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+Project Gutenberg's Les épaves de Charles Baudelaire, by Charles Baudelaire
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+
+Title: Les épaves de Charles Baudelaire
+
+Author: Charles Baudelaire
+
+Editor: Auguste Poulet-Malassis
+
+Illustrator: Félicien Rops
+
+Release Date: September 27, 2008 [EBook #26710]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES ÉPAVES DE CHARLES BAUDELAIRE ***
+
+
+
+
+Produced by Laurent Vogel (This file was produced from
+images generously made available by the Bibliothèque
+nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
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+
+
+
+ LES
+ EPAVES
+
+ DE
+ CHARLES BAUDELAIRE
+
+ AVEC UNE EAU-FORTE FRONTISPICE DE FÉLICIEN ROPS
+
+
+
+ AMSTERDAM
+ A L'ENSEIGNE DU COQ
+
+ MDCCCLXVI
+
+
+
+Tirage avec eau-forte frontispice de F. Rops, à
+
+10 ex. chine;
+
+250 ex. grand papier vergé de Hollande; les uns et les autres numérotés.
+
+
+
+EXPLICATION DU FRONTISPICE
+
+
+Sous le Pommier fatal, dont le tronc-squelette rappelle la déchéance de
+la race humaine, s'épanouissent les Sept Péchés Capitaux, figurés par
+des plantes aux formes et aux attitudes symboliques. Le Serpent, enroulé
+au bassin du squelette, rampe vers ces _Fleurs du Mal_, parmi lesquelles
+se vautre le Pégase macabre, qui ne doit se réveiller, avec ses
+chevaucheurs, que dans la vallée de Josaphat.
+
+Cependant une Chimère noire enlève au delà des airs le médaillon du
+poëte, autour duquel des Anges et des Chérubins font retentir le _Gloria
+in excelsis!_
+
+L'autruche en camée, qui avale un fer à cheval, au premier plan de la
+composition, est l'emblème de la Vertu, se faisant un devoir de se
+nourrir des aliments les plus révoltants:
+
+VIRTUS DURISSIMA COQUIT.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR
+
+
+_Ce recueil est composé de morceaux poëtiques, pour la plupart condamnés
+ou inédits, auxquels M. Charles Baudelaire n'a pas cru devoir faire
+place dans l'édition définitive des _Fleurs du Mal_._
+
+_Cela explique son titre._
+
+_M. Charles Baudelaire a fait don, sans réserve, de ces poëmes, à un ami
+qui juge à propos de les publier, parce qu'il se flatte de les goûter,
+et qu'il est à un âge où l'on aime encore à faire partager ses
+sentiments à des amis auxquels on prête ses vertus._
+
+_L'auteur sera avisé de cette publication en même temps que les deux
+cents soixante lecteurs probables qui figurent--à peu près,--pour son
+éditeur bénévole, le public littéraire en France, depuis que les bêtes y
+ont décidément usurpé la parole sur les hommes._
+
+
+
+LES EPAVES
+
+
+
+
+I
+
+LE COUCHER DU SOLEIL ROMANTIQUE
+
+
+ Que le Soleil est beau quand tout frais il se lève,
+ Comme une explosion nous lançant son bonjour!
+ --Bienheureux celui-là qui peut avec amour
+ Saluer son coucher plus glorieux qu'un rêve!
+
+ Je me souviens!... J'ai vu tout, fleur, source, sillon,
+ Se pâmer sous son oeil comme un coeur qui palpite...
+ --Courons vers l'horizon, il est tard, courons vite,
+ Pour attraper au moins un oblique rayon!
+
+ Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire;
+ L'irrésistible Nuit établit son empire,
+ Noire, humide, funeste et pleine de frissons;
+
+ Une odeur de tombeau dans les ténèbres nage,
+ Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage,
+ Des crapauds imprévus et de froids limaçons[1].
+
+ [1] Le mot: _Genus irritabile votum_, date de bien des siècles avant
+ les querelles des Classiques, des Romantiques, des Réalistes, des
+ Euphuistes, etc... Il est évident que par _l'irrésistible Nuit_ M.
+ Charles Baudelaire a voulu caractériser l'état actuel de la
+ littérature, et que les _crapauds imprévus_ et les _froids limaçons_
+ sont les écrivains qui ne sont pas de son école.
+
+ Ce sonnet a été composé en 1862, pour servir d'épilogue à un livre
+ de M. Charles Asselineau, qui n'a pas paru: _Mélanges tirés d'une
+ petite bibliothèque romantique_; lequel devait avoir pour prologue
+ un sonnet de M. Théodore de Banville: _Le lever du soleil
+ romantique_.
+
+ (_Note de l'éditeur._)
+
+
+
+
+PIÈCES CONDAMNÉES TIRÉES DES _FLEURS DU MAL_
+
+
+II
+
+LESBOS[2]
+
+ [2] Cette pièce et les cinq suivantes ont été condamnées en 1857, par
+ le tribunal correctionnel, et ne peuvent pas être reproduites dans
+ le recueil des _Fleurs du Mal_.
+
+ (_Note de l'éditeur._)
+
+ Mère des jeux latins et des voluptés grecques,
+ Lesbos, où les baisers, languissants ou joyeux,
+ Chauds comme les soleils, frais comme les pastèques,
+ Font l'ornement des nuits et des jours glorieux;
+ Mère des jeux latins et des voluptés grecques,
+
+ Lesbos, où les baisers sont comme les cascades
+ Qui se jettent sans peur dans les gouffres sans fonds,
+ Et courent, sanglotant et gloussant par saccades,
+ Orageux et secrets, fourmillants et profonds;
+ Lesbos, où les baisers sont comme les cascades!
+
+ Lesbos, où les Phrynés l'une l'autre s'attirent,
+ Où jamais un soupir ne resta sans écho,
+ A l'égal de Paphos les étoiles t'admirent,
+ Et Vénus à bon droit peut jalouser Sapho!
+ Lesbos, où les Phrynés l'une l'autre s'attirent,
+
+ Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses,
+ Qui font qu'à leurs miroirs, stérile volupté!
+ Les filles aux yeux creux, de leur corps amoureuses,
+ Caressent les fruits mûrs de leur nubilité;
+ Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses,
+
+ Laisse du vieux Platon se froncer l'oeil austère;
+ Tu tires ton pardon de l'excès des baisers,
+ Reine du doux empire, aimable et noble terre,
+ Et des raffinements toujours inépuisés.
+ Laisse du vieux Platon se froncer l'oeil austère.
