts des vaisseaux &c. par des giroüettes, par des coqs,
+par des croix, par des perroquets, &c. On y dressoit des pointes
+métalliques de la manière dont il a été expliqué ci-devant, on
+garantiroit ces édifices de la foudre. Dans la supposition même où ces
+pointes ainsi élevées, en tirant le feu des nuages orageux, en seroient
+assaillies par une quantité excessive, ou, pour me servir des
+expressions usitées, quand ces pointes fendroient la nuë, & attireroient
+sur elles un orage tout entier, le fil de fer attaché à leur extrémité
+inférieure suffiroit pour conduire ce feu jusqu'à la terre ou à l'eau au
+dehors des édifices, sans que la foudre pût leur toucher; la raison m'en
+paroît évidente. Comme le métal est moins électrique, & par-là plus
+perméable à l'électricité que les pierres, les bois & les autres
+matériaux qui entrent dans la construction d'un bâtiment; le feu
+électrique ne quittera point cette route que quand elle lui manquera.
+
+Pour calmer les craintes de ceux qui, malgré ces raisons, pourroient
+appréhender que les pointes élevées sur leurs maisons n'y attirassent le
+feu du ciel, j'ajouterai ici un autre moyen de les mettre tout-à-fait en
+sureté. Il consiste à élever dans le voisinage autour de leurs châteaux
+ou maisons plusieurs de ces mêmes verges métalliques sur de grands
+arbres, sur des tours, sur des éminences, &c. ou simplement à les
+planter en terre, pourvû qu'elles ayent assez de longueur pour
+surpasser, ou tout au moins pour égaler la hauteur des édifices que l'on
+voudra préserver. S'il pouvoit arriver que le tonnerre tombât sur ces
+verges, il ne pourroit y faire aucun désordre. Il ne faudroit peut-être
+pas une centaine de verges de fer ainsi dressées & disposées dans les
+différens quartiers & dans les endroits les plus élevés, pour préserver
+de la foudre toute la Ville de Paris.
+
+«Dès que ce mémoire eut été lû à l'Académie Royale des Sciences, où il
+avoit été écouté avec la plus grande attention, & reçu avec l'accueil le
+plus obligeant, le bruit s'en répandit; cette découverte fut mise dans
+toutes les nouvelles publiques, & l'expérience fut repétée avec le même
+succès dans toutes les parties de l'Europe. On imagina différens moyens
+pour élever des verges de fer pointuës suivant la situation des lieux, &
+il s'en trouva de très-ingénieux. Celui par exemple de dresser une
+pointe métallique au-dessus d'un cerf-volant que l'on élève en l'air à
+l'approche d'un orage, a fait voir des phénomènes très-singuliers. La
+matière électrique y étoit si abondante qu'elle faisoit à chaque instant
+des explosions assez bruyantes pour être entenduës à des distances
+considérables. Ces explosions doivent être regardées, & sont réellement
+autant de petits coups de tonnerre dont les effets pourroient être aussi
+funestes pour ceux qui se trouveroient à portée d'en être frappés.
+L'exemple de M. Richman, professeur de physique à Petersbourg & martyr
+de l'électricité, suffiroit seul pour avertir qu'il est quelquefois
+dangereux de s'approcher sans beaucoup de précaution de la verge de fer
+électrisée par le tonnerre. Il paroît par la relation de sa mort,
+arrivée le 6. Août 1753. & insérée dans les gazettes d'Hollande & de
+France du mois de Septembre suivant, qu'il n'a pas été tué par le
+tonnerre tombé directement du ciel, mais par l'explosion de la matière
+électrique dont la barre de fer trop bien isolée se trouva surchargée au
+moment que sa tête en approcha pendant qu'il faisoit ses observations.»
+
+«Il est encore arrivé deux accidens du même genre, quoique moins
+tragiques, à deux célèbres physiciens, dont l'un[45] est associé &
+l'autre[46] correspondant de l'Académie Royale des Sciences. Tous les
+deux furent renversés par le coup dont ils furent frappés en voulant
+tirer des étincelles de leur appareil électrique. Un degré de plus dans
+la charge de cet appareil leur eût vraisemblablement fait éprouver un
+sort aussi funeste qu'au physicien Moscovite. Mais je suis sûr que les
+précautions dont je me suis presque toujours servi en pareil cas,
+auroient pû les en garantir, & j'exhorte tous ceux qui voudront faire de
+pareilles observations sur le tonnerre, à mettre en usage ces mêmes
+précautions.»
+
+[Note 45: M. le Monnier, Médecin de S. Germain en Laye.]
+
+[Note 46: Le R. P. Bertier de l'Oratoire, à Montmorency.]
+
+«Peu de jours après la publication du mémoire ci-dessus, j'imaginai
+adapter un petit carillon à une pointe métallique que j'avois fait
+élever au jardin du Roi pour M. de Buffon; ce carillon est composé de
+deux petits timbres, dont l'un est attaché au fil de fer correspondant à
+la pointe, & l'autre à la muraille, avec une petite boule de métal
+suspenduë entre deux par un fil de soye pour servir de battant. Dès le
+premier orage qui arriva le jour même, le carillon sonna plus d'une
+demi-heure avant que le tonnerre grondât & avant que les éclairs
+parussent. Par ce moyen nous avons toujours été avertis depuis de
+l'approche des nuages orageux; il nous est même arrivé plusieurs fois, à
+M. de Buffon & à moi, d'entendre sonner le carillon sans aucune
+apparence de tonnerre. Quand un nuage chargé d'électricité vient à
+passer au-dessus de la pointe métallique à une grande distance, il met
+le carillon en mouvement, & soit qu'il n'y ait point assez de matière
+pour causer un véritable orage, soit que la pointe en dissipe assez pour
+en empêcher, tout se passe sans fracas.»
+
+«Ce carillon ainsi adapté à la machine du tonnerre sert à plusieurs
+usages importans; 1°. il avertit de l'approche ou de la présence d'un
+nuage orageux tant la nuit que le jour; 2°. il fait connoître
+l'abondance de la matière électrique dont un nuage est chargé, par la
+fréquence plus ou moins grande de ses battemens, & même par son silence,
+comme on le verra dans la suite; 3°. étant une décharge continuelle de
+la matière électrique, qui s'accumule sur la machine du tonnerre, il est
+suffisant pour en prévenir les funestes accidens. Je suis très-persuadé
+que ni M. Richman ni les autres n'auroient point été frappés si
+rudement, s'il y avoit eu de pareilles décharges aux machines dont ils
+se sont servis.»
+
+
+DE LA LETTRE II.
+
+_29. Juin 1751._
+
+Dans la relation que le capitaine Waddel a donnée des effets de la
+foudre sur son vaisseau, je ne puis m'empêcher de remarquer les grosses
+lampes _comazants_, (comme il les appelle) qui parurent sur les pointes
+du haut des perroquets toutes en feu comme de grosses torches (avant le
+coup de tonnerre); suivant mon sentiment le feu électrique étoit alors
+tiré de la nuée comme par des pointes, la grosseur de la flamme marquant
+la grande quantité d'électricité dans la nuée; & s'il y avoit eu un bon
+fil-d'archal de communication des pointes du sommet des perroquets à la
+mer, qui eût conduit plus librement que des cordes goudronnées ou des
+mâts de bois résineux, j'imagine qu'il n'y auroit point eu de coup de
+foudre, ou que s'il y en eût eu, le fil-d'archal l'auroit conduit tout
+entier dans la mer sans endommager le vaisseau.
+
+Ses boussoles perdirent la vertu de l'aiman, ou les pôles en furent
+changés; la pointe du nord se tourna vers le sud. Par le moyen de
+l'électricité nous avons souvent ici (à Philadelphie) donné aux
+aiguilles la direction au pôle, & nous en avons changé les pôles à notre
+gré.
+
+À Londres M. Wilson a essayé cette opération sur de trop grosses masses
+& avec une force trop foible.
+
+«MM. Wilson & Franklin ne sont pas les seuls qui ayent conjecturé que le
+magnétisme devoit être un effet de l'électricité; M. de Buffon doit
+partager avec eux la gloire, non-seulement d'avoir eu la même opinion,
+mais d'en avoir porté un jugement décisif long-tems avant d'apprendre
+les conjectures de ces deux sçavans. Dès le commencement de l'année
+1752. il me pria de lui faire faire six aiguilles d'acier pour essayer
+de les aimanter d'un coup d'électricité. Ses affaires ne lui permirent
+pas d'en faire l'épreuve; & comme par déférence je ne voulus pas la
+faire sans lui, l'expérience fut retardée jusqu'en 1753. tems auquel je
+reçus le supplément ou deuxiéme partie des écrits de M. Franklin, où
+j'en trouvai la réussite avant de l'avoir tentée moi-même.»
+
+«Ayant aussitôt fait armer, suivant la méthode de Mr. Franklin, une
+grande cucurbite de verre, je la joignis à un gros matras aussi préparé
+pour l'expérience de Leyde; je mis ensuite une de mes aiguilles, dont
+j'avois ôté la chape, entre deux lames de verre, l'une plus longue &
+l'autre plus courte, afin que les deux bouts de l'aiguille débordassent
+cette dernière: pour affermir ces trois piéces, je les mis dans une
+petite presse faite exprès & disposée de façon que l'aiguille touchât
+par l'un de ses bouts une feüille de métal sur laquelle étoient posés
+les deux vases: ayant ensuite chargé ces deux vases ensemble, & achevé
+le cercle par le moyen d'un fil de fer, dont j'appuyai l'une des
+extrémités sur le bout de l'aiguille, je tirai le coup fulminant au
+travers de cette aiguille. Ayant après cela démonté l'appareil, rajusté
+la chape & suspendu l'aiguille sur son pivot, elle prit la direction
+nord & sud, & fut vivement attirée par le fer que je lui présentai; en
+un mot elle se trouva très-bien aimantée. J'essayai sur le champ de
+changer ses pôles en lui donnant le coup en sens contraire; cette
+seconde expérience ne me réussit pas moins bien que la première, & je la
+répétai plusieurs fois. Cette aiguille a conservé sa vertu magnétique
+pendant plusieurs mois. Mais je n'ai pas été long-tems à m'appercevoir
+que sa force diminuoit imperceptiblement, présentement il faut en
+approcher une clef à trois ou quatre lignes, pour qu'elle puisse en être
+attirée.»
+
+«J'ai aimanté par le même moyen deux autres aiguilles qui me paroissent
+conserver toute leur force depuis plusieurs mois. Elles ont été frappées
+d'un coup donné en même tems par deux grandes cucurbites de verre
+revêtuës en dedans & en dehors de fëuilles d'étain & bien armées pour
+l'expérience de Leyde, & par deux gros matras dorés.»
+
+«Les expériences électriques développent tous les jours des mystères,
+qui sans elles seroient peut-être toujours demeurés impénétrables dans
+la physique; le succès de celle-ci nous apprend pourquoi les vieux fers
+qui ont été long-tems exposés aux injures de l'air sur le haut des
+édifices fort élevés, non-seulement se trouvent aimantés, mais même
+semblent convertis en véritable aiman. (_Voyez Mém. de l'Acad. R. des
+Sc., tom. X. pag._ 734.) Cette observation qui parut si surprenante en
+1691. cesse de l'être dès que l'on sçait que la matière du tonnerre &
+celle de l'électricité sont la même, & que le magnétisme n'est qu'un
+effet de la matière électrique. Personne n'aura de peine à se persuader
+que les clochers de Chartres à cause de leur grande élévation au milieu
+d'une vaste plaine ont été & sont souvent frappés du tonnerre. _Feriunt
+altos fulmina montes._ Les fers qui ont été employés dans ces édifices
+étant moins électriques que les pierres & les autres matériaux qui sont
+entrés dans leur construction, sont par-là plus susceptibles des
+impressions de ce météore. C'est de là qu'ils ont acquis la vertu
+magnétique; & peut-être l'aiman lui-même n'est-il aiman que parce que
+c'est une pierre qui contient beaucoup de fer, & qui a été frappée de la
+foudre.»
+
+«Cette propriété qu'a la matière électrique de s'attacher de préférence
+aux corps les moins électriques, & surtout aux métaux, nous apprend
+l'utilité d'un ancien usage presque général, dont on n'a peut-être
+jamais connu ni le fondement ni le principe, c'est celui de mettre dans
+les tems d'orage une piéce de fer sur les tonneaux de vin & dans le nid
+des poules & autres volatils que l'on fait couver. On dit que c'est pour
+empêcher le tonnerre de faire tourner le vin & les oeufs, ou de faire
+mourir les jeunes poulets dans leurs coquilles. S'il est vrai que le
+tonnerre puisse produire ces mauvais effets; il est assez vraisemblable
+qu'un morceau de fer ou d'autre métal peut les prévenir. Le matière
+électrique qui se répand de tous côtés pendant l'orage, sera attirée par
+la substance métallique, & y fera son impression bien plutôt que sur les
+autres substances qui en sont moins susceptibles.»
+
+Un choc donné par quatre grands vases de verre en forme de jarres à une
+fine aiguille à coudre flottante sur l'eau, lui donne la direction
+magnétique, & la traverse aisément. Si l'aiguille est posée Est & Ouest
+dans le tems qu'elle est frappée, le bout par lequel le feu électrique
+est entré se tourne au nord.
+
+Si l'aiguille est posée nord & sud, le bout qui est vers le nord
+continuëra de marquer le nord quand elle sera mise sur l'eau, soit que
+le feu soit entré par ce bout ou par le bout opposé.
+
+«Dans quelque direction que mes aiguilles fussent posées, lorsqu'elles
+ont reçu le coup fulminant, j'ai toujours remarqué que le bout de
+l'aiguille par lequel le feu y est entré, est constamment celui qui se
+tourne au nord, & conséquemment celui par lequel le feu est sorti, se
+tourne au sud. Pour changer les pôles d'une aiguille aimantée de cette
+manière, il ne s'agit que de donner le coup en sens contraire. M.
+Franklin à qui j'ai communiqué cette observation, m'a répondu que
+n'ayant pas eu le tems de répéter plusieurs fois cette expérience, il
+n'avoit pû l'approfondir, & que delà il pouvoit être arrivé que ses
+observations à cet égard ne fussent pas tout-à-fait justes.»
+
+Le magnétisme qu'elle acquiert est plus fort quand l'aiguille est
+frappée étant tournée au nord & au sud; il est plus foible quand
+l'aiguille est Est & Ouest; si la force du coup étoit beaucoup plus
+grande, peut-être que, l'aiguille étant nord & sud, si le feu entroit
+par le bout sud il deviendroit nord, autrement nous serions embarrassés
+de rendre raison du renversement des pôles des boussoles par le coup de
+foudre, puisqu'il n'a jamais pû trouver leurs aiguilles que dans cette
+position, & que selon nos petites expériences, soit que le feu
+électrique entre par le bout du nord & sorte par celui du sud de
+l'aiguille, ou au contraire, le bout tourné vers le nord continuëroit
+toujours à le marquer.
+
+Dans ces expériences les bouts des aiguilles reçoivent quelquefois de la
+flamme électrique, une légère teinte de bleu comme celle que l'on voit à
+un ressort de montre. Cette couleur donnée par le coup de deux vases
+seulement se dissipera, mais quatre vases la fixent, & fondent souvent
+les aiguilles; je vous en envoye quelques-unes qui ont eu leurs têtes &
+leurs pointes fonduës par notre tonnerre artificiel, & une épingle dont
+le feu électrique a fondu la pointe & fait couler quelques parties de sa
+tête & de son collet. Il arrive quelquefois que la surface du corps de
+l'aiguille coule aussi un peu & paroît soulevée en forme de vésicules
+quand elle est examinée avec une loupe. Les vases dont je me sers
+contiennent sept ou huit gallons,[47] & sont doublés de feüilles d'étain
+au dedans & au dehors, il faut à chacun d'eux mille tours d'un globe de
+neuf pouces de diamètre pour être chargé.
+
+[Note 47: Gallon, mesure d'Angleterre qui contient quatre quartes; la
+quarte équivaut environ pinte de Paris.]
+
+Je vous envoye deux échantillons de feüilles d'étain fonduës entre des
+verres par la force de deux vases seulement.
+
+Je n'ai point appris qu'aucun de vos Électriciens d'Europe ait pû
+jusqu'ici enflammer la poudre à tirer par le feu électrique. Nous le
+faisons ici de cette manière. On remplit de poudre séche une petite
+cartouche; on la bourre assez fort pour en écraser quelques grains; on y
+enfonce ensuite deux fils-d'archal pointus un à chaque bout, ensorte que
+leurs pointes ne soient éloignées que d'un demi pouce au milieu de la
+cartouche que l'on place dans cercle; quand les quatre vases se
+déchargent, la flamme sautant de la pointe d'un fil-d'archal à celle de
+l'autre dans la cartouche au travers de la poudre, l'enflamme, &
+l'explosion de la poudre se fait au même instant que le craquement de la
+décharge.
+
+«Cette expérience m'a réussi d'une façon admirable. En voici le procédé.
+Après avoir roulé une carte à jouer, & l'avoir bien liée avec du fil,
+j'ai rempli à peu près au quart ce petit tuyau de poudre à tirer, que
+j'ai bien bourée pour en écraser les grains; après cela j'y ai mis
+encore autant de poudre que j'ai bourée de la même manière; & ainsi de
+suite jusqu'à ce que le tuyau fût rempli: j'y ai ensuite enfoncé deux
+fils de fer, un à chaque bout comme le dit notre auteur; en suivant le
+reste de son procédé, l'expérience a manqué plusieurs fois. Imaginant
+que le défaut ne pouvoit venir que de ce que les pointes des fils de fer
+étoient trop éloignées l'une de l'autre, je les ai enfoncées davantage,
+& l'expérience a réussi. Quelque préparé que l'on soit au bruit que doit
+produire cette inflammation, on en est toujours surpris, mais ce n'est
+pas ce qu'il y a à craindre dans cette expérience.»
+
+«L'on doit y prendre des précautions contre deux accidens qui peuvent en
+résulter, l'un de tourner le petard du côté opposé aux spectateurs, afin
+qu'en sautant il ne puisse blesser personne; l'autre de ne pas tenir à
+la main les fils de fer dont les pointes sont enfoncées dans le petard,
+parce que si la poudre ne s'enflammoit pas, celui qui les tiendroit
+recevroit une commotion peut-être trop forte.»
+
+Je ne me souviens pas si je vous ai écrit que j'ai fondu des épingles de
+cuivre & des aiguilles d'acier, changé les pôles d'une aiguille
+aimantée, donné le magnétisme & la pôlarité à des aiguilles qui n'en
+avoient point, & que j'ai enflammé de la poudre à tirer séche avec
+l'étincelle électrique. J'ai cinq bouteilles qui contiennent chacune 8.
+ou 9. _galons_; deux de ces bouteilles chargées suffisent pour ces
+opérations; mais je puis les charger & les décharger toutes ensemble, il
+n'y a point d'autres bornes dans la force que l'homme peut donner &
+employer dans la matière électrique, que celles qui viennent de la
+dépense & du travail; car on peut augmenter le nombre des bouteilles à
+l'infini, les unir & les décharger toutes ensemble, comme s'il n'y en
+avoit qu'une. La force & l'effet sera proportionnée à leur nombre & à
+leur situation. Les plus grands effets connus des coups de foudre
+ordinaires peuvent, je pense, sans beaucoup de difficulté, être
+surpassés par cette voye, ce que l'on n'auroit jamais cru il y a
+quelques années. Bien des gens même aujourd'hui pourroient regarder
+cette supposition comme un peu extravagante. Ainsi nous sommes plus
+avancés en science que les diables de Rabelais à l'âge de deux ans; il
+dit d'eux plaisamment qu'ils ne sçavoient qu'un peut tonner & foudroyer
+autour de la tête d'un choux.
+
+Je suis avec un sincère respect, votre très-humble & très-obligé
+serviteur, B. Franklin.
+
+
+
+
+_LETTRE
+De M. E. KINNERSLEY,
+à Boston,
+
+à B. Franklin, Écuyer à Philadelphie, le 3. Février 1752._
+
+
+MONSIEUR,
+
+J'ai à vous communiquer les expériences suivantes. Je tenois dans une
+main un fil-d'archal qui étoit attaché par l'autre bout à la manivelle
+d'une Pompe, pour essayer si le coup du premier conducteur au travers de
+mes bras, seroit un peu plus fort que lorsqu'il passoit seulement sur la
+surface de la terre; mais je n'y découvris aucune différence.
+
+Je plaçai l'aiguille d'une boussole sur la pointe d'une longue épingle;
+& la tenant dans l'atmosphère du premier conducteur à la distance
+d'environ trois pouces, je trouvai qu'elle pirouettoit avec une grande
+rapidité, comme les aîles d'un tourne-broche.
+
+Je suspendis avec une soye une balle de liége environ de la grosseur
+d'un pois; je lui présentai de l'ambre frotté, de la cire à cacheter, du
+soufre, elle fut fortement repoussée par chacun de ces corps; ensuite
+j'essayai du verre & de la porcelaine frottée, & je trouvai que chacun
+l'attiroit jusqu'à ce qu'elle s'électrisât une seconde fois, & qu'alors
+elle fut repoussée comme la première fois; & tandis que cette balle
+étoit ainsi repoussée par le verre ou la porcelaine frottée, elle étoit
+attirée par l'un des trois, autres corps aussi frottés. Alors
+j'électrisai la balle avec le fil-d'archal d'une bouteille chargée, & je
+lui présentai du verre frotté (le bouchon d'un flacon) & une tasse de
+porcelaine; elle en fut repoussée aussi fortement que par le
+fil-d'archal. Mais quand je lui présentai un des autres corps
+électriques frottés, elle fut fortement attirée; & quand je l'électrisai
+par l'un d'eux jusqu'à ce qu'elle fût repoussée, elle fut attirée par le
+fil de la bouteille, mais repoussée par sa doublûre extérieure.
+
+Ces expériences me surprirent, & me portèrent à en inférer les paradoxes
+suivants.
+
+1°. Si un globe de verre est placé à l'un des bouts du premier
+conducteur, & un globe de soufre à l'autre; les deux globes étant
+également en bon état & dans un mouvement égal, on ne pourra tirer
+aucune étincelle du conducteur; mais un des globes tirera du conducteur
+aussi vîte que l'autre y fournira.
+
+2°. Si une bouteille est suspenduë au conducteur avec une chaîne de son
+envelope à la table, & que l'on ne se serve que d'un des globes à la
+fois, vingt tours de rouë, par exemple, la chargeront, après quoi autant
+de tours de l'autre rouë la déchargeront, & autant la rechargeront
+encore.
+
+3°. Les deux globes étant en mouvement, chacun ayant un conducteur
+particulier avec une fiole suspenduë à l'un d'eux, & la chaîne de
+celle-ci attachée à l'autre, la fiole se chargera, l'un des globes
+chargeant positivement, & l'autre négativement.
+
+4°. La bouteille étant chargée de cette sorte, suspendez-la de la même
+manière à l'autre conducteur; faites tourner les deux rouës, & le même
+nombre de tours qui avoit chargé la bouteille la déchargera, & le même
+nombre encore la rechargera.
+
+5°. Quand chaque globe communique avec le même premier conducteur,
+duquel il pend une chaîne jusques sur la table, l'un de ces globes (mais
+je ne puis pas dire lequel) quand ils sont en mouvement, tirera le feu
+au travers de son coussin, & le déchargera par la chaîne; l'autre le
+tirera au travers de la chaîne, & le déchargera au travers de son
+coussin.
+
+Je serois fort aise que vous envoyassiez chez moi chercher mon globe de
+soufre avec son coussin, & que vous en fissiez l'épreuve; mais je dois
+vous avertir de ne pas frotter le coussin avec de la craye, un peu de
+soufre réduit en poudre fine sera beaucoup mieux. Si, comme je m'y
+attens, vous trouvez que les globes chargent le premier conducteur d'une
+manière différente, je sçai que vous êtes en état de découvrir quelque
+méthode pour déterminer quel est celui qui charge positivement.
+
+Je suis, &c. E. Kinnersley.
+
+
+
+
+_LETTRE VIII._
+_De B. FRANKLIN, Écuyer de Philadelphie._
+
+_À M. E. Kinnersley, à Boston, le 2. Mars 1752._
+
+
+MONSIEUR,
+
+Je vous remercie des expériences que vous m'avez communiquées. J'envoyai
+sur le champ chercher votre globe de soufre dans le dessein de faire les
+épreuves que vous m'indiquiez; mais je trouvai qu'il n'étoit pas bien
+centré, & je n'avois pas le tems pour lors d'y remédier; mais au premier
+moment de loisir je le remettrai en état de servir; je tenterai les
+expériences, & je vous en rendrai compte.
+
+En attendant je soupçonne que les différentes attractions & répulsions
+que vous avez observées, venoient plutôt de la plus grande ou plus
+petite quantité du feu que vous tiriez des différens corps que de ce que
+ce feu seroit d'une espéce différente, & auroit une différente
+direction.
+
+Je suis avec précipitation, &c. B. Franklin.
+
+
+
+
+_LETTRE IX._
+_De B. FRANKLIN Écuyer de Philadelphie._
+
+_À M. E. Kinnersley, à Boston le 16. Mars 1752._
+
+
+MONSIEUR,
+
+Ayant mis votre globe de soufre en état de servir, j'essayai une des
+expériences que vous proposiez, & je fus agréablement surpris de voir
+que le globe de verre étant à une extrémité du conducteur & celui de
+soufre à l'autre, les deux globes en mouvement, on ne pouvoit pas tirer
+une seule étincelle du conducteur, à moins que l'un des globes ne
+tournât plus lentement, ou ne fût pas en aussi bon état que l'autre,
+alors même l'étincelle n'étoit que proportionnée à cette différence,
+ensorte que si on recommence à faire tourner les globes également ou à
+faire tourner plus lentement celui qui opéroit le mieux, l'on mettra
+encore le conducteur hors d'état de fournir une étincelle.
+
+Je remarquai aussi que le fil-d'archal d'une bouteille chargée par le
+globe de verre attiroit une balle de liége qui avoit touché au
+fil-d'archal d'une bouteille chargée par celui de soufre, & cela
+réciproquement, en sorte que le liége continuoit à jouer entre les deux
+bouteilles, de la même manière que si une bouteille avoit été chargée
+par le crochet & l'autre par le côté par le seul globe de verre; & les
+deux bouteilles chargées l'une par le globe de soufre, l'autre par celui
+de verre, seront toutes deux déchargées en approchant leurs
+fil-d'archal, & donneront le coup à la personne qui les tient.
+
+D'après ces expériences on peut être certain que les deuxiéme, troisiéme
+& quatriéme que vous proposez réussiront exactement, comme vous le
+supposez, quoique je ne les aye point tentées, n'en ayant pas le tems.
+J'imagine que c'est le globe de verre qui charge positivement, & celui
+de soufre négativement: en voici les raisons. 1°. Quoique le globe de
+soufre semble opérer aussi bien que le globe de verre, cependant il ne
+pourra jamais y avoir une étincelle aussi forte & à une distance aussi
+grande entre mon doigt & le conducteur, quand on se sert du globe de
+soufre que quand on employe celui de verre. Je suppose que la raison en
+est que les corps d'une certaine grosseur ne peuvent pas se séparer de
+la quantité du fluide électrique qu'ils ont & qu'ils conservent dans
+leur substance après l'avoir attirée, aussi aisément qu'ils peuvent en
+recevoir une quantité additionnelle sur leurs surfaces en forme
+d'atmosphère. Par conséquent on ne peut pas en tirer autant du
+conducteur qu'on peut y en faire entrer. 2°. J'observe que le ruisseau
+ou l'aigrette de feu qui paroît à l'extrémité du fil-d'archal attaché au
+conducteur est longue, large & fort divergente quand on se sert du globe
+de verre, & qu'elle fait un bruit avec éclat ou craquement; mais quand
+on employe le globe de soufre, cette aigrette est courte, petite, & ne
+fait qu'un sifflement. Et tout le contraire des deux arrive quand vous
+tenez le même fil-d'archal dans votre main, & que les globes travaillent
+tour-à-tour, l'aigrette est longue, large, divergente & craquante, quand
+on fait tourner le globe de soufre; elle est courte, petite & sifflante
+quand c'est celui de verre. Quand l'aigrette est longue, large, & fort
+divergente, le corps duquel elle part me semble jetter le feu: quand le
+contraire paroît, on diroit que ce corps le pompe. 3°. J'observe que
+quand j'ai présenté mon doigt devant le globe de soufre, lorsqu'il est
+en mouvement, le ruisseau de feu entre mon doigt & le globe semble se
+répandre sur sa surface comme s'il sortoit du doigt; il en est tout
+autrement du globe de verre. 4°. Le vent frais (ou ce qu'on appelle de
+ce nom) que nous avons coutume de sentir comme sortant d'une pointe
+électrisée, est beaucoup plus sensible quand on employe le globe de
+verre que quand c'est celui de soufre; mais ce ne sont ici que des
+pensées hazardées.
+
+«Les effets opposés du verre & du soufre ont été reconnus à Paris comme
+ils l'avoient été à Boston & à Philadelphie. M. le Roy de l'Académie
+Royale des Sciences, lût le 9. Avril 1755. à la rentrée publique de
+cette Académie, un mémoire bien détaillé des nouvelles expériences &
+observations qu'il avoit faites sur ce sujet. Après y avoir établi
+toutes les différences qu'il avoit remarquées entre l'électricité
+positive & l'électricité négative, (différences essentielles qui avoient
+déjà été publiées par le R. P. Beccaria dans son _Libro primo del
+Electricismo_, sous des dominations différents,) il démontre par des
+preuves convaincantes que le verre & la résine frottés produisent des
+effets électriques tout contraires: que le verre communique
+l'électricité positive, & que le soufre & la résine communiquent
+l'électricité négative. L'auteur du mémoire conclut de ses observations
+avec juste raison qu'il faut en revenir à la distinction des
+électricités vitrée & résineuse établie par feu M. Dufay; (Mém. de
+l'Acad. ann. 1733. pag. 469.) ces deux sortes d'électricités, quoique
+différentes par leur nature, semblent agir à peu près également & de la
+même manière sur les corps conducteurs qui y sont présentés; elles
+paroissent aussi à la première inspection produire les mêmes phénomènes
+d'attraction, de répulsion, d'étincellement, de pétillement, de
+percussion, de commotion, &c. Cependant quand on en vient à un examen
+plus approfondi, l'on n'est pas long-tems à reconnoître que les
+phénomènes sont en sens contraire. Ces deux sortes d'électricités se
+détruisent: l'une attire ce que l'autre repousse: celle-ci se communique
+en donnant, & celle-là en recevant: enfin la première est par excès, &
+la seconde par défaut. La bouteille de Leyde dont on présente le crochet
+au conducteur électrisé par le verre ou par le soufre, ne s'en charge
+pas moins bien, mais avec cette différence que si le conducteur est
+électrisé par le soufre, la bouteille se chargera extérieurement de même
+que cela arriveroit, si en la tenant par le crochet, on en présentoit le
+côté au conducteur électrisé par le verre, & de même encore qu'elle se
+chargeroit si, après avoir épuisé le coussin, on lui présentoit (à ce
+coussin) le crochet de cette bouteille, en la tenant par les côtés.
+
+«Outre les moyens indiqués par M. Franklin pour reconnoître si
+l'électricité est positive ou négative, voici celui qui me paroît le
+plus simple.
+
+«On sçait que si l'on présente une pointe métallique à un corps
+actuellement électrisé, il paroît dans l'obscurité une petite lumière au
+bout de cette pointe. Mais cette lumière n'est pas la même, quand le
+corps est électrisé positivement, & quand il l'est négativement. Dans le
+premier cas ce n'est qu'un petit floccon de lumière que M. le Roi nomme
+point lumineux plus ou moins apparent, fort semblable à un ver luisant.
+Dans le second cas cette lumière est en forme d'aigrette plus ou moins
+longue, plus ou moins divergente, suivant la force de l'électricité.
+C'est ce qu'on peut aisément...
+
+[Manque la page 176]
+
+...me je viens de le dire, étoit attachée tantôt au crochet & tantôt au
+ventre de la bouteille. En un mot l'endroit où paroît l'aigrette est
+celui d'où sort le feu, & conséquemment celui où est l'électricité
+positive; & l'endroit où paroît le point lumineux est celui où elle est
+négative.
+
+«Les termes d'électricité positive & électricité négative ne doivent
+jamais s'entendre dans un sens absolu. Le point lumineux que j'apperçois
+quand je présente une pointe au conducteur électrisé par le globe de
+verre ne prouve pas que je sois électrisé négativement, puisque j'ai
+toujours ma quantité naturelle d'électricité, mais seulement que j'en
+suis moins chargé que le conducteur, que j'en reçois de lui, que je suis
+dans un état négatif par rapport au sien, et par conséquent que le sien
+est positif relativement au mien.
+
+À l'égard de votre cinquiéme paradoxe, il peut pareillement être vrai,
+si les globes travaillent alternativement, mais s'il le font en même
+tems, le feu ne montera ni ne descendra par la chaîne, parce qu'un globe
+pompera le feu aussi vîte que l'autre le produira. Je ne serois pas
+fâché de sçavoir si les effets seroient contraires dans le cas où le
+globe de verre seroit solide & celui de soufre creux, mais je n'ai
+présentement aucun moyen de l'essayer.
+
+Dans vos voyages vos globes de verre sont sujets à des accidens, ceux de
+soufre sont lourds & incommodes.»
+
+_Quest._ Une plaque mince de soufre mise sur une table ne serviroit-elle
+pas de coussin dans l'occasion, pendant qu'un globe de cuir rembourré
+exactement, proprement monté, recevroit le feu du soufre & chargeroit le
+conducteur positivement, un pareil globe ne courroit aucun danger d'être
+cassé. Je crois concevoir comment cela pourroit s'exécuter. Mais je n'ai
+pas le tems d'ajouter autre chose si ce n'est que je suis, Monsieur, &c.
+
+
+
+
+_LETTRE X._
+
+_De B. FRANKLIN Écuyer de Philadelphie._
+
+_19. Octobre 1752._
+
+Comme l'on parle souvent dans les nouvelles d'Europe du succès de
+l'expérience de Philadelphie, pour tirer le feu électrique des nuées par
+le moyen des verges de fer pointuës élevées sur le haut des bâtimens,
+&c. Les curieux ne seront peut-être pas fâchés d'apprendre que la même
+expérience a réussi à Philadelphie, quoique faite d'une manière
+différente & plus facile; en voici le détail.
+
+Faites une croix de deux petites lates, les bras assez longs pour
+atteindre aux quatre coins d'un grand mouchoir fin de soye: quand il est
+étendu, liez les coins de ce mouchoir aux extrémités de la croix: par ce
+moyen vous avez le corps d'un cerf-volant; en y ajoutant adroitement une
+queuë, une gance & une ficelle, il s'élèvera en l'air comme ceux qui
+sont faits de papier; mais celui-ci qui est de soye est plus propre à
+résister au vent & à la pluye d'un orage sans se déchirer. Au sommet du
+montant de la croix il faut fixer un fil-d'archal très-pointu qui
+s'élève d'un pied ou plus au-dessus du bois. Au bout de la ficelle près
+de la main, il faut noüer un cordon ou ruban de soye, & attacher une
+clef dans l'endroit où la soye & la ficelle se joignent. On élève ce
+cerf-volant lorsqu'on est sur le point d'avoir du tonnerre, & la
+personne qui tient la corde doit être en dedans dune porte ou d'une
+fenêtre, ou sous quelqu'abri, ensorte que le ruban de soye ne soit pas
+mouillé, & l'on prendra garde que la ficelle ne touche pas le cadre de
+la porte ou de la fenêtre. Aussitôt que quelques parties de la nuée de
+tonnerre viendront sur le cerf-volant, le fil-d'archal pointu en tirera
+le feu électrique, & le cerf-volant, avec toute la ficelle, sera
+électrisé, les filamens de la ficelle qui ne sont pas serrés se
+dresseront en dehors de tous côtés, & seront attirés par l'approche du
+doigt, & quand la pluye a mouillé le cerf-volant & la ficelle, de façon
+qu'ils puissent conduire librement le feu électrique, vous trouverez
+qu'il découle en abondance de la clef à l'approche de votre doigt: on
+peut charger la bouteille à cette clef, enflammer les liqueurs
+spiritueuses avec le feu ainsi ramassé, & faire toutes les autres
+expériences électriques qu'on fait ordinairement avec le secours d'un
+globe ou d'un tube de verre frotté, & par ce moyen on démontre
+parfaitement l'identité de la matière électrique avec celle de la
+foudre.
+
+
+
+
+_LETTRE XI._
+
+_De B. FRANKLIN Ecuyer de Philadelphie._
+
+Puisque vous me dites que notre ami Cave est prêt à ajouter quelques
+dernières expériences à ma feüille volante avec l'_errata_, j'envoye une
+copie d'une lettre du Docteur Colden, qui peut aider à remplir quelques
+pages, & encore mon expérience du cerf-volant dans la gazette de
+Pensylvanie: je n'ai rien à y ajouter de nouveau, si ce n'est
+l'expérience suivante, pour découvrir un plus grand nombre des
+propriétés du fluide électrique.
+
+
+EXPÉRIENCE
+
+_Pour découvrir un plus grand nombre des propriétés du fluide
+électrique._
+
+Suspendez par un crochet de fil-d'archal un boulet au premier
+conducteur; placez sous le boulet à six lignes de distance une plaque
+d'argent poli pour recevoir les étincelles; faites alors tourner la
+rouë, & si les étincelles répétées frappent continuellement sur le même
+endroit, il s'y fera dans peu de minutes une tache bleuë approchant de
+la couleur d'un ressort de montre.
+
+Une plaque de fer poli exposée à la même épreuve, sera aussi tachée,
+mais non pas de la même couleur; elle semble plutôt corrodée.
+
+Je ne me suis pas apperçu que cette opération fît aucune impression sur
+l'or, le cuivre ou l'étain, mais les taches sur l'argent ou le fer
+seront les mêmes, soit que le boulet soit de plomb, de cuivre, d'or ou
+d'argent.
+
+Il paroîtroit aussi une petite tache sur le boulet d'argent, de même que
+sur la plaque qui seroit au-dessous.
+
+
+NOUVELLES
+EXPÉRIENCES ET OBSERVATIONS
+SUR L'ÉLECTRICITÉ.
+
+_Faites à Philadelphie en Amérique par B. Franklin, Écuyer, &
+communiquées à P. Collinson, Écuyer, de la Société Royale de Londres, &
+lûes à la même Société le 27. Juin & le 4. Juillet 1754. On y a ajouté
+un écrit sur le même sujet par J. Canton M. A. membre de la Société
+Royale, lû à la même Société le 6. Décembre 1753. & un autre pour la
+défense de Mr. Franklin contre l'Abbé Nollet, par M. D. Colden de la
+nouvelle York._
+
+
+
+
+TROISIÉME PARTIE.
+
+À Londres 1754.
+
+
+
+
+_LETTRE XII.
+
+De B. FRANKLIN Écuyer de Philadelphie.
+
+À P. Collinson Écuyer de la Société Royale de Londres._
+
+
+_Septembre 1753._
+
+MONSIEUR,
+
+Dans mon premier écrit sur cette matière fait d'abord en 1747. augmenté
+& envoyé en Angleterre en 1749. je regardai la mer comme la grande
+source des éclairs; j'imaginois que la lumière qu'on y apperçoit venoit
+du feu électrique produit par le frottement des particules d'eau avec
+celles de sel. Éloigné des côtes je n'avois pas alors la commodité de
+faire des expériences sur de l'eau de mer, de sorte que j'embrassai
+cette opinion trop à la hâte.
+
+Car en 1750. & 51. étant par occasion sur les côtes, je trouvai par des
+expériences que l'eau de la mer dans une bouteille, quoiqu'elle parût
+d'abord lumineuse en l'agitant, perdit cependant cette vertu dans peu
+d'heures. De cette observation & de ce qu'en agitant du sel fondu dans
+de l'eau je ne pouvois produire aucune lumière, je commençai d'abord à
+douter de ma première supposition, & à soupçonner que cette lumière dans
+l'eau de la mer devoit être attribuée à quelques autres principes.
+
+J'examinai alors s'il n'étoit pas possible que les particules de l'air,
+étant électriques par elles-mêmes, tirassent leur feu électrique de la
+terre dans les grands coups de vent par leur frottement contre les
+arbres, les montagnes, les bâtimens, &tc. comme autant de petits globes
+électriques frottans contre des coussins non-électriques, & que les
+vapeurs qui s'élèvent reçussent de l'air ce feu, & que par ces moyens
+les nuages devinssent électrisés.
+
+J'imaginai que si la chose étoit ainsi, poussant violemment avec des
+soufflets un courant d'air contre mon premier conducteur, je pourrois
+l'électriser négativement, le frottement des particules de l'air le
+dépoüillant d'une partie de sa quantité naturelle du fluide électrique;
+mais l'expérience que je tentai dans cette vûe ne me réussit pas.
+
+En Septembre 1752. j'élevai une verge de fer pour tirer l'éclair dans ma
+maison, afin de faire quelques expériences dessus, ayant disposé deux
+timbres pour m'avertir quand la verge seroit électrisée; cette pratique
+est familière à tout Électricien.
+
+Je trouvai que les timbres sonnèrent quelquefois quoiqu'il n'y eût ni
+éclair ni tonnerre, mais seulement un nuage obscur au-dessus de la
+verge, que quelquefois après un coup d'éclair ils s'arrêtoient tout d'un
+coup, que d'autres fois, sans avoir sonné auparavant, ils commençoient à
+le faire soudain après l'éclair, que l'électricité étoit quelquefois,
+très-foible, ensorte qu'après en avoir tiré une petite étincelle, on
+étoit quelque tems sans pouvoir en tirer d'autre; que d'autrefois les
+étincelles se suivoient avec une extrême rapidité, en ayant eu un jour
+un courant continuel d'un timbre à l'autre de la largeur d'une plume de
+corbeau; il y eut même des variations considérables pendant le même
+orage.
+
+L'hyver suivant j'imaginai une expérience pour découvrir si les nuages
+étoient électrisés positivement ou négativement; mais ma verge pointuë
+avec tout son appareil s'étant dérangée, je ne la rétablis que vers le
+printems, lorsque j'espérai que la chaleur occasionneroit plus de nuages
+orageux.
+
+Cette expérience consistoit à prendre deux bouteilles, à en charger une
+du feu de la verge de fer & à donner à l'autre une charge égale avec le
+globe de verre électrique par le moyen du premier conducteur, & après
+les avoir chargées, à les placer sur une table à trois ou quatre pouces
+l'une de l'autre, ayant suspendu au plat-fons avec un fil de soye fin,
+une boulette de liége qui pût joüer entre les crochets. Si les deux
+bouteilles étoient électrisées positivement, la boulette attirée &
+repoussée par l'une, devroit aussi être repoussée par l'autre: si l'une
+étoit positivement & l'autre négativement, la boulette seroit attirée &
+repoussée tour à tour par chacune, & continueroit de joüer entr'elles
+aussi long-tems qu'elles conserveroient quelque charge considérable.
+
+Ayant fort à coeur de faire cette expérience, le hazard voulut que je
+fusse absent pendant les deux plus gros orages que nous eûmes de bonne
+heure dans le printems, ce qui ne fut pas une petite mortification pour
+moi. J'avois bien ordonné dans ma maison que si les timbres sonnoient,
+pendant mon absence, on enfermât quelqu'éclair pour moi dans des
+bouteilles électriques, & on le fit aussi; mais tout étoit presque
+dissipé avant mon retour; & dans quelques autres orages la quantité
+d'éclairs que je pus renfermer étoit si petite, & la charge si foible,
+que je ne pus me satisfaire; cependant je vis quelquefois de quoi
+augmenter mes soupçons & enflammer ma curiosité.
+
+Enfin le 12. Avril 1753. étant arrivé un orage qui fut assez vif pendant
+quelque tems, je chargeai une des bouteilles passablement bien avec
+l'éclair, & l'autre avec l'électricité de mon globe de verre, également
+autant que j'en pus juger; & les ayant disposées convenablement, je vis
+avec autant de surprise que de plaisir la boulette de liége joüer avec
+vîtesse de l'une à l'autre, & je fus convaincu que l'une des deux étoit
+électrisée négativement.
+
+Je répétai plusieurs fois cette expérience pendant cet orage & pendant
+huit autres orages de suite, toujours avec le même succès, & étant
+persuadé (par les raisons détaillées d'abord dans ma lettre à M.
+Kinnersley, imprimée depuis à Londres,) que le globe de verre électrise
+positivement, je conclus que les nuages sont toujours électrisés
+négativement, ou contiennent toujours moins que leur quantité naturelle
+de fluide électrique.
+
+Malgré tant d'expériences il semble cependant que ma conclusion étoit
+tirée trop précipitamment, car enfin le 6. de Juin dans un orage qui
+dura depuis cinq heures après midi jusqu'à sept, je trouvai un nuage qui
+étoit électrisé positivement, quoique plusieurs qui étoient passés
+auparavant au-dessus de ma verge pendant le même orage, fussent dans
+l'état négatif. Voici comme je le découvris.
+
+Je faisois en même tems une autre expérience que je répétai plusieurs
+fois pour m'assurer de l'état négatif des nuages; la voici. Pendant que
+les timbres sonnoient, je pris la bouteille chargée au globe,
+j'appliquai son crochet à la verge, dans l'idée que si les nuages
+étoient électrisés positivement, la verge qui en recevoit son
+électricité le seroit aussi de la même façon, & alors l'électricité
+positive ajoutée avec la bouteille feroit sonner les timbres plus vîte;
+mais si les nuages étoient dans un état négatif, ils devoient épuiser le
+fluide électrique de la verge & la réduire au même état négatif où ils
+étoient; alors le crochet de la bouteille chargée positivement
+fournissant à là verge ce qui lui manquoit, (autrement elle auroit été
+obligée de le tirer de la terre par le moyen de la boulette de cuivre
+suspendue entre les deux timbres,) le carillon cesseroit jusqu'à ce que
+la bouteille fût déchargée.
+
+Je déchargeai promptement dans la verge de cette manière plusieurs
+bouteilles qui étoient chargées au globe; le fluide électrique passant
+du crochet dans la verge jusqu'à ce que le crochet ne tirât plus
+d'étincelles du doigt; & pendant que la verge recevoit de la bouteille,
+les timbres cesserent de sonner: mais en continuant d'appliquer le
+crochet de la bouteille à la verge, j'épuisai la quantité naturelle de
+la surface intérieure de ces bouteilles, ou pour m'exprimer à
+l'ordinaire je les chargeai négativement.
+
+Enfin pendant que je chargeois une bouteille à mon globe pour répèter
+cette expérience, mes timbres s'arrêtèrent d'eux-mêmes, & après une
+pause recommencèrent à sonner; mais quand j'approchai de la verge le
+crochet de la bouteille chargée, au lieu du courant ordinaire que
+j'attendois du crochet à la verge, il n'y eut pas d'étincelles, pas même
+lorsque je les fis toucher. Cependant les timbres continuèrent à sonner
+fortement, ce qui me fit connoître que la verge étoit alors électrisée
+positivement, aussi bien que le crochet de la bouteille & au même dégré,
+& par conséquent que le nuage particulier qui étoit alors au-dessus de
+la verge étoit dans le même état positif; c'étoit vers la fin de
+l'orage.
+
+Mais c'est une expérience unique qui, néanmoins fait une exception à ma
+première conclusion qui étoit trop générale, & me réduit à celle-ci, que
+les nuages d'un orage accompagné de tonnerre sont le plus ordinairement
+dans un état négatif d'électricité, mais quelquefois dans un état
+positif.
+
+Je crois que le dernier cas est rare, car quoique bientôt après la
+dernière expérience je fis un voyage à Boston, & fus hors de chez moi la
+plus grande partie de l'été, ce qui m'empêcha de poursuivre mes
+observations & mes essais; cependant M. Kinnersley revenu des isles
+précisément au tems de mon départ, continua les expériences pendant mon
+absence, & il m'assure qu'il trouva toujours les nuages dans l'état
+négatif; ensorte que le plus souvent dans les coups de foudre c'est la
+terre qui frappe les nuages, & non les nuages qui frappent la terre.
+
+Ceux qui sont versés dans les expériences électriques concevront
+aisément que les effets & les apparences doivent être à peu de chose
+près les mêmes dans les deux cas; même explosion, même éclair entre deux
+nuages, entre les nuages & les montagnes, &c. même rupture des arbres,
+des murailles, &c. que le fluide électrique rencontre sur son partage,
+même coup fatal pour les corps animaux, & que les verges pointuës
+plantées sur les bâtimens où les mâts des vaisseaux, & communiquant avec
+la terre ou la mer, doivent être également propres à rétablir doucement
+& en silence l'équilibre entre la terre & les nuages, ou à conduire un
+éclair ou un coup de foudre, s'il y en avoit, de manière à préserver la
+maison ou le vaisseau; car les pointes ont autant de vertu pour pousser
+le feu électrique que pour l'attirer, & les verges l'élèveront aussi
+bien qu'elles le feront descendre.
+
+«M. le Roy de l'Académie des Sciences, dont nous avons déjà parlé, avoit
+aussi conjecturé long-tems avant d'avoir été informé des nouvelles
+découvertes faites en Amérique, que l'électricité des nuages devoit être
+négative: voici comme il s'en explique à la fin d'un mémoire qu'il lût à
+l'Académie le 9. Avril 1755.
+
+«À ces conséquences j'en pourrois ajouter plusieurs autres assez
+importantes: mais je me contenterai de faire remarquer, 1º. que cette
+électricité nous montre qu'il pourroit bien y avoir dans la nature tel
+agent lequel électriseroit les corps en y raréfiant le fluide
+électrique, ce qu'on n'avoit pû soupçonner jusqu'ici, opération qui est
+même plus simple que celle par laquelle on conçoit ordinairement que cet
+effet a lieu. 2º. Qu'il y a une grande analogie entre un aimant & un
+systême de corps électrisés par _condensation_ & par _raréfaction_, les
+corps aimantés par un pôle se repoussant & attirant ceux qui sont
+aimantés par l'autre, comme ceux qui sont électriques d'une même façon
+se repoussent tandis qu'ils attirent ceux qui le sont d'une façon
+contraire; enfin que le choc de l'expérience de Leyde n'est qu'une suite
+pour ainsi dire des deux électricités par _condensation_ & par
+_raréfaction_, une bouteille de Leyde se chargeant dans un instant,
+quand on fait communiquer le côté avec le bâtis & le crochet avec le
+conducteur, ou _vice versâ_, & ne pouvant absolument se charger lorsque
+l'on la fait communiquer de même avec deux corps électrisés au même
+degré; c'est ce que je me propose de montrer dans un mémoire où je
+compte donner l'analyse de cette expérience.
+
+«Le R. P. Beccaria après avoir observé des différences marquées entre
+l'électricité positive & l'électricité négative, comme il a été
+ci-devant rapporté, ne fut pas long-tems à reconnoître les mêmes
+différences dans l'électricité naturelle. Il remarqua que son appareil
+électrisé par le tonnerre, ou seulement par les nuages sans apparence de
+tonnerre, étoit tantôt dans un état positif & tantôt dans un état
+négatif; il a donné un détail bien circonstancié de toutes ses
+observations à ce sujet dans son _Libro secondo del Electricismo
+naturale_, imprimé _in_-4º. à Turin en 1753.»
+
+Mais quoique les éclaircissemens tirés de ces expériences ne changent
+rien dans la pratique, il, en est tout autrement pour la théorie, nous
+sommes maintenant aussi embarrassés à trouver une hypothèse pour
+expliquer par quels moyens les nuages deviennent électrisés
+négativement, que nous l'étions précédemment à montrer comment ils le
+devenoient positivement.
+
+Je ne sçaurois m'empêcher de hazarder quelques conjectures sur ce sujet;
+voici celles qui s'offrent à présent à mon esprit; & quand même de
+nouvelles découvertes montreroient qu'elles ne sont pas tout-à-fait
+justes, elles pourroient, en attendant, être de quelque utilité, en
+excitant les curieux à faire davantage d'expériences, & en donnant
+occasion à des recherches plus exactes.
+
+Je conçois donc que ce globe de terre & d'eau avec ses plantes, ses
+animaux & ses bâtimens contient une quantité de fluide électrique
+répanduë dans sa substance, précisément aussi grande qu'il en peut
+contenir; c'est ce que j'appelle la quantité naturelle.
+
+Que cette quantité naturelle n'est pas la même dans toutes les espèces
+de matière commune sous des dimensions égales, ni dans la même espèce de
+matière commune dans toutes les circonstances. Mais un pied cube v. g.
+d'une sorte de matière commune, peut contenir plus de fluide électrique
+qu'un pied cube de quelqu'autre matière commune & une livre de la même
+espèce de matière commune, quand elle est raréfiée, peut en contenir
+plus que quand elle est condensée.
+
+Car le fluide électrique étant attiré par quelque portion de matière
+commune, les parties de ce fluide (qui ont entr'elles une mutuelle
+répulsion,) s'approchent tellement l'une de l'autre par l'attraction de
+la matière commune qui les absorbe, que leur répulsion est égale à la
+force condensante de l'attraction dans la matière commune: ainsi cette
+portion de matière commune n'en absorbera pas davantage.
+
+Les corps de différentes espèces ayant ainsi attiré & absorbé ce que
+j'appelle leur quantité naturelle, c'est-à-dire précisément autant de
+fluide électrique qu'il convient à leur état de densité, de raréfaction
+& au pouvoir d'attirer, ne donnent plus entre eux aucun signe
+d'électricité.
+
+Et si l'on charge un de ces corps d'une plus grande quantité de fluide
+électrique, elle n'y entre pas, mais elle se répand sur la surface & y
+forme une atmosphère, & alors ce corps donne des signes d'électricité.
+
+J'ai comparé dans un de mes écrits précédens la matière commune à une
+éponge & le fluide électrique à l'eau; on voudra bien me permettre de me
+servir encore une fois de la même comparaison pour éclaircir davantage
+ma pensée sur ce sujet.
+
+Quand on condense un peu une éponge, en la pressant entre les doigts,
+elle ne prend & ne garde pas autant d'eau que dans son état le plus
+naturel de relâchement & de raréfaction.
+
+Étant encore pressée & condensée davantage, il sortira quelque peu d'eau
+de ses parties intérieures qui s'écoulera par la surface.
+
+Si l'on cesse entiérement de la presser avec les doigts, l'éponge
+reprendra non-seulement ce qui avoit été exprimé d'eau en dernier lieu,
+mais elle en attirera une quantité surabondante.
+
+Comme l'éponge dans son état de raréfaction attirera & absorbera
+naturellement plus d'eau, & que dans son état de condensation elle
+attirera & absorbera naturellement moins d'eau, nous pouvons appeller la
+quantité qu'elle absorbe dans l'un ou l'autre de ces états, sa quantité
+naturelle relativement à cet état.
+
+Or l'eau est au fluide électrique ce que l'éponge est à l'eau. Quand une
+portion d'eau est dans son état commun de densité, elle ne peut contenir
+plus de fluide électrique qu'elle n'en a; si on y en ajoûte, il se
+répand sur la surface.
+
+Quand la même portion d'eau se raréfie en vapeurs & forme un nuage, elle
+est capable d'en recevoir & d'en absorber une beaucoup plus grande
+quantité; chaque particule a de la place pour avoir son atmosphère
+électrique.
+
+Ainsi l'eau en son état de raréfaction ou dans la forme d'un nuage sera
+dans un état négatif d'électricité; elle aura moins que sa quantité
+naturelle, c'est-à-dire moins qu'elle n'est naturellement capable d'en
+attirer & d'en absorber dans cet état.
+
+Ce nuage s'approchant assez de la terre pour être à portée d'être
+frappé, recevra de la terre un coup de fluide électrique, qui pour
+fournir à une grande étenduë de nuages, doit quelquefois contenir une
+très-grande quantité de ce fluide. Mais ce nuage passant sur des bois de
+haute futaye peut recevoir sans bruit quelque charge des pointes, & des
+bords aigus des feüilles de leurs cimes mouillées.
+
+Un nuage étant chargé par quelque moyen que ce soit de la part de la
+terre peut frapper sur d'autres qui n'ont pas été chargés ou qui ne
+l'ont pas été autant, ceux-ci sur d'autres encore jusqu'à ce que
+l'équilibre soit établi entre tous les nuages qui sont à portée de se
+frapper l'un l'autre.
+
+Le nuage ainsi chargé s'étant déchargé d'une bonne partie de ce qu'il a
+reçu d'abord, peut recevoir une nouvelle charge de la terre ou de
+quelqu'autre nuage qui aura été poussé par le vent à portée de la
+recevoir plus promptement de la terre.
+
+Delà ces coups & ces éclairs redoublés & continuels jusqu'à ce que les
+nuages ayent reçu à peu près leur quantité naturelle en tant que nuages,
+ou jusqu'à ce qu'ils soient tombés en ondées & réunis à ce globe
+terraquée d'où ils tirent leur origine.
+
+Ainsi les nuages orageux sont généralement parlant dans un état négatif
+d'électricité par rapport à la terre selon la plûpart de nos
+expériences; cependant comme dans l'une nous avons trouvé un nuage
+électrisé positivement, je conjecture que dans ce cas un pareil nuage,
+après avoir reçu ce qui, dans son état de raréfaction, étoit seulement
+sa quantité naturelle se trouva comprimé par l'action des vents ou de
+quelqu'autre manière, ensorte qu'une partie de ce qu'il avoit absorbé,
+fut chassée, & forma une atmosphère électrique autour de lui dans son
+état de condensation. C'est ce qui le rendit capable de communiquer une
+électricité positive à la verge.
+
+Pour prouver qu'un corps dans différentes circonstances de dilatation &
+de contraction est capable de recevoir & de retenir plus ou moins de
+fluide électrique sur sa surface, je rapporterai l'expérience suivante:
+Je plaçai sur le plancher un verre à boire propre, & dessus un petit pot
+d'argent, dans lequel je mis environ trois brasses de chaîne de cuivre,
+à un bout de laquelle j'attachai un fil de soye qui s'élevoit
+directement au plat-fond où il passoit sur une poulie & delà
+redescendoit dans ma main, de sorte que je pouvois à mon gré enlever la
+chaîne du pot, l'élever à un pied de distance du plat-fond & la laisser
+par gradation retomber dans le pot.
+
+Du plat-fond avec un autre fil de fine soye écruë, je suspendis un petit
+floccon de coton, de manière que quand il pendoit perpendiculairement il
+touchoit le côté du pot: ensuite approchant du pot le crochet d'une
+bouteille chargée, je lui donnai une étincelle qui se répandit autour en
+atmosphère électrique, & le floccon de coton fut repoussé du côté du pot
+à la distance de neuf ou dix pouces: le pot ne recevoit plus alors
+d'autre étincelle du crochet de la bouteille; mais à mesure que
+j'élevois la chaîne, l'atmosphère du pot diminua en se coulant sur la
+chaîne qui s'élevoit, & en conséquence le floccon de coton s'approcha de
+plus en plus du pot; & alors si je rapprochois de ce pot le crochet de
+la bouteille, il recevoit une autre étincelle & le coton retournoit à la
+même distance qu'auparavant, & de cette sorte à proportion que la chaîne
+étoit élevée plus haut, le pot recevoit plus d'étincelles, parce que le
+pot avec la chaîne déployée étoit capable de supporter une plus grande
+atmosphère que le pot avec la chaîne ramassée dans son intérieur. Que
+l'atmosphère autour du pot fût diminuée en enlevant la chaîne, &
+augmentée en la baissant, c'est une chose non-seulement conforme à la
+raison, puisque l'atmosphère de la chaîne doit être tirée de celle du
+pot quand elle s'enlève, & y retourner quand elle retombe; mais la chose
+est encore évidente aux yeux, le floccon de coton s'approchant toujours
+du pot quand on tiroit la chaîne en haut, & se retirant quand on la
+laissoit tomber.
+
+«Cette expérience répètée de la manière dont l'enseigne M. Franklin, a
+tout aussi bien réussi à Paris qu'à Philadelphie. Le floccon de coton ou
+une balle de liége suspenduë à un fil de soye s'écarte plus ou moins des
+bords du vase, suivant que la chaîne y est plus ou moins renfermée. J'ai
+vû le floccon qui se tenoit à un pouce de distance du vase, tandis
+qu'une chaîne de douze pieds étoit tout à fait déployée, s'en écarter
+jusqu'à un pied, quand elle étoit entiérement retombée.»
+
+Ainsi nous voyons que l'augmentation de surface rend un corps capable de
+recevoir une plus grande atmosphère électrique; mais cette expérience,
+je l'avouë, ne démontre pas parfaitement ma nouvelle hypothèse; car le
+cuivre & l'argent continuënt toujours à être solides, & ne se dilatent
+pas en vapeurs comme l'eau en nuages. Peut-être que dans la suite, des
+expériences sur l'eau élevée en vapeurs mettront cette matière dans un
+plus grand jour.
+
+Il s'élève contre cette nouvelle hypothèse une objection qui paroît
+importante; la voici: si l'eau, dans son état de raréfaction, comme
+nuage, attire & absorbe plus de fluide électrique que dans son état de
+densité comme eau, pourquoi ne tire-t-elle pas de la terre tout ce dont
+elle manque, à l'instant qu'elle en quitte la surface, qu'elle en est
+encore proche, & qu'elle ne fait que s'élever en vapeur? J'avouë que je
+ne sçaurois, quant à présent, répondre à cette difficulté d'une manière
+qui me satisfasse; j'ai cru cependant que je devois l'établir dans toute
+sa force, comme je l'ai fait, & soumettre le tout à l'examen.
+
+Qu'il me soit permis de recommander au curieux dans cette branche de la
+philosophie naturelle, de répèter avec soin & en observateurs exacts,
+les expériences que j'ai rapportées dans cet écrit & les précédens sur
+l'électricité positive & négative avec les autres de même genre qu'ils
+imagineront, afin de s'assurer si l'électricité communiquée par un globe
+de verre est réellement positive. Je prie aussi ceux qui auront occasion
+d'observer les effets récents du tonnerre sur les bâtimens, les arbres,
+&c. de les considérer en particulier dans la vûe d'en découvrir la
+direction. Mais dans cet examen il faut toujours faire attention à une
+chose, c'est qu'un courant de fluide électrique passant au travers du
+bois, de la brique, du métal, &c. quand il passe en petite quantité, la
+force avec laquelle ses parties se repoussent est limitée & surmontée
+par la cohésion des parties du corps qu'il traverse au point d'empêcher
+l'explosion; mais quand le fluide vient en trop grande quantité pour
+être retenu par cette cohésion, il fait explosion, & déchire ou fond le
+corps qui s'efforçoit de lui résister. Si c'est du bois, de la brique,
+de la pierre ou quelque chose de semblable, les éclats sortiront du côté
+où il y a moins de résistance, & de même lorsqu'il se fait un trou à
+travers du carton par le moyen d'un vase électrisé, si les surfaces du
+carton ne sont pas enfermées ou pressées, il y aura une bavûre élevée
+tout autour du trou des deux côtés du carton; mais si l'un des côtés est
+resserré, ensorte que la bavûre ne puisse pas s'élèver de ce côté, elle
+s'élevera entiérement de l'autre, de quelque côté que le fluide ait été
+dirigé, car la bavûre autour du trou est l'effet de l'explosion en tous
+sens autour du centre du courant plutôt que l'effet de la direction.
+
+Dans chaque coup de tonnerre je pense que le courant de fluide
+électrique qui est en mouvement pour rétablir l'équilibre entre la nuée
+& la terre, doit toujours préalablement trouver son passage & tracer,
+pour ainsi dire, sa course, le long de tous les conducteurs qu'il peut
+trouver dans son chemin, tels que les métaux, les murailles moites, les
+bois humides, &c., qu'il s'écartera considérablement de la ligne droite
+pour s'attacher aux bons conducteurs, & qu'enfin dans cette course il
+est actuellement en mouvement, quoique sans bruit & imperceptiblement
+avant l'explosion dans & parmi les conducteurs. Cette explosion n'arrive
+que quand les conducteurs ne peuvent pas s'en décharger aussi vîte
+qu'ils le reçoivent, parce qu'ils sont imparfaits, désunis, trop petits,
+ou qu'ils ne sont pas de la matière la plus propre à conduire. Ainsi les
+verges de métal, d'une grosseur suffisante, & qui s'étendent de la
+partie la plus haute d'un édifice jusqu'à terre, étant de la meilleure
+matière, & des conducteurs parfaits, préserveront, je pense, le bâtiment
+de dommage, ou en rétablissant l'équilibre assez vîte pour prévenir le
+coup, ou en le conduisant dans la substance de la verge aussi loin
+qu'elle s'étend, ensorte qu'il n'y ait d'explosion qu'au dessus de sa
+pointe, entre elle & les nuages.
+
+Si l'on demandoit quelle épaisseur on doit présumer suffisante dans la
+verge métalliques? Pour répondre, je remarquerois que cinq gros vases de
+verre, tels que je les ai indiqués dans mes premiers écrits, déchargent
+une très grande quantité d'électricité, qui cependant sera toute entière
+conduite autour d'un livre par le filet mince d'or de la couverture;
+elle suit l'or par le plus long chemin autour de la couverture plûtôt
+que de prendre le plus court au travers de cette couverture, qui n'est
+pas un si bon conducteur. Mais dans cette ligne d'or le métal est d'une
+finesse si grande, que ce n'est presque que la couleur de l'or; sur la
+couverture d'un livre _in-8º_. il n'y a pas un pouce quarré, & par
+conséquent pas la trente-sixiéme partie d'un grain suivant Mr. de
+Reaumur. Cependant elle est suffisante pour conduire la charge de cinq
+gros vases, & je ne sçais de combien davantage. Présentement je suppose
+qu'un fil-d'archal du quart d'un pouce de diamètre contient environ
+5000. fois autant de métal qu'il y en a dans cette ligne d'or, & si cela
+est, il conduira la charge de 25000. vases de verre pareils, quantité
+que j'imagine bien supérieure à ce qu'il y en a jamais eu dans aucun
+coup de tonnerre naturel. Mais une verge du diamètre d'un demi-pouce en
+conduiroit quatre fois autant que celle d'un quart.
+
+Et à l'égard du conducteur, quoiqu'il faille une certaine épaisseur de
+métal pour conduire un grande quantité d'électricité & en même tems
+conserver sa propre substance ferme & réunie, & qu'une moindre
+épaisseur, comme par exemple un très-petit fil-d'archal, soit détruite
+par l'explosion; cependant un pareil petit fil auroit suffi pour
+conduire ce coup, quoiqu'il devienne incapable d'en conduire un autre.
+Et considérant l'extrème rapidité avec laquelle le fluide électrique
+court sans explosion quand il a un passage libre ou une communication de
+métal parfait; je penserois qu'une grande quantité seroit conduite en
+peu de tems à un nuage ou tirée d'un nuage pour rétablir son équilibre
+avec la terre par le moyen d'un très-petit fil de fer, & par conséquent
+des verges épaisses ne paroissent pas si nécessaires. Quoiqu'il en soit,
+comme la quantité de tonnerre déchargée dans un coup ne peut pas se bien
+mesurer, & qu'elle est certainement très-différente en différens coups,
+plus grande dans quelques-uns que dans d'autres, & comme le fer (le
+meilleur métal pour cet usage, étant le moins propre à se fondre,) est à
+bon marché, il n'y a point d'inconvénient d'avoir un plus gros canal
+pour conduire ce coup impétueux que nous ne le jugeons nécessaire; car
+quoiqu'un fil-d'archal moyen puisse suffire, deux ou trois ne peuvent
+pas nuire. Le tems & des observations exactes bien comparées indiqueront
+à la fin la grosseur convenable avec une plus grande certitude.
+
+Les verges pointuës élevées sur les édifices peuvent de même prévenir
+souvent un coup de la manière suivante. Un oeil placé de façon qu'il
+voye horizontalement le dessous d'un nuage de tonnerre, verra qu'il est
+très-désuni, ayant nombre de fragmens séparés ou de petits nuages l'un
+sous l'autre, le plus bas étant souvent fort peu éloigné de la terre.
+Ceux-ci, comme autant de pierres marchantes, servent à conduire un coup
+entre le nuage & un bâtiment. Pour les représenter par une expérience,
+prenez deux ou trois floccons de coton non serré; attachez-en un au
+premier conducteur par un fil fin de deux pouces, (qui peut être filé
+sur le champ du même floccon avec les doigts,) liez-en un autre à
+celui-ci, un troisiéme au second par de semblables fils. Faites tourner
+le globe, & vous verrez ces floccons s'étendre vers la table (comme les
+petits nuages les plus bas font vers la terre,) qui les attire: mais en
+présentant une fine pointe dressée sous le plus bas, il se resserrera
+vers le second, le second vers le premier, & tous ensemble vers le
+premier conducteur, où ils resteront autant de tems que la pointe
+restera sous eux. Les petits nuages électrisés dont l'équilibre avec la
+terre est bien vîte rétabli par la pointe, ne peuvent-ils pas de la même
+manière s'élever vers le principal, & par ce moyen occasionner un si
+grand vuide que le grand nuage ne puisse frapper dans cet endroit?
+
+Ces pensées, mon cher ami, ne sont que hazardées & ébauchées; si j'étois
+simplement ambitieux de me faire quelque réputation dans la philosophie,
+je les garderois par devers moi jusqu'à ce qu'elles fussent
+perfectionnées & rectifiées par le tems & par de nouvelles expériences.
+Mais puisque la communication des moindres vûes & des expériences
+imparfaites dans une nouvelle branche de science a souvent produit de
+bons effets en attirant sur cet objet l'attention des personnes de
+génie, & a donné par là occasion à des recherches plus exactes & à des
+découvertes plus complettes. Vous êtes le maître de communiquer cet
+écrit à qui bon vous semblera; il est plus important que les
+connoissances s'augmentent qu'il ne l'est que votre ami soit regardé
+comme un philosophe exact.
+
+
+
+
+_LETTRE XIII.
+
+De B. FRANKLIN, Écuyer de Philadelphie.
+
+À P. Collinson, Écuyer, membre de la Société Royale à Londres._
+
+
+_18. Avril 1774._
+
+MONSIEUR,
+
+Depuis le mois de Septembre dernier ayant fait deux longs voyages, &
+ayant eu d'ailleurs beaucoup d'occupations, je n'ai guères fait
+d'observations sur l'état positif & négatif de l'électricité des nuages;
+mais Mr. Kinnersley a tenu en bon état sa verge & ses timbres & en a
+fait beaucoup.
+
+Un jour pendant cet hyver, les timbres sonnèrent long-tems pendant une
+chûte de neiges, quoique l'on n'entendît point de tonnerre & qu'on ne
+vît point d'éclairs; quelquefois les coups & le pétillement de la
+matière électrique entre les timbres furent si forts qu'on les entendit
+dans toute la maison; mais selon toutes ses observations les nuages
+furent constamment dans un état négatif jusques il y a environ six
+semaines; il trouva un jour qu'ils passèrent dans quelques minutes du
+négatif au positif. Environ huit jours après il fit une autre
+observation de la même sorte, & le soir de lundi dernier le vent sud-est
+soufflant fortement en tournant au nord-est & chassant beaucoup de
+nuages épais, il y eut cinq ou six passages successifs du négatif au
+positif, & du positif au négatif, les timbres s'arrêtant une minute ou
+deux entre chaque changement. Outre les méthodes rapportées dans mon
+écrit de Septembre dernier pour découvrir l'état électrique des nuages,
+on peut se servir de la suivante. Quand vos timbres sonnent, passez un
+tube frotté près du bord du timbre attaché à votre verge pointuë, si le
+nuage est alors dans un état négatif, la sonnerie s'arrêtera; s'il est
+dans un positif elle continuëra & sera peut-être plus vive. Ou bien
+suspendez une très-petite boule de liége à un fil de soye fine, ensorte
+qu'elle pende tout près du bord du timbre de la verge. Alors dès que le
+timbre est électrisé positivement ou négativement, la petite boule est
+repoussée & reste à quelque distance du timbre. Ayez tout prêt un
+bouchon de flacon en verre & à tête ronde, frottez-le sur votre côté
+jusqu'à ce qu'il soit électrisé, ensuite présentez-le à la boule de
+liége; si l'électricité dans la boule est positive elle sera repoussée
+du bouchon de verre aussi bien que du timbre. Si elle est négative elle
+sera attirée vers le bouchon.
+
+
+
+
+_LETTRE XIV._
+
+_Remarques sur les Lettres de l'Abbé Nollet sur l'Électricité, à B.
+Franklin Écuyer à Philadelphie, par M. David Colden de la nouvelle York,
+à Coldenham dans la nouvelle York, le 4. Décembre 1753._
+
+
+MONSIEUR,
+
+En examinant les lettres de l'Abbé Nollet à M. Franklin, je suis obligé
+de lui passer toutes les expériences qui se font avec ou dans des
+bouteilles scellées hermétiquement ou vuidées d'air, parce que n'étant
+pas en état de répéter les expériences, je ne pourrois pas appuyer par
+des preuves tirées de l'expérience certaines idées qui se sont
+présentées à moi là-dessus; c'est pourquoi le premier point sur lequel
+j'ose ouvrir mon sentiment est dans la quatriéme lettre de l'Abbé, _pag.
+66._ où il essaye de prouver que la matière électrique passe d'une
+surface à l'autre à travers l'épaisseur entière du verre; il prend
+l'expérience du tableau magique de M. Franklin, & parle ainsi: Lorsque
+vous électrisez ainsi un carreau de verre enduit de métal dessus &
+dessous, il est évident que ce que l'on pose sur la surface opposée à
+celle qui reçoit l'électricité du conducteur, prend aussi une vertu
+électrique très-marquée, qui, dit M. Franklin, est cette égale quantité
+de matière électrique chassée de ce côté par celle que le côté opposé
+reçoit du conducteur, & qui continuëra à donner une vertu électrique à
+chaque chose qui sera en contact avec elle jusqu'à ce qu'elle soit
+entièrement déchargée de son feu électrique; à quoi l'Abbé fait cette
+objection. «Dites-moi, je vous prie, dit-il, combien de tems faut il
+pour ce prétendu dépouillement, je puis vous assurer qu'après avoir
+soutenu l'électrisation pendant des heures entières, cette surface qui
+auroit dû, ce me semble, être bien dépourvûe de sa matière électrique,
+attendu le grand nombre d'étincelles qu'on en avoit tirées, ou le tems
+que cette matière avoit été exposée à l'action de la cause expulsive,
+cette surface, dis-je, ne m'en paroissoit que mieux électrisée & plus
+propre à produire tous les effets d'un corps actuellement électrique.»
+_Pag. 68._
+
+L'Abbé ne nous dit point quels sont ces effets: je n'ai jamais pû les
+observer tous, & on peut aisément rendre raison de ceux que l'on
+observe, en supposant que ce côté est entiérement destitué de matière
+électrique. L'effet le plus sensible d'un corps chargé d'électricité,
+est que quand on lui présente le doigt, ce doigt en tire une étincelle:
+or quand une bouteille préparée pour l'expérience de Leyde est penduë au
+canon d'un fusil ou au premier conducteur, & que vous faites tourner le
+globe pour la charger, aussitôt que la matière électrique est en
+mouvement, vous pouvez voir une étincelle aller de la surface extérieure
+de la bouteille à votre doigt, ce qui, dit M. Franklin, est la matière
+électrique naturelle du verre poussée dehors par celle qui est reçue du
+conducteur sur la surface intérieure, si elle en sort seulement par
+étincelles, on en peut tirer un grand nombre; mais si vous serrez la
+surface extérieure avec votre main, la bouteille recevra bientôt toute
+la matière électrique qu'elle est capable de recevoir, & l'extérieure
+sera alors entiérement privée de sa matière électrique, & on ne pourra
+en tirer d'étincelles avec le doigt; il y manque donc alors cet effet
+qu'ont tous les corps chargés d'électricité: quelques effets d'un corps
+électrique que l'Abbé, je suppose, a observés sur la surface extérieure
+d'une bouteille chargée, sont que tous les corps légers en sont attirés;
+c'en est un que j'ai constamment observé, mais je ne pense pas qu'il
+vienne d'une qualité attractive dans la surface extérieure de la
+bouteille; mais dans ces corps légers mêmes qui semblent être attirés
+par la bouteille, c'est une remarque constante que quand un corps a une
+plus grande charge de matière électrique qu'un autre, (c'est-à dire en
+proportion de la quantité qu'ils contiendront,) ce corps attirera celui
+qui en a moins; à présent je suppose, & c'est une partie du systême de
+M. Franklin, que tous ces corps légers qui semblent être attirés, ont
+plus de matière électrique en eux que la surface extérieure des
+bouteilles n'en a, c'est pourquoi ils tâchent d'attirer à eux la
+bouteille qui est trop pésante pour être ébranlée par le petit dégré de
+force qu'ils employent, & qui cependant étant plus grande que leur
+propre poids les pousse vers la bouteille, l'expérience suivante aidera
+l'imagination à concevoir cela. Suspendez une boule de liége ou une
+plume avec un fil de soye & électrisez-la; ensuite approchez cette boule
+de quelque corps fixe, & elle semblera attirée par ce corps, car elle
+volera vers lui. Mais de l'aveu des Électriciens, la cause attractive
+est dans la boule même, & non dans le corps fixe auquel elle court. Ce
+cas est semblable à l'attraction apparente des corps légers vers la
+surface extérieure d'une bouteille chargée.
+
+L'Abbé dit, _pag. 69._ qu'il peut électriser cent hommes debout sur des
+gâteaux de cire, pourvû qu'ils se tiennent par les mains, & qu'un d'eux
+touche l'une de ces surfaces (l'extérieure) du bout de son doigt. Je
+sçais qu'il le peut, pendant que la bouteille se charge, mais je suis
+aussi certain qu'il ne le peut pas après qu'elle est chargée; car une
+bouteille étant préparée pour l'expérience de Leyde, suspendez-la au
+conducteur, & qu'un homme debout sur le plancher touche de son doigt la
+doublure, pendant que le globe tourne, jusqu'à ce que la matière
+électrique sorte du crochet de la bouteille ou de quelque partie du
+conducteur, je crois que c'est le signe le plus certain que la bouteille
+a reçu toute la matière électrique qu'elle peut recevoir: après ce
+signe, que l'homme, qui auparavant étoit sur le plancher, monte sur un
+gâteau de cire, il peut y rester des heures entières le globe tournant
+pendant tout ce tems-là, & cependant ne donner aucun signe
+d'électricité.
+
+Après que la matière électrique fut poussée dehors du crochet de la
+bouteille préparée pour l'expérience de Leyde comme ci-dessus, je pendis
+une autre bouteille préparée de la même manière à un crochet attaché à
+la doublure de la première, & je tins cette autre bouteille dans ma
+main; mais si quelque matière électrique passoit au travers du verre de
+la première bouteille, la seconde la recevroit & la rassembleroit
+assurément; mais ayant tenu les bouteilles dans cette situation pendant
+un tems considérable, pendant lequel le globe ne cessa de tourner, je ne
+m'apperçus point que la seconde bouteille fut chargée le moins du monde,
+car quand je portai le doigt au crochet, comme dans l'expérience de
+Leyde, je n'éprouvai pas la moindre commotion, & je ne vis pas une
+étincelle partir du crochet.
+
+Je fis aussi l'expérience suivante, ayant chargé deux bouteilles
+(préparées pour l'expérience de Leyde) par leurs crochets, deux
+personnes en prirent chacun une dans leurs mains, l'un par le côté,
+l'autre par le crochet, ce qu'il fit en ôtant la communication avec le
+fond, avant de prendre le crochet, ces personnes se placèrent chacune à
+un de mes côtés, pendant que j'étois debout sur un gâteau de cire, & que
+je tenois le crochet de la bouteille qui étoit tenuë par la doublure
+(sur quoi il partit une étincelle; mais la bouteille ne fut pas
+déchargée pendant que je fus sur la cire) tenant le crochet, je touchai
+la doublure de la bouteille qui étoit tenuë par son crochet de mon autre
+main, sur quoi on apperçut une étincelle considérable entre mon doigt &
+la doublure, & les deux bouteilles furent sur le champ déchargées. Si
+l'opinion de l'Abbé est fondée, que la surface extérieure communiquant
+avec la doublure est chargée aussi bien que l'intérieure communiquant
+avec le crochet, comment puis-je, moi qui suis sur la cire, décharger
+ces deux bouteilles, quand il est bien connu que je n'en pourrois pas
+décharger une séparément? Bien plus, supposé que j'aye tiré la matière
+électrique des deux, qu'est-elle devenuë? car il ne paroît pas que j'en
+aye une quantité plus grande quand l'expérience est finie, & que je n'ai
+pas bougé de dessus la cire.
+
+Cette expérience me démontre donc pleinement que la surface extérieure
+n'est pas chargée, & non-seulement cela, mais qu'il lui manque autant de
+matière électrique que l'intérieure en a par excès; car par cette
+supposition, qui est une partie du systême de Mr. Franklin, on rend
+aisément raison de l'expérience précédente de cette sorte: quand je suis
+sur la cire mon corps n'est pas capable de recevoir du crochet d'une
+bouteille toute la matière électrique qu'elle est prête à donner, elle
+ne peut pas non plus en donner autant à la doublure de l'autre bouteille
+qu'elle est prête à en prendre, quand il n'y en a qu'une d'appliquée
+contre moi; mais quand elles le sont toutes deux, la doublure reçoit de
+l'une ce que le crochet donne: ainsi je reçois le feu de la première
+bouteille en B, dont la surface extérieure est fournie par la main en A:
+je donne le feu à la seconde bouteille en C, dont la surface intérieure
+est déchargée par la main en D. Cette décharge en D peut être renduë
+sensible en recevant ce feu dans le crochet d'une troisiéme bouteille,
+ce qui s'exécute ainsi: au lieu de prendre le crochet de la seconde
+bouteille dans votre main, faites passer au travers le fil-d'archal
+d'une troisiéme bouteille préparée comme pour l'expérience de Leyde, &
+tenez cette troisiéme bouteille dans votre main, la seconde y étant
+penduë par les bouts des crochets, passés l'un dans l'autre: quand
+l'expérience est achevée, cette troisiéme bouteille reçoit le feu en D,
+& elle sera chargée. Si l'on considère cette expérience, elle doit, je
+pense, prouver parfaitement que la surface extérieure d'une bouteille
+chargée manque de matière électrique, pendant que l'intérieure en a un
+excès. Quelque chose de plus, qui est digne de remarque dans cette
+expérience, c'est que je ne sens ni commotion ni choc dans mes bras,
+quoiqu'ils soient dans un instant traversés d'une si grande quantité de
+matière électrique; je ne sens qu'une piqûre aux bouts de mes doigts.
+Cela me fait penser que l'Abbé se trompe quand il dit qu'il n'y a point
+de différence entre le choc senti en faisant l'expérience de Leyde & la
+piqûre sentie en tirant de simples étincelles, si ce n'est du plus au
+moins. Dans la dernière expérience il passe à travers mes bras autant de
+matière électrique que m'en auroit donné un coup très-considérable, s'il
+y avoit eu une communication immédiate, par mes bras, du crochet à la
+doublure de la même bouteille; parce que quand elle fut prise dans une
+troisiéme bouteille, & que cette bouteille fut déchargée en particulier
+à travers mes bras, elle me donna un coup sensible. Si ces expériences
+prouvent que la matière électrique ne passe pas à travers l'entière
+épaisseur du verre, il est d'une conséquence nécessaire qu'elle doit
+toujours sortir par où elle est entrée.
+
+Ce qui s'est ensuite présenté, c'est dans la cinquiéme lettre _pag. 88._
+où il différe de M. Franklin, qui pense que tout le pouvoir de donner le
+coup réside dans le verre même & non dans les corps non-électriques qui
+le touchent. Les expériences que Mr. Franklin a données pour prouver
+cette opinion dans ses expériences & observations sur l'électricité,
+lettre 4. §. 50. & 51. m'ont convaincu qu'il avoit raison; & ce que
+l'Abbé a assuré de contraire ne m'a pas fait penser autrement. L'Abbé
+s'appercevant, comme je le suppose, que les expériences, comme M.
+Franklin les avoit faites, devoient prouver sa proposition, les altère
+sans en donner aucune raison, & les fait d'une manière qui ne prouve
+rien. Pourquoi veut-il qu'un homme tienne dans sa main la bouteille dans
+laquelle l'eau de la bouteille chargée doit être versée? Si le pouvoir
+de donner un coup est dans l'eau contenuë dans la bouteille, elle doit
+s'y conserver, quoiqu'elle soit versée dans une autre, puisqu'elle n'a
+été touchée par aucun corps non-électrique pour enlever ce pouvoir. Que
+la bouteille soit placée sur la cire, ce n'est pas une objection, car
+elle ne peut pas ôter le pouvoir à l'eau si elle en avoit, mais c'est un
+moyen nécessaire pour éprouver le fait; au lieu que cette bouteille
+étant chargée quand elle est dans la main d'un homme, prouve seulement
+que l'eau conduit la matière électrique. L'Abbé avouë, _pag. 94._ qu'il
+a entendu faire cette remarque; mais, dit-il, pourquoi un conducteur
+d'électricité n'est-il pas un sujet électrique? Ce n'est pas là la
+question. Mr. Franklin n'a jamais dit que l'eau ne fût pas un sujet
+électrique, il a dit que le pouvoir de donner le coup étoit dans le
+verra & non dans l'eau, & ses expériences le prouvent parfaitement, & si
+parfaitement qu'il seroit ridicule d'y rien ajouter: cependant comme je
+ne sçache pas que l'expérience suivante ait encore été connue de
+personne, on m'excusera de l'insérer ici: la voici.
+
+Pendez une bouteille préparée pour l'expérience de Leyde au conducteur
+par son crochet, & chargez-la; après cela écartez la communication du
+fond de la bouteille, alors le conducteur donne des signes évidens de
+son électrisation, car si on attache autour de lui un fil & qu'on laisse
+des bouts longs d'environ deux pouces, ils s'étendront comme une paire
+de cornes; mais si vous touchez le conducteur il en sortira une
+étincelle & les fils tomberont, & le conducteur ne donne plus le moindre
+signe d'électrisation après cela. Je pense qu'en le touchant j'ai enlevé
+toute la charge de matière électrique qui étoit dans le conducteur, le
+crochet de la bouteille & l'eau ou les fils de fer qui y sont contenus:
+nous voyons que tous les corps non-électriques peuvent en recevoir
+autant, cependant le verre de la bouteille conserve sa capacité de
+donner un coup, comme l'éprouveront tous ceux qui voudront l'essayer.
+Cette expérience fait voir évidemment que l'eau dans la bouteille ne
+contient pas plus de matière électrique qu'elle le feroit dans un bassin
+découvert, & qu'elle n'a pas la moindre chose de cette grande quantité
+qui produit le choc & qui est seulement retenuë par le verre. Après que
+l'étincelle est tirée du conducteur, si vous touchez la doublure de la
+bouteille (qui pendant tout ce tems est supposée pendre dans l'air
+dégagée de tout corps non-électrique) les fils sur le conducteur
+s'éleveront sur le champ & feront voir que le conducteur est électrisé:
+il reçoit cette électrisation de la surface intérieure de la bouteille,
+laquelle, quand la surface extérieure peut recevoir de la main qui lui
+est appliquée ce qui lui manque, en donnera autant que les corps en
+contact avec elle pourront en recevoir, ou tout ce qu'elle en a d'excès,
+s'ils sont assez gros. Il est amusant de voir la manière dont les fils
+hausseront & baisseront en touchant la doublure de la bouteille & le
+conducteur tour à tour. Ne seroit-ce point que la différence entre le
+côté chargé du verre & le côté extérieur ou vuidé étant diminuée en
+touchant le crochet ou le conducteur, le côté extérieur peut le recevoir
+de la main qui le touchoit, & par ce moyen le côté intérieur ne peut pas
+en conserver tant, & par cette raison ce qu'il n'en peut pas conserver
+électrise l'eau ou les fils & le conducteur; car il paroît être de règle
+qu'un des côtés doit se vuider dans la même proportion que l'autre est
+rempli; quoique la chose paroisse évidente par l'expérience, cependant
+c'est toujours un mystère dont on ne peut pas rendre raison.
+
+Je suis surpris de trouver dans plusieurs endroits du livre de l'Abbé
+que les expériences ont réussi si différemment à Paris de ce qu'elles
+ont fait dans les mains de M. Franklin & constamment dans les miennes.
+L'Abbé en faisant les expériences pour trouver la différence entre les
+deux surfaces d'un verre chargé, se garde bien de placer la bouteille
+sur la cire, car, dit-il, ne sçavez vous pas qu'étant mise suc un corps
+originairement électrique, elle perd promptement sa vertu? Je ne puis
+imaginer ce qui a engagé l'Abbé à penser de la sorte. Rien de plus
+opposé aux notions les plus communes des corps électriques par
+eux-mêmes, & l'expérience m'est un garant du contraire, car ayant laissé
+plusieurs fois à dessein une bouteille chargée sur la cire pendant des
+heures, je trouvai qu'elle conservoit autant de sa charge qu'une autre
+qui étoit restée pendant le même tems sur une table. J'en laissai une
+sur la cire depuis dix heures du soir jusqu'à huit du lendemain matin,
+je trouvai qu'elle conservoit une quantité de sa charge suffisante pour
+me donner une commotion sensible aux bras, quoique la chambre où étoit
+cette bouteille eût été balayée pendant ce tems, ce qui devoit avoir
+élevé beaucoup de poussière pour faciliter la décharge de la bouteille.
+
+Je trouve qu'une boule de liége suspenduë entre deux bouteilles, l'une
+chargée en plein & l'autre médiocrement, ne jouë pas entre elles, mais
+qu'elle s'arrête dans une situation qui fait un triangle avec les
+crochets des bouteilles, quoique l'Abbé ait assuré le contraire, _pag.
+101._ pour rendre raison du jeu d'une boule de liége entre le
+fil-d'archal enfoncé dans la bouteille & un autre qui s'élève de sa
+doublure. La bouteille qui est moins chargée doit avoir reçu plus de
+matière électrique, eu égard à sa grosseur, que la boule de liége n'en
+reçoit du crochet de la bouteille pleine.
+
+L'Abbé dit, _pag. 103._ qu'un morceau de feüille de métal pendu à un fil
+de soye & électrisé sera repoussé par le fond d'une bouteille chargée &
+tenuë en l'air par son crochet. Je le trouve constamment tout autrement;
+dans mes mains il est toujours attiré d'abord & ensuite repoussé: en
+chargeant la feüille il faut avoir soin d'empêcher qu'elle ne se porte
+vers quelque corps non-électrique, & que par ce moyen elle ne se
+décharge, tandis que vous la croyez chargée. Il est difficile de
+l'empêcher de se porter vers votre poignet ou vers quelque partie de
+votre corps.
+
+_Pag. 108._ l'Abbé dit qu'il n'est pas impossible, comme M. Franklin le
+prétend, de charger une bouteille pendant qu'il y a une communication
+établie entre sa doublure & son crochet. J'ai toujours trouvé impossible
+de charger une pareille bouteille au point de donner un coup; à la
+vérité, si elle est suspenduë au conducteur sans communication avec lui,
+vous pouvez en tirer une étincelle comme de tout autre corps qui y
+seroit suspendu; mais cela est bien différent d'être chargée au point de
+donner une commotion. Pour rendre raison du peu de matière électrique
+qui se trouve dans la bouteille, l'Abbé dit qu'elle suit plutôt le métal
+que le verre & qu'elle est chassée de la doublure de la bouteille dans
+l'air. J'admire que la même chose n'arrive pas aussi quand elle passe au
+travers du verre & qu'elle en charge la surface extérieure suivant le
+systême de l'Abbé.
+
+Je regarde les objections de l'Abbé contre les deux dernières
+expériences de Mr. Franklin, comme peu solides: il paroît assurément
+très-embarrassé sur ce qu'il doit dire, c'est pourquoi il accuse M.
+Franklin d'avoir tenue secrette la partie importante de l'expérience.
+C'est une petitesse dont on ne doit pas charger un galant homme qui n'a
+pas marqué tant de partialité que l'Abbé dans la relation de ses
+expériences.
+
+
+
+
+_LETTRE XV._
+
+_Expériences électriques avec un essai pour rendre raison de leurs
+différens phénomènes, & quelques observations sur les nuages de
+tonnerre, pour confirmer encore les remarques de Mr. Franklin sur l'état
+électrique positif & négatif des nuages par Jean Canton M. A. & de la
+Société Royale._
+
+
+_6. Décembre 1753._
+
+_Première Expérience._
+
+Du plat-fond ou de quelqu'endroit convenable d'une chambre suspendez
+avec des fils de lin de huit ou neuf pouces de long deux boulettes de
+liége chacune de la grosseur d'un petit pois, de manière qu'elles se
+touchent, si l'on porte le tube de verre frotté sous les boulettes, il
+les fera séparer quand on le tiendra à la distance de trois ou quatre
+pieds; si on l'en approche davantage, elles se sépareront encore
+davantage; si on le retire tout-à-fait, elles se réuniront
+immédiatement. Cette expérience peut se faire avec des boulettes de
+cuivre suspenduës par le moyen d'un fil d'argent; elle réussira aussi
+bien avec de la cire d'Espagne renduë électrique qu'avec du verre.
+
+_Deuxiéme Exp._ Si deux boules de liége sont suspenduës avec des fils de
+soye secs, il faudra en approcher le tube frotté à la distance de
+dix-huit pouces avant qu'elles se repoussent l'une l'autre: elles
+continuëront de le faire quelque tems après que le tube aura été ôté.
