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diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes new file mode 100644 index 0000000..6833f05 --- /dev/null +++ b/.gitattributes @@ -0,0 +1,3 @@ +* text=auto +*.txt text +*.md text diff --git a/26336-8.txt b/26336-8.txt new file mode 100644 index 0000000..9d12406 --- /dev/null +++ b/26336-8.txt @@ -0,0 +1,7412 @@ +The Project Gutenberg EBook of Rapport sur l'Instruction Publique, les 10, +11 et 19 Septembre 1791, by Maurice Talleyrand-Périgord + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Rapport sur l'Instruction Publique, les 10, 11 et 19 Septembre 1791 + fait au nom du Comité de Constitution à l'Assemblée Nationale + +Author: Maurice Talleyrand-Périgord + +Release Date: August 17, 2008 [EBook #26336] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RAPPORT SUR L'INSTRUCTION *** + + + + +Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink and the +Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net +(This file was produced from images generously made +available by the Bibliothèque nationale de France +(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) + + + + + +Note au lecteur de ce ficher électronique: +Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été +corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée. + + + + +RAPPORT + +SUR + +L'INSTRUCTION PUBLIQUE, + +FAIT + +AU NOM DU COMITÉ DE CONSTITUTION + +A L'ASSEMBLÉE NATIONALE, + +les 10, 11 et 19 Septembre 1791, + +par M. DE TALLEYRAND-PÉRIGORD, + +Ancien Évêque d'Autun. + +PAR ORDRE DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE. + + + +A PARIS, + +DE L'IMPRIMERIE NATIONALE. + +M. DCC. XCI. + + + + +THE FRENCH REVOLUTION RESEARCH COLLECTION + +LES ARCHIVES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE + + + +MAXWELL +Headington Hill Hall, Oxford OX3 OBW, UK + + + +DE + +L'INSTRUCTION + +PUBLIQUE. + + + + +RAPPORT + +SUR + +L'INSTRUCTION PUBLIQUE, + +_Fait au nom du Comité de Constitution, par M. de_ TALLEYRAND-PÉRIGORD, +_ancien Évêque d'Autun_, _Administrateur du Département de Paris_. + + +LES pouvoirs publics sont organisés: la liberté, l'égalité existent +sous la garde toute-puissante des Lois; la propriété a retrouvé ses +véritables bases; et pourtant la Constitution pourroit sembler +incomplette, si l'on n'y attachoit enfin, comme partie conservatrice +et vivifiante, L'INSTRUCTION PUBLIQUE, que sans doute on auroit le +droit d'appeller un pouvoir, puisqu'elle embrasse un ordre de +fonctions distinctes qui doivent agir sans relâche sur le +perfectionnement du Corps Politique et sur la prospérité générale. + +Nous ne chercherons pas ici à faire ressortir la nullité ou les vices +innombrables de ce qu'on a nommé jusqu'à ce jour _Instruction_. Même sous +l'ancien ordre de choses, on ne pouvoit arrêter sa pensée sur la +barbarie de nos institutions, sans être effrayé de cette privation +totale de lumières, qui s'étendoit sur la grande majorité des hommes; +sans être révolté ensuite et des opinions déplorables que l'on jettoit +dans l'esprit de ceux qui n'étoient pas tout-à-fait dévoués à +l'ignorance, et des préjugés de tous les genres dont on les +nourrissoit, et de la discordance, ou plutôt de l'opposition absolue +qui existoit entre ce qu'un enfant étoit contraint d'apprendre, et ce +qu'un homme étoit tenu de faire; enfin, de cette déférence aveugle +et persévérance pour des usages dès long-temps surannés, qui, nous +replaçant sans cesse à l'époque où tout le savoir étoit concentré dans +les Cloîtres, sembloit encore, après plus de dix siècles, destiner +l'universalité des Citoyens à habiter des Monastères. + +Toutefois ces choquantes contradictions, et de plus grandes encore, +n'auroient pas dû surprendre: elles devoient naturellement exister là +où constitutionnellement tout étoit hors de sa place: où tant +d'intérêts se réunissoient pour tromper, pour dégrader l'espèce +humaine; où la nature du Gouvernement repoussoit les principes dans +tout ce qui n'étoit pas destiné à flatter ses erreurs; où tout +sembloit faire une nécessité d'apprendre aux hommes, dès l'enfance, à +composer avec des préjugés, au milieu desquels ils étoient appellés à +vivre et à mourir; où il falloit les accoutumer à contraindre leur +pensée, puisque la Loi elle-même leur disoit avec menace qu'ils n'en +étoient pas les maîtres; et où, enfin, une prudence pusillanime, qui +osoit se nommer vertu, s'étoit fait un devoir de distraire leur esprit +de ce qui pouvoit un jour leur rappeller des droits qu'il ne leur +étoit pas permis d'invoquer: et telle avoit été, sous ces rapports, +l'influence de l'opinion publique elle-même, qu'on étoit parvenu à +pouvoir présenter à la jeunesse l'histoire des anciens Peuples libres, +à échauffer son imagination par le récit de leurs héroïques vertus, à +la faire vivre, en un mot, au milieu de Sparte et de Rome, sans que le +pouvoir le plus absolu eut rien à redouter de l'impression que +devoient produire ces grands et mémorables exemples. Aimons pourtant à +rappeller que, même alors, il s'est trouvé des hommes dont les +courageuses leçons sembloient appartenir aux plus beaux jours de la +liberté: et, sans insulter à de trop excusables erreurs, jouissons +avec reconnoissance des bienfaits de l'esprit humain, qui, dans toutes +les époques, a su préparer, à l'insçu du despotisme, la révolution +qui vient de s'accomplir. + +Or si, à ces diverses époques, dont chaque jour nous sépare par de si +grands intervalles, la simple raison, la saine philosophie ont pu +réclamer, non seulement avec justice, mais souvent avec quelque espoir +de succès, des changemens indispensables dans l'instruction publique; +si, dans tous les temps, il a été permis d'être choqué de ce qu'elle +n'étoit absolument en rapport avec rien, combien plus fortement +doit-on éprouver le besoin d'une réforme totale dans un moment où elle +est sollicitée à la fois, et par la raison de tous les Pays, et par la +constitution particulière du nôtre. + +Il est impossible, en effet, de s'être pénétré de l'esprit de cette +constitution sans y reconnoître que tous les principes invoquent les +secours d'une instruction nouvelle. + +Forts de la toute-puissance nationale, vous êtes parvenus à séparer, +dans le Corps politique, la volonté commune ou la faculté de faire des +Lois, de l'action publique ou des divers moyens d'en assurer +l'exécution; et c'est là qu'existera éternellement le fondement de la +liberté politique: mais, pour le complément d'un tel système, il faut +sans doute que cette volonté se maintienne toujours droite, toujours +éclairée, et que les moyens d'action soient invariablement dirigés +vers leur but: or ce double objet est évidemment sous l'influence +directe et immédiate de l'instruction. + +La Loi, rappellée enfin à son origine, est redevenue ce quelle n'eût +jamais dû cesser d'être, l'expression de la volonté commune. Mais pour +que cette volonté, qui doit se trouver toute dans les Représentans de +la Nation, chargés par elle d'être ses organes, ne soit pas à la merci +des volontés éparses ou tumultueuses de la multitude souvent égarée; +pour que ceux de qui tout pouvoir dérive ne soient pas tentés, ni +quant à l'émission de la Loi, ni quant à son exécution, de reprendre +inconsidérément ce qu'ils ont donné, il faut que la raison publique, +armée de toute la puissance de l'instruction et des lumières, +prévienne ou réprime sans cesse ces usurpations individuelles, +destructives de tout principe, afin que le parti le plus fort soit +aussi, et pour toujours, le parti le plus juste. + +Les hommes sont déclarés libres; mais ne sait-on pas que l'instruction +aggrandit sans cesse la sphère de la liberté civile, et, seule, peut +maintenir la liberté politique contre toutes les espèces de +despotisme? Ne sait-on pas que, même sous la constitution la plus +libre, l'homme ignorant est à la merci du Charlatan, et beaucoup trop +dépendant de l'homme instruit; et qu'une instruction générale, bien +distribuée, peut seule empêcher, non pas la supériorité des esprits +qui est nécessaire, et qui même concourt au bien de tous, mais le trop +grand empire que cette supériorité donneroit, si l'on condamnoit à +l'ignorance une classe quelconque de la société? Celui qui ne sait ni +lire, ni compter, dépend de tout ce qui l'environne: celui qui connoît +les premiers élémens du calcul, ne dépendroit pas du génie de Newton, +et pourroit même profiter de ses découvertes. + +Les hommes sont reconnus égaux: et pourtant combien cette égalité de +droits seroit peu sentie, seroit peu réelle, au milieu de tant +d'inégalités de fait, si l'instruction ne faisoit sans cesse effort +pour rétablir le niveau, et pour affoiblir du moins les funestes +disparités qu'elle ne peut détruire! + +Enfin, et pour tout dire, la constitution existeroit-elle +véritablement, si elle n'existoit que dans notre code; si de-là elle +ne jettoit ses racines dans l'âme de tous les Citoyens; si elle n'y +imprimoit à jamais de nouveaux sentimens, de nouvelles moeurs, de +nouvelles habitudes? Et n'est-ce pas à l'action journalière et +toujours croissante de l'instruction, que ces grands changemens sont +réservés? + +Tout proclame donc l'instante nécessité d'organiser l'instruction: +tout nous démontre que le nouvel état des choses, élevé sur les ruines +de tant d'abus, nécessite une création en ce genre; et la décadence +rapide et presque spontanée des établissemens actuels qui, dans toutes +les parties du Royaume, dépérissent comme des plantes sur un terrein +nouveau qui les rejette, annonce clairement que le moment est venu +d'entreprendre ce grand ouvrage. + +En nous livrant au travail qu'il demande, nous n'avons pu nous +dissimuler un instant les difficultés dont il est entouré. Il en est +de réelles, et qui tiennent à la nature d'un tel sujet. L'instruction +est en effet un pouvoir d'une nature particulière. Il n'est donné à +aucun homme d'en mesurer l'étendue; et la puissance nationale ne peut +elle-même lui tracer des limites. Son objet est immense, indéfini: que +n'embrasse-t-il pas? Depuis les élémens les plus simples des Arts, +jusqu'aux principes les plus élevés du droit public et de la morale; +depuis les jeux de l'enfance jusqu'aux représentations théâtrales et +aux fêtes les plus imposantes de la Nation, tout ce qui, agissant sur +l'âme, peut y faire naître et y graver d'utiles ou de funestes +impressions, est essentiellement de son ressort. Ses moyens, qui vont +toujours en se perfectionnant, doivent être diversement appliqués +suivant les lieux, le temps, les hommes, les besoins. Plusieurs +sciences sont encore à naître; d'autres n'existent déjà plus; les +méthodes ne sont point fixées; les principes des sciences ne peuvent +l'être, les opinions moins encore; et, sous aucun de ces rapports, il +ne nous appartient d'imposer des lois à la postérité. Tel est +néanmoins le pouvoir qu'il faut organiser. + +A côté de ces difficultés réelles, il en est d'autres plus +embarrassantes peut-être, par la raison que ce n'est pas avec des +principes qu'on parvient à les vaincre, et qu'il faut en quelque sorte +composer avec elles. Celles-ci naissent d'une sorte de frayeur +qu'éprouvent souvent les hommes les mieux intentionnés à la vue d'une +grande nouveauté; toute perfection leur semble idéale; ils la +redoutent presqu'à l'égal d'un système erroné, et souvent ils +parviennent à la rendre impraticable, à force de répéter qu'elle +l'est. + +C'est à travers ces difficultés qu'il nous a fallu marcher; mais nous +croyons avoir écarté les plus fortes, en réduisant extrêmement les +principes, et en nous bornant à ouvrir toutes les routes de +l'instruction, sans prétendre fixer aucune limite à l'esprit humain, +aux progrès duquel on ne peut assigner aucun terme. + +Quant aux autres difficultés, ceux qu'un trop grand changement +effraye, ne tarderont pas à voir que, si nous avons tracé un plan pour +chaque partie de l'instruction, c'est que dans la chose la plus +pratique il falloit se tenir en garde contre les inconvéniens des +principes purement spéculatifs; qu'il ne suffisoit pas de marquer le +but, qu'il falloit aussi ouvrir les routes: mais en même temps nous +avons pensé qu'il étoit nécessaire de laisser aux divers Départemens, +qui connoîtront et ce qu'exigent les besoins, et ce que permettent les +moyens de chaque lieu, à déterminer le moment où tel point en +particulier pourra être réalisé avec avantage, comme aussi à le +modifier dans quelques détails; car nous voulons que le passage de +l'ancienne instruction à la nouvelle se fasse sans convulsion, et +sur-tout sans injustice individuelle. + +Pour nous tracer quelque ordre dans un sujet aussi vaste, nous avons +considéré l'instruction sous les divers rapports qu'elle nous a paru +présenter à l'esprit. + +L'instruction en général a pour but de perfectionner l'homme dans +tous les âges, et de faire servir sans cesse à l'avantage de chacun et +au profit de l'association entière les lumières, l'expérience, et +jusqu'aux erreurs des générations précédentes. + +Un des caractères les plus frappans dans l'homme est la +_perfectibilité_; et ce caractère, sensible dans l'individu, l'est +bien plus encore dans l'espèce: car peut-être n'est-il pas impossible +de dire de tel homme en particulier, qu'il est parvenu au point où il +pouvoit atteindre, et il le sera éternellement de l'affirmer de +l'espèce entière, dont la richesse intellectuelle et morale s'accroît +sans interruption de tous les produits des siècles antérieurs. + +Les hommes arrivent sur la terre, avec des facultés diverses, qui sont +à-la-fois les instrumens de leur bien-être et les moyens d'accomplir +la destinée à laquelle la société les appelle; mais ces facultés, +d'abord inactives, ont besoin et du temps, et des choses, et des +hommes pour recevoir leur entier développement, pour acquérir toute +leur énergie; mais chaque individu entre dans la vie avec une +ignorance profonde sur ce qu'il peut et doit être un jour; c'est à +l'instruction à le lui montrer; c'est à elle à fortifier, à accroître +ses moyens naturels de tous ceux que l'association fait naître, et que +le temps accumule. Elle est l'art plus ou moins perfectionné de mettre +les hommes en toute valeur, tant pour eux que pour leurs semblables; +de leur apprendre à jouir pleinement de leurs droits, à respecter et +remplir facilement tous leurs devoirs; en un mot, à vivre heureux et à +vivre utiles; et de préparer ainsi la solution du problème, le plus +difficile peut-être des sociétés, qui consiste dans la meilleure +distribution des hommes. + +On doit considérer en effet la Société, comme un vaste attelier. Il ne +suffit pas que tous y travaillent; il faut que tous y soient à leur +place, sans quoi il y a opposition de forces, au lieu du concours qui +les multiplie. Qui ne sait qu'un petit nombre, distribué avec +intelligence, doit faire plus et mieux qu'un plus grand, doué des +mêmes moyens, mais différemment placé? La plus grande de toutes les +économies, puisque c'est l'économie des hommes, consiste donc à les +mettre dans leur véritable position: or il est incontestable qu'un bon +système d'instruction est le premier des moyens pour y parvenir. + +Comment le former ce système? Il sera sans doute, sous beaucoup de +rapports, l'ouvrage du temps épuré par l'expérience; mais il est +essentiel d'en accélérer l'époque. Il faut donc en indiquer les bases, +et reconnoître les principes dont il doit être le développement +progressif. + +L'instruction peut être considérée comme un produit de là Société, +comme une source de biens pour la Société; comme une source également +féconde de biens pour les individus. + +Et d'abord, il est impossible de concevoir une réunion d'hommes, un +assemblage d'êtres intelligens, sans y appercevoir aussitôt des moyens +d'instruction. Ces moyens naissent de la libre communication des +idées, comme aussi de l'action réciproque des intérêts. C'est alors +sur-tout qu'il est vrai, de dire que les hommes sont disciples de tout +ce qui les entoure: mais ces élémens d'instruction, ainsi +universellement répandus, ont besoin d'être réunis, combinés, et +dirigés, pour qu'il en résulte un art, c'est-à-dire, un moyen prompt +et facile de faire arriver à chacun, par des routes sûres, la part +d'instruction qui lui est nécessaire. Dans une heureuse combinaison de +ces moyens réside le vrai système d'instruction. + +Sous ce premier point de vue, l'instruction réclame les principes +suivans. + +1º. Elle doit exister pour tous: car puisqu'elle est un des résultats, +aussi bien qu'un des avantage de l'association, on doit conclure +qu'elle est un bien commun des associés: nul ne peut donc en être +légitimement exclus; et celui-là, qui a le moins de propriétés +privées, semble même avoir un droit de plus pour participer à cette +propriété commune. + +2º. Ce principe se lie à un autre. Si chacun a le droit de recevoir +les bienfaits de l'instruction, chacun a réciproquement le droit de +concourir à les répandre: car c'est du concours et de la rivalité des +efforts individuels que naîtra toujours le plus grand bien. La +confiance doit seule déterminer les choix pour les fonctions +instructives; mais tous les talens sont appellés de droit à disputer +ce prix de l'estime publique. Tout privilège est, par sa nature, +odieux: un privilège, en matière d'instruction, seroit plus odieux et +plus absurde encore. + +3º. L'instruction, quant à son objet, doit être universelle: car c'est +alors qu'elle est véritablement un bien commun, dans lequel chacun +peut s'approprier la part qui lui convient. Les diverses connoissances +qu'elle embrasse, peuvent ne pas paroître également utiles; mais il +n'en est aucune qui ne le soit véritablement, qui ne puisse le devenir +davantage, et qui par conséquent doive être rejettée ou négligée. Il +existe d'ailleurs entr'elles une éternelle alliance, une dépendance +réciproque; car elles ont toutes, dans la raison de l'homme, un point +commun de réunion, de telle sorte que nécessairement l'une s'enrichit +et se fortifie par l'autre: de là il résulte que, dans une société +bien organisée, quoique personne ne puisse parvenir à tout savoir, il +faut néanmoins qu'il soit possible de tout apprendre. + +4º. L'Instruction doit exister pour l'un et l'autre sexe; cela est +trop évident: car, puisqu'elle est un bien commun, sur quel principe +l'un des deux pourroit-il en être déshérité par la Société protectrice +des droits de tous? + +5º. Enfin elle doit exister pour tous les âges. C'est un préjugé de +l'habitude de ne voir toujours en elle que l'institution de la +jeunesse. L'instruction doit conserver et perfectionner ceux qu'elle +a déjà formés: elle est d'ailleurs un bienfait social et universel; +elle doit donc naturellement s'appliquer à tous les âges, si tous les +âges en sont susceptibles: or qui ne voit qu'il n'en est aucun où les +facultés humaines ne puissent être utilement exercées, où l'homme ne +puisse être affermi dans d'heureuses habitudes, encouragé à faire le +bien, éclairé sur les moyens de l'opérer: et qu'est-ce que tous ces +secours, si ce n'est des émanations du Pouvoir instructif? + +De ces principes qui ne sont, à proprement parler, que des +conséquences du premier, naissent des conséquences ultérieures et déjà +clairement indiquées. + +Puisque l'Instruction doit exister pour tous, il faut donc qu'il +existe des établissemens qui la propagent dans chaque partie de +l'Empire, en raison de ses besoins, du nombre de ses habitans, et de +ses rapports dans l'association politique. + +Puisque chacun a le droit de concourir à la répandre, il faut donc que +tout privilège exclusif sur l'Instruction soit aboli sans retour. + +Puisqu'elle doit être universelle, il faut donc que la Société +encourage, facilite tous les genres d'enseignement, et en même-temps +qu'elle protège spécialement ceux dont l'utilité actuelle et immédiate +sera le plus généralement reconnue et le plus appropriée à la +constitution et aux moeurs nationales. + +Puisque l'instruction doit exister pour chaque sexe, il faut donc +créer promptement des écoles, et pour l'un, et pour l'autre; mais il +faut aussi créer pour elles des principes d'instruction: car ce ne +sont pas les écoles, mais les principes qui les dirigent, qu'il faut +regarder comme les véritables propagateurs de l'instruction. + +Enfin, puisqu'elle doit exister pour tous les âges, il faut ne pas +s'occuper exclusivement, comme on l'a fait jusqu'à ce jour parmi nous, +d'établissemens pour la jeunesse; il faut aussi créer, organiser des +institutions d'un autre ordre qui soient pour les hommes de tout âge, +de tout état, et dans les diverses positions de la vie, des sources +fécondes d'instruction et de bonheur. + +L'Instruction, considérée dans ses rapports avec l'avantage de la +Société, exige, comme principe fondamental, qu'il soit enseigné à tous +les hommes: + +1º. A connoître la Constitution de cette Société;--2º. A la +défendre;--3º. A la perfectionner;--4º. Et, avant tout, à se pénétrer +des principes de la morale qui est antérieure à toute Constitution, et +qui, plus qu'elle encore, est la sauve-garde et la caution du bonheur +public. + +De-là diverses conséquences relatives à la constitution Françoise. + +Il faut apprendre à connoître la Constitution. Il faut donc que la +Déclaration des droits et les principes constitutionnels composent à +l'avenir un nouveau catéchisme pour l'enfance, qui sera enseigné +jusques dans les plus petites écoles du Royaume. Vainement on a voulu +calomnier cette Déclaration: c'est dans les droits de tous que se +trouveront éternellement les devoirs de chacun. + +Il faut apprendre à défendre la Constitution. Il faut donc que +par-tout la jeunesse se forme, dans cet esprit, aux exercices +militaires, et que par conséquent il existe un grand nombre d'écoles +générales, où toutes les parties de cette science soient complettement +enseignées: car le moyen de faire rarement usage de la force est de +bien connoître l'art de l'employer. + +Il faut apprendre à perfectionner la Constitution. En faisant serment +de la défendre, nous n'avons pu renoncer, ni pour nos descendans, ni +pour nous-mêmes, au droit et à l'espoir de l'améliorer. Il +importeroit donc que toutes les branches de l'art social pussent être +cultivées dans la nouvelle instruction; mais cette idée, dans toute +l'étendue qu'elle présente à l'esprit, seroit d'une exécution +difficile au moment où la Science commence à peine à naître. Toutefois +il n'est pas permis de l'abandonner, et il faut du moins encourager +tous les essais, tous les établissement partiels en ce genre, afin que +le plus noble, le plus utile des arts ne soit pas privé de tout +enseignement. + +Il faut apprendre à se pénétrer de la morale, qui est le premier +besoin de toutes les Constitutions. Il faut donc, non-seulement qu'on +la grave dans tous les coeurs par la voie du sentiment et de la +conscience, mais aussi qu'on l'enseigne comme une science véritable, +dont les principes seront démontrés à la raison de tous les hommes, à +celle de tous les âges. C'est par là seulement qu'elle résistera à +toutes les épreuves. On a gémi long-temps de voir les hommes de toutes +les nations, de toutes les religions, la faire dépendre exclusivement +de cette multitude d'opinions qui les divisent. Il en est résulté de +grands maux: car en la livrant à l'incertitude, souvent à l'absurdité, +on l'a nécessairement compromise, on l'a rendue versatile et +chancelante. Il est temps de l'asseoir sur ses propres bases; il est +temps de montrer aux hommes que, si de funestes divisions les +séparent, il est du moins dans la morale un rendez-vous commun où ils +doivent tous se réfugier et se réunir. Il faut donc en quelque sorte +la détacher de tout ce qui n'est pas elle, pour la rattacher ensuite à +ce qui mérite notre assentiment et notre hommage, à ce qui doit lui +prêter son appui. Ce changement est simple; il ne blesse rien; +sur-tout il est possible. Comment ne pas voir en effet qu'abstraction +faite de tout système, de toute opinion, et en ne considérant dans les +hommes que leurs rapports avec les autres hommes, on peut leur +enseigner ce qui est bon, ce qui est juste, le leur faire aimer, leur +faire trouver du bonheur dans les actions honnêtes, du tourment dans +celles qui ne le sont pas, former enfin de bonne heure leur esprit et +leur conscience, et les rendre l'un et l'autre sensibles à la moindre +impression de tout ce qui est mal. La nature a pour cela fait de +grandes avances; elle a doué l'homme de la raison et de la compassion: +par la première, il est éclairé sur ce qui est juste; par la seconde, +il est attiré vers ce qui est bon: voilà le double principe de toute +morale. Mais cette nouvelle partie de l'instruction, pour être bien +enseignée, exige un ouvrage élémentaire, simple, à la fois clair et +profond. Il est digne de l'Assemblée Nationale d'appeller sur un tel +objet les veilles et les méditations de tous les vrais Philosophes. + +L'instruction, comme source d'avantages pour les individus, demande +que toutes les facultés de l'homme soient exercées; car c'est à leur +exercice bien réglé qu'est attaché son bonheur, et c'est en les +avertissant toutes, qu'on est sûr de décider la faculté distinctive de +chaque homme. + +Ainsi l'instruction doit s'étendre sur toutes les facultés, +_physiques_, _intellectuelles_, _morales_. + +_Physiques._ C'est une étrange bizarrerie de la plupart de nos +éducations modernes de ne destiner au corps que des délassemens. Il +faut travailler à conserver sa santé, à augmenter sa force, à lui +donner de l'adresse, de l'agilité: car ce sont-là de véritables +avantages pour l'individu. Ce n'est pas tout: ces qualités sont le +principe de l'industrie, et l'industrie de chacun crée sans cesse des +jouissances pour les autres. Enfin la raison découvre dans les +différens exercices de la Gymnastique, si cultivée parmi les Anciens, +si négligée parmi nous, d'autres rapports encore qui intéressent +particulièrement la morale et la société. Il importe donc, sous tous +les points de vue, d'en faire un objet capital de l'instruction. + +_Intellectuelles._ Elles ont été divisées en trois classes: +_l'Imagination_, _la Mémoire_ et _la Raison_. A la première ont paru +appartenir les beaux Arts et les Belles-Lettres; à la seconde, +l'Histoire, les Langues; à la troisième, les Sciences exactes. Mais +cette division déjà ancienne, et les classifications qui en dépendent, +sont loin d'être irrévocablement fixées: déjà même elles sont +regardées comme incomplettes et absolument arbitraires par ceux qui en +ont soumis le principe à une analyse réfléchie; toutefois il n'y a nul +inconvénient à les employer encore comme formant la dernière carte des +connoissances humaines. L'essentiel est que, dans tous les +établissemens complets, l'Instruction s'étende sur les objets qu'elles +renferment, sans exclure aucun de ceux qui pourroient n'y être pas +indiqués. C'est au temps à faire le reste. + +_Morales._ On ne les a, jusqu'à ce jour, ni classées, ni définies, ni +analysées; et peut-être une telle entreprise seroit-elle hors des +moyens de l'esprit humain; mais on sait qu'il est un sens interne, un +sentiment prompt, indépendant de toute réflexion, qui appartient à +l'homme et paroît n'appartenir qu'à l'homme seul. Sans lui, ainsi +qu'il a été déjà dit, on peut connoître le bien; par lui seul on +l'affectionne, et l'on contracte l'habitude de le pratiquer sans +efforts. Il est donc essentiel d'avertir, de cultiver, et sur-tout de +diriger de bonne heure une telle faculté, puisqu'elle est en quelque +sorte le complément des moyens de vertu et de bonheur. + +En rapprochant les divers points de vue sous lesquels nous avons +considéré l'instruction, nous en avons déduit les règles suivantes sur +la répartition de l'enseignement. + +Il doit exister pour tous les hommes une première instruction commune +à tous. Il doit exister pour un grand nombre une instruction qui tende +à donner un plus grand développement aux facultés, et éclairer chaque +élève sur sa destination particulière. Il doit exister pour un +certain nombre une instruction spéciale et approfondie, nécessaire à +divers états dont la Société doit retirer de grands avantages. + +La première instruction seroit placée dans chaque canton, ou plus +exactement, dans chaque division qui renferme une assemblée primaire; +la seconde, dans chaque District; la troisième, répondroit à chaque +Département; afin que par-là chacun put trouver, ou chez soi, ou +autour de soi, tout ce qu'il lui importe de connoître. + +De-là une distribution graduelle, une hiérarchie instructive +correspondante à la hiérarchie de l'administration. + +Cette distribution ne doit pas au reste être purement topographique. +Il faut que l'instruction s'allie le plus possible au nouvel état des +choses, et qu'elle présente, dans ces diverses gradations, des +rapports avec la nouvelle constitution. Voici l'idée que nous nous en +sommes faite. + +Près des Assemblées primaires qui sont les _unités_ du Corps politique, +les premiers élémens nationaux, se place naturellement la première +école, l'école élémentaire. Cette école est pour l'enfance, et ne doit +comprendre que des documens généraux, applicables à toutes les +conditions. C'est au moment où les facultés intellectuelles annoncent +l'être qui sera doué de la raison, que la Société doit en quelque +sorte introduire un enfant dans la vie sociale, et lui apprendre à la +fois ce qu'il faut pour être un jour un bon citoyen et pour vivre +heureux. On ne sait encore quelle place il occupera dans cette +société; mais on sait qu'il a le droit d'y être bien et d'aspirer à en +être un jour un membre utile; il faut donc lui faire connoître ce qui +est nécessaire et pour l'un et pour l'autre. + +Au-dessus des Assemblées primaires s'élèvent, dans la hiérarchie +administrative, celles de District, dont les fonctions sont presque +toutes préparatoires, et dont les membres se composent d'un petit +nombre pris dans ces Assemblées primaires: de même aussi au-delà des +premières écoles seront établies dans chaque District, des écoles +moyennes ouvertes à tout le monde, mais destinées néanmoins, par la +nature des choses, à un petit nombre seulement d'entre les élèves des +écoles primaires. On sent en effet qu'au sortir de la première +instruction, qui est la portion commune du patrimoine que la Société +répartit à tous, le grand nombre, entraîné par la loi du besoin, doit +prendre sa direction vers un état promptement productif; que ceux qui +sont appellés par la nature à des professions mécaniques, +s'empresseront, (sauf quelques exceptions) à retourner dans la maison +paternelle, ou à se former dans des atteliers; et que ce seroit une +véritable folie, une sorte de bienfaisance cruelle, de vouloir faire +parcourir à tous, les divers dégrés d'une instruction inutile et par +conséquent nuisible au plus grand nombre. Cette seconde instruction +sera donc pour ceux qui, n'étant appellés, ni par goût, ni par besoin, +à des occupations mécaniques, ou aux fonctions de l'agriculture, +aspirent à d'autres professions, ou cherchent uniquement à cultiver, à +orner leur raison et à donner à leurs facultés un plus grand +développement. Là, n'est donc pas encore la dernière instruction: car +le choix d'un état n'est point fait. Il s'agit seulement de s'y +disposer; il s'agit de reconnoître, dans le développement prompt de +celle des facultés qui semble distinguer chaque individu, l'indication +du voeu de la nature pour le choix d'un état préférablement à tout +autre. D'où il suit que cette instruction doit présenter un grand +nombre d'objets, et néanmoins qu'aucun de ces objets ne doit être trop +approfondi, puisque ce n'est encore là qu'un enseignement +préparatoire. + +Enfin, dans l'échelle administrative se trouve placée au sommet +l'administration de Département, et à ce degré d'administration doit +correspondre le dernier degré de l'Instruction, qui est l'Instruction +nécessaire aux divers états de la Société. Ces états sont en grand +nombre; mais on doit ici les réduire beaucoup: car il ne faut un +établissement national que pour ceux dont la pratique exige une longue +théorie, et dans l'exercice desquels les erreurs seroient funestes à +la Société. L'état de Ministre de la religion, celui d'Homme de loi, +celui de Médecin, qui comprend l'état de Chirurgien, enfin, celui de +Militaire: voilà les états qui présentent ce caractère. Ce dernier +même semblerait d'abord pouvoir ne pas y être compris, par la raison +que, dans plusieurs de ses parties, il peut être utilement exercé dès +le jour même qu'on s'y destine, mais comme il y en a de +très-multipliées qui demandent une instruction profonde; comme il +importe au salut de tous que, dans l'art difficile d'employer et de +diriger la force publique, nous ne soyons inférieurs à aucune autre +Puissance; comme enfin, d'après nos principes constitutionnels chacun +est appellé, à remplir des fonctions militaires, il nous a semblé +qu'il étoit nécessaire de le comprendre aussi dans la classe des états +auxquels la Société destinera des établissemens particuliers. + +Par là répondront aux divers degrés de la hiérarchie administrative +les différentes gradations de l'Instruction publique; et de même +qu'au-delà de toutes les administrations, se trouve placé le premier +organe de la Nation, le Corps législatif, investi de toute la force de +la volonté publique; ainsi, tant pour le complément de l'Instruction, +que pour le rapide avancement de la science, il existera dans le +chef-lieu de l'Empire, et comme au faîte de toutes les Instructions, +une École plus particulièrement nationale, un _Institut_ universel +qui, s'enrichissant des lumières de toutes les parties de la France, +présentera sans cesse la réunion des moyens les plus heureusement +combinés pour l'enseignement des connoissances humaines et leur +accroissement indéfini. Cet institut, placé dans la Capitale, cette +patrie naturelle des arts, au milieu des grands modèles de tous les +genres qui honorent la Nation, nous a paru correspondre, sous plus +d'un rapport dans la hiérarchie instructive, au Corps législateur +lui-même, non qu'il puisse jamais s'arroger le droit d'imposer des +lois ou d'en surveiller l'exécution, mais parce que, se trouvant +naturellement le centre d'une correspondance toujours renouvellée avec +tous les Départemens, il est destiné, par la force des choses, à +exercer une sorte d'empire, celui que donne une confiance toujours +libre et toujours méritée; que, réunissant des moyens dont l'ensemble +ne peut se trouver que là, il deviendra, par le privilège légitime de +la supériorité, le propagateur des principes et le véritable +législateur des méthodes; qu'à l'instar du Corps législatif, ses +membres seront aussi l'élite des hommes instruits de toutes les +parties de la France, et que les élèves eux-mêmes, dont la première +éducation distinguée par des succès méritera d'être perfectionnée pour +le plus grand bien de la Nation, étant choisis dans chaque Département +pour être envoyés à cette École, ainsi qu'il sera expliqué ci-après, +seront, en vertu d'un tel choix, comme les jeunes Députés, si non +encore de la confiance, au moins de l'espérance nationale. + +Cette hiérarchie ainsi exposée, il paroîtroit naturel de passer à +l'indication des objets et des moyens d'instruction, pour chacun des +degrés que nous venons de marquer; mais auparavant, il est une +question à résoudre et sur laquelle les bons esprits eux-mêmes sont +partagés; c'est celle qui regarde la _gratuité_ de l'Instruction. + +Il doit exister une Instruction gratuite: le principe est +incontestable; mais jusqu'à quel point doit-elle être gratuite? sur +quels objets seulement doit-elle l'être? quelles sont, en un mot, les +limites de ce grand bienfait de la Société envers ses membres? + +Quelque difficulté semble d'abord obscurcir cette question. D'une +part, lorsqu'on réfléchit sur l'organisation sociale et sur la nature +des dépenses publiques, on ne se fait pas tout de suite à l'idée +qu'une Nation puisse donner gratuitement à ses membres, puisque, +n'existant que par eux, elle n'a rien qu'elle ne tienne d'eux. D'autre +part, le Trésor national ne se composant que des contributions dont le +prélèvement est toujours douloureux aux individus, on se sent +naturellement porté à vouloir en restreindre l'emploi, et l'on regarde +comme une conquête tout ce qu'on s'abstient de payer au nom de la +Société. + +Des réflexions simples fixeront sur ce point les idées. + +Qu'on ne perde pas de vue qu'une Société quelconque, par cela même +qu'elle existe, est soumise à des dépenses générales, ne fut-ce que +pour les frais indispensables de toute association: de-là résulte la +nécessité de former un fonds à l'aide des contributions particulières. + +De l'emploi de ce fonds naissent, dans une Société bien ordonnée, par +un effet de la distribution et de la séparation des travaux publics, +d'incalculables avantages pour chaque individu, acquis à peu de frais +par chacun d'eux. + +Ou plutôt la contribution, qui semble d'abord être une atteinte à la +propriété, est, sous un bon régime, un principe réel d'accroissement +pour toutes les propriétés individuelles. + +Car chacun reçoit en retour le bienfait inestimable de la protection +sociale qui multiplie pour lui les moyens, et par conséquent les +propriétés: et de plus, délivré d'une foule de travaux auxquels il +n'auroit pu se soustraire, il acquiert la faculté de se livrer, autant +qu'il le désire, à ceux qu'il s'impose lui-même, et par-là de les +rendre aussi productifs qu'ils peuvent l'être. + +C'est donc à juste titre que la Société est dite accorder +_gratuitement_ un bienfait, lorsque, par le secours de contributions +justement établies et impartialement réparties, elle en fait jouir +tous ses membres, sans qu'ils soient tenus d'aucune dépense nouvelle. + +Reste à déterminer seulement dans quel cas et sur quel principe elle +doit appliquer ainsi une partie des contributions; car, sans +approfondir la théorie de l'impôt, on sent qu'il doit y avoir un +terme, passé lequel, les contributions seroient un fardeau dont aucun +emploi ne pourroit ni justifier, ni compenser l'énormité. On sent +aussi que la Société, considérée en corps, ne peut ni tout faire, ni +tout ordonner, ni tout payer, puisque, s'étant formée principalement +pour assurer et étendre la liberté individuelle, elle doit +habituellement laisser agir plutôt que faire elle-même. + +Il est certain qu'elle doit d'abord payer ce qui est nécessaire pour +la défendre et la gouverner, puisqu'avant tout, elle doit pourvoir à +son existence. + +Il ne l'est pas moins qu'elle doit payer ce qu'exigent les diverses +fins pour lesquelles elle existe, par conséquent ce qui est nécessaire +pour assurer à chacun sa liberté et sa propriété; pour écarter des +associés une foule de maux auxquels ils seroient sans cesse exposés +hors de l'état de société; enfin, pour les faire jouir des biens +publics qui doivent naître d'une bonne association: car voilà les +trois fins pour lesquelles toute Société s'est formée; et, comme il +est évident que l'Instruction tiendra toujours un des premiers rangs +parmi ces biens, il faut conclure que la Société doit aussi payer tout +ce qui est nécessaire pour que l'Instruction parvienne à chacun de +ses membres. + +Mais s'en suit-il de-là que toute espèce d'Instruction doive être +accordée gratuitement à chaque individu? Non. + +La seule que la Société doive avec la plus entière gratuité, est celle +qui est essentiellement commune à tous, parce qu'elle est nécessaire à +tous. Le simple énoncé de cette proposition en renferme la preuve: car +il est évident que c'est dans le trésor commun que doit être prise la +dépense nécessaire pour un bien commun; or l'Instruction primaire est +absolument et rigoureusement commune à tous, puisqu'elle doit +comprendre les élémens de ce qui est indispensable, quelqu'état que +l'on embrasse. D'ailleurs, son but principal est d'apprendre aux +enfans à devenir un jour des citoyens. Elle les initie en quelque +sorte dans la Société, en leur montrant les principales lois qui la +gouvernent, les premiers moyens pour y exister: or n'est-il pas juste +qu'on fasse connoître à tous gratuitement ce que l'on doit regarder +comme les conditions mêmes de l'association dans laquelle on les +invite d'entrer? Cette première instruction nous a donc paru une dette +rigoureuse de la Société envers tous. Il faut qu'elle l'acquitte sans +aucune restriction. + +Quant aux diverses parties d'Instruction qui seront enseignées dans +les Écoles de District et de Département, ou dans l'Institut, comme +elles ne sont point en ce sens communes à tous, quoiqu'elles soient +accessibles à tous, la Société n'en doit nullement l'application +gratuite à ceux qui librement voudront les apprendre. Il est bien vrai +que, puisqu'il doit en résulter un grand avantage pour la Société, +elle doit pourvoir à ce qu'elles existent. Elle doit par conséquent se +charger envers les Instituteurs de la part rigoureusement nécessaire +de leur traitement, en sorte, que dans aucun cas, leur existence et +le sort de l'établissement ne puissent être compromis; elle doit +organisation, protection, même secours à ces divers établissemens: +elle doit faire, en un mot, tout ce qui sera nécessaire pour que +l'enseignement y soit bon, qu'il s'y perpétue et qu'il s'y +perfectionne; mais comme ceux qui fréquenteront ces Écoles, en +recueilleront aussi un avantage très-réel, il est parfaitement juste +qu'ils supportent une partie des frais, et que ce soit eux qui +ajoutent à l'existence de leurs Instituteurs les moyens d'aisance qui +allégeront leurs travaux, et qui s'accroîtront par la confiance qu'ils +auront inspirée. Il ne conviendroit, sous aucun rapport, que la +Société s'imposât la loi de donner pour rien les moyens de parvenir à +des états qui, en proportion du succès, doivent être très-productifs +pour celui qui les embrasse. + +A ces motifs de raison et de justice s'unissent de grands motifs de +convenance. On a pu mille fois remarquer que, parmi la foule d'Élèves +que la vanité des parens jettoit inconsidérément dans nos anciennes +Écoles ouvertes gratuitement à tout le monde, un grand nombre, +parvenus à la fin des études qu'on y cultivoit, n'en étoient pas plus +propres aux divers états dont elles étoient les préliminaires, et +qu'ils n'y avoient gagné qu'un dégoût insurmontable pour les +professions honorables et dédaignées auxquelles la nature les avoient +appellés; de telle sorte qu'ils devenoient des êtres très-embarrassans +dans la Société. Maintenant qu'il y aura une rétribution quelconque à +donner, qui stimulera à-la-fois le Professeur et l'élève, il est clair +que les parens ne seront plus tentés d'être les victimes d'une vanité +mal entendue, et que par-là l'agriculture et les métiers, dont un sot +orgueil éloignoit sans cesse, reprendront et conserveront tous ceux +qui sont véritablement destinés à les cultiver. + +Mais si la Nation n'est point obligée, si même elle n'a pas le droit +de s'imposer de telles avances, il est une exception honorable qu'elle +est tenue de consacrer: c'est celle que la nature elle-même semble +avoir faite en accordant le talent. Destiné à être un jour le +bienfaiteur de la Société, il faut que, par une reconnoissance +anticipée, il soit encouragé par elle; qu'elle le soigne, qu'elle +écarte d'autour de lui tout ce qui pourroit arrêter ou retarder sa +marche; il faut que, quelque part qu'il existe, il puisse librement +parcourir tous les degrés de l'Instruction; que l'Élève des Écoles +primaires qui a manifesté des dispositions précieuses qui l'appellent +à l'École supérieure, y parvienne aux dépens de la Société, s'il est +pauvre; que de l'École de District, lorsqu'il s'y distinguera, il +puisse s'élever sans obstacle, et encore à titre de récompense à +l'École plus savante du Département, et ainsi de degré en degré et par +un choix toujours plus sévère, jusqu'à l'_Institut national_. + +Par-là aucun talent véritable ne se trouvera perdu ni négligé, et la +Société aura entièrement acquitté sa dette. Mais on sent qu'un tel +bienfait ne doit pas être prodigué, soit parce qu'il est pris sur la +fortune publique dont on doit se montrer avare, soit aussi parce qu'il +est dangereux de trop encourager les demi-talens. + +Ainsi, la gratuité de l'Instruction s'étendra jusqu'où elle doit +s'étendre: elle aura pourtant encore des bornes; mais ces bornes sont +indiquées par la raison: il étoit nécessaire de les poser. + +Toute la question sur l'Instruction gratuite se résume donc en fort +peu de mots. + +Il est une Instruction absolument nécessaire à tous. La Société la +doit à tous: non-seulement elle en doit les moyens, elle doit aussi +l'application de ces moyens. + +Il est une instruction qui, sans être nécessaire à tous, est pourtant +nécessaire dans la Société en même-temps qu'elle est utile à ceux qui +la possèdent. La Société doit en assurer les moyens; mais c'est aussi +aux individus qui en profitent, à prendre sur eux une partie des frais +de l'application. + +Il est enfin une Instruction qui, étant nécessaire dans la Société, +paroît lui devoir être beaucoup plus profitable, si elle parvient à +certains individus qui annoncent des dispositions particulières. La +Société, pour son intérêt autant que pour sa gloire, doit donc à ces +individus, non pas seulement l'existence des moyens d'Instruction, +mais encore tout ce qu'il faut pour qu'ils puissent en faire usage. + +Ces principes une fois posés, leur vérité sentie, leur nécessité +reconnue, il faut passer à l'application, et organiser ces +Institutions diverses que nous n'avons fait qu'indiquer. Cette +organisation doit comprendre à-la-fois et les objets et les moyens +d'Instruction pour chacune d'elles; ce qui est nécessaire pour +qu'elles existent, pour qu'elles soient utiles, pour qu'elles se +perpétuent, pour qu'elles s'améliorent. + + * * * * * + +AVANT d'entrer dans l'organisation des établissemens d'instruction, +j'observe qu'il ne sera point nécessaire, que peut-être même, à raison +de l'insuffisance des moyens dans quelques Départemens, il seroit +dangereux que cette organisation, prise dans son ensemble, s'établit +tout-à-coup dans tout le Royaume; car c'est sur-tout en matière +d'instruction qu'il faut que chaque établissement soit provoqué par le +besoin, par l'opinion, par la confiance. Il faut que tout arrive, mais +que tout arrive à temps. + +J'observe aussi que des inégalités inévitables entre les Départemens +doivent rompre, dans quelques points, cette uniformité de plan que +nous avons tracée: ainsi, lorsqu'au jugement de l'Administration +supérieure du lieu, on ne pourra dans un Département, dans un +District, et même dans un canton, réunir le nombre d'Instituteurs +nécessaires, ou que d'autres localités présenteront des obstacles à la +formation d'un établissement d'instruction, il faudra, pour que tout +marche, pour que sur-tout il n'y ait point de lacune dans +l'instruction publique, que chacune de ces sections puisse s'associer +à une section correspondante pour le genre d'enseignement qui lui est +attribué. De-là résulteront de nouveaux liens entre tous les +Départemens du Royaume et entre toutes les subdivisions de chaque +Département. Ce que nous présentons ici aux différens Départemens est +donc moins ce qu'ils sont tenus de faire aujourd'hui, que ce qu'ils +doivent préparer, que ce qu'ils doivent commencer aussitôt qu'ils en +auront rassemblé les moyens. + +Nous nous sommes assurés que Paris étoit en état, avoit même besoin de +recevoir toutes ces institutions nouvelles; il est instant de les y +établir, afin que toutes les parties du Royaume voyent promptement en +activité un modèle dont chacun, suivant sa localité, pourra se +rapprocher. En vous présentant un plan général d'organisation, il a +donc été naturel, presque nécessaire, que nous en fissions +l'application directe à ce Département. + +Ces observations par lesquelles nous nous sommes interrompus, en +quelque sorte, nous-mêmes, mais qu'il étoit peut-être indispensable de +faire, nous ramènent avec plus de sécurité au développement de nos +idées. + + + + +_ÉCOLES PRIMAIRES._ + + +JUSQU'A l'âge de six à sept ans, l'Instruction publique ne peut guère +atteindre l'enfance: ses facultés sont trop foibles, trop peu +développées: elles demandent des soins trop particuliers, trop +exclusifs. Jusqu'alors il a fallu la nourrir, la soigner, la +fortifier, la rendre heureuse: c'est le devoir des mères. L'Assemblée +Nationale, loin de contrarier en cela le voeu de la nature, le +respectera, au point de s'interdire toute Loi à cet égard: elle +pensera qu'il suffit de les rappeller à ces fonctions touchantes par +le sentiment même de leur bonheur, et de consacrer, par le plus +éclatant suffrage, les immortelles leçons que leur a données l'Auteur +d'_Émile_. + +Mais à-peu-près vers l'âge de sept ans, un enfant pourra être admis +aux Écoles _primaires_. Nous disons _admis_, pour écarter toute idée +de contrainte. La Nation offre à tous le grand bienfait, de +l'Instruction; mais elle ne l'impose à personne. Elle sait que chaque +famille est aussi une École _primaire_, dont le père est le chef; que +ses instructions, si elles sont moins énergiques, sont aussi plus +persuasives, plus pénétrantes; qu'une tendresse active peut souvent +suppléer à des moyens dont l'ensemble n'existe que dans une +instruction commune: elle pense, elle espère que les vrais principes +pénétreront insensiblement, de ces nombreuses institutions, dans le +sein des familles, et en banniront les préjugés de tout genre qui +corrompent l'éducation domestique: elle respectera donc des éternelles +convenances de la Nature qui, mettant sous la sauve-garde de la +tendresse paternelle le bonheur des enfans, laisse au père le soin de +prononcer sur ce qui leur importe davantage jusqu'au moment où, soumis +à des devoirs personnels, ils ont le droit de se décider eux-mêmes. +Elle se défendra des erreurs de cette République austère qui, pour +établir une éducation strictement nationale, osa d'abord ravir le +titre de Citoyen à la majorité de ses Habitans, qu'elle réduisit à la +plus monstrueuse servitude, et se vit ensuite obligée de briser tous +les liens des familles, tous les droits de la paternité, par des Lois +contre lesquelles s'est soulevée dans tous les temps la voix de la +nature; elle saura atteindre au même but, mais par des voies +légitimes; elle apprendra, elle inculquera de bonne heure aux enfans +qu'ils ne sont pas destinés à vivre uniquement pour eux; que bientôt +ils vont faire partie intégrante d'un tout auquel ils doivent leurs +sentimens et souvent leurs volontés; et qu'un intérêt qui n'est +qu'individuel, par-là même qu'il isole l'homme, le dégrade et détruit +pour lui tout droit aux avantages que dispense la société: enfin elle +se contentera d'inviter les parens, au nom de l'intérêt public, à +envoyer leurs enfans à l'instruction commune, comme à la source des +plus pures leçons, et au véritable apprentissage de la vie sociale. + +Cette instruction première, nous l'avons dit, est la dette véritable +de la Société envers ses Membres; elle doit donc comprendre des +documens généraux, nécessaires à tous, et dont l'ensemble puisse être +regardé comme l'introduction de l'enfance dans la Société. Ce +caractère nous a paru désigner les objets suivans. + +1º Les principes de la langue nationale, soit parlée, soit écrite: car +le premier besoin social est la communication des idées et des +sentimens. Les règles élémentaires du calcul seront placées presque au +même rang, puisque le calcul est aussi une langue abrégée dont les +rapports inévitables de la Société rendent à tous l'usage nécessaire. +Il y faut joindre celles du toisé qui est l'application du calcul à la +mesure des héritages et des bâtimens, objets de l'intérêt journalier +des Citoyens, et par rapport auxquels des lumières générales peuvent +prévenir ou terminer la plupart des contestations qui les divisent. + +2º. Les élémens de la Religion: car si c'est un malheur de l'ignorer, +c'en est un plus grand peut-être de la mal connoître. + +3º. Les principes de la morale: car elle est à la fois, et pour tous, +le bonheur de l'âme, le supplément nécessaire des Lois, et la caution +véritable des hommes réunis par le besoin, et trop souvent divisés par +l'intérêt. + +4º. Les principes de la Constitution: car on ne peut trop-tôt faire +connoître et, trop-tôt faire apprécier cette Constitution sous +laquelle on doit vivre, et que bientôt on doit jurer de défendre au +péril de sa vie. + +5º. Ce que demandent à cet âge les facultés _physiques_, +_intellectuelles_ et _morales_.--_Physiques_, c'est-à-dire, des leçons ou +plutôt des exercices propres à conserver, à fortifier, à développer le +corps, et à le disposer pour l'avenir à quelque travail mécanique. Il +faut, de bonne heure, leur apprendre quelques principes du dessin, de +l'arpentage; leur donner le coup-d'oeil juste, la main sûre, les +habitudes promptes: car ce sont là des élémens pour tous les métiers, +et des moyens d'économiser le temps: tout cela est donc nécessaire, +tout cela l'est pour tous, et l'on ne peut trop faire sentir aux +enfans, quels qu'ils soient, que le travail est le principe de toute +chose; que nul n'est tenu de travailler pour un autre, et qu'on n'est +complettement libre qu'autant qu'on ne dépend pas d'autrui pour +subsister.--_Intellectuelles._ Nous avons vu plus haut qu'on les avoit +divisées en trois; la _raison_, la _mémoire_, l'_imagination_. Ce +n'est pas encore le moment d'exercer cette dernière faculté: car elle +est presque nulle dans l'enfance; elle tient à une sensibilité qui +n'est pas de cet âge, et elle a besoin, pour exister, d'une réunion +d'idées, de sensations, de souvenirs qui supposent quelque expérience +dans la vie; mais il est nécessaire d'offrir à leur _raison_, non les +hautes sciences qui la fatigueroient sans l'éclairer, mais la clef de +toutes les sciences, c'est-à-dire, une logique pour leur âge; car il +en est une. Leur raison n'est pas forte; mais elle est pure; mais elle +est libre; ils ne voyent pas loin; mais ils voyent communément juste; +ils voyent du moins ce qui est, en attendant qu'on leur montre ce qui +doit être, et l'on est souvent étonné de tout le raisonnement qu'ils +mettent dans ce qui les intéresse. La logique est bien plus à leur +portée que la métaphysique des langues que néanmoins on se tourmente à +leur faire entendre: et enfin il est parfaitement constitutionnel de +leur apprendre de bonne heure qu'ils sont destinés à obéir à la +raison, à la Loi, mais à n'obéir qu'à elles.--Il faut offrir à leur +_mémoire_ la partie des connoissances élémentaires, soit +géographiques, soit historiques, soit botaniques, qui leur feront +aimer davantage la patrie et chérir le lieu qui les a vu naître. Il en +est d'autres qui, sans doute, orneroient leur mémoire, mais qu'on doit +regarder comme une sorte de luxe pour le grand nombre; et il faut ici +se renfermer dans le strict nécessaire: or quoi de plus nécessaire aux +yeux de la Société que les connoissances qui attachent de plus en plus +à cette Société? Il est d'ailleurs indispensable de cultiver cette +faculté des enfans, et parce que c'est celle qui amasse des matériaux +pour la raison, et parce qu'elle ne peut être exercée avec succès que +dans cet âge.--Enfin, les _facultés morales_. On ne peut ici rien +déterminer; mais on sent que c'est avec un soin particulier, avec une +attention délicate et continue, qu'on doit éveiller et entretenir, +particulièrement dans l'enfance et dans tous les instans, ce sens +précieux qui fait trouver un charme au bien que l'on fait, à celui que +l'on voit faire, et qui imprime l'honnêteté dans l'âme par l'attrait +même du plaisir. + +Tels sont les divers points d'instruction qui seront enseignés dans +les Écoles primaires. Que si le grand nombre des Élèves est tenu de +s'arrêter à cette première instruction; si les travaux de +l'agriculture et des arts appellent tel individu à d'autres leçons, du +moins il aura appris ce qu'il lui sera éternellement nécessaire de +savoir; son corps se sera utilement préparé au travail; son esprit +aura acquis des idées saines, des connoissances premières, dont la +trace ne s'effacera pas; son âme aura reçu, avec le germe des +sentimens honnêtes, des actions vertueuses, ce qui doit servir à le +développer; enfin, il sera désormais en état de s'approprier, par la +réflexion, les inépuisables leçons qui vont découler de la seule +existence du nouvel ordre des choses, comme aussi de tourner à son +profit les institutions publiques dont il sera parlé bientôt, et qui +seront le grand complément de l'instruction nationale. + + + + +ÉCOLES DE DISTRICT. + + +LES Écoles de District sont placées comme intermédiaires entre celles +dont l'objet est nécessaire à tous, et les Écoles dont l'enseignement +complet regarde uniquement ceux qui sont destinés à un des quatre +états auxquels la Société consacre des établissemens particuliers. + +Le but de ces Écoles est de donner aux facultés individuelles un plus +grand développement, et de disposer de loin à toutes les fonctions +utiles de la Société. Or ce double objet, qui intéresse si directement +le bien particulier et l'avantage commun, se trouvera rempli par une +instruction ordonnée de telle sorte, qu'elle ne sera que la suite et +comme la progression naturelle de l'Instruction des Écoles primaires. + +Ainsi, aux principes de la langue nationale succéderont, dans les +Écoles de District, une théorie plus approfondie de l'art d'écrire et +la connoissance de celles des langues anciennes qui conservent le +plus de richesses pour l'esprit humain. On ajoutera, dans plusieurs de +ces Écoles, l'enseignement d'une des langues vivantes que les +relations locales ou nationales sembleront recommander davantage. + +Aux simples élémens de la Religion, on joindra l'histoire de cette +Religion et l'exposé des titres d'après lesquels elle commande la +croyance. + +Aux principes de la morale, dont l'application est si bonne dans le +premier âge de la vie, le développement de la morale dans ses +applications privées et publiques. + +Aux principes de la Constitution, qui ne peuvent être qu'indiqués à +des enfans, une exposition développée de la déclaration des droits et +de l'organisation des divers pouvoirs. + +Quant à ce qui concerne plus directement encore les facultés, un plus +parfait développement leur sera donné de la manière suivante. + +_Facultés physiques._ Au lieu des exercices de l'enfance, qui ne sont +pour la plupart que des jeux, des exercices qui supposent et donnent +à-la-fois de la force et de l'agilité, tels que la natation, +l'escrime, l'équitation, et même la danse. + +_Intellectuelles._ Au lieu d'une logique élémentaire et accommodée aux +forces de l'esprit du premier âge, l'art du raisonnement dans toutes +ses parties, avec l'indication des principales sources de nos erreurs. +On offrira aussi la _raison_ des Élèves les élémens des mathématiques, +dont la méthode est le plus parfait modèle de l'art de raisonner; ceux +de la physique qui, dans plusieurs de ses parties, est si étroitement +liée aux mathématiques, et les premiers élémens de la chimie, qui sont +reconnus maintenant pour être les véritables principes de la +physique.--On offrira à leur _mémoire_, l'histoire des Peuples libres, +l'histoire de France, ou plutôt des François, quand il en existera +une, et des modèles de tout genre, soit parmi les anciens, soit parmi +les modernes; mais en l'exerçant, en l'enrichissant, on se gardera de +la fatiguer; car, à son tour, elle fatigueroit l'esprit et pourroit +nuire au développement naturel des idées.--On offrira à leur +_imagination_ les règles et sur-tout les beautés de l'éloquence et de +la poësie; les élémens de la musique et de la peinture; en un mot, le +principe de ce qui l'émeut avec le plus de charme et de puissance. + +_Morales._ Il est clair que ces facultés seront bien plus utilement +exercées, bien plus facilement développées à l'âge où les sentimens +commencent à se raisonner; car c'est à cette époque, sur-tout, que +tous les moyens d'imprimer l'honnêteté ont une action forte sur +l'homme. Mais il faudra que, par d'utiles institutions, cet exercice +soit pratiqué entre les Élèves, de telle sorte que les rapports qui +constituent la morale, deviennent des rapports réels qui s'étendent à +leurs yeux, et s'agrandissent chaque jour davantage. + +Ces divers points d'instruction vont se réaliser par un enseignement +dont le plan s'écartera nécessairement de l'ancien. + +Un des changemens principaux dans la distribution consistera à diviser +en cours ce qui étoit divisé en classes; car la division par classe ne +répond à rien, morcelle l'enseignement, asservit, tous les ans et pour +le même objet, à des méthodes disparates, et par-là jette de la +confusion dans la tête des jeunes gens. La division par cours est +naturelle: elle sépare ce qui doit être séparé: elle circonscrit +chacune des parties de l'enseignement: elle attache davantage le +Maître à son Élève, et établit une sorte de responsabilité qui devient +le garant du zèle des Instituteurs. + +Nous graduerons, nous ordonnerons ces cours en raison de l'âge, et +nous nous appliquerons à suivre dans leur distribution le progrès +naturel des idées et des sensations de l'enfance. C'est cet ordre +nécessaire que nous avons tâché d'indiquer. + +Cette indication annonce suffisamment que l'Instruction des +Districts, dès qu'elle sera organisée, atteindra le but auquel elle +est destinée, celui de parler à toutes les facultés, et d'éclairer de +bonne heure toutes les routes de la vie, de telle sorte que chaque +Élève reconnoisse d'une manière sûre à quelle fin la nature l'appelle; +car, s'il n'est aucun de ces documens généraux qu'on puisse dire +étranger à un état quelconque, si même quelques-uns d'entre eux sont +nécessaires à tous, il n'est pas moins sensible à la réflexion que +chacun d'eux dispose plus naturellement à un état qu'à un autre, et +qu'ensemble ils doivent être regardés comme le premier apprentissage +de tous les divers états. + +Jusqu'à présent nous n'avons présenté qu'un simple apperçu sur les +deux premières Écoles. L'ordre de notre travail nous amènera bientôt +au développement pratique des moyens dont la plupart sont applicables +à toutes. Auparavant il faut connoître la division des objets qui +formeront l'enseignement de la troisième. + + + + +ÉCOLES DE DÉPARTEMENT. + + +CHAQUE chef-lieu de Département contiendra d'abord l'École de +District, puisqu'il offrira le même enseignement; mais il comprendra +de plus, quoiqu'avec des différences sensibles, les Écoles nommées +_Écoles de Département_, pour les états auxquels la Société réserve +des moyens particuliers d'instruction. + +Nous annonçons des différences, parce qu'il est impossible, comme je +l'ai déjà observé, que par-tout, et sur-tout dans les commencemens, +l'enseignement soit également complet, et que le bien public exigera +qu'à l'égard de certains états, plusieurs Départemens s'associent pour +un même enseignement; mais alors même la hiérarchie sera conservée, et +chacun des Départemens concourra du moins à former des Écoles pour le +dernier degré de l'instruction. + + + + +ÉCOLES + +POUR LES MINISTRES DE LA RELIGION. + + +L'ÉTAT de Ministre de la Religion est un de ceux auxquels la Nation +destine des établissemens particuliers. + +Celui où les Élèves trouveront l'instruction qui leur est nécessaire, +sera placé, ainsi que vous l'avez ordonné, près de l'Église +Cathédrale, et sous les yeux de l'Évêque. Nous n'en déterminons pas le +nombre. Chaque Département aura le droit de se réunir en tout temps +pour cette partie d'instruction à un Département voisin. + +Quant à l'enseignement, il convient qu'il soit divisé de la manière +suivante. + +1º. Les titres fondamentaux de la Religion Catholique, qu'on sera tenu +de puiser dans leur source. + +2º. L'exposition raisonnée des divers articles que doit comprendre +explicitement la croyance de chaque Fidèle. + +3º. Le développement de la morale de l'Évangile. + +4º. Les lois particulières aux Ministres du Culte Catholique. + +5º. Les principes ainsi que les objets habituels de la Prédication. + +6º. Les détails qui appartiennent à un Ministère de consolation et de +paix, soit dans l'administration des Sacremens, soit dans le +gouvernement des Paroisses. + +En circonscrivant ainsi cet enseignement, vous usez d'un droit +incontestable, celui de renfermer tous les genres de pouvoirs dans +leurs véritables limites. + +Je vais parcourir ces divers points d'instruction.