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You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Expériences et observations sur l'électricité faites à Philadelphie en Amérique + +Author: Benjamin Franklin + +Translator: Thomas-François d'Alibard + +Release Date: December 25, 2008 [EBook #27610] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OBSERVATIONS SUR L'ELECTRICITE *** + + + + +Produced by Sébastien Blondeel, Carlo Traverso, Rénald +Lévesque and the Online Distributed Proofreading Team at +https://www.pgdp.net (This file was produced from images +generously made available by the Bibliothèque nationale +de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) + + + + + + + + EXPÉRIENCES + ET + OBSERVATIONS + SUR + L'ÉLECTRICITÉ + FAITES + _À PHILADELPHIE EN AMÉRIQUE_ + PAR + M. BENJAMIN FRANKLIN; + & communiquées dans plusieurs Lettres à M. P. COLLINSON, + de la Société Royale de Londres. + + _Traduites de l'Anglois._ + + + SECONDE ÉDITION + +_Revue, corrigée & augmentée d'un supplément considérable du même +Auteur, avec des Notes & des Expériences nouvelles._ + + _Par M._ d'ALIBARD. + + + + TOME PREMIER. + + A PARIS + Chez DURAND, rue du Foin, au Griffon. + + M. DCC. LVI. + + _Avec Approbation & Privilége du Roi._ + + + + +À SON ALTESSE +SÉRÉNISSIME +MONSEIGNEUR +LE COMTE +DE LA MARCHE. + +MONSEIGNEUR, + +_La permission que VOTRE ALTESSE SÉRÉNISSIME veut bien me donner de +faire paroître cette Traduction sous son auguste nom, est une suite des +bontés dont Elle a daigné m'honorer dès sa plus tendre jeunesse. Cet +hommage public est en même tems un tribut de ma reconnoissance & de +l'ancien & très-respectueux attachement que j'ai toujours eu pour la +personne de VOTRE ALTESSE SÉRÉNISSIME. Son amour pour les Sciences, la +protection qu'Elle accorde ouvertement aux Lettres & à ceux qui les +cultivent, l'application qu'Elle donne Elle-même à l'Étude, son goût +pour la Physique, l'attention avec laquelle Elle se fait rendre compte +des nouvelles découvertes, sont autant d'autres motifs qui m'en imposent +la loi. Trop heureux, MONSEIGNEUR, de pouvoir aujourd'hui réunir un +devoir avec les vrais sentimens de mon coeur._ + +Je suis avec un très-profond respect, + +MONSEIGNEUR, +DE VOTRE ALTESSE SÉRÉNISSIME, +Le très-humble & très-obéissant serviteur, D'ALIBARD. + + + + +AVERTISSEMENT. + + +Monsieur Franklin, habitant de Philadelphie dans la Colonie Angloise de +Pensylvanie en Amérique, est l'Auteur des Lettres suivantes sur +l'Électricité. M. Collinson son ami & son correspondant à Londres, à qui +elles sont adressées, les a jugées dignes de l'impression. Elles étoient +sous la presse, lorsqu'il en informa M. Franklin; celui-ci, qui ne les +avoit pas écrites à cette intention, se pressa d'envoyer à son ami +quelques changemens, qui n'étant pas arrivés à tems, ne purent être mis +que comme additions & corrections à la fin de l'ouvrage. Il pria en même +tems M. Collinson d'en envoyer un des premiers exemplaires à M. de +Buffon, qui jugea de ces Lettres, comme on en avoit jugé en Angleterre +où elles ont eu un applaudissement général. Occupé d'ouvrages bien plus +importans dont il ne veut pas se distraire, M. de Buffon m'a engagé à +les faire paroître en François. Il ne s'agissoit que de rendre +exactement des choses simples, aussi ne s'est-on attaché qu'à les +traduire littéralement, à bien rendre le sens de l'Auteur & à éclaircir +les endroits qui ont paru un peu obscurs dans l'original. Pour la +commodité des lecteurs, on a rapporté en notes au bas des pages, les +changemens que Mr. Collinson avoit fait imprimer comme additions & +corrections à la suite des Lettres. + +Quoique la plupart des Physiciens se soient exercés depuis plusieurs +années sur la matière de l'électricité: quoique leur zèle ait été +récompensé par des succès assez brillans, on verra par les recherches & +par les découvertes de M. Franklin, que cette matière est encore neuve à +bien des égards. On sentira en même tems qu'il y a cependant lieu +d'espérer qu'en multipliant, à son exemple, les expériences & les +observations dans des vûes nouvelles, on parviendra un jour à pénétrer +un mystère qui n'importe peut-être pas moins à l'utilité commune qu'à la +la curiosité de l'esprit. On y arrivera même d'autant plus vite & plus +sûrement, qu'on se hâtera moins de hazarder des systèmes. On n'a pas +encore assez de faits sur ce sujet pour qu'il soit permis d'y joindre +des hypothèses. + +«C'est (dit M. de Buffon[1]) par des expériences fines raisonnées & +suivies que l'on force la nature à découvrir son secret; toutes les +autres méthodes n'ont jamais réussi, & les vrais Physiciens ne peuvent +s'empêcher de regarder les anciens systèmes comme d'anciennes rêveries, +& sont réduits à lire la plupart des nouveaux comme on lit les Romans. +Les recueils d'expériences & d'observations sont donc les seuls livres +qui puissent augmenter nos connoissances. Il ne s'agit pas, pour être +Physicien, de sçavoir ce qui arriveroit dans telle ou telle hypothèse, +en supposant, par exemple, une matière subtile, des tourbillons, une +attraction, &c. Il s'agit de bien sçavoir ce qui arrive, & de bien +connoître ce qui se présente à nos yeux; la connoissance des effets nous +conduira insensiblement à celle des causes, & l'on ne tombera plus dans +les absurdités qui semblent caractériser tous les systèmes; en effet +l'expérience ne les a-t-elle pas détruits successivement? ne nous +a-t-elle pas montré que ces élémens que l'on croyoit autrefois si +simples, sont aussi composés que les autres corps? ne nous a-t-elle pas +appris ce que l'on doit penser du chaud, du froid, du sec & de l'humide, +de la pesanteur & de la légèreté absoluë, de l'horreur du vuide, des +loix du mouvement autrefois établies, de l'unité des couleurs, du repos +& de la sphèricité de la terre, & si je l'ose dire des Tourbillons? +Amassons-donc toujours des expériences & éloignons-nous, s'il est +possible, de tout esprit de système, du moins jusqu'à ce que nous soyons +instruits, nous trouverons assûrément à placer un jour ces matériaux, & +quand même nous ne serions pas assez heureux pour en bâtir l'édifice +tout entier, ils nous serviront certainement à le fonder, & peut-être à +l'avancer au-delà même de nos espérances.» C'est cette méthode que M. +Franklin a suivie à l'imitation du grand Newton & des plus excellens +Physiciens, méthode qui doit suffire pour prévenir le public en faveur +de l'ouvrage qu'on lui présente. + +[Note 1: Fréf. de la Statiq. des Végét.] + +Mais il ne suffit pas de s'attacher uniquement à la voye de +l'expérience, à moins que d'être, comme notre auteur, fécond en moyens, +ingénieux en découvertes & heureux en applications; il ne faut pas, +comme tant d'autres Physiciens sans génie, se permettre de tirer des +inductions qui ne sont ni justes ni naturelles, déduire des conséquences +qui ne sont fondées que sur des suppositions vagues & étrangères au +sujet. Il faut au contraire dans une matière aussi nouvelle que l'est +celle-ci, se contenter de considérer les faits sous de nouveaux points +de vûe, pour tâcher de les généraliser & d'en former un ordre +systématique & suivi. C'est ce qu'a fait M. Franklin. Instruit, par +exemple, des effets surprenans de la bouteille électrique, le premier +objet qu'il s'est proposé, a été d'examiner comment elle acquiert la +vertu électrique, comment elle la conserve, quoiqu'on la touche, & +comment elle la communique. Ayant toujours l'expérience & l'observation +pour guides, il a bientôt reconnu que l'électricité est inhérente & +inséparable de la matière: que le verre en contient autant qu'il en peut +contenir, & toujours la même quantité: qu'électriser la bouteille, ce +n'est pas y faire entrer plus de matière électrique qu'elle n'en avoit +auparavant, mais accumuler sur une de ses surfaces autant de cette +matière qu'il y en a dans les deux surfaces ensemble, ce qui ne se fait +que parce que l'une en rejette précisément la même quantité que l'autre +en reçoit: que les deux surfaces de la bouteille électrisée sont +toujours prêtes l'une à rendre ce qu'elle a de plus, & l'autre à +recevoir ce qu'elle a de moins que sa quantité naturelle: qu'elles ne +peuvent le faire l'une sans l'autre: que l'équilibre ne sçauroit se +rétablir entr'elles par la communication intime de l'une à l'autre, mais +seulement par une communication extérieure non électrique: qu'ainsi la +bouteille reste chargée tant que cette communication extérieure n'est +pas établie, & qu'enfin l'électricité ne sçauroit être communiquée par +la bouteille, qu'autant que cette bouteille reçoit par une voye la même +quantité de matière électrique qu'elle donne par l'autre. + +Ces premières connoissances ont conduit notre auteur à trouver les +moyens de faire paroître l'électricité de deux manières tout-à-fait +opposées, l'une en augmentant l'électricité naturelle dans les corps que +nous nommons non-électriques, & il appelle cette augmentation +électricité _positive_; l'autre en diminuant l'électricité naturelle; il +nomme celle-ci _négative_. De là sont venus les termes nouveaux +électriser _en plus_, électriser _en moins_, dont les significations +répondent assez bien à celles qu'ils ont dans l'algèbre. + +L'analyse de la bouteille électrique à achevé de confirmer M. Franklin +dans l'opinion où il étoit dès auparavant que l'électricité dans cette +bouteille est attachée au verre précisément comme verre, & que les corps +non-électriques qu'on y ajoute ne servent que, comme l'armure d'une +pierre d'aimant, à unir les particules de la matière électrique +surabondante, & à les tenir rassemblées sur l'une des surfaces du verre, +étant toujours prêtes à s'échapper par le premier endroit où elles +trouveroient passage pour aller à l'autre. En conséquence de ces +découvertes; il a imaginé quantité d'autres expériences dont +l'enchaînement & le résultat sont la confirmation des premières & +l'apologie de son jugement. Néanmoins quelques justes que soient ses +idées, quoiqu'elles soient toutes appuyées sur des faits, l'auteur ne +les propose que comme des conjectures, & l'on verra que sa modestie est +égale à sa pénétration. Mais ce seroit s'écarter de la retenuë dont il +donne l'exemple, que de chercher à faire valoir son mérite par des +louanges dont il n'a pas besoin, & qui ne pourroient être que suspectes +de la part d'un traducteur. Il vaut mieux le laisser lire & s'en +rapporter au jugement du public. + +Le pays qu'abite M. Franklin est des plus favorables pour les +expériences électriques; autant les chaleurs y sont excessives en été, +autant le froid y est rigoureux en hyver; l'on passe subitement de l'un +à l'autre sans presque s'appercevoir ni de la douceur du printems, ni de +la température de l'automne. Le vent sud ou nord amène les deux saisons +opposées; mais dans l'une & dans l'autre on y jouit presque toujours du +plus beau ciel. Les nuages épais y dérobent rarement la vûe du soleil & +des étoiles: les pluyes n'y sont jamais de longue durée, & les +brouillards y sont presque inconnus. Ainsi la sécheresse du tems & la +froideur du vent du nord contribuent beaucoup à y rendre plus sensibles +la force & les effets de l'électricité. On en trouvera des preuves +incontestables dans plusieurs endroits cet ouvrage. Malgré la différence +de climat, je n'ai pas voulu publier cette traduction, sans avoir du +moins essayé de répéter les expériences qui y sont rapportées; après +avoir parfaitement réussi à faire celles que j'ai jugées les plus +intéressantes & les plus difficiles dans l'exécution, quelques-unes +m'ont paru mériter que j'en fisse hommage à l'Académie Royale des +Sciences. Je lui rendis compte le 22. Décembre 1751. de mon succès dans +les expériences du tableau magique & de la fusion des métaux; j'y fis +voir des lames de verre sur lesquelles on distinguoit aisément l'or, +l'argent, le cuivre & l'étain que l'électricité avoit par sa violence +incorporés dans la substance même du verre. J'avois employé pour me +procurer le puissant dégré d'électricité nécessaire, une bouteille de +verre blanc & mince tenant environ deux pintes dont j'avois fait +argenter extérieurement le fond jusqu'au milieu de sa hauteur, & j'y +avois mis à peu près quinze livres de menu plomb bien sec. Ces métaux +sont sur ces lames dans un état de vitrification, inattaquables à l'eau +forte & à l'eau régale, suivant les épreuves que j'en avois faites +auparavant d'après les assurances de M. Franklin. Enfin ces expériences +aussi bien que beaucoup d'autres, avoient si pleinement satisfait à mes +désirs, eu égard au tems, à la saison & au climat, qu'elles ne +laissoient nullement lieu de douter de la certitude de celles que je +n'avois pas encore tentées. + +Dès que la première édition de cette traduction fut achevée, j'en +envoyai un exemplaire à M. Franklin, ce qui me mit en correspondance +directe avec lui. Je lui fis part dans le tems, du succès de mon +expérience sur le tonnerre, & lui envoyai le mémoire que j'en avois +donné à l'Académie Royale des Sciences le 13. Mai 1752. tel qu'il est +dans le second volume de cet ouvrage; il en fut charmé & m'envoya avec +sa réponse, son premier supplément, dont je vérifiai pareillement les +expériences. Le second ne m'a été rendu que long-tems après. + +J'ai trouvé dans cette dernière brochure d'excellentes observations à +opposer aux critiques qui avoient paru contre mon auteur, & auxquelles +j'avois entrepris de répondre; c'est ce qui m'a engagé à resserrer ce +que j'avois écrit dans ce dessein, pour ne pas multiplier les êtres sans +nécessité. Je me suis contenté d'ajouter à la suite des principales +expériences critiquées quelques-unes des réponses dont j'avois eu +intention de faire un ouvrage séparé. Au lieu d'être mises en notes, +elles y sont distinguées par des guilmets, ce qui m'a semblé plus +commode pour les lecteurs. Les expériences contenuës dans ce second +supplément ne sont pas moins sûres que celles qui avoient été publiées +auparavant. Elles ont été répétées avec le même succès. Sans avoir égard +aux dates des lettres, je les ai arrangées tout différemment de ce +qu'elles étoient dans la première édition de cet ouvrage; j'en ai même +partagé quelques-unes en plusieurs fragmens que j'ai placés suivant +l'ordre des matières: c'est dans la même vûe que j'ai mis une suite +uniforme aux paragraphes. + +Enfin je n'ai rien négligé pour répandre dans cette seconde édition +toute la clarté qui a pû dépendre de mes soins. Ils se trouveront bien +récompensés, si les changemens que j'ai faits du consentement de Mr. +Franklin, sont approuvés du public. + +Au reste j'ai pensé que ceux qui n'ont pas fait une étude particulière +de l'électricité seroient bien-aises d'en connoître les progrès depuis +son origine jusqu'aux découvertes de M. Franklin. L'histoire qu'en a +faite M. de Secondat pour l'Académie de Bordeaux en 1748. me rendoit ce +travail facile; on verra que j'ai profité de cet excellent ouvrage; j'y +ai ajouté des choses ou qui n'étoient pas venuës alors à la connoissance +de M. de Secondat, ou qu'il avoit crû devoir négliger, & j'y ai joint +les découvertes qui ont été faites sur le même sujet depuis son histoire +jusqu'à présent. J'espère qu'en allant par cette voye à mon objet +principal, qui est de mettre les Lecteurs en état de mieux juger du +mérite de mon auteur, & de la valeur de son ouvrage, je ne leur +laisserai rien à désirer sur les faits principaux de l'électricité. + + + + +HISTOIRE ABRÉGÉE +DE +L'ÉLECTRICITÉ. + + +La première chose qui a fait reconnoître l'Électricité, est la vertu +d'attirer que l'on a remarquée en certains corps, après qu'ils ont été +frottés. Le premier de tous, dans lequel ont ait observé cette vertu, +c'est l'ambre jaune connu des anciens sous le nom d'_Electrum_; c'est de +ce nom que cette vertu a retenu celui d'Électricité, & l'on appelle +corps électriques ceux qui en sont pourvûs. Il seroit difficile & +peut-être impossible de déterminer le tems où l'on a observé pour la +première fois que l'ambre-jaune, après avoir été frotté, attire les +brins de paille dont on l'approche. Ce qu'en disent quelques-uns des +auteurs anciens qui en ont fait mention, comme Thalès de Milet, +Plutarque, Pline, &c. prouve que l'observation de ce phénomène est +très-ancienne, aussi ne se trouve-t-il guères de traités de Physique où +il n'en soit parlé; mais personne que l'on sçache ne s'étoit avisé de +faire sur ce sujet des recherches suivies avant Gilbert médecin Anglois +qui vivoit vers l'an 1600. après avoir recueilli sur l'aimant les +découvertes de ceux qui l'avoient précédé & avoir fait lui-même un grand +nombre d'observations nouvelles sur les propriétés de cette merveilleuse +pierre, il crut devoir considérer les propriétés de l'_Electrum_ qui +paroissent avoir du rapport à celles de l'aimant. Il avoit pû d'abord +regarder cette résine comme une espèce d'aimant dont la vertu a besoin +d'être excitée par le frottement. Quoi qu'il en soit, il parle de cette +vertu comme d'une chose que l'on connoissoit de tout tems. On avoit +aussi reconnu la même propriété dans le Jayet, mais cette remarque étoit +récente. Il s'agissoit de la chercher encore dans d'autres corps, c'est +à quoi il s'appliqua. L'ambre-jaune étoit mis alors au rang des choses +les plus précieuses; il servoit à l'ornement des autels & aux parures +inventées par le luxe. Le Jayet étoit aussi une matière fort estimée; +avant l'invention des glaces on l'employoit à faire des miroirs. + +Gilbert, qui avoit tant étudié toutes les propriétés de l'aimant, avoit +sans doute remarqué qu'il falloit une moindre force pour mettre en +mouvement une aiguille mince & légère posée en équilibre sur un pivot +bien poli, comme sont les aiguilles aimantées, que pour élever d'une +seule ligne un corps beaucoup plus léger. C'est pourquoi il se servit +habilement de ce moyen pour reconnoître l'électricité dans les +substances où elle est trop foible pour se manifester d'une autre +manière. «Faites, dit-il, une aiguille de quelque métal que ce soit, de +la longueur de deux ou trois pouces, légère & très-mobile sur un pivot, +à la manière des aiguilles aimantées: approchez d'une des extrémités de +cette aiguille de l'ambre jaune ou une pierre précieuse légèrement +frottée, luisante & polie, l'aiguille se tournera sur le champ.» Ce fut +vraisemblablement par ce moyen qu'il reconnut que non-seulement l'ambre +& le jayet ont cette propriété d'attirer, mais qu'elle est commune à la +plupart des pierres précieuses, comme le diamant, le saphir, le rubis, +l'opale, l'améthyste, l'aigue-marine; le cristal de roche: qu'on la +trouve aussi dans le verre, la bélemnite, le soufre, le mastic, la cire +d'Espagne, la résine, l'arsenic, le sel-gemme, le talc, l'alun de roche. +Toutes ces différentes matières, quoiqu'avec différens dégrés de force, +lui parurent attirer non-seulement les brins de paille, mais tous les +corps légers, comme le bois, les feuilles, les métaux en limaille ou en +feuille, les pierres, les terres, & même les liqueurs comme l'eau & +l'huile. + +La Physique est encore redevable à Gilbert de beaucoup d'autres +observations sur l'Électricité. C'est lui qui nous a appris qu'elle est +plus facilement excitée par un frottement léger & rapide que par un +frottement plus rude: que le tems le plus sec & le vent de nord le plus +froid sont les plus favorables pour l'Électricité: que l'humidité de +l'air & à plus forte raison le souffle des animaux l'affoiblissent & +même la détruisent en peu de tems: que l'eau produiroit le même effet, +si l'on moüilloit le corps électrique: qu'une toile mise entre ce corps +& celui qu'on veut attirer, empêche totalement l'attraction: qu'une +étoffe de soye placée de même ne l'empêche pas entièrement: que les +corps électriques n'attirent point la flamme d'une bougie, mais attirent +fortement la fumée de cette bougie éteinte. + +Pour expliquer les phénomènes de l'électricité, ceux de l'aimant, & ceux +de la pésanteur, Gilbert imagina des hypothèses ingénieuses, auxquelles +pourtant il se fioit moins qu'à ses expériences. L'attraction, suivant +son opinion, est causée par des écoulemens très-subtils; l'air est +l'écoulement électrique de la terre & l'instrument de la pésanteur. +C'est peut-être sur cette idée de Gilbert que le célèbre Otto de Guerike +s'avisa de faire des observations sur un globe de soufre qu'il excitoit +à l'électricité par un mouvement qui imitoit en quelque forte celui de +la terre. + +Otto de Guerike, dit l'ingénieux M. Dufay dans son premier mémoire sur +l'électricité, a imaginé de faire tourner sur son axe par le moyen d'une +manivelle, une boule de soufre grosse comme la tête d'un enfant. Cette +boule étant muë avec rapidité, si l'on applique la main dessus elle +devient électrique & attire les corps légers qui lui sont présentés; si +on la détache de la machine sur laquelle elle a dû être posée pour la +faire tourner & qu'on la tienne à la main par l'axe, non-seulement elle +attire une plume, mais elle la repousse ensuite, & ne l'attire plus de +nouveau que la plume n'ait touché quelqu'autre corps. Il remarque que la +plume ainsi chassée par le globe attire tout ce qu'elle rencontre, ou va +s'y appliquer, si elle ne peut pas l'attirer vers elle; mais que la +flamme d'une chandelle la chasse & la repousse vers le globe.... Si l'on +suspend un fil dessus du globe, ensorte qu'il ne le touche point, & +qu'on approche le doigt du bout inférieur de ce fil, on verra le fil +s'éloigner du doigt. Il a aussi remarqué que la vertu électrique du +globe se transmettoit par le moyen d'un fil jusqu'à la distance d'une +aune, & que lorsque le globe avoit été rendu électrique par la rotation +& par la main appliquée au-dessus, il conservoit sa vertu pendant +plusieurs heures. Tenant l'axe de ce globe dans une position verticale, +il promenoit une plume par toute la chambre; sans qu'elle s'appliquât au +globe.» Il remarqua aussi que le globe frotté dans l'obscurité répandoit +de la lumière. + +Otto de Guerike avoit pour contemporain & pour émule le fameux Boyle à +qui nous avons obligation d'un si grand nombre de belles découvertes. Ce +dernier chercha & trouva la vertu électrique dans un grand nombre de +corps où Gilbert ne l'avoit point cherchée, & dans quelques-uns de ceux +où il l'avoit cherchée inutilement. Pour éprouver si l'air avoit quelque +part à l'électricité, il suspendit dans une fiole au-dessus d'un corps +léger un morceau d'ambre-jaune excité à l'électricité; ayant ensuite +pompé l'air de la fiole, il laissa descendre l'ambre-jaune près du corps +léger, qui fut attiré. Il reconnut par-là que la vertu électrique une +fois excitée se conserve dans le vuide, & que son action ne dépend point +de l'air. + +M. Boyle avoit fait beaucoup de recherches sur les corps qui donnent de +la lumière dans l'obscurité, en particulier sur le ver luisant; y +ayant emprunté un diamant qu'on disoit avoir la propriété d'être +lumineux dans les ténèbres, il observa que ce diamant étant frotté dans +l'obscurité contre quelqu'étoffe que ce fût, devenoit en effet +non-seulement lumineux, mais encore électrique, comme l'avoit observé +Gilbert. Il reconnut bientôt les mêmes propriétés dans plusieurs autres. + +L'Électricité resta long-tems négligée après Boyle; mais les grandes +découvertes de Newton sur les propriétés de la lumière & sur le système +de l'attraction engagèrent vraisemblablement Hauksbée de la Société +Royale de Londres à faire des recherches sur les mêmes sujets & sur +l'électricité. Ayant inventé une machine pour faire tourner rapidement +un corps sous le récipient de la machine pneumatique, il s'en servit +pour faire frotter dans le vuide un morceau d'ambre jaune contre de la +laine. Ce frottement produisit une lumiére beaucoup plus vive que le +même frottement dans l'air; après l'opération l'ambre jaune, aussi bien +que la laine lui parurent un peu brûlés. + +On avoit sans doute remarqué que de tous les corps électriques, le verre +est un de ceux en qui le frottement excite une plus forte électricité. +Hauksbée s'avisa d'employer dans ses expériences un tube ou cylindre +creux de verre. En le frottant rapidement dans sa main, un papier +entre-deux, il le rendoit électrique, & faisoit par son moyen toutes les +expériences qu'Otto de Guerike avoit faites avant lui avec un globe de +soufre. Il observa de plus qu'un tube dont on a pompé l'air, ne +s'électrise que très-foiblement, & que si on y laisse rentrer l'air il +acquiert beaucoup d'électricité sans être frotté de nouveau. Quand on +frotte un tube dans l'obscurité, une lumière fuit la main qui frotte, & +si l'on approche de ce tube ainsi excité une autre main, ou quelqu'autre +corps, comme du métal, de l'yvoire, du bois, &c. il en sort une +étincelle accompagnée d'un bruit assez semblable au pétillement d'une +feüille verte jettée au feu, mais moins fort. Quand on frotte le tube +vuide d'air, la lumière est plus vive, mais toute dans son intérieur, & +l'on n'en peut tirer d'étincelle. + +Hauksbée imagina aussi de faire tourner sur son axe un globe creux de +verre par le moyen d'une rouë & d'une corde qui passe sur la +circonférence de cette rouë & sur une poulie fixée sur l'axe du globe. +Il excita l'électricité en frottant ce globe, mais il n'en tira pas de +plus grands effets que de son tube. L'électricité qui jusques-là ne +s'étoit manifestée que par le frottement, Hauksbée la découvrit dans une +substance qui n'avoit point été frottée; il remarqua que si on laisse +refroidir de la résine qui a été fondüe, & que, si, avant qu'elle soit +tout-à-fait refroidie, on en approche du cuivre en feüilles, elle +l'attire à la distance d'un pouce ou deux, sans aucun frottement +précédent. + +M. Gray continua avec succès les recherches électriques de Boyle & de +Hauksbée; ayant voulu éprouver s'il y avoit quelque différence dans +l'attraction du tube lorsqu'il étoit bouché par les deux bouts & +lorsqu'il ne l'étoit pas, il n'en apperçut aucune; mais comme il tenoit +une plume ou duvet au-dessus du bouchon de liége dont le bout supérieur +du tube étoit bouché, il remarqua que cette plume étoit attirée & +ensuite repoussée par le liége de la même manière qu'elle a coutume de +l'être par le tube. Cette observation le confirma dans une pensée qu'il +avoit euë autrefois, que, comme le tube frotté dans l'obscurité +communique de la lumière aux autres corps par l'attouchement, il pouvoit +bien aussi leur communiquer de l'électricité. Le liége effectivement +n'avoit cette vertu attractive que par communication du tube excité à +l'électricité. Il s'en assura encore d'une autre façon: ayant fixé au +bout d'un bâton de sapin d'environ quatre pouces de long une boule +d'yvoire d'un peu plus d'un pouce de diamètre, il enfonça l'autre bout +du bâton dans le bouchon de liége: ayant ensuite frotté le tube, il vit +avec plaisir que la boule attiroit & repoussoit le duvet avec plus de +force que n'avoit fait le liége. Il répéta cette expérience avec des +bâtons plus longs & enfin avec un de vingt-quatre pouces, & trouva +toujours les mêmes effets. + +Au lieu de bois M. Gray se servit dans la suite d'un fil de fer, puis +d'un fil de laiton, & eut encore le même succès; mais comme les +vibrations de ces fils de fer, & de laiton, causées par le frottement du +tube, étoient incommodes, surtout lorsque les fils étoient longs de deux +ou trois pieds, il imagina de suspendre la boule à l'extrémité d'une +ficelle nouée au tube par son autre extrémité; étant sur un balcon élevé +de trente-six pieds, il laissa pendre la boule ainsi attachée au tube +par le moyen d'une ficelle de cette longueur; le tube étant frotté, la +boule attira & repoussa du cuivre en feuilles qui étoit au-dessous +d'elle. + +M. Gray essaya ensuite de transmettre en ligne horizontale l'électricité +à de bien plus grandes distances; il y réussit d'abord en se servant +pour cela d'une ficelle soutenuë horizontalement à quelque distance de +terre sur des fils de soye, & transmit l'électricité à cent quarante +pieds; mais comme il vouloit pousser plus loin son expérience, les fils +de soye s'étant rompus, il leur substitua des fils-d'archal de la même +finesse; car il s'imaginoit que le succès de l'expérience dépendoit de +la finesse de ces fils, qu'il croyoit trop minces pour pouvoir +intercepter une partie sensible de la force électrique communiquée par +le tube à la ficelle & à la boule. Quand il vint à frotter le tube, +l'électricité ne fut point transmise à l'extrémité de la ficelle. Il +reconnut de là que le succès de la première expérience ne venoit pas de +la finesse des fils de soye, puisque les fils-d'archal de la seconde +étoient aussi minces, mais qu'il venoit de la nature même de la soye. +Instruit par ce contre-tems M. Gray vint depuis à bout de transmettre +l'électricité à une distance de sept cens pieds. + +Il découvrit encore que la communication de l'électricité pouvoit se +faire par la seule approche du tube, sans qu'il touchât le corps auquel +on vouloit la communiquer. Ayant suspendu horizontalement un enfant sur +des cordons de crin, en approchant de ses pieds le tube bien frotté, il +l'électrisa au point que son visage & ses mains attirèrent des feüilles +de cuivre. Il plaça cet enfant debout sur deux pains de résine d'environ +huit pouces de diamètre & deux pouces d'épaisseur, un sous chaque pied. +Ayant ensuite approché le tube bien frotté des cuisses de l'enfant, ses +mains attirèrent & repoussèrent alternativement des feüilles de cuivre +que l'on avoit mises au-dessous. + +Mr. Dufay de l'Académie Royale des Sciences, informé des découvertes de +M. Gray, se mit aussi à travailler sur l'électricité. Après un nombre +infini d'expériences dont on n'indiquera que les principales, il nous a +appris qu'il n'y a point de corps, à l'exception des métaux & des +animaux qui ne soit électrique. Les métaux & les animaux s'électrisent +fortement ou deviennent fortement électriques, lorsqu'étant soutenus sur +des cordons de soye ou de crin, sur des gâteaux de résine, sur du verre, +&c. on en approche le tube excité à l'électricité. On doit donc entendre +par corps électriques ceux qui le sont naturellement qui n'ont besoin +que d'être frottés pour en donner des preuves, & par corps +non-électriques ceux qui ne peuvent devenir électriques que par +communication, comme sont les métaux. + +En répétant avec un tube de verre & des feüilles d'or une expérience +d'Otto de Guerike, dans laquelle une petite plume avoit été attirée, +repoussée & soutenuë en l'air au-dessus du globe de soufre, M. Dufay +observa que la feüille d'or alla s'attacher à un morceau de gomme-copal +qu'il lui présentoit & y demeura. Cela lui fit soupçonner que +l'électricité de la gomme-copal étoit différente par sa nature de +l'électricité du verre, puisque l'une attiroit ce que l'autre +repoussoit. Cette observation le porta à faire plusieurs autres +expériences, d'où il crut pouvoir conclure qu'il y avoit en effet deux +sortes d'électricités. Il nomma l'une vitrée & l'autre résineuse; mais +les Physiciens n'ont pas admis cette distinction. On verra cependant +dans la suite de cet ouvrage qu'elle est bien fondée, & qu'un globe de +soufre détruit l'effet d'un globe de verre. + +M. Dufay répétant de même l'expérience de M. Gray, dans laquelle on +électrise un enfant suspendu sur des cordons de crin ou de soye, & +s'étant mis lui-même à la place de l'enfant; quelqu'un voulut ramasser +une feüille d'or qui s'étoit attachée à sa jambe; dans l'instant ils +sentirent l'un à la jambe & l'autre au doigt une douleur comme une +piqûre, & l'on entendit un pétillement semblable à celui du tube +lorsqu'on en approche le doigt. Cette douleur & ce pétillement sont +accompagnés d'une étincelle visible même en plein jour. + +Cette étincelle n'avoit été regardée jusques-là que comme la lumière de +certains phosphores qui ne brûlent point, tels que le bois pourri & les +vers luisans: mais la douleur fit penser à M. Dufay que l'électricité +étoit un véritable feu. On s'est appliqué depuis à en rendre les effets +plus sensibles. + +Les Physiciens d'Allemagne profitant de tout ce qui avoit été découvert +avant eux sur le sujet de l'électricité, imaginèrent de reprendre le +globe de verre, dont Hauksbée n'avoit pas tiré un meilleur parti que du +tube & qu'il avoit abandonné trop légèrement. Ce qui les y engagea fut +sans doute la réflexion que le verre étant plus électrique, un globe de +cette matière doit produire de plus grands effets que le globe de soufre +d'Otto de Guerike, & qu'étant susceptible d'une friction plus rapide & +plus long-tems continuée, l'usage de ce globe devoit être plus facile & +plus avantageux que celui du tube de Hauksbée. Ils employèrent des +globes & des rouës plus grandes & les disposèrent de la même manière que +la meule & la rouë dont se servent les Couteliers. Par ce moyen ils +réussirent d'abord à rendre beaucoup plus sensibles tous les phénomènes +de l'électricité déjà connus. Ils firent encore de très-belles +découvertes dont les Journaux d'Allemagne de 1745. ont rendu compte, & +dont on ne rapportera ici qu'une seule. + +Si, en faisant tourner & frotter le globe de verre, on en approche le +bout d'un grand tuyau de fer blanc, sans qu'il touche le globe, & qu'une +personne montée sur un gâteau de résine tienne d'une main ce tuyau par +l'autre extrémité, cette personne est électrisée, & acquiert après deux +ou trois révolutions du globe une puissance flammifique assez forte pour +allumer avec un de ses doigts, avec une canne ou avec une épée de +l'esprit de vin un peu échauffé. Le même effet s'ensuit lorsque la +personne électrisée tient dans sa main le vase qui contient la liqueur, +& la fait toucher par une autre personne est sur le plancher. Dès que le +doigt approche de la liqueur, il en sort une étincelle bruyante qui +enflamme l'esprit de vin. On peut de même enflammer de la poix, de la +résine, de la cire d'Espagne, du soufre & même de la poudre à canon, +pourvû que ces matières soient en fusion, & conséquemment échauffées. +Cette expérience réussit aussi quand on électrise avec le tube, mais les +étincelles sont foibles & l'effet n'en est pas si sûr qu'avec le globe. + +L'année 1746. est l'époque la plus marquée de l'Électricité. + +Ce fut au commencement de cette année que MM. Muschenbroek & Allaman +illustres citoyens de Leyde communiquèrent à l'Académie Royale des +Sciences de Paris l'expérience suivante que le hazard avoit fait trouver +à M. Cuneus, lorsqu'il s'amusoit à revoir chez lui les phénomènes +électriques qu'il avoit admirés chez M. Muschenbroek. Suspendez sur des +cordons de soye dans une situation horizontale une verge de fer ou un +canon de fusil dont un des bouts soit près du globe, pour en recevoir +l'électricité par communication: laissez pendre à son autre bout un +fil-d'archal ou de laiton; pendant qu'on électrise la verge de fer, +tenez d'une main un vase de verre rond & en partie plein d'eau dans +laquelle plonge le fil de métal suspendu: avec l'autre main essayez +d'exciter une étincelle à tel endroit que vous voudrez de la verge de +fer ou du fil de métal qui pend au bout & qui plonge dans l'eau du vase; +vous ressentirez une commotion très-forte & très-subite dans les deux +bras, dans la poitrine & dans tout le corps. Le coup est plus fort quand +le globe est plus gros, plus frotté, quand le vase qui contient l'eau +est plus large, quand la verge de fer qui conduit l'électricité, est +plus grande, ensorte qu'on pourroit blesser, peut-être même tuer +quelqu'un qui s'y exposeroit imprudemment. + +Le bruit de cette expérience se répandit bientôt dans tout le monde +sçavant: elle exerça l'industrie des Physiciens, & tout le monde voulut +être Physicien. Chacun la répéta, & fit tout son possible pour y +ajouter. On trouva bientôt le moyen d'en rendre l'appareil plus simple & +plus commode; au lieu de suspendre la verge de fer près du globe & à la +même hauteur, on la tient plus élevée, & on laisse pendre de son +extrémité voisine du globe une bande de métal bien mince ou un fil de +fer qui touche l'équateur du globe pendant qu'il tourne sur son axe & +qu'il est frotté. La verge s'électrise aussi promptement & aussi +fortement par cette méthode que par celle de M. Muschenbroek, & le globe +est plus en sureté. + +On se sert d'une bouteille de verre mince: on la remplit d'eau jusqu'au +collet, & on la bouche d'un bouchon de liége traversé d'un fil-d'archal, +qui y reste fixé de telle manière qu'une partie de ce fil-d'archal est +plongée dans l'eau de la bouteille, & une autre partie est au-dessus du +bouchon, courbée en crochet. Par ce moyen on peut suspendre la bouteille +à la verge de fer, en l'y accrochant, ou l'en séparer à volonté, quand +elle est chargée d'électricité.... On peut aussi l'électriser à la main, +sans la suspendre à la verge de fer, & même sans se servir de cette +verge. Il ne s'agit que d'en présenter le crochet ou auprès de la verge +ou auprès du globe dans le temps qu'il est en mouvement & qu'il est +frotté.... On peut de même décharger la bouteille électrisée sans le +secours de la verge de fer, en tenant la bouteille dans une main, & cela +de trois manières, par l'expérience de Leyde, par l'approche d'un corps +non-électrique, ou par l'opposition d'une pointe non-électrique. Dans le +premier cas il ne faut que tirer une étincelle du fil-d'archal avec +l'autre main: l'on reçoit la commotion, & la bouteille est déchargée à +l'instant; dans le second l'on approche le fil-d'archal d'un corps +non-électrique pour tirer l'étincelle; mais il faut avoir attention à ne +pas tenir ce corps de l'autre main, car on seroit frappé; dans le +troisième cas il ne s'agit que d'opposer à quelques pouces de distance +du crochet une pointe de métal, comme celle d'une aiguille, d'un +poinçon, &c. la bouteille se déchargera lentement & insensiblement sans +bruit, sans explosion & sans commotion. On voit dans les tems favorables +la pointe d'une aiguille tirer le feu électrique à plus de six pieds de +la bouteille, & cela s'apperçoit par une petite lumière qui paroît dans +l'obscurité à la pointe de l'aiguille. + +Quand la bouteille préparée, comme on vient de le dire, est bien +électrisée, on peut la transporter fort loin, ou la garder plusieurs +jours dans cet état, sans qu'elle perde beaucoup de sa force électrique; +il n'y a point d'autre précaution à prendre que de la déposer sur un +corps électrique, dans un endroit qui ne soit pas trop exposé à +l'humidité de l'air ou à la poussière. + +L'on a trouvé ensuite que dans l'expérience de Leyde, si au lieu d'une +seule personne, on forme un grand cercle ou une chaîne de plusieurs, en +quelque nombre que ce soit, qui se tiennent tous par la main: que le +premier de la chaîne soutienne par le fond la bouteille électrisée, & +que le dernier tire une étincelle du fil-d'archal, ils sentiront tous au +même instant la commotion dans les bras & dans la poitrine. Cette +expérience a été faite à Versailles devant le Roi sur deux cens quarante +personnes à la fois. Le même effet s'ensuivroit encore si les acteurs, +au lieu de se tenir par la main, étoient joints ensemble par des fils ou +des chaînes de métal, par l'eau tranquille d'un grand vase ou même d'un +bassin, dans laquelle ils auroient les mains plongées. + +L'on a de même découvert que la force de l'électricité est plus grande, +lorsque la verge de fer, que l'on nomme le _premier conducteur_, est +plus longue; que l'étenduë en superficie du premier conducteur contribuë +davantage à l'augmentation de cette force que son étenduë en solidité & +que la longueur est celle des trois dimensions qui lui est la plus +favorable. + +Il n'y a presque personne qui ne sçache que la propagation du son n'est +point aussi rapide que celle de la lumière. Si l'on voit tirer une pièce +de canon de quelques centaines de toises, on apperçoit la flamme sortir +de son embouchure long-tems avant d'en entendre le coup; en général plus +l'on est éloigné, plus on remarque de distance entre l'un & l'autre. Il +est cependant certain que dans ce cas la lumière & le son partent en +même tems; mais l'air qui nous en transmet les sensations est plus +facilement ébranlé par l'un que par l'autre; & l'on est venu à bout de +connoître cette différence. C'est dans la même vuë qu'un sçavant +Physicien[2] a voulu éprouver comment se fait la propagation de +l'électricité dans les corps à qui on la communique; si cette +propagation est instantanée du moins sensiblement, ou si elle se fait +dans un temps perceptible. + +[Note 2: M. le Monnier, médecin, à qui on est redevable de la plupart +des découvertes précédentes, _Hist. de l'Acad. R. des Scienc._ 1746.] + +»Pour s'en assurer, après quelques tentatives, dont le résultat ne lui +parut pas assez décisif, M. le Monnier disposa deux fils de fer +parallèles autour d'un grand clos; chacun d'eux avoit neuf cens +cinquante toises, & leurs quatre extrémités se trouvoient à un des +angles de ce clos, voisines les unes des autres; un homme prit un bout +de chacun de ces fils de chaque main; par ce moyen il se forma une +communication de l'un à l'autre, & ils ne firent plus qu'un seul corps +de 1900. toises de long, au milieu duquel étoit placé l'homme qui tenoit +les deux bouts des fils. + +»Par l'arrangement que nous venons de décrire, cet homme, quoique placé +au milieu de la longueur totale du corps à électriser, étoit très-voisin +des deux autres bouts, & pouvoit juger aisément s'il sentiroit la +commotion au moment qu'il verroit éclater l'étincelle: ce fut +effectivement ce qui arriva. M. le Monnier ayant pris d'une main le bout +d'un des fils de fer, approcha de celui de l'autre fil, le fil-d'archal +de la bouteille électrique qu'il tenoit de l'autre main; & dans le même +instant que parut l'étincelle, lui & l'homme placés au milieu de la +longueur des fils de fer, ressentirent la commotion, sans qu'il fût +jamais possible d'appercevoir le plus petit intervalle de tems entre +l'étincelle & le coup, quoiqu'il eût été facile de discerner jusqu'à un +quart de seconde s'il s'y étoit trouvé. + +Le même Physicien, pour acquérir une preuve encore plus complette de ce +phénomène, fit quelque tems après une autre expérience un peu +différente, dont le succès lui confirma celui de la précédente. Ayant +choisi un endroit commode dans une plaine des environs de Paris, il +l'entoura d'un fil de fer de quatre mille toises de longueur qui font +deux lieuës. Les deux extrémités de ce fil furent disposées à six ou +sept pieds de distance l'une de l'autre. Pendant que M. le Monnier +tenoit dans sa main l'un des bouts de ce fil de fer, un autre +observateur qui portoit la bouteille électrique approcha le fil-d'archal +de cette bouteille de l'autre bout du fil de fer. Dans le même instant +les deux observateurs ressentirent la commotion dans les bras dont ils +tenoient l'un le fil de fer & l'autre la bouteille. La commotion est +moins forte dans cette expérience qu'elle ne l'est dans la précédente, +parce que sa violence est partagée entre les deux observateurs; chacun +n'éprouve qu'environ la moitié de la commotion qu'il ressentiroit, si le +cercle de communication de l'un à l'autre étoit achevé; mais le résultat +n'en est pas moins sûr pour le but qu'on s'étoit proposé. L'expérience +fut répétée, & le même effet s'ensuivit toujours également, sans qu'on +pût trouver le moindre instant saisissable entre l'apparition de +l'étincelle & la sensation du choc. Ainsi l'électricité parcourut une +espace de deux lieuës dans un instant imperceptible. On ne remarqua pas +non plus la moindre différence de force entre la commotion qui se fit +sentir à l'un des observateurs & celle qui se fit sentir à l'autre, +quoiqu'ils ne se communiquassent que par le fil de fer de quatre mille +toises de longueur. + +Si ces expériences ne prouvent pas que la propagation de l'électricité +est instantanée, elles font voir du moins que les écoulemens de la +matière électrique se portent avec une rapidité inconcevable, & +apparemment égale à celle de la lumière le long des corps +non-électriques: elles servent de confirmation à la première découverte +de Boyle, que l'air n'y a point de part: & elles ajoutent beaucoup à +l'analogie que M. Hales[3] a trouvée entre les effets de l'électricité & +ceux du tonnerre. On verra bientôt ce que l'on doit penser de cette +analogie. + +[Note 3: Considérations sur la cause Physique des tremblemens de terre.] + +Il arrive souvent, lorsqu'on électrise la bouteille avec excès, ou qu'on +la soutient par le fond étant trop fortement électrisée, qu'elle se +décharge d'elle-même dans la main de celui qui la tient, sans qu'il +approche son autre main du fil de fer de cette bouteille, ni du premier +conducteur. Il sort alors une forte étincelle du fond de la bouteille, & +il se fait une puissante commotion. Il est arrivé à plusieurs de +recevoir de cette manière un choc si violent qu'ils en ont été +renversés, & qu'il leur en est resté dans toutes les parties du corps un +tremblement qui a duré trois ou quatre jours. Ils ont aussi ressenti +pendant long-tems l'impression que la violence de l'étincelle leur avoit +faite au doigt, & en ont porté long-tems temps une marque noire +semblable à celle d'une brûlure. + +Il arrive encore quelquefois qu'en chargeant la bouteille auprès du +globe, elle fait explosion & se casse; celui qui la tient reçoit dans +cet instant une violente commotion: après cette explosion la bouteille +se trouve percée au côté d'un trou exactement rond ordinairement sans +fêlure, dont on est averti par l'écoulement de l'eau qu'elle contenoit. +Il est aussi arrivé plus d'une fois que le globe lui-même a fait +explosion & s'est brisé en même tems que la bouteille; quelques-uns de +ses fragmens ont paru avoir été lancés avec autant de force que des +éclats de bombe. Il est plus sûr de ne charger la bouteille qu'auprès du +premier conducteur. + +Si un homme est si rudement frappé d'un coup d'électricité qu'il puisse +même en être renversé, & en ressentir les effets pendant plusieurs +jours, doit-on s'étonner que de petits animaux puissent en être tués? +Presque tous ceux qui ont répété l'expérience de Leyde, en ont fait +l'épreuve avec succès. + +La médecine à sçu plusieurs fois tirer parti des choses qui sembloient +les plus opposées à son but, & convertir en remèdes salutaires des +substances qui avoient de tout tems été reconnuës pour des poisons +dangereux; la philosophie à son exemple a essayé de faire servir à +l'utilité des hommes ce qui peut leur être nuisible ou qui paroît tout +au moins inutile pour la santé: elle a tenté d'appliquer à la guérison +des maladies, ce qui peut donner la mort. Quel but plus noble les +Sciences peuvent-elles se proposer? l'extrait d'une lettre de M. +Jallabert célèbre Professeur de Philosophie à Genève inséré dans le +Journal des Sçavans pour le mois de Mai 1748. fait foi du dessein, de +l'épreuve & du succès. + +»On m'amena, dit M. Jallabert, le 26. Décembre un nommé Nogués +paralytique du bras droit depuis près de quinze ans; outre la perte du +sentiment & du mouvement, le bras & l'avant-bras étoient extrêmement +maigres. Nous exposâmes d'abord, Mr. Guiot Chirurgien & moi à l'épreuve +de la commotion, la main paralytique attaché au vase; la violence du +coup porta principalement au haut de l'épaule. Je fis ensuite découvrir +le bras paralytique, & l'homme étant placé sur de la poix, & vivement +électrisé, je vis sortir des étincelles de divers endroits du bras; nous +aperçûmes d'abord que les muscles d'où elles partoient, étoient agités +de mouvemens convulsifs: bientôt après nous les vîmes mouvoir +successivement & en différens sens l'avant-bras, le carpe & les doigts, +suivant que nous tirions l'étincelle de tel ou tel muscle.» + +»Je me mis à la place du paralytique, & j'observai que les muscles & les +parties auxquelles ils aboutissent se mouvoient quand on en tiroit une +étincelle, sans qu'il fût en mon pouvoir de l'empêcher, & que suivant +que l'on tiroit une étincelle, par exemple, des muscles extenseurs ou +fléchisseurs du carpe ou des doigts, ils se baissoient ou s'élevoient en +sens opposés. Cette observation me donna quelqu'espérance pour le +paralytique, & après l'avoir souvent exposé aux étincelles électriques & +quelquefois à la commotion, je remarquai des changemens en bien, & le +10. Janvier le bras paralytique avoit beaucoup d'embonpoint, le malade +commençoit à étendre les doigts. Le 24. Janvier les mouvemens de +l'avant-bras & du bras se faisoient mieux, il approchoit la main de son +chapeau. Le 30. Janvier il avoit tiré son chapeau; l'avant-bras affecté +étoit aussi rempli de chair que l'avant bras sain, & le bras augmentoit +considérablement; le poignet pouvoit faire les différens mouvemens, lors +même que la main étoit chargée d'une bouteille tenant un pinte.» Une +lettre de Genève du 28. Février porte que le paralytique tiroit son +chapeau sans peine, qu'il manioit de gros marteaux, & qu'il comptoit +pouvoir forger en peu de jours. + +Il a été soutenu[4] en l'année 1751. dans l'Université de Prague en +Bohême, une Thèse de médecine sur l'utilité de l'électricité pour la +guérison des maladies. Quoique les expériences & les observations dont +cette thèse est remplie, n'ayent pas toutes le mérite de la nouveauté, +elles sont trop intéressantes par leur objet & par l'ordre dans lequel +elles sont rapportées, pour ne pas trouver place dans cette histoire. +Après avoir examiné les effets de l'électricité tant sur les corps +fluides, que sur les corps solides en général qui ont été exposés à son +action, & après avoir prouvé par des expériences suivies & comparées que +l'électricité augmente l'évaporation naturelle de la plupart des uns, & +la transpiration insensible des autres: après avoir expliqué comment & +pourquoi l'électricité accélère l'écoulement des liqueurs dans les +tuyaux capillaires dont elle rend les jets continus & divergens, & +qu'elle ne produit pas le même effet dans des tuyaux d'un plus grand +diamètre[5]: après avoir fait voir par une expérience déjà connuë que la +végétation des plantes est avancée par l'électricité: enfin après avoir +démontré par le résultat de quantité d'expériences combinées & répétées +de différentes manières en différens tems sur des corps animés de +différens genres, que l'électricité augmente la transpiration des +animaux en favorisant en eux le mouvement des fluides & l'action tonique +des solides, l'auteur de cette thèse pour rechercher les maladies +auxquelles l'_électrisation_ pourroit servir de remède, prend pour +exemple la paralysie dont il examine en détail les différens symptômes & +les différens effets. Après avoir cité l'opinion d'un fameux +Professeur[6] en médecine de Montpellier, qui prétend que le fluide +nerveux n'est autre chose que le fluide électrique. Il rapporte les +raisons qui appuyent cette conjecture & adopte son sentiment. Il ne +doute même pas que ce fluide qui parcourt les nerfs avec une vîtesse +incompréhensible, pour mettre les muscles en mouvement au premier ordre +de la volonté, n'ait la plus grande part à l'origine, à la vigueur & à +l'entretien de la chaleur naturelle. De là il passe aux diverses +méthodes de traiter les paralysies, & n'oublie pas celle d'y appliquer +l'électricité. Il en prouve l'efficacité par le traitement +circonstancié, par le changement en mieux & par la guérison parfaite de +quatre paralytiques, par le soulagement d'un rhumatisme très-douloureux, +par la résolution des nodus & le rétablissement des forces d'un gouteux +& d'un autre malade privés l'un & l'autre de l'usage de leurs membres. +Enfin il termine sa dissertation par les positions suivantes. + +[Note 4: Par M. J. Bohadsch.] + +[Note 5: Il est vraisemblable que cette différence ne vient que de ce +que les écoulemens de la matière électrique ne sont pas aussi abondans +que ceux des liqueurs dans de larges tuyaux. Si l'électricité étoit +assez forte & assez abondante, elle accéléreroit, diviseroit & rendroit +divergens les jets de toute sorte de tuyaux également.] + +[Note 6: M. de Sauvages.] + +I. _Electricitas in arte medicâ est adhibenda._ + +II. _Electricitas auget naturalem animalium transpirationem._ + +III. _Hæc acceleratio transpirationis in hominibus fit per vasa +capillaria exhalantia, & non per glandulas subcutaneas._ + +IV. _Fluidum nerveum fluidum electricum dici potest._ + +V. _Nervi sensorii à motoriis non sunt distincti._ + +VI. _Hemiplegiæ causa proxima est immeabilitas fluidi nervei per +nervos._ + +VII. _Hemiglegia præ reliquis_ _morbis electrisatione curanda._ + +VIII. _Etiam febris intermittens electrisatione debellari potest._ &c. +&c. + +Il a paru dans les nouvelles publiques des années 1753. & 1754. des +relations détaillées de diverses guérisons opérées par l'électricité sur +des sourds & des aveugles en différentes contrées de l'Europe. Malgré +les autorités dont elle étoient revêtuës, quoique quelques-unes de ces +guérisons m'ayent été attestées par un jeune médecin Suédois[7] qui +avoit apporté à Paris un excellent globe dans l'intention d'y faire des +miracles, elles n'ont point assez gagné ma confiance pour me paroître +mériter d'avoir place dans cette histoire. + +[Note 7: M. Lindulf.] + +La persuasion où l'on est que la matière électrique pénètre les corps +auxquels on la communique, de même que ceux qui la contiennent +naturellement, a encore donné occasion d'imaginer des moyens pour en +tirer de l'utilité. On a pensé que si elle pénètre les parties du corps +humain, auxquelles elle n'est par elle-même capable que de donner de +l'ébranlement, elle pourroit servir de véhicule à des remèdes que l'on +voudroit faire passer dans l'intérieur de ces parties. De quel avantage +ne seroit pas cette propriété, si elle se trouvoit avoir quelque +réalité? On trouvera dans la suite de cet ouvrage ce que l'on doit +attendre de cette idée. + +M. Bose célèbre Professeur de Physique à Wittemberg rapporte une +expérience qui a vainement occupé la plupart des Physiciens. Un enfant +ou un adulte placé sur un gâteau de résine touche de la main le globe ou +la poignée d'une épée actuellement électrisée par sa pointe auprès du +globe, il acquiert en peu de tems une si grande quantité de feu +électrique que d'abord ses pieds, ensuite ses jambes, ses genoux & enfin +tout son corps paroissent dans l'obscurité en être environnés de tous +côtés comme d'un nuage lumineux semblable à la gloire dont les peintres +entourent le portrait d'un saint. C'est pour cette raison que l'auteur a +nommé cette expérience la _Béatification_. Tous ceux qui l'ont tentée se +plaignent de ce que M. Bose n'en a pas donné un détail assez +circonstancié. Il avouë aussi lui-même qu'elle lui a souvent manqué. +L'on conçoit en effet qu'il faut un tems & des circonstances bien +favorables pour pouvoir accumuler sur un homme une assez grande quantité +de feu électrique pour l'environner depuis les pieds jusqu'à la tête +d'une atmosphère lumineuse & bien visible. + +Le même M. Bose avoit avancé dans son quatriéme commentaire sur +l'électricité qu'il désespéroit que l'on pût trouver une mesure exacte +des forces de l'électricité. L'on a reconnu que sa conjecture étoit +hazardée. Quand on n'auroit pas l'ingénieux instrument que MM. d'Arcy & +le Roy ont inventé & exécuté pour mesurer la force de l'électricité, +auquel ils ont pour cette raison donné le nom d'_Électromètre_,[8] on +trouveroit dans les expériences de M. Franklin de quoi y suppléer. Cet +auteur a donné (Lettre V. §. 55. & 56.) la description de deux fortes de +rouës électriques qui, quoiqu'elles n'ayent pas été imaginées à cette +intention, peuvent être regardées comme d'excellens Électromètres. Il +fait servir dans chacune de ces machines la seule vertu attractive de +l'électricité de deux manières différentes activement & passivement. Ces +deux effets se succèdant alternativement contribuënt également au +mouvement circulaire des rouës. Il seroit inutile d'en rapporter ici la +construction & le détail que l'on trouvera tome premier, pag. 172-183. +Il suffit de dire que ces rouës sont mises en mouvement par la seule +force de l'électricité, & qu'elles font chacune sur leur axe plus ou +moins de révolutions, à proportion que ces rouës ou les bouteilles sont +plus ou moins chargées d'électricité. Ainsi sans être, comme le dit M. +Bose _audaculus_ & [Grec: achômerutos], on pourra assurer que tel ou tel +degré de force électrique est double, triple, quadruple de tel ou tel +autre. Quel privilège lui paroissoit avoir l'électricité, pour être la +seule chose physique qui ne fût pas soumise à l'empire du calcul? + +[Note 8: Voyez Mém. de l'Acad. R. des Scienc. 1749. pag. 63.] + +Ainsi depuis l'expérience de M. Cuneus vulgairement appellée expérience +de Leyde, les connoissances sur l'électricité ont plus fait de progrès +qu'elles n'en avoient fait auparavant. Les Physiciens ont travaillé & +travaillent sans relâche à ajouter aux découvertes qui ont été faites +sur ce sujet. Les uns, sans songer que la matière n'est point encore +assez préparée, & qu'il n'y a pas encore assez de faits connus, font +tous leurs efforts pour pénétrer les mystères de l'électricité & pour en +expliquer la nature; d'autres s'appliquent à lui chercher de nouvelles +propriétés, & pour cela s'en tiennent modestement aux expériences, +d'autres enfin en proposant leurs conjectures, font voir des rapports +évidens entre les phénomènes les plus communs des météores & ceux de +l'électricité. + +M. Franklin, sans prétendre à la première de ces classes, occupe une +place de distinction dans les deux dernières avec les Physiciens qui se +sont le plus avancés dans cette carrière; mais il les laisse bien loin +derrière lui. Une seule des découvertes qu'il a faites dans cette +nouvelle terre, suffira pour donner une idée de la sagesse, de la +grandeur & de la finesse de ses vûes. Étant venu à bout de fondre, & +même de vitrifier les métaux d'un coup d'électricité, il compare ce +phénomène avec un effet tout semblable du tonnerre; c'est celui de +fondre l'argent dans une bourse & une lame d'épée dans le fourreau. +Conduit par cette observation & par une infinité d'autres rapprochées +avec sagacité, il découvre une analogie surprenante entre l'électricité +& la foudre: il fait voir par des raisons solides que le feu électrique +& le feu du ciel sont le même élément bien différent du feu commun, +quoiqu'il puisse le produire. Celui-ci ennemi de l'eau ne subsiste que +dans l'air libre, & n'agit que par sa chaleur; celui-là au contraire +s'unit à l'eau, se maintient dans le vuide, & opère sans chaleur. Il y a +beaucoup d'apparence que c'est le véritable feu élémentaire, dont le feu +commun n'est que l'image imparfaite. + +Convaincu lui-même par la force de ses preuves, sans pourtant en être +ébloüi, notre auteur développe en conséquence la nature & la formation +du plus redoutable des météores. Se rappellant ensuite le pouvoir +admirable qu'ont les pointes de tirer imperceptiblement le feu +électrique des corps où il se trouve dans un mouvement actuel, & +profitant adroitement de cet avantage, il va jusqu'à indiquer des moyens +par lesquels on pourroit dissiper le tonnerre, & par-là nous garantir de +ses funestes effets. + +En suivant les principes de M. Franklin que je me suis rendus propres, +en examinant ses observations que j'ai répétées & approfondies, en +déférant à ses conjectures auxquelles j'ai ajouté les miennes, en +joignant à ses probabilités celles que j'ai recueillies d'ailleurs, en +un mot en entrant dans toutes ses vuës, je me suis persuadé que la +matière du tonnerre devoit être la même que celle de l'électricité. Le +feu S. Elme & la lumière que l'on aperçoit sur des pointes métalliques à +l'approche des orages, celle entr'autres dont il est dit dans les +Commentaires de César, _eâdem nocte quintæ legionis pilorum cacumina suâ +sponte arserunt_, m'ont semblé être la même chose que l'aigrette que +montre une pointe dans les expériences électriques. Enfin mes réflexions +m'avoient tellement affermi dans cette opinion, que quand même le succès +n'eût pas répondu à mon attente, je n'aurois pû y renoncer. Il +s'agissoit d'en avoir une confirmation tirée de l'expérience; je ne fus +pas long-tems à l'attendre. + +Après avoir fait dresser en Avril 1752. l'appareil dont on trouvera la +description dans le second tome de cet ouvrage pag. 67. & suiv. Il +arriva le 10. Mai suivant un orage qui auroit pleinement satisfait à +tous mes désirs, si j'avois pû être témoin occulaire des observations +qui s'y firent en mon absence. Ceux à qui j'avois laissé le soin de mon +expérience avec les instructions nécessaires, virent l'électricité +naturelle & furent les premiers à recueillir le feu du ciel. La nouvelle +m'en fut apportée dès le soir même, & j'en rendis compte deux jours +après à l'Académie Royale des Sciences. La plupart des Membres de cette +célèbre Compagnie eurent la politesse de me faire compliment sur mon +mémoire & de m'assurer que jamais il n'en avoit paru aucun qui eût été +écouté avec autant d'attention ni aucune expérience dont le rapport eût +donné autant de satisfaction; elle prit dès-lors le nom du lieu de sa +naissance, & un Physicien des plus renommés vaincu par des observations +générales ne put s'empêcher de publier quelque tems après que +l'expérience de Marly-la-Ville, de même que celle de Leyde, feroit +époque dans l'histoire de l'électricité. + +Le bruit de cette découverte se répandit bientôt dans toute l'Europe & +même dans toute la terre. L'expérience fut répétée avec le même succès +dans tous endroits où elle fut tentée. On imagina des moyens fort +ingénieux pour dresser en l'air des pointes métalliques, & pour les +faire communiquer dans les appartemens sans rien perdre de la matière +dont elles se chargeroient; la petite sonnerie qu'on y ajoûta, est +l'expédient le plus simple & le plus sûr pour être averti en tous tems +de la présence de cette matière & de l'approche des nuages qui en +occasionnent l'apparition. Le carillon procure encore un autre avantage +plus important dont nous allons parler. + +Les précautions que j'avois prises pour me garantir de tout accident +fâcheux dans la première tentative de cet expérience, ne touchèrent pas +sans doute également tous ceux qui entreprirent de la répéter. Le +malheur d'un célèbre Professeur de Physique à Petersbourg montra en même +tems combien il est dangereux de les négliger, & combien en général nous +devons être redevables à ceux qui ont cherché à étendre nos +connoissances par les premiers essais des choses. + +Les relations de la mort de M. Richman qui furent mises dans les +nouvelles publiques de 1753. nous ont bien appris qu'il avoit été tué +d'un coup d'électricité naturelle; mais on ignore si le tonnerre est +réellement tombé sur son appareil électrique, ou s'il n'a été frappé que +par l'explosion de la matière dont sa barre de fer trop bien isolée se +trouva surchargée. L'exemple de ce qui est arrivé à plusieurs autres en +pareilles circonstances, me fait pancher vers ce dernier sentiment. Dans +l'un & l'autre cas; sans cesser de plaindre son malheur, je ne puis en +attribuer la cause qu'à son défaut d'attention & de précaution. S'il y +eût eu une décharge métallique à un ou deux pouces de l'appareil, elle +en auroit reçu la matière électrique surabondante, & n'y en auroit +laissé qu'autant qu'il en falloit pour faire les expériences +nécessaires, & jamais assez pour frapper à une distance de quatre +pouces, qui est celle où l'on dit que M. Richman a reçu le coup fatal. +Le carillon dont nous avons parlé ci-devant, eût été une décharge plus +que suffisante pour lui sauver la vie. + +Dans le tems que la Physique récompensoit si mal les soins d'un Sçavant +empressé à pénétrer ses secrets, je continuois à faire mes observations +tant sur l'électricité naturelle que sur l'artificielle. Je n'y étois +pas plus encouragé par mes premiers succès & par le commerce de Mr. +Franklin que par le vif intérêt qu'y prenoient plusieurs amis du premier +ordre qui travailloient souvent avec moi; l'un de ceux-ci m'avoit prié +de lui aider à former un cabinet électrique complet; je n'avois rien +épargné pour lui donner satisfaction. Le premier fruit qu'il en retira, +fut le succès de mon expérience du tonnerre artificiel sur une glace de +1200. pouces quarrés, dont il fut enchanté. + +Cette glace est des plus parfaites & des plus minces, bien polie, en +quarré long, étamée des deux côtés & affermie sur un fort cadre de bois. +Sur le teint de sa surface antérieure, j'ai tracé tout autour une +bordure d'environ trois pouces de largeur, & avec un cizeau de cuivre +j'en ai enlevé l'étain, en observant d'arrondir les angles & de ne point +laisser de bavures en pointes dans tout le circuit. En voilà toute la +préparation. + +L'expérience consiste à électriser cette glace ainsi préparée, en +laissant tomber une petite chaîne du premier conducteur sur le milieu de +sa surface antérieure. Si le tems est favorable & que l'on soit dans +l'obscurité, après douze ou quinze tours de rouë on apperçoit sur les +bords de l'étain quelques étincelles, qui augmentant peu à peu en nombre +& en force, représentent assez bien un ciel tout enflammé, tel que celui +qui précède les grands orages. En continuant & même en forçant +l'électrisation, tout cela se termine par une violente explosion qui +fait avec le plus brillant éclair un bruit aussi éclatant que celui du +plus fort coup de fouet. + +Après cette explosion, l'on trouve à l'endroit où elle s'est faite sur +la glace une trace blanchâtre plus ou moins apparente assez +ordinairement en zic-zac, qui traverse la bordure découverte depuis le +bord de l'étain jusqu'au cadre sous lequel elle va se perdre. En passant +le doigt ou l'ongle dessus on sent que la glace est dépolie & raboteuse +en cet endroit, ce qui prouve évidemment que la matière électrique +pénètre le verre sans le traverser. + +Si, immédiatement après l'explosion on approchoit le nez de l'endroit où +elle s'est faite, l'on y sentiroit une odeur de soufre très-frappante. +Cette odeur est si volatile qu'elle s'exhale en peu de tems, & il ne +faut que deux ou trois explosions pour en remplir toute la chambre, +quelque grande qu'elle puisse être. Il n'y a personne qui ne reconnoisse +à tous ces traits le plus redoutable des météores; c'est la raison pour +laquelle on a donné à cette expérience le nom de tonnerre artificiel. Il +est très-possible d'en tirer des effets aussi surprenans que ceux du +tonnerre naturel. + +C'est avec cette glace que j'ai percé d'un coup d'électricité jusqu'à +cent soixante feüilles de papier fin; elle m'a aussi servi à enflammer +la poudre à canon froide; mais je trouve plus commode l'usage des grands +vases de verre bien armés. + +Dans la première idée que M. Franklin s'étoit formée de la nature du +tonnerre, il avoit supposé que les nuages orageux étoient électrisés +positivement, & c'est sur cette hypothèse qu'il avoit établi sa première +Théorie; dès qu'il a reconnu que l'électricité des nuages est négative +bien plus souvent qu'elle n'est positive, il n'a pas hésité à changer +d'opinion; loin d'être plus attaché à sa nouvelle conjecture qu'il ne +l'avoit été à la première, il la donne pour ce qu'elle est & propose +lui-même les objections qui peuvent l'embarrasser. + +C'est avec la même franchise qu'il se rend aux découvertes d'autrui. On +lui apprend que l'électricité du soufre paroît d'une nature différente +de celle du verre; il se met sur le champ à répéter les expériences qui +peuvent constater le fait, & convaincu par lui-même de la vérité, il en +laisse toute la gloire à son émule. + +Avec le secours des grands vases multipliés, M. Franklin est parvenu à +aimanter des aiguilles, à en changer les pôles à volonté, & à démontrer +par ces merveilles que la vertu magnétique n'est qu'un effet +d'électricité. Peut-être la pierre d'aimant elle-même n'est-elle devenuë +aimant que par un pareil effet de l'électricité naturelle. Quoi qu'il en +soit, le magnétisme a été communiqué par les expériences faites à Paris, +de même qu'il l'avoit été par celles de Philadelphie. + +On s'attend bien que ces dernières découvertes feront reprendre la plume +aux critiques de M. Franklin. Pourquoi auroient-elles plus de privilége +que toutes les autres du même auteur? Dès que son premier ouvrage parut, +il fut vivement attaqué; & comme l'on trouvoit peu de prise sur le fond, +on n'épargna rien pour tourner en ridicule ceux qui en étoient les +partisans. Cette guerre littéraire n'est point encore éteinte, & +vraisemblablement ne finira pas sitôt, puisque le plus ardent de nos +adversaires abandonnant sa première attaque est forcé de revenir sur ses +pas, de changer de batterie & de recommencer sur nouveaux frais. Il n'en +est encore qu'à l'examen des étincelles électriques. S'il suit l'ordre +des expériences, quand il arrivera à ces dernières, elles ne seront plus +nouvelles que pour lui. + + + + +PRÉFACE +DE +L'ÉDITEUR ANGLOIS. + + +_Il est à propos d'avertir le Lecteur que les observations & les +expériences suivantes n'ont pas été faites dans le dessein d'être +données au public. Elles avoient été communiquées en divers tems à +quelques amis particuliers, & n'étoient destinées qu'à leur servir +d'amusement, la plupart même se trouvent dans des lettres écrites sur +différens sujets._ + +_Mais ayant été luës à quelques personnes fort versées dans les +recherches électriques, toutes ont jugé qu'elles contenoient tant de +particuliarités curieuses & intéressantes, relativement à la matière en +question, que ce seroit faire une espèce d'injustice au public, de les +renfermer dans les bornes d'un petit cercle d'amis._ + +_C'est pourquoi l'Éditeur avoit pris sur lui de faire imprimer ces +extraits de lettres & autres pièces détachées dans l'état qu'elles lui +étoient tombées entre les mains, sans avoir demandé à l'ingénieux auteur +la permission d'en user de la sorte. Il avoit fait cette démarche avec +d'autant moins de scrupule, qu'il appréhendoit que les engagemens de +l'auteur dans d'autres affaires plus importantes ne lui laissassent pas +le loisir de donner au public ses réflexions, & ses expériences sur +l'électricité retouchées avec ce soin & cette précision dont il n'est +pas moins jaloux que capable, comme il est facile de s'en convaincre par +le traité que nous avons sous les yeux._ + +_On ne l'instruisit de la liberté qu'on avoit prise, que lorsque les +premières feüilles étoient sous la presse, & il n'eut que le tems +d'envoyer quelques nouvelles remarques avec un petit nombre de +corrections & d'augmentations, qui ont été placées à la fin de +l'ouvrage, & que l'on peut consulter dans l'occasion._ + +_Ces expériences sont presque toutes en propre à notre auteur; il les a +conduites avec jugement, & les conséquences qu'il en déduit sont +évidentes, & décisives, quoique proposées quelquefois sous les termes +modestes d'hypothèses, & de conjectures._ + +_En effet la scène qu'il ouvre à nos regards, nous surprend +agréablement, tandis qu'il nous mène par un enchaînement de faits, & de +réfléxions judicieuses à une cause probable des phénomènes les plus +terribles & qui ont été expliqués jusqu'ici avec le moins de +vraisemblance._ + +_Il nous découvre une matière invisible, subtile, répanduë dans toute la +nature en différentes proportions, qui avoit échappé à nos observations, +& qui est incapable de nuire lorsque tous les corps auxquels elle est +adhérente, en sont également chargés. Il prouve néanmoins que si par +quelque moyen que ce soit, il s'en fait une distribution inégale, s'il y +a accumulation sur une partie de l'espace, & qu'il y ait sur l'autre une +moindre proportion, un vuide, un épuisement, à l'approche immédiate d'un +corps capable de conduire la partie accumulée à l'espace altéré, cette +matière devient peut-être l'agent le plus formidable, & le plus +irrésistible qui soit dans l'univers. Les animaux en sont subitement +frappés à mort: les corps impénétrables à la plus grande force que nous +connoissions, en sont criblés, & les métaux fondus en un instant._ + +_Les effets analogues de la foudre & de l'électricité ont conduit notre +auteur à avancer quelques conjectures fort vraisemblables sur la cause +du tonnerre, & à proposer en même tems quelques expériences raisonnées +pour nous préserver de ses effets pernicieux & garantir les choses qui +sont le plus exposées à en ressentir les atteintes: circonstance +assurément très-importante pour le public & digne par conséquent de la +plus sérieuse attention._ + +_Il étoit passé en mode depuis quelque tems d'attribuer à l'électricité +toutes les grandes & extraordinaires opérations de la nature; telles que +la foudre & les tremblemens de terre; ce n'est pas (comme on pourroit se +l'imaginer par la manière dont on raisonne sur ces événemens) que les +auteurs de ces systèmes eussent découvert quelque connéxion entre la +cause & l'effet, ou donné la raison de leur dépendance réciproque, mais +seulement (à ce qu'il paroit) parce qu'ils ne connoissoient aucun autre +agent dont la liaison avec les effets ne pût être positivement démontrée +impossible._ + +_Mais le lecteur sera pleinement satisfait sur ces circonstances, & sur +plusieurs autres non moins intéressantes, par la lecture des lettres qui +suivent, & auxquelles l'Éditeur n'hésite point de le renvoyer avec +confiance._ + + + + +APPROBATION. + +J'ai lû par l'ordre de Monseigneur le Chancelier, un Ouvrage intitulé: +_Expériences & Observations sur l'Électricité faites à Philadelphie en +Amérique par M. Benjamin Franklin, &c. traduites de l'Anglois par M. +D'Alibard; deuxiéme édition, &c._ & je n'y ai rien trouvé qui m'ait paru +devoir en empêcher l'impression. À Paris ce 30. + +Mai 1755. PICQUET. + + + + +PRIVILÉGE DU ROI. + +Louis, par la grace de Dieu, Roi de France & de Navarre: À nos amés & +féaux Conseillers les gens tenans nos Cours de Parlement, Maîtres des +Requêtes ordinaires de notre Hôtel, Grand Conseil, Prevôt de Paris, +Baillifs, Sénéchaux, leurs Lieutenans Civils & autres nos Justiciers +qu'il appartiendra, SALUT. Notre amé _le Sieur D'Alibard_, Nous a fait +exposer qu'il desireroit faire imprimer & donner au Public un Livre qui +a pour titre _Expériences & Observations sur l'Électricité faites à +Philadelphie en Amérique par M. Benjamin Franklin de Philadelphie & +communiquées dans plusieurs Lettres à M. Collinson à Londres_, s'il nous +plaisoit lui accorder nos Lettres de Privilége pour ce nécessaires. À +CES CAUSES, voulant favorablement traiter l'Exposant; Nous lui avons +permis & permettons par ces Présentes, de faire imprimer ledit Livre en +un ou plusieurs volumes, & autant de fois que bon lui semblera, & de le +vendre, faire vendre & débiter partout notre Royaume pendant le tems _de +six années consécutives_, à compter du jour de la date des Présentes: +Faisons défenses à toutes personnes de quelque qualité & condition +qu'elles soient, d'en introduire d'impression étrangere dans aucun lieu +de notre obéissance: Comme aussi à tous Libraires & Imprimeurs +d'imprimer ou faire imprimer, vendre, faire vendre, débiter, ni +contrefaire ledit Livre, ni d'en faire aucun extrait sous quelque +prétexte que ce soit d'augmentation, correction, changement ou autres, +sans la permission expresse & par écrit dudit Exposant, ou de ceux qui +auront droit de lui, à peine de confiscation des exemplaires +contrefaits, de trois mille livres d'amende contre chacun des +contrevenans, dont un tiers à Nous, un tiers à l'Hôtel-Dieu de Paris, & +l'autre tiers audit Exposant, ou à celui qui aura droit de lui, & de +tous dépens, dommages & interêts; à la charge que ces Présentes seront +enregistrées tout au long sur le registre de la Communauté des Libraires +& Imprimeurs de Paris dans trois mois de la date d'icelles; que +l'impression dudit Livre sera faite dans notre Royaume, & non ailleurs, +en bon papier & beaux caractéres, conformément à la feüille imprimée, +attachée pour modéle sous le contre-scel des présentes; que l'impétrant +se conformera en tout aux réglemens de la Librairie, & notamment à celui +du 10. Avril 1725; qu'avant de l'exposer en vente, l'imprimé qui aura +servi de copie à l'impression dudit Livre, sera remis dans le même état +où l'approbation y aura été donnée, ès mains de notre très-cher & féal +Chevalier Chancelier de France le Sr. de Lamoignon, & qu'il en sera +ensuite remis deux exemplaires dans notre bibliothéque publique, un dans +celle de notre Château du Louvre, un dans celle de notredit très-cher & +féal Chevalier Chancelier de France le sieur de Lamoignon, & un dans +celle de notre très-cher & féal Chevalier Garde des Sceaux de France le +sieur de Machault Commandeur de nos Ordres, le tout à peine de nullité +des présentes; du contenu desquelles, vous mandons & enjoignons de faire +jouir ledit Exposant & ses ayans causes pleinement & paisiblement, sans +souffrir qu'il leur soit fait aucun trouble ou empêchement. Voulons que +la copie des présentes qui sera imprimée tout au long ou au commencement +ou à la fin dudit Livre, soit tenuë pour dûement signifiée; & qu'aux +copies collationnées par l'un de nos amés & féaux Conseillers & +Secrétaires, foi soit ajoutée comme à l'original: Commandons au premier +notre Huissier ou Sergent sur ce requis, de faire pour l'exécution +d'icelles, tous actes requis & nécessaires, sans demander autre +permission, & nonobstant clameur de Haro, charte Normande & lettres à ce +contraires. Car tel est notre plaisir. Donné à Versailles le huitiéme +jour du mois d'Octobre, l'an de grace mil sept cens cinquante-un, & de +notre regne le trente-septiéme. Par le Roi en son Conseil. _Signé_ +SAISON. + +_Registré sur le Registre douze de la Chambre Royale des Libraires & +Imprimeurs de Paris, Nº. 688. fol. 547. conformément au Réglement de +1723. qui fait défense, art. 4. à toutes personnes de quelque qualité +qu'elles soient, autres que les Libraires & Imprimeurs, de vendre, +débiter & faire afficher aucuns Livres, pour en vendre en leurs noms, +soit qu'ils s'en disent les Auteurs ou autrement, & à la charge de +fournir à la susdite Chambre, huit exemplaires prescrits par l'article +08. du même Réglement. À Paris, ce 24. Décembre 1751._ LE GRAS, Syndic. + + + + +LETTRES +SUR L'ÉLECTRICITÉ +DE +M. BENJ. FRANKLIN +_de Philadelphie en Amérique_, + +À + +M. P. COLLINSON +_de la Société Royale de Londres_. + + + + +LETTRE I. + + +_29, Juillet 1750_. + +MONSIEUR, + +Comme vous nous avez engagés dans les Expériences électriques, en +envoyant à notre Société Littéraire un Tube avec les instructions +nécessaires pour s'en servir; & comme notre respectable Fondateur nous a +mis en état de porter ces Expériences à une plus grande perfection par +le magnifique présent qu'il nous a fait d'un Laboratoire électrique +complet, il est convenable que vous soyez l'un & l'autre informés de +tems en tems des progrès que nous faisons à cet égard. Ce fut dans cette +intention que j'écrivis, & que je vous envoyais mes premières réfléxions +sur ce sujet, desirant, puisque je n'ai point l'honneur d'être en +correspondance directe avec ce généreux Bienfaiteur de notre Société +littéraire, qu'elles pûssent lui être communiquées par votre entremise. +C'est dans cette même vûë que j'écris encore, & que je vous envoye ces +nouvelles observations. Si vous n'y trouvez rien d'intéressant (ce qui +est très-possible, attendu la multitude de sçavans en Europe qui sont +continuellement occupés aux mêmes recherches) elles vous prouveront du +moins que nous n'avons pas négligé les instrumens qui nous ont été mis +entre les mains, & que, s'ils ne nous ont pas servi à faire des +découvertes intéressantes, quelle qu'en puisse être la cause, ce n'est +pas manque de zêle ni d'application. + +Je suis, &c. B. FRANKLIN. + + +OPINIONS +ET +CONJECTURES + +_Sur les propriétés & sur les effets de la matière électrique qui +résultent des Expériences & observations faites à Philadelphie. 1749._ + +§. 1. La matière électrique est composée de particules extrèmement +subtiles, puisqu'elle peut traverser la matière commune, même les métaux +les plus denses, avec tant de facilité & de liberté qu'elle n'éprouve +aucune résistance sensible. + +2. Si quelqu'un doutoit que la matière électrique passât à travers la +substance des corps, mais seulement sur & le long de leur surface, +l'expérience de Leyde faite avec un grand vase de verre électrisé, dont +le coup seroit tiré à travers son propre corps suffiroit probablement +pour le convaincre. + +3. La matière électrique diffère de la matière commune en ce que les +parties de celle-ci s'attirent mutuellement, & que les parties de la +première se repoussent mutuellement; de-là vient la divergence apparante +dans un courant d'écoulemens électriques. + +4. Mais quoique les particules de matière électrique se repoussent l'une +l'autre, elles sont fortement attirées par toute autre matière[9]: ceci +doit s'entendre de celle qui en est susceptible. + +[Note 9: Voyez les ingénieux essais sur l'Électricité par M. Ellicot +dans les Transact. Phil.] + +5. De ces trois choses, sçavoir l'extrême subtilité de la matière +électrique, la mutuelle répulsion de ses parties, & la forte attraction +entr'elles & une autre matière, il en résulte cet effet, que quand une +quantité de matière électrique est appliquée à une masse de matière +commune d'une grosseur & d'une longueur sensibles, qui n'a pas déjà +acquis sa quantité, elle se répand aussitôt également dans la totalité. + +6. Ainsi la matière commune est une espèce d'éponge pour le fluide +électrique; une éponge ne recevroit pas l'eau, si les parties de l'eau +n'étoient plus petites que les pores de l'éponge: elle ne la recevroit +que bien lentement, s'il n'y avoit pas une attraction mutuelle entre ses +parties & celles de l'éponge: celle-ci s'en imbiberoit plus promptement, +si l'attraction réciproque entre les parties de l'eau n'y mettoit pas un +obstacle, puisqu'il doit y avoir quelque force employée pour les +séparer: enfin l'imbibition seroit très-rapide, si au lieu d'attraction +il y avoit entre les parties de l'eau une répulsion mutuelle qui +concourût avec l'attraction de l'éponge. C'est précisément là le cas où +se trouvent la matière électrique & la matière commune. + +7. Mais dans la matière commune il y a (généralement parlant) autant de +matière électrique qu'elle peut en contenir dans sa substance. Si l'on +en ajoûte davantage, le surplus reste sur la surface, & forme ce que +nous appellons une Atmosphère électrique, & l'on dit alors que le corps +est électrisé. + +8. On suppose que toute sorte de matière commune n'attire pas ni ne +retient pas la matière électrique avec une égale force & une égale +activité pour les raisons que nous donnerons dans la suite, & que les +corps appellés originairement électriques, comme le verre, &c. +l'attirent & la retiennent plus fortement, & en contiennent la plus +grande quantité. + +9. Nous sçavons que le fluide électrique est dans la matière commune, +parce que nous pouvons le pomper & l'en faire sortir par le moyen du +globe ou du tube: nous sçavons que la matière commune en a à peu près +autant qu'elle en peut contenir, parce que, quand nous en ajoûtons un +peu plus à une portion quelconque, cette quantité ajoûtée n'y entre +point, mais forme une atmosphère électrique: & nous sçavons que la +matière commune n'en a pas (généralement parlant) plus qu'elle n'en peut +contenir; autrement toutes ses parties détachées se repousseroient l'une +l'autre, comme elles font constamment, lorsqu'elles ont des atmosphères +électriques. + +10. Nous ne sommes pas encore instruits des usages avantageux attachés à +ce fluide électrique dans la création, quoique nous ne puissions douter +qu'il n'y en ait, & même de très-considérables; mais nous pouvons +apercevoir quelques pernicieuses conséquences, qui résulteroient d'une +plus grande proportion de ce fluide; car si ce globe où nous vivons, en +avoit autant à proportion que nous en pouvons donner à un globe de fer, +de bois, ou autre chose semblable, les particules de poussière, ou +d'autre matière légère, qui en sont détachées, non-seulement se +repousseroient l'une l'autre par la vertu de leurs atmosphères +électriques séparées, mais encore seroient repoussées de la terre & +seroient difficilement amenées à s'y réunir. Dès-là notre air seroit +continuellement & de plus en plus embarrassé de matières étrangéres, & +cesseroit d'être propre pour la respiration. Cette réfléxion nous +présente une nouvelle occasion d'adorer cette souveraine Sagesse qui a +fait toutes choses avec poids & mesure. + +11. Si l'on suppose une portion de matière commune entièrement dépourvûë +de matière électrique, & que l'on en approche une simple particule de +cette dernière, elle sera attirée, entrera dans le corps, & prendra +place dans le centre, ou à l'endroit dans lequel l'attraction est égale +de toutes parts; s'il y entre un plus grand nombre de particules +électriques, elles prennent leur place dans l'endroit où la balance est +égale entre l'attraction de la matière commune & leur propre répulsion +mutuelle. On suppose que ces particules forment des triangles dont les +côtés se raccourcissent à proportion que leur nombre augmente, jusqu'à +ce que la matière commune en ait tant attiré que tout son pouvoir de +comprimer les triangles par l'attraction, soit égal à tout leur pouvoir +de s'étendre elles-mêmes par la répulsion, & alors cette portion de +matière n'en recevra plus. + +12. Lorsqu'une partie de cette quantité naturelle de fluide électrique +est chassée d'une portion de matière commune, on suppose que les +triangles formés par le reste s'élargissent par la répulsion mutuelle +des parties jusqu'à ce qu'ils occupent cette portion en entier. + +13. Lorsque la quantité de fluide électrique qui a été enlevée à une +portion de matière commune, lui est renduë, elle y entre, les triangles +dilatés étant comprimés de nouveau, jusqu'à ce qu'il y ait place pour la +totalité. + +14. Pour expliquer ceci, prenez deux pommes ou deux boules de bois, ou +d'autre matière, chacune ayant sa quantité naturelle de fluide +électrique; suspendez-les au plat-fond par des fils de soye: appliquez +le fil d'archal d'une bouteille bien chargée que vous tiendrez à la +main, à l'une de ces boules A. (Fig. 1.) & elle recevra du fil d'archal +une quantité de fluide électrique, mais elle ne s'en imbibera point, en +étant déjà pleine. C'est pourquoi le fluide volera autour de sa surface, +& y formera une atmosphère électrique. Amenez A en contact avec B, & +elle lui communiquera la moitié du fluide électrique qu'elle a reçû; de +sorte que toutes deux auront une atmosphère électrique, & par conséquent +se repousseront l'une l'autre: supprimez ces atmosphères en touchant les +boules, & laissez-les dans leur état naturel, alors ayant attaché un +bâton de cire d'Espagne au milieu de la bouteille pour lui servir de +manche, appliquez-en le fil d'archal à A, & qu'en même-tems les parois +de cette bouteille touchent B; de cette sorte une quantité de fluide +électrique sera chassée de B, & poussée sur A, ainsi A aura un excès de +ce fluide électrique qui forme une atmosphère autour de lui, & B sera +privé éxactement de cette même quantité: maintenant ramenez les boules +en contact, & l'atmosphère électrique ne sera pas divisée entre A & B +dans deux plus petites atmosphères comme ci-devant, car B absorbera +toute l'atmosphère de A, & les deux boules se retrouveront dans leur +état naturel. + +15. La forme de l'atmosphère électrique est celle du corps qu'elle +environne. Cette forme peut être renduë visible dans un air calme, en +excitant une fumée de résine séche, que l'on versera dans une cuillier à +caffé sous le corps électrisé; elle sera attirée & s'étendra d'elle-même +également sur tous les côtés, couvrant & cachant le corps. Elle prend +cette forme, parce qu'elle est attirée de tous les côtés de la surface +du corps, quoiqu'elle ne puisse entrer dans sa substance qui est déjà +remplie; sans cette attraction, elle ne demeureroit pas autour du corps, +mais elle se dissiperoit en l'air. + +16. L'atmosphère des particules électriques qui environnent une sphère +électrisée, n'est pas plus disposée à l'abandonner, ni plus aisément +tirée d'un côté de la sphère que de l'autre, parce qu'elle est également +attirée de toutes parts. Mais ce cas n'est pas le même pour les corps +d'une autre figure. Dans un cube elle est plus facilement tirée des +angles que des surfaces planes, & ainsi des angles d'un corps de toute +autre figure, & toujours plus facilement de l'angle le plus aigu. Si +donc un corps figuré comme A B C D E dans la Fig. 2. est électrisé, ou à +une atmosphère qui lui soit communiquée; & si nous considérons chaque +côté comme une base sur laquelle les particules électriques reposent, & +par laquelle elles sont attirées, on peut voir en imaginant une ligne de +A en F, & une autre de F en G, que la portion d'atmosphère enfermée dans +F A E G, a la ligne A E pour base. De même la portion d'atmosphère +enfermée dans H A B I, a la ligne A B pour base, & pareillement la +portion enfermée dans K B C L, a B C pour appui, & de même sur l'autre +côté de la figure. Maintenant si vous tirez cette atmosphère avec +quelque corps poli & émoussé, & que vous l'approchiez du milieu du côté +A B, il faut venir fort près avant que la force de votre attracteur +excède la force ou le pouvoir, avec lequel ce côté maintient son +atmosphère: mais il y a une petite portion entre I B K, qui a moins de +surface pour s'y appuyer & en être attirée que les portions voisines, +tandis qu'il y a d'ailleurs une répulsion mutuelle entre ses particules +& les particules de ces portions; vous pouvez donc venir à bout de la +tirer avec plus de facilité, & à une plus grande distance. Entre F A H, +il y a une plus grande portion qui a encore une moindre surface pour s'y +appuyer & pour en être attirée; c'est pourquoi vous pouvez toujours +l'enlever plus facilement. Mais la plus grande facilité se rencontre +entre L C M, où la quantité est la plus abondante, & où la surface pour +l'attirer & la retenir est la plus petite. Lorsque vous avez enlevé une +de ces portions angulaires du fluide, une autre prend sa place, par un +effet de la fluidité naturelle & de la répulsion mutuelle dont nous +avons parlé ci devant; & ainsi l'atmosphère continuë de couler vers cet +angle comme un courant, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus. Les extrémités +de ces portions d'atmosphère sur ces parties angulaires sont +pareillement à une plus grande distance du corps électrisé, comme on le +peut voir, en jettant les yeux sur la figure. La pointe de l'atmosphère +de l'angle C étant beaucoup plus loin de C qu'aucune partie de +l'atmosphère sur les lignes C B, ou B A; & outre la distance qui résulte +de la nature de la figure, là où l'attraction est moindre, les +particules doivent naturellement s'étendre à une plus grande distance +par leur mutuelle répulsion. + +Sur ces principes fondamentaux nous supposons que les corps électrisés +déchargent leur atmosphère sur les corps non électrisés avec plus de +facilité & à une plus grande distance de leurs angles & de leurs pointes +que de leurs côtés unis. Les pointes la déchargent aussi dans l'air, +lorsque le corps a une trop grande atmosphère électrique, sans qu'il +soit besoin d'approcher quelque corps non-électrique, pour recevoir ce +qui est chassé; car l'air, quoiqu'originairement électrique, a toujours +plus ou moins d'eau, ou d'autres matières non-électriques mêlées avec +lui, lesquelles attirent & reçoivent ce qui est ainsi déchargé. + +17. Mais les pointes ont la propriété de _tirer_, aussi bien que de +_pousser_ le fluide électrique à de plus grandes distances que ne le +peuvent faire les corps émoussés; c'est-à-dire, que comme la partie +pointuë d'un corps électrisé déchargera l'atmosphère de ce corps, ou la +communiquera plus loin à un autre corps, de même la pointe d'un corps +non électrisé tirera l'atmosphère électrique d'un corps électrisé de +beaucoup-plus loin qu'une partie plus émoussée du même corps +non-électrisé ne le pourroit faire. Ainsi une épingle tenuë par la tête, +& présentée par la pointe à un corps électrisé, tirera son atmosphère à +un pied de distance; mais si la tête étoit présentée au lieu de la +pointe, le même effet n'en résulteroit pas. Pour concevoir ceci, nous +pouvons considérer que, si une personne debout sur le plancher, tiroit +l'atmosphère électrique d'un corps électrisé, une pince de fer & une +aiguille à tricoter émoussée tenuës alternativement dans la main, & +présentées à cette intention ne l'attireroient pas avec des forces +différentes, à proportion de leurs différentes masses. Car l'homme, & ce +qu'il tient dans la main, soit grand, soit petit, sont unis avec la +masse commune de la matière non-électrisée; & la force avec laquelle il +tire, est la même dans les deux cas, puisqu'elle consiste dans la +différente proportion d'électricité dans le corps électrisé & dans cette +masse commune. Mais la force avec laquelle le corps électrisé retient +son atmosphère en l'attirant, est proportionnée à la surface sur +laquelle les particules sont placées. Par éxemple, quatre pieds quarrés +de cette surface retiennent leur atmosphère avec quatre fois autant de +force qu'un pied quarré retient son atmosphère; & comme en arrachant les +crins de la queuë d'un cheval, un degré de force insuffisant pour en +arracher une poignée à la fois, suffiroit pour la dépouiller crin à +crin; de même un corps émoussé que l'on présente, ne sauroit tirer +plusieurs parties à la fois; mais un corps pointu, sans une plus grande +force, les enléve aisément partie par partie. + +18. Ces explications du pouvoir & de l'opération des pointes, +lorsqu'elles se présentèrent à moi pour la première fois, & tandis +qu'elles rouloient dans mon esprit, me parurent satisfaire à toutes les +difficultés; cependant depuis que je les ai mises par écrit & rapellées +à un examen plus sévère & plus réfléchi, j'avouë de bonne foi qu'il me +reste quelque doute à cet égard. Mais n'ayant rien de mieux pour le +présent à vous offrir à leur place, je ne les rejette pas absolument; +car une mauvaise solution que l'on lit, & dont on découvre les défauts, +donne souvent occasion à un Lecteur ingénieux d'en trouver une plus +parfaite. + +19. Le plus important pour nous n'est pas de sçavoir de quelle manière +la nature exécute ses loix; il nous suffit de connoître les loix +elles-mêmes. C'est un avantage réel de sçavoir qu'une porcelaine +abandonnée en l'air sans être soutenuë, tombera & se brisera +immanquablement; mais de sçavoir _comment_ elle tombe & _pourquoi_ elle +se brise c'est une matière de pure spéculation. Ces connoissances sont +agréables à la vérité, mais sans elles nous pouvons garantir notre +porcelaine. + +20. Ainsi dans le cas présent il pouroit être de quelque usage pour le +genre humain de connoître le pouvoir des pointes, quoique nous ne +fussions jamais en état d'en donner une explication précise. Les +expériences suivantes montrent ce pouvoir. J'ai un premier conducteur +fort large, composé de plusieurs feüilles minces de carton, ajusté en +forme de tube d'environ dix pieds de longueur & d'un pied de diamètre. +Il est couvert de papier d'Hollande relevé en bosse & presque tout doré. + +Cette large surface métallique soutient une atmosphère électrique +beaucoup plus grande que n'en soutiendroit une verge de fer cinquante +fois plus pesante. Il est suspendu par des fils de soye; & lorsqu'il est +chargé, il frappe à environ deux pouces de distance, un coup assez fort +pour causer de la douleur aux articulations du doigt. Qu'un homme sur le +plancher présente la pointe d'une aiguille à 12. pouces ou plus de +distance; tandis que l'aiguille est ainsi présentée, le conducteur ne +sauroit être chargé, la pointe tirant le feu aussi promptement qu'il est +poussé par le globe électrique: chargez-le, & présentez alors la pointe +à la même distance, & il sera déchargé en un instant. Dans l'obscurité +vous pouvez voir une lumiére sur la pointe, lorsqu'on fait l'expérience, +& si la personne qui tient la pointe est sur un gâteau de cire, elle +sera électrisée en recevant le feu à cette distance. Essayez de tirer de +l'électricité avec un corps émoussé, tel qu'un morceau de fer arondi & +poli à l'extrémité (je me sers du poinçon d'un Orfévre, de l'épaisseur +d'un pouce) il faut que vous l'approchiez à la distance de trois pouces, +avant de pouvoir faire l'opération, & elle se fait alors avec un coup & +un craquement. Comme le tube de carton pend librement sur des fils de +soye, lorsque vous en approchez le morceau de fer, il s'avance +pareillement vers ce morceau de fer, étant attiré pendant tout le tems +qu'il est chargé; mais si au même instant la pointe est présentée comme +auparavant, il se retire, parce qu'il est déchargé par la pointe. + +«On ne doit pas prendre à la rigueur tout ce que M. Franklin dit ici du +pouvoir & de l'effet des pointes, comme l'ont observé plusieurs de ses +Critiques; mais aussi il s'en faut beaucoup qu'on doive tirer de leurs +observations toutes les conséquences qu'ils prétendent en résulter. L'un +accorde un avantage considérable aux corps pointus sur ceux qui sont +arondis ou émoussés, soit pour pousser, soit pour tirer la matière +électrique; & veut que la première observation de cet effet soit +attribuée à un Européen, comme si notre auteur cherchoit à s'en emparer +lui-seul; un autre pour avoir remarqué qu'une pointe d'aiguille +présentée à un pied de distance d'un conducteur n'empêche pas qu'on n'en +tire quelques étincelles, s'imagine avoir fait une des plus importantes +découvertes: que le pouvoir des pointes est une chimère, & que toute la +Théorie du Tonnerre est détruite par cette seule observation; d'autres +enfin se laissant emporter au gré de leur imagination, vont s'égarer +dans des sistêmes dont l'obscurité fait le seul mérite. Mais il n'est +pas encore tems de parler de ces différens sentimens; le détail en +trouvera mieux sa place dans la suite de cet ouvrage.» + + + + +LETTRE II. +DE B. FRANKLIN, +Écuyer _de Philadelphie_, + +À C. C. Écuyer à la nouvelle York. 1751. +MONSIEUR, + + +Je fais aux principales questions contenuës dans votre lettre du 28. du +courant, une réponse telle que l'embarras de mes affaires présentes me +le permet, & je vous demande la permission de vous renvoyer à la +dernière piéce du recueil imprimé de mes écrits, pour vous expliquer +plus amplement la différence entre ce qui est apellé _électrique par +soi_ & _non électrique_. Quand vous aurez eu le tems de lire & +d'examiner ces écrits, je tâcherai de faire quelques-unes des nouvelles +expériences que vous proposez, & que vous croyez plus capables de nous +éclairer & de nous satisfaire l'un & l'autre sur ce sujet. Je vous serai +toujours fort obligé de me communiquer les remarques, objections, &c. +qui peuvent se présenter à vous. + +Je suis avec un sincère respect, Votre très-humble & très-obligé +serviteur, + +B. FRANKLIN. + + +QUESTIONS +ET +RÉPONSES; + +_Auxquelles on renvoye dans la Lettre précédente._ + +1e. _Question_. En quoi consiste la différence entre un corps électrique +& un corps non-électrique? + +§ 21. _Réponse_. Les termes _électrique par soi_ & _non-électrique_ +furent d'abord employés pour distinguer les corps dans la fausse +supposition que les seuls corps apellés électriques par soi, contenoient +dans leur substance la matiére électrique qui pouvoit être excitée par +le frottement, être produite & en être tirée, & communiquée à ceux que +l'on apelloit _non-électriques_, que l'on supposoit dépourvûs de cette +matière; car le verre, &c. étant frotté, donnoit des signes qu'il +contenoit de cette matière en piquant le doigt, en attirant & +repoussant, &c. & qu'il pouvoit communiquer cette vertu aux métaux & à +l'eau. + +On découvrit dans la suite que le frottement du verre ne produisoit pas +la matière électrique, à moins que l'on ne conservât une communication +entre le corps frottant & le plancher; & les expériences suivantes +prouvèrent que la matière électrique étoit réellement tirée de ces +corps, que l'on avoit cru d'abord n'en contenir aucune: alors on douta +que le verre & les autres corps apellés électriques par soi, eussent +réellement en eux-mêmes quelque matière électrique; puisque, selon les +apparences, ils n'en fournissoient aucune autre que celle qu'ils +tiroient d'abord de ces corps qui avoient été appellés non électriques; +mais quelques-unes de mes expériences prouvent que le verre en contient +une grande quantité; & je soupçonne à présent qu'elle est répanduë assez +également dans toute la matière du globe terrestre. + +Dès-lors on peut abandonner, comme impropres, les termes _électrique par +soi_, & _non-électrique_; & puisque la seule différence est que quelques +corps conduisent la matière électrique, & que les autres ne la +conduisent pas, on peut mettre en leur place les termes _conducteurs_ & +_non-conducteurs_. + +Si quelque partie de matière électrique est appliquée à un morceau de +matière conductrice, elle le pénètre, coule au travers, ou se répand +également sur sa surface; si elle est appliquée à un morceau de matière +non conductrice, elle ne fera ni l'un ni l'autre. Il n'y a de +conducteurs parfaits de la matière électrique, que les métaux & l'eau; +les autres corps ne le sont qu'à proportion qu'il entre dans leur +composition du mêlange de ceux-ci; s'il n'y en a pas plus ou moins, ils +ne seront point du tout conducteurs.[10] Ceci, soit dit en passant, +montre entre les métaux & l'eau un nouveau rapport que l'on ignoroit +jusqu'à présent. + +[Note 10: Cette proposition a été trouvée depuis trop générale: M. +Wilson ayant découvert que la cire fonduë & la résine sont aussi +conducteurs. On pourroit y ajoûter beaucoup d'autres exemples +semblables, comme celui de l'eau qui est un des plus excellens +conducteurs d'électricité tant qu'elle conserve sa fluidité, & qui cesse +de l'être, dès qu'elle la perd.] + +Je vais tâcher d'éclaircir cela par une comparaison, qui cependant n'en +peut donner qu'une foible analogie. La matière électrique passe au +travers des conducteurs, comme l'eau passe au travers d'une pierre +poreuse, ou se répand sur leur surface, comme l'eau se répand sur une +pierre moüillée; mais quand cette matière est appliquée à des corps non +conducteurs, c'est comme l'eau qui dégoutte sur une pierre grasse; elle +ne la pénétre point, ne passe point à travers, ne s'étend point sur sa +surface; mais elle reste par gouttes sur les endroits où elle tombe. +Voyez à cet égard ma dernière piéce imprimée. + +2e. _Question_. Quels sont les effets de l'air dans les expériences +électriques? + +22. _Réponse_. Voici tous ceux que j'ai remarqués jusqu'à présent; l'air +humide reçoit & conduit la matière électrique à proportion de son +humidité; l'air parfaitement sec ne le fait point du tout; l'air doit +donc être mis dans la classe des non-conducteurs. L'air sec aide à fixer +l'atmosphère électrique autour du corps qu'elle environne, & en empêche +la dissipation; car dans le vuide elle se dissipe aisément, & les +pointes agissent plus fortement; c'est-à-dire, elles poussent ou +attirent la matière électrique plus librement & à de plus grandes +distances; en sorte que l'air survenant met quelque sorte d'obstacle à +ce qu'elle passe d'un corps à un autre. Une bouteille électrique bien +propre garnie de son fil-d'archal, remplie d'air au lieu d'eau, ne se +chargera, & ne donnera pas plus de choc que si elle étoit remplie de +verre pulvérisé; mais étant vuide d'air, elle produit autant d'effet que +si elle étoit remplie d'eau. Cependant une atmosphère électrique & l'air +ne semblent pas s'exclure l'un l'autre, car nous respirons librement +dans une pareille atmosphère, & l'air sec passeroit au travers de cet +atmosphère, sans la déplacer ni la disperser. Je doute que le vent +Nord-ouest, le plus sec & le plus fort, pût la dissiper. + +23. J'électrisai une fois une grosse boule de liége suspenduë au bout +d'un fil de soye, long de trois pieds, dont je tenois l'autre bout dans +mes doigts: je la fis tourner cent fois en rond comme une fronde, le +plus rapidement qu'il me fut possible: elle n'en conserva pas moins son +atmosphère électrique, quoiqu'elle eût nécessairement traversé 800. +verges[11] d'air, en supposant que dans la rotation mon bras augmentoit +d'un pied le demi-diamètre du cercle. + +[Note 11: Environ 400. toises.] + +Par l'air parfaitement sec, j'entens le plus sec, que nous puissions +avoir; car peut-être n'en avons-nous jamais qui soit parfaitement purgé +d'humidité. Une atmosphère électrique formée autour d'un gros +fil-d'archal introduit dans une grosse bouteille pleine d'air, n'en fait +pas sortir la moindre partie de cet air; & si on détruit cette +atmosphère, aucun air ne s'y précipite, comme je l'ai découvert par une +expérience très-curieuse, faite avec soin; d'où nous avons conclu que +l'élasticité de l'air n'en est point du tout affectée. + + + + +LETTRE III. + + +18. _Juillet_ 1747. + +MONSIEUR, + +La peine indispensable de copier de longues lettres, qui peut-être, +lorsqu'elles vous sont renduës, ne contiennent rien de nouveau ou +d'intéressant pour vous (tant est rapide le progrès que l'on a fait en +Europe dans l'Électricité) me décourage presque de vous en écrire +davantage sur ce sujet. Je ne puis cependant me dispenser de vous +communiquer encore quelques observations sur la merveilleuse bouteille +de M. de Muschenbroek. + +§. 24. Le corps non-électrique contenu dans la bouteille, étant +électrisé, diffère du corps non-électrique électrisé hors de la +bouteille, en ce que le feu électrique du dernier est accumulé à _sa +surface_, & forme librement à l'entour une atmosphère électrique d'une +étenduë considérable; au lieu que le feu électrique est comprimé dans la +substance du premier que le verre borne de toutes parts. [12] + +[Note 12: Nous avons découvert depuis que le feu de la bouteille n'est +pas contenu dans le corps non-électrique, mais dans _le verre_.] + +25. En même-tems que le fil-d'archal & le dedans de la bouteille, &c. +sont électrisés _positivement_ ou _plus_, le dehors de la bouteille est +électrisé _négativement_ ou _moins_ dans une éxacte proportion; +c'est-à-dire, que telle que soit la quantité de feu électrique qui passe +dans l'intérieur, il en sort de l'extérieur une égale quantité. Pour +concevoir ceci, supposez que la quantité commune d'électricité dans +chaque surface de la bouteille, avant le commencement de l'opération +soit égale à 20; supposez encore qu'à chaque coups de tube, ou à chaque +tour du globe il y entre une quantité égale à 1; alors après le premier +coup la quantité contenuë dans le fil-d'archal & le dedans de la +bouteille sera 21, dans le dehors elle ne sera plus que 19: après le +second la partie intérieure aura 22, l'extérieure 18: & ainsi après le +le vingtième coup, la partie intérieure aura une quantité de feu +électrique égale à 40; celle de la partie extérieure sera égale à zero, +& l'opération finit là, car il n'en peut plus être poussé dans la partie +intérieure, lorsqu'il n'en peut plus être tiré de la partie extérieure. +Si vous essayez d'en introduire davantage il est rejetté par le +fil-d'archal, ou casse la bouteille avec un craquement sensible. + +26. L'équilibre ne sauroit être rétabli dans la bouteille par la +communication _intime_ ou le contact des parties, mais seulement par une +communication formée au dehors de la bouteille entre l'intérieur & +l'extérieur, par le moyen de quelque corps conducteur qui les touche +tous deux, soit en même-tems, auquel cas l'équilibre est rétabli avec +une violence & une rapidité inexprimables; soit alternativement, auquel +cas il est rétabli par dégrés. + +27. Comme il ne peut plus être poussé de feu électrique au dedans de la +bouteille, lorsque tout celui du dehors est épuisé; de même dans une +bouteille non encore électrisée, on ne sauroit en pousser dans le +dedans, lorsqu'il n'en peut sortir du dehors: ce qui arrive ou quand le +fond est trop épais, ou quand la bouteille est placée sur un corps +originairement électrique. Et réciproquement lorsque la bouteille est +électrisée, on ne peut tirer de son intérieur, qu'une assez petite +quantité de feu électrique, en touchant le fil-d'archal, à moins qu'une +quantité égale ne puisse en même-tems être renduë à l'extérieur. Ainsi +posez une bouteille électrisée sur un verre net, ou sur de la cire +séche, & vous aurez beau toucher le fil-d'archal, vous n'en pourrez +tirer d'étincelle. Posez-la sur un corps non électrique, touchez le +fil-d'archal, & le feu en sortira en très-peu de tems; mais il sortira +beaucoup-plus vîte encore, si vous formez une communication directe, +comme il a été dit ci-dessus, tant ces deux états d'électricité le +_plus_ & _le moins_ sont merveilleusement combinés, & balancés dans +cette bouteille miraculeuse; ils sont disposés & proportionnés entr'eux +d'une manière qui surpasse mon intelligence. La bouteille électrisée est +en sens contraire comme le récipient de la machine pneumatique, dont on +a vuidé l'air: si l'on ouvroit le robinet l'équilibre seroit rétabli +dans un instant au dedans & au dehors du récipient; mais ici, nous avons +une bouteille qui contient en même-tems un _plein_ de feu électrique, & +un _vuide_ de ce même feu; & quoique le passage de l'un à l'autre +paroisse libre, que le plein presse violemment pour se dilater, & que le +vuide affamé semble attirer avec une égale violence pour se remplir, +_l'équilibre_ ne peut cependant être rétabli entr'eux que par le moyen +d'une communication au dehors de la bouteille. + +L'ébranlement des nerfs, ou plutôt la convulsion est occasionnée par le +passage subit du feu à travers le corps qui le transmet du dedans au +dehors de la bouteille: le feu prend la voye la plus courte, comme M. +_Watson_ l'a judicieusement observé; mais il ne paroît par aucune +expérience, qu'afin qu'une personne reçoive le coup, la communication +avec le plancher lui soit nécessaire. Car celui qui tient la bouteille +d'une main, & qui touche de l'autre le fil-d'archal, sera également +frappé, quoique ses souliers soient secs, ou même qu'il soit sur un +gâteau de cire, comme dans toute autre circonstance. Pour ce qui est de +l'attouchement du fil-d'archal ou du canon du fusil (car cela revient au +même) le feu ne passe point du doigt qui touche au fil-d'archal, comme +on le suppose, mais du fil-d'archal au doigt; de là traversant le corps, +il passe à l'autre main, & ainsi jusqu'à l'extérieur de la bouteille. + + +EXPÉRIENCES + +_Qui confirment ce qui vient d'être avancé._ + + +EXPÉRIENCE I. + +Placez une fiole électrisée sur de la cire; tenez à la main une petite +boule de liége suspenduë par un fil de soye séche: approchez-la du +fil-d'archal, elle sera d'abord attirée & ensuite repoussée. Lorsqu'elle +est dans cet état de répulsion, baissez la main, afin que la boule se +trouve vis-à-vis le fond de la bouteille; elle sera promptement & +fortement attirée jusqu'à ce qu'elle ait communiqué son feu. + +Si la bouteille avoit repris, comme son fil-d'archal, une atmosphère +électrique, le liége électrisé seroit également repoussé par l'une comme +par l'autre. + +«Quand on tient dans sa main une bouteille bien électrisée, on aperçoit +sur tout dans l'obscurité une aigrette lumineuse au haut du crochet, & +on entend le sifflement de la matière électrique qui s'échape dans l'air +par cette voye. Si dans cet état l'on pose la bouteille sur un support +électrique de verre, de résine, &c. l'aigrette disparoît & le sifflement +cesse. Cette observation suffiroit seule pour prouver que la bouteille +doit se décharger plus lentement quand elle est sur un support +électrique, que quand elle est sur un non-électrique. Un célebre +Physicien a cependant cru remarquer le contraire; & c'est sur sa parole +que le critique de M. Fr. sans s'être assûré par lui-même de la vérité +du fait, lui adresse cette question[13]: _Pourquoi dans vos expériences +la posez-vous toujours_ (cette bouteille) _sur de la cire ou sur du +verre? Ne savez-vous pas_, continue-t-il, _qu'étant ainsi placée sur un +corps originairement électrique, elle perd promptement sa vertu?_ + +[Note 13: Lettre sur l'Electr. pag. 99.] + +»Voici les précautions que j'ai prises pour faire cette expérience. + +1º. J'ai choisi deux bouteilles les plus égales qu'il m'a été possible +de trouver en matière, en forme, en dimensions, en poids & en capacité: +2º. Les tenant toutes deux à la main, je les ai électrisées également & +en même tems au même conducteur; & pour m'assûrer qu'elles étoient +également chargées, j'ai fait toucher le crochet de l'une à celui de +l'autre: 3º. Je les ai ensuite posées en même-tems l'une sur un plateau +de verre, l'autre sur un plateau de bois à peu près égal, placés sur une +table l'un à un bout, & l'autre à l'autre, au milieu d'une chambre. 4º. +Après les avoir laissées en cet état pendant plusieurs heures, j'ai fait +l'expérience de Leyde avec chacune de ces deux bouteilles, & j'ai trouvé +que la commotion donnée par la bouteille posée sur le support +électrique, étoit la plus forte. + +»Après avoir recommencé plusieurs fois la même expérience, tantôt de la +même façon, & tantôt en changeant les bouteilles de place, j'ai toujours +eu le même succès. On doit en conclure que notre Critique n'a pas raison +d'éxiger de M. Fr. que la bouteille électrisée soit placée sur un +support non électrique pour faire la première expérience. + +»Objecter que _si l'on veut de bonne foi savoir & montrer l'état naturel +& véritable de la surface extérieure ou du bas de la bouteille, il ne +faut la poser ni sur de la cire ni sur du verre, puisque cela-seul peut +faire changer d'état à l'une des deux surfaces, & qu'il convient de la +laisser dans toutes les circonstances où elle étoit lorsqu'on la +chargeoit d'électricité, &c._ c'est faire connoître qu'on n'entend pas +ce dont il s'agit, ou tout au moins que l'on perd son point de vûe; +c'est oublier que la bouteille électrisée est dans un état tout opposé à +celui de la bouteille qu'on électrise. Celle-ci reçoit sur une de ses +surfaces, & perd d'autant sur l'autre; ce qui se passe en celle-là est +précisément le contraire, & encore quelque chose de plus, si la +bouteille est soutenuë sur un support électrique. M. Fr. a donc raison +de la mettre dans la situation la plus favorable à ses vuës, lorsqu'il +veut éprouver la force, l'effet, la différence & la manière d'être de +chacune de ses surfaces. L'on sent bien que s'il traitoit la bouteille +électrisée comme on veut le lui enseigner, il trouveroit en pure perte & +la force & l'effet d'une de ses surfaces. Ingénieux comme l'est cet +illustre Américain, consommé dans les recherches électriques, où il a +fait lui-seul plus de progrès que tous les autres physiciens ensemble, +pouvons-nous douter qu'il n'ait tenté des moyens aussi simples que ceux +qu'on veut lui apprendre?» + + +EXPÉRIENCE II. + +Fig. 3. D'un fil-d'archal courbé (_a_) & affermi sur une table, faites +pendre un fil de lin (_b_) à ls distance d'un demi-pouce du ventre de la +fiole (_c_) électrisée & posée sur de la cire: touchez avec le doigt le +fil-d'archal de la fiole à plusieurs reprises; & à chaque attouchement +vous verrez le fil aussitôt attiré par la bouteille. (Cette expérience +réussit encore mieux avec un vinaigrier, ou tel autre vase bombé qu'on +voudra.) Dès que vous tirez du feu de la partie intérieure en touchant +le fil-d'archal, la partie extérieure de la bouteille en attire une +égale quantité par le fil. + + +EXPÉRIENCE III. + +Fig. 4. Faites tenir un fil-d'archal dans le plomb dont le bas de la +bouteille est armé (_d_), de sorte qu'en faisant un coude pour se +relever perpendiculairement, l'anneau qui le termine se trouve de niveau +avec le haut ou l'anneau du fil-d'archal qui entre dans le liége (_e_) à +trois ou quatre pouces de distance. Alors électrisez la bouteille & +posez-la sur de la cire. Si un morceau de liége suspendu par un fil de +soye tombe entre les deux fils-d'archal, il jouëra continuellement de +l'un à l'autre jusqu'à ce que la bouteille ne soit plus électrisée: la +raison en est qu'il charrie & apporte le feu du dedans au dehors de la +bouteille jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli. + +«Les objections que l'on fait contre cette troisiéme expérience, ou +plutôt les faits que l'on oppose aux conséquences qui en résultent, +doivent être partagés en deux classes. Je vais répondre à ceux de la +premiere, & ceux de la seconde trouveront place ailleurs; notre auteur +ayant examiné à fond la différence que l'on a remarquée entre un corps +électrisé par un globe de verre, & un autre électrisé par un globe de +soufre.[14]. + +[Note 14: Voyez vers la fin les Lettres 7, 8 & 9.] + +»Comment notre critique, si clairvoyant d'ailleurs, a-t-il pû +méconnoître l'effet des pointes dans l'expérience qu'il propose pour +objection, pag. 102 & 103? Il avoit déjà déclaré dans la page précédente +qu'il préféroit une petite feuille de métal aux boulettes de liége dont +s'est servi M. Franklin: il s'en sert encore ici pour prouver que la +surface extérieure de la bouteille électrisée n'attire pas ce que sa +surface intérieure a repoussé, sans faire attention qu'en vertu du +pouvoir des pointes, cette feuille métallique est dépouillée de son +atmosphère électrique avant de pouvoir être attirée; je dis plus, c'est +qu'elle est alors dans un état d'électricité négative, aussi bien que +l'extérieur de la bouteille, & c'est pour cela qu'elle est repoussée. Il +ne lui arrive en cet endroit que ce qui lui est arrivé auprès du +fil-d'archal plongé dans la bouteille. La feuille du métal s'y est +souvent électrisée sans toucher le crochet, de même elle se +_désélectrise_ sans toucher le ventre; après quoi elle en est repoussée; +car c'est une vérité reconnue que les corps électrisés négativement se +repoussent de même que ceux qui le sont positivement. Que notre critique +substituë à sa feuille de métal ou une petite boule de liége, à +l'imitation de notre auteur, ou une balle de métal,[15] comme je l'ai +souvent éprouvé, je lui serai garant d'un succès aussi complet que celui +qu'il entreprend de contester. + +[Note 15: On peut en avoir d'aussi légéres que du liége.] + +»Quant à l'expérience que l'on nous oppose, pag. 104. & suivantes, le R. +P. Beccaria m'a dispensé de me mettre en frais pour y répondre. _Voy. +son Liv. I. de l'Électricité Artificielle, chap. II._» + + +EXPÉRIENCE IV. + +Fig. 5. Placez une fiole électrisée sur de la cire: prenez un +fil-d'archal (_g_) qui ait la forme d'un C: que ses extrémités, +lorsqu'il est bandé, soient tellement éloignées, que la supérieure +puisse toucher le fil-d'archal de la bouteille, tandis que l'inférieure +en touche le ventre. Attachez-en la partie extérieure sur un bâton de +cire d'Espagne (_h_), qui servira comme de manche: appliquez d'abord son +extrémité inférieure au fond extérieur de la bouteille, & approchez par +dégrés son extrémité supérieure du fil-d'archal qui est dans le liége, +vous y verrez les étincelles se suivre successivement jusqu'à ce que +l'équilibre soit rétabli; touchez d'abord le haut, & en approchant +l'autre extrémité du fond, vous aurez un courant de feu continuel du +dedans au dehors de la bouteille: touchez le haut & le bas en même tems, +& l'équilibre sera bientôt rétabli, le fil-d'archal courbé formant la +communication de l'intérieur à l'extérieur. + +»Il est raisonnable en général de faire des questions pour s'instruire +de ce que l'on n'entend pas; mais il ne l'est guères de les accompagner +d'objections; c'est déclarer d'avance que l'on est déterminé à +contredire. Que notre critique demande à Mr. Franklin ce qu'il prétend +prouver par sa quatriéme expérience; à la bonne heure; mais qu'il ajoute +tout de suite: _Ne sçait-on pas qu'on fait cesser l'électricité d'un +corps quand on en tire des étincelles? Ce que vous faites ici sur la +bouteille de Leyde, vous l'éprouverez de même sur une barre de fer,..... +Faudroit-il dire aussi que vous lui rendez par un côté le feu que vous +lui ôtez par l'autre?