+
+Comme les boules dans la première expérience n'ont pas été isolées, on
+ne peut pas dire à la rigueur qu'elles ayent été électrisées; mais quand
+elles sont suspenduës dans l'atmosphère du tube frotté elles peuvent
+attirer & condenser le fluide électrique autour d'elles & être séparées
+par la répulsion de ses particules; on conjecture aussi que les boules
+alors contiennent moins que leur part commune du fluide électrique par
+rapport à la force de répulsion de celui qui les environne, quoiqu'il en
+entre & en passe peut-être un peu continuellement au travers des fils; &
+si cela est ainsi, on voit clairement la raison pour laquelle les boules
+suspenduës avec de la soye dans la seconde expérience doivent être dans
+une partie beaucoup plus dense de l'atmosphère du tube avant de se
+repousser l'une l'autre. Lorsqu'on approche des boules un bâton de cire
+frottée dans la première expérience, le feu électrique est supposé venir
+au travers des fils dans les boules, & s'y condenser dans son passage
+vers la cire; car suivant M. Franklin le verre frotté laisse aller le
+fluide électrique, mais la cire frottée le reçoit.
+
+_Troisiéme Exp._ Qu'on isole avec de la soye un tube mince de quatre ou
+cinq pieds de long & d'environ deux pouces de diamètre, & qu'on suspende
+à un de ses bouts des boules de liége avec des fils de lin;
+électrisez-le en portant le tube de verre frotté près de l'autre bout,
+ensorte que les boules restent séparées d'un pouce & demi ou de deux
+pouces, alors à l'approche du tube frotté elles perdront par dégré leur
+vertu répulsive & viendront en contact: & à mesure qu'on approche
+toujours le tube davantage, elles se sépareront encore à une aussi
+grande distance qu'auparavant: au retour du tube elles s'approcheront
+jusqu'à se toucher, & se repousseront ensuite comme en premier lieu. Si
+le tube mince est électrisé par la cire ou par le crochet d'une
+bouteille chargée, les boules seront affectées de la même manière à
+l'approche de la cire frottée ou du crochet de la bouteille.
+
+_Quatriéme Exp._ Électrisez les boules de liége comme dans la dernière
+expérience par le verre, & leur répulsion augmentera à l'approche d'un
+bâton de cire frotté. Ce sera le même effet si le verre frotté en est
+approché lorsqu'elles ont été électrisées avec de la cire.
+
+On suppose qu'en portant le verre frotté au bout ou au bord du tube
+mince dans la troisiéme expérience, il l'électrise positivement, ou
+ajoute au feu électrique qu'il contenoit auparavant, & par conséquent il
+en passe au travers des boules qui se repoussent mutuellement; mais à
+l'approche d'un verre frotté qui laisse sortir pareillement un fluide
+électrique, les boules en déchargeront moins, ou une partie sera poussée
+en arrière par une force qui agira dans une direction contraire, & elles
+s'approcheront plus près. Si le tube est tenu à une telle distance des
+boules que l'excès de la densité du fluide autour d'elles au dessus de
+la quantité ordinaire dans l'air, soit égal à l'excès de la densité de
+celui qui est en elles, au-dessus de la quantité ordinaire contenuë dans
+le liége, leur répulsion sera bientôt détruite; mais si le tube est
+approché davantage, le fluide du dehors étant plus dense que celui du
+dedans des boules, il sera attiré par elles, & elles se sépareront
+encore l'une de l'autre.
+
+Quand l'appareil a perdu une partie de sa portion naturelle de ce fluide
+par l'approche de la cire frottée d'une de ses extrémités, ou qu'il est
+électrisé négativement, le feu électrique est attiré & pris par les
+boules pour suppléer au défaut, & cela plus abondamment à l'approche
+d'un verre frotté ou d'un corps électrisé positivement qu'auparavant.
+C'est pourquoi l'éloignement entre les boules augmentera à mesure que le
+fluide qui les entoure, augmente, & en général soit par l'approche, soit
+par l'éloignement de quelque corps, si la différence entre la densité du
+fluide intérieur & extérieur est augmentée ou diminuée, la répulsion des
+boules sera augmentée ou diminuée à proportion.
+
+_Cinquiéme Expér._ Si le tube mince isolé n'est pas électrisé; approchez
+de son milieu le tube de verre frotté, ensorte qu'il fasse à peu près
+angle droit avec lui, les boules du bout se repousseront l'une l'autre;
+elles le feront d'autant plus que le tube frotté sera plus près. Quand
+il a été tenu quelques secondes à la distance d'environ six pouces,
+retirez-le, & les boules s'approcheront l'une de l'autre jusqu'à ce
+qu'elles se touchent, puis se séparant encore à mesure que le tube
+s'éloigne davantage, elles continuëront à se repousser quand on l'ôtera
+tout-à-fait, & cette répulsion entre les boules augmentera à l'approche
+du verre frotté, mais elle sera diminuée par la cire frottée, comme si
+l'appareil avoit été électrisé par la cire de la manière expliquée dans
+la troisiéme expérience.
+
+_Sixiéme Exp._ Isolez deux tubes minces désignés par A & B, ensorte
+qu'ils soient en ligne droite & séparés d'environ six lignes; suspendez
+au bout éloigné de chacun une paire de boules de liége. Approchez du
+milieu d'A le tube de verre frotté, & le tenant peu de tems à la
+distance de quelques pouces, vous verrez chaque paire de boule se
+séparer: écartez le tube, & les boules de A s'uniront & se repousseront
+encore l'une l'autre; mais celles de B seront à peine affectées. Par
+l'approche du tube de verre frotté tenu sous les boules de A, leur
+répulsion sera augmentée; mais si le tube est porté de la même manière
+vers les boules de B, leur répulsion diminuëra.
+
+Dans la cinquiéme expérience la provision commune de matière électrique
+dans le tube mince est supposée être raréfiée vers le milieu & condensée
+aux extrémités par la vertu répulsive de l'atmosphère du tube de verre
+frotté, quand il est tenu près du premier; & peut-être le tube mince
+perd-il quelque chose de sa quantité naturelle de fluide électrique
+avant qu'il en reçoive du verre: comme ce fluide doit être plus prêt à
+sortir par ses bouts & par ses bords qu'à entrer au milieu: & par
+conséquent lorsque le tube de verre est écarté & que le fluide est
+dérechef également répandu à travers l'appareil, on trouve qu'il est
+électrisé négativement, car le tube frotté porté sous les boules
+augmentera leur répulsion.
+
+Dans la sixiéme expérience une partie du fluide tiré d'un tube mince
+entre dans l'autre. On connoît qu'il est électrisé positivement par la
+diminution de la répulsion de ses boules à l'approche du verre frotté.
+
+_Septiéme Exp._ Placez le tube mince avec la paire de boules à son bout,
+à trois pieds au moins de toutes les parties de la chambre; rendez l'air
+très-sec par le moyen du feu; électrisez l'appareil à un degré
+considérable; ensuite touchez du doigt ou de quelqu'autre conducteur le
+tube mince, les boules continuëront cependant de se repousser l'une
+l'autre; mais non pas à une si grande distance qu'auparavant.
+
+L'air qui environne l'appareil à la distance de deux ou trois pieds est
+supposé contenir plus ou moins de feu électrique que sa part commune,
+selon que le tube mince est électrisé positivement ou négativement; &
+quand il est très-sec il ne quitte pas son surplus, ou ne répare pas son
+défaut aussi promptement que le tube mince, mais il peut continuer
+d'être électrisé, après qu'il a été touché pendant un temps
+considérable.
+
+_Huitiéme Exp._ Ayant fait un vuide de Torricelli, long d'environ 5.
+pieds, de la manière expliquée dans les Transactions Philosophiques,
+vol. 47. pag. 370. Si on en approche assez le tube frotté, on verra une
+lumière dans plus de la moitié de sa longueur; elle s'évanouit bientôt
+si on ne met pas le tube plus près, mais elle reparoîtra à mesure qu'on
+l'avancera davantage; on peut le répéter plusieurs fois sans frotter le
+tube de nouveau.
+
+Cette expérience peut être regardée comme une espèce de démonstration
+oculaire de la vérité de l'hypothèse de M. Franklin, que quand le fluide
+électrique est condensé d'un côté d'un verre mince, il sera repoussé de
+l'autre s'il ne trouve point de résistance, en conséquence à l'approche
+du tube frotté le feu est supposé être repoussé de la surface intérieure
+du verre qui entoure le vuide & être emporté au travers des colonnes de
+mercure, mais on suppose qu'il revient à mesure qu'on écarte le tube.
+
+_Neuviéme Exp._ Qu'on tienne à peu près par le milieu un bâton de cire
+de deux pieds & demi de long, & d'environ un pouce de diamètre, frottez
+le tube de verre & traînez-le sur une de ses moitiés, ensuite le
+tournant un peu autour de son axe frottez encore le tube, & traînez-le
+sur la même moitié; répétez cette opération plusieurs fois: cette moitié
+détruira la force répulsive des boules électrisées par le verre, &
+l'autre moitié l'augmentera.
+
+Il paroît par cette expérience que la cire peut aussi être électrisée
+positivement & négativement, & il est probable que dans les corps quels
+qu'ils soient, la quantité de fluide électrique qu'ils contiennent peut
+être augmentée ou diminuée. J'ai observé par un grand nombre
+d'expériences que certains nuages sont dans un état positif
+d'électricité, d'autres dans un état négatif, car les boules de liége
+qui en sont électrisées se serrent souvent à l'approche d'un tube
+frotté, & d'autres fois s'écartent à une plus grande distance. J'ai vû
+arriver cette variation cinq ou six fois en moins d'une demi-heure, les
+boules se réunissant chaque fois & restant en contact quelques secondes
+avant qu'elles se repoussent de nouveau l'une l'autre. On peut de même
+découvrir aisément avec une bouteille chargée si le feu électrique est
+tiré de l'appareil par un nuage négatif ou s'il y est poussé par un
+positif, & quelque soit celui par lequel il sera électrisé, soit que ce
+nuage se sépare de son surplus, soit que son défaut soit remplacé sur le
+champ, l'appareil perdra son électricité. On remarque que c'est souvent
+le cas après un éclair: cependant quand l'air est bien sec, l'appareil
+continuëra d'être électrisé pendant dix minutes ou un quart-d'heure
+après que les nuages ont passé le zénith, & quelquefois jusqu'à ce
+qu'ils paroissent à plus de moitié chemin vers l'horizon: la pluye
+surtout, quand les goutes sont grosses, fait communément descendre le
+feu électrique; & la grêle en été n'y manque jamais à mon avis. Quand
+l'appareil fut électrisé la dernière fois, ce fut par la chûte d'une
+neige fonduë, ce qui arriva dernièrement environ le 12. de Novembre;
+c'étoit le vingt-sixiéme jour & la soixante-uniéme fois qu'il avoit été
+électrisé depuis qu'il avoit été élevé, c'est-à-dire vers le milieu de
+Mai, & comme le thermomètre de Fahrenheit n'étoit que de sept degrés
+au-dessus de la congélation, on présume que l'hyver n'interrompra pas
+entièrement les opérations de cette sorte. À Londres il n'arriva que
+deux orages de tonnerre pendant tout l'été, & l'appareil fut quelquefois
+si fortement électrisé pendant l'un, que les timbres qui ont souvent été
+sonnés par les nuages assez fort pour être entendus dans toutes les
+chambres de la maison (les portes étant ouvertes) furent tenus en
+silence par le cours presque continuel d'un feu électrique dense entre
+chaque timbre & la boule de cuivre, qui ne la laissoit pas frapper.
+
+Je terminerai cet écrit déjà trop long par les deux questions suivantes.
+
+1º. L'air raréfié tout-à-coup ne peut-il pas donner le feu électrique
+aux nuages & aux vapeurs qui le traversent, & lorsqu'il est condensé
+soudain, ne peut-il pas le recevoir d'eux?
+
+2º. L'aurore boréale n'est-elle point l'élancement du feu électrique des
+nuages positifs aux négatifs à une grande distance dans la partie
+supérieure de l'atmosphère où la résistance est moindre?
+
+
+
+
+
+APPENDIX.
+
+ _Comme M. Franklin dans une première Lettre à M. Collinson a
+ parlé de son dessein d'essayer le pouvoir d'un coup
+ électrique très-fort sur un poulet-d'inde, ce Monsieur en
+ conséquence a eu la bonté d'en envoyer une relation qui se
+ rêduit à ceci._
+
+Il fit d'abord plusieurs expériences sur des oiseaux, & trouva que deux
+gros pots de verre mince dorés contenant chacun environ six gallons &
+tels que j'ai dit que je les avois employés dans le dernier écrit que je
+vous ai présenté sur ce sujet, étoient suffisante quand ils étoient bien
+chargés pour tuer des poules ordinaires sur le champ; mais les
+poulets-d'inde, quoiqu'ils éprouvent de violentes convulsions, & qu'ils
+restent étendus comme morts pendant quelques minutes, se rétablissoient
+en moins d'un quart-d'heure. Quoiqu'il en soit, ayant ajouté trois pots
+pareils aux deux premiers sans être pleinement chargés; il tua un
+poulet-d'inde d'environ dix livres, & il croit qu'ils en auroient tué un
+beaucoup plus gros. Il imagina que les oiseaux tués de cette sorte
+étoient extrémement tendres à manger.
+
+En faisant ces expériences il trouva qu'un homme pouvoit, sans risquer
+beaucoup, supporter un choc beaucoup plus fort qu'il n'imaginoit; car
+sans y prendre garde il reçut un coup de deux de ces pots au travers des
+bras & du corps, lorsqu'ils étoient presqu'entiérement chargés; il lui
+sembla recevoir un coup universel depuis la tête jusqu'aux pieds dans
+tout le corps; il fut suivi d'un tremblement vif & violent dans le tronc
+qui se dissipa petit à petit dans quelques secondes; il fut quelques
+minutes avant de reprendre ses esprits au point de connoître ce dont il
+s'agissoit, car il ne vit point l'étincelle, quoique son oeil fût tout
+près du premier conducteur, d'où elle frappa le revers de sa main; il
+n'entendit pas plus le bruit du coup, quoique les assistans disent qu'il
+avoit été considérable; il ne sentit pas davantage en particulier le
+coup sur sa main, quoiqu'il vit ensuite qu'il y avoit causé une enflure
+de la grosseur d'une chevrotine ou d'une balle de pistolet. Ses bras &
+le derrière de son col restèrent un peu engourdis le reste de la soirée,
+& sa poitrine fut affectée pendant une semaine comme si elle eût été
+brisée. Par cette expérience on peut connoître le danger qu'il y a, même
+avec les plus grandes précautions, pour l'opérateur quand il fait ces
+expériences avec de gros pots; car on ne peut pas douter que plusieurs
+étant chargés en plein ne soient capables de tuer un homme, comme ils
+ont auparavant tué un poulet d'inde, en les augmentant à proportion de
+la taille.
+
+
+
+
+_LETTRE XVI._
+
+_De M. B. FRANKLIN Écuyer_
+_de Philadelphie_
+
+_à M. D'ALIBARD, à Paris._
+
+
+_29 Juin 1755._
+
+MONSIEUR,
+
+Il y a long-tems que je dois une réponse à votre dernière lettre, dattée
+du 20. Juin 1754. Je l'ai reçuë en Janvier dernier pendant que j'étois à
+Boston dans la nouvelle Angleterre, & depuis ce tems-là j'ai été si
+occupé de mes voyages en différens endroits & des affaires publiques,
+que je suis extrêmement en arrière avec mes correspondans.
+
+Je vous envoyai l'année dernière un manuscrit qui contient quelques
+nouvelles expériences & des observations sur la foudre; je ne sçai si
+vous l'avez reçu, mais il a été imprimé depuis à Londres, & j'imagine
+que notre bon ami M. Collinson vous en aura envoyé une copie.
+
+Je vous remercie de la bonté que vous avez euë de m'envoyer les quatre
+volumes de l'histoire naturelle de M. de Buffon, les cartes, &c.
+
+Vous me demandez mon sentiment sur le livre Italien du P. Beccaria. Je
+l'ai lû avec beaucoup de plaisir, & je le regarde comme un des meilleurs
+ouvrages que j'aie vûs dans aucune langue sur cette matière; cependant
+je ne suis pas pour le présent de son sentiment sur l'article des
+jets-d'eau; néanmoins je conviendrai avec vous qu'il l'a traité avec
+beaucoup de finesse. Il y a quelque tems que j'ai écrit fort au long à
+M. Collinson ce que je pensois des tourbillons & des jets-d'eau; je ne
+sçai si on le publiera; en cas qu'on ne le fasse pas, je le ferai
+transcrire pour vous.
+
+Je ne vois pas que le P. Beccaria doute de l'imperméabilité absoluë du
+verre, dans le sens que je l'entens; car les exemples qu'il rapporte de
+trous faits au verre par le coup électrique, sont les mêmes que nous
+connoissons tous; il prouve seulement que le fluide électrique n'y
+passeroit pas sans le trou qu'il y fait. Nous disons de même que l'eau
+ne peut pas passer au travers du verre, & cependant le jet-d'eau d'une
+pompe percera les carreaux de vitre les plus épais.
+
+Pour ce qui regarde l'effet des pointes, de tirer la matière électrique
+des nuages & de préserver de cette forte les bâtimens, &c. effet dont
+vous me dites qu'il semble douter, je vous avouërai que je crois que
+c'est modestie & prudence de sa part. Je trouve qu'on ne m'a pas entendu
+tout à fait sur ce sujet. J'en ai parlé dans plusieurs de mes lettres &
+toujours, excepté une seule fois, _avec une alternative_, c'est-à-dire
+que les verges pointuës élevées sur les bâtimens, & qui communiquent
+avec la terre humide empêcheroient le coup de foudre, ou que si elles ne
+le faisoient pas, elles le conduiroient de manière que le bâtiment n'en
+seroit pas endommagé. Malgré cela quand on éxamine mon opinion en
+Europe, on ne fait attention qu'à la probabilité que ces verges
+préviennent un coup ou une explosion; ce n'est qu'une partie de l'usage
+que je proposois de faire de ces verges; quoique l'autre partie soit
+d'une importance & d'une utilité égales, puisqu'elle consiste à conduire
+un coup qu'elles n'auroient pas réussi à prévenir, il semble qu'on l'ait
+totalement oubliée.
+
+Je serai fort aise de connoître les expériences de M. le Roy sur
+l'électricité positive & négative, quand vous pourrez me les
+communiquer.
+
+Je vous remercie de m'avoir fait part de la relation que M. de Buffon
+vous a donnée d'un effet de la foudre tombée à Dijon le 7. de Juin
+dernier; en revanche permettez-moi de vous parler d'un événement de la
+même sorte que j'ai vû dernièrement. Étant dans la Ville de Newbury dans
+la nouvelle Angleterre en Novembre dernier, on me montra l'effet de la
+foudre sur l'Église qui en avoit été frappée peu de mois auparavant.
+
+Le clocher étoit une tour quarrée de bois élevée de 70. pieds depuis le
+sol jusqu'à l'endroit où la cloche étoit suspenduë; au-dessus s'élevoit
+une pyramide aussi de bois, haute de plus de 70. pieds jusqu'à la
+girouette ou au coq. Près de la cloche étoit attaché un marteau de fer
+pour frapper les heures; du bout du manche descendoit un fil-d'archal
+par un petit trou de foret dans le plancher au-dessus duquel étoit la
+cloche, & de même au travers d'un second plancher; sous le plat-fond en
+plâtre de ce second plancher, & très-près couloit horizontalement le
+fil-d'archal jusqu'auprès d'une muraille de plâtre, le long de laquelle
+il descendoit à l'horloge, qui étoit 20. pieds au-dessous de la cloche.
+Ce fil-d'archal n'étoit pas plus gros qu'un lacet ordinaire.
+
+La pyramide fut toute mise en piéces par la foudre, & les éclats en
+furent poussés de tous les côtés sur la place où l'Église étoit bâtie,
+ensorte qu'il ne resta rien au-dessus de la cloche. La foudre passa
+entre le marteau & l'horloge dans ce fil-d'archal sans offenser les
+planchers, sans y produire aucun effet, si ce n'est d'agrandir un peu
+les trous de foret, sans endommager la muraille de plâtre ni aucune
+partie du bâtiment jusqu'à l'extrémité de ce fil-d'archal & de celui du
+pendule de l'horloge, ce dernier étoit de la grosseur d'une plume d'oye.
+Depuis l'extrémité du pendule jusqu'à la terre le bâtiment étoit fendu &
+excessivement endommagé; des pierres avoient été arrachées des fondemens
+& jettées es à la distance de 20. ou 30. pieds. L'on ne pût retrouver
+aucune partie du petit fil-d'archal en question entre l'horloge & le
+marteau, si ce n'est environ deux pouces qui pendoient au manche du
+marteau, & environ autant qui étoit attaché à l'horloge, le reste étant
+sauté, & ses particules dissipées en fumée & en parties insensibles,
+comme il arrive à la poudre à canon à l'approche du feu ordinaire. On
+voyoit seulement une trace noire & sale large de trois ou quatre pouces,
+plus obscure dans le milieu, plus foible vers le bord sur le plâtre le
+long du plat-fond sous lequel il passoit, & de haut en bas du mur. Voilà
+les effets & les apparences sur lesquels je ferai le peu de remarques
+qui suivent, sçavoir.
+
+1º. Que la foudre dans son passage au travers d'un bâtiment, quittera le
+bois pour passer dans le métal autant qu'elle le pourra, & ne rentrera
+point dans le bois que le conducteur de métal ne finisse. J'ai fait la
+même observation dans d'autres occasions par rapport aux murailles de
+briques ou de pierres.
+
+2º. La quantité de matière fulminante qui passa au travers de ce clocher
+doit avoir été bien grande à en juger par ses effets sur cette haute
+pyramide au-dessus de la cloche & sur toute la tour quarrée au-dessous
+de l'extrémité du pendule de l'horloge.
+
+3º. Quelque grande qu'ait été cette quantité, elle a été conduite par un
+petit fil-d'archal & un pendule d'horloge, sans que le bâtiment ait été
+endommagé le long de ces fils.
+
+4º. La verge du pendule étant d'une grosseur suffisante, conduisit la
+foudre, sans en être offensée; mais le petit fil fut entièrement
+détruit.
+
+5º. Quoique le petit fil air été détruit, il avoit conduit la foudre &
+préservé le bâtiment.
+
+6º. Et de toutes ces circonstances il paroît plus que probable que si un
+petit fil semblable avoit été étendu depuis la verge de la girouette
+jusqu'à la terre avant l'orage, ce coup de foudre n'auroit causé aucun
+dommage au clocher, quoique le fil même eût été détruit.
+
+Je sens que l'histoire naturelle de M. de Buffon me fera beaucoup de
+plaisir & m'instruira infiniment. Assurez-le, je vous prie, de mes
+respects aussi bien que M. de Fontferriere, qui m'ont donné l'un &
+l'autre des marques de leur souvenir dans votre dernière Lettre. Je
+suis, &c.
+
+B. Franklin.
+
+_FIN._
+
+
+
+
+TABLE
+DES MATIERES.
+
+_Agitation_ de l'eau favorable à l'évaporation, _tom._ II. _pag._ 6.
+
+_Aigrette_ (l') montre d'où vient le feu, II. 168.
+
+_Aiguille_ couchée sur un boulet de fer, ou au bout du canon empêche de
+les électriser, I. 239.
+
+_Aiguille_ de boussole pirouette près du premier conducteur, II. 156.
+
+_Aiguille_ décharge le conducteur en un instant, I. 239.
+
+_Air_: sa circulation, II. 32.
+
+_Air_ sec, ce que c'est, I. 44.
+
+_Air_ (l') n'est point affecté par l'électricité, I. 45.
+
+_Air_ comprimé par les vents, &c., condensé par la perte du feu, tombe
+en rosée, II. 13.
+
+_Air_: ses courans différens, II. 27.
+
+_Air_ (l') est électrique & n'est point conducteur de l'électricité, I.
+42 II. 2.
+
+_Air_ frais après l'orage, II. 32.
+
+_Air_ raréfié par le feu commun, II. 9.
+
+_Air_ (l') s'abaisse dans les zones froides, II. 27.
+
+_Air_ (l') s'élève dans la zone torride, II. 27.
+
+_Allumer_ par l'électricité une chandelle qui vient d'être éteinte, I.
+94.
+
+_Amazones:_ rivière des... II. 19.
+
+_Analyse_ de la bouteille électrisée, II. 140-160.
+
+_Andes:_ montagne des... II. 18.
+
+_Angles_ aigus d'un corps surchargé d'électricité se déchargent en
+l'air, I. 22.
+
+_Araignée_ factice & animée, I. 96.
+
+_Argent_ fondu à froid dans la bourse, II. 40.
+
+_Atmosphère_ électrique, I. 8.
+
+_Atmosphère_ électrique par sa fluidité & sa répulsion coule pour
+remplir l'endroit d'où l'on tire, I. 20. 21.
+
+_Attraction_ des particules d'eau, II. 10.
+
+_Aveuglement_ causé par la foudre, II. 48.
+
+_Aveuglement_ causé par l'électricité, II. 48.
+
+_Aurore_ Boréale: son explication, II. 32.
+
+B
+
+_Baguette_ de métal reçoit l'électricité & la transmet dans l'instant,
+I. 223.
+
+_Baguette_ de verre ne conduit point un choc, I. 224.
+
+_Baisers_ électriques, I. 95.
+
+_Balances_ suspenduës au plancher, I. 242.
+
+_Balances_ déchargées en silence par une aiguille, I. 243.
+
+_Balles_ (deux) de liége suspenduës au conducteur, I. 114.
+
+_Batterie_ électrique, I. 160.
+
+_Bermudes:_ Isle peu sujette au tonnerre, II. 41.
+
+_Bois_ sec est électrique, I. 138.
+
+_Boule_ de liége électrisée tournée en l'air, I. 44.
+
+_Boule_ de liége suspenduë entre le fil-d'archal de la bouteille & un
+fil de fer attaché au bas de la bouteille, jouera entre ces fils, I. 64.
+
+_Boule_ de liége charrie le feu électrique du haut au bas de la
+bouteille, I. 64.
+
+_Boule_ de liége suspenduë encre deux livres couchés sur des verres, I.
+79.
+
+_Boule_ de liége suspenduë entre deux bouteilles chargées semblablement
+& différemment, I. 128.
+
+_Boules_ de liége suspenduës à des fils de lin, II. 281.
+
+_Boules_ électrisées différemment, remises dans leur état naturel, I.
+15. & 16.
+
+_Boulet_ de fer électrisé, I. 192. 235.
+
+_Boussoles_ dérangées par le tonnerre, II. 134.
+
+_Bouteille_ électrique ne reçoit plus de feu intérieurement quand elle
+est épuisée extérieurement, I. 49.
+
+_Bouteille_ chargée par le globe de verre & déchargée par le globe de
+soufre, II. 159.
+
+_Bouteille_ électrisée mise sur un corps électrique conserve son feu, I.
+59.
+
+_Bouteille_ chargée entre le verre & le soufre, II. 159.
+
+_Bouteille_ électrisée attire & ensuite repousse par son fil-d'archal
+une boule de liége, & attire la même boule présentée à son côté, I. 55.
+
+_Bouteille_ (la) n'a pas la même atmosphère électrique en dedans & en
+dehors, I. 56.
+
+_Bouteille_ (la) sur de la cire peut être déchargée par un fer courbé,
+ou par partie, ou tout d'un coup, I. 68.
+
+_Bouteille_ (une) sur laquelle on auroit établi une communication de son
+fil-d'archal à son côté, ne sçauroit être électrisée, & pourquoi, I. 73.
+
+_Bouteille_ sale & humide en dehors ne sçauroit être électrisée &
+pourquoi, I. 74.
+
+_Bouteille_ (la) s'électrise par le côté aussi bien que par le crochet,
+I. 120.
+
+_Bouteilles_ chargées de la même & de différentes manières, I. 120-131.
+
+_Bouteille_ (la) électrisée ne se décharge point sans communication
+non-électrique, I. 131.
+
+_Bouteilles_ suspenduës l'une à la queuë de l'autre se chargent toutes
+en même tems, I. 135.
+
+_Bouteille_ mince d'un pouce de diamètre donne un coup prodigieux, I.
+186.
+
+_Bouteille_ électrique chargée de son propre feu, I. 102.
+
+_Broche_ électrique. I. 176.
+
+C
+
+_Canal_ ouvert à l'une de ses extrémités, II. 31.
+
+_Canons_ (deux) unis lancent leurs étincelles à deux pouces de distance,
+II. 26.
+
+_Canton:_ (Jean) ses expériences, II. 280.
+
+_Capitaines_ de vaisseaux: leur témoignage, II. 41.
+
+_Carreau_ de verre électrisé entre deux plaques de plomb, I. 142.
+
+_Carillon_ électrique, I. 183. II. 130.
+
+_Cercles_ de carton représentant les nuages de mer & de terre, II. 22.
+
+_Cerf volant_ de M. Franklin, II. 182.
+
+_Chaîne_ déployée susceptible de plus d'électricité, II. 221.
+
+_Chaleur_ du soleil ne détruit point l'électricité, I. 242.
+
+_Chaleurs_ suivies d'orages, II. 33.
+
+_Chandelle_ rallumée, I. 94.
+
+_Charge_ & décharge: leur signification, I. 129.
+
+_Charge_ & décharge de la rouë électrique, I. 181. 182.
+
+_Chute_ soudaine de pluyes après les éclairs, II. 21.
+
+_Circulation_ de l'air, II. 32.
+
+_Cire_ (la) peut être électrisée positivement & négativement, II. 296.
+
+_Colophone_ séche enflammée, II. 37.
+
+_Communication_ avec le plancher n'est point nécessaire pour qu'on
+reçoive la commotion, I. 53.
+
+_Communication_ directe entre les surfaces rétablit dans l'instant
+l'équilibre dans la bouteille, I. 69.
+
+_Communication_ du feu électrique se fait avec craquement, I. 30.
+
+_Communication_ extérieure non-électrique nécessaire pour rétablir
+l'équilibre, I. 139.
+
+_Conducteurs_ & non conducteurs, I. 39.
+
+_Conducteur_ d'électricité, sa construction, I. 28.
+
+_Conducteur_ (le) entre deux globes de différente nature, II. 164.
+
+_Conducteur_ qui frappe à deux pouces, I. 29.
+
+_Conducteur_ s'avance vers le corps émoussé, I. 31.
+
+_Conducteur_ arrêté ou repoussé par une pointe, I. 31.
+
+_Conducteur_ (le) ne donne point d'étincelles, quand la communication du
+coussin au plancher est interrompuë, I. 101.
+
+_Conjectures_ nouvelles sur la théorie du tonnerre, II. 211.
+
+_Conjurés_ (les), I. 172.
+
+_Conséquences_ pernicieuses d'une plus grande proportion d'électricité,
+I. 10.
+
+_Conviction_ que la matière électrique pénètre les corps, I. 5.
+
+_Convulsion_ causée par le passage subit du feu électrique dans les
+membres, I. 53.
+
+_Corps_ électrisé positivement repousse une plume électrisée; quand il
+l'est négativement ou dans l'état commun, il l'attire, I. 80.
+
+_Corps_ électrisés négativement se repoussent comme s'ils l'étoient
+positivement, I. 67. 193.
+
+_Corps_ (les) électriques contiennent plus d'électricité, I. 9.
+
+_Corps_ (les) électriques, comme le verre, ne souffrent de changement
+que d'une surface à l'autre, I. 222.
+
+_Corps_ émoussé ne tire l'électricité qu'à trois pouces, I. 30.
+
+_Corps_ (les) ne tirent pas l'électricité proportionnellement à leurs
+masses, I. 24.
+
+_Corps_ non-électriques servent au verre, comme l'armure à la pierre
+d'aimant, I. 144.
+
+_Corps_ non électriques susceptibles de plus & de moins d'électricité,
+I. 222.
+
+_Corps_ non-électrique souffre du changement dans sa quantité
+d'électricité, I. 223.
+
+_Couleur_ bleuë donnée à l'acier, II. 147.
+
+_Courans_ d'air différens, II. 27.
+
+_Courans_ d'air différens occasionnent l'attraction des nuages & leurs
+mouvemens, II. 27.
+
+_Courant_ d'air n'électrise point, II. 192.
+
+_Courant_ de fontaine électrisé, II. 4.
+
+_Coussin_ (le) sur une lame de verre, I. 101.
+
+D
+
+_Décharge_ nécessaire pour les observations du tonnerre, II. 129.
+
+_Delaware_ rivière, I. 194.
+
+_Déluges_ de pluyes, II. 19.
+
+_Deux_ personnes sur de la cire, l'une frotte le tube, l'autre le
+touche, I. 88.
+
+_Deux_ sortes d'électricité, II. 156.
+
+_Différence_ de la matière commune & de la matière électrique, I. 5.
+
+_Différence_ entre un corps non-électrique & le verre, I. 222.
+
+_Différence_ des corps électrisés au dedans & au dehors de la bouteille,
+I. 47.
+
+_Différence_ entre un corps électrique & un corps non-électrique, I. 36.
+
+_Dindon_ tué d'un coup d'électricité, I. 195. II. 303.
+
+_Direction_ (la) du feu électrique étant différente dans la charge,
+l'est aussi dans la décharge, I. 120.
+
+_Direction_ du fluide électrique le long des conducteurs, II. 230.
+
+_Dorure_ percée par le feu électrique, I. 184.
+
+_Dorure_ (la) sur un livre ne conduit plus le choc après dix ou douze
+coups, I. 191.
+
+_Dorure_ sur un livre découverte, par un coup d'électricité, II. 49.
+
+E
+
+_Eau_, corps non-électrique, II. 7.
+
+_Eau_ raréfiée susceptible de plus d'électricité, II. 217.
+
+_Eau_ (l') transmet fort bien l'électricité, I. 190.
+
+_Eclairs_, II. 18.
+
+_Eclairs_ sur un livre entouré d'un double filet d'or, I. 98.
+
+_Eclairs:_ imitation des... I. 94.
+
+_Eclats_ de tonnerre, II. 32.
+
+_Effet_ de deux bouteilles, l'une pleinement chargée, & l'autre
+nullement, I. 127.
+
+_Effet_ étonnant des pointes, I. 235.
+
+_Effets_ opposés du soufre & du verre, II. 158-161.
+
+_Effet_ du tonnerre à Newbury, II. 313.
+
+_Effet_ d'un corps émoussé, I. 236.
+
+_Effet_ de l'air sur la matière électrique, I. 42.
+
+_Effluves_ salutaires des corps non-électriques, impossibles à tirer par
+l'électricité, I. 225.
+
+_Elancemens_ de lumière du nord au sud, II. 31.
+
+_Elasticité_ comparée à l'électricité, I. 137.
+
+_Electricité_ de deux sortes, II. 156.
+
+_Electricité_ détruite par du sable, le souffle, la fumée de bois, de
+chandelle, de charbon, de fer, &c., I. 240.
+
+_Electricité_ (l') réside dans le verre, I. 144.
+
+_Electricité_ (l') se tire plus facilement des angles que des surfaces,
+I. 22.
+
+_Electricité_ (l') ne paroît plus après l'attouchement, I. 91.
+
+_Electricité_ vitrée & résineuse, II. 156-172.
+
+_Electriser_ positivement ou en plus, I. 77-80. 89-95.
+
+_Electriser_ négativement ou en moins, I. 78-80. 89-93.
+
+_Elévation_ des vapeurs favorisée par le feu commun & par le feu
+électrique, II. 4. 9.
+
+_Eminences_ (les) attirent les nuages, II. 33.
+
+_Epée_ fonduë dans le fourreau, II. 40.
+
+_Epuisement_ du coussin, I. 102-114.
+
+_Equilibre_ du feu électrique dans les surfaces de la bouteille, I. 48.
+
+_Equilibre_ (l') de l'électricité ne se rétablit point à travers le
+verre, I. 49.
+
+_Equilibre_ (l') ne se rétablit dans les surfaces que par une
+communication non-électrique, I. 50.
+
+_Equilibre_: moyen de le rétablir, I, 53. 68.
+
+_Erreur_ de M. Watson, I. 93.
+
+_Esprits_ allumés par & au travers de la rivière, I. 194.
+
+_Esprits_ enflammés sans avoir été chauffés, I. 232.
+
+_Essence_ (l') du verre semble consister dans son électricité, I. 187.
+
+_Etincelles_ frappent plus loin, à proportion que le feu électrique est
+plus fort, I. 245. II. 26.
+
+_Etincelle_ grande ou petite pour l'inflammation des esprits, II. 36.
+
+_Etincelle_ électrique déchire en perçant le papier, II. 40.
+
+_Etincelle_ tirée de deux personnes électrisées différemment, I. 88.
+
+_Etincelle_ plus forte entr'elles, I. 89.
+
+_Expansion_ égale de la matière électrique dans la totalité d'une masse,
+I. 6.
+
+_Expérience_ de Leyde avec un carreau de verre, I. 143.
+
+_Expérience_ de Marly-la-Ville, II. 99-125.
+
+_Expérience_ qui prouve que la matière raréfiée est susceptible de plus
+d'électricité, II. 221.
+
+_Expériences_ de M. Jean Canton, II. 280.
+
+_Explication_ de plusieurs phénomènes, I. 89. 90.
+
+_Explication_ de ce qui se passe dans le globe lorsqu'on le frotte, I.
+212.
+
+_Explosion_ (l') est la même si tenant la bouteille par le crochet on la
+touche au côté, ou au contraire, I. 119.
+
+_Explosion_ (l') n'électrise point celui qui tient la bouteille & la
+touche, I. 81.
+
+_Explosion_ (l') n'électrise point, I. 115-118.
+
+F
+
+_Feu_ commun répandu dans tous les corps, II. 35.
+
+_Feu_ électrique ne peut être tiré d'un côté s'il n'en entre d'un autre,
+I. 51.
+
+_Feu_ (le) électrique passe du fil-d'archal au doigt qui touche, & non
+au contraire, I. 54.
+
+_Feu_ électrique: moyen de le faire circuler, I. 74.
+
+_Feu_ (le) électrique doit sortir par où il est entré, I. 120.
+
+_Feu_ électrique attiré par l'eau, II. 2.
+
+_Feu_ électrique (le) qui sort de l'extérieur de la bouteille, n'est pas
+le même que celui qui entre dans l'intérieur, I. 200.
+
+_Feu_ électrique répandu dans toute la matière, I. 207.
+
+_Feu_ électrique rassemblé & non créé par le globe frotté, II. 6.
+
+_Feu_ électrique rassemblé par l'agitation sur la mer, II. 7.
+
+_Feu_ électrique d'un nuage de 10000. âcres, II. 26.
+
+_Feu_ électrique visible en sautant des intervalles & invisible le long
+des corps denses & unis, II. 29.
+
+_Feu_ électrique visible sur un feüille d'or, & pourquoi, II. 30.
+
+_Feu_ électrique & feu commun ne sont point incompatibles, II. 35.
+
+_Feu_ électrique agit sur le feu commun, & produit l'inflammation, II.
+36.
+
+_Feu_ électrique paroît sur le coussin qui frotte, I. 213.
+
+_Feu_ électrique se transporte dans & à travers les corps
+non-électriques, & non pas à travers le verre, I. 198. 223.
+
+_Feüille_ d'or entre deux lames de métal, dont l'une électrisée, &
+l'autre non, II. 58.
+
+_Feüille_ d'or plus près de la lame non-électrisée, II. 60.
+
+_Feüille_ d'or bien aiguë se soutient près du conducteur sans lame
+inférieure, II. 63.
+
+_Fil_-d'archal détruit par la foudre, II. 319.
+
+_Fil_ de lin suspendu près du ventre de la bouteille est attiré à chaque
+fois que l'on touche le fil-d'archal, I. 62.
+
+_Filet_ d'or sur un livre ne peut conduire parfaitement qu'un seul choc,
+& pourquoi, II. 57.
+
+_Fluide_ électrique ne traverse point le verre, I. 197.
+
+_Fluide_ électrique passe par une fêlure, I. 199.
+
+_Fluide_ électrique toujours prêt, I. 207.
+
+_Fluide_ électrique ne se fixe point dans le verre, mais y séjourne sans
+adhérence, I. 207.
+
+_Force_ attractive proportionnée aux surfaces, & non pas aux masses, I.
+25.
+
+_Force_ (la) de l'électricité est sans bornes, II. 153.
+
+_Forme_ de l'atmosphère électrique, I. 16.
+
+_Foudre_ (la) déchire, II. 40.
+
+_Franklin_ (M.) rudement frappé, II. 304.
+
+_Froid_ (le) diminue le feu commun, & non le feu électrique, II. 14.
+
+_Frottement_ (le) enflamme le bois sec, II. 37.
+
+_Frottement_ (le) d'un corps non-électrique contre un corps électrique
+produit le feu électrique, II. 6.
+
+_Fumée_ de résine séche ne détruit pas l'électricité & forme une
+atmosphère, I. 241.
+
+_Fusion_ à froid, II. 51.
+
+_Fusion_ des métaux sans chaleur, II. 56.
+
+G
+
+_Glace_ (la) ne conduit pas l'électricité, I. 190.
+
+_Glace_ de 1200. pouces quarrés, ses effets, I. lxxxij. 172.
+
+_Globe_ frotté: comment il rassemble le fluide électrique, I. 214. II. 6.
+
+_Globe_ doublé donne peu ou point de feu électrique, I. 214.
+
+_Globe_ moüillé intérieurement ne rend point de feu, I. 215.
+
+_Globe_ de cuir, II. 179.
+
+H
+
+_Habits_ mouillés sont un préservatif contre les coups de foudre, II. 34.
+
+_Homme_ (un) sur de la cire à qui l'on donne à toucher le fil-d'archal
+de la bouteille électrisée, est électrisé de plus en plus, I. 77.
+
+_Homme_ (un) sur de la cire tient la bouteille électrisée, & vous en
+fait toucher le fil-d'archal, il est électrisé de moins en moins, I. 78.
+
+_Homme_ (un) sur de la cire peut être électrisé plusieurs fois par un
+autre qui lui présente le fil-d'archal de la bouteille, mais il ne peut
+s'électriser lui-même en la tenant. Moyen de le reconnoître, I. 81.
+
+_Huile_ de térébentine mise en expérience, I. 226.
+
+I
+
+_Idendité_ de la matière du tonnerre & de l'Electricité, II. 120. 185.
+
+_Idée_ d'un nouveau globe, II. 179.
+
+_Imitation_ des éclairs, I. 94.
+
+_Importance_ de connoître les loix de la nature, indépendamment du
+comment & du pourquoi, I. 27.
+
+_Imperméabilité_ du verre, I. 208.
+
+_Impossibilité_ de s'électriser soi-même, I. 87.
+
+_Inflammation_ des esprits, I. 94.
+
+_Inflammation_ de la poudre, II. 149.
+
+_Irrégularité_ des éclairs, II. 33.
+
+L
+
+_Liqueur_ purgative mise dans la fiole électrique, I. 229.
+
+_Lumière_ brillante à la pointe d'un poinçon, I. 237.
+
+_Lumière_ paroît au bout d'une pointe, I. 30.
+
+M
+
+_Magnétisme_ communiqué par l'électricité, II. 135-142.
+
+_Magnétisme_ effet de l'électricité, II. 141.
+
+_Main_ de papier percée par l'étincelle, I. 171.
+
+_Matière_ commune éponge de la matière électrique, I. 6.
+
+_Matière_ électrique, sa subtilité, I. 4.
+
+_Matière_ électrique pénètre les métaux sans résistance, I. 4.
+
+_Matière_ (toute) ne contient & ne retient pas également l'électricité,
+I. 8.
+
+_Matière_ (la) contient autant d'électricité qu'elle en peut contenir,
+I. 8.
+
+_Matière_ (la) du tonnerre & la matière électrique sont la même, II.
+120. 185.
+
+_Matière_ supposée dépourvuë de fluide électrique, I. 12.
+
+_Matières_ non-électriques mêlées dans l'air, I. 22.
+
+_Métaux_ fondus par la foudre, II. 38.
+
+_Métaux_ fondus d'un coup d'électricité, II. 39.
+
+_Métaux_ (les) & l'eau conducteurs parfaits, I. 29. & 40.
+
+_Montagnes_ attirent les nuages de mer, II. 17.
+
+_Mort_ de M. Richman, II. 127.
+
+_Moyen_ de toucher le fil-d'archal de la bouteille électrisée, sans
+tirer d'étincelle, I. 120.
+
+_Moyen_ de connoître si les nuées, orageuses sont électrisées
+positivement ou négativement, II. 195.
+
+_Moyen_ de rendre bien sensible le feu électrique en passant du
+fil-d'archal au côté de la bouteille, I. 82. 85.
+
+_Moyen_ de prendre la bouteille par le crochet, I. 120.
+
+_Moyen_ de dissiper le tonnerre, II. 44.
+
+_Moyen_ de reconnoître si les nuages orageux sont électrisés ou non, II.
+45.
+
+_Moyen_ de prévenir le danger de l'épreuve, II. 47.
+
+_Moyen_ (seul) de mettre en mouvement le fluide électrique du verre, I.
+204.
+
+_Moyen_ simple de reconnoître si l'électricité est positive ou négative,
+II. 174.
+
+N
+
+_Neige_ électrique, II. 243.
+
+_Nuages_ de mer sont électriques, II. 8.
+
+_Nuages_ de terre peu électrisés retombent sur la terre, II. 15.
+
+_Nuages_, de mer électrisés s'élevent fort haut & son poussés très-loin,
+II. 15.
+
+_Nuages_ attirés par l'électricité, II. 24.
+
+_Nuages_ à différentes hauteurs tiennent des routes différentes, II. 27.
+
+_Nuages_ électrisés négativement, II. 198.
+
+_Nuage_ électrisé positivement, II. 200.
+
+O
+
+_Objection_ contre la nouvelle hypothèse du tonnerre, II. 226.
+
+_Océan_ (l') composé d'eau & de sel, II. 7.
+
+_Odeur_ du fluide électrique toujours la même, I. 230.
+
+_Ondées_, II. 18.
+
+_Orages_ après les grandes chaleurs, II. 33.
+
+P
+
+_Papier_ (main de) percée par l'étincelle, I. 171.
+
+_Papier_ percé & noirci par l'étincelle, I. 185.
+
+_Particules_ de matière électrisée se repoussent mutuellement, I. 209.
+II. 4.
+
+_Particules_ d'air, dures, rondes, désunies, II. 8.
+
+_Particules_ d'air allégées par le feu commun & par l'eau électrisée
+s'élevent, II. 11.
+
+_Particule_ d'air environnée de douze particules d'eau, II. 12.
+
+_Particules_ d'eau s'attachent aux particules d'air, II. 8.
+
+_Particules_ d'eau rassemblées forment la pluye, II. 13.
+
+_Particules_ électriques attirées par la matière, I. 5.
+
+_Particules_ électriques ne traversent point le verre, mais leur
+répulsion le traverse, I. 209.
+
+_Particules_ électriques, quoique mutuellement répulsives, sont
+rapprochées par l'attraction du verre, I. 209.
+
+_Partie_ de plaisir, I. 194.
+
+_Parties_ composantes du verre extrèmement déliées, I. 206.
+
+_Passages_ de l'état électrique négatif au positif, II. 243.
+
+_Pays_ sans montagnes peut-être arrosé, II. 20.
+
+_Peinture_ sur la dorure emportée par le tonnerre, II. 49.
+
+_Philadelphie_, I. 194.
+
+_Plein_ (le) & le vuide de feu électrique se trouvent dans la bouteille,
+I. 52.
+
+_Plein_ (le) & le vuide électrique pressent violemment, l'un pour se
+dilater, & l'autre pour se remplir, I. 53.
+
+_Plomb_ granulé meilleur que l'eau, I. 94.
+
+_Plume_ attirée dans un vase scellé hermétiquement, I. 197.
+
+_Plus_ & moins merveilleusement combinés, I. 52.
+
+_Plus_ la pointe est aiguë, plus elle tire de loin, I. 23.
+
+_Pointes_ (les) poussent aussi bien qu'elles tirent, I. 22. 23. 238.
+
+_Pointes_ (les) tirent aussi bien qu'elles poussent, I. 23. 239.
+
+_Pointe_ (la) d'une aiguille présentée à douze pouces; empêche de
+charger le conducteur, I. 29.
+
+_Pointe_ (la) électrise un homme sur de la cire, I. 30.
+
+_Poisson_ d'or, II. 64.
+
+_Pôles_ d'une aiguille aimantée changés par le coup fulminant, II. 135.
+
+_Pores_ du verre extrèmement petits, I. 206.
+
+_Pores_ du verre impénétrables à toute autre matière que celle du feu &
+de l'électricité, I. 207.
+
+_Poudre_ à tirer enflammée, II. 149.
+
+_Poulet_-d'inde de dix livres tué, II. 303.
+
+_Preuve_ que le feu électrique poussé dans une bouteille à travers le
+fil-d'archal ne la traverse pas, I. 200.
+
+_Preuves_ que l'explosion n'électrise point, I. 115-118.
+
+_Proportion_ des deux feu pour l'inflammation, II. 36.
+
+_Proportions_ des conducteurs pour le tonnerre, II. 233.
+
+Q
+
+_Quantité_ étonnante d'électricité contenuë dans la plus petite portion
+de verre, I. 186.
+
+_Quantité_ égale d'électricité dans les deux surfaces du verre, I. 210.
+
+_Questions_ sur la formation du tonnerre & de l'aurore boréale, II. 301.
+
+R
+
+_Rat_ moüillé ne peut être tué par l'électricité, II. 35.
+
+_Remarques_ de M. Colden sur les lettres de M. l'Abbé Nollet, II. 247.
+
+_Rencontre_ de plusieurs nuages de mer & de terre, II. 24.
+
+_Répulsion_ des particules de matière électrique, I. 5.
+
+_Répulsion_ d'une boule de liége suspenduë, I. 192.
+
+_Répulsion_ de la boule de liége détruite, I. 192.
+
+_Répulsion_ des particules d'air favorisée par le feu commun & par le
+feu électrique, II. 9.
+
+_Répulsion_ mutuelle des particules électriques, I. 209.
+
+_Retraite_ sous un arbre pendant l'orage, dangereuse, II. 34.
+
+_Richman_ (M.) tué par l'électricité naturelle, II. 127.
+
+_Rouës_ de moulin à vent & à eau, I. 85. 86.
+
+_Roué_ électrique, première construction, I. 172.
+
+_Rouë_ électrique, deuxiéme construction, I. 179.
+
+S
+
+_Sel_, corps électrique, II. 7.
+
+_Skuilkil_, rivière, I. 194.
+
+_Silence_ du carillon électrique, II. 300.
+
+_Soleil_, sa chaleur ne détruit point l'électricité, I. 242.
+
+_Soleil_ semble fournir le feu commun, II. 13.
+
+_Soufre_ (le) électrise négativement, II. 167.
+
+_Sphères_ électriques tournées par une manivelle, I. 99.
+
+_Sphère_ d'attraction électrique, II. 25.
+
+_Subtilité_ des particules électriques, I. 4.
+
+_Surfaces_ d'une bouteille électrisée sont l'une pleine & l'autre vuide,
+I. 210.
+
+_Surfaces_ ne peuvent agir l'une sans l'autre, I. 136.
+
+_Surfaces_ du verre, longueur, largeur & moitié d'épaisseur, I. 205.
+
+T
+
+_Tableau_ magique, sa description, son effet, I. 167.
+
+_Tabouret_ électrique, II. 46.
+
+_Tache_ bleuë sur une plaque d'argent, II. 187.
+
+_Taches_ métalliques sur le verre, II. 53.
+
+_Tasses_ électrisées, I. 195.
+
+_Thérébentine_ (huile de) ne change point l'odeur de la matière
+électrique, I. 228.
+
+_Terre_ séche empêche le choc, I. 189.
+
+_Terre_ (la) frape les nuages, II. 205.
+
+_Tonnerre_ artificiel, _hist. a._ I. lxxxii.
+
+_Tonnerre_ s'entend rarement en pleine mer, II. 40.
+
+_Triangle_ équilatéral formé par trois particules d'air, I. 12. II. 9.
+
+_Triangles_ resserrés ou étendus, I. 13. II. 9-12.
+
+_Tube_ frottée d'une peau de chamois, I. 98.
+
+_Tube_ doublé d'un corps non-électrique, I. 215.
+
+_Tube_ peut servir de bouteille pour l'expérience de Leyde, moyen, I.
+217.
+
+_Tube_ épuisé d'air, I. 219.
+
+V
+
+_Vapeurs_ de l'eau électrisée le sont aussi, II. 3.
+
+_Vapeurs_ plus abondantes de l'eau électrisée, II. 11.
+
+_Vapeurs_ de la mer électrisées, II. 15.
+
+_Vapeurs_ élevées dans la zone torride s'abaissent dans les zones
+froides & lancent des éclairs, II. 28.
+
+_Vapeurs_ sulphureuses de la terre aisément enflammées par la foudre,
+II. 38.
+
+_Vents_ de terre sont secs, II. 15.
+
+_Verge_ de fer de vingt ou trente pieds, II. 46.
+
+_Verges_ de fer pointuës, leur effet, II. 237.
+
+_Vernis_ dur & sec brûlé par l'étincelle, I. 185.
+
+_Verre_ (le) contient beaucoup d'électricité, I. 38. 138. 202.
+
+_Verre_ (le) a toujours la même quantité d'électricité, I. 138.
+
+_Verre_ brisé par l'électricité, I. 186.
+
+_Verre_ contient plus d'électricité, & la retient plus fortement, I. 9.
+183.
+
+_Verre_ n'est par lui-même susceptible ni de plus ni de moins
+d'électricité, I. 131-136.
+
+_Verre_ imperméable à l'électricité, I. 197-212.
+
+_Verre_ (le) électrise positivement, II. 167.
+
+_Usages_ de l'électricité avantageux, mais inconnus, I. 10.
+
+_Usages_ du carillon, II. 132.
+
+
+Fin de la Table des matières.
+
+
+
+De l'Imprimerie de la Veuve DELATOUR.
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Expériences et observations sur
+l'électricité faites à Philadelphie en Amérique, by Benjamin Franklin
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OBSERVATIONS SUR L'ELECTRICITE ***
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+
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+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
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+Foundation
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+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
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+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
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+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
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+Literary Archive Foundation
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+<pre>
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+The Project Gutenberg EBook of Expériences et observations sur
+l'électricité faites à Philadelphie en Amérique, by Benjamin Franklin
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Expériences et observations sur l'électricité faites à Philadelphie en Amérique
+
+Author: Benjamin Franklin
+
+Translator: Thomas-François d'Alibard
+
+Release Date: December 25, 2008 [EBook #27610]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OBSERVATIONS SUR L'ELECTRICITE ***
+
+
+
+
+Produced by Sébastien Blondeel, Carlo Traverso, Rénald
+Lévesque and the Online Distributed Proofreading Team at
+https://www.pgdp.net (This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothèque nationale
+de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
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+
+
+
+
+<br><br>
+
+
+
+
+
+<h1>EXPÉRIENCES</h1>
+
+<h4>ET</h4>
+
+<h2>OBSERVATIONS</h2>
+
+<h4>SUR</h4>
+
+<h1>L'ÉLECTRICITÉ</h1>
+
+<h5>FAITES</h5>
+
+<h5><i>À PHILADELPHIE EN AMÉRIQUE</i></h5>
+
+<h5>PAR</h5>
+
+<h2>M. BENJAMIN FRANKLIN;</h2>
+
+<h6>&amp; communiquées dans plusieurs Lettres à M. P.
+COLLINSON, de la Société Royale de Londres.</h6>
+
+<h4><i>Traduites de l'Anglois.</i></h4>
+
+<h3>SECONDE ÉDITION</h3>
+
+<h5><i>Revue, corrigée &amp; augmentée d'un supplément considérable
+du même Auteur, avec des Notes &amp; des
+Expériences nouvelles.</i></h5>
+
+<h3><i>Par M.</i> d'ALIBARD.</h3>
+<br>
+<h3>TOME PREMIER.</h3>
+<br>
+<p class="mid">A PARIS<br>
+
+Chez DURAND, rue du Foin, au Griffon.</p>
+<hr class="short">
+
+<h3>M. DCC. LVI.</h3>
+
+<h4><i>Avec Approbation &amp; Privilège du Roi.</i></h4>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head1.png"></p>
+
+<h2>À SON ALTESSE<br>
+
+SÉRÉNISSIME<br>
+
+MONSEIGNEUR<br>
+
+LE COMTE<br>
+
+DE LA MARCHE.</h2>
+<br>
+
+<p><span class="lef"><img alt="" src="images/M.png"></span><br><br><br>ONSEIGNEUR,</p>
+<br>
+<p><i>La permission que VOTRE
+ALTESSE SÉRÉNISSIME veut bien me donner de faire
+paroître cette Traduction sous
+son auguste nom, est une suite
+des bontés dont Elle a daigné
+m'honorer dès sa plus tendre
+jeunesse. Cet hommage public
+est en même tems un tribut de
+ma reconnoissance &amp; de l'ancien
+&amp; très-respectueux attachement
+que j'ai toujours eu
+pour la personne de VOTRE
+ALTESSE SÉRÉNISSIME.
+Son amour pour les Sciences, la protection qu'Elle accorde
+ouvertement aux Lettres
+&amp; à ceux qui les cultivent,
+l'application qu'Elle
+donne Elle-même à l'Étude,
+son goût pour la Physique,
+l'attention avec laquelle Elle
+se fait rendre compte des nouvelles
+découvertes, sont autant
+d'autres motifs qui m'en imposent
+la loi. Trop heureux,
+MONSEIGNEUR, de pouvoir
+aujourd'hui réunir un
+devoir avec les vrais sentimens
+de mon coeur.</i></p>
+
+<p>Je suis avec un très-profond respect,</p>
+
+<h3>MONSEIGNEUR,</h3>
+
+<h4>DE VOTRE ALTESSE SÉRÉNISSIME,</h4>
+
+<p class="rig">Le très-humble &amp;<br> très-obéissant<br>
+serviteur,<br>
+D'ALIBARD.</p><br><br><br><br><br>
+
+<span class="pagenum"><a name="a1" id="a1">1</a></span>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4s.png"></p>
+<h3>AVERTISSEMENT.</h3>
+<br>
+
+<p><span class="large">M</span><br>onsieur Franklin, habitant
+de Philadelphie
+dans la Colonie Angloise
+de Pensylvanie en
+Amérique, est l'Auteur des
+Lettres suivantes sur l'Électricité.
+M. Collinson son
+ami &amp; son correspondant à
+Londres, à qui elles sont
+adressées, les a jugées dignes
+de l'impression. Elles
+étoient sous la presse, lorsqu'il
+en informa M. Franklin;
+celui-ci, qui ne les
+avoit pas écrites à cette intention,
+se pressa d'envoyer
+<span class="pagenum"><a name="a2" id="a2">2</a></span>
+à son ami quelques changemens,
+qui n'étant pas arrivés
+à tems, ne purent
+être mis que comme additions
+&amp; corrections à la fin
+de l'ouvrage. Il pria en même
+tems M. Collinson d'en
+envoyer un des premiers
+exemplaires à M. de Buffon,
+qui jugea de ces Lettres,
+comme on en avoit
+jugé en Angleterre où elles
+ont eu un applaudissement
+général. Occupé
+d'ouvrages bien plus importans
+dont il ne veut pas
+se distraire, M. de Buffon
+m'a engagé à les faire paroître
+<span class="pagenum"><a name="a3" id="a3">3</a></span>
+en François. Il ne
+s'agissoit que de rendre
+exactement des choses simples,
+aussi ne s'est-on attaché
+qu'à les traduire littéralement,
+à bien rendre le
+sens de l'Auteur &amp; à éclaircir
+les endroits qui ont paru
+un peu obscurs dans l'original.
+Pour la commodité
+des lecteurs, on a rapporté
+en notes au bas des pages,
+les changemens que Mr.
+Collinson avoit fait imprimer
+comme additions &amp;
+corrections à la suite des
+Lettres.</p>
+
+<p>Quoique la plupart des
+<span class="pagenum"><a name="a4" id="a4">4</a></span>
+Physiciens se soient exercés
+depuis plusieurs années sur
+la matière de l'électricité:
+quoique leur zèle ait été
+récompensé par des succès
+assez brillans, on verra par
+les recherches &amp; par les découvertes
+de M. Franklin,
+que cette matière est encore
+neuve à bien des égards.
+On sentira en même tems
+qu'il y a cependant lieu
+d'espérer qu'en multipliant,
+à son exemple, les expériences
+&amp; les observations
+dans des vûes nouvelles,
+on parviendra un jour à pénétrer
+un mystère qui n'importe
+<span class="pagenum"><a name="a5" id="a5">5</a></span>
+peut-être pas moins
+à l'utilité commune qu'à la
+la curiosité de l'esprit. On
+y arrivera même d'autant
+plus vite &amp; plus sûrement,
+qu'on se hâtera moins de
+hazarder des systèmes. On
+n'a pas encore assez de faits
+sur ce sujet pour qu'il soit
+permis d'y joindre des hypothèses.</p>
+
+<p>«C'est (dit M. de Buffon<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a>
+<a href="#footnote1"><sup class="sml">1</sup></a>)
+par des expériences
+fines raisonnées &amp; suivies
+que l'on force la nature
+à découvrir son secret;
+toutes les autres
+<span class="pagenum"><a name="a6" id="a6">6</a></span>
+méthodes n'ont jamais
+réussi, &amp; les vrais Physiciens
+ne peuvent s'empêcher
+de regarder les anciens
+systèmes comme
+d'anciennes rêveries, &amp;
+sont réduits à lire la plupart
+des nouveaux comme
+on lit les Romans. Les
+recueils d'expériences &amp;
+d'observations sont donc
+les seuls livres qui puissent
+augmenter nos connoissances.
+Il ne s'agit
+pas, pour être Physicien,
+de sçavoir ce qui arriveroit
+dans telle ou telle hypothèse,
+en supposant,
+<span class="pagenum"><a name="a7" id="a7">7</a></span>
+par exemple, une matière
+subtile, des tourbillons,
+une attraction, &amp;c. Il
+s'agit de bien sçavoir ce
+qui arrive, &amp; de bien connoître
+ce qui se présente
+à nos yeux; la connoissance
+des effets nous conduira
+insensiblement à celle
+des causes, &amp; l'on ne
+tombera plus dans les absurdités
+qui semblent caractériser
+tous les systèmes;
+en effet l'expérience
+ne les a-t-elle pas détruits
+successivement? ne nous a-t-elle
+pas montré que ces
+élémens que l'on croyoit
+<span class="pagenum"><a name="a8" id="a8">8</a></span>
+autrefois si simples, sont
+aussi composés que les autres
+corps? ne nous a-t-elle
+pas appris ce que l'on
+doit penser du chaud, du
+froid, du sec &amp; de l'humide,
+de la pesanteur &amp;
+de la légèreté absoluë, de
+l'horreur du vuide, des
+loix du mouvement autrefois
+établies, de l'unité
+des couleurs, du repos &amp;
+de la sphèricité de la terre,
+&amp; si je l'ose dire des
+Tourbillons? Amassons-donc
+toujours des expériences
+&amp; éloignons-nous,
+s'il est possible, de tout esprit
+<span class="pagenum"><a name="a9" id="a9">9</a></span>
+de système, du moins
+jusqu'à ce que nous soyons
+instruits, nous trouverons
+assûrément à placer un
+jour ces matériaux, &amp;
+quand même nous ne serions
+pas assez heureux
+pour en bâtir l'édifice tout
+entier, ils nous serviront
+certainement à le fonder,
+&amp; peut-être à l'avancer
+au-delà même de nos espérances.»
+C'est cette méthode
+que M. Franklin a
+suivie à l'imitation du grand
+Newton &amp; des plus excellens
+Physiciens, méthode
+qui doit suffire pour prévenir
+<span class="pagenum"><a name="a10" id="a10">10</a></span>
+le public en faveur de
+l'ouvrage qu'on lui présente.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote1"
+name="footnote1"><b>Note 1: </b></a><a href="#footnotetag1">
+(retour) </a> Fréf. de la Statiq. des Végét.</blockquote>
+
+<p>Mais il ne suffit pas de
+s'attacher uniquement à la
+voye de l'expérience, à
+moins que d'être, comme
+notre auteur, fécond en
+moyens, ingénieux en découvertes
+&amp; heureux en
+applications; il ne faut pas,
+comme tant d'autres Physiciens
+sans génie, se permettre
+de tirer des inductions
+qui ne sont ni justes
+ni naturelles, déduire des
+conséquences qui ne sont
+fondées que sur des suppositions
+<span class="pagenum"><a name="a11" id="a11">11</a></span>
+vagues &amp; étrangères
+au sujet. Il faut au contraire
+dans une matière aussi nouvelle
+que l'est celle-ci, se
+contenter de considérer les
+faits sous de nouveaux
+points de vûe, pour tâcher
+de les généraliser &amp; d'en
+former un ordre systématique
+&amp; suivi. C'est ce qu'a
+fait M. Franklin. Instruit,
+par exemple, des effets surprenans
+de la bouteille électrique,
+le premier objet
+qu'il s'est proposé, a été d'examiner
+comment elle acquiert
+la vertu électrique,
+comment elle la conserve,
+<span class="pagenum"><a name="a12" id="a12">12</a></span>
+quoiqu'on la touche, &amp;
+comment elle la communique.
+Ayant toujours l'expérience
+&amp; l'observation
+pour guides, il a bientôt
+reconnu que l'électricité
+est inhérente &amp; inséparable
+de la matière: que le verre
+en contient autant qu'il en
+peut contenir, &amp; toujours
+la même quantité: qu'électriser
+la bouteille, ce
+n'est pas y faire entrer plus
+de matière électrique qu'elle
+n'en avoit auparavant,
+mais accumuler sur une de
+ses surfaces autant de cette
+matière qu'il y en a dans les
+<span class="pagenum"><a name="a13" id="a13">13</a></span>
+deux surfaces ensemble,
+ce qui ne se fait que parce
+que l'une en rejette précisément
+la même quantité
+que l'autre en reçoit: que
+les deux surfaces de la bouteille
+électrisée sont toujours
+prêtes l'une à rendre
+ce qu'elle a de plus, &amp; l'autre
+à recevoir ce qu'elle a
+de moins que sa quantité
+naturelle: qu'elles ne peuvent
+le faire l'une sans l'autre:
+que l'équilibre ne sçauroit
+se rétablir entr'elles par
+la communication intime
+de l'une à l'autre, mais seulement
+par une communication
+<span class="pagenum"><a name="a14" id="a14">14</a></span>
+extérieure non électrique:
+qu'ainsi la bouteille
+reste chargée tant que cette
+communication extérieure
+n'est pas établie, &amp; qu'enfin
+l'électricité ne sçauroit
+être communiquée par la
+bouteille, qu'autant que
+cette bouteille reçoit par
+une voye la même quantité
+de matière électrique
+qu'elle donne par l'autre.</p>
+
+<p>Ces premières connoissances
+ont conduit notre
+auteur à trouver les moyens
+de faire paroître l'électricité
+de deux manières tout-à-fait
+opposées, l'une en augmentant
+<span class="pagenum"><a name="a15" id="a15">15</a></span>
+l'électricité naturelle
+dans les corps que nous
+nommons non-électriques,
+&amp; il appelle cette augmentation
+électricité <i>positive</i>;
+l'autre en diminuant l'électricité
+naturelle; il nomme
+celle-ci <i>négative</i>. De là sont
+venus les termes nouveaux
+électriser <i>en plus</i>, électriser
+<i>en moins</i>, dont les significations
+répondent assez bien
+à celles qu'ils ont dans l'algèbre.</p>
+
+<p>L'analyse de la bouteille
+électrique à achevé de confirmer
+M. Franklin dans l'opinion
+où il étoit dès auparavant
+<span class="pagenum"><a name="a16" id="a16">16</a></span>
+que l'électricité dans
+cette bouteille est attachée
+au verre précisément comme
+verre, &amp; que les corps
+non-électriques qu'on y
+ajoute ne servent que, comme
+l'armure d'une pierre
+d'aimant, à unir les particules
+de la matière électrique
+surabondante, &amp; à les
+tenir rassemblées sur l'une
+des surfaces du verre, étant
+toujours prêtes à s'échapper
+par le premier endroit
+où elles trouveroient passage
+pour aller à l'autre. En
+conséquence de ces découvertes;
+il a imaginé quantité
+<span class="pagenum"><a name="a17" id="a17">17</a></span>
+d'autres expériences
+dont l'enchaînement &amp; le
+résultat sont la confirmation
+des premières &amp; l'apologie
+de son jugement.
+Néanmoins quelques justes
+que soient ses idées, quoiqu'elles
+soient toutes appuyées
+sur des faits, l'auteur
+ne les propose que
+comme des conjectures, &amp;
+l'on verra que sa modestie
+est égale à sa pénétration.
+Mais ce seroit s'écarter de
+la retenuë dont il donne
+l'exemple, que de chercher
+à faire valoir son mérite
+par des louanges dont il n'a
+<span class="pagenum"><a name="a18" id="a18">18</a></span>
+pas besoin, &amp; qui ne pourroient
+être que suspectes
+de la part d'un traducteur.
+Il vaut mieux le laisser lire
+&amp; s'en rapporter au jugement
+du public.</p>
+
+<p>Le pays qu'abite M. Franklin
+est des plus favorables
+pour les expériences électriques;
+autant les chaleurs
+y sont excessives en été,
+autant le froid y est rigoureux
+en hyver; l'on passe
+subitement de l'un à l'autre
+sans presque s'appercevoir
+ni de la douceur du printems,
+ni de la température
+de l'automne. Le vent sud
+<span class="pagenum"><a name="a19" id="a19">19</a></span>
+ou nord amène les deux
+saisons opposées; mais dans
+l'une &amp; dans l'autre on y
+jouit presque toujours du
+plus beau ciel. Les nuages
+épais y dérobent rarement
+la vûe du soleil &amp; des étoiles:
+les pluyes n'y sont jamais
+de longue durée, &amp; les
+brouillards y sont presque
+inconnus. Ainsi la sécheresse
+du tems &amp; la froideur
+du vent du nord contribuent
+beaucoup à y rendre
+plus sensibles la force &amp; les
+effets de l'électricité. On en
+trouvera des preuves incontestables
+dans plusieurs endroits
+<span class="pagenum"><a name="a20" id="a20">20</a></span>
+cet ouvrage. Malgré
+la différence de climat,
+je n'ai pas voulu publier
+cette traduction, sans avoir
+du moins essayé de répéter
+les expériences qui y sont
+rapportées; après avoir
+parfaitement réussi à faire
+celles que j'ai jugées les
+plus intéressantes &amp; les plus
+difficiles dans l'exécution,
+quelques-unes m'ont paru
+mériter que j'en fisse hommage
+à l'Académie Royale
+des Sciences. Je lui rendis
+compte le 22. Décembre
+1751. de mon succès dans
+les expériences du tableau
+<span class="pagenum"><a name="a21" id="a21">21</a></span>
+magique &amp; de la fusion des
+métaux; j'y fis voir des lames
+de verre sur lesquelles
+on distinguoit aisément l'or,
+l'argent, le cuivre &amp; l'étain
+que l'électricité avoit par
+sa violence incorporés dans
+la substance même du verre.
+J'avois employé pour
+me procurer le puissant dégré
+d'électricité nécessaire,
+une bouteille de verre blanc
+&amp; mince tenant environ
+deux pintes dont j'avois
+fait argenter extérieurement
+le fond jusqu'au milieu
+de sa hauteur, &amp; j'y
+avois mis à peu près quinze
+<span class="pagenum"><a name="a22" id="a22">22</a></span>
+livres de menu plomb bien
+sec. Ces métaux sont sur
+ces lames dans un état de
+vitrification, inattaquables
+à l'eau forte &amp; à l'eau régale,
+suivant les épreuves
+que j'en avois faites auparavant
+d'après les assurances
+de M. Franklin. Enfin ces
+expériences aussi bien que
+beaucoup d'autres, avoient
+si pleinement satisfait à mes
+désirs, eu égard au tems, à
+la saison &amp; au climat, qu'elles
+ne laissoient nullement
+lieu de douter de la certitude
+de celles que je n'avois
+pas encore tentées.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="a23" id="a23">23</a></span>
+
+<p>Dès que la première édition
+de cette traduction fut
+achevée, j'en envoyai un
+exemplaire à M. Franklin,
+ce qui me mit en correspondance
+directe avec lui.
+Je lui fis part dans le tems,
+du succès de mon expérience
+sur le tonnerre, &amp; lui
+envoyai le mémoire que
+j'en avois donné à l'Académie
+Royale des Sciences le
+13. Mai 1752. tel qu'il est
+dans le second volume de
+cet ouvrage; il en fut charmé
+&amp; m'envoya avec sa
+réponse, son premier supplément,
+dont je vérifiai
+<span class="pagenum"><a name="a24" id="a24">24</a></span>
+pareillement les expériences.
+Le second ne m'a été
+rendu que long-tems après.</p>
+
+<p>J'ai trouvé dans cette
+dernière brochure d'excellentes
+observations à opposer
+aux critiques qui avoient
+paru contre mon auteur,
+&amp; auxquelles j'avois entrepris
+de répondre; c'est ce
+qui m'a engagé à resserrer
+ce que j'avois écrit dans ce
+dessein, pour ne pas multiplier
+les êtres sans nécessité.
+Je me suis contenté d'ajouter
+à la suite des principales
+expériences critiquées
+quelques-unes des réponses
+<span class="pagenum"><a name="a25" id="a25">25</a></span>
+dont j'avois eu intention de
+faire un ouvrage séparé. Au
+lieu d'être mises en notes,
+elles y sont distinguées par
+des guilmets, ce qui m'a
+semblé plus commode pour
+les lecteurs. Les expériences
+contenuës dans ce second
+supplément ne sont
+pas moins sûres que celles
+qui avoient été publiées
+auparavant. Elles ont été
+répétées avec le même succès.
+Sans avoir égard aux
+dates des lettres, je les ai
+arrangées tout différemment
+de ce qu'elles étoient
+dans la première édition de
+<span class="pagenum"><a name="a26" id="a26">26</a></span>
+cet ouvrage; j'en ai même
+partagé quelques-unes en
+plusieurs fragmens que j'ai
+placés suivant l'ordre des
+matières: c'est dans la même
+vûe que j'ai mis une suite
+uniforme aux paragraphes.</p>
+
+<p>Enfin je n'ai rien négligé
+pour répandre dans cette
+seconde édition toute la
+clarté qui a pû dépendre
+de mes soins. Ils se trouveront
+bien récompensés, si
+les changemens que j'ai faits
+du consentement de Mr.
+Franklin, sont approuvés
+du public.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="a27" id="a27">27</a></span>
+
+<p>Au reste j'ai pensé que
+ceux qui n'ont pas fait une
+étude particulière de l'électricité
+seroient bien-aises
+d'en connoître les progrès
+depuis son origine jusqu'aux
+découvertes de M.
+Franklin. L'histoire qu'en
+a faite M. de Secondat pour
+l'Académie de Bordeaux en
+1748. me rendoit ce travail
+facile; on verra que
+j'ai profité de cet excellent
+ouvrage; j'y ai ajouté des
+choses ou qui n'étoient pas venuës
+alors à la connoissance
+de M. de Secondat,
+ou qu'il avoit crû devoir
+<span class="pagenum"><a name="a28" id="a28">28</a></span>
+négliger, &amp; j'y ai joint les
+découvertes qui ont été
+faites sur le même sujet depuis
+son histoire jusqu'à
+présent. J'espère qu'en allant
+par cette voye à mon
+objet principal, qui est de
+mettre les Lecteurs en état
+de mieux juger du mérite
+de mon auteur, &amp; de la
+valeur de son ouvrage, je
+ne leur laisserai rien à désirer
+sur les faits principaux
+de l'électricité.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/deco06.png"></p>
+
+<span class="pagenum"><a name="i" id="i">i</a></span>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head2.png"></p>
+
+<h2>HISTOIRE ABRÉGÉE<br>
+
+DE<br>
+
+L'ÉLECTRICITÉ.</h2>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+
+<p><span class="large">L</span><br>a première chose qui
+a fait reconnoître l'Électricité,
+est la vertu
+d'attirer que l'on a remarquée en
+certains corps, après qu'ils ont
+été frottés. Le premier de tous,
+dans lequel ont ait observé cette
+vertu, c'est l'ambre jaune connu
+des anciens sous le nom d'<i>Electrum</i>;
+c'est de ce nom que cette
+vertu a retenu celui d'Électricité,
+<span class="pagenum"><a name="ii" id="ii">ii</a></span>
+&amp; l'on appelle corps électriques
+ceux qui en sont pourvûs.
+Il seroit difficile &amp; peut-être impossible
+de déterminer le tems
+où l'on a observé pour la première
+fois que l'ambre-jaune,
+après avoir été frotté, attire
+les brins de paille dont on l'approche.
+Ce qu'en disent quelques-uns
+des auteurs anciens qui
+en ont fait mention, comme
+Thalès de Milet, Plutarque,
+Pline, &amp;c. prouve que l'observation
+de ce phénomène est très-ancienne,
+aussi ne se trouve-t-il
+guères de traités de Physique où
+il n'en soit parlé; mais personne
+que l'on sçache ne s'étoit avisé
+de faire sur ce sujet des recherches
+suivies avant Gilbert médecin
+<span class="pagenum"><a name="iii" id="iii">iii</a></span>
+Anglois qui vivoit vers
+l'an 1600. après avoir recueilli
+sur l'aimant les découvertes de
+ceux qui l'avoient précédé &amp;
+avoir fait lui-même un grand
+nombre d'observations nouvelles
+sur les propriétés de cette
+merveilleuse pierre, il crut devoir
+considérer les propriétés de
+l'<i>Electrum</i> qui paroissent avoir
+du rapport à celles de l'aimant.
+Il avoit pû d'abord regarder cette
+résine comme une espèce
+d'aimant dont la vertu a besoin
+d'être excitée par le frottement.
+Quoi qu'il en soit, il parle de
+cette vertu comme d'une chose
+que l'on connoissoit de tout
+tems. On avoit aussi reconnu la
+<span class="pagenum"><a name="iv" id="iv">iv</a></span>
+même propriété dans le Jayet,
+mais cette remarque étoit récente.
+Il s'agissoit de la chercher encore
+dans d'autres corps, c'est à quoi
+il s'appliqua. L'ambre-jaune étoit
+mis alors au rang des choses les
+plus précieuses; il servoit à l'ornement
+des autels &amp; aux parures
+inventées par le luxe. Le Jayet
+étoit aussi une matière fort estimée;
+avant l'invention des glaces
+on l'employoit à faire des
+miroirs.</p>
+
+<p>Gilbert, qui avoit tant étudié
+toutes les propriétés de l'aimant,
+avoit sans doute remarqué qu'il
+falloit une moindre force pour
+mettre en mouvement une aiguille
+mince &amp; légère posée en
+<span class="pagenum"><a name="v" id="v">v</a></span>
+équilibre sur un pivot bien poli,
+comme sont les aiguilles aimantées,
+que pour élever d'une seule
+ligne un corps beaucoup plus
+léger. C'est pourquoi il se servit
+habilement de ce moyen pour
+reconnoître l'électricité dans les
+substances où elle est trop foible
+pour se manifester d'une autre
+manière. «Faites, dit-il, une
+aiguille de quelque métal que
+ce soit, de la longueur de deux
+ou trois pouces, légère &amp; très-mobile
+sur un pivot, à la manière
+des aiguilles aimantées:
+approchez d'une des extrémités
+de cette aiguille de l'ambre
+jaune ou une pierre précieuse
+légèrement frottée, luisante &amp;
+<span class="pagenum"><a name="vi" id="vi">vi</a></span>
+polie, l'aiguille se tournera sur
+le champ.» Ce fut vraisemblablement
+par ce moyen qu'il reconnut
+que non-seulement l'ambre
+&amp; le jayet ont cette propriété
+d'attirer, mais qu'elle est
+commune à la plupart des pierres
+précieuses, comme le diamant,
+le saphir, le rubis, l'opale,
+l'améthyste, l'aigue-marine;
+le cristal de roche: qu'on
+la trouve aussi dans le verre, la
+bélemnite, le soufre, le mastic,
+la cire d'Espagne, la résine, l'arsenic,
+le sel-gemme, le talc,
+l'alun de roche. Toutes ces différentes
+matières, quoiqu'avec
+différens dégrés de force, lui parurent
+attirer non-seulement les
+<span class="pagenum"><a name="vii" id="vii">vii</a></span>
+brins de paille, mais tous les corps
+légers, comme le bois, les feuilles,
+les métaux en limaille ou
+en feuille, les pierres, les terres,
+&amp; même les liqueurs comme
+l'eau &amp; l'huile.</p>
+
+<p>La Physique est encore redevable
+à Gilbert de beaucoup
+d'autres observations sur l'Électricité.
+C'est lui qui nous a appris
+qu'elle est plus facilement
+excitée par un frottement léger
+&amp; rapide que par un frottement
+plus rude: que le tems le plus
+sec &amp; le vent de nord le plus
+froid sont les plus favorables
+pour l'Électricité: que l'humidité
+de l'air &amp; à plus forte raison
+le souffle des animaux l'affoiblissent
+<span class="pagenum"><a name="viii" id="viii">viii</a></span>
+&amp; même la détruisent en
+peu de tems: que l'eau produiroit
+le même effet, si l'on moüilloit
+le corps électrique: qu'une
+toile mise entre ce corps &amp; celui
+qu'on veut attirer, empêche totalement
+l'attraction: qu'une
+étoffe de soye placée de même
+ne l'empêche pas entièrement:
+que les corps électriques n'attirent
+point la flamme d'une bougie,
+mais attirent fortement la
+fumée de cette bougie éteinte.</p>
+
+<p>Pour expliquer les phénomènes
+de l'électricité, ceux de l'aimant,
+&amp; ceux de la pésanteur,
+Gilbert imagina des hypothèses
+ingénieuses, auxquelles pourtant
+il se fioit moins qu'à ses expériences.
+<span class="pagenum"><a name="ix" id="ix">ix</a></span>
+L'attraction, suivant
+son opinion, est causée par des
+écoulemens très-subtils; l'air est
+l'écoulement électrique de la
+terre &amp; l'instrument de la pésanteur.
+C'est peut-être sur cette
+idée de Gilbert que le célèbre
+Otto de Guerike s'avisa de faire
+des observations sur un globe de
+soufre qu'il excitoit à l'électricité
+par un mouvement qui imitoit
+en quelque forte celui de la
+terre.</p>
+
+<p>Otto de Guerike, dit l'ingénieux
+M. Dufay dans son premier
+mémoire sur l'électricité,
+a imaginé de faire tourner sur
+son axe par le moyen d'une
+manivelle, une boule de soufre
+<span class="pagenum"><a name="x" id="x">x</a></span>
+grosse comme la tête d'un
+enfant. Cette boule étant muë
+avec rapidité, si l'on applique
+la main dessus elle devient électrique
+&amp; attire les corps légers
+qui lui sont présentés; si on la
+détache de la machine sur laquelle
+elle a dû être posée pour
+la faire tourner &amp; qu'on la tienne
+à la main par l'axe, non-seulement
+elle attire une plume,
+mais elle la repousse ensuite,
+&amp; ne l'attire plus de
+nouveau que la plume n'ait
+touché quelqu'autre corps. Il
+remarque que la plume ainsi
+chassée par le globe attire tout
+ce qu'elle rencontre, ou va
+s'y appliquer, si elle ne peut
+<span class="pagenum"><a name="xi" id="xi">xi</a></span>
+pas l'attirer vers elle; mais que
+la flamme d'une chandelle la
+chasse &amp; la repousse vers le
+globe.... Si l'on suspend un
+fil au-dessus du globe, ensorte
+qu'il ne le touche point, &amp;
+qu'on approche le doigt du
+bout inférieur de ce fil, on verra
+le fil s'éloigner du doigt. Il
+a aussi remarqué que la vertu
+électrique du globe se transmettoit
+par le moyen d'un fil
+jusqu'à la distance d'une aune,
+&amp; que lorsque le globe avoit
+été rendu électrique par la rotation
+&amp; par la main appliquée
+dessus, il conservoit sa vertu
+pendant plusieurs heures. Tenant
+l'axe de ce globe dans une
+<span class="pagenum"><a name="xii" id="xii">xii</a></span>
+position verticale, il promenoit
+une plume par toute la
+chambre; sans qu'elle s'appliquât
+au globe.» Il remarqua
+aussi que le globe frotté dans
+l'obscurité répandoit de la lumière.</p>
+
+<p>Otto de Guerike avoit pour
+contemporain &amp; pour émule le
+fameux Boyle à qui nous avons
+obligation d'un si grand nombre
+de belles découvertes. Ce dernier
+chercha &amp; trouva la vertu
+électrique dans un grand nombre
+de corps où Gilbert ne l'avoit
+point cherchée, &amp; dans quelques-uns
+de ceux où il l'avoit
+cherchée inutilement. Pour
+éprouver si l'air avoit quelque
+<span class="pagenum"><a name="xiii" id="xiii">xiii</a></span>
+part à l'électricité, il suspendit
+dans une fiole au-dessus d'un
+corps léger un morceau d'ambre-jaune
+excité à l'électricité;
+ayant ensuite pompé l'air de la
+fiole, il laissa descendre l'ambre-jaune
+près du corps léger, qui
+fut attiré. Il reconnut par-là
+que la vertu électrique une fois
+excitée se conserve dans le vuide,
+&amp; que son action ne dépend
+point de l'air.</p>
+
+<p>M. Boyle avoit fait beaucoup
+de recherches sur les corps qui
+donnent de la lumière dans l'obscurité,
+en particulier sur le ver
+luisant; y ayant emprunté un diamant
+qu'on disoit avoir la propriété
+d'être lumineux dans les
+<span class="pagenum"><a name="xiv" id="xiv">xiv</a></span>
+ténèbres, il observa que ce diamant
+étant frotté dans l'obscurité
+contre quelqu'étoffe que ce fût,
+devenoit en effet non-seulement
+lumineux, mais encore électrique,
+comme l'avoit observé
+Gilbert. Il reconnut bientôt les
+mêmes propriétés dans plusieurs
+autres.</p>
+
+<p>L'Électricité resta long-tems
+négligée après Boyle; mais les
+grandes découvertes de Newton
+sur les propriétés de la lumière
+&amp; sur le système de l'attraction
+engagèrent vraisemblablement
+Hauksbée de la Société Royale
+de Londres à faire des recherches
+sur les mêmes sujets &amp; sur
+l'électricité. Ayant inventé une
+<span class="pagenum"><a name="xv" id="xv">xv</a></span>
+machine pour faire tourner rapidement
+un corps sous le récipient
+de la machine pneumatique,
+il s'en servit pour faire frotter
+dans le vuide un morceau
+d'ambre jaune contre de la laine.
+Ce frottement produisit une
+lumiére beaucoup plus vive que
+le même frottement dans l'air;
+après l'opération l'ambre jaune,
+aussi bien que la laine lui parurent
+un peu brûlés.</p>
+
+<p>On avoit sans doute remarqué
+que de tous les corps électriques,
+le verre est un de ceux en qui le
+frottement excite une plus forte
+électricité. Hauksbée s'avisa
+d'employer dans ses expériences
+un tube ou cylindre creux de
+<span class="pagenum"><a name="xvi" id="xvi">xvi</a></span>
+verre. En le frottant rapidement
+dans sa main, un papier entre-deux,
+il le rendoit électrique,
+&amp; faisoit par son moyen toutes
+les expériences qu'Otto de Guerike
+avoit faites avant lui avec
+un globe de soufre. Il observa
+de plus qu'un tube dont on a
+pompé l'air, ne s'électrise que
+très-foiblement, &amp; que si on y
+laisse rentrer l'air il acquiert beaucoup
+d'électricité sans être frotté
+de nouveau. Quand on frotte un
+tube dans l'obscurité, une lumière
+fuit la main qui frotte, &amp;
+si l'on approche de ce tube ainsi
+excité une autre main, ou quelqu'autre
+corps, comme du métal,
+de l'yvoire, du bois, &amp;c.
+<span class="pagenum"><a name="xvii" id="xvii">xvii</a></span>
+il en sort une étincelle accompagnée
+d'un bruit assez semblable
+au pétillement d'une feüille verte
+jettée au feu, mais moins fort.
+Quand on frotte le tube vuide
+d'air, la lumière est plus vive,
+mais toute dans son intérieur,
+&amp; l'on n'en peut tirer d'étincelle.</p>
+
+<p>Hauksbée imagina aussi de
+faire tourner sur son axe un globe
+creux de verre par le moyen
+d'une rouë &amp; d'une corde qui
+passe sur la circonférence de cette
+rouë &amp; sur une poulie fixée
+sur l'axe du globe. Il excita l'électricité
+en frottant ce globe,
+mais il n'en tira pas de plus
+grands effets que de son tube.
+L'électricité qui jusques-là ne
+<span class="pagenum"><a name="xviii" id="xviii">xviii</a></span>
+s'étoit manifestée que par le frottement,
+Hauksbée la découvrit
+dans une substance qui n'avoit
+point été frottée; il remarqua
+que si on laisse refroidir de la
+résine qui a été fondüe, &amp; que,
+si, avant qu'elle soit tout-à-fait
+refroidie, on en approche du cuivre
+en feüilles, elle l'attire à la
+distance d'un pouce ou deux,
+sans aucun frottement précédent.</p>
+
+<p>M. Gray continua avec succès
+les recherches électriques de
+Boyle &amp; de Hauksbée; ayant
+voulu éprouver s'il y avoit quelque
+différence dans l'attraction
+du tube lorsqu'il étoit bouché par
+les deux bouts &amp; lorsqu'il ne l'étoit
+pas, il n'en apperçut aucune;
+<span class="pagenum"><a name="xix" id="xix">xix</a></span>
+mais comme il tenoit une plume
+ou duvet au-dessus du bouchon
+de liége dont le bout supérieur
+du tube étoit bouché, il remarqua
+que cette plume étoit attirée
+&amp; ensuite repoussée par le liége
+de la même manière qu'elle a
+coutume de l'être par le tube.
+Cette observation le confirma
+dans une pensée qu'il avoit euë
+autrefois, que, comme le tube
+frotté dans l'obscurité communique
+de la lumière aux autres
+corps par l'attouchement, il pouvoit
+bien aussi leur communiquer
+de l'électricité. Le liége
+effectivement n'avoit cette vertu
+attractive que par communication
+du tube excité à l'électricité.
+<span class="pagenum"><a name="xx" id="xx">xx</a></span>
+Il s'en assura encore d'une autre
+façon: ayant fixé au bout d'un
+bâton de sapin d'environ quatre
+pouces de long une boule d'yvoire
+d'un peu plus d'un pouce
+de diamètre, il enfonça l'autre
+bout du bâton dans le bouchon
+de liége: ayant ensuite frotté le
+tube, il vit avec plaisir que la
+boule attiroit &amp; repoussoit le duvet
+avec plus de force que n'avoit
+fait le liége. Il répéta cette
+expérience avec des bâtons plus
+longs &amp; enfin avec un de vingt-quatre
+pouces, &amp; trouva toujours
+les mêmes effets.</p>
+
+<p>Au lieu de bois M. Gray se
+servit dans la suite d'un fil de fer,
+puis d'un fil de laiton, &amp; eut
+<span class="pagenum"><a name="xxi" id="xxi">xxi</a></span>
+encore le même succès; mais
+comme les vibrations de ces fils
+de fer, &amp; de laiton, causées par
+le frottement du tube, étoient
+incommodes, surtout lorsque
+les fils étoient longs de deux ou
+trois pieds, il imagina de suspendre
+la boule à l'extrémité
+d'une ficelle nouée au tube par
+son autre extrémité; étant sur
+un balcon élevé de trente-six
+pieds, il laissa pendre la boule
+ainsi attachée au tube par le
+moyen d'une ficelle de cette
+longueur; le tube étant frotté,
+la boule attira &amp; repoussa du
+cuivre en feuilles qui étoit au-dessous
+d'elle.</p>
+
+<p>M. Gray essaya ensuite de
+<span class="pagenum"><a name="xxii" id="xxii">xxii</a></span>
+transmettre en ligne horizontale
+l'électricité à de bien plus grandes
+distances; il y réussit d'abord
+en se servant pour cela d'une
+ficelle soutenuë horizontalement
+à quelque distance de terre
+sur des fils de soye, &amp; transmit
+l'électricité à cent quarante
+pieds; mais comme il vouloit
+pousser plus loin son expérience,
+les fils de soye s'étant rompus, il
+leur substitua des fils-d'archal de
+la même finesse; car il s'imaginoit
+que le succès de l'expérience
+dépendoit de la finesse de ces
+fils, qu'il croyoit trop minces
+pour pouvoir intercepter une
+partie sensible de la force électrique
+communiquée par le tube
+<span class="pagenum"><a name="xxiii" id="xxiii">xxiii</a></span>
+à la ficelle &amp; à la boule. Quand
+il vint à frotter le tube, l'électricité
+ne fut point transmise à
+l'extrémité de la ficelle. Il reconnut
+de là que le succès de la première
+expérience ne venoit pas
+de la finesse des fils de soye,
+puisque les fils-d'archal de la seconde
+étoient aussi minces, mais
+qu'il venoit de la nature même
+de la soye. Instruit par ce contre-tems
+M. Gray vint depuis
+à bout de transmettre l'électricité
+à une distance de sept cens
+pieds.</p>
+
+<p>Il découvrit encore que la
+communication de l'électricité
+pouvoit se faire par la seule approche
+du tube, sans qu'il touchât
+<span class="pagenum"><a name="xxiv" id="xxiv">xxiv</a></span>
+le corps auquel on vouloit
+la communiquer. Ayant suspendu
+horizontalement un enfant sur
+des cordons de crin, en approchant
+de ses pieds le tube bien
+frotté, il l'électrisa au point que
+son visage &amp; ses mains attirèrent
+des feüilles de cuivre. Il plaça
+cet enfant debout sur deux pains
+de résine d'environ huit pouces
+de diamètre &amp; deux pouces d'épaisseur,
+un sous chaque pied.
