summaryrefslogtreecommitdiff
diff options
context:
space:
mode:
authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 02:31:17 -0700
committerRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 02:31:17 -0700
commite3971c40a0f2e2487e3e30b2e1e763c71f434a70 (patch)
tree5fbac8b458d598c20041442a09fd4de973f4c2d3
initial commit of ebook 26608HEADmain
-rw-r--r--.gitattributes3
-rw-r--r--26608-8.txt5926
-rw-r--r--26608-8.zipbin0 -> 132501 bytes
-rw-r--r--26608-h.zipbin0 -> 282474 bytes
-rw-r--r--26608-h/26608-h.htm6389
-rw-r--r--26608-h/images/a.pngbin0 -> 75094 bytes
-rw-r--r--26608-h/images/b.pngbin0 -> 57669 bytes
-rw-r--r--LICENSE.txt11
-rw-r--r--README.md2
9 files changed, 12331 insertions, 0 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes
new file mode 100644
index 0000000..6833f05
--- /dev/null
+++ b/.gitattributes
@@ -0,0 +1,3 @@
+* text=auto
+*.txt text
+*.md text
diff --git a/26608-8.txt b/26608-8.txt
new file mode 100644
index 0000000..bcaff0f
--- /dev/null
+++ b/26608-8.txt
@@ -0,0 +1,5926 @@
+The Project Gutenberg EBook of Le trésor de la cité des dames de degré en
+degré et de tous estatz, by Christine de Pisan
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz
+
+Author: Christine de Pisan
+
+Release Date: September 13, 2008 [EBook #26608]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE TRESOR DE LA CITE ***
+
+
+
+
+Produced by Carlo Traverso, Laurent Vogel and the Online
+Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+
+
+Le tresor de la cité des dames de degré en degré: et de tous estatz
+selon dame cristine
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+Prologue.
+
+
+Et si par divin vouloir l'estat de majesté royalle & de seigneurie est
+eslevé sur tous estatz mondains & que a la conduyte & doctrine d'iceluy
+soit regi & gouverné le petit & menu peuple pour au monde estre en union
+paix & concorde / bien licite est & convenable que ceulx et celles tant
+femmes comme hommes que dieu a establis es haulx sieges de puissance &
+domination de tant plus soient mieulx moriginés que autre gent & aornés
+de belles doctrines & de bonnes meurs affin que la reputation de eulx en
+soit plus venerable / & que comme ilz sont ensuys et imitez aux choses
+mondaines et temporelles / pareillement en vie spirituelle soient a
+toutes gens miroir & exemple de toutes beneuretez & faitz vertueux. Et
+pource ma treschiere & tressouveraine dame Anne Royne de france
+treschrestienne que vostre tresbenigne et royalle majesté tousjours
+desire veoir bonnes choses et vertueuses. Je vostre treshumble et
+tresobeissant serviteur a l'honneur & magnificence de vostre
+trestriumphante souveraine je ay fait le livre des trois dames de
+vertus / c'est assavoir Raison droicture & justice souveraines dames de
+la noble cité des dames de vertus. Lequel livre fist & composa
+tresredoubtee dame cristine a l'enseignement et exhortacion des Roynes
+haultes dames et princesses par le commandement d'icelles nobles vertus.
+Ad ce que lesdictes Roynes haultes dames & princesses soyent convocquees
+a estre souveraines citoyennes / et comme telles mises & fichees en la
+noble cité des dames de vertus. Et a l'exemple d'icelles les aultres
+dames / damoiselles / bourgoises et femmes de commun peuple. Et si
+demontre comment les bonnes princesses doivent aymer et craindre dieu
+pour le premier et principal enseignement. Et qu'elles doivent prendre
+le bon & saint advertissement qui vient pour l'amour & crainte de
+nostreseigneur. Avecques plusieurs beaulx & vertueux enseignemens
+contenus en celuy livre. Ainsi que vostre tresglorifique et beneuree
+dignité en lisant le livre ou faisant lire par maniere de recreation
+pourra veoir & congnoistre.
+
+¶ Or dit dame cristine.
+
+Aprés ce que j'eus edifié a l'aide & par le commandement des trois dames
+de vertus / c'est assavoir Raison droicture & justice la cité des dames
+par la forme & maniere que au contenu de ladicte cité est declairé. Je
+comme personne, travaillee de si grant labeur avoir accomply et mis sus
+mes membres & mon corps lassé pour cause du long & continuel excercite
+estant en oyseuse et querant repos s'apparurent a moy gueres ne
+tarderent les dessusdictes trois glorieuses en disant toutes trois
+parolles d'une mesmes substance en telle maniere. Comment fille d'estude
+as tu ja remis & fiché en mue l'ostil de ton entendement & delaissé en
+secheressse encre plume & le labour de ta main dextre auquel tant te
+soulois deliter. Veulx tu doncques donner oreille a la leçon de paresse
+qui te chantera se croyre le veulx / tu as assez fait / temps est que tu
+te reposes Comme ne scés / tu que doncques dit / que quoy que
+l'entendement du sage aprés grant labeur se repose. Si n'est il nul
+temps remis d'aulcune bonne oeuvre / non mie a toy appartient estre au
+mombre d'iceulx qui emmy chemin sont trouvés recreans. Male honte ayt
+chevalier qui se despart de la bataille ains la fin de la victoire. Car
+a ceulx appartient la couronne de lorier qui perseverent. Or sus baille
+ta main dresse toy / plus ne soyes accopie en la pouldriere de
+recreantise. Entens nos sermons et tu feras bonne oeuvre / nous ne
+sommes encores ressasiees ou saoulees de te mettre en besongne comme
+chamberiere de nos vertueux labours avons advisé preparlé & conclud au
+conseil de vertu et a l'exemple de dieu qui au commencement du siecle
+qu'il eut creé vit son oeuvre bonne / la beneist. Puis fist homme &
+femme & les animaulx. Ainsi nostredicte oeuvre precedente / ceste de la
+cité des dames qui est bonne & utile soit benie et exaulcee par tout
+l'universel monde que encores a l'acroissement d'icelle nous plaist que
+tout ainsi comme le sage oyseleulx apppreste sa cage ains qu'il prengne
+ses oyselons. Voulons que aprés ce que le heberge des dames honnorees
+est faicte et preparee soyent semblablement que devant par tout ayde
+pourpensés faitz & quis engins trebuchetz & rethz beaulx & nobles laciez
+& ouvrez a neudz d'amours que nous te livrerons & tu les estendras par
+la terre es lieux & es places et es angletz par ou les dames &
+generallement toutes femmes passent et courent affin que celles qui sont
+farouches et dures a dominer puissent estre happees prinses & trebuchees
+en nos latz si que nulle ou pou qui s'embate ne puisse eschapper & que
+toutes ou la plus grant partie d'elles soyent fichees en la caige de
+nostre glorieuse cité / ou le doulx chant aprengnent de celles qui desja
+y sont hebergees comme souveraines / et qui sans cesser deschantent
+alleluya avecques la teneur des beneurés anges. Lors moy christine oyant
+les voix series de mes tresreverables maistresses remplye de joye en
+tressaillant / tost me dreçay & agenoillee devant elles m'offry a
+l'obeissance de leurs dignes vouloirs. Et adonc je receu d'elles tel
+commandement. Pren ta plume & escrips. Beneurez seront celles qui
+habiteront en nostre cité pour acroistre le nombre des cytoyens de
+vertu. A tout le college femenin & a leur devote religion soit notifié
+le sermon et la leçon de sapience. Et tout premierement aux roynes
+princesses & haultes dames. Et puis ensuyvant de degré en degré
+chanterons semblablement nostre doctrine aux autres dames en toutes les
+damoiselles & estatz des femmes affin que la discipline de nostre
+escolle puisse estre a tous vaillable.
+
+¶ Cy finist le prologue
+
+
+
+
+¶ Cy commence la table de ce present livre du tresor de la cité des
+dames / & contient trois parties a la premiere y a .xxvi. chapitres A la
+deuxiesme .xiiii. chapitres / & a la troisiesme & derniere partie xiiii.
+chapitres. Et premierement.
+
+¶ Comment les haultes roynes & princesses doivent aymer & craindre dieu
+Chap. premier.
+
+¶ Comment les temptations pevent venir a haulte princesse. Chapitre. ii.
+
+¶ Comment la bonne princesse qui aymera & craindra nostreseigneur pourra
+resister aux temptations par divine inspiration. Chapitre. iii.
+
+¶ Le bon & saint advertissement & congnoissance qui vient a la bonne
+princesse par l'amour & crainte de nostreseigneur. chap. iiii.
+
+¶ Des deux sainctes vies / c'est assavoir de la vie active & de la vie
+comtemplative. chap. v.
+
+¶ Cy devise la voye que la bonne princesse se delibere a tenir. Chapitre
+vi.
+
+¶ Comment la bonne princesse vouldra attraire a soy toutes vertus. Cha.
+vii.
+
+¶ Comment la saige princesse ou dame se peinera de mettre la paix entre
+le prince & les barons s'il y a aulcun discord. cha. viii.
+
+¶ Des voyes de devote charité que la bonne princesse tiendra. Chapitre.
+ix.
+
+¶ Des enseignemens moraulx que prudence mondaine prendra a la saige
+princesse. chap. x.
+
+¶ La maniere de vivre de la saige princesse par l'admonnestement de
+prudence. chap. xi.
+
+¶ Des sept principaulx enseignemens de prudence qui sont necessaires a
+retenir a toute princesse qui ayme honneur. le premier est comment se
+tiendra vers son seigneur generallement & particulierement. chap. xii.
+
+¶ Le deuxiesme enseignement de prudence qui est comment la saige
+princesse se contiendra vers les parens & amys de son seigneur Chapitre.
+xiii.
+
+¶ Le troisiesme enseignement de prudence qui est comment la sage
+princesse sera songneuse de se prendre garde sur l'estat & gouvernement
+de ses enfans. chap. xiiii.
+
+¶ Le quatriesme enseignement de prudence qui est comment la princesse
+tiendra discrette maniere vers ceulx qui ne l'aymeront pas & qui auront
+envye sur elle. chap. xv.
+
+¶ Le .v. enseignement de prudence qui est comment la sage princesse
+mettra peine comment elle soit en la grace & benivolence de tous les
+estatz de ses subjetz. chap. xvi.
+
+¶ Le .vi. enseignement comment la sage princesse tiendra en belle
+ordonnance les femmes de sa court. cha. xvii.
+
+¶ Le .vii. enseignement devise comment la sage princesse se prendra
+garde sur ces revenues & de ses finances & de l'estat de sa court.
+Chapitre. xviii.
+
+¶ En quelle maniere se doit estendre sa largesse et liberalité de la
+saige princesse. chap. xix.
+
+¶ Les excusations qui affierent aux bonnes princesses qui ne pourroyent
+pour aucunes causes mettre a effect les choses dessusdictes. chap. xx.
+
+¶ Du gouvernement a la sage princesse demouree vefve. ch. xxi.
+
+¶ De ce mesmes a l'enseignement des jeunes princesses vefves. Chapitre.
+xxii.
+
+¶ Du gouvernement qui doit estre baillé & tenu a jeune princesse
+nouvelle mariee. chap. xxiii.
+
+¶ Les manieres que la sage dame ou damoiselle qui a en gouvernement
+jeune princesse doit tenir pour maintenir sa maistresse en bonne
+renommee & en l'amour de son seigneur. chap. xxiiii.
+
+¶ De la jeune haulte dame qui se vouldroit esvoyer en folle amour &
+l'enseignement que prudence donne a la dame ou damoiselle qui l'aura en
+gouvernement. chap. xxv.
+
+¶ La maniere des lectres que la sage dame peut envoyer a sa maistresse.
+chapitre xxvi.
+
+¶ Cy commence la deuxiesme partie de ce livre laquelle s'adresse aux
+dames & damoiselles Et premierement a celles qui demeurent a court de
+princesse ou haulte dame.
+
+¶ Le premier chapitre parle comment les trois dames / c'est assavoir /
+raison / droicture & justice recapitullent en brief ce qui est dit
+devant. chap. xxvii.
+
+¶ Des quatre pointz les deux bons a tenir / & les deux autres a
+eschever. & comment dames & damoiselles de court doyvent aymer leur
+maistresse & ce est le premier point. chap. xxviii.
+
+¶ Le deuxiesme point qui est bon a tenir aux femmes de court qui est
+comment elles doyvent eschever trop d'acointances. chap. xxix.
+
+¶ Le .iii. point qui est le premier des deux qui sont a eschever parlant
+de l'envye qui regne en court & dequoy elle vient. chap. xxx.
+
+¶ De ce mesmes enseignement aux femmes comment se garderont entre elles
+d'avoir le vice d'envye. chap. xxxi
+
+¶ Le .iiii. point qui est le deuxiesme des deux qui sont a eschever &
+parle comment femmes de court se doivent bien garder de mesdire et de
+quelle chose vient mesdit ne a quelle cause ne occasion. Chapitre. xxxii
+
+¶ De mesmes comment femmes de court se doyvent bien garder de dire mal
+de leur maistresse. chap. xxxiii
+
+¶ Comment il ne appartient a femmes de diffamer l'une l'autre ne dire
+mal. chap. xxxiiii.
+
+¶ Des dames baronnesses la maniere du sçavoir qui leur appartient. chap.
+xxxv.
+
+¶ Comment il appartient que les dames & damoiselles qui demeurent sur
+les manoirs se gouvernent au fait de mesnage. ch. xxxvi.
+
+¶ Des dames qui sont oultrageuses en leurs habitz atours et habillemens.
+chap. xxxvii.
+
+¶ Contre l'orgueil d'aucunes. chap. xxxviii
+
+¶ Des manieres qui appartiennent a dames de religion. c. xxxix.
+
+¶ Cy commence la tierce partie.
+
+¶ Comment tout ce qui est dit devant peut toucher aussi bien les unes
+comme les autres des femmes & de la maniere & gouvernement que femme
+d'estat doit tenir au fait de son mesnage. Chapitre. xl.
+
+¶ Comment femmes d'estat doivent estre ordonnees en leur habit et
+comment se garderont de ceulx qui tachent a les decevoir. Chapitre. xli.
+
+¶ Des femmes des marchans. chap. xlii.
+
+¶ Des femmes vefves vieilles & jeunes. chap. xliii.
+
+¶ Des jeunes filles & vieilles estans en l'estat de virginité. Chapitre.
+xliiii.
+
+¶ Comment anciennes femmes se doyvent maintenir vers les jeunes & des
+meurs que avoir doyvent. chap. xlv
+
+¶ Comment jeunes femmes se doivent maintenir vers les anciennes. chap.
+xlvi.
+
+¶ Des femmes des mestiers / comment gouverner se doyvent. Chapitre.
+xlvii.
+
+¶ Des femmes servantes & chamberieres. chap. xlviii
+
+¶ Des femmes de folle vie. chap. xlix.
+
+¶ Des femmes honnestes & chastes. chap. l.
+
+¶ Des femmes des laboureurs. chap. li.
+
+¶ De l'estat des povres. chap. lii.
+
+¶ La fin & conclusion du livre. chap. liii.
+
+¶ Cy fine la table de ce present livre.
+
+
+
+
+¶ Cy commence le livre que fist dame cristine pour toutes roynes haultes
+dames & princesses. Et premierement. Comment ilz doyvent aymer et
+craindre dieu. chap. premier.
+
+
+De par nous troys seurs filles de dieu nommees raison / droicture / &
+justice. a toutes princesses empereys / roynes / duchesses / & haultes
+dames en domination regnans sur la terre crestienne & generalement a
+toutes femmes. Salut & dilection. Sçavoir faisons que comme amour
+charitable nous contraigne a desirer le bien & accroissement l'honneur &
+prosperité de l'université des femmes & a vouloir le decheement &
+destruction de toutes les choses qui y pourroyent empescher / sommes
+meuz a vous declairer & dire parolles de doctrine. Venes doncques toutes
+a l'escolle de sapience dames esleues es haultz estatz & n'ayez honte
+pour vous grandeurs de vous humilier & descendre aseoir bas pour ouÿr
+noz leçons. Car selon la parolle de dieu Qui se humiliera sera exaulcé
+quel chose est il en ce monde plus plaisant ne plus delectable a ceulx
+qui desirent richesses mondaines / que or & pierres precieuses. mais ne
+leur pourroient mye pourtant si embellir que font vertus aux corps qui
+desirent bien vivre. car de tant que vertus sont plus nobles pource que
+elles durent sans fin. & sont les tresors de l'ame qui est perpetuel &
+les autres passent comme fumee de tant ceulx qui le goust en sentent &
+assaveurent les desirent ardamment plus que autre chose mondaine ne
+pourroit estre desiree. Et doncques n'appartient il a ceulx & a celles
+qui sont assis par grace & bonne fortune es plus haultz estatz que ilz
+soyent servis de tresmeilleurs choses. Et pource que vertus sont les
+maitz de nostre table nous plaist il en distribuer premierement a celles
+a qui nous parlons. C'est assavoir ausdictes princesses se fera le
+fondement de nostre doctrine tout premierement sur l'amour de crainte de
+nostreseigneur. Car celuy point est le principe de sapience dont toutes
+les autres vertus yssent & dependent. Entendés doncques princesses &
+dames honnorees sur la terre comment tout premierement sur toutes choses
+vous advint amer & craindre nostreseigneur. Amer pourquoy pour son
+infinie bonté & les tresgrans benefices que vous en recevés. Et craindre
+pour sa divine & saincte justice qui riens ne laisse impugny. Et si
+ceste amour & crainte avés bien devant les yeulx / sans faulte vous
+estes au chemin qui conduyra au lieu dont nous vous preschons c'est
+assavoir aux vertus. Or est il ainsi & n'est nulle doubte que il
+convient que tout cueur qui bien ayme le demonstre par oeuvre. Sicomme
+il mesme dit en l'evangille. Les ouailles de mon pere me ayment / & je
+les garde Cest a dire que les creatures qui l'ayment suyvent les traces
+que sont de vertu & il les garde de tous perilz / doncques est il ainsi
+qui la princesse qui l'aymera le demonstrera si que pour quelconques
+charges ou occupations que elle ayt a cause de la magnificence de son
+estat ne se departira devant les yeulx la lumiere de droit chemin.
+Laquelle lumiere se combatra contre les temptations & tenebres de pechés
+& de vices & les vaincra & chassera selon la maniere que cy aprés est
+contenue.
+
+
+
+
+¶ Cy devise la maniere des temptations qui pevent venir a haulte
+princesse. Chapitre .ii.
+
+
+Quant la princesse ou haulte dame sera en son lict au matin reveillee de
+son somme / & elle se verra couchee en son lit mol entre souefz draps
+environnee de riches paremens & de toutes choses pour ayse du corps
+dames & damoiselles entour elle qui l'ueil n'ont a autre chose fors a
+adviser que riens ne lui faille de tous delices prestes de courir a elle
+si elle souspire tant soit soit petit / ou s'elle sonne mot / les
+genoulx flexis pour luy administrer tout service & obeir a tous ses
+commandemens. Adonc souventesfois adviendra que temptation l'assauldra
+qui luy chantera la leçon. Beau sire dieu est il en ce monde plus grant
+maistresse de toy / ne plus auctorisee. de qui dois tu tenir compte ne
+iroyes tu devant les autres ceste cy celle la quoy que elle soit mariee
+a hault prince n'est point acomparee a toy / tu es plus riche ou plus
+haultement en lignage / ou plus prisee pour tes enfans plus crainte et
+plus renommee & auctorisee pour la puissance de ton seigneur. Qui seroit
+ce doncques qui te oseroit faire quelconque desplaisir / ne t'en
+vengerois tu pas bien par telle puissance et par telle. Il n'est si
+grant doncques tu ne venisse bien a chief. Toutesfois tieulx & tieulx ou
+telles & telles ont eu arrogance contre toy & ont cuydé par leur
+oultrecuydance povoir a toy. & ont fait telz & telz choses en ton
+desplaisir & prejudice. si t'en vengeras se tu peux ung temps viendra. &
+a ce pourras tu moult bien faire par tel ayde & par telle puissance /
+mais que convient il a ce faire nul ne fait riens tant soit grant
+maistre ne riens n'est craint s'il n'a argent & grant finance. Si te
+convient mettre peine a amasser tresor affin que en ton besoing tu t'en
+puisses ayder / c'est le meilleur amy & plus seur moyen que tu puisses
+avoir. qui sera celluy qui te desobeyra mais que tu ayes largement que
+donner. pose que n'en donnasses se petit non. Si seroys tu voulentiers
+servie en esperance & attendant d'en avoir mieulx puis que renom seroit
+de ta richesse. Or soit elle morte qui ne tirera doncques a soy a toutes
+mains qui que en soy grevé ne a qui il en desplaise. Ce pourras tu bien
+faire mais que peine y mettes que as tu affaire si on en parle telz
+parleurs ne te pevent nuyre ne grever. Quel soussy doibs tu avoir. Il ne
+te fault sinon adviser a toutes choses qui plaire te pourront. Tu n'as
+que ta vie en ce monde / vis a repos / de quoy te doibs tu embesongner
+vins & viandes ne te pevent faillir / de ce peuz tu avoir a ta plaisance
+& tous autres delices. Brief il ne te fault penser fors d'avoir toute la
+joye et tous les esbatemens que tu pourras en ce monde. Nul n'a bon
+temps s'il ne le se donne / aulcune gratieuse pensee te fault avoir qui
+te resjouyra pour qui seras jolye / tieulx robbes tieulx paremens &
+tieulx joyaulx tieulx abillemens / ainsi & ainsi fais et de tel devise
+te fault avoir / tu n'en as nulz de si noble façon.
+
+
+
+
+¶ Cy devise comment la bonne princesse qui aymera & craindra nostre
+seigneur pourra resister aux temptations par divine insparation.
+Chapitre .iii.
+
+
+Toutes les choses dessusdictes ou les semblables sont les metz que
+temptation administre a toute creature vivant en ayse & delices / mais
+que fera la bonne princesse quant ainsi temptee se sentira Adoncques
+sauldra en place l'amour et crainte de nostre seigneur dieu jhesucrist
+qui luy chantera une autre leçon en disant en ceste maniere. Ha fole
+musarde mal advisee que as tu pensé en petit de heure avoyes oublié la
+congnoissance de toymesmes / ne scés tu pas bien que tu es une miserable
+et povre creature fresle debile & subjecte a toutes enfermetez a toutes
+passions maladies & autres douleurs que corps mortel peut souffrir /
+quel avantage as tu ne que ung autre / neant plus que auroit ung tas de
+terre couvert d'ung parement de celluy qui seroit soubz une povre
+flessoie. Ha dolente creature encline a pecher & a tout vice te veulx tu
+doncques mescongnoistre & oublier comment ce chetif vessel vuit de toute
+vertu qui tant veult d'honneurs & d'aises deffauldra & mourra en peu de
+terme sera viande aux vers / & aussi bien pourrira en terre que celluy
+de la plus povre femme qui soit & que la lasse ame n'en portera riens ne
+mais le bien ou le mal que le chetif corps aura commis sur terre / que
+te vauldront lors honneurs avoirs ne ton grant parenté desquelles choses
+en ce monde tu te aloses te yront ilz secourir en la peine ou tu seras
+si tu as mal vescu en ce monde / certes non Ainçoys tout ce dequoy tu
+auras mal use te tournera a ruyne Helasse dolente mieulx fust pour toy
+avoir usé ta vie en l'estat d'une trespovre femme que estre eslevee en
+tant d'estas qui seront / se tu ne t'en prens garde / la cause de ta
+dampnation. Car forte chose seroit d'estre entre les flammes sans
+brusler. Ne scés tu que dieu dist en l'evangile. que les povres seront
+bieneurez / et que le royaulme des cieulx est pour eulx. Et ailleurs il
+dist que neant plus que ung chamel chargié entreroit au pertuys de
+l'eguille n'iroit ung riche en paradis. O dolente tu es si aveugle que
+tu n'avises ton grant peril / mais ce fait le grant orgueil qui pour
+cause de ses vains honneurs ou tu te vois envelopé estaint en toy si
+toute raison que te semble il que tu ne cuydes mye seullement estre
+princesse ne grant dame / mais comme une droicte deesse en ce monde. Ha
+ce faulx orgueil comment le seuffres tu en toy et si scés par le raport
+de l'escripture dieu le hayt tant qu'il ne le peut souffrir. Car pour
+celle cause tresbucha il lucifer le prince des ennemys du ciel en enfer.
+Et certes aussi fera il toy se tu ne te gardes. O orgueil racine de tous
+maulx certainement je congnois que de toy viennent tous les aultres
+vices et ce puis je congnoistre en moymesmes / car pour cause de toy &
+non pour autre achoison je suis souvent embatue en ire desirant
+vengance / sicomme je pensoye nagueres. & me fais sembler que je doye
+estre redoubtee & prisee sur toutes les autres / & que je doye chascun
+supediter & que pource je ne doy riens souffrir qui me desplaise / mais
+tantost me venger tant soit le meffait petit. O vent perilleux en fleure
+de couraige boce plaine de venin & de pourriture la chair ou tu es
+fichee est en plus grant adventure que celle ou est la boce qui vient
+d'epidimie. Perverse creature tu desire vengeance pource que il te
+semble que es si grant que nul quoy que tu faces ne doit oser contredire
+ne groucier a tes vouloirs / mais ton aveuglee ygnorance conduycte
+d'orguelleuse arrogance te fait mecongnoistre comment toute personne
+soit grant ou petite qui mauvaisement use ses jours dessert que toute
+chose luy doye estre contraire si n'avises point en toy comment tu as
+desservy & dessers par la maniere que tu tiens que tu ne soyes point en
+la grace de maint. Par-*quoy n'est sans cause se plusieurs sont rebelles
+et contredisans a tes voulentés & opinions & ainsi ton tort tu n'avises
+point. Mais a tous propos quoy que tu faces te semble qu'il te laise a
+supediter toutes autres voulentes & oppinions Et si aucuns y regibent ou
+contredient tu les hés & pourpenses mal contre eulx & leur pourchasses
+en secret ou en appert sans adviser le mal & le tresgrant peril qui s'en
+pourroit ensuyvre a toy mesmes en ame & corps & a infinis autres / ou si
+tu ne leur pourchasse pource que tu ne peuz au moins leur portes tu
+mortel haine. En ce desloyal orgueil qui te fiche en la mer de perdicion
+ne te met il aussi en teste a cause des boubans pour le desirer de
+povoir accomplir ou tes vengences ou autres superfluités / comme tu
+amasseras tresors sans regard de conscience. Ha doloreux tresor c'est
+chose comme impossible que tu puisses estre amassé sans le prejudice de
+plusieurs & contre leur vouloir pour alouer maulvaisement a ton
+singulier vouloir. Saiches certainement & ne doubte du contraire que
+l'avoir acquis & amasse indeuement tu ne useras ja joyeusement. Car la
+ou tu l'auras assemblé en entente de l'employer en aucunes choses a ton
+plaisir dieu t'envoyera d'aultre costé tant d'adversité ou de maladies
+ou d'autre charges que il conviendra que ce mauldit tresor soit desploye
+& mis en usage doloreux tout au contraire de ce que tu pensoyes. que
+feras tu doncques de ce maudit tresor l'emporteras tu quant tu mourras.
+Certes non ne mais autant que tu emporteras la charge de ce que
+malacquis & usé l'auras. Mais regarde de rechief ou t'a bouté & empaint
+ce maudit orgueil pource qu'il te fait acroire que tu passez les autres
+en grandeur & auctorité. il fait ton cueur & de frire de paour que autre
+te puisse actaindre & avenir en si hault estat que tu es. Pource que il
+te fait tousjours desirer a estre la plus grant & s'il advient que tu
+voyes ou saches personne plus ou tant auctorisee ou honnoré nulle peine
+ne pourroit estre plus grande que le dueil que ton cueur emporte & ce te
+faict devenir mesdisant ireuse & rancuneuse une autre infernalle flamete
+te met orgueil en couraige. C'est que tu dis a toymesmes tu n'as mestier
+de labourer ne de riens faire il ne te fault ne mais querir tes ayses
+gesir grant matinee / puis aprés disner & reposer visiter tes coffres a
+tes joyaulx & a tes paremens ce doit estre ton ouvrage. Et ainsi
+maleureuse forcenee creature que tu es te semble il que dieu qui a donné
+le temps a toute personne pour employer a bon usaige t'aye donné
+auctorité de le passer en oyseuse plus que ung autre. Ha meschante
+creature & tu as ouÿ prescher aultre-*fois que saint bernard sur
+cantiques dit que oysiveté est la mere de toutes truffes & la marastre
+des vertus. C'est celle qui mesmement l'omme fort & constant fait
+tresbucher en peché qui estaint toutes les vertus nourrist orgueil &
+fait le chemin d'enfer mais encore que advient il. Cestuy orgueil qui
+ainsi te fait querir tes aises / et iceulx aises qui tant nourrissent
+cel orgueil te font desirer les lescheries friandes en boires & en
+mengiers / non mye des choses communes ne de viandes acoustumees. car de
+ce es tu toute ennuyee / mais il fault que les queux pour te complaire &
+pour bien desservir leurs gages pourpensent saveurs saulces & mistions
+nouvelles pour plus plaire la viande a ton goust & ainsi des vins. Ha
+doloreuse fault il ainsi emplir ce sac qui est viande a vers & vassel de
+toute iniquité. Mais que en advient il quant il est ainsi emply que
+demande il se maistre dieu tout ainsi que la bouche qui est le
+nourrissement du feu lescherie & friandise & superfluités de vins & de
+viandes est le nourrissement de charnalité c'est ce qui enflame
+l'orgueil & qui fait encliner le courage a desirer en toutes voyes tout
+ce qui au corps peut deliter / & certes la chair ainsi nourrie ressemble
+le cheval lequel quant son maistre a bien tasché a l'engresser il est si
+dru et si mignot que quant il se cuide aider il ne le peut tenir & le
+maine maulgré qu'il en ait les voyes qui luy sont prejudiciables & a la
+fin par son regibement et par ses saulx luy rompt le col. Tout ainsi tue
+l'ame & les vertus le corps trop souef nourry & engressé de viandes
+lecheresses mais l'orgueil qui se fiche en ce gras nourrissement te
+faict tant desirer et vouloir superflux habitz joyaulx et paremens que a
+pou tu ne penses a autres choses ne quoy qu'il doye couster ne dont il
+doyve venir comment que tu les ayes a ton vouloir. Et avec cestuy vice &
+les autres inconveniens malhonnestes et infinis ou il te maine il te
+faict tant estre desdaigneuse et dangereuse a servir que a peine pourra
+l'en trouver joyel habit ou parement qui te puist souffrir ne ou on ne
+treuve a redire et ne sera ame qui te puisse faire ton gré & avecques
+toutes ces choses tu es si oultrecuidee & presumptueuse que il ne te
+semble mye que a peine dieu ny autre chose quelconques te peust grever.
+O miserable chetive & adveuglee creature comment peut avoir en toy tant
+de force cest oultrageulx orgueil que il te fait oblier les pugnitions
+de dieu nonobstant qu'il te seuffre si longuement demourer plungé en
+tant de deffaulx sans te payer de tes desertes / mais ne sçay tu que ung
+saint docteur dit que de tant que la vengence de dieu plus retarde a
+venir de tant est elle plus perilleuse quant elle vient / ainsi comme
+l'arc qui est le plus fort tendu de tant est la fleche plus perçant
+quant elle vient / as tu oublyé comme nostreseigneur pugnit par son
+orgueil nabugodonosor qui estoit roy de babiloine & si grant prince que
+il ne redoubtoit tout le monde semblablement le grant roy de perse
+anthiochus. & aussi l'empereur xercés & grant nombre d'autres qui tant
+estoyent grans & puissans que il n'estoit quelconque chose au ciel ne en
+terre que ilz redoubtassent & toutes voyes furent par vengence &
+voulenté de dieu par leurs desertes tant humiliez & ramenez a telz
+perplexités que il n'estoit au monde homme ne plus miserable ne plus
+infortuné que ilz se virent. Ha ne te souvient a ce propos que il est
+escript ou livre de eclesiaste ou .x. chapitre si que tu as oy dire a
+ton beau pere que dieu a destruyt les sieges des ducz orgueilleux & a
+fait seoir les debonnaires pour eulx & sechié les racines des arrogans &
+a planté les humiliez en leur lieu qui n'est autre chose a entendre fors
+qu'il confont les orgueilleux & exaulce les humiliez. Si t'est bien
+advenu si tu veulx estre confondue. O beau sire dieu a toy qui est une
+simple femmelette qui n'as force puissance ne auctorité si elle ne t'est
+donnee d'autruy / cuides tu pourtant si tu es voix envelopee en aises &
+honneurs suppediter & surmonter le monde a ton vouloir.
+
+
+
+
+Cy devise le bon & saint avertissement & congnoissance qui vient a la
+bonne princesse par l'amour & crainte de nostreseigneur. chap. iiii
+
+
+Ainsi la bonne princesse de dieu amonnestee qui aymera & craindra
+nostreseigneur se reviendra a soy & quelque bonne qu'elle soit se
+reputera estre la pire de toutes et aprés les subdictes choses pensees
+elle dira a soymesmes. Or vois tu & congnois par grace de dieu les
+tresgrans & espoventables perilz ou tu t'es fichee tout a cause de ce
+dampnable orgueil que feras tu doncques le contumeras tu ainsi veulx tu
+estre dampnee lequel te vault mieulx ou vivre a cestuy monde ung petit
+espace de temps a ton ayse & non mye du tout a ton aise. car de tant que
+plus te ficheras es delices du monde & plus te souviendra de divers
+desirs / lesquelz te tourmenteront le cueur pource que acomplir ne les
+pourras ne du tout avenir a tes vouloirs ne jamais ton cueur n'aura
+souffisance et estre dampnee perpetuellement ou te refraindre de tes
+superflues delices & vivre en l'amour et crainte de nostre seigneur &
+estre sauvee ou royaulme sans fin. Helasse dampnee & qu'esse d'estre
+dampnee. La saincte escripture dit que c'est estre privee a tousjours
+sans fin de la vision de dieu & en tenebres espoventables en la
+compaignie des horribles deables ennemys de nature humaine avecques les
+ames dampnees qui gectent voix cris & plaintz terribles maudissans dieu
+& leurs parens & eulx mesmes en torment inestimable en feu ardant et a
+brief dire comment jacob en pueur merveilleuse & en perpetuelle orreur &
+avec qui plus engrege le mal en esperance de jamais n'en yssir. O
+dolente te veulx tu aller ficher en tel dampnation & perdre par ta folie
+la grace que dieu te promet se tu la veulx deservir pour bien petit de
+labour & que te promet il. il t'a promis par les merites de sa saincte
+passion que si tu veulx garder ses saintz commandemens tu iras en
+paradis. Saint gregoire es omelies en parlant de celle saincte cité de
+paradis dit en brief qui est la langue & l'entendement qui peut
+comprendre ne dire quelles ne comment grandes sont les joyes de paradis
+estre tousjours present en la compaignie des anges avecques les benoitz
+saintz fichés en la gloire de nostre createur veoir le visaige plain de
+gloire de dieu & de la benoiste trinité face a face regarder veoir &
+sentir sa lumiere incomprehensible estre asovy de tout desir avoir
+congnoissance de toute science en repos eternel n'avoir jamais paour de
+la mort & estre asseure de tousjours estre sans partir & remaindre en
+celle gloire beneuree. O vois la difference des deux chemins lequel
+prendras tu seras tu enragee que tu te fiches en la bourbe pour te noyer
+& perir & laisses la saine belle & seure voye qui conduyt a sauvete /
+nennil nennil tu ne seras pas si mal conseillee que tu laisses le bien
+pour prendre le mal. O saincte trinité ung dieu en unité souverainne
+puissance parfaicte sapience & infinie bonté conseillés moy et me
+secourez aidés a saillir hors des tenebres d'ignorance qui tant m'ont
+aveuglee vierge digne pure & sacree confort des desolez esperance des
+biens creans tens moy la main de ta saincte misericorde si me tire hors
+du palu de pechié & d'iniquité. Tressaint beneure colliege & court de
+paradis anges & archanges cherubins & seraphins trosnes & dominations.
+Sains apostres de dieu martirs confesseurs et toute l'université des
+beneures martires vierges et continentes prieres pour moy & soyez en mon
+ayde.
+
+
+
+
+¶ Cy devise des deux sainctes vies / c'est assavoir de la vie active et
+de la vie contemplative. Chap. v.
+
+
+Or regardez doncques que tu as affaire se veux estre sauvee.
+L'escripture fait mention de deux voyes qui mainent ou ciel & sans
+suyvre les sentes d'icelles impossible est d'y entrer l'une s'appelle la
+vie contemplative & l'autre la vie active. Et que est a dire la vie
+contemplative & la vie active. La vie contemplative est une maniere &
+estat de servir dieu ouquel la personne qui est amy tant & si ardamment
+nostre seigneur que elle oublye entierement pere mere enfans tout le
+monde & soymesmes pour la tresgrant et embrasee entente que elle a a son
+createur sans cesser ne ailleurs ne pense et toutes aultres choses ne
+luy sont riens ne il n'est povreté tribulation ne autre torment dequoy
+autre creature puisse estre grevee qui au droit cueur contemplatif puist
+estre empeschement ne dequoy il fist compte sa maniere de vivre &
+despriser parfaictement tout ce qui est du monde & les joyes d'icelluy
+se tenir solitaire & sustrait de toute gent les genoulx a terre les
+mains joinctes les yeulx ou ciel le cueur eslevé par si haulte pensee
+que elle va devant dieu contempler & regarder par saincte inspiration la
+benoiste trinité la court du ciel & les joyes qui y sont & en cel estat
+est le parfait contemplatif souventeffois tellement que il semble qu'il
+ne soit mie en soymesmes & la consolation doulceur & joye que il sent
+adonc ne pourroit estre a celle comparee. Car il sent ja & gouste des
+gloires & joyes de paradis c'est assavoir il voit dieu en esperit par
+contemplation il art a son amour si a souffisance parfaicte en ce monde.
+car il ne veult ne desire autre chose & dieu le reconforte. Car il est
+son servant & le repaist des doulx metz de son saint paradis c'est de
+pures & des choses qui sont ou ciel et de parfaicte esperance d'aller a
+celle joyeuse compaignie. Si n'est nulle joye pareille a celle. Ceulx
+qui le scevent qui l'ont essayé combien que parler je n'en puis dont il
+me poise fors ainsy que l'aveugle des couleurs. Et ceste vie soyt sur
+toutes autres aggreable a dieu est apparu maintes fois au monde
+visiblement si comme il est apparu & escript de plusieurs saintz &
+sainctes contemplatis qui ont esté veuz quant ilz estoyent en leur
+contemplation eslevés dessus terre par miracle de dieu si que il
+sembloit que le corps voulsist suyvre la pensee qui montee estoit au
+ciel de ceste saincte & treslevee vie ne suis digne assez de a son droit
+parler ne la descripre si que a sa dignité appartient. mais de ce treuve
+l'en assez de sainctes escriptures plaines qui plus en vouldra veoir. La
+vie active est ung aultre estat de servir dieu qui est telle que la
+personne qui la veult suyvre sera tant charitable que elle vouldroit si
+elle povoit a tous servir pour l'amour de dieu. Si cerche les hospitaulx
+visite les malades & les povres & les sequeure du sien et de la peine de
+son corps pour l'amour de dieu selon son povoir / a si grant pitié des
+creatures que elle voit en pechié ou en misere & tribulation que elle en
+pleure comme de son mesmes fait ayme le bien de son prouchain comme le
+sien propre tousjours est en labour de bien faire ne jamais n'est
+oyseuse son cueur art sans cesser de desirer de acomplir les oeuvres de
+misericorde esquelles s'employe de tout son povoir. Telle creature porte
+toutes injures & tribulations paciemment pour l'amour de dieu & ceste
+vie active sert sicomme tu peulx veoir plus au monde que la devantdicte.
+Si sont toutes deux de grant excellence mais de la plus parfaictes des
+deux nostreseigneur Jhesucrist luy mesmes donna la sentence lorsque
+marie magdalene en qui est figuree la vie contemplative estoit seant aux
+piez de nostre seigneur comme celle qui n'avoit le cueur a aultre chose
+et qui toute ardoit de sa saincte amour et Marie marthe sa seur de
+laquelle est entendue de la vie active qui estoit hostesse de nostre
+seigneur et besongnoit aval l'hostel pour le service de luy et de ses
+apostres se plaingnit a nostreseigner de ce que marie la sa seur ne luy
+aydoit & nostreseigneur l'excusa en disant marie tu es moult dilligente
+et ton oeuvre bonne & necessaire mais non pourtant marie a esleu la
+meilleur partie pour laquelle partie de luy on peut sçavoir que non
+obstant que la vie active soit de grant excellence / & necessaire pour
+l'ayde & secours de plusieurs Toutesfoys la contemplation qui est de
+laisser tout le monde & les embesongnemens qui y sont pour seullement
+penser a luy est de plus grant dignité et plus parfaicte & pour celle
+cause furent trouvez & establies des saintz prudhommes jadis les
+religions qui est le plus hault estat vers dieu qui soit qui en faict
+son devoir affin que ceulx qui vouldront vivre a contemplation puissent
+la estre separés du monde au service de dieu sans autre soing & pleust a
+eulx mesmes / car a dieu plairoit bien que chascun y fist son devoir.
+
+
+
+
+¶ Cy devise de la voye que la bonne princesse se delibere a tenir.
+Chapitre. vi
+
+
+Adviser te convient ce dit a soymesmes la bonne princesse de dieu
+inspiree laquelle de ses subdictes voyes tu veulx tenir il est dit
+communement / et il est vray que discrecion est mere des vertus. Et
+pourquoy est elle mere / pource que elle conduyt & maine les autres &
+qui n'entreprent par elle quelconques chose que l'en veult faire tout
+l'ouvraige vient a neant et est de nul effect / pource n'est necessaire
+ouvrer par discrecion / comment par discrecion / c'est ce que doy
+adviser ains que j'entrepreigne quelconque chose. Premierement la force
+ou foiblesse de mon povre corps & la fragilité a qui je suis encline &
+aussi a quel subgection il convient que je obeysse selon l'estat ou dieu
+en ce monde m'a appellee & commise & si je considere au vray ces choses
+je me treuve quelque bonne voulente que j'ay tresfoible de corps pour
+souffrir grant abstinence & grant peine & foible d'esperit par fragilité
+& inconstance & puis que je me sens telle je ne doy mye de moy mesmes
+preserver que je soye de tel vertu non obstant que dieu dit tu lairras
+pere & mere pour mon nom que je me pense du tout a ce disposer & laisser
+mary enfans estat mondain & toutes occupations terriennes pour entendre
+du tout a servir dieu en la vie contemplative sicomme ont fait les plus
+perfaictes creatures. Si ne doy entreprendre chose ou a le perseverer je
+peusse suffire. Que feray doncques chemineraige par voye active. Helas
+heureulx sont ceulx qui prennent les oeuvres qui ont esté commandés
+excercer Hé dieu que me eusses tu ores establie ou monde en l'estat
+d'une povre femme affin que je te peusse en ycelle a tout le moins
+parfaictement servir en administrant et faisant service a tes membres se
+sont les povres pour l'amour de toy. Helas comment acomplirayge ce que
+je ne me sens mye du tout disposee a vouloir a toutes fins de laisser
+tout estat pour moy employer / beau sire dieu conseilles moy et me
+inspires que je doy faire pour me saulver. Car quoy que je sache bien
+que autre chose ne fait a aymer ne desirer que toy seul & que toute
+aultre joye est neant je n'ay force en moy que je puisse du tout le
+monde relenquir. Si suis moult espoventee que je feray / car tu dis que
+impossible est que le riche soit saulvé. Adonc vient saincte informacion
+a la bonne princesse qui luy dist en telle maniere. Or vecy que tu feras
+dieu ne commande mye que on laisse tout pour le suyvre si ce n'est a
+ceulx qui du tout veullent estre de la tresplus parfaicte vie. Si ce
+peut chascun saulver en son estat & ce que dieu dist que impossible est
+que ung riche soit saulvé est a entendre des riches sans vertus se leurs
+richesses ne distribuent en aulmosnes & biensfais desquelz toute leur
+felicité est en leur avoir n'est mye doubte que telz gens dieu hét & que
+ja n'enterons ou ciel tant qu'ilz soyent telz et des povres dont il dit
+que ilz sont bieneurez / c'est a entendre de povres d'esperit laquelle
+chose peut estre mesmement ung tresriche et habondant homme. C'est
+assavoir celluy qui ne prisera riens les richesses du monde & se il a il
+les distribuera en bonnes oeuvres & au service de dieu ne pour honneur
+ne se orgueillist ne pour richesse ne se tient plus grant et telle
+creature quoy que elle habonde en biens mondains et povre d'esperit et
+possedera le royaume des cieulx & tu le peuz veoir n'a il pas esté grant
+foison de roys et de princes qui sont sains en paradis si comme sainct
+loys de france et plusieurs aultres qui ne laissoyent pas le monde
+ensois regnoyent & possedoyent leurs seigneuries au plaisir de dieu mais
+ilz vivoyent justement ne pource n'assavouroyent en vaine gloire ne en
+boubant les honneurs que on leur faisoit et reputoyent que l'honneur
+fust a l'estat de sa seigneurie dont ilz estoyent vicaires de dieu en
+terre et non mye a leurs personnes et semblablement a esté de roynes de
+princesses moult grant foison qui sont sainctes en paradis si comme la
+femme du roy de france aussi saincte baudour saincte helysabeth royne de
+hongrie & assez d'autres. Si n'ayez point de doubte que dieu veult estre
+servy de gens de tous estatz et en chascun estat on se peut saulver qui
+veult. Car l'estat ne fait mye le dampnement mais n'en sçauroit user
+sagement c'est ce qui damne la creature pource en conclusion je voy bien
+que puis que je ne me sens de tel force que je puisse du tout en tout
+eslire & suyvre l'une des deux dessusdictes vies je mettray peine a tout
+le moins de tenir le moyen si comme saint pol le conseille & prendre de
+l'une & de l'autre vie selon ma possibilité le plus que je pourray.
+
+
+
+
+¶ Cy devise comment la bonne princesse vouldra attraire a soy toutes
+vertus. Chapitre .vii.
+
+
+Toutes ces choses ou les semblables pensera la bonne princesse par
+divine information & pour les mettre a effet tiendra tel voye elle
+vouldra estre bien informee par bons & saiges que est bien & que est mal
+affin que le bien puist eslire & le mal eschever & quoy que toute
+personne mortelle soit par nature encline en peché se gardera a son
+povoir par especial de peschié mortel et vouldra faire tout ainsi que
+faict le bon medecin qui cure la maladie par son contraire Si ensuyvra
+la parolle de Crisostome sur l'evangille sainct Mathieu qui dit que qui
+veult avoir la princesse celleste il luy convient ensuyvre humilité
+terrestre. Car envers dieu n'est pas celluy le plus hault qui est icy le
+plus grant & le plus eslevé en honneurs mais celluy qui est le plus
+juste en terre est le greigneur ou ciel pource que elle congoistra que
+les honneurs communement eslievent en orgueil son cueur se disposera en
+toute humilité et pensera en soymesmes que non obstant que il
+appartiengne a l'estat de son seigneur et du degré dont elle est que des
+honneurs reçoyvent ja en quelque dominacion que elle se voye son cueur
+n'en sera blecié en arrogance ne eslevé en pensee ains rendra graces a
+dieu & luy attribuera tout l'honneur & de son cueur ne partira point la
+pensee de congnoistre que elle est une povre creature mortelle fresle et
+pecheresse & que l'estat que elle reçoit n'est que ung office dont luy
+conviendra a dieu en brief temps luy en rendre compte. Car sa vie au
+regard du perpetuel siecle n'est que ung petit trespas ceste noble
+princesse doncques quoy que la dignité de son estat requiert que elle
+reçoyve des gens grant reverence n'y prendra point de delict quand on
+les luy fera & tout au moins que elle se pourra passer garde l'honneur
+de son estat vouldra que on luy face son maintien son parler son port
+sera doulx & benigne la chiere plaisante a yeulx baissez reddant salut a
+toute creature qui la luy baillera en parolle tant humaine tant doulce
+que aggreable soit a dieu & au monde. Et avecques ceste vertu d'humilité
+la noble dame vouldra tant estre paciente que quoy que le monde livre
+assez d'aversitez aussi bien aux grans seigneurs et aux grans dames que
+aux petites gens selon leurs estatz pour chose qui luy adviengne ne sera
+mené a impacience et toutes adversitez prendre en gré pour l'amour de
+nostre seigneur. Et l'en remercyra de bon cueur Et mesmement tellement
+se disposera en ceste vertu de pacience. que s'il advenoit ores que elle
+receust aucun tord ou grief de quelque personne ou de quelques gens
+comme on fait plusieursfois a maintes dames sans cause si ne querra elle
+leur pugnicion ne pouchassera ne vouldra et s'il advient que pugnis
+soyent par droit & par justice elle en aura pitié pensant que dieu
+commande que on ayme ses enemys & que saint pol dit que cherité ne
+quiert mye mesmes ce qui est sien. Si portera a dieu pour eulx qui leur
+donne pacience et en ait mercy. Ceste noble dame ainsi disposee par
+grant constance & force de courage ne fera pas grant compte des dars des
+envieux. C'est assavoir que si elle sçoit ores que aucunes parolles
+ayent esté dictes contre elle sicomme on fait tous les jours des
+meilleurs ja si grans ne seront pourtant ne s'en troublera ne le tiendra
+a grant meffait / ains le pardonnera de legier ne ja pour sa haultesse
+ne reputera pou de mesprison se aulcun luy fait par grant injure pensant
+les grans injures que nostre seigneur souffrit pour nous & si pria pour
+ceulx qui le tourmentoyent. Si pensera la tresbonne dame que en aucune
+maniere le peut avoir desservy & ainsi tiendra par vertu l'enseignement
+de senecque qui dit en parlant aux princes & princesses ou puissans
+personnes que c'est moult grant merite envers dieu louange au monde &
+signe de noble vertu que de laissoir aller legierement le meffait dequoy
+on se pourroit legierement venger & est chose de bon exemple aux petites
+gens Et ce mesmes temoigne saint gregoire ou .xxii. livre de moralles
+qui dit que nul n'est parfaict s'il n'a pacience sur les maulx que ses
+prochains luy font. Car qui ne porte souffraument les maulx d'aultruy
+est impatient & tesmoigne que il est loing de la plenitude des vertus &
+en louant les patiens dit icelluy mesmes sainct que tout ainsi que la
+rose fleure souef et est belle entre les espines poignans la patiente
+creature resplandist victorieusement entre ceulx qui s'efforcent de luy
+nuyre. Ceste princesse qui vouldra et se penera d'amasser vertus sus
+vertus aura bien reccort que sainct pol dit que qui auroit en luy toutes
+aultres vertus ne finast d'aourer allast en pelerinage fist grans jeunes
+et grant abstinences & tout le bien que faire se pourroit & n'auroit en
+soy charité tout ce ne luy prouffiteroit riens. Et pource elle de ce
+tresbien informee vouldra avoir celle belle vertu en telle maniere que
+elle sera tant piteuse envers toutes gens que le mal d'aultruy luy
+vouldra comme le sien propre & ne luy souffira mie seullement en avoir
+la desplaisance de veoir gens en desolation se elle mesmes ne met main a
+la paste de tout son povoir pour leur ayder. Et si comme dit ung
+tressaige docteur. Charité s'estent en plusieurs manieres et ne s'estent
+mye seullement que on doye aultruy ayder de l'argent de sa bourse mais
+aussi de l'ayde et reconfort de sa parolle & de son conseil ou il
+eschiet & de tout le bien que on peut faire. Si fera ceste dame par pure
+benigne & saincte charité advocate & moyenne entre le prince son mary &
+son enfant se elle est veufve et son peuple ou toute gent a qui en bien
+faisant selon que a elle appartiendra pourra ayder aucunesfoys adviendra
+par adventure que le dit prince par maulvais conseil ou pour aulcune
+cause vouldra grever son peuple d'aulcune charge par quoy les subjetz
+qui sentiront leur dame plaine de pitié de bonté et de charité viendront
+vers elle & treshumblement la supplieront que il luy plaise estre pour
+eulx vers le prince. Car ilz sont trespovres & ne pourroyent sans trop
+grant grief ou estre desers suffire a tel finance ou se il advient que
+ilz soyent en aucune indignation vers le prince ou par maulvais raport
+ou par aulcune deserte luy viendront supplier que elle face leur paix ou
+se ilz ont a faire d'aucune grace ou d'aucun previliege la bonne
+princesse parlera a eulx sans nul refus ne sans trop grant magnificence
+de longue actente les recevera tresbenignement & orra a leur loysir &
+bien entendra tout ce qu'ilz vouldront dire & sera acompaignee de saiges
+preudhommes & de bonne vie qui seront de son conseil. Si fera sa
+responce sage & convenable par le bon advis d'iceulx excusera son
+seigneur et en dira bien si aulcunement pour quelque cas s'en tiennent
+mal contens dira que elle se charge de tout son pevoir de en faire la
+paix ou d'estre leur bonne amye en la peticion que ilz demandent & en
+toutes autres choses a son povoir les prira que tousjours soyent loyaulx
+& bons obeissans vers son seigneur et que a toutes heures pourront vers
+elle a leurs besoings recourir & que point ne leur fauldra de chose que
+elle puisse. Ainsi celle noble dame respondra tant sagement aux
+embassadeurs du peuple ou des subgetz que quant ilz s'en partiront ilz
+seront contens que se ilz avoyent devant aucune rancune rebellion ou
+murmure en courage ilz seront tous pacifiez & la bonne dame ne les fera
+mye muser en vaine esperance ains leur tiendra bien ce que promis leur
+aura sans longue dilacion parlera a son seigneur bien & saigement & y
+appellera des autres sages se mestier est treshumblement suppliera pour
+le peuple. Monstrera les raisons dequoy elle sera tresbien informee
+comment il est necessaire que prince se longuement il veult regner en
+paix & glorieusement soit amé de ses subgetz & de son peuple luy
+ramentera parolles selon la forme que senecque dit ou troisiesme livre
+de ire / qu'il dit que quoy qu'il soit bien seant a toute personne
+d'avoir benignité par espicial il est advisant a prince l'avoir vers ses
+subjetz & a brief dire tant fera & tant pourparlera que elle aura tout
+ou partie de sa requeste et si sagement le raportera ausdictz subgetz
+que ilz se tiendront pour contens du prince & d'elle & treshumblement
+l'en mercieront.
+
+
+
+
+¶ Ce devise comment la sage princesse ou dame se pourra de mettre la
+paix entre le prince & les barons s'il y a aucun discord. chap. viii
+
+
+Ou s'il advient cas que aucun prince voisin ou estranger vueille mouvoir
+guerre pour aucune chalange a son seigneur ou que son seigneur la
+vueille mouvoir a autruy la bonne dame pesera moult ceste chose en
+pensant les grans maulx et infinies cruaultés pertes occision de pays et
+detraction de pays & de gens qui a cause de guerre viennent a la fin que
+souventesfois en est merveilleuse / & advisera de toute sa puissance se
+elle pourra tant faire en gardant l'honneur de son seigneur que ceste
+guerre puisse estre eschevee & en ce vouldra travailler et labourer
+songnousement en appellant dieu a son ayde et par bon conseil & tant
+fera si elle peut que voye de paix sera trouvee Ou s'il advient que
+aucun des princes du royaulme ou pays ou des barons ou des chevaliers ou
+subgetz qui ayt puissance se soit d'aucune chose meffait mesmement
+contre la magesté de son seigneur ou que il en soit en coulpe. Et elle
+voit que de le prendre & pugnir ou movoir contre luy guerre peut venir
+grant mal en la terre sicomme en cas pareil on a veu maintesfois en
+france et ailleurs par les contes d'ung bien petit baron ou chevalier au
+regard du roy de france qui est ung grant prince sont venus mains grans
+maulx & dommages au royaulme sicomme racomptent les cronicques de france
+du conte de corbeil du seigneur de montlehery & de plusieurs autres. Et
+mesmement advint n'a pas long temps de messeir robert d'artoys lequel
+par le contenus que le roy ot a luy dommaiga moult le royaulme de france
+a l'ayde des angloys. Et pource la bonne dame qui aura regard a ces
+choses et pitié de la destruction du peuple se vouldra travailler d'y
+mettre paix si admonnestera le peuple son seigneur & son conseil d'avoir
+sur ceste chose regard avant que on l'entreprengne veu le mal qui en
+pourroit venir & ce que tout prince doit a son povoir eschever effusion
+de sang & par especial sur les subgetz. Si n'est mye peu de chose
+d'entreprendre nouvelle guerre qui ne se doit faire sans grant advis et
+meure deliberation & que mieulx vauldroit adviser aulcune plus
+convenable voye pour traire a accord par aucuns bons moyens. Ceste dame
+ne s'en souffrira mye a tant ains fera tant qu'elle parlera ou fera
+parler gardant son honneur et celle de seigneur a celluy ou ceulx qui
+auront commis le meffait & les en reprendra en pongnant & en oygnant
+disant que le meffaict est moult grant et que a bonne cause en est le
+prince indignes & que sentence est de s'en venger sicomme il est raison
+mais non pourtant elle qui tousjours vouldroit le bien de paix en cas
+que ilz se vouldroyent amender ou en faire amende convenable mettroit
+voulentiers peine d'essaier se pacifier les pourroit vers son seigneur
+par telz voyes ou par telz parolles ou semblables la bonne princesse
+sera tousjours moyenne de paix a son povoir sicomme estoit jadis la
+bonne royne blanche mere de sainct loys qui en ceste maniere se penoit
+tousjours de mettre accord entre le roy & les barons sicomme elle fist
+du conte de champaigne & d'autres laquelle chose est le droit office de
+saige & bonne royne & princesse d'estre moyenne de paix et concorde de
+travailler que guerre soit eschevee pour les inconveniens qui advenir en
+pevent & ad ce doyvent adviser principallement les dames. Car les hommes
+sont par nature plus courageulx & plus chaulx & le grant desir qu'ilz
+ont d'eulx venger ne leur laisse aviser les perilz ne les maulx qui
+advenir en pevent / mais nature de femme est plus poureuse & aussi de
+plus doulce condicion. Et pource si elles sont saiges si elles veullent
+elles pevent estre le meilleur moyen a pacifier l'homme. Et a ce propos
+dit salomon es proverbes au. xxvi chapitre. Doulceur & humilité
+assouagist le prince & la langue mole. C'estadire la doulce parolle
+fleichist & brise sa dureté. tout ainsi comme l'eaue par sa moisteur &
+froidure estaint la chaleur de feu. O de quans grans biens ont
+maintesfois esté cause au monde roynes & princesses en mettant paix
+entre ennemys entre princes & barons & entre peuple rebelle & leurs
+seigneurs les escriptures en sont toutes plaines. Si n'est en terre si
+grant bien que de princesse & haulte dame bonne & saige. Eureux est le
+païs & la contree qui telle l'a & de ce donnasse plusieurs exemples /
+mais de ce est assez parlé a ce propos ou livre de la cité des dames Et
+que advient il de tel princesse / il advient que tous les subgetz qui la
+sentent de tel sçavoir & bonté afuient a elle a refuge non mye seulement
+comme a leur maistresse mais ce semble a leur deesse en terre a qui ilz
+ont souveraine esperance & fiance & elle est cause de maintenir la
+contree en paix. Si ne sont mye ses oeuvres sans charité / ains sont
+tant meritoires que plus grant bien ne pourroit estre fait.
+
+
+
+
+¶ Cy devise des voyes de devote charité que la bonne princesse tendra.
+Chap. ix.
+
+
+Par ceste voye qui est de charité cheminera la bonne princesse. mais
+avec ce encores fera elle plus sicomme si elle reputast en sa personne
+dicte la parolle que dit saint basille ou y dit au riche ainsi si tu te
+congnois & confesses que ses biens temporelz te soyent venuz de dieu &
+tousjours tu scés bien que tu as plus largement que n'ont assez d'autres
+qui sont meilleurs de toy penserois tu pour ceste cause que dieu ne fist
+pas justice qui ne les a partis esgaument. Mais ce ne doit mye pourtant
+estre pensé. car il a fait affin que en donnant & distribuant aux povres
+tu puisses desservir / que dieu le te rende & que le povre puist estre
+par sa souffrance & couronné du diademe de pacience. Si gardes que le
+pain du fameilleux ne moisisse en ta huche que le costé du nu tu ne
+laisses mengier aux vers que tu ne tienges enclos le soulier du
+deschaulx & que tu ne possides l'argent du souffreteux. Car saches de
+vray que les biens dont tu as trop grant largesse sont aux povres &
+nonpas tiens si es larron ou laronnesse & embles a dieu si tu peux
+secourir ton prouchain & tu ne le secours Et pour ce la bonne princesse
+de ce bien advertie / affin que elle acomplisse les euvres de
+misericorde nonobstant soit elle seant en sa magesté garde la vertu de
+son estat elle aura tresbons ministres environ soy. car quoy qu'on die
+des princes que ilz ont mauvais conseil ou mauvaise gent ou mauvais
+ministres / je croy que ceulx de qui la voulenté est toute bonne leurs
+conseilliers ne les oseroyent mesconseiller Et communement le maistre
+quiert servant selon la condicion si le conseillent bien ou mal selon
+qu'ilz sentent la voulenté du seigneur Pource ceste dame toute bonne
+aura servant selon elle. A ceulx elle commetra que ilz sachent &
+enquierent par la ville & par tout ou elle sera ou sont povres honteux
+povres gentilz hommes ou povre gentis femmes malades ou dechus de leur
+estat povres vefves mesnagiers souffreteux povres pucelles a marier
+femmes acouchees escolliers prestres ou religieux en povreté a ceulx par
+son aulmosnier que elle aura sceu devot charitable preudhomme & sans
+couvoitise ains que en tel estat l'ait mis non mie comme plusieurs
+seigneurs qui font du plus larron maistre. Car dieu scet comment il en
+va du gouvernement d'aulcuns aulmosniers de seigneurs ou de prelatz par
+icelluy ou par ung autre a ce commis evoyera a iceulx bonnes gens tout
+secrettement sans que les povres mesmes saichent dont l'aumosne leur
+vendra a l'exemple de monseigneur saint nicolas Et mesmement n'aura mye
+honte la bonne princesse de visiter aucuneffois les hospitaulx & les
+povres a tout son estat acompaignee grandement comme il appartient
+parlera aux povres & aux malades les couchera & les reconfortera
+doulcement en faisant son aumosne. & en ce fera elle son aumosne
+souveraine & fleurie. car le povre est trop plus reconforté & plus prent
+en gré la doulce parolle la visitacion & le reconfort d'une grant &
+puissant personne que d'une autre / la cause si est qu'il luy est avis
+et il est vray que tout se monde le desprise & luy semble que quant
+personne puissant la daigne visiter ou la reforcer qu'il a recouvré
+aucun honneur qui est chose que naturellement chascun desire & ainsi la
+princesse ou grant maistresse en ce faisant acquiert plus grant merite
+que une maindre en cas semblable ne feroit pour trois principalles
+raisons. La premiere est que de tant que la personne est plus grant &
+plus se humilie de tant plus croist sa bonté. La .ii. que elle donne
+plus grant reconfort aux povres sicomme dist est. Et la tierce qui dit
+que ce n'est mie petite raison que elle donne bonne exemple a ceulx qui
+la voient faire telle euvre & si grant humilité. Car il n'est riens que
+les subgetz et le peuple tire tant en exemple comme ce que faire vois a
+son seigneur ou a sa dame. & pource est grant bien quant seigneurs &
+dames & toutes gens qui ont a seigneurir autruy sont bien moriginez &
+grant meschief du contraire. Et ne cuide point nulle tant soit grant
+maistresse que se soit honte ne contre son estat d'aler elle mesmes
+devotement & humblement aucunesfois visiter les pardons les eglises &
+les sainctes places ne telz pensees ne sont que abusions / car se elle a
+honte de bien faire elle a honte de soy sauver. mais tu me diras comment
+fait la grant dame ses aulmosnes & ces choses se elle n'a argent. car
+devant est dit que il y a peril a amasser tresors si te respons a ce que
+n'est point de mal que la princesse ou grant dame amasse tresor de
+l'argent ou de la revenue ou pension qui luy peut venir licitement de
+son droit & sans extorcion faire. mais de ce tresor que fera elle. Sans
+faille elle n'est point tenue mesmement selon dieu se elle ne veult de
+donner tout aux povres. Mais en peult garder licitement pour ses
+necessaires pour son estat et pour payer ses servans faire deux quant il
+est expedient et payer ce qui est prins pour elle et ses debtes doibvent
+estre payees. Car neant vauldroit faire aulmosne de l'autrui / mais si
+la bonne dame restraint des superfluités que elle pourroit bien faire si
+elle voulloit de tant de robbes / et de tant de joyaulx qui ne luy sont
+necessaires pour employer en telz usaiges la ou est la pure et droicte
+aulmosne et le grant merite. O comme est grant et bien conseillee celle
+qui se fait celle peut par exemple estre comparee a ungz sages hommes de
+qui il est escript que une fois il fut esleu pour estre maistre
+gouverneur d'une cité luy qui estoit prudent et saige advisa que
+plusieurs autres hommes qui avoyent esté mis & eslus en ce mesme office
+en avoyent depuis esté deposez bennys povres & mis de tous biens en exil
+en une certaine povre contree ou ilz mouroient de fain. Si dist a
+soymesmes que il pourvoiroit tellement a celluy inconvenient que ou cas
+que il seroit la envoyé. Il n'y mourroit pas de fain Si ordonna
+tellement l'argent & l'avoir qui luy venoit de ses gaiges & de sa
+revenue tandis que il fut en l'office que aprés son estat ric a ric
+tenu. mettoit tout le demourant apert en lieu sauf. Si fut a la parfin
+fait de luy comme des autres / mais la saige provision qu'il avoit
+espergnee le sauva & garda de necessité. Tout ainsi l'avoir que on
+restraint de superflu doit estre pour donner aux povres & bien faire
+C'est le tresor qui est mis apart en saincte huche qui sert aprés la
+mort / et garde l'exil d'enfer & ceste chose chante l'evangille qui ne
+fait que crier. Thesaurisés en terre ou thesaurisés ou ciel Helas autre
+chose on en emporte que iceluy tresor. C'est chose vroye si que
+tesmoigne la saincte escripture. Si est sans faille souverainement bonne
+mesnagere la princesse & toute femme qui entent a icelluy espargner. Et
+a brief dire ceste noble vertu de charité qui ainsi comme dit est sera
+entee au cueur de la bone princesse avec les autres choses dessusdictes
+la rendra de si tresbonne voulenté envers toutes gens qu'il luy sera
+avis que chascune personne vaille mieulx que elle Et pource son cueur
+s'esjoyra du bien d'autruy comme du sien propre & la bonne renommee des
+aultres luy sera tresdelectable chose a oÿr et a son povoir en toutes
+choses donnera occasion aux bons de perseverer & au maulvais pour eulx
+retraire.
+
+
+
+
+¶ Cy commence a parler des enseignemens moraulx que prudence donna a la
+sage princesse. Chap. .x.
+
+
+Nous autres assés devise ce qui touche principallement les enseignemens
+que l'amour & crainte de nostre seigneur donne & amonneste a la bonne
+princesse ou haulte dame / si que devant fut touché. Si nous convient
+doresnavant parler de la leçon & des enseignemens que prudence mondaine
+luy admonneste lesquelz enseignemens & amonicions ne se despartent de
+ceulx de dieu ains en viennent & dependent. Si parlerons du sage
+gouvernement & maniere de vivre qui luy advisent selon prudence
+premierement enseigne a la princesse ou haulte dame convient sur toutes
+les choses de ce bas monde doit aimer honneur & bonne renommee & luy
+dira il ne desplaist mye a dieu que creature vive en ce monde moralement
+& si elle vit morallement elle aymera le bien de renommee / qui est
+honneur & ce tesmoigne saint augustin ou livre de correction qui dit que
+deux choses sont necessaires a bien c'est conscience & bonne renommee.
+Et a ce s'accorde le saige ou livre de ecclesiastique qui dit ayes euvre
+de bonne renommee car elle te demourra plus longuement que quelconques
+autre tresor / pource dira la saige princesse a soy mesmes. Sur toutes
+choses terrestres n'est nulle qui autant affiere a haulte gent que fait
+honneur & quelz choses dira elle convient il a droit honneur. Certes a
+proprement dire ce ne sont mye richesses mondaines au moins si elles y
+servent selon la commune maniere du monde toutesvoyes a aller au droit
+ce doit estre toute la maindre partie qui serve a parfaire l'honneur. Et
+quelle chose doncques y sont plus convenables en verité ce sont bonnes
+meurs elles parfont la creature noble & la font estre bien renommee. et
+la est le droit parfait honneur / car il n'est point de doubte que
+quelconques richesses qui soyent en prince ou en princesse ou d'autre se
+il ne maine vie par laquelle on acquiert par bien faire bonne renommee
+et los honneur ne luy affiert / ne il ne l'a que pour luy blandir &
+avoir du sien quoy que on luy face acroyre. car droit honneur doit estre
+sans reproche. Et combien doit aymer la haulte dame cest honneur Certes
+plus que sa vie. Car plus chier a perdre la devroit que honneur La
+raison y est bonne. car qui bien meurt il est sauvé. mais qui est
+deshonnoré il reproche mort et vif a tousjours tant que de luy sera
+memoire. O le tresgrant tresor de princesse & de toute autre dame que
+bonne renommee. Certes nul si grant en ce monde ne pourroit avoir ne que
+elle doie tant aymer amasser. Car le tressor commun ne le peut servir
+que environ elle mais celuy de bon renom luy sert & pres & loing qui
+eslieve son honneur par toute la terre. & est ainsi de bonne renommee en
+une personne comme se il estoit possible que du corps d'une creature
+yssist si grant odeur que elle s'espandist par tout le monde si que
+toutes gens le fleurassent. Tout ainsi par l'odeur de la renommee qui
+par tout court d'une vaillable personne toute gent peut avoir le goust &
+le flair de bon exemple. De ces choses advertira prudence la saige
+princesse & que fera elle pour les mettre a oeuvre elle disposera son
+vivre principalement en deux choses l'une appartiendra aux meurs qu'elle
+vouldra tenir & excercer. & l'autre en la maniere & ordre de vivre en
+quoy elle vouldra estre riglee. Et quant aux meurs ensuyvans les vertus
+dessusdictes deux autres par especial sont necessaires a princesse & a
+toute haulte dame voire a toute femme qui desire grans honneurs avoir &
+sans lesquelles ne le pourroit avoir vouldra tressingulierement en
+especiaulté avoir / l'une est sobresse & l'autre est chateté. Icelle
+sobresse qui est la premiere ne s'estendra pas seullement en boire ne en
+menger / mais en toutes autres choses / esquelles elle pourra servir &
+restaindre & de rapeticier superfluités. Icelle sobrieté la fera estre
+non dangereuse a servir. Car elle ne vouldra point de service plus que
+raison ne demande / nonobstant son grant estat elle le fera estre
+contente de telz vins & de telles viandes que on luy administrera. Car
+en ce n'aura tant soit petite son entente & encores ne prendra fors ric
+a ric tant que necessité de vivre peut requerir elle la gardera de trop
+dormir / pource que prudence luy dira que trop grant repos engendre
+pechié & vice / & la gardera du vice d'avarice Car le pou d'avoir luy
+donnera grant souffisance Superflus & oultrageux habis joyeulx a tous &
+estat plus que raison luy deffendra a avoir sur toutes riens par
+l'admonnestement de prudence qui ainsi luy dira sans faille il
+appartient bien que toute princesse ou dame terrienne selon son degré
+que elle soit richement atournee / tant de vestemens d'atours de
+paremens & de joyaulx comme de grant court & de gent ou d'estat pour
+l'honneur de l'office ou dieu l'a assise. mais ne doubtes pas que se toy
+ou aultre n'estoyes contente de tel estat & abillemens que tes nobles
+davanciers ont porté que tu voulsisses avoir plus grant ou commencer
+nouvelles choses tu mesprendroyes & ferois contre ton honneur & contre
+le bien de sobresse si ne le feras mye Car il n'appartient pas a nulle
+de ainsi faire / voire se ce n'est par tel si que son seigneur par qui
+elle doit estre riglee le voulsist a toutes fins ne doit riens
+entreprendre sans bon advis ne conseil & ne juste cause. Ceste dicte
+sobresse monstre en tous les sens de la dame aussi bien que es faitz &
+habitz par dehors. Car elle luy rendra le regard tardif arresté & sans
+vaqueté la gardera de curiosité de moult de souefves odeurs en quoy
+assés de dames ont mis grant cure & despendu foison d'argent pource
+qu'elle luy dira que l'on ne doit mye procurer ne donner au corps tant
+de delices et que mieulx vault que tel argent soit donné aux povres et
+aux indigens. Et avec ce ceste sobresse corrigera & chastira tellement &
+ordonnera la bouche & le parler de la dame saige qu'elle la gardera
+principallement de trop parler / qui moult est messeant chose a haulte
+dame. voire en toute femme de value luy fera haïr de tout son cueur le
+vice de mensonge & aymer verité laquelle sera tant acoustumement en sa
+bouche que on croyra ce qu'elle dira & y adjoustera l'on foy comme a
+elle que jamais on n'orra mentir / laquelle dicte vertu de verité affier
+plus en bouche de prince & de princesse que en autres gens. pource que
+il appartient que on le croye luy deffendra qu'elle ne dye parolle par
+especial en lieu ou elle puisse estre pesee & raportee qu'elle n'ayt
+avant bien examinee prudence & sobreté aprendront a la dame a avoir
+parler ordonné & sage eloquence. & non pas mignote / mais rassise &
+quoye assez basse & beaulx traitz sans faire mouvement du corps des
+mains & grimaces du visaige la gardera de trop rire & non pas sans cause
+luy deffendra sur toute rien que nullement ne mesdie d'autruy ne parolle
+en blasmant / mais en exaulçant le bien & voulentiers tiengne en frain
+parolles vagues & non honnestes ne luy souffrira a dire & en ses
+joyeusetés luy conviendra a garder toute mesure & honnesteté luy
+appartiendra a dire entre ses femmes & autre part quant il escherra et
+sera bien seant parolles vertueuses & de bon exemple & telles que ceulx
+& celles qui les orront ou seront raportees diront que c'est parolle
+yssue de tresbonne sage & honneste dame la gardera de parler a ses
+femmes & a ses servans maulgratieusement ne en tençant ne disant
+villanie / mais les enseignera doulcement & les reprendra de leurs
+deffaulx courtoisement les menaçant de les mettre hors s'ilz ne se
+corrigent ou de les pugnir / ou par quelque autre maniere. mais
+toutesvoyes le parler d'elle sera tousjours quoy & sans villanye. car la
+vilanie yssue de bouche de dame ou de quelconque femme retourne plus a
+elle mesmes que a ceulx a qui elle la dit fera ses commandemens
+raisonnables en lieu et en temps et a ceulx a qui il appartient chascun
+en son office. Ceste dame lira voulentiers livres d'enseignemens et de
+bonnes meurs. et aucuneffois de devotion et ceulx de deshonnesteté et
+lubreté harra parfaictement et ne les vouldra avoir a sa court ne
+souffrir que ilz soyent portés ne leuz devant fille parente ne femme
+qu'ilz elle ait Car ce n'est point de doubte que les exemples soit de
+bien ou de mal atraient les cueurs couraiges et voulentés de tous ceulx
+ou celles qui les voyent ou oyent. & si ceste noble dame prent plaisir
+en recorder bonnes parolles & dire fera semblant de les ouÿr & par
+especial la parolle de dieu. Car elle qui sera de dieu orra voulentiers
+la parolle en la maniere qui le tesmoigne en l'evangelle ou il dit.
+Ceulx qui me ayment oyent voulentiers ma parolle & la gardent. Si orra
+souvent par notables & bons clercz sermons & collations aux festes
+annees & en tous temps. Et semblablement vouldra que ses filles & femmes
+& toute sa famille y soit vouldra estre bien informee de tout ce qui
+touche a nostre foy des articles & des commandemens & de tout ce qui
+acquiert a sauvemen Et de ce qui appartient aux choses mondaines orra
+voulentiers parler des vaillans gens / des preux chevaliers & gentilz
+hommes de leurs faitz & de leurs proesses / de grans clercz & de leurs
+sciences. de tous preudes hommes & de toutes preudes femmes / de leur
+sens & de leur belle vie & iceulx aymera & leur fera grant honneur &
+bonne chiere & beaulx dons leur donnera. Item avecques ce de gens de
+belle & esleue vie en fait de devotion s'acointera & vouldra avoir leur
+amitié humblement les recevera & parlera a eulx a secret / & moult
+voulentiers les orra se recommandera a leurs prieres. Et ainsi par ceste
+voye la vertu de sobresse reglera la bonne princesse. Si s'ensuyvra de
+ceste regle. La .ii. des deux vertus que nous avons dit qu'elle vouldra
+singulierement avoir / c'est assavoir chasteté de laquelle elle sera par
+ceste maniere de vivre tant remplye & ramenee a telle purté que en fait
+n'en dit semblant atour ne contenance maintien estat regard n'aura riens
+ou il y ait a redire ne reprochier.
+
+
+
+
+¶ La maniere de vivre par l'admonnestement de prudence. chap. .xi.
+
+
+Prudence sicomme j'ay dit devant avertira la sage princesse comment
+l'ordre de son vivre sera riglé et par elle par son ennortement tiendra
+telle maniere elle se levera tous les jours assez matin & seront les
+premieres parolles adressans a dieu en disant. Daigne nous sire garder
+huy ceste journee de pechié de mort soudaine & de toute mauvaise
+aventure ainsi soit il a tous nos parens & amys aux tespassés pardon & a
+nos subjectz paix & transquilité amen. pater noster. Et au surplus
+d'oraisons ce que devotion luy administrera ne requerra avoir entour
+elle moult grant affaire de service. & ceste voye tenoit n'a pas moult
+de temps qu'elle vivoit la bonne & saige royne Jehanne femme jadis du
+roy charles de france .v. de ce nom qui se levoit tous les jours devant
+le jour / allumoit ellemesmes sa chandelle pour dire ses heures & ne
+souffroit que femme qu'elle eust se levast ne perdist son somme. Aprés
+qu'elle sera preste ira ouÿr ses messes tant et en telle maniere &
+quantité que sa devotion sera & que temps & loysir luy donnera. Car
+n'est mie doubte que ceste dame a qui sont commis grans gouvernemens
+comme plusieurs seigneurs font & ont fait a leurs femmes quant les
+voyent bonnes & saiges & ilz alloyent hors ou estoyent occupés ailleurs
+ilz bailloyent la charge a elles & auctorité de gouverner le fait de
+leur seigneurie et estre chief du conseil. Et telles dames sont plus a
+excuser mesmes depuis devers dieu se tant n'emploient de temps en
+longues oraisons que celles qui plus ont loisir ne elles n'ont pas moins
+de merite de bien et justement entendre a la chose publicque a leur
+povoir qu'elles auroient de plus longuement vacquer en oraisons se ce
+n'estoit qu'elles voulsissent du tout entendre a la contemplative &
+laisser la vie active. Si que j'ay devant dit / car la vie contemplative
+peut bien sans l'active. Mais la droicte bonne active ne peut sans
+aucune partie de la contemplative. Ceste dame aura donné ordonnance /
+que a l'issue de la chapelle soyent aulcuns povres a qui elle mesmes par
+humilité & devotion / & en memoire & signe que elle ne doye mie
+despriser les povres donnera de sa main l'aumosne & la endroit se
+aucunes piteuses requestes luy sont affaire / elles les orra benignement
+et donnera a chascun gracieuse responce & ceulx qu'elle pourra en brief
+temps expedier ne tiendra pas longue dilation / & de ce faire croistra
+l'aumosne & aussi la renommee Si y aura aulcuns preudhommes / pource
+qu'elle ne pourroit par adventure entendre a toutes les requestes qui
+luy viendront. Lesquelz preudhommes seront commis a y entendre. Et
+vouldra que iceulx soyent charitables & tost expediens / & ellemesmes de
+leurs meurs s'en prendra garde. Ces choses faictes si elle est dame qui
+se mesle du gouvernement / comme dit est / elle s'en ira au conseil aux
+jours que tenir se devera / l'aura a tel port telle maniere et telle
+contenance quant en son hault siege sera assise que elle semblera bien
+estre dame & maistresse de tous. Et chascun l'aura en grant reverence
+comme leur sage maistresse de grant auctorité. Et si orra diligemment ce
+qui sera propice et l'oppinion de tous et tant bien y mettra son entente
+qu'elle entendra les principaulx pointz des matieres & des conclusions &
+bien notera lesquelz diront mieulx & par la meilleur consideration &
+advis & qui luy apperront les plus saiges & de la plus vive oppinion. Et
+aussi notera en la diversité des oppinions quelz causes & quelz raisons
+pourroyent mouvoir les disans. Et ainsi en toutes choses sera advisee /
+& quant viendra a elle a parler ou respondre selon le cas qui escharra
+si sagement se advisera du faire que elle ne puisse estre reputee simple
+ygnorante / & se advant la main elle peut estre informee de ce qu'on
+devera & que proposer sur ce se choses pesantes sont & elle se pourvoit
+par sage conseil de responce ce n'est que bien. Avec ce ceste dame
+establira certains preudhommes saiges en certaines quantités qui seront
+de son conseil qu'elle sentira bons loyaulx de bonne vie & non trop
+couvoiteux / car c'est ce qui honnit tout en tout plusieurs princes &
+princesses que conseilliers remplis de couvoitise. Car selon leur
+inclinacion ilz induysent & ennortent ceulx qui conseillent / & sans
+faille ceulx qui habondent en tel vice ne pourroyent bien loyaument ne
+au proffit de l'ame & honneur du corps conseiller & qu'ilz soyent de
+bonne vie & de ce doit bien enquerir la prudente dame a ceulx elle se
+conseillera par chascun jour a certaine heure des besongnes qu'elle aura
+a faire aprés ce conseil du matin ira a table qui sera par especial aux
+jours solennelz & aux festes voire le plus communement en salle ou
+seront assises les dames & damoiselles & les personne a qui il
+appartiendra par ordre selon leur estat / la sera servie selon qu'il
+appartient a tel estat / & tandis que l'assiete durera selon la belle
+ancienne coustume des roynes & des princesses aura ung preudhomme en
+estat au chief du doy qui dira d'anciennes gestes d'aucuns bons
+trespassés ou d'aucunes belles moralités ou exemples / la n'aura mye
+grant noyse menee. Et aprés les tables levees & graces dictes s'il y a
+princes ou seigneurs dames ou damoiselles ou d'aultres estranges vers
+elle. Adonc celle qui sera en toutes choses enseignee & aprinse recepvra
+chascun en tel honneur comme il luy appartiendra. Si que tous se
+tendront pour contens parlera a eulx par maniere rassise a joyeulx
+visaige aux anciens d'une guise plus pesante aux jeunes d'une aultre
+plus riant et ce adonc vient la a parler ou a ouÿr d'aucuns esbatemens
+ou d'aucunes joyeusetés elle s'i saura contenir par si plaisant maniere
+que tous diront que c'est une gratieuse dame & qui bien scet son
+maintien en tous endrois. Aprés les espices prises & qu'il sera temps de
+retraire la dame s'en ira a sa chambre la ung petit se reposera se
+besoing en a / puis aprés se il est jour ouvrier & elle n'a aucune autre
+plus grande occupacion pour eschever oysiveté a aucun ouvraige se
+prendra & environ elle fera semblablement ouvrer ses filles & ses femmes
+& la a privé vouldra que chascune devise hardiment de toutes honnestes
+joyeusetés si que il luy plaira & elle mesmes rira avecques elles &
+s'esbatra en devisant si familierement que toute loueront sa grant
+priveté & benigneté & l'aymeront de tout leur courage ainsi fera jusques
+a heure de vespres que elle les yra oÿr en sa chapelle se il est jour de
+feste se aucune grande occupation ne les empesche ou les dira sans
+faillir avecques la chapellaine & aprés ce fait s'il est esté s'en ira
+esbatre en aucun jardin jusques a heure de souper l'en viendra & ira
+pour sa santé. Si vouldra que si aucuns ont a besongner a elle pour
+certaines causes que ilz soyent lassez entrer & les orra. Vers le
+coucher sera a dieu en oraisons & ainsi se finera l'ordre des communes
+journees de la prudente princesse vivant en bonne & saincte activeté.
+quant est d'autres esbatemens a quoy dames seulent prendre esbatemens &
+plaisir sicomme de aller a la chasse aucunesfois voler en riviere ou a
+autres jeux. Ces choses nous ne mettons point en l'ordre de nostre
+discipline & enseignement. Car nous les laissons en la distribution &
+vouloir de leurs maris & du leur aussi desquelles choses aucune licence
+peut bien estre donnee en temps & en luy mesmes aux dames tresvertueuses
+sans mesprendre mais que ce soit sans trop et que mesure soit gardee.
+
+
+
+
+¶ Cy commence a parler des sept principaulx enseignemens de prudence qui
+sont necessaires a retenir a toute princesse qui ayme honneur & est
+premier comment se contiendra vers son seigneur generallement &
+particulierement. Chapitre .xii.
+
+
+Or avons assez devisé en termes generaulx & particulierement aussi tant
+ce qui touche vers dieu premierement & les bonnes meurs comme la maniere
+& ordre de leur vivre. Si nous plaise encores a deviser pour leur
+ennortement sept principaulx enseignemens lesquelz selon prudence leur
+sont necessaires a celles qui desirent sagement vivre et honneur veulent
+avoir. Si prions & enjoingnons a elles & semblablement a toutes femmes
+grandes moyennes & petites a qui se pourra apartenir que ces sept
+enseignemens veullent bien retenir noter & mettre a effet car pour neant
+oit doctrine qui ne la met a oeuvre. Le premier de ces sept pointz &
+rigles que nous enseignons & que toute dame & semblablement toute femme
+estant en ordre de mariage il appartient que elle ayme son mary & vivre
+en en paix avecques luy ou autrement elle a ja trouvé les tourments
+d'enfer ou n'a fors que toute tempeste. Et pource qu'il n'est point de
+doubte que assez de femmes de tous estatz non obstant que elles les
+ayment chierement ne scevent pas toutes les rigles ou par jeunesse ou
+aultrement de le bien demonstrer vecy nostre leçon qui leur aprendra /
+la noble princesse qui en toutes ces choses vouldra suyvre la rigle
+d'onneur si maintiendra vers son seigneur vieil ou jeune en toutes les
+manieres que en tel cas bonne foy & vraye amour commande. C'est assavoir
+se rendre humble vers luy en fait en reverence et parolle l'obeyra sans
+murmuration et gardera sa paix a son povoir curieusement par la maniere
+que faisoit la bonne & sage royne hester sicomme il est escript en la
+bible au premier chapitre. Et pource tant aymee & honnouree de son
+seigneur que il n'estoit chose que elle voulsist que il luy veast
+avecques ce demonstrera l'amour en ce que elle sera soygneuse et
+curieuse de toutes les choses qui pourront appartenir au bien de sa
+personne tant a l'ame comme au corps. A l'ame elle tiendra en amour son
+confesseur parquoy se elle voit en son dit seigneur aucune tache de lait
+peché duquel la coustumance luy peut tourner a dampnation & elle ne luy
+osast dire de doubte que il ne luy en despleust & aussi qu'il ne luy
+appartient pas elle luy fera dire par icelluy & luy dira que il luy
+admonneste bien d'estre tousjours serf de nostreseigneur. Et aussy en
+toutes ses aumosnes & biens fais dira priés Dieu pour monseigneur & pour
+moy. Avecques la pourvoyance de l'ame sera ceste dame tressoygneuse du
+corps de sondit seigneur. C'est assavoir qu'il soit en santé maintenu &
+conservement de longue vie. Si vouldra souvent parler a ses phisiens /
+leur enquerre de son estat & comme saige que elle sera vouldra ouÿr de
+leurs oppinions & que present elle soyent faictes aucunesfois leurs
+collations sur le fait de la dicte santé. Item vouldra sçavoir comment
+il sera servy & de ce n'aura pas honte de s'en prendre garde
+soygneusement quelques autres qui y soyent commis. Et pource que ce
+n'est mie l'ordre d'estat royal que les dames soyent si communement
+entour eulx que aultres femmes sont vers leurs marys elle enquerra
+souventesfoys aux chambellans & aux autres d'environ luy de son estat
+verra le plus souvent que elle pourra & du veoir sera tresjoyeuse &
+quant elle sera vers luy dira a son povoir toutes choses qui plaire luy
+devront & a joyeulx visaige se contiendra. mais pource que aucunnes nous
+pourroyent par adventure icy respondre que nous comptons sans rabatre.
+C'est assavoir que nous disons a toutes fins que les dames doyvent tant
+aymer leurs seigneurs et en monstrer les signes. Mais nous ne parlons
+mye se tous deservent vers leurs femmes que on le doye ainsi faire
+Pource que on scet bien que il en est de telz qui se portent vers elle
+tresfelonneusement & sans signe de nulle amour ou bien petite. Si
+respondrons a icelles que nostre doctrine en ceste presente euvre ne
+s'adrece point aux hommes quoy qu'il en fust besoing a plusieurs que ilz
+fussent bien endottrinez. Et pource que nous parlons aux femmes tant
+seulement tendons a leur prouffit pour enseigner les remedes qui pevent
+estre vaillables a eschever deshonneur & donner bon conseil d'ensuyvre
+bonne voye qui ne face le contraire & du bien & du mal leur prouffit.
+Poson que le mary fust de merveilleuses meurs pervers et rudes
+malamoureulx vers sa femme de quelque estat qu'il fust ou desvoyé en
+amour d'autre femme qui que elle soit quant elle scet tout ce porter &
+dissimuler sagement faire semblant que elle ne s'en apperçoit & que elle
+n'en scet riens voirement s'il est ainsi que elle n'y peust mettre
+remede. Car elle si pensera comme saige si tu luy disoyes rudement tu
+n'y gaigneroys riens & s'il t'en menoit male vie tu poindroyes contre
+l'aguillon il t'en eslongneroit par adventure & tant plus les gens s'en
+mocqueroyent & croistroit la honte & le diffame & t'en pourroit encores
+estre de pis il fault que tu vives & meures avecques luy quel qu'il
+soit. Ces choses considerees la saige dame mettra peine par bel & par
+doulceur de l'atraire a soy & se elle congnoist que ce soit le meilleur
+de luy en dire quelque chose elle luy en touchera apart doulcement &
+benignement une fois l'amonnestera par devocion / autre fois par pitié
+qu'il doit avoir d'elle / autre fois en riant comme si elle se jouast /
+avec ce luy fera dire par bonnes gens et par son confesseur / & avec ce
+autre vertus ceste noble dame l'excusera se elle en ot parler aux autres
+ne pourra souffrir ouÿr dire mal de luy ne aura cure que on luy en
+raporte riens & elle deffendra. Car elle comme sage pensera que du
+savoir n'aura fors tristesse et riens n'y gaigneroit / et quant toutes
+ses voyes elle aura ung temps tenues & verra que il ne s'en vouldra
+amender son refuge sera a dieu mettra toute peine de s'en mettre en paix
+sans plus luy en parler Et celle dame ou femme qui qu'elle soit qui
+ainsi fera soit certaine que ja l'homme si pervers ne sera que a la
+parfin conscience & raison ne luy dye tu as grant tort & grant peché
+contre ta bonne & honneste femme & que il ne s'amende & l'ayme plus ou
+tant que font ceulx qui oncques ne se desvoyerent en ainsi aura sa cause
+gaignee par bien souffrir. Et s'il advient que ledit seigneur voyse en
+aulcun voyage loingtain ou perilleux ou en quelque guerre la bonne dame
+priera dieu devottement & fera prier pour luy en processions & oblations
+tressongneusement & croistra le nombre de ses aulmosnes se tendra
+humblement et simplement d'estat de maintien & d'abit en tandis & a son
+retour en grant joye & honneur le recevera et a toute sa compaignie fera
+chiere joyeuse & bien vouldra estre informee des meilleurs de ses gens
+des plus preux & des plus vaillans & comment ilz se seront portés &
+tresvoulentiers en orra racompter si les recevera a grant honneur &
+beaulx dons leur donra aussi vouldra sçavoir comment ceulx qui avoyent
+la garde de son corps auront fait leur devoir & se seront vers luy
+portez. Si guerdonnera les biensfaitz aux bons & aux plus songneux &
+cestes manieres tenir sont de grant honneur a dames. Et pource quoy que
+elle les face de bon cueur. Et vouldra elle bien toutesvoyes que elles
+soyent manifestees & sceues au monde & non mye celees la cause si est
+que elle ayme honneur & le bien de renommee comme dit est si luy
+aprendra prudence que plus grant honneur ne peut estre dit de dame & de
+toute femme que dire que elle soit vraye & loyalle vers son seigneur &
+que bien fait semblant que elle l'ayme & par consequent luy est loyalle.
+Car il est a penser a ung chascun que femme qui bien ayme son mary ne
+luy fera ja faulceté. si ne peut faire autre certification de sa
+loyaulté fors par l'amour qu'elle luy monstre & les signes de par dehors
+par lesquelz on juge communement du couraige. Car autrement ne peut on
+juger de l'entention des gens fors par les oeuvres lesquelles si elles
+sont bonnes tesmoigne la personne bonne & aussi au contraire. Si
+souffise quant a ce premier enseignement lequel est convenable a toute
+preude femme que qu'elle soit.
+
+
+
+
+¶ Cy devise le deuxiesme enseignement de prudence qui est comment la
+saige princesse se contiendra vers les parens & amys de son seigneur.
+Chap. .xiii.
+
+
+Le deuxiesme point & enseignement que prudence demonstre a la princesse
+& generallement a toute femme saige est qui se elle a chier honneur par
+quoy bien veult que on sache que elle ayme son mary si que dit est cy
+devant elle aymera & honnorera les parens de son seigneur & demonstrera
+en tel maniere elle leur fera honneur & tresbonne chiere de toutes pars
+que ilz vendront & devant les gens meilleur que aux siens propres si
+mettra peine en toutes manieres raisonnables & licites de les complaire
+& faire leur gré les attrayra amyablement & a chere joyeuse sera
+procureresse pour eulx vers son seigneur si besoing est & s'il advenoit
+qu'il y eust aucun contens entre eulx elle se mettra en peine d'en faire
+la paix elle dira bien de eulx & les essaucera. si gardera bien d'y
+prendre estrif de parolles & en toutes manieres eschevera a son povoir
+que contens ne aucune rancune naisse ou sourde entre elle & eulx. Poson
+que aucun feust dangereux & maltraictable mettra peine a le sçavoir
+avoir par la meilleur voye selon sa condicion en gardant toutes voyes
+l'honneur que a elle appartient si n'aymera mie seullement les parens de
+son seigneur. mais aussi tous que elle sçaura qu'il ayme. suppose ores
+qu'elle sceust qu'il en y eust de maulvais si leur fera elle bonne
+chiere la cause si pource que elle ne les pourroit faire estre bons ne
+aussi par adventure empescher ne destourner l'amour & la hantise que son
+seigneur y a Si ne seroit que riote & noise s'elle leur monstroit
+mauvais semblant & acqueroit tant plus d'ennemys. Et si diroit on que
+voirement est il vray que femme n'aimera ja personne que son mary ayme /
+bien est la verité que se elle sçait que son seigneur soit encliné a la
+croire & elle soit certaine que iceulx soyent vicieulx & mauvais & que
+mal en faict ou en murs puisse venir a sondit seigneur par les hanter
+elle luy dira & monstrera appert coyment & doulcement ou fera dire. Et
+de tenir ces manieres sondit seigneur luy sçaura tresgrant gré aura la
+grace & benivolence de ses parens qui moult luy pourra valoir & garder
+de mains autres perilz & encombriers & plus seure sera quand elle aura
+la seureur des parens de son seigneur. Car on a veu maint mal avoir a
+femmes maintes fois a cause des parens de leurs maris. Et cestuy signe
+avec les autres donnera plus grant certification de l'amour & loyaulté
+que elle a son seigneur.
+
+
+
+
+¶ Cy devise du .iii. enseignement de prudence qui est comment la saige
+princesse sera songneuse de se prendre garde sur l'estat et gouvernement
+de ses enfans. chap. .xiiii.
+
+
+Le troisiesme enseignement de prudence a la princesse saige est que
+s'elle a enfans de se prendre garde d'eulx & de leur gouvernement aux
+filz non obstant qu'il appartiengne au pere de leur querir maistre &
+bailler telz gouverneurs qui soyent bons & convenables toutesvoyes la
+dame qui maine par adventure tant de charge de diverses choses & que
+aussi nature de mere est communement plus encline au regard de ses
+enfans doit moult adviser tout ce qui leur appartient & plus a ce qui
+touche discipline de meurs & d'enseignemens que au gouvernement du
+corps. Et pource la saige princesse prendra garde comment on les
+ordonnera quelz sont ceulx qui les auront en gouvernement & comment ilz
+en feront leur devoir et non mye s'en attendre au rapport d'autruy /
+mais elle mesmes souvent les visitera en leurs chambres les verra
+coucher & lever & comment ilz seront ordonnés & telle chose faire a
+princesse n'est ce honneur non. Car c'est le plus grant port seureté &
+parement que elle puisse avoir que enfans & tel par aventure souvent
+avient vouldroit bien nuyre a la mere qui n'endureroit pour la doubte
+des enfans si les dois bien tenir chierement & est grant los de dire que
+elle en soit soigneuse. Car c'est signe que elle est sage & bonne.
+doncques la sage dame qui chierement les aymera sera diligente que ilz
+soyent endoctrinés & que ilz aprengnent tout premierement a servir dieu
+soyent enseignes en lettres & que le maistre soit songneux de les faire
+aprendre aux heures competentes mettra peine la saige dame qu'il plaise
+au pere qu'ilz soyent introduitz en latin & que aucunement s'entendent
+es sciences. Laquelle chose est moult convenable a enfans de princes et
+de seigneurs. Elle vouldra aussi quant leur aage croistra & qu'ilz
+auront entendement qu'ilz soyent admonnestés des choses du monde du
+gouvernement qui leur affiert / et de toutes choses qui a sçavoir a
+princes appartiennent que tous admonnestemens de vertus leur soyent dis
+& demonstrés enseigner la voye de fuyr les vices. Ceste dame se prendra
+bien garde des meurs du maistre & de la sapience aussi des autres qui
+seront entour eulx. Si les fera oster s'ilz ne sont bons & mettre
+nouveaulx / vouldra que lesditz enfans soyent souvent menez vers elle.
+Considerera leurs manieres & faitz & ditz & les reprendera ellemesmes
+tresfort s'ilz mesprennent / se fera craindre a eulx & vouldra qu'ilz
+luy portent grant honneur / elle les arraisonnera pour sentir de leur
+entendement & de leur sçavoir saigement les enseignera. Ses filles fera
+gouverner par bonnes & sages dames & ainçois qu'elle commette a nulle le
+gouvernement sera bien informee du sens des moeurs & de la vie d'elle.
+Car a ceste chose doit bien prendre garde & que la dame ou damoyselle a
+qui baillera en gouvernement sa fille soit de bon renom & devote envers
+dieu & de sens & honneur mondain sage & prudente affin qu'elle luy sache
+bien monstrer le bien & la contenance & maintien qui appartient a fille
+de prince a avoir & sçavoir / & doit estre icelle assez agee / affin
+qu'elle soit plus saige en meurs & plus prisee & doubtee mesmes de
+l'enfant qu'elle gouvernera / & aussi de tous les autres de la court
+plus auctorisee & crainte. Car il appartient a dame qui a tel charge
+qu'elle se prengne bien garde que environ la fille du prince ne repaire
+fille ne femme ou y ait reproche ne qui soit mal conditionee legiere ou
+folle ne de layde maniere affin que l'enfant n'y peust prendre aucun
+maulvais exemple. Et vouldra la princesse que quant elle sera en aagee
+qu'elle apreigne a lire aprés qu'elle sçaura ses heures & son service
+qu'on luy baille et administre livres de devotion et contemplation / ou
+qui parlent de bonnes meurs / ne nulz de choses vaines de folies ou de
+dissolution ne souffrera que devant elle soyent portés pour ce que la
+doctrine & enseignement que l'enfant retient en sa premiere jeunesse il
+en est communement recors toute sa vie aussi saige princesse se prendra
+bien garde du gouvernement et de la doctrine de ses filles & autant que
+leur aage croistra tant plus en sera songneuse. Si les aura le plus du
+temps environ soy les tiendra en crainte & le saige maintien & vaillance
+d'elle sera exemple aux filles de semblablement eulx gouverner.
+
+
+
+
+¶ Cy devise le .iiii. enseignement de prudence qui est comment la
+princesse tiendra discrete maniere vers ceulx qui ne l'aymeront pas et
+qui auront envye sur elle. Chapitre .xv.
+
+
+Le quatriesme enseignement de prudence a la sage princesse est tout
+d'autre matiere & tout soit il differencié du dessusdit se n'est il mye
+de moindre maistrise a le sçavoir bien conduyre / car l'autre est
+naturel comme ce soit chose acoustumee que toute saige mere a soing du
+gouvernement & de la doctrine de ses enfans / mais cestuy qui est de
+sçavoir vaincre & corriger le propre couraige & voulenté de soy mesmes
+est chose comme par dessus nature. Et pource de tant que plus est fort a
+faire de tant est plus digne de recommandation / & la personne qui bien
+en scet user en fait plus a louer. Car c'est signe de tresgrant force &
+constance de courage qui est entre les vertus cardinalles de grant
+excellence & toutesfois n'est mye doubte qu'il est necessité a toute
+sage princesse qui ayme le pris d'honneur & de renommee sçavoir user de
+ceste force ou autrement sa prudence ne se peut bonnement ne du tout
+monstrer ne faire congnoistre n'estre parfaicte. Si nous convient plus
+particulierement declarer a ce que nous voulons dire. Il n'est point de
+doubte que selon le corps du monde & les mouvemens de fortune il n'est
+nul si grant prince en ce monde / tant soit juste ne fut oncques prince
+seigneur ne dame ne aultre homme ne femme qui ayt peu estre ne soit de
+tous aymé. Car posons que une creature fust toute parfaicte si ne
+souffiroit point la despitable envie qui se fiche en cueur humain que la
+personne fust au gré de tous ne aymee de chascun. Et ce povons veoir par
+la personne de Jhesucrist qui fut seul tout parfait / & toutesfois envye
+le fist mourir / & si a elle faict mains autres bons vaillans que je
+pourroye traire a exemple. Et de tant que la personne est meilleure &
+plus vertueuse de tant plus fait envye bien souvent greigneur guerre &
+si n'est nul ne nulle tant puissant ne oncques ne fut fors dieu qui de
+tous se peut venger. Et pource a nostre propos la saige princesse &
+semblablement toutes celles que vouldront ouvrer de prudence sera de ce
+tresbien avertie & pourveue de remede / dont s'il advient que fortune la
+vueille assaillir par aucun endroit si qu'elle a fait & fait mainte
+bonne gent et elle apperçoyve & saiche que aucun ou aulcunes personnes
+puissans ne luy veullent point de bien l'ayent en male grace & qu'ils
+luy nuyroyent s'ilz povoyent & s'eslongeroyent de l'amour & de la grace
+de son seigneur qui les croyroit par adventure pour leurs blandices &
+flateries ou la mettoyent par les faulx rapors mal des barons des
+subgetz ou du peuple elle ne fera de ce nul semblant qu'on s'en
+aperçoive ne que on les repute ne tienne ses ennemys Ainçois pour la
+bonne chere qu'elle leur monstrera donnera a croyre qu'elle tient
+grandement ses amys & jamais ne croyroit que aultrement fust & que plus
+que en autre y a fiance / mais il conviendra que celle de bonne chere
+soit ordonnee par tel sens et si rassise que nul ne puisse appercevoir
+que sainctement le face. Car si une fois estoit trop grande & autre fois
+a yeulx felons sicomme de cueur qui est plain qu'on voit bien que le ris
+en est a force tout seroit honny pource est le sens a garder mesure en
+cest endroit & fault bien que le courage en soit pourveu avant le coup /
+si faindra qu'elle se veult gouverner par eulx & par leur conseil & les
+appellera en ses estroitz conseilz comme elle monstrera a semblant leur
+dira des choses communes par grant secret & fiance qui seront contre sa
+pensee / mais conviendra que ce soit fait par bonne maniere qu'ilz ne
+s'en donnent de garde & qu'elle soit maistresse de sa bouche. Car se
+aucun mot disoit d'eulx en derriere contraire a ses semblans qui fust
+raporté ce seroit peril / car il n'est si grant seigneur ne si grant
+dame a qui tous ses servans soyent loyaulx. Si doit on bien regarder
+devant qui on parle / mais cueur qui est gros & plain a peine seuffre la
+bouche tousjours taire de ce qui luy desplaist Et la est la maistresse
+elle gasteroit tout son affaire. Car ce seroit sa honte & amenuisant sa
+grandeur que ces ennemys apperceussent que elle sceust qu'ilz ne
+l'aymeroyent pas & leur fist tel semblant. Car ilz penseroyent que elle
+le fist par crainte. Si en seroyent plus orgueilleux et plus hardis de
+luy nuyre. Et l'en priseroyent moins / si se sçaura bien de ce garder.
+Et se aucune personne luy en rapporte riens et elle pense que a iceulx
+sa responce puist estre raportee / elle blasmera les rapporteurs & dira
+qu'elle scet bien que ceulx de qui ilz parlent vouldroyent son bien &
+son honneur / & qu'ilz sont tresbons et loyaulx & ses amys. Et pensons
+que iceulx ennemys fissent ou dissent aucune chose a son prejudice de la
+chose se peut couvrir nullement que pour aucune autre cause que pour mal
+d'elle l'ayent fait ou dit. Encores fera elle si la simple ou ygnorante
+que ne l'aperçoyve & monstrera semblant que ce ne luy touche point &
+qu'elle n'a nulle pensee ne suspecion contre eulx / mais nonobstant
+toutes ces choses & ses grans dissimulations se guettera d'eulx de tout
+ce qu'elle pourra & sera dessus ses gardes. Ainsi la sage dame usera de
+ceste discrete dissimulation & prudence cautelle laquelle chose ne croye
+nul que ce soit vice mais c'est grant vertu quant faicte est pour cause
+de bien & de paix & sans faire a nul injure pour eschever greigneur
+inconveniens. Et voicy le mal qu'elle eschevera et le bien qui luy en
+suyvra se semblant faisoit qu'elle apperceust leur crisme. Ce seroit
+raison qu'elle print debat & contens a eulx & mist peine a s'en venger.
+Si conviendroit qu'elle en emeust grant noise & mist en guerre & en
+peril ses amys / & peut estre que son seigneur les croyroit mieulx que
+elle ou les autres barons & subgetz. Si engregeroit adoncques le contens
+& viendroit a plus grant meschief & si ne s'en verroit ja par adventure
+vengee / si auroit de tant plus grant dueil / & par la susdicte voye de
+souffrance & dissimulation est a presumer qu'elle appaisera l'ire et le
+maltalant de ses ennemys / & a tout le moins n'auroient ilz jamais le
+cueur de tant luy nuyre comme s'elle se monstroit ennemye. Car trop
+seroit desloyal celluy qui vouldroit faire mal a la personne qui le
+reputast son amy. Et posons qu'ilz ne s'en souffrissent leur trahyson &
+leur maulvaistie sera de trop plus grande & de plus apparoit au monde /
+si en seroyent de tant plus reprins & plus deshonnorez & moins
+viendroyent a leur entente. Car chascun leur donneroit le tort / & ne
+peut a toutes fins que la dame ne gaigne plus en tel cas a tenir si
+saincte maniere que par voye de rigueur & n'est pas doubte que cest
+enseignement affiere a tenir / non mye seullement aux princesses &
+dames / mais aussi generallement a toutes femmes. car en mains contens
+viennent en mariage par faulx rappors de flateurs aux maris que maintes
+ne scevent pas bien ou ne pevent dissimuler / ce scet dieu aussi font
+autres.
+
+
+
+
+¶ Cy devise le v. enseignement de prudence qui est comment la saige
+princesse mettra peine comment elle soit en la grace & benivolence de
+tous les estatz de ses subgetz Chapitre .xvi.
+
+
+Pource qu'il appartient a la sage princesse qui par prudence veult
+ordonner tous ses faictz qu'elle quiere et tienne toutes les voyes que
+honneur demander vouldra pour ceste cause qui est le cinquiesme
+enseignement estre bien du clergié / & en leur grace tant de gens des
+religions & des docteurs comme des prelatz & des gens du conseil & aussi
+des bourgois & mesmes de ceux du peuple. Mais aucuns se pourroient
+merveiller pourquoy nous disons plus nommeement de ceulx icy que des
+barons & des nobles. Si est la responce pource que nous suposons qu'elle
+en ja en soit bien si que c'est plus de commun usaige que lesditz barons
+& nobles elle frequente Si vouldra estre des dessus nommés bien pour
+deux principaulx causes L'une si est affin que les bons & devots prient
+dieu pour elle. & l'autre pource qu'elle soit louee d'eulx en leurs
+sermens et collations si que leurs voix & parolles luy puissent estre se
+mestier est escu & deffence contre les murmures & rappors de ses ennemys
+mesdisans. & les puissent estaindre par quoy elle en ait mieulx l'amour
+de son seigneur & aussi du commun peuple qui bien leur dame orra dire &
+qu'elle fust soustenue des plus puissans se besoing luy en venoit. Si
+sera bien informee lesquelz des clercz & des maistres tant des religieux
+comme d'autres seront les plus souffisans & de la greigneur auctorité &
+a qui on adjouste plus de foy a leurs ditz Iceulx mandera de fois a
+autre vers elle puis les ungs puis les autres parlera a eux moult
+amyablement vouldra avoir leur conseil & en user les fera aucunefois
+disner a sa court acompaignés de son confesseur & des gens de sa
+chappelle qui tous seront honnorables gens leur portera grant honneur /
+& vouldra que des siens soient honnorés qui est chose qui bien affiert.
+Car vrayment ceulx qui sont anoblis de science doivent estre honnorés /
+leur fera du bien de sa puissance donnera a leurs colleges & a leurs
+convens. Et combien que aulmosne doye estre faicte secrettement la cause
+si est telle / affin que la personne qui la fait n'en puisse monter en
+vaine gloire qui est trop mortel peché. mais se ladicte personne n'en
+n'avoit nulle elevation en son cueur mieulx seroit la donner
+publicquement que en secret pource qu'elle donneroit bon exemple a
+aultruy. & qui en celle intencion le fait double son merite & fait
+bien / dont ceste sage dame qui bien se sçaura garder d'icelluy vice
+vouldra bien que les dons & aulmosnes qu'elle fera par celle voye soyent
+sceuz & registrez s'ilz sont notables comme pour refaire leurs eglises &
+leurs convens ou autres necessaires en perpetuelle memoire en tableaulx
+en leurs eglises / affin que les gens prient dieu / ou autres registres
+ou ilz le dient publicquement / si y prendront exemple de pareillement
+donner d'avoir accointance mieulx pour avoir renommee par eulx s'il
+semble qu'elle touche aucun rain d'ypocrisie ou qu'elle en prengne le
+nom. toutesfois se peut elle nommer par maniere de parler juste
+ypocrisie. Car elle tend affin de bien & eschevement de mal. Car nous
+n'entendons mye que soubz umbre de ceste chose maulx et pechiez se
+doivent commettre ne que une grant vaine gloire en doyve sourdre en
+courage. Si disons de rechief que ceste maniere de juste ypocrisie est
+comme necessaire par especial a princes & princesses qui ont a dominer
+autruy a qui plus reverence affiert que a autre & certainement aussi ne
+messiet elle point a toute personne qui desire honneur le faisant a
+cause de bien. Et a ce propos il est escript au livre de valere que
+anciennement les princes faignoient qu'ilz fussent parens aux dieux
+affin que leurs subgetz les eussent en plus grant reverence & plus les
+craingnissent. Aussi vouldra la sage dame estre bien des gens du conseil
+de son seigneur soient prelatz chanceliers ou autres ordonnera qu'ilz
+viennent vers elle / les recevera honnorablement & parlera a eulx par
+sages parolles & le plus qu'elle pourra les tiendra en amour et ceste
+maniere de tenir luy sera vaillable en plusieurs choses. C'est assavoir
+car ilz loueront le sens & gouvernement d'elle qu'ilz verront notable.
+Aussi s'il advenoit que aucun envieux voulsisse quelque chose machiner
+contre elle ilz ne souffreroient passer en conseil riens a son prejudice
+et desmouveroyent le prince s'il estoit mal informé par aucuns autres /
+& aussi s'elle desiroit aucune chose estre passee en conseil ilz luy
+seroyent amys & plus favorables. Avec ce ladicte dame vouldra avoir la
+bien vueillance des clercz qui se meslent des causes comme du peuple
+comme nous dirions a paris avocas en parlement & ailleurs de tieulx
+semblables deffendeurs des causes si vouldra veoir a certains jours les
+presidens & principaulx d'entre eulx & des autres plus notables avec
+eulx & devisera a eulx amiablement & vouldra qu'ilz sachent & voyent de
+son honnorable estat non mye qu'elle leur die par maniere de vengence
+mais qu'ilz apperçoyvent par l'effet de son maintien & grant sçavoir &
+telle maniere tenir pourra estre vaillable a l'acroissement de son
+honneur et los / & la cause si est pource que tous estatz & de toutes
+manieres de gens de justice les principaulx bourgois des cités & villes
+de sa seigneurie de son seigneur & aussi des gros marchans & mesmement
+aucuns des plus honnestes des gens de mestier vouldra qu'ilz viengnent
+de fois a autre vers elle si leur fera tresbonne chere & mettra peine a
+estre bien d'eulx affin que s'elle avoit aucun affaire qu'ilz fussent
+devers elle & que se necessité leur venoit de quelque finance faire
+qu'elle peust par lesditz marchans de leur bon gré & voulentiers estre
+secourue laquelle chose il convient qu'elle emprunte se elle veult bien
+garder tous les termes & pointz de honneur doit rendre sans faillir a
+jour nommé affin que la verité de sa parolle soit tousjours tenue en
+toutes choses entieres & sans faillir & que plus grant foy on y
+adjouste. Pource que nous avons dit en cestuy chapitre .v. des .vii.
