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diff --git a/27281-8.txt b/27281-8.txt new file mode 100644 index 0000000..51cbc11 --- /dev/null +++ b/27281-8.txt @@ -0,0 +1,2272 @@ +The Project Gutenberg EBook of Deux farces inédites attribuées à la reine +Marguerite de Navarre, by Louis Lacour + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Deux farces inédites attribuées à la reine Marguerite de Navarre + La fille abhorrant mariaige--la vierge repentie--1538 + +Author: Louis Lacour + +Release Date: November 16, 2008 [EBook #27281] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DEUX FARCES INÉDITES *** + + + + +Produced by Laurent Vogel, Chuck Greif and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +book was produced from scanned images of public domain +material from the Google Print project.) + + + + + + + + + +DEUX FARCES INÉDITES ATTRIBUÉES À LA REINE MARGUERITE DE NAVARRE + +Soeur de François Ier + +Publiées avec une préface et des notes + +PAR LOUIS LACOUR + + +LA FILLE ABHORRANT MARIAIGE + +_LA VIERGE REPENTIE_ + +MDXXXVIII + + +PARIS + +AUGUSTE AUBRY, LIBRAIRE-ÉDITEUR 16, rue Dauphine + +1856 + + + + +Paris.--Impr. de DUBUISSON et Cie, r. Coq-Héron, 5. + + + + +INTRODUCTION + + +Tout brillants qu'aient été les écrivains du siècle de Louis XIV, leur +plus grande gloire est d'avoir donné le dernier coup de lime à ce beau +style que leur avaient transmis leurs ancêtres. Le siècle suivant laissa +la forme éclatante pour les grandes pensées; le nôtre, éclectique de sa +nature, a cherché à concilier les efforts de ses prédécesseurs, en +couvrant de dehors pompeux des conceptions profondes et hardies: il a +péniblement gravi les sentiers qui le conduisaient à sa ruine. On attend +une régénération, et nous n'en voyons la possibilité qu'en se retrempant +aux sources vives de notre littérature. Comment! les oeuvres qui ont +formé les La Fontaine, les Corneille, les Racine, les Pascal, les +Molière, seraient-elles destinées à n'enfanter plus que des pygmées[1]? +Les fantaisistes de nos jours, en ne demandant qu'à eux-mêmes leurs +inspirations, n'ont malheureusement rien produit; malgré cette +impuissance, chacune de leurs oeuvres, ils le proclament, est une +Minerve sortie tout armée de leur cerveau. Ils n'ont été les élèves de +personne, et ils veulent être les maîtres de tout le monde; mais plus +ils écrivent, plus l'isolement se fait autour d'eux, et l'école +toute-puissante par laquelle ils se croyaient vénérés, s'évanouit peu à +peu et disparaît comme un songe. + +Diogènes du dix-neuvième siècle, qui promenez partout votre lanterne +pour trouver un homme, qui rencontrez-vous? À peine une ou deux figures +où brille un rayon du feu sacré. Les autres, sans expression, aux yeux +incapables de fixer le ciel, portent les stigmates des races dégénérées. + +Où sont les littérateurs? + +Sont-ils dans ces feuilletons qui réimpriment en français de fantaisie +mille anecdotes extraites de mauvais romans anglais ou français des deux +derniers siècles? Si de patientes statistiques avaient relevé le nombre +de romans parus, depuis qu'un livre a pu prendre ce nom, quel effroyable +chiffre aurions-nous sous les yeux! En vérité, je le répète, les romans +d'aujourd'hui sont faits, pour la plupart, avec des matériaux empruntés +à ces romans d'autrefois, que leurs plagiaires ont raison de regarder +comme oubliés à jamais dans les rayons poudreux des bibliothèques. + +Sont-ils dans ces livres de critique remplis de nouvelles observations +qui ne courent le monde que depuis deux cents ans; car si les romans +abondent, que dirons-nous des journaux? Et pourtant ils n'étaient point +connus avant 1600; moins de 150 ans après, leur nombre, en France +seulement, s'élevait à dix mille volumes. Si l'on pense de combien +d'observations, de faits, ces volumes sont remplis, l'imagination +s'effraie; mais depuis 1750, erreur de ce calcul, cent mille volumes +sont venus s'ajouter aux dix mille autres? Qui voudrait se charger de +compter les répétitions, les plagiats? Ce travail, la vie entière de +bien des gens ne suffirait pas à l'accomplir. + +Pour arriver au théâtre, qui doit m'occuper particulièrement, la +littérature s'y est-elle réfugiée? Moins qu'autre part! Où puisent les +auteurs du jour? Dans le répertoire des lazzis du théâtre italien, tissu +de bons mots dont on a tant usé qu'il n'en reste plus que la trame; il +n'est pas jusqu'à la première scène française qui ne nous ait offert +plusieurs douzaines de ces niaises bouffonneries. Espérons que le goût +public finira par se lasser, et exiger des écrivains qu'il enrichit des +conceptions plus morales, plus spirituelles, et surtout mieux écrites; +c'est aujourd'hui, plus que jamais, que le mot du courtisan est vrai. + +--Comte ***, avez-vous été voir la pièce en vogue? + +--Sire, je me suis abstenu. + +--Comment! une oeuvre pleine de patriotisme! Vous n'êtes donc pas +Français? + +--Plût à Dieu! Sire, que l'auteur fût aussi Français que moi! + +Il est temps de donner à la littérature dramatique une impulsion +véritablement littéraire, si l'on ne veut pas la voir tomber en peu de +temps dans une déplorable décadence. Les vingt années qui viennent de +s'écouler, à l'exception de quelques oeuvres qui surnagent, n'ont +produit que toutes choses indignes de fixer les regards de la postérité. + +C'est d'une étude approfondie de nos anciens écrivains que sortira la +révolution attendue, et cette étude, il y a longtemps que notre siècle a +eu la gloire de la provoquer. Jamais l'enseignement historique et les +travaux qu'il enfante n'ont été plus encouragés par le gouvernement, par +le public; jamais les littérateurs de genres divers ne s'étaient engagés +plus courageusement dans cette voie, n'avaient plus longtemps persévéré +à la suivre; il n'est pas jusqu'aux philosophes, jusqu'aux poètes, qui +n'aient déserté les champs de l'observation et de la pensée pour saisir +la plume sobre de l'annaliste, et disputer au temps quelques monuments +des siècles passés. + +Une chose pénible à constater, c'est que le théâtre seul soit resté en +dehors du mouvement et n'ait pas produit d'historiens: la pente sur +laquelle sont emportés les auteurs dramatiques est-elle si rapide +qu'elle ne leur permette pas de s'arrêter un instant pour regarder en +arrière et s'inquiéter un peu de ce qu'ont fait leurs aïeux, de ce +qu'ils ont pensé, de ce qu'ils ont écrit? Rien! Par la faute de cette +indifférence coupable, des étrangers ont été contraints de prendre la +plume, et leur manque de pratique, s'il n'a pas fait échouer leurs +travaux, leur a, au moins, imprimé un cachet fâcheux de provisoire, et +dès leur frontispice, on lit: édifice éphémère que désavouera l'avenir. + +Pour écrire l'histoire complète du théâtre, il faudra les soins d'un +dramaturge: tout autre écrivain marchera sans cesse à côté de la +question, et, fût-il le meilleur des Aristarques, je lui conteste le +droit de s'ériger en juge absolu de plusieurs siècles dramatiques, s'il +n'a pas lui-même pratiqué les lois auxquelles il prétend les soumettre. + +Des précédents d'une certaine valeur viennent à l'appui de ce que +j'avance. On possède une ou deux histoires des petits théâtres de Paris; +des vaudevillistes les ont signées, et la principale est écrite par +Brazier, le plus fécond des auteurs qui aient travaillé pour eux. + +L'histoire du théâtre français, par les Parfait, a pour défaut principal +leur manque de pratique, et ils ne se seraient pas prononcés, comme ils +l'ont fait en beaucoup de cas, s'ils avaient été autre chose que de +simples compilateurs. + +Mais, me direz-vous, si les auteurs dramatiques ont si peu de souci pour +leur histoire, quelle récompense obtiendrait de son travail celui +d'entre eux qui l'écrirait? + +Aucune à l'instant, je dois le reconnaître; il en serait réduit à +compter sur la gratitude fort aléatoire de la postérité. + +C'est à ceux pour qui l'histoire partielle du théâtre a des charmes, de +tâcher, en la faisant aimer, d'avancer le terme de cette gratitude. + +Et d'abord, faisons connaître les oeuvres anciennes et leurs auteurs, et +montrons l'avantage qu'il y aurait à posséder un fil d'Ariane pour se +guider dans ce dédale encore inexploré de l'art dramatique, tel qu'il +était conçu sur tout le globe au moyen âge. + +On a si peu fait! Il reste tant à faire! Pendant que l'on voit de toutes +parts les publications littéraires des siècles anciens, poésies, romans, +contes, facéties, remises au jour, en fort grand nombre, et agréés avec +empressement par le public; c'est à peine s'il a paru deux cent +cinquante mystères, farces ou moralités[2]! + +À quoi attribuer l'indifférence de la foule, même des auteurs? n'est-ce +pas à une sotte prévention? + +Essayons de montrer que l'on se trompe si l'on croit ne rencontrer dans +ces pièces que d'informes canevas sans action, sans style. + +Je publierai successivement et les nombreuses observations que j'ai +recueillies sur nos anciens dramaturges, et celles de leurs oeuvres +restées inédites qui me paraîtront le plus remarquables. + +Je commence par deux farces, que je ne craindrais pas de décorer du nom +de comédies, si le grand siècle ne se l'était pas exclusivement réservé +pour ces oeuvres comiques, dont il a emporté avec lui le secret. + +On trouvera dans la _Fille abhorrant mariaige_, et dans la _Vierge +repentie_, un sentiment exquis, un goût sûr, une portée philosophique et +religieuse. + +Ces farces,--ces comédies, si l'on veut,--ne portent pas le nom de leur +auteur: est-ce à dire qu'il soit impossible à trouver? La manière +d'écrire ne trahit-elle pas mieux quelquefois son homme qu'une +signature, voire la plus authentique. + +Ma foi, tout bien pesé, nous hasardons notre opinion, nous disons: Ces +productions, à cause de l'esprit qui y règne, de la place où nous les +avons rencontrées[3], de leur style exceptionnel, nous ont paru se +rapprocher des oeuvres de la soeur de François I^er, la célèbre +Marguerite d'Angoulême. + +Telle est la supposition que nous autorise à faire la grande quantité de +pièces aujourd'hui perdues, dont on sait que cette princesse est +l'auteur. Les nôtres portent justement la date de 1538, époque à +laquelle florissait son théâtre, florissaient les troupes d'histrions +qui le représentaient. Nous traiterons ce sujet ailleurs et plus +longuement, et nous examinerons les chances de vérité que notre +hypothèse peut offrir[4]. + +On remarquera que la mise en scène n'est pas développée; c'était l'usage +habituel de ces temps, et d'ailleurs on la retrouve indiquée +sommairement par le récit, d'après les lois de l'ancienne poétique. + +Dans ces deux farces, la vérité, le naturel des caractères sont observés +avec grand soin. Catherine ne cesse pas d'être une naïve et simple +enfant de dix-sept ans, Clément un amoureux timide, malgré sa loquacité +de Mentor; c'est l'homme sage des comédies du dix-septième siècle, c'est +presque l'amoureux des pièces de Marivaux. Ses mille détours ne sont que +pour arriver à formuler ou à provoquer un aveu, et les deux farces se +terminent avant qu'il ait osé ouvrir la bouche, au moment peut-être où +il allait le faire. + +Le second de ces ouvrages est la suite du premier: il est aussi +clairement écrit, et d'une façon beaucoup moins prolixe. À ceux qui +savent la grossièreté habituelle de ces temps, il est de toute évidence +que ni l'un ni l'autre n'ont été composés pour une plèbe soldatesque et +avinée, mais pour des goûts épurés d'une cour lettrée et non encore +gâtée par les écarts des muses de la pléiade. + +Mais brisons là. + +C'est comme enseignement littéraire et dramatique que nous offrons la +_Fille abhorrant mariaige_ et la _Vierge repentie_ à la méditation des +lecteurs. + +S'ils y trouvent quelque plaisir, s'ils en retirent quelque profit, +d'autres publications analogues sont prêtes, qui leur seront +successivement communiquées. + + LOUIS LACOUR. + + + + +LA FILLE ABHORRANT MARIAIGE + +À DEUX PERSONNAIGES CLÉMENT ET CATHERINE + + +CLÉMENT commence. + + Bien aise suis de veoir la fin + Du soupper, Catherine, affin + D'aller se pourmener ensemble; + Car, veu la saison, il me semble + Qu'il n'est chose plus