+Ayant ensuite approché le tube
+bien frotté des cuisses de l'enfant,
+ses mains attirèrent &amp; repoussèrent
+alternativement des
+feüilles de cuivre que l'on avoit
+mises au-dessous.</p>
+
+<p>Mr. Dufay de l'Académie
+<span class="pagenum"><a name="xxv" id="xxv">xxv</a></span>
+Royale des Sciences, informé
+des découvertes de M. Gray,
+se mit aussi à travailler sur l'électricité.
+Après un nombre infini
+d'expériences dont on n'indiquera
+que les principales, il nous a
+appris qu'il n'y a point de corps,
+à l'exception des métaux &amp; des
+animaux qui ne soit électrique.
+Les métaux &amp; les animaux s'électrisent
+fortement ou deviennent
+fortement électriques, lorsqu'étant
+soutenus sur des cordons
+de soye ou de crin, sur des gâteaux
+de résine, sur du verre,
+&amp;c. on en approche le tube excité
+à l'électricité. On doit donc
+entendre par corps électriques
+ceux qui le sont naturellement
+<span class="pagenum"><a name="xxvi" id="xxvi">xxvi</a></span>
+qui n'ont besoin que d'être frottés
+pour en donner des preuves,
+&amp; par corps non-électriques ceux
+qui ne peuvent devenir électriques
+que par communication,
+comme sont les métaux.</p>
+
+<p>En répétant avec un tube de
+verre &amp; des feüilles d'or une expérience
+d'Otto de Guerike,
+dans laquelle une petite plume
+avoit été attirée, repoussée &amp;
+soutenuë en l'air au-dessus du
+globe de soufre, M. Dufay observa
+que la feüille d'or alla s'attacher
+à un morceau de gomme-copal
+qu'il lui présentoit &amp; y
+demeura. Cela lui fit soupçonner
+que l'électricité de la gomme-copal
+étoit différente par sa
+<span class="pagenum"><a name="xxvii" id="xxvii">xxvii</a></span>
+nature de l'électricité du verre,
+puisque l'une attiroit ce que l'autre
+repoussoit. Cette observation
+le porta à faire plusieurs autres
+expériences, d'où il crut pouvoir
+conclure qu'il y avoit en
+effet deux sortes d'électricités. Il
+nomma l'une vitrée &amp; l'autre
+résineuse; mais les Physiciens
+n'ont pas admis cette distinction.
+On verra cependant dans la suite
+de cet ouvrage qu'elle est bien
+fondée, &amp; qu'un globe de soufre
+détruit l'effet d'un globe de
+verre.</p>
+
+<p>M. Dufay répétant de même
+l'expérience de M. Gray, dans
+laquelle on électrise un enfant
+suspendu sur des cordons de crin
+<span class="pagenum"><a name="xxviii" id="xxviii">xxviii</a></span>
+ou de soye, &amp; s'étant mis lui-même
+à la place de l'enfant;
+quelqu'un voulut ramasser une
+feüille d'or qui s'étoit attachée à
+sa jambe; dans l'instant ils sentirent
+l'un à la jambe &amp; l'autre
+au doigt une douleur comme
+une piqûre, &amp; l'on entendit un
+pétillement semblable à celui du
+tube lorsqu'on en approche le
+doigt. Cette douleur &amp; ce pétillement
+sont accompagnés d'une
+étincelle visible même en plein
+jour.</p>
+
+<p>Cette étincelle n'avoit été regardée
+jusques-là que comme la
+lumière de certains phosphores
+qui ne brûlent point, tels que
+le bois pourri &amp; les vers luisans:
+<span class="pagenum"><a name="xxix" id="xxix">xxix</a></span>
+mais la douleur fit penser à M.
+Dufay que l'électricité étoit un
+véritable feu. On s'est appliqué
+depuis à en rendre les effets plus
+sensibles.</p>
+
+<p>Les Physiciens d'Allemagne
+profitant de tout ce qui avoit
+été découvert avant eux sur le
+sujet de l'électricité, imaginèrent
+de reprendre le globe de
+verre, dont Hauksbée n'avoit
+pas tiré un meilleur parti que du
+tube &amp; qu'il avoit abandonné
+trop légèrement. Ce qui les y
+engagea fut sans doute la réflexion
+que le verre étant plus électrique,
+un globe de cette matière
+doit produire de plus grands
+effets que le globe de soufre
+<span class="pagenum"><a name="xxx" id="xxx">xxx</a></span>
+d'Otto de Guerike, &amp; qu'étant
+susceptible d'une friction plus rapide
+&amp; plus long-tems continuée,
+l'usage de ce globe devoit
+être plus facile &amp; plus avantageux
+que celui du tube de
+Hauksbée. Ils employèrent des
+globes &amp; des rouës plus grandes
+&amp; les disposèrent de la même
+manière que la meule &amp; la rouë
+dont se servent les Couteliers.
+Par ce moyen ils réussirent d'abord
+à rendre beaucoup plus
+sensibles tous les phénomènes de
+l'électricité déjà connus. Ils firent
+encore de très-belles découvertes
+dont les Journaux d'Allemagne
+de 1745. ont rendu compte, &amp;
+dont on ne rapportera ici qu'une
+seule.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="xxxi" id="xxxi">xxxi</a></span>
+
+<p>Si, en faisant tourner &amp; frotter
+le globe de verre, on en approche
+le bout d'un grand tuyau de
+fer blanc, sans qu'il touche le
+globe, &amp; qu'une personne montée
+sur un gâteau de résine tienne
+d'une main ce tuyau par l'autre
+extrémité, cette personne est
+électrisée, &amp; acquiert après deux
+ou trois révolutions du globe une
+puissance flammifique assez forte
+pour allumer avec un de ses
+doigts, avec une canne ou avec
+une épée de l'esprit de vin un
+peu échauffé. Le même effet
+s'ensuit lorsque la personne électrisée
+tient dans sa main le vase
+qui contient la liqueur, &amp; la fait
+toucher par une autre personne
+<span class="pagenum"><a name="xxxii" id="xxxii">xxxii</a></span>
+est sur le plancher. Dès que le
+doigt approche de la liqueur, il
+en sort une étincelle bruyante
+qui enflamme l'esprit de vin. On
+peut de même enflammer de la
+poix, de la résine, de la cire
+d'Espagne, du soufre &amp; même
+de la poudre à canon, pourvû
+que ces matières soient en fusion,
+&amp; conséquemment échauffées.
+Cette expérience réussit
+aussi quand on électrise avec le
+tube, mais les étincelles sont
+foibles &amp; l'effet n'en est pas si
+sûr qu'avec le globe.</p>
+
+<p>L'année 1746. est l'époque
+la plus marquée de l'Électricité.</p>
+
+<p>Ce fut au commencement de
+cette année que MM. Muschenbroek
+<span class="pagenum"><a name="xxxiii" id="xxxiii">xxxiii</a></span>
+&amp; Allaman illustres
+citoyens de Leyde communiquèrent
+à l'Académie Royale
+des Sciences de Paris l'expérience
+suivante que le hazard avoit
+fait trouver à M. Cuneus, lorsqu'il
+s'amusoit à revoir chez lui les
+phénomènes électriques qu'il
+avoit admirés chez M. Muschenbroek.
+Suspendez sur des cordons
+de soye dans une situation
+horizontale une verge de fer
+ou un canon de fusil dont un
+des bouts soit près du globe,
+pour en recevoir l'électricité par
+communication: laissez pendre
+à son autre bout un fil-d'archal
+ou de laiton; pendant qu'on
+électrise la verge de fer, tenez
+d'une
+<span class="pagenum"><a name="xxxiv" id="xxxiv">xxxiv</a></span>
+main un vase de verre rond &amp;
+en partie plein d'eau dans laquelle
+plonge le fil de métal
+suspendu: avec l'autre main essayez
+d'exciter une étincelle
+à tel endroit que vous voudrez
+de la verge de fer ou du fil de
+métal qui pend au bout &amp; qui
+plonge dans l'eau du vase; vous
+ressentirez une commotion très-forte
+&amp; très-subite dans les deux
+bras, dans la poitrine &amp; dans
+tout le corps. Le coup est plus
+fort quand le globe est plus gros,
+plus frotté, quand le vase qui
+contient l'eau est plus large,
+quand la verge de fer qui conduit
+l'électricité, est plus grande,
+ensorte qu'on pourroit blesser,
+<span class="pagenum"><a name="xxxv" id="xxxv">xxxv</a></span>
+peut-être même tuer quelqu'un
+qui s'y exposeroit imprudemment.</p>
+
+<p>Le bruit de cette expérience
+se répandit bientôt dans tout le
+monde sçavant: elle exerça l'industrie
+des Physiciens, &amp; tout
+le monde voulut être Physicien.
+Chacun la répéta, &amp; fit tout son
+possible pour y ajouter. On trouva
+bientôt le moyen d'en rendre
+l'appareil plus simple &amp; plus
+commode; au lieu de suspendre
+la verge de fer près du globe &amp;
+à la même hauteur, on la tient
+plus élevée, &amp; on laisse pendre
+de son extrémité voisine du globe
+une bande de métal bien
+mince ou un fil de fer qui touche
+<span class="pagenum"><a name="xxxvi" id="xxxvi">xxxvi</a></span>
+l'équateur du globe pendant qu'il
+tourne sur son axe &amp; qu'il est
+frotté. La verge s'électrise aussi
+promptement &amp; aussi fortement
+par cette méthode que par celle
+de M. Muschenbroek, &amp; le globe
+est plus en sureté.</p>
+
+<p>On se sert d'une bouteille de
+verre mince: on la remplit d'eau
+jusqu'au collet, &amp; on la bouche
+d'un bouchon de liége traversé
+d'un fil-d'archal, qui y reste fixé
+de telle manière qu'une partie de
+ce fil-d'archal est plongée dans
+l'eau de la bouteille, &amp; une autre
+partie est au-dessus du bouchon,
+courbée en crochet. Par
+ce moyen on peut suspendre la
+bouteille à la verge de fer, en
+<span class="pagenum"><a name="xxxvii" id="xxxvii">xxxvii</a></span>
+l'y accrochant, ou l'en séparer à
+volonté, quand elle est chargée
+d'électricité.... On peut aussi
+l'électriser à la main, sans la suspendre
+à la verge de fer, &amp; même
+sans se servir de cette verge.
+Il ne s'agit que d'en présenter le
+crochet ou auprès de la verge ou
+auprès du globe dans le temps
+qu'il est en mouvement &amp; qu'il
+est frotté.... On peut de même
+décharger la bouteille électrisée
+sans le secours de la verge de
+fer, en tenant la bouteille dans
+une main, &amp; cela de trois manières,
+par l'expérience de Leyde,
+par l'approche d'un corps
+non-électrique, ou par l'opposition
+<span class="pagenum"><a name="xxxviii" id="xxxviii">xxxviii</a></span>
+d'une pointe non-électrique.
+Dans le premier cas il ne
+faut que tirer une étincelle du
+fil-d'archal avec l'autre main:
+l'on reçoit la commotion, &amp; la
+bouteille est déchargée à l'instant;
+dans le second l'on approche
+le fil-d'archal d'un corps
+non-électrique pour tirer l'étincelle;
+mais il faut avoir attention
+à ne pas tenir ce corps de l'autre
+main, car on seroit frappé;
+dans le troisième cas il ne s'agit
+que d'opposer à quelques pouces
+de distance du crochet une
+pointe de métal, comme celle
+d'une aiguille, d'un poinçon,
+&amp;c. la bouteille se déchargera
+lentement &amp; insensiblement sans
+<span class="pagenum"><a name="xxxix" id="xxxix">xxxix</a></span>
+bruit, sans explosion &amp; sans commotion.
+On voit dans les tems
+favorables la pointe d'une aiguille
+tirer le feu électrique à plus
+de six pieds de la bouteille, &amp;
+cela s'apperçoit par une petite
+lumière qui paroît dans l'obscurité
+à la pointe de l'aiguille.</p>
+
+<p>Quand la bouteille préparée,
+comme on vient de le dire, est
+bien électrisée, on peut la transporter
+fort loin, ou la garder
+plusieurs jours dans cet état,
+sans qu'elle perde beaucoup de
+sa force électrique; il n'y a point
+d'autre précaution à prendre que
+de la déposer sur un corps électrique,
+dans un endroit qui ne
+soit pas trop exposé à l'humidité
+<span class="pagenum"><a name="xl" id="xl">xl</a></span>
+de l'air ou à la poussière.</p>
+
+<p>L'on a trouvé ensuite que dans
+l'expérience de Leyde, si au
+lieu d'une seule personne, on
+forme un grand cercle ou une
+chaîne de plusieurs, en quelque
+nombre que ce soit, qui se tiennent
+tous par la main: que le
+premier de la chaîne soutienne
+par le fond la bouteille électrisée,
+&amp; que le dernier tire une
+étincelle du fil-d'archal, ils sentiront
+tous au même instant la
+commotion dans les bras &amp; dans
+la poitrine. Cette expérience a
+été faite à Versailles devant le
+Roi sur deux cens quarante personnes
+à la fois. Le même effet
+s'ensuivroit encore si les acteurs,
+<span class="pagenum"><a name="xli" id="xli">xli</a></span>
+au lieu de se tenir par la main,
+étoient joints ensemble par des
+fils ou des chaînes de métal,
+par l'eau tranquille d'un grand
+vase ou même d'un bassin, dans
+laquelle ils auroient les mains
+plongées.</p>
+
+<p>L'on a de même découvert
+que la force de l'électricité est
+plus grande, lorsque la verge de
+fer, que l'on nomme le <i>premier
+conducteur</i>, est plus longue;
+que l'étenduë en superficie du
+premier conducteur contribuë
+davantage à l'augmentation de
+cette force que son étenduë en
+solidité &amp; que la longueur est
+celle des trois dimensions qui lui
+est la plus favorable.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="xlii" id="xlii">xlii</a></span>
+
+<p>Il n'y a presque personne qui
+ne sçache que la propagation du
+son n'est point aussi rapide que
+celle de la lumière. Si l'on voit
+tirer une pièce de canon de
+quelques centaines de toises,
+on apperçoit la flamme sortir de
+son embouchure long-tems avant
+d'en entendre le coup; en général
+plus l'on est éloigné, plus
+on remarque de distance entre
+l'un &amp; l'autre. Il est cependant
+certain que dans ce cas la lumière
+&amp; le son partent en même
+tems; mais l'air qui nous en
+transmet les sensations est plus
+facilement ébranlé par l'un que
+par l'autre; &amp; l'on est venu à
+bout de connoître cette différence.
+<span class="pagenum"><a name="xliii" id="xliii">xliii</a></span>
+C'est dans la même vuë
+qu'un sçavant Physicien<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a>
+<a href="#footnote2"><sup class="sml">2</sup></a> a voulu
+éprouver comment se fait la
+propagation de l'électricité dans
+les corps à qui on la communique;
+si cette propagation est
+instantanée du moins sensiblement,
+ou si elle se fait dans un
+temps perceptible.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote2"
+name="footnote2"><b>Note 2: </b></a><a href="#footnotetag2">
+(retour) </a> M. le Monnier, médecin, à qui on est
+redevable de la plupart des découvertes précédentes,
+<i>Hist. de l'Acad. R. des Scienc.</i> 1746.</blockquote>
+
+<p>»Pour s'en assurer, après quelques
+tentatives, dont le résultat
+ne lui parut pas assez décisif,
+M. le Monnier disposa
+deux fils de fer parallèles autour
+d'un grand clos; chacun d'eux
+avoit neuf cens cinquante toises,
+&amp; leurs quatre extrémités
+<span class="pagenum"><a name="xliv" id="xliv">xliv</a></span>
+se trouvoient à un des angles
+de ce clos, voisines les unes
+des autres; un homme prit un
+bout de chacun de ces fils de
+chaque main; par ce moyen il
+se forma une communication
+de l'un à l'autre, &amp; ils ne firent
+plus qu'un seul corps de
+1900. toises de long, au milieu
+duquel étoit placé l'homme
+qui tenoit les deux bouts
+des fils.</p>
+
+<p>»Par l'arrangement que nous
+venons de décrire, cet homme,
+quoique placé au milieu
+de la longueur totale du corps
+à électriser, étoit très-voisin des
+deux autres bouts, &amp; pouvoit
+juger aisément s'il sentiroit la
+<span class="pagenum"><a name="xlv" id="xlv">xlv</a></span>
+commotion au moment qu'il
+verroit éclater l'étincelle: ce
+fut effectivement ce qui arriva.
+M. le Monnier ayant pris d'une
+main le bout d'un des fils
+de fer, approcha de celui de
+l'autre fil, le fil-d'archal de la
+bouteille électrique qu'il tenoit
+de l'autre main; &amp; dans le
+même instant que parut l'étincelle,
+lui &amp; l'homme placés
+au milieu de la longueur des
+fils de fer, ressentirent la commotion,
+sans qu'il fût jamais
+possible d'appercevoir le plus
+petit intervalle de tems entre
+l'étincelle &amp; le coup, quoiqu'il
+eût été facile de discerner jusqu'à
+un quart de seconde s'il
+s'y étoit trouvé.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="xlvi" id="xlvi">xlvi</a></span>
+
+<p>Le même Physicien, pour
+acquérir une preuve encore plus
+complette de ce phénomène,
+fit quelque tems après une autre
+expérience un peu différente,
+dont le succès lui confirma celui
+de la précédente. Ayant choisi
+un endroit commode dans une
+plaine des environs de Paris,
+il l'entoura d'un fil de fer de quatre
+mille toises de longueur qui
+font deux lieuës. Les deux extrémités
+de ce fil furent disposées
+à six ou sept pieds de distance
+l'une de l'autre. Pendant que M.
+le Monnier tenoit dans sa main
+l'un des bouts de ce fil de fer, un
+autre observateur qui portoit la
+bouteille électrique approcha le
+<span class="pagenum"><a name="xlvii" id="xlvii">xlvii</a></span>
+fil-d'archal de cette bouteille de
+l'autre bout du fil de fer. Dans le
+même instant les deux observateurs
+ressentirent la commotion
+dans les bras dont ils tenoient
+l'un le fil de fer &amp; l'autre la bouteille.
+La commotion est moins
+forte dans cette expérience qu'elle
+ne l'est dans la précédente,
+parce que sa violence est partagée
+entre les deux observateurs;
+chacun n'éprouve qu'environ la
+moitié de la commotion qu'il
+ressentiroit, si le cercle de communication
+de l'un à l'autre étoit
+achevé; mais le résultat n'en est
+pas moins sûr pour le but qu'on
+s'étoit proposé. L'expérience fut
+répétée, &amp; le même effet s'ensuivit
+<span class="pagenum"><a name="xlviii" id="xlviii">xlviii</a></span>
+toujours également, sans
+qu'on pût trouver le moindre instant
+saisissable entre l'apparition
+de l'étincelle &amp; la sensation
+du choc. Ainsi l'électricité parcourut
+une espace de deux lieuës
+dans un instant imperceptible.
+On ne remarqua pas non plus la
+moindre différence de force entre
+la commotion qui se fit sentir
+à l'un des observateurs &amp; celle
+qui se fit sentir à l'autre, quoiqu'ils
+ne se communiquassent
+que par le fil de fer de quatre
+mille toises de longueur.</p>
+
+<p>Si ces expériences ne prouvent
+pas que la propagation de
+l'électricité est instantanée, elles
+font voir du moins que les écoulemens
+<span class="pagenum"><a name="xlix" id="xlix">xlix</a></span>
+de la matière électrique
+se portent avec une rapidité inconcevable,
+&amp; apparemment
+égale à celle de la lumière le
+long des corps non-électriques:
+elles servent de confirmation à
+la première découverte de Boyle,
+que l'air n'y a point de part:
+&amp; elles ajoutent beaucoup à l'analogie
+que M. Hales<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a>
+<a href="#footnote3"><sup class="sml">3</sup></a> a trouvée
+entre les effets de l'électricité
+&amp; ceux du tonnerre. On
+verra bientôt ce que l'on doit
+penser de cette analogie.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote3"
+name="footnote3"><b>Note 3: </b></a><a href="#footnotetag3">
+(retour) </a> Considérations sur la cause Physique
+des tremblemens de terre.</blockquote>
+
+<p>Il arrive souvent, lorsqu'on
+électrise la bouteille avec excès,
+ou qu'on la soutient par le fond
+<span class="pagenum"><a name="l" id="l">l</a></span>
+étant trop fortement électrisée,
+qu'elle se décharge d'elle-même
+dans la main de celui qui la tient,
+sans qu'il approche son autre
+main du fil de fer de cette bouteille,
+ni du premier conducteur.
+Il sort alors une forte étincelle du
+fond de la bouteille, &amp; il se fait
+une puissante commotion. Il est
+arrivé à plusieurs de recevoir de
+cette manière un choc si violent
+qu'ils en ont été renversés, &amp; qu'il
+leur en est resté dans toutes les
+parties du corps un tremblement
+qui a duré trois ou quatre jours.
+Ils ont aussi ressenti pendant
+long-tems l'impression que la
+violence de l'étincelle leur avoit
+faite au doigt, &amp; en ont porté
+<span class="pagenum"><a name="li" id="li">li</a></span>
+long-tems temps une marque noire
+semblable à celle d'une brûlure.</p>
+
+<p>Il arrive encore quelquefois
+qu'en chargeant la bouteille auprès
+du globe, elle fait explosion
+&amp; se casse; celui qui la tient
+reçoit dans cet instant une violente
+commotion: après cette
+explosion la bouteille se trouve
+percée au côté d'un trou exactement
+rond ordinairement sans fêlure,
+dont on est averti par l'écoulement
+de l'eau qu'elle contenoit.
+Il est aussi arrivé plus d'une fois
+que le globe lui-même a fait explosion
+&amp; s'est brisé en même tems
+que la bouteille; quelques-uns de
+ses fragmens ont paru avoir été
+lancés avec autant de force que
+<span class="pagenum"><a name="lii" id="lii">lii</a></span>
+des éclats de bombe. Il est plus sûr
+de ne charger la bouteille qu'auprès
+du premier conducteur.</p>
+
+<p>Si un homme est si rudement
+frappé d'un coup d'électricité
+qu'il puisse même en être renversé,
+&amp; en ressentir les effets pendant
+plusieurs jours, doit-on s'étonner que
+de petits animaux
+puissent en être tués? Presque
+tous ceux qui ont répété l'expérience
+de Leyde, en ont fait l'épreuve
+avec succès.</p>
+
+<p>La médecine à sçu plusieurs
+fois tirer parti des choses qui
+sembloient les plus opposées à
+son but, &amp; convertir en remèdes
+salutaires des substances qui
+avoient de tout tems été reconnuës
+<span class="pagenum"><a name="liii" id="liii">liii</a></span>
+pour des poisons dangereux;
+la philosophie à son exemple a
+essayé de faire servir à l'utilité
+des hommes ce qui peut leur
+être nuisible ou qui paroît tout
+au moins inutile pour la santé:
+elle a tenté d'appliquer à la guérison
+des maladies, ce qui peut
+donner la mort. Quel but plus
+noble les Sciences peuvent-elles
+se proposer? l'extrait d'une lettre
+de M. Jallabert célèbre Professeur
+de Philosophie à Genève
+inséré dans le Journal des Sçavans
+pour le mois de Mai 1748.
+fait foi du dessein, de l'épreuve
+&amp; du succès.</p>
+
+<p>»On m'amena, dit M. Jallabert,
+le 26. Décembre un
+nommé Nogués paralytique du
+<span class="pagenum"><a name="liv" id="liv">liv</a></span>
+bras droit depuis près de quinze
+ans; outre la perte du sentiment
+&amp; du mouvement, le
+bras &amp; l'avant-bras étoient extrêmement
+maigres. Nous exposâmes
+d'abord, Mr. Guiot
+Chirurgien &amp; moi à l'épreuve
+de la commotion, la main paralytique
+attaché au vase; la
+violence du coup porta principalement
+au haut de l'épaule.
+Je fis ensuite découvrir le bras
+paralytique, &amp; l'homme étant
+placé sur de la poix, &amp; vivement
+électrisé, je vis sortir des étincelles
+de divers endroits du bras;
+nous aperçûmes d'abord que
+les muscles d'où elles partoient,
+étoient agités de mouvemens
+convulsifs: bientôt après nous
+<span class="pagenum"><a name="lv" id="lv">lv</a></span>
+les vîmes mouvoir successivement
+&amp; en différens sens l'avant-bras,
+le carpe &amp; les doigts,
+suivant que nous tirions l'étincelle
+de tel ou tel muscle.»</p>
+
+<p>»Je me mis à la place du paralytique,
+&amp; j'observai que les
+muscles &amp; les parties auxquelles
+ils aboutissent se mouvoient
+quand on en tiroit une étincelle,
+sans qu'il fût en mon pouvoir
+de l'empêcher, &amp; que suivant
+que l'on tiroit une étincelle,
+par exemple, des muscles
+extenseurs ou fléchisseurs
+du carpe ou des doigts, ils se
+baissoient ou s'élevoient en sens
+opposés. Cette observation me
+donna quelqu'espérance pour
+-<span class="pagenum"><a name="lvi" id="lvi">lvi</a></span>
+le paralytique, &amp; après l'avoir
+souvent exposé aux étincelles
+électriques &amp; quelquefois à la
+commotion, je remarquai des
+changemens en bien, &amp; le 10.
+Janvier le bras paralytique avoit
+repris beaucoup d'embonpoint, le
+malade commençoit à étendre
+les doigts. Le 24. Janvier les
+mouvemens de l'avant-bras &amp;
+du bras se faisoient mieux, il
+approchoit la main de son chapeau.
+Le 30. Janvier il avoit
+tiré son chapeau; l'avant-bras
+affecté étoit aussi rempli de
+chair que l'avant bras sain, &amp;
+le bras augmentoit considérablement;
+le poignet pouvoit
+faire les différens mouvemens,
+<span class="pagenum"><a name="lvii" id="lvii">lvii</a></span>
+lors même que la main étoit
+chargée d'une bouteille tenant
+un pinte.» Une lettre de Genève
+du 28. Février porte que
+le paralytique tiroit son chapeau
+sans peine, qu'il manioit de gros
+marteaux, &amp; qu'il comptoit
+pouvoir forger en peu de jours.</p>
+
+<p>Il a été soutenu<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a>
+<a href="#footnote4"><sup class="sml">4</sup></a> en l'année
+1751. dans l'Université de Prague
+en Bohême, une Thèse de
+médecine sur l'utilité de l'électricité
+pour la guérison des maladies.
+Quoique les expériences
+&amp; les observations dont cette
+thèse est remplie, n'ayent pas toutes
+le mérite de la nouveauté, elles
+sont trop intéressantes par leur
+<span class="pagenum"><a name="lviii" id="lviii">lviii</a></span>
+objet &amp; par l'ordre dans lequel elles
+sont rapportées, pour ne pas
+trouver place dans cette histoire.
+Après avoir examiné les effets de
+l'électricité tant sur les corps fluides,
+que sur les corps solides
+en général qui ont été exposés à
+son action, &amp; après avoir prouvé
+par des expériences suivies &amp;
+comparées que l'électricité augmente
+l'évaporation naturelle de
+la plupart des uns, &amp; la transpiration
+insensible des autres:
+après avoir expliqué comment &amp;
+pourquoi l'électricité accélère
+l'écoulement des liqueurs dans
+les tuyaux capillaires dont elle
+rend les jets continus &amp; divergens,
+&amp; qu'elle ne produit pas le
+<span class="pagenum"><a name="lix" id="lix">lix</a></span>
+même effet dans des tuyaux d'un
+plus grand diamètre<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a>
+<a href="#footnote5"><sup class="sml">5</sup></a>: après
+avoir fait voir par une expérience
+déjà connuë que la végétation
+des plantes est avancée par l'électricité:
+enfin après avoir démontré
+par le résultat de quantité
+d'expériences combinées &amp;
+répétées de différentes manières
+en différens tems sur des corps
+animés de différens genres, que
+l'électricité augmente la transpiration
+des animaux en favorisant
+en eux le mouvement des fluides
+<span class="pagenum"><a name="lx" id="lx">lx</a></span>
+&amp; l'action tonique des solides,
+l'auteur de cette thèse pour rechercher
+les maladies auxquelles
+l'<i>électrisation</i> pourroit servir de
+remède, prend pour exemple la
+paralysie dont il examine en détail
+les différens symptômes &amp;
+les différens effets. Après avoir
+cité l'opinion d'un fameux Professeur<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a>
+<a href="#footnote6"><sup class="sml">6</sup></a>
+en médecine de Montpellier,
+qui prétend que le fluide
+nerveux n'est autre chose que
+le fluide électrique. Il rapporte
+les raisons qui appuyent cette
+conjecture &amp; adopte son sentiment.
+Il ne doute même pas
+que ce fluide qui parcourt les
+nerfs avec une vîtesse incompréhensible,
+<span class="pagenum"><a name="lxi" id="lxi">lxi</a></span>
+pour mettre les muscles
+en mouvement au premier
+ordre de la volonté, n'ait la plus
+grande part à l'origine, à la vigueur
+&amp; à l'entretien de la chaleur
+naturelle. De là il passe aux
+diverses méthodes de traiter les
+paralysies, &amp; n'oublie pas celle
+d'y appliquer l'électricité. Il en
+prouve l'efficacité par le traitement
+circonstancié, par le changement
+en mieux &amp; par la guérison
+parfaite de quatre paralytiques,
+par le soulagement d'un
+rhumatisme très-douloureux, par
+la résolution des nodus &amp; le rétablissement
+des forces d'un gouteux
+&amp; d'un autre malade privés
+l'un &amp; l'autre de l'usage de leurs
+<span class="pagenum"><a name="lxii" id="lxii">lxii</a></span>
+membres. Enfin il termine sa
+dissertation par les positions suivantes.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote4"
+name="footnote4"><b>Note 4: </b></a><a href="#footnotetag4">
+(retour) </a> Par M. J. Bohadsch.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote5"
+name="footnote5"><b>Note 5: </b></a><a href="#footnotetag5">
+(retour) </a> Il est vraisemblable que cette différence
+ne vient que de ce que les écoulemens de la
+matière électrique ne sont pas aussi abondans
+que ceux des liqueurs dans de larges tuyaux.
+Si l'électricité étoit assez forte &amp; assez abondante,
+elle accéléreroit, diviseroit &amp; rendroit
+divergens les jets de toute sorte de tuyaux
+également.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote6"
+name="footnote6"><b>Note 6: </b></a><a href="#footnotetag6">
+(retour) </a> M. de Sauvages.</blockquote>
+
+<p>I. <i>Electricitas in arte medicâ est
+adhibenda.</i></p>
+
+<p>II. <i>Electricitas auget naturalem
+animalium transpirationem.</i></p>
+
+<p>III. <i>Hæc acceleratio transpirationis
+in hominibus fit per vasa
+capillaria exhalantia, &amp; non
+per glandulas subcutaneas.</i></p>
+
+<p>IV. <i>Fluidum nerveum fluidum
+electricum dici potest.</i></p>
+
+<p>V. <i>Nervi sensorii à motoriis non
+sunt distincti.</i></p>
+
+<p>VI. <i>Hemiplegiæ causa proxima
+est immeabilitas fluidi nervei
+per nervos.</i></p>
+
+<p>VII. <i>Hemiglegia præ reliquis</i>
+<span class="pagenum"><a name="lxiii" id="lxiii">lxiii</a></span>
+<i>morbis electrisatione curanda.</i></p>
+
+<p>VIII. <i>Etiam febris intermittens
+electrisatione debellari potest.</i>
+&amp;c. &amp;c.</p>
+
+<p>Il a paru dans les nouvelles
+publiques des années 1753. &amp;
+1754. des relations détaillées de
+diverses guérisons opérées par
+l'électricité sur des sourds &amp; des
+aveugles en différentes contrées
+de l'Europe. Malgré les autorités
+dont elle étoient revêtuës,
+quoique quelques-unes de ces
+guérisons m'ayent été attestées
+par un jeune médecin Suédois<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a>
+<a href="#footnote7"><sup class="sml">7</sup></a>
+qui avoit apporté à Paris un excellent
+globe dans l'intention d'y
+faire des miracles, elles n'ont
+point assez gagné ma confiance
+<span class="pagenum"><a name="lxiv" id="lxiv">lxiv</a></span>
+pour me paroître mériter d'avoir
+place dans cette histoire.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote7"
+name="footnote7"><b>Note 7: </b></a><a href="#footnotetag7">
+(retour) </a>
+ M. Lindulf.</blockquote>
+
+<p>La persuasion où l'on est que
+la matière électrique pénètre les
+corps auxquels on la communique,
+de même que ceux qui la
+contiennent naturellement, a
+encore donné occasion d'imaginer
+des moyens pour en tirer de
+l'utilité. On a pensé que si elle
+pénètre les parties du corps humain,
+auxquelles elle n'est par
+elle-même capable que de donner
+de l'ébranlement, elle pourroit
+servir de véhicule à des remèdes
+que l'on voudroit faire
+passer dans l'intérieur de ces parties.
+De quel avantage ne seroit
+pas cette propriété, si elle se
+<span class="pagenum"><a name="lxv" id="lxv">lxv</a></span>
+trouvoit avoir quelque réalité?
+On trouvera dans la suite de cet
+ouvrage ce que l'on doit attendre
+de cette idée.</p>
+
+<p>M. Bose célèbre Professeur de
+Physique à Wittemberg rapporte
+une expérience qui a vainement
+occupé la plupart des Physiciens.
+Un enfant ou un adulte
+placé sur un gâteau de résine
+touche de la main le globe ou
+la poignée d'une épée actuellement
+électrisée par sa pointe auprès
+du globe, il acquiert en
+peu de tems une si grande quantité
+de feu électrique que d'abord
+ses pieds, ensuite ses jambes,
+ses genoux &amp; enfin tout son
+corps paroissent dans l'obscurité
+<span class="pagenum"><a name="lxvi" id="lxvi">lxvi</a></span>
+en être environnés de tous côtés
+comme d'un nuage lumineux
+semblable à la gloire dont les
+peintres entourent le portrait
+d'un saint. C'est pour cette raison
+que l'auteur a nommé cette
+expérience la <i>Béatification</i>. Tous
+ceux qui l'ont tentée se plaignent
+de ce que M. Bose n'en a
+pas donné un détail assez circonstancié.
+Il avouë aussi lui-même
+qu'elle lui a souvent manqué.
+L'on conçoit en effet qu'il faut
+un tems &amp; des circonstances
+bien favorables pour pouvoir accumuler
+sur un homme une
+assez grande quantité de feu
+électrique pour l'environner depuis
+les pieds jusqu'à la tête
+<span class="pagenum"><a name="lxvii" id="lxvii">lxvii</a></span>
+d'une atmosphère lumineuse &amp; bien
+visible.</p>
+
+<p>Le même M. Bose avoit avancé
+dans son quatriéme commentaire
+sur l'électricité qu'il désespéroit
+que l'on pût trouver une
+mesure exacte des forces de l'électricité.
+L'on a reconnu que
+sa conjecture étoit hazardée.
+Quand on n'auroit pas l'ingénieux
+instrument que MM. d'Arcy
+&amp; le Roy ont inventé &amp; exécuté
+pour mesurer la force de l'électricité,
+auquel ils ont pour
+cette raison donné le nom d'<i>Électromètre</i>,<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a>
+<a href="#footnote8"><sup class="sml">8</sup></a>
+on trouveroit dans
+les expériences de M. Franklin
+<span class="pagenum"><a name="lxviii" id="lxviii">lxviii</a></span>
+de quoi y suppléer. Cet auteur a
+donné (Lettre V. §. 55. &amp; 56.)
+la description de deux fortes de
+rouës électriques qui, quoiqu'elles
+n'ayent pas été imaginées à
+cette intention, peuvent être
+regardées comme d'excellens
+Électromètres. Il fait servir dans
+chacune de ces machines la seule
+vertu attractive de l'électricité de
+deux manières différentes activement
+&amp; passivement. Ces deux
+effets se succèdant alternativement
+contribuënt également au
+mouvement circulaire des rouës.
+Il seroit inutile d'en rapporter ici
+la construction &amp; le détail que
+l'on trouvera tome premier, pag.
+172-183. Il suffit de dire que ces
+<span class="pagenum"><a name="lxix" id="lxix">lxix</a></span>
+rouës sont mises en mouvement
+par la seule force de l'électricité,
+&amp; qu'elles font chacune sur leur
+axe plus ou moins de révolutions,
+à proportion que ces rouës
+ou les bouteilles sont plus ou
+moins chargées d'électricité.
+Ainsi sans être, comme le dit M.
+Bose <i>audaculus</i> &amp; [Grec: achômerutos],
+on pourra assurer que tel ou tel
+degré de force électrique est double,
+triple, quadruple de tel ou
+tel autre. Quel privilège lui paroissoit
+avoir l'électricité, pour
+être la seule chose physique qui
+ne fût pas soumise à l'empire
+du calcul?</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote8"
+name="footnote8"><b>Note 8: </b></a><a href="#footnotetag8">
+(retour) </a> Voyez Mém. de l'Acad. R. des Scienc.
+1749. pag. 63.</blockquote>
+
+<p>Ainsi depuis l'expérience de
+M. Cuneus vulgairement appellée
+<span class="pagenum"><a name="lxx" id="lxx">lxx</a></span>
+expérience de Leyde, les
+connoissances sur l'électricité ont
+plus fait de progrès qu'elles n'en
+avoient fait auparavant. Les Physiciens
+ont travaillé &amp; travaillent
+sans relâche à ajouter aux découvertes
+qui ont été faites sur
+ce sujet. Les uns, sans songer
+que la matière n'est point encore
+assez préparée, &amp; qu'il n'y a
+pas encore assez de faits connus,
+font tous leurs efforts pour pénétrer
+les mystères de l'électricité
+&amp; pour en expliquer la nature;
+d'autres s'appliquent à lui
+chercher de nouvelles propriétés,
+&amp; pour cela s'en tiennent
+modestement aux expériences,
+d'autres enfin en proposant leurs
+<span class="pagenum"><a name="lxxi" id="lxxi">lxxi</a></span>
+conjectures, font voir des rapports
+évidens entre les phénomènes
+les plus communs des météores
+&amp; ceux de l'électricité.</p>
+
+<p>M. Franklin, sans prétendre
+à la première de ces classes, occupe
+une place de distinction
+dans les deux dernières avec les
+Physiciens qui se sont le plus
+avancés dans cette carrière;
+mais il les laisse bien loin derrière
+lui. Une seule des découvertes
+qu'il a faites dans cette
+nouvelle terre, suffira pour donner
+une idée de la sagesse, de
+la grandeur &amp; de la finesse de
+ses vûes. Étant venu à bout de
+fondre, &amp; même de vitrifier
+les métaux d'un coup d'électricité,
+<span class="pagenum"><a name="lxxii" id="lxxii">lxxii</a></span>
+il compare ce phénomène
+avec un effet tout semblable du
+tonnerre; c'est celui de fondre
+l'argent dans une bourse &amp; une
+lame d'épée dans le fourreau.
+Conduit par cette observation &amp;
+par une infinité d'autres rapprochées
+avec sagacité, il découvre
+une analogie surprenante entre
+l'électricité &amp; la foudre: il
+fait voir par des raisons solides
+que le feu électrique &amp; le feu du
+ciel sont le même élément bien
+différent du feu commun, quoiqu'il
+puisse le produire. Celui-ci
+ennemi de l'eau ne subsiste que
+dans l'air libre, &amp; n'agit que par
+sa chaleur; celui-là au contraire
+s'unit à l'eau, se maintient dans le
+<span class="pagenum"><a name="lxxiii" id="lxxiii">lxxiii</a></span>
+vuide, &amp; opère sans chaleur. Il
+y a beaucoup d'apparence que
+c'est le véritable feu élémentaire,
+dont le feu commun n'est que
+l'image imparfaite.</p>
+
+<p>Convaincu lui-même par la
+force de ses preuves, sans pourtant
+en être ébloüi, notre auteur
+développe en conséquence la
+nature &amp; la formation du plus
+redoutable des météores. Se rappellant
+ensuite le pouvoir admirable
+qu'ont les pointes de tirer
+imperceptiblement le feu électrique
+des corps où il se trouve dans
+un mouvement actuel, &amp; profitant
+adroitement de cet avantage,
+il va jusqu'à indiquer des
+moyens par lesquels on pourroit
+<span class="pagenum"><a name="lxxiv" id="lxxiv">lxxiv</a></span>
+dissiper le tonnerre, &amp; par-là nous
+garantir de ses funestes effets.</p>
+
+<p>En suivant les principes de
+M. Franklin que je me suis rendus
+propres, en examinant ses
+observations que j'ai répétées &amp;
+approfondies, en déférant à ses
+conjectures auxquelles j'ai ajouté
+les miennes, en joignant à ses
+probabilités celles que j'ai recueillies
+d'ailleurs, en un mot
+en entrant dans toutes ses vuës,
+je me suis persuadé que la matière
+du tonnerre devoit être la
+même que celle de l'électricité.
+Le feu S. Elme &amp; la lumière
+que l'on aperçoit sur des pointes
+métalliques à l'approche des
+orages, celle entr'autres dont il
+<span class="pagenum"><a name="lxxv" id="lxxv">lxxv</a></span>
+est dit dans les Commentaires
+de César, <i>eâdem nocte quintæ
+legionis pilorum cacumina suâ
+sponte arserunt</i>, m'ont semblé
+être la même chose que l'aigrette
+que montre une pointe dans les
+expériences électriques. Enfin
+mes réflexions m'avoient tellement
+affermi dans cette opinion,
+que quand même le succès n'eût
+pas répondu à mon attente, je
+n'aurois pû y renoncer. Il s'agissoit
+d'en avoir une confirmation
+tirée de l'expérience; je ne fus
+pas long-tems à l'attendre.</p>
+
+<p>Après avoir fait dresser en
+Avril 1752. l'appareil dont on
+trouvera la description dans le
+second tome de cet ouvrage pag.
+<span class="pagenum"><a name="lxxvi" id="lxxvi">lxxvi</a></span>
+67. &amp; suiv. Il arriva le 10. Mai
+suivant un orage qui auroit pleinement
+satisfait à tous mes désirs,
+si j'avois pû être témoin
+occulaire des observations qui
+s'y firent en mon absence. Ceux
+à qui j'avois laissé le soin de mon
+expérience avec les instructions
+nécessaires, virent l'électricité naturelle
+&amp; furent les premiers à recueillir
+le feu du ciel. La nouvelle
+m'en fut apportée dès le soir
+même, &amp; j'en rendis compte
+deux jours après à l'Académie
+Royale des Sciences. La plupart
+des Membres de cette célèbre
+Compagnie eurent la politesse
+de me faire compliment
+sur mon mémoire &amp; de m'assurer
+<span class="pagenum"><a name="lxxvii" id="lxxvii">lxxvii</a></span>
+que jamais il n'en avoit paru aucun
+qui eût été écouté avec autant
+d'attention ni aucune expérience
+dont le rapport eût donné
+autant de satisfaction; elle prit
+dès-lors le nom du lieu de sa naissance,
+&amp; un Physicien des plus renommés
+vaincu par des observations
+générales ne put s'empêcher
+de publier quelque tems
+après que l'expérience de Marly-la-Ville,
+de même que celle de
+Leyde, feroit époque dans l'histoire
+de l'électricité.</p>
+
+<p>Le bruit de cette découverte
+se répandit bientôt dans toute
+l'Europe &amp; même dans toute la
+terre. L'expérience fut répétée
+avec le même succès dans tous
+<span class="pagenum"><a name="lxxviii" id="lxxviii">lxxviii</a></span>
+endroits où elle fut tentée. On
+imagina des moyens fort ingénieux
+pour dresser en l'air des
+pointes métalliques, &amp; pour les
+faire communiquer dans les appartemens
+sans rien perdre de la
+matière dont elles se chargeroient;
+la petite sonnerie qu'on
+y ajoûta, est l'expédient le plus
+simple &amp; le plus sûr pour être
+averti en tous tems de la présence
+de cette matière &amp; de l'approche
+des nuages qui en occasionnent
+l'apparition. Le carillon
+procure encore un autre avantage
+plus important dont nous allons
+parler.</p>
+
+<p>Les précautions que j'avois
+prises pour me garantir de tout
+<span class="pagenum"><a name="lxxix" id="lxxix">lxxix</a></span>
+accident fâcheux dans la première
+tentative de cet expérience,
+ne touchèrent pas sans doute
+également tous ceux qui entreprirent
+de la répéter. Le malheur
+d'un célèbre Professeur de
+Physique à Petersbourg montra
+en même tems combien il est
+dangereux de les négliger, &amp;
+combien en général nous devons
+être redevables à ceux qui
+ont cherché à étendre nos connoissances
+par les premiers essais
+des choses.</p>
+
+<p>Les relations de la mort de
+M. Richman qui furent mises
+dans les nouvelles publiques de
+1753. nous ont bien appris qu'il
+avoit été tué d'un coup d'électricité
+<span class="pagenum"><a name="lxxx" id="lxxx">lxxx</a></span>
+naturelle; mais on ignore
+si le tonnerre est réellement tombé
+sur son appareil électrique,
+ou s'il n'a été frappé que par
+l'explosion de la matière dont
+sa barre de fer trop bien isolée
+se trouva surchargée. L'exemple
+de ce qui est arrivé à plusieurs
+autres en pareilles circonstances,
+me fait pancher vers ce dernier
+sentiment. Dans l'un &amp; l'autre
+cas; sans cesser de plaindre son
+malheur, je ne puis en attribuer
+la cause qu'à son défaut d'attention
+&amp; de précaution. S'il y eût
+eu une décharge métallique à
+un ou deux pouces de l'appareil,
+elle en auroit reçu la matière
+électrique surabondante, &amp; n'y
+<span class="pagenum"><a name="lxxxi" id="lxxxi">lxxxi</a></span>
+en auroit laissé qu'autant qu'il
+en falloit pour faire les expériences
+nécessaires, &amp; jamais assez
+pour frapper à une distance de
+quatre pouces, qui est celle où
+l'on dit que M. Richman a reçu
+le coup fatal. Le carillon
+dont nous avons parlé ci-devant,
+eût été une décharge plus
+que suffisante pour lui sauver la
+vie.</p>
+
+<p>Dans le tems que la Physique récompensoit
+si mal les soins d'un
+Sçavant empressé à pénétrer ses
+secrets, je continuois à faire mes
+observations tant sur l'électricité
+naturelle que sur l'artificielle.
+Je n'y étois pas plus encouragé
+<span class="pagenum"><a name="lxxxii" id="lxxxii">lxxxii</a></span>
+par mes premiers succès &amp; par
+le commerce de Mr. Franklin
+que par le vif intérêt qu'y prenoient
+plusieurs amis du premier
+ordre qui travailloient souvent
+avec moi; l'un de ceux-ci m'avoit
+prié de lui aider à former un
+cabinet électrique complet; je
+n'avois rien épargné pour lui
+donner satisfaction. Le premier
+fruit qu'il en retira, fut le succès
+de mon expérience du tonnerre
+artificiel sur une glace de 1200.
+pouces quarrés, dont il fut enchanté.</p>
+
+<p>Cette glace est des plus parfaites
+&amp; des plus minces, bien polie,
+en quarré long, étamée des
+<span class="pagenum"><a name="lxxxiii" id="lxxxiii">lxxxiii</a></span>
+deux côtés &amp; affermie sur un
+fort cadre de bois. Sur le teint
+de sa surface antérieure, j'ai
+tracé tout autour une bordure
+d'environ trois pouces de largeur,
+&amp; avec un cizeau de cuivre
+j'en ai enlevé l'étain, en
+observant d'arrondir les angles
+&amp; de ne point laisser de bavures
+en pointes dans tout le circuit.
+En voilà toute la préparation.</p>
+
+<p>L'expérience consiste à électriser
+cette glace ainsi préparée,
+en laissant tomber une petite
+chaîne du premier conducteur
+sur le milieu de sa surface antérieure.
+Si le tems est favorable
+&amp; que l'on soit dans l'obscurité,
+après douze ou quinze tours de
+<span class="pagenum"><a name="lxxxiv" id="lxxxiv">lxxxiv</a></span>
+rouë on apperçoit sur les bords de
+l'étain quelques étincelles, qui
+augmentant peu à peu en nombre
+&amp; en force, représentent
+assez bien un ciel tout enflammé,
+tel que celui qui précède les
+grands orages. En continuant &amp;
+même en forçant l'électrisation,
+tout cela se termine par une violente
+explosion qui fait avec le
+plus brillant éclair un bruit aussi
+éclatant que celui du plus fort
+coup de fouet.</p>
+
+<p>Après cette explosion, l'on
+trouve à l'endroit où elle s'est
+faite sur la glace une trace blanchâtre
+plus ou moins apparente
+assez ordinairement en zic-zac,
+qui traverse la bordure découverte
+<span class="pagenum"><a name="lxxxv" id="lxxxv">lxxxv</a></span>
+depuis le bord de l'étain jusqu'au
+cadre sous lequel elle va
+se perdre. En passant le doigt ou
+l'ongle dessus on sent que la
+glace est dépolie &amp; raboteuse en
+cet endroit, ce qui prouve évidemment
+que la matière électrique
+pénètre le verre sans le traverser.</p>
+
+<p>Si, immédiatement après l'explosion
+on approchoit le nez de
+l'endroit où elle s'est faite, l'on
+y sentiroit une odeur de soufre
+très-frappante. Cette odeur est si
+volatile qu'elle s'exhale en peu
+de tems, &amp; il ne faut que deux
+ou trois explosions pour en remplir
+toute la chambre, quelque
+grande qu'elle puisse être. Il n'y
+<span class="pagenum"><a name="lxxxvi" id="lxxxvi">lxxxvi</a></span>
+a personne qui ne reconnoisse à
+tous ces traits le plus redoutable
+des météores; c'est la raison
+pour laquelle on a donné à cette
+expérience le nom de tonnerre
+artificiel. Il est très-possible d'en
+tirer des effets aussi surprenans
+que ceux du tonnerre naturel.</p>
+
+<p>C'est avec cette glace que j'ai
+percé d'un coup d'électricité jusqu'à
+cent soixante feüilles de papier
+fin; elle m'a aussi servi à
+enflammer la poudre à canon
+froide; mais je trouve plus commode
+l'usage des grands vases
+de verre bien armés.</p>
+
+<p>Dans la première idée que
+M. Franklin s'étoit formée de la
+nature du tonnerre, il avoit supposé
+<span class="pagenum"><a name="lxxxvii" id="lxxxvii">lxxxvii</a></span>
+ que les nuages orageux
+étoient électrisés positivement,
+&amp; c'est sur cette hypothèse qu'il
+avoit établi sa première Théorie;
+dès qu'il a reconnu que l'électricité
+des nuages est négative
+bien plus souvent qu'elle n'est
+positive, il n'a pas hésité à changer
+d'opinion; loin d'être plus
+attaché à sa nouvelle conjecture
+qu'il ne l'avoit été à la première,
+il la donne pour ce qu'elle
+est &amp; propose lui-même les objections
+qui peuvent l'embarrasser.</p>
+
+<p>C'est avec la même franchise
+qu'il se rend aux découvertes
+d'autrui. On lui apprend que
+l'électricité du soufre paroît d'une
+<span class="pagenum"><a name="lxxxviii" id="lxxxviii">lxxxviii</a></span>
+nature différente de celle du
+verre; il se met sur le champ à
+répéter les expériences qui peuvent
+constater le fait, &amp; convaincu
+par lui-même de la vérité,
+il en laisse toute la gloire à
+son émule.</p>
+
+<p>Avec le secours des grands
+vases multipliés, M. Franklin est
+parvenu à aimanter des aiguilles,
+à en changer les pôles à volonté,
+&amp; à démontrer par ces merveilles
+que la vertu magnétique
+n'est qu'un effet d'électricité.
+Peut-être la pierre d'aimant elle-même
+n'est-elle devenuë aimant
+que par un pareil effet de l'électricité
+naturelle. Quoi qu'il en
+soit, le magnétisme a été communiqué
+<span class="pagenum"><a name="lxxxix" id="lxxxix">lxxxix</a></span>
+par les expériences faites
+à Paris, de même qu'il l'avoit
+été par celles de Philadelphie.</p>
+
+<p>On s'attend bien que ces dernières
+découvertes feront reprendre
+la plume aux critiques de
+M. Franklin. Pourquoi auroient-elles
+plus de privilége que toutes
+les autres du même auteur? Dès
+que son premier ouvrage parut,
+il fut vivement attaqué; &amp; comme
+l'on trouvoit peu de prise sur
+le fond, on n'épargna rien pour
+tourner en ridicule ceux qui en
+étoient les partisans. Cette guerre
+littéraire n'est point encore
+éteinte, &amp; vraisemblablement
+ne finira pas sitôt, puisque le
+<span class="pagenum"><a name="xc" id="xc">xc</a></span>
+plus ardent de nos adversaires
+abandonnant sa première attaque
+est forcé de revenir sur ses pas,
+de changer de batterie &amp; de recommencer
+sur nouveaux frais.
+Il n'en est encore qu'à l'examen
+des étincelles électriques. S'il
+suit l'ordre des expériences,
+quand il arrivera à ces dernières,
+elles ne seront plus nouvelles
+que pour lui.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/deco01.png"></p>
+
+<br><br><br>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+<h2>PRÉFACE</h2>
+
+<h4>DE</h4>
+
+<h3>L'ÉDITEUR ANGLOIS.</h3>
+
+<p><span class="large">I</span><br><i>l est à propos d'avertir le
+Lecteur que les observations
+&amp; les expériences suivantes
+n'ont pas été faites dans le
+dessein d'être données au public.
+Elles avoient été communiquées
+en divers tems à quelques
+amis particuliers, &amp; n'étoient
+destinées qu'à leur servir
+d'amusement, la plupart même
+se trouvent dans des lettres
+écrites sur différens sujets.</i></p>
+
+<p><i>Mais ayant été luës à quelques
+personnes fort versées
+dans les recherches électriques,
+toutes ont jugé qu'elles contenoient
+tant de particuliarités
+curieuses &amp; intéressantes, relativement
+à la matière en question,
+que ce seroit faire une
+espèce d'injustice au public, de
+les renfermer dans les bornes
+d'un petit cercle d'amis.</i></p>
+
+<p><i>C'est pourquoi l'Éditeur
+avoit pris sur lui de faire imprimer
+ces extraits de lettres &amp;
+autres pièces détachées dans l'état
+qu'elles lui étoient tombées
+entre les mains, sans avoir
+demandé à l'ingénieux auteur
+la permission d'en user de la
+sorte. Il avoit fait cette démarche
+avec d'autant moins
+de scrupule, qu'il appréhendoit que les engagemens de
+l'auteur dans d'autres affaires
+plus importantes ne lui laissassent
+pas le loisir de donner
+au public ses réflexions, &amp;
+ses expériences sur l'électricité
+retouchées avec ce soin &amp; cette
+précision dont il n'est pas
+moins jaloux que capable,
+comme il est facile de s'en convaincre
+par le traité que nous
+avons sous les yeux.</i></p>
+
+<p><i>On ne l'instruisit de la liberté
+qu'on avoit prise, que
+lorsque les premières feüilles
+étoient sous la presse, &amp; il
+n'eut que le tems d'envoyer
+quelques nouvelles remarques
+avec un petit nombre de corrections &amp; d'augmentations,
+qui ont été placées à la fin de
+l'ouvrage, &amp; que l'on peut
+consulter dans l'occasion.</i></p>
+
+<p><i>Ces expériences sont presque
+toutes en propre à notre
+auteur; il les a conduites avec
+jugement, &amp; les conséquences
+qu'il en déduit sont évidentes,
+&amp; décisives, quoique proposées
+quelquefois sous les termes
+modestes d'hypothèses, &amp;
+de conjectures.</i></p>
+
+<p><i>En effet la scène qu'il ouvre
+à nos regards, nous surprend
+agréablement, tandis
+qu'il nous mène par un enchaînement
+de faits, &amp; de
+réfléxions judicieuses à une
+cause probable des phénomènes
+les plus terribles &amp; qui ont
+été expliqués jusqu'ici avec le
+moins de vraisemblance.</i></p>
+
+<p><i>Il nous découvre une matière
+invisible, subtile, répanduë
+dans toute la nature en
+différentes proportions, qui
+avoit échappé à nos observations,
+&amp; qui est incapable de
+nuire lorsque tous les corps
+auxquels elle est adhérente,
+en sont également chargés. Il
+prouve néanmoins que si par
+quelque moyen que ce soit, il
+s'en fait une distribution inégale,
+s'il y a accumulation sur
+une partie de l'espace, &amp; qu'il
+y ait sur l'autre une moindre
+proportion, un vuide, un épuisement,
+à l'approche immédiate
+d'un corps capable de conduire
+la partie accumulée à
+l'espace altéré, cette matière
+devient peut-être l'agent le plus
+formidable, &amp; le plus irrésistible
+qui soit dans l'univers.
+Les animaux en sont subitement
+frappés à mort: les corps
+impénétrables à la plus grande
+force que nous connoissions,
+en sont criblés, &amp; les métaux
+fondus en un instant.</i></p>
+
+<p><i>Les effets analogues de la
+foudre &amp; de l'électricité ont
+conduit notre auteur à avancer
+quelques conjectures fort vraisemblables
+sur la cause du tonnerre, &amp; à proposer en même
+tems quelques expériences
+raisonnées pour nous préserver
+de ses effets pernicieux &amp; garantir
+les choses qui sont le plus
+exposées à en ressentir les atteintes:
+circonstance assurément
+très-importante pour le
+public &amp; digne par conséquent
+de la plus sérieuse attention.</i></p>
+
+<p><i>Il étoit passé en mode depuis
+quelque tems d'attribuer à l'électricité
+toutes les grandes &amp;
+extraordinaires opérations de
+la nature; telles que la foudre
+&amp; les tremblemens de terre;
+ce n'est pas (comme on pourroit
+se l'imaginer par la manière
+dont on raisonne sur ces
+événemens) que les auteurs de
+ces systèmes eussent découvert
+quelque connéxion entre la
+cause &amp; l'effet, ou donné la
+raison de leur dépendance réciproque,
+mais seulement (à
+ce qu'il paroit) parce qu'ils
+ne connoissoient aucun autre
+agent dont la liaison avec les
+effets ne pût être positivement
+démontrée impossible.</i></p>
+
+<p><i>Mais le lecteur sera pleinement
+satisfait sur ces circonstances,
+&amp; sur plusieurs autres
+non moins intéressantes, par
+la lecture des lettres qui suivent,
+&amp; auxquelles l'Éditeur
+n'hésite point de le renvoyer
+avec confiance.</i></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head3.png"></p>
+
+<h3>APPROBATION.</h3>
+
+<p><span class="large">J</span><br>'ai lû par l'ordre de Monseigneur
+le Chancelier, un Ouvrage intitulé:
+<i>Expériences &amp; Observations sur l'Électricité
+faites à Philadelphie en Amérique
+par M. Benjamin Franklin, &amp;c.
+traduites de l'Anglois par M. D'Alibard;
+deuxiéme édition, &amp;c.</i> &amp; je n'y
+ai rien trouvé qui m'ait paru devoir en
+empêcher l'impression. À Paris ce 30.</p>
+
+<p>Mai 1755.<span class="rig">PICQUET.</span></p><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+
+<h3>PRIVILÉGE DU ROI.</h3>
+
+<p>Louis, par la grace de Dieu, Roi de
+France &amp; de Navarre: À nos amés &amp;
+féaux Conseillers les gens tenans nos Cours
+de Parlement, Maîtres des Requêtes ordinaires
+de notre Hôtel, Grand Conseil, Prevôt
+de Paris, Baillifs, Sénéchaux, leurs
+Lieutenans Civils &amp; autres nos Justiciers
+qu'il appartiendra, SALUT. Notre amé <i>le
+Sieur D'Alibard</i>, Nous a fait exposer qu'il
+desireroit faire imprimer &amp; donner au Public
+un Livre qui a pour titre <i>Expériences &amp; Observations
+sur l'Électricité faites à Philadelphie
+en Amérique par M. Benjamin Franklin
+de Philadelphie &amp; communiquées dans plusieurs
+Lettres à M. Collinson à Londres</i>, s'il
+nous plaisoit lui accorder nos Lettres de Privilége
+pour ce nécessaires. À CES CAUSES,
+voulant favorablement traiter l'Exposant;
+Nous lui avons permis &amp; permettons par ces
+Présentes, de faire imprimer ledit Livre en
+un ou plusieurs volumes, &amp; autant de fois que
+bon lui semblera, &amp; de le vendre, faire vendre
+&amp; débiter partout notre Royaume pendant
+le tems <i>de six années consécutives</i>, à
+compter du jour de la date des Présentes:
+Faisons défenses à toutes personnes de quelque
+qualité &amp; condition qu'elles soient, d'en
+introduire d'impression étrangere dans aucun
+lieu de notre obéissance: Comme aussi à
+tous Libraires &amp; Imprimeurs d'imprimer ou
+faire imprimer, vendre, faire vendre, débiter,
+ni contrefaire ledit Livre, ni d'en faire
+aucun extrait sous quelque prétexte que
+ce soit d'augmentation, correction, changement
+ou autres, sans la permission expresse
+&amp; par écrit dudit Exposant, ou de ceux qui
+auront droit de lui, à peine de confiscation
+des exemplaires contrefaits, de trois mille
+livres d'amende contre chacun des contrevenans,
+dont un tiers à Nous, un tiers à
+l'Hôtel-Dieu de Paris, &amp; l'autre tiers audit
+Exposant, ou à celui qui aura droit de lui,
+&amp; de tous dépens, dommages &amp; interêts;
+à la charge que ces Présentes seront
+enregistrées tout au long sur le registre de
+la Communauté des Libraires &amp; Imprimeurs
+de Paris dans trois mois de la date d'icelles;
+que l'impression dudit Livre sera faite dans
+notre Royaume, &amp; non ailleurs, en bon
+papier &amp; beaux caractéres, conformément à
+la feüille imprimée, attachée pour modéle
+sous le contre-scel des présentes; que l'impétrant
+se conformera en tout aux réglemens
+de la Librairie, &amp; notamment à celui du 10.
+Avril 1725; qu'avant de l'exposer en vente,
+l'imprimé qui aura servi de copie à l'impression
+dudit Livre, sera remis dans le même
+état où l'approbation y aura été donnée, ès
+mains de notre très-cher &amp; féal Chevalier
+Chancelier de France le Sr. de Lamoignon,
+&amp; qu'il en sera ensuite remis deux exemplaires
+dans notre bibliothéque publique, un
+dans celle de notre Château du Louvre, un
+dans celle de notredit très-cher &amp; féal Chevalier
+Chancelier de France le sieur de Lamoignon,
+&amp; un dans celle de notre très-cher
+&amp; féal Chevalier Garde des Sceaux de France
+le sieur de Machault Commandeur de
+nos Ordres, le tout à peine de nullité des
+présentes; du contenu desquelles, vous
+mandons &amp; enjoignons de faire jouir ledit
+Exposant &amp; ses ayans causes pleinement &amp;
+paisiblement, sans souffrir qu'il leur soit fait
+aucun trouble ou empêchement. Voulons
+que la copie des présentes qui sera imprimée
+tout au long ou au commencement ou à la
+fin dudit Livre, soit tenuë pour dûement signifiée;
+&amp; qu'aux copies collationnées par
+l'un de nos amés &amp; féaux Conseillers &amp; Secrétaires,
+foi soit ajoutée comme à l'original:
+Commandons au premier notre Huissier
+ou Sergent sur ce requis, de faire pour
+l'exécution d'icelles, tous actes requis &amp; nécessaires,
+sans demander autre permission,
+&amp; nonobstant clameur de Haro, charte
+Normande &amp; lettres à ce contraires. Car tel
+est notre plaisir. Donné à Versailles le huitiéme
+jour du mois d'Octobre, l'an de grace
+mil sept cens cinquante-un, &amp; de notre regne
+le trente-septiéme. Par le Roi en son
+Conseil. <i>Signé</i> SAISON.</p>
+
+<p><i>Registré sur le Registre douze de la Chambre
+Royale des Libraires &amp; Imprimeurs de
+Paris, Nº. 688. fol. 547. conformément au
+Réglement de 1723. qui fait défense, art. 4.
+à toutes personnes de quelque qualité qu'elles
+soient, autres que les Libraires &amp; Imprimeurs,
+de vendre, débiter &amp; faire afficher
+aucuns Livres, pour en vendre en leurs
+noms, soit qu'ils s'en disent les Auteurs ou
+autrement, &amp; à la charge de fournir à la susdite
+Chambre, huit exemplaires prescrits par
+l'article 08. du même Réglement. À Paris,
+ce 24. Décembre 1751.</i> LE GRAS, Syndic.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/deco02.png"></p>
+<br><br><br>
+
+<span class="pagenum"><a name="I1" id="I1">I-1</a></span>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head5.png"></p>
+
+<h2>LETTRES</h2>
+
+<h3>SUR L'ÉLECTRICITÉ</h3>
+
+<h4>DE</h4>
+
+<h3>M. BENJ. FRANKLIN</h3>
+
+<h5><i>de Philadelphie en Amérique</i>,</h5>
+
+<h5>À</h5>
+
+<h3>M. P. COLLINSON</h3>
+
+<h5><i>de la Société Royale de Londres</i>.</h5>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+<h3>LETTRE I.</h3>
+
+<p class="rig"><i>29, Juillet 1750</i>.</p><br>
+
+<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p>
+
+<p>Comme vous nous avez engagés
+dans les Expériences électriques,
+en envoyant à notre Société
+<span class="pagenum"><a name="I2" id="I2">I-2</a></span>
+Littéraire un Tube avec les instructions
+nécessaires pour s'en servir;
+&amp; comme notre respectable Fondateur
+nous a mis en état de porter
+ces Expériences à une plus
+grande perfection par le magnifique
+présent qu'il nous a fait d'un
+Laboratoire électrique complet,
+il est convenable que vous soyez
+l'un &amp; l'autre informés de tems
+en tems des progrès que nous faisons
+à cet égard. Ce fut dans cette
+intention que j'écrivis, &amp;
+que je vous envoyais mes premières
+réfléxions sur ce sujet, desirant,
+puisque je n'ai point l'honneur
+d'être en correspondance directe
+avec ce généreux Bienfaiteur de
+notre Société littéraire, qu'elles
+<span class="pagenum"><a name="I3" id="I3">I-3</a></span>
+pûssent lui être communiquées par
+votre entremise. C'est dans cette
+même vûë que j'écris encore, &amp;
+que je vous envoye ces nouvelles
+observations. Si vous n'y trouvez
+rien d'intéressant (ce qui est très-possible,
+attendu la multitude de
+sçavans en Europe qui sont continuellement
+occupés aux mêmes
+recherches) elles vous prouveront
+du moins que nous n'avons
+pas négligé les instrumens qui
+nous ont été mis entre les mains,
+&amp; que, s'ils ne nous ont pas servi
+à faire des découvertes intéressantes,
+quelle qu'en puisse être la cause,
+ce n'est pas manque de zêle
+ni d'application.</p>
+
+<p class="mid">Je suis, &amp;c. B. FRANKLIN.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="I4" id="I4">I-4</a></span>
+<br>
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+<h3>OPINIONS</h3>
+
+<h4>ET</h4>
+
+<h3>CONJECTURES</h3>
+
+<p><i>Sur les propriétés &amp; sur les effets
+de la matière électrique qui résultent
+des Expériences &amp; observations
+faites à Philadelphie.
+1749.</i></p>
+
+<p>§. 1. <span class="big">L</span>a matière électrique est
+composée de particules extrèmement
+subtiles, puisqu'elle peut
+traverser la matière commune,
+même les métaux les plus denses,
+avec tant de facilité &amp; de liberté
+qu'elle n'éprouve aucune résistance
+sensible.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="I5" id="I5">I-5</a></span>
+
+<p>2. Si quelqu'un doutoit que la
+matière électrique passât à travers
+la substance des corps, mais seulement
+sur &amp; le long de leur surface,
+l'expérience de Leyde faite avec
+un grand vase de verre électrisé,
+dont le coup seroit tiré à travers
+son propre corps suffiroit probablement
+pour le convaincre.</p>
+
+<p>3. La matière électrique diffère
+de la matière commune en ce que
+les parties de celle-ci s'attirent mutuellement,
+&amp; que les parties de
+la première se repoussent mutuellement;
+de-là vient la divergence
+apparante dans un courant d'écoulemens
+électriques.</p>
+
+<p>4. Mais quoique les particules
+de matière électrique se repoussent
+<span class="pagenum"><a name="I6" id="I6">I-6</a></span>
+l'une l'autre, elles sont fortement
+attirées par toute autre
+matière<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a>
+<a href="#footnote9"><sup class="sml">9</sup></a>: ceci doit s'entendre de
+celle qui en est susceptible.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote9"
+name="footnote9"><b>Note 9: </b></a><a href="#footnotetag9">
+(retour) </a> Voyez les ingénieux essais sur l'Électricité
+par M. Ellicot dans les Transact. Phil.</blockquote>
+
+<p>5. De ces trois choses, sçavoir
+l'extrême subtilité de la matière
+électrique, la mutuelle répulsion
+de ses parties, &amp; la forte attraction
+entr'elles &amp; une autre matière, il
+en résulte cet effet, que quand
+une quantité de matière électrique
+est appliquée à une masse de matière
+commune d'une grosseur &amp;
+d'une longueur sensibles, qui n'a
+pas déjà acquis sa quantité, elle
+se répand aussitôt également dans
+la totalité.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="I7" id="I7">I-7</a></span>
+
+<p>6. Ainsi la matière commune
+est une espèce d'éponge pour le
+fluide électrique; une éponge ne
+recevroit pas l'eau, si les parties
+de l'eau n'étoient plus petites que
+les pores de l'éponge: elle ne la
+recevroit que bien lentement, s'il
+n'y avoit pas une attraction mutuelle
+entre ses parties &amp; celles de
+l'éponge: celle-ci s'en imbiberoit
+plus promptement, si l'attraction
+réciproque entre les parties
+de l'eau n'y mettoit pas un obstacle,
+puisqu'il doit y avoir quelque
+force employée pour les séparer:
+enfin l'imbibition seroit très-rapide,
+si au lieu d'attraction il y avoit
+entre les parties de l'eau une répulsion
+mutuelle qui concourût
+<span class="pagenum"><a name="I8" id="I8">I-8</a></span>
+avec l'attraction de l'éponge. C'est
+précisément là le cas où se trouvent
+la matière électrique &amp; la
+matière commune.</p>
+
+<p>7. Mais dans la matière commune
+il y a (généralement parlant)
+autant de matière électrique
+qu'elle peut en contenir dans sa
+substance. Si l'on en ajoûte davantage,
+le surplus reste sur la surface,
+&amp; forme ce que nous appellons
+une Atmosphère électrique,
+&amp; l'on dit alors que le corps est
+électrisé.</p>
+
+<p>8. On suppose que toute sorte
+de matière commune n'attire pas
+ni ne retient pas la matière électrique
+avec une égale force &amp; une
+égale activité pour les raisons que
+<span class="pagenum"><a name="I9" id="I9">I-9</a></span>
+nous donnerons dans la suite, &amp;
+que les corps appellés originairement
+électriques, comme le verre,
+&amp;c. l'attirent &amp; la retiennent
+plus fortement, &amp; en contiennent
+la plus grande quantité.</p>
+
+<p>9. Nous sçavons que le fluide
+électrique est dans la matière commune,
+parce que nous pouvons
+le pomper &amp; l'en faire sortir par le
+moyen du globe ou du tube: nous
+sçavons que la matière commune
+en a à peu près autant qu'elle en
+peut contenir, parce que, quand
+nous en ajoûtons un peu plus à
+une portion quelconque, cette
+quantité ajoûtée n'y entre point,
+mais forme une atmosphère électrique:
+&amp; nous sçavons que la
+<span class="pagenum"><a name="I10" id="I10">I-10</a></span>
+matière commune n'en a pas (généralement
+parlant) plus qu'elle
+n'en peut contenir; autrement
+toutes ses parties détachées se repousseroient
+l'une l'autre, comme
+elles font constamment, lorsqu'elles
+ont des atmosphères électriques.</p>
+
+<p>10. Nous ne sommes pas encore
+instruits des usages avantageux
+attachés à ce fluide électrique
+dans la création, quoique
+nous ne puissions douter qu'il n'y
+en ait, &amp; même de très-considérables;
+mais nous pouvons apercevoir
+quelques pernicieuses conséquences,
+qui résulteroient d'une
+plus grande proportion de ce fluide;
+car si ce globe où nous vivons,
+<span class="pagenum"><a name="I11" id="I11">I-11</a></span>
+en avoit autant à proportion que
+nous en pouvons donner à un globe
+de fer, de bois, ou autre chose
+semblable, les particules de poussière,
+ou d'autre matière légère,
+qui en sont détachées, non-seulement
+se repousseroient l'une l'autre
+par la vertu de leurs atmosphères
+électriques séparées, mais encore
+seroient repoussées de la terre
+&amp; seroient difficilement amenées
+à s'y réunir. Dès-là notre air seroit
+continuellement &amp; de plus en plus
+embarrassé de matières étrangéres,
+&amp; cesseroit d'être propre pour la
+respiration. Cette réfléxion nous
+présente une nouvelle occasion
+d'adorer cette souveraine Sagesse
+qui a fait toutes choses avec poids
+&amp; mesure.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="I12" id="I12">I-12</a></span>
+
+<p>11. Si l'on suppose une portion
+de matière commune entièrement
+dépourvûë de matière électrique,
+&amp; que l'on en approche une simple
+particule de cette dernière, elle
+sera attirée, entrera dans le corps,
+&amp; prendra place dans le centre,
+ou à l'endroit dans lequel l'attraction
+est égale de toutes parts; s'il
+y entre un plus grand nombre de
+particules électriques, elles prennent
+leur place dans l'endroit où
+la balance est égale entre l'attraction
+de la matière commune &amp;
+leur propre répulsion mutuelle. On
+suppose que ces particules forment
+des triangles dont les côtés
+se raccourcissent à proportion que
+leur nombre augmente, jusqu'à
+<span class="pagenum"><a name="I13" id="I13">I-13</a></span>
+ce que la matière commune en ait
+tant attiré que tout son pouvoir
+de comprimer les triangles par
+l'attraction, soit égal à tout leur
+pouvoir de s'étendre elles-mêmes
+par la répulsion, &amp; alors cette
+portion de matière n'en recevra
+plus.</p>
+
+<p>12. Lorsqu'une partie de cette
+quantité naturelle de fluide électrique
+est chassée d'une portion de
+matière commune, on suppose
+que les triangles formés par le
+reste s'élargissent par la répulsion
+mutuelle des parties jusqu'à ce
+qu'ils occupent cette portion en
+entier.</p>
+
+<p>13. Lorsque la quantité de fluide
+électrique qui a été enlevée à
+<span class="pagenum"><a name="I14" id="I14">I-14</a></span>
+une portion de matière commune,
+lui est renduë, elle y entre, les
+triangles dilatés étant comprimés
+de nouveau, jusqu'à ce qu'il y ait
+place pour la totalité.</p>
+
+<p>14. Pour expliquer ceci, prenez
+deux pommes ou deux boules
+de bois, ou d'autre matière, chacune
+ayant sa quantité naturelle
+de fluide électrique; suspendez-les
+au plat-fond par des fils de soye:
+appliquez le fil d'archal d'une
+bouteille bien chargée que vous
+tiendrez à la main, à l'une de ces
+boules A. (Fig. 1.) &amp; elle recevra
+du fil d'archal une quantité de fluide
+électrique, mais elle ne s'en
+imbibera point, en étant déjà
+pleine. C'est pourquoi le fluide
+<span class="pagenum"><a name="I15" id="I15">I-15</a></span>
+volera autour de sa surface, &amp; y
+formera une atmosphère électrique.
+Amenez A en contact avec
+B, &amp; elle lui communiquera la
+moitié du fluide électrique qu'elle
+a reçû; de sorte que toutes deux
+auront une atmosphère électrique,
+&amp; par conséquent se repousseront
+l'une l'autre: supprimez ces atmosphères
+en touchant les boules,
+&amp; laissez-les dans leur état naturel,
+alors ayant attaché un bâton
+de cire d'Espagne au milieu de la
+bouteille pour lui servir de manche,
+appliquez-en le fil d'archal
+à A, &amp; qu'en même-tems les parois
+de cette bouteille touchent B;
+de cette sorte une quantité de fluide
+électrique sera chassée de B, &amp;
+<span class="pagenum"><a name="I16" id="I16">I-16</a></span>
+poussée sur A, ainsi A aura un
+excès de ce fluide électrique qui
+forme une atmosphère autour de
+lui, &amp; B sera privé éxactement de
+cette même quantité: maintenant
+ramenez les boules en contact, &amp;
+l'atmosphère électrique ne sera pas
+divisée entre A &amp; B dans deux
+plus petites atmosphères comme
+ci-devant, car B absorbera toute
+l'atmosphère de A, &amp; les deux
+boules se retrouveront dans leur
+état naturel.</p>
+
+<p>15. La forme de l'atmosphère
+électrique est celle du corps qu'elle
+environne. Cette forme peut être
+renduë visible dans un air calme,
+en excitant une fumée de résine
+séche, que l'on versera dans une
+<span class="pagenum"><a name="I17" id="I17">I-17</a></span>
+cuillier à caffé sous le corps électrisé;
+elle sera attirée &amp; s'étendra
+d'elle-même également sur tous
+les côtés, couvrant &amp; cachant le
+corps. Elle prend cette forme,
+parce qu'elle est attirée de tous les
+côtés de la surface du corps, quoiqu'elle
+ne puisse entrer dans sa
+substance qui est déjà remplie; sans
+cette attraction, elle ne demeureroit
+pas autour du corps, mais
+elle se dissiperoit en l'air.</p>
+
+<p>16. L'atmosphère des particules
+électriques qui environnent
+une sphère électrisée, n'est pas plus
+disposée à l'abandonner, ni plus aisément
+tirée d'un côté de la sphère
+que de l'autre, parce qu'elle est
+également attirée de toutes parts.
+<span class="pagenum"><a name="I18" id="I18">I-18</a></span>
+Mais ce cas n'est pas le même
+pour les corps d'une autre figure.
+Dans un cube elle est plus facilement
+tirée des angles que des surfaces
+planes, &amp; ainsi des angles
+d'un corps de toute autre figure,
+&amp; toujours plus facilement de
+l'angle le plus aigu. Si donc un
+corps figuré comme A B C D E
+dans la Fig. 2. est électrisé, ou à
+une atmosphère qui lui soit communiquée;
+&amp; si nous considérons
+chaque côté comme une base sur
+laquelle les particules électriques
+reposent, &amp; par laquelle elles sont
+attirées, on peut voir en imaginant
+une ligne de A en F, &amp; une autre
+de F en G, que la portion d'atmosphère
+enfermée dans F A E G,
+<span class="pagenum"><a name="I19" id="I19">I-19</a></span>
+a la ligne A E pour base. De même
+la portion d'atmosphère enfermée
+dans H A B I, a la ligne A B
+pour base, &amp; pareillement la portion
+enfermée dans K B C L, a
+B C pour appui, &amp; de même sur
+l'autre côté de la figure. Maintenant
+si vous tirez cette atmosphère
+avec quelque corps poli &amp; émoussé,
+&amp; que vous l'approchiez du
+milieu du côté A B, il faut venir
+fort près avant que la force de votre
+attracteur excède la force ou le
+pouvoir, avec lequel ce côté maintient
+son atmosphère: mais il y a
+une petite portion entre I B K,
+qui a moins de surface pour s'y appuyer
+&amp; en être attirée que les
+portions voisines, tandis qu'il y a
+<span class="pagenum"><a name="I20" id="I20">I-20</a></span>
+d'ailleurs une répulsion mutuelle
+entre ses particules &amp; les particules
+de ces portions; vous pouvez
+donc venir à bout de la tirer avec
+plus de facilité, &amp; à une plus grande
+distance. Entre F A H, il y a
+une plus grande portion qui a
+encore une moindre surface pour
+s'y appuyer &amp; pour en être attirée;
+c'est pourquoi vous pouvez toujours
+l'enlever plus facilement.
+Mais la plus grande facilité se rencontre
+entre L C M, où la quantité
+est la plus abondante, &amp; où
+la surface pour l'attirer &amp; la retenir
+est la plus petite. Lorsque vous
+avez enlevé une de ces portions
+angulaires du fluide, une
+autre prend sa place, par un effet
+<span class="pagenum"><a name="I21" id="I21">I-21</a></span>
+de la fluidité naturelle &amp; de la répulsion
+mutuelle dont nous avons
+parlé ci devant; &amp; ainsi l'atmosphère
+continuë de couler vers cet
+angle comme un courant, jusqu'à
+ce qu'il n'en reste plus. Les extrémités
+de ces portions d'atmosphère
+sur ces parties angulaires sont
+pareillement à une plus grande
+distance du corps électrisé, comme
+on le peut voir, en jettant les
+yeux sur la figure. La pointe de
+l'atmosphère de l'angle C étant
+beaucoup plus loin de C qu'aucune
+partie de l'atmosphère sur les
+lignes C B, ou B A; &amp; outre la
+distance qui résulte de la nature de
+la figure, là où l'attraction est
+moindre, les particules doivent
+<span class="pagenum"><a name="I22" id="I22">I-22</a></span>
+naturellement s'étendre à une plus
+grande distance par leur mutuelle
+répulsion.</p>
+
+<p>Sur ces principes fondamentaux
+nous supposons que les corps
+électrisés déchargent leur atmosphère
+sur les corps non électrisés
+avec plus de facilité &amp; à une plus
+grande distance de leurs angles &amp;
+de leurs pointes que de leurs côtés
+unis. Les pointes la déchargent
+aussi dans l'air, lorsque le corps a
+une trop grande atmosphère électrique,
+sans qu'il soit besoin d'approcher
+quelque corps non-électrique,
+pour recevoir ce qui est
+chassé; car l'air, quoiqu'originairement
+électrique, a toujours plus
+ou moins d'eau, ou d'autres matières
+<span class="pagenum"><a name="I23" id="I23">I-23</a></span>
+non-électriques mêlées avec
+lui, lesquelles attirent &amp; reçoivent
+ce qui est ainsi déchargé.</p>
+
+<p>17. Mais les pointes ont la propriété
+de <i>tirer</i>, aussi bien que de
+<i>pousser</i> le fluide électrique à de plus
+grandes distances que ne le peuvent
+faire les corps émoussés; c'est-à-dire,
+que comme la partie pointuë
+d'un corps électrisé déchargera
+l'atmosphère de ce corps, ou la
+communiquera plus loin à un autre
+corps, de même la pointe d'un
+corps non électrisé tirera l'atmosphère
+électrique d'un corps électrisé
+de beaucoup-plus loin qu'une
+partie plus émoussée du même
+corps non-électrisé ne le pourroit
+faire. Ainsi une épingle tenuë par
+<span class="pagenum"><a name="I24" id="I24">I-24</a></span>
+la tête, &amp; présentée par la pointe à
+un corps électrisé, tirera son atmosphère
+à un pied de distance;
+mais si la tête étoit présentée au
+lieu de la pointe, le même effet
+n'en résulteroit pas. Pour concevoir
+ceci, nous pouvons considérer
+que, si une personne debout
+sur le plancher, tiroit l'atmosphère
+électrique d'un corps électrisé,
+une pince de fer &amp; une aiguille à
+tricoter émoussée tenuës alternativement
+dans la main, &amp; présentées
+à cette intention ne l'attireroient
+pas avec des forces différentes,
+à proportion de leurs différentes
+masses. Car l'homme, &amp;
+ce qu'il tient dans la main, soit
+grand, soit petit, sont unis avec
+<span class="pagenum"><a name="I25" id="I25">I-25</a></span>
+la masse commune de la matière
+non-électrisée; &amp; la force avec laquelle
+il tire, est la même dans les
+deux cas, puisqu'elle consiste dans
+la différente proportion d'électricité
+dans le corps électrisé &amp; dans
+cette masse commune. Mais la
+force avec laquelle le corps électrisé
+retient son atmosphère en l'attirant,
+est proportionnée à la surface
+sur laquelle les particules sont
+placées. Par éxemple, quatre pieds
+quarrés de cette surface retiennent
+leur atmosphère avec quatre fois
+autant de force qu'un pied quarré
+retient son atmosphère; &amp; comme en
+arrachant les crins de la queuë
+d'un cheval, un degré de force insuffisant
+pour en arracher une poignée
+<span class="pagenum"><a name="I26" id="I26">I-26</a></span>
+à la fois, suffiroit pour la dépouiller
+crin à crin; de même un
+corps émoussé que l'on présente,
+ne sauroit tirer plusieurs parties à
+la fois; mais un corps pointu, sans
+une plus grande force, les enléve
+aisément partie par partie.</p>
+
+<p>18. Ces explications du pouvoir
+&amp; de l'opération des pointes,
+lorsqu'elles se présentèrent à moi
+pour la première fois, &amp; tandis
+qu'elles rouloient dans mon esprit,
+me parurent satisfaire à toutes les
+difficultés; cependant depuis que
+je les ai mises par écrit &amp; rapellées
+à un examen plus sévère &amp;
+plus réfléchi, j'avouë de bonne
+foi qu'il me reste quelque doute à
+cet égard. Mais n'ayant rien de
+<span class="pagenum"><a name="I27" id="I27">I-27</a></span>
+mieux pour le présent à vous offrir
+à leur place, je ne les rejette
+pas absolument; car une mauvaise
+solution que l'on lit, &amp; dont on
+découvre les défauts, donne souvent
+occasion à un Lecteur ingénieux
+d'en trouver une plus parfaite.</p>
+
+<p>19. Le plus important pour
+nous n'est pas de sçavoir de quelle
+manière la nature exécute ses loix;
+il nous suffit de connoître les loix
+elles-mêmes. C'est un avantage
+réel de sçavoir qu'une porcelaine
+abandonnée en l'air sans être soutenuë,
+tombera &amp; se brisera immanquablement;
+mais de sçavoir
+<i>comment</i> elle tombe &amp; <i>pourquoi</i>
+elle se brise c'est une matière de
+<span class="pagenum"><a name="I28" id="I28">I-28</a></span>
+pure spéculation. Ces connoissances
+sont agréables à la vérité, mais
+sans elles nous pouvons garantir
+notre porcelaine.</p>
+
+<p>20. Ainsi dans le cas présent il
+pouroit être de quelque usage pour
+le genre humain de connoître le
+pouvoir des pointes, quoique
+nous ne fussions jamais en état d'en
+donner une explication précise.
+Les expériences suivantes montrent
+ce pouvoir. J'ai un premier
+conducteur fort large, composé
+de plusieurs feüilles minces de carton,
+ajusté en forme de tube d'environ
+dix pieds de longueur &amp; d'un
+pied de diamètre. Il est couvert de
+papier d'Hollande relevé en bosse
+&amp; presque tout doré.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="I29" id="I29">I-29</a></span>
+
+<p>Cette large surface métallique
+soutient une atmosphère électrique
+beaucoup plus grande que n'en soutiendroit
+une verge de fer cinquante
+fois plus pesante. Il est suspendu
+par des fils de soye; &amp; lorsqu'il est
+chargé, il frappe à environ deux
+pouces de distance, un coup assez
+fort pour causer de la douleur aux
+articulations du doigt. Qu'un homme
+sur le plancher présente la
+pointe d'une aiguille à 12. pouces
+ou plus de distance; tandis que
+l'aiguille est ainsi présentée, le
+conducteur ne sauroit être chargé,
+la pointe tirant le feu aussi promptement
+qu'il est poussé par le globe
+électrique: chargez-le, &amp;
+présentez alors la pointe à la même
+<span class="pagenum"><a name="I30" id="I30">I-30</a></span>
+distance, &amp; il sera déchargé en un
+instant. Dans l'obscurité vous pouvez
+voir une lumiére sur la pointe,
+lorsqu'on fait l'expérience, &amp; si
+la personne qui tient la pointe est
+sur un gâteau de cire, elle sera
+électrisée en recevant le feu à cette
+distance. Essayez de tirer de l'électricité
+avec un corps émoussé,
+tel qu'un morceau de fer arondi &amp;
+poli à l'extrémité (je me sers du
+poinçon d'un Orfévre, de l'épaisseur
+d'un pouce) il faut que vous
+l'approchiez à la distance de trois
+pouces, avant de pouvoir faire l'opération,
+&amp; elle se fait alors avec
+un coup &amp; un craquement. Comme
+le tube de carton pend librement
+sur des fils de soye, lorsque
+<span class="pagenum"><a name="I31" id="I31">I-31</a></span>
+vous en approchez le morceau de
+fer, il s'avance pareillement vers
+ce morceau de fer, étant attiré
+pendant tout le tems qu'il est chargé;
+mais si au même instant la
+pointe est présentée comme auparavant,
+il se retire, parce qu'il est
+déchargé par la pointe.</p>
+
+<p>«On ne doit pas prendre à la rigueur
+tout ce que M. Franklin dit
+ici du pouvoir &amp; de l'effet des pointes,
+comme l'ont observé plusieurs
+de ses Critiques; mais aussi il s'en
+faut beaucoup qu'on doive tirer de
+leurs observations toutes les conséquences
+qu'ils prétendent en résulter.
+L'un accorde un avantage
+considérable aux corps pointus sur
+ceux qui sont arondis ou émoussés,
+<span class="pagenum"><a name="I32" id="I32">I-32</a></span>
+soit pour pousser, soit pour tirer la
+matière électrique; &amp; veut que la
+première observation de cet effet
+soit attribuée à un Européen, comme
+si notre auteur cherchoit à s'en
+emparer lui-seul; un autre pour
+avoir remarqué qu'une pointe d'aiguille
+présentée à un pied de distance
+d'un conducteur n'empêche
+pas qu'on n'en tire quelques étincelles,
+s'imagine avoir fait une
+des plus importantes découvertes:
+que le pouvoir des pointes est une
+chimère, &amp; que toute la Théorie
+du Tonnerre est détruite par cette
+seule observation; d'autres enfin
+se laissant emporter au gré de leur
+imagination, vont s'égarer dans
+des sistêmes dont l'obscurité fait le
+<span class="pagenum"><a name="I33" id="I33">I-33</a></span>
+seul mérite. Mais il n'est pas encore
+tems de parler de ces différens
+sentimens; le détail en trouvera
+mieux sa place dans la suite
+de cet ouvrage.»</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/deco03.png"></p>
+<br><br><br>
+
+<span class="pagenum"><a name="I34" id="I34">I-34</a></span>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+
+<h3>LETTRE II.<br>
+DE B. FRANKLIN,</h3>
+
+<h4>ÉCUYER <i>de Philadelphie</i>,</h4>
+
+<h4>À C. C. ÉCUYER DE LA NOUVELLE<br>
+YORK. 1751.</h4>
+
+<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p>
+
+<p>Je fais aux principales questions
+contenuës dans votre lettre du 28.
+du courant, une réponse telle que
+l'embarras de mes affaires présentes
+me le permet, &amp; je vous demande
+la permission de vous renvoyer
+à la dernière piéce du recueil
+imprimé de mes écrits, pour
+vous expliquer plus amplement la
+<span class="pagenum"><a name="I35" id="I35">I-35</a></span>
+différence entre ce qui est apellé
+<i>électrique par soi</i> &amp; <i>non électrique</i>.
+Quand vous aurez eu le tems de
+lire &amp; d'examiner ces écrits, je tâcherai
+de faire quelques-unes des
+nouvelles expériences que vous
+proposez, &amp; que vous croyez plus
+capables de nous éclairer &amp; de
+nous satisfaire l'un &amp; l'autre sur ce
+sujet. Je vous serai toujours fort
+obligé de me communiquer les
+remarques, objections, &amp;c. qui
+peuvent se présenter à vous.</p>
+
+<p>Je suis avec un sincère respect,
+Votre très-humble &amp; très-obligé
+serviteur,<span class="rig">
+
+B. FRANKLIN.</span></p><br><br>
+
+<span class="pagenum"><a name="I36" id="I36">I-36</a></span>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+
+<h2>QUESTIONS</h2>
+
+<h4>ET</h4>
+
+<h3>RÉPONSES;</h3>
+
+<p class="mid"><i>Auxquelles on renvoye dans la<br>
+Lettre précédente.</i></p>
+
+<p>1e. <i>Question</i>. <span class="big">E</span>n quoi consiste la
+différence entre un corps électrique
+&amp; un corps non-électrique?</p>
+
+<p>§ 21. <i>Réponse</i>. Les termes <i>électrique
+par soi</i> &amp; <i>non-électrique</i> furent
+d'abord employés pour distinguer
+les corps dans la fausse supposition
+que les seuls corps apellés électriques
+par soi, contenoient dans
+leur substance la matiére électrique
+<span class="pagenum"><a name="I37" id="I37">I-37</a></span>
+qui pouvoit être excitée par
+le frottement, être produite &amp; en
+être tirée, &amp; communiquée à ceux
+que l'on apelloit <i>non-électriques</i>,
+que l'on supposoit dépourvûs de
+cette matière; car le verre, &amp;c.