--Qu'on ne s'étonne +pas de trouver ici un langage qui ne peut être familier: c'est avec la +sévérité et l'exactitude de ses propres expressions qu'un tel sujet +doit être traité. + +1º. C'est un principe catholique que la croyance est un don de Dieu; +mais ce seroit étrangement abuser de ce principe que d'en conclure que +la raison doit se regarder comme étrangère à l'étude de la religion: +car elle est aussi un présent de la Divinité et le premier guide qui +nous a été accordé par elle pour nous conduire dans nos recherches; et +c'est à vous, sur-tout, qu'il appartient de la rétablir dans ses +droits: or si, suivant les principes de la Religion catholique, la +raison individuelle n'a pas le droit de se constituer juge de chaque +article isolé de la foi, et sur-tout de pénétrer ses incompréhensibles +mystères, il est non moins incontestable que c'est à la raison qu'il +appartient de reconnoître les titres primordiaux de la Religion, les +caractères distinctifs de l'Église: mais ces titres, ces caractères +doivent nécessairement se trouver et dans le code de la révélation, et +dans les monumens des premiers siècles de la Religion: la raison doit +donc les chercher là comme à leur source. Que si chaque fidèle, pour +être en état de rendre à la Religion cet _hommage raisonnable_ qui +seul est digne d'elle, doit examiner attentivement les titres de sa +croyance, combien plus y est obligé le Ministre de la Religion, qui +doit toujours être prêt à les opposer au doute ou à l'erreur? Cette +partie de la théologie, qui en est en quelque sorte la partie +philosophique, doit donc être complettement enseignée dans les Écoles +où se formeront les Élèves du Sacerdoce, en même temps que les bons +esprits travailleront à la perfectionner et à l'épurer par une grande +sévérité dans le choix des preuves car, on l'a dit souvent, les +mauvaises preuves en faveur de la Religion ont plus nui à la croyance +publique que les plus fortes objections par lesquelles on s'est +efforcé de la combattre. + +2º. Dès que les titres de la Religion sont reconnus, que le fondement +de la foi catholique repose sur une révélation divine, et qu'il est de +principe que les points révélés nous sont transmis par une autorité +toujours visible, il devient plus qu'inutile de se rengager dans des +discussions interminables qui étoient l'aliment de l'ancienne +théologie, et qui semblent remettre sans cesse en problème ce qui est +déjà décidé. Il ne s'agit plus que de bien connoître ces objets +révélés pour les présenter aux Peuples de la manière la plus propre à +être saisie par leur intelligence. Une exposition raisonnée est donc +tout ce qu'il faut pour le grand nombre des Ministres chargés de cette +fonction. Peut-être même seroit-elle plus qu'il ne faut, si elle +embrassoit l'universalité des points décidés; car, si l'Église +catholique, dépositaire de la tradition, a dû s'élever, à diverses +époques, contre toute altération du dogme ou de la morale évangélique; +si ses décisions se sont multipliées avec les erreurs, il n'est pas +moins vrai que le dépôt de la révélation n'a pas dû se grossir en +traversant les siècles, et que les fidèles de nos jours ne sont pas +tenus de croire davantage que ceux de l'Église des premiers siècles. +L'exposition des points révélés, qui doit être enseignée à tout Élève +du Sacerdoce, pour qu'il l'enseigne à son tour, peut donc être réduite +à ce qu'il étoit nécessaire à tout chrétien de croire et de professer +avant la naissance des hérésies; c'est-à-dire, à ce qui constitue la +pratique journalière de la Religion. Chacun pourra sans doute, à son +gré, étendre plus loin et ses recherches et ses études particulières: +il lui sera libre de parcourir, s'il le veut, tous les canaux de la +tradition, de charger son esprit ou sa mémoire des longs débats de la +théologie, et de s'armer contre les plus anciennes erreurs de tous les +argumens employés pour les combattre; mais aussi la Nation, qui +retrouve, à chaque page de son histoire, la trace profonde des maux +qu'ont enfantés tant de querelles religieuses, a le droit non moins +incontestable de chercher à s'en défendre pour l'avenir, en écartant +de l'enseignement public qu'elle protège, tout ce qui n'est pas +indispensable à un Ministre de la Religion. La théologie d'ailleurs ne +doit point être regardée comme une Science. Les Sciences sont +susceptibles de progrès, d'expériences, de découvertes: la théologie, +qui ne peut être que la connoissance de la Religion, est étrangère à +tout cela; immuable comme elle, elle est comme elle ennemie de toute +innovation. Il faut qu'elle soit aujourd'hui ce qu'elle étoit d'abord. +On doit donc s'occuper, non pas à l'étendre, mais à la fixer, mais à +la renfermer dans ses limites, que trop souvent d'ambitieuses +subtilités s'efforcèrent de lui faire franchir dans des siècles +d'ignorance. L'Assemblée Nationale, en même-temps qu'elle encourage +les progrès des Sciences et les inventions de l'esprit humain, doit +donc, par le même principe, s'opposer à toute extension de la +théologie, à toute invasion des Théologiens: car, puisque la Religion +commande à la pensée, c'est-à-dire, à ce qu'il y a de plus libre en +nous, il est du devoir des fondateurs de la liberté publique de +retirer de l'enseignement religieux, et tout ce qu'il est permis de ne +pas croire, et tout ce qu'on a le droit d'ignorer. Concluons que +l'Assemblée Nationale doit enjoindre à tous les Évêques, comme étant +les premiers surveillans de la doctrine religieuse, de travailler avec +leur conseil à réduire les objets dogmatiques, qui entreront +dorénavant dans l'enseignement public des Ministres du culte, aux +seuls points indispensables à l'instruction des fidèles, par +conséquent à en bannir et les vaines opinions qui divisent les +esprits, et les discussions oiseuses sur des articles dès long-temps +décidés, et même aussi un développement trop étendu de ceux de ces +articles qui ne font point partie essentielle de l'instruction des +Peuples; de telle sorte que, du concours de ces travaux épuratoires, +résulte enfin un enseignement complet, uniforme et réduit à ses +véritables bornes. + +3º. La morale évangélique est le plus beau présent que la Divinité ait +fait aux hommes: c'est un hommage que la Nation françoise s'honore de +lui rendre. On ne peut donc trop pénétrer de ses bienfaisantes maximes +les Ministres de la Religion, pour qu'ils en nourrissent les Peuples +qui leur seront confiés. Les principes de la morale naturelle leur +auront été développés dans les Écoles précédentes: ils en seront +d'autant plus disposés à en goûter la perfection dans l'évangile; car +c'est-là qu'elle existe avec toute la force d'une sanction qui lui +donne sur les âmes une puissance surnaturelle. L'Assemblée Nationale +ne dictera point ici les règles d'un tel enseignement, quoiqu'elle ait +le droit de s'affliger des vices des anciennes méthodes où l'onction +évangélique disparoissoit sous la sécheresse des discussions: elle se +borne à recommander cette réforme au nouveau clergé qui s'élève de +toutes parts. Cependant, comme il lui appartient de reconnoître ce qui +importe le plus au bien général de la Nation, elle peut et sans doute +aussi elle doit ordonner que l'on s'attache sur-tout à enseigner aux +Élèves du Sacerdoce la partie de la morale évangélique qui consacre en +termes si énergiques la parfaite égalité des hommes, et cette +indulgence religieuse que les philosophes eux-mêmes n'osoient appeler +que tolérance, mais qui doit être un sentiment bien plus pur, bien +plus fraternel, bien plus respectueux pour le malheur. + +4º. Les lois sur l'organisation du Clergé forment tout le droit +canonique. C'est-là que tout Ministre de la Religion doit s'instruire +de ses droits, d'une partie de ses devoirs et de ses rapports avec la +nouvelle organisation sociale. Ces lois nouvelles doivent donc faire +partie essentielle des études ecclésiastiques. + +5º. La prédication est une des fonctions ecclésiastiques qui appelle +le plus l'attention des Législateurs. Il faut que, ramenée à son but, +qui est de rendre les hommes meilleurs par les motifs que la Religion +consacre, elle devienne ce qu'elle doit être; mais il faut aussi +qu'elle ne puisse pas abuser de son influence, et que d'invincibles +barrières s'opposent à ses écarts. Le premier objet sera le fruit de +l'instruction; le second doit être l'ouvrage des lois. Jusqu'à ce jour +les Écoles les plus célèbres n'étoient que des arènes dogmatiques: on +y apprenoit longuement à devenir de vains et dangereux disputeurs; on +dédaignoit d'y apprendre à être d'utiles propagateurs de la morale de +l'évangile. Cela ne doit plus subsister. Les nouveaux Instituteurs des +Écoles ecclésiastiques seront obligés de montrer à leurs Élèves les +principes, les sources, les modèles, les objets, comme aussi l'extrême +importance de la prédication; ils auront le courage d'enseigner avec +persévérance ce qui est bon, ce qui est utile, et de n'enseigner que +cela. Mais l'Assemblée Nationale ne peut borner là sa sollicitude: +elle sait que la prédication est un des grands moyens que le fanatisme +de tous les temps employa pour égarer les Peuples; elle la regarde +comme une sorte de puissance, toujours redoutable, lorsqu'elle n'est +pas bienfaisante; et dont par conséquent il importe de régler et de +circonscrire l'action. Cet objet sera rempli, autant qu'il peut +l'être, lorsque l'Assemblée Nationale aura déclaré que toute atteinte +portée au respect dû à la loi dans l'exercice de cette fonction, sera +mise au rang des plus graves délits. Et cela doit être; car quoi de +plus criminel aux yeux d'une Nation, qu'un Fonctionnaire qui se sert +de ce qu'il y a de plus saint pour exciter les Peuples à désobéir à +ses lois. + +6º. Dans le régime journalier des paroisses, dans l'administration des +sacremens, il est une foule de détails qui échappent à l'indifférence, +mais qui sont précieux à la piété. C'est par eux sur-tout que les +Pasteurs se concilient cette tendre vénération, qui est la plus douce +récompense de leur ministère. Il faut que rien de ce qui est propre à +adoucir les souffrances, à consoler les malheureux, à prévenir les +dissentions, à calmer les haines, soit étranger à un Ministre de la +Religion; car ce sont des fonctions bien dignes d'elle. Ainsi, les +règles de l'arpentage et du toisé, plus développées que dans les +Écoles primaires, la connoissance des simples, quelques principes +d'hygiène et quelques-uns de droit, etc. nous paroissent devoir faire +dorénavant partie de l'instruction ecclésiastique. Il faut que la +Religion, que les Peuples confondent si facilement avec ses +interprètes, se montre toujours à eux ce qu'elle est véritablement, +l'ouvrage sublime de la bonté divine; et en la voyant toujours +attentive à leur bonheur, toujours consolatrice dans leurs peines, ils +aimeront à en bénir l'Auteur, et à l'honorer par l'hommage et la +pratique de toutes les vertus. + + + + +ÉCOLES DE MÉDECINE. + + +LA Médecine vous demande aussi un établissement particulier. + +C'est après avoir combiné ensemble les rapports de cette belle partie +de la Physique avec l'homme, et les vices des anciennes méthodes +d'enseignemens, et les vues particulières qui nous ont été +communiquées par des hommes célèbres, que nous vous proposons avec +confiance de régler l'enseignement de cette science, d'après les +principes suivans. + +D'abord les Écoles seront par-tout organisées de la même manière: dans +toutes, on enseignera les mêmes objets; on communiquera les mêmes +pouvoirs; on imposera les mêmes épreuves: car c'est manquer +essentiellement à l'homme que de requérir plus de savoir pour un lieu +que pour un autre, pour les cités que pour les campagnes. + +Jusqu'à ce jour, on a divisé cet art en trois: la Médecine, la +Chirurgie, la Pharmacie; et il en est résulté un désaccord funeste et +à l'art et aux hommes. Il est clair que ce sont les parties d'un même +tout: elles doivent donc être réunies dans les mêmes Écoles. Cet art +doit sa naissance aux Grecs; jamais chez eux la Pharmacie et la +Chirurgie ne furent séparées de la Médecine. + +Tout collège de Médecine, pour être complet, comprendra désormais dans +son renseignement, 1º. la Physique, connue sous le nom de Médicale, +c'est-à-dire, appliquée dans toutes ses parties à l'art de guérir: car +c'est en elle que résident tous les principes sur lesquels peut se +fonder cet art. 2º. L'analyse ou la connoissance exacte de toutes les +substances que les trois règnes de la nature lui fournissent. 3º. +L'étude du corps humain dans l'état de santé. 4º. Celle des maladies, +quant à leurs symptômes, à leur traitement, au mode de les observer et +d'en recueillir l'histoire. 5º. Les connoissances requises pour être +en état d'éclairer, dans des circonstances difficiles, le jugement de +ceux qui doivent prononcer sur la vie et l'honneur des citoyens. 6º. +Enfin; car c'est-là que tout doit aboutir, l'enseignement de la +Médecine pratique. + +Pour faciliter toutes ces parties d'un même enseignement, vous +jugerez que les Écoles doivent être établies dans l'enceinte même des +Hôpitaux; car on ne peut trop rapprocher les institutions de ceux pour +qui elles sont le plus nécessaires. C'est-là que le bien des malades +est toujours d'accord avec les progrès de l'instruction; que la +théorie ne marche point au hasard, et que souvent un seul jour +rassemble tous les bienfaits de l'expérience d'un siècle: c'est-là que +les Élèves commenceront par soigner les malades pour être mieux en +état de les traiter un jour, qu'ils apprendront presque en même-temps +à ordonner, à préparer, à appliquer les remèdes, et que par-là ceux +qui se destineront particulièrement à une des branches de l'art, se +trouveront pourtant suffisamment instruits sur toutes. + +Tel sera l'enseignement. + +Il seroit sans doute à désirer que tout Département eût son École; +mais cette convenance doit ici fléchir devant la nécessité. Il est +clair que des Écoles de Médecine, trop multipliées, ne pourroient se +soutenir, soit parce qu'on manquerait de Professeurs, soit parce qu'on +manqueroit d'Élèves. En matière d'enseignement, c'est, avant tout, la +médiocrité qu'il faut qu'on éloigne: elle naît de plusieurs manières, +et parce qu'elle n'apprend pas, et parce qu'elle apprend mal, et parce +qu'elle ne communique point aux Élèves ce zèle, cet enthousiasme +créateur que les grands talens peuvent seuls inspirer. + +Quatre Collèges complets ont paru suffire au besoin de tout le +Royaume. + +Cependant, pour rapprocher le plus possible l'instruction de chaque +lieu, on a pensé que tout Corps administratif pourroit utilement +établir, dans son arrondissement, une espèce d'École secondaire qui +seroit placée dans l'hôpital le mieux organisé du Département. Là, +tous les jeunes gens peu favorisés de la fortune, mais annonçant des +dispositions particulières pour l'état de Médecin, seraient nourris +et logés à peu de frais. Ils rendroient des services à la maison, et +ils en recevroient en retour les premiers élémens de l'art; et par de +bons livres élémentaires, et par des leçons-pratiques de tous les +jours. Leur éducation médicale ainsi commencée, quelquefois même +terminée, ils n'auroient plus qu'à se transporter au Collège de +Médecine le plus prochain pour y subir les examens requis, et y être, +bientôt après, proclamés Médecins. + +La nécessité de ces examens doit être rigoureusement maintenue; car il +faut ici sur-tout défendre la crédule confiance du peuple contre les +séductions du charlatanisme. Il faut donc donner une caution publique +à la profession de cet état; mais, en même-temps vous voudrez que les +anciennes lois coercitives, qui fixoient l'ordre et le temps des +études, soient abolies. Vous ne souffrirez pas qu'aucune École s'érige +en jurande: ainsi ce ne sera plus le temps, mais le savoir qu'il +faudra examiner; on ne demandera point de certificats; on exigera des +preuves; on pourra n'avoir fréquenté aucune École et être reçu +Médecin; on pourra les avoir parcouru toutes, et ne pas être admis: +par cette double disposition, on accordera parfaitement, et dans cette +juste mesure qui est à désirer en tout, ce qu'exige la justice, ce que +demande la liberté, et ce que réclame la sûreté publique. + + _Nota_. Il reste à pourvoir aux progrès de la Science + médicale, par le moyen des correspondances et par des travaux + concertés, ainsi que font aujourd'hui les Sociétés savantes et + les Corps académiques. Cet objet fera partie du grand Institut + où il doit être traité dans la section des Sciences. + + + + +ÉCOLES DE DROIT. + + +CE n'est qu'à dater de la Constitution que la Science du Droit peut +devenir une et complette. Jusqu'à cette époque, le Droit public, qui +en fait partie essentielle, a été nécessairement une Science occulte, +livrée à un petit nombre d'Augures qui la travestissoient à leur gré, +ou plutôt c'étoit une Science mensongère qu'il étoit impossible +d'apprendre, parce qu'elle n'avoit pas de réalité. + +Le droit privé étoit plus réel, plus constaté dans son existence; mais +son immensité, mais la multitude de ses élémens hétérogènes, accumulés +par le temps et le hasard, devoient effrayer l'esprit le plus vaste, +la raison la plus forte. Comment, au milieu de ce chaos retenir +toujours le fil des principes, ou comment consentir à s'en passer? Ce +n'étoit pas le vice de la Science, encore moins celui de +l'enseignement; c'étoit celui de son objet. + +On a fait pourtant de justes reproches à l'enseignement, ou plutôt à +quelques abus du Corps enseignant: c'est celui qui portoit sur la +facilité scandaleuse des épreuves. Il seroit impossible, il seroit +coupable de chercher ici à la justifier: car elle tendoit à avilir la +science: mais elle tenoit à une cause qu'on ne peut imputer qu'au +Gouvernement. Les Facultés de Droit étoient presque par-tout +uniquement payées par les Élèves: de-là la tentation de n'en refuser +aucun, et d'en attirer beaucoup. Encore si cet abus, pour exister, +avoit eu besoin de l'assentiment du plus grand nombre des Facultés, +l'amour du bien public, le respect pour la Science, et une sorte de +décence l'auroient sans doute repoussé; mais il suffisoit qu'il +existât une seule Faculté dans le Royaume qui eût acquis cette +déplorable renommée; il suffisoit même de la seule existence d'une +Faculté étrangère (celle d'Avignon) à laquelle il étoit libre de +recourir, pour corrompre, sous ce rapport, l'enseignement général: car +les Facultés les plus attachées à leurs devoirs, après avoir lutté +quelque temps pour la règle, se sont vues contraintes à faire du moins +fléchir un peu la rigueur des principes pour retenir des Élèves qui +presque tous leur auroient inévitablement échappé.--Cet abus est +facile à prévenir. + +Quant à l'enseignement, il présente plusieurs difficultés. Le Droit +n'est pas une Science spéculative; c'est la science de ce qui est, non +de ce qui doit être, et ce sera aussi quelque temps encore la science +de ce qui ne sera plus: car malheureusement les mauvaises lois règnent +après leur mort. Ainsi l'enseignement est condamné à se ressentir +pendant plusieurs années des vices de nos anciennes lois qu'il faudra +savoir, qu'il faudra accorder entre elles à l'époque où l'on se +disposera à les détruire, ou même après qu'elles auront été détruites. +C'est un état pénible pour la Science, mais un état inévitable, et qui +exigera pendant quelques années des précautions dans l'enseignement. + +Un temps viendra où toutes les parties de cette Science s'éclaireront +du jour de la raison: c'est lorsque les Législateurs auront porté ce +même jour sur le code entier de la législation, et présenteront enfin +un système de lois pures et concordantes, ramené à un petit nombre de +principes. En attendant, l'enseignement doit profiter de ce qui est +fait, en même temps qu'il souffrira de tout ce qui reste à faire. + +Le premier objet que désormais il doit offrir, est la Constitution, +ou le Droit public national, dont il puisera les principes dans le +texte même de l'acte constitutionnel et dans les lois qui en +contiennent le principal développement. Les Maîtres trouveront des +Élèves préparés à cette instruction: les enfans en auront reçu la +première leçon de la bouche de leur père; ils auront grandi en +répétant ces titres désormais imperdables, confiés de bonne-heure à +leur mémoire, et dont l'amour croîtra et se développera avec eux. + +Malheur aux Maîtres qui auront à traiter de si nobles sujets, s'ils +restoient froids au milieu de ces Élèves bouillans de jeunesse et de +courage: c'est à ces coeurs neufs et purs qu'il est facile de +communiquer le saint enthousiasme du patriotisme et de la liberté. +Combien de récits touchans pourront animer ces leçons, y répandre du +charme et de l'intérêt! Comme l'histoire de la patrie est utilement +liée à l'enseignement de sa Constitution! Comme cette histoire parle à +l'âme dans un pays libre! Quelles douces larmes elle fait répandre! + +Après la Constitution, sera placée la théorie des délits et des +peines, et celle des formes employées par la Société pour +l'application de ses lois pénales: car il est juste de faire connoître +à ceux qui étudient le droit, aussitôt qu'ils ont appris la +Constitution, le code pénal qui en est l'appui, tant parce qu'il +définit d'une manière exacte en quoi un citoyen peut offenser la +Constitution, que parce qu'il déclare la peine qui doit suivre cette +offense. D'ailleurs, rien ne touche de plus près au pacte social que +la connoissance des peines auxquelles est soumis un membre de la +Société, quand il en a violé les lois. + +Il seroit utile que tous les Citoyens connussent la forme des jugemens +en matière criminelle. C'est une épreuve que l'homme le plus vertueux +n'est pas sûr de ne jamais subir; et il lui importe de savoir, avec +beaucoup d'exactitude, la marche que l'on doit suivre à son égard, +comme aussi les droits qu'il est autorisé à réclamer pour mettre son +innocence dans tout son jour, et ne perdre aucun de ses avantages par +ignorance ou par foiblesse. + +La connoissance des formes de la procédure criminelle ne sauroit être +trop généralement répandue dans un pays qui a le bonheur de posséder +l'institution du Juré. La fonction solemnelle de juger un accusé et de +prononcer la vérité sur un fait d'où peut dépendre l'honneur ou la vie +d'un homme, n'exige pas à la vérité des connoissances judiciaires; +mais il est à désirer que ceux qui ont cette belle fonction à remplir, +n'y soient pas tellement étrangers, qu'ils ignorent complettement en +quoi elle consiste. Lorsqu'ils y seront initiés d'avance, ils s'en +formeront une idée plus juste, et ils pourront la remplir avec une +plus parfaite exactitude. + +La science du Droit criminel aura donc peu de chose à enseigner aux +adeptes, qui ne soit presque également nécessaire aux citoyens de +toutes les professions; et la perfection de cette science consistera à +devenir assez claire pour qu'elle ne puisse jamais flatter +l'amour-propre d'un savant, mais pour qu'elle puisse facilement +éclairer la conscience de tous ceux qui auront besoin d'y recourir. + +Il est permis de désirer sans doute, mais il est plus difficile +d'espérer que le Droit civil particulier puisse atteindre le même +degré de simplicité. On se persuade aisément, quand on y a peu +réfléchi, que cette partie du droit n'est qu'un traité de morale +naturelle; et la morale est la science que tous les hommes croyent +posséder, sans s'être crus obligés de l'acquérir par l'étude. +Cependant, si l'on veut songer à l'immense variété des transactions +qui doivent nécessairement avoir lieu dans une nombreuse société +d'hommes entre qui les propriétés sont si inégalement réparties; à la +quantité de piéges que la ruse tend sans cesse à la bonne-foi trop +confiante; à la multiplicité des formes décevantes sous lesquelles +l'astuce peut se reproduire; on s'étonnera moins qu'il ait fallu +réduire en art la bonne-foi elle-même et fortifier par des règles +fixes la sûreté des contrats, qui devroient n'en avoir d'autres que +l'intérêt réciproque et la loyauté des parties contractantes. + +C'est principalement dans cette partie de leurs lois que les Romains +avoient porté cet esprit de sagesse et de justice, et cette méthode +pure d'analyse, qui leur a mérité la gloire de perpétuer la durée de +leur législation bien au-delà de celle de leur Empire. Le _digeste_, +retrouvé vers le milieu du treizième siècle, frappa les esprits de +tous les peuples qui le connurent, par ce degré d'évidence et de +supériorité qui n'appartient qu'à la raison universelle. + +C'étoit un juste hommage: il n'y falloit pas ajouter un culte +superstitieux. Des parties de législation trop favorables au pouvoir +arbitraire, d'autres ridiculement contrastantes avec le reste de nos +institutions, ne s'établirent pas moins impérieusement que les titres +les plus raisonnables; et la féodalité seule disputa aux lois romaines +le sceptre de notre législation. Ainsi la France fut partagée en deux +grandes divisions. La section la plus méridionale de l'Empire +accueillit le droit romain comme la loi unique ou dominante du pays; +les autres provinces, en admettant le droit romain comme raison +écrite, continuèrent d'être régies par leurs usages qui se +conservèrent long-temps par la tradition avant d'être fixés par +l'écriture et réduits en corps de coutume, tels que nous les voyons +aujourd'hui; mais dans tous les lieux on emprunta du droit romain les +notions générales de justice et d'équité, et principalement celles qui +concernent la théorie des contrats qui retrouve son application chez +tous les peuples et dans tous les siècles, parce qu'elle tient aux +premiers besoins des hommes. Cette partie du droit romain mérite donc +d'être enseignée par-tout, comme la raison écrite et comme la +meilleure analyse des principales transactions que produit la Société. + +Ce seroit un ouvrage vraiment utile et digne d'un siècle éclairé que +d'extraire de cette vaste collection de lois et de décisions qui +forment le corps du droit romain, les titres qui sont empreints de ce +caractère éternel de sagesse qui convient à tous les temps. Un tel +livre serviroit de base à la réforme des lois, et rendroit aussi +l'enseignement plus simple, plus clair et plus complet. + +Reste le droit coutumier qui régit la moitié de l'Empire. Il faudra +encore quelque temps enseigner par-tout et l'esprit général des +coutumes, et dans chaque Département, la coutume du lieu. + +Ce sera aussi pour les Maîtres un devoir d'ouvrir, sous les yeux de +leurs Élèves, nos principales et plus célèbres Ordonnances, celles de +Moulins, d'Orléans, de Blois, etc. de leur faire remarquer par quels +progrès ces lois s'acheminoient insensiblement vers une sagesse +supérieure, accumulant, avec trop peu de méthode, des articles dont la +plupart ne subsistent plus, mais dont plusieurs aussi règlent encore +quelques-uns des objets les plus importans de l'ordre social. Les +Ordonnances des testamens et des donations trouveroient ici leur +place. Je suppose celle des substitutions abrogée. + +Cet enseignement devra se terminer par des leçons sur les formes de la +procédure civile: car, c'est peu de connoître les lois, si l'on ne +connoît aussi les moyens d'y avoir recours et d'invoquer la puissance +de la justice, soit pour obtenir la réparation des torts que l'on a +soufferts, soit pour défendre sa propriété contre les aggressions +judiciaires auxquelles on est exposé. + +Je ne dirai rien du Droit canonique dont on prenoit dans nos +anciennes Écoles quelques notions superficielles. Le petit nombre de +vérités comprises dans cette science appartient à la Théologie, dont +nous avons fait un chapitre séparé. + +Jusqu'à ce jour on a exigé que les Élèves parcourussent tous les +degrés et tous les temps de l'instruction; la loi étoit inflexible à +cet égard autant que minutieuse. Le temps des inscriptions, le passage +d'une classe à une autre, l'époque où chaque formalité devoit +s'accomplir, l'apparence même de l'assiduité étoient prescrites avec +une importance qui n'admettoit pas d'exceptions. Ainsi l'on exigeoit +tout, hors la science: car, on peut feindre l'assiduité, éluder les +précautions, remplir extérieurement de vaines formes; mais la science +seule ne se contrefait pas, et c'est elle seule qu'on a droit de +demander aux Élèves. + +Une mesure uniforme de temps d'études est injuste à imposer, quand la +nature a départi aux hommes une mesure inégale d'attention et de +mémoire. + +Offrez les secours de la méthode et les avantages de l'assiduité aux +esprits dont ce double bienfait rendra la marche plus directe et plus +sûre. + +Mais ne les commandez pas aux esprits dont l'ardeur n'y verroit qu'un +assujettissement pénible, et le souffriroit avec impatience. Craignez +que le dégoût d'une route uniforme et lente ne produise chez eux celui +de la science elle-même. + +Offrez à tous un fil conducteur. Ne donnez de chaînes à personne, et +n'admettez que ceux qui parviendront au but, c'est-à-dire, qui seront +véritablement instruits. Ne leur demandez pas quel temps ils ont mis à +se former; mais s'ils ont acquis beaucoup de connoissances; ne les +interrogez pas sur leur âge, mais sur leur capacité; non sur leur +assiduité aux leçons, mais sur le fruit qu'ils en ont tiré. + +Qu'un examen long et approfondi réponde de la capacité des aspirans; +mais que cet examen ne soit pas illusoire; que ce ne soit pas une +vaine formalité. On a trop long-temps bercé les hommes avec des +paroles, il est temps d'obtenir des réalités; qu'elles soient +garanties par des moyens infaillibles. La présence du public avant +tout; car l'oeil du public écarte l'ineptie par la honte et rend +impossibles les fraudes et les préférences. + +Il existe dans l'émulation des Élèves un ressort puissant dont la main +du Législateur habile doit aussi s'emparer. Laissez-le; joignez-y +celui de leur intérêt personnel, et vous aurez la meilleure garantie +de la réalité et de l'efficacité des examens. + +Je propose donc que chaque Élève subisse un examen, dans lequel +interrogé, pressé par ses collègues, il ait à répondre sur toutes les +parties du Droit dont se compose un cours complet d'enseignement. Que +cet examen dure assez long-temps pour que l'épreuve ne puisse pas être +superficielle, et qu'il n'y ait aucun moyen d'éviter la honte +d'ignorer à ceux qui n'auroient pas pris la peine de s'instruire. + +Qu'à la fin de chaque cours les Élèves et les Maîtres se réunissent +pour désigner l'ordre des places, à raison du degré d'instruction dont +chaque Élève auroit fait preuve dans son examen, et que cette liste +soit rendue publique par l'impression. + +On sent assez quelle seroit la puissance de ce moyen sur des âmes +toutes neuves encore pour le désir de la gloire et les faveurs de +l'opinion publique. On sent combien un tel examen commanderoit de +préparations au récipiendaire, et comme il ranimeroit l'ardeur de ses +collègues, obligés d'être ses compétiteurs. Ainsi le mérite +s'ouvriroit à lui-même les chemins de la fortune: car celui qui auroit +été montré au public par ses propres rivaux comme le plus capable, +jouiroit bientôt de tous les avantages de sa confiance. + +Mais chaque Département aura-t-il un établissement d'instruction pour +l'enseignement du Droit? Plusieurs motifs doivent ici se combiner: +celui de rapprocher les sources de la science des hommes qui auront +intérêt d'y puiser; celui d'augmenter l'émulation des Élèves, en +appellant à un même foyer plus de concurrence, afin de créer une lutte +plus active entre les talens rivaux; celui d'augmenter l'émulation des +Maîtres, en leur offrant un plus grand concours de Disciples, et de +réserver les chaires de l'enseignement à des Professeurs d'un mérite +plus éprouvé; enfin un grand intérêt politique vous portent à réunir, +par des Institutions communes, ces portions d'un même tout, qui ne +doivent former de circonscriptions que sous des rapports +administratifs, mais non toutes les fois qu'on les considère sous des +rapports nationaux. + +La meilleure distribution des établissemens de Droit sera celle qui +aura concilié le plus de ces avantages, et il paroît que dix +établissemens de ce genre tiennent un juste milieu entre tous les +partis qui ont été proposés. Alors il n'y auroit ni des Écoles +désertes à force d'être multipliées, ni des centres d'instruction trop +éloignés des points qui doivent y aboutir. + + + + +ÉCOLES MILITAIRES. + + +LA partie de l'instruction publique relative aux élémens de l'art +militaire et à l'éducation de ceux qui se destinent à cette utile +profession, a des rapports nécessaires et des bases communes avec le +système militaire de tout le Royaume. + +La France est partagée en vingt-trois divisions militaires. On se +trouve naturellement conduit à placer dans chacune de ces divisions +une École Militaire, qui s'appellera _École de Division_, et sera +commune à tous les Départemens dont se compose la même division. +C'est-là que les jeunes gens destinés au métier des armes, et auxquels +je suppose l'instruction qu'on peut acquérir dans les Écoles primaires +et dans celles de District, trouveront les moyens d'étendre les +connoissances que leur destination leur rend plus nécessaires. + +Ils ne seront admis dans ces Écoles de Division, ni avant l'âge de +quatorze ans, ni après l'âge de seize. Ce qui fait une loi de cette +double règle, c'est la nécessité de ne prendre les Élèves qu'au moment +où ils auront pu déjà parcourir les premiers degrés de notre échelle +d'instruction, et l'avantage incontestable de les introduire dans la +carrière militaire, assez jeunes pour qu'ils puissent parvenir à tous +les grades encore dans la force de l'âge, pour qu'ils ne soient pas +atteints par la vieillesse dans ces postes où il faut une jeune +ardeur, et où ils languiroient sans gloire pour eux, sans utilité pour +leur pays. Il est bon d'observer que ces différences d'âge et +d'avancement qui condamnoient les uns à une torpeur décourageante, +tandis que les caprices de la faveur et de la naissance assuroient aux +autres une marche rapide et privilégiée, étoient précisément un de ces +vices invétérés de l'ancienne administration, dont vous devez le plus +soigneusement préserver à l'avenir cette profession. + +Le cours des études et exercices militaires sera de quatre années, +dont deux dans les Écoles de Division. On enseignera, par un mélange +combiné de travaux sérieux et de distractions instructives, les +premières connoissances militaires, le maniement des armes, les +langues angloise et allemande, le dessin, les élémens de Mathématiques +appliqués à l'art de la guerre, sur-tout la géographie et l'histoire. + +Il est inutile de dire que ces jeunes citoyens devant diriger leur +premier intérêt vers le pays qui les a vu naître, on leur donnera une +idée plus ou moins développée des productions et des gouvernemens des +différentes parties du monde, suivant la nature des relations qu'elles +ont avec nous; que la description géographique de la France sera +l'objet particulier de leurs études sur cette matière, comme on +placera antérieurement à tout des notions plus approfondies de notre +Constitution, qui confirmeront et agrandiront celles qu'ils auront +déjà pu recueillir dans les Écoles primaires et de District. + +C'est à ce dernier genre d'instruction qu'il faut rapporter +l'explication d'un catéchisme de morale sociale et politique, dans +lequel seront exposés les droits et les devoirs de l'homme en société, +ce qu'il doit à l'État, ce qu'il doit à ses semblables. De ces +principes qui sont les bases fondamentales de la Constitution +Françoise, et de la nécessité de conserver l'action de tous les +ressorts de la machine sociale, on déduira de nouveaux rapports, ceux +des chefs et des subordonnés, rapports dérivans de la nature même des +choses qui, loin de nuire à la liberté, à l'égalité, sont +indispensables pour le maintien de l'une et de l'autre. + +Le véritable Instituteur a toujours un but moral, une idée souveraine +vers laquelle se dirigent toutes ses intentions. Celle qui ne doit +jamais l'abandonner dans l'apprentissage de l'art militaire, c'est +l'idée de la subordination, cette compagne naturelle de l'amour +réfléchi de la liberté, cette première vertu du guerrier, sans +laquelle un État n'aura jamais une armée protectrice. Il fera donc +sortir de toutes les leçons de l'histoire et de tous les résultats de +la réflexion, il rendra sensible à ses Élèves, par les exemples comme +par les raisonnemens et par l'impression de l'habitude, la nécessité +de cette subordination. Il les armera contre cet étrange abus du +raisonnement, voudroit présenter l'obéissance militaire comme en +contradiction avec les principes de l'égalité; comme si là +spécialement où tous sont égaux, où tous ont concouru à la formation +de la Loi, tous ne devoient pas également obéir à ceux que la Loi +autorise à commander. Enfin nos Écoles Militaires élèveront à la fois +des citoyens libres, des soldats subordonnés, et par conséquent de +bons chefs. + +Outre ces Écoles de Division, il y aura six grandes Écoles Militaires +pratiques, qui seront placées aux frontières du Royaume, dans les +villes les plus considérables et les places de guerre les plus +importantes, à Lille, Metz, Strasbourg, Besançon, Grenoble et +Perpignan. Comme ces grandes Écoles ont un autre objet que les Écoles +de Division, leur organisation sera nécessairement différente. Elles +sont spécialement destinées à réaliser, par une pratique journalière, +un genre d'instruction que la seule théorie laisse toujours imparfait, +et à transporter parmi les habitudes de la première jeunesse les +exercices et évolutions auxquelles elle est singulièrement propre, et +tous les détails d'un régime actif et sévère, étranger aux arts +d'agrément. Elles seront donc instituées sur le pied militaire, et +pour mieux remplir leur principal objet, qui est de former de bons +officiers, elles serviront aussi à élever des soldats. + +Il sera entretenu dans chacune de ces six grandes Écoles, des jeunes +gens sains et bien constitués, de l'âge de douze à quinze ans, qui +seront nommés par les Départemens en proportion de ce que chacun d'eux +fournit communément de soldats à l'armée, et choisis de préférence +parmi les enfans d'anciens soldats et les pauvres orphelins. C'est +pour cette classe un établissement de bienfaisance, en même-temps +qu'un moyen d'instruction plus parfaite pour ceux qui sont destinés au +commandement. Il sera de plus attaché à chaque grande École un certain +nombre d'Élèves tirés des Écoles de Division par la voie d'un +concours, dont les formes seront prescrites, et à l'aide de cette +épreuve, on fera sortir de ces grandes Écoles tous les Sous-Lieutenans +de l'armée. Déjà, l'on apperçoit la base sur laquelle s'élèvera tout +le système de l'avancement militaire, qui n'appartient plus à mon +travail; mais que j'ai dû vous montrer épuré dans sa source de tous +les anciens abus, et assurant l'exécution de ce grand acte de raison +et de justice par lequel vous avez déclaré tous les citoyens +admissibles à toutes les places et emplois. + +Je ne m'arrêterai point à tous les détails de ces établissemens qui, +par leur nature, se rapportent souvent à un autre ordre de choses, et +doivent être renvoyés au système de l'organisation militaire. Je me +bornerai à vous présenter quelques résultats, dont vous trouverez +facilement les motifs dans vos principes, ou dans une utilité +reconnue. + +Les grandes Écoles seront établies dans un corps de caserne isolé, qui +n'ait point de communication immédiate avec aucun autre. Le service +intérieur s'y fera comme dans une place de guerre. Chaque École +formera un régiment d'infanterie où les grades supérieurs offriront +d'honorables retraites aux anciens Officiers des troupes de ligne, en +même temps que d'utiles exemples aux jeunes gens, et où ceux-ci seront +distribués dans les différentes compagnies, soit comme Élèves +Officiers, soit comme Élèves Soldats; mais de manière que tous aient +commencé leur apprentissage comme Soldats, et aient passé +successivement par tous les grades. + +Les Élèves Officiers et les Élèves Soldats recevront une instruction +particulière et une instruction commune. + +On expliquera aux Élèves Officiers un traité de fortifications, les +élémens de l'artillerie, toutes les parties du service et de +l'administration militaire, et on perfectionnera en eux les +différentes connoissances qu'ils auront pu acquérir aux Écoles de +Division. + +On donnera aux Élèves Soldats la même instruction qui est prescrite +pour les Écoles Primaires. + +Tous les Élèves, soit Officiers, soit Soldats, seront habituellement +environnés et fortement pénétrés des idées simples de la morale, que +les Écoles de Division m'ont donné occasion d'indiquer, et qui +recevront pour chacun un développement proportionné à son intelligence +et à sa destination. + +Il en résultera que le premier apprentissage de l'art Militaire, +transporté à sa véritable place, dans le ressort de l'instruction +publique, ne se fera plus comme autrefois dans les Régimens qui ont +droit d'exiger de ceux qu'ils reçoivent, des connoissances +préliminaires, et un service réel et actif. Et notre système complet +sera tel dans son ensemble et dans ses différentes branches que les +Citoyens verront la carrière des places Militaires, ouverte à tous +également; que les Officiers comme les Soldats, apprendront leurs +devoirs de Citoyens, en même-temps que leurs devoirs de Guerriers; et +qu'enfin la Société entière, en s'acquittant envers ses membres de la +dette sacrée d'une bonne éducation, multipliera tout à-la-fois ses +moyens de défense contre ses ennemis, et ses motifs d'une juste +confiance en ses défenseurs. + + + + +INSTITUT NATIONAL. + + +LORSQUE les écoles primaires des Cantons, et les collèges des +Districts et des Départemens seront organisés, on aura préparé +l'instruction de l'enfance, de la jeunesse, et même celle d'une partie +des fonctionnaires publics; mais il faudra pourvoir encore aux progrès +des lettres, des sciences et des arts. Il faudra terminer l'éducation +de ceux qui se destinent spécialement à leur culture. Nous proposons +dans cette vue l'établissement d'un Institut national, où se trouve +tout ce que la raison comprend, tout ce que l'imagination sait +embellir, tout ce que le génie peut atteindre; qui puisse être +considéré, soit comme un tribunal où le bon goût préside, soit comme +un foyer où les vérités se rassemblent; qui lie, par des rapports +utiles, les Départemens à la Capitale, et la Capitale aux Départemens; +qui, par un commerce non interrompu d'essais et de recherches, donne +et reçoive, répande et recueille toujours; qui, fort du concert de +tant de volontés, riche de tant de découvertes et d'applications +nouvelles, offre à toutes les parties des sciences et des lettres, de +l'économie et des arts, des perfectionnemens journaliers; qui, +réunissant tous les hommes d'un talent supérieur en une seule et +respectable famille, par des correspondances multipliées, par des +dépendances bien entendues, attache tous les établissemens +littéraires, tous les laboratoires, toutes les bibliothèques +publiques, toutes les collections, soit des merveilles de la nature, +soit des chefs-d'oeuvre de l'art, soit des monumens de l'histoire, à +un point central; et qui, de tant de matériaux épars, de tant +d'édifices isolés, forme un ensemble imposant, unique, propre à faire +connoître au monde, et ce que la philosophie peut pour la liberté, et +ce que la liberté reconnoissante rend d'hommages à la philosophie. + +Pour que ce projet ait son entière exécution, l'Institut doit +embrasser tous les genres de connoissances et de savoir. Jugeons par +ce que l'esprit humain a fait, de ce qu'il est capable de faire +encore; examinons ce qu'il est, ce qu'il peut être, et que ses +facultés nous apprennent à satisfaire à ses besoins. + + + + +PROGRAMME. + +_Des Sciences philosophiques, des Belles-Lettres et des Beaux-Arts._ + + + L'homme sent, il pense, il juge, il raisonne, il invente, il + communique ses idées par des gestes, par des sons, par des + discours écrits ou prononcés; il communique ses affections par + l'harmonie des vers, des sons, des formes et des couleurs; il + les consacre par des monumens; il recherche quelle est la + nature des êtres, ce qu'il est lui-même, ce qu'il doit, ce + qu'on lui doit, ce qu'il peut et ce qu'il fut. + + + + +PROGRAMME. + +_Des Sciences mathématiques et physiques, et des Arts mécaniques._ + + + Vu sous d'autres rapports, l'homme sait calculer les nombres + et mesurer l'étendue. Quatre grands moyens lui ont dévoilé la + connaissance des corps; l'observation qui suffit à leur + histoire, l'expérience qui en a découvert le mécanisme, + l'analyse et la synthèse qu'il invoque pour en approfondir la + composition intime. A l'aide de ces moyens, il considère dans + la matière ses propriétés générales, ses états divers, le + mouvement et le repos; dans l'athmosphère, son poids, sa + température, ses balancemens et ses météores; dans les sons, + leur intensité, leur vitesse, leur mélange et leur harmonie; + dans la chaleur, sa communication et ses degrés; dans + l'électricité, ses courans, son équilibre, ses chocs et ses + orages; dans la lumière sa propagation et ses couleurs; dans + l'aimant, son attraction et ses poles; dans le ciel, les + astres dont les phénomènes lui sont connus; sur la terre, les + minéraux qu'il recueille; les métaux qu'il prépare; les + végétaux qu'il classe, dont il examine les organes et les + produits; les animaux dont il étudie les formes, les moeurs, + la structure, les élémens, la vie et la mort, la santé et les + maladies; les champs qu'il cultive; les chemins qu'il ouvre; + les canaux qu'il creuse; les villes qu'il élève et qu'il + fortifie; les vaisseaux dont il se sert pour communiquer avec + les deux mondes; les forces combinées qu'il oppose à ses + ennemis, et les arts nombreux qu'il inventa pour plier la + nature à ses besoins. + +CELUI qui se place au milieu de cette immensité, ne sait où reposer sa +vue. Par-tout ce sont des foyers de lumière, et l'oeil s'étonne +également de ce qu'il voit en masse, et de ce qu'il apperçoit en +détail. Ce sont ces trésors de la plus haute instruction qu'il importe +de ranger dans le meilleur ordre, et que la Nation doit ouvrir à tous +ceux qui sont en état d'y puiser. + +Quoiqu'il n'existe pas de tableau aussi complet des connaissances +humaines, nous sommes bien loin, en vous proposant d'adopter ce +travail, de vouloir mettre des bornes au génie des découvertes, en +traçant autour de lui le cercle compressif de la loi. Nous avons voulu +seulement disposer avec ordre toutes nos richesses, et imiter les +naturalistes, qui, pour aider notre foible mémoire, ont classé tous +les trésors de la nature, sans prétendre ni la borner, ni l'asservir. + +Ainsi, notre travail est composé de deux parties; l'histoire de +l'homme moral y contraste avec celle de l'homme physique; les sciences +purement philosophiques marchent à côté des sciences d'observation; +les beaux-arts terminent la première série, comme les arts mécaniques +se trouvent à la fin de la seconde. Par-tout les masses principales se +correspondent dans ces deux grandes divisions: dans la première, tout +est rationel, philosophique, littéraire; dans la seconde, tout est +soumis à la précision de l'expérience. Dans l'une comme dans l'autre, +la raison a besoin d'être forte. La mémoire, aidée d'une bonne +méthode, classera des objets nombreux, et l'imagination trouvera, soit +dans les inspirations de l'éloquence, soit dans la haute théorie du +calcul, soit dans les découvertes de la physique, soit dans les +inventions des arts, cet aliment qui la nourrit et la dispose aux +grandes conceptions. + +Avant notre époque, les établissemens relatifs aux progrès des +lettres, des sciences et des arts, n'étoient point d'accord entre eux: +ils n'avoient point été disposés pour s'aider mutuellement, pour se +correspondre; les préjugés y dominoient, la naissance osoit y +remplacer le savoir et le talent. + +Maintenant que toute illusion a cessé, il faut briser les formes +discordantes de ces établissemens divers, et les fondre en un seul où +rien ne blesse les droits de l'égalité et de la liberté, auquel nous +puissions ajouter ce qui manque aux premières institutions, et d'où ce +qui ne tient qu'à un vain luxe, soit scrupuleusement banni. Dans un +moment où tant de débris dispersés d'abord, changés bientôt en +matériaux, étonnent par la place qu'ils occupent dans des +constructions jusqu'à présent inconnues parmi nous, dans un moment où +tant de ressorts se meuvent pour la première fois, au milieu de toutes +les inquiétudes qui agitent les esprits, seroit-il prudent +d'abandonner au hasard des circonstances le sort des sciences, des +lettres et des arts? N'est-ce pas, lorsque tant d'idées, tant de lois, +tant de fonctions sollicitent des expressions nouvelles, lesquelles +demandent toutes à être inscrites dans le vocabulaire de la langue +françoise, qu'il faut l'enrichir sans cependant le surcharger? +N'est-ce pas, lorsque sur nos théâtres, la scène s'étend à tous les +états, à toutes les situations de la vie, et lorsqu'en se prêtant +ainsi à toutes les formes, il est à craindre qu'elle ne dégénère par +cela même qui doit contribuer à l'aggrandir? N'est-ce pas, lorsque les +orateurs de nos tribunes nationales doivent réfléchir long-temps +encore sur le genre d'éloquence qui convient à leurs discours, lorsque +la chaire elle-même offre un champ nouveau, et que, dans les tribunaux +comme ailleurs, ce n'est plus l'ancien langage qui peut être entendu; +n'est-ce pas alors que les hommes les plus exercés dans la +connoissance du beau, que ceux dont le goût est le plus sûr, doivent +se réunir pour traiter de ces nouvelles convenances, et pour diriger +dans toutes ces routes la jeunesse impatiente de les parcourir? +N'est-ce pas lorsque, pour la première fois, on va enseigner la morale +et la science du gouvernement, que les maîtres les plus habiles +doivent unir leurs efforts? Et ne convient-il pas que ces premières +écoles soient dirigées, non par un seul, mais par tous ceux qui +excellent dans cette belle application des vérités dont la philosophie +a fait présent au genre humain? N'est-ce pas, lorsque l'histoire va +être lue, et sur-tout écrite dans un nouvel esprit; lorsque les +beaux-arts naturellement imitateurs doivent s'embellir de l'éclat de +leur patrie; lorsque les sciences vont être invoquées de toutes parts; +lorsque le charlatanisme qui, dans les États libres, est toujours plus +entreprenant, aura besoin d'être fortement réprimé; lorsqu'il importe +à l'accroissement du commerce et de la richesse nationale, que les +arts se perfectionnent; n'est-ce pas alors que tous les citoyens +connus par leurs talens dans ces divers genres, doivent être invités à +réunir leurs efforts pour remplir ces vues utiles et pour achever +cette partie de la régénération de l'État? En France, on désire, on +recherche, on honore même les lumières; mais on ne peut disconvenir +qu'elles ne sont pas encore assez répandues pour qu'on puisse confier +à la liberté seule le soin de leur avancement. Il est du devoir de la +Nation d'y veiller elle-même; il faut donc par un établissement +nouveau, ramener toutes nos connoissances et tous les arts à un centre +commun de perfectionnement; il faut y appeller de toutes les parties +de l'Empire le talent réel et bien éprouvé; il faut que de chaque +Département, et aux frais de la Nation, une quantité d'élèves choisis, +et ne devant leur choix qu'à la seule supériorité reconnue de leur +talent, viennent y completter leur instruction. Nous sommes bien loin +toutefois de nous opposer aux associations littéraires et aux autres +établissemens de ce genre, ni d'astreindre aucun individu à suivre +telle route dans son éducation privée ou ses méthodes d'enseignement. +Le talent s'indigne quelquefois de la marche didactique et +réglementaire qu'on voudroit lui imposer; et vous donnerez une preuve +de plus de votre amour pour la liberté, en la respectant jusques dans +ses bizarreries et ses caprices. + +En s'occupant de la formation de l'Institut national, on se demande +d'abord s'il sera divisé en un grand nombre de sections distinctes et +séparées. L'existence d'une des plus illustres académies nous paroît +répondre complettement à cette question. _L'Académie des sciences_ +embrasse toutes les branches de l'histoire naturelle et de la physique +avec l'astronomie et ce que les mathématiques ont de plus +transcendant; et l'expérience de plus d'un siècle a prouvé que tant de +parties différentes peuvent non-seulement être traitées ensemble et +dans les mêmes assemblées, mais qu'il y a dans cette réunion un grand +avantage, en ce que l'esprit de calcul et de méthode s'étant +communiqué à toutes les classes de l'académie, chacun se trouve forcé +d'être exact dans ses recherches, clair dans ses énoncés et serré dans +ses raisonnemens: qualités sans lesquelles on ne peut ni faire une +expérience, ni déduire des résultats des observations qu'on a +recueillies. + +On peut répondre aussi à ceux qui demanderoient que l'Institut fût +divisé en un grand nombre de sections, que les sciences s'enchaînent +toutes, qu'elles se prêtent un mutuel appui, et qu'on les voit chaque +jour s'identifier en quelque sorte en se perfectionnant. Loin de nous +donc cette manie de diviser, qui détruit les liaisons, les rapports, +qui coupe, qui isole, qui anéantit tout. + +Un tableau présentera les sciences physiques et les arts rangés dans +une seule section en dix classes, qui comprennent, 1º. les +mathématiques et la mécanique; 2º. la physique; 3º. l'astronomie; 4º. +la chimie et la minéralogie; 5º. la zoologie et l'anatomie; 6º. la +botanique; 7º. l'agriculture; 8º. la médecine, la chirurgie et la +pharmacie; 9º. l'architecture sous le rapport de la construction; +10º. les arts. Les objets dont les quatre dernières classes doivent +s'occuper, étant très-étendus et ayant besoin d'une longue suite +d'essais d'un genre qui leur est propre, il nous a semblé que chacune +d'elles devoit se réunir en particulier, en admettant à ses séances +seulement celles des autres classes qui ont des rapports immédiats +avec ses travaux. Par exemple, la classe de médecine et de chirurgie +appellera à ses assemblées les anatomistes, les chimistes et les +botanistes qui sont distribués dans les premières classes de la +section des sciences physiques. Les botanistes seront encore appellés +par la classe d'agriculture; les géomètres le seront par celle de +construction, et les mécaniciens par celle des arts. Ces classes +surajoutées suffiront pour communiquer à celles qui s'assembleront +séparément, l'esprit qui animera les premières, et cependant celles-ci +continueront de marcher ensemble, parce qu'il est impossible de rien +changer, sous ce rapport, dans leur combinaison qu'on doit regarder +comme un modèle. + +Quoique séparées dans leurs séances ordinaire, les quatre dernières +classes suivroient les mêmes usages que les premières; elles +obéiroient aux mêmes réglemens et aux mêmes lois; les résultats de +leurs recherches seroient réciproquement communiqués entre elles, et +leurs assemblées publiques se tiendroient en commun. + +Comme il ne doit y avoir qu'une seule section pour les sciences +physiques et les arts, il ne doit y en avoir qu'une aussi pour les +sciences morales et philosophiques, pour les belles-lettres et pour +les beaux-arts. L'histoire ne peut être séparée ni de la morale, ni de +la science du gouvernement. Et pourquoi rangeroit-on à part les +belles-lettres qui se mêlent avec tant de charme aux discussions les +plus sérieuses. C'est elles qui donnent aux écrits des Philosophes cet +intérêt de style sans lequel on a difficilement des lecteurs, et elles +trouveront elles-mêmes, soit dans les annales de l'histoire, soit dans +les ouvrages des Législateurs, des rapprochemens inattendus, des vues +hardies, une instruction solide dont l'éloquence peut faire l'usage le +plus noble et le plus utile. + +Certes la Science de la grammaire, qui ne doit être étrangère à aucun +homme de lettres, et les préceptes de l'éloquence sont moins éloignés +de l'étude de l'histoire et de la morale, ou, si l'on veut, de la +science du gouvernement, que la Chimie ne l'est de l'Astronomie, ou +que l'étude des Plantes ne l'est de celle des Mathématiques. Les +personnes qui cultivent les sciences philosophiques, et les +belles-lettres, peuvent donc être rassemblées dans les mêmes séances; +et puisque cette réunion est possible, il faut qu'elle ait lieu; car +c'est en séparant les hommes en de petites associations, qu'on voit +leurs prétentions s'accroître, et l'esprit de corps, si opposé à +l'esprit public, créer pour eux des intérêts différens de ceux que le +bien général indique. + +La section des sciences philosophiques, des belles-lettres et des +beaux-arts, qui compose l'autre division de notre tableau, est, comme +celle des sciences physiques et des arts, divisée en dix classes, qui +comprennent, 1º. la morale; 2º. la science du gouvernement; 3º. +l'histoire ancienne et les antiquités; 4º. l'histoire et les langues +modernes; 5º. la grammaire; 6º. l'éloquence et la poësie; 7º. la +peinture et la sculpture; 8º. l'architecture, sous le rapport de la +décoration et des beaux arts; 9º. la musique; 10º. l'art de la +déclamation. + +Les six premières classes, dans cette section comme dans celle des +sciences physiques, tiendront des séances communes, et les quatre +dernières se réuniront chacune séparément, en admettant à leurs +assemblées celles des autres classes dont les recherches seront +analogues à leurs travaux. Ainsi, les peintres trouveront à +s'instruire dans le commerce des poëtes, des historiens et dans celui +des amateurs de l'antiquité. Les élèves dans l'art de la déclamation +recevront des conseils utiles de la part des auteurs dramatiques les +plus exercés. Cette réciprocité de service pourra même s'étendre de la +section des sciences physiques à celle des belles-lettres. Les +peintres, par exemple, auront besoin des lumières des anatomistes qui +appartiennent à la cinquième classe de la seconde section. L'institut +national, renfermant tous les genres de savoir, offrira aussi tous +les genres de secours à ceux qui viendront les invoquer. + +Jusqu'ici nous avons présenté l'Institut comme divisé en deux grandes +sections; mais, sous un autre aspect, ces deux sections réunies +formeront un grand corps représenté par un comité central, auquel +chacune des vingt classes enverra un député qui stipulera pour les +intérêts de tous. Ce Comité surveillera l'exécution des lois de +l'Institut, et s'occupera principalement de ce qui concerne son +administration. + +On se tromperoit, si l'on regardoit l'Institut national comme devant +être concentré dans Paris. Ses nombreuses dépendances se répandront +dans les Départemens. Les différentes branches des Sciences Physiques, +qui comprennent la Géographie, la Navigation, l'Art Militaire, +l'Architecture itinéraire et hydraulique, la Métallurgie, +l'Agriculture et le Commerce, auront leur foyer principal dans les +ports, dans les places, dans les villes de guerre, près des mines, +soit en France, soit même dans les pays étrangers, sur les sols de +diverse nature, et dans les atteliers des Arts. + +Ainsi la classe de Peinture et de Sculpture continuera d'avoir un +Collège à Rome. + +Ainsi la classe des Antiquités Orientales pourroit en avoir un à +Marseille. + +Ainsi des voyageurs François, choisis par les différentes classes, +parcourront le globe, soit pour le mesurer, soit pour en connoître la +composition et la structure, pour en étudier les productions, pour en +observer les habitans, et rassembler les connoissances qui peuvent +être utiles aux hommes. + +Le véritable but de l'Institut national étant le perfectionnement des +Sciences, des Lettres et des Arts, par la méditation, par +l'observation et par l'expérience, il ne sauroit s'établir trop de +communications entre le public et les différentes classes qui le +composent. + +L'Institut correspondroit avec les Départemens pour tout ce qui seroit +relatif à l'éducation, à l'enseignement et aux nombreux travaux sur +lesquels des Savans de divers genres peuvent être consultés. + +Les assemblées des différentes classes de l'Institut seroient ouvertes +à ceux qui désireroient y lire des mémoires, y présenter des ouvrages, +et demander des conseils pour se diriger dans leurs recherches. + +L'Institut communiqueroit encore avec le public par les ouvrages