+enseignemens comment la saige princesse doit estre bien de ses subgetz
+si que dit est & pourroit sembler a aulcuns mal advisés que chose
+superflue soit de ce dire & que il n'appartiengne que princesses prengne
+cure de atraire ses subgés ains doit commander baudement ses plaisirs &
+que ilz doivent obeir & mettre peine de l'attraire a amour & non mye
+elle eulx ou autrement ne seront ilz mye subgés & elle maistresse mais a
+ce nous respondrons que sauve la grace des diseurs ce appartient a faire
+non mye seulement a princesses mais aux princes par maintes raisons /
+mais de deux nous passerons. Car moult se pourroit ceste matiere plus
+eslargir. L'une si est que quoy que le prince soit seigneur maistre des
+subgetz / toutesfois les subgetz font le seigneur & non mye le seigneur
+les subgetz. Et trouveroient trop plus legierement qui les reputeroit a
+subgetz se ils luy vouloyent estre mauvais que il ne trouveroit qui le
+recepveroit a seigneur & pour celle cause & aussi qu'il ne pourroit luy
+tout seul forçoyer contre eulx si luy estoient rebelles / & s'il avoit
+ores la puissance de les destruyre il mesmes se deffendroit. Et s'il est
+necessité que il les tiengne a amour en telle maniere que de celle amour
+viengne crainte plus que par rigueur ou autrement sa seigneurie est en
+balence. Si est vray le proverbe commun que l'en dit / il n'est mye sire
+de son païs qui de ses hommes est haÿs. Et de les tenir en amour
+vrayement plus grant sens ne pourroit faire se a droit veult estre nommé
+seigneur Car il ne pourroit avoir cité ne forteresse d'aussi grant
+deffence force & puissance comme luy peut estre l'amour & benivolence
+des vrays subgetz. L'autre raison si est pource que poson que subgetz
+ayent bonne voulenté vers prince & princesse si n'auroyent ilz jamais le
+hardement d'aler familierement vers eulx se ilz ne les mandoient ne il
+n'appartiendroit aussi. Si doit doncques venir le premier acueil du
+prince ou de la princesse mais il est bien raison que les subgetz facent
+de ce tresgrant joye & feste & qu'i s'en tiennent bien honnorez & en
+doit doubler en eulx leur amour & loyaulté tant que plus de doulceur &
+trouvent. Et a ce propos dit ung saige qu'il n'est chose qui plus
+suprengne le cueur des subgetz ne qui tant les tire vers leur seigneur
+comme quant ilz treuvent benignité et doulceur en luy si que il est
+escript d'un bon empereur qui disoit qu'il vouloit estre tel a ses
+subgetz que eulx mesmes desiroyent qu'il leur fust. & de ceste chose
+bien advisee la sage princesse le fera ainsi leurs femmes la visiteront
+aucunesfois & elle leur fera tresbonne chere et parlera a toutes si
+amyablement que tres contentes se tendront & loueront son sçavoir et sa
+tresgrant court tiendra et feste a ses gesines et aux nopces de ses
+enfans vouldra que elles soyent en la compaignie des dames & des
+damoiselles. Pour laquelle chose elle acquerra moult amour de tous & de
+toutes.
+
+
+
+
+¶ Cy devise comment la saige princesse tiendra en belle ordonnance ses
+femmes de sa court. Chapitre xvii.
+
+
+Le vi. enseignement de prudence est que la saige princesse tout ainsi
+que le bon pasteur se prent garde que ses brebis soyent maintenues en
+santé & se aucune en devient rongneuse il la separe du troupel de peur
+qu'elle peust empirer les autres elle se prendra garde sur le
+gouvernement de ses femmes lesquelles aura terres a son povoir toutes
+bonnes & honnestes car aultres ne vouldra avoir en tour elle. Et pource
+que c'est chose assez acoustumee que chevaliers et escuyers et tous
+hommes qui frequentent en tour femmes par especial les aucuns ont
+maniere de les prier d'amours & de les attraire se ilz pevent / la saige
+princesse par ses ordonnances tiendra telle maniere qu'il n'aura nul
+repairant a sa court si hardy qui a nulle de ses femmes ose conseiller
+apart ne faire semblant d'atrait & se il le fait ou que il soit apperceu
+en aucun signe que tantost telle chere luy soit monstree qu'il ne s'i
+osera plus embatre. Et ainsi selon seigneur maisgnee duicte la dame qui
+toute honneste sera vouldra que toutes ses femmes le soyent sur peine
+d'estre mises hors de sa compaignie si vouldra qu'elles s'ebatent a
+jeulx honnestes & non tieulx que hommes s'en puissent mocquer ne tenir
+leurs parolles ainsi que voulentiers font de femmes quoy qu'ilz s'en
+rient & jouent avecques elles se contiennent entre chevaliers & escuyers
+& tous hommes par beau maintien dient leurs parolles coyment &
+simplement s'esbatent & solacent soit en dances ou autres esbatemens
+gracieusement & sans liberté ne soyent baudes saillans n'effrayees en
+parolles contenance maintien ris & ne voysent la teste levee comme cerfz
+ramages lesquelles contenances seroyent trop mal seans & grant mocquerie
+a femmes de court ou plus doibt avoir honnesteté bonnes meurs & courtois
+maintiens que en nulles autres. Car la ou est le plus d'onneur doivent
+estre les plus parfaictes meurs & maintiens & de ce deceveroient trop
+les femmes de court se aucun païs en avoit de telle opinion qui
+cuydassent que plus leur apartenist a estre baudes & saillans que autres
+femmes / mais pource que nous esperons que yceste nostre doctrine soit
+portee par le temps advenir en mains royaulmes affin que en tous lieux
+ou il auroit en cest endroit aucune deffaulte peust estre vaillable.
+Nous disons generaument a toutes & de tous pays que il appartient a
+toute dame & damoiselle de court estre plus saige plus rassise & mieulx
+moriginee en toutes choses soit jeune ou vieille que autre. Car elles
+doyvent estre exemplaire de tout bien & de tout honneur aux autres
+femmes & se autrement le foisoient point ne feroyent d'honneur a leur
+maistresse ne a elle mesmes. Avecques ce vouldra la sage princesse affin
+que toutes choses en honnesteté se correspondent que les robes & les
+atours de ses femmes quoy qu'ilz soyent beaulx & riches comme il
+appartient bien soyent d'honneste façon bien mis & bien seans
+honnestement & nettement maintenus mais n'y ait nulle desguisure ne
+deshonnesteté de trop grans collectz ou d'autres oultaiges & en toutes
+choses la saige princesse ordonnera ses femmes / tout ainsi que la
+prudente & bonne abbesse fait son convent en telle maniere que mauvais
+rapport en estranges contrees ne aval la ville ne autre part n'en puisse
+estre fait / & sera ladicte princesse tant crainte & redoubtee par le
+sage gouvernement que on luy verra tenir que nul ne nulle ne sera si
+hardy aucunement desobeir a ses commandemens ne lever l'ueil
+senestrement ne mal apoint / car il n'est nulle doubte que une dame est
+plus crainte & doubtee & tenue en plus grant reverence quant on la voit
+saige & de pesans meurs & honneste / & posons que elle soit benigne &
+doulce que ne seroit male & diverse / car le seul regard de la saige &
+chiere attrempee est assés souffisant signe pour corriger ceulx & celles
+qui mesprennent & les faire craindre.
+
+
+
+
+¶ Cy devise comment la sage princesse se prendra garde sur ses revenues
+& de ses finances & de l'estat de sa court.
+
+
+Le .vii. enseignement de prudence a la sage princesse est que elle
+prendra garde soigneusement au fait de sa revenue & de sa despence
+laquelle chose doyvent adviser nonpas seullement princes & princesses /
+mais semblablement toutes gens que veulent vivre par ordre de saigesse
+n'aura point de honte elle mesmes de vouloir sçavoir la somme de ses
+revenues ou de ses pensions & que les comptes de ses receveurs &
+despenciers de ses finances soyent a certains jours fais devant elle
+vouldra sçavoir comment ses maistres d'ostel gouvernent ses gens &
+ordonnent son commun & distribuent les viandes & semblablement des
+autres offices de sa court dont elle ne vueille bien estre informee que
+ilz soyent prudens de bonne vie & prudens hommes ains que les prengne &
+se le contraire scet que tost ne les mette hors si sçaura combien monte
+la despence de son hostel vouldra sçavoir ce que on a prins des marchans
+& sus le peuple pour elle & pour sa despence & ordonnera qu'il soit bien
+payé a certain jour / car nullement ne vouldra leurs mauldissons ne
+estre a leur haine. si ne vouldra riens devoir mieulx aimera se passer a
+moins & plus sobrement despendre. deffendra qu'on ne prengne riens sus
+le peuple maulgré eulx & que ce ne soit a juste pris tantost payer & non
+mye faire aller les povres gens des villaiges & d'ailleurs a leur grant
+coust & destourbier & frais. Cent fois et plus a tout une cedule en sa
+chambre aux dames & a ses receveurs ains qu'ilz puissent estre payés ne
+vouldra point que ses tresoriers ou distributeurs de finances usent du
+stille commun / c'est assavoir soyent menteurs ne pourmenans les gens de
+terme en terme comme ilz pourront penser que ilz puissent payer. Ceste
+sage dame ordonnera l'avoir de ses revenues en la maniere qui s'ensuyt.
+Elle le partira en cinq parties. La premiere sera la part & porcion que
+elle vouldra mettre en aulmosnes & donner aux povres. La seconde en la
+despence de son hostel la somme elle sçaura que elle monte / voire s'il
+est ainsi que sur sa revenue & pention la doye querir et que son
+seigneur ne luy administre sans que elle s'en mesle. La tierce a payer
+ses officiers & ses femmes. La quarte en dons a estrangiers ou autres
+qui luy auront desservy extraordinairement. Et La .v. mettra en tresor &
+dessus prendra a sa plaisance ce que elle vouldra mettre pour elle en
+joyaulx robes & autres abillemens & sera chascune part & portion de
+telle quantité comme elle verra que elle puisse faire selon sa revenue.
+Et ainsi par ceste voye tenir riglement pourra avoir droit ordre en
+toutes ses choses sans confusion ne que argent faille pour assovyr
+aucunes des dessusdictes choses parquoy il convient faire finances
+estranges ou chevances non licites a grans dommaiges & frais. En ceste
+maniere par les sept dessusditz enseignemens de prudence tenir avec les
+autres vertus lesquelles choses ne sont mye fortes a faire / ains
+embellissent & sont plaisans mais que bon cueur s'i vueille disposer &
+que ung petit l'ait acoustumé pourra la saige dame acquerir la gloire
+renommee & grant honneur au monde & a la fin paradis qui est promis aux
+biens vivans.
+
+
+
+
+¶ Cy devise en quelle maniere se doit estendre la largesse & liberalité
+de la saige princesse. Chap. .xix.
+
+
+Et pource que nous avons parlé des autres vertus convenables a princesse
+assés au long & plus en brief avons touché la largesse mondaine qui en
+dons luy affiert a avoir hors l'ordre commune de sa despence &
+extraordinairement comme ce soit chose advisant a princesse que en ce
+soit advisee en parlerons plus au large la saige princesse qui vouldra
+qu'il n'y ait riens a reproucher en ses faitz se gardera bien que le
+vice de chetiveté & de non deue echarceté ne soit point veu en elle &
+aussi de folle largesse qui n'est mye maindre vice. Et pourtant par
+grant discretion & prudence usera & fera de ces dons / car c'est une des
+choses du monde qui plus exaulce la renommee des grans seigneurs & dames
+que largesse & ce tesmoigne jehan de sabberieuse en policraticion ou
+tiers livre ou .xiiii. chapitre a demonstrer que la vertu de largesse
+soit necessaire a ceulx qui ont le gouvernement sur la chose publicque.
+exemple de titus le noble empereur qui acquist telle renommee par sa
+largesse que on l'apelloit le secours & l'aide de toute personne & il
+avoit tel amour a ceste vertu de largesse que le jour qu'il n'avoit fait
+don aucun il ne povoit estre joyeulx & pour ce aquist la generalle amour
+de tous. Si demonsterra la sage dame sa largesse en telle maniere se
+elle a puissance de donner & il luy vient a congnoissance se que elle
+soit bien informee que aucuns gentilz hommes estrangiers ou aultres
+aient par longue prison ou rançon moult perdu du leur ou soient a grant
+souffreté elle leur aidera voulentiers du sien & de bon usaige largement
+selon son povoir. & pource que largesse ne s'estend mie tant seulement
+en dons comme dit ung saige / mais aussi en reconfort de parolles en
+leur donnant esperance elle les confortera de meilleur fortune & ce
+reconfort par adventure leur fera autant ou plus de bien que l'argent
+que elle leur donra car moult est chose agreable a personne si que ja
+est touché si devant quant prince ou princesse luy donne reconfort &
+mesmes de sa parolle. Et aussi si ceste dame voit aucun gentilhomme soit
+chevalier de bon couraige qui ait grant voulenté de soy avancer en
+honneur. mais n'ait mye grant chevance pour soy habiller si qu'il
+affiert & elle voit que de luy ayder soit bien employé & que il le
+vaille la gentille dame qui aura en soy toutes nobles meurs pour
+honneurs de gentillesse & pour tousjours eslever noblesse de vaillance
+luy aidera. Et ainsi en divers cas qui peut advenir s'estendra la saige
+& bien ordonnee largesse de ceste dame & s'il advient que aucuns presens
+ou dons luy soyent faitz de par aucuns grans seigneurs elle donnera si
+grandement aux messagiers que ilz s'en puissent louer & plus se ilz sont
+estrangiers que aux autres affin que en leurs païs en facent mention a
+leurs seigneurs & vouldra que tous soyent expediez. Et se les presens
+viennent de grans dames elle leur envoyera semblablement de ses joyaulx
+& de ses belles choses plus largement Mais se povre ou simple personne
+luy fait aucun service ou luy presente quelque chose estrange par bon
+vouloir elle regardera la faculté de la personne & son estat & la
+grandeur du service ou la value ou bonté ou beaulté ou estrangeté du don
+selon le cas si le remunerera quoyque ce soit si grandement que l'en
+s'en puisse & doye louer & avec ce par si joyeuse chere recevra la chose
+que ce sera a pou moitié poiment. Et non mie sera sicomme nous veismes
+une fois & n'a pas moult de nos yeulx avenir dont moult nous pesa a une
+court du monde de prince ou de princesse que ce fust la fut mandee une
+personne que on reputoit a saige pour oÿr & congnoistre de son sçavoir.
+Si y frequanta plusieurs fois / & se tenoit on tresfort content de ses
+faitz & de ses ditz & de l'effect de son sçavoir duquel il avoit fait
+audit prince ou princesse aucuns services justes bons & loysibles dignes
+de recommandation & desserte. En cestuy mesmes temps & espace
+frequentoit a icelle mesme court une autre persone qu'on reputoit a
+folle qui a coustume avoit de servir les seigneurs & dames de bourdes &
+rappors de ce qu'on faisoit par tout & de parolles de nulle value
+sicomme par maniere de truffes & de faire rire. Advint que on voult
+remunerer & faire dons a la personne que on reputoit a saige & qui avoit
+desservy de son sçavoir & a la personne qu'on reputoit a folle qui avoit
+servy seulement de dire les bourdes / si fut donné a ladicte folle ung
+don qui fut extimé a la value de .vl. escus. & a l'autre ung don de
+douze escus / de laquelle chose quant ce vismes entre nous troys seurs /
+raison / doctrine & justice muçasmes nos faces de honte de veoir si
+desconvenable extimation et tant aveuglee descongnoissance en court que
+on dit autentique. non mye pour la value du don / mais pour l'extimation
+des personnes & de leurs faitz Si ne fera mye ainsi la saige princesse
+qui des folz ou des folles ou qui le contrefont / ou de raporteurs de
+parolles et de choses de nulle value gueres ne s'acointera ne la
+estandra mye ses dons mais aux vertueux & a ceulx a qui le bien est
+employé.
+
+
+
+
+¶ Cy devisent les excusations qui affierent aux bonnes princesses qui ne
+pourroyent pour aucunes causes mettre a effect les choses dessusdictes.
+Cha .xx.
+
+Or avons dit ce qui appartient & touche a la largesse de la saige
+princesse / mais avant que nous passions oultre affin que oblié ne soit
+nous convient icy toucher par especial questions qui nous pourroient
+estre faictes sur deux pointz que touchié avons cy devant C'est assavoir
+l'un que nous avons dit & devisé comme il appartient que la saige
+princesse se face accointer des gens de tous les estatz & subgetz. Et
+l'autre a la liberalité que doit avoir. si que dernierement avons dit du
+premier point. Pourroit souldre telle question vous dictes qu'il
+appartient a saige princesse d'avoir la benivolence des subgetz pource
+se doit d'eulx accointer. Mais comment pourroit cestuy enseignement
+servir a toutes car il n'est point de doubte qu'il est assés que quoy
+qu'elles soyent tressaiges & prudentes si ont elles maris de
+merveilleuses meurs & qui si court les tiennent que a peine osent elles
+parler mesmes a leurs serviteurs et aux gens de leur ostel. si ne se
+pourroient icelles femmes de nul acointer & ne sert a nul envers elle
+cestuy enseignement. Item a l'autre point semblablement qu'il est assés
+de princes & d'autres hommes qui tant tiennent leurs femmes courtes
+d'argent qu'elles n'ont ung denier. Si ne pourroient celles par effect
+quelque bon vouloir qu'elles eussent user de celle vertu de largesse. Si
+respondrons a ces deux questions ensemble tout en unemesmes sentence.
+c'est assavoir que nous n'entendons mye de celles qui sont gardees par
+telles extremités. Car aux dames & princesses ou autres tenues en tel
+servage prudence ne peut donner autre enseignement & sil n'est il pas
+petit fors prendre en pacience faire tousjours bien a leur povoir &
+obeir pour avoir paix. Mais parlons a celles que nous supposons qui
+ayent auctorité sens & puissance de ce faire si que ja avons dit. Et
+aussi n'entendons mye des jeunes qui encores sont soubz l'administration
+d'autres dames vray est que cest nostre doctrine s'elles l'estudient &
+retiennent leur pourra servir d'aprendre a elles gouverner par telle
+prudence que quant seront en aage de plus grant discrection les maris &
+seigneurs qui les verront de semblable ordonnance & gouvernement leur
+pourront bien donner auctorité de faire & gouverner semblablement qu'il
+est dit & que nous dirons cy aprés en temps & en lieu a leur ennortement
+& l'homme est trop fol de quelque estat qu'il soit quant il voit qu'il a
+bonne femme & saige s'il ne luy donne auctorité de gouverner se besoing
+est. combien qu'il en soit assés de si malostrus & de si descongnoissans
+qu'ilz ne sçavent veoir ne congnoistre / ou bonté & sens sont assis & se
+fondent sur l'oppinion que en sens de femme ne peut avoir grant
+gouvernement. de laquelle chose nous veons souvent le contraire. Si
+disons de rechief en concluant que se celles dames ainsi courtes tenues
+ne pevent en ces pointz mettre a effect leur prudence tant en ce qui
+touche d'elles faire a congnoistre a leurs subgectz & aussi en faisant
+largesse elles en sont a excuser. mais neant plus que une grant lumiere
+se pourroit si fort mucier que par aulcun anglet ne fust apperceue ne
+les pourront tant empescher leurs maris que s'elles sont bonnes saiges &
+de bon amour a leurs subgetz que elles ne soyent bien aymees de tous &
+reputé leur bonne voulenté pour faict pour les discretes et bonnes
+apparences qu'on verra d'elles / & que louees & renommees ne soyent en
+tous lieux Et souffice quant a ce propos.
+
+
+
+¶ Cy devise du gouvernement a la saige princesse demouree vefve. chap.
+.xxi.
+
+
+Parlé avons assés de ce qui touche les enseignemens des princesses
+mariees / mais affin que nostre doctrine soit en tous les estatz des
+dames vaillable dirons encore a ce propos parlant aux dames & princesses
+vefves tant aux jeunes comme aux anciennes en differences de leurs aages
+Si disons ainsi s'il advient que la saige princesse demeure vefve n'est
+point de doubte qu'elle plorera sa partie si que bonne foy le donne se
+tiendra close ung temps. aprés le service & obseques a petite lumiere de
+jour en piteux & dolent habit selon honneste usaige. Si n'oubliera pas
+la bonne ame de son seigneur / ains en priera & fera prier
+tresdevottement par grant soing en mesmes services aulmosnes offrandes
+et oblations. & moult la fera recommander a toutes gens de devotion / et
+ne durera pas ung pou de temps ceste memoire & ses biensfaitz / mais
+tant comme elle vivra. Neantmoins a ceste dame qui sera de grant sçavoir
+prudente dira / & l'admonnesteront souvent son beau pere & ceulx a qui
+il appartiendra que nonobstant sa tresgrant perte & son grant dueil &
+regretz de la mort de son seigneur & de la bonne lealle amour qu'elle
+luy portoit il convient estre pacient de tout ce qui plaist au seigneur
+estre faist & que nous sommes nez pour aller celle voye quant il luy
+plaira. Si pourroit bien pecher & courroucer nostreseigneur de tant
+estre adolee & par si long temps & espace Si convient qu'elle prengne
+autre maniere de vivre ou grever pourroit son ame & sa santé. si n'en
+seroit mye de mieulx a ses nobles enfans qui encores ont tout mestier
+d'elle. Ceste dame ainsi admonnestee de raison & de bon conseil pour
+aucunement mieulx passer ceste grant tribulation se prendra a se donner
+de garde de ses besongnes. Tout premierement vouldra avoir congnoissance
+du testament de son seigneur & mettra toute sa peine au plustost que
+faire ce pourra pour allegier la benoiste ame de celluy qu'elle aymoit
+qu'il soit accomply. Apres s'elle a des enfans & le pere ne les a partis
+en son vivant prendra grant cure que les partaiges des terres et des
+seigneuries soyent faitz entre eulx par bon regard & advis des barons &
+des saiges du conseil si que au gré d'un chascun soit s'elle peut s'en
+travaillera de tout son povoir de les tenir en amour sans debat ensemble
+& que tous les moindres servent & honnorent l'aisné leur seigneur si que
+raison est. Avec ce advisera ce que a elle apartient tant au faict de
+meubles comme a son douaire. Et s'elle n'a nulz enfans & aucun luy
+vueille faire tort de ce qu'il luy appartient / sicomme souventesfois on
+fait aux dames vefves soyent grandes ou petites elle appellera bon
+conseil & en usera en gardant et deffendant son droit hardiment par
+droit & raison sans s'eschauffer en hastiveté de parolles vers nulluy.
+ains dira sa raison ou fera dire courtoisement a tous. mais elle gardera
+son droit & tant comme elle vivra tiendra en amour a son pouvoir les
+parens de son seigneur & grant honneur leur portera. & de ce faire sera
+grandement louee & prisee Mais s'il advient cas que la princesse demeure
+vefve a tout son aisné filz encores jeune & moindre de aage et que par
+adventure guerre & contens sourde entre les barons. et pour cause du
+gouvernement la convient il qu'elle employe toute sa prudence & son
+sçavoir pour les mettre & les tenir en paix. car nulle guerre
+d'estranges ennemys ne luy pourroit estre tant perilleuse comme ceste.
+Et pource la saige dame qui toute sera saige sera si bonne moyenne entre
+eulx par son prudent maintien & sçavoir pensant le mal qui pourroit
+venir de leurs debatz / veu son enfant encores petit & jeune que bien
+les sçaura apaiser. Et pource faire querre les plus convenables manieres
+& le plus qu'elle pourra le traictera par doulceur & par bel. & vouldra
+que tout soit fait par bon & loyal conseil / ou s'il advient que
+aulcunes terres se rebellent ou que la contree soit assaillie d'ennemys.
+sicomme souventesfois advient aprés mort de prince a enfans moindres
+d'eage pourquoy conviengne avoir et maintenir guerre / bien aura besoing
+la prudente dame & princesse qui desirera a garder le bien des enfans
+que elle mette a oeuvre son grant sçavoir. Adonc luy aura mestier tenir
+en amour les barons chevaliers & seigneurs de son païs affin que
+tousjours soyent bons & loyaulx & de bon conseil a son enfant. Aussi les
+chevaliers escuyers & gentilz hommes / affin que de plus grant cueur
+voulentiers & hardiement se combatent se mestier est / & maintenant la
+guerre pour leur jeune seigneur le peuple aussi affin que plus
+voulentiers y aydent du leur se besoing est pour maintenir la guerre. Et
+pource affin qu'ilz soyent tousjours plus loyaulx subgetz & que autre ne
+les peust esmouvoir au contraire parlera a eulx aucunesfois par bel en
+disant par doulces parolles qu'il ne leur vueille ennuyer se adonc sont
+aucunement grevez pour la grant charge de la guerre & d'autres affaires
+que si dieu plaist ce ne durera mye longuement & que bien luy en
+souviendra et ramentevera a son filz le bien & la loyaulté qui est
+trouvee entre eulx Et telle maniere de parler leur dira la saige dame &
+princesse qui pourront estre vaillables en tel cas. Car ce les esmouvera
+a plus voulentiers y mettre du leur & a les garder de rebellion
+Lesquelles rebellions adviennent le plus souvent en peuple par estre
+trop oppressé de seigneurs & mené par rudesse. Et n'est pas de doubte
+que estre extimé ne pourroit le bien que telle princesse peut faire en
+royaulme & contree.
+
+
+
+
+Cy dit de ce mesmes a l'enseignement des jeunes princesses vefves Chap.
+.xxii.
+
+
+MAis se la princesse demeure vefve sans enfans ou qu'elle vueille vivre
+plus a son aise et en paix quant revestue sera de ce qu'il appartient Et
+du douaire assigné elle ira demourer sur la terre & la advisera comment
+elle se gouvernera bien & sagement selon sa revenue. Si mandera tantost
+les principaulx de ses hommes & aussi tous les prevotz & baillifz de ses
+chastellenies. Si vouldra sçavoir par bonne enqueste comment ilz se
+seront gouvernez et portés le temps passé & s'ilz sont preudommes se
+informera des coustumes du pays & se iceulx officiers sont bons ilz ne
+se bougeront / & se mauvais sont les ostera & mettra nouveaulx desquelz
+elle aura bonne relation. Et ne vouldra nullement que ses prevostez
+soyent baillees pour argent aux plus offrans & derniers encherissans /
+sicomme on fait maintenant communement en france. Et pource en sieges en
+beaucop de lieux a de tresmauvaise ribauldaille mengeurs de gens & pires
+que ne sont larrons / car il n'est mauvaistie qu'ilz ne facent pour
+tirer argent Et pour sçavoir le vray / l'experience commune le demonstre
+& certifie. Pource ne vouldra la bonne dame qui sera informee & avertie
+que sesdictes prevostés soyent loués vendues ne baillees a ferme / mais
+baillees par election aux plus preudhommes & aux plus sages ainsi que
+faire se doit. si leur conviendra expressement qu'ilz gardent que
+justice soit bien gardee / ou que autrement elle les desposeroit &
+pugniroit / & avec ses officiers fera expresse deffence & aux gens de
+son hostel que nul ne soit si hardy de faire grief a nul de ses subgetz
+ne prengnent riens sans payer / car elle ne vouldra pas son ame charger
+de l'avoir des povres gens pource que toute informee sera des grans
+excions que preneurs de seigneurs & de dames font souvent sus le
+commun / desquelles extortions pourtant s'ilz ne le servent ne seront
+pas excusés vers dieu lesditz seigneurs & dames Car ilz le doivent
+sçavoir & ne le souffrir pas: les vouldra tenir en paix & garder de tous
+maulx a son povoir. Et a brief dire de toutes choses les tiendra en
+amour / vouldra estre par eulx & par leurs femmes visitee souvent &
+bonne chere leur fera. Les dames & damoiselles du pays & les bourgoises
+semblablement viendront vers elle si les recevra joyeusement & honnorera
+chascune selon son droit. & les mandera pour en estre acompaigniee quant
+seigneurs ou estrangiers vouldront venir vers elle a ceste noble dame
+mesmement les petites femmes de village qui l'aymeront de tout leur
+cueur luy apporteront de leurs petis presens comme fruytz ou autres
+choses. & elle les fera venir vers elle et les vouldra veoir / recevra
+leurs chosettes joyeusement & de pou de chose fera grand compte et grant
+feste / & dira qu'il n'est riens si bon ne si beau. si les remercira
+cherement parlera avec elle / & leur tiendra parolles du faict de leur
+nourriture de leur mesnage / parquoy les bonnes femmes quant seront a
+leurs maisons feront grant feste & parlement de la chere que leur dame
+leur aura faicte & moult honnorees s'en tiendront. & grant quaquet en
+meneront avecques leurs voisins. Ceste noble dame n'aura pas honte de
+visiter les acouchees & povres et riches. aux povres donnera pour dieu /
+& les riches honnorera / tiendra sur fons de leurs enfans / & a brief
+dire en toutes choses bonnes se tiendra & demonstrera tant
+charitablement tant doulce & humaine vers ses subgetz qu'ilz ne
+parleront que d'elle prians pour elle & de tout leur cueur l'aymeront.
+Ces voyes bonnes sçavoyent bien tenir les tresnobles roynes de france &
+princesses en leurs veufvages que j'ay cy devant nommés / c'est assavoir
+la royne Jehanne la royne blanche la duchesse d'orleans fille jadis du
+roy charles .iiii. & semblablement d'autres que en telle maniere se
+gouvernent en toute bonté & saigeté qu'a tousjoursmais pourront estre
+exemplaire de bien et sagement vivre a celles advenir. Et cy est la fin
+des enseignemens que prudence donne a la saige princesse qui est en aage
+de congnoistre bien & mal. Si dirons ung petit puis que entrees ou
+propos sommes de la jeune princesse vefve & puis dirons des jeunes
+mariees il apartient a jeune princesse vefve que tant qu'elle sera en
+tel estat soit soubz la baille de ses parens obeysse a leurs vouloirs &
+se gouverne toute par eulx & par leur ordonance ne riens n'entrepreigne
+sans leur sceu & voulenté. Tenir se doit simplement d'abit & d'atour
+selon les usaiges des pays ou elle est coyment & doulcement en
+contenance que maintien jeux trop renvoisiés toutes dances estroictes
+robes & toutes jolivetés luy sont deffendues & quoy qu'elle soit joyeuse
+par nature & que jeunesse l'amonneste de rire de jouer & chanter. Si
+convient il si elle veult garder son honneur qu'elle s'en deporte au
+moins se ce n'est bien a son privé & non devant hommes & doit par
+especial entre segneurs & dames ou chevaliers estranges ou autres
+gentilz hommes moult faire le sage avoir contenance rassise pour parler
+& simplement regarder. Et lors diront les gens que c'est moult belle
+chose a si jeune dame avoir si beau maintien & si asseuree contenance il
+ne luy apartient point de tenir parolles appart ne conseil a hommes
+quelz qu'ilz soyent ne que chevaliers escuyers ne autres frequentent
+trop ne sans raisonnables achoisons environ elle ne a sa chambre / car
+par telz choses son bien en pourroit estre desavencé & cheoir en aucunes
+parolles qui moult tost & a peu d'achoison sont levees & de ce doit bien
+prendre garde la principal dame qui l'a en gouvernement mais pour
+eschever ennuy & oyseuse elle se doibt aux festes esbatre et jouer aux
+martres avec ses femmes & autres jeux simples & cois et aux jours
+ouvriers a faire aucuns ouvraiges elle se doit bien garder que elle ne
+tiengne parolles de mariage a quelconque personne a part en recelé ne
+sans le sceu de ses amys ne qu'elle en escoute nulles parolles se on les
+vouloit dire. Car ce ne seroit mye son honneur & si pourroit bien estre
+deceue. Si s'en doit du tout attendre a sesdis amys & bien garder que
+riens n'en face sans eulx car de se marier a sa voulenté sans leur bon
+consentement acquerroit grant blasme & se elle assenoit a mauvaise
+partie & que mal luy en prensist jamais ne seroit plainte & si perdroit
+leur grace. Si doit penser que ilz sauront mieulx congnoistre ce que luy
+est bon que elle mesmes ne feroit
+
+
+
+
+¶ Cy devise du gouvernement qui doit estre baillé & tenu a jeune
+princesse nouvelle mariee. Chapitre .xxiii
+
+
+Nous commençasmes cy devant a dire le maniere comment la sage princesse
+veult & ordonne que ses filles soyent nourries & introduyctes en enfance
+& jeunesse. Si nous convient en continuant ceste matiere parler et
+deviser de l'ordonnance qui a la fille appartient a tenir c'est assavoir
+a la jeune princesse qui veult vivre si qu'il appartient depuis le temps
+qu'elle est mariee & hors le bail de ses parens si dirons ainsi il
+appartient a la jeune princesse qui de nouvel est mariee luy soit baillé
+estat d'hommes & de femmes tel & si grant comme a la haultesse du prince
+et seigneur a qui elle est donnee appartient. Si seront esleuz pour
+estre ses serviteurs gentilz hommes non mye trop jeunes ne trop emperlez
+ne mygnons mais sages & attrempés & preudhommes & s'ilz sont mariés tant
+mieulx vault & par especial ceulx qui la serviront a table & qui plus
+frequenteront environ elle & de ses femmes & se il eschiet est bien
+seant que leurs femmes demeurent semblablement a court les maistres
+d'hostel gens meurs & de bon sçavoir & pour la jeune princesse mieulx
+aprendre & endoctriner de ce qui apartient au sauvement de l'ame & de sa
+conscience luy doit on eslire confesseur religieux sage clerc en
+divinité prudent en meurs & de sens naturel preudhomme d'onneste & de
+bonne vie. Et au fait de ses femmes pource que c'est droit que des
+anciennes dames & damoyselles & aussi des jeunes y soyent mises doibt
+bien estre advisee quelles de quel sens et estat et vie sont & ont esté
+celles ains que mises y soyent trop plus y doit estre visité que a
+celles que on prent a court de plus ancienne princesse. Car nonobstant
+que en toutes cours soit bien seant que les femmes y soyent de honnestes
+meurs. Toutes voyes pourroit cheoir plus grant peril en compaignie de
+jeune princesse que en aultre pour deux especiaulx raisons. L'une que on
+juge communement a l'estat & maintien que on voit a la maisgnie de
+l'estre & condicion du seigneur ou de la dame pourquoy se les femmes
+n'estoyent de belle ordonnance aucuns pourroyent supposer que non feust
+la maistresse laquelle chose pourroit estre le descroissement de
+l'honneur d'elle. Item la deuxiesme raison est que mesmement ladicte
+maistresse jeune & enfant y pourroit prendre aucun enseignement &
+exemple non bien convenable entre ses femmes doibt avoir une dame ou
+damoiselle assez d'aage saige prudente bonne honneste & devote a qui on
+aura beillé par fiance le gouvernement de la jeune dame combien que par
+adventure en y aura a la court maintes de plus grant lignage & des
+parentes peut estre a ladicte princesse mises par honneur & compaignie &
+neantmoins ceste aura le soing & la garde principal d'elle. Si n'aura
+mye ceste dame cy se bien veult faire son devoir petite charge ne peu de
+soing ne regard. Car il convient que elle tende a deux choses
+principalles. L'une est qu'elle induyse & maintiengne sa maistresse en
+sage gouvernement & bonnes meurs & telles que nulles voix ne parolles
+puissent souldre contre son honneur & l'autre que elle la tiengne en
+amour & qu'elle ayt tousjours sa grace. Lesquelles deux choses c'est
+assavoir donner correction & enseignement a jeune gent & avoir ensemble
+leur amour & grace est souvent moult fort a faire si y convient ouvrer
+par grant discretion & ce peut faire par tel maniere. C'est trop plus
+fort chose d'estaindre le feu quant il a emprins & embrasé une maison /
+que il n'est a garder que il ne s'i esprengne Et pource la sage
+mesnagere qui a toutes heures est sur sa garde d'eschever les perilz qui
+pevent advenir cerche souvent par sa maison par especial au soir de
+paour que aulcune mesgnie mal songneuse ayt laissé chandelle ou
+moucheron ou autre chose dont dommage puisse venir tout ainsi ceste dame
+pourveue de ce qu'elle aura a faire en la maniere que on ploye la verge
+quant elle est jeune sicomme on veult adviser a son povoir de mettre en
+tel ploy sadicte maistresse se qu'a tousjours mais y puisse demourer. Et
+pource de loings & non mye tout a coup que la verge ne brise ira querre
+ses commencemens pour venir & attaindre a ses conclusions & a ce qu'elle
+vouldra mettre a fin. Car tout premierement elle prendra toute la peine
+qu'elle pourra par belle et courtoise maniere & par luy donner aucunes
+chosettes qui plaisent a jeunes gens & par ce monstrer amiable pour
+avoir l'amour de sa jeune maistresse & commandera que la bonne dame qui
+sera ja de aage ou ancienne aucunesfois en jeux ou esbatemens quant ilz
+seront a part & a prime ainsi que l'enfant & la jeune dira aucuneffois
+des fables & des comptes que on dit a enfans. Et tout ce fera elle pour
+attraire sa maistresse affin qu'elle prengne mieulx en gré quant il
+conviendra que elle la reprengne et corrige / car se elle se monstroit
+tousjours de pesant maniere sans ris & sans jeux jeunesse qui est
+encline a joye & soulas ne la pourroit souffrir & l'airoit en si grant
+crainte que desplaisance y prendroit & mal en gré ses corrections. Et
+quant elle verra que elle sera bien en sa grace & que elle sera ainsi
+que toute mignote sur elle / adonc selon l'eage ou le sentement que
+appercevera en elle luy prendra a compter comptes quant ilz seront en
+leurs chambres et a leurs devis de dames & damoiselles qui se sont bien
+gouvernees comment il leur est bien prins & l'onneur que elles en ont &
+par le contraire comment mal est ensuyvy a celles qui follement se sont
+portees dira que elle l'a veu advenir de son temps & les fera avant tous
+nouveaulx que elle n'en dye pour autre chose fors ainsi que l'en compte
+des aventures & de si bonne maniere les sçaura dire que elle mouvera le
+courage de sa maistre & des autres qui l'orront & seront toutes
+atroupelees entour elle & voulentiers l'escouteront dira aucunesfois
+histoires de sains & de saintes de leurs vies & passions & aucunesfois
+parmy pource que devis n'ennuye dira quelque truffe a rire & ainsi
+vouldra que les autres dient affin que chascune devise a son tour /
+icestes manieres tiendra la sage dame quant au fait d'actraire la jeune
+princesse a elle aimer / mais a ce qui touche a la correction &
+enseignement elle introduira par belles & courtoises parolles qu'elle se
+lieve assés de bonne heure. Si luy apprendra quelques bonnes & briefves
+oraisons et l'enortera qu'elle les dye en se levant. Salve premierement
+nostreseigneur & la vierge marie & dira que elle a ouÿ dire que personne
+qui a de coustume d'adresser ses premieres parolles de bon cueur a
+nostreseigneur en se levant n'aura ja la journee mauvaise adventure & de
+ce dira elle verité Car ainsi le tiengnent plusieurs & est la coustume
+moult bonne la fera vestir & atourner sicomme il appartiendra sans y
+mettre si longuement que assés de dames font qui est une si grant perte
+de temps & une coustume malordonnee aler a la messe & dire ses heures
+devottement & songneusement & avecques ses choses tout le bel maintien
+ou parler contenance atours & vestemens qui appartiennent a princesse de
+hault paraige luy ennortera a faire et maintenir en telle maniere qu'il
+n'y ait que redire & tant fera a brief dire par ses saiges
+ammonnestemens qu'elle la mettra en tel division que chascun dira que de
+son jeune aage on ne vit oncques dame de tel maintien ne mieulx aprinse.
+& diront d'elle les gens. O comment affiert grant louenge a jeune cueur
+estre viel & meur par bonnes meurs voire je supose que ladicte jeune
+dame soit de si bonne condicion que elle vueille et seuffre estre
+introduyte & vueille bien retenir. car estre pourroit si diverse que la
+dame seroit a excuser s'elle ne la povoit duire ne mettre en bonne
+rigle. Si doivent estre les menaces de la sage dame telles quant elle
+reprent sa maistresse de quelque faulte sicomme jeunes gens font. Il
+n'est si parfait si elle est bonne & doulce & que bien l'ait a main que
+se elle fait autrement ou que plus face ou die telles choses que la
+lairra & s'en ira chés elle ne jamais ne la servira & que ce n'est pas
+belle chose ne bien fait a telle dame comme elle est d'ainsi se
+gouverner & adonc se la jeune princesse est bonne & doulce & que elle
+aime la dame aura paour que elle la laisse & se chastiera de pou de
+menaces mais se elle est revesche & de diverses condicions despite & de
+pou d'amour elle luy dira a part tout asprement sache bon gré ou mal gré
+& que elle le dira a ses parens & amis ou son seigneur se besoing est se
+autrement ne se gouverne. Et quoy que ceste dicte dame ait la charge
+d'endoctriner & aprendre tel maintien qu'il convient a sa jeune
+maistresse nonpourtant elle qui sera saige sçaura bien qu'il convient
+jeunesse se joue & rie si luy en donra & souffrera assés espace
+convenablement a certaines heures avec les jeunes de ses femmes & qu'il
+n'y ait ame estrange selon la condicion & que elle verra encline sadicte
+maistresse. Car on ne peut mye ne ne doit on voer aux jeunes gens tous
+leurs plaisirs mais que ilz ne soyent mal honnestes ne desconvenables.
+Et de ce propos / c'est assavoir des meurs & contenances qui affierent a
+la bien ordonnee jeune princesse ne parlerons plus cy endroit pource que
+si aprés en l'espitre que la dame ancienne envoye a sa maistresse se en
+sera parlé.
+
+
+
+
+Cy devise les manieres que la sage dame ou damoiselle qui a en
+gouvernement jeune princesse doit tenir pour maintenir sa maistresse en
+bonne renommee & en l'amour de son seigneur. chap. .xxiiii
+
+
+Et avec ces choses / pource que jeunesse nourrie en grans delices
+aucunesfois peut de legier estre encline a trop grant gayeté pourroit
+desvoyer la jeune personne qui point n'a de malice de se garder convient
+par especial mettre frain de longue main si que ja est touché si devant
+ains que l'inconvenient adviengne Si peut estre le remede tel la saige
+dame qui aura en gouvernement la jeune princesse qui verra amour entre
+le prince son seigneur & sa maistresse si que communement jeunes gens
+nouveaulx mariés ont ensemble mettra toute la peine que elle pourra &
+les nourrira en celle amour & les ennortera de dire doulces parolles &
+amoureuses tousjours l'un a l'autre & faire tous plaisirs & prendra
+grant cure de elle mesmes rapporter entre eulx gratieulx messages & dons
+de choses plaisans recommandations & salus pour les nourrir tousjours en
+celle paix & amour & bien se traveillera que toutes choses au contraire
+soyent destourbees & eschevees & a part quant le seigneur n'y sera & la
+jeune princesse se couchera l'ancienne dame luy en tiendra plait en la
+ramentevant & devisant les bons motz qu'elle luy aura ouÿ dire de
+l'amour qu'il a en elle et comment il est bon & comme il est bel &
+gratieulx que bonne nuyt luy doint dieu & toutes telles choses. Et
+avecques ce pource que est de coustume que les seigneurs chevaliers &
+escuyers estranges et autres vont aucuneffois devers les princesses &
+dames & que leurs seigneurs & parens mesmes les y mainent il convient
+que elles voient & parlent a plusieurs & qu'elles les festoyent sicomme
+il apartient en festes & en dances aucunesfois ou parler ou autres
+esbatemens / si que il eschiet donc il avient aucuneffois que aucuns
+d'iceulx a telles assembles sont ferus de l'amour des dames ou veulent
+faire semblant que ilz le soyent donc la saige gouverneresse qui
+tousjours sera pres de sa maistresse prendra bien garde aux semblans &
+manieres de tous se elle pourra appercevoir par quelque semblant que
+aucuns ou aucun y voulsist penser & s'il advient que il luy semble en
+apercevoir quelque chose n'en dira riens a personne ains les tiendra
+secret a son couraige. Et quant vendra que ilz seront departis & la
+feste faillie & sa maistresse sera retraicte pourra advenir se sadicte
+maistresse est privee d'elle luy entrera elle mesmes en parolles disans
+nous avons bien dancé telz & telz sont gracieulx ou ilz ne sont mye en
+quelque autre chose. & adonc la saige princesse pourra respondre telz
+manieres de parolles je ne sçay que c'est / mais je ne voy nul qui me
+semble tant plaisant ne tant bel & gratieux que fait monsieur & m'en
+suis bien prinse garde / mais il m'est advis que entre les autres c'est
+celuy a qui plus advient toutes choses a faire. Et se ledit seigneur est
+vieil ou lait dira. certes je ne prenois garde a nul de la compaignie
+sinon a monseigneur. Car il m'est advis que entre les autres il sembloit
+si bien seigneur & prince / & comment le fait il si bon ouÿr parler qui
+parle sagement. Et posons qu'il n'y ait esté si le pourra elle
+ramentevoir en quelque guise disant bien de luy. mais de ce que pensé
+aura ne dira riens & se prendra bien garde se celuy ou ceulx de qui elle
+aura ymaginé se mettent en peine de frequenter entour sa maistresse & se
+ilz querront voyes & manieres cy avoir acointance ou aux parens ou
+autres qui les y puisse mener ou se eulx ou aucuns de leurs gens si
+vouldront acointer d'aulcunes des femmes Et se elle voit que aprés
+ladicte feste ou assemblee nul de ceulx qu'elle a pensé ne se traveille
+par choses qu'elle y voye s'en mettra en paix & hors de suspection. Mais
+se elle apperçoit les signes dessusditz ou semblables elle ne aura pas
+euvre laissee ne son couraige sans grant soing ou cure se pener se veult
+de y mettre remede a faire son devoir Si conviendra que elle oeuvre bien
+sagement. Car de le descouvrir a personne s'elle est sage & prudente se
+gardera bien / & seroit trop mal fait. Mais que fera elle pour le mieulx
+et pour ouvrer plus sagement / quant verra bien que ce sera a certes que
+aulcun par grant diligence se vouldra mettre en peine d'estre en grace
+pour telle amour de sa maistresse ains qu'il ait eu espace de luy en
+touchier aucune chose. posons qu'il eust le hardement elle luy fera si
+bel acueil que achoison luy donnera que il s'acointe d'elle / et ce fera
+il moult voulentiers / car il cuydera pource que c'est la plus prochaine
+de la dame que sa besoigne en doyve mieulx valoir & pourrira la chose
+qu'il s'enhardira de luy dire ce qu'il aura sur le cueur avec les grans
+offres des services & de tous biens qu'il luy fera selon la coustume des
+hommes en tel cas. Adonc la dame qui sera pourveue de sa responce & qui
+parlera a luy sans le sceu de la dame & le moins qu'elle pourra luy
+repondra sans nul effroy bassement par telles parolles. & s'il est tel
+qu'il appartient dira: monseigneur vrayement je me suis bien donné garde
+par voz semblans que vous aviez en couraige ce que vous m'avez dit. &
+pource que vouloye que telles parolles venissent de vous premierement je
+desiroye que j'eusse telle acointance de vous que le me dissiés affin
+que je le sceusse ains que aulcune autre personne par qui la chose peut
+estre raportee & mal selee la sceust ou s'en apperceust. si suis bien
+ayse que j'ay a present advisé de vous faire la responce sur ce que dit
+m'avez telle qu'elle est affermee en mon courage & qui jour de ma vie
+pour mourir en ce prometz je a dieu & a vous ne changera & sans vous
+faire de ce long sermon ne tenir trop de parolles vous dy tout a ung
+brief mot & une fois pour toutes que tant que je soye vivant & je soye
+en sa compaignie ceste jeune dame qui par la fiance que ses amys & son
+seigneur ont en moy tant n'en soye digne m'ont baillé en gouvernement /
+ne fera mal ne chose dont reproches ne parolles autres qu'il appartient
+a avoir a dame telle qu'elle est & du noble sang dont elle est yssue /
+car de ce a l'ayde de dieu la cuyderay je bien deffendre nonobstant
+qu'elle en est legiere a garder. Car je sçay bien que toute s'amour est
+en son seigneur ainsi qu'elle doit estre & qu'elle est toute bonne &
+bien condicionnee / ne que de telz amours elle n'a que faire ne n'y
+pense. & si sçay bien tant d'elle que se vous ou autre luy aviez dit ou
+qu'elle s'en apperceust qu'elle hairoit sur toutes choses celluy qu'elle
+cuyderoit qui a telle chose vers elle pensast. Si vous suplie
+monseigneur tant comme je puis que vous en vueillés oster du tout & plus
+n'y penser. Car je vous jure ma crestienté que vous perdriés vostre
+peine. Et affin que vous n'y ayez plus nulle esperance pour veoir dire.
+Je vous jure mon ame que posons qu'elle le voulsist / ce que je sçay
+bien que jamais ne feroit: j'y mettroye telles barres qu'elle ne
+pourroit. Si me croyés seurement & plus ne faictes telz allees ne telz
+venues ne telz semblans que sur l'ame de moy je ne les pourroye souffrir
+& conviendroit que je le disse a telz qui ne vous en sçauroyent nul gré
+& qui bien la garderoye de voz mains. Car je n'ay que d'une mort a
+mourir / laquelle chose aymeroye mieulx que il me advint que je
+consentisse ne veisse le deshonneur de ma maistresse. Si vault mieulx
+que n'en soit plus & que la chose demeure a tant. Telle responce ou
+semblable fera la sage dame / ne pour promesse don ofre ne menace ne
+changera son propos ne lors ne autres fois ne riens ne fera qui la
+puisse flechir au contraire. Si se gardera bien que n'ayt point la chere
+muee ne enflambee ne les yeulx felons quant elle partira de luy / mais
+aura le visaige rassis et la maniere asseuree sicomme se de autres
+choses eussent parlé. affin que personne ne se peust de ce appercevoir.
+Aussi ladicte dame se gardera bien que nul mot n'en sonnera a sa
+maistresse ne a autre soit son privé ou privee / ne nul semblant n'en
+fera / mais ne la laissera tant soit pou / & se prendra bien garde que
+nulle femme ou des servans ou aultre ne conseille a elle en maniere
+qu'elle puisse apercevoir que telle chose peust toucher. Car tantost
+l'appercevra a la maniere du rire & du parler / posons que elle ne les
+ouÿst & s'elle en aperçoit certainement quelque chose ne s'en taire mye
+ains menacera la personne de la faire bouter hors s'elle se mesle de
+plus conseiller a sa maistresse car ce n'appartient mye & si de pres
+s'en prendra garde que personne ne aura loisir de luy faire aulcun
+rapport. Si pourra advenir que celluy ne se souffrera mye pourtant & yra
+& viendra par aulcune voye cautelleuse qu'il aura trouvee de quelque
+acointance parquoy de foys a autre y pourra hanter & ce ne pourra la
+dame pas bien empescher / car se elle ce disoit trop grant mal en
+pourroit venir / si s'en souffrera. & de pres gardera sa dame et
+maistresse / mais s'il advient que de si pres ne la puisse garder qu'il
+ne conviengne que sadicte maistresse apperçoyve ou voye par les semblans
+ou parolles couvertes que celluy dira l'intencion & voulenté de luy
+encores ne s'en effroyera elle de riens pource que bien sçaura que
+maintes dames & damoiselles sont aymees & priees a qui bien petit en
+chault. & qui pourtant ne les ayme mye. Mais elle se prendra bien garde
+se elle pourra appercevoir que la jeune dame ou princesse y prengne
+aucun plaisir. & si elle en parlera plus voulentiers que d'ung autre ou
+si elle s'esjouyra quant elle le verra / ou s'elle muera aulcune
+contenance Si mettra toute peine par belles & doulces parolles de traire
+de sa bouche a privé qu'il n'y ayt que elles deux ce qu'elle aura sur
+son cueur de celluy homme / & s'il luy en aura point touché ou parle. Et
+adoncques selon ce qu'elle chantera ou dira elle luy pourra respondre.
+Et s'il advient qu'elle mesmes die que voyrement l'apperçoyve ou que il
+luy ayt dit / et qu'elle en est bien troublee & courroucee / & qu'il luy
+en poise la dame qui sera saige & discrete appercevera bien aucunement
+des parolles s'elle la veult bien sagement enquerre & par bonne maniere
+sans se monstrer au commencement trop rebelle si la dame le dit
+fainctement & pour luy donner acroire qu'elle n'y veult point penser ou
+s'elle le dit tout a certes / dont s'il advient qu'elle congnoisse
+qu'elle ayt bonne voulenté de non y avoir aucune pensee elle sera bien
+joyeuse & l'ennortera de toute sa puissance que se tienne en son bon
+propos / si luy dira de tous exemples du mal qui peut advenir & qui
+maintesfois est advenu a plusieurs par telles follies le grant
+deshonneur & reproches qui en sourdent & les decevemens qui sont en
+hommes. Si l'ennortera qu'elle garde bien comment elle respondera
+saigement a celluy toutes les fois qui luy en parlera & luy die tout a
+ung mot qu'il pert sa peine / & luy jure & afferme bien a certes que
+jamais pour toute sa puissance ne l'en demouvera qu'il luy desplaise de
+telles parolles ne de ses semblans n'a que faire / & avec ces parolles
+qu'elle l'estrange & eslongne tout le plus qu'elle pourra. Et qu'elle se
+garde bien que des yeulx de parolle de ris ne de contenance quelconques
+ne luy face nul semblant parquoy le puist attraire ne luy donner aucune
+esperance. Ainsi luy toute la maniere que tenir devra pour courtoisement
+l'estranger luy fera dire quant il viendra qu'elle se repose ou qu'elle
+est occuppee d'aulcune chose & qu'il ne luy desplaise qu'elle ne le peut
+veoir pour ceste foys. Et ainsi luy face dire par plusieursfoys que par
+la continuation de tenir tieulx manieres longuement il apperçoyve bien
+qu'il perdroit sa peine de plus y muser. Et avecques ces choses la sage
+dame ennortera bien a sadicte maistresse qu'elle se garde bien que de
+ceste chose ne parle a homme ne a femme. car mal en pourroit venir & que
+c'est le plus grant sens de s'en taire / & n'est point honneur a femme
+se vanter de telle chose. Et ceste deffence luy fera pource qu'elle le
+disoit se pourroit adresser a tel ou a telle qui ne luy donneroit mye
+bon conseil ains la conforteroit par adventure & ficheroit en la follie.
+ou qui le celeroit maulvaisement Si en pourroit saillir aucune fumee &
+venir mal / & ainsi par ceste saige tenue fera tant la bonne dame
+qu'elle estaindera & aneantira toute ceste chose & n'en fera plus qui
+que l'en doye haïr ou luy chaudra de telle hayne & ne la craindra pour
+bien faire. Car qui que l'en hait au premier l'en aymera au dernier &
+prisera mille foys plus quant on verra sa grant prudence & sa constant
+bonté car bien fait vault tousjours quoy qu'il demeure. Si fera cause
+que ladicte jeune princesse soit en son temps une tressage bonne &
+honneste dame & ayt les belles vertus que declairees avons cy devant.
+
+
+
+
+¶ Cy devise de la jeune haulte dame qui se vouldroit esvoyer en fole
+amour & l'enseignement que prudence donne a la dame ou damoyselle qui
+l'aura en gouvernement. Chapitre .xxv.
+
+
+Mais pource que toutes gens ne sont pas d'une condition / & qu'il est
+assez de hommes & de femmes si pervers que quelque bonne correction &
+enseignement que on leur donne si suyvront ilz tousjours leur mauvaise
+inclination / & leur monstrer n'est que chose perdue & ne acquiert on
+que leur haine. Dirons icy a l'enseignement de la bonne dame qui aura en
+garde et gouvernement aulcune jeune princesse ou dame la maniere qu'elle
+devera tenir au cas que la maistresse verroit desvoyer en folle amour &
+qui ne vouldroit user de son saige & bon conseil. Si disons ainsi Et
+s'il advient que aucune jeune princesse ou haulte dame ne soit mye de
+tel sçavoir ne constance qu'elle puisse ou saiche ou vueille resister
+aux admonnestemens que celluy qui met toute sa peine a l'attraire a
+s'amour par divers semblans & manieres sicomme hommes scevent bien faire
+en tel cas. & que la dame qui l'a en garde voye & aperçoyve par signes &
+semblans que son cueur y trait quoy qu'elle luy face entendre & qu'elle
+luy die le contraire elle sera dolente de ceste chose de tout son cueur.
+mais non obstant quelque haine que avoir en doye d'elle fera son devoir
+de l'admonnester de son bien ne point ne dissimulera ne luy celera de
+luy dire a part puis par bel puis par menaces. s'elle l'avoit continué
+luy monstrer le grant mal & peril & le tresgrant prejudice qui en peut
+venir & sans cesser de ce la tournera tant par adventure que pour la
+destourber de faict & par l'admonition de ses parolles la pourra
+demouvoir et oster de celle pensee ains que la folie soit allee plus
+avant mais s'il advient que tout ne vaille riens & que elle la voye
+conseiller a part a aulcunes de ses autres femmes qu'elle pourra penser
+qui saiche de sa convenue & intencion & qu'on mettra peine de conseiller
+a messaiges qui viendront dehors & qu'on fera divers signes & se gardera
+l'en d'elle sur toutes riens & que ja sa maistresse qui sera fiere & de
+haultain couraige ne vueille plus souffrir d'elle / ains luy semble
+qu'elle n'est plus enfant pour estre en sa gouvernance & correction &
+que mal prendra en gré ce qu'elle luy dira / respondra fierement demy en
+menaçant / & qu'elle luy rechignera & grongnera. parquoy on pourra
+apparcevoir qu'elle sera en sa male grace & qu'elle en vouldroit estre
+delivre a toutes fins pour mieulx faire a sa voulenté. & orra par
+adventure qu'elle dira aucuneffois a part aucunes de ses femmes jeunes
+qui mieulx sera en sa grace que dyable ferons nous de ceste vieille elle
+ne fait que rechigner le feu d'enfer l'arde / ja n'en serons delivres.
+Et l'autre respondra Se m'aist dieu ma dame il fault semer des pois sur
+les degrés si se rompra le col. Et telles manieres de parolles. Que fera
+doncques la saige dame puis qu'elle verra que remede n'y peut estre mis
+& que elle a fait tout son devoir & a quite sa conscience de luy avoir
+monstré & luy fait dire par son beau pere les maulx qui pour ceste folie
+faire luy pourroient advenir / et que sadicte maistresse est si attainte
+que remede n'y pourroit estre mis. & a ja la voye trouvee de faire sa
+voulenté vueille ou ne vueille & a qui que doye desplaire. Car
+impossible est de garder personne qui ne veult garder d'elle mesmes / et
+que on en commence ja a murmurer & a s'en appercevoir & mesmes entre ses
+femmes par l'envye qu'elles ont sur celle ou celles qui scevent du
+secret a la jeune dame qui sont les mieulx aymees et en orra ja dire
+plusieurs nouvelles qui moult luy feront grant mal Adoncques quoy que
+son cueur en soit dolent merueillesement elle comme sage advisera la
+meilleure partie en pensant le mal et peril qui luy pourroit advenir de
+ceste chose se plus demouroit en court. Car posons que elle ne fust pas
+consentant du fait / laquelle chose ne consentiroit pour mourir & la
+chose venoit a congnoissance ou des parens ou du mary elle en auroit
+toute la charge. car ilz diroient / pourquoy ne le nous disiés vous /
+nous y eussions mis remede. Car nous nous en attendions a vous. Laquelle
+chose pour riens ne diroit pour les perilz & maulx qui s'en pourroyent
+ensuyvre. Car qui a conscience & sens doit bien redoubter a faire
+rapport de telles choses aux maris ne aux amis / ne qui que ce soit / &
+qui plus est d'y demourer ne seroit mie sans ung autre grant peril qui
+luy pourroit venir de par la haine de sa maistresse / ou de celuy a qui
+auroit son cueur. Pource que aulcunnement ilz la doubteroyent & leur
+seroit advis qu'elle les empescheroit. Et pource elle qui sera sur
+toutes choses advisee usera a ceste fois de son grant savoir & mestier
+en sera. si se taira du tout de ceste chose / ne bien ne mal plus a sa
+maistresse n'en parlera. et ne fera chiere ne semblant que au cueur en
+ait nul desplaisir / mais tout au plus tost qu'elle pourra par aucune
+bonne voye que ja de loings aura ouverte des le commencement que les
+condicions de sa maistresse vit changier se departira de court par le
+bon vouloir du seigneur se elle peut / mais se elle est bonne & saige se
+gardera bien que ne puisse appercevoir pourquoy se veult partir. si
+trouvera achoison se elle scet que il la voulsist a toutes fins retenir
+ou de maladie ou vieillesse ou d'aucune impotence & inconvenient qui luy
+soit venu a son propre corps ou se il vuloit trop enquerir de la cause
+de sa despartie dira avant que congé ne ayt du partir que elle n'est
+propice d'estre entour telle dame pour aulcun mal qui luy est venu tant
+qu'elle soit garie. Et ainsi se excusera & pourra advenir que sa mesme
+maistresse pource que veu aura que elle ne luy en parlera plus sera
+courroucee de sa despartie pource que elle penseroit que meilleur loysir
+auroit de faire ce que elle vouldroit tant qu'elle fust avecques elle.
+Car les gens ne parleroyent my sitost quant acompaignee seroit d'une
+telle dame si la vouldra flater & luy fera promesses affin qu'elle
+demeure. Mais la bonne dame de ce bien & saigement se sçaura excuser en
+disant que sans faulte elle est malade / mais elle guarie pourra bien
+retourner ne pour chose que le cueur luy face mal du partir ne pour
+tendreté qu'elle ayt a sa maistresse se gardera bien se elle est sage de
+demourer pour quelconques blandissemens. car aprés s'en repentiroit.
+Mais s'il advient que la dame soit joyeuse de sa despartie quant viendra
+au despartir / l'ancienne dame parlera a elle a part agenoillee
+humblement la remercyera des biens et des honneurs qu'elle luy a faitz
+luy priera que pardonner luy vueille & si bien & deuement ne l'a servye
+comme a l'estat d'elle luy appartiendroit ou s'elle a faict ou dit chose
+aulcune qui luy soit desplaisante que ce luy a fait faire la grant amour
+& jalousie qu'elle avoit a elle & qu'il luy fait bien mal de laisser.
+mais qu'elle est vieille & impotent & ne peut plus servir ou que par
+adventure vieillesse la fait estre rechinee & si maugratieuse qu'elle ne
+scet suporter ainsi que devroit les esbatemens des jeunes et pource a
+plus cher se partir & que ce soit par son bon congié & que elle luy
+supplie que elle se parte a tout sa bonne grace. car de tant peut bien
+estre certaine que jamais jour de sa vie n'aura femme qui mieulx ne plus
+loyaulment ayme elle ne son honneur que elle a fait & fera toute sa vie
+& que tousjours sera en celle voulenté. Telles manieres de parolles la
+dame dira a sa maistresse au departir / laquelle par adventure luy
+respondra belles parolles pour la joye que de sa departie aura / ou par
+adventure qu'elle l'aura longuement gouvernee & peut estre de son
+enfance le cueur luy sera mal. Et luy dira peut estre que de riens ne
+luy a sceu mauvais gré fors de ce que elle ne pensa oncques / et telles
+manieres de excusations aux quelles choses la dame qui point ne vouldra
+arguer a elle pource que bien sçaura que riens ne vouldra respondre que
+voirement peut bien estre advenu que de sa folie pour la grant paour
+qu'elle avoit d'elle avoit eu aucunes suspections. Si luy priera que
+tout luy vueille pardonner & que elle soit certaine que jamais jour de
+sa vie quelque suspection que elle y ait eu ne quoy qu'il en ait esté sa
+bouche n'en mouvera a personne ne oncques ne feist fors a elle pour son
+bien & ainsi se departira. Pource que l'espitre qui est contenue au
+livre du duc des vrays amans ou il est mis que Sebille de la tour
+l'envoya a la duchesse peut servir au propos que au chapitre cy aprés
+ensuyt sera de rechief recordé si la peut passer oultre qui veult si au
+lire luy ennuye ou se autreffois l'a veue quoy qu'elle soit bonne &
+prouffitable a ouÿr & noter a toutes dames & autres a qui ce peut
+appartenir.
+
+
+
+
+¶ Cy devise la maniere des lettres que la saige dame peut envoyer a sa
+maistresse Chapitre. xxvi.
+
+
+Si pourra advenir aprés ces subzdictes choses que la jeune dame se
+gouvernera si mal advisement despuys la departie de celle qui gouverner
+la souloit que parolles seront eslevees contre l'onneur d'elle & tant se
+multiplieront que la bonne sage dame dessusdicte qui l'avoit en
+gouvernement et ores demeure a son mesnaige en orra parler / de laquelle
+chose sera tant doulente de ainsi veoir amendrir l'honneur de sa
+maistresse qui tant a mis peine de bien l'endoctriner enseigner &
+apprendre que plus ne pourra. Si ne sçaura bonnement que faire de ceste
+chose & conclusion quant assez aura pensé sur ceste chose sera
+contraincte par grant amour quel que bon gré ou maulgré que avoir en
+doye pource que ce qui est escript en lettres est aucunesfoys mieulx
+retenu et plus perce le cueur que ce qui est dit de bouche de luy
+escripre & signifier par lettres de rechief l'amonnestement que dire luy
+souloit pour veoir se aulcune chose y pourroit prouffiter. Si escripra
+telles ou les semblables parolles en une lettre & par ung prestre qui
+escriptes en confession les aura tressecretement les luy envoyera.
+Maistresse doubtee dame je me recommande a vous tant & si treshumblement
+comme je puis ma tresredoubtee dame plaise vous a ne me sçavoir aucun
+mauvais gré se je me suys a present meue de vous escripre pour vostre
+bien ce que grant aymer me contraint a faire. Car ma tresredoubtee dame
+il m'est advis que je suis jeune de vous admonnester vostre bien comme a
+celle qui a esté en ma gouvernance depuis enfance jusques a ores tout
+n'en feusse je mye digne me semble que je mesprendroye de moy taire de
+ce que sçauroye qui vous peust tourner a aucun grief se ne le vous
+signifioye. Et pource chere dame je escrips en ces presentes ce qui
+s'ensuyt de laquelle chose treshumblement je vous prie derechief que
+maulvais gré ne m'en vueillés sçavoir aucunement. Car vous povez estre
+trescertaine que tresgrant amour & desir de l'acroissement de mieulx en
+mieulx de vostre noble renommee & honneur me meut a ce faire. ma dame
+j'ay entendu aucunes nouvelles de vostre gouvernement telles que j'en
+suis dolente de tout mon cueur pour la peur que j'ay du decheement de
+vostre bon los & sont telles comme il me semble que comme il soit de
+droit & de raison que toute princesse & haulte dame tout ainsi comme
+elle est hault eslevee en honneur & estat sur les autres qu'elle doye
+estre en bonne sagesse meurs conditions & manieres excellente sur toutes
+affin qu'elle soit exemplaire par lequel les autres dames et mesmement
+toutes femmes se doibvent rigler en tout maintien & comme il
+appartiengne qu'elle soit devote vers dieu & quelle ayt contenance
+asseuree quoye & rassise en ses esbatemens attrempee et sans effroy rie
+bas & non sans cause ayt haulte maniere humble chere & grant port. Soit
+a tous doulce responce & aymable parolle son habit & atour riche & non
+trop cointe. A estrangiers d'acueil seignery parlant a dangier non trop
+acointable de regard tardif & non volage. A nulle heure n'appaire male
+felle ne despite ne a servir trop dangereuse a ses femmes & serviteurs
+humaines & amiables non trop haultaine en dons large par raison
+ordonnee. Saiche congnoistre de toutes gens lesquelz sont les plus
+dignes en bonté et preudhommie & de ses servans les meilleurs & ceulx &
+celles tire vers soy & leur guerdonne selon leurs merites ne croire ne
+adjouster foy a flateurs ne flateuses ains les congnoisse & chasse de
+soy ne croire de legier parolles raportees / n'ait coustume de souvent
+conseiller a estrange ne privé en lieu secret ne apart mesmement a nul
+de ses gens ou de ses femmes si que on ne puisse juger que plus sache de
+son secret l'une que l'autre & ne dye devant gens a personne quelconques
+en riant aucuns motz couvers que chascun n'entende / affin que les oyans
+ne supposent aucun vice secret entre eulx trop enclose en chambre ne
+trop solitaire ne se doit tenir / ne aussi trop commune a la veue des
+gens. Mais a certaine heure retraire & aucuneffois plus convenables. Et
+comme sesdictes condicions & toutes autres manieres convenables a haulte
+princesse feussent en vous le temps passé estes a present toute changee
+sicomme on dit. Car vous estes devenue trop plus esgaree plus emparlee &
+plus jolie que ne souliés estre & c'est ce qui faict communement jugier.
+les cueurs changent quant les contenances se changent / car vous voules
+estre seulle & retraire de gens fors d'une ou de deux de vos femmes ou
+aucuns de vos serviteurs a qui vous conseillés & riés mesmes devant gens
+& dictes parolles couvertes comme se vous vous entre entendissiés bien &
+ne vous plaist fors la compaignie d'iceulx / ne les autres ne vous
+pevent servir a gré. Lesquelles choses & contenances sont cause de
+mouvoir a envye vos autres servans & de juger que vostre cueur soit en
+amouré ou que ce soit a ma tresredoubtee dame pour dieu mercy prenés
+garde qui vous estes a la haultesse ou dieu vous a eslevee ne ne vueille
+vostre ame & vostre honneur pour aucune vaine plaisance mettre en oubly
+& ne vous fiés en vaines pensees que plusieurs jeunes femmes ont qui se
+donnent a croire que ce n'est point mal d'aymer par amours / mais qu'il
+n'y ait villenie car je me rens certaine que autrement ne le vouldriés
+penser pour mourir & que on vit plus liement & que de ce faire on faict
+ung homme vaillant & renommé a tousjours. Ha ma chere dame il va tout
+autrement. Et pour dieu ne vous y decevés ne laissés decevoir & prenes
+exemples a de telles grans maistresses avés vous veu en vostre temps qui
+pour seullement estre souppesonnees de telle amour sans que la verité en
+fust oncques attaincte en perdoyent l'honneur & la vie de telles y eut.
+Et si tiens sur mon ame que peché ne coulpe vilanie n'y avoyent & leurs
+enfans en avés reprouchiés & moins prisés / et combien que a toute femme
+soit povre ou riche telle folle amour deshonnorable encores trop plus
+est messeant & prejudiciable en princesse ou haulte dame de tant que est
+plus grande / & la raison y est bonne / car le nom d'une princesse est
+porté par tout le monde parquoy s'il y a en son renom aucune chose a
+redire plus est sceu par les estranges contrees que des simples femmes.
+Et aussi pour cause de leurs enfans qui doyvent seigneurir les terres &
+estre princes de aultres gens. Si est grant meschief quant il y a aucune
+suspection qu'ilz ne soyent droitz hoirs & maint meschief en peut venir.
+car posons qu'il n'y ait meffait de corps si ne le croyroient mye ceulx
+qui seullement l'orront dire telle dame est amoureuse. Et pour ung petit
+de vice semblant par adventure fait par jeunesse & sans malices
+mauvaises langues jugeront & y adjousteront des choses qui oncques ne
+furent ne faictes ne pensees / & ainsi va tel langaige de bouche en
+bouche qui mye n'est apeticié ains est acreu. Et ainsi est necessaire a
+une chascune grant maistresse avoir plus grant regard en toutes ses
+manieres contenantes & paraboles que a autres femmes. La cause si est /
+car quant on vient en la presence d'une haulte dame toute personne
+adresse son regard a elle & ses oreilles a ouÿr ce qu'elle dira & son
+entendement a noter tout son fait. Si ne peut la dame ouvrir l'ueil dire
+parolle rire ou faire semblant a aucun que tout ne soit recueilly &
+retenu de plusieurs personnes & puis raporté en maintes places. Et que
+cuidés vous ma treschiere dame que ce soit mauvaise contenance a une
+grant maistresse voire a toute femme quant plus qu'elle ne seul deul
+devient esgaree jolye & plus veult oÿr parler d'amours & puis quant son
+cueur se change pour aucun cas tout a coup devient rechinee malgratieuse
+tenceresse & ne la peut on servir a gré & ne luy chault de son habit &
+atour. Certes adonc dient les gens que elle souloit estre amoureuse.
+mais ne l'est plus. Ma dame si n'est mye maniere que dame doye avoir Car
+elle doit prendre garde encore quelque pensee qu'elle ait que tousjours
+soit d'un maintien et contenance a celle fin que telz jugemens ne
+puissent estre faitz sur elle. Mais peut bien estre que fort seroit en
+la vie amoureuse garder telle mesure. Et pource le plus seur est du tout
+l'eschever & fuir. Si povés veoir chiere dame que toute grant maistresse
+& semblablement toute femme doit trop plus estre couvoiteuse d'acquerir
+bon renom que quelconques autre tresor. Car il la fait reluyre en
+honneur & demeure tousjours a elle & ses enfans redoubtee dame ainsi
+comme devant est touchié / je suppose bien et pense les raisons qui
+pevent mouvoir la jeune dame a soy encliner a si faicte amour aise &
+joyeuseté luy fait penser Tu es jeune il ne te fault fors que ta
+plaisance tu peulz bien aymer sans villanie & n'est point de mal puis
+qu'il n'y ait peché tu feras ung vaillant homme on n'en sçaura riens tu
+en vivras plus joyeusement & auras acquis ung vray serviteur & loyal amy
+& ainsi telles choses. Ha ma dame pour dieu soiés advisee que telles
+folles oppinions ne vous deçoyvent. Car quant a la plaisance soyés
+certaine que en amours a deux foys plus de dueil nuysances & dangiers
+perilleux par especial du costé des dames qu'il n'y a de plaisance. Car
+avec ce amours livre de soy maintes diverses amertumes la peur de perdre
+honneur & qu'il soit sceu leur demeure ou cueur qui chier acheter leur
+fait telle plaisance. Et quant a dire ce ne sera mye mal puis que fait
+de peché n'y a. Helas ma dame ne soit nul ne nulle si asseuree de soy
+qu'elle se rende certaine quelque bon propos qu'elle ait de garder
+tousjours mesure en si faicte amour et que ne soit sceu comme j'ay cy
+devant dit. Certes c'est chose impossible. Car feu n'est point sans
+fumee. mais fumee est souvent sans feu. Et a dire je feray ung homme
+vaillant. Certes je dis que c'est trop grant folie de soy destruyre pour
+accoistre ung autre. Posons que vaillant en deust devenir & celle bien
+se destruyt qui pour refaire ung aultre se deshonnoure. Et quant a dire
+j'auray acquis ung vray amy et serviteur dieu dequoy pourroit servir si
+fait amy a la dame. car s'elle avoit aulcun afaire il ne se feroit
+porter en nul cas pour elle / pour peur de son deshonneur dequoy
+doncques luy pourra servir si fait serviteur qui s'osera employer pour
+le bien d'elle. mais ilz sont aucuns qui dient qu'ilz servent leur dames
+quant ilz font beaucoup de choses soit en armes ou autrefois. Mais je dy
+qu'ilz servent eulx mesmes. Car l'honneur & le preu leur est demouré &
+non mye a la dame. Encores ma dame se vous ou autres vous voulés excuser
+en disant j'ay mauvaise partie qui pou de loyaulté & de plaisir me fait.
+pource puis je sans mesprendre avoir plaisir en aucun autre pour oublier
+melencolie & passer le temps. mais certes telles excusations / saulve
+vostre bonne reverence & de toutes autres qui ce dient / ne vallent
+riens. car trop fait grant folie celluy qui met le feu en sa maison pour
+ardoir celle de son voisin. mais se celle qui a tel mary le porte
+patiemment & sans soy empirer tant acroist plus le merite de son ame &
+son honneur en bon los & quant a avoir plaisance. Certainement une si
+grant maistresse voire toute femme s'elle veult elle peut assés trouver
+de loisibles & bonnes plaisances a quoy s'entendre & passer le temps
+sans melencolie sans telle amour. Celles qui ont enfans plus gratieuse
+plaisance & plus delectable peut on demander que de souvent les veoir &
+prendre garde que bien soyent nourris & endoctrinés sicomme il
+appartient a leur haultesse & estat. & les filles ordonner en telle
+maniere que en enfance prengnent rigle de bien & de deuement vivre par
+exemple de suyvre & estre en bonne compaignie. Helas & se la mere
+n'estoit toute saige quel exemple seroit ce aux filles & a celles qui
+enfans n'ont. Certes n'est ce honneur non a tout haulte dame. Aprés ce
+qu'elle a dit son service de soy prendre & faire aulcun ouvraige ou
+besongne pour eviter oysiveté ou faire faire fins linges estrangement
+ouvrés / ou draps de soye ou autre choses dequoy elle peust user
+justement. & telles occupations sont bonnes / & destourbent a penser
+choses vaines. Et je ne dis mye que une grant maistresse ne se puisse
+bien esbatre rire & jouer en temps & en lieu mesmement ou il y ait
+seigneurs & gentilz hommes / & qu'elle ne doye honnorer les estrangiers
+selon que a sa haultesse appartient chascun selon son degré / mais ce
+doit estre fait si rassisement & de si beau maintien qu'il n'y ait ung
+seul regard ne ris ne parolle que tout ne soit a mesure & par raison.
+Assés & tousjours doibt estre sur sa garde que on ne puisse appercevoir
+en parolle ou regard ou contenance en elle chose desconvenable ne mal
+seant. Ha dieu se toute grande maistresse voire toute femme sçavoit bien
+comment beau maintien luy est advenant plus mettroit peine a l'avoir que
+quelque autre parement. Car il n'est joyau precieux qui tant la peust
+parer Et encores ma tresredoubtee dame reste a parler des perilz et
+dangiers qui sont en celle amour / lesquelz sont sans nombre. Le premier
+et greigneur est que l'en courrouce dieu. Aprés que se le mary s'en
+appercevoit ou les parens la femme est morte ou cheute en reproche ne
+jamais puis n'aura bien. Et encores suppose que n'aviengne disons du
+costé des amans encores que tous fussent loyaulx secretz vrays disans ce
+qu'ilz ne sont mye / ainçois scet on assés qui comunement sont faintz &
+pour les dames decevoir dient ce qu'ilz ne pensent ne vouldroient faire.
+Touteffois c'est chose vraye que l'ardeur de / telle amour ne dure mye
+longuement mesmes aux plus loyaulx & est ceste chose certaine. Ha chiere
+dame comment cuydés vous que quant il advient que celle amour est
+deffaillie & que la dame qui aura esté aveuglee par l'enveloppement de
+folle plaisance s'en repent durement quant elle s'avertist & pourpense
+les follies & divers perilz ou maintes fois s'est trouvee / & combien
+elle vouldroit qui luy eust cousté & oncques ne luy fust advenu & que
+tel reproche de elle ne peust estre dicte. Certes vous ne pourriez
+penser la grant repentance & desplaisant pensee qui au cueur leur en
+demeure Et oultre se vous & toutes les autres povés veoir quelle follie
+c'est de mettre son corps et son honneur es dangiers de langues & es
+mains de telz servanz puis que serviteurs s'apellent / mais la fin du
+service est communement telle que quoy qu'ilz vous ayent promis & juré
+de tenir secret ilz ne s'en taisent mye & en la fin de telle amour
+souventesfois le blasme & parler de gens aux dames en demeure ou a tout
+le moins la crainte & paour en leurs cueurs que ceulx mesmes en qui se
+sont fiees le dient & s'en vantent ou aulcun autre qui le fait saiche /
+et ainsi se sont mises de franchise en servaige & veés la fin du service
+de celle amour. Comment cuydés vous ma Dame qu'il semble a ses servans
+grant honneur de dire et eulx vanter qu'ilz soyent aimés ou ayent esté
+d'une grant maistresse ou femme de renom. Et comment en tairoient ilz la
+verité. car dieu scet comment ilz mentent. Et que pleust a dieu que
+entre vous mes dames le sceussiés bien. Car cause auriés de vous en
+garder. Oultreplus les servans qui scevent vos secretz & en qui convient
+que vous vous fiez cuydez vous qu'ilz s'en taisent. combien que leur
+ayés fait jurer. Certes la plus grant partie sont telz qu'ils seroyent
+bien dolens que l'on ne sceust que plus grant priveté & hardiesse ont
+vers vous que les autres. et s'ilz ne dient de bouche vos secretz ils
+les monstreront au doy par divers semblans couvers qui veullent bien que
+on note. He dieu quel servitude a une dame & a toute autre femme en tel
+cas qui n'osera reprendre ne blasmer son servant ou sa servante posons
+qu'elle les voye grandement mesprendre quant elle se sent en leur
+dangier & seront montés contre elle en tel orgueil que mot n'osera
+sonner ains conviendra qu'elle leur seuffre a faire et dire chose
+qu'elle n'endureroit de nul autre. Et que pensés vous que dient ceulx &
+celles qui ce voyent & notent ilz ne pensent fors ce qui y est & soyés
+certaine qu'ilz en murmurent assés. Et s'il advient que la dame se
+courrouce ou donne congié a telz servans / dieu scet se tout est revelé
+& dit en plusieurs places. et toutesfois souvent advient qu'ilz sont &
+ont esté moyens & procureurs d'icelle amour bastir / laquelle chose ilz
+ont voulentiers pourchassee & a grant diligence pour traire a eulx dons
+ou offices ou autres emolumens. Tresredoubtee dame que vous en dirois
+je / soyés certaine que aussi tost espuiseroit on une abisme comme on
+pourroit racompter tous les perilz et maulx qui sont en ceste vie
+amoureuse. & ne doubtés du contraire. Car il est ainsi. Et pource
+treschiere dame ne vous vueillés ficher en si fait peril. Et se aulcune
+pensee y avés eue / pour dieu vueillés vous en retraire ainçois que plus
+grant mal vous en ensuyve. Car trop mieulx vault tost que tard / & tard
+que jamais. Et ja povés veoir quelz parolles en seroyent se plus ce
+continuoyent vos nouvelles manieres quant ja sont apperceues parquoy
+parolles s'en espandent en maint lieu. Si ne vous sçay plus que
+respondre fors que de toute ma puissance vous supplye humblement que de
+ce ne me sachez aucun maulvais gré / mais vous plaise de adviser le bon
+vouloir qui le me fait dire / & au fort mieulx doit vouloir faire mon
+devoir & vous loyaulment admonnester & en deusse avoir vostre mal talent
+que de vous conseiller vostre destruction ou de l'attraire pour avoir
+vostre bon gré. Tresresoubtee princesse & ma treschere dame je prie a
+dieu qu'il vous doint bonne vie et longue / et en la fin paradis.
+Escript. &c.
+
+
+
+
+¶ Cy commence la deuxiesme partie de ce livre laquelle s'adresse aux
+dames & damoiselles. Et premierement a celles qui demeurent a court de
+princesse ou haulte dame. Le premier chapitre parle comment les trois
+dames / c'est assavoir raison droicture et justice recapitulent en brief
+ce qui est dit devant. chap. .xxvii.
+
+
+Apres ce que avons parlé aux roynes princesses & haultes dames / c'est
+assavoir en ce qui touche la doctrine qui est proprice tant aux
+enseignemens de ce qui affiert a l'ame comme aux meurs vertueux & bons
+qui leur sont propices & appartiennent a leur haulte noblesse & a leur
+estat qui d'honneur est adornee sur toutes autres s'adressera nostre
+leçon doresenavant en ceste .ii. partie de la presente collation aux
+dames & damoiselles & femmes tant a celles qui sont demourans a court de
+princesses pour leur service & estat comme a celles qui demeurent sur
+leurs terres en chasteaulx manoirs villes fermes & bours / mais a ce
+commencement faisons protestation que nonobstant qu'il appartienne &
+affiere une mesmes doctrine par especial en plusieurs choses tant a
+l'ame comme aux vertus & meurs aussi bien aux dames & damoiselles & a
+toutes femmes comme aux princesses ne pensons mye a relater & dire de
+rechief tout ce qui est dit devant / car peine seroit sans necessité & a
+ennuy pourroit tourner aux lisans si serve ce que dit est pour toutes ou
+il eschiet & en prengne chascune ce dequoy sentira que elle ayt besoing
+au bien & au proffit de son ame & de ses meurs. Car semblablement que
+aux plus grans maistresses est mestier aux dames damoiselles & autres
+femmes qu'elles ayent tousjours & en tous leurs faitz devant les yeulx &
+en leur memoire l'amour & crainte de nostreseigneur qui leur ramentoyve
+les biens qu'elles reçoyvent de luy / c'est assavoir l'ame qui est creé
+a son ymage laquelle s'elles y veullent mettre peine possedera a
+tousjours le royaulme des cieulx. Ce n'est mye petit don l'entendement
+pour congnoistre dieu & que est bien & mal force de corps pour mettre le
+bien a effect santé & foison d'autres grans graces parquoy l'amour a
+quoy elles sont obligees vers luy qui est mesmes ung des commandemens de
+la foy et le premier qui dit tu aimeras dieu sur toutes choses ne doit
+jamais partir de leur memoire La crainte aussi en pensant la grant
+punition de sa justice en quoy se mettent en peril les creatures qui ne
+vont droite voye Ceste amour & crainte se a droit & en leurs couraiges
+les deffendra de vices & conduyra aux vertus / abessera en elles orgueil
+& essaucera humilité chassera ire & amenera pacience deboutera avarice &
+y mettra charité. leur tollira envye & leur donnera amour vers leurs
+prochains. eslongnera paresse & approuchera diligence de bien faire Leur
+fera haÿr gloutonnye et aymer sobrieté. bennira luxure et attraira
+chasteté Et ainsi donera toutes les vertus propice a l'ame. & chassera
+les vices qui nuyre y pourroyent. Et avec ce aussi bien &
+semblablemement affiert aux dames damoiselles & autres femmes avoir
+prudence mondaine pour ordonner en bonne guise leur maniere de vivre
+chascune selon son estat & qu'elles ayment honheur le bien de renommee &
+de bon los que aux princesses. Si commencerons ainsi
+
+
+
+
+Cy devise des quatre pointz les deux bons a tenir & les deux autres a
+eschever & comment dames & demoiselles de court doivent aymer leur
+maistresse. & ce est le premier point. chap. .xxviii.
+
+
+Derechief disons nous trois seurs / filles de dieu nommees raison /
+droicture / & justice comme dessus. Premierement a vous dames
+damoiselles & femmes de court au service de princesses et haultes dames
+tout ce que dit avons qui toucher peut au bien de vos dames & a
+l'acroissement de vos meurs Mais avec les bons admonnestemens dessusditz
+adjousterons quatre pointz les deux premiers bons a suyvre / & les
+autres a eschever. & ne sont pas simplement ne sans plus les deux
+premiers bons a tenir / mais vous sont tresnecessaires pour le bien de
+voz ames & l'honneur de vos personnes. De ces deux pointz le premier est
+que de tout vostre cueur devés amer comme vous mesmes vostre maistresse.
+c'est assavoir la princesse / auquel service ou compaignie vous estes.
+L'autre point est que vous devés estre en vos manieres parolles & tous
+faitz non trop acointables ne privees a divers hommes. Et des causes qui
+nous meuvent vous enseignerons les raisons cy aprés. Et quant est des
+autres belles manieres qui a tenir vous affierent pource qu'il est ja
+dit cy devant comment la saige princesse vous maintiendra en bel ordre
+en habitz simples & beaulx sans desguiseure. mais riches assés / & bien
+ordonnez sicomme il affiert comme en contenances rassises & coyes en
+parolles maintiens jeux & ris honnestes passerons oultre ces pointz
+pource que cy devant au xviii. chap. de la premiere partie de ce livre
+la peut on veoir qui veult. Selon nostre premier point & enseignement
+des deux dessusditz la dame ou damoiselle de court ou toute servante est
+tenue de aymer tresfort & de tout son cueur sa dame & maistresse soit
+bonne ou mauvaise / ou doulce / ou autrement elle se dampne et faict que
+tresmauvaise creature & semblablement je dis de tous servans puis que
+ilz sont aux gaiges pensions ou loyer de qui que ce soit. & si tu
+vouloies dire voire mais si mon maistre ou maistresse est mauvaise
+personne ou ne me fait gueres de bien suis je doncques tenue a l'aymer /
+nous te respondons que ouÿ sans faulte / car s'il te semble qu'ilz
+soyent mauvais & que n'y faces ton proffit: tu t'en dois partir se bonté
+semble non mye y demourer pour mal y faire ton devoir & ne luy porter
+tel amour & tel foy que tu doibs. posons qu'il face mal son debvoir
+pourtant ne doibs laisser a faire le tien tant que tu y es / ou t'en
+aller. Car saches si ainsi ne le fais tu te dampnes en servant. Si est a
+declairer nostre propos en quoy s'estendra celle amour que la dame ou
+damoyselle de court aura a sa maistresse sera en luy portant foy &
+loyaulté en toutes manieres / comment foy & loyaulté. c'est qu'elle
+aymera premierement le bien de son ame. en telle maniere qu'elle luy
+procurera et ennortera de son povoir & que a elle appartiendra tout bien
+a faire & ne luy donnera ocasion du contraire. gardera sa paix a son
+povoir en bien faisant. Et en ces choses icy fait entendre qu'elle ne
+luy fera rapors nulz quelz qu'ilz soyent qui a l'empirement de son ame
+puisse tourner / c'est assavoir ne en mesdisant d'autruy ne contre le
+bien de honnesteté ne de honneur. ne aussi en parolles felonnesses ou
+responces parquoy elle puisse troubler sadicte maistresse. Avecques ce
+elle gardera sauvement le sien en ce qu'il appartiendra a elle a faire &
+en destournant les autres a son povoir se oultrages non convenables
+appartenoyent en aucuns. & sur toutes riens soustiendra son honneur de
+toute sa puissance en fait en dit & en parolle plus en derriere que en
+devant & essaucera sa bonne renommee. Se gardera bien pourtant sur ce
+qu'elle ayme le bien de son ame que vers elle ne use de flaterie pour
+mieulx avoir sa grace. si que font plusieurs servans de tous estatz
+maistres & maistresses et par especial a grans seigneurs & dames qui est
+chose qui trop desplaist a dieu & que la saincte escripture blasme a
+merveilles. Mais pour plus proprement declarer que c'est flaterie affin
+que nul ne soit deceu de entendre. dirons la difference d'entre bien
+servir & flater. Si est assavoir que si tu sers bien & loyaulment de
+tout ton povoir & tressongneusement garde bien l'honneur & proffit en
+toutes manieres de maistre & maistresse & metz grant cure & dilligence
+de luy faire plaisir & service en toutes choses licites & honnestes.
+Mesmement tant pour faire ton devoir comme pour acquerir sa grace affin
+qu'il t'en face mieulx pource qu'il t'en est besoing & que se il a mal &
+desplaisir que tu en soyes dolent ou dolente comme du tien propre &
+semblablement joyeulx ou joyeuse de son bien & prosperité & soyes triste
+a mathe chiere quant luy voys avoir desplaisir & joyeulx quant bien luy
+vient & non mye devant luy seullement. mais plus en derriere & le
+excuses se mal oys dire & luy portes honneur & bonne renommee telz
+choses faictes de bon cueur ne sont mie flateries ains est vraye amour &
+pure loyaulté portee de bon servant ou servante a maistre ou a
+maistresse & ce en sont les signes. Le pur flateur est si tu sçayes que
+ton maistre ou maistresse eust aucune inclination vicieuse & contre le
+bien de son ame & de son honneur & bonnes meurs & se sur ce tu le
+confortoyes. en luy donnant conseil qui le peust soustenir & nourrir en
+son vice & peché & que tu portasses ses mesmes faitz en dit & en fait ou
+que tu luy ouÿsses dire parolles non vrayes contre le bien d'autruy ou
+soustenir oppinions mauvaises ou deshonnestes & tu disoyes monseigneur
+ou ma dame dit voir ou que tu luy feisses entendant qu'il soit bel ou
+bon ou saige ou que bien seroit que il fist quelque chose que tu
+penseroyes qui luy plairoit et ta conscience te disoit tout le contraire
+se telz choses & aultres semblables qui pourroyent advenir faisoyes
+vrayement tu flateroyes & pecheroye tresmortellement & avec ce que tu te
+dampneroyes pareillement seroyes cause de son dampnement. Mais non
+pourtant dieu scet tout comment plusieurs servans de jeunes gens &
+d'autres se gouvernent en telz cas car pour avoir leur grace & traire
+d'eulx plusieurs y a ne les soustiennent pas seullement en maulx faire
+ains eulx mesmes quierent & pourchassent les voyes de tirer & faire
+mettre maistres & mesmement maistresses aucunesfois en plusieurs vices &
+laiz pechés & telz gens ne sont pas loyaulx servans ains sont faulx &
+maulvais / mais ceux qui les treuvent quant ilz les scevent telz sont
+eulx mesmes si aveuglez qu'ilz ne s'en donnent de garde. Et pource dist
+trop bien ung saint docteur que le flateur par sa parolle fait tout
+ainsi que se il fichoit ung clou en l'oeil de son maistre ou maistresse
+c'est a dire qu'il l'aveugle par ses blandices. Mais a descendre a
+nostre propos on pourroit icy faire une telle question sçavoir mon se
+une dame ou damoiselle sert une princesse ou aultre dame quelle que elle
+soit & il advient que sa maistresse vueille mettre son cueur en folle
+amour vers quelque homme si la servante est tenue par la loyaulté que
+elle luy doit de la soustenir & porter en son fait / car peut estre que
+aulcuns ne cuyderoyent mye mesprendre en pensant j'ay pluscher a garder
+l'honneur de ma maistresse & celer son faict mesmement veu que je n'ay
+mye bastie la chose / mais elle la veult faire & si en moy elle ne se
+fioyt en quelque autre se fieroit qui par adventure ne la celeroit mye
+si bien que je feroye. La vraye responce a ceste question est que elle
+feroit mal quelque cas qui y peust advenir & mal faire n'a point
+d'excusation si ne peux porter ne soustenir ta maistresse en peché
+faisant que toy mesmes ne peches ne soye participant du mal. Et avecques
+ce posons que tu dies que pour garder son honneur le faces si tu
+espeluches bien ta conscience tu trouveras que aultre cause te y encline
+plus c'est assavoir pour avoir mieulx sa grace & en prouffiter en
+chevance. Mais quelque cause qui t'y maine tu fais mal & en ce faisant
+resembles l'aveugle qui maine ung autre aveugle & tous deux trebuchent
+en la fosse. Mais vecy que tu feras si tu veulx user de sens & de bonne
+conscience se ta maistresse se fie de tant en toy qu'elle te die son
+secret en tel cas tu luy feras si faicte ou semblable responce / ma dame
+je vous mercye dont tel fiance avez en moy que tant me dictes de vostre
+tresprivé secret & si vous n'aviés fiance en moy ne le me diriés si
+n'ayez jour de vostre vie quelconque doubte qui ne soit bien celé. Car
+je vous prometz loyaulment que tant que je vivray ne sera par moy sceu /
+mais vrayement il me poise de tout mon cueur de ce que vostre entente
+avez mise ou voulez mettre en tel chose. Car il ne vous en peut venir
+fors dampnement a l'ame & grant peril & deshonneur au corps & se par
+nulle voye estoit en ma puissance de vous oster de celle voulenté &
+pensee il n'est riens que je n'en feisse. Mais quant est de moy & me
+pardonnés je aymeroye mieulx le bien de mon ame & de ma consciece qui en
+seroit chargee que je ne fais vostre service et m'en deussiés vous haÿr
+& bouter hors. Car je doy avoir pluscher vostre hayne pour bien faire
+que vostre grace pour consentir mal si ne m'en mesleroye nullement
+mieulx vouldroye mourir / je sçay bien que je suis a vous & que obeyr je
+vous doy mais en tel cas je pecheroye laquelle chose je ne suis tenu de
+faire pour personne vivant. Telle responce doit faire la bonne servante
+en tel cas a sa maistresse / mais s'elle est sage & vraye se gardera
+bien pourtant de l'aler disant ça & la pour soy aloser comme assez en
+est par adventure qui pour faire les bonnes y soyent disant elle m'a
+requise de tel chose / mais je l'ay bien & bel escondite je aymeroye
+mieulx que elle fust arse & telz choses dont mieulx leur vauldroit taire
+ainsi se doit gouverner la bonne & discrete dame ou damoyselle ou autre
+vers sa maistresse. mais non pourtant affin que nous n'oublions riens a
+dire que bon soit a ce propos n'est mye a entendre cest admonnestement
+que s'il advenoit aucun inconvenient a la maistresse par quelque cas que
+la bonne servante ne la doye garder en tous perilz & deffendre comme
+elle feroit son enfant sicomme il est dit d'une dame qui fut gardee
+d'estre sourprise en cas dont elle eust perdu son honneur par sa
+damoiselle laquelle quant elle sceut l'adventure ala tantost comme bien
+advisee bouter le feu a la granche affin que tout courussent la & que sa
+maistresse en ce tandis se peust descouvrir. Et comme une autre qui
+trouva sa maistresse qui se vouloit desesperer & occire ellemesmes de
+honte que elle avoit de ce qu'elle estoit grosse sans estre mariee si la
+reconforta & l'osta de ce maulvais vouloir & ellemesmes affin que quant
+l'enfant viendroit qu'elle peust dire que il fust sien fist entendant
+qu'elle estoit grosse & par celle voye la saulva de mort & garda de
+deshonneur & telz choses faire puis que la chose est faicte & le conseil
+en est prins pour garder autruy de desesperance ou de prendre mauvaise
+voye mais que au fait de peché on ne soit consentant n'est pas mal. mais
+est tresgrant charité & doit chascun avoir pitié du pecheur. Car dieu ne
+veult pas sa mort. mais que il se convertise & vive. Et tel est cheu en
+peché que aprés se relieve & maine juste vie & non mye seullement en cas
+d'amours ne doibt estre consentant la servante de la maistresse: mais
+aussi en tous autres ou il pourroit avoir peché & vice. car nul n'est
+tenu d'obeyr a aultruy pour desobeyr a dieu.
+
+
+
+
+¶ Cy devise du .ii. point qui est bon a tenir aux femmes de court qui
+est comment elles doibvent eschever trop d'acointances. Chapitre .xxix.
+
+
+Le .ii. point & enseignement si que nous avons dit est que femmes de
+court de quelque estat qu'elles soyent se doivent garder de trop avoir
+d'acointances a divers hommes nous convient dire les raisons qui nous
+meuvent Car maintes par aventure pourroyent suposer & cuider que plus
+leur loysist & apartenist est acointables que autres femmes: mais celles
+qui le penseroyent se deceveroient & nous le te monstrerons par deux
+principaulx raisons / l'une est pource que sur toutes autres les femmes
+de court ont a garder honneur / l'autre raison te dirons aprés. Quant a
+ceste pourquoy disons nous que plus que autres ont a garder honneur
+pource que leur honneur ou deshonneur refiert & redonde en leur
+maistresse. car se ilz sont ou bien ou mal ordonnees elle en aura le los
+ou le blasme si que ja est touché en la premiere partie de ce livre. Or
+il est ainsi que il n'est autre dame a qui tant d'honneur soit deue
+comme a princesse si seroit a son empirement si aucune tache avoit en
+femmes. Car on diroit selon seigneur meisgnie duite. Et pource je
+conclus que plus que autres se doivent garder. Si n'est point de doubte
+a venir a nostre propos que femmes qui que elles soyent qui se delictent
+avoir plusieurs acointances a hommes & suppose qu'elles n'y pensent a
+nul mal ne mais pour rire & esbatre a peine le pourront continuer qu'il
+n'en soit senestrement parlé & non mye seullement des estrangiers
+envyeulx qui sans cesser avisent comment pourront aultruy mordre / mais
+certes de plusieurs de ceulx mesmes a qui elles feront bonne chiere. Car
+ne pensent point le contraire femmes ne si aveuglent que ja hommes
+plusieurs ne les frequentent longuement que aucuns ou le plus d'iceulx
+ne pensent a elles atraire si pevent & quant ils voyent que plusieurs
+hantent ou lieu ou chascun voulsist estre seul receu ilz en parlent mal
+& contreuvent l'ung sur l'autre & en derriere s'en rigollent quelque
+chere que aux dames & damoiselles facent en devant ne quoy que ils se
+monstrent bien gracieulx & c'est chose vraye lesquelz rigolages &
+parolles sont raportees en ville de bouche en bouche par les tavernes &
+ailleurs & chascun y adjouste & met du sien Et par telle voye sans cause
+& sans raison quant a pechié / mais seullement par la simplesse des
+femmes qui n'y pensent sont souvent plusieurs a tort blasmés mesmes de
+ceulx a qui elles font bonne chiere et qui ne le croit si en enquiere.
+Car pleust a nostre seigneur que dames & damoiselles de court / voire
+toutes femmes d'ailleurs sceussent bien que telz acomtes dient d'elles
+cause auroient d'elles retraire de si faictes bonnes chiere. & mieulx
+leur vauldroit moins d'esbatement que de tant de parolles & par ce que
+ilz leur rient en devant & promettent corps & service a peine le
+pourroyent croyre. mais tu nous pourroyes demander comment ne vault il
+pas mieulx mesmes a honneur garder faire bonne chiere a chascun & que
+autant en emporte l'un que l'autre seullement que le faire a ung ou a
+deux & aussi que les autres puissent dire il ne hante en tel lieu que
+telz ou telz ilz sont en grace autres n'y sont congnuz. Nous te
+respondons que sans faille de ces deux maulx il n'y a nul qui face a
+tenir / car mal est / c'est assavoir contre honneur si plusieurs en
+hantent si que dit est & mal seroit ou est si on n'y voit frequenter
+seullement ung deux ou trois en maniere que on y peust avoir souspecion.
+Si n'est l'une maniere ne l'autre bonne. Mais tu nous diras comment
+seront doncques femmes par especial de court si subgetz que elles ne
+oseront ame veoir ne elle esbatre sans mal penser a compaignie ou il y
+ait gentilz hommes. Si te respons a ce que la subgection est bonne quoy
+que elle desplaise quant elle garde de plus grant inconvenient tout
+ainsi que la bride ennuye & desplaist au cheval mais non pourtant elle
+le garde aucunesfois de trebucher ou fossé. Et quant est que elles ne
+facent bonne chiere ou il appartient & en temps & en lieu s'esbatent
+convenablement en compaignie d'honneur n'est pas nostre entente de les
+vouloir a ce restraindre. Et ne disons pas que s'il advient a quelque
+court que ce soit en france ou autre part que le prince ou princesse
+reçoyve estrangiers ou princes ou autres vaillans chevaliers ou escuyers
+que il n'apartiengne bien qu'ilz soient festoyés & entre dames &
+damoiselles bien venus / car ce seroit contre honneur qui ne le feroit /
+mais entendons seullement de ceulx qui par droictes bauldes
+acoustumeement frequenteroyent sans autre achoison y avoir fors de jouer
+& esbatre es chambres de l'estat des dames & damoiselles. Et ces choses
+que nous disons ne doyvent ennuyer a nulle soit jeune ou joyeuse ou
+autre si elle ayme honneur ne que il doit desplaire a celuy qui sa santé
+a chiere quant le medecin luy dit vous userés de tel remede contre telle
+maladie & suffise quant a la premiere raison. Mais a venir a l'autre
+laquelle peut aussi bien toucher aux autres femmes d'onneur comme a
+celles de court est telle. Chascun qui tant est une chose plus digne
+plus noble & de greigneur value plus doit estre tenue en grant chierté &
+moins commune. Or est il ainsi que toute femme honnorable bonne et saige
+doit este reputee comme ung beau tresor & une notable & singuliere chose
+digne d'onneur & de reverence. doncques puis que elle est telle et y
+veult estre tenue il n'appartient point que trop grant marché ne
+largesse face de ses tresgrans tresors c'est assavoir de l'acointance de
+sa treshonnorable personne. Car de tant que elle la tiendra en plus
+grant charté vers tous hommes non mye par orgueil / mais par une
+grandeur bien seant a femme de tant sera elle tenue en plus grant
+reverence & en fera l'en plus grant compte / car chose n'est tant
+voulentiers veue ne desiree que celle que on voit a dangier quant elle
+est bonne & belle. pource disons que non estre trop accointable a femme
+bien siet & que largesse de langaige & d'atrais accueillans luy
+messieent.
+
+
+
+
+¶ Cy dit du .iii. point qui est le premier des deux qui sont a eschever
+parlant de l'envye qui regne en court & dequoy elle vient. cha. xxx.
+
+
+Or viendrons aux autres deux dessusditz poins lesquelz a femmes de court
+principallement & aprés a toutes femmes d'onneur sont a eschever.
+lesquelz quoy qu'ilz soyent assés communs par tout regnans par especial
+treshabondeement a toutes cours plus que autre part. ce sont deux vices
+mauvais & dampnables merveilleusement & en attrayent infinis d'aultres.
+L'un & le principal des deux mortelz vices est le trespiteable & de dieu
+hay pechié d'envye / & l'autre est le vice de mesdire. Et du premier
+dirons & de l'autre aprés Et pource que nous tendons a bien de vous
+toutes nous plaist vous admonnester les remedes que nous enseignons a
+toute personne qui user veult de justice & de bonne conscience. Et tout
+premierement pour mieulx congnoistre la qualité ou nature de ceste
+faulce envye est a adviser de quelle chose & a quel cause elle naist si
+disons sans faille qu'elle sourt & vient purement d'orgueil qui
+l'engendre es creatures qui ne sont sur leurs gardes d'avoir tousjours
+devant leurs yeulx leur povre fragilité & leur venue de neant ains
+s'oultrecuident par une arrogance fole que orgueilleux met en teste si
+qu'ilz oublient leurs miseres & leurs vices & reputent & cuident estre
+dignes de grans honneurs et de grans biens mesmes sans l'avoir desservy.
+Et pource que le plus communement toute creature est en soy mesmes ainsi
+deceue / advient que chascun tend a suppediter son prochain & le
+surmonter / non mye en vertus / mais en grandeur d'estat de honneur ou
+d'avoir / mais quant il advient qu'il y fault & qu'il y voit autre plus
+avancé de luy ou qu'il cuyde ou qu'il a paour qu'il adviengne aussi
+hault. la est l'envye toute formee. En pourtant que a la court des
+princes & des princesses les honneurs et les estatz mondains sont
+distribués plus generallement que une aultre part disons nous / & il est
+vray que la regne principallement envye pource que chascun qui y
+frequente vouldroit avoir d'iceulx biens et honneurs la plus grant part.
+Mais a descendre a nostre propos en parlant a toute femme de court de
+quelque estat qu'elle soit qui soit la demourant pour estat ou pour
+service de princesse que se elle veult user de bon conseil pourvoyera si
+bien son couraige de saige & de bon advis que elle n'aura en soy le
+mortel ver de celle faulce envye qui destruyt l'ame a qui la porte &
+ronge & desfait l'intention.
+
+
+
+
+¶ Cy dit encores de ce mesmes enseignement aux femmes comment se
+garderont entre elles d'avoir le vice d'envye. chap. xxxi
+
+
+Que fera doncques pour eschever ce faulx arcison d'envye & qu'il ne soit
+nullement en son couraige la saige & bonne dame ou autre demourant en
+court elle estrivera par bon remede contre les choses qui s'ensuyvent
+lesquelles sont les causes dont sourt envye a court de princesse en
+couraige / c'est assavoir que quelque grande qu'elle soit s'il advient
+qu'elle voye ou apperçoyve ou qu'il luy soit advis que sa maistresse ait
+plus en grace quelque autre que elle ou souvent l'appelle en ses conselz
+& vueille le plus sache de son secret & soit plus entour elle ja pource
+le cueur ne luy vouldra / ne le vice d'envye ne la surmontera.
+nonobstant que les aguillons & poinctures en couraige de celle faulce
+envye en tel cas soyent telz. Et pourquoy peut ce estre que ma dame a
+plus en grace ceste icy ou ceste la que toy & plus la veult & plus
+l'appelle en ses secretz & environ soy / n'es tu de son lignaige ou plus
+noble que celle n'est si en fust mieulx paree / ou tu es plus sage ou
+plus preudefemme ou mieulx taillee de y estre. Et appartient il aussi
+que telle & telle qui est venue de neant / ou qui ne scet ou qui ne
+vault ne peut de se mettre si avant ne qu'elle prengne tel peine d'estre
+en grace devant les autres / ne aussi que ma dame la doyve tant avancer
+ne faire telle chiere qu'elle luy faict ne tel harnois / & luy baille
+tel estat. Ja est plus avancee en ce pou de temps qu'elle y a demouré
+que toy qui y es de ton enfance / pourquoy peut ce estre quelque cause y
+a. mais je y mettray barres se je puis & la desavanceray Je sçay bien
+comment telles choses & telles sçay sur elle / & si je ne le sçay si le
+controuveray ou mettray du sel plus que je ne sçay avant que je ne la
+desavance. elle se veult trop mallement mettre avant et ja fait la
+maistresse & veult supediter les autres & mettre arriere mais je y
+mettray barres se je sçay quoy que advenir en doye. ne quelque peine que
+je y doye mettre. Je n'en pourroye plus souffrir en mon renc mesme se
+veult elle ja mettre / et ma dame luy souffre & la porte & veult qu'elle
+voise devant les autres mais ainsi n'ira mye. Telz ou semblans sont les
+admonnestemens de envye. mais tantost par bon advis & juste conscience
+les boutera arriere la saige dame ou damoiselle de court qui se
+reviendra a soy Ha folle musarde & dequoy t'es tu advisee mais pour dieu
+que te chault il de toutes ces faulsetés si tu fais ce que tu peulx
+loyaulment en toutes choses & tu n'en as si grans guerdons en ce monde
+comme ung autre dieu qui seul est juste & vray juge & qui congnoist tous
+couraiges. & a qui riens ne peut estre celé le scet bien si le te rendra
+& n'y fauldra point. & en luy seul dois avoir ton esperance. Car celluy
+est mauldit qui a son esperance & la fiance es princes ne es hommes. Et
+pourtant se ung autre a bien en ce monde qui n'est que ung trespas comme
+ung pelerinaige des biens de fortune plus que a toy ce te semble. que
+t'en apartient il a murmurer ne en avoir dueil. veulx tu garder les
+princes & les princesses & les puissans personnes qu'ilz ne facent du
+leur a leur voulenté: Si ta maistresse ou dame donne du sien a ung autre
+plus que a toy quel tort te faict elle. certes nul. Et de ce donna bien
+exemple nostreseigneur en la parolle dont l'evangille parle des ouvriers
+qui furent mis en la vigne / dont les aucuns vindrent a soleil levant.
+les autres a midy & les autres a vespres. Et quant vint a faire le
+payement de leur journee le seigneur de la vigne partit & donna tout
+autant a ceulx qui estoyent venus a vespres comme a ceulx du point du
+jour de laquelle chose les premiers murmuroyent / & le seigneur leur
+respondist. Mes amys quel tort vous fais je. Je vous paye de vostre
+journee bien & bel ce que avez esté louez. & s'il me plaist de donner a
+ceulx icy autant ou plus comme a vous ce n'est riens du vostre si n'avez
+cause d'en parler. Tout ainsi & semblablement n'as tu nulle cause de
+groucier si ta maistresse donne le sien ou il luy plaist quand ce n'est
+rien du tien. Et aultre si peut advenir que toymesmes ne congnois pas
+tes propres deffaulx par ce que tu es envers toy trop favorable & ta
+dame les congnoist bien qui voit ung autre plus saige plus abille &
+mieulx condicionnee & plus parfaicte de toy quoy qu'il te semble que tu
+vaille mieulx s'il a plus chere environ soy. Et aussi si tu veulx bien
+regarder au vray de ta conscience & lire en tes faitz tu trouveras ce
+peut estre que tu le peves bien avoir desservy pour telle chose et telle
+que tu fais. & telles parolles que tu dis luy furent rapportees / dont
+elle se courrouça qui ne fut bien fait ne dit a toy / & elle ne t'en
+ayme mye mieulx. assez d'autres t'eussent mise hors si est par ta
+coulpe. pource tu n'as cause de tant t'en courroucer tu estoyes trop
+ayse & trop orgueilleuse. & te sembloit que riens ne te povoit nuyre /
+or en prens ce que tu en as & ne te en plains que a toy. Et avec ce que
+scés tu: quel bien & quel service vers dieu peut avoir fait ceste
+creature qui tant est en grace quoy qu'il te semble qu'elle n'en soye
+mye digne. Parquoy il la veult par ceste voye en ce monde guerredonner.
+car tu as ouÿ dire comment sont couvers les secretz de dieu / si
+n'appartient a personne de en juger pour chose qu'il voye tant luy apere
+merveilleuse Et pour ce ne te dois empescher d'estat d'autruy / mais
+pense de ton ame & de te gouverner sagement & faire tousjours bien ton
+devoir / si le congnoistra bien dieu & tel maistre fait il bon servir
+qui est tout saige tout bon & tout puissant & tout autre service n'est
+que vent & empeschement. Et gardes bien sur quanques vers luy tu peulx
+meffaire que ne muses a autruy par faulse envie en faict en dit ne en
+quelconques pourchas / car tu te dampneroyes. posons que on le te eust
+desservy. Car dieu ne veult pas que l'on se venge de tant que en as
+pensé crie en mercy a nostreseigneur. & ne te chaille qui va devant ne
+qui va derriere. qui soit en grace ne qui non. car de chose qui faicte
+en soit tu n'en vauldras de riens pis. Et avec ce ceulx & celles qui te
+verront ainsi gracieusement suporter l'orgueil & oultrecuydance d'autruy
+sans en faire parolles ne semblans t'en priseront & aymeront mieulx. Et
+si tu veulx garder ton reng entre les autres que il te appartient sans
+vouloir supediter autruy si le gardes gracieusement. Mais prens toy bien
+garde que ta conscience ne soit point blessee pour telz fatras / ne que
+tu donnes cause a autruy de troublemens ne de empeschemens car le peché
+en descenderoit sur toy. Telz & semblables sont les remedes que la saige
+dame de court bien pourveue si peut mettre contre les pointures &
+aguillons d'envie. Et de cestuy mauvais peché pour demonstrer comment
+toute personne le doit fuyr dict ung saige: Je ne sçay fait il comment
+toute creature raisonnable deboute de soy sur tous autres vices le peché
+d'envie / car a adviser la qualité de tous les autres peches il n'y a
+celluy qui en l'exerçant ou faisant n'ayt aucun delit comme en vaine
+gloire ou orgueil ou a delit d'honneurs en gloutonnie plaisir ou menger
+en charnalité delit de corps & ainsi aux autres / lesquelz plaisirs
+pevent attraire la creature a les aymer quoy qu'ilz soyent l'ame
+deffendus. Mais celluy dyabolicque peché d'envie il ne fait ne donne a
+la personne qui plus en est souprinse nul plaisir ne mais dueil de
+pensee & deffrichement de couraige triste et desguise de visaige
+tourment qui perce l'ame & tous maulx & tous desplaisirs. Et a brief
+dire encline a tous maulx & a toutes felonnies. ne autre bien ne rend a
+son maistre cestuy infernal vice. Et que les envieux facent a haïr dit
+contre eulx de rechief ung autre saige pleust a dieu que l'envieux eust
+si grans yeulx qu'il peust veoir toute la prosperité & la joye qui est
+esparse par tout le monde. & plusieurs gens a celle fin qu'il eust cause
+d'estre plus tourmentés.
+
+
+
+
+¶ Cy dit du quatriesme point qui est le deuxiesme des deux qui sont a
+eschever. Et parle comment femmes de court se doibvent bien garder de
+mesdire / et de quelle chose vient mesdit ne a quelle cause ne occasion.
+Chap. .xxxii.
+
+
+Nous venons au deuxiesme point qui est l'autre vice duquel la dame ou
+damoiselle & femme de court & toute autre se doibt garder. c'est
+assavoir du peché de mesdire. Et tout premierement pource que mesdit ne
+peut estre excusé par nulle bonne raison / & aussi pour mieulx venir a
+noz termes toucherons trois causes / dont communement il vient & sourt &
+qui toutes sont communes a court & aucunesfois de toutes troys ensemble.