+étant frotté, donnoit des signes
+qu'il contenoit de cette matière
+en piquant le doigt, en attirant &amp;
+repoussant, &amp;c. &amp; qu'il pouvoit
+communiquer cette vertu aux métaux
+&amp; à l'eau.</p>
+
+<p>On découvrit dans la suite que
+le frottement du verre ne produisoit
+pas la matière électrique, à
+moins que l'on ne conservât une
+communication entre le corps
+frottant &amp; le plancher; &amp; les expériences
+suivantes prouvèrent
+<span class="pagenum"><a name="I38" id="I38">I-38</a></span>
+que la matière électrique étoit réellement
+tirée de ces corps, que
+l'on avoit cru d'abord n'en contenir
+aucune: alors on douta que le
+verre &amp; les autres corps apellés
+électriques par soi, eussent réellement
+en eux-mêmes quelque matière
+électrique; puisque, selon
+les apparences, ils n'en fournissoient
+aucune autre que celle
+qu'ils tiroient d'abord de ces corps
+qui avoient été appellés non électriques;
+mais quelques-unes de
+mes expériences prouvent que le
+verre en contient une grande
+quantité; &amp; je soupçonne à présent
+qu'elle est répanduë assez également
+dans toute la matière du
+globe terrestre.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="I39" id="I39">I-39</a></span>
+
+<p>Dès-lors on peut abandonner,
+comme impropres, les termes
+<i>électrique par soi</i>, &amp; <i>non-électrique</i>;
+&amp; puisque la seule différence
+est que quelques corps conduisent
+la matière électrique, &amp; que les
+autres ne la conduisent pas, on
+peut mettre en leur place les termes
+<i>conducteurs</i> &amp; <i>non-conducteurs</i>.</p>
+
+<p>Si quelque partie de matière
+électrique est appliquée à un morceau
+de matière conductrice, elle
+le pénètre, coule au travers, ou
+se répand également sur sa surface;
+si elle est appliquée à un morceau
+de matière non conductrice,
+elle ne fera ni l'un ni l'autre. Il
+n'y a de conducteurs parfaits de
+<span class="pagenum"><a name="I40" id="I40">I-40</a></span>
+la matière électrique, que les métaux
+&amp; l'eau; les autres corps ne
+le sont qu'à proportion qu'il entre
+dans leur composition du mêlange
+de ceux-ci; s'il n'y en a pas plus
+ou moins, ils ne seront point du
+tout conducteurs.<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a>
+<a href="#footnote10"><sup class="sml">10</sup></a> Ceci, soit dit
+en passant, montre entre les métaux
+&amp; l'eau un nouveau rapport
+que l'on ignoroit jusqu'à présent.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote10"
+name="footnote10"><b>Note 10: </b></a><a href="#footnotetag10">
+(retour) </a> Cette proposition a été trouvée depuis
+trop générale: M. Wilson ayant découvert
+que la cire fonduë &amp; la résine sont aussi conducteurs.
+On pourroit y ajoûter beaucoup d'autres
+exemples semblables, comme celui de
+l'eau qui est un des plus excellens conducteurs
+d'électricité tant qu'elle conserve sa fluidité,
+&amp; qui cesse de l'être, dès qu'elle la perd.</blockquote>
+
+<p>Je vais tâcher d'éclaircir cela
+par une comparaison, qui cependant
+n'en peut donner qu'une foible
+<span class="pagenum"><a name="I41" id="I41">I-41</a></span>
+analogie. La matière électrique
+passe au travers des conducteurs,
+comme l'eau passe au travers
+d'une pierre poreuse, ou se
+répand sur leur surface, comme
+l'eau se répand sur une pierre
+moüillée; mais quand cette matière
+est appliquée à des corps non
+conducteurs, c'est comme l'eau
+qui dégoutte sur une pierre grasse;
+elle ne la pénétre point, ne passe
+point à travers, ne s'étend point
+sur sa surface; mais elle reste par
+gouttes sur les endroits où elle
+tombe. Voyez à cet égard ma dernière
+piéce imprimée.</p>
+
+<p>2e. <i>Question</i>. Quels sont les effets
+de l'air dans les expériences
+électriques?</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="I42" id="I42">I-42</a></span>
+
+<p>22. <i>Réponse</i>. Voici tous ceux
+que j'ai remarqués jusqu'à présent;
+l'air humide reçoit &amp; conduit la
+matière électrique à proportion de
+son humidité; l'air parfaitement sec
+ne le fait point du tout; l'air doit
+donc être mis dans la classe des
+non-conducteurs. L'air sec aide à
+fixer l'atmosphère électrique autour
+du corps qu'elle environne,
+&amp; en empêche la dissipation; car
+dans le vuide elle se dissipe aisément,
+&amp; les pointes agissent plus
+fortement; c'est-à-dire, elles poussent
+ou attirent la matière électrique
+plus librement &amp; à de plus
+grandes distances; en sorte que
+l'air survenant met quelque sorte
+d'obstacle à ce qu'elle passe d'un
+<span class="pagenum"><a name="I43" id="I43">I-43</a></span>
+corps à un autre. Une bouteille
+électrique bien propre garnie de
+son fil-d'archal, remplie d'air au
+lieu d'eau, ne se chargera, &amp; ne
+donnera pas plus de choc que si
+elle étoit remplie de verre pulvérisé;
+mais étant vuide d'air, elle
+produit autant d'effet que si elle
+étoit remplie d'eau. Cependant
+une atmosphère électrique &amp; l'air
+ne semblent pas s'exclure l'un
+l'autre, car nous respirons librement
+dans une pareille atmosphère,
+&amp; l'air sec passeroit au travers
+de cet atmosphère, sans la déplacer
+ni la disperser. Je doute que le
+vent Nord-ouest, le plus sec &amp; le
+plus fort, pût la dissiper.</p>
+
+<p>23. J'électrisai une fois une grosse
+<span class="pagenum"><a name="I44" id="I44">I-44</a></span>
+boule de liége suspenduë au bout
+d'un fil de soye, long de trois pieds,
+dont je tenois l'autre bout dans
+mes doigts: je la fis tourner cent
+fois en rond comme une fronde,
+le plus rapidement qu'il me fut
+possible: elle n'en conserva pas
+moins son atmosphère électrique,
+quoiqu'elle eût nécessairement
+traversé 800. verges<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a>
+<a href="#footnote11"><sup class="sml">11</sup></a> d'air, en
+supposant que dans la rotation
+mon bras augmentoit d'un pied le
+demi-diamètre du cercle.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote11"
+name="footnote11"><b>Note 11: </b></a><a href="#footnotetag11">
+(retour) </a> Environ 400. toises.</blockquote>
+
+<p>Par l'air parfaitement sec, j'entens
+le plus sec, que nous puissions
+avoir; car peut-être n'en
+avons-nous jamais qui soit parfaitement
+purgé d'humidité. Une atmosphère
+<span class="pagenum"><a name="I45" id="I45">I-45</a></span>
+électrique formée autour
+d'un gros fil-d'archal introduit
+dans une grosse bouteille pleine
+d'air, n'en fait pas sortir la
+moindre partie de cet air; &amp; si on
+détruit cette atmosphère, aucun
+air ne s'y précipite, comme je l'ai
+découvert par une expérience très-curieuse,
+faite avec soin; d'où
+nous avons conclu que l'élasticité
+de l'air n'en est point du tout affectée.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/deco01.png"></p>
+<br><br><br>
+
+<span class="pagenum"><a name="I46" id="I46">I-46</a></span>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+
+<h2>LETTRE III.</h2>
+
+<p class="rig">18. <i>Juillet</i> 1747.</p><br><br>
+
+<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p>
+
+<p>La peine indispensable de copier
+de longues lettres, qui peut-être,
+lorsqu'elles vous sont renduës,
+ne contiennent rien de nouveau
+ou d'intéressant pour vous
+(tant est rapide le progrès que l'on
+a fait en Europe dans l'Électricité)
+me décourage presque de vous en
+écrire davantage sur ce sujet. Je
+ne puis cependant me dispenser
+de vous communiquer encore
+quelques observations sur la merveilleuse
+bouteille de M. de Muschenbroek.
+<span class="pagenum"><a name="I47" id="I47">I-47</a></span>
+
+<p>§. 24. Le corps non-électrique
+contenu dans la bouteille, étant
+électrisé, diffère du corps non-électrique
+électrisé hors de la bouteille,
+en ce que le feu électrique
+du dernier est accumulé à <i>sa surface</i>,
+&amp; forme librement à l'entour
+une atmosphère électrique
+d'une étenduë considérable; au
+lieu que le feu électrique est comprimé
+dans la substance du premier
+que le verre borne de toutes
+parts. <a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a>
+<a href="#footnote12"><sup class="sml">12</sup></a></p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote12"
+name="footnote12"><b>Note 12: </b></a><a href="#footnotetag12">
+(retour) </a> Nous avons découvert depuis que le feu
+de la bouteille n'est pas contenu dans le corps
+non-électrique, mais dans <i>le verre</i>.</blockquote>
+
+<p>25. En même-tems que le fil-d'archal
+&amp; le dedans de la bouteille,
+&amp;c. sont électrisés <i>positivement</i>
+<span class="pagenum"><a name="I48" id="I48">I-48</a></span>
+ou <i>plus</i>, le dehors de la bouteille
+est électrisé <i>négativement</i> ou
+<i>moins</i> dans une éxacte proportion;
+c'est-à-dire, que telle que soit la
+quantité de feu électrique qui passe
+dans l'intérieur, il en sort de l'extérieur
+une égale quantité. Pour
+concevoir ceci, supposez que la
+quantité commune d'électricité
+dans chaque surface de la bouteille,
+avant le commencement
+de l'opération soit égale à 20;
+supposez encore qu'à chaque
+coups de tube, ou à chaque tour
+du globe il y entre une quantité
+égale à 1; alors après le premier
+coup la quantité contenuë dans le
+fil-d'archal &amp; le dedans de la bouteille
+sera 21, dans le dehors elle
+<span class="pagenum"><a name="I49" id="I49">I-49</a></span>
+ne sera plus que 19: après le second
+la partie intérieure aura 22,
+l'extérieure 18: &amp; ainsi après le
+le vingtième coup, la partie intérieure
+aura une quantité de feu électrique
+égale à 40; celle de la partie
+extérieure sera égale à zero, &amp;
+l'opération finit là, car il n'en peut
+plus être poussé dans la partie intérieure,
+lorsqu'il n'en peut plus
+être tiré de la partie extérieure. Si
+vous essayez d'en introduire davantage
+il est rejetté par le fil-d'archal,
+ou casse la bouteille avec
+un craquement sensible.</p>
+
+<p>26. L'équilibre ne sauroit être
+rétabli dans la bouteille par la
+communication <i>intime</i> ou le contact
+des parties, mais seulement
+<span class="pagenum"><a name="I50" id="I50">I-50</a></span>
+par une communication formée
+au dehors de la bouteille entre l'intérieur
+&amp; l'extérieur, par le moyen
+de quelque corps conducteur qui
+les touche tous deux, soit en même-tems,
+auquel cas l'équilibre
+est rétabli avec une violence &amp;
+une rapidité inexprimables; soit
+alternativement, auquel cas il est
+rétabli par dégrés.</p>
+
+<p>27. Comme il ne peut plus être
+poussé de feu électrique au dedans
+de la bouteille, lorsque tout celui
+du dehors est épuisé; de même
+dans une bouteille non encore électrisée,
+on ne sauroit en pousser
+dans le dedans, lorsqu'il n'en peut
+sortir du dehors: ce qui arrive ou
+quand le fond est trop épais, ou
+<span class="pagenum"><a name="I51" id="I51">I-51</a></span>
+quand la bouteille est placée sur
+un corps originairement électrique.
+Et réciproquement lorsque
+la bouteille est électrisée, on ne
+peut tirer de son intérieur, qu'une
+assez petite quantité de feu électrique,
+en touchant le fil-d'archal,
+à moins qu'une quantité égale ne
+puisse en même-tems être renduë
+à l'extérieur. Ainsi posez une bouteille
+électrisée sur un verre net,
+ou sur de la cire séche, &amp; vous
+aurez beau toucher le fil-d'archal,
+vous n'en pourrez tirer d'étincelle.
+Posez-la sur un corps non électrique,
+touchez le fil-d'archal, &amp; le
+feu en sortira en très-peu de tems;
+mais il sortira beaucoup-plus vîte
+encore, si vous formez une communication
+<span class="pagenum"><a name="I52" id="I52">I-52</a></span>
+directe, comme il a
+été dit ci-dessus, tant ces deux
+états d'électricité le <i>plus</i> &amp; <i>le
+moins</i> sont merveilleusement combinés,
+&amp; balancés dans cette bouteille
+miraculeuse; ils sont disposés
+&amp; proportionnés entr'eux d'une
+manière qui surpasse mon intelligence.
+La bouteille électrisée est
+en sens contraire comme le récipient
+de la machine pneumatique,
+dont on a vuidé l'air: si l'on ouvroit
+le robinet l'équilibre seroit rétabli
+dans un instant au dedans &amp; au dehors
+du récipient; mais ici, nous
+avons une bouteille qui contient
+en même-tems un <i>plein</i> de feu électrique,
+&amp; un <i>vuide</i> de ce même
+feu; &amp; quoique le passage de l'un
+<span class="pagenum"><a name="I53" id="I53">I-53</a></span>
+à l'autre paroisse libre, que le plein
+presse violemment pour se dilater,
+&amp; que le vuide affamé semble attirer
+avec une égale violence pour
+se remplir, <i>l'équilibre</i> ne peut cependant
+être rétabli entr'eux que
+par le moyen d'une communication
+au dehors de la bouteille.</p>
+
+<p>L'ébranlement des nerfs, ou
+plutôt la convulsion est occasionnée
+par le passage subit du feu à
+travers le corps qui le transmet du
+dedans au dehors de la bouteille:
+le feu prend la voye la plus courte,
+comme M. <i>Watson</i> l'a judicieusement
+observé; mais il ne paroît
+par aucune expérience, qu'afin
+qu'une personne reçoive le coup,
+la communication avec le plancher
+<span class="pagenum"><a name="I54" id="I54">I-54</a></span>
+lui soit nécessaire. Car celui
+qui tient la bouteille d'une main,
+&amp; qui touche de l'autre le fil-d'archal,
+sera également frappé, quoique
+ses souliers soient secs, ou
+même qu'il soit sur un gâteau de
+cire, comme dans toute autre circonstance.
+Pour ce qui est de l'attouchement
+du fil-d'archal ou du
+canon du fusil (car cela revient au
+même) le feu ne passe point du
+doigt qui touche au fil-d'archal,
+comme on le suppose, mais du fil-d'archal
+au doigt; de là traversant
+le corps, il passe à l'autre main,
+&amp; ainsi jusqu'à l'extérieur de la
+bouteille.</p>
+<br><br><br>
+
+<span class="pagenum"><a name="I55" id="I55">I-55</a></span>
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+<h2>EXPÉRIENCES</h2>
+
+<p class="mid"><i>Qui confirment ce qui vient d'être<br>
+avancé.</i></p>
+
+<h3>EXPÉRIENCE I.</h3>
+
+<p><span class="large">P</span><br>lacez une fiole électrisée
+sur de la cire; tenez à la main une
+petite boule de liége suspenduë
+par un fil de soye séche: approchez-la
+du fil-d'archal, elle sera
+d'abord attirée &amp; ensuite repoussée.
+Lorsqu'elle est dans cet état
+de répulsion, baissez la main, afin
+que la boule se trouve vis-à-vis le
+fond de la bouteille; elle sera
+promptement &amp; fortement attirée
+jusqu'à ce qu'elle ait communiqué
+son feu.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="I56" id="I56">I-56</a></span>
+
+<p>Si la bouteille avoit, comme
+son fil-d'archal, une atmosphère
+électrique, le liége électrisé seroit
+également repoussé par l'une comme
+par l'autre.</p>
+
+<p>«Quand on tient dans sa main
+une bouteille bien électrisée, on
+aperçoit sur tout dans l'obscurité
+une aigrette lumineuse au haut
+du crochet, &amp; on entend le sifflement
+de la matière électrique
+qui s'échape dans l'air par cette
+voye. Si dans cet état l'on pose
+la bouteille sur un support électrique
+de verre, de résine, &amp;c.
+l'aigrette disparoît &amp; le sifflement
+cesse. Cette observation suffiroit
+seule pour prouver que la bouteille
+doit se décharger plus lentement
+<span class="pagenum"><a name="I57" id="I57">I-57</a></span>
+quand elle est sur un support
+électrique, que quand elle
+est sur un non-électrique. Un célebre
+Physicien a cependant cru
+remarquer le contraire; &amp; c'est
+sur sa parole que le critique de
+M. Fr. sans s'être assûré par lui-même
+de la vérité du fait, lui
+adresse cette question<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a>
+<a href="#footnote13"><sup class="sml">13</sup></a>: <i>Pourquoi
+dans vos expériences la posez-vous
+toujours</i> (cette bouteille)
+<i>sur de la cire ou sur du verre? Ne
+savez-vous pas</i>, continue-t-il,
+<i>qu'étant ainsi placée sur un corps
+originairement électrique, elle
+perd promptement sa vertu?</i></p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote13"
+name="footnote13"><b>Note 13: </b></a><a href="#footnotetag13">
+(retour) </a> Lettre sur l'Electr. pag. 99.</blockquote>
+
+<p>»Voici les précautions que j'ai
+prises pour faire cette expérience.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="I58" id="I58">I-58</a></span>
+
+<p>1º. J'ai choisi deux bouteilles
+les plus égales qu'il m'a été possible
+de trouver en matière, en
+forme, en dimensions, en poids
+&amp; en capacité: 2º. Les tenant
+toutes deux à la main, je les ai
+électrisées également &amp; en même
+tems au même conducteur;
+&amp; pour m'assûrer qu'elles étoient
+également chargées, j'ai fait
+toucher le crochet de l'une à celui
+de l'autre: 3º. Je les ai ensuite
+posées en même-tems l'une sur
+un plateau de verre, l'autre sur
+un plateau de bois à peu près
+égal, placés sur une table l'un à
+un bout, &amp; l'autre à l'autre, au
+milieu d'une chambre. 4º. Après
+les avoir laissées en cet état pendant
+<span class="pagenum"><a name="I59" id="I59">I-59</a></span>
+plusieurs heures, j'ai fait
+l'expérience de Leyde avec chacune
+de ces deux bouteilles, &amp;
+j'ai trouvé que la commotion
+donnée par la bouteille posée sur
+le support électrique, étoit la plus
+forte.</p>
+
+<p>»Après avoir recommencé plusieurs
+fois la même expérience,
+tantôt de la même façon, &amp; tantôt
+en changeant les bouteilles
+de place, j'ai toujours eu le même
+succès. On doit en conclure que
+notre Critique n'a pas raison
+d'éxiger de M. Fr. que la bouteille
+électrisée soit placée sur
+un support non électrique pour
+faire la première expérience.</p>
+
+<p>»Objecter que <i>si l'on veut de
+<span class="pagenum"><a name="I60" id="I60">I-60</a></span>
+bonne foi savoir &amp; montrer l'état
+naturel &amp; véritable de la surface
+extérieure ou du bas de la bouteille,
+il ne faut la poser ni sur de
+la cire ni sur du verre, puisque
+cela-seul peut faire changer d'état
+à l'une des deux surfaces, &amp; qu'il
+convient de la laisser dans toutes
+les circonstances où elle étoit lorsqu'on
+la chargeoit d'électricité,
+&amp;c.</i> c'est faire connoître qu'on
+n'entend pas ce dont il s'agit,
+ou tout au moins que l'on perd
+son point de vûe; c'est oublier
+que la bouteille électrisée est dans
+un état tout opposé à celui de la
+bouteille qu'on électrise. Celle-ci
+reçoit sur une de ses surfaces,
+&amp; perd d'autant sur l'autre; ce
+<span class="pagenum"><a name="I61" id="I61">I-61</a></span>
+qui se passe en celle-là est précisément
+le contraire, &amp; encore
+quelque chose de plus, si la bouteille
+est soutenuë sur un support
+électrique. M. Fr. a donc raison
+de la mettre dans la situation la
+plus favorable à ses vuës, lorsqu'il
+veut éprouver la force, l'effet,
+la différence &amp; la manière
+d'être de chacune de ses surfaces.
+L'on sent bien que s'il traitoit la
+bouteille électrisée comme on
+veut le lui enseigner, il trouveroit
+en pure perte &amp; la force &amp;
+l'effet d'une de ses surfaces. Ingénieux
+comme l'est cet illustre
+Américain, consommé dans les
+recherches électriques, où il a
+fait lui-seul plus de progrès que
+<span class="pagenum"><a name="I62" id="I62">I-62</a></span>
+tous les autres physiciens ensemble,
+pouvons-nous douter qu'il
+n'ait tenté des moyens aussi simples
+que ceux qu'on veut lui apprendre?»</p>
+
+<h3>EXPÉRIENCE II.</h3>
+
+<p>Fig. 3. D'un fil-d'archal courbé
+(<i>a</i>) &amp; affermi sur une table,
+faites pendre un fil de lin (<i>b</i>) à
+distance d'un demi-pouce du ventre
+de la fiole (<i>c</i>) électrisée &amp; posée
+sur de la cire: touchez avec
+le doigt le fil-d'archal de la fiole
+à plusieurs reprises; &amp; à chaque
+attouchement vous verrez le fil
+aussitôt attiré par la bouteille.
+(Cette expérience réussit encore
+mieux avec un vinaigrier, ou tel
+<span class="pagenum"><a name="I63" id="I63">I-63</a></span>
+autre vase bombé qu'on voudra.)
+Dès que vous tirez du feu de la
+partie intérieure en touchant le
+fil-d'archal, la partie extérieure
+de la bouteille en attire une égale
+quantité par le fil.</p>
+
+<h3>EXPÉRIENCE III.</h3>
+
+<p>Fig. 4. Faites tenir un fil-d'archal
+dans le plomb dont le bas
+de la bouteille est armé (<i>d</i>), de
+sorte qu'en faisant un coude pour
+se relever perpendiculairement,
+l'anneau qui le termine se trouve
+de niveau avec le haut ou l'anneau
+du fil-d'archal qui entre dans le
+liége (<i>e</i>) à trois ou quatre pouces
+de distance. Alors électrisez la
+bouteille &amp; posez-la sur de la cire.
+<span class="pagenum"><a name="I64" id="I64">I-64</a></span>
+Si un morceau de liége suspendu
+par un fil de soye tombe entre les
+deux fils-d'archal, il jouëra continuellement
+de l'un à l'autre jusqu'à
+ce que la bouteille ne soit
+plus électrisée: la raison en est
+qu'il charrie &amp; apporte le feu du
+dedans au dehors de la bouteille
+jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli.</p>
+
+<p>«Les objections que l'on fait
+contre cette troisiéme expérience,
+ou plutôt les faits
+que l'on oppose aux conséquences
+qui en résultent, doivent
+être partagés en deux classes.
+Je vais répondre à ceux de la
+premiere, &amp; ceux de la seconde
+trouveront place ailleurs; notre
+<span class="pagenum"><a name="I65" id="I65">I-65</a></span>
+auteur ayant examiné à fond
+la différence que l'on a remarquée
+entre un corps électrisé
+par un globe de verre, &amp; un
+autre électrisé par un globe de
+soufre.<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a>
+<a href="#footnote14"><sup class="sml">14</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote14"
+name="footnote14"><b>Note 14: </b></a><a href="#footnotetag14">
+(retour) </a> Voyez vers la fin les Lettres 7, 8 &amp; 9.</blockquote>
+
+<p>»Comment notre critique, si
+clairvoyant d'ailleurs, a-t-il pû
+méconnoître l'effet des pointes
+dans l'expérience qu'il propose
+pour objection, pag. 102 &amp; 103?
+Il avoit déjà déclaré dans la page
+précédente qu'il préféroit une
+petite feuille de métal aux boulettes
+de liége dont s'est servi
+M. Franklin: il s'en sert encore
+ici pour prouver que la surface
+extérieure de la bouteille électrisée
+<span class="pagenum"><a name="I66" id="I66">I-66</a></span>
+n'attire pas ce que sa surface
+intérieure a repoussé, sans
+faire attention qu'en vertu du
+pouvoir des pointes, cette feuille
+métallique est dépouillée de
+son atmosphère électrique avant
+de pouvoir être attirée; je dis
+plus, c'est qu'elle est alors dans
+un état d'électricité négative,
+aussi bien que l'extérieur de la
+bouteille, &amp; c'est pour cela
+qu'elle est repoussée. Il ne lui
+arrive en cet endroit que ce qui
+lui est arrivé auprès du fil-d'archal
+plongé dans la bouteille.
+La feuille du métal s'y est souvent
+électrisée sans toucher le
+crochet, de même elle se <i>désélectrise</i>
+sans toucher le ventre;
+<span class="pagenum"><a name="I67" id="I67">I-67</a></span>
+après quoi elle en est repoussée;
+car c'est une vérité reconnue
+que les corps électrisés négativement
+se repoussent de même
+que ceux qui le sont positivement.
+Que notre critique substituë
+à sa feuille de métal ou une
+petite boule de liége, à l'imitation
+de notre auteur, ou une
+balle de métal,<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a>
+<a href="#footnote15"><sup class="sml">15</sup></a> comme je l'ai
+souvent éprouvé, je lui serai
+garant d'un succès aussi complet
+que celui qu'il entreprend de
+contester.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote15"
+name="footnote15"><b>Note 15: </b></a><a href="#footnotetag15">
+(retour) </a> On peut en avoir d'aussi légéres que du
+liége.</blockquote>
+
+<p>»Quant à l'expérience que l'on
+nous oppose, pag. 104. &amp; suivantes,
+le R. P. Beccaria m'a
+dispensé de me mettre en frais
+<span class="pagenum"><a name="I68" id="I68">I-68</a></span>
+pour y répondre. <i>Voy. son Liv. I.
+de l'Électricité Artificielle, chap. II.</i>»</p>
+
+<h3>EXPÉRIENCE IV.</h3>
+
+<p>Fig. 5. Placez une fiole électrisée
+sur de la cire: prenez un fil-d'archal
+(<i>g</i>) qui ait la forme d'un
+C: que ses extrémités, lorsqu'il
+est bandé, soient tellement éloignées,
+que la supérieure puisse
+toucher le fil-d'archal de la bouteille,
+tandis que l'inférieure en
+touche le ventre. Attachez-en la
+partie extérieure sur un bâton de
+cire d'Espagne (<i>h</i>), qui servira
+comme de manche: appliquez
+d'abord son extrémité inférieure au
+fond extérieur de la bouteille, &amp;
+approchez par dégrés son extrémité
+<span class="pagenum"><a name="I69" id="I69">I-69</a></span>
+supérieure du fil-d'archal qui est
+dans le liége, vous y verrez les
+étincelles se suivre successivement
+jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli;
+touchez d'abord le haut, &amp;
+en approchant l'autre extrémité du
+fond, vous aurez un courant de feu
+continuel du dedans au dehors de
+la bouteille: touchez le haut &amp; le
+bas en même tems, &amp; l'équilibre
+sera bientôt rétabli, le fil-d'archal
+courbé formant la communication
+de l'intérieur à l'extérieur.</p>
+
+<p>»Il est raisonnable en général
+de faire des questions pour s'instruire
+de ce que l'on n'entend
+pas; mais il ne l'est guères de
+les accompagner d'objections;
+c'est déclarer d'avance que l'on
+<span class="pagenum"><a name="I70" id="I70">I-70</a></span>
+est déterminé à contredire. Que
+notre critique demande à Mr.
+Franklin ce qu'il prétend prouver
+par sa quatriéme expérience;
+à la bonne heure; mais qu'il
+ajoute tout de suite: <i>Ne sçait-on
+pas qu'on fait cesser l'électricité
+d'un corps quand on en tire
+des étincelles? Ce que vous faites
+ici sur la bouteille de Leyde, vous
+l'éprouverez de même sur une barre
+de fer,..... Faudroit-il dire
+aussi que vous lui rendez par un
+côté le feu que vous lui ôtez par
+l'autre?</i> C'est faire connoître
+qu'il n'entend pas l'état de la
+question; l'état d'une bouteille
+électrisée, &amp; celui d'une barre de
+fer aussi électrisée, ne peuvent
+<span class="pagenum"><a name="I71" id="I71">I-71</a></span>
+guères se comparer tant il se
+trouve de différence de l'un à
+l'autre: différence dans la charge,
+différence dans la situation,
+différence dans la décharge,
+différence dans l'effet; pour
+l'expliquer il faudroit un trop
+long détail, qui se trouvera
+d'ailleurs dans toute la suite de
+ce livre. Revenons à l'expérience
+dont il est question.</p>
+
+<p>»Il est certain qu'en touchant
+successivement avec le fil de
+fer préparé comme il est expliqué,
+le fil-d'archal &amp; le bas de
+la bouteille électrisée, l'on transporte
+le feu du dedans au dehors;
+quoiqu'en dise la critique,
+l'on rend peu à peu à la surface
+<span class="pagenum"><a name="I72" id="I72">I-72</a></span>
+extérieure ce qu'on ôte à l'intérieure,
+ce que celle-ci a de
+trop, &amp; ce qui manque à celle-là,
+jusqu'à ce qu'elles soient remises
+chacune dans leur état naturel.
+Il y a même un moyen de
+rendre ces effets si sensibles
+qu'on ne puisse plus les contester;
+il ne s'agit que de faire l'expérience
+suivante: tenez près
+du ventre de la bouteille une
+balle de liége suspenduë à un fil
+de soye; quand vous toucherez
+le fil-d'archal de la bouteille
+avec le fil de fer, le liége s'approchera
+de la bouteille; quant
+après cela vous toucherez le bas
+de la bouteille, si vous êtes dans
+l'obscurité, vous appercevrez au
+<span class="pagenum"><a name="I73" id="I73">I-73</a></span>
+haut du crochet l'aigrette qui
+paroîtra &amp; disparoîtra à chaque
+attouchement ainsi répété. Si
+on applique en même tems les
+deux bouts du fil de fer, l'un au
+fil-d'archal de la bouteille, &amp;
+l'autre au bas de la même bouteille,
+l'équilibre sera dans l'instant
+rétabli entre les deux surfaces,
+comme l'a judicieusement
+avancé notre Américain.»</p>
+
+<h3>EXPÉRIENCE V.</h3>
+
+<p>Fig. 6. Entourez une bouteille
+(<i>i</i>) d'une bande de plomb laminé
+ou même de papier, à quelque distance
+au-dessus du fond: de cette
+bande circulaire faites monter un
+fil-d'archal jusqu'à ce qu'il touche
+<span class="pagenum"><a name="I74" id="I74">I-74</a></span>
+le fil-d'archal du bouchon de liége
+(<i>k</i>). Il n'est pas possible d'électriser
+un bouteille disposée de
+la sorte: l'équilibre n'est jamais
+détruit; car tandis que la communication
+entre les parties intérieure
+&amp; extérieure de la bouteille est
+continuée par le fil-d'archal du
+dehors, le feu ne fait que circuler,
+&amp; ce qui sort du bas est constamment
+remplacé par le haut; il
+suit de là qu'on ne sçauroit électriser
+une bouteille qui est sale ou
+humide en dehors, surtout si cette
+humidité monte jusqu'au liége ou
+au fil-d'archal.</p>
+
+<p>»À prendre les choses à la rigueur,
+Mr. L. N. a raison de
+dire, contre l'assurance de Mr.
+<span class="pagenum"><a name="I75" id="I75">I-75</a></span>
+Franklin, qu'il n'est pas impossible
+de charger une bouteille
+préparée comme on vient de
+l'expliquer; j'en avois fait l'expérience
+de diverses manières
+long-tems avant d'avoir vû les
+lettres de l'académicien; je l'avois
+même poussée plus loin,
+puisque j'étois venu à bout de
+charger &amp; de décharger la bouteille
+par parties, c'est-à-dire à
+plusieurs reprises, il ne s'agit
+pour cela que d'avoir une fiole
+fort allongée, de l'entourer de
+plusieurs bandes ou ceintures de
+métal parallèles, &amp; assez éloignées
+pour que l'étincelle électrique
+ne puisse sauter de l'une
+à l'autre, &amp; de ne pas forcer en
+<span class="pagenum"><a name="I76" id="I76">I-76</a></span>
+l'électrisant. L'expérience qu'on
+nous oppose revient au même,
+elle réussit quand la main qui
+soutient la bouteille ne touche
+pas à la ceinture métallique, &amp;
+qu'on ne force pas l'électrisation
+au point que le feu puisse
+franchir l'espace vuide qui se
+trouve entr'elles, elle ne réussiroit
+pas autrement.</p>
+
+<p>»Quoi qu'il en soit, je ne trouve
+pas que le succès de cette
+expérience prouve beaucoup
+contre la proposition de Mr.
+Franklin: il n'en reste pas moins
+vrai que la bouteille ne se chargera
+point tant qu'il y aura une
+communication exactement établie
+entre son intérieur &amp; sa doublure
+<span class="pagenum"><a name="I77" id="I77">I-77</a></span>
+extérieure. Il faut toujours
+regarder la main qui lui est appliquée,
+comme faisant partie
+de cette doublure; si elle est
+assez écartée de la ceinture métallique
+pour que le feu ne puisse
+passer de l'une à l'autre, la
+bouteille pourra se charger foiblement;
+mais ce ne sera jamais
+mais que dans la partie qui est
+couverte par la main, &amp; point
+du tout dans la partie qui est
+couverte par la bande de métal.»</p>
+
+<h3>EXPÉRIENCE VI.</h3>
+
+<p>Placez un homme sur un gâteau
+de cire, &amp; donnez-lui à toucher
+le fil-d'archal de la fiole électrisée,
+que vous tiendrez à la
+<span class="pagenum"><a name="I78" id="I78">I-78</a></span>
+main demeurant debout sur le
+plancher; à chaque fois qu'il le
+touchera, il sera électrisé de <i>plus</i>
+en <i>plus</i>, &amp; quiconque sera sur
+le plancher pourra tirer de lui
+une étincelle. Le feu dans cette
+expérience passe du fil-d'archal
+dans son corps, &amp; passe en même
+tems de votre main dans la
+partie extérieure de la bouteille.</p>
+
+<h3>EXPÉRIENCE VII.</h3>
+
+<p>Donnez-lui à tenir la fiole électrisée,
+&amp; touchez le fil-d'archal;
+à chaque fois que vous le toucherez,
+il sera électrisé de <i>moins</i> en
+<i>moins</i>, &amp; pourra tirer une étincelle
+de chacun de ceux qui sont
+sur le plancher. Ici le feu passe du
+<span class="pagenum"><a name="I79" id="I79">I-79</a></span>
+fil-d'archal dans vous, &amp; de lui
+dans la partie extérieure de la
+bouteille.</p>
+
+<h3>EXPÉRIENCE VIII.</h3>
+
+<p>Couchez deux livres sur deux
+verres dos à dos, à la distance de
+deux ou trois pouces; mettez sur
+l'un la fiole électrisée, &amp; touchez
+le fil-d'archal, ce livre sera électrisé
+<i>négativement</i>; le feu électrique
+en étant tiré par le fond de la
+bouteille, ôtez la bouteille, &amp; la
+tenez à la main, touchez l'autre
+livre avec le fil-d'archal, ce livre
+sera électrisé positivement: le feu
+passant du fil-d'archal dans le livre,
+&amp; votre main en refournissant
+en même tems à la bouteille;
+<span class="pagenum"><a name="I80" id="I80">I-80</a></span>
+une petite boule de liége suspendue
+à un fil de soye jouëra entre
+ces deux livres jusqu'à ce que l'équilibre
+soit rétabli.</p>
+
+<h3>EXPÉRIENCE IX.</h3>
+
+<p>Lorsqu'un corps est électrisé
+<i>positivement</i>, il repousse une plume,
+ou une petite boule de liége
+électrisée; lorsqu'il est électrisé
+<i>négativement</i>, ou qu'il est dans
+l'état commun, il les attire, mais
+plus fortement lorsqu'il est électrisé
+<i>négativement</i> que lorsqu'il
+est dans l'état commun, la différence
+étant plus grande.</p>
+
+<h3>EXPÉRIENCE X.</h3>
+
+<p>Quoique, comme dans l'expérience
+<span class="pagenum"><a name="I81" id="I81">I-81</a></span>
+VI. un homme debout sur
+de la cire puisse être électrisé
+nombre de fois, en touchant à
+plusieurs reprises le fil-d'archal de
+la bouteille électrisée que tient
+quelqu'un aussi debout sur le
+plancher, parce qu'il reçoit à
+chaque fois le feu du fil-d'archal;
+cependant en la tenant lui-même
+dans sa main, &amp; touchant le fil-d'archal,
+quoiqu'il tire une forte
+étincelle, &amp; qu'il soit violemment
+frappé, il ne reste point en
+lui d'électricité, le feu le traverse
+seulement en passant de la partie
+intérieure à la partie extérieure
+de la bouteille. Observez, avant
+le coup, de le faire toucher par
+quelqu'un qui soit debout sur le
+<span class="pagenum"><a name="I82" id="I82">I-82</a></span>
+plancher, afin de rétablir l'équilibre
+dans son corps; car en empoignant
+le bas de la bouteille, il devient
+quelquefois un peu électrisé
+<i>négativement</i>, ce qui continuë
+après le coup, de même qu'il
+conserveroit l'électricité <i>positive</i>,
+qui pourroit lui avoir été communiquée
+avant le coup; car le rétablissement
+de l'équilibre dans la
+bouteille n'affecte point du tout
+l'électricité dans l'homme que le
+feu traverse; cette électricité n'est
+ni augmentée ni diminuée.</p>
+
+<h3>EXPÉRIENCE XI.</h3>
+
+<p>Voici une jolie expérience qui
+rend extrêmement sensible le passage
+du feu électrique de la partie
+<span class="pagenum"><a name="I83" id="I83">I-83</a></span>
+intérieure à la partie extérieure
+de la bouteille, pour rétablir l'équilibre.
+Prenez un livre dont la
+couverture soit ornée de filets
+d'or: courbez un fil-d'archal de 8
+ou 10 pouces de long dans la forme
+(<i>m</i>), fig. 7. glissez-le &amp; l'affermissez
+à l'extrémité de la couverture
+du livre sur le filet d'or,
+de sorte que le coude de ce fil-d'archal
+puisse presser sur une extrémité
+du filet d'or, l'anneau
+étant en haut, mais directement
+au-dessus de l'autre extrémité du
+livre: couchez ce livre sur un verre
+ou sur de la cire, &amp; posez la
+bouteille électrisée sur l'autre extrémité
+des filets d'or: alors courbez
+le fil-d'archal élastique, en le
+<span class="pagenum"><a name="I84" id="I84">I-84</a></span>
+pressant avec un bâton de cire;
+jusqu'à ce que son anneau soit proche
+de l'anneau du fil-d'archal de
+la bouteille; à l'instant vous appercevez
+une forte étincelle &amp; un
+coup, &amp; tout le filet d'or qui
+complette la communication entre
+l'intérieur &amp; l'extérieur de la
+bouteille, paroît une flamme vive
+comme un éclair très-brillant.
+L'expérience réussira d'autant
+mieux que le contact sera plus
+immédiat entre le coude du fil-d'archal
+&amp; l'or à une extrémité
+du filet, &amp; entre le fond extérieur
+de la bouteille &amp; l'or à l'autre
+extrémité. Il faut faire cette
+expérience dans une chambre
+obscure. Si vous voulez que tout
+<span class="pagenum"><a name="I85" id="I85">I-85</a></span>
+le contour des filets d'or sur la
+couverture paroisse en feu tout à
+la fois, faites en sorte que la bouteille
+&amp; le fil-d'archal touchent
+l'or dans les angles diagonalement
+opposés.</p>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+<h3><i>DE LA LETTRE VI.</i></h3>
+
+<p class="rig"><i>1. Septembre 1747.</i></p><br><br>
+
+<p><span class="large">N</span><br>ous avions été quelque tems
+dans l'opinion que le feu électrique
+n'étoit pas produit, mais rassemblé
+par le frottement, étant
+en effet un élément répandu partout,
+&amp; attiré par d'autres matières,
+spécialement par l'eau &amp; par
+les métaux: nous avions aussi découvert
+&amp; démontré son affluence
+<span class="pagenum"><a name="I86" id="I86">I-86</a></span>
+au globe électrique, aussi bien
+que son effluence par le moyen
+des roues d'un petit moulin à
+vent<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a>
+<a href="#footnote16"><sup class="sml">16</sup></a>, dont les aîles sont de
+gros papier placées obliquement,
+&amp; tournant librement sur un axe
+délié de fil-d'archal, &amp; aussi par
+de petites roues de la même matière,
+mais qui ont la forme des
+roues de moulin à eau. Je pourrois,
+si j'avois le tems, vous remplir
+une feuille de papier de la
+disposition &amp; de l'application de
+ces roues, &amp; des différens phénomènes
+qui en résultent.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote16"
+name="footnote16"><b>Note 16: </b></a><a href="#footnotetag16">
+(retour) </a> Nous avons découvert depuis que le
+mouvement des roues n'étoit pas causé par
+l'affluence ou l'effluence du feu électrique,
+mais par diverses circonstances d'attraction &amp;
+de répulsion.</blockquote>
+
+<span class="pagenum"><a name="I87" id="I87">I-87</a></span>
+
+<p>L'impossibilité de s'électriser
+soi-même, quoique placé sur un
+gâteau de cire, en frottant le tube
+&amp; en tirant le feu, &amp; la manière
+d'y réussir en approchant le
+tube d'une personne ou d'une
+chose placée sur le plancher, &amp;c.
+s'étoient également présentées à
+nous quelques mois avant d'avoir
+lû l'ingénieux ouvrage (<i>Sequel</i>)
+de M. <i>Watson</i>; elles font même
+partie de ces nouvelles découvertes
+que je me proposois de vous
+communiquer..... Il ne s'agit
+maintenant que de rapporter
+certaines particularités qui ne se
+trouvent point dans cet ouvrage,
+en y joignant nos réfléxions,
+quoiqu'il fût peut-être plus à propos
+<span class="pagenum"><a name="I88" id="I88">I-88</a></span>
+de vous les épargner.</p>
+
+<p>28. Une personne sur un gâteau
+de cire ou de résine &amp; frottant
+le tube, une autre personne
+aussi sur un gâteau de cire &amp; tirant
+le feu; ces deux personnes
+paroîtront électrisées à une troisiéme
+sur le plancher, pourvû
+qu'elles ne soient pas assez près
+pour se toucher; c'est-à-dire que
+cette troisiéme personne appercevra
+une étincelle en approchant
+son doigt de chacune des deux
+premières.</p>
+
+<p>29. Mais si celles qui sont sur
+la cire se touchent l'une l'autre
+pendant que le tube est frotté,
+aucune des deux ne paroîtra électrisée.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="I89" id="I89">I-89</a></span>
+
+<p>30. Si elles se touchent l'une
+l'autre, après que l'on aura excité
+le tube, &amp; tiré le feu, comme ci-devant,
+il y aura une plus forte étincelle
+entr'elles, qu'elle ne l'étoit
+entre l'une d'elles &amp; la personne
+qui est sur le plancher.</p>
+
+<p>31. Après cette forte étincelle,
+on ne découvre dans l'une ni dans
+l'autre aucune trace d'électricité.</p>
+
+<p>Voici de quelle manière nous tâchons
+de rendre raison de ces phénomènes.
+Nous supposons, comme
+ci-dessus, que le feu électrique
+est un élément commun, dont
+chacune des trois personnes susdites
+a une portion égale avant le
+commencement de l'opération
+avec le tube: A, qui est sur un
+<span class="pagenum"><a name="I90" id="I90">I-90</a></span>
+gâteau de cire, &amp; qui frotte le tube,
+rassemble de son corps dans le
+verre le feu électrique; &amp; sa communication
+avec le magazin commun
+étant interceptée par la cire,
+son corps ne recouvre pas d'abord
+ce qui lui en manque. B, qui est
+pareillement sur la cire, alongeant
+son doigt près du tube, reçoit le
+feu que le verre avoit tiré de A; &amp;
+sa communication avec le magazin
+commun étant aussi interceptée,
+il conserve de surplus la quantité
+qui lui a été communiquée.
+A &amp; B paroissent électrisés à C,
+qui est sur le plancher; car celui-ci
+ayant seulement la moyenne
+quantité de feu électrique, reçoit
+une étincelle à l'approche de
+<span class="pagenum"><a name="I91" id="I91">I-91</a></span>
+B, qui en a <i>de plus</i>, &amp; il en donne
+à A, qui en a de <i>moins</i>. Si A &amp; B
+s'approchent jusqu'à se toucher
+l'un l'autre, l'étincelle sera plus
+forte, parce que la différence entr'eux
+est plus grande. Après cet
+attouchement il n'y aura plus d'étincelle
+entre l'un des deux &amp; C,
+parce que le feu électrique est réduit
+dans tous les trois à l'uniformité
+primitive. S'ils se touchent
+pendant qu'on électrise, l'égalité
+n'est point détruite, le feu ne faisant
+que circuler. De-là quelques
+termes nouveaux se sont introduits
+parmi nous. Nous disons que B (&amp;
+les corps dans les mêmes circonstances)
+est électrisé <i>positivement</i>,
+&amp; A <i>négativement</i>; ou plutôt B est
+<span class="pagenum"><a name="I92" id="I92">I-92</a></span>
+électrisé <i>plus</i>, A l'est <i>moins</i>; &amp; tous
+les jours dans nos expériences
+nous électrisons les corps en <i>plus</i>
+&amp; en <i>moins</i>, selon que nous le jugeons
+à propos..... Pour électriser
+en <i>plus</i> ou en <i>moins</i>, il faut seulement
+savoir que les parties du
+tube ou du globe qui sont frottées,
+attirent dans l'instant du frottement
+le feu électrique, &amp; l'enlevent
+par conséquent à la chose frottante.
+Les mêmes parties, aussitôt
+que le frottement cesse, sont disposées
+à donner le feu qu'elles ont
+reçu, à tout corps qui en a moins.
+Ainsi vous pouvez le faire circuler,
+comme M. <i>Watson</i> l'a enseigné:
+vous pouvez aussi l'accumuler
+sur un corps ou l'en soustraire, selon
+<span class="pagenum"><a name="I93" id="I93">I-93</a></span>
+que vous liez ce corps avec celui
+qui frotte ou avec celui qui reçoit,
+la communication avec le
+magazin commun étant interrompuë.
+Nous croyons que cet ingénieux
+auteur s'est trompé lorsqu'il
+a imaginé dans son ouvrage que le
+feu électrique descend par le fil-d'archal
+du lambris au canon de
+fusil, de-là au globe, &amp; électrise
+ainsi la machine &amp; l'homme qui
+tourne la roue, &amp;c. Nous supposons
+au contraire qu'il est chassé &amp;
+non introduit à travers le fil-d'archal,
+&amp; que la machine &amp; l'homme,
+&amp;c. sont électrisés en moins;
+c'est-à-dire, qu'ils ont en eux moins
+de feu électrique que les choses
+dans l'état commun.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="I94" id="I94">I-94</a></span>
+
+<p>Comme le Vaisseau est sur le
+point de faire voiles, je ne puis
+vous rendre sur l'électricité de l'Amérique,
+un compte aussi étendu
+que je me l'étois proposé, je me
+bornerai donc à quelques autres
+particuliarités.... Nous trouvons
+le plomb granulé meilleur que
+l'eau pour remplir la bouteille,
+parce qu'il est aisément chauffé,
+&amp; qu'il conserve la chaleur &amp; la
+sécheresse dans un air humide....
+nous enflammons les liqueurs spiritueuses
+avec le fil-d'archal de la
+fiole... nous rallumons une chandelle
+qui vient d'être éteinte, en
+tirant une étincelle dans la fumée
+entre le fil-d'archal &amp; les mouchettes....
+nous imitons les éclairs
+<span class="pagenum"><a name="I95" id="I95">I-95</a></span>
+en passant le fil-d'archal dans l'obscurité
+sur un plat de porcelaine qui
+a des fleurs d'or, ou en l'appliquant
+au câdre doré d'un miroir,
+&amp;c.... nous électrisons une personne
+plus de vingt fois de suite
+par l'attouchement du doigt au fil-d'archal,
+de cette manière: placez
+quelqu'un sur de la cire; mettez-lui
+à la main la bouteille électrisée,
+touchez du doigt le fil-d'archal;
+touchez ensuite sa main ou
+son visage, il y paroîtra des étincelles
+à chaque fois... nous augmentons
+excessivement la force
+des baisers électriques. Ainsi placez
+A &amp; B. sur un gâteau de cire,<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a>
+<a href="#footnote17"><sup class="sml">17</sup></a>
+mettez à la main de l'un des
+<span class="pagenum"><a name="I96" id="I96">I-96</a></span>
+deux la fiole électrisée; faites empoigner
+à l'autre le fil-d'archal, il
+en sortira une petite étincelle;
+mais s'ils approchent leurs lèvres
+ils seront frappés &amp; étourdis. La
+même chose arrive, si un autre
+homme &amp; une autre femme C &amp;
+D se tenant aussi sur de la cire, &amp;
+joignant les mains avec A &amp; B,
+viennent à se baiser ou à se prendre
+les mains.... nous suspendons
+par un fil de soye une figure
+d'araignée faite d'un petit morceau
+de liége brûlé avec les pates
+de fil de lin, &amp; lestée d'un ou de
+deux grains de plomb pour lui donner
+plus de poids sur la table où
+elle est suspenduë; nous attachons
+un fil-d'archal perpendiculairement,
+<span class="pagenum"><a name="I97" id="I97">I-97</a></span>
+aussi haut que le fil-d'archal
+de la fiole, &amp; éloigné de l'araignée
+de deux ou trois pouces:
+alors nous l'animons en mettant la
+fiole électrisée à la même distance,
+mais de l'autre côté; elle volera
+sur le champ au fil-d'archal de la
+fiole, &amp; bandera ses pattes, en le
+touchant; s'élancera de ce fil, &amp;
+volera au fil-d'archal de la table,
+de-là encore au fil-d'archal de la
+fiole, joüant avec ses pattes contre
+l'un &amp; l'autre d'une manière
+tout à fait amusante, &amp; paroîtra
+parfaitement animée aux personnes
+qui ne seront pas instruites.
+Elle continuëra ce mouvement
+une heure &amp; plus dans un tems
+sec.... nous électrisons sur de la
+<span class="pagenum"><a name="I98" id="I98">I-98</a></span>
+cire dans l'obscurité, un livre entouré
+d'un double filet d'or sur la
+couverture, ensuite nous appliquons
+le doigt à la dorure; le feu
+paroît partout sur l'or comme un
+faisceau d'éclairs, &amp; nullement
+sur le cuir, quand même on toucheroit
+le cuir au lieu de l'or....
+nous frottons nos tubes avec une
+peau de chamois, &amp; nous observons
+de présenter toujours le même
+coté au tube, &amp; de ne jamais
+salir le tube en le maniant. Ainsi
+l'on travaille avec vitesse &amp; facilité,
+sans la moindre fatigue, surtout
+si l'on a soin de l'enfermer proprement
+dans un étui de carton
+doublé de flanelle, dont la capacité
+réponde exactement au volume du
+<span class="pagenum"><a name="I99" id="I99">I-99</a></span>
+tube...<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a>
+<a href="#footnote18"><sup class="sml">18</sup></a> J'entre dans ce détail, parce
+que les écrits d'Europe sur l'électricité
+parlent souvent du frottement
+des tubes, comme d'un éxercice
+pénible &amp; fatiguant. Nos globes
+tournent sur des axes de fer qui
+les traversent: à une extrémité de
+l'axe il y a une manivelle avec laquelle
+nous tournons le globe comme
+une meule ordinaire, ce que
+nous trouvons d'autant-plus commode,
+que la machine ocupant peu
+de place, est portative, &amp; peut être
+renfermée dans une boëte propre
+lorsque l'on ne s'en sert plus. Il est
+vrai que le globe ne tourne pas
+<span class="pagenum"><a name="I100" id="I100">I-100</a></span>
+aussi vîte que lorsqu'on y employe
+une grande rouë; mais cet inconvénient
+est de peu de conséquence,
+puisque quelques tours suffisent
+pour charger la fiole, &amp;c.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote17"
+name="footnote17"><b>Note 17: </b></a><a href="#footnotetag17">
+(retour) </a> Nous reconnumes bientôt qu'il n'étoit
+besoin d'y placer que l'un ou l'autre.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote18"
+name="footnote18"><b>Note 18: </b></a><a href="#footnotetag18">
+(retour) </a> Nos Tubes sont ici de verre verd, longs
+de 27. à 30. pouces, et aussi gros qu'on puisse
+les empoigner. L'Électricité est si fort en vogue,
+que depuis quatre mois il en a été vendu
+plus d'un cent.</blockquote>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+
+<h3>AUTRES EXPÉRIENCES</h3>
+
+<blockquote><i>Qui prouvent que la bouteille de
+Leyde ne contient pas plus de feu
+électrique, lorsqu'elle est chargée,
+ni moins, lorsqu'elle est déchargée,
+qu'auparavant: que dans
+la décharge le feu ne sort point du
+fil-d'archal &amp; des côtés en même-tems,
+comme quelques-uns l'ont
+pensé; mais que les côtés reçoivent
+toujours ce qui est déchargé
+par le fil-d'archal, ou une égale</i>
+<span class="pagenum"><a name="I101" id="I101">I-101</a></span>
+<i>quantité; la surface extérieure
+étant toujours dans un état négatif
+d'électricité, tandis que la
+surface intérieure est dans un état
+positif.</i></blockquote>
+
+<p>32. <span class="big">P</span>lacez sous le coussin,
+frottant une lame de verre assez
+épaisse pour couper la communication
+du feu électrique entre le
+plancher &amp; le coussin; alors s'il n'y
+a pas de pointes déliées ou de fils
+capillaires qui sortent du coussin
+ou des parties de la machine opposées
+au coussin (ce à quoi vous devez
+bien prendre garde) vous ne
+pourrez tirer du premier conducteur
+que peu d'étincelles, qui seront
+tout ce que le coussin en pourra
+donner.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="I102" id="I102">I-102</a></span>
+
+<p>33. Suspendez alors une fiole
+sur le premier conducteur, &amp; elle
+ne se chargera pas, quoique vous
+la teniez par le côté; mais formez
+par une chaîne une communication
+des côtés de la fiole au coussin,
+&amp; la fiole se chargera, car
+alors le globe tire le feu électrique
+de la surface extérieure de la fiole,
+&amp; le pousse à travers le premier
+conducteur, &amp; le fil-d'archal de
+la fiole dans sa surface intérieure.</p>
+
+<p>Ainsi la bouteille est chargée
+avec son propre feu, nul autre ne
+pouvant y entrer, tandis que la
+lame de verre est sous le coussin.</p>
+
+<p>«M. L. N. conteste cette expérience,
+en assurant qu'il l'a
+répétée, &amp; que dans le premier
+<span class="pagenum"><a name="I103" id="I103">I-103</a></span>
+cas; c'est-à-dire, quand on tenoit
+la bouteille à la main,
+elle s'est chargée de même que
+dans le second cas, où l'on avoit
+établi une communication de
+l'envelope de cette bouteille au
+coussin. Je ne sçai pas précisément
+la différence qui a pû se
+trouver entre sa manière d'opérer
+&amp; celle de M. Franklin; mais
+sur l'exposé du Physicien François,
+je soupçonne ce qui a pû
+l'induire en erreur; il s'est apparemment
+persuadé que d'épuiser
+le coussin de son électricité,
+c'étoit une opération toute simple
+&amp; de facile éxécution. Il s'en
+faut beaucoup que je ne l'aye
+regardée du même oeil; plus j'y
+<span class="pagenum"><a name="I104" id="I104">I-104</a></span>
+ai réfléchi avant de l'entreprendre,
+plus elle m'a paru difficile;
+&amp; depuis que j'en suis venu à
+bout, j'estime qu'il n'y a point
+d'expérience électrique plus délicate,
+&amp; qui éxige tant de précautions.
+Voici quelques maximes
+générales tirées de mes remarques
+sur les différentes expériences
+que j'ai tentées pour
+épuiser le coussin, qui pourront
+le faire connoître. Il faut:</p>
+
+<p>»1º. Que le carreau de glace
+ou de verre, qui porte le coussin
+l'excéde au moins de 7. à 8.
+pouces de chaque côté.</p>
+
+<p>»2º. Que ni le carreau ni le
+coussin ne soient attachés par
+des ligamens extérieurs, pas
+<span class="pagenum"><a name="I105" id="I105">I-105</a></span>
+même avec des cordons de soye,
+à moins qu'ils ne soient préparés,
+comme je le dirai ci-après.</p>
+
+<p>»3º. Que les mandrins mastiqués
+au globe soient au moins
+à 6. ou 7. pouces du coussin.</p>
+
+<p>»4º. Qu'il ne se trouve à 3. ou
+4. pieds tout autour aucune pointe,
+de quelque nature qu'elle
+soit.</p>
+
+<p>»J'ai d'abord essayé d'épuiser au
+coussin d'environ 7. pouces de
+diamètre, sous lequel j'avois mis
+une glace plane d'un pied quarré,
+le tout attaché avec des cordons
+de soye; l'expérience n'a
+point réussi.</p>
+
+<p>»J'ai substitué à cette glace une
+capsule sphérique de 10. pouces
+<span class="pagenum"><a name="I106" id="I106">I-106</a></span>
+de diamètre, dans laquelle j'avois
+fixé le coussin avec des cordons
+de soye, qui en passant par-dessus
+les bords de la capsule,
+les attachoient ensemble sur le
+support destiné à porter le coussin.
+Cette expérience n'eut pas
+plus de succès que la première;
+mais j'apperçus que les petits
+poils qui sortoient tout autour des
+cordons de soye se dressoient vers
+le coussin. Je jugeai de-là que
+c'étoient autant de pointes qui
+lui fournissoient de nouveau feu
+à mesure que le globe en tiroit.
+Après avoir remédié à ce défaut
+en cirant bien éxactement
+les cordons de soye, je répétai
+l'électrisation; mais je ne fus pas
+<span class="pagenum"><a name="I107" id="I107">I-107</a></span>
+plus heureux. Le feu électrique
+parut sortir du conducteur presqu'aussi
+abondamment que si le
+coussin n'eût point été isolé. J'y
+apperçus cependant un changement
+marqué qui me donna bonne
+espérance; quand je présentois
+mon doigt à 3. ou 4. pouces
+du coussin, j'y sentois une espéce
+de suction, &amp; j'entendois
+sur le coussin un bruit assez semblable
+à celui que l'on fait en retirant
+son haleine, les lèvres serrées,
+comme pour piper un
+petit animal. Cela me fit conjecturer
+que j'apercevrois dans
+l'obscurité une aigrette lumineuse
+au bout de mon doigt, &amp; peut-être
+l'endroit d'où sortoit le feu
+<span class="pagenum"><a name="I108" id="I108">I-108</a></span>
+qui étoit fourni au coussin.</p>
+
+<p>»Dès-que la nuit fut venuë, &amp;
+que j'eus recommencé l'opération,
+je vis, 1º. un courant de
+feu qui sortant en nappe d'un des
+mandrins du globe, se précipitoit
+jusques sur le coussin à l'endroit
+de sa jonction avec le globe;
+2º. de petites aigrettes lumineuses
+à tous les poils de mes
+habits qui se dirigeoient vers le
+coussin; 3º. une longue aigrette
+mince &amp; peu divergente qui partoit
+de mon doigt, lorsque je le
+présentois au coussin à 3. ou 4.
+pouces de distance, &amp; qui se
+changeoit en un courant continu,
+pour peu que je l'approchasse
+davantage. M'étant aperçû
+<span class="pagenum"><a name="I109" id="I109">I-109</a></span>
+que le coussin étoit plus près d'un
+des pôles du globe que de l'autre,
+&amp; l'ayant remis le plus éxactement
+qu'il me fut possible,
+à égale distance des deux mandrins,
+je vis le courant de feu,
+qui auparavant sortoit de l'un
+d'eux, partagé en deux nappes
+à peu-près égales, une de chaque
+côté: Ayant fait cesser la rotation
+du globe, je remarquai
+que la vertu attractive du coussin
+s'y conserva encore long-temps.
+Plus d'une demi-heure
+après l'avoir laissé dans cet état,
+il suçoit &amp; pipoit encore à l'approche
+du doigt.</p>
+
+<p>»En réfléchissant sur ces observations,
+j'ai imaginé qu'il falloit
+<span class="pagenum"><a name="I110" id="I110">I-110</a></span>
+avoir un coussin plus étroit &amp; un
+globe plus gros, ou du moins
+dont les mandrins fussent plus
+éloignés de l'Équateur. J'essayai
+un globe de 14. pouces de diamètre;
+mais il se trouva un peu
+trop dur, ayant trop d'épaisseur
+de verre. D'ailleurs, quelque solide
+que fût la machine dont je
+me servois, il y causa par sa rotation
+un ébranlement qui m'inquiéta.
+Ces considérations me
+déterminérent à donner la préférence
+à un globe de cristal de
+13. pouces que je fis monter exprès.
+Les goulots en sont minces,
+&amp; les mandrins qui y sont
+mastiqués n'ont guère plus d'un
+demi-pouce d'empattement tout
+<span class="pagenum"><a name="I111" id="I111">I-111</a></span>
+autour. En faisant rouler ce globe
+sur un coussin de 3. pouces de
+diamètre, les bords de celui-ci
+se trouvent éloignés des mandrins
+de plus de 7. pouces. Ma
+grande capsule au fond de laquelle
+j'ai fixé ce coussin avec du
+mastic, met encore un plus grand
+éloignement entre lui &amp; le plateau
+de bois qui porte le tout.</p>
+
+<p>»Ce n'est qu'après toutes ces
+précautions que je suis venu à
+bout d'épuiser la matière électrique
+du coussin, &amp; de faire les expériences
+que M. Franklin nous
+a indiquées sur ce sujet. Je suis
+d'autant-moins étonné du peu
+de succès de ceux qui disent les
+avoir tentées inutilement, que
+<span class="pagenum"><a name="I112" id="I112">I-112</a></span>
+je suis sûr qu'il est impossible d'y
+réussir sans toutes ces précautions.
+Sans entrer dans une discussion
+qui seroit trop longue &amp;
+ennuyeuse, on trouvera dans cet
+exposé des réponses plus que suffisantes
+aux questions &amp; objections
+de nos critiques, &amp; la raison
+de la différence de leurs succès.
+<i>Lisez Lettres sur l'Électricité</i>,
+<i>pag.</i> 112-115. Pour les trois
+questions qui terminent la page
+115, pourra-t-on apprendre,
+sans étonnement, qu'elles nous
+viennent d'un homme instruit?
+Je vais pourtant y satisfaire comme
+si elles le méritoient. Sur la
+dernière conséquence de M.
+Franklin qu'il n'entre dans la
+<span class="pagenum"><a name="I113" id="I113">I-113</a></span>
+bouteille que le feu électrique
+qui vient de sa surface extérieure,
+on lui demande: <i>Et quelle
+certitude en avez-vous? La matière
+électrique n'est-elle pas répandue
+dans l'air de l'atmosphère?
+Et pourquoi ne voulez-vous pas
+que la chaîne &amp; le globe y trouvent
+ce feu électrique qui passe par
+le conducteur dans l'intérieur de
+la fiole? Il faut montrer que cela
+est impossible, ou que cela n'est pas,
+si vous voulez que votre conséquence
+soit reçuë.</i> Soit, Monsieur,
+on s'en tient à votre parole. Voici
+la certitude que nous en avons,
+indépendamment de ce que nous
+voulons ou ne voulons pas. Écoutez
+bien. Si la chaîne &amp; le globe
+<span class="pagenum"><a name="I114" id="I114">I-114</a></span>
+trouvoient dans l'air de l'atmosphère
+ce feu électrique qui passe
+par le conducteur dans l'intérieur
+de la fiole, ils l'y trouveroient
+aussi bien avant qu'on eût
+établi une communication de
+l'extérieur de la bouteille au coussin,
+qu'après, &amp; dans ce cas on
+l'apercevroit en touchant au conducteur.
+Il est cependant très-certain
+que dès-que le coussin
+est épuisé on ne tire pas la moindre
+étincelle des conducteurs:
+tirez, s'il vous plaît, la conséquence
+vous-même, &amp; ne refusez
+plus de la recevoir.»</p>
+
+<p>34. Suspendez deux balles de liége
+par des fils de lin attachés au
+premier conducteur; touchez alors
+<span class="pagenum"><a name="I115" id="I115">I-115</a></span>
+le côté de la bouteille, &amp; elles seront
+électrisées, &amp; elles s'éloigneront
+l'une de l'autre.</p>
+
+<p>Car autant que vous donnez de
+feu aux côtés, autant précisément
+il s'en décharge à travers le fil-d'archal
+sur le premier conducteur,
+d'où les balles de liége reçoivent
+une atmosphére électrique.</p>
+
+<p>Mais prenez un fil-d'archal
+courbé en forme de C, avec un
+bâton de cire d'Espagne fixé à la
+partie extérieure de la courbure,
+afin de le tenir par-là, &amp; appliquez
+une extremité de ce fil-d'archal
+aux côtés, &amp; l'autre en même temps
+au premier conducteur, la
+fiole sera déchargée; &amp; si les balles
+ne sont pas électrisées avant la décharge,
+<span class="pagenum"><a name="I116" id="I116">I-116</a></span>
+elles ne paroîtront pas
+l'être après; car elles ne se repousseront
+pas l'une l'autre.</p>
+
+<p>Maintenant si le feu déchargé
+de la surface intérieure de la bouteille
+à travers son fil-d'archal
+restoit sur le premier conducteur,
+les balles seroient électrisées &amp;
+s'éloigneroient l'une de l'autre.</p>
+
+<p>Si la fiole faisoit une explosion
+réelle aux deux extrémités &amp; déchargeoit
+le feu tant des côtés
+que du fil-d'archal, les balles seroient
+électrisées en <i>plus</i> &amp; s'éloigneroient
+<i>plus loin</i>, car aucune
+portion de feu ne peut s'échaper
+en étant empêchée par le manche
+de cire.</p>
+
+<p>Mais si le feu, dont la surface
+<span class="pagenum"><a name="I117" id="I117">I-117</a></span>
+intérieure est surchargée, est précisément
+la quantité qui manque
+à la surface extérieure, il passera
+circulairement à travers le fil-d'archal
+attaché au manche de cire,
+rétablira l'équilibre dans le verre,
+&amp; ne causera aucune altération
+dans l'état du premier conducteur.</p>
+
+<p>Nous avons trouvé conformément
+que si le premier conducteur
+est électrisé, &amp; que les balles
+de liége soient dans un état de
+répulsion avant que la bouteille
+soit chargée, elles continueront
+d'y être après, sinon elles ne seront
+point électrisées par cette
+décharge.</p>
+
+<p>«Tout ce qui est dans la critique,
+<span class="pagenum"><a name="I118" id="I118">I-118</a></span>
+pag. 116. 117, &amp; 118. contre
+cette expérience, me paroît
+tout-à-fait hors de propos; notre
+auteur, comme on vient de le
+voir, prouve incontestablement
+que l'expérience de Leyde n'électrise
+point les corps qui reçoivent
+la commotion, ou qui ont communication
+avec ceux qui la reçoivent,
+&amp; M. L. N. en convient;
+mais après cela il se perd
+dans une discussion qui n'a aucun
+rapport au sujet dont il s'agit.»</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/deco01.png"></p>
+<br><br><br>
+
+<span class="pagenum"><a name="I119" id="I119">I-119</a></span>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+
+<h2>LETTRE IV.</h2>
+
+<p class="mid"><i>Nouvelles expériences &amp; observations<br>
+sur l'Électricité.</i></p>
+
+<p class="rig">1748.</p><br><br>
+
+<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p><br>
+
+<p>35. Il y aura la même explosion
+&amp; le même choc, si la bouteille
+électrisée est tenue d'une
+main par le <i>crochet</i>, &amp; touchée de
+l'autre par les <i>côtés</i><a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a>
+<a href="#footnote19"><sup class="sml">19</sup></a>, que si elle
+est tenue par les <i>côtés</i> &amp; touchée
+au <i>crochet</i>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote19"
+name="footnote19"><b>Note 19: </b></a><a href="#footnotetag19">
+(retour) </a> M. Franklin s'est servi dans la plupart de
+ses expériences, &amp; surtout dans les suivantes,
+de bouteilles garnies de métal en dedans &amp; en
+dehors: il faut donc entendre par le terme
+<i>côtés</i>, la surface extérieure couverte d'une
+enveloppe métallique depuis le fond jusqu'au
+collet, ou jusqu'à deux ou trois pouces près
+du goulot.</blockquote>
+
+<span class="pagenum"><a name="I120" id="I120">I-120</a></span>
+
+<p>36. Pour prendre impunément
+par le <i>crochet</i> la bouteille chargée,
+&amp; en même tems ne pas
+diminuer sa force; il faut d'abord
+la placer sur un corps originairement
+électrique.</p>
+
+<p>37. La fiole sera électrisée aussi
+fortement, si elle est tenue par le
+<i>crochet</i> &amp; les <i>côtés</i> appliqués au
+globe ou au tube, que si elle est
+tenue par les <i>côtés</i>, &amp; que le <i>crochet</i>
+leur soit appliqué.</p>
+
+<p>38. Mais la direction du feu
+électrique étant différente dans la
+charge, elle sera aussi différente
+dans l'explosion; la bouteille chargée
+par le <i>crochet</i> sera déchargée
+par le <i>crochet</i>; la bouteille chargée
+par les <i>côtés</i> sera déchargée
+<span class="pagenum"><a name="I121" id="I121">I-121</a></span>
+par les <i>côtés</i>, &amp; jamais autrement;
+car le feu doit sortir par la
+même voye qui lui a donné entrée.</p>
+
+<p>39. Pour prouver cela, prenez
+deux bouteilles qui soient également
+chargées par les <i>crochets</i>,
+une dans chaque main; approchez
+leurs <i>crochets</i> l'un de l'autre,
+il n'en résultera ni étincelle
+ni choc, parce que chaque <i>crochet</i>
+est disposé à donner du feu,
+&amp; ni l'un ni l'autre ne l'est à en
+recevoir. Posez une des bouteilles
+sur le verre, levez-la par le
+<i>crochet</i>, &amp; appliquez son <i>côté</i>
+au <i>crochet</i> de l'autre; il y aura
+alors une explosion &amp; un choc,
+&amp; les deux bouteilles seront déchargées.
+<span class="pagenum"><a name="I122" id="I122">I-122</a></span></p>
+
+<p>»Sur l'assertion de Mr. Franklin
+que, si l'on approche l'un de
+l'autre les crochets des deux
+bouteilles également chargées,
+il n'en résultera ni étincelle, ni
+choc: <i>Ho! voilà</i>, s'écrie M. L.
+N.<a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a>
+<a href="#footnote20"><sup class="sml">20</sup></a>, <i>ce dont je ne conviendrai
+pas; car dès la premiere fois que
+j'en fis l'épreuve, je vis très-distinctement
+éclater le feu électrique
+entre les deux crochets, &amp; je
+ressentis un coup assez vif dans
+les deux bras</i>. Cela peut être, &amp;
+je crois que cela est, pour l'avoir
+éprouvé de même; mais la
+proposition de M. Franklin n'en
+est pas moins vraie, &amp; il faudra
+que le physicien François en
+<span class="pagenum"><a name="I123" id="I123">I-123</a></span>
+convienne malgré sa protestation,
+car il faut se rendre à l'évidence;
+il doit sçavoir qu'après
+l'expérience de Leyde, la
+bouteille n'est plus chargée, &amp;
+qu'il n'y reste plus de feu: si les
+deux bouteilles dont il s'agit restent
+chargées après en avoir approché
+les deux crochets l'un
+de l'autre, c'est une preuve incontestable
+qu'elles n'ont pas
+produit tout leur effet. Celui
+que M. L. N. a ressenti n'est venu
+que de ce que l'une des bouteilles
+étoit plus chargée que
+l'autre, &amp; le feu qu'il a vû si
+distinctement entre les deux crochets,
+n'est que ce qui en a
+passé de l'une à l'autre pour les
+<span class="pagenum"><a name="I124" id="I124">I-124</a></span>
+remettre toutes deux en équilibre:
+elles n'en restent pas moins
+chargées l'une &amp; l'autre après
+cette légère commotion, qui
+d'ailleurs n'est pas différente de
+celles qu'on ressent dans la main
+à chaque étincelle que l'on tire
+d'un peu loin du conducteur,
+quand on charge une bouteille.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote20"
+name="footnote20"><b>Note 20: </b></a><a href="#footnotetag20">
+(retour) </a> Lett. sur l'Électricité, pag. 123.</blockquote>
+
+<p>»Pour avoir sur ce sujet une
+conviction encore plus complette,
+il ne s'agit que de varier
+l'expérience: prenez deux bouteilles
+dont l'une soit bien chargée
+&amp; l'autre ne le soit point du
+tout; en approchant leurs crochets
+l'un de l'autre, vous verrez
+une étincelle &amp; vous recevrez
+un coup; mais après cela
+<span class="pagenum"><a name="I125" id="I125">I-125</a></span>
+les bouteilles seront toutes deux
+à demi chargées; preuve certaine
+que le feu est sorti par le crochet
+de celle qui étoit électrisée,
+comme il y étoit entré.</p>
+
+<p>»Cette erreur de M. L. N. ne
+vient donc que de ce qu'il n'a
+pas fait attention que pour cette
+expérience les deux bouteilles
+doivent être <i>également</i> chargées.
+Quand elles le sont, il n'y a réellement
+ni étincelle, ni choc,
+comme l'a judicieusement avancé
+M. Franklin.</p>
+
+<p>40. Variez l'expérience en
+chargeant deux fioles également,
+l'une par le <i>crochet</i>, l'autre par le
+<i>côté</i>; tenez par les <i>côtés</i> celle qui
+a été chargée par le <i>crochet</i>, &amp;
+<span class="pagenum"><a name="I126" id="I126">I-126</a></span>
+tenez par le <i>crochet</i> celle qui à été
+chargée par le <i>côté</i>; appliquez le
+<i>crochet</i> de la première au <i>côté</i> de
+la seconde, il n'y aura ni choc,
+ni étincelle: posez sur le verre
+celle que vous tenez par le <i>crochet</i>,
+levez-la par les <i>côtés</i>, &amp;
+présentez les deux <i>crochets</i> l'un à
+l'autre, il y aura une étincelle &amp;
+un choc, &amp; les deux bouteilles
+seront déchargées.</p>
+
+<p>»Cette expérience étant attaquée
+dans le même endroit &amp;
+de la même manière que la
+précédente, trouve aussi la
+même défense.</p>
+
+<p>Dans cette expérience les bouteilles
+sont totalement déchargées,
+&amp; l'équilibre y est rétabli:
+<span class="pagenum"><a name="I127" id="I127">I-127</a></span>
+l'excès du feu dans un des crochets,
+(ou plutôt dans la surface
+intérieure d'une bouteille,) étant
+exactement égale à ce qui manque
+de feu dans l'autre, &amp; par
+conséquent comme chaque bouteille
+a en elle-même l'excès aussi
+bien que le défaut, le défaut &amp;
+l'excès doivent être égaux dans
+chaque bouteille. Voyez §. 42.
+43. 44. 45. Mais si un homme
+tient en main les deux bouteilles,
+dont l'une soit pleinement électrisée,
+&amp; l'autre ne le soit point du
+tout; s'il rapproche leurs crochets,
+il ne sentira que la moitié du coup,
+&amp; les bouteilles resteront à demi
+électrisées, l'une étant à demi déchargée,
+&amp; l'autre à demi chargée.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="I128" id="I128">I-128</a></span>
+
+<p>41. Placez deux fioles également
+chargées sur une table à 5.
+ou 6. pouces de distance; suspendez
+une petite boule de liége par
+un fil de soye, qui tombe entre
+les deux bouteilles: si les fioles
+ont été toutes deux chargées par
+leurs crochets, lorsque le liége
+aura été attiré &amp; repoussé par l'un,
+il ne sera pas attiré par l'autre,
+mais il en sera également repoussé;
+mais si les fioles ont été chargées
+l'une par le crochet &amp; l'autre
+par le côté,<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a>
+<a href="#footnote21"><sup class="sml">21</sup></a> le liége après
+<span class="pagenum"><a name="I129" id="I129">I-129</a></span>
+avoir été attiré, &amp; repoussé par
+un crochet, sera aussi fortement
+attiré &amp; ensuite repoussé par
+l'autre, &amp; jouëra ainsi avec force
+entre les deux, jusqu'à ce que
+les deux bouteilles soient à peu
+près déchargées.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote21"
+name="footnote21"><b>Note 21: </b></a><a href="#footnotetag21">
+(retour) </a> Pour charger commodément une bouteille
+par le côté, mettez-la sur un verre: établissez
+une communication du premier conducteur à
+l'enveloppe métallique de cette bouteille, &amp;
+une autre de son crochet à la muraille ou au
+plancher. Quand elle sera chargée, supprimez
+cette derniere communication avant que
+d'empoigner la bouteille, autrement une
+grande partie du feu s'échapperoit par cette
+voye.</blockquote>
+
+<p>42. Lorsque nous employons
+les termes de <i>charger</i> &amp; <i>décharger</i>
+les bouteilles, c'est pour nous
+conformer à l'usage, &amp; par disette
+d'autres termes plus convenables;
+puisque nous sommes persuadés
+qu'il n'y a réellement pas
+plus de feu électrique dans la bouteille
+après ce qu'on appelle sa
+<i>charge</i>, ni moins après sa <i>décharge</i>
+<span class="pagenum"><a name="I130" id="I130">I-130</a></span>
+qu'il n'y en avoit auparavant, excepté
+seulement la petite étincelle
+que l'on peut donner ou enlever
+à la matière non-électrique,
+si elle est séparée de la bouteille:
+étincelle qui ne peut pas égaler la
+cinquantiéme partie de celle qui
+fait l'explosion.</p>
+
+<p>Car si dans l'explosion le feu
+électrique sortoit de la bouteille
+par un endroit, &amp; qu'il ne rentrât
+pas par un autre, il s'ensuivroit
+que si un homme placé sur
+de la cire &amp; tenant la bouteille
+d'une main, tiroit l'étincelle en
+touchant avec l'autre le crochet
+de fil-d'archal, la bouteille étant
+par là déchargée, l'homme seroit
+chargé; ou que la quantité
+<span class="pagenum"><a name="I131" id="I131">I-131</a></span>
+de feu perduë par l'une se retrouveroit
+dans l'autre, puisqu'il n'y a
+aucune issue pour la laisser échaper;
+mais il arrive le contraire.</p>
+
+<p>43. D'ailleurs la fiole ne souffrira
+pas ce que l'on appelle une
+charge, à moins qu'il n'en puisse
+sortir autant de feu par une voye
+qu'il en entre par une autre. Une
+fiole placée sur la cire ou sur le
+verre, ou bien suspenduë sur le
+premier conducteur d'électricité,
+ne peut être chargée à moins qu'il
+n'y ait une communication établie
+entre ses côtés &amp; le plancher
+pour servir de décharge.</p>
+
+<p>»De toutes les expériences de
+Philadelphie, il y en a peu qui
+soient contestées avec autant de
+<span class="pagenum"><a name="I132" id="I132">I-132</a></span>
+confiance que celle-ci. Dès le
+premier rapport que je fis à l'Académie
+royale des sciences en
+1751. du succès des expériences
+de M. Franklin, on me soutint
+avec vivacité que cette observation
+étoit contraire à l'expérience.
+N'étant allé à l'Académie que
+pour y rendre compte de ce que
+j'avois fait &amp; vû, &amp; non pas pour
+disputer; je me contentai de répliquer
+que j'étois sûr de ce que
+j'avançois d'après mon auteur:
+je suis surpris qu'on n'en ait pas
+encore reconnu la vérité. Cette
+communication que l'on établit
+des côtés de la bouteille au plancher,
+est ce que nous appellons
+une décharge: quand on électrise
+<span class="pagenum"><a name="I133" id="I133">I-133</a></span>
+une bouteille à la main, c'est la
+main qui en tient lieu; mais si
+la bouteille est suspenduë au conducteur
+sans décharge, &amp; que
+l'air soit bien sec, je suis sûr pour
+l'avoir éprouvé cent fois, qu'elle
+ne se charge point: j'ai de même
+éprouvé que quand elle est appuyée
+sur un support électrique,
+plus ce support est large &amp; élevé
+&amp; moins elle se charge. J'ai cependant
+vû la bouteille de Leyde
+se charger quoique suspenduë au
+conducteur sans décharge, mais
+très-lentement &amp; très-difficilement,
+dans des tems où l'air de
+l'atmosphère est chargé d'humidité,
+(c'est apparemment celui où
+notre critique a étudié son objection)
+<span class="pagenum"><a name="I134" id="I134">I-134</a></span>
+mais cela ne vient que de
+ce que les particules d'humidité
+répanduës dans l'air font l'office
+de décharge: l'on peut d'autant
+moins se prévaloir de cette observation
+contre M. Franklin,
+qu'il est moins à portée de la
+faire par lui-même. La saison où
+il se livre plus particulierement à
+l'électricité, comme la plus favorable
+aux expériences, est l'hyver,
+&amp; c'est le temps où la Pensylvanie
+jouit du ciel le plus beau
+&amp; le plus pur; quoi qu'il en soit,
+des objections, la proposition de
+notre auteur restera dans toute sa
+force pour quiconque voudra se
+mettre dans sa position, &amp; consulter
+l'expérience sans prévention.
+<span class="pagenum"><a name="I135" id="I135">I-135</a></span></p>
+
+<p>44. Mais suspendez deux ou
+plusieurs fioles sur le premier
+conducteur d'électricité, l'une
+pendante à la queuë de l'autre,
+&amp; un fil-d'archal de la derniere
+au plancher, un égal nombre de
+tours de rouë les chargera également,
+&amp; chacune le sera autant
+que si elle seule eût été soumise
+à l'opération: ce qui est chassé de
+la queuë de la premiere servant à
+charger la seconde, ce qui est
+chassé de la seconde chargeant la
+troisiéme, &amp; ainsi de suite; par
+ce moyen une quantité de bouteilles
+peuvent être chargées par
+la même opération, &amp; aussi pleinement
+que s'il n'y en avoit qu'une
+seule; si ce n'est que chaque
+<span class="pagenum"><a name="I136" id="I136">I-136</a></span>
+bouteille reçoit de nouveau feu,
+&amp; abandonne son ancien avec
+quelque réticence, ou plutôt apporte
+à la charge quelque foible
+résistance, qui dans un nombre
+de bouteilles devient plus égale
+à la puissance chargeante, &amp; repousse
+ainsi le feu sur le globe plus
+vite qu'une simple bouteille ne le
+pourroit faire.</p>
+
+<p>45. Lorsqu'une bouteille est
+chargée par la voye ordinaire, ses
+surfaces intérieure &amp; extérieure
+sont prêtes, l'une à donner le feu
+par le crochet, l'autre à le recevoir
+par le côté: l'une est pleine,
+&amp; disposée à pousser, l'autre est
+vuide, &amp; extrêmement affamée;
+&amp; cependant comme la premiere
+<span class="pagenum"><a name="I137" id="I137">I-137</a></span>
+ne chassera point, que l'autre ne
+puisse au même instant recevoir,
+de même la dernière ne recevra
+point, que la première ne puisse
+donner au même instant; lorsque
+l'un &amp; l'autre peut se faire en même-tems,
+cela se fait avec une
+vitesse &amp; une violence inconcevables.</p>
+
+<p>46. Ainsi lorsqu'on bande un
+ressort avec violence (quoique la
+comparaison ne convienne pas
+dans tous les points) il doit, pour
+se rétablir de lui-même, resserrer
+le côté qui avoit été étendu en le
+bandant, &amp; étendre celui qui
+avoit été resserré. Si l'une de ces
+opérations rencontre des obstacles,
+l'autre ne sauroit avoir son
+<span class="pagenum"><a name="I138" id="I138">I-138</a></span>
+éxécution; mais on ne dit point
+que le ressort soit chargé d'élasticité,
+lorsqu'il est bandé, &amp; déchargé,
+lorsqu'il est débandé; sa
+quantité d'élasticité est toujours la
+même.</p>
+
+<p>47. Le verre a pareillement toujours
+dans sa substance la même
+quantité de feu électrique, &amp; une
+fort grande quantité, par rapport
+à la masse du verre, comme il sera
+prouvé dans la suite.</p>
+
+<p>48. Cette quantité proportionnée
+au verre, il la retient avec
+force &amp; opiniatreté; il n'en aura ni
+plus ni moins, quelque changement
+qu'il éprouve dans ses parties,
+&amp; dans sa situation; c'est-à-dire,
+que nous en pouvons tirer
+<span class="pagenum"><a name="I139" id="I139">I-139</a></span>
+une partie de l'un de ses côtés,
+pourvû que nous en rendions à
+l'autre une égale quantité.</p>
+
+<p>49. Néanmoins lorsque la situation
+du feu électrique est ainsi dérangée
+dans le verre, lorsque quelque
+partie a été retranchée de l'un
+des côtés, &amp; que quelque partie
+a été ajoûtée à l'autre, il ne reste
+point en repos ou dans son état naturel,
+jusqu'à ce qu'il ait été rétabli
+dans son uniformité primitive
+.... &amp; ce rétablissement ne peut
+être fait à travers la substance du
+verre, mais il doit se faire par une
+communication non électrique,
+établie au dehors, de surface à surface.</p>
+
+<p>50. Ainsi la force totale de la
+<span class="pagenum"><a name="I140" id="I140">I-140</a></span>
+bouteille, &amp; le pouvoir de donner
+un choc est dans le verre-même;
+les corps non-électriques en
+contact avec les deux surfaces ne
+servant qu'à donner &amp; à recevoir
+des différentes parties du verre;
+c'est-à-dire, à donner à un côté,
+&amp; à recevoir de l'autre.</p>
+
+<p>51. Nous avons fait ici cette découverte
+de la manière suivante.
+Nous proposant d'analyser la bouteille
+électrifiée pour sçavoir où réside
+sa force, nous la plaçâmes sur
+un verre, &amp; nous ôtames le liége
+&amp; le fil-d'archal, que l'on avoit eu
+attention de ne pas trop enfoncer.
+Alors prenant la bouteille d'une
+main, &amp; approchant un doigt de
+l'autre main auprès de l'orifice, une
+<span class="pagenum"><a name="I141" id="I141">I-141</a></span>
+forte éteincelle s'élança de l'eau,
+&amp; le choc fut aussi violent que si
+le fil-d'archal n'eût point été dérangé,
+ce qui nous fit connoître
+que la force électrique ne résidoit
+point dans le fil-d'archal. Ensuite
+pour découvrir si elle résidoit dans
+l'eau, y étant comprimée &amp; condensée,
+parce que le verre la serre
+de toutes parts (ce qui avoit été
+notre première opinion,) nous électrisâmes
+de nouveau la bouteille;
+&amp; l'ayant mise sur un verre, nous
+otâmes, comme ci-devant, le liége
+&amp; le fil-d'archal; levant alors la
+bouteille, nous versâmes toute
+l'eau dans une autre bouteille vuide
+qui étoit pareillement sur un
+verre; &amp; levant cette derniere fiole,
+<span class="pagenum"><a name="I142" id="I142">I-142</a></span>
+nous comptâmes, si la force
+résidoit dans l'eau, d'entendre partir
+un coup; mais il n'y en eut
+point. Nous jugeâmes donc qu'il
+falloit ou que la force se fût perduë
+en transvasant, ou qu'elle fût
+restée dans la première bouteille;
+&amp; nous trouvâmes que notre derniere
+conjecture étoit juste. Car
+cette bouteille mise à l'épreuve
+donna un coup, quoique remplie,
+sans la déplacer, avec de l'eau
+fraîche, &amp; qui n'étoit point électrifiée...
+Alors pour découvrir si le
+verre avoit cette propriété précisément
+comme verre, ou si la forme
+y contribuoit en quelque chose,
+nous prîmes un carreau de verre;
+&amp; le posant sur la main, nous mîmes
+<span class="pagenum"><a name="I143" id="I143">I-143</a></span>
+une plaque de plomb sur sa
+surface supérieure; ensuite nous
+électrisâmes cette plaque, &amp; à
+l'approche du doigt il y eut une
+étincelle &amp; un choc. Nous prîmes
+ensuite deux plaques de
+plomb de dimensions égales, mais
+plus petites que le verre qui les
+débordoit de deux pouces de tous
+côtés, &amp; nous électrisâmes le verre
+entr'elles en électrisant la plaque
+de dessus. Après cela nous séparâmes
+cette plaque du verre, &amp; par
+cette opération le peu de feu qui
+pouvoit être dans le plomb fut enlevé,
+&amp; le verre touché avec le
+doigt sur les parties électrisées, ne
+donna que quelques petites étincelles
+piquantes; on peut cependant
+<span class="pagenum"><a name="I144" id="I144">I-144</a></span>
+en tirer un grand nombre
+de différent endroits. Après avoir
+remis adroitement le verre entre
+les deux plaques, &amp; achevé un
+cercle; c'est-à-dire, pratiqué une
+communication entre les deux surfaces,
+il s'ensuivit un choc violent
+.... ce qui démontre que le pouvoir
+réside dans le verre comme
+verre, &amp; que les corps non-électriques
+en contact servent uniquement,
+comme l'armure de l'aimant,
+à unir les forces des différentes
+parties, &amp; à les rassembler
+dans tel point qu'on désire. Car
+c'est une proprieté des corps non-électriques,
+que tout le corps reçoit
+ou donne dans un instant tout
+le feu électrique qui est donné ou
+<span class="pagenum"><a name="I145" id="I145">I-145</a></span>
+enlevé à quelqu'une de ses parties.</p>
+
+<p>»L'expérience de Leyde est
+sans contredit une des plus belles
+découvertes qui ayent été
+faites en Physique. C'est elle qui
+a donné lieu aux profondes recherches
+qui occupent si généralement
+les Physiciens depuis
+1745. Chacun d'eux a fait
+ses efforts pour déveloper la
+merveilleuse bouteille qui en
+est le fondement; mais on ne
+voit pas qu'aucun y ait réussi
+avant M. Franklin. L'analyse
+de cette bouteille étoit, ce semble,
+la chose la plus aisée à imaginer
+&amp; la plus simple à éxécuter,
+&amp; cependant personne n'y
+<span class="pagenum"><a name="I146" id="I146">I-146</a></span>
+a songé, comme si cette idée
+n'eût pû venir que du nouveau
+monde; mais à peine a-t-elle
+pénetré en Europe, à peine le
+succès en est-il connu qu'on entreprend
+de le contester; on
+veut documenter l'auteur, changer
+le procedé, &amp; nier le résultat.
+Examinons chacune de ces
+choses.</p>
+
+<p>»<i>Si vous voulez</i>, dit le Physicien
+françois à l'Américain<a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a>
+<a href="#footnote22"><sup class="sml">22</sup></a>,
+<i>répéter cette expérience</i> (l'analyse
+de la bouteille) <i>de bonne foi
+&amp; sans prévention, je vous dirai
+en quoi vous avez manqué; &amp; je
+vous promets qu'en procédant,
+comme il convient, vous trouverez
+<span class="pagenum"><a name="I147" id="I147">I-147</a></span>
+des signes très-marqués de la
+vertu électrique dans votre eau
+transvasée.</i> Voici le procedé.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote22"
+name="footnote22"><b>Note 22: </b></a><a href="#footnotetag22">
+(retour) </a> Lettre sur l'Électricité, pag. 91.</blockquote>
+
+<p>»<i>Je vous avertis donc qu'il faut
+faire cette expérience avec une
+électricité passablement forte,
+éviter les longueurs... que le
+nouveau vase qui reçoit l'eau, ne
+soit pas d'un verre fort épais, &amp;
+qu'au lieu d'être posé sur du verre,
+comme vous le faites, il le
+soit au contraire sur la main d'un
+homme ou sur quelqu'autre corps
+non-électrique. Si vous procedez
+ainsi, je vous réponds du succès.</i>
+Pour moi je pense qu'en
+procedant ainsi, on ne feroit
+point l'analyse de la bouteille.
+Mais ni le critique, ni celui
+<span class="pagenum"><a name="I148" id="I148">I-148</a></span>
+qui s'est laissé surprendre par
+cette expérience, ne se sont apperçus
+qu'ils manquoient dans
+le point essentiel. C'est ce défaut
+de sagacité qui paroît avoir
+assuré la défaite de l'un &amp; la
+victoire de l'autre que l'on a fait
+sonner si haut.</p>
+
+<p>»D'après ce résultat vrai en
+lui-même, mais faux dans son
+principe, on argumente contre
+M. Fr. on le presse: on le
+poursuit: on se persuade qu'il
+ne lui reste pas plus de ressource
+qu'à celui qu'on a nommé son
+plus zèlé partisan.</p>
+
+<p>»Sans entreprendre de réfuter
+tout ce que l'éloquence étale
+en 8. ou 10. pages de la critique,
+<span class="pagenum"><a name="I149" id="I149">I-149</a></span>
+&amp; sans rétorquer tous les
+argumens adressé à notre Américain,
+je crois que quelques
+réflexions fondées sur l'expérience
+suffiront pour en effacer
+les impressions.</p>
+
+<p>»Quand une personne tient
+dans sa main la bouteille électrisée,
+&amp; qu'elle en verse l'eau
+dans une autre bouteille tenuë
+dans la main d'une autre personne,
+il arrive la même chose
+que si l'on faisoit toucher le crochet
+de la premiere bouteille à
+celui de la seconde qui seroit
+armée, la charge se partage entre
+les deux bouteilles.<a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a>
+<a href="#footnote23"><sup class="sml">23</sup></a> Cela
+est si vrai que si la même personne
+<span class="pagenum"><a name="I150" id="I150">I-150</a></span>
+fait seule cette expérience
+en tenant les deux bouteilles,
+une en chaque main, elle
+ressentira une commotion, qui
+ne sera pourtant que la moitié
+de celle qu'elle recevroit, si elle
+faisoit tout simplement l'expérience
+de Leyde. Donc en versant
+l'eau de cette façon on fait
+passer avec elle dans la seconde
+bouteille la moitié de la matière
+électrique contenuë dans la première.