qu'il +feroit paroître, et par les essais de divers genres qu'il +multiplieroit sous ses yeux. + +Enfin l'Institut seroit enseignant. + +Il est une classe maintenant très-nombreuse d'hommes entièrement voués +à l'étude des Lettres, des Sciences et des Arts, qui, après être +sortis des Collèges, ont besoin de l'entretien et des conseils des +grands Maîtres; ils demandent qu'on leur enseigne ce que la +Philosophie a de plus abstrait; ce que les Mathématiques offrent de +plus savant; ce que l'expérience a de plus difficile; ce que le goût a +de plus délicat. C'est dans le sein de l'Institut qu'on doit trouver +naturellement de telles leçons. L'Institut doit donc être enseignant; +et ce nouveau rapport d'utilité publique formera l'un de ses +principaux caractères. + +Cette fonction ne nuira point à celles que déjà nous lui avons +attribuées. Les séances tenues par l'Institut seront essentiellement +séparées de l'enseignement dont il s'agit; et cet enseignement +lui-même, quoique très-distinct des assemblées, n'en sera pourtant, en +quelque sorte, qu'une extension: car les Professeurs, élus en nombre +suffisant par les classes, feront connoître dans leurs leçons, non la +partie élémentaire de la science ou de l'art, mais ce qui tiendra de +plus près au progrès, au perfectionnement de l'une ou de l'autre; ce +qui pourra servir, en un mot, de complément à l'instruction; de sorte +que, pour ce genre d'enseignement, ce ne seroit peut-être pas, comme +pour l'enseignement élémentaire, celui qui s'exprimeroit avec plus de +netteté sur la science, mais celui qui auroit le plus fait pour elle, +et qui laisseroit le plus à penser aux Élèves, qu'il faudroit choisir. + +Jusqu'à ce jour, un assez grand nombre de chaires établies à Paris, +soit au Collège Royal, soit au Jardin des Plantes, soit aux Collèges +de Navarre et des quatre Nations, soit au Louvre, étoient destinées à +l'enseignement des sciences naturelles et philosophiques et à celui de +quelques-unes des parties des Belles-Lettres et des Beaux-Arts; mais +il n'y avoit entre ces différentes chaires, non plus qu'entre les +divers corps académiques, ni liaison, ni harmonie. Différentes +autorités, quelquefois très-opposées entr'elles, dirigeoient ces +établissemens, et nulle part on n'avoit senti que cette sorte +d'enseignement dût s'exercer, non sur les premiers principes, mais sur +les difficultés à vaincre: or cependant, il n'est presque aucune des +principales divisions des connoissances humaines qui ne doive être +enseignée dans les Collèges de District ou de Département. Il ne faut +donc pas que les Professeurs de l'Institut répètent ce qui aura été +dit longuement ailleurs. Ils n'oublieront jamais que c'est à +l'avancement de la science qu'ils seront destinés, ainsi que +l'Institut dont ils feront partie. + +Toutes les chaires fondées au Collège Royal, au Jardin des Plantes, +etc. doivent donc disparoître, parce que, telles qu'elles sont, la +plupart n'entreroient point dans le plan de l'Institut où ces chaires +se retrouveront sous une autre forme. + +Mais pour que l'Institut fasse tout le bien que la Nation doit en +attendre, il faut que chacune des classes qui le composent, possède +les moyens de donner à ses travaux toute la perfection dont ils sont +susceptibles. Les unes auront besoin d'un laboratoire, d'une +collection d'instrumens, de machines, de modèles: aux autres, il +faudra un jardin, un champ, une ménagerie, un troupeau: toutes +réclameront les secours des grandes Bibliothèques et une Imprimerie +riche en caractères de tous les genres: toutes désireront qu'une +correspondance active leur apprenne quel est, dans les pays étrangers, +l'état des Sciences, des Lettres et des Arts, que tous les ouvrages +curieux, que les instrumens, que les machines nouvelles qui les +intéressent, leur soient communiqués, après qu'ils auront été inscrits +sur le catalogue de la collection à laquelle ils devront appartenir, +et qu'un nombre suffisant d'interprètes soit chargé de traduire ceux +de ces écrits dont on croira que les connoissances seront les plus +utiles à répandre. Ainsi organisées, les classes de l'Institut auront +des rapports avec les divers établissemens qui seront analogues à +leurs travaux. Le Jardin des Plantes dépendra des classes de Botanique +et d'Agriculture; le _Musæum_, de celles d'Histoire Naturelle et +d'Anatomie; les collections de machines, de celles de Mécanique et des +Arts; le cabinet de Physique appartiendroit à la classe de physique +expérimentale; l'école des Mines seroit dirigée conformément aux vues +de la classe de Chimie; les collections d'Antiques et de médailles le +seroient par celle d'Histoire, et les galeries de tableaux, de +statues, de bustes et l'école gratuite de dessin le seroient par les +classes des Beaux-Arts: les Bibliothèques seroient une dépendance +commune à toutes les classes de l'Institut qui, formé de cette +manière, présenteroit une sorte d'Encyclopédie toujours étudiante et +toujours enseignante; et Paris verroit dans ses murs le monument le +plus complet et le plus magnifique qui jamais ait été élevé aux +Sciences. + +Pour s'assurer que le choix des Membres et des Professeurs de +l'Institut seroit toujours déterminé par la justice, il seroit ordonné +aux classes qui auroient fait ou proposé ces élections, d'en rendre +publics les motifs, en les adressant à la Législature. + +Encore quelques réflexions pour répondre à toutes les questions qui +pourroient être faites. + +1º. Lorsque nous avons dit que les Professeurs de l'Institut national +n'enseigneroient pas les élémens des sciences et des arts, mais ce que +leur étude offre de plus difficile et de plus élevé, nous avons établi +un principe général qui soutire quelques exceptions dans notre plan. +Ces exceptions ont lieu, lorsqu'il s'agit d'une science ou d'un art +qui n'est enseigné ni dans les Écoles primaires, ni dans celles de +District, ni dans celles de Département; et lorsqu'il importe que cet +enseignement se fasse d'une manière complette dans une école qui, +étant unique, nous a paru devoir être annexée à l'Institut. Telles +sont les classes des Beaux-Arts et celle d'Architecture, considérée +sous le rapport de la construction. + +2º. L'Architecture décorative est essentiellement liée aux Beaux-Arts +parmi lesquels on la trouvera rangée dans notre tableau. Mais la +réunion des moyens qui peuvent donner aux constructions de la +stabilité, de la durée, et les rendre propres à remplir l'objet de +leur destination, tient sur-tout aux sciences Mathématiques et +Physiques. Il s'agit en effet dans ces divers travaux, ou de la +science des formes, ou de celle de l'équilibre et du mouvement. + +La science des formes comprend toutes les recherches géométriques au +moyen desquelles on considère des corps, des surfaces et des lignes +dans l'espace. La plupart de ces dimensions n'étant point +susceptibles d'être tracées sur une surface plane, il faut les +représenter d'une manière artificielle, c'est-à-dire, par leur +projection, et pouvoir, lorsqu'on les exécute, revenir des projections +à la courbe réelle. Les personnes de l'art les plus instruites, +conviennent qu'il n'existe point d'ouvrage complet sur cette matière +tout-à-fait géométrique. Il est donc à désirer qu'elle devienne +l'objet d'une étude suivie et celui d'un enseignement qui lui soit +particulièrement destiné. + +La science du mouvement et de l'équilibre, prise dans l'acception la +plus étendue, peut être considérée comme la collection d'autant de +sciences particulières qu'il y a d'objets principaux auxquels elle +peut être appliquée. L'enseignement de la partie de la mécanique qui +est relative à la construction, ne peut donc pas être confondu avec +l'enseignement abstrait et indéterminé de la mécanique en général, et +il faut que l'application en soit confiée à un homme très-versé dans +ces deux genres d'étude. + +Il sera facile aux Élèves de réunir les leçons sur la partie +décorative à celles dont la classe de construction sera spécialement +occupée. Ainsi l'espèce de séparation qu'offre notre tableau à +l'article de l'Architecture, ne peut avoir aucun inconvénient réel, +puisque, dans le fait, les étudians peuvent la regarder comme +n'existant pas, et se conduire en conséquence. + +3º. Deux chaires nous ont paru devoir suffire, vu l'état actuel des +connoissances, pour l'enseignement de l'Agriculture: l'une comprendra +tout ce qui a rapport aux eaux, aux terres, à leurs produits et aux +animaux; l'autre, ce qui est relatif aux bâtimens et aux instrumens +aratoires. + +Ces chaires nous ont semblé devoir être établies dans les Villes, soit +parce que l'Agriculture ne peut faire de grands progrès sans le +secours des autres sciences que l'on y cultive également, soit parce +que les auditeurs que l'on peut espérer d'y avoir, seront plus en état +d'entendre ces sortes de leçons, et d'en profiter. Ces auditeurs +seront principalement des propriétaires aisés et instruits, dont le +nombre va augmenter par le nouvel ordre de choses, et ceux qui se +destinent aux fonctions curiales, qui, par la nature de leur +ministère, peuvent mieux que tous autres propager des vérités +agricoles. + +Deux chaires d'économie rurale et domestique pourroient d'abord être +établies au jardin des plantes. Une partie de ce jardin seroit +destinée à la formation d'une École de botanique économique, en +même-temps qu'un terrain, situé près de Paris et qui dépendroit du +jardin des plantes, serviroit aux travaux combinés des classes de +botanique et d'agriculture. Le Professeur feroit connoître les divers +produits qu'on retire des végétaux que le laboureur cultive. Il auroit +à sa disposition un local où seroient élevés des animaux domestiques; +et les instrumens agraires seroient confiés à sa garde. + +Il paroîtroit prudent de fonder d'abord ces deux chaires à Paris, et +l'on jugeroit par leur succès s'il seroit convenable d'en établir de +pareilles dans les principales villes du Royaume. Le Département de la +Corse, dont le sol varié offre la réunion de tous les sites et de tous +les climats, pourra former divers jardins d'essai pour la culture des +végétaux qu'il seroit utile d'acclimater en France. + +4º. La huitième classe de la section des sciences réunira les objets +dont la Société de Médecine et l'Académie de Chirurgie ont fait +jusqu'ici leur principale étude. Dorénavant ces deux établissemens +n'en formeront qu'un. La classe qui résultera de leur réunion, aura +besoin d'un hôpital où se feront les observations, et qui sera +desservi, pour le traitement des malades, par les membres mêmes de la +classe dont il s'agit. Les nouvelles méthodes y seront tentées avec +toute la prudence nécessaire; et les résultats des expériences qui +auront été faites, seront toujours mis sous les yeux du public. + +Les trois chaires que nous avons annexées à la classe de Médecine, +diffèrent de celles qui font partie des Collèges. Deux de ces chaires +sont relatives aux soins que demandent les hommes atteints d'épidémie +et les animaux attaqués d'épizootie. + +Le but de la troisième chaire est d'instruire dans l'art de secourir +les hommes dont la vie est menacée par quelque danger pressant et +imprévu. Telles sont les personnes noyées et asphyxiées, celles dont +les membres sont gelés, celles qu'un animal enragé a mordues, etc., +etc. A cet article se rapporteront les nombreux objets de salubrité +publique, qui, considérés d'une manière expérimentale, doivent tous +faire partie de cet enseignement. Nous proposons encore que ce +Professeur soit chargé de faire chaque année un cours sur les maladies +des artisans, comme celles auxquelles sont sujets les doreurs, +chapeliers, peintres, mineurs, etc. + +Ce que la classe de Médecine fera encore de très-utile sera de +correspondre avec les Directoires sur tout ce qui concerne la santé du +peuple, de recueillir l'histoire médicale des années et celle des +maladies populaires, de faire connoître leur origine, leur +accroissement, leur communication, leur nature, leurs changemens, leur +fin, leur retour et la manière dont elles se succèdent. Ces annales +seront un des plus beaux et des plus utiles ouvrages qu'aient exécuté +les hommes. + +5º. Que la médecine et la chirurgie des animaux doivent être réunies à +la médecine humaine, c'est une proposition qui n'a besoin que d'être +énoncée pour qu'on en reconnoisse la vérité. Les grands principes de +l'art de guérir ne changent point; leur application seule varie. Il +faut donc qu'il n'y ait qu'un genre d'école, et qu'après y avoir +établi les bases de la science, on cherche, par des travaux divers à +en perfectionner toutes les parties. Ainsi, la classe de médecine +s'occupera aussi du progrès de l'art vétérinaire, et les établissemens +qui auront cet avancement pour objet, seront dirigés de manière qu'il +lui soit facile de multiplier les essais qui tendront à ce but +désirable. + +6º. La Botanique a été jusqu'ici en France la seule partie de +l'histoire naturelle pour laquelle on ait fondé des chaires et ordonné +des voyages. La connoissance des animaux est cependant plus près de +nous que celle des plantes. Les chaires que nous proposons d'annexer à +la classe de Zoologie et d'Anatomie, sont d'une création tout-à-fait +nouvelle. Nulle part on n'a encore démontré méthodiquement la +structure tant extérieure qu'intérieure des nombreux individus qui +composent le règne animal. Ces leçons ne seroient pas seulement +curieuses; les produits d'un grand nombre d'animaux servent à la +médecine et aux arts. Plusieurs sont venimeux, et les parties qui +préparent ou qui communiquent le poison, sont importantes à connoître. +Enfin, la comparaison des organes doit fournir des résultats nouveaux, +des découvertes dont la physique animale saura faire son profit. + +7º. Ce ne seront pas seulement les chaires nouvelles qui rendront +l'Institut recommandable, ce seront encore celles qui, sans avoir +tout-à-fait le mérite de la nouveauté, par des mesures bien +concertées, deviendront infiniment plus utiles qu'elles ne l'étoient +auparavant. Jusqu'à ce jour, nulle surveillance réelle n'a répondu de +l'exactitude des professeurs: dans notre plan, chaque classe +sera chargée du choix, et de l'inspection des maîtres qui lui +appartiendront; et lorsque plusieurs enseigneront la même partie +comme les mathématiques, par exemple, ils se concerteront tellement +entre eux, qu'en alternant, l'un commence lorsque l'autre finira. +Ainsi les élèves trouveront chaque année un cours ouvert, et ils ne +seront jamais retardés dans leurs études. + +En réunissant ces chaires éparses à un point central, en y en ajoutant +de nouvelles qui ne laissent sans enseignement aucune partie des +lettres, des sciences et des arts, en faisant ainsi servir l'éducation +publique à l'Institut national dont les leçons fourniront le +complément, on fera tout ce qu'il est possible de faire pour le +développement de l'esprit et le progrès des connoissances, et l'on +rendra inébranlables les bases sur lesquelles se fonde et se perpétue +la liberté publique. + +Nous ajouterons que les dépenses nécessaires pour mouvoir cette +immense machine, surpasseront à peine celles que le gouvernement a +destinées jusqu'ici à l'entretien des divers établissemens auxquelles +l'Institut doit réunir tant de créations nouvelles. + +Des tableaux joints à ce rapport présentent la suite de nos idées sur +l'enchaînement des connoissances humaines et sur les attributions que +nous croyons devoir être faites aux sections et aux classes de +l'Institut. + + * * * * * + +VOICI l'ordre des tableaux annexés à ce rapport. + +1º. Programme des sciences philosophiques, des belles-lettres et des +beaux-arts. + +2º. Programme des sciences mathématiques et physiques et des arts. + +3º. Section première de l'Institut national, comprenant les sciences +philosophiques, les belles-lettres et les beaux-arts, divisée en dix +classes. On y trouve le développement de tout ce qui est relatif aux +six premières classes qui doivent tenir des séances communes. + +4º. Tableau de la septième classe de la section première, comprenant +la peinture et la sculpture. + +5º. Tableau de la huitième classe de la section première, comprenant +l'architecture décorative. + +6º. Section seconde de l'Institut national, comprenant les sciences +mathématiques et physiques et les arts mécaniques, divisée en dix +classes. On y trouve le développement de tout ce qui est relatif aux +six premières classes qui doivent tenir des séances communes. + +7º. Tableau de la septième classe de la section seconde, comprenant +l'agriculture. + +8º. Tableau de la huitième classe de la section seconde, comprenant la +médecine, la chirurgie et la pharmacie. + +9º. Tableau de la neuvième classe de la section seconde, comprenant +l'architecture sous le rapport de la construction. + + _Nota._ Nous n'avons point présenté le tableau de plusieurs + classes nouvelles, parce que ces classes n'étant que des + dépendances de quelques-unes des sections de l'Institut, elles + ne pourront être organisées qu'après qu'on aura pris + connoissance des plans qui seront fournis par ces sections. + C'est ainsi que la classe des arts ne sera formée qu'après + avoir consulté la seconde section de l'Institut. + + + + +MOYENS D'INSTRUCTION. + + +NOUS venons de parcourir les divers objets qui composeront +l'Instruction publique: et déjà l'on a dû voir qu'ils ne peuvent tous +être placés, sur la même ligne; que plusieurs tiennent aux premières +lois de la nature, applicables à toute société qui marche vers sa +perfection; que d'autres sont une conséquence immédiate de la +Constitution que la France vient de se donner; que d'autres enfin sont +relatifs à l'état actuel, mais variable, des progrès et des besoins de +l'esprit humain; d'où il résulte qu'ils ne doivent pas être +indistinctement énoncés dans vos Décrets avec ce caractère +d'immutabilité qui n'appartient qu'à un petit nombre. + +Dans cette distribution d'objets on retrouve l'empreinte d'une +Institution vraiment nationale, soit parce qu'ils seront déterminés et +coordonnés conformément au voeu de la Nation, soit sur-tout parce +qu'il n'en est aucun qui ne tende directement au véritable but d'une +Nation libre, le bien commun né du perfectionnement accéléré de tous +les individus; mais c'est particulièrement dans les moyens qui vont +être mis en activité, que ce caractère national doit plus fortement +s'exprimer. + +A la tête de ces moyens doivent incontestablement être placés _les +Ministres de l'instruction_. Nous nous garderons de chercher à les +venger ici de ce dédain superbe et protecteur dont ils furent si +long-temps outragés: une semblable réparation seroit elle-même un +outrage; et certes il faudroit que l'esprit public fût étrangement +resté en arrière, si nous étions encore réduits à une telle nécessité. +Sans doute, ceux qui dévouent à-la-fois et leur temps et leurs +facultés au difficile emploi de former des hommes utiles, des citoyens +vertueux, ont des droits au respect et à la reconnoissance de la +Nation; mais, pour qu'ils soient ce qu'ils doivent être, il faut +qu'ils parviennent à ces fonctions par un choix libre et sévère. Il +convient donc qu'ils soient nommés par ceux-là même à qui le peuple a +remis la surveillance de ses intérêts domestiques les plus chers, et +que leurs relations journalières mettent plus à portée de connoître et +d'apprécier les hommes dans leurs moeurs et dans leurs talens. Il faut +que ce choix ne puisse jamais s'égarer: il importe donc qu'il soit +dirigé d'avance par des règles qui, en circonscrivant le champ de +l'éligibilité, rendront l'élection toujours bonne, toujours +rassurante, et presque inévitablement la meilleure. Il faut, pour +qu'ils se montrent toujours dignes de leurs places, qu'ils soient +retenus par le danger de la perdre; il importe donc qu'elle ne soit +pas déclarée inamovible. Mais il faut aussi, pour qu'ils s'y disposent +courageusement par d'utiles travaux, qu'ils aient le droit de la +regarder comme telle: il est donc nécessaire que leur déplacement soit +soumis à des formalités qui ne soient jamais redoutables pour le +mérite. Enfin, il faut que la considération, l'aisance et un repos +honorable soient le prix et le terme de tels services: il est donc +indispensable que la Nation leur prépare, leur assure ces avantages, +dont la perspective doit les soutenir et les encourager dans cette +noble, mais pénible carrière. + +L'institution des Maîtres de l'enseignement, réglée suivant ces +principes, offre la plus forte probabilité qu'il s'en suivra une +multitude de bons choix; et cette probabilité ira de jour en jour en +croissant: car, si les instituteurs sont destinés à propager +l'instruction, il est clair que l'instruction, à son tour, doit créer +et multiplier les bons instituteurs. + +Ce premier objet se trouveroit incomplet, si vous ne le réunissiez, +dans votre surveillance, à ce qui concerne les ouvrages que le temps +nous a transmis, et qu'on doit aussi regarder comme les Instituteurs +du genre humain. Comment, pour le bien de l'instruction, rendre plus +facilement et plus utilement communicatives toutes les richesses +qu'ils renferment? Cette question appartient essentiellement à notre +sujet; et, sous ce point de vue, l'organisation des _bibliothèques_ +nous a paru devoir être placée dans l'ordre de notre travail, à côté +des Maîtres de l'enseignement. + +Vous venez de recouvrer ces vastes dépôts des connoissances humaines. +Cette multitude de livres perdus dans tant de monastères, mais, nous +devons le dire, si savamment employés dans quelques-uns, ne sera point +entre vos mains une conquête stérile; pour cela, non-seulement vous +faciliterez l'accès des bons ouvrages, non-seulement vous abrégerez +les recherches à ceux pour qui le temps est le seul patrimoine, mais +vous hâterez aussi l'anéantissement si désirable de cette fausse et +funeste opulence sous laquelle finiroit par succomber l'esprit humain. +Une foule d'ouvrages, intéressans lorsqu'ils parurent, ne doivent être +regardés maintenant que comme les efforts, les tatonnemens de l'esprit +de l'homme se débattant dans la recherche de la solution d'un +problème: par une dernière combinaison, le problème se résout; la +solution seule reste; et dès-lors toutes les fausses combinaisons +antérieures doivent disparoître: ce sont les ratures nombreuses d'un +ouvrage, qui ne doivent plus importuner les yeux quand l'ouvrage est +fini. + +Donc chaque découverte, chaque vérité reconnue, chaque méthode +nouvelle devroit naturellement réduire le nombre des livres. + +C'est pour remplir cette vue, et aussi pour rendre utilement +accessibles les bons ouvrages à ceux qui veulent s'instruire, que +doivent être ordonnés la distribution des bibliothèques, leur +correspondance et les travaux analytiques de ceux par qui elles seront +dirigées. + +Ainsi chacun des quatre-vingt-trois Départemens possédera dans son +sein une bibliothèque. Chacun d'eux, héritier naturel des +bibliothèques monastiques, trouvera, dans la collection de ces livres, +un premier fonds qu'il épurera, et qui s'enrichira chaque année tant +par ses pertes que par ses acquisitions. Une distribution nouvelle +rendra ces richesses utilement disponibles. + +Paris offrira sur-tout le modèle d'une organisation complette. + +Les plus savans bibliographes ont pensé que l'immense collection des +livres que renferme Paris, pourroit être, pour le plus grand avantage +de ceux qui cultivent l'étude, divisé en cinq classes; que chaque +classe formeroit une bibliothèque, et que leur réunion fictive +composeroit la bibliothèque nationale; que chacune de ces sections, +sans manquer toutefois des livres élémentaires, des livres principaux, +sur toutes les sciences qui doivent se trouver par tout, seroit +spécialement affectée à une science, à une faculté en particulier; que +par-là le service de la bibliothèque nationale deviendroit plus +prompt, plus commode; que chacun, des préposés aux cinq sections, +particulièrement attaché à une partie, le connoîtroit mieux, seroit +plus en état de la classer, de la perfectionner, de l'analyser, de +l'enrichir de tout ce qui lui manque, et sur-tout de diriger dans +leurs études tous ceux qui auroient à faire des recherches +particulières dans la faculté dominante de sa section. Ainsi, +bibliothèque mieux fournie, bibliothécaire plus instruit, par conséquent +secours plus nombreux et plus expéditifs. + +Mais on a pensé en même temps que cette distribution ne devoit se +faire que sur les livres que nous fournissent les Communautés du +Département de Paris; que la bibliothèque du Roi, regardée de tout +temps comme nationale, étant déjà toute formée, toute organisée, +devoit rester ce qu'elle est, et ne pas disperser ses richesses dans +les diverses sections de la nouvelle bibliothèque; que même il étoit +naturel qu'elle acquît ce qui lui manque dans les bibliothèques +ecclésiastiques supprimées, ainsi que la bibliothèque de la +Municipalité de Paris, qui, enrichie et complettée par ce moyen, +pourroit servir de bibliothèque de Département. + +La bibliothèque du Roi est le premier des dépôts. Il faut chercher à +le perfectionner; il seroit déraisonnable de le dénaturer et de le +détruire. + +Quant aux bibliothèques des Départemens, chacune d'elles sera divisée, +mais dans le même local, en cinq classes, pour correspondre plus +facilement aux sections de la bibliothèque nationale existante à +Paris. + +Cette correspondance fournira les premiers matériaux à un journal d'un +genre nouveau que vous devez encourager. Cet ouvrage, qui ne devra +point être assujetti à une périodicité funeste à toutes les +productions, aura un but philosophique et très-moral: destiné d'abord +à faire connoître le nombre, la nature des livres ou manuscrits de +chaque Département, à perfectionner leurs classifications, leurs +sous-divisions, et à fixer les recherches inquiètes des savans, il +offrira bientôt des notices analytiques sur tout ce que le temps +commande d'abréger, des choix heureux, des simplifications savantes +qui réduiront insensiblement à un petit nombre de volumes nécessaires +ce que les travaux de chaque siècle ont produit de plus intéressant; +il disposera les matériaux de ce qui est incomplet, préparera les +méthodes, apprendra ce qui est fait, ce qu'on ne doit plus chercher, +nous dira combien chaque vérité, chaque découverte rend inutiles +d'ouvrages, de portions d'ouvrages, et sur-tout hâtera leur +anéantissement réel, d'abord en réduisant au plus petit nombre +possible, c'est-à-dire, si l'on peut parler ainsi, à des individus +uniques, cette foule d'ouvrages superflus, multipliés avec tant de +profusion, et en livrant ensuite à la bienfaisante rigueur du temps le +soin de détruire absolument l'espèce entière condamnée à ne plus se +reproduire. + +Peut-être même un tel journal pressera-t-il l'opinion publique au +point qu'on regardera, non comme courageux, mais comme simple et +raisonnable, de détruire tout à fait, d'époques en époques, une +prodigieuse quantité d'ouvrages qui n'offriront plus rien, même à la +curiosité, et qu'il seroit puéril de vouloir encore conserver. + +L'esprit se soulage par l'espoir que cette multitude immense de +productions tant de fois répétées par l'art, et qui n'auroit jamais dû +exister, du moins n'existera pas toujours; qu'enfin les livres qui ont +fait tant de bien aux hommes, ne sont pas destinés à leur faire un +jour la guerre et au physique et au moral. Or, c'est évidement du sein +des bibliothèques que doit sortir le moyen d'en accélérer la +destruction. + +Avant de terminer cet article, vous désirez sans doute savoir par +approximation à quoi s'élève sur cet objet la nouvelle richesse +nationale. + +Les relevés faits sur les inventaires des établissemens +ecclésiastiques et religieux, au nombre de _quatre mille cinq +cents_ maisons ou à-peu-près, annoncent _quatre millions cent +quatre-vingt-quatorze mille quatre cent-douze_ volumes, dont près de +_vingt-six mille_ manuscrits. Sur ce nombre, la ville de Paris fournit +_huit cent huit mille cent-vingt_ volumes. On a remarqué qu'environ un +cinquième étoit dépareillé, ou de nulle valeur. On évalue donc en +général le nombre des volumes qui forme des ouvrages complets à _trois +millions deux cent mille_, sur lesquels environ _six cent quarante +mille_ à Paris. Il est vrai aussi que certains livres y sont répétés +trois, six, et neuf mille fois, et qu'il n'y a qu'environ _cent mille_ +articles différens. Enfin, dans ce nombre de _trois millions deux cent +mille_ se trouvent à-peu-près _deux millions_ de volumes de théologie. + +Les deux premiers moyens d'instruction que nous venons de parcourir, +se fortifieront de ceux qui doivent naître des _encouragemens_, des +_récompenses_, et sur-tout des _méthodes_ nouvelles. + +Les _encouragemens_ connus sous le nom de _bourses_ offrent quelques +points de discussion. Tout ce qui les concerne se trouve renfermé dans +les questions suivantes, qu'il est indispensable de résoudre. + +Quel doit être l'emploi des nombreuses fondations de ce genre qui +existent particulièrement à Paris? + +Au profit de qui et par qui doivent-elles être employées? + +Faut-il en établir, et à l'aide de quels moyens, dans les lieux où il +n'en existe pas? + +Enfin quelles règles à observer dans leur distribution? + +Les principes sur les fondations sont connus. Ce qui a été donné pour +un établissement public, a été remis à la Nation qui en est devenue la +vraie dispensatrice, la vraie propriétaire, sous la condition +d'accorder en tout temps l'intention du donateur avec l'utilité +générale. L'Assemblée Nationale peut donc, en se soumettant à ce +principe, disposer du domaine de l'instruction, comme aussi des fonds +de la charité publique. Mais, dans un objet de cette importance, il ne +faut point d'opération hazardeuse. L'espoir du mieux ne permet de rien +compromettre: on doit uniquement s'occuper ici de conserver et +d'appliquer. Il faut donc garder soigneusement à l'instruction tout ce +qui lui fut primitivement consacré; car c'est au moment où elle +s'aggrandit que les secours lui deviennent plus nécessaires. Il faut +que les bourses existantes à Paris soient appliquées à Paris, +non-seulement parce que c'est le voeu des fondateurs, mais parce que +les fonds sur lesquels sont établies ces bourses, existent presque +tous dans la ville même de Paris, et parce que c'est aussi le seul +moyen d'en faire jouir complettement et plus utilement, même tous les +Départemens du Royaume. + +Cette dernière raison résout la seconde question sur les bourses. + +Au profit de qui et par qui doivent-elles être accordées? + +La plupart ont été fondées pour des provinces qui n'existent plus, +pour des classes privilégiées qui n'existent pas davantage. Cette +intention littérale ne peut donc être remplie. Mais elles l'ont été +toutes pour l'encouragement du talent, pour le soulagement de +l'infortune, et, en dernier résultat, pour le plus grand bien public. +Or cette intention, la seule qui doit survivre à tout, sera +parfaitement acquittée, lorsqu'il aura été décidé qu'elles seront +réparties proportionnellement entre tous les Départemens, et que +chacun d'entre eux aura le droit de nommer et d'envoyer à Paris, pour +jouir de ce bienfait, le nombre de sujets qui lui seront désignés par +ce partage. + +Mais doit-on, et par quels moyens établir ce genre d'encouragement +dans les lieux où il n'existe pas? + +Il est clair que les moyens gratuits d'instruction ne doivent pas +être concentrés exclusivement dans la Capitale; que la justice et +toutes les convenances demandent que, dans chaque Département, +l'instruction soit aussi complette qu'elle peut l'être. Cependant, +comment y faire parcourir tous les degrés d'instruction à ceux que +leur détresse met dans l'impossibilité d'en acquitter les frais, +tandis que leurs dispositions les y appellent? Au moment de la +révision de notre code constitutionnel, vous avez fortement exprimé +votre voeu à cet égard: vous avez pensé qu'il étoit du devoir de +l'Assemblée d'acquitter cette dette de la Nation. Nous vous +proposerons donc d'établir, de fixer dans chaque Département un +certain nombre de bourses qui seront acquittées et appliquées là, et +dont la distribution, dans les différentes Écoles, sera confiée aux +diverses Administrations. Ce moyen ne tardera pas à s'étendre, à +s'aggrandir: il se fortifiera sur-tout, nous n'en doutons point, par +de nombreuses souscriptions volontaires; ces mouvemens spontanés des +peuples libres qui, associant l'homme à tout ce qui s'élève d'utile +autour de lui, vont le porter vers cette multitude d'établissemens +nouveaux où tous les voeux d'une bienfaisance éclairée trouveront à se +satisfaire. + +Quant aux règles de la distribution, elles sont simples. Chaque +Administration municipale, surveillant les écoles de son +arrondissement, puisera dans chacune d'elles, par une communication +fréquente, des notions précises sur les titres effectifs de tous ceux +qui aspireront à ce bienfait. Ces notions seront transmises par les +Municipalités aux Districts, par les Districts aux Départemens qui, +les réunissant toutes et combinant ensemble les dispositions, la +conduite et les moyens de fortune, pourront discerner ceux qui +mériteront la préférence, ou, dans le cas presque chimérique d'un +doute absolu, ordonneront une dernière épreuve entre les concurrens. +Cette méthode que l'expérience perfectionnera, nous a paru préférable +à un _concours_ qui seroit toujours et exclusivement décisif, à cette +épreuve incertaine où la timidité a fait souvent échouer des talens +véritables, où la médiocrité hardie a obtenu tant d'avantages. Ce +dernier moyen qui appelle toute l'attention des juges sur un seul +instant, sur un seul ouvrage, peut être conservé dans la carrière des +arts et pour la solution des grands problèmes des sciences; car ici +tout le talent que l'on veut récompenser peut se montrer dans une +seule composition. Mais, lorsqu'il est moins question de talent que de +dispositions, lorsqu'on à moins à récompenser ce qui est fait, qu'à +encourager ce qui peut se faire, lorsque les dispositions sont encore +vagues et n'ont pu se fixer sur un seul objet, il est parfaitement +raisonnable de ne pas s'arrêter à un moment, à une production qui peut +n'être qu'un heureux hazard, et il faut alors se déterminer sur les +indications de toute une année, qui rarement seront trompeuses. + +Si la Société doit ce genre d'encouragement aux simples espérances que +donnent des dispositions marquées, elle semble devoir davantage à ce +que le talent produit de réel et d'utile, à tous les succès par +lesquels il se distingue. C'est dans le trésor de l'opinion que +résident sur-tout les moyens précieux d'acquitter cette dette.--On +sait ce que dans tous les temps les récompenses, connues sous le nom +de _prix_, ont produit chez les peuples libres: quelle ne sera pas +leur puissance chez une Nation vive, enthousiaste, avide de toutes les +sortes de gloire? + +Ils seront offerts à tous les âges: tous doivent les ambitionner. Le +premier âge, parce qu'il est plus sensible à la louange, +qu'heureusement, elle l'étonne, et qu'elle ne corrompt pas encore ses +actions; l'âge de la raison, parce qu'il sent plus profondément les +outrages de l'envie, et qu'il a besoin de trouver hors de lui et dans +un témoignage irrécusable, un réparateur des injustices individuelles. + +Long-temps le mot de _prix_ et toutes les idées qu'il réveille, ont +été relégués dans le dictionnaire de l'enfance, et ont paru y prendre +une sorte de caractère de puérilité; ce préjugé achevera de se +dissiper à votre voix. C'est elle, c'est la voix de la Nation qui, +invoquant et fixant l'opinion, provoquera les efforts, se servira de +l'amour-propre et de l'imagination de l'homme pour le conduire à la +véritable gloire par les routes du bien public, tantôt désignant le +but aux recherches du talent, tantôt le livrant à lui-même et se +confiant à sa marche, toujours montrant la récompense inséparable du +succès. Depuis l'Élève des Écoles Primaires jusqu'au Philosophe +destiné à aggrandir le domaine de la raison, quiconque, dans les +productions recommandées à son talent, aura dépassé ses rivaux, aura +atteint le but, aura osé quelquefois le franchir, recevra, dans un +témoignage éclatant, la juste récompense de ses efforts. + +Il faut que tout ce qui est mieux, que tout ce qui est plus utile, +soit désormais à l'abri de l'indifférence et de l'oubli; mais cette +première récompense du talent doit être simple, pure, modeste comme +lui: _une branche_, _une inscription_, _une médaille_, tout ce qui +annonce qu'on n'a pas cru le payer, tout ce qui, respectant sa +délicatesse dans le choix même du prix, semble laisser à l'estime et à +la confiance individuelle le droit et le devoir d'acquitter chaque +jour davantage la dette de la Nation. Voilà ce qu'il convient d'offrir +d'abord au talent. + +C'est sur ce principe que doivent être distribués les prix dans toutes +les parties du Royaume. Chaque lieu choisira le moment le plus +solemnel pour honorer le triomphe du talent. Ce jour sera par-tout un +jour de fête, et tous ceux que le choix du peuple aura revêtus d'une +fonction, devront y assister comme étant les organes les plus +immédiats de la reconnoissance publique. + +On ne peut parcourir les _moyens_ d'instruction, sans s'arrêter +particulièrement _aux méthodes_, ces véritables instrumens des +sciences qui sont pour les Instituteurs eux-mêmes, ce que ceux-ci sont +pour les Élèves. C'est à elles en effet à les conduire dans les +véritables routes, à applanir pour eux, à abréger le chemin difficile +de l'instruction. Non-seulement elles sont nécessaires aux esprits +communs; le génie le plus créateur lui-même en reçoit d'incalculables +secours, et leur a dû souvent ses plus hautes conceptions: car elles +l'aident à franchir tous les intervalles; et en le conduisant +rapidement aux limites de ce qui est connu, elles lui laissent toute +sa force pour s'élancer au-delà. Enfin pour apprécier d'un mot les +méthodes, il suffira de dire que la science la plus hardie, la plus +vaste dans ses applications, l'_algèbre_ n'est elle-même qu'une +méthode inventée par le génie, pour économiser le temps et les forces +de l'esprit humain. Il est donc essentiel de présenter quelques vues +sur ce grand moyen d'instruction. Sans doute que l'infatigable +activité des esprits supérieurs, encouragée et fortement secondée par +la libre circulation des idées, se portera d'elle-même vers cet objet +où tant de découvertes sont encore à faire; mais il faut, autant qu'il +est en nous, épargner d'inutiles efforts; il faut nous aider en ce +moment de tout ce que le génie de la Philosophie a pu nous +transmettre, afin de presser et d'assurer la marche de l'esprit +humain. En un mot, nous avons marqué le but de l'instruction; il nous +reste à marquer, à indiquer du moins les principales routes, et à +fermer sans retour celles qui si long-temps n'ont servi qu'à égarer +les hommes. + +Pour ne point se perdre dans cet immense sujet, nos méditations se +sont portées, bien moins sur les sciences en particulier que sur le +principe et la fin de toutes les sciences; car c'est-là sur-tout qu'il +faut appeler en ce moment les efforts du talent et les idées +créatrices de tous les propagateurs de la vérité. + +L'homme est un être raisonnable, ou plus exactement peut-être, il est +destiné à le devenir; il faut lui apprendre à penser: il est un être +social; il faut lui apprendre à communiquer sa pensée: il est un être +moral; il faut lui apprendre à faire le bien. Comment l'aider à +remplir cette triple destinée? Par quels moyens parviendra-t-on à +étendre et perfectionner la raison, à faciliter la communication des +idées, à applanir les difficultés de la morale? De telles recherches +sont dignes de notre époque. Voici quelques apperçus, peut-être +quelques résultats que nous confions à l'attention publique. + +La _raison_, cette partie essentielle de l'homme, qui le distingue de +tout ce qui n'est pas lui, est néanmoins dans une telle dépendance de +son organisation et des impressions qu'il reçoit, qu'elle paroît +presque tenir le dehors son existence en même temps que son +développement. Il faut donc surveiller ces impressions premières, +auxquelles sont comme attachées et la nature et la dignité réelle de +l'homme. + +Et d'abord, qu'il soit prescrit de bannir du nouvel enseignement tout +ce qui jadis n'étoit visiblement propre qu'à corrompre, qu'à enchaîner +cette première faculté; et les superstitions de tout genre dont on +l'effrayoit, et qui exerçoient sur elle et contre elle un si terrible +empire long-temps encore après que la réflexion les avoit dissipées; +et toutes ces nomenclatures stériles qui, n'étant jamais l'expression +d'une idée sentie, étoient à-la-fois une surcharge pour la mémoire, +une entrave pour la raison; et ce mode bizarre d'enseignement où les +connoissances étant classées, étant prisées dans un rapport inverse +avec leur utilité réelle, servoient bien plus à dérouter, à tromper la +raison qu'à l'éclairer; et ces méthodes gothiques qui, convertissant +obstacles jusqu'aux règles destinées à accélérer sa marche, la +faisoient presque toujours rétrograder. Il est temps de briser toutes +ces chaînes: il est temps que l'on rende à la raison son courage, son +activité, sa native énergie, afin que, libre de tant d'obstacles, elle +puisse rapidement et sans détour avancer dans la carrière qui s'ouvre +et s'aggrandit sans cesse pour elle. C'est par vous qu'elle retrouvera +sa liberté; c'est par les méthodes qu'elle en recueillera promptement +les avantages. + +Sans doute qu'il existera toujours des différences entre la raison +d'un homme et celle d'un autre homme: ainsi l'a voulu la nature; mais +la raison de chacun sera tout ce qu'elle peut être: ainsi le veut la +Société. + +Cependant comment tracer des méthodes à la raison? Comment ouvrir une +route commune à tant de raisons diverses? Comment faire parvenir à +chacune de ces raisons la part de richesses intellectuelles à laquelle +chacune peut et doit prétendre. De tels objets réunis échapperoient +peut-être à des méthodes générales. Je veux en ce moment me borner à +ce qui importe le plus à la perfectibilité de l'homme, c'est-à-dire, +aux moyens de donner à la raison de chaque individu toute la _force_ +et toute la _rectitude_ dont elle est susceptible. + +La _force_ de la raison dépend particulièrement de la mesure +d'attention qu'on est en état d'appliquer à l'objet dont on s'occupe; +peut-être même n'est-elle que cela; car c'est par elle que la raison +d'un homme se montre toujours supérieure à celle d'un autre homme. +L'attention est une disposition acquise par laquelle l'âme parvient à +échapper aux écarts de l'imagination, à se soustraire aux importunités +de la mémoire, et enfin à se commander à elle-même pour recueillir à +son gré toutes ses forces. C'est alors que l'intelligence peut +s'élever jusqu'à son plus haut degré d'énergie, que la pensée crée +d'autres pensées, et que des idées fugitives et comme inapperçues se +réunissent et deviennent tout-à-coup productives. Mais l'attention +n'est une marque d'étendue et de supériorité qu'autant que l'esprit +peut, en quelque sorte, la prendre à sa volonté, et la transporter +toute entière d'un objet à un autre. + +Tel est donc le but auquel il faut tendre dans l'instruction destinée +à la jeunesse: il faut, par tout ce qui peut influer sur ses +habitudes, l'accoutumer à maîtriser sa pensée, à retenir ou rappeller +à son gré ce regard si mobile de l'âme; lui montrer dans cet effort +sur soi, dans cette refrénation intérieure, le principe de tous les +genres de succès, la source des plus belles jouissances de l'esprit. +Il faut enfin faire sortir de son intérêt présent, de ses affections +même les plus impétueuses, le désir persévérant de se commander en +quelque sorte pour en devenir plus libre. + +Cet apperçu indiqueroit peut-être la théorie qu'exige cette partie de +l'enseignement; mais le problème reste encore pour nous tout entier à +résoudre. + +_Quelle est l'indication précise et complette des moyens propres à +apprendre à tous les hommes à se rendre maîtres de leur attention?_ + +Un tel problème mérite d'être recommandé à tous ceux qui sont dignes +de concourir à l'avancement de la raison humaine. + +La _rectitude_ de la raison tient à d'autres causes; et néanmoins +l'attention qui est le principe de sa _force_, est un grand +acheminement vers cette rectitude: car la disposition de l'âme qui +permet d'observer long-temps un objet, doit être nécessairement un des +premiers moyens pour apprendre à le bien voir. Mais il faut aider ce +moyen; il faut, par des procédés bien éprouvés, assurer à la raison et +lui conserver cette habitude de voir sans effort ce qui est, et cette +constante direction vers la vérité qui alors devient la passion +dominante et souvent exclusive de l'âme. En nous élevant jusqu'à la +hauteur des méthodes les plus générales, il nous a semblé que, pour +atteindre à ce but, il importoit souverainement d'intéresser en +quelque sorte la conscience des élèves à la recherche de tout ce qui +est vrai: (la vérité est en effet la morale de l'esprit, comme la +justice est la morale du coeur). Il importe non moins vivement +d'intéresser leur curiosité, leur ardente émulation, en les faisant +comme assister à la création des diverses connoissances dont on veut +les enrichir, et en les aidant à partager sur chacune d'elles la +gloire même des inventeurs: car ce qui est du domaine de la raison +universelle ne doit pas être uniquement, offert à la mémoire; c'est à +la raison de chaque individu à s'en emparer: il est mille fois prouvé +qu'on ne sait réellement, qu'on ne voit clairement que ce qu'on +découvre, ce qu'on invente en quelque sorte soi-même. Hors de là, +l'idée qui nous arrive, peut être en nous; mais elle n'est pas à nous; +mais elle ne fait pas partie de nous: c'est une plante étrangère qui +ne peut jamais prendre racine. Que faut-il donc? Recommander par +dessus tout l'usage de l'analyse qui réduit un objet quelconque à ses +véritables élémens, et de la synthèse qui le recompose ensuite avec +eux. Par cette double opération qui recèle peut-être tout le secret de +l'esprit humain, à qui nous devons les plus savantes combinaisons de +la métaphysique, et par là les principes de toutes les sciences, on +parvient à voir tout ce qui est dans un objet, et à ne voir que ce qui +y est: on ne reçoit point, une idée; on l'acquiert: on ne voit jamais +trouble; on voit juste, ou l'on ne voit rien. Que faut-il encore? +L'application fréquente et presque habituelle de la méthode rigide des +mathématiciens, de cette méthode qui, écartant tout ce qui ne sert +qu'à distraire l'esprit, marche droit et rapidement à son but, +s'appuie sur ce qui est parfaitement connu pour arriver sûrement à ce +qui ne l'est pas, ne dédaigne aucun obstacle, ne franchit aucun +intervalle, s'arrête à ce qui ne peut être entendu, consent à ignorer, +jamais à savoir mal; et présente le moyen, si non de découvrir +toujours la vérité d'un principe, du moins d'arriver avec certitude +jusqu'à ses dernières conséquences. Cette méthode est applicable à +plus d'objets qu'on ne pense, et c'est un grand service à rendre à +l'esprit humain que de l'étendre sur tous ceux qui en sont +susceptibles. Ainsi, nouveau problème à résoudre. + +_Comment appliquer l'esprit d'analyse et la méthode rigoureuse des +mathématiciens aux divers objets des connoissances humaines?_ + +C'est encore ici à la Nation à interroger, et c'est au temps à nous +montrer celui qui sera digne d'apporter la réponse à cette question. + +Au don de penser succède rapidement le don de communiquer ce qu'on +pense; ou plutôt l'un est tellement enchaîné à l'autre, qu'on ne peut +les concevoir séparés que par abstraction. De cette vérité rendue +particulièrement sensible de nos jours, il suit que tout ce qui +augmente les produits de la pensée, agit simultanément sur le signe +qui l'accompagne, comme aussi que le signe perfectionné accroît, +enrichit et féconde à son tour la pensée; mais cette conséquence +incontestable et purement intellectuelle ne doit pas nous suffire; et +ici s'offrent à l'esprit d'intéressantes questions à discuter. + +Une singularité frappante de l'état dont nous nous sommes affranchis, +est sans doute que la langue nationale, qui chaque jour étendoit ses +conquêtes au-delà des limites de la France, soit restée au milieu de +nous comme inaccessible à un si grand nombre de ses habitans, et que +le premier lien de communication ait pu paroître pour plusieurs de nos +contrées une barrière insurmontable. Une telle bizarrerie doit, il est +vrai, son existence à diverses causes agissant fortuitement et sans +dessein; mais c'est avec réflexion, c'est avec suite que les effets +en ont été tournés contre les peuples. Les Écoles primaires vont +mettre fin à cette étrange inégalité: la langue de la Constitution et +des lois y sera enseignée à tous; et cette foule de dialectes +corrompus, derniers restes de la féodalité sera contrainte de +disparoître: la force des choses le commande. Pour parvenir à ce but, +à peine est il besoin d'indiquer des méthodes: la meilleure de toutes +pour enseigner une langue dans le premier âge de la raison, doit en +effet se rapprocher de celle qu'un instinct universel a suggérée pour +montrer à l'enfance de tous les pays le premier langage qu'elle +emploie; elle doit n'être qu'une espèce de routine, raisonnée, il est +vrai, et éclairée par degrés, mais nullement précédée des règles de la +grammaire: car ces règles, qui sont des résultats démontrés pour celui +qui sait déjà les langues et qui les a méditées, ne peuvent en aucune +manière être des moyens de les savoir pour celui qui les ignore: elles +sont des conséquences; on ne peut, sans faire violence à la raison, +les lui présenter comme des principes. + +Mais si l'on peut laisser au cours naturel des idées le soin de rendre +universelle parmi nous une langue dont chaque instant rappellera le +besoin, on ne doit pas confier au hazard le moyen de la perfectionner. +La langue françoise, comme toutes les autres, a subi d'innombrables +variations auxquelles le caprice et des rencontres irréfléchies ont eu +bien plus de part que la raison: elle a acquis, elle a perdu, elle a +retrouvé une foule de mots. D'abord stérile et incomplette, elle s'est +chargée successivement d'abstractions, de composés, de dérivés, de +débris poëtiques. Pour bien apprécier les richesses qu'elle possède et +celles qui lui manquent, il faut avant tout se faire une idée juste de +son état actuel; il faut montrer à celui dont on veut éclairer la +raison par le langage, quel a été le sens primitif de chaque mot, +comment il s'est altéré, par quelle succession d'idées on est parvenu +à détacher d'un sujet ses qualités pour en former un mot abstrait qui +ne doit son existence qu'à une hardiesse de l'esprit; il faut +rappeller le figuré à son sens propre, le composé au simple, le dérivé +à son primitif; par-là tout est clair; il règne un accord parfait +entre l'idée et son signe, et chaque mot devient une image pure et +fidèle de la pensée. + +Ici commence le perfectionnement de la langue. Et d'abord la +révolution a valu à notre idiome une multitude de créations qui +subsisteront à jamais, puisqu'elles expriment ou réveillent des idées +d'un intérêt qui ne peut périr; et la langue politique existera enfin +parmi nous; mais, plus les idées sont grandes et fortes, plus il +importe que l'on attache un sens précis et uniforme aux signes +destinés à les transmettre; car de funestes erreurs peuvent naître +d'une simple équivoque. Il est donc digne des bons citoyens, autant +que des bons esprits, de ceux qui s'intéressent à la fois au règne de +la paix et au progrès de la raison, de concourir par leurs efforts à +écarter des mots de la langue françoise, ces significations vagues et +indéterminées, si commodes pour l'ignorance et la mauvaise foi, et qui +semblent receler des armes toutes prêtes pour la malveillance et +l'injustice. Ce problème très-philosophique et qu'il faut généraliser +le plus possible, demande du temps, une forte analyse et l'appui de +l'opinion publique pour être complettement résolu. Il n'est pas +indigne de l'Assemblée Nationale d'en encourager la solution. + +Un tel problème, auquel la création et le danger accidentel de +quelques mots nous ont naturellement conduits, s'est lié dans notre +esprit à une autre vue. Si la langue françoise a conquis de nouveaux +signes, et s'il importe que le sens en soit bien déterminé, il faut +en même-temps qu'elle se délivre de cette surcharge de mots qui +l'appauvrissoient et souvent la dégradoient. La vraie richesse d'une +langue consiste à pouvoir exprimer tout avec force, avec clarté, mais +avec peu de signes. Il faut donc que les anciennes formes +obséquieuses, ces précautions timides de la foiblesse, ces souplesses +d'un langage détourné qui sembloit craindre que la vérité ne se +montrât toute entière, tout ce luxe imposteur et servile qui accusoit +noire misère, se perde dans un langage simple, fier et rapide; car là +où la pensée est libre, la langue doit devenir prompte et franche, et +la pudeur seule a le droit d'y conserver ses voiles. + +Qu'on ne nous accuse pas toutefois de vouloir ici calomnier une langue +qui, dans son état actuel, s'est immortalisée par des chefs-d'oeuvres. +Sans doute que par-tout les hommes de génie ont subjugué les idiomes +les plus rebelles, ou plutôt par-tout ils ont su se créer un idiome à +part; mais il a fallu tout le courage, toute l'audace de leur talent, +et la langue usuelle n'en a pas moins conservé parmi nous l'empreinte +de notre foiblesse et de nos préjugés. Il est juste, il est +constitutionnel que ce ne soit plus désormais le privilège de quelques +hommes extraordinaires de la parler dignement; que la raison la plus +commune ait aussi le droit et la facilité de s'énoncer avec noblesse; +que la langue françoise s'épure à tel point, qu'on ne puisse plus +désormais prétendre à l'éloquence sans idées, comme il ne sera plus +permis d'aspirer à une place sans talens; qu'en un mot, elle reçoive +pour tous un nouveau caractère et se retrempe en quelque sorte dans la +liberté et dans l'égalité. C'est vers ce but non moins philosophique +que national que doit se porter une partie des travaux des nouveaux +Instituteurs. + +Un Ministre immortel dans les annales du despotisme ne jugea pas +indifférent à sa gloire, et sur-tout à ses vues, de réserver une +partie de ses soins au progrès et à ce qu'il nommoit le +perfectionnement de la langue françoise: en cela il voyoit +profondément et juste. L'Assemblée Nationale, qui certes connoît et +connoît bien autrement la puissance de la parole, qui sait combien les +signes ont d'empire, ou plutôt d'action sur les idées et par elles sur +les habitudes qu'elle veut faire naître ou affermir, et qui désire que +la raison publique trouve sans cesse dans la langue nationale un +instrument vigoureux qui la seconde et ne la contrarie jamais, sentira +sans doute aussi, mais dans des vues bien différentes, combien un tel +objet importe à l'intérêt et à la gloire de la Nation. Ainsi: + +_Notre langue a perdu un grand nombre de mots énergiques qu'un goût, +plutôt foible que délicat, a proscrits; il faut les lui rendre: les +langues anciennes et quelques-unes d'entre les modernes sont riches +d'expressions fortes, de tournures hardies qui conviennent +parfaitement à nos nouvelles moeurs; il faut s'en emparer; la langue +françoise est embarrassée de mots louches et synonymiques, de +constructions timides et traînantes, de locutions oiseuses et +serviles; il faut l'en affranchir._ Voilà le problème complet à +résoudre. + +Si la langue nationale est le premier des moyens de communication +qu'il importe de cultiver, l'enseignement simultané des autres +langues, de celles sur-tout qui nous ont transmis des modèles +immortels, est un moyen auxiliaire et puissant qu'il seroit coupable +de négliger: car, sans parler des beautés qu'elles nous apportent et +qui expirent dans les traductions, on ne doit pas perdre de vue que, +par leur seul rapprochement, les langues s'éclairent et +s'enrichissent; que, surveillées en quelque sorte l'une par l'autre, +elles s'avertissent de leurs défauts, se prêtent mutuellement des +images; qu'elles fortifient, par leur contraste, par leur opposition +même, les facultés intellectuelles de celui qui les réunit. L'idée +qui nous appartient sous divers signes, est en effet bien plus +profondément en nous, bien plus intimement à nous: c'est une propriété +dont à peine nous soupçonnions d'abord l'existence, et qui reçoit une +nouvelle garantie et comme un nouveau titre de chacun des témoins +nouveaux qui la constatent. + +Cette action mutuelle des langues qui, s'épurant ainsi l'une par +l'autre, concourent par leur influence réciproque à imprimer à la +pensée un nouveau degré de force et clarté, a dû insensiblement élever +l'écrit jusqu'à l'idée d'une langue commune et universelle, qui, née +en partie du débris des autres, trouveroit, soit en elles, soit hors +d'elles, les élémens les plus analogues avec toutes nos sensations, et +par-là deviendroit nécessairement la langue humaine. Il paroît que +cette idée, ou plutôt une idée semblable, a occupé quelque temps un +des plus grands Philosophes du dernier siècle: il sembloit à +_Leibnitz_, que pour hâter les progrès de la raison, on devoit +chercher, non à vaincre successivement, mais à briser à-la-fois tous +les obstacles qui empêchent ou retardent la libre communication des +esprits; que, dans l'impossibilité d'apprendre cette multitude +d'idiomes disparates qui les séparent, il falloit en former ou en +adopter un qui fût en quelque sorte le point central, le rendez-vous +commun de toutes les idées, en un mot, qui devînt pour la pensée ce +que l'algèbre est pour les calculs. Une telle vue a dû étonner par sa +hardiesse, et l'on n'a pas tardé à la ranger dans la classe des +chimères: il faudroit en effet que les nouveaux signes universellement +adoptés, fussent une image tellement sensible de nos idées, qu'attiré +ou ramené vers eux comme par enchantement, le genre humain s'étonnât +d'en avoir, jusqu'à ce jour, adopté d'autres, qu'ils fussent en un mot +presque aussi clairement représentatifs de la pensée, que l'or et +l'argent le sont de la richesse. Or de tels signes sont-ils dans la +nature? Peuvent-ils exister pour toutes les idées? + +Gardons-nous pourtant de fixer trop précipitamment le terme où doivent +s'arrêter sur de semblables questions les recherches de l'esprit +humain: car, si dans toute l'étendue que présente ce problème, on est +en droit de le regarder comme insoluble, il est cependant permis de +penser que les efforts, même impuissans pour les résoudre, ne seraient +pas tout-à-fait perdus, et que chaque pas que l'on feroit dans cette +recherche, dût le terme se reculer sans cesse, chaque découverte, dans +cette région presque idéale, apporteroit quelques richesses à la +langue, quelques moyens nouveaux à la raison. + +Déjà des hommes, inspirés par le génie de l'humanité, ont presque +atteint la solution de ce hardi problème. On les a vus, pour consoler +les êtres affligés que la nature a déshérités d'un sens, inventer de +nos jours et perfectionner rapidement cette langue des signes qui est +l'image vivante de la pensée, dont tous les élémens sensibles à l'oeil +ne laissent appercevoir rien d'arbitraire, par qui les idées même les +plus abstraites deviennent presque visibles, et qui, dans sa +décomposition, simple à la fois et savante, présente la véritable +grammaire, non des mots, mais des idées. Une telle langue rempliroit +toutes les conditions du problème, si par elle, comme par la parole +écrite, on parvenoit à transmettre la pensée à des distances +indéfinies; mais jusqu'à présent, on n'a pu que la parler et non +l'écrire; et ceux qui la possèdent le mieux, sont réduits, pour se +faire entendre de loin, à la traduire en une des langues usuelles. +Jusqu'à ce qu'on ait trouvé le moyen de la transcrire, au lieu de la +traduire, elle restera donc à la vérité une des plus belles, une des +plus utiles inventions des hommes: elle sera peut-être la première des +méthodes pour rendre l'esprit parfaitement analytique, pour le +prémunir contre une multitude d'erreurs qu'il doit à l'imperfection +de nos signes, pour corriger enfin les vices innombrables de nos +grammaires. Sous ces points de vue, elle ne pourra être ni trop +méditée, ni trop fortement encouragée; mais elle ne sera point, encore +une langue universelle. + +Ces réflexions sur les langues, les divers points de vue sous lesquels +nous avons considéré ce sujet fécond, et enfin les problèmes proposés +ou indiqués, nous paroissent devoir remplir l'objet de cet article, +celui de préparer et d'assurer un jour à la raison tous les moyens de +communication qu'elle peut désirer. + +Ce n'est pas assez d'apprendre à penser à l'être raisonnable, +d'apprendre à communiquer sa pensée à l'être social, il faut +particulièrement apprendre à faire le bien à l'être moral. + +Faire le bien, le faire chaque jour mieux par un plus grand nombre de +motifs et avec moins d'efforts, c'est là que tout doit tendre dans une +association quelconque. Hors de là, rien n'est à sa place, rien ne +marche à son but. Ainsi les méthodes pour apprendre à communiquer ce +qu'on pense, ne doivent elles-mêmes être réputées que des moyens +indirects pour atteindre jusqu'à la morale, qui est le dernier +résultat de toute société: car les désordres ne sont, bien souvent, +que des erreurs de la pensée, et souvent aussi les habitudes +vertueuses que le résultat naturel de la communication des esprits. + +Mais ces moyens éloignés réclament l'appui des méthodes particulières +et directes. + +Avant de les présenter, défendons-nous de séparer ici, comme tant de +fois on a osé le faire, la morale publique de la morale privée. Cette +charlatanerie de la corruption est une insulte aux moeurs: quoiqu'il +soit vrai que les rapports changent avec les personnes et les +événemens, il est incontestable que le principe moral reste toujours +le même, sans quoi il n'existeroit point. On peut bien, on doit même +appliquer diversement les règles de la justice; mais il n'y a point +deux manières d'être juste; mais il est absurde de penser qu'il puisse +y avoir deux justices. + +Pour arriver à l'exacte définition de _la morale_, il faut la chercher +dans le rapprochement des idées que le commun des hommes, livrés ou +rendus à eux-mêmes, ont constamment attachées à ce mot. Celle qui +paroît les comprendre