+
+ Tu tires ton pardon de l'éternel martyre,
+ Infligé sans relâche aux coeurs ambitieux,
+ Qu'attire loin de nous le radieux sourire
+ Entrevu vaguement au bord des autres cieux!
+ Tu tires ton pardon de l'éternel martyre!
+
+ Qui des Dieux osera, Lesbos, être ton juge
+ Et condamner ton front pâli dans les travaux,
+ Si ses balances d'or n'ont pesé le déluge
+ De larmes qu'à la mer ont versé tes ruisseaux?
+ Qui des Dieux osera, Lesbos, être ton juge?
+
+ Que nous veulent les lois du juste et de l'injuste?
+ Vierges au coeur sublime, honneur de l'Archipel,
+ Votre religion comme une autre est auguste,
+ Et l'amour se rira de l'Enfer et du Ciel!
+ Que nous veulent les lois du juste et de l'injuste?
+
+ Car Lesbos entre tous m'a choisi sur la terre
+ Pour chanter le secret de ses vierges en fleurs,
+ Et je fus dès l'enfance admis au noir mystère
+ Des rires effrénés mêlés aux sombres pleurs;
+ Car Lesbos entre tous m'a choisi sur la terre.
+
+ Et depuis lors je veille au sommet de Leucate,
+ Comme une sentinelle à l'oeil perçant et sûr,
+ Qui guette nuit et jour brick, tartane ou frégate,
+ Dont les formes au loin frissonnent dans l'azur;
+ Et depuis lors je veille au sommet de Leucate
+
+ Pour savoir si la mer est indulgente et bonne,
+ Et parmi les sanglots dont le roc retentit
+ Un soir ramènera vers Lesbos, qui pardonne,
+ Le cadavre adoré de Sapho, qui partit
+ Pour savoir si la mer est indulgente et bonne!
+
+ De la mâle Sapho, l'amante et le poëte,
+ Plus belle que Vénus par ses mornes pâleurs!
+ --L'oeil d'azur est vaincu par l'oeil noir que tachète
+ Le cercle ténébreux tracé par les douleurs
+ De la mâle Sapho, l'amante et le poëte!
+
+ --Plus belle que Vénus se dressant sur le monde
+ Et versant les trésors de sa sérénité
+ Et le rayonnement de sa jeunesse blonde
+ Sur le vieil Océan de sa fille enchanté;
+ Plus belle que Vénus se dressant sur le monde!
+
+ --De Sapho qui mourut le jour de son blasphème,
+ Quand, insultant le rite et le culte inventé,
+ Elle fit son beau corps la pâture suprême
+ D'un brutal dont l'orgueil punit l'impiété
+ De celle qui mourut le jour de son blasphème.
+
+ Et c'est depuis ce temps que Lesbos se lamente,
+ Et, malgré les honneurs que lui rend l'univers,
+ S'enivre chaque nuit du cri de la tourmente
+ Que poussent vers les cieux ses rivages déserts!
+ Et c'est depuis ce temps que Lesbos se lamente!
+
+
+III
+
+FEMMES DAMNEES
+
+DELPHINE ET HIPPOLYTE
+
+ A la pâle clarté des lampes languissantes,
+ Sur de profonds coussins tout imprégnés d'odeur,
+ Hippolyte rêvait aux caresses puissantes
+ Qui levaient le rideau de sa jeune candeur.
+
+ Elle cherchait, d'un oeil troublé par la tempête,
+ De sa naïveté le ciel déjà lointain,
+ Ainsi qu'un voyageur qui retourne la tête
+ Vers les horizons bleus dépassés le matin.
+
+ De ses yeux amortis les paresseuses larmes,
+ L'air brisé, la stupeur, la morne volupté,
+ Ses bras vaincus, jetés comme de vaines armes,
+ Tout servait, tout parait sa fragile beauté.
+
+ Etendue à ses pieds, calme et pleine de joie,
+ Delphine la couvait avec des yeux ardents,
+ Comme un animal fort qui surveille une proie,
+ Après l'avoir d'abord marquée avec les dents.
+
+ Beauté forte à genoux devant la beauté frêle,
+ Superbe, elle humait voluptueusement
+ Le vin de son triomphe, et s'allongeait vers elle,
+ Comme pour recueillir un doux remercîment.
+
+ Elle cherchait dans l'oeil de sa pâle victime
+ Le cantique muet que chante le plaisir,
+ Et cette gratitude infinie et sublime
+ Qui sort de la paupière ainsi qu'un long soupir.
+
+ --«Hippolyte, cher coeur, que dis-tu de ces choses?
+ Comprends-tu maintenant qu'il ne faut pas offrir
+ L'holocauste sacré de tes premières roses
+ Aux souffles violents qui pourraient les flétrir?
+
+ Mes baisers sont légers comme ces éphémères
+ Qui caressent le soir les grands lacs transparents,
+ Et ceux de ton amant creuseront leurs ornières
+ Comme des chariots ou des socs déchirants;
+
+ Ils passeront sur toi comme un lourd attelage
+ De chevaux et de boeufs aux sabots sans pitié...
+ Hippolyte, ô ma soeur! tourne donc ton visage,
+ Toi, mon âme et mon coeur, mon tout et ma moitié,
+
+ Tourne vers moi tes yeux pleins d'azur et d'étoiles!
+ Pour un de ces regards charmants, baume divin,
+ Des plaisirs plus obscurs je lèverai les voiles,
+ Et je t'endormirai dans un rêve sans fin!»
+
+ Mais Hippolyte alors, levant sa jeune tête:
+ --«Je ne suis point ingrate et ne me repens pas,
+ Ma Delphine, je souffre et je suis inquiète,
+ Comme après un nocturne et terrible repas.
+
+ Je sens fondre sur moi de lourdes épouvantes
+ Et de noirs bataillons de fantômes épars,
+ Qui veulent me conduire en des routes mouvantes
+ Qu'un horizon sanglant ferme de toutes parts.
+
+ Avons-nous donc commis une action étrange?
+ Explique, si tu peux, mon trouble et mon effroi:
+ Je frissonne de peur quand tu me dis: «Mon ange!»
+ Et cependant je sens ma bouche aller vers toi.
+
+ Ne me regarde pas ainsi, toi, ma pensée!
+ Toi que j'aime à jamais, ma soeur d'élection,
+ Quand même tu serais un embûche dressée
+ Et le commencement de ma perdition!»
+
+ Delphine secouant sa crinière tragique,
+ Et comme trépignant sur le trépied de fer,
+ L'oeil fatal, répondit d'une voix despotique:
+ --«Qui donc devant l'amour ose parler d'enfer?
