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+The Project Gutenberg EBook of Deux farces inédites attribuées à la reine
+Marguerite de Navarre, by Louis Lacour
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Deux farces inédites attribuées à la reine Marguerite de Navarre
+ La fille abhorrant mariaige--la vierge repentie--1538
+
+Author: Louis Lacour
+
+Release Date: November 16, 2008 [EBook #27281]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DEUX FARCES INÉDITES ***
+
+
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+
+Produced by Laurent Vogel, Chuck Greif and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+book was produced from scanned images of public domain
+material from the Google Print project.)
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+DEUX FARCES INÉDITES ATTRIBUÉES À LA REINE MARGUERITE DE NAVARRE
+
+Soeur de François Ier
+
+Publiées avec une préface et des notes
+
+PAR LOUIS LACOUR
+
+
+LA FILLE ABHORRANT MARIAIGE
+
+_LA VIERGE REPENTIE_
+
+MDXXXVIII
+
+
+PARIS
+
+AUGUSTE AUBRY, LIBRAIRE-ÉDITEUR 16, rue Dauphine
+
+1856
+
+
+
+
+Paris.--Impr. de DUBUISSON et Cie, r. Coq-Héron, 5.
+
+
+
+
+INTRODUCTION
+
+
+Tout brillants qu'aient été les écrivains du siècle de Louis XIV, leur
+plus grande gloire est d'avoir donné le dernier coup de lime à ce beau
+style que leur avaient transmis leurs ancêtres. Le siècle suivant laissa
+la forme éclatante pour les grandes pensées; le nôtre, éclectique de sa
+nature, a cherché à concilier les efforts de ses prédécesseurs, en
+couvrant de dehors pompeux des conceptions profondes et hardies: il a
+péniblement gravi les sentiers qui le conduisaient à sa ruine. On attend
+une régénération, et nous n'en voyons la possibilité qu'en se retrempant
+aux sources vives de notre littérature. Comment! les oeuvres qui ont
+formé les La Fontaine, les Corneille, les Racine, les Pascal, les
+Molière, seraient-elles destinées à n'enfanter plus que des pygmées[1]?
+Les fantaisistes de nos jours, en ne demandant qu'à eux-mêmes leurs
+inspirations, n'ont malheureusement rien produit; malgré cette
+impuissance, chacune de leurs oeuvres, ils le proclament, est une
+Minerve sortie tout armée de leur cerveau. Ils n'ont été les élèves de
+personne, et ils veulent être les maîtres de tout le monde; mais plus
+ils écrivent, plus l'isolement se fait autour d'eux, et l'école
+toute-puissante par laquelle ils se croyaient vénérés, s'évanouit peu à
+peu et disparaît comme un songe.
+
+Diogènes du dix-neuvième siècle, qui promenez partout votre lanterne
+pour trouver un homme, qui rencontrez-vous? À peine une ou deux figures
+où brille un rayon du feu sacré. Les autres, sans expression, aux yeux
+incapables de fixer le ciel, portent les stigmates des races dégénérées.
+
+Où sont les littérateurs?
+
+Sont-ils dans ces feuilletons qui réimpriment en français de fantaisie
+mille anecdotes extraites de mauvais romans anglais ou français des deux
+derniers siècles? Si de patientes statistiques avaient relevé le nombre
+de romans parus, depuis qu'un livre a pu prendre ce nom, quel effroyable
+chiffre aurions-nous sous les yeux! En vérité, je le répète, les romans
+d'aujourd'hui sont faits, pour la plupart, avec des matériaux empruntés
+à ces romans d'autrefois, que leurs plagiaires ont raison de regarder
+comme oubliés à jamais dans les rayons poudreux des bibliothèques.
+
+Sont-ils dans ces livres de critique remplis de nouvelles observations
+qui ne courent le monde que depuis deux cents ans; car si les romans
+abondent, que dirons-nous des journaux? Et pourtant ils n'étaient point
+connus avant 1600; moins de 150 ans après, leur nombre, en France
+seulement, s'élevait à dix mille volumes. Si l'on pense de combien
+d'observations, de faits, ces volumes sont remplis, l'imagination
+s'effraie; mais depuis 1750, erreur de ce calcul, cent mille volumes
+sont venus s'ajouter aux dix mille autres? Qui voudrait se charger de
+compter les répétitions, les plagiats? Ce travail, la vie entière de
+bien des gens ne suffirait pas à l'accomplir.
+
+Pour arriver au théâtre, qui doit m'occuper particulièrement, la
+littérature s'y est-elle réfugiée? Moins qu'autre part! Où puisent les
+auteurs du jour? Dans le répertoire des lazzis du théâtre italien, tissu
+de bons mots dont on a tant usé qu'il n'en reste plus que la trame; il
+n'est pas jusqu'à la première scène française qui ne nous ait offert
+plusieurs douzaines de ces niaises bouffonneries. Espérons que le goût
+public finira par se lasser, et exiger des écrivains qu'il enrichit des
+conceptions plus morales, plus spirituelles, et surtout mieux écrites;
+c'est aujourd'hui, plus que jamais, que le mot du courtisan est vrai.
+
+--Comte ***, avez-vous été voir la pièce en vogue?
+
+--Sire, je me suis abstenu.
+
+--Comment! une oeuvre pleine de patriotisme! Vous n'êtes donc pas
+Français?
+
+--Plût à Dieu! Sire, que l'auteur fût aussi Français que moi!
+
+Il est temps de donner à la littérature dramatique une impulsion
+véritablement littéraire, si l'on ne veut pas la voir tomber en peu de
+temps dans une déplorable décadence. Les vingt années qui viennent de
+s'écouler, à l'exception de quelques oeuvres qui surnagent, n'ont
+produit que toutes choses indignes de fixer les regards de la postérité.
+
+C'est d'une étude approfondie de nos anciens écrivains que sortira la
+révolution attendue, et cette étude, il y a longtemps que notre siècle a
+eu la gloire de la provoquer. Jamais l'enseignement historique et les
+travaux qu'il enfante n'ont été plus encouragés par le gouvernement, par
+le public; jamais les littérateurs de genres divers ne s'étaient engagés
+plus courageusement dans cette voie, n'avaient plus longtemps persévéré
+à la suivre; il n'est pas jusqu'aux philosophes, jusqu'aux poètes, qui
+n'aient déserté les champs de l'observation et de la pensée pour saisir
+la plume sobre de l'annaliste, et disputer au temps quelques monuments
+des siècles passés.
+
+Une chose pénible à constater, c'est que le théâtre seul soit resté en
+dehors du mouvement et n'ait pas produit d'historiens: la pente sur
+laquelle sont emportés les auteurs dramatiques est-elle si rapide
+qu'elle ne leur permette pas de s'arrêter un instant pour regarder en
+arrière et s'inquiéter un peu de ce qu'ont fait leurs aïeux, de ce
+qu'ils ont pensé, de ce qu'ils ont écrit? Rien! Par la faute de cette
+indifférence coupable, des étrangers ont été contraints de prendre la
+plume, et leur manque de pratique, s'il n'a pas fait échouer leurs
+travaux, leur a, au moins, imprimé un cachet fâcheux de provisoire, et
+dès leur frontispice, on lit: édifice éphémère que désavouera l'avenir.
+
+Pour écrire l'histoire complète du théâtre, il faudra les soins d'un
+dramaturge: tout autre écrivain marchera sans cesse à côté de la
+question, et, fût-il le meilleur des Aristarques, je lui conteste le
+droit de s'ériger en juge absolu de plusieurs siècles dramatiques, s'il
+n'a pas lui-même pratiqué les lois auxquelles il prétend les soumettre.
+
+Des précédents d'une certaine valeur viennent à l'appui de ce que
+j'avance. On possède une ou deux histoires des petits théâtres de Paris;
+des vaudevillistes les ont signées, et la principale est écrite par
+Brazier, le plus fécond des auteurs qui aient travaillé pour eux.
