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+The Project Gutenberg EBook of Le trésor de la cité des dames de degré en
+degré et de tous estatz, by Christine de Pisan
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+
+Title: Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz
+
+Author: Christine de Pisan
+
+Release Date: September 13, 2008 [EBook #26608]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE TRESOR DE LA CITE ***
+
+
+
+
+Produced by Carlo Traverso, Laurent Vogel and the Online
+Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
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+Le tresor de la cité des dames de degré en degré: et de tous estatz
+selon dame cristine
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+Prologue.
+
+
+Et si par divin vouloir l'estat de majesté royalle & de seigneurie est
+eslevé sur tous estatz mondains & que a la conduyte & doctrine d'iceluy
+soit regi & gouverné le petit & menu peuple pour au monde estre en union
+paix & concorde / bien licite est & convenable que ceulx et celles tant
+femmes comme hommes que dieu a establis es haulx sieges de puissance &
+domination de tant plus soient mieulx moriginés que autre gent & aornés
+de belles doctrines & de bonnes meurs affin que la reputation de eulx en
+soit plus venerable / & que comme ilz sont ensuys et imitez aux choses
+mondaines et temporelles / pareillement en vie spirituelle soient a
+toutes gens miroir & exemple de toutes beneuretez & faitz vertueux. Et
+pource ma treschiere & tressouveraine dame Anne Royne de france
+treschrestienne que vostre tresbenigne et royalle majesté tousjours
+desire veoir bonnes choses et vertueuses. Je vostre treshumble et
+tresobeissant serviteur a l'honneur & magnificence de vostre
+trestriumphante souveraine je ay fait le livre des trois dames de
+vertus / c'est assavoir Raison droicture & justice souveraines dames de
+la noble cité des dames de vertus. Lequel livre fist & composa
+tresredoubtee dame cristine a l'enseignement et exhortacion des Roynes
+haultes dames et princesses par le commandement d'icelles nobles vertus.
+Ad ce que lesdictes Roynes haultes dames & princesses soyent convocquees
+a estre souveraines citoyennes / et comme telles mises & fichees en la
+noble cité des dames de vertus. Et a l'exemple d'icelles les aultres
+dames / damoiselles / bourgoises et femmes de commun peuple. Et si
+demontre comment les bonnes princesses doivent aymer et craindre dieu
+pour le premier et principal enseignement. Et qu'elles doivent prendre
+le bon & saint advertissement qui vient pour l'amour & crainte de
+nostreseigneur. Avecques plusieurs beaulx & vertueux enseignemens
+contenus en celuy livre. Ainsi que vostre tresglorifique et beneuree
+dignité en lisant le livre ou faisant lire par maniere de recreation
+pourra veoir & congnoistre.
+
+¶ Or dit dame cristine.
+
+Aprés ce que j'eus edifié a l'aide & par le commandement des trois dames
+de vertus / c'est assavoir Raison droicture & justice la cité des dames
+par la forme & maniere que au contenu de ladicte cité est declairé. Je
+comme personne, travaillee de si grant labeur avoir accomply et mis sus
+mes membres & mon corps lassé pour cause du long & continuel excercite
+estant en oyseuse et querant repos s'apparurent a moy gueres ne
+tarderent les dessusdictes trois glorieuses en disant toutes trois
+parolles d'une mesmes substance en telle maniere. Comment fille d'estude
+as tu ja remis & fiché en mue l'ostil de ton entendement & delaissé en
+secheressse encre plume & le labour de ta main dextre auquel tant te
+soulois deliter. Veulx tu doncques donner oreille a la leçon de paresse
+qui te chantera se croyre le veulx / tu as assez fait / temps est que tu
+te reposes Comme ne scés / tu que doncques dit / que quoy que
+l'entendement du sage aprés grant labeur se repose. Si n'est il nul
+temps remis d'aulcune bonne oeuvre / non mie a toy appartient estre au
+mombre d'iceulx qui emmy chemin sont trouvés recreans. Male honte ayt
+chevalier qui se despart de la bataille ains la fin de la victoire. Car
+a ceulx appartient la couronne de lorier qui perseverent. Or sus baille
+ta main dresse toy / plus ne soyes accopie en la pouldriere de
+recreantise. Entens nos sermons et tu feras bonne oeuvre / nous ne
+sommes encores ressasiees ou saoulees de te mettre en besongne comme
+chamberiere de nos vertueux labours avons advisé preparlé & conclud au
+conseil de vertu et a l'exemple de dieu qui au commencement du siecle
+qu'il eut creé vit son oeuvre bonne / la beneist. Puis fist homme &
+femme & les animaulx. Ainsi nostredicte oeuvre precedente / ceste de la
+cité des dames qui est bonne & utile soit benie et exaulcee par tout
+l'universel monde que encores a l'acroissement d'icelle nous plaist que
+tout ainsi comme le sage oyseleulx apppreste sa cage ains qu'il prengne
+ses oyselons. Voulons que aprés ce que le heberge des dames honnorees
+est faicte et preparee soyent semblablement que devant par tout ayde
+pourpensés faitz & quis engins trebuchetz & rethz beaulx & nobles laciez
+& ouvrez a neudz d'amours que nous te livrerons & tu les estendras par
+la terre es lieux & es places et es angletz par ou les dames &
+generallement toutes femmes passent et courent affin que celles qui sont
+farouches et dures a dominer puissent estre happees prinses & trebuchees
+en nos latz si que nulle ou pou qui s'embate ne puisse eschapper & que
+toutes ou la plus grant partie d'elles soyent fichees en la caige de
+nostre glorieuse cité / ou le doulx chant aprengnent de celles qui desja
+y sont hebergees comme souveraines / et qui sans cesser deschantent
+alleluya avecques la teneur des beneurés anges. Lors moy christine oyant
+les voix series de mes tresreverables maistresses remplye de joye en
+tressaillant / tost me dreçay & agenoillee devant elles m'offry a
+l'obeissance de leurs dignes vouloirs. Et adonc je receu d'elles tel
+commandement. Pren ta plume & escrips. Beneurez seront celles qui
+habiteront en nostre cité pour acroistre le nombre des cytoyens de
+vertu. A tout le college femenin & a leur devote religion soit notifié
+le sermon et la leçon de sapience. Et tout premierement aux roynes
+princesses & haultes dames. Et puis ensuyvant de degré en degré
+chanterons semblablement nostre doctrine aux autres dames en toutes les
+damoiselles & estatz des femmes affin que la discipline de nostre
+escolle puisse estre a tous vaillable.
+
+¶ Cy finist le prologue
+
+
+
+
+¶ Cy commence la table de ce present livre du tresor de la cité des
+dames / & contient trois parties a la premiere y a .xxvi. chapitres A la
+deuxiesme .xiiii. chapitres / & a la troisiesme & derniere partie xiiii.
+chapitres. Et premierement.
+
+¶ Comment les haultes roynes & princesses doivent aymer & craindre dieu
+Chap. premier.
+
+¶ Comment les temptations pevent venir a haulte princesse. Chapitre. ii.
+
+¶ Comment la bonne princesse qui aymera & craindra nostreseigneur pourra
+resister aux temptations par divine inspiration. Chapitre. iii.
+
+¶ Le bon & saint advertissement & congnoissance qui vient a la bonne
+princesse par l'amour & crainte de nostreseigneur. chap. iiii.
+
+¶ Des deux sainctes vies / c'est assavoir de la vie active & de la vie
+comtemplative. chap. v.
+
+¶ Cy devise la voye que la bonne princesse se delibere a tenir. Chapitre
+vi.
+
+¶ Comment la bonne princesse vouldra attraire a soy toutes vertus. Cha.
+vii.
+
+¶ Comment la saige princesse ou dame se peinera de mettre la paix entre
+le prince & les barons s'il y a aulcun discord. cha. viii.
+
+¶ Des voyes de devote charité que la bonne princesse tiendra. Chapitre.
+ix.
+
+¶ Des enseignemens moraulx que prudence mondaine prendra a la saige
+princesse. chap. x.
+
+¶ La maniere de vivre de la saige princesse par l'admonnestement de
+prudence. chap. xi.
+
+¶ Des sept principaulx enseignemens de prudence qui sont necessaires a
+retenir a toute princesse qui ayme honneur. le premier est comment se
+tiendra vers son seigneur generallement & particulierement. chap. xii.
+
+¶ Le deuxiesme enseignement de prudence qui est comment la saige
+princesse se contiendra vers les parens & amys de son seigneur Chapitre.
+xiii.
+
+¶ Le troisiesme enseignement de prudence qui est comment la sage
+princesse sera songneuse de se prendre garde sur l'estat & gouvernement
+de ses enfans. chap. xiiii.
+
+¶ Le quatriesme enseignement de prudence qui est comment la princesse
+tiendra discrette maniere vers ceulx qui ne l'aymeront pas & qui auront
+envye sur elle. chap. xv.
+
+¶ Le .v. enseignement de prudence qui est comment la sage princesse
+mettra peine comment elle soit en la grace & benivolence de tous les
+estatz de ses subjetz. chap. xvi.
+
+¶ Le .vi. enseignement comment la sage princesse tiendra en belle
+ordonnance les femmes de sa court. cha. xvii.
+
+¶ Le .vii. enseignement devise comment la sage princesse se prendra
+garde sur ces revenues & de ses finances & de l'estat de sa court.
+Chapitre. xviii.
+
+¶ En quelle maniere se doit estendre sa largesse et liberalité de la
+saige princesse. chap. xix.
+
+¶ Les excusations qui affierent aux bonnes princesses qui ne pourroyent
+pour aucunes causes mettre a effect les choses dessusdictes. chap. xx.
+
+¶ Du gouvernement a la sage princesse demouree vefve. ch. xxi.
+
+¶ De ce mesmes a l'enseignement des jeunes princesses vefves. Chapitre.
+xxii.
+
+¶ Du gouvernement qui doit estre baillé & tenu a jeune princesse
+nouvelle mariee. chap. xxiii.
+
+¶ Les manieres que la sage dame ou damoiselle qui a en gouvernement
+jeune princesse doit tenir pour maintenir sa maistresse en bonne
+renommee & en l'amour de son seigneur. chap. xxiiii.
+
+¶ De la jeune haulte dame qui se vouldroit esvoyer en folle amour &
+l'enseignement que prudence donne a la dame ou damoiselle qui l'aura en
+gouvernement. chap. xxv.
+
+¶ La maniere des lectres que la sage dame peut envoyer a sa maistresse.
+chapitre xxvi.
+
+¶ Cy commence la deuxiesme partie de ce livre laquelle s'adresse aux
+dames & damoiselles Et premierement a celles qui demeurent a court de
+princesse ou haulte dame.
+
+¶ Le premier chapitre parle comment les trois dames / c'est assavoir /
+raison / droicture & justice recapitullent en brief ce qui est dit
+devant. chap. xxvii.
+
+¶ Des quatre pointz les deux bons a tenir / & les deux autres a
+eschever. & comment dames & damoiselles de court doyvent aymer leur
+maistresse & ce est le premier point. chap. xxviii.
+
+¶ Le deuxiesme point qui est bon a tenir aux femmes de court qui est
+comment elles doyvent eschever trop d'acointances. chap. xxix.
+
+¶ Le .iii. point qui est le premier des deux qui sont a eschever parlant
+de l'envye qui regne en court & dequoy elle vient. chap. xxx.
+
+¶ De ce mesmes enseignement aux femmes comment se garderont entre elles
+d'avoir le vice d'envye. chap. xxxi
+
+¶ Le .iiii. point qui est le deuxiesme des deux qui sont a eschever &
+parle comment femmes de court se doivent bien garder de mesdire et de
+quelle chose vient mesdit ne a quelle cause ne occasion. Chapitre. xxxii
+
+¶ De mesmes comment femmes de court se doyvent bien garder de dire mal
+de leur maistresse. chap. xxxiii
+
+¶ Comment il ne appartient a femmes de diffamer l'une l'autre ne dire
+mal. chap. xxxiiii.
+
+¶ Des dames baronnesses la maniere du sçavoir qui leur appartient. chap.
+xxxv.
+
+¶ Comment il appartient que les dames & damoiselles qui demeurent sur
+les manoirs se gouvernent au fait de mesnage. ch. xxxvi.
+
+¶ Des dames qui sont oultrageuses en leurs habitz atours et habillemens.
+chap. xxxvii.
+
+¶ Contre l'orgueil d'aucunes. chap. xxxviii
+
+¶ Des manieres qui appartiennent a dames de religion. c. xxxix.
+
+¶ Cy commence la tierce partie.
+
+¶ Comment tout ce qui est dit devant peut toucher aussi bien les unes
+comme les autres des femmes & de la maniere & gouvernement que femme
+d'estat doit tenir au fait de son mesnage. Chapitre. xl.
+
+¶ Comment femmes d'estat doivent estre ordonnees en leur habit et
+comment se garderont de ceulx qui tachent a les decevoir. Chapitre. xli.
+
+¶ Des femmes des marchans. chap. xlii.
+
+¶ Des femmes vefves vieilles & jeunes. chap. xliii.
+
+¶ Des jeunes filles & vieilles estans en l'estat de virginité. Chapitre.
+xliiii.
+
+¶ Comment anciennes femmes se doyvent maintenir vers les jeunes & des
+meurs que avoir doyvent. chap. xlv
+
+¶ Comment jeunes femmes se doivent maintenir vers les anciennes. chap.
+xlvi.
+
+¶ Des femmes des mestiers / comment gouverner se doyvent. Chapitre.
+xlvii.
+
+¶ Des femmes servantes & chamberieres. chap. xlviii
+
+¶ Des femmes de folle vie. chap. xlix.
+
+¶ Des femmes honnestes & chastes. chap. l.
+
+¶ Des femmes des laboureurs. chap. li.
+
+¶ De l'estat des povres. chap. lii.
+
+¶ La fin & conclusion du livre. chap. liii.
+
+¶ Cy fine la table de ce present livre.
+
+
+
+
+¶ Cy commence le livre que fist dame cristine pour toutes roynes haultes
+dames & princesses. Et premierement. Comment ilz doyvent aymer et
+craindre dieu. chap. premier.
+
+
+De par nous troys seurs filles de dieu nommees raison / droicture / &
+justice. a toutes princesses empereys / roynes / duchesses / & haultes
+dames en domination regnans sur la terre crestienne & generalement a
+toutes femmes. Salut & dilection. Sçavoir faisons que comme amour
+charitable nous contraigne a desirer le bien & accroissement l'honneur &
+prosperité de l'université des femmes & a vouloir le decheement &
+destruction de toutes les choses qui y pourroyent empescher / sommes
+meuz a vous declairer & dire parolles de doctrine. Venes doncques toutes
+a l'escolle de sapience dames esleues es haultz estatz & n'ayez honte
+pour vous grandeurs de vous humilier & descendre aseoir bas pour ouÿr
+noz leçons. Car selon la parolle de dieu Qui se humiliera sera exaulcé
+quel chose est il en ce monde plus plaisant ne plus delectable a ceulx
+qui desirent richesses mondaines / que or & pierres precieuses. mais ne
+leur pourroient mye pourtant si embellir que font vertus aux corps qui
+desirent bien vivre. car de tant que vertus sont plus nobles pource que
+elles durent sans fin. & sont les tresors de l'ame qui est perpetuel &
+les autres passent comme fumee de tant ceulx qui le goust en sentent &
+assaveurent les desirent ardamment plus que autre chose mondaine ne
+pourroit estre desiree. Et doncques n'appartient il a ceulx & a celles
+qui sont assis par grace & bonne fortune es plus haultz estatz que ilz
+soyent servis de tresmeilleurs choses. Et pource que vertus sont les
+maitz de nostre table nous plaist il en distribuer premierement a celles
+a qui nous parlons. C'est assavoir ausdictes princesses se fera le
+fondement de nostre doctrine tout premierement sur l'amour de crainte de
+nostreseigneur. Car celuy point est le principe de sapience dont toutes
+les autres vertus yssent & dependent. Entendés doncques princesses &
+dames honnorees sur la terre comment tout premierement sur toutes choses
+vous advint amer & craindre nostreseigneur. Amer pourquoy pour son
+infinie bonté & les tresgrans benefices que vous en recevés. Et craindre
+pour sa divine & saincte justice qui riens ne laisse impugny. Et si
+ceste amour & crainte avés bien devant les yeulx / sans faulte vous
+estes au chemin qui conduyra au lieu dont nous vous preschons c'est
+assavoir aux vertus. Or est il ainsi & n'est nulle doubte que il
+convient que tout cueur qui bien ayme le demonstre par oeuvre. Sicomme
+il mesme dit en l'evangille. Les ouailles de mon pere me ayment / & je
+les garde Cest a dire que les creatures qui l'ayment suyvent les traces
+que sont de vertu & il les garde de tous perilz / doncques est il ainsi
+qui la princesse qui l'aymera le demonstrera si que pour quelconques
+charges ou occupations que elle ayt a cause de la magnificence de son
+estat ne se departira devant les yeulx la lumiere de droit chemin.
+Laquelle lumiere se combatra contre les temptations & tenebres de pechés
+& de vices & les vaincra & chassera selon la maniere que cy aprés est
+contenue.
+
+
+
+
+¶ Cy devise la maniere des temptations qui pevent venir a haulte
+princesse. Chapitre .ii.
+
+
+Quant la princesse ou haulte dame sera en son lict au matin reveillee de
+son somme / & elle se verra couchee en son lit mol entre souefz draps
+environnee de riches paremens & de toutes choses pour ayse du corps
+dames & damoiselles entour elle qui l'ueil n'ont a autre chose fors a
+adviser que riens ne lui faille de tous delices prestes de courir a elle
+si elle souspire tant soit soit petit / ou s'elle sonne mot / les
+genoulx flexis pour luy administrer tout service & obeir a tous ses
+commandemens. Adonc souventesfois adviendra que temptation l'assauldra
+qui luy chantera la leçon. Beau sire dieu est il en ce monde plus grant
+maistresse de toy / ne plus auctorisee. de qui dois tu tenir compte ne
+iroyes tu devant les autres ceste cy celle la quoy que elle soit mariee
+a hault prince n'est point acomparee a toy / tu es plus riche ou plus
+haultement en lignage / ou plus prisee pour tes enfans plus crainte et
+plus renommee & auctorisee pour la puissance de ton seigneur. Qui seroit
+ce doncques qui te oseroit faire quelconque desplaisir / ne t'en
+vengerois tu pas bien par telle puissance et par telle. Il n'est si
+grant doncques tu ne venisse bien a chief. Toutesfois tieulx & tieulx ou
+telles & telles ont eu arrogance contre toy & ont cuydé par leur
+oultrecuydance povoir a toy. & ont fait telz & telz choses en ton
+desplaisir & prejudice. si t'en vengeras se tu peux ung temps viendra. &
+a ce pourras tu moult bien faire par tel ayde & par telle puissance /
+mais que convient il a ce faire nul ne fait riens tant soit grant
+maistre ne riens n'est craint s'il n'a argent & grant finance. Si te
+convient mettre peine a amasser tresor affin que en ton besoing tu t'en
+puisses ayder / c'est le meilleur amy & plus seur moyen que tu puisses
+avoir. qui sera celluy qui te desobeyra mais que tu ayes largement que
+donner. pose que n'en donnasses se petit non. Si seroys tu voulentiers
+servie en esperance & attendant d'en avoir mieulx puis que renom seroit
+de ta richesse. Or soit elle morte qui ne tirera doncques a soy a toutes
+mains qui que en soy grevé ne a qui il en desplaise. Ce pourras tu bien
+faire mais que peine y mettes que as tu affaire si on en parle telz
+parleurs ne te pevent nuyre ne grever. Quel soussy doibs tu avoir. Il ne
+te fault sinon adviser a toutes choses qui plaire te pourront. Tu n'as
+que ta vie en ce monde / vis a repos / de quoy te doibs tu embesongner
+vins & viandes ne te pevent faillir / de ce peuz tu avoir a ta plaisance
+& tous autres delices. Brief il ne te fault penser fors d'avoir toute la
+joye et tous les esbatemens que tu pourras en ce monde. Nul n'a bon
+temps s'il ne le se donne / aulcune gratieuse pensee te fault avoir qui
+te resjouyra pour qui seras jolye / tieulx robbes tieulx paremens &
+tieulx joyaulx tieulx abillemens / ainsi & ainsi fais et de tel devise
+te fault avoir / tu n'en as nulz de si noble façon.
+
+
+
+
+¶ Cy devise comment la bonne princesse qui aymera & craindra nostre
+seigneur pourra resister aux temptations par divine insparation.
+Chapitre .iii.
+
+
+Toutes les choses dessusdictes ou les semblables sont les metz que
+temptation administre a toute creature vivant en ayse & delices / mais
+que fera la bonne princesse quant ainsi temptee se sentira Adoncques
+sauldra en place l'amour et crainte de nostre seigneur dieu jhesucrist
+qui luy chantera une autre leçon en disant en ceste maniere. Ha fole
+musarde mal advisee que as tu pensé en petit de heure avoyes oublié la
+congnoissance de toymesmes / ne scés tu pas bien que tu es une miserable
+et povre creature fresle debile & subjecte a toutes enfermetez a toutes
+passions maladies & autres douleurs que corps mortel peut souffrir /
+quel avantage as tu ne que ung autre / neant plus que auroit ung tas de
+terre couvert d'ung parement de celluy qui seroit soubz une povre
+flessoie. Ha dolente creature encline a pecher & a tout vice te veulx tu
+doncques mescongnoistre & oublier comment ce chetif vessel vuit de toute
+vertu qui tant veult d'honneurs & d'aises deffauldra & mourra en peu de
+terme sera viande aux vers / & aussi bien pourrira en terre que celluy
+de la plus povre femme qui soit & que la lasse ame n'en portera riens ne
+mais le bien ou le mal que le chetif corps aura commis sur terre / que
+te vauldront lors honneurs avoirs ne ton grant parenté desquelles choses
+en ce monde tu te aloses te yront ilz secourir en la peine ou tu seras
+si tu as mal vescu en ce monde / certes non Ainçoys tout ce dequoy tu
+auras mal use te tournera a ruyne Helasse dolente mieulx fust pour toy
+avoir usé ta vie en l'estat d'une trespovre femme que estre eslevee en
+tant d'estas qui seront / se tu ne t'en prens garde / la cause de ta
+dampnation. Car forte chose seroit d'estre entre les flammes sans
+brusler. Ne scés tu que dieu dist en l'evangile. que les povres seront
+bieneurez / et que le royaulme des cieulx est pour eulx. Et ailleurs il
+dist que neant plus que ung chamel chargié entreroit au pertuys de
+l'eguille n'iroit ung riche en paradis. O dolente tu es si aveugle que
+tu n'avises ton grant peril / mais ce fait le grant orgueil qui pour
+cause de ses vains honneurs ou tu te vois envelopé estaint en toy si
+toute raison que te semble il que tu ne cuydes mye seullement estre
+princesse ne grant dame / mais comme une droicte deesse en ce monde. Ha
+ce faulx orgueil comment le seuffres tu en toy et si scés par le raport
+de l'escripture dieu le hayt tant qu'il ne le peut souffrir. Car pour
+celle cause tresbucha il lucifer le prince des ennemys du ciel en enfer.
+Et certes aussi fera il toy se tu ne te gardes. O orgueil racine de tous
+maulx certainement je congnois que de toy viennent tous les aultres
+vices et ce puis je congnoistre en moymesmes / car pour cause de toy &
+non pour autre achoison je suis souvent embatue en ire desirant
+vengance / sicomme je pensoye nagueres. & me fais sembler que je doye
+estre redoubtee & prisee sur toutes les autres / & que je doye chascun
+supediter & que pource je ne doy riens souffrir qui me desplaise / mais
+tantost me venger tant soit le meffait petit. O vent perilleux en fleure
+de couraige boce plaine de venin & de pourriture la chair ou tu es
+fichee est en plus grant adventure que celle ou est la boce qui vient
+d'epidimie. Perverse creature tu desire vengeance pource que il te
+semble que es si grant que nul quoy que tu faces ne doit oser contredire
+ne groucier a tes vouloirs / mais ton aveuglee ygnorance conduycte
+d'orguelleuse arrogance te fait mecongnoistre comment toute personne
+soit grant ou petite qui mauvaisement use ses jours dessert que toute
+chose luy doye estre contraire si n'avises point en toy comment tu as
+desservy & dessers par la maniere que tu tiens que tu ne soyes point en
+la grace de maint. Par-*quoy n'est sans cause se plusieurs sont rebelles
+et contredisans a tes voulentés & opinions & ainsi ton tort tu n'avises
+point. Mais a tous propos quoy que tu faces te semble qu'il te laise a
+supediter toutes autres voulentes & oppinions Et si aucuns y regibent ou
+contredient tu les hés & pourpenses mal contre eulx & leur pourchasses
+en secret ou en appert sans adviser le mal & le tresgrant peril qui s'en
+pourroit ensuyvre a toy mesmes en ame & corps & a infinis autres / ou si
+tu ne leur pourchasse pource que tu ne peuz au moins leur portes tu
+mortel haine. En ce desloyal orgueil qui te fiche en la mer de perdicion
+ne te met il aussi en teste a cause des boubans pour le desirer de
+povoir accomplir ou tes vengences ou autres superfluités / comme tu
+amasseras tresors sans regard de conscience. Ha doloreux tresor c'est
+chose comme impossible que tu puisses estre amassé sans le prejudice de
+plusieurs & contre leur vouloir pour alouer maulvaisement a ton
+singulier vouloir. Saiches certainement & ne doubte du contraire que
+l'avoir acquis & amasse indeuement tu ne useras ja joyeusement. Car la
+ou tu l'auras assemblé en entente de l'employer en aucunes choses a ton
+plaisir dieu t'envoyera d'aultre costé tant d'adversité ou de maladies
+ou d'autre charges que il conviendra que ce mauldit tresor soit desploye
+& mis en usage doloreux tout au contraire de ce que tu pensoyes. que
+feras tu doncques de ce maudit tresor l'emporteras tu quant tu mourras.
+Certes non ne mais autant que tu emporteras la charge de ce que
+malacquis & usé l'auras. Mais regarde de rechief ou t'a bouté & empaint
+ce maudit orgueil pource qu'il te fait acroire que tu passez les autres
+en grandeur & auctorité. il fait ton cueur & de frire de paour que autre
+te puisse actaindre & avenir en si hault estat que tu es. Pource que il
+te fait tousjours desirer a estre la plus grant & s'il advient que tu
+voyes ou saches personne plus ou tant auctorisee ou honnoré nulle peine
+ne pourroit estre plus grande que le dueil que ton cueur emporte & ce te
+faict devenir mesdisant ireuse & rancuneuse une autre infernalle flamete
+te met orgueil en couraige. C'est que tu dis a toymesmes tu n'as mestier
+de labourer ne de riens faire il ne te fault ne mais querir tes ayses
+gesir grant matinee / puis aprés disner & reposer visiter tes coffres a
+tes joyaulx & a tes paremens ce doit estre ton ouvrage. Et ainsi
+maleureuse forcenee creature que tu es te semble il que dieu qui a donné
+le temps a toute personne pour employer a bon usaige t'aye donné
+auctorité de le passer en oyseuse plus que ung autre. Ha meschante
+creature & tu as ouÿ prescher aultre-*fois que saint bernard sur
+cantiques dit que oysiveté est la mere de toutes truffes & la marastre
+des vertus. C'est celle qui mesmement l'omme fort & constant fait
+tresbucher en peché qui estaint toutes les vertus nourrist orgueil &
+fait le chemin d'enfer mais encore que advient il. Cestuy orgueil qui
+ainsi te fait querir tes aises / et iceulx aises qui tant nourrissent
+cel orgueil te font desirer les lescheries friandes en boires & en
+mengiers / non mye des choses communes ne de viandes acoustumees. car de
+ce es tu toute ennuyee / mais il fault que les queux pour te complaire &
+pour bien desservir leurs gages pourpensent saveurs saulces & mistions
+nouvelles pour plus plaire la viande a ton goust & ainsi des vins. Ha
+doloreuse fault il ainsi emplir ce sac qui est viande a vers & vassel de
+toute iniquité. Mais que en advient il quant il est ainsi emply que
+demande il se maistre dieu tout ainsi que la bouche qui est le
+nourrissement du feu lescherie & friandise & superfluités de vins & de
+viandes est le nourrissement de charnalité c'est ce qui enflame
+l'orgueil & qui fait encliner le courage a desirer en toutes voyes tout
+ce qui au corps peut deliter / & certes la chair ainsi nourrie ressemble
+le cheval lequel quant son maistre a bien tasché a l'engresser il est si
+dru et si mignot que quant il se cuide aider il ne le peut tenir & le
+maine maulgré qu'il en ait les voyes qui luy sont prejudiciables & a la
+fin par son regibement et par ses saulx luy rompt le col. Tout ainsi tue
+l'ame & les vertus le corps trop souef nourry & engressé de viandes
+lecheresses mais l'orgueil qui se fiche en ce gras nourrissement te
+faict tant desirer et vouloir superflux habitz joyaulx et paremens que a
+pou tu ne penses a autres choses ne quoy qu'il doye couster ne dont il
+doyve venir comment que tu les ayes a ton vouloir. Et avec cestuy vice &
+les autres inconveniens malhonnestes et infinis ou il te maine il te
+faict tant estre desdaigneuse et dangereuse a servir que a peine pourra
+l'en trouver joyel habit ou parement qui te puist souffrir ne ou on ne
+treuve a redire et ne sera ame qui te puisse faire ton gré & avecques
+toutes ces choses tu es si oultrecuidee & presumptueuse que il ne te
+semble mye que a peine dieu ny autre chose quelconques te peust grever.
+O miserable chetive & adveuglee creature comment peut avoir en toy tant
+de force cest oultrageulx orgueil que il te fait oblier les pugnitions
+de dieu nonobstant qu'il te seuffre si longuement demourer plungé en
+tant de deffaulx sans te payer de tes desertes / mais ne sçay tu que ung
+saint docteur dit que de tant que la vengence de dieu plus retarde a
+venir de tant est elle plus perilleuse quant elle vient / ainsi comme
+l'arc qui est le plus fort tendu de tant est la fleche plus perçant
+quant elle vient / as tu oublyé comme nostreseigneur pugnit par son
+orgueil nabugodonosor qui estoit roy de babiloine & si grant prince que
+il ne redoubtoit tout le monde semblablement le grant roy de perse
+anthiochus. & aussi l'empereur xercés & grant nombre d'autres qui tant
+estoyent grans & puissans que il n'estoit quelconque chose au ciel ne en
+terre que ilz redoubtassent & toutes voyes furent par vengence &
+voulenté de dieu par leurs desertes tant humiliez & ramenez a telz
+perplexités que il n'estoit au monde homme ne plus miserable ne plus
+infortuné que ilz se virent. Ha ne te souvient a ce propos que il est
+escript ou livre de eclesiaste ou .x. chapitre si que tu as oy dire a
+ton beau pere que dieu a destruyt les sieges des ducz orgueilleux & a
+fait seoir les debonnaires pour eulx & sechié les racines des arrogans &
+a planté les humiliez en leur lieu qui n'est autre chose a entendre fors
+qu'il confont les orgueilleux & exaulce les humiliez. Si t'est bien
+advenu si tu veulx estre confondue. O beau sire dieu a toy qui est une
+simple femmelette qui n'as force puissance ne auctorité si elle ne t'est
+donnee d'autruy / cuides tu pourtant si tu es voix envelopee en aises &
+honneurs suppediter & surmonter le monde a ton vouloir.
+
+
+
+
+Cy devise le bon & saint avertissement & congnoissance qui vient a la
+bonne princesse par l'amour & crainte de nostreseigneur. chap. iiii
+
+
+Ainsi la bonne princesse de dieu amonnestee qui aymera & craindra
+nostreseigneur se reviendra a soy & quelque bonne qu'elle soit se
+reputera estre la pire de toutes et aprés les subdictes choses pensees
+elle dira a soymesmes. Or vois tu & congnois par grace de dieu les
+tresgrans & espoventables perilz ou tu t'es fichee tout a cause de ce
+dampnable orgueil que feras tu doncques le contumeras tu ainsi veulx tu
+estre dampnee lequel te vault mieulx ou vivre a cestuy monde ung petit
+espace de temps a ton ayse & non mye du tout a ton aise. car de tant que
+plus te ficheras es delices du monde & plus te souviendra de divers
+desirs / lesquelz te tourmenteront le cueur pource que acomplir ne les
+pourras ne du tout avenir a tes vouloirs ne jamais ton cueur n'aura
+souffisance et estre dampnee perpetuellement ou te refraindre de tes
+superflues delices & vivre en l'amour et crainte de nostre seigneur &
+estre sauvee ou royaulme sans fin. Helasse dampnee & qu'esse d'estre
+dampnee. La saincte escripture dit que c'est estre privee a tousjours
+sans fin de la vision de dieu & en tenebres espoventables en la
+compaignie des horribles deables ennemys de nature humaine avecques les
+ames dampnees qui gectent voix cris & plaintz terribles maudissans dieu
+& leurs parens & eulx mesmes en torment inestimable en feu ardant et a
+brief dire comment jacob en pueur merveilleuse & en perpetuelle orreur &
+avec qui plus engrege le mal en esperance de jamais n'en yssir. O
+dolente te veulx tu aller ficher en tel dampnation & perdre par ta folie
+la grace que dieu te promet se tu la veulx deservir pour bien petit de
+labour & que te promet il. il t'a promis par les merites de sa saincte
+passion que si tu veulx garder ses saintz commandemens tu iras en
+paradis. Saint gregoire es omelies en parlant de celle saincte cité de
+paradis dit en brief qui est la langue & l'entendement qui peut
+comprendre ne dire quelles ne comment grandes sont les joyes de paradis
+estre tousjours present en la compaignie des anges avecques les benoitz
+saintz fichés en la gloire de nostre createur veoir le visaige plain de
+gloire de dieu & de la benoiste trinité face a face regarder veoir &
+sentir sa lumiere incomprehensible estre asovy de tout desir avoir
+congnoissance de toute science en repos eternel n'avoir jamais paour de
+la mort & estre asseure de tousjours estre sans partir & remaindre en
+celle gloire beneuree. O vois la difference des deux chemins lequel
+prendras tu seras tu enragee que tu te fiches en la bourbe pour te noyer
+& perir & laisses la saine belle & seure voye qui conduyt a sauvete /
+nennil nennil tu ne seras pas si mal conseillee que tu laisses le bien
+pour prendre le mal. O saincte trinité ung dieu en unité souverainne
+puissance parfaicte sapience & infinie bonté conseillés moy et me
+secourez aidés a saillir hors des tenebres d'ignorance qui tant m'ont
+aveuglee vierge digne pure & sacree confort des desolez esperance des
+biens creans tens moy la main de ta saincte misericorde si me tire hors
+du palu de pechié & d'iniquité. Tressaint beneure colliege & court de
+paradis anges & archanges cherubins & seraphins trosnes & dominations.
+Sains apostres de dieu martirs confesseurs et toute l'université des
+beneures martires vierges et continentes prieres pour moy & soyez en mon
+ayde.
+
+
+
+
+¶ Cy devise des deux sainctes vies / c'est assavoir de la vie active et
+de la vie contemplative. Chap. v.
+
+
+Or regardez doncques que tu as affaire se veux estre sauvee.
+L'escripture fait mention de deux voyes qui mainent ou ciel & sans
+suyvre les sentes d'icelles impossible est d'y entrer l'une s'appelle la
+vie contemplative & l'autre la vie active. Et que est a dire la vie
+contemplative & la vie active. La vie contemplative est une maniere &
+estat de servir dieu ouquel la personne qui est amy tant & si ardamment
+nostre seigneur que elle oublye entierement pere mere enfans tout le
+monde & soymesmes pour la tresgrant et embrasee entente que elle a a son
+createur sans cesser ne ailleurs ne pense et toutes aultres choses ne
+luy sont riens ne il n'est povreté tribulation ne autre torment dequoy
+autre creature puisse estre grevee qui au droit cueur contemplatif puist
+estre empeschement ne dequoy il fist compte sa maniere de vivre &
+despriser parfaictement tout ce qui est du monde & les joyes d'icelluy
+se tenir solitaire & sustrait de toute gent les genoulx a terre les
+mains joinctes les yeulx ou ciel le cueur eslevé par si haulte pensee
+que elle va devant dieu contempler & regarder par saincte inspiration la
+benoiste trinité la court du ciel & les joyes qui y sont & en cel estat
+est le parfait contemplatif souventeffois tellement que il semble qu'il
+ne soit mie en soymesmes & la consolation doulceur & joye que il sent
+adonc ne pourroit estre a celle comparee. Car il sent ja & gouste des
+gloires & joyes de paradis c'est assavoir il voit dieu en esperit par
+contemplation il art a son amour si a souffisance parfaicte en ce monde.
+car il ne veult ne desire autre chose & dieu le reconforte. Car il est
+son servant & le repaist des doulx metz de son saint paradis c'est de
+pures & des choses qui sont ou ciel et de parfaicte esperance d'aller a
+celle joyeuse compaignie. Si n'est nulle joye pareille a celle. Ceulx
+qui le scevent qui l'ont essayé combien que parler je n'en puis dont il
+me poise fors ainsy que l'aveugle des couleurs. Et ceste vie soyt sur
+toutes autres aggreable a dieu est apparu maintes fois au monde
+visiblement si comme il est apparu & escript de plusieurs saintz &
+sainctes contemplatis qui ont esté veuz quant ilz estoyent en leur
+contemplation eslevés dessus terre par miracle de dieu si que il
+sembloit que le corps voulsist suyvre la pensee qui montee estoit au
+ciel de ceste saincte & treslevee vie ne suis digne assez de a son droit
+parler ne la descripre si que a sa dignité appartient. mais de ce treuve
+l'en assez de sainctes escriptures plaines qui plus en vouldra veoir. La
+vie active est ung aultre estat de servir dieu qui est telle que la
+personne qui la veult suyvre sera tant charitable que elle vouldroit si
+elle povoit a tous servir pour l'amour de dieu. Si cerche les hospitaulx
+visite les malades & les povres & les sequeure du sien et de la peine de
+son corps pour l'amour de dieu selon son povoir / a si grant pitié des
+creatures que elle voit en pechié ou en misere & tribulation que elle en
+pleure comme de son mesmes fait ayme le bien de son prouchain comme le
+sien propre tousjours est en labour de bien faire ne jamais n'est
+oyseuse son cueur art sans cesser de desirer de acomplir les oeuvres de
+misericorde esquelles s'employe de tout son povoir. Telle creature porte
+toutes injures & tribulations paciemment pour l'amour de dieu & ceste
+vie active sert sicomme tu peulx veoir plus au monde que la devantdicte.
+Si sont toutes deux de grant excellence mais de la plus parfaictes des
+deux nostreseigneur Jhesucrist luy mesmes donna la sentence lorsque
+marie magdalene en qui est figuree la vie contemplative estoit seant aux
+piez de nostre seigneur comme celle qui n'avoit le cueur a aultre chose
+et qui toute ardoit de sa saincte amour et Marie marthe sa seur de
+laquelle est entendue de la vie active qui estoit hostesse de nostre
+seigneur et besongnoit aval l'hostel pour le service de luy et de ses
+apostres se plaingnit a nostreseigner de ce que marie la sa seur ne luy
+aydoit & nostreseigneur l'excusa en disant marie tu es moult dilligente
+et ton oeuvre bonne & necessaire mais non pourtant marie a esleu la
+meilleur partie pour laquelle partie de luy on peut sçavoir que non
+obstant que la vie active soit de grant excellence / & necessaire pour
+l'ayde & secours de plusieurs Toutesfoys la contemplation qui est de
+laisser tout le monde & les embesongnemens qui y sont pour seullement
+penser a luy est de plus grant dignité et plus parfaicte & pour celle
+cause furent trouvez & establies des saintz prudhommes jadis les
+religions qui est le plus hault estat vers dieu qui soit qui en faict
+son devoir affin que ceulx qui vouldront vivre a contemplation puissent
+la estre separés du monde au service de dieu sans autre soing & pleust a
+eulx mesmes / car a dieu plairoit bien que chascun y fist son devoir.
+
+
+
+
+¶ Cy devise de la voye que la bonne princesse se delibere a tenir.
+Chapitre. vi
+
+
+Adviser te convient ce dit a soymesmes la bonne princesse de dieu
+inspiree laquelle de ses subdictes voyes tu veulx tenir il est dit
+communement / et il est vray que discrecion est mere des vertus. Et
+pourquoy est elle mere / pource que elle conduyt & maine les autres &
+qui n'entreprent par elle quelconques chose que l'en veult faire tout
+l'ouvraige vient a neant et est de nul effect / pource n'est necessaire
+ouvrer par discrecion / comment par discrecion / c'est ce que doy
+adviser ains que j'entrepreigne quelconque chose. Premierement la force
+ou foiblesse de mon povre corps & la fragilité a qui je suis encline &
+aussi a quel subgection il convient que je obeysse selon l'estat ou dieu
+en ce monde m'a appellee & commise & si je considere au vray ces choses
+je me treuve quelque bonne voulente que j'ay tresfoible de corps pour
+souffrir grant abstinence & grant peine & foible d'esperit par fragilité
+& inconstance & puis que je me sens telle je ne doy mye de moy mesmes
+preserver que je soye de tel vertu non obstant que dieu dit tu lairras
+pere & mere pour mon nom que je me pense du tout a ce disposer & laisser
+mary enfans estat mondain & toutes occupations terriennes pour entendre
+du tout a servir dieu en la vie contemplative sicomme ont fait les plus
+perfaictes creatures. Si ne doy entreprendre chose ou a le perseverer je
+peusse suffire. Que feray doncques chemineraige par voye active. Helas
+heureulx sont ceulx qui prennent les oeuvres qui ont esté commandés
+excercer Hé dieu que me eusses tu ores establie ou monde en l'estat
+d'une povre femme affin que je te peusse en ycelle a tout le moins
+parfaictement servir en administrant et faisant service a tes membres se
+sont les povres pour l'amour de toy. Helas comment acomplirayge ce que
+je ne me sens mye du tout disposee a vouloir a toutes fins de laisser
+tout estat pour moy employer / beau sire dieu conseilles moy et me
+inspires que je doy faire pour me saulver. Car quoy que je sache bien
+que autre chose ne fait a aymer ne desirer que toy seul & que toute
+aultre joye est neant je n'ay force en moy que je puisse du tout le
+monde relenquir. Si suis moult espoventee que je feray / car tu dis que
+impossible est que le riche soit saulvé. Adonc vient saincte informacion
+a la bonne princesse qui luy dist en telle maniere. Or vecy que tu feras
+dieu ne commande mye que on laisse tout pour le suyvre si ce n'est a
+ceulx qui du tout veullent estre de la tresplus parfaicte vie. Si ce
+peut chascun saulver en son estat & ce que dieu dist que impossible est
+que ung riche soit saulvé est a entendre des riches sans vertus se leurs
+richesses ne distribuent en aulmosnes & biensfais desquelz toute leur
+felicité est en leur avoir n'est mye doubte que telz gens dieu hét & que
+ja n'enterons ou ciel tant qu'ilz soyent telz et des povres dont il dit
+que ilz sont bieneurez / c'est a entendre de povres d'esperit laquelle
+chose peut estre mesmement ung tresriche et habondant homme. C'est
+assavoir celluy qui ne prisera riens les richesses du monde & se il a il
+les distribuera en bonnes oeuvres & au service de dieu ne pour honneur
+ne se orgueillist ne pour richesse ne se tient plus grant et telle
+creature quoy que elle habonde en biens mondains et povre d'esperit et
+possedera le royaume des cieulx & tu le peuz veoir n'a il pas esté grant
+foison de roys et de princes qui sont sains en paradis si comme sainct
+loys de france et plusieurs aultres qui ne laissoyent pas le monde
+ensois regnoyent & possedoyent leurs seigneuries au plaisir de dieu mais
+ilz vivoyent justement ne pource n'assavouroyent en vaine gloire ne en
+boubant les honneurs que on leur faisoit et reputoyent que l'honneur
+fust a l'estat de sa seigneurie dont ilz estoyent vicaires de dieu en
+terre et non mye a leurs personnes et semblablement a esté de roynes de
+princesses moult grant foison qui sont sainctes en paradis si comme la
+femme du roy de france aussi saincte baudour saincte helysabeth royne de
+hongrie & assez d'autres. Si n'ayez point de doubte que dieu veult estre
+servy de gens de tous estatz et en chascun estat on se peut saulver qui
+veult. Car l'estat ne fait mye le dampnement mais n'en sçauroit user
+sagement c'est ce qui damne la creature pource en conclusion je voy bien
+que puis que je ne me sens de tel force que je puisse du tout en tout
+eslire & suyvre l'une des deux dessusdictes vies je mettray peine a tout
+le moins de tenir le moyen si comme saint pol le conseille & prendre de
+l'une & de l'autre vie selon ma possibilité le plus que je pourray.
+
+
+
+
+¶ Cy devise comment la bonne princesse vouldra attraire a soy toutes
+vertus. Chapitre .vii.