toutes, et qu'indique un instinct général autant +que la raison, présente à l'esprit l'art de faire le plus de bien +possible à ceux avec qui l'on est en relation, sans blesser les droits +de personne. Si les relations sont peu étendues, la morale réveille +l'idée des vertus domestiques et privées: elle prend le nom de +patriotisme, lorsque ces relations s'étendent sur la Société entière +dont on fait partie; enfin, elle s'élève jusqu'à l'humanité, à la +philantropie, lorsqu'elles embrassent le genre humain. Dans tous les +cas, elle comprend la justice qui sent, respecte, chérit les droits de +tous; la bonté qui s'unit par un sentiment vrai au bien ou au mal +d'autrui; le courage qui donne la force d'exécuter constamment ce +qu'inspirent la bonté et la justice; enfin ce degré d'instruction qui, +éclairant les premiers mouvemens de l'âme, nous montre à chaque +instant en quoi consistent et ce qu'exigent réellement et la justice, +et la bonté, et le courage. Tels sont les élémens de la morale. De-là +résultent deux vérités: la première, qu'elle est inséparable d'un bien +produit ou à produire, que par conséquent l'effort le plus hardi qui +n'aboutit point là, lui est absolument étranger. Ce n'est point de +l'étonnement, c'est de la reconnoissance qu'elle doit inspirer. La +seconde, qu'elle ne peut se trouver que dans les relations qui nous +unissent à nos semblables: car elle suppose des droits, des devoirs, +des affections réciproques, et particulièrement ce sentiment expensif +qui, nous faisant vivre en autrui, devient par la réflexion le garant +de la justice, comme il est naturellement le principe de la bonté. Il +faut donc ici identité de nature. Sans doute que les rapports de +l'homme avec Dieu, avec soi, et même avec les êtres inférieurs à lui, +ne sont pas étrangers à la morale: mais si la raison y découvre des +motifs souvent très-puissans pour la pratiquer, si, sous ce point de +vue, ils doivent être cultivés, ils doivent être respectés, il est +sensible, à la simple réflexion qu'ils ne peuvent faire eux-mêmes +partie de cette morale science dont il est question. On doit seulement +les considérer comme moyens, tandis que les rapports sociaux sont ici +à la fois et le principe et le but. + +La morale ainsi analysée, ainsi circonscrite, quelles méthodes doit +mettre en usage une grande Société pour en pénétrer fortement les +membres qui la composent? Trois principales s'offrent à l'esprit et +embrassent les moyens d'instruction pour la vie entière: la première +est de faire faire à l'enfance un apprentissage véritable de ce +premier des arts et comme un premier essai des vertus que la Société +lui demandera un jour, en organisant cette petite Société naissante +d'après les principes de la grande organisation sociale; la seconde, +de multiplier sans cesse autour de tous les individus et en raison de +leurs affections, les motifs les plus déterminans pour faire le bien; +la troisième est de frapper d'impressions vertueuses et profondes les +sens, les facultés de l'âme, de telle sorte que la morale, qui +pourroit d'abord ne paroître qu'un produit abstrait de la raison, ou +un résultat vague de la sensibilité, devienne un sentiment, un +bonheur, et par conséquent une forte habitude. + +La gloire d'un individu est de faire des actions utiles lorsqu'elles +demandent du courage. Le devoir de la Société est de les convertir +tellement en habitude, que rarement l'emploi du courage soit +nécessaire: ce principe est incontestable. C'est donc dans l'enfance +qu'il faut jetter les premières semences de la morale, puis qu'il est +si bien reconnu que les impressions qui datent de ce premier âge de la +vie, sont les seules que le temps n'efface jamais. + +Là s'appliqueront sans effort et dans la juste mesure que demandent la +foiblesse et l'inexpérience, les moyens ordinaires d'instruction; mais +un moyen particulier et d'un effet sûr paroît devoir être ajouté +par-tout où les élèves sont constamment réunis sous les yeux de leurs +instituteurs. + +Ce moyen, dont on retrouve quelque traces dans les anciennes +institutions des Perses, ainsi que dans quelques cantons Suisses, +consiste à organiser ces jeunes sociétés, quelque temps avant la fin +de l'éducation, de telle sorte que l'exercice anticipé de toutes les +vertus sociales y soit un besoin universellement senti: car, qui doute +qu'en toute chose et sur-tout en morale, la première de toutes les +leçons ne soit la pratique, et que la pratique ne soit complettement +assurée, quand chaque instant en rappelle la nécessité. + +Toute réunion qui a un but, est une véritable association; et une +association quelconque, déterminée par un intérêt commun, entraîne la +nécessité d'un gouvernement. Cette vérité ne peut être mise en doute. + +Or, dans le gouvernement le plus fractionnaire, le plus subordonné à +la loi et à l'action générale, on retrouve les élémens des divers +pouvoirs qui constituent la grande Société, c'est-à-dire, des volontés +individuelles qui cherchent à se réunir, et des moyens d'exécution qui +demandent à être dirigés; et l'on est porté à combiner ces élémens sur +le modèle qu'on a sous les yeux. + +C'est ainsi que, dans l'ancien état des choses, le régime intérieur +de chaque école sembloit s'être formé sur le régime tyrannique sous +lequel la France étoit opprimée. + +Une foule de réglemens incohérens, éludés par la faveur, changés par +le caprice; des volontés arbitraires prenant sans cesse la place de la +loi; des punitions qui ne tendoient qu'à flétrir l'âme; des +distinctions humiliantes qui insultoient au principe sacré de +l'égalité; une soumission toujours aveugle; enfin nul rapport de +confiance entre les gouvernans et les gouvernés: telles étoient les +maisons d'instruction: telle étoit la France entière. + +Aujourd'hui que le gouvernement représentatif a pris naissance parmi +nous, c'est-à-dire, le gouvernement le plus parfait qu'il soit donné à +l'homme de concevoir, pourroit-on ne pas chercher à en reproduire +l'image dans l'enceinte des sociétés instructives lorsque rien ne s'y +oppose, que la raison le demande, et sur-tout que la morale doit y +trouver infailliblement le moyen de s'étendre et de s'affermir dans +les âmes? Développons cette idée. + +_Toute association_, a dit un philosophe, _dont les membres ne peuvent +pas vaquer tous à toute l'administration commune, est obligée de +choisir entre des représentans et des maîtres, entre le despotisme et +un gouvernement légitime_. Cette idée simple et féconde trouve ici une +application directe. + +Mais une observation se présente tout-à-coup pour suspendre la +rapidité de la conséquence qu'on pourroit en déduire. + +Le principe n'est complettement vrai que lorsque l'association est +formée d'hommes parfaitement égaux, et qui arrivent là avec la +plénitude de leurs droits. + +Or, une maison d'instruction étant composée d'Instituteurs et +d'Élèves, d'hommes dont la volonté et la raison sont formées, et de +jeunes gens en qui l'une et l'autre sont incomplettes, enfin +d'individus revêtus d'une autorité, et d'individus qui doivent s'y +soumettre, il est clair qu'on ne peut presser ici le principe de +l'égalité. + +Et pourtant si la raison, si la nature des choses demandent que celui +qui instruit soit constamment au-dessus de celui qui est instruit; si, +sous ce rapport, son autorité doit même être pleine et indépendante, +et si l'amour-propre le plus rebelle ne peut en être plus irrité que +ne l'est celui d'un enfant lorsqu'il est porté par un homme fort, il +est également vrai que, hors de là et en ce qui concerne sur-tout le +régime des Écoles, cette autorité ne doit pas être également +illimitée, ou plutôt qu'il faut la placer en d'autres mains pour +qu'ici, comme dans le corps social, la séparation des pouvoirs +garantisse de tout despotisme. + +Qu'on ne perde pas de vue que, dans les individus les plus enchaînés +par les institutions sociales, il est une portion de volonté +disponible qui peut être utilement et doit par conséquent être +toujours mise en commun, dès l'instant qu'il se forme entre eux une +association quelconque. + +La volonté des jeunes gens, toute imparfaite qu'elle est, se porte +facilement vers ce qui est vrai et juste, parce qu'elle est libre de +préjugés. + +Or peut-on ne pas sentir qu'il importe aux Élèves et aux Instituteurs +que ces jeunes volontés, transmises en quelque sorte par des élections +souvent renouvellées jusqu'à un petit nombre d'entre eux qui +deviendront les représentans de tous, se réunissent dans l'exercice +des diverses fonctions administratives et judiciaires que réclame le +maintien de toute société. + +C'est alors que les Instituteurs bornés à l'objet qui leur appartient +exclusivement, l'instruction, n'exerçant sur tout le reste qu'une +surveillance directive très-générale, conserveront aisément cette +confiance si nécessaire à leurs travaux, et qu'aucune vengeance +particulière, aucun reproche personnel n'essayera plus d'affoiblir. + +Les Élèves, de leur côté, à la fois libres et soumis, supportant sans +peine un joug dont ils sentiront la nécessité, mais ne supportant que +celui là; à l'abri désormais de ces nombreuses injustices qui les +révoltent, et dont le ressentiment se conserve toute la vie; appellés +par des choix toujours purs à participer à l'administration commune, à +devenir des Juges, des Jurés, des Arbitres, des Censeurs; toujours +comptables envers leurs égaux; chargés tour à tour de prévenir les +délits, de les juger, de les faire punir; de distribuer le blâme et la +louange, d'appaiser les dissentions; jaloux, dans l'exercice de ces +intéressantes fonctions, de mériter l'estime de tous sans chercher à +plaire à personne, apprendront de bonne heure à traiter avec les +hommes et leurs passions, à concilier l'exercice de la justice avec +une indulgence raisonnée, s'exerceront à toutes les vertus domestiques +et publiques, au respect pour la loi, pour les moeurs, pour l'ordre +général, sentiront s'élever leur âme au sein de l'égalité, de la +liberté, et sauront enfin ce qu'on ne peut savoir trop tôt et ce +qu'ils eussent ignoré long-temps, que l'homme, à quelque âge que ce +soit, doit plier sous la loi, sous la nécessité, sous la raison, +jamais sous une volonté particulière. + +N'est-ce pas là le véritable apprentissage de la vie sociale, et par +conséquent le cours de morale le plus complet, le plus efficacement +instructif? Un réglement facile réalisera les bases de cette +Constitution particulière, si parfaitement analogue à la Constitution +générale de l'Empire. + +Il est un second devoir de la Société pour assurer l'empire de la +morale: c'est de rassembler et de fortifier les motifs qui peuvent +porter l'homme à faire le bien dans les divers âges de la vie. + +La Société doit exciter l'homme par _l'intérêt_, en lui montrant dans +le bien qu'il fait aux autres, le garant de celui qu'il recevra de +tous, en lui montrant même que, dans cet échange réciproque, il +recevra bien plus qu'il ne donne. + +Elle doit l'exciter par _l'honneur_, en rattachant à la morale ce +mobile des âmes ardentes que le préjugé en avoit détaché. + +Elle doit l'exciter par la _conscience_, en le rappellant souvent, par +l'organe de ses agens et des instituteurs publics, à ce sens interne +qui, exercé, éclairé de bonne heure, et consulté fréquemment, devient +un inspirateur prompt et sûr, un moniteur incorruptible, et rend +inséparables la vertu et le bonheur, le crime et les remords. + +Elle doit sur-tout l'exciter par la _raison_; car il faut avant tout +et après tout s'adresser à cette première faculté de l'homme, puisque +tous les autres mobiles doivent tôt ou tard subir son jugement et sa +révision: il faut montrer à ceux qui se déterminent par réflexion plus +que par sentiment, par conviction plus que par intérêt, que les +vérités, dans l'ordre moral, sont fondées sur des bases +indestructibles, qu'on ne peut les méconnoître sans renoncer à toute +raison; qu'en un mot, la morale la plus sublime n'est presque jamais +que du bon sens. + +Elle doit enfin exciter l'homme par _l'exemple_: et ce moyen puissant, +c'est à _l'histoire_ qu'elle doit le demander: car l'orgueil de +l'homme se défendra toujours de le devoir à ses contemporains. Quelle +histoire sera digne de remplir cette vue morale? Aucune sans doute de +celles qui existent: ce qui nous reste de celle des anciens nous offre +des fragmens précieux pour la liberté; mais ce ne sont que des +fragmens: ils sont trop désunis, trop loin de nous; aucun intérêt +national ne les anime, et notre long asservissement nous a trop +accoutumés à les ranger parmi les fables. La nôtre, telle qu'elle a +été tracée, n'est presque par-tout qu'un servile hommage décerné à des +abus: c'est l'ouvrage de la foiblesse écrivant sous les yeux, souvent +sous la dictée de la tyrannie; mais cette même histoire, telle +qu'elle devroit être, telle qu'on la conçoit en ce moment, peut +devenir un fonds inépuisable des plus hautes instructions morales. + +Que désormais s'élevant à la dignité qui lui convient, elle devienne +l'histoire des peuples et non plus celle d'un petit nombre de chefs; +qu'inspirée par l'amour des hommes, par un sentiment profond pour +leurs droits, par un saint respect pour leur malheur, elle dénonce +tous les crimes qu'elle raconte; que, loin de se dégrader par la +flatterie, loin de se rendre complice par une vaine crainte, elle +insulte jusqu'à la gloire toutes les fois que la gloire n'est point la +vertu; que par elle une reconnoissance impérissable soit assurée à +ceux qui ont servi l'humanité avec courage, et une honte éternelle à +quiconque n'a usé de sa puissance que pour nuire; que, dans la +multitude de faits qu'elle parcourt, elle se garde de chercher les +droits de l'homme qui certes ne sont point là; mais qu'elle y cherche, +mais qu'elle y découvre les moyens de les défendre que toujours on +peut y trouver; que, pour cela, sacrifiant ce que le temps doit +dévorer, ce qui ne laisse point de trace après soi, tout ce qui est +nul aux yeux de la raison, elle se borne à marquer tous les pas, tous +les efforts vers le bien, vers le perfectionnement social, qui ont +signalé un si petit nombre d'époques, et à faire ressortir les +nombreuses conspirations de tous les genres, dirigées contre +l'humanité avec tant de suite, conçues avec tant de profondeur, et +exécutées avec un succès si révoltant; qu'en un mot, le récit de ce +qui fut, se mêle sans cesse au sentiment énergique de ce qui devoit +être: par là, l'histoire s'abrège et s'aggrandit; elle n'est plus une +compilation stérile; elle devient un système moral; le passé +s'enchaîne à l'avenir, et en apprenant à vivre dans ceux qui ont vécu, +on met à profit pour le bonheur des hommes, jusqu'à la longue +expérience des erreurs et des crimes. + +C'est par tous ces moyens, c'est par tous ces motifs intérieurs que la +morale s'imprimera dans l'homme. Il reste à lui en faire parvenir les +impressions par les moyens extérieurs qui sont au pouvoir de la +Société; et ici se présentent à l'esprit les _spectacles_, les +_fêtes_, les _arts_, etc. etc. + +Un moyen fécond d'instruction sera éternellement attaché à la +_représentation_ des grands événemens, à la peinture énergique des +grandes passions. S'il est vrai que l'influence de l'art qui les +reproduit sur la scène, s'est fait sentir sous le despotisme, s'il a +déposé dans l'âme des François des germes qui, avec le temps, se sont +développés contre le despotisme lui-même, quels effets ne peut-il pas +produire pour la liberté? Cet art qui, chez les Grecs, appelloit la +haine sur les tyrans, qui offroit l'image de la gloire, du bonheur +d'un peuple libre, et celle de l'avilissement et de l'infortune des +peuples esclaves, ne prépare-t-il pas aux François des tableaux dignes +de rallumer et de perfectionner sans cesse leur patriotisme? Sans +doute c'est là le but vers lequel il va diriger toute sa puissance. + +Une vue également morale se manifestera dans les productions d'un +autre genre, ouvrage de ce même art qui change de nom en changeant ses +pinceaux, et qui alors, moins imposant sans être moins utile, trace la +peinture de nos moeurs habituelles dans les conditions privées. +Combien de préjugés nés de la servitude, s'obstinant à exister quand +rien de ce qui les soutenait, ne subsiste; combien dont la crédulité, +moins odieuse qu'amusante, ne peut se résoudre à douter encore de leur +extrême importance; combien enfin qui, terrassés par la loi, mille +fois vaincus par la raison, ont besoin d'être finis par le ridicule, +et de se trouver en quelque sorte témoins de leur propre défaite? +C'est sous ce rapport que la scène françoise deviendra une des +puissances auxiliaires de la révolution; que des talens voués à +l'instruction, mais jusqu'à ce jour plus employés à polir la surface +des moeurs, qu'à en corriger le fonds, serviront et la morale et la +patrie; que la régénération politique, amenant avec elle le +renouvellement des pensées de l'homme, étendra la carrière de celui +des arts qui, par l'illusion, exerce le plus puissant des empires. +Alors la scène françoise se rajeunira, se purifiera; elle se montrera +digne des respects de l'homme le plus sévère, digne de la présence de +tous les états, de tous les Citoyens qui, ayant fui les indiscrétions +de la licence, viendront avec confiance chercher les leçons de la +raison. + +Ainsi la morale arrive à l'homme en s'emparant de son intelligence, de +ses sens, de ses facultés, de toutes les puissances de son être. + +C'est elle qui va bientôt ordonner, qui va animer ces fêtes, que le +peuple espère, qu'il désire, et que d'avance il appelle _fêtes +nationales_. + +Ici l'esprit se porte avec charme vers ces fêtes antiques, où, au +milieu des jeux, des luttes, de toutes les émotions d'une allégresse +universelle, l'amour de la Patrie, cette morale presque unique des +anciens peuples libres, s'exaltoit jusqu'à l'enthousiasme, et se +préparait à des prodiges. + +Vous ne voudrez pas priver la morale d'un tel ressort, vous voudrez +aussi conduire les hommes au bien par la route du plaisir. + +Vous ordonnerez donc des fêtes. + +Mais vos fêtes auront un caractère plus moral: car elles porteront +l'empreinte de cette bienveillance universelle qui embrasse le genre +humain, tandis que le sentiment qui animoit celles des anciens, +confondoit sans cesse l'amour de la cité et la haine pour le reste des +hommes. + +Vos fêtes ne seront point toutes religieuses, non que la religion les +proscrive ou les repousse: elle-même s'est parée de leur pompe; mais, +lorsqu'elle n'en est point l'objet principal, lorsque les impressions +qu'elle porte à l'âme, ne doivent point y dominer, il ne convient pas +qu'elle y paroisse: il est plus religieux de l'en écarter. Parmi les +nouvelles fêtes, son culte réclamera toujours celles de la douleur, +pour y porter ses consolations. Le culte de la liberté vous demande +toutes les fêtes de l'allégresse. + +Elles ne seront point périodiques; j'en excepte pourtant +l'anniversaire du jour où, les armes à la main, la Nation entière a +juré la sainte alliance de la liberté et de l'obéissance à la loi, et +celui du jour mémorable où l'égalité sembla naître tout-à-coup de la +chute de tous les privilèges. Ces fêtes auront un tel caractère de +grandeur, elles réveilleront tant de sentimens à la fois, qu'il n'est +pas à craindre que l'intérêt qu'elles doivent inspirer, s'affoiblisse +par des retours marqués; mais les autres fêtes doivent, dans chaque +lieu, varier avec les événemens: elles doivent donc conserver ce +caractère d'irrégularité qui convient si bien aux mouvemens de l'âme; +il ne faut pas qu'on les prévoie de trop loin, qu'on les pressente +avec trop de certitude; il ne faut pas qu'elles soient trop +commandées; car la joie comme la douleur ne sont plus aux ordres de +personne. + +Elles ne seront pas uniformes: car bientôt la monotonie en auroit +détruit le charme. Elles seront tour à tour nationales, locales, +privées. Vous voudrez que chaque Département rende solemnelle l'époque +où, arrêtant la liste de ses nouveaux citoyens, il montre avec orgueil +à la Patrie ses jeunes défenseurs, ses nouvelles richesses, et vous +verrez avec intérêt chaque famille s'empresser de célébrer encore, par +des fêtes intérieures, et ces mêmes époques publiques, et toutes les +époques particulières de ses événemens domestiques. + +Enfin toutes ces fêtes auront pour objet direct les événemens anciens +ou nouveaux, publics ou privés, les plus chers à un peuple libre; pour +accessoires, tous les symboles qui parlent de la liberté, et +rappellent avec plus de force à cette égalité précieuse, dont l'oubli +a produit tous les maux des Sociétés; et pour moyens, ce que les beaux +arts, la musique, les spectacles, les combats, les prix réservés pour +ces jours brillans, offriront dans chaque lieu de plus propre à rendre +heureux et meilleurs les vieillards, par des souvenirs; les jeunes +gens, par des triomphes; les enfans, par des espérances[1]. + + [1] La longueur ainsi que la sévérité de notre travail + nous interdisent sur ce sujet des détails auxquels il eût été + agréable de se livrer. Ceux qui désireront des développemens + pleins d'intérêt, pourront lire MM. Barthelemi, Paw et + Cabanis. + +Qu'on ne s'étonne pas d'entendre invoquer ici _les arts_ comme appuis +de la morale. Conserver des souvenirs précieux, éterniser des actions +dignes de mémoire, immortaliser les grands exemples, c'est-là sans +doute enseigner la vertu. Qui ignore que l'imagination, qui s'enflamme +à la vue d'un chef-d'oeuvre, confond, dans le même enthousiasme, +l'imitation parfaite qui l'enchante et le trait sublime qui la ravit; +et que c'est particulièrement dans la première jeunesse que cette +alliance des sensations et des idées, cette influence des impressions +physiques sur les affections de l'âme, produit les effets les plus +vifs et les plus durables. + +Les arts n'ont que trop souvent été prostitués aux intérêts de la +tyrannie: elle les employoit à détremper le caractère des peuples, à +leur inspirer les molles affections qui les préparent à recevoir ou à +souffrir la servitude; mais les arts eux-mêmes étoient esclaves +lorsqu'on corrompoint ainsi la noblesse de leur destination: les arts +aussi doivent rompre leurs fers chez un peuple qui devient libre. Il +est vrai que, même sous l'empire des maîtres les plus absolus, on les +a vu créer des chefs-d'oeuvres: mais c'est qu'alors, trompant la +tyrannie, ils savoient se réfugier dans une terre étrangère; ils se +transportoient, ils s'élançoient à Athènes, à Rome, jusques dans +l'Olympe; et c'est-là qu'ils trouvoient cette liberté et ce courage de +conception dont ils ont conservé l'empreinte. + +Les arts sont la langue commune des peuples et des siècles. Il en est +un sur-tout particulièrement consacré à l'immortalité: il confie au +marbre et à l'airain, avec les traits des grands hommes, la +reconnoissance de la Patrie qui s'honore en s'acquittant envers eux, +et ajoute à son lustre, en perpétuant leur renommée. Quelle autre +récompense peut entrer en parallèle avec un tel triomphe qui se +perpétue à travers les siècles? Qu'il est beau pour les arts qui ne +vivent que de gloire, d'associer ainsi leurs ouvrages à des noms +impérissables! Et aussi, quelle leçon de morale que la statue d'un +grand homme élevée au milieu de ses concitoyens! Son exemple +s'éternise par le monument qui lui est consacré; et s'il se trouvoit +une stérile époque où des modèles vivans ne pussent s'offrir à +l'ambition de la jeunesse, l'histoire ainsi animée, ainsi vivante, +suffiroit dans tous les temps à son enthousiasme. + +La Nation, loin de redouter l'influence des arts, voudra donc se +couvrir de leur gloire: elle les encouragera; elle les honorera; elle +leur confiera ses intérêts; enfin elle les placera dans l'éducation +comme un moyen de plus pour faire chérir la morale. Sparte n'avoit pas +banni de ses institutions l'exercice de la lyre; elle en avoit +seulement retranché quelques cordes dont le son trop attendrissant +étoit capable d'énerver l'âme et d'efféminer les moeurs. + +C'est par l'action combinée de tous ces moyens que, sous l'empire +d'une Constitution favorable à tous les développemens, l'homme social +verra s'accroître ses richesses intellectuelles et morales; mais, poux +réaliser ces espérances qui s'ouvrent devant nous, pour que tant de +moyens indiqués ne restent point de vains projets de l'esprit, il faut +qu'ils se produisent et se manifestent dans l'ordre que sollicitent +les besoins de l'homme, et sous un jour qui l'éclaire par degré; il +faut que le talent, s'emparant des découvertes du génie, les rende +accessibles à tous, qu'il aspire, non à détruire toutes difficultés: +car l'esprit humain a besoin de vaincre pour s'instruire; mais à ne +laisser subsister que celles qui demandent de l'attention pour être +vaincues; il faut, en un mot, que des _livres élémentaires_, clairs, +précis, méthodiques, répandus avec profusion, rendent universellement +familières toutes les vérités importantes, et épargnent d'inutiles +efforts pour les apprendre. De tels livres sont de grands bienfaits: +la Nation ne peut ni trop les encourager, ni trop les récompenser. + +En appelant l'intérêt national sur ce genre de secours appliqué aux +grands objets que nous venons de parcourir, nous nous reprocherions de +ne pas l'arrêter un instant sur d'autres objets d'une utilité, moins +importante, mais plus directe, mais plus adaptée aux besoins +journaliers et individuels, en un mot, sur ce qui intéresse +particulièrement, la culture et les arts mécaniques. + +Comment ne pas former des voeux, pour qu'à l'aide des méthodes et des +livres élémentaires, la théorie de l'utile s'allie enfin à la pratique +dans toutes les parties de l'agriculture; pour qu'on voie cesser cette +étrange séparation qui sembloit faire deux parts distinctes de nos +facultés dans l'art qui demande le plus la réunion de toutes, et qui +offroit le spectacle affligeant de la force et de l'activité sans +lumières, de l'intelligence et des lumières sans action. + +Qui pourra dire tout ce qu'une telle discordance, fruit de nos vices +et de nos institutions, a causé de ravages dans nos campagnes? +Par-tout on y trouve la trace profonde de l'erreur: le dépérissement +des forêts, ces produits tardifs de la terre; la perte de nos +bestiaux; l'éducation abandonnée de ces utiles compagnons de nos +travaux; le défaut de pâturage; l'usage multiplié des jachères, ce +long sommeil de nos champs condamnés à la stérilité, tout annonce +l'art encore dans l'enfance, ou plutôt couvert de nos préjugés. Que +seroit-ce si nous analysions tout ce que produit de maux à la fin de +chaque année l'ignorance des premiers principes de la végétation, de +la floraison, de la théorie de la greffe, de la nature des engrais, de +l'influence des saisons, etc? N'est-il pas évident que, pour des +hommes qui, condamnés par le besoin de chaque jour, ne peuvent +accorder que des momens à l'étude de leur art, c'est à des livres +très-élémentaires, écrits avec clarté et avec intérêt, qu'il doit être +spécialement réservé de répandre sur tous ces objets les lumières les +plus nécessaires. + +L'effet de ce moyen se fortifiera par la révolution qui va s'opérer +dans nos moeurs. + +Dans le temps où il falloit occuper un état auquel un des préjugés +régnans attachât de l'honneur, où d'ailleurs on naissoit magistrat et +guerrier comme on naît de tel sexe, où par conséquent la profession +étoit plutôt le produit de l'espèce que celui du choix, il étoit +presque érigé en principe, qu'un propriétaire enrichi devoit fuir la +source de sa richesse. Travailler son champ étoit une peine; l'habiter +étoit un exil; et dès-lors parmi les hommes à talent on ne voyoit +guères dans nos fertiles campagnes que ceux dont l'ambition trompée +alloit y ensevelir ses regrets. + +Désormais on sentira que, dans un pays agricole, tout doit naître +cultivateur. On sera momentanément Magistrat, Guerrier, Législateur; +mais les travaux champêtres feront l'occupation habituelle de l'homme, +et chacun y trouvera le délassement ou même la récompense de ses +fonctions de citoyen: or un tel changement de moeurs, multipliant dans +nos campagnes les expériences utiles, contribuera nécessairement à y +accréditer les bonnes méthodes et à y faire fructifier les principes +que les livres élémentaires auront déjà pu y introduire. + +Et quant aux arts mécaniques, de combien de méthodes ils demandent +aussi le secours! Qui n'a pas souffert, qui ne souffre pas encore de +voir un si grand nombre de nos ouvriers livrés à une routine qu'aucun +principe ne dirige ou ne rectifie; contraints à faire venir de dehors +les instrumens même de leur profession quand ils aspirent à +perfectionner leurs ouvrages; entièrement étrangers à la science du +_trait_ si nécessaire et si peu connue, à l'art de prendre une +hauteur, de mesurer un angle, d'en acquérir le sentiment à un +demi-degré près: aux principes raisonnés de l'équilibre, des leviers, +de la romaine, de la balance; ignorant les propriétés les plus +générales de l'air, tous les procédés, toutes les découvertes +applicables aux arts et aux manufactures, dont la Chimie a enrichi de +nos jours l'esprit humain; ne sachant quels sont les corps que +l'humidité allonge, quels sont ceux qu'elle resserre; en un mot, ne +connoissant de l'art que la mécanique la plus grossière et presque +jamais la théorie qui le simplifie et qui l'aggrandit. Et n'est-ce pas +encore ici par des livres méthodiques, réunissant le double suffrage +des théoriciens habiles et des praticiens consommés, que les vrais +principes sur tous ces objets pénétreront dans nos atteliers et qu'ils +y élèveront l'industrie nationale à ce degré de perfection et de +splendeur, auquel la France a montré, même dans son état +d'imperfection, qu'elle étoit digne de prétendre. + + * * * * * + +NOUS avons annoncé au commencement de notre travail des principes +d'instruction pour les femmes: ces principes nous paroissent +très-simples. + +On ne peut d'abord séparer ici les questions relatives à leur +éducation de l'examen de leurs droits politiques; car en les élevant, +il faut bien savoir à quoi elles sont destinées. Si nous leur +reconnoissons les mêmes droits qu'aux hommes, il faut leur donner les +mêmes moyens d'en faire usage. Si nous pensons que leur part doive +être uniquement le bonheur domestique et les devoirs de la vie +intérieure, il faut les former de bonne heure pour remplir cette +destination. + +Une moitié du genre humain exclue par l'autre de toute participation +au gouvernement; des personnes indigènes par le fait et étrangères par +la loi sur le sol qui les a cependant vu naître; des propriétaires +sans influence directe et sans représentation: ce sont-là des +phénomènes politiques, qu'en principe abstrait, il paroît impossible +d'expliquer; mais il est un ordre d'idées dans lequel la question +change et peut se résoudre facilement. Le but de toutes les +institutions doit être le bonheur du plus grand nombre. Tout ce qui +s'en écarte est une erreur; tout ce qui y conduit, une vérité. Si +l'exclusion des emplois publics prononcée contre les femmes est pour +les deux sexes un moyen d'augmenter la somme de leur bonheur mutuel, +c'est dès-lors une loi que toutes les Sociétés ont dû reconnoître et +consacrer. + +Toute autre ambition seroit un renversement des destinations +premières; et les femmes n'auront jamais intérêt à changer la +délégation qu'elles ont reçue. + +Or il nous semble incontestable que le bonheur commun, sur-tout celui +des femmes, demande qu'elles n'aspirent point à l'exercice des droits +et des fonctions politiques. Qu'on cherche ici leur intérêt dans le +voeu de la nature. N'est-il pas sensible que leur constitution +délicate, leurs inclinations paisibles, les devoirs nombreux de la +maternité, les éloignent constamment des habitudes fortes, des devoirs +pénibles, et les appellent à des occupations douces, à des soins +intérieurs? Et comment ne pas voir que le principe conservateur des +Sociétés, qui a placé l'harmonie dans la division des pouvoirs, a été +exprimé et comme révélé par la nature, lorsqu'elle a ainsi distribué +aux deux sexes des fonctions si évidemment distinctes? Tenons-nous-en +là, et n'invoquons pas des principes inapplicables à cette question. +Ne faites pas des rivaux des compagnes de votre vie: laissez, laissez +dans ce monde subsister une union qu'aucun intérêt, qu'aucune rivalité +ne puisse rompre. Croyez que le bien de tous vous le demande. + +Loin du tumulte des affaires, ah! sans doute il reste aux femmes un +beau partage dans la vie! Le titre de mère, ce sentiment que personne +ne s'est encore flatté d'avoir exprimé, est une jouissance solitaire +dont les soins publics pourroient distraire: et conserver aux femmes +cette puissance d'amour que les autres passions affoiblissent, +n'est-ce pas sur-tout penser à la félicité de leur vie? + +On dit que, dans de grandes circonstances, les femmes ont fortifié le +caractère des hommes; mais c'est qu'alors elles étoient hors de la +carrière. Si elles avoient poursuivi la même gloire, elles auroient +perdu le droit d'en distribuer les couronnes. + +On a dit encore que quelques-unes avoient porté le sceptre avec +gloire; mais que sont un petit nombre d'exceptions brillantes? +Autorisent-elles à déranger le plan général de la nature? S'il étoit +encore quelques femmes que le hazard de leur éducation ou de leurs +talens parut appeller à l'existence d'un homme, elles doivent en faire +le sacrifice au bonheur du grand nombre, se montrer au-dessus de leur +sexe en le jugeant, en lui marquant sa véritable place, et ne pas +demander qu'en livrant les femmes aux mêmes études que nous, on les +sacrifie toutes pour avoir peut-être dans un siècle quelques hommes de +plus. + +Qu'on ne cherche donc plus la solution d'un problème suffisamment +résolu; élevons les femmes, non pour aspirer à des avantages que la +Constitution leur refuse, mais pour connoître et apprécier ceux +qu'elle leur garantit: au lieu de leur faire dédaigner la portion de +bien-être que la Société leur réserve en échange des services +important qu'elle leur demande, apprenons-leur qu'elle est la +véritable mesure de leurs devoirs et de leurs droits. Qu'elles +trouvent, non de chimériques espérances, mais des biens réels sous +l'empire de la liberté et de l'égalité; que, moins elles concourent à +la formation de la loi, plus aussi elles en reçoivent de protection et +de force, et sur-tout qu'au moment où elles renoncent à tout droit +politique, elles acquièrent la certitude de voir leurs droits civils +s'affermir et même s'accroître. + +Assurées d'une telle existence par le système des lois, il faut les y +préparer par l'éducation; mais développons leurs facultés sans les +dénaturer; et que l'apprentissage de la vie soit à la fois pour elles +une école de bonheur et de vertu. + +Les hommes sont destinés à vivre sur le théâtre du monde. L'éducation +publique leur convient: elle place de bonne heure sous leurs yeux +toutes les scènes de la vie: les proportions seules sont différentes. + +La maison paternelle vaut mieux à l'éducation des femmes; elles ont +moins besoin d'apprendre à traiter avec les intérêts d'autrui, que de +s'accoutumer à la vie calme et retirée. Destinées aux soins +intérieurs, c'est au sein de leur famille qu'elles doivent en +recevoir les premières leçons et les premiers exemples. Les pères et +mères, avertis de ce devoir sacré, sentiront l'étendue des obligations +qu'il impose: la présence d'une jeune fille purifie le lieu qu'elle +habite, et l'innocence commande à ce qui l'entoure, le repentir ou la +vertu. Que toutes vos institutions tendent donc à concentrer +l'éducation des femmes dans cet asyle domestique: il n'en est pas qui +convienne mieux à la pudeur, et qui lui prépare de plus douces +habitudes. + +Mais la prévoyance de la loi, après avoir recommandé l'institution la +plus parfaite, doit encore préparer des ressources pour les exceptions +et des remèdes pour le malheur. La Patrie aussi doit être une mère +tendre et vigilante. Avant la destruction des voeux monastiques, une +foule de maisons religieuses, destinées à cet objet, attiroient les +jeunes personnes du sexe vers l'éducation publique. Cette direction +générale n'étoit pas bonne; car ces établissemens n'étoient nullement +propres à former des épouses et des mères. Mais du moins ils offroient +un asyle à l'innocence, et cet avantage est indispensable à remplacer. +On n'aura point à regretter l'éducation des Couvens; mais on +regretteroit avec raison leur impénétrable demeure, si d'autres +maisons non moins rassurantes et mieux dirigées ne suppléoient à leur +destruction. + +Chaque Département devra donc s'occuper d'établir un nombre suffisant +de ces maisons, et d'y placer des institutrices dont la vertu soit le +parant de la confiance publique. + +Les femmes qui se consacreront à des devoirs si délicats, ne +prononceront pas de voeux; mais elles prendront envers la Société des +engagemens d'autant plus sacrés, qu'ils seront plus libres, et qui +produiront le même effet pour la sécurité des familles. + +Dans ces maisons les jeunes personnes doivent trouver toutes les +ressources nécessaires à leur instruction, et sur-tout l'apprentissage +des métiers différens qui peuvent assurer leur existence. + +Jusqu'à l'âge de huit ans elles pourroient, sans inconvénient, +fréquenter les Écoles primaires, et y puiser les élémens des +connoissances qui doivent être communes aux deux sexes; mais avant de +quitter l'enfance, elles doivent s'en retirer, et se renfermer dans la +maison paternelle, dont il ne faut pas oublier que les maisons de +retraite sont un remplacement imparfait. C'est alors qu'il faudra leur +procurer d'autres secours pour s'instruire dans les arts utiles, et +leur donner les moyens de subsister indépendantes, par le produit de +leur travail[2]. + + [2] On peut offrir aux Départemens comme un modèle de ce + genre d'établissement un Mémoire adressé à l'Assemblée + Nationale par une Artiste ingénieuse (Mme Guyard) qui, dans + cet ouvrage, a su annoblir les arts en les associant au + commerce, et les appliquant aux progrès de l'industrie. + +Ainsi, prenant pour règle les termes de la Constitution, nous +recommanderons, pour les femmes, l'éducation domestique, comme la plus +propre à les préparer aux vertus qu'il leur importe d'acquérir. A +défaut de cet avantage, nous leur assurerons des maisons retirées sous +l'inspection des Départemens, et nous leur faciliterons +l'apprentissage des métiers qui conviennent à leur sexe. + + + + +RÉSUMÉ. + + +JE vais ressaisir l'ensemble du plan que je viens de tracer. + +En attachant l'Instruction publique à la constitution, nous l'avons +considérée dans sa _source_, dans son _objet_, dans ses _rapports_, +dans son _organisation_, dans ses _moyens_. + +Dans sa _source_: elle est un produit naturel de toute société; donc +elle appartient à tous, à tous les âges, à tous les sexes. + +Dans son _objet_: elle embrasse tout ce qui peut perfectionner l'homme +naturel et social; donc elle réclame des établissemens vastes et des +principes libres. + +Dans ses _rapports_: elle en a d'intimes et avec la _Société_ et avec +les _individus_. + +Avec la _Société_: elle doit apprendre à connoître, à défendre, à +améliorer sans cesse sa constitution, et sur-tout à la vivifier par la +morale, qui est l'âme de tout. + +Avec les _individus_: elle doit les rendre meilleurs, plus heureux, +plus utiles; donc elle doit exercer, développer, fortifier toutes +leurs facultés physiques, intellectuelles, morales, et ouvrir toutes +les routes pour qu'ils arrivent sûrement au but auquel ils sont +appellés. + +Dans son _organisation_: elle doit se combiner avec celle du Royaume; +de-là Écoles _Primaires_, de _District_, de _Département_, et +enfin _Institut national_; mais elle doit se combiner avec liberté: +car ses rapports ne peuvent s'identifier en tout avec ceux de +l'administration; de-là aussi des différences locales, déterminées par +l'intérêt de la science et par le bien public. + +Les Écoles _Primaires_ introduiront, en quelque sorte, l'enfance dans +la Société. + +Les Écoles de _District_ prépareront utilement la jeunesse à tous les +états de la Société. + +Les Écoles de _Département_ formeront particulièrement l'adolescence à +certains états de la Société. + +Dans ces Écoles on enseignera la _Théologie_, la _Médecine_, le +_Droit_, l'_Art Militaire_. + +Mais la Théologie, il a fallu la circonscrire; la Médecine, il a fallu +la completter; le Droit, il a fallu l'épurer; l'Art Militaire, il a +fallu le faciliter à tous. + +L'_Institut national_ réunit tout, perfectionne tout: donc il étoit +nécessaire d'en assortir toutes les parties, de leur montrer un but, +jamais un terme, et de leur imprimer, au milieu de tant de mouvemens +divers, une direction ferme et rapide. + +Les _moyens_ d'instruction se sont bientôt offerts à nous: car c'est +en eux et par eux que l'instruction vit et se perpétue. + +Nous avons parlé des _Instituteurs_ qu'il faut savoir choisir, +honorer, récompenser; des _immenses productions de l'esprit humain_ +qu'on doit distribuer, classer, completter, purifier pour l'avantage +des sciences, pour le bien de la raison; _des encouragemens_ dûs aux +promesses du talent; _des prix_ dûs encore plus à ses services. + +De-là nous sommes arrivés aux _méthodes_, ces premiers instrumens de +nos facultés; nous avons osé en chercher pour la _raison_ elle-même, +afin d'accroître sa force, afin de lui assurer cette rectitude qui +doit faire son principal caractère; nous en avons cherché pour la +_communication des idées_, ce grand besoin de l'homme social. Là, nous +avons accusé l'imperfection des langues; et en nous plaçant à la +source du mal, peut-être n'avons nous pas été loin d'indiquer le +remède. Nous avons voulu aussi des méthodes pour apprendre la +_morale_: nous les avons cherchées dans la raison qui la démontre; +dans le sentiment qui l'anime; dans la conscience qui la garde; dans +l'intérêt même qui la conseille; dans l'histoire qui la célèbre; dans +les premières habitudes qui l'impriment, etc: nous les avons demandées +à tout ce qui nous entoure, aux spectacles, aux fêtes, aux beaux-arts, +à ce qui nous émeut, à ce qui nous enchante; et par-tout nous avons vu +que la Société réunissoit les moyens les plus féconds pour rendre les +hommes meilleurs, en les rendant plus heureux. + +Quittant ces méthodes générales, nous nous sommes reposés un instant +sur les méthodes usuelles que sollicitent l'agriculture et les arts +mécaniques: nous avons du moins formé des voeux pour leur +perfectionnement, et nous avons tâché de leur obtenir cette portion +d'intérêt public qu'elles méritent. + +Enfin, nous avons traité à part l'éducation des Femmes. Ici, nous +avons cherché les principes dans leurs droits, leurs droits dans leur +destinée, leur destinée dans leur bonheur. + +_Il a déjà été décrété constitutionnellement sur l'Instruction:_ + +_1º. Qu'il sera créé et organisé une_ Instruction _publique, commune à +tous les Citoyens, gratuite à l'égard des parties d'enseignement +indispensables pour tous les hommes, et dont les établissemens seront +distribués graduellement dans un rapport combiné avec la division du +Royaume._ + +_2º. Qu'il sera établi des Fêtes Nationales._ + + + + +PROJET DE DÉCRETS + +SUR + +L'INSTRUCTION PUBLIQUE. + + + + +ÉCOLES PRIMAIRES. + + + L'objet des Écoles primaires est d'enseigner à tous les enfans + leurs premiers et indispensables devoirs; de les pénétrer des + principes qui doivent diriger leurs actions; et d'en faire, en + les préservant des dangers de l'ignorance, des hommes plus + heureux et des citoyens plus utiles. + +ARTICLE PREMIER. + +Chaque Administration de Département déterminera le nombre des Écoles +primaires de son arrondissement, sur la demande des Municipalités, +présentée par les Directoires des Districts. + +Il sera établi à Paris une École primaire par Section. + +II. + +Les Écoles primaires seront gratuites et ouvertes aux enfans de tous +les citoyens sans distinction. + +III. + +Nul n'y sera admis avant l'âge de six ans accomplis. + +IV. + +On y enseignera aux enfans, 1º. à lire tant dans les livres imprimés +que dans les manuscrits; 2º. à écrire, et les exemples d'écriture +rappelleront leurs droits et leurs devoirs; 3º. les premiers élémens +de la langue françoise, soit parlée, soit écrite; 4º. les règles de +l'Arithmétique simple; 5º. les élémens du toisé; 6º. les noms des +villages du canton; ceux des cantons, des districts et des villes du +département; ceux des villes hors du département, avec lesquelles leur +pays a des relations plus habituelles. + +V. + +On y enseignera, 1º. les principes de la Religion; + +2º. Les premiers élémens de la morale, en s'attachant sur-tout à faire +connoître les rapports de l'homme avec ses semblables; + +3º. Des instructions simples et claires sur les devoirs communs à tous +les citoyens et sur les lois qu'il est indispensable à tous de +connoître; + +4º. Des exemples d'actions vertueuses qui les toucheront de plus près, +et avec le nom du Citoyen vertueux celui du pays qui l'a vu naître; + +VI. + +Dans les villes et bourgs au-dessus de mille âmes, on enseignera aux +enfans les principes du dessin géométral. + +Pendant les récréations on les exercera à des jeux propres à fortifier +et à développer le corps. + +VII. + +Deux Notables de la Commune seront chargés de surveiller l'École +primaire et de distribuer des prix tous les ans. + +VIII. + +Chaque Département, sur la demande des Municipalités, présentée par le +Directoire du District, fixera, dans son arrondissement, le nombre des +Maîtres, et celui des Écoles primaires. + +IX. + +Il sera ouvert un concours pour le meilleur ouvrage nécessaire aux +Écoles primaires. + +Les Auteurs qui voudront concourir, adresseront leur ouvrage aux +Commissaires de l'Instruction publique, qui le feront passer à +l'Institut national. D'après le jugement motivé de l'Institut, les +Commissaires de l'Instruction publique feront leur rapport à +l'Assemblée Nationale, qui prononcera sur l'envoi de l'ouvrage aux +Départemens. + + + + +ÉCOLES DE DISTRICT. + + + Les Écoles de District offriront aux Élèves une instruction + plus étendue: en les appliquant à des études plus fortes, + elles donneront plus d'exercice et de développement à leurs + facultés. Les jeunes gens sortiront de ces Écoles en état de + bien agir pour eux-mêmes, et assez instruits pour reconnoître + la profession à laquelle la nature les aura destinés. + +ARTICLE PREMIER. + +Chaque Administration de Département déterminera le nombre des Écoles +de District de son arrondissement. + +Il sera établi à Paris six Écoles de District, qui seront réparties +dans les différens quartiers de la ville. + +II. + +Nul ne sera admis aux Écoles de District avant l'âge de huit à neuf +ans, et s'il n'est suffisamment instruit de ce que l'on enseigne dans +les Écoles primaires. + +III. + +On y enseignera les principes de la Religion, la Morale, les Langues, +l'art de raisonner, l'art oratoire, la Géographie, l'Histoire, les +Mathématiques, la Physique. On formera les jeunes gens aux exercices +du corps. + +IV. + +L'enseignement des Écoles de District sera divisé par cours. Il pourra +l'être de la manière suivante: 1º. un cours de Grammaire, qui dureroit +deux ans; 2º. un cours d'Humanités, ou Élémens de Belles-Lettres, qui +dureroit deux ans; un cours de Rhétorique et de Logique réunies, qui +dureroit deux ans, un cours de Mathématiques et de Physique, qui +dureroit un an. Il y auroit, en outre, autant qu'il se pourra, un +Professeur pour une langue vivante, et un Professeur de langue +grecque. L'enseignement dureroit sept ans. + +V. + +Une École complette de District sera composée d'un Inspecteur des +études ou Principal; de deux Professeurs de Grammaire; de deux +Professeurs d'Humanités; de deux Professeurs de Logique et Rhétorique, +réunies; les six Professeurs feroient leur cours complet, qui dureroit +deux ans, et alterneroient chacun dans leur ordre. Il y aura un +Professeur de Mathématiques, de Physique et des élémens de Chimie; un +Professeur de Grec, un Professeur de langue vivante; en tout, dix +Maîtres. + +VI. + +Dans le cours de Grammaire, qui dureroit deux ans, on enseignera aux +enfans: + +L'Histoire sacrée, la Mythologie. On leur fera apprendre par coeur la +déclaration des Droits de l'homme; la morale sera mise en action par +le développement des faits historiques, par l'application des Droits +de l'homme. On formera leur conscience par l'idée et le sentiment de +la justice. + +On leur donnera l'explication combinée des élémens des langues latine +et françoise, de manière qu'on n'exerce pas seulement la mémoire, mais +qu'on les fasse opérer par le raisonnement. On leur fera connoître +les principes de construction propres aux deux langues, et on fera +l'application de ces principes dans la lecture des Auteurs françois, +et l'explication des Auteurs latins. + +Ils feront un cours abrégé de Géographie. + +Ils rendront compte de leur travail de vive voix et par écrit, afin de +se former de bonne heure au raisonnement, par l'analyse. + +On les exercera pendant leurs récréations aux jeux les plus propres à +développer leurs forces, et à les rendre souples et adroits. Leurs +jours de congé seront destinés à des promenades, pendant lesquelles on +les exercera à des marches précises qui les prépareront de loin aux +évolutions militaires. + +Dans les pensionnats on aura soin que chaque Élève se livre à un art +d'agrément, comme la musique vocale ou instrumentale, le dessin, la +danse, etc. + +VII. + +Dans le cours d'Humanités, qui durera deux ans, les jeunes Élèves +étudieront: + +La Constitution. Tous apprendront l'Acte constitutionnel dans l'espace +des deux ans. Ils étudieront l'Histoire Grecque et Romaine. + +Ils continueront l'étude des langues latine et françoise. On leur +expliquera les Poëtes, les Historiens, les Moralistes, et on leur fera +connoître les règles de la versification latine et françoise. + +Même attention à les réunir pour les jeux qui donnent au corps la +force et la souplesse. On leur fera exécuter des marches et des +évolutions combinées. Ils continueront l'exercice de l'art agréable +qu'ils auront choisi. On les formera, s'il est possible, à la +natation. + +VIII. + +Dans le cours de Rhétorique et de Logique réunies, qui dureroit deux +ans, on enseignera: + +Les époques principales de l'histoire de France. On s'attachera à leur +faire connoître sur-tout les révolutions arrivées dans le gouvernement +du Peuple françois. On leur fera comparer les principes des +gouvernemens anciens avec la Constitution françoise: on fera aussi +l'application des principes de la morale à la Constitution. + +On leur développeroit concurremment dans la première année les +principes de la Logique, ceux de la Métaphysique et ceux de l'art +oratoire. + +La seconde année sera consacrée particulièrement à la composition et +aux exercices d'éloquence, sur-tout dans le genre délibératif. Les +discussions sur les Lois, la Morale, la Métaphysique, la Constitution, +seront faites tant par écrit que de vive voix. + +Pour se disposer aux fonctions qu'ils auront à remplir un jour, les +jeunes gens traiteront des questions contradictoirement, tant de vive +voix que par écrit. Quelquefois ils formeront une sorte de tribunal, +d'assemblée administrative ou municipale; ils y rempliront tour à tour +les fonctions de juges, d'accusateurs publics, de jurés, d'officiers +municipaux, etc. Chacun d'eux sera obligé d'énoncer à haute voix son +opinion. + +C'est pendant ce cours sur-tout qu'ils pourront apprendre la langue +grecque, ou une langue vivante. Ils seront exercés au maniement des +armes et aux évolutions militaires, à la natation, etc. + +IX. + +Dans le cours de Mathématiques et de Physique, qui durera un an, on +enseignera: + +La Géométrie et la partie de l'Algèbre nécessaire pour entendre la +mécanique dont on développera avec soin les principes applicables aux +usages ordinaires de la vie. + +La Physique, quelques élémens de Chimie et ceux de Botanique, dont on +pourra faire l'application pratique pendant les promenades. + +On continuera les exercices militaires. + +X. + +Il sera fait un réglement pour déterminer la distribution de ces +diverses études, le temps, la durée des leçons, etc. + +Les Professeurs et autres personnes pourront présenter aux +Commissaires de l'Instruction publique chargés de la rédaction du +réglement, leurs vues particulières et réfléchies sur le meilleur mode +de distribution: ils se conformeront à l'esprit des cinq articles +précédens, mais sans être tenus de s'astreindre à leur disposition +littérale[3]. + + [3] Ces cinq articles ne doivent être en effet regardés + que comme un simple apperçu, comme une esquisse de ce que peut + être la division par cours. On conçoit un grand nombre de + combinaisons différentes, et peut-être une division plus + prononcée et autrement graduée: celle-là pourtant nous a paru + suffire et se rapprocher, plus que toute autre, de l'ancien + enseignement qu'il seroit difficile de renverser tout-à-coup; + cependant il sera utile que les Commissaires de l'instruction + publique se concertent, avant le Décret définitif, avec les + personnes à-la-fois les plus éclairées et les plus intéressées + à la chose. Nous pensons aussi que le Décret, quel qu'il soit, + doit laisser, quant à l'exécution, une grande latitude aux + Professeurs: car on enseigne mal ce qu'on n'enseigne pas + librement. + +XI. + +Il sera composé pour les différens cours des ouvrages qui comprendront +des élémens d'Histoire naturelle, des instructions sur les arts, +l'industrie, les manufactures de la France, des notions sur les +monnoies, les poids et mesures, etc. Ces ouvrages serviront de lecture +aux enfans. On leur expliquera les points les plus essentiels. + +XII. + +Il sera aussi composé des ouvrages élémentaires sur toutes les parties +de l'enseignement des Écoles de District. Les Auteurs qui voudront +concourir, adresseront leurs ouvrages aux Commissaires de +l'Instruction publique, qui suivront la marche indiquée à l'article +des Écoles primaires. + + + + +DES PENSIONS GRATUITES. + + + Les pensions gratuites sont des encouragemens accordés par la + société, et distribués à ceux des jeunes gens qui, par des + dispositions marquées, promettent de lui rapporter un jour le + fruit de ses avances. + +ARTICLE PREMIER. + +Il sera établi dans la maison principale d'éducation de chaque +Département, au moins dix pensions gratuites en faveur des jeunes gens +du Département, qui s'en seront rendus dignes par leur application et +leurs talens. + +II. + +Ces pensions gratuites seront payées sur les revenus des fondations +existantes pour l'éducation, dans les Collèges, Séminaires et autres +maisons d'éducation du Département. Si les revenus n'étoient pas +suffisans, il y sera suppléé par le Trésor public, sur le pied de 600 +liv. par chaque pension gratuite. + +III. + +Il y aura de plus pour chaque Département, des pensions gratuites, +destinées à des jeunes gens qui seront élevés gratuitement à Paris. + +IV. + +Les pensions gratuites établies à Paris, seront formées de toutes les +fondations existantes à Paris pour l'éducation, de celles connues sous +le nom de Bourses, dans les Collèges, Séminaires et autres maisons +d'éducation. + +Ces fondations seront réunies sous une seule administration, et il en +sera formé des pensions gratuites d'une valeur égale. + +V. + +Ces pensions gratuites seront réparties entre les quatre-vingt-trois +Départemens. La base de la proportion sera celle de l'imposition, de +la population et du territoire. + +VI. + +Le directoire du Département de Paris fournira l'état des biens et +revenus de ces fondations aux Commissaires de l'Instruction publique, +qui présenteront le projet de répartition à l'Assemblée Nationale, +pour y être par elle statué ce qu'il appartiendra. + +VII. + +Les jeunes gens qui auront obtenu des pensions gratuites, seront +distribués en nombre égal dans les maisons qui seront établies à Paris +pour l'éducation publique. + +Leur pension sera payée par l'Administration des biens de l'Éducation, +d'après le taux qui sera fixé. + +VIII. + +Lorsqu'il sera offert des souscriptions volontaires pour l'Éducation +gratuite, elles seront faites aux Corps administratifs, qui traiteront +de gré à gré pour la sûreté des soumissions. + +L'état des souscripteurs et des souscriptions volontaires sera mis +tous les ans sous les yeux du Corps législatif. + +IX. + +Les directoires de Département nommeront aux pensions gratuites de +leur arrondissement, et ne pourront les Administrateurs faire tomber +le choix sur leurs enfans, pendant le temps de leur administration. + +X. + +Tous les ans les Maîtres d'Écoles primaires, et ceux des Écoles de +District, remettront à la Municipalité la liste de leurs Élèves, +contenant leur âge, leur pays, avec des observations sur ceux qui se +seront distingués par leurs progrès et leurs talens. + +La Municipalité vérifiera la liste, et l'enverra au Directoire du +District, qui la fera passer au Directoire du Département. + +XI. + +A la vacance d'une pension gratuite, chaque Directoire de District +présentera au Directoire de Département les noms des six jeunes gens +qui auront obtenu les témoignages les plus distingués pour leurs +progrès, leur conduite et leurs talens; le Directoire de Département +nommera l'un d'eux à la pluralité des voix, et en cas de partage, au +scrutin individuel. + +XII. + +A la fin de chacun des cours d'études qui composent l'enseignement +public dans les Écoles de District, les jeunes gens qui auront obtenus +des pensions gratuites, seront examinés sur toutes les parties de +l'instruction du cours qu'ils auront achevé. S'ils sont jugés n'avoir +pas profité de leurs études, ils seront remis à leurs parens, et il +sera procédé à une nouvelle nomination. + +XIII. + +Les Juges de cet examen seront ceux qui auront été nommés pour +l'examen des éligibles aux places de l'enseignement public. + +XIV. + +Il sera rendu compte deux fois par an au Directoire du Département, de +la conduite et des progrès des Élèves qui jouissent des pensions +gratuites. + +XV. + +Il sera rendu, par les Commissaires de l'Instruction publique, un +compte général de l'état des revenus concernant les pensions +gratuites, de la conduite et des progrès des Élèves, et même de ceux +qui se seront distingués d'une manière plus particulière par leurs +talens. + +XVI. + +Les Titulaires actuels des bourses les conserveront jusqu'à la fin du +cours d'étude enseigné dans les Écoles de District. + +XVII. + +Les bourses dites de famille, ainsi que leur nomination, si elle est +réservée aux parens, seront conservées aux familles, jusqu'à +l'extinction des descendans désignés par la fondation. + +Ceux qui les auront obtenues, seront soumis à tous les réglemens qui +concernent les Élèves nationaux. + +XVIII. + +Les Étudians en droit ne devant point être réunis dans des +pensionnats, il n'existera point pour eux de pensions gratuites; +seulement les jeunes gens sortant des Écoles de District, qui auront +eu des succès très-distingués, pourront être dispensés, de la +rétribution donnée au Maître. Les Commissaires de l'Instruction, sur +la demande motivée des directoires des Départemens, présenteront à +l'Assemblée Nationale les moyens de remplir, avec justice et économie, +cet objet de l'Instruction publique. + + +_De l'élection, de la nomination et de la destitution des Maîtres +d'Écoles primaires et de District._ + + Les Maîtres d'Écoles primaires et de District doivent être + éclairés et vertueux, puisqu'ils sont également chargés + d'instruire les enfans et de les former à la vertu. Leurs + talens seront donc éprouvés par des examens sévères; et les + précautions qui seront prises pour leur nomination, + garantiront aux pères et à la Société les qualités morales des + Maîtres auxquels sera confiée l'espérance des familles et + celle de la Patrie. + +ARTICLE PREMIER. + +Il sera fait une liste d'éligibles dans laquelle seront choisis les +Maîtres qui enseigneront, soit dans les Écoles primaires, soit dans +les Écoles de District. + +II. + +Ceux qui se destineront à l'enseignement des Écoles primaires, se +rendront à un temps indiqué chaque année, aux chefs-lieux de District +qui seront déterminés par le directoire du Département. Le directoire +nommera cinq Juges, dont deux au moins seront choisis parmi les +Maîtres publics. Les Candidats seront examinés sur toutes les parties +de l'enseignement des Écoles primaires. Ceux qui seront reçus à +l'examen, seront inscrits sur la liste des éligibles. + +III. + +Ceux qui se destineront à l'enseignement dans les Écoles de District, +se rendront à un temps indiqué chaque année, au chef-lieu du +Département. Il y aura autant d'examens différens qu'il y aura de +cours d'enseignement. Le Directoire du Département nommera, pour +chaque examen, cinq Juges, dont deux au moins seront choisis parmi les +Maîtres publics. Les Candidats seront examinés sur toutes les parties +de l'enseignement du cours pour lesquels ils se seront présentés. Ceux +qui seront reçus à l'examen, seront inscrits sur la liste des +éligibles. + +IV. + +Ceux qui seront reçus à l'examen pour le cours d'Humanités, seront +reçus aussi pour le cours de Grammaire. Ceux qui seront reçus à +l'examen pour le cours de Rhétorique et de Logique réunies, seront +aussi éligibles pour les deux premiers cours. + +V. + +Les Professeurs de langue vivante et de langue grecque seront nommés +par les directoires des Départemens, et subiront un examen préalable +avant de prendre possession de leurs Chaires, si mieux n'aiment les +directoires des Départemens s'adresser, pour le choix de ces Maîtres, +aux Commissaires de l'instruction publique. + +VI. + +Les Procureurs-syndics des Districts enverront dans la huitaine de +l'examen, au Procureur-syndic du Département, la liste des éligibles +pour les Écoles primaires; cette liste contiendra leurs noms, âge et +pays. + +VII. + +Le Procureur-général-syndic du Département enverra, dans la quinzaine +après l'examen, la liste de tous les éligibles du Département, aux +Commissaires de l'instruction publique. + +VIII. + +Les Commissaires de l'instruction publique feront imprimer la liste +générale de tous les éligibles pour les différens genres +d'enseignement; ils y joindront la liste des Maîtres enseignans dans +les Écoles publiques. Cette liste sera envoyée tous les ans à tous les +Districts et Départemens du Royaume. + +IX. + +Lorsqu'une place de Maître d'école primaire sera vacante, +le