+
+L'histoire du théâtre français, par les Parfait, a pour défaut principal
+leur manque de pratique, et ils ne se seraient pas prononcés, comme ils
+l'ont fait en beaucoup de cas, s'ils avaient été autre chose que de
+simples compilateurs.
+
+Mais, me direz-vous, si les auteurs dramatiques ont si peu de souci pour
+leur histoire, quelle récompense obtiendrait de son travail celui
+d'entre eux qui l'écrirait?
+
+Aucune à l'instant, je dois le reconnaître; il en serait réduit à
+compter sur la gratitude fort aléatoire de la postérité.
+
+C'est à ceux pour qui l'histoire partielle du théâtre a des charmes, de
+tâcher, en la faisant aimer, d'avancer le terme de cette gratitude.
+
+Et d'abord, faisons connaître les oeuvres anciennes et leurs auteurs, et
+montrons l'avantage qu'il y aurait à posséder un fil d'Ariane pour se
+guider dans ce dédale encore inexploré de l'art dramatique, tel qu'il
+était conçu sur tout le globe au moyen âge.
+
+On a si peu fait! Il reste tant à faire! Pendant que l'on voit de toutes
+parts les publications littéraires des siècles anciens, poésies, romans,
+contes, facéties, remises au jour, en fort grand nombre, et agréés avec
+empressement par le public; c'est à peine s'il a paru deux cent
+cinquante mystères, farces ou moralités[2]!
+
+À quoi attribuer l'indifférence de la foule, même des auteurs? n'est-ce
+pas à une sotte prévention?
+
+Essayons de montrer que l'on se trompe si l'on croit ne rencontrer dans
+ces pièces que d'informes canevas sans action, sans style.
+
+Je publierai successivement et les nombreuses observations que j'ai
+recueillies sur nos anciens dramaturges, et celles de leurs oeuvres
+restées inédites qui me paraîtront le plus remarquables.
+
+Je commence par deux farces, que je ne craindrais pas de décorer du nom
+de comédies, si le grand siècle ne se l'était pas exclusivement réservé
+pour ces oeuvres comiques, dont il a emporté avec lui le secret.
+
+On trouvera dans la _Fille abhorrant mariaige_, et dans la _Vierge
+repentie_, un sentiment exquis, un goût sûr, une portée philosophique et
+religieuse.
+
+Ces farces,--ces comédies, si l'on veut,--ne portent pas le nom de leur
+auteur: est-ce à dire qu'il soit impossible à trouver? La manière
+d'écrire ne trahit-elle pas mieux quelquefois son homme qu'une
+signature, voire la plus authentique.
+
+Ma foi, tout bien pesé, nous hasardons notre opinion, nous disons: Ces
+productions, à cause de l'esprit qui y règne, de la place où nous les
+avons rencontrées[3], de leur style exceptionnel, nous ont paru se
+rapprocher des oeuvres de la soeur de François I^er, la célèbre
+Marguerite d'Angoulême.
+
+Telle est la supposition que nous autorise à faire la grande quantité de
+pièces aujourd'hui perdues, dont on sait que cette princesse est
+l'auteur. Les nôtres portent justement la date de 1538, époque à
+laquelle florissait son théâtre, florissaient les troupes d'histrions
+qui le représentaient. Nous traiterons ce sujet ailleurs et plus
+longuement, et nous examinerons les chances de vérité que notre
+hypothèse peut offrir[4].
+
+On remarquera que la mise en scène n'est pas développée; c'était l'usage
+habituel de ces temps, et d'ailleurs on la retrouve indiquée
+sommairement par le récit, d'après les lois de l'ancienne poétique.
+
+Dans ces deux farces, la vérité, le naturel des caractères sont observés
+avec grand soin. Catherine ne cesse pas d'être une naïve et simple
+enfant de dix-sept ans, Clément un amoureux timide, malgré sa loquacité
+de Mentor; c'est l'homme sage des comédies du dix-septième siècle, c'est
+presque l'amoureux des pièces de Marivaux. Ses mille détours ne sont que
+pour arriver à formuler ou à provoquer un aveu, et les deux farces se
+terminent avant qu'il ait osé ouvrir la bouche, au moment peut-être où
+il allait le faire.
+
+Le second de ces ouvrages est la suite du premier: il est aussi
+clairement écrit, et d'une façon beaucoup moins prolixe. À ceux qui
+savent la grossièreté habituelle de ces temps, il est de toute évidence
+que ni l'un ni l'autre n'ont été composés pour une plèbe soldatesque et
+avinée, mais pour des goûts épurés d'une cour lettrée et non encore
+gâtée par les écarts des muses de la pléiade.
+
+Mais brisons là.
+
+C'est comme enseignement littéraire et dramatique que nous offrons la
+_Fille abhorrant mariaige_ et la _Vierge repentie_ à la méditation des
+lecteurs.
+
+S'ils y trouvent quelque plaisir, s'ils en retirent quelque profit,
+d'autres publications analogues sont prêtes, qui leur seront
+successivement communiquées.
+
+ LOUIS LACOUR.
+
+
+
+
+LA FILLE ABHORRANT MARIAIGE
+
+À DEUX PERSONNAIGES CLÉMENT ET CATHERINE
+
+
+CLÉMENT commence.
+
+ Bien aise suis de veoir la fin
+ Du soupper, Catherine, affin
+ D'aller se pourmener ensemble;
+ Car, veu la saison, il me semble
+ Qu'il n'est chose plus délectable.
+
+CATHERINE.
+
+ Je vieillissois aussi à table,
+ Et si m'ennuyois d'estre assise.
+
+CLÉMENT.
+
+ Qu'il faict beau temps quand je m'advise:
+ Voyez, voyez tout à la ronde
+ Comme le monde rit au monde:
+ Aussi est-il en sa jeunesse.
+
+CATHERINE.
+
+ Vous dictes vray.
+
+CLÉMENT.
+
+ Et pourquoi est-ce
+ Que votre printemps çà et là
+ Ne rit aussi?
+
+CATHERINE.
+
+ Pourquoi cela?
+
+CLÉMENT.
+
+ Pour ce que n'estes point bien gaye
+ À mon gré.
+
+CATHERINE.
+
+ Paroist-il que j'aye
+ Autre visaige que le mien
+ Acoustumé?
+
+CLÉMENT.
+
+ Voulez-vous bien,
+ Sans que vostre oeil soit esblouy,
+ Que je vous monstre à vous?
+
+CATHERINE.
+
+ Ouy!
+
+CLÉMENT.
+
+ Voiez-vous bien là ceste rose
+ Qui s'est toute retraicte et close
+ Vers le soir?
+
+CATHERINE.
+
+ Je la voy, et puis,
+ Voulez-vous dire que je suis
+ Ainsi décheue?
+
+CLÉMENT.
+
+ Toute telle.
+
+CATHERINE.
+
+ La comparaison est plus belle
+ Que propre[5].
+
+CLÉMENT.
+
+ Si ne m'en croyez,
+ Myrez-vous bien et vous voyez
+ En ce ruisseau; mais dictes-moy
+ Pourquoy avec si grand esmoy
+ Durant le soupper souspiriez?
+
+CATHERINE.
+
+ Jà ne faut que vous enqueriez
+ De chose qui aucunement
+ Ne vous touche.
+
+CLÉMENT.
+
+ Mais grandement;
+ Car, quant vous estes en soucy,
+ Je suis tout fasché... Qu'est-ce cy?
+ Vous souspirez encor, madame?
+ Comme il vient du profond de l'âme
+ Ce soupir là!
+
+CATHERINE.
+
+ Sans point mentir,
+ J'ay qui au cueur se faist sentir;
+ Mais le dire n'est pas bien seur...
+
+CLÉMENT.
