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+The Project Gutenberg EBook of Le péril jaune, by Jacques Novicow
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Le péril jaune
+
+Author: Jacques Novicow
+
+Release Date: August 18, 2008 [EBook #26350]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE PÉRIL JAUNE ***
+
+
+
+
+Produced by Guillaume Doré and the Online Distributed
+Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was
+produced from images generously made available by the
+Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
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+
+
+
+
+
+
+
+
+Le péril Jaune
+
+PAR
+
+J. NOVICOW
+
+Membre de l'Institut International de Sociologie.
+
+
+Extrait de la _Revue Internationale de Sociologie_.
+
+
+V. Giard & E. Brière Libraires-Éditeurs
+
+PARIS
+
+1897
+
+
+----
+
+
+Le péril jaune[1].
+
+
+«Partout où l'ouvrier chinois ou même nègre est en concurrence avec
+l'ouvrier blanc, dit M. E. Faguet[2], celui-ci est vaincu». Nous avons
+assez vu cela dans l'_Outre-Mer_ de Bourget, où le terrible problème des
+races est si nettement posé! «L'ouvrier à cinq sous est naturellement
+vainqueur de l'ouvrier à cinq francs».
+
+Le «péril jaune» est signalé de toutes parts. Les Chinois sont quatre
+cents millions. Théoriquement ils peuvent mettre trente millions
+d'hommes sur pied de guerre. Un beau matin, ils devaient envahir
+l'Europe, massacrer ses habitants et mettre fin à la civilisation
+occidentale. Cela paraissait un dogme inattaquable. Mais on s'est aperçu
+dans ces derniers temps que les Chinois éprouvent une horreur
+insurmontable contre le service militaire. Depuis qu'ils se sont laissés
+battre par les Japonais, dix fois moins nombreux, les pessimistes ont
+fait volte face. Le «péril jaune» n'est plus à craindre sous forme
+d'invasion militaire, du moins pour une période qui peut entrer dans nos
+préoccupations, le «péril jaune» vient surtout de l'ouvrier chinois qui
+se contente de cinq sous.
+
+«L'habileté de l'ouvrier oriental, sa sobriété extrême, ne font de doute
+pour personne, dit M. H. Normant[3]. Entre deux ouvriers également
+habiles, celui qui est le plus sobre est déjà assuré de la supériorité;
+il en sera bien plus certain encore s'il se contente d'un salaire très
+inférieur à celui de son concurrent. Or c'est le cas de l'ouvrier jaune
+par rapport à l'ouvrier blanc. Celui-ci est vaincu d'avance. L'ouvrier
+jaune tient l'ouvrier blanc à sa merci». Les Chinois, les Hindous, les
+nègres se contentant d'un faible salaire, fabriqueront bientôt tous les
+produits à meilleur marché que les blancs; alors personne ne voudra plus
+acheter les articles des blancs. N'ayant plus de travail, ceux-ci seront
+réduits à mourir de faim. L'Europe deviendra une solitude et notre
+civilisation périra.
+
+Il y a dans ces raisonnements une série d'erreurs qu'il est bon
+d'examiner une à une.
+
+Où a-t-on pris d'abord que les races inférieures se contentent d'un
+petit salaire? Or tout l'édifice de l'argumentation pessimiste est basé
+sur cette affirmation. Le Chinois se contente de quelques sapèques et
+vit d'une poignée de riz. Il est sobre; donc ses produits seront moins
+chers que les nôtres, donc il nous écrasera.
+
+L'affirmation que les races inférieures se contentent d'un bas salaire
+quand elles peuvent obtenir un salaire élevé ne supporte pas l'examen un
+seul instant.
+
+Au Transvaal les ouvriers cafres ont des salaires de 75 francs par mois,
+plus la nourriture, qui revient à 85 francs. Cela leur fait donc 5 fr.
+35 par jour. Les Chinois en Californie gagnent 5 francs par jour[4].
+
+Nous le demandons, pourquoi, dans ces deux cas, les représentants de ces
+races inférieures ne se «contentent-ils» pas de 25 centimes? Cela vient
+de la plus élémentaire des raisons. Les Chinois, comme toutes les
+créatures vivantes, fuient la douleur et recherchent le plaisir. Il n'y
+a pas de lois biologiques différentes pour les Européens et pour les
+«vils» Chinois. Les lois de la nature et les lois sociales sont les
+mêmes pour toutes les races. Dès qu'un individu a la possibilité de
+gagner 5 francs, il ne se «contente» plus de gagner cinq sous. L'ouvrier
+chinois en Californie demande 5 francs par jour sans aucune hésitation
+et, s'il pouvait en obtenir dix, il les réclamerait immédiatement. Le
+taux des salaires dépend de facteurs économiques, non de facteurs
+biologiques. La couleur de la peau et l'angle facial n'ont rien à voir
+en cette affaire. Un noble Aryen peut avoir des salaires très bas
+(beaucoup d'ouvriers européens envieraient les salaires des Cafres du
+Transvaal), un «vil» Touranien des salaires très hauts. D'autre part il
+ne suffit pas d'être de même race pour avoir les mêmes salaires.
+Actuellement un charpentier, à Coolgardie, gagne 16 francs par jour et à
+Odessa seulement 4. Tous les deux sont des blancs cependant.
+
+Si les Chinois se contentent de quelques sapèques dans son pays, c'est
+qu'il ne peut pas faire autrement. Mais dans son pays, dès qu'il peut
+obtenir davantage, il ne s'en contente plus. Les bases fondamentales des
+sociétés hindoues et chinoises sont les mêmes que les nôtres. On y
+observe, comme chez nous, la plus grande variété des fortunes. En Chine,
+aux Indes, comme en Europe, il y a des millionnaires et des mendiants.
+En Chine, comme en Europe, les hommes travaillent jour et nuit pour
+acquérir des richesses. Quelques-uns réussissent et amassent de grandes
+fortunes, d'autres ne réussissent pas, restent dans la médiocrité ou
+même dans la misère. Mais la poussée de bas en haut, l'ascension
+perpétuelle de la pauvreté à l'opulence s'observe en Asie comme en
+Europe. C'est la trame journalière de la vie sociale. A chaque instant,
+en Chine comme chez nous, certains individus montent les échelons du
+bien-être, d'autres les descendent.