+
+ Maudit soit à jamais le rêveur inutile
+ Qui voulut le premier, dans sa stupidité,
+ S'éprenant d'un problème insoluble et stérile,
+ Aux choses de l'amour mêler l'honnêteté!
+
+ Celui qui veut unir dans un accord mystique
+ L'ombre avec la chaleur, la nuit avec le jour,
+ Ne chauffera jamais son corps paralytique
+ A ce rouge soleil que l'on nomme l'amour!
+
+ Va, si tu veux, chercher un fiancé stupide;
+ Cours offrir un coeur vierge à ses cruels baisers;
+ Et, pleine de remords et d'horreur, et livide,
+ Tu me rapporteras tes seins stigmatisés...
+
+ On ne peut ici-bas contenter qu'un seul maître!»
+ Mais l'enfant, épanchant une immense douleur,
+ Cria soudain: «--Je sens s'élargir dans mon être
+ Un abîme béant; cet abîme est mon coeur!
+
+ Brûlant comme un volcan, profond comme le vide!
+ Rien ne rassasiera ce monstre gémissant
+ Et ne rafraîchira la soif de l'Euménide
+ Qui, la torche à la main, le brûle jusqu'au sang.
+
+ Que nos rideaux fermés nous séparent du monde,
+ Et que la lassitude amène le repos!
+ Je veux m'anéantir dans ta gorge profonde,
+ Et trouver sur ton sein la fraîcheur des tombeaux!»
+
+ --Descendez, descendez, lamentables victimes,
+ Descendez le chemin de l'enfer éternel!
+ Plongez au plus profond du gouffre, où tous les crimes,
+ Flagellés par un vent qui ne vient pas du ciel,
+
+ Bouillonnent pêle-mêle avec un bruit d'orage.
+ Ombres folles, courez au but de vos désirs;
+ Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage,
+ Et votre châtiment naîtra de vos plaisirs.
+
+ Jamais un rayon frais n'éclaira vos cavernes;
+ Par les fentes des murs des miasmes fiévreux
+ Filtrent en s'enflammant ainsi que des lanternes
+ Et pénètrent vos corps de leurs parfums affreux.
+
+ L'âpre stérilité de votre jouissance
+ Altère votre soif et roidit votre peau,
+ Et le vent furibond de la concupiscence
+ Fait claquer votre chair ainsi qu'un vieux drapeau.
+
+ Lion des peuples vivants, errantes, condamnées,
+ A travers les déserts courez comme les loups;
+ Faites votre destin, âmes désordonnées,
+ Et fuyez l'infini que vous portez en vous!
+
+
+IV
+
+LE LETHE
+
+
+ Viens sur mon coeur, âme cruelle et sourde,
+ Tigre adoré, monstre aux airs indolents;
+ Je veux longtemps plonger mes doigts tremblants
+ Dans l'épaisseur de ta crinière lourde;
+
+ Dans tes jupons remplis de ton parfum
+ Ensevelir ma tête endolorie,
+ Et respirer, comme une fleur flétrie,
+ Le doux relent de mon amour défunt.
+
+ Je veux dormir! dormir plutôt que vivre!
+ Dans un sommeil aussi doux que la mort,
+ J'étalerai mes baisers sans remord
+ Sur ton beau corps poli comme le cuivre.
+
+ Pour engloutir mes sanglots apaisés
+ Rien ne me vaut l'abîme de ta couche;
+ L'oubli puissant habite sur ta bouche,
+ Et le Léthé coule dans tes baisers.
+
+ A mon destin, désormais mon délice,
+ J'obéirai comme un prédestiné;
+ Martyr docile, innocent condamné,
+ Dont la ferveur attise le supplice,
+
+ Je sucerai, pour noyer ma rancoeur,
+ Le népenthès et la bonne ciguë
+ Aux bouts charmants de cette gorge aiguë
+ Qui n'a jamais emprisonné de coeur.
+
+
+V
+
+A CELLE QUI EST TROP GAIE
+
+
+ Ta tête, ton geste, ton air
+ Sont beaux comme un beau paysage;
+ Le rire joue en ton visage
+ Comme un vent frais dans un ciel clair.
+
+ Le passant chagrin que tu frôles
+ Est ébloui par la santé
+ Qui jaillit comme une clarté
+ De tes bras et de tes épaules.
+
+ Les retentissantes couleurs
+ Dont tu parsèmes tes toilettes
+ Jettent dans l'esprit des poëtes
+ L'image d'un ballet de fleurs.
+
+ Ces robes folles sont l'emblème
+ De ton esprit bariolé;
+ Folle dont je suis affolé,
+ Je te hais autant que je t'aime!
+
+ Quelquefois dans un beau jardin
+ Où je traînais mon atonie,
+ J'ai senti, comme une ironie
+ Le soleil déchirer mon sein;
+
+ Et le printemps et la verdure
+ Ont tant humilié mon coeur,
+ Que j'ai puni sur une fleur
+ L'insolence de la Nature.
+
+ Ainsi je voudrais, une nuit,
+ Quand l'heure des voluptés sonne,
+ Vers les trésors de ta personne,
+ Comme un lâche, ramper sans bruit,
+
+ Pour châtier ta chair joyeuse,
+ Pour meurtrir ton sein pardonné,
+ Et faire à ton flanc étonné
+ Une blessure large et creuse,
+
+ Et, vertigineuse douceur!
+ A travers ces lèvres nouvelles,
+ Plus éclatantes et plus belles,
+ T'infuser mon venin, ma soeur![3]
+
+ [3] Les juges ont cru découvrir un sens à la fois sanguinaire et
+ obscène dans les deux dernières stances. La gravité du Recueil
+ excluait de pareilles _Plaisanteries_. Mais _venin_ signifiant
+ spleen ou mélancolie, était une idée trop simple pour des
+ criminalistes.
+
+ Que leur interprétation syphilitique leur reste sur la conscience.
+
+ (_Note de l'éditeur._)
+
+
+VI
+
+LES BIJOUX
+
+ La très-chère était nue, et, connaissant mon coeur,
+ Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores,
+ Dont le riche attirail lui donnait l'air vainqueur
+ Qu'ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.
+
+ Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
+ Ce monde rayonnant de métal et de pierre
+ Me ravit en extase, et j'aime à la fureur
+ Les choses où le son se mêle à la lumière.
+
+ Elle était donc couchée et se laissait aimer,
+ Et du haut du divan elle souriait d'aise
+ A mon amour profond et doux comme la mer,
+ Qui vers elle montait comme vers sa falaise.