+
+ À moy qui vous tiens pour ma soeur!
+ Non, non, Catherine m'amye,
+ N'aiez ne crainte ne demye:
+ Dictes moy tout sans rien obmettre;
+ Car à seureté vous povez mettre
+ Votre secret en ces oreilles,
+ Tant soit-il grand...
+
+CATHERINE.
+
+ Voicy merveilles!
+ Peult estre quant vous le sçaurez,
+ Aucune puissance n'aurez
+ De m'y servir.
+
+CLÉMENT.
+
+ On vous orra:
+ Et qui par effect ne pourra
+ Vous secourir, peult estre au fort,
+ Qu'on vous servira de confort
+ Ou de conseil.
+
+CATHERINE.
+
+ J'ay la pépye.
+
+CLÉMENT.
+
+ Dont vient cecy? Suys-je une espye,
+ Ou ne m'aimez-vous point autant
+ Que vous souliez?
+
+CATHERINE.
+
+ Je vous hay tant
+ Que j'ay moins cher mon propre frère:
+ Et toutesfois mon cueur diffère
+ D'en dire rien.
+
+CLÉMENT.
+
+ Vous estes fine.
+ Venez çà. Si je le devine,
+ Le confesserez vous adoncq?
+ Vous reculez? Promettez moy doncq,
+ Ou je importuneray sans fin.
+
+CATHERINE.
+
+ C'est vous mesme qui estes fin:
+ Or sus puis que promettre fault?...
+
+CLÉMENT.
+
+ Tout premier rien ne vous deffault,
+ Que je voye, en félicité.
+
+CATHERINE.
+
+ Pleust à Dieu que la vérité
+ Vous en deissiez!
+
+CLÉMENT.
+
+ Quant à vostre âge,
+ Vous estes en la fleur. Et gage
+ Que le plus de vos ans ne monte
+ Que dix-sept?
+
+CATHERINE.
+
+ Non!
+
+CLÉMENT.
+
+ À ce compte,
+ Je croy que la peur de vieillesse,
+ Ne vous met pas en grant tristesse.
+
+CATHERINE.
+
+ Nenny.
+
+CLÉMENT.
+
+ On voit de tous costez,
+ En vous, cent parfaites beaultez:
+ Grant don de Dieu!
+
+CATHERINE.
+
+ Je vous affie
+ Que ne me plains, ne glorifie
+ De beaulté quelle qu'elle soit.
+
+CLÉMENT.
+
+ Après, au taint, on apperçoit
+ Que n'avez maladye aucune:
+ Sinon qu'il y en eust quelcune
+ Qu'on ne voit point.
+
+CATHERINE.
+
+ L'adieu merci!
+ Je n'ay rien eu jusques-icy
+ De mal tache.
+
+CLÉMENT.
+
+ Quant au renom,
+ Il n'est point mal.
+
+CATHERINE.
+
+ Je croy que non.
+
+CLÉMENT.
+
+ Puis, vous avez, j'en suis records,
+ Ung esprit digne de ce corps,
+ Voire tel, sur ma conscience,
+ Que pour moy, en toute science,
+ Je le vouldroys.
+
+CATHERINE.
+
+ S'il y en a,
+ Il vient de Dieu qui le donna,
+ Et en loue sa bonté haulte.
+
+CLÉMENT.
+
+ Au reste, vous n'avez point faulte
+ De ceste bonne grâce exquise,
+ Laquelle est toujours tant requise
+ En la beaulté.
+
+CATHERINE.
+
+ Je vous asseure
+ Que je vouldroys estre bien seure
+ D'avoir bonnes meurs[6].
+
+CLÉMENT.
+
+ Au surplus,
+ Il n'est rien qui abaisse plus
+ Beaucoup de cueurs que povre race:
+ Mais Dieu vous a faict ceste grâce
+ D'estre yssue de bons parens,
+ Bien nez, riches et apparens,
+ Qui vous ayment.
+
+CATHERINE.
+
+ Je n'en doubte.
+
+CLÉMENT.
+
+ Que diray plus? Croyez qu'en toute
+ Ceste ville, je ne voy point
+ Fille qui me vinst mieux à point,
+ Ne que pour moy sitôt l'esleusse.
+ S'il plaisoit à Dieu que je l'eusse
+ Pour ma femme.
+
+CATHERINE.
+
+ Aussi pour époux,
+ Je ne vouldroye aultre que vous,
+ Si c'estoit à moy à choisir,
+ Et que j'eusse quelque désir
+ De mariaige.
+
+CLÉMENT.
+
+ Il fault bien dire
+ Que le regret qui vous martire
+ Soit un grant cas!...
+
+CATHERINE.
+
+ Il n'est pas du tout si léger
+ Comme l'on diroit bien!
+
+CLÉMENT.
+
+ Or sus,
+ Si je vous mectz le doy dessus,
+ Ne vous en fascherez vous jà?
+
+CATHERINE.
+
+ Je vous l'ay accordé déjà.
+ Besongnez.
+
+CLÉMENT.
+
+ Sans mentir, je sçay,
+ Ce défaut, j'en ay faict l'essay,
+ Combien le mal d'amour tourmente:
+ C'est vostre douleur véhémente?
+ Confessez, vous l'avez promis.
+
+CATHERINE.
+
+ Je vous confesse qu'amour a mis
+ En mon coeur l'ennuy que je porte;
+ Mais non pas amour de la sorte
+ Que celle que vous entendez.
+
+CLÉMENT.
+
+ Si plus grand cler ne me rendez,
+ Garde n'ay que plus j'en devine.
+ Quel amour est-ce?
+
+CATHERINE.
+
+ Amour divin.
+
+CLÉMENT.
+
+ Bref, quant dix ans je y penseroys
+ Plus devyner je n'en saurois!
+ Mais vostre bouche le dira,
+ Ou ceste main ne partira
+ Jamais de la myenne.
+
+CATHERINE.
+
+ Quel homme!
+ Vous pressez aussi fort comme
+ S'il vous touchoit.
+
+CLÉMENT.
+
+ Or, quelque chose
+ Qui soit en vostre cueur enclose,
+ Mectez la hardiement icy.
+
+CATHERINE.
+
+ Puisque vous me forcez ainsy,
+ Je le diray. Quasi dès l'aage
+ D'enfance, me vint en couraige
+ Une affection si très grande.
+
+CLÉMENT.
+
+ Et de quoy?
+
+CATHERINE.
+
+ D'estre de la bande
+ Des vierges sacrées.
+
+CLÉMENT.
+
+ D'estre moynesse?
+
+CATHERINE.
+
+ Justement...[7].
+
+CLÉMENT.
+
+ Hem! c'est prendre gren pour farine.
+
+CATHERINE.
+
+ Que dictes vous?
+
+CLÉMENT.
+
+ Bien Catherine...
+ Je toussoys, dictes à loisir.
+
+CATHERINE.
+
+ Mes parens à ce mien désir
+ N'ont jamais faict que résister.
+
+CLÉMENT.
+
+ Et vous?
+
+CATHERINE.
+
+ Et moy de persister
+ Et de prières et de larmes,
+ Pour les gaigner.
+
+CLÉMENT.
+
+ Et eux que feirent?
+
+CATHERINE.
+
+ Finablement, après qu'ils veirent
+ Que je ne cessoys de prier,
+ De requérir, pleurer, crier,
+ Ils s'inclinèrent, promettans,
+ Dès que j'auroys dix-sept ans,
+ De faire à mon intencion,
+ Pourveu que ma dévotion
+ Continuast. Or suis-je au terme:
+ Mon vouloir est toujours ferme,
+ Touttefois parens et amys,
+ Contre tout ce qu'ils m'ont promis,
+ Me reffusent. C'est ce qui tant
+ Jour et nuyt me va contrestant.