+
+Eh bien, quand on affirme que notre race est condamnée à périr parce que
+les ouvriers chinois se contentent d'une poignée de riz, on méconnaît
+les phénomènes sociaux les plus universels. Dès qu'un Asiatique peut
+gagner de l'argent, il ne se contente plus d'une poignée de riz. Combien
+les pessimistes ne nous rebattent-ils pas les oreilles de la «sobriété»
+des Chinois, qui doit être l'écueil contre lequel se brisera notre
+civilisation! Eh bien, ils tombent mal. Précisément le Chinois est
+l'homme le moins sobre de la terre. Nulle part la cuisine n'a reçu
+autant de raffinement que dans le Céleste Empire. Des repas de 140 plats
+y sont fréquents. Les Chinois dépensent des sommes considérables pour se
+procurer les mets les plus rares. Les pessimistes, un peu brouillés
+d'ailleurs avec la géographie, oublient que toute la Chine ne se trouve
+pas dans la zone chaude, où une nourriture très abondante est moins
+nécessaire. Les Hindous, vivant sous un ciel de feu, sont naturellement
+assez sobres. Mais on peut manger peu et bien. Chez les riches habitants
+de Calcutta et de Bénarès, la table est servie de mets forts variés. On
+se donne aussi dans l'Inde le plaisir de la bonne chère.
+
+Si donc le plus grand danger de notre civilisation vient de ce que les
+Asiatiques se contenteront, soi-disant, toujours d'une poignée de riz,
+nous pouvons dormir tranquilles.
+
+Ce qui a contribué à créer la légende de la sobriété chinoise, c'est que
+les émigrants de l'Empire du Milieu font de grandes économies dans le
+pays où ils vont travailler temporairement. C'est aussi le cas des
+Italiens. Mais si les Célestes se contentent d'une poignée de riz
+pendant quelques années, c'est pour mieux vivre, plus tard, quand ils
+seront rentrés dans leur pays.
+
+Le Chinois ne peut faire que trois usages des bénéfices réalisés dans
+nos pays. D'abord il peut les consommer immédiatement. En ce cas, en
+ayant un salaire de 5 francs, il vivra sur un pied de 5 francs et non
+sur celui de 25 centimes. Il ne se contentera donc pas d'une poignée de
+riz. Il fera marcher le commerce. En second lieu le Chinois peut
+économiser et faire valoir ses capitaux. Alors lui ou d'autres personnes
+achèteront des instruments de travail, ensemenceront des champs restés
+en friche, bref accroîtront la prospérité du pays. Car faire valoir des
+capitaux signifie les appliquer à une production quelconque. Enfin le
+Chinois peut mettre ses économies dans un bas de laine, comme faisaient
+autrefois les paysans européens. Mais il viendra forcément un jour où
+son fils ou son petit-fils les retireront du bas, les uns pour augmenter
+leurs jouissances actuelles, les autres pour les faire valoir. Ces
+capitaux rentreront alors dans la circulation. Il n'y aura de perdues
+que les monnaies enfouies dans le sol et oubliées. Mais ce cas est bien
+rare; les chercheurs de trésors en sont généralement pour leur peine.
+
+Peu importe l'endroit où le Chinois consomme ses économies; que ce soit
+l'Amérique ou le Céleste-Empire, ces capitaux rentrent dans la
+circulation universelle et produisent leur effet indirect dans le pays
+dont ils sont sortis.
+
+Il ne faut pas oublier de plus que, si l'ouvrier hindou reçoit un
+salaire inférieur, il produit aussi un travail inférieur. «On estime
+qu'une même filature de 30,000 broches exigerait 750 ouvriers à Bombay
+et seulement 120 dans le Lancashire»[5]. Quelques industriels anglais
+font venir des ouvriers américains. Ils les payent plus cher, mais,
+comme ils font de la meilleure besogne, les produits reviennent à
+meilleur marché. Ce fait est habituel dans l'industrie moderne. Aux
+Indes même, quand les ouvriers deviennent plus habiles, ils reçoivent
+des salaires supérieurs, allant jusqu'à 2 francs et 2 fr. 40. On le
+voit, c'est dix fois plus que les fameux cinq sous.
+
+De nos jours, dans l'industrie, on essaie, dès que c'est possible, de
+substituer le travail à la tâche au travail à la journée. Cela étant,
+des Hindous et des Chinois peuvent gagner des journées supérieures à
+celle de l'Européen en travaillant avec plus d'application. Or, à partir
+du moment où les Asiatiques gagneront plus que les Européens, comment
+pourra-t-on affirmer que les jaunes écraseront les blancs par les bas
+salaires?
+
+Mais il y a une dernière considération supérieure à toutes les autres.
+Tous les jours le prix des produits dépend de plus en plus des
+perfectionnements de l'outillage et de moins en moins du taux des
+salaires.
+
+Un exemple bien souvent cité. Avec un métier circulaire une ouvrière
+peut faire 480,000 mailles par minute. A la main, la plus habile n'en
+peut faire que 80. Supposons que l'ouvrière, maniant ce métier, reçoit
+10 francs par jour (nous exagérons à dessein) et supposons que les
+autres frais de l'usine (force motrice, réparation des machines, frais
+d'administration, etc.) montent encore à 30 francs par ouvrière et par
+jour. Dans ces conditions, pour faire concurrence au métier, l'ouvrière,
+travaillant à la main, devrait se contenter d'un salaire inférieur à 7
+dixièmes de centimes. Si extraordinairement sobre qu'on la suppose, il
+faut avouer que, même aux Indes, elle trouverait difficilement à se
+nourrir pour ce prix là.
+
+Les machines fabriquant le papier de journal «marchent à la vitesse de
+70 mètres par minute, dit M. le vicomte d'Avenel[6]. Une heure suffit
+pour obtenir ces énormes rouleaux dont la longueur atteint jusqu'à 5,000
+mètres que les presses rotatives de Marinoni se chargeront de noircir.
+L'opération s'accomplit toute seule. Un unique ouvrier y assiste,
+accoudé contre un bâti; il se penche parfois sur un cylindre, examine le
+papier, serre un écrou, verse un peu d'huile, puis rentre dans son
+immobilité, type expressif du travail moderne». Ainsi un seul ouvrier
+peut faire, dans une journée, une bande de cinquante kilomètres de
+papier, presque sans se donner aucune peine[7]. C'est beau! Et cependant
+on est allé encore plus loin; on a supprimé même cet unique ouvrier. Un
+ingénieur américain, M. Charles S. Cooper, a perfectionné le métier à
+tisser d'une façon extrêmement remarquable. Laissons parler M. Daniel
+Bellet[8]. «Dès qu'un fil de la chaîne se casse, ou dès que le fil
+s'échappe de la navette, ou enfin qu'un dérangement quelconque se
+produit, qui ne pourrait être dans les métiers actuels constaté que
+grâce à l'attention de l'ouvrier, le métier s'arrête automatiquement...