+La preuve s'en tire encore
+d'une autre observation
+que voici. Si la matière électrique
+qui passe ainsi avec l'eau
+d'une bouteille dans l'autre,
+étoit précisément attachée à la
+liqueur, la quantité en seroit
+<span class="pagenum"><a name="I151" id="I151">I-151</a></span>
+proportionelle à la quantité de
+l'eau transvasée: or cela n'est
+point; car que l'on vuide toute
+la liqueur, ou que l'on n'en
+vuide que la moitié, la seconde
+bouteille qui l'aura reçuë se
+trouvera également chargée,
+c'est-à-dire électrisée au même
+degré; &amp; si toutes choses étoient
+égales des deux cotés: si les
+bouteilles étoient égales en capacité,
+en matiére, en forme,
+&amp; leur intérieur également
+moüillé, ce degré seroit éxactement
+le même dans chacune.
+Donc notre critique n'a pas raison
+de dire que l'on ne sauroit
+lui objecter que les circonstances
+dont il fait dépendre le succès
+<span class="pagenum"><a name="I152" id="I152">I-152</a></span>
+de l'expérience, changent
+l'espèce. Et pourquoi ne sauroit-on
+lui faire cette objection,
+dès qu'on voit évidemment
+que son procédé est erronné:
+que n'en apperçevant pas
+le défaut, il en tire avantage,
+pour combattre la doctrine d'un
+Physicien consommé dans cette
+partie, où il donne des leçons
+à tout le monde sçavant?</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote23"
+name="footnote23"><b>Note 23: </b></a><a href="#footnotetag23">
+(retour) </a> V. pag. 125. §. 40.</blockquote>
+
+<p>»S'il restoit encore quelques
+doutes sur l'analyse de la bouteille
+électrisée, qui est regardée
+avec raison comme une
+des plus belles expériences de
+M. Franklin, quoiqu'elle ne soit
+pas une des plus brillantes, &amp;
+sur laquelle j'ai entendu un des
+<span class="pagenum"><a name="I153" id="I153">I-153</a></span>
+Physiciens les plus experimentés
+en cette partie, se reprocher
+de ne l'avoir pas imaginée;
+si, dis-je, il restoit encore
+quelques doutes sur ce sujet,
+on pourroit les lever, en
+s'y prenant d'une autre façon
+que j'ai imaginée, &amp; que je
+rapporte ici, pour répondre à
+ceux qui prétendent que la matière
+électrique ne paroît attachée
+au verre de la bouteille
+qu'en vertu de l'adhérence de
+l'eau à ses parois intérieures. Au
+lieu d'eau, je mets dans la bouteille
+du menu plomb, comme
+du plomb à perdreaux, ou de
+la cendrée: après l'avoir armée
+de son crochet, &amp; l'avoir électrisée,
+<span class="pagenum"><a name="I154" id="I154">I-154</a></span>
+j'en fais l'analyse, suivant
+la méthode de M. Franklin,
+&amp; je trouve toujours que
+le plomb en étant vuidé, n'a
+point emporté l'électricité, mais
+que cette matière est restée
+presque toute entière en la bouteille
+où je l'avois fait entrer
+d'abord, puisque de nouveau
+plomb, ou à sa place de l'eau,
+ou toute autre substance non-électrique,
+ou même rien autre
+chose qu'un fil-d'archal,
+pourvû qu'il touche au fond intérieur,
+lui rend le pouvoir de
+donner la commotion à quiconque
+veut la tenter. J'ai même
+éprouvé qu'elle étoit, toutes
+choses égales d'ailleurs, toujours
+<span class="pagenum"><a name="I155" id="I155">I-155</a></span>
+plus forte avec le plomb
+qu'avec l'eau, C'est en conséquence
+de cette observation,
+que depuis long-tems je ne
+me sers presque plus d'eau dans
+mes expériences électriques.
+J'ai trouvé que le métal, &amp; sur
+tout le plomb granulé est bien
+préférable à la liqueur pour analyser
+la bouteille: il n'est pas
+sujet à l'évaporation: on peut le
+sécher aisément; il n'éclabousse
+point en le traversant: il ne
+s'attache ni aux parois ni au
+goulot de la bouteille, toutes
+choses qui font souvent manquer
+l'expérience, quand on
+opére avec de l'eau. L'usage de
+la limaille pour remplir la bouteille
+<span class="pagenum"><a name="I156" id="I156">I-156</a></span>
+est aussi très-bon; mais si
+l'on veut en faire l'analyse, il
+faut avoir attention que la limaille
+soit bien séche, &amp; qu'elle
+ne fasse point de poussière quand
+on la verse.</p>
+
+<p>Il résulte de toutes ces observations
+que j'ai faites &amp; répétées
+avec tout le soin &amp; l'éxactitude
+possibles, qu'en s'y prenant
+comme l'enseigne M. L. N.
+on ne fait point l'analyse de la
+bouteille électrisée. Car, qu'est-ce
+que faire cette analyse? N'est-ce
+pas tout simplement séparer
+chacune des parties dont elle
+est composée, pour voir à laquelle
+de ses parties la matière
+électrique restera attachée? Or
+<span class="pagenum"><a name="I157" id="I157">I-157</a></span>
+en suivant la route indiquée par
+M. Fr. on arrive sûrement à ce
+but; si l'on entreprend de m'en
+montrer une autre, il faudra
+me prouver qu'elle y conduit
+aussi sûrement, ou tout au
+moins me mettre dans l'impossibilité
+d'en découvrir l'erreur.
+Notre critique ne fait ni l'un
+ni l'autre, &amp; malgré ses argumens
+spécieux, je n'y aurai pas
+plus de confiance que si, pour
+me prouver que l'électricité
+n'est pas attachée au verre, il
+commençoit par décharger la
+bouteille avant d'en faire l'analyse;
+il n'y a pas plus de raison
+à vouloir que la seconde bouteille
+dans laquelle on verse
+<span class="pagenum"><a name="I158" id="I158">I-158</a></span>
+l'eau électrisée, soit dans la
+main d'un autre homme, qu'il
+y en auroit à éxiger que la premiere
+y fût aussi, quand on en
+ôte le fil-d'archal avec les
+doigts. Il y a donc, quoiqu'en
+dise la critique, des circonstances
+d'où on fait dépendre le
+succès de l'expérience, qui en
+changent l'espéce; &amp; celles-ci
+sont du nombre. C'est pour cela
+que je prétens qu'en s'y prenant
+de cette façon, l'on ne
+fait point du tout l'analyse de
+la bouteille.</p>
+
+<p>»Que notre adversaire au reste
+ne s'imagine pas que je n'aye
+en vûe que de le contredire.
+La recherche de la verité est
+<span class="pagenum"><a name="I159" id="I159">I-159</a></span>
+mon seul objet. Aucune considération
+ne sauroit m'en détourner.
+Quand nous avons dit
+que l'eau ou le métal que l'on
+met dans la bouteille de Leyde
+n'emportent point avec eux
+d'électricité, dans le temps
+qu'on les verse dans un autre
+vase soutenu sur un support
+électrique; il ne faut pas prendre
+cette proposition à la rigueur.
+Je sçais par expérience
+que ces corps non-électriques
+ne se dépoüillent pas absolument,
+en sortant de la bouteille,
+de toute l'électricité
+dont ils étoient chargés. Cela
+se voit évidemment quand on
+se sert de limaille pour faire
+<span class="pagenum"><a name="I160" id="I160">I-160</a></span>
+l'analyse de la bouteille. Notre
+auteur estime que la quantité
+qu'ils retiennent de cette
+matière n'équivaut peut-être
+pas la cinq-centiéme partie de
+ce qui fait la charge de la bouteille;
+mais cette petite quantité
+n'est pas ce dont il s'agit ici;
+quand elle seroit beaucoup plus
+considérable dans les circonstances
+établies, elle ne mettroit
+jamais la seconde bouteille
+en état de donner la
+commotion.»</p>
+
+<p>52. Sur quoi nous avons fait
+ce que nous appellons une <i>batterie
+électrique</i>, consistant en
+onze grands carreaux de vitre
+garnis de lames de plomb appliquées
+<span class="pagenum"><a name="I161" id="I161">I-161</a></span>
+sur chaque côté, placés
+verticalement, &amp; soutenus à
+deux pouces de distance sur des
+cordons de soye, avec des crochets
+épais de fil de plomb, un
+de chaque côté, dressés en ligne
+droite, éloignés l'un de l'autre,
+&amp; des communications convenables
+de fil, &amp; une chaîne depuis
+le côté <i>donnant</i> d'un carreau
+jusqu'au côté <i>recevant</i> de l'autre,
+de sorte que le tout puisse
+être chargé ensemble, &amp; par la
+même opération, comme s'il
+n'y avoit qu'un seul carreau.
+Nous avons fait encore une autre
+machine pour amener les côtés
+<i>donnans</i> après la charge, en
+contact avec un long fil-d'archal,
+<span class="pagenum"><a name="I162" id="I162">I-162</a></span>
+&amp; les côtés <i>recevans</i> avec
+un autre. Ces deux longs fils-d'archal
+donneroient la force de
+tous les carreaux de verre à la
+fois à travers le corps de quelque
+animal qui formeroit le
+cercle avec eux. Les carreaux
+peuvent aussi être déchargés séparément,
+ou tel nombre ensemble
+que l'on voudra; mais
+cette machine n'a pas été mise
+beaucoup en usage, comme ne
+répondant pas parfaitement à
+notre intention, relativement à
+la facilité de la charge par la raison
+donnée §. 44. Nous avons
+fait aussi avec de grands carreaux
+de vitre des tableaux magiques
+&amp; des roues animées qui se meuvent
+<span class="pagenum"><a name="I163" id="I163">I-163</a></span>
+d'elles-mêmes, &amp; dont
+nous allons bientôt faire la description.</p>
+
+<p>53. Je m'apperçois par le dernier
+livre de l'ingénieux Mr.
+Watson que j'ai reçu dernièrement,
+que le docteur <i>Bevis</i>
+s'est servi avant nous de carreaux
+de verre pour faire l'expérience
+de Leyde, &amp; jusqu'au moment
+que ce livre m'est parvenu, je
+me proposois de vous communiquer
+cela comme une nouveauté.
+Si j'en fais mention ici, je
+vous dirai pour excuse que nous
+avons tenté l'expérience différemment,
+que nous en avons
+tiré des conséquences différentes,
+(car M. Watson paroît toujours
+<span class="pagenum"><a name="I164" id="I164">I-164</a></span>
+persuadé que le feu est accumulé
+sur le corps non électrique,
+qui est en contact avec le
+verre, pag. 72.) &amp; nous l'avons
+même poussé plus loin, autant
+que j'en puis juger jusqu'à présent.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/deco03.png"></p>
+<br><br><br>
+
+<span class="pagenum"><a name="I165" id="I165">I-165</a></span>
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+
+<h2><i>LETTRE V.</i></h2>
+
+<h3>PREMIÈRE PARTIE.</h3>
+
+<p class="rig">27. Juillet 1751.</p><br>
+
+<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p>
+
+<p>Je crois que M. Watson a
+fait à la hâte ses observations sur
+mon dernier écrit, avant d'avoir
+bien considéré les expériences
+rapportées dans le §. 51. qui me
+paroissent toujours décisives dans
+cette question: <i>Si l'accumulation
+du feu électrique est sur le verre électrisé,
+ou sur la matière non-électrique
+jointe au verre</i>; je crois qu'elles
+démontrent que l'accumulation
+est réellement sur le verre.</p>
+
+<p>Quant à l'expérience dont
+<span class="pagenum"><a name="I166" id="I166">I-166</a></span>
+parle cet ingénieux physicien,
+&amp; qu'il regarde comme concluante
+pour le parti opposé; je
+me flatte qu'il changera de façon
+de penser à cet égard, lorsqu'il
+considérera que, comme
+une personne qui applique le fil-d'archal
+de la bouteille chargée
+à une liqueur spiritueuse échauffée
+dans une cuillier que tient
+une autre personne, toutes deux
+étant sur le plancher, en enflammera
+les esprits, &amp; que cependant
+une pareille inflammation
+ne peut pas décider si l'accumulation
+étoit sur le verre ou
+dans le corps non-électrique;
+de même si l'on place une troisiéme
+personne sur un gâteau de
+<span class="pagenum"><a name="I167" id="I167">I-167</a></span>
+cire entre les deux premières,
+qu'elle tienne d'une main un
+bassin dans lequel on verse l'eau
+de la bouteille, &amp; qu'à l'instant
+de l'effusion elle présente un
+doigt de l'autre main à la liqueur
+spiritueuse; cette circonstance
+ne change rien du tout à l'état
+des choses, le filet d'eau tombant
+de la fiole, le côté du bassin,
+les bras &amp; le corps de la
+personne placée sur le gâteau
+n'étant tous ensemble que comme
+un long fil-d'archal qui s'étend
+de la surface intérieure de
+la fiole à la liqueur spiritueuse.</p>
+
+<p>54. Voici de quelle manière
+se fait le tableau magique. Ayant
+un grand portrait avec un cadre
+<span class="pagenum"><a name="I168" id="I168">I-168</a></span>
+&amp; une glace, (supposez que ce
+soit celui du Roi) ôtez-en l'estampe,
+&amp; coupez-en une bande
+à la distance d'environ deux
+pouces du cadre tout autour;
+quand la coupure prendroit sur
+le portrait il n'y auroit pas d'inconvénient.
+Avec de la colle légere
+ou de l'eau gommée, fixez
+sur le revers de la glace la bande
+du portrait séparée du reste,
+en la serrant &amp; l'unissant bien:
+alors remplissez l'espace vuide
+en dorant la glace avec de l'or
+ou du cuivre en feuille: dorez
+pareillement le bord intérieur du
+derrière du cadre tout autour,
+excepté le haut, &amp; établissez
+une communication entre cette
+<span class="pagenum"><a name="I169" id="I169">I-169</a></span>
+dorure &amp; la dorure du derrière
+de la glace: remettez la planche
+ou le carton sur la glace, &amp; ce
+côté est fini. Retournez la glace,
+&amp; dorez exactement le côté antérieur
+sur la dorure de derrière, &amp;
+lorsqu'elle sera séche couvrez-la,
+en collant dessus le milieu de
+l'estampe qui avoit été séparé
+de la bande; observant de rapprocher
+les parties correspondantes
+de cette bande &amp; du portrait;
+par ce moyen le portrait
+paroîtra tout d'une piéce comme
+auparavant; seulement une partie
+est derrière la glace &amp; l'autre
+devant....... tenez le portrait
+horizontalement par le haut, &amp;
+posez sur la tête du Roi une petite
+<span class="pagenum"><a name="I170" id="I170">I-170</a></span>
+couronne dorée &amp; mobile.
+Maintenant si le portrait est électrisé
+modérément, &amp; qu'une
+autre personne empoigne le cadre
+d'une main, de sorte que
+ses doigts touchent la dorure
+postérieure, &amp; que de l'autre
+main elle tâche d'enlever la couronne,
+elle recevra une commotion
+épouventable, &amp; manquera
+son coup. Si le portrait
+étoit puissamment chargé, la
+conséquence pourroit bien en
+être aussi fatale<a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a>
+<a href="#footnote24"><sup class="sml">24</sup></a> que celle du
+crime de haute trahison: car
+lorsque l'étincelle est tirée à travers
+<span class="pagenum"><a name="I171" id="I171">I-171</a></span>
+une main de papier couchée
+sur le portrait par le moyen d'un
+fil-d'archal de communication;
+elle fait un trou à travers chaque
+feuillet, c'est-à-dire à travers 48.
+feuilles, (quoique l'on regarde
+une main de papier comme un
+bon plastron contre la pointe
+d'une épée; ou même contre
+une balle de pistolet,) &amp; le craquement
+est excessivement fort.
+L'opérateur qui tient ce portrait
+par l'extrémité supérieure, où
+l'intérieur du cadre n'est pas
+doré, à dessein d'empêcher la
+chute du portrait, ne sent rien
+du coup, &amp; peut toucher le visage
+du portrait sans aucun danger,
+ce qu'il donne comme un
+<span class="pagenum"><a name="I172" id="I172">I-172</a></span>
+témoignage de sa fidélité.....
+Si plusieurs personnes en cercle
+reçoivent le choc, on appelle
+l'expérience <i>les conjurés</i>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote24"
+name="footnote24"><b>Note 24: </b></a><a href="#footnotetag24">
+(retour) </a> Nous avons trouvé depuis qu'elle est
+fatale à de petits animaux, mais que l'action
+n'est pas assez violente pour en tuer de
+grands; le plus gros que nous ayons tué est
+une poule.</blockquote>
+
+<p>«Avec une glace de 1200. pouces
+quarrés étamée sur ses deux
+faces, j'ai plusieurs fois percé
+jusqu'à 160. feuilles de papier
+commun.»</p>
+
+<p>55. Sur le principe établi dans
+le §. 41. que les crochets des
+bouteilles différemment chargées
+attireront &amp; repousseront
+différemment, on a fait une rouë
+électrique, qui tourne avec une
+force extraordinaire. Une petite
+fléche de bois élevée perpendiculairement
+passe à angles droits
+à travers une planche mince, &amp;
+<span class="pagenum"><a name="I173" id="I173">I-173</a></span>
+de figure ronde d'environ 12.
+pouces de diamétre, &amp; tourne
+sur une pointe de fer fixée dans
+l'extrémité inférieure, tandis
+qu'un gros fil-d'archal dans la
+partie supérieure traversant un
+petit trou dans une feuille de
+cuivre, maintient la fléche dans
+sa situation perpendiculaire. Environ
+trente rayons d'égale longueur
+faits d'un carreau de vitre
+coupé en bandes étroites sortent
+horizontalement de la circonférence
+de la planche, les extrémités
+les plus éloignées du centre excédant
+les bords de la planche d'environ
+4. pouces; sur l'extrémité
+de chacun est fixé un dé de cuivre.
+Maintenant si le fil-d'archal de
+<span class="pagenum"><a name="I174" id="I174">I-174</a></span>
+la bouteille électrisée par la voye
+ordinaire est approché de la circonférence
+de cette rouë, il attirera
+le dé le plus proche, &amp;
+mettra ainsi la rouë en mouvement.
+Ce dé dans le passage
+reçoit une étincelle, &amp; dès-lors
+étant électrisé, il est repoussé &amp;
+chassé en avant, tandis qu'un
+second étant attiré, approche du
+fil-d'archal, reçoit une étincelle,
+&amp; est chassé après le premier,
+&amp; ainsi de suite jusqu'à ce
+que la rouë ait achevé un tour:
+alors les dez déjà électrisés approchant
+du fil-d'archal, au lieu
+d'être attirés comme auparavant,
+sont au contraire repoussés, &amp;
+le mouvement cesse à l'instant...
+<span class="pagenum"><a name="I175" id="I175">I-175</a></span>
+mais si une autre bouteille qui a
+été chargée par les côtés est placée
+auprès de la même rouë,
+son fil-d'archal attirera le dé repoussé
+par le premier, &amp; par là
+doublera la force qui fait tourner
+la rouë, en enlevant non-seulement
+le feu qui a été communiqué
+aux dez par la première
+bouteille; mais leur en dérobant
+même de leur quantité naturelle,
+au lieu d'être repoussés lorsqu'ils
+reviennent vers la première
+bouteille, ils sont plus fortement
+attirés; de sorte que la
+rouë accélère sa marche jusqu'à
+fournir avec une grande rapidité
+12. ou 15. tours dans une minute,
+&amp; avec une telle force
+<span class="pagenum"><a name="I176" id="I176">I-176</a></span>
+que le poids de cent rixdales
+dont nous la chargeâmes une
+fois, ne parut en aucune manière
+ralentir son mouvement.....
+C'est ce que l'on nomme une
+broche électrique; &amp; si un gros
+oiseau étoit embroché à la fléche
+perpendiculaire, il tourneroit
+devant le feu avec un mouvement
+capable de le rôtir.</p>
+
+<p>«Au lieu de faire cette roue
+de bois, &amp; d'y rapporter des
+rayons de verre, comme l'enseigne
+M. Franklin, j'ai imaginé
+qu'il étoit plus simple &amp;
+plus commode de la faire d'une
+seule piéce de verre; j'ai choisi
+pour cela un carreau de verre
+de Bohême, le plus uni &amp; le
+<span class="pagenum"><a name="I177" id="I177">I-177</a></span>
+plus plane que j'ai pû trouver:
+je l'ai fait couper en plateau
+rond de 18. pouces de diamètre:
+j'ai collé sur chacune de
+ses surfaces une feuille de papier
+marbré en couleur de bois,
+qui n'approche pas de la circonférence
+du plateau plus
+près que de deux pouces: j'ai
+ensuite mastiqué sur son centre
+de chaque côté deux gros-fils-d'archal
+qui servent d'axe,
+dont l'un est terminé en pointe
+pour servir de pivot &amp; pour
+tourner sur une petite crapaudine
+de cuivre, &amp; l'autre plus
+long pour passer dans un trou
+rond pratiqué dans une traverse
+de bois. On pourroit faire
+<span class="pagenum"><a name="I178" id="I178">I-178</a></span>
+l'axe tout d'une piéce en perçant
+la rouë au centre pour les
+recevoir. Cette roue étant ainsi
+mise à peu près en équilibre
+sur son axe, j'ai mastiqué sur
+ses bords 30. balles de cuivre
+creuses, à égales distance les
+unes des autres, &amp; également
+éloignées du centre. L'on conçoit
+que cette roue est bien
+plus légère, &amp; par conséquent
+plus mobile que celle de M.
+Franklin; aussi a-t-elle mieux
+réussi que celles qui ont été
+exécutées suivant sa méthode.»</p>
+
+<p>56. Mais cette roue, ainsi que
+celles qui sont poussées par le
+vent, l'eau ou les poids, reçoit
+son mouvement d'une force
+<span class="pagenum"><a name="I179" id="I179">I-179</a></span>
+étrangère, à sçavoir celle des
+bouteilles. La roue qui tourne
+d'elle-même, quoique construite
+sur les mêmes principes, paroîtra
+encore plus surprenante;
+elle est faite d'un carreau de verre
+mince &amp; rond de 17. pouces
+de diamètre, dorée en entier sur
+les deux côtés, excepté 2. pouces
+vers le bord. On arrête alors
+deux petites hémisphères de bois
+avec du mastic au milieu des
+côtés supérieur &amp; inférieur opposés
+à leur centre, &amp; sur chacune
+une forte verge de fil-d'archal
+longue de 8. ou 10. pouces
+qui font ensemble l'axe de la
+roue. Elle tourne horizontalement
+sur une pointe à l'extrémité
+<span class="pagenum"><a name="I180" id="I180">I-180</a></span>
+inférieure de son axe, qui
+pose sur un morceau de cuivre
+cimenté dans une salière de verre.
+La partie supérieure de son
+axe traverse un trou fait dans une
+lame de cuivre cimentée à un
+fort &amp; long morceau de verre
+qui le tient éloigné de 5. ou 6.
+pouces de tout corps non-électrique;
+&amp; l'on place à son sommet
+une petite boule de cire ou
+de métal pour conserver le feu.
+Dans un cercle sur la table qui
+soutient la roue sont fixés douze
+petits pilliers de verre à la distance
+d'environ 4. pouces, avec
+un dé sur le sommet de chaque
+pillier. Sur le bord de la roue est
+une balle de plomb communiquant
+<span class="pagenum"><a name="I181" id="I181">I-181</a></span>
+par un fil-d'archal avec la
+dorure de la surface supérieure
+de la roue; &amp; à 6. pouces environ
+est une autre balle communiquant
+de la même manière
+avec la surface inférieure. Lorsque
+l'on veut charger la roue
+par sa surface supérieure, il faut
+établir une communication de
+la surface inférieure à la table.
+Lorsqu'elle est bien chargée, elle
+commence à s'ébranler; la balle
+la plus proche d'un pillier s'avance
+vers le dé qui est sur ce pillier,
+l'électrise en passant, &amp; dès-lors
+est forcée de s'en éloigner; la
+balle suivante qui communique
+avec l'autre surface du verre, attire
+plus fortement ce dé, par la
+<span class="pagenum"><a name="I182" id="I182">I-182</a></span>
+raison que le dé a été électrisé
+auparavant par l'autre balle, &amp;
+ainsi la roue augmente son mouvement
+jusqu'à ce qu'il vienne
+au point d'être réglé par la résistance
+de l'air. Elle tournera
+une demi-heure, &amp; fera l'un
+portant l'autre vingt tours dans
+une minute, ce qui fait 600.
+tours dans une demi-heure. La
+balle de la surface supérieure
+donnant à chaque tour 12. étincelles
+aux dez, ce qui fait 7200.
+étincelles, &amp; la balle de la surface
+inférieure en recevant autant
+des mêmes dez; ces balles parcourent
+dans ce tems près de
+2500. pieds.... les dez sont bien
+attachés, &amp; dans un cercle si exact,
+<span class="pagenum"><a name="I183" id="I183">I-183</a></span>
+que les balles peuvent passer à
+une très-petite distance de chacun
+d'eux.... Si au lieu de deux
+balles vous en mettez huit,
+quatre communiquant avec la
+surface supérieure &amp; quatre avec
+la surface inférieure, placées alternativement;
+lesquelles huit
+étant environ à six pouces de
+distance, complettent la circonférence,
+la force &amp; la vitesse
+seront de beaucoup augmentées,
+la roue faisant cinquante tours
+dans une minute, mais elle ne
+continuera pas à tourner si long-tems......
+On pourroit peut-être
+appliquer ces roues à la sonnerie
+d'un petit carillon<a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a>
+<a href="#footnote25"><sup class="sml">25</sup></a>, &amp;
+<span class="pagenum"><a name="I184" id="I184">I-184</a></span>
+faire par leur moyen mouvoir de
+petits planétaires fort légers.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote25"
+name="footnote25"><b>Note 25: </b></a><a href="#footnotetag25">
+(retour) </a> On l'a exécuté depuis.</blockquote>
+
+<p>57. Courbez un fil-d'archal
+circulairement avec un tenon à
+chaque extrémité; appuyez-en
+une extrémité contre la surface
+inférieure de la roue, &amp; amenez
+l'autre extremité à la surface
+supérieure, il en résultera un
+craquement terrible, &amp; la force
+sera déchargée.</p>
+
+<p>58. Chaque étincelle ainsi tirée
+de la surface de la roue fait
+un trou rond dans la dorure,
+perçant, lorsqu'elle sort, une
+partie de cette dorure, ce qui
+montre que le feu n'est pas accumulé
+sur la dorure, mais qu'il
+est contenu dans le verre même.
+<span class="pagenum"><a name="I185" id="I185">I-185</a></span></p>
+
+<p>59. La dorure étant vernissée
+avec un vernis à la térébentine,
+le vernis, quoique dur &amp; sec,
+est brûlé par l'étincelle que l'on
+tire au travers, &amp; répand une
+odeur forte, &amp; une fumée visible.
+Lorsque l'étincelle est tirée
+à travers le papier, tout autour
+du trou qu'elle a fait, le papier
+se trouve noirci par la fumée,
+qui quelquefois même pénètre
+plusieurs feuilles. On trouve
+aussi une partie de la dorure emportée,
+après avoir été poussée
+avec force dans le trou fait au
+papier par le coup.</p>
+
+<p>60. On remarque avec étonnement
+la quantité de feu électrique
+qui peut résider dans la
+<span class="pagenum"><a name="I186" id="I186">I-186</a></span>
+plus petite portion de verre. Une
+bouteille de verre des plus minces
+d'environ un pouce de diamètre,
+pésant seulement six
+grains, à demi-pleine d'eau, en
+partie dorée sur le dehors, &amp;
+garnie d'un crochet de fil-d'archal,
+donne, lorsqu'elle est électrisée,
+un aussi grand coup qu'un
+homme puisse le supporter. Comme
+le verre a le plus d'épaisseur
+vers l'orifice, je présume que la
+moitié inférieure, qui étant dorée,
+a été électrisée, &amp; a donné
+le coup, n'excède pas 2. grains;
+car il paroît, lorsqu'elle est rompue,
+qu'elle est beaucoup plus
+mince que la moitié supérieure.
+Si une de ces bouteilles minces
+<span class="pagenum"><a name="I187" id="I187">I-187</a></span>
+est électrisée par le côté, &amp; que
+l'étincelle soit tirée à travers la
+dorure, le verre sera brisé au
+dedans en même temps que la
+dorure le sera au dehors.</p>
+
+<p>61. En supposant (pour les
+raisons ci-dessus alléguées §. 42.
+43. 44.) qu'il n'y a pas plus de
+feu électrique dans la bouteille
+après sa charge qu'auparavant,
+combien grande ne doit pas être
+la quantité de feu dans cette petite
+portion de verre? On seroit
+tenté de croire qu'il fait partie
+de sa nature &amp; de son essence;
+peut-être que si la quantité requise
+de feu électrique retenue
+par le verre avec tant d'opiniâtreté,
+en étoit séparée, il cesseroit
+<span class="pagenum"><a name="I188" id="I188">I-188</a></span>
+d'être verre. Il pourroit
+bien perdre sa transparence, ou
+son éclat, ou son élasticité....
+Il n'est pas incroyable que l'on
+puisse trouver dans la suite des
+expériences qui conduiront à
+cette découverte.</p>
+
+<p>«Pour peu que l'on force l'électricité
+en chargeant une bouteille
+de verre mince, il s'y fait
+à l'endroit le plus foible un petit
+trou ordinairement de figure
+ronde &amp; sans félure; après cette
+explosion la bouteille est déchargée,
+&amp; le petit trou paroît assez
+souvent bordé d'un petit cercle
+blanchâtre, plus ou moins
+large, dont le verre a perdu sa
+transparence, &amp; semble brûlé
+<span class="pagenum"><a name="I189" id="I189">I-189</a></span>
+par l'étincelle qui l'a pénétré. Si
+cette explosion se faisoit dans la
+main, le trou se trouveroit vis-à-vis
+d'un des doigts, &amp; l'on y
+sentiroit une piqûre très douloureuse,
+sans pour cela recevoir
+la commotion proprement
+dite.»</p>
+
+<p>62. Nous sommes surpris de
+lire dans le livre de M. <i>Watson</i>
+qu'un choc ait été communiqué
+à travers un grand espace de
+terre séche, &amp; nous soupçonnons
+qu'il devoit y avoir quelque
+qualité métallique dans le
+gravier de cette terre, ayant
+trouvé que la simple terre séche
+pressée dans un tube de verre
+ouvert par les deux bouts, &amp; un
+<span class="pagenum"><a name="I190" id="I190">I-190</a></span>
+crochet de fil-d'archal inséré
+dans la terre à chaque extrémité,
+la terre &amp; les fils-d'archal faisant
+partie d'un cercle, ne conduisoient
+pas le moindre choc sensible;
+&amp; qu'en effet, lorsqu'un
+des fils-d'archal avoit été électrisé,
+l'autre donnoit à peine quelques
+signes de sa connéxion avec
+le premier..... &amp; même une
+ficelle bien humide manque
+quelquefois de conduire un
+choc, quoique d'ailleurs elle
+conduise parfaitement bien l'électricité.
+Un morceau de glace
+sec, ou une chandelle de glace<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a>
+<a href="#footnote26"><sup class="sml">26</sup></a>,
+<span class="pagenum"><a name="I191" id="I191">I-191</a></span>
+que l'on tient entre deux bouteilles
+dans un cercle, empêche
+semblablement le choc, ce que
+l'on ne devroit pas attendre, puisque
+l'eau le conduit avec tant de
+perfection.... La dorure sur un
+livre neuf, qui d'abord conduit
+le choc avec beaucoup de régularité,
+le manque après 10. ou
+12. expériences<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a>
+<a href="#footnote27"><sup class="sml">27</sup></a>, quoiqu'elle
+paroisse toujours la même à tous
+égards; c'est de quoi nous ne
+sçaurions rendre raison.<a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a>
+<a href="#footnote28"><sup class="sml">28</sup></a></p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote26"
+name="footnote26"><b>Note 26: </b></a><a href="#footnotetag26">
+(retour) </a> C'est le nom que l'on donne aux glaçons
+qui pendent aux goutières en forme de stalactites
+pendant l'hyver, lorsque l'eau s'y gèle
+en coulant goute à goute.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote27"
+name="footnote27"><b>Note 27: </b></a><a href="#footnotetag27">
+(retour) </a> C'étoit avec une petite bouteille; nous
+avons trouvé depuis qu'elle manque également
+avec un grand verre.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote28"
+name="footnote28"><b>Note 28: </b></a><a href="#footnotetag28">
+(retour) </a> On verra dans la suite que l'Auteur,
+après de nouvelles observations, en donne
+une raison très satisfaisante.</blockquote>
+
+<p>63. Il y a encore une expérience
+qui nous a étonnés, &amp;
+<span class="pagenum"><a name="I192" id="I192">I-192</a></span>
+que jusqu'ici on n'a pas expliquée
+d'une maniere satisfaisante;
+la voici. Placez un boulet de
+fer sur un verre, &amp; qu'une balle
+de liége humide, suspendue
+par un fil de soye, vienne toucher
+le boulet: prenez une bouteille
+dans chaque main, l'une
+électrisée par le <i>crochet</i> &amp; l'autre
+par le <i>côté</i>: appliquez le fil-d'archal
+<i>donnant</i> au boulet qu'il électrisera
+positivement, &amp; le liége
+sera répoussé. Ensuite appliquez
+le fil-d'archal <i>recevant</i>, qui tirera
+l'étincelle donnée par l'autre;
+alors le liége retournera au boulet:
+appliquez-le même une seconde
+fois &amp; tirez une autre étincelle;
+alors le boulet sera électrisé
+<span class="pagenum"><a name="I193" id="I193">I-193</a></span>
+négativement, &amp; le liége
+dans ce cas sera repoussé comme
+auparavant; appliquez encore
+le fil-d'archal <i>donnant</i> au boulet,
+pour lui rendre l'étincelle
+dont il a été privé, &amp; la balle
+de liége retournera; donnez-lui
+en une autre, qui sera une addition
+à sa quantité naturelle, &amp;
+le liége sera repoussé une seconde
+fois.</p>
+
+<p>L'expérience peut être répétée
+de la sorte aussi long-tems
+qu'il y a quelque charge dans
+les bouteilles. D'où il résulte que
+les corps qui ont moins que la
+quantité commune d'électricité,
+se repoussent l'un l'autre, aussi
+bien que ceux qui en ont plus.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="I194" id="I194">I-194</a></span>
+
+<p>Étant un peu mortifiés de n'avoir
+pû jusqu'ici rien produire
+par nos expériences pour l'utilité
+du genre humain, &amp; entrant
+dans la saison des grandes chaleurs,
+pendant lesquelles les
+expériences électriques sont
+moins agréables, nous avons
+pris la résolution de les terminer
+pour cette saison un peu gayement
+par une partie de plaisir sur
+les bords de la Skuylkill<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a>
+<a href="#footnote29"><sup class="sml">29</sup></a>. Nous
+nous proposons d'allumer les esprits
+des deux côtés en même-tems,
+en envoyant une étincelle
+<span class="pagenum"><a name="I195" id="I195">I-195</a></span>
+de l'un à l'autre rivage à travers
+la rivière sans autre conducteur
+que l'eau, expérience que nous
+avons exécutée depuis peu au
+grand étonnement de plusieurs
+spectateurs. Nous tuerons un
+dindon pour notre dîner par le
+choc électrique, il sera rôti à la
+broche électrique devant un feu
+allumé avec la bouteille électrisée,
+&amp; nous boirons les santés
+de tous les fameux Électriciens
+d'Angleterre, de Hollande, de
+France &amp; d'Allemagne dans des
+tasses électrisées<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a>
+<a href="#footnote30"><sup class="sml">30</sup></a>, au bruit de
+l'artillerie d'une batterie électrique.<span class="rig"><i>29. Avril 1749.</i></span></p>
+
+<br>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote29"
+name="footnote29"><b>Note 29: </b></a><a href="#footnotetag29">
+(retour) </a> Rivière qui baigne un côté de Philadelphie,
+comme le Delaware baigne l'autre
+côté. Les bords de ces deux rivières sont
+ornés des maisons de campagne des bourgeois,
+&amp; des charmantes demeures des principaux
+habitans de cette colonie.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote30"
+name="footnote30"><b>Note 30: </b></a><a href="#footnotetag30">
+(retour) </a> Une tasse électrisée est un petit vase de
+verre fin, presque rempli de vin, &amp; électrisé
+comme la bouteille. Cette tasse étant portée
+adroitement aux lèvres, donne un coup, si
+le bord de la lèvre est rasé de près, &amp; si l'on
+ne respire pas sur la liqueur.</blockquote>
+<br><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+<span class="pagenum"><a name="I196" id="I196">I-196</a></span>
+
+<h2>SUITE</h2>
+
+<p class="mid"><i>Des opinions &amp; des conjectures<br>
+sur les propriétés &amp; sur les effets<br>
+de la matière électrique.</i></p>
+
+<p>64. <span class="big">I</span>l est dit dans le §. 8. que
+toutes les espèces de matière
+commune sont supposées
+ne pas attirer le fluide électrique
+avec une égale activité, &amp; que
+les corps appellés originairement
+électriques comme le verre, &amp;c.
+l'attirent &amp; le retiennent avec
+plus de force, &amp; en contiennent
+la plus grande quantité.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="I197" id="I197">I-197</a></span>
+
+<p>Cette dernière thèse pourroit
+avoir l'air d'un paradoxe pour
+quelques personnes étant contraire
+à l'opinion dominante;
+c'est pourquoi je vais faire ensorte
+de l'expliquer.</p>
+
+<p>65. Pour le faire avec ordre,
+il faut d'abord considérer que
+nous ne pouvons par aucun
+moyen connu jusqu'à présent
+faire passer le fluide électrique
+au travers du verre. Je n'ignore
+pas que le sentiment commun
+est qu'il traverse aisément le verre,
+&amp; qu'on allégue en preuve
+l'expérience d'une plume suspenduë
+par un fil dans une bouteille
+scellée hermétiquement,
+&amp; qu'on la met en mouvement
+<span class="pagenum"><a name="I198" id="I198">I-198</a></span>
+en approchant un tube frotté de
+la surface extérieure de la bouteille;
+mais si le fluide électrique
+traverse si aisément le verre,
+comment la fiole devient-elle
+chargée (pour me servir de l'expression
+usitée,) lorsque nous la
+tenons dans nos mains? Le feu
+poussé dans la bouteille par le
+fil-d'archal ne la traverseroit-il
+pas pour venir jusqu'à nos mains,
+&amp; pour s'échapper ainsi sur le
+plancher? En ce cas la bouteille
+ne demeureroit-elle pas toujours
+dans le même état, c'est-à-dire
+sans être chargée, comme
+nous sçavons que demeureroit
+une bouteille de métal qu'on
+essayeroit de charger de la sorte?
+<span class="pagenum"><a name="I199" id="I199">I-199</a></span>
+Assurément s'il y a la moindre
+fêlure, la plus petite solution de
+continuité dans le verre, quoiqu'il
+reste si serré que rien autre chose
+que nous sçachions n'y puisse
+passer; cependant le fluide électrique,
+à cause de son extrême
+subtilité, volera à travers cette
+fêlure avec la plus grande liberté;
+&amp; nous sommes sûrs qu'une
+telle bouteille ne peut jamais
+être chargée. Quelle est donc la
+différence entre cette bouteille
+&amp; une autre bien saine, si ce
+n'est que le fluide peut traverser
+l'une, &amp; ne sçauroit traverser
+l'autre?<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a>
+<a href="#footnote31"><sup class="sml">31</sup></a></p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote31"
+name="footnote31"><b>Note 31: </b></a><a href="#footnotetag31">
+(retour) </a> Voyez les §. 35-50.</blockquote>
+
+<p>66. Il est vrai qu'il y a une expérience,
+<span class="pagenum"><a name="I200" id="I200">I-200</a></span>
+qui à la première vûe,
+seroit capable de persuader à un
+observateur superficiel que le feu
+poussé dans la bouteille par le
+fil-d'archal, passe réellement à
+travers la substance du verre. La
+voici: placez la bouteille sur un
+verre sous le premier conducteur:
+suspendez un boulet par
+une chaîne depuis le premier
+conducteur jusqu'à ce qu'il soit à
+un quart ou à un demi-pouce
+au-dessus du fil-d'archal de la
+bouteille: mettez le revers du
+doigt précisément à la même
+distance du côté de la bouteille
+que celle du boulet à son fil-d'archal:
+maintenant faites tourner
+le globe, &amp; vous verrez une
+<span class="pagenum"><a name="I201" id="I201">I-201</a></span>
+étincelle frapper du boulet au
+fil-d'archal de la bouteille, &amp; au
+même instant vous verrez &amp; sentirez
+une étincelle exactement
+égale frapper du côté de la bouteille
+sur votre doigt, &amp; ainsi de
+suite étincelle pour étincelle. Il
+sembleroit que la totalité reçûe
+par la bouteille en a été déchargée
+une seconde fois, &amp; cependant
+par ce moyen la bouteille
+est chargée,<a id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a>
+<a href="#footnote32"><sup class="sml">32</sup></a> &amp; par conséquent
+le feu qui abandonne ainsi la bouteille,
+quoique dans la même
+quantité, ne sçauroit être le même
+feu qui est entré par le fil-d'archal,
+car si c'étoit le même, la
+bouteille resteroit sans être chargée.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote32"
+name="footnote32"><b>Note 32: </b></a><a href="#footnotetag32">
+(retour) </a> Voyez le §. 54.</blockquote>
+
+<span class="pagenum"><a name="I202" id="I202">I-202</a></span>
+
+<p>67. Si le feu qui abandonne
+ainsi la bouteille n'est pas le même
+que celui qui est poussé à
+travers le fil-d'archal, ce doit
+être le feu qui résidoit dans la
+bouteille (c'est-à-dire dans le verre
+de la bouteille) avant le commencement
+de l'opération.</p>
+
+<p>68. Si cela est ainsi, il doit y
+en avoir une grande quantité
+dans le verre, parce qu'une grande
+quantité est déchargée de
+la sorte même d'un verre très
+mince.</p>
+
+<p>69. Que ce fluide ou feu électrique
+soit fortement attiré par
+le verre, nous le reconnoissons
+à la rapidité &amp; à la violence avec
+lesquelles il est repris par la partie
+<span class="pagenum"><a name="I203" id="I203">I-203</a></span>
+qui en a été privée, dès qu'elle
+en trouve la facilité, &amp; il suit
+de là que d'une masse de verre
+nous ne pouvons tirer une quantité
+de feu électrique, ou électriser
+<i>moins</i> la masse totale, comme
+nous pouvons le faire à l'égard
+d'une masse de métal; nous
+ne pouvons diminuer ni augmenter
+sa quantité totale, car il tient
+bien la quantité qu'il a, &amp; il en
+a autant qu'il en peut tenir; ses
+pores en sont gorgés aussi pleinement
+que la répulsion mutuelle
+des particules le peut comporter;
+&amp; ce qui est déjà dedans,
+refuse ou repousse fortement toute
+quantité surnuméraire. Nous
+n'avons qu'un seul moyen de
+<span class="pagenum"><a name="I204" id="I204">I-204</a></span>
+mettre en mouvement le fluide
+électrique dans le verre, qui est
+de couvrir une des deux surfaces
+d'un verre mince avec des corps
+non-électriques, &amp; de pousser
+sur une surface une quantité surnuméraire
+de ce fluide, qui se
+répandant sur le corps non-électrique,
+&amp; étant limitée par lui
+à cette surface, agit par sa force
+répulsive sur les particules du
+fluide électrique contenu dans
+l'autre surface, &amp; les chasse du
+verre dans le corps non électrique
+sur ce côté, d'où elles sont
+déchargées, &amp; alors ces parties
+ajoutées sur le côté chargé peuvent
+y entrer; mais après cette
+opération il n'y en a dans le verre
+<span class="pagenum"><a name="I205" id="I205">I-205</a></span>
+ni plus ni moins qu'auparavant,
+en ayant laissé échapper
+précisément autant de dessus un
+côté qu'il en a reçu sur l'autre.</p>
+
+<p>70. Ici les expressions me manquent,
+&amp; je doute beaucoup si
+je pourrai rendre cette partie de
+mon ouvrage intelligible. Par ce
+mot <i>surface</i> dans le cas présent,
+je n'entens pas simplement longueur
+&amp; largeur sans épaisseur;
+mais lorsque je parle de la surface
+supérieure ou inférieure d'un
+morceau de verre, de la surface
+extérieure ou intérieure de la
+bouteille, j'entens longueur,
+largeur, &amp; moitié de l'épaisseur;
+&amp; je demande la grace d'être
+entendu en ce sens. Maintenant
+<span class="pagenum"><a name="I206" id="I206">I-206</a></span>
+je suppose que le verre dans ses
+premiers principes &amp; dans la
+fournaise n'a pas plus de ce fluide
+électrique que toute autre
+matière commune; que lorsqu'il
+est soufflé, qu'il se refroidit, &amp;
+que les particules de feu commun
+l'abandonnent, ses pores
+deviennent un vuide. Que les
+parties composantes du verre
+soient extrêmement petites &amp;
+déliées, je le conjecture de ce
+que ses parties brisées ne sont
+jamais raboteuses, mais toujours
+lisses &amp; polies; &amp; de la ténuité
+de ses particules, j'infére
+que les pores entr'elles sont excessivement
+petits; de là vient
+que l'eau forte, ni aucun autre
+<span class="pagenum"><a name="I207" id="I207">I-207</a></span>
+menstruë connu n'y peut entrer
+pour les séparer, &amp; en dissoudre
+la substance; nous ne connoissons
+même aucun fluide assez
+délié pour les pénétrer, excepté
+le feu commun &amp; le fluide électrique.
+Maintenant le feu par sa
+retraite laissant un vuide, comme
+il a été dit ci dessus, entre
+ces pores que l'air ou l'eau ne
+sont pas assez fins pour pénétrer,
+ni remplir, le fluide électrique y
+est attiré, car il est toujours prêt
+dans ce que nous appellons les
+corps non-électriques &amp; dans les
+mixtions non-électriques qui sont
+dans l'air; cependant il ne se
+fixe point avec la substance du
+verre, mais il y séjourne comme
+<span class="pagenum"><a name="I208" id="I208">I-208</a></span>
+l'eau dans une pierre poreuse,
+retenu seulement par l'attraction
+des parties fixées, restant
+toujours fluide &amp; sans adhérence;
+mais je suppose de plus
+que dans le refroidissement du
+verre, son tissu devient plus serré
+au milieu, &amp; forme une espèce
+de séparation dans laquelle les
+pores sont si étroits que les particules
+du fluide électrique qui
+entrent dans les deux surfaces
+en même tems, ne peuvent les
+traverser, ou passer &amp; repasser
+d'une surface à l'autre, &amp; ainsi
+se mêler ensemble. Néanmoins
+quoique les particules du fluide
+électrique, imbibé par chaque
+surface, ne puissent d'elles-mêmes
+<span class="pagenum"><a name="I209" id="I209">I-209</a></span>
+passer à travers pour se joindre
+à celles de l'autre, leur répulsion
+le peut faire, &amp; par ce
+moyen elles agissent l'une sur
+l'autre. Les particules du fluide
+électrique ont une mutuelle répulsion,
+mais par le pouvoir
+d'attraction dans le verre, elles
+sont condensées, ou plus rapprochées
+l'une de l'autre. Lorsque
+le verre a reçu, &amp; que par son
+attraction il a condensé autant de
+ce fluide électrique, que la force
+d'attraction &amp; de condensation
+dans l'une est égale à la force
+d'expension dans l'autre, il ne
+peut plus s'en imbiber, &amp; cela
+reste constamment sa quantité
+totale. Mais chaque surface en
+<span class="pagenum"><a name="I210" id="I210">I-210</a></span>
+recevroit plus, si la répulsion de
+ce qui est dans la surface opposée
+ne résistoit à son entrée. Les
+quantités de ce fluide dans chaque
+surface étant égales, leur
+action répulsive l'une sur l'autre
+est égale, &amp; par conséquent
+celles d'une surface ne sçauroient
+chasser celles de l'autre.</p>
+
+<p>Mais si l'on en pousse dans
+une surface une quantité plus
+grande que le verre n'en tireroit
+naturellement, elle augmente
+le pouvoir répulsif de ce côté,
+&amp; surmontant l'attraction de l'autre,
+elle chasse la partie du fluide
+qui a été imbibée par cette
+surface, s'il se trouve un corps
+non-électrique prêt à la recevoir,
+<span class="pagenum"><a name="I211" id="I211">I-211</a></span>
+ce qui arrive dans tous les cas où
+le verre est électrisé pour donner
+un choc. La surface qui a été
+ainsi vuidée, pour avoir chassé
+son fluide électrique, en reprend
+avec violence une quantité égale
+aussitôt que le verre trouve
+l'occasion de décharger cette
+quantité excédente au-delà de
+ce qu'il peut retenir par l'attraction
+dans son autre surface,
+dont la répulsion additionnelle a
+occasionné le vuide; car les expériences
+favorisant, je dirois
+presque confirmant cette hipothèse,
+je dois, pour éviter les
+répétitions, vous prier de revoir
+ce qui a déjà été dit de la
+fiole électrique dans mes précédentes
+lettres.
+<span class="pagenum"><a name="I212" id="I212">I-212</a></span></p>
+
+<p>71. Voyons maintenant l'usage
+que nous en pouvons faire
+pour expliquer plusieurs autres
+phénomènes..... Le verre qui
+est un corps extrêmement élastique,
+(&amp; peut-être qu'il doit son
+élasticité jusqu'à un certain point
+à la grande quantité de ce fluide
+répulsif qu'il renferme dans ses
+pores,) le verre doit, lorsqu'il
+est frotté, avoir sa surface frottée
+un peu élargie, ou ses parties solides
+un peu écartées, de sorte
+que les interstices dans lesquels
+réside le fluide électrique, deviennent
+plus larges, laissant de
+la place pour une plus grande
+quantité de ce fluide, lequel y
+est immédiatement attiré du
+<span class="pagenum"><a name="I213" id="I213">I-213</a></span>
+coussin, ou de la main frottante
+qui se refournissent toujours au
+magazin commun; mais aussitôt
+que les parties du verre ainsi
+ouvert &amp; rempli ont essuyé le
+frottement, elles se referment,
+&amp; obligent la quantité surnuméraire
+de sortir sur la surface où
+elle doit rester jusqu'à ce que ces
+parties retournent au coussin, à
+moins que quelques corps non-électriques,
+comme le premier
+conducteur, ne se présente d'abord
+pour les recevoir.<a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a>
+<a href="#footnote33"><sup class="sml">33</sup></a></p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote33"
+name="footnote33"><b>Note 33: </b></a><a href="#footnotetag33">
+(retour) </a> Dans l'obscurité on peut voir le fluide
+électrique sur le coussin en deux demi cercles
+ou croissans, l'un sur le devant, l'autre
+sur le derrière, précisément dans l'endroit où
+le globe &amp; le coussin se séparent. Dans le
+croissant antérieur le feu passe du coussin
+dans le verre: dans l'autre il quitte le verre
+&amp; retourne dans la partie postérieure du
+coussin. Quand on applique le premier conducteur
+pour tirer le feu du verre, le croissant
+de derrière disparoît.</blockquote>
+
+<span class="pagenum"><a name="I214" id="I214">I-214</a></span>
+
+<p>Mais si la partie intérieure
+du globe est doublée d'un corps
+non-électrique, la répulsion additionnelle
+du fluide électrique
+ainsi rassemblé par le frottement
+sur la partie frottée de la surface
+extérieure du globe, chasse une
+égale quantité de la surface intérieure
+dans cette doublure non-électrique,
+qui la reçoit, &amp; l'entraîne
+de la partie frottée dans la
+masse commune à travers l'axe
+du globe &amp; le cadre de la machine;
+le fluide électrique nouvellement
+ramassé peut entrer &amp;
+demeurer dans la surface extérieure,
+&amp; le premier conducteur
+<span class="pagenum"><a name="I215" id="I215">I-215</a></span>
+n'en recevra rien ou en recevra
+fort peu. Lorsque cette partie
+chargée du globe en tournant revient
+au coussin, la surface extérieure
+dépose son feu excédant
+dans le coussin, la surface intérieure
+opposée en recevant en
+même tems une quantité égale
+du plancher. Il n'y a point d'Électricien
+qui ne sçache qu'un
+globe mouillé intérieurement ne
+rend que peu ou point de feu,
+mais jusqu'ici on n'a pas essayé
+d'en donner la raison, ou du
+moins je l'ignore.</p>
+
+<p>72. Si donc un tube doublé
+d'un corps non-électrique<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a>
+<a href="#footnote34"><sup class="sml">34</sup></a> est
+<span class="pagenum"><a name="I216" id="I216">I-216</a></span>
+frotté, il ne rend que peu ou
+point de feu, ce qui est rassemblé
+de la main dans le coup qui
+se donne en frottant de haut en
+bas, entrant dans les pores du
+verre, &amp; en chassant une égale
+quantité de la surface intérieure
+dans la doublure non-électrique;
+la main en repassant du bas en
+haut pour donner un second
+coup, rechasse ce qui a été poussé
+dans la surface extérieure, &amp;
+alors la surface intérieure reçoit
+une seconde fois ce qu'elle a
+donné à la doublure non-électrique.
+Ainsi les parties de fluide
+électrique appartenant à la surface
+intérieure, pénètrent &amp; ressortent
+de leurs pores à chaque
+<span class="pagenum"><a name="I217" id="I217">I-217</a></span>
+coup donné au tube. Mettez un
+fil-d'archal dans le tube, l'extrémité
+intérieure en contact avec
+la doublure non-électrique, il
+représentera la bouteille de <i>Leyde</i>.
+Qu'une seconde personne
+touche le fil-d'archal tandis que
+vous frottez, &amp; le feu chassé de
+la surface intérieure, lorsque
+vous donnez le coup, passera à
+travers la personne dans la masse
+commune; ensuite il reviendra
+au travers de la personne lorsque
+la surface intérieure reprendra sa
+quantité. Par conséquent cette
+nouvelle espèce de bouteille ne
+sçauroit être chargée de la sorte;
+mais elle peut l'être ainsi: après
+chaque coup, avant que vous
+<span class="pagenum"><a name="I218" id="I218">I-218</a></span>
+passiez la main pour en donner
+un autre, faites appliquer le
+doigt de la seconde personne au
+fil-d'archal, &amp; prendre l'étincelle,
+ensuite retirer son doigt, &amp;
+ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle
+ait tiré un nombre d'étincelles;
+de cette façon la surface intérieure
+sera épuisée &amp; la surface
+extérieure sera chargée; alors enveloppez
+ferme une feuille de
+papier doré autour de la surface
+extérieure, &amp; l'empoignant avec
+la main, vous pourrez recevoir
+un coup par l'application du
+doigt de l'autre main au fil-d'archal;
+car alors les pores vuides
+dans la surface intérieure reprennent
+leur quantité, &amp; les pores
+<span class="pagenum"><a name="I219" id="I219">I-219</a></span>
+surchargés dans la surface extérieure
+déchargent leur surplus,
+l'équilibre étant rétabli à travers
+votre corps, lequel ne le seroit
+pas à travers la substance du
+verre.<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a>
+<a href="#footnote35"><sup class="sml">35</sup></a></p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote34"
+name="footnote34"><b>Note 34: </b></a><a href="#footnotetag34">
+(retour) </a> Le papier doré, dont on présente la dorure
+au verre, fait fort bien.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote35"
+name="footnote35"><b>Note 35: </b></a><a href="#footnotetag35">
+(retour) </a> Voyez les nouvelles expériences §. 49.</blockquote>
+
+<p>si le tube est épuisé d'air, une
+doublure non-électrique en contact
+avec le fil d'archal n'est pas
+nécessaire, car dans le <i>vuide</i> le
+feu électrique volera librement
+de la surface intérieure sans avoir
+besoin d'un conducteur non électrique.
+Mais l'air résiste à son
+mouvement, car étant lui-même
+un corps originairement électrique,
+il ne l'attire point, ayant
+déjà sa quantité suffisante. Ainsi
+<span class="pagenum"><a name="I220" id="I220">I-220</a></span>
+l'air ne tire jamais une atmosphère
+électrique d'aucun corps
+qu'à proportion des particules
+non-électriques qui se trouvent
+mêlées avec lui; il conserve
+plutôt &amp; resserre une atmosphère
+qui par la répulsion mutuelle
+de ses parties tend à se dissiper,
+&amp; se dissiperoit immédiatement
+dans le <i>vuide</i>..... Ainsi voilà
+l'explication de la plume enfermée
+dans un vaisseau de verre
+scellé hermétiquement, &amp; qui
+se meut à l'approche du tube
+frotté. Lorsqu'une quantité surnuméraire
+du fluide électrique
+est appliquée au côté du vase
+par l'atmosphère du tube, une
+quantité est repoussée &amp; chassée
+<span class="pagenum"><a name="I221" id="I221">I-221</a></span>
+de la surface intérieure de ce
+côté dans le vase, &amp; y affecte
+la plume, retournant ensuite
+dans ses pores, lorsque le tube
+avec son atmosphère est retiré;
+mais les particules de cette atmosphère
+ne passent point elles-mêmes
+au travers du verre à la
+plume..... tous les autres phénomènes
+qui se sont présentés à
+nous, &amp; qui concernent le verre
+&amp; l'électricité sont, si je ne
+me trompe, expliqués avec une
+égale facilité par la même hypothèse;
+elle peut bien néanmoins
+n'être pas vraye, &amp; je serai fort
+obligé à quiconque m'en fournira
+une meilleure.</p>
+
+<p>73. Ainsi je prétens que la
+<span class="pagenum"><a name="I222" id="I222">I-222</a></span>
+différence entre les corps non-électriques
+&amp; le verre, qui est
+un corps originairement électrique,
+consiste en ces deux particularités;
+la première que le
+corps non-électrique souffre sans
+peine un changement dans la
+quantité du fluide électrique qu'il
+contient. Vous pouvez diminuer
+sa quantité totale, en en chassant
+une partie que le corps entier
+reprendra; mais quant au
+verre, tout ce que vous pouvez
+faire, c'est de diminuer la quantité
+contenuë dans une de ses
+surfaces, encore n'en viendrez-vous
+à bout qu'en fournissant en
+même tems une quantité égale,
+à l'autre surface, de sorte que le
+<span class="pagenum"><a name="I223" id="I223">I-223</a></span>
+verre entier puisse avoir la même
+quantité dans les deux surfaces,
+leurs deux quantités différentes
+étant ajoutées ensemble, ce qui
+ne peut même s'exécuter que
+dans un verre fort mince; nous
+ne connoissons jusqu'ici aucun
+moyen d'opérer ce changement
+au-delà d'une certaine épaisseur.</p>
+
+<p>La seconde que le feu électrique
+se transporte aisément d'un
+endroit à un autre, dans &amp; à
+travers la substance d'un corps
+non-électrique, mais non à travers
+la substance du verre. Si
+vous en présentez une quantité
+à l'extrémité d'une longue baguette
+de métal, elle la reçoit,
+&amp; lorsqu'elle y entre, chaque
+<span class="pagenum"><a name="I224" id="I224">I-224</a></span>
+particule qui étoit auparavant
+dans la baguette pousse vivement
+sa voisine à l'extrémité la
+plus éloignée où le surplus est déchargé,
+&amp; cela dans un instant
+lorsque la baguette fait partie du
+cercle dans l'expérience du choc;
+mais le verre à cause de la petitesse
+de ses pores ou de l'attraction
+plus forte de ce qu'il contient
+ne se prête pas à un mouvement
+si libre. Une baguette de
+verre ne conduira pas un choc,
+&amp; le verre le plus mince ne laissera
+entrer aucune particule dans
+aucune de ses surfaces pour traverser
+de l'une à l'autre.</p>
+
+<p>74. De là nous voyons l'impossibilité
+du succès dans les expériences
+<span class="pagenum"><a name="I225" id="I225">I-225</a></span>
+proposées, de tirer les
+<i>effluves</i> salutaires d'un corps non-électrique,
+de la canelle par
+exemple, &amp; de les mêler avec
+le fluide électrique pour les faire
+passer avec lui dans le corps, en
+l'enfermant dans le tube, &amp;
+le soumettant au frottement,
+&amp;c. Car quoique les effluves de
+la canelle &amp; le fluide électrique
+fussent mêlés dans le globe, ils
+ne sortiroient jamais ensemble à
+travers les pores du verre, &amp; ainsi
+n'iroient point au premier conducteur;
+car le fluide électrique
+lui-même ne sçauroit passer au
+travers, &amp; le premier conducteur
+est toujours fourni par le
+coussin, &amp; celui-ci par le plancher;
+<span class="pagenum"><a name="I226" id="I226">I-226</a></span>
+&amp; d'ailleurs lorsque le globe
+est rempli de canelle ou d'un
+autre corps non-électrique, le
+fluide électrique ne peut être tiré
+de la surface extérieure par la
+raison ci-dessus énoncée. J'ai essayé
+un autre moyen que je
+croyois plus efficace pour obtenir
+un mêlange de fluide électrique
+&amp; d'autres effluves, si un
+tel mélange eût été possible.</p>
+
+<p>Je plaçai une lame de verre
+sous mon coussin pour couper la
+communication entre le coussin
+&amp; le plancher; alors je conduisis
+une petite chaîne du coussin dans
+un vase d'huile de térébentine,
+&amp; j'amenai une autre chaîne de
+l'huile de térébentine au plancher,
+<span class="pagenum"><a name="I227" id="I227">I-227</a></span>
+prenant garde que la chaîne
+du coussin au verre ne touchât
+aucune partie du cadre de
+la machine; une autre chaîne
+fut attachée au premier conducteur,
+&amp; tenue dans la main d'une
+personne qui devoit être électrisée.
+Les extrémités des deux
+chaînes dans le verre étoient environ
+à un pouce de distance
+l'une de l'autre, l'huile de térébentine
+entre deux. Les choses
+ainsi disposées, je ne pus tirer
+le feu du plancher à travers la
+machine, la communication
+étant interceptée par l'épaisseur
+de la lame de verre sous le coussin;
+il fallut donc le tirer à travers
+les chaînes, dont les extrémités
+<span class="pagenum"><a name="I228" id="I228">I-228</a></span>
+étoient enfoncées dans
+l'huile de térébentine; &amp; comme
+cette huile étant un corps originairement
+électrique, ne pouvoit
+conduire ce qui sortoit du plancher,
+il étoit donc obligé de sauter
+de l'extrémité d'une chaîne à l'extrémité
+de l'autre à travers la
+substance de cette huile, ce que
+nous voyions dans de grandes
+étincelles; ainsi le feu électrique
+eut une belle occasion de saisir
+quelques-unes des particules les
+plus déliées de l'huile dans son
+passage, &amp; de les entraîner avec
+lui; mais cet effet ne s'ensuivit
+pas, &amp; je n'apperçus pas la moindre
+différence entre l'odeur de
+ces écoulemens électriques ainsi
+<span class="pagenum"><a name="I229" id="I229">I-229</a></span>
+rassemblés, &amp; celle qu'ils ont
+lorsqu'ils sont rassemblés d'une
+autre manière, &amp; ils n'affectent
+pas autrement le corps d'une
+personne électrisée.</p>
+
+<p>Je mis pareillement dans une
+fiole au lieu d'eau une liqueur
+fortement purgative, &amp; alors je
+chargeai la fiole, &amp; j'en tirai des
+coups à plusieurs reprises. Dans
+ce cas il falloit que chaque particule
+de fluide électrique, avant
+que de traverser mon corps, eût
+premièrement traversé la liqueur,
+lorsque la fiole se chargeoit, &amp;
+qu'elle la traversât de nouveau
+lorsque la fiole se déchargeoit,
+&amp; cependant il ne s'ensuivit pas
+d'autre effet que si la fiole eût
+<span class="pagenum"><a name="I230" id="I230">I-230</a></span>
+été chargée avec de l'eau. J'ai
+aussi senti le feu électrique lorsqu'il
+avoit traversé l'or, l'argent,
+le cuivre, le plomb, le fer, le
+bois &amp; le corps humain, sans y
+appercevoir aucune différence:
+l'odeur est toujours la même lorsque
+l'étincelle ne brûle pas ce
+qu'elle frappe, c'est pourquoi
+j'imagine qu'elle ne prend son
+odeur d'aucune qualité des corps
+qu'elle traverse, &amp; en effet
+comme cette odeur abandonne si
+rapidement la matière électrique
+&amp; s'attache au revers du doigt
+qui reçoit les étincelles, ainsi
+qu'aux autres choses, je soupçonne
+qu'elle n'a aucune connexion
+avec elle, mais qu'elle
+<span class="pagenum"><a name="I231" id="I231">I-231</a></span>
+se forme sur le champ de quelque
+chose dans l'air, que l'air
+même pousse sur elle; car si elle
+étoit assez déliée pour passer
+avec le fluide électrique à travers
+le corps d'une personne, pourquoi
+s'arrêteroit-elle sur la peau
+d'une autre?</p>
+
+<p>Mais je n'aurois jamais fait,
+si je vous entretenois de toutes
+mes conjectures, pensées &amp; imaginations
+sur la nature &amp; sur les
+opérations de ce fluide électrique,
+&amp; si je vous rapportois les
+diverses petites expériences que
+nous avons essayées. Cet écrit
+n'est déjà que trop long; je vous
+en demande pardon; je n'ai pas
+eu le tems de le faire plus court.
+<span class="pagenum"><a name="I232" id="I232">I-232</a></span>
+J'ajouterai seulement que, comme
+il a été observé ici que l'on
+peut enflammer en été les esprits
+par le moyen d'une étincelle
+électrique sans les avoir chauffés,
+lorsque le thermomètre de
+<i>Farhenheit</i> est au-dessus de 70.
+Ainsi lorsqu'il fait plus froid, si
+l'opérateur met une petite bouteille
+platte dans son sein ou dans
+son gousset avec la cuillier quelque
+tems avant d'en faire usage,
+la chaleur de son corps leur en
+communiquera une plus que suffisante
+pour le dessein qu'il se
+propose.</p>
+
+<p>«L'imperméabilité du verre
+étant contestée par M. L. N.
+Lettre IV. il seroit dans l'ordre
+<span class="pagenum"><a name="I233" id="I233">I-233</a></span>
+de rapporter ici les réponses
+que lui a faites Mr. David
+Colden. Mais comme les remarques
+de ce dernier embrassent
+plusieurs objets qu'il eût
+été embarrassant de séparer,
+pour les mettre chacun à sa
+place, il a paru plus convenable
+de les laisser comme il les
+a écrites sous le titre de Lettre
+XIV.»</p>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/deco01.png"></p>
+<br><br><br>
+<span class="pagenum"><a name="I234" id="I234">I-234</a></span>
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+
+<h2><i>LETTRE VI.</i></h2>
+
+<p class="rig"><i>1er. Septembre 1747.</i></p><br>
+
+<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p>
+
+<p>Je vous ai appris dans ma derniere
+lettre qu'en continuant nos
+recherches électriques, nous
+avions observé quelques Phénomènes
+singuliers que nous avons
+regardé comme nouveaux; je me
+suis engagé à vous en rendre
+compte, quoique j'appréhende
+qu'ils n'ayent pas pour vous le
+mérite de la nouveauté. Tant de
+personnes ont travaillé en Europe
+sur les expériences électriques,
+que quelqu'un se sera probablement
+rencontré avec nous sur les
+<span class="pagenum"><a name="I235" id="I235">I-235</a></span>
+mêmes observations.</p>
+
+<p>Le premier Phénomène est
+l'étonnant effet des corps pointus
+tant pour tirer que pour pousser
+le feu électrique. Par exemple.</p>
+
+<p>75. Placez un boulet de fer de
+trois ou quatre pouces de diamètre
+sur l'orifice d'une bouteille de
+verre bien nette &amp; bien séche:
+par un fil de soye attaché au plat-fond
+précisément au-dessus de l'orifice
+de la bouteille, suspendez
+une petite boule de liége environ
+de la grosseur d'une balle de
+mousquet: que le fil soit de longueur
+convenable pour que la
+boule de liége vienne s'arrêter à
+côté du boulet; électrisez le boulet,
+&amp; le liége sera repoussé à la
+<span class="pagenum"><a name="I236" id="I236">I-236</a></span>
+distance de 4. ou 5. pouces plus
+ou moins, suivant la quantité d'électricité......
+Dans cet état si
+vous présentez au boulet la pointe
+d'un poinçon long &amp; délié à 6. ou
+8. pouces de distance, la répulsion
+sera détruite sur le champ,
+&amp; le liége volera vers le boulet.
+Pour qu'un corps émoussé produise
+le même effet, il faut qu'il
+soit approché à un pouce de distance,
+&amp; qu'il tire une étincelle.
+Afin de prouver que le feu électrique
+est <i>tiré</i> par la pointe, si vous
+ôtez de son manche le côté applati
+du poinçon, &amp; que vous le
+fixiez sur un bâton de cire à cacheter,
+vous présenterez en vain
+le poinçon à la même distance,
+<span class="pagenum"><a name="I237" id="I237">I-237</a></span>
+ou l'approcherez encore de plus
+près, le même effet n'en résultera
+point; mais glissez le doigt
+le long de la cire, jusqu'à ce que
+vous touchiez le côté applati, le
+liége alors volera sur le champ
+vers le boulet..... Si vous présentez
+cette pointe dans l'obscurité,
+vous y verrez quelquefois
+à un pied de distance &amp; plus, une
+lumière brillante, semblable à un
+feu follet, ou à un ver luisant.<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a>
+<a href="#footnote36"><sup class="sml">36</sup></a>
+Moins la pointe est aiguë, plus
+il faut l'approcher pour appercevoir
+la lumière, &amp; à quelque distance
+que vous voyiez la lumière,
+vous pouvez <i>tirer</i> le feu électrique,
+<span class="pagenum"><a name="I238" id="I238">I-238</a></span>
+&amp; détruire la répulsion....
+Si une boule de liége ainsi suspenduë
+est repoussée par le tube,
+&amp; que la pointe lui soit brusquement
+présentée, même à une distance
+considérable, vous serez
+étonné de voir avec quelle rapidité
+le liége revole vers le tube.
+Des pointes de bois feroient le
+même effet que celles de fer,
+pourvû que le bois ne fût pas sec;
+car un bois parfaitement sec n'est
+pas meilleur conducteur d'électricité
+que la cire d'Espagne.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote36"
+name="footnote36"><b>Note 36: </b></a><a href="#footnotetag36">
+(retour) </a> Quand l'Électricité est forte &amp; la pointe
+bien fine, la lumière paroît jusqu'à la distance
+d'une toise.</blockquote>
+
+<p>76. Pour montrer que les pointes
+<i>poussent</i> aussi bien qu'elles <i>tirent</i>
+le feu électrique, couchez
+une longue aiguille pointuë sur
+le boulet, &amp; vous ne pourrez
+<span class="pagenum"><a name="I239" id="I239">I-239</a></span>
+assez électriser le boulet pour lui
+faire repousser la boule de liége...
+ou bien faites tenir à l'extrèmité
+d'un canon de fusil suspendu, ou
+d'une verge de fer, une aiguille
+qui pointe en avant comme une
+espèce de petite bayonnette, dans
+cet état le canon de fusil ou la
+verge ne sauroit par l'application
+du tube à l'autre extrèmité, être
+électrisé au point de donner une
+étincelle; le feu s'échape ou s'écoule
+continuellement en silence
+par la pointe. Dans l'obscurité
+vous pouvez lui voir produire le
+même effet que dans le cas dont
+nous venons de parler.</p>
+
+<p>La répulsion entre la balle de
+liége &amp; le boulet est pareillement
+<span class="pagenum"><a name="I240" id="I240">I-240</a></span>
+détruite, 1°. en sassant dessus du
+sable fin, ce qui la détruit par dégrés;
+2°. en soufflant dessus, 3°.
+en faisant autour, de la fumée
+de bois brulé;<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a>
+<a href="#footnote37"><sup class="sml">37</sup></a> 4°. par la lumière
+d'une chandelle<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a>
+<a href="#footnote38"><sup class="sml">38</sup></a> quand
+<span class="pagenum"><a name="I241" id="I241">I-241</a></span>
+même la chandelle seroit à un
+pied de distance. Par ces moyens
+la répulsion est détruite subitement....
+La lumière d'un charbon
+de bois allumé &amp; la lueur
+d'un fer rouge produisent le même
+effet; mais non pas à une si grande
+distance. La fumée de résine
+séche, fonduë sur un fer rouge,
+ne détruit pas la répulsion; mais
+elle est attirée &amp; par la balle de
+liége &amp; par le boulet, formant
+autour d'eaux des atmosphères
+proportionnées, &amp; les rendant
+agréables à la vûë, &amp; presque
+semblables à quelques-unes des
+figures qui sont dans la Théorie
+de la terre de <i>Burnet</i> ou de
+<i>Whiston</i>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote37"
+name="footnote37"><b>Note 37: </b></a><a href="#footnotetag37">
+(retour) </a> Nous supposons que chaque particule
+de sable, d'humidité ou de fumée étant d'abord
+attirée, &amp; ensuite repoussée, emporte
+avec elle une portion de feu électrique,
+mais que cette portion subsiste toujours
+dans ces particules, jusqu'à ce qu'elles la
+communiquent à quelqu'autre corps, &amp;
+qu'elle n'est jamais réellement détruite;
+ainsi quand on jette de l'eau sur du feu
+commun, nous n'imaginons point que ce
+dernier élément soit par-là détruit &amp; anéanti,
+mais seulement dispersé, chaque particule
+d'eau emportant en vapeurs la portion
+de feu qu'elle a attirée &amp; qu'elle s'est
+attachée.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote38"
+name="footnote38"><b>Note 38: </b></a><a href="#footnotetag38">
+(retour) </a> Quelques observations que j'ai faites
+depuis me portent à penser que ce n'est pas
+la lumière, mais la fumée, ou les écoulemens
+non-électriques de la chandelle, du
+charbon ou du fer rouge, qui emportent le
+feu électrique, parce qu'ils sont d'abord attirés
+&amp; ensuite repoussés.</blockquote>
+
+<span class="pagenum"><a name="I242" id="I242">I-242</a></span>
+
+<p>N. B. Cette expérience doit
+être faite dans un cabinet où
+l'air soit fort tranquille.</p>
+
+<p>77. La lumière du Soleil poussée
+avec force &amp; long-tems de
+suite par le moyen d'un miroir
+ardent sur la boule de liége,
+que sur le boulet, ne diminuë
+aucunement la répulsion. Cette
+différence entre la lumière du
+feu &amp; la lumière du Soleil est
+une autre découverte qui nous
+semble nouvelle &amp; extraordinaire.</p>
+
+<h3>EXPÉRIENCES.</h3>
+
+<p>78. Prenez de grandes balances
+de cuivre dont le fleau soit
+au moins long de deux pieds, &amp;
+<span class="pagenum"><a name="I243" id="I243">I-243</a></span>
+dont les cordons soient de soye;
+suspendez-les par une ficelle attachée
+au plat-fond, de sorte que
+le fond des bassins puisse être environ
+à un pied du plancher; les
+bassins tourneront circulairement
+par le détortillement de la ficelle;
+plantez le poinçon sur le plancher,
+de manière que les bassins
+puissent passer au-dessus de sa tête
+en décrivant leur cercle; électrisez
+alors un bassin en lui communiquant
+une étincelle du fil-d'archal
+de la fiole chargée; comme
+les balances tournent toujours,
+vous verrez ce bassin s'avancer
+plus près du plancher, &amp; s'abaisser
+davantage, lorsqu'il vient sur
+le poinçon; &amp; s'il est placé à une
+<span class="pagenum"><a name="I244" id="I244">I-244</a></span>
+distance convenable, le bassin
+étincellera, &amp; déchargera son feu
+sur cet instrument. Mais si on attache
+une aiguille sur l'extremité
+du poinçon, la pointe en haut, le
+bassin au lieu de s'approcher de
+l'instrument &amp; d'étinceller en le
+frappant, déchargera son feu en
+silence à travers la pointe, &amp; s'élevera
+plus haut que le poinçon;
+&amp; même si l'aiguille est placée sur
+le plancher auprès du poinçon,
+la pointe en haut, l'extremité de
+l'instrument, quoique beaucoup
+plus élevée que l'aiguille, n'attirera
+point le bassin, &amp; ne recevra
+point son feu, car l'aiguille le
+prendra &amp; le dissipera avant qu'il
+vienne assez près pour agir sur le
+<span class="pagenum"><a name="I245" id="I245">I-245</a></span>
+poinçon. C'est une observation
+constante dans ces expériences,
+que plus la quantité d'électricité
+sur le conducteur de carton
+est grande, plus il frappe de loin,
+&amp; décharge son feu aisément; &amp;
+la pointe pareillement le tirera
+toujours à une plus grande distance.</p>
+
+<p><i>Fin du premier Volume.</i>
+
+<br><br>
+<br><br>
+
+
+<h1>EXPÉRIENCES</h1>
+
+<h4>ET</h4>
+
+<h2>OBSERVATIONS</h2>
+
+<h4>SUR</h4>
+
+<h1>L'ÉLECTRICITÉ</h1>
+
+<h5>FAITES</h5>
+
+<h5><i>À PHILADELPHIE EN AMÉRIQUE</i></h5>
+
+<h5>PAR</h5>
+
+<h2>M. BENJAMIN FRANKLIN;</h2>
+
+<h6>&amp; communiquées dans plusieurs Lettres à M. P.
+COLLINSON, de la Société Royale de Londres.</h6>
+
+<h4><i>Traduites de l'Anglois.</i></h4>
+
+<h3>SECONDE ÉDITION</h3>
+
+<h5><i>Revue, corrigée &amp; augmentée d'un supplément considérable
+du même Auteur, avec des Notes &amp; des
+Expériences nouvelles.</i></h5>
+
+<h3><i>Par M.</i> d'ALIBARD.</h3>
+<br>
+<h3>TOME SECOND.</h3>
+<br>
+<p class="mid">A PARIS<br>
+
+Chez DURAND, rue du Foin, au Griffon.</p>
+<hr class="short">
+
+<h3>M. DCC. LVI.</h3>
+
+<h4><i>Avec Approbation &amp; Privilège du Roi.</i></h4>
+
+<span class="pagenum"><a name="II1" id="II1">II-1</a></span>
+<br><br><br>
+
+
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head5.png"></p>
+
+<h2>LETTRES</h2>
+
+<h3>SUR L'ÉLECTRICITÉ</h3>
+
+<h4>DE</h4>
+
+<h3>M. BENJ. FRANKLIN</h3>
+
+<h5><i>de Philadelphie en Amérique</i>,</h5>
+
+<h5>À</h5>
+
+<h3>M. P. COLLINSON</h3>
+
+<h5><i>de la Société Royale de Londres</i>.</h5>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+
+
+
+<h2><i>LETTRE VII.</i></h2>
+
+<blockquote><i>Contenant des observations &amp; des suppositions
+tendantes à former une nouvelle hypothèse
+pour expliquer les différens phénomènes
+des éclats de tonnerre.</i><a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a>
+<a href="#footnote39"><sup class="sml">39</sup></a></blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote39"
+name="footnote39"><b>Note 39: </b></a><a href="#footnotetag39">
+(retour) </a> Les éclats de tonnerre sont des coups
+soudains de tonnerre &amp; d'éclairs qui sont ordinairement
+de peu de durée, mais qui produisent
+quelquefois de funestes effets.</blockquote>
+
+<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p>
+
+<p>§. 79. Les corps non-électriques,
+<span class="pagenum"><a name="II2" id="II2">II-2</a></span>
+lorsqu'ils ont été chargés
+de feu électrique, le retiennent
+jusqu'à ce qu'on en approche
+d'autres corps non-électriques
+qui en ayent moins, &amp; alors il
+est communiqué avec craquement,
+&amp; se trouve également
+distribué.</p>
+
+<p>80. Le feu électrique aime
+l'eau, il en est fortement attiré,
+&amp; ces deux élemens peuvent
+subsister ensemble.</p>
+
+<p>81. L'air est un corps originairement
+électrique, &amp; lorsqu'il
+est sec, il n'est point conducteur
+du feu électrique, il ne
+le reçoit point des autres corps,
+<span class="pagenum"><a name="II3" id="II3">II-3</a></span>
+&amp; ne leur donne point; autrement
+aucun corps environné
+d'air ne pourroit être électrisé
+positivement &amp; négativement;
+car si on essayoit de l'électriser
+positivement, l'air emporteroit
+aussitôt le surplus, ou si c'étoit
+négativement, l'air suppléeroit
+à ce qui manqueroit.</p>
+
+<p>82. L'eau étant électrisée, les
+vapeurs qui s'en exhalent seront
+également électrisées, &amp; flottant
+dans l'air sous la forme de
+nuages ou autrement, elles retiendront
+cette quantité de feu
+électrique jusqu'à ce qu'elles rencontrent
+d'autres nuages ou d'autres
+corps qui ne soient pas électrisés
+au même point, &amp; alors
+<span class="pagenum"><a name="II4" id="II4">II-4</a></span>
+elles le communiqueront, comme
+il a été dit ci-devant.</p>
+
+<p>83. Chaque particule de matière
+électrisée est repoussée par
+chaque autre particule également
+électrisée; ainsi le courant d'une
+fontaine également serré &amp; continu,
+dès qu'il sera électrisé, se
+séparera &amp; s'étendra sous la forme
+d'une vergette, chaque goute faisant
+effort pour s'éloigner de chaque
+autre goute; mais lorsque le
+feu électrique leur est enlevé, elles
+se raprochent &amp; se rejoignent.</p>
+
+<p>84. L'eau qui est fortement électrisée
+(aussi bien que celle qui est
+échauffée par le feu commun,)
+s'éleve en vapeurs plus abondamment,
+l'attraction de cohésion
+<span class="pagenum"><a name="II5" id="II5">II-5</a></span>
+entre ses particules étant
+considérablement affoiblie par la
+puissance opposée de répulsion
+introduite avec le feu électrique;
+&amp; lorsque quelque particule est
+dégagée par quelque moyen que
+ce soit, elle est immédiatement repoussée,
+&amp; s'envole ainsi dans l'air.</p>
+
+<p>85. S'il arrive que les particules
+soient situées comme A &amp; B,
+elle sont plus aisément dégagées
+que C &amp; D, parce que
+chacune est en contact avec trois
+seulement, au lieu que C &amp; D
+sont chacune en contact avec
+neuf. Lorsque la surface de l'eau
+éprouve la moindre agitation,
+les particules sont continuellement
+poussées dans l'état représenté
+<span class="pagenum"><a name="II6" id="II6">II-6</a></span>
+par la figure VIII.</p>
+
+<p>86. Le frottement entre un
+corps non-électrique &amp; un corps
+originairement électrique produit
+le feu électrique, non en le
+<i>créant</i>, mais en le <i>rassemblant</i>:
+car il est également répandu dans
+nos murs, dans nos chambres,
+dans la terre &amp; dans toute la masse
+de la matière commune; ainsi
+le globe de verre tournant, tandis
+qu'il frotte contre le coussin,
+tire le feu du coussin, lequel en
+est dédommagé par le cadre de
+la machine, &amp; ce cadre par le
+plancher sur lequel il est posé.
+Coupez la communication par le
+moyen d'un verre épais ou d'un
+gâteau de cire placé sous le coussin,
+<span class="pagenum"><a name="II7" id="II7">II-7</a></span>
+le feu ne peut plus être produit,
+parce qu'il ne peut plus
+être rassemblé.</p>
+
+<p>87. L'Océan est un composé
+d'eau, corps non-électrique, &amp;
+de sel, corps originairement électrique.</p>
+
+<p>88. Lorsqu'il y a du frottement
+entre les parties voisines
+de sa surface, le feu électrique
+est rassemblé des parties inférieures;
+il est alors manifestement
+visible dans la nuit, il paroît à la
+pouppe &amp; dans le sillage de chaque
+vaisseau qui fait route; on
+l'apperçoit à chaque coup de rame,
+dans l'écume des vagues &amp;
+dans les parties d'eau élevées par
+le vent.... Dans une tempête
+toute la mer paroît en feu....
+<span class="pagenum"><a name="II8" id="II8">II-8</a></span>
+Les particules d'eau étant alors
+repoussées de la surface électrisée
+entrainent continuellement
+le feu tel qu'il a été rassemblé,
+elles s'élèvent &amp; forment des
+nuages, &amp; ces nuages fortement
+électrisés retiennent le feu
+jusqu'à ce qu'ils aient occasion
+de le communiquer.</p>
+
+<p>89. Les particules d'eau s'élevant
+en vapeurs s'attachent elles-mêmes
+aux particules d'air.</p>
+
+<p>90. On dit que les particules
+d'air sont dures, rondes, désunies
+&amp; éloignées l'une de l'autre,
+chaque particule repoussant
+fortement chaque autre particule;
+par ce moyen elles s'éloignent
+autant que leur gravité
+commune le permet.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II9" id="II9">II-9</a></span>
+
+<p>91. L'espace entre trois particules
+qui se repoussent également
+l'une l'autre, sera un triangle
+équilatéral.</p>
+
+<p>92. Dans l'air comprimé ces
+triangles sont plus resserrés, dans
+l'air raréfié ils sont plus étendus.</p>
+
+<p>93. Le feu commun associé
+à l'air augmente la répulsion,
+élargit les triangles, &amp; par là
+rend l'air spécifiquement plus
+léger; cet air s'élevera au-dessus
+d'un air plus dense.</p>
+
+<p>94. Le feu commun aussi bien
+que le feu électrique donne de
+la répulsion aux particules d'eau,
+&amp; détruit leur attraction de cohésion;
+de-là le feu commun, aussi
+bien que le feu électrique, facilite
+<span class="pagenum"><a name="II10" id="II10">II-10</a></span>
+l'élévation des vapeurs.</p>
+
+<p>95. Les particules d'eau qui
+ne renferment point de feu s'attirent
+mutuellement. Trois particules
+d'eau étant donc attachées
+aux trois particules d'un
+triangle d'air, &amp; s'opposant par
+leur attraction réciproque à la
+répulsion de l'air, racourciroient
+les côtés, &amp; diminueroient le
+triangle; delà cette portion d'air
+étant rendue plus dense tomberoit
+à terre avec son eau, &amp; ne
+s'éleveroit point pour contribuer
+à la formation d'un nuage.</p>
+
+<p>96. Mais si chaque particule
+d'eau, s'attachant elle-même à
+l'air, amène avec elle une particule
+de feu commun, la répulsion
+<span class="pagenum"><a name="II11" id="II11">II-11</a></span>
+de l'air étant plutôt favorisée
+&amp; fortifiée par le feu, qu'embarrassée
+&amp; rallentie par l'attraction
+réciproque des particules
+d'eau, le triangle s'étend, &amp;
+cette portion d'air devenue plus
+rare, &amp; spécifiquement plus légère
+s'éleve.</p>
+
+<p>97. Si les particules d'eau
+amènent du feu électrique, lorsqu'elles
+s'attachent elles-mêmes
+à l'air, la répulsion entre les particules
+d'eau électrisées se joint
+à la répulsion naturelle de l'air,
+afin de pousser avec force ses particules
+à une plus grande distance;
+par là les triangles sont dilatés,
+&amp; l'air s'élève emportant
+l'eau avec lui.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II12" id="II12">II-12</a></span>
+
+<p>98. Si les particules d'eau
+amènent avec elles des portions
+du feu commun &amp; du feu
+électrique, la répulsion des particules
+d'air se fortifie &amp; s'accroît
+de plus en plus, &amp; les triangles
+sont de beaucoup élargis.</p>
+
+<p>99. Une particule d'air peut être
+environnée par douze particules
+d'eau d'un volume égal au sien,
+toutes en contact avec elle, &amp;
+de plusieurs autres ajoutées à celles-là.</p>
+
+<p>100. Les particules d'air ainsi
+chargées seroient plus rapprochées
+ensemble par l'attraction
+mutuelle des particules d'eau, si
+le feu, soit commun, soit électrique,
+ne favorisoit pas leur répulsion.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II13" id="II13">II-13</a></span>
+
+<p>101. Si l'air ainsi chargé est
+comprimé par des vents contraires,
+s'il est poussé contre des
+montagnes, &amp;c. ou condensé
+par la perte du feu qui favorisoit
+son expansion, les triangles se
+resserrent: l'air avec son eau descend
+comme une rosée; ou si
+l'eau environnant une particule
+d'air, vient en contact avec l'eau
+qui en environne une autre, elles
+se réunissent &amp; forment une
+goute, ce qui nous donne la
+pluye.</p>
+
+<p>102. Le soleil fournit, ou semble
+fournir le feu commun à toutes
+les vapeurs qui s'élèvent tant
+de la terre que de la mer.</p>
+
+<p>103. Ces vapeurs qui ont en
+<span class="pagenum"><a name="II14" id="II14">II-14</a></span>
+elles du feu électrique &amp; du feu
+commun, sont mieux soutenuës
+que celles qui n'ont que du feu
+commun. Car lorsque les vapeurs
+s'élèvent dans la région la plus
+froide au-dessus de la terre, le
+froid, s'il diminue le feu commun,
+ne diminuera point le feu
+électrique.</p>
+
+<p>104. Delà les nuages formés
+par des vapeurs élevées des eaux
+fraîches de la terre, des végétaux,
+de la terre humide, &amp;c.
+déposent leur eau &amp; plus vîte &amp;
+plus aisément, n'ayant que peu
+de feu électrique pour repousser
+les molécules, &amp; les tenir séparées,
+de sorte que la plus grande
+partie de l'eau élevée de la
+<span class="pagenum"><a name="II15" id="II15">II-15</a></span>
+terre est abandonnée &amp; retombe
+sur la terre. Les vents qui soufflent
+sur la mer sont secs. La mer
+ayant peu besoin de pluye,
+paroîtroit-il raisonnable de priver
+la terre de son humidité,
+pour la donner à la mer en pure
+perte?</p>
+
+<p>105. Mais les nuages formés
+par les vapeurs élevées de la mer,
+ayant les deux feux, &amp; surtout
+une grande quantité de feu électrique
+soutiennent fortement leur
+eau, l'élèvent à une grande hauteur,
+&amp; étant agités par les vents
+peuvent l'amener du milieu de
+l'Océan au milieu du plus vaste
+continent.</p>
+
+<p>»Quoique cette hypothèse du
+<span class="pagenum"><a name="II16" id="II16">II-16</a></span>
+tonnerre soit contestée par M.
+L. N. je n'entreprendrai point
+de la défendre. On ne doit la
+regarder que comme les premières
+idées que M. Franklin a
+euës sur la nature de ce météore;
+il ne les donne lui-même
+que pour des conjectures qu'il
+abandonnera dès que d'autres
+observations lui feront connoître
+qu'elles sont mal fondées.
+C'est cependant à ces conjectures
+que la physique est redevable
+des importantes découvertes
+qui font autant d'honneur
+à leur premier auteur
+qu'elles en font peu à quiconque
+cherche à tourner en ridicule
+ceux qui sont entrés dans
+ses vûes.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II17" id="II17">II-17</a></span>
+
+<p>106. Nous allons examiner
+présentement ce qui oblige les
+nuages de l'Océan qui soutiennent
+leur eau avec tant de force
+à la déposer sur les terres qui en
+manquent.</p>
+
+<p>107. Si ces nuages sont poussés
+par des vents contre des montagnes,
+ces montagnes étant
+moins électrisées les attirent, &amp;
+dans le contact emportent leur
+feu électrique; &amp; comme elles
+sont froides, elles emportent
+aussi leur feu commun; delà les
+molécules pressent vers les montagnes,
+&amp; se pressent l'une l'autre.