+ Je vous ay dict ma maladye:
+ Si povez, faictes que je dye
+ Que j'ay trouvé ung médecin.
+
+CLÉMENT.
+
+ Vierge plus blonde qu'un bassin,
+ Tout premier conseiller vous veulx
+ Que vos affections et voeux
+ Vous modériez, et si contente
+ L'on ne vous faict de vostre attente,
+ D'en prendre ennuy ne vous jouez:
+ Mais voulez ce que vous povez
+ Pour le plus seur.
+
+CATHERINE.
+
+ Morte je suis,
+ Si je n'ay ce que je poursuis:
+ Voire bientost.
+
+CLÉMENT.
+
+ Mais voirement,
+ D'où printes-voue primièrement
+ Ce mortel désir?
+
+CATHERINE.
+
+ Une foys
+ Que guers d'aage je n'avoys,
+ En ung couvent on me mena
+ De nonnains; on me promena,
+ On nous monstra là toutes choses:
+ Ces nonnains fresches comme roses
+ Me plaisoient et me sembloient anges,
+ Tout reluysoit, jusques aux franges,
+ En leur esglise. Leurs préaulx
+ Et jardins estoient si très beaulx:
+ Quant tout est dict, par tous les lieux
+ Ou je vouloys tourner les yeulx,
+ Tout me rioit. Si nous venoient
+ Mille propos que nous tenoient
+ Des nonnains en leur doulx langage.
+ J'en trouvay là deux de mon aage
+ Avecques qui je m'esbatoys,
+ Du temps que petite j'estoys;
+ De ce temps là, sans point mentir,
+ Commença mon cueur à sentir
+ Le désir d'une telle vie.
+
+CLÉMENT.
+
+ De rien condemner n'ay envye:
+ Si est que, à toutes personnes,
+ Toutes choses ne sont pas bonnes;
+ Et, veu la gentille nature,
+ Laquelle en vous je conjecture,
+ Tant par les meurs que par la face,
+ Il me semble, sauf vostre grâce,
+ Que devez prendre pour espoux
+ Quelque beau filz pareil à vous,
+ Et instituer, bien et beau,
+ Chez vous, un couvent tout nouveau,
+ Dont vous seriez la mère abesse
+ Et luy l'abbé.
+
+CATHERINE.
+
+ Moi, que je laisse,
+ Le propos de virginité!
+ Plutost mourir!
+
+CLÉMENT.
+
+ En vérité,
+ Virginité grant chose vault,
+ Pourveu qu'elle soit comme il fault;
+ Mais pour cela n'est jà mestier
+ Qu'entriez en cloistre ne moustier,
+ Dont ne puissiez sortir après.
+ Vous povez vivre vierge auprès
+ De père et mère.
+
+CATHERINE.
+
+ Il est ainsi;
+ Mais non trop seurement aussi.
+
+CLÉMENT.
+
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+ Les vierges de cueur pur et munde,
+ Au temps passé, en lieu du monde,
+ Plus honnestement ne vivoient
+ Qu'avec leurs parents, et n'avoient
+ Que l'évesque pour leur beau-père....
+ Mais nommez-moy le monastère,
+ Je vous prie, que vous voulez prendre
+ Pour en servitude vous rendre
+ À jamais?
+
+CATHERINE.
+
+ Celuy de Temspert.
+
+CLÉMENT.
+
+ N'est-ce pas celluy qui appert
+ Sur la montagne, par delà
+ Le boys de vostre père?
+
+CATHERINE.
+
+ Là.
+
+CLÉMENT.
+
+ Je congnoys toute la mesgnye
+ De céans. Quelle compaignye!
+ Elle mérite, bien pensez,
+ Que pour elle vous laissez
+ Vos parents si bons et honnestes!
+ Quant au prieur, sur toutes bestes,
+ Je la vous promets la plus sotte.
+ Il y a dix ans qu'il radotte,
+ D'aage et d'ivroignerye extresme,
+ Et a deux compaignons de mesme:
+ Frère Jehan et frère Gervays;
+ Frère Jehan n'est point trop mauvais;
+ Mais au reste il n'a rien de l'homme,
+ Fors seulement la barbe; comme
+ Il n'a ne sçavoir, ne cerveau.
+ Et frère Gervais est si veau,
+ De contenance si badinne,
+ Que, sans le froc sacré et digne
+ Qui couvre tout, il trotteroyt
+ Parmy la ville, et porteroyt
+ Le beau chapperon à oreilles,
+ Et les deux sonnettes pareilles
+ Publicquement!
+
+CATHERINE.
+
+ Ils sont tant doulx!
+
+CLÉMENT.
+
+ Si les congnoys-je mieulx que vous!
+ Mais ils sont, j'entends bien le cas,
+ Vers vos parens vos advocatz,
+ Pour vous fere estre leur novice.
+
+CATHERINE.
+
+ Frère Jehan m'y faict du service
+ Et est mon grand solliciteur,
+ Je le sçay bien.
+
+CLÉMENT.
+
+ Quel serviteur!
+ Or, prenons qu'ilz soient maintenant
+ Doctes, et vous à l'advenant;
+ Pour cest affaire, dès demain,
+ En moins que de tourner la main,
+ Sots et mauvais se trouveront;
+ Et tels que baillez vous seront,
+ Vous les fault recevoir et prendre,
+ Pour tout jamais!
+
+CATHERINE.
+
+ Il fault entendre
+ Que souvent on faict des bancquetz
+ Chez nous, où l'on tient des caquetz
+ Qui m'offencent et scandalisent;
+ Car toujours des propos que disent
+ Des mariés par vanité
+ Ne sentent pas virginité:
+ Et parfoys, dont faschée suis,
+ Le baiser reffuser ne puis
+ Honnestement[8].
+
+CLÉMENT.
+
+ Qui fuyr veult
+ Tout ce qui offenser le peult
+ Quant et quant, se face inhumer.
+ L'oreille doit s'acoustumer
+ À oyr toutes choses dire:
+ Prendre le bon, laisser le pire
+ Pour le meilleur. Et, d'autre part,
+ Je croy que vous avez à part
+ Vostre chambre chez votre père.
+
+CATHERINE.
+
+ Ouy dea.
+
+CLÉMENT.
+
+ Si on délibère
+ De fere quelquefois bancquet,
+ Tandis qu'ils tiendront leur cacquet,
+ Tenez vous en vostre chambrette,
+ Et en dévotion secrette
+ Avec Dieu là devisez,
+ Psalmodiez, priez, lisez,
+ Louez sa bonté éternelle
+ Ainsi la maison paternelle
+ Ne vous fera brin de soilleure;
+ Mais bien vous la rendrez meilleure
+ Et plus nette, ma bonne seur.
+
+CATHERINE.
+
+ Si est-il toutes foys plus seur
+ Parmy les vierges se trouver.
+
+CLÉMENT.
+
+ Je ne veulx certes reprouver
+ Compaignye chaste et honneste;
+ Mais gardez bien qu'en vostre teste
+ Vous n'aiez une impression
+ De faulce imagination.
+ Quant ung temps y aurez esté.
+ Et de près tout veu et guetté,
+ Peult estre que toutes les choses
+ Entre les murailles encloses,
+ Et lesquelles vos yeulx y virent,
+ Ne vous riront, comme elles firent.
+ Toutes celles qui voilles ont,
+ Et m'en croiez, vierges ne sont.
+
+CATHERINE.
+
+ Voilà bons motz.
+
+CLÉMENT.
+
+ Bons et notables
+ Sont les mots qui sont véritables...
+ Si non qu'à maintes du chappitre
+ Soit permis de prendre le tiltre
+ De Marie. . . . . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+
+CATHERINE.
+
+ Vous parleriez bien autrement,
+ Si vous vouliez.
+
+CLÉMENT.
+
+ Propos final.
+ Souvent tout n'est pas virginal
+ Parmy ces vierges.