+Cela permet au nouveau métier de travailler seul pendant un certain
+temps (l'unique danger que l'on court en agissant ainsi est qu'il
+s'arrête si quelque chose vient à se déranger). Aussi on laisse
+fonctionner le nouveau métier pendant le déjeuner, puis pendant toute la
+nuit. En rentrant le matin on trouve une sérieuse quantité de tissu
+fait. Cela augmente la production dans une proportion énorme.» Voilà
+bien ce qu'Aristote demandait pour supprimer l'esclavage: «les navettes
+marchant toutes seules». Encore une fois, comment l'ouvrier hindou ou
+chinois, si sobre qu'on le suppose, pourra-t-il lutter contre cette
+machine? Avec le métier Cooper un ouvrier fait 752 mètres de tissu par
+jour.
+
+Il en est de toutes les industries comme de celles du papier et du
+tissage. Le bon marché du produit provient de la substitution de la
+machine au travail humain. Dans l'Inde et la Chine, où les ouvriers se
+paient si peu, on trouve avantage à établir de grandes filatures
+mécaniques; donc, même dans les pays de salaires dérisoires, la machine
+bat l'homme.
+
+Pour produire à meilleur compte que nous, les Asiatiques devraient avoir
+un outillage industriel plus perfectionné que le nôtre. Pour posséder
+des machines supérieures à celles de l'Occident, ils devraient inventer
+des procédés plus avancés. Ce n'est pas impossible, à coup sûr, mais
+cela demandera beaucoup de temps. Tout se tient dans la vie sociale.
+L'invention provient, dans une certaine mesure, du développement de
+l'esprit scientifique. Cet esprit scientifique, à son tour, est la
+résultante de milliers de facteurs forts complexes. Pour faire que la
+société hindoue et chinoise arrive à l'état mental des Américains du
+Nord (état particulièrement propice à l'esprit d'invention), il faudra
+d'innombrables efforts pendant des siècles. Mais, dira-t-on, les
+Asiatiques nous achèteront notre outillage. Parfaitement; mais dans ce
+cas ils auront ce que nous avons et pas mieux, donc ils seront nos égaux
+et pas nos maîtres. Nous pourrons leur faire concurrence sur un pied
+d'égalité. Il faut que les pessimistes nous expliquent pourquoi ce
+seront eus qui devront nous écraser et pas nous qui les écraserons.
+Notez de plus que dans les perfectionnements de l'outillage, l'esprit
+d'invention est tout. Tant que nous serons plus inventifs, nous
+l'emporterons toujours sur nos rivaux asiatiques. Des machines plus
+parfaites et plus ingénieuses donneront constamment des produits moins
+chers que des machines démodées et archaïques.
+
+Les Chinois et les Hindous pourraient arrêter nos manufactures le jour
+où ils seraient en état d'approvisionner non seulement leurs propres
+marchés mais encore les nôtres. Comme nous l'avons déjà montré
+ailleurs,[9] «l'industrie cotonnière anglaise emploie actuellement 53
+millions de broches. Il faudrait que nos concurrents asiatiques
+possédassent un outillage au moins égal pour nous battre. Mais où
+prendront-t-ils les capitaux nécessaires pour l'établir? Justement, si
+les salaires sont si bas aux Indes et en Chine, c'est parce que l'esprit
+d'initiative et les capitaux manquent dans ces pays. En Chine les
+nouvelles entreprises sont rares. Le Céleste-Empire possède les plus
+beaux gisements de charbon du monde; à peine en a-t-on commencé
+l'exploitation. Les Chinois n'ayant pas de nouvelles carrières
+encombrent les anciennes; l'offre du travail est plus abondante que la
+demande et les salaires sont bas. Imaginez les capitaux aussi abondants
+en Chine qu'en Europe[10]. Ils auraient cherché des placements, ils
+auraient suscité des entreprises nouvelles. Mais tant que les Asiatiques
+manqueront de capitaux, ils n'auront pas la possibilité d'installer leur
+outillage industriel sur le même pied que le nôtre.
+
+La plupart des grandes filatures établies aux Indes l'ont été par des
+Anglais. Le Japon seul a quelques filatures fondées par des capitalistes
+indigènes (et encore on dit qu'ils reçoivent des subsides du
+gouvernement). Aussi longtemps que l'Europe commanditera l'industrie
+asiatique, elle n'a rien à craindre de l'Asie, puisqu'en définitive une
+grande part des profits lui reviendra. Maintenant, quand toutes les
+entreprises appartiendront aux Asiatiques, c'est que les capitaux seront
+devenus abondants en Asie; alors les salaires y hausseront
+inévitablement.
+
+Le globe entier est devenu un seul marché. Les prix des denrées tendent
+de plus en plus à s'égaliser dans tous les pays. La même tendance existe
+pour les salaires. Seulement, comme on ne transporte pas les hommes
+aussi facilement et à aussi bon compte que les marchandises, l'équilibre
+des salaires est encore loin d'être aussi avancé que celui des denrées.
+Mais nous nous y acheminons inévitablement par des chemins fort
+nombreux. D'abord les améliorations techniques. Tous les jours les
+bateaux à vapeur et les locomotives étant perfectionnés, les prix des
+voyages baissent. D'autre part l'instruction se répand; les hommes
+commencent à mieux connaître le globe. Les pays lointains effraient
+moins. Les préjugés diminuent et rendent les départs plus faciles. Un
+grand nombre d'Hindous croient encore perdre leur caste, en se rendant
+par mer en Angleterre. Aussi ils évitent de faire ce voyage. Quand moins
+d'Hindous auront ces préjugés absurdes, ils se déplaceront plus
+facilement. Les Chinois sont plongés aujourd'hui dans une profonde
+ignorance. Ils pullulent dans leur pays. Ils ne savent pas combien de
+terres incultes et désertes pourraient être fécondées par leur travail.