+
+ Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,
+ D'un air vague et rêveur elle essayait des poses,
+ Et la candeur unie à la lubricité
+ Donnait un charme neuf à ses métamorphoses;
+
+ Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
+ Polis comme de l'huile, onduleux comme un cygne,
+ Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins;
+ Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,
+
+ S'avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
+ Pour troubler le repos où mon âme était mise,
+ Et pour la déranger du rocher de cristal
+ Où, calme et solitaire, elle s'était assise.
+
+ Je croyais voir unis par un nouveau dessin
+ Les hanches de l'Antiope au buste d'un imberbe,
+ Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
+ Sur ce teint fauve et brun le fard était superbe!
+
+ --Et la lampe s'étant résignée à mourir,
+ Comme le foyer seul illuminait la chambre,
+ Chaque fois qu'il poussait un flamboyant soupir,
+ Il inondait de sang cette peau couleur d'ambre!
+
+
+VII
+
+LES METAMORPHOSES DU VAMPIRE
+
+ La femme cependant, de sa bouche de fraise,
+ En se tordant ainsi qu'un serpent sur la braise,
+ Et pétrissant ses seins sur le fer de son busc,
+ Laissait couler ces mots tout imprégnés de musc:
+
+ --«Moi, j'ai la lèvre humide, et je sais la science
+ De perdre au fond d'un lit l'antique conscience.
+ Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants,
+ Et fais rire les vieux du rire des enfants.
+ Je remplace, pour qui me voit nue et sans voiles,
+ La lune, le soleil, le ciel et les étoiles!
+ Je suis, mon cher savant, si docte aux voluptés,
+ Lorsque j'étouffe un homme en mes bras redoutés,
+ Ou lorsque j'abandonne aux morsures mon buste,
+ Timide et libertine, et fragile et robuste,
+ Que sur ces matelas qui se pâment d'émoi,
+ Les anges impuissants se damneraient pour moi!»
+
+ Quand elle eut de mes os sucé toute la moelle,
+ Et que languissamment je me tournai vers elle
+ Pour lui rendre un baiser d'amour, je ne vis plus
+ Qu'une outre aux flancs gluants, toute pleine de pus!
+
+ Je fermai les deux yeux, dans ma froide épouvante,
+ Et quand je les rouvris à la clarté vivante,
+ A mes côtés, au lieu du mannequin puissant
+ Qui semblait avoir fait provision de sang,
+ Tremblaient confusément des débris de squelette,
+ Qui d'eux-mêmes rendaient le cri d'une girouette
+ Ou d'une enseigne, au bout d'une tringle de fer,
+ Que balance le vent pendant les nuits d'hiver.
+
+
+
+GALANTERIES
+
+
+VIII
+
+LE JET D'EAU
+
+ Tes beaux yeux sont las, pauvre amante!
+ Reste longtemps, sans les rouvrir,
+ Dans cette pose nonchalante
+ Où t'a surprise le plaisir.
+
+ Dans la cour le jet d'eau qui jase
+ Et ne se tait ni nuit ni jour,
+ Entretient doucement l'extase
+ Où ce soir m'a plongé l'amour.
+
+ La gerbe épanouie
+ En mille fleurs,
+ Où Phoebé réjouie
+ Met ses couleurs,
+ Tombe comme une pluie
+ De larges pleurs.
+
+ Ainsi ton âme qu'incendie
+ L'éclair brûlant des voluptés
+ S'élance, rapide et hardie,
+ Vers les vastes cieux enchantés.
+ Puis, elle s'épanche, mourante,
+ En un flot de triste langueur,
+ Qui par une invisible pente
+ Descend jusqu'au fond de mon coeur.
+
+
+ La gerbe épanouie
+ En mille fleurs,
+ Où Phoebé réjouie
+ Met ses couleurs,
+ Tombe comme une pluie
+ De larges pleurs.
+
+ O toi, que la nuit rend si belle,
+ Qu'il m'est doux, penché vers tes seins,
+ D'écouter la plainte éternelle
+ Qui sanglote dans les bassins!
+ Lune, eau sonore, nuit bénie,
+ Arbres qui frissonnez autour,
+ Votre pure mélancolie
+ Est le miroir de mon amour.
+
+ La gerbe épanouie
+ En mille fleurs,
+ Où Phoebé réjouie
+ Met ses couleurs,
+ Tombe comme une pluie
+ De larges pleurs.
+
+
+IX
+
+LES YEUX DE BERTHE
+
+ Vous pouvez mépriser les yeux les plus célèbres,
+ Beaux yeux de mon enfant, par où filtre et s'enfuit
+ Je ne sais quoi de bon, de doux comme la Nuit!
+ Beaux yeux, versez sur moi vos charmantes ténèbres!
+
+ Grands yeux de mon enfant, arcanes adorés,
+ Vous ressemblez beaucoup à ces grottes magiques
+ Où, derrière l'amas des ombres léthargiques,
+ Scintillent vaguement des trésors ignorés!
+
+ Mon enfant a des yeux obscurs, profonds et vastes,
+ Comme toi, Nuit immense, éclairés comme toi!
+ Leurs feux sont ces pensers d'Amour, mêlés de Foi,
+ Qui pétillent au fond, voluptueux ou chastes.
+
+
+X
+
+HYMNE
+
+ A la très-chère, à la très-belle
+ Qui remplit mon coeur de clarté,
+ A l'ange, à l'idole immortelle,
+ Salut en l'immortalité!
+
+ Elle se répand dans ma vie
+ Comme un air imprégné de sel,
+ Et dans mon âme inassouvie
+ Verse le goût de l'éternel.
+
+ Sachet toujours frais qui parfume
+ L'atmosphère d'un cher réduit,
+ Encensoir oublié qui fume
+ En secret à travers la nuit,
+
+ Comment, amour incorruptible,
+ T'exprimer avec vérité?
+ Grain de musc qui gis, invisible,
+ Au fond de mon éternité!
+
+ A la très-bonne, à la très-belle,
+ Qui fait ma joie et ma santé,
+ A l'ange, à l'idole immortelle,
+ Salut en l'immortalité!
+
+
+XI
+
+LES PROMESSES D'UN VISAGE
+
+ J'aime, ô pâle beauté, tes sourcils surbaissés,
+ D'où semblent couler des ténèbres,
+ Tes yeux, quoique très-noirs, m'inspirent des pensers
+ Qui ne sont pas du tout funèbres.