+
+
+Toutes ces choses ou les semblables pensera la bonne princesse par
+divine information & pour les mettre a effet tiendra tel voye elle
+vouldra estre bien informee par bons & saiges que est bien & que est mal
+affin que le bien puist eslire & le mal eschever & quoy que toute
+personne mortelle soit par nature encline en peché se gardera a son
+povoir par especial de peschié mortel et vouldra faire tout ainsi que
+faict le bon medecin qui cure la maladie par son contraire Si ensuyvra
+la parolle de Crisostome sur l'evangille sainct Mathieu qui dit que qui
+veult avoir la princesse celleste il luy convient ensuyvre humilité
+terrestre. Car envers dieu n'est pas celluy le plus hault qui est icy le
+plus grant & le plus eslevé en honneurs mais celluy qui est le plus
+juste en terre est le greigneur ou ciel pource que elle congoistra que
+les honneurs communement eslievent en orgueil son cueur se disposera en
+toute humilité et pensera en soymesmes que non obstant que il
+appartiengne a l'estat de son seigneur et du degré dont elle est que des
+honneurs reçoyvent ja en quelque dominacion que elle se voye son cueur
+n'en sera blecié en arrogance ne eslevé en pensee ains rendra graces a
+dieu & luy attribuera tout l'honneur & de son cueur ne partira point la
+pensee de congnoistre que elle est une povre creature mortelle fresle et
+pecheresse & que l'estat que elle reçoit n'est que ung office dont luy
+conviendra a dieu en brief temps luy en rendre compte. Car sa vie au
+regard du perpetuel siecle n'est que ung petit trespas ceste noble
+princesse doncques quoy que la dignité de son estat requiert que elle
+reçoyve des gens grant reverence n'y prendra point de delict quand on
+les luy fera & tout au moins que elle se pourra passer garde l'honneur
+de son estat vouldra que on luy face son maintien son parler son port
+sera doulx & benigne la chiere plaisante a yeulx baissez reddant salut a
+toute creature qui la luy baillera en parolle tant humaine tant doulce
+que aggreable soit a dieu & au monde. Et avecques ceste vertu d'humilité
+la noble dame vouldra tant estre paciente que quoy que le monde livre
+assez d'aversitez aussi bien aux grans seigneurs et aux grans dames que
+aux petites gens selon leurs estatz pour chose qui luy adviengne ne sera
+mené a impacience et toutes adversitez prendre en gré pour l'amour de
+nostre seigneur. Et l'en remercyra de bon cueur Et mesmement tellement
+se disposera en ceste vertu de pacience. que s'il advenoit ores que elle
+receust aucun tord ou grief de quelque personne ou de quelques gens
+comme on fait plusieursfois a maintes dames sans cause si ne querra elle
+leur pugnicion ne pouchassera ne vouldra et s'il advient que pugnis
+soyent par droit & par justice elle en aura pitié pensant que dieu
+commande que on ayme ses enemys & que saint pol dit que cherité ne
+quiert mye mesmes ce qui est sien. Si portera a dieu pour eulx qui leur
+donne pacience et en ait mercy. Ceste noble dame ainsi disposee par
+grant constance & force de courage ne fera pas grant compte des dars des
+envieux. C'est assavoir que si elle sçoit ores que aucunes parolles
+ayent esté dictes contre elle sicomme on fait tous les jours des
+meilleurs ja si grans ne seront pourtant ne s'en troublera ne le tiendra
+a grant meffait / ains le pardonnera de legier ne ja pour sa haultesse
+ne reputera pou de mesprison se aulcun luy fait par grant injure pensant
+les grans injures que nostre seigneur souffrit pour nous & si pria pour
+ceulx qui le tourmentoyent. Si pensera la tresbonne dame que en aucune
+maniere le peut avoir desservy & ainsi tiendra par vertu l'enseignement
+de senecque qui dit en parlant aux princes & princesses ou puissans
+personnes que c'est moult grant merite envers dieu louange au monde &
+signe de noble vertu que de laissoir aller legierement le meffait dequoy
+on se pourroit legierement venger & est chose de bon exemple aux petites
+gens Et ce mesmes temoigne saint gregoire ou .xxii. livre de moralles
+qui dit que nul n'est parfaict s'il n'a pacience sur les maulx que ses
+prochains luy font. Car qui ne porte souffraument les maulx d'aultruy
+est impatient & tesmoigne que il est loing de la plenitude des vertus &
+en louant les patiens dit icelluy mesmes sainct que tout ainsi que la
+rose fleure souef et est belle entre les espines poignans la patiente
+creature resplandist victorieusement entre ceulx qui s'efforcent de luy
+nuyre. Ceste princesse qui vouldra et se penera d'amasser vertus sus
+vertus aura bien reccort que sainct pol dit que qui auroit en luy toutes
+aultres vertus ne finast d'aourer allast en pelerinage fist grans jeunes
+et grant abstinences & tout le bien que faire se pourroit & n'auroit en
+soy charité tout ce ne luy prouffiteroit riens. Et pource elle de ce
+tresbien informee vouldra avoir celle belle vertu en telle maniere que
+elle sera tant piteuse envers toutes gens que le mal d'aultruy luy
+vouldra comme le sien propre & ne luy souffira mie seullement en avoir
+la desplaisance de veoir gens en desolation se elle mesmes ne met main a
+la paste de tout son povoir pour leur ayder. Et si comme dit ung
+tressaige docteur. Charité s'estent en plusieurs manieres et ne s'estent
+mye seullement que on doye aultruy ayder de l'argent de sa bourse mais
+aussi de l'ayde et reconfort de sa parolle & de son conseil ou il
+eschiet & de tout le bien que on peut faire. Si fera ceste dame par pure
+benigne & saincte charité advocate & moyenne entre le prince son mary &
+son enfant se elle est veufve et son peuple ou toute gent a qui en bien
+faisant selon que a elle appartiendra pourra ayder aucunesfoys adviendra
+par adventure que le dit prince par maulvais conseil ou pour aulcune
+cause vouldra grever son peuple d'aulcune charge par quoy les subjetz
+qui sentiront leur dame plaine de pitié de bonté et de charité viendront
+vers elle & treshumblement la supplieront que il luy plaise estre pour
+eulx vers le prince. Car ilz sont trespovres & ne pourroyent sans trop
+grant grief ou estre desers suffire a tel finance ou se il advient que
+ilz soyent en aucune indignation vers le prince ou par maulvais raport
+ou par aulcune deserte luy viendront supplier que elle face leur paix ou
+se ilz ont a faire d'aucune grace ou d'aucun previliege la bonne
+princesse parlera a eulx sans nul refus ne sans trop grant magnificence
+de longue actente les recevera tresbenignement & orra a leur loysir &
+bien entendra tout ce qu'ilz vouldront dire & sera acompaignee de saiges
+preudhommes & de bonne vie qui seront de son conseil. Si fera sa
+responce sage & convenable par le bon advis d'iceulx excusera son
+seigneur et en dira bien si aulcunement pour quelque cas s'en tiennent
+mal contens dira que elle se charge de tout son pevoir de en faire la
+paix ou d'estre leur bonne amye en la peticion que ilz demandent & en
+toutes autres choses a son povoir les prira que tousjours soyent loyaulx
+& bons obeissans vers son seigneur et que a toutes heures pourront vers
+elle a leurs besoings recourir & que point ne leur fauldra de chose que
+elle puisse. Ainsi celle noble dame respondra tant sagement aux
+embassadeurs du peuple ou des subgetz que quant ilz s'en partiront ilz
+seront contens que se ilz avoyent devant aucune rancune rebellion ou
+murmure en courage ilz seront tous pacifiez & la bonne dame ne les fera
+mye muser en vaine esperance ains leur tiendra bien ce que promis leur
+aura sans longue dilacion parlera a son seigneur bien & saigement & y
+appellera des autres sages se mestier est treshumblement suppliera pour
+le peuple. Monstrera les raisons dequoy elle sera tresbien informee
+comment il est necessaire que prince se longuement il veult regner en
+paix & glorieusement soit amé de ses subgetz & de son peuple luy
+ramentera parolles selon la forme que senecque dit ou troisiesme livre
+de ire / qu'il dit que quoy qu'il soit bien seant a toute personne
+d'avoir benignité par espicial il est advisant a prince l'avoir vers ses
+subjetz & a brief dire tant fera & tant pourparlera que elle aura tout
+ou partie de sa requeste et si sagement le raportera ausdictz subgetz
+que ilz se tiendront pour contens du prince & d'elle & treshumblement
+l'en mercieront.
+
+
+
+
+¶ Ce devise comment la sage princesse ou dame se pourra de mettre la
+paix entre le prince & les barons s'il y a aucun discord. chap. viii
+
+
+Ou s'il advient cas que aucun prince voisin ou estranger vueille mouvoir
+guerre pour aucune chalange a son seigneur ou que son seigneur la
+vueille mouvoir a autruy la bonne dame pesera moult ceste chose en
+pensant les grans maulx et infinies cruaultés pertes occision de pays et
+detraction de pays & de gens qui a cause de guerre viennent a la fin que
+souventesfois en est merveilleuse / & advisera de toute sa puissance se
+elle pourra tant faire en gardant l'honneur de son seigneur que ceste
+guerre puisse estre eschevee & en ce vouldra travailler et labourer
+songnousement en appellant dieu a son ayde et par bon conseil & tant
+fera si elle peut que voye de paix sera trouvee Ou s'il advient que
+aucun des princes du royaulme ou pays ou des barons ou des chevaliers ou
+subgetz qui ayt puissance se soit d'aucune chose meffait mesmement
+contre la magesté de son seigneur ou que il en soit en coulpe. Et elle
+voit que de le prendre & pugnir ou movoir contre luy guerre peut venir
+grant mal en la terre sicomme en cas pareil on a veu maintesfois en
+france et ailleurs par les contes d'ung bien petit baron ou chevalier au
+regard du roy de france qui est ung grant prince sont venus mains grans
+maulx & dommages au royaulme sicomme racomptent les cronicques de france
+du conte de corbeil du seigneur de montlehery & de plusieurs autres. Et
+mesmement advint n'a pas long temps de messeir robert d'artoys lequel
+par le contenus que le roy ot a luy dommaiga moult le royaulme de france
+a l'ayde des angloys. Et pource la bonne dame qui aura regard a ces
+choses et pitié de la destruction du peuple se vouldra travailler d'y
+mettre paix si admonnestera le peuple son seigneur & son conseil d'avoir
+sur ceste chose regard avant que on l'entreprengne veu le mal qui en
+pourroit venir & ce que tout prince doit a son povoir eschever effusion
+de sang & par especial sur les subgetz. Si n'est mye peu de chose
+d'entreprendre nouvelle guerre qui ne se doit faire sans grant advis et
+meure deliberation & que mieulx vauldroit adviser aulcune plus
+convenable voye pour traire a accord par aucuns bons moyens. Ceste dame
+ne s'en souffrira mye a tant ains fera tant qu'elle parlera ou fera
+parler gardant son honneur et celle de seigneur a celluy ou ceulx qui
+auront commis le meffait & les en reprendra en pongnant & en oygnant
+disant que le meffaict est moult grant et que a bonne cause en est le
+prince indignes & que sentence est de s'en venger sicomme il est raison
+mais non pourtant elle qui tousjours vouldroit le bien de paix en cas
+que ilz se vouldroyent amender ou en faire amende convenable mettroit
+voulentiers peine d'essaier se pacifier les pourroit vers son seigneur
+par telz voyes ou par telz parolles ou semblables la bonne princesse
+sera tousjours moyenne de paix a son povoir sicomme estoit jadis la
+bonne royne blanche mere de sainct loys qui en ceste maniere se penoit
+tousjours de mettre accord entre le roy & les barons sicomme elle fist
+du conte de champaigne & d'autres laquelle chose est le droit office de
+saige & bonne royne & princesse d'estre moyenne de paix et concorde de
+travailler que guerre soit eschevee pour les inconveniens qui advenir en
+pevent & ad ce doyvent adviser principallement les dames. Car les hommes
+sont par nature plus courageulx & plus chaulx & le grant desir qu'ilz
+ont d'eulx venger ne leur laisse aviser les perilz ne les maulx qui
+advenir en pevent / mais nature de femme est plus poureuse & aussi de
+plus doulce condicion. Et pource si elles sont saiges si elles veullent
+elles pevent estre le meilleur moyen a pacifier l'homme. Et a ce propos
+dit salomon es proverbes au. xxvi chapitre. Doulceur & humilité
+assouagist le prince & la langue mole. C'estadire la doulce parolle
+fleichist & brise sa dureté. tout ainsi comme l'eaue par sa moisteur &
+froidure estaint la chaleur de feu. O de quans grans biens ont
+maintesfois esté cause au monde roynes & princesses en mettant paix
+entre ennemys entre princes & barons & entre peuple rebelle & leurs
+seigneurs les escriptures en sont toutes plaines. Si n'est en terre si
+grant bien que de princesse & haulte dame bonne & saige. Eureux est le
+païs & la contree qui telle l'a & de ce donnasse plusieurs exemples /
+mais de ce est assez parlé a ce propos ou livre de la cité des dames Et
+que advient il de tel princesse / il advient que tous les subgetz qui la
+sentent de tel sçavoir & bonté afuient a elle a refuge non mye seulement
+comme a leur maistresse mais ce semble a leur deesse en terre a qui ilz
+ont souveraine esperance & fiance & elle est cause de maintenir la
+contree en paix. Si ne sont mye ses oeuvres sans charité / ains sont
+tant meritoires que plus grant bien ne pourroit estre fait.
+
+
+
+
+¶ Cy devise des voyes de devote charité que la bonne princesse tendra.
+Chap. ix.
+
+
+Par ceste voye qui est de charité cheminera la bonne princesse. mais
+avec ce encores fera elle plus sicomme si elle reputast en sa personne
+dicte la parolle que dit saint basille ou y dit au riche ainsi si tu te
+congnois & confesses que ses biens temporelz te soyent venuz de dieu &
+tousjours tu scés bien que tu as plus largement que n'ont assez d'autres
+qui sont meilleurs de toy penserois tu pour ceste cause que dieu ne fist
+pas justice qui ne les a partis esgaument. Mais ce ne doit mye pourtant
+estre pensé. car il a fait affin que en donnant & distribuant aux povres
+tu puisses desservir / que dieu le te rende & que le povre puist estre
+par sa souffrance & couronné du diademe de pacience. Si gardes que le
+pain du fameilleux ne moisisse en ta huche que le costé du nu tu ne
+laisses mengier aux vers que tu ne tienges enclos le soulier du
+deschaulx & que tu ne possides l'argent du souffreteux. Car saches de
+vray que les biens dont tu as trop grant largesse sont aux povres &
+nonpas tiens si es larron ou laronnesse & embles a dieu si tu peux
+secourir ton prouchain & tu ne le secours Et pour ce la bonne princesse
+de ce bien advertie / affin que elle acomplisse les euvres de
+misericorde nonobstant soit elle seant en sa magesté garde la vertu de
+son estat elle aura tresbons ministres environ soy. car quoy qu'on die
+des princes que ilz ont mauvais conseil ou mauvaise gent ou mauvais
+ministres / je croy que ceulx de qui la voulenté est toute bonne leurs
+conseilliers ne les oseroyent mesconseiller Et communement le maistre
+quiert servant selon la condicion si le conseillent bien ou mal selon
+qu'ilz sentent la voulenté du seigneur Pource ceste dame toute bonne
+aura servant selon elle. A ceulx elle commetra que ilz sachent &
+enquierent par la ville & par tout ou elle sera ou sont povres honteux
+povres gentilz hommes ou povre gentis femmes malades ou dechus de leur
+estat povres vefves mesnagiers souffreteux povres pucelles a marier
+femmes acouchees escolliers prestres ou religieux en povreté a ceulx par
+son aulmosnier que elle aura sceu devot charitable preudhomme & sans
+couvoitise ains que en tel estat l'ait mis non mie comme plusieurs
+seigneurs qui font du plus larron maistre. Car dieu scet comment il en
+va du gouvernement d'aulcuns aulmosniers de seigneurs ou de prelatz par
+icelluy ou par ung autre a ce commis evoyera a iceulx bonnes gens tout
+secrettement sans que les povres mesmes saichent dont l'aumosne leur
+vendra a l'exemple de monseigneur saint nicolas Et mesmement n'aura mye
+honte la bonne princesse de visiter aucuneffois les hospitaulx & les
+povres a tout son estat acompaignee grandement comme il appartient
+parlera aux povres & aux malades les couchera & les reconfortera
+doulcement en faisant son aumosne. & en ce fera elle son aumosne
+souveraine & fleurie. car le povre est trop plus reconforté & plus prent
+en gré la doulce parolle la visitacion & le reconfort d'une grant &
+puissant personne que d'une autre / la cause si est qu'il luy est avis
+et il est vray que tout se monde le desprise & luy semble que quant
+personne puissant la daigne visiter ou la reforcer qu'il a recouvré
+aucun honneur qui est chose que naturellement chascun desire & ainsi la
+princesse ou grant maistresse en ce faisant acquiert plus grant merite
+que une maindre en cas semblable ne feroit pour trois principalles
+raisons. La premiere est que de tant que la personne est plus grant &
+plus se humilie de tant plus croist sa bonté. La .ii. que elle donne
+plus grant reconfort aux povres sicomme dist est. Et la tierce qui dit
+que ce n'est mie petite raison que elle donne bonne exemple a ceulx qui
+la voient faire telle euvre & si grant humilité. Car il n'est riens que
+les subgetz et le peuple tire tant en exemple comme ce que faire vois a
+son seigneur ou a sa dame. & pource est grant bien quant seigneurs &
+dames & toutes gens qui ont a seigneurir autruy sont bien moriginez &
+grant meschief du contraire. Et ne cuide point nulle tant soit grant
+maistresse que se soit honte ne contre son estat d'aler elle mesmes
+devotement & humblement aucunesfois visiter les pardons les eglises &
+les sainctes places ne telz pensees ne sont que abusions / car se elle a
+honte de bien faire elle a honte de soy sauver. mais tu me diras comment
+fait la grant dame ses aulmosnes & ces choses se elle n'a argent. car
+devant est dit que il y a peril a amasser tresors si te respons a ce que
+n'est point de mal que la princesse ou grant dame amasse tresor de
+l'argent ou de la revenue ou pension qui luy peut venir licitement de
+son droit & sans extorcion faire. mais de ce tresor que fera elle. Sans
+faille elle n'est point tenue mesmement selon dieu se elle ne veult de
+donner tout aux povres. Mais en peult garder licitement pour ses
+necessaires pour son estat et pour payer ses servans faire deux quant il
+est expedient et payer ce qui est prins pour elle et ses debtes doibvent
+estre payees. Car neant vauldroit faire aulmosne de l'autrui / mais si
+la bonne dame restraint des superfluités que elle pourroit bien faire si
+elle voulloit de tant de robbes / et de tant de joyaulx qui ne luy sont
+necessaires pour employer en telz usaiges la ou est la pure et droicte
+aulmosne et le grant merite. O comme est grant et bien conseillee celle
+qui se fait celle peut par exemple estre comparee a ungz sages hommes de
+qui il est escript que une fois il fut esleu pour estre maistre
+gouverneur d'une cité luy qui estoit prudent et saige advisa que
+plusieurs autres hommes qui avoyent esté mis & eslus en ce mesme office
+en avoyent depuis esté deposez bennys povres & mis de tous biens en exil
+en une certaine povre contree ou ilz mouroient de fain. Si dist a
+soymesmes que il pourvoiroit tellement a celluy inconvenient que ou cas
+que il seroit la envoyé. Il n'y mourroit pas de fain Si ordonna
+tellement l'argent & l'avoir qui luy venoit de ses gaiges & de sa
+revenue tandis que il fut en l'office que aprés son estat ric a ric
+tenu. mettoit tout le demourant apert en lieu sauf. Si fut a la parfin
+fait de luy comme des autres / mais la saige provision qu'il avoit
+espergnee le sauva & garda de necessité. Tout ainsi l'avoir que on
+restraint de superflu doit estre pour donner aux povres & bien faire
+C'est le tresor qui est mis apart en saincte huche qui sert aprés la
+mort / et garde l'exil d'enfer & ceste chose chante l'evangille qui ne
+fait que crier. Thesaurisés en terre ou thesaurisés ou ciel Helas autre
+chose on en emporte que iceluy tresor. C'est chose vroye si que
+tesmoigne la saincte escripture. Si est sans faille souverainement bonne
+mesnagere la princesse & toute femme qui entent a icelluy espargner. Et
+a brief dire ceste noble vertu de charité qui ainsi comme dit est sera
+entee au cueur de la bone princesse avec les autres choses dessusdictes
+la rendra de si tresbonne voulenté envers toutes gens qu'il luy sera
+avis que chascune personne vaille mieulx que elle Et pource son cueur
+s'esjoyra du bien d'autruy comme du sien propre & la bonne renommee des
+aultres luy sera tresdelectable chose a oÿr et a son povoir en toutes
+choses donnera occasion aux bons de perseverer & au maulvais pour eulx
+retraire.
+
+
+
+
+¶ Cy commence a parler des enseignemens moraulx que prudence donna a la
+sage princesse. Chap. .x.
+
+
+Nous autres assés devise ce qui touche principallement les enseignemens
+que l'amour & crainte de nostre seigneur donne & amonneste a la bonne
+princesse ou haulte dame / si que devant fut touché. Si nous convient
+doresnavant parler de la leçon & des enseignemens que prudence mondaine
+luy admonneste lesquelz enseignemens & amonicions ne se despartent de
+ceulx de dieu ains en viennent & dependent. Si parlerons du sage
+gouvernement & maniere de vivre qui luy advisent selon prudence
+premierement enseigne a la princesse ou haulte dame convient sur toutes
+les choses de ce bas monde doit aimer honneur & bonne renommee & luy
+dira il ne desplaist mye a dieu que creature vive en ce monde moralement
+& si elle vit morallement elle aymera le bien de renommee / qui est
+honneur & ce tesmoigne saint augustin ou livre de correction qui dit que
+deux choses sont necessaires a bien c'est conscience & bonne renommee.
+Et a ce s'accorde le saige ou livre de ecclesiastique qui dit ayes euvre
+de bonne renommee car elle te demourra plus longuement que quelconques
+autre tresor / pource dira la saige princesse a soy mesmes. Sur toutes
+choses terrestres n'est nulle qui autant affiere a haulte gent que fait
+honneur & quelz choses dira elle convient il a droit honneur. Certes a
+proprement dire ce ne sont mye richesses mondaines au moins si elles y
+servent selon la commune maniere du monde toutesvoyes a aller au droit
+ce doit estre toute la maindre partie qui serve a parfaire l'honneur. Et
+quelle chose doncques y sont plus convenables en verité ce sont bonnes
+meurs elles parfont la creature noble & la font estre bien renommee. et
+la est le droit parfait honneur / car il n'est point de doubte que
+quelconques richesses qui soyent en prince ou en princesse ou d'autre se
+il ne maine vie par laquelle on acquiert par bien faire bonne renommee
+et los honneur ne luy affiert / ne il ne l'a que pour luy blandir &
+avoir du sien quoy que on luy face acroyre. car droit honneur doit estre
+sans reproche. Et combien doit aymer la haulte dame cest honneur Certes
+plus que sa vie. Car plus chier a perdre la devroit que honneur La
+raison y est bonne. car qui bien meurt il est sauvé. mais qui est
+deshonnoré il reproche mort et vif a tousjours tant que de luy sera
+memoire. O le tresgrant tresor de princesse & de toute autre dame que
+bonne renommee. Certes nul si grant en ce monde ne pourroit avoir ne que
+elle doie tant aymer amasser. Car le tressor commun ne le peut servir
+que environ elle mais celuy de bon renom luy sert & pres & loing qui
+eslieve son honneur par toute la terre. & est ainsi de bonne renommee en
+une personne comme se il estoit possible que du corps d'une creature
+yssist si grant odeur que elle s'espandist par tout le monde si que
+toutes gens le fleurassent. Tout ainsi par l'odeur de la renommee qui
+par tout court d'une vaillable personne toute gent peut avoir le goust &
+le flair de bon exemple. De ces choses advertira prudence la saige
+princesse & que fera elle pour les mettre a oeuvre elle disposera son
+vivre principalement en deux choses l'une appartiendra aux meurs qu'elle
+vouldra tenir & excercer. & l'autre en la maniere & ordre de vivre en
+quoy elle vouldra estre riglee. Et quant aux meurs ensuyvans les vertus
+dessusdictes deux autres par especial sont necessaires a princesse & a
+toute haulte dame voire a toute femme qui desire grans honneurs avoir &
+sans lesquelles ne le pourroit avoir vouldra tressingulierement en
+especiaulté avoir / l'une est sobresse & l'autre est chateté. Icelle
+sobresse qui est la premiere ne s'estendra pas seullement en boire ne en
+menger / mais en toutes autres choses / esquelles elle pourra servir &
+restaindre & de rapeticier superfluités. Icelle sobrieté la fera estre
+non dangereuse a servir. Car elle ne vouldra point de service plus que
+raison ne demande / nonobstant son grant estat elle le fera estre
+contente de telz vins & de telles viandes que on luy administrera. Car
+en ce n'aura tant soit petite son entente & encores ne prendra fors ric
+a ric tant que necessité de vivre peut requerir elle la gardera de trop
+dormir / pource que prudence luy dira que trop grant repos engendre
+pechié & vice / & la gardera du vice d'avarice Car le pou d'avoir luy
+donnera grant souffisance Superflus & oultrageux habis joyeulx a tous &
+estat plus que raison luy deffendra a avoir sur toutes riens par
+l'admonnestement de prudence qui ainsi luy dira sans faille il
+appartient bien que toute princesse ou dame terrienne selon son degré
+que elle soit richement atournee / tant de vestemens d'atours de
+paremens & de joyaulx comme de grant court & de gent ou d'estat pour
+l'honneur de l'office ou dieu l'a assise. mais ne doubtes pas que se toy
+ou aultre n'estoyes contente de tel estat & abillemens que tes nobles
+davanciers ont porté que tu voulsisses avoir plus grant ou commencer
+nouvelles choses tu mesprendroyes & ferois contre ton honneur & contre
+le bien de sobresse si ne le feras mye Car il n'appartient pas a nulle
+de ainsi faire / voire se ce n'est par tel si que son seigneur par qui
+elle doit estre riglee le voulsist a toutes fins ne doit riens
+entreprendre sans bon advis ne conseil & ne juste cause. Ceste dicte
+sobresse monstre en tous les sens de la dame aussi bien que es faitz &
+habitz par dehors. Car elle luy rendra le regard tardif arresté & sans
+vaqueté la gardera de curiosité de moult de souefves odeurs en quoy
+assés de dames ont mis grant cure & despendu foison d'argent pource
+qu'elle luy dira que l'on ne doit mye procurer ne donner au corps tant
+de delices et que mieulx vault que tel argent soit donné aux povres et
+aux indigens. Et avec ce ceste sobresse corrigera & chastira tellement &
+ordonnera la bouche & le parler de la dame saige qu'elle la gardera
+principallement de trop parler / qui moult est messeant chose a haulte
+dame. voire en toute femme de value luy fera haïr de tout son cueur le
+vice de mensonge & aymer verité laquelle sera tant acoustumement en sa
+bouche que on croyra ce qu'elle dira & y adjoustera l'on foy comme a
+elle que jamais on n'orra mentir / laquelle dicte vertu de verité affier
+plus en bouche de prince & de princesse que en autres gens. pource que
+il appartient que on le croye luy deffendra qu'elle ne dye parolle par
+especial en lieu ou elle puisse estre pesee & raportee qu'elle n'ayt
+avant bien examinee prudence & sobreté aprendront a la dame a avoir
+parler ordonné & sage eloquence. & non pas mignote / mais rassise &
+quoye assez basse & beaulx traitz sans faire mouvement du corps des
+mains & grimaces du visaige la gardera de trop rire & non pas sans cause
+luy deffendra sur toute rien que nullement ne mesdie d'autruy ne parolle
+en blasmant / mais en exaulçant le bien & voulentiers tiengne en frain
+parolles vagues & non honnestes ne luy souffrira a dire & en ses
+joyeusetés luy conviendra a garder toute mesure & honnesteté luy
+appartiendra a dire entre ses femmes & autre part quant il escherra et
+sera bien seant parolles vertueuses & de bon exemple & telles que ceulx
+& celles qui les orront ou seront raportees diront que c'est parolle
+yssue de tresbonne sage & honneste dame la gardera de parler a ses
+femmes & a ses servans maulgratieusement ne en tençant ne disant
+villanie / mais les enseignera doulcement & les reprendra de leurs
+deffaulx courtoisement les menaçant de les mettre hors s'ilz ne se
+corrigent ou de les pugnir / ou par quelque autre maniere. mais
+toutesvoyes le parler d'elle sera tousjours quoy & sans villanye. car la
+vilanie yssue de bouche de dame ou de quelconque femme retourne plus a
+elle mesmes que a ceulx a qui elle la dit fera ses commandemens
+raisonnables en lieu et en temps et a ceulx a qui il appartient chascun
+en son office. Ceste dame lira voulentiers livres d'enseignemens et de
+bonnes meurs. et aucuneffois de devotion et ceulx de deshonnesteté et
+lubreté harra parfaictement et ne les vouldra avoir a sa court ne
+souffrir que ilz soyent portés ne leuz devant fille parente ne femme
+qu'ilz elle ait Car ce n'est point de doubte que les exemples soit de
+bien ou de mal atraient les cueurs couraiges et voulentés de tous ceulx
+ou celles qui les voyent ou oyent. & si ceste noble dame prent plaisir
+en recorder bonnes parolles & dire fera semblant de les ouÿr & par
+especial la parolle de dieu. Car elle qui sera de dieu orra voulentiers
+la parolle en la maniere qui le tesmoigne en l'evangelle ou il dit.
+Ceulx qui me ayment oyent voulentiers ma parolle & la gardent. Si orra
+souvent par notables & bons clercz sermons & collations aux festes
+annees & en tous temps. Et semblablement vouldra que ses filles & femmes
+& toute sa famille y soit vouldra estre bien informee de tout ce qui
+touche a nostre foy des articles & des commandemens & de tout ce qui
+acquiert a sauvemen Et de ce qui appartient aux choses mondaines orra
+voulentiers parler des vaillans gens / des preux chevaliers & gentilz
+hommes de leurs faitz & de leurs proesses / de grans clercz & de leurs
+sciences. de tous preudes hommes & de toutes preudes femmes / de leur
+sens & de leur belle vie & iceulx aymera & leur fera grant honneur &
+bonne chiere & beaulx dons leur donnera. Item avecques ce de gens de
+belle & esleue vie en fait de devotion s'acointera & vouldra avoir leur
+amitié humblement les recevera & parlera a eulx a secret / & moult
+voulentiers les orra se recommandera a leurs prieres. Et ainsi par ceste
+voye la vertu de sobresse reglera la bonne princesse. Si s'ensuyvra de
+ceste regle. La .ii. des deux vertus que nous avons dit qu'elle vouldra
+singulierement avoir / c'est assavoir chasteté de laquelle elle sera par
+ceste maniere de vivre tant remplye & ramenee a telle purté que en fait
+n'en dit semblant atour ne contenance maintien estat regard n'aura riens
+ou il y ait a redire ne reprochier.
+
+
+
+
+¶ La maniere de vivre par l'admonnestement de prudence. chap. .xi.
+
+
+Prudence sicomme j'ay dit devant avertira la sage princesse comment
+l'ordre de son vivre sera riglé et par elle par son ennortement tiendra
+telle maniere elle se levera tous les jours assez matin & seront les
+premieres parolles adressans a dieu en disant. Daigne nous sire garder
+huy ceste journee de pechié de mort soudaine & de toute mauvaise
+aventure ainsi soit il a tous nos parens & amys aux tespassés pardon & a
+nos subjectz paix & transquilité amen. pater noster. Et au surplus
+d'oraisons ce que devotion luy administrera ne requerra avoir entour
+elle moult grant affaire de service. & ceste voye tenoit n'a pas moult
+de temps qu'elle vivoit la bonne & saige royne Jehanne femme jadis du
+roy charles de france .v. de ce nom qui se levoit tous les jours devant
+le jour / allumoit ellemesmes sa chandelle pour dire ses heures & ne
+souffroit que femme qu'elle eust se levast ne perdist son somme. Aprés
+qu'elle sera preste ira ouÿr ses messes tant et en telle maniere &
+quantité que sa devotion sera & que temps & loysir luy donnera. Car
+n'est mie doubte que ceste dame a qui sont commis grans gouvernemens
+comme plusieurs seigneurs font & ont fait a leurs femmes quant les
+voyent bonnes & saiges & ilz alloyent hors ou estoyent occupés ailleurs
+ilz bailloyent la charge a elles & auctorité de gouverner le fait de
+leur seigneurie et estre chief du conseil. Et telles dames sont plus a
+excuser mesmes depuis devers dieu se tant n'emploient de temps en
+longues oraisons que celles qui plus ont loisir ne elles n'ont pas moins
+de merite de bien et justement entendre a la chose publicque a leur
+povoir qu'elles auroient de plus longuement vacquer en oraisons se ce
+n'estoit qu'elles voulsissent du tout entendre a la contemplative &
+laisser la vie active. Si que j'ay devant dit / car la vie contemplative
+peut bien sans l'active. Mais la droicte bonne active ne peut sans
+aucune partie de la contemplative. Ceste dame aura donné ordonnance /
+que a l'issue de la chapelle soyent aulcuns povres a qui elle mesmes par
+humilité & devotion / & en memoire & signe que elle ne doye mie
+despriser les povres donnera de sa main l'aumosne & la endroit se
+aucunes piteuses requestes luy sont affaire / elles les orra benignement
+et donnera a chascun gracieuse responce & ceulx qu'elle pourra en brief
+temps expedier ne tiendra pas longue dilation / & de ce faire croistra
+l'aumosne & aussi la renommee Si y aura aulcuns preudhommes / pource
+qu'elle ne pourroit par adventure entendre a toutes les requestes qui
+luy viendront. Lesquelz preudhommes seront commis a y entendre. Et
+vouldra que iceulx soyent charitables & tost expediens / & ellemesmes de
+leurs meurs s'en prendra garde. Ces choses faictes si elle est dame qui
+se mesle du gouvernement / comme dit est / elle s'en ira au conseil aux
+jours que tenir se devera / l'aura a tel port telle maniere et telle
+contenance quant en son hault siege sera assise que elle semblera bien
+estre dame & maistresse de tous. Et chascun l'aura en grant reverence
+comme leur sage maistresse de grant auctorité. Et si orra diligemment ce
+qui sera propice et l'oppinion de tous et tant bien y mettra son entente
+qu'elle entendra les principaulx pointz des matieres & des conclusions &
+bien notera lesquelz diront mieulx & par la meilleur consideration &
+advis & qui luy apperront les plus saiges & de la plus vive oppinion. Et
+aussi notera en la diversité des oppinions quelz causes & quelz raisons
+pourroyent mouvoir les disans. Et ainsi en toutes choses sera advisee /
+& quant viendra a elle a parler ou respondre selon le cas qui escharra
+si sagement se advisera du faire que elle ne puisse estre reputee simple
+ygnorante / & se advant la main elle peut estre informee de ce qu'on
+devera & que proposer sur ce se choses pesantes sont & elle se pourvoit
+par sage conseil de responce ce n'est que bien. Avec ce ceste dame
+establira certains preudhommes saiges en certaines quantités qui seront
+de son conseil qu'elle sentira bons loyaulx de bonne vie & non trop
+couvoiteux / car c'est ce qui honnit tout en tout plusieurs princes &
+princesses que conseilliers remplis de couvoitise. Car selon leur
+inclinacion ilz induysent & ennortent ceulx qui conseillent / & sans
+faille ceulx qui habondent en tel vice ne pourroyent bien loyaument ne
+au proffit de l'ame & honneur du corps conseiller & qu'ilz soyent de
+bonne vie & de ce doit bien enquerir la prudente dame a ceulx elle se
+conseillera par chascun jour a certaine heure des besongnes qu'elle aura
+a faire aprés ce conseil du matin ira a table qui sera par especial aux
+jours solennelz & aux festes voire le plus communement en salle ou
+seront assises les dames & damoiselles & les personne a qui il
+appartiendra par ordre selon leur estat / la sera servie selon qu'il
+appartient a tel estat / & tandis que l'assiete durera selon la belle
+ancienne coustume des roynes & des princesses aura ung preudhomme en
+estat au chief du doy qui dira d'anciennes gestes d'aucuns bons
+trespassés ou d'aucunes belles moralités ou exemples / la n'aura mye
+grant noyse menee. Et aprés les tables levees & graces dictes s'il y a
+princes ou seigneurs dames ou damoiselles ou d'aultres estranges vers
+elle. Adonc celle qui sera en toutes choses enseignee & aprinse recepvra
+chascun en tel honneur comme il luy appartiendra. Si que tous se
+tendront pour contens parlera a eulx par maniere rassise a joyeulx
+visaige aux anciens d'une guise plus pesante aux jeunes d'une aultre
+plus riant et ce adonc vient la a parler ou a ouÿr d'aucuns esbatemens
+ou d'aucunes joyeusetés elle s'i saura contenir par si plaisant maniere
+que tous diront que c'est une gratieuse dame & qui bien scet son
+maintien en tous endrois. Aprés les espices prises & qu'il sera temps de
+retraire la dame s'en ira a sa chambre la ung petit se reposera se
+besoing en a / puis aprés se il est jour ouvrier & elle n'a aucune autre
+plus grande occupacion pour eschever oysiveté a aucun ouvraige se
+prendra & environ elle fera semblablement ouvrer ses filles & ses femmes
+& la a privé vouldra que chascune devise hardiment de toutes honnestes
+joyeusetés si que il luy plaira & elle mesmes rira avecques elles &
+s'esbatra en devisant si familierement que toute loueront sa grant
+priveté & benigneté & l'aymeront de tout leur courage ainsi fera jusques
+a heure de vespres que elle les yra oÿr en sa chapelle se il est jour de
+feste se aucune grande occupation ne les empesche ou les dira sans
+faillir avecques la chapellaine & aprés ce fait s'il est esté s'en ira
+esbatre en aucun jardin jusques a heure de souper l'en viendra & ira
+pour sa santé. Si vouldra que si aucuns ont a besongner a elle pour
+certaines causes que ilz soyent lassez entrer & les orra. Vers le
+coucher sera a dieu en oraisons & ainsi se finera l'ordre des communes
+journees de la prudente princesse vivant en bonne & saincte activeté.
+quant est d'autres esbatemens a quoy dames seulent prendre esbatemens &
+plaisir sicomme de aller a la chasse aucunesfois voler en riviere ou a
+autres jeux. Ces choses nous ne mettons point en l'ordre de nostre
+discipline & enseignement. Car nous les laissons en la distribution &
+vouloir de leurs maris & du leur aussi desquelles choses aucune licence
+peut bien estre donnee en temps & en luy mesmes aux dames tresvertueuses
+sans mesprendre mais que ce soit sans trop et que mesure soit gardee.
+
+
+
+
+¶ Cy commence a parler des sept principaulx enseignemens de prudence qui
+sont necessaires a retenir a toute princesse qui ayme honneur & est
+premier comment se contiendra vers son seigneur generallement &
+particulierement. Chapitre .xii.
+
+
+Or avons assez devisé en termes generaulx & particulierement aussi tant
+ce qui touche vers dieu premierement & les bonnes meurs comme la maniere
+& ordre de leur vivre. Si nous plaise encores a deviser pour leur
+ennortement sept principaulx enseignemens lesquelz selon prudence leur
+sont necessaires a celles qui desirent sagement vivre et honneur veulent
+avoir. Si prions & enjoingnons a elles & semblablement a toutes femmes
+grandes moyennes & petites a qui se pourra apartenir que ces sept
+enseignemens veullent bien retenir noter & mettre a effet car pour neant
+oit doctrine qui ne la met a oeuvre. Le premier de ces sept pointz &
+rigles que nous enseignons & que toute dame & semblablement toute femme
+estant en ordre de mariage il appartient que elle ayme son mary & vivre
+en en paix avecques luy ou autrement elle a ja trouvé les tourments
+d'enfer ou n'a fors que toute tempeste. Et pource qu'il n'est point de
+doubte que assez de femmes de tous estatz non obstant que elles les
+ayment chierement ne scevent pas toutes les rigles ou par jeunesse ou
+aultrement de le bien demonstrer vecy nostre leçon qui leur aprendra /
+la noble princesse qui en toutes ces choses vouldra suyvre la rigle
+d'onneur si maintiendra vers son seigneur vieil ou jeune en toutes les
+manieres que en tel cas bonne foy & vraye amour commande. C'est assavoir
+se rendre humble vers luy en fait en reverence et parolle l'obeyra sans
+murmuration et gardera sa paix a son povoir curieusement par la maniere
+que faisoit la bonne & sage royne hester sicomme il est escript en la
+bible au premier chapitre. Et pource tant aymee & honnouree de son
+seigneur que il n'estoit chose que elle voulsist que il luy veast
+avecques ce demonstrera l'amour en ce que elle sera soygneuse et
+curieuse de toutes les choses qui pourront appartenir au bien de sa
+personne tant a l'ame comme au corps. A l'ame elle tiendra en amour son
+confesseur parquoy se elle voit en son dit seigneur aucune tache de lait
+peché duquel la coustumance luy peut tourner a dampnation & elle ne luy
+osast dire de doubte que il ne luy en despleust & aussi qu'il ne luy
+appartient pas elle luy fera dire par icelluy & luy dira que il luy
+admonneste bien d'estre tousjours serf de nostreseigneur. Et aussy en
+toutes ses aumosnes & biens fais dira priés Dieu pour monseigneur & pour
+moy. Avecques la pourvoyance de l'ame sera ceste dame tressoygneuse du
+corps de sondit seigneur. C'est assavoir qu'il soit en santé maintenu &
+conservement de longue vie. Si vouldra souvent parler a ses phisiens /
+leur enquerre de son estat & comme saige que elle sera vouldra ouÿr de
+leurs oppinions & que present elle soyent faictes aucunesfois leurs
+collations sur le fait de la dicte santé. Item vouldra sçavoir comment
+il sera servy & de ce n'aura pas honte de s'en prendre garde
+soygneusement quelques autres qui y soyent commis. Et pource que ce
+n'est mie l'ordre d'estat royal que les dames soyent si communement
+entour eulx que aultres femmes sont vers leurs marys elle enquerra
+souventesfoys aux chambellans & aux autres d'environ luy de son estat
+verra le plus souvent que elle pourra & du veoir sera tresjoyeuse &
+quant elle sera vers luy dira a son povoir toutes choses qui plaire luy
+devront & a joyeulx visaige se contiendra. mais pource que aucunnes nous
+pourroyent par adventure icy respondre que nous comptons sans rabatre.
+C'est assavoir que nous disons a toutes fins que les dames doyvent tant
+aymer leurs seigneurs et en monstrer les signes. Mais nous ne parlons
+mye se tous deservent vers leurs femmes que on le doye ainsi faire
+Pource que on scet bien que il en est de telz qui se portent vers elle
+tresfelonneusement & sans signe de nulle amour ou bien petite. Si
+respondrons a icelles que nostre doctrine en ceste presente euvre ne
+s'adrece point aux hommes quoy qu'il en fust besoing a plusieurs que ilz
+fussent bien endottrinez. Et pource que nous parlons aux femmes tant
+seulement tendons a leur prouffit pour enseigner les remedes qui pevent
+estre vaillables a eschever deshonneur & donner bon conseil d'ensuyvre
+bonne voye qui ne face le contraire & du bien & du mal leur prouffit.
+Poson que le mary fust de merveilleuses meurs pervers et rudes
+malamoureulx vers sa femme de quelque estat qu'il fust ou desvoyé en
+amour d'autre femme qui que elle soit quant elle scet tout ce porter &
+dissimuler sagement faire semblant que elle ne s'en apperçoit & que elle
+n'en scet riens voirement s'il est ainsi que elle n'y peust mettre
+remede. Car elle si pensera comme saige si tu luy disoyes rudement tu
+n'y gaigneroys riens & s'il t'en menoit male vie tu poindroyes contre
+l'aguillon il t'en eslongneroit par adventure & tant plus les gens s'en
+mocqueroyent & croistroit la honte & le diffame & t'en pourroit encores
+estre de pis il fault que tu vives & meures avecques luy quel qu'il
+soit. Ces choses considerees la saige dame mettra peine par bel & par
+doulceur de l'atraire a soy & se elle congnoist que ce soit le meilleur
+de luy en dire quelque chose elle luy en touchera apart doulcement &
+benignement une fois l'amonnestera par devocion / autre fois par pitié
+qu'il doit avoir d'elle / autre fois en riant comme si elle se jouast /
+avec ce luy fera dire par bonnes gens et par son confesseur / & avec ce
+autre vertus ceste noble dame l'excusera se elle en ot parler aux autres
+ne pourra souffrir ouÿr dire mal de luy ne aura cure que on luy en
+raporte riens & elle deffendra. Car elle comme sage pensera que du
+savoir n'aura fors tristesse et riens n'y gaigneroit / et quant toutes
+ses voyes elle aura ung temps tenues & verra que il ne s'en vouldra
+amender son refuge sera a dieu mettra toute peine de s'en mettre en paix
+sans plus luy en parler Et celle dame ou femme qui qu'elle soit qui
+ainsi fera soit certaine que ja l'homme si pervers ne sera que a la
+parfin conscience & raison ne luy dye tu as grant tort & grant peché
+contre ta bonne & honneste femme & que il ne s'amende & l'ayme plus ou
+tant que font ceulx qui oncques ne se desvoyerent en ainsi aura sa cause
+gaignee par bien souffrir. Et s'il advient que ledit seigneur voyse en
+aulcun voyage loingtain ou perilleux ou en quelque guerre la bonne dame
+priera dieu devottement & fera prier pour luy en processions & oblations
+tressongneusement & croistra le nombre de ses aulmosnes se tendra
+humblement et simplement d'estat de maintien & d'abit en tandis & a son
+retour en grant joye & honneur le recevera et a toute sa compaignie fera
+chiere joyeuse & bien vouldra estre informee des meilleurs de ses gens
+des plus preux & des plus vaillans & comment ilz se seront portés &
+tresvoulentiers en orra racompter si les recevera a grant honneur &
+beaulx dons leur donra aussi vouldra sçavoir comment ceulx qui avoyent
+la garde de son corps auront fait leur devoir & se seront vers luy
+portez. Si guerdonnera les biensfaitz aux bons & aux plus songneux &
+cestes manieres tenir sont de grant honneur a dames. Et pource quoy que
+elle les face de bon cueur. Et vouldra elle bien toutesvoyes que elles
+soyent manifestees & sceues au monde & non mye celees la cause si est
+que elle ayme honneur & le bien de renommee comme dit est si luy
+aprendra prudence que plus grant honneur ne peut estre dit de dame & de
+toute femme que dire que elle soit vraye & loyalle vers son seigneur &
+que bien fait semblant que elle l'ayme & par consequent luy est loyalle.
+Car il est a penser a ung chascun que femme qui bien ayme son mary ne
+luy fera ja faulceté. si ne peut faire autre certification de sa
+loyaulté fors par l'amour qu'elle luy monstre & les signes de par dehors
+par lesquelz on juge communement du couraige. Car autrement ne peut on
+juger de l'entention des gens fors par les oeuvres lesquelles si elles
+sont bonnes tesmoigne la personne bonne & aussi au contraire. Si
+souffise quant a ce premier enseignement lequel est convenable a toute
+preude femme que qu'elle soit.
+
+
+
+
+¶ Cy devise le deuxiesme enseignement de prudence qui est comment la
+saige princesse se contiendra vers les parens & amys de son seigneur.
+Chap. .xiii.