_ C'est faire connoître qu'il n'entend pas l'état +de la question; l'état d'une bouteille électrisée, & celui d'une barre +de fer aussi électrisée, ne peuvent guères se comparer tant il se trouve +de différence de l'un à l'autre: différence dans la charge, différence +dans la situation, différence dans la décharge, différence dans l'effet; +pour l'expliquer il faudroit un trop long détail, qui se trouvera +d'ailleurs dans toute la suite de ce livre. Revenons à l'expérience dont +il est question. + +»Il est certain qu'en touchant successivement avec le fil de fer préparé +comme il est expliqué, le fil-d'archal & le bas de la bouteille +électrisée, l'on transporte le feu du dedans au dehors; quoiqu'en dise +la critique, l'on rend peu à peu à la surface extérieure ce qu'on ôte à +l'intérieure, ce que celle-ci a de trop, & ce qui manque à celle-là, +jusqu'à ce qu'elles soient remises chacune dans leur état naturel. Il y +a même un moyen de rendre ces effets si sensibles qu'on ne puisse plus +les contester; il ne s'agit que de faire l'expérience suivante: tenez +près du ventre de la bouteille une balle de liége suspenduë à un fil de +soye; quand vous toucherez le fil-d'archal de la bouteille avec le fil +de fer, le liége s'approchera de la bouteille; quant après cela vous +toucherez le bas de la bouteille, si vous êtes dans l'obscurité, vous +appercevrez au haut du crochet l'aigrette qui paroîtra & disparoîtra à +chaque attouchement ainsi répété. Si on applique en même tems les deux +bouts du fil de fer, l'un au fil-d'archal de la bouteille, & l'autre au +bas de la même bouteille, l'équilibre sera dans l'instant rétabli entre +les deux surfaces, comme l'a judicieusement avancé notre Américain.» + + +EXPÉRIENCE V. + +Fig. 6. Entourez une bouteille (_i_) d'une bande de plomb laminé ou même +de papier, à quelque distance au-dessus du fond: de cette bande +circulaire faites monter un fil-d'archal jusqu'à ce qu'il touche le +fil-d'archal du bouchon de liége (_k_). Il n'est pas possible +d'électriser un bouteille disposée de la sorte: l'équilibre n'est jamais +détruit; car tandis que la communication entre les parties intérieure & +extérieure de la bouteille est continuée par le fil-d'archal du dehors, +le feu ne fait que circuler, & ce qui sort du bas est constamment +remplacé par le haut; il suit de là qu'on ne sçauroit électriser une +bouteille qui est sale ou humide en dehors, surtout si cette humidité +monte jusqu'au liége ou au fil-d'archal. + +»À prendre les choses à la rigueur, Mr. L. N. a raison de dire, contre +l'assurance de Mr. Franklin, qu'il n'est pas impossible de charger une +bouteille préparée comme on vient de l'expliquer; j'en avois fait +l'expérience de diverses manières long-tems avant d'avoir vû les lettres +de l'académicien; je l'avois même poussée plus loin, puisque j'étois +venu à bout de charger & de décharger la bouteille par parties, +c'est-à-dire à plusieurs reprises, il ne s'agit pour cela que d'avoir +une fiole fort allongée, de l'entourer de plusieurs bandes ou ceintures +de métal parallèles, & assez éloignées pour que l'étincelle électrique +ne puisse sauter de l'une à l'autre, & de ne pas forcer en +l'électrisant. L'expérience qu'on nous oppose revient au même, elle +réussit quand la main qui soutient la bouteille ne touche pas à la +ceinture métallique, & qu'on ne force pas l'électrisation au point que +le feu puisse franchir l'espace vuide qui se trouve entr'elles, elle ne +réussiroit pas autrement. + +»Quoi qu'il en soit, je ne trouve pas que le succès de cette expérience +prouve beaucoup contre la proposition de Mr. Franklin: il n'en reste pas +moins vrai que la bouteille ne se chargera point tant qu'il y aura une +communication exactement établie entre son intérieur & sa doublure +extérieure. Il faut toujours regarder la main qui lui est appliquée, +comme faisant partie de cette doublure; si elle est assez écartée de la +ceinture métallique pour que le feu ne puisse passer de l'une à l'autre, +la bouteille pourra se charger foiblement; mais ce ne sera jamais mais +que dans la partie qui est couverte par la main, & point du tout dans la +partie qui est couverte par la bande de métal.» + + +EXPÉRIENCE VI. + +Placez un homme sur un gâteau de cire, & donnez-lui à toucher le +fil-d'archal de la fiole électrisée, que vous tiendrez à la main +demeurant debout sur le plancher; à chaque fois qu'il le touchera, il +sera électrisé de _plus_ en _plus_, & quiconque sera sur le plancher +pourra tirer de lui une étincelle. Le feu dans cette expérience passe du +fil-d'archal dans son corps, & passe en même tems de votre main dans la +partie extérieure de la bouteille. + + +EXPÉRIENCE VII. + +Donnez-lui à tenir la fiole électrisée, & touchez le fil-d'archal; à +chaque fois que vous le toucherez, il sera électrisé de _moins_ en +_moins_, & pourra tirer une étincelle de chacun de ceux qui sont sur le +plancher. Ici le feu passe du fil-d'archal dans vous, & de lui dans la +partie extérieure de la bouteille. + + +EXPÉRIENCE VIII. + +Couchez deux livres sur deux verres dos à dos, à la distance de deux ou +trois pouces; mettez sur l'un la fiole électrisée, & touchez le +fil-d'archal, ce livre sera électrisé _négativement_; le feu électrique +en étant tiré par le fond de la bouteille, ôtez la bouteille, & la tenez +à la main, touchez l'autre livre avec le fil-d'archal, ce livre sera +électrisé positivement: le feu passant du fil-d'archal dans le livre, & +votre main en refournissant en même tems à la bouteille; une petite +boule de liége suspendue à un fil de soye jouëra entre ces deux livres +jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli. + + +EXPÉRIENCE IX. + +Lorsqu'un corps est électrisé _positivement_, il repousse une plume, ou +une petite boule de liége électrisée; lorsqu'il est électrisé +_négativement_, ou qu'il est dans l'état commun, il les attire, mais +plus fortement lorsqu'il est électrisé _négativement_ que lorsqu'il est +dans l'état commun, la différence étant plus grande. + + +EXPÉRIENCE X. + +Quoique, comme dans l'expérience VI. un homme debout sur de la cire +puisse être électrisé nombre de fois, en touchant à plusieurs reprises +le fil-d'archal de la bouteille électrisée que tient quelqu'un aussi +debout sur le plancher, parce qu'il reçoit à chaque fois le feu du +fil-d'archal; cependant en la tenant lui-même dans sa main, & touchant +le fil-d'archal, quoiqu'il tire une forte étincelle, & qu'il soit +violemment frappé, il ne reste point en lui d'électricité, le feu le +traverse seulement en passant de la partie intérieure à la partie +extérieure de la bouteille. Observez, avant le coup, de le faire toucher +par quelqu'un qui soit debout sur le plancher, afin de rétablir +l'équilibre dans son corps; car en empoignant le bas de la bouteille, il +devient quelquefois un peu électrisé _négativement_, ce qui continuë +après le coup, de même qu'il conserveroit l'électricité _positive_, qui +pourroit lui avoir été communiquée avant le coup; car le rétablissement +de l'équilibre dans la bouteille n'affecte point du tout l'électricité +dans l'homme que le feu traverse; cette électricité n'est ni augmentée +ni diminuée. + + +EXPÉRIENCE XI. + +Voici une jolie expérience qui rend extrêmement sensible le passage du +feu électrique de la partie intérieure à la partie extérieure de la +bouteille, pour rétablir l'équilibre. Prenez un livre dont la couverture +soit ornée de filets d'or: courbez un fil-d'archal de 8 ou 10 pouces de +long dans la forme (_m_), fig. 7. glissez-le & l'affermissez à +l'extrémité de la couverture du livre sur le filet d'or, de sorte que le +coude de ce fil-d'archal puisse presser sur une extrémité du filet d'or, +l'anneau étant en haut, mais directement au-dessus de l'autre extrémité +du livre: couchez ce livre sur un verre ou sur de la cire, & posez la +bouteille électrisée sur l'autre extrémité des filets d'or: alors +courbez le fil-d'archal élastique, en le pressant avec un bâton de cire; +jusqu'à ce que son anneau soit proche de l'anneau du fil-d'archal de la +bouteille; à l'instant vous appercevez une forte étincelle & un coup, & +tout le filet d'or qui complette la communication entre l'intérieur & +l'extérieur de la bouteille, paroît une flamme vive comme un éclair +très-brillant. L'expérience réussira d'autant mieux que le contact sera +plus immédiat entre le coude du fil-d'archal & l'or à une extrémité du +filet, & entre le fond extérieur de la bouteille & l'or à l'autre +extrémité. Il faut faire cette expérience dans une chambre obscure. Si +vous voulez que tout le contour des filets d'or sur la couverture +paroisse en feu tout à la fois, faites en sorte que la bouteille & le +fil-d'archal touchent l'or dans les angles diagonalement opposés. + + +_DE LA LETTRE VI._ + +_1. Septembre 1747._ + +Nous avions été quelque tems dans l'opinion que le feu électrique +n'étoit pas produit, mais rassemblé par le frottement, étant en effet un +élément répandu partout, & attiré par d'autres matières, spécialement +par l'eau & par les métaux: nous avions aussi découvert & démontré son +affluence au globe électrique, aussi bien que son effluence par le moyen +des roues d'un petit moulin à vent[16], dont les aîles sont de gros +papier placées obliquement, & tournant librement sur un axe délié de +fil-d'archal, & aussi par de petites roues de la même matière, mais qui +ont la forme des roues de moulin à eau. Je pourrois, si j'avois le tems, +vous remplir une feuille de papier de la disposition & de l'application +de ces roues, & des différens phénomènes qui en résultent. + +[Note 16: Nous avons découvert depuis que le mouvement des roues n'étoit +pas causé par l'affluence ou l'effluence du feu électrique, mais par +diverses circonstances d'attraction & de répulsion.] + +L'impossibilité de s'électriser soi-même, quoique placé sur un gâteau de +cire, en frottant le tube & en tirant le feu, & la manière d'y réussir +en approchant le tube d'une personne ou d'une chose placée sur le +plancher, &c. s'étoient également présentées à nous quelques mois avant +d'avoir lû l'ingénieux ouvrage (_Sequel_) de M. _Watson_; elles font +même partie de ces nouvelles découvertes que je me proposois de vous +communiquer..... Il ne s'agit maintenant que de rapporter certaines +particularités qui ne se trouvent point dans cet ouvrage, en y joignant +nos réfléxions, quoiqu'il fût peut-être plus à propos de vous les +épargner. + +28. Une personne sur un gâteau de cire ou de résine & frottant le tube, +une autre personne aussi sur un gâteau de cire & tirant le feu; ces deux +personnes paroîtront électrisées à une troisiéme sur le plancher, pourvû +qu'elles ne soient pas assez près pour se toucher; c'est-à-dire que +cette troisiéme personne appercevra une étincelle en approchant son +doigt de chacune des deux premières. + +29. Mais si celles qui sont sur la cire se touchent l'une l'autre +pendant que le tube est frotté, aucune des deux ne paroîtra électrisée. + +30. Si elles se touchent l'une l'autre, après que l'on aura excité le +tube, & tiré le feu, comme ci-devant, il y aura une plus forte étincelle +entr'elles, qu'elle ne l'étoit entre l'une d'elles & la personne qui est +sur le plancher. + +31. Après cette forte étincelle, on ne découvre dans l'une ni dans +l'autre aucune trace d'électricité. + +Voici de quelle manière nous tâchons de rendre raison de ces phénomènes. +Nous supposons, comme ci-dessus, que le feu électrique est un élément +commun, dont chacune des trois personnes susdites a une portion égale +avant le commencement de l'opération avec le tube: A, qui est sur un +gâteau de cire, & qui frotte le tube, rassemble de son corps dans le +verre le feu électrique; & sa communication avec le magazin commun étant +interceptée par la cire, son corps ne recouvre pas d'abord ce qui lui en +manque. B, qui est pareillement sur la cire, alongeant son doigt près du +tube, reçoit le feu que le verre avoit tiré de A; & sa communication +avec le magazin commun étant aussi interceptée, il conserve de surplus +la quantité qui lui a été communiquée. A & B paroissent électrisés à C, +qui est sur le plancher; car celui-ci ayant seulement la moyenne +quantité de feu électrique, reçoit une étincelle à l'approche de B, qui +en a _de plus_, & il en donne à A, qui en a de _moins_. Si A & B +s'approchent jusqu'à se toucher l'un l'autre, l'étincelle sera plus +forte, parce que la différence entr'eux est plus grande. Après cet +attouchement il n'y aura plus d'étincelle entre l'un des deux & C, parce +que le feu électrique est réduit dans tous les trois à l'uniformité +primitive. S'ils se touchent pendant qu'on électrise, l'égalité n'est +point détruite, le feu ne faisant que circuler. De-là quelques termes +nouveaux se sont introduits parmi nous. Nous disons que B (& les corps +dans les mêmes circonstances) est électrisé _positivement_, & A +_négativement_; ou plutôt B est électrisé _plus_, A l'est _moins_; & +tous les jours dans nos expériences nous électrisons les corps en _plus_ +& en _moins_, selon que nous le jugeons à propos..... Pour électriser en +_plus_ ou en _moins_, il faut seulement savoir que les parties du tube +ou du globe qui sont frottées, attirent dans l'instant du frottement le +feu électrique, & l'enlevent par conséquent à la chose frottante. Les +mêmes parties, aussitôt que le frottement cesse, sont disposées à donner +le feu qu'elles ont reçu, à tout corps qui en a moins. Ainsi vous pouvez +le faire circuler, comme M. _Watson_ l'a enseigné: vous pouvez aussi +l'accumuler sur un corps ou l'en soustraire, selon que vous liez ce +corps avec celui qui frotte ou avec celui qui reçoit, la communication +avec le magazin commun étant interrompuë. Nous croyons que cet ingénieux +auteur s'est trompé lorsqu'il a imaginé dans son ouvrage que le feu +électrique descend par le fil-d'archal du lambris au canon de fusil, +de-là au globe, & électrise ainsi la machine & l'homme qui tourne la +roue, &c. Nous supposons au contraire qu'il est chassé & non introduit à +travers le fil-d'archal, & que la machine & l'homme, &c. sont électrisés +en moins; c'est-à-dire, qu'ils ont en eux moins de feu électrique que +les choses dans l'état commun. + +Comme le Vaisseau est sur le point de faire voiles, je ne puis vous +rendre sur l'électricité de l'Amérique, un compte aussi étendu que je me +l'étois proposé, je me bornerai donc à quelques autres +particuliarités.... Nous trouvons le plomb granulé meilleur que l'eau +pour remplir la bouteille, parce qu'il est aisément chauffé, & qu'il +conserve la chaleur & la sécheresse dans un air humide.... nous +enflammons les liqueurs spiritueuses avec le fil-d'archal de la fiole... +nous rallumons une chandelle qui vient d'être éteinte, en tirant une +étincelle dans la fumée entre le fil-d'archal & les mouchettes.... nous +imitons les éclairs en passant le fil-d'archal dans l'obscurité sur un +plat de porcelaine qui a des fleurs d'or, ou en l'appliquant au câdre +doré d'un miroir, &c.... nous électrisons une personne plus de vingt +fois de suite par l'attouchement du doigt au fil-d'archal, de cette +manière: placez quelqu'un sur de la cire; mettez-lui à la main la +bouteille électrisée, touchez du doigt le fil-d'archal; touchez ensuite +sa main ou son visage, il y paroîtra des étincelles à chaque fois... +nous augmentons excessivement la force des baisers électriques. Ainsi +placez A & B. sur un gâteau de cire,[17] mettez à la main de l'un des +deux la fiole électrisée; faites empoigner à l'autre le fil-d'archal, il +en sortira une petite étincelle; mais s'ils approchent leurs lèvres ils +seront frappés & étourdis. La même chose arrive, si un autre homme & une +autre femme C & D se tenant aussi sur de la cire, & joignant les mains +avec A & B, viennent à se baiser ou à se prendre les mains.... nous +suspendons par un fil de soye une figure d'araignée faite d'un petit +morceau de liége brûlé avec les pates de fil de lin, & lestée d'un ou de +deux grains de plomb pour lui donner plus de poids sur la table où elle +est suspenduë; nous attachons un fil-d'archal perpendiculairement, aussi +haut que le fil-d'archal de la fiole, & éloigné de l'araignée de deux ou +trois pouces: alors nous l'animons en mettant la fiole électrisée à la +même distance, mais de l'autre côté; elle volera sur le champ au +fil-d'archal de la fiole, & bandera ses pattes, en le touchant; +s'élancera de ce fil, & volera au fil-d'archal de la table, de-là encore +au fil-d'archal de la fiole, joüant avec ses pattes contre l'un & +l'autre d'une manière tout à fait amusante, & paroîtra parfaitement +animée aux personnes qui ne seront pas instruites. Elle continuëra ce +mouvement une heure & plus dans un tems sec.... nous électrisons sur de +la cire dans l'obscurité, un livre entouré d'un double filet d'or sur la +couverture, ensuite nous appliquons le doigt à la dorure; le feu paroît +partout sur l'or comme un faisceau d'éclairs, & nullement sur le cuir, +quand même on toucheroit le cuir au lieu de l'or.... nous frottons nos +tubes avec une peau de chamois, & nous observons de présenter toujours +le même coté au tube, & de ne jamais salir le tube en le maniant. Ainsi +l'on travaille avec vitesse & facilité, sans la moindre fatigue, surtout +si l'on a soin de l'enfermer proprement dans un étui de carton doublé de +flanelle, dont la capacité réponde exactement au volume du tube...[18] +J'entre dans ce détail, parce que les écrits d'Europe sur l'électricité +parlent souvent du frottement des tubes, comme d'un éxercice pénible & +fatiguant. Nos globes tournent sur des axes de fer qui les traversent: à +une extrémité de l'axe il y a une manivelle avec laquelle nous tournons +le globe comme une meule ordinaire, ce que nous trouvons d'autant-plus +commode, que la machine ocupant peu de place, est portative, & peut être +renfermée dans une boëte propre lorsque l'on ne s'en sert plus. Il est +vrai que le globe ne tourne pas aussi vîte que lorsqu'on y employe une +grande rouë; mais cet inconvénient est de peu de conséquence, puisque +quelques tours suffisent pour charger la fiole, &c. + +[Note 17: Nous reconnumes bientôt qu'il n'étoit besoin d'y placer que +l'un ou l'autre.] + +[Note 18: Nos Tubes sont ici de verre verd, longs de 27. à 30. pouces, +et aussi gros qu'on puisse les empoigner. L'Électricité est si fort en +vogue, que depuis quatre mois il en a été vendu plus d'un cent.] + + +AUTRES EXPÉRIENCES + +_Qui prouvent que la bouteille de Leyde ne contient pas plus de feu +électrique, lorsqu'elle est chargée, ni moins, lorsqu'elle est +déchargée, qu'auparavant: que dans la décharge le feu ne sort point du +fil-d'archal & des côtés en même-tems, comme quelques-uns l'ont pensé; +mais que les côtés reçoivent toujours ce qui est déchargé par le +fil-d'archal, ou une égale quantité; la surface extérieure étant +toujours dans un état négatif d'électricité, tandis que la surface +intérieure est dans un état positif._ + +32. Placez sous le coussin, frottant une lame de verre assez épaisse +pour couper la communication du feu électrique entre le plancher & le +coussin; alors s'il n'y a pas de pointes déliées ou de fils capillaires +qui sortent du coussin ou des parties de la machine opposées au coussin +(ce à quoi vous devez bien prendre garde) vous ne pourrez tirer du +premier conducteur que peu d'étincelles, qui seront tout ce que le +coussin en pourra donner. + +33. Suspendez alors une fiole sur le premier conducteur, & elle ne se +chargera pas, quoique vous la teniez par le côté; mais formez par une +chaîne une communication des côtés de la fiole au coussin, & la fiole se +chargera, car alors le globe tire le feu électrique de la surface +extérieure de la fiole, & le pousse à travers le premier conducteur, & +le fil-d'archal de la fiole dans sa surface intérieure. + +Ainsi la bouteille est chargée avec son propre feu, nul autre ne pouvant +y entrer, tandis que la lame de verre est sous le coussin. + +«M. L. N. conteste cette expérience, en assurant qu'il l'a répétée, & +que dans le premier cas; c'est-à-dire, quand on tenoit la bouteille à la +main, elle s'est chargée de même que dans le second cas, où l'on avoit +établi une communication de l'envelope de cette bouteille au coussin. Je +ne sçai pas précisément la différence qui a pû se trouver entre sa +manière d'opérer & celle de M. Franklin; mais sur l'exposé du Physicien +François, je soupçonne ce qui a pû l'induire en erreur; il s'est +apparemment persuadé que d'épuiser le coussin de son électricité, +c'étoit une opération toute simple & de facile éxécution. Il s'en faut +beaucoup que je ne l'aye regardée du même oeil; plus j'y ai réfléchi +avant de l'entreprendre, plus elle m'a paru difficile; & depuis que j'en +suis venu à bout, j'estime qu'il n'y a point d'expérience électrique +plus délicate, & qui éxige tant de précautions. Voici quelques maximes +générales tirées de mes remarques sur les différentes expériences que +j'ai tentées pour épuiser le coussin, qui pourront le faire connoître. +Il faut: + +»1º. Que le carreau de glace ou de verre, qui porte le coussin l'excéde +au moins de 7. à 8. pouces de chaque côté. + +»2º. Que ni le carreau ni le coussin ne soient attachés par des ligamens +extérieurs, pas même avec des cordons de soye, à moins qu'ils ne soient +préparés, comme je le dirai ci-après. + +»3º. Que les mandrins mastiqués au globe soient au moins à 6. ou 7. +pouces du coussin. + +»4º. Qu'il ne se trouve à 3. ou 4. pieds tout autour aucune pointe, de +quelque nature qu'elle soit. + +»J'ai d'abord essayé d'épuiser au coussin d'environ 7. pouces de +diamètre, sous lequel j'avois mis une glace plane d'un pied quarré, le +tout attaché avec des cordons de soye; l'expérience n'a point réussi. + +»J'ai substitué à cette glace une capsule sphérique de 10. pouces de +diamètre, dans laquelle j'avois fixé le coussin avec des cordons de +soye, qui en passant par-dessus les bords de la capsule, les attachoient +ensemble sur le support destiné à porter le coussin. Cette expérience +n'eut pas plus de succès que la première; mais j'apperçus que les petits +poils qui sortoient tout autour des cordons de soye se dressoient vers +le coussin. Je jugeai de-là que c'étoient autant de pointes qui lui +fournissoient de nouveau feu à mesure que le globe en tiroit. Après +avoir remédié à ce défaut en cirant bien éxactement les cordons de soye, +je répétai l'électrisation; mais je ne fus pas plus heureux. Le feu +électrique parut sortir du conducteur presqu'aussi abondamment que si le +coussin n'eût point été isolé. J'y apperçus cependant un changement +marqué qui me donna bonne espérance; quand je présentois mon doigt à 3. +ou 4. pouces du coussin, j'y sentois une espéce de suction, & +j'entendois sur le coussin un bruit assez semblable à celui que l'on +fait en retirant son haleine, les lèvres serrées, comme pour piper un +petit animal. Cela me fit conjecturer que j'apercevrois dans l'obscurité +une aigrette lumineuse au bout de mon doigt, & peut-être l'endroit d'où +sortoit le feu qui étoit fourni au coussin. + +»Dès-que la nuit fut venuë, & que j'eus recommencé l'opération, je vis, +1º. un courant de feu qui sortant en nappe d'un des mandrins du globe, +se précipitoit jusques sur le coussin à l'endroit de sa jonction avec le +globe; 2º. de petites aigrettes lumineuses à tous les poils de mes +habits qui se dirigeoient vers le coussin; 3º. une longue aigrette mince +& peu divergente qui partoit de mon doigt, lorsque je le présentois au +coussin à 3. ou 4. pouces de distance, & qui se changeoit en un courant +continu, pour peu que je l'approchasse davantage. M'étant aperçû que le +coussin étoit plus près d'un des pôles du globe que de l'autre, & +l'ayant remis le plus éxactement qu'il me fut possible, à égale distance +des deux mandrins, je vis le courant de feu, qui auparavant sortoit de +l'un d'eux, partagé en deux nappes à peu-près égales, une de chaque +côté: Ayant fait cesser la rotation du globe, je remarquai que la vertu +attractive du coussin s'y conserva encore long-temps. Plus d'une +demi-heure après l'avoir laissé dans cet état, il suçoit & pipoit encore +à l'approche du doigt. + +»En réfléchissant sur ces observations, j'ai imaginé qu'il falloit avoir +un coussin plus étroit & un globe plus gros, ou du moins dont les +mandrins fussent plus éloignés de l'Équateur. J'essayai un globe de 14. +pouces de diamètre; mais il se trouva un peu trop dur, ayant trop +d'épaisseur de verre. D'ailleurs, quelque solide que fût la machine dont +je me servois, il y causa par sa rotation un ébranlement qui m'inquiéta. +Ces considérations me déterminérent à donner la préférence à un globe de +cristal de 13. pouces que je fis monter exprès. Les goulots en sont +minces, & les mandrins qui y sont mastiqués n'ont guère plus d'un +demi-pouce d'empattement tout autour. En faisant rouler ce globe sur un +coussin de 3. pouces de diamètre, les bords de celui-ci se trouvent +éloignés des mandrins de plus de 7. pouces. Ma grande capsule au fond de +laquelle j'ai fixé ce coussin avec du mastic, met encore un plus grand +éloignement entre lui & le plateau de bois qui porte le tout. + +»Ce n'est qu'après toutes ces précautions que je suis venu à bout +d'épuiser la matière électrique du coussin, & de faire les expériences +que M. Franklin nous a indiquées sur ce sujet. Je suis d'autant-moins +étonné du peu de succès de ceux qui disent les avoir tentées +inutilement, que je suis sûr qu'il est impossible d'y réussir sans +toutes ces précautions. Sans entrer dans une discussion qui seroit trop +longue & ennuyeuse, on trouvera dans cet exposé des réponses plus que +suffisantes aux questions & objections de nos critiques, & la raison de +la différence de leurs succès. _Lisez Lettres sur l'Électricité_, _pag._ +112-115. Pour les trois questions qui terminent la page 115, pourra-t-on +apprendre, sans étonnement, qu'elles nous viennent d'un homme instruit? +Je vais pourtant y satisfaire comme si elles le méritoient. Sur la +dernière conséquence de M. Franklin qu'il n'entre dans la bouteille que +le feu électrique qui vient de sa surface extérieure, on lui demande: +_Et quelle certitude en avez-vous? La matière électrique n'est-elle pas +répandue dans l'air de l'atmosphère? Et pourquoi ne voulez-vous pas que +la chaîne & le globe y trouvent ce feu électrique qui passe par le +conducteur dans l'intérieur de la fiole? Il faut montrer que cela est +impossible, ou que cela n'est pas, si vous voulez que votre conséquence +soit reçuë._ Soit, Monsieur, on s'en tient à votre parole. Voici la +certitude que nous en avons, indépendamment de ce que nous voulons ou ne +voulons pas. Écoutez bien. Si la chaîne & le globe trouvoient dans l'air +de l'atmosphère ce feu électrique qui passe par le conducteur dans +l'intérieur de la fiole, ils l'y trouveroient aussi bien avant qu'on eût +établi une communication de l'extérieur de la bouteille au coussin, +qu'après, & dans ce cas on l'apercevroit en touchant au conducteur. Il +est cependant très-certain que dès-que le coussin est épuisé on ne tire +pas la moindre étincelle des conducteurs: tirez, s'il vous plaît, la +conséquence vous-même, & ne refusez plus de la recevoir.» + +34. Suspendez deux balles de liége par des fils de lin attachés au +premier conducteur; touchez alors le côté de la bouteille, & elles +seront électrisées, & elles s'éloigneront l'une de l'autre. + +Car autant que vous donnez de feu aux côtés, autant précisément il s'en +décharge à travers le fil-d'archal sur le premier conducteur, d'où les +balles de liége reçoivent une atmosphére électrique. + +Mais prenez un fil-d'archal courbé en forme de C, avec un bâton de cire +d'Espagne fixé à la partie extérieure de la courbure, afin de le tenir +par-là, & appliquez une extremité de ce fil-d'archal aux côtés, & +l'autre en même temps au premier conducteur, la fiole sera déchargée; & +si les balles ne sont pas électrisées avant la décharge, elles ne +paroîtront pas l'être après; car elles ne se repousseront pas l'une +l'autre. + +Maintenant si le feu déchargé de la surface intérieure de la bouteille à +travers son fil-d'archal restoit sur le premier conducteur, les balles +seroient électrisées & s'éloigneroient l'une de l'autre. + +Si la fiole faisoit une explosion réelle aux deux extrémités & +déchargeoit le feu tant des côtés que du fil-d'archal, les balles +seroient électrisées en _plus_ & s'éloigneroient _plus loin_, car aucune +portion de feu ne peut s'échaper en étant empêchée par le manche de +cire. + +Mais si le feu, dont la surface intérieure est surchargée, est +précisément la quantité qui manque à la surface extérieure, il passera +circulairement à travers le fil-d'archal attaché au manche de cire, +rétablira l'équilibre dans le verre, & ne causera aucune altération dans +l'état du premier conducteur. + +Nous avons trouvé conformément que si le premier conducteur est +électrisé, & que les balles de liége soient dans un état de répulsion +avant que la bouteille soit chargée, elles continueront d'y être après, +sinon elles ne seront point électrisées par cette décharge. + +«Tout ce qui est dans la critique, pag. 116. 117, & 118. contre cette +expérience, me paroît tout-à-fait hors de propos; notre auteur, comme on +vient de le voir, prouve incontestablement que l'expérience de Leyde +n'électrise point les corps qui reçoivent la commotion, ou qui ont +communication avec ceux qui la reçoivent, & M. L. N. en convient; mais +après cela il se perd dans une discussion qui n'a aucun rapport au sujet +dont il s'agit.» + + + + +LETTRE IV. + +_Nouvelles expériences & observations sur l'Électricité._ + +1748. + + +MONSIEUR, + +35. Il y aura la même explosion & le même choc, si la bouteille +électrisée est tenue d'une main par le _crochet_, & touchée de l'autre +par les _côtés_[19], que si elle est tenue par les _côtés_ & touchée au +_crochet_. + +[Note 19: M. Franklin s'est servi dans la plupart de ses expériences, & +surtout dans les suivantes, de bouteilles garnies de métal en dedans & +en dehors: il faut donc entendre par le terme _côtés_, la surface +extérieure couverte d'une enveloppe métallique depuis le fond jusqu'au +collet, ou jusqu'à deux ou trois pouces près du goulot.] + +36. Pour prendre impunément par le _crochet_ la bouteille chargée, & en +même tems ne pas diminuer sa force; il faut d'abord la placer sur un +corps originairement électrique. + +37. La fiole sera électrisée aussi fortement, si elle est tenue par le +_crochet_ & les _côtés_ appliqués au globe ou au tube, que si elle est +tenue par les _côtés_, & que le _crochet_ leur soit appliqué. + +38. Mais la direction du feu électrique étant différente dans la charge, +elle sera aussi différente dans l'explosion; la bouteille chargée par le +_crochet_ sera déchargée par le _crochet_; la bouteille chargée par les +_côtés_ sera déchargée par les _côtés_, & jamais autrement; car le feu +doit sortir par la même voye qui lui a donné entrée. + +39. Pour prouver cela, prenez deux bouteilles qui soient également +chargées par les _crochets_, une dans chaque main; approchez leurs +_crochets_ l'un de l'autre, il n'en résultera ni étincelle ni choc, +parce que chaque _crochet_ est disposé à donner du feu, & ni l'un ni +l'autre ne l'est à en recevoir. Posez une des bouteilles sur le verre, +levez-la par le _crochet_, & appliquez son _côté_ au _crochet_ de +l'autre; il y aura alors une explosion & un choc, & les deux bouteilles +seront déchargées. + +»Sur l'assertion de Mr. Franklin que, si l'on approche l'un de l'autre +les crochets des deux bouteilles également chargées, il n'en résultera +ni étincelle, ni choc: _Ho! voilà_, s'écrie M. L. N.[20], _ce dont je ne +conviendrai pas; car dès la premiere fois que j'en fis l'épreuve, je vis +très-distinctement éclater le feu électrique entre les deux crochets, & +je ressentis un coup assez vif dans les deux bras_. Cela peut être, & je +crois que cela est, pour l'avoir éprouvé de même; mais la proposition de +M. Franklin n'en est pas moins vraie, & il faudra que le physicien +François en convienne malgré sa protestation, car il faut se rendre à +l'évidence; il doit sçavoir qu'après l'expérience de Leyde, la bouteille +n'est plus chargée, & qu'il n'y reste plus de feu: si les deux +bouteilles dont il s'agit restent chargées après en avoir approché les +deux crochets l'un de l'autre, c'est une preuve incontestable qu'elles +n'ont pas produit tout leur effet. Celui que M. L. N. a ressenti n'est +venu que de ce que l'une des bouteilles étoit plus chargée que l'autre, +& le feu qu'il a vû si distinctement entre les deux crochets, n'est que +ce qui en a passé de l'une à l'autre pour les remettre toutes deux en +équilibre: elles n'en restent pas moins chargées l'une & l'autre après +cette légère commotion, qui d'ailleurs n'est pas différente de celles +qu'on ressent dans la main à chaque étincelle que l'on tire d'un peu +loin du conducteur, quand on charge une bouteille. + +[Note 20: Lett. sur l'Électricité, pag. 123.] + +»Pour avoir sur ce sujet une conviction encore plus complette, il ne +s'agit que de varier l'expérience: prenez deux bouteilles dont l'une +soit bien chargée & l'autre ne le soit point du tout; en approchant +leurs crochets l'un de l'autre, vous verrez une étincelle & vous +recevrez un coup; mais après cela les bouteilles seront toutes deux à +demi chargées; preuve certaine que le feu est sorti par le crochet de +celle qui étoit électrisée, comme il y étoit entré. + +»Cette erreur de M. L. N. ne vient donc que de ce qu'il n'a pas fait +attention que pour cette expérience les deux bouteilles doivent être +_également_ chargées. Quand elles le sont, il n'y a réellement ni +étincelle, ni choc, comme l'a judicieusement avancé M. Franklin. + +40. Variez l'expérience en chargeant deux fioles également, l'une par le +_crochet_, l'autre par le _côté_; tenez par les _côtés_ celle qui a été +chargée par le _crochet_, & tenez par le _crochet_ celle qui à été +chargée par le _côté_; appliquez le _crochet_ de la première au _côté_ +de la seconde, il n'y aura ni choc, ni étincelle: posez sur le verre +celle que vous tenez par le _crochet_, levez-la par les _côtés_, & +présentez les deux _crochets_ l'un à l'autre, il y aura une étincelle & +un choc, & les deux bouteilles seront déchargées. + +»Cette expérience étant attaquée dans le même endroit & de la même +manière que la précédente, trouve aussi la même défense. + +Dans cette expérience les bouteilles sont totalement déchargées, & +l'équilibre y est rétabli: l'excès du feu dans un des crochets, (ou +plutôt dans la surface intérieure d'une bouteille,) étant exactement +égale à ce qui manque de feu dans l'autre, & par conséquent comme chaque +bouteille a en elle-même l'excès aussi bien que le défaut, le défaut & +l'excès doivent être égaux dans chaque bouteille. Voyez §. 42. 43. 44. +45. Mais si un homme tient en main les deux bouteilles, dont l'une soit +pleinement électrisée, & l'autre ne le soit point du tout; s'il +rapproche leurs crochets, il ne sentira que la moitié du coup, & les +bouteilles resteront à demi électrisées, l'une étant à demi déchargée, & +l'autre à demi chargée. + +41. Placez deux fioles également chargées sur une table à 5. ou 6. +pouces de distance; suspendez une petite boule de liége par un fil de +soye, qui tombe entre les deux bouteilles: si les fioles ont été toutes +deux chargées par leurs crochets, lorsque le liége aura été attiré & +repoussé par l'un, il ne sera pas attiré par l'autre, mais il en sera +également repoussé; mais si les fioles ont été chargées l'une par le +crochet & l'autre par le côté,[21] le liége après avoir été attiré, & +repoussé par un crochet, sera aussi fortement attiré & ensuite repoussé +par l'autre, & jouëra ainsi avec force entre les deux, jusqu'à ce que +les deux bouteilles soient à peu près déchargées. + +[Note 21: Pour charger commodément une bouteille par le côté, mettez-la +sur un verre: établissez une communication du premier conducteur à +l'enveloppe métallique de cette bouteille, & une autre de son crochet à +la muraille ou au plancher. Quand elle sera chargée, supprimez cette +derniere communication avant que d'empoigner la bouteille, autrement une +grande partie du feu s'échapperoit par cette voye.] + +42. Lorsque nous employons les termes de _charger_ & _décharger_ les +bouteilles, c'est pour nous conformer à l'usage, & par disette d'autres +termes plus convenables; puisque nous sommes persuadés qu'il n'y a +réellement pas plus de feu électrique dans la bouteille après ce qu'on +appelle sa _charge_, ni moins après sa _décharge_ qu'il n'y en avoit +auparavant, excepté seulement la petite étincelle que l'on peut donner +ou enlever à la matière non-électrique, si elle est séparée de la +bouteille: étincelle qui ne peut pas égaler la cinquantiéme partie de +celle qui fait l'explosion. + +Car si dans l'explosion le feu électrique sortoit de la bouteille par un +endroit, & qu'il ne rentrât pas par un autre, il s'ensuivroit que si un +homme placé sur de la cire & tenant la bouteille d'une main, tiroit +l'étincelle en touchant avec l'autre le crochet de fil-d'archal, la +bouteille étant par là déchargée, l'homme seroit chargé; ou que la +quantité de feu perduë par l'une se retrouveroit dans l'autre, puisqu'il +n'y a aucune issue pour la laisser échaper; mais il arrive le contraire. + +43. D'ailleurs la fiole ne souffrira pas ce que l'on appelle une charge, +à moins qu'il n'en puisse sortir autant de feu par une voye qu'il en +entre par une autre. Une fiole placée sur la cire ou sur le verre, ou +bien suspenduë sur le premier conducteur d'électricité, ne peut être +chargée à moins qu'il n'y ait une communication établie entre ses côtés +& le plancher pour servir de décharge. + +»De toutes les expériences de Philadelphie, il y en a peu qui soient +contestées avec autant de confiance que celle-ci. Dès le premier rapport +que je fis à l'Académie royale des sciences en 1751. du succès des +expériences de M. Franklin, on me soutint avec vivacité que cette +observation étoit contraire à l'expérience. N'étant allé à l'Académie +que pour y rendre compte de ce que j'avois fait & vû, & non pas pour +disputer; je me contentai de répliquer que j'étois sûr de ce que +j'avançois d'après mon auteur: je suis surpris qu'on n'en ait pas encore +reconnu la vérité. Cette communication que l'on établit des côtés de la +bouteille au plancher, est ce que nous appellons une décharge: quand on +électrise une bouteille à la main, c'est la main qui en tient lieu; mais +si la bouteille est suspenduë au conducteur sans décharge, & que l'air +soit bien sec, je suis sûr pour l'avoir éprouvé cent fois, qu'elle ne se +charge point: j'ai de même éprouvé que quand elle est appuyée sur un +support électrique, plus ce support est large & élevé & moins elle se +charge. J'ai cependant vû la bouteille de Leyde se charger quoique +suspenduë au conducteur sans décharge, mais très-lentement & +très-difficilement, dans des tems où l'air de l'atmosphère est chargé +d'humidité, (c'est apparemment celui où notre critique a étudié son +objection) mais cela ne vient que de ce que les particules d'humidité +répanduës dans l'air font l'office de décharge: l'on peut d'autant moins +se prévaloir de cette observation contre M. Franklin, qu'il est moins à +portée de la faire par lui-même. La saison où il se livre plus +particulierement à l'électricité, comme la plus favorable aux +expériences, est l'hyver, & c'est le temps où la Pensylvanie jouit du +ciel le plus beau & le plus pur; quoi qu'il en soit, des objections, la +proposition de notre auteur restera dans toute sa force pour quiconque +voudra se mettre dans sa position, & consulter l'expérience sans +prévention. + +44. Mais suspendez deux ou plusieurs fioles sur le premier conducteur +d'électricité, l'une pendante à la queuë de l'autre, & un fil-d'archal +de la derniere au plancher, un égal nombre de tours de rouë les chargera +également, & chacune le sera autant que si elle seule eût été soumise à +l'opération: ce qui est chassé de la queuë de la premiere servant à +charger la seconde, ce qui est chassé de la seconde chargeant la +troisiéme, & ainsi de suite; par ce moyen une quantité de bouteilles +peuvent être chargées par la même opération, & aussi pleinement que s'il +n'y en avoit qu'une seule; si ce n'est que chaque bouteille reçoit de +nouveau feu, & abandonne son ancien avec quelque réticence, ou plutôt +apporte à la charge quelque foible résistance, qui dans un nombre de +bouteilles devient plus égale à la puissance chargeante, & repousse +ainsi le feu sur le globe plus vite qu'une simple bouteille ne le +pourroit faire. + +45. Lorsqu'une bouteille est chargée par la voye ordinaire, ses surfaces +intérieure & extérieure sont prêtes, l'une à donner le feu par le +crochet, l'autre à le recevoir par le côté: l'une est pleine, & disposée +à pousser, l'autre est vuide, & extrêmement affamée; & cependant comme +la premiere ne chassera point, que l'autre ne puisse au même instant +recevoir, de même la dernière ne recevra point, que la première ne +puisse donner au même instant; lorsque l'un & l'autre peut se faire en +même-tems, cela se fait avec une vitesse & une violence inconcevables. + +46. Ainsi lorsqu'on bande un ressort avec violence (quoique la +comparaison ne convienne pas dans tous les points) il doit, pour se +rétablir de lui-même, resserrer le côté qui avoit été étendu en le +bandant, & étendre celui qui avoit été resserré. Si l'une de ces +opérations rencontre des obstacles, l'autre ne sauroit avoir son +éxécution; mais on ne dit point que le ressort soit chargé d'élasticité, +lorsqu'il est bandé, & déchargé, lorsqu'il est débandé; sa quantité +d'élasticité est toujours la même. + +47. Le verre a pareillement toujours dans sa substance la même quantité +de feu électrique, & une fort grande quantité, par rapport à la masse du +verre, comme il sera prouvé dans la suite. + +48. Cette quantité proportionnée au verre, il la retient avec force & +opiniatreté; il n'en aura ni plus ni moins, quelque changement qu'il +éprouve dans ses parties, & dans sa situation; c'est-à-dire, que nous en +pouvons tirer une partie de l'un de ses côtés, pourvû que nous en +rendions à l'autre une égale quantité. + +49. Néanmoins lorsque la situation du feu électrique est ainsi dérangée +dans le verre, lorsque quelque partie a été retranchée de l'un des +côtés, & que quelque partie a été ajoûtée à l'autre, il ne reste point +en repos ou dans son état naturel, jusqu'à ce qu'il ait été rétabli dans +son uniformité primitive .... & ce rétablissement ne peut être fait à +travers la substance du verre, mais il doit se faire par une +communication non électrique, établie au dehors, de surface à surface. + +50. Ainsi la force totale de la bouteille, & le pouvoir de donner un +choc est dans le verre-même; les corps non-électriques en contact avec +les deux surfaces ne servant qu'à donner & à recevoir des différentes +parties du verre; c'est-à-dire, à donner à un côté, & à recevoir de +l'autre. + +51. Nous avons fait ici cette découverte de la manière suivante. Nous +proposant d'analyser la bouteille électrifiée pour sçavoir où réside sa +force, nous la plaçâmes sur un verre, & nous ôtames le liége & le +fil-d'archal, que l'on avoit eu attention de ne pas trop enfoncer. Alors +prenant la bouteille d'une main, & approchant un doigt de l'autre main +auprès de l'orifice, une forte éteincelle s'élança de l'eau, & le choc +fut aussi violent que si le fil-d'archal n'eût point été dérangé, ce qui +nous fit connoître que la force électrique ne résidoit point dans le +fil-d'archal. Ensuite pour découvrir si elle résidoit dans l'eau, y +étant comprimée & condensée, parce que le verre la serre de toutes parts +(ce qui avoit été notre première opinion,) nous électrisâmes de nouveau +la bouteille; & l'ayant mise sur un verre, nous otâmes, comme ci-devant, +le liége & le fil-d'archal; levant alors la bouteille, nous versâmes +toute l'eau dans une autre bouteille vuide qui étoit pareillement sur un +verre; & levant cette derniere fiole, nous comptâmes, si la force +résidoit dans l'eau, d'entendre partir un coup; mais il n'y en eut +point. Nous jugeâmes donc qu'il falloit ou que la force se fût perduë en +transvasant, ou qu'elle fût restée dans la première bouteille; & nous +trouvâmes que notre derniere conjecture étoit juste. Car cette bouteille +mise à l'épreuve donna un coup, quoique remplie, sans la déplacer, avec +de l'eau fraîche, & qui n'étoit point électrifiée... Alors pour +découvrir si le verre avoit cette propriété précisément comme verre, ou +si la forme y contribuoit en quelque chose, nous prîmes un carreau de +verre; & le posant sur la main, nous mîmes une plaque de plomb sur sa +surface supérieure; ensuite nous électrisâmes cette plaque, & à +l'approche du doigt il y eut une étincelle & un choc. Nous prîmes +ensuite deux plaques de plomb de dimensions égales, mais plus petites +que le verre qui les débordoit de deux pouces de tous côtés, & nous +électrisâmes le verre entr'elles en électrisant la plaque de dessus. +Après cela nous séparâmes cette plaque du verre, & par cette opération +le peu de feu qui pouvoit être dans le plomb fut enlevé, & le verre +touché avec le doigt sur les parties électrisées, ne donna que quelques +petites étincelles piquantes; on peut cependant en tirer un grand nombre +de différent endroits. Après avoir remis adroitement le verre entre les +deux plaques, & achevé un cercle; c'est-à-dire, pratiqué une +communication entre les deux surfaces, il s'ensuivit un choc violent +.... ce qui démontre que le pouvoir réside dans le verre comme verre, & +que les corps non-électriques en contact servent uniquement, comme +l'armure de l'aimant, à unir les forces des différentes parties, & à les +rassembler dans tel point qu'on désire. Car c'est une proprieté des +corps non-électriques, que tout le corps reçoit ou donne dans un instant +tout le feu électrique qui est donné ou enlevé à quelqu'une de ses +parties. + +»L'expérience de Leyde est sans contredit une des plus belles +découvertes qui ayent été faites en Physique. C'est elle qui a donné +lieu aux profondes recherches qui occupent si généralement les +Physiciens depuis 1745. Chacun d'eux a fait ses efforts pour déveloper +la merveilleuse bouteille qui en est le fondement; mais on ne voit pas +qu'aucun y ait réussi avant M. Franklin. L'analyse de cette bouteille +étoit, ce semble, la chose la plus aisée à imaginer & la plus simple à +éxécuter, & cependant personne n'y a songé, comme si cette idée n'eût pû +venir que du nouveau monde; mais à peine a-t-elle pénetré en Europe, à +peine le succès en est-il connu qu'on entreprend de le contester; on +veut documenter l'auteur, changer le procedé, & nier le résultat. +Examinons chacune de ces choses. + +»_Si vous voulez_, dit le Physicien françois à l'Américain[22], _répéter +cette expérience_ (l'analyse de la bouteille) _de bonne foi & sans +prévention, je vous dirai en quoi vous avez manqué; & je vous promets +qu'en procédant, comme il convient, vous trouverez des signes +très-marqués de la vertu électrique dans votre eau transvasée._ Voici le +procedé. + +[Note 22: Lettre sur l'Électricité, pag. 91.] + +»_Je vous avertis donc qu'il faut faire cette expérience avec une +électricité passablement forte, éviter les longueurs... que le nouveau +vase qui reçoit l'eau, ne soit pas d'un verre fort épais, & qu'au lieu +d'être posé sur du verre, comme vous le faites, il le soit au contraire +sur la main d'un homme ou sur quelqu'autre corps non-électrique. Si vous +procedez ainsi, je vous réponds du succès._ Pour moi je pense qu'en +procedant ainsi, on ne feroit point l'analyse de la bouteille. Mais ni +le critique, ni celui qui s'est laissé surprendre par cette expérience, +ne se sont apperçus qu'ils manquoient dans le point essentiel. C'est ce +défaut de sagacité qui paroît avoir assuré la défaite de l'un & la +victoire de l'autre que l'on a fait sonner si haut. + +»D'après ce résultat vrai en lui-même, mais faux dans son principe, on +argumente contre M. Fr. on le presse: on le poursuit: on se persuade +qu'il ne lui reste pas plus de ressource qu'à celui qu'on a nommé son +plus zèlé partisan. + +»Sans entreprendre de réfuter tout ce que l'éloquence étale en 8. ou 10. +pages de la critique, & sans rétorquer tous les argumens adressé à notre +Américain, je crois que quelques réflexions fondées sur l'expérience +suffiront pour en effacer les impressions. + +»Quand une personne tient dans sa main la bouteille électrisée, & +qu'elle en verse l'eau dans une autre bouteille tenuë dans la main d'une +autre personne, il arrive la même chose que si l'on faisoit toucher le +crochet de la premiere bouteille à celui de la seconde qui seroit armée, +la charge se partage entre les deux bouteilles.[23] Cela est si vrai que +si la même personne fait seule cette expérience en tenant les deux +bouteilles, une en chaque main, elle ressentira une commotion, qui ne +sera pourtant que la moitié de celle qu'elle recevroit, si elle faisoit +tout simplement l'expérience de Leyde. Donc en versant l'eau de cette +façon on fait passer avec elle dans la seconde bouteille la moitié de la +matière électrique contenuë dans la première. La preuve s'en tire encore +d'une autre observation que voici. Si la matière électrique qui passe +ainsi avec l'eau d'une bouteille dans l'autre, étoit précisément +attachée à la liqueur, la quantité en seroit proportionelle à la +quantité de l'eau transvasée: or cela n'est point; car que l'on vuide +toute la liqueur, ou que l'on n'en vuide que la moitié, la seconde +bouteille qui l'aura reçuë se trouvera également chargée, c'est-à-dire +électrisée au même degré; & si toutes choses étoient égales des deux +cotés: si les bouteilles étoient égales en capacité, en matiére, en +forme, & leur intérieur également moüillé, ce degré seroit éxactement le +même dans chacune. Donc notre critique n'a pas raison de dire que l'on +ne sauroit lui objecter que les circonstances dont il fait dépendre le +succès de l'expérience, changent l'espèce. Et pourquoi ne sauroit-on lui +faire cette objection, dès qu'on voit évidemment que son procédé est +erronné: que n'en apperçevant pas le défaut, il en tire avantage, pour +combattre la doctrine d'un Physicien consommé dans cette partie, où il +donne des leçons à tout le monde sçavant? + +[Note 23: V. pag. 125. §. 40.] + +»S'il restoit encore quelques doutes sur l'analyse de la bouteille +électrisée, qui est regardée avec raison comme une des plus belles +expériences de M. Franklin, quoiqu'elle ne soit pas une des plus +brillantes, & sur laquelle j'ai entendu un des Physiciens les plus +experimentés en cette partie, se reprocher de ne l'avoir pas imaginée; +si, dis-je, il restoit encore quelques doutes sur ce sujet, on pourroit +les lever, en s'y prenant d'une autre façon que j'ai imaginée, & que je +rapporte ici, pour répondre à ceux qui prétendent que la matière +électrique ne paroît attachée au verre de la bouteille qu'en vertu de +l'adhérence de l'eau à ses parois intérieures. Au lieu d'eau, je mets +dans la bouteille du menu plomb, comme du plomb à perdreaux, ou de la +cendrée: après l'avoir armée de son crochet, & l'avoir électrisée, j'en +fais l'analyse, suivant la méthode de M. Franklin, & je trouve toujours +que le plomb en étant vuidé, n'a point emporté l'électricité, mais que +cette matière est restée presque toute entière en la bouteille où je +l'avois fait entrer d'abord, puisque de nouveau plomb, ou à sa place de +l'eau, ou toute autre substance non-électrique, ou même rien autre chose +qu'un fil-d'archal, pourvû qu'il touche au fond intérieur, lui rend le +pouvoir de donner la commotion à quiconque veut la tenter. J'ai même +éprouvé qu'elle étoit, toutes choses égales d'ailleurs, toujours plus +forte avec le plomb qu'avec l'eau, C'est en conséquence de cette +observation, que depuis long-tems je ne me sers presque plus d'eau dans +mes expériences électriques. J'ai trouvé que le métal, & sur tout le +plomb granulé est bien préférable à la liqueur pour analyser la +bouteille: il n'est pas sujet à l'évaporation: on peut le sécher +aisément; il n'éclabousse point en le traversant: il ne s'attache ni aux +parois ni au goulot de la bouteille, toutes choses qui font souvent +manquer l'expérience, quand on opére avec de l'eau. L'usage de la +limaille pour remplir la bouteille est aussi très-bon; mais si l'on veut +en faire l'analyse, il faut avoir attention que la limaille soit bien +séche, & qu'elle ne fasse point de poussière quand on la verse. + +Il résulte de toutes ces observations que j'ai faites & répétées avec +tout le soin & l'éxactitude possibles, qu'en s'y prenant comme +l'enseigne M. L. N. on ne fait point l'analyse de la bouteille +électrisée. Car, qu'est-ce que faire cette analyse? N'est-ce pas tout +simplement séparer chacune des parties dont elle est composée, pour voir +à laquelle de ses parties la matière électrique restera attachée? Or en +suivant la route indiquée par M. Fr. on arrive sûrement à ce but; si +l'on entreprend de m'en montrer une autre, il faudra me prouver qu'elle +y conduit aussi sûrement, ou tout au moins me mettre dans +l'impossibilité d'en découvrir l'erreur. Notre critique ne fait ni l'un +ni l'autre, & malgré ses argumens spécieux, je n'y aurai pas plus de +confiance que si, pour me prouver que l'électricité n'est pas attachée +au verre, il commençoit par décharger la bouteille avant d'en faire +l'analyse; il n'y a pas plus de raison à vouloir que la seconde +bouteille dans laquelle on verse l'eau électrisée, soit dans la main +d'un autre homme, qu'il y en auroit à éxiger que la premiere y fût +aussi, quand on en ôte le fil-d'archal avec les doigts. Il y a donc, +quoiqu'en dise la critique, des circonstances d'où on fait dépendre le +succès de l'expérience, qui en changent l'espéce; & celles-ci sont du +nombre. C'est pour cela que je prétens qu'en s'y prenant de cette façon, +l'on ne fait point du tout l'analyse de la bouteille. + +»Que notre adversaire au reste ne s'imagine pas que je n'aye en vûe que +de le contredire. La recherche de la verité est mon seul objet. Aucune +considération ne sauroit m'en détourner. Quand nous avons dit que l'eau +ou le métal que l'on met dans la bouteille de Leyde n'emportent point +avec eux d'électricité, dans le temps qu'on les verse dans un autre vase +soutenu sur un support électrique; il ne faut pas prendre cette +proposition à la rigueur. Je sçais par expérience que ces corps +non-électriques ne se dépoüillent pas absolument, en sortant de la +bouteille, de toute l'électricité dont ils étoient chargés. Cela se voit +évidemment quand on se sert de limaille pour faire l'analyse de la +bouteille. Notre auteur estime que la quantité qu'ils retiennent de +cette matière n'équivaut peut-être pas la cinq-centiéme partie de ce qui +fait la charge de la bouteille; mais cette petite quantité n'est pas ce +dont il s'agit ici; quand elle seroit beaucoup plus considérable dans +les circonstances établies, elle ne mettroit jamais la seconde bouteille +en état de donner la commotion.» + +52. Sur quoi nous avons fait ce que nous appellons une _batterie +électrique_, consistant en onze grands carreaux de vitre garnis de lames +de plomb appliquées sur chaque côté, placés verticalement, & soutenus à +deux pouces de distance sur des cordons de soye, avec des crochets épais +de fil de plomb, un de chaque côté, dressés en ligne droite, éloignés +l'un de l'autre, & des communications convenables de fil, & une chaîne +depuis le côté _donnant_ d'un carreau jusqu'au côté _recevant_ de +l'autre, de sorte que le tout puisse être chargé ensemble, & par la même +opération, comme s'il n'y avoit qu'un seul carreau. Nous avons fait +encore une autre machine pour amener les côtés _donnans_ après la +charge, en contact avec un long fil-d'archal, & les côtés _recevans_ +avec un autre. Ces deux longs fils-d'archal donneroient la force de tous +les carreaux de verre à la fois à travers le corps de quelque animal qui +formeroit le cercle avec eux. Les carreaux peuvent aussi être déchargés +séparément, ou tel nombre ensemble que l'on voudra; mais cette machine +n'a pas été mise beaucoup en usage, comme ne répondant pas parfaitement +à notre intention, relativement à la facilité de la charge par la raison +donnée §. 44. Nous avons fait aussi avec de grands carreaux de vitre des +tableaux magiques & des roues animées qui se meuvent d'elles-mêmes, & +dont nous allons bientôt faire la description. + +53. Je m'apperçois par le dernier livre de l'ingénieux Mr. Watson que +j'ai reçu dernièrement, que le docteur _Bevis_ s'est servi avant nous de +carreaux de verre pour faire l'expérience de Leyde, & jusqu'au moment +que ce livre m'est parvenu, je me proposois de vous communiquer cela +comme une nouveauté. Si j'en fais mention ici, je vous dirai pour excuse +que nous avons tenté l'expérience différemment, que nous en avons tiré +des conséquences différentes, (car M. Watson paroît toujours persuadé +que le feu est accumulé sur le corps non électrique, qui est en contact +avec le verre, pag. 72.) & nous l'avons même poussé plus loin, autant +que j'en puis juger jusqu'à présent. + + + + +_LETTRE V._ + +PREMIÈRE PARTIE. + + +27. Juillet 1751. + +MONSIEUR, + +Je crois que M. Watson a fait à la hâte ses observations sur mon dernier +écrit, avant d'avoir bien considéré les expériences rapportées dans le +§. 51. qui me paroissent toujours décisives dans cette question: _Si +l'accumulation du feu électrique est sur le verre électrisé, ou sur la +matière non-électrique jointe au verre_; je crois qu'elles démontrent +que l'accumulation est réellement sur le verre. + +Quant à l'expérience dont parle cet ingénieux physicien, & qu'il regarde +comme concluante pour le parti opposé; je me flatte qu'il changera de +façon de penser à cet égard, lorsqu'il considérera que, comme une +personne qui applique le fil-d'archal de la bouteille chargée à une +liqueur spiritueuse échauffée dans une cuillier que tient une autre +personne, toutes deux étant sur le plancher, en enflammera les esprits, +& que cependant une pareille inflammation ne peut pas décider si +l'accumulation étoit sur le verre ou dans le corps non-électrique; de +même si l'on place une troisiéme personne sur un gâteau de cire entre +les deux premières, qu'elle tienne d'une main un bassin dans lequel on +verse l'eau de la bouteille, & qu'à l'instant de l'effusion elle +présente un doigt de l'autre main à la liqueur spiritueuse; cette +circonstance ne change rien du tout à l'état des choses, le filet d'eau +tombant de la fiole, le côté du bassin, les bras & le corps de la +personne placée sur le gâteau n'étant tous ensemble que comme un long +fil-d'archal qui s'étend de la surface intérieure de la fiole à la +liqueur spiritueuse. + +54. Voici de quelle manière se fait le tableau magique. Ayant un grand +portrait avec un cadre & une glace, (supposez que ce soit celui du Roi) +ôtez-en l'estampe, & coupez-en une bande à la distance d'environ deux +pouces du cadre tout autour; quand la coupure prendroit sur le portrait +il n'y auroit pas d'inconvénient. Avec de la colle légere ou de l'eau +gommée, fixez sur le revers de la glace la bande du portrait séparée du +reste, en la serrant & l'unissant bien: alors remplissez l'espace vuide +en dorant la glace avec de l'or ou du cuivre en feuille: dorez +pareillement le bord intérieur du derrière du cadre tout autour, excepté +le haut, & établissez une communication entre cette dorure & la dorure +du derrière de la glace: remettez la planche ou le carton sur la glace, +& ce côté est fini. Retournez la glace, & dorez exactement le côté +antérieur sur la dorure de derrière, & lorsqu'elle sera séche +couvrez-la, en collant dessus le milieu de l'estampe qui avoit été +séparé de la bande; observant de rapprocher les parties correspondantes +de cette bande & du portrait; par ce moyen le portrait paroîtra tout +d'une piéce comme auparavant; seulement une partie est derrière la glace +& l'autre devant....... tenez le portrait horizontalement par le haut, & +posez sur la tête du Roi une petite couronne dorée & mobile. Maintenant +si le portrait est électrisé modérément, & qu'une autre personne +empoigne le cadre d'une main, de sorte que ses doigts touchent la dorure +postérieure, & que de l'autre main elle tâche d'enlever la couronne, +elle recevra une commotion épouventable, & manquera son coup. Si le +portrait étoit puissamment chargé, la conséquence pourroit bien en être +aussi fatale[24] que celle du crime de haute trahison: car lorsque +l'étincelle est tirée à travers une main de papier couchée sur le +portrait par le moyen d'un fil-d'archal de communication; elle fait un +trou à travers chaque feuillet, c'est-à-dire à travers 48. feuilles, +(quoique l'on regarde une main de papier comme un bon plastron contre la +pointe d'une épée; ou même contre une balle de pistolet,) & le +craquement est excessivement fort. L'opérateur qui tient ce portrait par +l'extrémité supérieure, où l'intérieur du cadre n'est pas doré, à +dessein d'empêcher la chute du portrait, ne sent rien du coup, & peut +toucher le visage du portrait sans aucun danger, ce qu'il donne comme un +témoignage de sa fidélité..... Si plusieurs personnes en cercle +reçoivent le choc, on appelle l'expérience _les conjurés_. + +[Note 24: Nous avons trouvé depuis qu'elle est fatale à de petits +animaux, mais que l'action n'est pas assez violente pour en tuer de +grands; le plus gros que nous ayons tué est une poule.] + +«Avec une glace de 1200. pouces quarrés étamée sur ses deux faces, j'ai +plusieurs fois percé jusqu'à 160. feuilles de papier commun.» + +55. Sur le principe établi dans le §. 41. que les crochets des +bouteilles différemment chargées attireront & repousseront différemment, +on a fait une rouë électrique, qui tourne avec une force extraordinaire. +Une petite fléche de bois élevée perpendiculairement passe à angles +droits à travers une planche mince, & de figure ronde d'environ 12. +pouces de diamétre, & tourne sur une pointe de fer fixée dans +l'extrémité inférieure, tandis qu'un gros fil-d'archal dans la partie +supérieure traversant un petit trou dans une feuille de cuivre, +maintient la fléche dans sa situation perpendiculaire. Environ trente +rayons d'égale longueur faits d'un carreau de vitre coupé en bandes +étroites sortent horizontalement de la circonférence de la planche, les +extrémités les plus éloignées du centre excédant les bords de la planche +d'environ 4. pouces; sur l'extrémité de chacun est fixé un dé de cuivre. +Maintenant si le fil-d'archal de la bouteille électrisée par la voye +ordinaire est approché de la circonférence de cette rouë, il attirera le +dé le plus proche, & mettra ainsi la rouë en mouvement. Ce dé dans le +passage reçoit une étincelle, & dès-lors étant électrisé, il est +repoussé & chassé en avant, tandis qu'un second étant attiré, approche +du fil-d'archal, reçoit une étincelle, & est chassé après le premier, & +ainsi de suite jusqu'à ce que la rouë ait achevé un tour: alors les dez +déjà électrisés approchant du fil-d'archal, au lieu d'être attirés comme +auparavant, sont au contraire repoussés, & le mouvement cesse à +l'instant... mais si une autre bouteille qui a été chargée par les côtés +est placée auprès de la même rouë, son fil-d'archal attirera le dé +repoussé par le premier, & par là doublera la force qui fait tourner la +rouë, en enlevant non-seulement le feu qui a été communiqué aux dez par +la première bouteille; mais leur en dérobant même de leur quantité +naturelle, au lieu d'être repoussés lorsqu'ils reviennent vers la +première bouteille, ils sont plus fortement attirés; de sorte que la +rouë accélère sa marche jusqu'à fournir avec une grande rapidité 12. ou +15. tours dans une minute, & avec une telle force que le poids de cent +rixdales dont nous la chargeâmes une fois, ne parut en aucune manière +ralentir son mouvement..... C'est ce que l'on nomme une broche +électrique; & si un gros oiseau étoit embroché à la fléche +perpendiculaire, il tourneroit devant le feu avec un mouvement capable +de le rôtir. + +«Au lieu de faire cette roue de bois, & d'y rapporter des rayons de +verre, comme l'enseigne M. Franklin, j'ai imaginé qu'il étoit plus +simple & plus commode de la faire d'une seule piéce de verre; j'ai +choisi pour cela un carreau de verre de Bohême, le plus uni & le plus +plane que j'ai pû trouver: je l'ai fait couper en plateau rond de 18. +pouces de diamètre: j'ai collé sur chacune de ses surfaces une feuille +de papier marbré en couleur de bois, qui n'approche pas de la +circonférence du plateau plus près que de deux pouces: j'ai ensuite +mastiqué sur son centre de chaque côté deux gros-fils-d'archal qui +servent d'axe, dont l'un est terminé en pointe pour servir de pivot & +pour tourner sur une petite crapaudine de cuivre, & l'autre plus long +pour passer dans un trou rond pratiqué dans une traverse de bois. On +pourroit faire l'axe tout d'une piéce en perçant la rouë au centre pour +les recevoir. Cette roue étant ainsi mise à peu près en équilibre sur +son axe, j'ai mastiqué sur ses bords 30. balles de cuivre creuses, à +égales distance les unes des autres, & également éloignées du centre. +L'on conçoit que cette roue est bien plus légère, & par conséquent plus +mobile que celle de M. Franklin; aussi a-t-elle mieux réussi que celles +qui ont été exécutées suivant sa méthode.» + +56. Mais cette roue, ainsi que celles qui sont poussées par le vent, +l'eau ou les poids, reçoit son mouvement d'une force étrangère, à +sçavoir celle des bouteilles. La roue qui tourne d'elle-même, quoique +construite sur les mêmes principes, paroîtra encore plus surprenante; +elle est faite d'un carreau de verre mince & rond de 17. pouces de +diamètre, dorée en entier sur les deux côtés, excepté 2. pouces vers le +bord. On arrête alors deux petites hémisphères de bois avec du mastic au +milieu des côtés supérieur & inférieur opposés à leur centre, & sur +chacune une forte verge de fil-d'archal longue de 8. ou 10. pouces qui +font ensemble l'axe de la roue. Elle tourne horizontalement sur une +pointe à l'extrémité inférieure de son axe, qui pose sur un morceau de +cuivre cimenté dans une salière de verre. La partie supérieure de son +axe traverse un trou fait dans une lame de cuivre cimentée à un fort & +long morceau de verre qui le tient éloigné de 5. ou 6. pouces de tout +corps non-électrique; & l'on place à son sommet une petite boule de cire +ou de métal pour conserver le feu. Dans un cercle sur la table qui +soutient la roue sont fixés douze petits pilliers de verre à la distance +d'environ 4. pouces, avec un dé sur le sommet de chaque pillier. Sur le +bord de la roue est une balle de plomb communiquant par un fil-d'archal +avec la dorure de la surface supérieure de la roue; & à 6. pouces +environ est une autre balle communiquant de la même manière avec la +surface inférieure. Lorsque l'on veut charger la roue par sa surface +supérieure, il faut établir une communication de la surface inférieure à +la table. Lorsqu'elle est bien chargée, elle commence à s'ébranler; la +balle la plus proche d'un pillier s'avance vers le dé qui est sur ce +pillier, l'électrise en passant, & dès-lors est forcée de s'en éloigner; +la balle suivante qui communique avec l'autre surface du verre, attire +plus fortement ce dé, par la raison que le dé a été électrisé auparavant +par l'autre balle, & ainsi la roue augmente son mouvement jusqu'à ce +qu'il vienne au point d'être réglé par la résistance de l'air. Elle +tournera une demi-heure, & fera l'un portant l'autre vingt tours dans +une minute, ce qui fait 600. tours dans une demi-heure. La balle de la +surface supérieure donnant à chaque tour 12. étincelles aux dez, ce qui +fait 7200. étincelles, & la balle de la surface inférieure en recevant +autant des mêmes dez; ces balles parcourent dans ce tems près de 2500. +pieds.... les dez sont bien attachés, & dans un cercle si exact, que les +balles peuvent passer à une très-petite distance de chacun d'eux.... Si +au lieu de deux balles vous en mettez huit, quatre communiquant avec la +surface supérieure & quatre avec la surface inférieure, placées +alternativement; lesquelles huit étant environ à six pouces de distance, +complettent la circonférence, la force & la vitesse seront de beaucoup +augmentées, la roue faisant cinquante tours dans une minute, mais elle +ne continuera pas à tourner si long-tems...... On pourroit peut-être +appliquer ces roues à la sonnerie d'un petit carillon[25], & faire par +leur moyen mouvoir de petits planétaires fort légers. + +[Note 25: On l'a exécuté depuis.] + +57. Courbez un fil-d'archal circulairement avec un tenon à chaque +extrémité; appuyez-en une extrémité contre la surface inférieure de la +roue, & amenez l'autre extremité à la surface supérieure, il en +résultera un craquement terrible, & la force sera déchargée. + +58. Chaque étincelle ainsi tirée de la surface de la roue fait un trou +rond dans la dorure, perçant, lorsqu'elle sort, une partie de cette +dorure, ce qui montre que le feu n'est pas accumulé sur la dorure, mais +qu'il est contenu dans le verre même. + +59. La dorure étant vernissée avec un vernis à la térébentine, le +vernis, quoique dur & sec, est brûlé par l'étincelle que l'on tire au +travers, & répand une odeur forte, & une fumée visible. Lorsque +l'étincelle est tirée à travers le papier, tout autour du trou qu'elle a +fait, le papier se trouve noirci par la fumée, qui quelquefois même +pénètre plusieurs feuilles. On trouve aussi une partie de la dorure +emportée, après avoir été poussée avec force dans le trou fait au papier +par le coup. + +60. On remarque avec étonnement la quantité de feu électrique qui peut +résider dans la plus petite portion de verre. Une bouteille de verre des +plus minces d'environ un pouce de diamètre, pésant seulement six grains, +à demi-pleine d'eau, en partie dorée sur le dehors, & garnie d'un +crochet de fil-d'archal, donne, lorsqu'elle est électrisée, un aussi +grand coup qu'un homme puisse le supporter. Comme le verre a le plus +d'épaisseur vers l'orifice, je présume que la moitié inférieure, qui +étant dorée, a été électrisée, & a donné le coup, n'excède pas 2. +grains; car il paroît, lorsqu'elle est rompue, qu'elle est beaucoup plus +mince que la moitié supérieure. Si une de ces bouteilles minces est +électrisée par le côté, & que l'étincelle soit tirée à travers la +dorure, le verre sera brisé au dedans en même temps que la dorure le +sera au dehors. + +61. En supposant (pour les raisons ci-dessus alléguées §. 42. 43. 44.) +qu'il n'y a pas plus de feu électrique dans la bouteille après sa charge +qu'auparavant, combien grande ne doit pas être la quantité de feu dans +cette petite portion de verre? On seroit tenté de croire qu'il fait +partie de sa nature & de son essence; peut-être que si la quantité +requise de feu électrique retenue par le verre avec tant d'opiniâtreté, +en étoit séparée, il cesseroit d'être verre. Il pourroit bien perdre sa +transparence, ou son éclat, ou son élasticité.... Il n'est pas +incroyable que l'on puisse trouver dans la suite des expériences qui +conduiront à cette découverte. + +«Pour peu que l'on force l'électricité en chargeant une bouteille de +verre mince, il s'y fait à l'endroit le plus foible un petit trou +ordinairement de figure ronde & sans félure; après cette explosion la +bouteille est déchargée, & le petit trou paroît assez souvent bordé d'un +petit cercle blanchâtre, plus ou moins large, dont le verre a perdu sa +transparence, & semble brûlé par l'étincelle qui l'a pénétré. Si cette +explosion se faisoit dans la main, le trou se trouveroit vis-à-vis d'un +des doigts, & l'on y sentiroit une piqûre très douloureuse, sans pour +cela recevoir la commotion proprement dite.» + +62. Nous sommes surpris de lire dans le livre de M. _Watson_ qu'un choc +ait été communiqué à travers un grand espace de terre séche, & nous +soupçonnons qu'il devoit y avoir quelque qualité métallique dans le +gravier de cette terre, ayant trouvé que la simple terre séche pressée +dans un tube de verre ouvert par les deux bouts, & un crochet de +fil-d'archal inséré dans la terre à chaque extrémité, la terre & les +fils-d'archal faisant partie d'un cercle, ne conduisoient pas le moindre +choc sensible; & qu'en effet, lorsqu'un des fils-d'archal avoit été +électrisé, l'autre donnoit à peine quelques signes de sa connéxion avec +le premier..... & même une ficelle bien humide manque quelquefois de +conduire un choc, quoique d'ailleurs elle conduise parfaitement bien +l'électricité. Un morceau de glace sec, ou une chandelle de glace[26], +que l'on tient entre deux bouteilles dans un cercle, empêche +semblablement le choc, ce que l'on ne devroit pas attendre, puisque +l'eau le conduit avec tant de perfection.... La dorure sur un livre +neuf, qui d'abord conduit le choc avec beaucoup de régularité, le manque +après 10. ou 12. expériences[27], quoiqu'elle paroisse toujours la même +à tous égards; c'est de quoi nous ne sçaurions rendre raison.[28] + +[Note 26: C'est le nom que l'on donne aux glaçons qui pendent aux +goutières en forme de stalactites pendant l'hyver, lorsque l'eau s'y +gèle en coulant goute à goute.] + +[Note 27: C'étoit avec une petite bouteille; nous avons trouvé depuis +qu'elle manque également avec un grand verre.] + +[Note 28: On verra dans la suite que l'Auteur, après de nouvelles +observations, en donne une raison très satisfaisante.] + +63. Il y a encore une expérience qui nous a étonnés, & que jusqu'ici on +n'a pas expliquée d'une maniere satisfaisante; la voici. Placez un +boulet de fer sur un verre, & qu'une balle de liége humide, suspendue +par un fil de soye, vienne toucher le boulet: prenez une bouteille dans +chaque main, l'une électrisée par le _crochet_ & l'autre par le _côté_: +appliquez le fil-d'archal _donnant_ au boulet qu'il électrisera +positivement, & le liége sera répoussé. Ensuite appliquez le +fil-d'archal _recevant_, qui tirera l'étincelle donnée par l'autre; +alors le liége retournera au boulet: appliquez-le même une seconde fois +& tirez une autre étincelle; alors le boulet sera électrisé +négativement, & le liége dans ce cas sera repoussé comme auparavant; +appliquez encore le fil-d'archal _donnant_ au boulet, pour lui rendre +l'étincelle dont il a été privé, & la balle de liége retournera; +donnez-lui en une autre, qui sera une addition à sa quantité naturelle, +& le liége sera repoussé une seconde fois. + +L'expérience peut être répétée de la sorte aussi long-tems qu'il y a +quelque charge dans les bouteilles. D'où il résulte que les corps qui +ont moins que la quantité commune d'électricité, se repoussent l'un +l'autre, aussi bien que ceux qui en ont plus. + +Étant un peu mortifiés de n'avoir pû jusqu'ici rien produire par nos +expériences pour l'utilité du genre humain, & entrant dans la saison des +grandes chaleurs, pendant lesquelles les expériences électriques sont +moins agréables, nous avons pris la résolution de les terminer pour +cette saison un peu gayement par une partie de plaisir sur les bords de +la Skuylkill[29]. Nous nous proposons d'allumer les esprits des deux +côtés en même-tems, en envoyant une étincelle de l'un à l'autre rivage à +travers la rivière sans autre conducteur que l'eau, expérience que nous +avons exécutée depuis peu au grand étonnement de plusieurs spectateurs. +Nous tuerons un dindon pour notre dîner par le choc électrique, il sera +rôti à la broche électrique devant un feu allumé avec la bouteille +électrisée, & nous boirons les santés de tous les fameux Électriciens +d'Angleterre, de Hollande, de France & d'Allemagne dans des tasses +électrisées[30], au bruit de l'artillerie d'une batterie électrique. + +_29. Avril 1749._ + +[Note 29: Rivière qui baigne un côté de Philadelphie, comme le Delaware +baigne l'autre côté. Les bords de ces deux rivières sont ornés des +maisons de campagne des bourgeois, & des charmantes demeures des +principaux habitans de cette colonie.] + +[Note 30: Une tasse électrisée est un petit vase de verre fin, presque +rempli de vin, & électrisé comme la bouteille. Cette tasse étant portée +adroitement aux lèvres, donne un coup, si le bord de la lèvre est rasé +de près, & si l'on ne respire pas sur la liqueur.] + + +SUITE + +_Des opinions & des conjectures sur les propriétés & sur les effets de +la matière électrique._ + +64. Il est dit dans le §. 8. que toutes les espèces de matière commune +sont supposées ne pas attirer le fluide électrique avec une égale +activité, & que les corps appellés originairement électriques comme le +verre, &c. l'attirent & le retiennent avec plus de force, & en +contiennent la plus grande quantité. + +Cette dernière thèse pourroit avoir l'air d'un paradoxe pour quelques +personnes étant contraire à l'opinion dominante; c'est pourquoi je vais +faire ensorte de l'expliquer. + +65. Pour le faire avec ordre, il faut d'abord considérer que nous ne +pouvons par aucun moyen connu jusqu'à présent faire passer le fluide +électrique au travers du verre. Je n'ignore pas que le sentiment commun +est qu'il traverse aisément le verre, & qu'on allégue en preuve +l'expérience d'une plume suspenduë par un fil dans une bouteille scellée +hermétiquement, & qu'on la met en mouvement en approchant un tube frotté +de la surface extérieure de la bouteille; mais si le fluide électrique +traverse si aisément le verre, comment la fiole devient-elle chargée +(pour me servir de l'expression usitée,) lorsque nous la tenons dans nos +mains? Le feu poussé dans la bouteille par le fil-d'archal ne la +traverseroit-il pas pour venir jusqu'à nos mains, & pour s'échapper +ainsi sur le plancher? En ce cas la bouteille ne demeureroit-elle pas +toujours dans le même état, c'est-à-dire sans être chargée, comme nous +sçavons que demeureroit une bouteille de métal qu'on essayeroit de +charger de la sorte? Assurément s'il y a la moindre fêlure, la plus +petite solution de continuité dans le verre, quoiqu'il reste si serré +que rien autre chose que nous sçachions n'y puisse passer; cependant le +fluide électrique, à cause de son extrême subtilité, volera à travers +cette fêlure avec la plus grande liberté; & nous sommes sûrs qu'une +telle bouteille ne peut jamais être chargée. Quelle est donc la +différence entre cette bouteille & une autre bien saine, si ce n'est que +le fluide peut traverser l'une, & ne sçauroit traverser l'autre?[31] + +[Note 31: Voyez les §. 35-50.] + +66. Il est vrai qu'il y a une expérience, qui à la première vûe, seroit +capable de persuader à un observateur superficiel que le feu poussé dans +la bouteille par le fil-d'archal, passe réellement à travers la +substance du verre. La voici: placez la bouteille sur un verre sous le +premier conducteur: suspendez un boulet par une chaîne depuis le premier +conducteur jusqu'à ce qu'il soit à un quart ou à un demi-pouce au-dessus +du fil-d'archal de la bouteille: mettez le revers du doigt précisément à +la même distance du côté de la bouteille que celle du boulet à son +fil-d'archal: maintenant faites tourner le globe, & vous verrez une +étincelle frapper du boulet au fil-d'archal de la bouteille, & au même +instant vous verrez & sentirez une étincelle exactement égale frapper du +côté de la bouteille sur votre doigt, & ainsi de suite étincelle pour +étincelle. Il sembleroit que la totalité reçûe par la bouteille en a été +déchargée une seconde fois, & cependant par ce moyen la bouteille est +chargée,[32] & par conséquent le feu qui abandonne ainsi la bouteille, +quoique dans la même quantité, ne sçauroit être le même feu qui est +entré par le fil-d'archal, car si c'étoit le même, la bouteille +resteroit sans être chargée. + +[Note 32: Voyez le §. 54.] + +67. Si le feu qui abandonne ainsi la bouteille n'est pas le même que +celui qui est poussé à travers le fil-d'archal, ce doit être le feu qui +résidoit dans la bouteille (c'est-à-dire dans le verre de la bouteille) +avant le commencement de l'opération. + +68. Si cela est ainsi, il doit y en avoir une grande quantité dans le +verre, parce qu'une grande quantité est déchargée de la sorte même d'un +verre très mince. + +69. Que ce fluide ou feu électrique soit fortement attiré par le verre, +nous le reconnoissons à la rapidité & à la violence avec lesquelles il +est repris par la partie qui en a été privée, dès qu'elle en trouve la +facilité, & il suit de là que d'une masse de verre nous ne pouvons tirer +une quantité de feu électrique, ou électriser _moins_ la masse totale, +comme nous pouvons le faire à l'égard d'une masse de métal; nous ne +pouvons diminuer ni augmenter sa quantité totale, car il tient bien la +quantité qu'il a, & il en a autant qu'il en peut tenir; ses pores en +sont gorgés aussi pleinement que la répulsion mutuelle des particules le +peut comporter; & ce qui est déjà dedans, refuse ou repousse fortement +toute quantité surnuméraire. Nous n'avons qu'un seul moyen de mettre en +mouvement le fluide électrique dans le verre, qui est de couvrir une des +deux surfaces d'un verre mince avec des corps non-électriques, & de +pousser sur une surface une quantité surnuméraire de ce fluide, qui se +répandant sur le corps non-électrique, & étant limitée par lui à cette +surface, agit par sa force répulsive sur les particules du fluide +électrique contenu dans l'autre surface, & les chasse du verre dans le +corps non électrique sur ce côté, d'où elles sont déchargées, & alors +ces parties ajoutées sur le côté chargé peuvent y entrer; mais après +cette opération il n'y en a dans le verre ni plus ni moins +qu'auparavant, en ayant laissé échapper précisément autant de dessus un +côté qu'il en a reçu sur l'autre. + +70. Ici les expressions me manquent, & je doute beaucoup si je pourrai +rendre cette partie de mon ouvrage intelligible. Par ce mot _surface_ +dans le cas présent, je n'entens pas simplement longueur & largeur sans +épaisseur; mais lorsque je parle de la surface supérieure ou inférieure +d'un morceau de verre, de la surface extérieure ou intérieure de la +bouteille, j'entens longueur, largeur, & moitié de l'épaisseur; & je +demande la grace d'être entendu en ce sens. Maintenant je suppose que le +verre dans ses premiers principes & dans la fournaise n'a pas plus de ce +fluide électrique que toute autre matière commune; que lorsqu'il est +soufflé, qu'il se refroidit, & que les particules de feu commun +l'abandonnent, ses pores deviennent un vuide. Que les parties +composantes du verre soient extrêmement petites & déliées, je le +conjecture de ce que ses parties brisées ne sont jamais raboteuses, mais +toujours lisses & polies; & de la ténuité de ses particules, j'infére +que les pores entr'elles sont excessivement petits; de là vient que +l'eau forte, ni aucun autre menstruë connu n'y peut entrer pour les +séparer, & en dissoudre la substance; nous ne connoissons même aucun +fluide assez délié pour les pénétrer, excepté le feu commun & le fluide +électrique. Maintenant le feu par sa retraite laissant un vuide, comme +il a été dit ci dessus, entre ces pores que l'air ou l'eau ne sont pas +assez fins pour pénétrer, ni remplir, le fluide électrique y est attiré, +car il est toujours prêt dans ce que nous appellons les corps +non-électriques & dans les mixtions non-électriques qui sont dans l'air; +cependant il ne se fixe point avec la substance du verre, mais il y +séjourne comme l'eau dans une pierre poreuse, retenu seulement par +l'attraction des parties fixées, restant toujours fluide & sans +adhérence; mais je suppose de plus que dans le refroidissement du verre, +son tissu devient plus serré au milieu, & forme une espèce de séparation +dans laquelle les pores sont si étroits que les particules du fluide +électrique qui entrent dans les deux surfaces en même tems, ne peuvent +les traverser, ou passer & repasser d'une surface à l'autre, & ainsi se +mêler ensemble. Néanmoins quoique les particules du fluide électrique, +imbibé par chaque surface, ne puissent d'elles-mêmes passer à travers +pour se joindre à celles de l'autre, leur répulsion le peut faire, & par +ce moyen elles agissent l'une sur l'autre. Les particules du fluide +électrique ont une mutuelle répulsion, mais par le pouvoir d'attraction +dans le verre, elles sont condensées, ou plus rapprochées l'une de +l'autre. Lorsque le verre a reçu, & que par son attraction il a condensé +autant de ce fluide électrique, que la force d'attraction & de +condensation dans l'une est égale à la force d'expension dans l'autre, +il ne peut plus s'en imbiber, & cela reste constamment sa quantité +totale. Mais chaque surface en recevroit plus, si la répulsion de ce qui +est dans la surface opposée ne résistoit à son entrée. Les quantités de +ce fluide dans chaque surface étant égales, leur action répulsive l'une +sur l'autre est égale, & par conséquent celles d'une surface ne +sçauroient chasser celles de l'autre. + +Mais si l'on en pousse dans une surface une quantité plus grande que le +verre n'en tireroit naturellement, elle augmente le pouvoir répulsif de +ce côté, & surmontant l'attraction de l'autre, elle chasse la partie du +fluide qui a été imbibée par cette surface, s'il se trouve un corps +non-électrique prêt à la recevoir, ce qui arrive dans tous les cas où le +verre est électrisé pour donner un choc. La surface qui a été ainsi +vuidée, pour avoir chassé son fluide électrique, en reprend avec +violence une quantité égale aussitôt que le verre trouve l'occasion de +décharger cette quantité excédente au-delà de ce qu'il peut retenir par +l'attraction dans son autre surface, dont la répulsion additionnelle a +occasionné le vuide; car les expériences favorisant, je dirois presque +confirmant cette hipothèse, je dois, pour éviter les répétitions, vous +prier de revoir ce qui a déjà été dit de la fiole électrique dans mes +précédentes lettres. + +71. Voyons maintenant l'usage que nous en pouvons faire pour expliquer +plusieurs autres phénomènes..... Le verre qui est un corps extrêmement +élastique, (& peut-être qu'il doit son élasticité jusqu'à un certain +point à la grande quantité de ce fluide répulsif qu'il renferme dans ses +pores,) le verre doit, lorsqu'il est frotté, avoir sa surface frottée un +peu élargie, ou ses parties solides un peu écartées, de sorte que les +interstices dans lesquels réside le fluide électrique, deviennent plus +larges, laissant de la place pour une plus grande quantité de ce fluide, +lequel y est immédiatement attiré du coussin, ou de la main frottante +qui se refournissent toujours au magazin commun; mais aussitôt que les +parties du verre ainsi ouvert & rempli ont essuyé le frottement, elles +se referment, & obligent la quantité surnuméraire de sortir sur la +surface où elle doit rester jusqu'à ce que ces parties retournent au +coussin, à moins que quelques corps non-électriques, comme le premier +conducteur, ne se présente d'abord pour les recevoir.[33] + +[Note 33: Dans l'obscurité on peut voir le fluide électrique sur le +coussin en deux demi cercles ou croissans, l'un sur le devant, l'autre +sur le derrière, précisément dans l'endroit où le globe & le coussin se +séparent. Dans le croissant antérieur le feu passe du coussin dans le +verre: dans l'autre il quitte le verre & retourne dans la partie +postérieure du coussin. Quand on applique le premier conducteur pour +tirer le feu du verre, le croissant de derrière disparoît.] + +Mais si la partie intérieure du globe est doublée d'un corps +non-électrique, la répulsion additionnelle du fluide électrique ainsi +rassemblé par le frottement sur la partie frottée de la surface +extérieure du globe, chasse une égale quantité de la surface intérieure +dans cette doublure non-électrique, qui la reçoit, & l'entraîne de la +partie frottée dans la masse commune à travers l'axe du globe & le cadre +de la machine; le fluide électrique nouvellement ramassé peut entrer & +demeurer dans la surface extérieure, & le premier conducteur n'en +recevra rien ou en recevra fort peu. Lorsque cette partie chargée du +globe en tournant revient au coussin, la surface extérieure dépose son +feu excédant dans le coussin, la surface intérieure opposée en recevant +en même tems une quantité égale du plancher. Il n'y a point +d'Électricien qui ne sçache qu'un globe mouillé intérieurement ne rend +que peu ou point de feu, mais jusqu'ici on n'a pas essayé d'en donner la +raison, ou du moins je l'ignore. + +72. Si donc un tube doublé d'un corps non-électrique[34] est frotté, il +ne rend que peu ou point de feu, ce qui est rassemblé de la main dans le +coup qui se donne en frottant de haut en bas, entrant dans les pores du +verre, & en chassant une égale quantité de la surface intérieure dans la +doublure non-électrique; la main en repassant du bas en haut pour donner +un second coup, rechasse ce qui a été poussé dans la surface extérieure, +& alors la surface intérieure reçoit une seconde fois ce qu'elle a donné +à la doublure non-électrique. Ainsi les parties de fluide électrique +appartenant à la surface intérieure, pénètrent & ressortent de leurs +pores à chaque coup donné au tube. Mettez un fil-d'archal dans le tube, +l'extrémité intérieure en contact avec la doublure non-électrique, il +représentera la bouteille de _Leyde_. Qu'une seconde personne touche le +fil-d'archal tandis que vous frottez, & le feu chassé de la surface +intérieure, lorsque vous donnez le coup, passera à travers la personne +dans la masse commune; ensuite il reviendra au travers de la personne +lorsque la surface intérieure reprendra sa quantité. Par conséquent +cette nouvelle espèce de bouteille ne sçauroit être chargée de la sorte; +mais elle peut l'être ainsi: après chaque coup, avant que vous passiez +la main pour en donner un autre, faites appliquer le doigt de la seconde +personne au fil-d'archal, & prendre l'étincelle, ensuite retirer son +doigt, & ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle ait tiré un nombre +d'étincelles; de cette façon la surface intérieure sera épuisée & la +surface extérieure sera chargée; alors enveloppez ferme une feuille de +papier doré autour de la surface extérieure, & l'empoignant avec la +main, vous pourrez recevoir un coup par l'application du doigt de +l'autre main au fil-d'archal; car alors les pores vuides dans la surface +intérieure reprennent leur quantité, & les pores surchargés dans la +surface extérieure déchargent leur surplus, l'équilibre étant rétabli à +travers votre corps, lequel ne le seroit pas à travers la substance du +verre.[35] + +[Note 34: Le papier doré, dont on présente la dorure au verre, fait fort +bien.] + +[Note 35: Voyez les nouvelles expériences §. 49.] + +Si le tube est épuisé d'air, une doublure non-électrique en contact avec +le fil d'archal n'est pas nécessaire, car dans le _vuide_ le feu +électrique volera librement de la surface intérieure sans avoir besoin +d'un conducteur non électrique. Mais l'air résiste à son mouvement, car +étant lui-même un corps originairement électrique, il ne l'attire point, +ayant déjà sa quantité suffisante. Ainsi l'air ne tire jamais une +atmosphère électrique d'aucun corps qu'à proportion des particules +non-électriques qui se trouvent mêlées avec lui; il conserve plutôt & +resserre une atmosphère qui par la répulsion mutuelle de ses parties +tend à se dissiper, & se dissiperoit immédiatement dans le _vuide_..... +Ainsi voilà l'explication de la plume enfermée dans un vaisseau de verre +scellé hermétiquement, & qui se meut à l'approche du tube frotté. +Lorsqu'une quantité surnuméraire du fluide électrique est appliquée au +côté du vase par l'atmosphère du tube, une quantité est repoussée & +chassée de la surface intérieure de ce côté dans le vase, & y affecte la +plume, retournant ensuite dans ses pores, lorsque le tube avec son +atmosphère est retiré; mais les particules de cette atmosphère ne +passent point elles-mêmes au travers du verre à la plume..... tous les +autres phénomènes qui se sont présentés à nous, & qui concernent le +verre & l'électricité sont, si je ne me trompe, expliqués avec une égale +facilité par la même hypothèse; elle peut bien néanmoins n'être pas +vraye, & je serai fort obligé à quiconque m'en fournira une meilleure. + +73. Ainsi je prétens que la différence entre les corps non-électriques & +le verre, qui est un corps originairement électrique, consiste en ces +deux particularités; la première que le corps non-électrique souffre +sans peine un changement dans la quantité du fluide électrique qu'il +contient. Vous pouvez diminuer sa quantité totale, en en chassant une +partie que le corps entier reprendra; mais quant au verre, tout ce que +vous pouvez faire, c'est de diminuer la quantité contenuë dans une de +ses surfaces, encore n'en viendrez-vous à bout qu'en fournissant en même +tems une quantité égale, à l'autre surface, de sorte que le verre entier +puisse avoir la même quantité dans les deux surfaces, leurs deux +quantités différentes étant ajoutées ensemble, ce qui ne peut même +s'exécuter que dans un verre fort mince; nous ne connoissons jusqu'ici +aucun moyen d'opérer ce changement au-delà d'une certaine épaisseur. + +La seconde que le feu électrique se transporte aisément d'un endroit à +un autre, dans & à travers la substance d'un corps non-électrique, mais +non à travers la substance du verre. Si vous en présentez une quantité à +l'extrémité d'une longue baguette de métal, elle la reçoit, & +lorsqu'elle y entre, chaque particule qui étoit auparavant dans la +baguette pousse vivement sa voisine à l'extrémité la plus éloignée où le +surplus est déchargé, & cela dans un instant lorsque la baguette fait +partie du cercle dans l'expérience du choc; mais le verre à cause de la +petitesse de ses pores ou de l'attraction plus forte de ce qu'il +contient ne se prête pas à un mouvement si libre. Une baguette de verre +ne conduira pas un choc, & le verre le plus mince ne laissera entrer +aucune particule dans aucune de ses surfaces pour traverser de l'une à +l'autre. + +74. De là nous voyons l'impossibilité du succès dans les expériences +proposées, de tirer les _effluves_ salutaires d'un corps non-électrique, +de la canelle par exemple, & de les mêler avec le fluide électrique pour +les faire passer avec lui dans le corps, en l'enfermant dans le tube, & +le soumettant au frottement, &c. Car quoique les effluves de la canelle +& le fluide électrique fussent mêlés dans le globe, ils ne sortiroient +jamais ensemble à travers les pores du verre, & ainsi n'iroient point au +premier conducteur; car le fluide électrique lui-même ne sçauroit passer +au travers, & le premier conducteur est toujours fourni par le coussin, +& celui-ci par le plancher; & d'ailleurs lorsque le globe est rempli de +canelle ou d'un autre corps non-électrique, le fluide électrique ne peut +être tiré de la surface extérieure par la raison ci-dessus énoncée. J'ai +essayé un autre moyen que je croyois plus efficace pour obtenir un +mêlange de fluide électrique & d'autres effluves, si un tel mélange eût +été possible. + +Je plaçai une lame de verre sous mon coussin pour couper la +communication entre le coussin & le plancher; alors je conduisis une +petite chaîne du coussin dans un vase d'huile de térébentine, & j'amenai +une autre chaîne de l'huile de térébentine au plancher, prenant garde +que la chaîne du coussin au verre ne touchât aucune partie du cadre de +la machine; une autre chaîne fut attachée au premier conducteur, & tenue +dans la main d'une personne qui devoit être électrisée. Les extrémités +des deux chaînes dans le verre étoient environ à un pouce de distance +l'une de l'autre, l'huile de térébentine entre deux. Les choses ainsi +disposées, je ne pus tirer le feu du plancher à travers la machine, la +communication étant interceptée par l'épaisseur de la lame de verre sous +le coussin; il fallut donc le tirer à travers les chaînes, dont les +extrémités étoient enfoncées dans l'huile de térébentine; & comme cette +huile étant un corps originairement électrique, ne pouvoit conduire ce +qui sortoit du plancher, il étoit donc obligé de sauter de l'extrémité +d'une chaîne à l'extrémité de l'autre à travers la substance de cette +huile, ce que nous voyions dans de grandes étincelles; ainsi le feu +électrique eut une belle occasion de saisir quelques-unes des particules +les plus déliées de l'huile dans son passage, & de les entraîner avec +lui; mais cet effet ne s'ensuivit pas, & je n'apperçus pas la moindre +différence entre l'odeur de ces écoulemens électriques ainsi rassemblés, +& celle qu'ils ont lorsqu'ils sont rassemblés d'une autre manière, & ils +n'affectent pas autrement le corps d'une personne électrisée. + +Je mis pareillement dans une fiole au lieu d'eau une liqueur fortement +purgative, & alors je chargeai la fiole, & j'en tirai des coups à +plusieurs reprises. Dans ce cas il falloit que chaque particule de +fluide électrique, avant que de traverser mon corps, eût premièrement +traversé la liqueur, lorsque la fiole se chargeoit, & qu'elle la +traversât de nouveau lorsque la fiole se déchargeoit, & cependant il ne +s'ensuivit pas d'autre effet que si la fiole eût été chargée avec de +l'eau. J'ai aussi senti le feu électrique lorsqu'il avoit traversé l'or, +l'argent, le cuivre, le plomb, le fer, le bois & le corps humain, sans y +appercevoir aucune différence: l'odeur est toujours la même lorsque +l'étincelle ne brûle pas ce qu'elle frappe, c'est pourquoi j'imagine +qu'elle ne prend son odeur d'aucune qualité des corps qu'elle traverse, +& en effet comme cette odeur abandonne si rapidement la matière +électrique & s'attache au revers du doigt qui reçoit les étincelles, +ainsi qu'aux autres choses, je soupçonne qu'elle n'a aucune connexion +avec elle, mais qu'elle se forme sur le champ de quelque chose dans +l'air, que l'air même pousse sur elle; car si elle étoit assez déliée +pour passer avec le fluide électrique à travers le corps d'une personne, +pourquoi s'arrêteroit-elle sur la peau d'une autre? + +Mais je n'aurois jamais fait, si je vous entretenois de toutes mes +conjectures, pensées & imaginations sur la nature & sur les opérations +de ce fluide électrique, & si je vous rapportois les diverses petites +expériences que nous avons essayées. Cet écrit n'est déjà que trop long; +je vous en demande pardon; je n'ai pas eu le tems de le faire plus +court. J'ajouterai seulement que, comme il a été observé ici que l'on +peut enflammer en été les esprits par le moyen d'une étincelle +électrique sans les avoir chauffés, lorsque le thermomètre de +_Farhenheit_ est au-dessus de 70. Ainsi lorsqu'il fait plus froid, si +l'opérateur met une petite bouteille platte dans son sein ou dans son +gousset avec la cuillier quelque tems avant d'en faire usage, la chaleur +de son corps leur en communiquera une plus que suffisante pour le +dessein qu'il se propose. + +«L'imperméabilité du verre étant contestée par M. L. N. Lettre IV. il +seroit dans l'ordre de rapporter ici les réponses que lui a faites Mr. +David Colden. Mais comme les remarques de ce dernier embrassent +plusieurs objets qu'il eût été embarrassant de séparer, pour les mettre +chacun à sa place, il a paru plus convenable de les laisser comme il les +a écrites sous le titre de Lettre XIV.» + + + + +_LETTRE VI._ + + +_1er. Septembre 1747._ + +MONSIEUR, + +Je vous ai appris dans ma derniere lettre qu'en continuant nos +recherches électriques, nous avions observé quelques Phénomènes +singuliers que nous avons regardé comme nouveaux; je me suis engagé à +vous en rendre compte, quoique j'appréhende qu'ils n'ayent pas pour vous +le mérite de la nouveauté. Tant de personnes ont travaillé en Europe sur +les expériences électriques, que quelqu'un se sera probablement +rencontré avec nous sur les mêmes observations. + +Le premier Phénomène est l'étonnant effet des corps pointus tant pour +tirer que pour pousser le feu électrique. Par exemple. + +75. Placez un boulet de fer de trois ou quatre pouces de diamètre sur +l'orifice d'une bouteille de verre bien nette & bien séche: par un fil +de soye attaché au plat-fond précisément au-dessus de l'orifice de la +bouteille, suspendez une petite boule de liége environ de la grosseur +d'une balle de mousquet: que le fil soit de longueur convenable pour que +la boule de liége vienne s'arrêter à côté du boulet; électrisez le +boulet, & le liége sera repoussé à la distance de 4. ou 5. pouces plus +ou moins, suivant la quantité d'électricité...... Dans cet état si vous +présentez au boulet la pointe d'un poinçon long & délié à 6. ou 8. +pouces de distance, la répulsion sera détruite sur le champ, & le liége +volera vers le boulet. Pour qu'un corps émoussé produise le même effet, +il faut qu'il soit approché à un pouce de distance, & qu'il tire une +étincelle. Afin de prouver que le feu électrique est _tiré_ par la +pointe, si vous ôtez de son manche le côté applati du poinçon, & que +vous le fixiez sur un bâton de cire à cacheter, vous présenterez en vain +le poinçon à la même distance, ou l'approcherez encore de plus près, le +même effet n'en résultera point; mais glissez le doigt le long de la +cire, jusqu'à ce que vous touchiez le côté applati, le liége alors +volera sur le champ vers le boulet..... Si vous présentez cette pointe +dans l'obscurité, vous y verrez quelquefois à un pied de distance & +plus, une lumière brillante, semblable à un feu follet, ou à un ver +luisant.[36] Moins la pointe est aiguë, plus il faut l'approcher pour +appercevoir la lumière, & à quelque distance que vous voyiez la lumière, +vous pouvez _tirer_ le feu électrique, & détruire la répulsion.... Si +une boule de liége ainsi suspenduë est repoussée par le tube, & que la +pointe lui soit brusquement présentée, même à une distance considérable, +vous serez étonné de voir avec quelle rapidité le liége revole vers le +tube. Des pointes de bois feroient le même effet que celles de fer, +pourvû que le bois ne fût pas sec; car un bois parfaitement sec n'est +pas meilleur conducteur d'électricité que la cire d'Espagne. + +[Note 36: Quand l'Électricité est forte & la pointe bien fine, la +lumière paroît jusqu'à la distance d'une toise.] + +76. Pour montrer que les pointes _poussent_ aussi bien qu'elles _tirent_ +le feu électrique, couchez une longue aiguille pointuë sur le boulet, & +vous ne pourrez assez électriser le boulet pour lui faire repousser la +boule de liége... ou bien faites tenir à l'extrèmité d'un canon de fusil +suspendu, ou d'une verge de fer, une aiguille qui pointe en avant comme +une espèce de petite bayonnette, dans cet état le canon de fusil ou la +verge ne sauroit par l'application du tube à l'autre extrèmité, être +électrisé au point de donner une étincelle; le feu s'échape ou s'écoule +continuellement en silence par la pointe. Dans l'obscurité vous pouvez +lui voir produire le même effet que dans le cas dont nous venons de +parler. + +La répulsion entre la balle de liége & le boulet est pareillement +détruite, 1°. en sassant dessus du sable fin, ce qui la détruit par +dégrés; 2°. en soufflant dessus, 3°. en faisant autour, de la fumée de +bois brulé;[37] 4°. par la lumière d'une chandelle[38] quand même la +chandelle seroit à un pied de distance. Par ces moyens la répulsion est +détruite subitement.... La lumière d'un charbon de bois allumé & la +lueur d'un fer rouge produisent le même effet; mais non pas à une si +grande distance. La fumée de résine séche, fonduë sur un fer rouge, ne +détruit pas la répulsion; mais elle est attirée & par la balle de liége +& par le boulet, formant autour d'eaux des atmosphères proportionnées, & +les rendant agréables à la vûë, & presque semblables à quelques-unes des +figures qui sont dans la Théorie de la terre de _Burnet_ ou de +_Whiston_. + +[Note 37: Nous supposons que chaque particule de sable, d'humidité ou de +fumée étant d'abord attirée, & ensuite repoussée, emporte avec elle une +portion de feu électrique, mais que cette portion subsiste toujours dans +ces particules, jusqu'à ce qu'elles la communiquent à quelqu'autre +corps, & qu'elle n'est jamais réellement détruite; ainsi quand on jette +de l'eau sur du feu commun, nous n'imaginons point que ce dernier +élément soit par-là détruit & anéanti, mais seulement dispersé, chaque +particule d'eau emportant en vapeurs la portion de feu qu'elle a attirée +& qu'elle s'est attachée.] + +[Note 38: Quelques observations que j'ai faites depuis me portent à +penser que ce n'est pas la lumière, mais la fumée, ou les écoulemens +non-électriques de la chandelle, du charbon ou du fer rouge, qui +emportent le feu électrique, parce qu'ils sont d'abord attirés & ensuite +repoussés.] + +N. B. Cette expérience doit être faite dans un cabinet où l'air soit +fort tranquille. + +77. La lumière du Soleil poussée avec force & long-tems de suite par le +moyen d'un miroir ardent sur la boule de liége, que sur le boulet, ne +diminuë aucunement la répulsion. Cette différence entre la lumière du +feu & la lumière du Soleil est une autre découverte qui nous semble +nouvelle & extraordinaire. + + +EXPÉRIENCES, + +78. Prenez de grandes balances de cuivre dont le fleau soit au moins +long de deux pieds, & dont les cordons soient de soye; suspendez-les par +une ficelle attachée au plat-fond, de sorte que le fond des bassins +puisse être environ à un pied du plancher; les bassins tourneront +circulairement par le détortillement de la ficelle; plantez le poinçon +sur le plancher, de manière que les bassins puissent passer au-dessus de +sa tête en décrivant leur cercle; électrisez alors un bassin en lui +communiquant une étincelle du fil-d'archal de la fiole chargée; comme +les balances tournent toujours, vous verrez ce bassin s'avancer plus +près du plancher, & s'abaisser davantage, lorsqu'il vient sur le +poinçon; & s'il est placé à une distance convenable, le bassin +étincellera, & déchargera son feu sur cet instrument. Mais si on attache +une aiguille sur l'extremité du poinçon, la pointe en haut, le bassin au +lieu de s'approcher de l'instrument & d'étinceller en le frappant, +déchargera son feu en silence à travers la pointe, & s'élevera plus haut +que le poinçon; & même si l'aiguille est placée sur le plancher auprès +du poinçon, la pointe en haut, l'extremité de l'instrument, quoique +beaucoup plus élevée que l'aiguille, n'attirera point le bassin, & ne +recevra point son feu, car l'aiguille le prendra & le dissipera avant +qu'il vienne assez près pour agir sur le poinçon. C'est une observation +constante dans ces expériences, que plus la quantité d'électricité sur +le conducteur de carton est grande, plus il frappe de loin, & décharge +son feu aisément; & la pointe pareillement le tirera toujours à une plus +grande distance. + +_Fin du premier Volume._ + + + + + + EXPÉRIENCES + ET + OBSERVATIONS + SUR + L'ÉLECTRICITÉ + FAITES + A PHILADELPHIE EN AMÉRIQUE + PAR + M. BENJAMIN FRANKLIN; + & communiquées dans plusieurs Lettres à M. P. COLLINSON, + de la Société Royale de Londres. + + _Traduites de l'Anglois._ + + + SECONDE EDITION. + +_Revue, corrigée & augmentée d'un supplément considérable du même +auteur, avec des Notes & des Expériences nouvelles._ + + _Par_ M. D'ALIBARD. + + + + TOME SECOND. + + + _A PARIS_ + Chez DURAND, ruë du Foin, au Griffon. + + M. DCC. LV. + + _Avec Approbation & Privilège du Roi._ + + + + + +LETTRES +SUR L'ÉLECTRICITÉ +DE +M. BENJ. FRANKLIN +_de Philadelphie en Amérique_, + +A + +M. P. COLLINSON +_de la Société Royale de Londres_. + + + + +_LETTRE VII._ + +_Contenant des observations & des suppositions tendantes à former une +nouvelle hypothèse pour expliquer les différens phénomènes des éclats de +tonnerre._[39] + +[Note 39: Les éclats de tonnerre sont des coups soudains de tonnerre & +d'éclairs qui sont ordinairement de peu de durée, mais qui produisent +quelquefois de funestes effets.] + + +MONSIEUR, + +§. 79. Les corps non-électriques, lorsqu'ils ont été chargés de feu +électrique, le retiennent jusqu'à ce qu'on en approche d'autres corps +non-électriques qui en ayent moins, & alors il est communiqué avec +craquement, & se trouve également distribué. + +80. Le feu électrique aime l'eau, il en est fortement attiré, & ces deux +élemens peuvent subsister ensemble. + +81. L'air est un corps originairement électrique, & lorsqu'il est sec, +il n'est point conducteur du feu électrique, il ne le reçoit point des +autres corps, & ne leur donne point; autrement aucun corps environné +d'air ne pourroit être électrisé positivement & négativement; car si on +essayoit de l'électriser positivement, l'air emporteroit aussitôt le +surplus, ou si c'étoit négativement, l'air suppléeroit à ce qui +manqueroit. + +82. L'eau étant électrisée, les vapeurs qui s'en exhalent seront +également électrisées, & flottant dans l'air sous la forme de nuages ou +autrement, elles retiendront cette quantité de feu électrique jusqu'à ce +qu'elles rencontrent d'autres nuages ou d'autres corps qui ne soient pas +électrisés au même point, & alors elles le communiqueront, comme il a +été dit ci-devant. + +83. Chaque particule de matière électrisée est repoussée par chaque +autre particule également électrisée; ainsi le courant d'une fontaine +également serré & continu, dès qu'il sera électrisé, se séparera & +s'étendra sous la forme d'une vergette, chaque goute faisant effort pour +s'éloigner de chaque autre goute; mais lorsque le feu électrique leur +est enlevé, elles se raprochent & se rejoignent. + +84. L'eau qui est fortement électrisée (aussi bien que celle qui est +échauffée par le feu commun,) s'éleve en vapeurs plus abondamment, +l'attraction de cohésion entre ses particules étant considérablement +affoiblie par la puissance opposée de répulsion introduite avec le feu +électrique; & lorsque quelque particule est dégagée par quelque moyen +que ce soit, elle est immédiatement repoussée, & s'envole ainsi dans +l'air. + +85. S'il arrive que les particules soient situées comme A & B, elle sont +plus aisément dégagées que C & D, parce que chacune est en contact avec +trois seulement, au lieu que C & D sont chacune en contact avec neuf. +Lorsque la surface de l'eau éprouve la moindre agitation, les particules +sont continuellement poussées dans l'état représenté par la figure VIII. + +86. Le frottement entre un corps non-électrique & un corps +originairement électrique produit le feu électrique, non en le _créant_, +mais en le _rassemblant_: car il est également répandu dans nos murs, +dans nos chambres, dans la terre & dans toute la masse de la matière +commune; ainsi le globe de verre tournant, tandis qu'il frotte contre le +coussin, tire le feu du coussin, lequel en est dédommagé par le cadre de +la machine, & ce cadre par le plancher sur lequel il est posé. Coupez la +communication par le moyen d'un verre épais ou d'un gâteau de cire placé +sous le coussin, le feu ne peut plus être produit, parce qu'il ne peut +plus être rassemblé. + +87. L'Océan est un composé d'eau, corps non-électrique, & de sel, corps +originairement électrique. + +88. Lorsqu'il y a du frottement entre les parties voisines de sa +surface, le feu électrique est rassemblé des parties inférieures; il est +alors manifestement visible dans la nuit, il paroît à la pouppe & dans +le sillage de chaque vaisseau qui fait route; on l'apperçoit à chaque +coup de rame, dans l'écume des vagues & dans les parties d'eau élevées +par le vent.... Dans une tempête toute la mer paroît en feu.... Les +particules d'eau étant alors repoussées de la surface électrisée +entrainent continuellement le feu tel qu'il a été rassemblé, elles +s'élèvent & forment des nuages, & ces nuages fortement électrisés +retiennent le feu jusqu'à ce qu'ils aient occasion de le communiquer. + +89. Les particules d'eau s'élevant en vapeurs s'attachent elles-mêmes +aux particules d'air. + +90. On dit que les particules d'air sont dures, rondes, désunies & +éloignées l'une de l'autre, chaque particule repoussant fortement chaque +autre particule; par ce moyen elles s'éloignent autant que leur gravité +commune le permet. + +91. L'espace entre trois particules qui se repoussent également l'une +l'autre, sera un triangle équilatéral. + +92. Dans l'air comprimé ces triangles sont plus resserrés, dans l'air +raréfié ils sont plus étendus. + +93. Le feu commun associé à l'air augmente la répulsion, élargit les +triangles, & par là rend l'air spécifiquement plus léger; cet air +s'élevera au-dessus d'un air plus dense. + +94. Le feu commun aussi bien que le feu électrique donne de la répulsion +aux particules d'eau, & détruit leur attraction de cohésion; de-là le +feu commun, aussi bien que le feu électrique, facilite l'élévation des +vapeurs. + +95. Les particules d'eau qui ne renferment point de feu s'attirent +mutuellement. Trois particules d'eau étant donc attachées aux trois +particules d'un triangle d'air, & s'opposant par leur attraction +réciproque à la répulsion de l'air, racourciroient les côtés, & +diminueroient le triangle; delà cette portion d'air étant rendue plus +dense tomberoit à terre avec son eau, & ne s'éleveroit point pour +contribuer à la formation d'un nuage. + +96. Mais si chaque particule d'eau, s'attachant elle-même à l'air, amène +avec elle une particule de feu commun, la répulsion de l'air étant +plutôt favorisée & fortifiée par le feu, qu'embarrassée & rallentie par +l'attraction réciproque des particules d'eau, le triangle s'étend, & +cette portion d'air devenue plus rare, & spécifiquement plus légère +s'éleve. + +97. Si les particules d'eau amènent du feu électrique, lorsqu'elles +s'attachent elles-mêmes à l'air, la répulsion entre les particules d'eau +électrisées se joint à la répulsion naturelle de l'air, afin de pousser +avec force ses particules à une plus grande distance; par là les +triangles sont dilatés, & l'air s'élève emportant l'eau avec lui. + +98. Si les particules d'eau amènent avec elles des portions du feu +commun & du feu électrique, la répulsion des particules d'air se +fortifie & s'accroît de plus en plus, & les triangles sont de beaucoup +élargis. + +99. Une particule d'air peut être environnée par douze particules d'eau +d'un volume égal au sien, toutes en contact avec elle, & de plusieurs +autres ajoutées à celles-là. + +100. Les particules d'air ainsi chargées seroient plus rapprochées +ensemble par l'attraction mutuelle des particules d'eau, si le feu, soit +commun, soit électrique, ne favorisoit pas leur répulsion. + +101. Si l'air ainsi chargé est comprimé par des vents contraires, s'il +est poussé contre des montagnes, &c. ou condensé par la perte du feu qui +favorisoit son expansion, les triangles se resserrent: l'air avec son +eau descend comme une rosée; ou si l'eau environnant une particule +d'air, vient en contact avec l'eau qui en environne une autre, elles se +réunissent & forment une goute, ce qui nous donne la pluye. + +102. Le soleil fournit, ou semble fournir le feu commun à toutes les +vapeurs qui s'élèvent tant de la terre que de la mer. + +103. Ces vapeurs qui ont en elles du feu électrique & du feu commun, +sont mieux soutenuës que celles qui n'ont que du feu commun. Car lorsque +les vapeurs s'élèvent dans la région la plus froide au-dessus de la +terre, le froid, s'il diminue le feu commun, ne diminuera point le feu +électrique. + +104. Delà les nuages formés par des vapeurs élevées des eaux fraîches de +la terre, des végétaux, de la terre humide, &c. déposent leur eau & plus +vîte & plus aisément, n'ayant que peu de feu électrique pour repousser +les molécules, & les tenir séparées, de sorte que la plus grande partie +de l'eau élevée de la terre est abandonnée & retombe sur la terre. Les +vents qui soufflent sur la mer sont secs. La mer ayant peu besoin de +pluye, paroîtroit-il raisonnable de priver la terre de son humidité, +pour la donner à la mer en pure perte? + +105. Mais les nuages formés par les vapeurs élevées de la mer, ayant les +deux feux, & surtout une grande quantité de feu électrique soutiennent +fortement leur eau, l'élèvent à une grande hauteur, & étant agités par +les vents peuvent l'amener du milieu de l'Océan au milieu du plus vaste +continent. + +»Quoique cette hypothèse du tonnerre soit contestée par M. L. N. je +n'entreprendrai point de la défendre. On ne doit la regarder que comme +les premières idées que M. Franklin a euës sur la nature de ce météore; +il ne les donne lui-même que pour des conjectures qu'il abandonnera dès +que d'autres observations lui feront connoître qu'elles sont mal +fondées. C'est cependant à ces conjectures que la physique est redevable +des importantes découvertes qui font autant d'honneur à leur premier +auteur qu'elles en font peu à quiconque cherche à tourner en ridicule +ceux qui sont entrés dans ses vûes. + +106. Nous allons examiner présentement ce qui oblige les nuages de +l'Océan qui soutiennent leur eau avec tant de force à la déposer sur les +terres qui en manquent. + +107. Si ces nuages sont poussés par des vents contre des montagnes, ces +montagnes étant moins électrisées les attirent, & dans le contact +emportent leur feu électrique; & comme elles sont froides, elles +emportent aussi leur feu commun; delà les molécules pressent vers les +montagnes, & se pressent l'une l'autre. Si l'air est peu chargé, le +nuage tombe seulement en rosée sur le sommet & sur les côtés des +montagnes; il forme des fontaines & descend dans les vallées en petits +ruisseaux, qui par leur réunion font les grands courans & les rivières. +S'il est fort chargé, le feu électrique sort tout à la fois d'un nuage +entier, & en l'abandonnant il brille comme un éclair & craque avec +violence: les particules se réunissent d'abord faute de ce feu, & +tombent en grosses ondées. + +108. Lorsque le sommet des montagnes attire ainsi les nuages & tire le +feu électrique du premier nuage qui l'aborde, celui qui suit, lorsqu'il +approche du premier nuage actuellement dépouillé de son feu, lui lance +le sien, & commence à déposer son eau propre. Le premier nuage lançant +de nouveau ce feu dans les montagnes, le troisiéme nuage approchant, & +tous les autres arrivant successivement agissent de la même manière +d'aussi loin qu'ils s'étendent en arrière, ce qui peut être sur une +étendue de pays de quelques centaines de lieuës. + +109. Delà les déluges de pluyes, les tonnerres, les éclairs perpétuels +sur la côte orientale des _Andes_, qui courant nord-sud & étant +prodigieusement hautes, interceptent tous les nuages amenés contre elles +de l'Océan atlantique par les vents de mer, & les obligent à déposer +leurs eaux, qui forment les rivières immenses des Amazones, de la Plata, +& d'Oroonoke, lesquelles renvoyent ces eaux dans la même mer, après +avoir fertilisé un pays d'une étenduë fort considérable. + +110. Quoiqu'un pays soit uni & sans montagnes qui interceptent les +nuages électrisés, il y a cependant encore des moyens pour les obliger à +déposer leurs eaux; car si un nuage électrisé, venant de la mer, +rencontre dans l'air un nuage élevé de la terre, & par conséquent +non-électrisé, le premier lancera son feu dans le dernier, & par ce +moyen les deux nuages seront contraints de déposer subitement leurs +eaux. + +111. Les particules électrisées du premier nuage se resserrent +lorsqu'elles perdent leur feu, les particules de l'autre nuage se +resserrent aussi en le recevant. Dans l'un & l'autre elles ont ainsi la +facilité de se réunir en goutes..... La commotion ou la secousse donnée +à l'air contribuë aussi à précipiter l'eau, non-seulement de ces deux +nuages, mais des autres qui les avoisinent, delà les chutes de pluyes +soudaines immédiatement après la lumière des éclairs. + +112. Pour le montrer par une expérience facile, prenez deux cercles de +carton de deux pouces de diamètres; du centre & de la circonférence de +chaque cercle, suspendez par des fils de soye longs de dix-huit pouces, +sept petites boules de bois ou sept poids de grosseur égale. Les boules +ainsi suspenduës à chaque carton formeront trois à trois des triangles +équilatéraux, une boule étant dans le centre & six à égale distance de +celle-là & les unes des autres; dans cette situation elles +représenteront les particules d'air; enfoncez les deux bandes dans +l'eau, alors cette liqueur s'attachant & tenant un peu à chaque boule, +elles représenteront l'air chargé. Electrisez adroitement une bande, & +ses boules se repousseront l'une l'autre à une plus grande distance en +élargissant les triangles. Si l'eau soutenuë par les sept boules venoit +en contact, elle formeroit une ou plusieurs goutes assez pésantes pour +rompre la cohésion qu'elle avoit avec les boules, & ainsi elle se +précipiteroit... Que les deux bandes représentent donc deux nuages; +l'une un nuage de mer électrisé, & l'autre un nuage de terre. Amenez-les +dans la sphère d'attraction, elles s'attireront l'une l'autre, & vous +verrez ainsi les boules désunies se resserrer. La première boule +électrisée qui approche d'une boule non-électrisée, la joint par +attraction, & lui donne de son feu: aussitôt elles se séparent & +revolent chacune à une autre boule de sa bande, l'une pour donner, +l'autre pour recevoir du feu. Cela se continuë ainsi à travers les deux +bandes, mais avec une telle vîtesse quelle est presque instantanée. Dans +la collision elles secouent & font tomber leur eau en goutes, ce qui +représente la pluye. + +113. Ainsi lorsque les nuages de mer & de terre passent à une trop +grande distance pour étinceller, ils sont attirés l'un vers l'autre +jusques dans cette distance, car la sphère d'attraction électrique +s'étend beaucoup au-delà de la distance ou les corps étincellent. + +114. Lorsqu'un grand nombre de nuages de mer rencontre une quantité de +nuages de terre, les étincelles électriques paroissent s'élancer de +différens côtés; & comme les nuages sont agités & mêlés par les vents, +ou rapprochés par la force de l'attraction électrique, ils continuent à +donner & à recevoir étincelles sur étincelles, jusqu'à ce que le feu +électrique soit également répandu dans tous. + +115. Lorsque le canon de fusil (dans les expériences électriques) ne +contient que peu de feu électrique, il faut en approcher fort près le +doigt avant de pouvoir en tirer une étincelle. Donnez lui plus de feu, & +il donnera une étincelle à une plus grande distance. Deux canons de +fusil unis, & aussi fortement électrisés, donneront une étincelle à une +plus grande distance. Mais si deux canons de fusil électrisés frappent à +deux pouces de distance, & font un éclat sensible, à quelle distance +énorme ne doivent pas être portés le coup & le feu d'un nuage de 10000. +acres électrisé, & combien son craquement ne doit-il pas être +épouvantable? + +116. C'est une chose ordinaire de voir des nuages à différentes hauteurs +tenir différens chemins, ce qui prouve différens courants d'air l'un +au-dessus de l'autre. Comme l'air entre les tropiques est raréfié par le +soleil, il s'élève; l'air du nord & du sud plus dense presse à sa place; +l'air ainsi raréfié & contraint de monter passe du coté du nord & du +côté du midi, & est forcé de descendre dans les régions polaires, s'il +n'a point d'autre issuë avant que la circulation puisse être continuée. + +117. Comme les courants d'air avec les nuages suivent des routes +différentes, il est aisé de concevoir comment les nuages passans l'un +sur l'autre peuvent s'attirer réciproquement, & ainsi s'approcher +suffisamment pour le choc électrique & de même comment les nuages +électriques peuvent être emportés sur les terres fort loin de la mer, +avant d'avoir aucune occasion de frapper. + +118. Lorsque l'air avec ses vapeurs élevées de l'Océan entre les +tropiques, vient à descendre dans les régions polaires, & à être en +contact avec les vapeurs qui y sont élevées, le feu électrique qu'elles +amènent commence à être communiqué, & se fait appercevoir dans de belles +nuits, étant d'abord visible où il commence à être en mouvement, +c'est-à-dire où le contact commence, ou dans les régions les plus +septentrionales: delà les courans de la lumière semblent s'élancer au +sud, même jusqu'au zénith des contrées septentrionales. Mais quoique la +lumière paroisse s'élancer du nord au midi, le progrès du feu est +réellement du midi au nord. Son mouvement commence dans le nord, & voilà +pourquoi il y est d'abord apperçu. + +Car le feu électrique n'est jamais visible que quand il est en mouvement +& qu'il saute de corps en corps, ou de parcelle en parcelle au travers +de l'air; lorsqu'il traverse des corps denses il est invisible. Lorsque +le fil-d'archal fait partie du cercle dans l'explosion de la fiole +électrique le feu, quoiqu'en grande quantité, passe dans le fil-d'archal +invisiblement, mais en passant le long d'une chaîne il devient visible, +parce qu'il saute de chaînon en chaînon. En passant le long d'une +feuille d'or il est visible, parce que la feuille d'or est pleine de +pores; tenez-en une feuille à la lumière elle vous paroîtra comme un +réseau, & le feu est vû tandis qu'il saute sur les interstices..... +Comme lorsqu'on ouvre à l'une de ses extrémités un long canal rempli +d'eau pour le vuider, le mouvement de l'eau commence d'abord auprès de +l'extrémité ouverte, & continue vers l'extrémité fermée, quoique l'eau +elle-même avance de l'extrémité fermée vers l'extrémité ouverte; ainsi +le feu électrique déchargé dans les régions polaires, peut-être sur une +longueur de mille lieuës d'air évaporé, paroît d'abord où il est d'abord +en mouvement, c'est-à-dire dans les parties les plus septentrionales, & +l'apparition s'avance du côté du midi, quoique le feu avance réellement +du côté du septentrion. Cela pourroit passer pour une explication de +_l'aurore boréale_. + +119. Lorsqu'il y a une chaleur excessive sur la terre dans une région +particuliere, (le soleil ayant brillé dessus peut-être pendant plusieurs +jours, tandis que les contrées circonvoisines ont été couvertes par les +nuages,) l'air inférieur est raréfié, & s'élève: l'air supérieur plus +frais & plus dense descend. Les nuages dans cet air se rencontrent de +tous côtés, & se réunissent aux endroits échauffés, & si les uns sont +électrisés, & que les autres ne le soient pas, les éclairs & le tonnere +succèdent, & la pluye tombe; delà les éclats de tonnerre après les +chaleurs, & l'air frais après les orages. L'eau & les nuages qui +l'amènent venant d'une région plus élevée, & par conséquent plus +fraîche. + +120. Une étincelle électrique tirée d'un corps irrégulier à quelque +distance, n'est presque jamais droite, mais elle paroît courbée & +ondoyante dans l'air; ainsi paroissent les faisceaux d'éclairs, les +nuages étant des corps fort irréguliers. + +121. Quand les nuages électrisés passent sur un pays, les sommets des +montagnes & des, arbres, les tours élevées, les pyramides, les mâts des +vaisseaux, les cheminées, &c. comme autant d'éminences & de pointes +attirent le feu électrique, & le nuage entier s'y décharge. + +122. Ainsi il est dangereux de se mettre à l'abri sous un arbre pendant +le tonnerre. Cette retraite a été funeste à plusieurs tant hommes que +bêtes. + +123. Il est plus sûr d'être en pleine campagne par une autre raison. +Lorsque les habits sont moüillés, si un tourbillon dans son chemin vers +la terre vient à toucher votre tête, il courra dans l'eau sur la surface +de votre corps, au lieu que si vos habits sont secs, votre corps en sera +traversé. + +C'est pour cette raison qu'un rat mouillé ne peut être tué par +l'explosion de la bouteille électrique, ce qui peut arriver à un rat +dont la peau est séche. + +124. Le feu commun est dans tous les corps, plus ou moins, aussi bien +que le feu électrique. Peut-être ne sont-ils l'un & l'autre que les +modifications du même élément: peut-être aussi que ce sont des élémens +distingués. Quelques auteurs ne s'éloignent pas de ce dernier sentiment. + +125. Si ce sont des matières différentes, ils peuvent subsister & +subsistent ensemble dans le même corps. + +126. Lorsque le feu électrique traverse un corps, il agit sur le feu +commun contenu dans ce corps, & met ce feu en mouvement; & s'il y a une +quantité suffisante de chaque espèce de feu, le corps sera enflammé. + +127. Lorsque la quantité du feu commun dans le corps est petite, il faut +que la quantité du feu électrique (ou le choc électrique) soit plus +grande; si la quantité du feu commun est plus grande, une moindre +quantité du feu électrique suffit pour produire l'effet de +l'inflammation. + +128. Ainsi les esprits doivent être êchauffés[40] avant que l'on puisse +les enflammer par l'étincelle électrique; s'ils sont fort échauffés, il +ne faudra qu'une petite étincelle, s'ils le sont peu, il faudra une plus +forte étincelle. + +[Note 40: Nous avons depuis enflammé des esprits sans les chauffer, +lorsqu'il faisoit un temps chaud.] + +129. Jusqu'ici nous n'avions pû enflammer que des vapeurs chaudes, mais +à présent nous pouvons brûler de la colophone séche. Lorsque nous +pourrons nous procurer de plus grandes étincelles électriques, nous +seront en état d'enflammer non-seulement les esprits froids, comme fait +la foudre, mais même le bois, en donnant une agitation suffisante au feu +commun qu'il contient, ce que nous sçavons que le frottement peut faire. + +130. Les vapeurs sulphureuses & inflammables qui s'élèvent de la terre +sont aisément allumées par la foudre. Outre ce qui s'exhale de la terre, +de pareilles vapeurs sont envoyées par des tas de foin humide, de bled +ou autres végétaux qui s'échauffent & qui fument. Le bois pourri des +vieux arbres & des vieux bâtimens fait le même effet, c'est pourquoi ces +matières sont souvent & aisément enflammées. + +131. Les métaux sont souvent fondus par la foudre, quoiqu'ils ne le +soient peut-être ni par la chaleur de la foudre, ni même par l'agitation +du feu dans les mêmes métaux..... Car tout corps qui peut s'insinuer +lui-même entre les particules du métal, & surmonter l'attraction par +laquelle leur cohésion subsiste, (ce que peuvent faire les menstruës) +changera le solide en fluide aussi bien que le feu, même sans +l'échauffer. Ainsi le feu électrique ou la foudre causant une répulsion +violente entre les particules du métal à travers duquel il passe, le +métal est mis en fusion. + +132. Si vous vouliez fondre à un feu violent l'extrémité d'un clou à +demi-enfoncé dans une porte, la chaleur communiquée au clou entier, +avant d'en fondre une partie, brûleroit la planche où il est enfoncé, & +la partie fonduë brûleroit le plancher où elle tomberoit. Mais si la +foudre peut fondre une épée dans le fourreau & l'argent dans la bourse, +sans brûler ni le fourreau ni la bourse, il faut que la fusion soit +froide. + +133. La foudre déchire quelques corps: l'étincelle électrique perce +aussi un trou à travers une main de gros papier. (§. 