+L'une des causes si est par hayne. la .ii. pour cause d'oppinion. &
+l'autre pour pure envye. Si sont ces trois causes maulvaises / mais non
+pourtant celle qui vient d'envie faict le moins a excuser. Et pource que
+tous trois sont a eschever et que en nul cas mesdire ne est loisible /
+ains est peché mortel tresdeffendu Car c'est contre des deux des
+commandemens de dieu l'ung qui dit. Ne fais a aultruy ne que tu
+vouldrois qu'il te fist. Et l'autre / ayme ton prochain comme toymesmes:
+nous en dirons & enseignerons aux dessusdictes dames les remedes de s'en
+garder. Et premierement toucherons sur la premiere cause qui est hayne &
+sur ce formerons quattre principalles a demonstrer pourquoy par hayne on
+ne doit mesdire d'autruy quelque injure que on ayt receue. On ne hait
+point de fformee hayne communement si ce n'est a cause d'aucune injure
+receue d'aultruy ou que on la se repute avoir receue soit a tort ou a
+droit en la personne qui est ou qui se tient injuriee. Adonc est
+tresencline par la haine & mal talent qu'elle porte de mesdire dont elle
+se repute estre blessee comme quoy & a nostre propos qui est chose qui
+souvent advient a court une dame ou autre femme de court sçaura que
+aucunes gens ou certaine personne luy nuyra & la tiendra a la faire mal
+de sa maistresse ou du seigneur ou des amys d'elle ou de la faire bouter
+hors & par adventure viendra a son entente parquoy ladicte dame ou
+damoyselle en perdra son service son bien & son estat / & par adventure
+son honneur par les choses qui luy seront mises sus / peut estre sans
+cause / & posons que a cause fust: si herra elle la personne qui ce luy
+aura pourchassé: si mesdira n'est pas doubte a part et en publicque si
+la personne n'est si grant qu'elle n'ose. Mais trop fort fera si
+aulcunement n'en murmure / car le cueur luy deuldra trop & n'est
+merveille en disant de ladicte personne mal & villennie & ce qu'elle
+sçaura & ce qu'elle ne sçaura mye. Ceste cause de mesdire c'est assavoir
+par hayne par quelque meffaict sembleroit a aucunes gens qu'elle peut
+estre juste. mais sans faille non est. Et voicy nostre premiere raison
+qui le demonstre. Dieu veult et commande expressement qu'on ayme son
+ennemy & qu'on luy rende bien pour mal. & qui fait contre le
+commandement de dieu se dampne & si ne gaigne riens: pourquoy seroit
+mieulx son prouffit se taire. Item avec ce ung autre inconvenient luy en
+vient / & est nostre .ii. raison c'est qu'il fait ou elle fait contre
+son honneur / & voicy la raison. une personne de grant couraige jamais
+ne mesdiroit de son ennemy / pource que elle scet bien qu'il pourroit
+sembler aux gens que vengier se vouldroit de parolles laquelle chose est
+la vengeance des gens de pou de puissance & de foible de cueur et de
+quoy pou de saiges gens usent. Item la .iii. raison est que ceulx qui
+orront mesdire aux hayneulx de son adversaire ou ennemy ne la croyront
+mye / car ilz diront qu'i le dist par hayne si ne doibt estre creu. Et
+la quarte raison est que la personne qui ja luy a nuy ou peu nuyre sera
+de tant plus indignee contre luy quant dire orra qu'elle en mesdit / si
+purra engreger l'injure & luy faire encores pis si seroit moins mal
+recevoir ung desplaisir que deux. Et pource en concluant fut trop bien
+comparé par exemple a mesdit ce qui est escript d'un qui vouloit prendre
+guerre au ciel / & tiroit d'ung arc contre les nues et les fleches
+retournoyent sur son chief & le navroyent. Tout ainsi le mesdit que le
+haineux fait de son adversaire retourne sur luy & navre son ame & son
+honneur / sicomme par les dessusdictes quatre raisons est demonstré.
+
+
+
+
+¶ De mesmes comment femmes de court se doyvent bien garder de dire mal
+de leur maistresse. Chap. xxxiii
+
+
+La deuxiesme cause dont vient & sourt mesdit est de oppinion en telle
+maniere ou semblable une personne aura oppinion que une autre soit
+mauvaise ou deffaillant en aucunes choses ou en toutes / ou que elle ne
+se gouverne pas bien en tous cas ou en aucuns & pour ceste cause sans
+sçavoir la verité de la chose laquelle est par adventure toute autre
+qu'elle ne la pense en mesjurera & mesdira abondamment et plainement a
+petite consideration pour bien pou d'achoison. Et tel cas advient
+communement par tout. Car sans faille a cause de oppinion et sans
+sçavoir de certaine science mesdient plus ceulx qui ont la tache de
+mesdire. Si n'est mye communement court de prince & de princesse sans
+telz mesdisans / lesquelz a tel cause / c'est assavoir d'oppinion sans
+plus n'espargnent ame / et mesmes ne maistre ne maistresse. Et pource en
+parlant de ce vice chiet a dire du grant mal que fait toute personne qui
+diffame & dit mal d'autruy & par especial de qui le paist & nourrist
+dont il a son estat & son vivre / mais nonpourtant il advient a mainte
+court que se les servans ou servantes ou ceulx ou celles qui y demeurent
+voyent ou leur semble veoir en maistre ou maistresse tant soit petit
+signe de quelque vice tantost a cause d'oppinion les chargeront de grant
+langaige disant que la chose est faicte que ilz ont pensee. Et a nostre
+propos parlant aux femmes quoy qu'il peut aussi bien aux hommes toucher.
+Assés de femmes de court en mains pays est il de tous estatz que si
+elles voyent leur dame ou maistresse sans plus parler bas a une personne
+une fois ou deux ou quelque signe de priveté ou d'amitié ou quelque ris
+ou quelque joyeuseté faicte par adventure par jeunesse ou ygnorance &
+sans mal penser se ladicte maistresse se est tant soit petit joyeuse ou
+en ses habillemens gente & propre qui sont choses qui a mainte personne
+viennent de droicte condicion plus aux unes que aux autres tantost ilz
+seront prestz d'en mesjuger. & non mye seullement en cestuy cas mais
+aussi bien en tous autres dequoy par petite achoison aucunesfois
+prendront quelque maulvaise oppinion de leur dicte maistresse mais du
+mesjugement c'est du moins ilz feront pis / car pourtant se elle est
+leur dame et qu'ilz soyent nourris repeuz & a beaulx gaiges de ses biens
+que ilz facent ou qu'elles facent bien les obeissans les genoulx a terre
+a grant reverence & assez de flateries si ne s'en tairont ilz mye / ains
+diront leur advis l'une a l'autre & s'acointeront a conseil & a brief
+dire seront tout ainsi que la maulvaise brebis qui est rongneuse donne &
+depart de sa rongne aux autres / mais toutefvoyes bien se garderont que
+leur maistresse ne l'apperçoyve ne oye & leur suffira mais que a elle
+seulle soit celé & mesmement de ce que eulx ou elles luy accorderont &
+soustendront disant que sera bien faict d'ainsi faire s'en mocqueront &
+en parleront en derriere & y adjousteront plus qu'il n'y a & qu'il n'y
+scevent assez de servans & de servantes le font aussi. mais a nostre
+propos les dames damoiselles femmes de court qui ainsi le font trop
+grandement mesprennent & font trop plus grant peché que se d'autres ou
+d'entre elles mesdisoyent pour cinq principaulx raisons. La premiere
+pource que de tant qu'elle est plus grant maistresse son honneur ou
+deshonneur est plus renommé par tout pays que d'une autre simple femme
+pource fait pis que la diffame car celluy diffame peut voller en maintes
+contrees. La deuxiesme pource qu'elles font trahyson a qui ilz monstrent
+bel semblant & obeissent. Tiercement ilz font contre leur serment qui
+fut tel elles garderoyent son bien & son honneur. Quartement qu'elles
+rendent mal pour bien a celles de qui & par qui sont soustenus &
+nourries & ont leur estat. Et quintement que elles jugent autruy qui est
+contre le commandement de dieu qui dit ne juges si tu ne veulx estre
+juge. Et posons ores qu'elles sceussent tout clerement seur leur
+maistresse sicomme ja est dit devant / & qu'elle fust une tresmauvaise &
+perverse creature si ne la doibvent ilz diffamer ne entre elles ne
+aultre part. car parolles ne sçauront ja estre dictes si celeement que
+raportees ne soyent & elles sont tenues de garder son honneur & couvrir
+sa honte & que se autres en oyent mal dire de abaisser les parolles &
+l'excuser. Et en verité celles qui font le contraire font leur grant
+deshonneur et les en doibt on mains priser ne excuser ne s'en pevent.
+Car se tu nous dis je voy de quoy j'ay cause de parler & mesdire le
+service n'est ne bel ne bon nous te respondons si t'en va s'il ne te
+plaist. Et s'il te est besoing de servir parquoy ne t'en puisses aller
+que trop grant prudence n'y eusses si tentais a tout le moins & fay
+semblant que tu n'y voyes goute & que riens n'y apperçoys puis qu'il
+n'est en toy d'y mettre remede ne quel ne te appartient fay bien et
+loyaulment ce qu'il te appartient & de plus ne te mesle prie dieu qu'il
+la vueille amender & luy doint congnoissance se tu y vois mal & se a
+autre en oys parler abesse les parolles se tu peulz ou sinon t'en tays &
+de ce seras tu mieulx prisee / mais ce que ja devant est dit certes il
+va tout autrement Car dieu scet que maintes parlent de leur maistresse
+qui le font plus par despit de ce que elles ne sont appellees au secret
+et par l'envye que autres femmes en scevent plus que pour autre
+precieuté ne cause. Mais toutesfois voicy ce que la bonne & loyalle dame
+damoyselle ou autre de court fera qui vouldra user de bonne conscience &
+aymera le bien & honneur de sa maistresse que elle verra dechoir de son
+honneur & en peril de grant inconvenient si ne luy oseroit dire ne le
+admonnester / elle s'en yra au confesseur de sa maistresse & non a autre
+si luy dira secrettement & en confession ce que on dit d'elle & le peril
+ou elle se met & le mal qui luy en pourroit venir luy priera pour dieu
+qu'il luy monstre / & ne l'accuse mye.
+
+
+
+
+¶ Cy dit comment il n'appartient a femmes de diffamer l'une l'autre ne
+dire mal. Chapitre .xxxiiii.
+
+
+Avecques ce que les femmes de court doyvent garder semblablement que dit
+est de blasmer ne diffamer l'une l'autre pour le peché & autres causes
+ja assignees / comme aussi que qui diffame autruy de secret que luy
+mesmes soit diffamé. Car n'est pas doubte que la personne qui sçaura que
+on le diffame diffamera aussi celuy ou ceulx qui le diffameront & le
+deust controuver ne nul ne nulle n'est si juste qui doye dire je ne
+crains ame que pourroit on dire sur moy je me sens net ou nette pource
+puis parler des autres hardiement / mais c'est follement penser a ceulx
+et celles qui ainsi le cuident / car par tout a a redire & quelque
+maniere & ce tesmoigne l'escripture qui dit il n'est homme sans crime
+c'estadire sans peché & ce tu n'as ung vice tu en as ung autre par
+adventure pire ou deux ou trois & si tu ne lisoyes bien en ta conscience
+tu y trouveroyes assés a redire. car pourtant si ton pechié est secret
+au monde n'est il pas a dieu mucé & luy seul scet qui est bon pelerin.
+Et avec ces choses c'est trop grant honneur que aval la ville ou autre
+part on puisse dire les dames & femmes de court mesdient trop bien l'une
+de l'autre j'ay ouÿ dire a telle dame ou damoiselle tel chose et telle
+de tel autre. Car court de princesse en tel cas doit estre ainsi que une
+abbaye bien ordonnee dont les moynes ont serment que aux seculiers ne
+dehors ne diront riens de chose qui adviengne entre eulx ne de leurs
+secretz tout ainsi se doivent aymer & porter l'une l'autre comme seurs
+dames & femmes de court non mye tencer ensemble es chambres des dames ne
+de traire en derriere comme feroyent harengieres. Car telles choses sont
+trop mal seans a court de princesse & ne les devroit on souffrir. Nous
+avons cy devant que la troiziesme cause qui fait mesdire est envye & que
+c'est celle qui fait le moins a excuser. C'est assavoir est la plus
+mauvaise & la plus loing de droit & de toute raison & il est vray car se
+le haineux mesdit de celluy qui luy a meffait c'est chose naturelle que
+chascun dueille de sa blessure & si dieu ne le deffendoit par la raison
+susdicte selon droit sensuel te seroit chose juste aussi qui mesdit par
+oppinion se peut aucunement fonder sur aucune apparence ou couleur qui
+luy appert comme il luy semble de ce qu'il dit / mais qui mesdit par
+envye il n'a autre cause ne mais pure mauvaistie qui est & habonde en
+son courage & pource est le plus dampnable a celle ou celluy qui le dit
+& le plus perilleux a celluy ou celle de qui il dit que quelzconques
+autres mesdit. Car oncques morsure de serpent coup d'espee ou autre
+pointure ne fut venimeuse ne si perilleuse comme langue de personne
+envieuse / car elle frape & tue souvent soy & autre & aucuneffois en ame
+& corps. Car se nous y voulons regarder beau sire dieu quans royaulmes
+quantes contrees & quantes bonnes personnes ont esté destruyctes par
+maulvais rapors dont le fondement venoit & sourdoit d'envie a merveilles
+nous en trouvons plusieurs exemples lesquelz je laisse pour briefveté.
+Et que il est vray que le mesdit de l'envieux viengne par pure
+mauvaistie sans autre achoison il y pert. Car dequoy a deservy celuy ou
+celle qui est bonne personne ou qui a plusieurs des biens de grace de
+nature & de fortune que on die mal de luy ou que il luy pourchasse
+encombrier pourtant se ces choses luy viennent bien ou se il est eureux
+& bien fortuné cestuy mesdit ne vient de nul droit pource concluons ce
+que dit est devant c'est assavoir de pure mauvaistie il vient / &
+pourtant est le plus dampnable & de ceste envye pource que cy devant en
+est assez parlé au quatriesme & cinquiesme chapitre de ceste deuxiesme
+partie n'en dirons plus & suffise a tant quant a parler des dames
+damoiselles & femmes de court.
+
+
+
+
+Cy parle de dames baronesses la maniere du sçavoir qu'il leur
+appartient. chap. .xxxv.
+
+
+Or advient a parler aux dames et damoiselles qui demeurent en chasteaulx
+ou en autres manoirs sur leurs terres ou en villes fermees ou bours / si
+nous fault adviser que nous pourrons dire qui leur soit propice. Et
+pource que leurs estatz & puissances soyent differens nous convient
+parler en aucunes choses differentement c'est assavoir de l'estat ordre
+& maniere de leurs vivre / mais quant aux meurs et biensfaitz vers dieu
+tout leur affiert ce que dit est devant aussi bien que aux princesses &
+dames de la court. C'est a entendre ensuyvir les vertus & fuyr les vices
+si le pourront la veoir si leur plaist. & pource que en diverses
+seigneuries sont demourans plusieurs puissans dames. Sicomme baronesses
+& grans terriennes qui pourtant ne sont pas appellees princesses lequel
+nom de prince n'affiert estre dit ne mais des emperis des roynes & des
+duchesses se ce n'est aux femmes de ceulx a qui a cause de leurs terres
+sont appellees princesses par le droit nom du lieu sicomme il en a en
+ytalie & ailleurs & quoy que les contesses ne soyent mye en tous pays
+nommees princesses / mais pource que suyvent assés le renc des duchesses
+selon la dignité des terres entendons d'elles ou nombre dessusdit des
+princesses parlerons icy premierement ausdictes baronnesses dont assés y
+a en france en bretaigne & autre part qui passeroient en honneur &
+puissance moult de contesses est il quoy que le nom de baron ne soit si
+hault que de conte / mais moult est la puissance grant d'aulcuns barons
+a cause de leurs terres & seigneuries & la noblesse qui y est dont leurs
+femmes tiennent moult grant estat & a dire d'icelles ce que a leur
+gouvernement appartient est assavoir qu'il affiert trespeciallement a
+baronnesses qu'elles soyent saiges & prudentes & plus communement que
+les autres femmes. Si nous convient deviser comment s'estendra son
+sçavoir / ce que elle se sache entendre de toutes choses / car dit le
+philozophe que celluy n'est pas saige qui ne congnoist aucune chose de
+chascune part. Et aussi luy appartient a avoir sicomme couraige d'homme.
+Si n'est mye a dire que elle doye estre nourrie trop en chambre ne soubz
+grans & feminines mignotes. Or est a parler des causes [qui nous
+meuvent. Il n'est pas doubte que il apertient a tout baron, se il veult
+estre honnourez en son degré, que le moins du temps demoure sus ses
+manoirs et en son propre lieu, car suivre armes, la court de son prince,
+et voyagier sont ses offices. Or demeure la dame, sa compaigne, laquelle
+doit representer son lieu: quoy que il ait assez baillis, prevosts,
+receveurs et gouverneurs, il affiert que souveraine soit sur tous. Et
+pour ce convient ce faire: veult selon son droit que elle se gouverne
+par tel savoir que craintte soit et aussi amee. Car c'est la meilleur
+craintte qui soit que celle qui vient d'amour, si que dit est devant, et
+que ses hommes puissent recourir a elle pour tous reffuges aprés le
+seigneur, et en cas que on leur feroit aucun tort: et pour ce est droit
+que elle sache de toutes choses, afin que en chascun cas puist donner
+response convenable. Soit toute enseignee et aprise des usages, drois et
+coustumes du lieu, et quelz choses y apertiennent; bien enlangagee,
+haultaine, se besoing est, par bonne discrecion contre ceulx qui la
+vouldroient mespriser ou qui aucunement seroient rebarbatis et rebelles,
+et doulce, humble, et charitable vers les gens obeissans; si doit ouvrer
+par les gens du conseil de son seigneur en tous ses fais, et oïr les
+opinions des anciens sages afin que elle ne soit reprise de chose que
+elle face ne que on ne die que elle vueille ouvrer de sa teste. Nous
+avons dit aussi que elle doit avoir cuer d'omme, c'est qu'elle doit
+savoir des drois d'armes et toutes choses qui y affierent afin que elle
+soit preste d'ordonner ses hommes se besoings est, et le sache faire
+pour assaillir et pour deffendre se le cas s'y adonne; prendre garde que
+ses forteresses soient bien garnies; se elle est en aucun doubte ou avis
+que elle entrepregne aucun fait, essaie ses gens et sache de leurs
+courages et voulentez ains que trop s'y fie, regarde quelle puissance
+elle a de gens et quel secours puet avoir se besoing en a; et que elle
+en soit certaine, non mie se attendre en vain ne en foibles promesses,
+prengne garde comment pourra fournir ains que son seigneur viegne, et
+quel finance elle a et puet avoir pour ce faire; se garde le plus que
+elle pourra de grever ses hommes, car c'est chose de quoy on acquiert
+trop leur haine; parle hardiement et constamment a ses gens de ce qui
+sera deliberé par son conseil a faire, non pas die hui une raison et
+demain une autre; donne par ses bonnes et belles paroles courage aux
+gens] d'armes & a ses hommes d'estre bons & loyaulx et de bien faire
+ainsi & par tel voye sont ces manieres convenables a tenir a la saige
+baronnesse son mary estant dehors se il luy en a donne la charge & la
+commission se il advient que aucun autre baron ou puissant homme luy
+vueille faire quelque chalenge d'aucune chose. et avecques ce luy sont
+expedians & propices les manieres que avons ja devisees cy devant ou
+chap. des princesses vefves lesquelles choses par une autre raison luy
+sont prouffitables a aprendre & que elle sache tout le fait de son
+gouvernement si que dit est / des le vivant de son mary / c'est assavoir
+que se vefve demouroit qu'elle ne fust pas trouvee ignorante de sçavoir
+son estre si que chascun la voulsist fouler et emporter sa piece.
+
+
+
+
+¶ Cy devise la maniere comment il appartient que les dames & damoiselles
+qui demeurent sur leurs manoirs se gouvernent ou fait de mesnage. chap.
+.xxxvi.
+
+
+Que autre maniere d'estat & de vivre appartient aux simples dames et
+damoiselles demourans es fors ou sur leurs terres dehors les bonnes
+villes que aux baronnesses mais nonpourtant pource que semblablement que
+les barons et encores plus communement les chevaliers escuyers & gentilz
+hommes voyagent & suyvent guerres est convenable a leurs femmes qu'elles
+soyent sages de grant gouvernement & voyent cler en leurs faitz pource
+le plus de temps elles demeurent a leurs mesnaiges sans leurs marys qui
+a court sont ou en divers pays. si convient qu'elles ayent tout le soing
+de gouvernement & faire valoir leurs revenues et leurs meubles. Si
+appartient a chascune dame de tel estat s'elle veult user de sens
+qu'elle sache combien monte par an & vault la revenue de sa terre. Et
+doit tant faire s'elle peut ceste saige dame vers son mary par doulces
+parolles & bons admonnestemens que ilz advisent ensemble & disposent de
+tenir tel estat comme leurdicte revenue pourra fournir / & non mye si
+grant par dessus que au bout de l'an se treuvent en debtes vers leurs
+maisgnies ou autres crediteurs Car sans faille ce n'est point honte de
+tenir estat selon sa terre ou rente soit ores petit. Mais c'est honte de
+le tenir si grant que les debteurs viennent tous les jours crier &
+braire a l'ostel & lever les basteaux telle fois ou qu'il conviengne par
+necessité qu'on griefve ses hommes ou ses hostes ou qu'on face quelques
+autres extorcions il appartient a telle dame ou damoiselle / qu'elle
+soit toute aprinse es droitz des fiefz d'arriere fiefz de censives &
+droictures de champars de prises de plusieurs mains / et de toutes
+telles choses qui sont en droit de seigneurie selon les coustumes des
+pays / affin qu'elle n'y puisse estre deceue. Et pource qu'il est tout
+plain de gouverneurs de terres & de jurisdicions de seigneurs qui
+voulentiers trompent doit estre de tout ce advisee & bien s'en prendra
+garde & ne luy sera point de deshonneur s'elle se congnoist en comptes &
+que souvant les oye & vueille sçavoir comment iceulx se gouvernent vers
+ces choses ou hommes qu'ilz ne les trompent ne griefvent oultre raison.
+Car ce seroit a la charge de l'ame de son mary & d'elle ou fait des
+amendes aux povres gens doit estre pour l'amour de dieu plus piteuse que
+rigoureuse. Avecques ces choses luy affiert a estre tresbonne
+mesnagiere. & qu'elle se congnoisse en labour & en quel temps et en
+quelle saison on doit donner aux terres & aux labourages les façons / de
+quelle maniere est le meilleur que les talons aillent selon l'assiete du
+gueret s'il est en païs sec ou moiste & de la profondeur et qu'ilz
+soyent droitz & vivement fais semés a point de telz grains que les
+terres desirent et pareillement se congnoistre au labour des vignes se
+c'est pays ou il y ait vignoble se doit garder qu'elle ait bons
+laboureux & maistres en tel office / & ne prengne pas gens qui changent
+maistre de terme en terme / car c'est mauvais signe ne trop vieulx / car
+ilz seroyent paresseux & foibles / ne trop jeunes. car trop seroient en
+jeux / si soit soigneuse de les faire lever matin / ne s'en attendre a
+nul s'elle est droite mesnagere / ains elle mesme se lieve et affuble
+une houppelande / voise a sa fenestre & huche tant qu'elle les voye
+saillir dehors. car de ce sont ilz le plus volentiers paresseux / se
+voise souvent esbatre aux champs veoir comment ilz labourent. Car assés
+en est il qui voulentiers se passeroient de grater sans plus la terre
+par dessus pour eulx en delivrer s'ilz cuidoient qu'on n'y prenist garde
+et qui bien se scevent dormir aux champs soubz l'ombre d'ung arbre et
+laisser leurs chevaulx du labour ou les beufz entandis paistre en ung
+pré et ne leur chault / mais qu'ilz puissent dire au soir qu'ilz ont
+fait leur journee. Et pource la saige mesnagiere s'en prendra garde.
+Avec quant les bledz seront sur leur meurir des le mois de may
+n'attendra pas la cherté / mais baillera son aoust a soyer a compaignons
+bons fors & diligens / a eulx marchandera & composera a argent ou a bled
+Et quant viendra au temps qui seront en telle office se prendra garde
+qu'ilz ne laissent riens derriere eulx ou qu'ilz ne facent assez
+d'autres faulcetés que telz gens scevent bien faire qui n'est dessus &
+semblablement es autres labours se lievent voulentiers matin car en
+l'hostel ou la dame gist communement grande matinee a peine ira bien le
+mesnage / voise aval l'hostel assez trouvera commander. car peu chault a
+mesgnie communement comment voise qui n'est dessus / face mettre les
+bestes hors a heure. prengne garde au bergier comment il les gouverne. &
+s'il en est maistre / & qu'il ne soit despiteux / car il les font
+nourrir quant ilz veullent en despit de la maistresse ou du maistre / &
+quelles soyent nettement tenues gardees de trop ardant soleil & de pluye
+garies de la rongne / elle yra s'elle est saige souvent au toyt avecques
+une de ses femmes veoir comment on les ordonne. & ainsi sera le bergier
+plus songneux qu'il n'y ayt que redire. en fera bien penser au temps
+qu'elles devront agneler. & prendre grant soing des aigneaulx car
+souvent se meurent par faulte d'en penser. sera songneuse de lever des
+nourritures / soit present au tondre & que ce soit en saison. En ces
+hostelz qui seront en pays ou il aura grans praries & herbaiges tiendra
+grant foison bestes a cornes. & se foison a avaines qui pou se vendent
+tiengne des beufz en creche dont fera grant argent quant seront gras /
+s'elle a bocaiges la tiendra haras qui est prouffitable chose a qui bien
+s'en scet chevir advisera en yver que les gens sont a bon marché adonc
+leur fera coper ses saussoyes ou couldroyes & faire des eschaillas pour
+vendre en la saison aussi embesongnera les varletz a coper bois pour le
+chauffage de l'hostel ou deffricher quelque champ & s'il fait trop fort
+temps les fera batre en granche / & ainsi jamais ne les lerra oyseux.
+Car il n'est chose plus gaste en ung hostel que mesgnie oyseuse. Et
+semblablement embesongnera ses femmes les chamberieres de penser du
+bestial de faire a menger aux laboureux & des letaiges sarcler les
+courtilz aller a l'herbe & estre crotees jusques aux genoulx / elle ses
+filles & damoiselles s'embesongnera de draper de trier celle laine &
+sortir. mettre les coletz & la fine a part pour faire fins draps pour
+son mary & pour elle & pour vendre se mestier est. des gros pour les
+petis enfans & pour ses femmes et maignie fera des couvertures de gros
+bourions de la laine. & des fumiers fera cultiver des chanvres que
+toilleront & filleront au soir en yver ses chamberies pour faire des
+grosses toilles Et toutes telz choses & autres semblables qui trop long
+seroit a dire en plat pays ont mestier a mesnage / & celle qui plus en
+est diligente quelque grande qu'elle soit fait le plus que saige & en
+doit estre treslouee / & ceste voye tenir a saige mesnagiere rend
+aucunesfois plus de prouffit que la droicte revenue de la terre /
+sicomme le sçavoit bien faire la saige mesnagiere contesse de Eu mere du
+bon jeune conte qui mourut en voyage de hongrie qui n'avoit point de
+honte de se employer en tout honneste labeur de mesnaige tant que plus
+valoit par an le prouffit qui yssoit que toute la revenue de sa terre.
+Et de telle femme se peut bien dire la louenge que recite l'espitre de
+salomon de la saige femme.
+
+
+
+
+¶ Cy devise de celles qui sont oultrageuses en leurs habitz atours &
+habillemens. Chap. .xxxvii.
+
+
+ET pource que nous avons touché au chap. sidevant que les dames &
+damoiselles demourans dehors sur leurs manoirs & heritages doivent
+adviser & conseiller leurs maris de leur estat. C'est assavoir: que plus
+grans ne seront tenus que leurs revenues peut fournir. Nous semble bon
+admonnester a celles qui saigement veullent vivre & ensuyvre nostre
+doctrine qu'elles se veullent garder des superfluités & oultrages que
+aucunes font par especial en deux choses venues a cause de grant orgueil
+qui court entre plusieurs d'elles quoy que ailleurs soyent assez
+communs / mais pource que nostre present propos chiet en la matiere &
+que iceulx vices & deffaulx pevent tourner a grant prejudice de leurs
+ames et ne sont bons ne beaulx mesmes au corps en parlerons / l'ung est
+des tresoultrageux atours & habitz qu'ilz prennent / & l'autre des
+harnois qu'ilz font d'aller l'une devant l'autre ensemble sont. Et
+premierement de ce qui touche aux habitz a declarer que celles qui tant
+se delictent mesprennent n'est pas doubte que par les belles anciennes
+coustumes les habitz des roynes n'osassent prendre les duchesses / ne
+ceulx des duchesses les contesses. ne ceulx des contesses les simples
+dames / ne ceulx des dames les damoiselles / mais a present que tout est
+desordonné y pert comment tout va. car il n'y a es habitz ne es atours
+rigle tenu / car qui plus en peut faire de quelque estat que ce soit
+soyent femmes ou hommes leur semble qu'ilz besongnent le mieulx & tout
+ainsi que les brebis suyvent l'une l'autre / s'il y a aucun homme ou
+femme qui voye faire a autre quelque oultrage ou desordonnance en habit
+tantost les autres le suyvent & dient qu'il fault faire comme les
+autres / mais ilz dient voir il fault que ung autre oultrageux suyve ung
+autre oultrageux. mais se la plus grant partie des gens estoient bien
+amoderés & de bon sçavoir on ne suyvroit point l'un l'autre en faisant
+de riens oultraige / ains celluy qui l'auroit commencee en seroit moins
+prise & demouroit seul en la follie. Je ne sçay quelle plaisance ce peut
+estre & n'est que faulte de sens qui ainsi abuse les creatures / car par
+telz oultraiges d'estat d'abitz on n'en est de riens mieulx prisé / mais
+moins de ceulx & celles qui ont sens car il n'est plus grant mocquerie
+que de veoir a personne qui quelque soit grant & oultrageux estat & on
+scet bien qu'il ne luy appartient ou qu'il n'y a dequoy le maintenir et
+le temps est ores venu que on ne voit autre chose. Et se telz gens ont
+de la povreté par decoste que mal leur en prengne on ne les doibt pas
+plaindre car plusieurs en desertent et mettent a povreté par telz
+oultraiges qui fussent bien ayses se amoderement voulsissent vivre. &
+plus grant honte y a a plusieurs des debtes que souvent sont a
+cousturiers peletiers drapiers & orfevres desquelz sont a la fois
+executés & fault qu'ilz baillent une robe en gaige pour avoir l'autre.
+Et dieu scet se on leur salle bien ce qu'ilz prennent a creance & la
+denree leur couste au double. Et ces choses nous disons pour ceulx &
+celles qui le font en cuidant par celle voye surmonter leurs voisins.
+mais ce fait tout l'abondance du grant orgueil qui regne au jourd'huy
+sans faille plus que oncques mais / car a nul ne suffit son estat ains
+vouldroyent chascun sembler ung roy / & sera force que tel orgueil dieu
+punisse quelque fois lourdement. car il ne le peut souffrir. Et n'est ce
+pas grant oultraige voirement & chose superflue ce que comptoit l'autre
+jour ung taillandier de robes de paris qu'il avoit fait pour une dame
+simple qui demeure en gastinois une cotte hardie ou il a mis cinq aulnes
+a la mesure de paris de drap de brouxelles de la grant moison / et
+traine bien par terre trois quartiers de queue & aux manches a bonbardes
+qui vont jusques aux pedz / mais dieu scet se selon cest habit comment
+large atour & haultes cornes qui est en verité ung tres layt habillement
+& qui messiet n'est pas doubte a qui cler y voit / le moyen est le plus
+doulx & le plus plaisant: Et cecy est quant aux dames de france / car es
+autres pays se tiennent plus longuement communement les coustumes que
+ont tant hommes que femmes en leurs habillemens non mye changant de an
+en an comme icy qui va tousjours en croissans oultraiges. Mais encores
+comme il nous semble sont plus a priser les habillemens de ytalie par
+especial & d'aucuns aultres lieux voire quant a la coustange car quoy
+qu'ilz soyent de plus grant veue couvers de perles d'or & de pierrerie
+si ne coustent ilz point tant car c'est chose qui dure et se peut mettre
+de robe a autre. Mais telz oultraiges de draps & de pennes trainans se
+usent & fault tantost des autres. Et semblablement des atours des testes
+sont plus beaulx les leurs. Car il n'est au monde plus gracieulx atour a
+femmes que beaulx cheveulx blons. Et ce mesmes tesmoigne assez saint
+paul qui dit que cheveulx est le parement des femmes.
+
+
+
+
+¶ Ce parle contre l'orgueil d'aucunes. Chap. .xxxviii.
+
+
+Mais l'orgueil de ces habitz dessusditz suyt ung aultre oultraige.
+certes moult desplaisant a qui droit y vise / c'est le harnoys que
+plusieurs font quant es compaignies a nopces & assemblees de femmes
+d'aller l'une devant l'autre / dieu scet les envies qui pour ceste cause
+sourdent / & les mautalens / & mesmement en laissent plusieurs y a a
+acointer l'une a l'autre & faire amytiés ensemble pensant. se je
+acointoye celle la qui se tient grande il conviendroit que je allasse au
+dessoubz d'elle & que devant moy fust mise / si ne le pourroit mon cueur
+souffrir. pource n'iray je point en sa compaignie. Et ainsi pour celle
+cause font plusieurs femmes tant estranges l'une de l'autre qu'elles se
+entreregardent es compaignies par dessus l'espaulle comme s'elles
+voulsissent / dire. celle la ne me vault mye. Et ce tour scevent bien
+faire mesmes a paris assez en est il dont qu'elles soient venues mais
+que leurs marys soyent ung pou montés par quelque office de roy. mais
+qui pir est encores a parler d'icelles dames & damoiselles ou autres de
+ce qu'elle en font en l'eglise de dieu auquel lieu par especiaulté doit
+estre eschevé tout peche qui plus est grief & grant quant il est fait ou
+pensé la que autre part / car c'est la place d'oraison au service de
+dieu le createur. sicomme luymesmes tesmoigne en la saincte evangille.
+Le harnois qu'elles font de aller a l'offrande l'une devant l'autre qui
+est tel & si oultrageux. Et plus est encores ceste coustume maintenue en
+picardie & bretaigne que en ceste france. Car on a veu mainte fois
+d'aucunes tant oultrecuydees que pour celle cause se prenoyent aux mains
+en l'eglise mesmes & s'entrefaisoient & disoyent de grans oultrages. Et
+semblablement de prendre le paix. Mais pis y a que les maleureux maris
+voire de telz y a la nourrissent & introduisent en celle folie & le
+veullent / ou autremens se ainsi ne le faisoient ilz se courrousseroyent
+a elles pensant. Je suis plus gentilhomme que tel / si doit ma femme
+aller devant la sienne. Et l'autre repensera. Mais moy suis plus riche
+ou plus grant en office ou pareil. si ne souffriray point que sa femme
+prengne l'honneur devant la mienne. Et par ainsi aucuneffois que pour
+ceste cause mesmes les folz hommes s'en entrebatent. Ha dieu quelz
+oultrages & quelle faulte de sens & sans faillir on ne deveroit point
+souffrir entre crestiens telz oultraiges. Et les curés & prestres ou les
+evesques mesmement qui plus ont puissance se les simples prestres
+n'osent deveroyent deffendre en leurs jurisdicions telles injures faire
+par especial en l'eglise. Car en verité mieulx vauldroit que telles
+femmes fussent en leurs maisons que de mener la faitz si oultrageux. Et
+les prestres qui a telz boubans les voyent venir a l'autel par semblant
+d'offrir a dieu a elles offrent au prince d'enfer qui est pere d'orgueil
+se deveroient tourner a n'attendre leur offrende & semblablement de la
+paix on leur deveroit attacher a ung clou & l'alast baiser qui
+vouldroit. Et sans faille celles dont nous parlons baisent bien l'oustil
+que on dit paix / mais pourtant ne la prennent mye ains prennent guerre
+puis que leur cueur en est en rancune par l'eslevance de grant orgueil
+Et c'est certes une mauvaise & laide coustume d'ainsi s'entreenvoyer la
+paix a la messe comme on fait & ung grant destourbier & empeschement de
+devotion car tel l'envoye a ung autre qui auroit grant despit s'il la
+prenoit Et que vallent donc telz serimonies. Car puis que elle signifie
+la communion de paix qui doit estre entre crestiens aussi bien
+appartient elle aux petis comme aux grans. Et les choses qui sont de
+dieu toute personne a qui elles viennent ne les doit refuser pour
+envoyer a ung autre. Et vrayement a tout dire telz coustumes sont a
+reprouver entre crestiens. mais pource qu'il ne souffist mye dire de sa
+maladie qui ne touche & parle du remede a la curer qui sans faille pour
+oster l'enfleure de tel orgueil acoustume a maintenir en ceste maniere /
+laquelle chose grant charité et bien seroit pour le prouffit des dames
+de plusieurs* si que ja avons touché cy devant que les evesques se
+penassent d'oster ces laides coustumes en telle maniere que ilz
+excommuniassent aprés la deffence tous ceulx & celles qui maintenir le
+vouldront & grant bien seroit. et a parler des creatures qui se veullent
+par arrogance eslever en si fais boubans certes grans folye les y
+conduyt. Car homme se tu veulx bien adviser la misere de ton
+commencement / ou tu es / ou tu yras tu n'auras cause de toy orgueillir.
+Et se tu veulx dire que ce fait gentillesse qui te conduyt & maine a
+desirer telz honneurs nous te faisons assavoir que il n'est noble si n'a
+aultre gentillesse ne mais des vertus & des bonnes meurs & se tu ne les
+suis et as en toy qui que tu soyes ne n'est point gentil ne gentillesse.
+Et se tu le cuides estre folle opinion te deçoit. Et ce mesmes
+tesmoignent tous les sains docteurs qui a ce propos ont parlé en disant
+que celuy n'est pas le plus grant qui plus est eslevé en estat. mais
+celuy qui est le plus vertueux. Et saint augustin au livre des parolles
+de nostreseigneur nommeement parlant a vous. C'est assavoir a ceulx qui
+cuident estre nobles seulement pour le sang & ne font force des vertus.
+O fait il gent deceue par cuider / vous vous delictes en haultesse &
+estre reputés grans & trenchiés a y monter / mais vous n'en sçavés pas
+bien le chemin ains vous y forvoyés / car vous cuidés attaindre & monter
+hault & vous descendés par ce que le premier degré ou voulés asseoir
+vostre pié est orgueil qui est tresbasse & vile fosse / mais je vous
+adresseray mieulx au degré par ou on monte se croyre me voulés. C'est le
+degré d'humilité qui est le premier & puis les autres vertus ensuyvant &
+ce par la montés vous serés tresnobles & yrés tant hault que vous
+vouldrés sans que nulle mauvaise fortune vous puist nuyre. Aprés ces
+choses reste a parler des dames & damoiselles qui demeurent aux bonnes
+villes & es cités fermees affin qu'en difference de toutes pensions dire
+quelque chose qui a l'acroissement de leur bien & honneur puist estre.
+Si est assavoir qu'il advient aulcunesfois & souvent que les gentilz
+hommes marient de leurs filles a de riches hommes demourans es cités &
+bonnes villes. dont les ungs sont chevaliers ou officiers du roy. les
+autres bourgois ou grans marchans. Et celles ne sont pas tousjours le
+pis mariees s'elles le veullent prendre en gré & se oppinion ne les
+deçoit / mais il advient aucunesfois a d'aucunes par faulte de sens et
+habondance d'orgueil que elles ne s'en tiennent par pour contentes / par
+ce qu'elles reputent leurs maris villains envers elles qui est grant
+folie si que ja est prouvé si devant / car nul n'est villain s'il ne
+fait vilenie ne gentil s'il n'est vertueulx / & pource se elles sont
+nobles & gentilz femmes le doivent monstrer par bonnes meurs & oeuvres
+vertueuses. Car si que il est contenu ou livre de ecclesiaste Se tu es
+grant & tu te humilies de tant croistra plus ta grandeur & ton honneur.
+Car de tant seras tu mieulx prisé. A propos icelles gentilz femmes de
+tant que plus se humilieront devant leurs marys en obeissance &
+reverence & la foy que mariaige requiert de tant plus croistra leur
+honneur. Car quoy qu'il appartiengne a toutes femmes la faire encores
+icelles plus que les autres en seront prisees. Et se es compaignies des
+autres femmes sont trouvees courtoises humbles & humaines & a leur
+maisgnie non trop maistriseuses ne trop curieuses de grant service
+entour elles & a toutes gens amiables & benignes de honorable port
+maintien & habit sans oultrage elles seront de bon exemple aux autres
+femmes & dira l'en d'elles ce qui est dit au proverbe commun Qui des
+bons est souef flaire.
+
+
+
+
+¶ Cy devise des manieres qui appartiennent a dames de religion. chap.
+.xxxix.
+
+
+Pource que nous avons parlé a la doctrine des dames & damoiselles /
+auquel estat noble les dames de religion de qui qu'elles soyent nees
+pour reverence de dieu a qui elles sont donnees & mariees pevent bien
+aller ou renc voire devant toutes a droit juger quant a honneur / pour
+reverence de leur espoux & d'ordre de religion qui est entre les estatz
+selon dieu de moult grant hautesse. Et affin que nostre doctrine soit
+generalle en tous les estatz des femmes parlerons a elles en ramentevant
+la forme de leur vivre. Laquelle nous disons il est vray / doit estre
+fondee sur sept principalles vertus desquelles vertus parlerons selon
+les ditz de jhesucrist & le tesmoignage des saintz docteurs. Et est a
+entendre que par la louenge des vertus sont les vices blasmes. Car se
+bien faire est bien il s'ensuyt que mal faire soit mal. Et pource que
+c'est plaisant chose d'oïr parler du bien et du mal. Nous plaist pour la
+reverence du sainct ordre tenir ceste forme en cestuy procés. Si disons
+ainsi a vous dames de religion combien que les leçons de vos status et
+rigles de tenir et ensuyvir les institucions establies par voz premiers
+fondateurs le vous notent & enseignent assez ne vous soit grief oÿr de
+rechief recorder par nous vos aymes si vous plaist les principalles
+vertus qui vous conviennent & sont necessaires / lesquelles sont sept
+especialles. C'est assavoir la premiere obedience sur laquelle est
+fondee toute ordre. La .ii. humilité. La .iii. sobresse. La quarte
+pacience. La .v. sollicitude. La .vi. chasteté. La .vii. concorde &
+benivolence. Et d'icelles nonobstant que nostre parolle s'adresse a
+entre vous religieuses doit estre entendu que semblablement y pevent
+tendre l'oreille toutes femmes & prendre ce qui peut toucher a leur
+proffit. Et aussi se aucune gouste ou miette en peut cheoir sur les
+hommes ne la vueillent pas despris escourre ne gecter la aval. Car bonne
+doctrine se peut comparer au bon & loyal amy. Lequel quant il ne peut
+ayder aumoins ne nuyst il point de ceste vertu d'obedience surquoy
+religion est fondee ne povons dire plusgrant louenge que ce que la
+saincte escripture mesmes en dit de nostreseigneur que il mesmes
+l'approuvant en sa personne qu'il fut trouvé obedient jusques a la mort.
+Si est a entendre obedience en trois choses principalles. C'est assavoir
+obeir a dieu en tenant ses commandemens car devant elle ne doit aller
+quelconque autre puis aux loys establies & aprés a son souverain. Si est
+doncques ainsi que la religieuse doit souverainement garder les
+commandemens de dieu. Aprés tenir la loy establye de son ordre qui est a
+entendre les pointz & rigles. Et tiercement obeir a son abbeesse ou
+prieure. Quant est du premier chascun scet assés quiconques trespasse
+commandemens de dieu il peche mortellement. Mais pource que ordre de
+religion est plus digne que autre estat & plus grant degré peche plus
+mortellement religieux ou religieuse si chiet en pechié que autre ne
+fait & y a plusieurs causes dont l'une est ja dicte. C'est assavoir
+pource que ilz sont en plus saint estat tout ainsi que pis seroit le
+chambellan du roy s'il commettoit quelque crime contre la magesté que ne
+feroit celuy qui au roy n'auroit foy ne fiance ne aucun office. Aprés
+qu'elles feroient contre leurs veulx qui tous touchent que dieu
+serviront singulierement de toute leur force & qui peche ne le sert
+pas / ains fait tout le contraire Si devés bien garder entre vous dames
+que vous ne trepassés nulz des pointz de vostre ordre. Car durement
+pecheriés & tel chose a vous seroit pechié qui aux seculiers ne le
+seroit mye pource que ce seroit contre vos institucions a qui
+desoberiés. Avecques ce les commandemens de vostre soubz prieure ne vous
+doibvent estre griefz pensant la grant merite que en obeissant
+humblement acquerés La deuxiesme vertu est humilité sans laquelle se
+toutes autres aviés ne pourriés a dieu plaire. Et que ceste vertu soit
+aggreable a dieu tesmoigne la saincte escripture que l'humilité de la
+vierge marie plus agrea a nostre seigneur que mesmes sa virginité Et
+comme elle luy fut agreable le tesmoigne elle mesmes en sa chançon de
+magnificat ou elle dit il regarde l'umilité de son ancelle. Et certes
+qui vouldroit bien espeluchier & cuillir les louenges de ceste vertu
+d'umilité ce que la saincte escripture en dit seroit si comme une
+droicte abisme. La tierce vertu est sobrieté en laquelle est contenue
+abstine. Et a demonstrer qu'elle vous soit convenable le certifierons
+par les parolles de saint augustin ou livre aux sainctes vierges ou il
+dit que sobresse est la garde & tutelle de la pensee du sens & de tout
+le corps. C'est la custode de chasteté / c'est la voisine de vergongne
+la compaigne de paix & d'amistié & l'ensevelissement de tous vices. Item
+oregenes de ce mesmes dit que tout ainsi que yvresse est la naissance de
+tous vices / aussi sobrieté est la mere de toutes vertus. Pacience en la
+quarte qui pourroit tous racompter les grans biens de ceste vertu. Mais
+pour tout dire ainsi comme il appert par la vie de nostreseigneur qui en
+voult estre le droit acteur si pevent appeller les paciens drois filz de
+dieu. Et pource les appelle l'evangille beneurés. Car pour eulx
+proprement est le royaulme des cieulx. La quinte vertu qui a religieuse
+convient est solicitude ou diligence. Et pour mieulx declarer que elle
+luy soit convenable sans que nous querons aultres preuves de ceste vertu
+dit saint hierosme sur le psaultier qu'elle vint ce qu'il dit &
+suppedite nature par vertueuse diligence affin que les haulx biens ne te
+soyent empeschés c'est que tu faces tant que tu maistries mesmes le
+sommeil corporel & tous tes sens lesquelles choses tu peulz faire par
+diligence. Car mesmes nature peult estre maistrisee et domptee par celle
+vertu / c'est a dire par grant cure de vouloir attaindre a gouverner
+selon l'esperit son propre corps / lesquelles choses sont necessaires a
+bonne religieuse. La sixiesme vertu est chasteté a laquelle se conforme
+toute honnesteté tant d'abit & atour comme de parolles et de maintien.
+Si vous deffend ceste vertu se a droit la voulés tenir tout vestement &
+atour ou il ait tant soit petit de mondanité ne curiosité. ains soit
+tres simple et honneste chascune selon son ordre et est contre aucunes
+qui veullent estre jolies en leurs vestemens & atours estraintes
+espinglees / laquelle chose est treslaide & lubre a dame de religion ne
+plus deshonneste chose a veoir ne nulle autre que femme de religion en
+habit desordonnee. Mais encores croist trop plus le mechief quant
+aucunes veullent dancer baler ou jouer a jeux balufres & entre hommes
+certes se me semble ennemys ainsi transfigurés ne riens n'est plus lait
+ne plus abhominable que vos parolles se elles se desrivent de la rigle
+de pureté & d'onnesteté & celles qui se tiennent en tel estat ne pensent
+pas le contraire que l'ennemy d'enfer ne soit entre elles / Si sont ces
+choses contre chasteté. Lesquelles pour dieu treschieres amyes ne
+veullés avoir en vous. Car vous mesleries poison angoisseuse avec miel
+pour vostre dampnement / mais vous delictes en celle vertu de chasteté
+de laquelle dit sainct ambroise ou livre de virginité en la louant.
+Chateté dit il fait d'homme aignel. Car qui la garde il est aignel / et
+qui la pert il est dyable quil la garde il est citoyen & bourgois de
+paradis de ceste dit saint bernard que tout ainsi que la baulme a
+proprieté de garder char de pourriture chasteté garde l'ame sans
+corruption et tient en netteté & conferme la renommee ou bonne odeur. Et
+pource fut dit de la bonne dame judith louee de tout le peuple tu es la
+gloire de jherusalem tu es la lyesse d'israel tu es l'honneur de nostre
+peuple a qui dieu a donné force d'homme de laquelle tu as ouvré pource
+que tu as aymé chasteté. La septiesme est concorde ou benivolence
+laquelle est necessaire entre vous et que vous la doyés aymer et tenir
+chiere en vos couvens comme le droit lien de paix entendés que saint
+ambroise ou premier livre des offices dit. Benivolence fait il est ainsi
+que la commune mere de tous / car elle couple & ajoint tellement gens
+ensemble que ilz sont comme freres loyaulx aymans le bien l'ung de
+l'autre & tristes du contraire. Et qui osteroit benivolence d'une
+assemblee de gens autant vauldroit que on leur ostast le soleil. Et puis
+dist il benivolence est ainsi comme une fontaine qui rassasie ceulx qui
+ont soif. Benivolence est une lumiere qui luist a soy & a autruy.
+benivolence engendre paix brise le glaive de courroux elle fait tout ung
+de plusieurs & a tout dire elle est de si grant puissance qu'elle peut
+par sus nature. Par ces choses povés entendre trescheres dames qu'en
+vraye loyalle amour devés entendre & vivre ensemble comme seurs en union
+de paix. Et a tant souffise la deuxiesme partie de ce livre. Cy fine la
+seconde partie.
+
+
+
+
+¶ Le premier chapitre parle comment tout ce qui est dit devant peut
+toucher aussi bien les unes comme les autres des femmes et de la maniere
+et gouvernement que femme d'estat doit tenir ou fait de son mesnage.
+chap. .xl.
+
+
+Au commencement de ceste .iii. partie suyvant la route des princesses
+qui devant vont & puis les dames & damoiselles de court & dehors nous
+convient si que nous promismes parler aux femmes d'estat des cités.
+C'est assavoir a celles qui sont mariees aux clercz gens de conseil de
+roys ou de princes ou gardans justice ou en divers offices & aussi a
+celles qui sont mariees au bourgois des cités & bonnes villes qui en
+aucuns pays sont appellees nobles quant ilz sont de lignages anciens. Et
+aprés dirons aux autres estatz des femmes / affin que toutes se sentent
+de nostre doctrine. Et si que ja avons touché plusieurs fois cy devant
+c'est nostre entente que tout ce que recordé avons aux autres dames tant
+es vertus comme au gouvernement de vivre en ce qui peult a chascune
+femme appartenir de quelque estat qu'elle soit / soit aussi bien dit
+pour les unes que pour les autres si peut chascune prendre telle piece
+qu'elle voit qui luy appartient. et ne vueille mye faire comme aulcune
+folz ou folles qui sont trop aises quant ilz sont au sermon & le
+prescheur parle sur la charge d'aucun estat qui ne leur touche & trop
+bien le notent & dient qu'il dit vray & que c'est bien dit. mais quant
+vient a ce qui leur peut appartenir ilz baissent la teste & cloent les
+oreilles / & leur semble qu'on leur fait grant tort de en parler & ne
+prennent point garde a leurs faictz / mais ouy bien aux autres. Et
+pource le saige prescheur doit trop bien adviser quelz estatz de gens a
+a son sermon & s'il parle bien aux ungz doit si bien toucher les autres
+que l'ung ne se puisse mocquer de l'autre ne murmurer. Si dirons
+doncques ainsi de rechief nous troys vertus comme dessus disons a vous
+femmes d'estat & bourgoises de cités & bonnes villes que l'oreille
+vueillés tendre sur les enseignemens qui vous pevent appartenir
+principallement sur .iiii. quoy qu'ilz soyent ailleurs touchés aprés ce
+que nous supposons que ja vers dieu soyés bonnes & devotes / mais a ce
+qui touche prudence mondaine l'un des quatre. Et le premier est a ce qui
+appartient a l'amour & foy que devés avoir a vos maris / et comment vers
+eulx vous vous devés porter. Le second point au fait du gouvernement de
+vostre mesnaige. Et le tiers touche vos vestures & habillemens. Le quart
+comment vous garderés de blasme et de cheoir en diffame Et quant au
+premier qui est de l'amour & foy que debvés a vos parties / et comment
+vers eulx vous appartient a gouverner soyent vos maris vielz ou jeunes
+bons ou mauvais paisibles ou rioteux de petite loyaulté vers vous ou
+preudhommes affin que ne redisions ce que devant est ja dit / mais vous
+envoyrons cercher au tresiesme chapitre de la premiere partie de cestuy
+livre ou la en est assés a plain desclairé. Mais avec ce affin que plus
+vous embellisse a tenir vers eulx les manieres qui vous pevent touchier
+qui la sont devisees vous reduirons a memoire trois biens qui de vous
+gouverner bien et saigement vers eulx qui qu'ilz soyent et leur garder
+la foy et loyaulté promise tenir en bonne paix et en toutes choses faire
+vos devoirs vous peut venir. L'ung est grant merite a l'ame que acquerés
+faisant vos devoirs L'autre est grant honneur au monde. Et le tiers est
+que on a veu maintes fois et voit on souvent que quoy que plusieurs
+riches hommes de plusieurs et divers estatz ayent esté / et soyent
+merveilleux a leurs femmes en tous temps / que quant vient a la mort que
+conscience les reprent et advisent le bien de leurs femmes qui si
+bonnement les ont supportez et le tort qu'ilz ont eu vers elles que ilz
+les laissent dames et maistresses de tout quant qu'ilz ont vaillant. Le
+second point de nostre enseignement et doctrine que avons dit qu'il vous
+convient qui touche au faict de mesnage / c'est que vous devés mettre
+grant cure et diligence de distribuer saigement et mettre au prouffit
+les biens et la chevance que vos maris par leur labour office ou rente
+amainent ou pourchassent a l'ostel. Et est l'office de l'homme
+d'acquerre & faire venir en la maison les provisions / et les femmes les
+doivent ordonner et dispenser par bonne discrection & ordre convenable
+sans trop grant escharceté. Et aussi bien se doit garder de folle
+largesse Car c'est ce qui vuide et desemplit la bource et met la
+personne a povreté Bien adviser en toutes choses que degast ne excés
+n'en puisse estre faict ne s'en attendre mye du tout a la mesgnie.
+Ainçois elle mesmes estre dessus & s'en prendre souvent garde & de ses
+choses vouloir avoir le compte. Ceste saige dame ou mesnagiere se doit
+congnoistre en toutes choses de mesmement en appareiller a menger affin
+qu'elle le sache ordonner & commander a ses servans ou servantes parquoy
+elle puist tousjours garder la paix de son mary s'il semons gens
+d'honneur en son hostel / si doibt ellemesmes se besoing est aller en la
+cuysine & ordonner comment ilz seront servis / doit bien garder que son
+hostel & sa maison soit tenue nettement & toutes choses en leur place &
+par ordre. ses enfans bien enseignés & endoctrinés ne quoy que qu'ilz
+soyent petis que on ne les oye point mignoter ne aussi mener grant
+noise. soyent nettement tenus & riglement gouvernez ne que drappeaulx a
+nourrices ne riens qui leur appartienne ne traine point aval l'hostel /
+doit estre songneuse que son mary soit nettement tenu en robes & aultres
+choses. car le nect adornement du mary est l'honneur de la femme qui
+soit bien servy & sa paix gardee / & quant il vient a l'hostel pour
+prendre son repas que tout soit prest & ordonné tables & dressoir selon
+l'estat / & s'elle veult user de prudence & avoir les loz du monde & de
+son mary s'il est homme de bien luy soit a toutes heures faire bonne
+chiere affin que s'il advient qu'il soit aulcunement troublé en couraige
+sicomme en diverses choses que les hommes ont affaire livrent
+aucunesfois mains desplaisirs qu'elle luy puisse par son gracieux
+accueil faire aulcunement entreoublier. Car n'est point de doubte que
+c'est grant recreation a homme de bien quant il vient en son hostel &
+s'il a quelque ennuy en pensee & treuve sa femme qui saigement &
+gratieusement l'acueille & c'est bien raison que ainsi soit faict. Car
+celluy qui pourchasse le vivre & l'estat. & qui en a la peine & le
+soussy ne peut au moins que d'estre bien acueilly en son hostel ne doit
+point ceste femme tencier / rechigner ne rioter sa maisgnie a table.
+mais s'il y a aulcune chose qu'ilz ayent faict mal a point les doit
+reprendre en briefves parolles sans tençons. Car a refection laquelle
+doit estre prinse joyeusement est trop dure chose a oÿr celle note: Et
+se son mary est mauvais ou rioteux le doit appaiser a son povoir par
+belles parolles ne luy enquerre point de ses besongnes ne autres choses
+aucunement secrettes a tables ne devant mesgnie. mais a part et en sa
+chambre. Ceste saige mesnagiere avec ce que dit est sera songneuse de
+lever matin. Et quant elle aura ouÿ messe & dictes ses devotions &
+retournee a son hostel commandera a ses gens de ce que besoing sera puis
+se prendra a faire aucune bonne oeuvre ou a filler ou a couldre quelque
+autre chose. Et quant ces chamberieres auront fait leur mesnaige vouldra
+que semblablement facent / ne filles ne femmes ne ellemesmes ne vouldra
+veoir ne souffrir nulles heures oyseuses / elle achetera du lin a bon
+marché aux foires / fera filler en ville aux povres femmes mais se garde
+bien que leur peine elle ne retiengne par quelque engignement ou par sa
+maistrise. car elle se damneroit ne ja a son proffit n'iroit. Si fera
+faire toilles grosses & deliees nappes & touailles & autres linges & de
+ce sera tressoigneuse. car c'est le plaisir naturel aux femmes qui n'est
+lait ne villain mais honneste & licite si fera tant que elle aura de
+tres beau linge delié large a parer & bien ouvrer. Si le tiendra blanc &
+souef flairant bien ployé en coffre & de ce sera tressoigneuse si en
+seront servis les gens d'honneur que son mary amenera dont elle sera
+prisee & louee. Ceste saige femme prendra bien garde que riens ne
+pourrisse aval son hostel / & ne voise a gast dequoy povres se peussent
+aucunement ayder / ne que relief n'y endurcisse robbes ne soyent mengees
+de vers si les fera donnera aux povres. Mais s'elle ayme le bien de son
+ame & la vertu de charité ne fera pas seullement de ce ses aulmosnes
+mais du vin de sa propre boisson & de la viande de sa table aux povres
+acouchees a malades ou a ses povres voisins souventesfoys & ce fera elle
+de bon cueur s'elle est saige & a dequoy. Car c'est tout le tresor
+qu'elle emportera ne ja plus povre n'en sera / mais toutesvoyes elle
+doibt bien regarder a qui & que par discretion soit faict avecques ces
+choses ceste femme sera saige gracieuse c'est adire de plaisant chere
+honneste a couvert langaige accueildra & recevra les amys & acointes de
+son mary / elle parlera beau a toutes gens. se fera aymer de ses voisins
+leur fera compaignie & amytié se besoing en ont / ne fera refus de
+prester petites chosettes ne a ses maisgnies ne sera male mauldisant ne
+disant villennie ne tout le jour rioter pour ung beau neant: mais les
+reprendra voirement quant ilz mesprendront / & menacera de les mettre
+hors s'ilz ne s'amendent mais ce sera sans tonner ne mener grant harou
+si que on ne l'oye de loing. Sicomme aulcunes folles font a qui il
+semble que parestre bien malles & tencer fort a leurs maris & a leur
+mesgnie de neant que on les tiendra a sages & bonnes mesnagieres & a
+faire bien les embesongnees de pou de chose & trouver par tout a redire
+& toute jour caqueter / mais ce mesnaige la nest point de nostre
+doctrine. Car nous voulons que nos disciples soyent en tous leurs faitz
+saiges / & nul sens ne pourroit estre sans attrempance laquelle ne
+demande malice ne felonnie ne trop de langaige qui est chose qui moult
+messiet a femme.
+
+
+
+
+¶ Cy devise comment femmes de estat doivent estre ordonnees en leur
+habit / et comment se garderont de ceulx qui tachent a les decevoir.
+chap. .xli.
+
+
+Le tiers point que voulons notifier a entre vous femmes d'estat de
+bonnes villes & aux bourgoises / lequel touche vos vestures &
+habillemens est qu'en iceulx ne vueillés point estre oultrageuses tant
+es coustumes comme es façons. & y a .v. especialles raisons qui vous
+doivent mouvoir a vous en garder. L'une que c'est pechié & chose qui
+desplaist a dieu d'estre tant curieux ou curieuse de son corps La .ii.
+que de faire oultrage on n'en est ja plus prisié / mais mains / ains que
+ailleurs est ja dit. La .iii. que c'est gastement d'argent apovrissement
+& vuidenge de bource. La quatriesme que on donne mauvais exemple a
+autruy / c'est assavoir cause de ainsi faire ou plus. Car il semblera a
+une dame qui verra a une damoiselle prendre si grant estat ou a une
+bourgoise que de tant qu'elle est plus grande devera encores plus
+croistre son estat / & c'est ce qui fait tous les jours multiplier &
+croistre les estatz & les boubans par ce que chascun tend tousjours a
+surmonter l'autre / dont maintes gens sont grevés & apovris en france &
+autre part. La cinquiesme que on donne par desordonné & oultrageux habit
+occasion a aultruy de pechier ou en murmuration ou en couvoitise
+desordonnee / qui est chose qui trop desplaist a dieu. Et pource chieres
+aymees veu que ce ne vous peut riens valoir & beaucoup nuire ne vous
+vueillés en telles faulcetés trop delicter / non pourtant c'est bien
+droit que chascune porte tel habit & estat que appartient a son mary & a
+elle / mais s'elle est bourgoise qu'elle se porte telle comme une
+damoiselle et la damoiselle comme une dame / et ainsi de degré en degré
+monstant sans faire c'est chose hors ordre de bonne police en laquelle
+s'elle est bien ordonné en quelque pays que ce soit toutes choses
+doivent estre limitees. Or vient a parler du quatriesme point qui est
+comme vous vous garderés de blasme & de cheoir en diffame. Auquel point
+se peult encores touchier le faict de voz habillemens tant en
+l'oultraige du trop grant coust comme en la maniere des façons en ceste
+maniere il est assavoir que posons que une femme soit de tresbonne
+voulenté & sans mauvais fait ne pensee de son corps si ne le croyra pas
+le monde puis que desordonnee en habit on la verra & seront fais sur
+elle mains mauvais jugemens quelque bonne qu'elle soit Si appartient
+doncques a toute femme qui veult garder la bonne renommee qu'elle soit
+honneste & sans desguisure en son habit & habillement non trop
+estraincte ne trop grans colletz ne autres façons malhonnestes ne grant
+trouveresse de choses nouvelles par especial constances & non honnestes
+Et avec ce la maniere & contenance y fait moult. Car si que ja est
+touchié cy devant il n'est riens plus desseant a femmes que laide
+maniere & mal rassise / aussi ne chose plus plaisant que belle
+contenance & coy maintien quoy qu'elle soit jeune doibt estre en ses
+jeux & ris attrempee & sans desordonnance a les sçavoir prendre par
+appoint si qu'ilz soyent bien seans & le parler sans mignotise mais soit
+propre & doulx ordonné & attrait en regard simple tardif & non vague &
+joyeuse par apoint. Mais ensuyvant la matiere de dessus est assavoir que
+avec le mauvais langaige & blasme qui peult sourdre a femme par habit
+desordonné & par maniere mal honneste y a ung autre plus perilleux
+inconvenient c'est l'amusement des folz hommes qui pevent penser qu'elle
+le face pour estre couvoitee & desiree par folle amour. Et elle par
+adventure n'y pensera / ains le fera seullement pour la plaisance de
+soymesmes & par sa propre condition qui luy enclinera. Si y a des hommes
+de mains estatz qui tacheront par grant diligence a les attraire en les
+poursuyvant par divers semblans & moult s'en peneront. Mais que doit
+faire la saige femme qui cheoir ne veult en blasme & qui bien est
+advisee que de tel amour ne peut venir que tout mal prejudice &
+deshonneur parquoy nulle voulente n'a d'entendre a telz musars & ne
+veult mye faire comme aucunes musardes a qui trop bien plaist que on les
+poursuyve par grans semblans & leur semble belle chose de dire si suis
+aymee de plusieurs c'est signe que je suis belle & qu'il y a en moy
+assez de bien. Je n'aymeray nul pourtant / mais a tous feray bonne
+chere / & autant y aura l'ung que l'autre et tous les tiendray en
+parolles. ceste voye n'est mye de garder l'honneur ains est impossible
+que longuement soit maintenue par femme qui qu'elle soit que n'en chee
+en blasme. Et pource la sage dessusdicte si tost qu'elle aperçoit par
+aucun signe ou semblance que quelque homme a devers elle pensee elle luy
+doit donner toutes occasions de s'en retraire en manieres parolles et
+semblans & tant faire qu'il apperçoive qu'elle n'y a courage ne n'y
+veult avoir. Et s'il advient qu'il luy die elle luy doit respondre &
+dire sur ceste forme et maniere. Sire se vous avés a moy pensee vueillés
+vous en retraire / car je vous prometz & jure ma foy que en tel amour
+n'ay mon intencion ne n'auray jour de ma vie de ce puys je bien jurer /
+car de ce suis je bien affermee en tel voulenté qu'il n'est homme ne
+chose nulle qui oster m'en peust & toute ma vie demoureray en ce point
+de ce soyés vous certain si perdriez vostre peine tant plus vous y
+museriés / & vous prie tant comme je puis que ne me faciés plus telz
+semblans ne disiés ces parolles que en bonne foy je y prendroye grant
+desplaisir & me garderoye a mon povoir d'aller ou vous seriés. Si le
+vous dy une fois pour toutes et croyés fermement que jamais en autre
+propos ne me trouverez & a dieu vous dy. Ainsi en brief & sans
+longuement escouter doit respondre la bonne & saige jeune femme qui ayme
+son honneur a tout homme qu'il la prie & avec ce que aussi soyent les
+semblans pareilz aux parolles. C'est assavoir que de regard ne de
+maintien ne face aucun semblant parquoy y puisse nullement penser que
+jamais y puist advenir. Et s'il y envoye dons quelz qu'ils soyent que
+elle garde bien que nulz n'en prengne Car qui don prent se vent Et s'il
+advient que aucune personne luy en face quelque messaige que elle die
+expressement & a rechinié visaige que jamais plus ne luy en parle. Et se
+chamberiere ou varlet qu'elle ait s'en hardist a luy dire qu'elle ne le
+tiengne point en son hostel. Car tel maisgnie n'est pas seure si treuve
+voye par bonne maniere de le mettre hors pour quelque aultre achoison
+sans noise & sans tençon / mais garde bien comment qu'il soit que a son
+mary ne le dye. Car quelque bonne voulenté qu'elle ait le pourroit
+mettre en tel frenaisie que ne l'en osteroit pas quant elle vouldroit &
+est trop grant peril et aussi n'en est nul besoing s'en garde sagement
+et s'en taise Car n'en sera ja homme si en grant que s'elle veult au
+long aller par tenir saiges manieres qu'il ne s'en retraye ne aussi dire
+ne le doit a voisin ne a voisine ne autre / car parolles sont raportees
+par quoy il advient aucunesfois que hommes contreuvent mauvaisties sur
+les femmes par despit de ce qu'ilz sont refusés & que ilz scevent
+qu'elles en parlent ou ont parlé. Si ne griefve riens taire la chose
+dequoy on ne peut de riens mieulx valoir la dire. Et n'est point belle
+vantance a femme. Avec ce femmes qui se veulent garder de blasme se
+doibvent garder d'aler en compaignies qui ne soyent bonnes & honnestes
+ne en assemblees faictes en jardins ou en autres lieux par prelatz ou
+par seigneurs ou autres faictes soubz quelque umbre ou couverture de
+festoier gens & que ce soit pour autre machination de quelque broullerie
+ou par elles ou par autres. Et posons que une femme saiche bien que pour
+elle ne soit faicte telle assemblee / si se doit elle bien garder
+qu'elle ne face umbre a autre. Car cause seroit du mal & du peché si n'y
+doit aller se elle le scet ou aucun souppeçon y a / & ains qu'elle voise
+nulle part si elle est saige doit bien adviser ou avecques comment et
+que doit estre ou elle va ne de trouver ses pelerinages hors la ville a
+faire pour aller quelque part jouer / ou mener la galle en quelque
+compaignie joyeuse n'est fors peché & mal a qui le fait. Car c'est faire
+de dieu umbre & chape a pluye ne sont point bons ne aussi tant aller
+trotant par ville a jeunes femmes au lundy a saincte avoye / au jeudy je
+ne sçay ou. au vendredy a saincte katherine & ainsi es autres jours si
+aucunes le font n'en est ja grant besoing non pas que nous vueillons
+empescher le bien a faire. Mais sans faille veu le peril de jeunesse la
+legiereté et la grant couvoitise que hommes ont communement a attraire
+femmes et les parolles qui tost en sont levees & a pou d'achoison est le
+plus seur mesmes pour le prouffit des ames & l'honneur du corps estre
+coustumieres de tant troter ça & la. Car dieu est par tout qui exaulce
+les oraisons des devotz deprians ou qu'ilz soyent & qui veult que toutes
+choses soyent faictes par discretion & non mye du tout a voulenté. Aussi
+de baigneries d'estuves et de commerages trop hanter a femmes & telz
+compaignies sans necessité ou bonne cause ne sont que despens superflus
+sans quelque bien que en peust venir. Et pource de toutes telles choses
+& d'autres semblables: femme si elle est saige qui aime honneur et
+eschever veult blasme se doit garder.
+
+
+
+
+¶ Cy devise des femmes des marchans. Chapitre. xlii.
+
+
+Desormais or viendrons a parler des marchans C'est assavoir de femmes
+aux hommes qui se meslent de marchandises dont a paris & ailleurs a de
+moult riches et desquelz les femmes portent grant & cousteux estat &
+plus hault en aucunes autres contrees & villes que a paris sicomme a
+venise a jennes a florence a lucques avignon & autre part Mais iceulx
+lieux nonobstant que nulle part ne soit oultrage mieulx soit a excuser
+ce que elles ne sont que en ces parties de france ne seroit pource qu'il
+n'y a pas tant de differences des haulx estatz comme a paris & ceste
+part / c'est assavoir roynes et duchesses contesses & autres dames &
+damoiselles parquoy les estatz sont plus differenciés Et pource en
+france qui est le plus noble royaulme du monde et ou toutes choses
+doivent estre les plus ordonnees selon qui est contenu des anciens
+usaiges de france n'appartient point quoy qu'elles facent ailleurs si
+que ja est plusieursfois touché devant que la femme d'ung laboureur de
+plat païs porte tel estat que la femme d'un homme d'honneste mestier de
+paris ne celle d'ung homme commun de mestier comme une bourgoise / ne
+une bourgoise comme une damoiselle ne la damoiselle comme la dame ne la
+dame comme une contesse ou duchesse / ne la contesse comme la royne /
+ains se doit chascune tenir en son propre estat & ainsi qu'il y a
+difference & maniere de vivre des gens doit avoir es estas / mais ces
+rigles ne sont mye bien gardees aujourd'uy ne maintes autres bonnes qui
+y souloyent estre. Et pource y pert a l'effect qui ensuyt. Car sans
+faille oncques les orgueilz ne les estatz n'y furent en toutes manieres
+de gens depuis les grans jusques aux moindres si oultraigeulx que ores
+sont & ce peut on veoir par les croniques & anciennes histoires. Et
+pource que nous avons dit qu'en ytalie encore les femmes portent plus
+grant estat quoy qu'il soit vray ne sont ilz point de si grans frais qui
+si endroit sont a tout regarder veu les compaignies & boubans en maintes
+manieres & choses que elles font esquelles aussi bien que es robes /
+chascune s'efforce de surmonter l'une l'autre. Car puis que nous sommes
+a parler des marchandes ne fut ce pas voirement grant oultraige a celle
+femme de marchant de vivre voire comme marchant n'est mye comme ceulx de
+venise ou de jennes qui vont oultre mer & par tout païs ont leurs
+facteurs achetent en gros & font grant faitz. Et puis semblablement
+envoyent leurs marchandises en toutes terres a grans fardeaux / et ainsi
+gaignent grans richesses & telz sont appellés nobles marchans mais
+celles dont nous disons achatte en gros & vent a detail pour quatre
+soubz de denrees se besoing est ou pour plus ou pour moins quoy qu'elle
+soit riche et portant grant estat & assés de telles y a que elle fist a
+une gesine d'ung enfant que elle eut n'a pas longtemps Car ains que on
+entrast en sa chambre on passoit par deux aultres chambres moult belles
+ou il avoit en chascune ung grant lit de parement bien & richement
+encourtiné. Et en la deuxiesme ung grant dressoir couvert comme ung
+autel tout chargié de vaisselle d'argent blanche. Et puis de celle on
+entroit en la chambre de la gisant laquelle estoit grande et belle toute
+encourtinee de tapisserie faicte a la devise d'elle / ouvree
+tresrichement de fin or de chippre le lit grant & bel encourtiné tout
+d'ung parement / et les tappis d'entour le lit mis par terre sur quoy on
+marchoit tous parelz a or ouvrés les grans draps de parement qui
+passoient plus d'ung espan par soubz la couverture de si fine toille de
+rains que ilz estoient prisez a trois cens frans & tout par dessus ledit
+couvertouer a or tissu avoit ung autre grant drap de lin aussi delyé que
+soye tout d'une piece et sans cousture / qui est une chose nouvellement
+trouvee a faire et de moult grant coust que on prisoit deux cens frans
+et plus qui estoit si grant et si large que il crouvroit de tous lez le
+grant lit de parement / et passoit le bort dudit couvertouer qui
+traisnoit de tous les costés. Et en celle chambre avoit ung grant
+dressouer tout paré couvert de vaisselle doree. En ce lit estoit la
+gisant vestue de drap de soye taint en cramoisi appuyee de grans
+oreillees de pareille soye a gros boutons de perles / atournee comme une
+damoiselle et dieu scet les autres superflus despens de festes /
+baigneries de diverses assemblees / selon les usaiges & coustumes de
+paris a acouchees / les une plus que les autres qui la furent faictes en
+celle gesine / et pource que cest oultraige passe les autres quoy que on
+en face plusieurs grans est digne d'estre mis en livre. Si fut ceste
+chose raportee en la chambre de la royne dont aulcuns dirent que les
+gens de paris avoient trop de sang dont l'abondance aucunesfois
+engendroit plusieurs maladies. C'estoit a dire que la grant abondance
+des richesses les pourroit bien faire desvoyer. Et pource seroit leur
+mieulx que le roy les chargast d'aulcun aide emprunt ou taille parquoy
+leurs femmes ne se allassent pas comparer a la roine de france gueres
+plus n'en feroit. Si sont telz choses desordonnees & viennent de
+presumption & non de sens / car ceulx & celles qui les font en
+acquierent non mye pris / mais despris / car quoy qui prennent les
+estatz des haultes dames ou des princesses si ne le sont elles pas ne on
+ne les y appelle pas. ains ne perdent point le non de marchandes ou
+femmes de marchans voire telz que on les appelleroit en lombardie non
+mye marchans / mais revendeurs / puis qu'ilz vendent a detail. Si est
+trop grant folie de revestir d'aultruy habit quant chascun scet bien a
+qui il est c'est a entendre de prendre estat qui appartient a aultre non
+mye a soy / mais se ceulx et celles qui telz oultrages font soit en
+habit ou estat laissoient leur marchandise & prensissent du tout les
+grans chevaulx & les estatz des seigneurs leur estre s'ensuyvroit mais
+c'est trop sotte chose de n'avoir pas honte de vendre ses denrees &
+faire sa marchandise & avoir honte de porter l'abit. Voire qui est bel
+grant & honneste qui a droit si maintient & est l'estat de marchant bel
+& honnorable en france & en tous païs. Si se pevent telz gens appeller
+gens desguisés & ne disons mye pour les amenuisés d'honneur / car ainsi
+que dit est estat de marchant est bel & bon qui a droit le maintient
+ains le disons en bonne entente affin de donner conseil & advis aux
+femmes a qui nous parlons d'elles garder de telz superfluités qui bonnes
+ne sont a corps ne ame & pevent estre cause que leurs maris soient
+chargés d'aucun nouvel subside. Si est leur meilleur & leur plus grant
+sens que leurs habitz propres chascune selon soy qui sont beaulx riches
+& honnestes portent sans prendre autres posons que riches soient. Ha
+dieu que pevent telz gens faire de bien certes se ilz theraurisoient au
+ciel selon l'admonnestement de l'euvangille ilz seroient bien
+conseillés / car ceste vie est tresbriefve & celle est a tousjours si
+que ja est dit devant si seroit pour eulx bonne espargne pour le temps
+advenir que de leurs tresgrans richesses departissent aux povres par
+vraye charité & si font les plusieurs n'est pas doubte il est bien
+besoing car par celle bonne noble vertu de charité que a tant aggreable
+dieu / pevent achater le champ dont l'evangille parle en parolle ou est
+le grant tresor mucié c'est la joye de paradis: Et ung noble mot
+d'icelle saincte vertu dit leon pape au sermon de l'apparicion ou il dit
+tant tresgrande est la vertu de charitable misericorde que sans elle les
+autres vertus ne pevent proffiter / car combien que aucune creature soit
+abstinent se garde de peché soit devot & ayt toutes autres vertus sans
+icelle qui faict les autres valoir tout est neant / car au derrain jour
+du jugement elle sera portant la baniere devant toutes vertus pour ceulx
+qui en ce monde l'auront exercee & aymee qui les conduyra en paradis &
+confondra ceulx nostre seigneur en qui elle n'aura esté trouvee donnant
+sa diffinitive semence ce nous tesmoigne le texte de l'evangille. Si
+vous povez par celle voye saulver entre vous riches femmes voire en vous
+gardant de fraudes & de baratz en voz marchandises contre voz
+prouchains.
+
+
+
+
+¶ Cy devise des femmes veufves vieilles & jeunes. Chap. .xliii.
+
+
+Pour entendre nostre oeuvre plus acomplie au proffit de tous les estatz
+des femmes parlerons aux vefves des communs estatz quoy que dessus ayons
+dit en l'estat des princesses dirons en telle maniere. Cheres amys nous
+mues par pitié de vous cheues en l'estat de vefveté par mort qui
+despoullés vous a de voz maris qui qu'ilz soient ou fussent auquel
+piteux estat sont livrees communement maintes angoisses & assez
+d'enuieux affaires: mais c'est en diverses manieres. Car a celles qui
+sont riches d'une guise & a celles qui mye ne le sont en une autre. Si
+est livré meschief aux riches par ce que on bee communement a leur oster
+& aux povres ou a celles qui ne sont mye riches par ce que en leurs
+affaire ne treuvent pitié sicomme en nulluy. Si y a avec la douleur que
+avez d'avoir perdu voz parties qui assez deust souffrir trois
+principaulx maulx qui moult generaulment soient povres ou riches vous
+convient sus. L'ung qui est ja touchié est que vous trouvés communement
+durté pou de pris & de pitié en toute personne & telz vous souloyent
+honnorer ou temps de voz maris qui officiers ou de grant estat estoyent
+qui ores en font pou de compte & pou les trouvés amys. Le deuxiesme mal
+dequoy estes assaillies est de divers plais & demandes de plusieurs gens
+en faitz de debtes ou de chalenges de terres ou de rentes. Et le tiers
+est le maulvais langaige des gens que de commun cours est enclin a vous
+courroseure si que a peines sçaurés si bien faire que on n'y trouve a
+redire. Et pource que vous avez besoing d'estre armees de bon sens
+contre ces pestilences & de toutes autres qui advenir vous pevent nous
+plaist vous admonnester de ce qui vous peut estre vaillable combien que
+peult estre que en avons ailleurs parlé mais pource qu'il eschiet a
+propos de rechief le ramentrons. Quant a la durté que vous trouvés en
+toute gent communement qui est le premier des trois dessusditz maulx y a
+aussi trois remedes: L'ung que tout premierement vous tourniés vers dieu
+qui tant veult souffrir pour creature humaine. & se bien y pensez ce
+vous apprendra a estre patientes qui est chose qui bien vous a besoing /
+& vous conduyre en point se bien y mettés le cueur que pou tiendrés de
+compte du pris & de l'honneur du monde. Car ores a primes pourrés
+apprendre comment les choses du monde sont tournables. Le deuxiesme
+remede est que il convient que vous disposez vostre cueur a estre
+doulces & benignes en parolles & en reverence a toute gent si que par
+celle voix vous matiez & flechissiés les couraiges des felons et par
+doulces prieres & humbles requestes. Item le troiziesme remede est que
+non obstant les dessusdictes choses & que en parolles habitz &
+contenance soyent doulces humbles que vous advisiés par bonne prudence &
+saige gouvernement comment vous vous deffendrés & garderés de ceulx qui
+trop vous vouldront fouller. C'est assavoir que vous escheviez leurs
+compaignies n'avoir que faire avecques eulx se vous povez vous tenir
+closement en voz hostelz ne prendre debat a voisin ne a ung ne a autre
+ne mesmes a varlet ne chamberiere / tousjours parler bel et garder
+vostre droit / & par ainsi faire & par pou vous mesler avecques diverses
+gens se besoing ne vous en est / escheverés que vous ne soyez foullees
+ne suppeditees par autruy. Au fait des plais ceulx qui vous assauldront
+qui est le deuxiesme mal debvés sçavoir que eschever debvez plait et
+procés le plus que vous povez. car c'est chose qui trop peut grever
+femme vefve pour plusieurs raisons. L'une qu'elle ne se congnoit & est
+simple en telz choses. L'autre qu'il convient qu'elle se mette en
+dangier d'aultruy pour faire solliciter ses besongnes & gens sont
+communement mal dilligens des besongnes aux femmes & voulentiers les
+trompent & mettent en despens huyt solz pour six. Et l'autre qu'elle n'y
+peut a toutes heures aller comme feroit ung homme. Et pource est le
+meilleur conseil qu'elle laisse avant aller aucune partie de son droit
+mais que ce ne soit a trop grant oultraige que elle si fiche & se doit
+metre en tous ses devoirs offrir raisonnables offres par bon conseil de
+ce qu'on luy demande ou s'il fault qu'elle soit demanderesse qu'elle
+pourchasse avant le sien courtoisement & regarder se par aultre voye ou
+moyen le pourra traire. Se on l'assault par debtes regarder quelle
+action & quelle cause les demandeurs ont. Et posons toutesfois qu'il n'y
+ayt lettre ou tesmoingtz se sa conscience sent que quelque chose soit
+deue garde soy bien qu'elle ne retienne le droit d'autruy car elle
+chargeroit l'ame de son mary & la sienne & dieu luy sçauroit bien
+envoyer tant de pertes au feur l'emplaige d'autre costé que la perte
+doubleroit. Mais se saigement se scet garder des cauteleux qui demandent
+sans cause elle fait ce qu'elle doit Mais se a toutes fins convient
+qu'elle entre en procés doit sçavoir que troys choses principalles sont
+necessaires a toute personne qui plaide. L'une est ouvrer par conseil
+des saiges coustumiers & clercz bien aprins es sciences de droit & de
+loys / l'autre est grant soing & grant dilligence de soliciter la
+cause / & l'autre est avoir argent assez pour ce faire. car sans doubte
+se l'une de ces trois choses faillent quelque bonne cause que la
+personne ayt en peril sera de la perdre. Si est mestier a la femme vefve
+en ce party qu'elle se tire vers les anciens coustumiers les plus
+usaigiers de diverses causes & non mye devers les plus jeunes leur
+monstrer sa raison ses lettres & tiltres entendre bien ce qu'ilz diront
+ne leur cele riens de ce qui peut appartenir a la cause / soit pour elle
+ou contre elle. Car conseiller ne la pevent fors par ce qu'elle leur dit
+& se leur conseil plaide ou accorde aux parties par leur advis / mais se
+en procés entreface diligence & paye bien / si en sera meilleure sa
+cause. Si luy conviendra bien pour ces choses faire et pour resister a
+tous les aultres ennemys se a chief en veult venir qu'elle prengne cueur
+de homme / c'est assavoir constant fort & saige pour adviser & pour
+poursuyvre ce qui luy est bon a faire non mye comme simple femme
+s'acrouppir en plours & en larmes sans autre deffence. comme ung povre
+chien qui s'aculle en ung coingnet & tous les autres luy courent sus.
+Car par ainsi faire entre vous femmes trouveriés assez de gens sans
+pitié qui le pain vous osteroyent de la main et vous reputeroit on
+ygnarans & simples / ne ja pource plus de pitié ne trouveriés en ame /
+si ne devés pourtant ouvrer de vostre teste ne en vostre sens vous fiez.
+Mais tout par bon conseil par especial es grans choses que vous ne
+sçavez. Et ainsi par telle voye vous devez gouverner entre vous vefves
+en voz affaires c'est a entendre celles qui sont ja d'aage & qui plus
+nourir ne se veullent. car quant des jeunes il appartient qu'elles
+soyent gouvernees par leurs parens & amys tant que remariees soyent se
+tiennent doulcement & simplement avec eulx & en tel guyse que maulvaise
+renommee n'en puisse saillir car ce seroit l'achoison de faire perdre
+leur bien & avancement. Le tiers remede contre les trois maulx
+dessusditz aux femmes vefves qui sont au dangier du mauvais langaige des
+gens est qu'elles se doivent garder en toutes manieres de non donner
+occasion de mal parler sus elles en contenances maintiens & habitz qui
+doibvent estre simples & honnestes coyes doubteuses du fait de leur
+corps qu'on ne puisse en mal murmurer. ne soyent trop acointables ne
+privees a hommes que on voye frequenter souvent en leur maison s'ilz ne
+sont leurs parens. & encores que ce soit fait discretement ne beau pere
+prestres ne freres pou ou neant quelque devote qu'elle soit: Pource que
+le monde est tant enclin a dire mal & se garder de tenir mesgnie ou l'en
+puist avoir aucune suspecion ne moult grant priveté ne familiarité
+quelque bons qu'elle les saiche / ne quoy que a nul mal n'y pensast ne
+leur face ne au fait de sa despence affin qu'on n'en puist parler &
+aussi pour mieulx garder le sien ne tiengne trop grant estat ne en gens
+ne en robes ne en viandes car c'est droit estat de femme vefve estre
+sobre & sans superfluités de quelque chose. Et pource que en l'estat de
+veufveté a tant de durté pour les femmes sicomme nous disons & il est
+vray pourroit sembler a aulcunes gens que doncques seroit leur meilleur
+que toutes se remariassent. Si pourroit a ceste question estre respondu
+que s'il estoit ainsi que en la vie de mariage eust tout repos & paix
+vrayement seroit sens a femme de s'i rebouter mais parce qu'on voit tout
+le contraire le doit moult eslongner toute femme quoy que aux jeunes
+soit chose comme de necessité ou tresconvenable. Mais a celles qui ja
+ont passé jeune aage. Et qui assez ont du leur ne povreté ne les y
+contraint c'est toute follie quoy que aucunes qui le veullent faire
+dient ce n'est riens d'une femme seulle & si pou se fient en leur sens
+qu'elles se excusent que gouverner ne sçauroient. mais le comble des
+follies & la grant mocquerie est quant une vieille prent ung jeune
+homme. dont petit voit on longuement bonne chanson chanter. mais tant y
+a que de leur malle meschance on ne les plaint point a bon droit.
+
+
+
+
+¶ Cy parle a l'enseignement des jeunes filles & vieilles estans en
+l'estat de virginité. Chap. .xliiii.
+
+
+Ce n'est mye droit que au procés de noz lecons soyent oubliees les
+femmes ou filles qui sont en l'estat de virginité dont on peut parler
+d'elles en deux differences d'estas. c'est assavoir de celles qui ont
+propos de garder leur virginité tout le temps de leur vie pour l'amour
+de nostreseigneur & de celles qui attendent le temps de mariage par
+l'ordonnance de voulenté de leurs parens. Et ainsi comme il y a
+difference en leur propos doit semblablement avoir en leur habitz
+conversation & maniere de vivre mesmement au monde. Car a celles qui du
+tout se sont disposees de jamais ne l'enfraindre appartient vie
+tresdevote & sollitaire & quoy qu'elle soit a toutes bien seant /
+neantmoins a cestes affiert plus que a autres. Et si leur est necessaire
+faire aulcun ouvraige pour avoir leur vie ou qu'elles servent en aucun
+lieu elles doivent regarder que toute leur occupation soit aprés ce que
+leur labour necessaire ont faict au service de dieu en devotes oraisons
+et aussi en jeunes & abstinences faictes par discretion non mye aprés
+qu'elles ne le puissent porter ne continuer ne que leur serueil en
+puisse estre trouble Car riens de trop grant aspreté ne doibt estre
+prins sans bon conseil. Si se doibvent garder de tous pechez
+singulierement en fait & en pensee affin que le bien qu'elles font de
+une part ne perdent pas de l'autre car petit vauldroit estre vierge ou
+chaste faire abstinences & devotions & que avec ce on fust ung tresgrant
+pecheur ou pecheresse / si doibt toute personne qui se met a bien faire
+garder qu'elle offre a dieu offrande nette / car qui presenteroit au roy
+une tresbelle & bonne viande toute entremeslee de ordure & punaisie on
+ne luy feroit nul plaisir. & si la reffuseroit & a bon droit. Si
+doibvent estre leurs parolles bonnes simples devotes & sans trop de
+languaige. leur habit honneste & sans nulle cointerie maintien simple &
+courtois & treshumble chere les yeulx bessez & la parolle basse / si
+doit estre leur joye ouÿr la parolle de dieu & frequenter l'eglise &
+celles qui ceste vie ont esleue sont de bonne heure nees. car elles ont
+prinse la meilleur partie Les autres pucelles qui attendent l'estat de
+mariage autressi doibvent estre en contenances maintiens & belles
+parolles attrempees & honnestes & par especial en l'eglise coyes
+regardans sur leurs livres ou leurs yeulx abaissiés en rues & par voye
+simples & rassises / & a l'hostel non oyseuses / mais soient tousjours
+occupees en quelque oeuvre de leur mesnaige leurs habis & vestures bien
+faictz jointz & pollis mais que deshonnesteté n'y ayt & nettement tenus
+leurs cheveulx bien ordonnés & non mye trainans par les joues ne
+sailles / le parler amyable & courtois a toutes gens humble maniere non
+trop emparlees. & se a festes sont a dances ou a assemblees la / doivent
+bien estre sur leur garde que bien soyent de belle maniere & de beau
+maintien / pource que plus de gens ont les yeulx sur elles. et dancent
+simplement / chantent bassement ne soit leur regard vague ne traceant ça
+ne la qui trop ne s'enpressent entre hommes / mais tousjours se tirent
+vers leurs meres ou les autres femmes Cestes pucelles se doivent garder
+de prendre debat ne tençon a quelque personne ne a varlet ne a
+chamberiere. C'est trop layde chose a pucelle estre tenceresse &
+renponneuse & en pourroit perdre son bien par les maulvais & mensongeux
+rapors que mesgnies font souventesfois a pou d'achoison. Pucelle ne soit
+nullement saillant effrayee ne ribaulde par especial a hommes qui qu'ilz
+soyent ne a clercz de l'ostel ne varletz ne autres mesgnies & si ne
+seuffre en nulle guise homme la touche ne se joue a elle des mains ne de
+trop rigollages. Car ce seroit trop grant empirement de l'honnesteté que
+avoir doit & de son bon loz. Si affiert aussi a pucelle estre devote par
+especial vers nostre dame vers saincte Katherine & toutes vierges / &
+s'elle scet lire en lise voulentiers les vies / jeune aucuns jours &
+soit sobre sur toutes riens en boire & en menger & contente d'assez pou
+de viande & de foibles vins car gloutonnie a pucelle sur vin & sur
+viande sur toutes choses est layde tache. Pource doit bien garder qu'on
+ne la voye nulle fois changee par vin prendre trop largement / car se
+telle tache avoit on n'y esperoit quelconque autre bien si doit de
+droicte coustume toute pucelle mettre largement de l'eaue en son vin / &
+acoustumer a petit boire aussi avecques les bonnes taches & manieres qui
+luy affierent appartient estre a toute pucelle humble et obeissant a
+pere & a mere & les servir diligemment de tout son povoir. s'attendre de
+son mariage du tout a eulx & non mye que de elle mesmes le face & sans
+leur consentement / ne quelconques parolles n'en doibt tenir ne escouter
+personne. Et sont pucelles par ceste maniere aprinses & endoctrinees
+sont a desirer aux hommes qui marier se veullent.
+
+
+
+
+¶ Cy devise comment anciennes femmes se doivent maintenir vers les
+jeunes et des meurs que avoir doibvent. Chap. .xlv.
+
+
+Pource que assez communement a debat & discord tant en oppinions comme
+en parolles entre vieilles gens & les jeunes si que a peine se pevent
+entresouffrir comme s'ilz fussent de deux especes laquelle chose fait
+l'aage qui tout ainsi qu'il est differencié met difference en leurs
+meurs & condicions nous semble bon pour mettre paix de celle guerre
+entre les femmes de divers aages qui nostre doctrine pourront ouÿr que
+nous ramentevions aucunes choses qui bonnes y pevent estre. Mais dirons
+premierement aux anciennes les meurs qui leur advisent. Il appartient a
+toute femme d'aage qu'elle soit sage en fait en habit contenance &
+parolle. en fait doibt estre saige / par ce que advis doibt avoir &
+memoire des choses que veues a advenir en son temps. Et pource avant
+aucune chose qui veult faire ou entreprendre doit ouvrer par l'exemple
+d'icelles. car s'elle a veu mal ou bien advenir a elle / ou a autre par
+tenir aulcunes manieres penser peult que ainsy luy adviendra par
+semblablement faire. Et pource dit on que vieilles gens sont communement
+plus saiges que les jeunes. Et est vray pour deux raisons. L'une pource
+que leur entendement est plus parfait & a plus grant consideration. Et
+l'autre qu'ilz ont plus grant experience des choses passees: pource
+qu'ilz ont plus veu. Si leur appartient doncques estre plus saiges / &
+s'ilz ne le sont plus sont a reprendre. Et sans faille quant vieilles
+gens sont sans sens ou nices ou qu'ilz facent les follies que jeunesse
+admonneste aux jeunes & dont mesmes on les reprent il n'est si grant
+mocquerie. Et pource l'ancienne femme doibt bien estre pourveue qu'elle
+ne face chose dont on y puist noter follie ne luy appartient dancer
+baller ne rire follement mais s'elle est joyeuse de sa condicion doit
+toutesfoys regarder qu'elle prengne ses joyeusetés par apoint non mye de
+la maniere des jeunes gens: mais plus rassisement die ses parolles a
+trait & gracieusement face ses esbatemens / & sans nul effroy / car quoy
+que nous disons que saige doibt estre & rassise n'entendons par pourtant
+que rechignee soit malle ramponneuse ne maulgratieuse pour donner a
+croire que c'est tout sens. Car ainçois se doit garder de telles
+passions si viennent communement a vieilles gens. C'est assavoir d'estre
+ireulx maugracieux & rechinés pource la saige ancienne quant elle
+sentira que son couraige sera enclin a tencer ou se courroucer elle la
+moderera par telle sage distrecion disant a soy mesmes dieu & que as tu
+que demandes tu est ce fait de saige femme d'ainsi se demener ou
+troubler se ces choses te semblent maufaictes / il n'est mye en toy de
+tout amender soies plus en paix ne parle pas si maugracieusement se tu
+te voies comment ta chere est maugracieuse quant tu es en tel despit
+grant orreur en auroies soies plus conversable & plus debonnaire a tes
+gens et ceulx que tu dois chastier reprens les plus courtoisement et te
+garde de tel ire / car c'est chose qui desplaist a dieu & en vault pis
+ton corps & moins en es aymee. Il appartient a avoir pacience. Telles
+choses & semblables doit dire a soy mesmes la saige femme ancienne quant
+les mouvemens d'ire luy viennent avec ce sens doit estre l'ancienne
+femme vestue large et d'abillement honneste. Car a ce propos dit ung
+vray mot machault vieille coincte et jolie est matiere de mocquerie / sa
+contenance de beau port & honnorable. Car en verité quoy que nul die
+c'est beau parement et chose de grant honneur et reverence en une place
+& qui bien y tient son lieu souventesfois que une ancienne personne soit
+homme ou femme quant elle est saige ou de honnorable maniere en toutes
+choses la parolle de ceste saige femme ancienne doit estre toute meue
+par discretion se garde bien que de sa bouche n'isse folles parolles
+deshonnestes / car chose de plus grant derision n'est que sotte parolle
+& mal honneste en vieille gens / pource les doit dire toutes de bon
+exemple Et a venir a ce que nous avons dit devant. C'est assavoir a
+parler du contens et mal accord qui est communement entre vieilles gens
+& jeunes gens la saige ancienne femme doit estre sur ce advisee en telle
+maniere que quant aucun mouvement luy viendra en pensee ou en parolle
+contre jeunes gens pour leurs jeunesses que elles ne puissent pas bien
+soufrir pensee en soy mesmes. Beau sire dieu tu as esté jeune advise
+bien quelles choses tu faisoies en ce temps eusses tu voulu qu'on
+parlast ainsi de toy pourquoy leurs cours tu tant seur advise comment
+sont grans les aguillons de jeunesse tu en dois avoir pitié Car tu es
+passee par ces pas on doit jeunes gens reprendre & tencer voirement de
+leurs follie. Mais non mye pourtant les haïr ne diffamer / car ilz ne
+scevent qu'ilz font & ne congnoissent pource les supporteras benignement
+& chastieras par bonne maniere ceulx & celles qui te touchent & se les
+autres le blasment ou diffament tu les excuseras par pitié advisant
+l'ignorance de jeunesse qui leur toust a avoir plus grant congnoissance.
+Ha dieu advises en toy mesmes que se tu n'as a present en toy les
+mouvemens que jeunesse a ne plus ne te delictes en telz folies par
+vieille qui t'a meuree & refroide tu n'es mye pourtant sans pechié ains
+en as par adventure de plus grans et de plus gros que tu n'avoyes de tel
+aage ou que assés de jeunes gens n'ont & se ces vices la t'ont delaisee
+d'autres plus mauvais t'ont acueillie comme envie couvoitise ire
+impacience gloutonnie par especial de vins en quoy tu fais souvent de
+grans deffaultes. Et toy qui dois estre saige n'a pas puissance de y
+resister par ce que l'inclination de vieillesse tire tempte & admonneste
+& tu veulx que iceulx jeunes soient plus saiges que toy / c'est assavoir
+que ilz resistent aux temptations que jeunesse leur met en couraige et
+facent ce que tu ne peus faire si laisses en paix jeunes gens & plus ne
+murmures contre eulx. Car se bien te regardes assés as affaire de toy
+mesmes. & se les vices de jeunesse t'ont laissee ce n'est mye par ta
+vertu / mais par ce que nature plus ne s'i encline et pour ce te
+semblent ilz si abhominables.
+
+
+
+
+¶ Cy devise comment jeunes femmes se doivent maintenir vers les
+anciennes. chap. .xlvi
+
+
+Si viendrons aux enseignemens qui pevent garder les jeunes gens de
+contendre arguer mesaymer ne despriser les anciens / mais les avoir en
+toute reverence. & leur dirons ainsi. O enfans & entre vous jeunes gens
+qui estes abilles a retenir & aprendre entendés la leçon qui vous peut
+introduire prouffitablement en meurs & coustumes qui a tenir vous
+affierent vers les treshonnorables estatz des anciens. Laquelle leçon
+vous peut introduire en cinq principaulx pointz. dont le premier point
+appartient a la reverence que porter leur devés. Le deuxiesme a
+l'obeissance. Le troisiesme a la crainte Le quatriesme en l'aide &
+reconfort. Et le cinquiesme a adviser le bien qu'ilz vous font & que par
+eulx. dont quant au premier point qui est de la reverence que par
+droicte ordonnance leur devés est escript que il fut ung roy en grece
+que on nommoit figurgus / qui maintes belles lois trouva & entre les
+autres en establit une telle que les jeunes gens portassent tresgrant
+honneur & reverence aux anciens. Si advint une fois que celluy roy ou
+autre sien successeur avoit envoyé ses ambassadeurs en une autre contree
+avec lesquelz estoient alés pour les garder servir & acompaigner de
+nobles gens du païs Advint que quant temps fut de faire leur legation la
+presse estoit moult grande ou lieu ou assis estoient / car la fut
+assemblee la gent pour ouÿr ce que dire vouloyent si estoient les places
+toutes prinses. Si y vint ung ancien homme pour ouÿr comme les aucies &
+ala traçant tout a l'environ pour trouver a se seoir & nul de sa nation
+trouva si courtois qui point de lieu luy presentast mais quant il vint a
+l'endroit ou seoient les jeunes estrangiers dessusditz tantost selon les
+lois de leur païs se leverent & firent reverence & place au vieillart.
+laquelle chose fut tresgrandement notee & prisee de tous. Et ceste
+mesmes maniere tenoient semblablement les rommains au temps qui se
+gouvernoyent par souveraines ordonnances. Et pourtant entre vous enfans
+& jeunes gens cest exemple par enseignement vous soit doctrine / car
+sachiés que droit & raison veult que honneur leur soit portee & mesmes
+la saincte escripture le tesmoigne & soyés certains que en ce faisant
+vostre tresgrant los y sera. Car l'honneur n'est mye a celluy a qui on
+le fait. Et s'il est ainsi que honneur leur devés il s'ensuyt que
+souverainement vous devés garder de les mocquer ne dire ou faire
+derisions injures oultrages ne vilennies quelconques desplaisir ne
+arguer a ceulx sicomme font aucuns mauvais enfans qui trop en sont a
+reprendre / qui les appellent vieillars ou vieilles / mais c'est ung bel
+reproche a qui bien le gouverne. Le deuxiesme point qui est comment leur
+devés obeir touche comment devés croire certainement que ilz sont plus
+saiges que vous si appartient que vous vous tenés a leurs oppinions plus
+que aux vostres / c'est a entendre des anciens saiges que usiés de leur
+conseil & de vos plus grans fais ordonnés & riglés par eulx et par ainsi
+ne pourrés estre aprins. Le quatreiesme point est que tous ne soient ilz
+pas fors de corps pour vous batre / et que ja n'ayés celle doubte si les
+devés vous craindre sicomme s'ilz fussent tous vos peres & vos meres. La
+raison est pource qu'ilz ont avecques eulx en leurs sens Et sçavoir le
+baston de correction qui vous appartient pource vous affiert redoubter
+leur presence / c'est assavoir vous garder de mesprendre la ou ilz sont:
+car tost l'apercevroient Le quatriesme est que vous leurs devez ayder &
+reconforter de la force de vostre corps & aussi de voz biens piteusement
+en leurs maladies & foiblesses a ceulx qui besoing en ont par humaine
+compassion pensant que semblablement devendrés impotens & foibles se
+vous tant vivés si vouldriés bien adonc que on vous reconfortast & aussi
+pour la tresgrande charité & aulmosne que c'est envers dieu / car plus
+grant enfermeté n'est que vieillesse. Item le cinquiesme point qui est
+du bien que par eulx recevés lequel plus vous doit esmouvoir a les
+suporter & avoir compassion d'eulx est que ce sont mesmement les loys
+par ce estes enseignés & riglés en ordre de droit si ne pourriés jamais
+rendre ces grans benefices & qui aussi soustiennent tous les jours en
+toutes terres païs & royaulmes les belles rigles & ordonnances du monde.
+car non obstant la grant force des jeunes se ne fussent les saiges
+anciens le monde yroit a confusion / & ce mesme tesmoigne la saincte
+escripture qui dit mal pour la terre dont le roy ou seigneur est enfant
+c'est a dire jeune de meurs et aussi & par ces rigles entre vous jeunes
+vous devez ordonner & maintenir vers les anciens affin que le bien de
+vous & de vostre renommee mesme en croisse. Car moult est grant
+auctorité la bonne renommee qui est recitee par la bouche de saige
+ancienne personne de la relation d'autruy & y adjouste l'en grant foy
+parquoy se les jeunes qui la desirent estoyent bien advisés ilz
+devroyent mettre trop grant peine d'estre en leur grace par bonnes meurs
+affin que d'eulx ilz fussent loués. Si touche cest admonnestement que
+dit avons en ce pas tant les jeunes hommes comme les jeunes femmes. Mais
+pour descendre a nostre propos a l'enseignement des femmes pource que
+les sens et les biens dessusdictz sont es anciennes / c'est assavoir en
+ceulx & celles qui sont honnorables & saiges car nostre entente n'est
+mye d'aucuns maleureux vieillars ou vieilles endurcis en leurs pechés &
+vices ou n'a quelconques sens ne bonté & ceulx sont a fuyr plus que
+chose nee / mais de bonnes & honnestes se doibt voulentiers accointer
+toute jeune femme qui desire honneur aller a festes ou a quelconque lieu
+que ce soit voulentiers en leur compaignie plus que avec les jeunes /
+car plus en sera louee & plus seurement yra & se aulcune chose venoit en
+l'assemblee mal apoint ja le diffame ou blasme ne sera sur telle qui en
+honnorable compaignie d'ancienne femme bien nommee sera. Si doibt si que
+dit est la jeune femme servir & honnorer & porter grant reverence a
+l'ancienne & suporter d'elle posons qu'elle feust aucunement male ou
+dangereuse recevoir en gré sa correction ne luy respondre point
+maulgracieusement mais se taire ou parler courtoisement l'apaisier par
+bel se elle peut & se garder de faire les choses qu'elle scet qui la
+peut mouvoir a ire & de ce faire sera tres louee. Et par ces voyes tenir
+de vieilles gens aux jeunes gens & de jeunes aux vieulx pourra estre
+gardee & maintenue[**u/n entre eulx qui souventesfois sont en grans
+desaccors.
+
+
+
+
+¶ Cy devise des femmes des mestiers comment gouverner se doivent. Chap.
+.xlvii.
+
+
+Or nous convient parler de l'ordre de vivre des femmes mariees aux
+hommes des mestiers qui demeurent es cités & bonnes villes sicomme a la
+ville de paris & autre part non obstant que tout le bien que devant est
+dit pevent prendre en leur usaige se il leur plaist. mais non pourtant
+que les mestriers soyent plus honnestes les ungs que les aultres sicomme
+orfevre brodeur armurier tapissier & autres plusieurs que ne sont maçons
+cordonniers & telz semblables a toutes appartient que elles soyent
+tressoigneuses & dilligentes se chevances veullent avoir par honneur de
+solliciter leurs maris ou leurs ouvriers de eulx prendre matin a la
+besongne & tard laisser / car sans faille il n'est nul si bon mestier
+que qui n'y met dilligences a peines peut on aller de pain a autre. Et
+avec ce que tel femme doibt solliciter les aultres a ellemesmes
+appartient mettre les mains a la paste tant faire que elle se congnoisse
+en l'ouvrage affin que elle saiche deviser a ses ouvriés se le mary n'y
+est reprendre s'ilz ne font pas bien doibt estre dessus pour les garder
+d'oiseuseté car par ouvriers mausongneux est aucunesfois desert le
+maistre & quant marchés viennent a son mary de faire aucun ouvraige
+aucunement dangereux & non acoustumé elle le doibt admonnester par bel
+que il garde bien que il n'en prengne marché ou il puist perdre & luy
+conseille que le moins qu'il puisse face de creances s'il ne scet bien
+ou & a qui / car par ce plusieurs viennent a povreté quoy que
+aucunesfois la couvoitise de plus gaigner ou de la grant offre que on
+leur fait / leur face faire. Avec ce doibt tenir son mary en amour le
+plus qu'elle peut a celle fin que plus voulentiers se treuve a l'hostel
+& que il n'ayt cause de suyvre les sottes compaignies d'aultres jeunes
+hommes en tavernes & autres superflus & oultrageuses despenses si que
+assez de gens de mestier & par especial a paris font desquelles par
+doulcement traicter le doibt garder le plus que elle peut. Car on dit
+que trois choses chassent l'homme de son hostel femme rioteuse cheminee
+qui tient fumee & maison ou il pleut. Avec ce elle se doit tenir
+voulentiers a l'hostel non mye allant tous les jours trotant ça & la
+voisinant pour sçavoir que chascun fait ne visitant souvent commeres /
+car c'est faict de maulvaises mesnagieres si ne luy sont bien seans tant
+de compaignies faire par ville ne troter a pelerinages trouvés sans
+besoing qui ne sont toutes fors despences sans necessité. Avec ce doit
+admonnester son mary que ilz vivent si sobrement que la despence ne
+passe la gaigne si que au bout de l'an se treuvent en debtes se elle a
+enfans leur face aprendre premierement a l'escolle affin qu'ilz puissent
+& sachent mieulx servir dieu aprés soyent mis a aulcun mestier par quoy
+leur vie puissent avoir. Car grant avoir donne a son enfant qui luy
+donne science marchandise ou mestier & les garder de mignotises & de
+friandises sur toutes riens. car en verité c'est une chose qui moult
+honnist les enfans de bonnes villes qui est grant peché a peres & a
+meres lesquelz doibvent estre cause du bien & des bonnes meurs de leurs
+enfans & ilz sont aucunesfois achoison par les friandises en quoy ilz
+les nourrissent & les grans mignotises que ilz leur font de leur mal &
+perdicion.
+
+
+
+
+¶ Cy devise des femmes servantes & chamberieres. chap. .xlviii.
+
+
+Affin que tout se sente de nostre admonnestement en bien vivre parlerons
+mesmement aux femmes servantes & chamberieres de paris & d'aultre part &
+pource que en plusieurs lieux la necessité de gaigner leur vie & assez
+en est il par ce que elles ont esté mises bien jeunes a servir
+l'occupation du service mondain leur a par adventure empeschié de
+sçavoir si largement des choses qui appartiennent a sauvement comme
+autres font & aussi a servir dieu en oyant messes sermons et disans
+patenostres & oraisons dont peut estre desplaisir a auculnes bonnes mais
+besoing de servir ne leur seuffre nous semble bon parler ung petit de la
+maniere en fait oeuvre ou pensee qui pour leur sauvement a tenir leur
+est prouffitable & aussi de ce qu'elles doibvent eschever. Si doit
+sçavoir toute femme servante qu'elle faict a excuser de toutes choses
+mesmement vers dieu se elle ne les fait que sa maistresse ou autre femme
+aisee n'en sera pas excusee / c'est assavoir que se elle est en service
+par necessité de son vivre & il convient que pour son service mieulx
+acomplir tire grant peine lieve matin & couche tard disne & souppe aprés
+les autres & mal a son loysir / mais aille mengeant ça & la tousjours en
+servant & par adventure non mye bien largement aura sa substentation /
+mais assez escharcement & ric a ric se telle femme ne jeusnes mesmes
+tous les jours commandés de l'eglise elle en faict vers dieu a excuser
+voire se elle sent que sans grever son corps lequel par adventure
+deffauldroit si qu'elle ne pourroit gaigner sa vie ne le peut faire non
+mye que elle brise son jeune par gloutonnie & par folle presumption
+disant je suis servante je ne doy mye jeusner. Et pource discretion &
+bonne conscience doivent faire la difference & en estre juges Car il est
+des chamberieres plus aises de toutes choses que assez de mesnagiers est
+il qui jeusnent ou font abstinences pour l'amour de dieu si ne le disons
+mye pour icelles. Et semblablement disons d'aller en l'eglise & estre en
+oraisons. que doit faire la bonne servante qui veult deservir estre
+sauvee certainement elle doit avoir que dieu qui tant congnoist voit ne
+demande que le bon cueur vers luy ne fauldra a bien ouvrer et pour celle
+qui tel aura & se sauvera en tel maniere que elle se gardera de tous
+lais & mauvais pechés portera loyaulté en faict & en dict a maistre & a
+maistresse et songneusement les servira et mesmes en faisant la la
+besongne pourra dire ses patenostres & ses devotions & se elle peut
+estre de fait au moustier le cueur y sera par bonne voulenté &
+toutesfoys n'est mye a croyre que nulle ou pou soit occupee que s'elle
+veult prendre la peine de lever matin qu'elle ne puisse bien avoir
+espace d'oÿr une messe le plus des jours se recommander a dieu puis s'en
+retourner faire sa besongne & telle voye tenir avec les autres biens que
+bonne servante peut faire sans faille les conduyront a sauvement. Mais
+tenir la maniere que aucunes gouliardes & mauvaises font est chemin
+dampnable. Et pour les reprendre de leurs mauvaisties & follies en
+dirons il est aucunes faulces gloutes chamberieres que par ce qu'elles
+scevent assez du bas vouler et bien servir pour mieulx flater es grans
+hostelz des bourgois & riches gens on leur baille grant gouvernement
+pource qu'elles scevent bien faire les bonnes mesnagieres si ont office
+d'acheter la viande et aller a la chair ou trop bien batent le cabas qui
+est mot communement dit qui est a entendre faire acroire que la chose
+couste plus que elle ne fait & retenir l'argent / si font entendant que
+le quartier de mouton leur couste quatre soulz que elles ont pour dix
+blans ou moins & ainsi des autres choses si pevent par celle voye faire
+aval l'annee grant dommaiges / et plus font telz jours est / car elles
+apportent a part ung morcellet de friandise si font faire ung pasté et
+sur la taille de leur maistre le content au four. Et puis quant leur
+maistre est au palais ou en la ville & leur maistresse a l'eglise a la
+grant messe la desjeunerie est faicte en la cuisine a bon gaudeamus et
+n'est pas sans bien boire et du meilleur et la viennent les autres
+chamberieres de la rue qui sont du flot des chamberieres et autres
+commeres & dieu scet comme la se fourrent et aucune porte le pasté en la
+chambre que elle a en la ville. et la vient le gentil gallant et ainsi
+se rigollent / s'il y a femmes qui repairent en l'ostel qui aident a
+faire les lessives & a escurer les potz celles sont de la cordelle de la
+chamberiere / car elles font la besongne de l'hostel tandis que icelle
+va jouer affin que le maistre & la maistresse treuvent tout prest quant
+ilz vendront si les envoye bien a heure / mais dieu scet comment boudees
+de vin & de viandes si leur servent d'ung autre office. car aucunesfois
+quant on fait la lessive a l'hostel & la maistresse qui en sera bien
+embesongnee cuidera que sa chamberiere soit a la riviere pour laver la
+lessive & elle est aux estuves paix & aise / et a ses femmes qui luy
+font sa besongne / mais ne les paye pas du sien / si a ses cousins & ses
+comperes qui la viennent demander a l'hostel & veoir aucunesfois & dieu
+scet que les cousinages & les chalandises de maintes commeres qu'elles a
+en la ville coustent a l'ostel maintes bouteillees de vin / mais s'il
+advient quel tel femme serve en lieu ou il y ait jeune maistresse
+nouvelle mariee / et ung pou nicette elle est bien arrivee. Car bien se
+sçaura pener de flater le maistre & de parler a luy bien en preude femme
+& dire fy de flatars / affin que se fie bien a elle de sa femme & de
+tout / mais ne fault pas a luy tirer bien les vers du nés / car d'autre
+coste raflatera la jeune fille / si que par celle maniere les tendra
+tous deux qu'ilz ne croiront a autre dieu & adonc vin & viande chandelle
+pain lart sel & toute despence d'ostel sera bien gouverné & se le
+maistre dit aucunesfois que les garnisons y faillent trop tost
+incontinent aura sa responce preste disant que c'est pource qui faict de
+grans disners & semont tant les gens de boire / mais s'il advient que
+aucun galant luy promette ou donne chapperon ou robe pour faire ung
+message a sa maistresse se elle ne le fait de bonne maniere que elle
+soit arse de telles gloutes chambrieres est il aucunesfois si est moult
+grant peril en ung hostel. Car par le beau service que elles scevent
+faire leurs flateries bien appareiller & beau respondre aveuglent
+tellement les gens que on ne se prent garde de leurs mauvaisties / car
+elle se meslent de devotion parmy pour mieulx tout couvrir & vont au
+monstier a tout patenostres & la est le peril. Si vous en prenés garde
+entre vous qui estes servis que ne soyés deceus. Et a vous qui servés le
+disons affin que abhomination aiés de telz choses faire. Car sans faille
+celles qui le font se damnent & desservent mort d'ame & de corps / car
+de telles sont arses ou vives enfouyes qui tant ne l'ont desservy.