+Mais ils l'apprennent de plus en plus. Le temps n'est pas loin où
+l'émigration asiatique égalera et dépassera l'émigration européenne.
+Tout montre que la mobilité de l'homme ira en augmentant. Quand les
+entraves politiques seront supprimées, une différence de 20 à 30 pour
+100 dans les taus des salaires produira des invasions de travailleurs,
+comme la même différence produit aujourd'hui une invasion de
+marchandises. Nous marchons vers l'équilibre économique. C'est
+inéluctable, parce que conforme aux lois de la nature. La différence,
+existant aujourd'hui entre les salaires de l'Asie et ceux de l'Europe,
+ne sera pas éternelle. Un jour viendra où l'Asiatique aura le même
+salaire que l'Européen. Par conséquent l'écrasement de l'Européen par
+les bas salaires de l'Asiatique deviendra alors impossible. Admettons
+cependant les données des pessimistes. Supposons que les salaires des
+Asiatiques seront toujours[11] plus bas que ceux des Européens; quel mal
+cela pourra-t-il faire à ces derniers? Les bas salaires produisent, en
+définitive, le même résultat que les machines plus perfectionnées. Une
+broche fait 10,000 tours à la minute: elle donne un kilo de fil à
+l'heure, par hypothèse: on invente un nouvelle disposition, grâce à
+laquelle la broche fait 20,000 tours et 2 kilos à l'heure, personne n'y
+voit de mal. Au contraire, on comprend que la félicité humaine est en
+raison directe de la productivité de machines. Or si un Chinois demande
+5 fr. pour labourer un hectare, quand un Européen en demande 10, cela
+équivaut, au point de vue des phénomènes économiques, à la découverte
+d'une charrue à vapeur nouvelle, travaillant deux fois plus vite que
+l'ancienne. Le perfectionnement de l'outillage étant considéré comme un
+bien, parce qu'il produit le bon marché, pourquoi le bas salaire des
+Chinois, amenant le même résultat, peut-il être considéré comme un mal?
+Mais on dit que le Chinois évince l'ouvrier européen. La machine
+n'a-t-elle pas le même résultat? Or l'expérience des nations
+industrielles montre d'une façon irréfutable que leur prospérité est en
+raison directe du perfectionnement de l'outillage, donc le bon marché du
+salaire asiatique, ayant le même résultat, est aussi un bien et non un
+mal. En dernière analyse, le bon marché du salaire asiatique a pour
+résultat une diminution du prix des produits. Or tous les hommes, dans
+la pratique journalière, affirment à l'unisson que le bon marché est un
+bien et la cherté un mal. Les doctrinaires et les pessimistes seuls ne
+sont pas de cet avis.
+
+
+
+
+
+
+FOOTNOTES
+
+
+[1] Cet article est imprimé avec les modifications orthographiques
+exposées dans le no de février 1897 de la _Revue Internationale de
+Sociologie_.
+
+[2] _Journal des Débats_ du 25 juillet 1895, feuilleton intitulé le
+_Prochain Moyen-Age_.
+
+[3] Cité, par M. P. d'Estournelle de Constant, dans un article de la
+_Revue des Deux-Mondes_, du 1er avril 1896, p. 666.
+
+[4] Pour le Transvaal, voir le _Journal des Débats_ du 5 avril 1896;
+pour la Californie, le _Journal des Économistes_ d'août 1893, p. 984.
+
+[5] _Revue des Deux-Mondes_ du 15 avril 1895, p. 120.
+
+[6] _Revue des Deux-Mondes_, du 1er décembre 1895, p. 548.
+
+[7] Le papier du _Figaro_ coûte un centime et quart. S'il fallait le
+fabriquer à la main, par les procédés usités au Moyen-Âge, il coûterait
+2 fr. 10. Encore ici, en faisant le même calcul que pour la machine à
+tricoter, on voit que, pour lutter contre les nouveaux métiers, un
+ouvrier, travaillant par les procédés anciens, devrait se contenter d'un
+salaire de 2 millièmes de centime.
+
+[8] _Journal des Économistes_, du 15 décembre 1895, p. 379.
+
+[9] Voir nos _Gaspillages des sociétés modernes_, Paris, Alcan, 1894,
+p. 78.
+
+[10] Et il faut ajouter aussi mobiles. Les épargnes peuvent être
+considérables en Chine. Mais si elles s'enferment dans des cachettes
+sous forme de lingots d'argent, elles sont comme si elles n'étaient pas.
+
+[11] Le lecteur sent sans doute combien ce mot sonne faux. Il n'y a rien
+d'éternel dans la nature.