54.) + +134. Si l'origine de la foudre assignée dans cette feüille est la +véritable, on entendroit fort peu de tonnerre en mer, lorsque l'on +seroit fort éloigné de la terre, & en effet quelques vieux Capitaines de +vaisseaux que l'on a consultés sur cet article, assurent que le fait +s'accorde parfaitement avec l'hypothèse. Parce qu'en traversant le vaste +Océan on n'entend guères le tonnerre qu'on ne soit arrivé près des côtes +dans des endroits où l'on peut se servir de la sonde, & que les isles +éloignées du continent y sont fort peu sujettes. Un observateur curieux +qui a vécu treize ans aux Bermudes, remarque qu'il y a eu moins de +tonnerre pendant tout le tems qu'il y a séjourné, qu'il n'en a +quelquefois entendu dans un mois à la Caroline. + +Maintenant si le feu de l'électricité & celui de la foudre sont le même, +comme j'ai tâché de le prouver, notre conducteur de carton & les bassins +de l'expérience de la balance (78.) peuvent représenter les nuages +électrisés. Si un tube long seulement de dix pieds frappe & décharge son +feu sur le poinçon à deux ou trois pouces de distance, un nuage +électrisé qui est peut-être de dix mille acres, peut frapper & décharger +son feu sur la terre à une distance proportionnellement plus grande. Le +mouvement horizontal des bassins sur le plancher, peut représenter le +mouvement des nuages sur la terre, & le poinçon élevé, les montagnes & +les plus hauts édifices, & alors nous voyons comment les nuages +électrisés passant sur les montagnes & sur les bâtimens à une trop +grande hauteur pour les frapper, peuvent être attirés en bas jusques +dans la distance qui leur est nécessaire pour cet effet; & enfin si une +aiguille est fixée sur un poinçon, la pointe en haut, ou même sur le +plancher au-dessous du poinçon, elle tirera le feu du bassin en silence +à une distance beaucoup plus grande que la distance requise pour +frapper, & préviendra ainsi sa descente vers le poinçon; ou si dans sa +course le bassin étoit venu assez près pour frapper, il ne le pourroit, +parce qu'il auroit été d'abord privé de son feu, & par-là le poinçon est +garanti du choc. + +Je demande, cette supposition admise, si la connoissance du pouvoir des +pointes ne pourroit pas être de quelque avantage aux hommes pour +préserver les maisons, les églises, les vaisseaux, &c. des coups de la +foudre, en nous engageant à fixer perpendiculairement sur les parties +les plus élevées de ces édifices des verges de fer faites en forme +d'aiguilles & dorées pour prévenir la rouille, & du pied de ces verges +un fil-d'archal abaissé vers l'extérieur du bâtiment dans la terre, ou +autour d'un des aubans d'un vaisseau, ou sur le bord jusqu'à ce qu'il +touche l'eau? Ces verges de fer ne tireroient-elles pas probablement le +feu électrique en silence hors du nuage, avant qu'il vint assez près +pour frapper? & par ce moyen ne pourrions-nous pas être préservés de +tant de désastres soudains & effroyables? + +135. Pour décider cette question, sçavoir si les nuages qui contiennent +la foudre sont électrisés ou non. J'ai imaginé de proposer une +expérience à tenter en un lieu convenable à cet effet. Sur le sommet +d'une haute tour ou d'un clocher, placez une espèce de guérite (comme +dans la fig. IX.) assez grande pour contenir un homme & un tabouret +électrique: du milieu du tabouret élevez une verge de fer, qui passe en +se courbant hors de la porte, & delà se relève perpendiculairement à la +hauteur de vingt ou trente pieds, & se termine en une pointe fort aiguë. +Si le tabouret électrique est propre & sec, un homme qui y sera placé, +lorsque des nuages électrisés y passeront un peu bas, peut être +électrisé & donner des étincelles, la verge de fer lui attirant le feu +du nuage. S'il y avoit quelque danger à craindre pour l'homme (quoique +je sois persuadé qu'il n'y en a aucun) qu'il se place sur le plancher de +la guérite, & que de tems en tems il approche de la verge le tenon d'un +fil-d'archal, qui a une extrémité attachée aux plombs de la couverture, +le tenant par un manche de cire; de cette force les étincelles, si la +verge est électrisée, frapperont de la verge au fil-d'archal, & ne +toucheront point l'homme. + +136. Avant d'abandonner le sujet de la foudre, je puis citer quelques +autres rapports entre les effets de ce météore & ceux de l'électricité. +On sçait que la foudre a souvent rendu des personnes aveugles. Un pigeon +que nous croyions avoir frappé à mort par le choc électrique, recouvrant +la vie, languit quelques jours dans la basse cour, ne mangea rien, +quoiqu'on lui eût jetté des miettes de pain, s'affoiblit, & mourut. Nous +ne fîmes point attention qu'il avoit été privé de la vûe; mais ensuite +un poulet tué de la même manière étant ressuscité en soufflant à +plusieurs reprises dans ses poumons; lorsqu'il fut posé sur le plancher, +il alla donner de la tête contre la muraille, & après l'avoir examiné +nous reconnûmes qu'il étoit parfaitement aveugle; delà nous conclûmes +que le pigeon avoit aussi été entiérement aveuglé par le choc. Le plus +grand animal que nous ayons tué ou essayé de tuer par le choc électrique +est un fort gros poulet. + +137. En lisant dans la relation que l'ingénieux Docteur _Hales_ a donnée +d'un orage arrivé à _Stretham_, l'effet de la foudre qui avoit dépouillé +toute la peinture qui couvroit la moulure dorée d'un panneau de +boiserie, sans avoir endommagé le reste de la peinture, il me vint dans +l'idée de mettre une couche de peinture sur les filets d'or de la +couverture d'un livre, & d'essayer l'effet d'un grand coup électrique +porté à travers cet or par un carreau de verre chargé; mais n'ayant +point de peinture sous la main, je collai dessus une bande étroite de +papier, & lorsqu'elle fut séche, je portai le coup au travers la dorure; +alors le papier fut renversé d'un bout à l'autre avec une telle force +qu'il fut déchiré en plusieurs endroits, & qu'en d'autres il emporta une +partie des grains du maroquin sur lequel il étoit collé. Je suis +persuadé que s'il eût été peint, la peinture auroit été enlevée, de la +même manière que celle de la boiserie de _Stretham_. + +138. La foudre fond les métaux, & j'ai avancé dans ma lettre sur ce +sujet que je soupçonnois que c'était une fusion froide; je n'entens pas +dire une fusion produite par la force du froid, mais une fusion sans +chaleur. Nous avons aussi fondu l'or, l'argent & le cuivre en petites +quantités par le coup électrique. Voici de quelles manière. Prenez une +feuille d'or, d'argent ou de cuivre doré, communément appellé feüille de +cuivre ou or d'Hollande: coupez de cette feuille des bandes longues & +étroites de la largeur d'une paille: placez une de ces bandes entre deux +lames de verre poli, qui soient environ de la largeur de votre doigt; si +une bande d'or de la longueur de la feuille n'est pas assez longue pour +le verre, ajoutez-en une autre à son extrémité; de sorte que vous +puissiez avoir une petite partie qui déborde à chaque extrémité du +verre: attachez ensemble les deux piéces de verre d'un bout à l'autre +avec un bon fil de soye: alors placez-les de manière qu'elles fassent +partie d'un cercle électrique, les extrémités de l'or qui pendent au +dehors servant à faire l'union avec les autres parties du cercle: portez +le coup au travers par le moyen d'un grand vase ou d'un carreau de verre +électrisé. Si vos lames de verre demeurent entières, vous verrez que +l'or manque en plusieurs endroits, & vous trouverez à la place des +taches métalliques sur les deux verres. Ces taches sur le verre +supérieur & sur le verre inférieur sont éxactement semblables jusques +dans le moindre trait, comme on le peut distinguer en les tenant à la +lumière. Le métal nous a paru avoir été non-seulement fondu, mais même +vitrifié ou autrement, si enfoncé dans les pores du verre qu'ils +paroissent le défendre contre l'action de la plus puissante eau forte & +eau régale. Je vous envoye dans une boëte deux petites piéces de verre +couvertes de ces taches métalliques, lesquelles ne peuvent être effacées +sans enlever une partie du verre. Quelquefois la tache s'étend un peu +plus que la largeur de la feuille, & paroît plus brillante sur le bord, +comme vous pouvez l'observer sur celles-ci en les examinant de près. +Quelquefois le verre se brise en morceaux; une fois le verre de dessus +se cassa en mille piéces qui paroissoient comme des grains de gros sel. +Ces morceaux que je vous envoye, ont été tachetés avec l'or d'Hollande; +le vrai or fait une tache plus obscure & un peu rougeâtre, l'argent fait +la tache verdâtre. Nous prîmes une fois deux morceaux de verre de miroir +fort épais, larges d'environ un pouce & demi & longs de six pouces, & +plaçant la feuille d'or entr'eux, nous les mîmes entre deux piéces de +bois bien uni, nous les serrâmes dans une petite presse de relieur de +livres, & quoiqu'ainsi serrées l'une contre l'autre, la force du choc +électrique brisa le verre en plusieurs morceaux.... l'or fut fondu & fit +des taches dans le verre à l'ordinaire. Les circonstances de ce +brisement de verre varient beaucoup en faisant l'expérience, & +quelquefois même le verre n'est point du tout brisé; mais il est +constant que les taches des morceaux de dessus & de dessous sont +exactement des contre parties les unes des autres. Et quoique j'aie pris +les morceaux de verre entre mes doigts immédiatement après la fusion, je +n'y ai jamais senti la moindre chaleur. + +139. J'ai dit dans une de mes précédentes lettres que la dorure sur un +livre, quoique d'abord elle communiquât parfaitement bien le choc, le +manquoit néanmoins après un petit nombre d'expériences, sans que nous +pussions en donner la raison. Nous avons trouvé depuis qu'un choc +violent rompt la continuité de l'or dans le filet, & le fait paroître +comme de la poussière d'or, quantité de ses parties étant rompuës & +écartées; il ne sçauroit guères conduire plus d'un choc dans toute sa +force. En voici vraisemblablement la raison, lorsqu'il n'y a pas une +parfaite continuité dans le cercle, il faut que le feu saute pardessus +les intervalles; il y a une certaine distance qu'il est capable de +franchir proportionnellement à sa force; si un nombre de petits +intervalles, quoique chacun soit excessivement petit, pris ensemble +excèdent cette distance, il ne peut sauter pardessus, & ainsi le choc +est empêché ou du moins fort affoibli. + +140. En conséquence de la loi de l'Électricité dont nous avons parlé +ci-devant, que les pointes; selon qu'elles sont plus ou moins aiguës, +tirent & poussent le fluide électrique avec plus ou moins de force, à de +plus grandes ou à de moindres distances, & dans de plus grandes ou de +plus petites quantités en tems égal, nous pouvons trouver la manière +d'expliquer la situation de la feuille d'or suspenduë entre deux lames +métalliques, celle d'en haut étant continuellement électrisée, & celle +d'en bas dans la mains d'une personne qui est debout sur le plancher. +Lorsque la lame supérieure est électrisée, la feuille est attirée & +élevée vers elle, & voleroit à cette lame, si elle n'étoit arrêtée par +ses propres pointes; l'angle qui se trouve le plus haut, lorsque la +feuille s'élève, ayant la pointe fort aigue à cause de l'extrême ténuité +de l'or, tire & reçoit à une certaine distance une quantité suffisante +de fluide électrique, pour se donner à lui-même une atmosphère +électrique par laquelle son progrès à la lame supérieure est arrêté, & +il commence à être repoussé de cette lame, & seroit renvoyé jusqu'à la +lame inférieure sans que son angle le plus bas est pareillement une +pointe, & pousse ou décharge le surplus de l'atmosphère de la feuille +aussi promptement que l'angle supérieur l'attire; si la finesse de ces +deux pointes étoit parfaitement égale, la feuille se placeroit +exactement dans le milieu de l'espace, car la pésanteur n'est rien +comparée au pouvoir qui agit sur elle; mais elle est généralement plus +près de la lame non-électrisée, parce que quand la feuille est présentée +à la lame électrisée à une certaine distance, la pointe la plus aiguë +est communément affectée la première & élevée vers elle; ainsi cette +pointe par sa plus grande finesse recevant le fluide trop tôt pour que +son opposée puisse le décharger à distances égales, elle se retire de la +lame électrisée, & s'avance plus près de la lame non-électrisée, jusqu'à +ce qu'elle vienne à une distance où la décharge puisse être exactement +égale à la charge. Cette dernière étant diminuée, & la première +augmentée; & elle y demeure aussi long-tems que le globe continuë à +fournir de nouvelle matière électrique. Ceci paroîtra évident, lorsque +la différence de la finesse dans les angles sera devenuë fort grande. +Coupez un morceau d'or d'Hollande (qui est le meilleur pour ces +expériences, parce qu'il est plus fort) dans la forme de la figure X. +que l'angle d'en haut soit un angle droit, les deux suivans des angles +obtus, & le plus bas un angle fort aigu, & amenez cet or sur votre lame, +qui est sous la lame électrisée, de manière que la partie coupée à angle +droit puisse être d'abord élevée, ce qui se fait en couvrant la partie +aiguë avec le creux de la main, & vous verrez la feüille prendre place +beaucoup plus près de la lame supérieure que de la lame inférieure, +parce que sans être plus près, elle ne peut recevoir aussi promptement à +la pointe de son angle droit, qu'elle peut décharger à la pointe de son +angle aigu. Tournez cette feüille de façon que la partie aiguë soit la +plus élevée, & alors elle se placera tout auprès de la lame +non-électrisée, parce qu'elle reçoit plus promptement à la pointe de +l'angle aigu qu'elle ne peut décharger à la pointe de l'angle droit; +ainsi la différence de distance est toujours proportionnelle à la +différence d'accélération. Prenez garde en coupant votre feuille de ne +pas laisser de petits lambeaux sur les extrémités, qui forment +quelquefois des pointes où vous ne voudriez pas les avoir; vous pouvez +faire cette figure si aiguë dans sa partie inférieure, & si obtuse dans +sa partie supérieure, qu'il ne soit pas besoin de lame inférieure, se +déchargeant d'elle-même assez promptement dans l'air. Si elle est plus +étroite, comme on le voit dans la figure comprise entre les lignes +ponctuées, nous l'appellons le _poisson d'or_, à cause de sa manière +d'agir. Car si vous le prenez par la queuë, & que vous le teniez à un +pied, ou à une plus grande distance horizontale du premier conducteur, +lorsque vous le laisserez aller, il volera à lui avec un mouvement vif, +mais ondoyant, semblable à celui d'une aiguille dans l'eau; il prendra +place alors sous le premier conducteur, peu-être à un quart ou à un demi +pouce de distance, & remuëra continuellement sa queuë comme un poisson, +de sorte qu'il paroît animé. Tournez sa queuë, vers le premier +conducteur, & alors il vole à votre doigt & semble le grignoter. Si vous +tenez sous lui une lame à six ou huit pouces de distance, & si vous +cessez de tourner le globe, lorsque l'atmosphère électrique du +conducteur diminuë, il descendra sur la lame, & nagera encore en arrière +à plusieurs reprises avec le même mouvement de poisson, ce qui fait un +jeu amusant pour les spectateurs. Par une legère pratique d'émousser ou +d'aiguiser les têtes, ou les queuës de ces figures, vous pouvez leur +faire prendre la place que vous desirez, plus près ou plus loin de la +lame électrisée. + + +MÉMOIRE +_Lû à l'Académie Royale des Sciences, le 13. Mai 1752. par M. +D'ALIBARD._ + + +EXPÉRIENCES ET OBSERVATIONS +SUR LE TONNERRE, +_Relatives à celles de Philadelphie._ + +Le tonnerre est un de ces phénomènes dont tous les physiciens ont éssaye +de découvrir la nature, mais dont aucun n'a encore donné d'explication +satisfaisante. Rien de plus commun que les effets de ce redoutable +météore, rien de plus ignoré que leur cause; il semble même que plus on +a fait d'efforts pour en approfondir le principe, plus on s'est écarté +de la voye qui pouvoit y conduire. Les connoissances physiques n'étoient +point encore assez avancées pour que l'on pût pénétrer un mistère dont +l'intelligence étoit réservée à un siécle plus éclairé. Ce qui a causé +la difficulté, ce qui a retardé jusqu'à présent l'explication de ce +phénomène, c'est qu'on ne lui voyoit point de rapport à aucune chose +connuë, & ce n'est que par l'enchaînement des rapports que l'on peut +arriver d'une connoissance à une autre; il étoit impossible de rapporter +le tonnerre à son vrai principe, puisque le principe même étoit inconnu. +Les plus sages physiciens en sont restés à admirer les effets, sans +pouvoir presque rien dire des causes; ou s'ils en ont hazardé +quelqu'explication on reconnoît aisément dans leurs écrits que ce n'est +que par des conjectures relatives ou à leurs préjugés, ou à leurs +affections, ou aux systèmes qu'ils avoient embrassés, ou aux différentes +sciences qu'ils avoient le plus cultivées. Les premiers philosophes +regardoient le tonnerre comme un attribut des Dieux, ou comme un esprit, +& ne poussoient pas plus loin leurs recherches à ce sujet; d'autres +philosophes imaginèrent que les corps célestes se renvoyoient +mutuellement des influences dont la rencontre produisoit ce météore: la +plupart des physiciens en ont cherché la cause dans les exhalaisons des +matières inflammables de la terre. Les chimistes ont prétendu en avoir +découvert le principe dans le mêlange du nitre, du souffre & du fer, des +esprits acides & des huiles essentielles; enfin chaque physicien a saisi +le moindre rapport qu'il a pû appercevoir entre ce phénomène & ce qu'il +connoissoit d'ailleurs pour en développer la nature, & chacun l'a +expliquée à sa façon, mais cette matière est toujours demeurée en +problême. + +Ce n'est que depuis peu d'années que l'on a commencé à avoir sur ce +sujet des soupçons mieux fondés. + +M. Gray[41] est le premier à qui le tonnerre & les éclairs aient paru +tenir beaucoup de la nature du feu & de la lumière électrique. Cette +première opinion a été plus approfondie par MM. l'Abbé Nolet,[42] +Hales,[43] & Barberet[44]; ils ont trouvé une analogie surprenante entre +les effets du tonnerre & ceux de l'électricité; mais tout ce qu'ils en +ont dit les uns & les autres n'étoit encore qu'une conjecture, il +falloit des observations suivies, des expériences certaines, des faits +bien constatés; tout cela se trouve dans les lettres de M. Franklin. Il +ne manquoit à cet ingénieux physicien qu'une dernière preuve pour +achever de le convaincre que la matière du tonnerre est absolument la +même que celle de l'électricité; n'étant pas apparemment trop à portée +d'acquérir cette preuve par lui-même, il nous a enseigné le moyen d'y +parvenir. + +[Note 41: Lettre à M. Mortimer du mois de Mars 1735.] + +[Note 42: Leçons de physique, tom, 4. p. 314.] + +[Note 43: Considérations sur la cause physique des tremblemens de +terre.] + +[Note 44: Dissertation sur le rapport qui se trouve entre les phénomènes +du tonnerre & ceux de l'électricité, par M. Barb. Méd. à Dijon. Bordeaux +1750.] + +Après avoir répété avec un succés plus que complet toutes les +expériences de Philadelphie, après m'être confirmé dans la confiance +entière que j'ai aux sçavantes propositions qui y sont établies & +démontrées, j'ai entrepris de vérifier jusqu'aux conjectures de mon +auteur; & j'en suis venu à obtenir cette dernière preuve qui manquoit à +sa conviction. L'importance du sujet m'a paru mériter l'attention de +l'Académie. Le résultat de l'expérience dont je vais rendre compte, ne +va pas moins qu'à faire connoître la nature du tonnerre, à le soumettre, +pour ainsi dire, au pouvoir des hommes, à dissiper ce redoutable +météore, & à prévenir ses funestes effets. + +Mais pour me faire mieux entendre, sur tout de ceux qui ne sont point +assez au fait des expériences de Philadelphie, j'en vais rapporter un +extrait de ce qui est relatif à mon objet, & j'y ajouterai quelques +autres observations dont je ne suis pas moins sûr. + +1. La matière électrique est un fluide, une espèce de feu répandu dans +toute la nature en différentes proportions. + +2. Quoique les corps contiennent chacun une certaine quantité de ce feu, +on les a distingués en corps électriques & corps non-électriques. Ces +distinctions sont assez connuës. + +3. Les premiers sont propres à communiquer ce feu, & non à le conduire: +les derniers le reçoivent & le transmettent, sans pouvoir le communiquer +par eux-mêmes. + +4. En ce sens l'air est naturellement électrique, & l'eau ne l'est pas. + +5. Les corps non-électriques retiennent le feu dont ils ont été une fois +chargés, jusqu'à ce qu'il en approche d'autres corps qui en ayent moins; +alors le feu se communique avec bruit, & se distribue également +entr'eux. + +6. L'eau étant électrisée, les vapeurs qui s'en exhalent le sont aussi. + +7. Les particules de matière électrisée se repoussent mutuellement; delà +vient apparemment que l'électricité, aussi bien que la chaleur, augmente +l'évaporation des liqueurs. + +8. Le frottement entre un corps non-électrique & un corps originairement +électrique produit le feu électrique, non en le créant, mais en le +rassemblant. + +9. La mer est un composé d'eau corps non-électrique, & de sel corps +originairement électrique. + +10. Lorsqu'il y a du frottement entre les parties voisines de sa +surface, la matière électrique y est rassemblée des parties inférieures +& y devient apparente. C'est ce qu'on remarque dans le sillage d'un +vaisseau, sous les coups de rames, dans l'écume & dans les parties d'eau +agitées par le vent. Enfin dans une tempête toute la mer paroît en feu. + +11. Les particules d'eau détachées étant alors repoussées de sa surface +électrisée, emportent avec elles le feu électrique qui a été rassemblé, +& en s'élèvant elles s'attachent elles-mêmes aux particules d'air +qu'elles rencontrent. + +12. Les particules d'air ainsi chargées & appésanties par les particules +d'eau qui y sont adhérentes, retomberoient bientôt sur la terre, si le +feu électrique attaché à ces dernieres ne les rendoit spécifiquement +plus légères. La chaleur du soleil contribuë encore à les alléger. + +13. Aidées de ces deux puissances le feu électrique & le feu commun, les +vapeurs de la mer s'élèvent fort haut dans l'air, & y forment des nuages +chargés comme elles de l'un & l'autre feu. + +14. Quand même ces nuages fortement électrisés viendroient à s'élever +dans la région la plus froide au-dessus de la terre, le froid qu'ils y +rencontreroient pourroit diminuer leur feu commun; mais loin de diminuer +leur feu électrique, il ne feroit qu'en augmenter la force. + +15. Les nuages formés des exhalaisons de la terre, ayant peu de feu +électrique, ne s'élèvent pas beaucoup, & déposent leur eau promptement & +aisément; c'est de là que les vents de terre qui soufflent sur mer se +font facilement reconnoître par leur sécheresse. + +16. Il en est tout autrement des nuages formés des exhalaisons de la +mer; ayant beaucoup de feu électrique, ils soutiennent fortement leur +eau, s'élèvent à une grande hauteur, & poussés par les vents peuvent la +conduire du milieu de l'Océan au milieu du plus vaste continent. + +17. Ces nuages électrisés étant poussés par les vents, sont attirés par +les montagnes auxquelles ils communiquent leur feu électrique: alors les +particules d'eau se rapprochent & tombent en rosée, si l'air est peu +chargé; mais s'il est fort chargé, le feu électrique sort tout à la fois +d'un nuage entier, & en l'abandonnant il brille comme un éclair & fait +un bruit violent; dans ce cas les particules d'eau se réunissent faute +de ce feu, & tombent en grosses ondées. + +18. Lorsqu'une montagne attire ainsi les nuées, & tire le feu électrique +du premier nuage qui l'aborde, celui qui suit, lorsqu'il approche du +premier actuellement dépouillé de son feu, lui lance le sien, & commence +à déposer son eau propre. Le premier nuage communiquant ce nouveau feu à +la montagne, un troisiéme nuage survient, & tous les autres arrivant +successivement agissent de la même manière sur ceux qui les précèdent & +sur la montagne, d'aussi loin qu'ils s'étendent en arrière, ce qui peut +être sur une étendue de pays de quelques centaines de lieuës. + +19. Delà viennent les déluges de pluyes, les tonnerres, les éclairs +presque perpétuels sur les montagnes les plus élevées, du pied +desquelles les plus grands rivières tirent leurs sources. + +20. Quoique les endroits voisins des hautes montagnes soient ceux où le +tonnerre est le plus fréquent, ce ne sont pas les seuls qui y soient +sujets; il se fait aussi entendre dans les pays plats & unis, & les +nuages de mer y déposent leurs eaux sans y être arrêtés par les +montagnes. Mais dans ce cas ce sont les nuages de terre qui font +l'office des montagnes. Ceux-ci non-électrisés & beaucoup moins élevés +venant à passer sous ceux-là qui sont électrisés & fort élevés, les +attirent, en reçoivent le feu électrique, & par ce moyen sont contraints +les uns & les autres de laisser tomber subitement les eaux dont ils +étoient chargés. + +21. Personne ne doute que les corps électrisés ne soient entourés d'une +atmosphère électrique d'une étenduë considérable & précisément de la +même figure que ces corps. On peut même rendre cette atmosphère visible +en excitant au-dessous du corps électrisé une fumée de résine bien +séche. L'attraction & la répulsion se font dans toute l'étenduë de cette +atmosphère, quoique le feu électrique ne puisse se communiquer de si +loin, du moins avec bruit; c'est pour cette raison qu'un nuage de terre +non-électrisé venant à passer au-dessous d'un nuage de mer fort +électrisé, l'attire à une très-grande distance. + +22. Quand plusieurs nuages de mer rencontrent plusieurs nuages de terre, +le feu électrique s'élance de différens côtés, & les élancemens +continuënt jusqu'à ce que le feu électrique soit également répandu dans +tous ces nuages. + +23. La distance où se font les élancemens du feu électrique étant +relative à l'étenduë des corps électrisés, si dans les expériences +électriques deux canons de fusil électrisés frappent à deux pouces de +distance & font un éclat & un bruit sensible, à quelle distance énorme +ne doivent pas être portés le coup, le bruit & le feu d'un nuage de dix +mille arpens électrisé? + +24. Comme les courans d'air avec les nuages suivant des routes +différentes, il est aisé de concevoir comment les nuages passant les uns +sous les autres peuvent s'attirer réciproquement & s'approcher +suffisamment pour le choc électrique. On conçoit de même comment les +nuages électrisés peuvent être emportés sur les terres fort loin de la +mer sans aucun obstacle. + +25. Le feu électrique n'est visible & ne se fait entendre que quand il +traverse l'air pour sauter d'un corps à un autre; on ne l'apperçoit +point le long d'un fil de fer dans les expériences électriques; & on le +voit le long d'une chaîne, parce qu'il saute de chaînon en chaînon. De +même le feu du tonnerre ne brille que quand il saute d'un nuage à un +autre. Quoique l'éclair & le coup partent en même tems, l'on ne voit le +premier avant d'entendre le second, que parce que la lumière vole plus +rapidement que le son; d'où il suit naturellement que l'on peut juger de +l'éloignement du tonnerre par la distance de l'éclair au bruit, & qu'il +n'y a jamais rien à craindre d'un éclat de tonnerre dont on a vû +l'éclair. + +26. Une étincelle électrique tirée à quelque distance d'un corps +irrégulier par un autre corps pareil, paroît courbée & ondoyante dans +l'air; delà vient l'apparition de l'éclair en zic-zac. + +27. Les éminences, les grands arbres & les édifices élevés sont les plus +exposés à être frappés du tonnerre; ainsi il est dangereux d'y chercher +un abri pendant l'orage. + +28. Une autre raison pourquoi il vaudroit mieux être en rase campagne, +c'est que le feu électrique, s'il y atteignoit quelqu'un, pourroit +glisser sur ses habits mouillés, sans lui faire de mal. Un rat mouillé +ne peut être tué par l'explosion de la bouteille électrique. + +29. Le feu électrique & le feu commun peuvent subsister, & subsistent +ensemble dans le même corps. Le premier agit sur le second; & une +quantité suffisante de l'un & de l'autre en différentes proportions +produit l'inflammation. + +30. Les métaux sont souvent fondus par la foudre, & ces sortes de +fusions sont froides ou chaudes. La fusion froide ou sans chaleur n'est +qu'une désunion des particules métalliques qui détruit l'attraction par +laquelle leur cohésion subsistoit. C'est la même manière dont les +menstruës agissent sur le métal. Quand une épée est fonduë dans son +fourreau, & l'argent dans une bourse, sans que le fourreau & la bourse +soient brûlés, il faut nécessairement que ce soit par une espèce de +fusion froide. Je pourrois citer plusieurs autres exemples de faits tout +semblables; mais pour abréger je dirai seulement que l'on imite cet +effet dans une des expériences électriques de Philadelphie. + +Il y a aussi des exemples que la foudre opère quelquefois des fusions de +métaux par chaleur, ce sont alors de véritables fusions, des fusions +brûlantes. Quoiqu'on n'ait pas encore poussé les expériences électriques +jusqu'à des opérations pareilles, je ne doute point qu'on n'y parvienne +dans la suite. + +31. Comme il y a des corps qui ont été déchirés par la foudre, il y en a +de même qui sont déchirés par l'étincelle électrique. En répétant +l'expérience où l'on perce une main de papier, & où j'en ai souvent +percé jusqu'à 96. feüilles, j'ai remarqué que les dernières feüilles ont +quelquefois souffert une déchirure telle qu'on pouvoit y passer le +doigt. + +32. Il s'ensuit des observations précédentes qu'on devroit entendre +très-rarement le tonnerre en pleine mer, lorsque l'on est fort éloigné +de la terre. Quelques anciens officiers de marine qui ont été consultés +sur ce sujet, assurent que le fait s'accorde parfaitement avec la +conjecture, & que les isles éloignés du continent sont fort peu sujettes +à l'orage. Un observateur judicieux a remarqué qu'il avoit moins entendu +de tonnerre pendant treize ans qu'il a demeuré aux Bermudes, qu'il n'en +a quelquefois entendu dans un mois à la Caroline. + +33. M. Franklin ajoute à toutes ces observations celles de quelques +effets singuliers du tonnerre, & rapporte à ce sujet des effets tout à +fait semblables de l'électricité: par exemple des aveuglemens causés par +l'un aussi bien que par l'autre: des filets dorés sur lesquels on avoit +mis de la peinture, qui ont été découverts par l'électricité, de même +que par le tonnerre; il y a une infinité d'autres effets de ce météore +que l'on pourroit rappeller ici, & dont le rapport avec ceux de +l'électricité peut se démontrer aussi facilement. Mais pour ne point +quitter M. Franklin, je passe à une de ses expériences, qui paroît bien +décisive pour le sujet dont il est question. + +Si l'on suspend au plat-fond d'une chambre par une ficelle de grandes +balances de cuivre, dont le fléau ait au moins 2. pieds de longueur, de +manière que les bassins attachés à des cordons de soye soient environ à +un pied de terre, ces bassins tourneront circulairement par le +détortillement de la ficelle. Si l'on plante sur le plancher un poinçon +de métal, dont la tête soit arrondie & polie, de façon que les bassins +puissent passer pardessus en décrivant leur cercle; si dans cet état on +électrise un des bassins en lui appliquant le fil-d'archal de la +bouteille électrique, on verra ce bassin s'abaisser en passant sur le +poinçon, & même décharger son feu sur cet instrument, s'il est à une +distance convenable. + +Si après cela on attache une aiguille la pointe en haut sur le plancher +auprès du poinçon, la tête de cet instrument, loin d'attirer comme +auparavant le bassin électrisé, semblera le repousser, parce que la +pointe de l'aiguille, quoique beaucoup plus basse, aura tiré le feu +électrique dont le bassin étoit chargé, avant qu'il soit venu à portée +d'être attiré par la tête du poinçon. + +Ces deux bassins peuvent nous représenter deux nuages, l'un un nuage de +mer, & l'autre un nuage de terre; leur mouvement horizontal sur le +plancher sera dans la même hypothèse, celui des nuages au-dessus de la +terre, & le poinçon élevé représentera une montagne, une éminence ou un +grand édifice; on comprendra alors comment les nuages électrisés, en +passant au-dessus des montagnes ou des bâtimens à une trop grande +hauteur pour les frapper, en peuvent être attirés jusqu'à la distance +qui leur est nécessaire pour cet effet. + +Comme d'ailleurs l'aiguille fixée la pointe en haut sur le plancher au +dessous du poinçon tire en silence le feu électrique du bassin à une +distance beaucoup plus grande que la distance requise pour frapper, & +prévient ainsi la descente vers le poinçon: comme le bassin électrisé, +quand même il viendroit par son propre mouvement assez près pour +frapper, ne pourroit le faire, parce qu'il auroit alors été dépoüillé de +la plus grande partie de son feu: comme enfin dans ces deux cas le +poinçon seroit toujours garanti du choc, il est plus que probable que la +connoissance du pouvoir des pointes peut être d'un très-grand avantage à +l'humanité pour préserver des atteintes de la foudre des maisons, les +églises, les vaisseaux, &c. + +Il ne s'agiroit, pour y parvenir, que de fixer perpendiculairement sur +les parties les plus élevées de ces édifices des verges de fer faites en +forme d'aiguilles, & dorées pour prévenir la rouille, & d'abaisser du +pied de ces verges, un fil-d'archal au dehors des bâtimens, jusqu'à ce +qu'il touchât la terre ou l'eau de la mer. Ces verges de fer bien +pointuës tireroient probablement & tireroit sans bruit le feu électrique +hors du nuage, avant qu'il vint assez près pour frapper & pour causer +aucun désastre. + +Mais avant que d'en venir à cet expédient il restoit un problême à +résoudre. Toutes les observations pouvoient paroître bien faites, toutes +les réflexions naturelles, tous les raisonnemens suivis, toutes les +inductions justes, sans que pour cela le succès répondît à la +vraisemblance. Il étoit question de décider avant tout si les nuées qui +contiennent la foudre sont électrisées ou non; c'est ce doute qui a +empêché M. Franklin de prononcer hardiment sur toute cette matière. Ce +que sa pénétration & la justesse de son raisonnement lui ont fait +reconnoître, sa droiture & sa sincérité n'ont osé l'assurer. Tout ce +qu'il a pû faire dans cette circonstance embarrassante, ç'a été de +proposer sa conjecture, & de nous enseigner les moyens de décider la +question. En suivant la route qu'il nous a tracée, j'ai obtenu une +satisfaction complette. Voici les préparatifs, le procèdé & le succès. + +1º. J'ai fait faire à Marly-la-Ville, situé à six lieuës de Paris, au +milieu d'un belle plaine, dont le sol est fort élevé, une verge de fer +d'environ un pouce diamètre, longue de quarante pieds & fort pointuë par +son extrémité supérieure; pour lui ménager une pointe plus fine, je l'ai +fait armer d'acier trempé & ensuite brunir, au défaut de dorure, pour la +préserver de la rouille; outre cela cette verge de fer est courbée vers +son extrémité inférieure en deux coudes à angles aigus quoiqu'arondis; +le premier coude est éloigné de deux pieds du bout inférieur, & le +second est en sens contraire à trois pieds du premier. + +2º. J'ai fait planter dans un jardin trois grosses perches de vingt-huit +à vingt-neuf pieds disposées en triangle, & éloignées les unes des +autres d'environ huit pieds; deux de ces perches sont contre un mur, & +la troisiéme est au-dedans du jardin. Pour les affermir toutes ensemble +l'on a cloué sur chacune des entre-toises à vingt pieds de hauteur, & +comme le grand vent agitoit encore cette espèce d'édifice, l'on a +attaché au haut de chaque perche de longs cordages, qui tenant lieu +d'aubans, répondent par le bas à de bons piquets fortement enfoncés en +terre à plus de vingt pieds des perches. + +3º. J'ai fait construire entre les deux perches voisines du mur, & +adosser contre ce mur une petite guérite de bois capable de contenir un +homme & une table. + +4º. J'ai fait placer au milieu de la guérite une petite table d'environ +un demi pied de hauteur, & sur cette table j'ai fait dresser & affermir +un tabouret électrique. Ce tabouret n'est autre chose qu'une petite +planche quarrée portée sur trois bouteilles à vin; il n'est fait de +cette manière que pour suppléer au défaut d'un gâteau de résine qui me +manquoit. + +5º. Tout étant ainsi préparé, j'ai fait élever perpendiculairement la +verge de fer au milieu des trois perches, & je l'ai affermie en +l'attachant à chacune de ces perches avec de forts cordons de soye par +deux endroits seulement. Les premiers liens sont au haut des perches +environ trois pouces au-dessous de leurs extrémités supérieures: les +seconds sont vers la moitié de leur hauteur. Le bout inférieur de la +verge de fer est solidement appuyé sur le milieu du tabouret électrique, +où j'ai fait creuser un trou propre à le recevoir. + +6º. Comme il étoit important de garantir de la pluye le tabouret & les +cordons de soye, parce qu'ils laisseroient passer la matière électrique +s'ils étoient mouillés, j'ai pris les précautions nécessaires pour en +empêcher: c'est dans cette vûe que j'ai mis mon tabouret sous la +guérite, & que j'avois fait courber ma verge de fer à angles aigus, afin +que l'eau qui pourroit couler le long de cette verge ne pût arriver +jusques sur le tabouret. C'est aussi dans le même dessein que j'ai fait +clouer sur le haut & au milieu de mes perches à trois pouces au-dessus +des cordons de soye, des espèces de boëtes formées de trois petites +planches d'environ 15. pouces de long, qui couvrent pardessus & par les +côtés une pareille longueur des cordons de soye sans leur toucher. + +Il s'agissoit de faire dans le tems de l'orage deux observations sur +cette verge de fer ainsi disposée; l'une étoit de remarquer à sa pointe +une aigrette lumineuse semblable à celle qu'on apperçoit à la pointe +d'une aiguille, quand on l'oppose assez près d'un corps actuellement +électrisé: l'autre étoit de tirer de la verge de fer des étincelles, +comme on en tire du canon de fusil dans les expériences électriques. +J'étois bien assuré du succès de la première de ces observations, +m'étant rappellé que cette aigrette est connuë il y a deux ou trois +mille ans. Les plus anciens auteurs, Homère, Aristote, Plutarque, +Horace, &c. en ont parlé sous le nom d'astre d'Hélène, quand il n'en +paroissoit qu'une, & sous les noms de Castor & Pollux, quand on en +voyoit deux. + +Il n'est point rare aux navigateurs d'appercevoir ces aigrettes +lumineuses au haut des mâts, au bout des vergues, en un mot dans les +endroits élevés, où il y a des pointes dressées en l'air, surtout +pendant la nuit, à l'approche & dans le tems des orages; c'est ce qu'ils +appellent le feu S. Elme. Outre cela un de mes amis de province m'a +mandé avoir remarqué plusieurs fois dans des orages de nuit un feu +follet à la pointe de la verge de fer d'une girouette qui se trouvoit +devant la fenêtre de son appartement. + +La certitude de cette première observation me donnoit aussi beaucoup de +confiance pour la seconde; j'ose même dire que je n'étois pas moins +assuré de son succès. Il me paroissoit impossible que la verge de fer +étant bien isolée de tous corps non-électriques, ne donnât pas des +étincelles, dès qu'elle tiroit & recevoit la matière électrique par sa +pointe, mais il falloit voir ces étincelles. + +Après avoir ainsi dressé toute la machine, ne pouvant pas toujours +rester à la campagne pour attendre l'orage, j'ai chargé de faire les +observations en mon absence un habitant du lieu, nommé Coiffier, qui a +servi quatorze ans dans les dragons, & sur qui je pouvois également +compter pour l'intelligence & pour l'intrépidité. Je lui avois donné +toutes les instructions nécessaires, soit pour observer l'aigrette +lumineuse qui devoit paroître à la pointe de la verge de fer, soit pour +tirer les étincelles de cette verge avec le tenon d'un fil-d'archal que +j'avois attaché au collet d'une longue fiole pour lui servir de manche, +& par ce moyen le garantir des piqûres de ces étincelles qui pouroient +être trop fortes. + +Je lui avois encore recommandé de faire venir auprès de la machine +quelques-uns de ses voisins, & même de faire avertir M. le Prieur Curé +de Marly, qui m'avoit promis de s'y trouver sitôt que le tems paroîtroit +disposé à l'orage. + +Le Mercredi 10. Mai 1752. entre deux & trois heures après midi, mon ami +Coiffier entendit un coup de tonnerre assez fort: il vole à la machine, +prend la fiole avec le fil-d'archal, présente le tenon du fil à la +verge, en voit sortir une petite étincelle brillante, & en entend le +pétillement; il tire une seconde étincelle plus forte que la première & +avec plus de bruit: il appelle ses voisins, & envoye chercher M. le +Prieur: celui-ci accourt de toutes ses forces; les Paroissiens voyant la +précipitation de leur Curé, s'imaginent que le pauvre Coiffier a été tué +du tonnerre; l'allarme se répand dans le village: la grêle qui survient +n'empêche point le troupeau de suivre son Pasteur. Cet honnête +Ecclésiastique arrive près de la machine, & voyant qu'il n'y avoit point +de danger, met lui-même la main à l'oeuvre, & tire de fortes étincelles. +La nuée d'orage & de grêle ne fut pas plus d'un quart-d'heure à passer +au zénith de notre machine, & l'on n'entendit que ce seul coup de +tonnerre. Sitôt que le nuage fut passé, & qu'on ne tira plus +d'étincelles de la verge de fer, M. le Prieur de Marly fit partir le +sieur Coiffier lui-même pour m'apporter la lettre suivant qu'il +m'écrivit à la hâte. + +«Je vous annonce, Monsieur, ce que vous attendez; l'expérience est +complette. Aujourd'hui à deux heures vingt minutes après midi le +tonnerre a grondé directement sur Marly; le coup a été assez fort. +L'envie de vous obliger & la curiosité m'ont tiré de mon fauteüil, où +j'étois occupé à lire: je suis allé chez Coiffier, qui déjà m'avoit +dépêché un enfant que j'ai rencontré en chemin pour me prier de venir, +j'ai doublé le pas à travers un torrent de grêle. Arrivé à l'endroit où +est placé la tringle coudée j'ai présenté le fil-d'archal, en avançant +successivement vers la tringle à un pouce & demi ou environ; il est +sorti de la tringle une petite colonne de feu bleuâtre sentant le +souffre, qui venoit frapper avec une extrême vivacité le tenon du +fil-d'archal, & occasionnoit un bruit semblable à celui qu'on feroit en +frappant sur la tringle avec une clef. J'ai répèté l'expérience au moins +six fois dans l'espace d'environ quatre minutes en présence de plusieurs +personnes, & chaque expérience que j'ai faite a duré l'espace d'un +_pater_ & d'un _ave_. J'ai voulu continuer; l'action du feu s'est +rallentie peu à peu; j'ai approché plus près, & n'ai plus tiré que +quelques étincelles, & enfin rien n'a paru.» + +«Le coup de tonnerre qui a occasionné cet événement n'a été suivi +d'aucun autre; tout s'est terminé par une abondance de grêle. J'étois si +occupé dans le moment de l'expérience de ce que je voyois, qu'ayant été +frappé au bras un peu au-dessus du coude, je ne puis dire si c'est en +touchant au fil-d'archal ou à la tringle: je ne me suis pas plaint du +mal que m'avoit fait le coup dans le moment que je l'ai reçu; mais comme +la douleur continuoit, de retour chez moi j'ai découvert mon bras en +présence de Coiffier, & nous avons apperçu une meurtrissure tournante +autour du bras, semblable à celle que feroit un cou de fil-d'archal si +j'en avois été frappé à nud. En revenant de chez Coiffier j'ai rencontré +M. le Vicaire, M. de Milly & le maître d'école à qui j'ai rapporté ce +qui venoit d'arriver; ils se sont plaint tous les trois qu'ils sentoient +une odeur de soufre qui les frappoit davantage à mesure qu'ils +approchoient de moi: j'ai porté chez moi la même odeur, & mes +domestiques s'en sont apperçus sans que je leur aie rien dit.» + +«Voilà, Monsieur, un récit fait à la hâte, mais naïf & vrai que +j'atteste, & vous pouvez assurer que je suis prêt à rendre témoignage de +cet événement dans toutes occasions. Coiffier a été le premier qui a +fait l'expérience, & l'a répétée plusieurs fois; ce n'est qu'à +l'occasion de ce qu'il a vû qu'il m'a envoyé prier de venir. S'il étoit +besoin d'autres témoins que de lui & moi, vous les trouveriez. Coiffier +presse pour partir.» + +«Je suis avec une respectueuse considération, Monsieur, votre, &c. signé +Raulet, Prieur de Marly. 10. _Mai_ 1752.» + +On voit par le détail de cette lettre que le fait est assez bien +constaté pour ne laisser aucun doute à ce sujet. Le porteur m'a assuré +de vive voix qu'il avoit tiré pendant près d'un quart-d'heure avant que +M. le Prieur arrivât, en présence de cinq ou six personnes, des +étincelles beaucoup plus fortes & plus bruyantes que celles dont il est +parlé dans la lettre. Ces premières personnes arrivant successivement +n'osoient approcher qu'à dix ou douze pas de la machine, & à cette +distance, malgré le plein soleil, ils voyoient les étincelles & en +entendoient le bruit. + +Il ne parut point d'aigrette lumineuse à la pointe de la verge de fer; +il y en avoit cependant une, & Coiffier m'a dit y avoir apperçu une +très-foible lueur; mais d'abord la lumière du soleil, & ensuite +l'opacité de la grêle la dérobèrent bientôt à la vûe; d'ailleurs il y a +toute apparence que l'aigrette seroit plus visible à la pointe d'une +verge de fer qui ne seroit point isolée. + +La comparaison des odeurs du tonnerre & de l'électricité n'a point +échapé à mes recherches pour en tirer une preuve de leur identité; mais +comme je ne connois point assez l'odeur du météore, je n'ai pas voulu +m'y arrêter. Pour l'odeur de soufre dont il est parlé dans la lettre, +elle pourroit bien être la même que celle de phosphore que l'on sent +après de violentes explosions dans certaines expériences électriques. +Quand on ne connoît pas bien distinctement l'une & l'autre, il est fort +aisé de s'y méprendre. + +Enfin il me paroît évidemment prouvé par l'expérience de Marly que le +tonnerre est pour le moins aussi propre que le globe de verre à +communiquer l'électricité aux corps non-électriques, & que les corps +originairement électriques, comme le verre & la soye, retiennent aussi +bien cette électricité naturelle que celle qu'on excite +artificiellement. Je ne doute même point, & je crois que personne n'en +doutera, que si l'orage duroit quelque tems, on ne pût faire avec cette +électricité naturelle toutes les mêmes expériences que l'on fait avec +l'artificielle. + +Il résulte de toutes les expériences & observations que j'ai rapportées +dans ce mémoire, & surtout de la dernière expérience faite à +Marly-la-Ville, que la matière du tonnerre est incontestablement la même +que celle de l'électricité. L'idée qu'en a euë M. Franklin cesse d'être +une conjecture; la voilà devenuë une réalité, & j'ose croire que plus on +approfondira tout ce qu'il a publié sur l'électricité, plus on +reconnoîtra combien la Physique lui est redevable pour cette partie. + +Il ne me reste plus qu'à dire quelque chose des avantages qu'on peut +retirer de cette importante découverte. Puisqu'il est bien reconnu +qu'une pointe métallique présentée à quelque distance vis-à-vis d'un +corps actuellement électrisé en tire le feu, & le décharge entiérement +sans bruit, sans explosion & sans commotion: puisqu'il est également +vérifié qu'une verge de fer présentant sa pointe bien acérée vers un +nuage chargé de tonnerre, tire en silence la matière électrique de ce +nuage, dès qu'il est assez proche pour que la verge se trouve dans on +atmosphère électrique, cette verge suffira pour le décharger entiérement +de tout le feu qui y est retenu, & elle opérera ce bon effet d'autant +plus surement & plus facilement que la nuée orageuse sera plus près & +plus long-tems à passer à portée de la pointe. + +Delà résultent les avantages infinis de dissiper presque à volonté la +matière du tonnerre, & de préserver de ses atteintes les édifices tant +publics que particuliers. Je suis persuadé que, si au lieu de terminer, +comme on le fait ordinairement, les toits des pavillons, des tours, des +clochers & les mâts des vaisseaux &c. par des giroüettes, par des coqs, +par des croix, par des perroquets, &c. On y dressoit des pointes +métalliques de la manière dont il a été expliqué ci-devant, on +garantiroit ces édifices de la foudre. Dans la supposition même où ces +pointes ainsi élevées, en tirant le feu des nuages orageux, en seroient +assaillies par une quantité excessive, ou, pour me servir des +expressions usitées, quand ces pointes fendroient la nuë, & attireroient +sur elles un orage tout entier, le fil de fer attaché à leur extrémité +inférieure suffiroit pour conduire ce feu jusqu'à la terre ou à l'eau au +dehors des édifices, sans que la foudre pût leur toucher; la raison m'en +paroît évidente. Comme le métal est moins électrique, & par-là plus +perméable à l'électricité que les pierres, les bois & les autres +matériaux qui entrent dans la construction d'un bâtiment; le feu +électrique ne quittera point cette route que quand elle lui manquera. + +Pour calmer les craintes de ceux qui, malgré ces raisons, pourroient +appréhender que les pointes élevées sur leurs maisons n'y attirassent le +feu du ciel, j'ajouterai ici un autre moyen de les mettre tout-à-fait en +sureté. Il consiste à élever dans le voisinage autour de leurs châteaux +ou maisons plusieurs de ces mêmes verges métalliques sur de grands +arbres, sur des tours, sur des éminences, &c. ou simplement à les +planter en terre, pourvû qu'elles ayent assez de longueur pour +surpasser, ou tout au moins pour égaler la hauteur des édifices que l'on +voudra préserver. S'il pouvoit arriver que le tonnerre tombât sur ces +verges, il ne pourroit y faire aucun désordre. Il ne faudroit peut-être +pas une centaine de verges de fer ainsi dressées & disposées dans les +différens quartiers & dans les endroits les plus élevés, pour préserver +de la foudre toute la Ville de Paris. + +«Dès que ce mémoire eut été lû à l'Académie Royale des Sciences, où il +avoit été écouté avec la plus grande attention, & reçu avec l'accueil le +plus obligeant, le bruit s'en répandit; cette découverte fut mise dans +toutes les nouvelles publiques, & l'expérience fut repétée avec le même +succès dans toutes les parties de l'Europe. On imagina différens moyens +pour élever des verges de fer pointuës suivant la situation des lieux, & +il s'en trouva de très-ingénieux. Celui par exemple de dresser une +pointe métallique au-dessus d'un cerf-volant que l'on élève en l'air à +l'approche d'un orage, a fait voir des phénomènes très-singuliers. La +matière électrique y étoit si abondante qu'elle faisoit à chaque instant +des explosions assez bruyantes pour être entenduës à des distances +considérables. Ces explosions doivent être regardées, & sont réellement +autant de petits coups de tonnerre dont les effets pourroient être aussi +funestes pour ceux qui se trouveroient à portée d'en être frappés. +L'exemple de M. Richman, professeur de physique à Petersbourg & martyr +de l'électricité, suffiroit seul pour avertir qu'il est quelquefois +dangereux de s'approcher sans beaucoup de précaution de la verge de fer +électrisée par le tonnerre. Il paroît par la relation de sa mort, +arrivée le 6. Août 1753. & insérée dans les gazettes d'Hollande & de +France du mois de Septembre suivant, qu'il n'a pas été tué par le +tonnerre tombé directement du ciel, mais par l'explosion de la matière +électrique dont la barre de fer trop bien isolée se trouva surchargée au +moment que sa tête en approcha pendant qu'il faisoit ses observations.» + +«Il est encore arrivé deux accidens du même genre, quoique moins +tragiques, à deux célèbres physiciens, dont l'un[45] est associé & +l'autre[46] correspondant de l'Académie Royale des Sciences. Tous les +deux furent renversés par le coup dont ils furent frappés en voulant +tirer des étincelles de leur appareil électrique. Un degré de plus dans +la charge de cet appareil leur eût vraisemblablement fait éprouver un +sort aussi funeste qu'au physicien Moscovite. Mais je suis sûr que les +précautions dont je me suis presque toujours servi en pareil cas, +auroient pû les en garantir, & j'exhorte tous ceux qui voudront faire de +pareilles observations sur le tonnerre, à mettre en usage ces mêmes +précautions.» + +[Note 45: M. le Monnier, Médecin de S. Germain en Laye.] + +[Note 46: Le R. P. Bertier de l'Oratoire, à Montmorency.] + +«Peu de jours après la publication du mémoire ci-dessus, j'imaginai +adapter un petit carillon à une pointe métallique que j'avois fait +élever au jardin du Roi pour M. de Buffon; ce carillon est composé de +deux petits timbres, dont l'un est attaché au fil de fer correspondant à +la pointe, & l'autre à la muraille, avec une petite boule de métal +suspenduë entre deux par un fil de soye pour servir de battant. Dès le +premier orage qui arriva le jour même, le carillon sonna plus d'une +demi-heure avant que le tonnerre grondât & avant que les éclairs +parussent. Par ce moyen nous avons toujours été avertis depuis de +l'approche des nuages orageux; il nous est même arrivé plusieurs fois, à +M. de Buffon & à moi, d'entendre sonner le carillon sans aucune +apparence de tonnerre. Quand un nuage chargé d'électricité vient à +passer au-dessus de la pointe métallique à une grande distance, il met +le carillon en mouvement, & soit qu'il n'y ait point assez de matière +pour causer un véritable orage, soit que la pointe en dissipe assez pour +en empêcher, tout se passe sans fracas.» + +«Ce carillon ainsi adapté à la machine du tonnerre sert à plusieurs +usages importans; 1°. il avertit de l'approche ou de la présence d'un +nuage orageux tant la nuit que le jour; 2°. il fait connoître +l'abondance de la matière électrique dont un nuage est chargé, par la +fréquence plus ou moins grande de ses battemens, & même par son silence, +comme on le verra dans la suite; 3°. étant une décharge continuelle de +la matière électrique, qui s'accumule sur la machine du tonnerre, il est +suffisant pour en prévenir les funestes accidens. Je suis très-persuadé +que ni M. Richman ni les autres n'auroient point été frappés si +rudement, s'il y avoit eu de pareilles décharges aux machines dont ils +se sont servis.» + + +DE LA LETTRE II. + +_29. Juin 1751._ + +Dans la relation que le capitaine Waddel a donnée des effets de la +foudre sur son vaisseau, je ne puis m'empêcher de remarquer les grosses +lampes _comazants_, (comme il les appelle) qui parurent sur les pointes +du haut des perroquets toutes en feu comme de grosses torches (avant le +coup de tonnerre); suivant mon sentiment le feu électrique étoit alors +tiré de la nuée comme par des pointes, la grosseur de la flamme marquant +la grande quantité d'électricité dans la nuée; & s'il y avoit eu un bon +fil-d'archal de communication des pointes du sommet des perroquets à la +mer, qui eût conduit plus librement que des cordes goudronnées ou des +mâts de bois résineux, j'imagine qu'il n'y auroit point eu de coup de +foudre, ou que s'il y en eût eu, le fil-d'archal l'auroit conduit tout +entier dans la mer sans endommager le vaisseau. + +Ses boussoles perdirent la vertu de l'aiman, ou les pôles en furent +changés; la pointe du nord se tourna vers le sud. Par le moyen de +l'électricité nous avons souvent ici (à Philadelphie) donné aux +aiguilles la direction au pôle, & nous en avons changé les pôles à notre +gré. + +À Londres M. Wilson a essayé cette opération sur de trop grosses masses +& avec une force trop foible. + +«MM. Wilson & Franklin ne sont pas les seuls qui ayent conjecturé que le +magnétisme devoit être un effet de l'électricité; M. de Buffon doit +partager avec eux la gloire, non-seulement d'avoir eu la même opinion, +mais d'en avoir porté un jugement décisif long-tems avant d'apprendre +les conjectures de ces deux sçavans. Dès le commencement de l'année +1752. il me pria de lui faire faire six aiguilles d'acier pour essayer +de les aimanter d'un coup d'électricité. Ses affaires ne lui permirent +pas d'en faire l'épreuve; & comme par déférence je ne voulus pas la +faire sans lui, l'expérience fut retardée jusqu'en 1753. tems auquel je +reçus le supplément ou deuxiéme partie des écrits de M. Franklin, où +j'en trouvai la réussite avant de l'avoir tentée moi-même.» + +«Ayant aussitôt fait armer, suivant la méthode de Mr. Franklin, une +grande cucurbite de verre, je la joignis à un gros matras aussi préparé +pour l'expérience de Leyde; je mis ensuite une de mes aiguilles, dont +j'avois ôté la chape, entre deux lames de verre, l'une plus longue & +l'autre plus courte, afin que les deux bouts de l'aiguille débordassent +cette dernière: pour affermir ces trois piéces, je les mis dans une +petite presse faite exprès & disposée de façon que l'aiguille touchât +par l'un de ses bouts une feüille de métal sur laquelle étoient posés +les deux vases: ayant ensuite chargé ces deux vases ensemble, & achevé +le cercle par le moyen d'un fil de fer, dont j'appuyai l'une des +extrémités sur le bout de l'aiguille, je tirai le coup fulminant au +travers de cette aiguille. Ayant après cela démonté l'appareil, rajusté +la chape & suspendu l'aiguille sur son pivot, elle prit la direction +nord & sud, & fut vivement attirée par le fer que je lui présentai; en +un mot elle se trouva très-bien aimantée. J'essayai sur le champ de +changer ses pôles en lui donnant le coup en sens contraire; cette +seconde expérience ne me réussit pas moins bien que la première, & je la +répétai plusieurs fois. Cette aiguille a conservé sa vertu magnétique +pendant plusieurs mois. Mais je n'ai pas été long-tems à m'appercevoir +que sa force diminuoit imperceptiblement, présentement il faut en +approcher une clef à trois ou quatre lignes, pour qu'elle puisse en être +attirée.» + +«J'ai aimanté par le même moyen deux autres aiguilles qui me paroissent +conserver toute leur force depuis plusieurs mois. Elles ont été frappées +d'un coup donné en même tems par deux grandes cucurbites de verre +revêtuës en dedans & en dehors de fëuilles d'étain & bien armées pour +l'expérience de Leyde, & par deux gros matras dorés.» + +«Les expériences électriques développent tous les jours des mystères, +qui sans elles seroient peut-être toujours demeurés impénétrables dans +la physique; le succès de celle-ci nous apprend pourquoi les vieux fers +qui ont été long-tems exposés aux injures de l'air sur le haut des +édifices fort élevés, non-seulement se trouvent aimantés, mais même +semblent convertis en véritable aiman. (_Voyez Mém. de l'Acad. R. des +Sc., tom. X. pag._ 734.) Cette observation qui parut si surprenante en +1691. cesse de l'être dès que l'on sçait que la matière du tonnerre & +celle de l'électricité sont la même, & que le magnétisme n'est qu'un +effet de la matière électrique. Personne n'aura de peine à se persuader +que les clochers de Chartres à cause de leur grande élévation au milieu +d'une vaste plaine ont été & sont souvent frappés du tonnerre. _Feriunt +altos fulmina montes._ Les fers qui ont été employés dans ces édifices +étant moins électriques que les pierres & les autres matériaux qui sont +entrés dans leur construction, sont par-là plus susceptibles des +impressions de ce météore. C'est de là qu'ils ont acquis la vertu +magnétique; & peut-être l'aiman lui-même n'est-il aiman que parce que +c'est une pierre qui contient beaucoup de fer, & qui a été frappée de la +foudre.» + +«Cette propriété qu'a la matière électrique de s'attacher de préférence +aux corps les moins électriques, & surtout aux métaux, nous apprend +l'utilité d'un ancien usage presque général, dont on n'a peut-être +jamais connu ni le fondement ni le principe, c'est celui de mettre dans +les tems d'orage une piéce de fer sur les tonneaux de vin & dans le nid +des poules & autres volatils que l'on fait couver. On dit que c'est pour +empêcher le tonnerre de faire tourner le vin & les oeufs, ou de faire +mourir les jeunes poulets dans leurs coquilles. S'il est vrai que le +tonnerre puisse produire ces mauvais effets; il est assez vraisemblable +qu'un morceau de fer ou d'autre métal peut les prévenir. Le matière +électrique qui se répand de tous côtés pendant l'orage, sera attirée par +la substance métallique, & y fera son impression bien plutôt que sur les +autres substances qui en sont moins susceptibles.» + +Un choc donné par quatre grands vases de verre en forme de jarres à une +fine aiguille à coudre flottante sur l'eau, lui donne la direction +magnétique, & la traverse aisément. Si l'aiguille est posée Est & Ouest +dans le tems qu'elle est frappée, le bout par lequel le feu électrique +est entré se tourne au nord. + +Si l'aiguille est posée nord & sud, le bout qui est vers le nord +continuëra de marquer le nord quand elle sera mise sur l'eau, soit que +le feu soit entré par ce bout ou par le bout opposé. + +«Dans quelque direction que mes aiguilles fussent posées, lorsqu'elles +ont reçu le coup fulminant, j'ai toujours remarqué que le bout de +l'aiguille par lequel le feu y est entré, est constamment celui qui se +tourne au nord, & conséquemment celui par lequel le feu est sorti, se +tourne au sud. Pour changer les pôles d'une aiguille aimantée de cette +manière, il ne s'agit que de donner le coup en sens contraire. M. +Franklin à qui j'ai communiqué cette observation, m'a répondu que +n'ayant pas eu le tems de répéter plusieurs fois cette expérience, il +n'avoit pû l'approfondir, & que delà il pouvoit être arrivé que ses +observations à cet égard ne fussent pas tout-à-fait justes.» + +Le magnétisme qu'elle acquiert est plus fort quand l'aiguille est +frappée étant tournée au nord & au sud; il est plus foible quand +l'aiguille est Est & Ouest; si la force du coup étoit beaucoup plus +grande, peut-être que, l'aiguille étant nord & sud, si le feu entroit +par le bout sud il deviendroit nord, autrement nous serions embarrassés +de rendre raison du renversement des pôles des boussoles par le coup de +foudre, puisqu'il n'a jamais pû trouver leurs aiguilles que dans cette +position, & que selon nos petites expériences, soit que le feu +électrique entre par le bout du nord & sorte par celui du sud de +l'aiguille, ou au contraire, le bout tourné vers le nord continuëroit +toujours à le marquer. + +Dans ces expériences les bouts des aiguilles reçoivent quelquefois de la +flamme électrique, une légère teinte de bleu comme celle que l'on voit à +un ressort de montre. Cette couleur donnée par le coup de deux vases +seulement se dissipera, mais quatre vases la fixent, & fondent souvent +les aiguilles; je vous en envoye quelques-unes qui ont eu leurs têtes & +leurs pointes fonduës par notre tonnerre artificiel, & une épingle dont +le feu électrique a fondu la pointe & fait couler quelques parties de sa +tête & de son collet. Il arrive quelquefois que la surface du corps de +l'aiguille coule aussi un peu & paroît soulevée en forme de vésicules +quand elle est examinée avec une loupe. Les vases dont je me sers +contiennent sept ou huit gallons,[47] & sont doublés de feüilles d'étain +au dedans & au dehors, il faut à chacun d'eux mille tours d'un globe de +neuf pouces de diamètre pour être chargé. + +[Note 47: Gallon, mesure d'Angleterre qui contient quatre quartes; la +quarte équivaut environ pinte de Paris.] + +Je vous envoye deux échantillons de feüilles d'étain fonduës entre des +verres par la force de deux vases seulement. + +Je n'ai point appris qu'aucun de vos Électriciens d'Europe ait pû +jusqu'ici enflammer la poudre à tirer par le feu électrique. Nous le +faisons ici de cette manière. On remplit de poudre séche une petite +cartouche; on la bourre assez fort pour en écraser quelques grains; on y +enfonce ensuite deux fils-d'archal pointus un à chaque bout, ensorte que +leurs pointes ne soient éloignées que d'un demi pouce au milieu de la +cartouche que l'on place dans cercle; quand les quatre vases se +déchargent, la flamme sautant de la pointe d'un fil-d'archal à celle de +l'autre dans la cartouche au travers de la poudre, l'enflamme, & +l'explosion de la poudre se fait au même instant que le craquement de la +décharge. + +«Cette expérience m'a réussi d'une façon admirable. En voici le procédé. +Après avoir roulé une carte à jouer, & l'avoir bien liée avec du fil, +j'ai rempli à peu près au quart ce petit tuyau de poudre à tirer, que +j'ai bien bourée pour en écraser les grains; après cela j'y ai mis +encore autant de poudre que j'ai bourée de la même manière; & ainsi de +suite jusqu'à ce que le tuyau fût rempli: j'y ai ensuite enfoncé deux +fils de fer, un à chaque bout comme le dit notre auteur; en suivant le +reste de son procédé, l'expérience a manqué plusieurs fois. Imaginant +que le défaut ne pouvoit venir que de ce que les pointes des fils de fer +étoient trop éloignées l'une de l'autre, je les ai enfoncées davantage, +& l'expérience a réussi. Quelque préparé que l'on soit au bruit que doit +produire cette inflammation, on en est toujours surpris, mais ce n'est +pas ce qu'il y a à craindre dans cette expérience.» + +«L'on doit y prendre des précautions contre deux accidens qui peuvent en +résulter, l'un de tourner le petard du côté opposé aux spectateurs, afin +qu'en sautant il ne puisse blesser personne; l'autre de ne pas tenir à +la main les fils de fer dont les pointes sont enfoncées dans le petard, +parce que si la poudre ne s'enflammoit pas, celui qui les tiendroit +recevroit une commotion peut-être trop forte.» + +Je ne me souviens pas si je vous ai écrit que j'ai fondu des épingles de +cuivre & des aiguilles d'acier, changé les pôles d'une aiguille +aimantée, donné le magnétisme & la pôlarité à des aiguilles qui n'en +avoient point, & que j'ai enflammé de la poudre à tirer séche avec +l'étincelle électrique. J'ai cinq bouteilles qui contiennent chacune 8. +ou 9. _galons_; deux de ces bouteilles chargées suffisent pour ces +opérations; mais je puis les charger & les décharger toutes ensemble, il +n'y a point d'autres bornes dans la force que l'homme peut donner & +employer dans la matière électrique, que celles qui viennent de la +dépense & du travail; car on peut augmenter le nombre des bouteilles à +l'infini, les unir & les décharger toutes ensemble, comme s'il n'y en +avoit qu'une. La force & l'effet sera proportionnée à leur nombre & à +leur situation. Les plus grands effets connus des coups de foudre +ordinaires peuvent, je pense, sans beaucoup de difficulté, être +surpassés par cette voye, ce que l'on n'auroit jamais cru il y a +quelques années. Bien des gens même aujourd'hui pourroient regarder +cette supposition comme un peu extravagante. Ainsi nous sommes plus +avancés en science que les diables de Rabelais à l'âge de deux ans; il +dit d'eux plaisamment qu'ils ne sçavoient qu'un peut tonner & foudroyer +autour de la tête d'un choux. + +Je suis avec un sincère respect, votre très-humble & très-obligé +serviteur, B. Franklin. + + + + +_LETTRE +De M. E. KINNERSLEY, +à Boston, + +à B. Franklin, Écuyer à Philadelphie, le 3. Février 1752._ + + +MONSIEUR, + +J'ai à vous communiquer les expériences suivantes. Je tenois dans une +main un fil-d'archal qui étoit attaché par l'autre bout à la manivelle +d'une Pompe, pour essayer si le coup du premier conducteur au travers de +mes bras, seroit un peu plus fort que lorsqu'il passoit seulement sur la +surface de la terre; mais je n'y découvris aucune différence. + +Je plaçai l'aiguille d'une boussole sur la pointe d'une longue épingle; +& la tenant dans l'atmosphère du premier conducteur à la distance +d'environ trois pouces, je trouvai qu'elle pirouettoit avec une grande +rapidité, comme les aîles d'un tourne-broche. + +Je suspendis avec une soye une balle de liége environ de la grosseur +d'un pois; je lui présentai de l'ambre frotté, de la cire à cacheter, du +soufre, elle fut fortement repoussée par chacun de ces corps; ensuite +j'essayai du verre & de la porcelaine frottée, & je trouvai que chacun +l'attiroit jusqu'à ce qu'elle s'électrisât une seconde fois, & qu'alors +elle fut repoussée comme la première fois; & tandis que cette balle +étoit ainsi repoussée par le verre ou la porcelaine frottée, elle étoit +attirée par l'un des trois, autres corps aussi frottés. Alors +j'électrisai la balle avec le fil-d'archal d'une bouteille chargée, & je +lui présentai du verre frotté (le bouchon d'un flacon) & une tasse de +porcelaine; elle en fut repoussée aussi fortement que par le +fil-d'archal. Mais quand je lui présentai un des autres corps +électriques frottés, elle fut fortement attirée; & quand je l'électrisai +par l'un d'eux jusqu'à ce qu'elle fût repoussée, elle fut attirée par le +fil de la bouteille, mais repoussée par sa doublûre extérieure. + +Ces expériences me surprirent, & me portèrent à en inférer les paradoxes +suivants. + +1°. Si un globe de verre est placé à l'un des bouts du premier +conducteur, & un globe de soufre à l'autre; les deux globes étant +également en bon état & dans un mouvement égal, on ne pourra tirer +aucune étincelle du conducteur; mais un des globes tirera du conducteur +aussi vîte que l'autre y fournira. + +2°. Si une bouteille est suspenduë au conducteur avec une chaîne de son +envelope à la table, & que l'on ne se serve que d'un des globes à la +fois, vingt tours de rouë, par exemple, la chargeront, après quoi autant +de tours de l'autre rouë la déchargeront, & autant la rechargeront +encore. + +3°. Les deux globes étant en mouvement, chacun ayant un conducteur +particulier avec une fiole suspenduë à l'un d'eux, & la chaîne de +celle-ci attachée à l'autre, la fiole se chargera, l'un des globes +chargeant positivement, & l'autre négativement. + +4°. La bouteille étant chargée de cette sorte, suspendez-la de la même +manière à l'autre conducteur; faites tourner les deux rouës, & le même +nombre de tours qui avoit chargé la bouteille la déchargera, & le même +nombre encore la rechargera. + +5°. Quand chaque globe communique avec le même premier conducteur, +duquel il pend une chaîne jusques sur la table, l'un de ces globes (mais +je ne puis pas dire lequel) quand ils sont en mouvement, tirera le feu +au travers de son coussin, & le déchargera par la chaîne; l'autre le +tirera au travers de la chaîne, & le déchargera au travers de son +coussin. + +Je serois fort aise que vous envoyassiez chez moi chercher mon globe de +soufre avec son coussin, & que vous en fissiez l'épreuve; mais je dois +vous avertir de ne pas frotter le coussin avec de la craye, un peu de +soufre réduit en poudre fine sera beaucoup mieux. Si, comme je m'y +attens, vous trouvez que les globes chargent le premier conducteur d'une +manière différente, je sçai que vous êtes en état de découvrir quelque +méthode pour déterminer quel est celui qui charge positivement. + +Je suis, &c. E. Kinnersley. + + + + +_LETTRE VIII._ +_De B. FRANKLIN, Écuyer de Philadelphie._ + +_À M. E. Kinnersley, à Boston, le 2. Mars 1752._ + + +MONSIEUR, + +Je vous remercie des expériences que vous m'avez communiquées. J'envoyai +sur le champ chercher votre globe de soufre dans le dessein de faire les +épreuves que vous m'indiquiez; mais je trouvai qu'il n'étoit pas bien +centré, & je n'avois pas le tems pour lors d'y remédier; mais au premier +moment de loisir je le remettrai en état de servir; je tenterai les +expériences, & je vous en rendrai compte. + +En attendant je soupçonne que les différentes attractions & répulsions +que vous avez observées, venoient plutôt de la plus grande ou plus +petite quantité du feu que vous tiriez des différens corps que de ce que +ce feu seroit d'une espéce différente, & auroit une différente +direction. + +Je suis avec précipitation, &c. B. Franklin. + + + + +_LETTRE IX._ +_De B. FRANKLIN Écuyer de Philadelphie._ + +_À M. E. Kinnersley, à Boston le 16. Mars 1752._ + + +MONSIEUR, + +Ayant mis votre globe de soufre en état de servir, j'essayai une des +expériences que vous proposiez, & je fus agréablement surpris de voir +que le globe de verre étant à une extrémité du conducteur & celui de +soufre à l'autre, les deux globes en mouvement, on ne pouvoit pas tirer +une seule étincelle du conducteur, à moins que l'un des globes ne +tournât plus lentement, ou ne fût pas en aussi bon état que l'autre, +alors même l'étincelle n'étoit que proportionnée à cette différence, +ensorte que si on recommence à faire tourner les globes également ou à +faire tourner plus lentement celui qui opéroit le mieux, l'on mettra +encore le conducteur hors d'état de fournir une étincelle. + +Je remarquai aussi que le fil-d'archal d'une bouteille chargée par le +globe de verre attiroit une balle de liége qui avoit touché au +fil-d'archal d'une bouteille chargée par celui de soufre, & cela +réciproquement, en sorte que le liége continuoit à jouer entre les deux +bouteilles, de la même manière que si une bouteille avoit été chargée +par le crochet & l'autre par le côté par le seul globe de verre; & les +deux bouteilles chargées l'une par le globe de soufre, l'autre par celui +de verre, seront toutes deux déchargées en approchant leurs +fil-d'archal, & donneront le coup à la personne qui les tient. + +D'après ces expériences on peut être certain que les deuxiéme, troisiéme +& quatriéme que vous proposez réussiront exactement, comme vous le +supposez, quoique je ne les aye point tentées, n'en ayant pas le tems. +J'imagine que c'est le globe de verre qui charge positivement, & celui +de soufre négativement: en voici les raisons. 1°. Quoique le globe de +soufre semble opérer aussi bien que le globe de verre, cependant il ne +pourra jamais y avoir une étincelle aussi forte & à une distance aussi +grande entre mon doigt & le conducteur, quand on se sert du globe de +soufre que quand on employe celui de verre. Je suppose que la raison en +est que les corps d'une certaine grosseur ne peuvent pas se séparer de +la quantité du fluide électrique qu'ils ont & qu'ils conservent dans +leur substance après l'avoir attirée, aussi aisément qu'ils peuvent en +recevoir une quantité additionnelle sur leurs surfaces en forme +d'atmosphère. Par conséquent on ne peut pas en tirer autant du +conducteur qu'on peut y en faire entrer. 2°. J'observe que le ruisseau +ou l'aigrette de feu qui paroît à l'extrémité du fil-d'archal attaché au +conducteur est longue, large & fort divergente quand on se sert du globe +de verre, & qu'elle fait un bruit avec éclat ou craquement; mais quand +on employe le globe de soufre, cette aigrette est courte, petite, & ne +fait qu'un sifflement. Et tout le contraire des deux arrive quand vous +tenez le même fil-d'archal dans votre main, & que les globes travaillent +tour-à-tour, l'aigrette est longue, large, divergente & craquante, quand +on fait tourner le globe de soufre; elle est courte, petite & sifflante +quand c'est celui de verre. Quand l'aigrette est longue, large, & fort +divergente, le corps duquel elle part me semble jetter le feu: quand le +contraire paroît, on diroit que ce corps le pompe. 3°. J'observe que +quand j'ai présenté mon doigt devant le globe de soufre, lorsqu'il est +en mouvement, le ruisseau de feu entre mon doigt & le globe semble se +répandre sur sa surface comme s'il sortoit du doigt; il en est tout +autrement du globe de verre. 4°. Le vent frais (ou ce qu'on appelle de +ce nom) que nous avons coutume de sentir comme sortant d'une pointe +électrisée, est beaucoup plus sensible quand on employe le globe de +verre que quand c'est celui de soufre; mais ce ne sont ici que des +pensées hazardées. + +«Les effets opposés du verre & du soufre ont été reconnus à Paris comme +ils l'avoient été à Boston & à Philadelphie. M. le Roy de l'Académie +Royale des Sciences, lût le 9. Avril 1755. à la rentrée publique de +cette Académie, un mémoire bien détaillé des nouvelles expériences & +observations qu'il avoit faites sur ce sujet. Après y avoir établi +toutes les différences qu'il avoit remarquées entre l'électricité +positive & l'électricité négative, (différences essentielles qui avoient +déjà été publiées par le R. P. Beccaria dans son _Libro primo del +Electricismo_, sous des dominations différents,) il démontre par des +preuves convaincantes que le verre & la résine frottés produisent des +effets électriques tout contraires: que le verre communique +l'électricité positive, & que le soufre & la résine communiquent +l'électricité négative. L'auteur du mémoire conclut de ses observations +avec juste raison qu'il faut en revenir à la distinction des +électricités vitrée & résineuse établie par feu M. Dufay; (Mém. de +l'Acad. ann. 1733. pag. 469.) ces deux sortes d'électricités, quoique +différentes par leur nature, semblent agir à peu près également & de la +même manière sur les corps conducteurs qui y sont présentés; elles +paroissent aussi à la première inspection produire les mêmes phénomènes +d'attraction, de répulsion, d'étincellement, de pétillement, de +percussion, de commotion, &c. Cependant quand on en vient à un examen +plus approfondi, l'on n'est pas long-tems à reconnoître que les +phénomènes sont en sens contraire. Ces deux sortes d'électricités se +détruisent: l'une attire ce que l'autre repousse: celle-ci se communique +en donnant, & celle-là en recevant: enfin la première est par excès, & +la seconde par défaut. La bouteille de Leyde dont on présente le crochet +au conducteur électrisé par le verre ou par le soufre, ne s'en charge +pas moins bien, mais avec cette différence que si le conducteur est +électrisé par le soufre, la bouteille se chargera extérieurement de même +que cela arriveroit, si en la tenant par le crochet, on en présentoit le +côté au conducteur électrisé par le verre, & de même encore qu'elle se +chargeroit si, après avoir épuisé le coussin, on lui présentoit (à ce +coussin) le crochet de cette bouteille, en la tenant par les côtés. + +«Outre les moyens indiqués par M. Franklin pour reconnoître si +l'électricité est positive ou négative, voici celui qui me paroît le +plus simple. + +«On sçait que si l'on présente une pointe métallique à un corps +actuellement électrisé, il paroît dans l'obscurité une petite lumière au +bout de cette pointe. Mais cette lumière n'est pas la même, quand le +corps est électrisé positivement, & quand il l'est négativement. Dans le +premier cas ce n'est qu'un petit floccon de lumière que M. le Roi nomme +point lumineux plus ou moins apparent, fort semblable à un ver luisant. +Dans le second cas cette lumière est en forme d'aigrette plus ou moins +longue, plus ou moins divergente, suivant la force de l'électricité. +C'est ce qu'on peut aisément... + +[Manque la page 176] + +...me je viens de le dire, étoit attachée tantôt au crochet & tantôt au +ventre de la bouteille. En un mot l'endroit où paroît l'aigrette est +celui d'où sort le feu, & conséquemment celui où est l'électricité +positive; & l'endroit où paroît le point lumineux est celui où elle est +négative. + +«Les termes d'électricité positive & électricité négative ne doivent +jamais s'entendre dans un sens absolu. Le point lumineux que j'apperçois +quand je présente une pointe au conducteur électrisé par le globe de +verre ne prouve pas que je sois électrisé négativement, puisque j'ai +toujours ma quantité naturelle d'électricité, mais seulement que j'en +suis moins chargé que le conducteur, que j'en reçois de lui, que je suis +dans un état négatif par rapport au sien, et par conséquent que le sien +est positif relativement au mien. + +À l'égard de votre cinquiéme paradoxe, il peut pareillement être vrai, +si les globes travaillent alternativement, mais s'il le font en même +tems, le feu ne montera ni ne descendra par la chaîne, parce qu'un globe +pompera le feu aussi vîte que l'autre le produira. Je ne serois pas +fâché de sçavoir si les effets seroient contraires dans le cas où le +globe de verre seroit solide & celui de soufre creux, mais je n'ai +présentement aucun moyen de l'essayer. + +Dans vos voyages vos globes de verre sont sujets à des accidens, ceux de +soufre sont lourds & incommodes.» + +_Quest._ Une plaque mince de soufre mise sur une table ne serviroit-elle +pas de coussin dans l'occasion, pendant qu'un globe de cuir rembourré +exactement, proprement monté, recevroit le feu du soufre & chargeroit le +conducteur positivement, un pareil globe ne courroit aucun danger d'être +cassé. Je crois concevoir comment cela pourroit s'exécuter. Mais je n'ai +pas le tems d'ajouter autre chose si ce n'est que je suis, Monsieur, &c. + + + + +_LETTRE X._ + +_De B. FRANKLIN Écuyer de Philadelphie._ + +_19. Octobre 1752._ + +Comme l'on parle souvent dans les nouvelles d'Europe du succès de +l'expérience de Philadelphie, pour tirer le feu électrique des nuées par +le moyen des verges de fer pointuës élevées sur le haut des bâtimens, +&c. Les curieux ne seront peut-être pas fâchés d'apprendre que la même +expérience a réussi à Philadelphie, quoique faite d'une manière +différente & plus facile; en voici le détail. + +Faites une croix de deux petites lates, les bras assez longs pour +atteindre aux quatre coins d'un grand mouchoir fin de soye: quand il est +étendu, liez les coins de ce mouchoir aux extrémités de la croix: par ce +moyen vous avez le corps d'un cerf-volant; en y ajoutant adroitement une +queuë, une gance & une ficelle, il s'élèvera en l'air comme ceux qui +sont faits de papier; mais celui-ci qui est de soye est plus propre à +résister au vent & à la pluye d'un orage sans se déchirer. Au sommet du +montant de la croix il faut fixer un fil-d'archal très-pointu qui +s'élève d'un pied ou plus au-dessus du bois. Au bout de la ficelle près +de la main, il faut noüer un cordon ou ruban de soye, & attacher une +clef dans l'endroit où la soye & la ficelle se joignent. On élève ce +cerf-volant lorsqu'on est sur le point d'avoir du tonnerre, & la +personne qui tient la corde doit être en dedans dune porte ou d'une +fenêtre, ou sous quelqu'abri, ensorte que le ruban de soye ne soit pas +mouillé, & l'on prendra garde que la ficelle ne touche pas le cadre de +la porte ou de la fenêtre. Aussitôt que quelques parties de la nuée de +tonnerre viendront sur le cerf-volant, le fil-d'archal pointu en tirera +le feu électrique, & le cerf-volant, avec toute la ficelle, sera +électrisé, les filamens de la ficelle qui ne sont pas serrés se +dresseront en dehors de tous côtés, & seront attirés par l'approche du +doigt, & quand la pluye a mouillé le cerf-volant & la ficelle, de façon +qu'ils puissent conduire librement le feu électrique, vous trouverez +qu'il découle en abondance de la clef à l'approche de votre doigt: on +peut charger la bouteille à cette clef, enflammer les liqueurs +spiritueuses avec le feu ainsi ramassé, & faire toutes les autres +expériences électriques qu'on fait ordinairement avec le secours d'un +globe ou d'un tube de verre frotté, & par ce moyen on démontre +parfaitement l'identité de la matière électrique avec celle de la +foudre. + + + + +_LETTRE XI._ + +_De B. FRANKLIN Ecuyer de Philadelphie._ + +Puisque vous me dites que notre ami Cave est prêt à ajouter quelques +dernières expériences à ma feüille volante avec l'_errata_, j'envoye une +copie d'une lettre du Docteur Colden, qui peut aider à remplir quelques +pages, & encore mon expérience du cerf-volant dans la gazette de +Pensylvanie: je n'ai rien à y ajouter de nouveau, si ce n'est +l'expérience suivante, pour découvrir un plus grand nombre des +propriétés du fluide électrique. + + +EXPÉRIENCE + +_Pour découvrir un plus grand nombre des propriétés du fluide +électrique._ + +Suspendez par un crochet de fil-d'archal un boulet au premier +conducteur; placez sous le boulet à six lignes de distance une plaque +d'argent poli pour recevoir les étincelles; faites alors tourner la +rouë, & si les étincelles répétées frappent continuellement sur le même +endroit, il s'y fera dans peu de minutes une tache bleuë approchant de +la couleur d'un ressort de montre. + +Une plaque de fer poli exposée à la même épreuve, sera aussi tachée, +mais non pas de la même couleur; elle semble plutôt corrodée. + +Je ne me suis pas apperçu que cette opération fît aucune impression sur +l'or, le cuivre ou l'étain, mais les taches sur l'argent ou le fer +seront les mêmes, soit que le boulet soit de plomb, de cuivre, d'or ou +d'argent. + +Il paroîtroit aussi une petite tache sur le boulet d'argent, de même que +sur la plaque qui seroit au-dessous. + + +NOUVELLES +EXPÉRIENCES ET OBSERVATIONS +SUR L'ÉLECTRICITÉ. + +_Faites à Philadelphie en Amérique par B. Franklin, Écuyer, & +communiquées à P. Collinson, Écuyer, de la Société Royale de Londres, & +lûes à la même Société le 27. Juin & le 4. Juillet 1754. On y a ajouté +un écrit sur le même sujet par J. Canton M. A. membre de la Société +Royale, lû à la même Société le 6. Décembre 1753. & un autre pour la +défense de Mr. Franklin contre l'Abbé Nollet, par M. D. Colden de la +nouvelle York._ + + + + +TROISIÉME PARTIE. + +À Londres 1754. + + + + +_LETTRE XII. + +De B. FRANKLIN Écuyer de Philadelphie. + +À P. Collinson Écuyer de la Société Royale de Londres._ + + +_Septembre 1753._ + +MONSIEUR, + +Dans mon premier écrit sur cette matière fait d'abord en 1747. augmenté +& envoyé en Angleterre en 1749. je regardai la mer comme la grande +source des éclairs; j'imaginois que la lumière qu'on y apperçoit venoit +du feu électrique produit par le frottement des particules d'eau avec +celles de sel. Éloigné des côtes je n'avois pas alors la commodité de +faire des expériences sur de l'eau de mer, de sorte que j'embrassai +cette opinion trop à la hâte. + +Car en 1750. & 51. étant par occasion sur les côtes, je trouvai par des +expériences que l'eau de la mer dans une bouteille, quoiqu'elle parût +d'abord lumineuse en l'agitant, perdit cependant cette vertu dans peu +d'heures. De cette observation & de ce qu'en agitant du sel fondu dans +de l'eau je ne pouvois produire aucune lumière, je commençai d'abord à +douter de ma première supposition, & à soupçonner que cette lumière dans +l'eau de la mer devoit être attribuée à quelques autres principes. + +J'examinai alors s'il n'étoit pas possible que les particules de l'air, +étant électriques par elles-mêmes, tirassent leur feu électrique de la +terre dans les grands coups de vent par leur frottement contre les +arbres, les montagnes, les bâtimens, &tc. comme autant de petits globes +électriques frottans contre des coussins non-électriques, & que les +vapeurs qui s'élèvent reçussent de l'air ce feu, & que par ces moyens +les nuages devinssent électrisés. + +J'imaginai que si la chose étoit ainsi, poussant violemment avec des +soufflets un courant d'air contre mon premier conducteur, je pourrois +l'électriser négativement, le frottement des particules de l'air le +dépoüillant d'une partie de sa quantité naturelle du fluide électrique; +mais l'expérience que je tentai dans cette vûe ne me réussit pas. + +En Septembre 1752. j'élevai une verge de fer pour tirer l'éclair dans ma +maison, afin de faire quelques expériences dessus, ayant disposé deux +timbres pour m'avertir quand la verge seroit électrisée; cette pratique +est familière à tout Électricien. + +Je trouvai que les timbres sonnèrent quelquefois quoiqu'il n'y eût ni +éclair ni tonnerre, mais seulement un nuage obscur au-dessus de la +verge, que quelquefois après un coup d'éclair ils s'arrêtoient tout d'un +coup, que d'autres fois, sans avoir sonné auparavant, ils commençoient à +le faire soudain après l'éclair, que l'électricité étoit quelquefois, +très-foible, ensorte qu'après en avoir tiré une petite étincelle, on +étoit quelque tems sans pouvoir en tirer d'autre; que d'autrefois les +étincelles se suivoient avec une extrême rapidité, en ayant eu un jour +un courant continuel d'un timbre à l'autre de la largeur d'une plume de +corbeau; il y eut même des variations considérables pendant le même +orage. + +L'hyver suivant j'imaginai une expérience pour découvrir si les nuages +étoient électrisés positivement ou négativement; mais ma verge pointuë +avec tout son appareil s'étant dérangée, je ne la rétablis que vers le +printems, lorsque j'espérai que la chaleur occasionneroit plus de nuages +orageux. + +Cette expérience consistoit à prendre deux bouteilles, à en charger une +du feu de la verge de fer & à donner à l'autre une charge égale avec le +globe de verre électrique par le moyen du premier conducteur, & après +les avoir chargées, à les placer sur une table à trois ou quatre pouces +l'une de l'autre, ayant suspendu au plat-fons avec un fil de soye fin, +une boulette de liége qui pût joüer entre les crochets. Si les deux +bouteilles étoient électrisées positivement, la boulette attirée & +repoussée par l'une, devroit aussi être repoussée par l'autre: si l'une +étoit positivement & l'autre négativement, la boulette seroit attirée & +repoussée tour à tour par chacune, & continueroit de joüer entr'elles +aussi long-tems qu'elles conserveroient quelque charge considérable. + +Ayant fort à coeur de faire cette expérience, le hazard voulut que je +fusse absent pendant les deux plus gros orages que nous eûmes de bonne +heure dans le printems, ce qui ne fut pas une petite mortification pour +moi. J'avois bien ordonné dans ma maison que si les timbres sonnoient, +pendant mon absence, on enfermât quelqu'éclair pour moi dans des +bouteilles électriques, & on le fit aussi; mais tout étoit presque +dissipé avant mon retour; & dans quelques autres orages la quantité +d'éclairs que je pus renfermer étoit si petite, & la charge si foible, +que je ne pus me satisfaire; cependant je vis quelquefois de quoi +augmenter mes soupçons & enflammer ma curiosité. + +Enfin le 12. Avril 1753. étant arrivé un orage qui fut assez vif pendant +quelque tems, je chargeai une des bouteilles passablement bien avec +l'éclair, & l'autre avec l'électricité de mon globe de verre, également +autant que j'en pus juger; & les ayant disposées convenablement, je vis +avec autant de surprise que de plaisir la boulette de liége joüer avec +vîtesse de l'une à l'autre, & je fus convaincu que l'une des deux étoit +électrisée négativement. + +Je répétai plusieurs fois cette expérience pendant cet orage & pendant +huit autres orages de suite, toujours avec le même succès, & étant +persuadé (par les raisons détaillées d'abord dans ma lettre à M. +Kinnersley, imprimée depuis à Londres,) que le globe de verre électrise +positivement, je conclus que les nuages sont toujours électrisés +négativement, ou contiennent toujours moins que leur quantité naturelle +de fluide électrique. + +Malgré tant d'expériences il semble cependant que ma conclusion étoit +tirée trop précipitamment, car enfin le 6. de Juin dans un orage qui +dura depuis cinq heures après midi jusqu'à sept, je trouvai un nuage qui +étoit électrisé positivement, quoique plusieurs qui étoient passés +auparavant au-dessus de ma verge pendant le même orage, fussent dans +l'état négatif. Voici comme je le découvris. + +Je faisois en même tems une autre expérience que je répétai plusieurs +fois pour m'assurer de l'état négatif des nuages; la voici. Pendant que +les timbres sonnoient, je pris la bouteille chargée au globe, +j'appliquai son crochet à la verge, dans l'idée que si les nuages +étoient électrisés positivement, la verge qui en recevoit son +électricité le seroit aussi de la même façon, & alors l'électricité +positive ajoutée avec la bouteille feroit sonner les timbres plus vîte; +mais si les nuages étoient dans un état négatif, ils devoient épuiser le +fluide électrique de la verge & la réduire au même état négatif où ils +étoient; alors le crochet de la bouteille chargée positivement +fournissant à là verge ce qui lui manquoit, (autrement elle auroit été +obligée de le tirer de la terre par le moyen de la boulette de cuivre +suspendue entre les deux timbres,) le carillon cesseroit jusqu'à ce que +la bouteille fût déchargée. + +Je déchargeai promptement dans la verge de cette manière plusieurs +bouteilles qui étoient chargées au globe; le fluide électrique passant +du crochet dans la verge jusqu'à ce que le crochet ne tirât plus +d'étincelles du doigt; & pendant que la verge recevoit de la bouteille, +les timbres cesserent de sonner: mais en continuant d'appliquer le +crochet de la bouteille à la verge, j'épuisai la quantité naturelle de +la surface intérieure de ces bouteilles, ou pour m'exprimer à +l'ordinaire je les chargeai négativement. + +Enfin pendant que je chargeois une bouteille à mon globe pour répèter +cette expérience, mes timbres s'arrêtèrent d'eux-mêmes, & après une +pause recommencèrent à sonner; mais quand j'approchai de la verge le +crochet de la bouteille chargée, au lieu du courant ordinaire que +j'attendois du crochet à la verge, il n'y eut pas d'étincelles, pas même +lorsque je les fis toucher. Cependant les timbres continuèrent à sonner +fortement, ce qui me fit connoître que la verge étoit alors électrisée +positivement, aussi bien que le crochet de la bouteille & au même dégré, +& par conséquent que le nuage particulier qui étoit alors au-dessus de +la verge étoit dans le même état positif; c'étoit vers la fin de +l'orage. + +Mais c'est une expérience unique qui, néanmoins fait une exception à ma +première conclusion qui étoit trop générale, & me réduit à celle-ci, que +les nuages d'un orage accompagné de tonnerre sont le plus ordinairement +dans un état négatif d'électricité, mais quelquefois dans un état +positif. + +Je crois que le dernier cas est rare, car quoique bientôt après la +dernière expérience je fis un voyage à Boston, & fus hors de chez moi la +plus grande partie de l'été, ce qui m'empêcha de poursuivre mes +observations & mes essais; cependant M. Kinnersley revenu des isles +précisément au tems de mon départ, continua les expériences pendant mon +absence, & il m'assure qu'il trouva toujours les nuages dans l'état +négatif; ensorte que le plus souvent dans les coups de foudre c'est la +terre qui frappe les nuages, & non les nuages qui frappent la terre. + +Ceux qui sont versés dans les expériences électriques concevront +aisément que les effets & les apparences doivent être à peu de chose +près les mêmes dans les deux cas; même explosion, même éclair entre deux +nuages, entre les nuages & les montagnes, &c. même rupture des arbres, +des murailles, &c. que le fluide électrique rencontre sur son partage, +même coup fatal pour les corps animaux, & que les verges pointuës +plantées sur les bâtimens où les mâts des vaisseaux, & communiquant avec +la terre ou la mer, doivent être également propres à rétablir doucement +& en silence l'équilibre entre la terre & les nuages, ou à conduire un +éclair ou un coup de foudre, s'il y en avoit, de manière à préserver la +maison ou le vaisseau; car les pointes ont autant de vertu pour pousser +le feu électrique que pour l'attirer, & les verges l'élèveront aussi +bien qu'elles le feront descendre. + +«M. le Roy de l'Académie des Sciences, dont nous avons déjà parlé, avoit +aussi conjecturé long-tems avant d'avoir été informé des nouvelles +découvertes faites en Amérique, que l'électricité des nuages devoit être +négative: voici comme il s'en explique à la fin d'un mémoire qu'il lût à +l'Académie le 9. Avril 1755. + +«À ces conséquences j'en pourrois ajouter plusieurs autres assez +importantes: mais je me contenterai de faire remarquer, 1º. que cette +électricité nous montre qu'il pourroit bien y avoir dans la nature tel +agent lequel électriseroit les corps en y raréfiant le fluide +électrique, ce qu'on n'avoit pû soupçonner jusqu'ici, opération qui est +même plus simple que celle par laquelle on conçoit ordinairement que cet +effet a lieu. 2º. Qu'il y a une grande analogie entre un aimant & un +systême de corps électrisés par _condensation_ & par _raréfaction_, les +corps aimantés par un pôle se repoussant & attirant ceux qui sont +aimantés par l'autre, comme ceux qui sont électriques d'une même façon +se repoussent tandis qu'ils attirent ceux qui le sont d'une façon +contraire; enfin que le choc de l'expérience de Leyde n'est qu'une suite +pour ainsi dire des deux électricités par _condensation_ & par +_raréfaction_, une bouteille de Leyde se chargeant dans un instant, +quand on fait communiquer le côté avec le bâtis & le crochet avec le +conducteur, ou _vice versâ_, & ne pouvant absolument se charger lorsque +l'on la fait communiquer de même avec deux corps électrisés au même +degré; c'est ce que je me propose de montrer dans un mémoire où je +compte donner l'analyse de cette expérience. + +«Le R. P. Beccaria après avoir observé des différences marquées entre +l'électricité positive & l'électricité négative, comme il a été +ci-devant rapporté, ne fut pas long-tems à reconnoître les mêmes +différences dans l'électricité naturelle. Il remarqua que son appareil +électrisé par le tonnerre, ou seulement par les nuages sans apparence de +tonnerre, étoit tantôt dans un état positif & tantôt dans un état +négatif; il a donné un détail bien circonstancié de toutes ses +observations à ce sujet dans son _Libro secondo del Electricismo +naturale_, imprimé _in_-4º. à Turin en 1753.» + +Mais quoique les éclaircissemens tirés de ces expériences ne changent +rien dans la pratique, il, en est tout autrement pour la théorie, nous +sommes maintenant aussi embarrassés à trouver une hypothèse pour +expliquer par quels moyens les nuages deviennent électrisés +négativement, que nous l'étions précédemment à montrer comment ils le +devenoient positivement. + +Je ne sçaurois m'empêcher de hazarder quelques conjectures sur ce sujet; +voici celles qui s'offrent à présent à mon esprit; & quand même de +nouvelles découvertes montreroient qu'elles ne sont pas tout-à-fait +justes, elles pourroient, en attendant, être de quelque utilité, en +excitant les curieux à faire davantage d'expériences, & en donnant +occasion à des recherches plus exactes. + +Je conçois donc que ce globe de terre & d'eau avec ses plantes, ses +animaux & ses bâtimens contient une quantité de fluide électrique +répanduë dans sa substance, précisément aussi grande qu'il en peut +contenir; c'est ce que j'appelle la quantité naturelle. + +Que cette quantité naturelle n'est pas la même dans toutes les espèces +de matière commune sous des dimensions égales, ni dans la même espèce de +matière commune dans toutes les circonstances. Mais un pied cube v. g. +d'une sorte de matière commune, peut contenir plus de fluide électrique +qu'un pied cube de quelqu'autre matière commune & une livre de la même +espèce de matière commune, quand elle est raréfiée, peut en contenir +plus que quand elle est condensée. + +Car le fluide électrique étant attiré par quelque portion de matière +commune, les parties de ce fluide (qui ont entr'elles une mutuelle +répulsion,) s'approchent tellement l'une de l'autre par l'attraction de +la matière commune qui les absorbe, que leur répulsion est égale à la +force condensante de l'attraction dans la matière commune: ainsi cette +portion de matière commune n'en absorbera pas davantage. + +Les corps de différentes espèces ayant ainsi attiré & absorbé ce que +j'appelle leur quantité naturelle, c'est-à-dire précisément autant de +fluide électrique qu'il convient à leur état de densité, de raréfaction +& au pouvoir d'attirer, ne donnent plus entre eux aucun signe +d'électricité. + +Et si l'on charge un de ces corps d'une plus grande quantité de fluide +électrique, elle n'y entre pas, mais elle se répand sur la surface & y +forme une atmosphère, & alors ce corps donne des signes d'électricité. + +J'ai comparé dans un de mes écrits précédens la matière commune à une +éponge & le fluide électrique à l'eau; on voudra bien me permettre de me +servir encore une fois de la même comparaison pour éclaircir davantage +ma pensée sur ce sujet. + +Quand on condense un peu une éponge, en la pressant entre les doigts, +elle ne prend & ne garde pas autant d'eau que dans son état le plus +naturel de relâchement & de raréfaction. + +Étant encore pressée & condensée davantage, il sortira quelque peu d'eau +de ses parties intérieures qui s'écoulera par la surface. + +Si l'on cesse entiérement de la presser avec les doigts, l'éponge +reprendra non-seulement ce qui avoit été exprimé d'eau en dernier lieu, +mais elle en attirera une quantité surabondante. + +Comme l'éponge dans son état de raréfaction attirera & absorbera +naturellement plus d'eau, & que dans son état de condensation elle +attirera & absorbera naturellement moins d'eau, nous pouvons appeller la +quantité qu'elle absorbe dans l'un ou l'autre de ces états, sa quantité +naturelle relativement à cet état. + +Or l'eau est au fluide électrique ce que l'éponge est à l'eau. Quand une +portion d'eau est dans son état commun de densité, elle ne peut contenir +plus de fluide électrique qu'elle n'en a; si on y en ajoûte, il se +répand sur la surface. + +Quand la même portion d'eau se raréfie en vapeurs & forme un nuage, elle +est capable d'en recevoir & d'en absorber une beaucoup plus grande +quantité; chaque particule a de la place pour avoir son atmosphère +électrique. + +Ainsi l'eau en son état de raréfaction ou dans la forme d'un nuage sera +dans un état négatif d'électricité; elle aura moins que sa quantité +naturelle, c'est-à-dire moins qu'elle n'est naturellement capable d'en +attirer & d'en absorber dans cet état. + +Ce nuage s'approchant assez de la terre pour être à portée d'être +frappé, recevra de la terre un coup de fluide électrique, qui pour +fournir à une grande étenduë de nuages, doit quelquefois contenir une +très-grande quantité de ce fluide. Mais ce nuage passant sur des bois de +haute futaye peut recevoir sans bruit quelque charge des pointes, & des +bords aigus des feüilles de leurs cimes mouillées. + +Un nuage étant chargé par quelque moyen que ce soit de la part de la +terre peut frapper sur d'autres qui n'ont pas été chargés ou qui ne +l'ont pas été autant, ceux-ci sur d'autres encore jusqu'à ce que +l'équilibre soit établi entre tous les nuages qui sont à portée de se +frapper l'un l'autre. + +Le nuage ainsi chargé s'étant déchargé d'une bonne partie de ce qu'il a +reçu d'abord, peut recevoir une nouvelle charge de la terre ou de +quelqu'autre nuage qui aura été poussé par le vent à portée de la +recevoir plus promptement de la terre. + +Delà ces coups & ces éclairs redoublés & continuels jusqu'à ce que les +nuages ayent reçu à peu près leur quantité naturelle en tant que nuages, +ou jusqu'à ce qu'ils soient tombés en ondées & réunis à ce globe +terraquée d'où ils tirent leur origine. + +Ainsi les nuages orageux sont généralement parlant dans un état négatif +d'électricité par rapport à la terre selon la plûpart de nos +expériences; cependant comme dans l'une nous avons trouvé un nuage +électrisé positivement, je conjecture que dans ce cas un pareil nuage, +après avoir reçu ce qui, dans son état de raréfaction, étoit seulement +sa quantité naturelle se trouva comprimé par l'action des vents ou de +quelqu'autre manière, ensorte qu'une partie de ce qu'il avoit absorbé, +fut chassée, & forma une atmosphère électrique autour de lui dans son +état de condensation. C'est ce qui le rendit capable de communiquer une +électricité positive à la verge. + +Pour prouver qu'un corps dans différentes circonstances de dilatation & +de contraction est capable de recevoir & de retenir plus ou moins de +fluide électrique sur sa surface, je rapporterai l'expérience suivante: +Je plaçai sur le plancher un verre à boire propre, & dessus un petit pot +d'argent, dans lequel je mis environ trois brasses de chaîne de cuivre, +à un bout de laquelle j'attachai un fil de soye qui s'élevoit +directement au plat-fond où il passoit sur une poulie & delà +redescendoit dans ma main, de sorte que je pouvois à mon gré enlever la +chaîne du pot, l'élever à un pied de distance du plat-fond & la laisser +par gradation retomber dans le pot. + +Du plat-fond avec un autre fil de fine soye écruë, je suspendis un petit +floccon de coton, de manière que quand il pendoit perpendiculairement il +touchoit le côté du pot: ensuite approchant du pot le crochet d'une +bouteille chargée, je lui donnai une étincelle qui se répandit autour en +atmosphère électrique, & le floccon de coton fut repoussé du côté du pot +à la distance de neuf ou dix pouces: le pot ne recevoit plus alors +d'autre étincelle du crochet de la bouteille; mais à mesure que +j'élevois la chaîne, l'atmosphère du pot diminua en se coulant sur la +chaîne qui s'élevoit, & en conséquence le floccon de coton s'approcha de +plus en plus du pot; & alors si je rapprochois de ce pot le crochet de +la bouteille, il recevoit une autre étincelle & le coton retournoit à la +même distance qu'auparavant, & de cette sorte à proportion que la chaîne +étoit élevée plus haut, le pot recevoit plus d'étincelles, parce que le +pot avec la chaîne déployée étoit capable de supporter une plus grande +atmosphère que le pot avec la chaîne ramassée dans son intérieur. Que +l'atmosphère autour du pot fût diminuée en enlevant la chaîne, & +augmentée en la baissant, c'est une chose non-seulement conforme à la +raison, puisque l'atmosphère de la chaîne doit être tirée de celle du +pot quand elle s'enlève, & y retourner quand elle retombe; mais la chose +est encore évidente aux yeux, le floccon de coton s'approchant toujours +du pot quand on tiroit la chaîne en haut, & se retirant quand on la +laissoit tomber. + +«Cette expérience répètée de la manière dont l'enseigne M. Franklin, a +tout aussi bien réussi à Paris qu'à Philadelphie. Le floccon de coton ou +une balle de liége suspenduë à un fil de soye s'écarte plus ou moins des +bords du vase, suivant que la chaîne y est plus ou moins renfermée. J'ai +vû le floccon qui se tenoit à un pouce de distance du vase, tandis +qu'une chaîne de douze pieds étoit tout à fait déployée, s'en écarter +jusqu'à un pied, quand elle étoit entiérement retombée.» + +Ainsi nous voyons que l'augmentation de surface rend un corps capable de +recevoir une plus grande atmosphère électrique; mais cette expérience, +je l'avouë, ne démontre pas parfaitement ma nouvelle hypothèse; car le +cuivre & l'argent continuënt toujours à être solides, & ne se dilatent +pas en vapeurs comme l'eau en nuages. Peut-être que dans la suite, des +expériences sur l'eau élevée en vapeurs mettront cette matière dans un +plus grand jour. + +Il s'élève contre cette nouvelle hypothèse une objection qui paroît +importante; la voici: si l'eau, dans son état de raréfaction, comme +nuage, attire & absorbe plus de fluide électrique que dans son état de +densité comme eau, pourquoi ne tire-t-elle pas de la terre tout ce dont +elle manque, à l'instant qu'elle en quitte la surface, qu'elle en est +encore proche, & qu'elle ne fait que s'élever en vapeur? J'avouë que je +ne sçaurois, quant à présent, répondre à cette difficulté d'une manière +qui me satisfasse; j'ai cru cependant que je devois l'établir dans toute +sa force, comme je l'ai fait, & soumettre le tout à l'examen. + +Qu'il me soit permis de recommander au curieux dans cette branche de la +philosophie naturelle, de répèter avec soin & en observateurs exacts, +les expériences que j'ai rapportées dans cet écrit & les précédens sur +l'électricité positive & négative avec les autres de même genre qu'ils +imagineront, afin de s'assurer si l'électricité communiquée par un globe +de verre est réellement positive. Je prie aussi ceux qui auront occasion +d'observer les effets récents du tonnerre sur les bâtimens, les arbres, +&c. de les considérer en particulier dans la vûe d'en découvrir la +direction. Mais dans cet examen il faut toujours faire attention à une +chose, c'est qu'un courant de fluide électrique passant au travers du +bois, de la brique, du métal, &c. quand il passe en petite quantité, la +force avec laquelle ses parties se repoussent est limitée & surmontée +par la cohésion des parties du corps qu'il traverse au point d'empêcher +l'explosion; mais quand le fluide vient en trop grande quantité pour +être retenu par cette cohésion, il fait explosion, & déchire ou fond le +corps qui s'efforçoit de lui résister. Si c'est du bois, de la brique, +de la pierre ou quelque chose de semblable, les éclats sortiront du côté +où il y a moins de résistance, & de même lorsqu'il se fait un trou à +travers du carton par le moyen d'un vase électrisé, si les surfaces du +carton ne sont pas enfermées ou pressées, il y aura une bavûre élevée +tout autour du trou des deux côtés du carton; mais si l'un des côtés est +resserré, ensorte que la bavûre ne puisse pas s'élèver de ce côté, elle +s'élevera entiérement de l'autre, de quelque côté que le fluide ait été +dirigé, car la bavûre autour du trou est l'effet de l'explosion en tous +sens autour du centre du courant plutôt que l'effet de la direction. + +Dans chaque coup de tonnerre je pense que le courant de fluide +électrique qui est en mouvement pour rétablir l'équilibre entre la nuée +& la terre, doit toujours préalablement trouver son passage & tracer, +pour ainsi dire, sa course, le long de tous les conducteurs qu'il peut +trouver dans son chemin, tels que les métaux, les murailles moites, les +bois humides, &c., qu'il s'écartera considérablement de la ligne droite +pour s'attacher aux bons conducteurs, & qu'enfin dans cette course il +est actuellement en mouvement, quoique sans bruit & imperceptiblement +avant l'explosion dans & parmi les conducteurs. Cette explosion n'arrive +que quand les conducteurs ne peuvent pas s'en décharger aussi vîte +qu'ils le reçoivent, parce qu'ils sont imparfaits, désunis, trop petits, +ou qu'ils ne sont pas de la matière la plus propre à conduire. Ainsi les +verges de métal, d'une grosseur suffisante, & qui s'étendent de la +partie la plus haute d'un édifice jusqu'à terre, étant de la meilleure +matière, & des conducteurs parfaits, préserveront, je pense, le bâtiment +de dommage, ou en rétablissant l'équilibre assez vîte pour prévenir le +coup, ou en le conduisant dans la substance de la verge aussi loin +qu'elle s'étend, ensorte qu'il n'y ait d'explosion qu'au dessus de sa +pointe, entre elle & les nuages. + +Si l'on demandoit quelle épaisseur on doit présumer suffisante dans la +verge métalliques? Pour répondre, je remarquerois que cinq gros vases de +verre, tels que je les ai indiqués dans mes premiers écrits, déchargent +une très grande quantité d'électricité, qui cependant sera toute entière +conduite autour d'un livre par le filet mince d'or de la couverture; +elle suit l'or par le plus long chemin autour de la couverture plûtôt +que de prendre le plus court au travers de cette couverture, qui n'est +pas un si bon conducteur. Mais dans cette ligne d'or le métal est d'une +finesse si grande, que ce n'est presque que la couleur de l'or; sur la +couverture d'un livre _in-8º_. il n'y a pas un pouce quarré, & par +conséquent pas la trente-sixiéme partie d'un grain suivant Mr. de +Reaumur. Cependant elle est suffisante pour conduire la charge de cinq +gros vases, & je ne sçais de combien davantage. Présentement je suppose +qu'un fil-d'archal du quart d'un pouce de diamètre contient environ +5000. fois autant de métal qu'il y en a dans cette ligne d'or, & si cela +est, il conduira la charge de 25000. vases de verre pareils, quantité +que j'imagine bien supérieure à ce qu'il y en a jamais eu dans aucun +coup de tonnerre naturel. Mais une verge du diamètre d'un demi-pouce en +conduiroit quatre fois autant que celle d'un quart. + +Et à l'égard du conducteur, quoiqu'il faille une certaine épaisseur de +métal pour conduire un grande quantité d'électricité & en même tems +conserver sa propre substance ferme & réunie, & qu'une moindre +épaisseur, comme par exemple un très-petit fil-d'archal, soit détruite +par l'explosion; cependant un pareil petit fil auroit suffi pour +conduire ce coup, quoiqu'il devienne incapable d'en conduire un autre. +Et considérant l'extrème rapidité avec laquelle le fluide électrique +court sans explosion quand il a un passage libre ou une communication de +métal parfait; je penserois qu'une grande quantité seroit conduite en +peu de tems à un nuage ou tirée d'un nuage pour rétablir son équilibre +avec la terre par le moyen d'un très-petit fil de fer, & par conséquent +des verges épaisses ne paroissent pas si nécessaires. Quoiqu'il en soit, +comme la quantité de tonnerre déchargée dans un coup ne peut pas se bien +mesurer, & qu'elle est certainement très-différente en différens coups, +plus grande dans quelques-uns que dans d'autres, & comme le fer (le +meilleur métal pour cet usage, étant le moins propre à se fondre,) est à +bon marché, il n'y a point d'inconvénient d'avoir un plus gros canal +pour conduire ce coup impétueux que nous ne le jugeons nécessaire; car +quoiqu'un fil-d'archal moyen puisse suffire, deux ou trois ne peuvent +pas nuire. Le tems & des observations exactes bien comparées indiqueront +à la fin la grosseur convenable avec une plus grande certitude. + +Les verges pointuës élevées sur les édifices peuvent de même prévenir +souvent un coup de la manière suivante. Un oeil placé de façon qu'il +voye horizontalement le dessous d'un nuage de tonnerre, verra qu'il est +très-désuni, ayant nombre de fragmens séparés ou de petits nuages l'un +sous l'autre, le plus bas étant souvent fort peu éloigné de la terre. +Ceux-ci, comme autant de pierres marchantes, servent à conduire un coup +entre le nuage & un bâtiment. Pour les représenter par une expérience, +prenez deux ou trois floccons de coton non serré; attachez-en un au +premier conducteur par un fil fin de deux pouces, (qui peut être filé +sur le champ du même floccon avec les doigts,) liez-en un autre à +celui-ci, un troisiéme au second par de semblables fils. Faites tourner +le globe, & vous verrez ces floccons s'étendre vers la table (comme les +petits nuages les plus bas font vers la terre,) qui les attire: mais en +présentant une fine pointe dressée sous le plus bas, il se resserrera +vers le second, le second vers le premier, & tous ensemble vers le +premier conducteur, où ils resteront autant de tems que la pointe +restera sous eux. Les petits nuages électrisés dont l'équilibre avec la +terre est bien vîte rétabli par la pointe, ne peuvent-ils pas de la même +manière s'élever vers le principal, & par ce moyen occasionner un si +grand vuide que le grand nuage ne puisse frapper dans cet endroit? + +Ces pensées, mon cher ami, ne sont que hazardées & ébauchées; si j'étois +simplement ambitieux de me faire quelque réputation dans la philosophie, +je les garderois par devers moi jusqu'à ce qu'elles fussent +perfectionnées & rectifiées par le tems & par de nouvelles expériences. +Mais puisque la communication des moindres vûes & des expériences +imparfaites dans une nouvelle branche de science a souvent produit de +bons effets en attirant sur cet objet l'attention des personnes de +génie, & a donné par là occasion à des recherches plus exactes & à des +découvertes plus complettes. Vous êtes le maître de communiquer cet +écrit à qui bon vous semblera; il est plus important que les +connoissances s'augmentent qu'il ne l'est que votre ami soit regardé +comme un philosophe exact. + + + + +_LETTRE XIII. + +De B. FRANKLIN, Écuyer de Philadelphie. + +À P. Collinson, Écuyer, membre de la Société Royale à Londres._ + + +_18. Avril 1774._ + +MONSIEUR, + +Depuis le mois de Septembre dernier ayant fait deux longs voyages, & +ayant eu d'ailleurs beaucoup d'occupations, je n'ai guères fait +d'observations sur l'état positif & négatif de l'électricité des nuages; +mais Mr. Kinnersley a tenu en bon état sa verge & ses timbres & en a +fait beaucoup. + +Un jour pendant cet hyver, les timbres sonnèrent long-tems pendant une +chûte de neiges, quoique l'on n'entendît point de tonnerre & qu'on ne +vît point d'éclairs; quelquefois les coups & le pétillement de la +matière électrique entre les timbres furent si forts qu'on les entendit +dans toute la maison; mais selon toutes ses observations les nuages +furent constamment dans un état négatif jusques il y a environ six +semaines; il trouva un jour qu'ils passèrent dans quelques minutes du +négatif au positif. Environ huit jours après il fit une autre +observation de la même sorte, & le soir de lundi dernier le vent sud-est +soufflant fortement en tournant au nord-est & chassant beaucoup de +nuages épais, il y eut cinq ou six passages successifs du négatif au +positif, & du positif au négatif, les timbres s'arrêtant une minute ou +deux entre chaque changement. Outre les méthodes rapportées dans mon +écrit de Septembre dernier pour découvrir l'état électrique des nuages, +on peut se servir de la suivante. Quand vos timbres sonnent, passez un +tube frotté près du bord du timbre attaché à votre verge pointuë, si le +nuage est alors dans un état négatif, la sonnerie s'arrêtera; s'il est +dans un positif elle continuëra & sera peut-être plus vive. Ou bien +suspendez une très-petite boule de liége à un fil de soye fine, ensorte +qu'elle pende tout près du bord du timbre de la verge. Alors dès que le +timbre est électrisé positivement ou négativement, la petite boule est +repoussée & reste à quelque distance du timbre. Ayez tout prêt un +bouchon de flacon en verre & à tête ronde, frottez-le sur votre côté +jusqu'à ce qu'il soit électrisé, ensuite présentez-le à la boule de +liége; si l'électricité dans la boule est positive elle sera repoussée +du bouchon de verre aussi bien que du timbre. Si elle est négative elle +sera attirée vers le bouchon. + + + + +_LETTRE XIV._ + +_Remarques sur les Lettres de l'Abbé Nollet sur l'Électricité, à B. +Franklin Écuyer à Philadelphie, par M. David Colden de la nouvelle York, +à Coldenham dans la nouvelle York, le 4. Décembre 1753._ + + +MONSIEUR, + +En examinant les lettres de l'Abbé Nollet à M. Franklin, je suis obligé +de lui passer toutes les expériences qui se font avec ou dans des +bouteilles scellées hermétiquement ou vuidées d'air, parce que n'étant +pas en état de répéter les expériences, je ne pourrois pas appuyer par +des preuves tirées de l'expérience certaines idées qui se sont +présentées à moi là-dessus; c'est pourquoi le premier point sur lequel +j'ose ouvrir mon sentiment est dans la quatriéme lettre de l'Abbé, _pag. +66._ où il essaye de prouver que la matière électrique passe d'une +surface à l'autre à travers l'épaisseur entière du verre; il prend +l'expérience du tableau magique de M. Franklin, & parle ainsi: Lorsque +vous électrisez ainsi un carreau de verre enduit de métal dessus & +dessous, il est évident que ce que l'on pose sur la surface opposée à +celle qui reçoit l'électricité du conducteur, prend aussi une vertu +électrique très-marquée, qui, dit M. Franklin, est cette égale quantité +de matière électrique chassée de ce côté par celle que le côté opposé +reçoit du conducteur, & qui continuëra à donner une vertu électrique à +chaque chose qui sera en contact avec elle jusqu'à ce qu'elle soit +entièrement déchargée de son feu électrique; à quoi l'Abbé fait cette +objection. «Dites-moi, je vous prie, dit-il, combien de tems faut il +pour ce prétendu dépouillement, je puis vous assurer qu'après avoir +soutenu l'électrisation pendant des heures entières, cette surface qui +auroit dû, ce me semble, être bien dépourvûe de sa matière électrique, +attendu le grand nombre d'étincelles qu'on en avoit tirées, ou le tems +que cette matière avoit été exposée à l'action de la cause expulsive, +cette surface, dis-je, ne m'en paroissoit que mieux électrisée & plus +propre à produire tous les effets d'un corps actuellement électrique.» +_Pag. 68._ + +L'Abbé ne nous dit point quels sont ces effets: je n'ai jamais pû les +observer tous, & on peut aisément rendre raison de ceux que l'on +observe, en supposant que ce côté est entiérement destitué de matière +électrique. L'effet le plus sensible d'un corps chargé d'électricité, +est que quand on lui présente le doigt, ce doigt en tire une étincelle: +or quand une bouteille préparée pour l'expérience de Leyde est penduë au +canon d'un fusil ou au premier conducteur, & que vous faites tourner le +globe pour la charger, aussitôt que la matière électrique est en +mouvement, vous pouvez voir une étincelle aller de la surface extérieure +de la bouteille à votre doigt, ce qui, dit M. Franklin, est la matière +électrique naturelle du verre poussée dehors par celle qui est reçue du +conducteur sur la surface intérieure, si elle en sort seulement par +étincelles, on en peut tirer un grand nombre; mais si vous serrez la +surface extérieure avec votre main, la bouteille recevra bientôt toute +la matière électrique qu'elle est capable de recevoir, & l'extérieure +sera alors entiérement privée de sa matière électrique, & on ne pourra +en tirer d'étincelles avec le doigt; il y manque donc alors cet effet +qu'ont tous les corps chargés d'électricité: quelques effets d'un corps +électrique que l'Abbé, je suppose, a observés sur la surface extérieure +d'une bouteille chargée, sont que tous les corps légers en sont attirés; +c'en est un que j'ai constamment observé, mais je ne pense pas qu'il +vienne d'une qualité attractive dans la surface extérieure de la +bouteille; mais dans ces corps légers mêmes qui semblent être attirés +par la bouteille, c'est une remarque constante que quand un corps a une +plus grande charge de matière électrique qu'un autre, (c'est-à dire en +proportion de la quantité qu'ils contiendront,) ce corps attirera celui +qui en a moins; à présent je suppose, & c'est une partie du systême de +M. Franklin, que tous ces corps légers qui semblent être attirés, ont +plus de matière électrique en eux que la surface extérieure des +bouteilles n'en a, c'est pourquoi ils tâchent d'attirer à eux la +bouteille qui est trop pésante pour être ébranlée par le petit dégré de +force qu'ils employent, & qui cependant étant plus grande que leur +propre poids les pousse vers la bouteille, l'expérience suivante aidera +l'imagination à concevoir cela. Suspendez une boule de liége ou une +plume avec un fil de soye & électrisez-la; ensuite approchez cette boule +de quelque corps fixe, & elle semblera attirée par ce corps, car elle +volera vers lui. Mais de l'aveu des Électriciens, la cause attractive +est dans la boule même, & non dans le corps fixe auquel elle court. Ce +cas est semblable à l'attraction apparente des corps légers vers la +surface extérieure d'une bouteille chargée. + +L'Abbé dit, _pag. 69._ qu'il peut électriser cent hommes debout sur des +gâteaux de cire, pourvû qu'ils se tiennent par les mains, & qu'un d'eux +touche l'une de ces surfaces (l'extérieure) du bout de son doigt. Je +sçais qu'il le peut, pendant que la bouteille se charge, mais je suis +aussi certain qu'il ne le peut pas après qu'elle est chargée; car une +bouteille étant préparée pour l'expérience de Leyde, suspendez-la au +conducteur, & qu'un homme debout sur le plancher touche de son doigt la +doublure, pendant que le globe tourne, jusqu'à ce que la matière +électrique sorte du crochet de la bouteille ou de quelque partie du +conducteur, je crois que c'est le signe le plus certain que la bouteille +a reçu toute la matière électrique qu'elle peut recevoir: après ce +signe, que l'homme, qui auparavant étoit sur le plancher, monte sur un +gâteau de cire, il peut y rester des heures entières le globe tournant +pendant tout ce tems-là, & cependant ne donner aucun signe +d'électricité. + +Après que la matière électrique fut poussée dehors du crochet de la +bouteille préparée pour l'expérience de Leyde comme ci-dessus, je pendis +une autre bouteille préparée de la même manière à un crochet attaché à +la doublure de la première, & je tins cette autre bouteille dans ma +main; mais si quelque matière électrique passoit au travers du verre de +la première bouteille, la seconde la recevroit & la rassembleroit +assurément; mais ayant tenu les bouteilles dans cette situation pendant +un tems considérable, pendant lequel le globe ne cessa de tourner, je ne +m'apperçus point que la seconde bouteille fut chargée le moins du monde, +car quand je portai le doigt au crochet, comme dans l'expérience de +Leyde, je n'éprouvai pas la moindre commotion, & je ne vis pas une +étincelle partir du crochet. + +Je fis aussi l'expérience suivante, ayant chargé deux bouteilles +(préparées pour l'expérience de Leyde) par leurs crochets, deux +personnes en prirent chacun une dans leurs mains, l'un par le côté, +l'autre par le crochet, ce qu'il fit en ôtant la communication avec le +fond, avant de prendre le crochet, ces personnes se placèrent chacune à +un de mes côtés, pendant que j'étois debout sur un gâteau de cire, & que +je tenois le crochet de la bouteille qui étoit tenuë par la doublure +(sur quoi il partit une étincelle; mais la bouteille ne fut pas +déchargée pendant que je fus sur la cire) tenant le crochet, je touchai +la doublure de la bouteille qui étoit tenuë par son crochet de mon autre +main, sur quoi on apperçut une étincelle considérable entre mon doigt & +la doublure, & les deux bouteilles furent sur le champ déchargées. Si +l'opinion de l'Abbé est fondée, que la surface extérieure communiquant +avec la doublure est chargée aussi bien que l'intérieure communiquant +avec le crochet, comment puis-je, moi qui suis sur la cire, décharger +ces deux bouteilles, quand il est bien connu que je n'en pourrois pas +décharger une séparément? Bien plus, supposé que j'aye tiré la matière +électrique des deux, qu'est-elle devenuë? car il ne paroît pas que j'en +aye une quantité plus grande quand l'expérience est finie, & que je n'ai +pas bougé de dessus la cire. + +Cette expérience me démontre donc pleinement que la surface extérieure +n'est pas chargée, & non-seulement cela, mais qu'il lui manque autant de +matière électrique que l'intérieure en a par excès; car par cette +supposition, qui est une partie du systême de Mr. Franklin, on rend +aisément raison de l'expérience précédente de cette sorte: quand je suis +sur la cire mon corps n'est pas capable de recevoir du crochet d'une +bouteille toute la matière électrique qu'elle est prête à donner, elle +ne peut pas non plus en donner autant à la doublure de l'autre bouteille +qu'elle est prête à en prendre, quand il n'y en a qu'une d'appliquée +contre moi; mais quand elles le sont toutes deux, la doublure reçoit de +l'une ce que le crochet donne: ainsi je reçois le feu de la première +bouteille en B, dont la surface extérieure est fournie par la main en A: +je donne le feu à la seconde bouteille en C, dont la surface intérieure +est déchargée par la main en D. Cette décharge en D peut être renduë +sensible en recevant ce feu dans le crochet d'une troisiéme bouteille, +ce qui s'exécute ainsi: au lieu de prendre le crochet de la seconde +bouteille dans votre main, faites passer au travers le fil-d'archal +d'une troisiéme bouteille préparée comme pour l'expérience de Leyde, & +tenez cette troisiéme bouteille dans votre main, la seconde y étant +penduë par les bouts des crochets, passés l'un dans l'autre: quand +l'expérience est achevée, cette troisiéme bouteille reçoit le feu en D, +& elle sera chargée. Si l'on considère cette expérience, elle doit, je +pense, prouver parfaitement que la surface extérieure d'une bouteille +chargée manque de matière électrique, pendant que l'intérieure en a un +excès. Quelque chose de plus, qui est digne de remarque dans cette +expérience, c'est que je ne sens ni commotion ni choc dans mes bras, +quoiqu'ils soient dans un instant traversés d'une si grande quantité de +matière électrique; je ne sens qu'une piqûre aux bouts de mes doigts. +Cela me fait penser que l'Abbé se trompe quand il dit qu'il n'y a point +de différence entre le choc senti en faisant l'expérience de Leyde & la +piqûre sentie en tirant de simples étincelles, si ce n'est du plus au +moins. Dans la dernière expérience il passe à travers mes bras autant de +matière électrique que m'en auroit donné un coup très-considérable, s'il +y avoit eu une communication immédiate, par mes bras, du crochet à la +doublure de la même bouteille; parce que quand elle fut prise dans une +troisiéme bouteille, & que cette bouteille fut déchargée en particulier +à travers mes bras, elle me donna un coup sensible. Si ces expériences +prouvent que la matière électrique ne passe pas à travers l'entière +épaisseur du verre, il est d'une conséquence nécessaire qu'elle doit +toujours sortir par où elle est entrée. + +Ce qui s'est ensuite présenté, c'est dans la cinquiéme lettre _pag. 88._ +où il différe de M. Franklin, qui pense que tout le pouvoir de donner le +coup réside dans le verre même & non dans les corps non-électriques qui +le touchent. Les expériences que Mr. Franklin a données pour prouver +cette opinion dans ses expériences & observations sur l'électricité, +lettre 4. §. 