+
+
+Le deuxiesme point & enseignement que prudence demonstre a la princesse
+& generallement a toute femme saige est qui se elle a chier honneur par
+quoy bien veult que on sache que elle ayme son mary si que dit est cy
+devant elle aymera & honnorera les parens de son seigneur & demonstrera
+en tel maniere elle leur fera honneur & tresbonne chiere de toutes pars
+que ilz vendront & devant les gens meilleur que aux siens propres si
+mettra peine en toutes manieres raisonnables & licites de les complaire
+& faire leur gré les attrayra amyablement & a chere joyeuse sera
+procureresse pour eulx vers son seigneur si besoing est & s'il advenoit
+qu'il y eust aucun contens entre eulx elle se mettra en peine d'en faire
+la paix elle dira bien de eulx & les essaucera. si gardera bien d'y
+prendre estrif de parolles & en toutes manieres eschevera a son povoir
+que contens ne aucune rancune naisse ou sourde entre elle & eulx. Poson
+que aucun feust dangereux & maltraictable mettra peine a le sçavoir
+avoir par la meilleur voye selon sa condicion en gardant toutes voyes
+l'honneur que a elle appartient si n'aymera mie seullement les parens de
+son seigneur. mais aussi tous que elle sçaura qu'il ayme. suppose ores
+qu'elle sceust qu'il en y eust de maulvais si leur fera elle bonne
+chiere la cause si pource que elle ne les pourroit faire estre bons ne
+aussi par adventure empescher ne destourner l'amour & la hantise que son
+seigneur y a Si ne seroit que riote & noise s'elle leur monstroit
+mauvais semblant & acqueroit tant plus d'ennemys. Et si diroit on que
+voirement est il vray que femme n'aimera ja personne que son mary ayme /
+bien est la verité que se elle sçait que son seigneur soit encliné a la
+croire & elle soit certaine que iceulx soyent vicieulx & mauvais & que
+mal en faict ou en murs puisse venir a sondit seigneur par les hanter
+elle luy dira & monstrera appert coyment & doulcement ou fera dire. Et
+de tenir ces manieres sondit seigneur luy sçaura tresgrant gré aura la
+grace & benivolence de ses parens qui moult luy pourra valoir & garder
+de mains autres perilz & encombriers & plus seure sera quand elle aura
+la seureur des parens de son seigneur. Car on a veu maint mal avoir a
+femmes maintes fois a cause des parens de leurs maris. Et cestuy signe
+avec les autres donnera plus grant certification de l'amour & loyaulté
+que elle a son seigneur.
+
+
+
+
+¶ Cy devise du .iii. enseignement de prudence qui est comment la saige
+princesse sera songneuse de se prendre garde sur l'estat et gouvernement
+de ses enfans. chap. .xiiii.
+
+
+Le troisiesme enseignement de prudence a la princesse saige est que
+s'elle a enfans de se prendre garde d'eulx & de leur gouvernement aux
+filz non obstant qu'il appartiengne au pere de leur querir maistre &
+bailler telz gouverneurs qui soyent bons & convenables toutesvoyes la
+dame qui maine par adventure tant de charge de diverses choses & que
+aussi nature de mere est communement plus encline au regard de ses
+enfans doit moult adviser tout ce qui leur appartient & plus a ce qui
+touche discipline de meurs & d'enseignemens que au gouvernement du
+corps. Et pource la saige princesse prendra garde comment on les
+ordonnera quelz sont ceulx qui les auront en gouvernement & comment ilz
+en feront leur devoir et non mye s'en attendre au rapport d'autruy /
+mais elle mesmes souvent les visitera en leurs chambres les verra
+coucher & lever & comment ilz seront ordonnés & telle chose faire a
+princesse n'est ce honneur non. Car c'est le plus grant port seureté &
+parement que elle puisse avoir que enfans & tel par aventure souvent
+avient vouldroit bien nuyre a la mere qui n'endureroit pour la doubte
+des enfans si les dois bien tenir chierement & est grant los de dire que
+elle en soit soigneuse. Car c'est signe que elle est sage & bonne.
+doncques la sage dame qui chierement les aymera sera diligente que ilz
+soyent endoctrinés & que ilz aprengnent tout premierement a servir dieu
+soyent enseignes en lettres & que le maistre soit songneux de les faire
+aprendre aux heures competentes mettra peine la saige dame qu'il plaise
+au pere qu'ilz soyent introduitz en latin & que aucunement s'entendent
+es sciences. Laquelle chose est moult convenable a enfans de princes et
+de seigneurs. Elle vouldra aussi quant leur aage croistra & qu'ilz
+auront entendement qu'ilz soyent admonnestés des choses du monde du
+gouvernement qui leur affiert / et de toutes choses qui a sçavoir a
+princes appartiennent que tous admonnestemens de vertus leur soyent dis
+& demonstrés enseigner la voye de fuyr les vices. Ceste dame se prendra
+bien garde des meurs du maistre & de la sapience aussi des autres qui
+seront entour eulx. Si les fera oster s'ilz ne sont bons & mettre
+nouveaulx / vouldra que lesditz enfans soyent souvent menez vers elle.
+Considerera leurs manieres & faitz & ditz & les reprendera ellemesmes
+tresfort s'ilz mesprennent / se fera craindre a eulx & vouldra qu'ilz
+luy portent grant honneur / elle les arraisonnera pour sentir de leur
+entendement & de leur sçavoir saigement les enseignera. Ses filles fera
+gouverner par bonnes & sages dames & ainçois qu'elle commette a nulle le
+gouvernement sera bien informee du sens des moeurs & de la vie d'elle.
+Car a ceste chose doit bien prendre garde & que la dame ou damoyselle a
+qui baillera en gouvernement sa fille soit de bon renom & devote envers
+dieu & de sens & honneur mondain sage & prudente affin qu'elle luy sache
+bien monstrer le bien & la contenance & maintien qui appartient a fille
+de prince a avoir & sçavoir / & doit estre icelle assez agee / affin
+qu'elle soit plus saige en meurs & plus prisee & doubtee mesmes de
+l'enfant qu'elle gouvernera / & aussi de tous les autres de la court
+plus auctorisee & crainte. Car il appartient a dame qui a tel charge
+qu'elle se prengne bien garde que environ la fille du prince ne repaire
+fille ne femme ou y ait reproche ne qui soit mal conditionee legiere ou
+folle ne de layde maniere affin que l'enfant n'y peust prendre aucun
+maulvais exemple. Et vouldra la princesse que quant elle sera en aagee
+qu'elle apreigne a lire aprés qu'elle sçaura ses heures & son service
+qu'on luy baille et administre livres de devotion et contemplation / ou
+qui parlent de bonnes meurs / ne nulz de choses vaines de folies ou de
+dissolution ne souffrera que devant elle soyent portés pour ce que la
+doctrine & enseignement que l'enfant retient en sa premiere jeunesse il
+en est communement recors toute sa vie aussi saige princesse se prendra
+bien garde du gouvernement et de la doctrine de ses filles & autant que
+leur aage croistra tant plus en sera songneuse. Si les aura le plus du
+temps environ soy les tiendra en crainte & le saige maintien & vaillance
+d'elle sera exemple aux filles de semblablement eulx gouverner.
+
+
+
+
+¶ Cy devise le .iiii. enseignement de prudence qui est comment la
+princesse tiendra discrete maniere vers ceulx qui ne l'aymeront pas et
+qui auront envye sur elle. Chapitre .xv.
+
+
+Le quatriesme enseignement de prudence a la sage princesse est tout
+d'autre matiere & tout soit il differencié du dessusdit se n'est il mye
+de moindre maistrise a le sçavoir bien conduyre / car l'autre est
+naturel comme ce soit chose acoustumee que toute saige mere a soing du
+gouvernement & de la doctrine de ses enfans / mais cestuy qui est de
+sçavoir vaincre & corriger le propre couraige & voulenté de soy mesmes
+est chose comme par dessus nature. Et pource de tant que plus est fort a
+faire de tant est plus digne de recommandation / & la personne qui bien
+en scet user en fait plus a louer. Car c'est signe de tresgrant force &
+constance de courage qui est entre les vertus cardinalles de grant
+excellence & toutesfois n'est mye doubte qu'il est necessité a toute
+sage princesse qui ayme le pris d'honneur & de renommee sçavoir user de
+ceste force ou autrement sa prudence ne se peut bonnement ne du tout
+monstrer ne faire congnoistre n'estre parfaicte. Si nous convient plus
+particulierement declarer a ce que nous voulons dire. Il n'est point de
+doubte que selon le corps du monde & les mouvemens de fortune il n'est
+nul si grant prince en ce monde / tant soit juste ne fut oncques prince
+seigneur ne dame ne aultre homme ne femme qui ayt peu estre ne soit de
+tous aymé. Car posons que une creature fust toute parfaicte si ne
+souffiroit point la despitable envie qui se fiche en cueur humain que la
+personne fust au gré de tous ne aymee de chascun. Et ce povons veoir par
+la personne de Jhesucrist qui fut seul tout parfait / & toutesfois envye
+le fist mourir / & si a elle faict mains autres bons vaillans que je
+pourroye traire a exemple. Et de tant que la personne est meilleure &
+plus vertueuse de tant plus fait envye bien souvent greigneur guerre &
+si n'est nul ne nulle tant puissant ne oncques ne fut fors dieu qui de
+tous se peut venger. Et pource a nostre propos la saige princesse &
+semblablement toutes celles que vouldront ouvrer de prudence sera de ce
+tresbien avertie & pourveue de remede / dont s'il advient que fortune la
+vueille assaillir par aucun endroit si qu'elle a fait & fait mainte
+bonne gent et elle apperçoyve & saiche que aucun ou aulcunes personnes
+puissans ne luy veullent point de bien l'ayent en male grace & qu'ils
+luy nuyroyent s'ilz povoyent & s'eslongeroyent de l'amour & de la grace
+de son seigneur qui les croyroit par adventure pour leurs blandices &
+flateries ou la mettoyent par les faulx rapors mal des barons des
+subgetz ou du peuple elle ne fera de ce nul semblant qu'on s'en
+aperçoive ne que on les repute ne tienne ses ennemys Ainçois pour la
+bonne chere qu'elle leur monstrera donnera a croyre qu'elle tient
+grandement ses amys & jamais ne croyroit que aultrement fust & que plus
+que en autre y a fiance / mais il conviendra que celle de bonne chere
+soit ordonnee par tel sens et si rassise que nul ne puisse appercevoir
+que sainctement le face. Car si une fois estoit trop grande & autre fois
+a yeulx felons sicomme de cueur qui est plain qu'on voit bien que le ris
+en est a force tout seroit honny pource est le sens a garder mesure en
+cest endroit & fault bien que le courage en soit pourveu avant le coup /
+si faindra qu'elle se veult gouverner par eulx & par leur conseil & les
+appellera en ses estroitz conseilz comme elle monstrera a semblant leur
+dira des choses communes par grant secret & fiance qui seront contre sa
+pensee / mais conviendra que ce soit fait par bonne maniere qu'ilz ne
+s'en donnent de garde & qu'elle soit maistresse de sa bouche. Car se
+aucun mot disoit d'eulx en derriere contraire a ses semblans qui fust
+raporté ce seroit peril / car il n'est si grant seigneur ne si grant
+dame a qui tous ses servans soyent loyaulx. Si doit on bien regarder
+devant qui on parle / mais cueur qui est gros & plain a peine seuffre la
+bouche tousjours taire de ce qui luy desplaist Et la est la maistresse
+elle gasteroit tout son affaire. Car ce seroit sa honte & amenuisant sa
+grandeur que ces ennemys apperceussent que elle sceust qu'ilz ne
+l'aymeroyent pas & leur fist tel semblant. Car ilz penseroyent que elle
+le fist par crainte. Si en seroyent plus orgueilleux et plus hardis de
+luy nuyre. Et l'en priseroyent moins / si se sçaura bien de ce garder.
+Et se aucune personne luy en rapporte riens et elle pense que a iceulx
+sa responce puist estre raportee / elle blasmera les rapporteurs & dira
+qu'elle scet bien que ceulx de qui ilz parlent vouldroyent son bien &
+son honneur / & qu'ilz sont tresbons et loyaulx & ses amys. Et pensons
+que iceulx ennemys fissent ou dissent aucune chose a son prejudice de la
+chose se peut couvrir nullement que pour aucune autre cause que pour mal
+d'elle l'ayent fait ou dit. Encores fera elle si la simple ou ygnorante
+que ne l'aperçoyve & monstrera semblant que ce ne luy touche point &
+qu'elle n'a nulle pensee ne suspecion contre eulx / mais nonobstant
+toutes ces choses & ses grans dissimulations se guettera d'eulx de tout
+ce qu'elle pourra & sera dessus ses gardes. Ainsi la sage dame usera de
+ceste discrete dissimulation & prudence cautelle laquelle chose ne croye
+nul que ce soit vice mais c'est grant vertu quant faicte est pour cause
+de bien & de paix & sans faire a nul injure pour eschever greigneur
+inconveniens. Et voicy le mal qu'elle eschevera et le bien qui luy en
+suyvra se semblant faisoit qu'elle apperceust leur crisme. Ce seroit
+raison qu'elle print debat & contens a eulx & mist peine a s'en venger.
+Si conviendroit qu'elle en emeust grant noise & mist en guerre & en
+peril ses amys / & peut estre que son seigneur les croyroit mieulx que
+elle ou les autres barons & subgetz. Si engregeroit adoncques le contens
+& viendroit a plus grant meschief & si ne s'en verroit ja par adventure
+vengee / si auroit de tant plus grant dueil / & par la susdicte voye de
+souffrance & dissimulation est a presumer qu'elle appaisera l'ire et le
+maltalant de ses ennemys / & a tout le moins n'auroient ilz jamais le
+cueur de tant luy nuyre comme s'elle se monstroit ennemye. Car trop
+seroit desloyal celluy qui vouldroit faire mal a la personne qui le
+reputast son amy. Et posons qu'ilz ne s'en souffrissent leur trahyson &
+leur maulvaistie sera de trop plus grande & de plus apparoit au monde /
+si en seroyent de tant plus reprins & plus deshonnorez & moins
+viendroyent a leur entente. Car chascun leur donneroit le tort / & ne
+peut a toutes fins que la dame ne gaigne plus en tel cas a tenir si
+saincte maniere que par voye de rigueur & n'est pas doubte que cest
+enseignement affiere a tenir / non mye seullement aux princesses &
+dames / mais aussi generallement a toutes femmes. car en mains contens
+viennent en mariage par faulx rappors de flateurs aux maris que maintes
+ne scevent pas bien ou ne pevent dissimuler / ce scet dieu aussi font
+autres.
+
+
+
+
+¶ Cy devise le v. enseignement de prudence qui est comment la saige
+princesse mettra peine comment elle soit en la grace & benivolence de
+tous les estatz de ses subgetz Chapitre .xvi.
+
+
+Pource qu'il appartient a la sage princesse qui par prudence veult
+ordonner tous ses faictz qu'elle quiere et tienne toutes les voyes que
+honneur demander vouldra pour ceste cause qui est le cinquiesme
+enseignement estre bien du clergié / & en leur grace tant de gens des
+religions & des docteurs comme des prelatz & des gens du conseil & aussi
+des bourgois & mesmes de ceux du peuple. Mais aucuns se pourroient
+merveiller pourquoy nous disons plus nommeement de ceulx icy que des
+barons & des nobles. Si est la responce pource que nous suposons qu'elle
+en ja en soit bien si que c'est plus de commun usaige que lesditz barons
+& nobles elle frequente Si vouldra estre des dessus nommés bien pour
+deux principaulx causes L'une si est affin que les bons & devots prient
+dieu pour elle. & l'autre pource qu'elle soit louee d'eulx en leurs
+sermens et collations si que leurs voix & parolles luy puissent estre se
+mestier est escu & deffence contre les murmures & rappors de ses ennemys
+mesdisans. & les puissent estaindre par quoy elle en ait mieulx l'amour
+de son seigneur & aussi du commun peuple qui bien leur dame orra dire &
+qu'elle fust soustenue des plus puissans se besoing luy en venoit. Si
+sera bien informee lesquelz des clercz & des maistres tant des religieux
+comme d'autres seront les plus souffisans & de la greigneur auctorité &
+a qui on adjouste plus de foy a leurs ditz Iceulx mandera de fois a
+autre vers elle puis les ungs puis les autres parlera a eux moult
+amyablement vouldra avoir leur conseil & en user les fera aucunefois
+disner a sa court acompaignés de son confesseur & des gens de sa
+chappelle qui tous seront honnorables gens leur portera grant honneur /
+& vouldra que des siens soient honnorés qui est chose qui bien affiert.
+Car vrayment ceulx qui sont anoblis de science doivent estre honnorés /
+leur fera du bien de sa puissance donnera a leurs colleges & a leurs
+convens. Et combien que aulmosne doye estre faicte secrettement la cause
+si est telle / affin que la personne qui la fait n'en puisse monter en
+vaine gloire qui est trop mortel peché. mais se ladicte personne n'en
+n'avoit nulle elevation en son cueur mieulx seroit la donner
+publicquement que en secret pource qu'elle donneroit bon exemple a
+aultruy. & qui en celle intencion le fait double son merite & fait
+bien / dont ceste sage dame qui bien se sçaura garder d'icelluy vice
+vouldra bien que les dons & aulmosnes qu'elle fera par celle voye soyent
+sceuz & registrez s'ilz sont notables comme pour refaire leurs eglises &
+leurs convens ou autres necessaires en perpetuelle memoire en tableaulx
+en leurs eglises / affin que les gens prient dieu / ou autres registres
+ou ilz le dient publicquement / si y prendront exemple de pareillement
+donner d'avoir accointance mieulx pour avoir renommee par eulx s'il
+semble qu'elle touche aucun rain d'ypocrisie ou qu'elle en prengne le
+nom. toutesfois se peut elle nommer par maniere de parler juste
+ypocrisie. Car elle tend affin de bien & eschevement de mal. Car nous
+n'entendons mye que soubz umbre de ceste chose maulx et pechiez se
+doivent commettre ne que une grant vaine gloire en doyve sourdre en
+courage. Si disons de rechief que ceste maniere de juste ypocrisie est
+comme necessaire par especial a princes & princesses qui ont a dominer
+autruy a qui plus reverence affiert que a autre & certainement aussi ne
+messiet elle point a toute personne qui desire honneur le faisant a
+cause de bien. Et a ce propos il est escript au livre de valere que
+anciennement les princes faignoient qu'ilz fussent parens aux dieux
+affin que leurs subgetz les eussent en plus grant reverence & plus les
+craingnissent. Aussi vouldra la sage dame estre bien des gens du conseil
+de son seigneur soient prelatz chanceliers ou autres ordonnera qu'ilz
+viennent vers elle / les recevera honnorablement & parlera a eulx par
+sages parolles & le plus qu'elle pourra les tiendra en amour et ceste
+maniere de tenir luy sera vaillable en plusieurs choses. C'est assavoir
+car ilz loueront le sens & gouvernement d'elle qu'ilz verront notable.
+Aussi s'il advenoit que aucun envieux voulsisse quelque chose machiner
+contre elle ilz ne souffreroient passer en conseil riens a son prejudice
+et desmouveroyent le prince s'il estoit mal informé par aucuns autres /
+& aussi s'elle desiroit aucune chose estre passee en conseil ilz luy
+seroyent amys & plus favorables. Avec ce ladicte dame vouldra avoir la
+bien vueillance des clercz qui se meslent des causes comme du peuple
+comme nous dirions a paris avocas en parlement & ailleurs de tieulx
+semblables deffendeurs des causes si vouldra veoir a certains jours les
+presidens & principaulx d'entre eulx & des autres plus notables avec
+eulx & devisera a eulx amiablement & vouldra qu'ilz sachent & voyent de
+son honnorable estat non mye qu'elle leur die par maniere de vengence
+mais qu'ilz apperçoyvent par l'effet de son maintien & grant sçavoir &
+telle maniere tenir pourra estre vaillable a l'acroissement de son
+honneur et los / & la cause si est pource que tous estatz & de toutes
+manieres de gens de justice les principaulx bourgois des cités & villes
+de sa seigneurie de son seigneur & aussi des gros marchans & mesmement
+aucuns des plus honnestes des gens de mestier vouldra qu'ilz viengnent
+de fois a autre vers elle si leur fera tresbonne chere & mettra peine a
+estre bien d'eulx affin que s'elle avoit aucun affaire qu'ilz fussent
+devers elle & que se necessité leur venoit de quelque finance faire
+qu'elle peust par lesditz marchans de leur bon gré & voulentiers estre
+secourue laquelle chose il convient qu'elle emprunte se elle veult bien
+garder tous les termes & pointz de honneur doit rendre sans faillir a
+jour nommé affin que la verité de sa parolle soit tousjours tenue en
+toutes choses entieres & sans faillir & que plus grant foy on y
+adjouste. Pource que nous avons dit en cestuy chapitre .v. des .vii.
+enseignemens comment la saige princesse doit estre bien de ses subgetz
+si que dit est & pourroit sembler a aulcuns mal advisés que chose
+superflue soit de ce dire & que il n'appartiengne que princesses prengne
+cure de atraire ses subgés ains doit commander baudement ses plaisirs &
+que ilz doivent obeir & mettre peine de l'attraire a amour & non mye
+elle eulx ou autrement ne seront ilz mye subgés & elle maistresse mais a
+ce nous respondrons que sauve la grace des diseurs ce appartient a faire
+non mye seulement a princesses mais aux princes par maintes raisons /
+mais de deux nous passerons. Car moult se pourroit ceste matiere plus
+eslargir. L'une si est que quoy que le prince soit seigneur maistre des
+subgetz / toutesfois les subgetz font le seigneur & non mye le seigneur
+les subgetz. Et trouveroient trop plus legierement qui les reputeroit a
+subgetz se ils luy vouloyent estre mauvais que il ne trouveroit qui le
+recepveroit a seigneur & pour celle cause & aussi qu'il ne pourroit luy
+tout seul forçoyer contre eulx si luy estoient rebelles / & s'il avoit
+ores la puissance de les destruyre il mesmes se deffendroit. Et s'il est
+necessité que il les tiengne a amour en telle maniere que de celle amour
+viengne crainte plus que par rigueur ou autrement sa seigneurie est en
+balence. Si est vray le proverbe commun que l'en dit / il n'est mye sire
+de son païs qui de ses hommes est haÿs. Et de les tenir en amour
+vrayement plus grant sens ne pourroit faire se a droit veult estre nommé
+seigneur Car il ne pourroit avoir cité ne forteresse d'aussi grant
+deffence force & puissance comme luy peut estre l'amour & benivolence
+des vrays subgetz. L'autre raison si est pource que poson que subgetz
+ayent bonne voulenté vers prince & princesse si n'auroyent ilz jamais le
+hardement d'aler familierement vers eulx se ilz ne les mandoient ne il
+n'appartiendroit aussi. Si doit doncques venir le premier acueil du
+prince ou de la princesse mais il est bien raison que les subgetz facent
+de ce tresgrant joye & feste & qu'i s'en tiennent bien honnorez & en
+doit doubler en eulx leur amour & loyaulté tant que plus de doulceur &
+trouvent. Et a ce propos dit ung saige qu'il n'est chose qui plus
+suprengne le cueur des subgetz ne qui tant les tire vers leur seigneur
+comme quant ilz treuvent benignité et doulceur en luy si que il est
+escript d'un bon empereur qui disoit qu'il vouloit estre tel a ses
+subgetz que eulx mesmes desiroyent qu'il leur fust. & de ceste chose
+bien advisee la sage princesse le fera ainsi leurs femmes la visiteront
+aucunesfois & elle leur fera tresbonne chere et parlera a toutes si
+amyablement que tres contentes se tendront & loueront son sçavoir et sa
+tresgrant court tiendra et feste a ses gesines et aux nopces de ses
+enfans vouldra que elles soyent en la compaignie des dames & des
+damoiselles. Pour laquelle chose elle acquerra moult amour de tous & de
+toutes.
+
+
+
+
+¶ Cy devise comment la saige princesse tiendra en belle ordonnance ses
+femmes de sa court. Chapitre xvii.
+
+
+Le vi. enseignement de prudence est que la saige princesse tout ainsi
+que le bon pasteur se prent garde que ses brebis soyent maintenues en
+santé & se aucune en devient rongneuse il la separe du troupel de peur
+qu'elle peust empirer les autres elle se prendra garde sur le
+gouvernement de ses femmes lesquelles aura terres a son povoir toutes
+bonnes & honnestes car aultres ne vouldra avoir en tour elle. Et pource
+que c'est chose assez acoustumee que chevaliers et escuyers et tous
+hommes qui frequentent en tour femmes par especial les aucuns ont
+maniere de les prier d'amours & de les attraire se ilz pevent / la saige
+princesse par ses ordonnances tiendra telle maniere qu'il n'aura nul
+repairant a sa court si hardy qui a nulle de ses femmes ose conseiller
+apart ne faire semblant d'atrait & se il le fait ou que il soit apperceu
+en aucun signe que tantost telle chere luy soit monstree qu'il ne s'i
+osera plus embatre. Et ainsi selon seigneur maisgnee duicte la dame qui
+toute honneste sera vouldra que toutes ses femmes le soyent sur peine
+d'estre mises hors de sa compaignie si vouldra qu'elles s'ebatent a
+jeulx honnestes & non tieulx que hommes s'en puissent mocquer ne tenir
+leurs parolles ainsi que voulentiers font de femmes quoy qu'ilz s'en
+rient & jouent avecques elles se contiennent entre chevaliers & escuyers
+& tous hommes par beau maintien dient leurs parolles coyment &
+simplement s'esbatent & solacent soit en dances ou autres esbatemens
+gracieusement & sans liberté ne soyent baudes saillans n'effrayees en
+parolles contenance maintien ris & ne voysent la teste levee comme cerfz
+ramages lesquelles contenances seroyent trop mal seans & grant mocquerie
+a femmes de court ou plus doibt avoir honnesteté bonnes meurs & courtois
+maintiens que en nulles autres. Car la ou est le plus d'onneur doivent
+estre les plus parfaictes meurs & maintiens & de ce deceveroient trop
+les femmes de court se aucun païs en avoit de telle opinion qui
+cuydassent que plus leur apartenist a estre baudes & saillans que autres
+femmes / mais pource que nous esperons que yceste nostre doctrine soit
+portee par le temps advenir en mains royaulmes affin que en tous lieux
+ou il auroit en cest endroit aucune deffaulte peust estre vaillable.
+Nous disons generaument a toutes & de tous pays que il appartient a
+toute dame & damoiselle de court estre plus saige plus rassise & mieulx
+moriginee en toutes choses soit jeune ou vieille que autre. Car elles
+doyvent estre exemplaire de tout bien & de tout honneur aux autres
+femmes & se autrement le foisoient point ne feroyent d'honneur a leur
+maistresse ne a elle mesmes. Avecques ce vouldra la sage princesse affin
+que toutes choses en honnesteté se correspondent que les robes & les
+atours de ses femmes quoy qu'ilz soyent beaulx & riches comme il
+appartient bien soyent d'honneste façon bien mis & bien seans
+honnestement & nettement maintenus mais n'y ait nulle desguisure ne
+deshonnesteté de trop grans collectz ou d'autres oultaiges & en toutes
+choses la saige princesse ordonnera ses femmes / tout ainsi que la
+prudente & bonne abbesse fait son convent en telle maniere que mauvais
+rapport en estranges contrees ne aval la ville ne autre part n'en puisse
+estre fait / & sera ladicte princesse tant crainte & redoubtee par le
+sage gouvernement que on luy verra tenir que nul ne nulle ne sera si
+hardy aucunement desobeir a ses commandemens ne lever l'ueil
+senestrement ne mal apoint / car il n'est nulle doubte que une dame est
+plus crainte & doubtee & tenue en plus grant reverence quant on la voit
+saige & de pesans meurs & honneste / & posons que elle soit benigne &
+doulce que ne seroit male & diverse / car le seul regard de la saige &
+chiere attrempee est assés souffisant signe pour corriger ceulx & celles
+qui mesprennent & les faire craindre.
+
+
+
+
+¶ Cy devise comment la sage princesse se prendra garde sur ses revenues
+& de ses finances & de l'estat de sa court.
+
+
+Le .vii. enseignement de prudence a la sage princesse est que elle
+prendra garde soigneusement au fait de sa revenue & de sa despence
+laquelle chose doyvent adviser nonpas seullement princes & princesses /
+mais semblablement toutes gens que veulent vivre par ordre de saigesse
+n'aura point de honte elle mesmes de vouloir sçavoir la somme de ses
+revenues ou de ses pensions & que les comptes de ses receveurs &
+despenciers de ses finances soyent a certains jours fais devant elle
+vouldra sçavoir comment ses maistres d'ostel gouvernent ses gens &
+ordonnent son commun & distribuent les viandes & semblablement des
+autres offices de sa court dont elle ne vueille bien estre informee que
+ilz soyent prudens de bonne vie & prudens hommes ains que les prengne &
+se le contraire scet que tost ne les mette hors si sçaura combien monte
+la despence de son hostel vouldra sçavoir ce que on a prins des marchans
+& sus le peuple pour elle & pour sa despence & ordonnera qu'il soit bien
+payé a certain jour / car nullement ne vouldra leurs mauldissons ne
+estre a leur haine. si ne vouldra riens devoir mieulx aimera se passer a
+moins & plus sobrement despendre. deffendra qu'on ne prengne riens sus
+le peuple maulgré eulx & que ce ne soit a juste pris tantost payer & non
+mye faire aller les povres gens des villaiges & d'ailleurs a leur grant
+coust & destourbier & frais. Cent fois et plus a tout une cedule en sa
+chambre aux dames & a ses receveurs ains qu'ilz puissent estre payés ne
+vouldra point que ses tresoriers ou distributeurs de finances usent du
+stille commun / c'est assavoir soyent menteurs ne pourmenans les gens de
+terme en terme comme ilz pourront penser que ilz puissent payer. Ceste
+sage dame ordonnera l'avoir de ses revenues en la maniere qui s'ensuyt.
+Elle le partira en cinq parties. La premiere sera la part & porcion que
+elle vouldra mettre en aulmosnes & donner aux povres. La seconde en la
+despence de son hostel la somme elle sçaura que elle monte / voire s'il
+est ainsi que sur sa revenue & pention la doye querir et que son
+seigneur ne luy administre sans que elle s'en mesle. La tierce a payer
+ses officiers & ses femmes. La quarte en dons a estrangiers ou autres
+qui luy auront desservy extraordinairement. Et La .v. mettra en tresor &
+dessus prendra a sa plaisance ce que elle vouldra mettre pour elle en
+joyaulx robes & autres abillemens & sera chascune part & portion de
+telle quantité comme elle verra que elle puisse faire selon sa revenue.
+Et ainsi par ceste voye tenir riglement pourra avoir droit ordre en
+toutes ses choses sans confusion ne que argent faille pour assovyr
+aucunes des dessusdictes choses parquoy il convient faire finances
+estranges ou chevances non licites a grans dommaiges & frais. En ceste
+maniere par les sept dessusditz enseignemens de prudence tenir avec les
+autres vertus lesquelles choses ne sont mye fortes a faire / ains
+embellissent & sont plaisans mais que bon cueur s'i vueille disposer &
+que ung petit l'ait acoustumé pourra la saige dame acquerir la gloire
+renommee & grant honneur au monde & a la fin paradis qui est promis aux
+biens vivans.
+
+
+
+
+¶ Cy devise en quelle maniere se doit estendre la largesse & liberalité
+de la saige princesse. Chap. .xix.
+
+
+Et pource que nous avons parlé des autres vertus convenables a princesse
+assés au long & plus en brief avons touché la largesse mondaine qui en
+dons luy affiert a avoir hors l'ordre commune de sa despence &
+extraordinairement comme ce soit chose advisant a princesse que en ce
+soit advisee en parlerons plus au large la saige princesse qui vouldra
+qu'il n'y ait riens a reproucher en ses faitz se gardera bien que le
+vice de chetiveté & de non deue echarceté ne soit point veu en elle &
+aussi de folle largesse qui n'est mye maindre vice. Et pourtant par
+grant discretion & prudence usera & fera de ces dons / car c'est une des
+choses du monde qui plus exaulce la renommee des grans seigneurs & dames
+que largesse & ce tesmoigne jehan de sabberieuse en policraticion ou
+tiers livre ou .xiiii. chapitre a demonstrer que la vertu de largesse
+soit necessaire a ceulx qui ont le gouvernement sur la chose publicque.
+exemple de titus le noble empereur qui acquist telle renommee par sa
+largesse que on l'apelloit le secours & l'aide de toute personne & il
+avoit tel amour a ceste vertu de largesse que le jour qu'il n'avoit fait
+don aucun il ne povoit estre joyeulx & pour ce aquist la generalle amour
+de tous. Si demonsterra la sage dame sa largesse en telle maniere se
+elle a puissance de donner & il luy vient a congnoissance se que elle
+soit bien informee que aucuns gentilz hommes estrangiers ou aultres
+aient par longue prison ou rançon moult perdu du leur ou soient a grant
+souffreté elle leur aidera voulentiers du sien & de bon usaige largement
+selon son povoir. & pource que largesse ne s'estend mie tant seulement
+en dons comme dit ung saige / mais aussi en reconfort de parolles en
+leur donnant esperance elle les confortera de meilleur fortune & ce
+reconfort par adventure leur fera autant ou plus de bien que l'argent
+que elle leur donra car moult est chose agreable a personne si que ja
+est touché si devant quant prince ou princesse luy donne reconfort &
+mesmes de sa parolle. Et aussi si ceste dame voit aucun gentilhomme soit
+chevalier de bon couraige qui ait grant voulenté de soy avancer en
+honneur. mais n'ait mye grant chevance pour soy habiller si qu'il
+affiert & elle voit que de luy ayder soit bien employé & que il le
+vaille la gentille dame qui aura en soy toutes nobles meurs pour
+honneurs de gentillesse & pour tousjours eslever noblesse de vaillance
+luy aidera. Et ainsi en divers cas qui peut advenir s'estendra la saige
+& bien ordonnee largesse de ceste dame & s'il advient que aucuns presens
+ou dons luy soyent faitz de par aucuns grans seigneurs elle donnera si
+grandement aux messagiers que ilz s'en puissent louer & plus se ilz sont
+estrangiers que aux autres affin que en leurs païs en facent mention a
+leurs seigneurs & vouldra que tous soyent expediez. Et se les presens
+viennent de grans dames elle leur envoyera semblablement de ses joyaulx
+& de ses belles choses plus largement Mais se povre ou simple personne
+luy fait aucun service ou luy presente quelque chose estrange par bon
+vouloir elle regardera la faculté de la personne & son estat & la
+grandeur du service ou la value ou bonté ou beaulté ou estrangeté du don
+selon le cas si le remunerera quoyque ce soit si grandement que l'en
+s'en puisse & doye louer & avec ce par si joyeuse chere recevra la chose
+que ce sera a pou moitié poiment. Et non mie sera sicomme nous veismes
+une fois & n'a pas moult de nos yeulx avenir dont moult nous pesa a une
+court du monde de prince ou de princesse que ce fust la fut mandee une
+personne que on reputoit a saige pour oÿr & congnoistre de son sçavoir.
+Si y frequanta plusieurs fois / & se tenoit on tresfort content de ses
+faitz & de ses ditz & de l'effect de son sçavoir duquel il avoit fait
+audit prince ou princesse aucuns services justes bons & loysibles dignes
+de recommandation & desserte. En cestuy mesmes temps & espace
+frequentoit a icelle mesme court une autre persone qu'on reputoit a
+folle qui a coustume avoit de servir les seigneurs & dames de bourdes &
+rappors de ce qu'on faisoit par tout & de parolles de nulle value
+sicomme par maniere de truffes & de faire rire. Advint que on voult
+remunerer & faire dons a la personne que on reputoit a saige & qui avoit
+desservy de son sçavoir & a la personne qu'on reputoit a folle qui avoit
+servy seulement de dire les bourdes / si fut donné a ladicte folle ung
+don qui fut extimé a la value de .vl. escus. & a l'autre ung don de
+douze escus / de laquelle chose quant ce vismes entre nous troys seurs /
+raison / doctrine & justice muçasmes nos faces de honte de veoir si
+desconvenable extimation et tant aveuglee descongnoissance en court que
+on dit autentique. non mye pour la value du don / mais pour l'extimation
+des personnes & de leurs faitz Si ne fera mye ainsi la saige princesse
+qui des folz ou des folles ou qui le contrefont / ou de raporteurs de
+parolles et de choses de nulle value gueres ne s'acointera ne la
+estandra mye ses dons mais aux vertueux & a ceulx a qui le bien est
+employé.
+
+
+
+
+¶ Cy devisent les excusations qui affierent aux bonnes princesses qui ne
+pourroyent pour aucunes causes mettre a effect les choses dessusdictes.
+Cha .xx.
+
+Or avons dit ce qui appartient & touche a la largesse de la saige
+princesse / mais avant que nous passions oultre affin que oblié ne soit
+nous convient icy toucher par especial questions qui nous pourroient
+estre faictes sur deux pointz que touchié avons cy devant C'est assavoir
+l'un que nous avons dit & devisé comme il appartient que la saige
+princesse se face accointer des gens de tous les estatz & subgetz. Et
+l'autre a la liberalité que doit avoir. si que dernierement avons dit du
+premier point. Pourroit souldre telle question vous dictes qu'il
+appartient a saige princesse d'avoir la benivolence des subgetz pource
+se doit d'eulx accointer. Mais comment pourroit cestuy enseignement
+servir a toutes car il n'est point de doubte qu'il est assés que quoy
+qu'elles soyent tressaiges & prudentes si ont elles maris de
+merveilleuses meurs & qui si court les tiennent que a peine osent elles
+parler mesmes a leurs serviteurs et aux gens de leur ostel. si ne se
+pourroient icelles femmes de nul acointer & ne sert a nul envers elle
+cestuy enseignement. Item a l'autre point semblablement qu'il est assés
+de princes & d'autres hommes qui tant tiennent leurs femmes courtes
+d'argent qu'elles n'ont ung denier. Si ne pourroient celles par effect
+quelque bon vouloir qu'elles eussent user de celle vertu de largesse. Si
+respondrons a ces deux questions ensemble tout en unemesmes sentence.
+c'est assavoir que nous n'entendons mye de celles qui sont gardees par
+telles extremités. Car aux dames & princesses ou autres tenues en tel
+servage prudence ne peut donner autre enseignement & sil n'est il pas
+petit fors prendre en pacience faire tousjours bien a leur povoir &
+obeir pour avoir paix. Mais parlons a celles que nous supposons qui
+ayent auctorité sens & puissance de ce faire si que ja avons dit. Et
+aussi n'entendons mye des jeunes qui encores sont soubz l'administration
+d'autres dames vray est que cest nostre doctrine s'elles l'estudient &
+retiennent leur pourra servir d'aprendre a elles gouverner par telle
+prudence que quant seront en aage de plus grant discrection les maris &
+seigneurs qui les verront de semblable ordonnance & gouvernement leur
+pourront bien donner auctorité de faire & gouverner semblablement qu'il
+est dit & que nous dirons cy aprés en temps & en lieu a leur ennortement
+& l'homme est trop fol de quelque estat qu'il soit quant il voit qu'il a
+bonne femme & saige s'il ne luy donne auctorité de gouverner se besoing
+est. combien qu'il en soit assés de si malostrus & de si descongnoissans
+qu'ilz ne sçavent veoir ne congnoistre / ou bonté & sens sont assis & se
+fondent sur l'oppinion que en sens de femme ne peut avoir grant
+gouvernement. de laquelle chose nous veons souvent le contraire. Si
+disons de rechief en concluant que se celles dames ainsi courtes tenues
+ne pevent en ces pointz mettre a effect leur prudence tant en ce qui
+touche d'elles faire a congnoistre a leurs subgectz & aussi en faisant
+largesse elles en sont a excuser. mais neant plus que une grant lumiere
+se pourroit si fort mucier que par aulcun anglet ne fust apperceue ne
+les pourront tant empescher leurs maris que s'elles sont bonnes saiges &
+de bon amour a leurs subgetz que elles ne soyent bien aymees de tous &
+reputé leur bonne voulenté pour faict pour les discretes et bonnes
+apparences qu'on verra d'elles / & que louees & renommees ne soyent en
+tous lieux Et souffice quant a ce propos.
+
+
+
+¶ Cy devise du gouvernement a la saige princesse demouree vefve. chap.
+.xxi.
+
+
+Parlé avons assés de ce qui touche les enseignemens des princesses
+mariees / mais affin que nostre doctrine soit en tous les estatz des
+dames vaillable dirons encore a ce propos parlant aux dames & princesses
+vefves tant aux jeunes comme aux anciennes en differences de leurs aages
+Si disons ainsi s'il advient que la saige princesse demeure vefve n'est
+point de doubte qu'elle plorera sa partie si que bonne foy le donne se
+tiendra close ung temps. aprés le service & obseques a petite lumiere de
+jour en piteux & dolent habit selon honneste usaige. Si n'oubliera pas
+la bonne ame de son seigneur / ains en priera & fera prier
+tresdevottement par grant soing en mesmes services aulmosnes offrandes
+et oblations. & moult la fera recommander a toutes gens de devotion / et
+ne durera pas ung pou de temps ceste memoire & ses biensfaitz / mais
+tant comme elle vivra. Neantmoins a ceste dame qui sera de grant sçavoir
+prudente dira / & l'admonnesteront souvent son beau pere & ceulx a qui
+il appartiendra que nonobstant sa tresgrant perte & son grant dueil &
+regretz de la mort de son seigneur & de la bonne lealle amour qu'elle
+luy portoit il convient estre pacient de tout ce qui plaist au seigneur
+estre faist & que nous sommes nez pour aller celle voye quant il luy
+plaira. Si pourroit bien pecher & courroucer nostreseigneur de tant
+estre adolee & par si long temps & espace Si convient qu'elle prengne
+autre maniere de vivre ou grever pourroit son ame & sa santé. si n'en
+seroit mye de mieulx a ses nobles enfans qui encores ont tout mestier
+d'elle. Ceste dame ainsi admonnestee de raison & de bon conseil pour
+aucunement mieulx passer ceste grant tribulation se prendra a se donner
+de garde de ses besongnes. Tout premierement vouldra avoir congnoissance
+du testament de son seigneur & mettra toute sa peine au plustost que
+faire ce pourra pour allegier la benoiste ame de celluy qu'elle aymoit
+qu'il soit accomply. Apres s'elle a des enfans & le pere ne les a partis
+en son vivant prendra grant cure que les partaiges des terres et des
+seigneuries soyent faitz entre eulx par bon regard & advis des barons &
+des saiges du conseil si que au gré d'un chascun soit s'elle peut s'en
+travaillera de tout son povoir de les tenir en amour sans debat ensemble
+& que tous les moindres servent & honnorent l'aisné leur seigneur si que
+raison est. Avec ce advisera ce que a elle apartient tant au faict de
+meubles comme a son douaire. Et s'elle n'a nulz enfans & aucun luy
+vueille faire tort de ce qu'il luy appartient / sicomme souventesfois on
+fait aux dames vefves soyent grandes ou petites elle appellera bon
+conseil & en usera en gardant et deffendant son droit hardiment par
+droit & raison sans s'eschauffer en hastiveté de parolles vers nulluy.
+ains dira sa raison ou fera dire courtoisement a tous. mais elle gardera
+son droit & tant comme elle vivra tiendra en amour a son pouvoir les
+parens de son seigneur & grant honneur leur portera. & de ce faire sera
+grandement louee & prisee Mais s'il advient cas que la princesse demeure
+vefve a tout son aisné filz encores jeune & moindre de aage et que par
+adventure guerre & contens sourde entre les barons. et pour cause du
+gouvernement la convient il qu'elle employe toute sa prudence & son
+sçavoir pour les mettre & les tenir en paix. car nulle guerre
+d'estranges ennemys ne luy pourroit estre tant perilleuse comme ceste.
+Et pource la saige dame qui toute sera saige sera si bonne moyenne entre
+eulx par son prudent maintien & sçavoir pensant le mal qui pourroit
+venir de leurs debatz / veu son enfant encores petit & jeune que bien
+les sçaura apaiser. Et pource faire querre les plus convenables manieres
+& le plus qu'elle pourra le traictera par doulceur & par bel. & vouldra
+que tout soit fait par bon & loyal conseil / ou s'il advient que
+aulcunes terres se rebellent ou que la contree soit assaillie d'ennemys.
+sicomme souventesfois advient aprés mort de prince a enfans moindres
+d'eage pourquoy conviengne avoir et maintenir guerre / bien aura besoing
+la prudente dame & princesse qui desirera a garder le bien des enfans
+que elle mette a oeuvre son grant sçavoir. Adonc luy aura mestier tenir
+en amour les barons chevaliers & seigneurs de son païs affin que
+tousjours soyent bons & loyaulx & de bon conseil a son enfant. Aussi les
+chevaliers escuyers & gentilz hommes / affin que de plus grant cueur
+voulentiers & hardiement se combatent se mestier est / & maintenant la
+guerre pour leur jeune seigneur le peuple aussi affin que plus
+voulentiers y aydent du leur se besoing est pour maintenir la guerre. Et
+pource affin qu'ilz soyent tousjours plus loyaulx subgetz & que autre ne
+les peust esmouvoir au contraire parlera a eulx aucunesfois par bel en
+disant par doulces parolles qu'il ne leur vueille ennuyer se adonc sont
+aucunement grevez pour la grant charge de la guerre & d'autres affaires
+que si dieu plaist ce ne durera mye longuement & que bien luy en
+souviendra et ramentevera a son filz le bien & la loyaulté qui est
+trouvee entre eulx Et telle maniere de parler leur dira la saige dame &
+princesse qui pourront estre vaillables en tel cas. Car ce les esmouvera
+a plus voulentiers y mettre du leur & a les garder de rebellion
+Lesquelles rebellions adviennent le plus souvent en peuple par estre
+trop oppressé de seigneurs & mené par rudesse. Et n'est pas de doubte
+que estre extimé ne pourroit le bien que telle princesse peut faire en
+royaulme & contree.
+
+
+
+
+Cy dit de ce mesmes a l'enseignement des jeunes princesses vefves Chap.
+.xxii.