délectable. + +CATHERINE. + + Je vieillissois aussi à table, + Et si m'ennuyois d'estre assise. + +CLÉMENT. + + Qu'il faict beau temps quand je m'advise: + Voyez, voyez tout à la ronde + Comme le monde rit au monde: + Aussi est-il en sa jeunesse. + +CATHERINE. + + Vous dictes vray. + +CLÉMENT. + + Et pourquoi est-ce + Que votre printemps çà et là + Ne rit aussi? + +CATHERINE. + + Pourquoi cela? + +CLÉMENT. + + Pour ce que n'estes point bien gaye + À mon gré. + +CATHERINE. + + Paroist-il que j'aye + Autre visaige que le mien + Acoustumé? + +CLÉMENT. + + Voulez-vous bien, + Sans que vostre oeil soit esblouy, + Que je vous monstre à vous? + +CATHERINE. + + Ouy! + +CLÉMENT. + + Voiez-vous bien là ceste rose + Qui s'est toute retraicte et close + Vers le soir? + +CATHERINE. + + Je la voy, et puis, + Voulez-vous dire que je suis + Ainsi décheue? + +CLÉMENT. + + Toute telle. + +CATHERINE. + + La comparaison est plus belle + Que propre[5]. + +CLÉMENT. + + Si ne m'en croyez, + Myrez-vous bien et vous voyez + En ce ruisseau; mais dictes-moy + Pourquoy avec si grand esmoy + Durant le soupper souspiriez? + +CATHERINE. + + Jà ne faut que vous enqueriez + De chose qui aucunement + Ne vous touche. + +CLÉMENT. + + Mais grandement; + Car, quant vous estes en soucy, + Je suis tout fasché... Qu'est-ce cy? + Vous souspirez encor, madame? + Comme il vient du profond de l'âme + Ce soupir là! + +CATHERINE. + + Sans point mentir, + J'ay qui au cueur se faist sentir; + Mais le dire n'est pas bien seur... + +CLÉMENT. + + À moy qui vous tiens pour ma soeur! + Non, non, Catherine m'amye, + N'aiez ne crainte ne demye: + Dictes moy tout sans rien obmettre; + Car à seureté vous povez mettre + Votre secret en ces oreilles, + Tant soit-il grand... + +CATHERINE. + + Voicy merveilles! + Peult estre quant vous le sçaurez, + Aucune puissance n'aurez + De m'y servir. + +CLÉMENT. + + On vous orra: + Et qui par effect ne pourra + Vous secourir, peult estre au fort, + Qu'on vous servira de confort + Ou de conseil. + +CATHERINE. + + J'ay la pépye. + +CLÉMENT. + + Dont vient cecy? Suys-je une espye, + Ou ne m'aimez-vous point autant + Que vous souliez? + +CATHERINE. + + Je vous hay tant + Que j'ay moins cher mon propre frère: + Et toutesfois mon cueur diffère + D'en dire rien. + +CLÉMENT. + + Vous estes fine. + Venez çà. Si je le devine, + Le confesserez vous adoncq? + Vous reculez? Promettez moy doncq, + Ou je importuneray sans fin. + +CATHERINE. + + C'est vous mesme qui estes fin: + Or sus puis que promettre fault?... + +CLÉMENT. + + Tout premier rien ne vous deffault, + Que je voye, en félicité. + +CATHERINE. + + Pleust à Dieu que la vérité + Vous en deissiez! + +CLÉMENT. + + Quant à vostre âge, + Vous estes en la fleur. Et gage + Que le plus de vos ans ne monte + Que dix-sept? + +CATHERINE. + + Non! + +CLÉMENT. + + À ce compte, + Je croy que la peur de vieillesse, + Ne vous met pas en grant tristesse. + +CATHERINE. + + Nenny. + +CLÉMENT. + + On voit de tous costez, + En vous, cent parfaites beaultez: + Grant don de Dieu! + +CATHERINE. + + Je vous affie + Que ne me plains, ne glorifie + De beaulté quelle qu'elle soit. + +CLÉMENT. + + Après, au taint, on apperçoit + Que n'avez maladye aucune: + Sinon qu'il y en eust quelcune + Qu'on ne voit point. + +CATHERINE. + + L'adieu merci! + Je n'ay rien eu jusques-icy + De mal tache. + +CLÉMENT. + + Quant au renom, + Il n'est point mal. + +CATHERINE. + + Je croy que non. + +CLÉMENT. + + Puis, vous avez, j'en suis records, + Ung esprit digne de ce corps, + Voire tel, sur ma conscience, + Que pour moy, en toute science, + Je le vouldroys. + +CATHERINE. + + S'il y en a, + Il vient de Dieu qui le donna, + Et en loue sa bonté haulte. + +CLÉMENT. + + Au reste, vous n'avez point faulte + De ceste bonne grâce exquise, + Laquelle est toujours tant requise + En la beaulté. + +CATHERINE. + + Je vous asseure + Que je vouldroys estre bien seure + D'avoir bonnes meurs[6]. + +CLÉMENT. + + Au surplus, + Il n'est rien qui abaisse plus + Beaucoup de cueurs que povre race: + Mais Dieu vous a faict ceste grâce + D'estre yssue de bons parens, + Bien nez, riches et apparens, + Qui vous ayment. + +CATHERINE. + + Je n'en doubte. + +CLÉMENT. + + Que diray plus? Croyez qu'en toute + Ceste ville, je ne voy point + Fille qui me vinst mieux à point, + Ne que pour moy sitôt l'esleusse. + S'il plaisoit à Dieu que je l'eusse + Pour ma femme. + +CATHERINE. + + Aussi pour époux, + Je ne vouldroye aultre que vous, + Si c'estoit à moy à choisir, + Et que j'eusse quelque désir + De mariaige. + +CLÉMENT. + + Il fault bien dire + Que le regret qui vous martire + Soit un grant cas!... + +CATHERINE. + + Il n'est pas du tout si léger + Comme l'on diroit bien! + +CLÉMENT. + + Or sus, + Si je vous mectz le doy dessus, + Ne vous en fascherez vous jà? + +CATHERINE. + + Je vous l'ay accordé déjà. + Besongnez. + +CLÉMENT. + + Sans mentir, je sçay, + Ce défaut, j'en ay faict l'essay, + Combien le mal d'amour tourmente: + C'est vostre douleur véhémente? + Confessez, vous l'avez promis. + +CATHERINE. + + Je vous confesse qu'amour a mis + En mon coeur l'ennuy que je porte; + Mais non pas amour de la sorte + Que celle que vous entendez. + +CLÉMENT. + + Si plus grand cler ne me rendez, + Garde n'ay que plus j'en devine. + Quel amour est-ce? + +CATHERINE. + + Amour divin. + +CLÉMENT. + + Bref, quant dix ans je y penseroys + Plus devyner je n'en saurois! + Mais vostre bouche le dira, + Ou ceste main ne partira + Jamais de la myenne. + +CATHERINE. + + Quel homme! + Vous pressez aussi fort comme + S'il vous touchoit. + +CLÉMENT. + + Or, quelque chose + Qui soit en vostre cueur enclose, + Mectez la hardiement icy. + +CATHERINE. + + Puisque vous me forcez ainsy, + Je le diray. Quasi dès l'aage + D'enfance, me vint en couraige + Une affection si très grande. + +CLÉMENT. + + Et de quoy? + +CATHERINE. + + D'estre de la bande + Des vierges sacrées. + +CLÉMENT. + + D'estre moynesse? + +CATHERINE. + + Justement...