+Si l'air est peu chargé, le nuage
+tombe seulement en rosée sur le
+sommet &amp; sur les côtés des montagnes;
+<span class="pagenum"><a name="II18" id="II18">II-18</a></span>
+il forme des fontaines &amp;
+descend dans les vallées en petits
+ruisseaux, qui par leur réunion
+font les grands courans &amp;
+les rivières. S'il est fort chargé,
+le feu électrique sort tout à la
+fois d'un nuage entier, &amp; en l'abandonnant
+il brille comme un
+éclair &amp; craque avec violence:
+les particules se réunissent d'abord
+faute de ce feu, &amp; tombent
+en grosses ondées.</p>
+
+<p>108. Lorsque le sommet des
+montagnes attire ainsi les nuages
+&amp; tire le feu électrique du premier
+nuage qui l'aborde, celui
+qui suit, lorsqu'il approche du
+premier nuage actuellement dépouillé
+de son feu, lui lance le
+<span class="pagenum"><a name="II19" id="II19">II-19</a></span>
+sien, &amp; commence à déposer
+son eau propre. Le premier nuage
+lançant de nouveau ce feu
+dans les montagnes, le troisiéme
+nuage approchant, &amp; tous
+les autres arrivant successivement
+agissent de la même manière
+d'aussi loin qu'ils s'étendent en
+arrière, ce qui peut être sur
+une étendue de pays de quelques
+centaines de lieuës.</p>
+
+<p>109. Delà les déluges de
+pluyes, les tonnerres, les éclairs
+perpétuels sur la côte orientale
+des <i>Andes</i>, qui courant nord-sud
+&amp; étant prodigieusement
+hautes, interceptent tous les
+nuages amenés contre elles de
+l'Océan atlantique par les vents
+<span class="pagenum"><a name="II20" id="II20">II-20</a></span>
+de mer, &amp; les obligent à déposer
+leurs eaux, qui forment les
+rivières immenses des Amazones,
+de la Plata, &amp; d'Oroonoke,
+lesquelles renvoyent ces eaux
+dans la même mer, après avoir
+fertilisé un pays d'une étenduë
+fort considérable.</p>
+
+<p>110. Quoiqu'un pays soit uni
+&amp; sans montagnes qui interceptent
+les nuages électrisés, il y a
+cependant encore des moyens
+pour les obliger à déposer leurs
+eaux; car si un nuage électrisé,
+venant de la mer, rencontre
+dans l'air un nuage élevé de la
+terre, &amp; par conséquent non-électrisé,
+le premier lancera son
+feu dans le dernier, &amp; par ce
+<span class="pagenum"><a name="II21" id="II21">II-21</a></span>
+moyen les deux nuages seront
+contraints de déposer subitement
+leurs eaux.</p>
+
+<p>111. Les particules électrisées
+du premier nuage se resserrent
+lorsqu'elles perdent leur
+feu, les particules de l'autre nuage
+se resserrent aussi en le recevant.
+Dans l'un &amp; l'autre elles
+ont ainsi la facilité de se réunir
+en goutes..... La commotion
+ou la secousse donnée à l'air contribuë
+aussi à précipiter l'eau,
+non-seulement de ces deux nuages,
+mais des autres qui les avoisinent,
+delà les chutes de pluyes
+soudaines immédiatement après
+la lumière des éclairs.</p>
+
+<p>112. Pour le montrer par une
+<span class="pagenum"><a name="II22" id="II22">II-22</a></span>
+expérience facile, prenez deux
+cercles de carton de deux pouces
+de diamètres; du centre &amp; de
+la circonférence de chaque cercle,
+suspendez par des fils de
+soye longs de dix-huit pouces,
+sept petites boules de bois ou
+sept poids de grosseur égale. Les
+boules ainsi suspenduës à chaque
+carton formeront trois à trois des
+triangles équilatéraux, une boule
+étant dans le centre &amp; six à
+égale distance de celle-là &amp; les
+unes des autres; dans cette situation
+elles représenteront les
+particules d'air; enfoncez les
+deux bandes dans l'eau, alors
+cette liqueur s'attachant &amp; tenant
+un peu à chaque boule,
+<span class="pagenum"><a name="II23" id="II23">II-23</a></span>
+elles représenteront l'air chargé.
+Electrisez adroitement une bande,
+&amp; ses boules se repousseront
+l'une l'autre à une plus grande
+distance en élargissant les triangles.
+Si l'eau soutenuë par les
+sept boules venoit en contact,
+elle formeroit une ou plusieurs
+goutes assez pésantes pour rompre
+la cohésion qu'elle avoit avec
+les boules, &amp; ainsi elle se précipiteroit...
+Que les deux bandes
+représentent donc deux nuages;
+l'une un nuage de mer électrisé,
+&amp; l'autre un nuage de terre.
+Amenez-les dans la sphère d'attraction,
+elles s'attireront l'une
+l'autre, &amp; vous verrez ainsi les
+boules désunies se resserrer. La
+<span class="pagenum"><a name="II24" id="II24">II-24</a></span>
+première boule électrisée qui approche
+d'une boule non-électrisée,
+la joint par attraction, &amp;
+lui donne de son feu: aussitôt
+elles se séparent &amp; revolent chacune
+à une autre boule de sa
+bande, l'une pour donner, l'autre
+pour recevoir du feu. Cela se
+continuë ainsi à travers les deux
+bandes, mais avec une telle vîtesse
+quelle est presque instantanée.
+Dans la collision elles secouent
+&amp; font tomber leur eau
+en goutes, ce qui représente la
+pluye.</p>
+
+<p>113. Ainsi lorsque les nuages
+de mer &amp; de terre passent à une
+trop grande distance pour étinceller,
+ils sont attirés l'un vers
+<span class="pagenum"><a name="II25" id="II25">II-25</a></span>
+l'autre jusques dans cette distance,
+car la sphère d'attraction
+électrique s'étend beaucoup au-delà
+de la distance ou les corps
+étincellent.</p>
+
+<p>114. Lorsqu'un grand nombre
+de nuages de mer rencontre
+une quantité de nuages de terre,
+les étincelles électriques paroissent
+s'élancer de différens
+côtés; &amp; comme les nuages
+sont agités &amp; mêlés par les vents,
+ou rapprochés par la force de
+l'attraction électrique, ils continuent
+à donner &amp; à recevoir
+étincelles sur étincelles, jusqu'à
+ce que le feu électrique soit également
+répandu dans tous.</p>
+
+<p>115. Lorsque le canon de fusil
+<span class="pagenum"><a name="II26" id="II26">II-26</a></span>
+(dans les expériences électriques)
+ne contient que peu de
+feu électrique, il faut en approcher
+fort près le doigt avant
+de pouvoir en tirer une étincelle.
+Donnez lui plus de feu, &amp;
+il donnera une étincelle à une
+plus grande distance. Deux canons
+de fusil unis, &amp; aussi fortement
+électrisés, donneront une
+étincelle à une plus grande distance.
+Mais si deux canons de
+fusil électrisés frappent à deux
+pouces de distance, &amp; font un
+éclat sensible, à quelle distance
+énorme ne doivent pas être portés
+le coup &amp; le feu d'un nuage
+de 10000. acres électrisé,
+&amp; combien son craquement ne
+<span class="pagenum"><a name="II27" id="II27">II-27</a></span>
+doit-il pas être épouvantable?</p>
+
+<p>116. C'est une chose ordinaire
+de voir des nuages à différentes
+hauteurs tenir différens chemins,
+ce qui prouve différens
+courants d'air l'un au-dessus de
+l'autre. Comme l'air entre les
+tropiques est raréfié par le soleil,
+il s'élève; l'air du nord &amp; du
+sud plus dense presse à sa place;
+l'air ainsi raréfié &amp; contraint de
+monter passe du coté du nord &amp;
+du côté du midi, &amp; est forcé de
+descendre dans les régions polaires,
+s'il n'a point d'autre issuë
+avant que la circulation puisse
+être continuée.</p>
+
+<p>117. Comme les courants
+d'air avec les nuages suivent des
+<span class="pagenum"><a name="II28" id="II28">II-28</a></span>
+routes différentes, il est aisé de
+concevoir comment les nuages
+passans l'un sur l'autre peuvent
+s'attirer réciproquement, &amp; ainsi
+s'approcher suffisamment pour
+le choc électrique &amp; de même
+comment les nuages électriques
+peuvent être emportés sur les
+terres fort loin de la mer, avant
+d'avoir aucune occasion de frapper.</p>
+
+<p>118. Lorsque l'air avec ses
+vapeurs élevées de l'Océan
+entre les tropiques, vient à descendre
+dans les régions polaires,
+&amp; à être en contact avec les vapeurs
+qui y sont élevées, le feu
+électrique qu'elles amènent commence
+à être communiqué, &amp;
+<span class="pagenum"><a name="II29" id="II29">II-29</a></span>
+se fait appercevoir dans de belles
+nuits, étant d'abord visible
+où il commence à être en mouvement,
+c'est-à-dire où le contact
+commence, ou dans les régions
+les plus septentrionales:
+delà les courans de la lumière
+semblent s'élancer au sud, même
+jusqu'au zénith des contrées
+septentrionales. Mais quoique la
+lumière paroisse s'élancer du
+nord au midi, le progrès du feu
+est réellement du midi au nord.
+Son mouvement commence
+dans le nord, &amp; voilà pourquoi
+il y est d'abord apperçu.</p>
+
+<p>Car le feu électrique n'est jamais
+visible que quand il est en
+mouvement &amp; qu'il saute de
+<span class="pagenum"><a name="II30" id="II30">II-30</a></span>
+corps en corps, ou de parcelle
+en parcelle au travers de l'air;
+lorsqu'il traverse des corps denses
+il est invisible. Lorsque le
+fil-d'archal fait partie du cercle
+dans l'explosion de la fiole électrique
+le feu, quoiqu'en grande
+quantité, passe dans le fil-d'archal
+invisiblement, mais en
+passant le long d'une chaîne il
+devient visible, parce qu'il saute
+de chaînon en chaînon. En passant
+le long d'une feuille d'or il
+est visible, parce que la feuille
+d'or est pleine de pores; tenez-en
+une feuille à la lumière elle
+vous paroîtra comme un réseau,
+&amp; le feu est vû tandis qu'il saute
+sur les interstices..... Comme
+<span class="pagenum"><a name="II31" id="II31">II-31</a></span>
+lorsqu'on ouvre à l'une de ses
+extrémités un long canal rempli
+d'eau pour le vuider, le mouvement
+de l'eau commence d'abord
+auprès de l'extrémité ouverte,
+&amp; continue vers l'extrémité
+fermée, quoique l'eau elle-même
+avance de l'extrémité fermée
+vers l'extrémité ouverte;
+ainsi le feu électrique déchargé
+dans les régions polaires, peut-être
+sur une longueur de mille
+lieuës d'air évaporé, paroît d'abord
+où il est d'abord en mouvement,
+c'est-à-dire dans les parties
+les plus septentrionales, &amp;
+l'apparition s'avance du côté du
+midi, quoique le feu avance
+réellement du côté du septentrion.
+<span class="pagenum"><a name="II32" id="II32">II-32</a></span>
+Cela pourroit passer pour
+une explication de <i>l'aurore boréale</i>.</p>
+
+<p>119. Lorsqu'il y a une chaleur
+excessive sur la terre dans
+une région particuliere, (le soleil
+ayant brillé dessus peut-être
+pendant plusieurs jours, tandis
+que les contrées circonvoisines
+ont été couvertes par les nuages,)
+l'air inférieur est raréfié,
+&amp; s'élève: l'air supérieur plus
+frais &amp; plus dense descend. Les
+nuages dans cet air se rencontrent
+de tous côtés, &amp; se réunissent
+aux endroits échauffés,
+&amp; si les uns sont électrisés, &amp;
+que les autres ne le soient pas,
+les éclairs &amp; le tonnere succèdent,
+<span class="pagenum"><a name="II33" id="II33">II-33</a></span>
+&amp; la pluye tombe; delà
+les éclats de tonnerre après les
+chaleurs, &amp; l'air frais après les
+orages. L'eau &amp; les nuages qui
+l'amènent venant d'une région
+plus élevée, &amp; par conséquent
+plus fraîche.</p>
+
+<p>120. Une étincelle électrique
+tirée d'un corps irrégulier à quelque
+distance, n'est presque jamais
+droite, mais elle paroît
+courbée &amp; ondoyante dans l'air;
+ainsi paroissent les faisceaux d'éclairs,
+les nuages étant des corps
+fort irréguliers.</p>
+
+<p>121. Quand les nuages électrisés
+passent sur un pays, les
+sommets des montagnes &amp; des,
+arbres, les tours élevées, les pyramides,
+<span class="pagenum"><a name="II34" id="II34">II-34</a></span>
+les mâts des vaisseaux,
+les cheminées, &amp;c. comme autant
+d'éminences &amp; de pointes
+attirent le feu électrique, &amp; le
+nuage entier s'y décharge.</p>
+
+<p>122. Ainsi il est dangereux
+de se mettre à l'abri sous un arbre
+pendant le tonnerre. Cette
+retraite a été funeste à plusieurs
+tant hommes que bêtes.</p>
+
+<p>123. Il est plus sûr d'être en
+pleine campagne par une autre
+raison. Lorsque les habits sont
+moüillés, si un tourbillon dans
+son chemin vers la terre vient à
+toucher votre tête, il courra
+dans l'eau sur la surface de votre
+corps, au lieu que si vos habits
+sont secs, votre corps en sera traversé.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II35" id="II35">II-35</a></span>
+
+<p>C'est pour cette raison qu'un
+rat mouillé ne peut être tué par
+l'explosion de la bouteille électrique,
+ce qui peut arriver à un
+rat dont la peau est séche.</p>
+
+<p>124. Le feu commun est dans
+tous les corps, plus ou moins,
+aussi bien que le feu électrique.
+Peut-être ne sont-ils l'un &amp; l'autre
+que les modifications du
+même élément: peut-être aussi
+que ce sont des élémens distingués.
+Quelques auteurs ne s'éloignent
+pas de ce dernier sentiment.</p>
+
+<p>125. Si ce sont des matières
+différentes, ils peuvent subsister
+&amp; subsistent ensemble dans le
+même corps.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II36" id="II36">II-36</a></span>
+
+<p>126. Lorsque le feu électrique
+traverse un corps, il agit sur le
+feu commun contenu dans ce
+corps, &amp; met ce feu en mouvement;
+&amp; s'il y a une quantité
+suffisante de chaque espèce de
+feu, le corps sera enflammé.</p>
+
+<p>127. Lorsque la quantité du
+feu commun dans le corps est
+petite, il faut que la quantité du
+feu électrique (ou le choc électrique)
+soit plus grande; si la
+quantité du feu commun est plus
+grande, une moindre quantité
+du feu électrique suffit pour produire
+l'effet de l'inflammation.</p>
+
+<p>128. Ainsi les esprits doivent
+être êchauffés<a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a>
+<a href="#footnote40"><sup class="sml">40</sup></a> avant que l'on
+<span class="pagenum"><a name="II37" id="II37">II-37</a></span>
+puisse les enflammer par l'étincelle
+électrique; s'ils sont fort
+échauffés, il ne faudra qu'une
+petite étincelle, s'ils le sont peu,
+il faudra une plus forte étincelle.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote40"
+name="footnote40"><b>Note 40: </b></a><a href="#footnotetag40">
+(retour) </a> Nous avons depuis enflammé des esprits
+sans les chauffer, lorsqu'il faisoit un temps
+chaud.</blockquote>
+
+<p>129. Jusqu'ici nous n'avions
+pû enflammer que des vapeurs
+chaudes, mais à présent nous
+pouvons brûler de la colophone
+séche. Lorsque nous pourrons
+nous procurer de plus grandes
+étincelles électriques, nous seront
+en état d'enflammer non-seulement
+les esprits froids, comme
+fait la foudre, mais même
+le bois, en donnant une agitation
+suffisante au feu commun
+<span class="pagenum"><a name="II38" id="II38">II-38</a></span>
+qu'il contient, ce que nous sçavons
+que le frottement peut faire.</p>
+
+<p>130. Les vapeurs sulphureuses
+&amp; inflammables qui s'élèvent
+de la terre sont aisément allumées
+par la foudre. Outre ce qui
+s'exhale de la terre, de pareilles
+vapeurs sont envoyées par des
+tas de foin humide, de bled ou
+autres végétaux qui s'échauffent
+&amp; qui fument. Le bois pourri
+des vieux arbres &amp; des vieux bâtimens
+fait le même effet, c'est
+pourquoi ces matières sont souvent
+&amp; aisément enflammées.</p>
+
+<p>131. Les métaux sont souvent
+fondus par la foudre, quoiqu'ils
+ne le soient peut-être ni par la
+chaleur de la foudre, ni même
+<span class="pagenum"><a name="II39" id="II39">II-39</a></span>
+par l'agitation du feu dans les
+mêmes métaux..... Car tout
+corps qui peut s'insinuer lui-même
+entre les particules du métal,
+&amp; surmonter l'attraction par
+laquelle leur cohésion subsiste,
+(ce que peuvent faire les menstruës)
+changera le solide en fluide
+aussi bien que le feu, même
+sans l'échauffer. Ainsi le feu électrique
+ou la foudre causant une
+répulsion violente entre les particules
+du métal au travers duquel
+il passe, le métal est mis
+en fusion.</p>
+
+<p>132. Si vous vouliez fondre à un
+feu violent l'extrémité d'un clou
+à demi-enfoncé dans une porte,
+la chaleur communiquée au
+<span class="pagenum"><a name="II40" id="II40">II-40</a></span>
+clou entier, avant d'en fondre
+une partie, brûleroit la planche
+où il est enfoncé, &amp; la partie
+fonduë brûleroit le plancher où
+elle tomberoit. Mais si la foudre
+peut fondre une épée dans le
+fourreau &amp; l'argent dans la bourse,
+sans brûler ni le fourreau ni
+la bourse, il faut que la fusion
+soit froide.</p>
+
+<p>133. La foudre déchire quelques
+corps: l'étincelle électrique
+perce aussi un trou à travers
+une main de gros papier. (§. 54.)</p>
+
+<p>134. Si l'origine de la foudre
+assignée dans cette feüille est la
+véritable, on entendroit fort peu
+de tonnerre en mer, lorsque l'on
+seroit fort éloigné de la terre,
+<span class="pagenum"><a name="II41" id="II41">II-41</a></span>
+&amp; en effet quelques vieux Capitaines
+de vaisseaux que l'on a
+consultés sur cet article, assurent
+que le fait s'accorde parfaitement
+avec l'hypothèse. Parce qu'en
+traversant le vaste Océan on n'entend
+guères le tonnerre qu'on
+ne soit arrivé près des côtes dans
+des endroits où l'on peut se
+servir de la sonde, &amp; que les
+isles éloignées du continent y
+sont fort peu sujettes. Un observateur
+curieux qui a vécu treize
+ans aux Bermudes, remarque
+qu'il y a eu moins de tonnerre
+pendant tout le tems qu'il y a
+séjourné, qu'il n'en a quelquefois
+entendu dans un mois à la
+Caroline.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II42" id="II42">II-42</a></span>
+
+<p>Maintenant si le feu de l'électricité
+&amp; celui de la foudre
+sont le même, comme j'ai tâché
+de le prouver, notre conducteur
+de carton &amp; les bassins de l'expérience
+de la balance (78.) peuvent
+représenter les nuages électrisés.
+Si un tube long seulement
+de dix pieds frappe &amp; décharge
+son feu sur le poinçon à deux ou
+trois pouces de distance, un nuage
+électrisé qui est peut-être de
+dix mille acres, peut frapper &amp;
+décharger son feu sur la terre à
+une distance proportionnellement
+plus grande. Le mouvement
+horizontal des bassins sur
+le plancher, peut représenter le
+mouvement des nuages sur la
+<span class="pagenum"><a name="II43" id="II43">II-43</a></span>
+terre, &amp; le poinçon élevé, les
+montagnes &amp; les plus hauts édifices,
+&amp; alors nous voyons comment
+les nuages électrisés passant
+sur les montagnes &amp; sur les
+bâtimens à une trop grande hauteur
+pour les frapper, peuvent
+être attirés en bas jusques dans
+la distance qui leur est nécessaire
+pour cet effet; &amp; enfin si une
+aiguille est fixée sur un poinçon,
+la pointe en haut, ou même sur
+le plancher au-dessous du poinçon,
+elle tirera le feu du bassin
+en silence à une distance beaucoup
+plus grande que la distance
+requise pour frapper, &amp; préviendra
+ainsi sa descente vers le poinçon;
+ou si dans sa course le bassin
+<span class="pagenum"><a name="II44" id="II44">II-44</a></span>
+étoit venu assez près pour
+frapper, il ne le pourroit, parce
+qu'il auroit été d'abord privé de
+son feu, &amp; par-là le poinçon
+est garanti du choc.</p>
+
+<p>Je demande, cette supposition
+admise, si la connoissance
+du pouvoir des pointes ne pourroit
+pas être de quelque avantage
+aux hommes pour préserver
+les maisons, les églises, les
+vaisseaux, &amp;c. des coups de la
+foudre, en nous engageant à
+fixer perpendiculairement sur les
+parties les plus élevées de ces
+édifices des verges de fer faites
+en forme d'aiguilles &amp; dorées
+pour prévenir la rouille, &amp; du
+pied de ces verges un fil-d'archal
+<span class="pagenum"><a name="II45" id="II45">II-45</a></span>
+abaissé vers l'extérieur du
+bâtiment dans la terre, ou autour
+d'un des aubans d'un vaisseau,
+ou sur le bord jusqu'à ce
+qu'il touche l'eau? Ces verges
+de fer ne tireroient-elles pas
+probablement le feu électrique
+en silence hors du nuage, avant
+qu'il vint assez près pour frapper?
+&amp; par ce moyen ne pourrions-nous
+pas être préservés de tant
+de désastres soudains &amp; effroyables?</p>
+
+<p>135. Pour décider cette question,
+sçavoir si les nuages qui
+contiennent la foudre sont électrisés
+ou non. J'ai imaginé de
+proposer une expérience à tenter
+en un lieu convenable à cet
+<span class="pagenum"><a name="II46" id="II46">II-46</a></span>
+effet. Sur le sommet d'une haute
+tour ou d'un clocher, placez
+une espèce de guérite (comme
+dans la fig. IX.) assez grande
+pour contenir un homme &amp; un
+tabouret électrique: du milieu
+du tabouret élevez une verge de
+fer, qui passe en se courbant
+hors de la porte, &amp; delà se relève
+perpendiculairement à la
+hauteur de vingt ou trente pieds,
+&amp; se termine en une pointe
+fort aiguë. Si le tabouret électrique
+est propre &amp; sec, un homme
+qui y sera placé, lorsque des
+nuages électrisés y passeront un
+peu bas, peut être électrisé &amp;
+donner des étincelles, la verge
+de fer lui attirant le feu du nuage.
+<span class="pagenum"><a name="II47" id="II47">II-47</a></span>
+S'il y avoit quelque danger
+à craindre pour l'homme (quoique
+je sois persuadé qu'il n'y en
+a aucun) qu'il se place sur le
+plancher de la guérite, &amp; que
+de tems en tems il approche de
+la verge le tenon d'un fil-d'archal,
+qui a une extrémité attachée
+aux plombs de la couverture,
+le tenant par un manche
+de cire; de cette force les étincelles,
+si la verge est électrisée,
+frapperont de la verge au fil-d'archal,
+&amp; ne toucheront point
+l'homme.</p>
+
+<p>136. Avant d'abandonner le
+sujet de la foudre, je puis citer
+quelques autres rapports entre
+les effets de ce météore &amp; ceux
+<span class="pagenum"><a name="II48" id="II48">II-48</a></span>
+de l'électricité. On sçait que la
+foudre a souvent rendu des personnes
+aveugles. Un pigeon que
+nous croyions avoir frappé à
+mort par le choc électrique, recouvrant
+la vie, languit quelques
+jours dans la basse cour, ne
+mangea rien, quoiqu'on lui eût
+jetté des miettes de pain, s'affoiblit,
+&amp; mourut. Nous ne fîmes
+point attention qu'il avoit
+été privé de la vûe; mais ensuite
+un poulet tué de la même
+manière étant ressuscité en soufflant
+à plusieurs reprises dans ses
+poumons; lorsqu'il fut posé sur
+le plancher, il alla donner de
+la tête contre la muraille, &amp;
+après l'avoir examiné nous reconnûmes
+<span class="pagenum"><a name="II49" id="II49">II-49</a></span>
+qu'il étoit parfaitement
+aveugle; delà nous conclûmes
+que le pigeon avoit aussi
+été entiérement aveuglé par le
+choc. Le plus grand animal que
+nous ayons tué ou essayé de tuer
+par le choc électrique est un
+fort gros poulet.</p>
+
+<p>137. En lisant dans la relation
+que l'ingénieux Docteur
+<i>Hales</i> a donnée d'un orage arrivé
+à <i>Stretham</i>, l'effet de la foudre
+qui avoit dépouillé toute la peinture
+qui couvroit la moulure dorée
+d'un panneau de boiserie,
+sans avoir endommagé le reste
+de la peinture, il me vint dans
+l'idée de mettre une couche de
+peinture sur les filets d'or de la
+<span class="pagenum"><a name="II50" id="II50">II-50</a></span>
+couverture d'un livre, &amp; d'essayer
+l'effet d'un grand coup
+électrique porté à travers cet or
+par un carreau de verre chargé;
+mais n'ayant point de peinture
+sous la main, je collai dessus
+une bande étroite de papier, &amp;
+lorsqu'elle fut séche, je portai
+le coup à travers la dorure; alors
+le papier fut renversé d'un bout
+à l'autre avec une telle force
+qu'il fut déchiré en plusieurs endroits,
+&amp; qu'en d'autres il emporta
+une partie des grains du
+maroquin sur lequel il étoit collé.
+Je suis persuadé que s'il eût
+été peint, la peinture auroit
+été enlevée, de la même manière que
+celle de la boiserie de <i>Stretham</i>.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II51" id="II51">II-51</a></span>
+
+<p>138. La foudre fond les métaux,
+&amp; j'ai avancé dans ma
+lettre sur ce sujet que je soupçonnois
+que c'était une fusion
+froide; je n'entens pas dire une
+fusion produite par la force du
+froid, mais une fusion sans chaleur.
+Nous avons aussi fondu l'or,
+l'argent &amp; le cuivre en petites
+quantités par le coup électrique.
+Voici de quelles manière.
+Prenez une feuille d'or, d'argent
+ou de cuivre doré, communément
+appellé feüille de cuivre ou
+or d'Hollande: coupez de cette
+feuille des bandes longues &amp;
+étroites de la largeur d'une paille:
+placez une de ces bandes
+entre deux lames de verre poli,
+qui soient environ de la largeur
+<span class="pagenum"><a name="II52" id="II52">II-52</a></span>
+de votre doigt; si une bande d'or
+de la longueur de la feuille n'est
+pas assez longue pour le verre,
+ajoutez-en une autre à son extrémité;
+de sorte que vous puissiez
+avoir une petite partie qui
+déborde à chaque extrémité du
+verre: attachez ensemble les
+deux piéces de verre d'un bout
+à l'autre avec un bon fil de soye:
+alors placez-les de manière qu'elles
+fassent partie d'un cercle électrique,
+les extrémités de l'or qui
+pendent au dehors servant à faire
+l'union avec les autres parties
+du cercle: portez le coup au
+travers par le moyen d'un grand
+vase ou d'un carreau de verre
+électrisé. Si vos lames de verre
+demeurent entières, vous verrez
+<span class="pagenum"><a name="II53" id="II53">II-53</a></span>
+que l'or manque en plusieurs
+endroits, &amp; vous trouverez à la
+place des taches métalliques sur
+les deux verres. Ces taches sur
+le verre supérieur &amp; sur le verre
+inférieur sont éxactement semblables
+jusques dans le moindre
+trait, comme on le peut distinguer
+en les tenant à la lumière.
+Le métal nous a paru avoir été
+non-seulement fondu, mais même
+vitrifié ou autrement, si enfoncé
+dans les pores du verre
+qu'ils paroissent le défendre contre
+l'action de la plus puissante
+eau forte &amp; eau régale. Je vous
+envoye dans une boëte deux petites
+piéces de verre couvertes
+de ces taches métalliques, lesquelles
+<span class="pagenum"><a name="II54" id="II54">II-54</a></span>
+ne peuvent être effacées
+sans enlever une partie du verre.
+Quelquefois la tache s'étend un
+peu plus que la largeur de la
+feuille, &amp; paroît plus brillante
+sur le bord, comme vous pouvez
+l'observer sur celles-ci en les
+examinant de près. Quelquefois
+le verre se brise en morceaux;
+une fois le verre de dessus se
+cassa en mille piéces qui paroissoient
+comme des grains de gros
+sel. Ces morceaux que je vous
+envoye, ont été tachetés avec
+l'or d'Hollande; le vrai or fait
+une tache plus obscure &amp; un peu
+rougeâtre, l'argent fait la tache
+verdâtre. Nous prîmes une fois
+deux morceaux de verre de miroir
+<span class="pagenum"><a name="II55" id="II55">II-55</a></span>
+fort épais, larges d'environ
+un pouce &amp; demi &amp; longs de six
+pouces, &amp; plaçant la feuille d'or
+entr'eux, nous les mîmes entre
+deux piéces de bois bien uni,
+nous les serrâmes dans une petite
+presse de relieur de livres,
+&amp; quoiqu'ainsi serrées l'une contre
+l'autre, la force du choc électrique
+brisa le verre en plusieurs
+morceaux.... l'or fut fondu &amp;
+fit des taches dans le verre à
+l'ordinaire. Les circonstances de
+ce brisement de verre varient
+beaucoup en faisant l'expérience,
+&amp; quelquefois même le verre
+n'est point du tout brisé; mais
+il est constant que les taches des
+morceaux de dessus &amp; de dessous
+<span class="pagenum"><a name="II56" id="II56">II-56</a></span>
+sont exactement des contre
+parties les unes des autres. Et
+quoique j'aie pris les morceaux
+de verre entre mes doigts immédiatement
+après la fusion, je n'y
+ai jamais senti la moindre chaleur.</p>
+
+<p>139. J'ai dit dans une de mes
+précédentes lettres que la dorure
+sur un livre, quoique d'abord
+elle communiquât parfaitement
+bien le choc, le manquoit
+néanmoins après un petit
+nombre d'expériences, sans que
+nous pussions en donner la raison.
+Nous avons trouvé depuis
+qu'un choc violent rompt la
+continuité de l'or dans le filet,
+&amp; le fait paroître comme de la
+<span class="pagenum"><a name="II57" id="II57">II-57</a></span>
+poussière d'or, quantité de ses
+parties étant rompuës &amp; écartées;
+il ne sçauroit guères conduire
+plus d'un choc dans toute
+sa force. En voici vraisemblablement
+la raison, lorsqu'il n'y
+a pas une parfaite continuité
+dans le cercle, il faut que le feu
+saute pardessus les intervalles; il
+y a une certaine distance qu'il
+est capable de franchir proportionnellement
+à sa force; si un
+nombre de petits intervalles,
+quoique chacun soit excessivement
+petit, pris ensemble excèdent
+cette distance, il ne peut
+sauter pardessus, &amp; ainsi le choc
+est empêché ou du moins fort
+affoibli.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II58" id="II58">II-58</a></span>
+
+<p>140. En conséquence de la
+loi de l'Électricité dont nous
+avons parlé ci-devant, que les
+pointes; selon qu'elles sont plus
+ou moins aiguës, tirent &amp; poussent
+le fluide électrique avec
+plus ou moins de force, à de
+plus grandes ou à de moindres
+distances, &amp; dans de plus grandes
+ou de plus petites quantités
+en tems égal, nous pouvons
+trouver la manière d'expliquer
+la situation de la feuille d'or suspenduë
+entre deux lames métalliques,
+celle d'en haut étant
+continuellement électrisée, &amp;
+celle d'en bas dans la mains d'une
+personne qui est debout sur
+le plancher. Lorsque la lame supérieure
+<span class="pagenum"><a name="II59" id="II59">II-59</a></span>
+est électrisée, la feuille
+est attirée &amp; élevée vers elle,
+&amp; voleroit à cette lame, si elle
+n'étoit arrêtée par ses propres
+pointes; l'angle qui se trouve
+le plus haut, lorsque la feuille
+s'élève, ayant la pointe fort aigue
+à cause de l'extrême ténuité
+de l'or, tire &amp; reçoit à une certaine
+distance une quantité suffisante
+de fluide électrique, pour
+se donner à lui-même une atmosphère
+électrique par laquelle
+son progrès à la lame supérieure
+est arrêté, &amp; il commence à être
+repoussé de cette lame, &amp; seroit
+renvoyé jusqu'à la lame inférieure
+sans que son angle le plus bas
+est pareillement une pointe, &amp;
+<span class="pagenum"><a name="II60" id="II60">II-60</a></span>
+pousse ou décharge le surplus de
+l'atmosphère de la feuille aussi
+promptement que l'angle supérieur
+l'attire; si la finesse de ces
+deux pointes étoit parfaitement
+égale, la feuille se placeroit
+exactement dans le milieu de
+l'espace, car la pésanteur n'est
+rien comparée au pouvoir qui
+agit sur elle; mais elle est généralement
+plus près de la lame
+non-électrisée, parce que quand
+la feuille est présentée à la lame
+électrisée à une certaine distance,
+la pointe la plus aiguë est
+communément affectée la première
+&amp; élevée vers elle; ainsi
+cette pointe par sa plus grande
+finesse recevant le fluide trop tôt
+<span class="pagenum"><a name="II61" id="II61">II-61</a></span>
+pour que son opposée puisse le
+décharger à distances égales,
+elle se retire de la lame électrisée,
+&amp; s'avance plus près de
+la lame non-électrisée, jusqu'à
+ce qu'elle vienne à une distance
+où la décharge puisse être exactement
+égale à la charge. Cette
+dernière étant diminuée, &amp; la
+première augmentée; &amp; elle y
+demeure aussi long-tems que le
+globe continuë à fournir de nouvelle
+matière électrique. Ceci
+paroîtra évident, lorsque la différence
+de la finesse dans les angles
+sera devenuë fort grande. Coupez
+un morceau d'or d'Hollande (qui
+est le meilleur pour ces expériences,
+parce qu'il est plus fort)
+<span class="pagenum"><a name="II62" id="II62">II-62</a></span>
+dans la forme de la figure X. que
+l'angle d'en haut soit un angle
+droit, les deux suivans des angles
+obtus, &amp; le plus bas un angle
+fort aigu, &amp; amenez cet or
+sur votre lame, qui est sous la
+lame électrisée, de manière que
+la partie coupée à angle droit
+puisse être d'abord élevée, ce
+qui se fait en couvrant la partie
+aiguë avec le creux de la main,
+&amp; vous verrez la feüille prendre
+place beaucoup plus près de la
+lame supérieure que de la lame
+inférieure, parce que sans être
+plus près, elle ne peut recevoir
+aussi promptement à la pointe de
+son angle droit, qu'elle peut décharger
+à la pointe de son angle
+<span class="pagenum"><a name="II63" id="II63">II-63</a></span>
+aigu. Tournez cette feüille de
+façon que la partie aiguë soit la
+plus élevée, &amp; alors elle se placera
+tout auprès de la lame non-électrisée,
+parce qu'elle reçoit
+plus promptement à la pointe de
+l'angle aigu qu'elle ne peut décharger
+à la pointe de l'angle
+droit; ainsi la différence de la distance
+est toujours proportionnelle
+à la différence d'accélération.
+Prenez garde en coupant
+votre feuille de ne pas laisser de
+petits lambeaux sur les extrémités,
+qui forment quelquefois des
+pointes où vous ne voudriez pas
+les avoir; vous pouvez faire cette
+partie si aiguë dans sa partie
+inférieure, &amp; si obtuse dans sa
+<span class="pagenum"><a name="II64" id="II64">II-64</a></span>
+partie supérieure, qu'il ne soit
+pas besoin de lame inférieure,
+se déchargeant d'elle-même assez
+promptement dans l'air. Si
+elle est plus étroite, comme on
+le voit dans la figure comprise
+entre les lignes ponctuées, nous
+l'appellons le <i>poisson d'or</i>, à cause
+de sa manière d'agir. Car si
+vous le prenez par la queuë, &amp;
+que vous le teniez à un pied, ou
+à une plus grande distance horizontale
+du premier conducteur,
+lorsque vous le laisserez aller, il
+volera à lui avec un mouvement
+vif, mais ondoyant, semblable
+à celui d'une anguille dans l'eau;
+il prendra place alors sous le
+premier conducteur, peu-être à
+<span class="pagenum"><a name="II65" id="II65">II-65</a></span>
+un quart ou à un demi pouce de
+distance, &amp; remuëra continuellement
+sa queuë comme un poisson,
+de sorte qu'il paroît animé.
+Tournez sa queuë, vers le premier
+conducteur, &amp; alors il vole
+à votre doigt &amp; semble le grignoter.
+Si vous tenez sous lui
+une lame à six ou huit pouces de
+distance, &amp; si vous cessez de
+tourner le globe, lorsque l'atmosphère
+électrique du conducteur
+diminuë, il descendra sur
+la lame, &amp; nagera encore en
+arrière à plusieurs reprises avec
+le même mouvement de poisson,
+ce qui fait un jeu amusant pour
+les spectateurs. Par une legère
+pratique d'émousser ou d'aiguiser
+<span class="pagenum"><a name="II66" id="II66">II-66</a></span>
+les têtes, ou les queuës de
+ces figures, vous pouvez leur
+faire prendre la place que vous
+desirez, plus près ou plus loin
+de la lame électrisée.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/deco03.png"></p>
+<br><br><br>
+
+<span class="pagenum"><a name="II67" id="II67">II-67</a></span>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head3.png"></p>
+
+<h2>MÉMOIRE</h2>
+
+<p class="mid"><i>Lû à l'Académie Royale des Sciences,<br>
+le 13. Mai 1752. par<br>
+M. D'ALIBARD.</i></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+
+<h4>EXPÉRIENCES ET OBSERVATIONS</h4>
+
+<h3>SUR LE TONNERRE,</h3>
+
+<p class="mid"><i>Relatives à celles de Philadelphie.</i></p>
+
+<p><span class="large">L</span><br>e tonnerre est un de ces
+phénomènes dont tous les
+physiciens ont éssaye de découvrir
+la nature, mais dont aucun
+n'a encore donné d'explication
+satisfaisante. Rien de plus commun
+que les effets de ce redoutable
+météore, rien de plus ignoré
+que leur cause; il semble
+<span class="pagenum"><a name="II68" id="II68">II-68</a></span>
+même que plus on a fait d'efforts
+pour en approfondir le principe,
+plus on s'est écarté de la voye
+qui pouvoit y conduire. Les connoissances
+physiques n'étoient
+point encore assez avancées pour
+que l'on pût pénétrer un mistère
+dont l'intelligence étoit réservée
+à un siécle plus éclairé. Ce qui
+a causé la difficulté, ce qui a retardé
+jusqu'à présent l'explication
+de ce phénomène, c'est
+qu'on ne lui voyoit point de rapport
+à aucune chose connuë, &amp;
+ce n'est que par l'enchaînement
+des rapports que l'on peut arriver
+d'une connoissance à une autre;
+il étoit impossible de rapporter
+le tonnerre à son vrai
+<span class="pagenum"><a name="II69" id="II69">II-69</a></span>
+principe, puisque le principe
+même étoit inconnu. Les plus
+sages physiciens en sont restés à
+admirer les effets, sans pouvoir
+presque rien dire des causes; ou
+s'ils en ont hazardé quelqu'explication
+on reconnoît aisément
+dans leurs écrits que ce n'est
+que par des conjectures relatives
+ou à leurs préjugés, ou à leurs
+affections, ou aux systèmes qu'ils
+avoient embrassés, ou aux différentes
+sciences qu'ils avoient
+le plus cultivées. Les premiers
+philosophes regardoient le tonnerre
+comme un attribut des
+Dieux, ou comme un esprit,
+&amp; ne poussoient pas plus loin
+leurs recherches à ce sujet; d'autres
+<span class="pagenum"><a name="II70" id="II70">II-70</a></span>
+philosophes imaginèrent que
+les corps célestes se renvoyoient
+mutuellement des influences
+dont la rencontre produisoit ce
+météore: la plupart des physiciens
+en ont cherché la cause
+dans les exhalaisons des matières
+inflammables de la terre. Les
+chimistes ont prétendu en avoir
+découvert le principe dans le
+mêlange du nitre, du souffre &amp;
+du fer, des esprits acides &amp; des
+huiles essentielles; enfin chaque
+physicien a saisi le moindre rapport
+qu'il a pû appercevoir entre
+ce phénomène &amp; ce qu'il
+connoissoit d'ailleurs pour en développer
+la nature, &amp; chacun
+l'a expliquée à sa façon, mais
+<span class="pagenum"><a name="II71" id="II71">II-71</a></span>
+cette matière est toujours demeurée
+en problême.</p>
+
+<p>Ce n'est que depuis peu d'années
+que l'on a commencé à
+avoir sur ce sujet des soupçons
+mieux fondés.</p>
+
+<p>M. Gray<a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a>
+<a href="#footnote41"><sup class="sml">41</sup></a> est le premier à
+qui le tonnerre &amp; les éclairs
+aient paru tenir beaucoup de la
+nature du feu &amp; de la lumière
+électrique. Cette première opinion
+a été plus approfondie par
+MM. l'Abbé Nolet,<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a>
+<a href="#footnote42"><sup class="sml">42</sup></a> Hales,<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a>
+<a href="#footnote43"><sup class="sml">43</sup></a>
+&amp; Barberet<a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a>
+<a href="#footnote44"><sup class="sml">44</sup></a>; ils ont trouvé
+<span class="pagenum"><a name="II72" id="II72">II-72</a></span>
+une analogie surprenante entre
+les effets du tonnerre &amp; ceux
+de l'électricité; mais tout ce
+qu'ils en ont dit les uns &amp; les
+autres n'étoit encore qu'une conjecture,
+il falloit des observations
+suivies, des expériences certaines,
+des faits bien constatés;
+tout cela se trouve dans les lettres
+de M. Franklin. Il ne manquoit
+à cet ingénieux physicien
+qu'une dernière preuve pour
+achever de le convaincre que la
+matière du tonnerre est absolument
+la même que celle de l'électricité;
+n'étant pas apparemment
+trop à portée d'acquérir
+<span class="pagenum"><a name="II73" id="II73">II-73</a></span>
+cette preuve par lui-même, il
+nous a enseigné le moyen d'y
+parvenir.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote41"
+name="footnote41"><b>Note 41: </b></a><a href="#footnotetag41">
+(retour) </a> Lettre à M. Mortimer du mois de Mars
+1735.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote42"
+name="footnote42"><b>Note 42: </b></a><a href="#footnotetag42">
+(retour) </a> Leçons de physique, tom, 4. p. 314.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote43"
+name="footnote43"><b>Note 43: </b></a><a href="#footnotetag43">
+(retour) </a> Considérations sur la cause physique
+des tremblemens de terre.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote44"
+name="footnote44"><b>Note 44: </b></a><a href="#footnotetag44">
+(retour) </a> Dissertation sur le rapport qui se
+trouve entre les phénomènes du tonnerre &amp;
+ceux de l'électricité, par M. Barb. Méd. à
+Dijon. Bordeaux 1750.</blockquote>
+
+<p>Après avoir répété avec un
+succés plus que complet toutes
+les expériences de Philadelphie,
+après m'être confirmé dans la
+confiance entière que j'ai aux
+sçavantes propositions qui y sont
+établies &amp; démontrées, j'ai entrepris
+de vérifier jusqu'aux conjectures
+de mon auteur; &amp; j'en
+suis venu à obtenir cette dernière
+preuve qui manquoit à sa conviction.
+L'importance du sujet
+m'a paru mériter l'attention de
+l'Académie. Le résultat de l'expérience
+dont je vais rendre
+compte, ne va pas moins qu'à
+<span class="pagenum"><a name="II74" id="II74">II-74</a></span>
+faire connoître la nature du tonnerre,
+à le soumettre, pour ainsi
+dire, au pouvoir des hommes, à
+dissiper ce redoutable météore,
+&amp; à prévenir ses funestes effets.</p>
+
+<p>Mais pour me faire mieux entendre,
+sur tout de ceux qui ne
+sont point assez au fait des expériences
+de Philadelphie, j'en
+vais rapporter un extrait de ce
+qui est relatif à mon objet, &amp;
+j'y ajouterai quelques autres observations
+dont je ne suis pas
+moins sûr.</p>
+
+<p>1º. La matière électrique est
+un fluide, une espèce de feu répandu
+dans toute la nature en
+différentes proportions.</p>
+
+<p>2. Quoique les corps contiennent
+<span class="pagenum"><a name="II75" id="II75">II-75</a></span>
+chacun une certaine quantité
+de ce feu, on les a distingués
+en corps électriques &amp; corps
+non-électriques. Ces distinctions
+sont assez connuës.</p>
+
+<p>3. Les premiers sont propres
+à communiquer ce feu, &amp; non
+à le conduire: les derniers le reçoivent
+&amp; le transmettent, sans
+pouvoir le communiquer par
+eux-mêmes.</p>
+
+<p>4. En ce sens l'air est naturellement
+électrique, &amp; l'eau ne
+l'est pas.</p>
+
+<p>5. Les corps non-électriques
+retiennent le feu dont ils ont été
+une fois chargés, jusqu'à ce qu'il
+en approche d'autres corps qui
+en ayent moins; alors le feu
+<span class="pagenum"><a name="II76" id="II76">II-76</a></span>
+se communique avec bruit, &amp;
+se distribue également entr'eux.</p>
+
+<p>6. L'eau étant électrisée, les
+vapeurs qui s'en exhalent le sont
+aussi.</p>
+
+<p>7. Les particules de matière
+électrisée se repoussent mutuellement;
+delà vient apparemment
+que l'électricité, aussi bien
+que la chaleur, augmente l'évaporation
+des liqueurs.</p>
+
+<p>8. Le frottement entre un
+corps non-électrique &amp; un corps
+originairement électrique produit
+le feu électrique, non en le
+créant, mais en le rassemblant.</p>
+
+<p>9. La mer est un composé
+d'eau corps non-électrique, &amp; de
+sel corps originairement électrique.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II77" id="II77">II-77</a></span>
+
+<p>10. Lorsqu'il y a du frottement
+entre les parties voisines
+de sa surface, la matière électrique
+y est rassemblée des parties
+inférieures &amp; y devient apparente.
+C'est ce qu'on remarque dans
+le sillage d'un vaisseau, sous les
+coups de rames, dans l'écume &amp;
+dans les parties d'eau agitées par
+le vent. Enfin dans une tempête
+toute la mer paroît en feu.</p>
+
+<p>11. Les particules d'eau détachées
+étant alors repoussées
+de sa surface électrisée, emportent
+avec elles le feu électrique
+qui a été rassemblé, &amp; en s'élèvant
+elles s'attachent elles-mêmes
+aux particules d'air qu'elles
+rencontrent.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II78" id="II78">II-78</a></span>
+
+<p>12. Les particules d'air ainsi
+chargées &amp; appésanties par les
+particules d'eau qui y sont adhérentes,
+retomberoient bientôt
+sur la terre, si le feu électrique
+attaché à ces dernieres ne les
+rendoit spécifiquement plus légères.
+La chaleur du soleil contribuë
+encore à les alléger.</p>
+
+<p>13. Aidées de ces deux puissances
+le feu électrique &amp; le feu
+commun, les vapeurs de la
+mer s'élèvent fort haut dans
+l'air, &amp; y forment des nuages
+chargés comme elles de l'un &amp;
+l'autre feu.</p>
+
+<p>14. Quand même ces nuages
+fortement électrisés viendroient
+à s'élever dans la région la plus
+<span class="pagenum"><a name="II79" id="II79">II-79</a></span>
+froide au-dessus de la terre, le
+froid qu'ils y rencontreroient
+pourroit diminuer leur feu commun;
+mais loin de diminuer leur
+feu électrique, il ne feroit qu'en
+augmenter la force.</p>
+
+<p>15. Les nuages formés des
+exhalaisons de la terre, ayant
+peu de feu électrique, ne s'élèvent
+pas beaucoup, &amp; déposent
+leur eau promptement &amp; aisément;
+c'est de là que les vents
+de terre qui soufflent sur mer se
+font facilement reconnoître par
+leur sécheresse.</p>
+
+<p>16. Il en est tout autrement
+des nuages formés des exhalaisons
+de la mer; ayant beaucoup
+de feu électrique, ils soutiennent
+<span class="pagenum"><a name="II80" id="II80">II-80</a></span>
+fortement leur eau, s'élèvent
+à une grande hauteur, &amp;
+poussés par les vents peuvent la
+conduire du milieu de l'Océan
+au milieu du plus vaste continent.</p>
+
+<p>17. Ces nuages électrisés étant
+poussés par les vents, sont attirés
+par les montagnes auxquelles
+ils communiquent leur feu électrique:
+alors les particules d'eau
+se rapprochent &amp; tombent en
+rosée, si l'air est peu chargé;
+mais s'il est fort chargé, le feu
+électrique sort tout à la fois d'un
+nuage entier, &amp; en l'abandonnant
+il brille comme un éclair
+&amp; fait un bruit violent; dans ce
+cas les particules d'eau se réunissent
+<span class="pagenum"><a name="II81" id="II81">II-81</a></span>
+faute de ce feu, &amp; tombent
+en grosses ondées.</p>
+
+<p>18. Lorsqu'une montagne attire
+ainsi les nuées, &amp; tire le feu
+électrique du premier nuage qui
+l'aborde, celui qui suit, lorsqu'il
+approche du premier actuellement
+dépouillé de son feu, lui
+lance le sien, &amp; commence à
+déposer son eau propre. Le premier
+nuage communiquant ce
+nouveau feu à la montagne, un
+troisiéme nuage survient, &amp; tous
+les autres arrivant successivement
+agissent de la même manière
+sur ceux qui les précèdent
+&amp; sur la montagne, d'aussi loin
+qu'ils s'étendent en arrière, ce
+qui peut être sur une étendue
+<span class="pagenum"><a name="II82" id="II82">II-82</a></span>
+de pays de quelques centaines
+de lieuës.</p>
+
+<p>19. Delà viennent les déluges
+de pluyes, les tonnerres, les
+éclairs presque perpétuels sur les
+montagnes les plus élevées, du
+pied desquelles les plus grands
+rivières tirent leurs sources.</p>
+
+<p>20. Quoique les endroits voisins
+des hautes montagnes soient
+ceux où le tonnerre est le plus
+fréquent, ce ne sont pas les
+seuls qui y soient sujets; il se fait
+aussi entendre dans les pays plats
+&amp; unis, &amp; les nuages de mer y
+déposent leurs eaux sans y être
+arrêtés par les montagnes. Mais
+dans ce cas ce sont les nuages
+de terre qui font l'office des montagnes.
+<span class="pagenum"><a name="II83" id="II83">II-83</a></span>
+Ceux-ci non-électrisés &amp;
+beaucoup moins élevés venant
+à passer sous ceux-là qui sont
+électrisés &amp; fort élevés, les attirent,
+en reçoivent le feu électrique,
+&amp; par ce moyen sont
+contraints les uns &amp; les autres
+de laisser tomber subitement les
+eaux dont ils étoient chargés.</p>
+
+<p>21. Personne ne doute que
+les corps électrisés ne soient entourés
+d'une atmosphère électrique
+d'une étenduë considérable
+&amp; précisément de la même figure
+que ces corps. On peut
+même rendre cette atmosphère
+visible en excitant au-dessous du
+corps électrisé une fumée de résine
+bien séche. L'attraction &amp;
+<span class="pagenum"><a name="II84" id="II84">II-84</a></span>
+la répulsion se font dans toute
+l'étenduë de cette atmosphère,
+quoique le feu électrique ne
+puisse se communiquer de si
+loin, du moins avec bruit; c'est
+pour cette raison qu'un nuage
+de terre non-électrisé venant à
+passer au-dessous d'un nuage de
+mer fort électrisé, l'attire à une
+très-grande distance.</p>
+
+<p>22. Quand plusieurs nuages
+de mer rencontrent plusieurs
+nuages de terre, le feu électrique
+s'élance de différens côtés,
+&amp; les élancemens continuënt
+jusqu'à ce que le feu électrique
+soit également répandu dans tous
+ces nuages.</p>
+
+<p>23. La distance où se font les
+<span class="pagenum"><a name="II85" id="II85">II-85</a></span>
+élancemens du feu électrique
+étant relative à l'étenduë des
+corps électrisés, si dans les expériences
+électriques deux canons
+de fusil électrisés frappent à
+deux pouces de distance &amp; font
+un éclat &amp; un bruit sensible, à
+quelle distance énorme ne doivent
+pas être portés le coup, le
+bruit &amp; le feu d'un nuage de dix
+mille arpens électrisé?</p>
+
+<p>24. Comme les courans d'air
+avec les nuages suivant des routes
+différentes, il est aisé de
+concevoir comment les nuages
+passant les uns sous les autres peuvent
+s'attirer réciproquement &amp;
+s'approcher suffisamment pour le
+choc électrique. On conçoit de
+<span class="pagenum"><a name="II86" id="II86">II-86</a></span>
+même comment les nuages
+électrisés peuvent être emportés
+sur les terres fort loin de la mer
+sans aucun obstacle.</p>
+
+<p>25. Le feu électrique n'est visible
+&amp; ne se fait entendre que
+quand il traverse l'air pour sauter
+d'un corps à un autre; on ne
+l'apperçoit point le long d'un fil
+de fer dans les expériences électriques;
+&amp; on le voit le long d'une
+chaîne, parce qu'il saute de chaînon
+en chaînon. De même le feu
+du tonnerre ne brille que quand
+il saute d'un nuage à un autre.
+Quoique l'éclair &amp; le coup partent
+en même tems, l'on ne
+voit le premier avant d'entendre
+le second, que parce que la lumière
+<span class="pagenum"><a name="II87" id="II87">II-87</a></span>
+vole plus rapidement que
+le son; d'où il suit naturellement
+que l'on peut juger de l'éloignement
+du tonnerre par la
+distance de l'éclair au bruit, &amp;
+qu'il n'y a jamais rien à craindre
+d'un éclat de tonnerre dont on
+a vû l'éclair.</p>
+
+<p>26. Une étincelle électrique
+tirée à quelque distance d'un
+corps irrégulier par un autre
+corps pareil, paroît courbée &amp;
+ondoyante dans l'air; delà vient
+l'apparition de l'éclair en zic-zac.</p>
+
+<p>27. Les éminences, les grands
+arbres &amp; les édifices élevés sont
+les plus exposés à être frappés
+du tonnerre; ainsi il est dangereux
+<span class="pagenum"><a name="II88" id="II88">II-88</a></span>
+d'y chercher un abri pendant
+l'orage.</p>
+
+<p>28. Une autre raison pourquoi
+il vaudroit mieux être en rase
+campagne, c'est que le feu électrique,
+s'il y atteignoit quelqu'un,
+pourroit glisser sur ses
+habits mouillés, sans lui faire de
+mal. Un rat mouillé ne peut
+être tué par l'explosion de la bouteille
+électrique.</p>
+
+<p>29. Le feu électrique &amp; le feu
+commun peuvent subsister, &amp;
+subsistent ensemble dans le même
+corps. Le premier agit sur
+le second; &amp; une quantité suffisante
+de l'un &amp; de l'autre en
+différentes proportions produit
+l'inflammation.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II89" id="II89">II-89</a></span>
+
+<p>30. Les métaux sont souvent
+fondus par la foudre, &amp; ces sortes
+de fusions sont froides ou
+chaudes. La fusion froide ou sans
+chaleur n'est qu'une désunion
+des particules métalliques qui
+détruit l'attraction par laquelle
+leur cohésion subsistoit. C'est la
+même manière dont les menstruës
+agissent sur le métal. Quand
+une épée est fonduë dans son
+fourreau, &amp; l'argent dans une
+bourse, sans que le fourreau &amp;
+la bourse soient brûlés, il faut
+nécessairement que ce soit par
+une espèce de fusion froide. Je
+pourrois citer plusieurs autres
+exemples de faits tout semblables;
+mais pour abréger je dirai
+<span class="pagenum"><a name="II90" id="II90">II-90</a></span>
+seulement que l'on imite cet effet
+dans une des expériences
+électriques de Philadelphie.</p>
+
+<p>Il y a aussi des exemples que
+la foudre opère quelquefois des
+fusions de métaux par chaleur,
+ce sont alors de véritables fusions,
+des fusions brûlantes. Quoiqu'on
+n'ait pas encore poussé les expériences
+électriques jusqu'à des
+opérations pareilles, je ne doute
+point qu'on n'y parvienne dans
+la suite.</p>
+
+<p>31. Comme il y a des corps
+qui ont été déchirés par la foudre,
+il y en a de même qui sont
+déchirés par l'étincelle électrique.
+En répétant l'expérience
+où l'on perce une main de papier,
+<span class="pagenum"><a name="II91" id="II91">II-91</a></span>
+&amp; où j'en ai souvent percé
+jusqu'à 96. feüilles, j'ai remarqué
+que les dernières feüilles
+ont quelquefois souffert une déchirure
+telle qu'on pouvoit y
+passer le doigt.</p>
+
+<p>32. Il s'ensuit des observations
+précédentes qu'on devroit entendre
+très-rarement le tonnerre
+en pleine mer, lorsque l'on est
+fort éloigné de la terre. Quelques
+anciens officiers de marine
+qui ont été consultés sur ce sujet,
+assurent que le fait s'accorde
+parfaitement avec la conjecture,
+&amp; que les isles éloignés
+du continent sont fort peu sujettes
+à l'orage. Un observateur judicieux
+a remarqué qu'il avoit
+<span class="pagenum"><a name="II92" id="II92">II-92</a></span>
+moins entendu de tonnerre pendant
+treize ans qu'il a demeuré
+aux Bermudes, qu'il n'en a quelquefois
+entendu dans un mois
+à la Caroline.</p>
+
+<p>33. M. Franklin ajoute à toutes
+ces observations celles de
+quelques effets singuliers du tonnerre,
+&amp; rapporte à ce sujet des
+effets tout à fait semblables de
+l'électricité: par exemple des
+aveuglemens causés par l'un aussi
+bien que par l'autre: des filets
+dorés sur lesquels on avoit mis
+de la peinture, qui ont été découverts
+par l'électricité, de
+même que par le tonnerre; il y
+a une infinité d'autres effets de
+ce météore que l'on pourroit
+<span class="pagenum"><a name="II93" id="II93">II-93</a></span>
+rappeller ici, &amp; dont le rapport
+avec ceux de l'électricité peut se
+démontrer aussi facilement. Mais
+pour ne point quitter M. Franklin,
+je passe à une de ses expériences,
+qui paroît bien décisive
+pour le sujet dont il est question.</p>
+
+<p>Si l'on suspend au plat-fond
+d'une chambre par une ficelle
+de grandes balances de cuivre,
+dont le fléau ait au moins 2. pieds
+de longueur, de manière que
+les bassins attachés à des cordons
+de soye soient environ à un pied
+de terre, ces bassins tourneront
+circulairement par le détortillement
+de la ficelle. Si l'on plante
+sur le plancher un poinçon de
+métal, dont la tête soit arrondie
+<span class="pagenum"><a name="II94" id="II94">II-94</a></span>
+&amp; polie, de façon que les
+bassins puissent passer pardessus
+en décrivant leur cercle; si dans
+cet état on électrise un des bassins
+en lui appliquant le fil-d'archal
+de la bouteille électrique,
+on verra ce bassin s'abaisser en
+passant sur le poinçon, &amp; même
+décharger son feu sur cet instrument,
+s'il est à une distance convenable.</p>
+
+<p>Si après cela on attache une
+aiguille la pointe en haut sur le
+plancher auprès du poinçon, la
+tête de cet instrument, loin d'attirer
+comme auparavant le bassin
+électrisé, semblera le repousser,
+parce que la pointe de l'aiguille,
+quoique beaucoup plus basse,
+<span class="pagenum"><a name="II95" id="II95">II-95</a></span>
+aura tiré le feu électrique dont
+le bassin étoit chargé, avant qu'il
+soit venu à portée d'être attiré
+par la tête du poinçon.</p>
+
+<p>Ces deux bassins peuvent nous
+représenter deux nuages, l'un
+un nuage de mer, &amp; l'autre un
+nuage de terre; leur mouvement
+horizontal sur le plancher
+sera dans la même hypothèse,
+celui des nuages au-dessus de la
+terre, &amp; le poinçon élevé représentera
+une montagne, une éminence
+ou un grand édifice; on
+comprendra alors comment les
+nuages électrisés, en passant au-dessus
+des montagnes ou des bâtimens
+à une trop grande hauteur
+pour les frapper, en peuvent
+<span class="pagenum"><a name="II96" id="II96">II-96</a></span>
+être attirés jusqu'à la distance
+qui leur est nécessaire pour
+cet effet.</p>
+
+<p>Comme d'ailleurs l'aiguille fixée
+la pointe en haut sur le plancher
+au dessous du poinçon tire
+en silence le feu électrique du
+bassin à une distance beaucoup
+plus grande que la distance requise
+pour frapper, &amp; prévient
+ainsi la descente vers le poinçon:
+comme le bassin électrisé, quand
+même il viendroit par son propre
+mouvement assez près pour frapper,
+ne pourroit le faire, parce
+qu'il auroit alors été dépoüillé de
+la plus grande partie de son feu:
+comme enfin dans ces deux cas
+le poinçon seroit toujours garanti
+<span class="pagenum"><a name="II97" id="II97">II-97</a></span>
+du choc, il est plus que probable
+que la connoissance du pouvoir
+des pointes peut être d'un
+très-grand avantage à l'humanité
+pour préserver des atteintes de
+la foudre des maisons, les églises,
+les vaisseaux, &amp;c.</p>
+
+<p>Il ne s'agiroit, pour y parvenir,
+que de fixer perpendiculairement
+sur les parties les plus
+élevées de ces édifices des verges
+de fer faites en forme d'aiguilles,
+&amp; dorées pour prévenir
+la rouille, &amp; d'abaisser du pied
+de ces verges, un fil-d'archal au
+dehors des bâtimens, jusqu'à ce
+qu'il touchât la terre ou l'eau de
+la mer. Ces verges de fer bien
+pointuës tireroient probablement
+<span class="pagenum"><a name="II98" id="II98">II-98</a></span>
+&amp; tireroit sans bruit le feu
+électrique hors du nuage, avant
+qu'il vint assez près pour frapper
+&amp; pour causer aucun désastre.</p>
+
+<p>Mais avant que d'en venir à
+cet expédient il restoit un problême
+à résoudre. Toutes les
+observations pouvoient paroître
+bien faites, toutes les réflexions
+naturelles, tous les raisonnemens
+suivis, toutes les inductions justes,
+sans que pour cela le succès
+répondît à la vraisemblance. Il
+étoit question de décider avant
+tout si les nuées qui contiennent
+la foudre sont électrisées ou non;
+c'est ce doute qui a empêché M.
+Franklin de prononcer hardiment
+<span class="pagenum"><a name="II99" id="II99">II-99</a></span>
+sur toute cette matière.
+Ce que sa pénétration &amp; la justesse
+de son raisonnement lui ont
+fait reconnoître, sa droiture &amp;
+sa sincérité n'ont osé l'assurer.
+Tout ce qu'il a pû faire dans
+cette circonstance embarrassante,
+ç'a été de proposer sa conjecture,
+&amp; de nous enseigner les
+moyens de décider la question.
+En suivant la route qu'il nous a
+tracée, j'ai obtenu une satisfaction
+complette. Voici les préparatifs,
+le procèdé &amp; le succès.</p>
+
+<p>1º. J'ai fait faire à Marly-la-Ville,
+situé à six lieuës de Paris,
+au milieu d'un belle plaine, dont
+le sol est fort élevé, une verge
+de fer d'environ un pouce
+<span class="pagenum"><a name="II100" id="II100">II-100</a></span>
+diamètre, longue de quarante
+pieds &amp; fort pointuë par son extrémité
+supérieure; pour lui ménager
+une pointe plus fine, je
+l'ai fait armer d'acier trempé &amp;
+ensuite brunir, au défaut de dorure,
+pour la préserver de la
+rouille; outre cela cette verge
+de fer est courbée vers son extrémité
+inférieure en deux coudes
+à angles aigus quoiqu'arondis;
+le premier coude est éloigné
+de deux pieds du bout inférieur,
+&amp; le second est en sens contraire
+à trois pieds du premier.</p>
+
+<p>2º. J'ai fait planter dans un
+jardin trois grosses perches de
+vingt-huit à vingt-neuf pieds disposées
+en triangle, &amp; éloignées
+<span class="pagenum"><a name="II101" id="II101">II-101</a></span>
+les unes des autres d'environ
+huit pieds; deux de ces perches
+sont contre un mur, &amp; la troisiéme
+est au-dedans du jardin.
+Pour les affermir toutes ensemble
+l'on a cloué sur chacune des
+entre-toises à vingt pieds de hauteur,
+&amp; comme le grand vent
+agitoit encore cette espèce d'édifice,
+l'on a attaché au haut de
+chaque perche de longs cordages,
+qui tenant lieu d'aubans,
+répondent par le bas à de bons
+piquets fortement enfoncés en
+terre à plus de vingt pieds des
+perches.</p>
+
+<p>3º. J'ai fait construire entre
+les deux perches voisines du mur,
+&amp; adosser contre ce mur une
+<span class="pagenum"><a name="II102" id="II102">II-102</a></span>
+petite guérite de bois capable
+de contenir un homme &amp; une
+table.</p>
+
+<p>4º. J'ai fait placer au milieu
+de la guérite une petite table
+d'environ un demi pied de hauteur,
+&amp; sur cette table j'ai fait
+dresser &amp; affermir un tabouret
+électrique. Ce tabouret n'est autre
+chose qu'une petite planche
+quarrée portée sur trois bouteilles
+à vin; il n'est fait de cette
+manière que pour suppléer au
+défaut d'un gâteau de résine qui
+me manquoit.</p>
+
+<p>5º. Tout étant ainsi préparé,
+j'ai fait élever perpendiculairement
+la verge de fer au milieu
+des trois perches, &amp; je l'ai affermie
+<span class="pagenum"><a name="II103" id="II103">II-103</a></span>
+en l'attachant à chacune de
+ces perches avec de forts cordons
+de soye par deux endroits
+seulement. Les premiers liens
+sont au haut des perches environ
+trois pouces au-dessous de leurs
+extrémités supérieures: les seconds
+sont vers la moitié de leur
+hauteur. Le bout inférieur de la
+verge de fer est solidement appuyé
+sur le milieu du tabouret
+électrique, où j'ai fait creuser
+un trou propre à le recevoir.</p>
+
+<p>6º. Comme il étoit important
+de garantir de la pluye le
+tabouret &amp; les cordons de soye,
+parce qu'ils laisseroient passer la
+matière électrique s'ils étoient
+mouillés, j'ai pris les précautions
+<span class="pagenum"><a name="II104" id="II104">II-104</a></span>
+nécessaires pour en empêcher:
+c'est dans cette vûe que j'ai mis
+mon tabouret sous la guérite,
+&amp; que j'avois fait courber ma
+verge de fer à angles aigus, afin
+que l'eau qui pourroit couler le
+long de cette verge ne pût arriver
+jusques sur le tabouret. C'est
+aussi dans le même dessein que
+j'ai fait clouer sur le haut &amp; au
+milieu de mes perches à trois
+pouces au-dessus des cordons de
+soye, des espèces de boëtes formées
+de trois petites planches
+d'environ 15. pouces de long,
+qui couvrent pardessus &amp; par les
+côtés une pareille longueur des
+cordons de soye sans leur toucher.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II105" id="II105">II-105</a></span>
+
+<p>Il s'agissoit de faire dans le
+tems de l'orage deux observations
+sur cette verge de fer ainsi
+disposée; l'une étoit de remarquer
+à sa pointe une aigrette
+lumineuse semblable à celle
+qu'on apperçoit à la pointe d'une
+aiguille, quand on l'oppose assez
+près d'un corps actuellement
+électrisé: l'autre étoit de tirer de
+la verge de fer des étincelles,
+comme on en tire du canon de
+fusil dans les expériences électriques.
+J'étois bien assuré du succès
+de la première de ces observations,
+m'étant rappellé que
+cette aigrette est connuë il y a
+deux ou trois mille ans. Les plus
+anciens auteurs, Homère, Aristote,
+<span class="pagenum"><a name="II106" id="II106">II-106</a></span>
+Plutarque, Horace, &amp;c. en
+ont parlé sous le nom d'astre d'Hélène,
+quand il n'en paroissoit qu'une,
+&amp; sous les noms de Castor &amp;
+Pollux, quand on en voyoit deux.</p>
+
+<p>Il n'est point rare aux navigateurs
+d'appercevoir ces aigrettes
+lumineuses au haut des mâts, au
+bout des vergues, en un mot
+dans les endroits élevés, où il y
+a des pointes dressées en l'air,
+surtout pendant la nuit, à l'approche
+&amp; dans le tems des orages;
+c'est ce qu'ils appellent le
+feu S. Elme. Outre cela un de
+mes amis de province m'a mandé
+avoir remarqué plusieurs fois
+dans des orages de nuit un feu
+follet à la pointe de la verge de
+<span class="pagenum"><a name="II107" id="II107">II-107</a></span>
+fer d'une girouette qui se trouvoit
+devant la fenêtre de son appartement.</p>
+
+<p>La certitude de cette première
+observation me donnoit aussi
+beaucoup de confiance pour la
+seconde; j'ose même dire que je
+n'étois pas moins assuré de son
+succès. Il me paroissoit impossible
+que la verge de fer étant bien
+isolée de tous corps non-électriques,
+ne donnât pas des étincelles,
+dès qu'elle tiroit &amp; recevoit
+la matière électrique par sa
+pointe, mais il falloit voir ces
+étincelles.</p>
+
+<p>Après avoir ainsi dressé toute
+la machine, ne pouvant pas toujours
+rester à la campagne pour
+<span class="pagenum"><a name="II108" id="II108">II-108</a></span>
+attendre l'orage, j'ai chargé de
+faire les observations en mon
+absence un habitant du lieu,
+nommé Coiffier, qui a servi quatorze
+ans dans les dragons, &amp;
+sur qui je pouvois également
+compter pour l'intelligence &amp;
+pour l'intrépidité. Je lui avois
+donné toutes les instructions nécessaires,
+soit pour observer l'aigrette
+lumineuse qui devoit paroître
+à la pointe de la verge de
+fer, soit pour tirer les étincelles
+de cette verge avec le tenon
+d'un fil-d'archal que j'avois attaché
+au collet d'une longue fiole
+pour lui servir de manche, &amp;
+par ce moyen le garantir des piqûres
+de ces étincelles qui
+<span class="pagenum"><a name="II109" id="II109">II-109</a></span>
+pouroient être trop fortes.</p>
+
+<p>Je lui avois encore recommandé
+de faire venir auprès de
+la machine quelques-uns de ses
+voisins, &amp; même de faire avertir
+M. le Prieur Curé de Marly,
+qui m'avoit promis de s'y trouver
+sitôt que le tems paroîtroit
+disposé à l'orage.</p>
+
+<p>Le Mercredi 10. Mai 1752.
+entre deux &amp; trois heures après
+midi, mon ami Coiffier entendit
+un coup de tonnerre assez
+fort: il vole à la machine, prend
+la fiole avec le fil-d'archal, présente
+le tenon du fil à la verge,
+en voit sortir une petite étincelle
+brillante, &amp; en entend le pétillement;
+il tire une seconde
+<span class="pagenum"><a name="II110" id="II110">II-110</a></span>
+étincelle plus forte que la première
+&amp; avec plus de bruit: il
+appelle ses voisins, &amp; envoye
+chercher M. le Prieur: celui-ci
+accourt de toutes ses forces; les
+Paroissiens voyant la précipitation
+de leur Curé, s'imaginent
+que le pauvre Coiffier a été tué
+du tonnerre; l'allarme se répand
+dans le village: la grêle qui survient
+n'empêche point le troupeau
+de suivre son Pasteur. Cet
+honnête Ecclésiastique arrive
+près de la machine, &amp; voyant
+qu'il n'y avoit point de danger,
+met lui-même la main à l'oeuvre,
+&amp; tire de fortes étincelles.
+La nuée d'orage &amp; de grêle ne
+fut pas plus d'un quart-d'heure à
+<span class="pagenum"><a name="II111" id="II111">II-111</a></span>
+passer au zénith de notre machine,
+&amp; l'on n'entendit que ce
+seul coup de tonnerre. Sitôt que
+le nuage fut passé, &amp; qu'on ne
+tira plus d'étincelles de la verge
+de fer, M. le Prieur de Marly
+fit partir le sieur Coiffier lui-même
+pour m'apporter la lettre suivant
+qu'il m'écrivit à la hâte.</p>
+
+<p>«Je vous annonce, Monsieur,
+ce que vous attendez; l'expérience
+est complette. Aujourd'hui
+à deux heures vingt minutes
+après midi le tonnerre a
+grondé directement sur Marly;
+le coup a été assez fort. L'envie
+de vous obliger &amp; la curiosité
+m'ont tiré de mon fauteüil,
+où j'étois occupé à lire: je suis
+<span class="pagenum"><a name="II112" id="II112">II-112</a></span>
+allé chez Coiffier, qui déjà
+m'avoit dépêché un enfant que
+j'ai rencontré en chemin pour
+me prier de venir, j'ai doublé
+le pas à travers un torrent de
+grêle. Arrivé à l'endroit où est
+placé la tringle coudée j'ai présenté
+le fil-d'archal, en avançant
+successivement vers la tringle à
+un pouce &amp; demi ou environ;
+il est sorti de la tringle une petite
+colonne de feu bleuâtre
+sentant le souffre, qui venoit
+frapper avec une extrême vivacité
+le tenon du fil-d'archal,
+&amp; occasionnoit un bruit semblable
+à celui qu'on feroit en
+frappant sur la tringle avec une
+clef. J'ai répèté l'expérience
+<span class="pagenum"><a name="II113" id="II113">II-113</a></span>
+au moins six fois dans l'espace
+d'environ quatre minutes en
+présence de plusieurs personnes,
+&amp; chaque expérience que
+j'ai faite a duré l'espace d'un <i>pater</i>
+&amp; d'un <i>ave</i>. J'ai voulu continuer;
+l'action du feu s'est rallentie
+peu à peu; j'ai approché
+plus près, &amp; n'ai plus tiré que
+quelques étincelles, &amp; enfin
+rien n'a paru.»</p>
+
+<p>«Le coup de tonnerre qui a
+occasionné cet événement n'a
+été suivi d'aucun autre; tout
+s'est terminé par une abondance
+de grêle. J'étois si occupé
+dans le moment de l'expérience
+de ce que je voyois, qu'ayant
+été frappé au bras un peu au-dessus
+<span class="pagenum"><a name="II114" id="II114">II-114</a></span>
+du coude, je ne puis
+dire si c'est en touchant au fil-d'archal
+ou à la tringle: je ne
+me suis pas plaint du mal que
+m'avoit fait le coup dans le
+moment que je l'ai reçu; mais
+comme la douleur continuoit,
+de retour chez moi j'ai découvert
+mon bras en présence de
+Coiffier, &amp; nous avons apperçu
+une meurtrissure tournante autour
+du bras, semblable à celle
+que feroit un cou de fil-d'archal
+si j'en avois été frappé à
+nud. En revenant de chez
+Coiffier j'ai rencontré M. le
+Vicaire, M. de Milly &amp; le
+maître d'école à qui j'ai rapporté
+ce qui venoit d'arriver;
+<span class="pagenum"><a name="II115" id="II115">II-115</a></span>
+ils se sont plaint tous les trois
+qu'ils sentoient une odeur de
+soufre qui les frappoit davantage
+à mesure qu'ils approchoient
+de moi: j'ai porté chez
+moi la même odeur, &amp; mes
+domestiques s'en sont apperçus
+sans que je leur aie rien dit.»</p>
+
+<p>«Voilà, Monsieur, un récit
+fait à la hâte, mais naïf &amp; vrai
+que j'atteste, &amp; vous pouvez
+assurer que je suis prêt à rendre
+témoignage de cet événement
+dans toutes occasions. Coiffier
+a été le premier qui a fait l'expérience,
+&amp; l'a répétée plusieurs
+fois; ce n'est qu'à l'occasion
+de ce qu'il a vû qu'il m'a envoyé
+prier de venir. S'il étoit
+<span class="pagenum"><a name="II116" id="II116">II-116</a></span>
+besoin d'autres témoins que de
+lui &amp; moi, vous les trouveriez.
+Coiffier presse pour partir.»</p>
+
+<p>«Je suis avec une respectueuse
+considération, Monsieur,
+votre, &amp;c. signé Raulet, Prieur
+de Marly. 10. <i>Mai</i> 1752.»</p>
+
+<p>On voit par le détail de cette
+lettre que le fait est assez bien
+constaté pour ne laisser aucun
+doute à ce sujet. Le porteur m'a
+assuré de vive voix qu'il avoit
+tiré pendant près d'un quart-d'heure
+avant que M. le Prieur
+arrivât, en présence de cinq ou
+six personnes, des étincelles
+beaucoup plus fortes &amp; plus
+bruyantes que celles dont il est
+parlé dans la lettre. Ces premières
+<span class="pagenum"><a name="II117" id="II117">II-117</a></span>
+personnes arrivant successivement
+n'osoient approcher qu'à
+dix ou douze pas de la machine,
+&amp; à cette distance, malgré le
+plein soleil, ils voyoient les étincelles
+&amp; en entendoient le bruit.</p>
+
+<p>Il ne parut point d'aigrette lumineuse
+à la pointe de la verge
+de fer; il y en avoit cependant
+une, &amp; Coiffier m'a dit y avoir
+apperçu une très-foible lueur;
+mais d'abord la lumière du soleil,
+&amp; ensuite l'opacité de la grêle
+la dérobèrent bientôt à la vûe;
+d'ailleurs il y a toute apparence
+que l'aigrette seroit plus visible
+à la pointe d'une verge de fer
+qui ne seroit point isolée.</p>
+
+<p>La comparaison des odeurs du
+<span class="pagenum"><a name="II118" id="II118">II-118</a></span>
+tonnerre &amp; de l'électricité n'a
+point échapé à mes recherches
+pour en tirer une preuve de leur
+identité; mais comme je ne connois
+point assez l'odeur du météore,
+je n'ai pas voulu m'y arrêter.
+Pour l'odeur de soufre dont
+il est parlé dans la lettre, elle
+pourroit bien être la même que
+celle de phosphore que l'on sent
+après de violentes explosions
+dans certaines expériences électriques.
+Quand on ne connoît
+pas bien distinctement l'une &amp;
+l'autre, il est fort aisé de s'y méprendre.</p>
+
+<p>Enfin il me paroît évidemment
+prouvé par l'expérience de
+Marly que le tonnerre est pour
+<span class="pagenum"><a name="II119" id="II119">II-119</a></span>
+le moins aussi propre que le globe
+de verre à communiquer l'électricité
+aux corps non-électriques,
+&amp; que les corps originairement
+électriques, comme
+le verre &amp; la soye, retiennent
+aussi bien cette électricité naturelle
+que celle qu'on excite
+artificiellement. Je ne doute
+même point, &amp; je crois que personne
+n'en doutera, que si l'orage
+duroit quelque tems, on
+ne pût faire avec cette électricité
+naturelle toutes les mêmes
+expériences que l'on fait avec
+l'artificielle.</p>
+
+<p>Il résulte de toutes les expériences
+&amp; observations que j'ai
+rapportées dans ce mémoire, &amp;
+<span class="pagenum"><a name="II120" id="II120">II-120</a></span>
+surtout de la dernière expérience
+faite à Marly-la-Ville, que la
+matière du tonnerre est incontestablement
+la même que celle
+de l'électricité. L'idée qu'en a
+euë M. Franklin cesse d'être une
+conjecture; la voilà devenuë une
+réalité, &amp; j'ose croire que plus
+on approfondira tout ce qu'il a
+publié sur l'électricité, plus on
+reconnoîtra combien la Physique
+lui est redevable pour cette
+partie.</p>
+
+<p>Il ne me reste plus qu'à dire
+quelque chose des avantages
+qu'on peut retirer de cette importante
+découverte. Puisqu'il
+est bien reconnu qu'une pointe
+métallique présentée à quelque
+<span class="pagenum"><a name="II121" id="II121">II-121</a></span>
+distance vis-à-vis d'un corps actuellement
+électrisé en tire le
+feu, &amp; le décharge entiérement
+sans bruit, sans explosion &amp; sans
+commotion: puisqu'il est également
+vérifié qu'une verge de
+fer présentant sa pointe bien acérée
+vers un nuage chargé de
+tonnerre, tire en silence la matière
+électrique de ce nuage,
+dès qu'il est assez proche pour
+que la verge se trouve dans on
+atmosphère électrique, cette
+verge suffira pour le décharger
+entiérement de tout le feu qui y
+est retenu, &amp; elle opérera ce
+bon effet d'autant plus surement
+&amp; plus facilement que la nuée
+orageuse sera plus près &amp;
+<span class="pagenum"><a name="II122" id="II122">II-122</a></span>
+plus long-tems à passer à portée
+de la pointe.</p>
+
+<p>Delà résultent les avantages
+infinis de dissiper presque à volonté
+la matière du tonnerre, &amp;
+de préserver de ses atteintes les
+édifices tant publics que particuliers.
+Je suis persuadé que, si
+au lieu de terminer, comme on
+le fait ordinairement, les toits
+des pavillons, des tours, des
+clochers &amp; les mâts des vaisseaux
+&amp;c. par des giroüettes, par des
+coqs, par des croix, par des
+perroquets, &amp;c. On y dressoit
+des pointes métalliques de la
+manière dont il a été expliqué
+ci-devant, on garantiroit ces
+édifices de la foudre. Dans la
+<span class="pagenum"><a name="II123" id="II123">II-123</a></span>
+supposition même où ces pointes
+ainsi élevées, en tirant le feu
+des nuages orageux, en seroient
+assaillies par une quantité excessive,
+ou, pour me servir des
+expressions usitées, quand ces
+pointes fendroient la nuë, &amp; attireroient
+sur elles un orage tout
+entier, le fil de fer attaché à
+leur extrémité inférieure suffiroit
+pour conduire ce feu jusqu'à la
+terre ou à l'eau au dehors des
+édifices, sans que la foudre pût
+leur toucher; la raison m'en paroît
+évidente. Comme le métal
+est moins électrique, &amp; par-là
+plus perméable à l'électricité
+que les pierres, les bois &amp; les
+autres matériaux qui entrent dans
+<span class="pagenum"><a name="II124" id="II124">II-124</a></span>
+la construction d'un bâtiment;
+le feu électrique ne quittera point
+cette route que quand elle lui
+manquera.</p>
+
+<p>Pour calmer les craintes de
+ceux qui, malgré ces raisons,
+pourroient appréhender que les
+pointes élevées sur leurs maisons
+n'y attirassent le feu du ciel, j'ajouterai
+ici un autre moyen de
+les mettre tout-à-fait en sureté.
+Il consiste à élever dans le voisinage
+autour de leurs châteaux
+ou maisons plusieurs de ces mêmes
+verges métalliques sur de
+grands arbres, sur des tours, sur
+des éminences, &amp;c. ou simplement
+à les planter en terre,
+pourvû qu'elles ayent assez de longueur
+<span class="pagenum"><a name="II125" id="II125">II-125</a></span>
+pour surpasser, ou tout au
+moins pour égaler la hauteur des
+édifices que l'on voudra préserver.
+S'il pouvoit arriver que le
+tonnerre tombât sur ces verges,
+il ne pourroit y faire aucun désordre.
+Il ne faudroit peut-être
+pas une centaine de verges de
+fer ainsi dressées &amp; disposées
+dans les différens quartiers &amp;
+dans les endroits les plus élevés,
+pour préserver de la foudre toute
+la Ville de Paris.</p>
+
+<p>«Dès que ce mémoire eut
+été lû à l'Académie Royale des
+Sciences, où il avoit été écouté
+avec la plus grande attention,
+&amp; reçu avec l'accueil le
+plus obligeant, le bruit s'en
+<span class="pagenum"><a name="II126" id="II126">II-126</a></span>
+répandit; cette découverte fut
+mise dans toutes les nouvelles
+publiques, &amp; l'expérience fut
+repétée avec le même succès
+dans toutes les parties de l'Europe.
+On imagina différens
+moyens pour élever des verges
+de fer pointuës suivant la situation
+des lieux, &amp; il s'en trouva
+de très-ingénieux. Celui par
+exemple de dresser une pointe
+métallique au-dessus d'un cerf-volant
+que l'on élève en l'air à
+l'approche d'un orage, a fait
+voir des phénomènes très-singuliers.
+La matière électrique
+y étoit si abondante qu'elle faisoit
+à chaque instant des explosions
+assez bruyantes pour être
+<span class="pagenum"><a name="II127" id="II127">II-127</a></span>
+entenduës à des distances considérables.
+Ces explosions doivent
+être regardées, &amp; sont
+réellement autant de petits
+coups de tonnerre dont les effets
+pourroient être aussi funestes
+pour ceux qui se trouveroient
+à portée d'en être frappés.
+L'exemple de M. Richman,
+professeur de physique à
+Petersbourg &amp; martyr de l'électricité,
+suffiroit seul pour
+avertir qu'il est quelquefois dangereux
+de s'approcher sans
+beaucoup de précaution de la
+verge de fer électrisée par le
+tonnerre. Il paroît par la relation
+de sa mort, arrivée le 6. Août
+1753. &amp; insérée dans les gazettes
+<span class="pagenum"><a name="II128" id="II128">II-128</a></span>
+d'Hollande &amp; de France
+du mois de Septembre suivant,
+qu'il n'a pas été tué par le tonnerre
+tombé directement du
+ciel, mais par l'explosion de
+la matière électrique dont la
+barre de fer trop bien isolée se
+trouva surchargée au moment
+que sa tête en approcha pendant
+qu'il faisoit ses observations.»</p>
+
+<p>«Il est encore arrivé deux accidens
+du même genre, quoique
+moins tragiques, à deux
+célèbres physiciens, dont l'un<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a>
+<a href="#footnote45"><sup class="sml">45</sup></a>
+est associé &amp; l'autre<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a>
+<a href="#footnote46"><sup class="sml">46</sup></a> correspondant
+<span class="pagenum"><a name="II129" id="II129">II-129</a></span>
+de l'Académie Royale
+des Sciences. Tous les deux
+furent renversés par le coup
+dont ils furent frappés en voulant
+tirer des étincelles de leur
+appareil électrique. Un degré
+de plus dans la charge de cet
+appareil leur eût vraisemblablement
+fait éprouver un sort
+aussi funeste qu'au physicien
+Moscovite. Mais je suis sûr que
+les précautions dont je me suis
+presque toujours servi en pareil
+cas, auroient pû les en garantir,
+&amp; j'exhorte tous ceux qui
+voudront faire de pareilles observations
+sur le tonnerre, à
+mettre en usage ces mêmes
+précautions.»</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote45"
+name="footnote45"><b>Note 45: </b></a><a href="#footnotetag45">
+(retour) </a> M. le Monnier, Médecin de S. Germain
+en Laye.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote46"
+name="footnote46"><b>Note 46: </b></a><a href="#footnotetag46">
+(retour) </a> Le R. P. Bertier de l'Oratoire, à
+Montmorency.</blockquote>
+
+<span class="pagenum"><a name="II130" id="II130">II-130</a></span>
+
+<p>«Peu de jours après la publication
+du mémoire ci-dessus,
+j'imaginai adapter un petit
+carillon à une pointe métallique
+que j'avois fait élever au
+jardin du Roi pour M. de Buffon;
+ce carillon est composé
+de deux petits timbres, dont
+l'un est attaché au fil de fer
+correspondant à la pointe, &amp;
+l'autre à la muraille, avec une
+petite boule de métal suspenduë
+entre deux par un fil de
+soye pour servir de battant. Dès
+le premier orage qui arriva le
+jour même, le carillon sonna
+plus d'une demi-heure avant
+que le tonnerre grondât &amp;
+avant que les éclairs parussent.
+<span class="pagenum"><a name="II131" id="II131">II-131</a></span>
+Par ce moyen nous avons toujours
+été avertis depuis de l'approche
+des nuages orageux; il
+nous est même arrivé plusieurs
+fois, à M. de Buffon &amp; à moi,
+d'entendre sonner le carillon
+sans aucune apparence de tonnerre.
+Quand un nuage chargé
+d'électricité vient à passer
+au-dessus de la pointe métallique
+à une grande distance, il
+met le carillon en mouvement,
+&amp; soit qu'il n'y ait point assez
+de matière pour causer un véritable
+orage, soit que la pointe
+en dissipe assez pour en empêcher,
+tout se passe sans fracas.»</p>
+
+<p>«Ce carillon ainsi adapté à la
+<span class="pagenum"><a name="II132" id="II132">II-132</a></span>
+machine du tonnerre sert à plusieurs
+usages importans; 1°.
+il avertit de l'approche ou de
+la présence d'un nuage orageux
+tant la nuit que le jour; 2°. il
+fait connoître l'abondance de
+la matière électrique dont un
+nuage est chargé, par la fréquence
+plus ou moins grande
+de ses battemens, &amp; même
+par son silence, comme on le
+verra dans la suite; 3°. étant
+une décharge continuelle de
+la matière électrique, qui s'accumule
+sur la machine du tonnerre,
+il est suffisant pour en
+prévenir les funestes accidens.
+Je suis très-persuadé que ni M.
+Richman ni les autres n'auroient
+<span class="pagenum"><a name="II133" id="II133">II-133</a></span>
+point été frappés si rudement,
+s'il y avoit eu de pareilles
+décharges aux machines
+dont ils se sont servis.»</p>
+<br><br><br>
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+<h2>DE LA LETTRE II.</h2>
+
+<p class="rig"><i>29. Juin 1751.</i></p><br><br>
+
+<p><span class="large">D</span><br>ans la relation que le capitaine
+Waddel a donnée
+des effets de la foudre sur son
+vaisseau, je ne puis m'empêcher
+de remarquer les grosses
+lampes <i>comazants</i>, (comme il
+les appelle) qui parurent sur les
+pointes du haut des perroquets
+toutes en feu comme de grosses
+torches (avant le coup de tonnerre);
+suivant mon sentiment le
+<span class="pagenum"><a name="II134" id="II134">II-134</a></span>
+feu électrique étoit alors tiré de la
+nuée comme par des pointes, la
+grosseur de la flamme marquant
+la grande quantité d'électricité
+dans la nuée; &amp; s'il y avoit eu un
+bon fil-d'archal de communication
+des pointes du sommet des
+perroquets à la mer, qui eût
+conduit plus librement que des
+cordes goudronnées ou des mâts
+de bois résineux, j'imagine qu'il
+n'y auroit point eu de coup de
+foudre, ou que s'il y en eût eu,
+le fil-d'archal l'auroit conduit
+tout entier dans la mer sans endommager
+le vaisseau.</p>
+
+<p>Ses boussoles perdirent la vertu
+de l'aiman, ou les pôles
+en furent changés; la pointe
+<span class="pagenum"><a name="II135" id="II135">II-135</a></span>
+du nord se tourna vers le sud.
+Par le moyen de l'électricité
+nous avons souvent ici (à
+Philadelphie) donné aux aiguilles
+la direction au pôle, &amp;
+nous en avons changé les pôles
+à notre gré.</p>
+
+<p>À Londres M. Wilson a essayé
+cette opération sur de trop
+grosses masses &amp; avec une force
+trop foible.</p>
+
+<p>«MM. Wilson &amp; Franklin
+ne sont pas les seuls qui ayent
+conjecturé que le magnétisme
+devoit être un effet de l'électricité;
+M. de Buffon doit partager
+avec eux la gloire, non-seulement
+d'avoir eu la même
+opinion, mais d'en avoir porté
+<span class="pagenum"><a name="II136" id="II136">II-136</a></span>
+un jugement décisif long-tems
+avant d'apprendre les conjectures
+de ces deux sçavans. Dès
+le commencement de l'année
+1752. il me pria de lui faire
+faire six aiguilles d'acier pour
+essayer de les aimanter d'un
+coup d'électricité. Ses affaires
+ne lui permirent pas d'en faire
+l'épreuve; &amp; comme par déférence
+je ne voulus pas la faire
+sans lui, l'expérience fut retardée
+jusqu'en 1753. tems auquel
+je reçus le supplément ou deuxiéme
+partie des écrits de M.
+Franklin, où j'en trouvai la
+réussite avant de l'avoir tentée
+moi-même.»</p>
+
+<p>«Ayant aussitôt fait armer,
+<span class="pagenum"><a name="II137" id="II137">II-137</a></span>
+suivant la méthode de Mr.
+Franklin, une grande cucurbite
+de verre, je la joignis à
+un gros matras aussi préparé
+pour l'expérience de Leyde; je
+mis ensuite une de mes aiguilles,
+dont j'avois ôté la chape,
+entre deux lames de verre,
+l'une plus longue &amp; l'autre plus
+courte, afin que les deux bouts
+de l'aiguille débordassent cette
+dernière: pour affermir ces trois
+piéces, je les mis dans une
+petite presse faite exprès &amp; disposée
+de façon que l'aiguille
+touchât par l'un de ses bouts
+une feüille de métal sur laquelle
+étoient posés les deux vases:
+ayant ensuite chargé ces deux
+<span class="pagenum"><a name="II138" id="II138">II-138</a></span>
+vases ensemble, &amp; achevé le
+cercle par le moyen d'un fil de
+fer, dont j'appuyai l'une des
+extrémités sur le bout de l'aiguille,
+je tirai le coup fulminant
+au travers de cette aiguille.