+
+
+MAis se la princesse demeure vefve sans enfans ou qu'elle vueille vivre
+plus a son aise et en paix quant revestue sera de ce qu'il appartient Et
+du douaire assigné elle ira demourer sur la terre & la advisera comment
+elle se gouvernera bien & sagement selon sa revenue. Si mandera tantost
+les principaulx de ses hommes & aussi tous les prevotz & baillifz de ses
+chastellenies. Si vouldra sçavoir par bonne enqueste comment ilz se
+seront gouvernez et portés le temps passé & s'ilz sont preudommes se
+informera des coustumes du pays & se iceulx officiers sont bons ilz ne
+se bougeront / & se mauvais sont les ostera & mettra nouveaulx desquelz
+elle aura bonne relation. Et ne vouldra nullement que ses prevostez
+soyent baillees pour argent aux plus offrans & derniers encherissans /
+sicomme on fait maintenant communement en france. Et pource en sieges en
+beaucop de lieux a de tresmauvaise ribauldaille mengeurs de gens & pires
+que ne sont larrons / car il n'est mauvaistie qu'ilz ne facent pour
+tirer argent Et pour sçavoir le vray / l'experience commune le demonstre
+& certifie. Pource ne vouldra la bonne dame qui sera informee & avertie
+que sesdictes prevostés soyent loués vendues ne baillees a ferme / mais
+baillees par election aux plus preudhommes & aux plus sages ainsi que
+faire se doit. si leur conviendra expressement qu'ilz gardent que
+justice soit bien gardee / ou que autrement elle les desposeroit &
+pugniroit / & avec ses officiers fera expresse deffence & aux gens de
+son hostel que nul ne soit si hardy de faire grief a nul de ses subgetz
+ne prengnent riens sans payer / car elle ne vouldra pas son ame charger
+de l'avoir des povres gens pource que toute informee sera des grans
+excions que preneurs de seigneurs & de dames font souvent sus le
+commun / desquelles extortions pourtant s'ilz ne le servent ne seront
+pas excusés vers dieu lesditz seigneurs & dames Car ilz le doivent
+sçavoir & ne le souffrir pas: les vouldra tenir en paix & garder de tous
+maulx a son povoir. Et a brief dire de toutes choses les tiendra en
+amour / vouldra estre par eulx & par leurs femmes visitee souvent &
+bonne chere leur fera. Les dames & damoiselles du pays & les bourgoises
+semblablement viendront vers elle si les recevra joyeusement & honnorera
+chascune selon son droit. & les mandera pour en estre acompaigniee quant
+seigneurs ou estrangiers vouldront venir vers elle a ceste noble dame
+mesmement les petites femmes de village qui l'aymeront de tout leur
+cueur luy apporteront de leurs petis presens comme fruytz ou autres
+choses. & elle les fera venir vers elle et les vouldra veoir / recevra
+leurs chosettes joyeusement & de pou de chose fera grand compte et grant
+feste / & dira qu'il n'est riens si bon ne si beau. si les remercira
+cherement parlera avec elle / & leur tiendra parolles du faict de leur
+nourriture de leur mesnage / parquoy les bonnes femmes quant seront a
+leurs maisons feront grant feste & parlement de la chere que leur dame
+leur aura faicte & moult honnorees s'en tiendront. & grant quaquet en
+meneront avecques leurs voisins. Ceste noble dame n'aura pas honte de
+visiter les acouchees & povres et riches. aux povres donnera pour dieu /
+& les riches honnorera / tiendra sur fons de leurs enfans / & a brief
+dire en toutes choses bonnes se tiendra & demonstrera tant
+charitablement tant doulce & humaine vers ses subgetz qu'ilz ne
+parleront que d'elle prians pour elle & de tout leur cueur l'aymeront.
+Ces voyes bonnes sçavoyent bien tenir les tresnobles roynes de france &
+princesses en leurs veufvages que j'ay cy devant nommés / c'est assavoir
+la royne Jehanne la royne blanche la duchesse d'orleans fille jadis du
+roy charles .iiii. & semblablement d'autres que en telle maniere se
+gouvernent en toute bonté & saigeté qu'a tousjoursmais pourront estre
+exemplaire de bien et sagement vivre a celles advenir. Et cy est la fin
+des enseignemens que prudence donne a la saige princesse qui est en aage
+de congnoistre bien & mal. Si dirons ung petit puis que entrees ou
+propos sommes de la jeune princesse vefve & puis dirons des jeunes
+mariees il apartient a jeune princesse vefve que tant qu'elle sera en
+tel estat soit soubz la baille de ses parens obeysse a leurs vouloirs &
+se gouverne toute par eulx & par leur ordonance ne riens n'entrepreigne
+sans leur sceu & voulenté. Tenir se doit simplement d'abit & d'atour
+selon les usaiges des pays ou elle est coyment & doulcement en
+contenance que maintien jeux trop renvoisiés toutes dances estroictes
+robes & toutes jolivetés luy sont deffendues & quoy qu'elle soit joyeuse
+par nature & que jeunesse l'amonneste de rire de jouer & chanter. Si
+convient il si elle veult garder son honneur qu'elle s'en deporte au
+moins se ce n'est bien a son privé & non devant hommes & doit par
+especial entre segneurs & dames ou chevaliers estranges ou autres
+gentilz hommes moult faire le sage avoir contenance rassise pour parler
+& simplement regarder. Et lors diront les gens que c'est moult belle
+chose a si jeune dame avoir si beau maintien & si asseuree contenance il
+ne luy apartient point de tenir parolles appart ne conseil a hommes
+quelz qu'ilz soyent ne que chevaliers escuyers ne autres frequentent
+trop ne sans raisonnables achoisons environ elle ne a sa chambre / car
+par telz choses son bien en pourroit estre desavencé & cheoir en aucunes
+parolles qui moult tost & a peu d'achoison sont levees & de ce doit bien
+prendre garde la principal dame qui l'a en gouvernement mais pour
+eschever ennuy & oyseuse elle se doibt aux festes esbatre et jouer aux
+martres avec ses femmes & autres jeux simples & cois et aux jours
+ouvriers a faire aucuns ouvraiges elle se doit bien garder que elle ne
+tiengne parolles de mariage a quelconque personne a part en recelé ne
+sans le sceu de ses amys ne qu'elle en escoute nulles parolles se on les
+vouloit dire. Car ce ne seroit mye son honneur & si pourroit bien estre
+deceue. Si s'en doit du tout attendre a sesdis amys & bien garder que
+riens n'en face sans eulx car de se marier a sa voulenté sans leur bon
+consentement acquerroit grant blasme & se elle assenoit a mauvaise
+partie & que mal luy en prensist jamais ne seroit plainte & si perdroit
+leur grace. Si doit penser que ilz sauront mieulx congnoistre ce que luy
+est bon que elle mesmes ne feroit
+
+
+
+
+¶ Cy devise du gouvernement qui doit estre baillé & tenu a jeune
+princesse nouvelle mariee. Chapitre .xxiii
+
+
+Nous commençasmes cy devant a dire le maniere comment la sage princesse
+veult & ordonne que ses filles soyent nourries & introduyctes en enfance
+& jeunesse. Si nous convient en continuant ceste matiere parler et
+deviser de l'ordonnance qui a la fille appartient a tenir c'est assavoir
+a la jeune princesse qui veult vivre si qu'il appartient depuis le temps
+qu'elle est mariee & hors le bail de ses parens si dirons ainsi il
+appartient a la jeune princesse qui de nouvel est mariee luy soit baillé
+estat d'hommes & de femmes tel & si grant comme a la haultesse du prince
+et seigneur a qui elle est donnee appartient. Si seront esleuz pour
+estre ses serviteurs gentilz hommes non mye trop jeunes ne trop emperlez
+ne mygnons mais sages & attrempés & preudhommes & s'ilz sont mariés tant
+mieulx vault & par especial ceulx qui la serviront a table & qui plus
+frequenteront environ elle & de ses femmes & se il eschiet est bien
+seant que leurs femmes demeurent semblablement a court les maistres
+d'hostel gens meurs & de bon sçavoir & pour la jeune princesse mieulx
+aprendre & endoctriner de ce qui apartient au sauvement de l'ame & de sa
+conscience luy doit on eslire confesseur religieux sage clerc en
+divinité prudent en meurs & de sens naturel preudhomme d'onneste & de
+bonne vie. Et au fait de ses femmes pource que c'est droit que des
+anciennes dames & damoyselles & aussi des jeunes y soyent mises doibt
+bien estre advisee quelles de quel sens et estat et vie sont & ont esté
+celles ains que mises y soyent trop plus y doit estre visité que a
+celles que on prent a court de plus ancienne princesse. Car nonobstant
+que en toutes cours soit bien seant que les femmes y soyent de honnestes
+meurs. Toutes voyes pourroit cheoir plus grant peril en compaignie de
+jeune princesse que en aultre pour deux especiaulx raisons. L'une que on
+juge communement a l'estat & maintien que on voit a la maisgnie de
+l'estre & condicion du seigneur ou de la dame pourquoy se les femmes
+n'estoyent de belle ordonnance aucuns pourroyent supposer que non feust
+la maistresse laquelle chose pourroit estre le descroissement de
+l'honneur d'elle. Item la deuxiesme raison est que mesmement ladicte
+maistresse jeune & enfant y pourroit prendre aucun enseignement &
+exemple non bien convenable entre ses femmes doibt avoir une dame ou
+damoiselle assez d'aage saige prudente bonne honneste & devote a qui on
+aura beillé par fiance le gouvernement de la jeune dame combien que par
+adventure en y aura a la court maintes de plus grant lignage & des
+parentes peut estre a ladicte princesse mises par honneur & compaignie &
+neantmoins ceste aura le soing & la garde principal d'elle. Si n'aura
+mye ceste dame cy se bien veult faire son devoir petite charge ne peu de
+soing ne regard. Car il convient que elle tende a deux choses
+principalles. L'une est qu'elle induyse & maintiengne sa maistresse en
+sage gouvernement & bonnes meurs & telles que nulles voix ne parolles
+puissent souldre contre son honneur & l'autre que elle la tiengne en
+amour & qu'elle ayt tousjours sa grace. Lesquelles deux choses c'est
+assavoir donner correction & enseignement a jeune gent & avoir ensemble
+leur amour & grace est souvent moult fort a faire si y convient ouvrer
+par grant discretion & ce peut faire par tel maniere. C'est trop plus
+fort chose d'estaindre le feu quant il a emprins & embrasé une maison /
+que il n'est a garder que il ne s'i esprengne Et pource la sage
+mesnagere qui a toutes heures est sur sa garde d'eschever les perilz qui
+pevent advenir cerche souvent par sa maison par especial au soir de
+paour que aulcune mesgnie mal songneuse ayt laissé chandelle ou
+moucheron ou autre chose dont dommage puisse venir tout ainsi ceste dame
+pourveue de ce qu'elle aura a faire en la maniere que on ploye la verge
+quant elle est jeune sicomme on veult adviser a son povoir de mettre en
+tel ploy sadicte maistresse se qu'a tousjours mais y puisse demourer. Et
+pource de loings & non mye tout a coup que la verge ne brise ira querre
+ses commencemens pour venir & attaindre a ses conclusions & a ce qu'elle
+vouldra mettre a fin. Car tout premierement elle prendra toute la peine
+qu'elle pourra par belle et courtoise maniere & par luy donner aucunes
+chosettes qui plaisent a jeunes gens & par ce monstrer amiable pour
+avoir l'amour de sa jeune maistresse & commandera que la bonne dame qui
+sera ja de aage ou ancienne aucunesfois en jeux ou esbatemens quant ilz
+seront a part & a prime ainsi que l'enfant & la jeune dira aucuneffois
+des fables & des comptes que on dit a enfans. Et tout ce fera elle pour
+attraire sa maistresse affin qu'elle prengne mieulx en gré quant il
+conviendra que elle la reprengne et corrige / car se elle se monstroit
+tousjours de pesant maniere sans ris & sans jeux jeunesse qui est
+encline a joye & soulas ne la pourroit souffrir & l'airoit en si grant
+crainte que desplaisance y prendroit & mal en gré ses corrections. Et
+quant elle verra que elle sera bien en sa grace & que elle sera ainsi
+que toute mignote sur elle / adonc selon l'eage ou le sentement que
+appercevera en elle luy prendra a compter comptes quant ilz seront en
+leurs chambres et a leurs devis de dames & damoiselles qui se sont bien
+gouvernees comment il leur est bien prins & l'onneur que elles en ont &
+par le contraire comment mal est ensuyvy a celles qui follement se sont
+portees dira que elle l'a veu advenir de son temps & les fera avant tous
+nouveaulx que elle n'en dye pour autre chose fors ainsi que l'en compte
+des aventures & de si bonne maniere les sçaura dire que elle mouvera le
+courage de sa maistre & des autres qui l'orront & seront toutes
+atroupelees entour elle & voulentiers l'escouteront dira aucunesfois
+histoires de sains & de saintes de leurs vies & passions & aucunesfois
+parmy pource que devis n'ennuye dira quelque truffe a rire & ainsi
+vouldra que les autres dient affin que chascune devise a son tour /
+icestes manieres tiendra la sage dame quant au fait d'actraire la jeune
+princesse a elle aimer / mais a ce qui touche a la correction &
+enseignement elle introduira par belles & courtoises parolles qu'elle se
+lieve assés de bonne heure. Si luy apprendra quelques bonnes & briefves
+oraisons et l'enortera qu'elle les dye en se levant. Salve premierement
+nostreseigneur & la vierge marie & dira que elle a ouÿ dire que personne
+qui a de coustume d'adresser ses premieres parolles de bon cueur a
+nostreseigneur en se levant n'aura ja la journee mauvaise adventure & de
+ce dira elle verité Car ainsi le tiengnent plusieurs & est la coustume
+moult bonne la fera vestir & atourner sicomme il appartiendra sans y
+mettre si longuement que assés de dames font qui est une si grant perte
+de temps & une coustume malordonnee aler a la messe & dire ses heures
+devottement & songneusement & avecques ses choses tout le bel maintien
+ou parler contenance atours & vestemens qui appartiennent a princesse de
+hault paraige luy ennortera a faire et maintenir en telle maniere qu'il
+n'y ait que redire & tant fera a brief dire par ses saiges
+ammonnestemens qu'elle la mettra en tel division que chascun dira que de
+son jeune aage on ne vit oncques dame de tel maintien ne mieulx aprinse.
+& diront d'elle les gens. O comment affiert grant louenge a jeune cueur
+estre viel & meur par bonnes meurs voire je supose que ladicte jeune
+dame soit de si bonne condicion que elle vueille et seuffre estre
+introduyte & vueille bien retenir. car estre pourroit si diverse que la
+dame seroit a excuser s'elle ne la povoit duire ne mettre en bonne
+rigle. Si doivent estre les menaces de la sage dame telles quant elle
+reprent sa maistresse de quelque faulte sicomme jeunes gens font. Il
+n'est si parfait si elle est bonne & doulce & que bien l'ait a main que
+se elle fait autrement ou que plus face ou die telles choses que la
+lairra & s'en ira chés elle ne jamais ne la servira & que ce n'est pas
+belle chose ne bien fait a telle dame comme elle est d'ainsi se
+gouverner & adonc se la jeune princesse est bonne & doulce & que elle
+aime la dame aura paour que elle la laisse & se chastiera de pou de
+menaces mais se elle est revesche & de diverses condicions despite & de
+pou d'amour elle luy dira a part tout asprement sache bon gré ou mal gré
+& que elle le dira a ses parens & amis ou son seigneur se besoing est se
+autrement ne se gouverne. Et quoy que ceste dicte dame ait la charge
+d'endoctriner & aprendre tel maintien qu'il convient a sa jeune
+maistresse nonpourtant elle qui sera saige sçaura bien qu'il convient
+jeunesse se joue & rie si luy en donra & souffrera assés espace
+convenablement a certaines heures avec les jeunes de ses femmes & qu'il
+n'y ait ame estrange selon la condicion & que elle verra encline sadicte
+maistresse. Car on ne peut mye ne ne doit on voer aux jeunes gens tous
+leurs plaisirs mais que ilz ne soyent mal honnestes ne desconvenables.
+Et de ce propos / c'est assavoir des meurs & contenances qui affierent a
+la bien ordonnee jeune princesse ne parlerons plus cy endroit pource que
+si aprés en l'espitre que la dame ancienne envoye a sa maistresse se en
+sera parlé.
+
+
+
+
+Cy devise les manieres que la sage dame ou damoiselle qui a en
+gouvernement jeune princesse doit tenir pour maintenir sa maistresse en
+bonne renommee & en l'amour de son seigneur. chap. .xxiiii
+
+
+Et avec ces choses / pource que jeunesse nourrie en grans delices
+aucunesfois peut de legier estre encline a trop grant gayeté pourroit
+desvoyer la jeune personne qui point n'a de malice de se garder convient
+par especial mettre frain de longue main si que ja est touché si devant
+ains que l'inconvenient adviengne Si peut estre le remede tel la saige
+dame qui aura en gouvernement la jeune princesse qui verra amour entre
+le prince son seigneur & sa maistresse si que communement jeunes gens
+nouveaulx mariés ont ensemble mettra toute la peine que elle pourra &
+les nourrira en celle amour & les ennortera de dire doulces parolles &
+amoureuses tousjours l'un a l'autre & faire tous plaisirs & prendra
+grant cure de elle mesmes rapporter entre eulx gratieulx messages & dons
+de choses plaisans recommandations & salus pour les nourrir tousjours en
+celle paix & amour & bien se traveillera que toutes choses au contraire
+soyent destourbees & eschevees & a part quant le seigneur n'y sera & la
+jeune princesse se couchera l'ancienne dame luy en tiendra plait en la
+ramentevant & devisant les bons motz qu'elle luy aura ouÿ dire de
+l'amour qu'il a en elle et comment il est bon & comme il est bel &
+gratieulx que bonne nuyt luy doint dieu & toutes telles choses. Et
+avecques ce pource que est de coustume que les seigneurs chevaliers &
+escuyers estranges et autres vont aucuneffois devers les princesses &
+dames & que leurs seigneurs & parens mesmes les y mainent il convient
+que elles voient & parlent a plusieurs & qu'elles les festoyent sicomme
+il apartient en festes & en dances aucunesfois ou parler ou autres
+esbatemens / si que il eschiet donc il avient aucuneffois que aucuns
+d'iceulx a telles assembles sont ferus de l'amour des dames ou veulent
+faire semblant que ilz le soyent donc la saige gouverneresse qui
+tousjours sera pres de sa maistresse prendra bien garde aux semblans &
+manieres de tous se elle pourra appercevoir par quelque semblant que
+aucuns ou aucun y voulsist penser & s'il advient que il luy semble en
+apercevoir quelque chose n'en dira riens a personne ains les tiendra
+secret a son couraige. Et quant vendra que ilz seront departis & la
+feste faillie & sa maistresse sera retraicte pourra advenir se sadicte
+maistresse est privee d'elle luy entrera elle mesmes en parolles disans
+nous avons bien dancé telz & telz sont gracieulx ou ilz ne sont mye en
+quelque autre chose. & adonc la saige princesse pourra respondre telz
+manieres de parolles je ne sçay que c'est / mais je ne voy nul qui me
+semble tant plaisant ne tant bel & gratieux que fait monsieur & m'en
+suis bien prinse garde / mais il m'est advis que entre les autres c'est
+celuy a qui plus advient toutes choses a faire. Et se ledit seigneur est
+vieil ou lait dira. certes je ne prenois garde a nul de la compaignie
+sinon a monseigneur. Car il m'est advis que entre les autres il sembloit
+si bien seigneur & prince / & comment le fait il si bon ouÿr parler qui
+parle sagement. Et posons qu'il n'y ait esté si le pourra elle
+ramentevoir en quelque guise disant bien de luy. mais de ce que pensé
+aura ne dira riens & se prendra bien garde se celuy ou ceulx de qui elle
+aura ymaginé se mettent en peine de frequenter entour sa maistresse & se
+ilz querront voyes & manieres cy avoir acointance ou aux parens ou
+autres qui les y puisse mener ou se eulx ou aucuns de leurs gens si
+vouldront acointer d'aulcunes des femmes Et se elle voit que aprés
+ladicte feste ou assemblee nul de ceulx qu'elle a pensé ne se traveille
+par choses qu'elle y voye s'en mettra en paix & hors de suspection. Mais
+se elle apperçoit les signes dessusditz ou semblables elle ne aura pas
+euvre laissee ne son couraige sans grant soing ou cure se pener se veult
+de y mettre remede a faire son devoir Si conviendra que elle oeuvre bien
+sagement. Car de le descouvrir a personne s'elle est sage & prudente se
+gardera bien / & seroit trop mal fait. Mais que fera elle pour le mieulx
+et pour ouvrer plus sagement / quant verra bien que ce sera a certes que
+aulcun par grant diligence se vouldra mettre en peine d'estre en grace
+pour telle amour de sa maistresse ains qu'il ait eu espace de luy en
+touchier aucune chose. posons qu'il eust le hardement elle luy fera si
+bel acueil que achoison luy donnera que il s'acointe d'elle / et ce fera
+il moult voulentiers / car il cuydera pource que c'est la plus prochaine
+de la dame que sa besoigne en doyve mieulx valoir & pourrira la chose
+qu'il s'enhardira de luy dire ce qu'il aura sur le cueur avec les grans
+offres des services & de tous biens qu'il luy fera selon la coustume des
+hommes en tel cas. Adonc la dame qui sera pourveue de sa responce & qui
+parlera a luy sans le sceu de la dame & le moins qu'elle pourra luy
+repondra sans nul effroy bassement par telles parolles. & s'il est tel
+qu'il appartient dira: monseigneur vrayement je me suis bien donné garde
+par voz semblans que vous aviez en couraige ce que vous m'avez dit. &
+pource que vouloye que telles parolles venissent de vous premierement je
+desiroye que j'eusse telle acointance de vous que le me dissiés affin
+que je le sceusse ains que aulcune autre personne par qui la chose peut
+estre raportee & mal selee la sceust ou s'en apperceust. si suis bien
+ayse que j'ay a present advisé de vous faire la responce sur ce que dit
+m'avez telle qu'elle est affermee en mon courage & qui jour de ma vie
+pour mourir en ce prometz je a dieu & a vous ne changera & sans vous
+faire de ce long sermon ne tenir trop de parolles vous dy tout a ung
+brief mot & une fois pour toutes que tant que je soye vivant & je soye
+en sa compaignie ceste jeune dame qui par la fiance que ses amys & son
+seigneur ont en moy tant n'en soye digne m'ont baillé en gouvernement /
+ne fera mal ne chose dont reproches ne parolles autres qu'il appartient
+a avoir a dame telle qu'elle est & du noble sang dont elle est yssue /
+car de ce a l'ayde de dieu la cuyderay je bien deffendre nonobstant
+qu'elle en est legiere a garder. Car je sçay bien que toute s'amour est
+en son seigneur ainsi qu'elle doit estre & qu'elle est toute bonne &
+bien condicionnee / ne que de telz amours elle n'a que faire ne n'y
+pense. & si sçay bien tant d'elle que se vous ou autre luy aviez dit ou
+qu'elle s'en apperceust qu'elle hairoit sur toutes choses celluy qu'elle
+cuyderoit qui a telle chose vers elle pensast. Si vous suplie
+monseigneur tant comme je puis que vous en vueillés oster du tout & plus
+n'y penser. Car je vous jure ma crestienté que vous perdriés vostre
+peine. Et affin que vous n'y ayez plus nulle esperance pour veoir dire.
+Je vous jure mon ame que posons qu'elle le voulsist / ce que je sçay
+bien que jamais ne feroit: j'y mettroye telles barres qu'elle ne
+pourroit. Si me croyés seurement & plus ne faictes telz allees ne telz
+venues ne telz semblans que sur l'ame de moy je ne les pourroye souffrir
+& conviendroit que je le disse a telz qui ne vous en sçauroyent nul gré
+& qui bien la garderoye de voz mains. Car je n'ay que d'une mort a
+mourir / laquelle chose aymeroye mieulx que il me advint que je
+consentisse ne veisse le deshonneur de ma maistresse. Si vault mieulx
+que n'en soit plus & que la chose demeure a tant. Telle responce ou
+semblable fera la sage dame / ne pour promesse don ofre ne menace ne
+changera son propos ne lors ne autres fois ne riens ne fera qui la
+puisse flechir au contraire. Si se gardera bien que n'ayt point la chere
+muee ne enflambee ne les yeulx felons quant elle partira de luy / mais
+aura le visaige rassis et la maniere asseuree sicomme se de autres
+choses eussent parlé. affin que personne ne se peust de ce appercevoir.
+Aussi ladicte dame se gardera bien que nul mot n'en sonnera a sa
+maistresse ne a autre soit son privé ou privee / ne nul semblant n'en
+fera / mais ne la laissera tant soit pou / & se prendra bien garde que
+nulle femme ou des servans ou aultre ne conseille a elle en maniere
+qu'elle puisse apercevoir que telle chose peust toucher. Car tantost
+l'appercevra a la maniere du rire & du parler / posons que elle ne les
+ouÿst & s'elle en aperçoit certainement quelque chose ne s'en taire mye
+ains menacera la personne de la faire bouter hors s'elle se mesle de
+plus conseiller a sa maistresse car ce n'appartient mye & si de pres
+s'en prendra garde que personne ne aura loisir de luy faire aulcun
+rapport. Si pourra advenir que celluy ne se souffrera mye pourtant & yra
+& viendra par aulcune voye cautelleuse qu'il aura trouvee de quelque
+acointance parquoy de foys a autre y pourra hanter & ce ne pourra la
+dame pas bien empescher / car se elle ce disoit trop grant mal en
+pourroit venir / si s'en souffrera. & de pres gardera sa dame et
+maistresse / mais s'il advient que de si pres ne la puisse garder qu'il
+ne conviengne que sadicte maistresse apperçoyve ou voye par les semblans
+ou parolles couvertes que celluy dira l'intencion & voulenté de luy
+encores ne s'en effroyera elle de riens pource que bien sçaura que
+maintes dames & damoiselles sont aymees & priees a qui bien petit en
+chault. & qui pourtant ne les ayme mye. Mais elle se prendra bien garde
+se elle pourra appercevoir que la jeune dame ou princesse y prengne
+aucun plaisir. & si elle en parlera plus voulentiers que d'ung autre ou
+si elle s'esjouyra quant elle le verra / ou s'elle muera aulcune
+contenance Si mettra toute peine par belles & doulces parolles de traire
+de sa bouche a privé qu'il n'y ayt que elles deux ce qu'elle aura sur
+son cueur de celluy homme / & s'il luy en aura point touché ou parle. Et
+adoncques selon ce qu'elle chantera ou dira elle luy pourra respondre.
+Et s'il advient qu'elle mesmes die que voyrement l'apperçoyve ou que il
+luy ayt dit / et qu'elle en est bien troublee & courroucee / & qu'il luy
+en poise la dame qui sera saige & discrete appercevera bien aucunement
+des parolles s'elle la veult bien sagement enquerre & par bonne maniere
+sans se monstrer au commencement trop rebelle si la dame le dit
+fainctement & pour luy donner acroire qu'elle n'y veult point penser ou
+s'elle le dit tout a certes / dont s'il advient qu'elle congnoisse
+qu'elle ayt bonne voulenté de non y avoir aucune pensee elle sera bien
+joyeuse & l'ennortera de toute sa puissance que se tienne en son bon
+propos / si luy dira de tous exemples du mal qui peut advenir & qui
+maintesfois est advenu a plusieurs par telles follies le grant
+deshonneur & reproches qui en sourdent & les decevemens qui sont en
+hommes. Si l'ennortera qu'elle garde bien comment elle respondera
+saigement a celluy toutes les fois qui luy en parlera & luy die tout a
+ung mot qu'il pert sa peine / & luy jure & afferme bien a certes que
+jamais pour toute sa puissance ne l'en demouvera qu'il luy desplaise de
+telles parolles ne de ses semblans n'a que faire / & avec ces parolles
+qu'elle l'estrange & eslongne tout le plus qu'elle pourra. Et qu'elle se
+garde bien que des yeulx de parolle de ris ne de contenance quelconques
+ne luy face nul semblant parquoy le puist attraire ne luy donner aucune
+esperance. Ainsi luy toute la maniere que tenir devra pour courtoisement
+l'estranger luy fera dire quant il viendra qu'elle se repose ou qu'elle
+est occuppee d'aulcune chose & qu'il ne luy desplaise qu'elle ne le peut
+veoir pour ceste foys. Et ainsi luy face dire par plusieursfoys que par
+la continuation de tenir tieulx manieres longuement il apperçoyve bien
+qu'il perdroit sa peine de plus y muser. Et avecques ces choses la sage
+dame ennortera bien a sadicte maistresse qu'elle se garde bien que de
+ceste chose ne parle a homme ne a femme. car mal en pourroit venir & que
+c'est le plus grant sens de s'en taire / & n'est point honneur a femme
+se vanter de telle chose. Et ceste deffence luy fera pource qu'elle le
+disoit se pourroit adresser a tel ou a telle qui ne luy donneroit mye
+bon conseil ains la conforteroit par adventure & ficheroit en la follie.
+ou qui le celeroit maulvaisement Si en pourroit saillir aucune fumee &
+venir mal / & ainsi par ceste saige tenue fera tant la bonne dame
+qu'elle estaindera & aneantira toute ceste chose & n'en fera plus qui
+que l'en doye haïr ou luy chaudra de telle hayne & ne la craindra pour
+bien faire. Car qui que l'en hait au premier l'en aymera au dernier &
+prisera mille foys plus quant on verra sa grant prudence & sa constant
+bonté car bien fait vault tousjours quoy qu'il demeure. Si fera cause
+que ladicte jeune princesse soit en son temps une tressage bonne &
+honneste dame & ayt les belles vertus que declairees avons cy devant.
+
+
+
+
+¶ Cy devise de la jeune haulte dame qui se vouldroit esvoyer en fole
+amour & l'enseignement que prudence donne a la dame ou damoyselle qui
+l'aura en gouvernement. Chapitre .xxv.
+
+
+Mais pource que toutes gens ne sont pas d'une condition / & qu'il est
+assez de hommes & de femmes si pervers que quelque bonne correction &
+enseignement que on leur donne si suyvront ilz tousjours leur mauvaise
+inclination / & leur monstrer n'est que chose perdue & ne acquiert on
+que leur haine. Dirons icy a l'enseignement de la bonne dame qui aura en
+garde et gouvernement aulcune jeune princesse ou dame la maniere qu'elle
+devera tenir au cas que la maistresse verroit desvoyer en folle amour &
+qui ne vouldroit user de son saige & bon conseil. Si disons ainsi Et
+s'il advient que aucune jeune princesse ou haulte dame ne soit mye de
+tel sçavoir ne constance qu'elle puisse ou saiche ou vueille resister
+aux admonnestemens que celluy qui met toute sa peine a l'attraire a
+s'amour par divers semblans & manieres sicomme hommes scevent bien faire
+en tel cas. & que la dame qui l'a en garde voye & aperçoyve par signes &
+semblans que son cueur y trait quoy qu'elle luy face entendre & qu'elle
+luy die le contraire elle sera dolente de ceste chose de tout son cueur.
+mais non obstant quelque haine que avoir en doye d'elle fera son devoir
+de l'admonnester de son bien ne point ne dissimulera ne luy celera de
+luy dire a part puis par bel puis par menaces. s'elle l'avoit continué
+luy monstrer le grant mal & peril & le tresgrant prejudice qui en peut
+venir & sans cesser de ce la tournera tant par adventure que pour la
+destourber de faict & par l'admonition de ses parolles la pourra
+demouvoir et oster de celle pensee ains que la folie soit allee plus
+avant mais s'il advient que tout ne vaille riens & que elle la voye
+conseiller a part a aulcunes de ses autres femmes qu'elle pourra penser
+qui saiche de sa convenue & intencion & qu'on mettra peine de conseiller
+a messaiges qui viendront dehors & qu'on fera divers signes & se gardera
+l'en d'elle sur toutes riens & que ja sa maistresse qui sera fiere & de
+haultain couraige ne vueille plus souffrir d'elle / ains luy semble
+qu'elle n'est plus enfant pour estre en sa gouvernance & correction &
+que mal prendra en gré ce qu'elle luy dira / respondra fierement demy en
+menaçant / & qu'elle luy rechignera & grongnera. parquoy on pourra
+apparcevoir qu'elle sera en sa male grace & qu'elle en vouldroit estre
+delivre a toutes fins pour mieulx faire a sa voulenté. & orra par
+adventure qu'elle dira aucuneffois a part aucunes de ses femmes jeunes
+qui mieulx sera en sa grace que dyable ferons nous de ceste vieille elle
+ne fait que rechigner le feu d'enfer l'arde / ja n'en serons delivres.
+Et l'autre respondra Se m'aist dieu ma dame il fault semer des pois sur
+les degrés si se rompra le col. Et telles manieres de parolles. Que fera
+doncques la saige dame puis qu'elle verra que remede n'y peut estre mis
+& que elle a fait tout son devoir & a quite sa conscience de luy avoir
+monstré & luy fait dire par son beau pere les maulx qui pour ceste folie
+faire luy pourroient advenir / et que sadicte maistresse est si attainte
+que remede n'y pourroit estre mis. & a ja la voye trouvee de faire sa
+voulenté vueille ou ne vueille & a qui que doye desplaire. Car
+impossible est de garder personne qui ne veult garder d'elle mesmes / et
+que on en commence ja a murmurer & a s'en appercevoir & mesmes entre ses
+femmes par l'envye qu'elles ont sur celle ou celles qui scevent du
+secret a la jeune dame qui sont les mieulx aymees et en orra ja dire
+plusieurs nouvelles qui moult luy feront grant mal Adoncques quoy que
+son cueur en soit dolent merueillesement elle comme sage advisera la
+meilleure partie en pensant le mal et peril qui luy pourroit advenir de
+ceste chose se plus demouroit en court. Car posons que elle ne fust pas
+consentant du fait / laquelle chose ne consentiroit pour mourir & la
+chose venoit a congnoissance ou des parens ou du mary elle en auroit
+toute la charge. car ilz diroient / pourquoy ne le nous disiés vous /
+nous y eussions mis remede. Car nous nous en attendions a vous. Laquelle
+chose pour riens ne diroit pour les perilz & maulx qui s'en pourroyent
+ensuyvre. Car qui a conscience & sens doit bien redoubter a faire
+rapport de telles choses aux maris ne aux amis / ne qui que ce soit / &
+qui plus est d'y demourer ne seroit mie sans ung autre grant peril qui
+luy pourroit venir de par la haine de sa maistresse / ou de celuy a qui
+auroit son cueur. Pource que aulcunnement ilz la doubteroyent & leur
+seroit advis qu'elle les empescheroit. Et pource elle qui sera sur
+toutes choses advisee usera a ceste fois de son grant savoir & mestier
+en sera. si se taira du tout de ceste chose / ne bien ne mal plus a sa
+maistresse n'en parlera. et ne fera chiere ne semblant que au cueur en
+ait nul desplaisir / mais tout au plus tost qu'elle pourra par aucune
+bonne voye que ja de loings aura ouverte des le commencement que les
+condicions de sa maistresse vit changier se departira de court par le
+bon vouloir du seigneur se elle peut / mais se elle est bonne & saige se
+gardera bien que ne puisse appercevoir pourquoy se veult partir. si
+trouvera achoison se elle scet que il la voulsist a toutes fins retenir
+ou de maladie ou vieillesse ou d'aucune impotence & inconvenient qui luy
+soit venu a son propre corps ou se il vuloit trop enquerir de la cause
+de sa despartie dira avant que congé ne ayt du partir que elle n'est
+propice d'estre entour telle dame pour aulcun mal qui luy est venu tant
+qu'elle soit garie. Et ainsi se excusera & pourra advenir que sa mesme
+maistresse pource que veu aura que elle ne luy en parlera plus sera
+courroucee de sa despartie pource que elle penseroit que meilleur loysir
+auroit de faire ce que elle vouldroit tant qu'elle fust avecques elle.
+Car les gens ne parleroyent my sitost quant acompaignee seroit d'une
+telle dame si la vouldra flater & luy fera promesses affin qu'elle
+demeure. Mais la bonne dame de ce bien & saigement se sçaura excuser en
+disant que sans faulte elle est malade / mais elle guarie pourra bien
+retourner ne pour chose que le cueur luy face mal du partir ne pour
+tendreté qu'elle ayt a sa maistresse se gardera bien se elle est sage de
+demourer pour quelconques blandissemens. car aprés s'en repentiroit.
+Mais s'il advient que la dame soit joyeuse de sa despartie quant viendra
+au despartir / l'ancienne dame parlera a elle a part agenoillee
+humblement la remercyera des biens et des honneurs qu'elle luy a faitz
+luy priera que pardonner luy vueille & si bien & deuement ne l'a servye
+comme a l'estat d'elle luy appartiendroit ou s'elle a faict ou dit chose
+aulcune qui luy soit desplaisante que ce luy a fait faire la grant amour
+& jalousie qu'elle avoit a elle & qu'il luy fait bien mal de laisser.
+mais qu'elle est vieille & impotent & ne peut plus servir ou que par
+adventure vieillesse la fait estre rechinee & si maugratieuse qu'elle ne
+scet suporter ainsi que devroit les esbatemens des jeunes et pource a
+plus cher se partir & que ce soit par son bon congié & que elle luy
+supplie que elle se parte a tout sa bonne grace. car de tant peut bien
+estre certaine que jamais jour de sa vie n'aura femme qui mieulx ne plus
+loyaulment ayme elle ne son honneur que elle a fait & fera toute sa vie
+& que tousjours sera en celle voulenté. Telles manieres de parolles la
+dame dira a sa maistresse au departir / laquelle par adventure luy
+respondra belles parolles pour la joye que de sa departie aura / ou par
+adventure qu'elle l'aura longuement gouvernee & peut estre de son
+enfance le cueur luy sera mal. Et luy dira peut estre que de riens ne
+luy a sceu mauvais gré fors de ce que elle ne pensa oncques / et telles
+manieres de excusations aux quelles choses la dame qui point ne vouldra
+arguer a elle pource que bien sçaura que riens ne vouldra respondre que
+voirement peut bien estre advenu que de sa folie pour la grant paour
+qu'elle avoit d'elle avoit eu aucunes suspections. Si luy priera que
+tout luy vueille pardonner & que elle soit certaine que jamais jour de
+sa vie quelque suspection que elle y ait eu ne quoy qu'il en ait esté sa
+bouche n'en mouvera a personne ne oncques ne feist fors a elle pour son
+bien & ainsi se departira. Pource que l'espitre qui est contenue au
+livre du duc des vrays amans ou il est mis que Sebille de la tour
+l'envoya a la duchesse peut servir au propos que au chapitre cy aprés
+ensuyt sera de rechief recordé si la peut passer oultre qui veult si au
+lire luy ennuye ou se autreffois l'a veue quoy qu'elle soit bonne &
+prouffitable a ouÿr & noter a toutes dames & autres a qui ce peut
+appartenir.
+
+
+
+
+¶ Cy devise la maniere des lettres que la saige dame peut envoyer a sa
+maistresse Chapitre. xxvi.
+
+
+Si pourra advenir aprés ces subzdictes choses que la jeune dame se
+gouvernera si mal advisement despuys la departie de celle qui gouverner
+la souloit que parolles seront eslevees contre l'onneur d'elle & tant se
+multiplieront que la bonne sage dame dessusdicte qui l'avoit en
+gouvernement et ores demeure a son mesnaige en orra parler / de laquelle
+chose sera tant doulente de ainsi veoir amendrir l'honneur de sa
+maistresse qui tant a mis peine de bien l'endoctriner enseigner &
+apprendre que plus ne pourra. Si ne sçaura bonnement que faire de ceste
+chose & conclusion quant assez aura pensé sur ceste chose sera
+contraincte par grant amour quel que bon gré ou maulgré que avoir en
+doye pource que ce qui est escript en lettres est aucunesfoys mieulx
+retenu et plus perce le cueur que ce qui est dit de bouche de luy
+escripre & signifier par lettres de rechief l'amonnestement que dire luy
+souloit pour veoir se aulcune chose y pourroit prouffiter. Si escripra
+telles ou les semblables parolles en une lettre & par ung prestre qui
+escriptes en confession les aura tressecretement les luy envoyera.
+Maistresse doubtee dame je me recommande a vous tant & si treshumblement
+comme je puis ma tresredoubtee dame plaise vous a ne me sçavoir aucun
+mauvais gré se je me suys a present meue de vous escripre pour vostre
+bien ce que grant aymer me contraint a faire. Car ma tresredoubtee dame
+il m'est advis que je suis jeune de vous admonnester vostre bien comme a
+celle qui a esté en ma gouvernance depuis enfance jusques a ores tout
+n'en feusse je mye digne me semble que je mesprendroye de moy taire de
+ce que sçauroye qui vous peust tourner a aucun grief se ne le vous
+signifioye. Et pource chere dame je escrips en ces presentes ce qui
+s'ensuyt de laquelle chose treshumblement je vous prie derechief que
+maulvais gré ne m'en vueillés sçavoir aucunement. Car vous povez estre
+trescertaine que tresgrant amour & desir de l'acroissement de mieulx en
+mieulx de vostre noble renommee & honneur me meut a ce faire. ma dame
+j'ay entendu aucunes nouvelles de vostre gouvernement telles que j'en
+suis dolente de tout mon cueur pour la peur que j'ay du decheement de
+vostre bon los & sont telles comme il me semble que comme il soit de
+droit & de raison que toute princesse & haulte dame tout ainsi comme
+elle est hault eslevee en honneur & estat sur les autres qu'elle doye
+estre en bonne sagesse meurs conditions & manieres excellente sur toutes
+affin qu'elle soit exemplaire par lequel les autres dames et mesmement
+toutes femmes se doibvent rigler en tout maintien & comme il
+appartiengne qu'elle soit devote vers dieu & quelle ayt contenance
+asseuree quoye & rassise en ses esbatemens attrempee et sans effroy rie
+bas & non sans cause ayt haulte maniere humble chere & grant port. Soit
+a tous doulce responce & aymable parolle son habit & atour riche & non
+trop cointe. A estrangiers d'acueil seignery parlant a dangier non trop
+acointable de regard tardif & non volage. A nulle heure n'appaire male
+felle ne despite ne a servir trop dangereuse a ses femmes & serviteurs
+humaines & amiables non trop haultaine en dons large par raison
+ordonnee. Saiche congnoistre de toutes gens lesquelz sont les plus
+dignes en bonté et preudhommie & de ses servans les meilleurs & ceulx &
+celles tire vers soy & leur guerdonne selon leurs merites ne croire ne
+adjouster foy a flateurs ne flateuses ains les congnoisse & chasse de
+soy ne croire de legier parolles raportees / n'ait coustume de souvent
+conseiller a estrange ne privé en lieu secret ne apart mesmement a nul
+de ses gens ou de ses femmes si que on ne puisse juger que plus sache de
+son secret l'une que l'autre & ne dye devant gens a personne quelconques
+en riant aucuns motz couvers que chascun n'entende / affin que les oyans
+ne supposent aucun vice secret entre eulx trop enclose en chambre ne
+trop solitaire ne se doit tenir / ne aussi trop commune a la veue des
+gens. Mais a certaine heure retraire & aucuneffois plus convenables. Et
+comme sesdictes condicions & toutes autres manieres convenables a haulte
+princesse feussent en vous le temps passé estes a present toute changee
+sicomme on dit. Car vous estes devenue trop plus esgaree plus emparlee &
+plus jolie que ne souliés estre & c'est ce qui faict communement jugier.
+les cueurs changent quant les contenances se changent / car vous voules
+estre seulle & retraire de gens fors d'une ou de deux de vos femmes ou
+aucuns de vos serviteurs a qui vous conseillés & riés mesmes devant gens
+& dictes parolles couvertes comme se vous vous entre entendissiés bien &
+ne vous plaist fors la compaignie d'iceulx / ne les autres ne vous
+pevent servir a gré. Lesquelles choses & contenances sont cause de
+mouvoir a envye vos autres servans & de juger que vostre cueur soit en
+amouré ou que ce soit a ma tresredoubtee dame pour dieu mercy prenés
+garde qui vous estes a la haultesse ou dieu vous a eslevee ne ne vueille
+vostre ame & vostre honneur pour aucune vaine plaisance mettre en oubly
+& ne vous fiés en vaines pensees que plusieurs jeunes femmes ont qui se
+donnent a croire que ce n'est point mal d'aymer par amours / mais qu'il
+n'y ait villenie car je me rens certaine que autrement ne le vouldriés
+penser pour mourir & que on vit plus liement & que de ce faire on faict
+ung homme vaillant & renommé a tousjours. Ha ma chere dame il va tout
+autrement. Et pour dieu ne vous y decevés ne laissés decevoir & prenes
+exemples a de telles grans maistresses avés vous veu en vostre temps qui
+pour seullement estre souppesonnees de telle amour sans que la verité en
+fust oncques attaincte en perdoyent l'honneur & la vie de telles y eut.
+Et si tiens sur mon ame que peché ne coulpe vilanie n'y avoyent & leurs
+enfans en avés reprouchiés & moins prisés / et combien que a toute femme
+soit povre ou riche telle folle amour deshonnorable encores trop plus
+est messeant & prejudiciable en princesse ou haulte dame de tant que est
+plus grande / & la raison y est bonne / car le nom d'une princesse est
+porté par tout le monde parquoy s'il y a en son renom aucune chose a
+redire plus est sceu par les estranges contrees que des simples femmes.
+Et aussi pour cause de leurs enfans qui doyvent seigneurir les terres &
+estre princes de aultres gens. Si est grant meschief quant il y a aucune
+suspection qu'ilz ne soyent droitz hoirs & maint meschief en peut venir.
+car posons qu'il n'y ait meffait de corps si ne le croyroient mye ceulx
+qui seullement l'orront dire telle dame est amoureuse. Et pour ung petit
+de vice semblant par adventure fait par jeunesse & sans malices
+mauvaises langues jugeront & y adjousteront des choses qui oncques ne
+furent ne faictes ne pensees / & ainsi va tel langaige de bouche en
+bouche qui mye n'est apeticié ains est acreu. Et ainsi est necessaire a
+une chascune grant maistresse avoir plus grant regard en toutes ses
+manieres contenantes & paraboles que a autres femmes. La cause si est /
+car quant on vient en la presence d'une haulte dame toute personne
+adresse son regard a elle & ses oreilles a ouÿr ce qu'elle dira & son
+entendement a noter tout son fait. Si ne peut la dame ouvrir l'ueil dire
+parolle rire ou faire semblant a aucun que tout ne soit recueilly &
+retenu de plusieurs personnes & puis raporté en maintes places. Et que
+cuidés vous ma treschiere dame que ce soit mauvaise contenance a une
+grant maistresse voire a toute femme quant plus qu'elle ne seul deul
+devient esgaree jolye & plus veult oÿr parler d'amours & puis quant son
+cueur se change pour aucun cas tout a coup devient rechinee malgratieuse
+tenceresse & ne la peut on servir a gré & ne luy chault de son habit &
+atour. Certes adonc dient les gens que elle souloit estre amoureuse.