[7]. + +CLÉMENT. + + Hem! c'est prendre gren pour farine. + +CATHERINE. + + Que dictes vous? + +CLÉMENT. + + Bien Catherine... + Je toussoys, dictes à loisir. + +CATHERINE. + + Mes parens à ce mien désir + N'ont jamais faict que résister. + +CLÉMENT. + + Et vous? + +CATHERINE. + + Et moy de persister + Et de prières et de larmes, + Pour les gaigner. + +CLÉMENT. + + Et eux que feirent? + +CATHERINE. + + Finablement, après qu'ils veirent + Que je ne cessoys de prier, + De requérir, pleurer, crier, + Ils s'inclinèrent, promettans, + Dès que j'auroys dix-sept ans, + De faire à mon intencion, + Pourveu que ma dévotion + Continuast. Or suis-je au terme: + Mon vouloir est toujours ferme, + Touttefois parens et amys, + Contre tout ce qu'ils m'ont promis, + Me reffusent. C'est ce qui tant + Jour et nuyt me va contrestant. + Je vous ay dict ma maladye: + Si povez, faictes que je dye + Que j'ay trouvé ung médecin. + +CLÉMENT. + + Vierge plus blonde qu'un bassin, + Tout premier conseiller vous veulx + Que vos affections et voeux + Vous modériez, et si contente + L'on ne vous faict de vostre attente, + D'en prendre ennuy ne vous jouez: + Mais voulez ce que vous povez + Pour le plus seur. + +CATHERINE. + + Morte je suis, + Si je n'ay ce que je poursuis: + Voire bientost. + +CLÉMENT. + + Mais voirement, + D'où printes-voue primièrement + Ce mortel désir? + +CATHERINE. + + Une foys + Que guers d'aage je n'avoys, + En ung couvent on me mena + De nonnains; on me promena, + On nous monstra là toutes choses: + Ces nonnains fresches comme roses + Me plaisoient et me sembloient anges, + Tout reluysoit, jusques aux franges, + En leur esglise. Leurs préaulx + Et jardins estoient si très beaulx: + Quant tout est dict, par tous les lieux + Ou je vouloys tourner les yeulx, + Tout me rioit. Si nous venoient + Mille propos que nous tenoient + Des nonnains en leur doulx langage. + J'en trouvay là deux de mon aage + Avecques qui je m'esbatoys, + Du temps que petite j'estoys; + De ce temps là, sans point mentir, + Commença mon cueur à sentir + Le désir d'une telle vie. + +CLÉMENT. + + De rien condemner n'ay envye: + Si est que, à toutes personnes, + Toutes choses ne sont pas bonnes; + Et, veu la gentille nature, + Laquelle en vous je conjecture, + Tant par les meurs que par la face, + Il me semble, sauf vostre grâce, + Que devez prendre pour espoux + Quelque beau filz pareil à vous, + Et instituer, bien et beau, + Chez vous, un couvent tout nouveau, + Dont vous seriez la mère abesse + Et luy l'abbé. + +CATHERINE. + + Moi, que je laisse, + Le propos de virginité! + Plutost mourir! + +CLÉMENT. + + En vérité, + Virginité grant chose vault, + Pourveu qu'elle soit comme il fault; + Mais pour cela n'est jà mestier + Qu'entriez en cloistre ne moustier, + Dont ne puissiez sortir après. + Vous povez vivre vierge auprès + De père et mère. + +CATHERINE. + + Il est ainsi; + Mais non trop seurement aussi. + +CLÉMENT. + + . . . . . . . . . . . . . . . . . . . + . . . . . . . . . . . . . . . . . . . + . . . . . . . . . . . . . . . . . . . + . . . . . . . . . . . . . . . . . . . + Les vierges de cueur pur et munde, + Au temps passé, en lieu du monde, + Plus honnestement ne vivoient + Qu'avec leurs parents, et n'avoient + Que l'évesque pour leur beau-père.... + Mais nommez-moy le monastère, + Je vous prie, que vous voulez prendre + Pour en servitude vous rendre + À jamais? + +CATHERINE. + + Celuy de Temspert. + +CLÉMENT. + + N'est-ce pas celluy qui appert + Sur la montagne, par delà + Le boys de vostre père? + +CATHERINE. + + Là. + +CLÉMENT. + + Je congnoys toute la mesgnye + De céans. Quelle compaignye! + Elle mérite, bien pensez, + Que pour elle vous laissez + Vos parents si bons et honnestes! + Quant au prieur, sur toutes bestes, + Je la vous promets la plus sotte. + Il y a dix ans qu'il radotte, + D'aage et d'ivroignerye extresme, + Et a deux compaignons de mesme: + Frère Jehan et frère Gervays; + Frère Jehan n'est point trop mauvais; + Mais au reste il n'a rien de l'homme, + Fors seulement la barbe; comme + Il n'a ne sçavoir, ne cerveau. + Et frère Gervais est si veau, + De contenance si badinne, + Que, sans le froc sacré et digne + Qui couvre tout, il trotteroyt + Parmy la ville, et porteroyt + Le beau chapperon à oreilles, + Et les deux sonnettes pareilles + Publicquement! + +CATHERINE. + + Ils sont tant doulx! + +CLÉMENT. + + Si les congnoys-je mieulx que vous! + Mais ils sont, j'entends bien le cas, + Vers vos parens vos advocatz, + Pour vous fere estre leur novice. + +CATHERINE. + + Frère Jehan m'y faict du service + Et est mon grand solliciteur, + Je le sçay bien. + +CLÉMENT. + + Quel serviteur! + Or, prenons qu'ilz soient maintenant + Doctes, et vous à l'advenant; + Pour cest affaire, dès demain, + En moins que de tourner la main, + Sots et mauvais se trouveront; + Et tels que baillez vous seront, + Vous les fault recevoir et prendre, + Pour tout jamais! + +CATHERINE. + + Il fault entendre + Que souvent on faict des bancquetz + Chez nous, où l'on tient des caquetz + Qui m'offencent et scandalisent; + Car toujours des propos que disent + Des mariés par vanité + Ne sentent pas virginité: + Et parfoys, dont faschée suis, + Le baiser reffuser ne puis + Honnestement[8]. + +CLÉMENT. + + Qui fuyr veult + Tout ce qui offenser le peult + Quant et quant, se face inhumer. + L'oreille doit s'acoustumer + À oyr toutes choses dire: + Prendre le bon, laisser le pire + Pour le meilleur. Et, d'autre part, + Je croy que vous avez à part + Vostre chambre chez votre père. + +CATHERINE. + + Ouy dea. + +CLÉMENT. + + Si on délibère + De fere quelquefois bancquet, + Tandis qu'ils tiendront leur cacquet, + Tenez vous en vostre chambrette, + Et en dévotion secrette + Avec Dieu là devisez, + Psalmodiez, priez, lisez, + Louez sa bonté éternelle + Ainsi la maison paternelle + Ne vous fera brin de soilleure; + Mais bien vous la rendrez meilleure + Et plus nette, ma bonne seur. + +CATHERINE. + + Si est-il toutes foys plus seur + Parmy les vierges se trouver. + +CLÉMENT. + + Je ne veulx certes reprouver + Compaignye chaste et honneste; + Mais gardez bien qu'en vostre teste + Vous n'aiez une impression + De faulce imagination. + Quant ung temps y aurez esté. + Et