+
+CATHERINE.
+
+ Mon beau, sire,
+ Et pourquoy?
+
+CLÉMENT.
+
+ Je le vous veux dire:
+ Pour ce que parmy ces pucelles
+ Se trouve grant nombre de celles
+ Qui de meurs ressemblent Sapho,
+ Plus que d'entendement.
+
+CATHERINE.
+
+ Ho! ho!
+ C'est jargon, je ne l'entends point.
+
+CLÉMENT.
+
+ Aussi l'ay-je dict tout à point
+ Affin que ne fusse entendu.
+
+CATHERINE.
+
+ Or voyla, mon cueur s'est rendu
+ À ce désir, et fault bien dire
+ Que l'esprit qui à ce m'atire
+ Vient de Dieu, puisqu'il continue
+ Depuis tant d'ans qu'il m'a tenue:
+ Et ne faict que croistre et m'attraire
+ De jour en jour.
+
+CLÉMENT.
+
+ Mais au contraire;
+ Cest esprit suspect me semble,
+ Veu que tous vos parens ensemble
+ Fuyent à ce que vous disiez.
+ Ils eussent esté inspirés
+ Si vostre désir fust de Dieu;
+ Mais la plaisance de ce lieu,
+ Que vous veistes petite fille,
+ Des nonnains la doulce babille.
+ Leur habit saint, le chant d'icelles,
+ Leurs cérémonies tant belles:
+ Voilà l'esprit qui attira
+ Vostre cueur et qui l'inspira.
+ Avec les caphardes parolles
+ De ces moynes à testes folles
+ Qui vous chevallent pour leur bien.
+ Et pour rungner; ils savent bien
+ Que vostre père est homme large;
+ À soupper l'auront, à la charge
+ Qu'il portera du vin assez
+ Pour dix buveurs, maistres passez;
+ Ou bien chez luy s'en yront boyre.
+ Parquoy, si vous m'en voulez croyre,
+ Rien contre ce gré ne ferez
+ De père et mère; et penserez
+ Que Dieu veult que soubz leur puissance
+ Demourrions en obeyssance.
+ Songez-y bien.
+
+CATHERINE.
+
+ En telle affaire,
+ C'est chose saincte de ne faire
+ Compte de ses parents.
+
+CLÉMENT.
+
+ Sans fainte?
+ Pour Jésus-Christ, c'est chose sainte
+ De n'obeyr à père et mère?
+ En quelque cas c'est chose amère,
+ Les contempner en autre endroict;
+ Car ung filz humain qui vouldroit
+ De malle façon laisser mourir,
+ --J'entends s'il le peult secourir,--
+ Son père ydolastre ou ethicque,
+ Il seroit ung vray filz inicque;
+ Mais si vous n'aviez le baptesme,
+ Et la mère, ou le père mesme,
+ Vous voulust garder de le prendre,
+ Lors à eulx ne devez entendre,
+ Où s'ilz vouloiènt vous mettre en teste
+ De faire chose deshonneste,
+ Allors pourriez, en vérité,
+ Contempner leur autorité;
+ Mais qu'a besoing tout ce mistère
+ De couvent ne de monastère?
+ Vous avez, en toute saison,
+ Jésus-Christ en vostre maison.
+ Davantaige, ainsy que je trouve,
+ Nature dict et Dieu approuve,
+ Sainct Pol remonstre fort et ferme,
+ Et la loy humaine conferme,
+ Qu'enfans obeyr sont tenuz
+ À un père dont ilz sont venuz:
+ Voulez-vous de dessoubs les mains
+ De vos parents doulx et humains
+ Vous retirer, et fere change
+ D'un vray père à un père estrange,
+ Et de propre mère tant chère
+ Permuter à une estrangère?
+ Ou, pour mieulx dire, voulez-vous,
+ Pour des parens bégnins et doux,
+ Des maistres et maistresses rudes?
+ Et achapter ces servitudes,
+ Vous qui meritez qu'on vous serve,
+ Fille de maison, non point serve?
+ Certes, charité chrétienne
+ Rompit la coustume ancienne,
+ D'esclaves et serfs qu'on avoit,
+ Fors que les marques on en voit
+ Encor en quelque région;
+ Mais soubs nom de religion,
+ Ce monde fol, en son cerveau,
+ A trouvé ung germe nouveau
+ De servitude: on n'y permect
+ Sinon ce que la reigle y mect:
+ Quelque bien qu'on vous donne et baille.
+ C'est au proffict de la canaille!
+ Troys pas allez vous promener,
+ Soudain vous feront retourner,
+ Comme si la fuycte aviez prise
+ Pour avoir vostre mère occise!
+ Et afin qu'on congnoisse mieulx
+ La servitude desdits lieux,
+ Il fault que là soit despoillee
+ La robe des parens baillee;
+ Et à la mode qu'on traictoit
+ Jadis les serfs qu'on achaptoit,
+ Ils changent (qui est grant mespris!)
+ Le nom qu'au baptesme on a pris:
+ De sorte que pour Pierre ou Blaise,
+ Fault avoir nom Jehan ou Nicaise:
+ Jacques aura des qu'il fut né
+ À Jésus-Christ son nom donné;
+ Et quant cordelier se rendra
+ Le nom de François il prendra!
+ Souldart qui laisse la livrée
+ Que son seigneur luy a livrée
+ Semble renoncer à son maistre,
+ Et sainct homme nous pensons estre
+ Celuy qui une robbe vest,
+ Laquelle Jésus-Christ, qui est
+ Seigneur de tous, point ne lui donne:
+ Et s'il despoille et habandonne
+ L'habit que d'ailleurs il a prins,
+ Il en sera plus fort reprins
+ Que s'il laissoit, par griefve offence,
+ La blanche robbe d'innocence
+ Que eut de Jésus-Christ son roy!
+
+CATHERINE.
+
+ Certes on dict, et je le croy,
+ Que c'est chose de grant mérite
+ Si quelcun sa liberté quicte
+ Et en tel servage se boutte
+ De son gré.
+
+CLÉMENT.
+
+ Cela vient sans doubte
+ De pharisaïcque doctrine!
+ Sainct Paul, au rebour, endoctrine
+ Que qui est franc s'y doit tenir,
+ Sans point vouloir serf devenir;
+ Mais plustost qu'on se délibère
+ De devenir franc et libère.
+ Et, ce qui rend plus malheureuse
+ Ceste servitude fascheuse,
+ Il vous fault servir plusieurs maistres,
+ Souvent grosses bestes champestres,
+ Bien souvent trop longtemps congneuz,
+ Aulcune foys nouveaulx venuz!
+ Or çà est-il loy ne usance
+ Qui vous mette hors la puissance
+ Et hors des droitz de père et mère?
+
+CATHERINE.
+
+ Nenny.
+
+CLÉMENT.
+
+ Et venez çà, commère!
+ Povez-vous doncq, oultre leur gré,
+ Vendre ou achapter champ ne pré,
+ Qui soit de leur bien?
+
+CATHERINE.
+
+ Rien quelconques.
+
+CLÉMENT.
+
+ Qui vous baille ceste loy donques
+ De vous livrer en main estrange,
+ Veu que père et mère à ce change
+ Ne veulent consentir en rien?
+ N'estes-vous pas leur propre bien
+ Et leur chère possession?
+
+CATHERINE.
+
+ La foy et la dévotion
+ Font cesser toute loy humaine.
+
+CLÉMENT.
+
+ Le faict de la foi se devant
+ Ailleurs et principallement
+ Au baptesme: icy seullement
+ N'est question que de changer
+ D'acoustremens, et se renger
+ À ne sçay quel genre de vye
+ Qui n'est bon ne mauvais de soy.
+ Je suis marry quant j'apperçoy
+ Combien avec la liberté
+ Vous perdez de commodité!