+Ayant après cela démonté
+l'appareil, rajusté la
+chape &amp; suspendu l'aiguille sur
+son pivot, elle prit la direction
+nord &amp; sud, &amp; fut vivement
+attirée par le fer que je lui présentai;
+en un mot elle se trouva
+très-bien aimantée. J'essayai
+sur le champ de changer
+ses pôles en lui donnant le
+coup en sens contraire; cette
+seconde expérience ne me réussit
+pas moins bien que la première,
+<span class="pagenum"><a name="II139" id="II139">II-139</a></span>
+&amp; je la répétai plusieurs
+fois. Cette aiguille a conservé
+sa vertu magnétique pendant
+plusieurs mois. Mais je n'ai pas
+été long-tems à m'appercevoir
+que sa force diminuoit imperceptiblement,
+présentement il
+faut en approcher une clef à
+trois ou quatre lignes, pour
+qu'elle puisse en être attirée.»</p>
+
+<p>«J'ai aimanté par le même
+moyen deux autres aiguilles
+qui me paroissent conserver
+toute leur force depuis plusieurs
+mois. Elles ont été frappées
+d'un coup donné en même
+tems par deux grandes cucurbites
+de verre revêtuës en
+dedans &amp; en dehors de fëuilles
+<span class="pagenum"><a name="II140" id="II140">II-140</a></span>
+d'étain &amp; bien armées pour
+l'expérience de Leyde, &amp; par
+deux gros matras dorés.»</p>
+
+<p>«Les expériences électriques
+développent tous les jours des
+mystères, qui sans elles seroient
+peut-être toujours demeurés
+impénétrables dans la
+physique; le succès de celle-ci
+nous apprend pourquoi les
+vieux fers qui ont été long-tems
+exposés aux injures de
+l'air sur le haut des édifices fort
+élevés, non-seulement se trouvent
+aimantés, mais même
+semblent convertis en véritable
+aiman. (<i>Voyez Mém. de
+l'Acad. R. des Sc., tom. X. pag.</i>
+734.) Cette observation qui
+<span class="pagenum"><a name="II141" id="II141">II-141</a></span>
+parut si surprenante en 1691.
+cesse de l'être dès que l'on sçait
+que la matière du tonnerre &amp;
+celle de l'électricité sont la
+même, &amp; que le magnétisme
+n'est qu'un effet de la matière
+électrique. Personne n'aura de
+peine à se persuader que les
+clochers de Chartres à cause
+de leur grande élévation au
+milieu d'une vaste plaine ont
+été &amp; sont souvent frappés du
+tonnerre. <i>Feriunt altos fulmina
+montes.</i> Les fers qui ont été
+employés dans ces édifices
+étant moins électriques que
+les pierres &amp; les autres matériaux
+qui sont entrés dans leur
+construction, sont par-là plus
+<span class="pagenum"><a name="II142" id="II142">II-142</a></span>
+susceptibles des impressions de
+ce météore. C'est de là qu'ils
+ont acquis la vertu magnétique;
+&amp; peut-être l'aiman lui-même
+n'est-il aiman que parce
+que c'est une pierre qui contient
+beaucoup de fer, &amp; qui
+a été frappée de la foudre.»</p>
+
+<p>«Cette propriété qu'a la matière
+électrique de s'attacher de
+préférence aux corps les moins
+électriques, &amp; surtout aux métaux,
+nous apprend l'utilité
+d'un ancien usage presque général,
+dont on n'a peut-être
+jamais connu ni le fondement
+ni le principe, c'est celui de
+mettre dans les tems d'orage
+une piéce de fer sur les tonneaux
+<span class="pagenum"><a name="II143" id="II143">II-143</a></span>
+de vin &amp; dans le nid
+des poules &amp; autres volatils que
+l'on fait couver. On dit que
+c'est pour empêcher le tonnerre
+de faire tourner le vin
+&amp; les oeufs, ou de faire mourir
+les jeunes poulets dans leurs
+coquilles. S'il est vrai que le
+tonnerre puisse produire ces
+mauvais effets; il est assez vraisemblable
+qu'un morceau de
+fer ou d'autre métal peut les
+prévenir. Le matière électrique
+qui se répand de tous côtés
+pendant l'orage, sera attirée
+par la substance métallique,
+&amp; y fera son impression
+bien plutôt que sur les autres
+substances qui en sont moins
+susceptibles.»</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II144" id="II144">II-144</a></span>
+
+<p>Un choc donné par quatre
+grands vases de verre en forme
+de jarres à une fine aiguille à
+coudre flottante sur l'eau, lui
+donne la direction magnétique,
+&amp; la traverse aisément. Si l'aiguille
+est posée Est &amp; Ouest dans
+le tems qu'elle est frappée, le
+bout par lequel le feu électrique
+est entré se tourne au nord.</p>
+
+<p>Si l'aiguille est posée nord &amp;
+sud, le bout qui est vers le nord
+continuëra de marquer le nord
+quand elle sera mise sur l'eau,
+soit que le feu soit entré par ce
+bout ou par le bout opposé.</p>
+
+<p>«Dans quelque direction que
+mes aiguilles fussent posées,
+lorsqu'elles ont reçu le coup
+<span class="pagenum"><a name="II145" id="II145">II-145</a></span>
+fulminant, j'ai toujours remarqué
+que le bout de l'aiguille
+par lequel le feu y est entré,
+est constamment celui qui se
+tourne au nord, &amp; conséquemment
+celui par lequel le feu
+est sorti, se tourne au sud. Pour
+changer les pôles d'une aiguille
+aimantée de cette manière,
+il ne s'agit que de donner
+le coup en sens contraire.
+M. Franklin à qui j'ai communiqué
+cette observation,
+m'a répondu que n'ayant pas
+eu le tems de répéter plusieurs
+fois cette expérience, il n'avoit
+pû l'approfondir, &amp; que
+delà il pouvoit être arrivé que
+ses observations à cet égard ne
+<span class="pagenum"><a name="II146" id="II146">II-146</a></span>
+fussent pas tout-à-fait justes.»</p>
+
+<p>Le magnétisme qu'elle acquiert
+est plus fort quand l'aiguille
+est frappée étant tournée
+au nord &amp; au sud; il est plus
+foible quand l'aiguille est Est &amp;
+Ouest; si la force du coup étoit
+beaucoup plus grande, peut-être
+que, l'aiguille étant nord &amp;
+sud, si le feu entroit par le bout
+sud il deviendroit nord, autrement
+nous serions embarrassés
+de rendre raison du renversement
+des pôles des boussoles par
+le coup de foudre, puisqu'il n'a
+jamais pû trouver leurs aiguilles
+que dans cette position, &amp; que
+selon nos petites expériences,
+soit que le feu électrique entre
+<span class="pagenum"><a name="II147" id="II147">II-147</a></span>
+par le bout du nord &amp; sorte par
+celui du sud de l'aiguille, ou au
+contraire, le bout tourné vers
+le nord continuëroit toujours à
+le marquer.</p>
+
+<p>Dans ces expériences les bouts
+des aiguilles reçoivent quelquefois
+de la flamme électrique, une
+légère teinte de bleu comme
+celle que l'on voit à un ressort
+de montre. Cette couleur donnée
+par le coup de deux vases
+seulement se dissipera, mais
+quatre vases la fixent, &amp; fondent
+souvent les aiguilles; je vous en
+envoye quelques-unes qui ont
+eu leurs têtes &amp; leurs pointes
+fonduës par notre tonnerre artificiel,
+&amp; une épingle dont le
+<span class="pagenum"><a name="II148" id="II148">II-148</a></span>
+feu électrique a fondu la pointe
+&amp; fait couler quelques parties de
+sa tête &amp; de son collet. Il arrive
+quelquefois que la surface du
+corps de l'aiguille coule aussi un
+peu &amp; paroît soulevée en forme
+de vésicules quand elle est examinée
+avec une loupe. Les vases
+dont je me sers contiennent
+sept ou huit gallons,<a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a>
+<a href="#footnote47"><sup class="sml">47</sup></a> &amp; sont
+doublés de feüilles d'étain au
+dedans &amp; au dehors, il faut à
+chacun d'eux mille tours d'un
+globe de neuf pouces de diamètre
+pour être chargé.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote47"
+name="footnote47"><b>Note 47: </b></a><a href="#footnotetag47">
+(retour) </a> Gallon, mesure d'Angleterre qui contient
+quatre quartes; la quarte équivaut environ
+pinte de Paris.</blockquote>
+
+<p>Je vous envoye deux échantillons
+de feüilles d'étain fonduës
+<span class="pagenum"><a name="II149" id="II149">II-149</a></span>
+entre des verres par la
+force de deux vases seulement.</p>
+
+<p>Je n'ai point appris qu'aucun
+de vos Électriciens d'Europe ait
+pû jusqu'ici enflammer la poudre
+à tirer par le feu électrique.
+Nous le faisons ici de cette manière.
+On remplit de poudre séche
+une petite cartouche; on
+la bourre assez fort pour en écraser
+quelques grains; on y enfonce
+ensuite deux fils-d'archal
+pointus un à chaque bout, ensorte
+que leurs pointes ne soient
+éloignées que d'un demi pouce
+au milieu de la cartouche que
+l'on place dans cercle; quand
+les quatre vases se déchargent,
+la flamme sautant de la pointe
+<span class="pagenum"><a name="II150" id="II150">II-150</a></span>
+d'un fil-d'archal à celle de l'autre
+dans la cartouche au travers
+de la poudre, l'enflamme, &amp;
+l'explosion de la poudre se fait
+au même instant que le craquement
+de la décharge.</p>
+
+<p>«Cette expérience m'a réussi
+d'une façon admirable. En
+voici le procédé. Après avoir
+roulé une carte à jouer, &amp; l'avoir
+bien liée avec du fil, j'ai
+rempli à peu près au quart ce
+petit tuyau de poudre à tirer,
+que j'ai bien bourée pour en
+écraser les grains; après cela
+j'y ai mis encore autant de
+poudre que j'ai bourée de la
+même manière; &amp; ainsi de
+suite jusqu'à ce que le tuyau
+<span class="pagenum"><a name="II151" id="II151">II-151</a></span>
+fût rempli: j'y ai ensuite enfoncé
+deux fils de fer, un à
+chaque bout comme le dit notre
+auteur; en suivant le reste
+de son procédé, l'expérience a
+manqué plusieurs fois. Imaginant
+que le défaut ne pouvoit
+venir que de ce que les pointes
+des fils de fer étoient trop
+éloignées l'une de l'autre, je
+les ai enfoncées davantage, &amp;
+l'expérience a réussi. Quelque
+préparé que l'on soit au bruit
+que doit produire cette inflammation,
+on en est toujours surpris,
+mais ce n'est pas ce qu'il y
+a à craindre dans cette expérience.»</p>
+
+<p>«L'on doit y prendre des précautions
+<span class="pagenum"><a name="II152" id="II152">II-152</a></span>
+contre deux accidens
+qui peuvent en résulter, l'un
+de tourner le petard du côté
+opposé aux spectateurs, afin
+qu'en sautant il ne puisse blesser
+personne; l'autre de ne pas
+tenir à la main les fils de fer
+dont les pointes sont enfoncées
+dans le petard, parce que si la
+poudre ne s'enflammoit pas,
+celui qui les tiendroit recevroit
+une commotion peut-être
+trop forte.»</p>
+
+<p>Je ne me souviens pas si je
+vous ai écrit que j'ai fondu des
+épingles de cuivre &amp; des aiguilles
+d'acier, changé les pôles
+d'une aiguille aimantée, donné
+le magnétisme &amp; la pôlarité à
+<span class="pagenum"><a name="II153" id="II153">II-153</a></span>
+des aiguilles qui n'en avoient
+point, &amp; que j'ai enflammé de
+la poudre à tirer séche avec l'étincelle
+électrique. J'ai cinq bouteilles
+qui contiennent chacune
+8. ou 9. <i>galons</i>; deux de ces bouteilles
+chargées suffisent pour
+ces opérations; mais je puis les
+charger &amp; les décharger toutes
+ensemble, il n'y a point d'autres
+bornes dans la force que l'homme
+peut donner &amp; employer
+dans la matière électrique, que
+celles qui viennent de la dépense
+&amp; du travail; car on peut augmenter
+le nombre des bouteilles
+à l'infini, les unir &amp; les
+décharger toutes ensemble,
+comme s'il n'y en avoit qu'une.
+La force &amp; l'effet sera proportionnée
+<span class="pagenum"><a name="II154" id="II154">II-154</a></span>
+à leur nombre &amp; à leur
+situation. Les plus grands effets
+connus des coups de foudre ordinaires
+peuvent, je pense, sans
+beaucoup de difficulté, être surpassés
+par cette voye, ce que
+l'on n'auroit jamais cru il y a
+quelques années. Bien des gens
+même aujourd'hui pourroient regarder
+cette supposition comme
+un peu extravagante. Ainsi nous
+sommes plus avancés en science
+que les diables de Rabelais à l'âge
+de deux ans; il dit d'eux plaisamment
+qu'ils ne sçavoient
+qu'un peut tonner &amp; foudroyer
+autour de la tête d'un choux.</p>
+
+<p>Je suis avec un sincère respect,
+votre très-humble &amp; très-obligé
+serviteur, B. Franklin.</p>
+<br><br><br>
+
+<span class="pagenum"><a name="II155" id="II155">II-155</a></span>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+<h2>LETTRE</h2>
+
+<p class="mid">De M. E. KINNERSLEY,<br>
+à Boston,</p>
+
+<p class="mid">à B. Franklin, Écuyer à Philadelphie,<br>
+le 3. Février 1752.</p><br>
+
+<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p>
+
+<p>J'ai à vous communiquer les
+expériences suivantes. Je tenois
+dans une main un fil-d'archal
+qui étoit attaché par l'autre
+bout à la manivelle d'une Pompe,
+pour essayer si le coup du
+premier conducteur au travers de
+mes bras, seroit un peu plus fort
+que lorsqu'il passoit seulement
+sur la surface de la terre; mais je
+<span class="pagenum"><a name="II156" id="II156">II-156</a></span>
+n'y découvris aucune différence.</p>
+
+<p>Je plaçai l'aiguille d'une boussole
+sur la pointe d'une longue
+épingle; &amp; la tenant dans l'atmosphère
+du premier conducteur
+à la distance d'environ trois pouces,
+je trouvai qu'elle pirouettoit
+avec une grande rapidité,
+comme les aîles d'un tourne-broche.</p>
+
+<p>Je suspendis avec une soye
+une balle de liége environ de la
+grosseur d'un pois; je lui présentai
+de l'ambre frotté, de la cire
+à cacheter, du soufre, elle fut
+fortement repoussée par chacun
+de ces corps; ensuite j'essayai du
+verre &amp; de la porcelaine frottée,
+&amp; je trouvai que chacun l'attiroit
+<span class="pagenum"><a name="II157" id="II157">II-157</a></span>
+jusqu'à ce qu'elle s'électrisât
+une seconde fois, &amp; qu'alors
+elle fut repoussée comme la première
+fois; &amp; tandis que cette
+balle étoit ainsi repoussée par le
+verre ou la porcelaine frottée,
+elle étoit attirée par l'un des trois,
+autres corps aussi frottés. Alors
+j'électrisai la balle avec le fil-d'archal
+d'une bouteille chargée, &amp;
+je lui présentai du verre frotté
+(le bouchon d'un flacon) &amp; une
+tasse de porcelaine; elle en fut
+repoussée aussi fortement que par
+le fil-d'archal. Mais quand je lui
+présentai un des autres corps
+électriques frottés, elle fut fortement
+attirée; &amp; quand je l'électrisai
+par l'un d'eux jusqu'à ce
+<span class="pagenum"><a name="II158" id="II158">II-158</a></span>
+qu'elle fût repoussée, elle fut attirée
+par le fil de la bouteille,
+mais repoussée par sa doublûre
+extérieure.</p>
+
+<p>Ces expériences me surprirent,
+&amp; me portèrent à en inférer
+les paradoxes suivants.</p>
+
+<p>1°. Si un globe de verre est
+placé à l'un des bouts du premier
+conducteur, &amp; un globe
+de soufre à l'autre; les deux globes
+étant également en bon état
+&amp; dans un mouvement égal, on
+ne pourra tirer aucune étincelle
+du conducteur; mais un des
+globes tirera du conducteur aussi
+vîte que l'autre y fournira.</p>
+
+<p>2°. Si une bouteille est suspenduë
+au conducteur avec une
+<span class="pagenum"><a name="II159" id="II159">II-159</a></span>
+chaîne de son envelope à la table,
+&amp; que l'on ne se serve que
+d'un des globes à la fois, vingt
+tours de rouë, par exemple, la
+chargeront, après quoi autant
+de tours de l'autre rouë la déchargeront,
+&amp; autant la rechargeront
+encore.</p>
+
+<p>3°. Les deux globes étant
+en mouvement, chacun ayant
+un conducteur particulier avec
+une fiole suspenduë à l'un d'eux,
+&amp; la chaîne de celle-ci attachée
+à l'autre, la fiole se chargera,
+l'un des globes chargeant positivement,
+&amp; l'autre négativement.</p>
+
+<p>4°. La bouteille étant chargée
+de cette sorte, suspendez-la de
+<span class="pagenum"><a name="II160" id="II160">II-160</a></span>
+la même manière à l'autre conducteur;
+faites tourner les deux
+rouës, &amp; le même nombre de
+tours qui avoit chargé la bouteille
+la déchargera, &amp; le même
+nombre encore la rechargera.</p>
+
+<p>5°. Quand chaque globe communique
+avec le même premier
+conducteur, duquel il pend une
+chaîne jusques sur la table, l'un
+de ces globes (mais je ne puis
+pas dire lequel) quand ils sont
+en mouvement, tirera le feu au
+travers de son coussin, &amp; le déchargera
+par la chaîne; l'autre le
+tirera au travers de la chaîne, &amp;
+le déchargera au travers de son
+coussin.</p>
+
+<p>Je serois fort aise que vous envoyassiez
+<span class="pagenum"><a name="II161" id="II161">II-161</a></span>
+chez moi chercher mon
+globe de soufre avec son coussin,
+&amp; que vous en fissiez l'épreuve;
+mais je dois vous avertir de
+ne pas frotter le coussin avec de
+la craye, un peu de soufre réduit
+en poudre fine sera beaucoup
+mieux. Si, comme je m'y attens,
+vous trouvez que les globes
+chargent le premier conducteur
+d'une manière différente,
+je sçai que vous êtes en état de
+découvrir quelque méthode pour
+déterminer quel est celui qui
+charge positivement.</p>
+
+<p>Je suis, &amp;c. E. Kinnersley.</p>
+<br><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II162" id="II162">II-162</a></span>
+
+<h2><i>LETTRE VIII.</i></h2>
+
+<p class="mid"><i>De B. FRANKLIN, Écuyer<br>
+de Philadelphie.</i></p>
+
+<p class="mid"><i>À M. E. Kinnersley, à Boston,<br>
+le 2. Mars 1752.</i></p>
+
+<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p>
+
+<p>Je vous remercie des expériences
+que vous m'avez communiquées.
+J'envoyai sur le champ
+chercher votre globe de soufre
+dans le dessein de faire les épreuves
+que vous m'indiquiez; mais
+je trouvai qu'il n'étoit pas bien
+centré, &amp; je n'avois pas le tems
+pour lors d'y remédier; mais au
+premier moment de loisir je le
+<span class="pagenum"><a name="II163" id="II163">II-163</a></span>
+remettrai en état de servir; je
+tenterai les expériences, &amp; je
+vous en rendrai compte.</p>
+
+<p>En attendant je soupçonne
+que les différentes attractions &amp;
+répulsions que vous avez observées,
+venoient plutôt de la plus
+grande ou plus petite quantité du
+feu que vous tiriez des différens
+corps que de ce que ce feu seroit
+d'une espéce différente, &amp; auroit
+une différente direction.</p>
+
+<p>Je suis avec précipitation, &amp;c.
+B. Franklin.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/deco02.png"></p>
+<br><br><br>
+
+<span class="pagenum"><a name="II164" id="II164">II-164</a></span>
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+
+<h2><i>LETTRE IX.</i></h2>
+
+<p class="mid"><i>De B. FRANKLIN Écuyer<br>
+de Philadelphie.</i></p>
+
+<p class="mid"><i>À M. E. Kinnersley, à Boston<br>
+le 16. Mars 1752.</i></p>
+
+<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p>
+
+<p>Ayant mis votre globe de
+soufre en état de servir, j'essayai
+une des expériences que
+vous proposiez, &amp; je fus agréablement
+surpris de voir que le
+globe de verre étant à une extrémité
+du conducteur &amp; celui
+de soufre à l'autre, les deux globes
+en mouvement, on ne pouvoit
+pas tirer une seule étincelle
+<span class="pagenum"><a name="II165" id="II165">II-165</a></span>
+du conducteur, à moins que
+l'un des globes ne tournât plus
+lentement, ou ne fût pas en
+aussi bon état que l'autre, alors
+même l'étincelle n'étoit que
+proportionnée à cette différence,
+ensorte que si on recommence
+à faire tourner les globes également
+ou à faire tourner plus lentement
+celui qui opéroit le
+mieux, l'on mettra encore le
+conducteur hors d'état de fournir
+une étincelle.</p>
+
+<p>Je remarquai aussi que le fil-d'archal
+d'une bouteille chargée
+par le globe de verre attiroit une
+balle de liége qui avoit touché
+au fil-d'archal d'une bouteille
+chargée par celui de soufre, &amp;
+<span class="pagenum"><a name="II166" id="II166">II-166</a></span>
+cela réciproquement, en sorte
+que le liége continuoit à jouer
+entre les deux bouteilles, de la
+même manière que si une bouteille
+avoit été chargée par le
+crochet &amp; l'autre par le côté par
+le seul globe de verre; &amp; les
+deux bouteilles chargées l'une
+par le globe de soufre, l'autre
+par celui de verre, seront toutes
+deux déchargées en approchant
+leurs fil-d'archal, &amp; donneront
+le coup à la personne qui les
+tient.</p>
+
+<p>D'après ces expériences on
+peut être certain que les deuxiéme,
+troisiéme &amp; quatriéme que
+vous proposez réussiront exactement,
+comme vous le supposez,
+<span class="pagenum"><a name="II167" id="II167">II-167</a></span>
+quoique je ne les aye point tentées,
+n'en ayant pas le tems.
+J'imagine que c'est le globe de
+verre qui charge positivement,
+&amp; celui de soufre négativement:
+en voici les raisons. 1°. Quoique
+le globe de soufre semble
+opérer aussi bien que le globe
+de verre, cependant il ne pourra
+jamais y avoir une étincelle
+aussi forte &amp; à une distance aussi
+grande entre mon doigt &amp; le
+conducteur, quand on se sert
+du globe de soufre que quand on
+employe celui de verre. Je suppose
+que la raison en est que les
+corps d'une certaine grosseur ne
+peuvent pas se séparer de la
+quantité du fluide électrique
+<span class="pagenum"><a name="II168" id="II168">II-168</a></span>
+qu'ils ont &amp; qu'ils conservent
+dans leur substance après l'avoir
+attirée, aussi aisément qu'ils peuvent
+en recevoir une quantité
+additionnelle sur leurs surfaces
+en forme d'atmosphère. Par conséquent
+on ne peut pas en tirer
+autant du conducteur qu'on peut
+y en faire entrer. 2°. J'observe
+que le ruisseau ou l'aigrette de
+feu qui paroît à l'extrémité du
+fil-d'archal attaché au conducteur
+est longue, large &amp; fort divergente
+quand on se sert du
+globe de verre, &amp; qu'elle fait
+un bruit avec éclat ou craquement;
+mais quand on employe
+le globe de soufre, cette aigrette
+est courte, petite, &amp; ne fait
+<span class="pagenum"><a name="II169" id="II169">II-169</a></span>
+qu'un sifflement. Et tout le contraire
+des deux arrive quand vous
+tenez le même fil-d'archal dans
+votre main, &amp; que les globes
+travaillent tour-à-tour, l'aigrette
+est longue, large, divergente &amp;
+craquante, quand on fait tourner
+le globe de soufre; elle est
+courte, petite &amp; sifflante quand
+c'est celui de verre. Quand l'aigrette
+est longue, large, &amp; fort
+divergente, le corps duquel elle
+part me semble jetter le feu:
+quand le contraire paroît, on diroit
+que ce corps le pompe. 3°.
+J'observe que quand j'ai présenté
+mon doigt devant le globe de
+soufre, lorsqu'il est en mouvement,
+le ruisseau de feu entre
+<span class="pagenum"><a name="II170" id="II170">II-170</a></span>
+mon doigt &amp; le globe semble
+se répandre sur sa surface comme
+s'il sortoit du doigt; il en est
+tout autrement du globe de verre.
+4°. Le vent frais (ou ce
+qu'on appelle de ce nom) que
+nous avons coutume de sentir
+comme sortant d'une pointe
+électrisée, est beaucoup plus sensible
+quand on employe le globe
+de verre que quand c'est celui
+de soufre; mais ce ne sont ici
+que des pensées hazardées.</p>
+
+<p>«Les effets opposés du verre
+&amp; du soufre ont été reconnus
+à Paris comme ils l'avoient été
+à Boston &amp; à Philadelphie. M.
+le Roy de l'Académie Royale
+des Sciences, lût le 9. Avril
+<span class="pagenum"><a name="II171" id="II171">II-171</a></span>
+1755. à la rentrée publique de
+cette Académie, un mémoire
+bien détaillé des nouvelles expériences
+&amp; observations qu'il
+avoit faites sur ce sujet. Après
+y avoir établi toutes les différences
+qu'il avoit remarquées
+entre l'électricité positive &amp;
+l'électricité négative, (différences
+essentielles qui avoient
+déjà été publiées par le R. P.
+Beccaria dans son <i>Libro primo
+del Electricismo</i>, sous des dominations
+différents,) il démontre
+par des preuves convaincantes
+que le verre &amp; la
+résine frottés produisent des effets
+électriques tout contraires:
+que le verre communique l'électricité
+<span class="pagenum"><a name="II172" id="II172">II-172</a></span>
+positive, &amp; que le
+soufre &amp; la résine communiquent
+l'électricité négative.
+L'auteur du mémoire conclut
+de ses observations avec juste
+raison qu'il faut en revenir à la
+distinction des électricités vitrée
+&amp; résineuse établie par feu
+M. Dufay; (Mém. de l'Acad.
+ann. 1733. pag. 469.) ces
+deux sortes d'électricités, quoique
+différentes par leur nature,
+semblent agir à peu près également
+&amp; de la même manière
+sur les corps conducteurs qui y
+sont présentés; elles paroissent
+aussi à la première inspection
+produire les mêmes phénomènes
+d'attraction, de répulsion,
+<span class="pagenum"><a name="II173" id="II173">II-173</a></span>
+d'étincellement, de pétillement,
+de percussion, de commotion,
+&amp;c. Cependant quand
+on en vient à un examen plus
+approfondi, l'on n'est pas long-tems
+à reconnoître que les phénomènes
+sont en sens contraire.
+Ces deux sortes d'électricités
+se détruisent: l'une attire ce
+que l'autre repousse: celle-ci
+se communique en donnant,
+&amp; celle-là en recevant: enfin
+la première est par excès, &amp; la
+seconde par défaut. La bouteille
+de Leyde dont on présente
+le crochet au conducteur électrisé
+par le verre ou par le soufre,
+ne s'en charge pas moins
+bien, mais avec cette différence
+<span class="pagenum"><a name="II174" id="II174">II-174</a></span>
+que si le conducteur est électrisé
+par le soufre, la bouteille
+se chargera extérieurement de
+même que cela arriveroit, si
+en la tenant par le crochet,
+on en présentoit le côté au conducteur
+électrisé par le verre,
+&amp; de même encore qu'elle se
+chargeroit si, après avoir épuisé
+le coussin, on lui présentoit
+(à ce coussin) le crochet de
+cette bouteille, en la tenant
+par les côtés.</p>
+
+<p>«Outre les moyens indiqués
+par M. Franklin pour reconnoître
+si l'électricité est positive
+ou négative, voici celui
+qui me paroît le plus simple.</p>
+
+<p>«On sçait que si l'on présente
+<span class="pagenum"><a name="II175" id="II175">II-175</a></span>
+une pointe métallique à un
+corps actuellement électrisé, il
+paroît dans l'obscurité une petite
+lumière au bout de cette
+pointe. Mais cette lumière
+n'est pas la même, quand le
+corps est électrisé positivement,
+&amp; quand il l'est négativement.
+Dans le premier cas ce n'est
+qu'un petit floccon de lumière
+que M. le Roi nomme point
+lumineux plus ou moins apparent,
+fort semblable à un ver
+luisant. Dans le second cas
+cette lumière est en forme d'aigrette
+plus ou moins longue,
+plus ou moins divergente, suivant
+la force de l'électricité.
+C'est ce qu'on peut aisément
+<span class="pagenum"><a name="II176" id="II176">II-176</a></span>
+[manque la page 176]
+<span class="pagenum"><a name="II177" id="II177">II-177</a></span>
+me je viens de le dire, étoit
+attachée tantôt au crochet &amp;
+tantôt au ventre de la bouteille.
+En un mot l'endroit où paroît
+l'aigrette est celui d'où sort
+le feu, &amp; conséquemment celui
+où est l'électricité positive;
+&amp; l'endroit où paroît le point
+lumineux est celui où elle est
+négative.</p>
+
+<p>«Les termes d'électricité positive
+&amp; électricité négative ne
+doivent jamais s'entendre dans
+un sens absolu. Le point lumineux
+que j'apperçois quand
+je présente une pointe au conducteur
+électrisé par le globe
+de verre ne prouve pas que je
+sois électrisé négativement,
+<span class="pagenum"><a name="II178" id="II178">II-178</a></span>
+puisque j'ai toujours ma quantité
+naturelle d'électricité, mais
+seulement que j'en suis moins
+chargé que le conducteur, que
+j'en reçois de lui, que je suis
+dans un état négatif par rapport
+au sien, et par conséquent que
+le sien est positif relativement
+au mien.</p>
+
+<p>À l'égard de votre cinquiéme
+paradoxe, il peut pareillement
+être vrai, si les globes travaillent
+alternativement, mais s'il le
+font en même tems, le feu ne
+montera ni ne descendra par la
+chaîne, parce qu'un globe pompera
+le feu aussi vîte que l'autre
+le produira. Je ne serois pas fâché
+de sçavoir si les effets seroient
+<span class="pagenum"><a name="II179" id="II179">II-179</a></span>
+contraires dans le cas où
+le globe de verre seroit solide
+&amp; celui de soufre creux, mais je
+n'ai présentement aucun moyen
+de l'essayer.</p>
+
+<p>Dans vos voyages vos globes
+de verre sont sujets à des accidens,
+ceux de soufre sont lourds
+&amp; incommodes.»</p>
+
+<p><i>Quest.</i> Une plaque mince de
+soufre mise sur une table ne serviroit-elle
+pas de coussin dans
+l'occasion, pendant qu'un globe
+de cuir rembourré exactement,
+proprement monté, recevroit
+le feu du soufre &amp; chargeroit le
+conducteur positivement, un
+pareil globe ne courroit aucun
+<span class="pagenum"><a name="II180" id="II180">II-180</a></span>
+danger d'être cassé. Je crois concevoir
+comment cela pourroit
+s'exécuter. Mais je n'ai pas le
+tems d'ajouter autre chose si ce
+n'est que je suis, Monsieur, &amp;c.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/deco03.png"></p>
+<br><br><br>
+
+<span class="pagenum"><a name="II181" id="II181">II-181</a></span>
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+
+<h2><i>LETTRE X.</i></h2>
+
+<p class="mid"><i>De B. FRANKLIN Écuyer<br>
+de Philadelphie.</i></p>
+
+<p class="rig"><i>19. Octobre 1752.</i></p><br><br>
+
+<p><span class="large">C</span><br>omme l'on parle souvent
+dans les nouvelles d'Europe
+du succès de l'expérience de
+Philadelphie, pour tirer le feu
+électrique des nuées par le
+moyen des verges de fer pointuës
+élevées sur le haut des bâtimens,
+&amp;c. Les curieux ne seront
+peut-être pas fâchés d'apprendre
+que la même expérience a
+réussi à Philadelphie, quoique
+faite d'une manière différente &amp;
+plus facile; en voici le détail.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II182" id="II182">II-182</a></span>
+
+<p>Faites une croix de deux petites
+lates, les bras assez longs
+pour atteindre aux quatre coins
+d'un grand mouchoir fin de soye:
+quand il est étendu, liez les
+coins de ce mouchoir aux extrémités
+de la croix: par ce
+moyen vous avez le corps d'un
+cerf-volant; en y ajoutant adroitement
+une queuë, une gance
+&amp; une ficelle, il s'élèvera en
+l'air comme ceux qui sont faits
+de papier; mais celui-ci qui est
+de soye est plus propre à résister
+au vent &amp; à la pluye d'un orage
+sans se déchirer. Au sommet
+du montant de la croix il faut
+fixer un fil-d'archal très-pointu
+qui s'élève d'un pied ou plus au-dessus
+<span class="pagenum"><a name="II183" id="II183">II-183</a></span>
+du bois. Au bout de la
+ficelle près de la main, il faut
+noüer un cordon ou ruban de
+soye, &amp; attacher une clef dans
+l'endroit où la soye &amp; la ficelle
+se joignent. On élève ce cerf-volant
+lorsqu'on est sur le point
+d'avoir du tonnerre, &amp; la personne
+qui tient la corde doit
+être en dedans dune porte ou
+d'une fenêtre, ou sous quelqu'abri,
+ensorte que le ruban de
+soye ne soit pas mouillé, &amp; l'on
+prendra garde que la ficelle ne
+touche pas le cadre de la porte
+ou de la fenêtre. Aussitôt que
+quelques parties de la nuée de
+tonnerre viendront sur le cerf-volant,
+le fil-d'archal pointu en
+<span class="pagenum"><a name="II184" id="II184">II-184</a></span>
+tirera le feu électrique, &amp; le
+cerf-volant, avec toute la ficelle,
+sera électrisé, les filamens
+de la ficelle qui ne sont pas serrés
+se dresseront en dehors de
+tous côtés, &amp; seront attirés par
+l'approche du doigt, &amp; quand
+la pluye a mouillé le cerf-volant
+&amp; la ficelle, de façon qu'ils
+puissent conduire librement le
+feu électrique, vous trouverez
+qu'il découle en abondance de
+la clef à l'approche de votre
+doigt: on peut charger la bouteille
+à cette clef, enflammer
+les liqueurs spiritueuses avec le
+feu ainsi ramassé, &amp; faire toutes
+les autres expériences électriques
+qu'on fait ordinairement avec le
+<span class="pagenum"><a name="II185" id="II185">II-185</a></span>
+secours d'un globe ou d'un tube
+de verre frotté, &amp; par ce moyen
+on démontre parfaitement l'identité
+de la matière électrique
+avec celle de la foudre.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/deco04.png"></p>
+<br><br><br>
+
+<span class="pagenum"><a name="II186" id="II186">II-186</a></span>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+
+
+<h2><i>LETTRE XI.</i></h2>
+
+<p class="mid"><i>De B. FRANKLIN Ecuyer<br>
+de Philadelphie.</i></p>
+
+<p><span class="large">P</span><br>uisque vous me dites que
+notre ami Cave est prêt à
+ajouter quelques dernières expériences
+à ma feüille volante
+avec l'<i>errata</i>, j'envoye une copie
+d'une lettre du Docteur Colden,
+qui peut aider à remplir
+quelques pages, &amp; encore mon
+expérience du cerf-volant dans
+la gazette de Pensylvanie: je n'ai
+rien à y ajouter de nouveau, si
+ce n'est l'expérience suivante,
+pour découvrir un plus grand
+nombre des propriétés du fluide
+électrique.</p><br><br><br>
+
+<span class="pagenum"><a name="II187" id="II187">II-187</a></span>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+
+<h2>EXPÉRIENCE</h2>
+
+<p class="mid"><i>Pour découvrir un plus grand<br>
+nombre des propriétés du fluide<br>
+électrique.</i></p>
+
+<p><span class="large">S</span><br>uspendez par un crochet de
+fil-d'archal un boulet au premier
+conducteur; placez sous
+le boulet à six lignes de distance
+une plaque d'argent poli pour
+recevoir les étincelles; faites
+alors tourner la rouë, &amp; si les
+étincelles répétées frappent continuellement
+sur le même endroit,
+il s'y fera dans peu de
+minutes une tache bleuë approchant
+de la couleur d'un ressort
+de montre.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II188" id="II188">II-188</a></span>
+
+<p>Une plaque de fer poli exposée
+à la même épreuve, sera aussi
+tachée, mais non pas de la même
+couleur; elle semble plutôt
+corrodée.</p>
+
+<p>Je ne me suis pas apperçu que
+cette opération fît aucune impression
+sur l'or, le cuivre ou
+l'étain, mais les taches sur l'argent
+ou le fer seront les mêmes,
+soit que le boulet soit de plomb,
+de cuivre, d'or ou d'argent.</p>
+
+<p>Il paroîtroit aussi une petite
+tache sur le boulet d'argent, de
+même que sur la plaque qui seroit
+au-dessous.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/deco06.png"></p>
+<br><br><br>
+
+<span class="pagenum"><a name="II189" id="II189">II-189</a></span>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head3.png"></p>
+
+<h3>NOUVELLES<br>
+
+EXPÉRIENCES ET OBSERVATIONS<br>
+
+SUR L'ÉLECTRICITÉ.</h3>
+
+<blockquote><i>Faites à Philadelphie en Amérique
+par B. Franklin, Écuyer,
+&amp; communiquées à P. Collinson,
+Écuyer, de la Société Royale
+de Londres, &amp; lûes à la même
+Société le 27. Juin &amp; le 4.
+Juillet 1754. On y a ajouté un
+écrit sur le même sujet par J.
+Canton M. A. membre de la
+Société Royale, lû à la même
+Société le 6. Décembre 1753.
+&amp; un autre pour la défense de
+Mr. Franklin contre l'Abbé
+Nollet, par M. D. Colden de
+la nouvelle York.</i></blockquote>
+
+<h3>TROISIÉME PARTIE.</h3>
+
+<p class="mid">À Londres 1754.</p>
+<br><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+<span class="pagenum"><a name="II190" id="II190">II-190</a></span>
+
+<h2>LETTRE XII.</h2>
+
+<p class="mid">De B. FRANKLIN Écuyer<br>
+de Philadelphie.</p>
+
+<p class="mid">À P. Collinson Écuyer de la Société<br>
+Royale de Londres.</p>
+
+<p class="rig"><i>Septembre 1753.</i></p><br><br>
+
+<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p>
+
+<p>Dans mon premier écrit sur
+cette matière fait d'abord en
+1747. augmenté &amp; envoyé en
+Angleterre en 1749. je regardai
+la mer comme la grande source
+des éclairs; j'imaginois que la
+lumière qu'on y apperçoit venoit
+du feu électrique produit par le
+frottement des particules d'eau
+<span class="pagenum"><a name="II191" id="II191">II-191</a></span>
+avec celles de sel. Éloigné des
+côtes je n'avois pas alors la commodité
+de faire des expériences
+sur de l'eau de mer, de sorte
+que j'embrassai cette opinion
+trop à la hâte.</p>
+
+<p>Car en 1750. &amp; 51. étant par
+occasion sur les côtes, je trouvai
+par des expériences que l'eau
+de la mer dans une bouteille,
+quoiqu'elle parût d'abord lumineuse
+en l'agitant, perdit cependant
+cette vertu dans peu d'heures.
+De cette observation &amp; de
+ce qu'en agitant du sel fondu
+dans de l'eau je ne pouvois produire
+aucune lumière, je commençai
+d'abord à douter de ma
+première supposition, &amp; à soupçonner
+<span class="pagenum"><a name="II192" id="II192">II-192</a></span>
+que cette lumière dans
+l'eau de la mer devoit être attribuée
+à quelques autres principes.</p>
+
+<p>J'examinai alors s'il n'étoit pas
+possible que les particules de
+l'air, étant électriques par elles-mêmes,
+tirassent leur feu électrique
+de la terre dans les grands
+coups de vent par leur frottement
+contre les arbres, les montagnes,
+les bâtimens, &amp;tc. comme
+autant de petits globes électriques
+frottans contre des coussins
+non-électriques, &amp; que les
+vapeurs qui s'élèvent reçussent
+de l'air ce feu, &amp; que par ces
+moyens les nuages devinssent
+électrisés.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II193" id="II193">II-193</a></span>
+
+<p>J'imaginai que si la chose étoit
+ainsi, poussant violemment avec
+des soufflets un courant d'air
+contre mon premier conducteur,
+je pourrois l'électriser négativement,
+le frottement des particules
+de l'air le dépoüillant d'une
+partie de sa quantité naturelle
+du fluide électrique; mais l'expérience
+que je tentai dans cette
+vûe ne me réussit pas.</p>
+
+<p>En Septembre 1752. j'élevai
+une verge de fer pour tirer l'éclair
+dans ma maison, afin de
+faire quelques expériences dessus,
+ayant disposé deux timbres
+pour m'avertir quand la verge
+seroit électrisée; cette pratique
+est familière à tout Électricien.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II194" id="II194">II-194</a></span>
+
+<p>Je trouvai que les timbres
+sonnèrent quelquefois quoiqu'il
+n'y eût ni éclair ni tonnerre,
+mais seulement un nuage obscur
+au-dessus de la verge, que quelquefois
+après un coup d'éclair
+ils s'arrêtoient tout d'un coup,
+que d'autres fois, sans avoir sonné
+auparavant, ils commençoient
+à le faire soudain après
+l'éclair, que l'électricité étoit
+quelquefois, très-foible, ensorte
+qu'après en avoir tiré une petite
+étincelle, on étoit quelque tems
+sans pouvoir en tirer d'autre;
+que d'autrefois les étincelles se
+suivoient avec une extrême rapidité,
+en ayant eu un jour un
+courant continuel d'un timbre à
+<span class="pagenum"><a name="II195" id="II195">II-195</a></span>
+l'autre de la largeur d'une plume
+de corbeau; il y eut même des
+variations considérables pendant
+le même orage.</p>
+
+<p>L'hyver suivant j'imaginai
+une expérience pour découvrir
+si les nuages étoient électrisés
+positivement ou négativement;
+mais ma verge pointuë avec tout
+son appareil s'étant dérangée,
+je ne la rétablis que vers le printems,
+lorsque j'espérai que la
+chaleur occasionneroit plus de
+nuages orageux.</p>
+
+<p>Cette expérience consistoit à
+prendre deux bouteilles, à en
+charger une du feu de la verge
+de fer &amp; à donner à l'autre une
+charge égale avec le globe de
+<span class="pagenum"><a name="II196" id="II196">II-196</a></span>
+verre électrique par le moyen
+du premier conducteur, &amp; après
+les avoir chargées, à les placer sur
+une table à trois ou quatre pouces
+l'une de l'autre, ayant suspendu
+au plat-fons avec un fil
+de soye fin, une boulette de liége
+qui pût joüer entre les crochets.
+Si les deux bouteilles
+étoient électrisées positivement,
+la boulette attirée &amp; repoussée
+par l'une, devroit aussi être repoussée
+par l'autre: si l'une étoit
+positivement &amp; l'autre négativement,
+la boulette seroit attirée
+&amp; repoussée tour à tour par chacune,
+&amp; continueroit de joüer
+entr'elles aussi long-tems qu'elles
+conserveroient quelque charge
+considérable.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II197" id="II197">II-197</a></span>
+
+<p>Ayant fort à coeur de faire
+cette expérience, le hazard voulut
+que je fusse absent pendant
+les deux plus gros orages que
+nous eûmes de bonne heure dans
+le printems, ce qui ne fut pas
+une petite mortification pour
+moi. J'avois bien ordonné dans
+ma maison que si les timbres
+sonnoient, pendant mon absence,
+on enfermât quelqu'éclair
+pour moi dans des bouteilles
+électriques, &amp; on le fit
+aussi; mais tout étoit presque
+dissipé avant mon retour; &amp; dans
+quelques autres orages la quantité
+d'éclairs que je pus renfermer
+étoit si petite, &amp; la charge
+si foible, que je ne pus me satisfaire;
+<span class="pagenum"><a name="II198" id="II198">II-198</a></span>
+cependant je vis quelquefois
+de quoi augmenter mes
+soupçons &amp; enflammer ma curiosité.</p>
+
+<p>Enfin le 12. Avril 1753. étant
+arrivé un orage qui fut assez vif
+pendant quelque tems, je chargeai
+une des bouteilles passablement
+bien avec l'éclair, &amp; l'autre
+avec l'électricité de mon globe
+de verre, également autant
+que j'en pus juger; &amp; les ayant
+disposées convenablement, je
+vis avec autant de surprise que
+de plaisir la boulette de liége
+joüer avec vîtesse de l'une à l'autre,
+&amp; je fus convaincu que l'une
+des deux étoit électrisée négativement.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II199" id="II199">II-199</a></span>
+
+<p>Je répétai plusieurs fois cette
+expérience pendant cet orage &amp;
+pendant huit autres orages de
+suite, toujours avec le même succès,
+&amp; étant persuadé (par les
+raisons détaillées d'abord dans
+ma lettre à M. Kinnersley, imprimée
+depuis à Londres,) que
+le globe de verre électrise positivement,
+je conclus que les
+nuages sont toujours électrisés
+négativement, ou contiennent
+toujours moins que leur quantité
+naturelle de fluide électrique.</p>
+
+<p>Malgré tant d'expériences il
+semble cependant que ma conclusion
+étoit tirée trop précipitamment,
+car enfin le 6. de Juin
+dans un orage qui dura depuis
+<span class="pagenum"><a name="II200" id="II200">II-200</a></span>
+cinq heures après midi jusqu'à
+sept, je trouvai un nuage qui
+étoit électrisé positivement,
+quoique plusieurs qui étoient
+passés auparavant au-dessus de
+ma verge pendant le même orage,
+fussent dans l'état négatif.
+Voici comme je le découvris.</p>
+
+<p>Je faisois en même tems une
+autre expérience que je répétai
+plusieurs fois pour m'assurer de
+l'état négatif des nuages; la voici.
+Pendant que les timbres sonnoient,
+je pris la bouteille chargée
+au globe, j'appliquai son
+crochet à la verge, dans l'idée
+que si les nuages étoient électrisés
+positivement, la verge qui
+en recevoit son électricité le seroit
+<span class="pagenum"><a name="II201" id="II201">II-201</a></span>
+aussi de la même façon, &amp;
+alors l'électricité positive ajoutée
+avec la bouteille feroit sonner les
+timbres plus vîte; mais si les
+nuages étoient dans un état négatif,
+ils devoient épuiser le
+fluide électrique de la verge &amp; la
+réduire au même état négatif où
+ils étoient; alors le crochet de
+la bouteille chargée positivement
+fournissant à là verge ce
+qui lui manquoit, (autrement
+elle auroit été obligée de le tirer
+de la terre par le moyen de la
+boulette de cuivre suspendue entre
+les deux timbres,) le carillon
+cesseroit jusqu'à ce que la
+bouteille fût déchargée.</p>
+
+<p>Je déchargeai promptement
+<span class="pagenum"><a name="II202" id="II202">II-202</a></span>
+dans la verge de cette manière
+plusieurs bouteilles qui étoient
+chargées au globe; le fluide
+électrique passant du crochet
+dans la verge jusqu'à ce que le
+crochet ne tirât plus d'étincelles
+du doigt; &amp; pendant que la verge
+recevoit de la bouteille, les
+timbres cesserent de sonner:
+mais en continuant d'appliquer
+le crochet de la bouteille à la
+verge, j'épuisai la quantité naturelle
+de la surface intérieure de
+ces bouteilles, ou pour m'exprimer
+à l'ordinaire je les chargeai
+négativement.</p>
+
+<p>Enfin pendant que je chargeois
+une bouteille à mon globe
+pour répèter cette expérience,
+<span class="pagenum"><a name="II203" id="II203">II-203</a></span>
+mes timbres s'arrêtèrent d'eux-mêmes,
+&amp; après une pause recommencèrent
+à sonner; mais
+quand j'approchai de la verge le
+crochet de la bouteille chargée,
+au lieu du courant ordinaire que
+j'attendois du crochet à la verge,
+il n'y eut pas d'étincelles, pas
+même lorsque je les fis toucher.
+Cependant les timbres continuèrent
+à sonner fortement, ce qui
+me fit connoître que la verge
+étoit alors électrisée positivement,
+aussi bien que le crochet
+de la bouteille &amp; au même dégré,
+&amp; par conséquent que le
+nuage particulier qui étoit alors
+au-dessus de la verge étoit dans
+le même état positif; c'étoit
+<span class="pagenum"><a name="II204" id="II204">II-204</a></span>
+vers la fin de l'orage.</p>
+
+<p>Mais c'est une expérience
+unique qui, néanmoins fait une
+exception à ma première conclusion
+qui étoit trop générale, &amp;
+me réduit à celle-ci, que les
+nuages d'un orage accompagné
+de tonnerre sont le plus ordinairement
+dans un état négatif d'électricité,
+mais quelquefois dans
+un état positif.</p>
+
+<p>Je crois que le dernier cas est
+rare, car quoique bientôt après
+la dernière expérience je fis un
+voyage à Boston, &amp; fus hors de
+chez moi la plus grande partie
+de l'été, ce qui m'empêcha de
+poursuivre mes observations &amp;
+mes essais; cependant M. Kinnersley
+<span class="pagenum"><a name="II205" id="II205">II-205</a></span>
+revenu des isles précisément
+au tems de mon départ,
+continua les expériences pendant
+mon absence, &amp; il m'assure
+qu'il trouva toujours les nuages
+dans l'état négatif; ensorte
+que le plus souvent dans les
+coups de foudre c'est la terre qui
+frappe les nuages, &amp; non les
+nuages qui frappent la terre.</p>
+
+<p>Ceux qui sont versés dans les
+expériences électriques concevront
+aisément que les effets &amp;
+les apparences doivent être à
+peu de chose près les mêmes
+dans les deux cas; même explosion,
+même éclair entre deux
+nuages, entre les nuages &amp; les
+montagnes, &amp;c. même rupture
+<span class="pagenum"><a name="II206" id="II206">II-206</a></span>
+des arbres, des murailles, &amp;c.
+que le fluide électrique rencontre
+sur son partage, même coup
+fatal pour les corps animaux, &amp;
+que les verges pointuës plantées
+sur les bâtimens où les mâts des
+vaisseaux, &amp; communiquant
+avec la terre ou la mer, doivent
+être également propres à rétablir
+doucement &amp; en silence l'équilibre
+entre la terre &amp; les nuages,
+ou à conduire un éclair ou un
+coup de foudre, s'il y en avoit,
+de manière à préserver la maison
+ou le vaisseau; car les pointes
+ont autant de vertu pour pousser
+le feu électrique que pour l'attirer,
+&amp; les verges l'élèveront aussi
+bien qu'elles le feront descendre.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II207" id="II207">II-207</a></span>
+
+<p>«M. le Roy de l'Académie
+des Sciences, dont nous avons
+déjà parlé, avoit aussi conjecturé
+long-tems avant d'avoir
+été informé des nouvelles découvertes
+faites en Amérique,
+que l'électricité des nuages devoit
+être négative: voici comme
+il s'en explique à la fin
+d'un mémoire qu'il lût à l'Académie
+le 9. Avril 1755.</p>
+
+<p>«À ces conséquences j'en
+pourrois ajouter plusieurs autres
+assez importantes: mais je
+me contenterai de faire remarquer,
+1º. que cette électricité
+nous montre qu'il pourroit bien
+y avoir dans la nature tel agent
+lequel électriseroit les corps en
+<span class="pagenum"><a name="II208" id="II208">II-208</a></span>
+y raréfiant le fluide électrique,
+ce qu'on n'avoit pû soupçonner
+jusqu'ici, opération qui
+est même plus simple que celle
+par laquelle on conçoit ordinairement
+que cet effet a lieu.
+2º. Qu'il y a une grande analogie
+entre un aimant &amp; un
+systême de corps électrisés par
+<i>condensation</i> &amp; par <i>raréfaction</i>,
+les corps aimantés par un pôle
+se repoussant &amp; attirant ceux
+qui sont aimantés par l'autre,
+comme ceux qui sont électriques
+d'une même façon se repoussent
+tandis qu'ils attirent
+ceux qui le sont d'une façon
+contraire; enfin que le
+choc de l'expérience de Leyde
+<span class="pagenum"><a name="II209" id="II209">II-209</a></span>
+n'est qu'une suite pour ainsi dire
+des deux électricités par <i>condensation</i>
+&amp; par <i>raréfaction</i>,
+une bouteille de Leyde se chargeant
+dans un instant, quand
+on fait communiquer le côté
+avec le bâtis &amp; le crochet avec
+le conducteur, ou <i>vice versâ</i>,
+&amp; ne pouvant absolument se
+charger lorsque l'on la fait
+communiquer de même avec
+deux corps électrisés au même
+degré; c'est ce que je me propose
+de montrer dans un mémoire
+où je compte donner
+l'analyse de cette expérience.</p>
+
+<p>«Le R. P. Beccaria après
+avoir observé des différences
+marquées entre l'électricité positive
+<span class="pagenum"><a name="II210" id="II210">II-210</a></span>
+&amp; l'électricité négative,
+comme il a été ci-devant rapporté,
+ne fut pas long-tems à
+reconnoître les mêmes différences
+dans l'électricité naturelle.
+Il remarqua que son appareil
+électrisé par le tonnerre,
+ou seulement par les nuages
+sans apparence de tonnerre,
+étoit tantôt dans un état positif
+&amp; tantôt dans un état négatif;
+il a donné un détail bien circonstancié
+de toutes ses observations
+à ce sujet dans son <i>Libro
+secondo del Electricismo naturale</i>,
+imprimé <i>in</i>-4º. à Turin
+en 1753.»</p>
+
+<p>Mais quoique les éclaircissemens
+tirés de ces expériences
+<span class="pagenum"><a name="II211" id="II211">II-211</a></span>
+ne changent rien dans la pratique,
+il, en est tout autrement
+pour la théorie, nous sommes
+maintenant aussi embarrassés à
+trouver une hypothèse pour expliquer
+par quels moyens les
+nuages deviennent électrisés négativement,
+que nous l'étions
+précédemment à montrer comment
+ils le devenoient positivement.</p>
+
+<p>Je ne sçaurois m'empêcher de
+hazarder quelques conjectures
+sur ce sujet; voici celles qui
+s'offrent à présent à mon esprit;
+&amp; quand même de nouvelles
+découvertes montreroient qu'elles
+ne sont pas tout-à-fait justes,
+elles pourroient, en attendant,
+<span class="pagenum"><a name="II212" id="II212">II-212</a></span>
+être de quelque utilité, en excitant
+les curieux à faire davantage
+d'expériences, &amp; en donnant
+occasion à des recherches plus
+exactes.</p>
+
+<p>Je conçois donc que ce globe
+de terre &amp; d'eau avec ses
+plantes, ses animaux &amp; ses bâtimens
+contient une quantité de
+fluide électrique répanduë dans
+sa substance, précisément aussi
+grande qu'il en peut contenir;
+c'est ce que j'appelle la quantité
+naturelle.</p>
+
+<p>Que cette quantité naturelle
+n'est pas la même dans toutes
+les espèces de matière commune
+sous des dimensions égales, ni
+dans la même espèce de matière
+<span class="pagenum"><a name="II213" id="II213">II-213</a></span>
+commune dans toutes les circonstances.
+Mais un pied cube
+v. g. d'une sorte de matière commune,
+peut contenir plus de
+fluide électrique qu'un pied cube
+de quelqu'autre matière commune
+&amp; une livre de la même
+espèce de matière commune,
+quand elle est raréfiée, peut en
+contenir plus que quand elle est
+condensée.</p>
+
+<p>Car le fluide électrique étant
+attiré par quelque portion de
+matière commune, les parties
+de ce fluide (qui ont entr'elles
+une mutuelle répulsion,) s'approchent
+tellement l'une de l'autre
+par l'attraction de la matière
+commune qui les absorbe, que
+<span class="pagenum"><a name="II214" id="II214">II-214</a></span>
+leur répulsion est égale à la force
+condensante de l'attraction dans
+la matière commune: ainsi cette
+portion de matière commune
+n'en absorbera pas davantage.</p>
+
+<p>Les corps de différentes espèces
+ayant ainsi attiré &amp; absorbé
+ce que j'appelle leur quantité
+naturelle, c'est-à-dire précisément
+autant de fluide électrique
+qu'il convient à leur état de densité,
+de raréfaction &amp; au pouvoir
+d'attirer, ne donnent plus
+entre eux aucun signe d'électricité.</p>
+
+<p>Et si l'on charge un de ces
+corps d'une plus grande quantité
+de fluide électrique, elle n'y entre
+pas, mais elle se répand sur la surface
+<span class="pagenum"><a name="II215" id="II215">II-215</a></span>
+&amp; y forme une atmosphère,
+&amp; alors ce corps donne des signes
+d'électricité.</p>
+
+<p>J'ai comparé dans un de mes
+écrits précédens la matière commune
+à une éponge &amp; le fluide
+électrique à l'eau; on voudra
+bien me permettre de me servir
+encore une fois de la même
+comparaison pour éclaircir davantage
+ma pensée sur ce sujet.</p>
+
+<p>Quand on condense un peu
+une éponge, en la pressant entre
+les doigts, elle ne prend &amp;
+ne garde pas autant d'eau que
+dans son état le plus naturel de
+relâchement &amp; de raréfaction.</p>
+
+<p>Étant encore pressée &amp; condensée
+davantage, il sortira quelque
+<span class="pagenum"><a name="II216" id="II216">II-216</a></span>
+peu d'eau de ses parties intérieures
+qui s'écoulera par la
+surface.</p>
+
+<p>Si l'on cesse entiérement de
+la presser avec les doigts, l'éponge
+reprendra non-seulement
+ce qui avoit été exprimé d'eau
+en dernier lieu, mais elle en attirera
+une quantité surabondante.</p>
+
+<p>Comme l'éponge dans son état
+de raréfaction attirera &amp; absorbera
+naturellement plus d'eau, &amp; que
+dans son état de condensation
+elle attirera &amp; absorbera naturellement
+moins d'eau, nous pouvons
+appeller la quantité qu'elle
+absorbe dans l'un ou l'autre de ces
+états, sa quantité naturelle relativement
+à cet état.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II217" id="II217">II-217</a></span>
+
+<p>Or l'eau est au fluide électrique
+ce que l'éponge est à l'eau.
+Quand une portion d'eau est dans
+son état commun de densité, elle
+ne peut contenir plus de fluide
+électrique qu'elle n'en a; si on y en
+ajoûte, il se répand sur la surface.</p>
+
+<p>Quand la même portion d'eau
+se raréfie en vapeurs &amp; forme
+un nuage, elle est capable d'en
+recevoir &amp; d'en absorber une
+beaucoup plus grande quantité;
+chaque particule a de la place
+pour avoir son atmosphère électrique.</p>
+
+<p>Ainsi l'eau en son état de raréfaction
+ou dans la forme d'un
+nuage sera dans un état négatif
+d'électricité; elle aura moins que
+<span class="pagenum"><a name="II218" id="II218">II-218</a></span>
+sa quantité naturelle, c'est-à-dire
+moins qu'elle n'est naturellement
+capable d'en attirer &amp;
+d'en absorber dans cet état.</p>
+
+<p>Ce nuage s'approchant assez
+de la terre pour être à portée d'être
+frappé, recevra de la terre
+un coup de fluide électrique,
+qui pour fournir à une grande
+étenduë de nuages, doit quelquefois
+contenir une très-grande
+quantité de ce fluide. Mais ce
+nuage passant sur des bois de
+haute futaye peut recevoir sans
+bruit quelque charge des pointes,
+&amp; des bords aigus des feüilles
+de leurs cimes mouillées.</p>
+
+<p>Un nuage étant chargé par
+quelque moyen que ce soit de
+<span class="pagenum"><a name="II219" id="II219">II-219</a></span>
+la part de la terre peut frapper
+sur d'autres qui n'ont pas été
+chargés ou qui ne l'ont pas été
+autant, ceux-ci sur d'autres encore
+jusqu'à ce que l'équilibre
+soit établi entre tous les nuages
+qui sont à portée de se frapper
+l'un l'autre.</p>
+
+<p>Le nuage ainsi chargé s'étant
+déchargé d'une bonne partie de
+ce qu'il a reçu d'abord, peut recevoir
+une nouvelle charge de la
+terre ou de quelqu'autre nuage
+qui aura été poussé par le vent à
+portée de la recevoir plus promptement
+de la terre.</p>
+
+<p>Delà ces coups &amp; ces éclairs
+redoublés &amp; continuels jusqu'à
+ce que les nuages ayent reçu à
+<span class="pagenum"><a name="II220" id="II220">II-220</a></span>
+peu près leur quantité naturelle
+en tant que nuages, ou jusqu'à
+ce qu'ils soient tombés en ondées
+&amp; réunis à ce globe terraquée
+d'où ils tirent leur origine.</p>
+
+<p>Ainsi les nuages orageux sont généralement
+parlant dans un état
+négatif d'électricité par rapport
+à la terre selon la plûpart de nos
+expériences; cependant comme
+dans l'une nous avons trouvé un
+nuage électrisé positivement, je
+conjecture que dans ce cas un
+pareil nuage, après avoir reçu
+ce qui, dans son état de raréfaction,
+étoit seulement sa quantité
+naturelle se trouva comprimé
+par l'action des vents ou de
+quelqu'autre manière, ensorte
+<span class="pagenum"><a name="II221" id="II221">II-221</a></span>
+qu'une partie de ce qu'il avoit
+absorbé, fut chassée, &amp; forma une
+atmosphère électrique autour de
+lui dans son état de condensation.
+C'est ce qui le rendit capable
+de communiquer une électricité
+positive à la verge.</p>
+
+<p>Pour prouver qu'un corps
+dans différentes circonstances
+de dilatation &amp; de contraction
+est capable de recevoir &amp; de retenir
+plus ou moins de fluide
+électrique sur sa surface, je rapporterai
+l'expérience suivante:
+Je plaçai sur le plancher un verre
+à boire propre, &amp; dessus un
+petit pot d'argent, dans lequel
+je mis environ trois brasses de
+chaîne de cuivre, à un bout de
+<span class="pagenum"><a name="II222" id="II222">II-222</a></span>
+laquelle j'attachai un fil de
+soye qui s'élevoit directement au
+plat-fond où il passoit sur une
+poulie &amp; delà redescendoit dans
+ma main, de sorte que je pouvois
+à mon gré enlever la chaîne du
+pot, l'élever à un pied de distance
+du plat-fond &amp; la laisser
+par gradation retomber dans le
+pot.</p>
+
+<p>Du plat-fond avec un autre
+fil de fine soye écruë, je suspendis
+un petit floccon de coton,
+de manière que quand il pendoit
+perpendiculairement il touchoit
+le côté du pot: ensuite approchant
+du pot le crochet d'une bouteille
+chargée, je lui donnai une
+étincelle qui se répandit autour
+<span class="pagenum"><a name="II223" id="II223">II-223</a></span>
+en atmosphère électrique, &amp; le
+floccon de coton fut repoussé du
+côté du pot à la distance de neuf
+ou dix pouces: le pot ne recevoit
+plus alors d'autre étincelle
+du crochet de la bouteille; mais
+à mesure que j'élevois la chaîne,
+l'atmosphère du pot diminua
+en se coulant sur la chaîne
+qui s'élevoit, &amp; en conséquence
+le floccon de coton s'approcha
+de plus en plus du pot; &amp; alors
+si je rapprochois de ce pot le
+crochet de la bouteille, il recevoit
+une autre étincelle &amp; le
+coton retournoit à la même
+distance qu'auparavant, &amp; de
+cette sorte à proportion que la
+chaîne étoit élevée plus haut,
+<span class="pagenum"><a name="II224" id="II224">II-224</a></span>
+le pot recevoit plus d'étincelles,
+parce que le pot avec la chaîne
+déployée étoit capable de supporter
+une plus grande atmosphère
+que le pot avec la chaîne ramassée
+dans son intérieur. Que l'atmosphère
+autour du pot fût diminuée
+en enlevant la chaîne,
+&amp; augmentée en la baissant,
+c'est une chose non-seulement
+conforme à la raison, puisque
+l'atmosphère de la chaîne doit
+être tirée de celle du pot quand
+elle s'enlève, &amp; y retourner
+quand elle retombe; mais la
+chose est encore évidente aux
+yeux, le floccon de coton s'approchant
+toujours du pot quand
+on tiroit la chaîne en haut, &amp;
+<span class="pagenum"><a name="II225" id="II225">II-225</a></span>
+se retirant quand on la laissoit
+tomber.</p>
+
+<p>«Cette expérience répètée de
+la manière dont l'enseigne M.
+Franklin, a tout aussi bien
+réussi à Paris qu'à Philadelphie.
+Le floccon de coton ou une balle
+de liége suspenduë à un fil de
+soye s'écarte plus ou moins des
+bords du vase, suivant que la
+chaîne y est plus ou moins renfermée.
+J'ai vû le floccon qui
+se tenoit à un pouce de distance
+du vase, tandis qu'une
+chaîne de douze pieds étoit
+tout à fait déployée, s'en écarter
+jusqu'à un pied, quand elle
+étoit entiérement retombée.»</p>
+
+<p>Ainsi nous voyons que l'augmentation
+<span class="pagenum"><a name="II226" id="II226">II-226</a></span>
+de surface rend un
+corps capable de recevoir une
+plus grande atmosphère électrique;
+mais cette expérience, je
+l'avouë, ne démontre pas parfaitement
+ma nouvelle hypothèse;
+car le cuivre &amp; l'argent continuënt
+toujours à être solides,
+&amp; ne se dilatent pas en vapeurs
+comme l'eau en nuages. Peut-être
+que dans la suite, des expériences
+sur l'eau élevée en vapeurs
+mettront cette matière
+dans un plus grand jour.</p>
+
+<p>Il s'élève contre cette nouvelle
+hypothèse une objection
+qui paroît importante; la voici:
+si l'eau, dans son état de raréfaction,
+comme nuage, attire
+<span class="pagenum"><a name="II227" id="II227">II-227</a></span>
+&amp; absorbe plus de fluide électrique
+que dans son état de densité
+comme eau, pourquoi ne
+tire-t-elle pas de la terre tout ce
+dont elle manque, à l'instant
+qu'elle en quitte la surface,
+qu'elle en est encore proche, &amp;
+qu'elle ne fait que s'élever en
+vapeur? J'avouë que je ne sçaurois,
+quant à présent, répondre
+à cette difficulté d'une manière
+qui me satisfasse; j'ai cru cependant
+que je devois l'établir dans
+toute sa force, comme je l'ai
+fait, &amp; soumettre le tout à l'examen.</p>
+
+<p>Qu'il me soit permis de recommander
+au curieux dans
+cette branche de la philosophie
+<span class="pagenum"><a name="II228" id="II228">II-228</a></span>
+naturelle, de répèter avec soin
+&amp; en observateurs exacts, les
+expériences que j'ai rapportées
+dans cet écrit &amp; les précédens
+sur l'électricité positive &amp;
+négative avec les autres de même
+genre qu'ils imagineront,
+afin de s'assurer si l'électricité
+communiquée par un globe de
+verre est réellement positive. Je
+prie aussi ceux qui auront occasion
+d'observer les effets récents
+du tonnerre sur les bâtimens, les
+arbres, &amp;c. de les considérer en
+particulier dans la vûe d'en découvrir
+la direction. Mais dans
+cet examen il faut toujours faire
+attention à une chose, c'est
+qu'un courant de fluide électrique
+<span class="pagenum"><a name="II229" id="II229">II-229</a></span>
+passant au travers du bois,
+de la brique, du métal, &amp;c.
+quand il passe en petite quantité,
+la force avec laquelle ses parties
+se repoussent est limitée &amp; surmontée
+par la cohésion des parties
+du corps qu'il traverse au
+point d'empêcher l'explosion;
+mais quand le fluide vient en
+trop grande quantité pour être
+retenu par cette cohésion, il fait
+explosion, &amp; déchire ou fond
+le corps qui s'efforçoit de lui résister.
+Si c'est du bois, de la brique,
+de la pierre ou quelque
+chose de semblable, les éclats
+sortiront du côté où il y a moins
+de résistance, &amp; de même lorsqu'il
+se fait un trou à travers du
+<span class="pagenum"><a name="II230" id="II230">II-230</a></span>
+carton par le moyen d'un vase
+électrisé, si les surfaces du carton
+ne sont pas enfermées ou
+pressées, il y aura une bavûre
+élevée tout autour du trou des
+deux côtés du carton; mais si
+l'un des côtés est resserré, ensorte
+que la bavûre ne puisse
+pas s'élèver de ce côté, elle s'élevera
+entiérement de l'autre,
+de quelque côté que le fluide ait
+été dirigé, car la bavûre autour
+du trou est l'effet de l'explosion
+en tous sens autour du centre
+du courant plutôt que l'effet de
+la direction.</p>
+
+<p>Dans chaque coup de tonnerre
+je pense que le courant de
+fluide électrique qui est en mouvement
+<span class="pagenum"><a name="II231" id="II231">II-231</a></span>
+pour rétablir l'équilibre
+entre la nuée &amp; la terre, doit
+toujours préalablement trouver
+son passage &amp; diriger, pour ainsi
+dire, sa course, le long de tous
+les conducteurs qu'il peut trouver
+dans son chemin, tels que les
+métaux, les murailles moites,
+les bois humides, &amp;c., qu'il s'écartera
+considérablement de la
+ligne droite pour s'attacher aux
+bons conducteurs, &amp; qu'enfin
+dans cette course il est actuellement
+en mouvement, quoique
+sans bruit &amp; imperceptiblement
+avant l'explosion dans &amp; parmi
+les conducteurs. Cette explosion
+n'arrive que quand les conducteurs
+ne peuvent pas s'en décharger
+<span class="pagenum"><a name="II232" id="II232">II-232</a></span>
+aussi vîte qu'ils le reçoivent,
+parce qu'ils sont imparfaits,
+désunis, trop petits, ou
+qu'ils ne sont pas de la matière
+la plus propre à conduire. Ainsi
+les verges de métal, d'une grosseur
+suffisante, &amp; qui s'étendent
+de la partie la plus haute d'un
+édifice jusqu'à terre, étant de la
+meilleure matière, &amp; des conducteurs
+parfaits, préserveront, je
+pense, le bâtiment de dommage,
+ou en rétablissant l'équilibre assez
+vîte pour prévenir le coup, ou en
+le conduisant dans la substance de
+la verge aussi loin qu'elle s'étend,
+ensorte qu'il n'y ait d'explosion
+qu'au dessus de sa pointe, entre
+elle &amp; les nuages.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II233" id="II233">II-233</a></span>
+
+<p>Si l'on demandoit quelle épaisseur
+on doit présumer suffisante
+dans la verge métalliques? Pour répondre,
+je remarquerois que cinq
+gros vases de verre, tels que je
+les ai indiqués dans mes premiers
+écrits, déchargent une
+très grande quantité d'électricité,
+qui cependant sera toute entière
+conduite autour d'un livre
+par le filet mince d'or de la couverture;
+elle suit l'or par le plus
+long chemin autour de la couverture
+plûtôt que de prendre le
+plus court au travers de cette
+couverture, qui n'est pas un si
+bon conducteur. Mais dans cette
+ligne d'or le métal est d'une finesse
+si grande, que ce n'est
+<span class="pagenum"><a name="II234" id="II234">II-234</a></span>
+presque que la couleur de l'or;
+sur la couverture d'un livre <i>in-8º</i>.
+il n'y a pas un pouce quarré,
+&amp; par conséquent pas la trente-sixiéme
+partie d'un grain suivant
+Mr. de Reaumur. Cependant
+elle est suffisante pour conduire
+la charge de cinq gros vases, &amp;
+je ne sçais de combien davantage.
+Présentement je suppose
+qu'un fil-d'archal du quart d'un
+pouce de diamètre contient environ
+5000. fois autant de métal
+qu'il y en a dans cette ligne
+d'or, &amp; si cela est, il conduira
+la charge de 25000. vases de
+verre pareils, quantité que j'imagine
+bien supérieure à ce qu'il
+y en a jamais eu dans aucun
+<span class="pagenum"><a name="II235" id="II235">II-235</a></span>
+coup de tonnerre naturel. Mais
+une verge du diamètre d'un demi-pouce
+en conduiroit quatre
+fois autant que celle d'un quart.</p>
+
+<p>Et à l'égard du conducteur,
+quoiqu'il faille une certaine
+épaisseur de métal pour conduire
+un grande quantité d'électricité
+&amp; en même tems conserver
+sa propre substance ferme &amp; réunie,
+&amp; qu'une moindre épaisseur,
+comme par exemple un très-petit
+fil-d'archal, soit détruite par
+l'explosion; cependant un pareil
+petit fil auroit suffi pour conduire
+ce coup, quoiqu'il devienne
+incapable d'en conduire un
+autre. Et considérant l'extrème
+rapidité avec laquelle le fluide
+<span class="pagenum"><a name="II236" id="II236">II-236</a></span>
+électrique court sans explosion
+quand il a un passage libre ou
+une communication de métal
+parfait; je penserois qu'une grande
+quantité seroit conduite en
+peu de tems à un nuage ou tirée
+d'un nuage pour rétablir son
+équilibre avec la terre par le
+moyen d'un très-petit fil de fer,
+&amp; par conséquent des verges
+épaisses ne paroissent pas si nécessaires.
+Quoiqu'il en soit, comme
+la quantité de tonnerre déchargée
+dans un coup ne peut
+pas se bien mesurer, &amp; qu'elle
+est certainement très-différente
+en différens coups, plus grande
+dans quelques-uns que dans
+d'autres, &amp; comme le fer (le
+<span class="pagenum"><a name="II237" id="II237">II-237</a></span>
+meilleur métal pour cet usage,
+étant le moins propre à se fondre,)
+est à bon marché, il n'y a
+point d'inconvénient d'avoir un
+plus gros canal pour conduire ce
+coup impétueux que nous ne le
+jugeons nécessaire; car quoiqu'un
+fil-d'archal moyen puisse suffire,
+deux ou trois ne peuvent pas
+nuire. Le tems &amp; des observations
+exactes bien comparées
+indiqueront à la fin la grosseur
+convenable avec une plus grande
+certitude.</p>
+
+<p>Les verges pointuës élevées sur
+les édifices peuvent de même
+prévenir souvent un coup de la
+manière suivante. Un oeil placé de
+façon qu'il voye horizontalement
+<span class="pagenum"><a name="II238" id="II238">II-238</a></span>
+le dessous d'un nuage de tonnerre,
+verra qu'il est très-désuni, ayant
+nombre de fragmens séparés ou
+de petits nuages l'un sous l'autre,
+le plus bas étant souvent
+fort peu éloigné de la terre.
+Ceux-ci, comme autant de pierres
+marchantes, servent à conduire
+un coup entre le nuage &amp;
+un bâtiment. Pour les représenter
+par une expérience, prenez
+deux ou trois floccons de coton
+non serré; attachez-en un au
+premier conducteur par un fil
+fin de deux pouces, (qui peut
+être filé sur le champ du même
+floccon avec les doigts,) liez-en
+un autre à celui-ci, un troisiéme
+au second par de semblables
+<span class="pagenum"><a name="II239" id="II239">II-239</a></span>
+fils. Faites tourner le globe,
+&amp; vous verrez ces floccons s'étendre
+vers la table (comme les
+petits nuages les plus bas font
+vers la terre,) qui les attire:
+mais en présentant une fine pointe
+dressée sous le plus bas, il se
+resserrera vers le second, le second
+vers le premier, &amp; tous
+ensemble vers le premier conducteur,
+où ils resteront autant
+de tems que la pointe restera
+sous eux. Les petits nuages électrisés
+dont l'équilibre avec la terre
+est bien vîte rétabli par la
+pointe, ne peuvent-ils pas de
+la même manière s'élever vers
+le principal, &amp; par ce moyen
+occasionner un si grand vuide
+<span class="pagenum"><a name="II240" id="II240">II-240</a></span>
+que le grand nuage ne puisse
+frapper dans cet endroit?</p>
+
+<p>Ces pensées, mon cher ami,
+ne sont que hazardées &amp; ébauchées;
+si j'étois simplement ambitieux
+de me faire quelque réputation
+dans la philosophie, je
+les garderois par devers moi
+jusqu'à ce qu'elles fussent perfectionnées
+&amp; rectifiées par le
+tems &amp; par de nouvelles expériences.
+Mais puisque la communication
+des moindres vûes
+&amp; des expériences imparfaites
+dans une nouvelle branche de
+science a souvent produit de
+bons effets en attirant sur cet
+objet l'attention des personnes
+de génie, &amp; a donné par là
+<span class="pagenum"><a name="II241" id="II241">II-241</a></span>
+occasion à des recherches plus
+exactes &amp; à des découvertes plus
+complettes. Vous êtes le maître
+de communiquer cet écrit à qui
+bon vous semblera; il est plus
+important que les connoissances
+s'augmentent qu'il ne l'est que
+votre ami soit regardé comme
+un philosophe exact.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/deco05.png"></p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II242" id="II242">II-242</a></span>
+<br><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+<h2>LETTRE XIII.</h2>
+
+<p class="mid">De B. FRANKLIN, Écuyer<br>
+de Philadelphie.</p>
+
+<p class="mid">À P. Collinson, Écuyer, membre<br>
+de la Société Royale à<br>
+Londres.</p>
+
+<p class="rig"><i>18. Avril 1774.</i></p><br><br>
+
+<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p>
+
+<p>Depuis le mois de Septembre
+dernier ayant fait deux longs
+voyages, &amp; ayant eu d'ailleurs
+beaucoup d'occupations, je n'ai
+guères fait d'observations sur l'état
+positif &amp; négatif de l'électricité
+des nuages; mais Mr.
+<span class="pagenum"><a name="II243" id="II243">II-243</a></span>
+Kinnersley a tenu en bon état
+sa verge &amp; ses timbres &amp; en a
+fait beaucoup.</p>
+
+<p>Un jour pendant cet hyver,
+les timbres sonnèrent long-tems
+pendant une chûte de neiges,
+quoique l'on n'entendît point de
+tonnerre &amp; qu'on ne vît point
+d'éclairs; quelquefois les coups
+&amp; le pétillement de la matière
+électrique entre les timbres furent
+si forts qu'on les entendit
+dans toute la maison; mais selon
+toutes ses observations les
+nuages furent constamment dans
+un état négatif jusques il y a environ
+six semaines; il trouva un
+jour qu'ils passèrent dans quelques
+minutes du négatif au positif.
+<span class="pagenum"><a name="II244" id="II244">II-244</a></span>
+Environ huit jours après il
+fit une autre observation de la
+même sorte, &amp; le soir de lundi
+dernier le vent sud-est soufflant
+fortement en tournant au nord-est
+&amp; chassant beaucoup de nuages
+épais, il y eut cinq ou six
+passages successifs du négatif au
+positif, &amp; du positif au négatif,
+les timbres s'arrêtant une minute
+ou deux entre chaque changement.
+Outre les méthodes
+rapportées dans mon écrit de
+Septembre dernier pour découvrir
+l'état électrique des nuages,
+on peut se servir de la suivante.
+Quand vos timbres sonnent,
+passez un tube frotté près du
+bord du timbre attaché à votre
+<span class="pagenum"><a name="II245" id="II245">II-245</a></span>
+verge pointuë, si le nuage est
+alors dans un état négatif, la
+sonnerie s'arrêtera; s'il est dans
+un positif elle continuëra &amp; sera
+peut-être plus vive. Ou bien
+suspendez une très-petite boule
+de liége à un fil de soye fine,
+ensorte qu'elle pende tout près
+du bord du timbre de la verge.
+Alors dès que le timbre est
+électrisé positivement ou négativement,
+la petite boule est
+repoussée &amp; reste à quelque distance
+du timbre. Ayez tout prêt
+un bouchon de flacon en verre
+&amp; à tête ronde, frottez-le sur
+votre côté jusqu'à ce qu'il soit
+électrisé, ensuite présentez-le à
+<span class="pagenum"><a name="II246" id="II246">II-246</a></span>
+la boule de liége; si l'électricité
+dans la boule est positive elle
+sera repoussée du bouchon de
+verre aussi bien que du timbre.
+Si elle est négative elle sera attirée
+vers le bouchon.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/deco04.png"></p>
+<br><br><br>
+
+<span class="pagenum"><a name="II247" id="II247">II-247</a></span>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+<h2><i>LETTRE XIV.</i></h2>
+
+<blockquote><i>Remarques sur les Lettres de
+l'Abbé Nollet sur l'Électricité,
+à B. Franklin Écuyer à Philadelphie,
+par M. David Colden
+de la nouvelle York, à
+Coldenham dans la nouvelle
+York, le 4. Décembre 1753.</i></blockquote>
+
+<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p>
+
+<p>En examinant les lettres de
+l'Abbé Nollet à M. Franklin,
+je suis obligé de lui passer toutes
+les expériences qui se font
+avec ou dans des bouteilles scellées
+hermétiquement ou vuidées
+<span class="pagenum"><a name="II248" id="II248">II-248</a></span>
+d'air, parce que n'étant pas en
+état de répéter les expériences,
+je ne pourrois pas appuyer par
+des preuves tirées de l'expérience
+certaines idées qui se sont
+présentées à moi là-dessus; c'est
+pourquoi le premier point sur
+lequel j'ose ouvrir mon sentiment
+est dans la quatriéme lettre
+de l'Abbé, <i>pag. 66.</i> où il essaye
+de prouver que la matière
+électrique passe d'une surface à
+l'autre à travers l'épaisseur entière
+du verre; il prend l'expérience
+du tableau magique de M.
+Franklin, &amp; parle ainsi: Lorsque
+vous électrisez ainsi un carreau
+de verre enduit de métal dessus
+&amp; dessous, il est évident que
+<span class="pagenum"><a name="II249" id="II249">II-249</a></span>
+ce que l'on pose sur la surface
+opposée à celle qui reçoit l'électricité
+du conducteur, prend
+aussi une vertu électrique très-marquée,
+qui, dit M. Franklin,
+est cette égale quantité de matière
+électrique chassée de ce
+côté par celle que le côté opposé
+reçoit du conducteur, &amp;
+qui continuëra à donner une
+vertu électrique à chaque chose
+qui sera en contact avec elle
+jusqu'à ce qu'elle soit entièrement
+déchargée de son feu électrique;
+à quoi l'Abbé fait cette
+objection. «Dites-moi, je vous
+prie, dit-il, combien de tems
+faut il pour ce prétendu dépouillement,
+je puis vous assurer
+<span class="pagenum"><a name="II250" id="II250">II-250</a></span>
+qu'après avoir soutenu
+l'électrisation pendant des heures
+entières, cette surface qui
+auroit dû, ce me semble, être
+bien dépourvûe de sa matière
+électrique, attendu le grand
+nombre d'étincelles qu'on en
+avoit tirées, ou le tems que
+cette matière avoit été exposée
+à l'action de la cause expulsive,
+cette surface, dis-je, ne
+m'en paroissoit que mieux électrisée
+&amp; plus propre à produire
+tous les effets d'un corps
+actuellement électrique.» <i>Pag.
+68.</i></p>
+
+<p>L'Abbé ne nous dit point
+quels sont ces effets: je n'ai jamais
+pû les observer tous, &amp; on
+<span class="pagenum"><a name="II251" id="II251">II-251</a></span>
+peut aisément rendre raison de
+ceux que l'on observe, en supposant
+que ce côté est entiérement
+destitué de matière électrique.
+L'effet le plus sensible
+d'un corps chargé d'électricité,
+est que quand on lui présente le
+doigt, ce doigt en tire une étincelle:
+or quand une bouteille
+préparée pour l'expérience de
+Leyde est penduë au canon d'un
+fusil ou au premier conducteur,
+&amp; que vous faites tourner le
+globe pour la charger, aussitôt
+que la matière électrique est en
+mouvement, vous pouvez voir
+une étincelle aller de la surface
+extérieure de la bouteille à votre
+doigt, ce qui, dit M. Franklin,
+<span class="pagenum"><a name="II252" id="II252">II-252</a></span>
+est la matière électrique naturelle
+du verre poussée dehors par
+celle qui est reçue du conducteur
+sur la surface intérieure, si elle
+en sort seulement par étincelles,
+on en peut tirer un grand
+nombre; mais si vous serrez la
+surface extérieure avec votre
+main, la bouteille recevra bientôt
+toute la matière électrique
+qu'elle est capable de recevoir,
+&amp; l'extérieure sera alors entiérement
+privée de sa matière électrique,
+&amp; on ne pourra en tirer
+d'étincelles avec le doigt; il y
+manque donc alors cet effet
+qu'ont tous les corps chargés
+d'électricité: quelques effets
+d'un corps électrique que l'Abbé,
+<span class="pagenum"><a name="II253" id="II253">II-253</a></span>
+je suppose, a observés sur
+la surface extérieure d'une bouteille
+chargée, sont que tous les
+corps légers en sont attirés; c'en
+est un que j'ai constamment observé,
+mais je ne pense pas qu'il
+vienne d'une qualité attractive
+dans la surface extérieure de la
+bouteille; mais dans ces corps
+légers mêmes qui semblent être
+attirés par la bouteille, c'est une
+remarque constante que quand
+un corps a une plus grande charge
+de matière électrique qu'un
+autre, (c'est-à dire en proportion
+de la quantité qu'ils contiendront,)
+ce corps attirera celui
+qui en a moins; à présent je suppose,
+&amp; c'est une partie du systême
+<span class="pagenum"><a name="II254" id="II254">II-254</a></span>
+de M. Franklin, que tous
+ces corps légers qui semblent
+être attirés, ont plus de matière
+électrique en eux que la surface
+extérieure des bouteilles n'en a,
+c'est pourquoi ils tâchent d'attirer
+à eux la bouteille qui est trop
+pésante pour être ébranlée par le
+petit dégré de force qu'ils employent,
+&amp; qui cependant étant
+plus grande que leur propre
+poids les pousse vers la bouteille,
+l'expérience suivante aidera
+l'imagination à concevoir cela.
+Suspendez une boule de liége
+ou une plume avec un fil de
+soye &amp; électrisez-la; ensuite approchez
+cette boule de quelque
+corps fixe, &amp; elle semblera attirée
+<span class="pagenum"><a name="II255" id="II255">II-255</a></span>
+par ce corps, car elle volera
+vers lui. Mais de l'aveu des
+Électriciens, la cause attractive
+est dans la boule même, &amp;
+non dans le corps fixe auquel
+elle court. Ce cas est semblable
+à l'attraction apparente des corps
+légers vers la surface extérieure
+d'une bouteille chargée.</p>
+
+<p>L'Abbé dit, <i>pag. 69.</i> qu'il
+peut électriser cent hommes debout
+sur des gâteaux de cire,
+pourvû qu'ils se tiennent par les
+mains, &amp; qu'un d'eux touche
+l'une de ces surfaces (l'extérieure)
+du bout de son doigt. Je
+sçais qu'il le peut, pendant que
+la bouteille se charge, mais je
+suis aussi certain qu'il ne le peut
+<span class="pagenum"><a name="II256" id="II256">II-256</a></span>
+pas après qu'elle est chargée; car
+une bouteille étant préparée
+pour l'expérience de Leyde,
+suspendez-la au conducteur, &amp;
+qu'un homme debout sur le
+plancher touche de son doigt la
+doublure, pendant que le globe
+tourne, jusqu'à ce que la matière
+électrique sorte du crochet de la
+bouteille ou de quelque partie
+du conducteur, je crois que c'est
+le signe le plus certain que la
+bouteille a reçu toute la matière
+électrique qu'elle peut recevoir:
+après ce signe, que l'homme,
+qui auparavant étoit sur le plancher,
+monte sur un gâteau de
+cire, il peut y rester des heures
+entières le globe tournant pendant
+<span class="pagenum"><a name="II257" id="II257">II-257</a></span>
+tout ce tems-là, &amp; cependant
+ne donner aucun signe d'électricité.</p>
+
+<p>Après que la matière électrique
+fut poussée dehors du
+crochet de la bouteille préparée
+pour l'expérience de Leyde comme
+ci-dessus, je pendis une autre
+bouteille préparée de la même
+manière à un crochet attaché
+à la doublure de la première,
+&amp; je tins cette autre bouteille
+dans ma main; mais si
+quelque matière électrique passoit
+au travers du verre de la
+première bouteille, la seconde
+la recevroit &amp; la rassembleroit
+assurément; mais ayant tenu les
+bouteilles dans cette situation
+pendant un tems considérable,
+<span class="pagenum"><a name="II258" id="II258">II-258</a></span>
+pendant lequel le globe ne cessa
+de tourner, je ne m'apperçus
+point que la seconde bouteille
+fut chargée le moins du monde,
+car quand je portai le doigt au
+crochet, comme dans l'expérience
+de Leyde, je n'éprouvai
+pas la moindre commotion, &amp;
+je ne vis pas une étincelle partir
+du crochet.</p>
+
+<p>Je fis aussi l'expérience suivante,
+ayant chargé deux bouteilles
+(préparées pour l'expérience
+de Leyde) par leurs crochets,
+deux personnes en prirent
+chacun une dans leurs
+mains, l'un par le côté, l'autre
+par le crochet, ce qu'il fit en
+ôtant la communication avec le
+fond, avant de prendre le crochet,
+<span class="pagenum"><a name="II259" id="II259">II-259</a></span>
+ces personnes se placèrent
+chacune à un de mes côtés,
+pendant que j'étois debout sur
+un gâteau de cire, &amp; que je tenois
+le crochet de la bouteille
+qui étoit tenuë par la doublure
+(sur quoi il partit une étincelle;
+mais la bouteille ne fut pas déchargée
+pendant que je fus sur
+la cire) tenant le crochet, je
+touchai la doublure de la bouteille
+qui étoit tenuë par son
+crochet de mon autre main, sur
+quoi on apperçut une étincelle
+considérable entre mon doigt &amp;
+la doublure, &amp; les deux bouteilles
+furent sur le champ déchargées.
+Si l'opinion de l'Abbé
+est fondée, que la surface extérieure
+<span class="pagenum"><a name="II260" id="II260">II-260</a></span>
+communiquant avec la
+doublure est chargée aussi bien
+que l'intérieure communiquant
+avec le crochet, comment puis-je,
+moi qui suis sur la cire, décharger
+ces deux bouteilles,
+quand il est bien connu que je
+n'en pourrois pas décharger une
+séparément? Bien plus, supposé
+que j'aye tiré la matière électrique
+des deux, qu'est-elle devenuë?
+car il ne paroît pas que
+j'en aye une quantité plus grande
+quand l'expérience est finie,
+&amp; que je n'ai pas bougé de dessus
+la cire.</p>
+
+<p>Cette expérience me démontre
+donc pleinement que la
+surface extérieure n'est pas chargée,
+<span class="pagenum"><a name="II261" id="II261">II-261</a></span>
+&amp; non-seulement cela,
+mais qu'il lui manque autant
+de matière électrique que l'intérieure
+en a par excès; car par
+cette supposition, qui est une
+partie du systême de Mr. Franklin,
+on rend aisément raison
+de l'expérience précédente de
+cette sorte: quand je suis sur la
+cire mon corps n'est pas capable
+de recevoir du crochet d'une
+bouteille toute la matière électrique
+qu'elle est prête à donner,
+elle ne peut pas non plus en
+donner autant à la doublure de
+l'autre bouteille qu'elle est prête
+à en prendre, quand il n'y en a
+qu'une d'appliquée contre moi;
+mais quand elles le sont toutes
+<span class="pagenum"><a name="II262" id="II262">II-262</a></span>
+deux, la doublure reçoit de l'une
+ce que le crochet de l'autre donne: ainsi
+je reçois le feu de la première
+bouteille en B, dont la surface
+extérieure est fournie par la main
+en A: je donne le feu à la seconde
+bouteille en C, dont la
+surface intérieure est déchargée
+par la main en D. Cette décharge
+en D peut être renduë sensible
+en recevant ce feu dans le
+crochet d'une troisiéme bouteille,
+ce qui s'exécute ainsi: au lieu de
+prendre le crochet de la seconde
+bouteille dans votre main, faites
+passer au travers le fil-d'archal
+d'une troisiéme bouteille préparée
+comme pour l'expérience de
+Leyde, &amp; tenez cette troisiéme
+<span class="pagenum"><a name="II263" id="II263">II-263</a></span>
+bouteille dans votre main, la
+seconde y étant penduë par les
+bouts des crochets, passés l'un
+dans l'autre: quand l'expérience
+est achevée, cette troisiéme bouteille
+reçoit le feu en D, &amp; elle
+sera chargée. Si l'on considère
+cette expérience, elle doit, je
+pense, prouver parfaitement que
+la surface extérieure d'une bouteille
+chargée manque de matière
+électrique, pendant que
+l'intérieure en a un excès. Quelque
+chose de plus, qui est digne
+de remarque dans cette expérience,
+c'est que je ne sens ni
+commotion ni choc dans mes
+bras, quoiqu'ils soient dans un
+instant traversés d'une si grande
+<span class="pagenum"><a name="II264" id="II264">II-264</a></span>
+quantité de matière électrique;
+je ne sens qu'une piqûre aux
+bouts de mes doigts. Cela me
+fait penser que l'Abbé se trompe
+quand il dit qu'il n'y a point
+de différence entre le choc senti
+en faisant l'expérience de Leyde
+&amp; la piqûre sentie en tirant de
+simples étincelles, si ce n'est
+du plus au moins. Dans la dernière
+expérience il passe à travers
+mes bras autant de matière
+électrique que m'en auroit donné
+un coup très-considérable,
+s'il y avoit eu une communication
+immédiate, par mes bras,
+du crochet à la doublure de la
+même bouteille; parce que
+quand elle fut prise dans une
+<span class="pagenum"><a name="II265" id="II265">II-265</a></span>
+troisiéme bouteille, &amp; que cette
+bouteille fut déchargée en particulier
+à travers mes bras, elle
+me donna un coup sensible. Si
+ces expériences prouvent que la
+matière électrique ne passe pas
+à travers l'entière épaisseur du
+verre, il est d'une conséquence
+nécessaire qu'elle doit toujours
+sortir par où elle est entrée.</p>
+
+<p>Ce qui s'est ensuite présenté,
+c'est dans la cinquiéme lettre
+<i>pag. 88.</i> où il différe de M. Franklin,
+qui pense que tout le pouvoir
+de donner le coup réside
+dans le verre même &amp; non dans
+les corps non-électriques qui le
+touchent. Les expériences que
+Mr. Franklin a données pour
+<span class="pagenum"><a name="II266" id="II266">II-266</a></span>
+prouver cette opinion dans ses
+expériences &amp; observations sur
+l'électricité, lettre 4. §. 50. &amp; 51.