+
+
+
+
+¶ Cy parle a l'enseignement des femmes de folle vie. Chapitre .xlix.
+
+
+Tout ainsi comme le soleil luyst sur les bons & sur les mauvais n'aurons
+point de honte d'espandre nostre doctrine mesmes sur les femmes qui sont
+folles legeres & desordonnees vie quoy qu'il ne soit riens plus
+abhominable & ce ne devons mye avoir pensant que la digne personne de
+jesucrist n'eut pas orreur de leur tenir resne en les convertissant
+donques pour charité & intention de bien & affin que aucunes d'elles
+puist se l'aventure si a donné que elle l'oye recueillir & retenir de
+noz enseignemens quelque chose qui puisse estre cause de la retraire de
+vie folle. Car plus grant aumosne ne peut estre faicte que de retraire
+le pecheur de mal & de peché dirons ainsi ouvrés les yeulx de
+congnoissance entre vous miserables femmes donnees a peché tant
+deshonnestement retrahés vous tandis que la lumiere du jour avés & ains
+que la nue vous surprengne / c'est a dire tandis que vie au corps vous
+dure que mort ne vous assaille & prengne em peché qui vous conduise en
+enfer. Car nul ne scet l'eure de la fin avisés la grant ordure de vostre
+maniere de vivre tant abhominable que avec ce que vous estes en l'ire de
+dieu le monde vous desprise que toute personne honneste vous fuyt comme
+chose excommuniee & en rue destourne sa veue que ne vous voye. Et
+pourquoy dure en vous tant ville couraige que on parle de telle
+abhominacion vous tenez plungiees comment peut estre ramenee a tel vice
+femme qui de sa nature & condition est honneste simple & honteuse
+qu'elle puisse endurer tant de deshonnesteté vivre boire & menger entre
+hommes plus vilz que pourceaulx ne d'autre gens n'avez congnissance qui
+vous batent traisnent & menassent & desquelz estes tous les jours en
+peril d'estre occises. Helas pourquoy est simplesse & honnesteté de
+femme ramenee en vous a telle paillardise. A pour dieu femmes qui portés
+le nom de crestienté & qui le convertisés en si vil office levez sus
+vous sourdés de la boue tant abhominable & ne vueillés plus souffrir voz
+povres ames chargees des ordures commises par les villains corps. Car
+dieu tout piteux est apareillé vous recevoir a mercy se repentir vous
+voulez & criés mercy par grant contriction. Si prenez exemple a la
+benoiste marie egiptienne qui de folle vie se repentit & a dieu se
+convertit qui est glorieuse saincte en paradis. Semblablement la
+benoiste saincte affre qui offrit son corps dequoy elle avoit pechié a
+martirer pour honneur de nostre seigneur & autres pareillement qui ont
+esté sauvees Et se aucunes de vous se vouloit excuser disant que ce
+feroit elle volentiers / mais trois raisons l'en destournent. L'une
+pource que les deshonnestes hommes qui la hantent ne luy souffreroyent.
+L'autre que le monde qui l'a en abhomination la debouteroit & chasseroit
+de tous lez & pource puis qu'elle est tant a honte jamais ne se oseroit
+veoir entre gens. La tierce que elle n'airoit dequoy vivre car elle ne
+scet nul mestier Si dirons que ces raisons riens ne vallent Car remede
+peut avoir en toutes Le premier est tel savoir doivent qu'il n'est point
+de doubte que femme n'est tant commune ne acointe de plusieurs que se
+elle veult bien a certes se disposer a retraire de pechié quoy que
+advenir luy en doye crier mercys a dieu par repentance & se tirer devers
+luy par ferme propos de jamais n'y renchoir il la gardera bien de tous
+ceulx qui l'en vouldroient destourber / mais que elles mesmes s'en
+vueille garder en fait & maintien laisse tantost son tresdehonneste
+habit & se veste & affuble de robe large & honneste & fuye les repaires
+que hanter souloit se traye vers le monstier & l'eglise en devotes
+oraisons suyve les sermons devottement & en grant repentance &
+contricion se confesse a saige confesseur. Et a tous ceulx qui
+l'admonnesteront de pechié respondre plainement que plus tost offreroit
+son corps a martire que elle le souffrist. Car dieu luy a donné grace de
+soy repentir & retraire si ne luy adviendra jour de sa vie pour mourir.
+Et par celle voye tenir n'est point de doubte apellant dieu a son aide
+qu'i n'y aura si grant goliard donc elle bien ne se delivre & se ores
+aucun trouvoit si mauvais qu'elle ne peust resister tantost contast son
+fait a justice qui pitié en auroit & y seroit pourveu. A l'autre raison
+qui est que le monde la despiteroit ne doit avoir telle oppinion ne
+pource laisser. Car le vray est tout au contraire & ne face nulle doubte
+que toutes les creatures qui la verront ainsi convertie & honteuse de
+son peché & folle vie en auroient tresgrant pitié l'appelleroient vers
+eulx luy diroient bonnes parolles & luy donroient occasion de perseverer
+& bien faire & pourroit estre veue & si bonne & si honneste vie tant
+devote doulce & humble que la ou elle souloit estre deboutee de chascun
+seroit apellee de toutes bonnes gens & cher tenue & ainsi par bien faire
+& la grace de dieu auroit recouvré honneur pour honte. Et pour quoy ne
+seroit. Car quant dieu luy auroit pardonné & prinse en grace ne seroit
+pas raison que le monde la boutast Helas sans faille toute femme ainsi
+donnee a honte & peschié deveroit bien desirer estre remise en cestuy
+estat laquelle chose seroit se disposer se vouloit / la tierce raison
+qui est qu'elle n'auroit dequoy vivre ne vault. Car se elle a corps fort
+& puissant pour mal faire & pour souffrir maintes batures & assez de
+mescheances elle l'auroit bien a gaigner sa vie / mais que ainsi fust
+disposee comme nous disons / car chascun la prendroit voulentiers a
+aider a faire les lessives en ces grans hostelz si en auroient pitié &
+voulentiers luy donneroient a gaigner / mais que bien gardast que on ne
+veist en elle ordure ne mauvaistie en nul endroit filleroit garderoit
+des accouchees & des malades demoureroit en une petite chambre en bonne
+rue & entre bonnes gens la vivroit simplement & sobrement si que on la
+veist nulle fois yvre ne malle ne tenceresse ne grande quaqueteresse &
+gardast bien que de sa bouche n'issist quelconques parolles de lubreté
+ne de deshonnesteté / mais tousjours courtoise humble & doulce & de bon
+service a toutes bonnes gens & bien se gardast que homme n'attraist. Car
+elle perdroit tout Et par ceste voye pourroit servir dieu & gaigner sa
+vie si luy feroit plus de bien ung denier que cent receus en pechié.
+
+
+
+
+¶ Cy parle en louant les femmes honnestes & chastes. Chap. .l.
+
+
+Tout ainsi comme le blanc du noir se differe et que contre l'ung l'autre
+mieulx est apperceue la difference nous plaist pour donner plus grant
+veue aux femmes chastes & honnestes parler a elles en les louant non mye
+pour les orgueillir / mais affin que perseverance de bien faire leur
+soit plaisir et que toutes femmes desirent estre de ce renc si en dirons
+aprés ce que nous avons parlé aux povres pecheresses. car tout ainsi
+comme a icelles deffaillans se pevent par grace de dieu relever
+convertir les bonnes par temptation d'ennemy & fragilité pervertir &
+estre peries & dampnees. Car point n'est congneue la constance du bon
+pelerin jusques a ce qu'il ayt acomply le terme de son voyage. Et pource
+considere la povre fragilité humaine tost encline a trebuscher nul ne
+doit presumer de soy que il soit plus fort que fut saint pierre ne que
+david salomon & aultres de grant sçavoir qui trebucherent en peché. Si
+dirons ainsi a vous femmes honnestes de chaste vie. Salut par dilection
+amys cheres le plaisir que nous prenons a la lueur de chasteté nous
+desduit a vous escripre tant les proprietés d'icelle noble fleur comme
+les louenges qui luy sont donnees a celle fin que tout ainsi que quant
+on loue le bon ouvrier par le bon ouvraige de plus en plus il se delicte
+a bien ouvrer faciés semblablement. Et quoy que assez suffise descripre
+toutes ses proprietés seroit fort neantmoins aulcunes belles & bonnes
+voulons en brief ramentevoir. Chasteté a telle proprieté qu'elle rend la
+personne en qui elle est & demeure agreable devant dieu sans laquelle
+nul n'y pourroit plaire. Et il y pert par ce que recite sainct ambroise
+quant il dit que de creature humaine fait devenir ange. Et celle mesmes
+sentence accorde saint bernard ainsi disant que plus belle chose fait il
+peut estre que chasteté qui de creature humaine conceue d'orde matiere &
+semence & en peché peut faire ung tresnet & plaisant habitacle a dieu.
+Chasteté dit il est la seulle vertu qui mesmes en ce monde mortel
+represente l'immortalité de lassus / c'est assavoir que les creatures
+qui l'ont en eulx se pevent comparer aux saintz esperitz du ciel si sont
+infinies les proprietés & louenges que la saincte escripture recorde de
+ceste vertu celeste. Et avec ce que elle est tant tesmoignee estre
+haulte devant dieu l'experience nous demonstre semblablement au monde &
+a la louenge exaulcee / car il ne sçaura estre creature remplye de tant
+de defaulx que s'il est renom que elle soit chaste que on ne l'ait en
+reverence & se elle est renommee du contraire d'aucune personne quelque
+bien qu'elle face que on ne s'en mocque en derriere & que moins n'en
+soit prisee. Si vous y vueillés doncques delicter de plus en plus entre
+vous preudes femmes / non mye par faintise montrer par signes & parolles
+que le soyés & que couvertement ait en vous le contraire. Car dieu a qui
+riens n'est mucé le sçauroit bien qui vous en pugniroit / mais en realle
+verité soit telle vostre conscience par droit effect. Et ne faictes
+comme aucunes folles qui cuident par parler des aultres mucier leurs
+follies ou faire acroire que moult sont preudes femmes & que tel fait
+ont en abhomination / mais telle maniere fait a despriser. car quelque
+bonne que une femme soit de tant comme elle est bonne luy appartient
+plus se taire en tel cas pource que elle doit penser que les autres
+pareillement le sont. Car n'est point signe que elle soit quant tant
+treuve sur les autres a dire. Car en ce cas luy affiert prendre son
+cueur a autruy. Si ne vous devés doncques orgueillir pour vostre
+chasteté suppeditant ne mocquant les autres posons que sceussiés de vray
+leurs vices n'en parler en mal pour vous aloser & monstrer que mieulx
+vaillés pour deux principaulx raisons. L'une car vous ne sçavés qui vous
+est a advenir ne comment temptees serés Car dit le proverbe commun.
+quant la brebis est vieille si l'emporte aucunesfois le loup L'autre que
+si vous n'avez celuy peché vous en avés peut estre d'autres pires envers
+dieu si que en ce livre est aucunesfois touché / quoy qu'ilz ne soyent
+mye par adventure si deshonnestes au monde. Si devez avoir pitié des
+deffaillantes prier pour elles leur donner occasion d'elles retraire &
+louer dieu de ce que de tel mal vous a gardés luy prier qu'il vous doint
+perseverance / fuir les occasions qui vous pourroient faire encliner a
+pechié vous tenir humbles vers dieu & ne vous fier en vous mesmes / mais
+tousjours estre craintives & ainsi & par ceste voye tenir pourrés
+conduyre vostre charroy jusques a fin & terme de gloire / laquelle dieu
+vous ottroit.
+
+
+
+
+¶ Cy dit des femmes des laboureux. chap. li.
+
+
+Or nous convient tirer vers la fin de nostre procés dont il est temps
+desormais parlant aux simples femmes de labour es villages auquelles
+n'est mestier deffendre les grans paremens ne oultrageux habitz. Car de
+ce sont bien gardees & non pourtant quoy que elles soyent nourries
+communement de pain bis de lart de potage & de eaue abuvrees & que assés
+de peine trayent est leur vie plus seure & en plusgrant souffisance que
+de telles sont bien hault assises. Et pource que toute creature de
+quelque estat qu'elle soit a mestier d'introduction & bien vivre nous
+plaist que elles soyent participans en nos leçons si leur dirons ainsi
+entendés simplettes femmes qui demourés es villaiges es platz païs ou es
+montaignes qui ne povez mye souvent ouÿr ce que l'eglise admoneste a
+toute creature pour son sauvement si n'est par vos curés ou chapelains
+au dimenche au prosne en brief sicomme dire le scevent retenés nostre
+leçon a vous adrecee s'il est ainsi que aller puisse jusques a vos
+oreilles affin que ignorance qui vous peut decevoir par faulte de plus
+sçavoir ne vous destourner de sauvement. Si devés sçavoir tout
+premierement qu'il est ung seul dieu tout puissant tout bon tout juste &
+tout saige a qui nulles choses sont celees qui rend guerdon a toute
+personne ou de bien ou de mal selon ce qu'il a deservy celuy seul doit
+estre parfaictement aimé & servy. mais pource qu'il est tant bon qu'il a
+aggreable tout service que bon cueur luy presente & tant saige qu'il
+scet la possibilite des gens luy suffit que chascun face vers luy selon
+sa possibilité & souffist mais que le cueur y soit. Et pource entre vous
+de qui il est necessité que le monde soit secouru au labour qui est pour
+la sustentacion vie & nourrissement de toute creature humaine parquoy ne
+povés tant vacquer ne entendre a le servir en faisant jeusnes disans
+oraisons ne aller a l'eglise comme autres femmes de bonnes villes &
+toutesvoyes avés aussi bien besoing de sauvement que autres ont comment
+doncques qui les servés par autre voye sicomme nous vous dirons / c'est
+assavoir en cueur & en voulenté en faitz en dis et en pensee. C'est
+assavoir en tant que vous l'aimez de tout vostre cueur vous garderés de
+faire a vos voisines ou autres gens ne que vouldriés qu'ilz vous
+feissent & que de ce admonnestés bien vos marys / c'est assavoir quant
+ilz labourent terres pour autruy qu'ilz le facent bien & loyaulment
+comme pour eulx feroient & se c'est a moisson payent leur maistre du
+froment qui aura creu en la terre si tel est le marchié & non mye mesler
+seigle avec & faire entendant que autre n'a rendu / ne mucent pas les
+bonnes brebis ne les meilleurs moutons ches les voisins ou autre part
+pour payer le maistre quant vient au partaige des pires ne face acroire
+que mortes sont par luy / luy monstrer les peaux d'autres bestes ne le
+payent des pires toisons des laines / ne mauvais compte ne luy rendent
+de ses voitures ne de ses choses ou de sa volaille. & ne voisent coupper
+en aultruy bois sans congié pour lever leurs maisons / & quant vignes
+prennent a faire soyent diligent de les faire de toutes façons & en
+bonne saison. Et quant ilz seront commis pour leurs maistres de prendre
+des autres ouvriers s'ilz les louent six blans le jour ne face mye
+acroire que sept coustent et ainsi de toutes telles choses les bonnes
+femmes doivent adviser leurs marys qu'ilz s'en gardent / car ilz se
+damneroyent & par bien faire & loyaulment leur labeur prennent en gré
+leur vie sans faille ilz se sauvent & est vie bonne & aggreable a dieu &
+elles mesmes leur doivent aider en ce que elles pevent & bien garder
+qu'elles ne voisent ne seuffrent aller leurs enfans rompant hayes pour
+en autruy courtilz embler les raisins par nuyt ou par jour / ne autruy
+fruitaiges / ne quelconques courtillaiges ne autres choses / ne leurs
+bestes ne mettent paistre en gaignages ne au prés de leurs voisins ne
+quelconques chose ne tollent autruy ne qu'elles vouldroient que on leur
+tollist. voisent a l'eglise le plus qu'elles pourront & payent a dieu
+loyaulment leurs dismes & non mye des pires choses & dient des
+patenostres paisibles soient avec les voisins sans leur faire dommage en
+plait pour pou de chose. Si que assés de villages font que ja ne seront
+aises se ilz ne plaident croyent bien en dieu & ayent pitié de ceulx a
+qui verront mal avoir & par ces voyes tenir si pourront les bonnes gens
+sauver tant hommes comme femmes.
+
+
+
+
+¶ Cy parle a l'estat des povres. chap. .lii.
+
+
+Si que nous commençasmes aux riches & aprés ce que parlé avons a tous
+les communs estas des femmes nous convient terminer nostre euvre aux
+estas de dieu aymés & du monde haïs / des povres tant de hommes comme de
+femmes en les ennortant de pacience par l'esperance de la couronne qui
+leur est promise en disant. O beneurez povres par la sentence de dieu
+recordee en l'evangille attendans la possession du ciel par le merite de
+povreté paciemment portee resjoyssés vous en ceste haulte promesse de la
+joye qui toutes passe & a qui autre n'est comparee & n'est pas promise
+aux Roys ne aux princes ne aux riches s'ilz ne sont de vostre regne en
+esperit c'est povre de voulenté si que ilz desprisent les richesses &
+boubans du monde ne point ne les assavourent. amys treschiers de dieu
+aymés plaise vous a retenir nostre admonition se jusques a vostre
+congnossance peult aller par quoy elle vous ramentoive ce qui vous peut
+aider contre les aguillons d'impacience quant ilz vous poignent de
+divers & tresgrans laises que vous portés. C'est assavoir souventesfois
+fain & soif froit maulvais logis impotence vieillesse sans amys maladie
+sans resconfort & avec ce le despris villennie & deboutemens du monde
+sicomme a peu si vous estiés une autre espece de gent & non mye
+crestiens. Adonc quant la pointure d'icelle impacience vous assault
+affin que par elle ne perdés pas lesditz tresgrans tresors qui promis
+vous sont vienne dame esperance aymee de patience atout l'escu de foy
+qui fort se combatent contre elle si qu'elle la desconfisse & que la
+victoire en soit vostre & l'envaïse fort par telz cinq dars Le premier
+qu'elle luy gettera sera tel O povre pecheur ou pecheresse que as tu qui
+te complains povreté est il homme au monde qui ne se tenist pour bien
+payé d'estre vestu des robbes du roy & de sa livree. He mon createur
+tout puissant roy sur tous roys / & moy ta povre creature qui suis
+vestue de tes robes en ame & en corps n'ay pas souffisance en ame entant
+que tu l'as faicte a ton ymage / en corps que j'ay chair humaine si que
+tu veulx avoir & vestu de povreté laquelle robbe tu veulx avoir toute la
+vie. Et bien monstras que tu auctorisoyes l'estat de ceste prophecion de
+povreté plus que nul aultre quant pour toymesmes l'esleuz or pert il
+bien que tes jugemens ne sont pas pareilz a ceulx des hommes. Car qui
+fut oncques en ce monde plus povre que toy quant il te pleut naistre en
+une povre estable comme en lieu destourné entre bestes mues en temps
+d'yver enveloppé en povres drapelletz & toute ta vie user en telle
+povreté que oncques n'euz riens propre fortz ce qu'on te donnoit pour
+aulmosne souffris maintesfoys fain soif & toutes mesaises vous mourir
+tourmenter tout nud & si povre que tu n'avois pas ung povre oreiller a
+reposer ton digne chief / helas moy miserable creature me dois je
+plaindre d'estre de ton convent. Beau sire dieu je te rens graces quant
+tant me daignes honnorer que j'en soye Car tu veulx que par la fain
+transitoire que a present je seuffre & endure je soye rassise la sus a
+ta saincte table a tousjours s'il me plaist & le vueil tresdoulx sire
+que ta saincte voulenté soit faicte. Le deuxiesme dard que elle gettera
+sera tel. Et si tu es ores malade & pou reconfortee dieu le veult /
+affin que par la pacience que tu y peulx prendre ton merite soit de tant
+plus grant. Le troiziesme dard est / se tu es vieil & n'as nulz amys que
+te chault / iceulx amys que te feroyent ilz. Certes ta vieillesse ne te
+osteroient ilz pas / ne ilz ne te accroisteroyent pas ton merite / & de
+tant que tu es plus vieil c'est mieulx pour toy. Car tant es tu plus
+pres d'aller au terme de ton voyage & vers ton dieu qui par sa saincte
+misericorde se tu es patient te remettra en force & en jeunesse de toute
+gloire & felicité. Le quatriesme dard est / se tu gis maintenant sur ung
+pou de fiens qui ung petit de temps t'a a durer ou en ung pouvre &
+mesaise logis ou tu n'as dequoy te aysier / quel mechief est ce pour toy
+advisant le benoist logis de paradis sur tous beau & dectable ou tu ne
+peulx faillir se a toy ne tient. Le cinquiesme dard est. se le monde te
+desprise ou deboute tu es bien blecé mais pour dieu or advises que
+vallent aux roys aux grans & aux riches trespassés les honneurs que en
+leurs vies on leur faisoit au siecle. Helas n'est pas doubte que cause
+ont esté de dampner mainte a qui mieulx vaulsist avoir esté de ton
+estat. Ainsi & par ces dartz entre vous povres & indigens vous povez
+vaincre & mater les assaulx de impacience qui ne sont pas petis quant
+ilz viennent par grant oppression de necessité par prendre en gré vostre
+povreté avoir fiance en dieu ne couvoiter autre chose fors ce qui luy
+plaist. Et par ceste voye povez acquerir plus noble possession / & plus
+de richesses que cent mille mondes ne pourroient contenir & a tousjours
+durer. Si avez cause a tout regarder si bien ne voulez user de louer
+dieu de l'estat ou il vous a appellés quoy qu'il soit dur a porter. Et
+entre vous bonnes & povres femmes qui voz povres maris avez les devez
+par ces poins reconforter & eulx aussi vous servir l'ung l'autre le
+mieulx que vous pourrés. Les povres veufves aussi se reconforter en dieu
+en attendant la joye qui n'a fin laquelle dieu vous octroye. Et a celluy
+mesmes te recommandons christine amye chiere. Et de nostre oeuvre ainsi
+nous departons
+
+
+
+
+¶ La fin & conclusion d'icelluy livre.
+
+
+
+
+¶ Cy dit des femmes des laboureux. Chap. .liii.
+
+
+A tant se teurent les trois dames qui a coup s'evanoyrent & je christine
+demouray presque lassee par longue escripture. mais tresrejouye
+regardant la tresbelle oeuvre de leurs dignes leçons lesquelles de moy
+racapitulees veues & reveues me apparoient estre de mieulx en mieulx
+tresproffitables au bien & augmentation des meurs & vertueux en
+accroissement d'honneur aux dames & a toute l'université des femmes
+presens & advenir la ou se pourroit ceste dicte oeuvre estendre & estre
+veue Et pource se moy leur servante ja ne soye suffisante pour tousjours
+selon mon usaige m'employer au service du bien d'elles si que
+continuellement je le desire me pensay que ceste noble oeuvre
+multipliroye par le monde en plusieurs coppies quelque en fust le coust
+seroit presentee en divers lieux. A roynes princesses & haultes dames
+affin que plus fust honnoree & essaucee si qu'elle en est digne & que
+par elle peusse estre semee entre les autres femmes laquelle dicte
+pensee & desir mys a effect si que ja est entreprins sera espandue et
+publié en tous pays tant soit elle en langue françoise / mais par ce que
+ladicte langue est plus commune par l'universel monde que quelconques
+autre ne demoura pourtant vague & non utille nostre dicte oeuvre qui
+durera au siecle sans decheement par diverses copies. si la verront &
+orront vaillans dames & femmes d'auctorité au temps present & en celluy
+advenir qui prieront dieu pour leur servante christine desirans que de
+leur temps fust sa vie au siecle ou que veoir la puissent ausquelles
+toutes plaise que tant que au monde sera vivant la vueillent avoir en
+grace & memoire par amyables salus prians a dieu que par sa pitié soit
+favorable de mieulx en mieulx a son entendement si que telle lumiere de
+science & vraye sapience luy ottroye que employer le puisse tant que ça
+jus aura duree au noble labeur d'estude & l'essaucement & elevation de
+vertus en bons exemples a toute humaine creature. Et aprés ce que l'ame
+du corps sera partie en merite & guerdon de son service leur laisse
+offrir a dieu pour elle patenostres oblacions & devotions pour
+l'alegement des peines par ses deffaultes deservies si qu'elle soit
+presentee devant dieu au siecle sans fin lequel vous octroit.
+
+Amen.
+
+
+
+¶ Cy finist le tresor de la cité des dames selon dame christine Imprimé
+a Paris par Michel le noir libraire demourant sur le pont saint Michel a
+l'ymage saint Jehan l'evangeliste. Le .iiii. jour de decembre. L'an mil
+cinq cens & trois.
+
+[Marque d'imprimeur: .Michel. .Lenoir.]
+
+
+
+
+--------------------------
+NOTES SUR LA TRANSCRIPTION
+
+L'orthographe et la ponctuation sont conformes à l'original. Néanmoins
+pour faciliter la lecture, on a distingué les lettres i/j, u/v, et
+introduit cédilles, apostrophes et accents. Les symboles d'abréviation
+conventionnels ont été remplacés par les lettres correspondantes
+(exemple: Comme au lieu de Cõme).
+
+Les coquilles les plus manifestes ont été corrigées: interversion de
+lettres (p. ex. sinacte pour saincte), substitution entre lettres
+semblables (tn pour tu), ou lettres ou mots en double (didire pour
+dire), etc.
+
+Le passage allant de "qui nous meuvent. Il n'est pas doubte" à "courage
+aux gens" a été tiré d'une autre édition, la page correspondante du
+document d'origine n'étant pas disponible sur Gallica.
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Le trésor de la cité des dames de
+degré en degré et de tous estatz, by Christine de Pisan
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE TRESOR DE LA CITE ***
+
+***** This file should be named 26608-8.txt or 26608-8.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ https://www.gutenberg.org/2/6/6/0/26608/
+
+Produced by Carlo Traverso, Laurent Vogel and the Online
+Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+https://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
diff --git a/26608-8.zip b/26608-8.zip
new file mode 100644
index 0000000..7f68800
--- /dev/null
+++ b/26608-8.zip
Binary files differ
diff --git a/26608-h.zip b/26608-h.zip
new file mode 100644
index 0000000..7c25825
--- /dev/null
+++ b/26608-h.zip
Binary files differ
diff --git a/26608-h/26608-h.htm b/26608-h/26608-h.htm
new file mode 100644
index 0000000..323f9ac
--- /dev/null
+++ b/26608-h/26608-h.htm
@@ -0,0 +1,6389 @@
+<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN">
+<html lang="fr">
+<head>
+ <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=ISO-8859-1">
+ <title>The Project Gutenberg ebook of Le tresor de la cité des dames, by Christine de Pisan.</title>
+
+<style type="text/css">
+<!--
+p { text-align: justify; }
+body { margin-left: 10%; margin-right: 10%; }
+h2, h3 { text-align: justify; margin-top: 2em; font-size: 100%}
+.c { text-align: center; }
+.abbr { font-size: smaller; vertical-align: 15%; }
+.trnote { border: dotted 1px; padding: .5em .5em; margin-top: 2em;
+ margin-left: 5%; margin-right: 5%; }
+.trnote h3 { margin-top: .5em; text-align: center; }
+-->
+</style>
+</head>
+<body>
+
+
+<pre>
+
+The Project Gutenberg EBook of Le trésor de la cité des dames de degré en
+degré et de tous estatz, by Christine de Pisan
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz
+
+Author: Christine de Pisan
+
+Release Date: September 13, 2008 [EBook #26608]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE TRESOR DE LA CITE ***
+
+
+
+
+Produced by Carlo Traverso, Laurent Vogel and the Online
+Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+<h1>Le tresor de la cité des dames de degré en degré: et de tous estatz selon dame cristine</h1>
+
+<div class="c"><img src="images/a.png" alt="[Illustration]"></div>
+
+
+
+<h2>Prologue.</h2>
+
+
+<p>Et si par divin vouloir l'estat de majesté royalle
+&amp; de seigneurie est eslevé sur tous estatz mondains
+&amp; que a la conduyte &amp; doctrine d'iceluy soit
+regi &amp; gouverné le petit &amp; menu peuple pour au
+monde estre en union paix &amp; concorde&nbsp;/ bien licite
+est &amp; co<span class="abbr">n</span>venable que ceulx et celles tant fe<span class="abbr">m</span>mes
+comme ho<span class="abbr">m</span>mes que dieu a establis es haulx sieges de puissance
+&amp; d<span class="abbr">omi</span>nation de ta<span class="abbr">n</span>t plus soie<span class="abbr">n</span>t mieulx moriginés q<span class="abbr">ue</span> autre gent &amp; aornés
+de belles doctrines &amp; de bonnes meurs affin q<span class="abbr">ue</span> la reputation
+de eulx en soit plus venerable&nbsp;/ &amp; que co<span class="abbr">m</span>me ilz sont ensuys et imitez
+aux choses mondaines et temporelles&nbsp;/ pareillement en vie
+spirituelle soie<span class="abbr">n</span>t a toutes gens miroir &amp; exe<span class="abbr">m</span>ple de toutes beneuretez
+&amp; faitz vertueux. Et pource ma treschiere &amp; tressouveraine
+dame Anne Royne de france treschrestienne que vostre tresbenigne
+et royalle majesté tousjours desire veoir bonnes choses
+et vertueuses. Je vostre treshumble et tresobeissant serviteur
+a l'honneur &amp; magnificence de vostre trestriumphante souveraine
+je ay fait le livre des trois dames de vert<span class="abbr">us</span>&nbsp;/ c'est assavoir Raiso<span class="abbr">n</span>
+droicture &amp; justice souveraines dames de la noble cité des dames
+de vertus. Lequel livre fist &amp; co<span class="abbr">m</span>posa tresredoubtee dame cristine
+a l'enseignement et exhortacion des Roynes haultes dames et
+pri<span class="abbr">n</span>cesses par le comma<span class="abbr">n</span>deme<span class="abbr">n</span>t d'icelles nobles vertus. Ad ce que
+lesdictes Roynes haultes dames &amp; princesses soyent convocquees
+a estre souveraines citoyennes&nbsp;/ et comme telles mises &amp; fichees
+en la noble cité des dames de vertus. Et a l'exemple d'icelles
+les aultres dames&nbsp;/ damoiselles&nbsp;/ bourgoises et femmes de commun
+peuple. Et si demontre comment les bo<span class="abbr">n</span>nes princesses doivent
+aymer et craindre dieu pour le premier et pri<span class="abbr">n</span>cipal enseignement.
+Et qu'elles doivent prendre le bon &amp; saint advertissement
+qui vient pour l'amour &amp; crainte de nostreseigneur. Avecques
+plusieurs beaulx &amp; vertueux enseignemens co<span class="abbr">n</span>tenus en celuy livre.
+Ainsi que vostre tresglorifique et beneuree dignité en lisa<span class="abbr">n</span>t
+le livre ou faisant lire par maniere de recreation pourra veoir &amp;
+congnoistre.</p>
+
+<p class="c">¶ Or dit dame cristine.</p>
+
+<p>Aprés ce que j'eus edifié a l'aide &amp; par le comma<span class="abbr">n</span>deme<span class="abbr">n</span>t
+des trois dames de vertus&nbsp;/ c'est assavoir
+Raison droicture &amp; justice la cité des dames par
+la forme &amp; maniere que au contenu de ladicte cité
+est declairé. Je comme personne, travaillee de
+si grant labeur avoir accomply et mis sus mes
+membres &amp; mon corps lassé pour cause du long &amp; co<span class="abbr">n</span>tinuel excercite
+estant en oyseuse et querant repos s'apparure<span class="abbr">n</span>t a moy gueres
+ne tardere<span class="abbr">n</span>t les dessusdictes trois glorieuses en disa<span class="abbr">n</span>t toutes trois
+parolles d'une mesmes substance en telle maniere. Comme<span class="abbr">n</span>t fille
+d'estude as tu ja remis &amp; fiché en mue l'ostil d<span class="abbr">e</span> ton entendeme<span class="abbr">n</span>t
+&amp; delaissé en secheressse encre plume &amp; le labour de ta main dextre
+auquel tant te soulois deliter. Veulx tu doncques donner oreille
+a la leçon de paresse qui te cha<span class="abbr">n</span>tera se croyre le veulx&nbsp;/ tu as
+assez fait&nbsp;/ temps est que tu te reposes Comme ne scés&nbsp;/ tu que do<span class="abbr">n</span>cques
+dit&nbsp;/ que quoy que l'entendeme<span class="abbr">n</span>t du sage aprés grant labeur
+se repose. Si n'est il nul temps remis d'aulcune bonne oeuvre&nbsp;/ no<span class="abbr">n</span>
+mie a toy appartie<span class="abbr">n</span>t estre au mombre d'iceulx qui emmy chemin
+sont trouvés recreans. Male honte ayt chevalier qui se despart
+de la bataille ains la fin de la victoire. Car a ceulx appartient
+la couronne de lorier qui perseverent. Or sus baille ta main dresse
+toy&nbsp;/ plus ne soyes accopie en la pouldriere de recreantise. Entens
+nos sermons et tu feras bonne oeuvre&nbsp;/ nous ne sommes e<span class="abbr">n</span>cores
+ressasiees ou saoulees de te mettre en beso<span class="abbr">n</span>gne comme cha<span class="abbr">m</span>beriere
+de nos vertueux labours avons advisé preparlé &amp; co<span class="abbr">n</span>clud
+au conseil de vertu et a l'exemple de dieu qui au commencement
+du siecle qu'il eut creé vit son oeuvre bo<span class="abbr">n</span>ne&nbsp;/ la beneist. Puis
+fist homme &amp; femme &amp; les animaulx. Ainsi nostredicte oeuvre
+precedente&nbsp;/ ceste de la cité des dames qui est bonne &amp; utile soit benie
+et exaulcee par tout l'universel monde que encores a l'acroisseme<span class="abbr">n</span>t
+d'icelle nous plaist que tout ainsi co<span class="abbr">m</span>me le sage oyseleulx
+apppreste sa cage ains qu'il prengne ses oyselons. Voulons que
+aprés ce que le heberge des dames honnorees est faicte et preparee
+soyent semblablement que devant par tout ayde pourpe<span class="abbr">n</span>sés
+faitz &amp; quis engins trebuchetz &amp; rethz beaulx &amp; nobles laciez
+&amp; ouvrez a neudz d'amours que nous te livrerons &amp; tu les estendras
+par la terre es lieux &amp; es places et es angletz par ou les dames
+&amp; generallement toutes femmes passent et courent affin q<span class="abbr">ue</span>
+celles qui sont farouches et dures a dominer puissent estre happees
+prinses &amp; trebuchees en nos latz si que nulle ou pou qui s'embate
+ne puisse eschapper &amp; que toutes ou la plus grant p<span class="abbr">ar</span>tie d'elles
+soyent fichees en la caige de nostre glorieuse cité&nbsp;/ ou le doulx
+chant aprengnent de celles qui desja y so<span class="abbr">n</span>t hebergees comme souveraines&nbsp;/
+et qui sans cesser deschantent alleluya avecques la teneur
+des beneurés anges. Lors moy christine oyant les voix series
+de mes tresreverables maistresses remplye de joye en tressaillant&nbsp;/
+tost me dreçay &amp; agenoillee devant elles m'offry a l'obeissa<span class="abbr">n</span>ce
+de leurs dignes vouloirs. Et ado<span class="abbr">n</span>c je receu d'elles tel co<span class="abbr">m</span>mandement.
+Pren ta plume &amp; escrips. Beneurez seront celles q<span class="abbr">ui</span>
+habiteront en nostre cité pour acroistre le nombre des cytoyens
+de vertu. A tout le college femenin &amp; a leur devote religion soit
+notifié le sermon et la leçon de sapience. Et tout premierement
+aux roynes princesses &amp; haultes dames. Et puis ensuyvant de
+degré en degré chanterons semblablement nostre doctrine aux
+autres dames en toutes les damoiselles &amp; estatz des femmes affin
+que la discipline de nostre escolle puisse estre a to<span class="abbr">us</span> vaillable.</p>
+
+<p class="c">¶ Cy finist le prologue</p>
+
+
+
+
+<h2>¶ Cy co<span class="abbr">m</span>mence la table de ce present livre du tresor de la cité des
+dames&nbsp;/ &amp; contient trois p<span class="abbr">ar</span>ties a la premiere y a .xxvi. chapitres
+A la deuxiesme .xiiii. chapitres&nbsp;/ &amp; a la troisiesme &amp; derniere p<span class="abbr">ar</span>tie
+xiiii. chapitres. Et premierement.</h2>
+
+<p>¶ Comment les haultes roynes &amp; princesses doivent aymer &amp;
+craindre dieu <a href="#ch1">Chap. premier.</a></p>
+
+<p>¶ Co<span class="abbr">m</span>ment les te<span class="abbr">m</span>ptations peve<span class="abbr">n</span>t venir a haulte princesse.
+<a href="#ch2">Chapitre. ii.</a></p>
+
+<p>¶ Co<span class="abbr">m</span>ment la bonne princesse qui aymera &amp; craindra nostreseigneur
+pourra resister aux temptations par divine inspiration.
+<a href="#ch3">Chapitre. iii.</a></p>
+
+<p>¶ Le bon &amp; saint advertissement &amp; congnoissance qui vient a la
+bonne princesse par l'amour &amp; crainte de nostreseign<span class="abbr">eu</span>r.
+<a href="#ch4">chap. iiii.</a></p>
+
+<p>¶ Des deux sainctes vies&nbsp;/ c'est assavoir de la vie active &amp; de la
+vie comtemplative. <a href="#ch5">chap. v.</a></p>
+
+<p>¶ Cy devise la voye que la bonne princesse se delibere a tenir.
+<a href="#ch6">Chapitre vi.</a></p>
+
+<p>¶ Comment la bonne princesse vouldra attraire a soy toutes
+vertus. <a href="#ch7">Cha. vii.</a></p>
+
+<p>¶ Comment la saige princesse ou dame se peinera de mettre la
+paix entre le prince &amp; les barons s'il y a aulcun discord.
+<a href="#ch8">cha. viii.</a></p>
+
+<p>¶ Des voyes de devote charité que la bo<span class="abbr">n</span>ne princesse tiendra.
+<a href="#ch9">Chapitre. ix.</a></p>
+
+<p>¶ Des enseignemens moraulx que prudence mo<span class="abbr">n</span>daine prendra
+a la saige princesse.
+<a href="#ch10">chap. x.</a></p>
+
+<p>¶ La maniere de vivre de la saige princesse p<span class="abbr">ar</span> l'admonnesteme<span class="abbr">n</span>t
+de prudence.
+<a href="#ch11">chap. xi.</a></p>
+
+<p>¶ Des sept principaulx enseignemens de prudence qui sont necessaires
+a retenir a toute princesse qui ayme honneur. le p<span class="abbr">re</span>mier
+est comment se tiendra vers son seigneur generallement &amp; particulierement.
+<a href="#ch12">chap. xii.</a></p>
+
+<p>¶ Le deuxiesme enseignement de prudence qui est comment la
+saige princesse se co<span class="abbr">n</span>tiendra vers les pare<span class="abbr">n</span>s &amp; amys de son seign<span class="abbr">eu</span>r
+<a href="#ch13">Chapitre. xiii.</a></p>
+
+<p>¶ Le troisiesme enseignement de prudence qui est comme<span class="abbr">n</span>t la sage
+princesse sera so<span class="abbr">n</span>gneuse de se prendre garde sur l'estat &amp; gouvernement
+de ses enfans.
+<a href="#ch14">chap. xiiii.</a></p>
+
+<p>¶ Le quatriesme enseignement de prudence qui est comment la
+princesse tiendra discrette maniere vers ceulx qui ne l'aymero<span class="abbr">n</span>t
+pas &amp; qui auront envye sur elle.
+<a href="#ch15">chap. xv.</a></p>
+
+<p>¶ Le .v. enseignement de prudence qui est comment la sage pri<span class="abbr">n</span>cesse
+mettra peine comment elle soit en la grace &amp; benivolence d<span class="abbr">e</span>
+tous les estatz de ses subjetz.
+<a href="#ch16">chap. xvi.</a></p>
+
+<p>¶ Le .vi. enseignement comment la sage princesse tie<span class="abbr">n</span>dra en belle
+ordonnance les femmes de sa court.
+<a href="#ch17">cha. xvii.</a></p>
+
+<p>¶ Le .vii. enseignement devise comment la sage princesse se pre<span class="abbr">n</span>dra
+garde sur ces revenues &amp; de ses finances &amp; de l'estat de sa co<span class="abbr">ur</span>t.
+<a href="#ch18">Chapitre. xviii.</a></p>
+
+<p>¶ En quelle maniere se doit estendre sa largesse et liberalité de
+la saige princesse.
+<a href="#ch19">chap. xix.</a></p>
+
+<p>¶ Les excusations qui affierent aux bonnes princesses qui ne
+pourroyent pour aucunes causes mettre a effect les choses dessusdictes.
+<a href="#ch20">chap. xx.</a></p>
+
+<p>¶ Du gouverneme<span class="abbr">n</span>t a la sage pri<span class="abbr">n</span>cesse demouree vefve.
+<a href="#ch21">ch. xxi.</a></p>
+
+<p>¶ De ce mesmes a l'enseigneme<span class="abbr">n</span>t des jeunes princesses vefves.
+<a href="#ch22">Chapitre. xxii.</a></p>
+
+<p>¶ Du gouvernement qui doit estre baillé &amp; tenu a jeune princesse
+nouvelle mariee.
+<a href="#ch23">chap. xxiii.</a></p>
+
+<p>¶ Les manieres q<span class="abbr">ue</span> la sage dame ou damoiselle qui a en gouvernement
+jeune princesse doit tenir pour maintenir sa maistresse
+en bonne reno<span class="abbr">m</span>mee &amp; en l'amour de son seigneur.
+<a href="#ch24">chap. xxiiii.</a></p>
+
+<p>¶ De la jeune haulte dame qui se vouldroit esvoyer en folle amour
+&amp; l'enseigneme<span class="abbr">n</span>t que prudence donne a la dame ou damoiselle
+qui l'aura en gouverneme<span class="abbr">n</span>t.
+<a href="#ch25">chap. xxv.</a></p>
+
+<p>¶ La maniere des lectres q<span class="abbr">ue</span> la sage dame peut envoyer a sa maistresse.
+<a href="#ch26">chapitre xxvi.</a></p>
+
+<p>¶ Cy co<span class="abbr">m</span>mence la deuxiesme p<span class="abbr">ar</span>tie de ce livre laquelle s'adresse
+aux dames &amp; damoiselles Et p<span class="abbr">re</span>mierement a celles q<span class="abbr">ui</span> demeure<span class="abbr">n</span>t
+a court de princesse ou haulte dame.</p>
+
+<p>¶ Le premier chapitre parle co<span class="abbr">m</span>ment les trois dames&nbsp;/ c'est assavoir&nbsp;/
+raison&nbsp;/ droicture &amp; justice recapitullent en brief ce qui est dit
+devant.
+<a href="#ch27">chap. xxvii.</a></p>
+
+<p>¶ Des quatre pointz les deux bons a tenir&nbsp;/ &amp; les deux autres a
+eschever. &amp; co<span class="abbr">m</span>ment dames &amp; damoiselles de court doyve<span class="abbr">n</span>t aymer
+leur maistresse &amp; ce est le p<span class="abbr">re</span>mier point.
+<a href="#ch28">chap. xxviii.</a></p>
+
+<p>¶ Le deuxiesme point qui est bon a tenir aux fe<span class="abbr">m</span>mes de court qui
+est co<span class="abbr">m</span>ment elles doyvent eschever trop d'acointances.
+<a href="#ch29">chap. xxix.</a></p>
+
+<p>¶ Le .iii. point qui est le p<span class="abbr">re</span>mier des deux qui sont a eschever p<span class="abbr">ar</span>la<span class="abbr">n</span>t
+de l'envye q<span class="abbr">ui</span> regne en court &amp; dequoy elle vient.
+<a href="#ch30">chap. xxx.</a></p>
+
+<p>¶ De ce mesmes enseignement aux femmes co<span class="abbr">m</span>ment se garderont
+entre elles d'avoir le vice d'envye.
+<a href="#ch31">chap. xxxi</a></p>
+
+<p>¶ Le .iiii. point qui est le deuxiesme des deux qui sont a eschever
+&amp; parle comment femmes de court se doive<span class="abbr">n</span>t bien garder de mesdire
+et de quelle chose vient mesdit ne a quelle cause ne occasion.
+<a href="#ch32">Chapitre. xxxii</a></p>
+
+<p>¶ De mesmes comment femmes de court se doyvent bien garder
+de dire mal de leur maistresse.
+<a href="#ch33">chap. xxxiii</a></p>
+
+<p>¶ Comment il ne appartient a femmes de diffamer l'une l'autre
+ne dire mal.
+<a href="#ch34">chap. xxxiiii.</a></p>
+
+<p>¶ Des dames baronnesses la maniere du sçavoir qui leur appartient.
+<a href="#ch35">chap. xxxv.</a></p>
+
+<p>¶ Co<span class="abbr">m</span>ment il appartient que les dames &amp; damoiselles q<span class="abbr">ui</span> demeure<span class="abbr">n</span>t
+sur les manoirs se gouverne<span class="abbr">n</span>t au fait de mesnage.
+<a href="#ch36">ch. xxxvi.</a></p>
+
+<p>¶ Des dames qui sont oultrageuses en leurs habitz atours et
+habillemens.
+<a href="#ch37">chap. xxxvii.</a></p>
+
+<p>¶ Contre l'orgueil d'aucunes.
+<a href="#ch38">chap. xxxviii</a></p>
+
+<p>¶ Des manieres q<span class="abbr">ui</span> appartienne<span class="abbr">n</span>t a dames de religion.
+<a href="#ch39">c. xxxix.</a></p>
+
+<p>¶ Cy commence la tierce partie.</p>
+
+<p>¶ Comment tout ce qui est dit devant peut toucher aussi bien
+les unes comme les autres des femmes &amp; de la maniere &amp; gouvernement
+que femme d'estat doit tenir au fait de son mesnage.
+<a href="#ch40">Chapitre. xl.</a></p>
+
+<p>¶ Comment femmes d'estat doivent estre ordo<span class="abbr">n</span>nees en leur habit
+et comment se garderont de ceulx qui tachent a les decevoir.
+<a href="#ch41">Chapitre. xli.</a></p>
+
+<p>¶ Des femmes des marchans.
+<a href="#ch42">chap. xlii.</a></p>
+
+<p>¶ Des femmes vefves vieilles &amp; jeunes.
+<a href="#ch43">chap. xliii.</a></p>
+
+<p>¶ Des jeunes filles &amp; vieilles estans en l'estat de virginité.
+<a href="#ch44">Chapitre. xliiii.</a></p>
+
+<p>¶ Comment anciennes fe<span class="abbr">m</span>mes se doyvent maintenir vers les
+jeunes &amp; des meurs que avoir doyvent.
+<a href="#ch45">chap. xlv</a></p>
+
+<p>¶ Comment jeunes femmes se doivent maintenir vers les a<span class="abbr">n</span>ciennes.
+<a href="#ch46">chap. xlvi.</a></p>
+
+<p>¶ Des femmes des mestiers&nbsp;/ comment gouverner se doyvent.
+<a href="#ch47">Chapitre. xlvii.</a></p>
+
+<p>¶ Des femmes servantes &amp; chamberieres.
+<a href="#ch48">chap. xlviii</a></p>
+
+<p>¶ Des femmes de folle vie.
+<a href="#ch49">chap. xlix.</a></p>
+
+<p>¶ Des femmes honnestes &amp; chastes.
+<a href="#ch50">chap. l.</a></p>
+
+<p>¶ Des femmes des laboureurs.
+<a href="#ch51">chap. li.</a></p>
+
+<p>¶ De l'estat des povres.
+<a href="#ch52">chap. lii.</a></p>
+
+<p>¶ La fin &amp; conclusion du livre.
+<a href="#ch53">chap. liii.</a></p>
+
+<p class="c">¶ Cy fine la table de ce present livre.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch1" id="ch1"></a>¶ Cy commence le livre que fist dame cristine pour toutes
+roynes haultes dames &amp; princesses. Et premierement.
+Comment ilz doyvent aymer et craindre dieu. chap. p<span class="abbr">re</span>mier.</h2>
+
+
+<p>De par no<span class="abbr">us</span> troys seurs filles de dieu no<span class="abbr">m</span>mees raison&nbsp;/
+droicture&nbsp;/ &amp; justice. a toutes princesses empereys&nbsp;/
+roynes&nbsp;/ duchesses&nbsp;/ &amp; haultes dames en domination
+regnans sur la terre crestienne &amp; g<span class="abbr">ener</span>aleme<span class="abbr">n</span>t
+a toutes femmes. Salut &amp; dilection. Sçavoir
+faisons que comme amour charitable no<span class="abbr">us</span>
+contraigne a desirer le bien &amp; accroissement l'honneur &amp; prosperité
+de l'université des femmes &amp; a vouloir le decheement &amp; destruction
+de toutes les choses qui y pourroyent empescher&nbsp;/ sommes
+meuz a vous declairer &amp; dire parolles de doctrine. Venes do<span class="abbr">n</span>cq<span class="abbr">ue</span>s
+toutes a l'escolle de sapie<span class="abbr">n</span>ce dames esleues es haultz estatz &amp; n'ayez
+honte pour vous grandeurs de vous humilier &amp; descendre aseoir
+bas pour ouÿr noz leçons. Car selon la parolle de dieu Qui
+se humiliera sera exaulcé quel chose est il en ce monde plus plaisant
+ne plus delectable a ceulx qui desirent richesses mo<span class="abbr">n</span>daines&nbsp;/
+que or &amp; pierres p<span class="abbr">re</span>cieuses. mais ne leur pourroient mye pourta<span class="abbr">n</span>t
+si embellir que font vertus aux corps qui desire<span class="abbr">n</span>t bien vivre. car
+de tant que vertus sont plus nobles pource que elles durent sa<span class="abbr">n</span>s
+fin. &amp; sont les tresors de l'ame q<span class="abbr">ui</span> est perpetuel &amp; les autres passe<span class="abbr">n</span>t
+co<span class="abbr">m</span>me fumee de tant ceulx qui le goust en sentent &amp; assaveurent
+les desirent arda<span class="abbr">m</span>ment plus q<span class="abbr">ue</span> autre chose mondaine ne pourroit
+estre desiree. Et do<span class="abbr">n</span>cques n'appartie<span class="abbr">n</span>t il a ceulx &amp; a celles qui sont
+assis par grace &amp; bo<span class="abbr">n</span>ne fortune es plus haultz estatz q<span class="abbr">ue</span> ilz soyent
+servis de tresmeilleurs choses. Et pource q<span class="abbr">ue</span> v<span class="abbr">er</span>tus sont les maitz
+de nostre table no<span class="abbr">us</span> plaist il en distribuer p<span class="abbr">re</span>mierement a celles a q<span class="abbr">ui</span>
+nous parlons. C'est assavoir ausdictes princesses se fera le fondement
+de nostre doctrine tout p<span class="abbr">re</span>mierement sur l'amour de crai<span class="abbr">n</span>te
+de nostreseigneur. Car celuy point est le principe de sapience
+do<span class="abbr">n</span>t toutes les autres vertus yssent &amp; depende<span class="abbr">n</span>t. Ente<span class="abbr">n</span>dés do<span class="abbr">n</span>cq<span class="abbr">ue</span>s
+princesses &amp; dames ho<span class="abbr">n</span>norees sur la terre comment tout p<span class="abbr">re</span>mierement
+sur toutes choses vo<span class="abbr">us</span> advint amer &amp; craindre n<span class="abbr">ost</span>reseign<span class="abbr">eu</span>r. Amer
+pourquoy pour son infinie bonté &amp; les tresgrans benefices q<span class="abbr">ue</span>
+vous en recevés. Et craindre pour sa divine &amp; saincte justice qui
+riens ne laisse impugny. Et si ceste amour &amp; crainte avés bien
+devant les yeulx&nbsp;/ sa<span class="abbr">n</span>s faulte vous estes au chemin qui co<span class="abbr">n</span>duyra
+au lieu dont nous vous prescho<span class="abbr">n</span>s c'est assavoir aux vertus. Or
+est il ainsi &amp; n'est nulle doubte que il convient que tout cueur qui
+bien ayme le demonstre par oeuvre. Sicomme il mesme dit en
+l'evangille. Les ouailles de mon pere me ayment&nbsp;/ &amp; je les garde
+Cest a dire que les creatures qui l'ayment suyvent les traces q<span class="abbr">ue</span>
+sont de vertu &amp; il les garde de tous perilz&nbsp;/ doncques est il ainsi q<span class="abbr">ui</span>
+la princesse qui l'aymera le demo<span class="abbr">n</span>strera si que pour quelconques
+charges ou occupations que elle ayt a cause de la magnificence
+de son estat ne se departira devant les yeulx la lumiere de droit
+chemin. Laquelle lumiere se combatra contre les temptations
+&amp; tenebres de pechés &amp; de vices &amp; les vaincra &amp; chassera selon la
+maniere que cy aprés est contenue.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch2" id="ch2"></a>¶ Cy devise la maniere des te<span class="abbr">m</span>ptations qui pevent
+venir a haulte princesse. Chapitre .ii.</h2>
+
+
+<p>Quant la princesse ou haulte dame sera en son
+lict au matin reveillee de son so<span class="abbr">m</span>me&nbsp;/ &amp; elle se verra
+couchee en son lit mol entre souefz draps enviro<span class="abbr">n</span>nee
+de riches paremens &amp; de toutes choses
+pour ayse du corps dames &amp; damoiselles e<span class="abbr">n</span>tour
+elle qui l'ueil n'ont a autre chose fors a adviser
+que riens ne lui faille de tous delices prestes de courir a elle si elle
+souspire tant soit soit petit&nbsp;/ ou s'elle sonne mot&nbsp;/ les genoulx flexis
+pour luy administrer tout service &amp; obeir a tous ses commandemens.
+Adonc souventesfois adviendra que temptation l'assauldra
+q<span class="abbr">ui</span> luy chantera la leçon. Beau sire dieu est il en ce monde pl<span class="abbr">us</span>
+grant maistresse de toy&nbsp;/ ne pl<span class="abbr">us</span> auctorisee. de q<span class="abbr">ui</span> dois tu tenir co<span class="abbr">m</span>pte
+ne iroyes tu deva<span class="abbr">n</span>t les autres ceste cy celle la quoy q<span class="abbr">ue</span> elle soit mariee
+a hault pri<span class="abbr">n</span>ce n'est point aco<span class="abbr">m</span>paree a toy&nbsp;/ tu es pl<span class="abbr">us</span> riche ou pl<span class="abbr">us</span>
+haultement en lignage&nbsp;/ ou pl<span class="abbr">us</span> prisee po<span class="abbr">ur</span> tes enfans pl<span class="abbr">us</span> crainte et
+pl<span class="abbr">us</span> reno<span class="abbr">m</span>mee &amp; auctorisee pour la puissa<span class="abbr">n</span>ce de ton seign<span class="abbr">eu</span>r. Qui seroit
+ce doncq<span class="abbr">ue</span>s q<span class="abbr">ui</span> te oseroit faire quelconq<span class="abbr">ue</span> desplaisir&nbsp;/ ne t'en ve<span class="abbr">n</span>gerois
+tu pas bien p<span class="abbr">ar</span> telle puissance et p<span class="abbr">ar</span> telle. Il n'est si gra<span class="abbr">n</span>t doncq<span class="abbr">ue</span>s
+tu ne venisse bien a chief. Toutesfois tieulx &amp; tieulx ou telles
+&amp; telles ont eu arrogance <span class="abbr">con</span>tre toy &amp; ont cuydé p<span class="abbr">ar</span> leur oultrecuyda<span class="abbr">n</span>ce
+povoir a toy. &amp; ont fait telz &amp; telz choses en ton desplaisir &amp;
+p<span class="abbr">re</span>judice. si t'en ve<span class="abbr">n</span>geras se tu peux ung te<span class="abbr">m</span>ps vie<span class="abbr">n</span>dra. &amp; a ce pourras
+tu moult bie<span class="abbr">n</span> faire p<span class="abbr">ar</span> tel ayde &amp; p<span class="abbr">ar</span> telle puissa<span class="abbr">n</span>ce&nbsp;/ mais q<span class="abbr">ue</span> <span class="abbr">con</span>vie<span class="abbr">n</span>t
+il a ce faire nul ne fait rie<span class="abbr">n</span>s ta<span class="abbr">n</span>t soit gra<span class="abbr">n</span>t maistre ne rie<span class="abbr">n</span>s n'est crai<span class="abbr">n</span>t
+s'il n'a argent &amp; grant finance. Si te convient mettre peine a amasser
+tresor affin que en ton besoi<span class="abbr">n</span>g tu t'en puisses ayder&nbsp;/ c'est le
+meilleur amy &amp; pl<span class="abbr">us</span> seur moyen q<span class="abbr">ue</span> tu puisses avoir. q<span class="abbr">ui</span> sera celluy q<span class="abbr">ui</span>
+te desobeyra mais que tu ayes largement que donner. pose que
+n'en donnasses se petit non. Si seroys tu voulentiers servie en esperance
+&amp; attendant d'en avoir mieulx puis que renom seroit de
+ta richesse. Or soit elle morte qui ne tirera doncques a soy a toutes
+mains qui que en soy grevé ne a qui il en desplaise. Ce pourras
+tu bien faire mais que peine y mettes que as tu affaire si on
+en parle telz parleurs ne te pevent nuyre ne grever. Quel soussy
+doibs tu avoir. Il ne te fault sinon adviser a toutes choses q<span class="abbr">ui</span> plaire
+te pourront. Tu n'as que ta vie en ce monde&nbsp;/ vis a repos&nbsp;/ de
+quoy te doibs tu embesongner vins &amp; viandes ne te pevent faillir&nbsp;/
+de ce peuz tu avoir a ta plaisa<span class="abbr">n</span>ce &amp; tous autres delices. Brief
+il ne te fault penser fors d'avoir toute la joye et tous les esbatemens
+que tu pourras en ce monde. Nul n'a bon temps s'il ne le se
+donne&nbsp;/ aulcune gratieuse pensee te fault avoir qui te resjouyra
+pour qui seras jolye&nbsp;/ tieulx robbes tieulx paremens &amp; tieulx joyaulx
+tieulx abillemens&nbsp;/ ainsi &amp; ainsi fais et de tel devise te fault
+avoir&nbsp;/ tu n'en as nulz de si noble façon.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch3" id="ch3"></a>¶ Cy devise comment la bonne princesse
+qui aymera &amp; craindra nostre seigne<span class="abbr">ur</span> pourra
+resister aux temptations par divine insparation.
+Chapitre .iii.</h2>
+
+
+<p>Toutes les choses dessusdictes ou les semblables
+sont les metz que temptation administre
+a toute creature viva<span class="abbr">n</span>t en ayse &amp; delices&nbsp;/ mais
+que fera la bo<span class="abbr">n</span>ne princesse quant ainsi temptee
+se sentira Adoncques sauldra en place l'amour
+et crainte de nostre seigneur dieu jhesucrist qui
+luy chantera une autre leçon en disant en ceste maniere. Ha fole
+musarde mal advisee q<span class="abbr">ue</span> as tu pensé en petit de heure avoyes oublié
+la co<span class="abbr">n</span>gnoissance de toymesmes&nbsp;/ ne scés tu pas bien que tu es
+une miserable et povre creature fresle debile &amp; subjecte a toutes
+enfermetez a toutes passions maladies &amp; autres douleurs que
+corps mortel peut souffrir&nbsp;/ quel avantage as tu ne que ung autre&nbsp;/
+neant plus que auroit ung tas de terre couvert d'ung parement
+de celluy qui seroit soubz une povre flessoie. Ha dole<span class="abbr">n</span>te creature
+encline a pecher &amp; a tout vice te veulx tu doncques mescongnoistre
+&amp; oublier comment ce chetif vessel vuit de toute vertu
+qui tant veult d'honneurs &amp; d'aises deffauldra &amp; mourra en peu
+de terme sera viande aux vers&nbsp;/ &amp; aussi bien pourrira en terre q<span class="abbr">ue</span>
+celluy de la plus povre femme qui soit &amp; que la lasse ame n'en portera
+rie<span class="abbr">n</span>s ne mais le bien ou le mal que le chetif corps aura commis
+sur terre&nbsp;/ que te vauldront lors ho<span class="abbr">n</span>neurs avoirs ne ton gra<span class="abbr">n</span>t
+parenté desquelles choses en ce monde tu te aloses te yront ilz secourir
+en la peine ou tu seras si tu as mal vescu en ce monde&nbsp;/ certes
+non Ainçoys tout ce dequoy tu auras mal use te tournera a
+ruyne Helasse dolente mieulx fust pour toy avoir usé ta vie en
+l'estat d'une trespovre femme que estre eslevee en tant d'estas qui
+seront&nbsp;/ se tu ne t'en prens garde&nbsp;/ la cause de ta dampnation. Car
+forte chose seroit d'estre entre les flammes sans brusler. Ne scés
+tu que dieu dist en l'evangile. que les povres seront bieneurez&nbsp;/ et
+que le royaulme des cieulx est pour eulx. Et ailleurs il dist que
+neant plus que ung chamel chargié entreroit au pertuys de l'eguille
+n'iroit ung riche en paradis. O dolente tu es si aveugle q<span class="abbr">ue</span>
+tu n'avises ton grant peril&nbsp;/ mais ce fait le gra<span class="abbr">n</span>t orgueil qui pour
+cause de ses vains honneurs ou tu te vois envelopé estaint en
+toy si toute raison que te se<span class="abbr">m</span>ble il que tu ne cuydes mye seulleme<span class="abbr">n</span>t
+estre princesse ne gra<span class="abbr">n</span>t dame&nbsp;/ mais comme une droicte deesse en
+ce monde. Ha ce faulx orgueil comment le seuffres tu en toy et
+si scés par le raport de l'escripture dieu le hayt ta<span class="abbr">n</span>t qu'il ne le peut
+souffrir. Car pour celle cause tresbucha il lucifer le prince des
+ennemys du ciel en e<span class="abbr">n</span>fer. Et certes aussi fera il toy se tu ne te gardes.
+O orgueil racine de tous maulx certainement je congnois
+que de toy viennent tous les aultres vices et ce puis je congnoistre
+en moymesmes&nbsp;/ car pour cause de toy &amp; non po<span class="abbr">ur</span> autre achoison
+je suis souvent embatue en ire desirant vengance&nbsp;/ sicomme
+je pensoye nagueres. &amp; me fais sembler que je doye estre redoubtee
+&amp; prisee sur toutes les autres&nbsp;/ &amp; que je doye chascun supediter
+&amp; que pource je ne doy riens souffrir qui me desplaise&nbsp;/ mais tantost
+me venger tant soit le meffait petit. O vent perilleux en
+fleure de couraige boce plaine de venin &amp; de pourriture la chair
+ou tu es fichee est en plus grant adventure que celle ou est la boce
+qui vient d'epidimie. Perverse creature tu desire vengeance
+pource que il te semble que es si gra<span class="abbr">n</span>t que nul quoy que tu faces
+ne doit oser co<span class="abbr">n</span>tredire ne groucier a tes vouloirs&nbsp;/ mais ton aveuglee
+ygnorance conduycte d'orguelleuse arrogance te fait meco<span class="abbr">n</span>gnoistre
+co<span class="abbr">m</span>ment toute p<span class="abbr">er</span>sonne soit grant ou petite q<span class="abbr">ui</span> mauvaisement
+use ses jours dessert q<span class="abbr">ue</span> toute chose luy doye estre contraire
+si n'avises point en toy co<span class="abbr">m</span>ment tu as desservy &amp; dessers p<span class="abbr">ar</span> la maniere
+que tu tiens q<span class="abbr">ue</span> tu ne soyes point en la grace de maint. Par-*quoy
+n'est sans cause se plusieurs sont rebelles et contredisans a
+tes voulentés &amp; opinio<span class="abbr">n</span>s &amp; ainsi ton tort tu n'avises point. Mais
+a tous propos quoy que tu faces te semble qu'il te laise a supediter
+toutes autres voulentes &amp; oppinio<span class="abbr">n</span>s Et si aucuns y regibe<span class="abbr">n</span>t
+ou contredient tu les hés &amp; pourpenses mal <span class="abbr">con</span>tre eulx &amp; leur po<span class="abbr">ur</span>chasses
+en secret ou en appert sans adviser le mal &amp; le tresgrant
+peril qui s'en pourroit ensuyvre a toy mesmes en ame &amp; corps &amp; a
+infinis autres&nbsp;/ ou si tu ne leur pourchasse pource que tu ne peuz au
+moins leur portes tu mortel haine. En ce desloyal orgueil qui te
+fiche en la mer de perdicion ne te met il aussi en teste a cause des
+boubans pour le desirer de povoir accomplir ou tes venge<span class="abbr">n</span>ces ou
+autres superfluités&nbsp;/ co<span class="abbr">m</span>me tu amasseras tresors sans regard de
+conscience. Ha doloreux tresor c'est chose comme impossible que
+tu puisses estre amassé sans le prejudice de plusieurs &amp; contre le<span class="abbr">ur</span>
+vouloir pour alouer maulvaisement a ton singulier vouloir.
+Saiches certainement &amp; ne doubte du co<span class="abbr">n</span>traire que l'avoir acq<span class="abbr">ui</span>s
+&amp; amasse indeuement tu ne useras ja joyeusement. Car la
+ou tu l'auras assemblé en entente de l'employer en aucunes choses
+a ton plaisir dieu t'envoyera d'aultre costé tant d'adversité ou
+de maladies ou d'autre charges que il conviendra que ce mauldit
+tresor soit desploye &amp; mis en usage doloreux tout au contraire
+de ce que tu pensoyes. que feras tu doncques de ce maudit tresor
+l'emporteras tu quant tu mourras. Certes non ne mais autant
+que tu emporteras la charge de ce que malacquis &amp; usé l'auras.
+Mais regarde de rechief ou t'a bouté &amp; empaint ce maudit
+orgueil pource q<span class="abbr">u'i</span>l te fait acroire que tu passez les autres en gra<span class="abbr">n</span>deur
+&amp; auctorité. il fait ton cue<span class="abbr">ur</span> &amp; de frire de paour q<span class="abbr">ue</span> autre te puisse
+actai<span class="abbr">n</span>dre &amp; avenir en si hault estat que tu es. Pource q<span class="abbr">ue</span> il te fait
+tousjours desirer a estre la pl<span class="abbr">us</span> gra<span class="abbr">n</span>t &amp; s'il advie<span class="abbr">n</span>t que tu voyes ou saches
+p<span class="abbr">er</span>sonne pl<span class="abbr">us</span> ou tant auctorisee ou ho<span class="abbr">n</span>noré nulle peine ne pourroit
+estre plus gra<span class="abbr">n</span>de q<span class="abbr">ue</span> le dueil q<span class="abbr">ue</span> ton cueur e<span class="abbr">m</span>porte &amp; ce te faict devenir
+mesdisa<span class="abbr">n</span>t ireuse &amp; ra<span class="abbr">n</span>cu<span class="abbr">n</span>euse une autre i<span class="abbr">n</span>fernalle flamete te
+met orgueil en couraige. C'est que tu dis a toymesmes tu n'as
+mestier de labourer ne de riens faire il ne te fault ne mais querir
+tes ayses gesir grant matinee&nbsp;/ puis ap<span class="abbr">ré</span>s disner &amp; reposer visiter
+tes coffres a tes joyaulx &amp; a tes paremens ce doit estre ton ouvrage.
+Et ainsi maleureuse forcenee creature que tu es te semble il
+que dieu qui a donné le temps a toute personne pour employer a
+bon usaige t'aye donné auctorité de le passer en oyseuse plus que
+ung autre. Ha meschante creature &amp; tu as ouÿ prescher aultre-*fois
+que saint bernard sur cantiques dit que oysiveté est la mere
+de toutes truffes &amp; la marastre des vertus. C'est celle qui mesmement
+l'omme fort &amp; constant fait tresbucher en peché q<span class="abbr">ui</span> estai<span class="abbr">n</span>t
+toutes les vertus nourrist orgueil &amp; fait le chemin d'enfer mais
+encore que advient il. Cestuy orgueil qui ainsi te fait querir tes
+aises&nbsp;/ et iceulx aises qui tant nourrissent cel orgueil te font desirer
+les lescheries friandes en boires &amp; en mengiers&nbsp;/ non mye des
+choses co<span class="abbr">m</span>munes ne de viandes acoustumees. car de ce es tu toute
+e<span class="abbr">n</span>nuyee&nbsp;/ mais il fault que les queux pour te complaire &amp; pour
+bien desservir leurs gages pourpensent saveurs saulces &amp; mistions
+nouvelles pour plus plaire la via<span class="abbr">n</span>de a ton goust &amp; ainsi des
+vins. Ha doloreuse fault il ainsi emplir ce sac qui est viande a
+vers &amp; vassel de toute iniquité. Mais que en advient il quant il
+est ainsi e<span class="abbr">m</span>ply que dema<span class="abbr">n</span>de il se maistre dieu tout ainsi que la bouche
+qui est le nourrissement du feu lescherie &amp; friandise &amp; superfluités
+de vins &amp; de viandes est le nourrissement de charnalité
+c'est ce qui enflame l'orgueil &amp; qui fait encliner le courage a desirer
+en toutes voyes tout ce qui au corps peut deliter&nbsp;/ &amp; certes la
+chair ainsi nourrie ressemble le cheval lequel quant son maistre
+a bien tasché a l'engresser il est si dru et si mignot que quant il se
+cuide aider il ne le peut tenir &amp; le maine maulgré qu'il en ait les
+voyes qui luy sont prejudiciables &amp; a la fin par son regibement
+et par ses saulx luy rompt le col. Tout ainsi tue l'ame &amp; les vertus
+le corps trop souef nourry &amp; engressé de viandes lecheresses
+mais l'orgueil qui se fiche en ce gras nourrissement te faict tant
+desirer et vouloir superflux habitz joyaulx et paremens que a
+pou tu ne penses a autres choses ne quoy qu'il doye couster ne do<span class="abbr">n</span>t
+il doyve venir comment que tu les ayes a ton vouloir. Et avec
+cestuy vice &amp; les autres inconveniens malhonnestes et infinis
+ou il te maine il te faict tant estre desdaigneuse et dangereuse a
+servir que a peine pourra l'en trouver joyel habit ou parement q<span class="abbr">ui</span>
+te puist souffrir ne ou on ne treuve a redire et ne sera ame qui te
+puisse faire ton gré &amp; avecques toutes ces choses tu es si oultrecuidee
+&amp; presumptueuse que il ne te semble mye que a peine dieu
+ny autre chose quelconques te peust grever. O miserable chetive
+&amp; adveuglee creature comment peut avoir en toy tant de force
+cest oultrageulx orgueil que il te fait oblier les pugnitions de
+dieu nonobstant qu'il te seuffre si longuement demourer plungé
+en tant de deffaulx sans te payer de tes desertes&nbsp;/ mais ne sçay tu
+que ung saint docteur dit que de tant que la venge<span class="abbr">n</span>ce de dieu pl<span class="abbr">us</span>
+retarde a venir de tant est elle plus perilleuse quant elle vient&nbsp;/
+ainsi comme l'arc qui est le plus fort tendu de ta<span class="abbr">n</span>t est la fleche pl<span class="abbr">us</span>
+perçant quant elle vie<span class="abbr">n</span>t&nbsp;/ as tu oublyé comme nostreseigneur pugnit
+par son orgueil nabugodonosor qui estoit roy de babiloine &amp;
+si grant prince que il ne redoubtoit tout le monde semblableme<span class="abbr">n</span>t
+le gra<span class="abbr">n</span>t roy de perse anthiochus. &amp; aussi l'empereur xercés &amp; gra<span class="abbr">n</span>t
+nombre d'autres qui tant estoyent gra<span class="abbr">n</span>s &amp; puissans que il n'estoit
+quelconque chose au ciel ne en terre que ilz redoubtassent &amp; toutes
+voyes furent par vengence &amp; voulenté de dieu par leurs desertes
+ta<span class="abbr">n</span>t humiliez &amp; ramenez a telz p<span class="abbr">er</span>plexités que il n'estoit au
+monde homme ne plus miserable ne pl<span class="abbr">us</span> infortuné que ilz se virent.
+Ha ne te souvient a ce propos que il est escript ou livre de eclesiaste
+ou .x. chapitre si que tu as oy dire a ton beau pere q<span class="abbr">ue</span> dieu
+a destruyt les sieges des ducz orgueilleux &amp; a fait seoir les debo<span class="abbr">n</span>naires
+pour eulx &amp; sechié les racines des arroga<span class="abbr">n</span>s &amp; a planté les
+humiliez en leur lieu qui n'est autre chose a entendre fors qu'il co<span class="abbr">n</span>font
+les orgueilleux &amp; exaulce les humiliez. Si t'est bien advenu
+si tu veulx estre confondue. O beau sire dieu a toy qui est une si<span class="abbr">m</span>ple
+femmelette qui n'as force puissance ne auctorité si elle ne t'est
+donnee d'autruy&nbsp;/ cuides tu pourtant si tu es voix envelopee en
+aises &amp; ho<span class="abbr">n</span>neurs suppediter &amp; surmonter le mo<span class="abbr">n</span>de a ton vouloir.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch4" id="ch4"></a>Cy devise le bon &amp; saint avertissement &amp; congnoissance
+qui vient a la bonne princesse par l'amour &amp;
+crainte de nostreseign<span class="abbr">eu</span>r. chap. iiii</h2>
+
+
+<p>Ainsi la bonne princesse de dieu amonnestee qui aymera
+&amp; craindra nostreseigneur se reviendra a soy &amp; quelque
+bonne qu'elle soit se reputera estre la pire d<span class="abbr">e</span> toutes
+et aprés les subdictes choses pensees elle dira a soymesmes. Or
+vois tu &amp; congnois par grace de dieu les tresgrans &amp; espoventables
+perilz ou tu t'es fichee tout a cause de ce dampnable orgueil
+que feras tu doncques le contumeras tu ainsi veulx tu estre da<span class="abbr">m</span>pnee
+lequel te vault mieulx ou vivre a cestuy mo<span class="abbr">n</span>de ung petit
+espace de temps a ton ayse &amp; no<span class="abbr">n</span> mye du tout a ton aise. car de ta<span class="abbr">n</span>t
+que plus te ficheras es delices du monde &amp; plus te souviendra d<span class="abbr">e</span>
+divers desirs&nbsp;/ lesquelz te tourmenteront le cueur pource que aco<span class="abbr">m</span>plir
+ne les pourras ne du tout avenir a tes vouloirs ne jamais
+ton cueur n'aura souffisance et estre dampnee perpetuellement
+ou te refraindre de tes superflues delices &amp; vivre en l'amour et
+crainte de nostre seigneur &amp; estre sauvee ou royaulme sans fin.
+Helasse dampnee &amp; qu'esse d'estre dampnee. La saincte escripture
+dit que c'est estre privee a tousjours sans fin de la vision de dieu &amp;
+en tenebres espoventables en la compaignie des horribles deables
+ennemys de nature humaine avecques les ames da<span class="abbr">m</span>pnees
+qui gectent voix cris &amp; plaintz terribles maudissans dieu &amp; le<span class="abbr">ur</span>s
+parens &amp; eulx mesmes en torment inestimable en feu ardant et
+a brief dire comment jacob en pueur merveilleuse &amp; en perpetuelle
+orreur &amp; avec qui plus engrege le mal en esperance de jamais
+n'en yssir. O dolente te veulx tu aller ficher en tel da<span class="abbr">m</span>pnation &amp; p<span class="abbr">er</span>dre
+par ta folie la grace que dieu te promet se tu la veulx deservir
+pour bien petit de labour &amp; que te promet il. il t'a promis par
+les merites de sa sai<span class="abbr">n</span>cte passion que si tu veulx garder ses sai<span class="abbr">n</span>tz
+commandeme<span class="abbr">n</span>s tu iras en paradis. Saint gregoire es omelies
+en parlant de celle saincte cité de paradis dit en brief qui est la la<span class="abbr">n</span>gue
+&amp; l'entendement qui peut comprendre ne dire quelles ne comment
+grandes sont les joyes de paradis estre tousjours present
+en la compaignie des anges avecques les benoitz saintz fichés
+en la gloire de nostre createur veoir le visaige plain de gloire de
+dieu &amp; de la benoiste trinité face a face regarder veoir &amp; sentir sa
+lumiere inco<span class="abbr">m</span>prehensible estre asovy de tout desir avoir co<span class="abbr">n</span>gnoissance
+de toute scie<span class="abbr">n</span>ce en repos eternel n'avoir jamais paour de la
+mort &amp; estre asseure de tousjours estre sans partir &amp; remaindre
+en celle gloire beneuree. O vois la difference des deux chemins
+lequel prendras tu seras tu enragee que tu te fiches en la bourbe
+pour te noyer &amp; perir &amp; laisses la saine belle &amp; seure voye qui co<span class="abbr">n</span>duyt
+a sauvete&nbsp;/ nennil nennil tu ne seras pas si mal co<span class="abbr">n</span>seillee que
+tu laisses le bien pour prendre le mal. O saincte trinité ung dieu
+en unité souverainne puissance parfaicte sapie<span class="abbr">n</span>ce &amp; infinie bonté
+conseillés moy et me secourez aidés a saillir hors des tenebres
+d'ignorance qui tant m'ont aveuglee vierge digne pure &amp; sacree
+confort des desolez esperance des biens creans tens moy la main
+de ta saincte misericorde si me tire hors du palu de pechié &amp; d'iniquité.
+Tressaint beneure colliege &amp; court de paradis anges &amp; archanges
+cherubins &amp; seraphins trosnes &amp; dominations. Sains
+apostres de dieu martirs confesseurs et toute l'université des be<span class="abbr">n</span>eures
+martires vierges et co<span class="abbr">n</span>tinentes prieres pour moy &amp; soyez
+en mon ayde.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch5" id="ch5"></a>¶ Cy devise des deux sainctes vies&nbsp;/ c'est assavoir de la vie active
+et de la vie contemplative. Chap. v.</h2>
+
+
+<p>Or regardez do<span class="abbr">n</span>cques que tu as affaire se veux
+estre sauvee. L'escripture fait mention de deux
+voyes qui mainent ou ciel &amp; sans suyvre les se<span class="abbr">n</span>tes
+d'icelles impossible est d'y entrer l'une s'appelle
+la vie contemplative &amp; l'autre la vie active.
+Et que est a dire la vie co<span class="abbr">n</span>templative &amp; la vie
+active. La vie contemplative est une maniere &amp; estat de servir
+dieu ouquel la personne qui est amy tant &amp; si ardamment nostre
+seigneur que elle oublye entierement pere mere e<span class="abbr">n</span>fans tout le mo<span class="abbr">n</span>de
+&amp; soymesmes pour la tresgrant et embrasee ente<span class="abbr">n</span>te que elle a
+a son createur sans cesser ne ailleurs ne pense et toutes aultres
+choses ne luy sont rie<span class="abbr">n</span>s ne il n'est povreté tribulation ne autre torment
+dequoy autre creature puisse estre grevee qui au droit cue<span class="abbr">ur</span>
+contemplatif puist estre empeschement ne dequoy il fist compte
+sa maniere de vivre &amp; despriser parfaictement tout ce qui est du
+mo<span class="abbr">n</span>de &amp; les joyes d'icelluy se tenir solitaire &amp; sustrait de toute ge<span class="abbr">n</span>t
+les genoulx a terre les mains joinctes les yeulx ou ciel le cueur
+eslevé par si haulte pensee que elle va devant dieu contempler &amp;
+regarder par saincte inspiration la benoiste trinité la court du ciel
+&amp; les joyes qui y sont &amp; en cel estat est le p<span class="abbr">ar</span>fait co<span class="abbr">n</span>templatif souventeffois
+telleme<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ue</span> il se<span class="abbr">m</span>ble q<span class="abbr">u'i</span>l ne soit mie en soymesmes &amp; la co<span class="abbr">n</span>solation
+doulceur &amp; joye que il sent adonc ne pourroit estre a celle
+comparee. Car il sent ja &amp; gouste des gloires &amp; joyes de paradis
+c'est assavoir il voit dieu en esperit par co<span class="abbr">n</span>te<span class="abbr">m</span>plation il art a son amour
+si a souffisance parfaicte en ce monde. car il ne veult ne desire
+autre chose &amp; dieu le reconforte. Car il est son servant &amp; le repaist
+des doulx metz de son saint paradis c'est de pures &amp; des choses
+qui sont ou ciel et de parfaicte esperance d'aller a celle joyeuse
+compaignie. Si n'est nulle joye pareille a celle. Ceulx qui le
+scevent qui l'ont essayé combien que parler je n'en puis dont il me
+poise fors ainsy que l'aveugle des couleurs. Et ceste vie soyt
+sur toutes autres aggreable a dieu est apparu maintes fois au
+monde visiblement si comme il est apparu &amp; escript de plusie<span class="abbr">ur</span>s
+saintz &amp; sainctes contemplatis qui ont esté veuz quant ilz estoyent
+en leur contemplation eslevés dessus terre par miracle de dieu
+si que il sembloit que le corps voulsist suyvre la pensee qui
+montee estoit au ciel de ceste saincte &amp; treslevee vie ne suis digne
+assez de a son droit parler ne la descripre si que a sa dignité appartient.
+mais de ce treuve l'en assez de sainctes escriptures plaines
+qui plus en vouldra veoir. La vie active est ung aultre estat
+de servir dieu qui est telle que la personne qui la veult suyvre sera
+tant charitable que elle vouldroit si elle povoit a tous servir
+pour l'amour de dieu. Si cerche les hospitaulx visite les malades
+&amp; les povres &amp; les sequeure du sien et de la peine de son corps
+pour l'amour de dieu selon son povoir&nbsp;/ a si grant pitié des creatures
+que elle voit en pechié ou en misere &amp; tribulation que elle en
+pleure comme de son mesmes fait ayme le bien de son prouchain
+comme le sien propre tousjours est en labour de bien faire ne jamais
+n'est oyseuse son cueur art sans cesser de desirer d<span class="abbr">e</span> acomplir
+les oeuvres de misericorde esquelles s'employe de tout son povoir.
+Telle creature porte toutes injures &amp; tribulations paciemment
+pour l'amour d<span class="abbr">e</span> dieu &amp; ceste vie active sert sico<span class="abbr">m</span>me tu peulx
+veoir plus au monde que la devantdicte. Si sont toutes deux
+de grant excellence mais de la plus parfaictes des deux nostreseigneur
+Jhesucrist luy mesmes donna la sentence lorsque marie
+magdalene en qui est figuree la vie contemplative estoit seant
+aux piez de nostre seigneur comme celle qui n'avoit le cueur
+a aultre chose et qui toute ardoit de sa saincte amour et Marie
+marthe sa seur de laquelle est ente<span class="abbr">n</span>due de la vie active qui estoit
+hostesse de nostre seigneur et besongnoit aval l'hostel pour le service
+de luy et de ses apostres se plai<span class="abbr">n</span>gnit a nostreseigner de ce que
+marie la sa seur ne luy aydoit &amp; nostreseign<span class="abbr">eu</span>r l'excusa en disa<span class="abbr">n</span>t marie
+tu es moult dilligente et ton oeuvre bonne &amp; necessaire mais
+non pourta<span class="abbr">n</span>t marie a esleu la meilleur partie pour laquelle partie
+de luy on peut sçavoir que non obstant que la vie active soit
+de grant excellence&nbsp;/ &amp; necessaire pour l'ayde &amp; secours de plusie<span class="abbr">ur</span>s
+Toutesfoys la contemplation qui est de laisser tout le monde
+&amp; les embesongnemens qui y sont pour seullement penser a luy
+est de plus grant dignité et plus parfaicte &amp; pour celle cause furent
+trouvez &amp; establies des saintz prudhommes jadis les religions
+qui est le plus hault estat vers dieu qui soit qui en faict
+son devoir affin que ceulx qui vouldront vivre a contemplation
+puissent la estre separés du monde au service de dieu sans autre
+soi<span class="abbr">n</span>g &amp; pleust a eulx mesmes&nbsp;/ car a dieu plairoit bien que chascun
+y fist son devoir.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch6" id="ch6"></a>¶ Cy devise de la voye que la bonne princesse se
+delibere a tenir. Chapitre. vi</h2>
+
+
+<p>Adviser te convient ce dit a soymesmes la bonne
+princesse de dieu inspiree laquelle de ses subdictes
+voyes tu veulx tenir il est dit co<span class="abbr">m</span>munement&nbsp;/
+et il est vray que discrecion est mere des
+vertus. Et pourquoy est elle mere&nbsp;/ pource que
+elle conduyt &amp; maine les autres &amp; q<span class="abbr">ui</span> n'entrepre<span class="abbr">n</span>t
+par elle quelco<span class="abbr">n</span>ques chose que l'en veult faire tout l'ouvraige vient
+a neant et est de nul effect&nbsp;/ pource n'est necessaire ouvrer par
+discrecion&nbsp;/ comment par discrecion&nbsp;/ c'est ce que doy adviser ains
+que j'entrepreigne quelconque chose. Premierement la force ou
+foiblesse de mon povre corps &amp; la fragilité a qui je suis encline &amp;
+aussi a quel subgection il convient que je obeysse selon l'estat ou
+dieu en ce monde m'a appellee &amp; commise &amp; si je co<span class="abbr">n</span>sidere au vray
+ces choses je me treuve quelque bonne voulente que j'ay tresfoible
+de corps pour souffrir grant abstine<span class="abbr">n</span>ce &amp; grant peine &amp; foible
+d'esperit par fragilité &amp; inconstance &amp; puis que je me sens telle je
+ne doy mye de moy mesmes preserver que je soye de tel vertu no<span class="abbr">n</span>
+obsta<span class="abbr">n</span>t que dieu dit tu lairras pere &amp; mere pour mon nom que je
+me pense du tout a ce disposer &amp; laisser mary enfans estat mondain
+&amp; toutes occupations terriennes po<span class="abbr">ur</span> entendre du tout a servir
+dieu en la vie contemplative sicomme ont fait les plus perfaictes
+creatures. Si ne doy entreprendre chose ou a le perseverer
+je peusse suffire. Que feray do<span class="abbr">n</span>cques chemineraige par voye
+active. Helas heureulx sont ceulx qui prennent les oeuvres qui
+ont esté comma<span class="abbr">n</span>dés excercer Hé dieu que me eusses tu ores establie
+ou monde en l'estat d'une povre fe<span class="abbr">m</span>me affin que je te peusse en
+ycelle a tout le moins parfaictement servir en administrant et
+faisa<span class="abbr">n</span>t service a tes membres se sont les povres pour l'amour de
+toy. Helas comment acomplirayge ce que je ne me sens mye du
+tout disposee a vouloir a toutes fins de laisser tout estat po<span class="abbr">ur</span> moy
+employer&nbsp;/ beau sire dieu conseilles moy et me inspires que je doy
+faire pour me saulver. Car quoy que je sache bien que autre chose
+ne fait a aymer ne desirer que toy seul &amp; que toute aultre joye
+est neant je n'ay force en moy que je puisse du tout le monde rele<span class="abbr">n</span>quir.
+Si suis moult espove<span class="abbr">n</span>tee que je feray&nbsp;/ car tu dis que impossible
+est que le riche soit saulvé. Adonc vient saincte informacion
+a la bonne princesse qui luy dist en telle maniere. Or vecy que
+tu feras dieu ne commande mye que on laisse tout pour le suyvre
+si ce n'est a ceulx qui du tout veullent estre de la tresplus parfaicte
+vie. Si ce peut chascun saulver en son estat &amp; ce que dieu
+dist que impossible est que ung riche soit saulvé est a entendre
+des riches sans vertus se leurs richesses ne
+distribuent en aulmosnes &amp; biensfais desquelz toute leur felicité
+est en leur avoir n'est mye doubte que telz gens dieu hét &amp; que ja
+n'enterons ou ciel tant qu'ilz soyent telz et des povres dont il dit
+que ilz sont bieneurez&nbsp;/ c'est a entendre de povres d'esperit laquelle
+chose peut estre mesmement ung tresriche et habondant homme.
+C'est assavoir celluy qui ne prisera riens les richesses du mo<span class="abbr">n</span>de
+&amp; se il a il les distribuera en bonnes oeuvres &amp; au service de dieu
+ne pour ho<span class="abbr">n</span>neur ne se orgueillist ne pour richesse ne se tient pl<span class="abbr">us</span>
+grant et telle creature quoy que elle habonde en biens mondai<span class="abbr">n</span>s
+et povre d'esperit et possedera le royaume des cieulx &amp; tu le peuz
+veoir n'a il pas esté grant foison de roys et de princes q<span class="abbr">ui</span> sont sai<span class="abbr">n</span>s
+en paradis si comme sainct loys de france et plusieurs aultres
+qui ne laissoyent pas le monde ensois regnoyent &amp; possedoyent
+leurs seigneuries au plaisir de dieu mais ilz vivoyent justeme<span class="abbr">n</span>t
+ne pource n'assavouroyent en vaine gloire ne en boubant les ho<span class="abbr">n</span>neurs
+que on leur faisoit et reputoyent que l'ho<span class="abbr">n</span>neur fust a l'estat
+de sa seigneurie dont ilz estoyent vicaires de dieu en terre et non
+mye a leurs personnes et semblablement a esté de roynes de pri<span class="abbr">n</span>cesses
+moult grant foison qui sont sainctes en paradis si comme
+la femme du roy de france aussi saincte baudour saincte
+helysabeth royne de hongrie &amp; assez d'autres. Si n'ayez point
+de doubte que dieu veult estre servy de gens de tous estatz et en
+chascun estat on se peut saulver q<span class="abbr">ui</span> veult. Car l'estat ne fait mye
+le dampnement mais n'en sçauroit user sagement c'est ce qui da<span class="abbr">m</span>ne
+la creature pource en conclusion je voy bien q<span class="abbr">ue</span> puis q<span class="abbr">ue</span> je ne me
+sens de tel force que je puisse du tout en tout eslire &amp; suyvre l'une
+des deux dessusdictes vies je mettray peine a tout le moi<span class="abbr">n</span>s de tenir
+le moyen si co<span class="abbr">m</span>me saint pol le co<span class="abbr">n</span>seille &amp; prendre de l'une &amp; de l'autre
+vie selon ma possibilité le plus que je pourray.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch7" id="ch7"></a>¶ Cy devise co<span class="abbr">m</span>ment la bonne princesse vouldra attraire
+a soy toutes vertus. Chapitre .vii.</h2>
+
+
+<p>Toutes ces choses ou les semblables pe<span class="abbr">n</span>sera la
+bonne princesse par divine information &amp; pour
+les mettre a effet tie<span class="abbr">n</span>dra tel voye elle vouldra
+estre bien informee par bons &amp; saiges q<span class="abbr">ue</span> est bien
+&amp; que est mal affin que le bien puist eslire &amp; le
+mal eschever &amp; quoy q<span class="abbr">ue</span> toute personne mortelle
+soit par nature encline en peché se gardera a son povoir par especial
+de peschié mortel et vouldra faire tout ainsi que faict le bon
+medecin qui cure la maladie par son contraire Si ensuyvra
+la parolle de Crisostome sur l'evangille sainct Mathieu qui dit
+que qui veult avoir la princesse celleste il luy convient ensuyvre
+humilité terrestre. Car envers dieu n'est pas celluy le pl<span class="abbr">us</span> hault
+qui est icy le plus grant &amp; le plus eslevé en honneurs mais celluy
+qui est le plus juste en terre est le greigneur ou ciel pource que elle
+congoistra que les honneurs communement eslievent en orgueil
+son cueur se disposera en toute humilité et pensera en soymesmes
+que non obstant que il appartiengne a l'estat de son seigneur
+et du degré dont elle est que des honneurs reçoyvent ja en
+quelque dominacion que elle se voye son cueur n'en sera blecié en
+arrogance ne eslevé en pensee ains rendra graces a dieu &amp; luy attribuera
+tout l'honneur &amp; de son cueur ne partira point la pensee
+de congnoistre que elle est une povre creature mortelle fresle et
+pecheresse &amp; que l'estat que elle reçoit n'est que ung office do<span class="abbr">n</span>t luy
+conviendra a dieu en brief temps luy en rendre compte. Car sa
+vie au regard du p<span class="abbr">er</span>petuel siecle n'est que ung petit trespas ceste
+noble princesse do<span class="abbr">n</span>cques quoy que la dignité de son estat requiert
+que elle reçoyve des gens grant reverence n'y prendra point de delict
+quand on les luy fera &amp; tout au moins que elle se pourra passer
+garde l'honneur de son estat vouldra que on luy face son mai<span class="abbr">n</span>tien
+son parler son port sera doulx &amp; benigne la chiere plaisa<span class="abbr">n</span>te a
+yeulx baissez redda<span class="abbr">n</span>t salut a toute creature qui la luy baillera en
+parolle tant humaine ta<span class="abbr">n</span>t doulce que aggreable soit a dieu &amp; au
+mo<span class="abbr">n</span>de. Et avecques ceste vertu d'humilité la noble dame vouldra
+tant estre paciente que quoy q<span class="abbr">ue</span> le mo<span class="abbr">n</span>de livre assez d'aversitez
+aussi bien aux grans seigneurs et aux grans dames que aux petites
+ge<span class="abbr">n</span>s selon leurs estatz pour chose qui luy adviengne ne sera
+mené a impacience et toutes adversitez prendre en gré pour l'amour
+de nostre seigneur. Et l'en remercyra de bon cueur Et mesmement
+tellement se disposera en ceste vertu de pacience. que s'il
+advenoit ores que elle receust aucun tord ou grief de quelque personne
+ou de quelques gens comme on fait plusieursfois a maintes
+dames sans cause si ne querra elle le<span class="abbr">ur</span> pugnicion ne pouchassera
+ne vouldra et s'il advient que pugnis soyent par droit &amp; par
+justice elle en aura pitié pensant que dieu commande que on ayme
+ses e<span class="abbr">n</span>emys &amp; que saint pol dit que cherité ne quiert mye mesmes
+ce qui est sien. Si portera a dieu pour eulx qui leur donne pacience
+et en ait mercy. Ceste noble dame ainsi disposee par gra<span class="abbr">n</span>t
+constance &amp; force de courage ne fera pas grant compte des dars
+des envieux. C'est assavoir que si elle sçoit ores que aucunes p<span class="abbr">ar</span>olles
+ayent esté dictes contre elle sico<span class="abbr">m</span>me on fait tous les jours des
+meilleurs ja si grans ne seront pourtant ne s'en troublera ne le tiendra
+a grant meffait&nbsp;/ ains le pardo<span class="abbr">n</span>nera de legier ne ja pour sa
+haultesse ne reputera pou de mesprison se aulcun luy fait p<span class="abbr">ar</span> gra<span class="abbr">n</span>t
+injure pe<span class="abbr">n</span>sant les grans injures que nostre seigneur souffrit po<span class="abbr">ur</span>
+nous &amp; si pria pour ceulx qui le tourmentoyent. Si pe<span class="abbr">n</span>sera la tresbonne
+dame que en aucune maniere le peut avoir desservy &amp; ai<span class="abbr">n</span>si
+tiendra par vertu l'enseignement de senecque qui dit en parla<span class="abbr">n</span>t
+aux princes &amp; princesses ou puissans personnes que c'est moult
+grant merite envers dieu louange au mo<span class="abbr">n</span>de &amp; signe de noble v<span class="abbr">er</span>tu
+que de laissoir aller legiereme<span class="abbr">n</span>t le meffait dequoy on se pourroit
+legierement venger &amp; est chose de bon exemple aux petites ge<span class="abbr">n</span>s
+Et ce mesmes temoigne saint gregoire ou .xxii. livre de moralles
+qui dit que nul n'est parfaict s'il n'a pacie<span class="abbr">n</span>ce sur les maulx que
+ses prochains luy font. Car q<span class="abbr">ui</span> ne porte souffraume<span class="abbr">n</span>t les maulx
+d'aultruy est impatient &amp; tesmoigne que il est loing de la plenitude
+des vertus &amp; en louant les patiens dit icelluy mesmes sainct
+que tout ai<span class="abbr">n</span>si que la rose fleure souef et est belle entre les espines
+poignans la patiente creature resplandist victorieusement entre
+ceulx qui s'efforcent de luy nuyre. Ceste princesse qui vouldra
+et se penera d'amasser vertus sus vertus aura bien reccort q<span class="abbr">ue</span>
+sainct pol dit que qui auroit en luy toutes aultres vertus ne finast
+d'aourer allast en pelerinage fist grans jeunes et grant abstinences
+&amp; tout le bien que faire se pourroit &amp; n'auroit en soy charité
+tout ce ne luy prouffiteroit riens. Et pource elle de ce tresbien
+i<span class="abbr">n</span>formee vouldra avoir celle belle vertu en telle maniere que
+elle sera ta<span class="abbr">n</span>t piteuse envers toutes gens que le mal d'aultruy luy
+vouldra comme le sien propre &amp; ne luy souffira mie seullement
+en avoir la desplaisance de veoir gens en desolation se elle mesmes
+ne met main a la paste de tout son povoir pour leur ayder.
+Et si comme dit ung tressaige docteur. Charité s'estent en plusieurs
+manieres et ne s'estent mye seullement que on doye aultruy
+ayder de l'argent de sa bourse mais aussi de l'ayde et reconfort
+de sa parolle &amp; de son conseil ou il eschiet &amp; de tout le bien que
+on peut faire. Si fera ceste dame par pure benigne &amp; saincte charité
+advocate &amp; moyenne entre le prince son mary &amp; son enfant se
+elle est veufve et son peuple ou toute gent a qui en bien faisant
+selon que a elle appartiendra pourra ayder aucunesfoys adviendra
+par adventure que le dit prince par maulvais conseil ou po<span class="abbr">ur</span>
+aulcune cause vouldra grever son peuple d'aulcune charge par
+quoy les subjetz qui sentiront leur dame plaine de pitié de bonté
+et de charité viendront vers elle &amp; treshumblement la supplieront
+que il luy plaise estre pour eulx vers le prince. Car ilz sont
+trespovres &amp; ne pourroyent sans trop grant grief ou estre desers
+suffire a tel finance ou se il advient que ilz soyent en aucune indignation
+vers le prince ou par maulvais raport ou par aulcune
+deserte luy viendront supplier que elle face leur paix ou se ilz
+ont a faire d'aucu<span class="abbr">n</span>e grace ou d'aucu<span class="abbr">n</span> p<span class="abbr">re</span>viliege la bo<span class="abbr">n</span>ne princesse p<span class="abbr">ar</span>lera
+a eulx sans nul refus ne sans trop grant magnificence de longue
+acte<span class="abbr">n</span>te les recevera tresbenigneme<span class="abbr">n</span>t &amp; orra a leur loysir &amp; bie<span class="abbr">n</span>
+entendra tout ce qu'ilz vouldront dire &amp; sera acompaignee de saiges
+preudho<span class="abbr">m</span>mes &amp; de bonne vie qui seront de son conseil. Si fera
+sa responce sage &amp; convenable par le bon advis d'iceulx excusera
+son seigneur et en dira bien si aulcunement pour quelque cas s'en
+tiennent mal contens dira que elle se charge de tout son pevoir d<span class="abbr">e</span>
+en faire la paix ou d'estre leur bonne amye en la peticion que ilz
+demandent &amp; en toutes autres choses a son povoir les prira que
+tousjours soyent loyaulx &amp; bons obeissans vers son seigneur et
+que a toutes heures pourront vers elle a leurs besoings recourir
+&amp; que point ne leur fauldra de chose que elle puisse. Ainsi celle
+noble dame respo<span class="abbr">n</span>dra tant sagement aux embassadeurs du peuple
+ou des subgetz que quant ilz s'en partiront ilz seront contens
+que se ilz avoyent devant aucune rancune rebellion ou murmure
+en courage ilz seront tous pacifiez &amp; la bonne dame ne les fera
+mye muser en vaine esperance ains leur tiendra bien ce que promis
+leur aura sans longue dilacion parlera a son seigneur bien
+&amp; saigement &amp; y appellera des autres sages se mestier est treshu<span class="abbr">m</span>blement
+suppliera pour le peuple. Mo<span class="abbr">n</span>strera les raisons dequoy
+elle sera tresbien informee comme<span class="abbr">n</span>t il est necessaire que prince se
+longuement il veult regner en paix &amp; glorieusement soit amé d<span class="abbr">e</span>
+ses subgetz &amp; de son peuple luy rame<span class="abbr">n</span>tera parolles selon la forme
+que senecque dit ou troisiesme livre de ire&nbsp;/ qu'il dit que quoy qu'il
+soit bien seant a toute personne d'avoir benignité par espicial il
+est advisant a prince l'avoir vers ses subjetz &amp; a brief dire tant fera
+&amp; tant pourparlera que elle aura tout ou partie de sa requeste
+et si sagement le raportera ausdictz subgetz que ilz se tiendront
+pour contens du prince &amp; d'elle &amp; treshumblement l'en merciero<span class="abbr">n</span>t.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch8" id="ch8"></a>¶ Ce devise comment la sage princesse ou dame se
+pourra de mettre la paix entre le prince &amp; les baro<span class="abbr">n</span>s
+s'il y a aucun discord. chap. viii</h2>
+
+
+<p>Ou s'il advient cas que aucun prince voisin ou estranger
+vueille mouvoir guerre pour aucune
+chalange a son seigneur ou que son seigneur la
+vueille mouvoir a autruy la bonne dame pesera
+moult ceste chose en pe<span class="abbr">n</span>sant les gra<span class="abbr">n</span>s maulx
+et infinies cruaultés pertes occision de pays et
+detraction de pays &amp; de gens q<span class="abbr">ui</span> a cause de guerre vienne<span class="abbr">n</span>t a la fin
+q<span class="abbr">ue</span> souventesfois en est merveilleuse&nbsp;/ &amp; advisera de toute sa puissance
+se elle pourra tant faire en gardant l'honneur de son seign<span class="abbr">eu</span>r
+que ceste guerre puisse estre eschevee &amp; en ce vouldra travailler
+et labourer songnousement en appellant dieu a son ayde et par
+bon conseil &amp; tant fera si elle peut que voye de paix sera trouvee
+Ou s'il advient que aucun des princes du royaulme ou pays ou
+des baro<span class="abbr">n</span>s ou des chevaliers ou subgetz qui ayt puissance se soit
+d'aucune chose meffait mesmement contre la magesté de son seigneur
+ou que il en soit en coulpe. Et elle voit que de le prendre &amp;
+pugnir ou movoir contre luy guerre peut venir grant mal en
+la terre sicomme en cas pareil on a veu maintesfois en france
+et ailleurs par les contes d'ung bien petit baron ou chevalier au
+regard du roy de france q<span class="abbr">ui</span> est ung gra<span class="abbr">n</span>t prince sont venus mai<span class="abbr">n</span>s
+grans maulx &amp; dommages au royaulme sicomme racompte<span class="abbr">n</span>t
+les cronicques de france du conte de corbeil du seigneur de montlehery
+&amp; de plusieurs autres. Et mesmement advint n'a pas
+long temps de messeir robert d'artoys lequel par le contenus q<span class="abbr">ue</span>
+le roy ot a luy dommaiga moult le royaulme de france a l'ayde
+des angloys. Et pource la bonne dame qui aura regard a ces
+choses et pitié de la destruction du peuple se vouldra travailler
+d'y mettre paix si admonnestera le peuple son seigneur &amp; son conseil
+d'avoir sur ceste chose regard avant q<span class="abbr">ue</span> on l'entreprengne veu
+le mal qui en pourroit venir &amp; ce que tout pri<span class="abbr">n</span>ce doit a son povoir
+eschever effusion de sang &amp; par especial sur les subgetz. Si n'est
+mye peu de chose d'e<span class="abbr">n</span>treprendre nouvelle guerre qui ne se doit faire
+sans grant advis et meure deliberation &amp; que mieulx vauldroit
+adviser aulcune plus co<span class="abbr">n</span>venable voye pour traire a accord
+par aucuns bons moyens. Ceste dame ne s'en souffrira mye a
+tant ains fera tant qu'elle parlera ou fera parler gardant son ho<span class="abbr">n</span>neur
+et celle de seigneur a celluy ou ceulx qui auront commis le
+meffait &amp; les en reprendra en pongna<span class="abbr">n</span>t &amp; en oygnant disant que
+le meffaict est moult grant et que a bonne cause en est le prince
+indignes &amp; que sentence est de s'en venger sicomme il est raison
+mais non pourtant elle qui tousjours vouldroit le bien de paix
+en cas que ilz se vouldroyent amender ou en faire amende convenable
+mettroit voule<span class="abbr">n</span>tiers peine d'essaier se pacifier les pourroit
+vers son seigneur par telz voyes ou par telz parolles ou se<span class="abbr">m</span>blables
+la bonne princesse sera tousjours moyenne de paix a son
+povoir sico<span class="abbr">m</span>me estoit jadis la bo<span class="abbr">n</span>ne royne blanche mere de sainct
+loys qui en ceste maniere se penoit tousjours de mettre accord e<span class="abbr">n</span>tre
+le roy &amp; les barons sicomme elle fist du conte de champaigne
+&amp; d'autres laquelle chose est le droit office de saige &amp; bonne royne
+&amp; princesse d'estre moyenne de paix et concorde de travailler que
+guerre soit eschevee pour les inconveniens qui advenir en peve<span class="abbr">n</span>t
+&amp; ad ce doyvent adviser principallement les dames. Car les ho<span class="abbr">m</span>mes
+sont par nature plus courageulx &amp; plus chaulx &amp; le grant
+desir qu'ilz ont d'eulx venger ne leur laisse aviser les perilz ne les
+maulx qui advenir en pevent&nbsp;/ mais nature de femme est plus
+poureuse &amp; aussi de plus doulce condicion. Et pource si elles so<span class="abbr">n</span>t
+saiges si elles veullent elles pevent estre le meilleur moyen a pacifier
+l'ho<span class="abbr">m</span>me. Et a ce propos dit salomon es proverbes au. xxvi
+chapitre. Doulceur &amp; humilité assouagist le prince &amp; la langue
+mole. C'estadire la doulce parolle fleichist &amp; brise sa dureté. tout
+ainsi co<span class="abbr">m</span>me l'eaue par sa moisteur &amp; froidure estaint la chaleur d<span class="abbr">e</span>
+feu. O de quans grans biens ont maintesfois esté cause au mo<span class="abbr">n</span>de
+roynes &amp; princesses en mettant paix entre ennemys entre pri<span class="abbr">n</span>ces
+&amp; baro<span class="abbr">n</span>s &amp; entre peuple rebelle &amp; leurs seigneurs les escriptures
+en sont toutes plaines. Si n'est en terre si grant bien que de
+princesse &amp; haulte dame bonne &amp; saige. Eureux est le païs &amp; la
+contree qui telle l'a &amp; de ce donnasse plusieurs exemples&nbsp;/ mais d<span class="abbr">e</span>
+ce est assez parlé a ce propos ou livre de la cité des dames Et que
+advient il de tel princesse&nbsp;/ il advient que tous les subgetz qui la
+sentent de tel sçavoir &amp; bonté afuient a elle a refuge non mye seulement
+comme a leur maistresse mais ce semble a leur deesse en
+terre a qui ilz ont souveraine esperance &amp; fiance &amp; elle est cause d<span class="abbr">e</span>
+maintenir la contree en paix. Si ne sont mye ses oeuvres sans
+charité&nbsp;/ ains sont tant meritoires que plus grant bien ne pourroit
+estre fait.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch9" id="ch9"></a>¶ Cy devise des voyes de devote charité que la bo<span class="abbr">n</span>ne
+princesse tendra. Chap. ix.</h2>
+
+
+<p>Par ceste voye qui est d<span class="abbr">e</span> charité cheminera la bo<span class="abbr">n</span>ne
+princesse. mais avec ce encores fera elle plus
+sico<span class="abbr">m</span>me si elle reputast en sa p<span class="abbr">er</span>sonne dicte la parolle
+que dit saint basille ou y dit au riche ainsi si tu
+te congnois &amp; confesses que ses bie<span class="abbr">n</span>s temporelz
+te soyent venuz de dieu &amp; tousjours tu scés bien
+que tu as plus largeme<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ue</span> n'ont assez d'autres qui sont meille<span class="abbr">ur</span>s
+de toy penserois tu pour ceste cause q<span class="abbr">ue</span> dieu ne fist pas justice q<span class="abbr">ui</span> ne
+les a partis esgaument. Mais ce ne doit mye pourtant estre pe<span class="abbr">n</span>sé.
+car il a fait affin que en donnant &amp; distribuant aux povres tu
+puisses desservir&nbsp;/ q<span class="abbr">ue</span> dieu le te rende &amp; que le povre puist estre par
+sa souffrance &amp; couronné du diademe de pacience. Si gardes q<span class="abbr">ue</span>
+le pain du fameilleux ne moisisse en ta huche q<span class="abbr">ue</span> le costé du nu tu
+ne laisses mengier aux vers que tu ne tienges enclos le soulier
+du deschaulx &amp; que tu ne possides l'argent du souffreteux. Car
+saches de vray que les biens dont tu as trop grant largesse sont
+aux povres &amp; no<span class="abbr">n</span>pas tiens si es larron ou laronnesse &amp; embles a
+dieu si tu peux secourir ton prouchain &amp; tu ne le secours Et pour
+ce la bo<span class="abbr">n</span>ne princesse de ce bien advertie&nbsp;/ affin q<span class="abbr">ue</span> elle aco<span class="abbr">m</span>plisse les
+euvres de misericorde no<span class="abbr">n</span>obstant soit elle seant en sa magesté garde
+la v<span class="abbr">er</span>tu de son estat elle aura tresbo<span class="abbr">n</span>s ministres e<span class="abbr">n</span>viron soy. car
+quoy qu'on die des princes q<span class="abbr">ue</span> ilz ont mauvais co<span class="abbr">n</span>seil ou mauvaise
+gent ou mauvais ministres&nbsp;/ je croy q<span class="abbr">ue</span> ceulx de qui la voulenté
+est toute bonne leurs conseilliers ne les oseroyent mesconseiller
+Et communement le maistre quiert servant selon la co<span class="abbr">n</span>dicion
+si le conseillent bien ou mal selon q<span class="abbr">u'i</span>lz sente<span class="abbr">n</span>t la voule<span class="abbr">n</span>té du seign<span class="abbr">eu</span>r
+Pource ceste dame toute bo<span class="abbr">n</span>ne aura servant selon elle. A ceulx elle
+co<span class="abbr">m</span>metra q<span class="abbr">ue</span> ilz sache<span class="abbr">n</span>t &amp; enq<span class="abbr">ui</span>erent par la ville &amp; p<span class="abbr">ar</span> tout ou elle sera
+ou sont povres ho<span class="abbr">n</span>teux povres gentilz ho<span class="abbr">m</span>mes ou povre ge<span class="abbr">n</span>tis
+fe<span class="abbr">m</span>mes malades ou dechus de leur estat povres vefves mesnagiers
+souffreteux povres pucelles a marier femmes acouchees
+escolliers prestres ou religieux en povreté a ceulx p<span class="abbr">ar</span> son aulmosnier
+q<span class="abbr">ue</span> elle aura sceu devot charitable preudho<span class="abbr">m</span>me &amp; sans couvoitise
+ains q<span class="abbr">ue</span> en tel estat l'ait mis non mie co<span class="abbr">m</span>me plusieurs seign<span class="abbr">eu</span>rs
+qui font du plus larron maistre. Car dieu scet co<span class="abbr">m</span>ment il en va
+du gouvernement d'aulcuns aulmosniers de seigneurs ou de p<span class="abbr">re</span>latz
+par icelluy ou par ung autre a ce co<span class="abbr">m</span>mis evoyera a iceulx bo<span class="abbr">n</span>nes
+gens tout secrettement sans q<span class="abbr">ue</span> les povres mesmes saichent
+do<span class="abbr">n</span>t l'aumosne leur ve<span class="abbr">n</span>dra a l'exe<span class="abbr">m</span>ple de monseign<span class="abbr">eu</span>r saint nicolas
+Et mesmeme<span class="abbr">n</span>t n'aura mye honte la bo<span class="abbr">n</span>ne princesse de visiter aucu<span class="abbr">n</span>effois
+les hospitaulx &amp; les povres a tout son estat aco<span class="abbr">m</span>paignee
+gra<span class="abbr">n</span>dement co<span class="abbr">mm</span>e il appartient p<span class="abbr">ar</span>lera aux povres &amp; aux malades
+les couchera &amp; les reco<span class="abbr">n</span>fortera doulcement en faisant son aumosne.
+&amp; en ce fera elle son aumosne souveraine &amp; fleurie. car le povre
+est trop pl<span class="abbr">us</span> reco<span class="abbr">n</span>forté &amp; pl<span class="abbr">us</span> pre<span class="abbr">n</span>t en gré la doulce parolle la visitacion
+&amp; le reconfort d'une grant &amp; puissant p<span class="abbr">er</span>sonne q<span class="abbr">ue</span> d'une autre&nbsp;/ la
+cause si est q<span class="abbr">u'i</span>l luy est avis et il est vray q<span class="abbr">ue</span> tout se mo<span class="abbr">n</span>de le desprise
+&amp; luy semble q<span class="abbr">ue</span> quant p<span class="abbr">er</span>sonne puissant la daigne visiter ou la reforcer
+q<span class="abbr">u'i</span>l a recouvré aucun ho<span class="abbr">n</span>neur q<span class="abbr">ui</span> est chose q<span class="abbr">ue</span> naturelleme<span class="abbr">n</span>t chascun
+desire &amp; ainsi la princesse ou grant maistresse en ce faisant
+acquiert plus grant merite q<span class="abbr">ue</span> une maindre en cas se<span class="abbr">m</span>blable ne feroit
+pour trois principalles raisons. La p<span class="abbr">re</span>miere est q<span class="abbr">ue</span> de tant que
+la p<span class="abbr">er</span>sonne est pl<span class="abbr">us</span> grant &amp; plus se humilie de tant pl<span class="abbr">us</span> croist sa bo<span class="abbr">n</span>té.
+La .ii. que elle donne plus grant reco<span class="abbr">n</span>fort aux povres sico<span class="abbr">mm</span>e dist
+est. Et la tierce q<span class="abbr">ui</span> dit que ce n'est mie petite raison q<span class="abbr">ue</span> elle donne bo<span class="abbr">n</span>ne
+exe<span class="abbr">m</span>ple a ceulx q<span class="abbr">ui</span> la voient faire telle euvre &amp; si grant hu<span class="abbr">m</span>ilité.
+Car il n'est rie<span class="abbr">n</span>s q<span class="abbr">ue</span> les subgetz et le peuple tire tant en exe<span class="abbr">m</span>ple co<span class="abbr">mm</span>e
+ce q<span class="abbr">ue</span> faire vois a son seign<span class="abbr">eu</span>r ou a sa dame. &amp; pource est grant bien
+qua<span class="abbr">n</span>t seigneurs &amp; dames &amp; toutes ge<span class="abbr">n</span>s q<span class="abbr">ui</span> ont a seigneurir autruy
+sont bien moriginez &amp; grant meschief du contraire. Et ne cuide
+point nulle ta<span class="abbr">n</span>t soit grant maistresse q<span class="abbr">ue</span> se soit ho<span class="abbr">n</span>te ne co<span class="abbr">n</span>tre son estat
+d'aler elle mesmes devoteme<span class="abbr">n</span>t &amp; hu<span class="abbr">m</span>blement aucu<span class="abbr">n</span>esfois visiter
+les p<span class="abbr">ar</span>dons les eglises &amp; les sainctes places ne telz pensees ne
+sont q<span class="abbr">ue</span> abusio<span class="abbr">n</span>s&nbsp;/ car se elle a ho<span class="abbr">n</span>te de bien faire elle a ho<span class="abbr">n</span>te de soy sauver.