50. & 51. m'ont convaincu qu'il avoit raison; & ce que +l'Abbé a assuré de contraire ne m'a pas fait penser autrement. L'Abbé +s'appercevant, comme je le suppose, que les expériences, comme M. +Franklin les avoit faites, devoient prouver sa proposition, les altère +sans en donner aucune raison, & les fait d'une manière qui ne prouve +rien. Pourquoi veut-il qu'un homme tienne dans sa main la bouteille dans +laquelle l'eau de la bouteille chargée doit être versée? Si le pouvoir +de donner un coup est dans l'eau contenuë dans la bouteille, elle doit +s'y conserver, quoiqu'elle soit versée dans une autre, puisqu'elle n'a +été touchée par aucun corps non-électrique pour enlever ce pouvoir. Que +la bouteille soit placée sur la cire, ce n'est pas une objection, car +elle ne peut pas ôter le pouvoir à l'eau si elle en avoit, mais c'est un +moyen nécessaire pour éprouver le fait; au lieu que cette bouteille +étant chargée quand elle est dans la main d'un homme, prouve seulement +que l'eau conduit la matière électrique. L'Abbé avouë, _pag. 94._ qu'il +a entendu faire cette remarque; mais, dit-il, pourquoi un conducteur +d'électricité n'est-il pas un sujet électrique? Ce n'est pas là la +question. Mr. Franklin n'a jamais dit que l'eau ne fût pas un sujet +électrique, il a dit que le pouvoir de donner le coup étoit dans le +verra & non dans l'eau, & ses expériences le prouvent parfaitement, & si +parfaitement qu'il seroit ridicule d'y rien ajouter: cependant comme je +ne sçache pas que l'expérience suivante ait encore été connue de +personne, on m'excusera de l'insérer ici: la voici. + +Pendez une bouteille préparée pour l'expérience de Leyde au conducteur +par son crochet, & chargez-la; après cela écartez la communication du +fond de la bouteille, alors le conducteur donne des signes évidens de +son électrisation, car si on attache autour de lui un fil & qu'on laisse +des bouts longs d'environ deux pouces, ils s'étendront comme une paire +de cornes; mais si vous touchez le conducteur il en sortira une +étincelle & les fils tomberont, & le conducteur ne donne plus le moindre +signe d'électrisation après cela. Je pense qu'en le touchant j'ai enlevé +toute la charge de matière électrique qui étoit dans le conducteur, le +crochet de la bouteille & l'eau ou les fils de fer qui y sont contenus: +nous voyons que tous les corps non-électriques peuvent en recevoir +autant, cependant le verre de la bouteille conserve sa capacité de +donner un coup, comme l'éprouveront tous ceux qui voudront l'essayer. +Cette expérience fait voir évidemment que l'eau dans la bouteille ne +contient pas plus de matière électrique qu'elle le feroit dans un bassin +découvert, & qu'elle n'a pas la moindre chose de cette grande quantité +qui produit le choc & qui est seulement retenuë par le verre. Après que +l'étincelle est tirée du conducteur, si vous touchez la doublure de la +bouteille (qui pendant tout ce tems est supposée pendre dans l'air +dégagée de tout corps non-électrique) les fils sur le conducteur +s'éleveront sur le champ & feront voir que le conducteur est électrisé: +il reçoit cette électrisation de la surface intérieure de la bouteille, +laquelle, quand la surface extérieure peut recevoir de la main qui lui +est appliquée ce qui lui manque, en donnera autant que les corps en +contact avec elle pourront en recevoir, ou tout ce qu'elle en a d'excès, +s'ils sont assez gros. Il est amusant de voir la manière dont les fils +hausseront & baisseront en touchant la doublure de la bouteille & le +conducteur tour à tour. Ne seroit-ce point que la différence entre le +côté chargé du verre & le côté extérieur ou vuidé étant diminuée en +touchant le crochet ou le conducteur, le côté extérieur peut le recevoir +de la main qui le touchoit, & par ce moyen le côté intérieur ne peut pas +en conserver tant, & par cette raison ce qu'il n'en peut pas conserver +électrise l'eau ou les fils & le conducteur; car il paroît être de règle +qu'un des côtés doit se vuider dans la même proportion que l'autre est +rempli; quoique la chose paroisse évidente par l'expérience, cependant +c'est toujours un mystère dont on ne peut pas rendre raison. + +Je suis surpris de trouver dans plusieurs endroits du livre de l'Abbé +que les expériences ont réussi si différemment à Paris de ce qu'elles +ont fait dans les mains de M. Franklin & constamment dans les miennes. +L'Abbé en faisant les expériences pour trouver la différence entre les +deux surfaces d'un verre chargé, se garde bien de placer la bouteille +sur la cire, car, dit-il, ne sçavez vous pas qu'étant mise suc un corps +originairement électrique, elle perd promptement sa vertu? Je ne puis +imaginer ce qui a engagé l'Abbé à penser de la sorte. Rien de plus +opposé aux notions les plus communes des corps électriques par +eux-mêmes, & l'expérience m'est un garant du contraire, car ayant laissé +plusieurs fois à dessein une bouteille chargée sur la cire pendant des +heures, je trouvai qu'elle conservoit autant de sa charge qu'une autre +qui étoit restée pendant le même tems sur une table. J'en laissai une +sur la cire depuis dix heures du soir jusqu'à huit du lendemain matin, +je trouvai qu'elle conservoit une quantité de sa charge suffisante pour +me donner une commotion sensible aux bras, quoique la chambre où étoit +cette bouteille eût été balayée pendant ce tems, ce qui devoit avoir +élevé beaucoup de poussière pour faciliter la décharge de la bouteille. + +Je trouve qu'une boule de liége suspenduë entre deux bouteilles, l'une +chargée en plein & l'autre médiocrement, ne jouë pas entre elles, mais +qu'elle s'arrête dans une situation qui fait un triangle avec les +crochets des bouteilles, quoique l'Abbé ait assuré le contraire, _pag. +101._ pour rendre raison du jeu d'une boule de liége entre le +fil-d'archal enfoncé dans la bouteille & un autre qui s'élève de sa +doublure. La bouteille qui est moins chargée doit avoir reçu plus de +matière électrique, eu égard à sa grosseur, que la boule de liége n'en +reçoit du crochet de la bouteille pleine. + +L'Abbé dit, _pag. 103._ qu'un morceau de feüille de métal pendu à un fil +de soye & électrisé sera repoussé par le fond d'une bouteille chargée & +tenuë en l'air par son crochet. Je le trouve constamment tout autrement; +dans mes mains il est toujours attiré d'abord & ensuite repoussé: en +chargeant la feüille il faut avoir soin d'empêcher qu'elle ne se porte +vers quelque corps non-électrique, & que par ce moyen elle ne se +décharge, tandis que vous la croyez chargée. Il est difficile de +l'empêcher de se porter vers votre poignet ou vers quelque partie de +votre corps. + +_Pag. 108._ l'Abbé dit qu'il n'est pas impossible, comme M. Franklin le +prétend, de charger une bouteille pendant qu'il y a une communication +établie entre sa doublure & son crochet. J'ai toujours trouvé impossible +de charger une pareille bouteille au point de donner un coup; à la +vérité, si elle est suspenduë au conducteur sans communication avec lui, +vous pouvez en tirer une étincelle comme de tout autre corps qui y +seroit suspendu; mais cela est bien différent d'être chargée au point de +donner une commotion. Pour rendre raison du peu de matière électrique +qui se trouve dans la bouteille, l'Abbé dit qu'elle suit plutôt le métal +que le verre & qu'elle est chassée de la doublure de la bouteille dans +l'air. J'admire que la même chose n'arrive pas aussi quand elle passe au +travers du verre & qu'elle en charge la surface extérieure suivant le +systême de l'Abbé. + +Je regarde les objections de l'Abbé contre les deux dernières +expériences de Mr. Franklin, comme peu solides: il paroît assurément +très-embarrassé sur ce qu'il doit dire, c'est pourquoi il accuse M. +Franklin d'avoir tenue secrette la partie importante de l'expérience. +C'est une petitesse dont on ne doit pas charger un galant homme qui n'a +pas marqué tant de partialité que l'Abbé dans la relation de ses +expériences. + + + + +_LETTRE XV._ + +_Expériences électriques avec un essai pour rendre raison de leurs +différens phénomènes, & quelques observations sur les nuages de +tonnerre, pour confirmer encore les remarques de Mr. Franklin sur l'état +électrique positif & négatif des nuages par Jean Canton M. A. & de la +Société Royale._ + + +_6. Décembre 1753._ + +_Première Expérience._ + +Du plat-fond ou de quelqu'endroit convenable d'une chambre suspendez +avec des fils de lin de huit ou neuf pouces de long deux boulettes de +liége chacune de la grosseur d'un petit pois, de manière qu'elles se +touchent, si l'on porte le tube de verre frotté sous les boulettes, il +les fera séparer quand on le tiendra à la distance de trois ou quatre +pieds; si on l'en approche davantage, elles se sépareront encore +davantage; si on le retire tout-à-fait, elles se réuniront +immédiatement. Cette expérience peut se faire avec des boulettes de +cuivre suspenduës par le moyen d'un fil d'argent; elle réussira aussi +bien avec de la cire d'Espagne renduë électrique qu'avec du verre. + +_Deuxiéme Exp._ Si deux boules de liége sont suspenduës avec des fils de +soye secs, il faudra en approcher le tube frotté à la distance de +dix-huit pouces avant qu'elles se repoussent l'une l'autre: elles +continuëront de le faire quelque tems après que le tube aura été ôté. + +Comme les boules dans la première expérience n'ont pas été isolées, on +ne peut pas dire à la rigueur qu'elles ayent été électrisées; mais quand +elles sont suspenduës dans l'atmosphère du tube frotté elles peuvent +attirer & condenser le fluide électrique autour d'elles & être séparées +par la répulsion de ses particules; on conjecture aussi que les boules +alors contiennent moins que leur part commune du fluide électrique par +rapport à la force de répulsion de celui qui les environne, quoiqu'il en +entre & en passe peut-être un peu continuellement au travers des fils; & +si cela est ainsi, on voit clairement la raison pour laquelle les boules +suspenduës avec de la soye dans la seconde expérience doivent être dans +une partie beaucoup plus dense de l'atmosphère du tube avant de se +repousser l'une l'autre. Lorsqu'on approche des boules un bâton de cire +frottée dans la première expérience, le feu électrique est supposé venir +au travers des fils dans les boules, & s'y condenser dans son passage +vers la cire; car suivant M. Franklin le verre frotté laisse aller le +fluide électrique, mais la cire frottée le reçoit. + +_Troisiéme Exp._ Qu'on isole avec de la soye un tube mince de quatre ou +cinq pieds de long & d'environ deux pouces de diamètre, & qu'on suspende +à un de ses bouts des boules de liége avec des fils de lin; +électrisez-le en portant le tube de verre frotté près de l'autre bout, +ensorte que les boules restent séparées d'un pouce & demi ou de deux +pouces, alors à l'approche du tube frotté elles perdront par dégré leur +vertu répulsive & viendront en contact: & à mesure qu'on approche +toujours le tube davantage, elles se sépareront encore à une aussi +grande distance qu'auparavant: au retour du tube elles s'approcheront +jusqu'à se toucher, & se repousseront ensuite comme en premier lieu. Si +le tube mince est électrisé par la cire ou par le crochet d'une +bouteille chargée, les boules seront affectées de la même manière à +l'approche de la cire frottée ou du crochet de la bouteille. + +_Quatriéme Exp._ Électrisez les boules de liége comme dans la dernière +expérience par le verre, & leur répulsion augmentera à l'approche d'un +bâton de cire frotté. Ce sera le même effet si le verre frotté en est +approché lorsqu'elles ont été électrisées avec de la cire. + +On suppose qu'en portant le verre frotté au bout ou au bord du tube +mince dans la troisiéme expérience, il l'électrise positivement, ou +ajoute au feu électrique qu'il contenoit auparavant, & par conséquent il +en passe au travers des boules qui se repoussent mutuellement; mais à +l'approche d'un verre frotté qui laisse sortir pareillement un fluide +électrique, les boules en déchargeront moins, ou une partie sera poussée +en arrière par une force qui agira dans une direction contraire, & elles +s'approcheront plus près. Si le tube est tenu à une telle distance des +boules que l'excès de la densité du fluide autour d'elles au dessus de +la quantité ordinaire dans l'air, soit égal à l'excès de la densité de +celui qui est en elles, au-dessus de la quantité ordinaire contenuë dans +le liége, leur répulsion sera bientôt détruite; mais si le tube est +approché davantage, le fluide du dehors étant plus dense que celui du +dedans des boules, il sera attiré par elles, & elles se sépareront +encore l'une de l'autre. + +Quand l'appareil a perdu une partie de sa portion naturelle de ce fluide +par l'approche de la cire frottée d'une de ses extrémités, ou qu'il est +électrisé négativement, le feu électrique est attiré & pris par les +boules pour suppléer au défaut, & cela plus abondamment à l'approche +d'un verre frotté ou d'un corps électrisé positivement qu'auparavant. +C'est pourquoi l'éloignement entre les boules augmentera à mesure que le +fluide qui les entoure, augmente, & en général soit par l'approche, soit +par l'éloignement de quelque corps, si la différence entre la densité du +fluide intérieur & extérieur est augmentée ou diminuée, la répulsion des +boules sera augmentée ou diminuée à proportion. + +_Cinquiéme Expér._ Si le tube mince isolé n'est pas électrisé; approchez +de son milieu le tube de verre frotté, ensorte qu'il fasse à peu près +angle droit avec lui, les boules du bout se repousseront l'une l'autre; +elles le feront d'autant plus que le tube frotté sera plus près. Quand +il a été tenu quelques secondes à la distance d'environ six pouces, +retirez-le, & les boules s'approcheront l'une de l'autre jusqu'à ce +qu'elles se touchent, puis se séparant encore à mesure que le tube +s'éloigne davantage, elles continuëront à se repousser quand on l'ôtera +tout-à-fait, & cette répulsion entre les boules augmentera à l'approche +du verre frotté, mais elle sera diminuée par la cire frottée, comme si +l'appareil avoit été électrisé par la cire de la manière expliquée dans +la troisiéme expérience. + +_Sixiéme Exp._ Isolez deux tubes minces désignés par A & B, ensorte +qu'ils soient en ligne droite & séparés d'environ six lignes; suspendez +au bout éloigné de chacun une paire de boules de liége. Approchez du +milieu d'A le tube de verre frotté, & le tenant peu de tems à la +distance de quelques pouces, vous verrez chaque paire de boule se +séparer: écartez le tube, & les boules de A s'uniront & se repousseront +encore l'une l'autre; mais celles de B seront à peine affectées. Par +l'approche du tube de verre frotté tenu sous les boules de A, leur +répulsion sera augmentée; mais si le tube est porté de la même manière +vers les boules de B, leur répulsion diminuëra. + +Dans la cinquiéme expérience la provision commune de matière électrique +dans le tube mince est supposée être raréfiée vers le milieu & condensée +aux extrémités par la vertu répulsive de l'atmosphère du tube de verre +frotté, quand il est tenu près du premier; & peut-être le tube mince +perd-il quelque chose de sa quantité naturelle de fluide électrique +avant qu'il en reçoive du verre: comme ce fluide doit être plus prêt à +sortir par ses bouts & par ses bords qu'à entrer au milieu: & par +conséquent lorsque le tube de verre est écarté & que le fluide est +dérechef également répandu à travers l'appareil, on trouve qu'il est +électrisé négativement, car le tube frotté porté sous les boules +augmentera leur répulsion. + +Dans la sixiéme expérience une partie du fluide tiré d'un tube mince +entre dans l'autre. On connoît qu'il est électrisé positivement par la +diminution de la répulsion de ses boules à l'approche du verre frotté. + +_Septiéme Exp._ Placez le tube mince avec la paire de boules à son bout, +à trois pieds au moins de toutes les parties de la chambre; rendez l'air +très-sec par le moyen du feu; électrisez l'appareil à un degré +considérable; ensuite touchez du doigt ou de quelqu'autre conducteur le +tube mince, les boules continuëront cependant de se repousser l'une +l'autre; mais non pas à une si grande distance qu'auparavant. + +L'air qui environne l'appareil à la distance de deux ou trois pieds est +supposé contenir plus ou moins de feu électrique que sa part commune, +selon que le tube mince est électrisé positivement ou négativement; & +quand il est très-sec il ne quitte pas son surplus, ou ne répare pas son +défaut aussi promptement que le tube mince, mais il peut continuer +d'être électrisé, après qu'il a été touché pendant un temps +considérable. + +_Huitiéme Exp._ Ayant fait un vuide de Torricelli, long d'environ 5. +pieds, de la manière expliquée dans les Transactions Philosophiques, +vol. 47. pag. 370. Si on en approche assez le tube frotté, on verra une +lumière dans plus de la moitié de sa longueur; elle s'évanouit bientôt +si on ne met pas le tube plus près, mais elle reparoîtra à mesure qu'on +l'avancera davantage; on peut le répéter plusieurs fois sans frotter le +tube de nouveau. + +Cette expérience peut être regardée comme une espèce de démonstration +oculaire de la vérité de l'hypothèse de M. Franklin, que quand le fluide +électrique est condensé d'un côté d'un verre mince, il sera repoussé de +l'autre s'il ne trouve point de résistance, en conséquence à l'approche +du tube frotté le feu est supposé être repoussé de la surface intérieure +du verre qui entoure le vuide & être emporté au travers des colonnes de +mercure, mais on suppose qu'il revient à mesure qu'on écarte le tube. + +_Neuviéme Exp._ Qu'on tienne à peu près par le milieu un bâton de cire +de deux pieds & demi de long, & d'environ un pouce de diamètre, frottez +le tube de verre & traînez-le sur une de ses moitiés, ensuite le +tournant un peu autour de son axe frottez encore le tube, & traînez-le +sur la même moitié; répétez cette opération plusieurs fois: cette moitié +détruira la force répulsive des boules électrisées par le verre, & +l'autre moitié l'augmentera. + +Il paroît par cette expérience que la cire peut aussi être électrisée +positivement & négativement, & il est probable que dans les corps quels +qu'ils soient, la quantité de fluide électrique qu'ils contiennent peut +être augmentée ou diminuée. J'ai observé par un grand nombre +d'expériences que certains nuages sont dans un état positif +d'électricité, d'autres dans un état négatif, car les boules de liége +qui en sont électrisées se serrent souvent à l'approche d'un tube +frotté, & d'autres fois s'écartent à une plus grande distance. J'ai vû +arriver cette variation cinq ou six fois en moins d'une demi-heure, les +boules se réunissant chaque fois & restant en contact quelques secondes +avant qu'elles se repoussent de nouveau l'une l'autre. On peut de même +découvrir aisément avec une bouteille chargée si le feu électrique est +tiré de l'appareil par un nuage négatif ou s'il y est poussé par un +positif, & quelque soit celui par lequel il sera électrisé, soit que ce +nuage se sépare de son surplus, soit que son défaut soit remplacé sur le +champ, l'appareil perdra son électricité. On remarque que c'est souvent +le cas après un éclair: cependant quand l'air est bien sec, l'appareil +continuëra d'être électrisé pendant dix minutes ou un quart-d'heure +après que les nuages ont passé le zénith, & quelquefois jusqu'à ce +qu'ils paroissent à plus de moitié chemin vers l'horizon: la pluye +surtout, quand les goutes sont grosses, fait communément descendre le +feu électrique; & la grêle en été n'y manque jamais à mon avis. Quand +l'appareil fut électrisé la dernière fois, ce fut par la chûte d'une +neige fonduë, ce qui arriva dernièrement environ le 12. de Novembre; +c'étoit le vingt-sixiéme jour & la soixante-uniéme fois qu'il avoit été +électrisé depuis qu'il avoit été élevé, c'est-à-dire vers le milieu de +Mai, & comme le thermomètre de Fahrenheit n'étoit que de sept degrés +au-dessus de la congélation, on présume que l'hyver n'interrompra pas +entièrement les opérations de cette sorte. À Londres il n'arriva que +deux orages de tonnerre pendant tout l'été, & l'appareil fut quelquefois +si fortement électrisé pendant l'un, que les timbres qui ont souvent été +sonnés par les nuages assez fort pour être entendus dans toutes les +chambres de la maison (les portes étant ouvertes) furent tenus en +silence par le cours presque continuel d'un feu électrique dense entre +chaque timbre & la boule de cuivre, qui ne la laissoit pas frapper. + +Je terminerai cet écrit déjà trop long par les deux questions suivantes. + +1º. L'air raréfié tout-à-coup ne peut-il pas donner le feu électrique +aux nuages & aux vapeurs qui le traversent, & lorsqu'il est condensé +soudain, ne peut-il pas le recevoir d'eux? + +2º. L'aurore boréale n'est-elle point l'élancement du feu électrique des +nuages positifs aux négatifs à une grande distance dans la partie +supérieure de l'atmosphère où la résistance est moindre? + + + + + +APPENDIX. + + _Comme M. Franklin dans une première Lettre à M. Collinson a + parlé de son dessein d'essayer le pouvoir d'un coup + électrique très-fort sur un poulet-d'inde, ce Monsieur en + conséquence a eu la bonté d'en envoyer une relation qui se + rêduit à ceci._ + +Il fit d'abord plusieurs expériences sur des oiseaux, & trouva que deux +gros pots de verre mince dorés contenant chacun environ six gallons & +tels que j'ai dit que je les avois employés dans le dernier écrit que je +vous ai présenté sur ce sujet, étoient suffisante quand ils étoient bien +chargés pour tuer des poules ordinaires sur le champ; mais les +poulets-d'inde, quoiqu'ils éprouvent de violentes convulsions, & qu'ils +restent étendus comme morts pendant quelques minutes, se rétablissoient +en moins d'un quart-d'heure. Quoiqu'il en soit, ayant ajouté trois pots +pareils aux deux premiers sans être pleinement chargés; il tua un +poulet-d'inde d'environ dix livres, & il croit qu'ils en auroient tué un +beaucoup plus gros. Il imagina que les oiseaux tués de cette sorte +étoient extrémement tendres à manger. + +En faisant ces expériences il trouva qu'un homme pouvoit, sans risquer +beaucoup, supporter un choc beaucoup plus fort qu'il n'imaginoit; car +sans y prendre garde il reçut un coup de deux de ces pots au travers des +bras & du corps, lorsqu'ils étoient presqu'entiérement chargés; il lui +sembla recevoir un coup universel depuis la tête jusqu'aux pieds dans +tout le corps; il fut suivi d'un tremblement vif & violent dans le tronc +qui se dissipa petit à petit dans quelques secondes; il fut quelques +minutes avant de reprendre ses esprits au point de connoître ce dont il +s'agissoit, car il ne vit point l'étincelle, quoique son oeil fût tout +près du premier conducteur, d'où elle frappa le revers de sa main; il +n'entendit pas plus le bruit du coup, quoique les assistans disent qu'il +avoit été considérable; il ne sentit pas davantage en particulier le +coup sur sa main, quoiqu'il vit ensuite qu'il y avoit causé une enflure +de la grosseur d'une chevrotine ou d'une balle de pistolet. Ses bras & +le derrière de son col restèrent un peu engourdis le reste de la soirée, +& sa poitrine fut affectée pendant une semaine comme si elle eût été +brisée. Par cette expérience on peut connoître le danger qu'il y a, même +avec les plus grandes précautions, pour l'opérateur quand il fait ces +expériences avec de gros pots; car on ne peut pas douter que plusieurs +étant chargés en plein ne soient capables de tuer un homme, comme ils +ont auparavant tué un poulet d'inde, en les augmentant à proportion de +la taille. + + + + +_LETTRE XVI._ + +_De M. B. FRANKLIN Écuyer_ +_de Philadelphie_ + +_à M. D'ALIBARD, à Paris._ + + +_29 Juin 1755._ + +MONSIEUR, + +Il y a long-tems que je dois une réponse à votre dernière lettre, dattée +du 20. Juin 1754. Je l'ai reçuë en Janvier dernier pendant que j'étois à +Boston dans la nouvelle Angleterre, & depuis ce tems-là j'ai été si +occupé de mes voyages en différens endroits & des affaires publiques, +que je suis extrêmement en arrière avec mes correspondans. + +Je vous envoyai l'année dernière un manuscrit qui contient quelques +nouvelles expériences & des observations sur la foudre; je ne sçai si +vous l'avez reçu, mais il a été imprimé depuis à Londres, & j'imagine +que notre bon ami M. Collinson vous en aura envoyé une copie. + +Je vous remercie de la bonté que vous avez euë de m'envoyer les quatre +volumes de l'histoire naturelle de M. de Buffon, les cartes, &c. + +Vous me demandez mon sentiment sur le livre Italien du P. Beccaria. Je +l'ai lû avec beaucoup de plaisir, & je le regarde comme un des meilleurs +ouvrages que j'aie vûs dans aucune langue sur cette matière; cependant +je ne suis pas pour le présent de son sentiment sur l'article des +jets-d'eau; néanmoins je conviendrai avec vous qu'il l'a traité avec +beaucoup de finesse. Il y a quelque tems que j'ai écrit fort au long à +M. Collinson ce que je pensois des tourbillons & des jets-d'eau; je ne +sçai si on le publiera; en cas qu'on ne le fasse pas, je le ferai +transcrire pour vous. + +Je ne vois pas que le P. Beccaria doute de l'imperméabilité absoluë du +verre, dans le sens que je l'entens; car les exemples qu'il rapporte de +trous faits au verre par le coup électrique, sont les mêmes que nous +connoissons tous; il prouve seulement que le fluide électrique n'y +passeroit pas sans le trou qu'il y fait. Nous disons de même que l'eau +ne peut pas passer au travers du verre, & cependant le jet-d'eau d'une +pompe percera les carreaux de vitre les plus épais. + +Pour ce qui regarde l'effet des pointes, de tirer la matière électrique +des nuages & de préserver de cette forte les bâtimens, &c. effet dont +vous me dites qu'il semble douter, je vous avouërai que je crois que +c'est modestie & prudence de sa part. Je trouve qu'on ne m'a pas entendu +tout à fait sur ce sujet. J'en ai parlé dans plusieurs de mes lettres & +toujours, excepté une seule fois, _avec une alternative_, c'est-à-dire +que les verges pointuës élevées sur les bâtimens, & qui communiquent +avec la terre humide empêcheroient le coup de foudre, ou que si elles ne +le faisoient pas, elles le conduiroient de manière que le bâtiment n'en +seroit pas endommagé. Malgré cela quand on éxamine mon opinion en +Europe, on ne fait attention qu'à la probabilité que ces verges +préviennent un coup ou une explosion; ce n'est qu'une partie de l'usage +que je proposois de faire de ces verges; quoique l'autre partie soit +d'une importance & d'une utilité égales, puisqu'elle consiste à conduire +un coup qu'elles n'auroient pas réussi à prévenir, il semble qu'on l'ait +totalement oubliée. + +Je serai fort aise de connoître les expériences de M. le Roy sur +l'électricité positive & négative, quand vous pourrez me les +communiquer. + +Je vous remercie de m'avoir fait part de la relation que M. de Buffon +vous a donnée d'un effet de la foudre tombée à Dijon le 7. de Juin +dernier; en revanche permettez-moi de vous parler d'un événement de la +même sorte que j'ai vû dernièrement. Étant dans la Ville de Newbury dans +la nouvelle Angleterre en Novembre dernier, on me montra l'effet de la +foudre sur l'Église qui en avoit été frappée peu de mois auparavant. + +Le clocher étoit une tour quarrée de bois élevée de 70. pieds depuis le +sol jusqu'à l'endroit où la cloche étoit suspenduë; au-dessus s'élevoit +une pyramide aussi de bois, haute de plus de 70. pieds jusqu'à la +girouette ou au coq. Près de la cloche étoit attaché un marteau de fer +pour frapper les heures; du bout du manche descendoit un fil-d'archal +par un petit trou de foret dans le plancher au-dessus duquel étoit la +cloche, & de même au travers d'un second plancher; sous le plat-fond en +plâtre de ce second plancher, & très-près couloit horizontalement le +fil-d'archal jusqu'auprès d'une muraille de plâtre, le long de laquelle +il descendoit à l'horloge, qui étoit 20. pieds au-dessous de la cloche. +Ce fil-d'archal n'étoit pas plus gros qu'un lacet ordinaire. + +La pyramide fut toute mise en piéces par la foudre, & les éclats en +furent poussés de tous les côtés sur la place où l'Église étoit bâtie, +ensorte qu'il ne resta rien au-dessus de la cloche. La foudre passa +entre le marteau & l'horloge dans ce fil-d'archal sans offenser les +planchers, sans y produire aucun effet, si ce n'est d'agrandir un peu +les trous de foret, sans endommager la muraille de plâtre ni aucune +partie du bâtiment jusqu'à l'extrémité de ce fil-d'archal & de celui du +pendule de l'horloge, ce dernier étoit de la grosseur d'une plume d'oye. +Depuis l'extrémité du pendule jusqu'à la terre le bâtiment étoit fendu & +excessivement endommagé; des pierres avoient été arrachées des fondemens +& jettées es à la distance de 20. ou 30. pieds. L'on ne pût retrouver +aucune partie du petit fil-d'archal en question entre l'horloge & le +marteau, si ce n'est environ deux pouces qui pendoient au manche du +marteau, & environ autant qui étoit attaché à l'horloge, le reste étant +sauté, & ses particules dissipées en fumée & en parties insensibles, +comme il arrive à la poudre à canon à l'approche du feu ordinaire. On +voyoit seulement une trace noire & sale large de trois ou quatre pouces, +plus obscure dans le milieu, plus foible vers le bord sur le plâtre le +long du plat-fond sous lequel il passoit, & de haut en bas du mur. Voilà +les effets & les apparences sur lesquels je ferai le peu de remarques +qui suivent, sçavoir. + +1º. Que la foudre dans son passage au travers d'un bâtiment, quittera le +bois pour passer dans le métal autant qu'elle le pourra, & ne rentrera +point dans le bois que le conducteur de métal ne finisse. J'ai fait la +même observation dans d'autres occasions par rapport aux murailles de +briques ou de pierres. + +2º. La quantité de matière fulminante qui passa au travers de ce clocher +doit avoir été bien grande à en juger par ses effets sur cette haute +pyramide au-dessus de la cloche & sur toute la tour quarrée au-dessous +de l'extrémité du pendule de l'horloge. + +3º. Quelque grande qu'ait été cette quantité, elle a été conduite par un +petit fil-d'archal & un pendule d'horloge, sans que le bâtiment ait été +endommagé le long de ces fils. + +4º. La verge du pendule étant d'une grosseur suffisante, conduisit la +foudre, sans en être offensée; mais le petit fil fut entièrement +détruit. + +5º. Quoique le petit fil air été détruit, il avoit conduit la foudre & +préservé le bâtiment. + +6º. Et de toutes ces circonstances il paroît plus que probable que si un +petit fil semblable avoit été étendu depuis la verge de la girouette +jusqu'à la terre avant l'orage, ce coup de foudre n'auroit causé aucun +dommage au clocher, quoique le fil même eût été détruit. + +Je sens que l'histoire naturelle de M. de Buffon me fera beaucoup de +plaisir & m'instruira infiniment. Assurez-le, je vous prie, de mes +respects aussi bien que M. de Fontferriere, qui m'ont donné l'un & +l'autre des marques de leur souvenir dans votre dernière Lettre. Je +suis, &c. + +B. Franklin. + +_FIN._ + + + + +TABLE +DES MATIERES. + +_Agitation_ de l'eau favorable à l'évaporation, _tom._ II. _pag._ 6. + +_Aigrette_ (l') montre d'où vient le feu, II. 168. + +_Aiguille_ couchée sur un boulet de fer, ou au bout du canon empêche de +les électriser, I. 239. + +_Aiguille_ de boussole pirouette près du premier conducteur, II. 156. + +_Aiguille_ décharge le conducteur en un instant, I. 239. + +_Air_: sa circulation, II. 32. + +_Air_ sec, ce que c'est, I. 44. + +_Air_ (l') n'est point affecté par l'électricité, I. 45. + +_Air_ comprimé par les vents, &c., condensé par la perte du feu, tombe +en rosée, II. 13. + +_Air_: ses courans différens, II. 27. + +_Air_ (l') est électrique & n'est point conducteur de l'électricité, I. +42 II. 2. + +_Air_ frais après l'orage, II. 32. + +_Air_ raréfié par le feu commun, II. 9. + +_Air_ (l') s'abaisse dans les zones froides, II. 27. + +_Air_ (l') s'élève dans la zone torride, II. 27. + +_Allumer_ par l'électricité une chandelle qui vient d'être éteinte, I. +94. + +_Amazones:_ rivière des... II. 19. + +_Analyse_ de la bouteille électrisée, II. 140-160. + +_Andes:_ montagne des... II. 18. + +_Angles_ aigus d'un corps surchargé d'électricité se déchargent en +l'air, I. 22. + +_Araignée_ factice & animée, I. 96. + +_Argent_ fondu à froid dans la bourse, II. 40. + +_Atmosphère_ électrique, I. 8. + +_Atmosphère_ électrique par sa fluidité & sa répulsion coule pour +remplir l'endroit d'où l'on tire, I. 20. 21. + +_Attraction_ des particules d'eau, II. 10. + +_Aveuglement_ causé par la foudre, II. 48. + +_Aveuglement_ causé par l'électricité, II. 48. + +_Aurore_ Boréale: son explication, II. 32. + +B + +_Baguette_ de métal reçoit l'électricité & la transmet dans l'instant, +I. 223. + +_Baguette_ de verre ne conduit point un choc, I. 224. + +_Baisers_ électriques, I. 95. + +_Balances_ suspenduës au plancher, I. 242. + +_Balances_ déchargées en silence par une aiguille, I. 243. + +_Balles_ (deux) de liége suspenduës au conducteur, I. 114. + +_Batterie_ électrique, I. 160. + +_Bermudes:_ Isle peu sujette au tonnerre, II. 41. + +_Bois_ sec est électrique, I. 138. + +_Boule_ de liége électrisée tournée en l'air, I. 44. + +_Boule_ de liége suspenduë entre le fil-d'archal de la bouteille & un +fil de fer attaché au bas de la bouteille, jouera entre ces fils, I. 64. + +_Boule_ de liége charrie le feu électrique du haut au bas de la +bouteille, I. 64. + +_Boule_ de liége suspenduë encre deux livres couchés sur des verres, I. +79. + +_Boule_ de liége suspenduë entre deux bouteilles chargées semblablement +& différemment, I. 128. + +_Boules_ de liége suspenduës à des fils de lin, II. 281. + +_Boules_ électrisées différemment, remises dans leur état naturel, I. +15. & 16. + +_Boulet_ de fer électrisé, I. 192. 235. + +_Boussoles_ dérangées par le tonnerre, II. 134. + +_Bouteille_ électrique ne reçoit plus de feu intérieurement quand elle +est épuisée extérieurement, I. 49. + +_Bouteille_ chargée par le globe de verre & déchargée par le globe de +soufre, II. 159. + +_Bouteille_ électrisée mise sur un corps électrique conserve son feu, I. +59. + +_Bouteille_ chargée entre le verre & le soufre, II. 159. + +_Bouteille_ électrisée attire & ensuite repousse par son fil-d'archal +une boule de liége, & attire la même boule présentée à son côté, I. 55. + +_Bouteille_ (la) n'a pas la même atmosphère électrique en dedans & en +dehors, I. 56. + +_Bouteille_ (la) sur de la cire peut être déchargée par un fer courbé, +ou par partie, ou tout d'un coup, I. 68. + +_Bouteille_ (une) sur laquelle on auroit établi une communication de son +fil-d'archal à son côté, ne sçauroit être électrisée, & pourquoi, I. 73. + +_Bouteille_ sale & humide en dehors ne sçauroit être électrisée & +pourquoi, I. 74. + +_Bouteille_ (la) s'électrise par le côté aussi bien que par le crochet, +I. 120. + +_Bouteilles_ chargées de la même & de différentes manières, I. 120-131. + +_Bouteille_ (la) électrisée ne se décharge point sans communication +non-électrique, I. 131. + +_Bouteilles_ suspenduës l'une à la queuë de l'autre se chargent toutes +en même tems, I. 135. + +_Bouteille_ mince d'un pouce de diamètre donne un coup prodigieux, I. +186. + +_Bouteille_ électrique chargée de son propre feu, I. 102. + +_Broche_ électrique. I. 176. + +C + +_Canal_ ouvert à l'une de ses extrémités, II. 31. + +_Canons_ (deux) unis lancent leurs étincelles à deux pouces de distance, +II. 26. + +_Canton:_ (Jean) ses expériences, II. 280. + +_Capitaines_ de vaisseaux: leur témoignage, II. 41. + +_Carreau_ de verre électrisé entre deux plaques de plomb, I. 142. + +_Carillon_ électrique, I. 183. II. 130. + +_Cercles_ de carton représentant les nuages de mer & de terre, II. 22. + +_Cerf volant_ de M. Franklin, II. 182. + +_Chaîne_ déployée susceptible de plus d'électricité, II. 221. + +_Chaleur_ du soleil ne détruit point l'électricité, I. 242. + +_Chaleurs_ suivies d'orages, II. 33. + +_Chandelle_ rallumée, I. 94. + +_Charge_ & décharge: leur signification, I. 129. + +_Charge_ & décharge de la rouë électrique, I. 181. 182. + +_Chute_ soudaine de pluyes après les éclairs, II. 21. + +_Circulation_ de l'air, II. 32. + +_Cire_ (la) peut être électrisée positivement & négativement, II. 296. + +_Colophone_ séche enflammée, II. 37. + +_Communication_ avec le plancher n'est point nécessaire pour qu'on +reçoive la commotion, I. 53. + +_Communication_ directe entre les surfaces rétablit dans l'instant +l'équilibre dans la bouteille, I. 69. + +_Communication_ du feu électrique se fait avec craquement, I. 30. + +_Communication_ extérieure non-électrique nécessaire pour rétablir +l'équilibre, I. 139. + +_Conducteurs_ & non conducteurs, I. 39. + +_Conducteur_ d'électricité, sa construction, I. 28. + +_Conducteur_ (le) entre deux globes de différente nature, II. 164. + +_Conducteur_ qui frappe à deux pouces, I. 29. + +_Conducteur_ s'avance vers le corps émoussé, I. 31. + +_Conducteur_ arrêté ou repoussé par une pointe, I. 31. + +_Conducteur_ (le) ne donne point d'étincelles, quand la communication du +coussin au plancher est interrompuë, I. 101. + +_Conjectures_ nouvelles sur la théorie du tonnerre, II. 211. + +_Conjurés_ (les), I. 172. + +_Conséquences_ pernicieuses d'une plus grande proportion d'électricité, +I. 10. + +_Conviction_ que la matière électrique pénètre les corps, I. 5. + +_Convulsion_ causée par le passage subit du feu électrique dans les +membres, I. 53. + +_Corps_ électrisé positivement repousse une plume électrisée; quand il +l'est négativement ou dans l'état commun, il l'attire, I. 80. + +_Corps_ électrisés négativement se repoussent comme s'ils l'étoient +positivement, I. 67. 193. + +_Corps_ (les) électriques contiennent plus d'électricité, I. 9. + +_Corps_ (les) électriques, comme le verre, ne souffrent de changement +que d'une surface à l'autre, I. 222. + +_Corps_ émoussé ne tire l'électricité qu'à trois pouces, I. 30. + +_Corps_ (les) ne tirent pas l'électricité proportionnellement à leurs +masses, I. 24. + +_Corps_ non-électriques servent au verre, comme l'armure à la pierre +d'aimant, I. 144. + +_Corps_ non électriques susceptibles de plus & de moins d'électricité, +I. 222. + +_Corps_ non-électrique souffre du changement dans sa quantité +d'électricité, I. 223. + +_Couleur_ bleuë donnée à l'acier, II. 147. + +_Courans_ d'air différens, II. 27. + +_Courans_ d'air différens occasionnent l'attraction des nuages & leurs +mouvemens, II. 27. + +_Courant_ d'air n'électrise point, II. 192. + +_Courant_ de fontaine électrisé, II. 4. + +_Coussin_ (le) sur une lame de verre, I. 101. + +D + +_Décharge_ nécessaire pour les observations du tonnerre, II. 129. + +_Delaware_ rivière, I. 194. + +_Déluges_ de pluyes, II. 19. + +_Deux_ personnes sur de la cire, l'une frotte le tube, l'autre le +touche, I. 88. + +_Deux_ sortes d'électricité, II. 156. + +_Différence_ de la matière commune & de la matière électrique, I. 5. + +_Différence_ entre un corps non-électrique & le verre, I. 222. + +_Différence_ des corps électrisés au dedans & au dehors de la bouteille, +I. 47. + +_Différence_ entre un corps électrique & un corps non-électrique, I. 36. + +_Dindon_ tué d'un coup d'électricité, I. 195. II. 303. + +_Direction_ (la) du feu électrique étant différente dans la charge, +l'est aussi dans la décharge, I. 120. + +_Direction_ du fluide électrique le long des conducteurs, II. 230. + +_Dorure_ percée par le feu électrique, I. 184. + +_Dorure_ (la) sur un livre ne conduit plus le choc après dix ou douze +coups, I. 191. + +_Dorure_ sur un livre découverte, par un coup d'électricité, II. 49. + +E + +_Eau_, corps non-électrique, II. 7. + +_Eau_ raréfiée susceptible de plus d'électricité, II. 217. + +_Eau_ (l') transmet fort bien l'électricité, I. 190. + +_Eclairs_, II. 18. + +_Eclairs_ sur un livre entouré d'un double filet d'or, I. 98. + +_Eclairs:_ imitation des... I. 94. + +_Eclats_ de tonnerre, II. 32. + +_Effet_ de deux bouteilles, l'une pleinement chargée, & l'autre +nullement, I. 127. + +_Effet_ étonnant des pointes, I. 235. + +_Effets_ opposés du soufre & du verre, II. 158-161. + +_Effet_ du tonnerre à Newbury, II. 313. + +_Effet_ d'un corps émoussé, I. 236. + +_Effet_ de l'air sur la matière électrique, I. 42. + +_Effluves_ salutaires des corps non-électriques, impossibles à tirer par +l'électricité, I. 225. + +_Elancemens_ de lumière du nord au sud, II. 31. + +_Elasticité_ comparée à l'électricité, I. 137. + +_Electricité_ de deux sortes, II. 156. + +_Electricité_ détruite par du sable, le souffle, la fumée de bois, de +chandelle, de charbon, de fer, &c., I. 240. + +_Electricité_ (l') réside dans le verre, I. 144. + +_Electricité_ (l') se tire plus facilement des angles que des surfaces, +I. 22. + +_Electricité_ (l') ne paroît plus après l'attouchement, I. 91. + +_Electricité_ vitrée & résineuse, II. 156-172. + +_Electriser_ positivement ou en plus, I. 77-80. 89-95. + +_Electriser_ négativement ou en moins, I. 78-80. 89-93. + +_Elévation_ des vapeurs favorisée par le feu commun & par le feu +électrique, II. 4. 9. + +_Eminences_ (les) attirent les nuages, II. 33. + +_Epée_ fonduë dans le fourreau, II. 40. + +_Epuisement_ du coussin, I. 102-114. + +_Equilibre_ du feu électrique dans les surfaces de la bouteille, I. 48. + +_Equilibre_ (l') de l'électricité ne se rétablit point à travers le +verre, I. 49. + +_Equilibre_ (l') ne se rétablit dans les surfaces que par une +communication non-électrique, I. 50. + +_Equilibre_: moyen de le rétablir, I, 53. 68. + +_Erreur_ de M. Watson, I. 93. + +_Esprits_ allumés par & au travers de la rivière, I. 194. + +_Esprits_ enflammés sans avoir été chauffés, I. 232. + +_Essence_ (l') du verre semble consister dans son électricité, I. 187. + +_Etincelles_ frappent plus loin, à proportion que le feu électrique est +plus fort, I. 245. II. 26. + +_Etincelle_ grande ou petite pour l'inflammation des esprits, II. 36. + +_Etincelle_ électrique déchire en perçant le papier, II. 40. + +_Etincelle_ tirée de deux personnes électrisées différemment, I. 88. + +_Etincelle_ plus forte entr'elles, I. 89. + +_Expansion_ égale de la matière électrique dans la totalité d'une masse, +I. 6. + +_Expérience_ de Leyde avec un carreau de verre, I. 143. + +_Expérience_ de Marly-la-Ville, II. 99-125. + +_Expérience_ qui prouve que la matière raréfiée est susceptible de plus +d'électricité, II. 221. + +_Expériences_ de M. Jean Canton, II. 280. + +_Explication_ de plusieurs phénomènes, I. 89. 90. + +_Explication_ de ce qui se passe dans le globe lorsqu'on le frotte, I. +212. + +_Explosion_ (l') est la même si tenant la bouteille par le crochet on la +touche au côté, ou au contraire, I. 119. + +_Explosion_ (l') n'électrise point celui qui tient la bouteille & la +touche, I. 81. + +_Explosion_ (l') n'électrise point, I. 115-118. + +F + +_Feu_ commun répandu dans tous les corps, II. 35. + +_Feu_ électrique ne peut être tiré d'un côté s'il n'en entre d'un autre, +I. 51. + +_Feu_ (le) électrique passe du fil-d'archal au doigt qui touche, & non +au contraire, I. 54. + +_Feu_ électrique: moyen de le faire circuler, I. 74. + +_Feu_ (le) électrique doit sortir par où il est entré, I. 120. + +_Feu_ électrique attiré par l'eau, II. 2. + +_Feu_ électrique (le) qui sort de l'extérieur de la bouteille, n'est pas +le même que celui qui entre dans l'intérieur, I. 200. + +_Feu_ électrique répandu dans toute la matière, I. 207. + +_Feu_ électrique rassemblé & non créé par le globe frotté, II. 6. + +_Feu_ électrique rassemblé par l'agitation sur la mer, II. 7. + +_Feu_ électrique d'un nuage de 10000. âcres, II. 26. + +_Feu_ électrique visible en sautant des intervalles & invisible le long +des corps denses & unis, II. 29. + +_Feu_ électrique visible sur un feüille d'or, & pourquoi, II. 30. + +_Feu_ électrique & feu commun ne sont point incompatibles, II. 35. + +_Feu_ électrique agit sur le feu commun, & produit l'inflammation, II. +36. + +_Feu_ électrique paroît sur le coussin qui frotte, I. 213. + +_Feu_ électrique se transporte dans & à travers les corps +non-électriques, & non pas à travers le verre, I. 198. 223. + +_Feüille_ d'or entre deux lames de métal, dont l'une électrisée, & +l'autre non, II. 58. + +_Feüille_ d'or plus près de la lame non-électrisée, II. 60. + +_Feüille_ d'or bien aiguë se soutient près du conducteur sans lame +inférieure, II. 63. + +_Fil_-d'archal détruit par la foudre, II. 319. + +_Fil_ de lin suspendu près du ventre de la bouteille est attiré à chaque +fois que l'on touche le fil-d'archal, I. 62. + +_Filet_ d'or sur un livre ne peut conduire parfaitement qu'un seul choc, +& pourquoi, II. 57. + +_Fluide_ électrique ne traverse point le verre, I. 197. + +_Fluide_ électrique passe par une fêlure, I. 199. + +_Fluide_ électrique toujours prêt, I. 207. + +_Fluide_ électrique ne se fixe point dans le verre, mais y séjourne sans +adhérence, I. 207. + +_Force_ attractive proportionnée aux surfaces, & non pas aux masses, I. +25. + +_Force_ (la) de l'électricité est sans bornes, II. 153. + +_Forme_ de l'atmosphère électrique, I. 16. + +_Foudre_ (la) déchire, II. 40. + +_Franklin_ (M.) rudement frappé, II. 304. + +_Froid_ (le) diminue le feu commun, & non le feu électrique, II. 14. + +_Frottement_ (le) enflamme le bois sec, II. 37. + +_Frottement_ (le) d'un corps non-électrique contre un corps électrique +produit le feu électrique, II. 6. + +_Fumée_ de résine séche ne détruit pas l'électricité & forme une +atmosphère, I. 241. + +_Fusion_ à froid, II. 51. + +_Fusion_ des métaux sans chaleur, II. 56. + +G + +_Glace_ (la) ne conduit pas l'électricité, I. 190. + +_Glace_ de 1200. pouces quarrés, ses effets, I. lxxxij. 172. + +_Globe_ frotté: comment il rassemble le fluide électrique, I. 214. II. 6. + +_Globe_ doublé donne peu ou point de feu électrique, I. 214. + +_Globe_ moüillé intérieurement ne rend point de feu, I. 215. + +_Globe_ de cuir, II. 179. + +H + +_Habits_ mouillés sont un préservatif contre les coups de foudre, II. 34. + +_Homme_ (un) sur de la cire à qui l'on donne à toucher le fil-d'archal +de la bouteille électrisée, est électrisé de plus en plus, I. 77. + +_Homme_ (un) sur de la cire tient la bouteille électrisée, & vous en +fait toucher le fil-d'archal, il est électrisé de moins en moins, I. 78. + +_Homme_ (un) sur de la cire peut être électrisé plusieurs fois par un +autre qui lui présente le fil-d'archal de la bouteille, mais il ne peut +s'électriser lui-même en la tenant. Moyen de le reconnoître, I. 81. + +_Huile_ de térébentine mise en expérience, I. 226. + +I + +_Idendité_ de la matière du tonnerre & de l'Electricité, II. 120. 185. + +_Idée_ d'un nouveau globe, II. 179. + +_Imitation_ des éclairs, I. 94. + +_Importance_ de connoître les loix de la nature, indépendamment du +comment & du pourquoi, I. 27. + +_Imperméabilité_ du verre, I. 208. + +_Impossibilité_ de s'électriser soi-même, I. 87. + +_Inflammation_ des esprits, I. 94. + +_Inflammation_ de la poudre, II. 149. + +_Irrégularité_ des éclairs, II. 33. + +L + +_Liqueur_ purgative mise dans la fiole électrique, I. 229. + +_Lumière_ brillante à la pointe d'un poinçon, I. 237. + +_Lumière_ paroît au bout d'une pointe, I. 30. + +M + +_Magnétisme_ communiqué par l'électricité, II. 135-142. + +_Magnétisme_ effet de l'électricité, II. 141. + +_Main_ de papier percée par l'étincelle, I. 171. + +_Matière_ commune éponge de la matière électrique, I. 6. + +_Matière_ électrique, sa subtilité, I. 4. + +_Matière_ électrique pénètre les métaux sans résistance, I. 4. + +_Matière_ (toute) ne contient & ne retient pas également l'électricité, +I. 8. + +_Matière_ (la) contient autant d'électricité qu'elle en peut contenir, +I. 8. + +_Matière_ (la) du tonnerre & la matière électrique sont la même, II. +120. 185. + +_Matière_ supposée dépourvuë de fluide électrique, I. 12. + +_Matières_ non-électriques mêlées dans l'air, I. 22. + +_Métaux_ fondus par la foudre, II. 38. + +_Métaux_ fondus d'un coup d'électricité, II. 39. + +_Métaux_ (les) & l'eau conducteurs parfaits, I. 29. & 40. + +_Montagnes_ attirent les nuages de mer, II. 17. + +_Mort_ de M. Richman, II. 127. + +_Moyen_ de toucher le fil-d'archal de la bouteille électrisée, sans +tirer d'étincelle, I. 120. + +_Moyen_ de connoître si les nuées, orageuses sont électrisées +positivement ou négativement, II. 195. + +_Moyen_ de rendre bien sensible le feu électrique en passant du +fil-d'archal au côté de la bouteille, I. 82. 85. + +_Moyen_ de prendre la bouteille par le crochet, I. 120. + +_Moyen_ de dissiper le tonnerre, II. 44. + +_Moyen_ de reconnoître si les nuages orageux sont électrisés ou non, II. +45. + +_Moyen_ de prévenir le danger de l'épreuve, II. 47. + +_Moyen_ (seul) de mettre en mouvement le fluide électrique du verre, I. +204. + +_Moyen_ simple de reconnoître si l'électricité est positive ou négative, +II. 174. + +N + +_Neige_ électrique, II. 243. + +_Nuages_ de mer sont électriques, II. 8. + +_Nuages_ de terre peu électrisés retombent sur la terre, II. 15. + +_Nuages_, de mer électrisés s'élevent fort haut & son poussés très-loin, +II. 15. + +_Nuages_ attirés par l'électricité, II. 24. + +_Nuages_ à différentes hauteurs tiennent des routes différentes, II. 27. + +_Nuages_ électrisés négativement, II. 198. + +_Nuage_ électrisé positivement, II. 200. + +O + +_Objection_ contre la nouvelle hypothèse du tonnerre, II. 226. + +_Océan_ (l') composé d'eau & de sel, II. 7. + +_Odeur_ du fluide électrique toujours la même, I. 230. + +_Ondées_, II. 18. + +_Orages_ après les grandes chaleurs, II. 33. + +P + +_Papier_ (main de) percée par l'étincelle, I. 171. + +_Papier_ percé & noirci par l'étincelle, I. 185. + +_Particules_ de matière électrisée se repoussent mutuellement, I. 209. +II. 4. + +_Particules_ d'air, dures, rondes, désunies, II. 8. + +_Particules_ d'air allégées par le feu commun & par l'eau électrisée +s'élevent, II. 11. + +_Particule_ d'air environnée de douze particules d'eau, II. 12. + +_Particules_ d'eau s'attachent aux particules d'air, II. 8. + +_Particules_ d'eau rassemblées forment la pluye, II. 13. + +_Particules_ électriques attirées par la matière, I. 5. + +_Particules_ électriques ne traversent point le verre, mais leur +répulsion le traverse, I. 209. + +_Particules_ électriques, quoique mutuellement répulsives, sont +rapprochées par l'attraction du verre, I. 209. + +_Partie_ de plaisir, I. 194. + +_Parties_ composantes du verre extrèmement déliées, I. 206. + +_Passages_ de l'état électrique négatif au positif, II. 243. + +_Pays_ sans montagnes peut-être arrosé, II. 20. + +_Peinture_ sur la dorure emportée par le tonnerre, II. 49. + +_Philadelphie_, I. 194. + +_Plein_ (le) & le vuide de feu électrique se trouvent dans la bouteille, +I. 52. + +_Plein_ (le) & le vuide électrique pressent violemment, l'un pour se +dilater, & l'autre pour se remplir, I. 53. + +_Plomb_ granulé meilleur que l'eau, I. 94. + +_Plume_ attirée dans un vase scellé hermétiquement, I. 197. + +_Plus_ & moins merveilleusement combinés, I. 52. + +_Plus_ la pointe est aiguë, plus elle tire de loin, I. 23. + +_Pointes_ (les) poussent aussi bien qu'elles tirent, I. 22. 23. 238. + +_Pointes_ (les) tirent aussi bien qu'elles poussent, I. 23. 239. + +_Pointe_ (la) d'une aiguille présentée à douze pouces; empêche de +charger le conducteur, I. 29. + +_Pointe_ (la) électrise un homme sur de la cire, I. 30. + +_Poisson_ d'or, II. 64. + +_Pôles_ d'une aiguille aimantée changés par le coup fulminant, II. 135. + +_Pores_ du verre extrèmement petits, I. 206. + +_Pores_ du verre impénétrables à toute autre matière que celle du feu & +de l'électricité, I. 207. + +_Poudre_ à tirer enflammée, II. 149. + +_Poulet_-d'inde de dix livres tué, II. 303. + +_Preuve_ que le feu électrique poussé dans une bouteille à travers le +fil-d'archal ne la traverse pas, I. 200. + +_Preuves_ que l'explosion n'électrise point, I. 115-118. + +_Proportion_ des deux feu pour l'inflammation, II. 36. + +_Proportions_ des conducteurs pour le tonnerre, II. 233. + +Q + +_Quantité_ étonnante d'électricité contenuë dans la plus petite portion +de verre, I. 186. + +_Quantité_ égale d'électricité dans les deux surfaces du verre, I. 210. + +_Questions_ sur la formation du tonnerre & de l'aurore boréale, II. 301. + +R + +_Rat_ moüillé ne peut être tué par l'électricité, II. 35. + +_Remarques_ de M. Colden sur les lettres de M. l'Abbé Nollet, II. 247. + +_Rencontre_ de plusieurs nuages de mer & de terre, II. 24. + +_Répulsion_ des particules de matière électrique, I. 5. + +_Répulsion_ d'une boule de liége suspenduë, I. 192. + +_Répulsion_ de la boule de liége détruite, I. 192. + +_Répulsion_ des particules d'air favorisée par le feu commun & par le +feu électrique, II. 9. + +_Répulsion_ mutuelle des particules électriques, I. 209. + +_Retraite_ sous un arbre pendant l'orage, dangereuse, II. 34. + +_Richman_ (M.) tué par l'électricité naturelle, II. 127. + +_Rouës_ de moulin à vent & à eau, I. 85. 86. + +_Roué_ électrique, première construction, I. 172. + +_Rouë_ électrique, deuxiéme construction, I. 179. + +S + +_Sel_, corps électrique, II. 7. + +_Skuilkil_, rivière, I. 194. + +_Silence_ du carillon électrique, II. 300. + +_Soleil_, sa chaleur ne détruit point l'électricité, I. 242. + +_Soleil_ semble fournir le feu commun, II. 13. + +_Soufre_ (le) électrise négativement, II. 167. + +_Sphères_ électriques tournées par une manivelle, I. 99. + +_Sphère_ d'attraction électrique, II. 25. + +_Subtilité_ des particules électriques, I. 4. + +_Surfaces_ d'une bouteille électrisée sont l'une pleine & l'autre vuide, +I. 210. + +_Surfaces_ ne peuvent agir l'une sans l'autre, I. 136. + +_Surfaces_ du verre, longueur, largeur & moitié d'épaisseur, I. 205. + +T + +_Tableau_ magique, sa description, son effet, I. 167. + +_Tabouret_ électrique, II. 46. + +_Tache_ bleuë sur une plaque d'argent, II. 187. + +_Taches_ métalliques sur le verre, II. 53. + +_Tasses_ électrisées, I. 195. + +_Thérébentine_ (huile de) ne change point l'odeur de la matière +électrique, I. 228. + +_Terre_ séche empêche le choc, I. 189. + +_Terre_ (la) frape les nuages, II. 205. + +_Tonnerre_ artificiel, _hist. a._ I. lxxxii. + +_Tonnerre_ s'entend rarement en pleine mer, II. 40. + +_Triangle_ équilatéral formé par trois particules d'air, I. 12. II. 9. + +_Triangles_ resserrés ou étendus, I. 13. II. 9-12. + +_Tube_ frottée d'une peau de chamois, I. 98. + +_Tube_ doublé d'un corps non-électrique, I. 215. + +_Tube_ peut servir de bouteille pour l'expérience de Leyde, moyen, I. +217. + +_Tube_ épuisé d'air, I. 219. + +V + +_Vapeurs_ de l'eau électrisée le sont aussi, II. 3. + +_Vapeurs_ plus abondantes de l'eau électrisée, II. 11. + +_Vapeurs_ de la mer électrisées, II. 15. + +_Vapeurs_ élevées dans la zone torride s'abaissent dans les zones +froides & lancent des éclairs, II. 28. + +_Vapeurs_ sulphureuses de la terre aisément enflammées par la foudre, +II. 38. + +_Vents_ de terre sont secs, II. 15. + +_Verge_ de fer de vingt ou trente pieds, II. 46. + +_Verges_ de fer pointuës, leur effet, II. 237. + +_Vernis_ dur & sec brûlé par l'étincelle, I. 185. + +_Verre_ (le) contient beaucoup d'électricité, I. 38. 138. 202. + +_Verre_ (le) a toujours la même quantité d'électricité, I. 138. + +_Verre_ brisé par l'électricité, I. 186. + +_Verre_ contient plus d'électricité, & la retient plus fortement, I. 9. +183. + +_Verre_ n'est par lui-même susceptible ni de plus ni de moins +d'électricité, I. 131-136. + +_Verre_ imperméable à l'électricité, I. 197-212. + +_Verre_ (le) électrise positivement, II. 167. + +_Usages_ de l'électricité avantageux, mais inconnus, I. 10. + +_Usages_ du carillon, II. 132. + + +Fin de la Table des matières. + + + +De l'Imprimerie de la Veuve DELATOUR. + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Expériences et observations sur +l'électricité faites à Philadelphie en Amérique, by Benjamin Franklin + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OBSERVATIONS SUR L'ELECTRICITE *** + +***** This file should be named 27610-8.txt or 27610-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/2/7/6/1/27610/ + +Produced by Sébastien Blondeel, Carlo Traverso, Rénald +Lévesque and the Online Distributed Proofreading Team at +https://www.pgdp.net (This file was produced from images +generously made available by the Bibliothèque nationale +de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Expériences et observations sur l'électricité faites à Philadelphie en Amérique + +Author: Benjamin Franklin + +Translator: Thomas-François d'Alibard + +Release Date: December 25, 2008 [EBook #27610] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OBSERVATIONS SUR L'ELECTRICITE *** + + + + +Produced by Sébastien Blondeel, Carlo Traverso, Rénald +Lévesque and the Online Distributed Proofreading Team at +https://www.pgdp.net (This file was produced from images +generously made available by the Bibliothèque nationale +de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) + + + + + + +</pre> + + + + +<br><br> + + + + + +<h1>EXPÉRIENCES</h1> + +<h4>ET</h4> + +<h2>OBSERVATIONS</h2> + +<h4>SUR</h4> + +<h1>L'ÉLECTRICITÉ</h1> + +<h5>FAITES</h5> + +<h5><i>À PHILADELPHIE EN AMÉRIQUE</i></h5> + +<h5>PAR</h5> + +<h2>M. BENJAMIN FRANKLIN;</h2> + +<h6>& communiquées dans plusieurs Lettres à M. P. +COLLINSON, de la Société Royale de Londres.</h6> + +<h4><i>Traduites de l'Anglois.</i></h4> + +<h3>SECONDE ÉDITION</h3> + +<h5><i>Revue, corrigée & augmentée d'un supplément considérable +du même Auteur, avec des Notes & des +Expériences nouvelles.</i></h5> + +<h3><i>Par M.</i> d'ALIBARD.</h3> +<br> +<h3>TOME PREMIER.</h3> +<br> +<p class="mid">A PARIS<br> + +Chez DURAND, rue du Foin, au Griffon.</p> +<hr class="short"> + +<h3>M. DCC. LVI.</h3> + +<h4><i>Avec Approbation & Privilège du Roi.</i></h4> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head1.png"></p> + +<h2>À SON ALTESSE<br> + +SÉRÉNISSIME<br> + +MONSEIGNEUR<br> + +LE COMTE<br> + +DE LA MARCHE.</h2> +<br> + +<p><span class="lef"><img alt="" src="images/M.png"></span><br><br><br>ONSEIGNEUR,</p> +<br> +<p><i>La permission que VOTRE +ALTESSE SÉRÉNISSIME veut bien me donner de faire +paroître cette Traduction sous +son auguste nom, est une suite +des bontés dont Elle a daigné +m'honorer dès sa plus tendre +jeunesse. Cet hommage public +est en même tems un tribut de +ma reconnoissance & de l'ancien +& très-respectueux attachement +que j'ai toujours eu +pour la personne de VOTRE +ALTESSE SÉRÉNISSIME. +Son amour pour les Sciences, la protection qu'Elle accorde +ouvertement aux Lettres +& à ceux qui les cultivent, +l'application qu'Elle +donne Elle-même à l'Étude, +son goût pour la Physique, +l'attention avec laquelle Elle +se fait rendre compte des nouvelles +découvertes, sont autant +d'autres motifs qui m'en imposent +la loi. Trop heureux, +MONSEIGNEUR, de pouvoir +aujourd'hui réunir un +devoir avec les vrais sentimens +de mon coeur.</i></p> + +<p>Je suis avec un très-profond respect,</p> + +<h3>MONSEIGNEUR,</h3> + +<h4>DE VOTRE ALTESSE SÉRÉNISSIME,</h4> + +<p class="rig">Le très-humble &<br> très-obéissant<br> +serviteur,<br> +D'ALIBARD.</p><br><br><br><br><br> + +<span class="pagenum"><a name="a1" id="a1">1</a></span> +<br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4s.png"></p> +<h3>AVERTISSEMENT.</h3> +<br> + +<p><span class="large">M</span><br>onsieur Franklin, habitant +de Philadelphie +dans la Colonie Angloise +de Pensylvanie en +Amérique, est l'Auteur des +Lettres suivantes sur l'Électricité. +M. Collinson son +ami & son correspondant à +Londres, à qui elles sont +adressées, les a jugées dignes +de l'impression. Elles +étoient sous la presse, lorsqu'il +en informa M. Franklin; +celui-ci, qui ne les +avoit pas écrites à cette intention, +se pressa d'envoyer +<span class="pagenum"><a name="a2" id="a2">2</a></span> +à son ami quelques changemens, +qui n'étant pas arrivés +à tems, ne purent +être mis que comme additions +& corrections à la fin +de l'ouvrage. Il pria en même +tems M. Collinson d'en +envoyer un des premiers +exemplaires à M. de Buffon, +qui jugea de ces Lettres, +comme on en avoit +jugé en Angleterre où elles +ont eu un applaudissement +général. Occupé +d'ouvrages bien plus importans +dont il ne veut pas +se distraire, M. de Buffon +m'a engagé à les faire paroître +<span class="pagenum"><a name="a3" id="a3">3</a></span> +en François. Il ne +s'agissoit que de rendre +exactement des choses simples, +aussi ne s'est-on attaché +qu'à les traduire littéralement, +à bien rendre le +sens de l'Auteur & à éclaircir +les endroits qui ont paru +un peu obscurs dans l'original. +Pour la commodité +des lecteurs, on a rapporté +en notes au bas des pages, +les changemens que Mr. +Collinson avoit fait imprimer +comme additions & +corrections à la suite des +Lettres.</p> + +<p>Quoique la plupart des +<span class="pagenum"><a name="a4" id="a4">4</a></span> +Physiciens se soient exercés +depuis plusieurs années sur +la matière de l'électricité: +quoique leur zèle ait été +récompensé par des succès +assez brillans, on verra par +les recherches & par les découvertes +de M. Franklin, +que cette matière est encore +neuve à bien des égards. +On sentira en même tems +qu'il y a cependant lieu +d'espérer qu'en multipliant, +à son exemple, les expériences +& les observations +dans des vûes nouvelles, +on parviendra un jour à pénétrer +un mystère qui n'importe +<span class="pagenum"><a name="a5" id="a5">5</a></span> +peut-être pas moins +à l'utilité commune qu'à la +la curiosité de l'esprit. On +y arrivera même d'autant +plus vite & plus sûrement, +qu'on se hâtera moins de +hazarder des systèmes. On +n'a pas encore assez de faits +sur ce sujet pour qu'il soit +permis d'y joindre des hypothèses.</p> + +<p>«C'est (dit M. de Buffon<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a> +<a href="#footnote1"><sup class="sml">1</sup></a>) +par des expériences +fines raisonnées & suivies +que l'on force la nature +à découvrir son secret; +toutes les autres +<span class="pagenum"><a name="a6" id="a6">6</a></span> +méthodes n'ont jamais +réussi, & les vrais Physiciens +ne peuvent s'empêcher +de regarder les anciens +systèmes comme +d'anciennes rêveries, & +sont réduits à lire la plupart +des nouveaux comme +on lit les Romans. Les +recueils d'expériences & +d'observations sont donc +les seuls livres qui puissent +augmenter nos connoissances. +Il ne s'agit +pas, pour être Physicien, +de sçavoir ce qui arriveroit +dans telle ou telle hypothèse, +en supposant, +<span class="pagenum"><a name="a7" id="a7">7</a></span> +par exemple, une matière +subtile, des tourbillons, +une attraction, &c. Il +s'agit de bien sçavoir ce +qui arrive, & de bien connoître +ce qui se présente +à nos yeux; la connoissance +des effets nous conduira +insensiblement à celle +des causes, & l'on ne +tombera plus dans les absurdités +qui semblent caractériser +tous les systèmes; +en effet l'expérience +ne les a-t-elle pas détruits +successivement? ne nous a-t-elle +pas montré que ces +élémens que l'on croyoit +<span class="pagenum"><a name="a8" id="a8">8</a></span> +autrefois si simples, sont +aussi composés que les autres +corps? ne nous a-t-elle +pas appris ce que l'on +doit penser du chaud, du +froid, du sec & de l'humide, +de la pesanteur & +de la légèreté absoluë, de +l'horreur du vuide, des +loix du mouvement autrefois +établies, de l'unité +des couleurs, du repos & +de la sphèricité de la terre, +& si je l'ose dire des +Tourbillons? Amassons-donc +toujours des expériences +& éloignons-nous, +s'il est possible, de tout esprit +<span class="pagenum"><a name="a9" id="a9">9</a></span> +de système, du moins +jusqu'à ce que nous soyons +instruits, nous trouverons +assûrément à placer un +jour ces matériaux, & +quand même nous ne serions +pas assez heureux +pour en bâtir l'édifice tout +entier, ils nous serviront +certainement à le fonder, +& peut-être à l'avancer +au-delà même de nos espérances.» +C'est cette méthode +que M. Franklin a +suivie à l'imitation du grand +Newton & des plus excellens +Physiciens, méthode +qui doit suffire pour prévenir +<span class="pagenum"><a name="a10" id="a10">10</a></span> +le public en faveur de +l'ouvrage qu'on lui présente.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" +name="footnote1"><b>Note 1: </b></a><a href="#footnotetag1"> +(retour) </a> Fréf. de la Statiq. des Végét.</blockquote> + +<p>Mais il ne suffit pas de +s'attacher uniquement à la +voye de l'expérience, à +moins que d'être, comme +notre auteur, fécond en +moyens, ingénieux en découvertes +& heureux en +applications; il ne faut pas, +comme tant d'autres Physiciens +sans génie, se permettre +de tirer des inductions +qui ne sont ni justes +ni naturelles, déduire des +conséquences qui ne sont +fondées que sur des suppositions +<span class="pagenum"><a name="a11" id="a11">11</a></span> +vagues & étrangères +au sujet. Il faut au contraire +dans une matière aussi nouvelle +que l'est celle-ci, se +contenter de considérer les +faits sous de nouveaux +points de vûe, pour tâcher +de les généraliser & d'en +former un ordre systématique +& suivi. C'est ce qu'a +fait M. Franklin. Instruit, +par exemple, des effets surprenans +de la bouteille électrique, +le premier objet +qu'il s'est proposé, a été d'examiner +comment elle acquiert +la vertu électrique, +comment elle la conserve, +<span class="pagenum"><a name="a12" id="a12">12</a></span> +quoiqu'on la touche, & +comment elle la communique. +Ayant toujours l'expérience +& l'observation +pour guides, il a bientôt +reconnu que l'électricité +est inhérente & inséparable +de la matière: que le verre +en contient autant qu'il en +peut contenir, & toujours +la même quantité: qu'électriser +la bouteille, ce +n'est pas y faire entrer plus +de matière électrique qu'elle +n'en avoit auparavant, +mais accumuler sur une de +ses surfaces autant de cette +matière qu'il y en a dans les +<span class="pagenum"><a name="a13" id="a13">13</a></span> +deux surfaces ensemble, +ce qui ne se fait que parce +que l'une en rejette précisément +la même quantité +que l'autre en reçoit: que +les deux surfaces de la bouteille +électrisée sont toujours +prêtes l'une à rendre +ce qu'elle a de plus, & l'autre +à recevoir ce qu'elle a +de moins que sa quantité +naturelle: qu'elles ne peuvent +le faire l'une sans l'autre: +que l'équilibre ne sçauroit +se rétablir entr'elles par +la communication intime +de l'une à l'autre, mais seulement +par une communication +<span class="pagenum"><a name="a14" id="a14">14</a></span> +extérieure non électrique: +qu'ainsi la bouteille +reste chargée tant que cette +communication extérieure +n'est pas établie, & qu'enfin +l'électricité ne sçauroit +être communiquée par la +bouteille, qu'autant que +cette bouteille reçoit par +une voye la même quantité +de matière électrique +qu'elle donne par l'autre.</p> + +<p>Ces premières connoissances +ont conduit notre +auteur à trouver les moyens +de faire paroître l'électricité +de deux manières tout-à-fait +opposées, l'une en augmentant +<span class="pagenum"><a name="a15" id="a15">15</a></span> +l'électricité naturelle +dans les corps que nous +nommons non-électriques, +& il appelle cette augmentation +électricité <i>positive</i>; +l'autre en diminuant l'électricité +naturelle; il nomme +celle-ci <i>négative</i>. De là sont +venus les termes nouveaux +électriser <i>en plus</i>, électriser +<i>en moins</i>, dont les significations +répondent assez bien +à celles qu'ils ont dans l'algèbre.</p> + +<p>L'analyse de la bouteille +électrique à achevé de confirmer +M. Franklin dans l'opinion +où il étoit dès auparavant +<span class="pagenum"><a name="a16" id="a16">16</a></span> +que l'électricité dans +cette bouteille est attachée +au verre précisément comme +verre, & que les corps +non-électriques qu'on y +ajoute ne servent que, comme +l'armure d'une pierre +d'aimant, à unir les particules +de la matière électrique +surabondante, & à les +tenir rassemblées sur l'une +des surfaces du verre, étant +toujours prêtes à s'échapper +par le premier endroit +où elles trouveroient passage +pour aller à l'autre. En +conséquence de ces découvertes; +il a imaginé quantité +<span class="pagenum"><a name="a17" id="a17">17</a></span> +d'autres expériences +dont l'enchaînement & le +résultat sont la confirmation +des premières & l'apologie +de son jugement. +Néanmoins quelques justes +que soient ses idées, quoiqu'elles +soient toutes appuyées +sur des faits, l'auteur +ne les propose que +comme des conjectures, & +l'on verra que sa modestie +est égale à sa pénétration. +Mais ce seroit s'écarter de +la retenuë dont il donne +l'exemple, que de chercher +à faire valoir son mérite +par des louanges dont il n'a +<span class="pagenum"><a name="a18" id="a18">18</a></span> +pas besoin, & qui ne pourroient +être que suspectes +de la part d'un traducteur. +Il vaut mieux le laisser lire +& s'en rapporter au jugement +du public.</p> + +<p>Le pays qu'abite M. Franklin +est des plus favorables +pour les expériences électriques; +autant les chaleurs +y sont excessives en été, +autant le froid y est rigoureux +en hyver; l'on passe +subitement de l'un à l'autre +sans presque s'appercevoir +ni de la douceur du printems, +ni de la température +de l'automne. Le vent sud +<span class="pagenum"><a name="a19" id="a19">19</a></span> +ou nord amène les deux +saisons opposées; mais dans +l'une & dans l'autre on y +jouit presque toujours du +plus beau ciel. Les nuages +épais y dérobent rarement +la vûe du soleil & des étoiles: +les pluyes n'y sont jamais +de longue durée, & les +brouillards y sont presque +inconnus. Ainsi la sécheresse +du tems & la froideur +du vent du nord contribuent +beaucoup à y rendre +plus sensibles la force & les +effets de l'électricité. On en +trouvera des preuves incontestables +dans plusieurs endroits +<span class="pagenum"><a name="a20" id="a20">20</a></span> +cet ouvrage. Malgré +la différence de climat, +je n'ai pas voulu publier +cette traduction, sans avoir +du moins essayé de répéter +les expériences qui y sont +rapportées; après avoir +parfaitement réussi à faire +celles que j'ai jugées les +plus intéressantes & les plus +difficiles dans l'exécution, +quelques-unes m'ont paru +mériter que j'en fisse hommage +à l'Académie Royale +des Sciences. Je lui rendis +compte le 22. Décembre +1751. de mon succès dans +les expériences du tableau +<span class="pagenum"><a name="a21" id="a21">21</a></span> +magique & de la fusion des +métaux; j'y fis voir des lames +de verre sur lesquelles +on distinguoit aisément l'or, +l'argent, le cuivre & l'étain +que l'électricité avoit par +sa violence incorporés dans +la substance même du verre. +J'avois employé pour +me procurer le puissant dégré +d'électricité nécessaire, +une bouteille de verre blanc +& mince tenant environ +deux pintes dont j'avois +fait argenter extérieurement +le fond jusqu'au milieu +de sa hauteur, & j'y +avois mis à peu près quinze +<span class="pagenum"><a name="a22" id="a22">22</a></span> +livres de menu plomb bien +sec. Ces métaux sont sur +ces lames dans un état de +vitrification, inattaquables +à l'eau forte & à l'eau régale, +suivant les épreuves +que j'en avois faites auparavant +d'après les assurances +de M. Franklin. Enfin ces +expériences aussi bien que +beaucoup d'autres, avoient +si pleinement satisfait à mes +désirs, eu égard au tems, à +la saison & au climat, qu'elles +ne laissoient nullement +lieu de douter de la certitude +de celles que je n'avois +pas encore tentées.</p> + +<span class="pagenum"><a name="a23" id="a23">23</a></span> + +<p>Dès que la première édition +de cette traduction fut +achevée, j'en envoyai un +exemplaire à M. Franklin, +ce qui me mit en correspondance +directe avec lui. +Je lui fis part dans le tems, +du succès de mon expérience +sur le tonnerre, & lui +envoyai le mémoire que +j'en avois donné à l'Académie +Royale des Sciences le +13. Mai 1752. tel qu'il est +dans le second volume de +cet ouvrage; il en fut charmé +& m'envoya avec sa +réponse, son premier supplément, +dont je vérifiai +<span class="pagenum"><a name="a24" id="a24">24</a></span> +pareillement les expériences. +Le second ne m'a été +rendu que long-tems après.</p> + +<p>J'ai trouvé dans cette +dernière brochure d'excellentes +observations à opposer +aux critiques qui avoient +paru contre mon auteur, +& auxquelles j'avois entrepris +de répondre; c'est ce +qui m'a engagé à resserrer +ce que j'avois écrit dans ce +dessein, pour ne pas multiplier +les êtres sans nécessité. +Je me suis contenté d'ajouter +à la suite des principales +expériences critiquées +quelques-unes des réponses +<span class="pagenum"><a name="a25" id="a25">25</a></span> +dont j'avois eu intention de +faire un ouvrage séparé. Au +lieu d'être mises en notes, +elles y sont distinguées par +des guilmets, ce qui m'a +semblé plus commode pour +les lecteurs. Les expériences +contenuës dans ce second +supplément ne sont +pas moins sûres que celles +qui avoient été publiées +auparavant. Elles ont été +répétées avec le même succès. +Sans avoir égard aux +dates des lettres, je les ai +arrangées tout différemment +de ce qu'elles étoient +dans la première édition de +<span class="pagenum"><a name="a26" id="a26">26</a></span> +cet ouvrage; j'en ai même +partagé quelques-unes en +plusieurs fragmens que j'ai +placés suivant l'ordre des +matières: c'est dans la même +vûe que j'ai mis une suite +uniforme aux paragraphes.</p> + +<p>Enfin je n'ai rien négligé +pour répandre dans cette +seconde édition toute la +clarté qui a pû dépendre +de mes soins. Ils se trouveront +bien récompensés, si +les changemens que j'ai faits +du consentement de Mr. +Franklin, sont approuvés +du public.</p> + +<span class="pagenum"><a name="a27" id="a27">27</a></span> + +<p>Au reste j'ai pensé que +ceux qui n'ont pas fait une +étude particulière de l'électricité +seroient bien-aises +d'en connoître les progrès +depuis son origine jusqu'aux +découvertes de M. +Franklin. L'histoire qu'en +a faite M. de Secondat pour +l'Académie de Bordeaux en +1748. me rendoit ce travail +facile; on verra que +j'ai profité de cet excellent +ouvrage; j'y ai ajouté des +choses ou qui n'étoient pas venuës +alors à la connoissance +de M. de Secondat, +ou qu'il avoit crû devoir +<span class="pagenum"><a name="a28" id="a28">28</a></span> +négliger, & j'y ai joint les +découvertes qui ont été +faites sur le même sujet depuis +son histoire jusqu'à +présent. J'espère qu'en allant +par cette voye à mon +objet principal, qui est de +mettre les Lecteurs en état +de mieux juger du mérite +de mon auteur, & de la +valeur de son ouvrage, je +ne leur laisserai rien à désirer +sur les faits principaux +de l'électricité.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/deco06.png"></p> + +<span class="pagenum"><a name="i" id="i">i</a></span> +<br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head2.png"></p> + +<h2>HISTOIRE ABRÉGÉE<br> + +DE<br> + +L'ÉLECTRICITÉ.</h2> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> + +<p><span class="large">L</span><br>a première chose qui +a fait reconnoître l'Électricité, +est la vertu +d'attirer que l'on a remarquée en +certains corps, après qu'ils ont +été frottés. Le premier de tous, +dans lequel ont ait observé cette +vertu, c'est l'ambre jaune connu +des anciens sous le nom d'<i>Electrum</i>; +c'est de ce nom que cette +vertu a retenu celui d'Électricité, +<span class="pagenum"><a name="ii" id="ii">ii</a></span> +& l'on appelle corps électriques +ceux qui en sont pourvûs. +Il seroit difficile & peut-être impossible +de déterminer le tems +où l'on a observé pour la première +fois que l'ambre-jaune, +après avoir été frotté, attire +les brins de paille dont on l'approche. +Ce qu'en disent quelques-uns +des auteurs anciens qui +en ont fait mention, comme +Thalès de Milet, Plutarque, +Pline, &c. prouve que l'observation +de ce phénomène est très-ancienne, +aussi ne se trouve-t-il +guères de traités de Physique où +il n'en soit parlé; mais personne +que l'on sçache ne s'étoit avisé +de faire sur ce sujet des recherches +suivies avant Gilbert médecin +<span class="pagenum"><a name="iii" id="iii">iii</a></span> +Anglois qui vivoit vers +l'an 1600. après avoir recueilli +sur l'aimant les découvertes de +ceux qui l'avoient précédé & +avoir fait lui-même un grand +nombre d'observations nouvelles +sur les propriétés de cette +merveilleuse pierre, il crut devoir +considérer les propriétés de +l'<i>Electrum</i> qui paroissent avoir +du rapport à celles de l'aimant. +Il avoit pû d'abord regarder cette +résine comme une espèce +d'aimant dont la vertu a besoin +d'être excitée par le frottement. +Quoi qu'il en soit, il parle de +cette vertu comme d'une chose +que l'on connoissoit de tout +tems. On avoit aussi reconnu la +<span class="pagenum"><a name="iv" id="iv">iv</a></span> +même propriété dans le Jayet, +mais cette remarque étoit récente. +Il s'agissoit de la chercher encore +dans d'autres corps, c'est à quoi +il s'appliqua. L'ambre-jaune étoit +mis alors au rang des choses les +plus précieuses; il servoit à l'ornement +des autels & aux parures +inventées par le luxe. Le Jayet +étoit aussi une matière fort estimée; +avant l'invention des glaces +on l'employoit à faire des +miroirs.</p> + +<p>Gilbert, qui avoit tant étudié +toutes les propriétés de l'aimant, +avoit sans doute remarqué qu'il +falloit une moindre force pour +mettre en mouvement une aiguille +mince & légère posée en +<span class="pagenum"><a name="v" id="v">v</a></span> +équilibre sur un pivot bien poli, +comme sont les aiguilles aimantées, +que pour élever d'une seule +ligne un corps beaucoup plus +léger. C'est pourquoi il se servit +habilement de ce moyen pour +reconnoître l'électricité dans les +substances où elle est trop foible +pour se manifester d'une autre +manière. «Faites, dit-il, une +aiguille de quelque métal que +ce soit, de la longueur de deux +ou trois pouces, légère & très-mobile +sur un pivot, à la manière +des aiguilles aimantées: +approchez d'une des extrémités +de cette aiguille de l'ambre +jaune ou une pierre précieuse +légèrement frottée, luisante & +<span class="pagenum"><a name="vi" id="vi">vi</a></span> +polie, l'aiguille se tournera sur +le champ.» Ce fut vraisemblablement +par ce moyen qu'il reconnut +que non-seulement l'ambre +& le jayet ont cette propriété +d'attirer, mais qu'elle est +commune à la plupart des pierres +précieuses, comme le diamant, +le saphir, le rubis, l'opale, +l'améthyste, l'aigue-marine; +le cristal de roche: qu'on +la trouve aussi dans le verre, la +bélemnite, le soufre, le mastic, +la cire d'Espagne, la résine, l'arsenic, +le sel-gemme, le talc, +l'alun de roche. Toutes ces différentes +matières, quoiqu'avec +différens dégrés de force, lui parurent +attirer non-seulement les +<span class="pagenum"><a name="vii" id="vii">vii</a></span> +brins de paille, mais tous les corps +légers, comme le bois, les feuilles, +les métaux en limaille ou +en feuille, les pierres, les terres, +& même les liqueurs comme +l'eau & l'huile.</p> + +<p>La Physique est encore redevable +à Gilbert de beaucoup +d'autres observations sur l'Électricité. +C'est lui qui nous a appris +qu'elle est plus facilement +excitée par un frottement léger +& rapide que par un frottement +plus rude: que le tems le plus +sec & le vent de nord le plus +froid sont les plus favorables +pour l'Électricité: que l'humidité +de l'air & à plus forte raison +le souffle des animaux l'affoiblissent +<span class="pagenum"><a name="viii" id="viii">viii</a></span> +& même la détruisent en +peu de tems: que l'eau produiroit +le même effet, si l'on moüilloit +le corps électrique: qu'une +toile mise entre ce corps & celui +qu'on veut attirer, empêche totalement +l'attraction: qu'une +étoffe de soye placée de même +ne l'empêche pas entièrement: +que les corps électriques n'attirent +point la flamme d'une bougie, +mais attirent fortement la +fumée de cette bougie éteinte.</p> + +<p>Pour expliquer les phénomènes +de l'électricité, ceux de l'aimant, +& ceux de la pésanteur, +Gilbert imagina des hypothèses +ingénieuses, auxquelles pourtant +il se fioit moins qu'à ses expériences. +<span class="pagenum"><a name="ix" id="ix">ix</a></span> +L'attraction, suivant +son opinion, est causée par des +écoulemens très-subtils; l'air est +l'écoulement électrique de la +terre & l'instrument de la pésanteur. +C'est peut-être sur cette +idée de Gilbert que le célèbre +Otto de Guerike s'avisa de faire +des observations sur un globe de +soufre qu'il excitoit à l'électricité +par un mouvement qui imitoit +en quelque forte celui de la +terre.</p> + +<p>Otto de Guerike, dit l'ingénieux +M. Dufay dans son premier +mémoire sur l'électricité, +a imaginé de faire tourner sur +son axe par le moyen d'une +manivelle, une boule de soufre +<span class="pagenum"><a name="x" id="x">x</a></span> +grosse comme la tête d'un +enfant. Cette boule étant muë +avec rapidité, si l'on applique +la main dessus elle devient électrique +& attire les corps légers +qui lui sont présentés; si on la +détache de la machine sur laquelle +elle a dû être posée pour +la faire tourner & qu'on la tienne +à la main par l'axe, non-seulement +elle attire une plume, +mais elle la repousse ensuite, +& ne l'attire plus de +nouveau que la plume n'ait +touché quelqu'autre corps. Il +remarque que la plume ainsi +chassée par le globe attire tout +ce qu'elle rencontre, ou va +s'y appliquer, si elle ne peut +<span class="pagenum"><a name="xi" id="xi">xi</a></span> +pas l'attirer vers elle; mais que +la flamme d'une chandelle la +chasse & la repousse vers le +globe.... Si l'on suspend un +fil au-dessus du globe, ensorte +qu'il ne le touche point, & +qu'on approche le doigt du +bout inférieur de ce fil, on verra +le fil s'éloigner du doigt. Il +a aussi remarqué que la vertu +électrique du globe se transmettoit +par le moyen d'un fil +jusqu'à la distance d'une aune, +& que lorsque le globe avoit +été rendu électrique par la rotation +& par la main appliquée +dessus, il conservoit sa vertu +pendant plusieurs heures. Tenant +l'axe de ce globe dans une +<span class="pagenum"><a name="xii" id="xii">xii</a></span> +position verticale, il promenoit +une plume par toute la +chambre; sans qu'elle s'appliquât +au globe.» Il remarqua +aussi que le globe frotté dans +l'obscurité répandoit de la lumière.</p> + +<p>Otto de Guerike avoit pour +contemporain & pour émule le +fameux Boyle à qui nous avons +obligation d'un si grand nombre +de belles découvertes. Ce dernier +chercha & trouva la vertu +électrique dans un grand nombre +de corps où Gilbert ne l'avoit +point cherchée, & dans quelques-uns +de ceux où il l'avoit +cherchée inutilement. Pour +éprouver si l'air avoit quelque +<span class="pagenum"><a name="xiii" id="xiii">xiii</a></span> +part à l'électricité, il suspendit +dans une fiole au-dessus d'un +corps léger un morceau d'ambre-jaune +excité à l'électricité; +ayant ensuite pompé l'air de la +fiole, il laissa descendre l'ambre-jaune +près du corps léger, qui +fut attiré. Il reconnut par-là +que la vertu électrique une fois +excitée se conserve dans le vuide, +& que son action ne dépend +point de l'air.</p> + +<p>M. Boyle avoit fait beaucoup +de recherches sur les corps qui +donnent de la lumière dans l'obscurité, +en particulier sur le ver +luisant; y ayant emprunté un diamant +qu'on disoit avoir la propriété +d'être lumineux dans les +<span class="pagenum"><a name="xiv" id="xiv">xiv</a></span> +ténèbres, il observa que ce diamant +étant frotté dans l'obscurité +contre quelqu'étoffe que ce fût, +devenoit en effet non-seulement +lumineux, mais encore électrique, +comme l'avoit observé +Gilbert. Il reconnut bientôt les +mêmes propriétés dans plusieurs +autres.</p> + +<p>L'Électricité resta long-tems +négligée après Boyle; mais les +grandes découvertes de Newton +sur les propriétés de la lumière +& sur le système de l'attraction +engagèrent vraisemblablement +Hauksbée de la Société Royale +de Londres à faire des recherches +sur les mêmes sujets & sur +l'électricité. Ayant inventé une +<span class="pagenum"><a name="xv" id="xv">xv</a></span> +machine pour faire tourner rapidement +un corps sous le récipient +de la machine pneumatique, +il s'en servit pour faire frotter +dans le vuide un morceau +d'ambre jaune contre de la laine. +Ce frottement produisit une +lumiére beaucoup plus vive que +le même frottement dans l'air; +après l'opération l'ambre jaune, +aussi bien que la laine lui parurent +un peu brûlés.</p> + +<p>On avoit sans doute remarqué +que de tous les corps électriques, +le verre est un de ceux en qui le +frottement excite une plus forte +électricité. Hauksbée s'avisa +d'employer dans ses expériences +un tube ou cylindre creux de +<span class="pagenum"><a name="xvi" id="xvi">xvi</a></span> +verre. En le frottant rapidement +dans sa main, un papier entre-deux, +il le rendoit électrique, +& faisoit par son moyen toutes +les expériences qu'Otto de Guerike +avoit faites avant lui avec +un globe de soufre. Il observa +de plus qu'un tube dont on a +pompé l'air, ne s'électrise que +très-foiblement, & que si on y +laisse rentrer l'air il acquiert beaucoup +d'électricité sans être frotté +de nouveau. Quand on frotte un +tube dans l'obscurité, une lumière +fuit la main qui frotte, & +si l'on approche de ce tube ainsi +excité une autre main, ou quelqu'autre +corps, comme du métal, +de l'yvoire, du bois, &c. +<span class="pagenum"><a name="xvii" id="xvii">xvii</a></span> +il en sort une étincelle accompagnée +d'un bruit assez semblable +au pétillement d'une feüille verte +jettée au feu, mais moins fort. +Quand on frotte le tube vuide +d'air, la lumière est plus vive, +mais toute dans son intérieur, +& l'on n'en peut tirer d'étincelle.</p> + +<p>Hauksbée imagina aussi de +faire tourner sur son axe un globe +creux de verre par le moyen +d'une rouë & d'une corde qui +passe sur la circonférence de cette +rouë & sur une poulie fixée +sur l'axe du globe. Il excita l'électricité +en frottant ce globe, +mais il n'en tira pas de plus +grands effets que de son tube. +L'électricité qui jusques-là ne +<span class="pagenum"><a name="xviii" id="xviii">xviii</a></span> +s'étoit manifestée que par le frottement, +Hauksbée la découvrit +dans une substance qui n'avoit +point été frottée; il remarqua +que si on laisse refroidir de la +résine qui a été fondüe, & que, +si, avant qu'elle soit tout-à-fait +refroidie, on en approche du cuivre +en feüilles, elle l'attire à la +distance d'un pouce ou deux, +sans aucun frottement précédent.</p> + +<p>M. Gray continua avec succès +les recherches électriques de +Boyle & de Hauksbée; ayant +voulu éprouver s'il y avoit quelque +différence dans l'attraction +du tube lorsqu'il étoit bouché par +les deux bouts & lorsqu'il ne l'étoit +pas, il n'en apperçut aucune; +<span class="pagenum"><a name="xix" id="xix">xix</a></span> +mais comme il tenoit une plume +ou duvet au-dessus du bouchon +de liége dont le bout supérieur +du tube étoit bouché, il remarqua +que cette plume étoit attirée +& ensuite repoussée par le liége +de la même manière qu'elle a +coutume de l'être par le tube. +Cette observation le confirma +dans une pensée qu'il avoit euë +autrefois, que, comme le tube +frotté dans l'obscurité communique +de la lumière aux autres +corps par l'attouchement, il pouvoit +bien aussi leur communiquer +de l'électricité. Le liége +effectivement n'avoit cette vertu +attractive que par communication +du tube excité à l'électricité. +<span class="pagenum"><a name="xx" id="xx">xx</a></span> +Il s'en assura encore d'une autre +façon: ayant fixé au bout d'un +bâton de sapin d'environ quatre +pouces de long une boule d'yvoire +d'un peu plus d'un pouce +de diamètre, il enfonça l'autre +bout du bâton dans le bouchon +de liége: ayant ensuite frotté le +tube, il vit avec plaisir que la +boule attiroit & repoussoit le duvet +avec plus de force que n'avoit +fait le liége. Il répéta cette +expérience avec des bâtons plus +longs & enfin avec un de vingt-quatre +pouces, & trouva toujours +les mêmes effets.</p> + +<p>Au lieu de bois M. Gray se +servit dans la suite d'un fil de fer, +puis d'un fil de laiton, & eut +<span class="pagenum"><a name="xxi" id="xxi">xxi</a></span> +encore le même succès; mais +comme les vibrations de ces fils +de fer, & de laiton, causées par +le frottement du tube, étoient +incommodes, surtout lorsque +les fils étoient longs de deux ou +trois pieds, il imagina de suspendre +la boule à l'extrémité +d'une ficelle nouée au tube par +son autre extrémité; étant sur +un balcon élevé de trente-six +pieds, il laissa pendre la boule +ainsi attachée au tube par le +moyen d'une ficelle de cette +longueur; le tube étant frotté, +la boule attira & repoussa du +cuivre en feuilles qui étoit au-dessous +d'elle.</p> + +<p>M. Gray essaya ensuite de +<span class="pagenum"><a name="xxii" id="xxii">xxii</a></span> +transmettre en ligne horizontale +l'électricité à de bien plus grandes +distances; il y réussit d'abord +en se servant pour cela d'une +ficelle soutenuë horizontalement +à quelque distance de terre +sur des fils de soye, & transmit +l'électricité à cent quarante +pieds; mais comme il vouloit +pousser plus loin son expérience, +les fils de soye s'étant rompus, il +leur substitua des fils-d'archal de +la même finesse; car il s'imaginoit +que le succès de l'expérience +dépendoit de la finesse de ces +fils, qu'il croyoit trop minces +pour pouvoir intercepter une +partie sensible de la force électrique +communiquée par le tube +<span class="pagenum"><a name="xxiii" id="xxiii">xxiii</a></span> +à la ficelle & à la boule. Quand +il vint à frotter le tube, l'électricité +ne fut point transmise à +l'extrémité de la ficelle. Il reconnut +de là que le succès de la première +expérience ne venoit pas +de la finesse des fils de soye, +puisque les fils-d'archal de la seconde +étoient aussi minces, mais +qu'il venoit de la nature même +de la soye. Instruit par ce contre-tems +M. Gray vint depuis +à bout de transmettre l'électricité +à une distance de sept cens +pieds.</p> + +<p>Il découvrit encore que la +communication de l'électricité +pouvoit se faire par la seule approche +du tube, sans qu'il touchât +<span class="pagenum"><a name="xxiv" id="xxiv">xxiv</a></span> +le corps auquel on vouloit +la communiquer. Ayant suspendu +horizontalement un enfant sur +des cordons de crin, en approchant +de ses pieds le tube bien +frotté, il l'électrisa au point que +son visage & ses mains attirèrent +des feüilles de cuivre. Il plaça +cet enfant debout sur deux pains +de résine d'environ huit pouces +de diamètre & deux pouces d'épaisseur, +un sous chaque pied. +Ayant ensuite approché le tube +bien frotté des cuisses de l'enfant, +ses mains attirèrent & repoussèrent +alternativement des +feüilles de cuivre que l'on avoit +mises au-dessous.</p> + +<p>Mr. Dufay de l'Académie +<span class="pagenum"><a name="xxv" id="xxv">xxv</a></span> +Royale des Sciences, informé +des découvertes de M. Gray, +se mit aussi à travailler sur l'électricité. +Après un nombre infini +d'expériences dont on n'indiquera +que les principales, il nous a +appris qu'il n'y a point de corps, +à l'exception des métaux & des +animaux qui ne soit électrique. +Les métaux & les animaux s'électrisent +fortement ou deviennent +fortement électriques, lorsqu'étant +soutenus sur des cordons +de soye ou de crin, sur des gâteaux +de résine, sur du verre, +&c. on en approche le tube excité +à l'électricité. On doit donc +entendre par corps électriques +ceux qui le sont naturellement +<span class="pagenum"><a name="xxvi" id="xxvi">xxvi</a></span> +qui n'ont besoin que d'être frottés +pour en donner des preuves, +& par corps non-électriques ceux +qui ne peuvent devenir électriques +que par communication, +comme sont les métaux.</p> + +<p>En répétant avec un tube de +verre & des feüilles d'or une expérience +d'Otto de Guerike, +dans laquelle une petite plume +avoit été attirée, repoussée & +soutenuë en l'air au-dessus du +globe de soufre, M. Dufay observa +que la feüille d'or alla s'attacher +à un morceau de gomme-copal +qu'il lui présentoit & y +demeura. Cela lui fit soupçonner +que l'électricité de la gomme-copal +étoit différente par sa +<span class="pagenum"><a name="xxvii" id="xxvii">xxvii</a></span> +nature de l'électricité du verre, +puisque l'une attiroit ce que l'autre +repoussoit. Cette observation +le porta à faire plusieurs autres +expériences, d'où il crut pouvoir +conclure qu'il y avoit en +effet deux sortes d'électricités. Il +nomma l'une vitrée & l'autre +résineuse; mais les Physiciens +n'ont pas admis cette distinction. +On verra cependant dans la suite +de cet ouvrage qu'elle est bien +fondée, & qu'un globe de soufre +détruit l'effet d'un globe de +verre.</p> + +<p>M. Dufay répétant de même +l'expérience de M. Gray, dans +laquelle on électrise un enfant +suspendu sur des cordons de crin +<span class="pagenum"><a name="xxviii" id="xxviii">xxviii</a></span> +ou de soye, & s'étant mis lui-même +à la place de l'enfant; +quelqu'un voulut ramasser une +feüille d'or qui s'étoit attachée à +sa jambe; dans l'instant ils sentirent +l'un à la jambe & l'autre +au doigt une douleur comme +une piqûre, & l'on entendit un +pétillement semblable à celui du +tube lorsqu'on en approche le +doigt. Cette douleur & ce pétillement +sont accompagnés d'une +étincelle visible même en plein +jour.</p> + +<p>Cette étincelle n'avoit été regardée +jusques-là que comme la +lumière de certains phosphores +qui ne brûlent point, tels que +le bois pourri & les vers luisans: +<span class="pagenum"><a name="xxix" id="xxix">xxix</a></span> +mais la douleur fit penser à M. +Dufay que l'électricité étoit un +véritable feu. On s'est appliqué +depuis à en rendre les effets plus +sensibles.</p> + +<p>Les Physiciens d'Allemagne +profitant de tout ce qui avoit +été découvert avant eux sur le +sujet de l'électricité, imaginèrent +de reprendre le globe de +verre, dont Hauksbée n'avoit +pas tiré un meilleur parti que du +tube & qu'il avoit abandonné +trop légèrement. Ce qui les y +engagea fut sans doute la réflexion +que le verre étant plus électrique, +un globe de cette matière +doit produire de plus grands +effets que le globe de soufre +<span class="pagenum"><a name="xxx" id="xxx">xxx</a></span> +d'Otto de Guerike, & qu'étant +susceptible d'une friction plus rapide +& plus long-tems continuée, +l'usage de ce globe devoit +être plus facile & plus avantageux +que celui du tube de +Hauksbée. Ils employèrent des +globes & des rouës plus grandes +& les disposèrent de la même +manière que la meule & la rouë +dont se servent les Couteliers. +Par ce moyen ils réussirent d'abord +à rendre beaucoup plus +sensibles tous les phénomènes de +l'électricité déjà connus. Ils firent +encore de très-belles découvertes +dont les Journaux d'Allemagne +de 1745. ont rendu compte, & +dont on ne rapportera ici qu'une +seule.</p> + +<span class="pagenum"><a name="xxxi" id="xxxi">xxxi</a></span> + +<p>Si, en faisant tourner & frotter +le globe de verre, on en approche +le bout d'un grand tuyau de +fer blanc, sans qu'il touche le +globe, & qu'une personne montée +sur un gâteau de résine tienne +d'une main ce tuyau par l'autre +extrémité, cette personne est +électrisée, & acquiert après deux +ou trois révolutions du globe une +puissance flammifique assez forte +pour allumer avec un de ses +doigts, avec une canne ou avec +une épée de l'esprit de vin un +peu échauffé. Le même effet +s'ensuit lorsque la personne électrisée +tient dans sa main le vase +qui contient la liqueur, & la fait +toucher par une autre personne +<span class="pagenum"><a name="xxxii" id="xxxii">xxxii</a></span> +est sur le plancher. Dès que le +doigt approche de la liqueur, il +en sort une étincelle bruyante +qui enflamme l'esprit de vin. On +peut de même enflammer de la +poix, de la résine, de la cire +d'Espagne, du soufre & même +de la poudre à canon, pourvû +que ces matières soient en fusion, +& conséquemment échauffées. +Cette expérience réussit +aussi quand on électrise avec le +tube, mais les étincelles sont +foibles & l'effet n'en est pas si +sûr qu'avec le globe.</p> + +<p>L'année 1746. est l'époque +la plus marquée de l'Électricité.</p> + +<p>Ce fut au commencement de +cette année que MM. Muschenbroek +<span class="pagenum"><a name="xxxiii" id="xxxiii">xxxiii</a></span> +& Allaman illustres +citoyens de Leyde communiquèrent +à l'Académie Royale +des Sciences de Paris l'expérience +suivante que le hazard avoit +fait trouver à M. Cuneus, lorsqu'il +s'amusoit à revoir chez lui les +phénomènes électriques qu'il +avoit admirés chez M. Muschenbroek. +Suspendez sur des cordons +de soye dans une situation +horizontale une verge de fer +ou un canon de fusil dont un +des bouts soit près du globe, +pour en recevoir l'électricité par +communication: laissez pendre +à son autre bout un fil-d'archal +ou de laiton; pendant qu'on +électrise la verge de fer, tenez +d'une +<span class="pagenum"><a name="xxxiv" id="xxxiv">xxxiv</a></span> +main un vase de verre rond & +en partie plein d'eau dans laquelle +plonge le fil de métal +suspendu: avec l'autre main essayez +d'exciter une étincelle +à tel endroit que vous voudrez +de la verge de fer ou du fil de +métal qui pend au bout & qui +plonge dans l'eau du vase; vous +ressentirez une commotion très-forte +& très-subite dans les deux +bras, dans la poitrine & dans +tout le corps. Le coup est plus +fort quand le globe est plus gros, +plus frotté, quand le vase qui +contient l'eau est plus large, +quand la verge de fer qui conduit +l'électricité, est plus grande, +ensorte qu'on pourroit blesser, +<span class="pagenum"><a name="xxxv" id="xxxv">xxxv</a></span> +peut-être même tuer quelqu'un +qui s'y exposeroit imprudemment.</p> + +<p>Le bruit de cette expérience +se répandit bientôt dans tout le +monde sçavant: elle exerça l'industrie +des Physiciens, & tout +le monde voulut être Physicien. +Chacun la répéta, & fit tout son +possible pour y ajouter. On trouva +bientôt le moyen d'en rendre +l'appareil plus simple & plus +commode; au lieu de suspendre +la verge de fer près du globe & +à la même hauteur, on la tient +plus élevée, & on laisse pendre +de son extrémité voisine du globe +une bande de métal bien +mince ou un fil de fer qui touche +<span class="pagenum"><a name="xxxvi" id="xxxvi">xxxvi</a></span> +l'équateur du globe pendant qu'il +tourne sur son axe & qu'il est +frotté. La verge s'électrise aussi +promptement & aussi fortement +par cette méthode que par celle +de M. Muschenbroek, & le globe +est plus en sureté.</p> + +<p>On se sert d'une bouteille de +verre mince: on la remplit d'eau +jusqu'au collet, & on la bouche +d'un bouchon de liége traversé +d'un fil-d'archal, qui y reste fixé +de telle manière qu'une partie de +ce fil-d'archal est plongée dans +l'eau de la bouteille, & une autre +partie est au-dessus du bouchon, +courbée en crochet. Par +ce moyen on peut suspendre la +bouteille à la verge de fer, en +<span class="pagenum"><a name="xxxvii" id="xxxvii">xxxvii</a></span> +l'y accrochant, ou l'en séparer à +volonté, quand elle est chargée +d'électricité.... On peut aussi +l'électriser à la main, sans la suspendre +à la verge de fer, & même +sans se servir de cette verge. +Il ne s'agit que d'en présenter le +crochet ou auprès de la verge ou +auprès du globe dans le temps +qu'il est en mouvement & qu'il +est frotté.... On peut de même +décharger la bouteille électrisée +sans le secours de la verge de +fer, en tenant la bouteille dans +une main, & cela de trois manières, +par l'expérience de Leyde, +par l'approche d'un corps +non-électrique, ou par l'opposition +<span class="pagenum"><a name="xxxviii" id="xxxviii">xxxviii</a></span> +d'une pointe non-électrique. +Dans le premier cas il ne +faut que tirer une étincelle du +fil-d'archal avec l'autre main: +l'on reçoit la commotion, & la +bouteille est déchargée à l'instant; +dans le second l'on approche +le fil-d'archal d'un corps +non-électrique pour tirer l'étincelle; +mais il faut avoir attention +à ne pas tenir ce corps de l'autre +main, car on seroit frappé; +dans le troisième cas il ne s'agit +que d'opposer à quelques pouces +de distance du crochet une +pointe de métal, comme celle +d'une aiguille, d'un poinçon, +&c. la bouteille se déchargera +lentement & insensiblement sans +<span class="pagenum"><a name="xxxix" id="xxxix">xxxix</a></span> +bruit, sans explosion & sans commotion. +On voit dans les tems +favorables la pointe d'une aiguille +tirer le feu électrique à plus +de six pieds de la bouteille, & +cela s'apperçoit par une petite +lumière qui paroît dans l'obscurité +à la pointe de l'aiguille.</p> + +<p>Quand la bouteille préparée, +comme on vient de le dire, est +bien électrisée, on peut la transporter +fort loin, ou la garder +plusieurs jours dans cet état, +sans qu'elle perde beaucoup de +sa force électrique; il n'y a point +d'autre précaution à prendre que +de la déposer sur un corps électrique, +dans un endroit qui ne +soit pas trop exposé à l'humidité +<span class="pagenum"><a name="xl" id="xl">xl</a></span> +de l'air ou à la poussière.</p> + +<p>L'on a trouvé ensuite que dans +l'expérience de Leyde, si au +lieu d'une seule personne, on +forme un grand cercle ou une +chaîne de plusieurs, en quelque +nombre que ce soit, qui se tiennent +tous par la main: que le +premier de la chaîne soutienne +par le fond la bouteille électrisée, +& que le dernier tire une +étincelle du fil-d'archal, ils sentiront +tous au même instant la +commotion dans les bras & dans +la poitrine. Cette expérience a +été faite à Versailles devant le +Roi sur deux cens quarante personnes +à la fois. Le même effet +s'ensuivroit encore si les acteurs, +<span class="pagenum"><a name="xli" id="xli">xli</a></span> +au lieu de se tenir par la main, +étoient joints ensemble par des +fils ou des chaînes de métal, +par l'eau tranquille d'un grand +vase ou même d'un bassin, dans +laquelle ils auroient les mains +plongées.</p> + +<p>L'on a de même découvert +que la force de l'électricité est +plus grande, lorsque la verge de +fer, que l'on nomme le <i>premier +conducteur</i>, est plus longue; +que l'étenduë en superficie du +premier conducteur contribuë +davantage à l'augmentation de +cette force que son étenduë en +solidité & que la longueur est +celle des trois dimensions qui lui +est la plus favorable.