+
+
+
+
+
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+
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+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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+
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+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
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+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
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+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
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+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
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+Literary Archive Foundation
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+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
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+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
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+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
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+
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+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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+<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Transitional//EN" "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-transitional.dtd"> <html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"><head>
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+<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=iso-8859-1" /> <title>The Project Gutenberg eBook of Le péril Jaune, by J. Novicow</title>
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+<pre>
+
+The Project Gutenberg EBook of Le péril jaune, by Jacques Novicow
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Le péril jaune
+
+Author: Jacques Novicow
+
+Release Date: August 18, 2008 [EBook #26350]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE PÉRIL JAUNE ***
+
+
+
+
+Produced by Guillaume Doré and the Online Distributed
+Proofreading Team at https://www.pgdp.net (This file was
+produced from images generously made available by the
+Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+
+
+
+
+<div class="tr f1"> <h1>Le péril Jaune</h1> <h2>Par</h2> <h1>J. NOVICOW</h1>
+
+<h3>Membre de l'Institut International de Sociologie.<br /></h3> <br />
+
+<h3> Extrait de la <em>Revue Internationale de Sociologie</em>.</h3>
+
+<br />
+
+<h3>V. Giard &amp; E. Brière Libraires-Éditeurs </h3> <div align="center"><b>Paris</b><br /> 1897</div> </div>
+
+<p> Le péril jaune<a href="#fn__1" name="fnt__1" id="fnt__1" class="fn_top">1</a>. </p>
+
+<p> «Partout où l'ouvrier chinois ou même nègre est en concurrence avec
+l'ouvrier blanc, dit M. E. Faguet<a href="#fn__2" name="fnt__2"
+id="fnt__2" class="fn_top">2</a>, celui-ci est vaincu». Nous avons assez vu
+cela dans l'<em>Outre-Mer</em> de Bourget, où le terrible problème des races est
+si nettement posé! «L'ouvrier à cinq sous est naturellement vainqueur de
+l'ouvrier à cinq francs». </p>
+
+<p> Le «péril jaune» est signalé de toutes parts. Les Chinois sont quatre
+cents millions. Théoriquement ils peuvent mettre trente millions
+d'hommes sur pied de guerre. Un beau matin, ils devaient envahir
+l'Europe, massacrer ses habitants et mettre fin à la civilisation
+occidentale. Cela paraissait un dogme inattaquable. Mais on s'est aperçu
+dans ces derniers temps que les Chinois éprouvent une horreur
+insurmontable contre le service militaire. Depuis qu'ils se sont laissés
+battre par les Japonais, dix fois moins nombreux, les pessimistes ont
+fait volte face. Le «péril jaune» n'est plus à craindre sous forme
+d'invasion militaire, du moins pour une période qui peut entrer dans nos
+préoccupations, le «péril jaune» vient surtout de l'ouvrier chinois qui
+se contente de cinq sous. </p>
+
+<p> «L'habileté de l'ouvrier oriental, sa sobriété extrême, ne font de
+doute pour personne, dit M. H. Normant<a href="#fn__3" name="fnt__3"
+id="fnt__3" class="fn_top">3</a>. Entre deux ouvriers également habiles,
+celui qui est le plus sobre est déjà assuré de la supériorité; il en
+sera bien plus certain encore s'il se contente d'un salaire très
+inférieur à celui de son concurrent. Or c'est le cas de l'ouvrier jaune
+par rapport à l'ouvrier blanc. Celui-ci est vaincu d'avance. L'ouvrier
+jaune tient l'ouvrier blanc à sa merci». Les Chinois, les Hindous, les
+nègres se contentant d'un faible salaire, fabriqueront bientôt tous les
+produits à meilleur marché que les blancs; alors personne ne voudra plus
+acheter les articles des blancs. N'ayant plus de travail, ceux-ci seront
+réduits à mourir de faim. L'Europe deviendra une solitude et notre
+civilisation périra.
+
+</p>
+
+<p> Il y a dans ces raisonnements une série d'erreurs qu'il est bon
+d'examiner une à une. </p>
+
+<p> Où a-t-on pris d'abord que les races inférieures se contentent d'un
+petit salaire? Or tout l'édifice de l'argumentation pessimiste est basé
+sur cette affirmation. Le Chinois se contente de quelques sapèques et
+vit d'une poignée de riz. Il est sobre; donc ses produits seront moins
+chers que les nôtres, donc il nous écrasera. </p>
+
+<p> L'affirmation que les races inférieures se contentent d'un bas salaire
+quand elles peuvent obtenir un salaire élevé ne supporte pas l'examen un
+seul instant. </p>
+
+<p> Au Transvaal les ouvriers cafres ont des salaires de 75 francs par
+mois, plus la nourriture, qui revient à 85 francs. Cela leur fait donc 5
+fr. 35 par jour. Les Chinois en Californie gagnent 5 francs par jour<a
+href="#fn__4" name="fnt__4" id="fnt__4" class="fn_top">4</a>.
+
+</p>
+
+<p> Nous le demandons, pourquoi, dans ces deux cas, les représentants de
+ces races inférieures ne se «contentent-ils» pas de 25 centimes? Cela
+vient de la plus élémentaire des raisons. Les Chinois, comme toutes les
+créatures vivantes, fuient la douleur et recherchent le plaisir. Il n'y
+a pas de lois biologiques différentes pour les Européens et pour les
+«vils» Chinois. Les lois de la nature et les lois sociales sont les
+mêmes pour toutes les races. Dès qu'un individu a la possibilité de
+gagner 5 francs, il ne se «contente» plus de gagner cinq sous. L'ouvrier
+chinois en Californie demande 5 francs par jour sans aucune hésitation
+et, s'il pouvait en obtenir dix, il les réclamerait immédiatement. Le
+taux des salaires dépend de facteurs économiques, non de facteurs
+biologiques. La couleur de la peau et l'angle facial n'ont rien à voir
+en cette affaire. Un noble Aryen peut avoir des salaires très bas
+(beaucoup d'ouvriers européens envieraient les salaires des Cafres du
+Transvaal), un «vil» Touranien des salaires très hauts. D'autre part il
+ne suffit pas d'être de même race pour avoir les mêmes salaires.
+Actuellement un charpentier, à Coolgardie, gagne 16 francs par jour et à
+Odessa seulement 4. Tous les deux sont des blancs cependant. </p>
+
+<p> Si les Chinois se contentent de quelques sapèques dans son pays, c'est
+qu'il ne peut pas faire autrement. Mais dans son pays, dès qu'il peut
+obtenir davantage, il ne s'en contente plus. Les bases fondamentales des
+sociétés hindoues et chinoises sont les mêmes que les nôtres. On y
+observe, comme chez nous, la plus grande variété des fortunes. En Chine,
+aux Indes, comme en Europe, il y a des millionnaires et des mendiants.