Procureur-syndic de la Municipalité en donnera avis au +Procureur-syndic du District; le Directoire nommera à la place +vacante, parmi tous les éligibles du Royaume. + +X. + +Lorsqu'une place de Maître d'École de District sera vacante, +le Procureur-syndic de la Municipalité en donnera avis au +Procureur-syndic du Département. Le Directoire du Département nommera +à la place vacante, parmi tous les éligibles du Royaume. + +XI. + +Le Maître nommé recevra du Roi un brevet d'institution. Avant d'entrer +dans l'exercice de ses fonctions, il prêtera le serment civique entre +les mains de la Municipalité. + +XII. + +Nul ne sera Maître public dans les Écoles primaires ou de District +avant vingt-un ans. Nul ne sera Inspecteur des Études ou Principal, +qu'il n'ait été Professeur pendant cinq ans. + +XIII. + +A la prochaine organisation de l'éducation publique, les Maîtres +seront choisis de préférence parmi ceux qui sont présentement en +exercice. + +XIV. + +Ceux qui ne seroient pas employés, seront inscrits sur la liste des +éligibles. + +XV. + +Les Municipalités seront chargées de l'inspection et surveillance des +Écoles primaires, et les Directoires de District de la surveillance +des Écoles de District. + +XVI. + +Les Municipalités feront connoître au Procureur-syndic du District, et +les Directoires de District aux Procureurs-syndics des Départemens, +les plaintes faites contre les Maîtres pour fait de leur enseignement. +Ils ne pourront être destitués que par le Directoire du Département, à +la pluralité des trois quarts des voix, et après avoir été entendus. + + +DU TRAITEMENT DES MAÎTRES. + + Il a été décrété constitutionnellement que l'_instruction + publique seroit gratuite à l'égard des parties de + l'enseignement indispensable pour tous les hommes_. Ainsi + l'enseignement des Écoles primaires est une dette qui sera + acquittée entièrement par la Société. Si les Écoles de + District sont nécessaires à un grand nombre, elles ne sont pas + indispensables à tous. C'est assez pour la Société d'assurer + aux Citoyens, et de leur faciliter les moyens de cette + instruction. Les Maîtres des Écoles de District recevront donc + de l'État un traitement fixe, strictement nécessaire. Le + surplus sera acquitté par ceux qui auront intérêt à recevoir + cette instruction; de manière que cette partie du paiement, + variable à raison du nombre des Élèves, excite l'émulation des + Maîtres, et soit la récompense de leurs talens. + +ARTICLE PREMIER. + +Le traitement des Maîtres d'Écoles primaires sera gradué selon les +localités. Le _maximum_ sera de 1,000 liv., avec un local pour +l'école. Le _minimum_ sera de 400 livres. + +II. + +Le traitement des Maîtres d'Écoles primaires de Paris, sera de 1,000 +liv. + +III. + +Le traitement fixe, et le traitement variable des Maîtres d'École de +District de Paris, seront déterminés ainsi qu'il suit: + +Les Professeurs du cours de Grammaire recevront 1,400 l., et chaque +Écolier payera 24 livres par an. + +Les Professeurs du cours d'Humanités, ceux de grec, et de langue +vivante recevront 1,600 livres, et chaque Écolier payera 24 liv. + +Les Professeurs de Rhétorique et de Logique et ceux de Mathématiques +recevront 1,800 liv., et chaque Écolier payera 36 liv. + +IV. + +Le traitement fixe de l'Inspecteur ou Principal sera de 4,000 liv. + +V. + +Les Départemens proposeront la graduation du traitement fixe et +variable des Professeurs, et celui du Principal, d'après la population +et le mode indiqué pour la ville de Paris. L'état qu'ils auront dressé +sera envoyé par eux aux Commissaires de l'Instruction, pour être, sur +leur rapport, statué définitivement par l'Assemblée Nationale. + +VI. + +Tout Maître d'École primaire aura, après vingt ans d'exercice, son +traitement pour retraite. + +VII. + +Tout Maître d'École de District aura aussi pour retraite, après vingt +ans d'exercice, la totalité de son traitement fixe. + +L'Inspecteur des Études ou Principal aura pour retraite le même +traitement que les Professeurs de Rhétorique et de Mathématiques. + + * * * * * + + _Nota._ Il y aura à Paris quarante-huit Maîtres d'Écoles + primaires, à 1,000 livres 48,000 liv. + + Chacun des Collèges sera composé, + + D'un Inspecteur 4,000 + + D'un Maître de Mathématiques et de Physique 1,800 + + De deux Professeurs de Rhétorique et de Logique, + réunies 3,600 + + Deux Professeurs d'Humanités 3,200 + Deux Professeurs de Langues 3,200 + Deux Professeurs de Grammaire 2,800 + + Total 18,600 + + Et pour six Écoles de District 111,600 + + Total des Écoles primaires et de District 159,600 + + _Nota._ La seule Faculté des Arts de l'Université de Paris + recevoit 500,000 livres assignées sur les postes + indépendamment de 70,000 liv. de rente dont l'Université étoit + propriétaire. + + +RETRAITE DES PROFESSEURS ACTUELS. + + La nouvelle organisation de l'instruction publique laissera + sans fonctions des hommes estimables qui s'étoient voués aux + soins pénibles de l'enseignement. L'Assemblée Nationale, qui + sait apprécier leurs services, ne sera pas injuste à leur + égard. Quelques-uns touchent au terme qui leur donnoit droit + à une pension de retraite. Nous vous proposerons de les en + faire jouir dès-à-présent. D'autres en sont plus éloignés, et + pour ceux-ci, nous établirons un mode de traitement + proportionné à la durée de leurs services. Toutefois nous + observerons que la presque totalité pourra être employée dans + les nouvelles Écoles. + +ARTICLE PREMIER. + +Les Maîtres publics retirés avec la pension d'émérite, la conserveront +toute entière. + +II. + +Ceux qui sont encore en exercice et qui ont rempli le temps prescrit, +obtiendront en entier leur pension d'émérites. + +III. + +Les Professeurs actuels de l'Université de Paris, qui n'ont pas encore +atteint l'éméritat et qui ne seront pas employés dans l'enseignement +public, auront une pension de retraite fixée d'après les proportions +suivantes: + +Ceux qui ont moins de cinq ans d'exercice, auront 500 liv. + +Ceux qui ont plus de cinq ans et moins de dix ans d'exercice, auront +800 liv. + +Ceux qui auront plus de dix et moins de quinze ans d'exercice, auront +1,100 liv. + +Ceux qui ont plus de quinze ans d'exercice, auront 1,400 liv. + +IV. + +Les Professeurs de l'Université qui ont quitté leur chaire pour refus +de prestation de serment, auront une pension de 500 livres. + +V. + +Les Professeurs et Maîtres publics de tous les Départemens, qui ne +seront pas employés dans la nouvelle organisation publique, auront une +retraite graduée d'après le mode qui vient d'être établi. + +VI. + +Tous Officiers, Appariteurs, et autres personnes attachées aux +Universités, et dont les emplois sont supprimés, recevront une pension +ou une indemnité, d'après l'avis des Départemens, qui sera présenté +aux Commissaires de l'Instruction publique pour en être rendu compte à +l'Assemblée Nationale. + + +DES PENSIONNATS. + + Les pensionnats sont destinés à remplacer les soins de la + maison paternelle pour les enfans, à l'égard desquels les + occupations de leurs pères ne permettent pas de suivre les + détails journaliers de l'éducation; la société veut que les + enfans élevés dans les principes de l'égalité, habitués à + l'ordre et au travail, encouragés par l'émulation et + l'exemple, soient rendus à leur famille, tels qu'un père sage + auroit désiré les avoir formés lui-même. + +ARTICLE PREMIER. + +L'Inspecteur ou Principal chargé du maintien de la discipline, aura +soin que l'ordre établi par la loi soit invariablement observé par les +Maîtres et par les Élèves. + +II. + +Tous les soins de la recette et de la dépense seront confiés à un +Économe, qui rendra ses comptes tous les mois en présence de +l'Inspecteur ou Principal, et de deux membres de la Municipalité. Les +comptes seront vérifiés chaque année par le Directoire de District, et +arrêtés par le Directoire du Département. + +III. + +Tous les citoyens étant égaux devant la loi, il n'y aura aucune +distinction entre les enfans; soumis à la même règle, nourris à la +même table, ils seront élevés ensemble et par des maîtres communs. + +IV. + +Pour accoutumer les jeunes gens à connoître les convenances sociales, +à respecter leurs droits et leurs devoirs réciproques, on cherchera +les moyens de les associer en quelque sorte au gouvernement des +pensionnats, et de les faire concourir, par leurs volontés et leurs +jugemens, au maintien du bon ordre. Il sera composé par les +Commissaires de l'Instruction publique, un réglement pour parvenir à +ce but; mais ce réglement ne sera envoyé aux Départemens, que +lorsqu'ils auront jugé que les progrès de la raison et une éducation +plus soignée et mieux dirigée, en auront facilité l'exécution. + + + + +ÉCOLES DE DÉPARTEMENT. + +ÉCOLES POUR LES MINISTRES DE LA RELIGION. + + + L'Instruction réservée aux Ministres du culte, intéresse la + Nation par les nombreux rapports qu'elle peut avoir avec le + bien des Peuple. L'Assemblée Nationale veut que ceux qui se + destinent à cette profession, trouvent, dans les Écoles + publiques, l'enseignement le plus complet sur tout ce qui + appartient essentiellement à un Ministère de charité; mais + elle juge qu'il est de son devoir d'en écarter, avec soin, + tout enseignement qui ne seroit visiblement propre qu'à égarer + les esprits et à porter le trouble dans la société. + +ARTICLE PREMIER. + +Chaque Département jugera s'il lui est utile d'avoir un Séminaire +particulier, ou s'il n'est pas meilleur pour lui de s'associer, pour +ce genre d'instruction, à un Département voisin. + +Les Séminaires métropolitains pourront servir pour tous les Diocèses +de leur ressort. + +II. + +Il y aura dans chaque Séminaire deux Professeurs, dont les leçons +seront publiques et en françois: elles comprendront exclusivement, +1º. les titres fondamentaux de la Religion catholique puisés dans leur +source; 2º. l'exposition raisonnée des divers articles que doit +comprendre explicitement la croyance de chaque fidèle; 3º. le +développement de la morale de l'évangile; 4º. les lois particulières +aux Ministres du culte catholique; 5º. les principes, ainsi que les +objets habituels de la prédication; 6º. les détails appartenans à un +ministère de consolation et de paix, soit dans l'administration des +sacremens, soit dans le gouvernement des paroisses. + +L'enseignement complet ne durera pas plus de deux ans. + +III. + +Il y aura en outre un Supérieur, un Économe et un Suppléant, ou tout +au plus deux dans les grandes Villes. + +IV. + +Ils seront tous nommés par le Directoire du Département, conjointement +avec l'Évêque, et seront pris sur une liste d'éligibles, faite d'après +le mode déterminé pour les Écoles de District. + +V. + +Ils seront logés et nourris. Le _maximum_ de leur traitement sera de +1,000 liv., le _minimum_ de 600 liv. Les Professeurs recevront en +outre une rétribution annuelle des Élèves, qui nulle part ne pourra +excéder 24 liv. par an. Le supérieur aura 1,200 liv, de fixe, et 1,500 +liv. à Paris. + +VI. + +Les Professeurs qui ne voudroient pas être nourris dans le Séminaire, +auront les mêmes appointemens que les Professeurs de Logique des +Écoles de District. + +VII. + +Au bout de vingt ans ils obtiendront la pension d'émérite: elle sera, +pour les uns et les autres, de la totalité des appointemens fixes +attribués aux Professeurs externes. Dans le cas où, à cette époque, +ils accepteroient une place à appointemens, leur pension seroit +réduite, mais ne pourroit l'être de plus de moitié. + +VIII. + +Le Directoire du Département déterminera le prix de la pension que +payeront les Élèves qui voudront mener une vie commune dans le +Séminaire. + +IX. + +Les Supérieurs, Directeurs, Professeurs, Économes des Séminaires, +pourront être destitués par le Directoire du Département, mais +seulement à la majorité des trois quarts des voix. + +X. + +Toutes les anciennes chaires, Écoles, et facultés de Théologie et de +Droit-Canon sont supprimées. + +XI. + +Toutes les fondations de bourses, affectées à l'étude de la Théologie +et du Droit-Canon, seront regardées à l'avenir comme fondations +appartenantes à l'éducation en général, et suivront le sort des autres +bourses en tout ce qui sera décrété à cet égard par l'Assemblée +Nationale. + +XII. + +Et néanmoins tous ceux qui sont en ce moment légitimement pourvus +d'une bourse de Théologie, pourront continuer d'en jouir jusqu'à la +fin de leur nouveau cours d'études théologiques, s'ils n'aiment mieux +achever le temps qui leur restoit à courir dans tout autre cours de +science, auquel cas ils s'adresseront au Directoire du Département +dans lequel leurs bourses sont établies, pour faire autoriser cette +conversion. + +XIII. + +Quant aux Boursiers-Théologiens qui n'auront pas opté pour un autre +cours d'Études, ils seront tous réunis dans le Séminaire Métropolitain +du ressort où se trouvent leurs bourses. + +XIV. + +Tout établissement fondé pour l'enseignement de la Théologie, ou pour +réunir des Étudians en cette partie, lors même qu'il seroit régi par +des congrégations non supprimées, est converti en simple +établissement d'éducation. Les biens, revenus et maisons, formant +lesdits établissemens et tous autres vacans, seront provisoirement +administrés, ainsi que le sont les biens, revenus et maisons des +Collèges, sous la direction des administrations de Département. + +XV. + +Les Supérieurs, Directeurs, Professeurs et autres personnes employées +dans lesdits établissemens, soit qu'ils appartiennent aux Ordres +religieux abolis, ou à quelque Congrégation séculière non encore +supprimée, soit enfin qu'ils n'appartiennent à aucune Corporation, +auront droit à un traitement viager, qui sera proportionnellement +réglé par un Décret particulier. + +XVI. + +Le mode des épreuves, la nature et la durée des examens, l'ordre des +leçons, etc. comme aussi le traitement des Directeurs et Économe, +seront l'objet d'un réglement. + + + + +ÉCOLES DE MÉDECINE. + + + Le bien public, autant que l'intérêt de la science, demande + que les différentes parties de la Médecine, qui, jusqu'à ce + jour, ont été enseignées et pratiquées séparément, soient + réunies; que l'enseignement se fasse auprès des grands + rassemblemens de malades; qu'une instruction élémentaire et + préparatoire commence dans tous les Départemens, et qu'elle se + termine dans un petit nombre d'Écoles où l'enseignement sera + complet, et où la faculté de pratiquer la Médecine, dans tout + le Royaume, sera accordée, d'après des examens sévères sur le + savoir, et non sur le temps des études. + +ARTICLE PREMIER. + +Il sera établi en France quatre grandes Écoles nationales de l'art de +guérir, sous le nom de Collèges de médecine, dont l'un sera placé à +Paris un à Montpellier, un à Bordeaux et un à Strasbourg. +L'enseignement complet de la médecine, de la chirurgie et de la +pharmacie sera fait également dans ces quatre Collèges, par douze +Professeurs entre lesquels seront partagées toutes les parties +théoriques et pratiques de cet enseignement, conformément à l'état +ci-joint (page 162). + +II. + +A chacun des quatre Collèges de médecine, sera annexé un hôpital dans +lequel la médecine, la chirurgie et l'art des accouchemens seront +enseignés près du lit des malades. + +III. + +Il sera formé dans chaque Département, auprès des hôpitaux civils, +militaires et de la marine, des écoles secondaires de médecine, dans +lesquelles les Médecins attachés à l'hôpital enseigneront les élémens +de l'art de guérir; et les Pharmaciens, ceux de la pharmacie. + +IV. + +Il sera établi dans les hôpitaux, disposés pour l'enseignement, des +bourses pour défrayer entièrement ou en partie des Élèves choisis qui +seront employés dans l'hôpital à l'une des parties du service. Les +Départemens détermineront l'étendue et l'application de ce secours. + +V. + +Les chaires de toutes les écoles de médecine seront données au +concours: le mode de rénovation des maîtres sera déterminé par un +réglement particulier. + +VI. + +Le traitement de chacun des professeurs consistera, 1º. en +appointemens qui lui seront payés par le trésor public; 2º. en une +rétribution qui lui sera payée par chacun des Étudians qui voudra +suivre ses leçons. Un réglement particulier en déterminera la quotité. + +VII. + +Les Élèves seront absolument libres pour le lieu, l'époque, l'ordre, +la durée et le mode de leurs études. En conséquence ils ne seront +tenus ni à s'inscrire sous les différens Professeurs, ni à présenter +des certificats d'assiduité, mais tous ceux qui voudront exercer l'art +de guérir ou la pharmacie, subiront préalablement, dans un des quatre +Collèges de médecine, les épreuves déterminées pour l'une et pour +l'autre partie par le Corps législatif. + +VIII. + +Dans ces examens les Candidats répondront de vive voix aux questions +qui exigent des démonstrations, par écrit à celles qui n'en exigent +pas. + +IX. + +L'examen de Médecine pratique se fera dans l'Hôpital où l'École +Clinique aura été établie, et près du lit des malades sur l'état et +sur le traitement desquels l'Élève donnera par écrit son avis motivé. +Ce sera sur cet écrit qu'il sera jugé définitivement par les +Examineurs. + +X. + +Tout homme âgé de vingt-cinq ans, qui, dans ces preuves, aura été +reconnu capable d'exercer l'art de guérir, sera déclaré _Médecin_. + +XI. + +Sous cette dénomination de _Médecin_, seront compris à l'avenir tous +les individus qui étoient ci-devant désignés sous les noms de +_Médecins_ et de _Chirurgiens_; les études, les épreuves, les droits +et les devoirs seront les mêmes pour les uns et pour les autres, sans +aucune distinction quelconque. + +XII. + +Les Médecins reçus dans l'un des quatre grands Collèges, pourront +exercer la Médecine dans toute l'étendue de l'Empire François. Il +suffira qu'après avoir fait reconnoître leurs lettres de réception, +ils se fassent inscrire sur le registre de la Municipalité, dans le +ressort de laquelle ils se proposeront d'exercer leur art. Eux seuls +seront admissibles au titre et aux fonctions, soit publiques, soit +privées, de leur profession, pour l'enseignement, la pratique et les +rapports, dans tous les établissemens civils et militaires. + +XIII. + +Tous ceux qui, à l'âge de vingt-cinq ans, auront été trouvés capables +d'exercer la Pharmacie, seront déclarés _Pharmaciens_; ils pourront +seuls exercer cette profession dans toute l'étendue du Royaume. + +XIV. + +L'ordonnance et la vente des médicamens sont incompatibles; aucun +individu ne pourra, hors le cas de nécessité, joindre les fonctions de +Médecin à celles de Pharmacien. + +XV. + +Toute personne non reçue Médecin ou Pharmacien, dans un des grands +Collèges de Médecine, qui en prendra le titre dans un acte ou un écrit +quelconque, ou qui se permettra d'exercer habituellement la Médecine +ou la Pharmacie, sera punie d'une amende de cinq cents livres. + +XVI. + +Les réceptions seront gratuites. + +XVII. + +Les concours, les leçons, les examens, les réceptions, tous les actes +et tous les exercices des Écoles de Médecine, se feront publiquement +et en langue françoise. + +XVIII. + +Il sera établi dans un des hôpitaux de chaque Département, une école de +l'art des accouchemens, à laquelle seront appellées les Sages-femmes +des divers Départemens. + +XIX. + +Tout Corps de Médecine, de Chirurgie et de Pharmacie, connus sous les +noms de _Facultés_, de _Collèges_, de _Communautés_; toutes charges, +tous privilèges, relatifs à l'art de guérir ou à la Pharmacie, sont +supprimés, à dater du présent Décret; toutes réceptions de Médecins, +de Chirurgiens et de Pharmaciens sont interdites jusqu'à +rétablissement des nouvelles Écoles de Médecine. + +(On estime à-peu-près à 240,000 livres la dépense annuelle des quatre +Collèges de Médecine). + + _Nota._ Les formes des concours, des épreuves, des + réceptions, l'organisation des Écoles, l'ordre et la durée des + leçons, la division des parties d'enseignement entre les + Professeurs, la fixation de leur traitement particulier, + seront l'objet d'un Réglement. + + + + +TABLEAU + +_De l'enseignement qui sera fait dans chacun des quatre Collèges de +Médecine._ + + + 1º. Cours de Physique Médicale et d'Hygiène, + faits séparément un Professeur. + + 2º. Cours d'Anatomie et de Physiologie, + faits séparément un Professeur. + + 3º. Cours de Chimie un Professeur. + + 4º. Cours de Pharmacie-pratique. Ce + Cours très-détaillé sur la connoissance et + la préparation des drogues médicinales, sera + sur-tout nécessaire à l'instruction des Élèves + en Pharmacie. Il sera toujours fait par + un Pharmacien un Professeur. + + 5º. Cours de Botanique et de Matière + médicale, faits séparément un Professeur. + + 6º. Cours de Médecine théorique ou d'instituts, + comprenant la Pathologie, la Séméiotique, + la Nosologie et la Thérapeutique un Professeur. + + 7º. Cours d'Histoire de la Médecine, des + progrès de l'art, de la méthode de l'étudier; + Cours de Médecine légale, faits séparément un Professeur. + + 8º. Cours de Médecine-pratique des maladies + internes, fait, partie au lit des malades, + partie dans une salle voisine deux Professeurs. + + 9º. Cours de Médecine-pratique des maladies + externes, fait, partie au lit des malades, + partie dans une salle voisine deux Professeurs. + + 10º. Cours théorique et pratique d'accouchemens, + des maladies des femmes en couche, et de celles + des enfans un Professeur. + +Ce tableau est conforme à celui qui a été rédigé par le Comité de +Salubrité, et à celui qui a été présenté par le Comité de Médecine à +l'Assemblée Nationale, en 1790. (Voyez _Nouveau Plan de Constitution +pour la Médecine_, etc. pag. 19 et 20). + + +ÉCOLES POUR L'ENSEIGNEMENT DU DROIT. + + L'enseignement du Droit doit être tellement ordonné, qu'il + soit réparti, autant qu'il est possible, à des distances + égales, et dans des villes considérables: il doit être complet + dans son ensemble, distribué de manière que chaque Maître + atteigne plus facilement la perfection; que, parmi les Élèves, + ceux dont l'esprit conçoit rapidement le saisissent à-la-fois + tout entier; que ceux dont l'intelligence est plus lente, se + le partagent à leur gré dans un temps plus étendu; que, dans + les épreuves à subir par les aspirans, aucun intérêt ne laisse + de soupçon sur l'impartialité du jugement; que l'émulation des + Élèves multiplie leurs efforts au profit de la science, et que + leur réputation les désigne pour les places que distribue + l'estime publique. Nous proposons le projet de Décret suivant: + +ARTICLE PREMIER. + +Il y aura dix Écoles de Droit, chacune dans un chef-lieu de +Département[4]. + + [4] Ces écoles pourroient être placées à Paris, Rennes, + Strasbourg, Bourges, Dijon, Besançon, Bordeaux, Toulouse, + Lyon, Aix. + +II. + +Dans chaque École de Droit, il y aura quatre Professeurs, un de +constitution, qui enseignera en même-temps le droit naturel, un de +droit civil, un de droit coutumier, un de forme civile et criminelle. +A Paris, il y aura huit Professeurs, deux de chaque espèce. + +III. + +Les Législatures détermineront le temps où une partie de +l'enseignement sera changée, à raison des nouvelles lois qui auront +été faites. + +IV. + +Chaque Professeur donnera son cours entier en dix mois. Les leçons se +feront en françois. Elles auront lieu tous les jours, excepté les +dimanches et fêtes, et à des heures différentes. + +V. + +Les Professeurs seront choisis, la première fois par les Directoires +de Département, parmi les membres des Facultés de Droit actuellement +en exercice pour l'enseignement ou pour la collation des degrés. S'il +n'y en a pas qui puissent être choisis, le Directoire de Département +nommera un membre d'une autre Faculté de Droit, ou enfin pourra +choisir des hommes de loi. Dans la suite, quand il viendra à vaquer +des chaires, le choix sera fait, parmi les hommes de loi, par les +Directoires de Département, conjointement avec les Professeurs de +Droit. Il sera pourvu de la même manière à la nomination des +suppléans. + +VI. + +Pour destituer un Professeur de Droit, il faudra les trois quarts des +voix de tout le Directoire du Département. + +VII. + +Le traitement des Professeurs de Droit sera en partie fixe et en +partie casuel. Le traitement fixe sera payé tous les trois mois, par +le Trésorier public; le traitement casuel, tous les mois, par chaque +Étudiant. A Paris, le fixe annuel sera de trois mille livres; le +casuel, par mois, de douze livres; dans les autres villes de +Département, le fixe, de deux mille quatre cents livres, le casuel, de +neuf livres. + +VIII. + +Les membres ci-dessus désignés des Écoles de Droit, qui ont maintenant +ou qui auront servi vingt ans dans les Écoles, auront l'éméritat, et, +pour pension de retraite, les deux tiers du traitement fixe marqué +ci-dessus. Ceux qui auront maintenant plus de quinze ans d'exercice, +et qui ne seront pas conservés, seront, pour cette fois seulement, +regardés comme émérites. + +IX. + +Les membres des Facultés de Droit qui ne seroient pas employés dans la +nouvelle organisation, s'ils ont de dix à quinze ans de service, +recevront les trois cinquièmes du traitement fixe, de cinq à dix ans +la moitié, et au-dessous les deux cinquièmes[5]. + + [5] Ces retraites ne paroîtront pas trop fortes, + lorsqu'on pensera qu'elles ne sont calculées que sur un + traitement fixe qui est fort inférieur à l'ensemble des + émolumens dont jouissent les membres des Facultés de Droit. + Les chaires de Paris rapportoient 8 à 9,000 livres; l'éméritat + n'est calculé que sur 3,000 liv. + +X. + +Le traitement, ou la retraite des Officiers attachés aux Écoles de +Droit, sera réglé par la Législature suivante, sur la demande des +Directoires de Département. + +XI. + +Pour acquérir la qualité d'_homme de loi_, il faudra être reçu après +un examen sur toutes les matières de l'enseignement du Droit. L'examen +sera gratuit. + +XII. + +L'examen se fera en public; le Candidat sera interrogé par les +Professeurs et par les Étudians. + +XIII. + +Les suffrages seront donnés au scrutin par les Professeurs. Il faudra, +pour être admis ou refusé, la pluralité des suffrages. Si le Candidat +est admis, il lui sera délivré une Patente d'_Homme de loi_, signée +des Professeurs de Droit, et scellée du sceau du Département. Si le +Candidat est refusé, il pourra se représenter dans la même Faculté, ou +dans un autre à son choix. + +XIV. + +Lorsqu'il se présentera, le Candidat sera interrogé en public par les +Professeurs, conjointement avec quatre hommes de loi nommés par le +Département, lesquels auront suffrage au scrutin avec les Professeurs. + +XV. + +Celui qui sera refusé dans ce second examen, ne pourra se représenter +à un troisième, qu'il n'ait suivi assiduement le cours entier des +quatre Professeurs dans une École de Droit quelconque; alors il +subira, dans l'École qu'il choisira, ce troisième examen, suivant la +forme prescrite pour le second. Cette troisième fois, s'il est refusé, +il ne pourra plus se représenter. + +XVI. + +Afin qu'un Candidat non admis dans un Département, ne subisse pas dans +un autre une épreuve du même genre que celle d'après laquelle il aura +été rejetté, chaque École de Droit tiendra un registre où seront +marqués les admissions et les refus. Un relevé de ce registre sera +envoyé, tous les mois, à Paris, aux Commissaires de l'Instruction +publique, lesquels adresseront, s'il y a lieu, un certificat portant +que le récipiendaire a subi le genre d'examen auquel il étoit tenu de +se présenter. + +XVII. + +Dans les quinze derniers jours de l'année scholastique, les Étudians +en Droit non reçus _Hommes de loi_, ou reçus dans le cours de l'année, +pourront se présenter à l'École de Droit, pour subir l'épreuve +suivante, que l'on appellera _licence en Droit_. Chacun des Candidats, +à son tour qui sera réglé par le sort, soutiendra, en public, un +examen, dans lequel les concurrens lui feront, sur la manière de +l'enseignement, les questions qu'il leur plaira de proposer. Les +Professeurs seront juges, et après en avoir conféré entre eux et pris +pour arrêté l'avis de la majorité, ils proclameront la moitié des +Candidats la plus méritante, et marqueront l'ordre que chacun aura +obtenu dans leur estime. Ce tableau des places sera exposé, pendant +vingt ans, dans l'École de Droit, dans les Tribunaux de Districts du +Département, dans les salles des assemblées primaires, dans celles +des Électeurs, et transcrit, au Département dans un registre +particulier que tous les citoyens pourront toujours consulter. + +Chaque Département enverra, au Commissaire du Roi chargé des Écoles de +Droit,[6] le nom du premier de la licence. Le Commissaire du Roi fera +une liste générale des premiers de licence en Droit dans le Royaume; +il l'adressera à tous les Départemens, pour qu'elle y soit affichée, +pendant vingt ans, dans un tableau particulier. Il sera tenu de la +présenter au Ministre de la Justice, lorsqu'il y aura des nominations +à faire par le Roi, pour le service des Tribunaux. + + [6] Il y a, dans le Royaume, vingt Facultés de Droit. + Celle de Paris, à raison du nombre des individus qui la + composent, équivaut à trois. Sous ce rapport, on peut supposer + vingt-deux facultés. Chacune, l'une dans l'autre, peut être + évaluée à six personnes, en tout, cent trente-deux. Le + vingtième à-peu-près de ces personnes n'a pas prêté le + serment. En outre, le vingtième des places sont vacantes. + Ainsi restent environ cent vingt personnes en activité. + + +_Traitement._ + +Dans la nouvelle organisation, il y a neuf Écoles de Droit à quatre +Professeurs chacune: Paris en a huit, ce qui fait en tout +quarante-quatre. + + Paris, huit fois 3,000 livres 24,000 liv. + + Les autres Écoles, neuf fois 2,400 livres, multipliées + par quatre 86,400 + + Le traitement des Officiers-appariteurs pourra + être évalué à 5,000 + + Total des traitemens 115,400 + + +_Retraite._ + +Du nombre total de cent vingt individus qui composoient les Facultés +de Droit dans l'état passé, retranchant les quarante-quatre qui feront +le service des nouvelles Écoles, il resta soixante-seize personnes non +employées. + + Sur ce nombre, vingt-cinq au moins ont droit à + la vétérance. Paris lui seul en a huit; à 2,000 liv. 16,000 + + Les autres Facultés, dix-sept à 1,600 livres 27,200 + + La retraite des Officiers vétérans de ces Facultés + pourra être estimée à 3,000 + + Total pour les vétérans 46,200 + +Les personnes qui n'ont pas la vétérance sont, d'après ce calcul, au +nombre de cinquante-une. + + Le choix des Départemens, pour former les + nouvelles Écoles, tombera naturellement sur les + personnes de moyen âge: celles qui ne seront + pas placées se trouveront dans la classe de la moindre + ancienneté pour le service: elles auront entre + la moitié et les deux cinquièmes du traitement. + Évaluant, l'un dans l'autre, la part de chacun à + 1,000 livres, on a pour résultat 51,000 + + La retraite pour les Officiers non-vétérans pourra + s'estimer 3,000 + + Total présumé des retraites 100,200 + + + + +ÉCOLES MILITAIRES. + + + Les Écoles Militaires ont pour objet de former des hommes de + guerre pour un Pays libre, des Chefs-Citoyens, des Soldats + subordonnés; de placer à côté de l'armée de grandes pépinières + où elle puisse toujours trouver des sujets déjà capables d'une + utile activité, et par-là d'ouvrir la carrière militaire à + toutes les classes de Citoyens, en offrant à leur disposition + les études nécessaires pour obtenir les premiers grades + d'Officiers. + + Leurs moyens sont une instruction commune sur les élémens de + toutes les connoissances qui se rapportent à l'art de la + guerre, la pratique de tous les exercices et de tous les + devoirs que commande cette profession, la surveillance active + d'anciens Officiers, qui, dans cette même profession, ont bien + mérité de leur Patrie; enfin, tous les ressorts de l'émulation + et toute l'influence des bons exemples. + +ARTICLE PREMIER. + +Il sera établi dans chacune des vingt-trois Divisions militaires, une +École de Division qui sera commune à tous les Départemens dont se +compose la même Division. On y recevra les sujets que leurs parens +destinent à devenir Officiers, et qui n'auront ni moins de 14 ni plus +de 16 ans. Ils y feront pendant deux ans les études nécessaires pour +acquérir les premières connoissances militaires; on leur enseignera le +maniement des armes, les Langues allemande et angloise, le Dessin, les +Élémens de Mathématiques appliqués à l'art de la Guerre, la +Géographie, l'Histoire, et sur-tout un Catéchisme de Morale social et +politique, dans lequel seront exposés les droits et les devoirs de +l'homme en société relativement à l'État et à ses semblables les +Devoirs de l'homme de Guerre relativement à ses chefs et ses +subordonnés. + +II. + +Il sera établi six grandes Écoles militaires pratiques dans les Places +frontières, les plus importantes. Les jeunes gens de l'âge de 16 ans +qui auront suivi l'École de Division pendant deux années, seront admis +dans celles-ci par la voie du concours. Ils y répéteront pendant deux +autres années leurs premiers cours d'étude avec plus d'étendue et de +développement: on leur expliquera un traité de fortification, les +élémens de l'artillerie, et ils seront en outre exercés à la pratique +de tous les détails et de tous les devoirs militaires. En conséquence +il sera entretenu gratuitement dans chacune des grandes Écoles un +nombre suffisant d'élèves pour former un Régiment. Ces élèves seront +nommés par les Départemens à proportion de ce que chacun d'eux fournit +communément, de Soldats à l'armée, et choisis de préférence parmi les +enfans d'anciens Soldats, et les pauvres Orphelins. + +III. + +Ces grandes Écoles seront toujours établies dans un corps de caserne, +qui n'aura point de communication immédiate avec un autre. Le Régiment +composé des Élèves qui seront répartis dans les différentes +Compagnies, soit comme Officiers, soit comme Soldats, et commandés +par d'anciens Officiers de Troupes de ligne, qui seront susceptibles +des grades supérieurs, y fera le service intérieur; comme dans une +Place de Guerre, et devra même concourir plusieurs jours de l'année au +service de la Place avec le reste de la Garnison. + +IV. + +Les détails de l'organisation de ces différentes Écoles, et les règles +suivant lesquelles les Élèves en sortiront, pour entrer dans les +Troupes de ligne, appartenans au système militaire, seront déterminés +par des lois particulières. + + + + +INSTITUT NATIONAL. + +PROJET DE DÉCRETS. + + +ARTICLE PREMIER. + +Les Académies et Sociétés savantes entretenues aux frais du Trésor +public, les Chaires établies à Paris, au Jardin du Roi, au +Collège Royal, à celui de Navarre, à l'Hôtel des Monnoies, au Louvre, +au Collège des Quatre-Nations pour l'enseignement de la Littérature, +des Mathématiques, de la Chimie et de quelques parties de la Physique, +de l'Histoire Naturelle, et de la Médecine, seront supprimées, et il y +sera suppléé comme il suit: + +II. + +Il sera établi à Paris, un grand _Institut_ qui sera destiné au +perfectionnement des Lettres, des Sciences et des Arts. + +III. + +Cet Institut sera composé de l'élite des hommes reconnus pour être les +plus distingués dans tous les genres de savoir, et dont les uns se +réuniront à des jours marqués pour conférer ensemble sur la manière +de hâter les progrès de leurs travaux, tandis que les autres +enseigneront ces divers Arts ou Sciences à ceux qui désireront +s'instruire dans ce que ces connoissances offrent de plus difficile et +de plus élevé. + +IV. + +L'Institut national sera divisé en deux grandes sections, dont chacune +sera composée de dix classes. + +V. + +L'une de ces sections, qui sera celle des Sciences philosophiques, des +Belles-Lettres et des Beaux-Arts, comprendra 1º. la Morale; 2º. la +science des Gouvernemens; 3º. l'Histoire et les Langues anciennes et +les antiquités; 4º. l'Histoire et les Langues modernes; 5º. la +Grammaire; 6º. l'Éloquence et la Poësie; 7º. la Peinture et la +Sculpture; 8º. l'Architecture-décorative; 9º. la Musique; 10º. l'Art +de la déclamation. + +VI. + +L'autre section, qui sera celle des Sciences mathématiques et +physiques et des Arts, comprendra; 1º. les Mathématiques et la +Mécanique; 2º. la Physique; 3º. l'Astronomie; 4º. la Chimie et la +Minéralogie; 5º. la Zoologie et l'Anatomie; 6º. la Botanique; 7º. +l'Agriculture; 8º. l'Art de guérir; 9º. l'Architecture sous le rapport +de la construction; 10º, les Arts. + +VII. + +Les personnes attachées aux six premières classes de la section des +Sciences philosophiques, des Belles-Lettres et des beaux Arts, savoir: +de la Morale, de la Science des Gouvernemens, de l'Histoire tant +ancienne que moderne, de la Grammaire, de l'Éloquence et de la Poësie, +se rassembleront pour s'organiser et tenir des séances en commun. + +VIII. + +De même les personnes composant les six premières classes de la +section des Sciences Mathématiques et Physiques et des Arts, savoir: +les classes de Mathématiques et de Mécanique, de Physique, +d'Astronomie, de Chimie et de Minéralogie, de Zoologie et d'Anatomie +et de Botanique, se réuniront pour s'organiser ensemble et tenir des +séances en commun. + +IX. + +Chacune des quatre dernières classes des deux sections, savoir: dans +l'une, la Peinture et la Sculpture, l'Architecture-décorative, la +Musique, l'Art de la déclamation; et dans l'autre, l'Agriculture, +l'Art de guérir, l'Architecture-construction et les Arts, tiendra des +séances particulières. + +X. + +Néanmoins aux séances particulières de ces huit classes, seront +admises, comme membres intimes, les personnes attachées à celles des +six premières classes des deux sections qui auront des rapports +directs avec leurs travaux; c'est-à-dire, que les membres des classes +de Poësie, d'Histoire et d'Anatomie seront admis aux séances de la +classe de Sculpture et de Peinture; que ceux de la classe +d'Architecture décorative le seront aux séances de la classe +d'Architecture-construction; que ceux de la classe d'Éloquence et de +Poësie, seront reçus dans celles de la classe de Déclamation; que ceux +des classes de Botanique et de Chimie le seront dans celles de la +classe d'Agriculture; que ceux des classes de Chimie, d'Anatomie et de +Botanique le seront dans celles de la classe de l'Art de guérir; que +ceux de la classe de Mathématiques et de Mécanique le seront dans +celles de la classe d'Architecture considérée sous le rapport de la +Construction; et que ceux des classes de Mécanique, de Physique, de +Chimie et de Botanique le seront dans celles de la classe des Arts. + +XI. + +Chacune de ces Divisions ou Classes sera dirigée dans ce qui sera +commun à toutes, c'est-à-dire, pour ce qui concernera la tenue des +assemblées, les fonctions des Officiers, le choix des membres, les +travaux en général et l'Administration des fonds, par un Réglement +commun que le comité central, dont il est parlé dans l'article 37, +rédigera. De plus chacune aura, pour ce qui sera relatif à ses +occupations et fonctions propres, un réglement particulier. + +XII. + +Il n'y aura dans ces Divisions ou classes des deux Sections de +l'Institut National aucun office perpétuel. Le Directeur sera élu au +Scrutin pour une année. La majorité absolue sera nécessaire dans cette +élection. Le Secrétaire sera élu de même, mais pour dix années +seulement, après lesquelles il sera procédé à une nouvelle élection. +L'ancien Secrétaire pourra être élu de nouveau. + +XIII. + +Il régnera parmi tous les Membres de l'Institut National une parfaite +égalité. Chacun d'eux aura le droit d'assister aux séances ou +exercices de toutes les Divisions ou Classes qui le composent. Il y +aura même pour eux des places marquées; mais ils n'auront voix +délibérative que dans celle des Divisions ou Classes auxquelles ils +appartiendront, comme membres intimes. + +XIV. + +Les élections des membres de l'Institut seront faites au scrutin et à +la majorité absolue des suffrages, soit dans chacune des deux +Divisions formées des six premières classes de chaque Section, soit +dans chacune des huit autres classes qui s'assemblent séparément, sans +que ces élections aient besoin, pour être valables, d'être confirmées. +Le Roi fera délivrer une patente aux nouveaux reçus pour constater +leur nomination. + +XV. + +Un mois avant de procéder à l'élection, il sera fait par les divisions +ou classes, dans la Section de laquelle la place sera vacante, une +liste d'éligibles, qui demeurera affichée dans les salles d'assemblée +jusqu'au jour de l'élection. Dans la Section des sciences +Mathématiques et Physiques, la principale division et les quatre +autres classes seront autorisées à faire réciproquement des listes +d'éligibles lorsqu'il vaquera une place; dans l'une d'elles. Dans la +Section des sciences Philosophiques, des Belles-Lettres et des Beaux +Arts, les deux dernières classes ne feront point de liste d'éligibles +pour la division où les six premières classes seront réunies. + +XVI. + +Le nombre des membres de chaque division ou classe de l'Institut, sera +fixé comme il suit. + +La première division formée des six premières classes de la Section +des sciences Philosophiques, belles Lettres et Beaux Arts, sera +composés de 64 Membres; savoir, de 8, pour la classe de Morale; de 8, +pour celle de la science des Gouvernemens; de 12, pour la classe +d'Histoire, des Langues anciennes et des antiquités, de 12, pour celle +de l'Histoire et des Langues modernes; de 8, pour la classe de la +Grammaire; et de 16, pour celle d'Éloquence et de Poësie. + +La seconde division formée des six premières classes de la Section des +sciences Mathématiques et Physiques et des Arts, sera également +composée de 64 Membres; savoir, de 16, pour la classe de Mathématiques +et de Mécanique; de 8, pour celle de Physique; de 8, pour celle +d'Astronomie; de 12, pour la classe de Chimie et de Minéralogie; de +12, pour la classe de Zoologie et d'Anatomie; et de 8, pour celle de +Botanique[7]. + + [7] L'inégalité du nombre des membres de chacune des + classes dans ces deux grandes sections de l'Institut, a paru + nécessaire: 1º. parce que tous les genres d'étude et de savoir + ne sont pas également utiles et ne doivent pas être également + cultivés; 2º. parce que certains ordres de connoissances + n'existant que dans l'Institut, il a paru convenable de + chercher à les y multiplier. L'Algèbre et la Géométrie + transcendante sont dans ce cas. D'autres parties, telles que + la Chimie, l'Anatomie, etc. trouveront ailleurs des + encouragemens. + + Cette inégalité des membres de chacune des classes est + d'ailleurs sans inconvénient: 1º. parce que les pensions + seront dorénavant distribuées à raison de l'ancienneté, + considérée dans toute l'étendue de la division ou classe; 2º. + parce que, dans aucun cas, les classes de la Section n'auront + à se contrebalancer entre elles. + +La classe d'Agriculture sera composée de 60 membres. + +La classe de l'Art de guérir sera composée des personnes les plus +habiles dans les différentes parties de cet Art, c'est-à-dire, dans la +Médecine, dans la Chirurgie, dans la Pharmacie et dans l'Art +Vétérinaire; elle sera formée de 60 membres, dans les proportions +suivantes. Il y aura trois cinquièmes de Médecins, un cinquième de +Chirurgiens, et un cinquième de Pharmaciens et de Médecins +Vétérinaires. + +XVII. + +Les divisions ou classes qui auront le perfectionnement de l'Histoire +Naturelle, de la Physique et de la Médecine pour objet, publieront +annuellement les recueils de leurs mémoires, et elles entretiendront +avec les Savans, soit Règnicoles dans les 83 Départemens, soit +Étrangers, une correspondance exacte et suivie, dans l'intention de +recueillir les découvertes utiles à l'humanité. + +XVIII. + +Les classes de Peinture et de Sculpture, celles +d'Architecture-décorative et d'Architecture-construction, celle des +Arts Physiques et Mécaniques, celle de Musique et de Déclamation, +formeront des Écoles élémentaires, dont les Maîtres, en même-temps +qu'ils se réuniront, pour traiter de leur Art, seront occupés du soin +de former des Élèves. Ces Écoles seront organisées à-peu-près sur le +même plan que les Écoles de Peinture et de Sculpture actuelles, avec +des changemens et des modifications qui seront proposés par ceux que +l'opinion publique a fait connoître comme les plus habiles dans les +différens Arts dont il s'agit. + +XIX. + +Les divisions ou classes de l'Institut national rendront compte à +chaque législature; 1º. De leurs travaux annuels, des progrès de l'art +ou de la science dont elles seront occupées, et de la part, qu'elles y +auront eue; 2º. Du choix de leurs membres et des motifs qui les auront +déterminées dans leurs choix. + +XX. + +Les fonds dont chaque division ou classe de l'Institut pourra +disposer, seront remis à un Trésorier qui sera choisi parmi les +membres de la division ou classe, à laquelle il rendra ses comptes +deux fois l'année. L'élection du Trésorier se fera au scrutin et à la +majorité absolue. Cette élection aura lieu tous les quatre ans. + +XXI. + +Les fonds attribués aux différentes divisions ou classes, devront +servir à payer; 1º. les frais des séances, de la correspondance et du +secrétariat; 2º. à payer les frais des expériences, recherches et +travaux divers; 3º. à stipendier une partie des membres de chaque +division ou classe: le tout conformément au tableau ci-joint. + + + + +TABLEAU + +_De la distribution des fonds._ + + +En rédigeant le tableau des fonds qu'on présente ici, on n'a fait +presque aucun changement dans la distribution adoptée par les +Académies actuelles. Lorsque les Sections de l'Institut seront +formées, leurs besoins seront mieux connus; et le Comité d'Instruction +dont il est parlé article LII, en donnera un état plus exact et mieux +motivé qu'on ne pourroit faire ici. + +1º. Pour les six premières classes de la première Section de +l'Institut. + + Le revenu actuel de l'Académie Françoise est de 25,217 l. + + Celui de l'Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres, + de 43,908 + + Total 69,125 + +On propose d'attribuer ce revenu à la division formée des six +premières Classes de la Section des Sciences Philosophiques, des +Belles-Lettres et des beaux Arts. + +Une addition peu considérable pour les classes de Morale et de +Politique qui sont nouvelles, suffiroit pour achever le traitement de +cette première partie de l'institut. On peut croire que ce seroit +assez de 75,000 livres pour les pensions et autres dépenses: il n'y +auroit donc qu'une addition de 5,875 liv. à faire pour cet objet. + +2º. Pour la septième classe de la première Section. + +La classe de la Peinture et de la Sculpture, ne demande pour tous ses +travaux et pour tous les frais de l'École, soit à Paris, soit à Rome, +que la somme de 110,830 liv. + +3º. Pour la huitième classe de la première Section. + +La classe d'Architecture décorative demande un revenu annuel de 31,000 +liv. + +4º. Pour les classes neuvième et dixième de la première Section. + +On ne peut savoir d'une manière précise qu'après la formation de ces +classes, ce qu'elles pourront demander; mais cette dépense ne peut +être considérable. + +5º Pour les six premières classes de la première Section de +l'Institut, + + le revenu actuel de l'Académie des Sciences + est de 93,458 l. 10s. + + Cette somme sera attribuée à la division formée + des six premières classes de la Section des + Sciences Mathématiques, et Physiques et des + Arts, comme il suit: + + Pour huit pensions de 3,000 liv 24,000 + + Pour huit pensions de 1,800 liv 14,400 + + Pour seize pensions de 1,200 liv. 19,200 + + Pour le Secrétaire 3,000 + + Pour le Trésorier 3,000 + + Écritures 600 + + Dépenses courantes 1,600 + + Frais d'expériences et prix 27,658 + + Total 93,458 + +6º. Pour la septième classe de la Section seconde. + +La Société d'Agriculture qui formera la septième classe de la Section +seconde, demande un revenu annuel de 25,000 liv. + +7º. Pour la huitième classe de la Section seconde. + +Le revenu actuel de la Société de Médecine est de 36,200 livres. + +En adjoignant à la classe de l'art de guérir, 1º., des Chirurgiens; +2º. des Pharmaciens; 3º. des Vétérinaires; 4º. un Hôpital, dont les +Officiers de santé seront choisis parmi les Membres de cette classe, +on propose de porter son revenu à 46,000 livres, qui suffiroient pour +toutes les dépenses, et qui seroient distribuées comme il suit: + + Au Secrétaire 3,000 + + Au premier commis 1,800 + + Au second commis 1,000 + + Frais de Bureaux, de correspondance, de Séances + particulières et publiques 3,000 + + Frais d'expériences et de recherches. 8,000 + + Prix 3,200 + + En pensions 26,000 + + Total 46,000 + + _Nota._ Les fonds de l'Académie Royale de Chirurgie, qui doit + être réunie à la Société de Médecine pour former la huitième + classe de la seconde Section, pourront être employés en + déduction de la somme précédente. + +8º. Pour les neuvième et dixième classes de la seconde Section. + +On ne peut, avant que ces deux classes soient formées, donner un +tableau de leurs dépenses. + +XXII. + +Les chaires annexées à l'Institut national pour l'enseignement de ce +qu'il y a de plus transcendant et de plus élevé dans les connoissances +humaines, seront les suivantes: + + 1º. Pour la logique, la morale et la science + des Gouvernemens deux chaires. + + 2º. Pour l'histoire et les langues anciennes + et pour les antiquités deux chaires. + + 3º. Pour l'histoire et les langues modernes, + pour l'histoire de France, pour l'étude des titres + diplômes et médailles deux chaires. + + 4º. Pour la Grammaire une chaire. + + 5º. Pour l'instruction des sourds et muets une chaire. + + 6º. Pour celle des aveugles une chaire. + + 7º. Pour l'éloquence et la poësie deux chaires. + + 8º. Pour les Mathématiques et la Mécanique + considérées dans toute leur étendue trois chaires. + + 9º. Pour la Physique expérimentale une chaire. + + 10º. Pour l'Astronomie une chaire. + + 11º. Pour la Chimie, la Minéralogie, la Métallurgie + et la Chimie des Arts deux chaires. + + 12º. Pour la Géographie souterraine, etc. une chaire. + + 13º. Pour la Zoologie, c'est-à-dire, pour la + connoissance de toutes les classes d'animaux trois chaires. + + 14º. Pour l'Anatomie humaine et comparée, + et pour la Physiologie expérimentale deux chaires. + + 15º. Pour la Botanique une chaire. + + 16º. Pour l'Agriculture, c'est-à-dire, pour + l'Économie rurale et domestique et pour la + Botanique des Arts deux chaires. + + 17º. Pour l'enseignement de ce qui concerne, + 1º. la nature et le traitement des épidémies; + 2º. les épizooties; + 3º. les divers objets de salubrité publique trois chaires. + + 18º. Pour l'enseignement des Beaux-Arts et + des Arts mécaniques, dont les écoles seront + annexées à l'Institut[8] chaires. + + [8] On laisse ce nombre indéterminé, parce que plusieurs + de ces écoles ne sont pas encore établies, et que toutes + celles qui existent, doivent subir une réforme; mais ces + chaires, destinées à un enseignement élémentaire, sont d'une + nature tout-à-fait différente de celles dont il est parlé plus + haut. + +XXIII. + +Avant de procéder à l'élection des Professeurs, et en se conformant à +tout ce qui est prescrit par l'article XV pour l'élection des membres, +il sera fait une liste d'éligibles, lesquels seront indiqués, soit +parmi les membres eux-mêmes, soit hors de l'Institut; et un mois après +il sera procédé au scrutin dans la division ou classe ayant pour objet +l'art ou la science qu'il s'agira d'enseigner. La majorité absolue des +suffrages sera nécessaire dans cette élection. + +Le Roi fera délivrer des patentes aux sujets élus, et les divisions ou +classes de l'Institut rendront compte à chaque Législature des motifs +qui les auront déterminées dans le choix des Professeurs. + +XXIV. + +Ces élections des Membres et des Professeurs de l'Institut, ne seront +faites par ces divisions ou classes que pendant la session de la +Législature, dont la surveillance rendra les divisions ou classes de +l'Institut plus attentives à n'avoir égard qu'au seul mérite dans leur +choix; en conséquence, s'il vaque une place de Professeur dans un +autre temps que dans celui de la session de la Législature, afin que +le service public n'en souffre point, la division ou classe à laquelle +la chaire vacante sera annexée, chargera _provisoirement_ l'un de ses +Membres de remplir les fonctions de cet enseignement. + +XXV. + +La durée du Professorat sera de dix années, après lesquelles il sera +procédé à une nouvelle élection, dans laquelle l'ex-Professeur sera +éligible. + +XXVI. + +Chacun des Professeurs enseignera pendant neuf mois de l'année, en +faisant trois leçons dans chaque semaine; il se prêtera à toutes les +explications qui lui seront demandées par les Élèves qu'il formera +plus sûrement encore dans des entretiens familiers que dans des +Écoles: l'intention de l'Assemblée Nationale étant d'applanir, le plus +qu'il lui sera possible, les difficultés sans nombre qui se présentent +dans cette partie de l'instruction publique. + +XXVII. + +Les Professeurs élus se soumettront à ne faire chez eux aucun +enseignement particulier sur le sujet qui doit être celui de leur +cours public, dans lequel ils ne pourront jamais se faire remplacer +que pour un temps très-court, et pour les motifs les plus pressans; il +ne leur sera en conséquence jamais nommé de survivancier, ni +d'adjoint. + +XXVIII. + +L'un des Hôpitaux de la Capitale sera annexé à la classe de l'art de +guérir, qui nommera, suivant la forme d'élection déjà prescrite, +article XV, un Médecin, un Chirurgien et un Pharmacien pour le +desservir. Dans cet Hôpital seront faits, avec tout le soin et la +prudence possibles, et toujours d'après l'avis de la majorité absolue +de la classe, les recherches et observations propres à hâter les +progrès de cet art. + +La classe d'Agriculture sera également mise en jouissance d'un +terrein situé près de Paris, lequel dépendra du Jardin des Plantes, et +où elle pourra faire ses essais et ses travaux[9]. + + [9] C'est principalement pour cultiver les plantes dont + elle envoie les graines comme essais aux Départemens, que la + classe d'Agriculture a besoin de cet emplacement, qui ne devra + pas être bien considérable. + +XXIX. + +Les honoraires attachés à chaque Chaire seront de 4,000 l., +indépendamment de frais d'expérience et de travaux, auxquels il sera +pourvu séparément par le Trésor public. + +XXX. + +A l'Institut national seront annexés tous les établissemens publics +relatifs aux Lettres, aux Sciences et aux Arts, ainsi toutes les +Bibliothèques publiques, le _Musæum_, les diverses collections de +machines, d'instrumens de physique et d'astronomie, de chirurgie, de +matière médicale, de médailles, de statues, de tableaux, les jardins +de botanique, etc. lesquels sont dans le domaine de la Nation, seront +attachés à cet Institut, qui n'appartenant lui-même à aucun +Département, mais étant un centre unique d'émulation et de travail, ne +sera occupé que du soin de recueillir et de répandre sur toutes les +parties de l'Empire les connoissances utiles à la culture des Arts et +au perfectionnement de l'esprit. + +XXXI. + +Parmi les divers établissemens qui doivent être en rapport avec les +classes de l'Institut, il en est qui conviennent à toutes, tels que +les Bibliothèques publiques; il en est qui ne conviennent qu'à +certaines classes en particulier: tels sont le Jardin des Plantes, qui +doit être en relation avec les classes de botanique, d'agriculture et +de l'art de guérir; les divers _Musæum_ d'Histoire naturelle, qui +doivent principalement servir aux travaux des classes de Minéralogie, +de Botanique, de Zoologie, d'Anatomie et de l'Art de guérir; les +collections des Machines, qui doivent servir à ceux des classes et des +écoles de Mécanique et des Arts; le Cabinet de Physique, qui concerne +l'école et la classe de Physique expérimentale; celui d'Anatomie, +l'arsenal de Chirurgie, et une collection d'Animaux vivans, qui +concernent les classes de Zoologie, d'Anatomie et de l'Art de guérir; +les différens Observatoires, qui doivent servir à la classe et à +l'école d'Astronomie; les collections de Modèles, de Médailles, de +Bustes, de Statues, les galeries de Tableaux, qui serviront aux +travaux, des classes et des écoles d'Histoire, de Peinture, de +Sculpture et d'Architecture. + +XXXII. + +La disposition de ces diverses collections sera faite d'après les +plans fournis par les classes respectives de l'Institut. Des +Directeurs responsables[10], choisis parmi les gens de l'Art, +membres, ou non, de l'Institut, seront nommés par le Roi, dont les +Commissaires prendront toutes les mesures possibles, pour que les +membres de l'Institut y soient, ainsi que le public, reçus de manière +à y suivre facilement leurs travaux. + + [10] Ainsi, chaque établissement relatif aux Sciences et + aux Lettres, et destiné à la conservation, soit des livres et + manuscrits, soit des médailles, soit des tableaux et statues, + soit des divers morceaux d'Histoire naturelle, d'Anatomie, + etc., etc., sera confié à des Directeurs responsables, qui + administreront sous la surveillance d'un des Commissaires du + Roi, dont il est parlé article XLIII et XLIV. + +XXXIII. + +Tous les établissemens publics, relatifs à ceux-ci, appartenans +également à la Nation, et placés dans les quatre-vingt-deux autres +Départemens, auront aussi des rapports, et seront, en correspondance +avec l'Institut, auquel il sera envoyé des catalogues exacts de toutes +les collections, afin qu'il existe un répertoire général de toutes les +richesses physiques et littéraires de l'Empire. + +XXXIV. + +Il sera établi dans le Louvre, de concert avec le Roi, et dans le +Collège des Quatre-Nations, des logemens convenables, soit pour les +divisions ou classes de l'Institut national, soit pour les Chaires qui +y seront annexées, de sorte que chacune ait à sa portée des +laboratoires pourvus de tous les instrumens et machines nécessaires à +ses travaux[11]. + + [11] L'Institut National a besoin de trois sortes + d'emplacemens: le premier, pour ses séances; le second, pour + les collections qui lui sont nécessaires; le troisième, pour + les laboratoires et les leçons que doivent donner les + Professeurs. + + +§. I. + +_Emplacement pour les Séances de l'Institut National._ + + +L'Institut est composé de deux grandes sections, qui comprennent vingt +classes, dont les unes s'assemblent en commun et les autres +séparément. + +Chaque réunion de classes a besoin d'une grande salle pour ses séances +communes; mais chaque classe pouvant avoir à se rassembler d'une +manière isolée, il faut que des salles moins étendues soient réservées +pour cet usage. + +Les classes qui se réunissent séparément, telles que celles de l'art +de guérir, de Peinture, etc. se divisent souvent en Comités pour des +travaux particuliers; il faut encore que ces Comités soient logés +convenablement. + +Conformément à ces données, nous proposons la distribution suivante: + + 1º. Pour les séances des six premières + classes de la première Section de l'Institut, + comprenant la Morale, la Science du Gouvernement, + l'Histoire et les Belles-Lettres une grande salle + avec deux ou trois + pièces pour les Comités. + + 2º. Pour la classe de Peinture, Sculpture et + Gravure une grande salle + avec deux pièces pour + les Comités. + + 3º. Pour la classe d'Architecture-décorative + une grande salle + avec une ou deux + pièces pour les comités. + + 4º. Pour la classe de Musique une grande salle + + 5º. Pour la classe de Déclamation une grande salle + + 6º. Pour les séances des six premières + classes de la seconde Section de l'Institut, + comprenant les sciences mathématiques et + physiques une grande salle + avec trois salles + d'une moindre étendue + pour les Comités. + + 7º. Pour la classe d'Agriculture une grande salle + avec deux pièces + pour les Comités. + + 8º. Pour la classe de l'art de guérir une grande salle + avec deux salles + d'une moindre étendue + pour les Comités. + + 9º. Pour la classe d'Architecture-construction une grande salle + avec plusieurs autres + salles pour l'établissement + de cette école. + + _Nota._ Les salles destinées aux séances de cette classe et de + ses comités, seront placées près des salles destinées aux + assemblées de la classe d'Architecture-décorative, qui fait + partie des beaux Arts. + + 10º. Pour la classe des Arts une grande salle + avec quelques autres + pièces collatérales + pour les comités. + + Total dix grandes salles + +Pour les assemblées des divisions ou des classes de l'Institut. + +Ces dix salles seroient placées au Louvre. + + _Nota._ Les petites salles destinées à des réunions + particulières ou à des comités, n'ont pas besoin d'avoir une + grande étendue; il suffit que huit ou dix personnes puissent y + être placées commodément. + + +§. II. + +_Emplacemens pour les collections destinées à l'usage des diverses +Classes de l'Institut National._ + + + I. Collections ou établissemens utiles à toutes les classes. + + 1º. Bibliothèque commune. + + {_La Bibliothèque du Roi_, } + {_celle des Quatre-Nations_.} + + 2º. Une Imprimerie, pourvue de caractères de tous les genres. + + (_Elle seroit établie au Louvre._) + + 3º. Un Bureau de traduction, destiné à faire connoître les + lettres écrites et les ouvrages utiles publiés dans des + langues étrangères par les Correspondans de l'Institut. + + (_Au Louvre._) + + + II. Collections destinées aux différentes Classes de + l'Institut. + + 1º. Collection de médailles et de pierres gravées. + + (_A la Bibliothèque du Roi._) + + Pour la Classe d'Histoire. + + 2º. Collection de tableaux, de statues antiques et modernes, + de bustes, reliefs et gravures. + + (_Au Louvre._) + + Pour la Classe de Peinture et Sculpture. + + 3º. Collection de dessins et modèles. + + (_Au Louvre._) + + Pour la Classe et pour l'école d'Architecture. + + 4º. Collection de modèles relatifs à l'Architecture navale. + + (_Au Louvre._) + + Pour la Classe d'Architecture et pour l'école de Navigation. + + 5º. Collection d'instrumens de musique et des oeuvres des + grande Artistes dans ce genre. + + (_Au Louvre._) + + Pour la Classe de Musique. + + 6º. Collection de costumes, etc. + + (_Au Louvre._) + + Pour la classe de Déclamation. + + 7º. Collection d'instrumens de Mathématiques, de Physique et + d'Astronomie. + + (_A l'Observatoire et au Collège des Quatre-Nations._) + + Pour les Classes de Mathématiques, de Physique et d'Astronomie. + + 8º. Collection de cartes de Géographie physique et souterraine. + + (_Au Collège des Quatre-Nations._) + + Pour les Classes de Physique et de Chimie, de Zoologie et de + Botanique. + + 9º. Collection de Minéralogie. + + { _Cabinet du Roi_, } + {_Cabinet des Mines de l'Hôtel des Monnoies_.