</p> + +<span class="pagenum"><a name="xlii" id="xlii">xlii</a></span> + +<p>Il n'y a presque personne qui +ne sçache que la propagation du +son n'est point aussi rapide que +celle de la lumière. Si l'on voit +tirer une pièce de canon de +quelques centaines de toises, +on apperçoit la flamme sortir de +son embouchure long-tems avant +d'en entendre le coup; en général +plus l'on est éloigné, plus +on remarque de distance entre +l'un & l'autre. Il est cependant +certain que dans ce cas la lumière +& le son partent en même +tems; mais l'air qui nous en +transmet les sensations est plus +facilement ébranlé par l'un que +par l'autre; & l'on est venu à +bout de connoître cette différence. +<span class="pagenum"><a name="xliii" id="xliii">xliii</a></span> +C'est dans la même vuë +qu'un sçavant Physicien<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a> +<a href="#footnote2"><sup class="sml">2</sup></a> a voulu +éprouver comment se fait la +propagation de l'électricité dans +les corps à qui on la communique; +si cette propagation est +instantanée du moins sensiblement, +ou si elle se fait dans un +temps perceptible.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" +name="footnote2"><b>Note 2: </b></a><a href="#footnotetag2"> +(retour) </a> M. le Monnier, médecin, à qui on est +redevable de la plupart des découvertes précédentes, +<i>Hist. de l'Acad. R. des Scienc.</i> 1746.</blockquote> + +<p>»Pour s'en assurer, après quelques +tentatives, dont le résultat +ne lui parut pas assez décisif, +M. le Monnier disposa +deux fils de fer parallèles autour +d'un grand clos; chacun d'eux +avoit neuf cens cinquante toises, +& leurs quatre extrémités +<span class="pagenum"><a name="xliv" id="xliv">xliv</a></span> +se trouvoient à un des angles +de ce clos, voisines les unes +des autres; un homme prit un +bout de chacun de ces fils de +chaque main; par ce moyen il +se forma une communication +de l'un à l'autre, & ils ne firent +plus qu'un seul corps de +1900. toises de long, au milieu +duquel étoit placé l'homme +qui tenoit les deux bouts +des fils.</p> + +<p>»Par l'arrangement que nous +venons de décrire, cet homme, +quoique placé au milieu +de la longueur totale du corps +à électriser, étoit très-voisin des +deux autres bouts, & pouvoit +juger aisément s'il sentiroit la +<span class="pagenum"><a name="xlv" id="xlv">xlv</a></span> +commotion au moment qu'il +verroit éclater l'étincelle: ce +fut effectivement ce qui arriva. +M. le Monnier ayant pris d'une +main le bout d'un des fils +de fer, approcha de celui de +l'autre fil, le fil-d'archal de la +bouteille électrique qu'il tenoit +de l'autre main; & dans le +même instant que parut l'étincelle, +lui & l'homme placés +au milieu de la longueur des +fils de fer, ressentirent la commotion, +sans qu'il fût jamais +possible d'appercevoir le plus +petit intervalle de tems entre +l'étincelle & le coup, quoiqu'il +eût été facile de discerner jusqu'à +un quart de seconde s'il +s'y étoit trouvé.</p> + +<span class="pagenum"><a name="xlvi" id="xlvi">xlvi</a></span> + +<p>Le même Physicien, pour +acquérir une preuve encore plus +complette de ce phénomène, +fit quelque tems après une autre +expérience un peu différente, +dont le succès lui confirma celui +de la précédente. Ayant choisi +un endroit commode dans une +plaine des environs de Paris, +il l'entoura d'un fil de fer de quatre +mille toises de longueur qui +font deux lieuës. Les deux extrémités +de ce fil furent disposées +à six ou sept pieds de distance +l'une de l'autre. Pendant que M. +le Monnier tenoit dans sa main +l'un des bouts de ce fil de fer, un +autre observateur qui portoit la +bouteille électrique approcha le +<span class="pagenum"><a name="xlvii" id="xlvii">xlvii</a></span> +fil-d'archal de cette bouteille de +l'autre bout du fil de fer. Dans le +même instant les deux observateurs +ressentirent la commotion +dans les bras dont ils tenoient +l'un le fil de fer & l'autre la bouteille. +La commotion est moins +forte dans cette expérience qu'elle +ne l'est dans la précédente, +parce que sa violence est partagée +entre les deux observateurs; +chacun n'éprouve qu'environ la +moitié de la commotion qu'il +ressentiroit, si le cercle de communication +de l'un à l'autre étoit +achevé; mais le résultat n'en est +pas moins sûr pour le but qu'on +s'étoit proposé. L'expérience fut +répétée, & le même effet s'ensuivit +<span class="pagenum"><a name="xlviii" id="xlviii">xlviii</a></span> +toujours également, sans +qu'on pût trouver le moindre instant +saisissable entre l'apparition +de l'étincelle & la sensation +du choc. Ainsi l'électricité parcourut +une espace de deux lieuës +dans un instant imperceptible. +On ne remarqua pas non plus la +moindre différence de force entre +la commotion qui se fit sentir +à l'un des observateurs & celle +qui se fit sentir à l'autre, quoiqu'ils +ne se communiquassent +que par le fil de fer de quatre +mille toises de longueur.</p> + +<p>Si ces expériences ne prouvent +pas que la propagation de +l'électricité est instantanée, elles +font voir du moins que les écoulemens +<span class="pagenum"><a name="xlix" id="xlix">xlix</a></span> +de la matière électrique +se portent avec une rapidité inconcevable, +& apparemment +égale à celle de la lumière le +long des corps non-électriques: +elles servent de confirmation à +la première découverte de Boyle, +que l'air n'y a point de part: +& elles ajoutent beaucoup à l'analogie +que M. Hales<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a> +<a href="#footnote3"><sup class="sml">3</sup></a> a trouvée +entre les effets de l'électricité +& ceux du tonnerre. On +verra bientôt ce que l'on doit +penser de cette analogie.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" +name="footnote3"><b>Note 3: </b></a><a href="#footnotetag3"> +(retour) </a> Considérations sur la cause Physique +des tremblemens de terre.</blockquote> + +<p>Il arrive souvent, lorsqu'on +électrise la bouteille avec excès, +ou qu'on la soutient par le fond +<span class="pagenum"><a name="l" id="l">l</a></span> +étant trop fortement électrisée, +qu'elle se décharge d'elle-même +dans la main de celui qui la tient, +sans qu'il approche son autre +main du fil de fer de cette bouteille, +ni du premier conducteur. +Il sort alors une forte étincelle du +fond de la bouteille, & il se fait +une puissante commotion. Il est +arrivé à plusieurs de recevoir de +cette manière un choc si violent +qu'ils en ont été renversés, & qu'il +leur en est resté dans toutes les +parties du corps un tremblement +qui a duré trois ou quatre jours. +Ils ont aussi ressenti pendant +long-tems l'impression que la +violence de l'étincelle leur avoit +faite au doigt, & en ont porté +<span class="pagenum"><a name="li" id="li">li</a></span> +long-tems temps une marque noire +semblable à celle d'une brûlure.</p> + +<p>Il arrive encore quelquefois +qu'en chargeant la bouteille auprès +du globe, elle fait explosion +& se casse; celui qui la tient +reçoit dans cet instant une violente +commotion: après cette +explosion la bouteille se trouve +percée au côté d'un trou exactement +rond ordinairement sans fêlure, +dont on est averti par l'écoulement +de l'eau qu'elle contenoit. +Il est aussi arrivé plus d'une fois +que le globe lui-même a fait explosion +& s'est brisé en même tems +que la bouteille; quelques-uns de +ses fragmens ont paru avoir été +lancés avec autant de force que +<span class="pagenum"><a name="lii" id="lii">lii</a></span> +des éclats de bombe. Il est plus sûr +de ne charger la bouteille qu'auprès +du premier conducteur.</p> + +<p>Si un homme est si rudement +frappé d'un coup d'électricité +qu'il puisse même en être renversé, +& en ressentir les effets pendant +plusieurs jours, doit-on s'étonner que +de petits animaux +puissent en être tués? Presque +tous ceux qui ont répété l'expérience +de Leyde, en ont fait l'épreuve +avec succès.</p> + +<p>La médecine à sçu plusieurs +fois tirer parti des choses qui +sembloient les plus opposées à +son but, & convertir en remèdes +salutaires des substances qui +avoient de tout tems été reconnuës +<span class="pagenum"><a name="liii" id="liii">liii</a></span> +pour des poisons dangereux; +la philosophie à son exemple a +essayé de faire servir à l'utilité +des hommes ce qui peut leur +être nuisible ou qui paroît tout +au moins inutile pour la santé: +elle a tenté d'appliquer à la guérison +des maladies, ce qui peut +donner la mort. Quel but plus +noble les Sciences peuvent-elles +se proposer? l'extrait d'une lettre +de M. Jallabert célèbre Professeur +de Philosophie à Genève +inséré dans le Journal des Sçavans +pour le mois de Mai 1748. +fait foi du dessein, de l'épreuve +& du succès.</p> + +<p>»On m'amena, dit M. Jallabert, +le 26. Décembre un +nommé Nogués paralytique du +<span class="pagenum"><a name="liv" id="liv">liv</a></span> +bras droit depuis près de quinze +ans; outre la perte du sentiment +& du mouvement, le +bras & l'avant-bras étoient extrêmement +maigres. Nous exposâmes +d'abord, Mr. Guiot +Chirurgien & moi à l'épreuve +de la commotion, la main paralytique +attaché au vase; la +violence du coup porta principalement +au haut de l'épaule. +Je fis ensuite découvrir le bras +paralytique, & l'homme étant +placé sur de la poix, & vivement +électrisé, je vis sortir des étincelles +de divers endroits du bras; +nous aperçûmes d'abord que +les muscles d'où elles partoient, +étoient agités de mouvemens +convulsifs: bientôt après nous +<span class="pagenum"><a name="lv" id="lv">lv</a></span> +les vîmes mouvoir successivement +& en différens sens l'avant-bras, +le carpe & les doigts, +suivant que nous tirions l'étincelle +de tel ou tel muscle.»</p> + +<p>»Je me mis à la place du paralytique, +& j'observai que les +muscles & les parties auxquelles +ils aboutissent se mouvoient +quand on en tiroit une étincelle, +sans qu'il fût en mon pouvoir +de l'empêcher, & que suivant +que l'on tiroit une étincelle, +par exemple, des muscles +extenseurs ou fléchisseurs +du carpe ou des doigts, ils se +baissoient ou s'élevoient en sens +opposés. Cette observation me +donna quelqu'espérance pour +-<span class="pagenum"><a name="lvi" id="lvi">lvi</a></span> +le paralytique, & après l'avoir +souvent exposé aux étincelles +électriques & quelquefois à la +commotion, je remarquai des +changemens en bien, & le 10. +Janvier le bras paralytique avoit +repris beaucoup d'embonpoint, le +malade commençoit à étendre +les doigts. Le 24. Janvier les +mouvemens de l'avant-bras & +du bras se faisoient mieux, il +approchoit la main de son chapeau. +Le 30. Janvier il avoit +tiré son chapeau; l'avant-bras +affecté étoit aussi rempli de +chair que l'avant bras sain, & +le bras augmentoit considérablement; +le poignet pouvoit +faire les différens mouvemens, +<span class="pagenum"><a name="lvii" id="lvii">lvii</a></span> +lors même que la main étoit +chargée d'une bouteille tenant +un pinte.» Une lettre de Genève +du 28. Février porte que +le paralytique tiroit son chapeau +sans peine, qu'il manioit de gros +marteaux, & qu'il comptoit +pouvoir forger en peu de jours.</p> + +<p>Il a été soutenu<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a> +<a href="#footnote4"><sup class="sml">4</sup></a> en l'année +1751. dans l'Université de Prague +en Bohême, une Thèse de +médecine sur l'utilité de l'électricité +pour la guérison des maladies. +Quoique les expériences +& les observations dont cette +thèse est remplie, n'ayent pas toutes +le mérite de la nouveauté, elles +sont trop intéressantes par leur +<span class="pagenum"><a name="lviii" id="lviii">lviii</a></span> +objet & par l'ordre dans lequel elles +sont rapportées, pour ne pas +trouver place dans cette histoire. +Après avoir examiné les effets de +l'électricité tant sur les corps fluides, +que sur les corps solides +en général qui ont été exposés à +son action, & après avoir prouvé +par des expériences suivies & +comparées que l'électricité augmente +l'évaporation naturelle de +la plupart des uns, & la transpiration +insensible des autres: +après avoir expliqué comment & +pourquoi l'électricité accélère +l'écoulement des liqueurs dans +les tuyaux capillaires dont elle +rend les jets continus & divergens, +& qu'elle ne produit pas le +<span class="pagenum"><a name="lix" id="lix">lix</a></span> +même effet dans des tuyaux d'un +plus grand diamètre<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a> +<a href="#footnote5"><sup class="sml">5</sup></a>: après +avoir fait voir par une expérience +déjà connuë que la végétation +des plantes est avancée par l'électricité: +enfin après avoir démontré +par le résultat de quantité +d'expériences combinées & +répétées de différentes manières +en différens tems sur des corps +animés de différens genres, que +l'électricité augmente la transpiration +des animaux en favorisant +en eux le mouvement des fluides +<span class="pagenum"><a name="lx" id="lx">lx</a></span> +& l'action tonique des solides, +l'auteur de cette thèse pour rechercher +les maladies auxquelles +l'<i>électrisation</i> pourroit servir de +remède, prend pour exemple la +paralysie dont il examine en détail +les différens symptômes & +les différens effets. Après avoir +cité l'opinion d'un fameux Professeur<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a> +<a href="#footnote6"><sup class="sml">6</sup></a> +en médecine de Montpellier, +qui prétend que le fluide +nerveux n'est autre chose que +le fluide électrique. Il rapporte +les raisons qui appuyent cette +conjecture & adopte son sentiment. +Il ne doute même pas +que ce fluide qui parcourt les +nerfs avec une vîtesse incompréhensible, +<span class="pagenum"><a name="lxi" id="lxi">lxi</a></span> +pour mettre les muscles +en mouvement au premier +ordre de la volonté, n'ait la plus +grande part à l'origine, à la vigueur +& à l'entretien de la chaleur +naturelle. De là il passe aux +diverses méthodes de traiter les +paralysies, & n'oublie pas celle +d'y appliquer l'électricité. Il en +prouve l'efficacité par le traitement +circonstancié, par le changement +en mieux & par la guérison +parfaite de quatre paralytiques, +par le soulagement d'un +rhumatisme très-douloureux, par +la résolution des nodus & le rétablissement +des forces d'un gouteux +& d'un autre malade privés +l'un & l'autre de l'usage de leurs +<span class="pagenum"><a name="lxii" id="lxii">lxii</a></span> +membres. Enfin il termine sa +dissertation par les positions suivantes.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" +name="footnote4"><b>Note 4: </b></a><a href="#footnotetag4"> +(retour) </a> Par M. J. Bohadsch.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" +name="footnote5"><b>Note 5: </b></a><a href="#footnotetag5"> +(retour) </a> Il est vraisemblable que cette différence +ne vient que de ce que les écoulemens de la +matière électrique ne sont pas aussi abondans +que ceux des liqueurs dans de larges tuyaux. +Si l'électricité étoit assez forte & assez abondante, +elle accéléreroit, diviseroit & rendroit +divergens les jets de toute sorte de tuyaux +également.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" +name="footnote6"><b>Note 6: </b></a><a href="#footnotetag6"> +(retour) </a> M. de Sauvages.</blockquote> + +<p>I. <i>Electricitas in arte medicâ est +adhibenda.</i></p> + +<p>II. <i>Electricitas auget naturalem +animalium transpirationem.</i></p> + +<p>III. <i>Hæc acceleratio transpirationis +in hominibus fit per vasa +capillaria exhalantia, & non +per glandulas subcutaneas.</i></p> + +<p>IV. <i>Fluidum nerveum fluidum +electricum dici potest.</i></p> + +<p>V. <i>Nervi sensorii à motoriis non +sunt distincti.</i></p> + +<p>VI. <i>Hemiplegiæ causa proxima +est immeabilitas fluidi nervei +per nervos.</i></p> + +<p>VII. <i>Hemiglegia præ reliquis</i> +<span class="pagenum"><a name="lxiii" id="lxiii">lxiii</a></span> +<i>morbis electrisatione curanda.</i></p> + +<p>VIII. <i>Etiam febris intermittens +electrisatione debellari potest.</i> +&c. &c.</p> + +<p>Il a paru dans les nouvelles +publiques des années 1753. & +1754. des relations détaillées de +diverses guérisons opérées par +l'électricité sur des sourds & des +aveugles en différentes contrées +de l'Europe. Malgré les autorités +dont elle étoient revêtuës, +quoique quelques-unes de ces +guérisons m'ayent été attestées +par un jeune médecin Suédois<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a> +<a href="#footnote7"><sup class="sml">7</sup></a> +qui avoit apporté à Paris un excellent +globe dans l'intention d'y +faire des miracles, elles n'ont +point assez gagné ma confiance +<span class="pagenum"><a name="lxiv" id="lxiv">lxiv</a></span> +pour me paroître mériter d'avoir +place dans cette histoire.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" +name="footnote7"><b>Note 7: </b></a><a href="#footnotetag7"> +(retour) </a> + M. Lindulf.</blockquote> + +<p>La persuasion où l'on est que +la matière électrique pénètre les +corps auxquels on la communique, +de même que ceux qui la +contiennent naturellement, a +encore donné occasion d'imaginer +des moyens pour en tirer de +l'utilité. On a pensé que si elle +pénètre les parties du corps humain, +auxquelles elle n'est par +elle-même capable que de donner +de l'ébranlement, elle pourroit +servir de véhicule à des remèdes +que l'on voudroit faire +passer dans l'intérieur de ces parties. +De quel avantage ne seroit +pas cette propriété, si elle se +<span class="pagenum"><a name="lxv" id="lxv">lxv</a></span> +trouvoit avoir quelque réalité? +On trouvera dans la suite de cet +ouvrage ce que l'on doit attendre +de cette idée.</p> + +<p>M. Bose célèbre Professeur de +Physique à Wittemberg rapporte +une expérience qui a vainement +occupé la plupart des Physiciens. +Un enfant ou un adulte +placé sur un gâteau de résine +touche de la main le globe ou +la poignée d'une épée actuellement +électrisée par sa pointe auprès +du globe, il acquiert en +peu de tems une si grande quantité +de feu électrique que d'abord +ses pieds, ensuite ses jambes, +ses genoux & enfin tout son +corps paroissent dans l'obscurité +<span class="pagenum"><a name="lxvi" id="lxvi">lxvi</a></span> +en être environnés de tous côtés +comme d'un nuage lumineux +semblable à la gloire dont les +peintres entourent le portrait +d'un saint. C'est pour cette raison +que l'auteur a nommé cette +expérience la <i>Béatification</i>. Tous +ceux qui l'ont tentée se plaignent +de ce que M. Bose n'en a +pas donné un détail assez circonstancié. +Il avouë aussi lui-même +qu'elle lui a souvent manqué. +L'on conçoit en effet qu'il faut +un tems & des circonstances +bien favorables pour pouvoir accumuler +sur un homme une +assez grande quantité de feu +électrique pour l'environner depuis +les pieds jusqu'à la tête +<span class="pagenum"><a name="lxvii" id="lxvii">lxvii</a></span> +d'une atmosphère lumineuse & bien +visible.</p> + +<p>Le même M. Bose avoit avancé +dans son quatriéme commentaire +sur l'électricité qu'il désespéroit +que l'on pût trouver une +mesure exacte des forces de l'électricité. +L'on a reconnu que +sa conjecture étoit hazardée. +Quand on n'auroit pas l'ingénieux +instrument que MM. d'Arcy +& le Roy ont inventé & exécuté +pour mesurer la force de l'électricité, +auquel ils ont pour +cette raison donné le nom d'<i>Électromètre</i>,<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a> +<a href="#footnote8"><sup class="sml">8</sup></a> +on trouveroit dans +les expériences de M. Franklin +<span class="pagenum"><a name="lxviii" id="lxviii">lxviii</a></span> +de quoi y suppléer. Cet auteur a +donné (Lettre V. §. 55. & 56.) +la description de deux fortes de +rouës électriques qui, quoiqu'elles +n'ayent pas été imaginées à +cette intention, peuvent être +regardées comme d'excellens +Électromètres. Il fait servir dans +chacune de ces machines la seule +vertu attractive de l'électricité de +deux manières différentes activement +& passivement. Ces deux +effets se succèdant alternativement +contribuënt également au +mouvement circulaire des rouës. +Il seroit inutile d'en rapporter ici +la construction & le détail que +l'on trouvera tome premier, pag. +172-183. Il suffit de dire que ces +<span class="pagenum"><a name="lxix" id="lxix">lxix</a></span> +rouës sont mises en mouvement +par la seule force de l'électricité, +& qu'elles font chacune sur leur +axe plus ou moins de révolutions, +à proportion que ces rouës +ou les bouteilles sont plus ou +moins chargées d'électricité. +Ainsi sans être, comme le dit M. +Bose <i>audaculus</i> & [Grec: achômerutos], +on pourra assurer que tel ou tel +degré de force électrique est double, +triple, quadruple de tel ou +tel autre. Quel privilège lui paroissoit +avoir l'électricité, pour +être la seule chose physique qui +ne fût pas soumise à l'empire +du calcul?</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" +name="footnote8"><b>Note 8: </b></a><a href="#footnotetag8"> +(retour) </a> Voyez Mém. de l'Acad. R. des Scienc. +1749. pag. 63.</blockquote> + +<p>Ainsi depuis l'expérience de +M. Cuneus vulgairement appellée +<span class="pagenum"><a name="lxx" id="lxx">lxx</a></span> +expérience de Leyde, les +connoissances sur l'électricité ont +plus fait de progrès qu'elles n'en +avoient fait auparavant. Les Physiciens +ont travaillé & travaillent +sans relâche à ajouter aux découvertes +qui ont été faites sur +ce sujet. Les uns, sans songer +que la matière n'est point encore +assez préparée, & qu'il n'y a +pas encore assez de faits connus, +font tous leurs efforts pour pénétrer +les mystères de l'électricité +& pour en expliquer la nature; +d'autres s'appliquent à lui +chercher de nouvelles propriétés, +& pour cela s'en tiennent +modestement aux expériences, +d'autres enfin en proposant leurs +<span class="pagenum"><a name="lxxi" id="lxxi">lxxi</a></span> +conjectures, font voir des rapports +évidens entre les phénomènes +les plus communs des météores +& ceux de l'électricité.</p> + +<p>M. Franklin, sans prétendre +à la première de ces classes, occupe +une place de distinction +dans les deux dernières avec les +Physiciens qui se sont le plus +avancés dans cette carrière; +mais il les laisse bien loin derrière +lui. Une seule des découvertes +qu'il a faites dans cette +nouvelle terre, suffira pour donner +une idée de la sagesse, de +la grandeur & de la finesse de +ses vûes. Étant venu à bout de +fondre, & même de vitrifier +les métaux d'un coup d'électricité, +<span class="pagenum"><a name="lxxii" id="lxxii">lxxii</a></span> +il compare ce phénomène +avec un effet tout semblable du +tonnerre; c'est celui de fondre +l'argent dans une bourse & une +lame d'épée dans le fourreau. +Conduit par cette observation & +par une infinité d'autres rapprochées +avec sagacité, il découvre +une analogie surprenante entre +l'électricité & la foudre: il +fait voir par des raisons solides +que le feu électrique & le feu du +ciel sont le même élément bien +différent du feu commun, quoiqu'il +puisse le produire. Celui-ci +ennemi de l'eau ne subsiste que +dans l'air libre, & n'agit que par +sa chaleur; celui-là au contraire +s'unit à l'eau, se maintient dans le +<span class="pagenum"><a name="lxxiii" id="lxxiii">lxxiii</a></span> +vuide, & opère sans chaleur. Il +y a beaucoup d'apparence que +c'est le véritable feu élémentaire, +dont le feu commun n'est que +l'image imparfaite.</p> + +<p>Convaincu lui-même par la +force de ses preuves, sans pourtant +en être ébloüi, notre auteur +développe en conséquence la +nature & la formation du plus +redoutable des météores. Se rappellant +ensuite le pouvoir admirable +qu'ont les pointes de tirer +imperceptiblement le feu électrique +des corps où il se trouve dans +un mouvement actuel, & profitant +adroitement de cet avantage, +il va jusqu'à indiquer des +moyens par lesquels on pourroit +<span class="pagenum"><a name="lxxiv" id="lxxiv">lxxiv</a></span> +dissiper le tonnerre, & par-là nous +garantir de ses funestes effets.</p> + +<p>En suivant les principes de +M. Franklin que je me suis rendus +propres, en examinant ses +observations que j'ai répétées & +approfondies, en déférant à ses +conjectures auxquelles j'ai ajouté +les miennes, en joignant à ses +probabilités celles que j'ai recueillies +d'ailleurs, en un mot +en entrant dans toutes ses vuës, +je me suis persuadé que la matière +du tonnerre devoit être la +même que celle de l'électricité. +Le feu S. Elme & la lumière +que l'on aperçoit sur des pointes +métalliques à l'approche des +orages, celle entr'autres dont il +<span class="pagenum"><a name="lxxv" id="lxxv">lxxv</a></span> +est dit dans les Commentaires +de César, <i>eâdem nocte quintæ +legionis pilorum cacumina suâ +sponte arserunt</i>, m'ont semblé +être la même chose que l'aigrette +que montre une pointe dans les +expériences électriques. Enfin +mes réflexions m'avoient tellement +affermi dans cette opinion, +que quand même le succès n'eût +pas répondu à mon attente, je +n'aurois pû y renoncer. Il s'agissoit +d'en avoir une confirmation +tirée de l'expérience; je ne fus +pas long-tems à l'attendre.</p> + +<p>Après avoir fait dresser en +Avril 1752. l'appareil dont on +trouvera la description dans le +second tome de cet ouvrage pag. +<span class="pagenum"><a name="lxxvi" id="lxxvi">lxxvi</a></span> +67. & suiv. Il arriva le 10. Mai +suivant un orage qui auroit pleinement +satisfait à tous mes désirs, +si j'avois pû être témoin +occulaire des observations qui +s'y firent en mon absence. Ceux +à qui j'avois laissé le soin de mon +expérience avec les instructions +nécessaires, virent l'électricité naturelle +& furent les premiers à recueillir +le feu du ciel. La nouvelle +m'en fut apportée dès le soir +même, & j'en rendis compte +deux jours après à l'Académie +Royale des Sciences. La plupart +des Membres de cette célèbre +Compagnie eurent la politesse +de me faire compliment +sur mon mémoire & de m'assurer +<span class="pagenum"><a name="lxxvii" id="lxxvii">lxxvii</a></span> +que jamais il n'en avoit paru aucun +qui eût été écouté avec autant +d'attention ni aucune expérience +dont le rapport eût donné +autant de satisfaction; elle prit +dès-lors le nom du lieu de sa naissance, +& un Physicien des plus renommés +vaincu par des observations +générales ne put s'empêcher +de publier quelque tems +après que l'expérience de Marly-la-Ville, +de même que celle de +Leyde, feroit époque dans l'histoire +de l'électricité.</p> + +<p>Le bruit de cette découverte +se répandit bientôt dans toute +l'Europe & même dans toute la +terre. L'expérience fut répétée +avec le même succès dans tous +<span class="pagenum"><a name="lxxviii" id="lxxviii">lxxviii</a></span> +endroits où elle fut tentée. On +imagina des moyens fort ingénieux +pour dresser en l'air des +pointes métalliques, & pour les +faire communiquer dans les appartemens +sans rien perdre de la +matière dont elles se chargeroient; +la petite sonnerie qu'on +y ajoûta, est l'expédient le plus +simple & le plus sûr pour être +averti en tous tems de la présence +de cette matière & de l'approche +des nuages qui en occasionnent +l'apparition. Le carillon +procure encore un autre avantage +plus important dont nous allons +parler.</p> + +<p>Les précautions que j'avois +prises pour me garantir de tout +<span class="pagenum"><a name="lxxix" id="lxxix">lxxix</a></span> +accident fâcheux dans la première +tentative de cet expérience, +ne touchèrent pas sans doute +également tous ceux qui entreprirent +de la répéter. Le malheur +d'un célèbre Professeur de +Physique à Petersbourg montra +en même tems combien il est +dangereux de les négliger, & +combien en général nous devons +être redevables à ceux qui +ont cherché à étendre nos connoissances +par les premiers essais +des choses.</p> + +<p>Les relations de la mort de +M. Richman qui furent mises +dans les nouvelles publiques de +1753. nous ont bien appris qu'il +avoit été tué d'un coup d'électricité +<span class="pagenum"><a name="lxxx" id="lxxx">lxxx</a></span> +naturelle; mais on ignore +si le tonnerre est réellement tombé +sur son appareil électrique, +ou s'il n'a été frappé que par +l'explosion de la matière dont +sa barre de fer trop bien isolée +se trouva surchargée. L'exemple +de ce qui est arrivé à plusieurs +autres en pareilles circonstances, +me fait pancher vers ce dernier +sentiment. Dans l'un & l'autre +cas; sans cesser de plaindre son +malheur, je ne puis en attribuer +la cause qu'à son défaut d'attention +& de précaution. S'il y eût +eu une décharge métallique à +un ou deux pouces de l'appareil, +elle en auroit reçu la matière +électrique surabondante, & n'y +<span class="pagenum"><a name="lxxxi" id="lxxxi">lxxxi</a></span> +en auroit laissé qu'autant qu'il +en falloit pour faire les expériences +nécessaires, & jamais assez +pour frapper à une distance de +quatre pouces, qui est celle où +l'on dit que M. Richman a reçu +le coup fatal. Le carillon +dont nous avons parlé ci-devant, +eût été une décharge plus +que suffisante pour lui sauver la +vie.</p> + +<p>Dans le tems que la Physique récompensoit +si mal les soins d'un +Sçavant empressé à pénétrer ses +secrets, je continuois à faire mes +observations tant sur l'électricité +naturelle que sur l'artificielle. +Je n'y étois pas plus encouragé +<span class="pagenum"><a name="lxxxii" id="lxxxii">lxxxii</a></span> +par mes premiers succès & par +le commerce de Mr. Franklin +que par le vif intérêt qu'y prenoient +plusieurs amis du premier +ordre qui travailloient souvent +avec moi; l'un de ceux-ci m'avoit +prié de lui aider à former un +cabinet électrique complet; je +n'avois rien épargné pour lui +donner satisfaction. Le premier +fruit qu'il en retira, fut le succès +de mon expérience du tonnerre +artificiel sur une glace de 1200. +pouces quarrés, dont il fut enchanté.</p> + +<p>Cette glace est des plus parfaites +& des plus minces, bien polie, +en quarré long, étamée des +<span class="pagenum"><a name="lxxxiii" id="lxxxiii">lxxxiii</a></span> +deux côtés & affermie sur un +fort cadre de bois. Sur le teint +de sa surface antérieure, j'ai +tracé tout autour une bordure +d'environ trois pouces de largeur, +& avec un cizeau de cuivre +j'en ai enlevé l'étain, en +observant d'arrondir les angles +& de ne point laisser de bavures +en pointes dans tout le circuit. +En voilà toute la préparation.</p> + +<p>L'expérience consiste à électriser +cette glace ainsi préparée, +en laissant tomber une petite +chaîne du premier conducteur +sur le milieu de sa surface antérieure. +Si le tems est favorable +& que l'on soit dans l'obscurité, +après douze ou quinze tours de +<span class="pagenum"><a name="lxxxiv" id="lxxxiv">lxxxiv</a></span> +rouë on apperçoit sur les bords de +l'étain quelques étincelles, qui +augmentant peu à peu en nombre +& en force, représentent +assez bien un ciel tout enflammé, +tel que celui qui précède les +grands orages. En continuant & +même en forçant l'électrisation, +tout cela se termine par une violente +explosion qui fait avec le +plus brillant éclair un bruit aussi +éclatant que celui du plus fort +coup de fouet.</p> + +<p>Après cette explosion, l'on +trouve à l'endroit où elle s'est +faite sur la glace une trace blanchâtre +plus ou moins apparente +assez ordinairement en zic-zac, +qui traverse la bordure découverte +<span class="pagenum"><a name="lxxxv" id="lxxxv">lxxxv</a></span> +depuis le bord de l'étain jusqu'au +cadre sous lequel elle va +se perdre. En passant le doigt ou +l'ongle dessus on sent que la +glace est dépolie & raboteuse en +cet endroit, ce qui prouve évidemment +que la matière électrique +pénètre le verre sans le traverser.</p> + +<p>Si, immédiatement après l'explosion +on approchoit le nez de +l'endroit où elle s'est faite, l'on +y sentiroit une odeur de soufre +très-frappante. Cette odeur est si +volatile qu'elle s'exhale en peu +de tems, & il ne faut que deux +ou trois explosions pour en remplir +toute la chambre, quelque +grande qu'elle puisse être. Il n'y +<span class="pagenum"><a name="lxxxvi" id="lxxxvi">lxxxvi</a></span> +a personne qui ne reconnoisse à +tous ces traits le plus redoutable +des météores; c'est la raison +pour laquelle on a donné à cette +expérience le nom de tonnerre +artificiel. Il est très-possible d'en +tirer des effets aussi surprenans +que ceux du tonnerre naturel.</p> + +<p>C'est avec cette glace que j'ai +percé d'un coup d'électricité jusqu'à +cent soixante feüilles de papier +fin; elle m'a aussi servi à +enflammer la poudre à canon +froide; mais je trouve plus commode +l'usage des grands vases +de verre bien armés.</p> + +<p>Dans la première idée que +M. Franklin s'étoit formée de la +nature du tonnerre, il avoit supposé +<span class="pagenum"><a name="lxxxvii" id="lxxxvii">lxxxvii</a></span> + que les nuages orageux +étoient électrisés positivement, +& c'est sur cette hypothèse qu'il +avoit établi sa première Théorie; +dès qu'il a reconnu que l'électricité +des nuages est négative +bien plus souvent qu'elle n'est +positive, il n'a pas hésité à changer +d'opinion; loin d'être plus +attaché à sa nouvelle conjecture +qu'il ne l'avoit été à la première, +il la donne pour ce qu'elle +est & propose lui-même les objections +qui peuvent l'embarrasser.</p> + +<p>C'est avec la même franchise +qu'il se rend aux découvertes +d'autrui. On lui apprend que +l'électricité du soufre paroît d'une +<span class="pagenum"><a name="lxxxviii" id="lxxxviii">lxxxviii</a></span> +nature différente de celle du +verre; il se met sur le champ à +répéter les expériences qui peuvent +constater le fait, & convaincu +par lui-même de la vérité, +il en laisse toute la gloire à +son émule.</p> + +<p>Avec le secours des grands +vases multipliés, M. Franklin est +parvenu à aimanter des aiguilles, +à en changer les pôles à volonté, +& à démontrer par ces merveilles +que la vertu magnétique +n'est qu'un effet d'électricité. +Peut-être la pierre d'aimant elle-même +n'est-elle devenuë aimant +que par un pareil effet de l'électricité +naturelle. Quoi qu'il en +soit, le magnétisme a été communiqué +<span class="pagenum"><a name="lxxxix" id="lxxxix">lxxxix</a></span> +par les expériences faites +à Paris, de même qu'il l'avoit +été par celles de Philadelphie.</p> + +<p>On s'attend bien que ces dernières +découvertes feront reprendre +la plume aux critiques de +M. Franklin. Pourquoi auroient-elles +plus de privilége que toutes +les autres du même auteur? Dès +que son premier ouvrage parut, +il fut vivement attaqué; & comme +l'on trouvoit peu de prise sur +le fond, on n'épargna rien pour +tourner en ridicule ceux qui en +étoient les partisans. Cette guerre +littéraire n'est point encore +éteinte, & vraisemblablement +ne finira pas sitôt, puisque le +<span class="pagenum"><a name="xc" id="xc">xc</a></span> +plus ardent de nos adversaires +abandonnant sa première attaque +est forcé de revenir sur ses pas, +de changer de batterie & de recommencer +sur nouveaux frais. +Il n'en est encore qu'à l'examen +des étincelles électriques. S'il +suit l'ordre des expériences, +quand il arrivera à ces dernières, +elles ne seront plus nouvelles +que pour lui.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/deco01.png"></p> + +<br><br><br> + + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> +<h2>PRÉFACE</h2> + +<h4>DE</h4> + +<h3>L'ÉDITEUR ANGLOIS.</h3> + +<p><span class="large">I</span><br><i>l est à propos d'avertir le +Lecteur que les observations +& les expériences suivantes +n'ont pas été faites dans le +dessein d'être données au public. +Elles avoient été communiquées +en divers tems à quelques +amis particuliers, & n'étoient +destinées qu'à leur servir +d'amusement, la plupart même +se trouvent dans des lettres +écrites sur différens sujets.</i></p> + +<p><i>Mais ayant été luës à quelques +personnes fort versées +dans les recherches électriques, +toutes ont jugé qu'elles contenoient +tant de particuliarités +curieuses & intéressantes, relativement +à la matière en question, +que ce seroit faire une +espèce d'injustice au public, de +les renfermer dans les bornes +d'un petit cercle d'amis.</i></p> + +<p><i>C'est pourquoi l'Éditeur +avoit pris sur lui de faire imprimer +ces extraits de lettres & +autres pièces détachées dans l'état +qu'elles lui étoient tombées +entre les mains, sans avoir +demandé à l'ingénieux auteur +la permission d'en user de la +sorte. Il avoit fait cette démarche +avec d'autant moins +de scrupule, qu'il appréhendoit que les engagemens de +l'auteur dans d'autres affaires +plus importantes ne lui laissassent +pas le loisir de donner +au public ses réflexions, & +ses expériences sur l'électricité +retouchées avec ce soin & cette +précision dont il n'est pas +moins jaloux que capable, +comme il est facile de s'en convaincre +par le traité que nous +avons sous les yeux.</i></p> + +<p><i>On ne l'instruisit de la liberté +qu'on avoit prise, que +lorsque les premières feüilles +étoient sous la presse, & il +n'eut que le tems d'envoyer +quelques nouvelles remarques +avec un petit nombre de corrections & d'augmentations, +qui ont été placées à la fin de +l'ouvrage, & que l'on peut +consulter dans l'occasion.</i></p> + +<p><i>Ces expériences sont presque +toutes en propre à notre +auteur; il les a conduites avec +jugement, & les conséquences +qu'il en déduit sont évidentes, +& décisives, quoique proposées +quelquefois sous les termes +modestes d'hypothèses, & +de conjectures.</i></p> + +<p><i>En effet la scène qu'il ouvre +à nos regards, nous surprend +agréablement, tandis +qu'il nous mène par un enchaînement +de faits, & de +réfléxions judicieuses à une +cause probable des phénomènes +les plus terribles & qui ont +été expliqués jusqu'ici avec le +moins de vraisemblance.</i></p> + +<p><i>Il nous découvre une matière +invisible, subtile, répanduë +dans toute la nature en +différentes proportions, qui +avoit échappé à nos observations, +& qui est incapable de +nuire lorsque tous les corps +auxquels elle est adhérente, +en sont également chargés. Il +prouve néanmoins que si par +quelque moyen que ce soit, il +s'en fait une distribution inégale, +s'il y a accumulation sur +une partie de l'espace, & qu'il +y ait sur l'autre une moindre +proportion, un vuide, un épuisement, +à l'approche immédiate +d'un corps capable de conduire +la partie accumulée à +l'espace altéré, cette matière +devient peut-être l'agent le plus +formidable, & le plus irrésistible +qui soit dans l'univers. +Les animaux en sont subitement +frappés à mort: les corps +impénétrables à la plus grande +force que nous connoissions, +en sont criblés, & les métaux +fondus en un instant.</i></p> + +<p><i>Les effets analogues de la +foudre & de l'électricité ont +conduit notre auteur à avancer +quelques conjectures fort vraisemblables +sur la cause du tonnerre, & à proposer en même +tems quelques expériences +raisonnées pour nous préserver +de ses effets pernicieux & garantir +les choses qui sont le plus +exposées à en ressentir les atteintes: +circonstance assurément +très-importante pour le +public & digne par conséquent +de la plus sérieuse attention.</i></p> + +<p><i>Il étoit passé en mode depuis +quelque tems d'attribuer à l'électricité +toutes les grandes & +extraordinaires opérations de +la nature; telles que la foudre +& les tremblemens de terre; +ce n'est pas (comme on pourroit +se l'imaginer par la manière +dont on raisonne sur ces +événemens) que les auteurs de +ces systèmes eussent découvert +quelque connéxion entre la +cause & l'effet, ou donné la +raison de leur dépendance réciproque, +mais seulement (à +ce qu'il paroit) parce qu'ils +ne connoissoient aucun autre +agent dont la liaison avec les +effets ne pût être positivement +démontrée impossible.</i></p> + +<p><i>Mais le lecteur sera pleinement +satisfait sur ces circonstances, +& sur plusieurs autres +non moins intéressantes, par +la lecture des lettres qui suivent, +& auxquelles l'Éditeur +n'hésite point de le renvoyer +avec confiance.</i></p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head3.png"></p> + +<h3>APPROBATION.</h3> + +<p><span class="large">J</span><br>'ai lû par l'ordre de Monseigneur +le Chancelier, un Ouvrage intitulé: +<i>Expériences & Observations sur l'Électricité +faites à Philadelphie en Amérique +par M. Benjamin Franklin, &c. +traduites de l'Anglois par M. D'Alibard; +deuxiéme édition, &c.</i> & je n'y +ai rien trouvé qui m'ait paru devoir en +empêcher l'impression. À Paris ce 30.</p> + +<p>Mai 1755.<span class="rig">PICQUET.</span></p><br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> + +<h3>PRIVILÉGE DU ROI.</h3> + +<p>Louis, par la grace de Dieu, Roi de +France & de Navarre: À nos amés & +féaux Conseillers les gens tenans nos Cours +de Parlement, Maîtres des Requêtes ordinaires +de notre Hôtel, Grand Conseil, Prevôt +de Paris, Baillifs, Sénéchaux, leurs +Lieutenans Civils & autres nos Justiciers +qu'il appartiendra, SALUT. Notre amé <i>le +Sieur D'Alibard</i>, Nous a fait exposer qu'il +desireroit faire imprimer & donner au Public +un Livre qui a pour titre <i>Expériences & Observations +sur l'Électricité faites à Philadelphie +en Amérique par M. Benjamin Franklin +de Philadelphie & communiquées dans plusieurs +Lettres à M. Collinson à Londres</i>, s'il +nous plaisoit lui accorder nos Lettres de Privilége +pour ce nécessaires. À CES CAUSES, +voulant favorablement traiter l'Exposant; +Nous lui avons permis & permettons par ces +Présentes, de faire imprimer ledit Livre en +un ou plusieurs volumes, & autant de fois que +bon lui semblera, & de le vendre, faire vendre +& débiter partout notre Royaume pendant +le tems <i>de six années consécutives</i>, à +compter du jour de la date des Présentes: +Faisons défenses à toutes personnes de quelque +qualité & condition qu'elles soient, d'en +introduire d'impression étrangere dans aucun +lieu de notre obéissance: Comme aussi à +tous Libraires & Imprimeurs d'imprimer ou +faire imprimer, vendre, faire vendre, débiter, +ni contrefaire ledit Livre, ni d'en faire +aucun extrait sous quelque prétexte que +ce soit d'augmentation, correction, changement +ou autres, sans la permission expresse +& par écrit dudit Exposant, ou de ceux qui +auront droit de lui, à peine de confiscation +des exemplaires contrefaits, de trois mille +livres d'amende contre chacun des contrevenans, +dont un tiers à Nous, un tiers à +l'Hôtel-Dieu de Paris, & l'autre tiers audit +Exposant, ou à celui qui aura droit de lui, +& de tous dépens, dommages & interêts; +à la charge que ces Présentes seront +enregistrées tout au long sur le registre de +la Communauté des Libraires & Imprimeurs +de Paris dans trois mois de la date d'icelles; +que l'impression dudit Livre sera faite dans +notre Royaume, & non ailleurs, en bon +papier & beaux caractéres, conformément à +la feüille imprimée, attachée pour modéle +sous le contre-scel des présentes; que l'impétrant +se conformera en tout aux réglemens +de la Librairie, & notamment à celui du 10. +Avril 1725; qu'avant de l'exposer en vente, +l'imprimé qui aura servi de copie à l'impression +dudit Livre, sera remis dans le même +état où l'approbation y aura été donnée, ès +mains de notre très-cher & féal Chevalier +Chancelier de France le Sr. de Lamoignon, +& qu'il en sera ensuite remis deux exemplaires +dans notre bibliothéque publique, un +dans celle de notre Château du Louvre, un +dans celle de notredit très-cher & féal Chevalier +Chancelier de France le sieur de Lamoignon, +& un dans celle de notre très-cher +& féal Chevalier Garde des Sceaux de France +le sieur de Machault Commandeur de +nos Ordres, le tout à peine de nullité des +présentes; du contenu desquelles, vous +mandons & enjoignons de faire jouir ledit +Exposant & ses ayans causes pleinement & +paisiblement, sans souffrir qu'il leur soit fait +aucun trouble ou empêchement. Voulons +que la copie des présentes qui sera imprimée +tout au long ou au commencement ou à la +fin dudit Livre, soit tenuë pour dûement signifiée; +& qu'aux copies collationnées par +l'un de nos amés & féaux Conseillers & Secrétaires, +foi soit ajoutée comme à l'original: +Commandons au premier notre Huissier +ou Sergent sur ce requis, de faire pour +l'exécution d'icelles, tous actes requis & nécessaires, +sans demander autre permission, +& nonobstant clameur de Haro, charte +Normande & lettres à ce contraires. Car tel +est notre plaisir. Donné à Versailles le huitiéme +jour du mois d'Octobre, l'an de grace +mil sept cens cinquante-un, & de notre regne +le trente-septiéme. Par le Roi en son +Conseil. <i>Signé</i> SAISON.</p> + +<p><i>Registré sur le Registre douze de la Chambre +Royale des Libraires & Imprimeurs de +Paris, Nº. 688. fol. 547. conformément au +Réglement de 1723. qui fait défense, art. 4. +à toutes personnes de quelque qualité qu'elles +soient, autres que les Libraires & Imprimeurs, +de vendre, débiter & faire afficher +aucuns Livres, pour en vendre en leurs +noms, soit qu'ils s'en disent les Auteurs ou +autrement, & à la charge de fournir à la susdite +Chambre, huit exemplaires prescrits par +l'article 08. du même Réglement. À Paris, +ce 24. Décembre 1751.</i> LE GRAS, Syndic.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/deco02.png"></p> +<br><br><br> + +<span class="pagenum"><a name="I1" id="I1">I-1</a></span> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head5.png"></p> + +<h2>LETTRES</h2> + +<h3>SUR L'ÉLECTRICITÉ</h3> + +<h4>DE</h4> + +<h3>M. BENJ. FRANKLIN</h3> + +<h5><i>de Philadelphie en Amérique</i>,</h5> + +<h5>À</h5> + +<h3>M. P. COLLINSON</h3> + +<h5><i>de la Société Royale de Londres</i>.</h5> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> +<h3>LETTRE I.</h3> + +<p class="rig"><i>29, Juillet 1750</i>.</p><br> + +<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p> + +<p>Comme vous nous avez engagés +dans les Expériences électriques, +en envoyant à notre Société +<span class="pagenum"><a name="I2" id="I2">I-2</a></span> +Littéraire un Tube avec les instructions +nécessaires pour s'en servir; +& comme notre respectable Fondateur +nous a mis en état de porter +ces Expériences à une plus +grande perfection par le magnifique +présent qu'il nous a fait d'un +Laboratoire électrique complet, +il est convenable que vous soyez +l'un & l'autre informés de tems +en tems des progrès que nous faisons +à cet égard. Ce fut dans cette +intention que j'écrivis, & +que je vous envoyais mes premières +réfléxions sur ce sujet, desirant, +puisque je n'ai point l'honneur +d'être en correspondance directe +avec ce généreux Bienfaiteur de +notre Société littéraire, qu'elles +<span class="pagenum"><a name="I3" id="I3">I-3</a></span> +pûssent lui être communiquées par +votre entremise. C'est dans cette +même vûë que j'écris encore, & +que je vous envoye ces nouvelles +observations. Si vous n'y trouvez +rien d'intéressant (ce qui est très-possible, +attendu la multitude de +sçavans en Europe qui sont continuellement +occupés aux mêmes +recherches) elles vous prouveront +du moins que nous n'avons +pas négligé les instrumens qui +nous ont été mis entre les mains, +& que, s'ils ne nous ont pas servi +à faire des découvertes intéressantes, +quelle qu'en puisse être la cause, +ce n'est pas manque de zêle +ni d'application.</p> + +<p class="mid">Je suis, &c. B. FRANKLIN.</p> + +<span class="pagenum"><a name="I4" id="I4">I-4</a></span> +<br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> +<h3>OPINIONS</h3> + +<h4>ET</h4> + +<h3>CONJECTURES</h3> + +<p><i>Sur les propriétés & sur les effets +de la matière électrique qui résultent +des Expériences & observations +faites à Philadelphie. +1749.</i></p> + +<p>§. 1. <span class="big">L</span>a matière électrique est +composée de particules extrèmement +subtiles, puisqu'elle peut +traverser la matière commune, +même les métaux les plus denses, +avec tant de facilité & de liberté +qu'elle n'éprouve aucune résistance +sensible.</p> + +<span class="pagenum"><a name="I5" id="I5">I-5</a></span> + +<p>2. Si quelqu'un doutoit que la +matière électrique passât à travers +la substance des corps, mais seulement +sur & le long de leur surface, +l'expérience de Leyde faite avec +un grand vase de verre électrisé, +dont le coup seroit tiré à travers +son propre corps suffiroit probablement +pour le convaincre.</p> + +<p>3. La matière électrique diffère +de la matière commune en ce que +les parties de celle-ci s'attirent mutuellement, +& que les parties de +la première se repoussent mutuellement; +de-là vient la divergence +apparante dans un courant d'écoulemens +électriques.</p> + +<p>4. Mais quoique les particules +de matière électrique se repoussent +<span class="pagenum"><a name="I6" id="I6">I-6</a></span> +l'une l'autre, elles sont fortement +attirées par toute autre +matière<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a> +<a href="#footnote9"><sup class="sml">9</sup></a>: ceci doit s'entendre de +celle qui en est susceptible.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" +name="footnote9"><b>Note 9: </b></a><a href="#footnotetag9"> +(retour) </a> Voyez les ingénieux essais sur l'Électricité +par M. Ellicot dans les Transact. Phil.</blockquote> + +<p>5. De ces trois choses, sçavoir +l'extrême subtilité de la matière +électrique, la mutuelle répulsion +de ses parties, & la forte attraction +entr'elles & une autre matière, il +en résulte cet effet, que quand +une quantité de matière électrique +est appliquée à une masse de matière +commune d'une grosseur & +d'une longueur sensibles, qui n'a +pas déjà acquis sa quantité, elle +se répand aussitôt également dans +la totalité.</p> + +<span class="pagenum"><a name="I7" id="I7">I-7</a></span> + +<p>6. Ainsi la matière commune +est une espèce d'éponge pour le +fluide électrique; une éponge ne +recevroit pas l'eau, si les parties +de l'eau n'étoient plus petites que +les pores de l'éponge: elle ne la +recevroit que bien lentement, s'il +n'y avoit pas une attraction mutuelle +entre ses parties & celles de +l'éponge: celle-ci s'en imbiberoit +plus promptement, si l'attraction +réciproque entre les parties +de l'eau n'y mettoit pas un obstacle, +puisqu'il doit y avoir quelque +force employée pour les séparer: +enfin l'imbibition seroit très-rapide, +si au lieu d'attraction il y avoit +entre les parties de l'eau une répulsion +mutuelle qui concourût +<span class="pagenum"><a name="I8" id="I8">I-8</a></span> +avec l'attraction de l'éponge. C'est +précisément là le cas où se trouvent +la matière électrique & la +matière commune.</p> + +<p>7. Mais dans la matière commune +il y a (généralement parlant) +autant de matière électrique +qu'elle peut en contenir dans sa +substance. Si l'on en ajoûte davantage, +le surplus reste sur la surface, +& forme ce que nous appellons +une Atmosphère électrique, +& l'on dit alors que le corps est +électrisé.</p> + +<p>8. On suppose que toute sorte +de matière commune n'attire pas +ni ne retient pas la matière électrique +avec une égale force & une +égale activité pour les raisons que +<span class="pagenum"><a name="I9" id="I9">I-9</a></span> +nous donnerons dans la suite, & +que les corps appellés originairement +électriques, comme le verre, +&c. l'attirent & la retiennent +plus fortement, & en contiennent +la plus grande quantité.</p> + +<p>9. Nous sçavons que le fluide +électrique est dans la matière commune, +parce que nous pouvons +le pomper & l'en faire sortir par le +moyen du globe ou du tube: nous +sçavons que la matière commune +en a à peu près autant qu'elle en +peut contenir, parce que, quand +nous en ajoûtons un peu plus à +une portion quelconque, cette +quantité ajoûtée n'y entre point, +mais forme une atmosphère électrique: +& nous sçavons que la +<span class="pagenum"><a name="I10" id="I10">I-10</a></span> +matière commune n'en a pas (généralement +parlant) plus qu'elle +n'en peut contenir; autrement +toutes ses parties détachées se repousseroient +l'une l'autre, comme +elles font constamment, lorsqu'elles +ont des atmosphères électriques.</p> + +<p>10. Nous ne sommes pas encore +instruits des usages avantageux +attachés à ce fluide électrique +dans la création, quoique +nous ne puissions douter qu'il n'y +en ait, & même de très-considérables; +mais nous pouvons apercevoir +quelques pernicieuses conséquences, +qui résulteroient d'une +plus grande proportion de ce fluide; +car si ce globe où nous vivons, +<span class="pagenum"><a name="I11" id="I11">I-11</a></span> +en avoit autant à proportion que +nous en pouvons donner à un globe +de fer, de bois, ou autre chose +semblable, les particules de poussière, +ou d'autre matière légère, +qui en sont détachées, non-seulement +se repousseroient l'une l'autre +par la vertu de leurs atmosphères +électriques séparées, mais encore +seroient repoussées de la terre +& seroient difficilement amenées +à s'y réunir. Dès-là notre air seroit +continuellement & de plus en plus +embarrassé de matières étrangéres, +& cesseroit d'être propre pour la +respiration. Cette réfléxion nous +présente une nouvelle occasion +d'adorer cette souveraine Sagesse +qui a fait toutes choses avec poids +& mesure.</p> + +<span class="pagenum"><a name="I12" id="I12">I-12</a></span> + +<p>11. Si l'on suppose une portion +de matière commune entièrement +dépourvûë de matière électrique, +& que l'on en approche une simple +particule de cette dernière, elle +sera attirée, entrera dans le corps, +& prendra place dans le centre, +ou à l'endroit dans lequel l'attraction +est égale de toutes parts; s'il +y entre un plus grand nombre de +particules électriques, elles prennent +leur place dans l'endroit où +la balance est égale entre l'attraction +de la matière commune & +leur propre répulsion mutuelle. On +suppose que ces particules forment +des triangles dont les côtés +se raccourcissent à proportion que +leur nombre augmente, jusqu'à +<span class="pagenum"><a name="I13" id="I13">I-13</a></span> +ce que la matière commune en ait +tant attiré que tout son pouvoir +de comprimer les triangles par +l'attraction, soit égal à tout leur +pouvoir de s'étendre elles-mêmes +par la répulsion, & alors cette +portion de matière n'en recevra +plus.</p> + +<p>12. Lorsqu'une partie de cette +quantité naturelle de fluide électrique +est chassée d'une portion de +matière commune, on suppose +que les triangles formés par le +reste s'élargissent par la répulsion +mutuelle des parties jusqu'à ce +qu'ils occupent cette portion en +entier.</p> + +<p>13. Lorsque la quantité de fluide +électrique qui a été enlevée à +<span class="pagenum"><a name="I14" id="I14">I-14</a></span> +une portion de matière commune, +lui est renduë, elle y entre, les +triangles dilatés étant comprimés +de nouveau, jusqu'à ce qu'il y ait +place pour la totalité.</p> + +<p>14. Pour expliquer ceci, prenez +deux pommes ou deux boules +de bois, ou d'autre matière, chacune +ayant sa quantité naturelle +de fluide électrique; suspendez-les +au plat-fond par des fils de soye: +appliquez le fil d'archal d'une +bouteille bien chargée que vous +tiendrez à la main, à l'une de ces +boules A. (Fig. 1.) & elle recevra +du fil d'archal une quantité de fluide +électrique, mais elle ne s'en +imbibera point, en étant déjà +pleine. C'est pourquoi le fluide +<span class="pagenum"><a name="I15" id="I15">I-15</a></span> +volera autour de sa surface, & y +formera une atmosphère électrique. +Amenez A en contact avec +B, & elle lui communiquera la +moitié du fluide électrique qu'elle +a reçû; de sorte que toutes deux +auront une atmosphère électrique, +& par conséquent se repousseront +l'une l'autre: supprimez ces atmosphères +en touchant les boules, +& laissez-les dans leur état naturel, +alors ayant attaché un bâton +de cire d'Espagne au milieu de la +bouteille pour lui servir de manche, +appliquez-en le fil d'archal +à A, & qu'en même-tems les parois +de cette bouteille touchent B; +de cette sorte une quantité de fluide +électrique sera chassée de B, & +<span class="pagenum"><a name="I16" id="I16">I-16</a></span> +poussée sur A, ainsi A aura un +excès de ce fluide électrique qui +forme une atmosphère autour de +lui, & B sera privé éxactement de +cette même quantité: maintenant +ramenez les boules en contact, & +l'atmosphère électrique ne sera pas +divisée entre A & B dans deux +plus petites atmosphères comme +ci-devant, car B absorbera toute +l'atmosphère de A, & les deux +boules se retrouveront dans leur +état naturel.</p> + +<p>15. La forme de l'atmosphère +électrique est celle du corps qu'elle +environne. Cette forme peut être +renduë visible dans un air calme, +en excitant une fumée de résine +séche, que l'on versera dans une +<span class="pagenum"><a name="I17" id="I17">I-17</a></span> +cuillier à caffé sous le corps électrisé; +elle sera attirée & s'étendra +d'elle-même également sur tous +les côtés, couvrant & cachant le +corps. Elle prend cette forme, +parce qu'elle est attirée de tous les +côtés de la surface du corps, quoiqu'elle +ne puisse entrer dans sa +substance qui est déjà remplie; sans +cette attraction, elle ne demeureroit +pas autour du corps, mais +elle se dissiperoit en l'air.</p> + +<p>16. L'atmosphère des particules +électriques qui environnent +une sphère électrisée, n'est pas plus +disposée à l'abandonner, ni plus aisément +tirée d'un côté de la sphère +que de l'autre, parce qu'elle est +également attirée de toutes parts. +<span class="pagenum"><a name="I18" id="I18">I-18</a></span> +Mais ce cas n'est pas le même +pour les corps d'une autre figure. +Dans un cube elle est plus facilement +tirée des angles que des surfaces +planes, & ainsi des angles +d'un corps de toute autre figure, +& toujours plus facilement de +l'angle le plus aigu. Si donc un +corps figuré comme A B C D E +dans la Fig. 2. est électrisé, ou à +une atmosphère qui lui soit communiquée; +& si nous considérons +chaque côté comme une base sur +laquelle les particules électriques +reposent, & par laquelle elles sont +attirées, on peut voir en imaginant +une ligne de A en F, & une autre +de F en G, que la portion d'atmosphère +enfermée dans F A E G, +<span class="pagenum"><a name="I19" id="I19">I-19</a></span> +a la ligne A E pour base. De même +la portion d'atmosphère enfermée +dans H A B I, a la ligne A B +pour base, & pareillement la portion +enfermée dans K B C L, a +B C pour appui, & de même sur +l'autre côté de la figure. Maintenant +si vous tirez cette atmosphère +avec quelque corps poli & émoussé, +& que vous l'approchiez du +milieu du côté A B, il faut venir +fort près avant que la force de votre +attracteur excède la force ou le +pouvoir, avec lequel ce côté maintient +son atmosphère: mais il y a +une petite portion entre I B K, +qui a moins de surface pour s'y appuyer +& en être attirée que les +portions voisines, tandis qu'il y a +<span class="pagenum"><a name="I20" id="I20">I-20</a></span> +d'ailleurs une répulsion mutuelle +entre ses particules & les particules +de ces portions; vous pouvez +donc venir à bout de la tirer avec +plus de facilité, & à une plus grande +distance. Entre F A H, il y a +une plus grande portion qui a +encore une moindre surface pour +s'y appuyer & pour en être attirée; +c'est pourquoi vous pouvez toujours +l'enlever plus facilement. +Mais la plus grande facilité se rencontre +entre L C M, où la quantité +est la plus abondante, & où +la surface pour l'attirer & la retenir +est la plus petite. Lorsque vous +avez enlevé une de ces portions +angulaires du fluide, une +autre prend sa place, par un effet +<span class="pagenum"><a name="I21" id="I21">I-21</a></span> +de la fluidité naturelle & de la répulsion +mutuelle dont nous avons +parlé ci devant; & ainsi l'atmosphère +continuë de couler vers cet +angle comme un courant, jusqu'à +ce qu'il n'en reste plus. Les extrémités +de ces portions d'atmosphère +sur ces parties angulaires sont +pareillement à une plus grande +distance du corps électrisé, comme +on le peut voir, en jettant les +yeux sur la figure. La pointe de +l'atmosphère de l'angle C étant +beaucoup plus loin de C qu'aucune +partie de l'atmosphère sur les +lignes C B, ou B A; & outre la +distance qui résulte de la nature de +la figure, là où l'attraction est +moindre, les particules doivent +<span class="pagenum"><a name="I22" id="I22">I-22</a></span> +naturellement s'étendre à une plus +grande distance par leur mutuelle +répulsion.</p> + +<p>Sur ces principes fondamentaux +nous supposons que les corps +électrisés déchargent leur atmosphère +sur les corps non électrisés +avec plus de facilité & à une plus +grande distance de leurs angles & +de leurs pointes que de leurs côtés +unis. Les pointes la déchargent +aussi dans l'air, lorsque le corps a +une trop grande atmosphère électrique, +sans qu'il soit besoin d'approcher +quelque corps non-électrique, +pour recevoir ce qui est +chassé; car l'air, quoiqu'originairement +électrique, a toujours plus +ou moins d'eau, ou d'autres matières +<span class="pagenum"><a name="I23" id="I23">I-23</a></span> +non-électriques mêlées avec +lui, lesquelles attirent & reçoivent +ce qui est ainsi déchargé.</p> + +<p>17. Mais les pointes ont la propriété +de <i>tirer</i>, aussi bien que de +<i>pousser</i> le fluide électrique à de plus +grandes distances que ne le peuvent +faire les corps émoussés; c'est-à-dire, +que comme la partie pointuë +d'un corps électrisé déchargera +l'atmosphère de ce corps, ou la +communiquera plus loin à un autre +corps, de même la pointe d'un +corps non électrisé tirera l'atmosphère +électrique d'un corps électrisé +de beaucoup-plus loin qu'une +partie plus émoussée du même +corps non-électrisé ne le pourroit +faire. Ainsi une épingle tenuë par +<span class="pagenum"><a name="I24" id="I24">I-24</a></span> +la tête, & présentée par la pointe à +un corps électrisé, tirera son atmosphère +à un pied de distance; +mais si la tête étoit présentée au +lieu de la pointe, le même effet +n'en résulteroit pas. Pour concevoir +ceci, nous pouvons considérer +que, si une personne debout +sur le plancher, tiroit l'atmosphère +électrique d'un corps électrisé, +une pince de fer & une aiguille à +tricoter émoussée tenuës alternativement +dans la main, & présentées +à cette intention ne l'attireroient +pas avec des forces différentes, +à proportion de leurs différentes +masses. Car l'homme, & +ce qu'il tient dans la main, soit +grand, soit petit, sont unis avec +<span class="pagenum"><a name="I25" id="I25">I-25</a></span> +la masse commune de la matière +non-électrisée; & la force avec laquelle +il tire, est la même dans les +deux cas, puisqu'elle consiste dans +la différente proportion d'électricité +dans le corps électrisé & dans +cette masse commune. Mais la +force avec laquelle le corps électrisé +retient son atmosphère en l'attirant, +est proportionnée à la surface +sur laquelle les particules sont +placées. Par éxemple, quatre pieds +quarrés de cette surface retiennent +leur atmosphère avec quatre fois +autant de force qu'un pied quarré +retient son atmosphère; & comme en +arrachant les crins de la queuë +d'un cheval, un degré de force insuffisant +pour en arracher une poignée +<span class="pagenum"><a name="I26" id="I26">I-26</a></span> +à la fois, suffiroit pour la dépouiller +crin à crin; de même un +corps émoussé que l'on présente, +ne sauroit tirer plusieurs parties à +la fois; mais un corps pointu, sans +une plus grande force, les enléve +aisément partie par partie.</p> + +<p>18. Ces explications du pouvoir +& de l'opération des pointes, +lorsqu'elles se présentèrent à moi +pour la première fois, & tandis +qu'elles rouloient dans mon esprit, +me parurent satisfaire à toutes les +difficultés; cependant depuis que +je les ai mises par écrit & rapellées +à un examen plus sévère & +plus réfléchi, j'avouë de bonne +foi qu'il me reste quelque doute à +cet égard. Mais n'ayant rien de +<span class="pagenum"><a name="I27" id="I27">I-27</a></span> +mieux pour le présent à vous offrir +à leur place, je ne les rejette +pas absolument; car une mauvaise +solution que l'on lit, & dont on +découvre les défauts, donne souvent +occasion à un Lecteur ingénieux +d'en trouver une plus parfaite.</p> + +<p>19. Le plus important pour +nous n'est pas de sçavoir de quelle +manière la nature exécute ses loix; +il nous suffit de connoître les loix +elles-mêmes. C'est un avantage +réel de sçavoir qu'une porcelaine +abandonnée en l'air sans être soutenuë, +tombera & se brisera immanquablement; +mais de sçavoir +<i>comment</i> elle tombe & <i>pourquoi</i> +elle se brise c'est une matière de +<span class="pagenum"><a name="I28" id="I28">I-28</a></span> +pure spéculation. Ces connoissances +sont agréables à la vérité, mais +sans elles nous pouvons garantir +notre porcelaine.</p> + +<p>20. Ainsi dans le cas présent il +pouroit être de quelque usage pour +le genre humain de connoître le +pouvoir des pointes, quoique +nous ne fussions jamais en état d'en +donner une explication précise. +Les expériences suivantes montrent +ce pouvoir. J'ai un premier +conducteur fort large, composé +de plusieurs feüilles minces de carton, +ajusté en forme de tube d'environ +dix pieds de longueur & d'un +pied de diamètre. Il est couvert de +papier d'Hollande relevé en bosse +& presque tout doré.</p> + +<span class="pagenum"><a name="I29" id="I29">I-29</a></span> + +<p>Cette large surface métallique +soutient une atmosphère électrique +beaucoup plus grande que n'en soutiendroit +une verge de fer cinquante +fois plus pesante. Il est suspendu +par des fils de soye; & lorsqu'il est +chargé, il frappe à environ deux +pouces de distance, un coup assez +fort pour causer de la douleur aux +articulations du doigt. Qu'un homme +sur le plancher présente la +pointe d'une aiguille à 12. pouces +ou plus de distance; tandis que +l'aiguille est ainsi présentée, le +conducteur ne sauroit être chargé, +la pointe tirant le feu aussi promptement +qu'il est poussé par le globe +électrique: chargez-le, & +présentez alors la pointe à la même +<span class="pagenum"><a name="I30" id="I30">I-30</a></span> +distance, & il sera déchargé en un +instant. Dans l'obscurité vous pouvez +voir une lumiére sur la pointe, +lorsqu'on fait l'expérience, & si +la personne qui tient la pointe est +sur un gâteau de cire, elle sera +électrisée en recevant le feu à cette +distance. Essayez de tirer de l'électricité +avec un corps émoussé, +tel qu'un morceau de fer arondi & +poli à l'extrémité (je me sers du +poinçon d'un Orfévre, de l'épaisseur +d'un pouce) il faut que vous +l'approchiez à la distance de trois +pouces, avant de pouvoir faire l'opération, +& elle se fait alors avec +un coup & un craquement. Comme +le tube de carton pend librement +sur des fils de soye, lorsque +<span class="pagenum"><a name="I31" id="I31">I-31</a></span> +vous en approchez le morceau de +fer, il s'avance pareillement vers +ce morceau de fer, étant attiré +pendant tout le tems qu'il est chargé; +mais si au même instant la +pointe est présentée comme auparavant, +il se retire, parce qu'il est +déchargé par la pointe.</p> + +<p>«On ne doit pas prendre à la rigueur +tout ce que M. Franklin dit +ici du pouvoir & de l'effet des pointes, +comme l'ont observé plusieurs +de ses Critiques; mais aussi il s'en +faut beaucoup qu'on doive tirer de +leurs observations toutes les conséquences +qu'ils prétendent en résulter. +L'un accorde un avantage +considérable aux corps pointus sur +ceux qui sont arondis ou émoussés, +<span class="pagenum"><a name="I32" id="I32">I-32</a></span> +soit pour pousser, soit pour tirer la +matière électrique; & veut que la +première observation de cet effet +soit attribuée à un Européen, comme +si notre auteur cherchoit à s'en +emparer lui-seul; un autre pour +avoir remarqué qu'une pointe d'aiguille +présentée à un pied de distance +d'un conducteur n'empêche +pas qu'on n'en tire quelques étincelles, +s'imagine avoir fait une +des plus importantes découvertes: +que le pouvoir des pointes est une +chimère, & que toute la Théorie +du Tonnerre est détruite par cette +seule observation; d'autres enfin +se laissant emporter au gré de leur +imagination, vont s'égarer dans +des sistêmes dont l'obscurité fait le +<span class="pagenum"><a name="I33" id="I33">I-33</a></span> +seul mérite. Mais il n'est pas encore +tems de parler de ces différens +sentimens; le détail en trouvera +mieux sa place dans la suite +de cet ouvrage.»</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/deco03.png"></p> +<br><br><br> + +<span class="pagenum"><a name="I34" id="I34">I-34</a></span> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> + +<h3>LETTRE II.<br> +DE B. FRANKLIN,</h3> + +<h4>ÉCUYER <i>de Philadelphie</i>,</h4> + +<h4>À C. C. ÉCUYER DE LA NOUVELLE<br> +YORK. 1751.</h4> + +<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p> + +<p>Je fais aux principales questions +contenuës dans votre lettre du 28. +du courant, une réponse telle que +l'embarras de mes affaires présentes +me le permet, & je vous demande +la permission de vous renvoyer +à la dernière piéce du recueil +imprimé de mes écrits, pour +vous expliquer plus amplement la +<span class="pagenum"><a name="I35" id="I35">I-35</a></span> +différence entre ce qui est apellé +<i>électrique par soi</i> & <i>non électrique</i>. +Quand vous aurez eu le tems de +lire & d'examiner ces écrits, je tâcherai +de faire quelques-unes des +nouvelles expériences que vous +proposez, & que vous croyez plus +capables de nous éclairer & de +nous satisfaire l'un & l'autre sur ce +sujet. Je vous serai toujours fort +obligé de me communiquer les +remarques, objections, &c. qui +peuvent se présenter à vous.</p> + +<p>Je suis avec un sincère respect, +Votre très-humble & très-obligé +serviteur,<span class="rig"> + +B. FRANKLIN.</span></p><br><br> + +<span class="pagenum"><a name="I36" id="I36">I-36</a></span> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> + +<h2>QUESTIONS</h2> + +<h4>ET</h4> + +<h3>RÉPONSES;</h3> + +<p class="mid"><i>Auxquelles on renvoye dans la<br> +Lettre précédente.</i></p> + +<p>1e. <i>Question</i>. <span class="big">E</span>n quoi consiste la +différence entre un corps électrique +& un corps non-électrique?</p> + +<p>§ 21. <i>Réponse</i>. Les termes <i>électrique +par soi</i> & <i>non-électrique</i> furent +d'abord employés pour distinguer +les corps dans la fausse supposition +que les seuls corps apellés électriques +par soi, contenoient dans +leur substance la matiére électrique +<span class="pagenum"><a name="I37" id="I37">I-37</a></span> +qui pouvoit être excitée par +le frottement, être produite & en +être tirée, & communiquée à ceux +que l'on apelloit <i>non-électriques</i>, +que l'on supposoit dépourvûs de +cette matière; car le verre, &c. +étant frotté, donnoit des signes +qu'il contenoit de cette matière +en piquant le doigt, en attirant & +repoussant, &c. & qu'il pouvoit +communiquer cette vertu aux métaux +& à l'eau.</p> + +<p>On découvrit dans la suite que +le frottement du verre ne produisoit +pas la matière électrique, à +moins que l'on ne conservât une +communication entre le corps +frottant & le plancher; & les expériences +suivantes prouvèrent +<span class="pagenum"><a name="I38" id="I38">I-38</a></span> +que la matière électrique étoit réellement +tirée de ces corps, que +l'on avoit cru d'abord n'en contenir +aucune: alors on douta que le +verre & les autres corps apellés +électriques par soi, eussent réellement +en eux-mêmes quelque matière +électrique; puisque, selon +les apparences, ils n'en fournissoient +aucune autre que celle +qu'ils tiroient d'abord de ces corps +qui avoient été appellés non électriques; +mais quelques-unes de +mes expériences prouvent que le +verre en contient une grande +quantité; & je soupçonne à présent +qu'elle est répanduë assez également +dans toute la matière du +globe terrestre.</p> + +<span class="pagenum"><a name="I39" id="I39">I-39</a></span> + +<p>Dès-lors on peut abandonner, +comme impropres, les termes +<i>électrique par soi</i>, & <i>non-électrique</i>; +& puisque la seule différence +est que quelques corps conduisent +la matière électrique, & que les +autres ne la conduisent pas, on +peut mettre en leur place les termes +<i>conducteurs</i> & <i>non-conducteurs</i>.</p> + +<p>Si quelque partie de matière +électrique est appliquée à un morceau +de matière conductrice, elle +le pénètre, coule au travers, ou +se répand également sur sa surface; +si elle est appliquée à un morceau +de matière non conductrice, +elle ne fera ni l'un ni l'autre. Il +n'y a de conducteurs parfaits de +<span class="pagenum"><a name="I40" id="I40">I-40</a></span> +la matière électrique, que les métaux +& l'eau; les autres corps ne +le sont qu'à proportion qu'il entre +dans leur composition du mêlange +de ceux-ci; s'il n'y en a pas plus +ou moins, ils ne seront point du +tout conducteurs.<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a> +<a href="#footnote10"><sup class="sml">10</sup></a> Ceci, soit dit +en passant, montre entre les métaux +& l'eau un nouveau rapport +que l'on ignoroit jusqu'à présent.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote10" +name="footnote10"><b>Note 10: </b></a><a href="#footnotetag10"> +(retour) </a> Cette proposition a été trouvée depuis +trop générale: M. Wilson ayant découvert +que la cire fonduë & la résine sont aussi conducteurs. +On pourroit y ajoûter beaucoup d'autres +exemples semblables, comme celui de +l'eau qui est un des plus excellens conducteurs +d'électricité tant qu'elle conserve sa fluidité, +& qui cesse de l'être, dès qu'elle la perd.</blockquote> + +<p>Je vais tâcher d'éclaircir cela +par une comparaison, qui cependant +n'en peut donner qu'une foible +<span class="pagenum"><a name="I41" id="I41">I-41</a></span> +analogie. La matière électrique +passe au travers des conducteurs, +comme l'eau passe au travers +d'une pierre poreuse, ou se +répand sur leur surface, comme +l'eau se répand sur une pierre +moüillée; mais quand cette matière +est appliquée à des corps non +conducteurs, c'est comme l'eau +qui dégoutte sur une pierre grasse; +elle ne la pénétre point, ne passe +point à travers, ne s'étend point +sur sa surface; mais elle reste par +gouttes sur les endroits où elle +tombe. Voyez à cet égard ma dernière +piéce imprimée.</p> + +<p>2e. <i>Question</i>. Quels sont les effets +de l'air dans les expériences +électriques?</p> + +<span class="pagenum"><a name="I42" id="I42">I-42</a></span> + +<p>22. <i>Réponse</i>. Voici tous ceux +que j'ai remarqués jusqu'à présent; +l'air humide reçoit & conduit la +matière électrique à proportion de +son humidité; l'air parfaitement sec +ne le fait point du tout; l'air doit +donc être mis dans la classe des +non-conducteurs. L'air sec aide à +fixer l'atmosphère électrique autour +du corps qu'elle environne, +& en empêche la dissipation; car +dans le vuide elle se dissipe aisément, +& les pointes agissent plus +fortement; c'est-à-dire, elles poussent +ou attirent la matière électrique +plus librement & à de plus +grandes distances; en sorte que +l'air survenant met quelque sorte +d'obstacle à ce qu'elle passe d'un +<span class="pagenum"><a name="I43" id="I43">I-43</a></span> +corps à un autre. Une bouteille +électrique bien propre garnie de +son fil-d'archal, remplie d'air au +lieu d'eau, ne se chargera, & ne +donnera pas plus de choc que si +elle étoit remplie de verre pulvérisé; +mais étant vuide d'air, elle +produit autant d'effet que si elle +étoit remplie d'eau. Cependant +une atmosphère électrique & l'air +ne semblent pas s'exclure l'un +l'autre, car nous respirons librement +dans une pareille atmosphère, +& l'air sec passeroit au travers +de cet atmosphère, sans la déplacer +ni la disperser. Je doute que le +vent Nord-ouest, le plus sec & le +plus fort, pût la dissiper.</p> + +<p>23. J'électrisai une fois une grosse +<span class="pagenum"><a name="I44" id="I44">I-44</a></span> +boule de liége suspenduë au bout +d'un fil de soye, long de trois pieds, +dont je tenois l'autre bout dans +mes doigts: je la fis tourner cent +fois en rond comme une fronde, +le plus rapidement qu'il me fut +possible: elle n'en conserva pas +moins son atmosphère électrique, +quoiqu'elle eût nécessairement +traversé 800. verges<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a> +<a href="#footnote11"><sup class="sml">11</sup></a> d'air, en +supposant que dans la rotation +mon bras augmentoit d'un pied le +demi-diamètre du cercle.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote11" +name="footnote11"><b>Note 11: </b></a><a href="#footnotetag11"> +(retour) </a> Environ 400. toises.</blockquote> + +<p>Par l'air parfaitement sec, j'entens +le plus sec, que nous puissions +avoir; car peut-être n'en +avons-nous jamais qui soit parfaitement +purgé d'humidité. Une atmosphère +<span class="pagenum"><a name="I45" id="I45">I-45</a></span> +électrique formée autour +d'un gros fil-d'archal introduit +dans une grosse bouteille pleine +d'air, n'en fait pas sortir la +moindre partie de cet air; & si on +détruit cette atmosphère, aucun +air ne s'y précipite, comme je l'ai +découvert par une expérience très-curieuse, +faite avec soin; d'où +nous avons conclu que l'élasticité +de l'air n'en est point du tout affectée.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/deco01.png"></p> +<br><br><br> + +<span class="pagenum"><a name="I46" id="I46">I-46</a></span> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> + +<h2>LETTRE III.</h2> + +<p class="rig">18. <i>Juillet</i> 1747.</p><br><br> + +<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p> + +<p>La peine indispensable de copier +de longues lettres, qui peut-être, +lorsqu'elles vous sont renduës, +ne contiennent rien de nouveau +ou d'intéressant pour vous +(tant est rapide le progrès que l'on +a fait en Europe dans l'Électricité) +me décourage presque de vous en +écrire davantage sur ce sujet. Je +ne puis cependant me dispenser +de vous communiquer encore +quelques observations sur la merveilleuse +bouteille de M. de Muschenbroek. +<span class="pagenum"><a name="I47" id="I47">I-47</a></span> + +<p>§. 24. Le corps non-électrique +contenu dans la bouteille, étant +électrisé, diffère du corps non-électrique +électrisé hors de la bouteille, +en ce que le feu électrique +du dernier est accumulé à <i>sa surface</i>, +& forme librement à l'entour +une atmosphère électrique +d'une étenduë considérable; au +lieu que le feu électrique est comprimé +dans la substance du premier +que le verre borne de toutes +parts. <a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a> +<a href="#footnote12"><sup class="sml">12</sup></a></p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote12" +name="footnote12"><b>Note 12: </b></a><a href="#footnotetag12"> +(retour) </a> Nous avons découvert depuis que le feu +de la bouteille n'est pas contenu dans le corps +non-électrique, mais dans <i>le verre</i>.</blockquote> + +<p>25. En même-tems que le fil-d'archal +& le dedans de la bouteille, +&c. sont électrisés <i>positivement</i> +<span class="pagenum"><a name="I48" id="I48">I-48</a></span> +ou <i>plus</i>, le dehors de la bouteille +est électrisé <i>négativement</i> ou +<i>moins</i> dans une éxacte proportion; +c'est-à-dire, que telle que soit la +quantité de feu électrique qui passe +dans l'intérieur, il en sort de l'extérieur +une égale quantité. Pour +concevoir ceci, supposez que la +quantité commune d'électricité +dans chaque surface de la bouteille, +avant le commencement +de l'opération soit égale à 20; +supposez encore qu'à chaque +coups de tube, ou à chaque tour +du globe il y entre une quantité +égale à 1; alors après le premier +coup la quantité contenuë dans le +fil-d'archal & le dedans de la bouteille +sera 21, dans le dehors elle +<span class="pagenum"><a name="I49" id="I49">I-49</a></span> +ne sera plus que 19: après le second +la partie intérieure aura 22, +l'extérieure 18: & ainsi après le +le vingtième coup, la partie intérieure +aura une quantité de feu électrique +égale à 40; celle de la partie +extérieure sera égale à zero, & +l'opération finit là, car il n'en peut +plus être poussé dans la partie intérieure, +lorsqu'il n'en peut plus +être tiré de la partie extérieure. Si +vous essayez d'en introduire davantage +il est rejetté par le fil-d'archal, +ou casse la bouteille avec +un craquement sensible.</p> + +<p>26. L'équilibre ne sauroit être +rétabli dans la bouteille par la +communication <i>intime</i> ou le contact +des parties, mais seulement +<span class="pagenum"><a name="I50" id="I50">I-50</a></span> +par une communication formée +au dehors de la bouteille entre l'intérieur +& l'extérieur, par le moyen +de quelque corps conducteur qui +les touche tous deux, soit en même-tems, +auquel cas l'équilibre +est rétabli avec une violence & +une rapidité inexprimables; soit +alternativement, auquel cas il est +rétabli par dégrés.</p> + +<p>27. Comme il ne peut plus être +poussé de feu électrique au dedans +de la bouteille, lorsque tout celui +du dehors est épuisé; de même +dans une bouteille non encore électrisée, +on ne sauroit en pousser +dans le dedans, lorsqu'il n'en peut +sortir du dehors: ce qui arrive ou +quand le fond est trop épais, ou +<span class="pagenum"><a name="I51" id="I51">I-51</a></span> +quand la bouteille est placée sur +un corps originairement électrique. +Et réciproquement lorsque +la bouteille est électrisée, on ne +peut tirer de son intérieur, qu'une +assez petite quantité de feu électrique, +en touchant le fil-d'archal, +à moins qu'une quantité égale ne +puisse en même-tems être renduë +à l'extérieur. Ainsi posez une bouteille +électrisée sur un verre net, +ou sur de la cire séche, & vous +aurez beau toucher le fil-d'archal, +vous n'en pourrez tirer d'étincelle. +Posez-la sur un corps non électrique, +touchez le fil-d'archal, & le +feu en sortira en très-peu de tems; +mais il sortira beaucoup-plus vîte +encore, si vous formez une communication +<span class="pagenum"><a name="I52" id="I52">I-52</a></span> +directe, comme il a +été dit ci-dessus, tant ces deux +états d'électricité le <i>plus</i> & <i>le +moins</i> sont merveilleusement combinés, +& balancés dans cette bouteille +miraculeuse; ils sont disposés +& proportionnés entr'eux d'une +manière qui surpasse mon intelligence. +La bouteille électrisée est +en sens contraire comme le récipient +de la machine pneumatique, +dont on a vuidé l'air: si l'on ouvroit +le robinet l'équilibre seroit rétabli +dans un instant au dedans & au dehors +du récipient; mais ici, nous +avons une bouteille qui contient +en même-tems un <i>plein</i> de feu électrique, +& un <i>vuide</i> de ce même +feu; & quoique le passage de l'un +<span class="pagenum"><a name="I53" id="I53">I-53</a></span> +à l'autre paroisse libre, que le plein +presse violemment pour se dilater, +& que le vuide affamé semble attirer +avec une égale violence pour +se remplir, <i>l'équilibre</i> ne peut cependant +être rétabli entr'eux que +par le moyen d'une communication +au dehors de la bouteille.</p> + +<p>L'ébranlement des nerfs, ou +plutôt la convulsion est occasionnée +par le passage subit du feu à +travers le corps qui le transmet du +dedans au dehors de la bouteille: +le feu prend la voye la plus courte, +comme M. <i>Watson</i> l'a judicieusement +observé; mais il ne paroît +par aucune expérience, qu'afin +qu'une personne reçoive le coup, +la communication avec le plancher +<span class="pagenum"><a name="I54" id="I54">I-54</a></span> +lui soit nécessaire. Car celui +qui tient la bouteille d'une main, +& qui touche de l'autre le fil-d'archal, +sera également frappé, quoique +ses souliers soient secs, ou +même qu'il soit sur un gâteau de +cire, comme dans toute autre circonstance. +Pour ce qui est de l'attouchement +du fil-d'archal ou du +canon du fusil (car cela revient au +même) le feu ne passe point du +doigt qui touche au fil-d'archal, +comme on le suppose, mais du fil-d'archal +au doigt; de là traversant +le corps, il passe à l'autre main, +& ainsi jusqu'à l'extérieur de la +bouteille.</p> +<br><br><br> + +<span class="pagenum"><a name="I55" id="I55">I-55</a></span> +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> +<h2>EXPÉRIENCES</h2> + +<p class="mid"><i>Qui confirment ce qui vient d'être<br> +avancé.</i></p> + +<h3>EXPÉRIENCE I.</h3> + +<p><span class="large">P</span><br>lacez une fiole électrisée +sur de la cire; tenez à la main une +petite boule de liége suspenduë +par un fil de soye séche: approchez-la +du fil-d'archal, elle sera +d'abord attirée & ensuite repoussée. +Lorsqu'elle est dans cet état +de répulsion, baissez la main, afin +que la boule se trouve vis-à-vis le +fond de la bouteille; elle sera +promptement & fortement attirée +jusqu'à ce qu'elle ait communiqué +son feu.</p> + +<span class="pagenum"><a name="I56" id="I56">I-56</a></span> + +<p>Si la bouteille avoit, comme +son fil-d'archal, une atmosphère +électrique, le liége électrisé seroit +également repoussé par l'une comme +par l'autre.</p> + +<p>«Quand on tient dans sa main +une bouteille bien électrisée, on +aperçoit sur tout dans l'obscurité +une aigrette lumineuse au haut +du crochet, & on entend le sifflement +de la matière électrique +qui s'échape dans l'air par cette +voye. Si dans cet état l'on pose +la bouteille sur un support électrique +de verre, de résine, &c. +l'aigrette disparoît & le sifflement +cesse. Cette observation suffiroit +seule pour prouver que la bouteille +doit se décharger plus lentement +<span class="pagenum"><a name="I57" id="I57">I-57</a></span> +quand elle est sur un support +électrique, que quand elle +est sur un non-électrique. Un célebre +Physicien a cependant cru +remarquer le contraire; & c'est +sur sa parole que le critique de +M. Fr. sans s'être assûré par lui-même +de la vérité du fait, lui +adresse cette question<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a> +<a href="#footnote13"><sup class="sml">13</sup></a>: <i>Pourquoi +dans vos expériences la posez-vous +toujours</i> (cette bouteille) +<i>sur de la cire ou sur du verre? Ne +savez-vous pas</i>, continue-t-il, +<i>qu'étant ainsi placée sur un corps +originairement électrique, elle +perd promptement sa vertu?</i></p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote13" +name="footnote13"><b>Note 13: </b></a><a href="#footnotetag13"> +(retour) </a> Lettre sur l'Electr. pag. 99.</blockquote> + +<p>»Voici les précautions que j'ai +prises pour faire cette expérience.</p> + +<span class="pagenum"><a name="I58" id="I58">I-58</a></span> + +<p>1º. J'ai choisi deux bouteilles +les plus égales qu'il m'a été possible +de trouver en matière, en +forme, en dimensions, en poids +& en capacité: 2º. Les tenant +toutes deux à la main, je les ai +électrisées également & en même +tems au même conducteur; +& pour m'assûrer qu'elles étoient +également chargées, j'ai fait +toucher le crochet de l'une à celui +de l'autre: 3º. Je les ai ensuite +posées en même-tems l'une sur +un plateau de verre, l'autre sur +un plateau de bois à peu près +égal, placés sur une table l'un à +un bout, & l'autre à l'autre, au +milieu d'une chambre. 4º. Après +les avoir laissées en cet état pendant +<span class="pagenum"><a name="I59" id="I59">I-59</a></span> +plusieurs heures, j'ai fait +l'expérience de Leyde avec chacune +de ces deux bouteilles, & +j'ai trouvé que la commotion +donnée par la bouteille posée sur +le support électrique, étoit la plus +forte.</p> + +<p>»Après avoir recommencé plusieurs +fois la même expérience, +tantôt de la même façon, & tantôt +en changeant les bouteilles +de place, j'ai toujours eu le même +succès. On doit en conclure que +notre Critique n'a pas raison +d'éxiger de M. Fr. que la bouteille +électrisée soit placée sur +un support non électrique pour +faire la première expérience.</p> + +<p>»Objecter que <i>si l'on veut de +<span class="pagenum"><a name="I60" id="I60">I-60</a></span> +bonne foi savoir & montrer l'état +naturel & véritable de la surface +extérieure ou du bas de la bouteille, +il ne faut la poser ni sur de +la cire ni sur du verre, puisque +cela-seul peut faire changer d'état +à l'une des deux surfaces, & qu'il +convient de la laisser dans toutes +les circonstances où elle étoit lorsqu'on +la chargeoit d'électricité, +&c.</i> c'est faire connoître qu'on +n'entend pas ce dont il s'agit, +ou tout au moins que l'on perd +son point de vûe; c'est oublier +que la bouteille électrisée est dans +un état tout opposé à celui de la +bouteille qu'on électrise. Celle-ci +reçoit sur une de ses surfaces, +& perd d'autant sur l'autre; ce +<span class="pagenum"><a name="I61" id="I61">I-61</a></span> +qui se passe en celle-là est précisément +le contraire, & encore +quelque chose de plus, si la bouteille +est soutenuë sur un support +électrique. M. Fr. a donc raison +de la mettre dans la situation la +plus favorable à ses vuës, lorsqu'il +veut éprouver la force, l'effet, +la différence & la manière +d'être de chacune de ses surfaces. +L'on sent bien que s'il traitoit la +bouteille électrisée comme on +veut le lui enseigner, il trouveroit +en pure perte & la force & +l'effet d'une de ses surfaces. Ingénieux +comme l'est cet illustre +Américain, consommé dans les +recherches électriques, où il a +fait lui-seul plus de progrès que +<span class="pagenum"><a name="I62" id="I62">I-62</a></span> +tous les autres physiciens ensemble, +pouvons-nous douter qu'il +n'ait tenté des moyens aussi simples +que ceux qu'on veut lui apprendre?»</p> + +<h3>EXPÉRIENCE II.</h3> + +<p>Fig. 3. D'un fil-d'archal courbé +(<i>a</i>) & affermi sur une table, +faites pendre un fil de lin (<i>b</i>) à +distance d'un demi-pouce du ventre +de la fiole (<i>c</i>) électrisée & posée +sur de la cire: touchez avec +le doigt le fil-d'archal de la fiole +à plusieurs reprises; & à chaque +attouchement vous verrez le fil +aussitôt attiré par la bouteille. +(Cette expérience réussit encore +mieux avec un vinaigrier, ou tel +<span class="pagenum"><a name="I63" id="I63">I-63</a></span> +autre vase bombé qu'on voudra.) +Dès que vous tirez du feu de la +partie intérieure en touchant le +fil-d'archal, la partie extérieure +de la bouteille en attire une égale +quantité par le fil.</p> + +<h3>EXPÉRIENCE III.</h3> + +<p>Fig. 4. Faites tenir un fil-d'archal +dans le plomb dont le bas +de la bouteille est armé (<i>d</i>), de +sorte qu'en faisant un coude pour +se relever perpendiculairement, +l'anneau qui le termine se trouve +de niveau avec le haut ou l'anneau +du fil-d'archal qui entre dans le +liége (<i>e</i>) à trois ou quatre pouces +de distance. Alors électrisez la +bouteille & posez-la sur de la cire. +<span class="pagenum"><a name="I64" id="I64">I-64</a></span> +Si un morceau de liége suspendu +par un fil de soye tombe entre les +deux fils-d'archal, il jouëra continuellement +de l'un à l'autre jusqu'à +ce que la bouteille ne soit +plus électrisée: la raison en est +qu'il charrie & apporte le feu du +dedans au dehors de la bouteille +jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli.</p> + +<p>«Les objections que l'on fait +contre cette troisiéme expérience, +ou plutôt les faits +que l'on oppose aux conséquences +qui en résultent, doivent +être partagés en deux classes. +Je vais répondre à ceux de la +premiere, & ceux de la seconde +trouveront place ailleurs; notre +<span class="pagenum"><a name="I65" id="I65">I-65</a></span> +auteur ayant examiné à fond +la différence que l'on a remarquée +entre un corps électrisé +par un globe de verre, & un +autre électrisé par un globe de +soufre.<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a> +<a href="#footnote14"><sup class="sml">14</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote14" +name="footnote14"><b>Note 14: </b></a><a href="#footnotetag14"> +(retour) </a> Voyez vers la fin les Lettres 7, 8 & 9.</blockquote> + +<p>»Comment notre critique, si +clairvoyant d'ailleurs, a-t-il pû +méconnoître l'effet des pointes +dans l'expérience qu'il propose +pour objection, pag. 102 & 103? +Il avoit déjà déclaré dans la page +précédente qu'il préféroit une +petite feuille de métal aux boulettes +de liége dont s'est servi +M. Franklin: il s'en sert encore +ici pour prouver que la surface +extérieure de la bouteille électrisée +<span class="pagenum"><a name="I66" id="I66">I-66</a></span> +n'attire pas ce que sa surface +intérieure a repoussé, sans +faire attention qu'en vertu du +pouvoir des pointes, cette feuille +métallique est dépouillée de +son atmosphère électrique avant +de pouvoir être attirée; je dis +plus, c'est qu'elle est alors dans +un état d'électricité négative, +aussi bien que l'extérieur de la +bouteille, & c'est pour cela +qu'elle est repoussée. Il ne lui +arrive en cet endroit que ce qui +lui est arrivé auprès du fil-d'archal +plongé dans la bouteille. +La feuille du métal s'y est souvent +électrisée sans toucher le +crochet, de même elle se <i>désélectrise</i> +sans toucher le ventre; +<span class="pagenum"><a name="I67" id="I67">I-67</a></span> +après quoi elle en est repoussée; +car c'est une vérité reconnue +que les corps électrisés négativement +se repoussent de même +que ceux qui le sont positivement. +Que notre critique substituë +à sa feuille de métal ou une +petite boule de liége, à l'imitation +de notre auteur, ou une +balle de métal,<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a> +<a href="#footnote15"><sup class="sml">15</sup></a> comme je l'ai +souvent éprouvé, je lui serai +garant d'un succès aussi complet +que celui qu'il entreprend de +contester.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote15" +name="footnote15"><b>Note 15: </b></a><a href="#footnotetag15"> +(retour) </a> On peut en avoir d'aussi légéres que du +liége.</blockquote> + +<p>»Quant à l'expérience que l'on +nous oppose, pag. 104. & suivantes, +le R. P. Beccaria m'a +dispensé de me mettre en frais +<span class="pagenum"><a name="I68" id="I68">I-68</a></span> +pour y répondre. <i>Voy. son Liv. I. +de l'Électricité Artificielle, chap. II.</i>»</p> + +<h3>EXPÉRIENCE IV.</h3> + +<p>Fig. 5. Placez une fiole électrisée +sur de la cire: prenez un fil-d'archal +(<i>g</i>) qui ait la forme d'un +C: que ses extrémités, lorsqu'il +est bandé, soient tellement éloignées, +que la supérieure puisse +toucher le fil-d'archal de la bouteille, +tandis que l'inférieure en +touche le ventre. Attachez-en la +partie extérieure sur un bâton de +cire d'Espagne (<i>h</i>), qui servira +comme de manche: appliquez +d'abord son extrémité inférieure au +fond extérieur de la bouteille, & +approchez par dégrés son extrémité +<span class="pagenum"><a name="I69" id="I69">I-69</a></span> +supérieure du fil-d'archal qui est +dans le liége, vous y verrez les +étincelles se suivre successivement +jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli; +touchez d'abord le haut, & +en approchant l'autre extrémité du +fond, vous aurez un courant de feu +continuel du dedans au dehors de +la bouteille: touchez le haut & le +bas en même tems, & l'équilibre +sera bientôt rétabli, le fil-d'archal +courbé formant la communication +de l'intérieur à l'extérieur.</p> + +<p>»Il est raisonnable en général +de faire des questions pour s'instruire +de ce que l'on n'entend +pas; mais il ne l'est guères de +les accompagner d'objections; +c'est déclarer d'avance que l'on +<span class="pagenum"><a name="I70" id="I70">I-70</a></span> +est déterminé à contredire. Que +notre critique demande à Mr. +Franklin ce qu'il prétend prouver +par sa quatriéme expérience; +à la bonne heure; mais qu'il +ajoute tout de suite: <i>Ne sçait-on +pas qu'on fait cesser l'électricité +d'un corps quand on en tire +des étincelles? Ce que vous faites +ici sur la bouteille de Leyde, vous +l'éprouverez de même sur une barre +de fer,..... Faudroit-il dire +aussi que vous lui rendez par un +côté le feu que vous lui ôtez par +l'autre?</i> C'est faire connoître +qu'il n'entend pas l'état de la +question; l'état d'une bouteille +électrisée, & celui d'une barre de +fer aussi électrisée, ne peuvent +<span class="pagenum"><a name="I71" id="I71">I-71</a></span> +guères se comparer tant il se +trouve de différence de l'un à +l'autre: différence dans la charge, +différence dans la situation, +différence dans la décharge, +différence dans l'effet; pour +l'expliquer il faudroit un trop +long détail, qui se trouvera +d'ailleurs dans toute la suite de +ce livre. Revenons à l'expérience +dont il est question.</p> + +<p>»Il est certain qu'en touchant +successivement avec le fil de +fer préparé comme il est expliqué, +le fil-d'archal & le bas de +la bouteille électrisée, l'on transporte +le feu du dedans au dehors; +quoiqu'en dise la critique, +l'on rend peu à peu à la surface +<span class="pagenum"><a name="I72" id="I72">I-72</a></span> +extérieure ce qu'on ôte à l'intérieure, +ce que celle-ci a de +trop, & ce qui manque à celle-là, +jusqu'à ce qu'elles soient remises +chacune dans leur état naturel. +Il y a même un moyen de +rendre ces effets si sensibles +qu'on ne puisse plus les contester; +il ne s'agit que de faire l'expérience +suivante: tenez près +du ventre de la bouteille une +balle de liége suspenduë à un fil +de soye; quand vous toucherez +le fil-d'archal de la bouteille +avec le fil de fer, le liége s'approchera +de la bouteille; quant +après cela vous toucherez le bas +de la bouteille, si vous êtes dans +l'obscurité, vous appercevrez au +<span class="pagenum"><a name="I73" id="I73">I-73</a></span> +haut du crochet l'aigrette qui +paroîtra & disparoîtra à chaque +attouchement ainsi répété. Si +on applique en même tems les +deux bouts du fil de fer, l'un au +fil-d'archal de la bouteille, & +l'autre au bas de la même bouteille, +l'équilibre sera dans l'instant +rétabli entre les deux surfaces, +comme l'a judicieusement +avancé notre Américain.»</p> + +<h3>EXPÉRIENCE V.</h3> + +<p>Fig. 6. Entourez une bouteille +(<i>i</i>) d'une bande de plomb laminé +ou même de papier, à quelque distance +au-dessus du fond: de cette +bande circulaire faites monter un +fil-d'archal jusqu'à ce qu'il touche +<span class="pagenum"><a name="I74" id="I74">I-74</a></span> +le fil-d'archal du bouchon de liége +(<i>k</i>). Il n'est pas possible d'électriser +un bouteille disposée de +la sorte: l'équilibre n'est jamais +détruit; car tandis que la communication +entre les parties intérieure +& extérieure de la bouteille est +continuée par le fil-d'archal du +dehors, le feu ne fait que circuler, +& ce qui sort du bas est constamment +remplacé par le haut; il +suit de là qu'on ne sçauroit électriser +une bouteille qui est sale ou +humide en dehors, surtout si cette +humidité monte jusqu'au liége ou +au fil-d'archal.</p> + +<p>»À prendre les choses à la rigueur, +Mr. L. N. a raison de +dire, contre l'assurance de Mr. +<span class="pagenum"><a name="I75" id="I75">I-75</a></span> +Franklin, qu'il n'est pas impossible +de charger une bouteille +préparée comme on vient de +l'expliquer; j'en avois fait l'expérience +de diverses manières +long-tems avant d'avoir vû les +lettres de l'académicien; je l'avois +même poussée plus loin, +puisque j'étois venu à bout de +charger & de décharger la bouteille +par parties, c'est-à-dire à +plusieurs reprises, il ne s'agit +pour cela que d'avoir une fiole +fort allongée, de l'entourer de +plusieurs bandes ou ceintures de +métal parallèles, & assez éloignées +pour que l'étincelle électrique +ne puisse sauter de l'une +à l'autre, & de ne pas forcer en +<span class="pagenum"><a name="I76" id="I76">I-76</a></span> +l'électrisant. L'expérience qu'on +nous oppose revient au même, +elle réussit quand la main qui +soutient la bouteille ne touche +pas à la ceinture métallique, & +qu'on ne force pas l'électrisation +au point que le feu puisse +franchir l'espace vuide qui se +trouve entr'elles, elle ne réussiroit +pas autrement.</p> + +<p>»Quoi qu'il en soit, je ne trouve +pas que le succès de cette +expérience prouve beaucoup +contre la proposition de Mr. +Franklin: il n'en reste pas moins +vrai que la bouteille ne se chargera +point tant qu'il y aura une +communication exactement établie +entre son intérieur & sa doublure +<span class="pagenum"><a name="I77" id="I77">I-77</a></span> +extérieure. Il faut toujours +regarder la main qui lui est appliquée, +comme faisant partie +de cette doublure; si elle est +assez écartée de la ceinture métallique +pour que le feu ne puisse +passer de l'une à l'autre, la +bouteille pourra se charger foiblement; +mais ce ne sera jamais +mais que dans la partie qui est +couverte par la main, & point +du tout dans la partie qui est +couverte par la bande de métal.»</p> + +<h3>EXPÉRIENCE VI.</h3> + +<p>Placez un homme sur un gâteau +de cire, & donnez-lui à toucher +le fil-d'archal de la fiole électrisée, +que vous tiendrez à la +<span class="pagenum"><a name="I78" id="I78">I-78</a></span> +main demeurant debout sur le +plancher; à chaque fois qu'il le +touchera, il sera électrisé de <i>plus</i> +en <i>plus</i>, & quiconque sera sur +le plancher pourra tirer de lui +une étincelle. Le feu dans cette +expérience passe du fil-d'archal +dans son corps, & passe en même +tems de votre main dans la +partie extérieure de la bouteille.</p> + +<h3>EXPÉRIENCE VII.</h3> + +<p>Donnez-lui à tenir la fiole électrisée, +& touchez le fil-d'archal; +à chaque fois que vous le toucherez, +il sera électrisé de <i>moins</i> en +<i>moins</i>, & pourra tirer une étincelle +de chacun de ceux qui sont +sur le plancher. Ici le feu passe du +<span class="pagenum"><a name="I79" id="I79">I-79</a></span> +fil-d'archal dans vous, & de lui +dans la partie extérieure de la +bouteille.</p> + +<h3>EXPÉRIENCE VIII.</h3> + +<p>Couchez deux livres sur deux +verres dos à dos, à la distance de +deux ou trois pouces; mettez sur +l'un la fiole électrisée, & touchez +le fil-d'archal, ce livre sera électrisé +<i>négativement</i>; le feu électrique +en étant tiré par le fond de la +bouteille, ôtez la bouteille, & la +tenez à la main, touchez l'autre +livre avec le fil-d'archal, ce livre +sera électrisé positivement: le feu +passant du fil-d'archal dans le livre, +& votre main en refournissant +en même tems à la bouteille; +<span class="pagenum"><a name="I80" id="I80">I-80</a></span> +une petite boule de liége suspendue +à un fil de soye jouëra entre +ces deux livres jusqu'à ce que l'équilibre +soit rétabli.</p> + +<h3>EXPÉRIENCE IX.</h3> + +<p>Lorsqu'un corps est électrisé +<i>positivement</i>, il repousse une plume, +ou une petite boule de liége +électrisée; lorsqu'il est électrisé +<i>négativement</i>, ou qu'il est dans +l'état commun, il les attire, mais +plus fortement lorsqu'il est électrisé +<i>négativement</i> que lorsqu'il +est dans l'état commun, la différence +étant plus grande.</p> + +<h3>EXPÉRIENCE X.</h3> + +<p>Quoique, comme dans l'expérience +<span class="pagenum"><a name="I81" id="I81">I-81</a></span> +VI. un homme debout sur +de la cire puisse être électrisé +nombre de fois, en touchant à +plusieurs reprises le fil-d'archal de +la bouteille électrisée que tient +quelqu'un aussi debout sur le +plancher, parce qu'il reçoit à +chaque fois le feu du fil-d'archal; +cependant en la tenant lui-même +dans sa main, & touchant le fil-d'archal, +quoiqu'il tire une forte +étincelle, & qu'il soit violemment +frappé, il ne reste point en +lui d'électricité, le feu le traverse +seulement en passant de la partie +intérieure à la partie extérieure +de la bouteille. Observez, avant +le coup, de le faire toucher par +quelqu'un qui soit debout sur le +<span class="pagenum"><a name="I82" id="I82">I-82</a></span> +plancher, afin de rétablir l'équilibre +dans son corps; car en empoignant +le bas de la bouteille, il devient +quelquefois un peu électrisé +<i>négativement</i>, ce qui continuë +après le coup, de même qu'il +conserveroit l'électricité <i>positive</i>, +qui pourroit lui avoir été communiquée +avant le coup; car le rétablissement +de l'équilibre dans la +bouteille n'affecte point du tout +l'électricité dans l'homme que le +feu traverse; cette électricité n'est +ni augmentée ni diminuée.</p> + +<h3>EXPÉRIENCE XI.</h3> + +<p>Voici une jolie expérience qui +rend extrêmement sensible le passage +du feu électrique de la partie +<span class="pagenum"><a name="I83" id="I83">I-83</a></span> +intérieure à la partie extérieure +de la bouteille, pour rétablir l'équilibre. +Prenez un livre dont la +couverture soit ornée de filets +d'or: courbez un fil-d'archal de 8 +ou 10 pouces de long dans la forme +(<i>m</i>), fig. 7. glissez-le & l'affermissez +à l'extrémité de la couverture +du livre sur le filet d'or, +de sorte que le coude de ce fil-d'archal +puisse presser sur une extrémité +du filet d'or, l'anneau +étant en haut, mais directement +au-dessus de l'autre extrémité du +livre: couchez ce livre sur un verre +ou sur de la cire, & posez la +bouteille électrisée sur l'autre extrémité +des filets d'or: alors courbez +le fil-d'archal élastique, en le +<span class="pagenum"><a name="I84" id="I84">I-84</a></span> +pressant avec un bâton de cire; +jusqu'à ce que son anneau soit proche +de l'anneau du fil-d'archal de +la bouteille; à l'instant vous appercevez +une forte étincelle & un +coup, & tout le filet d'or qui +complette la communication entre +l'intérieur & l'extérieur de la +bouteille, paroît une flamme vive +comme un éclair très-brillant. +L'expérience réussira d'autant +mieux que le contact sera plus +immédiat entre le coude du fil-d'archal +& l'or à une extrémité +du filet, & entre le fond extérieur +de la bouteille & l'or à l'autre +extrémité. Il faut faire cette +expérience dans une chambre +obscure. Si vous voulez que tout +<span class="pagenum"><a name="I85" id="I85">I-85</a></span> +le contour des filets d'or sur la +couverture paroisse en feu tout à +la fois, faites en sorte que la bouteille +& le fil-d'archal touchent +l'or dans les angles diagonalement +opposés.</p> + + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> +<h3><i>DE LA LETTRE VI.</i></h3> + +<p class="rig"><i>1. Septembre 1747.</i></p><br><br> + +<p><span class="large">N</span><br>ous avions été quelque tems +dans l'opinion que le feu électrique +n'étoit pas produit, mais rassemblé +par le frottement, étant +en effet un élément répandu partout, +& attiré par d'autres matières, +spécialement par l'eau & par +les métaux: nous avions aussi découvert +& démontré son affluence +<span class="pagenum"><a name="I86" id="I86">I-86</a></span> +au globe électrique, aussi bien +que son effluence par le moyen +des roues d'un petit moulin à +vent<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a> +<a href="#footnote16"><sup class="sml">16</sup></a>, dont les aîles sont de +gros papier placées obliquement, +& tournant librement sur un axe +délié de fil-d'archal, & aussi par +de petites roues de la même matière, +mais qui ont la forme des +roues de moulin à eau. Je pourrois, +si j'avois le tems, vous remplir +une feuille de papier de la +disposition & de l'application de +ces roues, & des différens phénomènes +qui en résultent.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote16" +name="footnote16"><b>Note 16: </b></a><a href="#footnotetag16"> +(retour) </a> Nous avons découvert depuis que le +mouvement des roues n'étoit pas causé par +l'affluence ou l'effluence du feu électrique, +mais par diverses circonstances d'attraction & +de répulsion.</blockquote> + +<span class="pagenum"><a name="I87" id="I87">I-87</a></span> + +<p>L'impossibilité de s'électriser +soi-même, quoique placé sur un +gâteau de cire, en frottant le tube +& en tirant le feu, & la manière +d'y réussir en approchant le +tube d'une personne ou d'une +chose placée sur le plancher, &c. +s'étoient également présentées à +nous quelques mois avant d'avoir +lû l'ingénieux ouvrage (<i>Sequel</i>) +de M. <i>Watson</i>; elles font même +partie de ces nouvelles découvertes +que je me proposois de vous +communiquer..... Il ne s'agit +maintenant que de rapporter +certaines particularités qui ne se +trouvent point dans cet ouvrage, +en y joignant nos réfléxions, +quoiqu'il fût peut-être plus à propos +<span class="pagenum"><a name="I88" id="I88">I-88</a></span> +de vous les épargner.</p> + +<p>28. Une personne sur un gâteau +de cire ou de résine & frottant +le tube, une autre personne +aussi sur un gâteau de cire & tirant +le feu; ces deux personnes +paroîtront électrisées à une troisiéme +sur le plancher, pourvû +qu'elles ne soient pas assez près +pour se toucher; c'est-à-dire que +cette troisiéme personne appercevra +une étincelle en approchant +son doigt de chacune des deux +premières.</p> + +<p>29. Mais si celles qui sont sur +la cire se touchent l'une l'autre +pendant que le tube est frotté, +aucune des deux ne paroîtra électrisée.</p> + +<span class="pagenum"><a name="I89" id="I89">I-89</a></span> + +<p>30. Si elles se touchent l'une +l'autre, après que l'on aura excité +le tube, & tiré le feu, comme ci-devant, +il y aura une plus forte étincelle +entr'elles, qu'elle ne l'étoit +entre l'une d'elles & la personne +qui est sur le plancher.</p> + +<p>31. Après cette forte étincelle, +on ne découvre dans l'une ni dans +l'autre aucune trace d'électricité.</p> + +<p>Voici de quelle manière nous tâchons +de rendre raison de ces phénomènes. +Nous supposons, comme +ci-dessus, que le feu électrique +est un élément commun, dont +chacune des trois personnes susdites +a une portion égale avant le +commencement de l'opération +avec le tube: A, qui est sur un +<span class="pagenum"><a name="I90" id="I90">I-90</a></span> +gâteau de cire, & qui frotte le tube, +rassemble de son corps dans le +verre le feu électrique; & sa communication +avec le magazin commun +étant interceptée par la cire, +son corps ne recouvre pas d'abord +ce qui lui en manque. B, qui est +pareillement sur la cire, alongeant +son doigt près du tube, reçoit le +feu que le verre avoit tiré de A; & +sa communication avec le magazin +commun étant aussi interceptée, +il conserve de surplus la quantité +qui lui a été communiquée. +A & B paroissent électrisés à C, +qui est sur le plancher; car celui-ci +ayant seulement la moyenne +quantité de feu électrique, reçoit +une étincelle à l'approche de +<span class="pagenum"><a name="I91" id="I91">I-91</a></span> +B, qui en a <i>de plus</i>, & il en donne +à A, qui en a de <i>moins</i>. Si A & B +s'approchent jusqu'à se toucher +l'un l'autre, l'étincelle sera plus +forte, parce que la différence entr'eux +est plus grande. Après cet +attouchement il n'y aura plus d'étincelle +entre l'un des deux & C, +parce que le feu électrique est réduit +dans tous les trois à l'uniformité +primitive. S'ils se touchent +pendant qu'on électrise, l'égalité +n'est point détruite, le feu ne faisant +que circuler. De-là quelques +termes nouveaux se sont introduits +parmi nous. Nous disons que B (& +les corps dans les mêmes circonstances) +est électrisé <i>positivement</i>, +& A <i>négativement</i>; ou plutôt B est +<span class="pagenum"><a name="I92" id="I92">I-92</a></span> +électrisé <i>plus</i>, A l'est <i>moins</i>; & tous +les jours dans nos expériences +nous électrisons les corps en <i>plus</i> +& en <i>moins</i>, selon que nous le jugeons +à propos..... Pour électriser +en <i>plus</i> ou en <i>moins</i>, il faut seulement +savoir que les parties du +tube ou du globe qui sont frottées, +attirent dans l'instant du frottement +le feu électrique, & l'enlevent +par conséquent à la chose frottante. +Les mêmes parties, aussitôt +que le frottement cesse, sont disposées +à donner le feu qu'elles ont +reçu, à tout corps qui en a moins. +Ainsi vous pouvez le faire circuler, +comme M. <i>Watson</i> l'a enseigné: +vous pouvez aussi l'accumuler +sur un corps ou l'en soustraire, selon +<span class="pagenum"><a name="I93" id="I93">I-93</a></span> +que vous liez ce corps avec celui +qui frotte ou avec celui qui reçoit, +la communication avec le +magazin commun étant interrompuë. +Nous croyons que cet ingénieux +auteur s'est trompé lorsqu'il +a imaginé dans son ouvrage que le +feu électrique descend par le fil-d'archal +du lambris au canon de +fusil, de-là au globe, & électrise +ainsi la machine & l'homme qui +tourne la roue, &c. Nous supposons +au contraire qu'il est chassé & +non introduit à travers le fil-d'archal, +& que la machine & l'homme, +&c. sont électrisés en moins; +c'est-à-dire, qu'ils ont en eux moins +de feu électrique que les choses +dans l'état commun.</p> + +<span class="pagenum"><a name="I94" id="I94">I-94</a></span> + +<p>Comme le Vaisseau est sur le +point de faire voiles, je ne puis +vous rendre sur l'électricité de l'Amérique, +un compte aussi étendu +que je me l'étois proposé, je me +bornerai donc à quelques autres +particuliarités.... Nous trouvons +le plomb granulé meilleur que +l'eau pour remplir la bouteille, +parce qu'il est aisément chauffé, +& qu'il conserve la chaleur & la +sécheresse dans un air humide.... +nous enflammons les liqueurs spiritueuses +avec le fil-d'archal de la +fiole... nous rallumons une chandelle +qui vient d'être éteinte, en +tirant une étincelle dans la fumée +entre le fil-d'archal & les mouchettes.... +nous imitons les éclairs +<span class="pagenum"><a name="I95" id="I95">I-95</a></span> +en passant le fil-d'archal dans l'obscurité +sur un plat de porcelaine qui +a des fleurs d'or, ou en l'appliquant +au câdre doré d'un miroir, +&c.... nous électrisons une personne +plus de vingt fois de suite +par l'attouchement du doigt au fil-d'archal, +de cette manière: placez +quelqu'un sur de la cire; mettez-lui +à la main la bouteille électrisée, +touchez du doigt le fil-d'archal; +touchez ensuite sa main ou +son visage, il y paroîtra des étincelles +à chaque fois... nous augmentons +excessivement la force +des baisers électriques. Ainsi placez +A & B. sur un gâteau de cire,<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a> +<a href="#footnote17"><sup class="sml">17</sup></a> +mettez à la main de l'un des +<span class="pagenum"><a name="I96" id="I96">I-96</a></span> +deux la fiole électrisée; faites empoigner +à l'autre le fil-d'archal, il +en sortira une petite étincelle; +mais s'ils approchent leurs lèvres +ils seront frappés & étourdis. La +même chose arrive, si un autre +homme & une autre femme C & +D se tenant aussi sur de la cire, & +joignant les mains avec A & B, +viennent à se baiser ou à se prendre +les mains.... nous suspendons +par un fil de soye une figure +d'araignée faite d'un petit morceau +de liége brûlé avec les pates +de fil de lin, & lestée d'un ou de +deux grains de plomb pour lui donner +plus de poids sur la table où +elle est suspenduë; nous attachons +un fil-d'archal perpendiculairement, +<span class="pagenum"><a name="I97" id="I97">I-97</a></span> +aussi haut que le fil-d'archal +de la fiole, & éloigné de l'araignée +de deux ou trois pouces: +alors nous l'animons en mettant la +fiole électrisée à la même distance, +mais de l'autre côté; elle volera +sur le champ au fil-d'archal de la +fiole, & bandera ses pattes, en le +touchant; s'élancera de ce fil, & +volera au fil-d'archal de la table, +de-là encore au fil-d'archal de la +fiole, joüant avec ses pattes contre +l'un & l'autre d'une manière +tout à fait amusante, & paroîtra +parfaitement animée aux personnes +qui ne seront pas instruites. +Elle continuëra ce mouvement +une heure & plus dans un tems +sec.... nous électrisons sur de la +<span class="pagenum"><a name="I98" id="I98">I-98</a></span> +cire dans l'obscurité, un livre entouré +d'un double filet d'or sur la +couverture, ensuite nous appliquons +le doigt à la dorure; le feu +paroît partout sur l'or comme un +faisceau d'éclairs, & nullement +sur le cuir, quand même on toucheroit +le cuir au lieu de l'or.... +nous frottons nos tubes avec une +peau de chamois, & nous observons +de présenter toujours le même +coté au tube, & de ne jamais +salir le tube en le maniant. Ainsi +l'on travaille avec vitesse & facilité, +sans la moindre fatigue, surtout +si l'on a soin de l'enfermer proprement +dans un étui de carton +doublé de flanelle, dont la capacité +réponde exactement au volume du +<span class="pagenum"><a name="I99" id="I99">I-99</a></span> +tube...<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a> +<a href="#footnote18"><sup class="sml">18</sup></a> J'entre dans ce détail, parce +que les écrits d'Europe sur l'électricité +parlent souvent du frottement +des tubes, comme d'un éxercice +pénible & fatiguant. Nos globes +tournent sur des axes de fer qui +les traversent: à une extrémité de +l'axe il y a une manivelle avec laquelle +nous tournons le globe comme +une meule ordinaire, ce que +nous trouvons d'autant-plus commode, +que la machine ocupant peu +de place, est portative, & peut être +renfermée dans une boëte propre +lorsque l'on ne s'en sert plus. Il est +vrai que le globe ne tourne pas +<span class="pagenum"><a name="I100" id="I100">I-100</a></span> +aussi vîte que lorsqu'on y employe +une grande rouë; mais cet inconvénient +est de peu de conséquence, +puisque quelques tours suffisent +pour charger la fiole, &c.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote17" +name="footnote17"><b>Note 17: </b></a><a href="#footnotetag17"> +(retour) </a> Nous reconnumes bientôt qu'il n'étoit +besoin d'y placer que l'un ou l'autre.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote18" +name="footnote18"><b>Note 18: </b></a><a href="#footnotetag18"> +(retour) </a> Nos Tubes sont ici de verre verd, longs +de 27. à 30. pouces, et aussi gros qu'on puisse +les empoigner. L'Électricité est si fort en vogue, +que depuis quatre mois il en a été vendu +plus d'un cent.</blockquote> +<br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> + +<h3>AUTRES EXPÉRIENCES</h3> + +<blockquote><i>Qui prouvent que la bouteille de +Leyde ne contient pas plus de feu +électrique, lorsqu'elle est chargée, +ni moins, lorsqu'elle est déchargée, +qu'auparavant: que dans +la décharge le feu ne sort point du +fil-d'archal & des côtés en même-tems, +comme quelques-uns l'ont +pensé; mais que les côtés reçoivent +toujours ce qui est déchargé +par le fil-d'archal, ou une égale</i> +<span class="pagenum"><a name="I101" id="I101">I-101</a></span> +<i>quantité; la surface extérieure +étant toujours dans un état négatif +d'électricité, tandis que la +surface intérieure est dans un état +positif.</i></blockquote> + +<p>32. <span class="big">P</span>lacez sous le coussin, +frottant une lame de verre assez +épaisse pour couper la communication +du feu électrique entre le +plancher & le coussin; alors s'il n'y +a pas de pointes déliées ou de fils +capillaires qui sortent du coussin +ou des parties de la machine opposées +au coussin (ce à quoi vous devez +bien prendre garde) vous ne +pourrez tirer du premier conducteur +que peu d'étincelles, qui seront +tout ce que le coussin en pourra +donner.</p> + +<span class="pagenum"><a name="I102" id="I102">I-102</a></span> + +<p>33. Suspendez alors une fiole +sur le premier conducteur, & elle +ne se chargera pas, quoique vous +la teniez par le côté; mais formez +par une chaîne une communication +des côtés de la fiole au coussin, +& la fiole se chargera, car +alors le globe tire le feu électrique +de la surface extérieure de la fiole, +& le pousse à travers le premier +conducteur, & le fil-d'archal de +la fiole dans sa surface intérieure.</p> + +<p>Ainsi la bouteille est chargée +avec son propre feu, nul autre ne +pouvant y entrer, tandis que la +lame de verre est sous le coussin.</p> + +<p>«M. L. N. conteste cette expérience, +en assurant qu'il l'a +répétée, & que dans le premier +<span class="pagenum"><a name="I103" id="I103">I-103</a></span> +cas; c'est-à-dire, quand on tenoit +la bouteille à la main, +elle s'est chargée de même que +dans le second cas, où l'on avoit +établi une communication de +l'envelope de cette bouteille au +coussin. Je ne sçai pas précisément +la différence qui a pû se +trouver entre sa manière d'opérer +& celle de M. Franklin; mais +sur l'exposé du Physicien François, +je soupçonne ce qui a pû +l'induire en erreur; il s'est apparemment +persuadé que d'épuiser +le coussin de son électricité, +c'étoit une opération toute simple +& de facile éxécution. Il s'en +faut beaucoup que je ne l'aye +regardée du même oeil; plus j'y +<span class="pagenum"><a name="I104" id="I104">I-104</a></span> +ai réfléchi avant de l'entreprendre, +plus elle m'a paru difficile; +& depuis que j'en suis venu à +bout, j'estime qu'il n'y a point +d'expérience électrique plus délicate, +& qui éxige tant de précautions. +Voici quelques maximes +générales tirées de mes remarques +sur les différentes expériences +que j'ai tentées pour +épuiser le coussin, qui pourront +le faire connoître. Il faut:</p> + +<p>»1º. Que le carreau de glace +ou de verre, qui porte le coussin +l'excéde au moins de 7. à 8. +pouces de chaque côté.</p> + +<p>»2º. Que ni le carreau ni le +coussin ne soient attachés par +des ligamens extérieurs, pas +<span class="pagenum"><a name="I105" id="I105">I-105</a></span> +même avec des cordons de soye, +à moins qu'ils ne soient préparés, +comme je le dirai ci-après.</p> + +<p>»3º. Que les mandrins mastiqués +au globe soient au moins +à 6. ou 7. pouces du coussin.</p> + +<p>»4º. Qu'il ne se trouve à 3. ou +4. pieds tout autour aucune pointe, +de quelque nature qu'elle +soit.</p> + +<p>»J'ai d'abord essayé d'épuiser au +coussin d'environ 7. pouces de +diamètre, sous lequel j'avois mis +une glace plane d'un pied quarré, +le tout attaché avec des cordons +de soye; l'expérience n'a +point réussi.