de près tout veu et guetté, + Peult estre que toutes les choses + Entre les murailles encloses, + Et lesquelles vos yeulx y virent, + Ne vous riront, comme elles firent. + Toutes celles qui voilles ont, + Et m'en croiez, vierges ne sont. + +CATHERINE. + + Voilà bons motz. + +CLÉMENT. + + Bons et notables + Sont les mots qui sont véritables... + Si non qu'à maintes du chappitre + Soit permis de prendre le tiltre + De Marie. . . . . . . . . . . . . . . + . . . . . . . . . . . . . . . . . . . + . . . . . . . . . . . . . . . . . . . + +CATHERINE. + + Vous parleriez bien autrement, + Si vous vouliez. + +CLÉMENT. + + Propos final. + Souvent tout n'est pas virginal + Parmy ces vierges. + +CATHERINE. + + Mon beau, sire, + Et pourquoy? + +CLÉMENT. + + Je le vous veux dire: + Pour ce que parmy ces pucelles + Se trouve grant nombre de celles + Qui de meurs ressemblent Sapho, + Plus que d'entendement. + +CATHERINE. + + Ho! ho! + C'est jargon, je ne l'entends point. + +CLÉMENT. + + Aussi l'ay-je dict tout à point + Affin que ne fusse entendu. + +CATHERINE. + + Or voyla, mon cueur s'est rendu + À ce désir, et fault bien dire + Que l'esprit qui à ce m'atire + Vient de Dieu, puisqu'il continue + Depuis tant d'ans qu'il m'a tenue: + Et ne faict que croistre et m'attraire + De jour en jour. + +CLÉMENT. + + Mais au contraire; + Cest esprit suspect me semble, + Veu que tous vos parens ensemble + Fuyent à ce que vous disiez. + Ils eussent esté inspirés + Si vostre désir fust de Dieu; + Mais la plaisance de ce lieu, + Que vous veistes petite fille, + Des nonnains la doulce babille. + Leur habit saint, le chant d'icelles, + Leurs cérémonies tant belles: + Voilà l'esprit qui attira + Vostre cueur et qui l'inspira. + Avec les caphardes parolles + De ces moynes à testes folles + Qui vous chevallent pour leur bien. + Et pour rungner; ils savent bien + Que vostre père est homme large; + À soupper l'auront, à la charge + Qu'il portera du vin assez + Pour dix buveurs, maistres passez; + Ou bien chez luy s'en yront boyre. + Parquoy, si vous m'en voulez croyre, + Rien contre ce gré ne ferez + De père et mère; et penserez + Que Dieu veult que soubz leur puissance + Demourrions en obeyssance. + Songez-y bien. + +CATHERINE. + + En telle affaire, + C'est chose saincte de ne faire + Compte de ses parents. + +CLÉMENT. + + Sans fainte? + Pour Jésus-Christ, c'est chose sainte + De n'obeyr à père et mère? + En quelque cas c'est chose amère, + Les contempner en autre endroict; + Car ung filz humain qui vouldroit + De malle façon laisser mourir, + --J'entends s'il le peult secourir,-- + Son père ydolastre ou ethicque, + Il seroit ung vray filz inicque; + Mais si vous n'aviez le baptesme, + Et la mère, ou le père mesme, + Vous voulust garder de le prendre, + Lors à eulx ne devez entendre, + Où s'ilz vouloiènt vous mettre en teste + De faire chose deshonneste, + Allors pourriez, en vérité, + Contempner leur autorité; + Mais qu'a besoing tout ce mistère + De couvent ne de monastère? + Vous avez, en toute saison, + Jésus-Christ en vostre maison. + Davantaige, ainsy que je trouve, + Nature dict et Dieu approuve, + Sainct Pol remonstre fort et ferme, + Et la loy humaine conferme, + Qu'enfans obeyr sont tenuz + À un père dont ilz sont venuz: + Voulez-vous de dessoubs les mains + De vos parents doulx et humains + Vous retirer, et fere change + D'un vray père à un père estrange, + Et de propre mère tant chère + Permuter à une estrangère? + Ou, pour mieulx dire, voulez-vous, + Pour des parens bégnins et doux, + Des maistres et maistresses rudes? + Et achapter ces servitudes, + Vous qui meritez qu'on vous serve, + Fille de maison, non point serve? + Certes, charité chrétienne + Rompit la coustume ancienne, + D'esclaves et serfs qu'on avoit, + Fors que les marques on en voit + Encor en quelque région; + Mais soubs nom de religion, + Ce monde fol, en son cerveau, + A trouvé ung germe nouveau + De servitude: on n'y permect + Sinon ce que la reigle y mect: + Quelque bien qu'on vous donne et baille. + C'est au proffict de la canaille! + Troys pas allez vous promener, + Soudain vous feront retourner, + Comme si la fuycte aviez prise + Pour avoir vostre mère occise! + Et afin qu'on congnoisse mieulx + La servitude desdits lieux, + Il fault que là soit despoillee + La robe des parens baillee; + Et à la mode qu'on traictoit + Jadis les serfs qu'on achaptoit, + Ils changent (qui est grant mespris!) + Le nom qu'au baptesme on a pris: + De sorte que pour Pierre ou Blaise, + Fault avoir nom Jehan ou Nicaise: + Jacques aura des qu'il fut né + À Jésus-Christ son nom donné; + Et quant cordelier se rendra + Le nom de François il prendra! + Souldart qui laisse la livrée + Que son seigneur luy a livrée + Semble renoncer à son maistre, + Et sainct homme nous pensons estre + Celuy qui une robbe vest, + Laquelle Jésus-Christ, qui est + Seigneur de tous, point ne lui donne: + Et s'il despoille et habandonne + L'habit que d'ailleurs il a prins, + Il en sera plus fort reprins + Que s'il laissoit, par griefve offence, + La blanche robbe d'innocence + Que eut de Jésus-Christ son roy! + +CATHERINE. + + Certes on dict, et je le croy, + Que c'est chose de grant mérite + Si quelcun sa liberté quicte + Et en tel servage se boutte + De son gré. + +CLÉMENT. + + Cela vient sans doubte + De pharisaïcque doctrine! + Sainct Paul, au rebour, endoctrine + Que qui est franc s'y doit tenir, + Sans point vouloir serf devenir; + Mais plustost qu'on se délibère + De devenir franc et libère. + Et, ce qui rend plus malheureuse + Ceste servitude fascheuse, + Il vous fault servir plusieurs maistres, + Souvent grosses bestes champestres, + Bien souvent trop longtemps congneuz, + Aulcune foys nouveaulx venuz! + Or çà est-il loy ne usance + Qui vous mette hors la puissance + Et hors des droitz de père et mère? + +CATHERINE. + + Nenny. + +CLÉMENT. + + Et venez çà, commère! + Povez-vous doncq, oultre leur gré, + Vendre ou achapter champ ne pré, + Qui soit de leur bien? + +CATHERINE. + + Rien quelconques. + +CLÉMENT. + + Qui vous baille ceste loy donques + De vous livrer en main