+En Chine, comme en Europe, les hommes travaillent jour et nuit pour
+acquérir des richesses. Quelques-uns réussissent et amassent de grandes
+fortunes, d'autres ne réussissent pas, restent dans la médiocrité ou
+même dans la misère. Mais la poussée de bas en haut, l'ascension
+perpétuelle de la pauvreté à l'opulence s'observe en Asie comme en
+Europe. C'est la trame journalière de la vie sociale. A chaque instant,
+en Chine comme chez nous, certains individus montent les échelons du
+bien-être, d'autres les descendent. </p>
+
+<p> Eh bien, quand on affirme que notre race est condamnée à périr parce
+que les ouvriers chinois se contentent d'une poignée de riz, on
+méconnaît les phénomènes sociaux les plus universels. Dès qu'un
+Asiatique peut gagner de l'argent, il ne se contente plus d'une poignée
+de riz. Combien les pessimistes ne nous rebattent-ils pas les oreilles
+de la «sobriété» des Chinois, qui doit être l'écueil contre lequel se
+brisera notre civilisation! Eh bien, ils tombent mal. Précisément le
+Chinois est l'homme le moins sobre de la terre. Nulle part la cuisine
+n'a reçu autant de raffinement que dans le Céleste Empire. Des repas de
+140 plats y sont fréquents. Les Chinois dépensent des sommes
+considérables pour se procurer les mets les plus rares. Les pessimistes,
+un peu brouillés d'ailleurs avec la géographie, oublient que toute la
+Chine ne se trouve pas dans la zone chaude, où une nourriture très
+abondante est moins nécessaire. Les Hindous, vivant sous un ciel de feu,
+sont naturellement assez sobres. Mais on peut manger peu et bien. Chez
+les riches habitants de Calcutta et de Bénarès, la table est servie de
+mets forts variés. On se donne aussi dans l'Inde le plaisir de la bonne
+chère. </p>
+
+<p> Si donc le plus grand danger de notre civilisation vient de ce que les
+Asiatiques se contenteront, soi-disant, toujours d'une poignée de riz,
+nous pouvons dormir tranquilles. </p>
+
+<p> Ce qui a contribué à créer la légende de la sobriété chinoise, c'est
+que les émigrants de l'Empire du Milieu font de grandes économies dans
+le pays où ils vont travailler temporairement. C'est aussi le cas des
+Italiens. Mais si les Célestes se contentent d'une poignée de riz
+pendant quelques années, c'est pour mieux vivre, plus tard, quand ils
+seront rentrés dans leur pays. </p>
+
+<p> Le Chinois ne peut faire que trois usages des bénéfices réalisés dans
+nos pays. D'abord il peut les consommer immédiatement. En ce cas, en
+ayant un salaire de 5 francs, il vivra sur un pied de 5 francs et non
+sur celui de 25 centimes. Il ne se contentera donc pas d'une poignée de
+riz. Il fera marcher le commerce. En second lieu le Chinois peut
+économiser et faire valoir ses capitaux. Alors lui ou d'autres personnes
+achèteront des instruments de travail, ensemenceront des champs restés
+en friche, bref accroîtront la prospérité du pays. Car faire valoir des
+capitaux signifie les appliquer à une production quelconque. Enfin le
+Chinois peut mettre ses économies dans un bas de laine, comme faisaient
+autrefois les paysans européens. Mais il viendra forcément un jour où
+son fils ou son petit-fils les retireront du bas, les uns pour augmenter
+leurs jouissances actuelles, les autres pour les faire valoir. Ces
+capitaux rentreront alors dans la circulation. Il n'y aura de perdues
+que les monnaies enfouies dans le sol et oubliées. Mais ce cas est bien
+rare; les chercheurs de trésors en sont généralement pour leur peine. </p>
+
+<p> Peu importe l'endroit où le Chinois consomme ses économies; que ce soit
+l'Amérique ou le Céleste-Empire, ces capitaux rentrent dans la
+circulation universelle et produisent leur effet indirect dans le pays
+dont ils sont sortis. </p>
+
+<p> Il ne faut pas oublier de plus que, si l'ouvrier hindou reçoit un
+salaire inférieur, il produit aussi un travail inférieur. «On estime
+qu'une même filature de 30,000 broches exigerait 750 ouvriers à Bombay
+et seulement 120 dans le Lancashire»<a href="#fn__5" name="fnt__5"
+id="fnt__5" class="fn_top">5</a>. Quelques industriels anglais font venir
+des ouvriers américains. Ils les payent plus cher, mais, comme ils font
+de la meilleure besogne, les produits reviennent à meilleur marché. Ce
+fait est habituel dans l'industrie moderne. Aux Indes même, quand les
+ouvriers deviennent plus habiles, ils reçoivent des salaires supérieurs,
+allant jusqu'à 2 francs et 2 fr. 40. On le voit, c'est dix fois plus que
+les fameux cinq sous.
+
+</p>
+
+<p> De nos jours, dans l'industrie, on essaie, dès que c'est possible, de
+substituer le travail à la tâche au travail à la journée. Cela étant,
+des Hindous et des Chinois peuvent gagner des journées supérieures à
+celle de l'Européen en travaillant avec plus d'application. Or, à partir
+du moment où les Asiatiques gagneront plus que les Européens, comment
+pourra-t-on affirmer que les jaunes écraseront les blancs par les bas
+salaires? </p>
+
+<p> Mais il y a une dernière considération supérieure à toutes les autres.
+Tous les jours le prix des produits dépend de plus en plus des
+perfectionnements de l'outillage et de moins en moins du taux des
+salaires. </p>
+
+<p> Un exemple bien souvent cité. Avec un métier circulaire une ouvrière
+peut faire 480,000 mailles par minute. A la main, la plus habile n'en
+peut faire que 80. Supposons que l'ouvrière, maniant ce métier, reçoit
+10 francs par jour (nous exagérons à dessein) et supposons que les
+autres frais de l'usine (force motrice, réparation des machines, frais
+d'administration, etc.) montent encore à 30 francs par ouvrière et par
+jour. Dans ces conditions, pour faire concurrence au métier, l'ouvrière,
+travaillant à la main, devrait se contenter d'un salaire inférieur à 7
+dixièmes de centimes. Si extraordinairement sobre qu'on la suppose, il
+faut avouer que, même aux Indes, elle trouverait difficilement à se
+nourrir pour ce prix là. </p>
+
+<p> Les machines fabriquant le papier de journal «marchent à la vitesse de
+70 mètres par minute, dit M. le vicomte d'Avenel<a href="#fn__6"
+name="fnt__6" id="fnt__6" class="fn_top">6</a>. Une heure suffit pour
+obtenir ces énormes rouleaux dont la longueur atteint jusqu'à 5,000
+mètres que les presses rotatives de Marinoni se chargeront de noircir.
+L'opération s'accomplit toute seule. Un unique ouvrier y assiste,
+accoudé contre un bâti; il se penche parfois sur un cylindre, examine le
+papier, serre un écrou, verse un peu d'huile, puis rentre dans son
+immobilité, type expressif du travail moderne». Ainsi un seul ouvrier
+peut faire, dans une journée, une bande de cinquante kilomètres de
+papier, presque sans se donner aucune peine<a href="#fn__7"
+name="fnt__7" id="fnt__7" class="fn_top">7</a>. C'est beau! Et cependant on
+est allé encore plus loin; on a supprimé même cet unique ouvrier. Un
+ingénieur américain, M. Charles S. Cooper, a perfectionné le métier à
+tisser d'une façon extrêmement remarquable. Laissons parler M. Daniel
+Bellet<a href="#fn__8" name="fnt__8" id="fnt__8" class="fn_top">8</a>. «Dès qu'un fil de la chaîne se casse, ou dès que le fil
+s'échappe de la navette, ou enfin qu'un dérangement quelconque se
+produit, qui ne pourrait être dans les métiers actuels constaté que
+grâce à l'attention de l'ouvrier, le métier s'arrête
+automatiquement&hellip; Cela permet au nouveau métier de travailler seul
+pendant un certain temps (l'unique danger que l'on court en agissant
+ainsi est qu'il s'arrête si quelque chose vient à se déranger). Aussi on
+laisse fonctionner le nouveau métier pendant le déjeuner, puis pendant
+toute la nuit. En rentrant le matin on trouve une sérieuse quantité de
+tissu fait. Cela augmente la production dans une proportion énorme.»