+ Maintenant, il vous est licite
+ Dedans vostre chambre petite,
+ Lyre à part vous, estudier,
+ Faire oraison, psalmodier.
+ Quant et autant il vous plaira:
+ Et des qu'il vous y faschera,
+ Vous povez ouyr las canticques,
+ Au service divin aller,
+ De Dieu en chaire oyr parler;
+ Ou bien, si quelque fille ou dame,
+ Qui soit bonne de corps et d'ame,
+ Vous trouvez, ou homme sçavant,
+ Ils vous pourront mettre en avant
+ Cent bons propos, desquelz à l'heure
+ Vous pourrez devenir meilleure;
+ Et pourrez eslire et sercher
+ Homme qui sçache bien prescher
+ Jésus-Christ sans capharderye.
+ Si une foys en moynerye
+ Vous entrez, perdre vous convient
+ Ces choses là, desquelles vient
+ Ung grand prouffict quant à la foy.
+
+CATHERINE.
+
+ Mais tandis, à ce que je voy,
+ Je ne seray point nonnain?
+
+CLÉMENT.
+
+ Non.
+ Et si serez, puisque ce nom
+ Vous plaist si fort! or audience:
+ Elles s'enflent d'obédience,
+ Et vous n'avez vous pas cest heur
+ D'obeyr à vostre pasteur
+ Et aux parens, comme est escript
+ En la reigle de Jésus-Christ?
+ Quant à pauvreté qu'elles vouent
+ Et dont tant s'estiment et louent,
+ Ne l'avez-vous, quant tous voz bienz
+ Vos parens les ont, et vous riens?
+ Toutes fois les vierges vouées,
+ Jadis, estoient surtout louées
+ Des doctes et des sainctes gens
+ De subvenir aux indigens,
+ Selon la fortune et l'affaire:
+ Ce quelles n'eussent pas sceu fere
+ Si leur bien n'eussent regenté.
+ Au reste, quant à chasteté,
+ La vostre n'empirera point
+ En vostre maison. Par ce point,
+ Vous voilà nonnain. Autant vault.
+ Dictes-moy que c'est qu'il s'en faut
+ Ung certain voille, une chemise
+ Qui dessus la robe soit mise,
+ Au lieu que dessoubz on la porte,
+ Et des mynes de mainte sorte,
+ Qui, de soy, ne font valloir mieulx
+ La personne devant les yeulx
+ De Dieu, qui nostre cueur regarde.
+
+CATHERINE.
+
+ Vous me comptez quand je y prens garde
+ Choses estranges et nouvelles.
+
+CLÉMENT.
+
+ Mais très vrayes et toutes telles
+ Comme je le dy.
+
+CATHERINE.
+
+ Certes cy est-ce
+ Qu'au cueur n'auray jamais liesse,
+ Si sans espoir on contredit
+ Religion!
+
+CLÉMENT.
+
+ Voilà bien dict!
+ Prinstes vous pas au baptesme
+ Religion?
+
+CATHERINE.
+
+ Si feiz!
+
+CLÉMENT.
+
+ Et mesme
+ Tous ceulx qui soubz Jésus-Christ vivent
+ Et ses commandemens ensuyvent
+ Ne sont-ilz point religieux?
+
+CATHERINE.
+
+ Si sont!
+
+CLÉMENT.
+
+ Je suis fort envieux
+ De savoir doncq comment s'appelle
+ Ceste religion nouvelle
+ Qui rend ainsi de nul effect
+ Ce que loy de nature a faict,
+ Ce qu'enseigne la loy anticque,
+ Ce qu'approuve l'évangélicque,
+ Et l'appostolicque conferme;
+ Ce décret là, tant soit-il ferme,
+ De Dieu n'est faict, ne approuvé;
+ Mais par les moines controuvé.
+ À ce propos, plusieurs se trouvent
+ Qui les mariaiges approuvent
+ Des jeunes gens, lesquels s'atachent
+ Sans que père et mère le saichent,
+ Voire malgré eulx, plusieurs fois:
+ Raison humaine toutesfois,
+ Ne les loix les plus anciennes,
+ Ne Moïse dedans les siennes,
+ Ne Evangille, ne canon,
+ Ne tient cela?
+
+CATHERINE.
+
+ Je croy que non.
+ Par ce doncq vouliez proposer,
+ Que je ne sçaurois espouser
+ Jésus-Christ, s'il ne vient à plaire
+ À mes parens?
+
+CLÉMENT.
+
+ Je vous déclaire
+ Que desja épousé l'avez:
+ Si ont tous ceux qui sont lavez
+ De baptesme. Qui est l'épouse
+ Qui deux foys ung mary espouse?
+ Il n'est question seullement
+ Que ou lieu de l'habillement
+ Et des cérémonies ensemble:
+ Pour cela ne fault, ce me semble,
+ Père et mère ainsi mespriser.
+ Et puis il faut bien adviser,
+ Qu'en voulant encore entreprendre
+ De Jésus-Christ, pour mary prendre,
+ À d'autre ne vous mariez[9]!
+
+CATHERINE.
+
+ À les écouter vous diriez
+ Qu'on ne peut plus sainctement fere,
+ Que ne tenir, en cest affaire,
+ Compte de parens ne tuteurs?
+
+CLÉMENT.
+
+ Priez doncques ces beaux docteurs
+ Qu'aux saincts escriptz ils vous en trouvent
+ Quelque passage, et s'ils ne peuvent,
+ Commandez-leur de boyre un verre
+ De bon vin de Beaune ou d'Auxerre!
+ Ils pourront bien faire cela.
+ Quant ses parens on laisse là
+ Infidelles, pour Jésus suivre,
+ Cela, c'est son salut poursuyvre;
+ Mais ses parens chrestiens quitter
+ Pour en moynerye habiter,
+ Qui est souvent, et j'en réponds,
+ Pour les mauvais laisser les bons,
+ Quelle dévotion peult-ce estre?
+ Encores ceulx que le bon maistre
+ Jésus-Christ avoit convertiz
+ À la foy, du temps des gentilz,
+ Estoient tenus, par tous moyens,
+ Servir à leurs pères payens,
+ Autant comme il se povoit fere
+ Sans foy chrestienne forfaire!
+
+CATHERINE.
+
+ Vous tenez donc pour mauvais
+ Cest ordre de vivre?
+
+CLÉMENT.
+
+ Non fais!
+ Mais tout ainsi qu'aux enserrés
+ Et qui du tout se sont fourrés,
+ Je ne vouldroys persuader
+ D'en sortir hors, ne demander,
+ Ains sans scrupulle, ne doubte,
+ Puys conseiller à fille toute,
+ Mesme de gentille nature,
+ De n'entrer point à l'adventure
+ En lieu dont ne puissent sortir:
+ De ce vous puis bien advertir;
+ Veu mesmes que, le plus souvent,
+ Virginité en ung couvent,
+ Plus tost qu'ailleurs, est en danger,
+ Et que, sans vostre habit changer,
+ Povez fere autant d'oeuvres bonnes
+ Au logis, comme en font les nonnes
+ En leur couvent.
+
+CATHERINE.
+
+ Vos argumens
+ Sont infinis et véhémens.
+ Toutes foys, de ce mien désir
+ Ne se peult mon cueur dessaisir:
+ Et en suis là.
+
+CLÉMENT.
+
+ Et bien, m'amye,
+ Si attirer je ne puys mye
+ Vostre voulonté à la mienne,
+ À tout le moins, qu'il vous souvienne
+ Des propos tenus en ce lieu.
+ Ce temps pendant, je prie à Dieu
+ Que l'affection désireuse
+ Que vous avez soit plus heureuse
+ Que mon conseil n'a pas esté
+ De n'avoir sceu estre accepté!
+
+
+FIN.
+
+
+
+
+II LA VIERGE REPENTIE
+
+
+CLÉMENT.