estrange, + Veu que père et mère à ce change + Ne veulent consentir en rien? + N'estes-vous pas leur propre bien + Et leur chère possession? + +CATHERINE. + + La foy et la dévotion + Font cesser toute loy humaine. + +CLÉMENT. + + Le faict de la foi se devant + Ailleurs et principallement + Au baptesme: icy seullement + N'est question que de changer + D'acoustremens, et se renger + À ne sçay quel genre de vye + Qui n'est bon ne mauvais de soy. + Je suis marry quant j'apperçoy + Combien avec la liberté + Vous perdez de commodité! + Maintenant, il vous est licite + Dedans vostre chambre petite, + Lyre à part vous, estudier, + Faire oraison, psalmodier. + Quant et autant il vous plaira: + Et des qu'il vous y faschera, + Vous povez ouyr las canticques, + Au service divin aller, + De Dieu en chaire oyr parler; + Ou bien, si quelque fille ou dame, + Qui soit bonne de corps et d'ame, + Vous trouvez, ou homme sçavant, + Ils vous pourront mettre en avant + Cent bons propos, desquelz à l'heure + Vous pourrez devenir meilleure; + Et pourrez eslire et sercher + Homme qui sçache bien prescher + Jésus-Christ sans capharderye. + Si une foys en moynerye + Vous entrez, perdre vous convient + Ces choses là, desquelles vient + Ung grand prouffict quant à la foy. + +CATHERINE. + + Mais tandis, à ce que je voy, + Je ne seray point nonnain? + +CLÉMENT. + + Non. + Et si serez, puisque ce nom + Vous plaist si fort! or audience: + Elles s'enflent d'obédience, + Et vous n'avez vous pas cest heur + D'obeyr à vostre pasteur + Et aux parens, comme est escript + En la reigle de Jésus-Christ? + Quant à pauvreté qu'elles vouent + Et dont tant s'estiment et louent, + Ne l'avez-vous, quant tous voz bienz + Vos parens les ont, et vous riens? + Toutes fois les vierges vouées, + Jadis, estoient surtout louées + Des doctes et des sainctes gens + De subvenir aux indigens, + Selon la fortune et l'affaire: + Ce quelles n'eussent pas sceu fere + Si leur bien n'eussent regenté. + Au reste, quant à chasteté, + La vostre n'empirera point + En vostre maison. Par ce point, + Vous voilà nonnain. Autant vault. + Dictes-moy que c'est qu'il s'en faut + Ung certain voille, une chemise + Qui dessus la robe soit mise, + Au lieu que dessoubz on la porte, + Et des mynes de mainte sorte, + Qui, de soy, ne font valloir mieulx + La personne devant les yeulx + De Dieu, qui nostre cueur regarde. + +CATHERINE. + + Vous me comptez quand je y prens garde + Choses estranges et nouvelles. + +CLÉMENT. + + Mais très vrayes et toutes telles + Comme je le dy. + +CATHERINE. + + Certes cy est-ce + Qu'au cueur n'auray jamais liesse, + Si sans espoir on contredit + Religion! + +CLÉMENT. + + Voilà bien dict! + Prinstes vous pas au baptesme + Religion? + +CATHERINE. + + Si feiz! + +CLÉMENT. + + Et mesme + Tous ceulx qui soubz Jésus-Christ vivent + Et ses commandemens ensuyvent + Ne sont-ilz point religieux? + +CATHERINE. + + Si sont! + +CLÉMENT. + + Je suis fort envieux + De savoir doncq comment s'appelle + Ceste religion nouvelle + Qui rend ainsi de nul effect + Ce que loy de nature a faict, + Ce qu'enseigne la loy anticque, + Ce qu'approuve l'évangélicque, + Et l'appostolicque conferme; + Ce décret là, tant soit-il ferme, + De Dieu n'est faict, ne approuvé; + Mais par les moines controuvé. + À ce propos, plusieurs se trouvent + Qui les mariaiges approuvent + Des jeunes gens, lesquels s'atachent + Sans que père et mère le saichent, + Voire malgré eulx, plusieurs fois: + Raison humaine toutesfois, + Ne les loix les plus anciennes, + Ne Moïse dedans les siennes, + Ne Evangille, ne canon, + Ne tient cela? + +CATHERINE. + + Je croy que non. + Par ce doncq vouliez proposer, + Que je ne sçaurois espouser + Jésus-Christ, s'il ne vient à plaire + À mes parens? + +CLÉMENT. + + Je vous déclaire + Que desja épousé l'avez: + Si ont tous ceux qui sont lavez + De baptesme. Qui est l'épouse + Qui deux foys ung mary espouse? + Il n'est question seullement + Que ou lieu de l'habillement + Et des cérémonies ensemble: + Pour cela ne fault, ce me semble, + Père et mère ainsi mespriser. + Et puis il faut bien adviser, + Qu'en voulant encore entreprendre + De Jésus-Christ, pour mary prendre, + À d'autre ne vous mariez[9]! + +CATHERINE. + + À les écouter vous diriez + Qu'on ne peut plus sainctement fere, + Que ne tenir, en cest affaire, + Compte de parens ne tuteurs? + +CLÉMENT. + + Priez doncques ces beaux docteurs + Qu'aux saincts escriptz ils vous en trouvent + Quelque passage, et s'ils ne peuvent, + Commandez-leur de boyre un verre + De bon vin de Beaune ou d'Auxerre! + Ils pourront bien faire cela. + Quant ses parens on laisse là + Infidelles, pour Jésus suivre, + Cela, c'est son salut poursuyvre; + Mais ses parens chrestiens quitter + Pour en moynerye habiter, + Qui est souvent, et j'en réponds, + Pour les mauvais laisser les bons, + Quelle dévotion peult-ce estre? + Encores ceulx que le bon maistre + Jésus-Christ avoit convertiz + À la foy, du temps des gentilz, + Estoient tenus, par tous moyens, + Servir à leurs pères payens, + Autant comme il se povoit fere + Sans foy chrestienne forfaire! + +CATHERINE. + + Vous tenez donc pour mauvais + Cest ordre de vivre? + +CLÉMENT. + + Non fais! + Mais tout ainsi qu'aux enserrés + Et qui du tout se sont fourrés, + Je ne vouldroys persuader + D'en sortir hors, ne demander, + Ains sans scrupulle, ne doubte, + Puys conseiller à fille toute, + Mesme de gentille nature, + De n'entrer point à l'adventure + En lieu dont ne puissent sortir: + De ce vous puis bien advertir; + Veu mesmes que, le plus souvent, + Virginité en ung couvent, + Plus tost qu'ailleurs, est en danger, + Et que, sans vostre habit changer, + Povez fere autant d'oeuvres bonnes + Au logis, comme en font les nonnes + En leur couvent. + +CATHERINE. + + Vos argumens + Sont infinis et véhémens. + Toutes foys, de ce mien désir + Ne se peult mon cueur dessaisir: + Et en suis là. + +CLÉMENT. + + Et bien, m'amye, + Si attirer je ne puys mye + Vostre voulonté à la mienne, + À tout le moins, qu'il vous souvienne + Des propos tenus en ce lieu. + Ce temps pendant, je prie à