+mais tu me diras co<span class="abbr">m</span>ment fait la gra<span class="abbr">n</span>t dame ses aulmosnes
+&amp; ces choses se elle n'a arge<span class="abbr">n</span>t. car deva<span class="abbr">n</span>t est dit q<span class="abbr">ue</span> il y a peril a amasser
+tresors si te respo<span class="abbr">n</span>s a ce que n'est point de mal q<span class="abbr">ue</span> la princesse ou
+gra<span class="abbr">n</span>t dame amasse tresor de l'arge<span class="abbr">n</span>t ou de la revenue ou pension q<span class="abbr">ui</span>
+luy peut venir liciteme<span class="abbr">n</span>t de son droit &amp; sa<span class="abbr">n</span>s extorcion faire. mais
+de ce tresor q<span class="abbr">ue</span> fera elle. Sans faille elle n'est point tenue mesmement
+selon dieu se elle ne veult de do<span class="abbr">n</span>ner tout aux povres. Mais
+en peult garder liciteme<span class="abbr">n</span>t po<span class="abbr">ur</span> ses necessaires po<span class="abbr">ur</span> son estat et po<span class="abbr">ur</span>
+payer ses servans faire deux quant il est expedient et payer ce q<span class="abbr">ui</span> est
+prins pour elle et ses debtes doibvent estre payees. Car nea<span class="abbr">n</span>t
+vauldroit faire aulmosne de l'autrui&nbsp;/ mais si la bonne dame restraint
+des superfluités que elle pourroit bien faire si elle voulloit
+de tant de robbes&nbsp;/ et de tant de joyaulx qui ne luy sont necessaires
+pour employer en telz usaiges la ou est la pure et droicte
+aulmosne et le grant merite. O comme est grant et bien conseillee
+celle qui se fait celle peut par exemple estre comparee a ungz
+sages hommes de qui il est escript que une fois il fut esleu pour
+estre maistre gouverneur d'une cité luy qui estoit prudent et saige
+advisa que plusieurs autres ho<span class="abbr">mm</span>es qui avoye<span class="abbr">n</span>t esté mis &amp; eslus
+en ce mesme office en avoyent depuis esté deposez be<span class="abbr">n</span>nys povres
+&amp; mis de tous biens en exil en une certaine povre co<span class="abbr">n</span>tree ou
+ilz mouroie<span class="abbr">n</span>t de fain. Si dist a soymesmes que il pourvoiroit tellement
+a celluy inconvenient que ou cas que il seroit la envoyé.
+Il n'y mourroit pas de fain Si ordo<span class="abbr">n</span>na tellement l'arge<span class="abbr">n</span>t &amp; l'avoir
+qui luy venoit de ses gaiges &amp; de sa revenue tandis que il fut en
+l'office que aprés son estat ric a ric tenu. mettoit tout le demourant
+apert en lieu sauf. Si fut a la parfin fait de luy comme des
+autres&nbsp;/ mais la saige provision qu'il avoit espergnee le sauva &amp;
+garda de necessité. Tout ainsi l'avoir que on restraint de sup<span class="abbr">er</span>flu
+doit estre pour donner aux povres &amp; bien faire C'est le tresor qui
+est mis apart en saincte huche q<span class="abbr">ui</span> sert ap<span class="abbr">ré</span>s la mort&nbsp;/ et garde l'exil
+d'enfer &amp; ceste chose chante l'eva<span class="abbr">n</span>gille qui ne fait q<span class="abbr">ue</span> crier. Thesaurisés
+en terre ou thesaurisés ou ciel Helas autre chose on en emporte
+q<span class="abbr">ue</span> iceluy tresor. C'est chose vroye si q<span class="abbr">ue</span> tesmoigne la saincte
+escripture. Si est sans faille souveraineme<span class="abbr">n</span>t bo<span class="abbr">n</span>ne mesnagere la
+princesse &amp; toute fe<span class="abbr">m</span>me q<span class="abbr">ui</span> entent a icelluy espargner. Et a brief dire
+ceste noble v<span class="abbr">er</span>tu de charité qui ainsi co<span class="abbr">mm</span>e dit est sera entee au cue<span class="abbr">ur</span>
+de la bo<span class="abbr">n</span>e princesse avec les autres choses dessusdictes la re<span class="abbr">n</span>dra
+de si tresbonne voule<span class="abbr">n</span>té e<span class="abbr">n</span>vers toutes ge<span class="abbr">n</span>s qu'il luy sera avis que
+chascune p<span class="abbr">er</span>sonne vaille mieulx q<span class="abbr">ue</span> elle Et pource son cueur s'esjoyra
+du bien d'autruy co<span class="abbr">m</span>me du sien p<span class="abbr">ro</span>pre &amp; la bo<span class="abbr">n</span>ne reno<span class="abbr">m</span>mee des aultres
+luy sera tresdelectable chose a oÿr et a son povoir en toutes
+choses donnera occasion aux bons de perseverer &amp; au maulvais
+pour eulx retraire.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch10" id="ch10"></a>¶ Cy commence a parler des enseignemens moraulx que
+prudence donna a la sage princesse. Chap. .x.</h2>
+
+
+<p>Nous autres assés devise ce q<span class="abbr">ui</span> touche principa<span class="abbr">lle</span>ment
+les e<span class="abbr">n</span>seigneme<span class="abbr">n</span>s q<span class="abbr">ue</span> l'amour &amp; crainte d<span class="abbr">e</span> nostre
+seign<span class="abbr">eu</span>r do<span class="abbr">n</span>ne &amp; amo<span class="abbr">n</span>neste a la bo<span class="abbr">n</span>ne princesse
+ou haulte dame&nbsp;/ si q<span class="abbr">ue</span> devant fut touché. Si no<span class="abbr">us</span>
+co<span class="abbr">n</span>vie<span class="abbr">n</span>t doresnavant p<span class="abbr">ar</span>ler de la leçon &amp; des enseignemens
+q<span class="abbr">ue</span> prudence mondaine luy admonneste
+lesq<span class="abbr">ue</span>lz e<span class="abbr">n</span>seigneme<span class="abbr">n</span>s &amp; amonicio<span class="abbr">n</span>s ne se desp<span class="abbr">ar</span>tent de ceulx d<span class="abbr">e</span> dieu
+ains en vie<span class="abbr">n</span>nent &amp; depe<span class="abbr">n</span>dent. Si p<span class="abbr">ar</span>lerons du sage gouvernement
+&amp; maniere de vivre q<span class="abbr">ui</span> luy advisent selon prude<span class="abbr">n</span>ce p<span class="abbr">re</span>miereme<span class="abbr">n</span>t enseigne
+a la princesse ou haulte dame co<span class="abbr">n</span>vient sur toutes les choses
+de ce bas mo<span class="abbr">n</span>de doit aimer ho<span class="abbr">n</span>neur &amp; bo<span class="abbr">n</span>ne reno<span class="abbr">m</span>mee &amp; luy dira
+il ne desplaist mye a dieu que creature vive en ce monde moralement
+&amp; si elle vit morallement elle aymera le bien de reno<span class="abbr">m</span>mee&nbsp;/
+qui est ho<span class="abbr">n</span>neur &amp; ce tesmoigne saint augustin ou livre de correction
+qui dit q<span class="abbr">ue</span> deux choses sont necessaires a bien c'est conscie<span class="abbr">n</span>ce &amp; bo<span class="abbr">n</span>ne
+reno<span class="abbr">m</span>mee. Et a ce s'accorde le saige ou livre de ecclesiastique q<span class="abbr">ui</span>
+dit ayes euvre de bo<span class="abbr">n</span>ne reno<span class="abbr">m</span>mee car elle te demourra plus longuement
+q<span class="abbr">ue</span> quelconques autre tresor&nbsp;/ pource dira la saige princesse
+a soy mesmes. Sur toutes choses terrestres n'est nulle q<span class="abbr">ui</span> autant
+affiere a haulte gent q<span class="abbr">ue</span> fait ho<span class="abbr">n</span>neur &amp; q<span class="abbr">ue</span>lz choses dira elle co<span class="abbr">n</span>vient
+il a droit ho<span class="abbr">n</span>neur. Certes a proprement dire ce ne sont mye richesses
+mondaines au moins si elles y servent selon la co<span class="abbr">m</span>mune maniere
+du monde toutesvoyes a aller au droit ce doit estre toute la
+maindre partie qui serve a parfaire l'ho<span class="abbr">n</span>neur. Et quelle chose do<span class="abbr">n</span>cques
+y sont plus convenables en verité ce sont bonnes meurs elles
+parfont la creature noble &amp; la fo<span class="abbr">n</span>t estre bien renommee. et la
+est le droit p<span class="abbr">ar</span>fait ho<span class="abbr">n</span>neur&nbsp;/ car il n'est point de doubte q<span class="abbr">ue</span> quelco<span class="abbr">n</span>ques
+richesses q<span class="abbr">ui</span> soyent en prince ou en princesse ou d'autre se il ne maine
+vie par laquelle on acquiert par bien faire bonne reno<span class="abbr">m</span>mee et
+los honneur ne luy affiert&nbsp;/ ne il ne l'a que po<span class="abbr">ur</span> luy blandir &amp; avoir
+du sien quoy que on luy face acroyre. car droit honneur doit estre
+sans reproche. Et co<span class="abbr">m</span>bien doit aymer la haulte dame cest ho<span class="abbr">n</span>neur
+Certes plus que sa vie. Car plus chier a perdre la devroit que
+honneur La raison y est bo<span class="abbr">n</span>ne. car q<span class="abbr">ui</span> bien meurt il est sauvé. mais
+qui est desho<span class="abbr">n</span>noré il reproche mort et vif a tousjours tant que de
+luy sera memoire. O le tresgrant tresor de princesse &amp; de toute autre
+dame q<span class="abbr">ue</span> bonne reno<span class="abbr">m</span>mee. Certes nul si grant en ce monde ne
+pourroit avoir ne que elle doie tant aymer amasser. Car le tressor
+co<span class="abbr">m</span>mun ne le peut servir que e<span class="abbr">n</span>viron elle mais celuy de bon renom
+luy sert &amp; pres &amp; loing qui eslieve son ho<span class="abbr">n</span>neur par toute la terre.
+&amp; est ainsi de bo<span class="abbr">n</span>ne renommee en une personne co<span class="abbr">m</span>me se il estoit
+possible que du corps d'une creature yssist si grant odeur que elle
+s'espandist par tout le monde si que toutes gens le fleurassent.
+Tout ainsi par l'odeur de la renommee qui par tout court d'une
+vaillable p<span class="abbr">er</span>sonne toute gent peut avoir le goust &amp; le flair de bon
+exemple. De ces choses advertira prudence la saige princesse &amp;
+que fera elle po<span class="abbr">ur</span> les mettre a oeuvre elle disposera son vivre principalement
+en deux choses l'une appartiendra aux meurs qu'elle
+vouldra tenir &amp; excercer. &amp; l'autre en la maniere &amp; ordre de vivre
+en quoy elle vouldra estre riglee. Et quant aux meurs e<span class="abbr">n</span>suyvans
+les vertus dessusdictes deux autres par especial sont necessaires
+a pri<span class="abbr">n</span>cesse &amp; a toute haulte dame voire a toute femme
+qui desire grans honneurs avoir &amp; sans lesquelles ne le pourroit
+avoir vouldra tressinguliereme<span class="abbr">n</span>t en especiaulté avoir&nbsp;/ l'une est
+sobresse &amp; l'autre est chateté. Icelle sobresse qui est la premiere ne
+s'estendra pas seullement en boire ne en menger&nbsp;/ mais en toutes
+autres choses&nbsp;/ esquelles elle pourra servir &amp; restaindre &amp; de rapeticier
+superfluités. Icelle sobrieté la fera estre non dangereuse a
+servir. Car elle ne vouldra point de service plus que raison ne demande&nbsp;/
+nonobstant son grant estat elle le fera estre contente de
+telz vins &amp; de telles viandes que on luy administrera. Car en
+ce n'aura tant soit petite son entente &amp; encores ne prendra fors ric
+a ric tant que necessité de vivre peut requerir elle la gardera de
+trop dormir&nbsp;/ pource que prudence luy dira que trop grant repos
+enge<span class="abbr">n</span>dre pechié &amp; vice&nbsp;/ &amp; la gardera du vice d'avarice Car le pou
+d'avoir luy donnera grant souffisance Superflus &amp; oultrageux
+habis joyeulx a to<span class="abbr">us</span> &amp; estat plus que raison luy deffendra a avoir
+sur toutes rie<span class="abbr">n</span>s par l'admonnestement de prudence qui ainsi luy
+dira sans faille il appartie<span class="abbr">n</span>t bien que toute princesse ou dame terrienne
+selon son degré q<span class="abbr">ue</span> elle soit richement atournee&nbsp;/ tant de vestemens
+d'atours de pareme<span class="abbr">n</span>s &amp; de joyaulx comme de grant co<span class="abbr">ur</span>t
+&amp; de gent ou d'estat pour l'ho<span class="abbr">n</span>neur de l'office ou dieu l'a assise. mais
+ne doubtes pas que se toy ou aultre n'estoyes conte<span class="abbr">n</span>te de tel estat
+&amp; abillemens que tes nobles davanciers ont porté que tu voulsisses
+avoir plus grant ou co<span class="abbr">m</span>mencer nouvelles choses tu mespre<span class="abbr">n</span>droyes
+&amp; ferois contre ton honneur &amp; co<span class="abbr">n</span>tre le bien de sobresse si ne
+le feras mye Car il n'appartient pas a nulle de ainsi faire&nbsp;/ voire
+se ce n'est par tel si que son seigneur par qui elle doit estre riglee le
+voulsist a toutes fins ne doit riens entreprendre sans bon advis
+ne conseil &amp; ne juste cause. Ceste dicte sobresse monstre en to<span class="abbr">us</span> les
+sens de la dame aussi bien que es faitz &amp; habitz par dehors. Car
+elle luy rendra le regard tardif arresté &amp; sans vaqueté la gardera
+de curiosité de moult de souefves odeurs en quoy assés de dames
+ont mis grant cure &amp; despendu foison d'argent pource qu'elle
+luy dira que l'on ne doit mye procurer ne donner au corps tant
+de delices et que mieulx vault que tel argent soit donné aux povres
+et aux indigens. Et avec ce ceste sobresse corrigera &amp; chastira
+tellement &amp; ordonnera la bouche &amp; le parler de la dame saige
+qu'elle la gardera principallement de trop parler&nbsp;/ qui moult est
+messeant chose a haulte dame. voire en toute femme de value
+luy fera haïr de tout son cueur le vice de mensonge &amp; aymer verité
+laquelle sera tant acoustumement en sa bouche que on croyra
+ce qu'elle dira &amp; y adjoustera l'on foy comme a elle que jamais
+on n'orra me<span class="abbr">n</span>tir&nbsp;/ laq<span class="abbr">ue</span>lle dicte vertu de verité affier plus en bouche
+de prince &amp; de princesse que en autres gens. pource que il appartient
+que on le croye luy deffendra qu'elle ne dye parolle par especial
+en lieu ou elle puisse estre pesee &amp; raportee qu'elle n'ayt ava<span class="abbr">n</span>t
+bien examinee prudence &amp; sobreté aprendront a la dame a avoir
+parler ordonné &amp; sage eloquence. &amp; non pas mignote&nbsp;/ mais rassise
+&amp; quoye assez basse &amp; beaulx traitz sans faire mouvement du
+corps des mains &amp; grimaces du visaige la gardera de trop rire
+&amp; non pas sans cause luy deffendra sur toute rien que nullement
+ne mesdie d'autruy ne parolle en blasmant&nbsp;/ mais en exaulçant le
+bien &amp; voulentiers tiengne en frain parolles vagues &amp; non ho<span class="abbr">n</span>nestes
+ne luy souffrira a dire &amp; en ses joyeusetés luy conviendra a
+garder toute mesure &amp; honnesteté luy appartiendra a dire entre
+ses femmes &amp; autre part quant il escherra et sera bien seant parolles
+vertueuses &amp; de bon exemple &amp; telles que ceulx &amp; celles q<span class="abbr">ui</span>
+les orront ou seront raportees diront que c'est parolle yssue de tresbonne
+sage &amp; honneste dame la gardera de parler a ses femmes
+&amp; a ses servans maulgratieusement ne en tençant ne disant villanie&nbsp;/
+mais les enseignera doulcement &amp; les reprendra de leurs
+deffaulx courtoisement les menaçant de les mettre hors s'ilz ne
+se corrigent ou de les pugnir&nbsp;/ ou par quelque autre maniere.
+mais toutesvoyes le parler d'elle sera tousjours quoy &amp; sans villanye.
+car la vilanie yssue de bouche de dame ou de quelconque
+femme retourne plus a elle mesmes que a ceulx a qui elle la dit
+fera ses commandemens raisonnables en lieu et en temps et a
+ceulx a qui il appartient chascun en son office. Ceste dame lira
+voulentiers livres d'enseignemens et de bonnes meurs. et aucuneffois
+de devotion et ceulx de deshonnesteté et lubreté harra p<span class="abbr">ar</span>faictement
+et ne les vouldra avoir a sa court ne souffrir que ilz
+soyent portés ne leuz devant fille parente ne femme qu'ilz elle ait
+Car ce n'est point de doubte que les exemples soit de bien ou de
+mal atraient les cueurs couraiges et voulentés de tous ceulx
+ou celles qui les voyent ou oyent. &amp; si ceste noble dame pre<span class="abbr">n</span>t plaisir
+en recorder bonnes parolles &amp; dire fera se<span class="abbr">m</span>blant de les ouÿr &amp; p<span class="abbr">ar</span>
+especial la parolle de dieu. Car elle qui sera de dieu orra voulentiers
+la parolle en la maniere qui le tesmoigne en l'evangelle ou
+il dit. Ceulx qui me ayment oyent voulentiers ma parolle &amp; la
+gardent. Si orra souvent par notables &amp; bons clercz sermons &amp;
+collations aux festes annees &amp; en tous temps. Et se<span class="abbr">m</span>blableme<span class="abbr">n</span>t
+vouldra que ses filles &amp; femmes &amp; toute sa famille y soit vouldra
+estre bien informee de tout ce qui touche a nostre foy des articles
+&amp; des commandeme<span class="abbr">n</span>s &amp; de tout ce qui acquiert a sauveme<span class="abbr">n</span>
+Et de ce q<span class="abbr">ui</span> appartient aux choses mondaines orra voulentiers
+parler des vaillans gens&nbsp;/ des preux chevaliers &amp; gentilz hommes
+de leurs faitz &amp; de leurs proesses&nbsp;/ de grans clercz &amp; de leurs
+sciences. de tous preudes hommes &amp; de toutes preudes fe<span class="abbr">m</span>mes&nbsp;/
+de leur sens &amp; de leur belle vie &amp; iceulx aymera &amp; leur fera grant
+honneur &amp; bonne chiere &amp; beaulx dons leur donnera. Item avecques
+ce de gens de belle &amp; esleue vie en fait de devotion s'acointera
+&amp; vouldra avoir leur amitié humblement les recevera &amp; parlera
+a eulx a secret&nbsp;/ &amp; moult voulentiers les orra se recommandera
+a leurs prieres. Et ainsi par ceste voye la vertu de sobresse
+reglera la bonne princesse. Si s'ensuyvra de ceste regle. La .ii. des
+deux vertus que nous avons dit qu'elle vouldra singuliereme<span class="abbr">n</span>t
+avoir&nbsp;/ c'est assavoir chasteté de laquelle elle sera par ceste maniere
+de vivre tant remplye &amp; ramenee a telle purté que en fait n'en
+dit semblant atour ne contenance maintien estat regard n'aura
+riens ou il y ait a redire ne reprochier.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch11" id="ch11"></a>¶ La maniere de vivre p<span class="abbr">ar</span> l'admo<span class="abbr">n</span>nestement de prude<span class="abbr">n</span>ce.
+chap. .xi.</h2>
+
+
+<p>Prudence sicomme j'ay dit deva<span class="abbr">n</span>t avertira la sage
+princesse comme<span class="abbr">n</span>t l'ordre de son vivre sera riglé
+et par elle par son e<span class="abbr">n</span>nortement tiendra telle
+maniere elle se levera tous les jours assez matin
+&amp; seront les premieres parolles adressans a
+dieu en disant. Daigne nous sire garder huy ceste
+journee de pechié de mort soudaine &amp; de toute mauvaise ave<span class="abbr">n</span>ture
+ainsi soit il a tous nos parens &amp; amys aux tespassés p<span class="abbr">ar</span>don
+&amp; a nos subjectz paix &amp; transquilité amen. pater noster. Et au
+surplus d'oraisons ce que devotion luy administrera ne requerra
+avoir e<span class="abbr">n</span>tour elle moult gra<span class="abbr">n</span>t affaire de service. &amp; ceste voye tenoit
+n'a pas moult de temps q<span class="abbr">u'e</span>lle vivoit la bonne &amp; saige royne Jeha<span class="abbr">n</span>ne
+fe<span class="abbr">m</span>me jadis du roy charles de france .v. de ce nom qui se levoit
+tous les jours devant le jour&nbsp;/ allumoit ellemesmes sa chandelle
+pour dire ses heures &amp; ne souffroit q<span class="abbr">ue</span> fe<span class="abbr">m</span>me qu'elle eust se levast ne
+perdist son so<span class="abbr">m</span>me. Aprés q<span class="abbr">u'e</span>lle sera preste ira ouÿr ses messes tant
+et en telle maniere &amp; quantité q<span class="abbr">ue</span> sa devotion sera &amp; q<span class="abbr">ue</span> temps &amp; loysir
+luy do<span class="abbr">n</span>nera. Car n'est mie doubte q<span class="abbr">ue</span> ceste dame a q<span class="abbr">ui</span> sont co<span class="abbr">m</span>mis
+grans gouverneme<span class="abbr">n</span>s co<span class="abbr">m</span>me plusieurs seigneurs font &amp; ont fait a
+leurs fe<span class="abbr">m</span>mes quant les voyent bo<span class="abbr">n</span>nes &amp; saiges &amp; ilz alloyent hors
+ou estoye<span class="abbr">n</span>t occupés ailleurs ilz bailloye<span class="abbr">n</span>t la charge a elles &amp; auctorité
+de gouverner le fait de leur seigneurie et estre chief du co<span class="abbr">n</span>seil.
+Et telles dames so<span class="abbr">n</span>t pl<span class="abbr">us</span> a excuser mesmes depuis devers dieu se
+tant n'e<span class="abbr">m</span>ploient de te<span class="abbr">m</span>ps en lo<span class="abbr">n</span>gues oraisons q<span class="abbr">ue</span> celles q<span class="abbr">ui</span> pl<span class="abbr">us</span> ont loisir
+ne elles n'ont pas moins de merite de bien et justeme<span class="abbr">n</span>t ente<span class="abbr">n</span>dre a
+la chose publicq<span class="abbr">ue</span> a leur povoir q<span class="abbr">u'e</span>lles auroient de pl<span class="abbr">us</span> longuement
+vacquer en oraiso<span class="abbr">n</span>s se ce n'estoit q<span class="abbr">u'e</span>lles voulsissent du tout entendre
+a la <span class="abbr">con</span>te<span class="abbr">m</span>plative &amp; laisser la vie active. Si q<span class="abbr">ue</span> j'ay deva<span class="abbr">n</span>t dit&nbsp;/ car
+la vie conte<span class="abbr">m</span>plative peut bien sans l'active. Mais la droicte bo<span class="abbr">n</span>ne
+active ne peut sa<span class="abbr">n</span>s aucune partie de la co<span class="abbr">n</span>te<span class="abbr">m</span>plative. Ceste dame
+aura do<span class="abbr">n</span>né ordo<span class="abbr">n</span>nance&nbsp;/ q<span class="abbr">ue</span> a l'issue de la chapelle soyent aulcuns povres
+a q<span class="abbr">ui</span> elle mesmes par humilité &amp; devotion&nbsp;/ &amp; en memoire &amp; signe
+q<span class="abbr">ue</span> elle ne doye mie despriser les povres do<span class="abbr">n</span>nera de sa main l'aumosne
+&amp; la endroit se aucunes piteuses requestes luy sont affaire&nbsp;/
+elles les orra benignement et donnera a chascun gracieuse responce
+&amp; ceulx q<span class="abbr">u'e</span>lle pourra en brief temps expedier ne tiendra pas
+longue dilation&nbsp;/ &amp; de ce faire croistra l'aumosne &amp; aussi la renommee
+Si y aura aulcuns preudho<span class="abbr">m</span>mes&nbsp;/ pource qu'elle ne pourroit
+par adventure entendre a toutes les requestes q<span class="abbr">ui</span> luy viendront.
+Lesquelz preudho<span class="abbr">m</span>mes seront co<span class="abbr">m</span>mis a y entendre. Et vouldra
+que iceulx soyent charitables &amp; tost expediens&nbsp;/ &amp; ellemesmes de
+leurs meurs s'en prendra garde. Ces choses faictes si elle est dame
+qui se mesle du gouvernement&nbsp;/ co<span class="abbr">mm</span>e dit est&nbsp;/ elle s'en ira au conseil
+aux jours que tenir se devera&nbsp;/ l'aura a tel port telle maniere
+et telle contenance quant en son hault siege sera assise que elle se<span class="abbr">m</span>blera
+bien estre dame &amp; maistresse de tous. Et chascun l'aura en
+grant reverence co<span class="abbr">m</span>me leur sage maistresse de grant auctorité.
+Et si orra diligemment ce qui sera propice et l'oppinion de tous
+et ta<span class="abbr">n</span>t bien y mettra son entente qu'elle entendra les principaulx
+pointz des matieres &amp; des conclusions &amp; bien notera lesquelz diront
+mieulx &amp; par la meilleur co<span class="abbr">n</span>sideration &amp; advis &amp; qui luy apperront
+les plus saiges &amp; de la plus vive oppinion. Et aussi notera
+en la diversité des oppinions quelz causes &amp; quelz raiso<span class="abbr">n</span>s po<span class="abbr">ur</span>royent
+mouvoir les disans. Et ainsi en toutes choses sera advisee&nbsp;/
+&amp; quant viendra a elle a parler ou respondre selon le cas qui
+escharra si sagement se advisera du faire que elle ne puisse estre
+reputee simple ygnorante&nbsp;/ &amp; se advant la main elle peut estre informee
+de ce qu'on devera &amp; q<span class="abbr">ue</span> p<span class="abbr">ro</span>poser sur ce se choses pesa<span class="abbr">n</span>tes sont &amp;
+elle se pourvoit par sage co<span class="abbr">n</span>seil de responce ce n'est que bien. Avec
+ce ceste dame establira certains preudhommes saiges en certaines
+quantités qui seront de son conseil q<span class="abbr">u'e</span>lle sentira bons loyaulx
+de bonne vie &amp; non trop couvoiteux&nbsp;/ car c'est ce qui ho<span class="abbr">n</span>nit tout en
+tout plusieurs princes &amp; princesses que conseilliers remplis de
+couvoitise. Car selon leur inclinacion ilz induysent &amp; ennortent
+ceulx qui conseillent&nbsp;/ &amp; sans faille ceulx qui habondent en tel vice
+ne pourroyent bien loyaument ne au p<span class="abbr">ro</span>ffit de l'ame &amp; honneur
+du corps conseiller &amp; q<span class="abbr">u'i</span>lz soyent de bo<span class="abbr">n</span>ne vie &amp; de ce doit bien enquerir
+la prudente dame a ceulx elle se conseillera par chascun jour a
+certaine heure des beso<span class="abbr">n</span>gnes q<span class="abbr">u'e</span>lle aura a faire ap<span class="abbr">ré</span>s ce <span class="abbr">con</span>seil du matin
+ira a table qui sera p<span class="abbr">ar</span> especial aux jours sole<span class="abbr">n</span>nelz &amp; aux festes
+voire le plus co<span class="abbr">m</span>muneme<span class="abbr">n</span>t en salle ou seront assises les dames &amp;
+damoiselles &amp; les personne a qui il appartiendra par ordre selon
+leur estat&nbsp;/ la sera servie selon qu'il appartie<span class="abbr">n</span>t a tel estat&nbsp;/ &amp; tandis
+que l'assiete durera selon la belle ancienne coustume des roynes
+&amp; des princesses aura ung preudho<span class="abbr">m</span>me en estat au chief du doy q<span class="abbr">ui</span>
+dira d'ancie<span class="abbr">n</span>nes gestes d'aucuns bo<span class="abbr">n</span>s trespassés ou d'aucunes belles
+moralités ou exemples&nbsp;/ la n'aura mye grant noyse menee.
+Et aprés les tables levees &amp; graces dictes s'il y a princes ou seigneurs
+dames ou damoiselles ou d'aultres estranges vers elle.
+Adonc celle q<span class="abbr">ui</span> sera en toutes choses enseignee &amp; aprinse recepvra
+chascun en tel ho<span class="abbr">n</span>neur co<span class="abbr">m</span>me il luy appartiendra. Si q<span class="abbr">ue</span> to<span class="abbr">us</span> se tendro<span class="abbr">n</span>t
+pour <span class="abbr">con</span>te<span class="abbr">n</span>s p<span class="abbr">ar</span>lera a eulx par maniere rassise a joyeulx visaige
+aux ancie<span class="abbr">n</span>s d'une guise pl<span class="abbr">us</span> pesante aux jeunes d'une aultre pl<span class="abbr">us</span>
+riant et ce adonc vient la a p<span class="abbr">ar</span>ler ou a ouÿr d'aucu<span class="abbr">n</span>s esbateme<span class="abbr">n</span>s ou
+d'aucu<span class="abbr">n</span>es joyeusetés elle s'i saura <span class="abbr">con</span>tenir p<span class="abbr">ar</span> si plaisa<span class="abbr">n</span>t maniere q<span class="abbr">ue</span> to<span class="abbr">us</span>
+diro<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ue</span> c'est une gratieuse dame &amp; q<span class="abbr">ui</span> bien scet son maintien en to<span class="abbr">us</span>
+endrois. Ap<span class="abbr">ré</span>s les espices prises &amp; q<span class="abbr">u'i</span>l sera te<span class="abbr">m</span>ps de retraire la dame
+s'en ira a sa cha<span class="abbr">m</span>bre la ung petit se reposera se besoing en a&nbsp;/ puis aprés
+se il est jour ouvrier &amp; elle n'a aucune autre pl<span class="abbr">us</span> grande occupacion
+pour eschever oysiveté a aucu<span class="abbr">n</span> ouvraige se pre<span class="abbr">n</span>dra &amp; environ
+elle fera se<span class="abbr">m</span>blableme<span class="abbr">n</span>t ouvrer ses filles &amp; ses fe<span class="abbr">m</span>mes &amp; la a privé
+vouldra q<span class="abbr">ue</span> chascune devise hardime<span class="abbr">n</span>t de toutes ho<span class="abbr">n</span>nestes joyeusetés
+si q<span class="abbr">ue</span> il luy plaira &amp; elle mesmes rira avecq<span class="abbr">ue</span>s elles &amp; s'esbatra en
+devisant si familierement q<span class="abbr">ue</span> toute louero<span class="abbr">n</span>t sa gra<span class="abbr">n</span>t priveté &amp; benigneté
+&amp; l'aymero<span class="abbr">n</span>t de tout leur courage ainsi fera jusq<span class="abbr">ue</span>s a heure d<span class="abbr">e</span>
+vespres q<span class="abbr">ue</span> elle les yra oÿr en sa chapelle se il est jour de feste se aucune
+gra<span class="abbr">n</span>de occupation ne les e<span class="abbr">m</span>pesche ou les dira sa<span class="abbr">n</span>s faillir avecques
+la chapellaine &amp; ap<span class="abbr">ré</span>s ce fait s'il est esté s'en ira esbatre en aucun
+jardin jusq<span class="abbr">ue</span>s a heure de souper l'en viendra &amp; ira po<span class="abbr">ur</span> sa santé.
+Si vouldra q<span class="abbr">ue</span> si aucu<span class="abbr">n</span>s ont a beso<span class="abbr">n</span>gner a elle po<span class="abbr">ur</span> certaines causes
+q<span class="abbr">ue</span> ilz soye<span class="abbr">n</span>t lassez entrer &amp; les orra. Vers le coucher sera a dieu en
+oraiso<span class="abbr">n</span>s &amp; ai<span class="abbr">n</span>si se finera l'ordre des <span class="abbr">com</span>munes jo<span class="abbr">ur</span>nees de la prudente
+princesse viva<span class="abbr">n</span>t en bo<span class="abbr">n</span>ne &amp; saincte activeté. q<span class="abbr">uan</span>t est d'autres esbateme<span class="abbr">n</span>s
+a quoy dames seule<span class="abbr">n</span>t prendre esbateme<span class="abbr">n</span>s &amp; plaisir sico<span class="abbr">mm</span>e de aller
+a la chasse aucu<span class="abbr">n</span>esfois voler en riviere ou a autres jeux. Ces
+choses nous ne mettons poi<span class="abbr">n</span>t en l'ordre de nostre discipline &amp; enseignement.
+Car nous les laissons en la distribution &amp; vouloir de
+leurs maris &amp; du leur aussi desquelles choses aucu<span class="abbr">n</span>e licence peut
+bie<span class="abbr">n</span> estre do<span class="abbr">n</span>nee en te<span class="abbr">m</span>ps &amp; en luy mesmes aux da<span class="abbr">m</span>es tresvertueuses
+sa<span class="abbr">n</span>s mesprendre mais q<span class="abbr">ue</span> ce soit sans trop et q<span class="abbr">ue</span> mesure soit gardee.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch12" id="ch12"></a>¶ Cy <span class="abbr">com</span>mence a p<span class="abbr">ar</span>ler des sept pri<span class="abbr">n</span>cipaulx enseigneme<span class="abbr">n</span>s de prude<span class="abbr">n</span>ce
+q<span class="abbr">ui</span> so<span class="abbr">n</span>t necessaires a retenir a toute pri<span class="abbr">n</span>cesse q<span class="abbr">ui</span> ayme ho<span class="abbr">n</span>ne<span class="abbr">ur</span> &amp; est p<span class="abbr">re</span>mier
+comment se contiendra vers so<span class="abbr">n</span> seigneur generallement &amp;
+particulierement. Chapitre .xii.</h2>
+
+
+<p>Or avons assez devisé en termes generaulx &amp; p<span class="abbr">ar</span>ticuliereme<span class="abbr">n</span>t
+aussi tant ce q<span class="abbr">ui</span> touche vers dieu p<span class="abbr">re</span>miereme<span class="abbr">n</span>t
+&amp; les bo<span class="abbr">n</span>nes meurs co<span class="abbr">mm</span>e la maniere &amp;
+ordre de leur vivre. Si no<span class="abbr">us</span> plaise encores a deviser
+po<span class="abbr">ur</span> leur ennortement sept principaulx enseignemens
+lesq<span class="abbr">ue</span>lz selon prudence leur sont necessaires
+a celles qui desirent sagement vivre et honneur veulent
+avoir. Si prions &amp; enjoingno<span class="abbr">n</span>s a elles &amp; se<span class="abbr">m</span>blableme<span class="abbr">n</span>t a toutes fe<span class="abbr">m</span>mes
+grandes moyennes &amp; petites a q<span class="abbr">ui</span> se pourra apartenir q<span class="abbr">ue</span> ces
+sept enseigneme<span class="abbr">n</span>s veulle<span class="abbr">n</span>t bien retenir noter &amp; mettre a effet car
+pour neant oit doctrine qui ne la met a oeuvre. Le p<span class="abbr">re</span>mier de ces
+sept pointz &amp; rigles que nous enseignons &amp; que toute dame &amp; se<span class="abbr">m</span>blablement
+toute femme estant en ordre de mariage il appartient
+que elle ayme son mary &amp; vivre en en paix avecques luy ou autrement
+elle a ja trouvé les tourments d'enfer ou n'a fors que toute
+tempeste. Et pource qu'il n'est point de doubte que assez de fe<span class="abbr">m</span>mes
+de tous estatz non obstant que elles les ayment chiereme<span class="abbr">n</span>t
+ne scevent pas toutes les rigles ou par jeunesse ou aultreme<span class="abbr">n</span>t
+de le bien demonstrer vecy nostre leçon qui leur aprendra&nbsp;/ la noble
+princesse qui en toutes ces choses vouldra suyvre la rigle d'o<span class="abbr">n</span>neur
+si maintiendra vers son seigneur vieil ou jeune en toutes
+les manieres que en tel cas bonne foy &amp; vraye amour commande.
+C'est assavoir se rendre humble vers luy en fait en reverence
+et parolle l'obeyra sans murmuration et gardera sa paix a son
+povoir curieusement par la maniere que faisoit la bonne &amp; sage
+royne hester sicomme il est escript en la bible au premier chapitre.
+Et pource tant aymee &amp; honnouree de son seigneur que il n'estoit
+chose que elle voulsist que il luy veast avecques ce demonstrera
+l'amour en ce que elle sera soygneuse et curieuse de toutes
+les choses qui pourront appartenir au bien de sa personne tant a
+l'ame comme au corps. A l'ame elle tiendra en amour son confesseur
+parquoy se elle voit en son dit seigneur aucune tache de lait
+peché duquel la coustumance luy peut tourner a dampnation &amp;
+elle ne luy osast dire de doubte que il ne luy en despleust &amp; aussi q<span class="abbr">u'i</span>l
+ne luy appartient pas elle luy fera dire par icelluy &amp; luy dira que
+il luy admonneste bien d'estre tousjours serf de nostreseigneur.
+Et aussy en toutes ses aumosnes &amp; biens fais dira priés Dieu
+pour monseigneur &amp; pour moy. Avecques la pourvoyance de l'ame
+sera ceste dame tressoygneuse du corps de sondit seigneur.
+C'est assavoir qu'il soit en santé maintenu &amp; conservement de lo<span class="abbr">n</span>gue
+vie. Si vouldra souvent parler a ses phisiens&nbsp;/ leur enquerre
+de son estat &amp; comme saige que elle sera vouldra ouÿr de leurs
+oppinions &amp; que present elle soyent faictes aucunesfois leurs collations
+sur le fait de la dicte santé. Item vouldra sçavoir co<span class="abbr">m</span>me<span class="abbr">n</span>t
+il sera servy &amp; de ce n'aura pas ho<span class="abbr">n</span>te de s'en prendre garde soygneusement
+quelques autres qui y soyent commis. Et pource que
+ce n'est mie l'ordre d'estat royal que les dames soyent si communement
+entour eulx que aultres femmes sont vers leurs marys
+elle enquerra souve<span class="abbr">n</span>tesfoys aux chambellans &amp; aux autres d'e<span class="abbr">n</span>viron
+luy de son estat verra le plus souvent q<span class="abbr">ue</span> elle pourra &amp; du veoir
+sera tresjoyeuse &amp; q<span class="abbr">uan</span>t elle sera vers luy dira a so<span class="abbr">n</span> povoir toutes
+choses q<span class="abbr">ui</span> plaire luy devront &amp; a joyeulx visaige se <span class="abbr">con</span>tiendra. mais
+pource que aucunnes nous pourroyent par adventure icy respo<span class="abbr">n</span>dre
+que nous comptons sans rabatre. C'est assavoir que nous
+disons a toutes fins que les dames doyve<span class="abbr">n</span>t tant aymer leurs seigneurs
+et en monstrer les signes. Mais nous ne parlons mye
+se tous deservent vers leurs femmes que on le doye ainsi faire
+Pource que on scet bien que il en est de telz qui se portent vers elle
+tresfelonneusement &amp; sans signe de nulle amour ou bien petite.
+Si respondrons a icelles que nostre doctrine en ceste p<span class="abbr">re</span>sente euvre
+ne s'adrece point aux hommes quoy qu'il en fust besoi<span class="abbr">n</span>g a plusieurs
+que ilz fussent bien endottrinez. Et pource que nous parlons
+aux femmes tant seulement tendons a leur prouffit pour
+enseigner les remedes qui peve<span class="abbr">n</span>t estre vaillables a eschever deshonneur
+&amp; donner bon conseil d'ensuyvre bonne voye qui ne face
+le contraire &amp; du bien &amp; du mal leur prouffit. Poson que le mary
+fust de merveilleuses meurs pervers et rudes malamoureulx
+vers sa femme de quelque estat qu'il fust ou desvoyé en amour
+d'autre femme qui que elle soit quant elle scet tout ce porter &amp; dissimuler
+sagement faire semblant que elle ne s'en apperçoit &amp; que
+elle n'en scet riens voireme<span class="abbr">n</span>t s'il est ainsi que elle n'y peust mettre
+remede. Car elle si pensera comme saige si tu luy disoyes rudement
+tu n'y gaigneroys riens &amp; s'il t'en menoit male vie tu poindroyes
+contre l'aguillon il t'en eslongneroit par adventure &amp; tant
+plus les gens s'en mocqueroyent &amp; croistroit la honte &amp; le diffame
+&amp; t'en pourroit e<span class="abbr">n</span>cores estre de pis il fault que tu vives &amp; meures
+avecques luy quel qu'il soit. Ces choses considerees la saige
+dame mettra peine par bel &amp; par doulceur de l'atraire a soy &amp;
+se elle congnoist que ce soit le meilleur de luy en dire quelque chose
+elle luy en touchera apart doulcement &amp; benigneme<span class="abbr">n</span>t une fois
+l'amonnestera par devocion&nbsp;/ autre fois par pitié qu'il doit avoir
+d'elle&nbsp;/ autre fois en riant comme si elle se jouast&nbsp;/ avec ce luy fera
+dire par bonnes gens et par son confesseur&nbsp;/ &amp; avec ce autre v<span class="abbr">er</span>tus
+ceste noble dame l'excusera se elle en ot parler aux autres ne po<span class="abbr">ur</span>ra
+souffrir ouÿr dire mal de luy ne aura cure que on luy en raporte
+riens &amp; elle deffendra. Car elle comme sage pensera que du savoir
+n'aura fors tristesse et riens n'y gaigneroit&nbsp;/ et quant toutes
+ses voyes elle aura ung te<span class="abbr">m</span>ps tenues &amp; verra que il ne s'en vouldra
+ame<span class="abbr">n</span>der son refuge sera a dieu mettra toute peine de s'en mettre
+en paix sans plus luy en parler Et celle dame ou femme qui
+qu'elle soit qui ainsi fera soit certaine que ja l'homme si pervers
+ne sera que a la parfin conscience &amp; raison ne luy dye tu as grant
+tort &amp; grant peché contre ta bonne &amp; honneste femme &amp; que il ne
+s'amende &amp; l'ayme plus ou tant que font ceulx qui oncques ne se
+desvoyerent en ainsi aura sa cause gaignee par bien souffrir. Et
+s'il advie<span class="abbr">n</span>t que ledit seigneur voyse en aulcun voyage loingtain
+ou perilleux ou en quelque guerre la bonne dame priera dieu devottement
+&amp; fera prier pour luy en processions &amp; oblations tressongneusement
+&amp; croistra le nombre de ses aulmosnes se tendra
+humblement et simplement d'estat de maintien &amp; d'abit en tandis
+&amp; a son retour en grant joye &amp; honneur le recevera et a toute
+sa compaignie fera chiere joyeuse &amp; bien vouldra estre informee
+des meilleurs de ses gens des plus preux &amp; des plus vaillans &amp;
+comment ilz se seront portés &amp; tresvoulentiers en orra raco<span class="abbr">m</span>pter
+si les recevera a grant honneur &amp; beaulx dons leur donra aussi
+vouldra sçavoir co<span class="abbr">m</span>ment ceulx qui avoyent la garde de son corps
+auront fait leur devoir &amp; se seront vers luy portez. Si guerdonnera
+les biensfaitz aux bons &amp; aux plus songneux &amp; cestes manieres
+tenir sont de gra<span class="abbr">n</span>t honneur a dames. Et pource quoy que
+elle les face de bon cueur. Et vouldra elle bien toutesvoyes que
+elles soyent manifestees &amp; sceues au monde &amp; non mye celees la
+cause si est que elle ayme ho<span class="abbr">n</span>neur &amp; le bien de renommee comme
+dit est si luy aprendra prudence que plus grant honneur ne peut
+estre dit de dame &amp; de toute femme que dire que elle soit vraye &amp;
+loyalle vers son seigneur &amp; que bien fait sembla<span class="abbr">n</span>t que elle l'ayme
+&amp; par consequent luy est loyalle. Car il est a penser a ung chascu<span class="abbr">n</span>
+que femme qui bien ayme son mary ne luy fera ja faulceté. si ne
+peut faire autre certification de sa loyaulté fors par l'amour q<span class="abbr">u'e</span>lle
+luy monstre &amp; les signes de par dehors par lesquelz on juge co<span class="abbr">m</span>munement
+du couraige. Car autrement ne peut on juger de l'entention
+des gens fors par les oeuvres lesquelles si elles sont bo<span class="abbr">n</span>nes
+tesmoigne la personne bonne &amp; aussi au contraire. Si souffise
+quant a ce premier enseignement lequel est convenable a toute
+preude femme que qu'elle soit.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch13" id="ch13"></a>¶ Cy devise le deuxiesme enseignement de prudence qui est co<span class="abbr">m</span>ment
+la saige princesse se <span class="abbr">con</span>tiendra vers les pare<span class="abbr">n</span>s &amp; amys de son
+seigneur. Chap. .xiii.</h2>
+
+
+<p>Le deuxiesme point &amp; enseignement que prude<span class="abbr">n</span>ce
+demonstre a la princesse &amp; generallement a
+toute femme saige est qui se elle a chier ho<span class="abbr">n</span>neur
+par quoy bie<span class="abbr">n</span> veult que on sache que elle ayme
+son mary si que dit est cy devant elle aymera &amp;
+honnorera les parens de son seigneur &amp; demonstrera
+en tel maniere elle leur fera honneur &amp; tresbonne chiere de
+toutes pars que ilz vendront &amp; devant les gens meilleur q<span class="abbr">ue</span> aux
+siens propres si mettra peine en toutes manieres raisonnables
+&amp; licites de les complaire &amp; faire leur gré les attrayra amyablement
+&amp; a chere joyeuse sera procureresse pour eulx vers son seigneur
+si besoing est &amp; s'il advenoit qu'il y eust aucun contens entre
+eulx elle se mettra en peine d'en faire la paix elle dira bien de
+eulx &amp; les essaucera. si gardera bien d'y prendre estrif de parolles
+&amp; en toutes manieres eschevera a son povoir que contens ne
+aucune rancune naisse ou sourde entre elle &amp; eulx. Poson que aucun
+feust dangereux &amp; maltraictable mettra peine a le sçavoir
+avoir par la meilleur voye selon sa condicion en garda<span class="abbr">n</span>t toutes
+voyes l'honneur que a elle appartie<span class="abbr">n</span>t si n'aymera mie seulleme<span class="abbr">n</span>t
+les parens de son seigneur. mais aussi tous que elle sçaura qu'il
+ayme. suppose ores qu'elle sceust qu'il en y eust de maulvais si le<span class="abbr">ur</span>
+fera elle bo<span class="abbr">n</span>ne chiere la cause si pource que elle ne les pourroit faire
+estre bons ne aussi par adventure empescher ne destourner l'amour
+&amp; la hantise que son seigneur y a Si ne seroit que riote &amp; noise
+s'elle leur mo<span class="abbr">n</span>stroit mauvais semblant &amp; acqueroit tant plus
+d'ennemys. Et si diroit on que voireme<span class="abbr">n</span>t est il vray que femme
+n'aimera ja personne que son mary ayme&nbsp;/ bien est la verité que
+se elle sçait que son seigneur soit encliné a la croire &amp; elle soit certaine
+que iceulx soyent vicieulx &amp; mauvais &amp; que mal en faict
+ou en murs puisse venir a sondit seigneur par les hanter elle luy
+dira &amp; monstrera appert coyment &amp; doulcement ou fera dire. Et
+de tenir ces manieres sondit seigneur luy sçaura tresgrant gré aura
+la grace &amp; benivolence de ses parens q<span class="abbr">ui</span> moult luy pourra valoir
+&amp; garder de mains autres perilz &amp; enco<span class="abbr">m</span>briers &amp; pl<span class="abbr">us</span> seure sera
+quand elle aura la seureur des parens de son seign<span class="abbr">eu</span>r. Car on a
+veu maint mal avoir a fe<span class="abbr">m</span>mes maintes fois a cause des parens
+de leurs maris. Et cestuy signe avec les autres do<span class="abbr">n</span>nera pl<span class="abbr">us</span> gra<span class="abbr">n</span>t
+certification de l'amour &amp; loyaulté que elle a son seigneur.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch14" id="ch14"></a>¶ Cy devise du .iii. enseignement de prudence qui est co<span class="abbr">m</span>ment
+la saige princesse sera songneuse de se prendre garde sur l'estat et
+gouvernement de ses enfans. chap. .xiiii.</h2>
+
+
+<p>Le troisiesme enseignement d<span class="abbr">e</span> prude<span class="abbr">n</span>ce a la pri<span class="abbr">n</span>cesse
+saige est q<span class="abbr">ue</span> s'elle a enfans de se prendre garde
+d'eulx &amp; de leur gouvernement aux filz non
+obstant qu'il appartiengne au pere de leur querir
+maistre &amp; bailler telz gouverneurs qui soyent
+bons &amp; co<span class="abbr">n</span>venables toutesvoyes la dame q<span class="abbr">ui</span>
+maine par adventure ta<span class="abbr">n</span>t de charge de diverses
+choses &amp; que aussi nature de mere est co<span class="abbr">m</span>munement plus encline
+au regard de ses enfans doit moult adviser tout ce qui leur appartient
+&amp; pl<span class="abbr">us</span> a ce qui touche discipline de meurs &amp; d'e<span class="abbr">n</span>seigneme<span class="abbr">n</span>s
+que au gouvernement du corps. Et pource la saige princesse pre<span class="abbr">n</span>dra
+garde co<span class="abbr">m</span>ment on les ordonnera quelz sont ceulx q<span class="abbr">ui</span> les auro<span class="abbr">n</span>t
+en gouvernement &amp; co<span class="abbr">m</span>ment ilz en feront leur devoir et non mye
+s'en attendre au rapport d'autruy&nbsp;/ mais elle mesmes souvent les
+visitera en leurs chambres les verra coucher &amp; lever &amp; co<span class="abbr">m</span>ment
+ilz seront ordonnés &amp; telle chose faire a princesse n'est ce honneur
+non. Car c'est le plus gra<span class="abbr">n</span>t port seureté &amp; parement que elle puisse
+avoir que enfans &amp; tel par aventure souve<span class="abbr">n</span>t avient vouldroit
+bien nuyre a la mere qui n'endureroit pour la doubte des enfans
+si les dois bien tenir chiereme<span class="abbr">n</span>t &amp; est grant los de dire q<span class="abbr">ue</span> elle en soit
+soigneuse. Car c'est signe q<span class="abbr">ue</span> elle est sage &amp; bo<span class="abbr">n</span>ne. do<span class="abbr">n</span>cq<span class="abbr">ue</span>s la sage dame
+qui chierement les aymera sera dilige<span class="abbr">n</span>te q<span class="abbr">ue</span> ilz soyent endoctrinés
+&amp; que ilz aprengnent tout p<span class="abbr">re</span>mierement a servir dieu soyent e<span class="abbr">n</span>seignes
+en lettres &amp; q<span class="abbr">ue</span> le maistre soit songneux de les faire aprendre
+aux heures co<span class="abbr">m</span>petentes mettra peine la saige dame q<span class="abbr">u'i</span>l plaise
+au pere q<span class="abbr">u'i</span>lz soyent introduitz en latin &amp; q<span class="abbr">ue</span> aucuneme<span class="abbr">n</span>t s'entendent
+es scie<span class="abbr">n</span>ces. Laq<span class="abbr">ue</span>lle chose est moult <span class="abbr">con</span>venable a enfa<span class="abbr">n</span>s de princes et
+de seign<span class="abbr">eu</span>rs. Elle vouldra aussi qua<span class="abbr">n</span>t leur aage croistra &amp; qu'ilz auront
+ente<span class="abbr">n</span>dement q<span class="abbr">u'i</span>lz soyent admo<span class="abbr">n</span>nestés des choses du monde
+du gouverneme<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ui</span> leur affiert&nbsp;/ et de toutes choses q<span class="abbr">ui</span> a sçavoir a
+princes appartie<span class="abbr">n</span>nent q<span class="abbr">ue</span> to<span class="abbr">us</span> admonnesteme<span class="abbr">n</span>s de v<span class="abbr">er</span>tus leur soyent
+dis &amp; demonstrés e<span class="abbr">n</span>seigner la voye de fuyr les vices. Ceste dame
+se prendra bien garde des meurs du maistre &amp; de la sapience
+aussi des autres q<span class="abbr">ui</span> seront entour eulx. Si les fera oster s'ilz ne so<span class="abbr">n</span>t
+bons &amp; mettre nouveaulx&nbsp;/ vouldra q<span class="abbr">ue</span> lesditz enfans soyent souve<span class="abbr">n</span>t
+menez vers elle. Considerera le<span class="abbr">ur</span>s manieres &amp; faitz &amp; ditz &amp;
+les repre<span class="abbr">n</span>dera ellemesmes tresfort s'ilz mespre<span class="abbr">n</span>ne<span class="abbr">n</span>t&nbsp;/ se fera crai<span class="abbr">n</span>dre a
+eulx &amp; vouldra q<span class="abbr">u'i</span>lz luy portent grant ho<span class="abbr">n</span>neur&nbsp;/ elle les arraiso<span class="abbr">n</span>nera
+po<span class="abbr">ur</span> sentir de leur entendeme<span class="abbr">n</span>t &amp; de leur sçavoir saigement les
+enseignera. Ses filles fera gouverner par bo<span class="abbr">n</span>nes &amp; sages dames
+&amp; ainçois q<span class="abbr">u'e</span>lle co<span class="abbr">m</span>mette a nulle le gouverneme<span class="abbr">n</span>t sera bien i<span class="abbr">n</span>formee
+du se<span class="abbr">n</span>s des moeurs &amp; de la vie d'elle. Car a ceste chose doit bien pre<span class="abbr">n</span>dre
+garde &amp; q<span class="abbr">ue</span> la dame ou damoyselle a q<span class="abbr">ui</span> baillera en gouvernement
+sa fille soit de bon renom &amp; devote envers dieu &amp; de se<span class="abbr">n</span>s &amp; ho<span class="abbr">n</span>neur
+mondain sage &amp; prudente affin q<span class="abbr">u'e</span>lle luy sache bien mo<span class="abbr">n</span>strer
+le bien &amp; la co<span class="abbr">n</span>tenance &amp; maintien q<span class="abbr">ui</span> appartient a fille de prince a
+avoir &amp; sçavoir&nbsp;/ &amp; doit estre icelle assez agee&nbsp;/ affin q<span class="abbr">u'e</span>lle soit pl<span class="abbr">us</span> saige
+en meurs &amp; pl<span class="abbr">us</span> prisee &amp; doubtee mesmes de l'e<span class="abbr">n</span>fant q<span class="abbr">u'e</span>lle gouvernera&nbsp;/
+&amp; aussi de tous les autres de la court plus auctorisee &amp; crai<span class="abbr">n</span>te.
+Car il appartie<span class="abbr">n</span>t a dame q<span class="abbr">ui</span> a tel charge q<span class="abbr">u'e</span>lle se prengne bien
+garde q<span class="abbr">ue</span> environ la fille du pri<span class="abbr">n</span>ce ne repaire fille ne fe<span class="abbr">m</span>me ou y ait
+reproche ne q<span class="abbr">ui</span> soit mal <span class="abbr">con</span>ditionee legiere ou folle ne de layde maniere
+affin que l'enfant n'y peust prendre aucun maulvais exemple.
+Et vouldra la princesse que quant elle sera en aagee qu'elle
+apreigne a lire aprés qu'elle sçaura ses heures &amp; son service qu'on
+luy baille et administre livres de devotion et contemplation&nbsp;/ ou
+qui parlent de bonnes meurs&nbsp;/ ne nulz de choses vaines de folies
+ou de dissolution ne souffrera que devant elle soyent portés pour
+ce que la doctrine &amp; enseignement q<span class="abbr">ue</span> l'enfant retient en sa p<span class="abbr">re</span>miere
+jeunesse il en est co<span class="abbr">m</span>munement recors toute sa vie aussi saige pri<span class="abbr">n</span>cesse
+se prendra bien garde du gouvernement et de la doctrine de
+ses filles &amp; autant que leur aage croistra tant pl<span class="abbr">us</span> en sera so<span class="abbr">n</span>gneuse.
+Si les aura le plus du temps environ soy les tiendra en crainte
+&amp; le saige maintien &amp; vailla<span class="abbr">n</span>ce d'elle sera exemple aux filles de
+semblablement eulx gouverner.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch15" id="ch15"></a>¶ Cy devise le .iiii. enseigneme<span class="abbr">n</span>t de prudence q<span class="abbr">ui</span> est co<span class="abbr">mm</span>ent la
+princesse tiendra discrete maniere vers ceulx q<span class="abbr">ui</span> ne l'aymero<span class="abbr">n</span>t pas
+et qui auront envye sur elle. Chapitre .xv.</h2>
+
+
+<p>Le quatriesme enseigneme<span class="abbr">n</span>t de prudence a la sage pri<span class="abbr">n</span>cesse
+est tout d'autre matiere &amp; tout soit il differe<span class="abbr">n</span>cié du
+dessusdit se n'est il mye de moindre maistrise a le sçavoir
+bien conduyre&nbsp;/ car l'autre est naturel co<span class="abbr">m</span>me ce soit chose acoustumee
+que toute saige mere a soing du gouverneme<span class="abbr">n</span>t &amp; de la doctrine
+de ses enfans&nbsp;/ mais cestuy qui est de sçavoir vaincre &amp; corriger
+le propre couraige &amp; voulenté de soy mesmes est chose co<span class="abbr">mm</span>e
+par dessus nature. Et pource de tant q<span class="abbr">ue</span> plus est fort a faire d<span class="abbr">e</span> ta<span class="abbr">n</span>t
+est plus digne de recommandation&nbsp;/ &amp; la perso<span class="abbr">n</span>ne qui bien en scet
+user en fait plus a louer. Car c'est signe de tresgrant force &amp; constance
+de courage q<span class="abbr">ui</span> est entre les vertus cardinalles de grant excellence
+&amp; toutesfois n'est mye doubte qu'il est necessité a toute sage
+princesse q<span class="abbr">ui</span> ayme le pris d'ho<span class="abbr">n</span>neur &amp; de renommee sçavoir user
+de ceste force ou autreme<span class="abbr">n</span>t sa prudence ne se peut bo<span class="abbr">n</span>neme<span class="abbr">n</span>t ne du
+tout monstrer ne faire congnoistre n'estre parfaicte. Si nous co<span class="abbr">n</span>vient
+plus particulierement declarer a ce que nous voulons dire.
+Il n'est point de doubte que selon le corps du monde &amp; les mouveme<span class="abbr">n</span>s
+de fortune il n'est nul si grant prince en ce monde&nbsp;/ tant soit
+juste ne fut oncques prince seigneur ne dame ne aultre ho<span class="abbr">m</span>me ne
+fe<span class="abbr">m</span>me qui ayt peu estre ne soit de tous aymé. Car poso<span class="abbr">n</span>s que une
+creature fust toute p<span class="abbr">ar</span>faicte si ne souffiroit point la despitable envie
+q<span class="abbr">ui</span> se fiche en cueur humain q<span class="abbr">ue</span> la personne fust au gré de to<span class="abbr">us</span> ne
+aymee de chascun. Et ce povons veoir par la perso<span class="abbr">n</span>ne de Jhesucrist
+qui fut seul tout parfait&nbsp;/ &amp; toutesfois envye le fist mourir&nbsp;/ &amp;
+si a elle faict mains autres bons vaillans q<span class="abbr">ue</span> je pourroye traire a
+exe<span class="abbr">m</span>ple. Et de tant q<span class="abbr">ue</span> la personne est meilleure &amp; plus vertueuse
+de ta<span class="abbr">n</span>t plus fait envye bien souve<span class="abbr">n</span>t greign<span class="abbr">eu</span>r guerre &amp; si n'est nul ne
+nulle tant puissant ne oncq<span class="abbr">ue</span>s ne fut fors dieu q<span class="abbr">ui</span> de tous se peut ve<span class="abbr">n</span>ger.
+Et pource a n<span class="abbr">ost</span>re p<span class="abbr">ro</span>pos la saige princesse &amp; se<span class="abbr">m</span>blablement toutes
+celles q<span class="abbr">ue</span> vouldront ouvrer de prude<span class="abbr">n</span>ce sera de ce tresbien avertie
+&amp; pourveue de remede&nbsp;/ dont s'il advient q<span class="abbr">ue</span> fortune la vueille assaillir
+par aucun endroit si qu'elle a fait &amp; fait mainte bonne gent
+et elle apperçoyve &amp; saiche que aucun ou aulcunes perso<span class="abbr">n</span>nes puissans
+ne luy veullent point de bien l'ayent en male grace &amp; q<span class="abbr">u'i</span>ls luy
+nuyroyent s'ilz povoyent &amp; s'eslongeroyent de l'amour &amp; de la grace
+de son seigneur q<span class="abbr">ui</span> les croyroit par adve<span class="abbr">n</span>ture pour leurs blandices
+&amp; flateries ou la mettoyent par les faulx rapors mal des barons
+des subgetz ou du peuple elle ne fera de ce nul sembla<span class="abbr">n</span>t qu'on
+s'en aperçoive ne que on les repute ne tie<span class="abbr">n</span>ne ses ennemys Ainçois
+pour la bonne chere qu'elle leur monstrera donnera a croyre q<span class="abbr">u'e</span>lle
+tient grandement ses amys &amp; jamais ne croyroit que aultrement
+fust &amp; que plus que en autre y a fiance&nbsp;/ mais il conviendra
+que celle de bonne chere soit ordonnee par tel sens et si rassise que
+nul ne puisse appercevoir que sainctement le face. Car si une
+fois estoit trop grande &amp; autre fois a yeulx felons sico<span class="abbr">m</span>me de cue<span class="abbr">ur</span>
+qui est plain qu'on voit bien que le ris en est a force tout seroit ho<span class="abbr">n</span>ny
+pource est le sens a garder mesure en cest endroit &amp; fault bien
+que le courage en soit pourveu avant le coup&nbsp;/ si faindra qu'elle se
+veult gouverner par eulx &amp; par leur co<span class="abbr">n</span>seil &amp; les appellera en ses
+estroitz conseilz co<span class="abbr">mm</span>e elle monstrera a se<span class="abbr">m</span>blant leur dira des choses
+co<span class="abbr">m</span>munes par grant secret &amp; fiance q<span class="abbr">ui</span> seront co<span class="abbr">n</span>tre sa pensee&nbsp;/ mais
+conviendra q<span class="abbr">ue</span> ce soit fait par bo<span class="abbr">n</span>ne maniere q<span class="abbr">u'i</span>lz ne s'en donnent de
+garde &amp; q<span class="abbr">u'e</span>lle soit maistresse de sa bouche. Car se aucu<span class="abbr">n</span> mot disoit
+d'eulx en derriere co<span class="abbr">n</span>traire a ses se<span class="abbr">m</span>blans qui fust raporté ce seroit
+peril&nbsp;/ car il n'est si grant seigneur ne si grant dame a qui tous ses
+servans soyent loyaulx. Si doit on bien regarder devant qui on
+parle&nbsp;/ mais cueur qui est gros &amp; plain a peine seuffre la bouche
+tousjours taire de ce qui luy desplaist Et la est la maistresse elle
+gasteroit tout son affaire. Car ce seroit sa honte &amp; amenuisant
+sa grandeur que ces ennemys apperceusse<span class="abbr">n</span>t que elle sceust qu'ilz
+ne l'aymeroyent pas &amp; leur fist tel semblant. Car ilz penseroye<span class="abbr">n</span>t
+que elle le fist par crainte. Si en seroyent plus orgueilleux et pl<span class="abbr">us</span>
+hardis de luy nuyre. Et l'en priseroyent moins&nbsp;/ si se sçaura bien
+de ce garder. Et se aucune personne luy en rapporte riens et elle
+pense que a iceulx sa responce puist estre raportee&nbsp;/ elle blasmera
+les rapporteurs &amp; dira qu'elle scet bien que ceulx de qui ilz p<span class="abbr">ar</span>lent
+vouldroyent son bien &amp; son honneur&nbsp;/ &amp; qu'ilz sont tresbons et loyaulx
+&amp; ses amys. Et pensons que iceulx ennemys fissent ou dissent
+aucune chose a son prejudice de la chose se peut couvrir nullement
+que pour aucune autre cause que pour mal d'elle l'ayent
+fait ou dit. Encores fera elle si la simple ou ygnorante que ne l'aperçoyve
+&amp; monstrera semblant que ce ne luy touche point &amp; q<span class="abbr">u'e</span>lle
+n'a nulle pensee ne suspecion contre eulx&nbsp;/ mais nonobsta<span class="abbr">n</span>t toutes
+ces choses &amp; ses gra<span class="abbr">n</span>s dissimulatio<span class="abbr">n</span>s se guettera d'eulx de tout
+ce qu'elle pourra &amp; sera dessus ses gardes. Ai<span class="abbr">n</span>si la sage dame usera
+de ceste discrete dissimulation &amp; prude<span class="abbr">n</span>ce cautelle laquelle chose
+ne croye nul que ce soit vice mais c'est grant vertu quant faicte
+est pour cause de bien &amp; de paix &amp; sans faire a nul injure pour
+eschever greigneur inco<span class="abbr">n</span>venie<span class="abbr">n</span>s. Et voicy le mal q<span class="abbr">u'e</span>lle eschevera
+et le bien q<span class="abbr">ui</span> luy en suyvra se semblant faisoit q<span class="abbr">u'e</span>lle apperceust leur
+crisme. Ce seroit raison q<span class="abbr">u'e</span>lle print debat &amp; contens a eulx &amp; mist
+peine a s'en venger. Si conviendroit q<span class="abbr">u'e</span>lle en emeust grant noise &amp;
+mist en guerre &amp; en peril ses amys&nbsp;/ &amp; peut estre q<span class="abbr">ue</span> son seigneur les
+croyroit mieulx q<span class="abbr">ue</span> elle ou les autres barons &amp; subgetz. Si engregeroit
+adoncq<span class="abbr">ue</span>s le conte<span class="abbr">n</span>s &amp; viendroit a plus grant meschief &amp; si
+ne s'en verroit ja par adve<span class="abbr">n</span>ture vengee&nbsp;/ si auroit de tant pl<span class="abbr">us</span> gra<span class="abbr">n</span>t
+dueil&nbsp;/ &amp; par la susdicte voye de souffrance &amp; dissimulation est a
+presumer q<span class="abbr">u'e</span>lle appaisera l'ire et le maltalant de ses ennemys&nbsp;/ &amp; a
+tout le moins n'auroient ilz jamais le cueur de ta<span class="abbr">n</span>t luy nuyre co<span class="abbr">mm</span>e
+s'elle se mo<span class="abbr">n</span>stroit ennemye. Car trop seroit desloyal celluy q<span class="abbr">ui</span> vouldroit
+faire mal a la perso<span class="abbr">n</span>ne q<span class="abbr">ui</span> le reputast son amy. Et posons q<span class="abbr">u'i</span>lz
+ne s'en souffrissent leur trahyson &amp; leur maulvaistie sera de trop
+plus grande &amp; de plus apparoit au monde&nbsp;/ si en seroyent de tant
+plus reprins &amp; plus deshonnorez &amp; moins viendroyent a leur entente.
+Car chascun le<span class="abbr">ur</span> donneroit le tort&nbsp;/ &amp; ne peut a toutes fins q<span class="abbr">ue</span>
+la dame ne gaigne plus en tel cas a tenir si sai<span class="abbr">n</span>cte maniere q<span class="abbr">ue</span> par
+voye de rigueur &amp; n'est pas doubte q<span class="abbr">ue</span> cest enseignement affiere a
+tenir&nbsp;/ non mye seulleme<span class="abbr">n</span>t aux princesses &amp; dames&nbsp;/ mais aussi generalleme<span class="abbr">n</span>t
+a toutes fe<span class="abbr">m</span>mes. car en mai<span class="abbr">n</span>s co<span class="abbr">n</span>te<span class="abbr">n</span>s vie<span class="abbr">n</span>nent en mariage
+par faulx rappors de flateurs aux maris q<span class="abbr">ue</span> maintes ne scevent
+pas bien ou ne peve<span class="abbr">n</span>t dissimuler&nbsp;/ ce scet dieu aussi fo<span class="abbr">n</span>t aut<span class="abbr">re</span>s.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch16" id="ch16"></a>¶ Cy devise le v. enseignement de prudence qui est
+comment la saige princesse mettra peine comment
+elle soit en la grace &amp; benivolence de tous les estatz
+de ses subgetz Chapitre .xvi.</h2>
+
+
+<p>Pource q<span class="abbr">u'i</span>l appartient a la sage princesse qui par
+prudence veult ordonner tous ses faictz qu'elle
+quiere et tie<span class="abbr">n</span>ne toutes les voyes q<span class="abbr">ue</span> ho<span class="abbr">n</span>neur dema<span class="abbr">n</span>der
+vouldra pour ceste cause qui est le cinquiesme
+enseignement estre bien du clergié&nbsp;/ &amp; en leur
+grace tant de gens des religio<span class="abbr">n</span>s &amp; des docte<span class="abbr">ur</span>s co<span class="abbr">mm</span>e
+des p<span class="abbr">re</span>latz &amp; des ge<span class="abbr">n</span>s du <span class="abbr">con</span>seil &amp; aussi des bo<span class="abbr">ur</span>gois &amp; mesmes de ceux
+du peuple. Mais aucu<span class="abbr">n</span>s se pourroie<span class="abbr">n</span>t merveiller pourquoy nous
+diso<span class="abbr">n</span>s pl<span class="abbr">us</span> no<span class="abbr">m</span>meeme<span class="abbr">n</span>t de ceulx icy q<span class="abbr">ue</span> des baro<span class="abbr">n</span>s &amp; des nobles. Si est
+la responce pource q<span class="abbr">ue</span> nous suposons q<span class="abbr">u'e</span>lle en ja en soit bien si q<span class="abbr">ue</span> c'est
+plus de co<span class="abbr">m</span>mun usaige q<span class="abbr">ue</span> lesditz baro<span class="abbr">n</span>s &amp; nobles elle freque<span class="abbr">n</span>te Si
+vouldra estre des dess<span class="abbr">us</span> no<span class="abbr">m</span>més bien po<span class="abbr">ur</span> deux pri<span class="abbr">n</span>cipaulx causes
+L'une si est affin que les bons &amp; devots prient dieu pour elle. &amp; l'autre
+pource q<span class="abbr">u'e</span>lle soit louee d'eulx en leurs sermens et collations si
+que leurs voix &amp; parolles luy puissent estre se mestier est escu &amp;
+deffence contre les murmures &amp; rappors de ses ennemys mesdisans.
+&amp; les puissent estaindre par quoy elle en ait mieulx l'amour
+de son seigneur &amp; aussi du co<span class="abbr">m</span>mun peuple q<span class="abbr">ui</span> bien leur dame orra
+dire &amp; q<span class="abbr">u'e</span>lle fust soustenue des plus puissans se besoing luy en venoit.
+Si sera bien informee lesq<span class="abbr">ue</span>lz des clercz &amp; des maistres ta<span class="abbr">n</span>t
+des religieux co<span class="abbr">mm</span>e d'autres seront les plus souffisans &amp; de la greigneur
+auctorité &amp; a qui on adjouste pl<span class="abbr">us</span> de foy a leurs ditz Iceulx
+ma<span class="abbr">n</span>dera de fois a autre vers elle puis les ungs puis les autres
+parlera a eux moult amyablement vouldra avoir leur conseil
+&amp; en user les fera aucu<span class="abbr">n</span>efois disner a sa court acompaignés de so<span class="abbr">n</span>
+confesseur &amp; des gens de sa chappelle qui to<span class="abbr">us</span> seront honnorables
+gens leur portera gra<span class="abbr">n</span>t ho<span class="abbr">n</span>neur&nbsp;/ &amp; vouldra que des siens soie<span class="abbr">n</span>t ho<span class="abbr">n</span>norés
+qui est chose qui bien affiert. Car vrayment ceulx q<span class="abbr">ui</span> sont
+anoblis de science doivent estre honnorés&nbsp;/ leur fera du bien de sa
+puissance donnera a leurs colleges &amp; a leurs convens. Et co<span class="abbr">m</span>bien
+que aulmosne doye estre faicte secrettement la cause si est telle&nbsp;/
+affin que la personne qui la fait n'en puisse monter en vaine gloire
+qui est trop mortel peché. mais se ladicte personne n'en n'avoit
+nulle elevation en son cueur mieulx seroit la donner publicquement
+q<span class="abbr">ue</span> en secret pource qu'elle donneroit bon exemple a aultruy.
+&amp; qui en celle intencion le fait double son merite &amp; fait bien&nbsp;/ dont
+ceste sage dame qui bien se sçaura garder d'icelluy vice vouldra
+bien que les dons &amp; aulmosnes qu'elle fera par celle voye soyent
+sceuz &amp; registrez s'ilz so<span class="abbr">n</span>t notables comme pour refaire leurs eglises
+&amp; leurs convens ou autres necessaires en perpetuelle memoire
+en tableaulx en leurs eglises&nbsp;/ affin que les gens prient dieu&nbsp;/
+ou autres registres ou ilz le dient publicquement&nbsp;/ si y prendront
+exemple de pareillement do<span class="abbr">n</span>ner d'avoir accointance mieulx po<span class="abbr">ur</span>
+avoir renommee par eulx s'il semble qu'elle touche aucu<span class="abbr">n</span> rain d'ypocrisie
+ou qu'elle en prengne le nom. toutesfois se peut elle nommer
+par maniere de parler juste ypocrisie. Car elle tend affin de
+bien &amp; eschevement de mal. Car nous n'entendons mye q<span class="abbr">ue</span> soubz
+umbre de ceste chose maulx et pechiez se doivent commettre ne
+que une grant vaine gloire en doyve sourdre en courage. Si disons
+de rechief que ceste maniere de juste ypocrisie est comme necessaire
+par especial a pri<span class="abbr">n</span>ces &amp; princesses q<span class="abbr">ui</span> ont a dominer autruy
+a qui plus reverence affiert que a autre &amp; certainement aussi ne
+messiet elle point a toute p<span class="abbr">er</span>so<span class="abbr">n</span>ne q<span class="abbr">ui</span> desire honneur le faisant a cause
+de bien. Et a ce p<span class="abbr">ro</span>pos il est escript au livre de valere q<span class="abbr">ue</span> ancie<span class="abbr">n</span>nement
+les princes faignoient q<span class="abbr">u'i</span>lz fussent parens aux dieux affin
+que leurs subgetz les eussent en plus grant reverence &amp; plus les
+craingnissent. Aussi vouldra la sage dame estre bien des ge<span class="abbr">n</span>s du
+co<span class="abbr">n</span>seil de son seigneur soie<span class="abbr">n</span>t p<span class="abbr">re</span>latz chanceliers ou autres ordo<span class="abbr">n</span>nera
+qu'ilz vie<span class="abbr">n</span>nent vers elle&nbsp;/ les recevera honnorablement &amp; p<span class="abbr">ar</span>lera a
+eulx p<span class="abbr">ar</span> sages parolles &amp; le plus q<span class="abbr">u'e</span>lle pourra les tiendra en amour
+et ceste maniere de tenir luy sera vaillable en plusieurs choses.
+C'est assavoir car ilz loueront le sens &amp; gouvernement d'elle q<span class="abbr">u'i</span>lz
+verront notable. Aussi s'il advenoit q<span class="abbr">ue</span> aucun envieux voulsisse
+quelque chose machiner contre elle ilz ne souffreroient passer en
+conseil riens a son prejudice et desmouveroye<span class="abbr">n</span>t le prince s'il estoit
+mal informé par aucu<span class="abbr">n</span>s autres&nbsp;/ &amp; aussi s'elle desiroit aucu<span class="abbr">n</span>e chose
+estre passee en conseil ilz luy seroye<span class="abbr">n</span>t amys &amp; plus favorables. Avec
+ce ladicte dame vouldra avoir la bien vueillance des clercz
+qui se mesle<span class="abbr">n</span>t des causes co<span class="abbr">m</span>me du peuple co<span class="abbr">mm</span>e no<span class="abbr">us</span> dirio<span class="abbr">n</span>s a paris avocas
+en p<span class="abbr">ar</span>leme<span class="abbr">n</span>t &amp; ailleurs de tieulx se<span class="abbr">m</span>blables deffendeurs des
+causes si vouldra veoir a certai<span class="abbr">n</span>s jours les p<span class="abbr">re</span>side<span class="abbr">n</span>s &amp; pri<span class="abbr">n</span>cipaulx
+d'entre eulx &amp; des aut<span class="abbr">re</span>s pl<span class="abbr">us</span> notables avec eulx &amp; devisera a eulx
+amiableme<span class="abbr">n</span>t &amp; vouldra q<span class="abbr">u'i</span>lz sache<span class="abbr">n</span>t &amp; voye<span class="abbr">n</span>t de so<span class="abbr">n</span> ho<span class="abbr">n</span>norable estat
+non mye q<span class="abbr">u'e</span>lle le<span class="abbr">ur</span> die p<span class="abbr">ar</span> maniere de ve<span class="abbr">n</span>gence mais q<span class="abbr">u'i</span>lz app<span class="abbr">er</span>çoyvent
+par l'effet de son mai<span class="abbr">n</span>tien &amp; gra<span class="abbr">n</span>t sçavoir &amp; telle maniere tenir po<span class="abbr">ur</span>ra
+estre vaillable a l'acroisseme<span class="abbr">n</span>t de son ho<span class="abbr">n</span>ne<span class="abbr">ur</span> et los&nbsp;/ &amp; la cause si
+est pource q<span class="abbr">ue</span> to<span class="abbr">us</span> estatz &amp; de toutes manieres de ge<span class="abbr">n</span>s de justice les
+pri<span class="abbr">n</span>cipaulx bourgois des cités &amp; villes de sa seigneurie de son seign<span class="abbr">eu</span>r
+&amp; aussi des gros marcha<span class="abbr">n</span>s &amp; mesmeme<span class="abbr">n</span>t aucu<span class="abbr">n</span>s des pl<span class="abbr">us</span> ho<span class="abbr">n</span>nestes
+des ge<span class="abbr">n</span>s de mestier vouldra q<span class="abbr">u'i</span>lz vie<span class="abbr">n</span>gne<span class="abbr">n</span>t de fois a autre v<span class="abbr">er</span>s
+elle si leur fera tresbo<span class="abbr">n</span>ne chere &amp; mettra peine a estre bie<span class="abbr">n</span> d'eulx affin
+q<span class="abbr">ue</span> s'elle avoit aucu<span class="abbr">n</span> affaire q<span class="abbr">u'i</span>lz fussent devers elle &amp; q<span class="abbr">ue</span> se necessité
+leur venoit de quelq<span class="abbr">ue</span> fina<span class="abbr">n</span>ce faire q<span class="abbr">u'e</span>lle peust p<span class="abbr">ar</span> lesditz marcha<span class="abbr">n</span>s
+d<span class="abbr">e</span> leur bon gré &amp; voulentiers estre secourue laq<span class="abbr">ue</span>lle chose il <span class="abbr">con</span>vient
+qu'elle empru<span class="abbr">n</span>te se elle veult bien garder to<span class="abbr">us</span> les termes &amp; pointz
+de ho<span class="abbr">n</span>ne<span class="abbr">ur</span> doit rendre sa<span class="abbr">n</span>s faillir a jour no<span class="abbr">m</span>mé affin q<span class="abbr">ue</span> la verité de sa
+parolle soit tousjo<span class="abbr">ur</span>s tenue en toutes choses entieres &amp; sa<span class="abbr">n</span>s faillir
+&amp; q<span class="abbr">ue</span> pl<span class="abbr">us</span> gra<span class="abbr">n</span>t foy on y adjouste. Pource q<span class="abbr">ue</span> nous avons dit en cestuy
+<a href="#ch5">chapitre .v.</a> des .vii. enseignemens co<span class="abbr">m</span>me<span class="abbr">n</span>t la saige princesse doit
+estre bien de ses subgetz si q<span class="abbr">ue</span> dit est &amp; pourroit sembler a aulcuns
+mal advisés que chose superflue soit de ce dire &amp; q<span class="abbr">ue</span> il n'appartiengne
+q<span class="abbr">ue</span> princesses prengne cure de atraire ses subgés ains doit co<span class="abbr">m</span>mander
+baudeme<span class="abbr">n</span>t ses plaisirs &amp; que ilz doivent obeir &amp; mettre
+peine de l'attraire a amour &amp; non mye elle eulx ou autrement ne
+seront ilz mye subgés &amp; elle maistresse mais a ce no<span class="abbr">us</span> respondro<span class="abbr">n</span>s
+que sauve la grace des diseurs ce appartie<span class="abbr">n</span>t a faire non mye seuleme<span class="abbr">n</span>t
+a princesses mais aux princes par maintes raiso<span class="abbr">n</span>s&nbsp;/ mais
+de deux no<span class="abbr">us</span> passerons. Car moult se pourroit ceste matiere pl<span class="abbr">us</span>
+eslargir. L'une si est que quoy que le prince soit seigneur maistre
+des subgetz&nbsp;/ toutesfois les subgetz font le seigneur &amp; non mye le
+seigneur les subgetz. Et trouveroient trop plus legierement q<span class="abbr">ui</span>
+les reputeroit a subgetz se ils luy vouloyent estre mauvais que
+il ne trouveroit qui le recepveroit a seigneur &amp; pour celle cause &amp;
+aussi qu'il ne pourroit luy tout seul forçoyer <span class="abbr">con</span>tre eulx si luy estoient
+rebelles&nbsp;/ &amp; s'il avoit ores la puissance de les destruyre il mesmes
+se deffendroit. Et s'il est necessité que il les tiengne a amour
+en telle maniere que de celle amour viengne crainte plus que p<span class="abbr">ar</span>
+rigueur ou autreme<span class="abbr">n</span>t sa seigneurie est en balence. Si est vray le
+proverbe commun que l'en dit&nbsp;/ il n'est mye sire de son païs qui de
+ses hommes est haÿs. Et de les tenir en amour vrayement pl<span class="abbr">us</span>
+grant sens ne pourroit faire se a droit veult estre nommé seign<span class="abbr">eu</span>r
+Car il ne pourroit avoir cité ne forteresse d'aussi grant deffence
+force &amp; puissance co<span class="abbr">m</span>me luy peut estre l'amour &amp; benivolence des
+vrays subgetz. L'autre raison si est pource q<span class="abbr">ue</span> poson que subgetz
+aye<span class="abbr">n</span>t bo<span class="abbr">n</span>ne voule<span class="abbr">n</span>té vers pri<span class="abbr">n</span>ce &amp; princesse si n'auroye<span class="abbr">n</span>t ilz jamais
+le hardeme<span class="abbr">n</span>t d'aler familiereme<span class="abbr">n</span>t vers eulx se ilz ne les mandoient
+ne il n'appartiendroit aussi. Si doit doncq<span class="abbr">ue</span>s venir le premier
+acueil du prince ou de la princesse mais il est bien raison que les
+subgetz face<span class="abbr">n</span>t de ce tresgrant joye &amp; feste &amp; q<span class="abbr">u'i</span> s'en tienne<span class="abbr">n</span>t bien honnorez
+&amp; en doit doubler en eulx leur amour &amp; loyaulté ta<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ue</span> plus
+de doulceur &amp; trouve<span class="abbr">n</span>t. Et a ce p<span class="abbr">ro</span>pos dit ung saige q<span class="abbr">u'i</span>l n'est chose q<span class="abbr">ui</span>
+plus supre<span class="abbr">n</span>gne le cueur des subgetz ne q<span class="abbr">ui</span> ta<span class="abbr">n</span>t les tire vers leur seigneur
+co<span class="abbr">m</span>me quant ilz treuve<span class="abbr">n</span>t benignité et doulceur en luy si q<span class="abbr">ue</span> il
+est escript d'un bon e<span class="abbr">m</span>pereur q<span class="abbr">ui</span> disoit q<span class="abbr">u'i</span>l vouloit estre tel a ses subgetz
+q<span class="abbr">ue</span> eulx mesmes desiroye<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">u'i</span>l leur fust. &amp; de ceste chose bie<span class="abbr">n</span> advisee
+la sage pri<span class="abbr">n</span>cesse le fera ai<span class="abbr">n</span>si leurs fe<span class="abbr">m</span>mes la visitero<span class="abbr">n</span>t aucu<span class="abbr">n</span>esfois
+&amp; elle leur fera tresbonne chere et parlera a toutes si amyablement
+que tres contentes se tendront &amp; loueront son sçavoir et
+sa tresgrant court tiendra et feste a ses gesines et aux nopces de
+ses enfans vouldra que elles soye<span class="abbr">n</span>t en la compaignie des dames
+&amp; des damoiselles. Pour laq<span class="abbr">ue</span>lle chose elle acquerra moult amo<span class="abbr">ur</span>
+de tous &amp; de toutes.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch17" id="ch17"></a>¶ Cy devise comment la saige princesse tiendra
+en belle ordonnance ses femmes de sa court.
+Chapitre xvii.</h2>
+
+
+<p>Le vi. enseignement de prudence est que la saige
+princesse tout ainsi que le bon pasteur se pre<span class="abbr">n</span>t
+garde que ses brebis soyent maintenues en santé
+&amp; se aucune en devient rongneuse il la separe
+du troupel de peur qu'elle peust empirer les autres
+elle se prendra garde sur le gouvernement
+de ses femmes lesquelles aura terres a son povoir toutes bo<span class="abbr">n</span>nes
+&amp; honnestes car aultres ne vouldra avoir en tour elle. Et pource
+que c'est chose assez acoustumee que chevaliers et escuyers et
+tous hommes qui frequentent en tour femmes par especial les
+aucuns ont maniere de les prier d'amours &amp; de les attraire se ilz
+pevent&nbsp;/ la saige princesse par ses ordonnances tiendra telle maniere
+qu'il n'aura nul repairant a sa court si hardy qui a nulle de
+ses femmes ose conseiller apart ne faire semblant d'atrait &amp; se il
+le fait ou que il soit apperceu en aucun signe que tantost telle chere
+luy soit monstree qu'il ne s'i osera plus embatre. Et ainsi selon
+seigneur maisgnee duicte la dame qui toute honneste sera vouldra
+que toutes ses femmes le soyent sur peine d'estre mises hors
+de sa compaignie si vouldra qu'elles s'ebatent a jeulx honnestes
+&amp; non tieulx que ho<span class="abbr">m</span>mes s'en puissent mocquer ne tenir leurs parolles
+ainsi que voulentiers font d<span class="abbr">e</span> femmes quoy qu'ilz s'en rient
+&amp; jouent avecques elles se contiennent entre chevaliers &amp; escuyers
+&amp; tous hommes par beau maintien dient leurs parolles coyment
+&amp; simpleme<span class="abbr">n</span>t s'esbatent &amp; solacent soit en dances ou autres
+esbatemens gracieusement &amp; sans liberté ne soyent baudes saillans
+n'effrayees en parolles contenance maintien ris &amp; ne voysent
+la teste levee comme cerfz ramages lesquelles contenances
+seroyent trop mal seans &amp; grant mocquerie a femmes de court
+ou plus doibt avoir honnesteté bonnes meurs &amp; courtois maintiens
+que en nulles autres. Car la ou est le plus d'onneur doive<span class="abbr">n</span>t
+estre les plus parfaictes meurs &amp; maintiens &amp; de ce deceveroie<span class="abbr">n</span>t
+trop les femmes de court se aucun païs en avoit de telle opinion
+qui cuydassent que plus leur apartenist a estre baudes &amp; sailla<span class="abbr">n</span>s
+que autres femmes&nbsp;/ mais pource que nous esperons que yceste
+nostre doctrine soit portee par le temps advenir en mai<span class="abbr">n</span>s royaulmes
+affin q<span class="abbr">ue</span> en tous lieux ou il auroit en cest endroit aucune deffaulte
+peust estre vaillable. Nous disons generaume<span class="abbr">n</span>t a toutes
+&amp; de tous pays q<span class="abbr">ue</span> il appartient a toute dame &amp; damoiselle de co<span class="abbr">ur</span>t
+estre plus saige plus rassise &amp; mieulx moriginee en toutes choses
+soit jeune ou vieille que autre. Car elles doyvent estre exemplaire
+de tout bien &amp; de tout ho<span class="abbr">n</span>neur aux autres femmes &amp; se autrement
+le foisoient point ne feroye<span class="abbr">n</span>t d'honneur a leur maistresse
+ne a elle mesmes. Avecques ce vouldra la sage princesse affin q<span class="abbr">ue</span>
+toutes choses en honnesteté se correspondent que les robes &amp; les
+atours de ses femmes quoy qu'ilz soyent beaulx &amp; riches co<span class="abbr">m</span>me il
+appartie<span class="abbr">n</span>t bien soyent d'honneste façon bien mis &amp; bien seans honnestement
+&amp; netteme<span class="abbr">n</span>t maintenus mais n'y ait nulle desguisure
+ne deshonnesteté de trop gra<span class="abbr">n</span>s collectz ou d'autres oultaiges &amp; en
+toutes choses la saige princesse ordonnera ses femmes&nbsp;/ tout ainsi
+que la prudente &amp; bo<span class="abbr">n</span>ne abbesse fait son convent en telle maniere
+que mauvais rapport en estranges contrees ne aval la ville ne
+autre part n'en puisse estre fait&nbsp;/ &amp; sera ladicte princesse ta<span class="abbr">n</span>t crai<span class="abbr">n</span>te
+&amp; redoubtee p<span class="abbr">ar</span> le sage gouverneme<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ue</span> on luy verra tenir q<span class="abbr">ue</span> nul ne
+nulle ne sera si hardy aucuneme<span class="abbr">n</span>t desobeir a ses <span class="abbr">com</span>ma<span class="abbr">n</span>demens ne
+lever l'ueil senestreme<span class="abbr">n</span>t ne mal apoi<span class="abbr">n</span>t&nbsp;/ car il n'est nulle doubte que
+une dame est plus crainte &amp; doubtee &amp; tenue en plus grant reverence
+qua<span class="abbr">n</span>t on la voit saige &amp; de pesans meurs &amp; ho<span class="abbr">n</span>neste&nbsp;/ &amp; poso<span class="abbr">n</span>s
+q<span class="abbr">ue</span> elle soit benigne &amp; doulce q<span class="abbr">ue</span> ne seroit male &amp; diverse&nbsp;/ car le seul regard
+de la saige &amp; chiere attre<span class="abbr">m</span>pee est assés souffisant signe pour
+corriger ceulx &amp; celles q<span class="abbr">ui</span> mespre<span class="abbr">n</span>nent &amp; les faire craindre.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch18" id="ch18"></a>¶ Cy devise <span class="abbr">com</span>me<span class="abbr">n</span>t la sage princesse se pre<span class="abbr">n</span>dra garde sur ses revenues
+&amp; de ses fina<span class="abbr">n</span>ces &amp; de l'estat de sa court.</h2>
+
+
+<p>Le .vii. enseignement de prudence a la sage princesse
+est que elle prendra garde soigneusement au fait
+de sa revenue &amp; de sa despence laquelle chose doyve<span class="abbr">n</span>t
+adviser no<span class="abbr">n</span>pas seulleme<span class="abbr">n</span>t princes &amp; princesses&nbsp;/ mais
+se<span class="abbr">m</span>blablement toutes gens q<span class="abbr">ue</span> veulent vivre p<span class="abbr">ar</span> ordre
+de saigesse n'aura point de honte elle mesmes de vouloir sçavoir
+la somme de ses revenues ou de ses pensions &amp; que les comptes
+de ses receveurs &amp; despenciers de ses finances soyent a certains
+jours fais devant elle vouldra sçavoir co<span class="abbr">m</span>ment ses maistres d'ostel
+gouvernent ses gens &amp; ordo<span class="abbr">n</span>nent son co<span class="abbr">m</span>mun &amp; distribue<span class="abbr">n</span>t les
+viandes &amp; semblablement des autres offices de sa court dont
+elle ne vueille bien estre informee q<span class="abbr">ue</span> ilz soyent prude<span class="abbr">n</span>s de bo<span class="abbr">n</span>ne vie
+&amp; prudens ho<span class="abbr">m</span>mes ains que les prengne &amp; se le <span class="abbr">con</span>traire scet q<span class="abbr">ue</span> tost
+ne les mette hors si sçaura <span class="abbr">com</span>bien monte la despence de son hostel
+vouldra sçavoir ce que on a prins des marchans &amp; sus le peuple
+pour elle &amp; pour sa despence &amp; ordonnera q<span class="abbr">u'i</span>l soit bien payé a certai<span class="abbr">n</span>
+jour&nbsp;/ car nullement ne vouldra leurs mauldissons ne estre a le<span class="abbr">ur</span>
+haine. si ne vouldra rie<span class="abbr">n</span>s devoir mieulx aimera se passer a moi<span class="abbr">n</span>s
+&amp; plus sobrement despendre. deffendra qu'on ne prengne rie<span class="abbr">n</span>s sus
+le peuple maulgré eulx &amp; que ce ne soit a juste pris tantost payer
+&amp; non mye faire aller les povres gens des villaiges &amp; d'ailleurs a
+leur grant coust &amp; destourbier &amp; frais. Cent fois et plus a tout
+une cedule en sa chambre aux dames &amp; a ses receveurs ains q<span class="abbr">u'i</span>lz
+puissent estre payés ne vouldra point que ses tresoriers ou distributeurs
+de finances usent du stille commun&nbsp;/ c'est assavoir soye<span class="abbr">n</span>t
+menteurs ne pourmena<span class="abbr">n</span>s les gens de terme en terme comme ilz
+pourront penser que ilz puissent payer. Ceste sage dame ordonnera
+l'avoir de ses revenues en la maniere qui s'e<span class="abbr">n</span>suyt. Elle le partira
+en cinq parties. La premiere sera la part &amp; porcion que elle
+vouldra mettre en aulmosnes &amp; donner aux povres. La seconde
+en la despence de son hostel la somme elle sçaura que elle monte&nbsp;/
+voire s'il est ainsi que sur sa revenue &amp; pention la doye querir et q<span class="abbr">ue</span>
+son seigneur ne luy administre sans que elle s'en mesle. La tierce
+a payer ses officiers &amp; ses femmes. La quarte en dons a estrangiers
+ou autres qui luy auront desservy extraordinairement. Et
+La .v. mettra en tresor &amp; dessus prendra a sa plaisance ce que elle
+vouldra mettre pour elle en joyaulx robes &amp; autres abillemens
+&amp; sera chascune part &amp; portion de telle quantité comme elle verra
+que elle puisse faire selon sa revenue. Et ainsi par ceste voye
+tenir riglement pourra avoir droit ordre en toutes ses choses sa<span class="abbr">n</span>s
+confusion ne que argent faille pour assovyr aucunes des dessusdictes
+choses parquoy il co<span class="abbr">n</span>vient faire finances estranges ou chevances
+non licites a grans dommaiges &amp; frais. En ceste maniere
+par les sept dessusditz enseigneme<span class="abbr">n</span>s de prudence tenir avec les
+autres vertus lesquelles choses ne sont mye fortes a faire&nbsp;/ ains
+embellissent &amp; sont plaisans mais que bon cueur s'i vueille disposer
+&amp; que ung petit l'ait acoustumé pourra la saige dame acquerir
+la gloire renommee &amp; grant honneur au monde &amp; a la fin paradis
+qui est promis aux biens vivans.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch19" id="ch19"></a>¶ Cy devise en quelle maniere se doit estendre la largesse &amp; liberalité
+de la saige princesse. Chap. .xix.</h2>
+
+
+<p>Et pource que nous avons parlé des autres v<span class="abbr">er</span>tus
+convenables a princesse assés au lo<span class="abbr">n</span>g &amp; pl<span class="abbr">us</span>
+en brief avons touché la largesse mo<span class="abbr">n</span>daine qui
+en dons luy affiert a avoir hors l'ordre co<span class="abbr">m</span>mune
+de sa despence &amp; extraordinaireme<span class="abbr">n</span>t comme ce
+soit chose advisant a princesse que en ce soit advisee
+en parlerons plus au large la saige princesse qui vouldra
+qu'il n'y ait riens a reproucher en ses faitz se gardera bien que le
+vice de chetiveté &amp; de non deue echarceté ne soit point veu en elle
+&amp; aussi de folle largesse qui n'est mye maindre vice. Et pourtant
+par grant discretion &amp; prudence usera &amp; fera de ces dons&nbsp;/ car c'est
+une des choses du monde qui plus exaulce la reno<span class="abbr">m</span>mee des gra<span class="abbr">n</span>s
+seigneurs &amp; dames que largesse &amp; ce tesmoigne jehan de sabberieuse
+en policraticion ou tiers livre ou .xiiii. chapitre a demo<span class="abbr">n</span>strer
+que la vertu de largesse soit necessaire a ceulx qui ont le gouvernement
+sur la chose publicque. exemple de titus le noble empereur
+q<span class="abbr">ui</span> acq<span class="abbr">ui</span>st telle reno<span class="abbr">m</span>mee p<span class="abbr">ar</span> sa largesse q<span class="abbr">ue</span> on l'apelloit le secours &amp;
+l'aide de toute p<span class="abbr">er</span>so<span class="abbr">n</span>ne &amp; il avoit tel amo<span class="abbr">ur</span> a ceste v<span class="abbr">er</span>tu de largesse q<span class="abbr">ue</span> le
+jour q<span class="abbr">u'i</span>l n'avoit fait don aucun il ne povoit estre joyeulx &amp; po<span class="abbr">ur</span> ce aq<span class="abbr">ui</span>st
+la generalle amo<span class="abbr">ur</span> de to<span class="abbr">us</span>. Si demo<span class="abbr">n</span>sterra la sage dame sa largesse
+en telle maniere se elle a puissa<span class="abbr">n</span>ce de do<span class="abbr">n</span>ner &amp; il luy vient a co<span class="abbr">n</span>gnoissance
+se q<span class="abbr">ue</span> elle soit bien i<span class="abbr">n</span>formee q<span class="abbr">ue</span> aucu<span class="abbr">n</span>s ge<span class="abbr">n</span>tilz ho<span class="abbr">m</span>mes estra<span class="abbr">n</span>giers
+ou aultres aie<span class="abbr">n</span>t p<span class="abbr">ar</span> lo<span class="abbr">n</span>gue prison ou ra<span class="abbr">n</span>çon moult p<span class="abbr">er</span>du du leur
+ou soie<span class="abbr">n</span>t a gra<span class="abbr">n</span>t souffreté elle le<span class="abbr">ur</span> aidera voule<span class="abbr">n</span>tiers du sien &amp; d<span class="abbr">e</span> bo<span class="abbr">n</span>
+usaige largeme<span class="abbr">n</span>t selon son povoir. &amp; pource q<span class="abbr">ue</span> largesse ne s'estend
+mie ta<span class="abbr">n</span>t seuleme<span class="abbr">n</span>t en do<span class="abbr">n</span>s co<span class="abbr">mm</span>e dit ung saige&nbsp;/ mais aussi en reco<span class="abbr">n</span>fort
+de parolles en le<span class="abbr">ur</span> do<span class="abbr">n</span>na<span class="abbr">n</span>t espera<span class="abbr">n</span>ce elle les co<span class="abbr">n</span>fortera de meilleur fortune
+&amp; ce reco<span class="abbr">n</span>fort par adve<span class="abbr">n</span>ture le<span class="abbr">ur</span> fera auta<span class="abbr">n</span>t ou pl<span class="abbr">us</span> de bien q<span class="abbr">ue</span> l'arge<span class="abbr">n</span>t
+q<span class="abbr">ue</span> elle leur do<span class="abbr">n</span>ra car moult est chose agreable a p<span class="abbr">er</span>so<span class="abbr">n</span>ne si q<span class="abbr">ue</span> ja est
+touché si deva<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">uan</span>t prince ou pri<span class="abbr">n</span>cesse luy do<span class="abbr">n</span>ne reco<span class="abbr">n</span>fort &amp; mesmes
+de sa parolle. Et aussi si ceste dame voit aucun gentilho<span class="abbr">m</span>me soit
+chevalier de bon couraige qui ait grant voulenté de soy avancer
+en honneur. mais n'ait mye grant cheva<span class="abbr">n</span>ce pour soy habiller si q<span class="abbr">u'i</span>l
+affiert &amp; elle voit q<span class="abbr">ue</span> de luy ayder soit bien employé &amp; q<span class="abbr">ue</span> il le vaille
+la ge<span class="abbr">n</span>tille dame q<span class="abbr">ui</span> aura en soy toutes nobles meurs po<span class="abbr">ur</span> honne<span class="abbr">ur</span>s
+de ge<span class="abbr">n</span>tillesse &amp; pour tousjours eslever noblesse de vaillance luy aidera.
+Et ainsi en divers cas qui peut advenir s'este<span class="abbr">n</span>dra la saige &amp;
+bien ordonnee largesse de ceste dame &amp; s'il advient q<span class="abbr">ue</span> aucuns p<span class="abbr">re</span>sens
+ou dons luy soyent faitz de p<span class="abbr">ar</span> aucuns grans seign<span class="abbr">eu</span>rs elle do<span class="abbr">n</span>nera si
+grandeme<span class="abbr">n</span>t aux messagiers q<span class="abbr">ue</span> ilz s'en puisse<span class="abbr">n</span>t louer &amp; pl<span class="abbr">us</span> se ilz so<span class="abbr">n</span>t
+estrangiers que aux autres affin que en leurs païs en face<span class="abbr">n</span>t me<span class="abbr">n</span>tion
+a leurs seign<span class="abbr">eu</span>rs &amp; vouldra que tous soyent expediez. Et se
+les p<span class="abbr">re</span>sens vienne<span class="abbr">n</span>t de gra<span class="abbr">n</span>s dames elle leur e<span class="abbr">n</span>voyera se<span class="abbr">m</span>blableme<span class="abbr">n</span>t
+de ses joyaulx &amp; de ses belles choses pl<span class="abbr">us</span> largeme<span class="abbr">n</span>t Mais se povre
+ou simple p<span class="abbr">er</span>sonne luy fait aucun service ou luy p<span class="abbr">re</span>sente q<span class="abbr">ue</span>lque chose
+estrange p<span class="abbr">ar</span> bon vouloir elle regardera la faculté de la p<span class="abbr">er</span>sonne &amp;
+son estat &amp; la grandeur du service ou la value ou bonté ou beaulté
+ou estra<span class="abbr">n</span>geté du don selon le cas si le remunerera quoyq<span class="abbr">ue</span> ce soit
+si gra<span class="abbr">n</span>deme<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ue</span> l'en s'en puisse &amp; doye louer &amp; avec ce p<span class="abbr">ar</span> si joyeuse chere
+recevra la chose q<span class="abbr">ue</span> ce sera a pou moitié poime<span class="abbr">n</span>t. Et non mie sera
+sico<span class="abbr">mm</span>e no<span class="abbr">us</span> veismes une fois &amp; n'a pas moult de nos yeulx avenir
+dont moult nous pesa a une court du monde de prince ou de
+princesse que ce fust la fut ma<span class="abbr">n</span>dee une personne que on reputoit
+a saige pour oÿr &amp; co<span class="abbr">n</span>gnoistre de son sçavoir. Si y frequanta plusieurs
+fois&nbsp;/ &amp; se tenoit on tresfort content de ses faitz &amp; de ses ditz
+&amp; de l'effect de son sçavoir duq<span class="abbr">ue</span>l il avoit fait aud<span class="abbr">it</span> pri<span class="abbr">n</span>ce ou princesse
+aucuns services justes bo<span class="abbr">n</span>s &amp; loysibles dignes de reco<span class="abbr">m</span>mandatio<span class="abbr">n</span>
+&amp; desserte. En cestuy mesmes temps &amp; espace frequentoit a icelle
+mesme court une autre p<span class="abbr">er</span>so<span class="abbr">n</span>e qu'on reputoit a folle q<span class="abbr">ui</span> a coustume
+avoit de servir les seigneurs &amp; dames de bourdes &amp; rappors
+de ce qu'on faisoit par tout &amp; de parolles de nulle value sico<span class="abbr">mm</span>e par
+maniere de truffes &amp; de faire rire. Advint q<span class="abbr">ue</span> on voult remunerer
+&amp; faire dons a la p<span class="abbr">er</span>so<span class="abbr">n</span>ne q<span class="abbr">ue</span> on reputoit a saige &amp; qui avoit desservy
+de son sçavoir &amp; a la p<span class="abbr">er</span>so<span class="abbr">n</span>ne qu'on reputoit a folle q<span class="abbr">ui</span> avoit servy seulement
+de dire les bourdes&nbsp;/ si fut donné a ladicte folle ung don q<span class="abbr">ui</span>
+fut extimé a la value de .vl. escus. &amp; a l'autre ung don de douze escus&nbsp;/
+de laquelle chose quant ce vismes entre nous troys seurs&nbsp;/
+raison&nbsp;/ doctrine &amp; justice muçasmes nos faces de honte de veoir
+si desconvenable extimation et tant aveuglee descongnoissance
+en court q<span class="abbr">ue</span> on dit aute<span class="abbr">n</span>tique. non mye pour la value du don&nbsp;/ mais
+pour l'extimation des p<span class="abbr">er</span>sonnes &amp; de leurs faitz Si ne fera mye ai<span class="abbr">n</span>si
+la saige princesse qui des folz ou des folles ou q<span class="abbr">ui</span> le co<span class="abbr">n</span>trefont&nbsp;/ ou
+de raporteurs de parolles et de choses de nulle value gueres ne
+s'acointera ne la estandra mye ses dons mais aux vertueux &amp; a
+ceulx a qui le bien est employé.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch20" id="ch20"></a>¶ Cy devisent les excusations qui affierent aux bonnes pri<span class="abbr">n</span>cesses
+qui ne pourroye<span class="abbr">n</span>t pour aucunes causes mettre a effect les
+choses dessusdictes. Cha .xx.</h2>
+
+<p>Or avo<span class="abbr">n</span>s dit ce q<span class="abbr">ui</span> appartie<span class="abbr">n</span>t &amp; touche a la largesse
+de la saige princesse&nbsp;/ mais ava<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ue</span> nous passio<span class="abbr">n</span>s
+oultre affin q<span class="abbr">ue</span> oblié ne soit no<span class="abbr">us</span> <span class="abbr">con</span>vie<span class="abbr">n</span>t icy toucher
+par especial q<span class="abbr">ue</span>stions qui no<span class="abbr">us</span> pourroie<span class="abbr">n</span>t estre faictes
+sur deux pointz que touchié avo<span class="abbr">n</span>s cy deva<span class="abbr">n</span>t
+C'est assavoir l'un q<span class="abbr">ue</span> no<span class="abbr">us</span> avo<span class="abbr">n</span>s dit &amp; devisé co<span class="abbr">m</span>me
+il appartient q<span class="abbr">ue</span> la saige princesse se face accointer des gens de to<span class="abbr">us</span>
+les estatz &amp; subgetz. Et l'autre a la liberalité q<span class="abbr">ue</span> doit avoir. si que
+dernierement avons dit du premier point. Pourroit souldre telle
+question vous dictes qu'il appartient a saige princesse d'avoir la
+benivolence des subgetz pource se doit d'eulx accointer. Mais co<span class="abbr">m</span>ment
+pourroit cestuy enseigneme<span class="abbr">n</span>t servir a toutes car il n'est poi<span class="abbr">n</span>t
+de doubte qu'il est assés q<span class="abbr">ue</span> quoy qu'elles soyent tressaiges &amp; prude<span class="abbr">n</span>tes
+si ont elles maris de merveilleuses meurs &amp; q<span class="abbr">ui</span> si court les tie<span class="abbr">n</span>nent
+que a peine osent elles parler mesmes a leurs serviteurs et
+aux gens de leur ostel. si ne se pourroient icelles femmes de nul acointer
+&amp; ne sert a nul envers elle cestuy enseigneme<span class="abbr">n</span>t. Item a l'autre
+point semblableme<span class="abbr">n</span>t qu'il est assés de princes &amp; d'autres hommes
+qui tant tie<span class="abbr">n</span>nent leurs femmes courtes d'argent q<span class="abbr">u'e</span>lles n'ont
+ung denier. Si ne pourroient celles par effect quelque bon vouloir
+qu'elles eusse<span class="abbr">n</span>t user de celle vertu de largesse. Si respondro<span class="abbr">n</span>s
+a ces deux questions ensemble tout en unemesmes sente<span class="abbr">n</span>ce. c'est
+assavoir que nous n'entendons mye de celles qui sont gardees p<span class="abbr">ar</span>
+telles extremités. Car aux dames &amp; pri<span class="abbr">n</span>cesses ou autres tenues
+en tel servage prudence ne peut donner autre enseignement &amp; sil
+n'est il pas petit fors prendre en pacie<span class="abbr">n</span>ce faire tousjours bien a le<span class="abbr">ur</span>
+povoir &amp; obeir pour avoir paix. Mais parlons a celles que nous
+supposons qui ayent auctorité sens &amp; puissance de ce faire si que
+ja avons dit. Et aussi n'e<span class="abbr">n</span>tendons mye des jeunes qui e<span class="abbr">n</span>cores so<span class="abbr">n</span>t
+soubz l'administration d'autres dames vray est q<span class="abbr">ue</span> cest nostre doctrine
+s'elles l'estudient &amp; retienne<span class="abbr">n</span>t leur pourra servir d'aprendre
+a elles gouverner p<span class="abbr">ar</span> telle prude<span class="abbr">n</span>ce que qua<span class="abbr">n</span>t seront en aage de pl<span class="abbr">us</span>
+grant discrection les maris &amp; seign<span class="abbr">eu</span>rs qui les verro<span class="abbr">n</span>t de se<span class="abbr">m</span>blable
+ordonnance &amp; gouverneme<span class="abbr">n</span>t leur pourront bien do<span class="abbr">n</span>ner auctorité
+de faire &amp; gouverner se<span class="abbr">m</span>blablement q<span class="abbr">u'i</span>l est dit &amp; q<span class="abbr">ue</span> no<span class="abbr">us</span> diro<span class="abbr">n</span>s cy ap<span class="abbr">ré</span>s
+en te<span class="abbr">m</span>ps &amp; en lieu a leur e<span class="abbr">n</span>nortement &amp; l'ho<span class="abbr">m</span>me est trop fol de q<span class="abbr">ue</span>lque
+estat q<span class="abbr">u'i</span>l soit q<span class="abbr">uan</span>t il voit qu'il a bo<span class="abbr">n</span>ne fe<span class="abbr">m</span>me &amp; saige s'il ne luy do<span class="abbr">n</span>ne auctorité
+de gouverner se besoing est. <span class="abbr">com</span>bien q<span class="abbr">u'i</span>l en soit assés de si malostrus
+&amp; de si desco<span class="abbr">n</span>gnoissans q<span class="abbr">u'i</span>lz ne sçavent veoir ne <span class="abbr">con</span>gnoistre&nbsp;/
+ou bonté &amp; sens sont assis &amp; se fonde<span class="abbr">n</span>t sur l'oppinion q<span class="abbr">ue</span> en sens de fe<span class="abbr">m</span>me
+ne peut avoir grant gouverneme<span class="abbr">n</span>t. de laq<span class="abbr">ue</span>lle chose no<span class="abbr">us</span> veons
+souvent le <span class="abbr">con</span>traire. Si disons de rechief en co<span class="abbr">n</span>cluant q<span class="abbr">ue</span> se celles dames
+ainsi courtes tenues ne pevent en ces pointz mettre a effect
+leur prude<span class="abbr">n</span>ce tant en ce q<span class="abbr">ui</span> touche d'elles faire a congnoistre a leurs
+subgectz &amp; aussi en faisant largesse elles en sont a excuser. mais
+neant plus q<span class="abbr">ue</span> une grant lumiere se pourroit si fort mucier que p<span class="abbr">ar</span>
+aulcun anglet ne fust apperceue ne les pourront tant empescher
+leurs maris que s'elles sont bonnes saiges &amp; de bon amour a le<span class="abbr">ur</span>s
+subgetz que elles ne soyent bien aymees de tous &amp; reputé leur bo<span class="abbr">n</span>ne
+voulenté pour faict pour les discretes et bonnes apparences
+qu'on verra d'elles&nbsp;/ &amp; que louees &amp; reno<span class="abbr">m</span>mees ne soye<span class="abbr">n</span>t en to<span class="abbr">us</span> lieux
+Et souffice qua<span class="abbr">n</span>t a ce propos.</p>
+
+
+
+<h2><a name="ch21" id="ch21"></a>¶ Cy devise du gouvernement
+a la saige princesse demouree vefve. chap. .xxi.</h2>
+
+
+<p>Parlé avo<span class="abbr">n</span>s assés de ce qui touche les e<span class="abbr">n</span>seigneme<span class="abbr">n</span>s
+des princesses mariees&nbsp;/ mais affin q<span class="abbr">ue</span> nostre doctrine
+soit en to<span class="abbr">us</span> les estatz des dames vaillable
+dirons encore a ce p<span class="abbr">ro</span>pos p<span class="abbr">ar</span>lant aux dames &amp; princesses
+vefves ta<span class="abbr">n</span>t aux jeunes co<span class="abbr">mm</span>e aux ancie<span class="abbr">n</span>nes
+en differences de leurs aages Si disons ainsi s'il
+advie<span class="abbr">n</span>t que la saige princesse demeure vefve n'est point de doubte
+q<span class="abbr">u'e</span>lle plorera sa partie si q<span class="abbr">ue</span> bonne foy le do<span class="abbr">n</span>ne se tiendra close ung
+te<span class="abbr">m</span>ps. ap<span class="abbr">ré</span>s le service &amp; obseques a petite lumiere de jour en piteux
+&amp; dole<span class="abbr">n</span>t habit selon ho<span class="abbr">n</span>neste usaige. Si n'oubliera pas la bonne ame
+de son seign<span class="abbr">eu</span>r&nbsp;/ ains en priera &amp; fera prier tresdevottement par
+grant soing en mesmes services aulmosnes offrandes et oblations.
+&amp; moult la fera reco<span class="abbr">m</span>mander a toutes ge<span class="abbr">n</span>s de devotion&nbsp;/ et ne
+durera pas ung pou de te<span class="abbr">m</span>ps ceste memoire &amp; ses bie<span class="abbr">n</span>sfaitz&nbsp;/ mais
+tant co<span class="abbr">mm</span>e elle vivra. Neantmoins a ceste dame qui sera de grant
+sçavoir prudente dira&nbsp;/ &amp; l'admo<span class="abbr">n</span>nesteront souvent son beau pere &amp;
+ceulx a qui il appartiendra q<span class="abbr">ue</span> no<span class="abbr">n</span>obstant sa tresgrant perte &amp; son
+grant dueil &amp; regretz de la mort de son seigneur &amp; de la bo<span class="abbr">n</span>ne lealle
+amour qu'elle luy portoit il co<span class="abbr">n</span>vient estre pacient de tout ce qui
+plaist au seigneur estre faist &amp; q<span class="abbr">ue</span> no<span class="abbr">us</span> sommes nez pour aller celle
+voye qua<span class="abbr">n</span>t il luy plaira. Si pourroit bien pecher &amp; courroucer nostreseigneur
+de tant estre adolee &amp; par si long te<span class="abbr">m</span>ps &amp; espace Si co<span class="abbr">n</span>vient
+qu'elle prengne autre maniere de vivre ou grever pourroit
+son ame &amp; sa santé. si n'en seroit mye de mieulx a ses nobles e<span class="abbr">n</span>fa<span class="abbr">n</span>s
+qui e<span class="abbr">n</span>cores ont tout mestier d'elle. Ceste dame ainsi admo<span class="abbr">n</span>nestee
+de raison &amp; d<span class="abbr">e</span> bon <span class="abbr">con</span>seil pour aucuneme<span class="abbr">n</span>t mieulx passer ceste gra<span class="abbr">n</span>t
+tribulation se prendra a se do<span class="abbr">n</span>ner de garde de ses beso<span class="abbr">n</span>gnes. Tout
+premiereme<span class="abbr">n</span>t vouldra avoir congnoissance du testament de son
+seigneur &amp; mettra toute sa peine au plustost que faire ce pourra
+pour allegier la benoiste ame de celluy qu'elle aymoit qu'il soit acco<span class="abbr">m</span>ply.