+
+ Catherine, à ce que j'entends,
+ N'a pas esté nonnain longtemps:
+ Je m'en vais frapper à sa porte
+ Pour sçavoir comme tout se porte.
+ Hola! hau!
+
+CATHERINE.
+
+ Entrez!
+
+CLÉMENT.
+
+ Je vouldrois
+ Rencontrer en beaucoup d'endroictz
+ De telz portiers que cestuy cy!
+
+CATHERINE.
+
+ Et moy de telz heurteurs aussi.
+
+CLÉMENT.
+
+ Adieu Catherine!
+
+CATHERINE.
+
+ Comment!
+ Dict on adieu premièrement
+ Que saluer[10]?
+
+CLÉMENT.
+
+ Je ne suis pas
+ En ce lieu couru le grant pas,
+ Pour vous veoir ainsi lermoyant,
+ D'où vient cela que, me voiant,
+ Voz yeulx ont esté explourez?
+
+CATHERINE.
+
+ Mais enfuyez!... Vous demourez,
+ Je prendray ung austre visage.
+
+CLÉMENT.
+
+ Quel oiseau et mauvais présage
+ Voy-je là, qui jaze en cueur
+ De vieulx drappeaulx[11]?
+
+CATHERINE.
+
+ C'est le prieur
+ De ce couvent que vous sçavez.
+ Je vous pry, si haste n'avez,
+ Ne bougez, et m'en vuellez croire,
+ Ils s'en vont achever de boyre:
+ Séez vous ung peu icy près,
+ Il s'en va tantost, et après
+ Nous en deviserons tous deux,
+ À notre mode.
+
+CLÉMENT.
+
+ Je le veulx,
+ Et vous obeyray de faict:
+ Ce qu'à moi vous n'avez pas faict.
+ Or nous voicy seulletz. Là doncq,
+ Comptez la fable tout du long:
+ Elle me semblera meilleure
+ De vostre main.
+
+CATHERINE.
+
+ Je vous asseure
+ Qu'entre tant d'amys que congnoys,
+ Et que bien prudents je tenoys,
+ Je n'ai point eu conseil plus saige
+ Que de vous, le plus jeune d'aage
+ De toute la trouppe.
+
+CLÉMENT.
+
+ Or me dictes
+ Comment fut-ce que vous vainquistes
+ De vos parens l'affection?
+
+CATHERINE.
+
+ Tout premier l'exhortation
+ Des moynes et religieuses,
+ Et mes requestes gracieuses
+ Rengèrent ma mère à se rendre;
+ Mon père n'y vouloit entendre
+ En sorte du monde; à la fin
+ Fort contre fort, fin contre fin,
+ Bien assailly, bien debattu,
+ Le bon homme fut abbatu,
+ Et dist oy, en se sentant
+ Plus tost forcé que consentant;
+ Car en demenant ces propos
+ Entre les verres et les pots,
+ Ils menassoient ce pauvre père
+ De malle mort et vitupère,
+ S'il reffusoit à Jésus-Christ
+ Son espouse[12].
+
+CLÉMENT.
+
+ Est-il Antéchrist
+ Plus malin que ces badins là!
+ Ainsi m'amye?...
+
+CATHERINE.
+
+ On me cela
+ En la maison, durant trois jours:
+ Ce temps pendant, j'avoys toujours
+ Auprès de moy quatre converses,
+ Qui, par flateries diverses,
+ Me venoient encore inciter
+ De tousjours au voeu persister;
+ Fort sengneuses et dilligentes
+ Que mes compaignes ou parentes
+ Ne vinsent mon propos changer.
+ Elles craignoient fort ce danger.
+ Tandis, tout mon cas s'apprestoit,
+ Et ordre au bancquet on metoit,
+ Ce jour solempnel attendant.
+
+CLÉMENT.
+
+ Et que faisiez-vous cependant?
+ Cueur, de lyesse banny[13],
+ Ne vacilloit-il point?
+
+CATHERINE.
+
+ Nenny.
+ Mais j'enduray ung si horrible
+ Je ne sçay quoy, qu'il n'est possible
+ Qu'encor ce mal je sceusse avoir
+ Sans mourir!
+
+CLÉMENT.
+
+ Sçauroit-on sçavoir
+ Quelle chose c'est?
+
+CATHERINE.
+
+ Je n'oy goute.
+
+CLÉMENT.
+
+ Ce que vous me direz, sans doubte,
+ C'est autant que sur l'eaue escripre!
+
+CATHERINE.
+
+ N'yra-t-il pas plus loing?
+
+CLÉMENT.
+
+ Tant dire!
+ Avant que l'eussiez demandé,
+ Cela estoit tout accordé:
+ Voyez lieu et heure opportune
+ Pour dire tout!
+
+CATHERINE.
+
+ Il m'advint une
+ Vision horrible et estrange!
+
+CLÉMENT.
+
+ Bref, c'estoit vostre mauvais ange.
+ Qui en la teste vous metoit
+ D'estre moynesse?
+
+CATHERINE.
+
+ Non estoit.
+ Et croy par ma foy, mon amy,
+ Que c'estoit plustôt l'ennemy
+ D'enfer!
+
+CLÉMENT.
+
+ Deschiffrez-moy sa forme:
+ Estoit-il point aussi difforme
+ Comme on les paint? muffle de beste,
+ Deux grandes cornes sur la teste,
+ Piedz de griffon, yeulx, orreillez,
+ Longue queue?...
+
+CATHERINE.
+
+ Vous vous raillez.
+ Si est-ce que j'aimeroys mieulx,
+ En bonne foy, n'avoir point d'yeux
+ Que veoir encor telle vision!
+
+CLÉMENT.
+
+ Aviez-vous pour provision,
+ À l'heure, vos admonesteuzes?
+
+CATHERINE.
+
+ Nenny! Et jamais ces flateuzes
+ N'en sceurent rien sçavoir, combien
+ Qu'elles me pressèrent très bien,
+ Quant me trouvèrent, de leur dire
+ Pourquoy j'estoys en tel martire,
+ Et si troublée.
+
+CLÉMENT.
+
+ Voulez vous
+ Que je vous déclare, à deux coups,
+ Que c'estoit?
+
+CATHERINE.
+
+ Ouy, si voyez
+ Que le puissiez fere!
+
+CLÉMENT.
+
+ Croyez
+ Que ces femmes qui vous tentèrent,
+ Tout le cerveau vous enchantèrent
+ De leur propos; mais cependant
+ Vous vous alliez toujours rendant
+ Et persistiez?
+
+CATHERINE.
+
+ Par ma foy voire;
+ Car elles me faisoient accroyre
+ Que telles choses advenoient
+ À plusieurs, quant ils se donnoient
+ À Jésus-Christ; mais si mon cueur
+ Estoit de l'ennemy vaincueur
+ En ce premier assault, qu'après
+ Tout yroit bien.
+
+CLÉMENT.
+
+ En quelz appretz
+ Et pompes fustes vous menée?
+
+CATHERINE.
+
+ De mes joyaulx je fuz ornée,
+ Et me feist on escheveller,
+ Comme si je m'en deusse aller
+ En tel estat propre et ydoyne
+ Marier.
+
+CLÉMENT.
+
+ À quelque gros moyne?
+ Hen! Que maudict soit la toux!
+
+CATHERINE.
+
+ À beau plain mydy, devant tous,
+ Depuis la maison de ma mère,
+ On me mena au monastère,
+ En cest ordre.
+
+CLÉMENT.
+
+ Sainte Marye!
+ L'excellente bastellerye!
+ Et comment,--à les bien louer,--
+ Ces bouffons savent bien jouer
+ Leurs sottes farces, pour complaire
+ Aux yeulx du simple populaire?
+ Combien de jours, bon gré, mal gré,
+ Fustes vous en ce saint sacré
+ Couvent de vierges?
+
+CATHERINE.