Dieu + Que l'affection désireuse + Que vous avez soit plus heureuse + Que mon conseil n'a pas esté + De n'avoir sceu estre accepté! + + +FIN. + + + + +II LA VIERGE REPENTIE + + +CLÉMENT. + + Catherine, à ce que j'entends, + N'a pas esté nonnain longtemps: + Je m'en vais frapper à sa porte + Pour sçavoir comme tout se porte. + Hola! hau! + +CATHERINE. + + Entrez! + +CLÉMENT. + + Je vouldrois + Rencontrer en beaucoup d'endroictz + De telz portiers que cestuy cy! + +CATHERINE. + + Et moy de telz heurteurs aussi. + +CLÉMENT. + + Adieu Catherine! + +CATHERINE. + + Comment! + Dict on adieu premièrement + Que saluer[10]? + +CLÉMENT. + + Je ne suis pas + En ce lieu couru le grant pas, + Pour vous veoir ainsi lermoyant, + D'où vient cela que, me voiant, + Voz yeulx ont esté explourez? + +CATHERINE. + + Mais enfuyez!... Vous demourez, + Je prendray ung austre visage. + +CLÉMENT. + + Quel oiseau et mauvais présage + Voy-je là, qui jaze en cueur + De vieulx drappeaulx[11]? + +CATHERINE. + + C'est le prieur + De ce couvent que vous sçavez. + Je vous pry, si haste n'avez, + Ne bougez, et m'en vuellez croire, + Ils s'en vont achever de boyre: + Séez vous ung peu icy près, + Il s'en va tantost, et après + Nous en deviserons tous deux, + À notre mode. + +CLÉMENT. + + Je le veulx, + Et vous obeyray de faict: + Ce qu'à moi vous n'avez pas faict. + Or nous voicy seulletz. Là doncq, + Comptez la fable tout du long: + Elle me semblera meilleure + De vostre main. + +CATHERINE. + + Je vous asseure + Qu'entre tant d'amys que congnoys, + Et que bien prudents je tenoys, + Je n'ai point eu conseil plus saige + Que de vous, le plus jeune d'aage + De toute la trouppe. + +CLÉMENT. + + Or me dictes + Comment fut-ce que vous vainquistes + De vos parens l'affection? + +CATHERINE. + + Tout premier l'exhortation + Des moynes et religieuses, + Et mes requestes gracieuses + Rengèrent ma mère à se rendre; + Mon père n'y vouloit entendre + En sorte du monde; à la fin + Fort contre fort, fin contre fin, + Bien assailly, bien debattu, + Le bon homme fut abbatu, + Et dist oy, en se sentant + Plus tost forcé que consentant; + Car en demenant ces propos + Entre les verres et les pots, + Ils menassoient ce pauvre père + De malle mort et vitupère, + S'il reffusoit à Jésus-Christ + Son espouse[12]. + +CLÉMENT. + + Est-il Antéchrist + Plus malin que ces badins là! + Ainsi m'amye?... + +CATHERINE. + + On me cela + En la maison, durant trois jours: + Ce temps pendant, j'avoys toujours + Auprès de moy quatre converses, + Qui, par flateries diverses, + Me venoient encore inciter + De tousjours au voeu persister; + Fort sengneuses et dilligentes + Que mes compaignes ou parentes + Ne vinsent mon propos changer. + Elles craignoient fort ce danger. + Tandis, tout mon cas s'apprestoit, + Et ordre au bancquet on metoit, + Ce jour solempnel attendant. + +CLÉMENT. + + Et que faisiez-vous cependant? + Cueur, de lyesse banny[13], + Ne vacilloit-il point? + +CATHERINE. + + Nenny. + Mais j'enduray ung si horrible + Je ne sçay quoy, qu'il n'est possible + Qu'encor ce mal je sceusse avoir + Sans mourir! + +CLÉMENT. + + Sçauroit-on sçavoir + Quelle chose c'est? + +CATHERINE. + + Je n'oy goute. + +CLÉMENT. + + Ce que vous me direz, sans doubte, + C'est autant que sur l'eaue escripre! + +CATHERINE. + + N'yra-t-il pas plus loing? + +CLÉMENT. + + Tant dire! + Avant que l'eussiez demandé, + Cela estoit tout accordé: + Voyez lieu et heure opportune + Pour dire tout! + +CATHERINE. + + Il m'advint une + Vision horrible et estrange! + +CLÉMENT. + + Bref, c'estoit vostre mauvais ange. + Qui en la teste vous metoit + D'estre moynesse? + +CATHERINE. + + Non estoit. + Et croy par ma foy, mon amy, + Que c'estoit plustôt l'ennemy + D'enfer! + +CLÉMENT. + + Deschiffrez-moy sa forme: + Estoit-il point aussi difforme + Comme on les paint? muffle de beste, + Deux grandes cornes sur la teste, + Piedz de griffon, yeulx, orreillez, + Longue queue?... + +CATHERINE. + + Vous vous raillez. + Si est-ce que j'aimeroys mieulx, + En bonne foy, n'avoir point d'yeux + Que veoir encor telle vision! + +CLÉMENT. + + Aviez-vous pour provision, + À l'heure, vos admonesteuzes? + +CATHERINE. + + Nenny! Et jamais ces flateuzes + N'en sceurent rien sçavoir, combien + Qu'elles me pressèrent très bien, + Quant me trouvèrent, de leur dire + Pourquoy j'estoys en tel martire, + Et si troublée. + +CLÉMENT. + + Voulez vous + Que je vous déclare, à deux coups, + Que c'estoit? + +CATHERINE. + + Ouy, si voyez + Que le puissiez fere! + +CLÉMENT. + + Croyez + Que ces femmes qui vous tentèrent, + Tout le cerveau vous enchantèrent + De leur propos; mais cependant + Vous vous alliez toujours rendant + Et persistiez? + +CATHERINE. + + Par ma foy voire; + Car elles me faisoient accroyre + Que telles choses advenoient + À plusieurs, quant ils se donnoient + À Jésus-Christ; mais si mon cueur + Estoit de l'ennemy vaincueur + En ce premier assault, qu'après + Tout yroit bien. + +CLÉMENT. + + En quelz appretz + Et pompes fustes vous menée? + +CATHERINE. + + De mes joyaulx je fuz ornée, + Et me feist on escheveller, + Comme si je m'en deusse aller + En tel estat propre et ydoyne + Marier. + +CLÉMENT. + + À quelque gros moyne? + Hen! Que maudict soit la toux! + +CATHERINE. + + À beau plain mydy, devant tous, + Depuis la maison de ma mère, + On me mena au monastère, + En cest ordre. + +CLÉMENT. + + Sainte Marye! + L'excellente bastellerye! + Et comment,--à les bien louer,-- + Ces bouffons savent bien jouer + Leurs sottes farces, pour complaire + Aux yeulx du simple populaire? + Combien de jours, bon gré, mal gré, + Fustes vous en ce saint sacré + Couvent de vierges? + +CATHERINE. + + Quasi quinze. + +CLÉMENT. + + Vous cuydastes bien estre prinse + Au trébuchet; mais venez çà. + Quelle ocasion renversa + Vostre voulloir si endurcy? + +CATHERINE. + + Cela ne se dict pas ainsi; + Mais c'estoit bien quelque grant chose. + Six jours après que fuz enclose, + Ma mère j'envoyay quérir, + Et la sceu très bien requérir + Et plus que prier, si envye + Elle avoit de m'avoir en vye, + Que hors de là me feist