+Apres s'elle a des enfans &amp; le pere ne les a partis en son vivant
+prendra grant cure que les partaiges des terres et des seigneuries
+soyent faitz entre eulx par bon regard &amp; advis des barons
+&amp; des saiges du co<span class="abbr">n</span>seil si que au gré d'un chascun soit s'elle peut
+s'en travaillera de tout son povoir de les tenir en amour sans debat
+ensemble &amp; que tous les moindres servent &amp; honnorent l'aisné
+leur seigneur si que raison est. Avec ce advisera ce que a elle apartient
+tant au faict de meubles comme a son douaire. Et s'elle
+n'a nulz enfans &amp; aucun luy vueille faire tort de ce qu'il luy appartient&nbsp;/
+sico<span class="abbr">m</span>me souventesfois on fait aux dames vefves soye<span class="abbr">n</span>t gra<span class="abbr">n</span>des
+ou petites elle appellera bon co<span class="abbr">n</span>seil &amp; en usera en gardant et
+deffendant son droit hardiment par droit &amp; raison sans s'eschauffer
+en hastiveté de parolles vers nulluy. ains dira sa raison ou fera
+dire courtoisement a tous. mais elle gardera son droit &amp; tant
+co<span class="abbr">m</span>me elle vivra tiendra en amour a son pouvoir les parens de so<span class="abbr">n</span>
+seigneur &amp; grant honneur leur portera. &amp; de ce faire sera grandement
+louee &amp; prisee Mais s'il advient cas que la princesse demeure
+vefve a tout son aisné filz encores jeune &amp; moindre de aage et
+que par adventure guerre &amp; contens sourde entre les barons. et
+pour cause du gouvernement la convient il qu'elle employe toute
+sa prudence &amp; son sçavoir po<span class="abbr">ur</span> les mettre &amp; les tenir en paix. car
+nulle guerre d'estranges ennemys ne luy pourroit estre tant perilleuse
+comme ceste. Et pource la saige dame qui toute sera saige
+sera si bonne moyenne entre eulx par son prudent maintien &amp;
+sçavoir pensant le mal qui pourroit venir de leurs debatz&nbsp;/ veu
+son enfant encores petit &amp; jeune que bien les sçaura apaiser. Et
+pource faire querre les plus convenables manieres &amp; le plus q<span class="abbr">u'e</span>lle
+pourra le traictera par doulceur &amp; par bel. &amp; vouldra que tout
+soit fait par bon &amp; loyal conseil&nbsp;/ ou s'il advient q<span class="abbr">ue</span> aulcunes terres
+se rebellent ou que la contree soit assaillie d'ennemys. sico<span class="abbr">m</span>me souventesfois
+advient ap<span class="abbr">ré</span>s mort de prince a enfans moi<span class="abbr">n</span>dres d'eage
+pourquoy conviengne avoir et maintenir guerre&nbsp;/ bien aura besoing
+la prudente dame &amp; princesse q<span class="abbr">ui</span> desirera a garder le bien des
+enfans q<span class="abbr">ue</span> elle mette a oeuvre son grant sçavoir. Adonc luy aura
+mestier tenir en amo<span class="abbr">ur</span> les baro<span class="abbr">n</span>s chevaliers &amp; seign<span class="abbr">eu</span>rs de son païs
+affin que tousjours soyent bons &amp; loyaulx &amp; de bon conseil a son
+enfant. Aussi les chevaliers escuyers &amp; gentilz hommes&nbsp;/ affin q<span class="abbr">ue</span>
+de plus grant cueur voulentiers &amp; hardiement se combatent se
+mestier est&nbsp;/ &amp; maintenant la guerre pour leur jeune seign<span class="abbr">eu</span>r le peuple
+aussi affin q<span class="abbr">ue</span> plus voulentiers y aydent du leur se besoing est
+pour maintenir la guerre. Et pource affin qu'ilz soyent tousjo<span class="abbr">ur</span>s
+plus loyaulx subgetz &amp; q<span class="abbr">ue</span> autre ne les peust esmouvoir au co<span class="abbr">n</span>traire
+parlera a eulx aucunesfois par bel en disant p<span class="abbr">ar</span> doulces parolles
+qu'il ne leur vueille ennuyer se adonc sont aucunement grevez
+pour la gra<span class="abbr">n</span>t charge de la guerre &amp; d'autres affaires q<span class="abbr">ue</span> si dieu
+plaist ce ne durera mye longueme<span class="abbr">n</span>t &amp; q<span class="abbr">ue</span> bien luy en souviendra et
+ramentevera a son filz le bien &amp; la loyaulté qui est trouvee entre
+eulx Et telle maniere de parler leur dira la saige dame &amp; princesse
+qui pourront estre vaillables en tel cas. Car ce les esmouvera
+a plus voulentiers y mettre du leur &amp; a les garder de rebellio<span class="abbr">n</span>
+Lesquelles rebellions adviennent le plus souvent en peuple par
+estre trop oppressé de seigneurs &amp; mené par rudesse. Et n'est pas
+de doubte que estre extimé ne pourroit le bien que telle princesse
+peut faire en royaulme &amp; contree.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch22" id="ch22"></a>Cy dit de ce mesmes a l'enseignement des jeunes princesses
+vefves Chap. .xxii.</h2>
+
+
+<p>MAis se la princesse demeure vefve sans enfans ou qu'elle
+vueille vivre plus a son aise et en paix quant revestue
+sera de ce qu'il appartient Et du douaire assigné
+elle ira demourer sur la terre &amp; la advisera co<span class="abbr">m</span>ment elle se gouvernera
+bien &amp; sagement selon sa revenue. Si mandera tantost les
+principaulx de ses ho<span class="abbr">m</span>mes &amp; aussi to<span class="abbr">us</span> les prevotz &amp; baillifz de ses
+chastellenies. Si vouldra sçavoir par bo<span class="abbr">n</span>ne enqueste <span class="abbr">com</span>me<span class="abbr">n</span>t ilz se
+seront gouvernez et portés le temps passé &amp; s'ilz sont preudo<span class="abbr">m</span>mes
+se informera des coustumes du pays &amp; se iceulx officiers so<span class="abbr">n</span>t bo<span class="abbr">n</span>s
+ilz ne se bougeront&nbsp;/ &amp; se mauvais so<span class="abbr">n</span>t les ostera &amp; mettra nouveaulx
+desq<span class="abbr">ue</span>lz elle aura bo<span class="abbr">n</span>ne relation. Et ne vouldra nullement q<span class="abbr">ue</span>
+ses prevostez soyent baillees pour argent aux pl<span class="abbr">us</span> offrans &amp; derniers
+encherissans&nbsp;/ sico<span class="abbr">m</span>me on fait maintenant co<span class="abbr">m</span>munement en
+france. Et pource en sieges en beaucop de lieux a de tresmauvaise
+ribauldaille mengeurs de gens &amp; pires que ne sont larro<span class="abbr">n</span>s&nbsp;/ car
+il n'est mauvaistie qu'ilz ne facent pour tirer argent Et pour sçavoir
+le vray&nbsp;/ l'experience co<span class="abbr">m</span>mune le demonstre &amp; certifie. Pource
+ne vouldra la bonne dame qui sera informee &amp; avertie que sesdictes
+prevostés soyent loués vendues ne baillees a ferme&nbsp;/ mais
+baillees par election aux plus preudho<span class="abbr">m</span>mes &amp; aux pl<span class="abbr">us</span> sages ainsi
+que faire se doit. si leur conviendra expressement qu'ilz garde<span class="abbr">n</span>t
+que justice soit bien gardee&nbsp;/ ou que autreme<span class="abbr">n</span>t elle les desposeroit
+&amp; pugniroit&nbsp;/ &amp; avec ses officiers fera expresse deffence &amp; aux ge<span class="abbr">n</span>s
+de so<span class="abbr">n</span> hostel que nul ne soit si hardy de faire grief a nul de ses subgetz
+ne prengne<span class="abbr">n</span>t riens sans payer&nbsp;/ car elle ne vouldra pas son ame
+charger de l'avoir des povres ge<span class="abbr">n</span>s pource que toute informee
+sera des grans excions q<span class="abbr">ue</span> preneurs de seign<span class="abbr">eu</span>rs &amp; de dames fo<span class="abbr">n</span>t souvent
+sus le co<span class="abbr">m</span>mun&nbsp;/ desquelles extortions pourtant s'ilz ne le servent
+ne seront pas excusés vers dieu lesditz seigneurs &amp; dames
+Car ilz le doivent sçavoir &amp; ne le souffrir pas: les vouldra tenir
+en paix &amp; garder de tous maulx a son povoir. Et a brief dire de
+toutes choses les tie<span class="abbr">n</span>dra en amour&nbsp;/ vouldra estre par eulx &amp; par
+leurs fe<span class="abbr">m</span>mes visitee souve<span class="abbr">n</span>t &amp; bonne chere leur fera. Les dames &amp;
+damoiselles du pays &amp; les bourgoises semblablement viendro<span class="abbr">n</span>t
+vers elle si les recevra joyeuseme<span class="abbr">n</span>t &amp; ho<span class="abbr">n</span>norera chascu<span class="abbr">n</span>e selon son
+droit. &amp; les ma<span class="abbr">n</span>dera pour en estre aco<span class="abbr">m</span>paigniee qua<span class="abbr">n</span>t seign<span class="abbr">eu</span>rs ou estrangiers
+vouldro<span class="abbr">n</span>t venir vers elle a ceste noble dame mesmement
+les petites femmes de village qui l'aymeront de tout leur
+cueur luy apporteront de le<span class="abbr">ur</span>s petis p<span class="abbr">re</span>sens co<span class="abbr">m</span>me fruytz ou autres
+choses. &amp; elle les fera venir vers elle et les vouldra veoir&nbsp;/ recevra
+leurs chosettes joyeuseme<span class="abbr">n</span>t &amp; de pou de chose fera grand <span class="abbr">com</span>pte
+et grant feste&nbsp;/ &amp; dira qu'il n'est riens si bon ne si beau. si les remercira
+cherement parlera avec elle&nbsp;/ &amp; leur tiendra parolles du faict
+de leur nourriture de leur mesnage&nbsp;/ parquoy les bo<span class="abbr">n</span>nes femmes
+quant seront a leurs maisons feront grant feste &amp; parlement de
+la chere q<span class="abbr">ue</span> leur dame leur aura faicte &amp; moult ho<span class="abbr">n</span>norees s'en tiendront.
+&amp; grant quaquet en meneront avecq<span class="abbr">ue</span>s le<span class="abbr">ur</span>s voisins. Ceste
+noble dame n'aura pas ho<span class="abbr">n</span>te de visiter les acouchees &amp; povres et
+riches. aux povres do<span class="abbr">n</span>nera pour dieu&nbsp;/ &amp; les riches ho<span class="abbr">n</span>norera&nbsp;/ tiendra
+sur fons de leurs enfa<span class="abbr">n</span>s&nbsp;/ &amp; a brief dire en toutes choses bo<span class="abbr">n</span>nes
+se tiendra &amp; demonstrera tant charitablement tant doulce &amp; humaine
+vers ses subgetz q<span class="abbr">u'i</span>lz ne parleront q<span class="abbr">ue</span> d'elle prians pour elle
+&amp; de tout le<span class="abbr">ur</span> cueur l'aymeront. Ces voyes bo<span class="abbr">n</span>nes sçavoyent bien
+tenir les tresnobles roynes de france &amp; pri<span class="abbr">n</span>cesses en leurs veufvages
+q<span class="abbr">ue</span> j'ay cy deva<span class="abbr">n</span>t no<span class="abbr">m</span>més&nbsp;/ c'est assavoir la royne Jeha<span class="abbr">n</span>ne la royne
+bla<span class="abbr">n</span>che la duchesse d'orleans fille jadis du roy charles .iiii. &amp; se<span class="abbr">m</span>blablement
+d'autres q<span class="abbr">ue</span> en telle maniere se gouvernent en toute bonté
+&amp; saigeté qu'a tousjoursmais pourront estre exe<span class="abbr">m</span>plaire de bien et
+sagement vivre a celles advenir. Et cy est la fin des enseignemens
+q<span class="abbr">ue</span> prudence do<span class="abbr">n</span>ne a la saige princesse q<span class="abbr">ui</span> est en aage de <span class="abbr">con</span>gnoistre
+bien &amp; mal. Si dirons ung petit puis q<span class="abbr">ue</span> entrees ou p<span class="abbr">ro</span>pos so<span class="abbr">m</span>mes
+de la jeune princesse vefve &amp; puis diro<span class="abbr">n</span>s des jeunes mariees
+il ap<span class="abbr">ar</span>tient a jeune princesse vefve q<span class="abbr">ue</span> tant q<span class="abbr">u'e</span>lle sera en tel estat soit
+soubz la baille de ses parens obeysse a le<span class="abbr">ur</span>s vouloirs &amp; se gouverne
+toute par eulx &amp; par leur ordo<span class="abbr">n</span>ance ne rie<span class="abbr">n</span>s n'entrepreigne sa<span class="abbr">n</span>s
+leur sceu &amp; voulenté. Tenir se doit si<span class="abbr">m</span>pleme<span class="abbr">n</span>t d'abit &amp; d'atour selo<span class="abbr">n</span>
+les usaiges des pays ou elle est coyme<span class="abbr">n</span>t &amp; doulceme<span class="abbr">n</span>t en co<span class="abbr">n</span>tenance
+q<span class="abbr">ue</span> maintien jeux trop re<span class="abbr">n</span>voisiés toutes da<span class="abbr">n</span>ces estroictes robes
+&amp; toutes jolivetés luy so<span class="abbr">n</span>t deffendues &amp; quoy q<span class="abbr">u'e</span>lle soit joyeuse par
+nature &amp; q<span class="abbr">ue</span> jeunesse l'amonneste de rire de jouer &amp; chanter. Si co<span class="abbr">n</span>vient
+il si elle veult garder son ho<span class="abbr">n</span>neur q<span class="abbr">u'e</span>lle s'en deporte au moins
+se ce n'est bien a son privé &amp; non devant ho<span class="abbr">m</span>mes &amp; doit par especial
+e<span class="abbr">n</span>tre segneurs &amp; dames ou chevaliers estra<span class="abbr">n</span>ges ou autres ge<span class="abbr">n</span>tilz
+ho<span class="abbr">m</span>mes moult faire le sage avoir co<span class="abbr">n</span>tenance rassise pour p<span class="abbr">ar</span>ler &amp; si<span class="abbr">m</span>plement
+regarder. Et lors diront les gens q<span class="abbr">ue</span> c'est moult belle chose
+a si jeune dame avoir si beau maintien &amp; si asseuree co<span class="abbr">n</span>tenance
+il ne luy apartient point de tenir parolles app<span class="abbr">ar</span>t ne <span class="abbr">con</span>seil a ho<span class="abbr">m</span>mes
+q<span class="abbr">ue</span>lz q<span class="abbr">u'i</span>lz soye<span class="abbr">n</span>t ne q<span class="abbr">ue</span> chevaliers escuyers ne autres freque<span class="abbr">n</span>tent trop
+ne sa<span class="abbr">n</span>s raiso<span class="abbr">n</span>nables achoisons environ elle ne a sa cha<span class="abbr">m</span>bre&nbsp;/ car par
+telz choses son bien en pourroit estre desave<span class="abbr">n</span>cé &amp; cheoir en aucu<span class="abbr">n</span>es
+parolles q<span class="abbr">ui</span> moult tost &amp; a peu d'achoison sont levees &amp; de ce doit bien
+prendre garde la principal dame q<span class="abbr">ui</span> l'a en gouvernement mais
+pour eschever ennuy &amp; oyseuse elle se doibt aux festes esbatre et
+jouer aux martres avec ses fe<span class="abbr">m</span>mes &amp; autres jeux si<span class="abbr">m</span>ples &amp; cois et
+aux jours ouvriers a faire aucu<span class="abbr">n</span>s ouvraiges elle se doit bien garder
+que elle ne tiengne parolles de mariage a quelconq<span class="abbr">ue</span> p<span class="abbr">er</span>sonne a
+part en recelé ne sans le sceu de ses amys ne q<span class="abbr">u'e</span>lle en escoute nulles
+parolles se on les vouloit dire. Car ce ne seroit mye son honneur
+&amp; si po<span class="abbr">ur</span>roit bien estre deceue. Si s'en doit du tout attendre a sesdis
+amys &amp; bien garder que rie<span class="abbr">n</span>s n'en face sans eulx car de se marier
+a sa voulenté sans leur bon consentement acquerroit gra<span class="abbr">n</span>t blasme
+&amp; se elle assenoit a mauvaise partie &amp; q<span class="abbr">ue</span> mal luy en prensist jamais
+ne seroit plai<span class="abbr">n</span>te &amp; si p<span class="abbr">er</span>droit leur grace. Si doit pe<span class="abbr">n</span>ser q<span class="abbr">ue</span> ilz sauront
+mieulx <span class="abbr">con</span>gnoistre ce q<span class="abbr">ue</span> luy est bon que elle mesmes ne feroit</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch23" id="ch23"></a>¶ Cy devise du gouvernement qui doit estre baillé &amp; tenu a
+jeune princesse nouvelle mariee. Chapitre .xxiii</h2>
+
+
+<p>Nous co<span class="abbr">m</span>mençasmes cy devant a dire le maniere
+co<span class="abbr">m</span>ment la sage princesse veult &amp; ordo<span class="abbr">n</span>ne que
+ses filles soyent nourries &amp; introduyctes en enfance
+&amp; jeunesse. Si nous co<span class="abbr">n</span>vient en continua<span class="abbr">n</span>t
+ceste matiere parler et deviser de l'ordo<span class="abbr">n</span>nance q<span class="abbr">ui</span>
+a la fille appartie<span class="abbr">n</span>t a tenir c'est assavoir a la jeune
+pri<span class="abbr">n</span>cesse q<span class="abbr">ui</span> veult vivre si q<span class="abbr">u'i</span>l app<span class="abbr">ar</span>tie<span class="abbr">n</span>t depuis le te<span class="abbr">m</span>ps q<span class="abbr">u'e</span>lle est mariee
+&amp; hors le bail de ses parens si dirons ainsi il app<span class="abbr">ar</span>tient a la jeune
+princesse q<span class="abbr">ui</span> de nouvel est mariee luy soit baillé estat d'ho<span class="abbr">m</span>mes &amp;
+de fe<span class="abbr">m</span>mes tel &amp; si grant co<span class="abbr">mm</span>e a la haultesse du prince et seign<span class="abbr">eu</span>r a qui
+elle est donnee appartient. Si seront esleuz pour estre ses serviteurs
+ge<span class="abbr">n</span>tilz ho<span class="abbr">m</span>mes non mye trop jeunes ne trop emp<span class="abbr">er</span>lez ne mygnons
+mais sages &amp; attre<span class="abbr">m</span>pés &amp; preudho<span class="abbr">m</span>mes &amp; s'ilz sont mariés
+ta<span class="abbr">n</span>t mieulx vault &amp; p<span class="abbr">ar</span> especial ceulx q<span class="abbr">ui</span> la serviro<span class="abbr">n</span>t a table &amp; q<span class="abbr">ui</span> plus
+freque<span class="abbr">n</span>tero<span class="abbr">n</span>t environ elle &amp; de ses fe<span class="abbr">m</span>mes &amp; se il eschiet est bien sea<span class="abbr">n</span>t
+que leurs fe<span class="abbr">m</span>mes demeurent se<span class="abbr">m</span>blablement a court les maistres
+d'hostel gens meurs &amp; de bon sçavoir &amp; pour la jeune princesse mieulx
+aprendre &amp; endoctriner de ce q<span class="abbr">ui</span> apartient au sauveme<span class="abbr">n</span>t de l'ame &amp;
+de sa <span class="abbr">con</span>science luy doit on eslire <span class="abbr">con</span>fesseur religieux sage clerc
+en divinité prude<span class="abbr">n</span>t en meurs &amp; de sens naturel preudho<span class="abbr">m</span>me d'o<span class="abbr">n</span>neste
+&amp; de bo<span class="abbr">n</span>ne vie. Et au fait de ses fe<span class="abbr">m</span>mes pource que c'est droit q<span class="abbr">ue</span>
+des anciennes dames &amp; damoyselles &amp; aussi des jeunes y soyent
+mises doibt bien estre advisee quelles de quel sens et estat et vie
+sont &amp; ont esté celles ains que mises y soye<span class="abbr">n</span>t trop plus y doit estre
+visité que a celles que on prent a court de plus ancienne princesse.
+Car nonobstant que en toutes cours soit bien seant que les fe<span class="abbr">m</span>mes
+y soyent de honnestes meurs. Toutes voyes pourroit cheoir
+plus grant peril en compaignie de jeune princesse que en aultre
+pour deux especiaulx raisons. L'une que on juge communement
+a l'estat &amp; mai<span class="abbr">n</span>tien que on voit a la maisgnie de l'estre &amp; co<span class="abbr">n</span>dicion
+du seigneur ou de la dame pourquoy se les fe<span class="abbr">m</span>mes n'estoyent
+de belle ordonnance aucuns pourroyent supposer q<span class="abbr">ue</span> non feust
+la maistresse laquelle chose pourroit estre le descroissement de
+l'honneur d'elle. Item la deuxiesme raison est que mesmement
+ladicte maistresse jeune &amp; enfant y pourroit prendre aucun enseignement
+&amp; exemple non bien co<span class="abbr">n</span>venable entre ses femmes doibt
+avoir une dame ou damoiselle assez d'aage saige prudente bo<span class="abbr">n</span>ne
+ho<span class="abbr">n</span>neste &amp; devote a qui on aura beillé par fiance le gouverneme<span class="abbr">n</span>t
+de la jeune dame combien que par adve<span class="abbr">n</span>ture en y aura a la court
+maintes de plus grant lignage &amp; des parentes peut estre a ladicte
+princesse mises par honneur &amp; compaignie &amp; neantmoins ceste
+aura le soing &amp; la garde principal d'elle. Si n'aura mye ceste
+da<span class="abbr">m</span>e cy se bien veult faire son devoir petite charge ne peu de soing
+ne regard. Car il convie<span class="abbr">n</span>t que elle tende a deux choses principalles.
+L'une est qu'elle induyse &amp; maintie<span class="abbr">n</span>gne sa maistresse en sage
+gouvernement &amp; bonnes meurs &amp; telles que nulles voix ne parolles
+puissent souldre contre son honneur &amp; l'autre que elle la tie<span class="abbr">n</span>gne
+en amour &amp; qu'elle ayt tousjours sa grace. Lesquelles deux
+choses c'est assavoir do<span class="abbr">n</span>ner correction &amp; enseignement a jeune ge<span class="abbr">n</span>t
+&amp; avoir ense<span class="abbr">m</span>ble leur amour &amp; grace est souvent moult fort a faire
+si y convient ouvrer par grant discretion &amp; ce peut faire par tel
+maniere. C'est trop plus fort chose d'estaindre le feu quant il a
+emprins &amp; embrasé une maison&nbsp;/ que il n'est a garder que il ne s'i
+esprengne Et pource la sage mesnagere qui a toutes heures est
+sur sa garde d'eschever les perilz qui pevent advenir cerche souvent
+par sa maison par especial au soir de paour que aulcu<span class="abbr">n</span>e mesgnie
+mal songneuse ayt laissé chandelle ou moucheron ou autre
+chose dont do<span class="abbr">m</span>mage puisse venir tout ainsi ceste dame pourveue
+de ce qu'elle aura a faire en la maniere que on ploye la verge
+quant elle est jeune sico<span class="abbr">m</span>me on veult adviser a son povoir de mettre
+en tel ploy sadicte maistresse se qu'a tousjours mais y puisse
+demourer. Et pource de loi<span class="abbr">n</span>gs &amp; non mye tout a coup que la verge
+ne brise ira querre ses commenceme<span class="abbr">n</span>s pour venir &amp; attaindre
+a ses conclusions &amp; a ce qu'elle vouldra mettre a fin. Car tout p<span class="abbr">re</span>mierement
+elle prendra toute la peine qu'elle pourra par belle et
+courtoise maniere &amp; par luy donner aucunes chosettes qui plaisent
+a jeunes gens &amp; par ce monstrer amiable pour avoir l'amo<span class="abbr">ur</span>
+de sa jeune maistresse &amp; commandera que la bonne dame qui sera
+ja de aage ou ancienne aucunesfois en jeux ou esbatemens q<span class="abbr">uan</span>t
+ilz seront a part &amp; a prime ainsi que l'enfant &amp; la jeune dira aucuneffois
+des fables &amp; des comptes que on dit a enfans. Et tout ce
+fera elle pour attraire sa maistresse affin qu'elle prengne mieulx
+en gré quant il conviendra que elle la reprengne et corrige&nbsp;/ car se
+elle se monstroit tousjours de pesa<span class="abbr">n</span>t maniere sans ris &amp; sans jeux
+jeunesse qui est e<span class="abbr">n</span>cline a joye &amp; soulas ne la pourroit souffrir &amp; l'airoit
+en si grant crainte que desplaisance y prendroit &amp; mal en gré
+ses corrections. Et quant elle verra que elle sera bien en sa grace
+&amp; que elle sera ainsi que toute mignote sur elle&nbsp;/ adonc selon l'eage
+ou le sentement que appercevera en elle luy prendra a co<span class="abbr">m</span>pter
+comptes quant ilz seront en leurs chambres et a leurs devis de
+dames &amp; damoiselles qui se sont bien gouvernees co<span class="abbr">m</span>ment il leur
+est bien prins &amp; l'onneur que elles en ont &amp; par le contraire co<span class="abbr">m</span>me<span class="abbr">n</span>t
+mal est ensuyvy a celles qui follement se sont portees dira que elle
+l'a veu advenir de son temps &amp; les fera ava<span class="abbr">n</span>t tous nouveaulx
+que elle n'en dye pour autre chose fors ainsi que l'en compte des aventures
+&amp; de si bonne maniere les sçaura dire que elle mouvera
+le courage de sa maistre &amp; des autres qui l'orront &amp; seront toutes
+atroupelees entour elle &amp; voulentiers l'escouteront dira aucunesfois
+histoires de sains &amp; de saintes de leurs vies &amp; passio<span class="abbr">n</span>s
+&amp; aucu<span class="abbr">n</span>esfois parmy pource que devis n'ennuye dira quelq<span class="abbr">ue</span> truffe
+a rire &amp; ainsi vouldra que les autres dient affin que chascune devise
+a son tour&nbsp;/ icestes manieres tiendra la sage dame quant au
+fait d'actraire la jeune pri<span class="abbr">n</span>cesse a elle aimer&nbsp;/ mais a ce qui touche
+a la correction &amp; enseignement elle introduira par belles &amp; courtoises
+parolles qu'elle se lieve assés de bonne heure. Si luy appre<span class="abbr">n</span>dra
+quelques bonnes &amp; briefves oraisons et l'enortera qu'elle les
+dye en se levant. Salve p<span class="abbr">re</span>mierement nostreseigneur &amp; la vierge
+marie &amp; dira que elle a ouÿ dire q<span class="abbr">ue</span> p<span class="abbr">er</span>sonne q<span class="abbr">ui</span> a de coustume d'adresser
+ses premieres parolles de bon cueur a nostreseign<span class="abbr">eu</span>r en se leva<span class="abbr">n</span>t
+n'aura ja la journee mauvaise adventure &amp; de ce dira elle verité
+Car ainsi le tiengne<span class="abbr">n</span>t plusieurs &amp; est la coustume moult bonne
+la fera vestir &amp; atourner sico<span class="abbr">m</span>me il appartiendra sans y mettre
+si longueme<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ue</span> assés de dames fo<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ui</span> est une si gra<span class="abbr">n</span>t perte de te<span class="abbr">m</span>ps
+&amp; une coustume malordo<span class="abbr">n</span>nee aler a la messe &amp; dire ses heures devottement
+&amp; so<span class="abbr">n</span>gneuseme<span class="abbr">n</span>t &amp; avecq<span class="abbr">ue</span>s ses choses tout le bel maintien
+ou p<span class="abbr">ar</span>ler <span class="abbr">con</span>tenance atours &amp; vestemens q<span class="abbr">ui</span> appartienne<span class="abbr">n</span>t a pri<span class="abbr">n</span>cesse
+de hault paraige luy ennortera a faire et maintenir en telle
+maniere qu'il n'y ait q<span class="abbr">ue</span> redire &amp; tant fera a brief dire p<span class="abbr">ar</span> ses saiges a<span class="abbr">m</span>monnestemens
+q<span class="abbr">u'e</span>lle la mettra en tel division q<span class="abbr">ue</span> chascun dira que
+de son jeune aage on ne vit oncques dame de tel maintien ne mieulx
+aprinse. &amp; diront d'elle les ge<span class="abbr">n</span>s. O co<span class="abbr">m</span>ment affiert grant loue<span class="abbr">n</span>ge
+a jeune cueur estre viel &amp; meur p<span class="abbr">ar</span> bo<span class="abbr">n</span>nes meurs voire je supose
+q<span class="abbr">ue</span> ladicte jeune dame soit de si bonne <span class="abbr">con</span>dicion que elle vueille et
+seuffre estre introduyte &amp; vueille bien retenir. car estre pourroit
+si diverse q<span class="abbr">ue</span> la dame seroit a excuser s'elle ne la povoit duire ne mettre
+en bo<span class="abbr">n</span>ne rigle. Si doive<span class="abbr">n</span>t estre les menaces de la sage dame telles
+qua<span class="abbr">n</span>t elle reprent sa maistresse de q<span class="abbr">ue</span>lque faulte sico<span class="abbr">m</span>me jeunes
+gens font. Il n'est si p<span class="abbr">ar</span>fait si elle est bo<span class="abbr">n</span>ne &amp; doulce &amp; que bien l'ait a
+main q<span class="abbr">ue</span> se elle fait autreme<span class="abbr">n</span>t ou q<span class="abbr">ue</span> pl<span class="abbr">us</span> face ou die telles choses que
+la lairra &amp; s'en ira chés elle ne jamais ne la servira &amp; q<span class="abbr">ue</span> ce n'est pas
+belle chose ne bien fait a telle dame co<span class="abbr">m</span>me elle est d'ainsi se gouverner
+&amp; adonc se la jeune princesse est bo<span class="abbr">n</span>ne &amp; doulce &amp; q<span class="abbr">ue</span> elle aime la
+dame aura paour q<span class="abbr">ue</span> elle la laisse &amp; se chastiera de pou d<span class="abbr">e</span> menaces
+mais se elle est revesche &amp; de diverses condicions despite &amp; de pou
+d'amour elle luy dira a part tout aspreme<span class="abbr">n</span>t sache bon gré ou mal
+gré &amp; que elle le dira a ses parens &amp; amis ou son seign<span class="abbr">eu</span>r se besoing
+est se autreme<span class="abbr">n</span>t ne se gouverne. Et quoy que ceste dicte dame ait
+la charge d'endoctriner &amp; aprendre tel maintien qu'il convient a
+sa jeune maistresse no<span class="abbr">n</span>pourtant elle qui sera saige sçaura bien q<span class="abbr">u'i</span>l
+convient jeunesse se joue &amp; rie si luy en donra &amp; souffrera assés espace
+convenableme<span class="abbr">n</span>t a certaines heures avec les jeunes de ses
+femmes &amp; qu'il n'y ait ame estrange selon la condicion &amp; que elle
+verra encline sadicte maistresse. Car on ne peut mye ne ne doit
+on voer aux jeunes gens tous leurs plaisirs mais que ilz ne soyent
+mal ho<span class="abbr">n</span>nestes ne desco<span class="abbr">n</span>venables. Et de ce p<span class="abbr">ro</span>pos&nbsp;/ c'est assavoir
+des meurs &amp; co<span class="abbr">n</span>tenances qui affiere<span class="abbr">n</span>t a la bien ordo<span class="abbr">n</span>nee jeune pri<span class="abbr">n</span>cesse
+ne parlerons plus cy endroit pource que si ap<span class="abbr">ré</span>s en l'espitre q<span class="abbr">ue</span>
+la dame ancienne e<span class="abbr">n</span>voye a sa maistresse se en sera parlé.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch24" id="ch24"></a>Cy devise les manieres q<span class="abbr">ue</span> la sage dame ou damoiselle q<span class="abbr">ui</span> a en
+gouvernement jeune princesse doit tenir po<span class="abbr">ur</span> maintenir sa maistresse
+en bo<span class="abbr">n</span>ne reno<span class="abbr">m</span>mee &amp; en l'amour de son seign<span class="abbr">eu</span>r. chap. .xxiiii</h2>
+
+
+<p>Et avec ces choses&nbsp;/ pource que jeunesse nourrie
+en grans delices aucunesfois peut d<span class="abbr">e</span> legier estre
+encline a trop gra<span class="abbr">n</span>t gayeté pourroit desvoyer la
+jeune personne qui point n'a de malice de se garder
+convient par especial mettre frain de lo<span class="abbr">n</span>gue
+main si que ja est touché si devant ains q<span class="abbr">ue</span> l'inconvenient
+adviengne Si peut estre le remede tel la saige dame qui
+aura en gouvernement la jeune princesse q<span class="abbr">ui</span> verra amo<span class="abbr">ur</span> entre le
+pri<span class="abbr">n</span>ce son seign<span class="abbr">eu</span>r &amp; sa maistresse
+si q<span class="abbr">ue</span> co<span class="abbr">m</span>muneme<span class="abbr">n</span>t jeunes ge<span class="abbr">n</span>s nouveaulx mariés ont ense<span class="abbr">m</span>ble mettra
+toute la peine q<span class="abbr">ue</span> elle pourra &amp; les nourrira en celle amo<span class="abbr">ur</span> &amp; les
+e<span class="abbr">n</span>nortera de dire doulces p<span class="abbr">ar</span>olles &amp; amoureuses tousjours l'u<span class="abbr">n</span> a l'autre
+&amp; faire tous plaisirs &amp; pre<span class="abbr">n</span>dra grant cure de elle mesmes rapporter
+e<span class="abbr">n</span>tre eulx gratieulx messages &amp; do<span class="abbr">n</span>s d<span class="abbr">e</span> choses plaisa<span class="abbr">n</span>s reco<span class="abbr">m</span>mandatio<span class="abbr">n</span>s
+&amp; salus pour les nourrir tousjours en celle paix &amp; amour
+&amp; bien se traveillera q<span class="abbr">ue</span> toutes choses au co<span class="abbr">n</span>traire soyent destourbees
+&amp; eschevees &amp; a part qua<span class="abbr">n</span>t le seigneur n'y sera &amp; la jeune
+princesse se couchera l'a<span class="abbr">n</span>cienne dame luy en tiendra plait en la rame<span class="abbr">n</span>tevant
+&amp; devisa<span class="abbr">n</span>t les bo<span class="abbr">n</span>s motz q<span class="abbr">u'e</span>lle luy aura ouÿ dire d<span class="abbr">e</span> l'amo<span class="abbr">ur</span>
+qu'il a en elle et <span class="abbr">com</span>me<span class="abbr">n</span>t il est bon &amp; co<span class="abbr">mm</span>e il est bel &amp; gratieulx q<span class="abbr">ue</span> bonne
+nuyt luy doint dieu &amp; toutes telles choses. Et avecq<span class="abbr">ue</span>s ce pource q<span class="abbr">ue</span>
+est de coustume q<span class="abbr">ue</span> les seign<span class="abbr">eu</span>rs chevaliers &amp; escuyers estranges et
+autres vo<span class="abbr">n</span>t aucuneffois devers les princesses &amp; dames &amp; q<span class="abbr">ue</span> leurs
+seign<span class="abbr">eu</span>rs &amp; pare<span class="abbr">n</span>s mesmes les y maine<span class="abbr">n</span>t il <span class="abbr">con</span>vie<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ue</span> elles voie<span class="abbr">n</span>t &amp; parlent
+a plusieurs &amp; q<span class="abbr">u'e</span>lles les festoye<span class="abbr">n</span>t sico<span class="abbr">m</span>me il apartie<span class="abbr">n</span>t en festes
+&amp; en da<span class="abbr">n</span>ces aucunesfois ou parler ou autres esbateme<span class="abbr">n</span>s&nbsp;/ si que il
+eschiet do<span class="abbr">n</span>c il avie<span class="abbr">n</span>t aucuneffois q<span class="abbr">ue</span> aucuns d'iceulx a telles assembles
+sont ferus de l'amo<span class="abbr">ur</span> des dames ou veule<span class="abbr">n</span>t faire se<span class="abbr">m</span>blant q<span class="abbr">ue</span> ilz
+le soye<span class="abbr">n</span>t do<span class="abbr">n</span>c la saige gouverneresse q<span class="abbr">ui</span> tousjo<span class="abbr">ur</span>s sera pres de sa maistresse
+pre<span class="abbr">n</span>dra bien garde aux se<span class="abbr">m</span>bla<span class="abbr">n</span>s &amp; manieres de to<span class="abbr">us</span> se elle po<span class="abbr">ur</span>ra
+appercevoir p<span class="abbr">ar</span> q<span class="abbr">ue</span>lque se<span class="abbr">m</span>blant q<span class="abbr">ue</span> aucu<span class="abbr">n</span>s ou aucun y voulsist pe<span class="abbr">n</span>ser
+&amp; s'il advie<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ue</span> il luy se<span class="abbr">m</span>ble en apercevoir quelque chose n'en dira
+riens a personne ains les tiendra secret a son couraige. Et qua<span class="abbr">n</span>t
+vendra q<span class="abbr">ue</span> ilz seront dep<span class="abbr">ar</span>tis &amp; la feste faillie &amp; sa maistresse sera retraicte
+pourra advenir se sadicte maistresse est privee d'elle luy e<span class="abbr">n</span>trera
+elle mesmes en parolles disans nous avons bien dancé telz
+&amp; telz sont gracieulx ou ilz ne sont mye en quelque autre chose. &amp;
+adonc la saige princesse pourra respo<span class="abbr">n</span>dre telz manieres de parolles
+je ne sçay que c'est&nbsp;/ mais je ne voy nul qui me semble ta<span class="abbr">n</span>t plaisant
+ne tant bel &amp; gratieux que fait mo<span class="abbr">n</span>sieur &amp; m'en suis bien pri<span class="abbr">n</span>se
+garde&nbsp;/ mais il m'est advis que e<span class="abbr">n</span>tre les autres c'est celuy a qui
+plus advient toutes choses a faire. Et se ledit seigneur est vieil
+ou lait dira. certes je ne prenois garde a nul de la compaignie sinon
+a monseigneur. Car il m'est advis que entre les autres il se<span class="abbr">m</span>bloit
+si bien seigneur &amp; prince&nbsp;/ &amp; comme<span class="abbr">n</span>t le fait il si bon ouÿr parler
+qui parle sagement. Et posons qu'il n'y ait esté si le pourra elle
+ramentevoir en quelque guise disant bien de luy. mais de ce q<span class="abbr">ue</span>
+pensé aura ne dira riens &amp; se prendra bien garde se celuy ou ceulx
+de qui elle aura ymaginé se mettent en peine de frequenter ento<span class="abbr">ur</span>
+sa maistresse &amp; se ilz querront voyes &amp; manieres cy avoir acointance
+ou aux parens ou autres qui les y puisse mener ou se eulx
+ou aucuns de leurs gens si vouldront acointer d'aulcunes des
+femmes Et se elle voit que aprés ladicte feste ou assemblee nul
+de ceulx qu'elle a pensé ne se traveille par choses qu'elle y voye s'en
+mettra en paix &amp; hors de suspection. Mais se elle apperçoit les signes
+dessusditz ou semblables elle ne aura pas euvre laissee ne
+son couraige sans grant soing ou cure se pener se veult de y mettre
+remede a faire son devoir Si conviendra que elle oeuvre bie<span class="abbr">n</span>
+sagement. Car de le descouvrir a personne s'elle est sage &amp; prude<span class="abbr">n</span>te
+se gardera bien&nbsp;/ &amp; seroit trop mal fait. Mais que fera elle pour
+le mieulx et pour ouvrer plus sagement&nbsp;/ quant verra bien que
+ce sera a certes que aulcun par grant diligence se vouldra mettre
+en peine d'estre en grace pour telle amour de sa maistresse ai<span class="abbr">n</span>s
+qu'il ait eu espace de luy en touchier aucune chose. posons q<span class="abbr">u'i</span>l eust
+le hardement elle luy fera si bel acueil que achoison luy donnera
+que il s'acointe d'elle&nbsp;/ et ce fera il moult voulentiers&nbsp;/ car il cuydera
+pource que c'est la plus prochaine de la dame que sa besoigne
+en doyve mieulx valoir &amp; pourrira la chose qu'il s'e<span class="abbr">n</span>hardira de luy
+dire ce qu'il aura sur le cueur avec les grans offres des services &amp;
+de tous biens qu'il luy fera selon la coustume des hommes en tel
+cas. Adonc la dame qui sera pourveue de sa responce &amp; qui parlera
+a luy sans le sceu de la dame &amp; le moins qu'elle pourra luy repondra
+sans nul effroy bassement par telles parolles. &amp; s'il est tel
+qu'il appartient dira: monseigneur vrayeme<span class="abbr">n</span>t je me suis bien do<span class="abbr">n</span>né
+garde par voz semblans que vous aviez en couraige ce que
+vo<span class="abbr">us</span> m'avez dit. &amp; pource que vouloye que telles parolles venissent
+de vous premierement je desiroye que j'eusse telle acointance
+de vous q<span class="abbr">ue</span> le me dissiés affin q<span class="abbr">ue</span> je le sceusse ains que aulcu<span class="abbr">n</span>e autre
+p<span class="abbr">er</span>sonne par q<span class="abbr">ui</span> la chose peut estre raportee &amp; mal selee la sceust
+ou s'en apperceust. si suis bien ayse que j'ay a present advisé de vo<span class="abbr">us</span>
+faire la responce sur ce que dit m'avez telle qu'elle est affermee en
+mon courage &amp; qui jour de ma vie pour mourir en ce prometz je
+a dieu &amp; a vous ne changera &amp; sa<span class="abbr">n</span>s vous faire de ce long sermon
+ne tenir trop de parolles vous dy tout a ung brief mot &amp; une fois
+pour toutes que tant que je soye vivant &amp; je soye en sa compaignie
+ceste jeune dame qui par la fia<span class="abbr">n</span>ce que ses amys &amp; son seign<span class="abbr">eu</span>r
+ont en moy tant n'en soye digne m'ont baillé en gouvernement&nbsp;/ ne
+fera mal ne chose dont reproches ne parolles autres qu'il appartient
+a avoir a dame telle qu'elle est &amp; du noble sang do<span class="abbr">n</span>t elle est yssue&nbsp;/
+car de ce a l'ayde de dieu la cuyderay je bien deffendre nonobsta<span class="abbr">n</span>t
+q<span class="abbr">u'e</span>lle en est legiere a garder. Car je sçay bien q<span class="abbr">ue</span> toute s'amour
+est en son seign<span class="abbr">eu</span>r ainsi qu'elle doit estre &amp; q<span class="abbr">u'e</span>lle est toute bo<span class="abbr">n</span>ne &amp; bien
+condicio<span class="abbr">n</span>nee&nbsp;/ ne q<span class="abbr">ue</span> de telz amo<span class="abbr">ur</span>s elle n'a q<span class="abbr">ue</span> faire ne n'y pense. &amp; si sçay
+bien tant d'elle q<span class="abbr">ue</span> se vous ou autre luy aviez dit ou q<span class="abbr">u'e</span>lle s'en apperceust
+q<span class="abbr">u'e</span>lle hairoit sur toutes choses celluy qu'elle cuyderoit q<span class="abbr">ui</span> a telle
+chose vers elle pensast. Si vo<span class="abbr">us</span> suplie mo<span class="abbr">n</span>seign<span class="abbr">eu</span>r ta<span class="abbr">n</span>t co<span class="abbr">mm</span>e je puis
+que vous en vueillés oster du tout &amp; plus n'y penser. Car je vo<span class="abbr">us</span>
+jure ma crestienté que vous perdriés vostre peine. Et affin que
+vous n'y ayez plus nulle esperance pour veoir dire. Je vous jure
+mon ame que posons qu'elle le voulsist&nbsp;/ ce que je sçay bien que
+jamais ne feroit: j'y mettroye telles barres qu'elle ne pourroit.
+Si me croyés seurement &amp; plus ne faictes telz allees ne telz venues
+ne telz semblans que sur l'ame de moy je ne les pourroye
+souffrir &amp; co<span class="abbr">n</span>viendroit que je le disse a telz q<span class="abbr">ui</span> ne vous en sçauroye<span class="abbr">n</span>t
+nul gré &amp; qui bien la garderoye de voz mains. Car je n'ay que
+d'une mort a mourir&nbsp;/ laquelle chose aymeroye mieulx que il me
+advint q<span class="abbr">ue</span> je consentisse ne veisse le deshonneur de ma maistresse.
+Si vault mieulx q<span class="abbr">ue</span> n'en soit pl<span class="abbr">us</span> &amp; q<span class="abbr">ue</span> la chose demeure a ta<span class="abbr">n</span>t. Telle
+responce ou semblable fera la sage dame&nbsp;/ ne pour p<span class="abbr">ro</span>messe don ofre
+ne menace ne changera son propos ne lors ne autres fois ne riens
+ne fera qui la puisse flechir au co<span class="abbr">n</span>traire. Si se gardera bien q<span class="abbr">ue</span>
+n'ayt point la chere muee ne enflambee ne les yeulx felons qua<span class="abbr">n</span>t
+elle partira de luy&nbsp;/ mais aura le visaige rassis et la maniere asseuree
+sico<span class="abbr">m</span>me se de autres choses eussent parlé. affin que personne
+ne se peust de ce appercevoir. Aussi ladicte dame se gardera bien
+que nul mot n'en sonnera a sa maistresse ne a autre soit son privé
+ou privee&nbsp;/ ne nul semblant n'en fera&nbsp;/ mais ne la laissera tant
+soit pou&nbsp;/ &amp; se prendra bien garde q<span class="abbr">ue</span> nulle fe<span class="abbr">m</span>me ou des servans ou
+aultre ne conseille a elle en maniere qu'elle puisse apercevoir que
+telle chose peust toucher. Car tantost l'appercevra a la maniere
+du rire &amp; du parler&nbsp;/ posons que elle ne les ouÿst &amp; s'elle en aperçoit
+certainement quelque chose ne s'en taire mye ains menacera la
+personne de la faire bouter hors s'elle se mesle de plus conseiller a
+sa maistresse car ce n'appartie<span class="abbr">n</span>t mye &amp; si de pres s'en prendra garde
+que personne ne aura loisir de luy faire aulcun rapport. Si po<span class="abbr">ur</span>ra
+advenir que celluy ne se souffrera mye pourtant &amp; yra &amp; viendra
+par aulcune voye cautelleuse qu'il aura trouvee de quelque
+acointance parquoy de foys a autre y pourra hanter &amp; ce ne pourra
+la dame pas bien empescher&nbsp;/ car se elle ce disoit trop gra<span class="abbr">n</span>t mal
+en pourroit venir&nbsp;/ si s'en souffrera. &amp; de pres gardera sa dame et
+maistresse&nbsp;/ mais s'il advient que de si pres ne la puisse garder q<span class="abbr">u'i</span>l
+ne conviengne que sadicte maistresse app<span class="abbr">er</span>çoyve ou voye par les
+semblans ou parolles couvertes que celluy dira l'inte<span class="abbr">n</span>cion &amp; voulenté
+de luy encores ne s'en effroyera elle de riens pource que bien
+sçaura que maintes dames &amp; damoiselles sont aymees &amp; priees
+a q<span class="abbr">ui</span> bien petit en chault. &amp; qui pourtant ne les ayme mye. Mais
+elle se prendra bien garde se elle pourra appercevoir que la jeune
+dame ou princesse y prengne aucun plaisir. &amp; si elle en parlera pl<span class="abbr">us</span>
+voulentiers que d'ung autre ou si elle s'esjouyra quant elle le verra&nbsp;/
+ou s'elle muera aulcune contena<span class="abbr">n</span>ce Si mettra toute peine par
+belles &amp; doulces parolles d<span class="abbr">e</span> traire de sa bouche a privé qu'il n'y ayt
+que elles deux ce qu'elle aura sur son cueur de celluy homme&nbsp;/ &amp; s'il
+luy en aura point touché ou parle. Et adoncques selon ce qu'elle
+chantera ou dira elle luy pourra respondre. Et s'il advient qu'elle
+mesmes die que voyrement l'apperçoyve ou que il luy ayt dit&nbsp;/ et
+qu'elle en est bien troublee &amp; courroucee&nbsp;/ &amp; qu'il luy en poise la dame
+qui sera saige &amp; discrete appercevera bien aucuneme<span class="abbr">n</span>t des parolles
+s'elle la veult bien sagement enquerre &amp; par bonne maniere
+sans se monstrer au commencement trop rebelle si la dame le
+dit fainctement &amp; pour luy donner acroire qu'elle n'y veult point
+penser ou s'elle le dit tout a certes&nbsp;/ dont s'il advie<span class="abbr">n</span>t qu'elle congnoisse
+qu'elle ayt bonne voulenté de non y avoir aucune pensee elle sera
+bien joyeuse &amp; l'e<span class="abbr">n</span>nortera de toute sa puissance que se tienne en
+son bon propos&nbsp;/ si luy dira de tous exemples du mal qui peut advenir
+&amp; qui maintesfois est advenu a plusieurs par telles follies
+le grant desho<span class="abbr">n</span>neur &amp; reproches qui en sourdent &amp; les deceveme<span class="abbr">n</span>s
+qui so<span class="abbr">n</span>t en hommes. Si l'ennortera qu'elle garde bien comment elle
+respondera saigement a celluy toutes les fois qui luy en parlera
+&amp; luy die tout a ung mot qu'il pert sa peine&nbsp;/ &amp; luy jure &amp; afferme
+bien a certes q<span class="abbr">ue</span> jamais pour toute sa puissance ne l'en demouvera
+qu'il luy desplaise de telles parolles ne de ses semblans n'a q<span class="abbr">ue</span>
+faire&nbsp;/ &amp; avec ces parolles qu'elle l'estrange &amp; eslongne tout le plus
+qu'elle pourra. Et qu'elle se garde bien que des yeulx de parolle de
+ris ne de contenance quelconques ne luy face nul semblant parquoy
+le puist attraire ne luy donner aucune esperance. Ainsi luy
+toute la maniere que tenir devra pour courtoiseme<span class="abbr">n</span>t l'estranger
+luy fera dire quant il viendra qu'elle se repose ou qu'elle est occuppee
+d'aulcune chose &amp; qu'il ne luy desplaise qu'elle ne le peut veoir
+pour ceste foys. Et ainsi luy face dire par plusieursfoys que par
+la continuation de tenir tieulx manieres longuement il apperçoyve
+bien qu'il perdroit sa peine de plus y muser. Et avecques
+ces choses la sage dame ennortera bien a sadicte maistresse q<span class="abbr">u'e</span>lle
+se garde bien que de ceste chose ne parle a ho<span class="abbr">mm</span>e ne a fe<span class="abbr">m</span>me. car mal
+en pourroit venir &amp; que c'est le plus grant sens de s'en taire&nbsp;/ &amp; n'est
+point honneur a fe<span class="abbr">m</span>me se vanter de telle chose. Et ceste deffence
+luy fera pource qu'elle le disoit se pourroit adresser a tel ou a telle
+qui ne luy donneroit mye bon conseil ains la conforteroit par adventure
+&amp; ficheroit en la follie. ou qui le celeroit maulvaisement
+Si en pourroit saillir aucune fumee &amp; venir mal&nbsp;/ &amp; ainsi par ceste
+saige tenue fera tant la bonne dame qu'elle estaindera &amp; aneantira
+toute ceste chose &amp; n'en fera plus qui que l'en doye haïr ou
+luy chaudra de telle hayne &amp; ne la craindra pour bien faire. Car
+qui que l'en hait au premier l'en aymera au dernier &amp; prisera mille
+foys plus quant on verra sa grant prudence &amp; sa co<span class="abbr">n</span>stant bo<span class="abbr">n</span>té
+car bien fait vault tousjours quoy qu'il demeure. Si fera cause
+que ladicte jeune princesse soit en son temps une tressage bo<span class="abbr">n</span>ne &amp;
+honneste dame &amp; ayt les belles vertus que declairees avons cy
+devant.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch25" id="ch25"></a>¶ Cy devise de la jeune haulte dame qui se vouldroit
+esvoyer en fole amour &amp; l'enseignement que
+prudence do<span class="abbr">n</span>ne a la dame ou damoyselle q<span class="abbr">ui</span> l'aura
+en gouvernement. Chapitre .xxv.</h2>
+
+
+<p>Mais pource que toutes ge<span class="abbr">n</span>s ne sont pas d'une co<span class="abbr">n</span>dition&nbsp;/
+&amp; qu'il est assez de ho<span class="abbr">m</span>mes &amp; de fe<span class="abbr">m</span>mes si p<span class="abbr">er</span>vers
+que quelq<span class="abbr">ue</span> bonne correction &amp; enseigneme<span class="abbr">n</span>t
+que on leur donne si suyvront ilz tousjours leur
+mauvaise inclination&nbsp;/ &amp; leur mo<span class="abbr">n</span>strer n'est que
+chose perdue &amp; ne acquiert on que le<span class="abbr">ur</span> haine. Dirons
+icy a l'enseignement de la bonne dame qui aura en garde et
+gouvernement aulcune jeune princesse ou dame la maniere q<span class="abbr">u'e</span>lle
+devera tenir au cas que la maistresse verroit desvoyer en folle amour
+&amp; q<span class="abbr">ui</span> ne vouldroit user de son saige &amp; bon conseil. Si disons
+ainsi Et s'il advient q<span class="abbr">ue</span> aucune jeune princesse ou haulte dame ne
+soit mye de tel sçavoir ne <span class="abbr">con</span>stance qu'elle puisse ou saiche ou vueille
+resister aux admonnestemens q<span class="abbr">ue</span> celluy qui met toute sa peine
+a l'attraire a s'amour par divers sembla<span class="abbr">n</span>s &amp; manieres sico<span class="abbr">m</span>me ho<span class="abbr">m</span>mes
+scevent bien faire en tel cas. &amp; que la dame qui l'a en garde
+voye &amp; aperçoyve par signes &amp; sembla<span class="abbr">n</span>s q<span class="abbr">ue</span> son cueur y trait quoy
+qu'elle luy face entendre &amp; qu'elle luy die le co<span class="abbr">n</span>traire elle sera dole<span class="abbr">n</span>te
+de ceste chose de tout son cueur. mais non obstant quelque haine
+que avoir en doye d'elle fera son devoir de l'admo<span class="abbr">n</span>nester de son bien
+ne point ne dissimulera ne luy celera de luy dire a part puis par
+bel puis par menaces. s'elle l'avoit continué luy monstrer le gra<span class="abbr">n</span>t
+mal &amp; peril &amp; le tresgrant prejudice qui en peut venir &amp; sans cesser
+de ce la tournera tant par adventure que pour la destourber
+de faict &amp; par l'admonition de ses parolles la pourra demouvoir
+et oster de celle pensee ains que la folie soit allee plus ava<span class="abbr">n</span>t mais
+s'il advient que tout ne vaille riens &amp; que elle la voye conseiller a
+part a aulcunes de ses autres femmes qu'elle pourra penser qui
+saiche de sa convenue &amp; intencion &amp; qu'on mettra peine de conseiller
+a messaiges q<span class="abbr">ui</span> viendro<span class="abbr">n</span>t dehors &amp; qu'on fera divers signes &amp; se
+gardera l'en d'elle sur toutes rie<span class="abbr">n</span>s &amp; q<span class="abbr">ue</span> ja sa maistresse q<span class="abbr">ui</span> sera fiere &amp;
+de haultain couraige ne vueille plus souffrir d'elle&nbsp;/ ains luy semble
+qu'elle n'est plus enfant pour estre en sa gouvernance &amp; correction
+&amp; que mal prendra en gré ce qu'elle luy dira&nbsp;/ respondra fierement
+demy en menaçant&nbsp;/ &amp; qu'elle luy rechignera &amp; grongnera.
+parquoy on pourra apparcevoir qu'elle sera en sa male grace &amp; q<span class="abbr">u'e</span>lle
+en vouldroit estre delivre a toutes
+fins pour mieulx faire a sa voulenté. &amp; orra par adventure
+qu'elle dira aucuneffois a part aucunes de ses femmes jeunes
+qui mieulx sera en sa grace que dyable ferons nous de ceste vieille
+elle ne fait que rechigner le feu d'enfer l'arde&nbsp;/ ja n'en serons delivres.
+Et l'autre respo<span class="abbr">n</span>dra Se m'aist dieu ma dame il fault semer
+des pois sur les degrés si se rompra le col. Et telles manieres
+de parolles. Que fera doncques la saige dame puis qu'elle verra
+que remede n'y peut estre mis &amp; que elle a fait tout son devoir &amp; a
+quite sa conscience de luy avoir monstré &amp; luy fait dire par son beau
+pere les maulx qui pour ceste folie faire luy pourroient advenir&nbsp;/
+et que sadicte maistresse est si attainte que remede n'y pourroit
+estre mis. &amp; a ja la voye trouvee de faire sa voulenté vueille
+ou ne vueille &amp; a qui que doye desplaire. Car impossible est d<span class="abbr">e</span>
+garder personne qui ne veult garder d'elle mesmes&nbsp;/ et que on
+en commence ja a murmurer &amp; a s'en appercevoir &amp; mesmes entre
+ses femmes par l'envye qu'elles ont sur celle ou celles qui scevent
+du secret a la jeune dame qui sont les mieulx aymees et en
+orra ja dire plusieurs nouvelles qui moult luy feront grant mal
+Adoncques quoy que son cueur en soit dolent merueilleseme<span class="abbr">n</span>t elle
+comme sage advisera la meilleure partie en pensant le mal et
+peril qui luy pourroit advenir de ceste chose se plus demouroit en
+court. Car posons que elle ne fust pas consentant du fait&nbsp;/ laquelle
+chose ne consentiroit pour mourir &amp; la chose venoit a co<span class="abbr">n</span>gnoissance
+ou des pare<span class="abbr">n</span>s ou du mary elle en auroit toute la charge. car
+ilz diroient&nbsp;/ pourquoy ne le nous disiés vous&nbsp;/ no<span class="abbr">us</span> y eussions mis
+remede. Car nous nous en attendions a vous. Laquelle chose
+pour riens ne diroit pour les perilz &amp; maulx qui s'en pourroyent
+ensuyvre. Car qui a conscience &amp; sens doit bien redoubter a faire
+rapport de telles choses aux maris ne aux amis&nbsp;/ ne qui que ce
+soit&nbsp;/ &amp; q<span class="abbr">ui</span> plus est d'y demourer ne seroit mie sans ung autre gra<span class="abbr">n</span>t
+peril qui luy pourroit venir de par la haine de sa maistresse&nbsp;/
+ou de celuy a q<span class="abbr">ui</span> auroit son cueur. Pource que aulcu<span class="abbr">n</span>nement
+ilz la doubteroyent &amp; leur seroit advis qu'elle les empescheroit.
+Et pource elle qui sera sur toutes choses advisee usera
+a ceste fois de son gra<span class="abbr">n</span>t savoir &amp; mestier en sera. si se taira du tout
+de ceste chose&nbsp;/ ne bien ne mal plus a sa maistresse n'en parlera. et
+ne fera chiere ne semblant q<span class="abbr">ue</span> au cueur en ait nul desplaisir&nbsp;/ mais
+tout au plus tost qu'elle pourra par aucune bonne voye que ja de
+loings aura ouverte des le commencement que les condicio<span class="abbr">n</span>s de
+sa maistresse vit changier se departira de court par le bon vouloir
+du seigneur se elle peut&nbsp;/ mais se elle est bonne &amp; saige se gardera
+bien que ne puisse appercevoir pourquoy se veult partir. si
+trouvera achoison se elle scet que il la voulsist a toutes fins retenir
+ou de maladie ou vieillesse ou d'aucune impotence &amp; inconvenient
+qui luy soit venu a son propre corps ou se il vuloit trop enquerir
+de la cause de sa despartie dira avant que congé ne ayt du
+partir que elle n'est propice d'estre entour telle dame pour aulcun
+mal qui luy est venu tant qu'elle soit garie. Et ainsi se excusera
+&amp; pourra advenir que sa mesme maistresse po<span class="abbr">ur</span>ce que veu aura
+que elle ne luy en parlera plus sera courroucee de sa despartie po<span class="abbr">ur</span>ce
+que elle penseroit que meilleur loysir auroit de faire ce que elle
+vouldroit tant qu'elle fust avecques elle. Car les gens ne parleroyent
+my sitost qua<span class="abbr">n</span>t acompaignee seroit d'une telle dame si
+la vouldra flater &amp; luy fera promesses affin qu'elle demeure.
+Mais la bonne dame de ce bien &amp; saigement se sçaura excuser en
+disant que sans faulte elle est malade&nbsp;/ mais elle guarie pourra
+bien retourner ne pour chose que le cueur luy face mal du partir
+ne pour tendreté qu'elle ayt a sa maistresse se gardera bien se elle
+est sage de demourer pour quelconques blandissemens. car ap<span class="abbr">ré</span>s
+s'en repentiroit. Mais s'il advient que la dame soit joyeuse de sa
+despartie quant viendra au despartir&nbsp;/ l'ancienne dame parlera
+a elle a part agenoillee humblement la remercyera des biens et
+des honneurs qu'elle luy a faitz luy priera q<span class="abbr">ue</span> pardonner luy vueille
+&amp; si bien &amp; deuement ne l'a servye comme a l'estat d'elle luy app<span class="abbr">ar</span>tiendroit
+ou s'elle a faict ou dit chose aulcune qui luy soit desplaisante
+que ce luy a fait faire la grant amour &amp; jalousie q<span class="abbr">u'e</span>lle avoit
+a elle &amp; qu'il luy fait bien mal de laisser. mais qu'elle est vieille &amp;
+impotent &amp; ne peut plus servir ou q<span class="abbr">ue</span> p<span class="abbr">ar</span> adve<span class="abbr">n</span>ture vieillesse la fait
+estre rechinee &amp; si maugratieuse qu'elle ne scet suporter ainsi que
+devroit les esbateme<span class="abbr">n</span>s des jeunes et pource a plus cher se partir
+&amp; que ce soit par son bon co<span class="abbr">n</span>gié &amp; que elle luy supplie q<span class="abbr">ue</span> elle se parte
+a tout sa bo<span class="abbr">n</span>ne grace. car de ta<span class="abbr">n</span>t peut bien estre certaine q<span class="abbr">ue</span> jamais
+jour de sa vie n'aura fe<span class="abbr">m</span>me q<span class="abbr">ui</span> mieulx ne pl<span class="abbr">us</span> loyaulme<span class="abbr">n</span>t ayme elle
+ne son ho<span class="abbr">n</span>neur q<span class="abbr">ue</span> elle a fait &amp; fera toute sa vie &amp; que tousjours sera
+en celle voulenté. Telles manieres de parolles la dame dira
+a sa maistresse au departir&nbsp;/ laquelle par adve<span class="abbr">n</span>ture luy respo<span class="abbr">n</span>dra
+belles parolles pour la joye q<span class="abbr">ue</span> de sa departie aura&nbsp;/ ou par adve<span class="abbr">n</span>ture
+qu'elle l'aura longueme<span class="abbr">n</span>t gouvernee &amp; peut estre de son enfa<span class="abbr">n</span>ce
+le cueur luy sera mal. Et luy dira peut estre que de riens ne luy
+a sceu mauvais gré fors de ce que elle ne pensa oncques&nbsp;/ et telles
+manieres de excusations aux quelles choses la dame qui point
+ne vouldra arguer a elle pource q<span class="abbr">ue</span> bien sçaura que riens ne vouldra
+respo<span class="abbr">n</span>dre que voirement peut bien estre advenu que de sa folie
+pour la grant pao<span class="abbr">ur</span> qu'elle avoit d'elle avoit eu aucunes suspections.
+Si luy priera que tout luy vueille pardo<span class="abbr">n</span>ner &amp; que elle soit
+certaine que jamais jour de sa vie quelque suspection que elle y
+ait eu ne quoy qu'il en ait esté sa bouche n'en mouvera a perso<span class="abbr">n</span>ne
+ne oncques ne feist fors a elle pour son bien &amp; ainsi se departira.
+Pource que l'espitre qui est contenue au livre du duc des vrays amans
+ou il est mis que Sebille de la tour l'envoya a la duchesse
+peut servir au propos que au chapitre cy aprés ensuyt sera de rechief
+recordé si la peut passer oultre q<span class="abbr">ui</span> veult si au lire luy ennuye
+ou se autreffois l'a veue quoy q<span class="abbr">u'e</span>lle soit bo<span class="abbr">n</span>ne &amp; prouffitable a ouÿr
+&amp; noter a toutes dames &amp; autres a qui ce peut appartenir.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch26" id="ch26"></a>¶ Cy devise la maniere des lettres que la
+saige dame peut envoyer a sa maistresse
+Chapitre. xxvi.</h2>
+
+
+<p>Si pourra advenir aprés ces subzdictes choses
+que la jeune dame se gouvernera si mal adviseme<span class="abbr">n</span>t
+despuys la departie de celle qui gouverner
+la souloit que parolles seront eslevees contre l'o<span class="abbr">n</span>neur
+d'elle &amp; tant se multiplieront que la bonne
+sage dame dessusdicte qui l'avoit en gouvernement
+et ores demeure a son mesnaige en orra parler&nbsp;/ de laquelle
+chose sera tant doulente de ainsi veoir amendrir l'honneur de sa
+maistresse qui tant a mis peine de bien l'endoctriner enseigner &amp;
+apprendre que plus ne pourra. Si ne sçaura bonneme<span class="abbr">n</span>t que faire
+de ceste chose &amp; conclusion quant assez aura pensé sur ceste chose
+sera contraincte par grant amour quel que bon gré ou maulgré
+que avoir en doye pource que ce qui est escript en lettres est aucunesfoys
+mieulx retenu et plus perce le cueur que ce qui est dit de
+bouche de luy escripre &amp; signifier par lettres de rechief l'amonnestement
+que dire luy souloit pour veoir se aulcune chose y pourroit
+prouffiter. Si escripra telles ou les semblables parolles en
+une lettre &amp; par ung prestre qui escriptes en confession les aura
+tressecretement les luy envoyera. Maistresse doubtee dame je
+me recommande a vo<span class="abbr">us</span> tant &amp; si treshumblement co<span class="abbr">m</span>me je puis
+ma tresredoubtee dame plaise vous a ne me sçavoir aucu<span class="abbr">n</span> mauvais
+gré se je me suys a present meue de vous escripre pour vostre
+bien ce que grant aymer me contraint a faire. Car ma tresredoubtee
+dame il m'est advis que je suis jeune de vous admo<span class="abbr">n</span>nester
+vostre bien comme a celle qui a esté en ma gouvernance
+depuis enfance jusques a ores tout n'en feusse je mye digne me
+semble que je mesprendroye de moy taire de ce que sçauroye qui
+vous peust tourner a aucun grief se ne le vous signifioye. Et
+pource chere dame je escrips en ces presentes ce qui s'ensuyt de laquelle
+chose treshumblement je vous prie derechief que maulvais
+gré ne m'en vueillés sçavoir aucuneme<span class="abbr">n</span>t. Car vous povez
+estre trescertaine que tresgrant amour &amp; desir de l'acroissement
+de mieulx en mieulx de vostre noble renommee &amp; honneur me
+meut a ce faire. ma dame j'ay entendu aucunes nouvelles de vostre
+gouvernement telles que j'en suis dolente de tout mon cueur
+pour la peur que j'ay du decheement de vostre bon los &amp; so<span class="abbr">n</span>t telles
+comme il me semble que co<span class="abbr">m</span>me il soit de droit &amp; de raison que toute
+pri<span class="abbr">n</span>cesse &amp; haulte dame tout ainsi comme elle est hault eslevee
+en honneur &amp; estat sur les autres qu'elle doye estre en bonne sagesse
+meurs conditions &amp; manieres excellente sur toutes affin qu'elle
+soit exemplaire par lequel les autres dames et mesmement
+toutes femmes se doibvent rigler en tout maintien &amp; comme il
+appartiengne qu'elle soit devote vers dieu &amp; quelle ayt contenance
+asseuree quoye &amp; rassise en ses esbatemens attrempee et sans
+effroy rie bas &amp; non sans cause ayt haulte maniere humble chere
+&amp; grant port. Soit a tous doulce responce &amp; aymable parolle
+son habit &amp; atour riche &amp; non trop cointe. A estra<span class="abbr">n</span>giers d'acueil seignery
+p<span class="abbr">ar</span>lant a dangier non trop acointable de regard tardif &amp; no<span class="abbr">n</span>
+volage. A nulle heure n'appaire male felle ne despite ne a servir
+trop da<span class="abbr">n</span>gereuse a ses fe<span class="abbr">m</span>mes &amp; serviteurs humaines &amp; amiables
+non trop haultaine en dons large par raison ordo<span class="abbr">n</span>nee. Saiche co<span class="abbr">n</span>gnoistre
+de toutes gens lesquelz sont les plus dignes en bonté et
+preudhommie &amp; de ses serva<span class="abbr">n</span>s les meilleurs &amp; ceulx &amp; celles tire
+vers soy &amp; leur guerdo<span class="abbr">n</span>ne selon leurs merites ne croire ne adjouster
+foy a flateurs ne flateuses ains les co<span class="abbr">n</span>gnoisse &amp; chasse de soy
+ne croire de legier parolles raportees&nbsp;/ n'ait coustume de souvent
+conseiller a estrange ne privé en lieu secret ne apart mesmement
+a nul de ses gens ou de ses fe<span class="abbr">m</span>mes si que on ne puisse juger q<span class="abbr">ue</span> plus
+sache de son secret l'une que l'autre &amp; ne dye devant gens a personne
+quelconques en riant aucuns motz couvers que chascun n'e<span class="abbr">n</span>tende&nbsp;/
+affin que les oyans ne supposent aucun vice secret entre
+eulx trop enclose en chambre ne trop solitaire ne se doit tenir&nbsp;/ ne
+aussi trop commune a la veue des gens. Mais a certaine heure
+retraire &amp; aucuneffois pl<span class="abbr">us</span> convenables. Et comme sesdictes
+condicions &amp; toutes autres manieres convenables a haulte pri<span class="abbr">n</span>cesse
+feussent en vous le temps passé estes a present toute changee
+sicomme on dit. Car vous estes devenue trop plus esgaree
+plus emparlee &amp; plus jolie que ne souliés estre &amp; c'est ce qui faict
+co<span class="abbr">m</span>munement jugier. les cueurs changent quant les contena<span class="abbr">n</span>ces
+se changent&nbsp;/ car vous voules estre seulle &amp; retraire de gens fors
+d'une ou de deux de vos femmes ou aucuns de vos serviteurs a
+qui vous conseillés &amp; riés mesmes devant gens &amp; dictes parolles
+couvertes comme se vous vous entre ente<span class="abbr">n</span>dissiés bien &amp; ne
+vous plaist fors la compaignie d'iceulx&nbsp;/ ne les autres ne vous
+pevent servir a gré. Lesquelles choses &amp; contenances sont cause de
+mouvoir a envye vos autres servans &amp; de juger q<span class="abbr">ue</span> vostre cueur
+soit en amouré ou que ce soit a ma tresredoubtee dame po<span class="abbr">ur</span> dieu
+mercy prenés garde qui vous estes a la haultesse ou dieu vous
+a eslevee ne ne vueille vostre ame &amp; vostre honneur pour aucune
+vaine plaisance mettre en oubly &amp; ne vous fiés en vaines pe<span class="abbr">n</span>sees
+que plusieurs jeunes femmes ont qui se donnent a croire q<span class="abbr">ue</span>
+ce n'est point mal d'aymer par amours&nbsp;/ mais qu'il n'y ait villenie
+car je me rens certaine que autreme<span class="abbr">n</span>t ne le vouldriés penser po<span class="abbr">ur</span>
+mourir &amp; que on vit plus liement &amp; que de ce faire on faict ung
+homme vaillant &amp; renommé a tousjours. Ha ma chere dame il
+va tout autrement. Et pour dieu ne vous y decevés ne laissés
+decevoir &amp; prenes exemples a de telles grans maistresses avés
+vous veu en vostre temps qui pour seullement estre souppeso<span class="abbr">n</span>nees
+de telle amour sa<span class="abbr">n</span>s que la verité en fust oncques attaincte
+en perdoyent l'ho<span class="abbr">n</span>neur &amp; la vie de telles y eut. Et si tiens sur mon
+ame que peché ne coulpe vilanie n'y avoyent &amp; leurs enfans en avés
+reprouchiés &amp; moins prisés&nbsp;/ et combien que a toute femme
+soit povre ou riche telle folle amour deshonnorable encores trop
+pl<span class="abbr">us</span> est messeant &amp; p<span class="abbr">re</span>judiciable en princesse ou haulte dame de ta<span class="abbr">n</span>t
+que est pl<span class="abbr">us</span> grande&nbsp;/ &amp; la raison y est bo<span class="abbr">n</span>ne&nbsp;/ car le nom d'une princesse
+est porté par tout le monde parquoy s'il y a en son renom aucune
+chose a redire plus est sceu par les estranges contrees que des
+simples femmes. Et aussi pour cause de leurs enfans qui doyvent
+seigneurir les terres &amp; estre princes de aultres gens. Si est
+grant meschief quant il y a aucune suspection q<span class="abbr">u'i</span>lz ne soyent droitz
+hoirs &amp; maint meschief en peut venir. car poso<span class="abbr">n</span>s qu'il n'y ait meffait
+de corps si ne le croyroient mye ceulx qui seullement l'orront
+dire telle dame est amoureuse. Et pour ung petit de vice se<span class="abbr">m</span>bla<span class="abbr">n</span>t
+par adventure fait par jeunesse &amp; sans malices mauvaises langues
+jugeront &amp; y adjousteront des choses qui oncques ne fure<span class="abbr">n</span>t
+ne faictes ne pensees&nbsp;/ &amp; ainsi va tel la<span class="abbr">n</span>gaige de bouche en bouche
+qui mye n'est apeticié ains est acreu. Et ai<span class="abbr">n</span>si est necessaire a une
+chascune grant maistresse avoir plus gra<span class="abbr">n</span>t regard en toutes ses
+manieres contenantes &amp; paraboles que a autres fe<span class="abbr">m</span>mes. La cause
+si est&nbsp;/ car quant on vient en la presence d'une haulte dame toute
+personne adresse son regard a elle &amp; ses oreilles a ouÿr ce qu'elle
+dira &amp; son entendeme<span class="abbr">n</span>t a noter tout son fait. Si ne peut la dame
+ouvrir l'ueil dire parolle rire ou faire semblant a aucun que tout
+ne soit recueilly &amp; retenu de plusieurs p<span class="abbr">er</span>sonnes &amp; puis raporté en
+maintes places. Et que cuidés vous ma treschiere dame que ce
+soit mauvaise contenance a une grant maistresse voire a toute
+femme quant plus qu'elle ne seul deul devient esgaree jolye &amp; pl<span class="abbr">us</span>
+veult oÿr parler d'amours &amp; puis quant son cueur se change po<span class="abbr">ur</span>
+aucun cas tout a coup devient rechinee malgratieuse tenceresse
+&amp; ne la peut on servir a gré &amp; ne luy chault de son habit &amp; atour.
+Certes adonc dient les ge<span class="abbr">n</span>s q<span class="abbr">ue</span> elle souloit estre amoureuse. mais
+ne l'est plus. Ma dame si n'est mye maniere que dame doye avoir
+Car elle doit prendre garde encore quelque pensee qu'elle ait que
+tousjours soit d'un maintien et contenance a celle fin que telz jugemens
+ne puissent estre faitz sur elle. Mais peut bien estre que
+fort seroit en la vie amoureuse garder telle mesure. Et pource
+le plus seur est du tout l'eschever &amp; fuir. Si povés veoir chiere dame
+que toute grant maistresse &amp; semblablement toute femme
+doit trop plus estre couvoiteuse d'acquerir bon renom que quelco<span class="abbr">n</span>ques
+autre tresor. Car il la fait reluyre en honneur &amp; demeure
+tousjours a elle &amp; ses enfa<span class="abbr">n</span>s redoubtee dame ainsi comme deva<span class="abbr">n</span>t
+est touchié&nbsp;/ je suppose bien et pense les raisons qui pevent mouvoir
+la jeune dame a soy encliner a si faicte amour aise &amp; joyeuseté
+luy fait penser Tu es jeune il ne te fault fors que ta plaisance
+tu peulz bien aymer sans villanie &amp; n'est point de mal puis qu'il
+n'y ait peché tu feras ung vaillant homme on n'en sçaura riens
+tu en vivras plus joyeusement &amp; auras acquis ung vray serviteur
+&amp; loyal amy &amp; ainsi telles choses. Ha ma dame pour dieu soiés
+advisee que telles folles oppinions ne vous deçoyvent. Car
+quant a la plaisance soyés certaine que en amours a deux foys
+plus de dueil nuysances &amp; dangiers perilleux par especial du costé
+des dames qu'il n'y a de plaisance. Car avec ce amours livre
+de soy maintes diverses amertumes la peur de perdre honneur &amp;
+qu'il soit sceu leur demeure ou cueur qui chier acheter leur fait telle
+plaisance. Et quant a dire ce ne sera mye mal puis que fait de
+peché n'y a. Helas ma dame ne soit nul ne nulle si asseuree de soy
+qu'elle se rende certaine quelque bon propos qu'elle ait de garder
+tousjours mesure en si faicte amour et que ne soit sceu co<span class="abbr">m</span>me j'ay
+cy devant dit. Certes c'est chose impossible. Car feu n'est point
+sans fumee. mais fumee est souvent sans feu. Et a dire je feray
+ung homme vaillant. Certes je dis que c'est trop grant folie de
+soy destruyre pour accoistre ung autre. Posons que vaillant en
+deust devenir &amp; celle bien se destruyt qui pour refaire ung aultre
+se deshonnoure. Et quant a dire j'auray acquis ung vray amy
+et servite<span class="abbr">ur</span> dieu dequoy pourroit servir si fait amy a la dame. car
+s'elle avoit aulcun afaire il ne se feroit porter en nul cas pour elle&nbsp;/
+pour peur de son deshonneur dequoy doncques luy pourra servir
+si fait serviteur qui s'osera employer pour le bien d'elle. mais ilz
+sont aucuns qui dient qu'ilz servent leur dames quant ilz font
+beaucoup de choses soit en armes ou autrefois. Mais je dy qu'ilz
+servent eulx mesmes. Car l'ho<span class="abbr">n</span>neur &amp; le preu leur est demouré &amp;
+non mye a la dame. Encores ma dame se vous ou autres vous
+voulés excuser en disant j'ay mauvaise partie qui pou de loyaulté
+&amp; de plaisir me fait. pource puis je sans mesprendre avoir plaisir
+en aucun autre pour oublier mele<span class="abbr">n</span>colie &amp; passer le te<span class="abbr">m</span>ps. mais
+certes telles excusations&nbsp;/ saulve vostre bo<span class="abbr">n</span>ne reverence &amp; de toutes
+autres qui ce dient&nbsp;/ ne vallent riens. car trop fait grant folie
+celluy qui met le feu en sa maison pour ardoir celle de son voisin.
+mais se celle qui a tel mary le porte patiemment &amp; sans soy empirer
+tant acroist plus le merite de son ame &amp; son honneur en bo<span class="abbr">n</span>
+los &amp; quant a avoir plaisance. Certainement une si grant maistresse
+voire toute femme s'elle veult elle peut assés trouver de
+loisibles &amp; bo<span class="abbr">n</span>nes plaisances a quoy s'entendre &amp; passer le temps
+sans melencolie sans telle amour. Celles qui ont enfans plus
+gratieuse plaisance &amp; plus delectable peut on demander q<span class="abbr">ue</span> de souvent
+les veoir &amp; prendre garde que bien soye<span class="abbr">n</span>t nourris &amp; endoctrinés
+sicomme il appartient a leur haultesse &amp; estat. &amp; les filles ordonner
+en telle maniere que en enfance prengnent rigle de bien &amp;
+de deuement vivre par exemple de suyvre &amp; estre en bonne compaignie.
+Helas &amp; se la mere n'estoit toute saige quel exemple seroit
+ce aux filles &amp; a celles qui enfans n'ont. Certes n'est ce ho<span class="abbr">n</span>ne<span class="abbr">ur</span>
+non a tout haulte dame. Aprés ce qu'elle a dit son service de soy
+pre<span class="abbr">n</span>dre &amp; faire aulcun ouvraige ou besongne pour eviter oysiveté
+ou faire faire fins li<span class="abbr">n</span>ges estra<span class="abbr">n</span>geme<span class="abbr">n</span>t ouvrés&nbsp;/ ou draps de soye ou
+autre choses dequoy elle peust user justement. &amp; telles occupatio<span class="abbr">n</span>s
+sont bonnes&nbsp;/ &amp; destourbent a penser choses vaines. Et je ne dis
+mye que une grant maistresse ne se puisse bien esbatre rire &amp; jouer
+en temps &amp; en lieu mesmement ou il y ait seigneurs &amp; gentilz
+hommes&nbsp;/ &amp; qu'elle ne doye ho<span class="abbr">n</span>norer les estrangiers selon que a sa
+haultesse appartient chascun selon son degré&nbsp;/ mais ce doit estre
+fait si rassisement &amp; de si beau maintien qu'il n'y ait ung seul regard
+ne ris ne parolle que tout ne soit a mesure &amp; par raison. Assés
+&amp; tousjours doibt estre sur sa garde que on ne puisse appercevoir
+en parolle ou regard ou contenance en elle chose desconvenable
+ne mal seant. Ha dieu se toute grande maistresse voire toute
+femme sçavoit bien comment beau maintien luy est advenant
+plus mettroit peine a l'avoir que quelque autre parement. Car
+il n'est joyau precieux qui tant la peust parer Et encores ma tresredoubtee
+dame reste a parler des perilz et dangiers qui sont en
+celle amour&nbsp;/ lesquelz sont sans no<span class="abbr">m</span>bre. Le premier et greigneur
+est que l'en courrouce dieu. Aprés que se le mary s'en appercevoit
+ou les parens la fe<span class="abbr">m</span>me est morte ou cheute en reproche ne jamais
+puis n'aura bien. Et encores suppose que n'aviengne diso<span class="abbr">n</span>s du costé
+des amans encores que tous fussent loyaulx secretz vrays
+disans ce qu'ilz ne sont mye&nbsp;/ ainçois scet on assés qui comunement
+sont faintz &amp; pour les dames decevoir dient ce qu'ilz ne pensent
+ne vouldroient faire. Touteffois c'est chose vraye que l'ardeur
+de&nbsp;/ telle amour ne dure mye longuement mesmes aux plus
+loyaulx &amp; est ceste chose certaine. Ha chiere dame comment cuydés
+vous que quant il advient que celle amour est deffaillie &amp; q<span class="abbr">ue</span>
+la dame qui aura esté aveuglee par l'enveloppeme<span class="abbr">n</span>t de folle plaisance
+s'en repent dureme<span class="abbr">n</span>t quant elle s'avertist &amp; pourpe<span class="abbr">n</span>se les follies
+&amp; divers perilz ou maintes fois s'est trouvee&nbsp;/ &amp; combien elle
+vouldroit qui luy eust cousté &amp; o<span class="abbr">n</span>cques ne luy fust advenu &amp; que
+tel reproche de elle ne peust estre dicte. Certes vous ne pourriez
+penser la grant repentance &amp; desplaisant pe<span class="abbr">n</span>see qui au cueur leur
+en demeure Et oultre se vous &amp; toutes les autres povés veoir
+quelle follie c'est de mettre son corps et son honneur es dangiers
+de langues &amp; es mains de telz servanz puis que serviteurs s'apellent&nbsp;/
+mais la fin du service est communement telle que quoy q<span class="abbr">u'i</span>lz
+vous ayent promis &amp; juré de tenir secret ilz ne s'en taisent mye &amp;
+en la fin de telle amour souventesfois le blasme &amp; parler de gens
+aux dames en demeure ou a tout le moins la crainte &amp; paour en
+leurs cueurs que ceulx mesmes en qui se sont fiees le dient &amp; s'en
+vantent ou aulcun autre qui le fait saiche&nbsp;/ et ainsi se sont mises
+de franchise en servaige &amp; veés la fin du service de celle amour.
+Comment cuydés vous ma Dame qu'il semble a ses servans
+grant honneur de dire et eulx vanter qu'ilz soyent aimés ou ayent
+esté d'une grant maistresse ou femme de renom. Et comme<span class="abbr">n</span>t
+en tairoient ilz la verité. car dieu scet co<span class="abbr">m</span>ment ilz mente<span class="abbr">n</span>t. Et que
+pleust a dieu que entre vous mes dames le sceussiés bien. Car
+cause auriés de vous en garder. Oultreplus les servans qui
+scevent vos secretz &amp; en qui convie<span class="abbr">n</span>t que vous vous fiez cuydez
+vous qu'ilz s'en taisent. combien que leur ayés fait jurer. Certes
+la plus grant partie sont telz qu'ils seroyent bien dolens que l'on
+ne sceust que plus grant priveté &amp; hardiesse ont vers vous que
+les autres. et s'ilz ne dient de bouche vos secretz ils les monstreront
+au doy par divers semblans couvers qui veullent bien que
+on note. He dieu quel servitude a une dame &amp; a toute autre femme
+en tel cas qui n'osera reprendre ne blasmer son servant ou sa
+servante posons qu'elle les voye grandement mesprendre qua<span class="abbr">n</span>t
+elle se sent en leur dangier &amp; seront montés <span class="abbr">con</span>tre elle en tel orgueil
+que mot n'osera sonner ains conviendra qu'elle leur seuffre a faire
+et dire chose qu'elle n'endureroit de nul autre. Et q<span class="abbr">ue</span> pensés vo<span class="abbr">us</span>
+que dient ceulx &amp; celles qui ce voyent &amp; notent ilz ne pensent fors
+ce qui y est &amp; soyés certaine qu'ilz en murmurent assés. Et s'il advient
+que la dame se courrouce ou donne congié a telz servans&nbsp;/
+dieu scet se tout est revelé &amp; dit en plusieurs places. et toutesfois
+souvent advient qu'ilz sont &amp; ont esté moyens &amp; procureurs d'icelle
+amour bastir&nbsp;/ laquelle chose ilz ont voulentiers pourchassee &amp;
+a grant diligence pour traire a eulx dons ou offices ou autres emolumens.
+Tresredoubtee dame que vous en dirois je&nbsp;/ soyés
+certaine que aussi tost espuiseroit on une abisme co<span class="abbr">m</span>me on pourroit
+racompter tous les perilz et maulx qui sont en ceste vie amoureuse.
+&amp; ne doubtés du contraire. Car il est ainsi. Et pource
+treschiere dame ne vo<span class="abbr">us</span> vueillés ficher en si fait peril. Et se aulcune
+pensee y avés eue&nbsp;/ pour dieu vueillés vous en retraire ainçois
+q<span class="abbr">ue</span> plus grant mal vo<span class="abbr">us</span> en ensuyve. Car trop mieulx vault
+tost que tard&nbsp;/ &amp; tard que jamais. Et ja povés veoir quelz parolles
+en seroyent se plus ce continuoyent vos nouvelles manieres
+quant ja sont apperceues p<span class="abbr">ar</span>quoy parolles s'en espandent en mai<span class="abbr">n</span>t
+lieu. Si ne vous sçay plus que respondre fors que de toute ma
+puissance vous supplye humblement que de ce ne me sachez aucun
+maulvais gré&nbsp;/ mais vous plaise de adviser le bon vouloir
+q<span class="abbr">ui</span> le me fait dire&nbsp;/ &amp; au fort mieulx doit vouloir faire mon devoir
+&amp; vous loyaulment admonnester &amp; en deusse avoir vostre mal
+talent que de vous conseiller vostre destruction ou de l'attraire
+pour avoir vostre bon gré. Tresresoubtee pri<span class="abbr">n</span>cesse &amp; ma treschere
+dame je prie a dieu qu'il vous doint bonne vie et longue&nbsp;/ et en
+la fin paradis. Escript. &amp;c.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch27" id="ch27"></a>¶ Cy co<span class="abbr">m</span>mence la deuxiesme partie de ce livre laq<span class="abbr">ue</span>lle s'adresse
+aux dames &amp; damoiselles. Et p<span class="abbr">re</span>mierement a celles q<span class="abbr">ui</span> demeure<span class="abbr">n</span>t
+a court de pri<span class="abbr">n</span>cesse ou haulte dame. Le p<span class="abbr">re</span>mier chapitre p<span class="abbr">ar</span>le co<span class="abbr">m</span>me<span class="abbr">n</span>t
+les trois dames&nbsp;/ c'est assavoir raison droicture et justice recapitulent
+en brief ce qui est dit devant. chap. .xxvii.</h2>
+
+
+<p>Apres ce que avons parlé aux roynes pri<span class="abbr">n</span>cesses
+&amp; haultes dames&nbsp;/ c'est assavoir en ce qui touche
+la doctrine qui est proprice tant aux enseigneme<span class="abbr">n</span>s
+de ce qui affiert a l'ame co<span class="abbr">m</span>me aux meurs
+vertueux &amp; bo<span class="abbr">n</span>s q<span class="abbr">ui</span> leur sont p<span class="abbr">ro</span>pices &amp; appartie<span class="abbr">n</span>nent
+a leur haulte noblesse &amp; a leur estat q<span class="abbr">ui</span> d'ho<span class="abbr">n</span>neur
+est adornee sur toutes autres s'adressera nostre leçon doresenavant
+en ceste .ii. p<span class="abbr">ar</span>tie de la p<span class="abbr">rese</span>nte collation aux dames &amp; damoiselles
+&amp; fe<span class="abbr">m</span>mes ta<span class="abbr">n</span>t a celles q<span class="abbr">ui</span> sont demourans a court de pri<span class="abbr">n</span>cesses
+pour leur service &amp; estat co<span class="abbr">mm</span>e a celles q<span class="abbr">ui</span> demeurent sur leurs terres
+en chasteaulx manoirs villes fermes &amp; bours&nbsp;/ mais a ce <span class="abbr">com</span>mencement
+faisons protestation q<span class="abbr">ue</span> nonobsta<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">u'i</span>l appartienne &amp; affiere
+une mesmes doctrine par especial en plusieurs choses ta<span class="abbr">n</span>t a l'ame
+co<span class="abbr">mm</span>e aux v<span class="abbr">er</span>tus &amp; meurs aussi bien aux dames &amp; damoiselles &amp;
+a toutes fe<span class="abbr">m</span>mes co<span class="abbr">m</span>me aux princesses ne pe<span class="abbr">n</span>sons mye a relater &amp; dire
+de rechief tout ce qui est dit devant&nbsp;/ car peine seroit sans necessité
+&amp; a ennuy pourroit tourner aux lisans si serve ce q<span class="abbr">ue</span> dit est po<span class="abbr">ur</span>
+toutes ou il eschiet &amp; en prengne chascune ce dequoy sentira q<span class="abbr">ue</span> elle
+ayt besoing au bien &amp; au proffit de son ame &amp; de ses meurs. Car
+se<span class="abbr">m</span>blableme<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ue</span> aux plus grans maistresses est mestier aux da<span class="abbr">m</span>es
+damoiselles &amp; autres fe<span class="abbr">m</span>mes q<span class="abbr">u'e</span>lles ayent tousjours &amp; en to<span class="abbr">us</span> leurs
+faitz devant les yeulx &amp; en leur memoire l'amo<span class="abbr">ur</span> &amp; crainte de nostreseign<span class="abbr">eu</span>r
+q<span class="abbr">ui</span> leur rame<span class="abbr">n</span>toyve les bie<span class="abbr">n</span>s q<span class="abbr">u'e</span>lles reçoyvent de luy&nbsp;/ c'est
+assavoir l'ame q<span class="abbr">ui</span> est creé a son ymage laq<span class="abbr">ue</span>lle s'elles y veullent mettre
+peine possedera a tousjours le royaulme des cieulx. Ce n'est
+mye petit don l'e<span class="abbr">n</span>tendement po<span class="abbr">ur</span> <span class="abbr">con</span>gnoistre dieu &amp; q<span class="abbr">ue</span> est bien &amp; mal
+force de corps pour mettre le bien a effect santé &amp; foison d'autres
+grans graces parquoy l'amour a quoy elles sont obligees vers
+luy qui est mesmes ung des <span class="abbr">com</span>mandeme<span class="abbr">n</span>s de la foy et le p<span class="abbr">re</span>mier q<span class="abbr">ui</span>
+dit tu aimeras dieu sur toutes choses ne doit jamais p<span class="abbr">ar</span>tir d<span class="abbr">e</span> leur
+memoire La crainte aussi en pe<span class="abbr">n</span>sant la gra<span class="abbr">n</span>t punition de sa justice
+en quoy se mettent en peril les creatures q<span class="abbr">ui</span> ne vo<span class="abbr">n</span>t droite voye
+Ceste amour &amp; crainte se a droit &amp; en leurs couraiges les deffe<span class="abbr">n</span>dra
+d<span class="abbr">e</span> vices &amp; <span class="abbr">con</span>duyra aux v<span class="abbr">er</span>tus&nbsp;/ abessera en elles orgueil &amp; essaucera
+hu<span class="abbr">m</span>ilité chassera ire &amp; amenera pacie<span class="abbr">n</span>ce deboutera avarice &amp;
+y mettra charité. le<span class="abbr">ur</span> tollira e<span class="abbr">n</span>vye &amp; le<span class="abbr">ur</span> do<span class="abbr">n</span>nera amo<span class="abbr">ur</span> vers le<span class="abbr">ur</span>s prochains.
+eslongnera paresse &amp; approuchera diligence de bien faire
+Leur fera haÿr gloutonnye et aymer sobrieté. bennira luxure et
+attraira chasteté Et ainsi do<span class="abbr">n</span>era toutes les vertus propice a l'ame.
+&amp; chassera les vices q<span class="abbr">ui</span> nuyre y po<span class="abbr">ur</span>royent. Et avec ce aussi bie<span class="abbr">n</span>
+&amp; se<span class="abbr">m</span>blablememe<span class="abbr">n</span>t affiert aux dames damoiselles &amp; autres fe<span class="abbr">m</span>mes avoir
+prude<span class="abbr">n</span>ce mo<span class="abbr">n</span>daine po<span class="abbr">ur</span> ordo<span class="abbr">n</span>ner en bo<span class="abbr">n</span>ne guise leur maniere de
+vivre chascune selon son estat &amp; q<span class="abbr">u'e</span>lles ayment ho<span class="abbr">n</span>heur le bien de
+reno<span class="abbr">mm</span>ee &amp; de bon los q<span class="abbr">ue</span> aux princesses. Si co<span class="abbr">m</span>mencerons ainsi</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch28" id="ch28"></a>Cy devise des quatre pointz les deux bons a tenir &amp; les deux
+autres a eschever &amp; co<span class="abbr">m</span>me<span class="abbr">n</span>t dames &amp; demoiselles de court doive<span class="abbr">n</span>t
+aymer leur maistresse. &amp; ce est le p<span class="abbr">re</span>mier point. chap. .xxviii.</h2>
+
+
+<p>Derechief disons nous trois seurs&nbsp;/ filles de dieu
+no<span class="abbr">m</span>mees raison&nbsp;/ droicture&nbsp;/ &amp; justice co<span class="abbr">m</span>me dessus.
+Premierement a vo<span class="abbr">us</span> dames damoiselles &amp; femmes
+de court au service de princesses et haultes
+dames tout ce q<span class="abbr">ue</span> dit avo<span class="abbr">n</span>s qui toucher peut au bien
+de vos dames &amp; a l'acroissement de vos me<span class="abbr">ur</span>s
+Mais avec les bons admo<span class="abbr">n</span>nesteme<span class="abbr">n</span>s dessusditz adjoustero<span class="abbr">n</span>s quatre
+pointz les deux premiers bons a suyvre&nbsp;/ &amp; les autres a eschever.
+&amp; ne sont pas simplement ne sans plus les deux p<span class="abbr">re</span>miers bo<span class="abbr">n</span>s
+a tenir&nbsp;/ mais vous sont tresnecessaires po<span class="abbr">ur</span> le bien de voz ames
+&amp; l'honneur de vos personnes. De ces deux pointz le p<span class="abbr">re</span>mier est q<span class="abbr">ue</span>
+de tout vostre cueur devés amer comme vous mesmes vostre
+maistresse. c'est assavoir la princesse&nbsp;/ auquel service ou <span class="abbr">com</span>paignie
+vous estes. L'autre poi<span class="abbr">n</span>t est que vous devés estre en vos manieres
+parolles &amp; to<span class="abbr">us</span> faitz non trop acointables ne privees a divers
+ho<span class="abbr">m</span>mes. Et des causes q<span class="abbr">ui</span> no<span class="abbr">us</span> meuvent vo<span class="abbr">us</span> enseignerons les raisons
+cy ap<span class="abbr">ré</span>s. Et qua<span class="abbr">n</span>t est des autres belles manieres qui a tenir
+vous affierent pource q<span class="abbr">u'i</span>l est ja dit cy devant co<span class="abbr">m</span>ment la saige pri<span class="abbr">n</span>cesse
+vo<span class="abbr">us</span> maintie<span class="abbr">n</span>dra en bel ordre en habitz si<span class="abbr">m</span>ples &amp; beaulx sans
+desguiseure. mais riches assés&nbsp;/ &amp; bien ordonnez sico<span class="abbr">mm</span>e il affiert co<span class="abbr">m</span>me
+en co<span class="abbr">n</span>tenances rassises &amp; coyes en parolles maintiens jeux &amp;
+ris honnestes passerons oultre ces pointz pource q<span class="abbr">ue</span> cy devant au
+<a href="#ch18">xviii. chap.</a> de la premiere partie de ce livre la peut on veoir qui
+veult. Selon nostre p<span class="abbr">re</span>mier point &amp; enseigneme<span class="abbr">n</span>t des deux dessusditz
+la dame ou damoiselle de court ou toute serva<span class="abbr">n</span>te est tenue de
+aymer tresfort &amp; de tout son cueur sa dame &amp; maistresse soit bonne
+ou mauvaise&nbsp;/ ou doulce&nbsp;/ ou autrement elle se dampne et faict
+q<span class="abbr">ue</span> tresmauvaise creature &amp; se<span class="abbr">m</span>blableme<span class="abbr">n</span>t je dis de to<span class="abbr">us</span> serva<span class="abbr">n</span>s puis
+q<span class="abbr">ue</span> ilz so<span class="abbr">n</span>t aux gaiges pe<span class="abbr">n</span>sio<span class="abbr">n</span>s ou loyer de q<span class="abbr">ui</span> q<span class="abbr">ue</span> ce soit. &amp; si tu vouloies
+dire voire mais si mon maistre ou maistresse est mauvaise p<span class="abbr">er</span>so<span class="abbr">n</span>ne
+ou ne me fait gueres de bien suis je do<span class="abbr">n</span>cq<span class="abbr">ue</span>s tenue a l'aymer&nbsp;/ no<span class="abbr">us</span>
+te respondons q<span class="abbr">ue</span> ouÿ sans faulte&nbsp;/ car s'il te semble q<span class="abbr">u'i</span>lz soyent mauvais
+&amp; q<span class="abbr">ue</span> n'y faces ton proffit: tu t'en dois partir se bonté se<span class="abbr">m</span>ble non
+mye y demourer pour mal y faire ton devoir &amp; ne luy porter tel amour
+&amp; tel foy q<span class="abbr">ue</span> tu doibs. posons qu'il face mal son debvoir pourtant
+ne doibs laisser a faire le tien tant que tu y es&nbsp;/ ou t'en aller.
+Car saches si ainsi ne le fais tu te dampnes en servant. Si est a
+declairer nostre propos en quoy s'estendra celle amour q<span class="abbr">ue</span> la dame
+ou damoyselle de court aura a sa maistresse sera en luy portant
+foy &amp; loyaulté en toutes
+manieres&nbsp;/ co<span class="abbr">m</span>ment foy &amp; loyaulté. c'est qu'elle aymera premierement
+le bien de son ame. en telle maniere qu'elle luy p<span class="abbr">ro</span>curera et
+ennortera de son povoir &amp; que a elle app<span class="abbr">ar</span>tiendra tout bien a faire &amp;
+ne luy do<span class="abbr">n</span>nera ocasion du contraire. gardera sa paix a son povoir
+en bien faisant. Et en ces choses icy fait entendre q<span class="abbr">u'e</span>lle ne luy fera
+rapors nulz quelz qu'ilz soyent q<span class="abbr">ui</span> a l'empirement de son ame puisse
+tourner&nbsp;/ c'est assavoir ne en mesdisant d'autruy ne co<span class="abbr">n</span>tre le bien
+de honnesteté ne de honneur. ne aussi en parolles felonnesses ou
+responces parquoy elle puisse troubler sadicte maistresse. Avecques
+ce elle gardera sauvement le sien en ce qu'il appartiendra a
+elle a faire &amp; en destournant les autres a son povoir se oultrages
+non convenables app<span class="abbr">ar</span>tenoyent en aucuns. &amp; sur toutes riens soustiendra
+son ho<span class="abbr">n</span>neur de toute sa puissance en fait en dit &amp; en parolle
+plus en derriere que en devant &amp; essaucera sa bonne reno<span class="abbr">m</span>mee.
+Se gardera bien pourtant sur ce qu'elle ayme le bien de son ame
+que vers elle ne use de flaterie pour mieulx avoir sa grace. si que
+font plusieurs servans de tous estatz maistres &amp; maistresses et
+par especial a gra<span class="abbr">n</span>s seign<span class="abbr">eu</span>rs &amp; dames q<span class="abbr">ui</span> est chose q<span class="abbr">ui</span> trop desplaist a
+dieu &amp; q<span class="abbr">ue</span> la sai<span class="abbr">n</span>cte escripture blasme a merveilles. Mais pour pl<span class="abbr">us</span>
+p<span class="abbr">ro</span>preme<span class="abbr">n</span>t declarer q<span class="abbr">ue</span> c'est flaterie affin que nul ne soit deceu de entendre.
+dirons la difference d'entre bien servir &amp; flater. Si est assavoir
+que si tu sers bien &amp; loyaulment de tout ton povoir &amp; tressongneusement
+garde bien l'ho<span class="abbr">n</span>neur &amp; proffit en toutes manieres de
+maistre &amp; maistresse &amp; metz gra<span class="abbr">n</span>t cure &amp; dillige<span class="abbr">n</span>ce de luy faire plaisir
+&amp; service en toutes choses licites &amp; honnestes. Mesmeme<span class="abbr">n</span>t ta<span class="abbr">n</span>t
+pour faire ton devoir co<span class="abbr">m</span>me pour acquerir sa grace affin q<span class="abbr">u'i</span>l t'en face
+mieulx pource qu'il t'en est besoi<span class="abbr">n</span>g &amp; que se il a mal &amp; desplaisir
+que tu en soyes dolent ou dolente co<span class="abbr">m</span>me du tien p<span class="abbr">ro</span>pre &amp; semblableme<span class="abbr">n</span>t
+joyeulx ou joyeuse de son bien &amp; p<span class="abbr">ro</span>sperité &amp; soyes triste a mathe
+chiere quant luy voys avoir desplaisir &amp; joyeulx quant bien
+luy vient &amp; non mye devant luy seullement. mais pl<span class="abbr">us</span> en derriere
+&amp; le excuses se mal oys dire &amp; luy portes ho<span class="abbr">n</span>neur &amp; bo<span class="abbr">n</span>ne reno<span class="abbr">m</span>mee
+telz choses faictes de bon cue<span class="abbr">ur</span> ne so<span class="abbr">n</span>t mie flateries ains est vraye
+amour &amp; pure loyaulté portee de bon servant ou servante a maistre
+ou a maistresse &amp; ce en sont les signes. Le pur flateur est si tu
+sçayes que ton maistre ou maistresse eust aucu<span class="abbr">n</span>e inclination vicieuse
+&amp; contre le bien de son ame &amp; de son ho<span class="abbr">n</span>neur &amp; bo<span class="abbr">n</span>nes meurs
+&amp; se sur ce tu le confortoyes. en luy do<span class="abbr">n</span>nant conseil qui le peust soustenir
+&amp; nourrir en son vice &amp; peché &amp; q<span class="abbr">ue</span> tu portasses ses mesmes
+faitz en dit &amp; en fait ou q<span class="abbr">ue</span> tu luy ouÿsses dire parolles non vrayes
+contre le bien d'autruy ou soustenir oppinions mauvaises ou deshonnestes
+&amp; tu disoyes mo<span class="abbr">n</span>seigneur ou ma dame dit voir ou que
+tu luy feisses entendant qu'il soit bel ou bon ou saige ou que bien
+seroit que il fist quelque chose que tu penseroyes qui luy plairoit
+et ta conscience te disoit tout le contraire se telz choses &amp; aultres
+semblables qui pourroyent advenir faisoyes vrayement tu flateroyes
+&amp; pecheroye tresmortellement &amp; avec ce que tu te dampneroyes
+pareillement seroyes cause de son dampnement. Mais
+non pourtant dieu scet tout comment plusieurs servans de jeunes
+gens &amp; d'autres se gouvernent en telz cas car pour avoir leur
+grace &amp; traire d'eulx plusieurs y a ne les soustiennent pas seullement
+en maulx faire ains eulx mesmes quierent &amp; pourchasse<span class="abbr">n</span>t
+les voyes de tirer &amp; faire mettre maistres &amp; mesmement maistresses
+aucunesfois en plusieurs vices &amp; laiz pechés &amp; telz ge<span class="abbr">n</span>s
+ne sont pas loyaulx servans ains sont faulx &amp; maulvais&nbsp;/ mais
+ceux q<span class="abbr">ui</span> les treuvent quant ilz les scevent telz sont eulx mesmes
+si aveuglez qu'ilz ne s'en donnent de garde. Et pource dist trop
+bien ung saint docteur que le flateur par sa parolle fait tout ai<span class="abbr">n</span>si
+que se il fichoit ung clou en l'oeil de son maistre ou maistresse
+c'est a dire qu'il l'aveugle par ses blandices. Mais a descendre a
+nostre propos on pourroit icy faire une telle q<span class="abbr">ue</span>stion sçavoir mon
+se une dame ou damoiselle sert une pri<span class="abbr">n</span>cesse ou aultre dame quelle
+que elle soit &amp; il advient q<span class="abbr">ue</span> sa maistresse vueille mettre son cue<span class="abbr">ur</span>
+en folle amour vers quelque homme si la servante est tenue par
+la loyaulté que elle luy doit de la soustenir &amp; porter en son fait&nbsp;/ car
+peut estre que aulcuns ne cuyderoye<span class="abbr">n</span>t mye mesprendre en pensa<span class="abbr">n</span>t
+j'ay pluscher a garder l'honneur de ma maistresse &amp; celer son faict
+mesmement veu q<span class="abbr">ue</span> je n'ay mye bastie la chose&nbsp;/ mais elle la veult
+faire &amp; si en moy elle ne se fioyt en quelque autre se fieroit qui par
+adventure ne la celeroit mye si bien que je feroye. La vraye responce
+a ceste question est que elle feroit mal quelque cas qui y
+peust advenir &amp; mal faire n'a point d'excusation si ne peux porter
+ne soustenir ta maistresse en peché faisa<span class="abbr">n</span>t que toy mesmes ne peches
+ne soye participant du mal. Et avecques ce posons que tu
+dies que pour garder son honneur le faces si tu espeluches bien ta
+conscience tu trouveras que aultre cause te y encline plus c'est assavoir
+pour avoir mieulx sa grace &amp; en prouffiter en chevance.
+Mais quelque cause qui t'y maine tu fais mal &amp; en ce faisant resembles
+l'aveugle qui maine ung autre aveugle &amp; to<span class="abbr">us</span> deux trebuchent
+en la fosse. Mais vecy que tu feras si tu veulx user de
+sens &amp; de bonne conscience se ta maistresse se fie de tant en toy q<span class="abbr">u'e</span>lle
+te die son secret en tel cas tu luy feras si faicte ou semblable responce&nbsp;/
+ma dame je vous mercye dont tel fiance avez en moy que
+tant me dictes de vostre tresprivé secret &amp; si vous n'aviés fiance
+en moy ne le me diriés si n'ayez jour de vostre vie quelconq<span class="abbr">ue</span> doubte
+qui ne soit bien celé. Car je vous prometz loyaulment q<span class="abbr">ue</span> tant
+que je vivray ne sera par moy sceu&nbsp;/ mais vrayement il me poise
+de tout mon cueur de ce que vostre entente avez mise ou voulez
+mettre en tel chose. Car il ne vous en peut venir fors dampnement
+a l'ame &amp; grant peril &amp; deshonneur au corps &amp; se par nulle
+voye estoit en ma puissance de vous oster de celle voulenté &amp;
+pensee il n'est riens que je n'en feisse. Mais quant est de moy &amp; me
+pardonnés je aymeroye mieulx le bien de mon ame &amp; de ma consciece
+qui en seroit chargee que je ne fais vostre service et m'en
+deussiés vous haÿr &amp; bouter hors. Car je doy avoir pluscher vostre
+hayne pour bien faire que vostre grace pour consentir mal
+si ne m'en mesleroye nulleme<span class="abbr">n</span>t mieulx vouldroye mourir&nbsp;/ je sçay
+bien que je suis a vous &amp; que obeyr je vous doy mais en tel cas
+je pecheroye laq<span class="abbr">ue</span>lle chose je ne suis tenu de faire pour personne vivant.
+Telle respo<span class="abbr">n</span>ce doit faire la bo<span class="abbr">n</span>ne serva<span class="abbr">n</span>te en tel cas a sa maistresse&nbsp;/
+mais s'elle est sage &amp; vraye se gardera bien po<span class="abbr">ur</span>ta<span class="abbr">n</span>t de l'aler
+disant ça &amp; la po<span class="abbr">ur</span> soy aloser co<span class="abbr">m</span>me assez en est par adventure q<span class="abbr">ui</span> po<span class="abbr">ur</span>
+faire les bonnes y soyent disant elle m'a requise d<span class="abbr">e</span> tel chose&nbsp;/ mais
+je l'ay bien &amp; bel escondite je aymeroye mieulx que elle fust arse &amp;
+telz choses dont mieulx leur vauldroit taire ainsi se doit gouverner
+la bo<span class="abbr">n</span>ne &amp; discrete dame ou damoyselle ou autre vers sa maistresse.
+mais non pourtant affin que nous n'oublions riens a dire
+que bon soit a ce propos n'est mye a entendre cest admo<span class="abbr">n</span>nesteme<span class="abbr">n</span>t
+que s'il advenoit aucun inconvenie<span class="abbr">n</span>t a la maistresse par quelque
+cas que la bonne servante ne la doye garder en tous perilz &amp; deffendre
+comme elle feroit son enfant sicomme il est dit d'une dame
+qui fut gardee d'estre sourprise en cas dont elle eust perdu son honneur
+par sa damoiselle laquelle quant elle sceut l'adventure ala
+tantost comme bien advisee bouter le feu a la granche affin que
+tout courussent la &amp; que sa maistresse en ce tandis se peust descouvrir.
+Et comme une autre qui trouva sa maistresse qui se
+vouloit desesperer &amp; occire ellemesmes de honte que elle avoit de
+ce qu'elle estoit grosse sans estre mariee si la reconforta &amp; l'osta de
+ce maulvais vouloir &amp; ellemesmes affin que quant l'enfant vie<span class="abbr">n</span>droit
+qu'elle peust dire que il fust sien fist entendant qu'elle estoit
+grosse &amp; par celle voye la saulva de mort &amp; garda de deshonneur
+&amp; telz choses faire puis que la chose est faicte &amp; le co<span class="abbr">n</span>seil en est pri<span class="abbr">n</span>s
+pour garder autruy de desespera<span class="abbr">n</span>ce ou de prendre mauvaise voye
+mais que au fait de peché on ne soit <span class="abbr">con</span>senta<span class="abbr">n</span>t n'est pas mal. mais
+est tresgrant charité &amp; doit chascun avoir pitié du pecheur. Car
+dieu ne veult pas sa mort. mais que il se convertise &amp; vive. Et
+tel est cheu en peché que aprés se relieve &amp; maine juste vie &amp; non
+mye seullement en cas d'amours ne doibt estre consentant la servante
+de la maistresse: mais aussi en tous autres ou il pourroit
+avoir peché &amp; vice. car nul n'est tenu d'obeyr a aultruy pour desobeyr
+a dieu.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch29" id="ch29"></a>¶ Cy devise du .ii. point qui est bon a tenir aux fe<span class="abbr">m</span>mes
+de court qui est co<span class="abbr">m</span>ment elles doibvent eschever
+trop d'acointances. Chapitre .xxix.</h2>
+
+
+<p>Le .ii. point &amp; enseigneme<span class="abbr">n</span>t si q<span class="abbr">ue</span> no<span class="abbr">us</span> avons dit est q<span class="abbr">ue</span>
+fe<span class="abbr">m</span>mes de court de quelq<span class="abbr">ue</span> estat q<span class="abbr">u'e</span>lles soyent se doivent
+garder d<span class="abbr">e</span> trop avoir d'acointa<span class="abbr">n</span>ces a divers
+ho<span class="abbr">m</span>mes no<span class="abbr">us</span> co<span class="abbr">n</span>vie<span class="abbr">n</span>t dire les raiso<span class="abbr">n</span>s q<span class="abbr">ui</span> no<span class="abbr">us</span> meuve<span class="abbr">n</span>t
+Car maintes par ave<span class="abbr">n</span>ture pourroyent suposer
+&amp; cuider q<span class="abbr">ue</span> plus leur loysist &amp; apartenist est acoi<span class="abbr">n</span>tables
+q<span class="abbr">ue</span> autres fe<span class="abbr">m</span>mes: mais celles q<span class="abbr">ui</span> le pe<span class="abbr">n</span>seroyent se deceveroie<span class="abbr">n</span>t
+&amp; nous le te monstrero<span class="abbr">n</span>s par deux principaulx raisons&nbsp;/ l'une est
+pource que sur toutes autres les femmes de court ont a garder
+honneur&nbsp;/ l'autre raison te dirons ap<span class="abbr">ré</span>s. Quant a ceste pourquoy
+disons no<span class="abbr">us</span> que pl<span class="abbr">us</span> que autres ont a garder honneur pource q<span class="abbr">ue</span> le<span class="abbr">ur</span>
+honneur ou deshonneur refiert &amp; redonde en leur maistresse. car
+se ilz sont ou bien ou mal ordonnees elle en aura le los ou le blasme
+si que ja est touché en la premiere partie de ce livre. Or il est
+ainsi que il n'est autre dame a qui tant d'honneur soit deue co<span class="abbr">m</span>me
+a princesse si seroit a son empirement si aucune tache avoit en fe<span class="abbr">m</span>mes.