+
+ Tes yeux, qui sont d'accord avec tes noirs cheveux,
+ Avec ta crinière élastique,
+ Tes yeux, languissamment, me disent: «Si tu veux,
+ Amant de la muse plastique,
+
+ Suivre l'espoir qu'en toi nous avons excité,
+ Et tous les goûts que tu professes,
+ Tu pourras constater notre véracité
+ Depuis le nombril jusqu'aux fesses;
+
+ Tu trouveras au bout de deux beaux seins bien lourds,
+ Deux larges médailles de bronze,
+ Et sous un ventre uni, doux comme du velours,
+ Bistré comme la peau d'un bonze,
+
+ Une riche toison qui, vraiment, est la soeur
+ De cette énorme chevelure,
+ Souple et frisée, et qui t'égale en épaisseur,
+ Nuit sans étoiles, Nuit obscure!»
+
+
+XII
+
+LE MONSTRE
+
+OU
+
+LE PARANYMPHE D'UNE NYMPHE MACABRE
+
+
+I
+
+ Tu n'es certes pas, ma très-chère,
+ Ce que Veuillot nomme un tendron.
+ Le jeu, l'amour, la bonne chère,
+ Bouillonnent en toi, vieux chaudron!
+ Tu n'es plus fraîche, ma très-chère,
+
+ Ma vieille infante! Et cependant
+ Tes caravanes insensées
+ T'ont donné ce lustre abondant
+ Des choses qui sont très-usées,
+ Mais qui séduisent cependant.
+
+ Je ne trouve pas monotone
+ La verdeur de tes quarante ans;
+ Je préfère tes fruits, Automne,
+ Aux fleurs banales du Printemps!
+ Non, tu n'es jamais monotone!
+
+ Ta carcasse a des agréments
+ Et des grâces particulières;
+ Je trouve d'étranges piments
+ Dans le creux de tes deux salières
+ Ta carcasse a des agréments!
+
+ Nargue des amants ridicules
+ Du melon et du giraumont!
+ Je préfère tes clavicules
+ A celles du roi Salomon[4],
+ Et je plains ces gens ridicules!
+
+ [4] Voilà un calembour _salé_! Nous ne _cabalerons_ pas contre.
+
+ (_Note de l'éditeur._)
+
+ Tes cheveux, comme un casque bleu,
+ Ombragent ton front de guerrière,
+ Qui ne pense et rougit que peu,
+ Et puis se sauvent par derrière
+ Comme les crins d'un casque bleu.
+
+ Tes yeux qui semblent de la boue,
+ Où scintille quelque fanal,
+ Ravivés au fard de ta joue,
+ Lancent un éclair infernal!
+ Tes yeux sont noirs comme la boue!
+
+ Par sa luxure et son dédain
+ Ta lèvre amère nous provoque;
+ Cette lèvre, c'est un Eden
+ Qui nous attire et qui nous choque.
+ Quelle luxure! et quel dédain!
+
+ Ta jambe musculeuse et sèche
+ Sait gravir au haut des volcans,
+ Et malgré la neige et la dèche
+ Danser les plus fougueux cancans[5].
+ Ta jambe est musculeuse et sèche;
+
+ [5] Sans doute une allusion à quelque particularité des _caravanes_ de
+ cette dame.
+
+ M. Prévost-Paradol l'eût avertie qu'elle dansait le cancan sur un
+ volcan.
+
+ (_Note de l'éditeur._)
+
+ Ta peau brûlante et sans douceur,
+ Comme celle des vieux gendarmes,
+ Ne connaît pas plus la sueur
+ Que ton oeil ne connaît les larmes,
+ (Et pourtant elle a sa douceur!)
+
+II
+
+ Sotte, tu t'en vas droit au Diable!
+ Volontiers j'irais avec toi,
+ Si cette vitesse effroyable
+ Ne me causait pas quelque émoi.
+ Va-t'en donc, toute seule, au Diable!
+
+ Mon rein, mon poumon, mon jarret
+ Ne me laissent plus rendre hommage
+ A ce Seigneur, comme il faudrait.
+ «Hélas! c'est vraiment bien dommage!»
+ Disent mon rein et mon jarret.
+
+ Oh! très-sincèrement je souffre
+ De ne pas aller aux sabbats,
+ Pour voir, quand il pète du soufre,
+ Comment tu lui baises son cas![6]
+ Oh! très-sincèrement je souffre!
+
+ [6] A la _Messe noire_. Comme ces poëtes sont superstitieux!
+
+ (_Note de l'éditeur._)
+
+ Je suis diablement affligé
+ De ne pas être ta torchère,
+ Et de te demander congé,
+ Flambeau d'enfer! Juge, ma chère,
+ Combien je dois être affligé,
+
+ Puisque depuis longtemps je t'aime,
+ Etant très-logique! En effet,
+ Voulant du Mal chercher la crème
+ Et n'aimer qu'un monstre parfait,
+ Vraiment oui! vieux monstre, je t'aime!
+
+
+XIII
+
+FRANCISCÆ MEÆ LAUDES
+
+VERS COMPOSES POUR UNE MODISTE ERUDITE ET DEVOTE[7]
+
+ [7] Le sous-titre de cette pièce, supprimé dans la seconde édition des
+ _Fleurs du Mal_, se trouve dans la première avec la drôle de note
+ suivante:
+
+ «Ne semble-t-il pas au lecteur, comme à moi, que la langue de la
+ dernière décadence latine,--suprême soupir d'une personne robuste,
+ déjà transformée et préparée pour la vie spirituelle,--est
+ singulièrement propre à exprimer la passion, telle que l'a comprise
+ et sentie le monde poëtique moderne? La mysticité est l'autre pôle
+ de cet aimant, dont Catulle et sa bande, poëtes brutaux et purement
+ épidermiques, n'ont connu que le pôle sensualité. Dans cette
+ merveilleuse langue, le solécisme et le barbarisme me paraissent
+ rendre les négligences forcées d'une passion qui s'oublie et se
+ moque des règles. Les mots, pris dans une acception nouvelle,
+ révèlent la maladresse charmante du barbare du Nord, agenouillé
+ devant la beauté romaine. Le calembour lui-même, quand il traverse
+ ces pédantesques bégaiements, ne joue-t-il pas la grâce sauvage et
+ baroque de l'enfance?»--C. B.
+
+ Novis te cantabo chordis,
+ O novelletum quod ludis
+ In solitudine cordis.
+
+ Esto sertis implicata,
+ O femina delicata,
+ Per quam solvuntur peccata!
+
+ Sicut beneficum Lethe,
+ Hauriam oscula de te,
+ Quæ imbuta es magnete.
+
+ Quum vitiorum tempestas
+ Turbabat omnes semitas,
+ Apparuisti, Deitas,
+
+ Velut stella salutaris
+ In naufragiis amaris.