retraire. + Et elle d'aller au contraire, + M'admonnestant d'avoir constance. + Mon père vint après qui tanse, + Et en tansant, très bien sçavoit + Me dire, que par force avoit + Vaincu les affections siennes, + Et que je vainquisse les miennes, + Sans luy acquerir ce mespris + De laisser l'ordre que j'ay prins. + Oyant cela, je leur denonce, + Que s'ils ne font autre reponse + Et ma langueur ne les remord, + Qu'ils seront cause de ma mort; + Et qu'ainsi pour vray en yroit, + Si bref on ne m'en retiroit. + Cela oy, ils s'estonnèrent, + Et au logis me remmenèrent + Tout droict. + +CLÉMENT. + + Ô le bien que vous feistes + Quant de si bonne heure en sortistes, + Ains qu'avoir faict profession + D'éternelle subgection! + Mais je ne sçay point vouérement + Quelle cause si promptement + Changea votre cueur? + +CATHERINE. + + Jusqu'à ores + Personne ne l'a sceu encores; + De moy point ne le sçaurez. + +CLÉMENT. + + Bien estonné vous serez, + Si je devine et viens au point. + +CATHERINE. + + Vous ne la devinerez point; + Et quant vous l'aurez devinée, + Rien n'en diray. + +CLÉMENT. + + Quelle obstinée! + Si m'en doubté-je... Et la dispence? + +CATHERINE. + + Il a cousté, comme je pense, + À mon père plus de cent livres + En superfluité de vivres, + Laquelle compter me pourroye. + +CLÉMENT. + + De cuyr d'aultruy large courroye[14]. + Quelz bousfeurs! Or, pour la pécune, + Je ne m'en soucy d'une prune, + Puis qu'estes sayne et sauve ici. + À tout le moins, après cecy, + Quant bon conseil escouterez, + S'il vous plaist, mieux le gousterez + Que n'avez faict?... + +CATHERINE. + + Je le feray, + Et, comme on dit, sage seray... + Au retour des platz on m'appelle: + Adieu vous dy! + +CLÉMENT. + + Adieu la belle[15]! + + +FIN. + + + + +Notes + + + +[1] Nous avons, à notre grand étonnement, retrouvé cette opinion dans +Gérard de Nerval: _Bohême galante_ (1 vol. in-12, 1856). Voyez le +chapitre intitulé: _Les poètes au seizième siècle_, p. 17. + +[2] Consultez le catalogue de la _Bibliothèque elzevirienne_, dont +l'éditeur, M. Jannet, a si bien mérité des lettres; et encore +l'ouvrage suivant: _Théâtre français au moyen âge, publié par +Monmerqué et Francisque Michel_.--Paris, Didot, 1839, 1 vol. in-4º + +[3] Quoique ces deux farces soient foncièrement religieuses et +morales; elles contiennent plus d'une pointe contre l'état +monastique, dont les abus se faisaient alors vivement sentir; elles +se trouvent au milieu d'un certain nombre de poésies huguenotes du +bon Marot, dans un recueil commencé en 1536 par un nommé Julyot, que +je soupçonne fort d'avoir partagé les croyances nouvelles. + +[4] Voyez page 35, note 15. + +[5] _Que propre_, qu'honnête: toutefois l'enjambement me paraît joli. + +[6] Cette phrase et le _je croy que non_ ci-dessus peignent mieux que +tout au monde la naïveté de l'enfant. + +[7] La fin de ce vers manque dans le manuscrit. + +[8] C'était l'usage en France de s'embrasser au lieu de se saluer, +surtout dans les hautes classes. On lit dans H. Estienne: «En +France, le baiser entre gentilshommes et gentefemmes, et ceux et +celles qui en portent le nom, est permis et est trouvé honneste, +soit qu'il y ait parenté, soit qu'il n'y en ait point.» (_Apologie +pour Hérodote._ Discours préliminaire, p. XXXI.) Cet usage persista +longtemps et ne disparut que lorsque le peuple l'eut adopté: on le +retrouve en province au fond des campagnes. + +[9] Voilà bien l'amoureux timide que nous vous avons annoncé. + +[10] Catherine aurait été bien mal reçue à faire cette question à un +Périgourdin: encore aujourd'hui, ces provinciaux aimables ne vous +saluent jamais qu'en vous disant: Adieu. + +[11] _En cueur_, etc., au milieu de vieux habits, de vilains +personnages. + +[12] L'immortel auteur de _Tartufe_ ne désavouerait pas cette tirade. +C'est Dorine qui parle, ou tout autre _forte en gueule_, comme son +génie les savait créer. + +[13] _De lyesse banny_, cette expression était recherchée: on sait que +François Habert, poète de ce temps, prenait habituellement le surnom +de _Banny de lyesse_. + +[14] Ce proverbe en rappelle d'autres du même genre; mais, tel qu'il +est, je ne l'avais pas encore rencontré. + +[15] Les deux jolies farces de Marguerite d'Angoulême, publiées pour +la première fois par M. Le Roux de Lincy, dans son édition de +l'_Heptameron_, et les nôtres, ont entre elles mille points de +rapprochement. Nos lecteurs peuvent juger si nous nous sommes trop +avancé, en attribuant la _Fille abhorrant mariaige_ et la _Vierge +repentie_ à l'illustre princesse. Il est certain que la plupart de +ses oeuvres ont été égarées; on n'en connaît que huit, et Branthome +a écrit: «Elle composoit souvent des comédies et des moralités, +qu'on appelloit dans ce temps là des pastoralles, qu'elle faisoit +jouer et représenter par les filles de la cour.» Nous publierons +très prochainement une _Étude sur Marguerite d'Angoulême, auteur +dramatique_; on y trouvera des détails plus étendus à ce sujet, +ainsi que dans les notes de l'édition de Branthome, que va publier +M. Prosper Mérimée en collaboration avec nous. (_Bibliothèque +elzevirienne_, de P. Jannet.) + + +[Notes sur cette version électronique: + +L'orthographe et la ponctuation sont conformes à l'original, mais +l'accentuation a été légèrement homogénéisée suivant les principes +d'édition adoptés apparemment par l'éditeur du dix-neuvième siècle: +par exemple, on a harmonisé Jesus et Jésus, tres et très, etc.] + + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Deux farces inédites attribuées à la +reine Marguerite de Navarre, by Louis Lacour + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DEUX FARCES INÉDITES *** + +***** This file should be named 27281-8.txt or 27281-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/2/7/2/8/27281/ + +Produced by Laurent Vogel, Chuck Greif and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +book was produced from scanned images of public domain +material from the Google Print project.) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. 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