} + + Pour la Classe de Chimie et de Minéralogie. + + 10º. Collection des produits du Cours de Chimie et d'essais + des Mines. + + (_Au Collège des Quatre-Nations._) + + Pour la Classe de Chimie, de Minéralogie et de Métallurgie. + + 11º. Collection d'animaux morts et conservés. + + (_Cabinet du Roi._) + + Pour la Classe de Zoologie et d'Anatomie. + + 12º. Collection de portions d'animaux disséqués, préparés et + conservés, + d'Anatomie {naturelle. + {artificielle. + + (_Cabinet de l'École Vétérinaire._) + + Auxquelles collections seront faites les additions nécessaires. + + (_Au Collège des Quatre-Nations._) + + Pour la Classe d'Anatomie, de Zoologie et l'art de guérir. + + 13º. Collection d'animaux vivans ou Ménagerie. + + (_Au Jardin du Roi._) + + Pour la Classe de Zoologie et d'Anatomie. + + 14º. Collection de végétaux et de parties de végétaux, + Herbiers, Serres, Jardins. + + (_Jardin et Cabinet du Roi._) + + Pour la Classe de Botanique et l'art de guérir. + + 15º. Collection d'instrumens aratoires. + + (_Elle sera placée au Jardin du Roi._) + + Pour la Classe d'Agriculture. + + 16º. Collection d'ossemens et d'organes malades, préparés et + conservés en nature, ou représentés en cire, en peinture ou en + dessin. + + (_Au Collège des Quatre-Nations._) + + Pour la Classe de Médecine. + + 17º. Collection d'instrumens et d'appareils de Chirurgie de + tous les genres. _Armamentarium._ + + (_Au Collège des Quatre-Nations._) + + Pour la Classe de Médecine et Chirurgie. + + 18º. Collection de Matière médicale et de Pharmacie. + + (_Au Collège des Quatre-Nations._) + + Pour la Classe de Médecine, Chirurgie et Pharmacie. + + 19º. Collection d'instrumens propres à l'art vétérinaire, à la + forge et la fabrication des fers, etc. + + (_Au Collège des Quatre-Nations._) + + Pour la Classe de Médecine, Chirurgie, Pharmacie et de l'art + vétérinaire. + + 20º. Collection d'instrumens et de modèles pour les divers + atteliers des Arts. + + (_Au Collège des Quatre-Nations)._ + + Pour la Classe des Arts. + + +§. III. + +_Emplacement propres aux Laboratoires et aux divers enseignemens dont +se charge l'Institut._ + +ÉCOLES DE L'INSTITUT. + + + 1º. Pour les six premières Classes de la première Section. + + Deux grandes salles suffiront pour leur enseignement. + + (_Au Collège des Quatre-Nations._) + + 2º. Pour l'École de Peinture, Sculpture et Gravure. + + Cette école réunissant l'enseignement tout entier, le nombre + des salles sera déterminé par la demande des Professeurs. + + (_Au Louvre._) + + 3º. Pour l'Architecture. + + L'Architecture étant dans le même cas que la Peinture et la + Sculpture, le nombre des salles nécessaires sera déterminé + conjointement avec les Professeurs. + + (_Au Louvre._) + + 4º. Pour la Musique. + + De même. + + (_Au Louvre._) + + 5º. Pour les Mathématiques, la Mécanique, la Physique et + l'Astronomie. + + Une salle ou un amphithéâtre. + + (_Au Collège des Quatre-Nations._) + + 6º Pour l'Astronomie. + + Un Observatoire garni de tous ses instrumens. + + (_Au Collège des Quatre-Nations._) + + 7º. Pour la Chimie, la Minéralogie, la Métallurgie et la + Géographie souterraine. + + Un amphithéâtre ou salle d'enseignement, et un grand + laboratoire qui y soit annexé. + + (_Au Collège des Quatre-Nations._) + + 8º. Pour la Zoologie et l'Anatomie. + + Un amphithéâtre et plusieurs salles ou galeries de dissections + et de préparations qui y soient annexées. + + De plus, une salle de dissection établie dans un des Hôpitaux + de la capitale. + + 9º. Pour la Botanique. + + Un amphithéâtre. + + (_L'Amphithéâtre du Jardin du Roi._) + + 10º. Pour l'Agriculture. + + Une salle. + + Cette école sera établie près de la collection des instrumens + aratoires. + + (_L'amphithéâtre du Jardin du Roi._) + + 11º. Pour la Médecine humaine et vétérinaire. + + Une salle. + + (_Au Collège des Quatre-Nations._) + + {au Dessin, } + {à la Physique, } + 12º. Pour les arts relatifs {à la Mécanique,} un amphithéâtre. + {à la Chimie, } + {à la Botanique,} + + Dans la salle ou amphithéâtre de Physique. + + (_Au Collège des Quatre-Nations._) + + _Nota._ 1º. Les collections et les laboratoires doivent être + placés près des salles ou amphithéâtres destinés à + l'enseignement, afin que les Professeurs y trouvent, sans + peine, les divers objets dont ils pourront avoir besoin. Ces + collections et ces laboratoires serviront aussi aux travaux et + recherches des divisions des classes de l'Institut. + + _Nota._ 2º. La Physique, la Chimie et l'Anatomie auront besoin + d'emplacemens très-étendus et très-aérés. Peut-être que + l'emplacement destiné à l'Anatomie devroit être annexé à l'un + des plus grands Hôpitaux de la Capitale. + +XXXV. + +Les Directeurs des Bibliothèques publiques prendront des mesures pour +que tous les ouvrages qui sont publiés dans tous les genres et dans +toutes les langues quelconques, soient achetés. Il sera fait des fonds +à cet effet. Ces livres, après avoir été inscrits sur les registres de +la Bibliothèque, seront examinés par les classes respectives de +l'Institut, et ceux qui seront distingués par elles, seront traduits +en tout ou en partie par des interprètes qui seront attachés à cet +effet, en nombre suffisant, à la Bibliothèque publique. + +XXXVI. + +Il sera établi, soit au Louvre, soit au Collège des Quatre Nations, une +Imprimerie pourvue de tous les caractères à l'usage des Sciences, de +ceux des Langues anciennes et modernes, laquelle sera destinée au +service des classes de l'Institut. + +XXXVII. + +Pour mettre de l'ordre et de l'unité dans ce grand établissement, il +sera formé un comité central qui sera composé de vingt membres; +chacune des vingt classes de l'Institut ayant le droit d'en nommer un. + +XXXVIII. + +Ces élections seront renouvellées tous les ans par les classes +respectives de l'Institut, au scrutin et à la majorité des suffrages. + +XXXIX. + +Le comité central de l'Institut nommera au scrutin et à la majorité +absolue, un Directeur et un Secrétaire. + +XL. + +Le comité central de l'Institut s'assemblera deux fois chaque mois, et +plus souvent s'il y a lieu. + +XLI. + +Ses fonctions seront de surveiller les travaux de l'Institut, de +stipuler en général pour ses intérêts, c'est-à-dire, pour ceux des +Lettres, des Sciences et des Arts; de s'assurer de l'exactitude des +Professeurs à remplir leurs devoirs; de répondre aux demandes qui +pourront lui être faites concernant l'Instruction publique, de la part +des Départemens, Districts ou Municipalités; de régler les différens +qui pourront s'élever entre les classes, et de proposer les +améliorations à faire, soit dans l'Institut, soit dans les +établissemens qui lui seront annexés. + +XLII. + +Lorsque les divisions ou classes de l'Institut, voulant fixer +l'attention publique sur un sujet de méditation ou d'étude, auront +besoin de fonds extraordinaires, soit pour proposer des prix, soit +pour faire une suite d'expériences et de recherches, elles +s'adresseront au comité central, lequel fera parvenir son voeu à +l'Assemblée Nationale, après avoir jugé s'il n'y a pas pour cette +fois un trop grand nombre de demandes de ce genre faites par les +classes de l'Institut, qui devront se concerter entre elles pour +l'ordre et le succès de leurs travaux. + +XLIII. + +Les Commissaires pour l'Instruction publique seront chargés de +surveiller la partie administrative de l'Institut national et des +établissemens qui lui seront annexés, et d'y maintenir l'exécution de +la loi. Les patentes des membres de l'Institut et des Professeurs +seront remises par eux; ils assisteront aux séances du comité central +avec lequel ils concourront, de tous leur moyens, aux progrès des +Sciences et des Arts. + +XLIV. + +Les membres intimes des Académies et sociétés savantes[12], telles +qu'elles existent dans l'ordre actuel, seront remplacés dans les +classes respectives de l'Institut projetté. On suivra dans ce +remplacement l'ordre de l'ancienneté de réception, dans les Académies +ou Sociétés. Lorsque le nombre des places arrêtées pour les divisions +ou classes de l'Institut sera rempli, ceux qui, conformément à ce +Décret, y auront des droits, seront rangés, toujours suivant l'ordre +de leur réception, dans une classe de surnuméraires qui jouiront des +mêmes droits que les autres auxquels ils succéderont, comme il est +réglé ci-après. + + [12] _Nota._ Les Académies et Sociétés savantes sont: + + 1º. L'Académie Françoise; + 2º. L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres; + 3º. L'Académie des Sciences; + 4º. Le Collège Royal; + 5º. La Société de Médecine; + 6º. L'Académie de Chirurgie; + 7º. La Société d'Agriculture; + 8º. L'Académie de Peinture et de Sculpture; + 9º. L'Académie d'Architecture; + 10º. Les Écoles de Chant et de Déclamation. + +XLV. + +Lorsqu'il vaquera une place parmi les membres de divisions ou classes +de l'Institut, elle sera remplie par le plus ancien des surnuméraires, +tant qu'il y en aura. Lorsqu'il en aura vaqué deux, il sera en outre +nommé un nouveau membre qui prendra place à la suite de tous les +surnuméraires. A l'avenir ce titre sera pour toujours supprimé dans +l'Institut. + +XLVI. + +A l'avenir, les pensions attribuées à l'Institut, seront réparties à +raison de l'ancienneté de réception dans les divisions et dans les +classes dont cet établissement est formé. Il ne sera rien innové à +l'égard des pensions accordées jusqu'à ce jour par les Académies ou +Sociétés savantes, à ceux de leurs membres qui seront remplacés dans +l'Institut. + +XLVII. + +Les classes d'associés honoraires, établies dans les Académies, sont +abolies. + +XLVIII. + +Ceux qui, dans les Académies ou Sociétés savantes actuelles, occupent +des places d'associés libres, seront conservés avec le même titre près +des divisions ou classes respectives de l'Institut, dans lequel il n'y +aura plus d'associés libres à l'avenir. + +XLIX. + +Il sera libre aux divisions ou classes de l'Institut, de s'attacher, +sous les noms d'associés et de correspondans règnicoles ou étrangers, +les personnes qui pourront les aider dans leurs travaux. + +L. + +Les titulaires des chaires conservées continueront, en se conformant +aux nouvelles lois, les fonctions de leur enseignement; et jusqu'à ce +que l'Institut soit formé, ils feront, comme ci-devant, avec les mêmes +honoraires qu'ils ont reçus jusqu'ici, les leçons dont ils ont été +chargés. + +LI. + +Les titulaires des chaires supprimées par l'article premier, seront +nommés de préférence à celles dont l'enseignement est le même dans le +nouvel Institut. + +LII. + +Les commissaires de l'instruction, nommeront, pour la première fois +seulement, sur la présentation du comité central, les membres qui +devront composer les classes de nouvelles création; savoir: les +classes premières, deuxième et dixième de la première section, et les +classes neuvième et dixième de la seconde section de l'Institut, ainsi +que les Professeurs des chaires nouvellement établies. Toutes les +classes de l'Institut étant ainsi complettes, éliront elles-mêmes les +associés et les Professeurs, conformément aux règles prescrites par +les présens Décrets. + + + + +DES BIBLIOTHÈQUES. + + +ARTICLE PREMIER. + +Il y aura dans chaque Département une Bibliothèque, sous l'inspection +particulière du Directoire du Département; et dans les villes où il se +trouvera une Bibliothèque de Municipalité déjà établie, elle pourra +servir de Bibliothèque de Département, et sera sous la surveillance du +Directoire du Département. + +Les quatre premiers articles du présent Décret seulement, ne sont +point relatifs aux établissemens littéraires de Paris. + +II. + +Chaque Bibliothèque sera plus ou moins considérable, selon la +proportion de l'étendue et de la population, des richesses littéraires +ou même des Contributions du Département. + +Les volumes dont elles seront composées, seront prélevés dans les +Bibliothèques ecclésiastiques et des communautés Religieuses, et dans +celles des autres établissemens supprimés, après toutefois que l'état +desdits livres aura été préalablement dressé et envoyé aux +Commissaires de l'Instruction publique, qui donneront autorisation et +détermineront l'emploi, ou le mode de la vente du surplus. + +III. + +Il ne pourra y avoir pour chaque Bibliothèque moins de deux ni plus de +quatre Bibliothécaires. + +Le premier ne pourra avoir moins de 1,500 livres, ni plus de 3,000 +livres. + +Chacun des autres 2,000 livres au plus, et au moins 1,000 livres. + +Il sera pourvu par un réglement aux sommes nécessaires pour les achats +des livres, les frais de Bureau, entretien des bâtimens et autres +dépenses. + +Le Bibliothécaire principal sera nommé par le Département: les +Bibliothécaires seront choisis, autant qu'il sera possible, parmi les +Sujets des Congrégations Ecclésiastiques supprimées. + +Le Bibliothécaire de chaque Département sera tenu de correspondre +exactement et dans les formes qui seront prescrites par un réglement +particulier, avec le Commissaire de l'Instruction publique, chargé +spécialement de l'administration des Bibliothèques. + +IV. + +Le directoire de chaque Département veillera avec soin, à ce que le +Bibliothécaire du Département se procure promptement deux exemplaires +bien conditionnés de chaque livre nouveau imprimé dans son ressort. + +L'un des deux restera dans la Bibliothèque du Département, l'autre +sera adressé aussitôt à la Bibliothèque générale établie à Paris, dont +il sera fait mention article V. Ce dernier établissement remboursera +le montant de cette dépense au Département, si le livre ne vient pas +de la libéralité de l'Auteur, Éditeur, ou Libraire. + +V. + +Il sera formé à Paris un établissement, sous le titre de Bibliothèque +nationale, faisant, partie de l'Institut, entretenu aux frais du +Trésor public, et divisé en six établissemens, pour le plus grand +avantage de ceux qui cultivent les Sciences. + +Chacun d'eux prendra le nom de la science à laquelle il sera +particulièrement affecté. + +Le principal établissement restera quant à présent, rue de Richelieu, +et contiendra la réunion de tous les livres, dans toutes les matières, +ainsi que les collections de divers genres qu'il renferme déjà, ou qui +pourroient y être jointes; les cinq autres seront distribués dans les +quartiers de la Capitale où ils pourront être le plus utiles, et +contiendront chacun de 40,000 à 80,000 volumes: chacun de ces cinq +établissement sera affecté particulièrement à chacune des cinq +divisions des matières de Bibliographie, et en contiendra les +ouvrages, indépendamment des livres élémentaires des quatre autres +divisions. + +Les Bibliothèques des maisons ecclésiastiques et religieuses et +établissemens supprimés serviront à enrichir et former ces cinq +dépôts; les achats ou présens des livres nouveaux les completteront +par la suite. + +La Bibliothèque de la Municipalité sera en même temps la Bibliothèque +du Département, conformément à l'article du présent décret; elle +embrassera toutes les matières bibliographiques, et sera augmentée et +complettée pareillement avec les livres des maisons ecclésiastiques et +religieuses, et autres établissemens supprimés, indépendamment des +acquisitions qu'elle pourra faire sur les fonds qui lui seront +affectés. + +VI. + +Toute personne qui désirera travailler dans une Bibliothèque publique, +y sera admise tous les jours hors les Dimanches et fêtes, soit dans la +Bibliothèque, soit en présence du Bibliothécaire, dans une salle +particulière de travail, si le local permet d'en avoir une attenante +au dépôt général des livres. + +On n'y travaillera que pendant le jour; les Réglemens pourvoiront à la +commodité des citoyens studieux, comme à la conservation des livres. + +VII. + +Il n'y aura plus d'obligation aux Libraires, Éditeurs et Auteurs, de +fournir des exemplaires de leurs ouvrages aux Bibliothèques publiques. + + + + +PRIX + +ET ENCOURAGEMENS. + + +Les prix et récompenses mérités par le talent, devant être diversement +honorifiques et quelquefois pécuniaires; tantôt offerts par la +reconnoissance de la Nation, tantôt décernés par celle d'un lieu +particulier, devant se placer à côté des plus petits efforts de +l'enfance et atteindre les plus hautes conceptions du génie, sont +promis, sont assurés par l'Assemblée Nationale. + +Mais, à raison du grand nombre de détails nécessaires pour que toutes +les proportions soient bien observées, et qu'aucun genre de mérite ne +soit privé de son encouragement et de sa récompense, ils ne seront +déterminés et classés que d'après un réglement qui sera présenté sur +cet objet à la législature par les Commissaires de l'Instruction +publique. + + + + +MÉTHODES + +ET LIVRES ÉLÉMENTAIRES. + + +L'Assemblée Nationale met au rang des bienfaits publics les bons +livres élémentaires sur toutes les connoissances humaines, les +méthodes propres à agrandir et à perfectionner les facultés +principales de l'homme, les procédés bien éprouvés, destinés à +faciliter l'application des principes dans la pratique des arts; +toutes les découvertes, soit dans les arts, soit dans les sciences, et +particulièrement les ouvrages de tout genre qui serviront le mieux la +morale. Elle veut que l'Institut national mette en usage tous ses +moyens pour arriver à ces grands résultats, qu'il attache à leur +recherche tous les talens, tous les efforts de l'émulation publique, +et elle ordonne aux Commissaires de l'instruction de faire parvenir, +sans délai, aux Départemens tout ce que, sur ces divers objets, +l'institut aura, par un suffrage solemnel, recommandé à la confiance +publique. + + + + +SPECTACLES. + + +ARTICLE PREMIER. + +Les Commissaires de l'instruction, dont la surveillance devra +s'étendre sur les spectacles, respecteront la liberté du talent dans +le choix des sujets des différentes pièces; mais ils décideront +quelles sont les pièces qui, aux jours des fêtes nationales et à +l'occasion des grands événemens, mériteront d'être, aux frais de la +Nation, représentées gratuitement. + +II. + +Les pièces de théâtre feront un des objets particuliers pour lesquels, +d'après le voeu prononcé et soutenu de l'opinion publique, et sur le +jugement motivé de l'Institut, il sera accordé des prix et des +récompenses nationales. + + + + +FÊTES. + + +L'Assemblée Nationale ayant décrété constitutionnellement qu'il seroit +établi des fêtes nationales, mais jugeant que la périodicité pourroit +en affoiblir l'intérêt, si elle s'étendoit sur un grand nombre, +ordonne que deux fêtes seulement seront établies pour tout le Royaume; +l'une, sous le nom de la liberté, qui sera célébrée tous les ans le 14 +Juillet; l'autre, en faveur de l'égalité, qui sera fixée au 4 Août. +Elle laisse aux Directoires des Départemens le soin de donner à ces +fêtes toute la solemnité qu'elles requièrent, comme aussi la faculté +d'en établir de particulières, lorsque des circonstances locales ou +même des événemens généraux leur paroîtront le demander: elle charge +les Commissaires de l'instruction publique de présenter, le plutôt +possible, au Corps législatif un mode général d'organisation pour ces +fêtes. + + + + +ÉDUCATION DES FEMMES + + +ARTICLE PREMIER. + +Les filles ne pourront être admises aux Écoles primaires que jusqu'à +l'âge de huit ans. + +II. + +Après cet âge, l'Assemblée Nationale invite les pères et mères à ne +confier qu'à eux-mêmes l'éducation de leurs filles, et leur rappelle +que c'est leur premier devoir. + +III. + +Il sera pourvu, dans chaque Département, aux moyens de former des +établissemens destinés à procurer aux filles qui sortiront des Écoles +primaires ou de la première éducation paternelle, la facilité +d'apprendre des métiers convenables à leur sexe. + +IV. + +Il sera pourvu aussi, par les Départemens, à l'établissement d'un +nombre suffisant de maisons d'éducation pour les filles qui ne +pourront être élevées dans la maison paternelle. + +V. + +Ces maisons seront dirigées par des Institutrices nommées par les +Directoires des Départemens. + +VI. + +Les Départemens prescriront des règles à ces établissemens, veilleront +à leur exécution, pourront destituer les Institutrices dont la +conduite ne répondroit pas à la confiance publique. + +VII. + +Ils fixeront le prix des pensionnats et les traitemens des +Institutrices, et les proportionneront aux objets d'enseignement +qu'elles seront capables de professer pour leurs Élèves. + +VIII. + +Toutes les instructions données aux Élèves dans les maisons +d'éducation publique, tendront particulièrement à préparer les filles +aux vertus de la vie domestique, et aux talens utiles dans le +gouvernement d'une famille. + + + + +DES COMMISSAIRES + +DE + +L'INSTRUCTION PUBLIQUE. + + + Les Commissaires de l'instruction publique, sont établis pour + réunir en un centre commun, et répandre dans tout l'Empire + tous les moyens d'instruction propres à maintenir l'unité des + principes et à perfectionner cette partie essentielle de + l'organisation sociale. + +ARTICLE PREMIER. + +Il sera établi à Paris une Administration centrale sous le nom de +Commission générale de l'Instruction publique. Ses Membres seront au +nombre de six, et auront le titre de Commissaires de l'instruction +publique. + +II. + +Il sera établi, sous chaque Commissaire, un Inspecteur. Les +Inspecteurs pourront, être momentanément envoyés dans les divers +Établissemens d'instruction du Royaume, lorsque la Commission le +jugera nécessaire. + +III. + +Les Commissaires et Inspecteurs seront nommés par le Roi, qui pourra +ensuite les suspendre de leurs fonctions; mais l'instruction étant la +première défense contre les abus de l'autorité, leur destitution ne +pourra être prononcée que sur un jugement du Corps législatif. + +IV. + +Les Commissaires se partageront entr'eux les divers objets de +l'instruction, et chacun fera exécuter, sous sa responsabilité, les +Lois relatives à la partie dont il aura été chargé. + +V. + +Ils auront sous leur surveillance tout ce qui tient à l'instruction, +tout ce qui concerne les prix et concours qui seront ouverts pour tous +les objets d'utilité publique, les Spectacles, les Fêtes Nationales, +les Arts, les Bibliothèques publiques formée de celles des Maisons +religieuses, la Bibliothèque Nationale, la Correspondance de toutes +les Bibliothèques. + +VI. + +Il sera nommé dans chaque Directoire de Département, un membre chargé +de la surveillance de ce qui concerne l'instruction; il sera tenu de +donner connoissance tant de l'état que des besoins de l'instruction +publique dans le Département. + +VII. + +Tous les biens et revenus destinés à l'Éducation publique seront sous +la surveillance des Commissaires: ils rendront compte, tous les ans, à +l'Assemblée législative de la situation de ces biens. + +VIII. + +Ils présenteront, chaque année, à l'Assemblée législative un état des +progrès de l'instruction dans toutes les parties du Royaume. + +IX. + +Ils nommeront, pour la première fois, aux places de nouvelle création +dont la nomination n'aura pas été attribuée aux Corps administratifs, +et rendront un compte public des motifs de leurs choix. + +X. + +Ils seront tenus de présenter au Corps législatif, dans le plus court +délai possible, et dans l'ordre des besoins pressans, des projets de +réglement sur tous les objets de détail qui ne se trouveront points +compris dans les articles précédens. + +XI. + +La Commission générale nommera son Secrétaire et les Employés des +Bureaux: elle présentera à l'Assemblée législative l'état des Employés +nécessaires, pour, ledit état, être décrété ainsi qu'il conviendra. + +XII. + +Le traitement des Commissaires sera de 15,000 livres, celui des +Inspecteurs de 8,000 livres. + + * * * * * + + _Nota._ Il nous eut semblé possible et conforme aux principes + d'attacher davantage l'instruction publique au Corps + législatif; mais un Décret ayant déjà placé cet objet sous la + surveillance active d'un des Départemens du Pouvoir exécutif, + nous avons dû nous conformer à cette disposition; nous avons + seulement recherché des moyens pour que l'Administration + nouvelle, à qui l'Instruction sera spécialement confiée, + contenue par l'opinion autant que par sa responsabilité, ne + s'écartât point de son but, et favorisât la plus entière et la + plus libre propagation des lumières. + + +LIBERTÉ DE L'ENSEIGNEMENT. + +Il sera libre à tous particuliers en se soumettant aux Lois générales +sur l'enseignement public, de former des établissemens d'instruction; +ils seront tenus seulement d'en instruire la Municipalité, et de +publier leurs réglemens. + + +PROLONGATION PROVISOIRE DE L'ENSEIGNEMENT ACTUEL. + +Les Universités et corporations chargées maintenant de l'Instruction +publique continueront leurs fonctions jusqu'au parfait établissement +des nouveaux moyens d'Instruction qui devront leur succéder; après +quoi elles seront supprimées.[13]. + + [13] L'Assemblée Nationale décidera si, par son Décret du + [date laissée en blanc] à l'époque duquel aucune des parties de + l'instruction n'étoit organisée, elle a entendu exclure les + Membres des Législatures des emplois nombreux relatifs à + l'instruction publique. + +FIN. + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Rapport sur l'Instruction Publique, +les 10, 11 et 19 Septembre 1791, by Maurice Talleyrand-Périgord + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RAPPORT SUR L'INSTRUCTION *** + +***** This file should be named 26336-8.txt or 26336-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/2/6/3/3/26336/ + +Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink and the +Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net +(This file was produced from images generously made +available by the Bibliothèque nationale de France +(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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DE TALLEYRAND-PÉRIGORD </title> + <style type="text/css"> +/*<![CDATA[ XML blockout */ +<!-- + p { margin-top: .75em; + text-align: justify; + margin-bottom: .75em; + } + h1,h2,h3,h4,h5 { + text-align: center; /* all headings centered */ + clear: both; + } + hr { width: 33%; + margin-top: 2em; + margin-bottom: 2em; + margin-left: auto; + margin-right: auto; + clear: both; + } + hr.c15 {width: 15%; margin-top: 1em; margin-bottom: 1em;} + + table {margin-left: 5%; margin-right: 5%;} + + .cbrace {white-space: nowrap; font-size: 25pt; font-weight: 100; text-align: center;} + .cbrace1 {white-space: nowrap; font-size: 60pt; font-weight: 100;} + + body {margin-left: 10%; + margin-right: 10%; + } + + .pagenum { /* uncomment the next line for invisible page numbers */ + /* visibility: hidden; */ + position: absolute; + left: 92%; + font-size: 10px; + font-variant: normal; + font-style: normal; + text-align: right; + } /* page numbers */ + + .blockquote {margin-left: 10%; margin-right: 10%; font-size: 95%;} + + .box {margin: auto; + text-align: center; + border: 1px solid; + padding: 1em; + background-color: silver; + width: 20em;} + + .footnotes {border: dashed 1px;} + .footnote {margin-left: 10%; margin-right: 10%;} + .footnote .label {position: absolute; right: 84%; text-align: right;} + .fnanchor {vertical-align: text-top; font-size: 0.7em; text-decoration: none;} + + .center {text-align: center;} + .smcap {font-variant: small-caps;} + .italic {font-style: italic;} + .sup {font-size: 10px;} + .invisible {visibility:hidden} + + .p2 {margin-top: 2em;} + .p4 {margin-top: 4em;} + .p6 {margin-top: 6em;} + .p8 {margin-top: 8em;} + + .font95 {font-size: 95%;} + + .left30 {margin-left: 30%; text-align: left;} + + .right {text-align: right;} + + .i2 {margin-left: 2em; text-indent: 2em;} + + .sper {font-weight: normal; letter-spacing: .2em; padding-left: .2em;} + + + // --> + /* XML end ]]>*/ + +</style> +</head> +<body> + + +<pre> + +The Project Gutenberg EBook of Rapport sur l'Instruction Publique, les 10, +11 et 19 Septembre 1791, by Maurice Talleyrand-Périgord + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Rapport sur l'Instruction Publique, les 10, 11 et 19 Septembre 1791 + fait au nom du Comité de Constitution à l'Assemblée Nationale + +Author: Maurice Talleyrand-Périgord + +Release Date: August 17, 2008 [EBook #26336] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RAPPORT SUR L'INSTRUCTION *** + + + + +Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink and the +Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net +(This file was produced from images generously made +available by the Bibliothèque nationale de France +(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) + + + + + + +</pre> + + +<div class="box blockquote"> +<p>Note au lecteur de ce ficher digital:</p> +<p>Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. +L'orthographe d'origine a été conservée.</p> +<p>La table des matièrs a été rajoutée dans ce fichier.</p></div> +<p class="p8"></p> + +<p><span class="pagenum"><a id="page001" name="page001"></a>(p.001)</span></p> + +<h1>RAPPORT</h1> + +<h5><span class="sper"><strong>SUR</strong></span></h5> + +<h2>L'INSTRUCTION PUBLIQUE,</h2> +<p class="p6"></p> +<p class="center"><span class="sper">FAIT</span></p> + +<h4>AU NOM DU COMITÉ DE CONSTITUTION</h4> + +<h2><span class="sper">A L'ASSEMBLÉE NATIONALE</span>,</h2> + +<p class="center"><span class="italic">les 10, 11 et 19 Septembre 1791,</span></p> +<p class="p6"></p> +<p class="center"><span class="smcap">Par</span> </p> + +<h3><span class="sper">M. DE TALLEYRAND-PÉRIGORD</span>,</h3> + +<p class="center">Ancien Évêque d'Autun.</p> + +<p class="center"><span class="sper"><span class="smcap">Par ordre de l'Assemblée Nationale</span>.</span></p> +<p class="p6"></p> +<hr class="c15" /> +<p class="p4"></p> +<h4><span class="sper"><span class="italic">A PARIS</span></span>,</h4> + +<h4><span class="sper">DE L'IMPRIMERIE NATIONALE</span>.</h4> +<p class="p2"></p> +<p class="center">M. DCC. XCI.</p> +<p class="p8"></p> +<p><span class="pagenum"><a id="page002" name="page002"></a>(p.002)</span></p> + + +<h3>THE FRENCH REVOLUTION RESEARCH COLLECTION</h3> +<p class="p4"></p> +<h3>LES ARCHIVES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE</h3> +<p class="p8"></p> +<p class="center">MAXWELL</p> +<p class="center">Headington Hill Hall, Oxford OX3 OBW, UK <span class="pagenum"><a id="page003" name="page003"></a>(p.003)</span></p> +<p class="p6"></p> +<h3>TABLE DES MATIÈRES</h3> +<p class="p2"></p> +<p class="left30"> +<a href="#page004">RAPPORT.</a><br /> +<a href="#page029">ÉCOLES PRIMAIRES.</a><br /> +<a href="#page033">ÉCOLES DE DISTRICT.</a><br /> +<a href="#page036">ÉCOLES DE DÉPARTEMENT.</a><br /> +<a href="#page037">ÉCOLES POUR LES MINISTRES DE LA RELIGION.</a><br /> +<a href="#page043">ÉCOLES DE MÉDECINE.</a><br /> +<a href="#page047">ÉCOLES DE DROIT.</a><br /> +<a href="#page055">ÉCOLES MILITAIRES.</a><br /> +<a href="#page061">INSTITUT NATIONAL.</a><br /> +<a href="#page062">PROGRAMME DES SCIENCES PHILOSOPHIQUES.</a><br /> +<a href="#page062">PROGRAMME DES SCIENCES MATHEMATIQUES.</a><br /> +<a href="#page081">MOYENS D'INSTRUCTION.</a><br /> +<a href="#page126">RÉSUMÉ.</a><br /> +<a href="#page130">PROJET DE DÉCRETS SUR L'INSTRUCTION PUBLIQUE.</a><br /> +<a href="#page130">ÉCOLES PRIMAIRES.</a><br /> +<a href="#page132">ÉCOLES DE DISTRICT.</a><br /> +<a href="#page139">DES PENSIONS GRATUITES.</a><br /> +<a href="#page154">ÉCOLES DE DÉPARTEMENT.</a><br /> +<a href="#page158">ÉCOLES DE MÉDECINE.</a><br /> +<a href="#page164">TABLEAU DE L'ENSEIGNEMENT</a><br /> +<a href="#page165">ÉCOLES POUR L'ENSEIGNEMENT DU DROIT.</a><br /> +<a href="#page173">ÉCOLES MILITAIRES.</a><br /> +<a href="#page176">INSTITUT NATIONAL. PROJET DE DÉCRETS.</a><br /> +<a href="#page184">TABLEAU DISTRIBUTION DES FONDS</a><br /> +<a href="#page207">DES BIBLIOTHÈQUES.</a><br /> +<a href="#page211">PRIX ET ENCOURAGEMENS</a><br /> +<a href="#page211">MÉTHODES</a><br /> +<a href="#page212">SPECTACLES.</a><br /> +<a href="#page213">FÊTES.</a><br /> +<a href="#page213">ÉDUCATION DES FEMMES.</a><br /> +<a href="#page215">DES COMMISSAIRES</a><br /> +</p> +<p class="p6"></p> + +<p class="center"> <span class="sper"><strong>DE</strong></span></p> + +<h3><span class="sper">L'INSTRUCTION</span></h3> + +<h3><span class="sper">PUBLIQUE</span>.</h3> +<p><span class="pagenum"><a id="page004" name="page004"></a>(p.004)</span></p> +<p class="p6"></p> + +<h2><span class="sper">RAPPORT</span></h2> + +<h3><span class="sper">SUR</span></h3> + +<h3><span class="sper">L'INSTRUCTION PUBLIQUE</span>,</h3> + +<p class="center"><span class="italic">Fait au nom du Comité de Constitution, par M. de</span> +<span class="smcap"><span class="sper">Talleyrand-Périgord</span>,</span> <span class="italic">ancien Évêque d'Autun</span>,</p> + +<p class="center"><span class="italic">Administrateur du Département de Paris.</span></p> + +<hr class="c15" /> +<p class="p4"></p> +<p><span class="smcap">Les</span> pouvoirs publics sont organisés: la liberté, l'égalité existent +sous la garde toute-puissante des Lois; la propriété a retrouvé ses +véritables bases; et pourtant la Constitution pourroit sembler +incomplette, si l'on n'y attachoit enfin, comme partie conservatrice +et vivifiante, <span class="smcap">l'Instruction publique</span>, que sans doute on auroit le +droit d'appeller un pouvoir, puisqu'elle embrasse un ordre de +fonctions distinctes qui doivent agir sans relâche sur le +perfectionnement du Corps Politique et sur la prospérité générale.</p> + +<p>Nous ne chercherons pas ici à faire ressortir la nullité ou les vices +innombrables de ce qu'on a nommé jusqu'à ce jour <span class="italic">Instruction</span>. Même +sous l'ancien ordre de choses, on ne pouvoit arrêter sa pensée sur la +barbarie de nos institutions, sans être effrayé de cette privation +totale de lumières, qui s'étendoit sur la grande majorité des hommes; +sans être révolté ensuite et des opinions déplorables que l'on jettoit +dans l'esprit de ceux qui n'étoient pas tout-à-fait dévoués à +l'ignorance, et des préjugés de tous les genres dont on les +nourrissoit, et de la discordance, ou plutôt de l'opposition absolue +qui existoit entre ce qu'un enfant étoit contraint d'apprendre, et ce +qu'un homme étoit tenu de faire; enfin, de cette déférence <span class="pagenum"><a id="page005" name="page005"></a>(p.005)</span> +aveugle et persévérance pour des usages dès long-temps surannés, qui, +nous replaçant sans cesse à l'époque où tout le savoir étoit concentré +dans les Cloîtres, sembloit encore, après plus de dix siècles, +destiner l'universalité des Citoyens à habiter des Monastères.</p> + +<p>Toutefois ces choquantes contradictions, et de plus grandes encore, +n'auroient pas dû surprendre: elles devoient naturellement exister là +où constitutionnellement tout étoit hors de sa place: où tant +d'intérêts se réunissoient pour tromper, pour dégrader l'espèce +humaine; où la nature du Gouvernement repoussoit les principes dans +tout ce qui n'étoit pas destiné à flatter ses erreurs; où tout +sembloit faire une nécessité d'apprendre aux hommes, dès l'enfance, à +composer avec des préjugés, au milieu desquels ils étoient appellés à +vivre et à mourir; où il falloit les accoutumer à contraindre leur +pensée, puisque la Loi elle-même leur disoit avec menace qu'ils n'en +étoient pas les maîtres; et où, enfin, une prudence pusillanime, qui +osoit se nommer vertu, s'étoit fait un devoir de distraire leur esprit +de ce qui pouvoit un jour leur rappeller des droits qu'il ne leur +étoit pas permis d'invoquer: et telle avoit été, sous ces rapports, +l'influence de l'opinion publique elle-même, qu'on étoit parvenu à +pouvoir présenter à la jeunesse l'histoire des anciens Peuples libres, +à échauffer son imagination par le récit de leurs héroïques vertus, à +la faire vivre, en un mot, au milieu de Sparte et de Rome, sans que le +pouvoir le plus absolu eut rien à redouter de l'impression que +devoient produire ces grands et mémorables exemples. Aimons pourtant à +rappeller que, même alors, il s'est trouvé des hommes dont les +courageuses leçons sembloient appartenir aux plus beaux jours de la +liberté: et, sans insulter à de trop excusables erreurs, jouissons +avec reconnoissance des bienfaits de l'esprit humain, qui, dans toutes +<span class="pagenum"><a id="page006" name="page006"></a>(p.006)</span> les époques, a su préparer, à l'insçu du despotisme, la +révolution qui vient de s'accomplir.</p> + +<p>Or si, à ces diverses époques, dont chaque jour nous sépare par de si +grands intervalles, la simple raison, la saine philosophie ont pu +réclamer, non seulement avec justice, mais souvent avec quelque espoir +de succès, des changemens indispensables dans l'instruction publique; +si, dans tous les temps, il a été permis d'être choqué de ce qu'elle +n'étoit absolument en rapport avec rien, combien plus fortement +doit-on éprouver le besoin d'une réforme totale dans un moment où elle +est sollicitée à la fois, et par la raison de tous les Pays, et par la +constitution particulière du nôtre.</p> + +<p>Il est impossible, en effet, de s'être pénétré de l'esprit de cette +constitution sans y reconnoître que tous les principes invoquent les +secours d'une instruction nouvelle.</p> + +<p>Forts de la toute-puissance nationale, vous êtes parvenus à séparer, +dans le Corps politique, la volonté commune ou la faculté de faire des +Lois, de l'action publique ou des divers moyens d'en assurer +l'exécution; et c'est là qu'existera éternellement le fondement de la +liberté politique: mais, pour le complément d'un tel système, il faut +sans doute que cette volonté se maintienne toujours droite, toujours +éclairée, et que les moyens d'action soient invariablement dirigés +vers leur but: or ce double objet est évidemment sous l'influence +directe et immédiate de l'instruction.</p> + +<p>La Loi, rappellée enfin à son origine, est redevenue ce quelle n'eût +jamais dû cesser d'être, l'expression de la volonté commune. Mais pour +que cette volonté, qui doit se trouver toute dans les Représentans de +la Nation, chargés par elle d'être ses organes, ne soit pas à la merci +des volontés éparses ou tumultueuses de la multitude souvent égarée; +pour que ceux de qui tout pouvoir dérive ne soient pas <span class="pagenum"><a id="page007" name="page007"></a>(p.007)</span> +tentés, ni quant à l'émission de la Loi, ni quant à son exécution, de +reprendre inconsidérément ce qu'ils ont donné, il faut que la raison +publique, armée de toute la puissance de l'instruction et des +lumières, prévienne ou réprime sans cesse ces usurpations +individuelles, destructives de tout principe, afin que le parti le +plus fort soit aussi, et pour toujours, le parti le plus juste.</p> + +<p>Les hommes sont déclarés libres; mais ne sait-on pas que l'instruction +aggrandit sans cesse la sphère de la liberté civile, et, seule, peut +maintenir la liberté politique contre toutes les espèces de +despotisme? Ne sait-on pas que, même sous la constitution la plus +libre, l'homme ignorant est à la merci du Charlatan, et beaucoup trop +dépendant de l'homme instruit; et qu'une instruction générale, bien +distribuée, peut seule empêcher, non pas la supériorité des esprits +qui est nécessaire, et qui même concourt au bien de tous, mais le trop +grand empire que cette supériorité donneroit, si l'on condamnoit à +l'ignorance une classe quelconque de la société? Celui qui ne sait ni +lire, ni compter, dépend de tout ce qui l'environne: celui qui connoît +les premiers élémens du calcul, ne dépendroit pas du génie de Newton, +et pourroit même profiter de ses découvertes.</p> + +<p>Les hommes sont reconnus égaux: et pourtant combien cette égalité de +droits seroit peu sentie, seroit peu réelle, au milieu de tant +d'inégalités de fait, si l'instruction ne faisoit sans cesse effort +pour rétablir le niveau, et pour affoiblir du moins les funestes +disparités qu'elle ne peut détruire!</p> + +<p>Enfin, et pour tout dire, la constitution existeroit-elle +véritablement, si elle n'existoit que dans notre code; si de-là elle +ne jettoit ses racines dans l'âme de tous les Citoyens; si elle n'y +imprimoit à jamais de nouveaux sentimens, de nouvelles mœurs, de +nouvelles habitudes? Et n'est-ce pas à l'action <span class="pagenum"><a id="page008" name="page008"></a>(p.008)</span> journalière +et toujours croissante de l'instruction, que ces grands changemens +sont réservés?</p> + +<p>Tout proclame donc l'instante nécessité d'organiser l'instruction: +tout nous démontre que le nouvel état des choses, élevé sur les ruines +de tant d'abus, nécessite une création en ce genre; et la décadence +rapide et presque spontanée des établissemens actuels qui, dans toutes +les parties du Royaume, dépérissent comme des plantes sur un terrein +nouveau qui les rejette, annonce clairement que le moment est venu +d'entreprendre ce grand ouvrage.</p> + +<p>En nous livrant au travail qu'il demande, nous n'avons pu nous +dissimuler un instant les difficultés dont il est entouré. Il en est +de réelles, et qui tiennent à la nature d'un tel sujet. L'instruction +est en effet un pouvoir d'une nature particulière. Il n'est donné à +aucun homme d'en mesurer l'étendue; et la puissance nationale ne peut +elle-même lui tracer des limites. Son objet est immense, indéfini: que +n'embrasse-t-il pas? Depuis les élémens les plus simples des Arts, +jusqu'aux principes les plus élevés du droit public et de la morale; +depuis les jeux de l'enfance jusqu'aux représentations théâtrales et +aux fêtes les plus imposantes de la Nation, tout ce qui, agissant sur +l'âme peut y faire naître et y graver d'utiles ou de funestes +impressions, est essentiellement de son ressort. Ses moyens, qui vont +toujours en se perfectionnant, doivent être diversement appliqués +suivant les lieux, le temps, les hommes, les besoins. Plusieurs +sciences sont encore à naître; d'autres n'existent déjà plus; les +méthodes ne sont point fixées; les principes des sciences ne peuvent +l'être, les opinions moins encore; et, sous aucun de ces rapports, il +ne nous appartient d'imposer des lois à la postérité. Tel est +néanmoins le pouvoir qu'il faut organiser.</p> + +<p>A côté de ces difficultés réelles, il en est d'autres plus +embarrassantes <span class="pagenum"><a id="page009" name="page009"></a>(p.009)</span> peut-être, par la raison que ce n'est pas +avec des principes qu'on parvient à les vaincre, et qu'il faut en +quelque sorte composer avec elles. Celles-ci naissent d'une sorte de +frayeur qu'éprouvent souvent les hommes les mieux intentionnés à la +vue d'une grande nouveauté; toute perfection leur semble idéale; ils +la redoutent presqu'à l'égal d'un système erroné, et souvent ils +parviennent à la rendre impraticable, à force de répéter qu'elle +l'est.</p> + +<p>C'est à travers ces difficultés qu'il nous a fallu marcher; mais nous +croyons avoir écarté les plus fortes, en réduisant extrêmement les +principes, et en nous bornant à ouvrir toutes les routes de +l'instruction, sans prétendre fixer aucune limite à l'esprit humain, +aux progrès duquel on ne peut assigner aucun terme.</p> + +<p>Quant aux autres difficultés, ceux qu'un trop grand changement +effraye, ne tarderont pas à voir que, si nous avons tracé un plan pour +chaque partie de l'instruction, c'est que dans la chose la plus +pratique il falloit se tenir en garde contre les inconvéniens des +principes purement spéculatifs; qu'il ne suffisoit pas de marquer le +but, qu'il falloit aussi ouvrir les routes: mais en même temps nous +avons pensé qu'il étoit nécessaire de laisser aux divers Départemens, +qui connoîtront et ce qu'exigent les besoins, et ce que permettent les +moyens de chaque lieu, à déterminer le moment où tel point en +particulier pourra être réalisé avec avantage, comme aussi à le +modifier dans quelques détails; car nous voulons que le passage de +l'ancienne instruction à la nouvelle se fasse sans convulsion, et +sur-tout sans injustice individuelle.</p> + +<p>Pour nous tracer quelque ordre dans un sujet aussi vaste, nous avons +considéré l'instruction sous les divers rapports qu'elle nous a paru +présenter à l'esprit.</p> + +<p>L'instruction en général a pour but de perfectionner l'homme <span class="pagenum"><a id="page010" name="page010"></a>(p.010)</span> +dans tous les âges, et de faire servir sans cesse à l'avantage de +chacun et au profit de l'association entière les lumières, +l'expérience, et jusqu'aux erreurs des générations précédentes.</p> + +<p>Un des caractères les plus frappans dans l'homme est la +<span class="italic">perfectibilité</span>; et ce caractère, sensible dans l'individu, l'est +bien plus encore dans l'espèce: car peut-être n'est-il pas impossible +de dire de tel homme en particulier, qu'il est parvenu au point où il +pouvoit atteindre, et il le sera éternellement de l'affirmer de +l'espèce entière, dont la richesse intellectuelle et morale s'accroît +sans interruption de tous les produits des siècles antérieurs.</p> + +<p>Les hommes arrivent sur la terre, avec des facultés diverses, qui sont +à-la-fois les instrumens de leur bien-être et les moyens d'accomplir +la destinée à laquelle la société les appelle; mais ces facultés, +d'abord inactives, ont besoin et du temps, et des choses, et des +hommes pour recevoir leur entier développement, pour acquérir toute +leur énergie; mais chaque individu entre dans la vie avec une +ignorance profonde sur ce qu'il peut et doit être un jour; c'est à +l'instruction à le lui montrer; c'est à elle à fortifier, à accroître +ses moyens naturels de tous ceux que l'association fait naître, et que +le temps accumule. Elle est l'art plus ou moins perfectionné de mettre +les hommes en toute valeur, tant pour eux que pour leurs semblables; +de leur apprendre à jouir pleinement de leurs droits, à respecter et +remplir facilement tous leurs devoirs; en un mot, à vivre heureux et à +vivre utiles; et de préparer ainsi la solution du problème, le plus +difficile peut-être des sociétés, qui consiste dans la meilleure +distribution des hommes.</p> + +<p>On doit considérer en effet la Société, comme un vaste attelier. Il ne +suffit pas que tous y travaillent; il faut que tous y soient à leur +place, sans quoi il y a opposition de forces, au lieu du concours qui +les multiplie. Qui ne sait qu'un petit nombre, distribué avec +intelligence, doit faire <span class="pagenum"><a id="page011" name="page011"></a>(p.011)</span> plus et mieux qu'un plus grand, +doué des mêmes moyens, mais différemment placé? La plus grande de +toutes les économies, puisque c'est l'économie des hommes, consiste +donc à les mettre dans leur véritable position: or il est +incontestable qu'un bon système d'instruction est le premier des +moyens pour y parvenir.</p> + +<p>Comment le former ce système? Il sera sans doute, sous beaucoup de +rapports, l'ouvrage du temps épuré par l'expérience; mais il est +essentiel d'en accélérer l'époque. Il faut donc en indiquer les bases, +et reconnoître les principes dont il doit être le développement +progressif.</p> + +<p>L'instruction peut être considérée comme un produit de là Société, +comme une source de biens pour la Société; comme une source également +féconde de biens pour les individus.</p> + +<p>Et d'abord, il est impossible de concevoir une réunion d'hommes, un +assemblage d'êtres intelligens, sans y appercevoir aussitôt des moyens +d'instruction. Ces moyens naissent de la libre communication des +idées, comme aussi de l'action réciproque des intérêts. C'est alors +sur-tout qu'il est vrai, de dire que les hommes sont disciples de tout +ce qui les entoure: mais ces élémens d'instruction, ainsi +universellement répandus, ont besoin d'être réunis, combinés, et +dirigés, pour qu'il en résulte un art, c'est-à-dire, un moyen prompt +et facile de faire arriver à chacun, par des routes sûres, la part +d'instruction qui lui est nécessaire. Dans une heureuse combinaison de +ces moyens réside le vrai système d'instruction.</p> + +<p>Sous ce premier point de vue, l'instruction réclame les principes +suivans.</p> + +<p>1º. Elle doit exister pour tous: car puisqu'elle est un des +résultats, aussi bien qu'un des avantage de l'association, on doit +conclure qu'elle est un bien commun des associés: nul ne peut donc en +être légitimement exclus; et celui-là, qui <span class="pagenum"><a id="page012" name="page012"></a>p.012)</span> a le moins de +propriétés privées, semble même avoir un droit de plus pour participer +à cette propriété commune.</p> + +<p>2º. Ce principe se lie à un autre. Si chacun a le droit de recevoir +les bienfaits de l'instruction, chacun a réciproquement le droit de +concourir à les répandre: car c'est du concours et de la rivalité des +efforts individuels que naîtra toujours le plus grand bien. La +confiance doit seule déterminer les choix pour les fonctions +instructives; mais tous les talens sont appellés de droit à disputer +ce prix de l'estime publique. Tout privilège est, par sa nature, +odieux: un privilège, en matière d'instruction, seroit plus odieux et +plus absurde encore.</p> + +<p>3º. L'instruction, quant à son objet, doit être universelle: car +c'est alors qu'elle est véritablement un bien commun, dans lequel +chacun peut s'approprier la part qui lui convient. Les diverses +connoissances qu'elle embrasse, peuvent ne pas paroître également +utiles; mais il n'en est aucune qui ne le soit véritablement, qui ne +puisse le devenir davantage, et qui par conséquent doive être rejettée +ou négligée. Il existe d'ailleurs entr'elles une éternelle alliance, +une dépendance réciproque; car elles ont toutes, dans la raison de +l'homme, un point commun de réunion, de telle sorte que nécessairement +l'une s'enrichit et se fortifie par l'autre: de là il résulte que, +dans une société bien organisée, quoique personne ne puisse parvenir à +tout savoir, il faut néanmoins qu'il soit possible de tout apprendre.</p> + +<p>4º. L'Instruction doit exister pour l'un et l'autre sexe; cela est +trop évident: car, puisqu'elle est un bien commun, sur quel principe +l'un des deux pourroit-il en être déshérité par la Société protectrice +des droits de tous?</p> + +<p>5º. Enfin elle doit exister pour tous les âges. C'est un préjugé de +l'habitude de ne voir toujours en elle que l'institution de la +jeunesse. L'instruction doit conserver et perfectionner <span class="pagenum"><a id="page013" name="page013"></a>(p.013)</span> ceux +qu'elle a déjà formés: elle est d'ailleurs un bienfait social et +universel; elle doit donc naturellement s'appliquer à tous les âges, +si tous les âges en sont susceptibles: or qui ne voit qu'il n'en est +aucun où les facultés humaines ne puissent être utilement exercées, où +l'homme ne puisse être affermi dans d'heureuses habitudes, encouragé à +faire le bien, éclairé sur les moyens de l'opérer: et qu'est-ce que +tous ces secours, si ce n'est des émanations du Pouvoir instructif?</p> + +<p>De ces principes qui ne sont, à proprement parler, que des +conséquences du premier, naissent des conséquences ultérieures et déjà +clairement indiquées.</p> + +<p>Puisque l'Instruction doit exister pour tous, il faut donc qu'il +existe des établissemens qui la propagent dans chaque partie de +l'Empire, en raison de ses besoins, du nombre de ses habitans, et de +ses rapports dans l'association politique.</p> + +<p>Puisque chacun a le droit de concourir à la répandre, il faut donc que +tout privilège exclusif sur l'Instruction soit aboli sans retour.</p> + +<p>Puisqu'elle doit être universelle, il faut donc que la Société +encourage, facilite tous les genres d'enseignement, et en même-temps +qu'elle protège spécialement ceux dont l'utilité actuelle et immédiate +sera le plus généralement reconnue et le plus appropriée à la +constitution et aux mœurs nationales.</p> + +<p>Puisque l'instruction doit exister pour chaque sexe, il faut donc +créer promptement des écoles, et pour l'un, et pour l'autre; mais il +faut aussi créer pour elles des principes d'instruction: car ce ne +sont pas les écoles, mais les principes qui les dirigent, qu'il faut +regarder comme les véritables propagateurs de l'instruction.</p> + +<p>Enfin, puisqu'elle doit exister pour tous les âges, il <span class="pagenum"><a id="page014" name="page014"></a>(p.014)</span> faut +ne pas s'occuper exclusivement, comme on l'a fait jusqu'à ce jour +parmi nous, d'établissemens pour la jeunesse; il faut aussi créer, +organiser des institutions d'un autre ordre qui soient pour les hommes +de tout âge, de tout état, et dans les diverses positions de la vie, +des sources fécondes d'instruction et de bonheur.</p> + +<p>L'Instruction, considérée dans ses rapports avec l'avantage de la +Société, exige, comme principe fondamental, qu'il soit enseigné à tous +les hommes:</p> + +<p>1º. A connoître la Constitution de cette Société;—2º. A la +défendre;—3º. A la perfectionner;—4º. Et, avant tout, à se +pénétrer des principes de la morale qui est antérieure à toute +Constitution, et qui, plus qu'elle encore, est la sauve-garde et la +caution du bonheur public.</p> + +<p>De-là diverses conséquences relatives à la constitution Françoise.</p> + +<p>Il faut apprendre à connoître la Constitution. Il faut donc que la +Déclaration des droits et les principes constitutionnels composent à +l'avenir un nouveau catéchisme pour l'enfance, qui sera enseigné +jusques dans les plus petites écoles du Royaume. Vainement on a voulu +calomnier cette Déclaration: c'est dans les droits de tous que se +trouveront éternellement les devoirs de chacun.</p> + +<p>Il faut apprendre à défendre la Constitution. Il faut donc que +par-tout la jeunesse se forme, dans cet esprit, aux exercices +militaires, et que par conséquent il existe un grand nombre d'écoles +générales, où toutes les parties de cette science soient complettement +enseignées: car le moyen de faire rarement usage de la force est de +bien connoître l'art de l'employer.</p> + +<p>Il faut apprendre à perfectionner la Constitution. En faisant serment +de la défendre, nous n'avons pu renoncer, ni pour nos descendans, ni +pour nous-mêmes, au droit et <span class="pagenum"><a id="page015" name="page015"></a>(p.015)</span> à l'espoir de l'améliorer. Il +importeroit donc que toutes les branches de l'art social pussent être +cultivées dans la nouvelle instruction; mais cette idée, dans toute +l'étendue qu'elle présente à l'esprit, seroit d'une exécution +difficile au moment où la Science commence à peine à naître. Toutefois +il n'est pas permis de l'abandonner, et il faut du moins encourager +tous les essais, tous les établissement partiels en ce genre, afin que +le plus noble, le plus utile des arts ne soit pas privé de tout +enseignement.</p> + +<p>Il faut apprendre à se pénétrer de la morale, qui est le premier +besoin de toutes les Constitutions. Il faut donc, non-seulement qu'on +la grave dans tous les cœurs par la voie du sentiment et de la +conscience, mais aussi qu'on l'enseigne comme une science véritable, +dont les principes seront démontrés à la raison de tous les hommes, à +celle de tous les âges. C'est par là seulement qu'elle résistera à +toutes les épreuves. On a gémi long-temps de voir les hommes de toutes +les nations, de toutes les religions, la faire dépendre exclusivement +de cette multitude d'opinions qui les divisent. Il en est résulté de +grands maux: car en la livrant à l'incertitude, souvent à l'absurdité, +on l'a nécessairement compromise, on l'a rendue versatile et +chancelante. Il est temps de l'asseoir sur ses propres bases; il est +temps de montrer aux hommes que, si de funestes divisions les +séparent, il est du moins dans la morale un rendez-vous commun où ils +doivent tous se réfugier et se réunir. Il faut donc en quelque sorte +la détacher de tout ce qui n'est pas elle, pour la rattacher ensuite à +ce qui mérite notre assentiment et notre hommage, à ce qui doit lui +prêter son appui. Ce changement est simple; il ne blesse rien; sur-tout +il est possible. Comment ne pas voir en effet qu'abstraction +faite de tout système, de toute opinion, et en ne considérant dans les +hommes que leurs rapports avec les autres hommes, on peut leur +enseigner ce qui est bon, ce qui est juste, le <span class="pagenum"><a id="page016" name="page016"></a>(p.016)</span> leur faire +aimer, leur faire trouver du bonheur dans les actions honnêtes, du +tourment dans celles qui ne le sont pas, former enfin de bonne heure +leur esprit et leur conscience, et les rendre l'un et l'autre +sensibles à la moindre impression de tout ce qui est mal. La nature a +pour cela fait de grandes avances; elle a doué l'homme de la raison et +de la compassion: par la première, il est éclairé sur ce qui est +juste; par la seconde, il est attiré vers ce qui est bon: voilà le +double principe de toute morale. Mais cette nouvelle partie de +l'instruction, pour être bien enseignée, exige un ouvrage élémentaire, +simple, à la fois clair et profond. Il est digne de l'Assemblée +Nationale d'appeller sur un tel objet les veilles et les méditations +de tous les vrais Philosophes.</p> + +<p>L'instruction, comme source d'avantages pour les individus, demande +que toutes les facultés de l'homme soient exercées; car c'est à leur +exercice bien réglé qu'est attaché son bonheur, et c'est en les +avertissant toutes, qu'on est sûr de décider la faculté distinctive de +chaque homme.</p> + +<p>Ainsi l'instruction doit s'étendre sur toutes les facultés, +<span class="italic">physiques</span>, <span class="italic">intellectuelles</span>, <span class="italic">morales</span>.</p> + +<p><span class="italic">Physiques.</span> C'est une étrange bizarrerie de la plupart de nos +éducations modernes de ne destiner au corps que des délassemens. Il +faut travailler à conserver sa santé, à augmenter sa force, à lui +donner de l'adresse, de l'agilité: car ce sont-là de véritables +avantages pour l'individu. Ce n'est pas tout: ces qualités sont le +principe de l'industrie, et l'industrie de chacun crée sans cesse des +jouissances pour les autres. Enfin la raison découvre dans les +différens exercices de la Gymnastique, si cultivée parmi les Anciens, +si négligée parmi nous, d'autres rapports encore qui intéressent +particulièrement la morale et la société. Il importe donc, sous tous +les points de vue, d'en faire un objet capital de l'instruction. +<span class="pagenum"><a id="page017" name="page017"></a>(p.017)</span></p> + +<p><span class="italic">Intellectuelles.</span> Elles ont été divisées en trois classes: +<span class="italic">l'Imagination</span>, <span class="italic">la Mémoire</span><span class="italic"> et la Raison</span>. A la première ont paru +appartenir les beaux Arts et les Belles-Lettres; à la seconde, +l'Histoire, les Langues; à la troisième, les Sciences exactes. Mais +cette division déjà ancienne, et les classifications qui en dépendent, +sont loin d'être irrévocablement fixées: déjà même elles sont +regardées comme incomplettes et absolument arbitraires par ceux qui en +ont soumis le principe à une analyse réfléchie; toutefois il n'y a nul +inconvénient à les employer encore comme formant la dernière carte des +connoissances humaines. L'essentiel est que, dans tous les +établissemens complets, l'Instruction s'étende sur les objets qu'elles +renferment, sans exclure aucun de ceux qui pourroient n'y être pas +indiqués. C'est au temps à faire le reste.</p> + +<p><span class="italic">Morales.</span> On ne les a, jusqu'à ce jour, ni classées, ni définies, ni +analysées; et peut-être une telle entreprise seroit-elle hors des +moyens de l'esprit humain; mais on sait qu'il est un sens interne, un +sentiment prompt, indépendant de toute réflexion, qui appartient à +l'homme et paroît n'appartenir qu'à l'homme seul. Sans lui, ainsi +qu'il a été déjà dit, on peut connoître le bien; par lui seul on +l'affectionne, et l'on contracte l'habitude de le pratiquer sans +efforts. Il est donc essentiel d'avertir, de cultiver, et sur-tout de +diriger de bonne heure une telle faculté, puisqu'elle est en quelque +sorte le complément des moyens de vertu et de bonheur.</p> + +<p>En rapprochant les divers points de vue sous lesquels nous avons +considéré l'instruction, nous en avons déduit les règles suivantes sur +la répartition de l'enseignement.</p> + +<p>Il doit exister pour tous les hommes une première instruction commune +à tous. Il doit exister pour un grand nombre une instruction qui tende +à donner un plus grand développement aux facultés, et éclairer chaque +élève sur sa destination <span class="pagenum"><a id="page018" name="page018"></a>(p.018)</span> particulière. Il doit exister pour +un certain nombre une instruction spéciale et approfondie, nécessaire +à divers états dont la Société doit retirer de grands avantages.</p> + +<p>La première instruction seroit placée dans chaque canton, ou plus +exactement, dans chaque division qui renferme une assemblée primaire; +la seconde, dans chaque District; la troisième, répondroit à chaque +Département; afin que par-là chacun put trouver, ou chez soi, ou +autour de soi, tout ce qu'il lui importe de connoître.</p> + +<p>De-là une distribution graduelle, une hiérarchie instructive +correspondante à la hiérarchie de l'administration.</p> + +<p>Cette distribution ne doit pas au reste être purement topographique. +Il faut que l'instruction s'allie le plus possible au nouvel état des +choses, et qu'elle présente, dans ces diverses gradations, des +rapports avec la nouvelle constitution. Voici l'idée que nous nous en +sommes faite.</p> + +<p>Près des Assemblées primaires qui sont les <span class="italic">unités</span> du Corps +politique, les premiers élémens nationaux, se place naturellement la +première école, l'école élémentaire. Cette école est pour l'enfance, +et ne doit comprendre que des documens généraux, applicables à toutes +les conditions. C'est au moment où les facultés intellectuelles +annoncent l'être qui sera doué de la raison, que la Société doit en +quelque sorte introduire un enfant dans la vie sociale, et lui +apprendre à la fois ce qu'il faut pour être un jour un bon citoyen et +pour vivre heureux. On ne sait encore quelle place il occupera dans +cette société; mais on sait qu'il a le droit d'y être bien et +d'aspirer à en être un jour un membre utile; il faut donc lui faire +connoître ce qui est nécessaire et pour l'un et pour l'autre.