+mais ne l'est plus. Ma dame si n'est mye maniere que dame doye avoir Car
+elle doit prendre garde encore quelque pensee qu'elle ait que tousjours
+soit d'un maintien et contenance a celle fin que telz jugemens ne
+puissent estre faitz sur elle. Mais peut bien estre que fort seroit en
+la vie amoureuse garder telle mesure. Et pource le plus seur est du tout
+l'eschever & fuir. Si povés veoir chiere dame que toute grant maistresse
+& semblablement toute femme doit trop plus estre couvoiteuse d'acquerir
+bon renom que quelconques autre tresor. Car il la fait reluyre en
+honneur & demeure tousjours a elle & ses enfans redoubtee dame ainsi
+comme devant est touchié / je suppose bien et pense les raisons qui
+pevent mouvoir la jeune dame a soy encliner a si faicte amour aise &
+joyeuseté luy fait penser Tu es jeune il ne te fault fors que ta
+plaisance tu peulz bien aymer sans villanie & n'est point de mal puis
+qu'il n'y ait peché tu feras ung vaillant homme on n'en sçaura riens tu
+en vivras plus joyeusement & auras acquis ung vray serviteur & loyal amy
+& ainsi telles choses. Ha ma dame pour dieu soiés advisee que telles
+folles oppinions ne vous deçoyvent. Car quant a la plaisance soyés
+certaine que en amours a deux foys plus de dueil nuysances & dangiers
+perilleux par especial du costé des dames qu'il n'y a de plaisance. Car
+avec ce amours livre de soy maintes diverses amertumes la peur de perdre
+honneur & qu'il soit sceu leur demeure ou cueur qui chier acheter leur
+fait telle plaisance. Et quant a dire ce ne sera mye mal puis que fait
+de peché n'y a. Helas ma dame ne soit nul ne nulle si asseuree de soy
+qu'elle se rende certaine quelque bon propos qu'elle ait de garder
+tousjours mesure en si faicte amour et que ne soit sceu comme j'ay cy
+devant dit. Certes c'est chose impossible. Car feu n'est point sans
+fumee. mais fumee est souvent sans feu. Et a dire je feray ung homme
+vaillant. Certes je dis que c'est trop grant folie de soy destruyre pour
+accoistre ung autre. Posons que vaillant en deust devenir & celle bien
+se destruyt qui pour refaire ung aultre se deshonnoure. Et quant a dire
+j'auray acquis ung vray amy et serviteur dieu dequoy pourroit servir si
+fait amy a la dame. car s'elle avoit aulcun afaire il ne se feroit
+porter en nul cas pour elle / pour peur de son deshonneur dequoy
+doncques luy pourra servir si fait serviteur qui s'osera employer pour
+le bien d'elle. mais ilz sont aucuns qui dient qu'ilz servent leur dames
+quant ilz font beaucoup de choses soit en armes ou autrefois. Mais je dy
+qu'ilz servent eulx mesmes. Car l'honneur & le preu leur est demouré &
+non mye a la dame. Encores ma dame se vous ou autres vous voulés excuser
+en disant j'ay mauvaise partie qui pou de loyaulté & de plaisir me fait.
+pource puis je sans mesprendre avoir plaisir en aucun autre pour oublier
+melencolie & passer le temps. mais certes telles excusations / saulve
+vostre bonne reverence & de toutes autres qui ce dient / ne vallent
+riens. car trop fait grant folie celluy qui met le feu en sa maison pour
+ardoir celle de son voisin. mais se celle qui a tel mary le porte
+patiemment & sans soy empirer tant acroist plus le merite de son ame &
+son honneur en bon los & quant a avoir plaisance. Certainement une si
+grant maistresse voire toute femme s'elle veult elle peut assés trouver
+de loisibles & bonnes plaisances a quoy s'entendre & passer le temps
+sans melencolie sans telle amour. Celles qui ont enfans plus gratieuse
+plaisance & plus delectable peut on demander que de souvent les veoir &
+prendre garde que bien soyent nourris & endoctrinés sicomme il
+appartient a leur haultesse & estat. & les filles ordonner en telle
+maniere que en enfance prengnent rigle de bien & de deuement vivre par
+exemple de suyvre & estre en bonne compaignie. Helas & se la mere
+n'estoit toute saige quel exemple seroit ce aux filles & a celles qui
+enfans n'ont. Certes n'est ce honneur non a tout haulte dame. Aprés ce
+qu'elle a dit son service de soy prendre & faire aulcun ouvraige ou
+besongne pour eviter oysiveté ou faire faire fins linges estrangement
+ouvrés / ou draps de soye ou autre choses dequoy elle peust user
+justement. & telles occupations sont bonnes / & destourbent a penser
+choses vaines. Et je ne dis mye que une grant maistresse ne se puisse
+bien esbatre rire & jouer en temps & en lieu mesmement ou il y ait
+seigneurs & gentilz hommes / & qu'elle ne doye honnorer les estrangiers
+selon que a sa haultesse appartient chascun selon son degré / mais ce
+doit estre fait si rassisement & de si beau maintien qu'il n'y ait ung
+seul regard ne ris ne parolle que tout ne soit a mesure & par raison.
+Assés & tousjours doibt estre sur sa garde que on ne puisse appercevoir
+en parolle ou regard ou contenance en elle chose desconvenable ne mal
+seant. Ha dieu se toute grande maistresse voire toute femme sçavoit bien
+comment beau maintien luy est advenant plus mettroit peine a l'avoir que
+quelque autre parement. Car il n'est joyau precieux qui tant la peust
+parer Et encores ma tresredoubtee dame reste a parler des perilz et
+dangiers qui sont en celle amour / lesquelz sont sans nombre. Le premier
+et greigneur est que l'en courrouce dieu. Aprés que se le mary s'en
+appercevoit ou les parens la femme est morte ou cheute en reproche ne
+jamais puis n'aura bien. Et encores suppose que n'aviengne disons du
+costé des amans encores que tous fussent loyaulx secretz vrays disans ce
+qu'ilz ne sont mye / ainçois scet on assés qui comunement sont faintz &
+pour les dames decevoir dient ce qu'ilz ne pensent ne vouldroient faire.
+Touteffois c'est chose vraye que l'ardeur de / telle amour ne dure mye
+longuement mesmes aux plus loyaulx & est ceste chose certaine. Ha chiere
+dame comment cuydés vous que quant il advient que celle amour est
+deffaillie & que la dame qui aura esté aveuglee par l'enveloppement de
+folle plaisance s'en repent durement quant elle s'avertist & pourpense
+les follies & divers perilz ou maintes fois s'est trouvee / & combien
+elle vouldroit qui luy eust cousté & oncques ne luy fust advenu & que
+tel reproche de elle ne peust estre dicte. Certes vous ne pourriez
+penser la grant repentance & desplaisant pensee qui au cueur leur en
+demeure Et oultre se vous & toutes les autres povés veoir quelle follie
+c'est de mettre son corps et son honneur es dangiers de langues & es
+mains de telz servanz puis que serviteurs s'apellent / mais la fin du
+service est communement telle que quoy qu'ilz vous ayent promis & juré
+de tenir secret ilz ne s'en taisent mye & en la fin de telle amour
+souventesfois le blasme & parler de gens aux dames en demeure ou a tout
+le moins la crainte & paour en leurs cueurs que ceulx mesmes en qui se
+sont fiees le dient & s'en vantent ou aulcun autre qui le fait saiche /
+et ainsi se sont mises de franchise en servaige & veés la fin du service
+de celle amour. Comment cuydés vous ma Dame qu'il semble a ses servans
+grant honneur de dire et eulx vanter qu'ilz soyent aimés ou ayent esté
+d'une grant maistresse ou femme de renom. Et comment en tairoient ilz la
+verité. car dieu scet comment ilz mentent. Et que pleust a dieu que
+entre vous mes dames le sceussiés bien. Car cause auriés de vous en
+garder. Oultreplus les servans qui scevent vos secretz & en qui convient
+que vous vous fiez cuydez vous qu'ilz s'en taisent. combien que leur
+ayés fait jurer. Certes la plus grant partie sont telz qu'ils seroyent
+bien dolens que l'on ne sceust que plus grant priveté & hardiesse ont
+vers vous que les autres. et s'ilz ne dient de bouche vos secretz ils
+les monstreront au doy par divers semblans couvers qui veullent bien que
+on note. He dieu quel servitude a une dame & a toute autre femme en tel
+cas qui n'osera reprendre ne blasmer son servant ou sa servante posons
+qu'elle les voye grandement mesprendre quant elle se sent en leur
+dangier & seront montés contre elle en tel orgueil que mot n'osera
+sonner ains conviendra qu'elle leur seuffre a faire et dire chose
+qu'elle n'endureroit de nul autre. Et que pensés vous que dient ceulx &
+celles qui ce voyent & notent ilz ne pensent fors ce qui y est & soyés
+certaine qu'ilz en murmurent assés. Et s'il advient que la dame se
+courrouce ou donne congié a telz servans / dieu scet se tout est revelé
+& dit en plusieurs places. et toutesfois souvent advient qu'ilz sont &
+ont esté moyens & procureurs d'icelle amour bastir / laquelle chose ilz
+ont voulentiers pourchassee & a grant diligence pour traire a eulx dons
+ou offices ou autres emolumens. Tresredoubtee dame que vous en dirois
+je / soyés certaine que aussi tost espuiseroit on une abisme comme on
+pourroit racompter tous les perilz et maulx qui sont en ceste vie
+amoureuse. & ne doubtés du contraire. Car il est ainsi. Et pource
+treschiere dame ne vous vueillés ficher en si fait peril. Et se aulcune
+pensee y avés eue / pour dieu vueillés vous en retraire ainçois que plus
+grant mal vous en ensuyve. Car trop mieulx vault tost que tard / & tard
+que jamais. Et ja povés veoir quelz parolles en seroyent se plus ce
+continuoyent vos nouvelles manieres quant ja sont apperceues parquoy
+parolles s'en espandent en maint lieu. Si ne vous sçay plus que
+respondre fors que de toute ma puissance vous supplye humblement que de
+ce ne me sachez aucun maulvais gré / mais vous plaise de adviser le bon
+vouloir qui le me fait dire / & au fort mieulx doit vouloir faire mon
+devoir & vous loyaulment admonnester & en deusse avoir vostre mal talent
+que de vous conseiller vostre destruction ou de l'attraire pour avoir
+vostre bon gré. Tresresoubtee princesse & ma treschere dame je prie a
+dieu qu'il vous doint bonne vie et longue / et en la fin paradis.
+Escript. &c.
+
+
+
+
+¶ Cy commence la deuxiesme partie de ce livre laquelle s'adresse aux
+dames & damoiselles. Et premierement a celles qui demeurent a court de
+princesse ou haulte dame. Le premier chapitre parle comment les trois
+dames / c'est assavoir raison droicture et justice recapitulent en brief
+ce qui est dit devant. chap. .xxvii.
+
+
+Apres ce que avons parlé aux roynes princesses & haultes dames / c'est
+assavoir en ce qui touche la doctrine qui est proprice tant aux
+enseignemens de ce qui affiert a l'ame comme aux meurs vertueux & bons
+qui leur sont propices & appartiennent a leur haulte noblesse & a leur
+estat qui d'honneur est adornee sur toutes autres s'adressera nostre
+leçon doresenavant en ceste .ii. partie de la presente collation aux
+dames & damoiselles & femmes tant a celles qui sont demourans a court de
+princesses pour leur service & estat comme a celles qui demeurent sur
+leurs terres en chasteaulx manoirs villes fermes & bours / mais a ce
+commencement faisons protestation que nonobstant qu'il appartienne &
+affiere une mesmes doctrine par especial en plusieurs choses tant a
+l'ame comme aux vertus & meurs aussi bien aux dames & damoiselles & a
+toutes femmes comme aux princesses ne pensons mye a relater & dire de
+rechief tout ce qui est dit devant / car peine seroit sans necessité & a
+ennuy pourroit tourner aux lisans si serve ce que dit est pour toutes ou
+il eschiet & en prengne chascune ce dequoy sentira que elle ayt besoing
+au bien & au proffit de son ame & de ses meurs. Car semblablement que
+aux plus grans maistresses est mestier aux dames damoiselles & autres
+femmes qu'elles ayent tousjours & en tous leurs faitz devant les yeulx &
+en leur memoire l'amour & crainte de nostreseigneur qui leur ramentoyve
+les biens qu'elles reçoyvent de luy / c'est assavoir l'ame qui est creé
+a son ymage laquelle s'elles y veullent mettre peine possedera a
+tousjours le royaulme des cieulx. Ce n'est mye petit don l'entendement
+pour congnoistre dieu & que est bien & mal force de corps pour mettre le
+bien a effect santé & foison d'autres grans graces parquoy l'amour a
+quoy elles sont obligees vers luy qui est mesmes ung des commandemens de
+la foy et le premier qui dit tu aimeras dieu sur toutes choses ne doit
+jamais partir de leur memoire La crainte aussi en pensant la grant
+punition de sa justice en quoy se mettent en peril les creatures qui ne
+vont droite voye Ceste amour & crainte se a droit & en leurs couraiges
+les deffendra de vices & conduyra aux vertus / abessera en elles orgueil
+& essaucera humilité chassera ire & amenera pacience deboutera avarice &
+y mettra charité. leur tollira envye & leur donnera amour vers leurs
+prochains. eslongnera paresse & approuchera diligence de bien faire Leur
+fera haÿr gloutonnye et aymer sobrieté. bennira luxure et attraira
+chasteté Et ainsi donera toutes les vertus propice a l'ame. & chassera
+les vices qui nuyre y pourroyent. Et avec ce aussi bien &
+semblablemement affiert aux dames damoiselles & autres femmes avoir
+prudence mondaine pour ordonner en bonne guise leur maniere de vivre
+chascune selon son estat & qu'elles ayment honheur le bien de renommee &
+de bon los que aux princesses. Si commencerons ainsi
+
+
+
+
+Cy devise des quatre pointz les deux bons a tenir & les deux autres a
+eschever & comment dames & demoiselles de court doivent aymer leur
+maistresse. & ce est le premier point. chap. .xxviii.
+
+
+Derechief disons nous trois seurs / filles de dieu nommees raison /
+droicture / & justice comme dessus. Premierement a vous dames
+damoiselles & femmes de court au service de princesses et haultes dames
+tout ce que dit avons qui toucher peut au bien de vos dames & a
+l'acroissement de vos meurs Mais avec les bons admonnestemens dessusditz
+adjousterons quatre pointz les deux premiers bons a suyvre / & les
+autres a eschever. & ne sont pas simplement ne sans plus les deux
+premiers bons a tenir / mais vous sont tresnecessaires pour le bien de
+voz ames & l'honneur de vos personnes. De ces deux pointz le premier est
+que de tout vostre cueur devés amer comme vous mesmes vostre maistresse.
+c'est assavoir la princesse / auquel service ou compaignie vous estes.
+L'autre point est que vous devés estre en vos manieres parolles & tous
+faitz non trop acointables ne privees a divers hommes. Et des causes qui
+nous meuvent vous enseignerons les raisons cy aprés. Et quant est des
+autres belles manieres qui a tenir vous affierent pource qu'il est ja
+dit cy devant comment la saige princesse vous maintiendra en bel ordre
+en habitz simples & beaulx sans desguiseure. mais riches assés / & bien
+ordonnez sicomme il affiert comme en contenances rassises & coyes en
+parolles maintiens jeux & ris honnestes passerons oultre ces pointz
+pource que cy devant au xviii. chap. de la premiere partie de ce livre
+la peut on veoir qui veult. Selon nostre premier point & enseignement
+des deux dessusditz la dame ou damoiselle de court ou toute servante est
+tenue de aymer tresfort & de tout son cueur sa dame & maistresse soit
+bonne ou mauvaise / ou doulce / ou autrement elle se dampne et faict que
+tresmauvaise creature & semblablement je dis de tous servans puis que
+ilz sont aux gaiges pensions ou loyer de qui que ce soit. & si tu
+vouloies dire voire mais si mon maistre ou maistresse est mauvaise
+personne ou ne me fait gueres de bien suis je doncques tenue a l'aymer /
+nous te respondons que ouÿ sans faulte / car s'il te semble qu'ilz
+soyent mauvais & que n'y faces ton proffit: tu t'en dois partir se bonté
+semble non mye y demourer pour mal y faire ton devoir & ne luy porter
+tel amour & tel foy que tu doibs. posons qu'il face mal son debvoir
+pourtant ne doibs laisser a faire le tien tant que tu y es / ou t'en
+aller. Car saches si ainsi ne le fais tu te dampnes en servant. Si est a
+declairer nostre propos en quoy s'estendra celle amour que la dame ou
+damoyselle de court aura a sa maistresse sera en luy portant foy &
+loyaulté en toutes manieres / comment foy & loyaulté. c'est qu'elle
+aymera premierement le bien de son ame. en telle maniere qu'elle luy
+procurera et ennortera de son povoir & que a elle appartiendra tout bien
+a faire & ne luy donnera ocasion du contraire. gardera sa paix a son
+povoir en bien faisant. Et en ces choses icy fait entendre qu'elle ne
+luy fera rapors nulz quelz qu'ilz soyent qui a l'empirement de son ame
+puisse tourner / c'est assavoir ne en mesdisant d'autruy ne contre le
+bien de honnesteté ne de honneur. ne aussi en parolles felonnesses ou
+responces parquoy elle puisse troubler sadicte maistresse. Avecques ce
+elle gardera sauvement le sien en ce qu'il appartiendra a elle a faire &
+en destournant les autres a son povoir se oultrages non convenables
+appartenoyent en aucuns. & sur toutes riens soustiendra son honneur de
+toute sa puissance en fait en dit & en parolle plus en derriere que en
+devant & essaucera sa bonne renommee. Se gardera bien pourtant sur ce
+qu'elle ayme le bien de son ame que vers elle ne use de flaterie pour
+mieulx avoir sa grace. si que font plusieurs servans de tous estatz
+maistres & maistresses et par especial a grans seigneurs & dames qui est
+chose qui trop desplaist a dieu & que la saincte escripture blasme a
+merveilles. Mais pour plus proprement declarer que c'est flaterie affin
+que nul ne soit deceu de entendre. dirons la difference d'entre bien
+servir & flater. Si est assavoir que si tu sers bien & loyaulment de
+tout ton povoir & tressongneusement garde bien l'honneur & proffit en
+toutes manieres de maistre & maistresse & metz grant cure & dilligence
+de luy faire plaisir & service en toutes choses licites & honnestes.
+Mesmement tant pour faire ton devoir comme pour acquerir sa grace affin
+qu'il t'en face mieulx pource qu'il t'en est besoing & que se il a mal &
+desplaisir que tu en soyes dolent ou dolente comme du tien propre &
+semblablement joyeulx ou joyeuse de son bien & prosperité & soyes triste
+a mathe chiere quant luy voys avoir desplaisir & joyeulx quant bien luy
+vient & non mye devant luy seullement. mais plus en derriere & le
+excuses se mal oys dire & luy portes honneur & bonne renommee telz
+choses faictes de bon cueur ne sont mie flateries ains est vraye amour &
+pure loyaulté portee de bon servant ou servante a maistre ou a
+maistresse & ce en sont les signes. Le pur flateur est si tu sçayes que
+ton maistre ou maistresse eust aucune inclination vicieuse & contre le
+bien de son ame & de son honneur & bonnes meurs & se sur ce tu le
+confortoyes. en luy donnant conseil qui le peust soustenir & nourrir en
+son vice & peché & que tu portasses ses mesmes faitz en dit & en fait ou
+que tu luy ouÿsses dire parolles non vrayes contre le bien d'autruy ou
+soustenir oppinions mauvaises ou deshonnestes & tu disoyes monseigneur
+ou ma dame dit voir ou que tu luy feisses entendant qu'il soit bel ou
+bon ou saige ou que bien seroit que il fist quelque chose que tu
+penseroyes qui luy plairoit et ta conscience te disoit tout le contraire
+se telz choses & aultres semblables qui pourroyent advenir faisoyes
+vrayement tu flateroyes & pecheroye tresmortellement & avec ce que tu te
+dampneroyes pareillement seroyes cause de son dampnement. Mais non
+pourtant dieu scet tout comment plusieurs servans de jeunes gens &
+d'autres se gouvernent en telz cas car pour avoir leur grace & traire
+d'eulx plusieurs y a ne les soustiennent pas seullement en maulx faire
+ains eulx mesmes quierent & pourchassent les voyes de tirer & faire
+mettre maistres & mesmement maistresses aucunesfois en plusieurs vices &
+laiz pechés & telz gens ne sont pas loyaulx servans ains sont faulx &
+maulvais / mais ceux qui les treuvent quant ilz les scevent telz sont
+eulx mesmes si aveuglez qu'ilz ne s'en donnent de garde. Et pource dist
+trop bien ung saint docteur que le flateur par sa parolle fait tout
+ainsi que se il fichoit ung clou en l'oeil de son maistre ou maistresse
+c'est a dire qu'il l'aveugle par ses blandices. Mais a descendre a
+nostre propos on pourroit icy faire une telle question sçavoir mon se
+une dame ou damoiselle sert une princesse ou aultre dame quelle que elle
+soit & il advient que sa maistresse vueille mettre son cueur en folle
+amour vers quelque homme si la servante est tenue par la loyaulté que
+elle luy doit de la soustenir & porter en son fait / car peut estre que
+aulcuns ne cuyderoyent mye mesprendre en pensant j'ay pluscher a garder
+l'honneur de ma maistresse & celer son faict mesmement veu que je n'ay
+mye bastie la chose / mais elle la veult faire & si en moy elle ne se
+fioyt en quelque autre se fieroit qui par adventure ne la celeroit mye
+si bien que je feroye. La vraye responce a ceste question est que elle
+feroit mal quelque cas qui y peust advenir & mal faire n'a point
+d'excusation si ne peux porter ne soustenir ta maistresse en peché
+faisant que toy mesmes ne peches ne soye participant du mal. Et avecques
+ce posons que tu dies que pour garder son honneur le faces si tu
+espeluches bien ta conscience tu trouveras que aultre cause te y encline
+plus c'est assavoir pour avoir mieulx sa grace & en prouffiter en
+chevance. Mais quelque cause qui t'y maine tu fais mal & en ce faisant
+resembles l'aveugle qui maine ung autre aveugle & tous deux trebuchent
+en la fosse. Mais vecy que tu feras si tu veulx user de sens & de bonne
+conscience se ta maistresse se fie de tant en toy qu'elle te die son
+secret en tel cas tu luy feras si faicte ou semblable responce / ma dame
+je vous mercye dont tel fiance avez en moy que tant me dictes de vostre
+tresprivé secret & si vous n'aviés fiance en moy ne le me diriés si
+n'ayez jour de vostre vie quelconque doubte qui ne soit bien celé. Car
+je vous prometz loyaulment que tant que je vivray ne sera par moy sceu /
+mais vrayement il me poise de tout mon cueur de ce que vostre entente
+avez mise ou voulez mettre en tel chose. Car il ne vous en peut venir
+fors dampnement a l'ame & grant peril & deshonneur au corps & se par
+nulle voye estoit en ma puissance de vous oster de celle voulenté &
+pensee il n'est riens que je n'en feisse. Mais quant est de moy & me
+pardonnés je aymeroye mieulx le bien de mon ame & de ma consciece qui en
+seroit chargee que je ne fais vostre service et m'en deussiés vous haÿr
+& bouter hors. Car je doy avoir pluscher vostre hayne pour bien faire
+que vostre grace pour consentir mal si ne m'en mesleroye nullement
+mieulx vouldroye mourir / je sçay bien que je suis a vous & que obeyr je
+vous doy mais en tel cas je pecheroye laquelle chose je ne suis tenu de
+faire pour personne vivant. Telle responce doit faire la bonne servante
+en tel cas a sa maistresse / mais s'elle est sage & vraye se gardera
+bien pourtant de l'aler disant ça & la pour soy aloser comme assez en
+est par adventure qui pour faire les bonnes y soyent disant elle m'a
+requise de tel chose / mais je l'ay bien & bel escondite je aymeroye
+mieulx que elle fust arse & telz choses dont mieulx leur vauldroit taire
+ainsi se doit gouverner la bonne & discrete dame ou damoyselle ou autre
+vers sa maistresse. mais non pourtant affin que nous n'oublions riens a
+dire que bon soit a ce propos n'est mye a entendre cest admonnestement
+que s'il advenoit aucun inconvenient a la maistresse par quelque cas que
+la bonne servante ne la doye garder en tous perilz & deffendre comme
+elle feroit son enfant sicomme il est dit d'une dame qui fut gardee
+d'estre sourprise en cas dont elle eust perdu son honneur par sa
+damoiselle laquelle quant elle sceut l'adventure ala tantost comme bien
+advisee bouter le feu a la granche affin que tout courussent la & que sa
+maistresse en ce tandis se peust descouvrir. Et comme une autre qui
+trouva sa maistresse qui se vouloit desesperer & occire ellemesmes de
+honte que elle avoit de ce qu'elle estoit grosse sans estre mariee si la
+reconforta & l'osta de ce maulvais vouloir & ellemesmes affin que quant
+l'enfant viendroit qu'elle peust dire que il fust sien fist entendant
+qu'elle estoit grosse & par celle voye la saulva de mort & garda de
+deshonneur & telz choses faire puis que la chose est faicte & le conseil
+en est prins pour garder autruy de desesperance ou de prendre mauvaise
+voye mais que au fait de peché on ne soit consentant n'est pas mal. mais
+est tresgrant charité & doit chascun avoir pitié du pecheur. Car dieu ne
+veult pas sa mort. mais que il se convertise & vive. Et tel est cheu en
+peché que aprés se relieve & maine juste vie & non mye seullement en cas
+d'amours ne doibt estre consentant la servante de la maistresse: mais
+aussi en tous autres ou il pourroit avoir peché & vice. car nul n'est
+tenu d'obeyr a aultruy pour desobeyr a dieu.
+
+
+
+
+¶ Cy devise du .ii. point qui est bon a tenir aux femmes de court qui
+est comment elles doibvent eschever trop d'acointances. Chapitre .xxix.
+
+
+Le .ii. point & enseignement si que nous avons dit est que femmes de
+court de quelque estat qu'elles soyent se doivent garder de trop avoir
+d'acointances a divers hommes nous convient dire les raisons qui nous
+meuvent Car maintes par aventure pourroyent suposer & cuider que plus
+leur loysist & apartenist est acointables que autres femmes: mais celles
+qui le penseroyent se deceveroient & nous le te monstrerons par deux
+principaulx raisons / l'une est pource que sur toutes autres les femmes
+de court ont a garder honneur / l'autre raison te dirons aprés. Quant a
+ceste pourquoy disons nous que plus que autres ont a garder honneur
+pource que leur honneur ou deshonneur refiert & redonde en leur
+maistresse. car se ilz sont ou bien ou mal ordonnees elle en aura le los
+ou le blasme si que ja est touché en la premiere partie de ce livre. Or
+il est ainsi que il n'est autre dame a qui tant d'honneur soit deue
+comme a princesse si seroit a son empirement si aucune tache avoit en
+femmes. Car on diroit selon seigneur meisgnie duite. Et pource je
+conclus que plus que autres se doivent garder. Si n'est point de doubte
+a venir a nostre propos que femmes qui que elles soyent qui se delictent
+avoir plusieurs acointances a hommes & suppose qu'elles n'y pensent a
+nul mal ne mais pour rire & esbatre a peine le pourront continuer qu'il
+n'en soit senestrement parlé & non mye seullement des estrangiers
+envyeulx qui sans cesser avisent comment pourront aultruy mordre / mais
+certes de plusieurs de ceulx mesmes a qui elles feront bonne chiere. Car
+ne pensent point le contraire femmes ne si aveuglent que ja hommes
+plusieurs ne les frequentent longuement que aucuns ou le plus d'iceulx
+ne pensent a elles atraire si pevent & quant ils voyent que plusieurs
+hantent ou lieu ou chascun voulsist estre seul receu ilz en parlent mal
+& contreuvent l'ung sur l'autre & en derriere s'en rigollent quelque
+chere que aux dames & damoiselles facent en devant ne quoy que ils se
+monstrent bien gracieulx & c'est chose vraye lesquelz rigolages &
+parolles sont raportees en ville de bouche en bouche par les tavernes &
+ailleurs & chascun y adjouste & met du sien Et par telle voye sans cause
+& sans raison quant a pechié / mais seullement par la simplesse des
+femmes qui n'y pensent sont souvent plusieurs a tort blasmés mesmes de
+ceulx a qui elles font bonne chiere et qui ne le croit si en enquiere.
+Car pleust a nostre seigneur que dames & damoiselles de court / voire
+toutes femmes d'ailleurs sceussent bien que telz acomtes dient d'elles
+cause auroient d'elles retraire de si faictes bonnes chiere. & mieulx
+leur vauldroit moins d'esbatement que de tant de parolles & par ce que
+ilz leur rient en devant & promettent corps & service a peine le
+pourroyent croyre. mais tu nous pourroyes demander comment ne vault il
+pas mieulx mesmes a honneur garder faire bonne chiere a chascun & que
+autant en emporte l'un que l'autre seullement que le faire a ung ou a
+deux & aussi que les autres puissent dire il ne hante en tel lieu que
+telz ou telz ilz sont en grace autres n'y sont congnuz. Nous te
+respondons que sans faille de ces deux maulx il n'y a nul qui face a
+tenir / car mal est / c'est assavoir contre honneur si plusieurs en
+hantent si que dit est & mal seroit ou est si on n'y voit frequenter
+seullement ung deux ou trois en maniere que on y peust avoir souspecion.
+Si n'est l'une maniere ne l'autre bonne. Mais tu nous diras comment
+seront doncques femmes par especial de court si subgetz que elles ne
+oseront ame veoir ne elle esbatre sans mal penser a compaignie ou il y
+ait gentilz hommes. Si te respons a ce que la subgection est bonne quoy
+que elle desplaise quant elle garde de plus grant inconvenient tout
+ainsi que la bride ennuye & desplaist au cheval mais non pourtant elle
+le garde aucunesfois de trebucher ou fossé. Et quant est que elles ne
+facent bonne chiere ou il appartient & en temps & en lieu s'esbatent
+convenablement en compaignie d'honneur n'est pas nostre entente de les
+vouloir a ce restraindre. Et ne disons pas que s'il advient a quelque
+court que ce soit en france ou autre part que le prince ou princesse
+reçoyve estrangiers ou princes ou autres vaillans chevaliers ou escuyers
+que il n'apartiengne bien qu'ilz soient festoyés & entre dames &
+damoiselles bien venus / car ce seroit contre honneur qui ne le feroit /
+mais entendons seullement de ceulx qui par droictes bauldes
+acoustumeement frequenteroyent sans autre achoison y avoir fors de jouer
+& esbatre es chambres de l'estat des dames & damoiselles. Et ces choses
+que nous disons ne doyvent ennuyer a nulle soit jeune ou joyeuse ou
+autre si elle ayme honneur ne que il doit desplaire a celuy qui sa santé
+a chiere quant le medecin luy dit vous userés de tel remede contre telle
+maladie & suffise quant a la premiere raison. Mais a venir a l'autre
+laquelle peut aussi bien toucher aux autres femmes d'onneur comme a
+celles de court est telle. Chascun qui tant est une chose plus digne
+plus noble & de greigneur value plus doit estre tenue en grant chierté &
+moins commune. Or est il ainsi que toute femme honnorable bonne et saige
+doit este reputee comme ung beau tresor & une notable & singuliere chose
+digne d'onneur & de reverence. doncques puis que elle est telle et y
+veult estre tenue il n'appartient point que trop grant marché ne
+largesse face de ses tresgrans tresors c'est assavoir de l'acointance de
+sa treshonnorable personne. Car de tant que elle la tiendra en plus
+grant charté vers tous hommes non mye par orgueil / mais par une
+grandeur bien seant a femme de tant sera elle tenue en plus grant
+reverence & en fera l'en plus grant compte / car chose n'est tant
+voulentiers veue ne desiree que celle que on voit a dangier quant elle
+est bonne & belle. pource disons que non estre trop accointable a femme
+bien siet & que largesse de langaige & d'atrais accueillans luy
+messieent.
+
+
+
+
+¶ Cy dit du .iii. point qui est le premier des deux qui sont a eschever
+parlant de l'envye qui regne en court & dequoy elle vient. cha. xxx.
+
+
+Or viendrons aux autres deux dessusditz poins lesquelz a femmes de court
+principallement & aprés a toutes femmes d'onneur sont a eschever.
+lesquelz quoy qu'ilz soyent assés communs par tout regnans par especial
+treshabondeement a toutes cours plus que autre part. ce sont deux vices
+mauvais & dampnables merveilleusement & en attrayent infinis d'aultres.
+L'un & le principal des deux mortelz vices est le trespiteable & de dieu
+hay pechié d'envye / & l'autre est le vice de mesdire. Et du premier
+dirons & de l'autre aprés Et pource que nous tendons a bien de vous
+toutes nous plaist vous admonnester les remedes que nous enseignons a
+toute personne qui user veult de justice & de bonne conscience. Et tout
+premierement pour mieulx congnoistre la qualité ou nature de ceste
+faulce envye est a adviser de quelle chose & a quel cause elle naist si
+disons sans faille qu'elle sourt & vient purement d'orgueil qui
+l'engendre es creatures qui ne sont sur leurs gardes d'avoir tousjours
+devant leurs yeulx leur povre fragilité & leur venue de neant ains
+s'oultrecuident par une arrogance fole que orgueilleux met en teste si
+qu'ilz oublient leurs miseres & leurs vices & reputent & cuident estre
+dignes de grans honneurs et de grans biens mesmes sans l'avoir desservy.
+Et pource que le plus communement toute creature est en soy mesmes ainsi
+deceue / advient que chascun tend a suppediter son prochain & le
+surmonter / non mye en vertus / mais en grandeur d'estat de honneur ou
+d'avoir / mais quant il advient qu'il y fault & qu'il y voit autre plus
+avancé de luy ou qu'il cuyde ou qu'il a paour qu'il adviengne aussi
+hault. la est l'envye toute formee. En pourtant que a la court des
+princes & des princesses les honneurs et les estatz mondains sont
+distribués plus generallement que une aultre part disons nous / & il est
+vray que la regne principallement envye pource que chascun qui y
+frequente vouldroit avoir d'iceulx biens et honneurs la plus grant part.
+Mais a descendre a nostre propos en parlant a toute femme de court de
+quelque estat qu'elle soit qui soit la demourant pour estat ou pour
+service de princesse que se elle veult user de bon conseil pourvoyera si
+bien son couraige de saige & de bon advis que elle n'aura en soy le
+mortel ver de celle faulce envye qui destruyt l'ame a qui la porte &
+ronge & desfait l'intention.
+
+
+
+
+¶ Cy dit encores de ce mesmes enseignement aux femmes comment se
+garderont entre elles d'avoir le vice d'envye. chap. xxxi
+
+
+Que fera doncques pour eschever ce faulx arcison d'envye & qu'il ne soit
+nullement en son couraige la saige & bonne dame ou autre demourant en
+court elle estrivera par bon remede contre les choses qui s'ensuyvent
+lesquelles sont les causes dont sourt envye a court de princesse en
+couraige / c'est assavoir que quelque grande qu'elle soit s'il advient
+qu'elle voye ou apperçoyve ou qu'il luy soit advis que sa maistresse ait
+plus en grace quelque autre que elle ou souvent l'appelle en ses conselz
+& vueille le plus sache de son secret & soit plus entour elle ja pource
+le cueur ne luy vouldra / ne le vice d'envye ne la surmontera.
+nonobstant que les aguillons & poinctures en couraige de celle faulce
+envye en tel cas soyent telz. Et pourquoy peut ce estre que ma dame a
+plus en grace ceste icy ou ceste la que toy & plus la veult & plus
+l'appelle en ses secretz & environ soy / n'es tu de son lignaige ou plus
+noble que celle n'est si en fust mieulx paree / ou tu es plus sage ou
+plus preudefemme ou mieulx taillee de y estre. Et appartient il aussi
+que telle & telle qui est venue de neant / ou qui ne scet ou qui ne
+vault ne peut de se mettre si avant ne qu'elle prengne tel peine d'estre
+en grace devant les autres / ne aussi que ma dame la doyve tant avancer
+ne faire telle chiere qu'elle luy faict ne tel harnois / & luy baille
+tel estat. Ja est plus avancee en ce pou de temps qu'elle y a demouré
+que toy qui y es de ton enfance / pourquoy peut ce estre quelque cause y
+a. mais je y mettray barres se je puis & la desavanceray Je sçay bien
+comment telles choses & telles sçay sur elle / & si je ne le sçay si le
+controuveray ou mettray du sel plus que je ne sçay avant que je ne la
+desavance. elle se veult trop mallement mettre avant et ja fait la
+maistresse & veult supediter les autres & mettre arriere mais je y
+mettray barres se je sçay quoy que advenir en doye. ne quelque peine que
+je y doye mettre. Je n'en pourroye plus souffrir en mon renc mesme se
+veult elle ja mettre / et ma dame luy souffre & la porte & veult qu'elle
+voise devant les autres mais ainsi n'ira mye. Telz ou semblans sont les
+admonnestemens de envye. mais tantost par bon advis & juste conscience
+les boutera arriere la saige dame ou damoiselle de court qui se
+reviendra a soy Ha folle musarde & dequoy t'es tu advisee mais pour dieu
+que te chault il de toutes ces faulsetés si tu fais ce que tu peulx
+loyaulment en toutes choses & tu n'en as si grans guerdons en ce monde
+comme ung autre dieu qui seul est juste & vray juge & qui congnoist tous
+couraiges. & a qui riens ne peut estre celé le scet bien si le te rendra
+& n'y fauldra point. & en luy seul dois avoir ton esperance. Car celluy
+est mauldit qui a son esperance & la fiance es princes ne es hommes. Et
+pourtant se ung autre a bien en ce monde qui n'est que ung trespas comme
+ung pelerinaige des biens de fortune plus que a toy ce te semble. que
+t'en apartient il a murmurer ne en avoir dueil. veulx tu garder les
+princes & les princesses & les puissans personnes qu'ilz ne facent du
+leur a leur voulenté: Si ta maistresse ou dame donne du sien a ung autre
+plus que a toy quel tort te faict elle. certes nul. Et de ce donna bien
+exemple nostreseigneur en la parolle dont l'evangille parle des ouvriers
+qui furent mis en la vigne / dont les aucuns vindrent a soleil levant.
+les autres a midy & les autres a vespres. Et quant vint a faire le
+payement de leur journee le seigneur de la vigne partit & donna tout
+autant a ceulx qui estoyent venus a vespres comme a ceulx du point du
+jour de laquelle chose les premiers murmuroyent / & le seigneur leur
+respondist. Mes amys quel tort vous fais je. Je vous paye de vostre
+journee bien & bel ce que avez esté louez. & s'il me plaist de donner a
+ceulx icy autant ou plus comme a vous ce n'est riens du vostre si n'avez
+cause d'en parler. Tout ainsi & semblablement n'as tu nulle cause de
+groucier si ta maistresse donne le sien ou il luy plaist quand ce n'est
+rien du tien. Et aultre si peut advenir que toymesmes ne congnois pas
+tes propres deffaulx par ce que tu es envers toy trop favorable & ta
+dame les congnoist bien qui voit ung autre plus saige plus abille &
+mieulx condicionnee & plus parfaicte de toy quoy qu'il te semble que tu
+vaille mieulx s'il a plus chere environ soy. Et aussi si tu veulx bien
+regarder au vray de ta conscience & lire en tes faitz tu trouveras ce
+peut estre que tu le peves bien avoir desservy pour telle chose et telle
+que tu fais. & telles parolles que tu dis luy furent rapportees / dont
+elle se courrouça qui ne fut bien fait ne dit a toy / & elle ne t'en
+ayme mye mieulx. assez d'autres t'eussent mise hors si est par ta
+coulpe. pource tu n'as cause de tant t'en courroucer tu estoyes trop
+ayse & trop orgueilleuse. & te sembloit que riens ne te povoit nuyre /
+or en prens ce que tu en as & ne te en plains que a toy. Et avec ce que
+scés tu: quel bien & quel service vers dieu peut avoir fait ceste
+creature qui tant est en grace quoy qu'il te semble qu'elle n'en soye
+mye digne. Parquoy il la veult par ceste voye en ce monde guerredonner.
+car tu as ouÿ dire comment sont couvers les secretz de dieu / si
+n'appartient a personne de en juger pour chose qu'il voye tant luy apere
+merveilleuse Et pour ce ne te dois empescher d'estat d'autruy / mais
+pense de ton ame & de te gouverner sagement & faire tousjours bien ton
+devoir / si le congnoistra bien dieu & tel maistre fait il bon servir
+qui est tout saige tout bon & tout puissant & tout autre service n'est
+que vent & empeschement. Et gardes bien sur quanques vers luy tu peulx
+meffaire que ne muses a autruy par faulse envie en faict en dit ne en
+quelconques pourchas / car tu te dampneroyes. posons que on le te eust
+desservy. Car dieu ne veult pas que l'on se venge de tant que en as
+pensé crie en mercy a nostreseigneur. & ne te chaille qui va devant ne
+qui va derriere. qui soit en grace ne qui non. car de chose qui faicte
+en soit tu n'en vauldras de riens pis. Et avec ce ceulx & celles qui te
+verront ainsi gracieusement suporter l'orgueil & oultrecuydance d'autruy
+sans en faire parolles ne semblans t'en priseront & aymeront mieulx. Et
+si tu veulx garder ton reng entre les autres que il te appartient sans
+vouloir supediter autruy si le gardes gracieusement. Mais prens toy bien
+garde que ta conscience ne soit point blessee pour telz fatras / ne que
+tu donnes cause a autruy de troublemens ne de empeschemens car le peché
+en descenderoit sur toy. Telz & semblables sont les remedes que la saige
+dame de court bien pourveue si peut mettre contre les pointures &
+aguillons d'envie. Et de cestuy mauvais peché pour demonstrer comment
+toute personne le doit fuyr dict ung saige: Je ne sçay fait il comment
+toute creature raisonnable deboute de soy sur tous autres vices le peché
+d'envie / car a adviser la qualité de tous les autres peches il n'y a
+celluy qui en l'exerçant ou faisant n'ayt aucun delit comme en vaine
+gloire ou orgueil ou a delit d'honneurs en gloutonnie plaisir ou menger
+en charnalité delit de corps & ainsi aux autres / lesquelz plaisirs
+pevent attraire la creature a les aymer quoy qu'ilz soyent l'ame
+deffendus. Mais celluy dyabolicque peché d'envie il ne fait ne donne a
+la personne qui plus en est souprinse nul plaisir ne mais dueil de
+pensee & deffrichement de couraige triste et desguise de visaige
+tourment qui perce l'ame & tous maulx & tous desplaisirs. Et a brief
+dire encline a tous maulx & a toutes felonnies. ne autre bien ne rend a
+son maistre cestuy infernal vice. Et que les envieux facent a haïr dit
+contre eulx de rechief ung autre saige pleust a dieu que l'envieux eust
+si grans yeulx qu'il peust veoir toute la prosperité & la joye qui est
+esparse par tout le monde. & plusieurs gens a celle fin qu'il eust cause
+d'estre plus tourmentés.
+
+
+
+
+¶ Cy dit du quatriesme point qui est le deuxiesme des deux qui sont a
+eschever. Et parle comment femmes de court se doibvent bien garder de
+mesdire / et de quelle chose vient mesdit ne a quelle cause ne occasion.
+Chap. .xxxii.
+
+
+Nous venons au deuxiesme point qui est l'autre vice duquel la dame ou
+damoiselle & femme de court & toute autre se doibt garder. c'est
+assavoir du peché de mesdire. Et tout premierement pource que mesdit ne
+peut estre excusé par nulle bonne raison / & aussi pour mieulx venir a
+noz termes toucherons trois causes / dont communement il vient & sourt &
+qui toutes sont communes a court & aucunesfois de toutes troys ensemble.
+L'une des causes si est par hayne. la .ii. pour cause d'oppinion. &
+l'autre pour pure envye. Si sont ces trois causes maulvaises / mais non
+pourtant celle qui vient d'envie faict le moins a excuser. Et pource que
+tous trois sont a eschever et que en nul cas mesdire ne est loisible /
+ains est peché mortel tresdeffendu Car c'est contre des deux des
+commandemens de dieu l'ung qui dit. Ne fais a aultruy ne que tu
+vouldrois qu'il te fist. Et l'autre / ayme ton prochain comme toymesmes:
+nous en dirons & enseignerons aux dessusdictes dames les remedes de s'en
+garder. Et premierement toucherons sur la premiere cause qui est hayne &
+sur ce formerons quattre principalles a demonstrer pourquoy par hayne on
+ne doit mesdire d'autruy quelque injure que on ayt receue. On ne hait
+point de fformee hayne communement si ce n'est a cause d'aucune injure
+receue d'aultruy ou que on la se repute avoir receue soit a tort ou a
+droit en la personne qui est ou qui se tient injuriee. Adonc est
+tresencline par la haine & mal talent qu'elle porte de mesdire dont elle
+se repute estre blessee comme quoy & a nostre propos qui est chose qui
+souvent advient a court une dame ou autre femme de court sçaura que
+aucunes gens ou certaine personne luy nuyra & la tiendra a la faire mal
+de sa maistresse ou du seigneur ou des amys d'elle ou de la faire bouter
+hors & par adventure viendra a son entente parquoy ladicte dame ou
+damoyselle en perdra son service son bien & son estat / & par adventure
+son honneur par les choses qui luy seront mises sus / peut estre sans
+cause / & posons que a cause fust: si herra elle la personne qui ce luy
+aura pourchassé: si mesdira n'est pas doubte a part et en publicque si
+la personne n'est si grant qu'elle n'ose. Mais trop fort fera si
+aulcunement n'en murmure / car le cueur luy deuldra trop & n'est
+merveille en disant de ladicte personne mal & villennie & ce qu'elle
+sçaura & ce qu'elle ne sçaura mye. Ceste cause de mesdire c'est assavoir
+par hayne par quelque meffaict sembleroit a aucunes gens qu'elle peut
+estre juste. mais sans faille non est. Et voicy nostre premiere raison
+qui le demonstre. Dieu veult et commande expressement qu'on ayme son
+ennemy & qu'on luy rende bien pour mal. & qui fait contre le
+commandement de dieu se dampne & si ne gaigne riens: pourquoy seroit
+mieulx son prouffit se taire. Item avec ce ung autre inconvenient luy en
+vient / & est nostre .ii. raison c'est qu'il fait ou elle fait contre
+son honneur / & voicy la raison. une personne de grant couraige jamais
+ne mesdiroit de son ennemy / pource que elle scet bien qu'il pourroit
+sembler aux gens que vengier se vouldroit de parolles laquelle chose est
+la vengeance des gens de pou de puissance & de foible de cueur et de
+quoy pou de saiges gens usent. Item la .iii. raison est que ceulx qui
+orront mesdire aux hayneulx de son adversaire ou ennemy ne la croyront
+mye / car ilz diront qu'i le dist par hayne si ne doibt estre creu. Et
+la quarte raison est que la personne qui ja luy a nuy ou peu nuyre sera
+de tant plus indignee contre luy quant dire orra qu'elle en mesdit / si
+purra engreger l'injure & luy faire encores pis si seroit moins mal
+recevoir ung desplaisir que deux. Et pource en concluant fut trop bien
+comparé par exemple a mesdit ce qui est escript d'un qui vouloit prendre
+guerre au ciel / & tiroit d'ung arc contre les nues et les fleches
+retournoyent sur son chief & le navroyent. Tout ainsi le mesdit que le
+haineux fait de son adversaire retourne sur luy & navre son ame & son
+honneur / sicomme par les dessusdictes quatre raisons est demonstré.