+ --Suspendam cor tuis aris!
+
+ Piscina plena virtutis,
+ Fons æternæ juventutis,
+ Labris vocem redde mutis!
+
+ Quod erat spurcum, cremasti;
+ Quod rudius, exæquasti;
+ Quod debile, confirmasti!
+
+ In fame mea taberna,
+ In nocte mea lucerna,
+ Recte me semper guberna.
+
+ Adde nunc vires viribus,
+ Dulce balneum suavibus
+ Unguentatum odoribus!
+
+ Meos circa lumbos mica,
+ O castitatis lorica,
+ Aqua tincta seraphica;
+
+ Patera gemmis corusca,
+ Panis salsus, mollis esca,
+ Divinum vinum, Francisca!
+
+
+
+
+EPIGRAPHES
+
+
+XIV
+
+VERS POUR LE PORTRAIT DE M. HONORE DAUMIER[8]
+
+ [8] Ces stances ont été faites pour un portrait de M. Daumier, gravé
+ d'après le remarquable médaillon de M. Pascal, et reproduit dans le
+ second volume de l'_Histoire de la caricature_, de M. Champfleury,
+ où cet écrivain a rendu justice au caricaturiste avec la raison
+ passionnée qui lui est habituelle.
+
+ (_Note de l'éditeur._)
+
+ Celui dont nous t'offrons l'image,
+ Et dont l'art, subtil entre tous,
+ Nous enseigne à rire de nous,
+ Celui-là, lecteur, est un sage.
+
+ C'est un satirique, un moqueur;
+ Mais l'énergie avec laquelle
+ Il peint le Mal et sa séquelle,
+ Prouve la beauté de son coeur.
+
+ Son rire n'est pas la grimace
+ De Melmoth ou de Méphisto
+ Sous la torche de l'Alecto
+ Qui les brûle, mais qui nous glace.
+
+ Leur rire, hélas! de la gaîté
+ N'est que la douloureuse charge;
+ Le sien rayonne, franc et large,
+ Comme un signe de sa bonté!
+
+
+XV
+
+LOLA DE VALENCE[9]
+
+ [9] Ces vers ont été composés pour servir d'inscription à un
+ merveilleux portrait de mademoiselle Lola, ballerine espagnole, par
+ M. Edouard Manet, qui, comme tous les tableaux du même peintre, a
+ fait esclandre.--La muse de M. Charles Baudelaire est si
+ généralement suspecte, qu'il s'est trouvé des critiques d'estaminet
+ pour dénicher un sens obscène dans le _bijou rose et noir_. Nous
+ croyons, nous, que le poëte a voulu simplement dire qu'une beauté,
+ d'un caractère à la fois ténébreux et folâtre, faisait rêver à
+ l'association du _rose_ et du _noir_.
+
+ (_Note de l'éditeur._)
+
+ Entre tant de beautés que partout on peut voir,
+ Je comprends bien, amis, que le désir balance;
+ Mais on voit scintiller en Lola de Valence
+ Le charme inattendu d'un bijou rose et noir.
+
+
+XVI
+
+SUR _LE TASSE EN PRISON_ D'EUGENE DELACROIX
+
+ Le poëte au cachot, débraillé, maladif,
+ Roulant un manuscrit sous son pied convulsif,
+ Mesure d'un regard que la terreur enflamme
+ L'escalier de vertige où s'abîme son âme.
+ Les rires enivrants dont s'emplit la prison
+ Vers l'étrange et l'absurde invitent sa raison;
+ Le Doute l'environne, et la Peur ridicule,
+ Hideuse et multiforme, autour de lui circule.
+
+ Ce génie enfermé dans un taudis malsain,
+ Ces grimaces, ces cris, ces spectres dont l'essaim
+ Tourbillonne, ameuté derrière son oreille,
+
+ Ce rêveur que l'horreur de son logis réveille,
+ Voilà bien ton emblême, Ame aux songes obscurs,
+ Que le Réel étouffe entre ses quatre murs!
+
+ 1842.
+
+
+
+PIECES DIVERSES
+
+
+XVII
+
+LA VOIX
+
+ Mon berceau s'adossait à la bibliothèque,
+ Babel sombre, où roman, science, fabliau,
+ Tout, la cendre latine et la poussière grecque,
+ Se mêlaient. J'étais haut comme un in-folio.
+ Deux voix me parlaient. L'une, insidieuse et ferme,
+ Disait: «La Terre est un gâteau plein de douceur;
+ Je puis (et ton plaisir serait alors sans terme!)
+ Te faire un appétit d'une égale grosseur.»
+ Et l'autre: «Viens! oh! viens voyager dans les rêves,
+ Au delà du possible, au delà du connu!»
+ Et celle-là chantait comme le vent des grèves,
+ Fantôme vagissant, on ne sait d'où venu,
+ Qui caresse l'oreille et cependant l'effraie.
+ Je te répondis: «Oui! douce voix!» C'est d'alors
+ Que date ce qu'on peut, hélas! nommer ma plaie
+ Et ma fatalité. Derrière les décors
+ De l'existence immense, au plus noir de l'abîme,
+ Je vois distinctement des mondes singuliers,
+ Et, de ma clairvoyance extatique victime,
+ Je traîne des serpents qui mordent mes souliers.
+ Et c'est depuis ce temps que, pareil aux prophètes,
+ J'aime si tendrement le désert et la mer;
+ Que je ris dans les deuils et pleure dans les fêtes,
+ Et trouve un goût suave au vin le plus amer;
+ Que je prends très-souvent les faits pour des mensonges,
+ Et que, les yeux au ciel, je tombe dans des trous.
+ Mais la Voix me console et dit: «Garde tes songes:
+ Les sages n'en ont pas d'aussi beaux que les fous!»
+
+
+XVIII
+
+L'IMPREVU[10]
+
+ [10] Ici l'auteur des _Fleurs du Mal_ se tourne vers la Vie Eternelle.
+
+ Ça devait finir comme ça.
+
+ Observons que, comme tous les nouveaux convertis, il se montre
+ très-rigoureux et très-fanatique.
+
+ (_Note de l'éditeur._)
+
+ Harpagon, qui veillait son père agonisant,
+ Se dit, rêveur, devant ces lèvres déjà blanches:
+ «Nous avons au grenier un nombre suffisant,
+ Ce me semble, de vieilles planches?»
+
+ Célimène roucoule et dit: «Mon coeur est bon,
+ Et naturellement, Dieu m'a faite très-belle.»