</p> + +<p>Au-dessus des Assemblées primaires s'élèvent, dans la hiérarchie +administrative, celles de District, dont les fonctions <span class="pagenum"><a id="page019" name="page019"></a>(p.019)</span> sont +presque toutes préparatoires, et dont les membres se composent d'un +petit nombre pris dans ces Assemblées primaires: de même aussi au-delà +des premières écoles seront établies dans chaque District, des écoles +moyennes ouvertes à tout le monde, mais destinées néanmoins, par la +nature des choses, à un petit nombre seulement d'entre les élèves des +écoles primaires. On sent en effet qu'au sortir de la première +instruction, qui est la portion commune du patrimoine que la Société +répartit à tous, le grand nombre, entraîné par la loi du besoin, doit +prendre sa direction vers un état promptement productif; que ceux qui +sont appellés par la nature à des professions mécaniques, +s'empresseront, (sauf quelques exceptions) à retourner dans la maison +paternelle, ou à se former dans des atteliers; et que ce seroit une +véritable folie, une sorte de bienfaisance cruelle, de vouloir faire +parcourir à tous, les divers dégrés d'une instruction inutile et par +conséquent nuisible au plus grand nombre. Cette seconde instruction +sera donc pour ceux qui, n'étant appellés, ni par goût, ni par besoin, +à des occupations mécaniques, ou aux fonctions de l'agriculture, +aspirent à d'autres professions, ou cherchent uniquement à cultiver, à +orner leur raison et à donner à leurs facultés un plus grand +développement. Là, n'est donc pas encore la dernière instruction: car +le choix d'un état n'est point fait. Il s'agit seulement de s'y +disposer; il s'agit de reconnoître, dans le développement prompt de +celle des facultés qui semble distinguer chaque individu, l'indication +du vœu de la nature pour le choix d'un état préférablement à tout +autre. D'où il suit que cette instruction doit présenter un grand +nombre d'objets, et néanmoins qu'aucun de ces objets ne doit être trop +approfondi, puisque ce n'est encore là qu'un enseignement +préparatoire. <span class="pagenum"><a id="page020" name="page020"></a>(p.020)</span></p> + +<p>Enfin, dans l'échelle administrative se trouve placée au sommet +l'administration de Département, et à ce degré d'administration doit +correspondre le dernier degré de l'Instruction, qui est l'Instruction +nécessaire aux divers états de la Société. Ces états sont en grand +nombre; mais on doit ici les réduire beaucoup: car il ne faut un +établissement national que pour ceux dont la pratique exige une longue +théorie, et dans l'exercice desquels les erreurs seroient funestes à +la Société. L'état de Ministre de la religion, celui d'Homme de loi, +celui de Médecin, qui comprend l'état de Chirurgien, enfin, celui de +Militaire: voilà les états qui présentent ce caractère. Ce dernier +même semblerait d'abord pouvoir ne pas y être compris, par la raison +que, dans plusieurs de ses parties, il peut être utilement exercé dès +le jour même qu'on s'y destine, mais comme il y en a de +très-multipliées qui demandent une instruction profonde; comme il +importe au salut de tous que, dans l'art difficile d'employer et de +diriger la force publique, nous ne soyons inférieurs à aucune autre +Puissance; comme enfin, d'après nos principes constitutionnels chacun +est appellé, à remplir des fonctions militaires, il nous a semblé +qu'il étoit nécessaire de le comprendre aussi dans la classe des états +auxquels la Société destinera des établissemens particuliers.</p> + +<p>Par là répondront aux divers degrés de la hiérarchie administrative +les différentes gradations de l'Instruction publique; et de même +qu'au-delà de toutes les administrations, se trouve placé le premier +organe de la Nation, le Corps législatif, investi de toute la force de +la volonté publique; ainsi, tant pour le complément de l'Instruction, +que pour le rapide avancement de la science, il existera dans le +chef-lieu de l'Empire, et comme au faîte de toutes les Instructions, +une École plus particulièrement nationale, <span class="pagenum"><a id="page021" name="page021"></a>(p.021)</span> un <span class="italic">Institut</span> +universel qui, s'enrichissant des lumières de toutes les parties de la +France, présentera sans cesse la réunion des moyens les plus +heureusement combinés pour l'enseignement des connoissances humaines +et leur accroissement indéfini. Cet institut, placé dans la Capitale, +cette patrie naturelle des arts, au milieu des grands modèles de tous +les genres qui honorent la Nation, nous a paru correspondre, sous plus +d'un rapport dans la hiérarchie instructive, au Corps législateur +lui-même, non qu'il puisse jamais s'arroger le droit d'imposer des +lois ou d'en surveiller l'exécution, mais parce que, se trouvant +naturellement le centre d'une correspondance toujours renouvellée avec +tous les Départemens, il est destiné, par la force des choses, à +exercer une sorte d'empire, celui que donne une confiance toujours +libre et toujours méritée; que, réunissant des moyens dont l'ensemble +ne peut se trouver que là, il deviendra, par le privilège légitime de +la supériorité, le propagateur des principes et le véritable +législateur des méthodes; qu'à l'instar du Corps législatif, ses +membres seront aussi l'élite des hommes instruits de toutes les +parties de la France, et que les élèves eux-mêmes, dont la première +éducation distinguée par des succès méritera d'être perfectionnée pour +le plus grand bien de la Nation, étant choisis dans chaque Département +pour être envoyés à cette École, ainsi qu'il sera expliqué ci-après, +seront, en vertu d'un tel choix, comme les jeunes Députés, si non +encore de la confiance, au moins de l'espérance nationale.</p> + +<p>Cette hiérarchie ainsi exposée, il paroîtroit naturel de passer à +l'indication des objets et des moyens d'instruction, pour chacun des +degrés que nous venons de marquer; mais auparavant, il est une +question à résoudre et sur laquelle les bons esprits eux-mêmes sont +partagés; c'est celle qui regarde la <span class="italic">gratuité</span> de l'Instruction. +<span class="pagenum"><a id="page022" name="page022"></a>(p.022)</span></p> + +<p>Il doit exister une Instruction gratuite: le principe est +incontestable; mais jusqu'à quel point doit-elle être gratuite? sur +quels objets seulement doit-elle l'être? quelles sont, en un mot, les +limites de ce grand bienfait de la Société envers ses membres?</p> + +<p>Quelque difficulté semble d'abord obscurcir cette question. D'une +part, lorsqu'on réfléchit sur l'organisation sociale et sur la nature +des dépenses publiques, on ne se fait pas tout de suite à l'idée +qu'une Nation puisse donner gratuitement à ses membres, puisque, +n'existant que par eux, elle n'a rien qu'elle ne tienne d'eux. D'autre +part, le Trésor national ne se composant que des contributions dont le +prélèvement est toujours douloureux aux individus, on se sent +naturellement porté à vouloir en restreindre l'emploi, et l'on regarde +comme une conquête tout ce qu'on s'abstient de payer au nom de la +Société.</p> + +<p>Des réflexions simples fixeront sur ce point les idées.</p> + +<p>Qu'on ne perde pas de vue qu'une Société quelconque, par cela même +qu'elle existe, est soumise à des dépenses générales, ne fut-ce que +pour les frais indispensables de toute association: de-là résulte la +nécessité de former un fonds à l'aide des contributions particulières.</p> + +<p>De l'emploi de ce fonds naissent, dans une Société bien ordonnée, par +un effet de la distribution et de la séparation des travaux publics, +d'incalculables avantages pour chaque individu, acquis à peu de frais +par chacun d'eux.</p> + +<p>Ou plutôt la contribution, qui semble d'abord être une atteinte à la +propriété, est, sous un bon régime, un principe réel d'accroissement +pour toutes les propriétés individuelles.</p> + +<p>Car chacun reçoit en retour le bienfait inestimable de la protection +sociale qui multiplie pour lui les moyens, et par conséquent les +propriétés: et de plus, délivré d'une foule de <span class="pagenum"><a id="page023" name="page023"></a>(p.023)</span> travaux +auxquels il n'auroit pu se soustraire, il acquiert la faculté de se +livrer, autant qu'il le désire, à ceux qu'il s'impose lui-même, et +par-là de les rendre aussi productifs qu'ils peuvent l'être.</p> + +<p>C'est donc à juste titre que la Société est dite accorder +<span class="italic">gratuitement</span> un bienfait, lorsque, par le secours de contributions +justement établies et impartialement réparties, elle en fait jouir +tous ses membres, sans qu'ils soient tenus d'aucune dépense nouvelle.</p> + +<p>Reste à déterminer seulement dans quel cas et sur quel principe elle +doit appliquer ainsi une partie des contributions; car, sans +approfondir la théorie de l'impôt, on sent qu'il doit y avoir un +terme, passé lequel, les contributions seroient un fardeau dont aucun +emploi ne pourroit ni justifier, ni compenser l'énormité. On sent +aussi que la Société, considérée en corps, ne peut ni tout faire, ni +tout ordonner, ni tout payer, puisque, s'étant formée principalement +pour assurer et étendre la liberté individuelle, elle doit +habituellement laisser agir plutôt que faire elle-même.</p> + +<p>Il est certain qu'elle doit d'abord payer ce qui est nécessaire pour +la défendre et la gouverner, puisqu'avant tout, elle doit pourvoir à +son existence.</p> + +<p>Il ne l'est pas moins qu'elle doit payer ce qu'exigent les diverses +fins pour lesquelles elle existe, par conséquent ce qui est nécessaire +pour assurer à chacun sa liberté et sa propriété; pour écarter des +associés une foule de maux auxquels ils seroient sans cesse exposés +hors de l'état de société; enfin, pour les faire jouir des biens +publics qui doivent naître d'une bonne association: car voilà les +trois fins pour lesquelles toute Société s'est formée; et, comme il +est évident que l'Instruction tiendra toujours un des premiers rangs +parmi ces biens, il faut conclure que la Société doit aussi payer tout +ce qui <span class="pagenum"><a id="page024" name="page024"></a>(p.024)</span> est nécessaire pour que l'Instruction parvienne à +chacun de ses membres.</p> + +<p>Mais s'en suit-il de-là que toute espèce d'Instruction doive être +accordée gratuitement à chaque individu? Non.</p> + +<p>La seule que la Société doive avec la plus entière gratuité, est celle +qui est essentiellement commune à tous, parce qu'elle est nécessaire à +tous. Le simple énoncé de cette proposition en renferme la preuve: car +il est évident que c'est dans le trésor commun que doit être prise la +dépense nécessaire pour un bien commun; or l'Instruction primaire est +absolument et rigoureusement commune à tous, puisqu'elle doit +comprendre les élémens de ce qui est indispensable, quelqu'état que +l'on embrasse. D'ailleurs, son but principal est d'apprendre aux +enfans à devenir un jour des citoyens. Elle les initie en quelque +sorte dans la Société, en leur montrant les principales lois qui la +gouvernent, les premiers moyens pour y exister: or n'est-il pas juste +qu'on fasse connoître à tous gratuitement ce que l'on doit regarder +comme les conditions mêmes de l'association dans laquelle on les +invite d'entrer? Cette première instruction nous a donc paru une dette +rigoureuse de la Société envers tous. Il faut qu'elle l'acquitte sans +aucune restriction.</p> + +<p>Quant aux diverses parties d'Instruction qui seront enseignées dans +les Écoles de District et de Département, ou dans l'Institut, comme +elles ne sont point en ce sens communes à tous, quoiqu'elles soient +accessibles à tous, la Société n'en doit nullement l'application +gratuite à ceux qui librement voudront les apprendre. Il est bien vrai +que, puisqu'il doit en résulter un grand avantage pour la Société, +elle doit pourvoir à ce qu'elles existent. Elle doit par conséquent se +charger envers les Instituteurs de la part rigoureusement nécessaire +de leur traitement, en sorte, que dans aucun cas, <span class="pagenum"><a id="page025" name="page025"></a>(p.025)</span> leur +existence et le sort de l'établissement ne puissent être compromis; +elle doit organisation, protection, même secours à ces divers +établissemens: elle doit faire, en un mot, tout ce qui sera nécessaire +pour que l'enseignement y soit bon, qu'il s'y perpétue et qu'il s'y +perfectionne; mais comme ceux qui fréquenteront ces Écoles, en +recueilleront aussi un avantage très-réel, il est parfaitement juste +qu'ils supportent une partie des frais, et que ce soit eux qui +ajoutent à l'existence de leurs Instituteurs les moyens d'aisance qui +allégeront leurs travaux, et qui s'accroîtront par la confiance qu'ils +auront inspirée. Il ne conviendroit, sous aucun rapport, que la +Société s'imposât la loi de donner pour rien les moyens de parvenir à +des états qui, en proportion du succès, doivent être très-productifs +pour celui qui les embrasse.</p> + +<p>A ces motifs de raison et de justice s'unissent de grands motifs de +convenance. On a pu mille fois remarquer que, parmi la foule d'Élèves +que la vanité des parens jettoit inconsidérément dans nos anciennes +Écoles ouvertes gratuitement à tout le monde, un grand nombre, +parvenus à la fin des études qu'on y cultivoit, n'en étoient pas plus +propres aux divers états dont elles étoient les préliminaires, et +qu'ils n'y avoient gagné qu'un dégoût insurmontable pour les +professions honorables et dédaignées auxquelles la nature les avoient +appellés; de telle sorte qu'ils devenoient des êtres très-embarrassans +dans la Société. Maintenant qu'il y aura une rétribution quelconque à +donner, qui stimulera à-la-fois le Professeur et l'élève, il est clair +que les parens ne seront plus tentés d'être les victimes d'une vanité +mal entendue, et que par-là l'agriculture et les métiers, dont un sot +orgueil éloignoit sans cesse, reprendront et conserveront tous ceux +qui sont véritablement destinés à les cultiver.</p> + +<p>Mais si la Nation n'est point obligée, si même elle n'a pas <span class="pagenum"><a id="page026" name="page026"></a>(p.026)</span> +le droit de s'imposer de telles avances, il est une exception +honorable qu'elle est tenue de consacrer: c'est celle que la nature +elle-même semble avoir faite en accordant le talent. Destiné à être un +jour le bienfaiteur de la Société, il faut que, par une reconnoissance +anticipée, il soit encouragé par elle; qu'elle le soigne, qu'elle +écarte d'autour de lui tout ce qui pourroit arrêter ou retarder sa +marche; il faut que, quelque part qu'il existe, il puisse librement +parcourir tous les degrés de l'Instruction; que l'Élève des Écoles +primaires qui a manifesté des dispositions précieuses qui l'appellent +à l'École supérieure, y parvienne aux dépens de la Société, s'il est +pauvre; que de l'École de District, lorsqu'il s'y distinguera, il +puisse s'élever sans obstacle, et encore à titre de récompense à +l'École plus savante du Département, et ainsi de degré en degré et par +un choix toujours plus sévère, jusqu'à l'<span class="italic">Institut national</span>.</p> + +<p>Par-là aucun talent véritable ne se trouvera perdu ni négligé, et la +Société aura entièrement acquitté sa dette. Mais on sent qu'un tel +bienfait ne doit pas être prodigué, soit parce qu'il est pris sur la +fortune publique dont on doit se montrer avare, soit aussi parce qu'il +est dangereux de trop encourager les demi-talens.</p> + +<p>Ainsi, la gratuité de l'Instruction s'étendra jusqu'où elle doit +s'étendre: elle aura pourtant encore des bornes; mais ces bornes sont +indiquées par la raison: il étoit nécessaire de les poser.</p> + +<p>Toute la question sur l'Instruction gratuite se résume donc en fort +peu de mots.</p> + +<p>Il est une Instruction absolument nécessaire à tous. La Société la +doit à tous: non-seulement elle en doit les moyens, elle doit aussi +l'application de ces moyens.</p> + +<p>Il est une instruction qui, sans être nécessaire à tous, est pourtant +nécessaire dans la Société en même-temps qu'elle <span class="pagenum"><a id="page027" name="page027"></a>(p.027)</span> est utile à +ceux qui la possèdent. La Société doit en assurer les moyens; mais +c'est aussi aux individus qui en profitent, à prendre sur eux une +partie des frais de l'application.</p> + +<p>Il est enfin une Instruction qui, étant nécessaire dans la Société, +paroît lui devoir être beaucoup plus profitable, si elle parvient à +certains individus qui annoncent des dispositions particulières. La +Société, pour son intérêt autant que pour sa gloire, doit donc à ces +individus, non pas seulement l'existence des moyens d'Instruction, +mais encore tout ce qu'il faut pour qu'ils puissent en faire usage.</p> + +<p>Ces principes une fois posés, leur vérité sentie, leur nécessité +reconnue, il faut passer à l'application, et organiser ces +Institutions diverses que nous n'avons fait qu'indiquer. Cette +organisation doit comprendre à-la-fois et les objets et les moyens +d'Instruction pour chacune d'elles; ce qui est nécessaire pour +qu'elles existent, pour qu'elles soient utiles, pour qu'elles se +perpétuent, pour qu'elles s'améliorent.</p> + +<hr class="c15" /> +<p class="p2"></p> +<p><span class="smcap">Avant</span> d'entrer dans l'organisation des établissemens d'instruction, +j'observe qu'il ne sera point nécessaire, que peut-être même, à raison +de l'insuffisance des moyens dans quelques Départemens, il seroit +dangereux que cette organisation, prise dans son ensemble, s'établit +tout-à-coup dans tout le Royaume; car c'est sur-tout en matière +d'instruction qu'il faut que chaque établissement soit provoqué par le +besoin, par l'opinion, par la confiance. Il faut que tout arrive, mais +que tout arrive à temps.</p> + +<p>J'observe aussi que des inégalités inévitables entre les Départemens +doivent rompre, dans quelques points, cette uniformité <span class="pagenum"><a id="page028" name="page028"></a>(p.028)</span> de +plan que nous avons tracée: ainsi, lorsqu'au jugement de +l'Administration supérieure du lieu, on ne pourra dans un Département, +dans un District, et même dans un canton, réunir le nombre +d'Instituteurs nécessaires, ou que d'autres localités présenteront des +obstacles à la formation d'un établissement d'instruction, il faudra, +pour que tout marche, pour que sur-tout il n'y ait point de lacune +dans l'instruction publique, que chacune de ces sections puisse +s'associer à une section correspondante pour le genre d'enseignement +qui lui est attribué. De-là résulteront de nouveaux liens entre tous +les Départemens du Royaume et entre toutes les subdivisions de chaque +Département. Ce que nous présentons ici aux différens Départemens est +donc moins ce qu'ils sont tenus de faire aujourd'hui, que ce qu'ils +doivent préparer, que ce qu'ils doivent commencer aussitôt qu'ils en +auront rassemblé les moyens.</p> + +<p>Nous nous sommes assurés que Paris étoit en état, avoit même besoin de +recevoir toutes ces institutions nouvelles; il est instant de les y +établir, afin que toutes les parties du Royaume voyent promptement en +activité un modèle dont chacun, suivant sa localité, pourra se +rapprocher. En vous présentant un plan général d'organisation, il a +donc été naturel, presque nécessaire, que nous en fissions +l'application directe à ce Département.</p> + +<p>Ces observations par lesquelles nous nous sommes interrompus, en +quelque sorte, nous-mêmes, mais qu'il étoit peut-être indispensable de +faire, nous ramènent avec plus de sécurité au développement de nos +idées. <span class="pagenum"><a id="page029" name="page029"></a>(p.029)</span></p> + +<p class="p4"></p> + +<h3><span class="sper">ÉCOLES PRIMAIRES</span>.</h3> +<p class="p4"></p> + +<p><span class="smcap">Jusqu'à</span> l'âge de six à sept ans, l'Instruction publique ne peut guère +atteindre l'enfance: ses facultés sont trop foibles, trop peu +développées: elles demandent des soins trop particuliers, trop +exclusifs. Jusqu'alors il a fallu la nourrir, la soigner, la +fortifier, la rendre heureuse: c'est le devoir des mères. L'Assemblée +Nationale, loin de contrarier en cela le vœu de la nature, le +respectera, au point de s'interdire toute Loi à cet égard: elle +pensera qu'il suffit de les rappeller à ces fonctions touchantes par +le sentiment même de leur bonheur, et de consacrer, par le plus +éclatant suffrage, les immortelles leçons que leur a données l'Auteur +d'<span class="italic">Émile</span>.</p> + +<p>Mais à-peu-près vers l'âge de sept ans, un enfant pourra être admis +aux Écoles <span class="italic">primaires</span>. Nous disons <span class="italic">admis</span>, pour écarter toute idée +de contrainte. La Nation offre à tous le grand bienfait, de +l'Instruction; mais elle ne l'impose à personne. Elle sait que chaque +famille est aussi une École <span class="italic">primaire</span>, dont le père est le chef; que +ses instructions, si elles sont moins énergiques, sont aussi plus +persuasives, plus pénétrantes; qu'une tendresse active peut souvent +suppléer à des moyens dont l'ensemble n'existe que dans une +instruction commune: elle pense, elle espère que les vrais principes +pénétreront insensiblement, de ces nombreuses institutions, dans le +sein des familles, et en banniront les préjugés de tout genre qui +corrompent l'éducation domestique: elle respectera donc des éternelles +convenances de la Nature qui, mettant sous la sauve-garde de la +tendresse paternelle le bonheur des enfans, laisse au père le soin de +prononcer sur ce qui leur importe davantage jusqu'au moment où, soumis +à des devoirs personnels, <span class="pagenum"><a id="page030" name="page030"></a>(p.030)</span> ils ont le droit de se décider +eux-mêmes. Elle se défendra des erreurs de cette République austère +qui, pour établir une éducation strictement nationale, osa d'abord +ravir le titre de Citoyen à la majorité de ses Habitans, qu'elle +réduisit à la plus monstrueuse servitude, et se vit ensuite obligée de +briser tous les liens des familles, tous les droits de la paternité, +par des Lois contre lesquelles s'est soulevée dans tous les temps la +voix de la nature; elle saura atteindre au même but, mais par des +voies légitimes; elle apprendra, elle inculquera de bonne heure aux +enfans qu'ils ne sont pas destinés à vivre uniquement pour eux; que +bientôt ils vont faire partie intégrante d'un tout auquel ils doivent +leurs sentimens et souvent leurs volontés; et qu'un intérêt qui n'est +qu'individuel, par-là même qu'il isole l'homme, le dégrade et détruit +pour lui tout droit aux avantages que dispense la société: enfin elle +se contentera d'inviter les parens, au nom de l'intérêt public, à +envoyer leurs enfans à l'instruction commune, comme à la source des +plus pures leçons, et au véritable apprentissage de la vie sociale.</p> + +<p>Cette instruction première, nous l'avons dit, est la dette véritable +de la Société envers ses Membres; elle doit donc comprendre des +documens généraux, nécessaires à tous, et dont l'ensemble puisse être +regardé comme l'introduction de l'enfance dans la Société. Ce +caractère nous a paru désigner les objets suivans.</p> + +<p>1º. Les principes de la langue nationale, soit parlée, soit écrite: +car le premier besoin social est la communication des idées et des +sentimens. Les règles élémentaires du calcul seront placées presque au +même rang, puisque le calcul est aussi une langue abrégée dont les +rapports inévitables de la Société rendent à tous l'usage nécessaire. +Il y faut joindre celles du toisé qui est l'application du calcul à la +mesure des héritages et des bâtimens, objets de l'intérêt journalier +des Citoyens, et par rapport auxquels des lumières générales peuvent +prévenir <span class="pagenum"><a id="page031" name="page031"></a>(p.031)</span> ou terminer la plupart des contestations qui les +divisent.</p> + +<p>2º. Les élémens de la Religion: car si c'est un malheur de l'ignorer, +c'en est un plus grand peut-être de la mal connoître.</p> + +<p>3º. Les principes de la morale: car elle est à la fois, et pour tous, +le bonheur de l'âme, le supplément nécessaire des Lois, et la caution +véritable des hommes réunis par le besoin, et trop souvent divisés par +l'intérêt.</p> + +<p>4º. Les principes de la Constitution: car on ne peut trop-tôt faire +connoître et, trop-tôt faire apprécier cette Constitution sous +laquelle on doit vivre, et que bientôt on doit jurer de défendre au +péril de sa vie.</p> + +<p>5º. Ce que demandent à cet âge les facultés <span class="italic">physiques</span>, +<span class="italic"> intellectuelles</span> et <span class="italic">morales</span>.—<span class="italic">Physiques</span>, c'est-à-dire, des leçons ou +plutôt des exercices propres à conserver, à fortifier, à développer le +corps, et à le disposer pour l'avenir à quelque travail mécanique. Il +faut, de bonne heure, leur apprendre quelques principes du dessin, de +l'arpentage; leur donner le coup-d'œil juste, la main sûre, les +habitudes promptes: car ce sont là des élémens pour tous les métiers, +et des moyens d'économiser le temps: tout cela est donc nécessaire, +tout cela l'est pour tous, et l'on ne peut trop faire sentir aux +enfans, quels qu'ils soient, que le travail est le principe de toute +chose; que nul n'est tenu de travailler pour un autre, et qu'on n'est +complettement libre qu'autant qu'on ne dépend pas d'autrui pour +subsister.—<span class="italic">Intellectuelles.</span> Nous avons vu plus haut qu'on les avoit +divisées en trois; la <span class="italic">raison</span>, la <span class="italic">mémoire</span>, l' <span class="italic">imagination</span>. Ce +n'est pas encore le moment d'exercer cette dernière faculté: car elle +est presque nulle dans l'enfance; elle tient à une sensibilité qui +n'est pas de cet âge, et elle a besoin, pour exister, d'une réunion +d'idées, de sensations, de souvenirs qui supposent quelque expérience +dans la vie; mais il est nécessaire d'offrir à leur <span class="italic">raison</span>, non les +hautes sciences qui la fatigueroient sans l'éclairer, mais la clef de +<span class="pagenum"><a id="page032" name="page032"></a>(p.032)</span> toutes les sciences, c'est-à-dire, une logique pour leur +âge; car il en est une. Leur raison n'est pas forte; mais elle est +pure; mais elle est libre; ils ne voyent pas loin; mais ils voyent +communément juste; ils voyent du moins ce qui est, en attendant qu'on +leur montre ce qui doit être, et l'on est souvent étonné de tout le +raisonnement qu'ils mettent dans ce qui les intéresse. La logique est +bien plus à leur portée que la métaphysique des langues que néanmoins +on se tourmente à leur faire entendre: et enfin il est parfaitement +constitutionnel de leur apprendre de bonne heure qu'ils sont destinés +à obéir à la raison, à la Loi, mais à n'obéir qu'à elles.—Il faut +offrir à leur <span class="italic">mémoire</span> la partie des connoissances élémentaires, soit +géographiques, soit historiques, soit botaniques, qui leur feront +aimer davantage la patrie et chérir le lieu qui les a vu naître. Il en +est d'autres qui, sans doute, orneroient leur mémoire, mais qu'on doit +regarder comme une sorte de luxe pour le grand nombre; et il faut ici +se renfermer dans le strict nécessaire: or quoi de plus nécessaire aux +yeux de la Société que les connoissances qui attachent de plus en plus +à cette Société? Il est d'ailleurs indispensable de cultiver cette +faculté des enfans, et parce que c'est celle qui amasse des matériaux +pour la raison, et parce qu'elle ne peut être exercée avec succès que +dans cet âge.—Enfin, les <span class="italic">facultés morales</span>. On ne peut ici rien +déterminer; mais on sent que c'est avec un soin particulier, avec une +attention délicate et continue, qu'on doit éveiller et entretenir, +particulièrement dans l'enfance et dans tous les instans, ce sens +précieux qui fait trouver un charme au bien que l'on fait, à celui que +l'on voit faire, et qui imprime l'honnêteté dans l'âme par l'attrait +même du plaisir.</p> + +<p>Tels sont les divers points d'instruction qui seront enseignés dans +les Écoles primaires. Que si le grand nombre des Élèves est tenu de +s'arrêter à cette première instruction; si les travaux <span class="pagenum"><a id="page033" name="page033"></a>(p.033)</span> de +l'agriculture et des arts appellent tel individu à d'autres leçons, du +moins il aura appris ce qu'il lui sera éternellement nécessaire de +savoir; son corps se sera utilement préparé au travail; son esprit +aura acquis des idées saines, des connoissances premières, dont la +trace ne s'effacera pas; son âme aura reçu, avec le germe des +sentimens honnêtes, des actions vertueuses, ce qui doit servir à le +développer; enfin, il sera désormais en état de s'approprier, par la +réflexion, les inépuisables leçons qui vont découler de la seule +existence du nouvel ordre des choses, comme aussi de tourner à son +profit les institutions publiques dont il sera parlé bientôt, et qui +seront le grand complément de l'instruction nationale.</p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">ÉCOLES DE DISTRICT</span>.</h3> +<p class="p4"></p> + +<p><span class="smcap">Les</span> Écoles de District sont placées comme intermédiaires entre celles +dont l'objet est nécessaire à tous, et les Écoles dont l'enseignement +complet regarde uniquement ceux qui sont destinés à un des quatre +états auxquels la Société consacre des établissemens particuliers.</p> + +<p>Le but de ces Écoles est de donner aux facultés individuelles un plus +grand développement, et de disposer de loin à toutes les fonctions +utiles de la Société. Or ce double objet, qui intéresse si directement +le bien particulier et l'avantage commun, se trouvera rempli par une +instruction ordonnée de telle sorte, qu'elle ne sera que la suite et +comme la progression naturelle de l'Instruction des Écoles primaires.</p> + +<p>Ainsi, aux principes de la langue nationale succéderont, dans les +Écoles de District, une théorie plus approfondie de l'art d'écrire et +la connoissance de celles des langues anciennes <span class="pagenum"><a id="page034" name="page034"></a>(p.034)</span> qui +conservent le plus de richesses pour l'esprit humain. On ajoutera, +dans plusieurs de ces Écoles, l'enseignement d'une des langues +vivantes que les relations locales ou nationales sembleront +recommander davantage.</p> + +<p>Aux simples élémens de la Religion, on joindra l'histoire de cette +Religion et l'exposé des titres d'après lesquels elle commande la +croyance.</p> + +<p>Aux principes de la morale, dont l'application est si bonne dans le +premier âge de la vie, le développement de la morale dans ses +applications privées et publiques.</p> + +<p>Aux principes de la Constitution, qui ne peuvent être qu'indiqués à +des enfans, une exposition développée de la déclaration des droits et +de l'organisation des divers pouvoirs.</p> + +<p>Quant à ce qui concerne plus directement encore les facultés, un plus +parfait développement leur sera donné de la manière suivante.</p> + +<p><span class="italic">Facultés physiques.</span> Au lieu des exercices de l'enfance, qui ne sont +pour la plupart que des jeux, des exercices qui supposent et donnent +à-la-fois de la force et de l'agilité, tels que la natation, +l'escrime, l'équitation, et même la danse.</p> + +<p><span class="italic">Intellectuelles.</span> Au lieu d'une logique élémentaire et accommodée aux +forces de l'esprit du premier âge, l'art du raisonnement dans toutes +ses parties, avec l'indication des principales sources de nos erreurs. +On offrira aussi la <span class="italic">raison</span> des Élèves les élémens des mathématiques, +dont la méthode est le plus parfait modèle de l'art de raisonner; ceux +de la physique qui, dans plusieurs de ses parties, est si étroitement +liée aux mathématiques, et les premiers élémens de la chimie, qui sont +reconnus maintenant pour être les véritables principes de la +physique.—On offrira à leur <span class="italic">mémoire</span>, l'histoire des Peuples libres, +l'histoire de France, ou plutôt des François, quand il en existera +une, et des modèles de tout genre, soit parmi les anciens, soit parmi +les modernes; mais en l'exerçant, <span class="pagenum"><a id="page035" name="page035"></a>(p.035)</span> en l'enrichissant, on se +gardera de la fatiguer; car, à son tour, elle fatigueroit l'esprit et +pourroit nuire au développement naturel des idées.—On offrira à leur +<span class="italic">imagination</span> les règles et sur-tout les beautés de l'éloquence et de +la poësie; les élémens de la musique et de la peinture; en un mot, le +principe de ce qui l'émeut avec le plus de charme et de puissance.</p> + +<p><span class="italic">Morales.</span> Il est clair que ces facultés seront bien plus utilement +exercées, bien plus facilement développées à l'âge où les sentimens +commencent à se raisonner; car c'est à cette époque, sur-tout, que +tous les moyens d'imprimer l'honnêteté ont une action forte sur +l'homme. Mais il faudra que, par d'utiles institutions, cet exercice +soit pratiqué entre les Élèves, de telle sorte que les rapports qui +constituent la morale, deviennent des rapports réels qui s'étendent à +leurs yeux, et s'agrandissent chaque jour davantage.</p> + +<p>Ces divers points d'instruction vont se réaliser par un enseignement +dont le plan s'écartera nécessairement de l'ancien.</p> + +<p>Un des changemens principaux dans la distribution consistera à diviser +en cours ce qui étoit divisé en classes; car la division par classe ne +répond à rien, morcelle l'enseignement, asservit, tous les ans et pour +le même objet, à des méthodes disparates, et par-là jette de la +confusion dans la tête des jeunes gens. La division par cours est +naturelle: elle sépare ce qui doit être séparé: elle circonscrit +chacune des parties de l'enseignement: elle attache davantage le +Maître à son Élève, et établit une sorte de responsabilité qui devient +le garant du zèle des Instituteurs.</p> + +<p>Nous graduerons, nous ordonnerons ces cours en raison de l'âge, et +nous nous appliquerons à suivre dans leur distribution le progrès +naturel des idées et des sensations de l'enfance. C'est cet ordre +nécessaire que nous avons tâché d'indiquer.</p> + +<p>Cette indication annonce suffisamment que l'Instruction des <span class="pagenum"><a id="page036" name="page036"></a>(p.036)</span> +Districts, dès qu'elle sera organisée, atteindra le but auquel elle +est destinée, celui de parler à toutes les facultés, et d'éclairer de +bonne heure toutes les routes de la vie, de telle sorte que chaque +Élève reconnoisse d'une manière sûre à quelle fin la nature l'appelle; +car, s'il n'est aucun de ces documens généraux qu'on puisse dire +étranger à un état quelconque, si même quelques-uns d'entre eux sont +nécessaires à tous, il n'est pas moins sensible à la réflexion que +chacun d'eux dispose plus naturellement à un état qu'à un autre, et +qu'ensemble ils doivent être regardés comme le premier apprentissage +de tous les divers états.</p> + +<p>Jusqu'à présent nous n'avons présenté qu'un simple apperçu sur les +deux premières Écoles. L'ordre de notre travail nous amènera bientôt +au développement pratique des moyens dont la plupart sont applicables +à toutes. Auparavant il faut connoître la division des objets qui +formeront l'enseignement de la troisième.</p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">ÉCOLES DE DÉPARTEMENT</span>.</h3> +<p class="p4"></p> + +<p><span class="smcap">Chaque</span> chef-lieu de Département contiendra d'abord l'École de +District, puisqu'il offrira le même enseignement; mais il comprendra +de plus, quoiqu'avec des différences sensibles, les Écoles nommées +<span class="italic">Écoles de Département</span>, pour les états auxquels la Société réserve +des moyens particuliers d'instruction.</p> + +<p>Nous annonçons des différences, parce qu'il est impossible, comme je +l'ai déjà observé, que par-tout, et sur-tout dans les commencemens, +l'enseignement soit également complet, <span class="pagenum"><a id="page037" name="page037"></a>(p.037)</span> et que le bien public +exigera qu'à l'égard de certains états, plusieurs Départemens +s'associent pour un même enseignement; mais alors même la hiérarchie +sera conservée, et chacun des Départemens concourra du moins à former +des Écoles pour le dernier degré de l'instruction.</p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">ÉCOLES</span></h3> +<h3><span class="sper">POUR LES MINISTRES DE LA RELIGION</span>.</h3> +<p class="p4"></p> + +<p><span class="smcap">L'état</span> de Ministre de la Religion est un de ceux auxquels la Nation +destine des établissemens particuliers.</p> + +<p>Celui où les Élèves trouveront l'instruction qui leur est nécessaire, +sera placé, ainsi que vous l'avez ordonné, près de l'Église +Cathédrale, et sous les yeux de l'Évêque. Nous n'en déterminons pas le +nombre. Chaque Département aura le droit de se réunir en tout temps +pour cette partie d'instruction à un Département voisin.</p> + +<p>Quant à l'enseignement, il convient qu'il soit divisé de la manière +suivante.</p> + +<p>1º. Les titres fondamentaux de la Religion Catholique, qu'on sera +tenu de puiser dans leur source.</p> + +<p>2º. L'exposition raisonnée des divers articles que doit comprendre +explicitement la croyance de chaque Fidèle.</p> + +<p>3º. Le développement de la morale de l'Évangile.</p> + +<p>4º. Les lois particulières aux Ministres du Culte Catholique.</p> + +<p>5º. Les principes ainsi que les objets habituels de la Prédication.</p> + +<p>6º. Les détails qui appartiennent à un Ministère de consolation et de +paix, soit dans l'administration des Sacremens, soit dans le +gouvernement des Paroisses. <span class="pagenum"><a id="page038" name="page038"></a>(p.038)</span></p> + +<p>En circonscrivant ainsi cet enseignement, vous usez d'un droit +incontestable, celui de renfermer tous les genres de pouvoirs dans +leurs véritables limites.</p> + +<p>Je vais parcourir ces divers points d'instruction.—Qu'on ne s'étonne +pas de trouver ici un langage qui ne peut être familier: c'est avec la +sévérité et l'exactitude de ses propres expressions qu'un tel sujet +doit être traité.</p> + +<p>1º. C'est un principe catholique que la croyance est un don de Dieu; +mais ce seroit étrangement abuser de ce principe que d'en conclure que +la raison doit se regarder comme étrangère à l'étude de la religion: +car elle est aussi un présent de la Divinité et le premier guide qui +nous a été accordé par elle pour nous conduire dans nos recherches; et +c'est à vous, sur-tout, qu'il appartient de la rétablir dans ses +droits: or si, suivant les principes de la Religion catholique, la +raison individuelle n'a pas le droit de se constituer juge de chaque +article isolé de la foi, et sur-tout de pénétrer ses incompréhensibles +mystères, il est non moins incontestable que c'est à la raison qu'il +appartient de reconnoître les titres primordiaux de la Religion, les +caractères distinctifs de l'Église: mais ces titres, ces caractères +doivent nécessairement se trouver et dans le code de la révélation, et +dans les monumens des premiers siècles de la Religion: la raison doit +donc les chercher là comme à leur source. Que si chaque fidèle, pour +être en état de rendre à la Religion cet <span class="italic">hommage raisonnable</span> qui +seul est digne d'elle, doit examiner attentivement les titres de sa +croyance, combien plus y est obligé le Ministre de la Religion, qui +doit toujours être prêt à les opposer au doute ou à l'erreur? Cette +partie de la théologie, qui en est en quelque sorte la partie +philosophique, doit donc être complettement enseignée dans les Écoles +où se formeront les Élèves du Sacerdoce, en même temps que les bons +esprits travailleront à la perfectionner et <span class="pagenum"><a id="page039" name="page039"></a>(p.039)</span> à l'épurer par +une grande sévérité dans le choix des preuves car, on l'a dit souvent, +les mauvaises preuves en faveur de la Religion ont plus nui à la +croyance publique que les plus fortes objections par lesquelles on +s'est efforcé de la combattre.</p> + +<p>2º. Dès que les titres de la Religion sont reconnus, que le fondement +de la foi catholique repose sur une révélation divine, et qu'il est de +principe que les points révélés nous sont transmis par une autorité +toujours visible, il devient plus qu'inutile de se rengager dans des +discussions interminables qui étoient l'aliment de l'ancienne +théologie, et qui semblent remettre sans cesse en problème ce qui est +déjà décidé. Il ne s'agit plus que de bien connoître ces objets +révélés pour les présenter aux Peuples de la manière la plus propre à +être saisie par leur intelligence. Une exposition raisonnée est donc +tout ce qu'il faut pour le grand nombre des Ministres chargés de cette +fonction. Peut-être même seroit-elle plus qu'il ne faut, si elle +embrassoit l'universalité des points décidés; car, si l'Église +catholique, dépositaire de la tradition, a dû s'élever, à diverses +époques, contre toute altération du dogme ou de la morale évangélique; +si ses décisions se sont multipliées avec les erreurs, il n'est pas +moins vrai que le dépôt de la révélation n'a pas dû se grossir en +traversant les siècles, et que les fidèles de nos jours ne sont pas +tenus de croire davantage que ceux de l'Église des premiers siècles. +L'exposition des points révélés, qui doit être enseignée à tout Élève +du Sacerdoce, pour qu'il l'enseigne à son tour, peut donc être réduite +à ce qu'il étoit nécessaire à tout chrétien de croire et de professer +avant la naissance des hérésies; c'est-à-dire, à ce qui constitue la +pratique journalière de la Religion. Chacun pourra sans doute, à son +gré, étendre plus loin et ses recherches et ses études particulières: +il lui sera libre de parcourir, s'il le veut, tous les canaux de la +tradition, de <span class="pagenum"><a id="page040" name="page040"></a>(p.040)</span> charger son esprit ou sa mémoire des longs +débats de la théologie, et de s'armer contre les plus anciennes +erreurs de tous les argumens employés pour les combattre; mais aussi +la Nation, qui retrouve, à chaque page de son histoire, la trace +profonde des maux qu'ont enfantés tant de querelles religieuses, a le +droit non moins incontestable de chercher à s'en défendre pour +l'avenir, en écartant de l'enseignement public qu'elle protège, tout +ce qui n'est pas indispensable à un Ministre de la Religion. La +théologie d'ailleurs ne doit point être regardée comme une Science. +Les Sciences sont susceptibles de progrès, d'expériences, de +découvertes: la théologie, qui ne peut être que la connoissance de la +Religion, est étrangère à tout cela; immuable comme elle, elle est +comme elle ennemie de toute innovation. Il faut qu'elle soit +aujourd'hui ce qu'elle étoit d'abord. On doit donc s'occuper, non pas +à l'étendre, mais à la fixer, mais à la renfermer dans ses limites, +que trop souvent d'ambitieuses subtilités s'efforcèrent de lui faire +franchir dans des siècles d'ignorance. L'Assemblée Nationale, en +même-temps qu'elle encourage les progrès des Sciences et les +inventions de l'esprit humain, doit donc, par le même principe, +s'opposer à toute extension de la théologie, à toute invasion des +Théologiens: car, puisque la Religion commande à la pensée, c'est-à-dire, à ce qu'il y a de plus libre en nous, il est du devoir des +fondateurs de la liberté publique de retirer de l'enseignement +religieux, et tout ce qu'il est permis de ne pas croire, et tout ce +qu'on a le droit d'ignorer. Concluons que l'Assemblée Nationale doit +enjoindre à tous les Évêques, comme étant les premiers surveillans de +la doctrine religieuse, de travailler avec leur conseil à réduire les +objets dogmatiques, qui entreront dorénavant dans l'enseignement +public des Ministres du culte, aux seuls points indispensables à +l'instruction des <span class="pagenum"><a id="page041" name="page041"></a>(p.041)</span> fidèles, par conséquent à en bannir et les +vaines opinions qui divisent les esprits, et les discussions oiseuses +sur des articles dès long-temps décidés, et même aussi un +développement trop étendu de ceux de ces articles qui ne font point +partie essentielle de l'instruction des Peuples; de telle sorte que, +du concours de ces travaux épuratoires, résulte enfin un enseignement +complet, uniforme et réduit à ses véritables bornes.</p> + +<p>3º. La morale évangélique est le plus beau présent que la Divinité +ait fait aux hommes: c'est un hommage que la Nation françoise s'honore +de lui rendre. On ne peut donc trop pénétrer de ses bienfaisantes +maximes les Ministres de la Religion, pour qu'ils en nourrissent les +Peuples qui leur seront confiés. Les principes de la morale naturelle +leur auront été développés dans les Écoles précédentes: ils en seront +d'autant plus disposés à en goûter la perfection dans l'évangile; car +c'est-là qu'elle existe avec toute la force d'une sanction qui lui +donne sur les âmes une puissance surnaturelle. L'Assemblée Nationale +ne dictera point ici les règles d'un tel enseignement, quoiqu'elle ait +le droit de s'affliger des vices des anciennes méthodes où l'onction +évangélique disparoissoit sous la sécheresse des discussions: elle se +borne à recommander cette réforme au nouveau clergé qui s'élève de +toutes parts. Cependant, comme il lui appartient de reconnoître ce qui +importe le plus au bien général de la Nation, elle peut et sans doute +aussi elle doit ordonner que l'on s'attache sur-tout à enseigner aux +Élèves du Sacerdoce la partie de la morale évangélique qui consacre en +termes si énergiques la parfaite égalité des hommes, et cette +indulgence religieuse que les philosophes eux-mêmes n'osoient appeler +que tolérance, mais qui doit être un sentiment bien plus pur, bien +plus fraternel, bien plus respectueux pour le malheur. <span class="pagenum"><a id="page042" name="page042"></a>(p.042)</span></p> + +<p>4º. Les lois sur l'organisation du Clergé forment tout le droit +canonique. C'est-là que tout Ministre de la Religion doit s'instruire +de ses droits, d'une partie de ses devoirs et de ses rapports avec la +nouvelle organisation sociale. Ces lois nouvelles doivent donc faire +partie essentielle des études ecclésiastiques.</p> + +<p>5º. La prédication est une des fonctions ecclésiastiques qui appelle +le plus l'attention des Législateurs. Il faut que, ramenée à son but, +qui est de rendre les hommes meilleurs par les motifs que la Religion +consacre, elle devienne ce qu'elle doit être; mais il faut aussi +qu'elle ne puisse pas abuser de son influence, et que d'invincibles +barrières s'opposent à ses écarts. Le premier objet sera le fruit de +l'instruction; le second doit être l'ouvrage des lois. Jusqu'à ce jour +les Écoles les plus célèbres n'étoient que des arènes dogmatiques: on +y apprenoit longuement à devenir de vains et dangereux disputeurs; on +dédaignoit d'y apprendre à être d'utiles propagateurs de la morale de +l'évangile. Cela ne doit plus subsister. Les nouveaux Instituteurs des +Écoles ecclésiastiques seront obligés de montrer à leurs Élèves les +principes, les sources, les modèles, les objets, comme aussi l'extrême +importance de la prédication; ils auront le courage d'enseigner avec +persévérance ce qui est bon, ce qui est utile, et de n'enseigner que +cela. Mais l'Assemblée Nationale ne peut borner là sa sollicitude: +elle sait que la prédication est un des grands moyens que le fanatisme +de tous les temps employa pour égarer les Peuples; elle la regarde +comme une sorte de puissance, toujours redoutable, lorsqu'elle n'est +pas bienfaisante; et dont par conséquent il importe de régler et de +circonscrire l'action. Cet objet sera rempli, autant qu'il peut +l'être, lorsque l'Assemblée Nationale aura déclaré que toute atteinte +portée au respect dû à la loi dans l'exercice de cette fonction, sera +mise au rang des plus graves délits. Et cela <span class="pagenum"><a id="page043" name="page043"></a>(p.043)</span> doit être; car +quoi de plus criminel aux yeux d'une Nation, qu'un Fonctionnaire qui +se sert de ce qu'il y a de plus saint pour exciter les Peuples à +désobéir à ses lois.</p> + +<p>6º. Dans le régime journalier des paroisses, dans l'administration +des sacremens, il est une foule de détails qui échappent à +l'indifférence, mais qui sont précieux à la piété. C'est par eux +sur-tout que les Pasteurs se concilient cette tendre vénération, qui +est la plus douce récompense de leur ministère. Il faut que rien de ce +qui est propre à adoucir les souffrances, à consoler les malheureux, à +prévenir les dissentions, à calmer les haines, soit étranger à un +Ministre de la Religion; car ce sont des fonctions bien dignes d'elle. +Ainsi, les règles de l'arpentage et du toisé, plus développées que +dans les Écoles primaires, la connoissance des simples, quelques +principes d'hygiène et quelques-uns de droit, etc. nous paroissent +devoir faire dorénavant partie de l'instruction ecclésiastique. Il +faut que la Religion, que les Peuples confondent si facilement avec +ses interprètes, se montre toujours à eux ce qu'elle est +véritablement, l'ouvrage sublime de la bonté divine; et en la voyant +toujours attentive à leur bonheur, toujours consolatrice dans leurs +peines, ils aimeront à en bénir l'Auteur, et à l'honorer par l'hommage +et la pratique de toutes les vertus.</p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">ÉCOLES DE MÉDECINE.</span></h3> +<p class="p4"></p> + +<p><span class="smcap">La</span> Médecine vous demande aussi un établissement particulier.</p> + +<p>C'est après avoir combiné ensemble les rapports de cette belle partie +de la Physique avec l'homme, et les vices des anciennes <span class="pagenum"><a id="page044" name="page044"></a>(p.044)</span> +méthodes d'enseignemens, et les vues particulières qui nous ont été +communiquées par des hommes célèbres, que nous vous proposons avec +confiance de régler l'enseignement de cette science, d'après les +principes suivans.</p> + +<p>D'abord les Écoles seront par-tout organisées de la même manière: dans +toutes, on enseignera les mêmes objets; on communiquera les mêmes +pouvoirs; on imposera les mêmes épreuves: car c'est manquer +essentiellement à l'homme que de requérir plus de savoir pour un lieu +que pour un autre, pour les cités que pour les campagnes.</p> + +<p>Jusqu'à ce jour, on a divisé cet art en trois: la Médecine, la +Chirurgie, la Pharmacie; et il en est résulté un désaccord funeste et +à l'art et aux hommes. Il est clair que ce sont les parties d'un même +tout: elles doivent donc être réunies dans les mêmes Écoles. Cet art +doit sa naissance aux Grecs; jamais chez eux la Pharmacie et la +Chirurgie ne furent séparées de la Médecine.</p> + +<p>Tout collège de Médecine, pour être complet, comprendra désormais dans +son renseignement, 1º. la Physique, connue sous le nom de Médicale, +c'est-à-dire, appliquée dans toutes ses parties à l'art de guérir: car +c'est en elle que résident tous les principes sur lesquels peut se +fonder cet art. 2º. L'analyse ou la connoissance exacte de toutes les +substances que les trois règnes de la nature lui fournissent. 3º. +L'étude du corps humain dans l'état de santé. 4º. Celle des maladies, +quant à leurs symptômes, à leur traitement, au mode de les observer et +d'en recueillir l'histoire. 5º. Les connoissances requises pour être +en état d'éclairer, dans des circonstances difficiles, le jugement de +ceux qui doivent prononcer sur la vie et l'honneur des citoyens. 6º. +Enfin; car c'est-là que tout doit aboutir, l'enseignement de la +Médecine pratique.</p> + +<p>Pour faciliter toutes ces parties d'un même enseignement, <span class="pagenum"><a id="page045" name="page045"></a>(p.045)</span> +vous jugerez que les Écoles doivent être établies dans l'enceinte même +des Hôpitaux; car on ne peut trop rapprocher les institutions de ceux +pour qui elles sont le plus nécessaires. C'est-là que le bien des +malades est toujours d'accord avec les progrès de l'instruction; que +la théorie ne marche point au hasard, et que souvent un seul jour +rassemble tous les bienfaits de l'expérience d'un siècle: c'est-là que +les Élèves commenceront par soigner les malades pour être mieux en +état de les traiter un jour, qu'ils apprendront presque en même-temps +à ordonner, à préparer, à appliquer les remèdes, et que par-là ceux +qui se destineront particulièrement à une des branches de l'art, se +trouveront pourtant suffisamment instruits sur toutes.</p> + +<p>Tel sera l'enseignement.</p> + +<p>Il seroit sans doute à désirer que tout Département eût son École; +mais cette convenance doit ici fléchir devant la nécessité. Il est +clair que des Écoles de Médecine, trop multipliées, ne pourroient se +soutenir, soit parce qu'on manquerait de Professeurs, soit parce qu'on +manqueroit d'Élèves. En matière d'enseignement, c'est, avant tout, la +médiocrité qu'il faut qu'on éloigne: elle naît de plusieurs manières, +et parce qu'elle n'apprend pas, et parce qu'elle apprend mal, et parce +qu'elle ne communique point aux Élèves ce zèle, cet enthousiasme +créateur que les grands talens peuvent seuls inspirer.</p> + +<p>Quatre Collèges complets ont paru suffire au besoin de tout le +Royaume.</p> + +<p>Cependant, pour rapprocher le plus possible l'instruction de chaque +lieu, on a pensé que tout Corps administratif pourroit utilement +établir, dans son arrondissement, une espèce d'École secondaire qui +seroit placée dans l'hôpital le mieux organisé du Département. Là, +tous les jeunes gens peu favorisés de la fortune, mais annonçant des +dispositions particulières pour <span class="pagenum"><a id="page046" name="page046"></a>(p.046)</span> l'état de Médecin, seraient +nourris et logés à peu de frais. Ils rendroient des services à la +maison, et ils en recevroient en retour les premiers élémens de l'art; +et par de bons livres élémentaires, et par des leçons-pratiques de +tous les jours. Leur éducation médicale ainsi commencée, quelquefois +même terminée, ils n'auroient plus qu'à se transporter au Collège de +Médecine le plus prochain pour y subir les examens requis, et y être, +bientôt après, proclamés Médecins.</p> + +<p>La nécessité de ces examens doit être rigoureusement maintenue; car il +faut ici sur-tout défendre la crédule confiance du peuple contre les +séductions du charlatanisme. Il faut donc donner une caution publique +à la profession de cet état; mais, en même-temps vous voudrez que les +anciennes lois coercitives, qui fixoient l'ordre et le temps des +études, soient abolies. Vous ne souffrirez pas qu'aucune École s'érige +en jurande: ainsi ce ne sera plus le temps, mais le savoir qu'il +faudra examiner; on ne demandera point de certificats; on exigera des +preuves; on pourra n'avoir fréquenté aucune École et être reçu +Médecin; on pourra les avoir parcouru toutes, et ne pas être admis: +par cette double disposition, on accordera parfaitement, et dans cette +juste mesure qui est à désirer en tout, ce qu'exige la justice, ce que +demande la liberté, et ce que réclame la sûreté publique.</p> + +<p class="blockquote"><span class="italic">Nota</span>. Il reste à pourvoir aux progrès de la Science médicale, par le +moyen des correspondances et par des travaux concertés, ainsi que font +aujourd'hui les Sociétés savantes et les Corps académiques. Cet objet +fera partie du grand Institut où il doit être traité dans la section +des Sciences. <span class="pagenum"><a id="page047" name="page047"></a>(p.047)</span></p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">ÉCOLES DE DROIT.</span></h3> +<p class="p4"></p> + +<p><span class="smcap">Ce</span> n'est qu'à dater de la Constitution que la Science du Droit peut +devenir une et complette. Jusqu'à cette époque, le Droit public, qui +en fait partie essentielle, a été nécessairement une Science occulte, +livrée à un petit nombre d'Augures qui la travestissoient à leur gré, +ou plutôt c'étoit une Science mensongère qu'il étoit impossible +d'apprendre, parce qu'elle n'avoit pas de réalité.</p> + +<p>Le droit privé étoit plus réel, plus constaté dans son existence; mais +son immensité, mais la multitude de ses élémens hétérogènes, accumulés +par le temps et le hasard, devoient effrayer l'esprit le plus vaste, +la raison la plus forte. Comment, au milieu de ce chaos retenir +toujours le fil des principes, ou comment consentir à s'en passer? Ce +n'étoit pas le vice de la Science, encore moins celui de +l'enseignement; c'étoit celui de son objet.</p> + +<p>On a fait pourtant de justes reproches à l'enseignement, ou plutôt à +quelques abus du Corps enseignant: c'est celui qui portoit sur la +facilité scandaleuse des épreuves. Il seroit impossible, il seroit +coupable de chercher ici à la justifier: car elle tendoit à avilir la +science: mais elle tenoit à une cause qu'on ne peut imputer qu'au +Gouvernement. Les Facultés de Droit étoient presque par-tout +uniquement payées par les Élèves: de-là la tentation de n'en refuser +aucun, et d'en attirer beaucoup. Encore si cet abus, pour exister, +avoit eu besoin de l'assentiment du plus grand nombre des Facultés, +l'amour du bien <span class="pagenum"><a id="page048" name="page048"></a>(p.048)</span> public, le respect pour la Science, et une +sorte de décence l'auroient sans doute repoussé; mais il suffisoit +qu'il existât une seule Faculté dans le Royaume qui eût acquis cette +déplorable renommée; il suffisoit même de la seule existence d'une +Faculté étrangère (celle d'Avignon) à laquelle il étoit libre de +recourir, pour corrompre, sous ce rapport, l'enseignement général: car +les Facultés les plus attachées à leurs devoirs, après avoir lutté +quelque temps pour la règle, se sont vues contraintes à faire du moins +fléchir un peu la rigueur des principes pour retenir des Élèves qui +presque tous leur auroient inévitablement échappé.—Cet abus est +facile à prévenir.</p> + +<p>Quant à l'enseignement, il présente plusieurs difficultés. Le Droit +n'est pas une Science spéculative; c'est la science de ce qui est, non +de ce qui doit être, et ce sera aussi quelque temps encore la science +de ce qui ne sera plus: car malheureusement les mauvaises lois règnent +après leur mort. Ainsi l'enseignement est condamné à se ressentir +pendant plusieurs années des vices de nos anciennes lois qu'il faudra +savoir, qu'il faudra accorder entre elles à l'époque où l'on se +disposera à les détruire, ou même après qu'elles auront été détruites. +C'est un état pénible pour la Science, mais un état inévitable, et qui +exigera pendant quelques années des précautions dans l'enseignement.</p> + +<p>Un temps viendra où toutes les parties de cette Science s'éclaireront +du jour de la raison: c'est lorsque les Législateurs auront porté ce +même jour sur le code entier de la législation, et présenteront enfin +un système de lois pures et concordantes, ramené à un petit nombre de +principes. En attendant, l'enseignement doit profiter de ce qui est +fait, en même temps qu'il souffrira de tout ce qui reste à faire.</p> + +<p>Le premier objet que désormais il doit offrir, est la Constitution, +<span class="pagenum"><a id="page049" name="page049"></a>(p.049)</span> ou le Droit public national, dont il puisera les principes +dans le texte même de l'acte constitutionnel et dans les lois qui en +contiennent le principal développement. Les Maîtres trouveront des +Élèves préparés à cette instruction: les enfans en auront reçu la +première leçon de la bouche de leur père; ils auront grandi en +répétant ces titres désormais imperdables, confiés de bonne-heure à +leur mémoire, et dont l'amour croîtra et se développera avec eux.</p> + +<p>Malheur aux Maîtres qui auront à traiter de si nobles sujets, s'ils +restoient froids au milieu de ces Élèves bouillans de jeunesse et de +courage: c'est à ces cœurs neufs et purs qu'il est facile de +communiquer le saint enthousiasme du patriotisme et de la liberté. +Combien de récits touchans pourront animer ces leçons, y répandre du +charme et de l'intérêt! Comme l'histoire de la patrie est utilement +liée à l'enseignement de sa Constitution! Comme cette histoire parle à +l'âme dans un pays libre! Quelles douces larmes elle fait répandre!</p> + +<p>Après la Constitution, sera placée la théorie des délits et des +peines, et celle des formes employées par la Société pour +l'application de ses lois pénales: car il est juste de faire connoître +à ceux qui étudient le droit, aussitôt qu'ils ont appris la +Constitution, le code pénal qui en est l'appui, tant parce qu'il +définit d'une manière exacte en quoi un citoyen peut offenser la +Constitution, que parce qu'il déclare la peine qui doit suivre cette +offense. D'ailleurs, rien ne touche de plus près au pacte social que +la connoissance des peines auxquelles est soumis un membre de la +Société, quand il en a violé les lois.</p> + +<p>Il seroit utile que tous les Citoyens connussent la forme des jugemens +en matière criminelle. C'est une épreuve que l'homme le plus vertueux +n'est pas sûr de ne jamais subir; et il lui importe de savoir, avec +beaucoup d'exactitude, la marche <span class="pagenum"><a id="page050" name="page050"></a>(p.050)</span> que l'on doit suivre à son +égard, comme aussi les droits qu'il est autorisé à réclamer pour +mettre son innocence dans tout son jour, et ne perdre aucun de ses +avantages par ignorance ou par foiblesse.</p> + +<p>La connoissance des formes de la procédure criminelle ne sauroit être +trop généralement répandue dans un pays qui a le bonheur de posséder +l'institution du Juré. La fonction solemnelle de juger un accusé et de +prononcer la vérité sur un fait d'où peut dépendre l'honneur ou la vie +d'un homme, n'exige pas à la vérité des connoissances judiciaires; +mais il est à désirer que ceux qui ont cette belle fonction à remplir, +n'y soient pas tellement étrangers, qu'ils ignorent complettement en +quoi elle consiste. Lorsqu'ils y seront initiés d'avance, ils s'en +formeront une idée plus juste, et ils pourront la remplir avec une +plus parfaite exactitude.</p> + +<p>La science du Droit criminel aura donc peu de chose à enseigner aux +adeptes, qui ne soit presque également nécessaire aux citoyens de +toutes les professions; et la perfection de cette science consistera à +devenir assez claire pour qu'elle ne puisse jamais flatter +l'amour-propre d'un savant, mais pour qu'elle puisse facilement +éclairer la conscience de tous ceux qui auront besoin d'y recourir.</p> + +<p>Il est permis de désirer sans doute, mais il est plus difficile +d'espérer que le Droit civil particulier puisse atteindre le même +degré de simplicité. On se persuade aisément, quand on y a peu +réfléchi, que cette partie du droit n'est qu'un traité de morale +naturelle; et la morale est la science que tous les hommes croyent +posséder, sans s'être crus obligés de l'acquérir par l'étude. +Cependant, si l'on veut songer à l'immense variété des transactions +qui doivent nécessairement avoir lieu dans une nombreuse société +d'hommes entre qui les propriétés sont si inégalement réparties; à la +quantité de <span class="pagenum"><a id="page051" name="page051"></a>(p.051)</span> piéges que la ruse tend sans cesse à la +bonne-foi trop confiante; à la multiplicité des formes décevantes sous +lesquelles l'astuce peut se reproduire; on s'étonnera moins qu'il ait +fallu réduire en art la bonne-foi elle-même et fortifier par des +règles fixes la sûreté des contrats, qui devroient n'en avoir d'autres +que l'intérêt réciproque et la loyauté des parties contractantes.