+
+
+
+
+¶ De mesmes comment femmes de court se doyvent bien garder de dire mal
+de leur maistresse. Chap. xxxiii
+
+
+La deuxiesme cause dont vient & sourt mesdit est de oppinion en telle
+maniere ou semblable une personne aura oppinion que une autre soit
+mauvaise ou deffaillant en aucunes choses ou en toutes / ou que elle ne
+se gouverne pas bien en tous cas ou en aucuns & pour ceste cause sans
+sçavoir la verité de la chose laquelle est par adventure toute autre
+qu'elle ne la pense en mesjurera & mesdira abondamment et plainement a
+petite consideration pour bien pou d'achoison. Et tel cas advient
+communement par tout. Car sans faille a cause de oppinion et sans
+sçavoir de certaine science mesdient plus ceulx qui ont la tache de
+mesdire. Si n'est mye communement court de prince & de princesse sans
+telz mesdisans / lesquelz a tel cause / c'est assavoir d'oppinion sans
+plus n'espargnent ame / et mesmes ne maistre ne maistresse. Et pource en
+parlant de ce vice chiet a dire du grant mal que fait toute personne qui
+diffame & dit mal d'autruy & par especial de qui le paist & nourrist
+dont il a son estat & son vivre / mais nonpourtant il advient a mainte
+court que se les servans ou servantes ou ceulx ou celles qui y demeurent
+voyent ou leur semble veoir en maistre ou maistresse tant soit petit
+signe de quelque vice tantost a cause d'oppinion les chargeront de grant
+langaige disant que la chose est faicte que ilz ont pensee. Et a nostre
+propos parlant aux femmes quoy qu'il peut aussi bien aux hommes toucher.
+Assés de femmes de court en mains pays est il de tous estatz que si
+elles voyent leur dame ou maistresse sans plus parler bas a une personne
+une fois ou deux ou quelque signe de priveté ou d'amitié ou quelque ris
+ou quelque joyeuseté faicte par adventure par jeunesse ou ygnorance &
+sans mal penser se ladicte maistresse se est tant soit petit joyeuse ou
+en ses habillemens gente & propre qui sont choses qui a mainte personne
+viennent de droicte condicion plus aux unes que aux autres tantost ilz
+seront prestz d'en mesjuger. & non mye seullement en cestuy cas mais
+aussi bien en tous autres dequoy par petite achoison aucunesfois
+prendront quelque maulvaise oppinion de leur dicte maistresse mais du
+mesjugement c'est du moins ilz feront pis / car pourtant se elle est
+leur dame et qu'ilz soyent nourris repeuz & a beaulx gaiges de ses biens
+que ilz facent ou qu'elles facent bien les obeissans les genoulx a terre
+a grant reverence & assez de flateries si ne s'en tairont ilz mye / ains
+diront leur advis l'une a l'autre & s'acointeront a conseil & a brief
+dire seront tout ainsi que la maulvaise brebis qui est rongneuse donne &
+depart de sa rongne aux autres / mais toutefvoyes bien se garderont que
+leur maistresse ne l'apperçoyve ne oye & leur suffira mais que a elle
+seulle soit celé & mesmement de ce que eulx ou elles luy accorderont &
+soustendront disant que sera bien faict d'ainsi faire s'en mocqueront &
+en parleront en derriere & y adjousteront plus qu'il n'y a & qu'il n'y
+scevent assez de servans & de servantes le font aussi. mais a nostre
+propos les dames damoiselles femmes de court qui ainsi le font trop
+grandement mesprennent & font trop plus grant peché que se d'autres ou
+d'entre elles mesdisoyent pour cinq principaulx raisons. La premiere
+pource que de tant qu'elle est plus grant maistresse son honneur ou
+deshonneur est plus renommé par tout pays que d'une autre simple femme
+pource fait pis que la diffame car celluy diffame peut voller en maintes
+contrees. La deuxiesme pource qu'elles font trahyson a qui ilz monstrent
+bel semblant & obeissent. Tiercement ilz font contre leur serment qui
+fut tel elles garderoyent son bien & son honneur. Quartement qu'elles
+rendent mal pour bien a celles de qui & par qui sont soustenus &
+nourries & ont leur estat. Et quintement que elles jugent autruy qui est
+contre le commandement de dieu qui dit ne juges si tu ne veulx estre
+juge. Et posons ores qu'elles sceussent tout clerement seur leur
+maistresse sicomme ja est dit devant / & qu'elle fust une tresmauvaise &
+perverse creature si ne la doibvent ilz diffamer ne entre elles ne
+aultre part. car parolles ne sçauront ja estre dictes si celeement que
+raportees ne soyent & elles sont tenues de garder son honneur & couvrir
+sa honte & que se autres en oyent mal dire de abaisser les parolles &
+l'excuser. Et en verité celles qui font le contraire font leur grant
+deshonneur et les en doibt on mains priser ne excuser ne s'en pevent.
+Car se tu nous dis je voy de quoy j'ay cause de parler & mesdire le
+service n'est ne bel ne bon nous te respondons si t'en va s'il ne te
+plaist. Et s'il te est besoing de servir parquoy ne t'en puisses aller
+que trop grant prudence n'y eusses si tentais a tout le moins & fay
+semblant que tu n'y voyes goute & que riens n'y apperçoys puis qu'il
+n'est en toy d'y mettre remede ne quel ne te appartient fay bien et
+loyaulment ce qu'il te appartient & de plus ne te mesle prie dieu qu'il
+la vueille amender & luy doint congnoissance se tu y vois mal & se a
+autre en oys parler abesse les parolles se tu peulz ou sinon t'en tays &
+de ce seras tu mieulx prisee / mais ce que ja devant est dit certes il
+va tout autrement Car dieu scet que maintes parlent de leur maistresse
+qui le font plus par despit de ce que elles ne sont appellees au secret
+et par l'envye que autres femmes en scevent plus que pour autre
+precieuté ne cause. Mais toutesfois voicy ce que la bonne & loyalle dame
+damoyselle ou autre de court fera qui vouldra user de bonne conscience &
+aymera le bien & honneur de sa maistresse que elle verra dechoir de son
+honneur & en peril de grant inconvenient si ne luy oseroit dire ne le
+admonnester / elle s'en yra au confesseur de sa maistresse & non a autre
+si luy dira secrettement & en confession ce que on dit d'elle & le peril
+ou elle se met & le mal qui luy en pourroit venir luy priera pour dieu
+qu'il luy monstre / & ne l'accuse mye.
+
+
+
+
+¶ Cy dit comment il n'appartient a femmes de diffamer l'une l'autre ne
+dire mal. Chapitre .xxxiiii.
+
+
+Avecques ce que les femmes de court doyvent garder semblablement que dit
+est de blasmer ne diffamer l'une l'autre pour le peché & autres causes
+ja assignees / comme aussi que qui diffame autruy de secret que luy
+mesmes soit diffamé. Car n'est pas doubte que la personne qui sçaura que
+on le diffame diffamera aussi celuy ou ceulx qui le diffameront & le
+deust controuver ne nul ne nulle n'est si juste qui doye dire je ne
+crains ame que pourroit on dire sur moy je me sens net ou nette pource
+puis parler des autres hardiement / mais c'est follement penser a ceulx
+et celles qui ainsi le cuident / car par tout a a redire & quelque
+maniere & ce tesmoigne l'escripture qui dit il n'est homme sans crime
+c'estadire sans peché & ce tu n'as ung vice tu en as ung autre par
+adventure pire ou deux ou trois & si tu ne lisoyes bien en ta conscience
+tu y trouveroyes assés a redire. car pourtant si ton pechié est secret
+au monde n'est il pas a dieu mucé & luy seul scet qui est bon pelerin.
+Et avec ces choses c'est trop grant honneur que aval la ville ou autre
+part on puisse dire les dames & femmes de court mesdient trop bien l'une
+de l'autre j'ay ouÿ dire a telle dame ou damoiselle tel chose et telle
+de tel autre. Car court de princesse en tel cas doit estre ainsi que une
+abbaye bien ordonnee dont les moynes ont serment que aux seculiers ne
+dehors ne diront riens de chose qui adviengne entre eulx ne de leurs
+secretz tout ainsi se doivent aymer & porter l'une l'autre comme seurs
+dames & femmes de court non mye tencer ensemble es chambres des dames ne
+de traire en derriere comme feroyent harengieres. Car telles choses sont
+trop mal seans a court de princesse & ne les devroit on souffrir. Nous
+avons cy devant que la troiziesme cause qui fait mesdire est envye & que
+c'est celle qui fait le moins a excuser. C'est assavoir est la plus
+mauvaise & la plus loing de droit & de toute raison & il est vray car se
+le haineux mesdit de celluy qui luy a meffait c'est chose naturelle que
+chascun dueille de sa blessure & si dieu ne le deffendoit par la raison
+susdicte selon droit sensuel te seroit chose juste aussi qui mesdit par
+oppinion se peut aucunement fonder sur aucune apparence ou couleur qui
+luy appert comme il luy semble de ce qu'il dit / mais qui mesdit par
+envye il n'a autre cause ne mais pure mauvaistie qui est & habonde en
+son courage & pource est le plus dampnable a celle ou celluy qui le dit
+& le plus perilleux a celluy ou celle de qui il dit que quelzconques
+autres mesdit. Car oncques morsure de serpent coup d'espee ou autre
+pointure ne fut venimeuse ne si perilleuse comme langue de personne
+envieuse / car elle frape & tue souvent soy & autre & aucuneffois en ame
+& corps. Car se nous y voulons regarder beau sire dieu quans royaulmes
+quantes contrees & quantes bonnes personnes ont esté destruyctes par
+maulvais rapors dont le fondement venoit & sourdoit d'envie a merveilles
+nous en trouvons plusieurs exemples lesquelz je laisse pour briefveté.
+Et que il est vray que le mesdit de l'envieux viengne par pure
+mauvaistie sans autre achoison il y pert. Car dequoy a deservy celuy ou
+celle qui est bonne personne ou qui a plusieurs des biens de grace de
+nature & de fortune que on die mal de luy ou que il luy pourchasse
+encombrier pourtant se ces choses luy viennent bien ou se il est eureux
+& bien fortuné cestuy mesdit ne vient de nul droit pource concluons ce
+que dit est devant c'est assavoir de pure mauvaistie il vient / &
+pourtant est le plus dampnable & de ceste envye pource que cy devant en
+est assez parlé au quatriesme & cinquiesme chapitre de ceste deuxiesme
+partie n'en dirons plus & suffise a tant quant a parler des dames
+damoiselles & femmes de court.
+
+
+
+
+Cy parle de dames baronesses la maniere du sçavoir qu'il leur
+appartient. chap. .xxxv.
+
+
+Or advient a parler aux dames et damoiselles qui demeurent en chasteaulx
+ou en autres manoirs sur leurs terres ou en villes fermees ou bours / si
+nous fault adviser que nous pourrons dire qui leur soit propice. Et
+pource que leurs estatz & puissances soyent differens nous convient
+parler en aucunes choses differentement c'est assavoir de l'estat ordre
+& maniere de leurs vivre / mais quant aux meurs et biensfaitz vers dieu
+tout leur affiert ce que dit est devant aussi bien que aux princesses &
+dames de la court. C'est a entendre ensuyvir les vertus & fuyr les vices
+si le pourront la veoir si leur plaist. & pource que en diverses
+seigneuries sont demourans plusieurs puissans dames. Sicomme baronesses
+& grans terriennes qui pourtant ne sont pas appellees princesses lequel
+nom de prince n'affiert estre dit ne mais des emperis des roynes & des
+duchesses se ce n'est aux femmes de ceulx a qui a cause de leurs terres
+sont appellees princesses par le droit nom du lieu sicomme il en a en
+ytalie & ailleurs & quoy que les contesses ne soyent mye en tous pays
+nommees princesses / mais pource que suyvent assés le renc des duchesses
+selon la dignité des terres entendons d'elles ou nombre dessusdit des
+princesses parlerons icy premierement ausdictes baronnesses dont assés y
+a en france en bretaigne & autre part qui passeroient en honneur &
+puissance moult de contesses est il quoy que le nom de baron ne soit si
+hault que de conte / mais moult est la puissance grant d'aulcuns barons
+a cause de leurs terres & seigneuries & la noblesse qui y est dont leurs
+femmes tiennent moult grant estat & a dire d'icelles ce que a leur
+gouvernement appartient est assavoir qu'il affiert trespeciallement a
+baronnesses qu'elles soyent saiges & prudentes & plus communement que
+les autres femmes. Si nous convient deviser comment s'estendra son
+sçavoir / ce que elle se sache entendre de toutes choses / car dit le
+philozophe que celluy n'est pas saige qui ne congnoist aucune chose de
+chascune part. Et aussi luy appartient a avoir sicomme couraige d'homme.
+Si n'est mye a dire que elle doye estre nourrie trop en chambre ne soubz
+grans & feminines mignotes. Or est a parler des causes [qui nous
+meuvent. Il n'est pas doubte que il apertient a tout baron, se il veult
+estre honnourez en son degré, que le moins du temps demoure sus ses
+manoirs et en son propre lieu, car suivre armes, la court de son prince,
+et voyagier sont ses offices. Or demeure la dame, sa compaigne, laquelle
+doit representer son lieu: quoy que il ait assez baillis, prevosts,
+receveurs et gouverneurs, il affiert que souveraine soit sur tous. Et
+pour ce convient ce faire: veult selon son droit que elle se gouverne
+par tel savoir que craintte soit et aussi amee. Car c'est la meilleur
+craintte qui soit que celle qui vient d'amour, si que dit est devant, et
+que ses hommes puissent recourir a elle pour tous reffuges aprés le
+seigneur, et en cas que on leur feroit aucun tort: et pour ce est droit
+que elle sache de toutes choses, afin que en chascun cas puist donner
+response convenable. Soit toute enseignee et aprise des usages, drois et
+coustumes du lieu, et quelz choses y apertiennent; bien enlangagee,
+haultaine, se besoing est, par bonne discrecion contre ceulx qui la
+vouldroient mespriser ou qui aucunement seroient rebarbatis et rebelles,
+et doulce, humble, et charitable vers les gens obeissans; si doit ouvrer
+par les gens du conseil de son seigneur en tous ses fais, et oïr les
+opinions des anciens sages afin que elle ne soit reprise de chose que
+elle face ne que on ne die que elle vueille ouvrer de sa teste. Nous
+avons dit aussi que elle doit avoir cuer d'omme, c'est qu'elle doit
+savoir des drois d'armes et toutes choses qui y affierent afin que elle
+soit preste d'ordonner ses hommes se besoings est, et le sache faire
+pour assaillir et pour deffendre se le cas s'y adonne; prendre garde que
+ses forteresses soient bien garnies; se elle est en aucun doubte ou avis
+que elle entrepregne aucun fait, essaie ses gens et sache de leurs
+courages et voulentez ains que trop s'y fie, regarde quelle puissance
+elle a de gens et quel secours puet avoir se besoing en a; et que elle
+en soit certaine, non mie se attendre en vain ne en foibles promesses,
+prengne garde comment pourra fournir ains que son seigneur viegne, et
+quel finance elle a et puet avoir pour ce faire; se garde le plus que
+elle pourra de grever ses hommes, car c'est chose de quoy on acquiert
+trop leur haine; parle hardiement et constamment a ses gens de ce qui
+sera deliberé par son conseil a faire, non pas die hui une raison et
+demain une autre; donne par ses bonnes et belles paroles courage aux
+gens] d'armes & a ses hommes d'estre bons & loyaulx et de bien faire
+ainsi & par tel voye sont ces manieres convenables a tenir a la saige
+baronnesse son mary estant dehors se il luy en a donne la charge & la
+commission se il advient que aucun autre baron ou puissant homme luy
+vueille faire quelque chalenge d'aucune chose. et avecques ce luy sont
+expedians & propices les manieres que avons ja devisees cy devant ou
+chap. des princesses vefves lesquelles choses par une autre raison luy
+sont prouffitables a aprendre & que elle sache tout le fait de son
+gouvernement si que dit est / des le vivant de son mary / c'est assavoir
+que se vefve demouroit qu'elle ne fust pas trouvee ignorante de sçavoir
+son estre si que chascun la voulsist fouler et emporter sa piece.
+
+
+
+
+¶ Cy devise la maniere comment il appartient que les dames & damoiselles
+qui demeurent sur leurs manoirs se gouvernent ou fait de mesnage. chap.
+.xxxvi.
+
+
+Que autre maniere d'estat & de vivre appartient aux simples dames et
+damoiselles demourans es fors ou sur leurs terres dehors les bonnes
+villes que aux baronnesses mais nonpourtant pource que semblablement que
+les barons et encores plus communement les chevaliers escuyers & gentilz
+hommes voyagent & suyvent guerres est convenable a leurs femmes qu'elles
+soyent sages de grant gouvernement & voyent cler en leurs faitz pource
+le plus de temps elles demeurent a leurs mesnaiges sans leurs marys qui
+a court sont ou en divers pays. si convient qu'elles ayent tout le soing
+de gouvernement & faire valoir leurs revenues et leurs meubles. Si
+appartient a chascune dame de tel estat s'elle veult user de sens
+qu'elle sache combien monte par an & vault la revenue de sa terre. Et
+doit tant faire s'elle peut ceste saige dame vers son mary par doulces
+parolles & bons admonnestemens que ilz advisent ensemble & disposent de
+tenir tel estat comme leurdicte revenue pourra fournir / & non mye si
+grant par dessus que au bout de l'an se treuvent en debtes vers leurs
+maisgnies ou autres crediteurs Car sans faille ce n'est point honte de
+tenir estat selon sa terre ou rente soit ores petit. Mais c'est honte de
+le tenir si grant que les debteurs viennent tous les jours crier &
+braire a l'ostel & lever les basteaux telle fois ou qu'il conviengne par
+necessité qu'on griefve ses hommes ou ses hostes ou qu'on face quelques
+autres extorcions il appartient a telle dame ou damoiselle / qu'elle
+soit toute aprinse es droitz des fiefz d'arriere fiefz de censives &
+droictures de champars de prises de plusieurs mains / et de toutes
+telles choses qui sont en droit de seigneurie selon les coustumes des
+pays / affin qu'elle n'y puisse estre deceue. Et pource qu'il est tout
+plain de gouverneurs de terres & de jurisdicions de seigneurs qui
+voulentiers trompent doit estre de tout ce advisee & bien s'en prendra
+garde & ne luy sera point de deshonneur s'elle se congnoist en comptes &
+que souvant les oye & vueille sçavoir comment iceulx se gouvernent vers
+ces choses ou hommes qu'ilz ne les trompent ne griefvent oultre raison.
+Car ce seroit a la charge de l'ame de son mary & d'elle ou fait des
+amendes aux povres gens doit estre pour l'amour de dieu plus piteuse que
+rigoureuse. Avecques ces choses luy affiert a estre tresbonne
+mesnagiere. & qu'elle se congnoisse en labour & en quel temps et en
+quelle saison on doit donner aux terres & aux labourages les façons / de
+quelle maniere est le meilleur que les talons aillent selon l'assiete du
+gueret s'il est en païs sec ou moiste & de la profondeur et qu'ilz
+soyent droitz & vivement fais semés a point de telz grains que les
+terres desirent et pareillement se congnoistre au labour des vignes se
+c'est pays ou il y ait vignoble se doit garder qu'elle ait bons
+laboureux & maistres en tel office / & ne prengne pas gens qui changent
+maistre de terme en terme / car c'est mauvais signe ne trop vieulx / car
+ilz seroyent paresseux & foibles / ne trop jeunes. car trop seroient en
+jeux / si soit soigneuse de les faire lever matin / ne s'en attendre a
+nul s'elle est droite mesnagere / ains elle mesme se lieve et affuble
+une houppelande / voise a sa fenestre & huche tant qu'elle les voye
+saillir dehors. car de ce sont ilz le plus volentiers paresseux / se
+voise souvent esbatre aux champs veoir comment ilz labourent. Car assés
+en est il qui voulentiers se passeroient de grater sans plus la terre
+par dessus pour eulx en delivrer s'ilz cuidoient qu'on n'y prenist garde
+et qui bien se scevent dormir aux champs soubz l'ombre d'ung arbre et
+laisser leurs chevaulx du labour ou les beufz entandis paistre en ung
+pré et ne leur chault / mais qu'ilz puissent dire au soir qu'ilz ont
+fait leur journee. Et pource la saige mesnagiere s'en prendra garde.
+Avec quant les bledz seront sur leur meurir des le mois de may
+n'attendra pas la cherté / mais baillera son aoust a soyer a compaignons
+bons fors & diligens / a eulx marchandera & composera a argent ou a bled
+Et quant viendra au temps qui seront en telle office se prendra garde
+qu'ilz ne laissent riens derriere eulx ou qu'ilz ne facent assez
+d'autres faulcetés que telz gens scevent bien faire qui n'est dessus &
+semblablement es autres labours se lievent voulentiers matin car en
+l'hostel ou la dame gist communement grande matinee a peine ira bien le
+mesnage / voise aval l'hostel assez trouvera commander. car peu chault a
+mesgnie communement comment voise qui n'est dessus / face mettre les
+bestes hors a heure. prengne garde au bergier comment il les gouverne. &
+s'il en est maistre / & qu'il ne soit despiteux / car il les font
+nourrir quant ilz veullent en despit de la maistresse ou du maistre / &
+quelles soyent nettement tenues gardees de trop ardant soleil & de pluye
+garies de la rongne / elle yra s'elle est saige souvent au toyt avecques
+une de ses femmes veoir comment on les ordonne. & ainsi sera le bergier
+plus songneux qu'il n'y ayt que redire. en fera bien penser au temps
+qu'elles devront agneler. & prendre grant soing des aigneaulx car
+souvent se meurent par faulte d'en penser. sera songneuse de lever des
+nourritures / soit present au tondre & que ce soit en saison. En ces
+hostelz qui seront en pays ou il aura grans praries & herbaiges tiendra
+grant foison bestes a cornes. & se foison a avaines qui pou se vendent
+tiengne des beufz en creche dont fera grant argent quant seront gras /
+s'elle a bocaiges la tiendra haras qui est prouffitable chose a qui bien
+s'en scet chevir advisera en yver que les gens sont a bon marché adonc
+leur fera coper ses saussoyes ou couldroyes & faire des eschaillas pour
+vendre en la saison aussi embesongnera les varletz a coper bois pour le
+chauffage de l'hostel ou deffricher quelque champ & s'il fait trop fort
+temps les fera batre en granche / & ainsi jamais ne les lerra oyseux.
+Car il n'est chose plus gaste en ung hostel que mesgnie oyseuse. Et
+semblablement embesongnera ses femmes les chamberieres de penser du
+bestial de faire a menger aux laboureux & des letaiges sarcler les
+courtilz aller a l'herbe & estre crotees jusques aux genoulx / elle ses
+filles & damoiselles s'embesongnera de draper de trier celle laine &
+sortir. mettre les coletz & la fine a part pour faire fins draps pour
+son mary & pour elle & pour vendre se mestier est. des gros pour les
+petis enfans & pour ses femmes et maignie fera des couvertures de gros
+bourions de la laine. & des fumiers fera cultiver des chanvres que
+toilleront & filleront au soir en yver ses chamberies pour faire des
+grosses toilles Et toutes telz choses & autres semblables qui trop long
+seroit a dire en plat pays ont mestier a mesnage / & celle qui plus en
+est diligente quelque grande qu'elle soit fait le plus que saige & en
+doit estre treslouee / & ceste voye tenir a saige mesnagiere rend
+aucunesfois plus de prouffit que la droicte revenue de la terre /
+sicomme le sçavoit bien faire la saige mesnagiere contesse de Eu mere du
+bon jeune conte qui mourut en voyage de hongrie qui n'avoit point de
+honte de se employer en tout honneste labeur de mesnaige tant que plus
+valoit par an le prouffit qui yssoit que toute la revenue de sa terre.
+Et de telle femme se peut bien dire la louenge que recite l'espitre de
+salomon de la saige femme.
+
+
+
+
+¶ Cy devise de celles qui sont oultrageuses en leurs habitz atours &
+habillemens. Chap. .xxxvii.
+
+
+ET pource que nous avons touché au chap. sidevant que les dames &
+damoiselles demourans dehors sur leurs manoirs & heritages doivent
+adviser & conseiller leurs maris de leur estat. C'est assavoir: que plus
+grans ne seront tenus que leurs revenues peut fournir. Nous semble bon
+admonnester a celles qui saigement veullent vivre & ensuyvre nostre
+doctrine qu'elles se veullent garder des superfluités & oultrages que
+aucunes font par especial en deux choses venues a cause de grant orgueil
+qui court entre plusieurs d'elles quoy que ailleurs soyent assez
+communs / mais pource que nostre present propos chiet en la matiere &
+que iceulx vices & deffaulx pevent tourner a grant prejudice de leurs
+ames et ne sont bons ne beaulx mesmes au corps en parlerons / l'ung est
+des tresoultrageux atours & habitz qu'ilz prennent / & l'autre des
+harnois qu'ilz font d'aller l'une devant l'autre ensemble sont. Et
+premierement de ce qui touche aux habitz a declarer que celles qui tant
+se delictent mesprennent n'est pas doubte que par les belles anciennes
+coustumes les habitz des roynes n'osassent prendre les duchesses / ne
+ceulx des duchesses les contesses. ne ceulx des contesses les simples
+dames / ne ceulx des dames les damoiselles / mais a present que tout est
+desordonné y pert comment tout va. car il n'y a es habitz ne es atours
+rigle tenu / car qui plus en peut faire de quelque estat que ce soit
+soyent femmes ou hommes leur semble qu'ilz besongnent le mieulx & tout
+ainsi que les brebis suyvent l'une l'autre / s'il y a aucun homme ou
+femme qui voye faire a autre quelque oultrage ou desordonnance en habit
+tantost les autres le suyvent & dient qu'il fault faire comme les
+autres / mais ilz dient voir il fault que ung autre oultrageux suyve ung
+autre oultrageux. mais se la plus grant partie des gens estoient bien
+amoderés & de bon sçavoir on ne suyvroit point l'un l'autre en faisant
+de riens oultraige / ains celluy qui l'auroit commencee en seroit moins
+prise & demouroit seul en la follie. Je ne sçay quelle plaisance ce peut
+estre & n'est que faulte de sens qui ainsi abuse les creatures / car par
+telz oultraiges d'estat d'abitz on n'en est de riens mieulx prisé / mais
+moins de ceulx & celles qui ont sens car il n'est plus grant mocquerie
+que de veoir a personne qui quelque soit grant & oultrageux estat & on
+scet bien qu'il ne luy appartient ou qu'il n'y a dequoy le maintenir et
+le temps est ores venu que on ne voit autre chose. Et se telz gens ont
+de la povreté par decoste que mal leur en prengne on ne les doibt pas
+plaindre car plusieurs en desertent et mettent a povreté par telz
+oultraiges qui fussent bien ayses se amoderement voulsissent vivre. &
+plus grant honte y a a plusieurs des debtes que souvent sont a
+cousturiers peletiers drapiers & orfevres desquelz sont a la fois
+executés & fault qu'ilz baillent une robe en gaige pour avoir l'autre.
+Et dieu scet se on leur salle bien ce qu'ilz prennent a creance & la
+denree leur couste au double. Et ces choses nous disons pour ceulx &
+celles qui le font en cuidant par celle voye surmonter leurs voisins.
+mais ce fait tout l'abondance du grant orgueil qui regne au jourd'huy
+sans faille plus que oncques mais / car a nul ne suffit son estat ains
+vouldroyent chascun sembler ung roy / & sera force que tel orgueil dieu
+punisse quelque fois lourdement. car il ne le peut souffrir. Et n'est ce
+pas grant oultraige voirement & chose superflue ce que comptoit l'autre
+jour ung taillandier de robes de paris qu'il avoit fait pour une dame
+simple qui demeure en gastinois une cotte hardie ou il a mis cinq aulnes
+a la mesure de paris de drap de brouxelles de la grant moison / et
+traine bien par terre trois quartiers de queue & aux manches a bonbardes
+qui vont jusques aux pedz / mais dieu scet se selon cest habit comment
+large atour & haultes cornes qui est en verité ung tres layt habillement
+& qui messiet n'est pas doubte a qui cler y voit / le moyen est le plus
+doulx & le plus plaisant: Et cecy est quant aux dames de france / car es
+autres pays se tiennent plus longuement communement les coustumes que
+ont tant hommes que femmes en leurs habillemens non mye changant de an
+en an comme icy qui va tousjours en croissans oultraiges. Mais encores
+comme il nous semble sont plus a priser les habillemens de ytalie par
+especial & d'aucuns aultres lieux voire quant a la coustange car quoy
+qu'ilz soyent de plus grant veue couvers de perles d'or & de pierrerie
+si ne coustent ilz point tant car c'est chose qui dure et se peut mettre
+de robe a autre. Mais telz oultraiges de draps & de pennes trainans se
+usent & fault tantost des autres. Et semblablement des atours des testes
+sont plus beaulx les leurs. Car il n'est au monde plus gracieulx atour a
+femmes que beaulx cheveulx blons. Et ce mesmes tesmoigne assez saint
+paul qui dit que cheveulx est le parement des femmes.
+
+
+
+
+¶ Ce parle contre l'orgueil d'aucunes. Chap. .xxxviii.
+
+
+Mais l'orgueil de ces habitz dessusditz suyt ung aultre oultraige.
+certes moult desplaisant a qui droit y vise / c'est le harnoys que
+plusieurs font quant es compaignies a nopces & assemblees de femmes
+d'aller l'une devant l'autre / dieu scet les envies qui pour ceste cause
+sourdent / & les mautalens / & mesmement en laissent plusieurs y a a
+acointer l'une a l'autre & faire amytiés ensemble pensant. se je
+acointoye celle la qui se tient grande il conviendroit que je allasse au
+dessoubz d'elle & que devant moy fust mise / si ne le pourroit mon cueur
+souffrir. pource n'iray je point en sa compaignie. Et ainsi pour celle
+cause font plusieurs femmes tant estranges l'une de l'autre qu'elles se
+entreregardent es compaignies par dessus l'espaulle comme s'elles
+voulsissent / dire. celle la ne me vault mye. Et ce tour scevent bien
+faire mesmes a paris assez en est il dont qu'elles soient venues mais
+que leurs marys soyent ung pou montés par quelque office de roy. mais
+qui pir est encores a parler d'icelles dames & damoiselles ou autres de
+ce qu'elle en font en l'eglise de dieu auquel lieu par especiaulté doit
+estre eschevé tout peche qui plus est grief & grant quant il est fait ou
+pensé la que autre part / car c'est la place d'oraison au service de
+dieu le createur. sicomme luymesmes tesmoigne en la saincte evangille.
+Le harnois qu'elles font de aller a l'offrande l'une devant l'autre qui
+est tel & si oultrageux. Et plus est encores ceste coustume maintenue en
+picardie & bretaigne que en ceste france. Car on a veu mainte fois
+d'aucunes tant oultrecuydees que pour celle cause se prenoyent aux mains
+en l'eglise mesmes & s'entrefaisoient & disoyent de grans oultrages. Et
+semblablement de prendre le paix. Mais pis y a que les maleureux maris
+voire de telz y a la nourrissent & introduisent en celle folie & le
+veullent / ou autremens se ainsi ne le faisoient ilz se courrousseroyent
+a elles pensant. Je suis plus gentilhomme que tel / si doit ma femme
+aller devant la sienne. Et l'autre repensera. Mais moy suis plus riche
+ou plus grant en office ou pareil. si ne souffriray point que sa femme
+prengne l'honneur devant la mienne. Et par ainsi aucuneffois que pour
+ceste cause mesmes les folz hommes s'en entrebatent. Ha dieu quelz
+oultrages & quelle faulte de sens & sans faillir on ne deveroit point
+souffrir entre crestiens telz oultraiges. Et les curés & prestres ou les
+evesques mesmement qui plus ont puissance se les simples prestres
+n'osent deveroyent deffendre en leurs jurisdicions telles injures faire
+par especial en l'eglise. Car en verité mieulx vauldroit que telles
+femmes fussent en leurs maisons que de mener la faitz si oultrageux. Et
+les prestres qui a telz boubans les voyent venir a l'autel par semblant
+d'offrir a dieu a elles offrent au prince d'enfer qui est pere d'orgueil
+se deveroient tourner a n'attendre leur offrende & semblablement de la
+paix on leur deveroit attacher a ung clou & l'alast baiser qui
+vouldroit. Et sans faille celles dont nous parlons baisent bien l'oustil
+que on dit paix / mais pourtant ne la prennent mye ains prennent guerre
+puis que leur cueur en est en rancune par l'eslevance de grant orgueil
+Et c'est certes une mauvaise & laide coustume d'ainsi s'entreenvoyer la
+paix a la messe comme on fait & ung grant destourbier & empeschement de
+devotion car tel l'envoye a ung autre qui auroit grant despit s'il la
+prenoit Et que vallent donc telz serimonies. Car puis que elle signifie
+la communion de paix qui doit estre entre crestiens aussi bien
+appartient elle aux petis comme aux grans. Et les choses qui sont de
+dieu toute personne a qui elles viennent ne les doit refuser pour
+envoyer a ung autre. Et vrayement a tout dire telz coustumes sont a
+reprouver entre crestiens. mais pource qu'il ne souffist mye dire de sa
+maladie qui ne touche & parle du remede a la curer qui sans faille pour
+oster l'enfleure de tel orgueil acoustume a maintenir en ceste maniere /
+laquelle chose grant charité et bien seroit pour le prouffit des dames
+de plusieurs* si que ja avons touché cy devant que les evesques se
+penassent d'oster ces laides coustumes en telle maniere que ilz
+excommuniassent aprés la deffence tous ceulx & celles qui maintenir le
+vouldront & grant bien seroit. et a parler des creatures qui se veullent
+par arrogance eslever en si fais boubans certes grans folye les y
+conduyt. Car homme se tu veulx bien adviser la misere de ton
+commencement / ou tu es / ou tu yras tu n'auras cause de toy orgueillir.
+Et se tu veulx dire que ce fait gentillesse qui te conduyt & maine a
+desirer telz honneurs nous te faisons assavoir que il n'est noble si n'a
+aultre gentillesse ne mais des vertus & des bonnes meurs & se tu ne les
+suis et as en toy qui que tu soyes ne n'est point gentil ne gentillesse.
+Et se tu le cuides estre folle opinion te deçoit. Et ce mesmes
+tesmoignent tous les sains docteurs qui a ce propos ont parlé en disant
+que celuy n'est pas le plus grant qui plus est eslevé en estat. mais
+celuy qui est le plus vertueux. Et saint augustin au livre des parolles
+de nostreseigneur nommeement parlant a vous. C'est assavoir a ceulx qui
+cuident estre nobles seulement pour le sang & ne font force des vertus.
+O fait il gent deceue par cuider / vous vous delictes en haultesse &
+estre reputés grans & trenchiés a y monter / mais vous n'en sçavés pas
+bien le chemin ains vous y forvoyés / car vous cuidés attaindre & monter
+hault & vous descendés par ce que le premier degré ou voulés asseoir
+vostre pié est orgueil qui est tresbasse & vile fosse / mais je vous
+adresseray mieulx au degré par ou on monte se croyre me voulés. C'est le
+degré d'humilité qui est le premier & puis les autres vertus ensuyvant &
+ce par la montés vous serés tresnobles & yrés tant hault que vous
+vouldrés sans que nulle mauvaise fortune vous puist nuyre. Aprés ces
+choses reste a parler des dames & damoiselles qui demeurent aux bonnes
+villes & es cités fermees affin qu'en difference de toutes pensions dire
+quelque chose qui a l'acroissement de leur bien & honneur puist estre.
+Si est assavoir qu'il advient aulcunesfois & souvent que les gentilz
+hommes marient de leurs filles a de riches hommes demourans es cités &
+bonnes villes. dont les ungs sont chevaliers ou officiers du roy. les
+autres bourgois ou grans marchans. Et celles ne sont pas tousjours le
+pis mariees s'elles le veullent prendre en gré & se oppinion ne les
+deçoit / mais il advient aucunesfois a d'aucunes par faulte de sens et
+habondance d'orgueil que elles ne s'en tiennent par pour contentes / par
+ce qu'elles reputent leurs maris villains envers elles qui est grant
+folie si que ja est prouvé si devant / car nul n'est villain s'il ne
+fait vilenie ne gentil s'il n'est vertueulx / & pource se elles sont
+nobles & gentilz femmes le doivent monstrer par bonnes meurs & oeuvres
+vertueuses. Car si que il est contenu ou livre de ecclesiaste Se tu es
+grant & tu te humilies de tant croistra plus ta grandeur & ton honneur.
+Car de tant seras tu mieulx prisé. A propos icelles gentilz femmes de
+tant que plus se humilieront devant leurs marys en obeissance &
+reverence & la foy que mariaige requiert de tant plus croistra leur
+honneur. Car quoy qu'il appartiengne a toutes femmes la faire encores
+icelles plus que les autres en seront prisees. Et se es compaignies des
+autres femmes sont trouvees courtoises humbles & humaines & a leur
+maisgnie non trop maistriseuses ne trop curieuses de grant service
+entour elles & a toutes gens amiables & benignes de honorable port
+maintien & habit sans oultrage elles seront de bon exemple aux autres
+femmes & dira l'en d'elles ce qui est dit au proverbe commun Qui des
+bons est souef flaire.
+
+
+
+
+¶ Cy devise des manieres qui appartiennent a dames de religion. chap.
+.xxxix.
+
+
+Pource que nous avons parlé a la doctrine des dames & damoiselles /
+auquel estat noble les dames de religion de qui qu'elles soyent nees
+pour reverence de dieu a qui elles sont donnees & mariees pevent bien
+aller ou renc voire devant toutes a droit juger quant a honneur / pour
+reverence de leur espoux & d'ordre de religion qui est entre les estatz
+selon dieu de moult grant hautesse. Et affin que nostre doctrine soit
+generalle en tous les estatz des femmes parlerons a elles en ramentevant
+la forme de leur vivre. Laquelle nous disons il est vray / doit estre
+fondee sur sept principalles vertus desquelles vertus parlerons selon
+les ditz de jhesucrist & le tesmoignage des saintz docteurs. Et est a
+entendre que par la louenge des vertus sont les vices blasmes. Car se
+bien faire est bien il s'ensuyt que mal faire soit mal. Et pource que
+c'est plaisant chose d'oïr parler du bien et du mal. Nous plaist pour la
+reverence du sainct ordre tenir ceste forme en cestuy procés. Si disons
+ainsi a vous dames de religion combien que les leçons de vos status et
+rigles de tenir et ensuyvir les institucions establies par voz premiers
+fondateurs le vous notent & enseignent assez ne vous soit grief oÿr de
+rechief recorder par nous vos aymes si vous plaist les principalles
+vertus qui vous conviennent & sont necessaires / lesquelles sont sept
+especialles. C'est assavoir la premiere obedience sur laquelle est
+fondee toute ordre. La .ii. humilité. La .iii. sobresse. La quarte
+pacience. La .v. sollicitude. La .vi. chasteté. La .vii. concorde &
+benivolence. Et d'icelles nonobstant que nostre parolle s'adresse a
+entre vous religieuses doit estre entendu que semblablement y pevent
+tendre l'oreille toutes femmes & prendre ce qui peut toucher a leur
+proffit. Et aussi se aucune gouste ou miette en peut cheoir sur les
+hommes ne la vueillent pas despris escourre ne gecter la aval. Car bonne
+doctrine se peut comparer au bon & loyal amy. Lequel quant il ne peut
+ayder aumoins ne nuyst il point de ceste vertu d'obedience surquoy
+religion est fondee ne povons dire plusgrant louenge que ce que la
+saincte escripture mesmes en dit de nostreseigneur que il mesmes
+l'approuvant en sa personne qu'il fut trouvé obedient jusques a la mort.
+Si est a entendre obedience en trois choses principalles. C'est assavoir
+obeir a dieu en tenant ses commandemens car devant elle ne doit aller
+quelconque autre puis aux loys establies & aprés a son souverain. Si est
+doncques ainsi que la religieuse doit souverainement garder les
+commandemens de dieu. Aprés tenir la loy establye de son ordre qui est a
+entendre les pointz & rigles. Et tiercement obeir a son abbeesse ou
+prieure. Quant est du premier chascun scet assés quiconques trespasse
+commandemens de dieu il peche mortellement. Mais pource que ordre de
+religion est plus digne que autre estat & plus grant degré peche plus
+mortellement religieux ou religieuse si chiet en pechié que autre ne
+fait & y a plusieurs causes dont l'une est ja dicte. C'est assavoir
+pource que ilz sont en plus saint estat tout ainsi que pis seroit le
+chambellan du roy s'il commettoit quelque crime contre la magesté que ne
+feroit celuy qui au roy n'auroit foy ne fiance ne aucun office. Aprés
+qu'elles feroient contre leurs veulx qui tous touchent que dieu
+serviront singulierement de toute leur force & qui peche ne le sert
+pas / ains fait tout le contraire Si devés bien garder entre vous dames
+que vous ne trepassés nulz des pointz de vostre ordre. Car durement
+pecheriés & tel chose a vous seroit pechié qui aux seculiers ne le
+seroit mye pource que ce seroit contre vos institucions a qui
+desoberiés. Avecques ce les commandemens de vostre soubz prieure ne vous
+doibvent estre griefz pensant la grant merite que en obeissant
+humblement acquerés La deuxiesme vertu est humilité sans laquelle se
+toutes autres aviés ne pourriés a dieu plaire. Et que ceste vertu soit
+aggreable a dieu tesmoigne la saincte escripture que l'humilité de la
+vierge marie plus agrea a nostre seigneur que mesmes sa virginité Et
+comme elle luy fut agreable le tesmoigne elle mesmes en sa chançon de
+magnificat ou elle dit il regarde l'umilité de son ancelle. Et certes
+qui vouldroit bien espeluchier & cuillir les louenges de ceste vertu
+d'umilité ce que la saincte escripture en dit seroit si comme une
+droicte abisme. La tierce vertu est sobrieté en laquelle est contenue
+abstine. Et a demonstrer qu'elle vous soit convenable le certifierons
+par les parolles de saint augustin ou livre aux sainctes vierges ou il
+dit que sobresse est la garde & tutelle de la pensee du sens & de tout
+le corps. C'est la custode de chasteté / c'est la voisine de vergongne
+la compaigne de paix & d'amistié & l'ensevelissement de tous vices. Item
+oregenes de ce mesmes dit que tout ainsi que yvresse est la naissance de
+tous vices / aussi sobrieté est la mere de toutes vertus. Pacience en la
+quarte qui pourroit tous racompter les grans biens de ceste vertu. Mais
+pour tout dire ainsi comme il appert par la vie de nostreseigneur qui en
+voult estre le droit acteur si pevent appeller les paciens drois filz de
+dieu. Et pource les appelle l'evangille beneurés. Car pour eulx
+proprement est le royaulme des cieulx. La quinte vertu qui a religieuse
+convient est solicitude ou diligence. Et pour mieulx declarer que elle
+luy soit convenable sans que nous querons aultres preuves de ceste vertu
+dit saint hierosme sur le psaultier qu'elle vint ce qu'il dit &
+suppedite nature par vertueuse diligence affin que les haulx biens ne te
+soyent empeschés c'est que tu faces tant que tu maistries mesmes le
+sommeil corporel & tous tes sens lesquelles choses tu peulz faire par
+diligence. Car mesmes nature peult estre maistrisee et domptee par celle
+vertu / c'est a dire par grant cure de vouloir attaindre a gouverner
+selon l'esperit son propre corps / lesquelles choses sont necessaires a
+bonne religieuse. La sixiesme vertu est chasteté a laquelle se conforme
+toute honnesteté tant d'abit & atour comme de parolles et de maintien.
+Si vous deffend ceste vertu se a droit la voulés tenir tout vestement &
+atour ou il ait tant soit petit de mondanité ne curiosité. ains soit
+tres simple et honneste chascune selon son ordre et est contre aucunes
+qui veullent estre jolies en leurs vestemens & atours estraintes
+espinglees / laquelle chose est treslaide & lubre a dame de religion ne
+plus deshonneste chose a veoir ne nulle autre que femme de religion en
+habit desordonnee. Mais encores croist trop plus le mechief quant
+aucunes veullent dancer baler ou jouer a jeux balufres & entre hommes
+certes se me semble ennemys ainsi transfigurés ne riens n'est plus lait
+ne plus abhominable que vos parolles se elles se desrivent de la rigle
+de pureté & d'onnesteté & celles qui se tiennent en tel estat ne pensent
+pas le contraire que l'ennemy d'enfer ne soit entre elles / Si sont ces
+choses contre chasteté. Lesquelles pour dieu treschieres amyes ne
+veullés avoir en vous. Car vous mesleries poison angoisseuse avec miel
+pour vostre dampnement / mais vous delictes en celle vertu de chasteté
+de laquelle dit sainct ambroise ou livre de virginité en la louant.
+Chateté dit il fait d'homme aignel. Car qui la garde il est aignel / et
+qui la pert il est dyable quil la garde il est citoyen & bourgois de
+paradis de ceste dit saint bernard que tout ainsi que la baulme a
+proprieté de garder char de pourriture chasteté garde l'ame sans
+corruption et tient en netteté & conferme la renommee ou bonne odeur. Et
+pource fut dit de la bonne dame judith louee de tout le peuple tu es la
+gloire de jherusalem tu es la lyesse d'israel tu es l'honneur de nostre
+peuple a qui dieu a donné force d'homme de laquelle tu as ouvré pource
+que tu as aymé chasteté. La septiesme est concorde ou benivolence
+laquelle est necessaire entre vous et que vous la doyés aymer et tenir
+chiere en vos couvens comme le droit lien de paix entendés que saint
+ambroise ou premier livre des offices dit. Benivolence fait il est ainsi
+que la commune mere de tous / car elle couple & ajoint tellement gens
+ensemble que ilz sont comme freres loyaulx aymans le bien l'ung de
+l'autre & tristes du contraire. Et qui osteroit benivolence d'une
+assemblee de gens autant vauldroit que on leur ostast le soleil. Et puis
+dist il benivolence est ainsi comme une fontaine qui rassasie ceulx qui
+ont soif. Benivolence est une lumiere qui luist a soy & a autruy.