+Voilà bien ce qu'Aristote demandait pour supprimer l'esclavage: «les
+navettes marchant toutes seules». Encore une fois, comment l'ouvrier
+hindou ou chinois, si sobre qu'on le suppose, pourra-t-il lutter contre
+cette machine? Avec le métier Cooper un ouvrier fait 752 mètres de tissu
+par jour.
+
+</p>
+
+<p> Il en est de toutes les industries comme de celles du papier et du
+tissage. Le bon marché du produit provient de la substitution de la
+machine au travail humain. Dans l'Inde et la Chine, où les ouvriers se
+paient si peu, on trouve avantage à établir de grandes filatures
+mécaniques; donc, même dans les pays de salaires dérisoires, la machine
+bat l'homme. </p>
+
+<p> Pour produire à meilleur compte que nous, les Asiatiques devraient
+avoir un outillage industriel plus perfectionné que le nôtre. Pour
+posséder des machines supérieures à celles de l'Occident, ils devraient
+inventer des procédés plus avancés. Ce n'est pas impossible, à coup sûr,
+mais cela demandera beaucoup de temps. Tout se tient dans la vie
+sociale. L'invention provient, dans une certaine mesure, du
+développement de l'esprit scientifique. Cet esprit scientifique, à son
+tour, est la résultante de milliers de facteurs forts complexes. Pour
+faire que la société hindoue et chinoise arrive à l'état mental des
+Américains du Nord (état particulièrement propice à l'esprit
+d'invention), il faudra d'innombrables efforts pendant des siècles.
+Mais, dira-t-on, les Asiatiques nous achèteront notre outillage.
+Parfaitement; mais dans ce cas ils auront ce que nous avons et pas
+mieux, donc ils seront nos égaux et pas nos maîtres. Nous pourrons leur
+faire concurrence sur un pied d'égalité. Il faut que les pessimistes
+nous expliquent pourquoi ce seront eus qui devront nous écraser et pas
+nous qui les écraserons. Notez de plus que dans les perfectionnements de
+l'outillage, l'esprit d'invention est tout. Tant que nous serons plus
+inventifs, nous l'emporterons toujours sur nos rivaux asiatiques. Des
+machines plus parfaites et plus ingénieuses donneront constamment des
+produits moins chers que des machines démodées et archaïques. </p>
+
+<p> Les Chinois et les Hindous pourraient arrêter nos manufactures le jour
+où ils seraient en état d'approvisionner non seulement leurs propres
+marchés mais encore les nôtres. Comme nous l'avons déjà montré
+ailleurs,<a href="#fn__9" name="fnt__9" id="fnt__9" class="fn_top">9</a> «l'industrie cotonnière anglaise emploie actuellement 53
+millions de broches. Il faudrait que nos concurrents asiatiques
+possédassent un outillage au moins égal pour nous battre. Mais où
+prendront-t-ils les capitaux nécessaires pour l'établir? Justement, si
+les salaires sont si bas aux Indes et en Chine, c'est parce que l'esprit
+d'initiative et les capitaux manquent dans ces pays. En Chine les
+nouvelles entreprises sont rares. Le Céleste-Empire possède les plus
+beaux gisements de charbon du monde; a peine en a-t-on commencé
+l'exploitation. Les Chinois n'ayant pas de nouvelles carrières
+encombrent les anciennes; l'offre du travail est plus abondante que la
+demande et les salaires sont bas. Imaginez les capitaux aussi abondants
+en Chine qu'en Europe<a href="#fn__10" name="fnt__10" id="fnt__10" class="fn_top">10</a>. Ils auraient cherché des placements, ils
+auraient suscité des entreprises nouvelles. Mais tant que les Asiatiques
+manqueront de capitaux, ils n'auront pas la possibilité d'installer leur
+outillage industriel sur le même pied que le nôtre.
+
+</p>
+
+<p> La plupart des grandes filatures établies aux Indes l'ont été par des
+Anglais. Le Japon seul a quelques filatures fondées par des capitalistes
+indigènes (et encore on dit qu'ils reçoivent des subsides du
+gouvernement). Aussi longtemps que l'Europe commanditera l'industrie
+asiatique, elle n'a rien à craindre de l'Asie, puisqu'en définitive une
+grande part des profits lui reviendra. Maintenant, quand toutes les
+entreprises appartiendront aux Asiatiques, c'est que les capitaux seront
+devenus abondants en Asie; alors les salaires y hausseront
+inévitablement. </p>
+
+<p> Le globe entier est devenu un seul marché. Les prix des denrées tendent
+de plus en plus à s'égaliser dans tous les pays. La même tendance existe
+pour les salaires. Seulement, comme on ne transporte pas les hommes
+aussi facilement et à aussi bon compte que les marchandises, l'équilibre
+des salaires est encore loin d'être aussi avancé que celui des denrées.
+Mais nous nous y acheminons inévitablement par des chemins fort
+nombreux. D'abord les améliorations techniques. Tous les jours les
+bateaux à vapeur et les locomotives étant perfectionnés, les prix des
+voyages baissent. D'autre part l'instruction se répand; les hommes
+commencent à mieux connaître le globe. Les pays lointains effraient
+moins. Les préjugés diminuent et rendent les départs plus faciles. Un
+grand nombre d'Hindous croient encore perdre leur caste, en se rendant
+par mer en Angleterre. Aussi ils évitent de faire ce voyage. Quand moins
+d'Hindous auront ces préjugés absurdes, ils se déplaceront plus
+facilement. Les Chinois sont plongés aujourd'hui dans une profonde
+ignorance. Ils pullulent dans leur pays. Ils ne savent pas combien de
+terres incultes et désertes pourraient être fécondées par leur travail.