+Car on diroit selon seigneur meisgnie duite. Et pource je
+conclus que plus que autres se doivent garder. Si n'est point de
+doubte a venir a nostre propos que fe<span class="abbr">m</span>mes qui que elles soyent q<span class="abbr">ui</span>
+se delictent avoir plusieurs acointa<span class="abbr">n</span>ces a ho<span class="abbr">m</span>mes &amp; suppose qu'elles
+n'y pe<span class="abbr">n</span>sent a nul mal ne mais pour rire &amp; esbatre a peine le po<span class="abbr">ur</span>ront
+<span class="abbr">con</span>tinuer qu'il n'en soit senestrement p<span class="abbr">ar</span>lé &amp; non mye seulleme<span class="abbr">n</span>t
+des estrangiers envyeulx qui sans cesser avisent co<span class="abbr">m</span>ment pourront
+aultruy mordre&nbsp;/ mais certes de plusieurs de ceulx mesmes
+a qui elles feront bonne chiere. Car ne pensent point le contraire
+fe<span class="abbr">m</span>mes ne si aveuglent que ja ho<span class="abbr">m</span>mes plusieurs ne les frequentent
+longueme<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ue</span> aucuns ou le plus d'iceulx ne pensent a elles atraire
+si pevent &amp; quant ils voye<span class="abbr">n</span>t que plusieurs hantent ou lieu
+ou chascun voulsist estre seul receu ilz en parlent mal &amp; contreuvent
+l'ung sur l'autre &amp; en derriere s'en rigollent quelque chere que
+aux dames &amp; damoiselles facent en devant ne quoy que ils se mo<span class="abbr">n</span>strent
+bien gracieulx &amp; c'est chose vraye lesquelz rigolages &amp; parolles
+sont raportees en ville de bouche en bouche par les tavernes
+&amp; ailleurs &amp; chascun y adjouste &amp; met du sien Et p<span class="abbr">ar</span> telle voye
+sans cause &amp; sans raison quant a pechié&nbsp;/ mais seulleme<span class="abbr">n</span>t par la
+simplesse des fe<span class="abbr">m</span>mes qui n'y pensent sont souve<span class="abbr">n</span>t plusieurs a tort
+blasmés mesmes de ceulx a qui elles font bonne chiere et qui ne
+le croit si en enquiere. Car pleust a nostre seigneur que dames &amp;
+damoiselles de court&nbsp;/ voire toutes femmes d'ailleurs sceussent
+bien que telz acomtes die<span class="abbr">n</span>t d'elles cause auroie<span class="abbr">n</span>t d'elles retraire de
+si faictes bo<span class="abbr">n</span>nes chiere. &amp; mieulx leur vauldroit moins d'esbatement
+q<span class="abbr">ue</span> de tant de parolles &amp; par ce que ilz leur rient en devant
+&amp; promette<span class="abbr">n</span>t corps &amp; service a peine le pourroye<span class="abbr">n</span>t croyre. mais tu
+nous pourroyes demander co<span class="abbr">m</span>ment ne vault il pas mieulx mesmes
+a ho<span class="abbr">n</span>neur garder faire bo<span class="abbr">n</span>ne chiere a chascun &amp; q<span class="abbr">ue</span> autant en
+emporte l'un q<span class="abbr">ue</span> l'autre seulleme<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ue</span> le faire a ung ou a deux &amp; aussi
+q<span class="abbr">ue</span> les autres puissent dire il ne hante en tel lieu q<span class="abbr">ue</span> telz ou telz ilz
+sont en grace autres n'y so<span class="abbr">n</span>t <span class="abbr">con</span>gnuz. No<span class="abbr">us</span> te respondo<span class="abbr">n</span>s que sa<span class="abbr">n</span>s faille
+de ces deux maulx il n'y a nul q<span class="abbr">ui</span> face a tenir&nbsp;/ car mal est&nbsp;/ c'est assavoir
+contre honneur si plusieurs en hantent si q<span class="abbr">ue</span> dit est &amp; mal seroit
+ou est si on n'y voit frequenter seulleme<span class="abbr">n</span>t ung deux ou trois
+en maniere q<span class="abbr">ue</span> on y peust avoir souspecion. Si n'est l'une maniere
+ne l'autre bo<span class="abbr">n</span>ne. Mais tu nous diras co<span class="abbr">m</span>ment seront doncques fe<span class="abbr">m</span>mes
+par especial de court si subgetz q<span class="abbr">ue</span> elles ne oseront ame veoir
+ne elle esbatre sans mal penser a co<span class="abbr">m</span>paignie ou il y ait gentilz ho<span class="abbr">m</span>mes.
+Si te respo<span class="abbr">n</span>s a ce q<span class="abbr">ue</span> la subgection est bo<span class="abbr">n</span>ne quoy q<span class="abbr">ue</span> elle desplaise
+quant elle garde de plus grant inconvenient tout ainsi q<span class="abbr">ue</span> la bride
+ennuye &amp; desplaist au cheval mais non pourtant elle le garde
+aucunesfois de trebucher ou fossé. Et qua<span class="abbr">n</span>t est q<span class="abbr">ue</span> elles ne facent
+bonne chiere ou il appartie<span class="abbr">n</span>t &amp; en te<span class="abbr">m</span>ps &amp; en lieu s'esbatent co<span class="abbr">n</span>venablement
+en <span class="abbr">com</span>paignie d'ho<span class="abbr">n</span>neur n'est pas nostre entente de les vouloir
+a ce restraindre. Et ne disons pas que s'il advient a quelque
+court q<span class="abbr">ue</span> ce soit en france ou autre part que le prince ou pri<span class="abbr">n</span>cesse reçoyve
+estrangiers ou princes ou autres vaillans chevaliers ou
+escuyers q<span class="abbr">ue</span> il n'apartie<span class="abbr">n</span>gne bien q<span class="abbr">u'i</span>lz soient festoyés &amp; entre dames
+&amp; damoiselles bien venus&nbsp;/ car ce seroit <span class="abbr">con</span>tre honneur qui ne le feroit&nbsp;/
+mais entendons seullement de ceulx qui par droictes bauldes
+acoustumeement frequenteroyent sans autre achoison y avoir
+fors de jouer &amp; esbatre es cha<span class="abbr">m</span>bres de l'estat des dames &amp; damoiselles.
+Et ces choses q<span class="abbr">ue</span> nous diso<span class="abbr">n</span>s ne doyvent e<span class="abbr">n</span>nuyer a nulle
+soit jeune ou joyeuse ou autre si elle ayme honneur ne q<span class="abbr">ue</span> il doit desplaire
+a celuy qui sa sa<span class="abbr">n</span>té a chiere qua<span class="abbr">n</span>t le medecin luy dit vous
+userés de tel remede contre telle maladie &amp; suffise quant a la p<span class="abbr">re</span>miere
+raiso<span class="abbr">n</span>. Mais a venir a l'autre laq<span class="abbr">ue</span>lle peut aussi bie<span class="abbr">n</span> toucher
+aux autres fe<span class="abbr">m</span>mes d'onneur co<span class="abbr">mm</span>e a celles de court est telle. Chascu<span class="abbr">n</span>
+qui tant est une chose plus digne plus noble &amp; de greigneur value
+pl<span class="abbr">us</span> doit estre tenue en grant chierté &amp; moins co<span class="abbr">m</span>mune. Or est
+il ainsi q<span class="abbr">ue</span> toute fe<span class="abbr">m</span>me honnorable bo<span class="abbr">n</span>ne et saige doit este reputee
+co<span class="abbr">m</span>me ung beau tresor &amp; une notable &amp; singuliere chose digne d'o<span class="abbr">n</span>neur
+&amp; de reverence. doncques puis q<span class="abbr">ue</span> elle est telle et y veult estre
+tenue il n'appartient point q<span class="abbr">ue</span> trop grant marché ne largesse face
+de ses tresgrans tresors c'est assavoir de l'acointance de sa tresho<span class="abbr">n</span>norable
+personne. Car de tant que elle la tiendra en plus grant
+charté vers to<span class="abbr">us</span> ho<span class="abbr">m</span>mes non mye par orgueil&nbsp;/ mais par une gra<span class="abbr">n</span>deur
+bien seant a fe<span class="abbr">m</span>me de tant sera elle tenue en plus grant reverence
+&amp; en fera l'en plus grant compte&nbsp;/ car chose n'est tant voule<span class="abbr">n</span>tiers
+veue ne desiree q<span class="abbr">ue</span> celle que on voit a dangier qua<span class="abbr">n</span>t elle est bo<span class="abbr">n</span>ne
+&amp; belle. pource disons q<span class="abbr">ue</span> non estre trop accointable a fe<span class="abbr">m</span>me bien
+siet &amp; q<span class="abbr">ue</span> largesse de la<span class="abbr">n</span>gaige &amp; d'atrais accueillans luy messieent.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch30" id="ch30"></a>¶ Cy dit du .iii. point qui est le p<span class="abbr">re</span>mier des deux q<span class="abbr">ui</span> sont a eschever
+parlant de l'envye q<span class="abbr">ui</span> regne en court &amp; dequoy elle vie<span class="abbr">n</span>t. cha. xxx.</h2>
+
+
+<p>Or viendrons aux autres deux dessusditz poi<span class="abbr">n</span>s
+lesquelz a fe<span class="abbr">m</span>mes de court principa<span class="abbr">lle</span>me<span class="abbr">n</span>t &amp; aprés
+a toutes fe<span class="abbr">m</span>mes d'onneur sont a eschever. lesq<span class="abbr">ue</span>lz
+quoy q<span class="abbr">u'i</span>lz soyent assés co<span class="abbr">m</span>muns par tout regna<span class="abbr">n</span>s
+par especial treshabondeement a toutes cours
+plus q<span class="abbr">ue</span> autre part. ce sont deux vices mauvais
+&amp; da<span class="abbr">m</span>pnables merveilleusement &amp; en attrayent infinis d'aultres.
+L'un &amp; le principal des deux mortelz vices est le trespiteable &amp; de
+dieu hay pechié d'envye&nbsp;/ &amp; l'autre est le vice de mesdire. Et du premier
+dirons &amp; de l'autre ap<span class="abbr">ré</span>s Et pource que nous tendons a bien
+de vous toutes nous plaist vo<span class="abbr">us</span> admonnester les remedes que
+nous enseignons a toute personne qui user veult de justice &amp; de
+bonne conscience. Et tout premierement pour mieulx congnoistre
+la qualité ou nature de ceste faulce envye est a adviser de q<span class="abbr">ue</span>lle
+chose &amp; a q<span class="abbr">ue</span>l cause elle naist si disons sans faille q<span class="abbr">u'e</span>lle sourt &amp; vie<span class="abbr">n</span>t
+purement d'orgueil qui l'enge<span class="abbr">n</span>dre es creatures qui ne sont sur le<span class="abbr">ur</span>s
+gardes d'avoir tousjours devant leurs yeulx leur povre fragilité
+&amp; leur venue de neant ains s'oultrecuident par une arrogance
+fole que orgueilleux met en teste si qu'ilz oublient leurs miseres
+&amp; leurs vices &amp; repute<span class="abbr">n</span>t &amp; cuident estre dignes de grans honne<span class="abbr">ur</span>s
+et de grans biens mesmes sans l'avoir desservy. Et pource que
+le plus communeme<span class="abbr">n</span>t toute creature est en soy mesmes ainsi deceue&nbsp;/
+advient que chascun te<span class="abbr">n</span>d a suppediter son prochain &amp; le surmonter&nbsp;/
+non mye en vertus&nbsp;/ mais en grandeur d'estat de honne<span class="abbr">ur</span>
+ou d'avoir&nbsp;/ mais quant il advient qu'il y fault &amp; qu'il y voit autre
+plus avancé de luy ou qu'il cuyde ou qu'il a paour qu'il advie<span class="abbr">n</span>gne
+aussi hault. la est l'envye toute formee. En pourtant que a la
+court des princes &amp; des princesses les honneurs et les estatz mo<span class="abbr">n</span>dains
+sont distribués plus generallement que une aultre part
+disons nous&nbsp;/ &amp; il est vray que la regne principalleme<span class="abbr">n</span>t envye po<span class="abbr">ur</span>ce
+que chascun qui y frequente vouldroit avoir d'iceulx biens et
+honneurs la plus grant part. Mais a descendre a nostre propos
+en parlant a toute femme de court de quelque estat qu'elle soit q<span class="abbr">ui</span>
+soit la demourant pour estat ou pour service de pri<span class="abbr">n</span>cesse que se elle
+veult user de bon co<span class="abbr">n</span>seil pourvoyera si bien son couraige de saige
+&amp; de bon advis que elle n'aura en soy le mortel ver de celle faulce
+envye q<span class="abbr">ui</span> destruyt l'ame a q<span class="abbr">ui</span> la porte &amp; ronge &amp; desfait l'inte<span class="abbr">n</span>tion.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch31" id="ch31"></a>¶ Cy dit encores de ce mesmes enseignement aux fe<span class="abbr">m</span>mes co<span class="abbr">m</span>ment
+se garderont entre elles d'avoir le vice d'envye. chap. xxxi</h2>
+
+
+<p>Que fera doncques pour eschever ce faulx arcison
+d'envye &amp; q<span class="abbr">u'i</span>l ne soit nullement en son couraige
+la saige &amp; bonne dame ou autre demourant
+en court elle estrivera par bon remede contre
+les choses qui s'ensuyvent lesq<span class="abbr">ue</span>lles sont les causes
+dont sourt envye a court de princesse en couraige&nbsp;/
+c'est assavoir q<span class="abbr">ue</span> quelque grande qu'elle soit s'il advient qu'elle
+voye ou apperçoyve ou qu'il luy soit advis q<span class="abbr">ue</span> sa maistresse ait
+plus en grace quelq<span class="abbr">ue</span> autre que elle ou souve<span class="abbr">n</span>t l'appelle en ses <span class="abbr">con</span>selz
+&amp; vueille le pl<span class="abbr">us</span> sache de son secret &amp; soit plus entour elle ja pource
+le cueur ne luy vouldra&nbsp;/ ne le vice d'envye ne la surmontera. no<span class="abbr">n</span>obstant
+q<span class="abbr">ue</span> les aguillons &amp; poinctures en couraige de celle faulce e<span class="abbr">n</span>vye
+en tel cas soyent telz. Et pourquoy peut ce estre q<span class="abbr">ue</span> ma dame
+a plus en grace ceste icy ou ceste la q<span class="abbr">ue</span> toy &amp; plus la veult &amp; pl<span class="abbr">us</span> l'appelle
+en ses secretz &amp; environ soy&nbsp;/ n'es tu de son lignaige ou pl<span class="abbr">us</span> noble
+q<span class="abbr">ue</span> celle n'est si en fust mieulx paree&nbsp;/ ou tu es plus sage ou plus
+preudefe<span class="abbr">m</span>me ou mieulx taillee de y estre. Et appartient il aussi q<span class="abbr">ue</span>
+telle &amp; telle qui est venue de neant&nbsp;/ ou q<span class="abbr">ui</span> ne scet ou qui ne vault ne
+peut de se mettre si ava<span class="abbr">n</span>t ne qu'elle prengne tel peine d'estre en grace
+devant les autres&nbsp;/ ne aussi que ma dame la doyve tant avancer
+ne faire telle chiere qu'elle luy faict ne tel harnois&nbsp;/ &amp; luy baille
+tel estat. Ja est plus avancee en ce pou de te<span class="abbr">m</span>ps qu'elle y a demouré
+que toy qui y es de ton enfance&nbsp;/ pourquoy peut ce estre quelque
+cause y a. mais je y mettray barres se je puis &amp; la desavanceray
+Je sçay bien comment telles choses &amp; telles sçay sur elle&nbsp;/ &amp; si je ne
+le sçay si le controuveray ou mettray du sel plus que je ne sçay avant
+que je ne la desavance. elle se veult trop mallement mettre
+avant et ja fait la maistresse &amp; veult supediter les autres &amp; mettre
+arriere mais je y mettray barres se je sçay quoy q<span class="abbr">ue</span> advenir en
+doye. ne quelque peine q<span class="abbr">ue</span> je y doye mettre. Je n'en pourroye plus
+souffrir en mon renc mesme se veult elle ja mettre&nbsp;/ et ma dame
+luy souffre &amp; la porte &amp; veult q<span class="abbr">u'e</span>lle voise devant les autres mais
+ainsi n'ira mye. Telz ou semblans sont les admo<span class="abbr">n</span>nestemens de
+envye. mais tantost par bon advis &amp; juste conscie<span class="abbr">n</span>ce les boutera
+arriere la saige dame ou damoiselle de court q<span class="abbr">ui</span> se reviendra a soy
+Ha folle musarde &amp; dequoy t'es tu advisee mais pour dieu que te
+chault il de toutes ces faulsetés si tu fais ce que tu peulx loyaulment
+en toutes choses &amp; tu n'en as si grans guerdons en ce monde
+comme ung autre dieu qui seul est juste &amp; vray juge &amp; qui co<span class="abbr">n</span>gnoist
+tous couraiges. &amp; a qui riens ne peut estre celé le scet bien
+si le te rendra &amp; n'y fauldra point. &amp; en luy seul dois avoir ton esperance.
+Car celluy est mauldit qui a son esperance &amp; la fiance es
+princes ne es ho<span class="abbr">m</span>mes. Et pourtant se ung autre a bien en ce mo<span class="abbr">n</span>de
+qui n'est que ung trespas comme ung pelerinaige des biens
+de fortune plus que a toy ce te semble. que t'en apartie<span class="abbr">n</span>t il a murmurer
+ne en avoir dueil. veulx tu garder les pri<span class="abbr">n</span>ces &amp; les princesses
+&amp; les puissans personnes qu'ilz ne facent du leur a leur voulenté:
+Si ta maistresse ou dame donne du sien a ung autre plus
+que a toy quel tort te faict elle. certes nul. Et de ce do<span class="abbr">n</span>na bien exe<span class="abbr">m</span>ple
+nostreseign<span class="abbr">eu</span>r en la parolle dont l'evangille parle des ouvriers
+qui furent mis en la vigne&nbsp;/ dont les aucuns vindrent a soleil levant.
+les autres a midy &amp; les autres a vespres. Et quant vint
+a faire le payeme<span class="abbr">n</span>t de leur journee le seigneur de la vigne partit
+&amp; donna tout autant a ceulx qui estoyent venus a vespres comme
+a ceulx du point du jour de laquelle chose les premiers murmuroyent&nbsp;/
+&amp; le seigneur leur respondist. Mes amys quel tort vo<span class="abbr">us</span>
+fais je. Je vous paye de vostre journee bien &amp; bel ce que avez esté
+louez. &amp; s'il me plaist de donner a ceulx icy autant ou plus co<span class="abbr">m</span>me
+a vous ce n'est riens du vostre si n'avez cause d'en parler. Tout
+ainsi &amp; semblablement n'as tu nulle cause de groucier si ta maistresse
+donne le sien ou il luy plaist quand ce n'est rien du tien. Et
+aultre si peut advenir que toymesmes ne congnois pas tes propres
+deffaulx par ce que tu es envers toy trop favorable &amp; ta dame
+les congnoist bien qui voit ung autre plus saige pl<span class="abbr">us</span> abille &amp;
+mieulx co<span class="abbr">n</span>dicio<span class="abbr">n</span>nee &amp; plus parfaicte de toy quoy q<span class="abbr">u'i</span>l te semble q<span class="abbr">ue</span> tu
+vaille mieulx s'il a pl<span class="abbr">us</span> chere environ soy. Et aussi si tu veulx bie<span class="abbr">n</span>
+regarder au vray de ta conscie<span class="abbr">n</span>ce &amp; lire en tes faitz tu trouveras
+ce peut estre q<span class="abbr">ue</span> tu le peves bien avoir desservy pour telle chose et
+telle q<span class="abbr">ue</span> tu fais. &amp; telles parolles que tu dis luy furent rapportees&nbsp;/
+dont elle se courrouça qui ne fut bien fait ne dit a toy&nbsp;/ &amp; elle ne t'en
+ayme mye mieulx. assez d'autres t'eusse<span class="abbr">n</span>t mise hors si est par ta
+coulpe. pource tu n'as cause de ta<span class="abbr">n</span>t t'en courroucer tu estoyes trop
+ayse &amp; trop orgueilleuse. &amp; te sembloit q<span class="abbr">ue</span> riens ne te povoit nuyre&nbsp;/
+or en prens ce que tu en as &amp; ne te en plains que a toy. Et avec ce
+que scés tu: quel bien &amp; quel service vers dieu peut avoir fait ceste
+creature qui ta<span class="abbr">n</span>t est en grace quoy qu'il te semble q<span class="abbr">u'e</span>lle n'en soye
+mye digne. Parquoy il la veult par ceste voye en ce monde guerredonner.
+car tu as ouÿ dire co<span class="abbr">m</span>ment sont couvers les secretz de dieu&nbsp;/
+si n'appartient a personne de en juger pour chose q<span class="abbr">u'i</span>l voye tant
+luy apere merveilleuse Et po<span class="abbr">ur</span> ce ne te dois empescher d'estat d'autruy&nbsp;/
+mais pense de ton ame &amp; de te gouverner sagement &amp; faire
+tousjours bien ton devoir&nbsp;/ si le co<span class="abbr">n</span>gnoistra bien dieu &amp; tel maistre
+fait il bon servir qui est tout saige tout bon &amp; tout puissant &amp; tout
+autre service n'est que vent &amp; empescheme<span class="abbr">n</span>t. Et gardes bien sur
+quanques vers luy tu peulx meffaire q<span class="abbr">ue</span> ne muses a autruy par
+faulse envie en faict en dit ne en quelconques pourchas&nbsp;/ car tu te
+dampneroyes. posons q<span class="abbr">ue</span> on le te eust desservy. Car dieu ne veult
+pas q<span class="abbr">ue</span> l'on se venge de tant q<span class="abbr">ue</span> en as pensé crie en mercy a nostreseigneur.
+&amp; ne te chaille q<span class="abbr">ui</span> va devant ne q<span class="abbr">ui</span> va derriere. q<span class="abbr">ui</span> soit en grace
+ne qui non. car de chose qui faicte en soit tu n'en vauldras de rie<span class="abbr">n</span>s
+pis. Et avec ce ceulx &amp; celles q<span class="abbr">ui</span> te verront ainsi gracieuseme<span class="abbr">n</span>t suporter
+l'orgueil &amp; oultrecuydance d'autruy sans en faire parolles
+ne semblans t'en priseront &amp; aymeront mieulx. Et si tu veulx
+garder ton reng entre les autres q<span class="abbr">ue</span> il te appartient sans vouloir
+supediter autruy si le gardes gracieusement. Mais prens toy bien
+garde q<span class="abbr">ue</span> ta conscience ne soit point blessee pour telz fatras&nbsp;/ ne
+que tu do<span class="abbr">n</span>nes cause a autruy de troubleme<span class="abbr">n</span>s ne de empescheme<span class="abbr">n</span>s
+car le peché en descenderoit sur toy. Telz &amp; semblables sont les
+remedes q<span class="abbr">ue</span> la saige dame de court bien pourveue si peut mettre
+contre les pointures &amp; aguillons d'envie. Et de cestuy mauvais
+peché pour demonstrer comment toute personne le doit fuyr dict
+ung saige: Je ne sçay fait il comment toute creature raisonnable
+deboute de soy sur tous autres vices le peché d'envie&nbsp;/ car a adviser
+la qualité de tous les autres peches il n'y a celluy qui en l'exerçant
+ou faisant n'ayt aucun delit co<span class="abbr">m</span>me en vaine gloire ou orgueil
+ou a delit d'ho<span class="abbr">n</span>neurs en glouto<span class="abbr">n</span>nie plaisir ou menger en charnalité
+delit de corps &amp; ainsi aux autres&nbsp;/ lesquelz plaisirs pevent
+attraire la creature a les aymer quoy qu'ilz soyent l'ame deffendus.
+Mais celluy dyabolicque peché d'envie il ne fait ne donne a
+la personne qui plus en est souprinse nul plaisir ne mais dueil de
+pensee &amp; deffrichement de couraige triste et desguise de visaige
+tourment qui perce l'ame &amp; tous maulx &amp; tous desplaisirs. Et a
+brief dire encline a tous maulx &amp; a toutes felonnies. ne autre bien
+ne re<span class="abbr">n</span>d a son maistre cestuy infernal vice. Et que les envieux
+facent a haïr dit contre eulx de rechief ung autre saige pleust a
+dieu q<span class="abbr">ue</span> l'envieux eust si gra<span class="abbr">n</span>s yeulx q<span class="abbr">u'i</span>l peust veoir toute la prosperité
+&amp; la joye qui est esparse par tout le monde. &amp; plusieurs ge<span class="abbr">n</span>s a
+celle fin qu'il eust cause d'estre plus tourmentés.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch32" id="ch32"></a>¶ Cy dit du quatriesme poi<span class="abbr">n</span>t qui est le deuxiesme des deux
+qui sont a eschever. Et parle comment femmes de court se doibvent
+bien garder de mesdire&nbsp;/ et de quelle chose vient mesdit ne a
+quelle cause ne occasion. Chap. .xxxii.</h2>
+
+
+<p>Nous venons au deuxiesme point qui est l'autre
+vice duquel la dame ou damoiselle &amp; fe<span class="abbr">m</span>me
+de court &amp; toute autre se doibt garder. c'est assavoir
+du peché de mesdire. Et tout p<span class="abbr">re</span>miereme<span class="abbr">n</span>t
+pource q<span class="abbr">ue</span> mesdit ne peut estre excusé par nulle
+bonne raison&nbsp;/ &amp; aussi pour mieulx venir a noz
+termes toucherons trois causes&nbsp;/ dont communement il vient &amp;
+sourt &amp; qui toutes sont communes a court &amp; aucunesfois de toutes
+troys ensemble. L'une des causes si est par hayne. la .ii. pour
+cause d'oppinion. &amp; l'autre pour pure envye. Si sont ces trois causes
+maulvaises&nbsp;/ mais non pourtant celle qui vient d'envie faict
+le moins a excuser. Et pource que tous trois sont a eschever et
+que en nul cas mesdire ne est loisible&nbsp;/ ains est peché mortel tresdeffendu
+Car c'est contre des deux des commandemens de dieu
+l'ung qui dit. Ne fais a aultruy ne que tu vouldrois qu'il te fist.
+Et l'autre&nbsp;/ ayme ton prochain comme toymesmes: nous en dirons
+&amp; enseignerons aux dessusdictes dames les remedes de s'en
+garder. Et premiereme<span class="abbr">n</span>t toucherons sur la premiere cause qui
+est hayne &amp; sur ce formerons quattre principalles a demonstrer
+pourquoy par hayne on ne doit mesdire d'autruy quelque injure
+que on ayt receue. On ne hait point de fformee hayne communement
+si ce n'est a cause d'aucune injure receue d'aultruy ou que on
+la se repute avoir receue soit a tort ou a droit en la perso<span class="abbr">n</span>ne qui est
+ou qui se tient injuriee. Adonc est tresencline par la haine &amp; mal
+talent qu'elle porte de mesdire dont elle se repute estre blessee co<span class="abbr">m</span>me
+quoy &amp; a nostre p<span class="abbr">ro</span>pos qui est chose q<span class="abbr">ui</span> souvent advient a court
+une dame ou autre femme de court sçaura que aucunes ge<span class="abbr">n</span>s ou
+certaine personne luy nuyra &amp; la tiendra a la faire mal de sa maistresse
+ou du seigneur ou des amys d'elle ou d<span class="abbr">e</span> la faire bouter hors
+&amp; par adventure viendra a son entente parquoy ladicte dame ou
+damoyselle en perdra son service son bien &amp; son estat&nbsp;/ &amp; par adve<span class="abbr">n</span>ture
+son honneur par les choses qui luy seront mises sus&nbsp;/ peut estre
+sans cause&nbsp;/ &amp; posons que a cause fust: si herra elle la personne
+qui ce luy aura pourchassé: si mesdira n'est pas doubte a part et
+en publicque si la personne n'est si grant qu'elle n'ose. Mais trop
+fort fera si aulcunement n'en murmure&nbsp;/ car le cueur luy deuldra
+trop &amp; n'est merveille en disant de ladicte personne mal &amp; villennie
+&amp; ce qu'elle sçaura &amp; ce qu'elle ne sçaura mye. Ceste cause de
+mesdire c'est assavoir par hayne par quelque meffaict se<span class="abbr">m</span>bleroit
+a aucunes gens qu'elle peut estre juste. mais sans faille non est.
+Et voicy nostre premiere raison qui le demonstre. Dieu veult
+et commande expressement qu'on ayme son ennemy &amp; qu'on luy
+rende bien pour mal. &amp; qui fait contre le co<span class="abbr">m</span>mandeme<span class="abbr">n</span>t de dieu se
+dampne &amp; si ne gaigne rie<span class="abbr">n</span>s: pourquoy seroit mieulx son prouffit
+se taire. Item avec ce ung autre inconvenient luy en vient&nbsp;/ &amp; est
+nostre .ii. raison c'est qu'il fait ou elle fait contre son ho<span class="abbr">n</span>neur&nbsp;/ &amp; voicy
+la raison. une p<span class="abbr">er</span>sonne de grant couraige jamais ne mesdiroit
+de son ennemy&nbsp;/ po<span class="abbr">ur</span>ce que elle scet bien qu'il pourroit sembler aux
+gens que vengier se vouldroit de parolles laquelle chose est la
+ve<span class="abbr">n</span>geance des gens de pou de puissance &amp; de foible de cueur et de
+quoy pou de saiges gens usent. Item la .iii. raison est que ceulx
+qui orront mesdire aux hayneulx de son adversaire ou ennemy
+ne la croyront mye&nbsp;/ car ilz diront qu'i le dist par hayne si ne doibt
+estre creu. Et la quarte raison est que la personne qui ja luy a
+nuy ou peu nuyre sera de tant plus indignee contre luy q<span class="abbr">uan</span>t dire orra
+q<span class="abbr">u'e</span>lle en mesdit&nbsp;/ si purra engreger l'i<span class="abbr">n</span>jure &amp; luy faire encores pis
+si seroit moins mal recevoir ung desplaisir que deux. Et pource
+en co<span class="abbr">n</span>cluant fut trop bien co<span class="abbr">m</span>paré par exemple a mesdit ce q<span class="abbr">ui</span> est
+escript d'un qui vouloit prendre guerre au ciel&nbsp;/ &amp; tiroit d'ung arc
+contre les nues et les fleches retournoyent sur son chief &amp; le navroye<span class="abbr">n</span>t.
+Tout ainsi le mesdit que le haineux fait de son adversaire
+retourne sur luy &amp; navre son ame &amp; son honneur&nbsp;/ sicomme par
+les dessusdictes quatre raisons est demonstré.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch33" id="ch33"></a>¶ De mesmes co<span class="abbr">m</span>ment fe<span class="abbr">m</span>mes de court se doyve<span class="abbr">n</span>t bien garder
+de dire mal de leur maistresse. Chap. xxxiii</h2>
+
+
+<p>La deuxiesme cause dont vient &amp; sourt mesdit
+est de oppinion en telle maniere ou semblable
+une personne aura oppinion q<span class="abbr">ue</span> une autre soit
+mauvaise ou deffailla<span class="abbr">n</span>t en aucunes choses ou
+en toutes&nbsp;/ ou que elle ne se gouverne pas bie<span class="abbr">n</span> en
+tous cas ou en aucuns &amp; pour ceste cause sans
+sçavoir la verité de la chose laquelle est par adventure
+toute autre qu'elle ne la pense en mesjurera &amp; mesdira abondamment
+et plainement a petite <span class="abbr">con</span>sideration pour bien pou
+d'achoison. Et tel cas advient co<span class="abbr">m</span>munement par tout. Car sans
+faille a cause de oppinion et sans sçavoir de certaine science mesdient
+plus ceulx qui ont la tache de mesdire. Si n'est mye co<span class="abbr">m</span>munement
+court de prince &amp; de princesse sans telz mesdisans&nbsp;/ lesq<span class="abbr">ue</span>lz
+a tel cause&nbsp;/ c'est assavoir d'oppinion sans plus n'espargnent ame&nbsp;/
+et mesmes ne maistre ne maistresse. Et pource en parlant de ce
+vice chiet a dire du grant mal que fait toute personne qui diffame
+&amp; dit mal d'autruy &amp; par especial de qui le paist &amp; nourrist do<span class="abbr">n</span>t
+il a son estat &amp; son vivre&nbsp;/ mais no<span class="abbr">n</span>pourtant il advient a mainte
+court q<span class="abbr">ue</span> se les servans ou serva<span class="abbr">n</span>tes ou ceulx ou celles q<span class="abbr">ui</span> y demeurent
+voye<span class="abbr">n</span>t ou leur se<span class="abbr">m</span>ble veoir en maistre ou maistresse ta<span class="abbr">n</span>t soit
+petit signe de q<span class="abbr">ue</span>lque vice ta<span class="abbr">n</span>tost a cause d'oppinion les chargero<span class="abbr">n</span>t
+de gra<span class="abbr">n</span>t langaige disant q<span class="abbr">ue</span> la chose est faicte q<span class="abbr">ue</span> ilz ont pensee. Et a
+nostre p<span class="abbr">ro</span>pos p<span class="abbr">ar</span>lant aux fe<span class="abbr">m</span>mes quoy q<span class="abbr">u'i</span>l peut aussi bien aux hommes
+toucher. Assés de fe<span class="abbr">m</span>mes de court en mains pays est il de to<span class="abbr">us</span>
+estatz q<span class="abbr">ue</span> si elles voye<span class="abbr">n</span>t leur dame ou maistresse sans pl<span class="abbr">us</span> p<span class="abbr">ar</span>ler bas
+a une p<span class="abbr">er</span>sonne une fois ou deux ou q<span class="abbr">ue</span>lque signe de priveté ou d'amitié
+ou quelq<span class="abbr">ue</span> ris ou quelq<span class="abbr">ue</span> joyeuseté faicte p<span class="abbr">ar</span> adventure p<span class="abbr">ar</span> jeunesse
+ou ygnora<span class="abbr">n</span>ce &amp; sa<span class="abbr">n</span>s mal pe<span class="abbr">n</span>ser se ladicte maistresse se est ta<span class="abbr">n</span>t
+soit petit joyeuse ou en ses habilleme<span class="abbr">n</span>s ge<span class="abbr">n</span>te &amp; p<span class="abbr">ro</span>pre q<span class="abbr">ui</span> sont choses
+qui a mainte p<span class="abbr">er</span>so<span class="abbr">n</span>ne vie<span class="abbr">n</span>nent de droicte <span class="abbr">con</span>dicion pl<span class="abbr">us</span> aux unes que
+aux autres ta<span class="abbr">n</span>tost ilz sero<span class="abbr">n</span>t prestz d'en mesjuger. &amp; non mye seullement
+en cestuy cas mais aussi bien en to<span class="abbr">us</span> autres dequoy par petite
+achoison aucunesfois prendront quelq<span class="abbr">ue</span> maulvaise oppinion
+de leur dicte maistresse mais du mesjugement c'est du moins ilz
+feront pis&nbsp;/ car pourtant se elle est leur dame et q<span class="abbr">u'i</span>lz soye<span class="abbr">n</span>t nourris
+repeuz &amp; a beaulx gaiges de ses biens q<span class="abbr">ue</span> ilz facent ou q<span class="abbr">u'e</span>lles facent
+bien les obeissans les genoulx a terre a gra<span class="abbr">n</span>t reverence &amp; assez de
+flateries si ne s'en tairo<span class="abbr">n</span>t ilz mye&nbsp;/ ains diro<span class="abbr">n</span>t leur advis l'une a l'autre
+&amp; s'acointeront a co<span class="abbr">n</span>seil &amp; a brief dire sero<span class="abbr">n</span>t tout ainsi q<span class="abbr">ue</span> la maulvaise
+brebis q<span class="abbr">ui</span> est rongneuse do<span class="abbr">n</span>ne &amp; depart de sa rongne aux autres&nbsp;/
+mais toutefvoyes bien se gardero<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ue</span> le<span class="abbr">ur</span> maistresse ne l'app<span class="abbr">er</span>çoyve
+ne oye &amp; leur suffira mais q<span class="abbr">ue</span> a elle seulle soit celé &amp; mesmement
+de ce q<span class="abbr">ue</span> eulx ou elles luy accordero<span class="abbr">n</span>t &amp; soustendront disa<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ue</span>
+sera bien faict d'ainsi faire s'en mocq<span class="abbr">ue</span>ront &amp; en p<span class="abbr">ar</span>leront en derriere
+&amp; y adjoustero<span class="abbr">n</span>t pl<span class="abbr">us</span> q<span class="abbr">u'i</span>l n'y a &amp; q<span class="abbr">u'i</span>l n'y sceve<span class="abbr">n</span>t assez de servans &amp; de servantes
+le fo<span class="abbr">n</span>t aussi. mais a nostre p<span class="abbr">ro</span>pos les dames damoiselles
+fe<span class="abbr">m</span>mes de court q<span class="abbr">ui</span> ainsi le font trop grandeme<span class="abbr">n</span>t mespre<span class="abbr">n</span>nent &amp; fo<span class="abbr">n</span>t
+trop pl<span class="abbr">us</span> grant peché q<span class="abbr">ue</span> se d'autres ou d'e<span class="abbr">n</span>tre elles mesdisoyent po<span class="abbr">ur</span>
+cinq principaulx raiso<span class="abbr">n</span>s. La premiere pource q<span class="abbr">ue</span> de tant qu'elle est
+plus grant maistresse son ho<span class="abbr">n</span>neur ou desho<span class="abbr">n</span>neur est plus renommé
+par tout pays q<span class="abbr">ue</span> d'une autre simple fe<span class="abbr">m</span>me pource fait pis que
+la diffame car celluy diffame peut voller en maintes contrees.
+La deuxiesme pource q<span class="abbr">u'e</span>lles font trahyson a q<span class="abbr">ui</span> ilz monstre<span class="abbr">n</span>t bel se<span class="abbr">m</span>blant
+&amp; obeissent. Tierceme<span class="abbr">n</span>t ilz font co<span class="abbr">n</span>tre leur serme<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ui</span> fut tel
+elles garderoyent son bien &amp; son ho<span class="abbr">n</span>neur. Quartement q<span class="abbr">u'e</span>lles rendent
+mal pour bien a celles de q<span class="abbr">ui</span> &amp; par q<span class="abbr">ui</span> so<span class="abbr">n</span>t soustenus &amp; nourries
+&amp; ont leur estat. Et quintement q<span class="abbr">ue</span> elles jugent autruy q<span class="abbr">ui</span> est co<span class="abbr">n</span>tre
+le co<span class="abbr">m</span>mandement de dieu qui dit ne juges si tu ne veulx estre juge.
+Et posons ores q<span class="abbr">u'e</span>lles sceussent tout clereme<span class="abbr">n</span>t seur leur maistresse
+sico<span class="abbr">m</span>me ja est dit deva<span class="abbr">n</span>t&nbsp;/ &amp; qu'elle fust une tresmauvaise &amp; p<span class="abbr">er</span>verse
+creature si ne la doibvent ilz diffamer ne entre elles ne aultre
+part. car parolles ne sçauront ja estre dictes si celeeme<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ue</span> raportees
+ne soyent &amp; elles sont tenues de garder son ho<span class="abbr">n</span>neur &amp; couvrir
+sa ho<span class="abbr">n</span>te &amp; que se autres en oyent mal dire de abaisser les parolles
+&amp; l'excuser. Et en verité celles qui font le contraire font leur gra<span class="abbr">n</span>t
+deshonneur et les en doibt on mains priser ne excuser ne s'en pevent.
+Car se tu nous dis je voy de quoy j'ay cause de parler &amp; mesdire
+le service n'est ne bel ne bon no<span class="abbr">us</span> te respo<span class="abbr">n</span>do<span class="abbr">n</span>s si t'en va s'il ne te
+plaist. Et s'il te est besoing de servir p<span class="abbr">ar</span>quoy ne t'en puisses aller q<span class="abbr">ue</span>
+trop grant prudence n'y eusses si tentais a tout le moins &amp; fay se<span class="abbr">m</span>blant
+que tu n'y voyes goute &amp; que riens n'y apperçoys puis qu'il
+n'est en toy d'y mettre remede ne quel ne te appartient fay bien et
+loyaulment ce q<span class="abbr">u'i</span>l te appartient &amp; de plus ne te mesle prie dieu q<span class="abbr">u'i</span>l
+la vueille amender &amp; luy doint congnoissance se tu y vois mal &amp;
+se a autre en oys p<span class="abbr">ar</span>ler abesse les parolles se tu peulz ou sinon t'en
+tays &amp; de ce seras tu mieulx prisee&nbsp;/ mais ce que ja devant est dit
+certes il va tout autrement Car dieu scet que maintes parlent
+de leur maistresse qui le font plus par despit de ce que elles ne so<span class="abbr">n</span>t
+appellees au secret et par l'envye que autres fe<span class="abbr">m</span>mes en sceve<span class="abbr">n</span>t pl<span class="abbr">us</span>
+que pour autre precieuté ne cause. Mais toutesfois voicy ce que
+la bonne &amp; loyalle dame damoyselle ou autre d<span class="abbr">e</span> court fera q<span class="abbr">ui</span> vouldra
+user de bonne conscience &amp; aymera le bien &amp; honne<span class="abbr">ur</span> de sa maistresse
+que elle verra dechoir de son honneur &amp; en peril de grant i<span class="abbr">n</span>convenient
+si ne luy oseroit dire ne le admo<span class="abbr">n</span>nester&nbsp;/ elle s'en yra au
+confesseur de sa maistresse &amp; non a autre si luy dira secrettement
+&amp; en confession ce que on dit d'elle &amp; le peril ou elle se met &amp; le mal
+qui luy en pourroit venir luy priera pour dieu qu'il luy monstre&nbsp;/
+&amp; ne l'accuse mye.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch34" id="ch34"></a>¶ Cy dit comment il n'appartient a femmes de diffamer l'une
+l'autre ne dire mal. Chapitre .xxxiiii.</h2>
+
+
+<p>Avecques ce q<span class="abbr">ue</span> les fe<span class="abbr">m</span>mes de court doyve<span class="abbr">n</span>t garder
+se<span class="abbr">m</span>blablement que dit est d<span class="abbr">e</span> blasmer ne diffamer
+l'une l'autre pour le peché &amp; autres causes ja assignees&nbsp;/
+co<span class="abbr">m</span>me aussi q<span class="abbr">ue</span> qui diffame autruy d<span class="abbr">e</span> secret
+q<span class="abbr">ue</span> luy mesmes soit diffamé. Car n'est pas doubte
+que la personne qui sçaura que on le diffame
+diffamera aussi celuy ou ceulx q<span class="abbr">ui</span> le diffameront &amp; le deust <span class="abbr">con</span>trouver
+ne nul ne nulle n'est si juste qui doye dire je ne crains ame que
+pourroit on dire sur moy je me sens net ou nette pource puis parler
+des autres hardiement&nbsp;/ mais c'est folleme<span class="abbr">n</span>t penser a ceulx et
+celles qui ainsi le cuident&nbsp;/ car par tout a a redire &amp; quelque maniere
+&amp; ce tesmoigne l'escripture q<span class="abbr">ui</span> dit il n'est ho<span class="abbr">m</span>me sa<span class="abbr">n</span>s crime c'estadire
+sa<span class="abbr">n</span>s peché &amp; ce tu n'as ung vice tu en as ung autre p<span class="abbr">ar</span> adve<span class="abbr">n</span>ture
+pire ou deux ou trois &amp; si tu ne lisoyes bien en ta <span class="abbr">con</span>scie<span class="abbr">n</span>ce tu y
+trouveroyes assés a redire. car pourta<span class="abbr">n</span>t si ton pechié est secret au
+mo<span class="abbr">n</span>de n'est il pas a dieu mucé &amp; luy seul scet q<span class="abbr">ui</span> est bon pelerin. Et
+avec ces choses c'est trop gra<span class="abbr">n</span>t ho<span class="abbr">n</span>neur q<span class="abbr">ue</span> aval la ville ou autre p<span class="abbr">ar</span>t
+on puisse dire les dames &amp; femmes de court mesdient trop bien
+l'une de l'autre j'ay ouÿ dire a telle dame ou damoiselle tel chose et
+telle de tel autre. Car court de princesse en tel cas doit estre ainsi
+que une abbaye bien ordo<span class="abbr">n</span>nee dont les moynes ont serment que
+aux seculiers ne dehors ne diront riens de chose qui advie<span class="abbr">n</span>gne entre
+eulx ne de leurs secretz tout ainsi se doive<span class="abbr">n</span>t aymer &amp; porter l'une
+l'autre comme seurs dames &amp; femmes de court non mye te<span class="abbr">n</span>cer
+ensemble es chambres des dames ne d<span class="abbr">e</span> traire en derriere co<span class="abbr">m</span>me feroyent
+hare<span class="abbr">n</span>gieres. Car telles choses so<span class="abbr">n</span>t trop mal seans a court
+de princesse &amp; ne les devroit on souffrir. Nous avons cy devant q<span class="abbr">ue</span>
+la troiziesme cause qui fait mesdire est envye &amp; que c'est celle qui
+fait le moins a excuser. C'est assavoir est la plus mauvaise &amp; la
+plus loing de droit &amp; de toute raison &amp; il est vray car se le haineux
+mesdit de celluy qui luy a meffait c'est chose naturelle q<span class="abbr">ue</span> chascun
+dueille de sa blessure &amp; si dieu ne le deffendoit par la raison susdicte
+selon droit sensuel te seroit chose juste aussi qui mesdit par oppinion
+se peut aucunement fonder sur aucune apparence ou couleur
+qui luy app<span class="abbr">er</span>t co<span class="abbr">m</span>me il luy semble de ce qu'il dit&nbsp;/ mais qui mesdit
+par envye il n'a autre cause ne mais pure mauvaistie qui est
+&amp; habonde en son courage &amp; pource est le plus dampnable a celle
+ou celluy qui le dit &amp; le plus perilleux a celluy ou celle de qui il dit
+que quelzconques autres mesdit. Car oncques morsure de serpent
+coup d'espee ou autre pointure ne fut venimeuse ne si perilleuse
+comme langue de perso<span class="abbr">n</span>ne envieuse&nbsp;/ car elle frape &amp; tue souvent
+soy &amp; autre &amp; aucuneffois en ame &amp; corps. Car se no<span class="abbr">us</span> y voulons
+regarder beau sire dieu quans royaulmes quantes co<span class="abbr">n</span>trees
+&amp; quantes bonnes personnes ont esté destruyctes par maulvais
+rapors dont le fondement venoit &amp; sourdoit d'envie a merveilles
+nous en trouvons plusieurs exemples lesq<span class="abbr">ue</span>lz je laisse pour briefveté.
+Et que il est vray que le mesdit de l'e<span class="abbr">n</span>vieux viengne par pure
+mauvaistie sans autre achoison il y pert. Car dequoy a deservy
+celuy ou celle qui est bonne personne ou qui a plusieurs des biens
+de grace de nature &amp; de fortu<span class="abbr">n</span>e que on die mal de luy ou que il
+luy pourchasse encombrier pourtant se ces choses luy viennent
+bien ou se il est eureux &amp; bien fortu<span class="abbr">n</span>é cestuy mesdit ne vie<span class="abbr">n</span>t de nul
+droit pource <span class="abbr">con</span>cluons ce q<span class="abbr">ue</span> dit est devant c'est assavoir de pure mauvaistie
+il vient&nbsp;/ &amp; pourtant est le plus da<span class="abbr">m</span>pnable &amp; de ceste envye
+pource q<span class="abbr">ue</span> cy deva<span class="abbr">n</span>t en est assez parlé au <a href="#ch30">quatriesme</a> &amp; <a href="#ch31">cinquiesme</a>
+chapitre de ceste deuxiesme partie n'en diro<span class="abbr">n</span>s plus &amp; suffise a ta<span class="abbr">n</span>t
+quant a parler des dames damoiselles &amp; femmes de court.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch35" id="ch35"></a>Cy parle de dames baronesses la maniere du sçavoir qu'il
+leur appartient. chap. .xxxv.</h2>
+
+
+<p>Or advient a parler aux dames et damoiselles
+qui demeurent en chasteaulx ou en autres manoirs
+sur leurs terres ou en villes fermees ou
+bours&nbsp;/ si nous fault adviser que nous pourro<span class="abbr">n</span>s
+dire q<span class="abbr">ui</span> leur soit p<span class="abbr">ro</span>pice. Et pource q<span class="abbr">ue</span> leurs estatz
+&amp; puissances soyent differens nous <span class="abbr">con</span>vient parler
+en aucunes choses differenteme<span class="abbr">n</span>t c'est assavoir de l'estat ordre
+&amp; maniere de leurs vivre&nbsp;/ mais quant aux meurs et biensfaitz
+vers dieu tout leur affiert ce que dit est devant aussi bien q<span class="abbr">ue</span> aux
+princesses &amp; dames de la court. C'est a ente<span class="abbr">n</span>dre ensuyvir les vertus
+&amp; fuyr les vices si le pourront la veoir si leur plaist. &amp; pource
+que en diverses seigneuries sont demourans plusieurs puissans
+dames. Sico<span class="abbr">m</span>me baronesses &amp; grans terriennes qui pourtant
+ne sont pas appellees princesses leq<span class="abbr">ue</span>l nom de prince n'affiert
+estre dit ne mais des e<span class="abbr">m</span>peris des roynes &amp; des duchesses se ce n'est
+aux fe<span class="abbr">m</span>mes de ceulx a qui a cause de leurs terres sont appellees
+princesses p<span class="abbr">ar</span> le droit nom du lieu sico<span class="abbr">mm</span>e il en a en ytalie &amp; ailleurs &amp;
+quoy q<span class="abbr">ue</span> les contesses ne soyent mye en tous pays nommees princesses&nbsp;/
+mais pource q<span class="abbr">ue</span> suyve<span class="abbr">n</span>t assés le renc des duchesses selon la
+dignité des terres entendo<span class="abbr">n</span>s d'elles ou no<span class="abbr">m</span>bre dessusdit des princesses
+p<span class="abbr">ar</span>lerons icy p<span class="abbr">re</span>mierement ausdictes baro<span class="abbr">n</span>nesses dont assés y a
+en france en bretaigne &amp; autre part q<span class="abbr">ui</span> passeroie<span class="abbr">n</span>t en ho<span class="abbr">n</span>neur &amp; puissance
+moult de contesses est il quoy que le nom de baron ne soit si
+hault q<span class="abbr">ue</span> de conte&nbsp;/ mais moult est la puissance gra<span class="abbr">n</span>t d'aulcuns barons
+a cause de leurs terres &amp; seigneuries &amp; la noblesse q<span class="abbr">ui</span> y est do<span class="abbr">n</span>t
+leurs fe<span class="abbr">m</span>mes tienne<span class="abbr">n</span>t moult gra<span class="abbr">n</span>t estat &amp; a dire d'icelles ce q<span class="abbr">ue</span> a leur
+gouverneme<span class="abbr">n</span>t appartient est assavoir q<span class="abbr">u'i</span>l affiert trespecialleme<span class="abbr">n</span>t
+a baro<span class="abbr">n</span>nesses q<span class="abbr">u'e</span>lles soyent saiges &amp; prudentes &amp; pl<span class="abbr">us</span> co<span class="abbr">m</span>muneme<span class="abbr">n</span>t
+que les autres fe<span class="abbr">m</span>mes. Si no<span class="abbr">us</span> <span class="abbr">con</span>vient deviser co<span class="abbr">m</span>ment s'estendra so<span class="abbr">n</span>
+sçavoir&nbsp;/ ce q<span class="abbr">ue</span> elle se sache ente<span class="abbr">n</span>dre de toutes choses&nbsp;/ car dit le philozophe
+q<span class="abbr">ue</span> celluy n'est pas saige qui ne co<span class="abbr">n</span>gnoist aucune chose de chascune
+part. Et aussi luy appartient a avoir sico<span class="abbr">m</span>me couraige d'ho<span class="abbr">m</span>me.
+Si n'est mye a dire que elle doye estre nourrie trop en cha<span class="abbr">m</span>bre
+ne soubz gra<span class="abbr">n</span>s &amp; feminines mignotes. Or est a parler des causes
+<i>[qui nous
+meuvent. Il n'est pas doubte que il apertient a tout baron, se
+il veult estre honnourez en son degré, que le moins du temps
+demoure sus ses manoirs et en son propre lieu, car suivre armes,
+la court de son prince, et voyagier sont ses offices. Or demeure
+la dame, sa compaigne, laquelle doit representer son lieu: quoy
+que il ait assez baillis, prevosts, receveurs et gouverneurs, il
+affiert que souveraine soit sur tous. Et pour ce convient ce faire:
+veult selon son droit que elle se gouverne par tel savoir que
+craintte soit et aussi amee. Car c'est la meilleur craintte qui soit
+que celle qui vient d'amour, si que dit est devant, et que ses
+hommes puissent recourir a elle pour tous reffuges aprés le
+seigneur, et en cas que on leur feroit aucun tort: et pour ce est
+droit que elle sache de toutes choses, afin que en chascun cas
+puist donner response convenable. Soit toute enseignee et aprise
+des usages, drois et coustumes du lieu, et quelz choses y apertiennent;
+bien enlangagee, haultaine, se besoing est, par bonne
+discrecion contre ceulx qui la vouldroient mespriser ou qui
+aucunement seroient rebarbatis et rebelles, et doulce, humble,
+et charitable vers les gens obeissans; si doit ouvrer par les gens
+du conseil de son seigneur en tous ses fais, et oïr les opinions
+des anciens sages afin que elle ne soit reprise de chose que elle
+face ne que on ne die que elle vueille ouvrer de sa teste. Nous
+avons dit aussi que elle doit avoir cuer d'omme, c'est qu'elle
+doit savoir des drois d'armes et toutes choses qui y affierent afin
+que elle soit preste d'ordonner ses hommes se besoings est, et le
+sache faire pour assaillir et pour deffendre se le cas s'y adonne;
+prendre garde que ses forteresses soient bien garnies; se elle est
+en aucun doubte ou avis que elle entrepregne aucun fait, essaie
+ses gens et sache de leurs courages et voulentez ains que trop s'y
+fie, regarde quelle puissance elle a de gens et quel secours puet
+avoir se besoing en a; et que elle en soit certaine, non mie se
+attendre en vain ne en foibles promesses, prengne garde comment
+pourra fournir ains que son seigneur viegne, et quel
+finance elle a et puet avoir pour ce faire; se garde le plus que
+elle pourra de grever ses hommes, car c'est chose de quoy on
+acquiert trop leur haine; parle hardiement et constamment a ses
+gens de ce qui sera deliberé par son conseil a faire, non pas die
+hui une raison et demain une autre; donne par ses bonnes et
+belles paroles courage aux gens]</i>
+d'armes &amp; a ses ho<span class="abbr">m</span>mes d'estre bo<span class="abbr">n</span>s &amp; loyaulx et de bien faire ainsi
+&amp; par tel voye so<span class="abbr">n</span>t ces manieres co<span class="abbr">n</span>venables a tenir a la saige baronnesse
+son mary estant dehors se il luy en a donne
+la charge &amp; la co<span class="abbr">m</span>mission se il advient que aucun autre baron ou
+puissant ho<span class="abbr">m</span>me luy vueille faire quelq<span class="abbr">ue</span> chale<span class="abbr">n</span>ge d'aucune chose. et
+avecq<span class="abbr">ue</span>s ce luy sont expedians &amp; p<span class="abbr">ro</span>pices les manieres q<span class="abbr">ue</span> avons ja
+devisees cy devant ou <a href="#ch21">chap.</a> des pri<span class="abbr">n</span>cesses vefves lesq<span class="abbr">ue</span>lles choses
+par une autre raison luy sont prouffitables a aprendre &amp; que elle
+sache tout le fait de son gouvernement si que dit est&nbsp;/ des le vivant
+de son mary&nbsp;/ c'est assavoir que se vefve demouroit qu'elle ne
+fust pas trouvee ignorante de sçavoir son estre si que chascun la
+voulsist fouler et emporter sa piece.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch36" id="ch36"></a>¶ Cy devise la maniere co<span class="abbr">m</span>ment il appartient q<span class="abbr">ue</span> les dames &amp;
+damoiselles qui demeurent sur leurs manoirs se gouvernent ou
+fait de mesnage. chap. .xxxvi.</h2>
+
+
+<p>Que autre maniere d'estat &amp; de vivre appartie<span class="abbr">n</span>t
+aux si<span class="abbr">m</span>ples dames et damoiselles demourans
+es fors ou sur le<span class="abbr">ur</span>s terres dehors les bo<span class="abbr">n</span>nes villes
+q<span class="abbr">ue</span> aux baronnesses mais no<span class="abbr">n</span>pourtant pource
+q<span class="abbr">ue</span> se<span class="abbr">m</span>blableme<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ue</span> les barons et encores pl<span class="abbr">us</span> co<span class="abbr">m</span>muneme<span class="abbr">n</span>t
+les chevaliers escuyers &amp; gentilz ho<span class="abbr">m</span>mes
+voyagent &amp; suyvent guerres est <span class="abbr">con</span>venable a leurs fe<span class="abbr">m</span>mes q<span class="abbr">u'e</span>lles
+soye<span class="abbr">n</span>t sages de gra<span class="abbr">n</span>t gouverneme<span class="abbr">n</span>t &amp; voye<span class="abbr">n</span>t cler en leurs faitz
+pource le plus de temps elles demeurent a leurs mesnaiges sa<span class="abbr">n</span>s
+leurs marys q<span class="abbr">ui</span> a court so<span class="abbr">n</span>t ou en divers pays. si <span class="abbr">con</span>vient q<span class="abbr">u'e</span>lles aye<span class="abbr">n</span>t
+tout le soing de gouvernement &amp; faire valoir leurs revenues et
+leurs meubles. Si appartient a chascune dame de tel estat s'elle
+veult user de se<span class="abbr">n</span>s q<span class="abbr">u'e</span>lle sache <span class="abbr">com</span>bien mo<span class="abbr">n</span>te p<span class="abbr">ar</span> an &amp; vault la revenue
+de sa terre. Et doit tant faire s'elle peut ceste saige dame vers so<span class="abbr">n</span>
+mary par doulces parolles &amp; bo<span class="abbr">n</span>s admo<span class="abbr">n</span>nestemens q<span class="abbr">ue</span> ilz advise<span class="abbr">n</span>t
+ense<span class="abbr">m</span>ble &amp; disposent de tenir tel estat co<span class="abbr">m</span>me leurdicte revenue pourra
+fournir&nbsp;/ &amp; non mye si grant par dessus q<span class="abbr">ue</span> au bout de l'an se treuvent
+en debtes vers leurs maisgnies ou autres crediteurs Car
+sans faille ce n'est point honte de tenir estat selon sa terre ou rente
+soit ores petit. Mais c'est honte de le tenir si grant que les debte<span class="abbr">ur</span>s
+vienne<span class="abbr">n</span>t tous les jours crier &amp; braire a l'ostel &amp; lever les basteaux
+telle fois ou q<span class="abbr">u'i</span>l conviengne par necessité qu'on griefve ses hommes
+ou ses hostes ou qu'on face quelques autres extorcio<span class="abbr">n</span>s il appartient
+a telle dame ou damoiselle&nbsp;/ qu'elle soit toute aprinse es
+droitz des fiefz d'arriere fiefz de censives &amp; droictures de cha<span class="abbr">m</span>pars
+de prises de plusieurs mains&nbsp;/ et de toutes telles choses qui sont
+en droit de seigneurie selon les coustumes des pays&nbsp;/ affin qu'elle
+n'y puisse estre deceue. Et pource q<span class="abbr">u'i</span>l est tout plain de gouverne<span class="abbr">ur</span>s
+de terres &amp; de jurisdicions de seigneurs qui voulentiers tro<span class="abbr">m</span>pent
+doit estre de tout ce advisee &amp; bien s'en prendra garde &amp; ne luy sera
+point de desho<span class="abbr">n</span>neur s'elle se co<span class="abbr">n</span>gnoist en co<span class="abbr">m</span>ptes &amp; que souva<span class="abbr">n</span>t les
+oye &amp; vueille sçavoir <span class="abbr">com</span>ment iceulx se gouvernent vers ces choses
+ou ho<span class="abbr">m</span>mes q<span class="abbr">u'i</span>lz ne les tro<span class="abbr">m</span>pent ne griefvent oultre raison. Car
+ce seroit a la charge de l'ame de son mary &amp; d'elle ou fait des ame<span class="abbr">n</span>des
+aux povres gens doit estre pour l'amour de dieu plus piteuse
+q<span class="abbr">ue</span> rigoureuse. Avecques ces choses luy affiert a estre tresbo<span class="abbr">n</span>ne
+mesnagiere. &amp; qu'elle se congnoisse en labour &amp; en quel te<span class="abbr">m</span>ps et en
+quelle saison on doit donner aux terres &amp; aux labourages les façons&nbsp;/
+de quelle maniere est le meilleur q<span class="abbr">ue</span> les talons aillent selon
+l'assiete du gueret s'il est en païs sec ou moiste &amp; de la p<span class="abbr">ro</span>fondeur et
+qu'ilz soyent droitz &amp; vivement fais semés a point de telz grains
+que les terres desirent et pareillement se congnoistre au labour
+des vignes se c'est pays ou il y ait vignoble se doit garder qu'elle
+ait bons laboureux &amp; maistres en tel office&nbsp;/ &amp; ne pre<span class="abbr">n</span>gne pas ge<span class="abbr">n</span>s
+qui cha<span class="abbr">n</span>gent maistre de terme en terme&nbsp;/ car c'est mauvais signe
+ne trop vieulx&nbsp;/ car ilz seroyent paresseux &amp; foibles&nbsp;/ ne trop jeunes.
+car trop seroie<span class="abbr">n</span>t en jeux&nbsp;/ si soit soigneuse de les faire lever matin&nbsp;/
+ne s'en attendre a nul s'elle est droite mesnagere&nbsp;/ ains elle mesme
+se lieve et affuble une houppelande&nbsp;/ voise a sa fenestre &amp; huche
+tant qu'elle les voye saillir dehors. car de ce sont ilz le plus volentiers
+paresseux&nbsp;/ se voise souvent esbatre aux champs veoir
+comme<span class="abbr">n</span>t ilz labourent. Car assés en est il qui voulentiers se passeroient
+de grater sans plus la terre par dessus pour eulx en delivrer
+s'ilz cuidoie<span class="abbr">n</span>t qu'on n'y prenist garde et qui bien se scevent dormir
+aux champs soubz l'ombre d'ung arbre et laisser leurs chevaulx
+du labour ou les beufz entandis paistre en ung pré et ne
+leur chault&nbsp;/ mais qu'ilz puissent dire au soir qu'ilz ont fait leur
+journee. Et pource la saige mesnagiere s'en prendra garde. Avec
+quant les bledz seront sur leur meurir des le mois de may n'atte<span class="abbr">n</span>dra
+pas la cherté&nbsp;/ mais baillera so<span class="abbr">n</span> aoust a soyer a co<span class="abbr">m</span>paigno<span class="abbr">n</span>s bo<span class="abbr">n</span>s
+fors &amp; diligens&nbsp;/ a eulx marchandera &amp; <span class="abbr">com</span>posera a arge<span class="abbr">n</span>t ou a bled
+Et quant viendra au temps qui seront en telle office se prendra
+garde qu'ilz ne laissent rie<span class="abbr">n</span>s derriere eulx ou qu'ilz ne facent assez
+d'autres faulcetés que telz ge<span class="abbr">n</span>s scevent bien faire qui n'est dessus
+&amp; semblablement es autres labours se lievent voulentiers matin
+car en l'hostel ou la dame gist co<span class="abbr">m</span>munement grande matinee
+a peine ira bien le mesnage&nbsp;/ voise aval l'hostel assez trouvera co<span class="abbr">m</span>mander.
+car peu chault a mesgnie co<span class="abbr">m</span>munement co<span class="abbr">m</span>ment voise q<span class="abbr">ui</span>
+n'est dessus&nbsp;/ face mettre les bestes hors a heure. pre<span class="abbr">n</span>gne garde au
+bergier co<span class="abbr">m</span>ment il les gouverne. &amp; s'il en est maistre&nbsp;/ &amp; qu'il ne soit
+despiteux&nbsp;/ car il les font nourrir quant ilz veullent en despit de la
+maistresse ou du maistre&nbsp;/ &amp; quelles soyent netteme<span class="abbr">n</span>t tenues gardees
+de trop ardant soleil &amp; de pluye garies de la rongne&nbsp;/ elle yra
+s'elle est saige souvent au toyt avecq<span class="abbr">ue</span>s une de ses fe<span class="abbr">m</span>mes veoir co<span class="abbr">m</span>ment
+on les ordo<span class="abbr">n</span>ne. &amp; ainsi sera le bergier pl<span class="abbr">us</span> songneux q<span class="abbr">u'i</span>l n'y ayt
+que redire. en fera bien penser au te<span class="abbr">m</span>ps q<span class="abbr">u'e</span>lles devro<span class="abbr">n</span>t agneler. &amp; pre<span class="abbr">n</span>dre
+grant soing des aigneaulx car souvent se meurent par faulte
+d'en penser. sera songneuse de lever des nourritures&nbsp;/ soit p<span class="abbr">re</span>sent
+au tondre &amp; q<span class="abbr">ue</span> ce soit en saison. En ces hostelz q<span class="abbr">ui</span> seront en pays ou
+il aura grans praries &amp; herbaiges tiendra grant foison bestes a
+cornes. &amp; se foison a avaines q<span class="abbr">ui</span> pou se vendent tiengne des beufz
+en creche dont fera grant argent q<span class="abbr">uan</span>t seront gras&nbsp;/ s'elle a bocaiges
+la tiendra haras q<span class="abbr">ui</span> est prouffitable chose a qui bien s'en scet chevir
+advisera en yver que les gens sont a bon marché adonc leur fera
+coper ses saussoyes ou couldroyes &amp; faire des eschaillas pour ve<span class="abbr">n</span>dre
+en la saison aussi embesongnera les varletz a coper bois po<span class="abbr">ur</span>
+le chauffage de l'hostel ou deffricher quelq<span class="abbr">ue</span> champ &amp; s'il fait trop
+fort te<span class="abbr">m</span>ps les fera batre en granche&nbsp;/ &amp; ainsi jamais ne les lerra oyseux.
+Car il n'est chose plus gaste en ung hostel que mesgnie oyseuse.
+Et semblablement embesongnera ses fe<span class="abbr">m</span>mes les chamberieres
+de penser du bestial de faire a me<span class="abbr">n</span>ger aux laboureux &amp; des
+letaiges sarcler les courtilz aller a l'herbe &amp; estre crotees jusques
+aux genoulx&nbsp;/ elle ses filles &amp; damoiselles s'e<span class="abbr">m</span>beso<span class="abbr">n</span>gnera de draper
+de trier celle laine &amp; sortir. mettre les coletz &amp; la fine a part pour
+faire fins draps po<span class="abbr">ur</span> son mary &amp; pour elle &amp; pour ve<span class="abbr">n</span>dre se mestier
+est. des gros pour les petis enfans &amp; pour ses fe<span class="abbr">m</span>mes et maignie
+fera des couvertures de gros bourions de la laine. &amp; des fumiers
+fera cultiver des cha<span class="abbr">n</span>vres q<span class="abbr">ue</span> toilleront &amp; fillero<span class="abbr">n</span>t au soir en yver ses
+chamberies pour faire des grosses toilles Et toutes telz choses
+&amp; autres semblables q<span class="abbr">ui</span> trop lo<span class="abbr">n</span>g seroit a dire en plat pays ont mestier
+a mesnage&nbsp;/ &amp; celle q<span class="abbr">ui</span> plus en est diligente quelque grande q<span class="abbr">u'e</span>lle
+soit fait le plus q<span class="abbr">ue</span> saige &amp; en doit estre treslouee&nbsp;/ &amp; ceste voye tenir
+a saige mesnagiere rend aucunesfois plus de prouffit que la
+droicte revenue de la terre&nbsp;/ sicomme le sçavoit bien faire la saige
+mesnagiere contesse de Eu mere du bon jeune conte qui mourut
+en voyage de hongrie qui n'avoit point de ho<span class="abbr">n</span>te de se employer en
+tout honneste labeur de mesnaige tant que plus valoit par an
+le prouffit qui yssoit que toute la revenue de sa terre. Et de telle
+femme se peut bien dire la louenge que recite l'espitre de salomon
+de la saige femme.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch37" id="ch37"></a>¶ Cy devise de celles qui sont oultrageuses en leurs habitz
+atours &amp; habillemens. Chap. .xxxvii.</h2>
+
+
+<p>ET pource q<span class="abbr">ue</span> no<span class="abbr">us</span> avons touché au chap. sideva<span class="abbr">n</span>t
+que les dames &amp; damoiselles demoura<span class="abbr">n</span>s dehors
+sur le<span class="abbr">ur</span>s manoirs &amp; heritages doive<span class="abbr">n</span>t adviser &amp; co<span class="abbr">n</span>seiller
+leurs maris de leur estat. C'est assavoir:
+que plus gra<span class="abbr">n</span>s ne seront tenus q<span class="abbr">ue</span> leurs revenues
+peut fournir. No<span class="abbr">us</span> semble bon admo<span class="abbr">n</span>nester a celles
+q<span class="abbr">ui</span> saigement veullent vivre &amp; ensuyvre nostre doctrine q<span class="abbr">u'e</span>lles
+se veullent garder des sup<span class="abbr">er</span>fluités &amp; oultrages q<span class="abbr">ue</span> aucunes fo<span class="abbr">n</span>t par
+especial en deux choses venues a cause de grant orgueil q<span class="abbr">ui</span> court
+entre plusieurs d'elles quoy que ailleurs soye<span class="abbr">n</span>t assez <span class="abbr">com</span>mu<span class="abbr">n</span>s&nbsp;/ mais
+pource q<span class="abbr">ue</span> nostre present p<span class="abbr">ro</span>pos chiet en la matiere &amp; q<span class="abbr">ue</span> iceulx vices
+&amp; deffaulx pevent tourner a grant prejudice de leurs ames et ne
+sont bons ne beaulx mesmes au corps en parlerons&nbsp;/ l'ung est des
+tresoultrageux atours &amp; habitz qu'ilz prennent&nbsp;/ &amp; l'autre des harnois
+qu'ilz font d'aller l'une devant l'autre ensemble sont. Et premierement
+de ce qui touche aux habitz a declarer q<span class="abbr">ue</span> celles q<span class="abbr">ui</span> tant
+se delictent mesprennent n'est pas doubte q<span class="abbr">ue</span> par les belles anciennes
+coustumes les habitz des roynes n'osassent pre<span class="abbr">n</span>dre les duchesses&nbsp;/
+ne ceulx des duchesses les co<span class="abbr">n</span>tesses. ne ceulx des contesses les
+simples dames&nbsp;/ ne ceulx des dames les damoiselles&nbsp;/ mais a present
+que tout est desordonné y pert co<span class="abbr">m</span>ment tout va. car il n'y a es
+habitz ne es atours rigle tenu&nbsp;/ car qui plus en peut faire de q<span class="abbr">ue</span>lq<span class="abbr">ue</span>
+estat que ce soit soye<span class="abbr">n</span>t fe<span class="abbr">m</span>mes ou ho<span class="abbr">m</span>mes leur semble q<span class="abbr">u'i</span>lz beso<span class="abbr">n</span>gne<span class="abbr">n</span>t
+le mieulx &amp; tout ainsi q<span class="abbr">ue</span> les brebis suyve<span class="abbr">n</span>t l'une l'autre&nbsp;/ s'il y a aucu<span class="abbr">n</span>
+ho<span class="abbr">m</span>me ou fe<span class="abbr">m</span>me q<span class="abbr">ui</span> voye faire a autre q<span class="abbr">ue</span>lque oultrage ou desordonnance
+en habit tantost les autres le suyve<span class="abbr">n</span>t &amp; dient q<span class="abbr">u'i</span>l fault faire
+co<span class="abbr">m</span>me les autres&nbsp;/ mais ilz dient voir il fault q<span class="abbr">ue</span> ung autre oultrageux
+suyve ung autre oultrageux. mais se la pl<span class="abbr">us</span> grant p<span class="abbr">ar</span>tie des
+gens estoie<span class="abbr">n</span>t bien amoderés &amp; de bon sçavoir on ne suyvroit point
+l'un l'autre en faisant de riens oultraige&nbsp;/ ains celluy q<span class="abbr">ui</span> l'auroit co<span class="abbr">m</span>mencee
+en seroit moins prise &amp; demouroit seul en la follie. Je ne
+sçay q<span class="abbr">ue</span>lle plaisance ce peut estre &amp; n'est q<span class="abbr">ue</span> faulte de sens q<span class="abbr">ui</span> ai<span class="abbr">n</span>si abuse
+les creatures&nbsp;/ car par telz oultraiges d'estat d'abitz on n'en est
+de riens mieulx prisé&nbsp;/ mais moins de ceulx &amp; celles q<span class="abbr">ui</span> ont se<span class="abbr">n</span>s car
+il n'est plus grant mocquerie q<span class="abbr">ue</span> de veoir a perso<span class="abbr">n</span>ne q<span class="abbr">ui</span> quelque soit
+grant &amp; oultrageux estat &amp; on scet bien q<span class="abbr">u'i</span>l ne luy appartie<span class="abbr">n</span>t ou q<span class="abbr">u'i</span>l
+n'y a dequoy le maintenir et le te<span class="abbr">m</span>ps est ores venu que on ne voit
+autre chose. Et se telz ge<span class="abbr">n</span>s ont de la povreté par decoste que mal
+leur en prengne on ne les doibt pas plaindre car plusieurs en desertent
+et mettent a povreté par telz oultraiges qui fussent bien
+ayses se amoderement voulsissent vivre. &amp; plus grant honte y a
+a plusieurs des debtes q<span class="abbr">ue</span> souvent so<span class="abbr">n</span>t a cousturiers peletiers drapiers
+&amp; orfevres desq<span class="abbr">ue</span>lz so<span class="abbr">n</span>t a la fois executés &amp; fault qu'ilz baille<span class="abbr">n</span>t
+une robe en gaige pour avoir l'autre. Et dieu scet se on leur salle
+bien ce qu'ilz prennent a creance &amp; la denree leur couste au double.
+Et ces choses nous disons pour ceulx &amp; celles q<span class="abbr">ui</span> le font en cuidant
+par celle voye surmo<span class="abbr">n</span>ter leurs voisins. mais ce fait tout l'abondance
+du gra<span class="abbr">n</span>t orgueil qui regne au jourd'huy sa<span class="abbr">n</span>s faille plus
+que oncques mais&nbsp;/ car a nul ne suffit son estat ains vouldroye<span class="abbr">n</span>t
+chascun sembler ung roy&nbsp;/ &amp; sera force que tel orgueil dieu punisse
+quelque fois lourdement. car il ne le peut souffrir. Et n'est ce
+pas grant oultraige voirement &amp; chose sup<span class="abbr">er</span>flue ce q<span class="abbr">ue</span> co<span class="abbr">m</span>ptoit l'autre
+jour ung taillandier de robes de paris q<span class="abbr">u'i</span>l avoit fait pour une
+dame simple qui demeure en gastinois une cotte hardie ou il a
+mis cinq aulnes a la mesure de paris de drap de brouxelles de la
+grant moison&nbsp;/ et traine bien par terre trois quartiers de queue &amp;
+aux manches a bonbardes qui vont jusques aux pedz&nbsp;/ mais dieu
+scet se selon cest habit comment large atour &amp; haultes cornes
+qui est en verité ung tres layt habillement &amp; q<span class="abbr">ui</span> messiet n'est pas
+doubte a q<span class="abbr">ui</span> cler y voit&nbsp;/ le moyen est le pl<span class="abbr">us</span> doulx &amp; le plus plaisa<span class="abbr">n</span>t:
+Et cecy est quant aux dames de france&nbsp;/ car es autres pays se tie<span class="abbr">n</span>nent
+pl<span class="abbr">us</span> longuement co<span class="abbr">m</span>muneme<span class="abbr">n</span>t les coustumes q<span class="abbr">ue</span> ont ta<span class="abbr">n</span>t ho<span class="abbr">mm</span>es
+q<span class="abbr">ue</span> fe<span class="abbr">m</span>mes en le<span class="abbr">ur</span>s habilleme<span class="abbr">n</span>s non mye cha<span class="abbr">n</span>gant de an en an co<span class="abbr">mm</span>e icy
+qui va tousjours en croissans oultraiges. Mais encores co<span class="abbr">m</span>me
+il nous semble sont plus a priser les habillemens de ytalie par especial
+&amp; d'aucuns aultres lieux voire quant a la coustange car
+quoy qu'ilz soyent de plus grant veue couvers de perles d'or &amp; de
+pierrerie si ne coustent ilz point tant car c'est chose qui dure et se
+peut mettre de robe a autre. Mais telz oultraiges de draps &amp; de
+pennes trainans se usent &amp; fault tantost des autres. Et semblablement
+des atours des testes sont plus beaulx les leurs. Car
+il n'est au monde plus gracieulx atour a fe<span class="abbr">m</span>mes que beaulx cheveulx
+blons. Et ce mesmes tesmoigne assez saint paul qui dit q<span class="abbr">ue</span>
+cheveulx est le parement des femmes.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch38" id="ch38"></a>¶ Ce parle contre l'orgueil d'aucunes. Chap. .xxxviii.</h2>
+
+
+<p>Mais l'orgueil de ces habitz dessusditz suyt ung
+aultre oultraige. certes moult desplaisa<span class="abbr">n</span>t a qui
+droit y vise&nbsp;/ c'est le harnoys que plusieurs font
+quant es compaignies a nopces &amp; assemblees
+de fe<span class="abbr">m</span>mes d'aller l'une deva<span class="abbr">n</span>t l'autre&nbsp;/ dieu scet les
+envies qui pour ceste cause sourde<span class="abbr">n</span>t&nbsp;/ &amp; les mautale<span class="abbr">n</span>s&nbsp;/
+&amp; mesmeme<span class="abbr">n</span>t en laisse<span class="abbr">n</span>t plusieurs y a a acointer l'une a l'autre
+&amp; faire amytiés ensemble pensant. se je acointoye celle la qui
+se tient grande il conviendroit que je allasse au dessoubz d'elle &amp; q<span class="abbr">ue</span>
+devant moy fust mise&nbsp;/ si ne le pourroit mon cueur souffrir. pource
+n'iray je point en sa compaignie. Et ainsi pour celle cause font
+plusieurs fe<span class="abbr">m</span>mes tant estranges l'une de l'autre qu'elles se entreregardent
+es compaignies par dessus l'espaulle co<span class="abbr">m</span>me s'elles voulsissent&nbsp;/
+dire. celle la ne me vault mye. Et ce tour scevent bien faire
+mesmes a paris assez en est il dont qu'elles soie<span class="abbr">n</span>t venues mais
+que leurs marys soyent ung pou montés par quelque office de
+roy. mais qui pir est encores a parler d'icelles dames &amp; damoiselles
+ou autres de ce qu'elle en font en l'eglise de dieu auq<span class="abbr">ue</span>l lieu par
+especiaulté doit estre eschevé tout peche qui plus est grief &amp; gra<span class="abbr">n</span>t
+quant il est fait ou pensé la que autre part&nbsp;/ car c'est la place d'oraison
+au service de dieu le createur. sico<span class="abbr">m</span>me luymesmes tesmoigne
+en la saincte evangille. Le harnois q<span class="abbr">u'e</span>lles font de aller a l'offrande
+l'une devant l'autre q<span class="abbr">ui</span> est tel &amp; si oultrageux. Et plus est encores
+ceste coustume maintenue en picardie &amp; bretaigne q<span class="abbr">ue</span> en ceste fra<span class="abbr">n</span>ce.
+Car on a veu mai<span class="abbr">n</span>te fois d'aucu<span class="abbr">n</span>es ta<span class="abbr">n</span>t oultrecuydees q<span class="abbr">ue</span> po<span class="abbr">ur</span> celle
+cause se p<span class="abbr">re</span>noyent aux mains en l'eglise mesmes &amp; s'e<span class="abbr">n</span>trefaisoie<span class="abbr">n</span>t
+&amp; disoyent de grans oultrages. Et semblablement de prendre le
+paix. Mais pis y a que les maleureux maris voire d<span class="abbr">e</span> telz y a la
+nourrissent &amp; introduise<span class="abbr">n</span>t en celle folie &amp; le veulle<span class="abbr">n</span>t&nbsp;/ ou autreme<span class="abbr">n</span>s
+se ainsi ne le faisoient ilz se courrousseroyent a elles pensant. Je
+suis plus gentilho<span class="abbr">m</span>me q<span class="abbr">ue</span> tel&nbsp;/ si doit ma fe<span class="abbr">m</span>me aller devant la sienne.
+Et l'autre repensera. Mais moy suis plus riche ou plus gra<span class="abbr">n</span>t
+en office ou pareil. si ne souffriray point q<span class="abbr">ue</span> sa fe<span class="abbr">m</span>me prengne l'honneur
+devant la mienne. Et par ainsi aucuneffois q<span class="abbr">ue</span> po<span class="abbr">ur</span> ceste cause
+mesmes les folz ho<span class="abbr">m</span>mes s'en entrebatent. Ha dieu quelz oultrages
+&amp; q<span class="abbr">ue</span>lle faulte de sens &amp; sa<span class="abbr">n</span>s faillir on ne deveroit point souffrir
+entre crestiens telz oultraiges. Et les curés &amp; prestres ou les evesques
+mesmement qui pl<span class="abbr">us</span> ont puissance se les simples p<span class="abbr">re</span>stres
+n'osent deveroyent deffendre en leurs jurisdicions telles injures
+faire par especial en l'eglise. Car en verité mieulx vauldroit q<span class="abbr">ue</span>
+telles fe<span class="abbr">m</span>mes fussent en leurs maisons q<span class="abbr">ue</span> de mener la faitz si oultrageux.
+Et les p<span class="abbr">re</span>stres q<span class="abbr">ui</span> a telz boubans les voyent venir a l'autel
+par se<span class="abbr">m</span>blant d'offrir a dieu a elles offrent au prince d'enfer qui
+est pere d'orgueil se deveroient tourner a n'attendre leur offrende
+&amp; semblableme<span class="abbr">n</span>t de la paix on leur deveroit attacher a ung clou
+&amp; l'alast baiser qui vouldroit. Et sans faille celles do<span class="abbr">n</span>t nous parlons
+baisent bien l'oustil que on dit paix&nbsp;/ mais pourta<span class="abbr">n</span>t ne la pre<span class="abbr">n</span>nent
+mye ains prennent guerre puis que leur cueur en est en rancune
+par l'eslevance de grant orgueil Et c'est certes une mauvaise
+&amp; laide coustume d'ainsi s'entreenvoyer la paix a la messe comme
+on fait &amp; ung grant destourbier &amp; empescheme<span class="abbr">n</span>t de devotion
+car tel l'envoye a ung autre qui auroit grant despit s'il la prenoit
+Et que vallent donc telz serimonies. Car puis que elle signifie
+la communion de paix qui doit estre entre crestie<span class="abbr">n</span>s aussi bien appartient
+elle aux petis comme aux grans. Et les choses qui so<span class="abbr">n</span>t
+de dieu toute personne a qui elles viennent ne les doit refuser po<span class="abbr">ur</span>
+envoyer a ung autre. Et vrayeme<span class="abbr">n</span>t a tout dire telz coustumes
+sont a reprouver entre crestiens. mais pource q<span class="abbr">u'i</span>l ne souffist mye
+dire de sa maladie qui ne touche &amp; parle du remede a la curer qui
+sans faille pour oster l'enfleure de tel orgueil acoustume a maintenir
+en ceste maniere&nbsp;/ laquelle chose grant charité et bien seroit
+pour le prouffit des dames de plusieurs* si que ja avo<span class="abbr">n</span>s touché cy
+devant que les evesques se penassent d'oster ces laides coustu<span class="abbr">m</span>es
+en telle maniere que ilz excommuniassent aprés la deffence to<span class="abbr">us</span>
+ceulx &amp; celles qui maintenir le vouldront &amp; grant bien seroit. et
+a parler des creatures qui se veullent par arrogance eslever en
+si fais boubans certes grans folye les y co<span class="abbr">n</span>duyt. Car ho<span class="abbr">m</span>me se tu
+veulx bien adviser la misere de ton co<span class="abbr">m</span>mencement&nbsp;/ ou tu es&nbsp;/ ou
+tu yras tu n'auras cause de toy orgueillir. Et se tu veulx dire q<span class="abbr">ue</span>
+ce fait gentillesse qui te conduyt &amp; maine a desirer telz honneurs
+nous te faisons assavoir que il n'est noble si n'a aultre gentillesse
+ne mais des vertus &amp; des bonnes meurs &amp; se tu ne les suis et as
+en toy qui que tu soyes ne n'est point gentil ne ge<span class="abbr">n</span>tillesse. Et se tu
+le cuides estre folle opinion te deçoit. Et ce mesmes tesmoigne<span class="abbr">n</span>t
+tous les sains docteurs qui a ce propos ont parlé en disa<span class="abbr">n</span>t que celuy
+n'est pas le plus grant qui pl<span class="abbr">us</span> est eslevé en estat. mais celuy
+qui est le plus vertueux. Et sai<span class="abbr">n</span>t augustin au livre des parolles
+de nostreseigneur nommeement parlant a vo<span class="abbr">us</span>. C'est assavoir a
+ceulx q<span class="abbr">ui</span> cuident estre nobles seulement pour le sang &amp; ne font force
+des vertus. O fait il gent deceue par cuider&nbsp;/ vous vous delictes
+en haultesse &amp; estre reputés gra<span class="abbr">n</span>s &amp; tre<span class="abbr">n</span>chiés a y mo<span class="abbr">n</span>ter&nbsp;/ mais
+vous n'en sçavés pas bien le chemin ains vous y forvoyés&nbsp;/ car
+vous cuidés attaindre &amp; monter hault &amp; vous descendés par ce
+que le premier degré ou voulés asseoir vostre pié est orgueil qui
+est tresbasse &amp; vile fosse&nbsp;/ mais je vous adresseray mieulx au degré
+par ou on monte se croyre me voulés. C'est le degré d'humilité
+qui est le premier &amp; puis les autres vertus ensuyva<span class="abbr">n</span>t &amp; ce par
+la montés vo<span class="abbr">us</span> serés tresnobles &amp; yrés tant hault que vo<span class="abbr">us</span> vouldrés
+sans que nulle mauvaise fortune vous puist nuyre. Aprés
+ces choses reste a parler des dames &amp; damoiselles qui demeure<span class="abbr">n</span>t
+aux bonnes villes &amp; es cités fermees affin qu'en differe<span class="abbr">n</span>ce de toutes
+pensions dire quelque chose qui a l'acroissement de leur bien
+&amp; honneur puist estre. Si est assavoir qu'il advient aulcunesfois
+&amp; souvent que les ge<span class="abbr">n</span>tilz hommes marient de leurs filles a de riches
+ho<span class="abbr">m</span>mes demourans es cités &amp; bonnes villes. do<span class="abbr">n</span>t les ungs
+sont chevaliers ou officiers du roy. les autres bourgois ou gra<span class="abbr">n</span>s
+marchans. Et celles ne sont pas tousjours le pis mariees s'elles
+le veullent prendre en gré &amp; se oppinion ne les deçoit&nbsp;/ mais il advient
+aucunesfois a d'aucunes par faulte de sens et habondance
+d'orgueil que elles ne s'en tiennent par pour contentes&nbsp;/ par ce
+qu'elles reputent leurs maris villains envers elles qui est gra<span class="abbr">n</span>t
+folie si que ja est prouvé si devant&nbsp;/ car nul n'est villain s'il ne fait
+vilenie ne gentil s'il n'est vertueulx&nbsp;/ &amp; pource se elles sont nobles
+&amp; gentilz femmes le doivent monstrer par bonnes meurs &amp; oeuvres
+vertueuses. Car si que il est contenu ou livre de ecclesiaste
+Se tu es grant &amp; tu te humilies de tant croistra plus ta grande<span class="abbr">ur</span>
+&amp; ton honneur. Car de tant seras tu mieulx prisé. A propos icelles
+gentilz fe<span class="abbr">m</span>mes de tant que plus se humilieront devant leurs
+marys en obeissance &amp; reverence &amp; la foy que mariaige requiert
+de tant plus croistra leur ho<span class="abbr">n</span>neur. Car quoy qu'il appartiengne
+a toutes femmes la faire encores icelles plus que les autres en
+seront prisees. Et se es <span class="abbr">com</span>paignies des autres femmes sont trouvees
+courtoises humbles &amp; humaines &amp; a leur maisgnie no<span class="abbr">n</span> trop
+maistriseuses ne trop curieuses de grant service entour elles &amp; a
+toutes gens amiables &amp; benignes de honorable port maintien
+&amp; habit sans oultrage elles seront de bon exemple aux autres fe<span class="abbr">m</span>mes
+&amp; dira l'en d'elles ce qui est dit au proverbe commun Qui des
+bons est souef flaire.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch39" id="ch39"></a>¶ Cy devise des manieres qui appartiennent a dames
+de religion. chap. .xxxix.</h2>
+
+
+<p>Pource que nous avo<span class="abbr">n</span>s parlé a la doctrine des dames
+&amp; damoiselles&nbsp;/ auq<span class="abbr">ue</span>l estat noble les dames
+de religion de qui qu'elles soyent nees pour reverence
+de dieu a qui elles sont donnees &amp; mariees
+pevent bien aller ou renc voire devant toutes a
+droit juger quant a honneur&nbsp;/ pour reverence de
+leur espoux &amp; d'ordre de religion qui est entre les estatz selon dieu
+de moult grant hautesse. Et affin que nostre doctrine soit generalle
+en tous les estatz des femmes parlerons a elles en ramentevant
+la forme de leur vivre. Laquelle nous disons il est vray&nbsp;/
+doit estre fondee sur sept principalles vertus desquelles vertus
+parlerons selon les ditz de jhesucrist &amp; le tesmoignage des saintz
+docteurs. Et est a entendre que par la louenge des vertus sont
+les vices blasmes. Car se bien faire est bien il s'ensuyt que mal
+faire soit mal. Et pource que c'est plaisant chose d'oïr parler du bien
+et du mal. Nous plaist pour la reverence du sainct ordre tenir
+ceste forme en cestuy procés. Si disons ainsi a vous dames de religion
+combien que les leçons de vos status et rigles de tenir et
+ensuyvir les institucions establies par voz premiers fo<span class="abbr">n</span>dateurs
+le vous notent &amp; enseignent assez ne vo<span class="abbr">us</span> soit grief oÿr de rechief
+recorder p<span class="abbr">ar</span> nous vos aymes si vous plaist les principalles vertus
+qui vous conviennent &amp; sont necessaires&nbsp;/ lesquelles so<span class="abbr">n</span>t sept
+especialles. C'est assavoir la premiere obedience sur laq<span class="abbr">ue</span>lle est fo<span class="abbr">n</span>dee
+toute ordre. La .ii. humilité. La .iii. sobresse. La quarte pacience.
+La .v. sollicitude. La .vi. chasteté. La .vii. concorde &amp; benivole<span class="abbr">n</span>ce.
+Et d'icelles nonobstant q<span class="abbr">ue</span> nostre parolle s'adresse a entre vous
+religieuses doit estre entendu que semblablement y pevent tendre
+l'oreille toutes femmes &amp; pre<span class="abbr">n</span>dre ce q<span class="abbr">ui</span> peut toucher a leur proffit.
+Et aussi se aucune gouste ou miette en peut cheoir sur les ho<span class="abbr">m</span>mes
+ne la vueillent pas despris escourre ne gecter la aval. Car
+bonne doctrine se peut comparer au bon &amp; loyal amy. Lequel q<span class="abbr">uan</span>t
+il ne peut ayder aumoins ne nuyst il point d<span class="abbr">e</span> ceste vertu d'obedie<span class="abbr">n</span>ce
+surquoy religion est fondee ne povons dire plusgrant louenge
+que ce q<span class="abbr">ue</span> la sai<span class="abbr">n</span>cte escripture mesmes en dit de nostreseigneur que
+il mesmes l'approuvant en sa personne qu'il fut trouvé obedient
+jusques a la mort. Si est a entendre obedience en trois choses pri<span class="abbr">n</span>cipalles.
+C'est assavoir obeir a dieu en tenant ses <span class="abbr">com</span>mandemens
+car devant elle ne doit aller quelconque autre puis aux loys establies
+&amp; aprés a son souverain. Si est doncques ainsi que la religieuse
+doit souverainement garder les co<span class="abbr">m</span>mandemens de dieu.
+Ap<span class="abbr">ré</span>s tenir la loy establye de son ordre qui est a entendre les poi<span class="abbr">n</span>tz
+&amp; rigles. Et tiercement obeir a son abbeesse ou prieure. Quant
+est du premier chascun scet assés quiconques trespasse co<span class="abbr">m</span>ma<span class="abbr">n</span>demens
+de dieu il peche mortellement. Mais pource que ordre d<span class="abbr">e</span>
+religion est plus digne que autre estat &amp; plus grant degré peche
+plus mortellement religieux ou religieuse si chiet en pechié que
+autre ne fait &amp; y a plusieurs causes dont l'une est ja dicte. C'est assavoir
+pource que ilz sont en plus saint estat tout ainsi que pis seroit
+le chambellan du roy s'il commettoit quelque crime contre la
+magesté que ne feroit celuy qui au roy n'auroit foy ne fia<span class="abbr">n</span>ce ne aucun
+office. Aprés qu'elles feroie<span class="abbr">n</span>t contre leurs veulx qui tous touchent
+que dieu serviront singulierement de toute leur force &amp; qui
+peche ne le sert pas&nbsp;/ ains fait tout le contraire Si devés bien garder
+entre vous dames que vous ne trepassés nulz des pointz d<span class="abbr">e</span>
+vostre ordre. Car durement pecheriés &amp; tel chose a vous seroit
+pechié qui aux seculiers ne le seroit mye pource que ce seroit contre
+vos institucions a qui desoberiés. Avecques ce les commandemens
+de vostre soubz prieure ne vous doibvent estre griefz
+pensant la grant merite que en obeissant humbleme<span class="abbr">n</span>t acquerés
+La deuxiesme vertu est humilité sans laquelle se toutes autres
+aviés ne pourriés a dieu plaire. Et que ceste vertu soit aggreable
+a dieu tesmoigne la saincte escripture q<span class="abbr">ue</span> l'humilité de la vierge
+marie plus agrea a nostre seigneur que mesmes sa virginité
+Et comme elle luy fut agreable le tesmoigne elle mesmes en sa
+chançon de magnificat ou elle dit il regarde l'umilité de son a<span class="abbr">n</span>celle.
+Et certes qui vouldroit bien espeluchier &amp; cuillir les loue<span class="abbr">n</span>ges
+de ceste vertu d'umilité ce que la saincte escripture en dit seroit si
+comme une droicte abisme. La tierce vertu est sobrieté en laq<span class="abbr">ue</span>lle
+est contenue abstine. Et a demonstrer qu'elle vous soit convenable
+le certifierons par les parolles de sai<span class="abbr">n</span>t augustin ou livre aux
+sainctes vierges ou il dit que sobresse est la garde &amp; tutelle de la
+pensee du sens &amp; de tout le corps. C'est la custode de chasteté&nbsp;/ c'est
+la voisine de vergongne la compaigne de paix &amp; d'amistié &amp; l'ensevelissement
+de tous vices. Item oregenes de ce mesmes dit q<span class="abbr">ue</span>
+tout ainsi que yvresse est la naissance de tous vices&nbsp;/ aussi sobrieté
+est la mere de toutes vertus. Pacience en la quarte qui pourroit
+tous racompter les grans biens de ceste vertu. Mais pour
+tout dire ainsi comme il appert par la vie de nostreseigneur qui
+en voult estre le droit acteur si pevent appeller les paciens drois
+filz de dieu. Et pource les appelle l'eva<span class="abbr">n</span>gille beneurés. Car pour
+eulx propreme<span class="abbr">n</span>t est le royaulme des cieulx. La quinte vertu qui
+a religieuse convient est solicitude ou diligence. Et pour mieulx
+declarer que elle luy soit convenable sans que nous querons aultres
+preuves de ceste vertu dit saint hierosme sur le psaultier q<span class="abbr">u'e</span>lle
+vint ce qu'il dit &amp; suppedite nature par vertueuse diligence affin
+que les haulx biens ne te soyent empeschés c'est que tu faces
+tant q<span class="abbr">ue</span> tu maistries mesmes le sommeil corporel &amp; tous tes sens
+lesquelles choses tu peulz faire par diligence. Car mesmes nature
+peult estre maistrisee et domptee par celle vertu&nbsp;/ c'est a dire
+par grant cure de vouloir attaindre a gouverner selon l'esperit
+son propre corps&nbsp;/ lesquelles choses sont necessaires a bonne religieuse.
+La sixiesme vertu est chasteté a laquelle se conforme toute
+honnesteté tant d'abit &amp; atour comme de parolles et de maintien.
+Si vous deffe<span class="abbr">n</span>d ceste vertu se a droit la voulés tenir tout
+vestement &amp; atour ou il ait tant soit petit de mondanité ne curiosité.
+ains soit tres simple et honneste chascune selon son ordre et
+est contre aucunes qui veullent estre jolies en leurs vestemens
+&amp; atours estraintes espinglees&nbsp;/ laquelle chose est treslaide &amp; lubre
+a dame de religion ne plus deshonneste chose a veoir ne nulle
+autre que femme de religion en habit desordo<span class="abbr">n</span>nee. Mais encores
+croist trop plus le mechief quant aucunes veulle<span class="abbr">n</span>t dancer baler
+ou jouer a jeux balufres &amp; entre hommes certes se me semble e<span class="abbr">n</span>nemys
+ainsi transfigurés ne rie<span class="abbr">n</span>s n'est plus lait ne plus abhominable
+que vos parolles se elles se desrivent de la rigle de pureté
+&amp; d'onnesteté &amp; celles qui se tiennent en tel estat ne pensent pas le
+contraire que l'ennemy d'enfer ne soit entre elles&nbsp;/ Si sont ces choses
+contre chasteté. Lesquelles pour dieu treschieres amyes ne
+veullés avoir en vous. Car vous mesleries poison angoisseuse
+avec miel pour vostre dampnement&nbsp;/ mais vous delictes en
+celle vertu de chasteté de laquelle dit sainct ambroise ou livre de
+virginité en la louant. Chateté dit il fait d'homme aignel. Car
+qui la garde il est aignel&nbsp;/ et qui la pert il est dyable quil la garde
+il est citoyen &amp; bourgois de paradis de ceste dit sai<span class="abbr">n</span>t bernard que
+tout ainsi que la baulme a proprieté de garder char de pourriture
+chasteté garde l'ame sans corruption et tient en netteté &amp; conferme
+la renommee ou bonne odeur. Et pource fut dit de la bonne
+dame judith louee de tout le peuple tu es la gloire de jherusalem
+tu es la lyesse d'israel tu es l'honneur de nostre peuple a qui
+dieu a do<span class="abbr">n</span>né force d'homme de laquelle tu as ouvré pource que tu
+as aymé chasteté. La septiesme est concorde ou benivolence laq<span class="abbr">ue</span>lle
+est necessaire entre vous et que vous la doyés aymer et tenir
+chiere en vos couvens comme le droit lien de paix entendés que
+saint ambroise ou premier livre des offices dit. Benivole<span class="abbr">n</span>ce fait
+il est ainsi que la commune mere de tous&nbsp;/ car elle couple &amp; ajoint
+tellement gens ensemble que ilz sont comme freres loyaulx aymans
+le bien l'ung de l'autre &amp; tristes du co<span class="abbr">n</span>traire. Et qui osteroit
+benivolence d'une assemblee de ge<span class="abbr">n</span>s autant vauldroit que on le<span class="abbr">ur</span>
+ostast le soleil. Et puis dist il benivolence est ainsi comme une
+fontaine qui rassasie ceulx qui ont soif. Benivolence est une lumiere
+qui luist a soy &amp; a autruy. benivolence engendre paix brise
+le glaive de courroux elle fait tout ung de plusieurs &amp; a tout dire
+elle est de si gra<span class="abbr">n</span>t puissance qu'elle peut par sus nature. Par ces
+choses povés entendre trescheres dames qu'en vraye loyalle amour
+devés entendre &amp; vivre ensemble comme seurs en union
+de paix. Et a tant souffise la deuxiesme partie de ce livre. Cy fine
+la seconde partie.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch40" id="ch40"></a>¶ Le premier chapitre parle co<span class="abbr">m</span>ment tout ce qui est
+dit devant peut toucher aussi bien les unes comme
+les autres des femmes et de la maniere et gouvernement
+que femme d'estat doit tenir ou fait de son
+mesnage. chap. .xl.</h2>
+
+
+<p>Au commencement de ceste .iii. partie suyvant
+la route des princesses qui devant vont &amp; puis
+les dames &amp; damoiselles de court &amp; dehors no<span class="abbr">us</span>
+convient si que nous promismes parler aux fe<span class="abbr">m</span>mes
+d'estat des cités. C'est assavoir a celles qui
+sont mariees aux clercz gens d<span class="abbr">e</span> conseil de roys
+ou de princes ou gardans justice ou en divers offices &amp; aussi a celles
+qui sont mariees au bourgois des cités &amp; bonnes villes qui
+en aucuns pays sont appellees nobles qua<span class="abbr">n</span>t ilz sont de lignages
+anciens. Et aprés dirons aux autres estatz des femmes&nbsp;/ affin
+que toutes se sentent de nostre doctrine. Et si que ja avons touché
+plusieurs fois cy devant c'est nostre entente que tout ce que recordé
+avons aux autres dames tant es vertus comme au gouvernement
+de vivre en ce qui peult a chascune femme appartenir
+de quelque estat qu'elle soit&nbsp;/ soit aussi bien dit pour les unes q<span class="abbr">ue</span>
+pour les autres si peut chascune prendre telle piece qu'elle voit q<span class="abbr">ui</span>
+luy appartient. et ne vueille mye faire comme aulcune folz ou
+folles qui sont trop aises quant ilz sont au sermon &amp; le prescheur
+parle sur la charge d'aucun estat qui ne leur touche &amp; trop bien le
+notent &amp; dient qu'il dit vray &amp; que c'est bien dit. mais quant vient
+a ce qui leur peut appartenir ilz baissent la teste &amp; cloe<span class="abbr">n</span>t les oreilles&nbsp;/
+&amp; leur semble qu'on leur fait grant tort de en parler &amp; ne pre<span class="abbr">n</span>nent
+point garde a leurs faictz&nbsp;/ mais ouy bien aux autres. Et
+pource le saige prescheur doit trop bien adviser q<span class="abbr">ue</span>lz estatz de ge<span class="abbr">n</span>s
+a a son sermon &amp; s'il parle bien aux ungz doit si bien toucher les
+autres que l'ung ne se puisse mocquer de l'autre ne murmurer.
+Si dirons doncques ainsi de rechief nous troys vertus comme
+dessus disons a vous femmes d'estat &amp; bourgoises de cités &amp; bo<span class="abbr">n</span>nes
+villes q<span class="abbr">ue</span> l'oreille vueillés tendre sur les enseignemens q<span class="abbr">ui</span> vo<span class="abbr">us</span>
+pevent appartenir principallement sur .iiii. quoy qu'ilz soyent ailleurs
+touchés aprés ce q<span class="abbr">ue</span> nous supposo<span class="abbr">n</span>s que ja vers dieu soyés
+bonnes &amp; devotes&nbsp;/ mais a ce q<span class="abbr">ui</span> touche prudence mo<span class="abbr">n</span>daine l'un des
+quatre. Et le premier est a ce qui appartient a l'amour &amp; foy que
+devés avoir a vos maris&nbsp;/ et comment vers eulx vous vous
+devés porter. Le second point au fait du gouverneme<span class="abbr">n</span>t de vostre
+mesnaige. Et le tiers touche vos vestures &amp; habillemens. Le
+quart comment vo<span class="abbr">us</span> garderés de blasme et de cheoir en diffame
+Et quant au premier qui est de l'amour &amp; foy que debvés a vos
+parties&nbsp;/ et comment vers eulx vous appartient a gouverner
+soyent vos maris vielz ou jeunes bons ou mauvais paisibles
+ou rioteux de petite loyaulté vers vous ou preudhommes affin
+que ne redisions ce que deva<span class="abbr">n</span>t est ja dit&nbsp;/ mais vous envoyro<span class="abbr">n</span>s
+cercher au <a href="#ch13">tresiesme chapitre</a> de la premiere p<span class="abbr">ar</span>tie de cestuy livre
+ou la en est assés a plain desclairé. Mais avec ce affin que plus
+vous embellisse a tenir vers eulx les manieres qui vous pevent
+touchier qui la sont devisees vo<span class="abbr">us</span> reduirons a memoire trois
+biens qui de vous gouverner bien et saigement vers eulx qui
+qu'ilz soyent et leur garder la foy et loyaulté promise tenir en bo<span class="abbr">n</span>ne
+paix et en toutes choses faire vos devoirs vous peut venir.
+L'ung est grant merite a l'ame que acquerés faisa<span class="abbr">n</span>t vos devoirs
+L'autre est grant ho<span class="abbr">n</span>neur au monde. Et le tiers est que on a veu
+maintes fois et voit on souvent que quoy que plusieurs riches
+hommes de plusieurs et divers estatz ayent esté&nbsp;/ et soyent merveilleux
+a leurs femmes en tous temps&nbsp;/ que quant vient a la
+mort que conscience les reprent et advisent le bien de leurs femmes
+qui si bo<span class="abbr">n</span>nement les ont supportez et le tort q<span class="abbr">u'i</span>lz ont eu vers
+elles que ilz les laissent dames et maistresses de tout qua<span class="abbr">n</span>t qu'ilz
+ont vaillant. Le second point de nostre enseignement et doctrine
+que avons dit qu'il vous convient qui touche au faict de mesnage&nbsp;/
+c'est que vous devés mettre grant cure et diligence de distribuer
+saigement et mettre au prouffit les biens et la chevance q<span class="abbr">ue</span>
+vos maris p<span class="abbr">ar</span> leur labour office ou rente amainent ou pourchassent
+a l'ostel. Et est l'office de l'homme d'acquerre &amp; faire venir en
+la maison les provisions&nbsp;/ et les femmes les doivent ordonner et
+dispenser par bo<span class="abbr">n</span>ne discrection &amp; ordre convenable sans trop gra<span class="abbr">n</span>t
+escharceté. Et aussi bien se doit garder de folle largesse Car c'est
+ce qui vuide et desemplit la bource et met la personne a povreté
+Bien adviser en toutes choses que degast ne excés n'en puisse estre
+faict ne s'en attendre mye du tout a la mesgnie. Ainçois elle
+mesmes estre dessus &amp; s'en prendre souvent garde &amp; de ses choses
+vouloir avoir le co<span class="abbr">m</span>pte. Ceste saige dame ou mesnagiere se doit
+congnoistre en toutes choses de mesmeme<span class="abbr">n</span>t en appareiller a me<span class="abbr">n</span>ger
+affin qu'elle le sache ordonner &amp; commander a ses serva<span class="abbr">n</span>s ou
+serva<span class="abbr">n</span>tes parquoy elle puist tousjours garder la paix de son mary
+s'il semons gens d'honneur en son hostel&nbsp;/ si doibt ellemesmes se
+besoing est aller en la cuysine &amp; ordonner comment ilz seront servis&nbsp;/
+doit bien garder que son hostel &amp; sa maison soit tenue nettement
+&amp; toutes choses en leur place &amp; par ordre. ses enfa<span class="abbr">n</span>s bien enseignés
+&amp; endoctrinés ne quoy que qu'ilz soye<span class="abbr">n</span>t petis que on ne les
+oye point mignoter ne aussi mener grant noise. soyent netteme<span class="abbr">n</span>t
+tenus &amp; riglement gouvernez ne que drappeaulx a nourrices ne
+riens qui leur appartie<span class="abbr">n</span>ne ne traine point aval l'hostel&nbsp;/ doit estre
+songneuse que son mary soit nettement tenu en robes &amp; aultres
+choses. car le nect adornement du mary est l'ho<span class="abbr">n</span>neur de la femme
+qui soit bien servy &amp; sa paix gardee&nbsp;/ &amp; quant il vient a l'hostel po<span class="abbr">ur</span>
+prendre son repas que tout soit prest &amp; ordonné tables &amp; dressoir
+selon l'estat&nbsp;/ &amp; s'elle veult user de prudence &amp; avoir les loz du mo<span class="abbr">n</span>de
+&amp; de son mary s'il est ho<span class="abbr">m</span>me de bien luy soit a toutes heures faire
+bonne chiere affin que s'il advient qu'il soit aulcunement troublé
+en couraige sico<span class="abbr">m</span>me en diverses choses que les ho<span class="abbr">m</span>mes ont affaire
+livre<span class="abbr">n</span>t aucunesfois mains desplaisirs qu'elle luy puisse par
+son gracieux accueil faire aulcunement entreoublier. Car n'est
+point de doubte que c'est grant recreation a ho<span class="abbr">m</span>me de bien qua<span class="abbr">n</span>t il
+vient en son hostel &amp; s'il a quelque ennuy en pensee &amp; treuve sa fe<span class="abbr">m</span>me
+qui saigement &amp; gratieusement l'acueille &amp; c'est bien raison q<span class="abbr">ue</span>
+ainsi soit faict. Car celluy qui pourchasse le vivre &amp; l'estat. &amp; qui
+en a la peine &amp; le soussy ne peut au moins que d'estre bien acueilly
+en son hostel ne doit point ceste femme tencier&nbsp;/ rechigner ne rioter
+sa maisgnie a table. mais s'il y a aulcune chose q<span class="abbr">u'i</span>lz ayent faict
+mal a point les doit reprendre en briefves parolles sans tenço<span class="abbr">n</span>s.
+Car a refection laquelle doit estre prinse joyeuseme<span class="abbr">n</span>t est trop dure
+chose a oÿr celle note: Et se son mary est mauvais ou rioteux
+le doit appaiser a son povoir par belles parolles ne luy enquerre
+point de ses besongnes ne autres choses aucunement secrettes a
+tables ne devant mesgnie. mais a part et en sa chambre. Ceste
+saige mesnagiere avec ce que dit est sera songneuse de lever matin.
+Et quant elle aura ouÿ messe &amp; dictes ses devotions &amp; retournee
+a son hostel co<span class="abbr">m</span>mandera a ses ge<span class="abbr">n</span>s de ce q<span class="abbr">ue</span> besoing sera puis se
+prendra a faire aucu<span class="abbr">n</span>e bo<span class="abbr">n</span>ne oeuvre ou a filler ou a couldre q<span class="abbr">ue</span>lq<span class="abbr">ue</span> autre
+chose. Et quant ces cha<span class="abbr">m</span>berieres auront fait leur mesnaige
+vouldra q<span class="abbr">ue</span> se<span class="abbr">m</span>blableme<span class="abbr">n</span>t facent&nbsp;/ ne filles ne fe<span class="abbr">m</span>mes ne ellemesmes
+ne vouldra veoir ne souffrir nulles heures oyseuses&nbsp;/ elle achetera
+du lin a bon marché aux foires&nbsp;/ fera filler en ville aux povres
+fe<span class="abbr">m</span>mes mais se garde bien q<span class="abbr">ue</span> leur peine elle ne retiengne par quelque
+engignement ou par sa maistrise. car elle se da<span class="abbr">m</span>neroit ne ja a
+son proffit n'iroit. Si fera faire toilles grosses &amp; deliees nappes &amp;
+touailles &amp; autres li<span class="abbr">n</span>ges &amp; de ce sera tressoigneuse. car c'est le plaisir
+naturel aux fe<span class="abbr">m</span>mes q<span class="abbr">ui</span> n'est lait ne villain mais ho<span class="abbr">n</span>neste &amp; licite
+si fera ta<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ue</span> elle aura de tres beau linge delié large a parer &amp; bien
+ouvrer. Si le tiendra blanc &amp; souef flairant bien ployé en coffre
+&amp; de ce sera tressoigneuse si en seront servis les gens d'honneur q<span class="abbr">ue</span>
+son mary amenera dont elle sera prisee &amp; louee. Ceste saige femme
+prendra bien garde que rie<span class="abbr">n</span>s ne pourrisse aval son hostel&nbsp;/ &amp; ne
+voise a gast dequoy povres se peussent aucunement ayder&nbsp;/ ne q<span class="abbr">ue</span>
+relief n'y endurcisse robbes ne soyent mengees de vers si les fera
+do<span class="abbr">n</span>nera aux povres. Mais s'elle ayme le bien de son ame &amp; la vertu
+de charité ne fera pas seulleme<span class="abbr">n</span>t de ce ses aulmosnes mais du
+vin de sa propre boisson &amp; de la viande de sa table aux povres acouchees
+a malades ou a ses povres voisins souventesfoys &amp; ce
+fera elle de bon cueur s'elle est saige &amp; a dequoy. Car c'est tout le
+tresor qu'elle emportera ne ja plus povre n'en sera&nbsp;/ mais toutesvoyes
+elle doibt bien regarder a qui &amp; que par discretion soit faict
+avecques ces choses ceste femme sera saige gracieuse c'est adire
+de plaisant chere honneste a couvert langaige accueildra &amp; recevra
+les amys &amp; acointes de son mary&nbsp;/ elle parlera beau a toutes
+gens. se fera aymer de ses voisins leur fera compaignie &amp; amytié
+se besoing en ont&nbsp;/ ne fera refus de prester petites chosettes ne
+a ses maisgnies ne sera male mauldisant ne disant villennie ne
+tout le jour rioter pour ung beau neant: mais les reprendra voirement
+quant ilz mesprendront&nbsp;/ &amp; menacera de les mettre hors
+s'ilz ne s'amendent mais ce sera sans to<span class="abbr">n</span>ner ne mener grant harou
+si que on ne l'oye de loing. Sico<span class="abbr">m</span>me aulcunes folles font a qui il se<span class="abbr">m</span>ble
+q<span class="abbr">ue</span> parestre bien malles &amp; tencer fort a le<span class="abbr">ur</span>s maris &amp; a leur mesgnie
+de nea<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ue</span> on les tiendra a sages &amp; bo<span class="abbr">n</span>nes mesnagieres &amp; a faire
+bien les embeso<span class="abbr">n</span>gnees de pou de chose &amp; trouver p<span class="abbr">ar</span> tout a redire
+&amp; toute jour caqueter&nbsp;/ mais ce mesnaige la nest poi<span class="abbr">n</span>t de nostre doctrine.