</p> + +<p>»J'ai substitué à cette glace une +capsule sphérique de 10. pouces +<span class="pagenum"><a name="I106" id="I106">I-106</a></span> +de diamètre, dans laquelle j'avois +fixé le coussin avec des cordons +de soye, qui en passant par-dessus +les bords de la capsule, +les attachoient ensemble sur le +support destiné à porter le coussin. +Cette expérience n'eut pas +plus de succès que la première; +mais j'apperçus que les petits +poils qui sortoient tout autour des +cordons de soye se dressoient vers +le coussin. Je jugeai de-là que +c'étoient autant de pointes qui +lui fournissoient de nouveau feu +à mesure que le globe en tiroit. +Après avoir remédié à ce défaut +en cirant bien éxactement +les cordons de soye, je répétai +l'électrisation; mais je ne fus pas +<span class="pagenum"><a name="I107" id="I107">I-107</a></span> +plus heureux. Le feu électrique +parut sortir du conducteur presqu'aussi +abondamment que si le +coussin n'eût point été isolé. J'y +apperçus cependant un changement +marqué qui me donna bonne +espérance; quand je présentois +mon doigt à 3. ou 4. pouces +du coussin, j'y sentois une espéce +de suction, & j'entendois +sur le coussin un bruit assez semblable +à celui que l'on fait en retirant +son haleine, les lèvres serrées, +comme pour piper un +petit animal. Cela me fit conjecturer +que j'apercevrois dans +l'obscurité une aigrette lumineuse +au bout de mon doigt, & peut-être +l'endroit d'où sortoit le feu +<span class="pagenum"><a name="I108" id="I108">I-108</a></span> +qui étoit fourni au coussin.</p> + +<p>»Dès-que la nuit fut venuë, & +que j'eus recommencé l'opération, +je vis, 1º. un courant de +feu qui sortant en nappe d'un des +mandrins du globe, se précipitoit +jusques sur le coussin à l'endroit +de sa jonction avec le globe; +2º. de petites aigrettes lumineuses +à tous les poils de mes +habits qui se dirigeoient vers le +coussin; 3º. une longue aigrette +mince & peu divergente qui partoit +de mon doigt, lorsque je le +présentois au coussin à 3. ou 4. +pouces de distance, & qui se +changeoit en un courant continu, +pour peu que je l'approchasse +davantage. M'étant aperçû +<span class="pagenum"><a name="I109" id="I109">I-109</a></span> +que le coussin étoit plus près d'un +des pôles du globe que de l'autre, +& l'ayant remis le plus éxactement +qu'il me fut possible, +à égale distance des deux mandrins, +je vis le courant de feu, +qui auparavant sortoit de l'un +d'eux, partagé en deux nappes +à peu-près égales, une de chaque +côté: Ayant fait cesser la rotation +du globe, je remarquai +que la vertu attractive du coussin +s'y conserva encore long-temps. +Plus d'une demi-heure +après l'avoir laissé dans cet état, +il suçoit & pipoit encore à l'approche +du doigt.</p> + +<p>»En réfléchissant sur ces observations, +j'ai imaginé qu'il falloit +<span class="pagenum"><a name="I110" id="I110">I-110</a></span> +avoir un coussin plus étroit & un +globe plus gros, ou du moins +dont les mandrins fussent plus +éloignés de l'Équateur. J'essayai +un globe de 14. pouces de diamètre; +mais il se trouva un peu +trop dur, ayant trop d'épaisseur +de verre. D'ailleurs, quelque solide +que fût la machine dont je +me servois, il y causa par sa rotation +un ébranlement qui m'inquiéta. +Ces considérations me +déterminérent à donner la préférence +à un globe de cristal de +13. pouces que je fis monter exprès. +Les goulots en sont minces, +& les mandrins qui y sont +mastiqués n'ont guère plus d'un +demi-pouce d'empattement tout +<span class="pagenum"><a name="I111" id="I111">I-111</a></span> +autour. En faisant rouler ce globe +sur un coussin de 3. pouces de +diamètre, les bords de celui-ci +se trouvent éloignés des mandrins +de plus de 7. pouces. Ma +grande capsule au fond de laquelle +j'ai fixé ce coussin avec du +mastic, met encore un plus grand +éloignement entre lui & le plateau +de bois qui porte le tout.</p> + +<p>»Ce n'est qu'après toutes ces +précautions que je suis venu à +bout d'épuiser la matière électrique +du coussin, & de faire les expériences +que M. Franklin nous +a indiquées sur ce sujet. Je suis +d'autant-moins étonné du peu +de succès de ceux qui disent les +avoir tentées inutilement, que +<span class="pagenum"><a name="I112" id="I112">I-112</a></span> +je suis sûr qu'il est impossible d'y +réussir sans toutes ces précautions. +Sans entrer dans une discussion +qui seroit trop longue & +ennuyeuse, on trouvera dans cet +exposé des réponses plus que suffisantes +aux questions & objections +de nos critiques, & la raison +de la différence de leurs succès. +<i>Lisez Lettres sur l'Électricité</i>, +<i>pag.</i> 112-115. Pour les trois +questions qui terminent la page +115, pourra-t-on apprendre, +sans étonnement, qu'elles nous +viennent d'un homme instruit? +Je vais pourtant y satisfaire comme +si elles le méritoient. Sur la +dernière conséquence de M. +Franklin qu'il n'entre dans la +<span class="pagenum"><a name="I113" id="I113">I-113</a></span> +bouteille que le feu électrique +qui vient de sa surface extérieure, +on lui demande: <i>Et quelle +certitude en avez-vous? La matière +électrique n'est-elle pas répandue +dans l'air de l'atmosphère? +Et pourquoi ne voulez-vous pas +que la chaîne & le globe y trouvent +ce feu électrique qui passe par +le conducteur dans l'intérieur de +la fiole? Il faut montrer que cela +est impossible, ou que cela n'est pas, +si vous voulez que votre conséquence +soit reçuë.</i> Soit, Monsieur, +on s'en tient à votre parole. Voici +la certitude que nous en avons, +indépendamment de ce que nous +voulons ou ne voulons pas. Écoutez +bien. Si la chaîne & le globe +<span class="pagenum"><a name="I114" id="I114">I-114</a></span> +trouvoient dans l'air de l'atmosphère +ce feu électrique qui passe +par le conducteur dans l'intérieur +de la fiole, ils l'y trouveroient +aussi bien avant qu'on eût +établi une communication de +l'extérieur de la bouteille au coussin, +qu'après, & dans ce cas on +l'apercevroit en touchant au conducteur. +Il est cependant très-certain +que dès-que le coussin +est épuisé on ne tire pas la moindre +étincelle des conducteurs: +tirez, s'il vous plaît, la conséquence +vous-même, & ne refusez +plus de la recevoir.»</p> + +<p>34. Suspendez deux balles de liége +par des fils de lin attachés au +premier conducteur; touchez alors +<span class="pagenum"><a name="I115" id="I115">I-115</a></span> +le côté de la bouteille, & elles seront +électrisées, & elles s'éloigneront +l'une de l'autre.</p> + +<p>Car autant que vous donnez de +feu aux côtés, autant précisément +il s'en décharge à travers le fil-d'archal +sur le premier conducteur, +d'où les balles de liége reçoivent +une atmosphére électrique.</p> + +<p>Mais prenez un fil-d'archal +courbé en forme de C, avec un +bâton de cire d'Espagne fixé à la +partie extérieure de la courbure, +afin de le tenir par-là, & appliquez +une extremité de ce fil-d'archal +aux côtés, & l'autre en même temps +au premier conducteur, la +fiole sera déchargée; & si les balles +ne sont pas électrisées avant la décharge, +<span class="pagenum"><a name="I116" id="I116">I-116</a></span> +elles ne paroîtront pas +l'être après; car elles ne se repousseront +pas l'une l'autre.</p> + +<p>Maintenant si le feu déchargé +de la surface intérieure de la bouteille +à travers son fil-d'archal +restoit sur le premier conducteur, +les balles seroient électrisées & +s'éloigneroient l'une de l'autre.</p> + +<p>Si la fiole faisoit une explosion +réelle aux deux extrémités & déchargeoit +le feu tant des côtés +que du fil-d'archal, les balles seroient +électrisées en <i>plus</i> & s'éloigneroient +<i>plus loin</i>, car aucune +portion de feu ne peut s'échaper +en étant empêchée par le manche +de cire.</p> + +<p>Mais si le feu, dont la surface +<span class="pagenum"><a name="I117" id="I117">I-117</a></span> +intérieure est surchargée, est précisément +la quantité qui manque +à la surface extérieure, il passera +circulairement à travers le fil-d'archal +attaché au manche de cire, +rétablira l'équilibre dans le verre, +& ne causera aucune altération +dans l'état du premier conducteur.</p> + +<p>Nous avons trouvé conformément +que si le premier conducteur +est électrisé, & que les balles +de liége soient dans un état de +répulsion avant que la bouteille +soit chargée, elles continueront +d'y être après, sinon elles ne seront +point électrisées par cette +décharge.</p> + +<p>«Tout ce qui est dans la critique, +<span class="pagenum"><a name="I118" id="I118">I-118</a></span> +pag. 116. 117, & 118. contre +cette expérience, me paroît +tout-à-fait hors de propos; notre +auteur, comme on vient de le +voir, prouve incontestablement +que l'expérience de Leyde n'électrise +point les corps qui reçoivent +la commotion, ou qui ont communication +avec ceux qui la reçoivent, +& M. L. N. en convient; +mais après cela il se perd +dans une discussion qui n'a aucun +rapport au sujet dont il s'agit.»</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/deco01.png"></p> +<br><br><br> + +<span class="pagenum"><a name="I119" id="I119">I-119</a></span> + + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> + +<h2>LETTRE IV.</h2> + +<p class="mid"><i>Nouvelles expériences & observations<br> +sur l'Électricité.</i></p> + +<p class="rig">1748.</p><br><br> + +<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p><br> + +<p>35. Il y aura la même explosion +& le même choc, si la bouteille +électrisée est tenue d'une +main par le <i>crochet</i>, & touchée de +l'autre par les <i>côtés</i><a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a> +<a href="#footnote19"><sup class="sml">19</sup></a>, que si elle +est tenue par les <i>côtés</i> & touchée +au <i>crochet</i>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote19" +name="footnote19"><b>Note 19: </b></a><a href="#footnotetag19"> +(retour) </a> M. Franklin s'est servi dans la plupart de +ses expériences, & surtout dans les suivantes, +de bouteilles garnies de métal en dedans & en +dehors: il faut donc entendre par le terme +<i>côtés</i>, la surface extérieure couverte d'une +enveloppe métallique depuis le fond jusqu'au +collet, ou jusqu'à deux ou trois pouces près +du goulot.</blockquote> + +<span class="pagenum"><a name="I120" id="I120">I-120</a></span> + +<p>36. Pour prendre impunément +par le <i>crochet</i> la bouteille chargée, +& en même tems ne pas +diminuer sa force; il faut d'abord +la placer sur un corps originairement +électrique.</p> + +<p>37. La fiole sera électrisée aussi +fortement, si elle est tenue par le +<i>crochet</i> & les <i>côtés</i> appliqués au +globe ou au tube, que si elle est +tenue par les <i>côtés</i>, & que le <i>crochet</i> +leur soit appliqué.</p> + +<p>38. Mais la direction du feu +électrique étant différente dans la +charge, elle sera aussi différente +dans l'explosion; la bouteille chargée +par le <i>crochet</i> sera déchargée +par le <i>crochet</i>; la bouteille chargée +par les <i>côtés</i> sera déchargée +<span class="pagenum"><a name="I121" id="I121">I-121</a></span> +par les <i>côtés</i>, & jamais autrement; +car le feu doit sortir par la +même voye qui lui a donné entrée.</p> + +<p>39. Pour prouver cela, prenez +deux bouteilles qui soient également +chargées par les <i>crochets</i>, +une dans chaque main; approchez +leurs <i>crochets</i> l'un de l'autre, +il n'en résultera ni étincelle +ni choc, parce que chaque <i>crochet</i> +est disposé à donner du feu, +& ni l'un ni l'autre ne l'est à en +recevoir. Posez une des bouteilles +sur le verre, levez-la par le +<i>crochet</i>, & appliquez son <i>côté</i> +au <i>crochet</i> de l'autre; il y aura +alors une explosion & un choc, +& les deux bouteilles seront déchargées. +<span class="pagenum"><a name="I122" id="I122">I-122</a></span></p> + +<p>»Sur l'assertion de Mr. Franklin +que, si l'on approche l'un de +l'autre les crochets des deux +bouteilles également chargées, +il n'en résultera ni étincelle, ni +choc: <i>Ho! voilà</i>, s'écrie M. L. +N.<a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a> +<a href="#footnote20"><sup class="sml">20</sup></a>, <i>ce dont je ne conviendrai +pas; car dès la premiere fois que +j'en fis l'épreuve, je vis très-distinctement +éclater le feu électrique +entre les deux crochets, & je +ressentis un coup assez vif dans +les deux bras</i>. Cela peut être, & +je crois que cela est, pour l'avoir +éprouvé de même; mais la +proposition de M. Franklin n'en +est pas moins vraie, & il faudra +que le physicien François en +<span class="pagenum"><a name="I123" id="I123">I-123</a></span> +convienne malgré sa protestation, +car il faut se rendre à l'évidence; +il doit sçavoir qu'après +l'expérience de Leyde, la +bouteille n'est plus chargée, & +qu'il n'y reste plus de feu: si les +deux bouteilles dont il s'agit restent +chargées après en avoir approché +les deux crochets l'un +de l'autre, c'est une preuve incontestable +qu'elles n'ont pas +produit tout leur effet. Celui +que M. L. N. a ressenti n'est venu +que de ce que l'une des bouteilles +étoit plus chargée que +l'autre, & le feu qu'il a vû si +distinctement entre les deux crochets, +n'est que ce qui en a +passé de l'une à l'autre pour les +<span class="pagenum"><a name="I124" id="I124">I-124</a></span> +remettre toutes deux en équilibre: +elles n'en restent pas moins +chargées l'une & l'autre après +cette légère commotion, qui +d'ailleurs n'est pas différente de +celles qu'on ressent dans la main +à chaque étincelle que l'on tire +d'un peu loin du conducteur, +quand on charge une bouteille.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote20" +name="footnote20"><b>Note 20: </b></a><a href="#footnotetag20"> +(retour) </a> Lett. sur l'Électricité, pag. 123.</blockquote> + +<p>»Pour avoir sur ce sujet une +conviction encore plus complette, +il ne s'agit que de varier +l'expérience: prenez deux bouteilles +dont l'une soit bien chargée +& l'autre ne le soit point du +tout; en approchant leurs crochets +l'un de l'autre, vous verrez +une étincelle & vous recevrez +un coup; mais après cela +<span class="pagenum"><a name="I125" id="I125">I-125</a></span> +les bouteilles seront toutes deux +à demi chargées; preuve certaine +que le feu est sorti par le crochet +de celle qui étoit électrisée, +comme il y étoit entré.</p> + +<p>»Cette erreur de M. L. N. ne +vient donc que de ce qu'il n'a +pas fait attention que pour cette +expérience les deux bouteilles +doivent être <i>également</i> chargées. +Quand elles le sont, il n'y a réellement +ni étincelle, ni choc, +comme l'a judicieusement avancé +M. Franklin.</p> + +<p>40. Variez l'expérience en +chargeant deux fioles également, +l'une par le <i>crochet</i>, l'autre par le +<i>côté</i>; tenez par les <i>côtés</i> celle qui +a été chargée par le <i>crochet</i>, & +<span class="pagenum"><a name="I126" id="I126">I-126</a></span> +tenez par le <i>crochet</i> celle qui à été +chargée par le <i>côté</i>; appliquez le +<i>crochet</i> de la première au <i>côté</i> de +la seconde, il n'y aura ni choc, +ni étincelle: posez sur le verre +celle que vous tenez par le <i>crochet</i>, +levez-la par les <i>côtés</i>, & +présentez les deux <i>crochets</i> l'un à +l'autre, il y aura une étincelle & +un choc, & les deux bouteilles +seront déchargées.</p> + +<p>»Cette expérience étant attaquée +dans le même endroit & +de la même manière que la +précédente, trouve aussi la +même défense.</p> + +<p>Dans cette expérience les bouteilles +sont totalement déchargées, +& l'équilibre y est rétabli: +<span class="pagenum"><a name="I127" id="I127">I-127</a></span> +l'excès du feu dans un des crochets, +(ou plutôt dans la surface +intérieure d'une bouteille,) étant +exactement égale à ce qui manque +de feu dans l'autre, & par +conséquent comme chaque bouteille +a en elle-même l'excès aussi +bien que le défaut, le défaut & +l'excès doivent être égaux dans +chaque bouteille. Voyez §. 42. +43. 44. 45. Mais si un homme +tient en main les deux bouteilles, +dont l'une soit pleinement électrisée, +& l'autre ne le soit point du +tout; s'il rapproche leurs crochets, +il ne sentira que la moitié du coup, +& les bouteilles resteront à demi +électrisées, l'une étant à demi déchargée, +& l'autre à demi chargée.</p> + +<span class="pagenum"><a name="I128" id="I128">I-128</a></span> + +<p>41. Placez deux fioles également +chargées sur une table à 5. +ou 6. pouces de distance; suspendez +une petite boule de liége par +un fil de soye, qui tombe entre +les deux bouteilles: si les fioles +ont été toutes deux chargées par +leurs crochets, lorsque le liége +aura été attiré & repoussé par l'un, +il ne sera pas attiré par l'autre, +mais il en sera également repoussé; +mais si les fioles ont été chargées +l'une par le crochet & l'autre +par le côté,<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a> +<a href="#footnote21"><sup class="sml">21</sup></a> le liége après +<span class="pagenum"><a name="I129" id="I129">I-129</a></span> +avoir été attiré, & repoussé par +un crochet, sera aussi fortement +attiré & ensuite repoussé par +l'autre, & jouëra ainsi avec force +entre les deux, jusqu'à ce que +les deux bouteilles soient à peu +près déchargées.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote21" +name="footnote21"><b>Note 21: </b></a><a href="#footnotetag21"> +(retour) </a> Pour charger commodément une bouteille +par le côté, mettez-la sur un verre: établissez +une communication du premier conducteur à +l'enveloppe métallique de cette bouteille, & +une autre de son crochet à la muraille ou au +plancher. Quand elle sera chargée, supprimez +cette derniere communication avant que +d'empoigner la bouteille, autrement une +grande partie du feu s'échapperoit par cette +voye.</blockquote> + +<p>42. Lorsque nous employons +les termes de <i>charger</i> & <i>décharger</i> +les bouteilles, c'est pour nous +conformer à l'usage, & par disette +d'autres termes plus convenables; +puisque nous sommes persuadés +qu'il n'y a réellement pas +plus de feu électrique dans la bouteille +après ce qu'on appelle sa +<i>charge</i>, ni moins après sa <i>décharge</i> +<span class="pagenum"><a name="I130" id="I130">I-130</a></span> +qu'il n'y en avoit auparavant, excepté +seulement la petite étincelle +que l'on peut donner ou enlever +à la matière non-électrique, +si elle est séparée de la bouteille: +étincelle qui ne peut pas égaler la +cinquantiéme partie de celle qui +fait l'explosion.</p> + +<p>Car si dans l'explosion le feu +électrique sortoit de la bouteille +par un endroit, & qu'il ne rentrât +pas par un autre, il s'ensuivroit +que si un homme placé sur +de la cire & tenant la bouteille +d'une main, tiroit l'étincelle en +touchant avec l'autre le crochet +de fil-d'archal, la bouteille étant +par là déchargée, l'homme seroit +chargé; ou que la quantité +<span class="pagenum"><a name="I131" id="I131">I-131</a></span> +de feu perduë par l'une se retrouveroit +dans l'autre, puisqu'il n'y a +aucune issue pour la laisser échaper; +mais il arrive le contraire.</p> + +<p>43. D'ailleurs la fiole ne souffrira +pas ce que l'on appelle une +charge, à moins qu'il n'en puisse +sortir autant de feu par une voye +qu'il en entre par une autre. Une +fiole placée sur la cire ou sur le +verre, ou bien suspenduë sur le +premier conducteur d'électricité, +ne peut être chargée à moins qu'il +n'y ait une communication établie +entre ses côtés & le plancher +pour servir de décharge.</p> + +<p>»De toutes les expériences de +Philadelphie, il y en a peu qui +soient contestées avec autant de +<span class="pagenum"><a name="I132" id="I132">I-132</a></span> +confiance que celle-ci. Dès le +premier rapport que je fis à l'Académie +royale des sciences en +1751. du succès des expériences +de M. Franklin, on me soutint +avec vivacité que cette observation +étoit contraire à l'expérience. +N'étant allé à l'Académie que +pour y rendre compte de ce que +j'avois fait & vû, & non pas pour +disputer; je me contentai de répliquer +que j'étois sûr de ce que +j'avançois d'après mon auteur: +je suis surpris qu'on n'en ait pas +encore reconnu la vérité. Cette +communication que l'on établit +des côtés de la bouteille au plancher, +est ce que nous appellons +une décharge: quand on électrise +<span class="pagenum"><a name="I133" id="I133">I-133</a></span> +une bouteille à la main, c'est la +main qui en tient lieu; mais si +la bouteille est suspenduë au conducteur +sans décharge, & que +l'air soit bien sec, je suis sûr pour +l'avoir éprouvé cent fois, qu'elle +ne se charge point: j'ai de même +éprouvé que quand elle est appuyée +sur un support électrique, +plus ce support est large & élevé +& moins elle se charge. J'ai cependant +vû la bouteille de Leyde +se charger quoique suspenduë au +conducteur sans décharge, mais +très-lentement & très-difficilement, +dans des tems où l'air de +l'atmosphère est chargé d'humidité, +(c'est apparemment celui où +notre critique a étudié son objection) +<span class="pagenum"><a name="I134" id="I134">I-134</a></span> +mais cela ne vient que de +ce que les particules d'humidité +répanduës dans l'air font l'office +de décharge: l'on peut d'autant +moins se prévaloir de cette observation +contre M. Franklin, +qu'il est moins à portée de la +faire par lui-même. La saison où +il se livre plus particulierement à +l'électricité, comme la plus favorable +aux expériences, est l'hyver, +& c'est le temps où la Pensylvanie +jouit du ciel le plus beau +& le plus pur; quoi qu'il en soit, +des objections, la proposition de +notre auteur restera dans toute sa +force pour quiconque voudra se +mettre dans sa position, & consulter +l'expérience sans prévention. +<span class="pagenum"><a name="I135" id="I135">I-135</a></span></p> + +<p>44. Mais suspendez deux ou +plusieurs fioles sur le premier +conducteur d'électricité, l'une +pendante à la queuë de l'autre, +& un fil-d'archal de la derniere +au plancher, un égal nombre de +tours de rouë les chargera également, +& chacune le sera autant +que si elle seule eût été soumise +à l'opération: ce qui est chassé de +la queuë de la premiere servant à +charger la seconde, ce qui est +chassé de la seconde chargeant la +troisiéme, & ainsi de suite; par +ce moyen une quantité de bouteilles +peuvent être chargées par +la même opération, & aussi pleinement +que s'il n'y en avoit qu'une +seule; si ce n'est que chaque +<span class="pagenum"><a name="I136" id="I136">I-136</a></span> +bouteille reçoit de nouveau feu, +& abandonne son ancien avec +quelque réticence, ou plutôt apporte +à la charge quelque foible +résistance, qui dans un nombre +de bouteilles devient plus égale +à la puissance chargeante, & repousse +ainsi le feu sur le globe plus +vite qu'une simple bouteille ne le +pourroit faire.</p> + +<p>45. Lorsqu'une bouteille est +chargée par la voye ordinaire, ses +surfaces intérieure & extérieure +sont prêtes, l'une à donner le feu +par le crochet, l'autre à le recevoir +par le côté: l'une est pleine, +& disposée à pousser, l'autre est +vuide, & extrêmement affamée; +& cependant comme la premiere +<span class="pagenum"><a name="I137" id="I137">I-137</a></span> +ne chassera point, que l'autre ne +puisse au même instant recevoir, +de même la dernière ne recevra +point, que la première ne puisse +donner au même instant; lorsque +l'un & l'autre peut se faire en même-tems, +cela se fait avec une +vitesse & une violence inconcevables.</p> + +<p>46. Ainsi lorsqu'on bande un +ressort avec violence (quoique la +comparaison ne convienne pas +dans tous les points) il doit, pour +se rétablir de lui-même, resserrer +le côté qui avoit été étendu en le +bandant, & étendre celui qui +avoit été resserré. Si l'une de ces +opérations rencontre des obstacles, +l'autre ne sauroit avoir son +<span class="pagenum"><a name="I138" id="I138">I-138</a></span> +éxécution; mais on ne dit point +que le ressort soit chargé d'élasticité, +lorsqu'il est bandé, & déchargé, +lorsqu'il est débandé; sa +quantité d'élasticité est toujours la +même.</p> + +<p>47. Le verre a pareillement toujours +dans sa substance la même +quantité de feu électrique, & une +fort grande quantité, par rapport +à la masse du verre, comme il sera +prouvé dans la suite.</p> + +<p>48. Cette quantité proportionnée +au verre, il la retient avec +force & opiniatreté; il n'en aura ni +plus ni moins, quelque changement +qu'il éprouve dans ses parties, +& dans sa situation; c'est-à-dire, +que nous en pouvons tirer +<span class="pagenum"><a name="I139" id="I139">I-139</a></span> +une partie de l'un de ses côtés, +pourvû que nous en rendions à +l'autre une égale quantité.</p> + +<p>49. Néanmoins lorsque la situation +du feu électrique est ainsi dérangée +dans le verre, lorsque quelque +partie a été retranchée de l'un +des côtés, & que quelque partie +a été ajoûtée à l'autre, il ne reste +point en repos ou dans son état naturel, +jusqu'à ce qu'il ait été rétabli +dans son uniformité primitive +.... & ce rétablissement ne peut +être fait à travers la substance du +verre, mais il doit se faire par une +communication non électrique, +établie au dehors, de surface à surface.</p> + +<p>50. Ainsi la force totale de la +<span class="pagenum"><a name="I140" id="I140">I-140</a></span> +bouteille, & le pouvoir de donner +un choc est dans le verre-même; +les corps non-électriques en +contact avec les deux surfaces ne +servant qu'à donner & à recevoir +des différentes parties du verre; +c'est-à-dire, à donner à un côté, +& à recevoir de l'autre.</p> + +<p>51. Nous avons fait ici cette découverte +de la manière suivante. +Nous proposant d'analyser la bouteille +électrifiée pour sçavoir où réside +sa force, nous la plaçâmes sur +un verre, & nous ôtames le liége +& le fil-d'archal, que l'on avoit eu +attention de ne pas trop enfoncer. +Alors prenant la bouteille d'une +main, & approchant un doigt de +l'autre main auprès de l'orifice, une +<span class="pagenum"><a name="I141" id="I141">I-141</a></span> +forte éteincelle s'élança de l'eau, +& le choc fut aussi violent que si +le fil-d'archal n'eût point été dérangé, +ce qui nous fit connoître +que la force électrique ne résidoit +point dans le fil-d'archal. Ensuite +pour découvrir si elle résidoit dans +l'eau, y étant comprimée & condensée, +parce que le verre la serre +de toutes parts (ce qui avoit été +notre première opinion,) nous électrisâmes +de nouveau la bouteille; +& l'ayant mise sur un verre, nous +otâmes, comme ci-devant, le liége +& le fil-d'archal; levant alors la +bouteille, nous versâmes toute +l'eau dans une autre bouteille vuide +qui étoit pareillement sur un +verre; & levant cette derniere fiole, +<span class="pagenum"><a name="I142" id="I142">I-142</a></span> +nous comptâmes, si la force +résidoit dans l'eau, d'entendre partir +un coup; mais il n'y en eut +point. Nous jugeâmes donc qu'il +falloit ou que la force se fût perduë +en transvasant, ou qu'elle fût +restée dans la première bouteille; +& nous trouvâmes que notre derniere +conjecture étoit juste. Car +cette bouteille mise à l'épreuve +donna un coup, quoique remplie, +sans la déplacer, avec de l'eau +fraîche, & qui n'étoit point électrifiée... +Alors pour découvrir si le +verre avoit cette propriété précisément +comme verre, ou si la forme +y contribuoit en quelque chose, +nous prîmes un carreau de verre; +& le posant sur la main, nous mîmes +<span class="pagenum"><a name="I143" id="I143">I-143</a></span> +une plaque de plomb sur sa +surface supérieure; ensuite nous +électrisâmes cette plaque, & à +l'approche du doigt il y eut une +étincelle & un choc. Nous prîmes +ensuite deux plaques de +plomb de dimensions égales, mais +plus petites que le verre qui les +débordoit de deux pouces de tous +côtés, & nous électrisâmes le verre +entr'elles en électrisant la plaque +de dessus. Après cela nous séparâmes +cette plaque du verre, & par +cette opération le peu de feu qui +pouvoit être dans le plomb fut enlevé, +& le verre touché avec le +doigt sur les parties électrisées, ne +donna que quelques petites étincelles +piquantes; on peut cependant +<span class="pagenum"><a name="I144" id="I144">I-144</a></span> +en tirer un grand nombre +de différent endroits. Après avoir +remis adroitement le verre entre +les deux plaques, & achevé un +cercle; c'est-à-dire, pratiqué une +communication entre les deux surfaces, +il s'ensuivit un choc violent +.... ce qui démontre que le pouvoir +réside dans le verre comme +verre, & que les corps non-électriques +en contact servent uniquement, +comme l'armure de l'aimant, +à unir les forces des différentes +parties, & à les rassembler +dans tel point qu'on désire. Car +c'est une proprieté des corps non-électriques, +que tout le corps reçoit +ou donne dans un instant tout +le feu électrique qui est donné ou +<span class="pagenum"><a name="I145" id="I145">I-145</a></span> +enlevé à quelqu'une de ses parties.</p> + +<p>»L'expérience de Leyde est +sans contredit une des plus belles +découvertes qui ayent été +faites en Physique. C'est elle qui +a donné lieu aux profondes recherches +qui occupent si généralement +les Physiciens depuis +1745. Chacun d'eux a fait +ses efforts pour déveloper la +merveilleuse bouteille qui en +est le fondement; mais on ne +voit pas qu'aucun y ait réussi +avant M. Franklin. L'analyse +de cette bouteille étoit, ce semble, +la chose la plus aisée à imaginer +& la plus simple à éxécuter, +& cependant personne n'y +<span class="pagenum"><a name="I146" id="I146">I-146</a></span> +a songé, comme si cette idée +n'eût pû venir que du nouveau +monde; mais à peine a-t-elle +pénetré en Europe, à peine le +succès en est-il connu qu'on entreprend +de le contester; on +veut documenter l'auteur, changer +le procedé, & nier le résultat. +Examinons chacune de ces +choses.</p> + +<p>»<i>Si vous voulez</i>, dit le Physicien +françois à l'Américain<a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a> +<a href="#footnote22"><sup class="sml">22</sup></a>, +<i>répéter cette expérience</i> (l'analyse +de la bouteille) <i>de bonne foi +& sans prévention, je vous dirai +en quoi vous avez manqué; & je +vous promets qu'en procédant, +comme il convient, vous trouverez +<span class="pagenum"><a name="I147" id="I147">I-147</a></span> +des signes très-marqués de la +vertu électrique dans votre eau +transvasée.</i> Voici le procedé.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote22" +name="footnote22"><b>Note 22: </b></a><a href="#footnotetag22"> +(retour) </a> Lettre sur l'Électricité, pag. 91.</blockquote> + +<p>»<i>Je vous avertis donc qu'il faut +faire cette expérience avec une +électricité passablement forte, +éviter les longueurs... que le +nouveau vase qui reçoit l'eau, ne +soit pas d'un verre fort épais, & +qu'au lieu d'être posé sur du verre, +comme vous le faites, il le +soit au contraire sur la main d'un +homme ou sur quelqu'autre corps +non-électrique. Si vous procedez +ainsi, je vous réponds du succès.</i> +Pour moi je pense qu'en +procedant ainsi, on ne feroit +point l'analyse de la bouteille. +Mais ni le critique, ni celui +<span class="pagenum"><a name="I148" id="I148">I-148</a></span> +qui s'est laissé surprendre par +cette expérience, ne se sont apperçus +qu'ils manquoient dans +le point essentiel. C'est ce défaut +de sagacité qui paroît avoir +assuré la défaite de l'un & la +victoire de l'autre que l'on a fait +sonner si haut.</p> + +<p>»D'après ce résultat vrai en +lui-même, mais faux dans son +principe, on argumente contre +M. Fr. on le presse: on le +poursuit: on se persuade qu'il +ne lui reste pas plus de ressource +qu'à celui qu'on a nommé son +plus zèlé partisan.</p> + +<p>»Sans entreprendre de réfuter +tout ce que l'éloquence étale +en 8. ou 10. pages de la critique, +<span class="pagenum"><a name="I149" id="I149">I-149</a></span> +& sans rétorquer tous les +argumens adressé à notre Américain, +je crois que quelques +réflexions fondées sur l'expérience +suffiront pour en effacer +les impressions.</p> + +<p>»Quand une personne tient +dans sa main la bouteille électrisée, +& qu'elle en verse l'eau +dans une autre bouteille tenuë +dans la main d'une autre personne, +il arrive la même chose +que si l'on faisoit toucher le crochet +de la premiere bouteille à +celui de la seconde qui seroit +armée, la charge se partage entre +les deux bouteilles.<a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a> +<a href="#footnote23"><sup class="sml">23</sup></a> Cela +est si vrai que si la même personne +<span class="pagenum"><a name="I150" id="I150">I-150</a></span> +fait seule cette expérience +en tenant les deux bouteilles, +une en chaque main, elle +ressentira une commotion, qui +ne sera pourtant que la moitié +de celle qu'elle recevroit, si elle +faisoit tout simplement l'expérience +de Leyde. Donc en versant +l'eau de cette façon on fait +passer avec elle dans la seconde +bouteille la moitié de la matière +électrique contenuë dans la première. +La preuve s'en tire encore +d'une autre observation +que voici. Si la matière électrique +qui passe ainsi avec l'eau +d'une bouteille dans l'autre, +étoit précisément attachée à la +liqueur, la quantité en seroit +<span class="pagenum"><a name="I151" id="I151">I-151</a></span> +proportionelle à la quantité de +l'eau transvasée: or cela n'est +point; car que l'on vuide toute +la liqueur, ou que l'on n'en +vuide que la moitié, la seconde +bouteille qui l'aura reçuë se +trouvera également chargée, +c'est-à-dire électrisée au même +degré; & si toutes choses étoient +égales des deux cotés: si les +bouteilles étoient égales en capacité, +en matiére, en forme, +& leur intérieur également +moüillé, ce degré seroit éxactement +le même dans chacune. +Donc notre critique n'a pas raison +de dire que l'on ne sauroit +lui objecter que les circonstances +dont il fait dépendre le succès +<span class="pagenum"><a name="I152" id="I152">I-152</a></span> +de l'expérience, changent +l'espèce. Et pourquoi ne sauroit-on +lui faire cette objection, +dès qu'on voit évidemment +que son procédé est erronné: +que n'en apperçevant pas +le défaut, il en tire avantage, +pour combattre la doctrine d'un +Physicien consommé dans cette +partie, où il donne des leçons +à tout le monde sçavant?</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote23" +name="footnote23"><b>Note 23: </b></a><a href="#footnotetag23"> +(retour) </a> V. pag. 125. §. 40.</blockquote> + +<p>»S'il restoit encore quelques +doutes sur l'analyse de la bouteille +électrisée, qui est regardée +avec raison comme une +des plus belles expériences de +M. Franklin, quoiqu'elle ne soit +pas une des plus brillantes, & +sur laquelle j'ai entendu un des +<span class="pagenum"><a name="I153" id="I153">I-153</a></span> +Physiciens les plus experimentés +en cette partie, se reprocher +de ne l'avoir pas imaginée; +si, dis-je, il restoit encore +quelques doutes sur ce sujet, +on pourroit les lever, en +s'y prenant d'une autre façon +que j'ai imaginée, & que je +rapporte ici, pour répondre à +ceux qui prétendent que la matière +électrique ne paroît attachée +au verre de la bouteille +qu'en vertu de l'adhérence de +l'eau à ses parois intérieures. Au +lieu d'eau, je mets dans la bouteille +du menu plomb, comme +du plomb à perdreaux, ou de +la cendrée: après l'avoir armée +de son crochet, & l'avoir électrisée, +<span class="pagenum"><a name="I154" id="I154">I-154</a></span> +j'en fais l'analyse, suivant +la méthode de M. Franklin, +& je trouve toujours que +le plomb en étant vuidé, n'a +point emporté l'électricité, mais +que cette matière est restée +presque toute entière en la bouteille +où je l'avois fait entrer +d'abord, puisque de nouveau +plomb, ou à sa place de l'eau, +ou toute autre substance non-électrique, +ou même rien autre +chose qu'un fil-d'archal, +pourvû qu'il touche au fond intérieur, +lui rend le pouvoir de +donner la commotion à quiconque +veut la tenter. J'ai même +éprouvé qu'elle étoit, toutes +choses égales d'ailleurs, toujours +<span class="pagenum"><a name="I155" id="I155">I-155</a></span> +plus forte avec le plomb +qu'avec l'eau, C'est en conséquence +de cette observation, +que depuis long-tems je ne +me sers presque plus d'eau dans +mes expériences électriques. +J'ai trouvé que le métal, & sur +tout le plomb granulé est bien +préférable à la liqueur pour analyser +la bouteille: il n'est pas +sujet à l'évaporation: on peut le +sécher aisément; il n'éclabousse +point en le traversant: il ne +s'attache ni aux parois ni au +goulot de la bouteille, toutes +choses qui font souvent manquer +l'expérience, quand on +opére avec de l'eau. L'usage de +la limaille pour remplir la bouteille +<span class="pagenum"><a name="I156" id="I156">I-156</a></span> +est aussi très-bon; mais si +l'on veut en faire l'analyse, il +faut avoir attention que la limaille +soit bien séche, & qu'elle +ne fasse point de poussière quand +on la verse.</p> + +<p>Il résulte de toutes ces observations +que j'ai faites & répétées +avec tout le soin & l'éxactitude +possibles, qu'en s'y prenant +comme l'enseigne M. L. N. +on ne fait point l'analyse de la +bouteille électrisée. Car, qu'est-ce +que faire cette analyse? N'est-ce +pas tout simplement séparer +chacune des parties dont elle +est composée, pour voir à laquelle +de ses parties la matière +électrique restera attachée? Or +<span class="pagenum"><a name="I157" id="I157">I-157</a></span> +en suivant la route indiquée par +M. Fr. on arrive sûrement à ce +but; si l'on entreprend de m'en +montrer une autre, il faudra +me prouver qu'elle y conduit +aussi sûrement, ou tout au +moins me mettre dans l'impossibilité +d'en découvrir l'erreur. +Notre critique ne fait ni l'un +ni l'autre, & malgré ses argumens +spécieux, je n'y aurai pas +plus de confiance que si, pour +me prouver que l'électricité +n'est pas attachée au verre, il +commençoit par décharger la +bouteille avant d'en faire l'analyse; +il n'y a pas plus de raison +à vouloir que la seconde bouteille +dans laquelle on verse +<span class="pagenum"><a name="I158" id="I158">I-158</a></span> +l'eau électrisée, soit dans la +main d'un autre homme, qu'il +y en auroit à éxiger que la premiere +y fût aussi, quand on en +ôte le fil-d'archal avec les +doigts. Il y a donc, quoiqu'en +dise la critique, des circonstances +d'où on fait dépendre le +succès de l'expérience, qui en +changent l'espéce; & celles-ci +sont du nombre. C'est pour cela +que je prétens qu'en s'y prenant +de cette façon, l'on ne +fait point du tout l'analyse de +la bouteille.</p> + +<p>»Que notre adversaire au reste +ne s'imagine pas que je n'aye +en vûe que de le contredire. +La recherche de la verité est +<span class="pagenum"><a name="I159" id="I159">I-159</a></span> +mon seul objet. Aucune considération +ne sauroit m'en détourner. +Quand nous avons dit +que l'eau ou le métal que l'on +met dans la bouteille de Leyde +n'emportent point avec eux +d'électricité, dans le temps +qu'on les verse dans un autre +vase soutenu sur un support +électrique; il ne faut pas prendre +cette proposition à la rigueur. +Je sçais par expérience +que ces corps non-électriques +ne se dépoüillent pas absolument, +en sortant de la bouteille, +de toute l'électricité +dont ils étoient chargés. Cela +se voit évidemment quand on +se sert de limaille pour faire +<span class="pagenum"><a name="I160" id="I160">I-160</a></span> +l'analyse de la bouteille. Notre +auteur estime que la quantité +qu'ils retiennent de cette +matière n'équivaut peut-être +pas la cinq-centiéme partie de +ce qui fait la charge de la bouteille; +mais cette petite quantité +n'est pas ce dont il s'agit ici; +quand elle seroit beaucoup plus +considérable dans les circonstances +établies, elle ne mettroit +jamais la seconde bouteille +en état de donner la +commotion.»</p> + +<p>52. Sur quoi nous avons fait +ce que nous appellons une <i>batterie +électrique</i>, consistant en +onze grands carreaux de vitre +garnis de lames de plomb appliquées +<span class="pagenum"><a name="I161" id="I161">I-161</a></span> +sur chaque côté, placés +verticalement, & soutenus à +deux pouces de distance sur des +cordons de soye, avec des crochets +épais de fil de plomb, un +de chaque côté, dressés en ligne +droite, éloignés l'un de l'autre, +& des communications convenables +de fil, & une chaîne depuis +le côté <i>donnant</i> d'un carreau +jusqu'au côté <i>recevant</i> de l'autre, +de sorte que le tout puisse +être chargé ensemble, & par la +même opération, comme s'il +n'y avoit qu'un seul carreau. +Nous avons fait encore une autre +machine pour amener les côtés +<i>donnans</i> après la charge, en +contact avec un long fil-d'archal, +<span class="pagenum"><a name="I162" id="I162">I-162</a></span> +& les côtés <i>recevans</i> avec +un autre. Ces deux longs fils-d'archal +donneroient la force de +tous les carreaux de verre à la +fois à travers le corps de quelque +animal qui formeroit le +cercle avec eux. Les carreaux +peuvent aussi être déchargés séparément, +ou tel nombre ensemble +que l'on voudra; mais +cette machine n'a pas été mise +beaucoup en usage, comme ne +répondant pas parfaitement à +notre intention, relativement à +la facilité de la charge par la raison +donnée §. 44. Nous avons +fait aussi avec de grands carreaux +de vitre des tableaux magiques +& des roues animées qui se meuvent +<span class="pagenum"><a name="I163" id="I163">I-163</a></span> +d'elles-mêmes, & dont +nous allons bientôt faire la description.</p> + +<p>53. Je m'apperçois par le dernier +livre de l'ingénieux Mr. +Watson que j'ai reçu dernièrement, +que le docteur <i>Bevis</i> +s'est servi avant nous de carreaux +de verre pour faire l'expérience +de Leyde, & jusqu'au moment +que ce livre m'est parvenu, je +me proposois de vous communiquer +cela comme une nouveauté. +Si j'en fais mention ici, je +vous dirai pour excuse que nous +avons tenté l'expérience différemment, +que nous en avons +tiré des conséquences différentes, +(car M. Watson paroît toujours +<span class="pagenum"><a name="I164" id="I164">I-164</a></span> +persuadé que le feu est accumulé +sur le corps non électrique, +qui est en contact avec le +verre, pag. 72.) & nous l'avons +même poussé plus loin, autant +que j'en puis juger jusqu'à présent.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/deco03.png"></p> +<br><br><br> + +<span class="pagenum"><a name="I165" id="I165">I-165</a></span> +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> + +<h2><i>LETTRE V.</i></h2> + +<h3>PREMIÈRE PARTIE.</h3> + +<p class="rig">27. Juillet 1751.</p><br> + +<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p> + +<p>Je crois que M. Watson a +fait à la hâte ses observations sur +mon dernier écrit, avant d'avoir +bien considéré les expériences +rapportées dans le §. 51. qui me +paroissent toujours décisives dans +cette question: <i>Si l'accumulation +du feu électrique est sur le verre électrisé, +ou sur la matière non-électrique +jointe au verre</i>; je crois qu'elles +démontrent que l'accumulation +est réellement sur le verre.</p> + +<p>Quant à l'expérience dont +<span class="pagenum"><a name="I166" id="I166">I-166</a></span> +parle cet ingénieux physicien, +& qu'il regarde comme concluante +pour le parti opposé; je +me flatte qu'il changera de façon +de penser à cet égard, lorsqu'il +considérera que, comme +une personne qui applique le fil-d'archal +de la bouteille chargée +à une liqueur spiritueuse échauffée +dans une cuillier que tient +une autre personne, toutes deux +étant sur le plancher, en enflammera +les esprits, & que cependant +une pareille inflammation +ne peut pas décider si l'accumulation +étoit sur le verre ou +dans le corps non-électrique; +de même si l'on place une troisiéme +personne sur un gâteau de +<span class="pagenum"><a name="I167" id="I167">I-167</a></span> +cire entre les deux premières, +qu'elle tienne d'une main un +bassin dans lequel on verse l'eau +de la bouteille, & qu'à l'instant +de l'effusion elle présente un +doigt de l'autre main à la liqueur +spiritueuse; cette circonstance +ne change rien du tout à l'état +des choses, le filet d'eau tombant +de la fiole, le côté du bassin, +les bras & le corps de la +personne placée sur le gâteau +n'étant tous ensemble que comme +un long fil-d'archal qui s'étend +de la surface intérieure de +la fiole à la liqueur spiritueuse.</p> + +<p>54. Voici de quelle manière +se fait le tableau magique. Ayant +un grand portrait avec un cadre +<span class="pagenum"><a name="I168" id="I168">I-168</a></span> +& une glace, (supposez que ce +soit celui du Roi) ôtez-en l'estampe, +& coupez-en une bande +à la distance d'environ deux +pouces du cadre tout autour; +quand la coupure prendroit sur +le portrait il n'y auroit pas d'inconvénient. +Avec de la colle légere +ou de l'eau gommée, fixez +sur le revers de la glace la bande +du portrait séparée du reste, +en la serrant & l'unissant bien: +alors remplissez l'espace vuide +en dorant la glace avec de l'or +ou du cuivre en feuille: dorez +pareillement le bord intérieur du +derrière du cadre tout autour, +excepté le haut, & établissez +une communication entre cette +<span class="pagenum"><a name="I169" id="I169">I-169</a></span> +dorure & la dorure du derrière +de la glace: remettez la planche +ou le carton sur la glace, & ce +côté est fini. Retournez la glace, +& dorez exactement le côté antérieur +sur la dorure de derrière, & +lorsqu'elle sera séche couvrez-la, +en collant dessus le milieu de +l'estampe qui avoit été séparé +de la bande; observant de rapprocher +les parties correspondantes +de cette bande & du portrait; +par ce moyen le portrait +paroîtra tout d'une piéce comme +auparavant; seulement une partie +est derrière la glace & l'autre +devant....... tenez le portrait +horizontalement par le haut, & +posez sur la tête du Roi une petite +<span class="pagenum"><a name="I170" id="I170">I-170</a></span> +couronne dorée & mobile. +Maintenant si le portrait est électrisé +modérément, & qu'une +autre personne empoigne le cadre +d'une main, de sorte que +ses doigts touchent la dorure +postérieure, & que de l'autre +main elle tâche d'enlever la couronne, +elle recevra une commotion +épouventable, & manquera +son coup. Si le portrait +étoit puissamment chargé, la +conséquence pourroit bien en +être aussi fatale<a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a> +<a href="#footnote24"><sup class="sml">24</sup></a> que celle du +crime de haute trahison: car +lorsque l'étincelle est tirée à travers +<span class="pagenum"><a name="I171" id="I171">I-171</a></span> +une main de papier couchée +sur le portrait par le moyen d'un +fil-d'archal de communication; +elle fait un trou à travers chaque +feuillet, c'est-à-dire à travers 48. +feuilles, (quoique l'on regarde +une main de papier comme un +bon plastron contre la pointe +d'une épée; ou même contre +une balle de pistolet,) & le craquement +est excessivement fort. +L'opérateur qui tient ce portrait +par l'extrémité supérieure, où +l'intérieur du cadre n'est pas +doré, à dessein d'empêcher la +chute du portrait, ne sent rien +du coup, & peut toucher le visage +du portrait sans aucun danger, +ce qu'il donne comme un +<span class="pagenum"><a name="I172" id="I172">I-172</a></span> +témoignage de sa fidélité..... +Si plusieurs personnes en cercle +reçoivent le choc, on appelle +l'expérience <i>les conjurés</i>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote24" +name="footnote24"><b>Note 24: </b></a><a href="#footnotetag24"> +(retour) </a> Nous avons trouvé depuis qu'elle est +fatale à de petits animaux, mais que l'action +n'est pas assez violente pour en tuer de +grands; le plus gros que nous ayons tué est +une poule.</blockquote> + +<p>«Avec une glace de 1200. pouces +quarrés étamée sur ses deux +faces, j'ai plusieurs fois percé +jusqu'à 160. feuilles de papier +commun.»</p> + +<p>55. Sur le principe établi dans +le §. 41. que les crochets des +bouteilles différemment chargées +attireront & repousseront +différemment, on a fait une rouë +électrique, qui tourne avec une +force extraordinaire. Une petite +fléche de bois élevée perpendiculairement +passe à angles droits +à travers une planche mince, & +<span class="pagenum"><a name="I173" id="I173">I-173</a></span> +de figure ronde d'environ 12. +pouces de diamétre, & tourne +sur une pointe de fer fixée dans +l'extrémité inférieure, tandis +qu'un gros fil-d'archal dans la +partie supérieure traversant un +petit trou dans une feuille de +cuivre, maintient la fléche dans +sa situation perpendiculaire. Environ +trente rayons d'égale longueur +faits d'un carreau de vitre +coupé en bandes étroites sortent +horizontalement de la circonférence +de la planche, les extrémités +les plus éloignées du centre excédant +les bords de la planche d'environ +4. pouces; sur l'extrémité +de chacun est fixé un dé de cuivre. +Maintenant si le fil-d'archal de +<span class="pagenum"><a name="I174" id="I174">I-174</a></span> +la bouteille électrisée par la voye +ordinaire est approché de la circonférence +de cette rouë, il attirera +le dé le plus proche, & +mettra ainsi la rouë en mouvement. +Ce dé dans le passage +reçoit une étincelle, & dès-lors +étant électrisé, il est repoussé & +chassé en avant, tandis qu'un +second étant attiré, approche du +fil-d'archal, reçoit une étincelle, +& est chassé après le premier, +& ainsi de suite jusqu'à ce +que la rouë ait achevé un tour: +alors les dez déjà électrisés approchant +du fil-d'archal, au lieu +d'être attirés comme auparavant, +sont au contraire repoussés, & +le mouvement cesse à l'instant... +<span class="pagenum"><a name="I175" id="I175">I-175</a></span> +mais si une autre bouteille qui a +été chargée par les côtés est placée +auprès de la même rouë, +son fil-d'archal attirera le dé repoussé +par le premier, & par là +doublera la force qui fait tourner +la rouë, en enlevant non-seulement +le feu qui a été communiqué +aux dez par la première +bouteille; mais leur en dérobant +même de leur quantité naturelle, +au lieu d'être repoussés lorsqu'ils +reviennent vers la première +bouteille, ils sont plus fortement +attirés; de sorte que la +rouë accélère sa marche jusqu'à +fournir avec une grande rapidité +12. ou 15. tours dans une minute, +& avec une telle force +<span class="pagenum"><a name="I176" id="I176">I-176</a></span> +que le poids de cent rixdales +dont nous la chargeâmes une +fois, ne parut en aucune manière +ralentir son mouvement..... +C'est ce que l'on nomme une +broche électrique; & si un gros +oiseau étoit embroché à la fléche +perpendiculaire, il tourneroit +devant le feu avec un mouvement +capable de le rôtir.</p> + +<p>«Au lieu de faire cette roue +de bois, & d'y rapporter des +rayons de verre, comme l'enseigne +M. Franklin, j'ai imaginé +qu'il étoit plus simple & +plus commode de la faire d'une +seule piéce de verre; j'ai choisi +pour cela un carreau de verre +de Bohême, le plus uni & le +<span class="pagenum"><a name="I177" id="I177">I-177</a></span> +plus plane que j'ai pû trouver: +je l'ai fait couper en plateau +rond de 18. pouces de diamètre: +j'ai collé sur chacune de +ses surfaces une feuille de papier +marbré en couleur de bois, +qui n'approche pas de la circonférence +du plateau plus +près que de deux pouces: j'ai +ensuite mastiqué sur son centre +de chaque côté deux gros-fils-d'archal +qui servent d'axe, +dont l'un est terminé en pointe +pour servir de pivot & pour +tourner sur une petite crapaudine +de cuivre, & l'autre plus +long pour passer dans un trou +rond pratiqué dans une traverse +de bois. On pourroit faire +<span class="pagenum"><a name="I178" id="I178">I-178</a></span> +l'axe tout d'une piéce en perçant +la rouë au centre pour les +recevoir. Cette roue étant ainsi +mise à peu près en équilibre +sur son axe, j'ai mastiqué sur +ses bords 30. balles de cuivre +creuses, à égales distance les +unes des autres, & également +éloignées du centre. L'on conçoit +que cette roue est bien +plus légère, & par conséquent +plus mobile que celle de M. +Franklin; aussi a-t-elle mieux +réussi que celles qui ont été +exécutées suivant sa méthode.»</p> + +<p>56. Mais cette roue, ainsi que +celles qui sont poussées par le +vent, l'eau ou les poids, reçoit +son mouvement d'une force +<span class="pagenum"><a name="I179" id="I179">I-179</a></span> +étrangère, à sçavoir celle des +bouteilles. La roue qui tourne +d'elle-même, quoique construite +sur les mêmes principes, paroîtra +encore plus surprenante; +elle est faite d'un carreau de verre +mince & rond de 17. pouces +de diamètre, dorée en entier sur +les deux côtés, excepté 2. pouces +vers le bord. On arrête alors +deux petites hémisphères de bois +avec du mastic au milieu des +côtés supérieur & inférieur opposés +à leur centre, & sur chacune +une forte verge de fil-d'archal +longue de 8. ou 10. pouces +qui font ensemble l'axe de la +roue. Elle tourne horizontalement +sur une pointe à l'extrémité +<span class="pagenum"><a name="I180" id="I180">I-180</a></span> +inférieure de son axe, qui +pose sur un morceau de cuivre +cimenté dans une salière de verre. +La partie supérieure de son +axe traverse un trou fait dans une +lame de cuivre cimentée à un +fort & long morceau de verre +qui le tient éloigné de 5. ou 6. +pouces de tout corps non-électrique; +& l'on place à son sommet +une petite boule de cire ou +de métal pour conserver le feu. +Dans un cercle sur la table qui +soutient la roue sont fixés douze +petits pilliers de verre à la distance +d'environ 4. pouces, avec +un dé sur le sommet de chaque +pillier. Sur le bord de la roue est +une balle de plomb communiquant +<span class="pagenum"><a name="I181" id="I181">I-181</a></span> +par un fil-d'archal avec la +dorure de la surface supérieure +de la roue; & à 6. pouces environ +est une autre balle communiquant +de la même manière +avec la surface inférieure. Lorsque +l'on veut charger la roue +par sa surface supérieure, il faut +établir une communication de +la surface inférieure à la table. +Lorsqu'elle est bien chargée, elle +commence à s'ébranler; la balle +la plus proche d'un pillier s'avance +vers le dé qui est sur ce pillier, +l'électrise en passant, & dès-lors +est forcée de s'en éloigner; la +balle suivante qui communique +avec l'autre surface du verre, attire +plus fortement ce dé, par la +<span class="pagenum"><a name="I182" id="I182">I-182</a></span> +raison que le dé a été électrisé +auparavant par l'autre balle, & +ainsi la roue augmente son mouvement +jusqu'à ce qu'il vienne +au point d'être réglé par la résistance +de l'air. Elle tournera +une demi-heure, & fera l'un +portant l'autre vingt tours dans +une minute, ce qui fait 600. +tours dans une demi-heure. La +balle de la surface supérieure +donnant à chaque tour 12. étincelles +aux dez, ce qui fait 7200. +étincelles, & la balle de la surface +inférieure en recevant autant +des mêmes dez; ces balles parcourent +dans ce tems près de +2500. pieds.... les dez sont bien +attachés, & dans un cercle si exact, +<span class="pagenum"><a name="I183" id="I183">I-183</a></span> +que les balles peuvent passer à +une très-petite distance de chacun +d'eux.... Si au lieu de deux +balles vous en mettez huit, +quatre communiquant avec la +surface supérieure & quatre avec +la surface inférieure, placées alternativement; +lesquelles huit +étant environ à six pouces de +distance, complettent la circonférence, +la force & la vitesse +seront de beaucoup augmentées, +la roue faisant cinquante tours +dans une minute, mais elle ne +continuera pas à tourner si long-tems...... +On pourroit peut-être +appliquer ces roues à la sonnerie +d'un petit carillon<a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a> +<a href="#footnote25"><sup class="sml">25</sup></a>, & +<span class="pagenum"><a name="I184" id="I184">I-184</a></span> +faire par leur moyen mouvoir de +petits planétaires fort légers.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote25" +name="footnote25"><b>Note 25: </b></a><a href="#footnotetag25"> +(retour) </a> On l'a exécuté depuis.</blockquote> + +<p>57. Courbez un fil-d'archal +circulairement avec un tenon à +chaque extrémité; appuyez-en +une extrémité contre la surface +inférieure de la roue, & amenez +l'autre extremité à la surface +supérieure, il en résultera un +craquement terrible, & la force +sera déchargée.</p> + +<p>58. Chaque étincelle ainsi tirée +de la surface de la roue fait +un trou rond dans la dorure, +perçant, lorsqu'elle sort, une +partie de cette dorure, ce qui +montre que le feu n'est pas accumulé +sur la dorure, mais qu'il +est contenu dans le verre même. +<span class="pagenum"><a name="I185" id="I185">I-185</a></span></p> + +<p>59. La dorure étant vernissée +avec un vernis à la térébentine, +le vernis, quoique dur & sec, +est brûlé par l'étincelle que l'on +tire au travers, & répand une +odeur forte, & une fumée visible. +Lorsque l'étincelle est tirée +à travers le papier, tout autour +du trou qu'elle a fait, le papier +se trouve noirci par la fumée, +qui quelquefois même pénètre +plusieurs feuilles. On trouve +aussi une partie de la dorure emportée, +après avoir été poussée +avec force dans le trou fait au +papier par le coup.</p> + +<p>60. On remarque avec étonnement +la quantité de feu électrique +qui peut résider dans la +<span class="pagenum"><a name="I186" id="I186">I-186</a></span> +plus petite portion de verre. Une +bouteille de verre des plus minces +d'environ un pouce de diamètre, +pésant seulement six +grains, à demi-pleine d'eau, en +partie dorée sur le dehors, & +garnie d'un crochet de fil-d'archal, +donne, lorsqu'elle est électrisée, +un aussi grand coup qu'un +homme puisse le supporter. Comme +le verre a le plus d'épaisseur +vers l'orifice, je présume que la +moitié inférieure, qui étant dorée, +a été électrisée, & a donné +le coup, n'excède pas 2. grains; +car il paroît, lorsqu'elle est rompue, +qu'elle est beaucoup plus +mince que la moitié supérieure. +Si une de ces bouteilles minces +<span class="pagenum"><a name="I187" id="I187">I-187</a></span> +est électrisée par le côté, & que +l'étincelle soit tirée à travers la +dorure, le verre sera brisé au +dedans en même temps que la +dorure le sera au dehors.</p> + +<p>61. En supposant (pour les +raisons ci-dessus alléguées §. 42. +43. 44.) qu'il n'y a pas plus de +feu électrique dans la bouteille +après sa charge qu'auparavant, +combien grande ne doit pas être +la quantité de feu dans cette petite +portion de verre? On seroit +tenté de croire qu'il fait partie +de sa nature & de son essence; +peut-être que si la quantité requise +de feu électrique retenue +par le verre avec tant d'opiniâtreté, +en étoit séparée, il cesseroit +<span class="pagenum"><a name="I188" id="I188">I-188</a></span> +d'être verre. Il pourroit +bien perdre sa transparence, ou +son éclat, ou son élasticité.... +Il n'est pas incroyable que l'on +puisse trouver dans la suite des +expériences qui conduiront à +cette découverte.</p> + +<p>«Pour peu que l'on force l'électricité +en chargeant une bouteille +de verre mince, il s'y fait +à l'endroit le plus foible un petit +trou ordinairement de figure +ronde & sans félure; après cette +explosion la bouteille est déchargée, +& le petit trou paroît assez +souvent bordé d'un petit cercle +blanchâtre, plus ou moins +large, dont le verre a perdu sa +transparence, & semble brûlé +<span class="pagenum"><a name="I189" id="I189">I-189</a></span> +par l'étincelle qui l'a pénétré. Si +cette explosion se faisoit dans la +main, le trou se trouveroit vis-à-vis +d'un des doigts, & l'on y +sentiroit une piqûre très douloureuse, +sans pour cela recevoir +la commotion proprement +dite.»</p> + +<p>62. Nous sommes surpris de +lire dans le livre de M. <i>Watson</i> +qu'un choc ait été communiqué +à travers un grand espace de +terre séche, & nous soupçonnons +qu'il devoit y avoir quelque +qualité métallique dans le +gravier de cette terre, ayant +trouvé que la simple terre séche +pressée dans un tube de verre +ouvert par les deux bouts, & un +<span class="pagenum"><a name="I190" id="I190">I-190</a></span> +crochet de fil-d'archal inséré +dans la terre à chaque extrémité, +la terre & les fils-d'archal faisant +partie d'un cercle, ne conduisoient +pas le moindre choc sensible; +& qu'en effet, lorsqu'un +des fils-d'archal avoit été électrisé, +l'autre donnoit à peine quelques +signes de sa connéxion avec +le premier..... & même une +ficelle bien humide manque +quelquefois de conduire un +choc, quoique d'ailleurs elle +conduise parfaitement bien l'électricité. +Un morceau de glace +sec, ou une chandelle de glace<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a> +<a href="#footnote26"><sup class="sml">26</sup></a>, +<span class="pagenum"><a name="I191" id="I191">I-191</a></span> +que l'on tient entre deux bouteilles +dans un cercle, empêche +semblablement le choc, ce que +l'on ne devroit pas attendre, puisque +l'eau le conduit avec tant de +perfection.... La dorure sur un +livre neuf, qui d'abord conduit +le choc avec beaucoup de régularité, +le manque après 10. ou +12. expériences<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a> +<a href="#footnote27"><sup class="sml">27</sup></a>, quoiqu'elle +paroisse toujours la même à tous +égards; c'est de quoi nous ne +sçaurions rendre raison.<a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a> +<a href="#footnote28"><sup class="sml">28</sup></a></p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote26" +name="footnote26"><b>Note 26: </b></a><a href="#footnotetag26"> +(retour) </a> C'est le nom que l'on donne aux glaçons +qui pendent aux goutières en forme de stalactites +pendant l'hyver, lorsque l'eau s'y gèle +en coulant goute à goute.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote27" +name="footnote27"><b>Note 27: </b></a><a href="#footnotetag27"> +(retour) </a> C'étoit avec une petite bouteille; nous +avons trouvé depuis qu'elle manque également +avec un grand verre.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote28" +name="footnote28"><b>Note 28: </b></a><a href="#footnotetag28"> +(retour) </a> On verra dans la suite que l'Auteur, +après de nouvelles observations, en donne +une raison très satisfaisante.</blockquote> + +<p>63. Il y a encore une expérience +qui nous a étonnés, & +<span class="pagenum"><a name="I192" id="I192">I-192</a></span> +que jusqu'ici on n'a pas expliquée +d'une maniere satisfaisante; +la voici. Placez un boulet de +fer sur un verre, & qu'une balle +de liége humide, suspendue +par un fil de soye, vienne toucher +le boulet: prenez une bouteille +dans chaque main, l'une +électrisée par le <i>crochet</i> & l'autre +par le <i>côté</i>: appliquez le fil-d'archal +<i>donnant</i> au boulet qu'il électrisera +positivement, & le liége +sera répoussé. Ensuite appliquez +le fil-d'archal <i>recevant</i>, qui tirera +l'étincelle donnée par l'autre; +alors le liége retournera au boulet: +appliquez-le même une seconde +fois & tirez une autre étincelle; +alors le boulet sera électrisé +<span class="pagenum"><a name="I193" id="I193">I-193</a></span> +négativement, & le liége +dans ce cas sera repoussé comme +auparavant; appliquez encore +le fil-d'archal <i>donnant</i> au boulet, +pour lui rendre l'étincelle +dont il a été privé, & la balle +de liége retournera; donnez-lui +en une autre, qui sera une addition +à sa quantité naturelle, & +le liége sera repoussé une seconde +fois.</p> + +<p>L'expérience peut être répétée +de la sorte aussi long-tems +qu'il y a quelque charge dans +les bouteilles. D'où il résulte que +les corps qui ont moins que la +quantité commune d'électricité, +se repoussent l'un l'autre, aussi +bien que ceux qui en ont plus.</p> + +<span class="pagenum"><a name="I194" id="I194">I-194</a></span> + +<p>Étant un peu mortifiés de n'avoir +pû jusqu'ici rien produire +par nos expériences pour l'utilité +du genre humain, & entrant +dans la saison des grandes chaleurs, +pendant lesquelles les +expériences électriques sont +moins agréables, nous avons +pris la résolution de les terminer +pour cette saison un peu gayement +par une partie de plaisir sur +les bords de la Skuylkill<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a> +<a href="#footnote29"><sup class="sml">29</sup></a>. Nous +nous proposons d'allumer les esprits +des deux côtés en même-tems, +en envoyant une étincelle +<span class="pagenum"><a name="I195" id="I195">I-195</a></span> +de l'un à l'autre rivage à travers +la rivière sans autre conducteur +que l'eau, expérience que nous +avons exécutée depuis peu au +grand étonnement de plusieurs +spectateurs. Nous tuerons un +dindon pour notre dîner par le +choc électrique, il sera rôti à la +broche électrique devant un feu +allumé avec la bouteille électrisée, +& nous boirons les santés +de tous les fameux Électriciens +d'Angleterre, de Hollande, de +France & d'Allemagne dans des +tasses électrisées<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a> +<a href="#footnote30"><sup class="sml">30</sup></a>, au bruit de +l'artillerie d'une batterie électrique.<span class="rig"><i>29. Avril 1749.</i></span></p> + +<br> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote29" +name="footnote29"><b>Note 29: </b></a><a href="#footnotetag29"> +(retour) </a> Rivière qui baigne un côté de Philadelphie, +comme le Delaware baigne l'autre +côté. Les bords de ces deux rivières sont +ornés des maisons de campagne des bourgeois, +& des charmantes demeures des principaux +habitans de cette colonie.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote30" +name="footnote30"><b>Note 30: </b></a><a href="#footnotetag30"> +(retour) </a> Une tasse électrisée est un petit vase de +verre fin, presque rempli de vin, & électrisé +comme la bouteille. Cette tasse étant portée +adroitement aux lèvres, donne un coup, si +le bord de la lèvre est rasé de près, & si l'on +ne respire pas sur la liqueur.</blockquote> +<br><br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> +<span class="pagenum"><a name="I196" id="I196">I-196</a></span> + +<h2>SUITE</h2> + +<p class="mid"><i>Des opinions & des conjectures<br> +sur les propriétés & sur les effets<br> +de la matière électrique.</i></p> + +<p>64. <span class="big">I</span>l est dit dans le §. 8. que +toutes les espèces de matière +commune sont supposées +ne pas attirer le fluide électrique +avec une égale activité, & que +les corps appellés originairement +électriques comme le verre, &c. +l'attirent & le retiennent avec +plus de force, & en contiennent +la plus grande quantité.</p> + +<span class="pagenum"><a name="I197" id="I197">I-197</a></span> + +<p>Cette dernière thèse pourroit +avoir l'air d'un paradoxe pour +quelques personnes étant contraire +à l'opinion dominante; +c'est pourquoi je vais faire ensorte +de l'expliquer.</p> + +<p>65. Pour le faire avec ordre, +il faut d'abord considérer que +nous ne pouvons par aucun +moyen connu jusqu'à présent +faire passer le fluide électrique +au travers du verre. Je n'ignore +pas que le sentiment commun +est qu'il traverse aisément le verre, +& qu'on allégue en preuve +l'expérience d'une plume suspenduë +par un fil dans une bouteille +scellée hermétiquement, +& qu'on la met en mouvement +<span class="pagenum"><a name="I198" id="I198">I-198</a></span> +en approchant un tube frotté de +la surface extérieure de la bouteille; +mais si le fluide électrique +traverse si aisément le verre, +comment la fiole devient-elle +chargée (pour me servir de l'expression +usitée,) lorsque nous la +tenons dans nos mains? Le feu +poussé dans la bouteille par le +fil-d'archal ne la traverseroit-il +pas pour venir jusqu'à nos mains, +& pour s'échapper ainsi sur le +plancher? En ce cas la bouteille +ne demeureroit-elle pas toujours +dans le même état, c'est-à-dire +sans être chargée, comme +nous sçavons que demeureroit +une bouteille de métal qu'on +essayeroit de charger de la sorte? +<span class="pagenum"><a name="I199" id="I199">I-199</a></span> +Assurément s'il y a la moindre +fêlure, la plus petite solution de +continuité dans le verre, quoiqu'il +reste si serré que rien autre chose +que nous sçachions n'y puisse +passer; cependant le fluide électrique, +à cause de son extrême +subtilité, volera à travers cette +fêlure avec la plus grande liberté; +& nous sommes sûrs qu'une +telle bouteille ne peut jamais +être chargée. Quelle est donc la +différence entre cette bouteille +& une autre bien saine, si ce +n'est que le fluide peut traverser +l'une, & ne sçauroit traverser +l'autre?<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a> +<a href="#footnote31"><sup class="sml">31</sup></a></p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote31" +name="footnote31"><b>Note 31: </b></a><a href="#footnotetag31"> +(retour) </a> Voyez les §. 35-50.</blockquote> + +<p>66. Il est vrai qu'il y a une expérience, +<span class="pagenum"><a name="I200" id="I200">I-200</a></span> +qui à la première vûe, +seroit capable de persuader à un +observateur superficiel que le feu +poussé dans la bouteille par le +fil-d'archal, passe réellement à +travers la substance du verre. La +voici: placez la bouteille sur un +verre sous le premier conducteur: +suspendez un boulet par +une chaîne depuis le premier +conducteur jusqu'à ce qu'il soit à +un quart ou à un demi-pouce +au-dessus du fil-d'archal de la +bouteille: mettez le revers du +doigt précisément à la même +distance du côté de la bouteille +que celle du boulet à son fil-d'archal: +maintenant faites tourner +le globe, & vous verrez une +<span class="pagenum"><a name="I201" id="I201">I-201</a></span> +étincelle frapper du boulet au +fil-d'archal de la bouteille, & au +même instant vous verrez & sentirez +une étincelle exactement +égale frapper du côté de la bouteille +sur votre doigt, & ainsi de +suite étincelle pour étincelle. Il +sembleroit que la totalité reçûe +par la bouteille en a été déchargée +une seconde fois, & cependant +par ce moyen la bouteille +est chargée,<a id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a> +<a href="#footnote32"><sup class="sml">32</sup></a> & par conséquent +le feu qui abandonne ainsi la bouteille, +quoique dans la même +quantité, ne sçauroit être le même +feu qui est entré par le fil-d'archal, +car si c'étoit le même, la +bouteille resteroit sans être chargée.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote32" +name="footnote32"><b>Note 32: </b></a><a href="#footnotetag32"> +(retour) </a> Voyez le §. 54.</blockquote> + +<span class="pagenum"><a name="I202" id="I202">I-202</a></span> + +<p>67. Si le feu qui abandonne +ainsi la bouteille n'est pas le même +que celui qui est poussé à +travers le fil-d'archal, ce doit +être le feu qui résidoit dans la +bouteille (c'est-à-dire dans le verre +de la bouteille) avant le commencement +de l'opération.</p> + +<p>68. Si cela est ainsi, il doit y +en avoir une grande quantité +dans le verre, parce qu'une grande +quantité est déchargée de +la sorte même d'un verre très +mince.</p> + +<p>69. Que ce fluide ou feu électrique +soit fortement attiré par +le verre, nous le reconnoissons +à la rapidité & à la violence avec +lesquelles il est repris par la partie +<span class="pagenum"><a name="I203" id="I203">I-203</a></span> +qui en a été privée, dès qu'elle +en trouve la facilité, & il suit +de là que d'une masse de verre +nous ne pouvons tirer une quantité +de feu électrique, ou électriser +<i>moins</i> la masse totale, comme +nous pouvons le faire à l'égard +d'une masse de métal; nous +ne pouvons diminuer ni augmenter +sa quantité totale, car il tient +bien la quantité qu'il a, & il en +a autant qu'il en peut tenir; ses +pores en sont gorgés aussi pleinement +que la répulsion mutuelle +des particules le peut comporter; +& ce qui est déjà dedans, +refuse ou repousse fortement toute +quantité surnuméraire. Nous +n'avons qu'un seul moyen de +<span class="pagenum"><a name="I204" id="I204">I-204</a></span> +mettre en mouvement le fluide +électrique dans le verre, qui est +de couvrir une des deux surfaces +d'un verre mince avec des corps +non-électriques, & de pousser +sur une surface une quantité surnuméraire +de ce fluide, qui se +répandant sur le corps non-électrique, +& étant limitée par lui +à cette surface, agit par sa force +répulsive sur les particules du +fluide électrique contenu dans +l'autre surface, & les chasse du +verre dans le corps non électrique +sur ce côté, d'où elles sont +déchargées, & alors ces parties +ajoutées sur le côté chargé peuvent +y entrer; mais après cette +opération il n'y en a dans le verre +<span class="pagenum"><a name="I205" id="I205">I-205</a></span> +ni plus ni moins qu'auparavant, +en ayant laissé échapper +précisément autant de dessus un +côté qu'il en a reçu sur l'autre.</p> + +<p>70. Ici les expressions me manquent, +& je doute beaucoup si +je pourrai rendre cette partie de +mon ouvrage intelligible. Par ce +mot <i>surface</i> dans le cas présent, +je n'entens pas simplement longueur +& largeur sans épaisseur; +mais lorsque je parle de la surface +supérieure ou inférieure d'un +morceau de verre, de la surface +extérieure ou intérieure de la +bouteille, j'entens longueur, +largeur, & moitié de l'épaisseur; +& je demande la grace d'être +entendu en ce sens. Maintenant +<span class="pagenum"><a name="I206" id="I206">I-206</a></span> +je suppose que le verre dans ses +premiers principes & dans la +fournaise n'a pas plus de ce fluide +électrique que toute autre +matière commune; que lorsqu'il +est soufflé, qu'il se refroidit, & +que les particules de feu commun +l'abandonnent, ses pores +deviennent un vuide. Que les +parties composantes du verre +soient extrêmement petites & +déliées, je le conjecture de ce +que ses parties brisées ne sont +jamais raboteuses, mais toujours +lisses & polies; & de la ténuité +de ses particules, j'infére +que les pores entr'elles sont excessivement +petits; de là vient +que l'eau forte, ni aucun autre +<span class="pagenum"><a name="I207" id="I207">I-207</a></span> +menstruë connu n'y peut entrer +pour les séparer, & en dissoudre +la substance; nous ne connoissons +même aucun fluide assez +délié pour les pénétrer, excepté +le feu commun & le fluide électrique. +Maintenant le feu par sa +retraite laissant un vuide, comme +il a été dit ci dessus, entre +ces pores que l'air ou l'eau ne +sont pas assez fins pour pénétrer, +ni remplir, le fluide électrique y +est attiré, car il est toujours prêt +dans ce que nous appellons les +corps non-électriques & dans les +mixtions non-électriques qui sont +dans l'air; cependant il ne se +fixe point avec la substance du +verre, mais il y séjourne comme +<span class="pagenum"><a name="I208" id="I208">I-208</a></span> +l'eau dans une pierre poreuse, +retenu seulement par l'attraction +des parties fixées, restant +toujours fluide & sans adhérence; +mais je suppose de plus +que dans le refroidissement du +verre, son tissu devient plus serré +au milieu, & forme une espèce +de séparation dans laquelle les +pores sont si étroits que les particules +du fluide électrique qui +entrent dans les deux surfaces +en même tems, ne peuvent les +traverser, ou passer & repasser +d'une surface à l'autre, & ainsi +se mêler ensemble. Néanmoins +quoique les particules du fluide +électrique, imbibé par chaque +surface, ne puissent d'elles-mêmes +<span class="pagenum"><a name="I209" id="I209">I-209</a></span> +passer à travers pour se joindre +à celles de l'autre, leur répulsion +le peut faire, & par ce +moyen elles agissent l'une sur +l'autre. Les particules du fluide +électrique ont une mutuelle répulsion, +mais par le pouvoir +d'attraction dans le verre, elles +sont condensées, ou plus rapprochées +l'une de l'autre. Lorsque +le verre a reçu, & que par son +attraction il a condensé autant de +ce fluide électrique, que la force +d'attraction & de condensation +dans l'une est égale à la force +d'expension dans l'autre, il ne +peut plus s'en imbiber, & cela +reste constamment sa quantité +totale. Mais chaque surface en +<span class="pagenum"><a name="I210" id="I210">I-210</a></span> +recevroit plus, si la répulsion de +ce qui est dans la surface opposée +ne résistoit à son entrée. Les +quantités de ce fluide dans chaque +surface étant égales, leur +action répulsive l'une sur l'autre +est égale, & par conséquent +celles d'une surface ne sçauroient +chasser celles de l'autre.</p> + +<p>Mais si l'on en pousse dans +une surface une quantité plus +grande que le verre n'en tireroit +naturellement, elle augmente +le pouvoir répulsif de ce côté, +& surmontant l'attraction de l'autre, +elle chasse la partie du fluide +qui a été imbibée par cette +surface, s'il se trouve un corps +non-électrique prêt à la recevoir, +<span class="pagenum"><a name="I211" id="I211">I-211</a></span> +ce qui arrive dans tous les cas où +le verre est électrisé pour donner +un choc. La surface qui a été +ainsi vuidée, pour avoir chassé +son fluide électrique, en reprend +avec violence une quantité égale +aussitôt que le verre trouve +l'occasion de décharger cette +quantité excédente au-delà de +ce qu'il peut retenir par l'attraction +dans son autre surface, +dont la répulsion additionnelle a +occasionné le vuide; car les expériences +favorisant, je dirois +presque confirmant cette hipothèse, +je dois, pour éviter les +répétitions, vous prier de revoir +ce qui a déjà été dit de la +fiole électrique dans mes précédentes +lettres. +<span class="pagenum"><a name="I212" id="I212">I-212</a></span></p> + +<p>71. Voyons maintenant l'usage +que nous en pouvons faire +pour expliquer plusieurs autres +phénomènes..... Le verre qui +est un corps extrêmement élastique, +(& peut-être qu'il doit son +élasticité jusqu'à un certain point +à la grande quantité de ce fluide +répulsif qu'il renferme dans ses +pores,) le verre doit, lorsqu'il +est frotté, avoir sa surface frottée +un peu élargie, ou ses parties solides +un peu écartées, de sorte +que les interstices dans lesquels +réside le fluide électrique, deviennent +plus larges, laissant de +la place pour une plus grande +quantité de ce fluide, lequel y +est immédiatement attiré du +<span class="pagenum"><a name="I213" id="I213">I-213</a></span> +coussin, ou de la main frottante +qui se refournissent toujours au +magazin commun; mais aussitôt +que les parties du verre ainsi +ouvert & rempli ont essuyé le +frottement, elles se referment, +& obligent la quantité surnuméraire +de sortir sur la surface où +elle doit rester jusqu'à ce que ces +parties retournent au coussin, à +moins que quelques corps non-électriques, +comme le premier +conducteur, ne se présente d'abord +pour les recevoir.<a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a> +<a href="#footnote33"><sup class="sml">33</sup></a></p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote33" +name="footnote33"><b>Note 33: </b></a><a href="#footnotetag33"> +(retour) </a> Dans l'obscurité on peut voir le fluide +électrique sur le coussin en deux demi cercles +ou croissans, l'un sur le devant, l'autre +sur le derrière, précisément dans l'endroit où +le globe & le coussin se séparent. Dans le +croissant antérieur le feu passe du coussin +dans le verre: dans l'autre il quitte le verre +& retourne dans la partie postérieure du +coussin. Quand on applique le premier conducteur +pour tirer le feu du verre, le croissant +de derrière disparoît.</blockquote> + +<span class="pagenum"><a name="I214" id="I214">I-214</a></span> + +<p>Mais si la partie intérieure +du globe est doublée d'un corps +non-électrique, la répulsion additionnelle +du fluide électrique +ainsi rassemblé par le frottement +sur la partie frottée de la surface +extérieure du globe, chasse une +égale quantité de la surface intérieure +dans cette doublure non-électrique, +qui la reçoit, & l'entraîne +de la partie frottée dans la +masse commune à travers l'axe +du globe & le cadre de la machine; +le fluide électrique nouvellement +ramassé peut entrer & +demeurer dans la surface extérieure, +& le premier conducteur +<span class="pagenum"><a name="I215" id="I215">I-215</a></span> +n'en recevra rien ou en recevra +fort peu. Lorsque cette partie +chargée du globe en tournant revient +au coussin, la surface extérieure +dépose son feu excédant +dans le coussin, la surface intérieure +opposée en recevant en +même tems une quantité égale +du plancher. Il n'y a point d'Électricien +qui ne sçache qu'un +globe mouillé intérieurement ne +rend que peu ou point de feu, +mais jusqu'ici on n'a pas essayé +d'en donner la raison, ou du +moins je l'ignore.</p> + +<p>72. Si donc un tube doublé +d'un corps non-électrique<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a> +<a href="#footnote34"><sup class="sml">34</sup></a> est +<span class="pagenum"><a name="I216" id="I216">I-216</a></span> +frotté, il ne rend que peu ou +point de feu, ce qui est rassemblé +de la main dans le coup qui +se donne en frottant de haut en +bas, entrant dans les pores du +verre, & en chassant une égale +quantité de la surface intérieure +dans la doublure non-électrique; +la main en repassant du bas en +haut pour donner un second +coup, rechasse ce qui a été poussé +dans la surface extérieure, & +alors la surface intérieure reçoit +une seconde fois ce qu'elle a +donné à la doublure non-électrique. +Ainsi les parties de fluide +électrique appartenant à la surface +intérieure, pénètrent & ressortent +de leurs pores à chaque +<span class="pagenum"><a name="I217" id="I217">I-217</a></span> +coup donné au tube. Mettez un +fil-d'archal dans le tube, l'extrémité +intérieure en contact avec +la doublure non-électrique, il +représentera la bouteille de <i>Leyde</i>. +Qu'une seconde personne +touche le fil-d'archal tandis que +vous frottez, & le feu chassé de +la surface intérieure, lorsque +vous donnez le coup, passera à +travers la personne dans la masse +commune; ensuite il reviendra +au travers de la personne lorsque +la surface intérieure reprendra sa +quantité. Par conséquent cette +nouvelle espèce de bouteille ne +sçauroit être chargée de la sorte; +mais elle peut l'être ainsi: après +chaque coup, avant que vous +<span class="pagenum"><a name="I218" id="I218">I-218</a></span> +passiez la main pour en donner +un autre, faites appliquer le +doigt de la seconde personne au +fil-d'archal, & prendre l'étincelle, +ensuite retirer son doigt, & +ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle +ait tiré un nombre d'étincelles; +de cette façon la surface intérieure +sera épuisée & la surface +extérieure sera chargée; alors enveloppez +ferme une feuille de +papier doré autour de la surface +extérieure, & l'empoignant avec +la main, vous pourrez recevoir +un coup par l'application du +doigt de l'autre main au fil-d'archal; +car alors les pores vuides +dans la surface intérieure reprennent +leur quantité, & les pores +<span class="pagenum"><a name="I219" id="I219">I-219</a></span> +surchargés dans la surface extérieure +déchargent leur surplus, +l'équilibre étant rétabli à travers +votre corps, lequel ne le seroit +pas à travers la substance du +verre.<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a> +<a href="#footnote35"><sup class="sml">35</sup></a></p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote34" +name="footnote34"><b>Note 34: </b></a><a href="#footnotetag34"> +(retour) </a> Le papier doré, dont on présente la dorure +au verre, fait fort bien.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote35" +name="footnote35"><b>Note 35: </b></a><a href="#footnotetag35"> +(retour) </a> Voyez les nouvelles expériences §. 49.</blockquote> + +<p>si le tube est épuisé d'air, une +doublure non-électrique en contact +avec le fil d'archal n'est pas +nécessaire, car dans le <i>vuide</i> le +feu électrique volera librement +de la surface intérieure sans avoir +besoin d'un conducteur non électrique. +Mais l'air résiste à son +mouvement, car étant lui-même +un corps originairement électrique, +il ne l'attire point, ayant +déjà sa quantité suffisante. Ainsi +<span class="pagenum"><a name="I220" id="I220">I-220</a></span> +l'air ne tire jamais une atmosphère +électrique d'aucun corps +qu'à proportion des particules +non-électriques qui se trouvent +mêlées avec lui; il conserve +plutôt & resserre une atmosphère +qui par la répulsion mutuelle +de ses parties tend à se dissiper, +& se dissiperoit immédiatement +dans le <i>vuide</i>..... Ainsi voilà +l'explication de la plume enfermée +dans un vaisseau de verre +scellé hermétiquement, & qui +se meut à l'approche du tube +frotté. Lorsqu'une quantité surnuméraire +du fluide électrique +est appliquée au côté du vase +par l'atmosphère du tube, une +quantité est repoussée & chassée +<span class="pagenum"><a name="I221" id="I221">I-221</a></span> +de la surface intérieure de ce +côté dans le vase, & y affecte +la plume, retournant ensuite +dans ses pores, lorsque le tube +avec son atmosphère est retiré; +mais les particules de cette atmosphère +ne passent point elles-mêmes +au travers du verre à la +plume..... tous les autres phénomènes +qui se sont présentés à +nous, & qui concernent le verre +& l'électricité sont, si je ne +me trompe, expliqués avec une +égale facilité par la même hypothèse; +elle peut bien néanmoins +n'être pas vraye, & je serai fort +obligé à quiconque m'en fournira +une meilleure.</p> + +<p>73. Ainsi je prétens que la +<span class="pagenum"><a name="I222" id="I222">I-222</a></span> +différence entre les corps non-électriques +& le verre, qui est +un corps originairement électrique, +consiste en ces deux particularités; +la première que le +corps non-électrique souffre sans +peine un changement dans la +quantité du fluide électrique qu'il +contient. Vous pouvez diminuer +sa quantité totale, en en chassant +une partie que le corps entier +reprendra; mais quant au +verre, tout ce que vous pouvez +faire, c'est de diminuer la quantité +contenuë dans une de ses +surfaces, encore n'en viendrez-vous +à bout qu'en fournissant en +même tems une quantité égale, +à l'autre surface, de sorte que le +<span class="pagenum"><a name="I223" id="I223">I-223</a></span> +verre entier puisse avoir la même +quantité dans les deux surfaces, +leurs deux quantités différentes +étant ajoutées ensemble, ce qui +ne peut même s'exécuter que +dans un verre fort mince; nous +ne connoissons jusqu'ici aucun +moyen d'opérer ce changement +au-delà d'une certaine épaisseur.</p> + +<p>La seconde que le feu électrique +se transporte aisément d'un +endroit à un autre, dans & à +travers la substance d'un corps +non-électrique, mais non à travers +la substance du verre. Si +vous en présentez une quantité +à l'extrémité d'une longue baguette +de métal, elle la reçoit, +& lorsqu'elle y entre, chaque +<span class="pagenum"><a name="I224" id="I224">I-224</a></span> +particule qui étoit auparavant +dans la baguette pousse vivement +sa voisine à l'extrémité la +plus éloignée où le surplus est déchargé, +& cela dans un instant +lorsque la baguette fait partie du +cercle dans l'expérience du choc; +mais le verre à cause de la petitesse +de ses pores ou de l'attraction +plus forte de ce qu'il contient +ne se prête pas à un mouvement +si libre. Une baguette de +verre ne conduira pas un choc, +& le verre le plus mince ne laissera +entrer aucune particule dans +aucune de ses surfaces pour traverser +de l'une à l'autre.</p> + +<p>74. De là nous voyons l'impossibilité +du succès dans les expériences +<span class="pagenum"><a name="I225" id="I225">I-225</a></span> +proposées, de tirer les +<i>effluves</i> salutaires d'un corps non-électrique, +de la canelle par +exemple, & de les mêler avec +le fluide électrique pour les faire +passer avec lui dans le corps, en +l'enfermant dans le tube, & +le soumettant au frottement, +&c. Car quoique les effluves de +la canelle & le fluide électrique +fussent mêlés dans le globe, ils +ne sortiroient jamais ensemble à +travers les pores du verre, & ainsi +n'iroient point au premier conducteur; +car le fluide électrique +lui-même ne sçauroit passer au +travers, & le premier conducteur +est toujours fourni par le +coussin, & celui-ci par le plancher; +<span class="pagenum"><a name="I226" id="I226">I-226</a></span> +& d'ailleurs lorsque le globe +est rempli de canelle ou d'un +autre corps non-électrique, le +fluide électrique ne peut être tiré +de la surface extérieure par la +raison ci-dessus énoncée. J'ai essayé +un autre moyen que je +croyois plus efficace pour obtenir +un mêlange de fluide électrique +& d'autres effluves, si un +tel mélange eût été possible.</p> + +<p>Je plaçai une lame de verre +sous mon coussin pour couper la +communication entre le coussin +& le plancher; alors je conduisis +une petite chaîne du coussin dans +un vase d'huile de térébentine, +& j'amenai une autre chaîne de +l'huile de térébentine au plancher, +<span class="pagenum"><a name="I227" id="I227">I-227</a></span> +prenant garde que la chaîne +du coussin au verre ne touchât +aucune partie du cadre de +la machine; une autre chaîne +fut attachée au premier conducteur, +& tenue dans la main d'une +personne qui devoit être électrisée. +Les extrémités des deux +chaînes dans le verre étoient environ +à un pouce de distance +l'une de l'autre, l'huile de térébentine +entre deux. Les choses +ainsi disposées, je ne pus tirer +le feu du plancher à travers la +machine, la communication +étant interceptée par l'épaisseur +de la lame de verre sous le coussin; +il fallut donc le tirer à travers +les chaînes, dont les extrémités +<span class="pagenum"><a name="I228" id="I228">I-228</a></span> +étoient enfoncées dans +l'huile de térébentine; & comme +cette huile étant un corps originairement +électrique, ne pouvoit +conduire ce qui sortoit du plancher, +il étoit donc obligé de sauter +de l'extrémité d'une chaîne à l'extrémité +de l'autre à travers la +substance de cette huile, ce que +nous voyions dans de grandes +étincelles; ainsi le feu électrique +eut une belle occasion de saisir +quelques-unes des particules les +plus déliées de l'huile dans son +passage, & de les entraîner avec +lui; mais cet effet ne s'ensuivit +pas, & je n'apperçus pas la moindre +différence entre l'odeur de +ces écoulemens électriques ainsi +<span class="pagenum"><a name="I229" id="I229">I-229</a></span> +rassemblés, & celle qu'ils ont +lorsqu'ils sont rassemblés d'une +autre manière, & ils n'affectent +pas autrement le corps d'une +personne électrisée.</p> + +<p>Je mis pareillement dans une +fiole au lieu d'eau une liqueur +fortement purgative, & alors je +chargeai la fiole, & j'en tirai des +coups à plusieurs reprises. Dans +ce cas il falloit que chaque particule +de fluide électrique, avant +que de traverser mon corps, eût +premièrement traversé la liqueur, +lorsque la fiole se chargeoit, & +qu'elle la traversât de nouveau +lorsque la fiole se déchargeoit, +& cependant il ne s'ensuivit pas +d'autre effet que si la fiole eût +<span class="pagenum"><a name="I230" id="I230">I-230</a></span> +été chargée avec de l'eau. J'ai +aussi senti le feu électrique lorsqu'il +avoit traversé l'or, l'argent, +le cuivre, le plomb, le fer, le +bois & le corps humain, sans y +appercevoir aucune différence: +l'odeur est toujours la même lorsque +l'étincelle ne brûle pas ce +qu'elle frappe, c'est pourquoi +j'imagine qu'elle ne prend son +odeur d'aucune qualité des corps +qu'elle traverse, & en effet +comme cette odeur abandonne si +rapidement la matière électrique +& s'attache au revers du doigt +qui reçoit les étincelles, ainsi +qu'aux autres choses, je soupçonne +qu'elle n'a aucune connexion +avec elle, mais qu'elle +<span class="pagenum"><a name="I231" id="I231">I-231</a></span> +se forme sur le champ de quelque +chose dans l'air, que l'air +même pousse sur elle; car si elle +étoit assez déliée pour passer +avec le fluide électrique à travers +le corps d'une personne, pourquoi +s'arrêteroit-elle sur la peau +d'une autre?</p> + +<p>Mais je n'aurois jamais fait, +si je vous entretenois de toutes +mes conjectures, pensées & imaginations +sur la nature & sur les +opérations de ce fluide électrique, +& si je vous rapportois les +diverses petites expériences que +nous avons essayées. Cet écrit +n'est déjà que trop long; je vous +en demande pardon; je n'ai pas +eu le tems de le faire plus court. +<span class="pagenum"><a name="I232" id="I232">I-232</a></span> +J'ajouterai seulement que, comme +il a été observé ici que l'on +peut enflammer en été les esprits +par le moyen d'une étincelle +électrique sans les avoir chauffés, +lorsque le thermomètre de +<i>Farhenheit</i> est au-dessus de 70. +Ainsi lorsqu'il fait plus froid, si +l'opérateur met une petite bouteille +platte dans son sein ou dans +son gousset avec la cuillier quelque +tems avant d'en faire usage, +la chaleur de son corps leur en +communiquera une plus que suffisante +pour le dessein qu'il se +propose.</p> + +<p>«L'imperméabilité du verre +étant contestée par M. L. N. +Lettre IV. il seroit dans l'ordre +<span class="pagenum"><a name="I233" id="I233">I-233</a></span> +de rapporter ici les réponses +que lui a faites Mr. David +Colden. Mais comme les remarques +de ce dernier embrassent +plusieurs objets qu'il eût +été embarrassant de séparer, +pour les mettre chacun à sa +place, il a paru plus convenable +de les laisser comme il les +a écrites sous le titre de Lettre +XIV.»</p> + + +<p class="mid"><img alt="" src="images/deco01.png"></p> +<br><br><br> +<span class="pagenum"><a name="I234" id="I234">I-234</a></span> +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> + +<h2><i>LETTRE VI.</i></h2> + +<p class="rig"><i>1er. Septembre 1747.</i></p><br> + +<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p> + +<p>Je vous ai appris dans ma derniere +lettre qu'en continuant nos +recherches électriques, nous +avions observé quelques Phénomènes +singuliers que nous avons +regardé comme nouveaux; je me +suis engagé à vous en rendre +compte, quoique j'appréhende +qu'ils n'ayent pas pour vous le +mérite de la nouveauté. Tant de +personnes ont travaillé en Europe +sur les expériences électriques, +que quelqu'un se sera probablement +rencontré avec nous sur les +<span class="pagenum"><a name="I235" id="I235">I-235</a></span> +mêmes observations.</p> + +<p>Le premier Phénomène est +l'étonnant effet des corps pointus +tant pour tirer que pour pousser +le feu électrique. Par exemple.</p> + +<p>75. Placez un boulet de fer de +trois ou quatre pouces de diamètre +sur l'orifice d'une bouteille de +verre bien nette & bien séche: +par un fil de soye attaché au plat-fond +précisément au-dessus de l'orifice +de la bouteille, suspendez +une petite boule de liége environ +de la grosseur d'une balle de +mousquet: que le fil soit de longueur +convenable pour que la +boule de liége vienne s'arrêter à +côté du boulet; électrisez le boulet, +& le liége sera repoussé à la +<span class="pagenum"><a name="I236" id="I236">I-236</a></span> +distance de 4. ou 5. pouces plus +ou moins, suivant la quantité d'électricité...... +Dans cet état si +vous présentez au boulet la pointe +d'un poinçon long & délié à 6. ou +8. pouces de distance, la répulsion +sera détruite sur le champ, +& le liége volera vers le boulet. +Pour qu'un corps émoussé produise +le même effet, il faut qu'il +soit approché à un pouce de distance, +& qu'il tire une étincelle. +Afin de prouver que le feu électrique +est <i>tiré</i> par la pointe, si vous +ôtez de son manche le côté applati +du poinçon, & que vous le +fixiez sur un bâton de cire à cacheter, +vous présenterez en vain +le poinçon à la même distance, +<span class="pagenum"><a name="I237" id="I237">I-237</a></span> +ou l'approcherez encore de plus +près, le même effet n'en résultera +point; mais glissez le doigt +le long de la cire, jusqu'à ce que +vous touchiez le côté applati, le +liége alors volera sur le champ +vers le boulet..... Si vous présentez +cette pointe dans l'obscurité, +vous y verrez quelquefois +à un pied de distance & plus, une +lumière brillante, semblable à un +feu follet, ou à un ver luisant.<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a> +<a href="#footnote36"><sup class="sml">36</sup></a> +Moins la pointe est aiguë, plus +il faut l'approcher pour appercevoir +la lumière, & à quelque distance +que vous voyiez la lumière, +vous pouvez <i>tirer</i> le feu électrique, +<span class="pagenum"><a name="I238" id="I238">I-238</a></span> +& détruire la répulsion.... +Si une boule de liége ainsi suspenduë +est repoussée par le tube, +& que la pointe lui soit brusquement +présentée, même à une distance +considérable, vous serez +étonné de voir avec quelle rapidité +le liége revole vers le tube. +Des pointes de bois feroient le +même effet que celles de fer, +pourvû que le bois ne fût pas sec; +car un bois parfaitement sec n'est +pas meilleur conducteur d'électricité +que la cire d'Espagne.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote36" +name="footnote36"><b>Note 36: </b></a><a href="#footnotetag36"> +(retour) </a> Quand l'Électricité est forte & la pointe +bien fine, la lumière paroît jusqu'à la distance +d'une toise.</blockquote> + +<p>76. Pour montrer que les pointes +<i>poussent</i> aussi bien qu'elles <i>tirent</i> +le feu électrique, couchez +une longue aiguille pointuë sur +le boulet, & vous ne pourrez +<span class="pagenum"><a name="I239" id="I239">I-239</a></span> +assez électriser le boulet pour lui +faire repousser la boule de liége... +ou bien faites tenir à l'extrèmité +d'un canon de fusil suspendu, ou +d'une verge de fer, une aiguille +qui pointe en avant comme une +espèce de petite bayonnette, dans +cet état le canon de fusil ou la +verge ne sauroit par l'application +du tube à l'autre extrèmité, être +électrisé au point de donner une +étincelle; le feu s'échape ou s'écoule +continuellement en silence +par la pointe. Dans l'obscurité +vous pouvez lui voir produire le +même effet que dans le cas dont +nous venons de parler.</p> + +<p>La répulsion entre la balle de +liége & le boulet est pareillement +<span class="pagenum"><a name="I240" id="I240">I-240</a></span> +détruite, 1°. en sassant dessus du +sable fin, ce qui la détruit par dégrés; +2°. en soufflant dessus, 3°. +en faisant autour, de la fumée +de bois brulé;<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a> +<a href="#footnote37"><sup class="sml">37</sup></a> 4°. par la lumière +d'une chandelle<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a> +<a href="#footnote38"><sup class="sml">38</sup></a> quand +<span class="pagenum"><a name="I241" id="I241">I-241</a></span> +même la chandelle seroit à un +pied de distance. Par ces moyens +la répulsion est détruite subitement.... +La lumière d'un charbon +de bois allumé & la lueur +d'un fer rouge produisent le même +effet; mais non pas à une si grande +distance. La fumée de résine +séche, fonduë sur un fer rouge, +ne détruit pas la répulsion; mais +elle est attirée & par la balle de +liége & par le boulet, formant +autour d'eaux des atmosphères +proportionnées, & les rendant +agréables à la vûë, & presque +semblables à quelques-unes des +figures qui sont dans la Théorie +de la terre de <i>Burnet</i> ou de +<i>Whiston</i>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote37" +name="footnote37"><b>Note 37: </b></a><a href="#footnotetag37"> +(retour) </a> Nous supposons que chaque particule +de sable, d'humidité ou de fumée étant d'abord +attirée, & ensuite repoussée, emporte +avec elle une portion de feu électrique, +mais que cette portion subsiste toujours +dans ces particules, jusqu'à ce qu'elles la +communiquent à quelqu'autre corps, & +qu'elle n'est jamais réellement détruite; +ainsi quand on jette de l'eau sur du feu +commun, nous n'imaginons point que ce +dernier élément soit par-là détruit & anéanti, +mais seulement dispersé, chaque particule +d'eau emportant en vapeurs la portion +de feu qu'elle a attirée & qu'elle s'est +attachée.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote38" +name="footnote38"><b>Note 38: </b></a><a href="#footnotetag38"> +(retour) </a> Quelques observations que j'ai faites +depuis me portent à penser que ce n'est pas +la lumière, mais la fumée, ou les écoulemens +non-électriques de la chandelle, du +charbon ou du fer rouge, qui emportent le +feu électrique, parce qu'ils sont d'abord attirés +& ensuite repoussés.</blockquote> + +<span class="pagenum"><a name="I242" id="I242">I-242</a></span> + +<p>N. B. Cette expérience doit +être faite dans un cabinet où +l'air soit fort tranquille.</p> + +<p>77. La lumière du Soleil poussée +avec force & long-tems de +suite par le moyen d'un miroir +ardent sur la boule de liége, +que sur le boulet, ne diminuë +aucunement la répulsion. Cette +différence entre la lumière du +feu & la lumière du Soleil est +une autre découverte qui nous +semble nouvelle & extraordinaire.</p> + +<h3>EXPÉRIENCES.</h3> + +<p>78. Prenez de grandes balances +de cuivre dont le fleau soit +au moins long de deux pieds, & +<span class="pagenum"><a name="I243" id="I243">I-243</a></span> +dont les cordons soient de soye; +suspendez-les par une ficelle attachée +au plat-fond, de sorte que +le fond des bassins puisse être environ +à un pied du plancher; les +bassins tourneront circulairement +par le détortillement de la ficelle; +plantez le poinçon sur le plancher, +de manière que les bassins +puissent passer au-dessus de sa tête +en décrivant leur cercle; électrisez +alors un bassin en lui communiquant +une étincelle du fil-d'archal +de la fiole chargée; comme +les balances tournent toujours, +vous verrez ce bassin s'avancer +plus près du plancher, & s'abaisser +davantage, lorsqu'il vient sur +le poinçon; & s'il est placé à une +<span class="pagenum"><a name="I244" id="I244">I-244</a></span> +distance convenable, le bassin +étincellera, & déchargera son feu +sur cet instrument. Mais si on attache +une aiguille sur l'extremité +du poinçon, la pointe en haut, le +bassin au lieu de s'approcher de +l'instrument & d'étinceller en le +frappant, déchargera son feu en +silence à travers la pointe, & s'élevera +plus haut que le poinçon; +& même si l'aiguille est placée sur +le plancher auprès du poinçon, +la pointe en haut, l'extremité de +l'instrument, quoique beaucoup +plus élevée que l'aiguille, n'attirera +point le bassin, & ne recevra +point son feu, car l'aiguille le +prendra & le dissipera avant qu'il +vienne assez près pour agir sur le +<span class="pagenum"><a name="I245" id="I245">I-245</a></span> +poinçon. C'est une observation +constante dans ces expériences, +que plus la quantité d'électricité +sur le conducteur de carton +est grande, plus il frappe de loin, +& décharge son feu aisément; & +la pointe pareillement le tirera +toujours à une plus grande distance.</p> + +<p><i>Fin du premier Volume.</i> + +<br><br> +<br><br> + + +<h1>EXPÉRIENCES</h1> + +<h4>ET</h4> + +<h2>OBSERVATIONS</h2> + +<h4>SUR</h4> + +<h1>L'ÉLECTRICITÉ</h1> + +<h5>FAITES</h5> + +<h5><i>À PHILADELPHIE EN AMÉRIQUE</i></h5> + +<h5>PAR</h5> + +<h2>M. BENJAMIN FRANKLIN;</h2> + +<h6>& communiquées dans plusieurs Lettres à M. P. +COLLINSON, de la Société Royale de Londres.</h6> + +<h4><i>Traduites de l'Anglois.</i></h4> + +<h3>SECONDE ÉDITION</h3> + +<h5><i>Revue, corrigée & augmentée d'un supplément considérable +du même Auteur, avec des Notes & des +Expériences nouvelles.</i></h5> + +<h3><i>Par M.</i> d'ALIBARD.</h3> +<br> +<h3>TOME SECOND.</h3> +<br> +<p class="mid">A PARIS<br> + +Chez DURAND, rue du Foin, au Griffon.</p> +<hr class="short"> + +<h3>M. DCC. LVI.</h3> + +<h4><i>Avec Approbation & Privilège du Roi.</i></h4> + +<span class="pagenum"><a name="II1" id="II1">II-1</a></span> +<br><br><br> + + + + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head5.png"></p> + +<h2>LETTRES</h2> + +<h3>SUR L'ÉLECTRICITÉ</h3> + +<h4>DE</h4> + +<h3>M. BENJ. FRANKLIN</h3> + +<h5><i>de Philadelphie en Amérique</i>,</h5> + +<h5>À</h5> + +<h3>M. P. COLLINSON</h3> + +<h5><i>de la Société Royale de Londres</i>.</h5> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> + + + +<h2><i>LETTRE VII.</i></h2> + +<blockquote><i>Contenant des observations & des suppositions +tendantes à former une nouvelle hypothèse +pour expliquer les différens phénomènes +des éclats de tonnerre.</i><a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a> +<a href="#footnote39"><sup class="sml">39</sup></a></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote39" +name="footnote39"><b>Note 39: </b></a><a href="#footnotetag39"> +(retour) </a> Les éclats de tonnerre sont des coups +soudains de tonnerre & d'éclairs qui sont ordinairement +de peu de durée, mais qui produisent +quelquefois de funestes effets.</blockquote> + +<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p> + +<p>§. 79. Les corps non-électriques, +<span class="pagenum"><a name="II2" id="II2">II-2</a></span> +lorsqu'ils ont été chargés +de feu électrique, le retiennent +jusqu'à ce qu'on en approche +d'autres corps non-électriques +qui en ayent moins, & alors il +est communiqué avec craquement, +& se trouve également +distribué.</p> + +<p>80. Le feu électrique aime +l'eau, il en est fortement attiré, +& ces deux élemens peuvent +subsister ensemble.</p> + +<p>81. L'air est un corps originairement +électrique, & lorsqu'il +est sec, il n'est point conducteur +du feu électrique, il ne +le reçoit point des autres corps, +<span class="pagenum"><a name="II3" id="II3">II-3</a></span> +& ne leur donne point; autrement +aucun corps environné +d'air ne pourroit être électrisé +positivement & négativement; +car si on essayoit de l'électriser +positivement, l'air emporteroit +aussitôt le surplus, ou si c'étoit +négativement, l'air suppléeroit +à ce qui manqueroit.</p> + +<p>82. L'eau étant électrisée, les +vapeurs qui s'en exhalent seront +également électrisées, & flottant +dans l'air sous la forme de +nuages ou autrement, elles retiendront +cette quantité de feu +électrique jusqu'à ce qu'elles rencontrent +d'autres nuages ou d'autres +corps qui ne soient pas électrisés +au même point, & alors +<span class="pagenum"><a name="II4" id="II4">II-4</a></span> +elles le communiqueront, comme +il a été dit ci-devant.</p> + +<p>83. Chaque particule de matière +électrisée est repoussée par +chaque autre particule également +électrisée; ainsi le courant d'une +fontaine également serré & continu, +dès qu'il sera électrisé, se +séparera & s'étendra sous la forme +d'une vergette, chaque goute faisant +effort pour s'éloigner de chaque +autre goute; mais lorsque le +feu électrique leur est enlevé, elles +se raprochent & se rejoignent.</p> + +<p>84. L'eau qui est fortement électrisée +(aussi bien que celle qui est +échauffée par le feu commun,) +s'éleve en vapeurs plus abondamment, +l'attraction de cohésion +<span class="pagenum"><a name="II5" id="II5">II-5</a></span> +entre ses particules étant +considérablement affoiblie par la +puissance opposée de répulsion +introduite avec le feu électrique; +& lorsque quelque particule est +dégagée par quelque moyen que +ce soit, elle est immédiatement repoussée, +& s'envole ainsi dans l'air.</p> + +<p>85. S'il arrive que les particules +soient situées comme A & B, +elle sont plus aisément dégagées +que C & D, parce que +chacune est en contact avec trois +seulement, au lieu que C & D +sont chacune en contact avec +neuf. Lorsque la surface de l'eau +éprouve la moindre agitation, +les particules sont continuellement +poussées dans l'état représenté +<span class="pagenum"><a name="II6" id="II6">II-6</a></span> +par la figure VIII.</p> + +<p>86. Le frottement entre un +corps non-électrique & un corps +originairement électrique produit +le feu électrique, non en le +<i>créant</i>, mais en le <i>rassemblant</i>: +car il est également répandu dans +nos murs, dans nos chambres, +dans la terre & dans toute la masse +de la matière commune; ainsi +le globe de verre tournant, tandis +qu'il frotte contre le coussin, +tire le feu du coussin, lequel en +est dédommagé par le cadre de +la machine, & ce cadre par le +plancher sur lequel il est posé. +Coupez la communication par le +moyen d'un verre épais ou d'un +gâteau de cire placé sous le coussin, +<span class="pagenum"><a name="II7" id="II7">II-7</a></span> +le feu ne peut plus être produit, +parce qu'il ne peut plus +être rassemblé.</p> + +<p>87. L'Océan est un composé +d'eau, corps non-électrique, & +de sel, corps originairement électrique.</p> + +<p>88. Lorsqu'il y a du frottement +entre les parties voisines +de sa surface, le feu électrique +est rassemblé des parties inférieures; +il est alors manifestement +visible dans la nuit, il paroît à la +pouppe & dans le sillage de chaque +vaisseau qui fait route; on +l'apperçoit à chaque coup de rame, +dans l'écume des vagues & +dans les parties d'eau élevées par +le vent.... Dans une tempête +toute la mer paroît en feu.... +<span class="pagenum"><a name="II8" id="II8">II-8</a></span> +Les particules d'eau étant alors +repoussées de la surface électrisée +entrainent continuellement +le feu tel qu'il a été rassemblé, +elles s'élèvent & forment des +nuages, & ces nuages fortement +électrisés retiennent le feu +jusqu'à ce qu'ils aient occasion +de le communiquer.</p> + +<p>89. Les particules d'eau s'élevant +en vapeurs s'attachent elles-mêmes +aux particules d'air.</p> + +<p>90. On dit que les particules +d'air sont dures, rondes, désunies +& éloignées l'une de l'autre, +chaque particule repoussant +fortement chaque autre particule; +par ce moyen elles s'éloignent +autant que leur gravité +commune le permet.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II9" id="II9">II-9</a></span> + +<p>91. L'espace entre trois particules +qui se repoussent également +l'une l'autre, sera un triangle +équilatéral.</p> + +<p>92. Dans l'air comprimé ces +triangles sont plus resserrés, dans +l'air raréfié ils sont plus étendus.</p> + +<p>93. Le feu commun associé +à l'air augmente la répulsion, +élargit les triangles, & par là +rend l'air spécifiquement plus +léger; cet air s'élevera au-dessus +d'un air plus dense.</p> + +<p>94. Le feu commun aussi bien +que le feu électrique donne de +la répulsion aux particules d'eau, +& détruit leur attraction de cohésion; +de-là le feu commun, aussi +bien que le feu électrique, facilite +<span class="pagenum"><a name="II10" id="II10">II-10</a></span> +l'élévation des vapeurs.</p> + +<p>95. Les particules d'eau qui +ne renferment point de feu s'attirent +mutuellement. Trois particules +d'eau étant donc attachées +aux trois particules d'un +triangle d'air, & s'opposant par +leur attraction réciproque à la +répulsion de l'air, racourciroient +les côtés, & diminueroient le +triangle; delà cette portion d'air +étant rendue plus dense tomberoit +à terre avec son eau, & ne +s'éleveroit point pour contribuer +à la formation d'un nuage.</p> + +<p>96. Mais si chaque particule +d'eau, s'attachant elle-même à +l'air, amène avec elle une particule +de feu commun, la répulsion +<span class="pagenum"><a name="II11" id="II11">II-11</a></span> +de l'air étant plutôt favorisée +& fortifiée par le feu, qu'embarrassée +& rallentie par l'attraction +réciproque des particules +d'eau, le triangle s'étend, & +cette portion d'air devenue plus +rare, & spécifiquement plus légère +s'éleve.</p> + +<p>97. Si les particules d'eau +amènent du feu électrique, lorsqu'elles +s'attachent elles-mêmes +à l'air, la répulsion entre les particules +d'eau électrisées se joint +à la répulsion naturelle de l'air, +afin de pousser avec force ses particules +à une plus grande distance; +par là les triangles sont dilatés, +& l'air s'élève emportant +l'eau avec lui.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II12" id="II12">II-12</a></span> + +<p>98. Si les particules d'eau +amènent avec elles des portions +du feu commun & du feu +électrique, la répulsion des particules +d'air se fortifie & s'accroît +de plus en plus, & les triangles +sont de beaucoup élargis.</p> + +<p>99. Une particule d'air peut être +environnée par douze particules +d'eau d'un volume égal au sien, +toutes en contact avec elle, & +de plusieurs autres ajoutées à celles-là.</p> + +<p>100. Les particules d'air ainsi +chargées seroient plus rapprochées +ensemble par l'attraction +mutuelle des particules d'eau, si +le feu, soit commun, soit électrique, +ne favorisoit pas leur répulsion.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II13" id="II13">II-13</a></span> + +<p>101. Si l'air ainsi chargé est +comprimé par des vents contraires, +s'il est poussé contre des +montagnes, &c. ou condensé +par la perte du feu qui favorisoit +son expansion, les triangles se +resserrent: l'air avec son eau descend +comme une rosée; ou si +l'eau environnant une particule +d'air, vient en contact avec l'eau +qui en environne une autre, elles +se réunissent & forment une +goute, ce qui nous donne la +pluye.</p> + +<p>102. Le soleil fournit, ou semble +fournir le feu commun à toutes +les vapeurs qui s'élèvent tant +de la terre que de la mer.</p> + +<p>103. Ces vapeurs qui ont en +<span class="pagenum"><a name="II14" id="II14">II-14</a></span> +elles du feu électrique & du feu +commun, sont mieux soutenuës +que celles qui n'ont que du feu +commun. Car lorsque les vapeurs +s'élèvent dans la région la plus +froide au-dessus de la terre, le +froid, s'il diminue le feu commun, +ne diminuera point le feu +électrique.</p> + +<p>104. Delà les nuages formés +par des vapeurs élevées des eaux +fraîches de la terre, des végétaux, +de la terre humide, &c. +déposent leur eau & plus vîte & +plus aisément, n'ayant que peu +de feu électrique pour repousser +les molécules, & les tenir séparées, +de sorte que la plus grande +partie de l'eau élevée de la +<span class="pagenum"><a name="II15" id="II15">II-15</a></span> +terre est abandonnée & retombe +sur la terre. Les vents qui soufflent +sur la mer sont secs. La mer +ayant peu besoin de pluye, +paroîtroit-il raisonnable de priver +la terre de son humidité, +pour la donner à la mer en pure +perte?</p> + +<p>105. Mais les nuages formés +par les vapeurs élevées de la mer, +ayant les deux feux, & surtout +une grande quantité de feu électrique +soutiennent fortement leur +eau, l'élèvent à une grande hauteur, +& étant agités par les vents +peuvent l'amener du milieu de +l'Océan au milieu du plus vaste +continent.</p> + +<p>»Quoique cette hypothèse du +<span class="pagenum"><a name="II16" id="II16">II-16</a></span> +tonnerre soit contestée par M. +L. N. je n'entreprendrai point +de la défendre. On ne doit la +regarder que comme les premières +idées que M. Franklin a +euës sur la nature de ce météore; +il ne les donne lui-même +que pour des conjectures qu'il +abandonnera dès que d'autres +observations lui feront connoître +qu'elles sont mal fondées. +C'est cependant à ces conjectures +que la physique est redevable +des importantes découvertes +qui font autant d'honneur +à leur premier auteur +qu'elles en font peu à quiconque +cherche à tourner en ridicule +ceux qui sont entrés dans +ses vûes.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II17" id="II17">II-17</a></span> + +<p>106. Nous allons examiner +présentement ce qui oblige les +nuages de l'Océan qui soutiennent +leur eau avec tant de force +à la déposer sur les terres qui en +manquent.</p> + +<p>107. Si ces nuages sont poussés +par des vents contre des montagnes, +ces montagnes étant +moins électrisées les attirent, & +dans le contact emportent leur +feu électrique; & comme elles +sont froides, elles emportent +aussi leur feu commun; delà les +molécules pressent vers les montagnes, +& se pressent l'une l'autre. +Si l'air est peu chargé, le nuage +tombe seulement en rosée sur le +sommet & sur les côtés des montagnes; +<span class="pagenum"><a name="II18" id="II18">II-18</a></span> +il forme des fontaines & +descend dans les vallées en petits +ruisseaux, qui par leur réunion +font les grands courans & +les rivières. S'il est fort chargé, +le feu électrique sort tout à la +fois d'un nuage entier, & en l'abandonnant +il brille comme un +éclair & craque avec violence: +les particules se réunissent d'abord +faute de ce feu, & tombent +en grosses ondées.</p> + +<p>108. Lorsque le sommet des +montagnes attire ainsi les nuages +& tire le feu électrique du premier +nuage qui l'aborde, celui +qui suit, lorsqu'il approche du +premier nuage actuellement dépouillé +de son feu, lui lance le +<span class="pagenum"><a name="II19" id="II19">II-19</a></span> +sien, & commence à déposer +son eau propre. Le premier nuage +lançant de nouveau ce feu +dans les montagnes, le troisiéme +nuage approchant, & tous +les autres arrivant successivement +agissent de la même manière +d'aussi loin qu'ils s'étendent en +arrière, ce qui peut être sur +une étendue de pays de quelques +centaines de lieuës.</p> + +<p>109. Delà les déluges de +pluyes, les tonnerres, les éclairs +perpétuels sur la côte orientale +des <i>Andes</i>, qui courant nord-sud +& étant prodigieusement +hautes, interceptent tous les +nuages amenés contre elles de +l'Océan atlantique par les vents +<span class="pagenum"><a name="II20" id="II20">II-20</a></span> +de mer, & les obligent à déposer +leurs eaux, qui forment les +rivières immenses des Amazones, +de la Plata, & d'Oroonoke, +lesquelles renvoyent ces eaux +dans la même mer, après avoir +fertilisé un pays d'une étenduë +fort considérable.</p> + +<p>110. Quoiqu'un pays soit uni +& sans montagnes qui interceptent +les nuages électrisés, il y a +cependant encore des moyens +pour les obliger à déposer leurs +eaux; car si un nuage électrisé, +venant de la mer, rencontre +dans l'air un nuage élevé de la +terre, & par conséquent non-électrisé, +le premier lancera son +feu dans le dernier, & par ce +<span class="pagenum"><a name="II21" id="II21">II-21</a></span> +moyen les deux nuages seront +contraints de déposer subitement +leurs eaux.</p> + +<p>111. Les particules électrisées +du premier nuage se resserrent +lorsqu'elles perdent leur +feu, les particules de l'autre nuage +se resserrent aussi en le recevant. +Dans l'un & l'autre elles +ont ainsi la facilité de se réunir +en goutes..... La commotion +ou la secousse donnée à l'air contribuë +aussi à précipiter l'eau, +non-seulement de ces deux nuages, +mais des autres qui les avoisinent, +delà les chutes de pluyes +soudaines immédiatement après +la lumière des éclairs.</p> + +<p>112. Pour le montrer par une +<span class="pagenum"><a name="II22" id="II22">II-22</a></span> +expérience facile, prenez deux +cercles de carton de deux pouces +de diamètres; du centre & de +la circonférence de chaque cercle, +suspendez par des fils de +soye longs de dix-huit pouces, +sept petites boules de bois ou +sept poids de grosseur égale. Les +boules ainsi suspenduës à chaque +carton formeront trois à trois des +triangles équilatéraux, une boule +étant dans le centre & six à +égale distance de celle-là & les +unes des autres; dans cette situation +elles représenteront les +particules d'air; enfoncez les +deux bandes dans l'eau, alors +cette liqueur s'attachant & tenant +un peu à chaque boule, +<span class="pagenum"><a name="II23" id="II23">II-23</a></span> +elles représenteront l'air chargé. +Electrisez adroitement une bande, +& ses boules se repousseront +l'une l'autre à une plus grande +distance en élargissant les triangles. +Si l'eau soutenuë par les +sept boules venoit en contact, +elle formeroit une ou plusieurs +goutes assez pésantes pour rompre +la cohésion qu'elle avoit avec +les boules, & ainsi elle se précipiteroit... +Que les deux bandes +représentent donc deux nuages; +l'une un nuage de mer électrisé, +& l'autre un nuage de terre. +Amenez-les dans la sphère d'attraction, +elles s'attireront l'une +l'autre, & vous verrez ainsi les +boules désunies se resserrer. La +<span class="pagenum"><a name="II24" id="II24">II-24</a></span> +première boule électrisée qui approche +d'une boule non-électrisée, +la joint par attraction, & +lui donne de son feu: aussitôt +elles se séparent & revolent chacune +à une autre boule de sa +bande, l'une pour donner, l'autre +pour recevoir du feu. Cela se +continuë ainsi à travers les deux +bandes, mais avec une telle vîtesse +quelle est presque instantanée. +Dans la collision elles secouent +& font tomber leur eau +en goutes, ce qui représente la +pluye.</p> + +<p>113. Ainsi lorsque les nuages +de mer & de terre passent à une +trop grande distance pour étinceller, +ils sont attirés l'un vers +<span class="pagenum"><a name="II25" id="II25">II-25</a></span> +l'autre jusques dans cette distance, +car la sphère d'attraction +électrique s'étend beaucoup au-delà +de la distance ou les corps +étincellent.</p> + +<p>114. Lorsqu'un grand nombre +de nuages de mer rencontre +une quantité de nuages de terre, +les étincelles électriques paroissent +s'élancer de différens +côtés; & comme les nuages +sont agités & mêlés par les vents, +ou rapprochés par la force de +l'attraction électrique, ils continuent +à donner & à recevoir +étincelles sur étincelles, jusqu'à +ce que le feu électrique soit également +répandu dans tous.