+benivolence engendre paix brise le glaive de courroux elle fait tout ung
+de plusieurs & a tout dire elle est de si grant puissance qu'elle peut
+par sus nature. Par ces choses povés entendre trescheres dames qu'en
+vraye loyalle amour devés entendre & vivre ensemble comme seurs en union
+de paix. Et a tant souffise la deuxiesme partie de ce livre. Cy fine la
+seconde partie.
+
+
+
+
+¶ Le premier chapitre parle comment tout ce qui est dit devant peut
+toucher aussi bien les unes comme les autres des femmes et de la maniere
+et gouvernement que femme d'estat doit tenir ou fait de son mesnage.
+chap. .xl.
+
+
+Au commencement de ceste .iii. partie suyvant la route des princesses
+qui devant vont & puis les dames & damoiselles de court & dehors nous
+convient si que nous promismes parler aux femmes d'estat des cités.
+C'est assavoir a celles qui sont mariees aux clercz gens de conseil de
+roys ou de princes ou gardans justice ou en divers offices & aussi a
+celles qui sont mariees au bourgois des cités & bonnes villes qui en
+aucuns pays sont appellees nobles quant ilz sont de lignages anciens. Et
+aprés dirons aux autres estatz des femmes / affin que toutes se sentent
+de nostre doctrine. Et si que ja avons touché plusieurs fois cy devant
+c'est nostre entente que tout ce que recordé avons aux autres dames tant
+es vertus comme au gouvernement de vivre en ce qui peult a chascune
+femme appartenir de quelque estat qu'elle soit / soit aussi bien dit
+pour les unes que pour les autres si peut chascune prendre telle piece
+qu'elle voit qui luy appartient. et ne vueille mye faire comme aulcune
+folz ou folles qui sont trop aises quant ilz sont au sermon & le
+prescheur parle sur la charge d'aucun estat qui ne leur touche & trop
+bien le notent & dient qu'il dit vray & que c'est bien dit. mais quant
+vient a ce qui leur peut appartenir ilz baissent la teste & cloent les
+oreilles / & leur semble qu'on leur fait grant tort de en parler & ne
+prennent point garde a leurs faictz / mais ouy bien aux autres. Et
+pource le saige prescheur doit trop bien adviser quelz estatz de gens a
+a son sermon & s'il parle bien aux ungz doit si bien toucher les autres
+que l'ung ne se puisse mocquer de l'autre ne murmurer. Si dirons
+doncques ainsi de rechief nous troys vertus comme dessus disons a vous
+femmes d'estat & bourgoises de cités & bonnes villes que l'oreille
+vueillés tendre sur les enseignemens qui vous pevent appartenir
+principallement sur .iiii. quoy qu'ilz soyent ailleurs touchés aprés ce
+que nous supposons que ja vers dieu soyés bonnes & devotes / mais a ce
+qui touche prudence mondaine l'un des quatre. Et le premier est a ce qui
+appartient a l'amour & foy que devés avoir a vos maris / et comment vers
+eulx vous vous devés porter. Le second point au fait du gouvernement de
+vostre mesnaige. Et le tiers touche vos vestures & habillemens. Le quart
+comment vous garderés de blasme et de cheoir en diffame Et quant au
+premier qui est de l'amour & foy que debvés a vos parties / et comment
+vers eulx vous appartient a gouverner soyent vos maris vielz ou jeunes
+bons ou mauvais paisibles ou rioteux de petite loyaulté vers vous ou
+preudhommes affin que ne redisions ce que devant est ja dit / mais vous
+envoyrons cercher au tresiesme chapitre de la premiere partie de cestuy
+livre ou la en est assés a plain desclairé. Mais avec ce affin que plus
+vous embellisse a tenir vers eulx les manieres qui vous pevent touchier
+qui la sont devisees vous reduirons a memoire trois biens qui de vous
+gouverner bien et saigement vers eulx qui qu'ilz soyent et leur garder
+la foy et loyaulté promise tenir en bonne paix et en toutes choses faire
+vos devoirs vous peut venir. L'ung est grant merite a l'ame que acquerés
+faisant vos devoirs L'autre est grant honneur au monde. Et le tiers est
+que on a veu maintes fois et voit on souvent que quoy que plusieurs
+riches hommes de plusieurs et divers estatz ayent esté / et soyent
+merveilleux a leurs femmes en tous temps / que quant vient a la mort que
+conscience les reprent et advisent le bien de leurs femmes qui si
+bonnement les ont supportez et le tort qu'ilz ont eu vers elles que ilz
+les laissent dames et maistresses de tout quant qu'ilz ont vaillant. Le
+second point de nostre enseignement et doctrine que avons dit qu'il vous
+convient qui touche au faict de mesnage / c'est que vous devés mettre
+grant cure et diligence de distribuer saigement et mettre au prouffit
+les biens et la chevance que vos maris par leur labour office ou rente
+amainent ou pourchassent a l'ostel. Et est l'office de l'homme
+d'acquerre & faire venir en la maison les provisions / et les femmes les
+doivent ordonner et dispenser par bonne discrection & ordre convenable
+sans trop grant escharceté. Et aussi bien se doit garder de folle
+largesse Car c'est ce qui vuide et desemplit la bource et met la
+personne a povreté Bien adviser en toutes choses que degast ne excés
+n'en puisse estre faict ne s'en attendre mye du tout a la mesgnie.
+Ainçois elle mesmes estre dessus & s'en prendre souvent garde & de ses
+choses vouloir avoir le compte. Ceste saige dame ou mesnagiere se doit
+congnoistre en toutes choses de mesmement en appareiller a menger affin
+qu'elle le sache ordonner & commander a ses servans ou servantes parquoy
+elle puist tousjours garder la paix de son mary s'il semons gens
+d'honneur en son hostel / si doibt ellemesmes se besoing est aller en la
+cuysine & ordonner comment ilz seront servis / doit bien garder que son
+hostel & sa maison soit tenue nettement & toutes choses en leur place &
+par ordre. ses enfans bien enseignés & endoctrinés ne quoy que qu'ilz
+soyent petis que on ne les oye point mignoter ne aussi mener grant
+noise. soyent nettement tenus & riglement gouvernez ne que drappeaulx a
+nourrices ne riens qui leur appartienne ne traine point aval l'hostel /
+doit estre songneuse que son mary soit nettement tenu en robes & aultres
+choses. car le nect adornement du mary est l'honneur de la femme qui
+soit bien servy & sa paix gardee / & quant il vient a l'hostel pour
+prendre son repas que tout soit prest & ordonné tables & dressoir selon
+l'estat / & s'elle veult user de prudence & avoir les loz du monde & de
+son mary s'il est homme de bien luy soit a toutes heures faire bonne
+chiere affin que s'il advient qu'il soit aulcunement troublé en couraige
+sicomme en diverses choses que les hommes ont affaire livrent
+aucunesfois mains desplaisirs qu'elle luy puisse par son gracieux
+accueil faire aulcunement entreoublier. Car n'est point de doubte que
+c'est grant recreation a homme de bien quant il vient en son hostel &
+s'il a quelque ennuy en pensee & treuve sa femme qui saigement &
+gratieusement l'acueille & c'est bien raison que ainsi soit faict. Car
+celluy qui pourchasse le vivre & l'estat. & qui en a la peine & le
+soussy ne peut au moins que d'estre bien acueilly en son hostel ne doit
+point ceste femme tencier / rechigner ne rioter sa maisgnie a table.
+mais s'il y a aulcune chose qu'ilz ayent faict mal a point les doit
+reprendre en briefves parolles sans tençons. Car a refection laquelle
+doit estre prinse joyeusement est trop dure chose a oÿr celle note: Et
+se son mary est mauvais ou rioteux le doit appaiser a son povoir par
+belles parolles ne luy enquerre point de ses besongnes ne autres choses
+aucunement secrettes a tables ne devant mesgnie. mais a part et en sa
+chambre. Ceste saige mesnagiere avec ce que dit est sera songneuse de
+lever matin. Et quant elle aura ouÿ messe & dictes ses devotions &
+retournee a son hostel commandera a ses gens de ce que besoing sera puis
+se prendra a faire aucune bonne oeuvre ou a filler ou a couldre quelque
+autre chose. Et quant ces chamberieres auront fait leur mesnaige vouldra
+que semblablement facent / ne filles ne femmes ne ellemesmes ne vouldra
+veoir ne souffrir nulles heures oyseuses / elle achetera du lin a bon
+marché aux foires / fera filler en ville aux povres femmes mais se garde
+bien que leur peine elle ne retiengne par quelque engignement ou par sa
+maistrise. car elle se damneroit ne ja a son proffit n'iroit. Si fera
+faire toilles grosses & deliees nappes & touailles & autres linges & de
+ce sera tressoigneuse. car c'est le plaisir naturel aux femmes qui n'est
+lait ne villain mais honneste & licite si fera tant que elle aura de
+tres beau linge delié large a parer & bien ouvrer. Si le tiendra blanc &
+souef flairant bien ployé en coffre & de ce sera tressoigneuse si en
+seront servis les gens d'honneur que son mary amenera dont elle sera
+prisee & louee. Ceste saige femme prendra bien garde que riens ne
+pourrisse aval son hostel / & ne voise a gast dequoy povres se peussent
+aucunement ayder / ne que relief n'y endurcisse robbes ne soyent mengees
+de vers si les fera donnera aux povres. Mais s'elle ayme le bien de son
+ame & la vertu de charité ne fera pas seullement de ce ses aulmosnes
+mais du vin de sa propre boisson & de la viande de sa table aux povres
+acouchees a malades ou a ses povres voisins souventesfoys & ce fera elle
+de bon cueur s'elle est saige & a dequoy. Car c'est tout le tresor
+qu'elle emportera ne ja plus povre n'en sera / mais toutesvoyes elle
+doibt bien regarder a qui & que par discretion soit faict avecques ces
+choses ceste femme sera saige gracieuse c'est adire de plaisant chere
+honneste a couvert langaige accueildra & recevra les amys & acointes de
+son mary / elle parlera beau a toutes gens. se fera aymer de ses voisins
+leur fera compaignie & amytié se besoing en ont / ne fera refus de
+prester petites chosettes ne a ses maisgnies ne sera male mauldisant ne
+disant villennie ne tout le jour rioter pour ung beau neant: mais les
+reprendra voirement quant ilz mesprendront / & menacera de les mettre
+hors s'ilz ne s'amendent mais ce sera sans tonner ne mener grant harou
+si que on ne l'oye de loing. Sicomme aulcunes folles font a qui il
+semble que parestre bien malles & tencer fort a leurs maris & a leur
+mesgnie de neant que on les tiendra a sages & bonnes mesnagieres & a
+faire bien les embesongnees de pou de chose & trouver par tout a redire
+& toute jour caqueter / mais ce mesnaige la nest point de nostre
+doctrine. Car nous voulons que nos disciples soyent en tous leurs faitz
+saiges / & nul sens ne pourroit estre sans attrempance laquelle ne
+demande malice ne felonnie ne trop de langaige qui est chose qui moult
+messiet a femme.
+
+
+
+
+¶ Cy devise comment femmes de estat doivent estre ordonnees en leur
+habit / et comment se garderont de ceulx qui tachent a les decevoir.
+chap. .xli.
+
+
+Le tiers point que voulons notifier a entre vous femmes d'estat de
+bonnes villes & aux bourgoises / lequel touche vos vestures &
+habillemens est qu'en iceulx ne vueillés point estre oultrageuses tant
+es coustumes comme es façons. & y a .v. especialles raisons qui vous
+doivent mouvoir a vous en garder. L'une que c'est pechié & chose qui
+desplaist a dieu d'estre tant curieux ou curieuse de son corps La .ii.
+que de faire oultrage on n'en est ja plus prisié / mais mains / ains que
+ailleurs est ja dit. La .iii. que c'est gastement d'argent apovrissement
+& vuidenge de bource. La quatriesme que on donne mauvais exemple a
+autruy / c'est assavoir cause de ainsi faire ou plus. Car il semblera a
+une dame qui verra a une damoiselle prendre si grant estat ou a une
+bourgoise que de tant qu'elle est plus grande devera encores plus
+croistre son estat / & c'est ce qui fait tous les jours multiplier &
+croistre les estatz & les boubans par ce que chascun tend tousjours a
+surmonter l'autre / dont maintes gens sont grevés & apovris en france &
+autre part. La cinquiesme que on donne par desordonné & oultrageux habit
+occasion a aultruy de pechier ou en murmuration ou en couvoitise
+desordonnee / qui est chose qui trop desplaist a dieu. Et pource chieres
+aymees veu que ce ne vous peut riens valoir & beaucoup nuire ne vous
+vueillés en telles faulcetés trop delicter / non pourtant c'est bien
+droit que chascune porte tel habit & estat que appartient a son mary & a
+elle / mais s'elle est bourgoise qu'elle se porte telle comme une
+damoiselle et la damoiselle comme une dame / et ainsi de degré en degré
+monstant sans faire c'est chose hors ordre de bonne police en laquelle
+s'elle est bien ordonné en quelque pays que ce soit toutes choses
+doivent estre limitees. Or vient a parler du quatriesme point qui est
+comme vous vous garderés de blasme & de cheoir en diffame. Auquel point
+se peult encores touchier le faict de voz habillemens tant en
+l'oultraige du trop grant coust comme en la maniere des façons en ceste
+maniere il est assavoir que posons que une femme soit de tresbonne
+voulenté & sans mauvais fait ne pensee de son corps si ne le croyra pas
+le monde puis que desordonnee en habit on la verra & seront fais sur
+elle mains mauvais jugemens quelque bonne qu'elle soit Si appartient
+doncques a toute femme qui veult garder la bonne renommee qu'elle soit
+honneste & sans desguisure en son habit & habillement non trop
+estraincte ne trop grans colletz ne autres façons malhonnestes ne grant
+trouveresse de choses nouvelles par especial constances & non honnestes
+Et avec ce la maniere & contenance y fait moult. Car si que ja est
+touchié cy devant il n'est riens plus desseant a femmes que laide
+maniere & mal rassise / aussi ne chose plus plaisant que belle
+contenance & coy maintien quoy qu'elle soit jeune doibt estre en ses
+jeux & ris attrempee & sans desordonnance a les sçavoir prendre par
+appoint si qu'ilz soyent bien seans & le parler sans mignotise mais soit
+propre & doulx ordonné & attrait en regard simple tardif & non vague &
+joyeuse par apoint. Mais ensuyvant la matiere de dessus est assavoir que
+avec le mauvais langaige & blasme qui peult sourdre a femme par habit
+desordonné & par maniere mal honneste y a ung autre plus perilleux
+inconvenient c'est l'amusement des folz hommes qui pevent penser qu'elle
+le face pour estre couvoitee & desiree par folle amour. Et elle par
+adventure n'y pensera / ains le fera seullement pour la plaisance de
+soymesmes & par sa propre condition qui luy enclinera. Si y a des hommes
+de mains estatz qui tacheront par grant diligence a les attraire en les
+poursuyvant par divers semblans & moult s'en peneront. Mais que doit
+faire la saige femme qui cheoir ne veult en blasme & qui bien est
+advisee que de tel amour ne peut venir que tout mal prejudice &
+deshonneur parquoy nulle voulente n'a d'entendre a telz musars & ne
+veult mye faire comme aucunes musardes a qui trop bien plaist que on les
+poursuyve par grans semblans & leur semble belle chose de dire si suis
+aymee de plusieurs c'est signe que je suis belle & qu'il y a en moy
+assez de bien. Je n'aymeray nul pourtant / mais a tous feray bonne
+chere / & autant y aura l'ung que l'autre et tous les tiendray en
+parolles. ceste voye n'est mye de garder l'honneur ains est impossible
+que longuement soit maintenue par femme qui qu'elle soit que n'en chee
+en blasme. Et pource la sage dessusdicte si tost qu'elle aperçoit par
+aucun signe ou semblance que quelque homme a devers elle pensee elle luy
+doit donner toutes occasions de s'en retraire en manieres parolles et
+semblans & tant faire qu'il apperçoive qu'elle n'y a courage ne n'y
+veult avoir. Et s'il advient qu'il luy die elle luy doit respondre &
+dire sur ceste forme et maniere. Sire se vous avés a moy pensee vueillés
+vous en retraire / car je vous prometz & jure ma foy que en tel amour
+n'ay mon intencion ne n'auray jour de ma vie de ce puys je bien jurer /
+car de ce suis je bien affermee en tel voulenté qu'il n'est homme ne
+chose nulle qui oster m'en peust & toute ma vie demoureray en ce point
+de ce soyés vous certain si perdriez vostre peine tant plus vous y
+museriés / & vous prie tant comme je puis que ne me faciés plus telz
+semblans ne disiés ces parolles que en bonne foy je y prendroye grant
+desplaisir & me garderoye a mon povoir d'aller ou vous seriés. Si le
+vous dy une fois pour toutes et croyés fermement que jamais en autre
+propos ne me trouverez & a dieu vous dy. Ainsi en brief & sans
+longuement escouter doit respondre la bonne & saige jeune femme qui ayme
+son honneur a tout homme qu'il la prie & avec ce que aussi soyent les
+semblans pareilz aux parolles. C'est assavoir que de regard ne de
+maintien ne face aucun semblant parquoy y puisse nullement penser que
+jamais y puist advenir. Et s'il y envoye dons quelz qu'ils soyent que
+elle garde bien que nulz n'en prengne Car qui don prent se vent Et s'il
+advient que aucune personne luy en face quelque messaige que elle die
+expressement & a rechinié visaige que jamais plus ne luy en parle. Et se
+chamberiere ou varlet qu'elle ait s'en hardist a luy dire qu'elle ne le
+tiengne point en son hostel. Car tel maisgnie n'est pas seure si treuve
+voye par bonne maniere de le mettre hors pour quelque aultre achoison
+sans noise & sans tençon / mais garde bien comment qu'il soit que a son
+mary ne le dye. Car quelque bonne voulenté qu'elle ait le pourroit
+mettre en tel frenaisie que ne l'en osteroit pas quant elle vouldroit &
+est trop grant peril et aussi n'en est nul besoing s'en garde sagement
+et s'en taise Car n'en sera ja homme si en grant que s'elle veult au
+long aller par tenir saiges manieres qu'il ne s'en retraye ne aussi dire
+ne le doit a voisin ne a voisine ne autre / car parolles sont raportees
+par quoy il advient aucunesfois que hommes contreuvent mauvaisties sur
+les femmes par despit de ce qu'ilz sont refusés & que ilz scevent
+qu'elles en parlent ou ont parlé. Si ne griefve riens taire la chose
+dequoy on ne peut de riens mieulx valoir la dire. Et n'est point belle
+vantance a femme. Avec ce femmes qui se veulent garder de blasme se
+doibvent garder d'aler en compaignies qui ne soyent bonnes & honnestes
+ne en assemblees faictes en jardins ou en autres lieux par prelatz ou
+par seigneurs ou autres faictes soubz quelque umbre ou couverture de
+festoier gens & que ce soit pour autre machination de quelque broullerie
+ou par elles ou par autres. Et posons que une femme saiche bien que pour
+elle ne soit faicte telle assemblee / si se doit elle bien garder
+qu'elle ne face umbre a autre. Car cause seroit du mal & du peché si n'y
+doit aller se elle le scet ou aucun souppeçon y a / & ains qu'elle voise
+nulle part si elle est saige doit bien adviser ou avecques comment et
+que doit estre ou elle va ne de trouver ses pelerinages hors la ville a
+faire pour aller quelque part jouer / ou mener la galle en quelque
+compaignie joyeuse n'est fors peché & mal a qui le fait. Car c'est faire
+de dieu umbre & chape a pluye ne sont point bons ne aussi tant aller
+trotant par ville a jeunes femmes au lundy a saincte avoye / au jeudy je
+ne sçay ou. au vendredy a saincte katherine & ainsi es autres jours si
+aucunes le font n'en est ja grant besoing non pas que nous vueillons
+empescher le bien a faire. Mais sans faille veu le peril de jeunesse la
+legiereté et la grant couvoitise que hommes ont communement a attraire
+femmes et les parolles qui tost en sont levees & a pou d'achoison est le
+plus seur mesmes pour le prouffit des ames & l'honneur du corps estre
+coustumieres de tant troter ça & la. Car dieu est par tout qui exaulce
+les oraisons des devotz deprians ou qu'ilz soyent & qui veult que toutes
+choses soyent faictes par discretion & non mye du tout a voulenté. Aussi
+de baigneries d'estuves et de commerages trop hanter a femmes & telz
+compaignies sans necessité ou bonne cause ne sont que despens superflus
+sans quelque bien que en peust venir. Et pource de toutes telles choses
+& d'autres semblables: femme si elle est saige qui aime honneur et
+eschever veult blasme se doit garder.
+
+
+
+
+¶ Cy devise des femmes des marchans. Chapitre. xlii.
+
+
+Desormais or viendrons a parler des marchans C'est assavoir de femmes
+aux hommes qui se meslent de marchandises dont a paris & ailleurs a de
+moult riches et desquelz les femmes portent grant & cousteux estat &
+plus hault en aucunes autres contrees & villes que a paris sicomme a
+venise a jennes a florence a lucques avignon & autre part Mais iceulx
+lieux nonobstant que nulle part ne soit oultrage mieulx soit a excuser
+ce que elles ne sont que en ces parties de france ne seroit pource qu'il
+n'y a pas tant de differences des haulx estatz comme a paris & ceste
+part / c'est assavoir roynes et duchesses contesses & autres dames &
+damoiselles parquoy les estatz sont plus differenciés Et pource en
+france qui est le plus noble royaulme du monde et ou toutes choses
+doivent estre les plus ordonnees selon qui est contenu des anciens
+usaiges de france n'appartient point quoy qu'elles facent ailleurs si
+que ja est plusieursfois touché devant que la femme d'ung laboureur de
+plat païs porte tel estat que la femme d'un homme d'honneste mestier de
+paris ne celle d'ung homme commun de mestier comme une bourgoise / ne
+une bourgoise comme une damoiselle ne la damoiselle comme la dame ne la
+dame comme une contesse ou duchesse / ne la contesse comme la royne /
+ains se doit chascune tenir en son propre estat & ainsi qu'il y a
+difference & maniere de vivre des gens doit avoir es estas / mais ces
+rigles ne sont mye bien gardees aujourd'uy ne maintes autres bonnes qui
+y souloyent estre. Et pource y pert a l'effect qui ensuyt. Car sans
+faille oncques les orgueilz ne les estatz n'y furent en toutes manieres
+de gens depuis les grans jusques aux moindres si oultraigeulx que ores
+sont & ce peut on veoir par les croniques & anciennes histoires. Et
+pource que nous avons dit qu'en ytalie encore les femmes portent plus
+grant estat quoy qu'il soit vray ne sont ilz point de si grans frais qui
+si endroit sont a tout regarder veu les compaignies & boubans en maintes
+manieres & choses que elles font esquelles aussi bien que es robes /
+chascune s'efforce de surmonter l'une l'autre. Car puis que nous sommes
+a parler des marchandes ne fut ce pas voirement grant oultraige a celle
+femme de marchant de vivre voire comme marchant n'est mye comme ceulx de
+venise ou de jennes qui vont oultre mer & par tout païs ont leurs
+facteurs achetent en gros & font grant faitz. Et puis semblablement
+envoyent leurs marchandises en toutes terres a grans fardeaux / et ainsi
+gaignent grans richesses & telz sont appellés nobles marchans mais
+celles dont nous disons achatte en gros & vent a detail pour quatre
+soubz de denrees se besoing est ou pour plus ou pour moins quoy qu'elle
+soit riche et portant grant estat & assés de telles y a que elle fist a
+une gesine d'ung enfant que elle eut n'a pas longtemps Car ains que on
+entrast en sa chambre on passoit par deux aultres chambres moult belles
+ou il avoit en chascune ung grant lit de parement bien & richement
+encourtiné. Et en la deuxiesme ung grant dressoir couvert comme ung
+autel tout chargié de vaisselle d'argent blanche. Et puis de celle on
+entroit en la chambre de la gisant laquelle estoit grande et belle toute
+encourtinee de tapisserie faicte a la devise d'elle / ouvree
+tresrichement de fin or de chippre le lit grant & bel encourtiné tout
+d'ung parement / et les tappis d'entour le lit mis par terre sur quoy on
+marchoit tous parelz a or ouvrés les grans draps de parement qui
+passoient plus d'ung espan par soubz la couverture de si fine toille de
+rains que ilz estoient prisez a trois cens frans & tout par dessus ledit
+couvertouer a or tissu avoit ung autre grant drap de lin aussi delyé que
+soye tout d'une piece et sans cousture / qui est une chose nouvellement
+trouvee a faire et de moult grant coust que on prisoit deux cens frans
+et plus qui estoit si grant et si large que il crouvroit de tous lez le
+grant lit de parement / et passoit le bort dudit couvertouer qui
+traisnoit de tous les costés. Et en celle chambre avoit ung grant
+dressouer tout paré couvert de vaisselle doree. En ce lit estoit la
+gisant vestue de drap de soye taint en cramoisi appuyee de grans
+oreillees de pareille soye a gros boutons de perles / atournee comme une
+damoiselle et dieu scet les autres superflus despens de festes /
+baigneries de diverses assemblees / selon les usaiges & coustumes de
+paris a acouchees / les une plus que les autres qui la furent faictes en
+celle gesine / et pource que cest oultraige passe les autres quoy que on
+en face plusieurs grans est digne d'estre mis en livre. Si fut ceste
+chose raportee en la chambre de la royne dont aulcuns dirent que les
+gens de paris avoient trop de sang dont l'abondance aucunesfois
+engendroit plusieurs maladies. C'estoit a dire que la grant abondance
+des richesses les pourroit bien faire desvoyer. Et pource seroit leur
+mieulx que le roy les chargast d'aulcun aide emprunt ou taille parquoy
+leurs femmes ne se allassent pas comparer a la roine de france gueres
+plus n'en feroit. Si sont telz choses desordonnees & viennent de
+presumption & non de sens / car ceulx & celles qui les font en
+acquierent non mye pris / mais despris / car quoy qui prennent les
+estatz des haultes dames ou des princesses si ne le sont elles pas ne on
+ne les y appelle pas. ains ne perdent point le non de marchandes ou
+femmes de marchans voire telz que on les appelleroit en lombardie non
+mye marchans / mais revendeurs / puis qu'ilz vendent a detail. Si est
+trop grant folie de revestir d'aultruy habit quant chascun scet bien a
+qui il est c'est a entendre de prendre estat qui appartient a aultre non
+mye a soy / mais se ceulx et celles qui telz oultrages font soit en
+habit ou estat laissoient leur marchandise & prensissent du tout les
+grans chevaulx & les estatz des seigneurs leur estre s'ensuyvroit mais
+c'est trop sotte chose de n'avoir pas honte de vendre ses denrees &
+faire sa marchandise & avoir honte de porter l'abit. Voire qui est bel
+grant & honneste qui a droit si maintient & est l'estat de marchant bel
+& honnorable en france & en tous païs. Si se pevent telz gens appeller
+gens desguisés & ne disons mye pour les amenuisés d'honneur / car ainsi
+que dit est estat de marchant est bel & bon qui a droit le maintient
+ains le disons en bonne entente affin de donner conseil & advis aux
+femmes a qui nous parlons d'elles garder de telz superfluités qui bonnes
+ne sont a corps ne ame & pevent estre cause que leurs maris soient
+chargés d'aucun nouvel subside. Si est leur meilleur & leur plus grant
+sens que leurs habitz propres chascune selon soy qui sont beaulx riches
+& honnestes portent sans prendre autres posons que riches soient. Ha
+dieu que pevent telz gens faire de bien certes se ilz theraurisoient au
+ciel selon l'admonnestement de l'euvangille ilz seroient bien
+conseillés / car ceste vie est tresbriefve & celle est a tousjours si
+que ja est dit devant si seroit pour eulx bonne espargne pour le temps
+advenir que de leurs tresgrans richesses departissent aux povres par
+vraye charité & si font les plusieurs n'est pas doubte il est bien
+besoing car par celle bonne noble vertu de charité que a tant aggreable
+dieu / pevent achater le champ dont l'evangille parle en parolle ou est
+le grant tresor mucié c'est la joye de paradis: Et ung noble mot
+d'icelle saincte vertu dit leon pape au sermon de l'apparicion ou il dit
+tant tresgrande est la vertu de charitable misericorde que sans elle les
+autres vertus ne pevent proffiter / car combien que aucune creature soit
+abstinent se garde de peché soit devot & ayt toutes autres vertus sans
+icelle qui faict les autres valoir tout est neant / car au derrain jour
+du jugement elle sera portant la baniere devant toutes vertus pour ceulx
+qui en ce monde l'auront exercee & aymee qui les conduyra en paradis &
+confondra ceulx nostre seigneur en qui elle n'aura esté trouvee donnant
+sa diffinitive semence ce nous tesmoigne le texte de l'evangille. Si
+vous povez par celle voye saulver entre vous riches femmes voire en vous
+gardant de fraudes & de baratz en voz marchandises contre voz
+prouchains.
+
+
+
+
+¶ Cy devise des femmes veufves vieilles & jeunes. Chap. .xliii.
+
+
+Pour entendre nostre oeuvre plus acomplie au proffit de tous les estatz
+des femmes parlerons aux vefves des communs estatz quoy que dessus ayons
+dit en l'estat des princesses dirons en telle maniere. Cheres amys nous
+mues par pitié de vous cheues en l'estat de vefveté par mort qui
+despoullés vous a de voz maris qui qu'ilz soient ou fussent auquel
+piteux estat sont livrees communement maintes angoisses & assez
+d'enuieux affaires: mais c'est en diverses manieres. Car a celles qui
+sont riches d'une guise & a celles qui mye ne le sont en une autre. Si
+est livré meschief aux riches par ce que on bee communement a leur oster
+& aux povres ou a celles qui ne sont mye riches par ce que en leurs
+affaire ne treuvent pitié sicomme en nulluy. Si y a avec la douleur que
+avez d'avoir perdu voz parties qui assez deust souffrir trois
+principaulx maulx qui moult generaulment soient povres ou riches vous
+convient sus. L'ung qui est ja touchié est que vous trouvés communement
+durté pou de pris & de pitié en toute personne & telz vous souloyent
+honnorer ou temps de voz maris qui officiers ou de grant estat estoyent
+qui ores en font pou de compte & pou les trouvés amys. Le deuxiesme mal
+dequoy estes assaillies est de divers plais & demandes de plusieurs gens
+en faitz de debtes ou de chalenges de terres ou de rentes. Et le tiers
+est le maulvais langaige des gens que de commun cours est enclin a vous
+courroseure si que a peines sçaurés si bien faire que on n'y trouve a
+redire. Et pource que vous avez besoing d'estre armees de bon sens
+contre ces pestilences & de toutes autres qui advenir vous pevent nous
+plaist vous admonnester de ce qui vous peut estre vaillable combien que
+peult estre que en avons ailleurs parlé mais pource qu'il eschiet a
+propos de rechief le ramentrons. Quant a la durté que vous trouvés en
+toute gent communement qui est le premier des trois dessusditz maulx y a
+aussi trois remedes: L'ung que tout premierement vous tourniés vers dieu
+qui tant veult souffrir pour creature humaine. & se bien y pensez ce
+vous apprendra a estre patientes qui est chose qui bien vous a besoing /
+& vous conduyre en point se bien y mettés le cueur que pou tiendrés de
+compte du pris & de l'honneur du monde. Car ores a primes pourrés
+apprendre comment les choses du monde sont tournables. Le deuxiesme
+remede est que il convient que vous disposez vostre cueur a estre
+doulces & benignes en parolles & en reverence a toute gent si que par
+celle voix vous matiez & flechissiés les couraiges des felons et par
+doulces prieres & humbles requestes. Item le troiziesme remede est que
+non obstant les dessusdictes choses & que en parolles habitz &
+contenance soyent doulces humbles que vous advisiés par bonne prudence &
+saige gouvernement comment vous vous deffendrés & garderés de ceulx qui
+trop vous vouldront fouller. C'est assavoir que vous escheviez leurs
+compaignies n'avoir que faire avecques eulx se vous povez vous tenir
+closement en voz hostelz ne prendre debat a voisin ne a ung ne a autre
+ne mesmes a varlet ne chamberiere / tousjours parler bel et garder
+vostre droit / & par ainsi faire & par pou vous mesler avecques diverses
+gens se besoing ne vous en est / escheverés que vous ne soyez foullees
+ne suppeditees par autruy. Au fait des plais ceulx qui vous assauldront
+qui est le deuxiesme mal debvés sçavoir que eschever debvez plait et
+procés le plus que vous povez. car c'est chose qui trop peut grever
+femme vefve pour plusieurs raisons. L'une qu'elle ne se congnoit & est
+simple en telz choses. L'autre qu'il convient qu'elle se mette en
+dangier d'aultruy pour faire solliciter ses besongnes & gens sont
+communement mal dilligens des besongnes aux femmes & voulentiers les
+trompent & mettent en despens huyt solz pour six. Et l'autre qu'elle n'y
+peut a toutes heures aller comme feroit ung homme. Et pource est le
+meilleur conseil qu'elle laisse avant aller aucune partie de son droit
+mais que ce ne soit a trop grant oultraige que elle si fiche & se doit
+metre en tous ses devoirs offrir raisonnables offres par bon conseil de
+ce qu'on luy demande ou s'il fault qu'elle soit demanderesse qu'elle
+pourchasse avant le sien courtoisement & regarder se par aultre voye ou
+moyen le pourra traire. Se on l'assault par debtes regarder quelle
+action & quelle cause les demandeurs ont. Et posons toutesfois qu'il n'y
+ayt lettre ou tesmoingtz se sa conscience sent que quelque chose soit
+deue garde soy bien qu'elle ne retienne le droit d'autruy car elle
+chargeroit l'ame de son mary & la sienne & dieu luy sçauroit bien
+envoyer tant de pertes au feur l'emplaige d'autre costé que la perte
+doubleroit. Mais se saigement se scet garder des cauteleux qui demandent
+sans cause elle fait ce qu'elle doit Mais se a toutes fins convient
+qu'elle entre en procés doit sçavoir que troys choses principalles sont
+necessaires a toute personne qui plaide. L'une est ouvrer par conseil
+des saiges coustumiers & clercz bien aprins es sciences de droit & de
+loys / l'autre est grant soing & grant dilligence de soliciter la
+cause / & l'autre est avoir argent assez pour ce faire. car sans doubte
+se l'une de ces trois choses faillent quelque bonne cause que la
+personne ayt en peril sera de la perdre. Si est mestier a la femme vefve
+en ce party qu'elle se tire vers les anciens coustumiers les plus
+usaigiers de diverses causes & non mye devers les plus jeunes leur
+monstrer sa raison ses lettres & tiltres entendre bien ce qu'ilz diront
+ne leur cele riens de ce qui peut appartenir a la cause / soit pour elle
+ou contre elle. Car conseiller ne la pevent fors par ce qu'elle leur dit
+& se leur conseil plaide ou accorde aux parties par leur advis / mais se
+en procés entreface diligence & paye bien / si en sera meilleure sa
+cause. Si luy conviendra bien pour ces choses faire et pour resister a
+tous les aultres ennemys se a chief en veult venir qu'elle prengne cueur
+de homme / c'est assavoir constant fort & saige pour adviser & pour
+poursuyvre ce qui luy est bon a faire non mye comme simple femme
+s'acrouppir en plours & en larmes sans autre deffence. comme ung povre
+chien qui s'aculle en ung coingnet & tous les autres luy courent sus.
+Car par ainsi faire entre vous femmes trouveriés assez de gens sans
+pitié qui le pain vous osteroyent de la main et vous reputeroit on
+ygnarans & simples / ne ja pource plus de pitié ne trouveriés en ame /
+si ne devés pourtant ouvrer de vostre teste ne en vostre sens vous fiez.
+Mais tout par bon conseil par especial es grans choses que vous ne
+sçavez. Et ainsi par telle voye vous devez gouverner entre vous vefves
+en voz affaires c'est a entendre celles qui sont ja d'aage & qui plus
+nourir ne se veullent. car quant des jeunes il appartient qu'elles
+soyent gouvernees par leurs parens & amys tant que remariees soyent se
+tiennent doulcement & simplement avec eulx & en tel guyse que maulvaise
+renommee n'en puisse saillir car ce seroit l'achoison de faire perdre
+leur bien & avancement. Le tiers remede contre les trois maulx
+dessusditz aux femmes vefves qui sont au dangier du mauvais langaige des
+gens est qu'elles se doivent garder en toutes manieres de non donner
+occasion de mal parler sus elles en contenances maintiens & habitz qui
+doibvent estre simples & honnestes coyes doubteuses du fait de leur
+corps qu'on ne puisse en mal murmurer. ne soyent trop acointables ne
+privees a hommes que on voye frequenter souvent en leur maison s'ilz ne
+sont leurs parens. & encores que ce soit fait discretement ne beau pere
+prestres ne freres pou ou neant quelque devote qu'elle soit: Pource que
+le monde est tant enclin a dire mal & se garder de tenir mesgnie ou l'en
+puist avoir aucune suspecion ne moult grant priveté ne familiarité
+quelque bons qu'elle les saiche / ne quoy que a nul mal n'y pensast ne
+leur face ne au fait de sa despence affin qu'on n'en puist parler &
+aussi pour mieulx garder le sien ne tiengne trop grant estat ne en gens
+ne en robes ne en viandes car c'est droit estat de femme vefve estre
+sobre & sans superfluités de quelque chose. Et pource que en l'estat de
+veufveté a tant de durté pour les femmes sicomme nous disons & il est
+vray pourroit sembler a aulcunes gens que doncques seroit leur meilleur
+que toutes se remariassent. Si pourroit a ceste question estre respondu
+que s'il estoit ainsi que en la vie de mariage eust tout repos & paix
+vrayement seroit sens a femme de s'i rebouter mais parce qu'on voit tout
+le contraire le doit moult eslongner toute femme quoy que aux jeunes
+soit chose comme de necessité ou tresconvenable. Mais a celles qui ja
+ont passé jeune aage. Et qui assez ont du leur ne povreté ne les y
+contraint c'est toute follie quoy que aucunes qui le veullent faire
+dient ce n'est riens d'une femme seulle & si pou se fient en leur sens
+qu'elles se excusent que gouverner ne sçauroient. mais le comble des
+follies & la grant mocquerie est quant une vieille prent ung jeune
+homme. dont petit voit on longuement bonne chanson chanter. mais tant y
+a que de leur malle meschance on ne les plaint point a bon droit.
+
+
+
+
+¶ Cy parle a l'enseignement des jeunes filles & vieilles estans en
+l'estat de virginité. Chap. .xliiii.
+
+
+Ce n'est mye droit que au procés de noz lecons soyent oubliees les
+femmes ou filles qui sont en l'estat de virginité dont on peut parler
+d'elles en deux differences d'estas. c'est assavoir de celles qui ont
+propos de garder leur virginité tout le temps de leur vie pour l'amour
+de nostreseigneur & de celles qui attendent le temps de mariage par
+l'ordonnance de voulenté de leurs parens. Et ainsi comme il y a
+difference en leur propos doit semblablement avoir en leur habitz
+conversation & maniere de vivre mesmement au monde. Car a celles qui du
+tout se sont disposees de jamais ne l'enfraindre appartient vie
+tresdevote & sollitaire & quoy qu'elle soit a toutes bien seant /
+neantmoins a cestes affiert plus que a autres. Et si leur est necessaire
+faire aulcun ouvraige pour avoir leur vie ou qu'elles servent en aucun
+lieu elles doivent regarder que toute leur occupation soit aprés ce que
+leur labour necessaire ont faict au service de dieu en devotes oraisons
+et aussi en jeunes & abstinences faictes par discretion non mye aprés
+qu'elles ne le puissent porter ne continuer ne que leur serueil en
+puisse estre trouble Car riens de trop grant aspreté ne doibt estre
+prins sans bon conseil. Si se doibvent garder de tous pechez
+singulierement en fait & en pensee affin que le bien qu'elles font de
+une part ne perdent pas de l'autre car petit vauldroit estre vierge ou
+chaste faire abstinences & devotions & que avec ce on fust ung tresgrant
+pecheur ou pecheresse / si doibt toute personne qui se met a bien faire
+garder qu'elle offre a dieu offrande nette / car qui presenteroit au roy
+une tresbelle & bonne viande toute entremeslee de ordure & punaisie on
+ne luy feroit nul plaisir. & si la reffuseroit & a bon droit. Si
+doibvent estre leurs parolles bonnes simples devotes & sans trop de
+languaige. leur habit honneste & sans nulle cointerie maintien simple &
+courtois & treshumble chere les yeulx bessez & la parolle basse / si
+doit estre leur joye ouÿr la parolle de dieu & frequenter l'eglise &
+celles qui ceste vie ont esleue sont de bonne heure nees. car elles ont
+prinse la meilleur partie Les autres pucelles qui attendent l'estat de
+mariage autressi doibvent estre en contenances maintiens & belles
+parolles attrempees & honnestes & par especial en l'eglise coyes
+regardans sur leurs livres ou leurs yeulx abaissiés en rues & par voye
+simples & rassises / & a l'hostel non oyseuses / mais soient tousjours
+occupees en quelque oeuvre de leur mesnaige leurs habis & vestures bien
+faictz jointz & pollis mais que deshonnesteté n'y ayt & nettement tenus
+leurs cheveulx bien ordonnés & non mye trainans par les joues ne
+sailles / le parler amyable & courtois a toutes gens humble maniere non
+trop emparlees. & se a festes sont a dances ou a assemblees la / doivent
+bien estre sur leur garde que bien soyent de belle maniere & de beau
+maintien / pource que plus de gens ont les yeulx sur elles. et dancent
+simplement / chantent bassement ne soit leur regard vague ne traceant ça
+ne la qui trop ne s'enpressent entre hommes / mais tousjours se tirent
+vers leurs meres ou les autres femmes Cestes pucelles se doivent garder
+de prendre debat ne tençon a quelque personne ne a varlet ne a
+chamberiere. C'est trop layde chose a pucelle estre tenceresse &
+renponneuse & en pourroit perdre son bien par les maulvais & mensongeux
+rapors que mesgnies font souventesfois a pou d'achoison. Pucelle ne soit
+nullement saillant effrayee ne ribaulde par especial a hommes qui qu'ilz
+soyent ne a clercz de l'ostel ne varletz ne autres mesgnies & si ne
+seuffre en nulle guise homme la touche ne se joue a elle des mains ne de
+trop rigollages. Car ce seroit trop grant empirement de l'honnesteté que
+avoir doit & de son bon loz. Si affiert aussi a pucelle estre devote par
+especial vers nostre dame vers saincte Katherine & toutes vierges / &
+s'elle scet lire en lise voulentiers les vies / jeune aucuns jours &
+soit sobre sur toutes riens en boire & en menger & contente d'assez pou
+de viande & de foibles vins car gloutonnie a pucelle sur vin & sur
+viande sur toutes choses est layde tache. Pource doit bien garder qu'on
+ne la voye nulle fois changee par vin prendre trop largement / car se
+telle tache avoit on n'y esperoit quelconque autre bien si doit de
+droicte coustume toute pucelle mettre largement de l'eaue en son vin / &
+acoustumer a petit boire aussi avecques les bonnes taches & manieres qui
+luy affierent appartient estre a toute pucelle humble et obeissant a
+pere & a mere & les servir diligemment de tout son povoir. s'attendre de
+son mariage du tout a eulx & non mye que de elle mesmes le face & sans
+leur consentement / ne quelconques parolles n'en doibt tenir ne escouter
+personne. Et sont pucelles par ceste maniere aprinses & endoctrinees
+sont a desirer aux hommes qui marier se veullent.
+
+
+
+
+¶ Cy devise comment anciennes femmes se doivent maintenir vers les
+jeunes et des meurs que avoir doibvent. Chap. .xlv.
+
+
+Pource que assez communement a debat & discord tant en oppinions comme
+en parolles entre vieilles gens & les jeunes si que a peine se pevent
+entresouffrir comme s'ilz fussent de deux especes laquelle chose fait
+l'aage qui tout ainsi qu'il est differencié met difference en leurs
+meurs & condicions nous semble bon pour mettre paix de celle guerre
+entre les femmes de divers aages qui nostre doctrine pourront ouÿr que
+nous ramentevions aucunes choses qui bonnes y pevent estre. Mais dirons
+premierement aux anciennes les meurs qui leur advisent. Il appartient a
+toute femme d'aage qu'elle soit sage en fait en habit contenance &
+parolle. en fait doibt estre saige / par ce que advis doibt avoir &
+memoire des choses que veues a advenir en son temps. Et pource avant
+aucune chose qui veult faire ou entreprendre doit ouvrer par l'exemple
+d'icelles. car s'elle a veu mal ou bien advenir a elle / ou a autre par
+tenir aulcunes manieres penser peult que ainsy luy adviendra par
+semblablement faire. Et pource dit on que vieilles gens sont communement
+plus saiges que les jeunes. Et est vray pour deux raisons. L'une pource
+que leur entendement est plus parfait & a plus grant consideration. Et
+l'autre qu'ilz ont plus grant experience des choses passees: pource
+qu'ilz ont plus veu. Si leur appartient doncques estre plus saiges / &
+s'ilz ne le sont plus sont a reprendre. Et sans faille quant vieilles
+gens sont sans sens ou nices ou qu'ilz facent les follies que jeunesse
+admonneste aux jeunes & dont mesmes on les reprent il n'est si grant
+mocquerie. Et pource l'ancienne femme doibt bien estre pourveue qu'elle
+ne face chose dont on y puist noter follie ne luy appartient dancer
+baller ne rire follement mais s'elle est joyeuse de sa condicion doit
+toutesfoys regarder qu'elle prengne ses joyeusetés par apoint non mye de
+la maniere des jeunes gens: mais plus rassisement die ses parolles a
+trait & gracieusement face ses esbatemens / & sans nul effroy / car quoy
+que nous disons que saige doibt estre & rassise n'entendons par pourtant
+que rechignee soit malle ramponneuse ne maulgratieuse pour donner a
+croire que c'est tout sens. Car ainçois se doit garder de telles
+passions si viennent communement a vieilles gens. C'est assavoir d'estre
+ireulx maugracieux & rechinés pource la saige ancienne quant elle
+sentira que son couraige sera enclin a tencer ou se courroucer elle la
+moderera par telle sage distrecion disant a soy mesmes dieu & que as tu
+que demandes tu est ce fait de saige femme d'ainsi se demener ou
+troubler se ces choses te semblent maufaictes / il n'est mye en toy de
+tout amender soies plus en paix ne parle pas si maugracieusement se tu
+te voies comment ta chere est maugracieuse quant tu es en tel despit
+grant orreur en auroies soies plus conversable & plus debonnaire a tes
+gens et ceulx que tu dois chastier reprens les plus courtoisement et te
+garde de tel ire / car c'est chose qui desplaist a dieu & en vault pis
+ton corps & moins en es aymee. Il appartient a avoir pacience. Telles
+choses & semblables doit dire a soy mesmes la saige femme ancienne quant
+les mouvemens d'ire luy viennent avec ce sens doit estre l'ancienne
+femme vestue large et d'abillement honneste. Car a ce propos dit ung
+vray mot machault vieille coincte et jolie est matiere de mocquerie / sa
+contenance de beau port & honnorable. Car en verité quoy que nul die
+c'est beau parement et chose de grant honneur et reverence en une place
+& qui bien y tient son lieu souventesfois que une ancienne personne soit
+homme ou femme quant elle est saige ou de honnorable maniere en toutes
+choses la parolle de ceste saige femme ancienne doit estre toute meue
+par discretion se garde bien que de sa bouche n'isse folles parolles
+deshonnestes / car chose de plus grant derision n'est que sotte parolle
+& mal honneste en vieille gens / pource les doit dire toutes de bon
+exemple Et a venir a ce que nous avons dit devant. C'est assavoir a
+parler du contens et mal accord qui est communement entre vieilles gens
+& jeunes gens la saige ancienne femme doit estre sur ce advisee en telle
+maniere que quant aucun mouvement luy viendra en pensee ou en parolle
+contre jeunes gens pour leurs jeunesses que elles ne puissent pas bien
+soufrir pensee en soy mesmes. Beau sire dieu tu as esté jeune advise
+bien quelles choses tu faisoies en ce temps eusses tu voulu qu'on
+parlast ainsi de toy pourquoy leurs cours tu tant seur advise comment
+sont grans les aguillons de jeunesse tu en dois avoir pitié Car tu es
+passee par ces pas on doit jeunes gens reprendre & tencer voirement de
+leurs follie. Mais non mye pourtant les haïr ne diffamer / car ilz ne
+scevent qu'ilz font & ne congnoissent pource les supporteras benignement
+& chastieras par bonne maniere ceulx & celles qui te touchent & se les
+autres le blasment ou diffament tu les excuseras par pitié advisant
+l'ignorance de jeunesse qui leur toust a avoir plus grant congnoissance.