+
+ Quasi quinze.
+
+CLÉMENT.
+
+ Vous cuydastes bien estre prinse
+ Au trébuchet; mais venez çà.
+ Quelle ocasion renversa
+ Vostre voulloir si endurcy?
+
+CATHERINE.
+
+ Cela ne se dict pas ainsi;
+ Mais c'estoit bien quelque grant chose.
+ Six jours après que fuz enclose,
+ Ma mère j'envoyay quérir,
+ Et la sceu très bien requérir
+ Et plus que prier, si envye
+ Elle avoit de m'avoir en vye,
+ Que hors de là me feist retraire.
+ Et elle d'aller au contraire,
+ M'admonnestant d'avoir constance.
+ Mon père vint après qui tanse,
+ Et en tansant, très bien sçavoit
+ Me dire, que par force avoit
+ Vaincu les affections siennes,
+ Et que je vainquisse les miennes,
+ Sans luy acquerir ce mespris
+ De laisser l'ordre que j'ay prins.
+ Oyant cela, je leur denonce,
+ Que s'ils ne font autre reponse
+ Et ma langueur ne les remord,
+ Qu'ils seront cause de ma mort;
+ Et qu'ainsi pour vray en yroit,
+ Si bref on ne m'en retiroit.
+ Cela oy, ils s'estonnèrent,
+ Et au logis me remmenèrent
+ Tout droict.
+
+CLÉMENT.
+
+ Ô le bien que vous feistes
+ Quant de si bonne heure en sortistes,
+ Ains qu'avoir faict profession
+ D'éternelle subgection!
+ Mais je ne sçay point vouérement
+ Quelle cause si promptement
+ Changea votre cueur?
+
+CATHERINE.
+
+ Jusqu'à ores
+ Personne ne l'a sceu encores;
+ De moy point ne le sçaurez.
+
+CLÉMENT.
+
+ Bien estonné vous serez,
+ Si je devine et viens au point.
+
+CATHERINE.
+
+ Vous ne la devinerez point;
+ Et quant vous l'aurez devinée,
+ Rien n'en diray.
+
+CLÉMENT.
+
+ Quelle obstinée!
+ Si m'en doubté-je... Et la dispence?
+
+CATHERINE.
+
+ Il a cousté, comme je pense,
+ À mon père plus de cent livres
+ En superfluité de vivres,
+ Laquelle compter me pourroye.
+
+CLÉMENT.
+
+ De cuyr d'aultruy large courroye[14].
+ Quelz bousfeurs! Or, pour la pécune,
+ Je ne m'en soucy d'une prune,
+ Puis qu'estes sayne et sauve ici.
+ À tout le moins, après cecy,
+ Quant bon conseil escouterez,
+ S'il vous plaist, mieux le gousterez
+ Que n'avez faict?...
+
+CATHERINE.
+
+ Je le feray,
+ Et, comme on dit, sage seray...
+ Au retour des platz on m'appelle:
+ Adieu vous dy!
+
+CLÉMENT.
+
+ Adieu la belle[15]!
+
+
+FIN.
+
+
+
+
+Notes
+
+
+
+[1] Nous avons, à notre grand étonnement, retrouvé cette opinion dans
+Gérard de Nerval: _Bohême galante_ (1 vol. in-12, 1856). Voyez le
+chapitre intitulé: _Les poètes au seizième siècle_, p. 17.
+
+[2] Consultez le catalogue de la _Bibliothèque elzevirienne_, dont
+l'éditeur, M. Jannet, a si bien mérité des lettres; et encore
+l'ouvrage suivant: _Théâtre français au moyen âge, publié par
+Monmerqué et Francisque Michel_.--Paris, Didot, 1839, 1 vol. in-4º
+
+[3] Quoique ces deux farces soient foncièrement religieuses et
+morales; elles contiennent plus d'une pointe contre l'état
+monastique, dont les abus se faisaient alors vivement sentir; elles
+se trouvent au milieu d'un certain nombre de poésies huguenotes du
+bon Marot, dans un recueil commencé en 1536 par un nommé Julyot, que
+je soupçonne fort d'avoir partagé les croyances nouvelles.
+
+[4] Voyez page 35, note 15.
+
+[5] _Que propre_, qu'honnête: toutefois l'enjambement me paraît joli.
+
+[6] Cette phrase et le _je croy que non_ ci-dessus peignent mieux que
+tout au monde la naïveté de l'enfant.
+
+[7] La fin de ce vers manque dans le manuscrit.
+
+[8] C'était l'usage en France de s'embrasser au lieu de se saluer,
+surtout dans les hautes classes. On lit dans H. Estienne: «En
+France, le baiser entre gentilshommes et gentefemmes, et ceux et
+celles qui en portent le nom, est permis et est trouvé honneste,
+soit qu'il y ait parenté, soit qu'il n'y en ait point.» (_Apologie
+pour Hérodote._ Discours préliminaire, p. XXXI.) Cet usage persista
+longtemps et ne disparut que lorsque le peuple l'eut adopté: on le
+retrouve en province au fond des campagnes.
+
+[9] Voilà bien l'amoureux timide que nous vous avons annoncé.
+
+[10] Catherine aurait été bien mal reçue à faire cette question à un
+Périgourdin: encore aujourd'hui, ces provinciaux aimables ne vous
+saluent jamais qu'en vous disant: Adieu.
+
+[11] _En cueur_, etc., au milieu de vieux habits, de vilains
+personnages.
+
+[12] L'immortel auteur de _Tartufe_ ne désavouerait pas cette tirade.
+C'est Dorine qui parle, ou tout autre _forte en gueule_, comme son
+génie les savait créer.
+
+[13] _De lyesse banny_, cette expression était recherchée: on sait que
+François Habert, poète de ce temps, prenait habituellement le surnom
+de _Banny de lyesse_.
+
+[14] Ce proverbe en rappelle d'autres du même genre; mais, tel qu'il
+est, je ne l'avais pas encore rencontré.
+
+[15] Les deux jolies farces de Marguerite d'Angoulême, publiées pour
+la première fois par M. Le Roux de Lincy, dans son édition de
+l'_Heptameron_, et les nôtres, ont entre elles mille points de
+rapprochement. Nos lecteurs peuvent juger si nous nous sommes trop
+avancé, en attribuant la _Fille abhorrant mariaige_ et la _Vierge
+repentie_ à l'illustre princesse. Il est certain que la plupart de
+ses oeuvres ont été égarées; on n'en connaît que huit, et Branthome
+a écrit: «Elle composoit souvent des comédies et des moralités,
+qu'on appelloit dans ce temps là des pastoralles, qu'elle faisoit
+jouer et représenter par les filles de la cour.» Nous publierons
+très prochainement une _Étude sur Marguerite d'Angoulême, auteur
+dramatique_; on y trouvera des détails plus étendus à ce sujet,
+ainsi que dans les notes de l'édition de Branthome, que va publier
+M. Prosper Mérimée en collaboration avec nous. (_Bibliothèque
+elzevirienne_, de P. Jannet.)
+
+
+[Notes sur cette version électronique:
+
+L'orthographe et la ponctuation sont conformes à l'original, mais
+l'accentuation a été légèrement homogénéisée suivant les principes
+d'édition adoptés apparemment par l'éditeur du dix-neuvième siècle:
+par exemple, on a harmonisé Jesus et Jésus, tres et très, etc.]
+
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Deux farces inédites attribuées à la
+reine Marguerite de Navarre, by Louis Lacour
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DEUX FARCES INÉDITES ***
+
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+
+Produced by Laurent Vogel, Chuck Greif and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+book was produced from scanned images of public domain
+material from the Google Print project.)
+
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
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+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
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+works. See paragraph 1.E below.
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+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
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+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
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+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
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+
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+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
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+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
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+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
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+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
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+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
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+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
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+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
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+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
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+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
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