+ --Son coeur! coeur racorni, fumé comme un jambon,
+ Recuit à la flamme éternelle!
+
+ Un gazetier fumeux, qui se croit un flambeau,
+ Dit au pauvre, qu'il a noyé dans les ténèbres:
+ «Où donc l'aperçois-tu, ce créateur du Beau,
+ Ce Redresseur que tu célèbres?»
+
+ Mieux que tous, je connais certain voluptueux
+ Qui bâille nuit et jour, et se lamente et pleure,
+ Répétant, l'impuissant et le fat: «Oui, je veux
+ Etre vertueux, dans une heure!»
+
+ L'Horloge, à son tour, dit à voix basse: «Il est mûr,
+ Le damné! J'avertis en vain la chair infecte.
+ L'homme est aveugle, sourd, fragile comme un mur
+ Qu'habite et que ronge un insecte!»
+
+ Et puis, Quelqu'un paraît, que tous avaient nié,
+ Et qui leur dit, railleur et fier: «Dans mon ciboire,
+ Vous avez, que je crois, assez communié,
+ A la joyeuse Messe noire?
+
+ Chacun de vous m'a fait un temple dans son coeur;
+ Vous avez, en secret, baisé ma fesse immonde![11]
+ Reconnaissez Satan à son rire vainqueur,
+ Enorme et laid comme le monde!
+
+ [11] Voir à propos de la _messe_ et de la _fesse_, la _Sorcière_, de
+ Michelet, la _Monographie du Diable_, de Charles Louandre, le
+ _Rituel de la haute Magie_, d'Eliphas Lévi, et, en général, tous les
+ auteurs traitant de la sorcellerie, de la démonologie et du rit
+ diabolique.
+
+ (_Note de l'éditeur._)
+
+ Avez-vous donc pu croire, hypocrites surpris,
+ Qu'on se moque du maître, et qu'avec lui l'on triche,
+ Et qu'il soit naturel de recevoir deux prix,
+ D'aller au Ciel et d'être riche?
+
+ Il faut que le gibier paye le vieux chasseur
+ Qui se morfond longtemps à l'affût de la proie.
+ Je vais vous emporter à travers l'épaisseur,
+ Compagnons de ma triste joie
+
+ A travers l'épaisseur de la terre et du roc,
+ A travers les amas confus de votre cendre,
+ Dans un palais aussi grand que moi, d'un seul bloc
+ Et qui n'est pas de pierre tendre;
+
+ Car il est fait avec l'universel Péché,
+ Et contient mon orgueil, ma douleur et ma gloire!»
+ --Cependant, tout en haut de l'univers juché,
+ Un Ange sonne la victoire
+
+ De ceux dont le coeur dit: «Que béni soit ton fouet,
+ Seigneur! que la douleur, ô Père, soit bénie!
+ Mon âme dans tes mains n'est pas un vain jouet,
+ Et ta prudence est infinie.»
+
+ Le son de la trompette est si délicieux,
+ Dans ces soirs solennels de célestes vendanges,
+ Qu'il s'infiltre comme une extase dans tous ceux
+ Dont elle chante les louanges.
+
+
+XIX
+
+LA RANÇON
+
+ L'homme a, pour payer sa rançon,
+ Deux champs au tuf profond et riche,
+ Qu'il faut qu'il remue et défriche
+ Avec le fer de la raison;
+
+ Pour obtenir la moindre rose,
+ Pour extorquer quelques épis,
+ Des pleurs salés de son front gris
+ Sans cesse il faut qu'il les arrose.
+
+ L'un est l'Art, et l'autre l'Amour.
+ --Pour rendre le juge propice,
+ Lorsque de la stricte justice
+ Paraîtra le terrible jour,
+
+ Il faudra lui montrer des granges
+ Pleines de moissons, et des fleurs
+ Dont les formes et les couleurs
+ Gagnent le suffrage des Anges.
+
+
+XX
+
+A UNE MALABARAISE
+
+ Tes pieds sont aussi fins que tes mains, et ta hanche
+ Est large à faire envie à la plus belle blanche;
+ A l'artiste pensif ton corps est doux et cher;
+ Tes grands yeux de velours sont plus noirs que ta chair.
+ Aux pays chauds et bleus où ton Dieu t'a fait naître,
+ Ta tâche est d'allumer la pipe de ton maître,
+ De pourvoir les flacons d'eaux fraîches et d'odeurs,
+ De chasser loin du lit les moustiques rôdeurs,
+ Et, dès que le matin fait chanter les platanes,
+ D'acheter au bazar ananas et bananes.
+ Tout le jour, où tu veux, tu mènes tes pieds nus,
+ Et fredonnes tout bas de vieux airs inconnus;
+ Et quand descend le soir au manteau d'écarlate,
+ Tu poses doucement ton corps sur une natte,
+ Où tes rêves flottants sont pleins de colibris,
+ Et toujours, comme toi, gracieux et fleuris.
+ Pourquoi, l'heureuse enfant, veux-tu voir notre France,
+ Ce pays trop peuplé que fauche la souffrance,
+ Et, confiant ta vie aux bras forts des marins,
+ Faire de grands adieux à tes chers tamarins?
+ Toi, vêtue à moitié de mousselines frêles,
+ Frissonnante là-bas sous la neige et les grêles,
+ Comme tu pleurerais tes loisirs doux et francs,
+ Si, le corset brutal emprisonnant tes flancs,
+ Il te fallait glaner ton souper dans nos fanges
+ Et vendre le parfum de tes charmes étranges,
+ L'oeil pensif, et suivant, dans nos sales brouillards,
+ Des cocotiers absents les fantômes épars!
+
+ 1840.
+
+
+
+
+BOUFFONNERIES
+
+
+XXI
+
+SUR LES DEBUTS D'AMINA BOSCHETTI AU THEATRE DE LA MONNAIE, A BRUXELLES
+
+ Amina bondit,--fuit,--puis voltige et sourit;
+ Le Welche dit: «Tout ça, pour moi, c'est du prâcrit;
+ Je ne connais, en fait de nymphes bocagères,
+ Que celle de _Montagne-aux-Herbes-Potagères_.»
+
+ Du bout de son pied fin et de son oeil qui rit,
+ Amina verse à flots le délire et l'esprit;
+ Le Welche dit: «Fuyez, délices mensongères!
+ Mon épouse n'a pas ces allures légères.»
+
+ Vous ignorez, sylphide au jarret triomphant,
+ Qui voulez enseigner la valse à l'éléphant,
+ Au hibou la gaîté, le rire à la cigogne,
+
+ Que sur la grâce en feu le Welche dit: «Haro!»