</p> + +<p>115. Lorsque le canon de fusil +<span class="pagenum"><a name="II26" id="II26">II-26</a></span> +(dans les expériences électriques) +ne contient que peu de +feu électrique, il faut en approcher +fort près le doigt avant +de pouvoir en tirer une étincelle. +Donnez lui plus de feu, & +il donnera une étincelle à une +plus grande distance. Deux canons +de fusil unis, & aussi fortement +électrisés, donneront une +étincelle à une plus grande distance. +Mais si deux canons de +fusil électrisés frappent à deux +pouces de distance, & font un +éclat sensible, à quelle distance +énorme ne doivent pas être portés +le coup & le feu d'un nuage +de 10000. acres électrisé, +& combien son craquement ne +<span class="pagenum"><a name="II27" id="II27">II-27</a></span> +doit-il pas être épouvantable?</p> + +<p>116. C'est une chose ordinaire +de voir des nuages à différentes +hauteurs tenir différens chemins, +ce qui prouve différens +courants d'air l'un au-dessus de +l'autre. Comme l'air entre les +tropiques est raréfié par le soleil, +il s'élève; l'air du nord & du +sud plus dense presse à sa place; +l'air ainsi raréfié & contraint de +monter passe du coté du nord & +du côté du midi, & est forcé de +descendre dans les régions polaires, +s'il n'a point d'autre issuë +avant que la circulation puisse +être continuée.</p> + +<p>117. Comme les courants +d'air avec les nuages suivent des +<span class="pagenum"><a name="II28" id="II28">II-28</a></span> +routes différentes, il est aisé de +concevoir comment les nuages +passans l'un sur l'autre peuvent +s'attirer réciproquement, & ainsi +s'approcher suffisamment pour +le choc électrique & de même +comment les nuages électriques +peuvent être emportés sur les +terres fort loin de la mer, avant +d'avoir aucune occasion de frapper.</p> + +<p>118. Lorsque l'air avec ses +vapeurs élevées de l'Océan +entre les tropiques, vient à descendre +dans les régions polaires, +& à être en contact avec les vapeurs +qui y sont élevées, le feu +électrique qu'elles amènent commence +à être communiqué, & +<span class="pagenum"><a name="II29" id="II29">II-29</a></span> +se fait appercevoir dans de belles +nuits, étant d'abord visible +où il commence à être en mouvement, +c'est-à-dire où le contact +commence, ou dans les régions +les plus septentrionales: +delà les courans de la lumière +semblent s'élancer au sud, même +jusqu'au zénith des contrées +septentrionales. Mais quoique la +lumière paroisse s'élancer du +nord au midi, le progrès du feu +est réellement du midi au nord. +Son mouvement commence +dans le nord, & voilà pourquoi +il y est d'abord apperçu.</p> + +<p>Car le feu électrique n'est jamais +visible que quand il est en +mouvement & qu'il saute de +<span class="pagenum"><a name="II30" id="II30">II-30</a></span> +corps en corps, ou de parcelle +en parcelle au travers de l'air; +lorsqu'il traverse des corps denses +il est invisible. Lorsque le +fil-d'archal fait partie du cercle +dans l'explosion de la fiole électrique +le feu, quoiqu'en grande +quantité, passe dans le fil-d'archal +invisiblement, mais en +passant le long d'une chaîne il +devient visible, parce qu'il saute +de chaînon en chaînon. En passant +le long d'une feuille d'or il +est visible, parce que la feuille +d'or est pleine de pores; tenez-en +une feuille à la lumière elle +vous paroîtra comme un réseau, +& le feu est vû tandis qu'il saute +sur les interstices..... Comme +<span class="pagenum"><a name="II31" id="II31">II-31</a></span> +lorsqu'on ouvre à l'une de ses +extrémités un long canal rempli +d'eau pour le vuider, le mouvement +de l'eau commence d'abord +auprès de l'extrémité ouverte, +& continue vers l'extrémité +fermée, quoique l'eau elle-même +avance de l'extrémité fermée +vers l'extrémité ouverte; +ainsi le feu électrique déchargé +dans les régions polaires, peut-être +sur une longueur de mille +lieuës d'air évaporé, paroît d'abord +où il est d'abord en mouvement, +c'est-à-dire dans les parties +les plus septentrionales, & +l'apparition s'avance du côté du +midi, quoique le feu avance +réellement du côté du septentrion. +<span class="pagenum"><a name="II32" id="II32">II-32</a></span> +Cela pourroit passer pour +une explication de <i>l'aurore boréale</i>.</p> + +<p>119. Lorsqu'il y a une chaleur +excessive sur la terre dans +une région particuliere, (le soleil +ayant brillé dessus peut-être +pendant plusieurs jours, tandis +que les contrées circonvoisines +ont été couvertes par les nuages,) +l'air inférieur est raréfié, +& s'élève: l'air supérieur plus +frais & plus dense descend. Les +nuages dans cet air se rencontrent +de tous côtés, & se réunissent +aux endroits échauffés, +& si les uns sont électrisés, & +que les autres ne le soient pas, +les éclairs & le tonnere succèdent, +<span class="pagenum"><a name="II33" id="II33">II-33</a></span> +& la pluye tombe; delà +les éclats de tonnerre après les +chaleurs, & l'air frais après les +orages. L'eau & les nuages qui +l'amènent venant d'une région +plus élevée, & par conséquent +plus fraîche.</p> + +<p>120. Une étincelle électrique +tirée d'un corps irrégulier à quelque +distance, n'est presque jamais +droite, mais elle paroît +courbée & ondoyante dans l'air; +ainsi paroissent les faisceaux d'éclairs, +les nuages étant des corps +fort irréguliers.</p> + +<p>121. Quand les nuages électrisés +passent sur un pays, les +sommets des montagnes & des, +arbres, les tours élevées, les pyramides, +<span class="pagenum"><a name="II34" id="II34">II-34</a></span> +les mâts des vaisseaux, +les cheminées, &c. comme autant +d'éminences & de pointes +attirent le feu électrique, & le +nuage entier s'y décharge.</p> + +<p>122. Ainsi il est dangereux +de se mettre à l'abri sous un arbre +pendant le tonnerre. Cette +retraite a été funeste à plusieurs +tant hommes que bêtes.</p> + +<p>123. Il est plus sûr d'être en +pleine campagne par une autre +raison. Lorsque les habits sont +moüillés, si un tourbillon dans +son chemin vers la terre vient à +toucher votre tête, il courra +dans l'eau sur la surface de votre +corps, au lieu que si vos habits +sont secs, votre corps en sera traversé.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II35" id="II35">II-35</a></span> + +<p>C'est pour cette raison qu'un +rat mouillé ne peut être tué par +l'explosion de la bouteille électrique, +ce qui peut arriver à un +rat dont la peau est séche.</p> + +<p>124. Le feu commun est dans +tous les corps, plus ou moins, +aussi bien que le feu électrique. +Peut-être ne sont-ils l'un & l'autre +que les modifications du +même élément: peut-être aussi +que ce sont des élémens distingués. +Quelques auteurs ne s'éloignent +pas de ce dernier sentiment.</p> + +<p>125. Si ce sont des matières +différentes, ils peuvent subsister +& subsistent ensemble dans le +même corps.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II36" id="II36">II-36</a></span> + +<p>126. Lorsque le feu électrique +traverse un corps, il agit sur le +feu commun contenu dans ce +corps, & met ce feu en mouvement; +& s'il y a une quantité +suffisante de chaque espèce de +feu, le corps sera enflammé.</p> + +<p>127. Lorsque la quantité du +feu commun dans le corps est +petite, il faut que la quantité du +feu électrique (ou le choc électrique) +soit plus grande; si la +quantité du feu commun est plus +grande, une moindre quantité +du feu électrique suffit pour produire +l'effet de l'inflammation.</p> + +<p>128. Ainsi les esprits doivent +être êchauffés<a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a> +<a href="#footnote40"><sup class="sml">40</sup></a> avant que l'on +<span class="pagenum"><a name="II37" id="II37">II-37</a></span> +puisse les enflammer par l'étincelle +électrique; s'ils sont fort +échauffés, il ne faudra qu'une +petite étincelle, s'ils le sont peu, +il faudra une plus forte étincelle.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote40" +name="footnote40"><b>Note 40: </b></a><a href="#footnotetag40"> +(retour) </a> Nous avons depuis enflammé des esprits +sans les chauffer, lorsqu'il faisoit un temps +chaud.</blockquote> + +<p>129. Jusqu'ici nous n'avions +pû enflammer que des vapeurs +chaudes, mais à présent nous +pouvons brûler de la colophone +séche. Lorsque nous pourrons +nous procurer de plus grandes +étincelles électriques, nous seront +en état d'enflammer non-seulement +les esprits froids, comme +fait la foudre, mais même +le bois, en donnant une agitation +suffisante au feu commun +<span class="pagenum"><a name="II38" id="II38">II-38</a></span> +qu'il contient, ce que nous sçavons +que le frottement peut faire.</p> + +<p>130. Les vapeurs sulphureuses +& inflammables qui s'élèvent +de la terre sont aisément allumées +par la foudre. Outre ce qui +s'exhale de la terre, de pareilles +vapeurs sont envoyées par des +tas de foin humide, de bled ou +autres végétaux qui s'échauffent +& qui fument. Le bois pourri +des vieux arbres & des vieux bâtimens +fait le même effet, c'est +pourquoi ces matières sont souvent +& aisément enflammées.</p> + +<p>131. Les métaux sont souvent +fondus par la foudre, quoiqu'ils +ne le soient peut-être ni par la +chaleur de la foudre, ni même +<span class="pagenum"><a name="II39" id="II39">II-39</a></span> +par l'agitation du feu dans les +mêmes métaux..... Car tout +corps qui peut s'insinuer lui-même +entre les particules du métal, +& surmonter l'attraction par +laquelle leur cohésion subsiste, +(ce que peuvent faire les menstruës) +changera le solide en fluide +aussi bien que le feu, même +sans l'échauffer. Ainsi le feu électrique +ou la foudre causant une +répulsion violente entre les particules +du métal au travers duquel +il passe, le métal est mis +en fusion.</p> + +<p>132. Si vous vouliez fondre à un +feu violent l'extrémité d'un clou +à demi-enfoncé dans une porte, +la chaleur communiquée au +<span class="pagenum"><a name="II40" id="II40">II-40</a></span> +clou entier, avant d'en fondre +une partie, brûleroit la planche +où il est enfoncé, & la partie +fonduë brûleroit le plancher où +elle tomberoit. Mais si la foudre +peut fondre une épée dans le +fourreau & l'argent dans la bourse, +sans brûler ni le fourreau ni +la bourse, il faut que la fusion +soit froide.</p> + +<p>133. La foudre déchire quelques +corps: l'étincelle électrique +perce aussi un trou à travers +une main de gros papier. (§. 54.)</p> + +<p>134. Si l'origine de la foudre +assignée dans cette feüille est la +véritable, on entendroit fort peu +de tonnerre en mer, lorsque l'on +seroit fort éloigné de la terre, +<span class="pagenum"><a name="II41" id="II41">II-41</a></span> +& en effet quelques vieux Capitaines +de vaisseaux que l'on a +consultés sur cet article, assurent +que le fait s'accorde parfaitement +avec l'hypothèse. Parce qu'en +traversant le vaste Océan on n'entend +guères le tonnerre qu'on +ne soit arrivé près des côtes dans +des endroits où l'on peut se +servir de la sonde, & que les +isles éloignées du continent y +sont fort peu sujettes. Un observateur +curieux qui a vécu treize +ans aux Bermudes, remarque +qu'il y a eu moins de tonnerre +pendant tout le tems qu'il y a +séjourné, qu'il n'en a quelquefois +entendu dans un mois à la +Caroline.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II42" id="II42">II-42</a></span> + +<p>Maintenant si le feu de l'électricité +& celui de la foudre +sont le même, comme j'ai tâché +de le prouver, notre conducteur +de carton & les bassins de l'expérience +de la balance (78.) peuvent +représenter les nuages électrisés. +Si un tube long seulement +de dix pieds frappe & décharge +son feu sur le poinçon à deux ou +trois pouces de distance, un nuage +électrisé qui est peut-être de +dix mille acres, peut frapper & +décharger son feu sur la terre à +une distance proportionnellement +plus grande. Le mouvement +horizontal des bassins sur +le plancher, peut représenter le +mouvement des nuages sur la +<span class="pagenum"><a name="II43" id="II43">II-43</a></span> +terre, & le poinçon élevé, les +montagnes & les plus hauts édifices, +& alors nous voyons comment +les nuages électrisés passant +sur les montagnes & sur les +bâtimens à une trop grande hauteur +pour les frapper, peuvent +être attirés en bas jusques dans +la distance qui leur est nécessaire +pour cet effet; & enfin si une +aiguille est fixée sur un poinçon, +la pointe en haut, ou même sur +le plancher au-dessous du poinçon, +elle tirera le feu du bassin +en silence à une distance beaucoup +plus grande que la distance +requise pour frapper, & préviendra +ainsi sa descente vers le poinçon; +ou si dans sa course le bassin +<span class="pagenum"><a name="II44" id="II44">II-44</a></span> +étoit venu assez près pour +frapper, il ne le pourroit, parce +qu'il auroit été d'abord privé de +son feu, & par-là le poinçon +est garanti du choc.</p> + +<p>Je demande, cette supposition +admise, si la connoissance +du pouvoir des pointes ne pourroit +pas être de quelque avantage +aux hommes pour préserver +les maisons, les églises, les +vaisseaux, &c. des coups de la +foudre, en nous engageant à +fixer perpendiculairement sur les +parties les plus élevées de ces +édifices des verges de fer faites +en forme d'aiguilles & dorées +pour prévenir la rouille, & du +pied de ces verges un fil-d'archal +<span class="pagenum"><a name="II45" id="II45">II-45</a></span> +abaissé vers l'extérieur du +bâtiment dans la terre, ou autour +d'un des aubans d'un vaisseau, +ou sur le bord jusqu'à ce +qu'il touche l'eau? Ces verges +de fer ne tireroient-elles pas +probablement le feu électrique +en silence hors du nuage, avant +qu'il vint assez près pour frapper? +& par ce moyen ne pourrions-nous +pas être préservés de tant +de désastres soudains & effroyables?</p> + +<p>135. Pour décider cette question, +sçavoir si les nuages qui +contiennent la foudre sont électrisés +ou non. J'ai imaginé de +proposer une expérience à tenter +en un lieu convenable à cet +<span class="pagenum"><a name="II46" id="II46">II-46</a></span> +effet. Sur le sommet d'une haute +tour ou d'un clocher, placez +une espèce de guérite (comme +dans la fig. IX.) assez grande +pour contenir un homme & un +tabouret électrique: du milieu +du tabouret élevez une verge de +fer, qui passe en se courbant +hors de la porte, & delà se relève +perpendiculairement à la +hauteur de vingt ou trente pieds, +& se termine en une pointe +fort aiguë. Si le tabouret électrique +est propre & sec, un homme +qui y sera placé, lorsque des +nuages électrisés y passeront un +peu bas, peut être électrisé & +donner des étincelles, la verge +de fer lui attirant le feu du nuage. +<span class="pagenum"><a name="II47" id="II47">II-47</a></span> +S'il y avoit quelque danger +à craindre pour l'homme (quoique +je sois persuadé qu'il n'y en +a aucun) qu'il se place sur le +plancher de la guérite, & que +de tems en tems il approche de +la verge le tenon d'un fil-d'archal, +qui a une extrémité attachée +aux plombs de la couverture, +le tenant par un manche +de cire; de cette force les étincelles, +si la verge est électrisée, +frapperont de la verge au fil-d'archal, +& ne toucheront point +l'homme.</p> + +<p>136. Avant d'abandonner le +sujet de la foudre, je puis citer +quelques autres rapports entre +les effets de ce météore & ceux +<span class="pagenum"><a name="II48" id="II48">II-48</a></span> +de l'électricité. On sçait que la +foudre a souvent rendu des personnes +aveugles. Un pigeon que +nous croyions avoir frappé à +mort par le choc électrique, recouvrant +la vie, languit quelques +jours dans la basse cour, ne +mangea rien, quoiqu'on lui eût +jetté des miettes de pain, s'affoiblit, +& mourut. Nous ne fîmes +point attention qu'il avoit +été privé de la vûe; mais ensuite +un poulet tué de la même +manière étant ressuscité en soufflant +à plusieurs reprises dans ses +poumons; lorsqu'il fut posé sur +le plancher, il alla donner de +la tête contre la muraille, & +après l'avoir examiné nous reconnûmes +<span class="pagenum"><a name="II49" id="II49">II-49</a></span> +qu'il étoit parfaitement +aveugle; delà nous conclûmes +que le pigeon avoit aussi +été entiérement aveuglé par le +choc. Le plus grand animal que +nous ayons tué ou essayé de tuer +par le choc électrique est un +fort gros poulet.</p> + +<p>137. En lisant dans la relation +que l'ingénieux Docteur +<i>Hales</i> a donnée d'un orage arrivé +à <i>Stretham</i>, l'effet de la foudre +qui avoit dépouillé toute la peinture +qui couvroit la moulure dorée +d'un panneau de boiserie, +sans avoir endommagé le reste +de la peinture, il me vint dans +l'idée de mettre une couche de +peinture sur les filets d'or de la +<span class="pagenum"><a name="II50" id="II50">II-50</a></span> +couverture d'un livre, & d'essayer +l'effet d'un grand coup +électrique porté à travers cet or +par un carreau de verre chargé; +mais n'ayant point de peinture +sous la main, je collai dessus +une bande étroite de papier, & +lorsqu'elle fut séche, je portai +le coup à travers la dorure; alors +le papier fut renversé d'un bout +à l'autre avec une telle force +qu'il fut déchiré en plusieurs endroits, +& qu'en d'autres il emporta +une partie des grains du +maroquin sur lequel il étoit collé. +Je suis persuadé que s'il eût +été peint, la peinture auroit +été enlevée, de la même manière que +celle de la boiserie de <i>Stretham</i>.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II51" id="II51">II-51</a></span> + +<p>138. La foudre fond les métaux, +& j'ai avancé dans ma +lettre sur ce sujet que je soupçonnois +que c'était une fusion +froide; je n'entens pas dire une +fusion produite par la force du +froid, mais une fusion sans chaleur. +Nous avons aussi fondu l'or, +l'argent & le cuivre en petites +quantités par le coup électrique. +Voici de quelles manière. +Prenez une feuille d'or, d'argent +ou de cuivre doré, communément +appellé feüille de cuivre ou +or d'Hollande: coupez de cette +feuille des bandes longues & +étroites de la largeur d'une paille: +placez une de ces bandes +entre deux lames de verre poli, +qui soient environ de la largeur +<span class="pagenum"><a name="II52" id="II52">II-52</a></span> +de votre doigt; si une bande d'or +de la longueur de la feuille n'est +pas assez longue pour le verre, +ajoutez-en une autre à son extrémité; +de sorte que vous puissiez +avoir une petite partie qui +déborde à chaque extrémité du +verre: attachez ensemble les +deux piéces de verre d'un bout +à l'autre avec un bon fil de soye: +alors placez-les de manière qu'elles +fassent partie d'un cercle électrique, +les extrémités de l'or qui +pendent au dehors servant à faire +l'union avec les autres parties +du cercle: portez le coup au +travers par le moyen d'un grand +vase ou d'un carreau de verre +électrisé. Si vos lames de verre +demeurent entières, vous verrez +<span class="pagenum"><a name="II53" id="II53">II-53</a></span> +que l'or manque en plusieurs +endroits, & vous trouverez à la +place des taches métalliques sur +les deux verres. Ces taches sur +le verre supérieur & sur le verre +inférieur sont éxactement semblables +jusques dans le moindre +trait, comme on le peut distinguer +en les tenant à la lumière. +Le métal nous a paru avoir été +non-seulement fondu, mais même +vitrifié ou autrement, si enfoncé +dans les pores du verre +qu'ils paroissent le défendre contre +l'action de la plus puissante +eau forte & eau régale. Je vous +envoye dans une boëte deux petites +piéces de verre couvertes +de ces taches métalliques, lesquelles +<span class="pagenum"><a name="II54" id="II54">II-54</a></span> +ne peuvent être effacées +sans enlever une partie du verre. +Quelquefois la tache s'étend un +peu plus que la largeur de la +feuille, & paroît plus brillante +sur le bord, comme vous pouvez +l'observer sur celles-ci en les +examinant de près. Quelquefois +le verre se brise en morceaux; +une fois le verre de dessus se +cassa en mille piéces qui paroissoient +comme des grains de gros +sel. Ces morceaux que je vous +envoye, ont été tachetés avec +l'or d'Hollande; le vrai or fait +une tache plus obscure & un peu +rougeâtre, l'argent fait la tache +verdâtre. Nous prîmes une fois +deux morceaux de verre de miroir +<span class="pagenum"><a name="II55" id="II55">II-55</a></span> +fort épais, larges d'environ +un pouce & demi & longs de six +pouces, & plaçant la feuille d'or +entr'eux, nous les mîmes entre +deux piéces de bois bien uni, +nous les serrâmes dans une petite +presse de relieur de livres, +& quoiqu'ainsi serrées l'une contre +l'autre, la force du choc électrique +brisa le verre en plusieurs +morceaux.... l'or fut fondu & +fit des taches dans le verre à +l'ordinaire. Les circonstances de +ce brisement de verre varient +beaucoup en faisant l'expérience, +& quelquefois même le verre +n'est point du tout brisé; mais +il est constant que les taches des +morceaux de dessus & de dessous +<span class="pagenum"><a name="II56" id="II56">II-56</a></span> +sont exactement des contre +parties les unes des autres. Et +quoique j'aie pris les morceaux +de verre entre mes doigts immédiatement +après la fusion, je n'y +ai jamais senti la moindre chaleur.</p> + +<p>139. J'ai dit dans une de mes +précédentes lettres que la dorure +sur un livre, quoique d'abord +elle communiquât parfaitement +bien le choc, le manquoit +néanmoins après un petit +nombre d'expériences, sans que +nous pussions en donner la raison. +Nous avons trouvé depuis +qu'un choc violent rompt la +continuité de l'or dans le filet, +& le fait paroître comme de la +<span class="pagenum"><a name="II57" id="II57">II-57</a></span> +poussière d'or, quantité de ses +parties étant rompuës & écartées; +il ne sçauroit guères conduire +plus d'un choc dans toute +sa force. En voici vraisemblablement +la raison, lorsqu'il n'y +a pas une parfaite continuité +dans le cercle, il faut que le feu +saute pardessus les intervalles; il +y a une certaine distance qu'il +est capable de franchir proportionnellement +à sa force; si un +nombre de petits intervalles, +quoique chacun soit excessivement +petit, pris ensemble excèdent +cette distance, il ne peut +sauter pardessus, & ainsi le choc +est empêché ou du moins fort +affoibli.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II58" id="II58">II-58</a></span> + +<p>140. En conséquence de la +loi de l'Électricité dont nous +avons parlé ci-devant, que les +pointes; selon qu'elles sont plus +ou moins aiguës, tirent & poussent +le fluide électrique avec +plus ou moins de force, à de +plus grandes ou à de moindres +distances, & dans de plus grandes +ou de plus petites quantités +en tems égal, nous pouvons +trouver la manière d'expliquer +la situation de la feuille d'or suspenduë +entre deux lames métalliques, +celle d'en haut étant +continuellement électrisée, & +celle d'en bas dans la mains d'une +personne qui est debout sur +le plancher. Lorsque la lame supérieure +<span class="pagenum"><a name="II59" id="II59">II-59</a></span> +est électrisée, la feuille +est attirée & élevée vers elle, +& voleroit à cette lame, si elle +n'étoit arrêtée par ses propres +pointes; l'angle qui se trouve +le plus haut, lorsque la feuille +s'élève, ayant la pointe fort aigue +à cause de l'extrême ténuité +de l'or, tire & reçoit à une certaine +distance une quantité suffisante +de fluide électrique, pour +se donner à lui-même une atmosphère +électrique par laquelle +son progrès à la lame supérieure +est arrêté, & il commence à être +repoussé de cette lame, & seroit +renvoyé jusqu'à la lame inférieure +sans que son angle le plus bas +est pareillement une pointe, & +<span class="pagenum"><a name="II60" id="II60">II-60</a></span> +pousse ou décharge le surplus de +l'atmosphère de la feuille aussi +promptement que l'angle supérieur +l'attire; si la finesse de ces +deux pointes étoit parfaitement +égale, la feuille se placeroit +exactement dans le milieu de +l'espace, car la pésanteur n'est +rien comparée au pouvoir qui +agit sur elle; mais elle est généralement +plus près de la lame +non-électrisée, parce que quand +la feuille est présentée à la lame +électrisée à une certaine distance, +la pointe la plus aiguë est +communément affectée la première +& élevée vers elle; ainsi +cette pointe par sa plus grande +finesse recevant le fluide trop tôt +<span class="pagenum"><a name="II61" id="II61">II-61</a></span> +pour que son opposée puisse le +décharger à distances égales, +elle se retire de la lame électrisée, +& s'avance plus près de +la lame non-électrisée, jusqu'à +ce qu'elle vienne à une distance +où la décharge puisse être exactement +égale à la charge. Cette +dernière étant diminuée, & la +première augmentée; & elle y +demeure aussi long-tems que le +globe continuë à fournir de nouvelle +matière électrique. Ceci +paroîtra évident, lorsque la différence +de la finesse dans les angles +sera devenuë fort grande. Coupez +un morceau d'or d'Hollande (qui +est le meilleur pour ces expériences, +parce qu'il est plus fort) +<span class="pagenum"><a name="II62" id="II62">II-62</a></span> +dans la forme de la figure X. que +l'angle d'en haut soit un angle +droit, les deux suivans des angles +obtus, & le plus bas un angle +fort aigu, & amenez cet or +sur votre lame, qui est sous la +lame électrisée, de manière que +la partie coupée à angle droit +puisse être d'abord élevée, ce +qui se fait en couvrant la partie +aiguë avec le creux de la main, +& vous verrez la feüille prendre +place beaucoup plus près de la +lame supérieure que de la lame +inférieure, parce que sans être +plus près, elle ne peut recevoir +aussi promptement à la pointe de +son angle droit, qu'elle peut décharger +à la pointe de son angle +<span class="pagenum"><a name="II63" id="II63">II-63</a></span> +aigu. Tournez cette feüille de +façon que la partie aiguë soit la +plus élevée, & alors elle se placera +tout auprès de la lame non-électrisée, +parce qu'elle reçoit +plus promptement à la pointe de +l'angle aigu qu'elle ne peut décharger +à la pointe de l'angle +droit; ainsi la différence de la distance +est toujours proportionnelle +à la différence d'accélération. +Prenez garde en coupant +votre feuille de ne pas laisser de +petits lambeaux sur les extrémités, +qui forment quelquefois des +pointes où vous ne voudriez pas +les avoir; vous pouvez faire cette +partie si aiguë dans sa partie +inférieure, & si obtuse dans sa +<span class="pagenum"><a name="II64" id="II64">II-64</a></span> +partie supérieure, qu'il ne soit +pas besoin de lame inférieure, +se déchargeant d'elle-même assez +promptement dans l'air. Si +elle est plus étroite, comme on +le voit dans la figure comprise +entre les lignes ponctuées, nous +l'appellons le <i>poisson d'or</i>, à cause +de sa manière d'agir. Car si +vous le prenez par la queuë, & +que vous le teniez à un pied, ou +à une plus grande distance horizontale +du premier conducteur, +lorsque vous le laisserez aller, il +volera à lui avec un mouvement +vif, mais ondoyant, semblable +à celui d'une anguille dans l'eau; +il prendra place alors sous le +premier conducteur, peu-être à +<span class="pagenum"><a name="II65" id="II65">II-65</a></span> +un quart ou à un demi pouce de +distance, & remuëra continuellement +sa queuë comme un poisson, +de sorte qu'il paroît animé. +Tournez sa queuë, vers le premier +conducteur, & alors il vole +à votre doigt & semble le grignoter. +Si vous tenez sous lui +une lame à six ou huit pouces de +distance, & si vous cessez de +tourner le globe, lorsque l'atmosphère +électrique du conducteur +diminuë, il descendra sur +la lame, & nagera encore en +arrière à plusieurs reprises avec +le même mouvement de poisson, +ce qui fait un jeu amusant pour +les spectateurs. Par une legère +pratique d'émousser ou d'aiguiser +<span class="pagenum"><a name="II66" id="II66">II-66</a></span> +les têtes, ou les queuës de +ces figures, vous pouvez leur +faire prendre la place que vous +desirez, plus près ou plus loin +de la lame électrisée.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/deco03.png"></p> +<br><br><br> + +<span class="pagenum"><a name="II67" id="II67">II-67</a></span> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head3.png"></p> + +<h2>MÉMOIRE</h2> + +<p class="mid"><i>Lû à l'Académie Royale des Sciences,<br> +le 13. Mai 1752. par<br> +M. D'ALIBARD.</i></p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> + +<h4>EXPÉRIENCES ET OBSERVATIONS</h4> + +<h3>SUR LE TONNERRE,</h3> + +<p class="mid"><i>Relatives à celles de Philadelphie.</i></p> + +<p><span class="large">L</span><br>e tonnerre est un de ces +phénomènes dont tous les +physiciens ont éssaye de découvrir +la nature, mais dont aucun +n'a encore donné d'explication +satisfaisante. Rien de plus commun +que les effets de ce redoutable +météore, rien de plus ignoré +que leur cause; il semble +<span class="pagenum"><a name="II68" id="II68">II-68</a></span> +même que plus on a fait d'efforts +pour en approfondir le principe, +plus on s'est écarté de la voye +qui pouvoit y conduire. Les connoissances +physiques n'étoient +point encore assez avancées pour +que l'on pût pénétrer un mistère +dont l'intelligence étoit réservée +à un siécle plus éclairé. Ce qui +a causé la difficulté, ce qui a retardé +jusqu'à présent l'explication +de ce phénomène, c'est +qu'on ne lui voyoit point de rapport +à aucune chose connuë, & +ce n'est que par l'enchaînement +des rapports que l'on peut arriver +d'une connoissance à une autre; +il étoit impossible de rapporter +le tonnerre à son vrai +<span class="pagenum"><a name="II69" id="II69">II-69</a></span> +principe, puisque le principe +même étoit inconnu. Les plus +sages physiciens en sont restés à +admirer les effets, sans pouvoir +presque rien dire des causes; ou +s'ils en ont hazardé quelqu'explication +on reconnoît aisément +dans leurs écrits que ce n'est +que par des conjectures relatives +ou à leurs préjugés, ou à leurs +affections, ou aux systèmes qu'ils +avoient embrassés, ou aux différentes +sciences qu'ils avoient +le plus cultivées. Les premiers +philosophes regardoient le tonnerre +comme un attribut des +Dieux, ou comme un esprit, +& ne poussoient pas plus loin +leurs recherches à ce sujet; d'autres +<span class="pagenum"><a name="II70" id="II70">II-70</a></span> +philosophes imaginèrent que +les corps célestes se renvoyoient +mutuellement des influences +dont la rencontre produisoit ce +météore: la plupart des physiciens +en ont cherché la cause +dans les exhalaisons des matières +inflammables de la terre. Les +chimistes ont prétendu en avoir +découvert le principe dans le +mêlange du nitre, du souffre & +du fer, des esprits acides & des +huiles essentielles; enfin chaque +physicien a saisi le moindre rapport +qu'il a pû appercevoir entre +ce phénomène & ce qu'il +connoissoit d'ailleurs pour en développer +la nature, & chacun +l'a expliquée à sa façon, mais +<span class="pagenum"><a name="II71" id="II71">II-71</a></span> +cette matière est toujours demeurée +en problême.</p> + +<p>Ce n'est que depuis peu d'années +que l'on a commencé à +avoir sur ce sujet des soupçons +mieux fondés.</p> + +<p>M. Gray<a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a> +<a href="#footnote41"><sup class="sml">41</sup></a> est le premier à +qui le tonnerre & les éclairs +aient paru tenir beaucoup de la +nature du feu & de la lumière +électrique. Cette première opinion +a été plus approfondie par +MM. l'Abbé Nolet,<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a> +<a href="#footnote42"><sup class="sml">42</sup></a> Hales,<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a> +<a href="#footnote43"><sup class="sml">43</sup></a> +& Barberet<a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a> +<a href="#footnote44"><sup class="sml">44</sup></a>; ils ont trouvé +<span class="pagenum"><a name="II72" id="II72">II-72</a></span> +une analogie surprenante entre +les effets du tonnerre & ceux +de l'électricité; mais tout ce +qu'ils en ont dit les uns & les +autres n'étoit encore qu'une conjecture, +il falloit des observations +suivies, des expériences certaines, +des faits bien constatés; +tout cela se trouve dans les lettres +de M. Franklin. Il ne manquoit +à cet ingénieux physicien +qu'une dernière preuve pour +achever de le convaincre que la +matière du tonnerre est absolument +la même que celle de l'électricité; +n'étant pas apparemment +trop à portée d'acquérir +<span class="pagenum"><a name="II73" id="II73">II-73</a></span> +cette preuve par lui-même, il +nous a enseigné le moyen d'y +parvenir.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote41" +name="footnote41"><b>Note 41: </b></a><a href="#footnotetag41"> +(retour) </a> Lettre à M. Mortimer du mois de Mars +1735.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote42" +name="footnote42"><b>Note 42: </b></a><a href="#footnotetag42"> +(retour) </a> Leçons de physique, tom, 4. p. 314.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote43" +name="footnote43"><b>Note 43: </b></a><a href="#footnotetag43"> +(retour) </a> Considérations sur la cause physique +des tremblemens de terre.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote44" +name="footnote44"><b>Note 44: </b></a><a href="#footnotetag44"> +(retour) </a> Dissertation sur le rapport qui se +trouve entre les phénomènes du tonnerre & +ceux de l'électricité, par M. Barb. Méd. à +Dijon. Bordeaux 1750.</blockquote> + +<p>Après avoir répété avec un +succés plus que complet toutes +les expériences de Philadelphie, +après m'être confirmé dans la +confiance entière que j'ai aux +sçavantes propositions qui y sont +établies & démontrées, j'ai entrepris +de vérifier jusqu'aux conjectures +de mon auteur; & j'en +suis venu à obtenir cette dernière +preuve qui manquoit à sa conviction. +L'importance du sujet +m'a paru mériter l'attention de +l'Académie. Le résultat de l'expérience +dont je vais rendre +compte, ne va pas moins qu'à +<span class="pagenum"><a name="II74" id="II74">II-74</a></span> +faire connoître la nature du tonnerre, +à le soumettre, pour ainsi +dire, au pouvoir des hommes, à +dissiper ce redoutable météore, +& à prévenir ses funestes effets.</p> + +<p>Mais pour me faire mieux entendre, +sur tout de ceux qui ne +sont point assez au fait des expériences +de Philadelphie, j'en +vais rapporter un extrait de ce +qui est relatif à mon objet, & +j'y ajouterai quelques autres observations +dont je ne suis pas +moins sûr.</p> + +<p>1º. La matière électrique est +un fluide, une espèce de feu répandu +dans toute la nature en +différentes proportions.</p> + +<p>2. Quoique les corps contiennent +<span class="pagenum"><a name="II75" id="II75">II-75</a></span> +chacun une certaine quantité +de ce feu, on les a distingués +en corps électriques & corps +non-électriques. Ces distinctions +sont assez connuës.</p> + +<p>3. Les premiers sont propres +à communiquer ce feu, & non +à le conduire: les derniers le reçoivent +& le transmettent, sans +pouvoir le communiquer par +eux-mêmes.</p> + +<p>4. En ce sens l'air est naturellement +électrique, & l'eau ne +l'est pas.</p> + +<p>5. Les corps non-électriques +retiennent le feu dont ils ont été +une fois chargés, jusqu'à ce qu'il +en approche d'autres corps qui +en ayent moins; alors le feu +<span class="pagenum"><a name="II76" id="II76">II-76</a></span> +se communique avec bruit, & +se distribue également entr'eux.</p> + +<p>6. L'eau étant électrisée, les +vapeurs qui s'en exhalent le sont +aussi.</p> + +<p>7. Les particules de matière +électrisée se repoussent mutuellement; +delà vient apparemment +que l'électricité, aussi bien +que la chaleur, augmente l'évaporation +des liqueurs.</p> + +<p>8. Le frottement entre un +corps non-électrique & un corps +originairement électrique produit +le feu électrique, non en le +créant, mais en le rassemblant.</p> + +<p>9. La mer est un composé +d'eau corps non-électrique, & de +sel corps originairement électrique.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II77" id="II77">II-77</a></span> + +<p>10. Lorsqu'il y a du frottement +entre les parties voisines +de sa surface, la matière électrique +y est rassemblée des parties +inférieures & y devient apparente. +C'est ce qu'on remarque dans +le sillage d'un vaisseau, sous les +coups de rames, dans l'écume & +dans les parties d'eau agitées par +le vent. Enfin dans une tempête +toute la mer paroît en feu.</p> + +<p>11. Les particules d'eau détachées +étant alors repoussées +de sa surface électrisée, emportent +avec elles le feu électrique +qui a été rassemblé, & en s'élèvant +elles s'attachent elles-mêmes +aux particules d'air qu'elles +rencontrent.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II78" id="II78">II-78</a></span> + +<p>12. Les particules d'air ainsi +chargées & appésanties par les +particules d'eau qui y sont adhérentes, +retomberoient bientôt +sur la terre, si le feu électrique +attaché à ces dernieres ne les +rendoit spécifiquement plus légères. +La chaleur du soleil contribuë +encore à les alléger.</p> + +<p>13. Aidées de ces deux puissances +le feu électrique & le feu +commun, les vapeurs de la +mer s'élèvent fort haut dans +l'air, & y forment des nuages +chargés comme elles de l'un & +l'autre feu.</p> + +<p>14. Quand même ces nuages +fortement électrisés viendroient +à s'élever dans la région la plus +<span class="pagenum"><a name="II79" id="II79">II-79</a></span> +froide au-dessus de la terre, le +froid qu'ils y rencontreroient +pourroit diminuer leur feu commun; +mais loin de diminuer leur +feu électrique, il ne feroit qu'en +augmenter la force.</p> + +<p>15. Les nuages formés des +exhalaisons de la terre, ayant +peu de feu électrique, ne s'élèvent +pas beaucoup, & déposent +leur eau promptement & aisément; +c'est de là que les vents +de terre qui soufflent sur mer se +font facilement reconnoître par +leur sécheresse.</p> + +<p>16. Il en est tout autrement +des nuages formés des exhalaisons +de la mer; ayant beaucoup +de feu électrique, ils soutiennent +<span class="pagenum"><a name="II80" id="II80">II-80</a></span> +fortement leur eau, s'élèvent +à une grande hauteur, & +poussés par les vents peuvent la +conduire du milieu de l'Océan +au milieu du plus vaste continent.</p> + +<p>17. Ces nuages électrisés étant +poussés par les vents, sont attirés +par les montagnes auxquelles +ils communiquent leur feu électrique: +alors les particules d'eau +se rapprochent & tombent en +rosée, si l'air est peu chargé; +mais s'il est fort chargé, le feu +électrique sort tout à la fois d'un +nuage entier, & en l'abandonnant +il brille comme un éclair +& fait un bruit violent; dans ce +cas les particules d'eau se réunissent +<span class="pagenum"><a name="II81" id="II81">II-81</a></span> +faute de ce feu, & tombent +en grosses ondées.</p> + +<p>18. Lorsqu'une montagne attire +ainsi les nuées, & tire le feu +électrique du premier nuage qui +l'aborde, celui qui suit, lorsqu'il +approche du premier actuellement +dépouillé de son feu, lui +lance le sien, & commence à +déposer son eau propre. Le premier +nuage communiquant ce +nouveau feu à la montagne, un +troisiéme nuage survient, & tous +les autres arrivant successivement +agissent de la même manière +sur ceux qui les précèdent +& sur la montagne, d'aussi loin +qu'ils s'étendent en arrière, ce +qui peut être sur une étendue +<span class="pagenum"><a name="II82" id="II82">II-82</a></span> +de pays de quelques centaines +de lieuës.</p> + +<p>19. Delà viennent les déluges +de pluyes, les tonnerres, les +éclairs presque perpétuels sur les +montagnes les plus élevées, du +pied desquelles les plus grands +rivières tirent leurs sources.</p> + +<p>20. Quoique les endroits voisins +des hautes montagnes soient +ceux où le tonnerre est le plus +fréquent, ce ne sont pas les +seuls qui y soient sujets; il se fait +aussi entendre dans les pays plats +& unis, & les nuages de mer y +déposent leurs eaux sans y être +arrêtés par les montagnes. Mais +dans ce cas ce sont les nuages +de terre qui font l'office des montagnes. +<span class="pagenum"><a name="II83" id="II83">II-83</a></span> +Ceux-ci non-électrisés & +beaucoup moins élevés venant +à passer sous ceux-là qui sont +électrisés & fort élevés, les attirent, +en reçoivent le feu électrique, +& par ce moyen sont +contraints les uns & les autres +de laisser tomber subitement les +eaux dont ils étoient chargés.</p> + +<p>21. Personne ne doute que +les corps électrisés ne soient entourés +d'une atmosphère électrique +d'une étenduë considérable +& précisément de la même figure +que ces corps. On peut +même rendre cette atmosphère +visible en excitant au-dessous du +corps électrisé une fumée de résine +bien séche. L'attraction & +<span class="pagenum"><a name="II84" id="II84">II-84</a></span> +la répulsion se font dans toute +l'étenduë de cette atmosphère, +quoique le feu électrique ne +puisse se communiquer de si +loin, du moins avec bruit; c'est +pour cette raison qu'un nuage +de terre non-électrisé venant à +passer au-dessous d'un nuage de +mer fort électrisé, l'attire à une +très-grande distance.</p> + +<p>22. Quand plusieurs nuages +de mer rencontrent plusieurs +nuages de terre, le feu électrique +s'élance de différens côtés, +& les élancemens continuënt +jusqu'à ce que le feu électrique +soit également répandu dans tous +ces nuages.</p> + +<p>23. La distance où se font les +<span class="pagenum"><a name="II85" id="II85">II-85</a></span> +élancemens du feu électrique +étant relative à l'étenduë des +corps électrisés, si dans les expériences +électriques deux canons +de fusil électrisés frappent à +deux pouces de distance & font +un éclat & un bruit sensible, à +quelle distance énorme ne doivent +pas être portés le coup, le +bruit & le feu d'un nuage de dix +mille arpens électrisé?</p> + +<p>24. Comme les courans d'air +avec les nuages suivant des routes +différentes, il est aisé de +concevoir comment les nuages +passant les uns sous les autres peuvent +s'attirer réciproquement & +s'approcher suffisamment pour le +choc électrique. On conçoit de +<span class="pagenum"><a name="II86" id="II86">II-86</a></span> +même comment les nuages +électrisés peuvent être emportés +sur les terres fort loin de la mer +sans aucun obstacle.</p> + +<p>25. Le feu électrique n'est visible +& ne se fait entendre que +quand il traverse l'air pour sauter +d'un corps à un autre; on ne +l'apperçoit point le long d'un fil +de fer dans les expériences électriques; +& on le voit le long d'une +chaîne, parce qu'il saute de chaînon +en chaînon. De même le feu +du tonnerre ne brille que quand +il saute d'un nuage à un autre. +Quoique l'éclair & le coup partent +en même tems, l'on ne +voit le premier avant d'entendre +le second, que parce que la lumière +<span class="pagenum"><a name="II87" id="II87">II-87</a></span> +vole plus rapidement que +le son; d'où il suit naturellement +que l'on peut juger de l'éloignement +du tonnerre par la +distance de l'éclair au bruit, & +qu'il n'y a jamais rien à craindre +d'un éclat de tonnerre dont on +a vû l'éclair.</p> + +<p>26. Une étincelle électrique +tirée à quelque distance d'un +corps irrégulier par un autre +corps pareil, paroît courbée & +ondoyante dans l'air; delà vient +l'apparition de l'éclair en zic-zac.</p> + +<p>27. Les éminences, les grands +arbres & les édifices élevés sont +les plus exposés à être frappés +du tonnerre; ainsi il est dangereux +<span class="pagenum"><a name="II88" id="II88">II-88</a></span> +d'y chercher un abri pendant +l'orage.</p> + +<p>28. Une autre raison pourquoi +il vaudroit mieux être en rase +campagne, c'est que le feu électrique, +s'il y atteignoit quelqu'un, +pourroit glisser sur ses +habits mouillés, sans lui faire de +mal. Un rat mouillé ne peut +être tué par l'explosion de la bouteille +électrique.</p> + +<p>29. Le feu électrique & le feu +commun peuvent subsister, & +subsistent ensemble dans le même +corps. Le premier agit sur +le second; & une quantité suffisante +de l'un & de l'autre en +différentes proportions produit +l'inflammation.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II89" id="II89">II-89</a></span> + +<p>30. Les métaux sont souvent +fondus par la foudre, & ces sortes +de fusions sont froides ou +chaudes. La fusion froide ou sans +chaleur n'est qu'une désunion +des particules métalliques qui +détruit l'attraction par laquelle +leur cohésion subsistoit. C'est la +même manière dont les menstruës +agissent sur le métal. Quand +une épée est fonduë dans son +fourreau, & l'argent dans une +bourse, sans que le fourreau & +la bourse soient brûlés, il faut +nécessairement que ce soit par +une espèce de fusion froide. Je +pourrois citer plusieurs autres +exemples de faits tout semblables; +mais pour abréger je dirai +<span class="pagenum"><a name="II90" id="II90">II-90</a></span> +seulement que l'on imite cet effet +dans une des expériences +électriques de Philadelphie.</p> + +<p>Il y a aussi des exemples que +la foudre opère quelquefois des +fusions de métaux par chaleur, +ce sont alors de véritables fusions, +des fusions brûlantes. Quoiqu'on +n'ait pas encore poussé les expériences +électriques jusqu'à des +opérations pareilles, je ne doute +point qu'on n'y parvienne dans +la suite.</p> + +<p>31. Comme il y a des corps +qui ont été déchirés par la foudre, +il y en a de même qui sont +déchirés par l'étincelle électrique. +En répétant l'expérience +où l'on perce une main de papier, +<span class="pagenum"><a name="II91" id="II91">II-91</a></span> +& où j'en ai souvent percé +jusqu'à 96. feüilles, j'ai remarqué +que les dernières feüilles +ont quelquefois souffert une déchirure +telle qu'on pouvoit y +passer le doigt.</p> + +<p>32. Il s'ensuit des observations +précédentes qu'on devroit entendre +très-rarement le tonnerre +en pleine mer, lorsque l'on est +fort éloigné de la terre. Quelques +anciens officiers de marine +qui ont été consultés sur ce sujet, +assurent que le fait s'accorde +parfaitement avec la conjecture, +& que les isles éloignés +du continent sont fort peu sujettes +à l'orage. Un observateur judicieux +a remarqué qu'il avoit +<span class="pagenum"><a name="II92" id="II92">II-92</a></span> +moins entendu de tonnerre pendant +treize ans qu'il a demeuré +aux Bermudes, qu'il n'en a quelquefois +entendu dans un mois +à la Caroline.</p> + +<p>33. M. Franklin ajoute à toutes +ces observations celles de +quelques effets singuliers du tonnerre, +& rapporte à ce sujet des +effets tout à fait semblables de +l'électricité: par exemple des +aveuglemens causés par l'un aussi +bien que par l'autre: des filets +dorés sur lesquels on avoit mis +de la peinture, qui ont été découverts +par l'électricité, de +même que par le tonnerre; il y +a une infinité d'autres effets de +ce météore que l'on pourroit +<span class="pagenum"><a name="II93" id="II93">II-93</a></span> +rappeller ici, & dont le rapport +avec ceux de l'électricité peut se +démontrer aussi facilement. Mais +pour ne point quitter M. Franklin, +je passe à une de ses expériences, +qui paroît bien décisive +pour le sujet dont il est question.</p> + +<p>Si l'on suspend au plat-fond +d'une chambre par une ficelle +de grandes balances de cuivre, +dont le fléau ait au moins 2. pieds +de longueur, de manière que +les bassins attachés à des cordons +de soye soient environ à un pied +de terre, ces bassins tourneront +circulairement par le détortillement +de la ficelle. Si l'on plante +sur le plancher un poinçon de +métal, dont la tête soit arrondie +<span class="pagenum"><a name="II94" id="II94">II-94</a></span> +& polie, de façon que les +bassins puissent passer pardessus +en décrivant leur cercle; si dans +cet état on électrise un des bassins +en lui appliquant le fil-d'archal +de la bouteille électrique, +on verra ce bassin s'abaisser en +passant sur le poinçon, & même +décharger son feu sur cet instrument, +s'il est à une distance convenable.</p> + +<p>Si après cela on attache une +aiguille la pointe en haut sur le +plancher auprès du poinçon, la +tête de cet instrument, loin d'attirer +comme auparavant le bassin +électrisé, semblera le repousser, +parce que la pointe de l'aiguille, +quoique beaucoup plus basse, +<span class="pagenum"><a name="II95" id="II95">II-95</a></span> +aura tiré le feu électrique dont +le bassin étoit chargé, avant qu'il +soit venu à portée d'être attiré +par la tête du poinçon.</p> + +<p>Ces deux bassins peuvent nous +représenter deux nuages, l'un +un nuage de mer, & l'autre un +nuage de terre; leur mouvement +horizontal sur le plancher +sera dans la même hypothèse, +celui des nuages au-dessus de la +terre, & le poinçon élevé représentera +une montagne, une éminence +ou un grand édifice; on +comprendra alors comment les +nuages électrisés, en passant au-dessus +des montagnes ou des bâtimens +à une trop grande hauteur +pour les frapper, en peuvent +<span class="pagenum"><a name="II96" id="II96">II-96</a></span> +être attirés jusqu'à la distance +qui leur est nécessaire pour +cet effet.</p> + +<p>Comme d'ailleurs l'aiguille fixée +la pointe en haut sur le plancher +au dessous du poinçon tire +en silence le feu électrique du +bassin à une distance beaucoup +plus grande que la distance requise +pour frapper, & prévient +ainsi la descente vers le poinçon: +comme le bassin électrisé, quand +même il viendroit par son propre +mouvement assez près pour frapper, +ne pourroit le faire, parce +qu'il auroit alors été dépoüillé de +la plus grande partie de son feu: +comme enfin dans ces deux cas +le poinçon seroit toujours garanti +<span class="pagenum"><a name="II97" id="II97">II-97</a></span> +du choc, il est plus que probable +que la connoissance du pouvoir +des pointes peut être d'un +très-grand avantage à l'humanité +pour préserver des atteintes de +la foudre des maisons, les églises, +les vaisseaux, &c.</p> + +<p>Il ne s'agiroit, pour y parvenir, +que de fixer perpendiculairement +sur les parties les plus +élevées de ces édifices des verges +de fer faites en forme d'aiguilles, +& dorées pour prévenir +la rouille, & d'abaisser du pied +de ces verges, un fil-d'archal au +dehors des bâtimens, jusqu'à ce +qu'il touchât la terre ou l'eau de +la mer. Ces verges de fer bien +pointuës tireroient probablement +<span class="pagenum"><a name="II98" id="II98">II-98</a></span> +& tireroit sans bruit le feu +électrique hors du nuage, avant +qu'il vint assez près pour frapper +& pour causer aucun désastre.</p> + +<p>Mais avant que d'en venir à +cet expédient il restoit un problême +à résoudre. Toutes les +observations pouvoient paroître +bien faites, toutes les réflexions +naturelles, tous les raisonnemens +suivis, toutes les inductions justes, +sans que pour cela le succès +répondît à la vraisemblance. Il +étoit question de décider avant +tout si les nuées qui contiennent +la foudre sont électrisées ou non; +c'est ce doute qui a empêché M. +Franklin de prononcer hardiment +<span class="pagenum"><a name="II99" id="II99">II-99</a></span> +sur toute cette matière. +Ce que sa pénétration & la justesse +de son raisonnement lui ont +fait reconnoître, sa droiture & +sa sincérité n'ont osé l'assurer. +Tout ce qu'il a pû faire dans +cette circonstance embarrassante, +ç'a été de proposer sa conjecture, +& de nous enseigner les +moyens de décider la question. +En suivant la route qu'il nous a +tracée, j'ai obtenu une satisfaction +complette. Voici les préparatifs, +le procèdé & le succès.</p> + +<p>1º. J'ai fait faire à Marly-la-Ville, +situé à six lieuës de Paris, +au milieu d'un belle plaine, dont +le sol est fort élevé, une verge +de fer d'environ un pouce +<span class="pagenum"><a name="II100" id="II100">II-100</a></span> +diamètre, longue de quarante +pieds & fort pointuë par son extrémité +supérieure; pour lui ménager +une pointe plus fine, je +l'ai fait armer d'acier trempé & +ensuite brunir, au défaut de dorure, +pour la préserver de la +rouille; outre cela cette verge +de fer est courbée vers son extrémité +inférieure en deux coudes +à angles aigus quoiqu'arondis; +le premier coude est éloigné +de deux pieds du bout inférieur, +& le second est en sens contraire +à trois pieds du premier.</p> + +<p>2º. J'ai fait planter dans un +jardin trois grosses perches de +vingt-huit à vingt-neuf pieds disposées +en triangle, & éloignées +<span class="pagenum"><a name="II101" id="II101">II-101</a></span> +les unes des autres d'environ +huit pieds; deux de ces perches +sont contre un mur, & la troisiéme +est au-dedans du jardin. +Pour les affermir toutes ensemble +l'on a cloué sur chacune des +entre-toises à vingt pieds de hauteur, +& comme le grand vent +agitoit encore cette espèce d'édifice, +l'on a attaché au haut de +chaque perche de longs cordages, +qui tenant lieu d'aubans, +répondent par le bas à de bons +piquets fortement enfoncés en +terre à plus de vingt pieds des +perches.</p> + +<p>3º. J'ai fait construire entre +les deux perches voisines du mur, +& adosser contre ce mur une +<span class="pagenum"><a name="II102" id="II102">II-102</a></span> +petite guérite de bois capable +de contenir un homme & une +table.</p> + +<p>4º. J'ai fait placer au milieu +de la guérite une petite table +d'environ un demi pied de hauteur, +& sur cette table j'ai fait +dresser & affermir un tabouret +électrique. Ce tabouret n'est autre +chose qu'une petite planche +quarrée portée sur trois bouteilles +à vin; il n'est fait de cette +manière que pour suppléer au +défaut d'un gâteau de résine qui +me manquoit.</p> + +<p>5º. Tout étant ainsi préparé, +j'ai fait élever perpendiculairement +la verge de fer au milieu +des trois perches, & je l'ai affermie +<span class="pagenum"><a name="II103" id="II103">II-103</a></span> +en l'attachant à chacune de +ces perches avec de forts cordons +de soye par deux endroits +seulement. Les premiers liens +sont au haut des perches environ +trois pouces au-dessous de leurs +extrémités supérieures: les seconds +sont vers la moitié de leur +hauteur. Le bout inférieur de la +verge de fer est solidement appuyé +sur le milieu du tabouret +électrique, où j'ai fait creuser +un trou propre à le recevoir.</p> + +<p>6º. Comme il étoit important +de garantir de la pluye le +tabouret & les cordons de soye, +parce qu'ils laisseroient passer la +matière électrique s'ils étoient +mouillés, j'ai pris les précautions +<span class="pagenum"><a name="II104" id="II104">II-104</a></span> +nécessaires pour en empêcher: +c'est dans cette vûe que j'ai mis +mon tabouret sous la guérite, +& que j'avois fait courber ma +verge de fer à angles aigus, afin +que l'eau qui pourroit couler le +long de cette verge ne pût arriver +jusques sur le tabouret. C'est +aussi dans le même dessein que +j'ai fait clouer sur le haut & au +milieu de mes perches à trois +pouces au-dessus des cordons de +soye, des espèces de boëtes formées +de trois petites planches +d'environ 15. pouces de long, +qui couvrent pardessus & par les +côtés une pareille longueur des +cordons de soye sans leur toucher.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II105" id="II105">II-105</a></span> + +<p>Il s'agissoit de faire dans le +tems de l'orage deux observations +sur cette verge de fer ainsi +disposée; l'une étoit de remarquer +à sa pointe une aigrette +lumineuse semblable à celle +qu'on apperçoit à la pointe d'une +aiguille, quand on l'oppose assez +près d'un corps actuellement +électrisé: l'autre étoit de tirer de +la verge de fer des étincelles, +comme on en tire du canon de +fusil dans les expériences électriques. +J'étois bien assuré du succès +de la première de ces observations, +m'étant rappellé que +cette aigrette est connuë il y a +deux ou trois mille ans. Les plus +anciens auteurs, Homère, Aristote, +<span class="pagenum"><a name="II106" id="II106">II-106</a></span> +Plutarque, Horace, &c. en +ont parlé sous le nom d'astre d'Hélène, +quand il n'en paroissoit qu'une, +& sous les noms de Castor & +Pollux, quand on en voyoit deux.</p> + +<p>Il n'est point rare aux navigateurs +d'appercevoir ces aigrettes +lumineuses au haut des mâts, au +bout des vergues, en un mot +dans les endroits élevés, où il y +a des pointes dressées en l'air, +surtout pendant la nuit, à l'approche +& dans le tems des orages; +c'est ce qu'ils appellent le +feu S. Elme. Outre cela un de +mes amis de province m'a mandé +avoir remarqué plusieurs fois +dans des orages de nuit un feu +follet à la pointe de la verge de +<span class="pagenum"><a name="II107" id="II107">II-107</a></span> +fer d'une girouette qui se trouvoit +devant la fenêtre de son appartement.</p> + +<p>La certitude de cette première +observation me donnoit aussi +beaucoup de confiance pour la +seconde; j'ose même dire que je +n'étois pas moins assuré de son +succès. Il me paroissoit impossible +que la verge de fer étant bien +isolée de tous corps non-électriques, +ne donnât pas des étincelles, +dès qu'elle tiroit & recevoit +la matière électrique par sa +pointe, mais il falloit voir ces +étincelles.</p> + +<p>Après avoir ainsi dressé toute +la machine, ne pouvant pas toujours +rester à la campagne pour +<span class="pagenum"><a name="II108" id="II108">II-108</a></span> +attendre l'orage, j'ai chargé de +faire les observations en mon +absence un habitant du lieu, +nommé Coiffier, qui a servi quatorze +ans dans les dragons, & +sur qui je pouvois également +compter pour l'intelligence & +pour l'intrépidité. Je lui avois +donné toutes les instructions nécessaires, +soit pour observer l'aigrette +lumineuse qui devoit paroître +à la pointe de la verge de +fer, soit pour tirer les étincelles +de cette verge avec le tenon +d'un fil-d'archal que j'avois attaché +au collet d'une longue fiole +pour lui servir de manche, & +par ce moyen le garantir des piqûres +de ces étincelles qui +<span class="pagenum"><a name="II109" id="II109">II-109</a></span> +pouroient être trop fortes.</p> + +<p>Je lui avois encore recommandé +de faire venir auprès de +la machine quelques-uns de ses +voisins, & même de faire avertir +M. le Prieur Curé de Marly, +qui m'avoit promis de s'y trouver +sitôt que le tems paroîtroit +disposé à l'orage.</p> + +<p>Le Mercredi 10. Mai 1752. +entre deux & trois heures après +midi, mon ami Coiffier entendit +un coup de tonnerre assez +fort: il vole à la machine, prend +la fiole avec le fil-d'archal, présente +le tenon du fil à la verge, +en voit sortir une petite étincelle +brillante, & en entend le pétillement; +il tire une seconde +<span class="pagenum"><a name="II110" id="II110">II-110</a></span> +étincelle plus forte que la première +& avec plus de bruit: il +appelle ses voisins, & envoye +chercher M. le Prieur: celui-ci +accourt de toutes ses forces; les +Paroissiens voyant la précipitation +de leur Curé, s'imaginent +que le pauvre Coiffier a été tué +du tonnerre; l'allarme se répand +dans le village: la grêle qui survient +n'empêche point le troupeau +de suivre son Pasteur. Cet +honnête Ecclésiastique arrive +près de la machine, & voyant +qu'il n'y avoit point de danger, +met lui-même la main à l'oeuvre, +& tire de fortes étincelles. +La nuée d'orage & de grêle ne +fut pas plus d'un quart-d'heure à +<span class="pagenum"><a name="II111" id="II111">II-111</a></span> +passer au zénith de notre machine, +& l'on n'entendit que ce +seul coup de tonnerre. Sitôt que +le nuage fut passé, & qu'on ne +tira plus d'étincelles de la verge +de fer, M. le Prieur de Marly +fit partir le sieur Coiffier lui-même +pour m'apporter la lettre suivant +qu'il m'écrivit à la hâte.</p> + +<p>«Je vous annonce, Monsieur, +ce que vous attendez; l'expérience +est complette. Aujourd'hui +à deux heures vingt minutes +après midi le tonnerre a +grondé directement sur Marly; +le coup a été assez fort. L'envie +de vous obliger & la curiosité +m'ont tiré de mon fauteüil, +où j'étois occupé à lire: je suis +<span class="pagenum"><a name="II112" id="II112">II-112</a></span> +allé chez Coiffier, qui déjà +m'avoit dépêché un enfant que +j'ai rencontré en chemin pour +me prier de venir, j'ai doublé +le pas à travers un torrent de +grêle. Arrivé à l'endroit où est +placé la tringle coudée j'ai présenté +le fil-d'archal, en avançant +successivement vers la tringle à +un pouce & demi ou environ; +il est sorti de la tringle une petite +colonne de feu bleuâtre +sentant le souffre, qui venoit +frapper avec une extrême vivacité +le tenon du fil-d'archal, +& occasionnoit un bruit semblable +à celui qu'on feroit en +frappant sur la tringle avec une +clef. J'ai répèté l'expérience +<span class="pagenum"><a name="II113" id="II113">II-113</a></span> +au moins six fois dans l'espace +d'environ quatre minutes en +présence de plusieurs personnes, +& chaque expérience que +j'ai faite a duré l'espace d'un <i>pater</i> +& d'un <i>ave</i>. J'ai voulu continuer; +l'action du feu s'est rallentie +peu à peu; j'ai approché +plus près, & n'ai plus tiré que +quelques étincelles, & enfin +rien n'a paru.»</p> + +<p>«Le coup de tonnerre qui a +occasionné cet événement n'a +été suivi d'aucun autre; tout +s'est terminé par une abondance +de grêle. J'étois si occupé +dans le moment de l'expérience +de ce que je voyois, qu'ayant +été frappé au bras un peu au-dessus +<span class="pagenum"><a name="II114" id="II114">II-114</a></span> +du coude, je ne puis +dire si c'est en touchant au fil-d'archal +ou à la tringle: je ne +me suis pas plaint du mal que +m'avoit fait le coup dans le +moment que je l'ai reçu; mais +comme la douleur continuoit, +de retour chez moi j'ai découvert +mon bras en présence de +Coiffier, & nous avons apperçu +une meurtrissure tournante autour +du bras, semblable à celle +que feroit un cou de fil-d'archal +si j'en avois été frappé à +nud. En revenant de chez +Coiffier j'ai rencontré M. le +Vicaire, M. de Milly & le +maître d'école à qui j'ai rapporté +ce qui venoit d'arriver; +<span class="pagenum"><a name="II115" id="II115">II-115</a></span> +ils se sont plaint tous les trois +qu'ils sentoient une odeur de +soufre qui les frappoit davantage +à mesure qu'ils approchoient +de moi: j'ai porté chez +moi la même odeur, & mes +domestiques s'en sont apperçus +sans que je leur aie rien dit.»</p> + +<p>«Voilà, Monsieur, un récit +fait à la hâte, mais naïf & vrai +que j'atteste, & vous pouvez +assurer que je suis prêt à rendre +témoignage de cet événement +dans toutes occasions. Coiffier +a été le premier qui a fait l'expérience, +& l'a répétée plusieurs +fois; ce n'est qu'à l'occasion +de ce qu'il a vû qu'il m'a envoyé +prier de venir. S'il étoit +<span class="pagenum"><a name="II116" id="II116">II-116</a></span> +besoin d'autres témoins que de +lui & moi, vous les trouveriez. +Coiffier presse pour partir.»</p> + +<p>«Je suis avec une respectueuse +considération, Monsieur, +votre, &c. signé Raulet, Prieur +de Marly. 10. <i>Mai</i> 1752.»</p> + +<p>On voit par le détail de cette +lettre que le fait est assez bien +constaté pour ne laisser aucun +doute à ce sujet. Le porteur m'a +assuré de vive voix qu'il avoit +tiré pendant près d'un quart-d'heure +avant que M. le Prieur +arrivât, en présence de cinq ou +six personnes, des étincelles +beaucoup plus fortes & plus +bruyantes que celles dont il est +parlé dans la lettre. Ces premières +<span class="pagenum"><a name="II117" id="II117">II-117</a></span> +personnes arrivant successivement +n'osoient approcher qu'à +dix ou douze pas de la machine, +& à cette distance, malgré le +plein soleil, ils voyoient les étincelles +& en entendoient le bruit.</p> + +<p>Il ne parut point d'aigrette lumineuse +à la pointe de la verge +de fer; il y en avoit cependant +une, & Coiffier m'a dit y avoir +apperçu une très-foible lueur; +mais d'abord la lumière du soleil, +& ensuite l'opacité de la grêle +la dérobèrent bientôt à la vûe; +d'ailleurs il y a toute apparence +que l'aigrette seroit plus visible +à la pointe d'une verge de fer +qui ne seroit point isolée.</p> + +<p>La comparaison des odeurs du +<span class="pagenum"><a name="II118" id="II118">II-118</a></span> +tonnerre & de l'électricité n'a +point échapé à mes recherches +pour en tirer une preuve de leur +identité; mais comme je ne connois +point assez l'odeur du météore, +je n'ai pas voulu m'y arrêter. +Pour l'odeur de soufre dont +il est parlé dans la lettre, elle +pourroit bien être la même que +celle de phosphore que l'on sent +après de violentes explosions +dans certaines expériences électriques. +Quand on ne connoît +pas bien distinctement l'une & +l'autre, il est fort aisé de s'y méprendre.</p> + +<p>Enfin il me paroît évidemment +prouvé par l'expérience de +Marly que le tonnerre est pour +<span class="pagenum"><a name="II119" id="II119">II-119</a></span> +le moins aussi propre que le globe +de verre à communiquer l'électricité +aux corps non-électriques, +& que les corps originairement +électriques, comme +le verre & la soye, retiennent +aussi bien cette électricité naturelle +que celle qu'on excite +artificiellement. Je ne doute +même point, & je crois que personne +n'en doutera, que si l'orage +duroit quelque tems, on +ne pût faire avec cette électricité +naturelle toutes les mêmes +expériences que l'on fait avec +l'artificielle.</p> + +<p>Il résulte de toutes les expériences +& observations que j'ai +rapportées dans ce mémoire, & +<span class="pagenum"><a name="II120" id="II120">II-120</a></span> +surtout de la dernière expérience +faite à Marly-la-Ville, que la +matière du tonnerre est incontestablement +la même que celle +de l'électricité. L'idée qu'en a +euë M. Franklin cesse d'être une +conjecture; la voilà devenuë une +réalité, & j'ose croire que plus +on approfondira tout ce qu'il a +publié sur l'électricité, plus on +reconnoîtra combien la Physique +lui est redevable pour cette +partie.</p> + +<p>Il ne me reste plus qu'à dire +quelque chose des avantages +qu'on peut retirer de cette importante +découverte. Puisqu'il +est bien reconnu qu'une pointe +métallique présentée à quelque +<span class="pagenum"><a name="II121" id="II121">II-121</a></span> +distance vis-à-vis d'un corps actuellement +électrisé en tire le +feu, & le décharge entiérement +sans bruit, sans explosion & sans +commotion: puisqu'il est également +vérifié qu'une verge de +fer présentant sa pointe bien acérée +vers un nuage chargé de +tonnerre, tire en silence la matière +électrique de ce nuage, +dès qu'il est assez proche pour +que la verge se trouve dans on +atmosphère électrique, cette +verge suffira pour le décharger +entiérement de tout le feu qui y +est retenu, & elle opérera ce +bon effet d'autant plus surement +& plus facilement que la nuée +orageuse sera plus près & +<span class="pagenum"><a name="II122" id="II122">II-122</a></span> +plus long-tems à passer à portée +de la pointe.</p> + +<p>Delà résultent les avantages +infinis de dissiper presque à volonté +la matière du tonnerre, & +de préserver de ses atteintes les +édifices tant publics que particuliers. +Je suis persuadé que, si +au lieu de terminer, comme on +le fait ordinairement, les toits +des pavillons, des tours, des +clochers & les mâts des vaisseaux +&c. par des giroüettes, par des +coqs, par des croix, par des +perroquets, &c. On y dressoit +des pointes métalliques de la +manière dont il a été expliqué +ci-devant, on garantiroit ces +édifices de la foudre. Dans la +<span class="pagenum"><a name="II123" id="II123">II-123</a></span> +supposition même où ces pointes +ainsi élevées, en tirant le feu +des nuages orageux, en seroient +assaillies par une quantité excessive, +ou, pour me servir des +expressions usitées, quand ces +pointes fendroient la nuë, & attireroient +sur elles un orage tout +entier, le fil de fer attaché à +leur extrémité inférieure suffiroit +pour conduire ce feu jusqu'à la +terre ou à l'eau au dehors des +édifices, sans que la foudre pût +leur toucher; la raison m'en paroît +évidente. Comme le métal +est moins électrique, & par-là +plus perméable à l'électricité +que les pierres, les bois & les +autres matériaux qui entrent dans +<span class="pagenum"><a name="II124" id="II124">II-124</a></span> +la construction d'un bâtiment; +le feu électrique ne quittera point +cette route que quand elle lui +manquera.</p> + +<p>Pour calmer les craintes de +ceux qui, malgré ces raisons, +pourroient appréhender que les +pointes élevées sur leurs maisons +n'y attirassent le feu du ciel, j'ajouterai +ici un autre moyen de +les mettre tout-à-fait en sureté. +Il consiste à élever dans le voisinage +autour de leurs châteaux +ou maisons plusieurs de ces mêmes +verges métalliques sur de +grands arbres, sur des tours, sur +des éminences, &c. ou simplement +à les planter en terre, +pourvû qu'elles ayent assez de longueur +<span class="pagenum"><a name="II125" id="II125">II-125</a></span> +pour surpasser, ou tout au +moins pour égaler la hauteur des +édifices que l'on voudra préserver. +S'il pouvoit arriver que le +tonnerre tombât sur ces verges, +il ne pourroit y faire aucun désordre. +Il ne faudroit peut-être +pas une centaine de verges de +fer ainsi dressées & disposées +dans les différens quartiers & +dans les endroits les plus élevés, +pour préserver de la foudre toute +la Ville de Paris.</p> + +<p>«Dès que ce mémoire eut +été lû à l'Académie Royale des +Sciences, où il avoit été écouté +avec la plus grande attention, +& reçu avec l'accueil le +plus obligeant, le bruit s'en +<span class="pagenum"><a name="II126" id="II126">II-126</a></span> +répandit; cette découverte fut +mise dans toutes les nouvelles +publiques, & l'expérience fut +repétée avec le même succès +dans toutes les parties de l'Europe. +On imagina différens +moyens pour élever des verges +de fer pointuës suivant la situation +des lieux, & il s'en trouva +de très-ingénieux. Celui par +exemple de dresser une pointe +métallique au-dessus d'un cerf-volant +que l'on élève en l'air à +l'approche d'un orage, a fait +voir des phénomènes très-singuliers. +La matière électrique +y étoit si abondante qu'elle faisoit +à chaque instant des explosions +assez bruyantes pour être +<span class="pagenum"><a name="II127" id="II127">II-127</a></span> +entenduës à des distances considérables. +Ces explosions doivent +être regardées, & sont +réellement autant de petits +coups de tonnerre dont les effets +pourroient être aussi funestes +pour ceux qui se trouveroient +à portée d'en être frappés. +L'exemple de M. Richman, +professeur de physique à +Petersbourg & martyr de l'électricité, +suffiroit seul pour +avertir qu'il est quelquefois dangereux +de s'approcher sans +beaucoup de précaution de la +verge de fer électrisée par le +tonnerre. Il paroît par la relation +de sa mort, arrivée le 6. Août +1753. & insérée dans les gazettes +<span class="pagenum"><a name="II128" id="II128">II-128</a></span> +d'Hollande & de France +du mois de Septembre suivant, +qu'il n'a pas été tué par le tonnerre +tombé directement du +ciel, mais par l'explosion de +la matière électrique dont la +barre de fer trop bien isolée se +trouva surchargée au moment +que sa tête en approcha pendant +qu'il faisoit ses observations.»</p> + +<p>«Il est encore arrivé deux accidens +du même genre, quoique +moins tragiques, à deux +célèbres physiciens, dont l'un<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a> +<a href="#footnote45"><sup class="sml">45</sup></a> +est associé & l'autre<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a> +<a href="#footnote46"><sup class="sml">46</sup></a> correspondant +<span class="pagenum"><a name="II129" id="II129">II-129</a></span> +de l'Académie Royale +des Sciences. Tous les deux +furent renversés par le coup +dont ils furent frappés en voulant +tirer des étincelles de leur +appareil électrique. Un degré +de plus dans la charge de cet +appareil leur eût vraisemblablement +fait éprouver un sort +aussi funeste qu'au physicien +Moscovite. Mais je suis sûr que +les précautions dont je me suis +presque toujours servi en pareil +cas, auroient pû les en garantir, +& j'exhorte tous ceux qui +voudront faire de pareilles observations +sur le tonnerre, à +mettre en usage ces mêmes +précautions.»</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote45" +name="footnote45"><b>Note 45: </b></a><a href="#footnotetag45"> +(retour) </a> M. le Monnier, Médecin de S. Germain +en Laye.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote46" +name="footnote46"><b>Note 46: </b></a><a href="#footnotetag46"> +(retour) </a> Le R. P. Bertier de l'Oratoire, à +Montmorency.</blockquote> + +<span class="pagenum"><a name="II130" id="II130">II-130</a></span> + +<p>«Peu de jours après la publication +du mémoire ci-dessus, +j'imaginai adapter un petit +carillon à une pointe métallique +que j'avois fait élever au +jardin du Roi pour M. de Buffon; +ce carillon est composé +de deux petits timbres, dont +l'un est attaché au fil de fer +correspondant à la pointe, & +l'autre à la muraille, avec une +petite boule de métal suspenduë +entre deux par un fil de +soye pour servir de battant. Dès +le premier orage qui arriva le +jour même, le carillon sonna +plus d'une demi-heure avant +que le tonnerre grondât & +avant que les éclairs parussent. +<span class="pagenum"><a name="II131" id="II131">II-131</a></span> +Par ce moyen nous avons toujours +été avertis depuis de l'approche +des nuages orageux; il +nous est même arrivé plusieurs +fois, à M. de Buffon & à moi, +d'entendre sonner le carillon +sans aucune apparence de tonnerre. +Quand un nuage chargé +d'électricité vient à passer +au-dessus de la pointe métallique +à une grande distance, il +met le carillon en mouvement, +& soit qu'il n'y ait point assez +de matière pour causer un véritable +orage, soit que la pointe +en dissipe assez pour en empêcher, +tout se passe sans fracas.»</p> + +<p>«Ce carillon ainsi adapté à la +<span class="pagenum"><a name="II132" id="II132">II-132</a></span> +machine du tonnerre sert à plusieurs +usages importans; 1°. +il avertit de l'approche ou de +la présence d'un nuage orageux +tant la nuit que le jour; 2°. il +fait connoître l'abondance de +la matière électrique dont un +nuage est chargé, par la fréquence +plus ou moins grande +de ses battemens, & même +par son silence, comme on le +verra dans la suite; 3°. étant +une décharge continuelle de +la matière électrique, qui s'accumule +sur la machine du tonnerre, +il est suffisant pour en +prévenir les funestes accidens. +Je suis très-persuadé que ni M. +Richman ni les autres n'auroient +<span class="pagenum"><a name="II133" id="II133">II-133</a></span> +point été frappés si rudement, +s'il y avoit eu de pareilles +décharges aux machines +dont ils se sont servis.»</p> +<br><br><br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> +<h2>DE LA LETTRE II.</h2> + +<p class="rig"><i>29. Juin 1751.</i></p><br><br> + +<p><span class="large">D</span><br>ans la relation que le capitaine +Waddel a donnée +des effets de la foudre sur son +vaisseau, je ne puis m'empêcher +de remarquer les grosses +lampes <i>comazants</i>, (comme il +les appelle) qui parurent sur les +pointes du haut des perroquets +toutes en feu comme de grosses +torches (avant le coup de tonnerre); +suivant mon sentiment le +<span class="pagenum"><a name="II134" id="II134">II-134</a></span> +feu électrique étoit alors tiré de la +nuée comme par des pointes, la +grosseur de la flamme marquant +la grande quantité d'électricité +dans la nuée; & s'il y avoit eu un +bon fil-d'archal de communication +des pointes du sommet des +perroquets à la mer, qui eût +conduit plus librement que des +cordes goudronnées ou des mâts +de bois résineux, j'imagine qu'il +n'y auroit point eu de coup de +foudre, ou que s'il y en eût eu, +le fil-d'archal l'auroit conduit +tout entier dans la mer sans endommager +le vaisseau.</p> + +<p>Ses boussoles perdirent la vertu +de l'aiman, ou les pôles +en furent changés; la pointe +<span class="pagenum"><a name="II135" id="II135">II-135</a></span> +du nord se tourna vers le sud. +Par le moyen de l'électricité +nous avons souvent ici (à +Philadelphie) donné aux aiguilles +la direction au pôle, & +nous en avons changé les pôles +à notre gré.</p> + +<p>À Londres M. Wilson a essayé +cette opération sur de trop +grosses masses & avec une force +trop foible.</p> + +<p>«MM. Wilson & Franklin +ne sont pas les seuls qui ayent +conjecturé que le magnétisme +devoit être un effet de l'électricité; +M. de Buffon doit partager +avec eux la gloire, non-seulement +d'avoir eu la même +opinion, mais d'en avoir porté +<span class="pagenum"><a name="II136" id="II136">II-136</a></span> +un jugement décisif long-tems +avant d'apprendre les conjectures +de ces deux sçavans. Dès +le commencement de l'année +1752. il me pria de lui faire +faire six aiguilles d'acier pour +essayer de les aimanter d'un +coup d'électricité. Ses affaires +ne lui permirent pas d'en faire +l'épreuve; & comme par déférence +je ne voulus pas la faire +sans lui, l'expérience fut retardée +jusqu'en 1753. tems auquel +je reçus le supplément ou deuxiéme +partie des écrits de M. +Franklin, où j'en trouvai la +réussite avant de l'avoir tentée +moi-même.»</p> + +<p>«Ayant aussitôt fait armer, +<span class="pagenum"><a name="II137" id="II137">II-137</a></span> +suivant la méthode de Mr. +Franklin, une grande cucurbite +de verre, je la joignis à +un gros matras aussi préparé +pour l'expérience de Leyde; je +mis ensuite une de mes aiguilles, +dont j'avois ôté la chape, +entre deux lames de verre, +l'une plus longue & l'autre plus +courte, afin que les deux bouts +de l'aiguille débordassent cette +dernière: pour affermir ces trois +piéces, je les mis dans une +petite presse faite exprès & disposée +de façon que l'aiguille +touchât par l'un de ses bouts +une feüille de métal sur laquelle +étoient posés les deux vases: +ayant ensuite chargé ces deux +<span class="pagenum"><a name="II138" id="II138">II-138</a></span> +vases ensemble, & achevé le +cercle par le moyen d'un fil de +fer, dont j'appuyai l'une des +extrémités sur le bout de l'aiguille, +je tirai le coup fulminant +au travers de cette aiguille. +Ayant après cela démonté +l'appareil, rajusté la +chape & suspendu l'aiguille sur +son pivot, elle prit la direction +nord & sud, & fut vivement +attirée par le fer que je lui présentai; +en un mot elle se trouva +très-bien aimantée. J'essayai +sur le champ de changer +ses pôles en lui donnant le +coup en sens contraire; cette +seconde expérience ne me réussit +pas moins bien que la première, +<span class="pagenum"><a name="II139" id="II139">II-139</a></span> +& je la répétai plusieurs +fois. Cette aiguille a conservé +sa vertu magnétique pendant +plusieurs mois. Mais je n'ai pas +été long-tems à m'appercevoir +que sa force diminuoit imperceptiblement, +présentement il +faut en approcher une clef à +trois ou quatre lignes, pour +qu'elle puisse en être attirée.»</p> + +<p>«J'ai aimanté par le même +moyen deux autres aiguilles +qui me paroissent conserver +toute leur force depuis plusieurs +mois. Elles ont été frappées +d'un coup donné en même +tems par deux grandes cucurbites +de verre revêtuës en +dedans & en dehors de fëuilles +<span class="pagenum"><a name="II140" id="II140">II-140</a></span> +d'étain & bien armées pour +l'expérience de Leyde, & par +deux gros matras dorés.»</p> + +<p>«Les expériences électriques +développent tous les jours des +mystères, qui sans elles seroient +peut-être toujours demeurés +impénétrables dans la +physique; le succès de celle-ci +nous apprend pourquoi les +vieux fers qui ont été long-tems +exposés aux injures de +l'air sur le haut des édifices fort +élevés, non-seulement se trouvent +aimantés, mais même +semblent convertis en véritable +aiman. (<i>Voyez Mém. de +l'Acad. R. des Sc., tom. X. pag.</i> +734.) Cette observation qui +<span class="pagenum"><a name="II141" id="II141">II-141</a></span> +parut si surprenante en 1691. +cesse de l'être dès que l'on sçait +que la matière du tonnerre & +celle de l'électricité sont la +même, & que le magnétisme +n'est qu'un effet de la matière +électrique. Personne n'aura de +peine à se persuader que les +clochers de Chartres à cause +de leur grande élévation au +milieu d'une vaste plaine ont +été & sont souvent frappés du +tonnerre. <i>Feriunt altos fulmina +montes.</i> Les fers qui ont été +employés dans ces édifices +étant moins électriques que +les pierres & les autres matériaux +qui sont entrés dans leur +construction, sont par-là plus +<span class="pagenum"><a name="II142" id="II142">II-142</a></span> +susceptibles des impressions de +ce météore. C'est de là qu'ils +ont acquis la vertu magnétique; +& peut-être l'aiman lui-même +n'est-il aiman que parce +que c'est une pierre qui contient +beaucoup de fer, & qui +a été frappée de la foudre.»</p> + +<p>«Cette propriété qu'a la matière +électrique de s'attacher de +préférence aux corps les moins +électriques, & surtout aux métaux, +nous apprend l'utilité +d'un ancien usage presque général, +dont on n'a peut-être +jamais connu ni le fondement +ni le principe, c'est celui de +mettre dans les tems d'orage +une piéce de fer sur les tonneaux +<span class="pagenum"><a name="II143" id="II143">II-143</a></span> +de vin & dans le nid +des poules & autres volatils que +l'on fait couver. On dit que +c'est pour empêcher le tonnerre +de faire tourner le vin +& les oeufs, ou de faire mourir +les jeunes poulets dans leurs +coquilles. S'il est vrai que le +tonnerre puisse produire ces +mauvais effets; il est assez vraisemblable +qu'un morceau de +fer ou d'autre métal peut les +prévenir. Le matière électrique +qui se répand de tous côtés +pendant l'orage, sera attirée +par la substance métallique, +& y fera son impression +bien plutôt que sur les autres +substances qui en sont moins +susceptibles.»</p> + +<span class="pagenum"><a name="II144" id="II144">II-144</a></span> + +<p>Un choc donné par quatre +grands vases de verre en forme +de jarres à une fine aiguille à +coudre flottante sur l'eau, lui +donne la direction magnétique, +& la traverse aisément. Si l'aiguille +est posée Est & Ouest dans +le tems qu'elle est frappée, le +bout par lequel le feu électrique +est entré se tourne au nord.</p> + +<p>Si l'aiguille est posée nord & +sud, le bout qui est vers le nord +continuëra de marquer le nord +quand elle sera mise sur l'eau, +soit que le feu soit entré par ce +bout ou par le bout opposé.</p> + +<p>«Dans quelque direction que +mes aiguilles fussent posées, +lorsqu'elles ont reçu le coup +<span class="pagenum"><a name="II145" id="II145">II-145</a></span> +fulminant, j'ai toujours remarqué +que le bout de l'aiguille +par lequel le feu y est entré, +est constamment celui qui se +tourne au nord, & conséquemment +celui par lequel le feu +est sorti, se tourne au sud. Pour +changer les pôles d'une aiguille +aimantée de cette manière, +il ne s'agit que de donner +le coup en sens contraire. +M. Franklin à qui j'ai communiqué +cette observation, +m'a répondu que n'ayant pas +eu le tems de répéter plusieurs +fois cette expérience, il n'avoit +pû l'approfondir, & que +delà il pouvoit être arrivé que +ses observations à cet égard ne +<span class="pagenum"><a name="II146" id="II146">II-146</a></span> +fussent pas tout-à-fait justes.»</p> + +<p>Le magnétisme qu'elle acquiert +est plus fort quand l'aiguille +est frappée étant tournée +au nord & au sud; il est plus +foible quand l'aiguille est Est & +Ouest; si la force du coup étoit +beaucoup plus grande, peut-être +que, l'aiguille étant nord & +sud, si le feu entroit par le bout +sud il deviendroit nord, autrement +nous serions embarrassés +de rendre raison du renversement +des pôles des boussoles par +le coup de foudre, puisqu'il n'a +jamais pû trouver leurs aiguilles +que dans cette position, & que +selon nos petites expériences, +soit que le feu électrique entre +<span class="pagenum"><a name="II147" id="II147">II-147</a></span> +par le bout du nord & sorte par +celui du sud de l'aiguille, ou au +contraire, le bout tourné vers +le nord continuëroit toujours à +le marquer.</p> + +<p>Dans ces expériences les bouts +des aiguilles reçoivent quelquefois +de la flamme électrique, une +légère teinte de bleu comme +celle que l'on voit à un ressort +de montre. Cette couleur donnée +par le coup de deux vases +seulement se dissipera, mais +quatre vases la fixent, & fondent +souvent les aiguilles; je vous en +envoye quelques-unes qui ont +eu leurs têtes & leurs pointes +fonduës par notre tonnerre artificiel, +& une épingle dont le +<span class="pagenum"><a name="II148" id="II148">II-148</a></span> +feu électrique a fondu la pointe +& fait couler quelques parties de +sa tête & de son collet. Il arrive +quelquefois que la surface du +corps de l'aiguille coule aussi un +peu & paroît soulevée en forme +de vésicules quand elle est examinée +avec une loupe. Les vases +dont je me sers contiennent +sept ou huit gallons,<a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a> +<a href="#footnote47"><sup class="sml">47</sup></a> & sont +doublés de feüilles d'étain au +dedans & au dehors, il faut à +chacun d'eux mille tours d'un +globe de neuf pouces de diamètre +pour être chargé.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote47" +name="footnote47"><b>Note 47: </b></a><a href="#footnotetag47"> +(retour) </a> Gallon, mesure d'Angleterre qui contient +quatre quartes; la quarte équivaut environ +pinte de Paris.</blockquote> + +<p>Je vous envoye deux échantillons +de feüilles d'étain fonduës +<span class="pagenum"><a name="II149" id="II149">II-149</a></span> +entre des verres par la +force de deux vases seulement.</p> + +<p>Je n'ai point appris qu'aucun +de vos Électriciens d'Europe ait +pû jusqu'ici enflammer la poudre +à tirer par le feu électrique. +Nous le faisons ici de cette manière. +On remplit de poudre séche +une petite cartouche; on +la bourre assez fort pour en écraser +quelques grains; on y enfonce +ensuite deux fils-d'archal +pointus un à chaque bout, ensorte +que leurs pointes ne soient +éloignées que d'un demi pouce +au milieu de la cartouche que +l'on place dans cercle; quand +les quatre vases se déchargent, +la flamme sautant de la pointe +<span class="pagenum"><a name="II150" id="II150">II-150</a></span> +d'un fil-d'archal à celle de l'autre +dans la cartouche au travers +de la poudre, l'enflamme, & +l'explosion de la poudre se fait +au même instant que le craquement +de la décharge.</p> + +<p>«Cette expérience m'a réussi +d'une façon admirable. En +voici le procédé. Après avoir +roulé une carte à jouer, & l'avoir +bien liée avec du fil, j'ai +rempli à peu près au quart ce +petit tuyau de poudre à tirer, +que j'ai bien bourée pour en +écraser les grains; après cela +j'y ai mis encore autant de +poudre que j'ai bourée de la +même manière; & ainsi de +suite jusqu'à ce que le tuyau +<span class="pagenum"><a name="II151" id="II151">II-151</a></span> +fût rempli: j'y ai ensuite enfoncé +deux fils de fer, un à +chaque bout comme le dit notre +auteur; en suivant le reste +de son procédé, l'expérience a +manqué plusieurs fois. Imaginant +que le défaut ne pouvoit +venir que de ce que les pointes +des fils de fer étoient trop +éloignées l'une de l'autre, je +les ai enfoncées davantage, & +l'expérience a réussi. Quelque +préparé que l'on soit au bruit +que doit produire cette inflammation, +on en est toujours surpris, +mais ce n'est pas ce qu'il y +a à craindre dans cette expérience.»</p> + +<p>«L'on doit y prendre des précautions +<span class="pagenum"><a name="II152" id="II152">II-152</a></span> +contre deux accidens +qui peuvent en résulter, l'un +de tourner le petard du côté +opposé aux spectateurs, afin +qu'en sautant il ne puisse blesser +personne; l'autre de ne pas +tenir à la main les fils de fer +dont les pointes sont enfoncées +dans le petard, parce que si la +poudre ne s'enflammoit pas, +celui qui les tiendroit recevroit +une commotion peut-être +trop forte.»</p> + +<p>Je ne me souviens pas si je +vous ai écrit que j'ai fondu des +épingles de cuivre & des aiguilles +d'acier, changé les pôles +d'une aiguille aimantée, donné +le magnétisme & la pôlarité à +<span class="pagenum"><a name="II153" id="II153">II-153</a></span> +des aiguilles qui n'en avoient +point, & que j'ai enflammé de +la poudre à tirer séche avec l'étincelle +électrique. J'ai cinq bouteilles +qui contiennent chacune +8. ou 9. <i>galons</i>; deux de ces bouteilles +chargées suffisent pour +ces opérations; mais je puis les +charger & les décharger toutes +ensemble, il n'y a point d'autres +bornes dans la force que l'homme +peut donner & employer +dans la matière électrique, que +celles qui viennent de la dépense +& du travail; car on peut augmenter +le nombre des bouteilles +à l'infini, les unir & les +décharger toutes ensemble, +comme s'il n'y en avoit qu'une. +La force & l'effet sera proportionnée +<span class="pagenum"><a name="II154" id="II154">II-154</a></span> +à leur nombre & à leur +situation. Les plus grands effets +connus des coups de foudre ordinaires +peuvent, je pense, sans +beaucoup de difficulté, être surpassés +par cette voye, ce que +l'on n'auroit jamais cru il y a +quelques années. Bien des gens +même aujourd'hui pourroient regarder +cette supposition comme +un peu extravagante. Ainsi nous +sommes plus avancés en science +que les diables de Rabelais à l'âge +de deux ans; il dit d'eux plaisamment +qu'ils ne sçavoient +qu'un peut tonner & foudroyer +autour de la tête d'un choux.</p> + +<p>Je suis avec un sincère respect, +votre très-humble & très-obligé +serviteur, B. Franklin.</p> +<br><br><br> + +<span class="pagenum"><a name="II155" id="II155">II-155</a></span> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> +<h2>LETTRE</h2> + +<p class="mid">De M. E. KINNERSLEY,<br> +à Boston,</p> + +<p class="mid">à B. Franklin, Écuyer à Philadelphie,<br> +le 3. Février 1752.</p><br> + +<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p> + +<p>J'ai à vous communiquer les +expériences suivantes. Je tenois +dans une main un fil-d'archal +qui étoit attaché par l'autre +bout à la manivelle d'une Pompe, +pour essayer si le coup du +premier conducteur au travers de +mes bras, seroit un peu plus fort +que lorsqu'il passoit seulement +sur la surface de la terre; mais je +<span class="pagenum"><a name="II156" id="II156">II-156</a></span> +n'y découvris aucune différence.</p> + +<p>Je plaçai l'aiguille d'une boussole +sur la pointe d'une longue +épingle; & la tenant dans l'atmosphère +du premier conducteur +à la distance d'environ trois pouces, +je trouvai qu'elle pirouettoit +avec une grande rapidité, +comme les aîles d'un tourne-broche.</p> + +<p>Je suspendis avec une soye +une balle de liége environ de la +grosseur d'un pois; je lui présentai +de l'ambre frotté, de la cire +à cacheter, du soufre, elle fut +fortement repoussée par chacun +de ces corps; ensuite j'essayai du +verre & de la porcelaine frottée, +& je trouvai que chacun l'attiroit +<span class="pagenum"><a name="II157" id="II157">II-157</a></span> +jusqu'à ce qu'elle s'électrisât +une seconde fois, & qu'alors +elle fut repoussée comme la première +fois; & tandis que cette +balle étoit ainsi repoussée par le +verre ou la porcelaine frottée, +elle étoit attirée par l'un des trois, +autres corps aussi frottés. Alors +j'électrisai la balle avec le fil-d'archal +d'une bouteille chargée, & +je lui présentai du verre frotté +(le bouchon d'un flacon) & une +tasse de porcelaine; elle en fut +repoussée aussi fortement que par +le fil-d'archal. Mais quand je lui +présentai un des autres corps +électriques frottés, elle fut fortement +attirée; & quand je l'électrisai +par l'un d'eux jusqu'à ce +<span class="pagenum"><a name="II158" id="II158">II-158</a></span> +qu'elle fût repoussée, elle fut attirée +par le fil de la bouteille, +mais repoussée par sa doublûre +extérieure.</p> + +<p>Ces expériences me surprirent, +& me portèrent à en inférer +les paradoxes suivants.</p> + +<p>1°. Si un globe de verre est +placé à l'un des bouts du premier +conducteur, & un globe +de soufre à l'autre; les deux globes +étant également en bon état +& dans un mouvement égal, on +ne pourra tirer aucune étincelle +du conducteur; mais un des +globes tirera du conducteur aussi +vîte que l'autre y fournira.</p> + +<p>2°. Si une bouteille est suspenduë +au conducteur avec une +<span class="pagenum"><a name="II159" id="II159">II-159</a></span> +chaîne de son envelope à la table, +& que l'on ne se serve que +d'un des globes à la fois, vingt +tours de rouë, par exemple, la +chargeront, après quoi autant +de tours de l'autre rouë la déchargeront, +& autant la rechargeront +encore.</p> + +<p>3°. Les deux globes étant +en mouvement, chacun ayant +un conducteur particulier avec +une fiole suspenduë à l'un d'eux, +& la chaîne de celle-ci attachée +à l'autre, la fiole se chargera, +l'un des globes chargeant positivement, +& l'autre négativement.</p> + +<p>4°. La bouteille étant chargée +de cette sorte, suspendez-la de +<span class="pagenum"><a name="II160" id="II160">II-160</a></span> +la même manière à l'autre conducteur; +faites tourner les deux +rouës, & le même nombre de +tours qui avoit chargé la bouteille +la déchargera, & le même +nombre encore la rechargera.</p> + +<p>5°. Quand chaque globe communique +avec le même premier +conducteur, duquel il pend une +chaîne jusques sur la table, l'un +de ces globes (mais je ne puis +pas dire lequel) quand ils sont +en mouvement, tirera le feu au +travers de son coussin, & le déchargera +par la chaîne; l'autre le +tirera au travers de la chaîne, & +le déchargera au travers de son +coussin.</p> + +<p>Je serois fort aise que vous envoyassiez +<span class="pagenum"><a name="II161" id="II161">II-161</a></span> +chez moi chercher mon +globe de soufre avec son coussin, +& que vous en fissiez l'épreuve; +mais je dois vous avertir de +ne pas frotter le coussin avec de +la craye, un peu de soufre réduit +en poudre fine sera beaucoup +mieux. Si, comme je m'y attens, +vous trouvez que les globes +chargent le premier conducteur +d'une manière différente, +je sçai que vous êtes en état de +découvrir quelque méthode pour +déterminer quel est celui qui +charge positivement.</p> + +<p>Je suis, &c. E. Kinnersley.</p> +<br><br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> + +<span class="pagenum"><a name="II162" id="II162">II-162</a></span> + +<h2><i>LETTRE VIII.</i></h2> + +<p class="mid"><i>De B. FRANKLIN, Écuyer<br> +de Philadelphie.</i></p> + +<p class="mid"><i>À M. E. Kinnersley, à Boston,<br> +le 2. Mars 1752.</i></p> + +<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p> + +<p>Je vous remercie des expériences +que vous m'avez communiquées. +J'envoyai sur le champ +chercher votre globe de soufre +dans le dessein de faire les épreuves +que vous m'indiquiez; mais +je trouvai qu'il n'étoit pas bien +centré, & je n'avois pas le tems +pour lors d'y remédier; mais au +premier moment de loisir je le +<span class="pagenum"><a name="II163" id="II163">II-163</a></span> +remettrai en état de servir; je +tenterai les expériences, & je +vous en rendrai compte.</p> + +<p>En attendant je soupçonne +que les différentes attractions & +répulsions que vous avez observées, +venoient plutôt de la plus +grande ou plus petite quantité du +feu que vous tiriez des différens +corps que de ce que ce feu seroit +d'une espéce différente, & auroit +une différente direction.</p> + +<p>Je suis avec précipitation, &c. +B. Franklin.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/deco02.png"></p> +<br><br><br> + +<span class="pagenum"><a name="II164" id="II164">II-164</a></span> +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> + +<h2><i>LETTRE IX.</i></h2> + +<p class="mid"><i>De B. FRANKLIN Écuyer<br> +de Philadelphie.</i></p> + +<p class="mid"><i>À M. E. Kinnersley, à Boston<br> +le 16. Mars 1752.</i></p> + +<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p> + +<p>Ayant mis votre globe de +soufre en état de servir, j'essayai +une des expériences que +vous proposiez, & je fus agréablement +surpris de voir que le +globe de verre étant à une extrémité +du conducteur & celui +de soufre à l'autre, les deux globes +en mouvement, on ne pouvoit +pas tirer une seule étincelle +<span class="pagenum"><a name="II165" id="II165">II-165</a></span> +du conducteur, à moins que +l'un des globes ne tournât plus +lentement, ou ne fût pas en +aussi bon état que l'autre, alors +même l'étincelle n'étoit que +proportionnée à cette différence, +ensorte que si on recommence +à faire tourner les globes également +ou à faire tourner plus lentement +celui qui opéroit le +mieux, l'on mettra encore le +conducteur hors d'état de fournir +une étincelle.</p> + +<p>Je remarquai aussi que le fil-d'archal +d'une bouteille chargée +par le globe de verre attiroit une +balle de liége qui avoit touché +au fil-d'archal d'une bouteille +chargée par celui de soufre, & +<span class="pagenum"><a name="II166" id="II166">II-166</a></span> +cela réciproquement, en sorte +que le liége continuoit à jouer +entre les deux bouteilles, de la +même manière que si une bouteille +avoit été chargée par le +crochet & l'autre par le côté par +le seul globe de verre; & les +deux bouteilles chargées l'une +par le globe de soufre, l'autre +par celui de verre, seront toutes +deux déchargées en approchant +leurs fil-d'archal, & donneront +le coup à la personne qui les +tient.</p> + +<p>D'après ces expériences on +peut être certain que les deuxiéme, +troisiéme & quatriéme que +vous proposez réussiront exactement, +comme vous le supposez, +<span class="pagenum"><a name="II167" id="II167">II-167</a></span> +quoique je ne les aye point tentées, +n'en ayant pas le tems. +J'imagine que c'est le globe de +verre qui charge positivement, +& celui de soufre négativement: +en voici les raisons. 1°. Quoique +le globe de soufre semble +opérer aussi bien que le globe +de verre, cependant il ne pourra +jamais y avoir une étincelle +aussi forte & à une distance aussi +grande entre mon doigt & le +conducteur, quand on se sert +du globe de soufre que quand on +employe celui de verre. Je suppose +que la raison en est que les +corps d'une certaine grosseur ne +peuvent pas se séparer de la +quantité du fluide électrique +<span class="pagenum"><a name="II168" id="II168">II-168</a></span> +qu'ils ont & qu'ils conservent +dans leur substance après l'avoir +attirée, aussi aisément qu'ils peuvent +en recevoir une quantité +additionnelle sur leurs surfaces +en forme d'atmosphère. Par conséquent +on ne peut pas en tirer +autant du conducteur qu'on peut +y en faire entrer. 2°. J'observe +que le ruisseau ou l'aigrette de +feu qui paroît à l'extrémité du +fil-d'archal attaché au conducteur +est longue, large & fort divergente +quand on se sert du +globe de verre, & qu'elle fait +un bruit avec éclat ou craquement; +mais quand on employe +le globe de soufre, cette aigrette +est courte, petite, & ne fait +<span class="pagenum"><a name="II169" id="II169">II-169</a></span> +qu'un sifflement. Et tout le contraire +des deux arrive quand vous +tenez le même fil-d'archal dans +votre main, & que les globes +travaillent tour-à-tour, l'aigrette +est longue, large, divergente & +craquante, quand on fait tourner +le globe de soufre; elle est +courte, petite & sifflante quand +c'est celui de verre. Quand l'aigrette +est longue, large, & fort +divergente, le corps duquel elle +part me semble jetter le feu: +quand le contraire paroît, on diroit +que ce corps le pompe. 3°. +J'observe que quand j'ai présenté +mon doigt devant le globe de +soufre, lorsqu'il est en mouvement, +le ruisseau de feu entre +<span class="pagenum"><a name="II170" id="II170">II-170</a></span> +mon doigt & le globe semble +se répandre sur sa surface comme +s'il sortoit du doigt; il en est +tout autrement du globe de verre. +4°. Le vent frais (ou ce +qu'on appelle de ce nom) que +nous avons coutume de sentir +comme sortant d'une pointe +électrisée, est beaucoup plus sensible +quand on employe le globe +de verre que quand c'est celui +de soufre; mais ce ne sont ici +que des pensées hazardées.</p> + +<p>«Les effets opposés du verre +& du soufre ont été reconnus +à Paris comme ils l'avoient été +à Boston & à Philadelphie. M. +le Roy de l'Académie Royale +des Sciences, lût le 9. Avril +<span class="pagenum"><a name="II171" id="II171">II-171</a></span> +1755. à la rentrée publique de +cette Académie, un mémoire +bien détaillé des nouvelles expériences +& observations qu'il +avoit faites sur ce sujet. Après +y avoir établi toutes les différences +qu'il avoit remarquées +entre l'électricité positive & +l'électricité négative, (différences +essentielles qui avoient +déjà été publiées par le R. P. +Beccaria dans son <i>Libro primo +del Electricismo</i>, sous des dominations +différents,) il démontre +par des preuves convaincantes +que le verre & la +résine frottés produisent des effets +électriques tout contraires: +que le verre communique l'électricité +<span class="pagenum"><a name="II172" id="II172">II-172</a></span> +positive, & que le +soufre & la résine communiquent +l'électricité négative. +L'auteur du mémoire conclut +de ses observations avec juste +raison qu'il faut en revenir à la +distinction des électricités vitrée +& résineuse établie par feu +M. Dufay; (Mém. de l'Acad. +ann. 1733. pag. 469.) ces +deux sortes d'électricités, quoique +différentes par leur nature, +semblent agir à peu près également +& de la même manière +sur les corps conducteurs qui y +sont présentés; elles paroissent +aussi à la première inspection +produire les mêmes phénomènes +d'attraction, de répulsion, +<span class="pagenum"><a name="II173" id="II173">II-173</a></span> +d'étincellement, de pétillement, +de percussion, de commotion, +&c. Cependant quand +on en vient à un examen plus +approfondi, l'on n'est pas long-tems +à reconnoître que les phénomènes +sont en sens contraire. +Ces deux sortes d'électricités +se détruisent: l'une attire ce +que l'autre repousse: celle-ci +se communique en donnant, +& celle-là en recevant: enfin +la première est par excès, & la +seconde par défaut. La bouteille +de Leyde dont on présente +le crochet au conducteur électrisé +par le verre ou par le soufre, +ne s'en charge pas moins +bien, mais avec cette différence +<span class="pagenum"><a name="II174" id="II174">II-174</a></span> +que si le conducteur est électrisé +par le soufre, la bouteille +se chargera extérieurement de +même que cela arriveroit, si +en la tenant par le crochet, +on en présentoit le côté au conducteur +électrisé par le verre, +& de même encore qu'elle se +chargeroit si, après avoir épuisé +le coussin, on lui présentoit +(à ce coussin) le crochet de +cette bouteille, en la tenant +par les côtés.</p> + +<p>«Outre les moyens indiqués +par M. Franklin pour reconnoître +si l'électricité est positive +ou négative, voici celui +qui me paroît le plus simple.</p> + +<p>«On sçait que si l'on présente +<span class="pagenum"><a name="II175" id="II175">II-175</a></span> +une pointe métallique à un +corps actuellement électrisé, il +paroît dans l'obscurité une petite +lumière au bout de cette +pointe. Mais cette lumière +n'est pas la même, quand le +corps est électrisé positivement, +& quand il l'est négativement. +Dans le premier cas ce n'est +qu'un petit floccon de lumière +que M. le Roi nomme point +lumineux plus ou moins apparent, +fort semblable à un ver +luisant. Dans le second cas +cette lumière est en forme d'aigrette +plus ou moins longue, +plus ou moins divergente, suivant +la force de l'électricité. +C'est ce qu'on peut aisément +<span class="pagenum"><a name="II176" id="II176">II-176</a></span> +[manque la page 176] +<span class="pagenum"><a name="II177" id="II177">II-177</a></span> +me je viens de le dire, étoit +attachée tantôt au crochet & +tantôt au ventre de la bouteille. +En un mot l'endroit où paroît +l'aigrette est celui d'où sort +le feu, & conséquemment celui +où est l'électricité positive; +& l'endroit où paroît le point +lumineux est celui où elle est +négative.</p> + +<p>«Les termes d'électricité positive +& électricité négative ne +doivent jamais s'entendre dans +un sens absolu. Le point lumineux +que j'apperçois quand +je présente une pointe au conducteur +électrisé par le globe +de verre ne prouve pas que je +sois électrisé négativement, +<span class="pagenum"><a name="II178" id="II178">II-178</a></span> +puisque j'ai toujours ma quantité +naturelle d'électricité, mais +seulement que j'en suis moins +chargé que le conducteur, que +j'en reçois de lui, que je suis +dans un état négatif par rapport +au sien, et par conséquent que +le sien est positif relativement +au mien.</p> + +<p>À l'égard de votre cinquiéme +paradoxe, il peut pareillement +être vrai, si les globes travaillent +alternativement, mais s'il le +font en même tems, le feu ne +montera ni ne descendra par la +chaîne, parce qu'un globe pompera +le feu aussi vîte que l'autre +le produira. Je ne serois pas fâché +de sçavoir si les effets seroient +<span class="pagenum"><a name="II179" id="II179">II-179</a></span> +contraires dans le cas où +le globe de verre seroit solide +& celui de soufre creux, mais je +n'ai présentement aucun moyen +de l'essayer.</p> + +<p>Dans vos voyages vos globes +de verre sont sujets à des accidens, +ceux de soufre sont lourds +& incommodes.»</p> + +<p><i>Quest.</i> Une plaque mince de +soufre mise sur une table ne serviroit-elle +pas de coussin dans +l'occasion, pendant qu'un globe +de cuir rembourré exactement, +proprement monté, recevroit +le feu du soufre & chargeroit le +conducteur positivement, un +pareil globe ne courroit aucun +<span class="pagenum"><a name="II180" id="II180">II-180</a></span> +danger d'être cassé. Je crois concevoir +comment cela pourroit +s'exécuter. Mais je n'ai pas le +tems d'ajouter autre chose si ce +n'est que je suis, Monsieur, &c.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/deco03.png"></p> +<br><br><br> + +<span class="pagenum"><a name="II181" id="II181">II-181</a></span> +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> + +<h2><i>LETTRE X.</i></h2> + +<p class="mid"><i>De B. FRANKLIN Écuyer<br> +de Philadelphie.</i></p> + +<p class="rig"><i>19. Octobre 1752.</i></p><br><br> + +<p><span class="large">C</span><br>omme l'on parle souvent +dans les nouvelles d'Europe +du succès de l'expérience de +Philadelphie, pour tirer le feu +électrique des nuées par le +moyen des verges de fer pointuës +élevées sur le haut des bâtimens, +&c. Les curieux ne seront +peut-être pas fâchés d'apprendre +que la même expérience a +réussi à Philadelphie, quoique +faite d'une manière différente & +plus facile; en voici le détail.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II182" id="II182">II-182</a></span> + +<p>Faites une croix de deux petites +lates, les bras assez longs +pour atteindre aux quatre coins +d'un grand mouchoir fin de soye: +quand il est étendu, liez les +coins de ce mouchoir aux extrémités +de la croix: par ce +moyen vous avez le corps d'un +cerf-volant; en y ajoutant adroitement +une queuë, une gance +& une ficelle, il s'élèvera en +l'air comme ceux qui sont faits +de papier; mais celui-ci qui est +de soye est plus propre à résister +au vent & à la pluye d'un orage +sans se déchirer. Au sommet +du montant de la croix il faut +fixer un fil-d'archal très-pointu +qui s'élève d'un pied ou plus au-dessus +<span class="pagenum"><a name="II183" id="II183">II-183</a></span> +du bois. Au bout de la +ficelle près de la main, il faut +noüer un cordon ou ruban de +soye, & attacher une clef dans +l'endroit où la soye & la ficelle +se joignent. On élève ce cerf-volant +lorsqu'on est sur le point +d'avoir du tonnerre, & la personne +qui tient la corde doit +être en dedans dune porte ou +d'une fenêtre, ou sous quelqu'abri, +ensorte que le ruban de +soye ne soit pas mouillé, & l'on +prendra garde que la ficelle ne +touche pas le cadre de la porte +ou de la fenêtre. Aussitôt que +quelques parties de la nuée de +tonnerre viendront sur le cerf-volant, +le fil-d'archal pointu en +<span class="pagenum"><a name="II184" id="II184">II-184</a></span> +tirera le feu électrique, & le +cerf-volant, avec toute la ficelle, +sera électrisé, les filamens +de la ficelle qui ne sont pas serrés +se dresseront en dehors de +tous côtés, & seront attirés par +l'approche du doigt, & quand +la pluye a mouillé le cerf-volant +& la ficelle, de façon qu'ils +puissent conduire librement le +feu électrique, vous trouverez +qu'il découle en abondance de +la clef à l'approche de votre +doigt: on peut charger la bouteille +à cette clef, enflammer +les liqueurs spiritueuses avec le +feu ainsi ramassé, & faire toutes +les autres expériences électriques +qu'on fait ordinairement avec le +<span class="pagenum"><a name="II185" id="II185">II-185</a></span> +secours d'un globe ou d'un tube +de verre frotté, & par ce moyen +on démontre parfaitement l'identité +de la matière électrique +avec celle de la foudre.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/deco04.png"></p> +<br><br><br> + +<span class="pagenum"><a name="II186" id="II186">II-186</a></span> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> + + +<h2><i>LETTRE XI.</i></h2> + +<p class="mid"><i>De B. FRANKLIN Ecuyer<br> +de Philadelphie.</i></p> + +<p><span class="large">P</span><br>uisque vous me dites que +notre ami Cave est prêt à +ajouter quelques dernières expériences +à ma feüille volante +avec l'<i>errata</i>, j'envoye une copie +d'une lettre du Docteur Colden, +qui peut aider à remplir +quelques pages, & encore mon +expérience du cerf-volant dans +la gazette de Pensylvanie: je n'ai +rien à y ajouter de nouveau, si +ce n'est l'expérience suivante, +pour découvrir un plus grand +nombre des propriétés du fluide +électrique.</p><br><br><br> + +<span class="pagenum"><a name="II187" id="II187">II-187</a></span> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> + +<h2>EXPÉRIENCE</h2> + +<p class="mid"><i>Pour découvrir un plus grand<br> +nombre des propriétés du fluide<br> +électrique.</i></p> + +<p><span class="large">S</span><br>uspendez par un crochet de +fil-d'archal un boulet au premier +conducteur; placez sous +le boulet à six lignes de distance +une plaque d'argent poli pour +recevoir les étincelles; faites +alors tourner la rouë, & si les +étincelles répétées frappent continuellement +sur le même endroit, +il s'y fera dans peu de +minutes une tache bleuë approchant +de la couleur d'un ressort +de montre.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II188" id="II188">II-188</a></span> + +<p>Une plaque de fer poli exposée +à la même épreuve, sera aussi +tachée, mais non pas de la même +couleur; elle semble plutôt +corrodée.</p> + +<p>Je ne me suis pas apperçu que +cette opération fît aucune impression +sur l'or, le cuivre ou +l'étain, mais les taches sur l'argent +ou le fer seront les mêmes, +soit que le boulet soit de plomb, +de cuivre, d'or ou d'argent.</p> + +<p>Il paroîtroit aussi une petite +tache sur le boulet d'argent, de +même que sur la plaque qui seroit +au-dessous.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/deco06.png"></p> +<br><br><br> + +<span class="pagenum"><a name="II189" id="II189">II-189</a></span> + + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head3.png"></p> + +<h3>NOUVELLES<br> + +EXPÉRIENCES ET OBSERVATIONS<br> + +SUR L'ÉLECTRICITÉ.</h3> + +<blockquote><i>Faites à Philadelphie en Amérique +par B. Franklin, Écuyer, +& communiquées à P. Collinson, +Écuyer, de la Société Royale +de Londres, & lûes à la même +Société le 27. Juin & le 4. +Juillet 1754. On y a ajouté un +écrit sur le même sujet par J. +Canton M. A. membre de la +Société Royale, lû à la même +Société le 6. Décembre 1753. +& un autre pour la défense de +Mr. Franklin contre l'Abbé +Nollet, par M. D. Colden de +la nouvelle York.</i></blockquote> + +<h3>TROISIÉME PARTIE.</h3> + +<p class="mid">À Londres 1754.</p> +<br><br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> +<span class="pagenum"><a name="II190" id="II190">II-190</a></span> + +<h2>LETTRE XII.</h2> + +<p class="mid">De B. FRANKLIN Écuyer<br> +de Philadelphie.</p> + +<p class="mid">À P. Collinson Écuyer de la Société<br> +Royale de Londres.</p> + +<p class="rig"><i>Septembre 1753.</i></p><br><br> + +<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p> + +<p>Dans mon premier écrit sur +cette matière fait d'abord en +1747. augmenté & envoyé en +Angleterre en 1749. je regardai +la mer comme la grande source +des éclairs; j'imaginois que la +lumière qu'on y apperçoit venoit +du feu électrique produit par le +frottement des particules d'eau +<span class="pagenum"><a name="II191" id="II191">II-191</a></span> +avec celles de sel. Éloigné des +côtes je n'avois pas alors la commodité +de faire des expériences +sur de l'eau de mer, de sorte +que j'embrassai cette opinion +trop à la hâte.</p> + +<p>Car en 1750. & 51. étant par +occasion sur les côtes, je trouvai +par des expériences que l'eau +de la mer dans une bouteille, +quoiqu'elle parût d'abord lumineuse +en l'agitant, perdit cependant +cette vertu dans peu d'heures. +De cette observation & de +ce qu'en agitant du sel fondu +dans de l'eau je ne pouvois produire +aucune lumière, je commençai +d'abord à douter de ma +première supposition, & à soupçonner +<span class="pagenum"><a name="II192" id="II192">II-192</a></span> +que cette lumière dans +l'eau de la mer devoit être attribuée +à quelques autres principes.</p> + +<p>J'examinai alors s'il n'étoit pas +possible que les particules de +l'air, étant électriques par elles-mêmes, +tirassent leur feu électrique +de la terre dans les grands +coups de vent par leur frottement +contre les arbres, les montagnes, +les bâtimens, &tc. comme +autant de petits globes électriques +frottans contre des coussins +non-électriques, & que les +vapeurs qui s'élèvent reçussent +de l'air ce feu, & que par ces +moyens les nuages devinssent +électrisés.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II193" id="II193">II-193</a></span> + +<p>J'imaginai que si la chose étoit +ainsi, poussant violemment avec +des soufflets un courant d'air +contre mon premier conducteur, +je pourrois l'électriser négativement, +le frottement des particules +de l'air le dépoüillant d'une +partie de sa quantité naturelle +du fluide électrique; mais l'expérience +que je tentai dans cette +vûe ne me réussit pas.</p> + +<p>En Septembre 1752. j'élevai +une verge de fer pour tirer l'éclair +dans ma maison, afin de +faire quelques expériences dessus, +ayant disposé deux timbres +pour m'avertir quand la verge +seroit électrisée; cette pratique +est familière à tout Électricien.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II194" id="II194">II-194</a></span> + +<p>Je trouvai que les timbres +sonnèrent quelquefois quoiqu'il +n'y eût ni éclair ni tonnerre, +mais seulement un nuage obscur +au-dessus de la verge, que quelquefois +après un coup d'éclair +ils s'arrêtoient tout d'un coup, +que d'autres fois, sans avoir sonné +auparavant, ils commençoient +à le faire soudain après +l'éclair, que l'électricité étoit +quelquefois, très-foible, ensorte +qu'après en avoir tiré une petite +étincelle, on étoit quelque tems +sans pouvoir en tirer d'autre; +que d'autrefois les étincelles se +suivoient avec une extrême rapidité, +en ayant eu un jour un +courant continuel d'un timbre à +<span class="pagenum"><a name="II195" id="II195">II-195</a></span> +l'autre de la largeur d'une plume +de corbeau; il y eut même des +variations considérables pendant +le même orage.</p> + +<p>L'hyver suivant j'imaginai +une expérience pour découvrir +si les nuages étoient électrisés +positivement ou négativement; +mais ma verge pointuë avec tout +son appareil s'étant dérangée, +je ne la rétablis que vers le printems, +lorsque j'espérai que la +chaleur occasionneroit plus de +nuages orageux.</p> + +<p>Cette expérience consistoit à +prendre deux bouteilles, à en +charger une du feu de la verge +de fer & à donner à l'autre une +charge égale avec le globe de +<span class="pagenum"><a name="II196" id="II196">II-196</a></span> +verre électrique par le moyen +du premier conducteur, & après +les avoir chargées, à les placer sur +une table à trois ou quatre pouces +l'une de l'autre, ayant suspendu +au plat-fons avec un fil +de soye fin, une boulette de liége +qui pût joüer entre les crochets. +Si les deux bouteilles +étoient électrisées positivement, +la boulette attirée & repoussée +par l'une, devroit aussi être repoussée +par l'autre: si l'une étoit +positivement & l'autre négativement, +la boulette seroit attirée +& repoussée tour à tour par chacune, +& continueroit de joüer +entr'elles aussi long-tems qu'elles +conserveroient quelque charge +considérable.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II197" id="II197">II-197</a></span> + +<p>Ayant fort à coeur de faire +cette expérience, le hazard voulut +que je fusse absent pendant +les deux plus gros orages que +nous eûmes de bonne heure dans +le printems, ce qui ne fut pas +une petite mortification pour +moi. J'avois bien ordonné dans +ma maison que si les timbres +sonnoient, pendant mon absence, +on enfermât quelqu'éclair +pour moi dans des bouteilles +électriques, & on le fit +aussi; mais tout étoit presque +dissipé avant mon retour; & dans +quelques autres orages la quantité +d'éclairs que je pus renfermer +étoit si petite, & la charge +si foible, que je ne pus me satisfaire; +<span class="pagenum"><a name="II198" id="II198">II-198</a></span> +cependant je vis quelquefois +de quoi augmenter mes +soupçons & enflammer ma curiosité.</p> + +<p>Enfin le 12. Avril 1753. étant +arrivé un orage qui fut assez vif +pendant quelque tems, je chargeai +une des bouteilles passablement +bien avec l'éclair, & l'autre +avec l'électricité de mon globe +de verre, également autant +que j'en pus juger; & les ayant +disposées convenablement, je +vis avec autant de surprise que +de plaisir la boulette de liége +joüer avec vîtesse de l'une à l'autre, +& je fus convaincu que l'une +des deux étoit électrisée négativement.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II199" id="II199">II-199</a></span> + +<p>Je répétai plusieurs fois cette +expérience pendant cet orage & +pendant huit autres orages de +suite, toujours avec le même succès, +& étant persuadé (par les +raisons détaillées d'abord dans +ma lettre à M. Kinnersley, imprimée +depuis à Londres,) que +le globe de verre électrise positivement, +je conclus que les +nuages sont toujours électrisés +négativement, ou contiennent +toujours moins que leur quantité +naturelle de fluide électrique.</p> + +<p>Malgré tant d'expériences il +semble cependant que ma conclusion +étoit tirée trop précipitamment, +car enfin le 6. de Juin +dans un orage qui dura depuis +<span class="pagenum"><a name="II200" id="II200">II-200</a></span> +cinq heures après midi jusqu'à +sept, je trouvai un nuage qui +étoit électrisé positivement, +quoique plusieurs qui étoient +passés auparavant au-dessus de +ma verge pendant le même orage, +fussent dans l'état négatif. +Voici comme je le découvris.</p> + +<p>Je faisois en même tems une +autre expérience que je répétai +plusieurs fois pour m'assurer de +l'état négatif des nuages; la voici. +Pendant que les timbres sonnoient, +je pris la bouteille chargée +au globe, j'appliquai son +crochet à la verge, dans l'idée +que si les nuages étoient électrisés +positivement, la verge qui +en recevoit son électricité le seroit +<span class="pagenum"><a name="II201" id="II201">II-201</a></span> +aussi de la même façon, & +alors l'électricité positive ajoutée +avec la bouteille feroit sonner les +timbres plus vîte; mais si les +nuages étoient dans un état négatif, +ils devoient épuiser le +fluide électrique de la verge & la +réduire au même état négatif où +ils étoient; alors le crochet de +la bouteille chargée positivement +fournissant à là verge ce +qui lui manquoit, (autrement +elle auroit été obligée de le tirer +de la terre par le moyen de la +boulette de cuivre suspendue entre +les deux timbres,) le carillon +cesseroit jusqu'à ce que la +bouteille fût déchargée.</p> + +<p>Je déchargeai promptement +<span class="pagenum"><a name="II202" id="II202">II-202</a></span> +dans la verge de cette manière +plusieurs bouteilles qui étoient +chargées au globe; le fluide +électrique passant du crochet +dans la verge jusqu'à ce que le +crochet ne tirât plus d'étincelles +du doigt; & pendant que la verge +recevoit de la bouteille, les +timbres cesserent de sonner: +mais en continuant d'appliquer +le crochet de la bouteille à la +verge, j'épuisai la quantité naturelle +de la surface intérieure de +ces bouteilles, ou pour m'exprimer +à l'ordinaire je les chargeai +négativement.</p> + +<p>Enfin pendant que je chargeois +une bouteille à mon globe +pour répèter cette expérience, +<span class="pagenum"><a name="II203" id="II203">II-203</a></span> +mes timbres s'arrêtèrent d'eux-mêmes, +& après une pause recommencèrent +à sonner; mais +quand j'approchai de la verge le +crochet de la bouteille chargée, +au lieu du courant ordinaire que +j'attendois du crochet à la verge, +il n'y eut pas d'étincelles, pas +même lorsque je les fis toucher. +Cependant les timbres continuèrent +à sonner fortement, ce qui +me fit connoître que la verge +étoit alors électrisée positivement, +aussi bien que le crochet +de la bouteille & au même dégré, +& par conséquent que le +nuage particulier qui étoit alors +au-dessus de la verge étoit dans +le même état positif; c'étoit +<span class="pagenum"><a name="II204" id="II204">II-204</a></span> +vers la fin de l'orage.