+Car nous voulons que nos disciples soyent en tous le<span class="abbr">ur</span>s
+faitz saiges&nbsp;/ &amp; nul sens ne pourroit estre sans attrempance laq<span class="abbr">ue</span>lle
+ne demande malice ne felonnie ne trop de langaige qui est chose
+qui moult messiet a femme.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch41" id="ch41"></a>¶ Cy devise comment femmes de estat doivent estre ordonnees
+en leur habit&nbsp;/ et comment se garderont de ceulx qui tache<span class="abbr">n</span>t
+a les decevoir. chap. .xli.</h2>
+
+
+<p>Le tiers point que voulo<span class="abbr">n</span>s notifier a entre vo<span class="abbr">us</span>
+femmes d'estat de bo<span class="abbr">n</span>nes villes &amp; aux bourgoises&nbsp;/
+lequel touche vos vestures &amp; habilleme<span class="abbr">n</span>s
+est qu'en iceulx ne vueillés point estre oultrageuses
+tant es coustumes comme es façons. &amp;
+y a .v. especialles raiso<span class="abbr">n</span>s qui vous doive<span class="abbr">n</span>t mouvoir
+a vous en garder. L'une que c'est pechié &amp; chose qui desplaist
+a dieu d'estre ta<span class="abbr">n</span>t curieux ou curieuse de son corps La .ii. que de faire
+oultrage on n'en est ja plus prisié&nbsp;/ mais mains&nbsp;/ ains que ailleurs
+est ja dit. La .iii. que c'est gastement d'argent apovrisseme<span class="abbr">n</span>t
+&amp; vuidenge de bource. La quatriesme que on do<span class="abbr">n</span>ne mauvais exe<span class="abbr">m</span>ple
+a autruy&nbsp;/ c'est assavoir cause de ainsi faire ou plus. Car il se<span class="abbr">m</span>blera
+a une dame qui verra a une damoiselle prendre si grant
+estat ou a une bourgoise que de tant qu'elle est plus grande devera
+encores plus croistre son estat&nbsp;/ &amp; c'est ce qui fait tous les jours
+multiplier &amp; croistre les estatz &amp; les boubans par ce que chascun
+tend tousjours a surmonter l'autre&nbsp;/ dont maintes gens sont grevés
+&amp; apovris en france &amp; autre part. La cinquiesme que on donne
+p<span class="abbr">ar</span> desordo<span class="abbr">n</span>né &amp; oultrageux habit occasion a aultruy de pechier
+ou en murmuration ou en couvoitise desordonnee&nbsp;/ qui est chose
+qui trop desplaist a dieu. Et pource chieres aymees veu q<span class="abbr">ue</span> ce ne
+vous peut rie<span class="abbr">n</span>s valoir &amp; beaucoup nuire ne vo<span class="abbr">us</span> vueillés en telles
+faulcetés trop delicter&nbsp;/ non pourta<span class="abbr">n</span>t c'est bien droit que chascune
+porte tel habit &amp; estat que appartie<span class="abbr">n</span>t a son mary &amp; a elle&nbsp;/ mais
+s'elle est bourgoise qu'elle se porte telle co<span class="abbr">m</span>me une damoiselle et la
+damoiselle co<span class="abbr">m</span>me une dame&nbsp;/ et ainsi de degré en degré monstant
+sans faire c'est chose hors ordre d<span class="abbr">e</span> bonne police en laquelle s'elle est
+bien ordonné en quelque pays que ce soit toutes choses doivent
+estre limitees. Or vient a parler du quatriesme point qui est co<span class="abbr">m</span>me
+vous vous garderés de blasme &amp; de cheoir en diffame. Auquel
+point se peult encores touchier le faict de voz habillemens
+tant en l'oultraige du trop grant coust comme en la maniere des
+faço<span class="abbr">n</span>s en ceste maniere il est assavoir que poso<span class="abbr">n</span>s que une femme
+soit de tresbonne voulenté &amp; sans mauvais fait ne pensee de son
+corps si ne le croyra pas le monde puis que desordonnee en habit
+on la verra &amp; seront fais sur elle mains mauvais jugemens q<span class="abbr">ue</span>lque
+bonne qu'elle soit Si appartient doncques a toute femme
+qui veult garder la bonne renommee qu'elle soit honneste &amp; sa<span class="abbr">n</span>s
+desguisure en son habit &amp; habilleme<span class="abbr">n</span>t non trop estraincte ne trop
+grans colletz ne autres façons malhonnestes ne grant trouveresse
+de choses nouvelles par especial constances &amp; non ho<span class="abbr">n</span>nestes
+Et avec ce la maniere &amp; contenance y fait moult. Car si que ja
+est touchié cy deva<span class="abbr">n</span>t il n'est riens plus desseant a femmes que laide
+maniere &amp; mal rassise&nbsp;/ aussi ne chose plus plaisant que belle
+contenance &amp; coy maintien quoy q<span class="abbr">u'e</span>lle soit jeune doibt estre en ses
+jeux &amp; ris attrempee &amp; sans desordonnance a les sçavoir prendre
+par appoint si qu'ilz soyent bien seans &amp; le parler sans mignotise
+mais soit propre &amp; doulx ordonné &amp; attrait en regard simple tardif
+&amp; non vague &amp; joyeuse par apoint. Mais ensuyvant la matiere
+de dessus est assavoir que avec le mauvais la<span class="abbr">n</span>gaige &amp; blasme
+qui peult sourdre a femme par habit desordonné &amp; par maniere
+mal honneste y a ung autre plus perilleux inconvenient c'est l'amusement
+des folz hommes qui pevent penser q<span class="abbr">u'e</span>lle le face pour
+estre couvoitee &amp; desiree par folle amour. Et elle par adventure
+n'y pensera&nbsp;/ ains le fera seullement pour la plaisance de soymesmes
+&amp; par sa propre condition qui luy enclinera. Si y a des hommes
+de mains estatz qui tacheront par grant diligence a les attraire
+en les poursuyva<span class="abbr">n</span>t par divers semblans &amp; moult s'en peneront.
+Mais que doit faire la saige femme qui cheoir ne veult en
+blasme &amp; qui bien est advisee que de tel amour ne peut venir que
+tout mal prejudice &amp; deshonneur parquoy nulle voulente n'a d'e<span class="abbr">n</span>tendre
+a telz musars &amp; ne veult mye faire comme aucunes musardes
+a qui trop bien plaist que on les poursuyve par grans semblans
+&amp; leur semble belle chose de dire si suis aymee de plusieurs
+c'est signe que je suis belle &amp; qu'il y a en moy assez de bien. Je n'aymeray
+nul pourta<span class="abbr">n</span>t&nbsp;/ mais a to<span class="abbr">us</span> feray bo<span class="abbr">n</span>ne chere&nbsp;/ &amp; auta<span class="abbr">n</span>t y aura
+l'ung que l'autre et tous les tiendray en parolles. ceste voye n'est
+mye de garder l'honneur ains est impossible que longueme<span class="abbr">n</span>t soit
+maintenue par femme qui qu'elle soit q<span class="abbr">ue</span> n'en chee en blasme. Et
+pource la sage dessusdicte si tost qu'elle aperçoit par aucun signe
+ou semblance que quelque ho<span class="abbr">m</span>me a devers elle pensee elle luy doit
+donner toutes occasions de s'en retraire en manieres parolles et
+se<span class="abbr">m</span>blans &amp; tant faire qu'il app<span class="abbr">er</span>çoive q<span class="abbr">u'e</span>lle n'y a courage ne n'y veult
+avoir. Et s'il advient qu'il luy die elle luy doit respondre &amp; dire sur
+ceste forme et maniere. Sire se vous avés a moy pensee vueillés
+vous en retraire&nbsp;/ car je vous prometz &amp; jure ma foy q<span class="abbr">ue</span> en tel
+amour n'ay mon intencion ne n'auray jour de ma vie de ce puys
+je bien jurer&nbsp;/ car de ce suis je bien affermee en tel voulenté qu'il
+n'est homme ne chose nulle qui oster m'en peust &amp; toute ma vie d<span class="abbr">e</span>moureray
+en ce point de ce soyés vous certain si perdriez vostre
+peine tant plus vous y museriés&nbsp;/ &amp; vous prie tant co<span class="abbr">m</span>me je puis
+que ne me faciés plus telz sembla<span class="abbr">n</span>s ne disiés ces parolles q<span class="abbr">ue</span> en bo<span class="abbr">n</span>ne
+foy je y prendroye grant desplaisir &amp; me garderoye a mon povoir
+d'aller ou vous seriés. Si le vous dy une fois pour toutes et
+croyés fermement que jamais en autre propos ne me trouverez
+&amp; a dieu vous dy. Ainsi en brief &amp; sans longuement escouter doit
+respondre la bonne &amp; saige jeune femme qui ayme son honneur
+a tout ho<span class="abbr">m</span>me qu'il la prie &amp; avec ce que aussi soyent les semblans
+pareilz aux parolles. C'est assavoir que de regard ne de maintien
+ne face aucun semblant parquoy y puisse nullement penser q<span class="abbr">ue</span>
+jamais y puist advenir. Et s'il y envoye dons quelz qu'ils soyent
+que elle garde bien que nulz n'en prengne Car q<span class="abbr">ui</span> don prent se ve<span class="abbr">n</span>t
+Et s'il advient que aucune personne luy en face quelque messaige
+que elle die expressement &amp; a rechinié visaige que jamais pl<span class="abbr">us</span>
+ne luy en parle. Et se chamberiere ou varlet qu'elle ait s'en hardist
+a luy dire q<span class="abbr">u'e</span>lle ne le tiengne point en son hostel. Car tel maisgnie
+n'est pas seure si treuve voye par bonne maniere de le mettre
+hors pour quelque aultre achoison sans noise &amp; sans tençon&nbsp;/
+mais garde bien co<span class="abbr">m</span>ment qu'il soit que a son mary ne le dye. Car
+quelque bonne voulenté qu'elle ait le pourroit mettre en tel frenaisie
+q<span class="abbr">ue</span> ne l'en osteroit pas quant elle vouldroit &amp; est trop grant
+peril et aussi n'en est nul besoing s'en garde sagement et s'en taise
+Car n'en sera ja homme si en grant que s'elle veult au long aller
+par tenir saiges manieres qu'il ne s'en retraye ne aussi dire ne le
+doit a voisin ne a voisine ne autre&nbsp;/ car parolles sont raportees p<span class="abbr">ar</span>
+quoy il advient aucunesfois que hommes contreuvent mauvaisties
+sur les femmes par despit de ce qu'ilz sont refusés &amp; que
+ilz scevent qu'elles en parlent ou ont parlé. Si ne griefve rie<span class="abbr">n</span>s taire
+la chose dequoy on ne peut de riens mieulx valoir la dire. Et
+n'est point belle vantance a femme. Avec ce femmes qui se veulent
+garder de blasme se doibvent garder d'aler en compaignies
+qui ne soyent bonnes &amp; ho<span class="abbr">n</span>nestes ne en assemblees faictes en jardins
+ou en autres lieux par prelatz ou par seigneurs ou autres
+faictes soubz quelque umbre ou couverture de festoier gens &amp; q<span class="abbr">ue</span>
+ce soit pour autre machinatio<span class="abbr">n</span> de quelque broullerie ou par elles
+ou par autres. Et posons que une femme saiche bien que pour
+elle ne soit faicte telle assemblee&nbsp;/ si se doit elle bien garder qu'elle
+ne face umbre a autre. Car cause seroit du mal &amp; du peché si n'y
+doit aller se elle le scet ou aucun souppeçon y a&nbsp;/ &amp; ains qu'elle voise
+nulle part si elle est saige doit bien adviser ou avecques co<span class="abbr">m</span>me<span class="abbr">n</span>t
+et que doit estre ou elle va ne de trouver ses pelerinages hors la
+ville a faire pour aller quelque part jouer&nbsp;/ ou mener la galle en
+quelque compaignie joyeuse n'est fors peché &amp; mal a qui le fait.
+Car c'est faire de dieu umbre &amp; chape a pluye ne sont point bons
+ne aussi tant aller trotant par ville a jeunes femmes au lundy
+a saincte avoye&nbsp;/ au jeudy je ne sçay ou. au vendredy a saincte katherine
+&amp; ainsi es autres jours si aucunes le font n'en est ja grant
+besoing non pas que nous vueillons empescher le bien a faire.
+Mais sans faille veu le peril de jeunesse la legiereté et la grant
+couvoitise que hommes ont communement a attraire femmes
+et les parolles qui tost en sont levees &amp; a pou d'achoison est le pl<span class="abbr">us</span>
+seur mesmes po<span class="abbr">ur</span> le prouffit des ames &amp; l'honneur du corps estre
+coustumieres de ta<span class="abbr">n</span>t troter ça &amp; la. Car dieu est par tout q<span class="abbr">ui</span> exaulce
+les oraisons des devotz deprians ou qu'ilz soyent &amp; qui veult q<span class="abbr">ue</span>
+toutes choses soyent faictes par discretion &amp; non mye du tout a
+voulenté. Aussi de baigneries d'estuves et de commerages trop
+hanter a femmes &amp; telz compaignies sans necessité ou bo<span class="abbr">n</span>ne cause
+ne sont que despens superflus sans quelque bien que en peust
+venir. Et pource de toutes telles choses &amp; d'autres semblables:
+femme si elle est saige qui aime honneur et eschever veult blasme
+se doit garder.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch42" id="ch42"></a>¶ Cy devise des femmes des marchans.
+Chapitre. xlii.</h2>
+
+
+<p>Desormais or viendrons a parler des marcha<span class="abbr">n</span>s
+C'est assavoir de fe<span class="abbr">m</span>mes aux ho<span class="abbr">m</span>mes qui se meslent
+de marchandises dont a paris &amp; ailleurs a d<span class="abbr">e</span>
+moult riches et desquelz les fe<span class="abbr">m</span>mes portent gra<span class="abbr">n</span>t
+&amp; cousteux estat &amp; plus hault en aucu<span class="abbr">n</span>es autres
+contrees &amp; villes q<span class="abbr">ue</span> a paris sico<span class="abbr">m</span>me a venise a jennes
+a flore<span class="abbr">n</span>ce a lucques avignon &amp; autre part Mais iceulx lieux
+nonobstant que nulle part ne soit oultrage mieulx soit a excuser
+ce que elles ne sont que en ces parties de fra<span class="abbr">n</span>ce ne seroit pource q<span class="abbr">u'i</span>l
+n'y a pas tant de differences des haulx estatz comme a paris &amp; ceste
+part&nbsp;/ c'est assavoir roynes et duchesses contesses &amp; autres dames
+&amp; damoiselles parquoy les estatz sont plus differenciés Et
+pource en france qui est le plus noble royaulme du monde et ou
+toutes choses doivent estre les plus ordonnees selon qui est contenu
+des anciens usaiges de france n'appartie<span class="abbr">n</span>t point quoy qu'elles
+facent ailleurs si que ja est plusieursfois touché devant que
+la femme d'ung laboureur de plat païs porte tel estat que la femme
+d'un ho<span class="abbr">m</span>me d'ho<span class="abbr">n</span>neste mestier de paris ne celle d'ung homme co<span class="abbr">m</span>mun
+de mestier comme une bourgoise&nbsp;/ ne une bourgoise co<span class="abbr">m</span>me
+une damoiselle ne la damoiselle co<span class="abbr">m</span>me la dame ne la dame co<span class="abbr">m</span>me
+une contesse ou duchesse&nbsp;/ ne la contesse comme la royne&nbsp;/ ains se
+doit chascune tenir en son propre estat &amp; ainsi qu'il y a difference &amp;
+maniere de vivre des gens doit avoir es estas&nbsp;/ mais ces rigles
+ne sont mye bien gardees aujourd'uy ne maintes autres bonnes
+qui y souloyent estre. Et pource y pert a l'effect qui ensuyt. Car
+sans faille oncques les orgueilz ne les estatz n'y furent en toutes
+manieres de gens depuis les gra<span class="abbr">n</span>s jusques aux moindres si oultraigeulx
+que ores sont &amp; ce peut on veoir par les croniques &amp; a<span class="abbr">n</span>ciennes
+histoires. Et pource q<span class="abbr">ue</span> nous avo<span class="abbr">n</span>s dit qu'en ytalie encore
+les fe<span class="abbr">m</span>mes portent pl<span class="abbr">us</span> gra<span class="abbr">n</span>t estat quoy q<span class="abbr">u'i</span>l soit vray ne sont ilz poi<span class="abbr">n</span>t
+de si grans frais qui si endroit sont a tout regarder veu les compaignies
+&amp; boubans en maintes manieres &amp; choses q<span class="abbr">ue</span> elles font
+esq<span class="abbr">ue</span>lles aussi bien q<span class="abbr">ue</span> es robes&nbsp;/ chascune s'efforce de surmo<span class="abbr">n</span>ter l'une
+l'autre. Car puis q<span class="abbr">ue</span> nous so<span class="abbr">m</span>mes a parler des marcha<span class="abbr">n</span>des ne fut
+ce pas voirement grant oultraige a celle femme de marcha<span class="abbr">n</span>t de
+vivre voire co<span class="abbr">m</span>me marcha<span class="abbr">n</span>t n'est mye comme ceulx de venise ou
+de jennes qui vo<span class="abbr">n</span>t oultre mer &amp; par tout païs ont leurs facteurs
+achete<span class="abbr">n</span>t en gros &amp; fo<span class="abbr">n</span>t gra<span class="abbr">n</span>t faitz. Et puis se<span class="abbr">m</span>blableme<span class="abbr">n</span>t envoyent
+leurs marchandises en toutes terres a grans fardeaux&nbsp;/ et ainsi
+gaignent grans richesses &amp; telz sont appellés nobles marcha<span class="abbr">n</span>s
+mais celles dont nous disons achatte en gros &amp; vent a detail po<span class="abbr">ur</span>
+quatre soubz de denrees se besoi<span class="abbr">n</span>g est ou pour plus ou pour moi<span class="abbr">n</span>s
+quoy qu'elle soit riche et portant grant estat &amp; assés de telles y a q<span class="abbr">ue</span>
+elle fist a une gesine d'ung enfant que elle eut n'a pas longtemps
+Car ains que on entrast en sa chambre on passoit par deux aultres
+chambres moult belles ou il avoit en chascune ung gra<span class="abbr">n</span>t lit
+de parement bien &amp; richement encourtiné. Et en la deuxiesme
+ung grant dressoir couvert co<span class="abbr">mm</span>e ung autel tout chargié de vaisselle
+d'argent blanche. Et puis de celle on entroit en la chambre
+de la gisant laquelle estoit gra<span class="abbr">n</span>de et belle toute encourtinee de tapisserie
+faicte a la devise d'elle&nbsp;/ ouvree tresrichement de fin or de
+chippre le lit grant &amp; bel encourtiné tout d'ung parement&nbsp;/ et les
+tappis d'entour le lit mis par terre sur quoy on marchoit to<span class="abbr">us</span> parelz
+a or ouvrés les grans draps d<span class="abbr">e</span> parement qui passoient plus
+d'ung espan par soubz la couverture de si fine toille de rains que
+ilz estoient prisez a trois cens frans &amp; tout par dessus ledit couvertouer
+a or tissu avoit ung autre grant drap de lin aussi delyé
+que soye tout d'une piece et sans cousture&nbsp;/ qui est une chose nouvellement
+trouvee a faire et de moult grant coust que on prisoit
+deux cens frans et plus qui estoit si grant et si large que il crouvroit
+de tous lez le grant lit de parement&nbsp;/ et passoit le bort dudit
+couvertouer qui traisnoit de tous les costés. Et en celle chambre
+avoit ung grant dressouer tout paré couvert de vaisselle doree.
+En ce lit estoit la gisant vestue de drap de soye taint en cramoisi
+appuyee de grans oreillees de pareille soye a gros boutons de perles&nbsp;/
+atournee comme une damoiselle et dieu scet les autres sup<span class="abbr">er</span>flus
+despens de festes&nbsp;/ baigneries de diverses assemblees&nbsp;/ selon
+les usaiges &amp; coustumes d<span class="abbr">e</span> paris a acouchees&nbsp;/ les une plus que
+les autres qui la furent faictes en celle gesine&nbsp;/ et pource que cest
+oultraige passe les autres quoy que on en face plusieurs grans
+est digne d'estre mis en livre. Si fut ceste chose raportee en la cha<span class="abbr">m</span>bre
+de la royne dont aulcuns dirent que les gens de paris avoie<span class="abbr">n</span>t
+trop de sang dont l'abondance aucunesfois engendroit plusieurs
+maladies. C'estoit a dire que la grant abondance des richesses
+les pourroit bien faire desvoyer. Et pource seroit leur mieulx
+que le roy les chargast d'aulcun aide emprunt ou taille parquoy
+leurs femmes ne se allassent pas comparer a la roine de france
+gueres plus n'en feroit. Si sont telz choses desordonnees &amp; viennent
+de presumption &amp; non de sens&nbsp;/ car ceulx &amp; celles qui les font
+en acquierent non mye pris&nbsp;/ mais despris&nbsp;/ car quoy qui prennent
+les estatz des haultes dames ou des princesses si ne le sont elles
+pas ne on ne les y appelle pas. ains ne perde<span class="abbr">n</span>t point le non de marchandes
+ou femmes de marchans voire telz que on les appelleroit
+en lombardie non mye marchans&nbsp;/ mais revendeurs&nbsp;/ puis
+qu'ilz vende<span class="abbr">n</span>t a detail. Si est trop grant folie de revestir d'aultruy
+habit quant chascun scet bien a qui il est c'est a entendre de prendre
+estat qui appartient a aultre non mye a soy&nbsp;/ mais se ceulx et
+celles qui telz oultrages font soit en habit ou estat laissoient leur
+marcha<span class="abbr">n</span>dise &amp; prensissent du tout les gra<span class="abbr">n</span>s chevaulx &amp; les estatz
+des seigneurs leur estre s'ensuyvroit mais c'est trop sotte chose de
+n'avoir pas honte de vendre ses denrees &amp; faire sa marchandise &amp;
+avoir honte de porter l'abit. Voire qui est bel grant &amp; honneste q<span class="abbr">ui</span>
+a droit si maintient &amp; est l'estat de marchant bel &amp; honnorable en
+france &amp; en tous païs. Si se pevent telz ge<span class="abbr">n</span>s appeller gens desguisés
+&amp; ne disons mye pour les amenuisés d'honneur&nbsp;/ car ainsi que
+dit est estat de marchant est bel &amp; bon qui a droit le maintie<span class="abbr">n</span>t ai<span class="abbr">n</span>s
+le disons en bonne entente affin de donner conseil &amp; advis aux fe<span class="abbr">m</span>mes
+a qui nous parlons d'elles garder de telz superfluités qui bo<span class="abbr">n</span>nes
+ne sont a corps ne ame &amp; pevent estre cause que leurs maris
+soient chargés d'aucun nouvel subside. Si est leur meilleur &amp; le<span class="abbr">ur</span>
+plus grant sens que leurs habitz propres chascune selon soy qui
+sont beaulx riches &amp; ho<span class="abbr">n</span>nestes portent sans prendre autres poso<span class="abbr">n</span>s
+que riches soient. Ha dieu que pevent telz gens faire de bien certes
+se ilz theraurisoient au ciel selon l'admonnestement de l'euva<span class="abbr">n</span>gille
+ilz seroient bien conseillés&nbsp;/ car ceste vie est tresbriefve &amp; celle
+est a tousjours si que ja est dit devant si seroit pour eulx bonne
+espargne pour le temps advenir que de leurs tresgra<span class="abbr">n</span>s richesses
+departissent aux povres par vraye charité &amp; si fo<span class="abbr">n</span>t les plusieurs
+n'est pas doubte il est bien besoing car par celle bonne noble vertu
+de charité que a tant aggreable dieu&nbsp;/ pevent achater le cha<span class="abbr">m</span>p
+dont l'eva<span class="abbr">n</span>gille parle en parolle ou est le grant tresor mucié c'est la
+joye de p<span class="abbr">ar</span>adis: Et ung noble mot d'icelle saincte vertu dit leon pape
+au sermon de l'apparicion ou il dit tant tresgra<span class="abbr">n</span>de est la vertu
+de charitable misericorde q<span class="abbr">ue</span> sans elle les autres vertus ne peve<span class="abbr">n</span>t
+proffiter&nbsp;/ car combien que aucune creature soit abstine<span class="abbr">n</span>t se garde
+de peché soit devot &amp; ayt toutes autres vertus sans icelle q<span class="abbr">ui</span> faict
+les autres valoir tout est nea<span class="abbr">n</span>t&nbsp;/ car au derrain jour du jugeme<span class="abbr">n</span>t
+elle sera portant la baniere deva<span class="abbr">n</span>t toutes vertus pour ceulx qui
+en ce monde l'auront exercee &amp; aymee qui les conduyra en paradis
+&amp; confondra ceulx nostre seigneur en qui elle n'aura esté trouvee
+donnant sa diffinitive semence ce nous tesmoigne le texte de
+l'evangille. Si vous povez par celle voye saulver entre vous riches
+fe<span class="abbr">m</span>mes voire en vo<span class="abbr">us</span> gardant de fraudes &amp; de baratz en voz
+marchandises contre voz prouchains.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch43" id="ch43"></a>¶ Cy devise des femmes veufves vieilles
+&amp; jeunes. Chap. .xliii.</h2>
+
+
+<p>Pour entendre nostre oeuvre plus acomplie au
+proffit de tous les estatz des fe<span class="abbr">m</span>mes p<span class="abbr">ar</span>lero<span class="abbr">n</span>s aux
+vefves des co<span class="abbr">m</span>muns estatz quoy q<span class="abbr">ue</span> dessus ayo<span class="abbr">n</span>s
+dit en l'estat des princesses dirons en telle maniere.
+Cheres amys nous mues par pitié d<span class="abbr">e</span> vous
+cheues en l'estat de vefveté par mort q<span class="abbr">ui</span> despoullés
+vo<span class="abbr">us</span> a de voz maris q<span class="abbr">ui</span> q<span class="abbr">u'i</span>lz soient ou fussent auq<span class="abbr">ue</span>l piteux estat
+so<span class="abbr">n</span>t livrees <span class="abbr">com</span>muneme<span class="abbr">n</span>t maintes angoisses &amp; assez d'e<span class="abbr">n</span>uieux affaires:
+mais c'est en diverses manieres. Car a celles q<span class="abbr">ui</span> sont riches
+d'u<span class="abbr">n</span>e guise &amp; a celles q<span class="abbr">ui</span> mye ne le so<span class="abbr">n</span>t en une autre. Si est livré meschief
+aux riches par ce q<span class="abbr">ue</span> on bee <span class="abbr">com</span>muneme<span class="abbr">n</span>t a leur oster &amp; aux povres
+ou a celles q<span class="abbr">ui</span> ne so<span class="abbr">n</span>t mye riches p<span class="abbr">ar</span> ce q<span class="abbr">ue</span> en leurs affaire ne treuvent
+pitié sico<span class="abbr">m</span>me en nulluy. Si y a avec la douleur q<span class="abbr">ue</span> avez d'avoir
+perdu voz p<span class="abbr">ar</span>ties q<span class="abbr">ui</span> assez deust souffrir trois principaulx maulx
+qui moult generaulme<span class="abbr">n</span>t soient povres ou riches vo<span class="abbr">us</span> co<span class="abbr">n</span>vie<span class="abbr">n</span>t sus.
+L'ung qui est ja touchié est que vo<span class="abbr">us</span> trouvés co<span class="abbr">m</span>munement durté
+pou de pris &amp; de pitié en toute personne &amp; telz vous souloyent ho<span class="abbr">n</span>norer
+ou te<span class="abbr">m</span>ps de voz maris q<span class="abbr">ui</span> officiers ou de grant estat estoye<span class="abbr">n</span>t
+qui ores en fo<span class="abbr">n</span>t pou de compte &amp; pou les trouvés amys. Le deuxiesme
+mal dequoy estes assaillies est de divers plais &amp; demandes
+de plusieurs gens en faitz de debtes ou de chalenges de terres ou
+de rentes. Et le tiers est le maulvais langaige des gens que de
+co<span class="abbr">m</span>mun cours est enclin a vous courroseure si q<span class="abbr">ue</span> a peines sçaurés
+si bien faire que on n'y trouve a redire. Et pource que vous avez
+besoing d'estre armees de bon sens co<span class="abbr">n</span>tre ces pestilences &amp; de toutes
+autres qui advenir vous pevent nous plaist vous admo<span class="abbr">n</span>nester
+de ce qui vous peut estre vaillable combien que peult estre
+que en avo<span class="abbr">n</span>s ailleurs parlé mais pource qu'il eschiet a propos de
+rechief le ramentrons. Quant a la durté que vous trouvés en
+toute gent communement qui est le premier des trois dessusditz
+maulx y a aussi trois remedes: L'ung q<span class="abbr">ue</span> tout premierement vo<span class="abbr">us</span>
+tourniés vers dieu qui ta<span class="abbr">n</span>t veult souffrir pour creature humaine.
+&amp; se bien y pensez ce vous apprendra a estre patientes qui est
+chose qui bien vous a besoing&nbsp;/ &amp; vous conduyre en point se bien
+y mettés le cueur que pou tiendrés de compte du pris &amp; de l'honneur
+du monde. Car ores a primes pourrés apprendre comme<span class="abbr">n</span>t
+les choses du monde sont tournables. Le deuxiesme remede est
+que il convient que vous disposez vostre cueur a estre doulces &amp;
+benignes en parolles &amp; en reverence a toute gent si que par celle
+voix vous matiez &amp; flechissiés les couraiges des felons et par
+doulces prieres &amp; humbles requestes. Item le troiziesme remede
+est que non obstant les dessusdictes choses &amp; q<span class="abbr">ue</span> en parolles habitz
+&amp; contenance soyent doulces humbles que vous advisiés p<span class="abbr">ar</span>
+bonne prudence &amp; saige gouvernement comme<span class="abbr">n</span>t vous vous deffendrés
+&amp; garderés de ceulx qui trop vous vouldront fouller.
+C'est assavoir que vous escheviez leurs compaignies n'avoir q<span class="abbr">ue</span>
+faire avecques eulx se vous povez vous tenir closeme<span class="abbr">n</span>t en voz
+hostelz ne prendre debat a voisin ne a ung ne a autre ne mesmes
+a varlet ne chamberiere&nbsp;/ tousjours parler bel et garder vostre
+droit&nbsp;/ &amp; par ainsi faire &amp; par pou vous mesler avecques diverses
+gens se besoi<span class="abbr">n</span>g ne vous en est&nbsp;/ escheverés que vous ne soyez foullees
+ne suppeditees par autruy. Au fait des plais ceulx qui vo<span class="abbr">us</span>
+assauldront qui est le deuxiesme mal debvés sçavoir que eschever
+debvez plait et procés le plus que vous povez. car c'est chose
+qui trop peut grever femme vefve pour plusieurs raisons. L'une
+qu'elle ne se congnoit &amp; est simple en telz choses. L'autre qu'il co<span class="abbr">n</span>vient
+qu'elle se mette en dangier d'aultruy pour faire solliciter ses
+besongnes &amp; gens sont communement mal dilligens des besongnes
+aux femmes &amp; voulentiers les trompent &amp; mettent en despe<span class="abbr">n</span>s
+huyt solz pour six. Et l'autre qu'elle n'y peut a toutes heures
+aller comme feroit ung homme. Et pource est le meilleur conseil
+qu'elle laisse avant aller aucune partie de son droit mais que
+ce ne soit a trop gra<span class="abbr">n</span>t oultraige q<span class="abbr">ue</span> elle si fiche &amp; se doit metre en to<span class="abbr">us</span>
+ses devoirs offrir raisonnables offres par bon conseil de ce qu'on
+luy demande ou s'il fault q<span class="abbr">u'e</span>lle soit demanderesse qu'elle pourchasse
+avant le sien courtoisement &amp; regarder se par aultre voye ou
+moyen le pourra traire. Se on l'assault par debtes regarder q<span class="abbr">ue</span>lle
+action &amp; quelle cause les demandeurs ont. Et posons toutesfois
+qu'il n'y ayt lettre ou tesmoingtz se sa conscie<span class="abbr">n</span>ce sent que quelque
+chose soit deue garde soy bien q<span class="abbr">u'e</span>lle ne retienne le droit d'autruy car
+elle chargeroit l'ame de son mary &amp; la sie<span class="abbr">n</span>ne &amp; dieu luy sçauroit bien
+envoyer tant de pertes au feur l'emplaige d'autre costé que la
+perte doubleroit. Mais se saigement se scet garder des cauteleux
+qui demandent sans cause elle fait ce qu'elle doit Mais se a
+toutes fins co<span class="abbr">n</span>vient qu'elle entre en procés doit sçavoir que troys
+choses principalles sont necessaires a toute personne qui plaide.
+L'une est ouvrer par conseil des saiges coustumiers &amp; clercz bien
+aprins es sciences de droit &amp; de loys&nbsp;/ l'autre est grant soing &amp; gra<span class="abbr">n</span>t
+dilligence de soliciter la cause&nbsp;/ &amp; l'autre est avoir argent assez po<span class="abbr">ur</span>
+ce faire. car sans doubte se l'une de ces trois choses faillent quelq<span class="abbr">ue</span>
+bonne cause que la personne ayt en peril sera de la perdre. Si est
+mestier a la femme vefve en ce party qu'elle se tire vers les anciens
+coustumiers les plus usaigiers de diverses causes &amp; non
+mye devers les plus jeunes leur monstrer sa raison ses lettres &amp;
+tiltres entendre bien ce q<span class="abbr">u'i</span>lz diront ne leur cele riens de ce qui peut
+appartenir a la cause&nbsp;/ soit pour elle ou contre elle. Car conseiller
+ne la pevent fors par ce qu'elle leur dit &amp; se leur conseil plaide ou
+accorde aux parties par leur advis&nbsp;/ mais se en procés entreface
+diligence &amp; paye bien&nbsp;/ si en sera meilleure sa cause. Si luy convie<span class="abbr">n</span>dra
+bien pour ces choses faire et pour resister a tous les aultres
+ennemys se a chief en veult venir qu'elle prengne cueur de homme&nbsp;/
+c'est assavoir constant fort &amp; saige pour adviser &amp; pour poursuyvre
+ce qui luy est bon a faire non mye comme simple fe<span class="abbr">m</span>me s'acrouppir
+en plours &amp; en larmes sa<span class="abbr">n</span>s autre deffence. comme ung
+povre chien qui s'aculle en ung coingnet &amp; to<span class="abbr">us</span> les autres luy courent
+sus. Car par ainsi faire entre vous femmes trouveriés assez
+de gens sans pitié qui le pain vous osteroyent de la main et
+vous reputeroit on ygnarans &amp; simples&nbsp;/ ne ja pource plus de pitié
+ne trouveriés en ame&nbsp;/ si ne devés pourtant ouvrer de vostre
+teste ne en vostre sens vous fiez. Mais tout par bon conseil par
+especial es grans choses q<span class="abbr">ue</span> vous ne sçavez. Et ainsi p<span class="abbr">ar</span> telle voye
+vous devez gouverner entre vo<span class="abbr">us</span> vefves en voz affaires c'est a
+entendre celles q<span class="abbr">ui</span> sont ja d'aage &amp; q<span class="abbr">ui</span> plus nourir ne se veullent. car
+quant des jeunes il app<span class="abbr">ar</span>tient q<span class="abbr">u'e</span>lles soyent gouvernees par leurs
+parens &amp; amys tant q<span class="abbr">ue</span> remariees soyent se tie<span class="abbr">n</span>nent doulcement &amp;
+simpleme<span class="abbr">n</span>t avec eulx &amp; en tel guyse que maulvaise reno<span class="abbr">m</span>mee n'en
+puisse saillir car ce seroit l'achoison de faire perdre leur bien &amp; ava<span class="abbr">n</span>cement.
+Le tiers remede contre les trois maulx dessusditz aux
+fe<span class="abbr">m</span>mes vefves q<span class="abbr">ui</span> sont au dangier du mauvais langaige des ge<span class="abbr">n</span>s
+est q<span class="abbr">u'e</span>lles se doivent garder en toutes manieres de non do<span class="abbr">n</span>ner occasion
+de mal parler sus elles en contenances maintiens &amp; habitz
+qui doibvent estre simples &amp; honnestes coyes doubteuses du fait
+de leur corps qu'on ne puisse en mal murmurer. ne soyent trop acointables
+ne privees a ho<span class="abbr">m</span>mes que on voye frequenter souvent
+en leur maison s'ilz ne sont leurs parens. &amp; encores que ce soit fait
+discretement ne beau pere prestres ne freres pou ou neant quelq<span class="abbr">ue</span>
+devote qu'elle soit: Pource q<span class="abbr">ue</span> le monde est tant enclin a dire mal &amp;
+se garder de tenir mesgnie ou l'en puist avoir aucu<span class="abbr">n</span>e suspecion ne
+moult grant priveté ne familiarité quelque bons qu'elle les saiche&nbsp;/
+ne quoy que a nul mal n'y pensast ne leur face ne au fait de sa
+despence affin qu'on n'en puist parler &amp; aussi pour mieulx garder
+le sien ne tie<span class="abbr">n</span>gne trop grant estat ne en ge<span class="abbr">n</span>s ne en robes ne en via<span class="abbr">n</span>des
+car c'est droit estat de fe<span class="abbr">m</span>me vefve estre sobre &amp; sans superfluités
+de quelque chose. Et pource que en l'estat de veufveté a tant
+de durté pour les femmes sico<span class="abbr">m</span>me nous disons &amp; il est vray pourroit
+se<span class="abbr">m</span>bler a aulcu<span class="abbr">n</span>es gens q<span class="abbr">ue</span> doncq<span class="abbr">ue</span>s seroit leur meilleur q<span class="abbr">ue</span> toutes
+se remariassent. Si pourroit a ceste question estre respondu q<span class="abbr">ue</span> s'il
+estoit ainsi q<span class="abbr">ue</span> en la vie de mariage eust tout repos &amp; paix vrayement
+seroit se<span class="abbr">n</span>s a fe<span class="abbr">m</span>me de s'i rebouter mais parce qu'on voit tout
+le contraire le doit moult eslongner toute femme quoy que aux
+jeunes soit chose comme de necessité ou tresconvenable. Mais a
+celles qui ja ont passé jeune aage. Et qui assez ont du leur ne povreté
+ne les y contraint c'est toute follie quoy q<span class="abbr">ue</span> aucunes q<span class="abbr">ui</span> le veullent
+faire dient ce n'est rie<span class="abbr">n</span>s d'une femme seulle &amp; si pou se fient en
+leur sens qu'elles se excusent que gouverner ne sçauroient. mais
+le comble des follies &amp; la grant mocquerie est quant une vieille
+prent ung jeune ho<span class="abbr">m</span>me. dont petit voit on longuement bo<span class="abbr">n</span>ne cha<span class="abbr">n</span>son
+chanter. mais tant y a que de leur malle meschance on ne les
+plaint point a bon droit.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch44" id="ch44"></a>¶ Cy parle a l'enseignement des jeunes filles &amp; vieilles
+estans en l'estat de virginité. Chap. .xliiii.</h2>
+
+
+<p>Ce n'est mye droit q<span class="abbr">ue</span> au procés de noz leco<span class="abbr">n</span>s soye<span class="abbr">n</span>t
+oubliees les fe<span class="abbr">m</span>mes ou filles qui so<span class="abbr">n</span>t en l'estat de
+virginité dont on peut parler d'elles en deux differences
+d'estas. c'est assavoir de celles q<span class="abbr">ui</span> ont propos
+de garder leur virginité tout le temps de
+leur vie po<span class="abbr">ur</span> l'amour de nostreseign<span class="abbr">eu</span>r &amp; de celles
+qui attendent le temps de mariage par l'ordo<span class="abbr">n</span>nance de voulenté
+de le<span class="abbr">ur</span>s parens. Et ainsi co<span class="abbr">m</span>me il y a difference en leur propos doit
+semblablement avoir en leur habitz conversation &amp; maniere de
+vivre mesmement au monde. Car a celles qui du tout se sont
+disposees de jamais ne l'enfraindre appartient vie tresdevote &amp;
+sollitaire &amp; quoy qu'elle soit a toutes bien seant&nbsp;/ neantmoins a cestes
+affiert pl<span class="abbr">us</span> que a autres. Et si leur est necessaire faire aulcu<span class="abbr">n</span>
+ouvraige pour avoir leur vie ou q<span class="abbr">u'e</span>lles serve<span class="abbr">n</span>t en aucun lieu elles
+doivent regarder q<span class="abbr">ue</span> toute leur occupation soit aprés ce q<span class="abbr">ue</span> leur labour
+necessaire ont faict au service de dieu en devotes oraisons et
+aussi en jeunes &amp; abstine<span class="abbr">n</span>ces faictes par discretion non mye ap<span class="abbr">ré</span>s
+q<span class="abbr">u'e</span>lles ne le puissent porter ne co<span class="abbr">n</span>tinuer ne q<span class="abbr">ue</span> leur serueil en puisse estre
+trouble Car riens de trop grant aspreté ne doibt estre prins
+sans bon conseil. Si se doibvent garder d<span class="abbr">e</span> tous pechez singulierement
+en fait &amp; en pensee affin q<span class="abbr">ue</span> le bien q<span class="abbr">u'e</span>lles fo<span class="abbr">n</span>t de une part ne p<span class="abbr">er</span>dent
+pas de l'autre car petit vauldroit estre vierge ou chaste faire
+abstinences &amp; devotions &amp; q<span class="abbr">ue</span> avec ce on fust ung tresgrant pecheur
+ou pecheresse&nbsp;/ si doibt toute p<span class="abbr">er</span>so<span class="abbr">n</span>ne q<span class="abbr">ui</span> se met a bien faire garder
+q<span class="abbr">u'e</span>lle offre a dieu offra<span class="abbr">n</span>de nette&nbsp;/ car q<span class="abbr">ui</span> p<span class="abbr">re</span>senteroit au roy une tresbelle
+&amp; bo<span class="abbr">n</span>ne viande toute entremeslee de ordure &amp; punaisie on ne
+luy feroit nul plaisir. &amp; si la reffuseroit &amp; a bon droit. Si doibvent
+estre leurs parolles bo<span class="abbr">n</span>nes si<span class="abbr">m</span>ples devotes &amp; sans trop de languaige.
+leur habit ho<span class="abbr">n</span>neste &amp; sans nulle cointerie maintien si<span class="abbr">m</span>ple &amp; courtois
+&amp; treshumble chere les yeulx bessez &amp; la parolle basse&nbsp;/ si doit
+estre leur joye ouÿr la parolle de dieu &amp; frequenter l'eglise &amp; celles
+qui ceste vie ont esleue sont de bonne heure nees. car elles ont pri<span class="abbr">n</span>se
+la meilleur partie Les autres pucelles qui attendent l'estat de
+mariage autressi doibvent estre en contenances maintiens &amp; belles
+parolles attre<span class="abbr">m</span>pees &amp; honnestes &amp; par especial en l'eglise coyes
+regardans sur leurs livres ou leurs yeulx abaissiés en rues &amp; p<span class="abbr">ar</span>
+voye simples &amp; rassises&nbsp;/ &amp; a l'hostel non oyseuses&nbsp;/ mais soie<span class="abbr">n</span>t tousjours
+occupees en quelque oeuvre de leur mesnaige leurs habis
+&amp; vestures bien faictz jointz &amp; pollis mais que deshonnesteté n'y
+ayt &amp; nettement tenus leurs cheveulx bien ordonnés &amp; non mye
+trainans par les joues ne sailles&nbsp;/ le parler amyable &amp; courtois a
+toutes gens hu<span class="abbr">m</span>ble maniere non trop emparlees. &amp; se a festes so<span class="abbr">n</span>t
+a dances ou a assemblees la&nbsp;/ doive<span class="abbr">n</span>t bien estre sur leur garde que
+bien soyent de belle maniere &amp; de beau maintien&nbsp;/ pource que plus
+de gens ont les yeulx sur elles. et dancent simplement&nbsp;/ chantent
+bassement ne soit le<span class="abbr">ur</span> regard vague ne traceant ça ne la q<span class="abbr">ui</span> trop ne
+s'enpressent entre ho<span class="abbr">m</span>mes&nbsp;/ mais tousjours se tirent vers le<span class="abbr">ur</span>s meres
+ou les autres fe<span class="abbr">m</span>mes Cestes pucelles se doive<span class="abbr">n</span>t garder de pre<span class="abbr">n</span>dre
+debat ne tençon a quelque p<span class="abbr">er</span>so<span class="abbr">n</span>ne ne a varlet ne a chamberiere.
+C'est trop layde chose a pucelle estre tenceresse &amp; renpo<span class="abbr">n</span>neuse
+&amp; en pourroit perdre son bien par les maulvais &amp; me<span class="abbr">n</span>songeux rapors
+que mesgnies font souventesfois a pou d'achoison. Pucelle
+ne soit nullement saillant effrayee ne ribaulde par especial a ho<span class="abbr">m</span>mes
+qui q<span class="abbr">u'i</span>lz soyent ne a clercz de l'ostel ne varletz ne autres mesgnies
+&amp; si ne seuffre en nulle guise ho<span class="abbr">m</span>me la touche ne se joue a elle
+des mains ne de trop rigollages. Car ce seroit trop grant empirement
+de l'honnesteté que avoir doit &amp; de son bon loz. Si affiert
+aussi a pucelle estre devote par especial vers nostre dame vers
+saincte Katherine &amp; toutes vierges&nbsp;/ &amp; s'elle scet lire en lise voule<span class="abbr">n</span>tiers
+les vies&nbsp;/ jeune aucuns jours &amp; soit sobre sur toutes riens en
+boire &amp; en me<span class="abbr">n</span>ger &amp; co<span class="abbr">n</span>tente d'assez pou de viande &amp; de foibles vi<span class="abbr">n</span>s
+car gloutonnie a pucelle sur vin &amp; sur viande sur toutes choses
+est layde tache. Pource doit bien garder qu'on ne la voye nulle
+fois changee par vin prendre trop largement&nbsp;/ car se telle tache avoit
+on n'y esperoit quelconque autre bien si doit de droicte coustume
+toute pucelle mettre largement de l'eaue en son vin&nbsp;/ &amp; acoustumer
+a petit boire aussi avecques les bonnes taches &amp; manieres
+qui luy affierent appartient estre a toute pucelle humble et
+obeissant a pere &amp; a mere &amp; les servir dilige<span class="abbr">m</span>ment de tout son povoir.
+s'attendre de son mariage du tout a eulx &amp; non mye que de elle
+mesmes le face &amp; sans leur consentement&nbsp;/ ne quelconques parolles
+n'en doibt tenir ne escouter personne. Et sont pucelles par
+ceste maniere aprinses &amp; endoctrinees sont a desirer aux hommes
+qui marier se veullent.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch45" id="ch45"></a>¶ Cy devise comment anciennes femmes
+se doive<span class="abbr">n</span>t maintenir vers les jeunes et des
+meurs que avoir doibvent. Chap. .xlv.</h2>
+
+
+<p>Pource que assez co<span class="abbr">m</span>munement a debat &amp; discord
+tant en oppinions comme en parolles entre vieilles
+gens &amp; les jeunes si que a peine se pevent
+entresouffrir comme s'ilz fusse<span class="abbr">n</span>t de deux especes
+laquelle chose fait l'aage qui tout ainsi qu'il est
+differencié met difference en leurs meurs &amp; condicions
+nous semble bon pour mettre paix de celle guerre entre
+les femmes de divers aages qui nostre doctrine pourront ouÿr
+que nous ramentevions aucunes choses qui bonnes y pevent estre.
+Mais dirons premierement aux anciennes les meurs qui
+leur advisent. Il appartient a toute femme d'aage qu'elle soit sage
+en fait en habit contenance &amp; parolle. en fait doibt estre saige&nbsp;/
+par ce que advis doibt avoir &amp; memoire des choses que veues a
+advenir en son temps. Et pource avant aucune chose qui veult
+faire ou entreprendre doit ouvrer par l'exemple d'icelles. car s'elle
+a veu mal ou bien advenir a elle&nbsp;/ ou a autre par tenir aulcunes
+manieres penser peult que ainsy luy adviendra par semblablement
+faire. Et pource dit on que vieilles gens sont communement
+plus saiges que les jeunes. Et est vray pour deux raiso<span class="abbr">n</span>s.
+L'une pource que leur entendement est pl<span class="abbr">us</span> parfait &amp; a plus gra<span class="abbr">n</span>t
+consideration. Et l'autre qu'ilz ont plus gra<span class="abbr">n</span>t experience des choses
+passees: pource qu'ilz ont plus veu. Si leur appartient doncques
+estre plus saiges&nbsp;/ &amp; s'ilz ne le sont plus sont a reprendre. Et
+sans faille quant vieilles gens sont sans sens ou nices ou qu'ilz
+facent les follies que jeunesse admonneste aux jeunes &amp; do<span class="abbr">n</span>t mesmes
+on les reprent il n'est si grant mocquerie. Et pource l'ancienne
+femme doibt bien estre pourveue qu'elle ne face chose dont on
+y puist noter follie ne luy appartient dancer baller ne rire follement
+mais s'elle est joyeuse de sa condicion doit toutesfoys regarder
+qu'elle prengne ses joyeusetés par apoint non mye de la maniere
+des jeunes gens: mais plus rassisement die ses parolles a
+trait &amp; gracieusement face ses esbateme<span class="abbr">n</span>s&nbsp;/ &amp; sans nul effroy&nbsp;/ car
+quoy que nous disons que saige doibt estre &amp; rassise n'entendons
+par pourtant que rechignee soit malle ramponneuse ne maulgratieuse
+pour do<span class="abbr">n</span>ner a croire que c'est tout sens. Car ainçois se
+doit garder de telles passions si viennent communeme<span class="abbr">n</span>t a vieilles
+gens. C'est assavoir d'estre ireulx maugracieux &amp; rechinés
+pource la saige ancienne quant elle sentira que son couraige sera
+enclin a tencer ou se courroucer elle la moderera par telle sage distrecion
+disant a soy mesmes dieu &amp; que as tu que demandes tu
+est ce fait de saige femme d'ainsi se demener ou troubler se ces choses
+te semblent maufaictes&nbsp;/ il n'est mye en toy de tout amender
+soies plus en paix ne p<span class="abbr">ar</span>le pas si maugracieuseme<span class="abbr">n</span>t se tu te voies
+co<span class="abbr">m</span>ment ta chere est maugracieuse quant tu es en tel despit gra<span class="abbr">n</span>t
+orreur en auroies soies plus conversable &amp; plus debo<span class="abbr">n</span>naire a tes
+gens et ceulx que tu dois chastier reprens les plus courtoiseme<span class="abbr">n</span>t
+et te garde de tel ire&nbsp;/ car c'est chose qui desplaist a dieu &amp; en vault
+pis ton corps &amp; moins en es aymee. Il appartient a avoir pacie<span class="abbr">n</span>ce.
+Telles choses &amp; semblables doit dire a soy mesmes la saige
+femme ancienne quant les mouvemens d'ire luy viennent avec
+ce sens doit estre l'ancienne femme vestue large et d'abillement
+honneste. Car a ce propos dit ung vray mot machault vieille
+coincte et jolie est matiere de mocquerie&nbsp;/ sa contenance de beau
+port &amp; honnorable. Car en verité quoy que nul die c'est beau parement
+et chose de grant honneur et reverence en une place &amp; qui
+bien y tient son lieu souventesfois que une ancie<span class="abbr">n</span>ne personne soit
+homme ou femme quant elle est saige ou de honnorable maniere
+en toutes choses la parolle de ceste saige femme ancienne doit
+estre toute meue par discretion se garde bien que de sa bouche n'isse
+folles parolles deshonnestes&nbsp;/ car chose de plus grant derision
+n'est que sotte parolle &amp; mal honneste en vieille gens&nbsp;/ pource les
+doit dire toutes de bon exemple Et a venir a ce que nous avons
+dit devant. C'est assavoir a parler du contens et mal accord qui
+est communement entre vieilles gens &amp; jeunes gens la saige a<span class="abbr">n</span>cienne
+femme doit estre sur ce advisee en telle maniere que qua<span class="abbr">n</span>t
+aucun mouvement luy viendra en pensee ou en parolle <span class="abbr">con</span>tre jeunes
+gens pour leurs jeunesses que elles ne puissent pas bien soufrir
+pensee en soy mesmes. Beau sire dieu tu as esté jeune advise
+bien quelles choses tu faisoies en ce te<span class="abbr">m</span>ps eusses tu voulu qu'o<span class="abbr">n</span>
+parlast ainsi de toy pourquoy leurs cours tu tant seur advise co<span class="abbr">m</span>ment
+sont grans les aguillons de jeunesse tu en dois avoir pitié
+Car tu es passee par ces pas on doit jeunes gens reprendre &amp; te<span class="abbr">n</span>cer
+voirement de leurs follie. Mais non mye pourtant les haïr
+ne diffamer&nbsp;/ car ilz ne scevent qu'ilz font &amp; ne congnoissent pource
+les supporteras benignement &amp; chastieras par bonne maniere
+ceulx &amp; celles qui te touche<span class="abbr">n</span>t &amp; se les autres le blasment ou diffament
+tu les excuseras par pitié advisant l'ignorance de jeunesse
+qui leur toust a avoir plus grant congnoissance. Ha dieu advises
+en toy mesmes que se tu n'as a present en toy les mouveme<span class="abbr">n</span>s
+que jeunesse a ne plus ne te delictes en telz folies par vieille qui
+t'a meuree &amp; refroide tu n'es mye pourta<span class="abbr">n</span>t sans pechié ains en as
+par adventure de plus grans et de plus gros que tu n'avoyes de
+tel aage ou que assés de jeunes gens n'ont &amp; se ces vices la t'ont
+delaisee d'autres plus mauvais t'ont acueillie comme envie couvoitise
+ire impacience gloutonnie par especial d<span class="abbr">e</span> vins en quoy tu
+fais souvent de grans deffaultes. Et toy qui dois estre saige n'a
+pas puissance de y resister par ce que l'inclination de vieillesse tire
+tempte &amp; admonneste &amp; tu veulx que iceulx jeunes soient pl<span class="abbr">us</span>
+saiges que toy&nbsp;/ c'est assavoir que ilz resistent aux temptations q<span class="abbr">ue</span>
+jeunesse leur met en couraige et facent ce que tu ne peus faire si
+laisses en paix jeunes gens &amp; plus ne murmures contre eulx.
+Car se bien te regardes assés as affaire de toy mesmes. &amp; se les
+vices de jeunesse t'ont laissee ce n'est mye par ta vertu&nbsp;/ mais par
+ce que nature plus ne s'i encline et pour ce te semblent ilz si abhominables.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch46" id="ch46"></a>¶ Cy devise comment jeunes femmes se doivent maintenir
+vers les anciennes. chap. .xlvi</h2>
+
+
+<p>Si viendrons aux enseigneme<span class="abbr">n</span>s qui pevent garder
+les jeunes gens de contendre arguer mesaymer
+ne despriser les anciens&nbsp;/ mais les avoir en
+toute reverence. &amp; leur dirons ainsi. O enfans &amp;
+entre vous jeunes gens qui estes abilles a retenir
+&amp; aprendre entendés la leçon qui vous peut
+introduire prouffitablement en meurs &amp; coustumes qui a tenir
+vous affierent vers les treshonnorables estatz des anciens. Laquelle
+leçon vous peut introduire en cinq pri<span class="abbr">n</span>cipaulx pointz. do<span class="abbr">n</span>t
+le p<span class="abbr">re</span>mier point appartient a la reverence que porter leur devés.
+Le deuxiesme a l'obeissance. Le troisiesme a la crainte Le quatriesme
+en l'aide &amp; reconfort. Et le cinquiesme a adviser le bien qu'ilz
+vous font &amp; que par eulx. dont quant au premier point qui est d<span class="abbr">e</span>
+la revere<span class="abbr">n</span>ce que par droicte ordonnance leur devés est escript que
+il fut ung roy en grece que on nommoit figurgus&nbsp;/ qui maintes
+belles lois trouva &amp; entre les autres en establit une telle que les
+jeunes gens portassent tresgrant honneur &amp; reverence aux anciens.
+Si advint une fois que celluy roy ou autre sien successeur avoit
+envoyé ses ambassadeurs en une autre contree avec lesq<span class="abbr">ue</span>lz
+estoient alés pour les garder servir &amp; aco<span class="abbr">m</span>paigner de nobles ge<span class="abbr">n</span>s
+du païs Advint que quant temps fut de faire leur legation la p<span class="abbr">re</span>sse
+estoit moult grande ou lieu ou assis estoient&nbsp;/ car la fut assemblee
+la gent pour ouÿr ce que dire vouloye<span class="abbr">n</span>t si estoient les places
+toutes prinses. Si y vint ung a<span class="abbr">n</span>cien homme pour ouÿr comme
+les aucies &amp; ala traçant tout a l'environ pour trouver a se seoir &amp;
+nul de sa nation trouva si courtois qui point de lieu luy prese<span class="abbr">n</span>tast
+mais quant il vint a l'endroit ou seoient les jeunes estrangiers
+dessusditz tantost selon les lois de leur païs se leverent &amp; firent
+reverence &amp; place au vieillart. laquelle chose fut tresgrandeme<span class="abbr">n</span>t
+notee &amp; prisee de tous. Et ceste mesmes maniere tenoient semblableme<span class="abbr">n</span>t
+les rommains au temps qui se gouvernoye<span class="abbr">n</span>t par souveraines
+ordo<span class="abbr">n</span>nances. Et pourtant entre vous enfans &amp; jeunes
+gens cest exemple par enseignement vous soit doctrine&nbsp;/ car sachiés
+que droit &amp; raison veult que honneur leur soit portee &amp; mesmes
+la saincte escripture le tesmoigne &amp; soyés certains que en ce
+faisant vostre tresgrant los y sera. Car l'honneur n'est mye a celluy
+a qui on le fait. Et s'il est ainsi que honneur leur devés il s'ensuyt
+que souveraineme<span class="abbr">n</span>t vous devés garder de les mocquer ne
+dire ou faire derisions injures oultrages ne vile<span class="abbr">n</span>nies quelconq<span class="abbr">ue</span>s
+desplaisir ne arguer a ceulx sicomme font aucuns mauvais enfans
+qui trop en sont a reprendre&nbsp;/ qui les appellent vieillars ou
+vieilles&nbsp;/ mais c'est ung bel reproche a qui bien le gouverne. Le
+deuxiesme point qui est comment leur devés obeir touche comment
+devés croire certainement que ilz sont plus saiges que vo<span class="abbr">us</span>
+si appartient que vous vous tenés a leurs oppinions plus que
+aux vostres&nbsp;/ c'est a entendre des ancie<span class="abbr">n</span>s saiges que usiés de leur
+conseil &amp; de vos plus grans fais ordonnés &amp; riglés par eulx et p<span class="abbr">ar</span>
+ainsi ne pourrés estre aprins. Le quatreiesme point est que tous
+ne soient ilz pas fors de corps pour vous batre&nbsp;/ et que ja n'ayés
+celle doubte si les devés vous craindre sicomme s'ilz fussent to<span class="abbr">us</span>
+vos peres &amp; vos meres. La raison est pource qu'ilz o<span class="abbr">n</span>t avecques
+eulx en leurs sens Et sçavoir le baston de correction qui vous
+appartient pource vo<span class="abbr">us</span> affiert redoubter leur presence&nbsp;/ c'est assavoir
+vo<span class="abbr">us</span> garder de mesprendre la ou ilz sont: car tost l'ap<span class="abbr">er</span>cevroie<span class="abbr">n</span>t
+Le quatriesme est que vous leurs devez ayder &amp; reconforter de
+la force de vostre corps &amp; aussi de voz biens piteusement en le<span class="abbr">ur</span>s
+maladies &amp; foiblesses a ceulx qui besoing en ont par humaine co<span class="abbr">m</span>passion
+pensant que semblablement devendrés i<span class="abbr">m</span>pote<span class="abbr">n</span>s &amp; foibles
+se vous tant vivés si vouldriés bien adonc que on vo<span class="abbr">us</span> reco<span class="abbr">n</span>fortast
+&amp; aussi pour la tresgrande charité &amp; aulmosne q<span class="abbr">ue</span> c'est envers
+dieu&nbsp;/ car plus grant enfermeté n'est q<span class="abbr">ue</span> vieillesse. Item le cinquiesme
+point qui est du bien que par eulx recevés lequel plus vous
+doit esmouvoir a les suporter &amp; avoir compassion d'eulx est que
+ce sont mesmement les loys par ce estes enseignés &amp; riglés en ordre
+de droit si ne pourriés jamais rendre ces grans benefices &amp; q<span class="abbr">ui</span>
+aussi soustiennent tous les jours en toutes terres païs &amp; royaulmes
+les belles rigles &amp; ordonnances du monde. car non obstant
+la grant force des jeunes se ne fussent les saiges anciens le monde
+yroit a confusion&nbsp;/ &amp; ce mesme tesmoigne la saincte escripture
+qui dit mal pour la terre dont le roy ou seigneur est enfant c'est a
+dire jeune de meurs et aussi &amp; par ces rigles entre vous jeunes
+vo<span class="abbr">us</span> devez ordonner &amp; maintenir vers les anciens affin que le bien
+de vo<span class="abbr">us</span> &amp; de vostre renommee mesme en croisse. Car moult
+est grant auctorité la bonne reno<span class="abbr">m</span>mee q<span class="abbr">ui</span> est recitee par la bouche
+de saige ancienne perso<span class="abbr">n</span>ne de la relation d'autruy &amp; y adjouste l'en
+grant foy parquoy se les jeunes qui la desirent estoyent bien advisés
+ilz devroyent mettre trop grant peine d'estre en leur grace
+par bonnes meurs affin q<span class="abbr">ue</span> d'eulx ilz fussent loués. Si touche cest
+admo<span class="abbr">n</span>nestement q<span class="abbr">ue</span> dit avons en ce pas tant les jeunes hommes
+comme les jeunes femmes. Mais pour descendre a nostre p<span class="abbr">ro</span>pos
+a l'enseignement des femmes pource q<span class="abbr">ue</span> les sens et les biens dessusdictz
+sont es anciennes&nbsp;/ c'est assavoir en ceulx &amp; celles qui sont
+honnorables &amp; saiges car nostre entente n'est mye d'aucuns maleureux
+vieillars ou vieilles endurcis en leurs pechés &amp; vices ou
+n'a quelconques sens ne bonté &amp; ceulx sont a fuyr plus que chose
+nee&nbsp;/ mais de bonnes &amp; honnestes se doibt voulentiers accointer
+toute jeune femme qui desire honneur aller a festes ou a quelco<span class="abbr">n</span>que
+lieu que ce soit voulentiers en leur compaignie plus q<span class="abbr">ue</span> avec
+les jeunes&nbsp;/ car plus en sera louee &amp; plus seurement yra &amp; se aulcune
+chose venoit en l'assemblee mal apoi<span class="abbr">n</span>t ja le diffame ou blasme
+ne sera sur telle qui en honnorable compaignie d'ancienne fe<span class="abbr">m</span>me
+bien nommee sera. Si doibt si que dit est la jeune femme servir
+&amp; honnorer &amp; porter grant reverence a l'ancie<span class="abbr">n</span>ne &amp; suporter d'elle
+posons qu'elle feust aucunement male ou dangereuse recevoir
+en gré sa correction ne luy respondre point maulgracieusement
+mais se taire ou parler courtoisement l'apaisier p<span class="abbr">ar</span> bel se elle peut
+&amp; se garder de faire les choses q<span class="abbr">u'e</span>lle scet qui la peut mouvoir a ire
+&amp; de ce faire sera tres louee. Et p<span class="abbr">ar</span> ces voyes tenir de vieilles ge<span class="abbr">n</span>s
+aux jeunes ge<span class="abbr">n</span>s &amp; de jeunes aux vieulx po<span class="abbr">ur</span>ra estre gardee &amp; mai<span class="abbr">n</span>tenue[**u/n
+entre eulx q<span class="abbr">ui</span> souventesfois sont en grans desaccors.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch47" id="ch47"></a>¶ Cy devise des femmes des mestiers comment
+gouverner se doivent. Chap. .xlvii.</h2>
+
+
+<p>Or nous convie<span class="abbr">n</span>t parler de l'ordre de vivre des fe<span class="abbr">m</span>mes
+mariees aux hommes des mestiers qui
+demeurent es cités &amp; bonnes villes sicomme a
+la ville de paris &amp; autre part non obsta<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ue</span> tout
+le bien que devant est dit pevent prendre en leur
+usaige se il leur plaist. mais non pourtant que
+les mestriers soyent plus honnestes les ungs que les aultres
+sicomme orfevre brodeur armurier tapissier &amp; autres plusieurs
+que ne sont maçons cordonniers &amp; telz semblables a toutes appartient
+que elles soyent tressoigneuses &amp; dilligentes se chevances
+veullent avoir par honneur de solliciter leurs maris ou le<span class="abbr">ur</span>s
+ouvriers de eulx prendre matin a la besongne &amp; tard laisser&nbsp;/ car
+sans faille il n'est nul si bon mestier que qui n'y met dilligences a
+peines peut on aller de pain a autre. Et avec ce que tel femme
+doibt solliciter les aultres a ellemesmes appartient mettre les
+mains a la paste tant faire que elle se congnoisse en l'ouvrage affin
+que elle saiche deviser a ses ouvriés se le mary n'y est reprendre
+s'ilz ne font pas bien doibt estre dessus pour les garder d'oiseuseté
+car par ouvriers mauso<span class="abbr">n</span>gneux est aucunesfois desert le maistre
+&amp; quant marchés viennent a son mary de faire aucun ouvraige
+aucunement dangereux &amp; non acoustumé elle le doibt admo<span class="abbr">n</span>nester
+par bel q<span class="abbr">ue</span> il garde bien que il n'en prengne marché ou il puist
+perdre &amp; luy conseille que le moins qu'il puisse face de creances s'il
+ne scet bien ou &amp; a q<span class="abbr">ui</span>&nbsp;/ car par ce plusieurs vie<span class="abbr">n</span>nent a povreté quoy
+que aucunesfois la couvoitise de plus gaigner ou de la grant offre
+q<span class="abbr">ue</span> on leur fait&nbsp;/ leur face faire. Avec ce doibt tenir son mary en
+amour le plus qu'elle peut a celle fin que plus voule<span class="abbr">n</span>tiers se treuve
+a l'hostel &amp; que il n'ayt cause de suyvre les sottes compaignies
+d'aultres jeunes hommes en tavernes &amp; autres superflus &amp; oultrageuses
+despenses si que assez de ge<span class="abbr">n</span>s de mestier &amp; par especial
+a paris font desquelles par doulcement traicter le doibt garder
+le plus que elle peut. Car on dit que trois choses chassent l'homme
+de son hostel femme rioteuse cheminee qui tie<span class="abbr">n</span>t fumee &amp; maison
+ou il pleut. Avec ce elle se doit tenir voulentiers a l'hostel non
+mye allant tous les jours trotant ça &amp; la voisina<span class="abbr">n</span>t pour sçavoir
+que chascun fait ne visitant souvent commeres&nbsp;/ car c'est faict de
+maulvaises mesnagieres si ne luy sont bien seans tant de compaignies
+faire par ville ne troter a pelerinages trouvés sans besoing
+q<span class="abbr">ui</span> ne sont toutes fors despences sans necessité. Avec ce doit
+admonnester son mary que ilz vivent si sobrement que la despence
+ne passe la gaigne si que au bout de l'an se treuvent en debtes
+se elle a enfans leur face aprendre premiereme<span class="abbr">n</span>t a l'escolle affin
+qu'ilz puissent &amp; sachent mieulx servir dieu aprés soyent mis
+a aulcun mestier par quoy leur vie puissent avoir. Car grant
+avoir donne a son enfant qui luy donne science marchandise ou
+mestier &amp; les garder de mignotises &amp; de friandises sur toutes riens.
+car en verité c'est une chose qui moult honnist les enfans de
+bo<span class="abbr">n</span>nes villes qui est grant peché a peres &amp; a meres lesquelz doibvent
+estre cause du bien &amp; des bo<span class="abbr">n</span>nes meurs de leurs enfans &amp; ilz
+sont aucunesfois achoison par les fria<span class="abbr">n</span>dises en quoy ilz les nourrissent
+&amp; les grans mignotises que ilz leur font d<span class="abbr">e</span> leur mal &amp; perdicion.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch48" id="ch48"></a>¶ Cy devise des fe<span class="abbr">m</span>mes serva<span class="abbr">n</span>tes &amp; cha<span class="abbr">m</span>berieres.
+chap. .xlviii.</h2>
+
+
+<p>Affin que tout se sente d<span class="abbr">e</span> nostre admonnesteme<span class="abbr">n</span>t
+en bien vivre parlerons mesmement aux femmes
+servantes &amp; chamberieres de paris &amp; d'aultre
+part &amp; pource que en plusieurs lieux la necessité
+de gaigner leur vie &amp; assez en est il par ce que
+elles ont esté mises bien jeunes a servir l'occupation
+du service mondain leur a par adventure empeschié de sçavoir
+si largement des choses qui appartiennent a sauvement co<span class="abbr">m</span>me
+autres font &amp; aussi a servir dieu en oyant messes sermons et
+disans patenostres &amp; oraisons dont peut estre desplaisir a auculnes
+bonnes mais besoing de servir ne leur seuffre nous semble
+bon p<span class="abbr">ar</span>ler ung petit de la maniere en fait oeuvre ou pensee q<span class="abbr">ui</span> pour
+leur sauvement a tenir leur est prouffitable &amp; aussi de ce qu'elles
+doibvent eschever. Si doit sçavoir toute femme servante qu'elle
+faict a excuser de toutes choses mesmement vers dieu se elle ne
+les fait que sa maistresse ou autre femme aisee n'en sera pas excusee&nbsp;/
+c'est assavoir que se elle est en service par necessité de son vivre
+&amp; il convient que pour son service mieulx acomplir tire gra<span class="abbr">n</span>t
+peine lieve matin &amp; couche tard disne &amp; souppe aprés les autres
+&amp; mal a son loysir&nbsp;/ mais aille mengeant ça &amp; la tousjours en servant
+&amp; par adventure non mye bien largement aura sa substentation&nbsp;/
+mais assez escharcement &amp; ric a ric se telle femme ne jeusnes
+mesmes tous les jours co<span class="abbr">m</span>ma<span class="abbr">n</span>dés de l'eglise elle en faict vers
+dieu a excuser voire se elle sent que sans grever son corps lequel
+par adventure deffauldroit si qu'elle ne pourroit gaigner sa vie
+ne le peut faire non mye que elle brise son jeune par gloutonnie &amp;
+par folle presumption disant je suis servante je ne doy mye jeusner.
+Et pource discretion &amp; bonne conscience doive<span class="abbr">n</span>t faire la difference
+&amp; en estre juges Car il est des chamberieres plus aises de
+toutes choses que assez de mesnagiers est il qui jeusnent ou font
+abstinences pour l'amour de dieu si ne le disons mye pour icelles.
+Et semblablement disons d'aller en l'eglise &amp; estre en oraisons.
+que doit faire la bonne servante qui veult deservir estre sauvee
+certainement elle doit avoir que dieu qui tant congnoist voit ne
+demande que le bon cueur vers luy ne fauldra a bien ouvrer et
+pour celle qui tel aura &amp; se sauvera en tel maniere que elle se gardera
+de tous lais &amp; mauvais pechés portera loyaulté en faict &amp;
+en dict a maistre &amp; a maistresse et songneusement les servira et
+mesmes en faisant la la besongne pourra dire ses patenostres &amp;
+ses devotions &amp; se elle peut estre de fait au moustier le cueur y sera
+par bonne voulenté &amp; toutesfoys n'est mye a croyre que nulle
+ou pou soit occupee que s'elle veult prendre la peine de lever matin
+qu'elle ne puisse bien avoir espace d'oÿr une messe le plus des
+jours se reco<span class="abbr">m</span>mander a dieu puis s'en retourner faire sa besongne
+&amp; telle voye tenir avec les autres bie<span class="abbr">n</span>s q<span class="abbr">ue</span> bo<span class="abbr">n</span>ne serva<span class="abbr">n</span>te peut faire
+sans faille les <span class="abbr">con</span>duyro<span class="abbr">n</span>t a sauveme<span class="abbr">n</span>t. Mais tenir la maniere q<span class="abbr">ue</span> aucu<span class="abbr">n</span>es
+gouliardes &amp; mauvaises fo<span class="abbr">n</span>t est chemin da<span class="abbr">m</span>pnable. Et po<span class="abbr">ur</span>
+les reprendre de le<span class="abbr">ur</span>s mauvaisties &amp; follies en diro<span class="abbr">n</span>s il est aucu<span class="abbr">n</span>es
+faulces gloutes cha<span class="abbr">m</span>berieres q<span class="abbr">ue</span> p<span class="abbr">ar</span> ce q<span class="abbr">u'e</span>lles sceve<span class="abbr">n</span>t assez du bas vouler
+et bien servir pour mieulx flater es grans hostelz des bourgois
+&amp; riches gens on leur baille grant gouvernement pource q<span class="abbr">u'e</span>lles
+scevent bien faire les bonnes mesnagieres si ont office d'acheter
+la viande et aller a la chair ou trop bien batent le cabas qui
+est mot communement dit qui est a ente<span class="abbr">n</span>dre faire acroire que la
+chose couste plus que elle ne fait &amp; retenir l'argent&nbsp;/ si font entendant
+que le quartier de mouton leur couste quatre soulz que elles
+ont pour dix blans ou moins &amp; ainsi des autres choses si pevent
+par celle voye faire aval l'annee grant dommaiges&nbsp;/ et plus
+font telz jours est&nbsp;/ car elles apportent a part ung morcellet de friandise
+si font faire ung pasté et sur la taille de leur maistre le co<span class="abbr">n</span>tent
+au four. Et puis quant leur maistre est au palais ou en la
+ville &amp; leur maistresse a l'eglise a la gra<span class="abbr">n</span>t messe la desjeunerie est
+faicte en la cuisine a bon gaudeamus et n'est pas sans bien boire
+et du meilleur et la viennent les autres chamberieres de la rue
+qui so<span class="abbr">n</span>t du flot des chamberieres et autres commeres &amp; dieu scet
+comme la se fourrent et aucune porte le pasté en la chambre que
+elle a en la ville. et la vient le gentil gallant et ainsi se rigollent&nbsp;/
+s'il y a femmes qui repairent en l'ostel qui aident a faire les lessives
+&amp; a escurer les potz celles sont de la cordelle de la chamberiere&nbsp;/
+car elles font la besongne de l'hostel tandis que icelle va jouer
+affin que le maistre &amp; la maistresse treuve<span class="abbr">n</span>t tout prest quant ilz
+vendront si les envoye bien a heure&nbsp;/ mais dieu scet co<span class="abbr">m</span>ment boudees
+de vin &amp; de via<span class="abbr">n</span>des si leur servent d'ung autre office. car aucunesfois
+quant on fait la lessive a l'hostel &amp; la maistresse qui en
+sera bien embesongnee cuidera que sa chamberiere soit a la riviere
+pour laver la lessive &amp; elle est aux estuves paix &amp; aise&nbsp;/ et a ses
+femmes qui luy font sa besongne&nbsp;/ mais ne les paye pas du sien&nbsp;/
+si a ses cousins &amp; ses comperes qui la viennent demander a l'hostel
+&amp; veoir aucunesfois &amp; dieu scet que les cousinages &amp; les chalandises
+de maintes commeres qu'elles a en la ville coustent a
+l'ostel maintes bouteillees de vin&nbsp;/ mais s'il advient quel tel femme
+serve en lieu ou il y ait jeune maistresse nouvelle mariee&nbsp;/ et
+ung pou nicette elle est bien arrivee. Car bien se sçaura pener d<span class="abbr">e</span>
+flater le maistre &amp; de parler a luy bien en preude femme &amp; dire fy
+de flatars&nbsp;/ affin que se fie bien a elle de sa femme &amp; de tout&nbsp;/ mais
+ne fault pas a luy tirer bien les vers du nés&nbsp;/ car d'autre coste raflatera
+la jeune fille&nbsp;/ si que par celle maniere les tendra to<span class="abbr">us</span> deux
+q<span class="abbr">u'i</span>lz ne croiront a autre dieu &amp; adonc vin &amp; via<span class="abbr">n</span>de chandelle pain
+lart sel &amp; toute despence d'ostel sera bien gouverné &amp; se le maistre
+dit aucunesfois que les garnisons y faillent trop tost incontine<span class="abbr">n</span>t
+aura sa responce preste disant que c'est pource qui faict de grans
+disners &amp; semont tant les gens de boire&nbsp;/ mais s'il advient que aucun
+galant luy promette ou donne chapperon ou robe pour faire
+ung message a sa maistresse se elle ne le fait de bonne maniere
+que elle soit arse de telles gloutes chambrieres est il aucunesfois
+si est moult grant peril en ung hostel. Car par le beau service q<span class="abbr">ue</span>
+elles scevent faire leurs flateries bien appareiller &amp; beau respondre
+aveuglent telleme<span class="abbr">n</span>t les gens que on ne se prent garde de le<span class="abbr">ur</span>s
+mauvaisties&nbsp;/ car elle se meslent de devotion parmy po<span class="abbr">ur</span> mieulx
+tout couvrir &amp; vont au mo<span class="abbr">n</span>stier a tout patenostres &amp; la est le peril.
+Si vous en prenés garde entre vous qui estes servis que ne
+soyés deceus. Et a vous qui servés le disons affin que abhomination
+aiés de telz choses faire. Car sans faille celles qui le font
+se damnent &amp; desservent mort d'ame &amp; de corps&nbsp;/ car de telles sont
+arses ou vives enfouyes qui tant ne l'ont desservy.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch49" id="ch49"></a>¶ Cy parle a l'enseignement des femmes de folle
+vie. Chapitre .xlix.</h2>
+
+
+<p>Tout ainsi comme le soleil luyst sur les bons &amp;
+sur les mauvais n'aurons point de honte d'espa<span class="abbr">n</span>dre
+nostre doctrine mesmes sur les femmes q<span class="abbr">ui</span>
+sont folles legeres &amp; desordonnees vie quoy q<span class="abbr">u'i</span>l
+ne soit riens plus abhominable &amp; ce ne devons
+mye avoir pensant que la digne personne de jesucrist
+n'eut pas orreur de leur tenir resne en les convertissant do<span class="abbr">n</span>ques
+pour charité &amp; intention de bien &amp; affin que aucunes d'elles
+puist se l'aventure si a do<span class="abbr">n</span>né que elle l'oye recueillir &amp; retenir de noz
+enseignemens q<span class="abbr">ue</span>lque chose qui puisse estre cause de la retraire de
+vie folle. Car plus grant aumosne ne peut estre faicte que de retraire
+le pecheur de mal &amp; de peché dirons ainsi ouvrés les yeulx
+de congnoissance entre vous miserables femmes donnees a peché
+tant deshonnestement retrahés vous tandis que la lumiere
+du jour avés &amp; ains que la nue vous surprengne&nbsp;/ c'est a dire ta<span class="abbr">n</span>dis
+que vie au corps vous dure que mort ne vous assaille &amp; pre<span class="abbr">n</span>gne
+em peché qui vous conduise en enfer. Car nul ne scet l'eure
+de la fin avisés la grant ordure de vostre maniere de vivre tant
+abhominable que avec ce que vo<span class="abbr">us</span> estes en l'ire de dieu le monde
+vous desprise q<span class="abbr">ue</span> toute personne honneste vo<span class="abbr">us</span> fuyt co<span class="abbr">m</span>me chose exco<span class="abbr">m</span>muniee
+&amp; en rue destourne sa veue q<span class="abbr">ue</span> ne vo<span class="abbr">us</span> voye. Et po<span class="abbr">ur</span>quoy
+dure en vous tant ville couraige q<span class="abbr">ue</span> on parle de telle abhominacion
+vo<span class="abbr">us</span> tenez plungiees co<span class="abbr">m</span>ment peut estre ramenee a tel vice fe<span class="abbr">m</span>me
+q<span class="abbr">ui</span> de sa nature &amp; condition est honneste simple &amp; honteuse q<span class="abbr">u'e</span>lle
+puisse endurer tant de deshonnesteté vivre boire &amp; me<span class="abbr">n</span>ger entre
+ho<span class="abbr">m</span>mes plus vilz q<span class="abbr">ue</span> pourceaulx ne d'autre gens n'avez congnissa<span class="abbr">n</span>ce
+q<span class="abbr">ui</span> vo<span class="abbr">us</span> batent traisnent &amp; menassent &amp; desq<span class="abbr">ue</span>lz estes to<span class="abbr">us</span> les jo<span class="abbr">ur</span>s
+en peril d'estre occises. Helas pourquoy est simplesse &amp; ho<span class="abbr">n</span>nesteté
+de fe<span class="abbr">m</span>me ramenee en vo<span class="abbr">us</span> a telle paillardise. A pour dieu fe<span class="abbr">m</span>mes q<span class="abbr">ui</span>
+portés le nom de crestienté &amp; q<span class="abbr">ui</span> le convertisés en si vil office levez
+sus vo<span class="abbr">us</span> sourdés de la boue ta<span class="abbr">n</span>t abhominable &amp; ne vueillés plus
+souffrir voz povres ames chargees des ordures <span class="abbr">com</span>mises par les
+villains corps. Car dieu tout piteux est apareillé vo<span class="abbr">us</span> recevoir
+a mercy se repentir vo<span class="abbr">us</span> voulez &amp; criés mercy p<span class="abbr">ar</span> grant co<span class="abbr">n</span>triction.
+Si p<span class="abbr">re</span>nez exe<span class="abbr">m</span>ple a la benoiste marie egiptie<span class="abbr">n</span>ne q<span class="abbr">ui</span> de folle vie se repentit
+&amp; a dieu se co<span class="abbr">n</span>vertit q<span class="abbr">ui</span> est glorieuse saincte en paradis. Se<span class="abbr">m</span>blablement
+la benoiste sai<span class="abbr">n</span>cte affre q<span class="abbr">ui</span> offrit son corps dequoy elle
+avoit pechié a martirer pour ho<span class="abbr">n</span>neur de nostre seigneur &amp; autres
+p<span class="abbr">ar</span>eillement q<span class="abbr">ui</span> ont esté sauvees Et se aucu<span class="abbr">n</span>es de vo<span class="abbr">us</span> se vouloit excuser
+disant q<span class="abbr">ue</span> ce feroit elle vole<span class="abbr">n</span>tiers&nbsp;/ mais trois raiso<span class="abbr">n</span>s l'en desto<span class="abbr">ur</span>nent.
+L'une pource q<span class="abbr">ue</span> les desho<span class="abbr">n</span>nestes ho<span class="abbr">m</span>mes q<span class="abbr">ui</span> la ha<span class="abbr">n</span>te<span class="abbr">n</span>t ne luy souffreroye<span class="abbr">n</span>t.
+L'autre q<span class="abbr">ue</span> le mo<span class="abbr">n</span>de q<span class="abbr">ui</span> l'a en abhomination la debouteroit
+&amp; chasseroit de to<span class="abbr">us</span> lez &amp; pource puis q<span class="abbr">u'e</span>lle est ta<span class="abbr">n</span>t a ho<span class="abbr">n</span>te jamais ne
+se oseroit veoir entre gens. La tierce q<span class="abbr">ue</span> elle n'airoit dequoy vivre
+car elle ne scet nul mestier Si diro<span class="abbr">n</span>s q<span class="abbr">ue</span> ces raisons riens ne valle<span class="abbr">n</span>t
+Car remede peut avoir en toutes Le p<span class="abbr">re</span>mier est tel savoir doive<span class="abbr">n</span>t
+q<span class="abbr">u'i</span>l n'est point de doubte q<span class="abbr">ue</span> fe<span class="abbr">m</span>me n'est tant co<span class="abbr">m</span>mune ne acointe de plusieurs
+q<span class="abbr">ue</span> se elle veult bien a certes se disposer a retraire de pechié
+quoy q<span class="abbr">ue</span> advenir luy en doye crier mercys a dieu par repentance &amp;
+se tirer devers luy par ferme p<span class="abbr">ro</span>pos de jamais n'y renchoir il la
+gardera bien de to<span class="abbr">us</span> ceulx q<span class="abbr">ui</span> l'en vouldroient destourber&nbsp;/ mais q<span class="abbr">ue</span>
+elles mesmes s'en vueille garder en fait &amp; maintien laisse ta<span class="abbr">n</span>tost
+son tresdehonneste habit &amp; se veste &amp; affuble de robe large &amp; honneste
+&amp; fuye les repaires q<span class="abbr">ue</span> ha<span class="abbr">n</span>ter souloit se traye vers le mo<span class="abbr">n</span>stier
+&amp; l'eglise en devotes oraisons suyve les sermo<span class="abbr">n</span>s devotteme<span class="abbr">n</span>t &amp; en
+gra<span class="abbr">n</span>t repenta<span class="abbr">n</span>ce &amp; contricion se confesse a saige <span class="abbr">con</span>fesseur. Et a to<span class="abbr">us</span>
+ceulx qui l'admo<span class="abbr">n</span>nesteront de pechié respondre plaineme<span class="abbr">n</span>t q<span class="abbr">ue</span> plus
+tost offreroit son corps a martire q<span class="abbr">ue</span> elle le souffrist. Car dieu luy
+a donné grace de soy repe<span class="abbr">n</span>tir &amp; retraire si ne luy adviendra jour d<span class="abbr">e</span>
+sa vie pour mourir. Et p<span class="abbr">ar</span> celle voye tenir n'est point de doubte apellant
+dieu a son aide q<span class="abbr">u'i</span> n'y aura si gra<span class="abbr">n</span>t goliard donc elle bien ne
+se delivre &amp; se ores aucun trouvoit si mauvais q<span class="abbr">u'e</span>lle ne peust resister
+ta<span class="abbr">n</span>tost contast son fait a justice q<span class="abbr">ui</span> pitié en auroit &amp; y seroit po<span class="abbr">ur</span>veu.
+A l'autre raison qui est q<span class="abbr">ue</span> le mo<span class="abbr">n</span>de la despiteroit ne doit avoir
+telle oppinion ne pource laisser. Car le vray est tout au <span class="abbr">con</span>traire
+&amp; ne face nulle doubte q<span class="abbr">ue</span> toutes les creatures q<span class="abbr">ui</span> la verront ainsi
+convertie &amp; honteuse de son peché &amp; folle vie en auroient tresgra<span class="abbr">n</span>t
+pitié l'appelleroie<span class="abbr">n</span>t vers eulx luy diroie<span class="abbr">n</span>t bo<span class="abbr">n</span>nes parolles &amp; luy do<span class="abbr">n</span>roient
+occasion de p<span class="abbr">er</span>severer &amp; bien faire &amp; pourroit estre veue &amp; si
+bon<span class="abbr">ne</span> &amp; si ho<span class="abbr">n</span>neste vie ta<span class="abbr">n</span>t devote doulce &amp; hu<span class="abbr">m</span>ble q<span class="abbr">ue</span> la ou elle souloit
+estre deboutee de chascu<span class="abbr">n</span> seroit apellee de toutes bo<span class="abbr">n</span>nes ge<span class="abbr">n</span>s &amp; cher
+tenue &amp; ainsi p<span class="abbr">ar</span> bien faire &amp; la grace de dieu auroit recouvré honneur
+po<span class="abbr">ur</span> ho<span class="abbr">n</span>te. Et pour quoy ne seroit. Car qua<span class="abbr">n</span>t dieu luy auroit
+pardo<span class="abbr">n</span>né &amp; pri<span class="abbr">n</span>se en grace ne seroit pas raison q<span class="abbr">ue</span> le mo<span class="abbr">n</span>de la boutast
+Helas sans faille toute fe<span class="abbr">m</span>me ainsi do<span class="abbr">n</span>nee a ho<span class="abbr">n</span>te &amp; peschié deveroit
+bien desirer estre remise en cestuy estat laquelle chose seroit se disposer
+se vouloit&nbsp;/ la tierce raison q<span class="abbr">ui</span> est q<span class="abbr">u'e</span>lle n'auroit dequoy vivre
+ne vault. Car se elle a corps fort &amp; puissant po<span class="abbr">ur</span> mal faire &amp; pour
+souffrir maintes batures &amp; assez de mescheances elle l'auroit bie<span class="abbr">n</span>
+a gaigner sa vie&nbsp;/ mais q<span class="abbr">ue</span> ainsi fust disposee co<span class="abbr">m</span>me no<span class="abbr">us</span> disons&nbsp;/ car
+chascun la pre<span class="abbr">n</span>droit voule<span class="abbr">n</span>tiers a aider a faire les lessives en ces
+grans hostelz si en auroie<span class="abbr">n</span>t pitié &amp; voule<span class="abbr">n</span>tiers luy donneroient a
+gaigner&nbsp;/ mais q<span class="abbr">ue</span> bien gardast q<span class="abbr">ue</span> on ne veist en elle ordure ne mauvaistie
+en nul endroit filleroit garderoit des accouchees &amp; des malades
+demoureroit en une petite cha<span class="abbr">m</span>bre en bo<span class="abbr">n</span>ne rue &amp; entre bonnes
+ge<span class="abbr">n</span>s la vivroit si<span class="abbr">m</span>pleme<span class="abbr">n</span>t &amp; sobreme<span class="abbr">n</span>t si q<span class="abbr">ue</span> on la veist nulle fois
+yvre ne malle ne te<span class="abbr">n</span>ceresse ne gra<span class="abbr">n</span>de quaqueteresse &amp; gardast bien
+q<span class="abbr">ue</span> de sa bouche n'issist q<span class="abbr">ue</span>lco<span class="abbr">n</span>ques p<span class="abbr">ar</span>olles de lubreté ne de desho<span class="abbr">n</span>nesteté&nbsp;/
+mais tousjours courtoise hu<span class="abbr">m</span>ble &amp; doulce &amp; de bon service a toutes
+bonnes gens &amp; bien se gardast que homme n'attraist. Car elle
+perdroit tout Et par ceste voye pourroit servir dieu &amp; gaigner
+sa vie si luy feroit plus de bien ung denier que cent receus en pechié.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch50" id="ch50"></a>¶ Cy parle en louant les fe<span class="abbr">m</span>mes
+honnestes &amp; chastes. Chap. .l.</h2>
+
+
+<p>Tout ainsi comme le blanc du noir se differe et
+que co<span class="abbr">n</span>tre l'ung l'autre mieulx est apperceue la
+difference nous plaist pour donner plus grant
+veue aux femmes chastes &amp; honnestes parler
+a elles en les louant non mye pour les orgueillir&nbsp;/
+mais affin que perseverance de bien faire
+leur soit plaisir et que toutes femmes desirent estre de ce renc si
+en dirons ap<span class="abbr">ré</span>s ce q<span class="abbr">ue</span> nous avo<span class="abbr">n</span>s parlé aux povres pecheresses. car
+tout ainsi co<span class="abbr">m</span>me a icelles deffaillans se pevent par grace de dieu
+relever convertir les bonnes par temptation d'ennemy &amp; fragilité
+pervertir &amp; estre peries &amp; da<span class="abbr">m</span>pnees. Car point n'est congneue
+la constance du bon pelerin jusques a ce qu'il ayt acomply le terme
+de son voyage. Et po<span class="abbr">ur</span>ce considere la povre fragilité humaine
+tost encline a trebuscher nul ne doit presumer de soy que il soit
+plus fort que fut saint pierre ne que david salomon &amp; aultres de
+grant sçavoir qui trebucherent en peché. Si dirons ainsi a vous
+femmes honnestes de chaste vie. Salut par dilection amys cheres
+le plaisir q<span class="abbr">ue</span> nous prenons a la lueur de chasteté nous desduit
+a vous escripre ta<span class="abbr">n</span>t les proprietés d'icelle noble fleur comme les
+louenges qui luy sont donnees a celle fin que tout ainsi que qua<span class="abbr">n</span>t
+on loue le bon ouvrier par le bon ouvraige de plus en plus il se delicte
+a bien ouvrer faciés semblablement. Et quoy que assez suffise
+descripre toutes ses proprietés seroit fort neantmoins aulcunes
+belles &amp; bo<span class="abbr">n</span>nes voulo<span class="abbr">n</span>s en brief ramentevoir. Chasteté a telle
+p<span class="abbr">ro</span>prieté q<span class="abbr">u'e</span>lle rend la p<span class="abbr">er</span>sonne en q<span class="abbr">ui</span> elle est &amp; demeure agreable devant
+dieu sans laquelle nul n'y pourroit plaire. Et il y pert par ce
+que recite sainct ambroise quant il dit que de creature humaine
+fait devenir ange. Et celle mesmes sente<span class="abbr">n</span>ce accorde sai<span class="abbr">n</span>t bernard
+ainsi disant que plus belle chose fait il peut estre que chasteté qui
+de creature humaine co<span class="abbr">n</span>ceue d'orde matiere &amp; semence &amp; en peché
+peut faire ung tresnet &amp; plaisant habitacle a dieu. Chasteté dit
+il est la seulle vertu qui mesmes en ce monde mortel represente
+l'immortalité de lassus&nbsp;/ c'est assavoir que les creatures qui l'ont
+en eulx se pevent comparer aux saintz esperitz du ciel si sont infinies
+les proprietés &amp; louenges que la saincte escripture recorde d<span class="abbr">e</span>
+ceste vertu celeste. Et avec ce que elle est tant tesmoignee estre
+haulte devant dieu l'experience nous demonstre semblablement
+au monde &amp; a la louenge exaulcee&nbsp;/ car il ne sçaura estre creature
+remplye de tant de defaulx que s'il est renom que elle soit chaste
+que on ne l'ait en reverence &amp; se elle est renommee du <span class="abbr">con</span>traire d'aucune
+personne quelque bien qu'elle face que on ne s'en mocque en
+derriere &amp; que moins n'en soit prisee. Si vous y vueillés doncq<span class="abbr">ue</span>s
+delicter de plus en plus entre vous preudes femmes&nbsp;/ non mye
+par faintise mo<span class="abbr">n</span>trer par signes &amp; parolles que le soyés &amp; que couvertement
+ait en vous le contraire. Car dieu a q<span class="abbr">ui</span> riens n'est mucé
+le sçauroit bien qui vous en pugniroit&nbsp;/ mais en realle verité
+soit telle vostre conscience par droit effect. Et ne faictes comme
+aucunes folles qui cuident par parler des aultres mucier leurs
+follies ou faire acroire que moult so<span class="abbr">n</span>t preudes femmes &amp; que tel
+fait ont en abhominatio<span class="abbr">n</span>&nbsp;/ mais telle maniere fait a despriser. car
+quelque bonne que une femme soit de tant comme elle est bonne
+luy appartient plus se taire en tel cas pource que elle doit penser
+que les autres pareillement le sont. Car n'est point signe que elle
+soit quant tant treuve sur les autres a dire. Car en ce cas luy
+affiert prendre son cueur a autruy. Si ne vous devés doncques
+orgueillir pour vostre chasteté suppeditant ne mocquant les autres
+posons que sceussiés de vray leurs vices n'en parler en mal
+pour vous aloser &amp; monstrer que mieulx vaillés pour deux pri<span class="abbr">n</span>cipaulx
+raiso<span class="abbr">n</span>s. L'une car vous ne sçavés qui vous est a advenir
+ne comment temptees serés Car dit le proverbe commun. qua<span class="abbr">n</span>t
+la brebis est vieille si l'emporte aucunesfois le loup L'autre que si
+vous n'avez celuy peché vous en avés peut estre d'autres pires
+envers dieu si que en ce livre est aucunesfois touché&nbsp;/ quoy qu'ilz
+ne soyent mye par adve<span class="abbr">n</span>ture si deshonnestes au monde. Si devez
+avoir pitié des deffaillantes prier pour elles leur donner occasion
+d'elles retraire &amp; louer dieu de ce que de tel mal vous a gardés
+luy prier qu'il vous doint perseverance&nbsp;/ fuir les occasions q<span class="abbr">ui</span> vo<span class="abbr">us</span>
+pourroient faire encliner a pechié vous tenir humbles vers dieu
+&amp; ne vous fier en vous mesmes&nbsp;/ mais tousjours estre craintives
+&amp; ainsi &amp; par ceste voye tenir pourrés co<span class="abbr">n</span>duyre vostre charroy
+jusques a fin &amp; terme de gloire&nbsp;/ laquelle dieu vous ottroit.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch51" id="ch51"></a>¶ Cy dit des fe<span class="abbr">m</span>mes des laboureux. chap. li.</h2>
+
+
+<p>Or nous co<span class="abbr">n</span>vient tirer vers la fin de nostre procés
+dont il est temps desormais parla<span class="abbr">n</span>t aux simples
+fe<span class="abbr">m</span>mes de labour es villages auquelles n'est mestier
+deffendre les gra<span class="abbr">n</span>s pareme<span class="abbr">n</span>s ne oultrageux
+habitz. Car de ce sont bien gardees &amp; non pourtant quoy que elles
+soyent nourries communement de pain bis de lart de potage
+&amp; de eaue abuvrees &amp; que assés de peine trayent est leur vie pl<span class="abbr">us</span>
+seure &amp; en plusgrant souffisance que de telles sont bien hault assises.
+Et pource que toute creature de quelque estat qu'elle soit a
+mestier d'introduction &amp; bien vivre nous plaist que elles soyent
+participans en nos leçons si leur dirons ainsi entendés simplettes
+femmes qui demourés es villaiges es platz païs ou es mo<span class="abbr">n</span>taignes
+qui ne povez mye souve<span class="abbr">n</span>t ouÿr ce que l'eglise admoneste
+a toute creature po<span class="abbr">ur</span> son sauvement si n'est par vos curés ou chapelains
+au dimenche au prosne en brief sicomme dire le sceve<span class="abbr">n</span>t retenés
+nostre leçon a vous adrecee s'il est ainsi que aller puisse jusques
+a vos oreilles affin que ignorance qui vous peut decevoir
+par faulte de plus sçavoir ne vous destourner de sauveme<span class="abbr">n</span>t. Si
+devés sçavoir tout p<span class="abbr">re</span>mierement qu'il est ung seul dieu tout puissant
+tout bon tout juste &amp; tout saige a qui nulles choses sont celees
+qui rend guerdon a toute personne ou de bien ou de mal selon
+ce qu'il a deservy celuy seul doit estre parfaictement aimé &amp; servy.
+mais pource qu'il est tant bon qu'il a aggreable tout service q<span class="abbr">ue</span>
+bon cueur luy p<span class="abbr">re</span>sente &amp; tant saige qu'il scet la possibilite des gens
+luy suffit que chascun face vers luy selo<span class="abbr">n</span> sa possibilité &amp; souffist
+mais que le cueur y soit. Et pource entre vous de qui il est necessité
+que le monde soit secouru au labour qui est pour la sustentacion
+vie &amp; nourrisseme<span class="abbr">n</span>t de toute creature humaine parquoy ne
+povés tant vacquer ne entendre a le servir en faisant jeusnes disans
+oraisons ne aller a l'eglise comme autres femmes de bo<span class="abbr">n</span>nes
+villes &amp; toutesvoyes avés aussi bien besoing de sauvement que
+autres ont co<span class="abbr">m</span>ment doncques q<span class="abbr">ui</span> les servés par autre voye sico<span class="abbr">m</span>me
+nous vous dirons&nbsp;/ c'est assavoir en cueur &amp; en voulenté en faitz
+en dis et en pensee. C'est assavoir en tant que vous l'aimez
+de tout vostre cueur vous garderés de faire a vos voisines ou
+autres gens ne que vouldriés qu'ilz vous feissent &amp; que de ce admonnestés
+bien vos marys&nbsp;/ c'est assavoir quant ilz laboure<span class="abbr">n</span>t terres
+pour autruy qu'ilz le facent bien &amp; loyaulment comme pour
+eulx feroient &amp; se c'est a moisson payent leur maistre du froment
+qui aura creu en la terre si tel est le marchié &amp; non mye mesler seigle
+avec &amp; faire entendant que autre n'a re<span class="abbr">n</span>du&nbsp;/ ne mucent pas les
+bonnes brebis ne les meilleurs moutons ches les voisins ou autre
+part pour payer le maistre quant vient au partaige des pires
+ne face acroire q<span class="abbr">ue</span> mortes sont par luy&nbsp;/ luy mo<span class="abbr">n</span>strer les peaux
+d'autres bestes ne le payent des pires toisons des laines&nbsp;/ ne mauvais
+compte ne luy rendent de ses voitures ne de ses choses ou
+de sa volaille. &amp; ne voisent coupper en aultruy bois sans congié
+pour lever leurs maisons&nbsp;/ &amp; quant vignes prennent a faire soyent
+diligent de les faire de toutes façons &amp; en bonne saison. Et
+quant ilz seront commis pour leurs maistres de prendre des autres
+ouvriers s'ilz les louent six blans le jour ne face mye acroire
+que sept coustent et ainsi de toutes telles choses les bonnes femmes
+doivent adviser leurs marys qu'ilz s'en gardent&nbsp;/ car ilz se da<span class="abbr">m</span>neroyent
+&amp; par bien faire &amp; loyaulment leur labeur prennent en
+gré leur vie sans faille ilz se sauvent &amp; est vie bo<span class="abbr">n</span>ne &amp; aggreable
+a dieu &amp; elles mesmes leur doivent aider en ce que elles pevent &amp;
+bien garder qu'elles ne voisent ne seuffrent aller leurs enfans ro<span class="abbr">m</span>pant
+hayes pour en autruy courtilz embler les raisins par nuyt
+ou par jour&nbsp;/ ne autruy fruitaiges&nbsp;/ ne quelconques courtillaiges
+ne autres choses&nbsp;/ ne leurs bestes ne mettent paistre en gaignages
+ne au prés de leurs voisins ne quelconques chose ne tollent
+autruy ne qu'elles vouldroie<span class="abbr">n</span>t que on leur tollist. voisent a l'eglise
+le plus q<span class="abbr">u'e</span>lles pourront &amp; paye<span class="abbr">n</span>t a dieu loyaulme<span class="abbr">n</span>t leurs dismes
+&amp; non mye des pires choses &amp; dient des patenostres paisibles soient
+avec les voisins sans leur faire dommage en plait pour pou
+de chose. Si que assés de villages font que ja ne sero<span class="abbr">n</span>t aises se ilz
+ne plaident croyent bien en dieu &amp; ayent pitié de ceulx a qui verront
+mal avoir &amp; par ces voyes tenir si pourront les bonnes ge<span class="abbr">n</span>s
+sauver tant hommes comme femmes.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch52" id="ch52"></a>¶ Cy parle a l'estat des povres. chap. .lii.</h2>
+
+
+<p>Si q<span class="abbr">ue</span> no<span class="abbr">us</span> co<span class="abbr">m</span>mençasmes aux riches &amp; ap<span class="abbr">ré</span>s ce q<span class="abbr">ue</span> p<span class="abbr">ar</span>lé
+avo<span class="abbr">n</span>s a to<span class="abbr">us</span> les <span class="abbr">com</span>mu<span class="abbr">n</span>s estas des fe<span class="abbr">m</span>mes no<span class="abbr">us</span> <span class="abbr">con</span>vie<span class="abbr">n</span>t
+terminer nostre euvre aux estas de dieu aymés
+&amp; du monde haïs&nbsp;/ des povres tant de ho<span class="abbr">m</span>mes co<span class="abbr">m</span>me
+de fe<span class="abbr">m</span>mes en les ennortant de pacience par l'esperance
+de la couronne qui leur est promise en
+disant. O beneurez povres par la sentence de dieu recordee en l'evangille
+attendans la possession du ciel par le merite de povreté
+pacie<span class="abbr">m</span>ment portee resjoyssés vo<span class="abbr">us</span> en ceste haulte p<span class="abbr">ro</span>messe de la
+joye q<span class="abbr">ui</span> toutes passe &amp; a q<span class="abbr">ui</span> autre n'est comparee &amp; n'est pas promise
+aux Roys ne aux princes ne aux riches s'ilz ne sont de vostre regne
+en esperit c'est povre de voule<span class="abbr">n</span>té si que ilz desprisent les richesses
+&amp; boubans du monde ne point ne les assavourent. amys treschiers
+de dieu aymés plaise vous a retenir nostre admonition
+se jusques a vostre congnossance peult aller par quoy elle vous
+ramentoive ce qui vous peut aider contre les aguillons d'impacience
+quant ilz vous poignent de divers &amp; tresgrans laises que
+vous portés. C'est assavoir souventesfois fain &amp; soif froit maulvais
+logis impotence vieillesse sans amys maladie sans resco<span class="abbr">n</span>fort
+&amp; avec ce le despris villennie &amp; deboutemens du monde sico<span class="abbr">m</span>me
+a peu si vous estiés une autre espece de gent &amp; non mye crestiens.
+Adonc qua<span class="abbr">n</span>t la pointure d'icelle impacience vous assault
+affin que par elle ne perdés pas lesditz tresgra<span class="abbr">n</span>s tresors q<span class="abbr">ui</span> p<span class="abbr">ro</span>mis
+vous sont vie<span class="abbr">n</span>ne dame esperance aymee de patience atout l'escu
+de foy qui fort se combatent contre elle si qu'elle la desconfisse &amp; q<span class="abbr">ue</span>
+la victoire en soit vostre &amp; l'envaïse fort par telz cinq dars Le premier
+qu'elle luy gettera sera tel O povre pecheur ou pecheresse q<span class="abbr">ue</span>
+as tu qui te complains povreté est il ho<span class="abbr">m</span>me au monde qui ne se tenist
+pour bien payé d'estre vestu des robbes du roy &amp; de sa livree.
+He mon createur tout puissa<span class="abbr">n</span>t roy sur tous roys&nbsp;/ &amp; moy ta povre
+creature qui suis vestue de tes robes en ame &amp; en corps n'ay pas
+souffisance en ame enta<span class="abbr">n</span>t que tu l'as faicte a ton ymage&nbsp;/ en corps
+que j'ay chair humaine si que tu veulx avoir &amp; vestu de povreté
+laquelle robbe tu veulx avoir toute la vie. Et bien monstras
+que tu auctorisoyes l'estat de ceste prophecion de povreté plus
+que nul aultre qua<span class="abbr">n</span>t pour toymesmes l'esleuz or pert il bien q<span class="abbr">ue</span> tes
+jugeme<span class="abbr">n</span>s ne sont pas pareilz a ceulx des ho<span class="abbr">m</span>mes. Car q<span class="abbr">ui</span> fut oncques
+en ce monde plus povre que toy quant il te pleut naistre en
+une povre estable co<span class="abbr">m</span>me en lieu destourné entre bestes mues en
+te<span class="abbr">m</span>ps d'yver enveloppé en povres drapelletz &amp; toute ta vie user en
+telle povreté que oncques n'euz riens propre fortz ce qu'on te donnoit
+pour aulmosne souffris maintesfoys fain soif &amp; toutes mesaises
+vous mourir tourmenter tout nud &amp; si povre q<span class="abbr">ue</span> tu n'avois
+pas ung povre oreiller a reposer ton digne chief&nbsp;/ helas moy miserable
+creature me dois je plaindre d'estre de ton co<span class="abbr">n</span>vent. Beau sire
+dieu je te rens graces qua<span class="abbr">n</span>t tant me daignes ho<span class="abbr">n</span>norer q<span class="abbr">ue</span> j'en soye
+Car tu veulx que par la fain tra<span class="abbr">n</span>sitoire que a present je seuffre
+&amp; endure je soye rassise la sus a ta sai<span class="abbr">n</span>cte table a tousjours s'il me
+plaist &amp; le vueil tresdoulx sire que ta saincte voule<span class="abbr">n</span>té soit faicte.
+Le deuxiesme dard que elle gettera sera tel. Et si tu es ores malade
+&amp; pou reco<span class="abbr">n</span>fortee dieu le veult&nbsp;/ affin que par la pacience que
+tu y peulx prendre ton merite soit de tant plus grant. Le troiziesme
+dard est&nbsp;/ se tu es vieil &amp; n'as nulz amys que te chault&nbsp;/ iceulx
+amys que te feroyent ilz. Certes ta vieillesse ne te osteroient ilz
+pas&nbsp;/ ne ilz ne te accroisteroyent pas ton merite&nbsp;/ &amp; de tant que tu
+es plus vieil c'est mieulx pour toy. Car tant es tu plus pres d'aller
+au terme de ton voyage &amp; vers ton dieu qui par sa saincte misericorde
+se tu es patient te remettra en force &amp; en jeunesse de toute
+gloire &amp; felicité. Le quatriesme dard est&nbsp;/ se tu gis maintenant
+sur ung pou de fiens q<span class="abbr">ui</span> ung petit de temps t'a a durer ou en ung
+pouvre &amp; mesaise logis ou tu n'as dequoy te aysier&nbsp;/ quel mechief
+est ce pour toy advisa<span class="abbr">n</span>t le benoist logis de paradis sur tous beau
+&amp; dectable ou tu ne peulx faillir se a toy ne tient. Le cinquiesme
+dard est. se le monde te desprise ou deboute tu es bien blecé mais
+pour dieu or advises que vallent aux roys aux grans &amp; aux riches
+trespassés les honneurs que en leurs vies on leur faisoit au
+siecle. Helas n'est pas doubte que cause ont esté de dampner mai<span class="abbr">n</span>te
+a qui mieulx vaulsist avoir esté de ton estat. Ainsi &amp; par ces
+dartz entre vous povres &amp; indigens vous povez vaincre &amp; mater
+les assaulx de impacience qui ne sont pas petis qua<span class="abbr">n</span>t ilz vie<span class="abbr">n</span>nent
+par grant oppression de necessité par prendre en gré vostre
+povreté avoir fiance en dieu ne couvoiter autre chose fors ce qui
+luy plaist. Et par ceste voye povez acquerir plus noble possession&nbsp;/
+&amp; plus de richesses que cent mille mondes ne pourroient contenir
+&amp; a tousjours durer. Si avez cause a tout regarder si bien
+ne voulez user de louer dieu de l'estat ou il vous a appellés quoy
+qu'il soit dur a porter. Et entre vous bonnes &amp; povres femmes
+qui voz povres maris avez les devez par ces poins reconforter
+&amp; eulx aussi vous servir l'ung l'autre le mieulx que vous pourrés.
+Les povres veufves aussi se reconforter en dieu en attenda<span class="abbr">n</span>t
+la joye qui n'a fin laquelle dieu vous octroye. Et a celluy mesmes
+te recommandons christine amye chiere. Et de nostre oeuvre
+ainsi nous departons</p>
+
+
+
+
+<p class="c">¶ La fin &amp; conclusion d'icelluy livre.</p>
+
+
+
+
+<h2><a name="ch53" id="ch53"></a>¶ Cy dit des fe<span class="abbr">m</span>mes des laboureux. Chap. .liii.</h2>
+
+
+<p>A tant se teurent les trois dames qui a coup s'evanoyre<span class="abbr">n</span>t
+&amp; je christine demouray presque lassee
+p<span class="abbr">ar</span> longue escripture. mais tresrejouye regarda<span class="abbr">n</span>t
+la tresbelle oeuvre de leurs dignes leço<span class="abbr">n</span>s lesq<span class="abbr">ue</span>lles
+de moy racapitulees veues &amp; reveues me apparoie<span class="abbr">n</span>t
+estre de mieulx en mieulx tresproffitables
+au bien &amp; augme<span class="abbr">n</span>tation des meurs &amp; vertueux en accroisseme<span class="abbr">n</span>t
+d'honneur aux dames &amp; a toute l'université des fe<span class="abbr">m</span>mes presens &amp;
+advenir la ou se pourroit ceste dicte oeuvre estendre &amp; estre veue
+Et pource se moy leur serva<span class="abbr">n</span>te ja ne soye suffisa<span class="abbr">n</span>te pour tousjo<span class="abbr">ur</span>s
+selon mon usaige m'employer au service du bien d'elles si que continuellement
+je le desire me pensay que ceste noble oeuvre multipliroye
+par le monde en plusieurs coppies quelq<span class="abbr">ue</span> en fust le coust
+seroit presentee en divers lieux. A roynes princesses &amp; haultes dames
+affin q<span class="abbr">ue</span> plus fust ho<span class="abbr">n</span>noree &amp; essaucee si qu'elle en est digne &amp; q<span class="abbr">ue</span>
+par elle peusse estre semee entre les autres fe<span class="abbr">m</span>mes laquelle dicte
+pensee &amp; desir mys a effect si q<span class="abbr">ue</span> ja est entreprins sera espandue et
+publié en tous pays tant soit elle en langue françoise&nbsp;/ mais par
+ce que ladicte la<span class="abbr">n</span>gue est plus co<span class="abbr">m</span>mune par l'universel monde q<span class="abbr">ue</span> q<span class="abbr">ue</span>lconques
+autre ne demoura pourtant vague &amp; non utille nostre
+dicte oeuvre qui durera au siecle sans decheeme<span class="abbr">n</span>t par diverses copies.
+si la verront &amp; orront vaillans dames &amp; femmes d'auctorité
+au te<span class="abbr">m</span>ps present &amp; en celluy advenir qui prieront dieu pour leur
+servante christine desirans que de le<span class="abbr">ur</span> temps fust sa vie au siecle
+ou q<span class="abbr">ue</span> veoir la puissent ausquelles toutes plaise que tant q<span class="abbr">ue</span> au mo<span class="abbr">n</span>de
+sera viva<span class="abbr">n</span>t la vueillent avoir en grace &amp; memoire par amyables
+salus pria<span class="abbr">n</span>s a dieu que par sa pitié soit favorable de mieulx
+en mieulx a son entendeme<span class="abbr">n</span>t si q<span class="abbr">ue</span> telle lumiere de science &amp; vraye
+sapie<span class="abbr">n</span>ce luy ottroye que employer le puisse tant que ça jus aura
+duree au noble labeur d'estude &amp; l'essauceme<span class="abbr">n</span>t &amp; elevation de vertus
+en bons exemples a toute humaine creature. Et aprés ce q<span class="abbr">ue</span>
+l'ame du corps sera partie en merite &amp; guerdon de son service leur
+laisse offrir a dieu pour elle patenostres oblacions &amp; devotions
+po<span class="abbr">ur</span> l'alegement des peines par ses deffaultes deservies si qu'elle
+soit presentee devant dieu au siecle sans fin lequel vous octroit.</p>
+
+<p class="c">Amen.</p>
+
+
+<br>
+<p>¶ Cy finist le tresor d<span class="abbr">e</span> la cité des dames selon dame christine
+Imprimé a Paris par Michel le noir libraire demourant sur le
+pont saint Michel a l'ymage saint Jehan l'evangeliste. Le .iiii. jo<span class="abbr">ur</span>
+de decembre. L'an mil cinq cens &amp; trois.</p>
+
+<div class="c"><img src="images/b.png" alt="[Marque d'imprimeur: .Michel. .Lenoir.]"></div>
+
+
+
+<div class="trnote"><h3>NOTES SUR LA TRANSCRIPTION</h3>
+
+<p>L'orthographe et la ponctuation sont conformes à l'original.
+Néanmoins pour faciliter la lecture, on a distingué les lettres i/j, u/v, et
+introduit cédilles, apostrophes et accents.
+Les symboles d'abréviation conventionnels ont été remplacés par les
+lettres correspondantes (exemple: Co<span class="abbr">m</span>me au lieu de Cõme).</p>
+
+<p>Les coquilles les plus manifestes ont été corrigées: interversion de lettres
+(p. ex. si<span class="abbr">n</span>acte pour sai<span class="abbr">n</span>cte), substitution entre lettres semblables (tn pour tu),
+ou lettres ou mots en double (didire pour dire), etc.</p>
+
+<p>Le passage allant de "qui nous meuvent. Il n'est pas doubte" à
+"courage aux gens" a été tiré d'une autre édition, la page
+correspondante du document d'origine n'étant pas disponible sur
+Gallica.</p>
+
+</div>
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Le trésor de la cité des dames de
+degré en degré et de tous estatz, by Christine de Pisan
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE TRESOR DE LA CITE ***
+
+***** This file should be named 26608-h.htm or 26608-h.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ https://www.gutenberg.org/2/6/6/0/26608/
+
+Produced by Carlo Traverso, Laurent Vogel and the Online
+Distributed Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+https://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+
+</pre>
+
+</body>
+</html>
diff --git a/26608-h/images/a.png b/26608-h/images/a.png
new file mode 100644
index 0000000..eae9260
--- /dev/null
+++ b/26608-h/images/a.png
Binary files differ
diff --git a/26608-h/images/b.png b/26608-h/images/b.png
new file mode 100644
index 0000000..5b534bd
--- /dev/null
+++ b/26608-h/images/b.png
Binary files differ
diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt
new file mode 100644
index 0000000..6312041
--- /dev/null
+++ b/LICENSE.txt
@@ -0,0 +1,11 @@
+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
+
+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
diff --git a/README.md b/README.md
new file mode 100644
index 0000000..1976d63
--- /dev/null
+++ b/README.md
@@ -0,0 +1,2 @@
+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
+eBook #26608 (https://www.gutenberg.org/ebooks/26608)