+Ha dieu advises en toy mesmes que se tu n'as a present en toy les
+mouvemens que jeunesse a ne plus ne te delictes en telz folies par
+vieille qui t'a meuree & refroide tu n'es mye pourtant sans pechié ains
+en as par adventure de plus grans et de plus gros que tu n'avoyes de tel
+aage ou que assés de jeunes gens n'ont & se ces vices la t'ont delaisee
+d'autres plus mauvais t'ont acueillie comme envie couvoitise ire
+impacience gloutonnie par especial de vins en quoy tu fais souvent de
+grans deffaultes. Et toy qui dois estre saige n'a pas puissance de y
+resister par ce que l'inclination de vieillesse tire tempte & admonneste
+& tu veulx que iceulx jeunes soient plus saiges que toy / c'est assavoir
+que ilz resistent aux temptations que jeunesse leur met en couraige et
+facent ce que tu ne peus faire si laisses en paix jeunes gens & plus ne
+murmures contre eulx. Car se bien te regardes assés as affaire de toy
+mesmes. & se les vices de jeunesse t'ont laissee ce n'est mye par ta
+vertu / mais par ce que nature plus ne s'i encline et pour ce te
+semblent ilz si abhominables.
+
+
+
+
+¶ Cy devise comment jeunes femmes se doivent maintenir vers les
+anciennes. chap. .xlvi
+
+
+Si viendrons aux enseignemens qui pevent garder les jeunes gens de
+contendre arguer mesaymer ne despriser les anciens / mais les avoir en
+toute reverence. & leur dirons ainsi. O enfans & entre vous jeunes gens
+qui estes abilles a retenir & aprendre entendés la leçon qui vous peut
+introduire prouffitablement en meurs & coustumes qui a tenir vous
+affierent vers les treshonnorables estatz des anciens. Laquelle leçon
+vous peut introduire en cinq principaulx pointz. dont le premier point
+appartient a la reverence que porter leur devés. Le deuxiesme a
+l'obeissance. Le troisiesme a la crainte Le quatriesme en l'aide &
+reconfort. Et le cinquiesme a adviser le bien qu'ilz vous font & que par
+eulx. dont quant au premier point qui est de la reverence que par
+droicte ordonnance leur devés est escript que il fut ung roy en grece
+que on nommoit figurgus / qui maintes belles lois trouva & entre les
+autres en establit une telle que les jeunes gens portassent tresgrant
+honneur & reverence aux anciens. Si advint une fois que celluy roy ou
+autre sien successeur avoit envoyé ses ambassadeurs en une autre contree
+avec lesquelz estoient alés pour les garder servir & acompaigner de
+nobles gens du païs Advint que quant temps fut de faire leur legation la
+presse estoit moult grande ou lieu ou assis estoient / car la fut
+assemblee la gent pour ouÿr ce que dire vouloyent si estoient les places
+toutes prinses. Si y vint ung ancien homme pour ouÿr comme les aucies &
+ala traçant tout a l'environ pour trouver a se seoir & nul de sa nation
+trouva si courtois qui point de lieu luy presentast mais quant il vint a
+l'endroit ou seoient les jeunes estrangiers dessusditz tantost selon les
+lois de leur païs se leverent & firent reverence & place au vieillart.
+laquelle chose fut tresgrandement notee & prisee de tous. Et ceste
+mesmes maniere tenoient semblablement les rommains au temps qui se
+gouvernoyent par souveraines ordonnances. Et pourtant entre vous enfans
+& jeunes gens cest exemple par enseignement vous soit doctrine / car
+sachiés que droit & raison veult que honneur leur soit portee & mesmes
+la saincte escripture le tesmoigne & soyés certains que en ce faisant
+vostre tresgrant los y sera. Car l'honneur n'est mye a celluy a qui on
+le fait. Et s'il est ainsi que honneur leur devés il s'ensuyt que
+souverainement vous devés garder de les mocquer ne dire ou faire
+derisions injures oultrages ne vilennies quelconques desplaisir ne
+arguer a ceulx sicomme font aucuns mauvais enfans qui trop en sont a
+reprendre / qui les appellent vieillars ou vieilles / mais c'est ung bel
+reproche a qui bien le gouverne. Le deuxiesme point qui est comment leur
+devés obeir touche comment devés croire certainement que ilz sont plus
+saiges que vous si appartient que vous vous tenés a leurs oppinions plus
+que aux vostres / c'est a entendre des anciens saiges que usiés de leur
+conseil & de vos plus grans fais ordonnés & riglés par eulx et par ainsi
+ne pourrés estre aprins. Le quatreiesme point est que tous ne soient ilz
+pas fors de corps pour vous batre / et que ja n'ayés celle doubte si les
+devés vous craindre sicomme s'ilz fussent tous vos peres & vos meres. La
+raison est pource qu'ilz ont avecques eulx en leurs sens Et sçavoir le
+baston de correction qui vous appartient pource vous affiert redoubter
+leur presence / c'est assavoir vous garder de mesprendre la ou ilz sont:
+car tost l'apercevroient Le quatriesme est que vous leurs devez ayder &
+reconforter de la force de vostre corps & aussi de voz biens piteusement
+en leurs maladies & foiblesses a ceulx qui besoing en ont par humaine
+compassion pensant que semblablement devendrés impotens & foibles se
+vous tant vivés si vouldriés bien adonc que on vous reconfortast & aussi
+pour la tresgrande charité & aulmosne que c'est envers dieu / car plus
+grant enfermeté n'est que vieillesse. Item le cinquiesme point qui est
+du bien que par eulx recevés lequel plus vous doit esmouvoir a les
+suporter & avoir compassion d'eulx est que ce sont mesmement les loys
+par ce estes enseignés & riglés en ordre de droit si ne pourriés jamais
+rendre ces grans benefices & qui aussi soustiennent tous les jours en
+toutes terres païs & royaulmes les belles rigles & ordonnances du monde.
+car non obstant la grant force des jeunes se ne fussent les saiges
+anciens le monde yroit a confusion / & ce mesme tesmoigne la saincte
+escripture qui dit mal pour la terre dont le roy ou seigneur est enfant
+c'est a dire jeune de meurs et aussi & par ces rigles entre vous jeunes
+vous devez ordonner & maintenir vers les anciens affin que le bien de
+vous & de vostre renommee mesme en croisse. Car moult est grant
+auctorité la bonne renommee qui est recitee par la bouche de saige
+ancienne personne de la relation d'autruy & y adjouste l'en grant foy
+parquoy se les jeunes qui la desirent estoyent bien advisés ilz
+devroyent mettre trop grant peine d'estre en leur grace par bonnes meurs
+affin que d'eulx ilz fussent loués. Si touche cest admonnestement que
+dit avons en ce pas tant les jeunes hommes comme les jeunes femmes. Mais
+pour descendre a nostre propos a l'enseignement des femmes pource que
+les sens et les biens dessusdictz sont es anciennes / c'est assavoir en
+ceulx & celles qui sont honnorables & saiges car nostre entente n'est
+mye d'aucuns maleureux vieillars ou vieilles endurcis en leurs pechés &
+vices ou n'a quelconques sens ne bonté & ceulx sont a fuyr plus que
+chose nee / mais de bonnes & honnestes se doibt voulentiers accointer
+toute jeune femme qui desire honneur aller a festes ou a quelconque lieu
+que ce soit voulentiers en leur compaignie plus que avec les jeunes /
+car plus en sera louee & plus seurement yra & se aulcune chose venoit en
+l'assemblee mal apoint ja le diffame ou blasme ne sera sur telle qui en
+honnorable compaignie d'ancienne femme bien nommee sera. Si doibt si que
+dit est la jeune femme servir & honnorer & porter grant reverence a
+l'ancienne & suporter d'elle posons qu'elle feust aucunement male ou
+dangereuse recevoir en gré sa correction ne luy respondre point
+maulgracieusement mais se taire ou parler courtoisement l'apaisier par
+bel se elle peut & se garder de faire les choses qu'elle scet qui la
+peut mouvoir a ire & de ce faire sera tres louee. Et par ces voyes tenir
+de vieilles gens aux jeunes gens & de jeunes aux vieulx pourra estre
+gardee & maintenue[**u/n entre eulx qui souventesfois sont en grans
+desaccors.
+
+
+
+
+¶ Cy devise des femmes des mestiers comment gouverner se doivent. Chap.
+.xlvii.
+
+
+Or nous convient parler de l'ordre de vivre des femmes mariees aux
+hommes des mestiers qui demeurent es cités & bonnes villes sicomme a la
+ville de paris & autre part non obstant que tout le bien que devant est
+dit pevent prendre en leur usaige se il leur plaist. mais non pourtant
+que les mestriers soyent plus honnestes les ungs que les aultres sicomme
+orfevre brodeur armurier tapissier & autres plusieurs que ne sont maçons
+cordonniers & telz semblables a toutes appartient que elles soyent
+tressoigneuses & dilligentes se chevances veullent avoir par honneur de
+solliciter leurs maris ou leurs ouvriers de eulx prendre matin a la
+besongne & tard laisser / car sans faille il n'est nul si bon mestier
+que qui n'y met dilligences a peines peut on aller de pain a autre. Et
+avec ce que tel femme doibt solliciter les aultres a ellemesmes
+appartient mettre les mains a la paste tant faire que elle se congnoisse
+en l'ouvrage affin que elle saiche deviser a ses ouvriés se le mary n'y
+est reprendre s'ilz ne font pas bien doibt estre dessus pour les garder
+d'oiseuseté car par ouvriers mausongneux est aucunesfois desert le
+maistre & quant marchés viennent a son mary de faire aucun ouvraige
+aucunement dangereux & non acoustumé elle le doibt admonnester par bel
+que il garde bien que il n'en prengne marché ou il puist perdre & luy
+conseille que le moins qu'il puisse face de creances s'il ne scet bien
+ou & a qui / car par ce plusieurs viennent a povreté quoy que
+aucunesfois la couvoitise de plus gaigner ou de la grant offre que on
+leur fait / leur face faire. Avec ce doibt tenir son mary en amour le
+plus qu'elle peut a celle fin que plus voulentiers se treuve a l'hostel
+& que il n'ayt cause de suyvre les sottes compaignies d'aultres jeunes
+hommes en tavernes & autres superflus & oultrageuses despenses si que
+assez de gens de mestier & par especial a paris font desquelles par
+doulcement traicter le doibt garder le plus que elle peut. Car on dit
+que trois choses chassent l'homme de son hostel femme rioteuse cheminee
+qui tient fumee & maison ou il pleut. Avec ce elle se doit tenir
+voulentiers a l'hostel non mye allant tous les jours trotant ça & la
+voisinant pour sçavoir que chascun fait ne visitant souvent commeres /
+car c'est faict de maulvaises mesnagieres si ne luy sont bien seans tant
+de compaignies faire par ville ne troter a pelerinages trouvés sans
+besoing qui ne sont toutes fors despences sans necessité. Avec ce doit
+admonnester son mary que ilz vivent si sobrement que la despence ne
+passe la gaigne si que au bout de l'an se treuvent en debtes se elle a
+enfans leur face aprendre premierement a l'escolle affin qu'ilz puissent
+& sachent mieulx servir dieu aprés soyent mis a aulcun mestier par quoy
+leur vie puissent avoir. Car grant avoir donne a son enfant qui luy
+donne science marchandise ou mestier & les garder de mignotises & de
+friandises sur toutes riens. car en verité c'est une chose qui moult
+honnist les enfans de bonnes villes qui est grant peché a peres & a
+meres lesquelz doibvent estre cause du bien & des bonnes meurs de leurs
+enfans & ilz sont aucunesfois achoison par les friandises en quoy ilz
+les nourrissent & les grans mignotises que ilz leur font de leur mal &
+perdicion.
+
+
+
+
+¶ Cy devise des femmes servantes & chamberieres. chap. .xlviii.
+
+
+Affin que tout se sente de nostre admonnestement en bien vivre parlerons
+mesmement aux femmes servantes & chamberieres de paris & d'aultre part &
+pource que en plusieurs lieux la necessité de gaigner leur vie & assez
+en est il par ce que elles ont esté mises bien jeunes a servir
+l'occupation du service mondain leur a par adventure empeschié de
+sçavoir si largement des choses qui appartiennent a sauvement comme
+autres font & aussi a servir dieu en oyant messes sermons et disans
+patenostres & oraisons dont peut estre desplaisir a auculnes bonnes mais
+besoing de servir ne leur seuffre nous semble bon parler ung petit de la
+maniere en fait oeuvre ou pensee qui pour leur sauvement a tenir leur
+est prouffitable & aussi de ce qu'elles doibvent eschever. Si doit
+sçavoir toute femme servante qu'elle faict a excuser de toutes choses
+mesmement vers dieu se elle ne les fait que sa maistresse ou autre femme
+aisee n'en sera pas excusee / c'est assavoir que se elle est en service
+par necessité de son vivre & il convient que pour son service mieulx
+acomplir tire grant peine lieve matin & couche tard disne & souppe aprés
+les autres & mal a son loysir / mais aille mengeant ça & la tousjours en
+servant & par adventure non mye bien largement aura sa substentation /
+mais assez escharcement & ric a ric se telle femme ne jeusnes mesmes
+tous les jours commandés de l'eglise elle en faict vers dieu a excuser
+voire se elle sent que sans grever son corps lequel par adventure
+deffauldroit si qu'elle ne pourroit gaigner sa vie ne le peut faire non
+mye que elle brise son jeune par gloutonnie & par folle presumption
+disant je suis servante je ne doy mye jeusner. Et pource discretion &
+bonne conscience doivent faire la difference & en estre juges Car il est
+des chamberieres plus aises de toutes choses que assez de mesnagiers est
+il qui jeusnent ou font abstinences pour l'amour de dieu si ne le disons
+mye pour icelles. Et semblablement disons d'aller en l'eglise & estre en
+oraisons. que doit faire la bonne servante qui veult deservir estre
+sauvee certainement elle doit avoir que dieu qui tant congnoist voit ne
+demande que le bon cueur vers luy ne fauldra a bien ouvrer et pour celle
+qui tel aura & se sauvera en tel maniere que elle se gardera de tous
+lais & mauvais pechés portera loyaulté en faict & en dict a maistre & a
+maistresse et songneusement les servira et mesmes en faisant la la
+besongne pourra dire ses patenostres & ses devotions & se elle peut
+estre de fait au moustier le cueur y sera par bonne voulenté &
+toutesfoys n'est mye a croyre que nulle ou pou soit occupee que s'elle
+veult prendre la peine de lever matin qu'elle ne puisse bien avoir
+espace d'oÿr une messe le plus des jours se recommander a dieu puis s'en
+retourner faire sa besongne & telle voye tenir avec les autres biens que
+bonne servante peut faire sans faille les conduyront a sauvement. Mais
+tenir la maniere que aucunes gouliardes & mauvaises font est chemin
+dampnable. Et pour les reprendre de leurs mauvaisties & follies en
+dirons il est aucunes faulces gloutes chamberieres que par ce qu'elles
+scevent assez du bas vouler et bien servir pour mieulx flater es grans
+hostelz des bourgois & riches gens on leur baille grant gouvernement
+pource qu'elles scevent bien faire les bonnes mesnagieres si ont office
+d'acheter la viande et aller a la chair ou trop bien batent le cabas qui
+est mot communement dit qui est a entendre faire acroire que la chose
+couste plus que elle ne fait & retenir l'argent / si font entendant que
+le quartier de mouton leur couste quatre soulz que elles ont pour dix
+blans ou moins & ainsi des autres choses si pevent par celle voye faire
+aval l'annee grant dommaiges / et plus font telz jours est / car elles
+apportent a part ung morcellet de friandise si font faire ung pasté et
+sur la taille de leur maistre le content au four. Et puis quant leur
+maistre est au palais ou en la ville & leur maistresse a l'eglise a la
+grant messe la desjeunerie est faicte en la cuisine a bon gaudeamus et
+n'est pas sans bien boire et du meilleur et la viennent les autres
+chamberieres de la rue qui sont du flot des chamberieres et autres
+commeres & dieu scet comme la se fourrent et aucune porte le pasté en la
+chambre que elle a en la ville. et la vient le gentil gallant et ainsi
+se rigollent / s'il y a femmes qui repairent en l'ostel qui aident a
+faire les lessives & a escurer les potz celles sont de la cordelle de la
+chamberiere / car elles font la besongne de l'hostel tandis que icelle
+va jouer affin que le maistre & la maistresse treuvent tout prest quant
+ilz vendront si les envoye bien a heure / mais dieu scet comment boudees
+de vin & de viandes si leur servent d'ung autre office. car aucunesfois
+quant on fait la lessive a l'hostel & la maistresse qui en sera bien
+embesongnee cuidera que sa chamberiere soit a la riviere pour laver la
+lessive & elle est aux estuves paix & aise / et a ses femmes qui luy
+font sa besongne / mais ne les paye pas du sien / si a ses cousins & ses
+comperes qui la viennent demander a l'hostel & veoir aucunesfois & dieu
+scet que les cousinages & les chalandises de maintes commeres qu'elles a
+en la ville coustent a l'ostel maintes bouteillees de vin / mais s'il
+advient quel tel femme serve en lieu ou il y ait jeune maistresse
+nouvelle mariee / et ung pou nicette elle est bien arrivee. Car bien se
+sçaura pener de flater le maistre & de parler a luy bien en preude femme
+& dire fy de flatars / affin que se fie bien a elle de sa femme & de
+tout / mais ne fault pas a luy tirer bien les vers du nés / car d'autre
+coste raflatera la jeune fille / si que par celle maniere les tendra
+tous deux qu'ilz ne croiront a autre dieu & adonc vin & viande chandelle
+pain lart sel & toute despence d'ostel sera bien gouverné & se le
+maistre dit aucunesfois que les garnisons y faillent trop tost
+incontinent aura sa responce preste disant que c'est pource qui faict de
+grans disners & semont tant les gens de boire / mais s'il advient que
+aucun galant luy promette ou donne chapperon ou robe pour faire ung
+message a sa maistresse se elle ne le fait de bonne maniere que elle
+soit arse de telles gloutes chambrieres est il aucunesfois si est moult
+grant peril en ung hostel. Car par le beau service que elles scevent
+faire leurs flateries bien appareiller & beau respondre aveuglent
+tellement les gens que on ne se prent garde de leurs mauvaisties / car
+elle se meslent de devotion parmy pour mieulx tout couvrir & vont au
+monstier a tout patenostres & la est le peril. Si vous en prenés garde
+entre vous qui estes servis que ne soyés deceus. Et a vous qui servés le
+disons affin que abhomination aiés de telz choses faire. Car sans faille
+celles qui le font se damnent & desservent mort d'ame & de corps / car
+de telles sont arses ou vives enfouyes qui tant ne l'ont desservy.
+
+
+
+
+¶ Cy parle a l'enseignement des femmes de folle vie. Chapitre .xlix.
+
+
+Tout ainsi comme le soleil luyst sur les bons & sur les mauvais n'aurons
+point de honte d'espandre nostre doctrine mesmes sur les femmes qui sont
+folles legeres & desordonnees vie quoy qu'il ne soit riens plus
+abhominable & ce ne devons mye avoir pensant que la digne personne de
+jesucrist n'eut pas orreur de leur tenir resne en les convertissant
+donques pour charité & intention de bien & affin que aucunes d'elles
+puist se l'aventure si a donné que elle l'oye recueillir & retenir de
+noz enseignemens quelque chose qui puisse estre cause de la retraire de
+vie folle. Car plus grant aumosne ne peut estre faicte que de retraire
+le pecheur de mal & de peché dirons ainsi ouvrés les yeulx de
+congnoissance entre vous miserables femmes donnees a peché tant
+deshonnestement retrahés vous tandis que la lumiere du jour avés & ains
+que la nue vous surprengne / c'est a dire tandis que vie au corps vous
+dure que mort ne vous assaille & prengne em peché qui vous conduise en
+enfer. Car nul ne scet l'eure de la fin avisés la grant ordure de vostre
+maniere de vivre tant abhominable que avec ce que vous estes en l'ire de
+dieu le monde vous desprise que toute personne honneste vous fuyt comme
+chose excommuniee & en rue destourne sa veue que ne vous voye. Et
+pourquoy dure en vous tant ville couraige que on parle de telle
+abhominacion vous tenez plungiees comment peut estre ramenee a tel vice
+femme qui de sa nature & condition est honneste simple & honteuse
+qu'elle puisse endurer tant de deshonnesteté vivre boire & menger entre
+hommes plus vilz que pourceaulx ne d'autre gens n'avez congnissance qui
+vous batent traisnent & menassent & desquelz estes tous les jours en
+peril d'estre occises. Helas pourquoy est simplesse & honnesteté de
+femme ramenee en vous a telle paillardise. A pour dieu femmes qui portés
+le nom de crestienté & qui le convertisés en si vil office levez sus
+vous sourdés de la boue tant abhominable & ne vueillés plus souffrir voz
+povres ames chargees des ordures commises par les villains corps. Car
+dieu tout piteux est apareillé vous recevoir a mercy se repentir vous
+voulez & criés mercy par grant contriction. Si prenez exemple a la
+benoiste marie egiptienne qui de folle vie se repentit & a dieu se
+convertit qui est glorieuse saincte en paradis. Semblablement la
+benoiste saincte affre qui offrit son corps dequoy elle avoit pechié a
+martirer pour honneur de nostre seigneur & autres pareillement qui ont
+esté sauvees Et se aucunes de vous se vouloit excuser disant que ce
+feroit elle volentiers / mais trois raisons l'en destournent. L'une
+pource que les deshonnestes hommes qui la hantent ne luy souffreroyent.
+L'autre que le monde qui l'a en abhomination la debouteroit & chasseroit
+de tous lez & pource puis qu'elle est tant a honte jamais ne se oseroit
+veoir entre gens. La tierce que elle n'airoit dequoy vivre car elle ne
+scet nul mestier Si dirons que ces raisons riens ne vallent Car remede
+peut avoir en toutes Le premier est tel savoir doivent qu'il n'est point
+de doubte que femme n'est tant commune ne acointe de plusieurs que se
+elle veult bien a certes se disposer a retraire de pechié quoy que
+advenir luy en doye crier mercys a dieu par repentance & se tirer devers
+luy par ferme propos de jamais n'y renchoir il la gardera bien de tous
+ceulx qui l'en vouldroient destourber / mais que elles mesmes s'en
+vueille garder en fait & maintien laisse tantost son tresdehonneste
+habit & se veste & affuble de robe large & honneste & fuye les repaires
+que hanter souloit se traye vers le monstier & l'eglise en devotes
+oraisons suyve les sermons devottement & en grant repentance &
+contricion se confesse a saige confesseur. Et a tous ceulx qui
+l'admonnesteront de pechié respondre plainement que plus tost offreroit
+son corps a martire que elle le souffrist. Car dieu luy a donné grace de
+soy repentir & retraire si ne luy adviendra jour de sa vie pour mourir.
+Et par celle voye tenir n'est point de doubte apellant dieu a son aide
+qu'i n'y aura si grant goliard donc elle bien ne se delivre & se ores
+aucun trouvoit si mauvais qu'elle ne peust resister tantost contast son
+fait a justice qui pitié en auroit & y seroit pourveu. A l'autre raison
+qui est que le monde la despiteroit ne doit avoir telle oppinion ne
+pource laisser. Car le vray est tout au contraire & ne face nulle doubte
+que toutes les creatures qui la verront ainsi convertie & honteuse de
+son peché & folle vie en auroient tresgrant pitié l'appelleroient vers
+eulx luy diroient bonnes parolles & luy donroient occasion de perseverer
+& bien faire & pourroit estre veue & si bonne & si honneste vie tant
+devote doulce & humble que la ou elle souloit estre deboutee de chascun
+seroit apellee de toutes bonnes gens & cher tenue & ainsi par bien faire
+& la grace de dieu auroit recouvré honneur pour honte. Et pour quoy ne
+seroit. Car quant dieu luy auroit pardonné & prinse en grace ne seroit
+pas raison que le monde la boutast Helas sans faille toute femme ainsi
+donnee a honte & peschié deveroit bien desirer estre remise en cestuy
+estat laquelle chose seroit se disposer se vouloit / la tierce raison
+qui est qu'elle n'auroit dequoy vivre ne vault. Car se elle a corps fort
+& puissant pour mal faire & pour souffrir maintes batures & assez de
+mescheances elle l'auroit bien a gaigner sa vie / mais que ainsi fust
+disposee comme nous disons / car chascun la prendroit voulentiers a
+aider a faire les lessives en ces grans hostelz si en auroient pitié &
+voulentiers luy donneroient a gaigner / mais que bien gardast que on ne
+veist en elle ordure ne mauvaistie en nul endroit filleroit garderoit
+des accouchees & des malades demoureroit en une petite chambre en bonne
+rue & entre bonnes gens la vivroit simplement & sobrement si que on la
+veist nulle fois yvre ne malle ne tenceresse ne grande quaqueteresse &
+gardast bien que de sa bouche n'issist quelconques parolles de lubreté
+ne de deshonnesteté / mais tousjours courtoise humble & doulce & de bon
+service a toutes bonnes gens & bien se gardast que homme n'attraist. Car
+elle perdroit tout Et par ceste voye pourroit servir dieu & gaigner sa
+vie si luy feroit plus de bien ung denier que cent receus en pechié.
+
+
+
+
+¶ Cy parle en louant les femmes honnestes & chastes. Chap. .l.
+
+
+Tout ainsi comme le blanc du noir se differe et que contre l'ung l'autre
+mieulx est apperceue la difference nous plaist pour donner plus grant
+veue aux femmes chastes & honnestes parler a elles en les louant non mye
+pour les orgueillir / mais affin que perseverance de bien faire leur
+soit plaisir et que toutes femmes desirent estre de ce renc si en dirons
+aprés ce que nous avons parlé aux povres pecheresses. car tout ainsi
+comme a icelles deffaillans se pevent par grace de dieu relever
+convertir les bonnes par temptation d'ennemy & fragilité pervertir &
+estre peries & dampnees. Car point n'est congneue la constance du bon
+pelerin jusques a ce qu'il ayt acomply le terme de son voyage. Et pource
+considere la povre fragilité humaine tost encline a trebuscher nul ne
+doit presumer de soy que il soit plus fort que fut saint pierre ne que
+david salomon & aultres de grant sçavoir qui trebucherent en peché. Si
+dirons ainsi a vous femmes honnestes de chaste vie. Salut par dilection
+amys cheres le plaisir que nous prenons a la lueur de chasteté nous
+desduit a vous escripre tant les proprietés d'icelle noble fleur comme
+les louenges qui luy sont donnees a celle fin que tout ainsi que quant
+on loue le bon ouvrier par le bon ouvraige de plus en plus il se delicte
+a bien ouvrer faciés semblablement. Et quoy que assez suffise descripre
+toutes ses proprietés seroit fort neantmoins aulcunes belles & bonnes
+voulons en brief ramentevoir. Chasteté a telle proprieté qu'elle rend la
+personne en qui elle est & demeure agreable devant dieu sans laquelle
+nul n'y pourroit plaire. Et il y pert par ce que recite sainct ambroise
+quant il dit que de creature humaine fait devenir ange. Et celle mesmes
+sentence accorde saint bernard ainsi disant que plus belle chose fait il
+peut estre que chasteté qui de creature humaine conceue d'orde matiere &
+semence & en peché peut faire ung tresnet & plaisant habitacle a dieu.
+Chasteté dit il est la seulle vertu qui mesmes en ce monde mortel
+represente l'immortalité de lassus / c'est assavoir que les creatures
+qui l'ont en eulx se pevent comparer aux saintz esperitz du ciel si sont
+infinies les proprietés & louenges que la saincte escripture recorde de
+ceste vertu celeste. Et avec ce que elle est tant tesmoignee estre
+haulte devant dieu l'experience nous demonstre semblablement au monde &
+a la louenge exaulcee / car il ne sçaura estre creature remplye de tant
+de defaulx que s'il est renom que elle soit chaste que on ne l'ait en
+reverence & se elle est renommee du contraire d'aucune personne quelque
+bien qu'elle face que on ne s'en mocque en derriere & que moins n'en
+soit prisee. Si vous y vueillés doncques delicter de plus en plus entre
+vous preudes femmes / non mye par faintise montrer par signes & parolles
+que le soyés & que couvertement ait en vous le contraire. Car dieu a qui
+riens n'est mucé le sçauroit bien qui vous en pugniroit / mais en realle
+verité soit telle vostre conscience par droit effect. Et ne faictes
+comme aucunes folles qui cuident par parler des aultres mucier leurs
+follies ou faire acroire que moult sont preudes femmes & que tel fait
+ont en abhomination / mais telle maniere fait a despriser. car quelque
+bonne que une femme soit de tant comme elle est bonne luy appartient
+plus se taire en tel cas pource que elle doit penser que les autres
+pareillement le sont. Car n'est point signe que elle soit quant tant
+treuve sur les autres a dire. Car en ce cas luy affiert prendre son
+cueur a autruy. Si ne vous devés doncques orgueillir pour vostre
+chasteté suppeditant ne mocquant les autres posons que sceussiés de vray
+leurs vices n'en parler en mal pour vous aloser & monstrer que mieulx
+vaillés pour deux principaulx raisons. L'une car vous ne sçavés qui vous
+est a advenir ne comment temptees serés Car dit le proverbe commun.
+quant la brebis est vieille si l'emporte aucunesfois le loup L'autre que
+si vous n'avez celuy peché vous en avés peut estre d'autres pires envers
+dieu si que en ce livre est aucunesfois touché / quoy qu'ilz ne soyent
+mye par adventure si deshonnestes au monde. Si devez avoir pitié des
+deffaillantes prier pour elles leur donner occasion d'elles retraire &
+louer dieu de ce que de tel mal vous a gardés luy prier qu'il vous doint
+perseverance / fuir les occasions qui vous pourroient faire encliner a
+pechié vous tenir humbles vers dieu & ne vous fier en vous mesmes / mais
+tousjours estre craintives & ainsi & par ceste voye tenir pourrés
+conduyre vostre charroy jusques a fin & terme de gloire / laquelle dieu
+vous ottroit.
+
+
+
+
+¶ Cy dit des femmes des laboureux. chap. li.
+
+
+Or nous convient tirer vers la fin de nostre procés dont il est temps
+desormais parlant aux simples femmes de labour es villages auquelles
+n'est mestier deffendre les grans paremens ne oultrageux habitz. Car de
+ce sont bien gardees & non pourtant quoy que elles soyent nourries
+communement de pain bis de lart de potage & de eaue abuvrees & que assés
+de peine trayent est leur vie plus seure & en plusgrant souffisance que
+de telles sont bien hault assises. Et pource que toute creature de
+quelque estat qu'elle soit a mestier d'introduction & bien vivre nous
+plaist que elles soyent participans en nos leçons si leur dirons ainsi
+entendés simplettes femmes qui demourés es villaiges es platz païs ou es
+montaignes qui ne povez mye souvent ouÿr ce que l'eglise admoneste a
+toute creature pour son sauvement si n'est par vos curés ou chapelains
+au dimenche au prosne en brief sicomme dire le scevent retenés nostre
+leçon a vous adrecee s'il est ainsi que aller puisse jusques a vos
+oreilles affin que ignorance qui vous peut decevoir par faulte de plus
+sçavoir ne vous destourner de sauvement. Si devés sçavoir tout
+premierement qu'il est ung seul dieu tout puissant tout bon tout juste &
+tout saige a qui nulles choses sont celees qui rend guerdon a toute
+personne ou de bien ou de mal selon ce qu'il a deservy celuy seul doit
+estre parfaictement aimé & servy. mais pource qu'il est tant bon qu'il a
+aggreable tout service que bon cueur luy presente & tant saige qu'il
+scet la possibilite des gens luy suffit que chascun face vers luy selon
+sa possibilité & souffist mais que le cueur y soit. Et pource entre vous
+de qui il est necessité que le monde soit secouru au labour qui est pour
+la sustentacion vie & nourrissement de toute creature humaine parquoy ne
+povés tant vacquer ne entendre a le servir en faisant jeusnes disans
+oraisons ne aller a l'eglise comme autres femmes de bonnes villes &
+toutesvoyes avés aussi bien besoing de sauvement que autres ont comment
+doncques qui les servés par autre voye sicomme nous vous dirons / c'est
+assavoir en cueur & en voulenté en faitz en dis et en pensee. C'est
+assavoir en tant que vous l'aimez de tout vostre cueur vous garderés de
+faire a vos voisines ou autres gens ne que vouldriés qu'ilz vous
+feissent & que de ce admonnestés bien vos marys / c'est assavoir quant
+ilz labourent terres pour autruy qu'ilz le facent bien & loyaulment
+comme pour eulx feroient & se c'est a moisson payent leur maistre du
+froment qui aura creu en la terre si tel est le marchié & non mye mesler
+seigle avec & faire entendant que autre n'a rendu / ne mucent pas les
+bonnes brebis ne les meilleurs moutons ches les voisins ou autre part
+pour payer le maistre quant vient au partaige des pires ne face acroire
+que mortes sont par luy / luy monstrer les peaux d'autres bestes ne le
+payent des pires toisons des laines / ne mauvais compte ne luy rendent
+de ses voitures ne de ses choses ou de sa volaille. & ne voisent coupper
+en aultruy bois sans congié pour lever leurs maisons / & quant vignes
+prennent a faire soyent diligent de les faire de toutes façons & en
+bonne saison. Et quant ilz seront commis pour leurs maistres de prendre
+des autres ouvriers s'ilz les louent six blans le jour ne face mye
+acroire que sept coustent et ainsi de toutes telles choses les bonnes
+femmes doivent adviser leurs marys qu'ilz s'en gardent / car ilz se
+damneroyent & par bien faire & loyaulment leur labeur prennent en gré
+leur vie sans faille ilz se sauvent & est vie bonne & aggreable a dieu &
+elles mesmes leur doivent aider en ce que elles pevent & bien garder
+qu'elles ne voisent ne seuffrent aller leurs enfans rompant hayes pour
+en autruy courtilz embler les raisins par nuyt ou par jour / ne autruy
+fruitaiges / ne quelconques courtillaiges ne autres choses / ne leurs
+bestes ne mettent paistre en gaignages ne au prés de leurs voisins ne
+quelconques chose ne tollent autruy ne qu'elles vouldroient que on leur
+tollist. voisent a l'eglise le plus qu'elles pourront & payent a dieu
+loyaulment leurs dismes & non mye des pires choses & dient des
+patenostres paisibles soient avec les voisins sans leur faire dommage en
+plait pour pou de chose. Si que assés de villages font que ja ne seront
+aises se ilz ne plaident croyent bien en dieu & ayent pitié de ceulx a
+qui verront mal avoir & par ces voyes tenir si pourront les bonnes gens
+sauver tant hommes comme femmes.
+
+
+
+
+¶ Cy parle a l'estat des povres. chap. .lii.
+
+
+Si que nous commençasmes aux riches & aprés ce que parlé avons a tous
+les communs estas des femmes nous convient terminer nostre euvre aux
+estas de dieu aymés & du monde haïs / des povres tant de hommes comme de
+femmes en les ennortant de pacience par l'esperance de la couronne qui
+leur est promise en disant. O beneurez povres par la sentence de dieu
+recordee en l'evangille attendans la possession du ciel par le merite de
+povreté paciemment portee resjoyssés vous en ceste haulte promesse de la
+joye qui toutes passe & a qui autre n'est comparee & n'est pas promise
+aux Roys ne aux princes ne aux riches s'ilz ne sont de vostre regne en
+esperit c'est povre de voulenté si que ilz desprisent les richesses &
+boubans du monde ne point ne les assavourent. amys treschiers de dieu
+aymés plaise vous a retenir nostre admonition se jusques a vostre
+congnossance peult aller par quoy elle vous ramentoive ce qui vous peut
+aider contre les aguillons d'impacience quant ilz vous poignent de
+divers & tresgrans laises que vous portés. C'est assavoir souventesfois
+fain & soif froit maulvais logis impotence vieillesse sans amys maladie
+sans resconfort & avec ce le despris villennie & deboutemens du monde
+sicomme a peu si vous estiés une autre espece de gent & non mye
+crestiens. Adonc quant la pointure d'icelle impacience vous assault
+affin que par elle ne perdés pas lesditz tresgrans tresors qui promis
+vous sont vienne dame esperance aymee de patience atout l'escu de foy
+qui fort se combatent contre elle si qu'elle la desconfisse & que la
+victoire en soit vostre & l'envaïse fort par telz cinq dars Le premier
+qu'elle luy gettera sera tel O povre pecheur ou pecheresse que as tu qui
+te complains povreté est il homme au monde qui ne se tenist pour bien
+payé d'estre vestu des robbes du roy & de sa livree. He mon createur
+tout puissant roy sur tous roys / & moy ta povre creature qui suis
+vestue de tes robes en ame & en corps n'ay pas souffisance en ame entant
+que tu l'as faicte a ton ymage / en corps que j'ay chair humaine si que
+tu veulx avoir & vestu de povreté laquelle robbe tu veulx avoir toute la
+vie. Et bien monstras que tu auctorisoyes l'estat de ceste prophecion de
+povreté plus que nul aultre quant pour toymesmes l'esleuz or pert il
+bien que tes jugemens ne sont pas pareilz a ceulx des hommes. Car qui
+fut oncques en ce monde plus povre que toy quant il te pleut naistre en
+une povre estable comme en lieu destourné entre bestes mues en temps
+d'yver enveloppé en povres drapelletz & toute ta vie user en telle
+povreté que oncques n'euz riens propre fortz ce qu'on te donnoit pour
+aulmosne souffris maintesfoys fain soif & toutes mesaises vous mourir
+tourmenter tout nud & si povre que tu n'avois pas ung povre oreiller a
+reposer ton digne chief / helas moy miserable creature me dois je
+plaindre d'estre de ton convent. Beau sire dieu je te rens graces quant
+tant me daignes honnorer que j'en soye Car tu veulx que par la fain
+transitoire que a present je seuffre & endure je soye rassise la sus a
+ta saincte table a tousjours s'il me plaist & le vueil tresdoulx sire
+que ta saincte voulenté soit faicte. Le deuxiesme dard que elle gettera
+sera tel. Et si tu es ores malade & pou reconfortee dieu le veult /
+affin que par la pacience que tu y peulx prendre ton merite soit de tant
+plus grant. Le troiziesme dard est / se tu es vieil & n'as nulz amys que
+te chault / iceulx amys que te feroyent ilz. Certes ta vieillesse ne te
+osteroient ilz pas / ne ilz ne te accroisteroyent pas ton merite / & de
+tant que tu es plus vieil c'est mieulx pour toy. Car tant es tu plus
+pres d'aller au terme de ton voyage & vers ton dieu qui par sa saincte
+misericorde se tu es patient te remettra en force & en jeunesse de toute
+gloire & felicité. Le quatriesme dard est / se tu gis maintenant sur ung
+pou de fiens qui ung petit de temps t'a a durer ou en ung pouvre &
+mesaise logis ou tu n'as dequoy te aysier / quel mechief est ce pour toy
+advisant le benoist logis de paradis sur tous beau & dectable ou tu ne
+peulx faillir se a toy ne tient. Le cinquiesme dard est. se le monde te
+desprise ou deboute tu es bien blecé mais pour dieu or advises que
+vallent aux roys aux grans & aux riches trespassés les honneurs que en
+leurs vies on leur faisoit au siecle. Helas n'est pas doubte que cause
+ont esté de dampner mainte a qui mieulx vaulsist avoir esté de ton
+estat. Ainsi & par ces dartz entre vous povres & indigens vous povez
+vaincre & mater les assaulx de impacience qui ne sont pas petis quant
+ilz viennent par grant oppression de necessité par prendre en gré vostre
+povreté avoir fiance en dieu ne couvoiter autre chose fors ce qui luy
+plaist. Et par ceste voye povez acquerir plus noble possession / & plus
+de richesses que cent mille mondes ne pourroient contenir & a tousjours
+durer. Si avez cause a tout regarder si bien ne voulez user de louer
+dieu de l'estat ou il vous a appellés quoy qu'il soit dur a porter. Et
+entre vous bonnes & povres femmes qui voz povres maris avez les devez
+par ces poins reconforter & eulx aussi vous servir l'ung l'autre le
+mieulx que vous pourrés. Les povres veufves aussi se reconforter en dieu
+en attendant la joye qui n'a fin laquelle dieu vous octroye. Et a celluy
+mesmes te recommandons christine amye chiere. Et de nostre oeuvre ainsi
+nous departons
+
+
+
+
+¶ La fin & conclusion d'icelluy livre.
+
+
+
+
+¶ Cy dit des femmes des laboureux. Chap. .liii.
+
+
+A tant se teurent les trois dames qui a coup s'evanoyrent & je christine
+demouray presque lassee par longue escripture. mais tresrejouye
+regardant la tresbelle oeuvre de leurs dignes leçons lesquelles de moy
+racapitulees veues & reveues me apparoient estre de mieulx en mieulx
+tresproffitables au bien & augmentation des meurs & vertueux en
+accroissement d'honneur aux dames & a toute l'université des femmes
+presens & advenir la ou se pourroit ceste dicte oeuvre estendre & estre
+veue Et pource se moy leur servante ja ne soye suffisante pour tousjours
+selon mon usaige m'employer au service du bien d'elles si que
+continuellement je le desire me pensay que ceste noble oeuvre
+multipliroye par le monde en plusieurs coppies quelque en fust le coust
+seroit presentee en divers lieux. A roynes princesses & haultes dames
+affin que plus fust honnoree & essaucee si qu'elle en est digne & que
+par elle peusse estre semee entre les autres femmes laquelle dicte
+pensee & desir mys a effect si que ja est entreprins sera espandue et
+publié en tous pays tant soit elle en langue françoise / mais par ce que
+ladicte langue est plus commune par l'universel monde que quelconques
+autre ne demoura pourtant vague & non utille nostre dicte oeuvre qui
+durera au siecle sans decheement par diverses copies. si la verront &
+orront vaillans dames & femmes d'auctorité au temps present & en celluy
+advenir qui prieront dieu pour leur servante christine desirans que de
+leur temps fust sa vie au siecle ou que veoir la puissent ausquelles
+toutes plaise que tant que au monde sera vivant la vueillent avoir en
+grace & memoire par amyables salus prians a dieu que par sa pitié soit
+favorable de mieulx en mieulx a son entendement si que telle lumiere de
+science & vraye sapience luy ottroye que employer le puisse tant que ça
+jus aura duree au noble labeur d'estude & l'essaucement & elevation de
+vertus en bons exemples a toute humaine creature. Et aprés ce que l'ame
+du corps sera partie en merite & guerdon de son service leur laisse
+offrir a dieu pour elle patenostres oblacions & devotions pour
+l'alegement des peines par ses deffaultes deservies si qu'elle soit
+presentee devant dieu au siecle sans fin lequel vous octroit.
+
+Amen.
+
+
+
+¶ Cy finist le tresor de la cité des dames selon dame christine Imprimé
+a Paris par Michel le noir libraire demourant sur le pont saint Michel a
+l'ymage saint Jehan l'evangeliste. Le .iiii. jour de decembre. L'an mil
+cinq cens & trois.
+
+[Marque d'imprimeur: .Michel. .Lenoir.]
+
+
+
+
+--------------------------
+NOTES SUR LA TRANSCRIPTION
+
+L'orthographe et la ponctuation sont conformes à l'original. Néanmoins
+pour faciliter la lecture, on a distingué les lettres i/j, u/v, et
+introduit cédilles, apostrophes et accents. Les symboles d'abréviation
+conventionnels ont été remplacés par les lettres correspondantes
+(exemple: Comme au lieu de Cõme).
+
+Les coquilles les plus manifestes ont été corrigées: interversion de
+lettres (p. ex. sinacte pour saincte), substitution entre lettres
+semblables (tn pour tu), ou lettres ou mots en double (didire pour
+dire), etc.
+
+Le passage allant de "qui nous meuvent. Il n'est pas doubte" à "courage
+aux gens" a été tiré d'une autre édition, la page correspondante du
+document d'origine n'étant pas disponible sur Gallica.
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Le trésor de la cité des dames de
+degré en degré et de tous estatz, by Christine de Pisan
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE TRESOR DE LA CITE ***
+
+***** This file should be named 26608-8.txt or 26608-8.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
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+
+Produced by Carlo Traverso, Laurent Vogel and the Online
+Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
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+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
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+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
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+used on or associated in any way with an electronic work by people who
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+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
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+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
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