+m'ont convaincu qu'il avoit raison;
+&amp; ce que l'Abbé a assuré
+de contraire ne m'a pas fait penser
+autrement. L'Abbé s'appercevant,
+comme je le suppose,
+que les expériences, comme M.
+Franklin les avoit faites, devoient
+prouver sa proposition,
+les altère sans en donner aucune
+raison, &amp; les fait d'une manière
+qui ne prouve rien. Pourquoi
+veut-il qu'un homme tienne
+dans sa main la bouteille dans
+laquelle l'eau de la bouteille
+chargée doit être versée? Si le
+pouvoir de donner un coup est
+<span class="pagenum"><a name="II267" id="II267">II-267</a></span>
+dans l'eau contenuë dans la bouteille,
+elle doit s'y conserver,
+quoiqu'elle soit versée dans une
+autre, puisqu'elle n'a été touchée
+par aucun corps non-électrique
+pour enlever ce pouvoir.
+Que la bouteille soit placée sur
+la cire, ce n'est pas une objection,
+car elle ne peut pas ôter
+le pouvoir à l'eau si elle en avoit,
+mais c'est un moyen nécessaire
+pour éprouver le fait; au lieu
+que cette bouteille étant chargée
+quand elle est dans la main
+d'un homme, prouve seulement
+que l'eau conduit la matière
+électrique. L'Abbé avouë, <i>pag.
+94.</i> qu'il a entendu faire cette
+remarque; mais, dit-il, pourquoi
+<span class="pagenum"><a name="II268" id="II268">II-268</a></span>
+un conducteur d'électricité
+n'est-il pas un sujet électrique?
+Ce n'est pas là la question. Mr.
+Franklin n'a jamais dit que l'eau
+ne fût pas un sujet électrique,
+il a dit que le pouvoir de donner
+le coup étoit dans le verra
+&amp; non dans l'eau, &amp; ses expériences
+le prouvent parfaitement,
+&amp; si parfaitement qu'il seroit ridicule
+d'y rien ajouter: cependant
+comme je ne sçache pas
+que l'expérience suivante ait
+encore été connue de personne,
+on m'excusera de l'insérer ici:
+la voici.</p>
+
+<p>Pendez une bouteille préparée
+pour l'expérience de Leyde
+au conducteur par son crochet,
+<span class="pagenum"><a name="II269" id="II269">II-269</a></span>
+&amp; chargez-la; après cela écartez
+la communication du fond
+de la bouteille, alors le conducteur
+donne des signes évidens
+de son électrisation, car si on
+attache autour de lui un fil &amp;
+qu'on laisse des bouts longs d'environ
+deux pouces, ils s'étendront
+comme une paire de cornes;
+mais si vous touchez le
+conducteur il en sortira une étincelle
+&amp; les fils tomberont, &amp;
+le conducteur ne donne plus le
+moindre signe d'électrisation
+après cela. Je pense qu'en le touchant
+j'ai enlevé toute la charge
+de matière électrique qui étoit
+dans le conducteur, le crochet de
+la bouteille &amp; l'eau ou les fils de
+<span class="pagenum"><a name="II270" id="II270">II-270</a></span>
+fer qui y sont contenus: nous
+voyons que tous les corps non-électriques
+peuvent en recevoir
+autant, cependant le verre de
+la bouteille conserve sa capacité
+de donner un coup, comme l'éprouveront
+tous ceux qui voudront
+l'essayer. Cette expérience
+fait voir évidemment que l'eau
+dans la bouteille ne contient pas
+plus de matière électrique qu'elle
+le feroit dans un bassin découvert,
+&amp; qu'elle n'a pas la
+moindre chose de cette grande
+quantité qui produit le choc &amp;
+qui est seulement retenuë par le
+verre. Après que l'étincelle est
+tirée du conducteur, si vous
+touchez la doublure de la bouteille
+<span class="pagenum"><a name="II271" id="II271">II-271</a></span>
+(qui pendant tout ce tems
+est supposée pendre dans l'air dégagée
+de tout corps non-électrique)
+les fils sur le conducteur
+s'éleveront sur le champ &amp; feront
+voir que le conducteur est électrisé:
+il reçoit cette électrisation de la
+surface intérieure de la bouteille,
+laquelle, quand la surface
+extérieure peut recevoir de la
+main qui lui est appliquée ce qui
+lui manque, en donnera autant
+que les corps en contact avec
+elle pourront en recevoir, ou
+tout ce qu'elle en a d'excès, s'ils
+sont assez gros. Il est amusant
+de voir la manière dont les fils
+hausseront &amp; baisseront en touchant
+la doublure de la bouteille
+<span class="pagenum"><a name="II272" id="II272">II-272</a></span>
+&amp; le conducteur tour à tour.
+Ne seroit-ce point que la différence
+entre le côté chargé du
+verre &amp; le côté extérieur ou
+vuidé étant diminuée en touchant
+le crochet ou le conducteur,
+le côté extérieur peut le
+recevoir de la main qui le touchoit,
+&amp; par ce moyen le côté
+intérieur ne peut pas en conserver
+tant, &amp; par cette raison
+ce qu'il n'en peut pas conserver
+électrise l'eau ou les fils &amp; le
+conducteur; car il paroît être
+de règle qu'un des côtés doit se
+vuider dans la même proportion
+que l'autre est rempli; quoique
+la chose paroisse évidente par
+l'expérience, cependant c'est
+<span class="pagenum"><a name="II273" id="II273">II-273</a></span>
+toujours un mystère dont on ne
+peut pas rendre raison.</p>
+
+<p>Je suis surpris de trouver dans
+plusieurs endroits du livre de
+l'Abbé que les expériences ont
+réussi si différemment à Paris de
+ce qu'elles ont fait dans les mains
+de M. Franklin &amp; constamment
+dans les miennes. L'Abbé en
+faisant les expériences pour trouver
+la différence entre les deux
+surfaces d'un verre chargé, se
+garde bien de placer la bouteille
+sur la cire, car, dit-il, ne sçavez
+vous pas qu'étant mise suc
+un corps originairement électrique,
+elle perd promptement sa
+vertu? Je ne puis imaginer ce
+qui a engagé l'Abbé à penser de
+<span class="pagenum"><a name="II274" id="II274">II-274</a></span>
+la sorte. Rien de plus opposé
+aux notions les plus communes
+des corps électriques par eux-mêmes,
+&amp; l'expérience m'est
+un garant du contraire, car
+ayant laissé plusieurs fois à dessein
+une bouteille chargée sur la
+cire pendant des heures, je trouvai
+qu'elle conservoit autant de
+sa charge qu'une autre qui étoit
+restée pendant le même tems
+sur une table. J'en laissai une
+sur la cire depuis dix heures du
+soir jusqu'à huit du lendemain
+matin, je trouvai qu'elle conservoit
+une quantité de sa charge
+suffisante pour me donner
+une commotion sensible aux
+bras, quoique la chambre où
+<span class="pagenum"><a name="II275" id="II275">II-275</a></span>
+étoit cette bouteille eût été balayée
+pendant ce tems, ce qui
+devoit avoir élevé beaucoup de
+poussière pour faciliter la décharge
+de la bouteille.</p>
+
+<p>Je trouve qu'une boule de
+liége suspenduë entre deux bouteilles,
+l'une chargée en plein
+&amp; l'autre médiocrement, ne
+jouë pas entre elles, mais
+qu'elle s'arrête dans une situation
+qui fait un triangle avec
+les crochets des bouteilles, quoique
+l'Abbé ait assuré le contraire,
+<i>pag. 101.</i> pour rendre
+raison du jeu d'une boule de
+liége entre le fil-d'archal enfoncé
+dans la bouteille &amp; un autre
+qui s'élève de sa doublure. La
+<span class="pagenum"><a name="II276" id="II276">II-276</a></span>
+bouteille qui est moins chargée
+doit avoir reçu plus de matière
+électrique, eu égard à sa grosseur,
+que la boule de liége n'en
+reçoit du crochet de la bouteille
+pleine.</p>
+
+<p>L'Abbé dit, <i>pag. 103.</i> qu'un
+morceau de feüille de métal
+pendu à un fil de soye &amp; électrisé
+sera repoussé par le fond
+d'une bouteille chargée &amp; tenuë
+en l'air par son crochet. Je le
+trouve constamment tout autrement;
+dans mes mains il est
+toujours attiré d'abord &amp; ensuite
+repoussé: en chargeant la feüille
+il faut avoir soin d'empêcher
+qu'elle ne se porte vers quelque
+corps non-électrique, &amp; que par
+<span class="pagenum"><a name="II277" id="II277">II-277</a></span>
+ce moyen elle ne se décharge,
+tandis que vous la croyez chargée.
+Il est difficile de l'empêcher
+de se porter vers votre poignet
+ou vers quelque partie de
+votre corps.</p>
+
+<p><i>Pag. 108.</i> l'Abbé dit qu'il
+n'est pas impossible, comme M.
+Franklin le prétend, de charger
+une bouteille pendant qu'il y a
+une communication établie entre
+sa doublure &amp; son crochet.
+J'ai toujours trouvé impossible
+de charger une pareille bouteille
+au point de donner un coup; à
+la vérité, si elle est suspenduë
+au conducteur sans communication
+avec lui, vous pouvez en
+tirer une étincelle comme de
+<span class="pagenum"><a name="II278" id="II278">II-278</a></span>
+tout autre corps qui y seroit suspendu;
+mais cela est bien différent
+d'être chargée au point de
+donner une commotion. Pour
+rendre raison du peu de matière
+électrique qui se trouve dans la
+bouteille, l'Abbé dit qu'elle
+suit plutôt le métal que le verre
+&amp; qu'elle est chassée de la doublure
+de la bouteille dans l'air.
+J'admire que la même chose
+n'arrive pas aussi quand elle
+passe au travers du verre &amp; qu'elle
+en charge la surface extérieure
+suivant le systême de l'Abbé.</p>
+
+<p>Je regarde les objections de
+l'Abbé contre les deux dernières
+expériences de Mr. Franklin,
+comme peu solides: il paroît assurément
+<span class="pagenum"><a name="II279" id="II279">II-279</a></span>
+très-embarrassé sur ce
+qu'il doit dire, c'est pourquoi il
+accuse M. Franklin d'avoir tenue
+secrette la partie importante
+de l'expérience. C'est une petitesse
+dont on ne doit pas charger
+un galant homme qui n'a
+pas marqué tant de partialité que
+l'Abbé dans la relation de ses
+expériences.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/deco03.png"></p>
+<br><br><br>
+
+<span class="pagenum"><a name="II280" id="II280">II-280</a></span>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+
+<h2><i>LETTRE XV.</i></h2>
+
+<blockquote>
+<i>Expériences électriques avec un
+essai pour rendre raison de leurs
+différens phénomènes, &amp; quelques
+observations sur les nuages
+de tonnerre, pour confirmer
+encore les remarques de Mr.
+Franklin sur l'état électrique
+positif &amp; négatif des nuages
+par Jean Canton M. A. &amp; de
+la Société Royale.</i>
+</blockquote>
+
+<p class="rig"><i>6. Décembre 1753.</i></p><br><br>
+
+<p><i>Première Expérience.</i> Du plat-fond ou
+de quelqu'endroit
+convenable d'une chambre
+suspendez avec des fils de
+<span class="pagenum"><a name="II281" id="II281">II-281</a></span>
+lin de huit ou neuf pouces de
+long deux boulettes de liége
+chacune de la grosseur d'un petit
+pois, de manière qu'elles se touchent,
+si l'on porte le tube de
+verre frotté sous les boulettes,
+il les fera séparer quand on le
+tiendra à la distance de trois ou
+quatre pieds; si on l'en approche
+davantage, elles se sépareront
+encore davantage; si on le
+retire tout-à-fait, elles se réuniront
+immédiatement. Cette expérience
+peut se faire avec des
+boulettes de cuivre suspenduës
+par le moyen d'un fil d'argent;
+elle réussira aussi bien avec de
+la cire d'Espagne renduë électrique
+qu'avec du verre.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II282" id="II282">II-282</a></span>
+
+<p><i>Deuxiéme Exp.</i> Si deux boules
+de liége sont suspenduës avec
+des fils de soye secs, il faudra
+en approcher le tube frotté à la
+distance de dix-huit pouces avant
+qu'elles se repoussent l'une l'autre:
+elles continuëront de le
+faire quelque tems après que le
+tube aura été ôté.</p>
+
+<p>Comme les boules dans la
+première expérience n'ont pas
+été isolées, on ne peut pas dire
+à la rigueur qu'elles ayent été
+électrisées; mais quand elles
+sont suspenduës dans l'atmosphère
+du tube frotté elles peuvent
+attirer &amp; condenser le fluide
+électrique autour d'elles &amp; être
+séparées par la répulsion de ses
+<span class="pagenum"><a name="II283" id="II283">II-283</a></span>
+particules; on conjecture aussi
+que les boules alors contiennent
+moins que leur part commune
+du fluide électrique par rapport
+à la force de répulsion de celui
+qui les environne, quoiqu'il en
+entre &amp; en passe peut-être un
+peu continuellement au travers
+des fils; &amp; si cela est ainsi, on
+voit clairement la raison pour laquelle
+les boules suspenduës
+avec de la soye dans la seconde
+expérience doivent être dans
+une partie beaucoup plus dense
+de l'atmosphère du tube avant
+de se repousser l'une l'autre.
+Lorsqu'on approche des boules
+un bâton de cire frottée dans la
+première expérience, le feu électrique
+<span class="pagenum"><a name="II284" id="II284">II-284</a></span>
+est supposé venir au travers
+des fils dans les boules, &amp;
+s'y condenser dans son passage
+vers la cire; car suivant M. Franklin
+le verre frotté laisse aller le
+fluide électrique, mais la cire
+frottée le reçoit.</p>
+
+<p><i>Troisiéme Exp.</i> Qu'on isole
+avec de la soye un tube mince
+de quatre ou cinq pieds de long
+&amp; d'environ deux pouces de diamètre,
+&amp; qu'on suspende à un
+de ses bouts des boules de liége
+avec des fils de lin; électrisez-le
+en portant le tube de verre frotté
+près de l'autre bout, ensorte
+que les boules restent séparées
+d'un pouce &amp; demi ou de deux
+pouces, alors à l'approche du tube
+<span class="pagenum"><a name="II285" id="II285">II-285</a></span>
+frotté elles perdront par dégré
+leur vertu répulsive &amp; viendront
+en contact: &amp; à mesure qu'on
+approche toujours le tube davantage,
+elles se sépareront encore
+à une aussi grande distance
+qu'auparavant: au retour du
+tube elles s'approcheront jusqu'à
+se toucher, &amp; se repousseront
+ensuite comme en premier lieu.
+Si le tube mince est électrisé par
+la cire ou par le crochet d'une
+bouteille chargée, les boules
+seront affectées de la même manière
+à l'approche de la cire frottée
+ou du crochet de la bouteille.</p>
+
+<p><i>Quatriéme Exp.</i> Électrisez les
+boules de liége comme dans la
+<span class="pagenum"><a name="II286" id="II286">II-286</a></span>
+dernière expérience par le verre,
+&amp; leur répulsion augmentera à
+l'approche d'un bâton de cire
+frotté. Ce sera le même effet si
+le verre frotté en est approché
+lorsqu'elles ont été électrisées
+avec de la cire.</p>
+
+<p>On suppose qu'en portant le
+verre frotté au bout ou au bord
+du tube mince dans la troisiéme
+expérience, il l'électrise positivement,
+ou ajoute au feu électrique
+qu'il contenoit auparavant,
+&amp; par conséquent il en
+passe au travers des boules qui
+se repoussent mutuellement;
+mais à l'approche d'un verre
+frotté qui laisse sortir pareillement
+un fluide électrique, les
+<span class="pagenum"><a name="II287" id="II287">II-287</a></span>
+boules en déchargeront moins,
+ou une partie sera poussée en arrière
+par une force qui agira
+dans une direction contraire,
+&amp; elles s'approcheront plus près.
+Si le tube est tenu à une telle
+distance des boules que l'excès
+de la densité du fluide autour
+d'elles au dessus de la quantité
+ordinaire dans l'air, soit égal à
+l'excès de la densité de celui qui
+est en elles, au-dessus de la quantité
+ordinaire contenuë dans le
+liége, leur répulsion sera bientôt
+détruite; mais si le tube est
+approché davantage, le fluide
+du dehors étant plus dense que
+celui du dedans des boules, il
+sera attiré par elles, &amp; elles se
+<span class="pagenum"><a name="II288" id="II288">II-288</a></span>
+sépareront encore l'une de l'autre.</p>
+
+<p>Quand l'appareil a perdu une
+partie de sa portion naturelle de
+ce fluide par l'approche de la
+cire frottée d'une de ses extrémités,
+ou qu'il est électrisé négativement,
+le feu électrique est
+attiré &amp; pris par les boules pour
+suppléer au défaut, &amp; cela plus
+abondamment à l'approche d'un
+verre frotté ou d'un corps électrisé
+positivement qu'auparavant.
+C'est pourquoi l'éloignement
+entre les boules augmentera à
+mesure que le fluide qui les entoure,
+augmente, &amp; en général
+soit par l'approche, soit par l'éloignement
+de quelque corps, si la
+<span class="pagenum"><a name="II289" id="II289">II-289</a></span>
+différence entre la densité du
+fluide intérieur &amp; extérieur est
+augmentée ou diminuée, la répulsion
+des boules sera augmentée
+ou diminuée à proportion.</p>
+
+<p><i>Cinquiéme Expér.</i> Si le tube
+mince isolé n'est pas électrisé;
+approchez de son milieu le tube
+de verre frotté, ensorte qu'il
+fasse à peu près angle droit avec
+lui, les boules du bout se repousseront
+l'une l'autre; elles le feront
+d'autant plus que le tube
+frotté sera plus près. Quand il a
+été tenu quelques secondes à la
+distance d'environ six pouces,
+retirez-le, &amp; les boules s'approcheront
+l'une de l'autre jusqu'à ce
+qu'elles se touchent, puis se séparant
+<span class="pagenum"><a name="II290" id="II290">II-290</a></span>
+encore à mesure que le tube
+s'éloigne davantage, elles continuëront
+à se repousser quand
+on l'ôtera tout-à-fait, &amp; cette
+répulsion entre les boules augmentera
+à l'approche du verre
+frotté, mais elle sera diminuée
+par la cire frottée, comme
+si l'appareil avoit été électrisé
+par la cire de la manière expliquée
+dans la troisiéme expérience.</p>
+
+<p><i>Sixiéme Exp.</i> Isolez deux tubes
+minces désignés par A &amp; B,
+ensorte qu'ils soient en ligne
+droite &amp; séparés d'environ six
+lignes; suspendez au bout éloigné
+de chacun une paire de boules
+de liége. Approchez du milieu
+<span class="pagenum"><a name="II291" id="II291">II-291</a></span>
+d'A le tube de verre frotté,
+&amp; le tenant peu de tems à la
+distance de quelques pouces,
+vous verrez chaque paire de boule
+se séparer: écartez le tube, &amp;
+les boules de A s'uniront &amp; se repousseront
+encore l'une l'autre;
+mais celles de B seront à peine
+affectées. Par l'approche du tube
+de verre frotté tenu sous les boules
+de A, leur répulsion sera augmentée;
+mais si le tube est
+porté de la même manière vers
+les boules de B, leur répulsion
+diminuëra.</p>
+
+<p>Dans la cinquiéme expérience
+la provision commune de matière
+électrique dans le tube mince
+est supposée être raréfiée vers
+<span class="pagenum"><a name="II292" id="II292">II-292</a></span>
+le milieu &amp; condensée aux extrémités
+par la vertu répulsive
+de l'atmosphère du tube de verre
+frotté, quand il est tenu près
+du premier; &amp; peut-être le tube
+mince perd-il quelque chose de sa
+quantité naturelle de fluide électrique
+avant qu'il en reçoive du
+verre: comme ce fluide doit être
+plus prêt à sortir par ses bouts &amp;
+par ses bords qu'à entrer au milieu:
+&amp; par conséquent lorsque
+le tube de verre est écarté &amp; que
+le fluide est dérechef également
+répandu à travers l'appareil, on
+trouve qu'il est électrisé négativement,
+car le tube frotté porté
+sous les boules augmentera
+leur répulsion.</p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II293" id="II293">II-293</a></span>
+
+<p>Dans la sixiéme expérience
+une partie du fluide tiré d'un tube
+mince entre dans l'autre. On
+connoît qu'il est électrisé positivement
+par la diminution de la
+répulsion de ses boules à l'approche
+du verre frotté.</p>
+
+<p><i>Septiéme Exp.</i> Placez le tube
+mince avec la paire de boules à
+son bout, à trois pieds au moins
+de toutes les parties de la chambre;
+rendez l'air très-sec par le
+moyen du feu; électrisez l'appareil
+à un degré considérable;
+ensuite touchez du doigt ou de
+quelqu'autre conducteur le tube
+mince, les boules continuëront
+cependant de se repousser l'une
+l'autre; mais non pas à une si
+<span class="pagenum"><a name="II294" id="II294">II-294</a></span>
+grande distance qu'auparavant.</p>
+
+<p>L'air qui environne l'appareil
+à la distance de deux ou trois
+pieds est supposé contenir plus
+ou moins de feu électrique que
+sa part commune, selon que le
+tube mince est électrisé positivement
+ou négativement; &amp; quand
+il est très-sec il ne quitte pas son
+surplus, ou ne répare pas son
+défaut aussi promptement que le
+tube mince, mais il peut continuer
+d'être électrisé, après qu'il
+a été touché pendant un temps
+considérable.</p>
+
+<p><i>Huitiéme Exp.</i> Ayant fait un
+vuide de Torricelli, long d'environ
+5. pieds, de la manière expliquée
+dans les Transactions Philosophiques,
+<span class="pagenum"><a name="II295" id="II295">II-295</a></span>
+vol. 47. pag. 370.
+Si on en approche assez le tube
+frotté, on verra une lumière
+dans plus de la moitié de sa longueur;
+elle s'évanouit bientôt
+si on ne met pas le tube plus
+près, mais elle reparoîtra à mesure
+qu'on l'avancera davantage;
+on peut le répéter plusieurs
+fois sans frotter le tube de nouveau.</p>
+
+<p>Cette expérience peut être regardée
+comme une espèce de
+démonstration oculaire de la vérité
+de l'hypothèse de M. Franklin,
+que quand le fluide électrique
+est condensé d'un côté
+d'un verre mince, il sera repoussé
+de l'autre s'il ne trouve
+<span class="pagenum"><a name="II296" id="II296">II-296</a></span>
+point de résistance, en conséquence
+à l'approche du tube frotté
+le feu est supposé être repoussé
+de la surface intérieure du
+verre qui entoure le vuide &amp;
+être emporté au travers des colonnes
+de mercure, mais on suppose
+qu'il revient à mesure qu'on
+écarte le tube.</p>
+
+<p><i>Neuviéme Exp.</i> Qu'on tienne
+à peu près par le milieu un
+bâton de cire de deux pieds &amp;
+demi de long, &amp; d'environ un
+pouce de diamètre, frottez le
+tube de verre &amp; traînez-le sur
+une de ses moitiés, ensuite le
+tournant un peu autour de son
+axe frottez encore le tube, &amp;
+traînez-le sur la même moitié;
+<span class="pagenum"><a name="II297" id="II297">II-297</a></span>
+répétez cette opération plusieurs
+fois: cette moitié détruira la force
+répulsive des boules électrisées
+par le verre, &amp; l'autre moitié
+l'augmentera.</p>
+
+<p>Il paroît par cette expérience
+que la cire peut aussi être électrisée
+positivement &amp; négativement,
+&amp; il est probable que
+dans les corps quels qu'ils soient,
+la quantité de fluide électrique
+qu'ils contiennent peut être augmentée
+ou diminuée. J'ai observé
+par un grand nombre d'expériences
+que certains nuages
+sont dans un état positif d'électricité,
+d'autres dans un état négatif,
+car les boules de liége
+qui en sont électrisées se serrent
+<span class="pagenum"><a name="II298" id="II298">II-298</a></span>
+souvent à l'approche d'un tube
+frotté, &amp; d'autres fois s'écartent
+à une plus grande distance. J'ai
+vû arriver cette variation cinq
+ou six fois en moins d'une demi-heure,
+les boules se réunissant
+chaque fois &amp; restant en contact
+quelques secondes avant
+qu'elles se repoussent de nouveau
+l'une l'autre. On peut de
+même découvrir aisément avec
+une bouteille chargée si le feu
+électrique est tiré de l'appareil
+par un nuage négatif ou s'il y
+est poussé par un positif, &amp; quelque
+soit celui par lequel il sera
+électrisé, soit que ce nuage se
+sépare de son surplus, soit que
+son défaut soit remplacé sur le
+<span class="pagenum"><a name="II299" id="II299">II-299</a></span>
+champ, l'appareil perdra son
+électricité. On remarque que
+c'est souvent le cas après un
+éclair: cependant quand l'air est
+bien sec, l'appareil continuëra
+d'être électrisé pendant dix minutes
+ou un quart-d'heure après
+que les nuages ont passé le zénith,
+&amp; quelquefois jusqu'à ce
+qu'ils paroissent à plus de moitié
+chemin vers l'horizon: la pluye
+surtout, quand les goutes sont
+grosses, fait communément descendre
+le feu électrique; &amp; la
+grêle en été n'y manque jamais
+à mon avis. Quand l'appareil
+fut électrisé la dernière fois, ce
+fut par la chûte d'une neige fonduë,
+ce qui arriva dernièrement
+<span class="pagenum"><a name="II300" id="II300">II-300</a></span>
+environ le 12. de Novembre; c'étoit
+le vingt-sixiéme jour &amp; la soixante-uniéme
+fois qu'il avoit été
+électrisé depuis qu'il avoit été
+élevé, c'est-à-dire vers le milieu
+de Mai, &amp; comme le thermomètre
+de Fahrenheit n'étoit que
+de sept degrés au-dessus de la
+congélation, on présume que
+l'hyver n'interrompra pas entièrement
+les opérations de cette
+sorte. À Londres il n'arriva que
+deux orages de tonnerre pendant
+tout l'été, &amp; l'appareil fut quelquefois
+si fortement électrisé
+pendant l'un, que les timbres
+qui ont souvent été sonnés par
+les nuages assez fort pour être
+entendus dans toutes les chambres
+<span class="pagenum"><a name="II301" id="II301">II-301</a></span>
+de la maison (les portes
+étant ouvertes) furent tenus en
+silence par le cours presque continuel
+d'un feu électrique dense
+entre chaque timbre &amp; la boule
+de cuivre, qui ne la laissoit pas
+frapper.</p>
+
+<p>Je terminerai cet écrit déjà
+trop long par les deux questions
+suivantes.</p>
+
+<p>1º. L'air raréfié tout-à-coup
+ne peut-il pas donner le feu électrique
+aux nuages &amp; aux vapeurs
+qui le traversent, &amp; lorsqu'il est
+condensé soudain, ne peut-il
+pas le recevoir d'eux?</p>
+
+<p>2º. L'aurore boréale n'est-elle
+point l'élancement du feu
+électrique des nuages positifs
+<span class="pagenum"><a name="II302" id="II302">II-302</a></span>
+aux négatifs à une grande distance
+dans la partie supérieure
+de l'atmosphère où la résistance
+est moindre?</p>
+<br><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+
+<h2>APPENDIX.</h2>
+
+<blockquote>
+<i>Comme M. Franklin dans une première
+Lettre à M. Collinson a
+parlé de son dessein d'essayer le
+pouvoir d'un coup électrique
+très-fort sur un poulet-d'inde,
+ce Monsieur en conséquence a eu
+la bonté d'en envoyer une relation
+qui se rêduit à ceci.</i>
+</blockquote>
+
+<p><span class="large">I</span><br>l fit d'abord plusieurs expériences
+sur des oiseaux, &amp;
+trouva que deux gros pots de
+verre mince dorés contenant
+<span class="pagenum"><a name="II303" id="II303">II-303</a></span>
+chacun environ six gallons &amp;
+tels que j'ai dit que je les avois
+employés dans le dernier écrit
+que je vous ai présenté sur ce
+sujet, étoient suffisante quand ils
+étoient bien chargés pour tuer
+des poules ordinaires sur le
+champ; mais les poulets-d'inde,
+quoiqu'ils éprouvent de violentes
+convulsions, &amp; qu'ils restent
+étendus comme morts pendant
+quelques minutes, se rétablissoient
+en moins d'un quart-d'heure.
+Quoiqu'il en soit, ayant
+ajouté trois pots pareils aux deux
+premiers sans être pleinement
+chargés; il tua un poulet-d'inde
+d'environ dix livres, &amp; il croit
+qu'ils en auroient tué un beaucoup
+<span class="pagenum"><a name="II304" id="II304">II-304</a></span>
+plus gros. Il imagina que
+les oiseaux tués de cette sorte
+étoient extrémement tendres à
+manger.</p>
+
+<p>En faisant ces expériences il
+trouva qu'un homme pouvoit,
+sans risquer beaucoup, supporter
+un choc beaucoup plus fort
+qu'il n'imaginoit; car sans y
+prendre garde il reçut un coup
+de deux de ces pots au travers
+des bras &amp; du corps, lorsqu'ils
+étoient presqu'entiérement chargés;
+il lui sembla recevoir un
+coup universel depuis la tête jusqu'aux
+pieds dans tout le corps;
+il fut suivi d'un tremblement vif
+&amp; violent dans le tronc qui se
+dissipa petit à petit dans quelques
+<span class="pagenum"><a name="II305" id="II305">II-305</a></span>
+secondes; il fut quelques
+minutes avant de reprendre ses
+esprits au point de connoître ce
+dont il s'agissoit, car il ne vit
+point l'étincelle, quoique son
+oeil fût tout près du premier conducteur,
+d'où elle frappa le revers
+de sa main; il n'entendit
+pas plus le bruit du coup, quoique
+les assistans disent qu'il avoit
+été considérable; il ne sentit pas
+davantage en particulier le coup
+sur sa main, quoiqu'il vit ensuite
+qu'il y avoit causé une enflure
+de la grosseur d'une chevrotine
+ou d'une balle de pistolet. Ses
+bras &amp; le derrière de son col
+restèrent un peu engourdis le
+reste de la soirée, &amp; sa poitrine
+<span class="pagenum"><a name="II306" id="II306">II-306</a></span>
+fut affectée pendant une semaine
+comme si elle eût été brisée.
+Par cette expérience on peut
+connoître le danger qu'il y a,
+même avec les plus grandes précautions,
+pour l'opérateur quand
+il fait ces expériences avec de
+gros pots; car on ne peut pas
+douter que plusieurs étant chargés
+en plein ne soient capables
+de tuer un homme, comme ils
+ont auparavant tué un poulet
+d'inde, en les augmentant à
+proportion de la taille.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/deco06.png"></p>
+<br><br><br>
+
+<span class="pagenum"><a name="II307" id="II307">II-307</a></span>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p>
+
+
+<h2><i>LETTRE XVI.</i></h2>
+
+<p class="mid"><i>De M. B. FRANKLIN Écuyer</i><br>
+<i>de Philadelphie</i></p>
+
+<p class="mid"><i>à M. D'ALIBARD, à Paris.</i></p>
+
+<p class="rig"><i>29 Juin 1755.</i></p><br><br>
+
+<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p>
+
+<p>Il y a long-tems que je dois
+une réponse à votre dernière lettre,
+dattée du 20. Juin 1754.
+Je l'ai reçuë en Janvier dernier
+pendant que j'étois à Boston dans
+la nouvelle Angleterre, &amp; depuis
+ce tems-là j'ai été si occupé
+de mes voyages en différens endroits
+&amp; des affaires publiques,
+que je suis extrêmement en
+<span class="pagenum"><a name="II308" id="II308">II-308</a></span>
+arrière avec mes correspondans.</p>
+
+<p>Je vous envoyai l'année dernière
+un manuscrit qui contient
+quelques nouvelles expériences
+&amp; des observations sur la foudre;
+je ne sçai si vous l'avez reçu,
+mais il a été imprimé depuis à
+Londres, &amp; j'imagine que notre
+bon ami M. Collinson vous en
+aura envoyé une copie.</p>
+
+<p>Je vous remercie de la bonté
+que vous avez euë de m'envoyer
+les quatre volumes de l'histoire
+naturelle de M. de Buffon, les
+cartes, &amp;c.</p>
+
+<p>Vous me demandez mon sentiment
+sur le livre Italien du P.
+Beccaria. Je l'ai lû avec beaucoup
+de plaisir, &amp; je le regarde comme
+<span class="pagenum"><a name="II309" id="II309">II-309</a></span>
+un des meilleurs ouvrages
+que j'aie vûs dans aucune langue
+sur cette matière; cependant je
+ne suis pas pour le présent de son
+sentiment sur l'article des jets-d'eau;
+néanmoins je conviendrai
+avec vous qu'il l'a traité avec
+beaucoup de finesse. Il y a quelque
+tems que j'ai écrit fort au
+long à M. Collinson ce que je
+pensois des tourbillons &amp; des
+jets-d'eau; je ne sçai si on le publiera;
+en cas qu'on ne le fasse
+pas, je le ferai transcrire pour
+vous.</p>
+
+<p>Je ne vois pas que le P. Beccaria
+doute de l'imperméabilité
+absoluë du verre, dans le sens
+que je l'entens; car les exemples
+<span class="pagenum"><a name="II310" id="II310">II-310</a></span>
+qu'il rapporte de trous faits au
+verre par le coup électrique, sont
+les mêmes que nous connoissons
+tous; il prouve seulement que
+le fluide électrique n'y passeroit
+pas sans le trou qu'il y fait. Nous
+disons de même que l'eau ne peut
+pas passer au travers du verre, &amp;
+cependant le jet-d'eau d'une
+pompe percera les carreaux de
+vitre les plus épais.</p>
+
+<p>Pour ce qui regarde l'effet des
+pointes, de tirer la matière électrique
+des nuages &amp; de préserver
+de cette forte les bâtimens,
+&amp;c. effet dont vous me dites
+qu'il semble douter, je vous
+avouërai que je crois que c'est
+modestie &amp; prudence de sa part.
+<span class="pagenum"><a name="II311" id="II311">II-311</a></span>
+Je trouve qu'on ne m'a pas entendu
+tout à fait sur ce sujet. J'en
+ai parlé dans plusieurs de mes
+lettres &amp; toujours, excepté une
+seule fois, <i>avec une alternative</i>,
+c'est-à-dire que les verges pointuës
+élevées sur les bâtimens, &amp;
+qui communiquent avec la terre
+humide empêcheroient le coup
+de foudre, ou que si elles ne le faisoient
+pas, elles le conduiroient
+de manière que le bâtiment n'en
+seroit pas endommagé. Malgré
+cela quand on éxamine mon
+opinion en Europe, on ne fait
+attention qu'à la probabilité que
+ces verges préviennent un coup
+ou une explosion; ce n'est qu'une
+partie de l'usage que je proposois
+<span class="pagenum"><a name="II312" id="II312">II-312</a></span>
+de faire de ces verges;
+quoique l'autre partie soit d'une
+importance &amp; d'une utilité égales,
+puisqu'elle consiste à conduire
+un coup qu'elles n'auroient
+pas réussi à prévenir, il
+semble qu'on l'ait totalement
+oubliée.</p>
+
+<p>Je serai fort aise de connoître
+les expériences de M. le Roy sur
+l'électricité positive &amp; négative,
+quand vous pourrez me les communiquer.</p>
+
+<p>Je vous remercie de m'avoir
+fait part de la relation que M. de
+Buffon vous a donnée d'un effet
+de la foudre tombée à Dijon le
+7. de Juin dernier; en revanche
+permettez-moi de vous parler
+<span class="pagenum"><a name="II313" id="II313">II-313</a></span>
+d'un événement de la même
+sorte que j'ai vû dernièrement.
+Étant dans la Ville de Newbury
+dans la nouvelle Angleterre
+en Novembre dernier, on
+me montra l'effet de la foudre
+sur l'Église qui en avoit été frappée
+peu de mois auparavant.</p>
+
+<p>Le clocher étoit une tour
+quarrée de bois élevée de 70.
+pieds depuis le sol jusqu'à l'endroit
+où la cloche étoit suspenduë;
+au-dessus s'élevoit une pyramide
+aussi de bois, haute de
+plus de 70. pieds jusqu'à la girouette
+ou au coq. Près de la cloche
+étoit attaché un marteau de
+fer pour frapper les heures; du
+bout du manche descendoit un
+<span class="pagenum"><a name="II314" id="II314">II-314</a></span>
+fil-d'archal par un petit trou de
+foret dans le plancher au-dessus
+duquel étoit la cloche, &amp; de
+même au travers d'un second
+plancher; sous le plat-fond en
+plâtre de ce second plancher,
+&amp; très-près couloit horizontalement
+le fil-d'archal jusqu'auprès
+d'une muraille de plâtre,
+le long de laquelle il descendoit
+à l'horloge, qui étoit 20. pieds
+au-dessous de la cloche. Ce fil-d'archal
+n'étoit pas plus gros
+qu'un lacet ordinaire.</p>
+
+<p>La pyramide fut toute mise
+en piéces par la foudre, &amp; les
+éclats en furent poussés de tous
+les côtés sur la place où l'Église
+étoit bâtie, ensorte qu'il ne resta
+<span class="pagenum"><a name="II315" id="II315">II-315</a></span>
+rien au-dessus de la cloche. La
+foudre passa entre le marteau &amp;
+l'horloge dans ce fil-d'archal sans
+offenser les planchers, sans y
+produire aucun effet, si ce n'est
+d'agrandir un peu les trous de
+foret, sans endommager la muraille
+de plâtre ni aucune partie
+du bâtiment jusqu'à l'extrémité
+de ce fil-d'archal &amp; de celui du
+pendule de l'horloge, ce dernier
+étoit de la grosseur d'une
+plume d'oye. Depuis l'extrémité
+du pendule jusqu'à la terre le bâtiment
+étoit fendu &amp; excessivement
+endommagé; des pierres
+avoient été arrachées des fondemens
+&amp; jettées es à la distance de
+20. ou 30. pieds. L'on ne pût
+<span class="pagenum"><a name="II316" id="II316">II-316</a></span>
+retrouver aucune partie du petit
+fil-d'archal en question entre
+l'horloge &amp; le marteau, si ce n'est
+environ deux pouces qui pendoient
+au manche du marteau,
+&amp; environ autant qui étoit attaché
+à l'horloge, le reste étant sauté, &amp;
+ses particules dissipées en fumée
+&amp; en parties insensibles, comme
+il arrive à la poudre à canon
+à l'approche du feu ordinaire. On
+voyoit seulement une trace noire
+&amp; sale large de trois ou quatre
+pouces, plus obscure dans le milieu,
+plus foible vers le bord sur
+le plâtre le long du plat-fond sous
+lequel il passoit, &amp; de haut en
+bas du mur. Voilà les effets &amp;
+les apparences sur lesquels je
+<span class="pagenum"><a name="II317" id="II317">II-317</a></span>
+ferai le peu de remarques qui
+suivent, sçavoir.</p>
+
+<p>1º. Que la foudre dans son passage
+au travers d'un bâtiment, quittera
+le bois pour passer dans le
+métal autant qu'elle le pourra, &amp;
+ne rentrera point dans le bois que
+le conducteur de métal ne finisse.
+J'ai fait la même observation dans
+d'autres occasions par rapport
+aux murailles de briques ou de
+pierres.</p>
+
+<p>2º. La quantité de matière
+fulminante qui passa au travers
+de ce clocher doit avoir été bien
+grande à en juger par ses effets
+sur cette haute pyramide au-dessus
+de la cloche &amp; sur toute
+la tour quarrée au-dessous de
+<span class="pagenum"><a name="II318" id="II318">II-318</a></span>
+l'extrémité du pendule de l'horloge.</p>
+
+<p>3º. Quelque grande qu'ait
+été cette quantité, elle a été conduite
+par un petit fil-d'archal &amp;
+un pendule d'horloge, sans que
+le bâtiment ait été endommagé le
+long de ces fils.</p>
+
+<p>4º. La verge du pendule étant
+d'une grosseur suffisante, conduisit
+la foudre, sans en être offensée;
+mais le petit fil fut entièrement
+détruit.</p>
+
+<p>5º. Quoique le petit fil air été
+détruit, il avoit conduit la foudre
+&amp; préservé le bâtiment.</p>
+
+<p>6º. Et de toutes ces circonstances
+il paroît plus que probable
+que si un petit fil semblable
+<span class="pagenum"><a name="II319" id="II319">II-319</a></span>
+avoit été étendu depuis la verge
+de la girouette jusqu'à la terre
+avant l'orage, ce coup de foudre
+n'auroit causé aucun dommage
+au clocher, quoique le fil même
+eût été détruit.</p>
+
+<p>Je sens que l'histoire naturelle
+de M. de Buffon me fera beaucoup
+de plaisir &amp; m'instruira infiniment.
+Assurez-le, je vous
+prie, de mes respects aussi bien
+que M. de Fontferriere, qui
+m'ont donné l'un &amp; l'autre des
+marques de leur souvenir dans
+votre dernière Lettre. Je suis, &amp;c.</p>
+
+<p class="rig">B. Franklin.</p><br><br><br>
+
+<h3><i>FIN.</i></h3>
+
+<br><br>
+
+<span class="pagenum"><a name="II320" id="II320">II-320</a></span>
+
+
+
+<h3>TABLE<br>
+
+DES MATIÈRES.</h3>
+<br>
+
+<h3>A</h3>
+
+<p><i>Agitation</i> de l'eau favorable à l'évaporation,<a href="#II6"> <i>tom.</i> II. <i>pag.</i> 6.</a></p>
+
+<p><i>Aigrette</i> (l') montre d'où vient le feu,<a href="#II168"> II. 168.</a></p>
+
+<p><i>Aiguille</i> couchée sur un boulet de fer, ou au bout du canon empêche de les électriser,<a href="#I239"> I. 239.</a></p>
+
+<p><i>Aiguille</i> de boussole pirouette près du premier conducteur,<a href="#II156"> II. 156.</a></p>
+
+<p><i>Aiguille</i> décharge le conducteur en un instant,<a href="#I139"> I. 239.</a></p>
+
+<p><i>Air</i>: sa circulation,<a href="#II32"> II. 32.</a></p>
+
+<p><i>Air</i> sec, ce que c'est,<a href="#I44"> I. 44.</a></p>
+
+<p><i>Air</i> (l') n'est point affecté par l'électricité,<a href="#I45"> I. 45.</a></p>
+
+<p><i>Air</i> comprimé par les vents, &amp;c., condensé par la perte du feu, tombe en rosée,<a href="#II13"> II. 13.</a></p>
+
+<p><i>Air</i>: ses courans différens,<a href="#II27"> II. 27.</a></p>
+
+<p><i>Air</i> (l') est électrique &amp; n'est point
+<span class="pagenum"><a name="II321" id="II321">II-321</a></span>
+conducteur de l'électricité,<a href="#I42"> I. 42</a>
+<a href="#II42">II. 2.</a></p>
+
+<p><i>Air</i> frais après l'orage,<a href="#II32"> II. 32.</a></p>
+
+<p><i>Air</i> raréfié par le feu commun,<a href="#II9"> II. 9.</a></p>
+
+<p><i>Air</i> (l') s'abaisse dans les zones froides,<a href="#II27">
+II. 27.</a></p>
+
+<p><i>Air</i> (l') s'élève dans la zone torride,<a href="#II27">
+II. 27.</a></p>
+
+<p><i>Allumer</i> par l'électricité une chandelle
+qui vient d'être éteinte,<a href="#I94"> I. 94.</a></p>
+
+<p><i>Amazones:</i> rivière des...<a href="#II19"> II. 19.</a></p>
+
+<p><i>Analyse</i> de la bouteille électrisée,<a href="#II140">
+II. 140</a>-160.</p>
+
+<p><i>Andes:</i> montagne des...<a href="#II18"> II. 18.</a></p>
+
+<p><i>Angles</i> aigus d'un corps surchargé
+d'électricité se déchargent en l'air,<a href="#I22">
+I. 22.</a></p>
+
+<p><i>Araignée</i> factice &amp; animée,<a href="#I96"> I. 96.</a></p>
+
+<p><i>Argent</i> fondu à froid dans la bourse,<a href="#II40">
+II. 40.</a></p>
+
+<p><i>Atmosphère</i> électrique,<a href="#I8"> I. 8.</a></p>
+
+<p><i>Atmosphère</i> électrique par sa fluidité
+&amp; sa répulsion coule pour remplir
+l'endroit d'où l'on tire,<a href="#I20"> I. 20.</a> 21.</p>
+
+<p><i>Attraction</i> des particules d'eau,<a href="#II10"> II. 10.</a></p>
+
+<p><i>Aveuglement</i> causé par la foudre,<a href="#II48"> II. 48.</a></p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II322" id="II322">II-322.</a></span>
+
+<p><i>Aveuglement</i> causé par l'électricité,<a href="#II48">
+II. 48.</a></p>
+
+<p><i>Aurore</i> Boréale: son explication,<a href="#II32"> II.
+32.</a></p>
+
+<h3>B.</h3>
+
+<p><i>Baguette</i> de métal reçoit l'électricité
+&amp; la transmet dans l'instant,<a href="#I223"> I. 223.</a></p>
+
+<p><i>Baguette</i> de verre ne conduit point un
+choc,<a href="#I224"> I. 224.</a></p>
+
+<p><i>Baisers</i> électriques,<a href="#I95"> I. 95.</a></p>
+
+<p><i>Balances</i> suspenduës au plancher,<a href="#I242"> I.
+242.</a></p>
+
+<p><i>Balances</i> déchargées en silence par
+une aiguille,<a href="#I243"> I. 243.</a></p>
+
+<p><i>Balles</i> (deux) de liége suspenduës au
+conducteur,<a href="#I114"> I. 114.</a></p>
+
+<p><i>Batterie</i> électrique,<a href="#I160"> I. 160.</a></p>
+
+<p><i>Bermudes:</i> Isle peu sujette au tonnerre,<a href="#II41">
+II. 41.</a></p>
+
+<p><i>Bois</i> sec est électrique,<a href="#I138"> I. 138.</a></p>
+
+<p><i>Boule</i> de liége électrisée tournée en
+l'air,<a href="#I44"> I. 44.</a></p>
+
+<p><i>Boule</i> de liége suspenduë entre le fil-d'archal
+de la bouteille &amp; un fil de
+fer attaché au bas de la bouteille,
+<span class="pagenum"><a name="II323" id="II323">II-323</a></span>
+jouera entre ces fils,<a href="#I64"> I. 64.</a></p>
+
+<p><i>Boule</i> de liége charrie le feu électrique
+du haut au bas de la bouteille,<a href="#I64"> I. 64.</a></p>
+
+<p><i>Boule</i> de liége suspenduë encre deux
+livres couchés sur des verres,<a href="#I79"> I. 79.</a></p>
+
+<p><i>Boule</i> de liége suspenduë entre deux
+bouteilles chargées semblablement
+&amp; différemment,<a href="#I128"> I. 128.</a></p>
+
+<p><i>Boules</i> de liége suspenduës à des fils
+de lin,<a href="#II281"> II. 281.</a></p>
+
+<p><i>Boules</i> électrisées différemment, remises
+dans leur état naturel,<a href="#I15"> I. 15.</a>
+&amp; 16.</p>
+
+<p><i>Boulet</i> de fer électrisé,<a href="#I192"> I. 192.</a> <a href="#I235">235.</a></p>
+
+<p><i>Boussoles</i> dérangées par le tonnerre,<a href="#II134">
+II. 134.</a></p>
+
+<p><i>Bouteille</i> électrique ne reçoit plus de
+feu intérieurement quand elle est
+épuisée extérieurement,<a href="#I49"> I. 49.</a></p>
+
+<p><i>Bouteille</i> chargée par le globe de verre
+&amp; déchargée par le globe de
+soufre,<a href="#II159"> II. 159.</a></p>
+
+<p><i>Bouteille</i> électrisée mise sur un corps
+électrique conserve son feu,<a href="#I59"> I. 59.</a></p>
+
+<p><i>Bouteille</i> chargée entre le verre &amp; le
+soufre,<a href="#II159"> II. 159.</a></p>
+
+<p><i>Bouteille</i> électrisée attire &amp; ensuite repousse
+<span class="pagenum"><a name="II324" id="II324">II-324</a></span>
+par son fil-d'archal une boule
+de liége, &amp; attire la même boule
+présentée à son côté,<a href="#I55"> I. 55.</a></p>
+
+<p><i>Bouteille</i> (la) n'a pas la même atmosphère
+électrique en dedans &amp;
+en dehors,<a href="#I56"> I. 56.</a></p>
+
+<p><i>Bouteille</i> (la) sur de la cire peut être
+déchargée par un fer courbé, ou
+par partie, ou tout d'un coup,<a href="#I68"> I.
+68.</a></p>
+
+<p><i>Bouteille</i> (une) sur laquelle on auroit
+établi une communication de son
+fil-d'archal à son côté, ne sçauroit
+être électrisée, &amp; pourquoi,<a href="#I73"> I. 73.</a></p>
+
+<p><i>Bouteille</i> sale &amp; humide en dehors ne
+sçauroit être électrisée &amp; pourquoi,<a href="#I74">
+I. 74.</a></p>
+
+<p><i>Bouteille</i> (la) s'électrise par le côté
+aussi bien que par le crochet,<a href="#I120"> I.
+120.</a></p>
+
+<p><i>Bouteilles</i> chargées de la même &amp; de
+différentes manières,<a href="#I120"> I. 120</a>-131.</p>
+
+<p><i>Bouteille</i> (la) électrisée ne se décharge
+point sans communication non-électrique,<a href="#I131">
+I. 131.</a></p>
+
+<p><i>Bouteilles</i> suspenduës l'une à la queuë
+de l'autre se chargent toutes en
+<span class="pagenum"><a name="II325" id="II325">II-325</a></span>
+même tems,<a href="#I135"> I. 135.</a></p>
+
+<p><i>Bouteille</i> mince d'un pouce de diamètre
+donne un coup prodigieux,<a href="#I186"> I.
+186.</a></p>
+
+<p><i>Bouteille</i> électrique chargée de son
+propre feu,<a href="#I102"> I. 102.</a></p>
+
+<p><i>Broche</i> électrique.<a href="#I176"> I. 176.</a></p>
+
+<h3>C.</h3>
+
+<p><i>Canal</i> ouvert à l'une de ses extrémités,<a href="#II31">
+II. 31.</a></p>
+
+<p><i>Canons</i> (deux) unis lancent leurs étincelles
+à deux pouces de distance,<a href="#II26">
+II. 26.</a></p>
+
+<p><i>Canton:</i> (Jean) ses expériences,<a href="#II280"> II.
+280.</a></p>
+
+<p><i>Capitaines</i> de vaisseaux: leur témoignage,<a href="#II41">
+II. 41.</a></p>
+
+<p><i>Carreau</i> de verre électrisé entre deux
+plaques de plomb,<a href="#I142"> I. 142.</a></p>
+
+<p><i>Carillon</i> électrique,<a href="#I183"> I. 183.</a> <a href="#II130">II. 130.</a></p>
+
+<p><i>Cercles</i> de carton représentant les nuages
+de mer &amp; de terre,<a href="#II22"> II. 22.</a></p>
+
+<p><i>Cerf volant</i> de M. Franklin,<a href="#II182"> II. 182.</a></p>
+
+<p><i>Chaîne</i> déployée susceptible de plus
+d'électricité,<a href="#II221"> II. 221.</a></p>
+
+<p><i>Chaleur</i> du soleil ne détruit point l'électricité,
+<span class="pagenum"><a name="II326" id="II326">II-326</a></span>
+<a href="#I242">I. 242.</a></p>
+
+<p><i>Chaleurs</i> suivies d'orages,<a href="#II33"> II. 33.</a></p>
+
+<p><i>Chandelle</i> rallumée,<a href="#I94"> I. 94.</a></p>
+
+<p><i>Charge</i> &amp; décharge: leur signification,<a href="#I129">
+I. 129.</a></p>
+
+<p><i>Charge</i> &amp; décharge de la rouë électrique,<a href="#I181">
+I. 181. 182.</a></p>
+
+<p><i>Chute</i> soudaine de pluyes après les
+éclairs,<a href="#II21"> II. 21.</a></p>
+
+<p><i>Circulation</i> de l'air,<a href="#II32"> II. 32.</a></p>
+
+<p><i>Cire</i> (la) peut être électrisée positivement
+&amp; négativement,<a href="#II296"> II. 296.</a></p>
+
+<p><i>Colophone</i> séche enflammée,<a href="#II37"> II. 37.</a></p>
+
+<p><i>Communication</i> avec le plancher n'est
+point nécessaire pour qu'on reçoive
+la commotion,<a href="#I53"> I. 53.</a></p>
+
+<p><i>Communication</i> directe entre les surfaces
+rétablit dans l'instant l'équilibre
+dans la bouteille,<a href="#I69"> I. 69.</a></p>
+
+<p><i>Communication</i> du feu électrique se
+fait avec craquement,<a href="#I30"> I. 30.</a></p>
+
+<p><i>Communication</i> extérieure non-électrique
+nécessaire pour rétablir l'équilibre,<a href="#I139">
+I. 139.</a></p>
+
+<p><i>Conducteurs</i> &amp; non conducteurs,<a href="#I39"> I. 39.</a></p>
+
+<p><i>Conducteur</i> d'électricité, sa construction,<a href="#I28">
+I. 28.</a></p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II327" id="II327">II-327</a>.</span>
+
+<p><i>Conducteur</i> (le) entre deux globes
+de différente nature,<a href="#II164"> II. 164.</a></p>
+
+<p><i>Conducteur</i> qui frappe à deux pouces,<a href="#I29">
+I. 29.</a></p>
+
+<p><i>Conducteur</i> s'avance vers le corps
+émoussé,<a href="#I31"> I. 31.</a></p>
+
+<p><i>Conducteur</i> arrêté ou repoussé par une
+pointe,<a href="#I31"> I. 31.</a></p>
+
+<p><i>Conducteur</i> (le) ne donne point d'étincelles,
+quand la communication
+du coussin au plancher est interrompuë,<a href="#I101">
+I. 101.</a></p>
+
+<p><i>Conjectures</i> nouvelles sur la théorie du
+tonnerre,<a href="#II211"> II. 211.</a></p>
+
+<p><i>Conjurés</i> (les),<a href="#I172"> I. 172.</a></p>
+
+<p><i>Conséquences</i> pernicieuses d'une plus
+grande proportion d'électricité, <a href="#I10">I. 10.</a></p>
+
+<p><i>Conviction</i> que la matière électrique
+pénètre les corps,<a href="#I5"> I. 5.</a></p>
+
+<p><i>Convulsion</i> causée par le passage subit
+du feu électrique dans les membres,<a href="#I53">
+I. 53.</a></p>
+
+<p><i>Corps</i> électrisé positivement repousse
+une plume électrisée; quand il l'est
+négativement ou dans l'état commun,
+il l'attire,<a href="#I80"> I. 80.</a></p>
+
+<p><i>Corps</i> électrisés négativement se repoussent
+<span class="pagenum"><a name="II328" id="II328">II-328</a></span>
+comme s'ils l'étoient positivement,<a href="#I67">
+I. 67.</a> <a href="#I193">193.</a></p>
+
+<p><i>Corps</i> (les) électriques contiennent
+plus d'électricité,<a href="#I9"> I. 9.</a></p>
+
+<p><i>Corps</i> (les) électriques, comme le
+verre, ne souffrent de changement
+que d'une surface à l'autre,<a href="#I222"> I. 222.</a></p>
+
+<p><i>Corps</i> émoussé ne tire l'électricité
+qu'à trois pouces,<a href="#I30"> I. 30.</a></p>
+
+<p><i>Corps</i> (les) ne tirent pas l'électricité
+proportionnellement à leurs masses,<a href="#I24">
+I. 24.</a></p>
+
+<p><i>Corps</i> non-électriques servent au verre,
+comme l'armure à la pierre
+d'aimant,<a href="#I144"> I. 144.</a></p>
+
+<p><i>Corps</i> non électriques susceptibles de
+plus &amp; de moins d'électricité,<a href="#I222"> I.
+222.</a></p>
+
+<p><i>Corps</i> non-électrique souffre du changement
+dans sa quantité d'électricité,<a href="#I223">
+I. 223.</a></p>
+
+<p><i>Couleur</i> bleuë donnée à l'acier,<a href="#II147"> II.
+147.</a></p>
+
+<p><i>Courans</i> d'air différens,<a href="#II27"> II. 27.</a></p>
+
+<p><i>Courans</i> d'air différens occasionnent
+l'attraction des nuages &amp; leurs mouvemens,<a href="#II27">
+II. 27.</a></p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II329" id="II329">II-329</a>.</span>
+
+<p><i>Courant</i> d'air n'électrise point,<a href="#II192"> II.
+192.</a></p>
+
+<p><i>Courant</i> de fontaine électrisé,<a href="#II4"> II. 4.</a></p>
+
+<p><i>Coussin</i> (le) sur une lame de verre,<a href="#I101">
+I. 101.</a></p>
+
+<h3>D.</h3>
+
+<p><i>Décharge</i> nécessaire pour les observations
+du tonnerre,<a href="#II129"> II. 129</a></p>
+
+<p><i>Delaware</i> rivière,<a href="#I194"> I. 194.</a></p>
+
+<p><i>Déluges</i> de pluyes,<a href="#II19"> II. 19.</a></p>
+
+<p><i>Deux</i> personnes sur de la cire, l'une
+frotte le tube, l'autre le touche,<a href="#I88"> I.
+88.</a></p>
+
+<p><i>Deux</i> sortes d'électricité,<a href="#II156"> II. 156.</a></p>
+
+<p><i>Différence</i> de la matière commune &amp;
+de la matière électrique,<a href="#I5"> I. 5.</a></p>
+
+<p><i>Différence</i> entre un corps non-électrique
+&amp; le verre,<a href="#I222"> I. 222.</a></p>
+
+<p><i>Différence</i> des corps électrisés au dedans
+&amp; au dehors de la bouteille,<a href="#I47">
+I. 47.</a></p>
+
+<p><i>Différence</i> entre un corps électrique &amp;
+un corps non-électrique,<a href="#I36"> I. 36.</a></p>
+
+<p><i>Dindon</i> tué d'un coup d'électricité,<a href="#I195">
+I. 195.</a> <a href="#II303">II. 303.</a></p>
+
+<p><i>Direction</i> (la) du feu électrique étant
+<span class="pagenum"><a name="II330" id="II330">II-330</a></span>
+différente dans la charge, l'est aussi
+dans la décharge,<a href="#I120"> I. 120.</a></p>
+
+<p><i>Direction</i> du fluide électrique le long
+des conducteurs,<a href="#II230"> II. 230.</a></p>
+
+<p><i>Dorure</i> percée par le feu électrique,<a href="#I184">
+I. 184.</a></p>
+
+<p><i>Dorure</i> (la) sur un livre ne conduit
+plus le choc après dix ou douze
+coups,<a href="#I191"> I. 191.</a></p>
+
+<p><i>Dorure</i> sur un livre découverte, par
+un coup d'électricité,<a href="#II49"> II. 49.</a></p>
+
+<h3>E.</h3>
+
+<p><i>Eau</i>, corps non-électrique,<a href="#II7"> II. 7.</a></p>
+
+<p><i>Eau</i> raréfiée susceptible de plus
+d'électricité,<a href="#II217"> II. 217.</a></p>
+
+<p><i>Eau</i> (l') transmet fort bien l'électricité,<a href="#I190">
+I. 190.</a></p>
+
+<p><i>Eclairs</i>,<a href="#II18"> II. 18.</a></p>
+
+<p><i>Eclairs</i> sur un livre entouré d'un double
+filet d'or,<a href="#I98"> I. 98.</a></p>
+
+<p><i>Eclairs:</i> imitation des...<a href="#I94"> I. 94.</a></p>
+
+<p><i>Eclats</i> de tonnerre,<a href="#II32"> II. 32.</a></p>
+
+<p><i>Effet</i> de deux bouteilles, l'une pleinement
+chargée, &amp; l'autre nullement,<a href="#I127">
+I. 127.</a></p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II331" id="II331">II-331</a>.</span>
+
+<p><i>Effet</i> étonnant des pointes,<a href="#I235"> I. 235.</a></p>
+
+<p><i>Effets</i> opposés du soufre &amp; du verre,<a href="#II158"> II. 158</a>-161.</p>
+
+<p><i>Effet</i> du tonnerre à Newbury,<a href="#II313"> II. 313.</a></p>
+
+<p><i>Effet</i> d'un corps émoussé,<a href="#I236"> I. 236.</a></p>
+
+<p><i>Effet</i> de l'air sur la matière électrique,<a href="#I42"> I. 42.</a></p>
+
+<p><i>Effluves</i> salutaires des corps non-électriques, impossibles à tirer par l'électricité,<a href="#I225"> I. 225.</a></p>
+
+<p><i>Elancemens</i> de lumière du nord au sud,<a href="#II31"> II. 31.</a></p>
+
+<p><i>Elasticité</i> comparée à l'électricité,<a href="#I137"> I. 137.</a></p>
+
+<p><i>Electricité</i> de deux sortes,<a href="#II156"> II. 156.</a></p>
+
+<p><i>Electricité</i> détruite par du sable, le souffle, la fumée de bois, de chandelle, de charbon, de fer, &amp;c.,<a href="#I240"> I. 240.</a></p>
+
+<p><i>Electricité</i> (l') réside dans le verre,<a href="#I144"> I. 144.</a></p>
+
+<p><i>Electricité</i> (l') se tire plus facilement des angles que des surfaces,<a href="#I22"> I. 22.</a></p>
+
+<p><i>Electricité</i> (l') ne paroît plus après l'attouchement,<a href="#I91"> I. 91.</a></p>
+
+<p><i>Electricité</i> vitrée &amp; résineuse,<a href="#I156"> II. 156-172.</a></p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II332" id="II332">II-332</a>.</span>
+
+<p><i>Electriser</i> positivement ou en plus,<a href="#I77"> I. 77-80.</a> <a href="#I89">89-95.</a></p>
+
+<p><i>Electriser</i> négativement ou en moins,<a href="#I78"> I. 78-80.</a> <a href="#I89">89-93.</a></p>
+
+<p><i>Elévation</i> des vapeurs favorisée par le feu commun &amp; par le feu électrique,<a href="#II4"> II. 4. 9.</a></p>
+
+<p><i>Eminences</i> (les) attirent les nuages,<a href="#II33"> II. 33.</a></p>
+
+<p><i>Epée</i> fonduë dans le fourreau,<a href="#II40"> II. 40.</a></p>
+
+<p><i>Epuisement</i> du coussin,<a href="#I102"> I. 102-114.</a></p>
+
+<p><i>Equilibre</i> du feu électrique dans les surfaces de la bouteille,<a href="#I48"> I. 48.</a></p>
+
+<p><i>Equilibre</i> (l') de l'électricité ne se rétablit point à travers le verre,<a href="#I49"> I. 49.</a></p>
+
+<p><i>Equilibre</i> (l') ne se rétablit dans les surfaces que par une communication non-électrique,<a href="#I50"> I. 50.</a></p>
+
+<p><i>Equilibre</i>: moyen de le rétablir,<a href="#I53"> I, 53.</a> <a href="#I68">68.</a></p>
+
+<p><i>Erreur</i> de M. Watson,<a href="#I93"> I. 93.</a></p>
+
+<p><i>Esprits</i> allumés par &amp; au travers de la rivière,<a href="#I194"> I. 194.</a></p>
+
+<p><i>Esprits</i> enflammés sans avoir été chauffés,<a href="#I232"> I. 232.</a></p>
+
+<p><i>Essence</i> (l') du verre semble consister
+<span class="pagenum"><a name="II333" id="II333">II-333</a></span>
+dans son électricité,<a href="#I187"> I. 187.</a></p>
+
+<p><i>Etincelles</i> frappent plus loin, à proportion que le feu électrique est plus fort,<a href="#I245"> I. 245.</a> <a href="#II26">II. 26.</a></p>
+
+<p><i>Etincelle</i> grande ou petite pour l'inflammation des esprits,<a href="#II36"> II. 36.</a></p>
+
+<p><i>Etincelle</i> électrique déchire en perçant le papier,<a href="#II40"> II. 40.</a></p>
+
+<p><i>Etincelle</i> tirée de deux personnes électrisées différemment,<a href="#I88"> I. 88.</a></p>
+
+<p><i>Etincelle</i> plus forte entr'elles,<a href="#I89"> I. 89.</a></p>
+
+<p><i>Expansion</i> égale de la matière électrique dans la totalité d'une masse,<a href="#I6"> I. 6.</a></p>
+
+<p><i>Expérience</i> de Leyde avec un carreau de verre,<a href="#I143"> I. 143.</a></p>
+
+<p><i>Expérience</i> de Marly-la-Ville,<a href="#II99"> II. 99</a>-<a href="#II125">125.</a></p>
+
+<p><i>Expérience</i> qui prouve que la matière raréfiée est susceptible de plus d'électricité,<a href="#II221"> II. 221.</a></p>
+
+<p><i>Expériences</i> de M. Jean Canton,<a href="#II280"> II. 280.</a></p>
+
+<p><i>Explication</i> de plusieurs phénomènes,<a href="#I89"> I. 89. 90.</a></p>
+
+<p><i>Explication</i> de ce qui se passe dans le globe lorsqu'on le frotte,<a href="#I212"> I. 212.</a></p>
+
+<p><i>Explosion</i> (l') est la même si tenant la
+<span class="pagenum"><a name="II334" id="II334">II-334</a></span>
+bouteille par le crochet on la touche au côté, ou au contraire,<a href="#I119"> I. 119.</a></p>
+
+<p><i>Explosion</i> (l') n'électrise point celui qui tient la bouteille &amp; la touche,<a href="#I81"> I. 81.</a></p>
+
+<p><i>Explosion</i> (l') n'électrise point,<a href="#I115"> I. 115-118.</a></p>
+
+<h3>F.</h3>
+
+<p><i>Feu</i> commun répandu dans tous les corps,<a href="#II35"> II. 35.</a></p>
+
+<p><i>Feu</i> électrique ne peut être tiré d'un côté s'il n'en entre d'un autre,<a href="#I51"> I. 51.</a></p>
+
+<p><i>Feu</i> (le) électrique passe du fil-d'archal au doigt qui touche, &amp; non au contraire,<a href="#I54"> I. 54.</a></p>
+
+<p><i>Feu</i> électrique: moyen de le faire circuler,<a href="#I74"> I. 74.</a></p>
+
+<p><i>Feu</i> (le) électrique doit sortir par où il est entré,<a href="#I120"> I. 120.</a></p>
+
+<p><i>Feu</i> électrique attiré par l'eau,<a href="#II2"> II. 2.</a></p>
+
+<p><i>Feu</i> électrique (le) qui sort de l'extérieur de la bouteille, n'est pas le même que celui qui entre dans l'intérieur,<a href="#I200"> I. 200.</a></p>
+
+<p><i>Feu</i> électrique répandu dans toute la
+<span class="pagenum"><a name="II335" id="II335">II-335</a></span>
+matière,<a href="#I207"> I. 207.</a></p>
+
+<p><i>Feu</i> électrique rassemblé &amp; non créé par le globe frotté,<a href="#II6"> II. 6.</a></p>
+
+<p><i>Feu</i> électrique rassemblé par l'agitation sur la mer,<a href="#II7"> II. 7.</a></p>
+
+<p><i>Feu</i> électrique d'un nuage de 10000. âcres,<a href="#II26"> II. 26.</a></p>
+
+<p><i>Feu</i> électrique visible en sautant des intervalles &amp; invisible le long des
+corps denses &amp; unis,<a href="#II29"> II. 29.</a></p>
+
+<p><i>Feu</i> électrique visible sur un feüille d'or, &amp; pourquoi,<a href="#II30"> II. 30.</a></p>
+
+<p><i>Feu</i> électrique &amp; feu commun ne sont point incompatibles,<a href="#II35"> II. 35.</a></p>
+
+<p><i>Feu</i> électrique agit sur le feu commun, &amp; produit l'inflammation,<a href="#II36"> II. 36.</a></p>
+
+<p><i>Feu</i> électrique paroît sur le coussin qui frotte,<a href="#I213"> I. 213.</a></p>
+
+<p><i>Feu</i> électrique se transporte dans &amp; à travers les corps non-électriques,
+&amp; non pas à travers le verre,<a href="#I198"> I. 198.</a> <a href="#I223">223.</a></p>
+
+<p><i>Feüille</i> d'or entre deux lames de métal, dont l'une électrisée, &amp; l'autre non,<a href="#II58"> II. 58.</a></p>
+
+<p><i>Feüille</i> d'or plus près de la lame non-électrisée,<a href="#II60"> II. 60.</a></p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II336" id="II336">II-336</a>.</span>
+
+<p><i>Feüille</i> d'or bien aiguë se soutient près du conducteur sans lame inférieure,<a href="#II63"> II. 63.</a></p>
+
+<p><i>Fil</i>-d'archal détruit par la foudre,<a href="#II319"> II. 319.</a></p>
+
+<p><i>Fil</i> de lin suspendu près du ventre de la bouteille est attiré à chaque fois que l'on touche le fil-d'archal,<a href="#I62"> I. 62.</a></p>
+
+<p><i>Filet</i> d'or sur un livre ne peut conduire parfaitement qu'un seul choc, &amp; pourquoi,<a href="#II57"> II. 57.</a></p>
+
+<p><i>Fluide</i> électrique ne traverse point le verre,<a href="#I197"> I. 197.</a></p>
+
+<p><i>Fluide</i> électrique passe par une fêlure,<a href="#I199"> I. 199.</a></p>
+
+<p><i>Fluide</i> électrique toujours prêt,<a href="#I207"> I. 207.</a></p>
+
+<p><i>Fluide</i> électrique ne se fixe point dans le verre, mais y séjourne sans adhérence,<a href="#I207"> I. 207.</a></p>
+
+<p><i>Force</i> attractive proportionnée aux surfaces, &amp; non pas aux masses,<a href="#I25"> I. 25.</a></p>
+
+<p><i>Force</i> (la) de l'électricité est sans bornes,<a href="#II153"> II. 153.</a></p>
+
+<p><i>Forme</i> de l'atmosphère électrique,<a href="#I16"> I. 16.</a></p>
+
+<p><i>Foudre</i> (la) déchire,<a href="#II40"> II. 40.</a></p>
+
+<p><i>Franklin</i> (M.) rudement frappé,<a href="#II304"> II. 304.</a></p>
+
+<p><i>Froid</i> (le) diminue le feu commun,
+<span class="pagenum"><a name="II337" id="II337">II-337</a></span>
+&amp; non le feu électrique,<a href="#II14"> II. 14.</a></p>
+
+<p><i>Frottement</i> (le) enflamme le bois sec,<a href="#II37"> II. 37.</a></p>
+
+<p><i>Frottement</i> (le) d'un corps non-électrique contre un corps électrique produit le feu électrique,<a href="#II6"> II. 6.</a></p>
+
+<p><i>Fumée</i> de résine séche ne détruit pas l'électricité &amp; forme une atmosphère,<a href="#I241"> I. 241.</a></p>
+
+<p><i>Fusion</i> à froid,<a href="#II51"> II. 51.</a></p>
+
+<p><i>Fusion</i> des métaux sans chaleur,<a href="#II56"> II. 56.</a></p>
+
+<h3>G.</h3>
+
+<p><i>Glace</i> (la) ne conduit pas l'électricité,<a href="#I190"> I. 190.</a></p>
+
+<p><i>Glace</i> de 1200. pouces quarrés, ses effets,<a href="#lxxxii"> I. lxxxii.</a> <a href="#I172">172.</a></p>
+
+<p><i>Globe</i> frotté: comment il rassemble le fluide électrique,<a href="#I214"> I. 214.</a> <a href="#II6">II. 6.</a></p>
+
+<p><i>Globe</i> doublé donne peu ou point de feu électrique,<a href="#I214"> I. 214.</a></p>
+
+<p><i>Globe</i> moüillé intérieurement ne rend point de feu,<a href="#I215"> I. 215.</a></p>
+
+<p><i>Globe</i> de cuir,<a href="#II179"> II. 179.</a></p>
+
+<h3>H.</h3>
+
+<p><i>Habits</i> mouillés sont un préservatif contre les coups de
+<span class="pagenum"><a name="II338" id="II338">II-338</a></span>
+foudre,<a href="#II34"> II. 34.</a></p>
+
+<p><i>Homme</i> (un) sur de la cire à qui l'on donne à toucher le fil-d'archal de la bouteille électrisée, est électrisé de plus en plus,<a href="#I77"> I. 77.</a></p>
+
+<p><i>Homme</i> (un) sur de la cire tient la bouteille électrisée, &amp; vous en fait toucher le fil-d'archal, il est électrisé de moins en moins,<a href="#I78"> I. 78.</a></p>
+
+<p><i>Homme</i> (un) sur de la cire peut être électrisé plusieurs fois par un autre qui lui présente le fil-d'archal de la bouteille, mais il ne peut s'électriser
+lui-même en la tenant. Moyen de le reconnoître,<a href="#I81"> I. 81.</a></p>
+
+<p><i>Huile</i> de térébentine mise en expérience,<a href="#I226"> I. 226.</a></p>
+
+<h3>I.</h3>
+
+<p><i>Idendité</i> de la matière du tonnerre &amp; de l'Electricité,<a href="#II120"> II. 120</a>. <a href="#II185">185.</a></p>
+
+<p><i>Idée</i> d'un nouveau globe,<a href="#II179"> II. 179.</a></p>
+
+<p><i>Imitation</i> des éclairs,<a href="#I94"> I. 94.</a></p>
+
+<p><i>Importance</i> de connoître les loix de la nature, indépendamment du comment &amp; du pourquoi,<a href="#I27"> I. 27.</a></p>
+
+<p><i>Imperméabilité</i> du verre,<a href="#I208"> I. 208.</a></p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II339" id="II339">II-339</a>.</span>
+
+<p><i>Impossibilité</i> de s'électriser soi-même,<a href="#I87"> I. 87.</a></p>
+
+<p><i>Inflammation</i> des esprits,<a href="#I94"> I. 94.</a></p>
+
+<p><i>Inflammation</i> de la poudre,<a href="#II149"> II. 149.</a></p>
+
+<p><i>Irrégularité</i> des éclairs,<a href="#II33"> II. 33.</a></p>
+
+<h3>L.</h3>
+
+<p><i>Liqueur</i> purgative mise dans la fiole électrique,<a href="#I229"> I. 229.</a></p>
+
+<p><i>Lumière</i> brillante à la pointe d'un poinçon,<a href="#I237"> I. 237.</a></p>
+
+<p><i>Lumière</i> paroît au bout d'une pointe,<a href="#I33"> I. 30.</a></p>
+
+<h3>M.</h3>
+
+<p><i>Magnétisme</i> communiqué par l'électricité,<a href="#II135"> II. 135-142.</a></p>
+
+<p><i>Magnétisme</i> effet de l'électricité,<a href="#II141"> II. 141.</a></p>
+
+<p><i>Main</i> de papier percée par l'étincelle,<a href="#I171"> I. 171.</a></p>
+
+<p><i>Matière</i> commune éponge de la matière électrique,<a href="#I6"> I. 6.</a></p>
+
+<p><i>Matière</i> électrique, sa subtilité,<a href="#I4"> I. 4.</a></p>
+
+<p><i>Matière</i> électrique pénètre les métaux sans résistance,<a href="#I4"> I. 4.</a></p>
+
+<p><i>Matière</i> (toute) ne contient &amp; ne
+<span class="pagenum"><a name="II340" id="II340">II-340</a></span>
+retient pas également l'électricité,<a href="#I8"> I. 8.</a></p>
+
+<p><i>Matière</i> (la) contient autant d'électricité qu'elle en peut contenir,<a href="#I8"> I. 8.</a></p>
+
+<p><i>Matière</i> (la) du tonnerre &amp; la matière électrique sont la même,<a href="#II120"> II. 120.</a> <a href="#II185">185.</a></p>
+
+<p><i>Matière</i> supposée dépourvuë de fluide électrique,<a href="#I12"> I. 12.</a></p>
+
+<p><i>Matières</i> non-électriques mêlées dans l'air,<a href="#I22"> I. 22.</a></p>
+
+<p><i>Métaux</i> fondus par la foudre,<a href="#II38"> II. 38.</a></p>
+
+<p><i>Métaux</i> fondus d'un coup d'électricité,<a href="#II39"> II. 39.</a></p>
+
+<p><i>Métaux</i> (les) &amp; l'eau conducteurs parfaits,<a href="#I29"> I. 29.</a> &amp; <a href="#I40">40.</a></p>
+
+<p><i>Montagnes</i> attirent les nuages de mer,<a href="#II17"> II. 17.</a></p>
+
+<p><i>Mort</i> de M. Richman,<a href="#II127"> II. 127.</a></p>
+
+<p><i>Moyen</i> de toucher le fil-d'archal de la bouteille électrisée, sans tirer d'étincelle,<a href="#I120"> I. 120.</a></p>
+
+<p><i>Moyen</i> de connoître si les nuées, orageuses sont électrisées positivement ou négativement,<a href="#II195"> II. 195.</a></p>
+
+<p><i>Moyen</i> de rendre bien sensible le feu électrique en passant du fil-d'archal
+<span class="pagenum"><a name="II341" id="II341">II-341</a></span>
+au côté de la bouteille,<a href="#I82"> I. 82. 85.</a></p>
+
+<p><i>Moyen</i> de prendre la bouteille par le crochet,<a href="#I120"> I. 120.</a></p>
+
+<p><i>Moyen</i> de dissiper le tonnerre,<a href="#II44"> II. 44.</a></p>
+
+<p><i>Moyen</i> de reconnoître si les nuages orageux sont électrisés ou non,<a href="#II45"> II. 45.</a></p>
+
+<p><i>Moyen</i> de prévenir le danger de l'épreuve,<a href="#II47"> II. 47.</a></p>
+
+<p><i>Moyen</i> (seul) de mettre en mouvement le fluide électrique du verre,<a href="#I204"> I. 204.</a></p>
+
+<p><i>Moyen</i> simple de reconnoître si l'électricité est positive ou négative,<a href="#II174"> II. 174.</a></p>
+
+<h3>N.</h3>
+
+<p><i>Neige</i> électrique,<a href="#II243"> II. 243.</a></p>
+
+<p><i>Nuages</i> de mer sont électriques,<a href="#II8"> II. 8.</a></p>
+
+<p><i>Nuages</i> de terre peu électrisés retombent sur la terre,<a href="#II15"> II. 15.</a></p>
+
+<p><i>Nuages</i>, de mer électrisés s'élevent fort haut &amp; son poussés très-loin,<a href="#II15"> II. 15.</a></p>
+
+<p><i>Nuages</i> attirés par l'électricité,<a href="#II24"> II. 24.</a></p>
+
+<p><i>Nuages</i> à différentes hauteurs tiennent des routes différentes,<a href="#II27"> II. 27.</a></p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II342" id="II342">II-342</a>.</span>
+
+<p><i>Nuages</i> électrisés négativement,<a href="#II198"> II. 198.</a></p>
+
+<p><i>Nuage</i> électrisé positivement,<a href="#II200"> II. 200.</a></p>
+
+<h3>O.</h3>
+
+<p><i>Objection</i> contre la nouvelle hypothèse du tonnerre,<a href="#II226"> II. 226.</a></p>
+
+<p><i>Océan</i> (l') composé d'eau &amp; de sel,<a href="#II7"> II. 7.</a></p>
+
+<p><i>Odeur</i> du fluide électrique toujours la même,<a href="#I230"> I. 230.</a></p>
+
+<p><i>Ondées</i>,<a href="#II18"> II. 18.</a></p>
+
+<p><i>Orages</i> après les grandes chaleurs,<a href="#II33"> II. 33.</a></p>
+
+<h3>P.</h3>
+
+<p><i>Papier</i> (main de) percée par l'étincelle,<a href="#I171"> I. 171.</a></p>
+
+<p><i>Papier</i> percé &amp; noirci par l'étincelle,<a href="#I185"> I. 185.</a></p>
+
+<p><i>Particules</i> de matière électrisée se repoussent mutuellement,<a href="#I209"> I. 209.</a> <a href="#II4">II. 4.</a></p>
+
+<p><i>Particules</i> d'air, dures, rondes, désunies,<a href="#II8"> II. 8.</a></p>
+
+<p><i>Particules</i> d'air allégées par le feu commun &amp; par l'eau électrisée s'élevent,<a href="#II11"> II. 11.</a></p>
+
+<p><i>Particule</i> d'air environnée de douze
+<span class="pagenum"><a name="II343" id="II343">II-343</a></span>
+particules d'eau,<a href="#II12"> II. 12.</a></p>
+
+<p><i>Particules</i> d'eau s'attachent aux particules d'air,<a href="#II8"> II. 8.</a></p>
+
+<p><i>Particules</i> d'eau rassemblées forment la pluye,<a href="#II13"> II. 13.</a></p>
+
+<p><i>Particules</i> électriques attirées par la matière,<a href="#I5"> I. 5.</a></p>
+
+<p><i>Particules</i> électriques ne traversent point le verre, mais leur répulsion le traverse,<a href="#I209"> I. 209.</a></p>
+
+<p><i>Particules</i> électriques, quoique mutuellement répulsives, sont rapprochées par l'attraction du verre,<a href="#I209"> I. 209.</a></p>
+
+<p><i>Partie</i> de plaisir,<a href="#I194"> I. 194.</a></p>
+
+<p><i>Parties</i> composantes du verre extrèmement déliées,<a href="#I206"> I. 206.</a></p>
+
+<p><i>Passages</i> de l'état électrique négatif au positif,<a href="#II243"> II. 243.</a></p>
+
+<p><i>Pays</i> sans montagnes peut-être arrosé,<a href="#II20"> II. 20.</a></p>
+
+<p><i>Peinture</i> sur la dorure emportée par le tonnerre,<a href="#II49"> II. 49.</a></p>
+
+<p><i>Philadelphie</i>,<a href="#I194"> I. 194.</a></p>
+
+<p><i>Plein</i> (le) &amp; le vuide de feu électrique se trouvent dans la bouteille,<a href="#I52"> I. 52.</a></p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II344" id="II344">II-344</a>.</span>
+
+<p><i>Plein</i> (le) &amp; le vuide électrique pressent violemment, l'un pour se dilater, &amp; l'autre pour se remplir,<a href="#I53"> I. 53.</a></p>
+
+<p><i>Plomb</i> granulé meilleur que l'eau,<a href="#I94"> I. 94.</a></p>
+
+<p><i>Plume</i> attirée dans un vase scellé hermétiquement,<a href="#I197"> I. 197.</a></p>
+
+<p><i>Plus</i> &amp; moins merveilleusement combinés,<a href="#I52"> I. 52.</a></p>
+
+<p><i>Plus</i> la pointe est aiguë, plus elle tire de loin,<a href="#I23"> I. 23.</a></p>
+
+<p><i>Pointes</i> (les) poussent aussi bien qu'elles tirent,<a href="#I22"> I. 22.</a> 23.<a href="#I238">238.</a></p>
+
+<p><i>Pointes</i> (les) tirent aussi bien qu'elles poussent,<a href="#I23"> I. 23.</a> <a href="#I239">239.</a></p>
+
+<p><i>Pointe</i> (la) d'une aiguille présentée à douze pouces; empêche de charger le conducteur,<a href="#I29"> I. 29.</a></p>
+
+<p><i>Pointe</i> (la) électrise un homme sur de la cire,<a href="#I30"> I. 30.</a></p>
+
+<p><i>Poisson</i> d'or,<a href="#II64"> II. 64.</a></p>
+
+<p><i>Pôles</i> d'une aiguille aimantée changés par le coup fulminant,<a href="#II135"> II. 135.</a></p>
+
+<p><i>Pores</i> du verre extrèmement petits,<a href="#I206"> I. 206.</a></p>
+
+<p><i>Pores</i> du verre impénétrables à toute autre matière que celle du feu &amp; de l'électricité,<a href="#I207"> I. 207.</a></p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II345" id="II345">II-345</a>.</span>
+
+<p><i>Poudre</i> à tirer enflammée,<a href="#II149"> II. 149.</a></p>
+
+<p><i>Poulet</i>-d'inde de dix livres tué,<a href="#II303"> II. 303.</a></p>
+
+<p><i>Preuve</i> que le feu électrique poussé dans une bouteille à travers le fil-d'archal ne la traverse pas,<a href="#I200"> I. 200.</a></p>
+
+<p><i>Preuves</i> que l'explosion n'électrise point,<a href="#I115"> I. 115-118.</a></p>
+
+<p><i>Proportion</i> des deux feu pour l'inflammation,<a href="#II36"> II. 36.</a></p>
+
+<p><i>Proportions</i> des conducteurs pour le tonnerre,<a href="#II233"> II. 233.</a></p>
+
+<h3>Q.</h3>
+
+<p><i>Quantité</i> étonnante d'électricité contenuë dans la plus petite portion de verre,<a href="#I186"> I. 186.</a></p>
+
+<p><i>Quantité</i> égale d'électricité dans les deux surfaces du verre,<a href="#I210"> I. 210.</a></p>
+
+<p><i>Questions</i> sur la formation du tonnerre &amp; de l'aurore boréale,<a href="#II301"> II. 301.</a></p>
+
+<h3>R.</h3>
+
+<p><i>Rat</i> moüillé ne peut être tué par l'électricité,<a href="#II35"> II. 35.</a></p>
+
+<p><i>Remarques</i> de M. Colden sur les lettres de M. l'Abbé Nollet,<a href="#II247"> II. 247.</a></p>
+
+<p><i>Rencontre</i> de plusieurs nuages de mer &amp; de terre,<a href="#II24"> II. 24.</a></p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II346" id="II346">II-346</a>.</span>
+
+<p><i>Répulsion</i> des particules de matière électrique,<a href="#I5"> I. 5.</a></p>
+
+<p><i>Répulsion</i> d'une boule de liége suspenduë,<a href="#I192"> I. 192.</a></p>
+
+<p><i>Répulsion</i> de la boule de liége détruite,<a href="#I192"> I. 192.</a></p>
+
+<p><i>Répulsion</i> des particules d'air favorisée par le feu commun &amp; par le feu électrique,<a href="#II9"> II. 9.</a></p>
+
+<p><i>Répulsion</i> mutuelle des particules électriques,<a href="#I209"> I. 209.</a></p>
+
+<p><i>Retraite</i> sous un arbre pendant l'orage, dangereuse,<a href="#II34"> II. 34.</a></p>
+
+<p><i>Richman</i> (M.) tué par l'électricité naturelle,<a href="#II127"> II. 127.</a></p>
+
+<p><i>Rouës</i> de moulin à vent &amp; à eau,<a href="#I85"> I. 85. 86.</a></p>
+
+<p><i>Roué</i> électrique, première construction,<a href="#I172"> I. 172.</a></p>
+
+<p><i>Rouë</i> électrique, deuxiéme construction,<a href="#I179"> I. 179.</a></p>
+
+<h3>S.</h3>
+
+<p><i>Sel</i>, corps électrique,<a href="#II7"> II. 7.</a></p>
+
+<p><i>Skuilkil</i>, rivière,<a href="#I194"> I. 194.</a></p>
+
+<p><i>Silence</i> du carillon électrique,<a href="#II300"> II. 300.</a></p>
+
+<p><i>Soleil</i>, sa chaleur ne détruit point l'électricité,<a href="#I242"> I. 242.</a></p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II347" id="II347">II-347</a>.</span>
+
+<p><i>Soleil</i> semble fournir le feu commun,<a href="#II13"> II. 13.</a></p>
+
+<p><i>Soufre</i> (le) électrise négativement,<a href="#II167"> II. 167.</a></p>
+
+<p><i>Sphères</i> électriques tournées par une manivelle,<a href="#I99"> I. 99.</a></p>
+
+<p><i>Sphère</i> d'attraction électrique,<a href="#II25"> II. 25.</a></p>
+
+<p><i>Subtilité</i> des particules électriques,<a href="#I4"> I. 4.</a></p>
+
+<p><i>Surfaces</i> d'une bouteille électrisée sont l'une pleine &amp; l'autre vuide,<a href="#I210"> I. 210.</a></p>
+
+<p><i>Surfaces</i> ne peuvent agir l'une sans l'autre,<a href="#I136"> I. 136.</a></p>
+
+<p><i>Surfaces</i> du verre, longueur, largeur &amp; moitié d'épaisseur,<a href="#I205"> I. 205.</a></p>
+
+<h3>T.</h3>
+
+<p><i>Tableau</i> magique, sa description, son effet,<a href="#I167"> I. 167.</a></p>
+
+<p><i>Tabouret</i> électrique,<a href="#II46"> II. 46.</a></p>
+
+<p><i>Tache</i> bleuë sur une plaque d'argent,<a href="#II187"> II. 187.</a></p>
+
+<p><i>Taches</i> métalliques sur le verre,<a href="#II53"> II. 53.</a></p>
+
+<p><i>Tasses</i> électrisées,<a href="#I195"> I. 195.</a></p>
+
+<p><i>Thérébentine</i> (huile de) ne change point l'odeur de la matière électrique,<a href="#I228"> I. 228.</a></p>
+
+<p><i>Terre</i> séche empêche le choc,<a href="#I189"> I. 189.</a></p>
+
+<span class="pagenum"><a name="II348" id="II348">II-348</a>.</span>
+
+<p><i>Terre</i> (la) frape les nuages,<a href="#II205"> II. 205.</a></p>
+
+<p><i>Tonnerre</i> artificiel, <i>hist. a.</i><a href="#lxxxii"> I. lxxxii.</a></p>
+
+<p><i>Tonnerre</i> s'entend rarement en pleine mer,<a href="#II40"> II. 40.</a></p>
+
+<p><i>Triangle</i> équilatéral formé par trois particules d'air,<a href="#I12"> I. 12.</a> <a href="#II9">II. 9.</a></p>
+
+<p><i>Triangles</i> resserrés ou étendus, <a href="#I13">I. 13.</a> <a href="#II9">II. 9-12.</a></p>
+
+<p><i>Tube</i> frottée d'une peau de chamois,<a href="#I98"> I. 98.</a></p>
+
+<p><i>Tube</i> doublé d'un corps non-électrique,<a href="#I215"> I. 215.</a></p>
+
+<p><i>Tube</i> peut servir de bouteille pour l'expérience de Leyde, moyen,<a href="#I217"> I. 217.</a></p>
+
+<p><i>Tube</i> épuisé d'air,<a href="#I219"> I. 219.</a></p>
+
+<h3>V.</h3>
+
+<p><i>Vapeurs</i> de l'eau électrisée le sont aussi,<a href="#II3"> II. 3.</a></p>
+
+<p><i>Vapeurs</i> plus abondantes de l'eau électrisée,<a href="#II11"> II. 11.</a></p>
+
+<p><i>Vapeurs</i> de la mer électrisées,<a href="#II15"> II. 15.</a></p>
+
+<p><i>Vapeurs</i> élevées dans la zone torride s'abaissent dans les zones froides &amp; lancent des éclairs,<a href="#II28"> II. 28.</a></p>
+
+<p><i>Vapeurs</i> sulphureuses de la terre aisément
+<span class="pagenum"><a name="II349" id="II349">II-349</a></span>
+enflammées par la foudre,<a href="#II38"> II. 38.</a></p>
+
+<p><i>Vents</i> de terre sont secs,<a href="#II15"> II. 15.</a></p>
+
+<p><i>Verge</i> de fer de vingt ou trente pieds,<a href="#II46"> II. 46.</a></p>
+
+<p><i>Verges</i> de fer pointuës, leur effet,<a href="#II237"> II. 237.</a></p>
+
+<p><i>Vernis</i> dur &amp; sec brûlé par l'étincelle,<a href="#I185"> I. 185.</a></p>
+
+<p><i>Verre</i> (le) contient beaucoup d'électricité,<a href="#I38"> I. 38.</a> <a href="#I138">138.</a> <a href="#I202">202.</a></p>
+
+<p><i>Verre</i> (le) a toujours la même quantité d'électricité,<a href="#I138"> I. 138.</a></p>
+
+<p><i>Verre</i> brisé par l'électricité,<a href="#I186"> I. 186.</a></p>
+
+<p><i>Verre</i> contient plus d'électricité, &amp; la retient plus fortement,<a href="#I9"> I. 9.</a> <a href="#I183">183.</a></p>
+
+<p><i>Verre</i> n'est par lui-même susceptible ni de plus ni de moins d'électricité,<a href="#I131"> I. 131-136.</a></p>
+
+<p><i>Verre</i> imperméable à l'électricité,<a href="#I197"> I. 197-212.</a></p>
+
+<p><i>Verre</i> (le) électrise positivement,<a href="#II167"> II. 167.</a></p>
+
+<p><i>Usages</i> de l'électricité avantageux, mais inconnus,<a href="#I10"> I. 10.</a></p>
+
+<p><i>Usages</i> du carillon,<a href="#II132"> II. 132.</a></p>
+<br>
+<p class="mid">Fin de la Table des matières.</p>
+<br>
+
+
+<p class="mid">De l'Imprimerie de la Veuve DELATOUR.</p>
+
+
+<br><br>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Expériences et observations sur
+l'électricité faites à Philadelphie en Amérique, by Benjamin Franklin
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OBSERVATIONS SUR L'ELECTRICITE ***
+
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+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
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