+ Et que le doux Bacchus lui versant du bourgogne,
+ Le monstre répondrait: «J'aime mieux le faro!»
+
+ 1864.
+
+
+XXII
+
+A M. EUGENE FROMENTIN A PROPOS D'UN IMPORTUN QUI SE DISAIT SON AMI
+
+ Il me dit qu'il était très-riche,
+ Mais qu'il craignait le choléra;
+ --Que de son or il était chiche,
+ Mais qu'il goûtait fort l'Opéra;
+
+ --Qu'il raffolait de la nature,
+ Ayant connu monsieur Corot;
+ --Qu'il n'avait pas encor voiture,
+ Mais que cela viendrait bientôt;
+
+ --Qu'il aimait le marbre et la brique,
+ Les bois noirs et les bois dorés;
+ --Qu'il possédait dans sa fabrique
+ Trois contre-maîtres décorés;
+
+ --Qu'il avait, sans compter le reste,
+ Vingt mille actions sur le _Nord_;
+ --Qu'il avait trouvé, pour un zeste,
+ Des encadrements d'Oppenord;
+
+ --Qu'il donnerait (fût-ce à Luzarches!)
+ Dans le bric-à-brac jusqu'au cou,
+ Et qu'au Marché des Patriarches
+ Il avait fait plus d'un bon coup;
+
+ --Qu'il n'aimait pas beaucoup sa femme,
+ Ni sa mère;--mais qu'il croyait
+ A l'immortalité de l'âme,
+ Et qu'il avait lu Niboyet![12]
+
+ [12] Nous ne savons pas ce que vient faire ici M. Niboyet; mais M.
+ Baudelaire n'étant pas un esclave de la rime, nous devons supposer
+ que l'_importun_ s'est vanté d'avoir lu les oeuvres de M. Niboyet,
+ comme ayant tous les courages.
+
+ (_Note de l'éditeur._)
+
+ --Qu'il penchait pour l'amour physique,
+ Et qu'à Rome, séjour d'ennui,
+ Une femme, d'ailleurs phtisique,
+ Etait morte d'amour pour lui.
+
+ Pendant trois heures et demie,
+ Ce bavard, venu de Tournai,
+ M'a dégoisé toute sa vie;
+ J'en ai le cerveau consterné.
+
+ S'il fallait décrire ma peine,
+ Ce serait à n'en plus finir;
+ Je me disais, domptant ma haine:
+ «Au moins, si je pouvais dormir!»
+
+ Comme un qui n'est pas à son aise,
+ Et qui n'ose pas s'en aller,
+ Je frottais de mon cul ma chaise,
+ Rêvant de le faire empaler.
+
+ Ce monstre se nomme Bastogne;
+ Il fuyait devant le fléau.
+ Moi, je fuirai jusqu'en Gascogne,
+ Ou j'irai me jeter à l'eau,
+
+ Si dans ce Paris, qu'il redoute,
+ Quand chacun sera retourné,
+ Je trouve encore sur ma route
+ Ce fléau, natif de Tournai.
+
+ Bruxelles, 1865.
+
+
+XXIII
+
+UN CABARET FOLATRE SUR LA ROUTE DE BRUXELLES A UCCLE
+
+ Vous qui raffolez des squelettes
+ Et des emblêmes détestés,
+ Pour épicer les voluptés,
+ (Fût-ce de simples omelettes!)
+
+ Vieux Pharaon, ô Monselet![13]
+ Devant cette enseigne imprévue,
+ J'ai rêvé de vous: _A la vue
+ Du Cimetière, Estaminet!_
+
+ [13] La malice est cousue de fil blanc; tout le monde sait que M.
+ Monselet fait profession d'aimer à la rage le rose et le gai.--Un
+ jour M. Monselet reprochait à M. Baudelaire d'avoir écrit ce vers
+ abominable, à propos d'un pendu dont les oiseaux ont crevé le
+ ventre:
+
+ Ses intestins pesants lui coulaient sur les cuisses.
+
+ «Mais, dit le poëte impatienté, je ne pouvais pas faire autrement.
+ Le sujet voulait cela. Qu'auriez-vous préféré à cette image?--Une
+ rose!» répondit M. Monselet.
+
+ Cependant il ne faudrait pas croire que l'indispensable mélancolie
+ ne perce pas de temps en temps sous ce vernis anacréontique. Nous
+ avons vu récemment une petite composition de lui, où, se reprochant
+ d'avoir rebuté une pauvresse, le poëte se met à sa recherche, et ne
+ se couche que tout triste de ne l'avoir pu retrouver. Cette pièce
+ est d'un homme vraiment sensible, même à jeun.
+
+ Regrettons que M. Monselet ne cède pas plus souvent à son
+ tempérament lyrique, qu'une gaîté, tant soit peu artificielle, a
+ trop souvent contrarié.
+
+ (_Note de l'éditeur._)
+
+
+
+TABLE
+
+ Avertissement de l'éditeur I
+
+LES EPAVES
+
+ I--Le Coucher du soleil romantique. 3
+
+PIECES CONDAMNEES, TIREES DES _FLEURS DU MAL_.
+
+ II--Lesbos. 11
+ III--Femmes damnées.--Delphine et Hippolyte. 21
+ IV--Le Léthé. 33
+ V--A celle qui est trop gaie. 39
+ VI--Les Bijoux. 45
+ VII--Les métamorphoses du Vampire. 51
+
+GALANTERIES.
+
+ VIII--Le Jet d'eau. 59
+ IX--Les Yeux de Berthe. 65
+ X--Hymne. 69
+ XI--Promesses d'un visage. 75
+ XII--Le Monstre. 81
+ XIII--Franciscæ meæ laudes. 91
+
+EPIGRAPHES.
+
+ XIV--Vers pour le portrait de M. Honoré Daumier. 101
+ XV--Lola de Valence. 107
+ XVI--Sur _le Tasse en prison_, d'Eugène Delacroix. 111
+
+PIECES DIVERSES.
+
+ XVII--La Voix. 117
+ XVIII--L'imprévu. 123
+ XIX--La Rançon. 131
+ XX--A une Malabaraise. 135
+
+BOUFFONNERIES.
+
+ XXI--Sur les débuts de mademoiselle Amina Boscheti. 143
+ XXII--A propos d'un importun. 147
+ XXIII--Un Cabaret folâtre. 155
+
+FIN DE LA TABLE.
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Les épaves de Charles Baudelaire, by
+Charles Baudelaire
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES ÉPAVES DE CHARLES BAUDELAIRE ***
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+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
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+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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