</p> + +<p>Mais c'est une expérience +unique qui, néanmoins fait une +exception à ma première conclusion +qui étoit trop générale, & +me réduit à celle-ci, que les +nuages d'un orage accompagné +de tonnerre sont le plus ordinairement +dans un état négatif d'électricité, +mais quelquefois dans +un état positif.</p> + +<p>Je crois que le dernier cas est +rare, car quoique bientôt après +la dernière expérience je fis un +voyage à Boston, & fus hors de +chez moi la plus grande partie +de l'été, ce qui m'empêcha de +poursuivre mes observations & +mes essais; cependant M. Kinnersley +<span class="pagenum"><a name="II205" id="II205">II-205</a></span> +revenu des isles précisément +au tems de mon départ, +continua les expériences pendant +mon absence, & il m'assure +qu'il trouva toujours les nuages +dans l'état négatif; ensorte +que le plus souvent dans les +coups de foudre c'est la terre qui +frappe les nuages, & non les +nuages qui frappent la terre.</p> + +<p>Ceux qui sont versés dans les +expériences électriques concevront +aisément que les effets & +les apparences doivent être à +peu de chose près les mêmes +dans les deux cas; même explosion, +même éclair entre deux +nuages, entre les nuages & les +montagnes, &c. même rupture +<span class="pagenum"><a name="II206" id="II206">II-206</a></span> +des arbres, des murailles, &c. +que le fluide électrique rencontre +sur son partage, même coup +fatal pour les corps animaux, & +que les verges pointuës plantées +sur les bâtimens où les mâts des +vaisseaux, & communiquant +avec la terre ou la mer, doivent +être également propres à rétablir +doucement & en silence l'équilibre +entre la terre & les nuages, +ou à conduire un éclair ou un +coup de foudre, s'il y en avoit, +de manière à préserver la maison +ou le vaisseau; car les pointes +ont autant de vertu pour pousser +le feu électrique que pour l'attirer, +& les verges l'élèveront aussi +bien qu'elles le feront descendre.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II207" id="II207">II-207</a></span> + +<p>«M. le Roy de l'Académie +des Sciences, dont nous avons +déjà parlé, avoit aussi conjecturé +long-tems avant d'avoir +été informé des nouvelles découvertes +faites en Amérique, +que l'électricité des nuages devoit +être négative: voici comme +il s'en explique à la fin +d'un mémoire qu'il lût à l'Académie +le 9. Avril 1755.</p> + +<p>«À ces conséquences j'en +pourrois ajouter plusieurs autres +assez importantes: mais je +me contenterai de faire remarquer, +1º. que cette électricité +nous montre qu'il pourroit bien +y avoir dans la nature tel agent +lequel électriseroit les corps en +<span class="pagenum"><a name="II208" id="II208">II-208</a></span> +y raréfiant le fluide électrique, +ce qu'on n'avoit pû soupçonner +jusqu'ici, opération qui +est même plus simple que celle +par laquelle on conçoit ordinairement +que cet effet a lieu. +2º. Qu'il y a une grande analogie +entre un aimant & un +systême de corps électrisés par +<i>condensation</i> & par <i>raréfaction</i>, +les corps aimantés par un pôle +se repoussant & attirant ceux +qui sont aimantés par l'autre, +comme ceux qui sont électriques +d'une même façon se repoussent +tandis qu'ils attirent +ceux qui le sont d'une façon +contraire; enfin que le +choc de l'expérience de Leyde +<span class="pagenum"><a name="II209" id="II209">II-209</a></span> +n'est qu'une suite pour ainsi dire +des deux électricités par <i>condensation</i> +& par <i>raréfaction</i>, +une bouteille de Leyde se chargeant +dans un instant, quand +on fait communiquer le côté +avec le bâtis & le crochet avec +le conducteur, ou <i>vice versâ</i>, +& ne pouvant absolument se +charger lorsque l'on la fait +communiquer de même avec +deux corps électrisés au même +degré; c'est ce que je me propose +de montrer dans un mémoire +où je compte donner +l'analyse de cette expérience.</p> + +<p>«Le R. P. Beccaria après +avoir observé des différences +marquées entre l'électricité positive +<span class="pagenum"><a name="II210" id="II210">II-210</a></span> +& l'électricité négative, +comme il a été ci-devant rapporté, +ne fut pas long-tems à +reconnoître les mêmes différences +dans l'électricité naturelle. +Il remarqua que son appareil +électrisé par le tonnerre, +ou seulement par les nuages +sans apparence de tonnerre, +étoit tantôt dans un état positif +& tantôt dans un état négatif; +il a donné un détail bien circonstancié +de toutes ses observations +à ce sujet dans son <i>Libro +secondo del Electricismo naturale</i>, +imprimé <i>in</i>-4º. à Turin +en 1753.»</p> + +<p>Mais quoique les éclaircissemens +tirés de ces expériences +<span class="pagenum"><a name="II211" id="II211">II-211</a></span> +ne changent rien dans la pratique, +il, en est tout autrement +pour la théorie, nous sommes +maintenant aussi embarrassés à +trouver une hypothèse pour expliquer +par quels moyens les +nuages deviennent électrisés négativement, +que nous l'étions +précédemment à montrer comment +ils le devenoient positivement.</p> + +<p>Je ne sçaurois m'empêcher de +hazarder quelques conjectures +sur ce sujet; voici celles qui +s'offrent à présent à mon esprit; +& quand même de nouvelles +découvertes montreroient qu'elles +ne sont pas tout-à-fait justes, +elles pourroient, en attendant, +<span class="pagenum"><a name="II212" id="II212">II-212</a></span> +être de quelque utilité, en excitant +les curieux à faire davantage +d'expériences, & en donnant +occasion à des recherches plus +exactes.</p> + +<p>Je conçois donc que ce globe +de terre & d'eau avec ses +plantes, ses animaux & ses bâtimens +contient une quantité de +fluide électrique répanduë dans +sa substance, précisément aussi +grande qu'il en peut contenir; +c'est ce que j'appelle la quantité +naturelle.</p> + +<p>Que cette quantité naturelle +n'est pas la même dans toutes +les espèces de matière commune +sous des dimensions égales, ni +dans la même espèce de matière +<span class="pagenum"><a name="II213" id="II213">II-213</a></span> +commune dans toutes les circonstances. +Mais un pied cube +v. g. d'une sorte de matière commune, +peut contenir plus de +fluide électrique qu'un pied cube +de quelqu'autre matière commune +& une livre de la même +espèce de matière commune, +quand elle est raréfiée, peut en +contenir plus que quand elle est +condensée.</p> + +<p>Car le fluide électrique étant +attiré par quelque portion de +matière commune, les parties +de ce fluide (qui ont entr'elles +une mutuelle répulsion,) s'approchent +tellement l'une de l'autre +par l'attraction de la matière +commune qui les absorbe, que +<span class="pagenum"><a name="II214" id="II214">II-214</a></span> +leur répulsion est égale à la force +condensante de l'attraction dans +la matière commune: ainsi cette +portion de matière commune +n'en absorbera pas davantage.</p> + +<p>Les corps de différentes espèces +ayant ainsi attiré & absorbé +ce que j'appelle leur quantité +naturelle, c'est-à-dire précisément +autant de fluide électrique +qu'il convient à leur état de densité, +de raréfaction & au pouvoir +d'attirer, ne donnent plus +entre eux aucun signe d'électricité.</p> + +<p>Et si l'on charge un de ces +corps d'une plus grande quantité +de fluide électrique, elle n'y entre +pas, mais elle se répand sur la surface +<span class="pagenum"><a name="II215" id="II215">II-215</a></span> +& y forme une atmosphère, +& alors ce corps donne des signes +d'électricité.</p> + +<p>J'ai comparé dans un de mes +écrits précédens la matière commune +à une éponge & le fluide +électrique à l'eau; on voudra +bien me permettre de me servir +encore une fois de la même +comparaison pour éclaircir davantage +ma pensée sur ce sujet.</p> + +<p>Quand on condense un peu +une éponge, en la pressant entre +les doigts, elle ne prend & +ne garde pas autant d'eau que +dans son état le plus naturel de +relâchement & de raréfaction.</p> + +<p>Étant encore pressée & condensée +davantage, il sortira quelque +<span class="pagenum"><a name="II216" id="II216">II-216</a></span> +peu d'eau de ses parties intérieures +qui s'écoulera par la +surface.</p> + +<p>Si l'on cesse entiérement de +la presser avec les doigts, l'éponge +reprendra non-seulement +ce qui avoit été exprimé d'eau +en dernier lieu, mais elle en attirera +une quantité surabondante.</p> + +<p>Comme l'éponge dans son état +de raréfaction attirera & absorbera +naturellement plus d'eau, & que +dans son état de condensation +elle attirera & absorbera naturellement +moins d'eau, nous pouvons +appeller la quantité qu'elle +absorbe dans l'un ou l'autre de ces +états, sa quantité naturelle relativement +à cet état.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II217" id="II217">II-217</a></span> + +<p>Or l'eau est au fluide électrique +ce que l'éponge est à l'eau. +Quand une portion d'eau est dans +son état commun de densité, elle +ne peut contenir plus de fluide +électrique qu'elle n'en a; si on y en +ajoûte, il se répand sur la surface.</p> + +<p>Quand la même portion d'eau +se raréfie en vapeurs & forme +un nuage, elle est capable d'en +recevoir & d'en absorber une +beaucoup plus grande quantité; +chaque particule a de la place +pour avoir son atmosphère électrique.</p> + +<p>Ainsi l'eau en son état de raréfaction +ou dans la forme d'un +nuage sera dans un état négatif +d'électricité; elle aura moins que +<span class="pagenum"><a name="II218" id="II218">II-218</a></span> +sa quantité naturelle, c'est-à-dire +moins qu'elle n'est naturellement +capable d'en attirer & +d'en absorber dans cet état.</p> + +<p>Ce nuage s'approchant assez +de la terre pour être à portée d'être +frappé, recevra de la terre +un coup de fluide électrique, +qui pour fournir à une grande +étenduë de nuages, doit quelquefois +contenir une très-grande +quantité de ce fluide. Mais ce +nuage passant sur des bois de +haute futaye peut recevoir sans +bruit quelque charge des pointes, +& des bords aigus des feüilles +de leurs cimes mouillées.</p> + +<p>Un nuage étant chargé par +quelque moyen que ce soit de +<span class="pagenum"><a name="II219" id="II219">II-219</a></span> +la part de la terre peut frapper +sur d'autres qui n'ont pas été +chargés ou qui ne l'ont pas été +autant, ceux-ci sur d'autres encore +jusqu'à ce que l'équilibre +soit établi entre tous les nuages +qui sont à portée de se frapper +l'un l'autre.</p> + +<p>Le nuage ainsi chargé s'étant +déchargé d'une bonne partie de +ce qu'il a reçu d'abord, peut recevoir +une nouvelle charge de la +terre ou de quelqu'autre nuage +qui aura été poussé par le vent à +portée de la recevoir plus promptement +de la terre.</p> + +<p>Delà ces coups & ces éclairs +redoublés & continuels jusqu'à +ce que les nuages ayent reçu à +<span class="pagenum"><a name="II220" id="II220">II-220</a></span> +peu près leur quantité naturelle +en tant que nuages, ou jusqu'à +ce qu'ils soient tombés en ondées +& réunis à ce globe terraquée +d'où ils tirent leur origine.</p> + +<p>Ainsi les nuages orageux sont généralement +parlant dans un état +négatif d'électricité par rapport +à la terre selon la plûpart de nos +expériences; cependant comme +dans l'une nous avons trouvé un +nuage électrisé positivement, je +conjecture que dans ce cas un +pareil nuage, après avoir reçu +ce qui, dans son état de raréfaction, +étoit seulement sa quantité +naturelle se trouva comprimé +par l'action des vents ou de +quelqu'autre manière, ensorte +<span class="pagenum"><a name="II221" id="II221">II-221</a></span> +qu'une partie de ce qu'il avoit +absorbé, fut chassée, & forma une +atmosphère électrique autour de +lui dans son état de condensation. +C'est ce qui le rendit capable +de communiquer une électricité +positive à la verge.</p> + +<p>Pour prouver qu'un corps +dans différentes circonstances +de dilatation & de contraction +est capable de recevoir & de retenir +plus ou moins de fluide +électrique sur sa surface, je rapporterai +l'expérience suivante: +Je plaçai sur le plancher un verre +à boire propre, & dessus un +petit pot d'argent, dans lequel +je mis environ trois brasses de +chaîne de cuivre, à un bout de +<span class="pagenum"><a name="II222" id="II222">II-222</a></span> +laquelle j'attachai un fil de +soye qui s'élevoit directement au +plat-fond où il passoit sur une +poulie & delà redescendoit dans +ma main, de sorte que je pouvois +à mon gré enlever la chaîne du +pot, l'élever à un pied de distance +du plat-fond & la laisser +par gradation retomber dans le +pot.</p> + +<p>Du plat-fond avec un autre +fil de fine soye écruë, je suspendis +un petit floccon de coton, +de manière que quand il pendoit +perpendiculairement il touchoit +le côté du pot: ensuite approchant +du pot le crochet d'une bouteille +chargée, je lui donnai une +étincelle qui se répandit autour +<span class="pagenum"><a name="II223" id="II223">II-223</a></span> +en atmosphère électrique, & le +floccon de coton fut repoussé du +côté du pot à la distance de neuf +ou dix pouces: le pot ne recevoit +plus alors d'autre étincelle +du crochet de la bouteille; mais +à mesure que j'élevois la chaîne, +l'atmosphère du pot diminua +en se coulant sur la chaîne +qui s'élevoit, & en conséquence +le floccon de coton s'approcha +de plus en plus du pot; & alors +si je rapprochois de ce pot le +crochet de la bouteille, il recevoit +une autre étincelle & le +coton retournoit à la même +distance qu'auparavant, & de +cette sorte à proportion que la +chaîne étoit élevée plus haut, +<span class="pagenum"><a name="II224" id="II224">II-224</a></span> +le pot recevoit plus d'étincelles, +parce que le pot avec la chaîne +déployée étoit capable de supporter +une plus grande atmosphère +que le pot avec la chaîne ramassée +dans son intérieur. Que l'atmosphère +autour du pot fût diminuée +en enlevant la chaîne, +& augmentée en la baissant, +c'est une chose non-seulement +conforme à la raison, puisque +l'atmosphère de la chaîne doit +être tirée de celle du pot quand +elle s'enlève, & y retourner +quand elle retombe; mais la +chose est encore évidente aux +yeux, le floccon de coton s'approchant +toujours du pot quand +on tiroit la chaîne en haut, & +<span class="pagenum"><a name="II225" id="II225">II-225</a></span> +se retirant quand on la laissoit +tomber.</p> + +<p>«Cette expérience répètée de +la manière dont l'enseigne M. +Franklin, a tout aussi bien +réussi à Paris qu'à Philadelphie. +Le floccon de coton ou une balle +de liége suspenduë à un fil de +soye s'écarte plus ou moins des +bords du vase, suivant que la +chaîne y est plus ou moins renfermée. +J'ai vû le floccon qui +se tenoit à un pouce de distance +du vase, tandis qu'une +chaîne de douze pieds étoit +tout à fait déployée, s'en écarter +jusqu'à un pied, quand elle +étoit entiérement retombée.»</p> + +<p>Ainsi nous voyons que l'augmentation +<span class="pagenum"><a name="II226" id="II226">II-226</a></span> +de surface rend un +corps capable de recevoir une +plus grande atmosphère électrique; +mais cette expérience, je +l'avouë, ne démontre pas parfaitement +ma nouvelle hypothèse; +car le cuivre & l'argent continuënt +toujours à être solides, +& ne se dilatent pas en vapeurs +comme l'eau en nuages. Peut-être +que dans la suite, des expériences +sur l'eau élevée en vapeurs +mettront cette matière +dans un plus grand jour.</p> + +<p>Il s'élève contre cette nouvelle +hypothèse une objection +qui paroît importante; la voici: +si l'eau, dans son état de raréfaction, +comme nuage, attire +<span class="pagenum"><a name="II227" id="II227">II-227</a></span> +& absorbe plus de fluide électrique +que dans son état de densité +comme eau, pourquoi ne +tire-t-elle pas de la terre tout ce +dont elle manque, à l'instant +qu'elle en quitte la surface, +qu'elle en est encore proche, & +qu'elle ne fait que s'élever en +vapeur? J'avouë que je ne sçaurois, +quant à présent, répondre +à cette difficulté d'une manière +qui me satisfasse; j'ai cru cependant +que je devois l'établir dans +toute sa force, comme je l'ai +fait, & soumettre le tout à l'examen.</p> + +<p>Qu'il me soit permis de recommander +au curieux dans +cette branche de la philosophie +<span class="pagenum"><a name="II228" id="II228">II-228</a></span> +naturelle, de répèter avec soin +& en observateurs exacts, les +expériences que j'ai rapportées +dans cet écrit & les précédens +sur l'électricité positive & +négative avec les autres de même +genre qu'ils imagineront, +afin de s'assurer si l'électricité +communiquée par un globe de +verre est réellement positive. Je +prie aussi ceux qui auront occasion +d'observer les effets récents +du tonnerre sur les bâtimens, les +arbres, &c. de les considérer en +particulier dans la vûe d'en découvrir +la direction. Mais dans +cet examen il faut toujours faire +attention à une chose, c'est +qu'un courant de fluide électrique +<span class="pagenum"><a name="II229" id="II229">II-229</a></span> +passant au travers du bois, +de la brique, du métal, &c. +quand il passe en petite quantité, +la force avec laquelle ses parties +se repoussent est limitée & surmontée +par la cohésion des parties +du corps qu'il traverse au +point d'empêcher l'explosion; +mais quand le fluide vient en +trop grande quantité pour être +retenu par cette cohésion, il fait +explosion, & déchire ou fond +le corps qui s'efforçoit de lui résister. +Si c'est du bois, de la brique, +de la pierre ou quelque +chose de semblable, les éclats +sortiront du côté où il y a moins +de résistance, & de même lorsqu'il +se fait un trou à travers du +<span class="pagenum"><a name="II230" id="II230">II-230</a></span> +carton par le moyen d'un vase +électrisé, si les surfaces du carton +ne sont pas enfermées ou +pressées, il y aura une bavûre +élevée tout autour du trou des +deux côtés du carton; mais si +l'un des côtés est resserré, ensorte +que la bavûre ne puisse +pas s'élèver de ce côté, elle s'élevera +entiérement de l'autre, +de quelque côté que le fluide ait +été dirigé, car la bavûre autour +du trou est l'effet de l'explosion +en tous sens autour du centre +du courant plutôt que l'effet de +la direction.</p> + +<p>Dans chaque coup de tonnerre +je pense que le courant de +fluide électrique qui est en mouvement +<span class="pagenum"><a name="II231" id="II231">II-231</a></span> +pour rétablir l'équilibre +entre la nuée & la terre, doit +toujours préalablement trouver +son passage & diriger, pour ainsi +dire, sa course, le long de tous +les conducteurs qu'il peut trouver +dans son chemin, tels que les +métaux, les murailles moites, +les bois humides, &c., qu'il s'écartera +considérablement de la +ligne droite pour s'attacher aux +bons conducteurs, & qu'enfin +dans cette course il est actuellement +en mouvement, quoique +sans bruit & imperceptiblement +avant l'explosion dans & parmi +les conducteurs. Cette explosion +n'arrive que quand les conducteurs +ne peuvent pas s'en décharger +<span class="pagenum"><a name="II232" id="II232">II-232</a></span> +aussi vîte qu'ils le reçoivent, +parce qu'ils sont imparfaits, +désunis, trop petits, ou +qu'ils ne sont pas de la matière +la plus propre à conduire. Ainsi +les verges de métal, d'une grosseur +suffisante, & qui s'étendent +de la partie la plus haute d'un +édifice jusqu'à terre, étant de la +meilleure matière, & des conducteurs +parfaits, préserveront, je +pense, le bâtiment de dommage, +ou en rétablissant l'équilibre assez +vîte pour prévenir le coup, ou en +le conduisant dans la substance de +la verge aussi loin qu'elle s'étend, +ensorte qu'il n'y ait d'explosion +qu'au dessus de sa pointe, entre +elle & les nuages.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II233" id="II233">II-233</a></span> + +<p>Si l'on demandoit quelle épaisseur +on doit présumer suffisante +dans la verge métalliques? Pour répondre, +je remarquerois que cinq +gros vases de verre, tels que je +les ai indiqués dans mes premiers +écrits, déchargent une +très grande quantité d'électricité, +qui cependant sera toute entière +conduite autour d'un livre +par le filet mince d'or de la couverture; +elle suit l'or par le plus +long chemin autour de la couverture +plûtôt que de prendre le +plus court au travers de cette +couverture, qui n'est pas un si +bon conducteur. Mais dans cette +ligne d'or le métal est d'une finesse +si grande, que ce n'est +<span class="pagenum"><a name="II234" id="II234">II-234</a></span> +presque que la couleur de l'or; +sur la couverture d'un livre <i>in-8º</i>. +il n'y a pas un pouce quarré, +& par conséquent pas la trente-sixiéme +partie d'un grain suivant +Mr. de Reaumur. Cependant +elle est suffisante pour conduire +la charge de cinq gros vases, & +je ne sçais de combien davantage. +Présentement je suppose +qu'un fil-d'archal du quart d'un +pouce de diamètre contient environ +5000. fois autant de métal +qu'il y en a dans cette ligne +d'or, & si cela est, il conduira +la charge de 25000. vases de +verre pareils, quantité que j'imagine +bien supérieure à ce qu'il +y en a jamais eu dans aucun +<span class="pagenum"><a name="II235" id="II235">II-235</a></span> +coup de tonnerre naturel. Mais +une verge du diamètre d'un demi-pouce +en conduiroit quatre +fois autant que celle d'un quart.</p> + +<p>Et à l'égard du conducteur, +quoiqu'il faille une certaine +épaisseur de métal pour conduire +un grande quantité d'électricité +& en même tems conserver +sa propre substance ferme & réunie, +& qu'une moindre épaisseur, +comme par exemple un très-petit +fil-d'archal, soit détruite par +l'explosion; cependant un pareil +petit fil auroit suffi pour conduire +ce coup, quoiqu'il devienne +incapable d'en conduire un +autre. Et considérant l'extrème +rapidité avec laquelle le fluide +<span class="pagenum"><a name="II236" id="II236">II-236</a></span> +électrique court sans explosion +quand il a un passage libre ou +une communication de métal +parfait; je penserois qu'une grande +quantité seroit conduite en +peu de tems à un nuage ou tirée +d'un nuage pour rétablir son +équilibre avec la terre par le +moyen d'un très-petit fil de fer, +& par conséquent des verges +épaisses ne paroissent pas si nécessaires. +Quoiqu'il en soit, comme +la quantité de tonnerre déchargée +dans un coup ne peut +pas se bien mesurer, & qu'elle +est certainement très-différente +en différens coups, plus grande +dans quelques-uns que dans +d'autres, & comme le fer (le +<span class="pagenum"><a name="II237" id="II237">II-237</a></span> +meilleur métal pour cet usage, +étant le moins propre à se fondre,) +est à bon marché, il n'y a +point d'inconvénient d'avoir un +plus gros canal pour conduire ce +coup impétueux que nous ne le +jugeons nécessaire; car quoiqu'un +fil-d'archal moyen puisse suffire, +deux ou trois ne peuvent pas +nuire. Le tems & des observations +exactes bien comparées +indiqueront à la fin la grosseur +convenable avec une plus grande +certitude.</p> + +<p>Les verges pointuës élevées sur +les édifices peuvent de même +prévenir souvent un coup de la +manière suivante. Un oeil placé de +façon qu'il voye horizontalement +<span class="pagenum"><a name="II238" id="II238">II-238</a></span> +le dessous d'un nuage de tonnerre, +verra qu'il est très-désuni, ayant +nombre de fragmens séparés ou +de petits nuages l'un sous l'autre, +le plus bas étant souvent +fort peu éloigné de la terre. +Ceux-ci, comme autant de pierres +marchantes, servent à conduire +un coup entre le nuage & +un bâtiment. Pour les représenter +par une expérience, prenez +deux ou trois floccons de coton +non serré; attachez-en un au +premier conducteur par un fil +fin de deux pouces, (qui peut +être filé sur le champ du même +floccon avec les doigts,) liez-en +un autre à celui-ci, un troisiéme +au second par de semblables +<span class="pagenum"><a name="II239" id="II239">II-239</a></span> +fils. Faites tourner le globe, +& vous verrez ces floccons s'étendre +vers la table (comme les +petits nuages les plus bas font +vers la terre,) qui les attire: +mais en présentant une fine pointe +dressée sous le plus bas, il se +resserrera vers le second, le second +vers le premier, & tous +ensemble vers le premier conducteur, +où ils resteront autant +de tems que la pointe restera +sous eux. Les petits nuages électrisés +dont l'équilibre avec la terre +est bien vîte rétabli par la +pointe, ne peuvent-ils pas de +la même manière s'élever vers +le principal, & par ce moyen +occasionner un si grand vuide +<span class="pagenum"><a name="II240" id="II240">II-240</a></span> +que le grand nuage ne puisse +frapper dans cet endroit?</p> + +<p>Ces pensées, mon cher ami, +ne sont que hazardées & ébauchées; +si j'étois simplement ambitieux +de me faire quelque réputation +dans la philosophie, je +les garderois par devers moi +jusqu'à ce qu'elles fussent perfectionnées +& rectifiées par le +tems & par de nouvelles expériences. +Mais puisque la communication +des moindres vûes +& des expériences imparfaites +dans une nouvelle branche de +science a souvent produit de +bons effets en attirant sur cet +objet l'attention des personnes +de génie, & a donné par là +<span class="pagenum"><a name="II241" id="II241">II-241</a></span> +occasion à des recherches plus +exactes & à des découvertes plus +complettes. Vous êtes le maître +de communiquer cet écrit à qui +bon vous semblera; il est plus +important que les connoissances +s'augmentent qu'il ne l'est que +votre ami soit regardé comme +un philosophe exact.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/deco05.png"></p> + +<span class="pagenum"><a name="II242" id="II242">II-242</a></span> +<br><br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> +<h2>LETTRE XIII.</h2> + +<p class="mid">De B. FRANKLIN, Écuyer<br> +de Philadelphie.</p> + +<p class="mid">À P. Collinson, Écuyer, membre<br> +de la Société Royale à<br> +Londres.</p> + +<p class="rig"><i>18. Avril 1774.</i></p><br><br> + +<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p> + +<p>Depuis le mois de Septembre +dernier ayant fait deux longs +voyages, & ayant eu d'ailleurs +beaucoup d'occupations, je n'ai +guères fait d'observations sur l'état +positif & négatif de l'électricité +des nuages; mais Mr. +<span class="pagenum"><a name="II243" id="II243">II-243</a></span> +Kinnersley a tenu en bon état +sa verge & ses timbres & en a +fait beaucoup.</p> + +<p>Un jour pendant cet hyver, +les timbres sonnèrent long-tems +pendant une chûte de neiges, +quoique l'on n'entendît point de +tonnerre & qu'on ne vît point +d'éclairs; quelquefois les coups +& le pétillement de la matière +électrique entre les timbres furent +si forts qu'on les entendit +dans toute la maison; mais selon +toutes ses observations les +nuages furent constamment dans +un état négatif jusques il y a environ +six semaines; il trouva un +jour qu'ils passèrent dans quelques +minutes du négatif au positif. +<span class="pagenum"><a name="II244" id="II244">II-244</a></span> +Environ huit jours après il +fit une autre observation de la +même sorte, & le soir de lundi +dernier le vent sud-est soufflant +fortement en tournant au nord-est +& chassant beaucoup de nuages +épais, il y eut cinq ou six +passages successifs du négatif au +positif, & du positif au négatif, +les timbres s'arrêtant une minute +ou deux entre chaque changement. +Outre les méthodes +rapportées dans mon écrit de +Septembre dernier pour découvrir +l'état électrique des nuages, +on peut se servir de la suivante. +Quand vos timbres sonnent, +passez un tube frotté près du +bord du timbre attaché à votre +<span class="pagenum"><a name="II245" id="II245">II-245</a></span> +verge pointuë, si le nuage est +alors dans un état négatif, la +sonnerie s'arrêtera; s'il est dans +un positif elle continuëra & sera +peut-être plus vive. Ou bien +suspendez une très-petite boule +de liége à un fil de soye fine, +ensorte qu'elle pende tout près +du bord du timbre de la verge. +Alors dès que le timbre est +électrisé positivement ou négativement, +la petite boule est +repoussée & reste à quelque distance +du timbre. Ayez tout prêt +un bouchon de flacon en verre +& à tête ronde, frottez-le sur +votre côté jusqu'à ce qu'il soit +électrisé, ensuite présentez-le à +<span class="pagenum"><a name="II246" id="II246">II-246</a></span> +la boule de liége; si l'électricité +dans la boule est positive elle +sera repoussée du bouchon de +verre aussi bien que du timbre. +Si elle est négative elle sera attirée +vers le bouchon.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/deco04.png"></p> +<br><br><br> + +<span class="pagenum"><a name="II247" id="II247">II-247</a></span> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> +<h2><i>LETTRE XIV.</i></h2> + +<blockquote><i>Remarques sur les Lettres de +l'Abbé Nollet sur l'Électricité, +à B. Franklin Écuyer à Philadelphie, +par M. David Colden +de la nouvelle York, à +Coldenham dans la nouvelle +York, le 4. Décembre 1753.</i></blockquote> + +<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p> + +<p>En examinant les lettres de +l'Abbé Nollet à M. Franklin, +je suis obligé de lui passer toutes +les expériences qui se font +avec ou dans des bouteilles scellées +hermétiquement ou vuidées +<span class="pagenum"><a name="II248" id="II248">II-248</a></span> +d'air, parce que n'étant pas en +état de répéter les expériences, +je ne pourrois pas appuyer par +des preuves tirées de l'expérience +certaines idées qui se sont +présentées à moi là-dessus; c'est +pourquoi le premier point sur +lequel j'ose ouvrir mon sentiment +est dans la quatriéme lettre +de l'Abbé, <i>pag. 66.</i> où il essaye +de prouver que la matière +électrique passe d'une surface à +l'autre à travers l'épaisseur entière +du verre; il prend l'expérience +du tableau magique de M. +Franklin, & parle ainsi: Lorsque +vous électrisez ainsi un carreau +de verre enduit de métal dessus +& dessous, il est évident que +<span class="pagenum"><a name="II249" id="II249">II-249</a></span> +ce que l'on pose sur la surface +opposée à celle qui reçoit l'électricité +du conducteur, prend +aussi une vertu électrique très-marquée, +qui, dit M. Franklin, +est cette égale quantité de matière +électrique chassée de ce +côté par celle que le côté opposé +reçoit du conducteur, & +qui continuëra à donner une +vertu électrique à chaque chose +qui sera en contact avec elle +jusqu'à ce qu'elle soit entièrement +déchargée de son feu électrique; +à quoi l'Abbé fait cette +objection. «Dites-moi, je vous +prie, dit-il, combien de tems +faut il pour ce prétendu dépouillement, +je puis vous assurer +<span class="pagenum"><a name="II250" id="II250">II-250</a></span> +qu'après avoir soutenu +l'électrisation pendant des heures +entières, cette surface qui +auroit dû, ce me semble, être +bien dépourvûe de sa matière +électrique, attendu le grand +nombre d'étincelles qu'on en +avoit tirées, ou le tems que +cette matière avoit été exposée +à l'action de la cause expulsive, +cette surface, dis-je, ne +m'en paroissoit que mieux électrisée +& plus propre à produire +tous les effets d'un corps +actuellement électrique.» <i>Pag. +68.</i></p> + +<p>L'Abbé ne nous dit point +quels sont ces effets: je n'ai jamais +pû les observer tous, & on +<span class="pagenum"><a name="II251" id="II251">II-251</a></span> +peut aisément rendre raison de +ceux que l'on observe, en supposant +que ce côté est entiérement +destitué de matière électrique. +L'effet le plus sensible +d'un corps chargé d'électricité, +est que quand on lui présente le +doigt, ce doigt en tire une étincelle: +or quand une bouteille +préparée pour l'expérience de +Leyde est penduë au canon d'un +fusil ou au premier conducteur, +& que vous faites tourner le +globe pour la charger, aussitôt +que la matière électrique est en +mouvement, vous pouvez voir +une étincelle aller de la surface +extérieure de la bouteille à votre +doigt, ce qui, dit M. Franklin, +<span class="pagenum"><a name="II252" id="II252">II-252</a></span> +est la matière électrique naturelle +du verre poussée dehors par +celle qui est reçue du conducteur +sur la surface intérieure, si elle +en sort seulement par étincelles, +on en peut tirer un grand +nombre; mais si vous serrez la +surface extérieure avec votre +main, la bouteille recevra bientôt +toute la matière électrique +qu'elle est capable de recevoir, +& l'extérieure sera alors entiérement +privée de sa matière électrique, +& on ne pourra en tirer +d'étincelles avec le doigt; il y +manque donc alors cet effet +qu'ont tous les corps chargés +d'électricité: quelques effets +d'un corps électrique que l'Abbé, +<span class="pagenum"><a name="II253" id="II253">II-253</a></span> +je suppose, a observés sur +la surface extérieure d'une bouteille +chargée, sont que tous les +corps légers en sont attirés; c'en +est un que j'ai constamment observé, +mais je ne pense pas qu'il +vienne d'une qualité attractive +dans la surface extérieure de la +bouteille; mais dans ces corps +légers mêmes qui semblent être +attirés par la bouteille, c'est une +remarque constante que quand +un corps a une plus grande charge +de matière électrique qu'un +autre, (c'est-à dire en proportion +de la quantité qu'ils contiendront,) +ce corps attirera celui +qui en a moins; à présent je suppose, +& c'est une partie du systême +<span class="pagenum"><a name="II254" id="II254">II-254</a></span> +de M. Franklin, que tous +ces corps légers qui semblent +être attirés, ont plus de matière +électrique en eux que la surface +extérieure des bouteilles n'en a, +c'est pourquoi ils tâchent d'attirer +à eux la bouteille qui est trop +pésante pour être ébranlée par le +petit dégré de force qu'ils employent, +& qui cependant étant +plus grande que leur propre +poids les pousse vers la bouteille, +l'expérience suivante aidera +l'imagination à concevoir cela. +Suspendez une boule de liége +ou une plume avec un fil de +soye & électrisez-la; ensuite approchez +cette boule de quelque +corps fixe, & elle semblera attirée +<span class="pagenum"><a name="II255" id="II255">II-255</a></span> +par ce corps, car elle volera +vers lui. Mais de l'aveu des +Électriciens, la cause attractive +est dans la boule même, & +non dans le corps fixe auquel +elle court. Ce cas est semblable +à l'attraction apparente des corps +légers vers la surface extérieure +d'une bouteille chargée.</p> + +<p>L'Abbé dit, <i>pag. 69.</i> qu'il +peut électriser cent hommes debout +sur des gâteaux de cire, +pourvû qu'ils se tiennent par les +mains, & qu'un d'eux touche +l'une de ces surfaces (l'extérieure) +du bout de son doigt. Je +sçais qu'il le peut, pendant que +la bouteille se charge, mais je +suis aussi certain qu'il ne le peut +<span class="pagenum"><a name="II256" id="II256">II-256</a></span> +pas après qu'elle est chargée; car +une bouteille étant préparée +pour l'expérience de Leyde, +suspendez-la au conducteur, & +qu'un homme debout sur le +plancher touche de son doigt la +doublure, pendant que le globe +tourne, jusqu'à ce que la matière +électrique sorte du crochet de la +bouteille ou de quelque partie +du conducteur, je crois que c'est +le signe le plus certain que la +bouteille a reçu toute la matière +électrique qu'elle peut recevoir: +après ce signe, que l'homme, +qui auparavant étoit sur le plancher, +monte sur un gâteau de +cire, il peut y rester des heures +entières le globe tournant pendant +<span class="pagenum"><a name="II257" id="II257">II-257</a></span> +tout ce tems-là, & cependant +ne donner aucun signe d'électricité.</p> + +<p>Après que la matière électrique +fut poussée dehors du +crochet de la bouteille préparée +pour l'expérience de Leyde comme +ci-dessus, je pendis une autre +bouteille préparée de la même +manière à un crochet attaché +à la doublure de la première, +& je tins cette autre bouteille +dans ma main; mais si +quelque matière électrique passoit +au travers du verre de la +première bouteille, la seconde +la recevroit & la rassembleroit +assurément; mais ayant tenu les +bouteilles dans cette situation +pendant un tems considérable, +<span class="pagenum"><a name="II258" id="II258">II-258</a></span> +pendant lequel le globe ne cessa +de tourner, je ne m'apperçus +point que la seconde bouteille +fut chargée le moins du monde, +car quand je portai le doigt au +crochet, comme dans l'expérience +de Leyde, je n'éprouvai +pas la moindre commotion, & +je ne vis pas une étincelle partir +du crochet.</p> + +<p>Je fis aussi l'expérience suivante, +ayant chargé deux bouteilles +(préparées pour l'expérience +de Leyde) par leurs crochets, +deux personnes en prirent +chacun une dans leurs +mains, l'un par le côté, l'autre +par le crochet, ce qu'il fit en +ôtant la communication avec le +fond, avant de prendre le crochet, +<span class="pagenum"><a name="II259" id="II259">II-259</a></span> +ces personnes se placèrent +chacune à un de mes côtés, +pendant que j'étois debout sur +un gâteau de cire, & que je tenois +le crochet de la bouteille +qui étoit tenuë par la doublure +(sur quoi il partit une étincelle; +mais la bouteille ne fut pas déchargée +pendant que je fus sur +la cire) tenant le crochet, je +touchai la doublure de la bouteille +qui étoit tenuë par son +crochet de mon autre main, sur +quoi on apperçut une étincelle +considérable entre mon doigt & +la doublure, & les deux bouteilles +furent sur le champ déchargées. +Si l'opinion de l'Abbé +est fondée, que la surface extérieure +<span class="pagenum"><a name="II260" id="II260">II-260</a></span> +communiquant avec la +doublure est chargée aussi bien +que l'intérieure communiquant +avec le crochet, comment puis-je, +moi qui suis sur la cire, décharger +ces deux bouteilles, +quand il est bien connu que je +n'en pourrois pas décharger une +séparément? Bien plus, supposé +que j'aye tiré la matière électrique +des deux, qu'est-elle devenuë? +car il ne paroît pas que +j'en aye une quantité plus grande +quand l'expérience est finie, +& que je n'ai pas bougé de dessus +la cire.</p> + +<p>Cette expérience me démontre +donc pleinement que la +surface extérieure n'est pas chargée, +<span class="pagenum"><a name="II261" id="II261">II-261</a></span> +& non-seulement cela, +mais qu'il lui manque autant +de matière électrique que l'intérieure +en a par excès; car par +cette supposition, qui est une +partie du systême de Mr. Franklin, +on rend aisément raison +de l'expérience précédente de +cette sorte: quand je suis sur la +cire mon corps n'est pas capable +de recevoir du crochet d'une +bouteille toute la matière électrique +qu'elle est prête à donner, +elle ne peut pas non plus en +donner autant à la doublure de +l'autre bouteille qu'elle est prête +à en prendre, quand il n'y en a +qu'une d'appliquée contre moi; +mais quand elles le sont toutes +<span class="pagenum"><a name="II262" id="II262">II-262</a></span> +deux, la doublure reçoit de l'une +ce que le crochet de l'autre donne: ainsi +je reçois le feu de la première +bouteille en B, dont la surface +extérieure est fournie par la main +en A: je donne le feu à la seconde +bouteille en C, dont la +surface intérieure est déchargée +par la main en D. Cette décharge +en D peut être renduë sensible +en recevant ce feu dans le +crochet d'une troisiéme bouteille, +ce qui s'exécute ainsi: au lieu de +prendre le crochet de la seconde +bouteille dans votre main, faites +passer au travers le fil-d'archal +d'une troisiéme bouteille préparée +comme pour l'expérience de +Leyde, & tenez cette troisiéme +<span class="pagenum"><a name="II263" id="II263">II-263</a></span> +bouteille dans votre main, la +seconde y étant penduë par les +bouts des crochets, passés l'un +dans l'autre: quand l'expérience +est achevée, cette troisiéme bouteille +reçoit le feu en D, & elle +sera chargée. Si l'on considère +cette expérience, elle doit, je +pense, prouver parfaitement que +la surface extérieure d'une bouteille +chargée manque de matière +électrique, pendant que +l'intérieure en a un excès. Quelque +chose de plus, qui est digne +de remarque dans cette expérience, +c'est que je ne sens ni +commotion ni choc dans mes +bras, quoiqu'ils soient dans un +instant traversés d'une si grande +<span class="pagenum"><a name="II264" id="II264">II-264</a></span> +quantité de matière électrique; +je ne sens qu'une piqûre aux +bouts de mes doigts. Cela me +fait penser que l'Abbé se trompe +quand il dit qu'il n'y a point +de différence entre le choc senti +en faisant l'expérience de Leyde +& la piqûre sentie en tirant de +simples étincelles, si ce n'est +du plus au moins. Dans la dernière +expérience il passe à travers +mes bras autant de matière +électrique que m'en auroit donné +un coup très-considérable, +s'il y avoit eu une communication +immédiate, par mes bras, +du crochet à la doublure de la +même bouteille; parce que +quand elle fut prise dans une +<span class="pagenum"><a name="II265" id="II265">II-265</a></span> +troisiéme bouteille, & que cette +bouteille fut déchargée en particulier +à travers mes bras, elle +me donna un coup sensible. Si +ces expériences prouvent que la +matière électrique ne passe pas +à travers l'entière épaisseur du +verre, il est d'une conséquence +nécessaire qu'elle doit toujours +sortir par où elle est entrée.</p> + +<p>Ce qui s'est ensuite présenté, +c'est dans la cinquiéme lettre +<i>pag. 88.</i> où il différe de M. Franklin, +qui pense que tout le pouvoir +de donner le coup réside +dans le verre même & non dans +les corps non-électriques qui le +touchent. Les expériences que +Mr. Franklin a données pour +<span class="pagenum"><a name="II266" id="II266">II-266</a></span> +prouver cette opinion dans ses +expériences & observations sur +l'électricité, lettre 4. §. 50. & 51. +m'ont convaincu qu'il avoit raison; +& ce que l'Abbé a assuré +de contraire ne m'a pas fait penser +autrement. L'Abbé s'appercevant, +comme je le suppose, +que les expériences, comme M. +Franklin les avoit faites, devoient +prouver sa proposition, +les altère sans en donner aucune +raison, & les fait d'une manière +qui ne prouve rien. Pourquoi +veut-il qu'un homme tienne +dans sa main la bouteille dans +laquelle l'eau de la bouteille +chargée doit être versée? Si le +pouvoir de donner un coup est +<span class="pagenum"><a name="II267" id="II267">II-267</a></span> +dans l'eau contenuë dans la bouteille, +elle doit s'y conserver, +quoiqu'elle soit versée dans une +autre, puisqu'elle n'a été touchée +par aucun corps non-électrique +pour enlever ce pouvoir. +Que la bouteille soit placée sur +la cire, ce n'est pas une objection, +car elle ne peut pas ôter +le pouvoir à l'eau si elle en avoit, +mais c'est un moyen nécessaire +pour éprouver le fait; au lieu +que cette bouteille étant chargée +quand elle est dans la main +d'un homme, prouve seulement +que l'eau conduit la matière +électrique. L'Abbé avouë, <i>pag. +94.</i> qu'il a entendu faire cette +remarque; mais, dit-il, pourquoi +<span class="pagenum"><a name="II268" id="II268">II-268</a></span> +un conducteur d'électricité +n'est-il pas un sujet électrique? +Ce n'est pas là la question. Mr. +Franklin n'a jamais dit que l'eau +ne fût pas un sujet électrique, +il a dit que le pouvoir de donner +le coup étoit dans le verra +& non dans l'eau, & ses expériences +le prouvent parfaitement, +& si parfaitement qu'il seroit ridicule +d'y rien ajouter: cependant +comme je ne sçache pas +que l'expérience suivante ait +encore été connue de personne, +on m'excusera de l'insérer ici: +la voici.</p> + +<p>Pendez une bouteille préparée +pour l'expérience de Leyde +au conducteur par son crochet, +<span class="pagenum"><a name="II269" id="II269">II-269</a></span> +& chargez-la; après cela écartez +la communication du fond +de la bouteille, alors le conducteur +donne des signes évidens +de son électrisation, car si on +attache autour de lui un fil & +qu'on laisse des bouts longs d'environ +deux pouces, ils s'étendront +comme une paire de cornes; +mais si vous touchez le +conducteur il en sortira une étincelle +& les fils tomberont, & +le conducteur ne donne plus le +moindre signe d'électrisation +après cela. Je pense qu'en le touchant +j'ai enlevé toute la charge +de matière électrique qui étoit +dans le conducteur, le crochet de +la bouteille & l'eau ou les fils de +<span class="pagenum"><a name="II270" id="II270">II-270</a></span> +fer qui y sont contenus: nous +voyons que tous les corps non-électriques +peuvent en recevoir +autant, cependant le verre de +la bouteille conserve sa capacité +de donner un coup, comme l'éprouveront +tous ceux qui voudront +l'essayer. Cette expérience +fait voir évidemment que l'eau +dans la bouteille ne contient pas +plus de matière électrique qu'elle +le feroit dans un bassin découvert, +& qu'elle n'a pas la +moindre chose de cette grande +quantité qui produit le choc & +qui est seulement retenuë par le +verre. Après que l'étincelle est +tirée du conducteur, si vous +touchez la doublure de la bouteille +<span class="pagenum"><a name="II271" id="II271">II-271</a></span> +(qui pendant tout ce tems +est supposée pendre dans l'air dégagée +de tout corps non-électrique) +les fils sur le conducteur +s'éleveront sur le champ & feront +voir que le conducteur est électrisé: +il reçoit cette électrisation de la +surface intérieure de la bouteille, +laquelle, quand la surface +extérieure peut recevoir de la +main qui lui est appliquée ce qui +lui manque, en donnera autant +que les corps en contact avec +elle pourront en recevoir, ou +tout ce qu'elle en a d'excès, s'ils +sont assez gros. Il est amusant +de voir la manière dont les fils +hausseront & baisseront en touchant +la doublure de la bouteille +<span class="pagenum"><a name="II272" id="II272">II-272</a></span> +& le conducteur tour à tour. +Ne seroit-ce point que la différence +entre le côté chargé du +verre & le côté extérieur ou +vuidé étant diminuée en touchant +le crochet ou le conducteur, +le côté extérieur peut le +recevoir de la main qui le touchoit, +& par ce moyen le côté +intérieur ne peut pas en conserver +tant, & par cette raison +ce qu'il n'en peut pas conserver +électrise l'eau ou les fils & le +conducteur; car il paroît être +de règle qu'un des côtés doit se +vuider dans la même proportion +que l'autre est rempli; quoique +la chose paroisse évidente par +l'expérience, cependant c'est +<span class="pagenum"><a name="II273" id="II273">II-273</a></span> +toujours un mystère dont on ne +peut pas rendre raison.</p> + +<p>Je suis surpris de trouver dans +plusieurs endroits du livre de +l'Abbé que les expériences ont +réussi si différemment à Paris de +ce qu'elles ont fait dans les mains +de M. Franklin & constamment +dans les miennes. L'Abbé en +faisant les expériences pour trouver +la différence entre les deux +surfaces d'un verre chargé, se +garde bien de placer la bouteille +sur la cire, car, dit-il, ne sçavez +vous pas qu'étant mise suc +un corps originairement électrique, +elle perd promptement sa +vertu? Je ne puis imaginer ce +qui a engagé l'Abbé à penser de +<span class="pagenum"><a name="II274" id="II274">II-274</a></span> +la sorte. Rien de plus opposé +aux notions les plus communes +des corps électriques par eux-mêmes, +& l'expérience m'est +un garant du contraire, car +ayant laissé plusieurs fois à dessein +une bouteille chargée sur la +cire pendant des heures, je trouvai +qu'elle conservoit autant de +sa charge qu'une autre qui étoit +restée pendant le même tems +sur une table. J'en laissai une +sur la cire depuis dix heures du +soir jusqu'à huit du lendemain +matin, je trouvai qu'elle conservoit +une quantité de sa charge +suffisante pour me donner +une commotion sensible aux +bras, quoique la chambre où +<span class="pagenum"><a name="II275" id="II275">II-275</a></span> +étoit cette bouteille eût été balayée +pendant ce tems, ce qui +devoit avoir élevé beaucoup de +poussière pour faciliter la décharge +de la bouteille.</p> + +<p>Je trouve qu'une boule de +liége suspenduë entre deux bouteilles, +l'une chargée en plein +& l'autre médiocrement, ne +jouë pas entre elles, mais +qu'elle s'arrête dans une situation +qui fait un triangle avec +les crochets des bouteilles, quoique +l'Abbé ait assuré le contraire, +<i>pag. 101.</i> pour rendre +raison du jeu d'une boule de +liége entre le fil-d'archal enfoncé +dans la bouteille & un autre +qui s'élève de sa doublure. La +<span class="pagenum"><a name="II276" id="II276">II-276</a></span> +bouteille qui est moins chargée +doit avoir reçu plus de matière +électrique, eu égard à sa grosseur, +que la boule de liége n'en +reçoit du crochet de la bouteille +pleine.</p> + +<p>L'Abbé dit, <i>pag. 103.</i> qu'un +morceau de feüille de métal +pendu à un fil de soye & électrisé +sera repoussé par le fond +d'une bouteille chargée & tenuë +en l'air par son crochet. Je le +trouve constamment tout autrement; +dans mes mains il est +toujours attiré d'abord & ensuite +repoussé: en chargeant la feüille +il faut avoir soin d'empêcher +qu'elle ne se porte vers quelque +corps non-électrique, & que par +<span class="pagenum"><a name="II277" id="II277">II-277</a></span> +ce moyen elle ne se décharge, +tandis que vous la croyez chargée. +Il est difficile de l'empêcher +de se porter vers votre poignet +ou vers quelque partie de +votre corps.</p> + +<p><i>Pag. 108.</i> l'Abbé dit qu'il +n'est pas impossible, comme M. +Franklin le prétend, de charger +une bouteille pendant qu'il y a +une communication établie entre +sa doublure & son crochet. +J'ai toujours trouvé impossible +de charger une pareille bouteille +au point de donner un coup; à +la vérité, si elle est suspenduë +au conducteur sans communication +avec lui, vous pouvez en +tirer une étincelle comme de +<span class="pagenum"><a name="II278" id="II278">II-278</a></span> +tout autre corps qui y seroit suspendu; +mais cela est bien différent +d'être chargée au point de +donner une commotion. Pour +rendre raison du peu de matière +électrique qui se trouve dans la +bouteille, l'Abbé dit qu'elle +suit plutôt le métal que le verre +& qu'elle est chassée de la doublure +de la bouteille dans l'air. +J'admire que la même chose +n'arrive pas aussi quand elle +passe au travers du verre & qu'elle +en charge la surface extérieure +suivant le systême de l'Abbé.</p> + +<p>Je regarde les objections de +l'Abbé contre les deux dernières +expériences de Mr. Franklin, +comme peu solides: il paroît assurément +<span class="pagenum"><a name="II279" id="II279">II-279</a></span> +très-embarrassé sur ce +qu'il doit dire, c'est pourquoi il +accuse M. Franklin d'avoir tenue +secrette la partie importante +de l'expérience. C'est une petitesse +dont on ne doit pas charger +un galant homme qui n'a +pas marqué tant de partialité que +l'Abbé dans la relation de ses +expériences.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/deco03.png"></p> +<br><br><br> + +<span class="pagenum"><a name="II280" id="II280">II-280</a></span> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> + +<h2><i>LETTRE XV.</i></h2> + +<blockquote> +<i>Expériences électriques avec un +essai pour rendre raison de leurs +différens phénomènes, & quelques +observations sur les nuages +de tonnerre, pour confirmer +encore les remarques de Mr. +Franklin sur l'état électrique +positif & négatif des nuages +par Jean Canton M. A. & de +la Société Royale.</i> +</blockquote> + +<p class="rig"><i>6. Décembre 1753.</i></p><br><br> + +<p><i>Première Expérience.</i> Du plat-fond ou +de quelqu'endroit +convenable d'une chambre +suspendez avec des fils de +<span class="pagenum"><a name="II281" id="II281">II-281</a></span> +lin de huit ou neuf pouces de +long deux boulettes de liége +chacune de la grosseur d'un petit +pois, de manière qu'elles se touchent, +si l'on porte le tube de +verre frotté sous les boulettes, +il les fera séparer quand on le +tiendra à la distance de trois ou +quatre pieds; si on l'en approche +davantage, elles se sépareront +encore davantage; si on le +retire tout-à-fait, elles se réuniront +immédiatement. Cette expérience +peut se faire avec des +boulettes de cuivre suspenduës +par le moyen d'un fil d'argent; +elle réussira aussi bien avec de +la cire d'Espagne renduë électrique +qu'avec du verre.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II282" id="II282">II-282</a></span> + +<p><i>Deuxiéme Exp.</i> Si deux boules +de liége sont suspenduës avec +des fils de soye secs, il faudra +en approcher le tube frotté à la +distance de dix-huit pouces avant +qu'elles se repoussent l'une l'autre: +elles continuëront de le +faire quelque tems après que le +tube aura été ôté.</p> + +<p>Comme les boules dans la +première expérience n'ont pas +été isolées, on ne peut pas dire +à la rigueur qu'elles ayent été +électrisées; mais quand elles +sont suspenduës dans l'atmosphère +du tube frotté elles peuvent +attirer & condenser le fluide +électrique autour d'elles & être +séparées par la répulsion de ses +<span class="pagenum"><a name="II283" id="II283">II-283</a></span> +particules; on conjecture aussi +que les boules alors contiennent +moins que leur part commune +du fluide électrique par rapport +à la force de répulsion de celui +qui les environne, quoiqu'il en +entre & en passe peut-être un +peu continuellement au travers +des fils; & si cela est ainsi, on +voit clairement la raison pour laquelle +les boules suspenduës +avec de la soye dans la seconde +expérience doivent être dans +une partie beaucoup plus dense +de l'atmosphère du tube avant +de se repousser l'une l'autre. +Lorsqu'on approche des boules +un bâton de cire frottée dans la +première expérience, le feu électrique +<span class="pagenum"><a name="II284" id="II284">II-284</a></span> +est supposé venir au travers +des fils dans les boules, & +s'y condenser dans son passage +vers la cire; car suivant M. Franklin +le verre frotté laisse aller le +fluide électrique, mais la cire +frottée le reçoit.</p> + +<p><i>Troisiéme Exp.</i> Qu'on isole +avec de la soye un tube mince +de quatre ou cinq pieds de long +& d'environ deux pouces de diamètre, +& qu'on suspende à un +de ses bouts des boules de liége +avec des fils de lin; électrisez-le +en portant le tube de verre frotté +près de l'autre bout, ensorte +que les boules restent séparées +d'un pouce & demi ou de deux +pouces, alors à l'approche du tube +<span class="pagenum"><a name="II285" id="II285">II-285</a></span> +frotté elles perdront par dégré +leur vertu répulsive & viendront +en contact: & à mesure qu'on +approche toujours le tube davantage, +elles se sépareront encore +à une aussi grande distance +qu'auparavant: au retour du +tube elles s'approcheront jusqu'à +se toucher, & se repousseront +ensuite comme en premier lieu. +Si le tube mince est électrisé par +la cire ou par le crochet d'une +bouteille chargée, les boules +seront affectées de la même manière +à l'approche de la cire frottée +ou du crochet de la bouteille.</p> + +<p><i>Quatriéme Exp.</i> Électrisez les +boules de liége comme dans la +<span class="pagenum"><a name="II286" id="II286">II-286</a></span> +dernière expérience par le verre, +& leur répulsion augmentera à +l'approche d'un bâton de cire +frotté. Ce sera le même effet si +le verre frotté en est approché +lorsqu'elles ont été électrisées +avec de la cire.</p> + +<p>On suppose qu'en portant le +verre frotté au bout ou au bord +du tube mince dans la troisiéme +expérience, il l'électrise positivement, +ou ajoute au feu électrique +qu'il contenoit auparavant, +& par conséquent il en +passe au travers des boules qui +se repoussent mutuellement; +mais à l'approche d'un verre +frotté qui laisse sortir pareillement +un fluide électrique, les +<span class="pagenum"><a name="II287" id="II287">II-287</a></span> +boules en déchargeront moins, +ou une partie sera poussée en arrière +par une force qui agira +dans une direction contraire, +& elles s'approcheront plus près. +Si le tube est tenu à une telle +distance des boules que l'excès +de la densité du fluide autour +d'elles au dessus de la quantité +ordinaire dans l'air, soit égal à +l'excès de la densité de celui qui +est en elles, au-dessus de la quantité +ordinaire contenuë dans le +liége, leur répulsion sera bientôt +détruite; mais si le tube est +approché davantage, le fluide +du dehors étant plus dense que +celui du dedans des boules, il +sera attiré par elles, & elles se +<span class="pagenum"><a name="II288" id="II288">II-288</a></span> +sépareront encore l'une de l'autre.</p> + +<p>Quand l'appareil a perdu une +partie de sa portion naturelle de +ce fluide par l'approche de la +cire frottée d'une de ses extrémités, +ou qu'il est électrisé négativement, +le feu électrique est +attiré & pris par les boules pour +suppléer au défaut, & cela plus +abondamment à l'approche d'un +verre frotté ou d'un corps électrisé +positivement qu'auparavant. +C'est pourquoi l'éloignement +entre les boules augmentera à +mesure que le fluide qui les entoure, +augmente, & en général +soit par l'approche, soit par l'éloignement +de quelque corps, si la +<span class="pagenum"><a name="II289" id="II289">II-289</a></span> +différence entre la densité du +fluide intérieur & extérieur est +augmentée ou diminuée, la répulsion +des boules sera augmentée +ou diminuée à proportion.</p> + +<p><i>Cinquiéme Expér.</i> Si le tube +mince isolé n'est pas électrisé; +approchez de son milieu le tube +de verre frotté, ensorte qu'il +fasse à peu près angle droit avec +lui, les boules du bout se repousseront +l'une l'autre; elles le feront +d'autant plus que le tube +frotté sera plus près. Quand il a +été tenu quelques secondes à la +distance d'environ six pouces, +retirez-le, & les boules s'approcheront +l'une de l'autre jusqu'à ce +qu'elles se touchent, puis se séparant +<span class="pagenum"><a name="II290" id="II290">II-290</a></span> +encore à mesure que le tube +s'éloigne davantage, elles continuëront +à se repousser quand +on l'ôtera tout-à-fait, & cette +répulsion entre les boules augmentera +à l'approche du verre +frotté, mais elle sera diminuée +par la cire frottée, comme +si l'appareil avoit été électrisé +par la cire de la manière expliquée +dans la troisiéme expérience.</p> + +<p><i>Sixiéme Exp.</i> Isolez deux tubes +minces désignés par A & B, +ensorte qu'ils soient en ligne +droite & séparés d'environ six +lignes; suspendez au bout éloigné +de chacun une paire de boules +de liége. Approchez du milieu +<span class="pagenum"><a name="II291" id="II291">II-291</a></span> +d'A le tube de verre frotté, +& le tenant peu de tems à la +distance de quelques pouces, +vous verrez chaque paire de boule +se séparer: écartez le tube, & +les boules de A s'uniront & se repousseront +encore l'une l'autre; +mais celles de B seront à peine +affectées. Par l'approche du tube +de verre frotté tenu sous les boules +de A, leur répulsion sera augmentée; +mais si le tube est +porté de la même manière vers +les boules de B, leur répulsion +diminuëra.</p> + +<p>Dans la cinquiéme expérience +la provision commune de matière +électrique dans le tube mince +est supposée être raréfiée vers +<span class="pagenum"><a name="II292" id="II292">II-292</a></span> +le milieu & condensée aux extrémités +par la vertu répulsive +de l'atmosphère du tube de verre +frotté, quand il est tenu près +du premier; & peut-être le tube +mince perd-il quelque chose de sa +quantité naturelle de fluide électrique +avant qu'il en reçoive du +verre: comme ce fluide doit être +plus prêt à sortir par ses bouts & +par ses bords qu'à entrer au milieu: +& par conséquent lorsque +le tube de verre est écarté & que +le fluide est dérechef également +répandu à travers l'appareil, on +trouve qu'il est électrisé négativement, +car le tube frotté porté +sous les boules augmentera +leur répulsion.</p> + +<span class="pagenum"><a name="II293" id="II293">II-293</a></span> + +<p>Dans la sixiéme expérience +une partie du fluide tiré d'un tube +mince entre dans l'autre. On +connoît qu'il est électrisé positivement +par la diminution de la +répulsion de ses boules à l'approche +du verre frotté.</p> + +<p><i>Septiéme Exp.</i> Placez le tube +mince avec la paire de boules à +son bout, à trois pieds au moins +de toutes les parties de la chambre; +rendez l'air très-sec par le +moyen du feu; électrisez l'appareil +à un degré considérable; +ensuite touchez du doigt ou de +quelqu'autre conducteur le tube +mince, les boules continuëront +cependant de se repousser l'une +l'autre; mais non pas à une si +<span class="pagenum"><a name="II294" id="II294">II-294</a></span> +grande distance qu'auparavant.</p> + +<p>L'air qui environne l'appareil +à la distance de deux ou trois +pieds est supposé contenir plus +ou moins de feu électrique que +sa part commune, selon que le +tube mince est électrisé positivement +ou négativement; & quand +il est très-sec il ne quitte pas son +surplus, ou ne répare pas son +défaut aussi promptement que le +tube mince, mais il peut continuer +d'être électrisé, après qu'il +a été touché pendant un temps +considérable.</p> + +<p><i>Huitiéme Exp.</i> Ayant fait un +vuide de Torricelli, long d'environ +5. pieds, de la manière expliquée +dans les Transactions Philosophiques, +<span class="pagenum"><a name="II295" id="II295">II-295</a></span> +vol. 47. pag. 370. +Si on en approche assez le tube +frotté, on verra une lumière +dans plus de la moitié de sa longueur; +elle s'évanouit bientôt +si on ne met pas le tube plus +près, mais elle reparoîtra à mesure +qu'on l'avancera davantage; +on peut le répéter plusieurs +fois sans frotter le tube de nouveau.</p> + +<p>Cette expérience peut être regardée +comme une espèce de +démonstration oculaire de la vérité +de l'hypothèse de M. Franklin, +que quand le fluide électrique +est condensé d'un côté +d'un verre mince, il sera repoussé +de l'autre s'il ne trouve +<span class="pagenum"><a name="II296" id="II296">II-296</a></span> +point de résistance, en conséquence +à l'approche du tube frotté +le feu est supposé être repoussé +de la surface intérieure du +verre qui entoure le vuide & +être emporté au travers des colonnes +de mercure, mais on suppose +qu'il revient à mesure qu'on +écarte le tube.</p> + +<p><i>Neuviéme Exp.</i> Qu'on tienne +à peu près par le milieu un +bâton de cire de deux pieds & +demi de long, & d'environ un +pouce de diamètre, frottez le +tube de verre & traînez-le sur +une de ses moitiés, ensuite le +tournant un peu autour de son +axe frottez encore le tube, & +traînez-le sur la même moitié; +<span class="pagenum"><a name="II297" id="II297">II-297</a></span> +répétez cette opération plusieurs +fois: cette moitié détruira la force +répulsive des boules électrisées +par le verre, & l'autre moitié +l'augmentera.</p> + +<p>Il paroît par cette expérience +que la cire peut aussi être électrisée +positivement & négativement, +& il est probable que +dans les corps quels qu'ils soient, +la quantité de fluide électrique +qu'ils contiennent peut être augmentée +ou diminuée. J'ai observé +par un grand nombre d'expériences +que certains nuages +sont dans un état positif d'électricité, +d'autres dans un état négatif, +car les boules de liége +qui en sont électrisées se serrent +<span class="pagenum"><a name="II298" id="II298">II-298</a></span> +souvent à l'approche d'un tube +frotté, & d'autres fois s'écartent +à une plus grande distance. J'ai +vû arriver cette variation cinq +ou six fois en moins d'une demi-heure, +les boules se réunissant +chaque fois & restant en contact +quelques secondes avant +qu'elles se repoussent de nouveau +l'une l'autre. On peut de +même découvrir aisément avec +une bouteille chargée si le feu +électrique est tiré de l'appareil +par un nuage négatif ou s'il y +est poussé par un positif, & quelque +soit celui par lequel il sera +électrisé, soit que ce nuage se +sépare de son surplus, soit que +son défaut soit remplacé sur le +<span class="pagenum"><a name="II299" id="II299">II-299</a></span> +champ, l'appareil perdra son +électricité. On remarque que +c'est souvent le cas après un +éclair: cependant quand l'air est +bien sec, l'appareil continuëra +d'être électrisé pendant dix minutes +ou un quart-d'heure après +que les nuages ont passé le zénith, +& quelquefois jusqu'à ce +qu'ils paroissent à plus de moitié +chemin vers l'horizon: la pluye +surtout, quand les goutes sont +grosses, fait communément descendre +le feu électrique; & la +grêle en été n'y manque jamais +à mon avis. Quand l'appareil +fut électrisé la dernière fois, ce +fut par la chûte d'une neige fonduë, +ce qui arriva dernièrement +<span class="pagenum"><a name="II300" id="II300">II-300</a></span> +environ le 12. de Novembre; c'étoit +le vingt-sixiéme jour & la soixante-uniéme +fois qu'il avoit été +électrisé depuis qu'il avoit été +élevé, c'est-à-dire vers le milieu +de Mai, & comme le thermomètre +de Fahrenheit n'étoit que +de sept degrés au-dessus de la +congélation, on présume que +l'hyver n'interrompra pas entièrement +les opérations de cette +sorte. À Londres il n'arriva que +deux orages de tonnerre pendant +tout l'été, & l'appareil fut quelquefois +si fortement électrisé +pendant l'un, que les timbres +qui ont souvent été sonnés par +les nuages assez fort pour être +entendus dans toutes les chambres +<span class="pagenum"><a name="II301" id="II301">II-301</a></span> +de la maison (les portes +étant ouvertes) furent tenus en +silence par le cours presque continuel +d'un feu électrique dense +entre chaque timbre & la boule +de cuivre, qui ne la laissoit pas +frapper.</p> + +<p>Je terminerai cet écrit déjà +trop long par les deux questions +suivantes.</p> + +<p>1º. L'air raréfié tout-à-coup +ne peut-il pas donner le feu électrique +aux nuages & aux vapeurs +qui le traversent, & lorsqu'il est +condensé soudain, ne peut-il +pas le recevoir d'eux?</p> + +<p>2º. L'aurore boréale n'est-elle +point l'élancement du feu +électrique des nuages positifs +<span class="pagenum"><a name="II302" id="II302">II-302</a></span> +aux négatifs à une grande distance +dans la partie supérieure +de l'atmosphère où la résistance +est moindre?</p> +<br><br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> + +<h2>APPENDIX.</h2> + +<blockquote> +<i>Comme M. Franklin dans une première +Lettre à M. Collinson a +parlé de son dessein d'essayer le +pouvoir d'un coup électrique +très-fort sur un poulet-d'inde, +ce Monsieur en conséquence a eu +la bonté d'en envoyer une relation +qui se rêduit à ceci.</i> +</blockquote> + +<p><span class="large">I</span><br>l fit d'abord plusieurs expériences +sur des oiseaux, & +trouva que deux gros pots de +verre mince dorés contenant +<span class="pagenum"><a name="II303" id="II303">II-303</a></span> +chacun environ six gallons & +tels que j'ai dit que je les avois +employés dans le dernier écrit +que je vous ai présenté sur ce +sujet, étoient suffisante quand ils +étoient bien chargés pour tuer +des poules ordinaires sur le +champ; mais les poulets-d'inde, +quoiqu'ils éprouvent de violentes +convulsions, & qu'ils restent +étendus comme morts pendant +quelques minutes, se rétablissoient +en moins d'un quart-d'heure. +Quoiqu'il en soit, ayant +ajouté trois pots pareils aux deux +premiers sans être pleinement +chargés; il tua un poulet-d'inde +d'environ dix livres, & il croit +qu'ils en auroient tué un beaucoup +<span class="pagenum"><a name="II304" id="II304">II-304</a></span> +plus gros. Il imagina que +les oiseaux tués de cette sorte +étoient extrémement tendres à +manger.</p> + +<p>En faisant ces expériences il +trouva qu'un homme pouvoit, +sans risquer beaucoup, supporter +un choc beaucoup plus fort +qu'il n'imaginoit; car sans y +prendre garde il reçut un coup +de deux de ces pots au travers +des bras & du corps, lorsqu'ils +étoient presqu'entiérement chargés; +il lui sembla recevoir un +coup universel depuis la tête jusqu'aux +pieds dans tout le corps; +il fut suivi d'un tremblement vif +& violent dans le tronc qui se +dissipa petit à petit dans quelques +<span class="pagenum"><a name="II305" id="II305">II-305</a></span> +secondes; il fut quelques +minutes avant de reprendre ses +esprits au point de connoître ce +dont il s'agissoit, car il ne vit +point l'étincelle, quoique son +oeil fût tout près du premier conducteur, +d'où elle frappa le revers +de sa main; il n'entendit +pas plus le bruit du coup, quoique +les assistans disent qu'il avoit +été considérable; il ne sentit pas +davantage en particulier le coup +sur sa main, quoiqu'il vit ensuite +qu'il y avoit causé une enflure +de la grosseur d'une chevrotine +ou d'une balle de pistolet. Ses +bras & le derrière de son col +restèrent un peu engourdis le +reste de la soirée, & sa poitrine +<span class="pagenum"><a name="II306" id="II306">II-306</a></span> +fut affectée pendant une semaine +comme si elle eût été brisée. +Par cette expérience on peut +connoître le danger qu'il y a, +même avec les plus grandes précautions, +pour l'opérateur quand +il fait ces expériences avec de +gros pots; car on ne peut pas +douter que plusieurs étant chargés +en plein ne soient capables +de tuer un homme, comme ils +ont auparavant tué un poulet +d'inde, en les augmentant à +proportion de la taille.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/deco06.png"></p> +<br><br><br> + +<span class="pagenum"><a name="II307" id="II307">II-307</a></span> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/head4.png"></p> + + +<h2><i>LETTRE XVI.</i></h2> + +<p class="mid"><i>De M. B. FRANKLIN Écuyer</i><br> +<i>de Philadelphie</i></p> + +<p class="mid"><i>à M. D'ALIBARD, à Paris.</i></p> + +<p class="rig"><i>29 Juin 1755.</i></p><br><br> + +<p><span class="large">M</span><br>ONSIEUR,</p> + +<p>Il y a long-tems que je dois +une réponse à votre dernière lettre, +dattée du 20. Juin 1754. +Je l'ai reçuë en Janvier dernier +pendant que j'étois à Boston dans +la nouvelle Angleterre, & depuis +ce tems-là j'ai été si occupé +de mes voyages en différens endroits +& des affaires publiques, +que je suis extrêmement en +<span class="pagenum"><a name="II308" id="II308">II-308</a></span> +arrière avec mes correspondans.</p> + +<p>Je vous envoyai l'année dernière +un manuscrit qui contient +quelques nouvelles expériences +& des observations sur la foudre; +je ne sçai si vous l'avez reçu, +mais il a été imprimé depuis à +Londres, & j'imagine que notre +bon ami M. Collinson vous en +aura envoyé une copie.</p> + +<p>Je vous remercie de la bonté +que vous avez euë de m'envoyer +les quatre volumes de l'histoire +naturelle de M. de Buffon, les +cartes, &c.</p> + +<p>Vous me demandez mon sentiment +sur le livre Italien du P. +Beccaria. Je l'ai lû avec beaucoup +de plaisir, & je le regarde comme +<span class="pagenum"><a name="II309" id="II309">II-309</a></span> +un des meilleurs ouvrages +que j'aie vûs dans aucune langue +sur cette matière; cependant je +ne suis pas pour le présent de son +sentiment sur l'article des jets-d'eau; +néanmoins je conviendrai +avec vous qu'il l'a traité avec +beaucoup de finesse. Il y a quelque +tems que j'ai écrit fort au +long à M. Collinson ce que je +pensois des tourbillons & des +jets-d'eau; je ne sçai si on le publiera; +en cas qu'on ne le fasse +pas, je le ferai transcrire pour +vous.</p> + +<p>Je ne vois pas que le P. Beccaria +doute de l'imperméabilité +absoluë du verre, dans le sens +que je l'entens; car les exemples +<span class="pagenum"><a name="II310" id="II310">II-310</a></span> +qu'il rapporte de trous faits au +verre par le coup électrique, sont +les mêmes que nous connoissons +tous; il prouve seulement que +le fluide électrique n'y passeroit +pas sans le trou qu'il y fait. Nous +disons de même que l'eau ne peut +pas passer au travers du verre, & +cependant le jet-d'eau d'une +pompe percera les carreaux de +vitre les plus épais.</p> + +<p>Pour ce qui regarde l'effet des +pointes, de tirer la matière électrique +des nuages & de préserver +de cette forte les bâtimens, +&c. effet dont vous me dites +qu'il semble douter, je vous +avouërai que je crois que c'est +modestie & prudence de sa part. +<span class="pagenum"><a name="II311" id="II311">II-311</a></span> +Je trouve qu'on ne m'a pas entendu +tout à fait sur ce sujet. J'en +ai parlé dans plusieurs de mes +lettres & toujours, excepté une +seule fois, <i>avec une alternative</i>, +c'est-à-dire que les verges pointuës +élevées sur les bâtimens, & +qui communiquent avec la terre +humide empêcheroient le coup +de foudre, ou que si elles ne le faisoient +pas, elles le conduiroient +de manière que le bâtiment n'en +seroit pas endommagé. Malgré +cela quand on éxamine mon +opinion en Europe, on ne fait +attention qu'à la probabilité que +ces verges préviennent un coup +ou une explosion; ce n'est qu'une +partie de l'usage que je proposois +<span class="pagenum"><a name="II312" id="II312">II-312</a></span> +de faire de ces verges; +quoique l'autre partie soit d'une +importance & d'une utilité égales, +puisqu'elle consiste à conduire +un coup qu'elles n'auroient +pas réussi à prévenir, il +semble qu'on l'ait totalement +oubliée.</p> + +<p>Je serai fort aise de connoître +les expériences de M. le Roy sur +l'électricité positive & négative, +quand vous pourrez me les communiquer.</p> + +<p>Je vous remercie de m'avoir +fait part de la relation que M. de +Buffon vous a donnée d'un effet +de la foudre tombée à Dijon le +7. de Juin dernier; en revanche +permettez-moi de vous parler +<span class="pagenum"><a name="II313" id="II313">II-313</a></span> +d'un événement de la même +sorte que j'ai vû dernièrement. +Étant dans la Ville de Newbury +dans la nouvelle Angleterre +en Novembre dernier, on +me montra l'effet de la foudre +sur l'Église qui en avoit été frappée +peu de mois auparavant.</p> + +<p>Le clocher étoit une tour +quarrée de bois élevée de 70. +pieds depuis le sol jusqu'à l'endroit +où la cloche étoit suspenduë; +au-dessus s'élevoit une pyramide +aussi de bois, haute de +plus de 70. pieds jusqu'à la girouette +ou au coq. Près de la cloche +étoit attaché un marteau de +fer pour frapper les heures; du +bout du manche descendoit un +<span class="pagenum"><a name="II314" id="II314">II-314</a></span> +fil-d'archal par un petit trou de +foret dans le plancher au-dessus +duquel étoit la cloche, & de +même au travers d'un second +plancher; sous le plat-fond en +plâtre de ce second plancher, +& très-près couloit horizontalement +le fil-d'archal jusqu'auprès +d'une muraille de plâtre, +le long de laquelle il descendoit +à l'horloge, qui étoit 20. pieds +au-dessous de la cloche. Ce fil-d'archal +n'étoit pas plus gros +qu'un lacet ordinaire.</p> + +<p>La pyramide fut toute mise +en piéces par la foudre, & les +éclats en furent poussés de tous +les côtés sur la place où l'Église +étoit bâtie, ensorte qu'il ne resta +<span class="pagenum"><a name="II315" id="II315">II-315</a></span> +rien au-dessus de la cloche. La +foudre passa entre le marteau & +l'horloge dans ce fil-d'archal sans +offenser les planchers, sans y +produire aucun effet, si ce n'est +d'agrandir un peu les trous de +foret, sans endommager la muraille +de plâtre ni aucune partie +du bâtiment jusqu'à l'extrémité +de ce fil-d'archal & de celui du +pendule de l'horloge, ce dernier +étoit de la grosseur d'une +plume d'oye. Depuis l'extrémité +du pendule jusqu'à la terre le bâtiment +étoit fendu & excessivement +endommagé; des pierres +avoient été arrachées des fondemens +& jettées es à la distance de +20. ou 30. pieds. L'on ne pût +<span class="pagenum"><a name="II316" id="II316">II-316</a></span> +retrouver aucune partie du petit +fil-d'archal en question entre +l'horloge & le marteau, si ce n'est +environ deux pouces qui pendoient +au manche du marteau, +& environ autant qui étoit attaché +à l'horloge, le reste étant sauté, & +ses particules dissipées en fumée +& en parties insensibles, comme +il arrive à la poudre à canon +à l'approche du feu ordinaire. On +voyoit seulement une trace noire +& sale large de trois ou quatre +pouces, plus obscure dans le milieu, +plus foible vers le bord sur +le plâtre le long du plat-fond sous +lequel il passoit, & de haut en +bas du mur. Voilà les effets & +les apparences sur lesquels je +<span class="pagenum"><a name="II317" id="II317">II-317</a></span> +ferai le peu de remarques qui +suivent, sçavoir.</p> + +<p>1º. Que la foudre dans son passage +au travers d'un bâtiment, quittera +le bois pour passer dans le +métal autant qu'elle le pourra, & +ne rentrera point dans le bois que +le conducteur de métal ne finisse. +J'ai fait la même observation dans +d'autres occasions par rapport +aux murailles de briques ou de +pierres.</p> + +<p>2º. La quantité de matière +fulminante qui passa au travers +de ce clocher doit avoir été bien +grande à en juger par ses effets +sur cette haute pyramide au-dessus +de la cloche & sur toute +la tour quarrée au-dessous de +<span class="pagenum"><a name="II318" id="II318">II-318</a></span> +l'extrémité du pendule de l'horloge.</p> + +<p>3º. Quelque grande qu'ait +été cette quantité, elle a été conduite +par un petit fil-d'archal & +un pendule d'horloge, sans que +le bâtiment ait été endommagé le +long de ces fils.</p> + +<p>4º. La verge du pendule étant +d'une grosseur suffisante, conduisit +la foudre, sans en être offensée; +mais le petit fil fut entièrement +détruit.</p> + +<p>5º. Quoique le petit fil air été +détruit, il avoit conduit la foudre +& préservé le bâtiment.</p> + +<p>6º. Et de toutes ces circonstances +il paroît plus que probable +que si un petit fil semblable +<span class="pagenum"><a name="II319" id="II319">II-319</a></span> +avoit été étendu depuis la verge +de la girouette jusqu'à la terre +avant l'orage, ce coup de foudre +n'auroit causé aucun dommage +au clocher, quoique le fil même +eût été détruit.</p> + +<p>Je sens que l'histoire naturelle +de M. de Buffon me fera beaucoup +de plaisir & m'instruira infiniment. +Assurez-le, je vous +prie, de mes respects aussi bien +que M. de Fontferriere, qui +m'ont donné l'un & l'autre des +marques de leur souvenir dans +votre dernière Lettre. Je suis, &c.</p> + +<p class="rig">B. Franklin.</p><br><br><br> + +<h3><i>FIN.</i></h3> + +<br><br> + +<span class="pagenum"><a name="II320" id="II320">II-320</a></span> + + + +<h3>TABLE<br> + +DES MATIÈRES.</h3> +<br> + +<h3>A</h3> + +<p><i>Agitation</i> de l'eau favorable à l'évaporation,<a href="#II6"> <i>tom.</i> II. <i>pag.</i> 6.</a></p> + +<p><i>Aigrette</i> (l') montre d'où vient le feu,<a href="#II168"> II. 168.</a></p> + +<p><i>Aiguille</i> couchée sur un boulet de fer, ou au bout du canon empêche de les électriser,<a href="#I239"> I. 239.</a></p> + +<p><i>Aiguille</i> de boussole pirouette près du premier conducteur,<a href="#II156"> II. 156.</a></p> + +<p><i>Aiguille</i> décharge le conducteur en un instant,<a href="#I139"> I. 239.</a></p> + +<p><i>Air</i>: sa circulation,<a href="#II32"> II. 32.</a></p> + +<p><i>Air</i> sec, ce que c'est,<a href="#I44"> I. 44.</a></p> + +<p><i>Air</i> (l') n'est point affecté par l'électricité,<a href="#I45"> I. 45.</a></p> + +<p><i>Air</i> comprimé par les vents, &c., condensé par la perte du feu, tombe en rosée,<a href="#II13"> II. 13.</a></p> + +<p><i>Air</i>: ses courans différens,<a href="#II27"> II. 27.</a></p> + +<p><i>Air</i> (l') est électrique & n'est point +<span class="pagenum"><a name="II321" id="II321">II-321</a></span> +conducteur de l'électricité,<a href="#I42"> I. 42</a> +<a href="#II42">II. 2.</a></p> + +<p><i>Air</i> frais après l'orage,<a href="#II32"> II. 32.</a></p> + +<p><i>Air</i> raréfié par le feu commun,<a href="#II9"> II. 9.</a></p> + +<p><i>Air</i> (l') s'abaisse dans les zones froides,<a href="#II27"> +II. 27.</a></p> + +<p><i>Air</i> (l') s'élève dans la zone torride,<a href="#II27"> +II. 27.</a></p> + +<p><i>Allumer</i> par l'électricité une chandelle +qui vient d'être éteinte,<a href="#I94"> I. 94.</a></p> + +<p><i>Amazones:</i> rivière des...<a href="#II19"> II. 19.</a></p> + +<p><i>Analyse</i> de la bouteille électrisée,<a href="#II140"> +II. 140</a>-160.</p> + +<p><i>Andes:</i> montagne des...<a href="#II18"> II. 18.</a></p> + +<p><i>Angles</i> aigus d'un corps surchargé +d'électricité se déchargent en l'air,<a href="#I22"> +I. 22.</a></p> + +<p><i>Araignée</i> factice & animée,<a href="#I96"> I. 96.</a></p> + +<p><i>Argent</i> fondu à froid dans la bourse,<a href="#II40"> +II. 40.</a></p> + +<p><i>Atmosphère</i> électrique,<a href="#I8"> I. 8.</a></p> + +<p><i>Atmosphère</i> électrique par sa fluidité +& sa répulsion coule pour remplir +l'endroit d'où l'on tire,<a href="#I20"> I. 20.</a> 21.</p> + +<p><i>Attraction</i> des particules d'eau,<a href="#II10"> II. 10.</a></p> + +<p><i>Aveuglement</i> causé par la foudre,<a href="#II48"> II. 48.</a></p> + +<span class="pagenum"><a name="II322" id="II322">II-322.</a></span> + +<p><i>Aveuglement</i> causé par l'électricité,<a href="#II48"> +II. 48.</a></p> + +<p><i>Aurore</i> Boréale: son explication,<a href="#II32"> II. +32.</a></p> + +<h3>B.</h3> + +<p><i>Baguette</i> de métal reçoit l'électricité +& la transmet dans l'instant,<a href="#I223"> I. 223.</a></p> + +<p><i>Baguette</i> de verre ne conduit point un +choc,<a href="#I224"> I. 224.</a></p> + +<p><i>Baisers</i> électriques,<a href="#I95"> I. 95.</a></p> + +<p><i>Balances</i> suspenduës au plancher,<a href="#I242"> I. +242.</a></p> + +<p><i>Balances</i> déchargées en silence par +une aiguille,<a href="#I243"> I. 243.</a></p> + +<p><i>Balles</i> (deux) de liége suspenduës au +conducteur,<a href="#I114"> I. 114.</a></p> + +<p><i>Batterie</i> électrique,<a href="#I160"> I. 160.</a></p> + +<p><i>Bermudes:</i> Isle peu sujette au tonnerre,<a href="#II41"> +II. 41.</a></p> + +<p><i>Bois</i> sec est électrique,<a href="#I138"> I. 138.</a></p> + +<p><i>Boule</i> de liége électrisée tournée en +l'air,<a href="#I44"> I. 44.</a></p> + +<p><i>Boule</i> de liége suspenduë entre le fil-d'archal +de la bouteille & un fil de +fer attaché au bas de la bouteille, +<span class="pagenum"><a name="II323" id="II323">II-323</a></span> +jouera entre ces fils,<a href="#I64"> I. 64.</a></p> + +<p><i>Boule</i> de liége charrie le feu électrique +du haut au bas de la bouteille,<a href="#I64"> I. 64.</a></p> + +<p><i>Boule</i> de liége suspenduë encre deux +livres couchés sur des verres,<a href="#I79"> I. 79.</a></p> + +<p><i>Boule</i> de liége suspenduë entre deux +bouteilles chargées semblablement +& différemment,<a href="#I128"> I. 128.</a></p> + +<p><i>Boules</i> de liége suspenduës à des fils +de lin,<a href="#II281"> II. 281.</a></p> + +<p><i>Boules</i> électrisées différemment, remises +dans leur état naturel,<a href="#I15"> I. 15.</a> +& 16.</p> + +<p><i>Boulet</i> de fer électrisé,<a href="#I192"> I. 192.</a> <a href="#I235">235.</a></p> + +<p><i>Boussoles</i> dérangées par le tonnerre,<a href="#II134"> +II. 134.</a></p> + +<p><i>Bouteille</i> électrique ne reçoit plus de +feu intérieurement quand elle est +épuisée extérieurement,<a href="#I49"> I. 49.</a></p> + +<p><i>Bouteille</i> chargée par le globe de verre +& déchargée par le globe de +soufre,<a href="#II159"> II. 159.</a></p> + +<p><i>Bouteille</i> électrisée mise sur un corps +électrique conserve son feu,<a href="#I59"> I. 59.</a></p> + +<p><i>Bouteille</i> chargée entre le verre & le +soufre,<a href="#II159"> II. 159.</a></p> + +<p><i>Bouteille</i> électrisée attire & ensuite repousse +<span class="pagenum"><a name="II324" id="II324">II-324</a></span> +par son fil-d'archal une boule +de liége, & attire la même boule +présentée à son côté,<a href="#I55"> I. 55.</a></p> + +<p><i>Bouteille</i> (la) n'a pas la même atmosphère +électrique en dedans & +en dehors,<a href="#I56"> I. 56.</a></p> + +<p><i>Bouteille</i> (la) sur de la cire peut être +déchargée par un fer courbé, ou +par partie, ou tout d'un coup,<a href="#I68"> I. +68.</a></p> + +<p><i>Bouteille</i> (une) sur laquelle on auroit +établi une communication de son +fil-d'archal à son côté, ne sçauroit +être électrisée, & pourquoi,<a href="#I73"> I. 73.</a></p> + +<p><i>Bouteille</i> sale & humide en dehors ne +sçauroit être électrisée & pourquoi,<a href="#I74"> +I. 74.</a></p> + +<p><i>Bouteille</i> (la) s'électrise par le côté +aussi bien que par le crochet,<a href="#I120"> I. +120.</a></p> + +<p><i>Bouteilles</i> chargées de la même & de +différentes manières,<a href="#I120"> I. 120</a>-131.</p> + +<p><i>Bouteille</i> (la) électrisée ne se décharge +point sans communication non-électrique,<a href="#I131"> +I. 131.</a></p> + +<p><i>Bouteilles</i> suspenduës l'une à la queuë +de l'autre se chargent toutes en +<span class="pagenum"><a name="II325" id="II325">II-325</a></span> +même tems,<a href="#I135"> I. 135.</a></p> + +<p><i>Bouteille</i> mince d'un pouce de diamètre +donne un coup prodigieux,<a href="#I186"> I. +186.</a></p> + +<p><i>Bouteille</i> électrique chargée de son +propre feu,<a href="#I102"> I. 102.</a></p> + +<p><i>Broche</i> électrique.<a href="#I176"> I. 176.</a></p> + +<h3>C.</h3> + +<p><i>Canal</i> ouvert à l'une de ses extrémités,<a href="#II31"> +II. 31.</a></p> + +<p><i>Canons</i> (deux) unis lancent leurs étincelles +à deux pouces de distance,<a href="#II26"> +II. 26.</a></p> + +<p><i>Canton:</i> (Jean) ses expériences,<a href="#II280"> II. +280.</a></p> + +<p><i>Capitaines</i> de vaisseaux: leur témoignage,<a href="#II41"> +II. 41.</a></p> + +<p><i>Carreau</i> de verre électrisé entre deux +plaques de plomb,<a href="#I142"> I. 142.</a></p> + +<p><i>Carillon</i> électrique,<a href="#I183"> I. 183.</a> <a href="#II130">II. 130.</a></p> + +<p><i>Cercles</i> de carton représentant les nuages +de mer & de terre,<a href="#II22"> II. 22.</a></p> + +<p><i>Cerf volant</i> de M. Franklin,<a href="#II182"> II. 182.</a></p> + +<p><i>Chaîne</i> déployée susceptible de plus +d'électricité,<a href="#II221"> II. 221.</a></p> + +<p><i>Chaleur</i> du soleil ne détruit point l'électricité, +<span class="pagenum"><a name="II326" id="II326">II-326</a></span> +<a href="#I242">I. 242.</a></p> + +<p><i>Chaleurs</i> suivies d'orages,<a href="#II33"> II. 33.</a></p> + +<p><i>Chandelle</i> rallumée,<a href="#I94"> I. 94.</a></p> + +<p><i>Charge</i> & décharge: leur signification,<a href="#I129"> +I. 129.</a></p> + +<p><i>Charge</i> & décharge de la rouë électrique,<a href="#I181"> +I. 181. 182.</a></p> + +<p><i>Chute</i> soudaine de pluyes après les +éclairs,<a href="#II21"> II. 21.</a></p> + +<p><i>Circulation</i> de l'air,<a href="#II32"> II. 32.</a></p> + +<p><i>Cire</i> (la) peut être électrisée positivement +& négativement,<a href="#II296"> II. 296.</a></p> + +<p><i>Colophone</i> séche enflammée,<a href="#II37"> II. 37.</a></p> + +<p><i>Communication</i> avec le plancher n'est +point nécessaire pour qu'on reçoive +la commotion,<a href="#I53"> I. 53.</a></p> + +<p><i>Communication</i> directe entre les surfaces +rétablit dans l'instant l'équilibre +dans la bouteille,<a href="#I69"> I. 69.</a></p> + +<p><i>Communication</i> du feu électrique se +fait avec craquement,<a href="#I30"> I. 30.</a></p> + +<p><i>Communication</i> extérieure non-électrique +nécessaire pour rétablir l'équilibre,<a href="#I139"> +I. 139.</a></p> + +<p><i>Conducteurs</i> & non conducteurs,<a href="#I39"> I. 39.</a></p> + +<p><i>Conducteur</i> d'électricité, sa construction,<a href="#I28"> +I. 28.</a></p> + +<span class="pagenum"><a name="II327" id="II327">II-327</a>.</span> + +<p><i>Conducteur</i> (le) entre deux globes +de différente nature,<a href="#II164"> II. 164.</a></p> + +<p><i>Conducteur</i> qui frappe à deux pouces,<a href="#I29"> +I. 29.</a></p> + +<p><i>Conducteur</i> s'avance vers le corps +émoussé,<a href="#I31"> I. 31.</a></p> + +<p><i>Conducteur</i> arrêté ou repoussé par une +pointe,<a href="#I31"> I. 31.</a></p> + +<p><i>Conducteur</i> (le) ne donne point d'étincelles, +quand la communication +du coussin au plancher est interrompuë,<a href="#I101"> +I. 101.</a></p> + +<p><i>Conjectures</i> nouvelles sur la théorie du +tonnerre,<a href="#II211"> II. 211.</a></p> + +<p><i>Conjurés</i> (les),<a href="#I172"> I. 172.</a></p> + +<p><i>Conséquences</i> pernicieuses d'une plus +grande proportion d'électricité, <a href="#I10">I. 10.</a></p> + +<p><i>Conviction</i> que la matière électrique +pénètre les corps,<a href="#I5"> I. 5.</a></p> + +<p><i>Convulsion</i> causée par le passage subit +du feu électrique dans les membres,<a href="#I53"> +I. 53.</a></p> + +<p><i>Corps</i> électrisé positivement repousse +une plume électrisée; quand il l'est +négativement ou dans l'état commun, +il l'attire,<a href="#I80"> I. 80.</a></p> + +<p><i>Corps</i> électrisés négativement se repoussent +<span class="pagenum"><a name="II328" id="II328">II-328</a></span> +comme s'ils l'étoient positivement,<a href="#I67"> +I. 67.</a> <a href="#I193">193.</a></p> + +<p><i>Corps</i> (les) électriques contiennent +plus d'électricité,<a href="#I9"> I. 9.</a></p> + +<p><i>Corps</i> (les) électriques, comme le +verre, ne souffrent de changement +que d'une surface à l'autre,<a href="#I222"> I. 222.</a></p> + +<p><i>Corps</i> émoussé ne tire l'électricité +qu'à trois pouces,<a href="#I30"> I. 30.</a></p> + +<p><i>Corps</i> (les) ne tirent pas l'électricité +proportionnellement à leurs masses,<a href="#I24"> +I. 24.</a></p> + +<p><i>Corps</i> non-électriques servent au verre, +comme l'armure à la pierre +d'aimant,<a href="#I144"> I. 144.</a></p> + +<p><i>Corps</i> non électriques susceptibles de +plus & de moins d'électricité,<a href="#I222"> I. +222.</a></p> + +<p><i>Corps</i> non-électrique souffre du changement +dans sa quantité d'électricité,<a href="#I223"> +I. 223.</a></p> + +<p><i>Couleur</i> bleuë donnée à l'acier,<a href="#II147"> II. +147.</a></p> + +<p><i>Courans</i> d'air différens,<a href="#II27"> II. 27.</a></p> + +<p><i>Courans</i> d'air différens occasionnent +l'attraction des nuages & leurs mouvemens,<a href="#II27"> +II. 27.</a></p> + +<span class="pagenum"><a name="II329" id="II329">II-329</a>.</span> + +<p><i>Courant</i> d'air n'électrise point,<a href="#II192"> II. +192.</a></p> + +<p><i>Courant</i> de fontaine électrisé,<a href="#II4"> II. 4.</a></p> + +<p><i>Coussin</i> (le) sur une lame de verre,<a href="#I101"> +I. 101.</a></p> + +<h3>D.</h3> + +<p><i>Décharge</i> nécessaire pour les observations +du tonnerre,<a href="#II129"> II. 129</a></p> + +<p><i>Delaware</i> rivière,<a href="#I194"> I. 194.</a></p> + +<p><i>Déluges</i> de pluyes,<a href="#II19"> II. 19.</a></p> + +<p><i>Deux</i> personnes sur de la cire, l'une +frotte le tube, l'autre le touche,<a href="#I88"> I. +88.</a></p> + +<p><i>Deux</i> sortes d'électricité,<a href="#II156"> II. 156.</a></p> + +<p><i>Différence</i> de la matière commune & +de la matière électrique,<a href="#I5"> I. 5.</a></p> + +<p><i>Différence</i> entre un corps non-électrique +& le verre,<a href="#I222"> I. 222.</a></p> + +<p><i>Différence</i> des corps électrisés au dedans +& au dehors de la bouteille,<a href="#I47"> +I. 47.</a></p> + +<p><i>Différence</i> entre un corps électrique & +un corps non-électrique,<a href="#I36"> I. 36.</a></p> + +<p><i>Dindon</i> tué d'un coup d'électricité,<a href="#I195"> +I. 195.</a> <a href="#II303">II. 303.</a></p> + +<p><i>Direction</i> (la) du feu électrique étant +<span class="pagenum"><a name="II330" id="II330">II-330</a></span> +différente dans la charge, l'est aussi +dans la décharge,<a href="#I120"> I. 120.</a></p> + +<p><i>Direction</i> du fluide électrique le long +des conducteurs,<a href="#II230"> II. 230.</a></p> + +<p><i>Dorure</i> percée par le feu électrique,<a href="#I184"> +I. 184.</a></p> + +<p><i>Dorure</i> (la) sur un livre ne conduit +plus le choc après dix ou douze +coups,<a href="#I191"> I. 191.</a></p> + +<p><i>Dorure</i> sur un livre découverte, par +un coup d'électricité,<a href="#II49"> II. 49.</a></p> + +<h3>E.</h3> + +<p><i>Eau</i>, corps non-électrique,<a href="#II7"> II. 7.</a></p> + +<p><i>Eau</i> raréfiée susceptible de plus +d'électricité,<a href="#II217"> II. 217.</a></p> + +<p><i>Eau</i> (l') transmet fort bien l'électricité,<a href="#I190"> +I. 190.</a></p> + +<p><i>Eclairs</i>,<a href="#II18"> II. 18.</a></p> + +<p><i>Eclairs</i> sur un livre entouré d'un double +filet d'or,<a href="#I98"> I. 98.</a></p> + +<p><i>Eclairs:</i> imitation des...<a href="#I94"> I. 94.</a></p> + +<p><i>Eclats</i> de tonnerre,<a href="#II32"> II. 32.</a></p> + +<p><i>Effet</i> de deux bouteilles, l'une pleinement +chargée, & l'autre nullement,<a href="#I127"> +I. 127.</a></p> + +<span class="pagenum"><a name="II331" id="II331">II-331</a>.</span> + +<p><i>Effet</i> étonnant des pointes,<a href="#I235"> I. 235.</a></p> + +<p><i>Effets</i> opposés du soufre & du verre,<a href="#II158"> II. 158</a>-161.</p> + +<p><i>Effet</i> du tonnerre à Newbury,<a href="#II313"> II. 313.</a></p> + +<p><i>Effet</i> d'un corps émoussé,<a href="#I236"> I. 236.</a></p> + +<p><i>Effet</i> de l'air sur la matière électrique,<a href="#I42"> I. 42.</a></p> + +<p><i>Effluves</i> salutaires des corps non-électriques, impossibles à tirer par l'électricité,<a href="#I225"> I. 225.</a></p> + +<p><i>Elancemens</i> de lumière du nord au sud,<a href="#II31"> II. 31.</a></p> + +<p><i>Elasticité</i> comparée à l'électricité,<a href="#I137"> I. 137.</a></p> + +<p><i>Electricité</i> de deux sortes,<a href="#II156"> II. 156.</a></p> + +<p><i>Electricité</i> détruite par du sable, le souffle, la fumée de bois, de chandelle, de charbon, de fer, &c.,<a href="#I240"> I. 240.</a></p> + +<p><i>Electricité</i> (l') réside dans le verre,<a href="#I144"> I. 144.</a></p> + +<p><i>Electricité</i> (l') se tire plus facilement des angles que des surfaces,<a href="#I22"> I. 22.</a></p> + +<p><i>Electricité</i> (l') ne paroît plus après l'attouchement,<a href="#I91"> I. 91.</a></p> + +<p><i>Electricité</i> vitrée & résineuse,<a href="#I156"> II. 156-172.</a></p> + +<span class="pagenum"><a name="II332" id="II332">II-332</a>.</span> + +<p><i>Electriser</i> positivement ou en plus,<a href="#I77"> I. 77-80.</a> <a href="#I89">89-95.</a></p> + +<p><i>Electriser</i> négativement ou en moins,<a href="#I78"> I. 78-80.</a> <a href="#I89">89-93.</a></p> + +<p><i>Elévation</i> des vapeurs favorisée par le feu commun & par le feu électrique,<a href="#II4"> II. 4. 9.</a></p> + +<p><i>Eminences</i> (les) attirent les nuages,<a href="#II33"> II. 33.</a></p> + +<p><i>Epée</i> fonduë dans le fourreau,<a href="#II40"> II. 40.</a></p> + +<p><i>Epuisement</i> du coussin,<a href="#I102"> I. 102-114.</a></p> + +<p><i>Equilibre</i> du feu électrique dans les surfaces de la bouteille,<a href="#I48"> I. 48.</a></p> + +<p><i>Equilibre</i> (l') de l'électricité ne se rétablit point à travers le verre,<a href="#I49"> I. 49.</a></p> + +<p><i>Equilibre</i> (l') ne se rétablit dans les surfaces que par une communication non-électrique,<a href="#I50"> I. 50.</a></p> + +<p><i>Equilibre</i>: moyen de le rétablir,<a href="#I53"> I, 53.</a> <a href="#I68">68.</a></p> + +<p><i>Erreur</i> de M. Watson,<a href="#I93"> I. 93.</a></p> + +<p><i>Esprits</i> allumés par & au travers de la rivière,<a href="#I194"> I. 194.</a></p> + +<p><i>Esprits</i> enflammés sans avoir été chauffés,<a href="#I232"> I. 232.</a></p> + +<p><i>Essence</i> (l') du verre semble consister +<span class="pagenum"><a name="II333" id="II333">II-333</a></span> +dans son électricité,<a href="#I187"> I. 187.</a></p> + +<p><i>Etincelles</i> frappent plus loin, à proportion que le feu électrique est plus fort,<a href="#I245"> I. 245.</a> <a href="#II26">II. 26.</a></p> + +<p><i>Etincelle</i> grande ou petite pour l'inflammation des esprits,<a href="#II36"> II. 36.</a></p> + +<p><i>Etincelle</i> électrique déchire en perçant le papier,<a href="#II40"> II. 40.</a></p> + +<p><i>Etincelle</i> tirée de deux personnes électrisées différemment,<a href="#I88"> I. 88.</a></p> + +<p><i>Etincelle</i> plus forte entr'elles,<a href="#I89"> I. 89.</a></p> + +<p><i>Expansion</i> égale de la matière électrique dans la totalité d'une masse,<a href="#I6"> I. 6.</a></p> + +<p><i>Expérience</i> de Leyde avec un carreau de verre,<a href="#I143"> I. 143.</a></p> + +<p><i>Expérience</i> de Marly-la-Ville,<a href="#II99"> II. 99</a>-<a href="#II125">125.</a></p> + +<p><i>Expérience</i> qui prouve que la matière raréfiée est susceptible de plus d'électricité,<a href="#II221"> II. 221.</a></p> + +<p><i>Expériences</i> de M. Jean Canton,<a href="#II280"> II. 280.</a></p> + +<p><i>Explication</i> de plusieurs phénomènes,<a href="#I89"> I. 89. 90.</a></p> + +<p><i>Explication</i> de ce qui se passe dans le globe lorsqu'on le frotte,<a href="#I212"> I. 212.</a></p> + +<p><i>Explosion</i> (l') est la même si tenant la +<span class="pagenum"><a name="II334" id="II334">II-334</a></span> +bouteille par le crochet on la touche au côté, ou au contraire,<a href="#I119"> I. 119.</a></p> + +<p><i>Explosion</i> (l') n'électrise point celui qui tient la bouteille & la touche,<a href="#I81"> I. 81.</a></p> + +<p><i>Explosion</i> (l') n'électrise point,<a href="#I115"> I. 115-118.</a></p> + +<h3>F.</h3> + +<p><i>Feu</i> commun répandu dans tous les corps,<a href="#II35"> II. 35.</a></p> + +<p><i>Feu</i> électrique ne peut être tiré d'un côté s'il n'en entre d'un autre,<a href="#I51"> I. 51.</a></p> + +<p><i>Feu</i> (le) électrique passe du fil-d'archal au doigt qui touche, & non au contraire,<a href="#I54"> I. 54.</a></p> + +<p><i>Feu</i> électrique: moyen de le faire circuler,<a href="#I74"> I. 74.</a></p> + +<p><i>Feu</i> (le) électrique doit sortir par où il est entré,<a href="#I120"> I. 120.</a></p> + +<p><i>Feu</i> électrique attiré par l'eau,<a href="#II2"> II. 2.</a></p> + +<p><i>Feu</i> électrique (le) qui sort de l'extérieur de la bouteille, n'est pas le même que celui qui entre dans l'intérieur,<a href="#I200"> I. 200.</a></p> + +<p><i>Feu</i> électrique répandu dans toute la +<span class="pagenum"><a name="II335" id="II335">II-335</a></span> +matière,<a href="#I207"> I. 207.</a></p> + +<p><i>Feu</i> électrique rassemblé & non créé par le globe frotté,<a href="#II6"> II. 6.</a></p> + +<p><i>Feu</i> électrique rassemblé par l'agitation sur la mer,<a href="#II7"> II. 7.</a></p> + +<p><i>Feu</i> électrique d'un nuage de 10000. âcres,<a href="#II26"> II. 26.</a></p> + +<p><i>Feu</i> électrique visible en sautant des intervalles & invisible le long des +corps denses & unis,<a href="#II29"> II. 29.</a></p> + +<p><i>Feu</i> électrique visible sur un feüille d'or, & pourquoi,<a href="#II30"> II. 30.</a></p> + +<p><i>Feu</i> électrique & feu commun ne sont point incompatibles,<a href="#II35"> II. 35.</a></p> + +<p><i>Feu</i> électrique agit sur le feu commun, & produit l'inflammation,<a href="#II36"> II. 36.</a></p> + +<p><i>Feu</i> électrique paroît sur le coussin qui frotte,<a href="#I213"> I. 213.</a></p> + +<p><i>Feu</i> électrique se transporte dans & à travers les corps non-électriques, +& non pas à travers le verre,<a href="#I198"> I. 198.</a> <a href="#I223">223.</a></p> + +<p><i>Feüille</i> d'or entre deux lames de métal, dont l'une électrisée, & l'autre non,<a href="#II58"> II. 58.</a></p> + +<p><i>Feüille</i> d'or plus près de la lame non-électrisée,<a href="#II60"> II. 60.</a></p> + +<span class="pagenum"><a name="II336" id="II336">II-336</a>.</span> + +<p><i>Feüille</i> d'or bien aiguë se soutient près du conducteur sans lame inférieure,<a href="#II63"> II. 63.</a></p> + +<p><i>Fil</i>-d'archal détruit par la foudre,<a href="#II319"> II. 319.</a></p> + +<p><i>Fil</i> de lin suspendu près du ventre de la bouteille est attiré à chaque fois que l'on touche le fil-d'archal,<a href="#I62"> I. 62.</a></p> + +<p><i>Filet</i> d'or sur un livre ne peut conduire parfaitement qu'un seul choc, & pourquoi,<a href="#II57"> II. 57.</a></p> + +<p><i>Fluide</i> électrique ne traverse point le verre,<a href="#I197"> I. 197.</a></p> + +<p><i>Fluide</i> électrique passe par une fêlure,<a href="#I199"> I. 199.</a></p> + +<p><i>Fluide</i> électrique toujours prêt,<a href="#I207"> I. 207.</a></p> + +<p><i>Fluide</i> électrique ne se fixe point dans le verre, mais y séjourne sans adhérence,<a href="#I207"> I. 207.</a></p> + +<p><i>Force</i> attractive proportionnée aux surfaces, & non pas aux masses,<a href="#I25"> I. 25.</a></p> + +<p><i>Force</i> (la) de l'électricité est sans bornes,<a href="#II153"> II. 153.</a></p> + +<p><i>Forme</i> de l'atmosphère électrique,<a href="#I16"> I. 16.</a></p> + +<p><i>Foudre</i> (la) déchire,<a href="#II40"> II. 40.</a></p> + +<p><i>Franklin</i> (M.) rudement frappé,<a href="#II304"> II. 304.</a></p> + +<p><i>Froid</i> (le) diminue le feu commun, +<span class="pagenum"><a name="II337" id="II337">II-337</a></span> +& non le feu électrique,<a href="#II14"> II. 14.</a></p> + +<p><i>Frottement</i> (le) enflamme le bois sec,<a href="#II37"> II. 37.</a></p> + +<p><i>Frottement</i> (le) d'un corps non-électrique contre un corps électrique produit le feu électrique,<a href="#II6"> II. 6.</a></p> + +<p><i>Fumée</i> de résine séche ne détruit pas l'électricité & forme une atmosphère,<a href="#I241"> I. 241.</a></p> + +<p><i>Fusion</i> à froid,<a href="#II51"> II. 51.</a></p> + +<p><i>Fusion</i> des métaux sans chaleur,<a href="#II56"> II. 56.</a></p> + +<h3>G.</h3> + +<p><i>Glace</i> (la) ne conduit pas l'électricité,<a href="#I190"> I. 190.</a></p> + +<p><i>Glace</i> de 1200. pouces quarrés, ses effets,<a href="#lxxxii"> I. lxxxii.</a> <a href="#I172">172.</a></p> + +<p><i>Globe</i> frotté: comment il rassemble le fluide électrique,<a href="#I214"> I. 214.</a> <a href="#II6">II. 6.</a></p> + +<p><i>Globe</i> doublé donne peu ou point de feu électrique,<a href="#I214"> I. 214.</a></p> + +<p><i>Globe</i> moüillé intérieurement ne rend point de feu,<a href="#I215"> I. 215.</a></p> + +<p><i>Globe</i> de cuir,<a href="#II179"> II. 179.</a></p> + +<h3>H.</h3> + +<p><i>Habits</i> mouillés sont un préservatif contre les coups de +<span class="pagenum"><a name="II338" id="II338">II-338</a></span> +foudre,<a href="#II34"> II. 34.</a></p> + +<p><i>Homme</i> (un) sur de la cire à qui l'on donne à toucher le fil-d'archal de la bouteille électrisée, est électrisé de plus en plus,<a href="#I77"> I. 77.</a></p> + +<p><i>Homme</i> (un) sur de la cire tient la bouteille électrisée, & vous en fait toucher le fil-d'archal, il est électrisé de moins en moins,<a href="#I78"> I. 78.</a></p> + +<p><i>Homme</i> (un) sur de la cire peut être électrisé plusieurs fois par un autre qui lui présente le fil-d'archal de la bouteille, mais il ne peut s'électriser +lui-même en la tenant. Moyen de le reconnoître,<a href="#I81"> I. 81.</a></p> + +<p><i>Huile</i> de térébentine mise en expérience,<a href="#I226"> I. 226.</a></p> + +<h3>I.</h3> + +<p><i>Idendité</i> de la matière du tonnerre & de l'Electricité,<a href="#II120"> II. 120</a>. <a href="#II185">185.</a></p> + +<p><i>Idée</i> d'un nouveau globe,<a href="#II179"> II. 179.</a></p> + +<p><i>Imitation</i> des éclairs,<a href="#I94"> I. 94.</a></p> + +<p><i>Importance</i> de connoître les loix de la nature, indépendamment du comment & du pourquoi,<a href="#I27"> I. 27.</a></p> + +<p><i>Imperméabilité</i> du verre,<a href="#I208"> I. 208.</a></p> + +<span class="pagenum"><a name="II339" id="II339">II-339</a>.</span> + +<p><i>Impossibilité</i> de s'électriser soi-même,<a href="#I87"> I. 87.</a></p> + +<p><i>Inflammation</i> des esprits,<a href="#I94"> I. 94.</a></p> + +<p><i>Inflammation</i> de la poudre,<a href="#II149"> II. 149.</a></p> + +<p><i>Irrégularité</i> des éclairs,<a href="#II33"> II. 33.</a></p> + +<h3>L.</h3> + +<p><i>Liqueur</i> purgative mise dans la fiole électrique,<a href="#I229"> I. 229.</a></p> + +<p><i>Lumière</i> brillante à la pointe d'un poinçon,<a href="#I237"> I. 237.</a></p> + +<p><i>Lumière</i> paroît au bout d'une pointe,<a href="#I33"> I. 30.</a></p> + +<h3>M.</h3> + +<p><i>Magnétisme</i> communiqué par l'électricité,<a href="#II135"> II. 135-142.</a></p> + +<p><i>Magnétisme</i> effet de l'électricité,<a href="#II141"> II. 141.</a></p> + +<p><i>Main</i> de papier percée par l'étincelle,<a href="#I171"> I. 171.</a></p> + +<p><i>Matière</i> commune éponge de la matière électrique,<a href="#I6"> I. 6.</a></p> + +<p><i>Matière</i> électrique, sa subtilité,<a href="#I4"> I. 4.</a></p> + +<p><i>Matière</i> électrique pénètre les métaux sans résistance,<a href="#I4"> I. 4.</a></p> + +<p><i>Matière</i> (toute) ne contient & ne +<span class="pagenum"><a name="II340" id="II340">II-340</a></span> +retient pas également l'électricité,<a href="#I8"> I. 8.</a></p> + +<p><i>Matière</i> (la) contient autant d'électricité qu'elle en peut contenir,<a href="#I8"> I. 8.</a></p> + +<p><i>Matière</i> (la) du tonnerre & la matière électrique sont la même,<a href="#II120"> II. 120.</a> <a href="#II185">185.</a></p> + +<p><i>Matière</i> supposée dépourvuë de fluide électrique,<a href="#I12"> I. 12.</a></p> + +<p><i>Matières</i> non-électriques mêlées dans l'air,<a href="#I22"> I. 22.</a></p> + +<p><i>Métaux</i> fondus par la foudre,<a href="#II38"> II. 38.</a></p> + +<p><i>Métaux</i> fondus d'un coup d'électricité,<a href="#II39"> II. 39.</a></p> + +<p><i>Métaux</i> (les) & l'eau conducteurs parfaits,<a href="#I29"> I. 29.</a> & <a href="#I40">40.</a></p> + +<p><i>Montagnes</i> attirent les nuages de mer,<a href="#II17"> II. 17.</a></p> + +<p><i>Mort</i> de M. Richman,<a href="#II127"> II. 127.</a></p> + +<p><i>Moyen</i> de toucher le fil-d'archal de la bouteille électrisée, sans tirer d'étincelle,<a href="#I120"> I. 120.</a></p> + +<p><i>Moyen</i> de connoître si les nuées, orageuses sont électrisées positivement ou négativement,<a href="#II195"> II. 195.</a></p> + +<p><i>Moyen</i> de rendre bien sensible le feu électrique en passant du fil-d'archal +<span class="pagenum"><a name="II341" id="II341">II-341</a></span> +au côté de la bouteille,<a href="#I82"> I. 82. 85.</a></p> + +<p><i>Moyen</i> de prendre la bouteille par le crochet,<a href="#I120"> I. 120.</a></p> + +<p><i>Moyen</i> de dissiper le tonnerre,<a href="#II44"> II. 44.</a></p> + +<p><i>Moyen</i> de reconnoître si les nuages orageux sont électrisés ou non,<a href="#II45"> II. 45.</a></p> + +<p><i>Moyen</i> de prévenir le danger de l'épreuve,<a href="#II47"> II. 47.</a></p> + +<p><i>Moyen</i> (seul) de mettre en mouvement le fluide électrique du verre,<a href="#I204"> I. 204.</a></p> + +<p><i>Moyen</i> simple de reconnoître si l'électricité est positive ou négative,<a href="#II174"> II. 174.</a></p> + +<h3>N.</h3> + +<p><i>Neige</i> électrique,<a href="#II243"> II. 243.</a></p> + +<p><i>Nuages</i> de mer sont électriques,<a href="#II8"> II. 8.</a></p> + +<p><i>Nuages</i> de terre peu électrisés retombent sur la terre,<a href="#II15"> II. 15.</a></p> + +<p><i>Nuages</i>, de mer électrisés s'élevent fort haut & son poussés très-loin,<a href="#II15"> II. 15.</a></p> + +<p><i>Nuages</i> attirés par l'électricité,<a href="#II24"> II. 24.</a></p> + +<p><i>Nuages</i> à différentes hauteurs tiennent des routes différentes,<a href="#II27"> II. 27.</a></p> + +<span class="pagenum"><a name="II342" id="II342">II-342</a>.</span> + +<p><i>Nuages</i> électrisés négativement,<a href="#II198"> II. 198.</a></p> + +<p><i>Nuage</i> électrisé positivement,<a href="#II200"> II. 200.</a></p> + +<h3>O.</h3> + +<p><i>Objection</i> contre la nouvelle hypothèse du tonnerre,<a href="#II226"> II. 226.</a></p> + +<p><i>Océan</i> (l') composé d'eau & de sel,<a href="#II7"> II. 7.</a></p> + +<p><i>Odeur</i> du fluide électrique toujours la même,<a href="#I230"> I. 230.</a></p> + +<p><i>Ondées</i>,<a href="#II18"> II. 18.</a></p> + +<p><i>Orages</i> après les grandes chaleurs,<a href="#II33"> II. 33.</a></p> + +<h3>P.</h3> + +<p><i>Papier</i> (main de) percée par l'étincelle,<a href="#I171"> I. 171.</a></p> + +<p><i>Papier</i> percé & noirci par l'étincelle,<a href="#I185"> I. 185.</a></p> + +<p><i>Particules</i> de matière électrisée se repoussent mutuellement,<a href="#I209"> I. 209.</a> <a href="#II4">II. 4.</a></p> + +<p><i>Particules</i> d'air, dures, rondes, désunies,<a href="#II8"> II. 8.</a></p> + +<p><i>Particules</i> d'air allégées par le feu commun & par l'eau électrisée s'élevent,<a href="#II11"> II. 11.</a></p> + +<p><i>Particule</i> d'air environnée de douze +<span class="pagenum"><a name="II343" id="II343">II-343</a></span> +particules d'eau,<a href="#II12"> II. 12.</a></p> + +<p><i>Particules</i> d'eau s'attachent aux particules d'air,<a href="#II8"> II. 8.</a></p> + +<p><i>Particules</i> d'eau rassemblées forment la pluye,<a href="#II13"> II. 13.</a></p> + +<p><i>Particules</i> électriques attirées par la matière,<a href="#I5"> I. 5.</a></p> + +<p><i>Particules</i> électriques ne traversent point le verre, mais leur répulsion le traverse,<a href="#I209"> I. 209.</a></p> + +<p><i>Particules</i> électriques, quoique mutuellement répulsives, sont rapprochées par l'attraction du verre,<a href="#I209"> I. 209.</a></p> + +<p><i>Partie</i> de plaisir,<a href="#I194"> I. 194.</a></p> + +<p><i>Parties</i> composantes du verre extrèmement déliées,<a href="#I206"> I. 206.</a></p> + +<p><i>Passages</i> de l'état électrique négatif au positif,<a href="#II243"> II. 243.</a></p> + +<p><i>Pays</i> sans montagnes peut-être arrosé,<a href="#II20"> II. 20.</a></p> + +<p><i>Peinture</i> sur la dorure emportée par le tonnerre,<a href="#II49"> II. 49.</a></p> + +<p><i>Philadelphie</i>,<a href="#I194"> I. 194.</a></p> + +<p><i>Plein</i> (le) & le vuide de feu électrique se trouvent dans la bouteille,<a href="#I52"> I. 52.</a></p> + +<span class="pagenum"><a name="II344" id="II344">II-344</a>.</span> + +<p><i>Plein</i> (le) & le vuide électrique pressent violemment, l'un pour se dilater, & l'autre pour se remplir,<a href="#I53"> I. 53.</a></p> + +<p><i>Plomb</i> granulé meilleur que l'eau,<a href="#I94"> I. 94.</a></p> + +<p><i>Plume</i> attirée dans un vase scellé hermétiquement,<a href="#I197"> I. 197.</a></p> + +<p><i>Plus</i> & moins merveilleusement combinés,<a href="#I52"> I. 52.</a></p> + +<p><i>Plus</i> la pointe est aiguë, plus elle tire de loin,<a href="#I23"> I. 23.</a></p> + +<p><i>Pointes</i> (les) poussent aussi bien qu'elles tirent,<a href="#I22"> I. 22.</a> 23.<a href="#I238">238.</a></p> + +<p><i>Pointes</i> (les) tirent aussi bien qu'elles poussent,<a href="#I23"> I. 23.</a> <a href="#I239">239.</a></p> + +<p><i>Pointe</i> (la) d'une aiguille présentée à douze pouces; empêche de charger le conducteur,<a href="#I29"> I. 29.</a></p> + +<p><i>Pointe</i> (la) électrise un homme sur de la cire,<a href="#I30"> I. 30.</a></p> + +<p><i>Poisson</i> d'or,<a href="#II64"> II. 64.</a></p> + +<p><i>Pôles</i> d'une aiguille aimantée changés par le coup fulminant,<a href="#II135"> II. 135.</a></p> + +<p><i>Pores</i> du verre extrèmement petits,<a href="#I206"> I. 206.</a></p> + +<p><i>Pores</i> du verre impénétrables à toute autre matière que celle du feu & de l'électricité,<a href="#I207"> I. 207.</a></p> + +<span class="pagenum"><a name="II345" id="II345">II-345</a>.</span> + +<p><i>Poudre</i> à tirer enflammée,<a href="#II149"> II. 149.</a></p> + +<p><i>Poulet</i>-d'inde de dix livres tué,<a href="#II303"> II. 303.</a></p> + +<p><i>Preuve</i> que le feu électrique poussé dans une bouteille à travers le fil-d'archal ne la traverse pas,<a href="#I200"> I. 200.</a></p> + +<p><i>Preuves</i> que l'explosion n'électrise point,<a href="#I115"> I. 115-118.</a></p> + +<p><i>Proportion</i> des deux feu pour l'inflammation,<a href="#II36"> II. 36.</a></p> + +<p><i>Proportions</i> des conducteurs pour le tonnerre,<a href="#II233"> II. 233.</a></p> + +<h3>Q.</h3> + +<p><i>Quantité</i> étonnante d'électricité contenuë dans la plus petite portion de verre,<a href="#I186"> I. 186.</a></p> + +<p><i>Quantité</i> égale d'électricité dans les deux surfaces du verre,<a href="#I210"> I. 210.</a></p> + +<p><i>Questions</i> sur la formation du tonnerre & de l'aurore boréale,<a href="#II301"> II. 301.</a></p> + +<h3>R.</h3> + +<p><i>Rat</i> moüillé ne peut être tué par l'électricité,<a href="#II35"> II. 35.</a></p> + +<p><i>Remarques</i> de M. Colden sur les lettres de M. l'Abbé Nollet,<a href="#II247"> II. 247.</a></p> + +<p><i>Rencontre</i> de plusieurs nuages de mer & de terre,<a href="#II24"> II. 24.</a></p> + +<span class="pagenum"><a name="II346" id="II346">II-346</a>.</span> + +<p><i>Répulsion</i> des particules de matière électrique,<a href="#I5"> I. 5.</a></p> + +<p><i>Répulsion</i> d'une boule de liége suspenduë,<a href="#I192"> I. 192.</a></p> + +<p><i>Répulsion</i> de la boule de liége détruite,<a href="#I192"> I. 192.</a></p> + +<p><i>Répulsion</i> des particules d'air favorisée par le feu commun & par le feu électrique,<a href="#II9"> II. 9.</a></p> + +<p><i>Répulsion</i> mutuelle des particules électriques,<a href="#I209"> I. 209.</a></p> + +<p><i>Retraite</i> sous un arbre pendant l'orage, dangereuse,<a href="#II34"> II. 34.</a></p> + +<p><i>Richman</i> (M.) tué par l'électricité naturelle,<a href="#II127"> II. 127.</a></p> + +<p><i>Rouës</i> de moulin à vent & à eau,<a href="#I85"> I. 85. 86.</a></p> + +<p><i>Roué</i> électrique, première construction,<a href="#I172"> I. 172.</a></p> + +<p><i>Rouë</i> électrique, deuxiéme construction,<a href="#I179"> I. 179.</a></p> + +<h3>S.</h3> + +<p><i>Sel</i>, corps électrique,<a href="#II7"> II. 7.</a></p> + +<p><i>Skuilkil</i>, rivière,<a href="#I194"> I. 194.</a></p> + +<p><i>Silence</i> du carillon électrique,<a href="#II300"> II. 300.</a></p> + +<p><i>Soleil</i>, sa chaleur ne détruit point l'électricité,<a href="#I242"> I. 242.</a></p> + +<span class="pagenum"><a name="II347" id="II347">II-347</a>.</span> + +<p><i>Soleil</i> semble fournir le feu commun,<a href="#II13"> II. 13.</a></p> + +<p><i>Soufre</i> (le) électrise négativement,<a href="#II167"> II. 167.</a></p> + +<p><i>Sphères</i> électriques tournées par une manivelle,<a href="#I99"> I. 99.</a></p> + +<p><i>Sphère</i> d'attraction électrique,<a href="#II25"> II. 25.</a></p> + +<p><i>Subtilité</i> des particules électriques,<a href="#I4"> I. 4.</a></p> + +<p><i>Surfaces</i> d'une bouteille électrisée sont l'une pleine & l'autre vuide,<a href="#I210"> I. 210.</a></p> + +<p><i>Surfaces</i> ne peuvent agir l'une sans l'autre,<a href="#I136"> I. 136.</a></p> + +<p><i>Surfaces</i> du verre, longueur, largeur & moitié d'épaisseur,<a href="#I205"> I. 205.</a></p> + +<h3>T.</h3> + +<p><i>Tableau</i> magique, sa description, son effet,<a href="#I167"> I. 167.</a></p> + +<p><i>Tabouret</i> électrique,<a href="#II46"> II. 46.</a></p> + +<p><i>Tache</i> bleuë sur une plaque d'argent,<a href="#II187"> II. 187.</a></p> + +<p><i>Taches</i> métalliques sur le verre,<a href="#II53"> II. 53.</a></p> + +<p><i>Tasses</i> électrisées,<a href="#I195"> I. 195.</a></p> + +<p><i>Thérébentine</i> (huile de) ne change point l'odeur de la matière électrique,<a href="#I228"> I. 228.</a></p> + +<p><i>Terre</i> séche empêche le choc,<a href="#I189"> I. 189.</a></p> + +<span class="pagenum"><a name="II348" id="II348">II-348</a>.</span> + +<p><i>Terre</i> (la) frape les nuages,<a href="#II205"> II. 205.</a></p> + +<p><i>Tonnerre</i> artificiel, <i>hist. a.</i><a href="#lxxxii"> I. lxxxii.</a></p> + +<p><i>Tonnerre</i> s'entend rarement en pleine mer,<a href="#II40"> II. 40.</a></p> + +<p><i>Triangle</i> équilatéral formé par trois particules d'air,<a href="#I12"> I. 12.</a> <a href="#II9">II. 9.</a></p> + +<p><i>Triangles</i> resserrés ou étendus, <a href="#I13">I. 13.</a> <a href="#II9">II. 9-12.</a></p> + +<p><i>Tube</i> frottée d'une peau de chamois,<a href="#I98"> I. 98.</a></p> + +<p><i>Tube</i> doublé d'un corps non-électrique,<a href="#I215"> I. 215.</a></p> + +<p><i>Tube</i> peut servir de bouteille pour l'expérience de Leyde, moyen,<a href="#I217"> I. 217.</a></p> + +<p><i>Tube</i> épuisé d'air,<a href="#I219"> I. 219.</a></p> + +<h3>V.</h3> + +<p><i>Vapeurs</i> de l'eau électrisée le sont aussi,<a href="#II3"> II. 3.</a></p> + +<p><i>Vapeurs</i> plus abondantes de l'eau électrisée,<a href="#II11"> II. 11.</a></p> + +<p><i>Vapeurs</i> de la mer électrisées,<a href="#II15"> II. 15.</a></p> + +<p><i>Vapeurs</i> élevées dans la zone torride s'abaissent dans les zones froides & lancent des éclairs,<a href="#II28"> II. 28.</a></p> + +<p><i>Vapeurs</i> sulphureuses de la terre aisément +<span class="pagenum"><a name="II349" id="II349">II-349</a></span> +enflammées par la foudre,<a href="#II38"> II. 38.</a></p> + +<p><i>Vents</i> de terre sont secs,<a href="#II15"> II. 15.</a></p> + +<p><i>Verge</i> de fer de vingt ou trente pieds,<a href="#II46"> II. 46.</a></p> + +<p><i>Verges</i> de fer pointuës, leur effet,<a href="#II237"> II. 237.</a></p> + +<p><i>Vernis</i> dur & sec brûlé par l'étincelle,<a href="#I185"> I. 185.</a></p> + +<p><i>Verre</i> (le) contient beaucoup d'électricité,<a href="#I38"> I. 38.</a> <a href="#I138">138.</a> <a href="#I202">202.</a></p> + +<p><i>Verre</i> (le) a toujours la même quantité d'électricité,<a href="#I138"> I. 138.</a></p> + +<p><i>Verre</i> brisé par l'électricité,<a href="#I186"> I. 186.</a></p> + +<p><i>Verre</i> contient plus d'électricité, & la retient plus fortement,<a href="#I9"> I. 9.</a> <a href="#I183">183.</a></p> + +<p><i>Verre</i> n'est par lui-même susceptible ni de plus ni de moins d'électricité,<a href="#I131"> I. 131-136.</a></p> + +<p><i>Verre</i> imperméable à l'électricité,<a href="#I197"> I. 197-212.</a></p> + +<p><i>Verre</i> (le) électrise positivement,<a href="#II167"> II. 167.</a></p> + +<p><i>Usages</i> de l'électricité avantageux, mais inconnus,<a href="#I10"> I. 10.</a></p> + +<p><i>Usages</i> du carillon,<a href="#II132"> II. 132.</a></p> +<br> +<p class="mid">Fin de la Table des matières.</p> +<br> + + +<p class="mid">De l'Imprimerie de la Veuve DELATOUR.</p> + + +<br><br> + + + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Expériences et observations sur +l'électricité faites à Philadelphie en Amérique, by Benjamin Franklin + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OBSERVATIONS SUR L'ELECTRICITE *** + +***** This file should be named 27610-h.htm or 27610-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/2/7/6/1/27610/ + +Produced by Sébastien Blondeel, Carlo Traverso, Rénald +Lévesque and the Online Distributed Proofreading Team at +https://www.pgdp.net (This file was produced from images +generously made available by the Bibliothèque nationale +de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + https://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + + +</pre> + +</body> +</html> diff --git a/27610-h/images/L.png b/27610-h/images/L.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a6f44f5 --- /dev/null +++ b/27610-h/images/L.png diff --git a/27610-h/images/M.png b/27610-h/images/M.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1bfa343 --- /dev/null +++ b/27610-h/images/M.png diff --git a/27610-h/images/deco01.png b/27610-h/images/deco01.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6766bfe --- /dev/null +++ b/27610-h/images/deco01.png diff --git a/27610-h/images/deco02.png b/27610-h/images/deco02.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..eb2813a --- /dev/null +++ b/27610-h/images/deco02.png diff --git a/27610-h/images/deco03.png b/27610-h/images/deco03.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..4663a9f --- /dev/null +++ b/27610-h/images/deco03.png diff --git a/27610-h/images/deco04.png b/27610-h/images/deco04.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d53d330 --- /dev/null +++ b/27610-h/images/deco04.png diff --git a/27610-h/images/deco05.png b/27610-h/images/deco05.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..766371c --- /dev/null +++ b/27610-h/images/deco05.png diff --git a/27610-h/images/deco06.png b/27610-h/images/deco06.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..ac6059f --- /dev/null +++ b/27610-h/images/deco06.png diff --git a/27610-h/images/head1.png b/27610-h/images/head1.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1687596 --- /dev/null +++ b/27610-h/images/head1.png diff --git a/27610-h/images/head2.png b/27610-h/images/head2.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..764bf20 --- /dev/null +++ b/27610-h/images/head2.png diff --git a/27610-h/images/head3.png b/27610-h/images/head3.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0fa8ea9 --- /dev/null +++ b/27610-h/images/head3.png diff --git a/27610-h/images/head4.png b/27610-h/images/head4.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..934e4bf --- /dev/null +++ b/27610-h/images/head4.png diff --git a/27610-h/images/head4s.png b/27610-h/images/head4s.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..b75ea13 --- /dev/null +++ b/27610-h/images/head4s.png diff --git a/27610-h/images/head5.png b/27610-h/images/head5.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3f1242c --- /dev/null +++ b/27610-h/images/head5.png diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. 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