+Mais ils l'apprennent de plus en plus. Le temps n'est pas loin où
+l'émigration asiatique égalera et dépassera l'émigration européenne.
+Tout montre que la mobilité de l'homme ira en augmentant. Quand les
+entraves politiques seront supprimées, une différence de 20 à 30 pour
+100 dans les taus des salaires produira des invasions de travailleurs,
+comme la même différence produit aujourd'hui une invasion de
+marchandises. Nous marchons vers l'équilibre économique. C'est
+inéluctable, parce que conforme aux lois de la nature. La différence,
+existant aujourd'hui entre les salaires de l'Asie et ceux de l'Europe,
+ne sera pas éternelle. Un jour viendra où l'Asiatique aura le même
+salaire que l'Européen. Par conséquent l'écrasement de l'Européen par
+les bas salaires de l'Asiatique deviendra alors impossible. Admettons
+cependant les données des pessimistes. Supposons que les salaires des
+Asiatiques seront toujours<a href="#fn__11" name="fnt__11" id="fnt__11" class="fn_top">11</a> plus bas que ceux des Européens; quel mal
+cela pourra-t-il faire à ces derniers? Les bas salaires produisent, en
+définitive, le même résultat que les machines plus perfectionnées. Une
+broche fait 10,000 tours à la minute: elle donne un kilo de fil à
+l'heure, par hypothèse: on invente un nouvelle disposition, grâce à
+laquelle la broche fait 20,000 tours et 2 kilos à l'heure, personne n'y
+voit de mal. Au contraire, on comprend que la félicité humaine est en
+raison directe de la productivité de machines. Or si un Chinois demande
+5 fr. pour labourer un hectare, quand un Européen en demande 10, cela
+équivaut, au point de vue des phénomènes économiques, à la découverte
+d'une charrue à vapeur nouvelle, travaillant deux fois plus vite que
+l'ancienne. Le perfectionnement de l'outillage étant considéré comme un
+bien, parce qu'il produit le bon marché, pourquoi le bas salaire des
+Chinois, amenant le même résultat, peut-il être considéré comme un mal?
+Mais on dit que le Chinois évince l'ouvrier européen. La machine
+n'a-t-elle pas le même résultat? Or l'expérience des nations
+industrielles montre d'une façon irréfutable que leur prospérité est en
+raison directe du perfectionnement de l'outillage, donc le bon marché du
+salaire asiatique, ayant le même résultat, est aussi un bien et non un
+mal. En dernière analyse, le bon marché du salaire asiatique a pour
+résultat une diminution du prix des produits. Or tous les hommes, dans
+la pratique journalière, affirment à l'unisson que le bon marché est un
+bien et la cherté un mal. Les doctrinaires et les pessimistes seuls ne
+sont pas de cet avis. </p>
+
+
+<h2>Footnotes</h2>
+
+
+<a href="#fnt__1" id="fn__1" name="fn__1" class="fn_bot">1</a><div class="fn"> Cet article est imprimé avec les modifications orthographiques
+exposées dans le n<sup>o</sup> de février 1897 de la <em>Revue Internationale de
+Sociologie</em>.</div>
+
+
+<a href="#fnt__2" id="fn__2" name="fn__2" class="fn_bot">2</a><div class="fn"> <em>Journal des Débats</em> du 25 juillet 1895, feuilleton intitulé le <em>Prochain
+Moyen-Age</em>.</div>
+
+
+<a href="#fnt__3" id="fn__3" name="fn__3" class="fn_bot">3</a><div class="fn"> Cité, par M. P. d'Estournelle de Constant, dans un article de la <em>Revue
+des Deux-Mondes</em>, du 1<sup>er</sup> avril 1896, p. 666.</div>
+
+
+<a href="#fnt__4" id="fn__4" name="fn__4" class="fn_bot">4</a><div class="fn"> Pour le Transvaal, voir le <em>Journal des Débats</em> du 5 avril 1896; pour la
+Californie, le <em>Journal des Économistes</em> d'août 1893, p. 984.</div>
+
+
+<a href="#fnt__5" id="fn__5" name="fn__5" class="fn_bot">5</a><div class="fn"> <em>Revue des Deux-Mondes</em> du 15 avril 1895, p. 120.</div>
+
+
+<a href="#fnt__6" id="fn__6" name="fn__6" class="fn_bot">6</a><div class="fn"> <em>Revue des Deux-Mondes</em>, du 1<sup>er</sup> décembre 1895, p. 548.</div>
+
+
+<a href="#fnt__7" id="fn__7" name="fn__7" class="fn_bot">7</a><div class="fn"> Le papier du <em>Figaro</em> coûte un centime et quart. S'il fallait le
+fabriquer à la main, par les procédés usités au Moyen-Âge, il coûterait
+2 fr. 10. Encore ici, en faisant le même calcul que pour la machine à
+tricoter, on voit que, pour lutter contre les nouveaux métiers, un
+ouvrier, travaillant par les procédés anciens, devrait se contenter d'un
+salaire de 2 millièmes de centime.</div>
+
+
+<a href="#fnt__8" id="fn__8" name="fn__8" class="fn_bot">8</a><div class="fn"> <em>Journal des Économistes</em>, du 15 décembre 1895, p. 379.</div>
+
+
+<a href="#fnt__9" id="fn__9" name="fn__9" class="fn_bot">9</a><div class="fn"> Voir nos <em>Gaspillages des sociétés modernes</em>, Paris, Alcan, 1894, p. 78.</div>
+
+
+<a href="#fnt__10" id="fn__10" name="fn__10" class="fn_bot">10</a><div class="fn"> Et il faut ajouter aussi mobiles. Les épargnes peuvent être
+considérables en Chine. Mais si elles s'enferment dans des cachettes
+sous forme de lingots d'argent, elles sont comme si elles n'étaient pas.</div>
+
+
+<a href="#fnt__11" id="fn__11" name="fn__11" class="fn_bot">11</a><div class="fn"> Le lecteur sent sans doute combien ce mot sonne faux. Il n'y a rien
+d'éternel dans la nature.</div>
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Le péril jaune, by Jacques Novicow
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE PÉRIL JAUNE ***
+
+***** This file should be named 26350-h.htm or 26350-h.zip *****
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+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
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+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
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+such as creation of derivative works, reports, performances and
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+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
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+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
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+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
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+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
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+ Chief Executive and Director
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+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
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+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
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+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
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+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
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+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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