</p> + +<p>C'est principalement dans cette partie de leurs lois que les Romains +avoient porté cet esprit de sagesse et de justice, et cette méthode +pure d'analyse, qui leur a mérité la gloire de perpétuer la durée de +leur législation bien au-delà de celle de leur Empire. Le <span class="italic">digeste</span>, +retrouvé vers le milieu du treizième siècle, frappa les esprits de +tous les peuples qui le connurent, par ce degré d'évidence et de +supériorité qui n'appartient qu'à la raison universelle.</p> + +<p>C'étoit un juste hommage: il n'y falloit pas ajouter un culte +superstitieux. Des parties de législation trop favorables au pouvoir +arbitraire, d'autres ridiculement contrastantes avec le reste de nos +institutions, ne s'établirent pas moins impérieusement que les titres +les plus raisonnables; et la féodalité seule disputa aux lois romaines +le sceptre de notre législation. Ainsi la France fut partagée en deux +grandes divisions. La section la plus méridionale de l'Empire +accueillit le droit romain comme la loi unique ou dominante du pays; +les autres provinces, en admettant le droit romain comme raison +écrite, continuèrent d'être régies par leurs usages qui se +conservèrent long-temps par la tradition avant d'être fixés par +l'écriture et réduits en corps de coutume, tels que nous les voyons +aujourd'hui; mais dans tous les lieux on emprunta du droit romain les +notions générales de justice et d'équité, et principalement celles qui +concernent la théorie des contrats qui retrouve son application chez +tous les peuples et dans tous les siècles, parce <span class="pagenum"><a id="page052" name="page052"></a>(p.052)</span> qu'elle +tient aux premiers besoins des hommes. Cette partie du droit romain +mérite donc d'être enseignée par-tout, comme la raison écrite et comme +la meilleure analyse des principales transactions que produit la +Société.</p> + +<p>Ce seroit un ouvrage vraiment utile et digne d'un siècle éclairé que +d'extraire de cette vaste collection de lois et de décisions qui +forment le corps du droit romain, les titres qui sont empreints de ce +caractère éternel de sagesse qui convient à tous les temps. Un tel +livre serviroit de base à la réforme des lois, et rendroit aussi +l'enseignement plus simple, plus clair et plus complet.</p> + +<p>Reste le droit coutumier qui régit la moitié de l'Empire. Il faudra +encore quelque temps enseigner par-tout et l'esprit général des +coutumes, et dans chaque Département, la coutume du lieu.</p> + +<p>Ce sera aussi pour les Maîtres un devoir d'ouvrir, sous les yeux de +leurs Élèves, nos principales et plus célèbres Ordonnances, celles de +Moulins, d'Orléans, de Blois, etc. de leur faire remarquer par quels +progrès ces lois s'acheminoient insensiblement vers une sagesse +supérieure, accumulant, avec trop peu de méthode, des articles dont la +plupart ne subsistent plus, mais dont plusieurs aussi règlent encore +quelques-uns des objets les plus importans de l'ordre social. Les +Ordonnances des testamens et des donations trouveroient ici leur +place. Je suppose celle des substitutions abrogée.</p> + +<p>Cet enseignement devra se terminer par des leçons sur les formes de la +procédure civile: car, c'est peu de connoître les lois, si l'on ne +connoît aussi les moyens d'y avoir recours et d'invoquer la puissance +de la justice, soit pour obtenir la réparation des torts que l'on a +soufferts, soit pour défendre sa propriété contre les aggressions +judiciaires auxquelles on est exposé.</p> + +<p>Je ne dirai rien du Droit canonique dont on prenoit dans <span class="pagenum"><a id="page053" name="page053"></a>(p.053)</span> nos +anciennes Écoles quelques notions superficielles. Le petit nombre de +vérités comprises dans cette science appartient à la Théologie, dont +nous avons fait un chapitre séparé.</p> + +<p>Jusqu'à ce jour on a exigé que les Élèves parcourussent tous les +degrés et tous les temps de l'instruction; la loi étoit inflexible à +cet égard autant que minutieuse. Le temps des inscriptions, le passage +d'une classe à une autre, l'époque où chaque formalité devoit +s'accomplir, l'apparence même de l'assiduité étoient prescrites avec +une importance qui n'admettoit pas d'exceptions. Ainsi l'on exigeoit +tout, hors la science: car, on peut feindre l'assiduité, éluder les +précautions, remplir extérieurement de vaines formes; mais la science +seule ne se contrefait pas, et c'est elle seule qu'on a droit de +demander aux Élèves.</p> + +<p>Une mesure uniforme de temps d'études est injuste à imposer, quand la +nature a départi aux hommes une mesure inégale d'attention et de +mémoire.</p> + +<p>Offrez les secours de la méthode et les avantages de l'assiduité aux +esprits dont ce double bienfait rendra la marche plus directe et plus +sûre.</p> + +<p>Mais ne les commandez pas aux esprits dont l'ardeur n'y verroit qu'un +assujettissement pénible, et le souffriroit avec impatience. Craignez +que le dégoût d'une route uniforme et lente ne produise chez eux celui +de la science elle-même.</p> + +<p>Offrez à tous un fil conducteur. Ne donnez de chaînes à personne, et +n'admettez que ceux qui parviendront au but, c'est-à-dire, qui seront +véritablement instruits. Ne leur demandez pas quel temps ils ont mis à +se former; mais s'ils ont acquis beaucoup de connoissances; ne les +interrogez pas sur leur âge, mais sur leur capacité; non sur leur +assiduité aux leçons, mais sur le fruit qu'ils en ont tiré.</p> + +<p>Qu'un examen long et approfondi réponde de la capacité <span class="pagenum"><a id="page054" name="page054"></a>(p.054)</span> des +aspirans; mais que cet examen ne soit pas illusoire; que ce ne soit +pas une vaine formalité. On a trop long-temps bercé les hommes avec +des paroles, il est temps d'obtenir des réalités; qu'elles soient +garanties par des moyens infaillibles. La présence du public avant +tout; car l'œil du public écarte l'ineptie par la honte et rend +impossibles les fraudes et les préférences.</p> + +<p>Il existe dans l'émulation des Élèves un ressort puissant dont la main +du Législateur habile doit aussi s'emparer. Laissez-le; joignez-y +celui de leur intérêt personnel, et vous aurez la meilleure garantie +de la réalité et de l'efficacité des examens.</p> + +<p>Je propose donc que chaque Élève subisse un examen, dans lequel +interrogé, pressé par ses collègues, il ait à répondre sur toutes les +parties du Droit dont se compose un cours complet d'enseignement. Que +cet examen dure assez long-temps pour que l'épreuve ne puisse pas être +superficielle, et qu'il n'y ait aucun moyen d'éviter la honte +d'ignorer à ceux qui n'auroient pas pris la peine de s'instruire.</p> + +<p>Qu'à la fin de chaque cours les Élèves et les Maîtres se réunissent +pour désigner l'ordre des places, à raison du degré d'instruction dont +chaque Élève auroit fait preuve dans son examen, et que cette liste +soit rendue publique par l'impression.</p> + +<p>On sent assez quelle seroit la puissance de ce moyen sur des âmes +toutes neuves encore pour le désir de la gloire et les faveurs de +l'opinion publique. On sent combien un tel examen commanderoit de +préparations au récipiendaire, et comme il ranimeroit l'ardeur de ses +collègues, obligés d'être ses compétiteurs. Ainsi le mérite +s'ouvriroit à lui-même les chemins de la fortune: car celui qui auroit +été montré au public par ses propres rivaux comme le plus capable, +jouiroit bientôt de tous les avantages de sa confiance. <span class="pagenum"><a id="page055" name="page055"></a>(p.055)</span></p> + +<p>Mais chaque Département aura-t-il un établissement d'instruction pour +l'enseignement du Droit? Plusieurs motifs doivent ici se combiner: +celui de rapprocher les sources de la science des hommes qui auront +intérêt d'y puiser; celui d'augmenter l'émulation des Élèves, en +appellant à un même foyer plus de concurrence, afin de créer une lutte +plus active entre les talens rivaux; celui d'augmenter l'émulation des +Maîtres, en leur offrant un plus grand concours de Disciples, et de +réserver les chaires de l'enseignement à des Professeurs d'un mérite +plus éprouvé; enfin un grand intérêt politique vous portent à réunir, +par des Institutions communes, ces portions d'un même tout, qui ne +doivent former de circonscriptions que sous des rapports +administratifs, mais non toutes les fois qu'on les considère sous des +rapports nationaux.</p> + +<p>La meilleure distribution des établissemens de Droit sera celle qui +aura concilié le plus de ces avantages, et il paroît que dix +établissemens de ce genre tiennent un juste milieu entre tous les +partis qui ont été proposés. Alors il n'y auroit ni des Écoles +désertes à force d'être multipliées, ni des centres d'instruction trop +éloignés des points qui doivent y aboutir.</p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">ÉCOLES MILITAIRES</span>.</h3> +<p class="p4"></p> + +<p><span class="smcap">La</span> partie de l'instruction publique relative aux élémens de l'art +militaire et à l'éducation de ceux qui se destinent à cette utile +profession, a des rapports nécessaires et des bases communes avec le +système militaire de tout le Royaume. <span class="pagenum"><a id="page056" name="page056"></a>(p.056)</span></p> + +<p>La France est partagée en vingt-trois divisions militaires. On se +trouve naturellement conduit à placer dans chacune de ces divisions +une École Militaire, qui s'appellera <span class="italic">École de Division</span>, et sera +commune à tous les Départemens dont se compose la même division. +C'est-là que les jeunes gens destinés au métier des armes, et auxquels +je suppose l'instruction qu'on peut acquérir dans les Écoles primaires +et dans celles de District, trouveront les moyens d'étendre les +connoissances que leur destination leur rend plus nécessaires.</p> + +<p>Ils ne seront admis dans ces Écoles de Division, ni avant l'âge de +quatorze ans, ni après l'âge de seize. Ce qui fait une loi de cette +double règle, c'est la nécessité de ne prendre les Élèves qu'au moment +où ils auront pu déjà parcourir les premiers degrés de notre échelle +d'instruction, et l'avantage incontestable de les introduire dans la +carrière militaire, assez jeunes pour qu'ils puissent parvenir à tous +les grades encore dans la force de l'âge, pour qu'ils ne soient pas +atteints par la vieillesse dans ces postes où il faut une jeune +ardeur, et où ils languiroient sans gloire pour eux, sans utilité pour +leur pays. Il est bon d'observer que ces différences d'âge et +d'avancement qui condamnoient les uns à une torpeur décourageante, +tandis que les caprices de la faveur et de la naissance assuroient aux +autres une marche rapide et privilégiée, étoient précisément un de ces +vices invétérés de l'ancienne administration, dont vous devez le plus +soigneusement préserver à l'avenir cette profession.</p> + +<p>Le cours des études et exercices militaires sera de quatre années, +dont deux dans les Écoles de Division. On enseignera, par un mélange +combiné de travaux sérieux et de distractions instructives, les +premières connoissances militaires, le maniement des armes, les +langues angloise et allemande, le dessin, les élémens de Mathématiques +appliqués à l'art de la guerre, sur-tout la géographie et l'histoire. +<span class="pagenum"><a id="page057" name="page057"></a>(p.057)</span></p> + +<p>Il est inutile de dire que ces jeunes citoyens devant diriger leur +premier intérêt vers le pays qui les a vu naître, on leur donnera une +idée plus ou moins développée des productions et des gouvernemens des +différentes parties du monde, suivant la nature des relations qu'elles +ont avec nous; que la description géographique de la France sera +l'objet particulier de leurs études sur cette matière, comme on +placera antérieurement à tout des notions plus approfondies de notre +Constitution, qui confirmeront et agrandiront celles qu'ils auront +déjà pu recueillir dans les Écoles primaires et de District.</p> + +<p>C'est à ce dernier genre d'instruction qu'il faut rapporter +l'explication d'un catéchisme de morale sociale et politique, dans +lequel seront exposés les droits et les devoirs de l'homme en société, +ce qu'il doit à l'État, ce qu'il doit à ses semblables. De ces +principes qui sont les bases fondamentales de la Constitution +Françoise, et de la nécessité de conserver l'action de tous les +ressorts de la machine sociale, on déduira de nouveaux rapports, ceux +des chefs et des subordonnés, rapports dérivans de la nature même des +choses qui, loin de nuire à la liberté, à l'égalité, sont +indispensables pour le maintien de l'une et de l'autre.</p> + +<p>Le véritable Instituteur a toujours un but moral, une idée souveraine +vers laquelle se dirigent toutes ses intentions. Celle qui ne doit +jamais l'abandonner dans l'apprentissage de l'art militaire, c'est +l'idée de la subordination, cette compagne naturelle de l'amour +réfléchi de la liberté, cette première vertu du guerrier, sans +laquelle un État n'aura jamais une armée protectrice. Il fera donc +sortir de toutes les leçons de l'histoire et de tous les résultats de +la réflexion, il rendra sensible à ses Élèves, par les exemples comme +par les raisonnemens et par l'impression de l'habitude, la nécessité +de cette subordination. Il les armera contre cet étrange abus du +raisonnement, <span class="pagenum"><a id="page058" name="page058"></a>(p.058)</span> voudroit présenter l'obéissance militaire +comme en contradiction avec les principes de l'égalité; comme si là +spécialement où tous sont égaux, où tous ont concouru à la formation +de la Loi, tous ne devoient pas également obéir à ceux que la Loi +autorise à commander. Enfin nos Écoles Militaires élèveront à la fois +des citoyens libres, des soldats subordonnés, et par conséquent de +bons chefs.</p> + +<p>Outre ces Écoles de Division, il y aura six grandes Écoles Militaires +pratiques, qui seront placées aux frontières du Royaume, dans les +villes les plus considérables et les places de guerre les plus +importantes, à Lille, Metz, Strasbourg, Besançon, Grenoble et +Perpignan. Comme ces grandes Écoles ont un autre objet que les Écoles +de Division, leur organisation sera nécessairement différente. Elles +sont spécialement destinées à réaliser, par une pratique journalière, +un genre d'instruction que la seule théorie laisse toujours imparfait, +et à transporter parmi les habitudes de la première jeunesse les +exercices et évolutions auxquelles elle est singulièrement propre, et +tous les détails d'un régime actif et sévère, étranger aux arts +d'agrément. Elles seront donc instituées sur le pied militaire, et +pour mieux remplir leur principal objet, qui est de former de bons +officiers, elles serviront aussi à élever des soldats.</p> + +<p>Il sera entretenu dans chacune de ces six grandes Écoles, des jeunes +gens sains et bien constitués, de l'âge de douze à quinze ans, qui +seront nommés par les Départemens en proportion de ce que chacun d'eux +fournit communément de soldats à l'armée, et choisis de préférence +parmi les enfans d'anciens soldats et les pauvres orphelins. C'est +pour cette classe un établissement de bienfaisance, en même-temps +qu'un moyen d'instruction plus parfaite pour ceux qui sont destinés au +commandement. Il sera de plus attaché à chaque grande École un certain +nombre d'Élèves tirés des Écoles de Division par la voie d'un +<span class="pagenum"><a id="page059" name="page059"></a>(p.059)</span> concours, dont les formes seront prescrites, et à l'aide de +cette épreuve, on fera sortir de ces grandes Écoles tous les +Sous-Lieutenans de l'armée. Déjà, l'on apperçoit la base sur laquelle +s'élèvera tout le système de l'avancement militaire, qui n'appartient +plus à mon travail; mais que j'ai dû vous montrer épuré dans sa source +de tous les anciens abus, et assurant l'exécution de ce grand acte de +raison et de justice par lequel vous avez déclaré tous les citoyens +admissibles à toutes les places et emplois.</p> + +<p>Je ne m'arrêterai point à tous les détails de ces établissemens qui, +par leur nature, se rapportent souvent à un autre ordre de choses, et +doivent être renvoyés au système de l'organisation militaire. Je me +bornerai à vous présenter quelques résultats, dont vous trouverez +facilement les motifs dans vos principes, ou dans une utilité +reconnue.</p> + +<p>Les grandes Écoles seront établies dans un corps de caserne isolé, qui +n'ait point de communication immédiate avec aucun autre. Le service +intérieur s'y fera comme dans une place de guerre. Chaque École +formera un régiment d'infanterie où les grades supérieurs offriront +d'honorables retraites aux anciens Officiers des troupes de ligne, en +même temps que d'utiles exemples aux jeunes gens, et où ceux-ci seront +distribués dans les différentes compagnies, soit comme Élèves +Officiers, soit comme Élèves Soldats; mais de manière que tous aient +commencé leur apprentissage comme Soldats, et aient passé +successivement par tous les grades.</p> + +<p>Les Élèves Officiers et les Élèves Soldats recevront une instruction +particulière et une instruction commune.</p> + +<p>On expliquera aux Élèves Officiers un traité de fortifications, les +élémens de l'artillerie, toutes les parties du service et de +l'administration militaire, et on perfectionnera en eux les +différentes connoissances qu'ils auront pu acquérir aux Écoles de +Division. <span class="pagenum"><a id="page060" name="page060"></a>(p.060)</span></p> + +<p>On donnera aux Élèves Soldats la même instruction qui est prescrite +pour les Écoles Primaires.</p> + +<p>Tous les Élèves, soit Officiers, soit Soldats, seront habituellement +environnés et fortement pénétrés des idées simples de la morale, que +les Écoles de Division m'ont donné occasion d'indiquer, et qui +recevront pour chacun un développement proportionné à son intelligence +et à sa destination.</p> + +<p>Il en résultera que le premier apprentissage de l'art Militaire, +transporté à sa véritable place, dans le ressort de l'instruction +publique, ne se fera plus comme autrefois dans les Régimens qui ont +droit d'exiger de ceux qu'ils reçoivent, des connoissances +préliminaires, et un service réel et actif. Et notre système complet +sera tel dans son ensemble et dans ses différentes branches que les +Citoyens verront la carrière des places Militaires, ouverte à tous +également; que les Officiers comme les Soldats, apprendront leurs +devoirs de Citoyens, en même-temps que leurs devoirs de Guerriers; et +qu'enfin la Société entière, en s'acquittant envers ses membres de la +dette sacrée d'une bonne éducation, multipliera tout à-la-fois ses +moyens de défense contre ses ennemis, et ses motifs d'une juste +confiance en ses défenseurs. <span class="pagenum"><a id="page061" name="page061"></a>(p.061)</span></p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">INSTITUT NATIONAL</span>.</h3> +<p class="p4"></p> + +<p><span class="smcap">Lorsque</span> les écoles primaires des Cantons, et les collèges des +Districts et des Départemens seront organisés, on aura préparé +l'instruction de l'enfance, de la jeunesse, et même celle d'une partie +des fonctionnaires publics; mais il faudra pourvoir encore aux progrès +des lettres, des sciences et des arts. Il faudra terminer l'éducation +de ceux qui se destinent spécialement à leur culture. Nous proposons +dans cette vue l'établissement d'un Institut national, où se trouve +tout ce que la raison comprend, tout ce que l'imagination sait +embellir, tout ce que le génie peut atteindre; qui puisse être +considéré, soit comme un tribunal où le bon goût préside, soit comme +un foyer où les vérités se rassemblent; qui lie, par des rapports +utiles, les Départemens à la Capitale, et la Capitale aux Départemens; +qui, par un commerce non interrompu d'essais et de recherches, donne +et reçoive, répande et recueille toujours; qui, fort du concert de +tant de volontés, riche de tant de découvertes et d'applications +nouvelles, offre à toutes les parties des sciences et des lettres, de +l'économie et des arts, des perfectionnemens journaliers; qui, +réunissant tous les hommes d'un talent supérieur en une seule et +respectable famille, par des correspondances multipliées, par des +dépendances bien entendues, attache tous les établissemens +littéraires, tous les laboratoires, toutes les bibliothèques +publiques, toutes les collections, soit des merveilles de la nature, +soit des chefs-d'œuvre de l'art, soit des monumens de l'histoire, à +un point central; et qui, de <span class="pagenum"><a id="page062" name="page062"></a>(p.062)</span> tant de matériaux épars, de +tant d'édifices isolés, forme un ensemble imposant, unique, propre à +faire connoître au monde, et ce que la philosophie peut pour la +liberté, et ce que la liberté reconnoissante rend d'hommages à la +philosophie.</p> + +<p>Pour que ce projet ait son entière exécution, l'Institut doit +embrasser tous les genres de connoissances et de savoir. Jugeons par +ce que l'esprit humain a fait, de ce qu'il est capable de faire +encore; examinons ce qu'il est, ce qu'il peut être, et que ses +facultés nous apprennent à satisfaire à ses besoins.</p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">PROGRAMME</span>.</h3> +<p class="p2"></p> +<p class="center"><span class="italic">Des Sciences philosophiques, des Belles-Lettres et des Beaux-Arts.</span></p> +<p class="p4"></p> + +<p class="font95">L'homme sent, il pense, il juge, il raisonne, il invente, il +communique ses idées par des gestes, par des sons, par des discours +écrits ou prononcés; il communique ses affections par l'harmonie des +vers, des sons, des formes et des couleurs; il les consacre par des +monumens; il recherche quelle est la nature des êtres, ce qu'il est +lui-même, ce qu'il doit, ce qu'on lui doit, ce qu'il peut et ce qu'il +fut.</p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">PROGRAMME</span>.</h3> +<p class="p2"></p> +<p class="center"><span class="italic">Des Sciences mathématiques et physiques, et des Arts mécaniques.</span></p> +<p class="p4"></p> + +<p class="font95">Vu sous d'autres rapports, l'homme sait calculer les nombres et +mesurer l'étendue. Quatre grands moyens lui ont dévoilé la +connaissance des corps; l'observation qui suffit à leur histoire, +l'expérience qui en a découvert le mécanisme, l'analyse et la synthèse +qu'il invoque pour en approfondir la composition intime. A l'aide de +ces moyens, il considère dans la matière ses propriétés générales, +<span class="pagenum"><a id="page063" name="page063"></a>(p.063)</span>ses états divers, le mouvement et le repos; dans +l'athmosphère, son poids, sa température, ses balancemens et ses +météores; dans les sons, leur intensité, leur vitesse, leur mélange et +leur harmonie; dans la chaleur, sa communication et ses degrés; dans +l'électricité, ses courans, son équilibre, ses chocs et ses orages; +dans la lumière sa propagation et ses couleurs; dans l'aimant, son +attraction et ses poles; dans le ciel, les astres dont les phénomènes +lui sont connus; sur la terre, les minéraux qu'il recueille; les +métaux qu'il prépare; les végétaux qu'il classe, dont il examine les +organes et les produits; les animaux dont il étudie les formes, les +mœurs, la structure, les élémens, la vie et la mort, la santé et +les maladies; les champs qu'il cultive; les chemins qu'il ouvre; les +canaux qu'il creuse; les villes qu'il élève et qu'il fortifie; les +vaisseaux dont il se sert pour communiquer avec les deux mondes; les +forces combinées qu'il oppose à ses ennemis, et les arts nombreux +qu'il inventa pour plier la nature à ses besoins.</p> + +<p class="p2"></p> +<hr class="c15" /> +<p class="p2"></p> + +<p><span class="smcap">Celui</span> qui se place au milieu de cette immensité, ne sait où reposer sa +vue. Par-tout ce sont des foyers de lumière, et l'œil s'étonne +également de ce qu'il voit en masse, et de ce qu'il apperçoit en +détail. Ce sont ces trésors de la plus haute instruction qu'il importe +de ranger dans le meilleur ordre, et que la Nation doit ouvrir à tous +ceux qui sont en état d'y puiser.</p> + +<p>Quoiqu'il n'existe pas de tableau aussi complet des connaissances +humaines, nous sommes bien loin, en vous proposant d'adopter ce +travail, de vouloir mettre des bornes au génie des découvertes, en +traçant autour de lui le cercle compressif de la loi. Nous avons voulu +seulement disposer avec ordre toutes nos richesses, et imiter les +naturalistes, qui, pour aider notre foible mémoire, ont classé tous +les trésors de la nature, sans prétendre ni la borner, ni l'asservir.</p> + +<p>Ainsi, notre travail est composé de deux parties; l'histoire <span class="pagenum"><a id="page064" name="page064"></a>(p.064)</span> +de l'homme moral y contraste avec celle de l'homme physique; les +sciences purement philosophiques marchent à côté des sciences +d'observation; les beaux-arts terminent la première série, comme les +arts mécaniques se trouvent à la fin de la seconde. Par-tout les +masses principales se correspondent dans ces deux grandes divisions: +dans la première, tout est rationel, philosophique, littéraire; dans +la seconde, tout est soumis à la précision de l'expérience. Dans l'une +comme dans l'autre, la raison a besoin d'être forte. La mémoire, aidée +d'une bonne méthode, classera des objets nombreux, et l'imagination +trouvera, soit dans les inspirations de l'éloquence, soit dans la +haute théorie du calcul, soit dans les découvertes de la physique, +soit dans les inventions des arts, cet aliment qui la nourrit et la +dispose aux grandes conceptions.</p> + +<p>Avant notre époque, les établissemens relatifs aux progrès des +lettres, des sciences et des arts, n'étoient point d'accord entre eux: +ils n'avoient point été disposés pour s'aider mutuellement, pour se +correspondre; les préjugés y dominoient, la naissance osoit y +remplacer le savoir et le talent.</p> + +<p>Maintenant que toute illusion a cessé, il faut briser les formes +discordantes de ces établissemens divers, et les fondre en un seul où +rien ne blesse les droits de l'égalité et de la liberté, auquel nous +puissions ajouter ce qui manque aux premières institutions, et d'où ce +qui ne tient qu'à un vain luxe, soit scrupuleusement banni. Dans un +moment où tant de débris dispersés d'abord, changés bientôt en +matériaux, étonnent par la place qu'ils occupent dans des +constructions jusqu'à présent inconnues parmi nous, dans un moment où +tant de ressorts se meuvent pour la première fois, au milieu de toutes +les inquiétudes qui agitent les esprits, seroit-il prudent +d'abandonner au hasard des circonstances le sort des sciences, +<span class="pagenum"><a id="page065" name="page065"></a>(p.065)</span> des lettres et des arts? N'est-ce pas, lorsque tant d'idées, +tant de lois, tant de fonctions sollicitent des expressions nouvelles, +lesquelles demandent toutes à être inscrites dans le vocabulaire de la +langue françoise, qu'il faut l'enrichir sans cependant le surcharger? +N'est-ce pas, lorsque sur nos théâtres, la scène s'étend à tous les +états, à toutes les situations de la vie, et lorsqu'en se prêtant +ainsi à toutes les formes, il est à craindre qu'elle ne dégénère par +cela même qui doit contribuer à l'aggrandir? N'est-ce pas, lorsque les +orateurs de nos tribunes nationales doivent réfléchir long-temps +encore sur le genre d'éloquence qui convient à leurs discours, lorsque +la chaire elle-même offre un champ nouveau, et que, dans les tribunaux +comme ailleurs, ce n'est plus l'ancien langage qui peut être entendu; +n'est-ce pas alors que les hommes les plus exercés dans la +connoissance du beau, que ceux dont le goût est le plus sûr, doivent +se réunir pour traiter de ces nouvelles convenances, et pour diriger +dans toutes ces routes la jeunesse impatiente de les parcourir? +N'est-ce pas lorsque, pour la première fois, on va enseigner la morale +et la science du gouvernement, que les maîtres les plus habiles +doivent unir leurs efforts? Et ne convient-il pas que ces premières +écoles soient dirigées, non par un seul, mais par tous ceux qui +excellent dans cette belle application des vérités dont la philosophie +a fait présent au genre humain? N'est-ce pas, lorsque l'histoire va +être lue, et sur-tout écrite dans un nouvel esprit; lorsque les +beaux-arts naturellement imitateurs doivent s'embellir de l'éclat de +leur patrie; lorsque les sciences vont être invoquées de toutes parts; +lorsque le charlatanisme qui, dans les États libres, est toujours plus +entreprenant, aura besoin d'être fortement réprimé; lorsqu'il importe +à l'accroissement du commerce et de la richesse nationale, que les +arts se perfectionnent; n'est-ce pas alors <span class="pagenum"><a id="page066" name="page066"></a>(p.066)</span> que tous les +citoyens connus par leurs talens dans ces divers genres, doivent être +invités à réunir leurs efforts pour remplir ces vues utiles et pour +achever cette partie de la régénération de l'État? En France, on +désire, on recherche, on honore même les lumières; mais on ne peut +disconvenir qu'elles ne sont pas encore assez répandues pour qu'on +puisse confier à la liberté seule le soin de leur avancement. Il est +du devoir de la Nation d'y veiller elle-même; il faut donc par un +établissement nouveau, ramener toutes nos connoissances et tous les +arts à un centre commun de perfectionnement; il faut y appeller de +toutes les parties de l'Empire le talent réel et bien éprouvé; il faut +que de chaque Département, et aux frais de la Nation, une quantité +d'élèves choisis, et ne devant leur choix qu'à la seule supériorité +reconnue de leur talent, viennent y completter leur instruction. Nous +sommes bien loin toutefois de nous opposer aux associations +littéraires et aux autres établissemens de ce genre, ni d'astreindre +aucun individu à suivre telle route dans son éducation privée ou ses +méthodes d'enseignement. Le talent s'indigne quelquefois de la marche +didactique et réglementaire qu'on voudroit lui imposer; et vous +donnerez une preuve de plus de votre amour pour la liberté, en la +respectant jusques dans ses bizarreries et ses caprices.</p> + +<p>En s'occupant de la formation de l'Institut national, on se demande +d'abord s'il sera divisé en un grand nombre de sections distinctes et +séparées. L'existence d'une des plus illustres académies nous paroît +répondre complettement à cette question. <span class="italic">L'Académie des sciences</span> +embrasse toutes les branches de l'histoire naturelle et de la physique +avec l'astronomie et ce que les mathématiques ont de plus +transcendant; et l'expérience de plus d'un siècle a prouvé que tant de +parties différentes peuvent non-seulement être traitées ensemble +<span class="pagenum"><a id="page067" name="page067"></a>(p.067)</span> et dans les mêmes assemblées, mais qu'il y a dans cette +réunion un grand avantage, en ce que l'esprit de calcul et de méthode +s'étant communiqué à toutes les classes de l'académie, chacun se +trouve forcé d'être exact dans ses recherches, clair dans ses énoncés +et serré dans ses raisonnemens: qualités sans lesquelles on ne peut ni +faire une expérience, ni déduire des résultats des observations qu'on +a recueillies.</p> + +<p>On peut répondre aussi à ceux qui demanderoient que l'Institut fût +divisé en un grand nombre de sections, que les sciences s'enchaînent +toutes, qu'elles se prêtent un mutuel appui, et qu'on les voit chaque +jour s'identifier en quelque sorte en se perfectionnant. Loin de nous +donc cette manie de diviser, qui détruit les liaisons, les rapports, +qui coupe, qui isole, qui anéantit tout.</p> + +<p>Un tableau présentera les sciences physiques et les arts rangés dans +une seule section en dix classes, qui comprennent, 1º. les +mathématiques et la mécanique; 2º. la physique; 3º. l'astronomie; +4º. la chimie et la minéralogie; 5º. la zoologie et l'anatomie; 6º. +la botanique; 7º. l'agriculture; 8º. la médecine, la chirurgie et la +pharmacie; 9º. l'architecture sous le rapport de la construction; +10º. les arts. Les objets dont les quatre dernières classes doivent +s'occuper, étant très-étendus et ayant besoin d'une longue suite +d'essais d'un genre qui leur est propre, il nous a semblé que chacune +d'elles devoit se réunir en particulier, en admettant à ses séances +seulement celles des autres classes qui ont des rapports immédiats +avec ses travaux. Par exemple, la classe de médecine et de chirurgie +appellera à ses assemblées les anatomistes, les chimistes et les +botanistes qui sont distribués dans les premières classes de la +section des sciences physiques. Les botanistes seront encore appellés +<span class="pagenum"><a id="page068" name="page068"></a>(p.068)</span> par la classe d'agriculture; les géomètres le seront par +celle de construction, et les mécaniciens par celle des arts. Ces +classes surajoutées suffiront pour communiquer à celles qui +s'assembleront séparément, l'esprit qui animera les premières, et +cependant celles-ci continueront de marcher ensemble, parce qu'il est +impossible de rien changer, sous ce rapport, dans leur combinaison +qu'on doit regarder comme un modèle.</p> + +<p>Quoique séparées dans leurs séances ordinaire, les quatre dernières +classes suivroient les mêmes usages que les premières; elles +obéiroient aux mêmes réglemens et aux mêmes lois; les résultats de +leurs recherches seroient réciproquement communiqués entre elles, et +leurs assemblées publiques se tiendroient en commun.</p> + +<p>Comme il ne doit y avoir qu'une seule section pour les sciences +physiques et les arts, il ne doit y en avoir qu'une aussi pour les +sciences morales et philosophiques, pour les belles-lettres et pour +les beaux-arts. L'histoire ne peut être séparée ni de la morale, ni de +la science du gouvernement. Et pourquoi rangeroit-on à part les +belles-lettres qui se mêlent avec tant de charme aux discussions les +plus sérieuses. C'est elles qui donnent aux écrits des Philosophes cet +intérêt de style sans lequel on a difficilement des lecteurs, et elles +trouveront elles-mêmes, soit dans les annales de l'histoire, soit dans +les ouvrages des Législateurs, des rapprochemens inattendus, des vues +hardies, une instruction solide dont l'éloquence peut faire l'usage le +plus noble et le plus utile.</p> + +<p>Certes la Science de la grammaire, qui ne doit être étrangère à aucun +homme de lettres, et les préceptes de l'éloquence sont moins éloignés +de l'étude de l'histoire et de la morale, ou, si l'on veut, de la +science du gouvernement, que la Chimie ne l'est de l'Astronomie, ou +que l'étude des <span class="pagenum"><a id="page069" name="page069"></a>(p.069)</span> Plantes ne l'est de celle des Mathématiques. +Les personnes qui cultivent les sciences philosophiques, et les +belles-lettres, peuvent donc être rassemblées dans les mêmes séances; +et puisque cette réunion est possible, il faut qu'elle ait lieu; car +c'est en séparant les hommes en de petites associations, qu'on voit +leurs prétentions s'accroître, et l'esprit de corps, si opposé à +l'esprit public, créer pour eux des intérêts différens de ceux que le +bien général indique.</p> + +<p>La section des sciences philosophiques, des belles-lettres et des +beaux-arts, qui compose l'autre division de notre tableau, est, comme +celle des sciences physiques et des arts, divisée en dix classes, qui +comprennent, 1º. la morale; 2º. la science du gouvernement; 3º. +l'histoire ancienne et les antiquités; 4º. l'histoire et les langues +modernes; 5º. la grammaire; 6º. l'éloquence et la poësie; 7º. la +peinture et la sculpture; 8º. l'architecture, sous le rapport de la +décoration et des beaux arts; 9º. la musique; 10º. l'art de la +déclamation.</p> + +<p>Les six premières classes, dans cette section comme dans celle des +sciences physiques, tiendront des séances communes, et les quatre +dernières se réuniront chacune séparément, en admettant à leurs +assemblées celles des autres classes dont les recherches seront +analogues à leurs travaux. Ainsi, les peintres trouveront à +s'instruire dans le commerce des poëtes, des historiens et dans celui +des amateurs de l'antiquité. Les élèves dans l'art de la déclamation +recevront des conseils utiles de la part des auteurs dramatiques les +plus exercés. Cette réciprocité de service pourra même s'étendre de la +section des sciences physiques à celle des belles-lettres. Les +peintres, par exemple, auront besoin des lumières des anatomistes qui +appartiennent à la cinquième classe de la seconde section. L'institut +national, renfermant tous les <span class="pagenum"><a id="page070" name="page070"></a>(p.070)</span> genres de savoir, offrira +aussi tous les genres de secours à ceux qui viendront les invoquer.</p> + +<p>Jusqu'ici nous avons présenté l'Institut comme divisé en deux grandes +sections; mais, sous un autre aspect, ces deux sections réunies +formeront un grand corps représenté par un comité central, auquel +chacune des vingt classes enverra un député qui stipulera pour les +intérêts de tous. Ce Comité surveillera l'exécution des lois de +l'Institut, et s'occupera principalement de ce qui concerne son +administration.</p> + +<p>On se tromperoit, si l'on regardoit l'Institut national comme devant +être concentré dans Paris. Ses nombreuses dépendances se répandront +dans les Départemens. Les différentes branches des Sciences Physiques, +qui comprennent la Géographie, la Navigation, l'Art Militaire, +l'Architecture itinéraire et hydraulique, la Métallurgie, +l'Agriculture et le Commerce, auront leur foyer principal dans les +ports, dans les places, dans les villes de guerre, près des mines, +soit en France, soit même dans les pays étrangers, sur les sols de +diverse nature, et dans les atteliers des Arts.</p> + +<p>Ainsi la classe de Peinture et de Sculpture continuera d'avoir un +Collège à Rome.</p> + +<p>Ainsi la classe des Antiquités Orientales pourroit en avoir un à +Marseille.</p> + +<p>Ainsi des voyageurs François, choisis par les différentes classes, +parcourront le globe, soit pour le mesurer, soit pour en connoître la +composition et la structure, pour en étudier les productions, pour en +observer les habitans, et rassembler les connoissances qui peuvent +être utiles aux hommes.</p> + +<p>Le véritable but de l'Institut national étant le perfectionnement des +Sciences, des Lettres et des Arts, par la méditation, par +l'observation et par l'expérience, il ne sauroit s'établir <span class="pagenum"><a id="page071" name="page071"></a>(p.071)</span> +trop de communications entre le public et les différentes classes qui +le composent.</p> + +<p>L'Institut correspondroit avec les Départemens pour tout ce qui seroit +relatif à l'éducation, à l'enseignement et aux nombreux travaux sur +lesquels des Savans de divers genres peuvent être consultés.</p> + +<p>Les assemblées des différentes classes de l'Institut seroient ouvertes +à ceux qui désireroient y lire des mémoires, y présenter des ouvrages, +et demander des conseils pour se diriger dans leurs recherches.</p> + +<p>L'Institut communiqueroit encore avec le public par les ouvrages qu'il +feroit paroître, et par les essais de divers genres qu'il +multiplieroit sous ses yeux.</p> + +<p>Enfin l'Institut seroit enseignant.</p> + +<p>Il est une classe maintenant très-nombreuse d'hommes entièrement voués +à l'étude des Lettres, des Sciences et des Arts, qui, après être +sortis des Collèges, ont besoin de l'entretien et des conseils des +grands Maîtres; ils demandent qu'on leur enseigne ce que la +Philosophie a de plus abstrait; ce que les Mathématiques offrent de +plus savant; ce que l'expérience a de plus difficile; ce que le goût a +de plus délicat. C'est dans le sein de l'Institut qu'on doit trouver +naturellement de telles leçons. L'Institut doit donc être enseignant; +et ce nouveau rapport d'utilité publique formera l'un de ses +principaux caractères.</p> + +<p>Cette fonction ne nuira point à celles que déjà nous lui avons +attribuées. Les séances tenues par l'Institut seront essentiellement +séparées de l'enseignement dont il s'agit; et cet enseignement +lui-même, quoique très-distinct des assemblées, n'en sera pourtant, en +quelque sorte, qu'une extension: car les Professeurs, élus en nombre +suffisant par les classes, feront connoître dans leurs leçons, non la +partie élémentaire <span class="pagenum"><a id="page072" name="page072"></a>(p.072)</span> de la science ou de l'art, mais ce qui +tiendra de plus près au progrès, au perfectionnement de l'une ou de +l'autre; ce qui pourra servir, en un mot, de complément à +l'instruction; de sorte que, pour ce genre d'enseignement, ce ne +seroit peut-être pas, comme pour l'enseignement élémentaire, celui qui +s'exprimeroit avec plus de netteté sur la science, mais celui qui +auroit le plus fait pour elle, et qui laisseroit le plus à penser aux +Élèves, qu'il faudroit choisir.</p> + +<p>Jusqu'à ce jour, un assez grand nombre de chaires établies à Paris, +soit au Collège Royal, soit au Jardin des Plantes, soit aux Collèges +de Navarre et des quatre Nations, soit au Louvre, étoient destinées à +l'enseignement des sciences naturelles et philosophiques et à celui de +quelques-unes des parties des Belles-Lettres et des Beaux-Arts; mais +il n'y avoit entre ces différentes chaires, non plus qu'entre les +divers corps académiques, ni liaison, ni harmonie. Différentes +autorités, quelquefois très-opposées entr'elles, dirigeoient ces +établissemens, et nulle part on n'avoit senti que cette sorte +d'enseignement dût s'exercer, non sur les premiers principes, mais sur +les difficultés à vaincre: or cependant, il n'est presque aucune des +principales divisions des connoissances humaines qui ne doive être +enseignée dans les Collèges de District ou de Département. Il ne faut +donc pas que les Professeurs de l'Institut répètent ce qui aura été +dit longuement ailleurs. Ils n'oublieront jamais que c'est à +l'avancement de la science qu'ils seront destinés, ainsi que +l'Institut dont ils feront partie.</p> + +<p>Toutes les chaires fondées au Collège Royal, au Jardin des Plantes, +etc. doivent donc disparoître, parce que, telles qu'elles sont, la +plupart n'entreroient point dans le plan de l'Institut où ces chaires +se retrouveront sous une autre forme. <span class="pagenum"><a id="page073" name="page073"></a>(p.073)</span></p> + +<p>Mais pour que l'Institut fasse tout le bien que la Nation doit en +attendre, il faut que chacune des classes qui le composent, possède +les moyens de donner à ses travaux toute la perfection dont ils sont +susceptibles. Les unes auront besoin d'un laboratoire, d'une +collection d'instrumens, de machines, de modèles: aux autres, il +faudra un jardin, un champ, une ménagerie, un troupeau: toutes +réclameront les secours des grandes Bibliothèques et une Imprimerie +riche en caractères de tous les genres: toutes désireront qu'une +correspondance active leur apprenne quel est, dans les pays étrangers, +l'état des Sciences, des Lettres et des Arts, que tous les ouvrages +curieux, que les instrumens, que les machines nouvelles qui les +intéressent, leur soient communiqués, après qu'ils auront été inscrits +sur le catalogue de la collection à laquelle ils devront appartenir, +et qu'un nombre suffisant d'interprètes soit chargé de traduire ceux +de ces écrits dont on croira que les connoissances seront les plus +utiles à répandre. Ainsi organisées, les classes de l'Institut auront +des rapports avec les divers établissemens qui seront analogues à +leurs travaux. Le Jardin des Plantes dépendra des classes de Botanique +et d'Agriculture; le <span class="italic">Musæum</span>, de celles d'Histoire Naturelle et +d'Anatomie; les collections de machines, de celles de Mécanique et des +Arts; le cabinet de Physique appartiendroit à la classe de physique +expérimentale; l'école des Mines seroit dirigée conformément aux vues +de la classe de Chimie; les collections d'Antiques et de médailles le +seroient par celle d'Histoire, et les galeries de tableaux, de +statues, de bustes et l'école gratuite de dessin le seroient par les +classes des Beaux-Arts: les Bibliothèques seroient une dépendance +commune à toutes les classes de l'Institut qui, formé de cette +manière, présenteroit une sorte d'Encyclopédie toujours étudiante et +toujours enseignante; et Paris <span class="pagenum"><a id="page074" name="page074"></a>(p.074)</span> verroit dans ses murs le +monument le plus complet et le plus magnifique qui jamais ait été +élevé aux Sciences.</p> + +<p>Pour s'assurer que le choix des Membres et des Professeurs de +l'Institut seroit toujours déterminé par la justice, il seroit ordonné +aux classes qui auroient fait ou proposé ces élections, d'en rendre +publics les motifs, en les adressant à la Législature.</p> + +<p>Encore quelques réflexions pour répondre à toutes les questions qui +pourroient être faites.</p> + +<p>1º. Lorsque nous avons dit que les Professeurs de l'Institut national +n'enseigneroient pas les élémens des sciences et des arts, mais ce que +leur étude offre de plus difficile et de plus élevé, nous avons établi +un principe général qui soutire quelques exceptions dans notre plan. +Ces exceptions ont lieu, lorsqu'il s'agit d'une science ou d'un art +qui n'est enseigné ni dans les Écoles primaires, ni dans celles de +District, ni dans celles de Département; et lorsqu'il importe que cet +enseignement se fasse d'une manière complette dans une école qui, +étant unique, nous a paru devoir être annexée à l'Institut. Telles +sont les classes des Beaux-Arts et celle d'Architecture, considérée +sous le rapport de la construction.</p> + +<p>2º. L'Architecture décorative est essentiellement liée aux Beaux-Arts +parmi lesquels on la trouvera rangée dans notre tableau. Mais la +réunion des moyens qui peuvent donner aux constructions de la +stabilité, de la durée, et les rendre propres à remplir l'objet de +leur destination, tient sur-tout aux sciences Mathématiques et +Physiques. Il s'agit en effet dans ces divers travaux, ou de la +science des formes, ou de celle de l'équilibre et du mouvement.</p> + +<p>La science des formes comprend toutes les recherches géométriques au +moyen desquelles on considère des corps, des surfaces et des lignes +dans l'espace. La plupart de ces <span class="pagenum"><a id="page075" name="page075"></a>(p.075)</span> dimensions n'étant point +susceptibles d'être tracées sur une surface plane, il faut les +représenter d'une manière artificielle, c'est-à-dire, par leur +projection, et pouvoir, lorsqu'on les exécute, revenir des projections +à la courbe réelle. Les personnes de l'art les plus instruites, +conviennent qu'il n'existe point d'ouvrage complet sur cette matière +tout-à-fait géométrique. Il est donc à désirer qu'elle devienne +l'objet d'une étude suivie et celui d'un enseignement qui lui soit +particulièrement destiné.</p> + +<p>La science du mouvement et de l'équilibre, prise dans l'acception la +plus étendue, peut être considérée comme la collection d'autant de +sciences particulières qu'il y a d'objets principaux auxquels elle +peut être appliquée. L'enseignement de la partie de la mécanique qui +est relative à la construction, ne peut donc pas être confondu avec +l'enseignement abstrait et indéterminé de la mécanique en général, et +il faut que l'application en soit confiée à un homme très-versé dans +ces deux genres d'étude.</p> + +<p>Il sera facile aux Élèves de réunir les leçons sur la partie +décorative à celles dont la classe de construction sera spécialement +occupée. Ainsi l'espèce de séparation qu'offre notre tableau à +l'article de l'Architecture, ne peut avoir aucun inconvénient réel, +puisque, dans le fait, les étudians peuvent la regarder comme +n'existant pas, et se conduire en conséquence.</p> + +<p>3º. Deux chaires nous ont paru devoir suffire, vu l'état actuel des +connoissances, pour l'enseignement de l'Agriculture: l'une comprendra +tout ce qui a rapport aux eaux, aux terres, à leurs produits et aux +animaux; l'autre, ce qui est relatif aux bâtimens et aux instrumens +aratoires.</p> + +<p>Ces chaires nous ont semblé devoir être établies dans les Villes, soit +parce que l'Agriculture ne peut faire de grands <span class="pagenum"><a id="page076" name="page076"></a>(p.076)</span> progrès sans +le secours des autres sciences que l'on y cultive également, soit +parce que les auditeurs que l'on peut espérer d'y avoir, seront plus +en état d'entendre ces sortes de leçons, et d'en profiter. Ces +auditeurs seront principalement des propriétaires aisés et instruits, +dont le nombre va augmenter par le nouvel ordre de choses, et ceux qui +se destinent aux fonctions curiales, qui, par la nature de leur +ministère, peuvent mieux que tous autres propager des vérités +agricoles.</p> + +<p>Deux chaires d'économie rurale et domestique pourroient d'abord être +établies au jardin des plantes. Une partie de ce jardin seroit +destinée à la formation d'une École de botanique économique, en +même-temps qu'un terrain, situé près de Paris et qui dépendroit du +jardin des plantes, serviroit aux travaux combinés des classes de +botanique et d'agriculture. Le Professeur feroit connoître les divers +produits qu'on retire des végétaux que le laboureur cultive. Il auroit +à sa disposition un local où seroient élevés des animaux domestiques; +et les instrumens agraires seroient confiés à sa garde.</p> + +<p>Il paroîtroit prudent de fonder d'abord ces deux chaires à Paris, et +l'on jugeroit par leur succès s'il seroit convenable d'en établir de +pareilles dans les principales villes du Royaume. Le Département de la +Corse, dont le sol varié offre la réunion de tous les sites et de tous +les climats, pourra former divers jardins d'essai pour la culture des +végétaux qu'il seroit utile d'acclimater en France.</p> + +<p>4º. La huitième classe de la section des sciences réunira les objets +dont la Société de Médecine et l'Académie de Chirurgie ont fait +jusqu'ici leur principale étude. Dorénavant ces deux établissemens +n'en formeront qu'un. La classe qui résultera de leur réunion, aura +besoin d'un hôpital où se feront les observations, et qui sera +desservi, pour le traitement des <span class="pagenum"><a id="page077" name="page077"></a>(p.077)</span> malades, par les membres +mêmes de la classe dont il s'agit. Les nouvelles méthodes y seront +tentées avec toute la prudence nécessaire; et les résultats des +expériences qui auront été faites, seront toujours mis sous les yeux +du public.</p> + +<p>Les trois chaires que nous avons annexées à la classe de Médecine, +diffèrent de celles qui font partie des Collèges. Deux de ces chaires +sont relatives aux soins que demandent les hommes atteints d'épidémie +et les animaux attaqués d'épizootie.</p> + +<p>Le but de la troisième chaire est d'instruire dans l'art de secourir +les hommes dont la vie est menacée par quelque danger pressant et +imprévu. Telles sont les personnes noyées et asphyxiées, celles dont +les membres sont gelés, celles qu'un animal enragé a mordues, etc., +etc. A cet article se rapporteront les nombreux objets de salubrité +publique, qui, considérés d'une manière expérimentale, doivent tous +faire partie de cet enseignement. Nous proposons encore que ce +Professeur soit chargé de faire chaque année un cours sur les maladies +des artisans, comme celles auxquelles sont sujets les doreurs, +chapeliers, peintres, mineurs, etc.</p> + +<p>Ce que la classe de Médecine fera encore de très-utile sera de +correspondre avec les Directoires sur tout ce qui concerne la santé du +peuple, de recueillir l'histoire médicale des années et celle des +maladies populaires, de faire connoître leur origine, leur +accroissement, leur communication, leur nature, leurs changemens, leur +fin, leur retour et la manière dont elles se succèdent. Ces annales +seront un des plus beaux et des plus utiles ouvrages qu'aient exécuté +les hommes.</p> + +<p>5º. Que la médecine et la chirurgie des animaux doivent être réunies +à la médecine humaine, c'est une proposition qui n'a besoin que d'être +énoncée pour qu'on en reconnoisse <span class="pagenum"><a id="page078" name="page078"></a>(p.078)</span> la vérité. Les grands +principes de l'art de guérir ne changent point; leur application seule +varie. Il faut donc qu'il n'y ait qu'un genre d'école, et qu'après y +avoir établi les bases de la science, on cherche, par des travaux +divers à en perfectionner toutes les parties. Ainsi, la classe de +médecine s'occupera aussi du progrès de l'art vétérinaire, et les +établissemens qui auront cet avancement pour objet, seront dirigés de +manière qu'il lui soit facile de multiplier les essais qui tendront à +ce but désirable.</p> + +<p>6º. La Botanique a été jusqu'ici en France la seule partie de +l'histoire naturelle pour laquelle on ait fondé des chaires et ordonné +des voyages. La connoissance des animaux est cependant plus près de +nous que celle des plantes. Les chaires que nous proposons d'annexer à +la classe de Zoologie et d'Anatomie, sont d'une création tout-à-fait +nouvelle. Nulle part on n'a encore démontré méthodiquement la +structure tant extérieure qu'intérieure des nombreux individus qui +composent le règne animal. Ces leçons ne seroient pas seulement +curieuses; les produits d'un grand nombre d'animaux servent à la +médecine et aux arts. Plusieurs sont venimeux, et les parties qui +préparent ou qui communiquent le poison, sont importantes à connoître. +Enfin, la comparaison des organes doit fournir des résultats nouveaux, +des découvertes dont la physique animale saura faire son profit.</p> + +<p>7º. Ce ne seront pas seulement les chaires nouvelles qui rendront +l'Institut recommandable, ce seront encore celles qui, sans avoir +tout-à-fait le mérite de la nouveauté, par des mesures bien +concertées, deviendront infiniment plus utiles qu'elles ne l'étoient +auparavant. Jusqu'à ce jour, nulle surveillance réelle n'a répondu de +l'exactitude des professeurs: dans notre plan, chaque classe sera +chargée du choix, et de l'inspection des maîtres qui lui +appartiendront; <span class="pagenum"><a id="page079" name="page079"></a>(p.079)</span> et lorsque plusieurs enseigneront la même +partie comme les mathématiques, par exemple, ils se concerteront +tellement entre eux, qu'en alternant, l'un commence lorsque l'autre +finira. Ainsi les élèves trouveront chaque année un cours ouvert, et +ils ne seront jamais retardés dans leurs études.</p> + +<p>En réunissant ces chaires éparses à un point central, en y en ajoutant +de nouvelles qui ne laissent sans enseignement aucune partie des +lettres, des sciences et des arts, en faisant ainsi servir l'éducation +publique à l'Institut national dont les leçons fourniront le +complément, on fera tout ce qu'il est possible de faire pour le +développement de l'esprit et le progrès des connoissances, et l'on +rendra inébranlables les bases sur lesquelles se fonde et se perpétue +la liberté publique.</p> + +<p>Nous ajouterons que les dépenses nécessaires pour mouvoir cette +immense machine, surpasseront à peine celles que le gouvernement a +destinées jusqu'ici à l'entretien des divers établissemens auxquelles +l'Institut doit réunir tant de créations nouvelles.</p> + +<p>Des tableaux joints à ce rapport présentent la suite de nos idées sur +l'enchaînement des connoissances humaines et sur les attributions que +nous croyons devoir être faites aux sections et aux classes de +l'Institut.</p> + +<p class="p2"></p> +<hr class="c15" /> +<p class="p2"></p> +<p><span class="smcap">Voici</span> l'ordre des tableaux annexés à ce rapport.</p> + +<p>1º. Programme des sciences philosophiques, des belles-lettres et des +beaux-arts.</p> + +<p>2º. Programme des sciences mathématiques et physiques et des arts.</p> + +<p>3º. Section première de l'Institut national, comprenant les <span class="pagenum"><a id="page080" name="page080"></a>(p.080)</span> +sciences philosophiques, les belles-lettres et les beaux-arts, divisée +en dix classes. On y trouve le développement de tout ce qui est +relatif aux six premières classes qui doivent tenir des séances +communes.</p> + +<p>4º. Tableau de la septième classe de la section première, comprenant +la peinture et la sculpture.</p> + +<p>5º. Tableau de la huitième classe de la section première, comprenant +l'architecture décorative.</p> + +<p>6º. Section seconde de l'Institut national, comprenant les sciences +mathématiques et physiques et les arts mécaniques, divisée en dix +classes. On y trouve le développement de tout ce qui est relatif aux +six premières classes qui doivent tenir des séances communes.</p> + +<p>7º. Tableau de la septième classe de la section seconde, comprenant +l'agriculture.</p> + +<p>8º. Tableau de la huitième classe de la section seconde, comprenant +la médecine, la chirurgie et la pharmacie.</p> + +<p>9º. Tableau de la neuvième classe de la section seconde, comprenant +l'architecture sous le rapport de la construction.</p> + +<p class="blockquote"><span class="italic">Nota.</span> Nous n'avons point présenté le tableau de plusieurs classes +nouvelles, parce que ces classes n'étant que des dépendances de +quelques-unes des sections de l'Institut, elles ne pourront être +organisées qu'après qu'on aura pris connoissance des plans qui seront +fournis par ces sections. C'est ainsi que la classe des arts ne sera +formée qu'après avoir consulté la seconde section de l'Institut. +<span class="pagenum"><a id="page081" name="page081"></a>(p.081)</span></p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">MOYENS D'INSTRUCTION</span>.</h3> +<p class="p4"></p> + +<p><span class="smcap">Nous</span> venons de parcourir les divers objets qui composeront +l'Instruction publique: et déjà l'on a dû voir qu'ils ne peuvent tous +être placés, sur la même ligne; que plusieurs tiennent aux premières +lois de la nature, applicables à toute société qui marche vers sa +perfection; que d'autres sont une conséquence immédiate de la +Constitution que la France vient de se donner; que d'autres enfin sont +relatifs à l'état actuel, mais variable, des progrès et des besoins de +l'esprit humain; d'où il résulte qu'ils ne doivent pas être +indistinctement énoncés dans vos Décrets avec ce caractère +d'immutabilité qui n'appartient qu'à un petit nombre.</p> + +<p>Dans cette distribution d'objets on retrouve l'empreinte d'une +Institution vraiment nationale, soit parce qu'ils seront déterminés et +coordonnés conformément au vœu de la Nation, soit sur-tout parce +qu'il n'en est aucun qui ne tende directement au véritable but d'une +Nation libre, le bien commun né du perfectionnement accéléré de tous +les individus; mais c'est particulièrement dans les moyens qui vont +être mis en activité, que ce caractère national doit plus fortement +s'exprimer.</p> + +<p>A la tête de ces moyens doivent incontestablement être placés <span class="italic">les +Ministres de l'instruction</span>. Nous nous garderons de chercher à les +venger ici de ce dédain superbe et protecteur dont ils furent si +long-temps outragés: une semblable réparation seroit elle-même un +outrage; et certes il faudroit que l'esprit public <span class="pagenum"><a id="page082" name="page082"></a>(p.082)</span> fût +étrangement resté en arrière, si nous étions encore réduits à une +telle nécessité. Sans doute, ceux qui dévouent à-la-fois et leur temps +et leurs facultés au difficile emploi de former des hommes utiles, des +citoyens vertueux, ont des droits au respect et à la reconnoissance de +la Nation; mais, pour qu'ils soient ce qu'ils doivent être, il faut +qu'ils parviennent à ces fonctions par un choix libre et sévère. Il +convient donc qu'ils soient nommés par ceux-là même à qui le peuple a +remis la surveillance de ses intérêts domestiques les plus chers, et +que leurs relations journalières mettent plus à portée de connoître et +d'apprécier les hommes dans leurs mœurs et dans leurs talens. Il +faut que ce choix ne puisse jamais s'égarer: il importe donc qu'il +soit dirigé d'avance par des règles qui, en circonscrivant le champ de +l'éligibilité, rendront l'élection toujours bonne, toujours +rassurante, et presque inévitablement la meilleure. Il faut, pour +qu'ils se montrent toujours dignes de leurs places, qu'ils soient +retenus par le danger de la perdre; il importe donc qu'elle ne soit +pas déclarée inamovible. Mais il faut aussi, pour qu'ils s'y disposent +courageusement par d'utiles travaux, qu'ils aient le droit de la +regarder comme telle: il est donc nécessaire que leur déplacement soit +soumis à des formalités qui ne soient jamais redoutables pour le +mérite. Enfin, il faut que la considération, l'aisance et un repos +honorable soient le prix et le terme de tels services: il est donc +indispensable que la Nation leur prépare, leur assure ces avantages, +dont la perspective doit les soutenir et les encourager dans cette +noble, mais pénible carrière.</p> + +<p>L'institution des Maîtres de l'enseignement, réglée suivant ces +principes, offre la plus forte probabilité qu'il s'en suivra une +multitude de bons choix; et cette probabilité ira de jour en jour en +croissant: car, si les instituteurs sont destinés à <span class="pagenum"><a id="page083" name="page083"></a>(p.083)</span> propager +l'instruction, il est clair que l'instruction, à son tour, doit créer +et multiplier les bons instituteurs.</p> + +<p>Ce premier objet se trouveroit incomplet, si vous ne le réunissiez, +dans votre surveillance, à ce qui concerne les ouvrages que le temps +nous a transmis, et qu'on doit aussi regarder comme les Instituteurs +du genre humain. Comment, pour le bien de l'instruction, rendre plus +facilement et plus utilement communicatives toutes les richesses +qu'ils renferment? Cette question appartient essentiellement à notre +sujet; et, sous ce point de vue, l'organisation des <span class="italic">bibliothèques</span> +nous a paru devoir être placée dans l'ordre de notre travail, à côté +des Maîtres de l'enseignement.</p> + +<p>Vous venez de recouvrer ces vastes dépôts des connoissances humaines. +Cette multitude de livres perdus dans tant de monastères, mais, nous +devons le dire, si savamment employés dans quelques-uns, ne sera point +entre vos mains une conquête stérile; pour cela, non-seulement vous +faciliterez l'accès des bons ouvrages, non-seulement vous abrégerez +les recherches à ceux pour qui le temps est le seul patrimoine, mais +vous hâterez aussi l'anéantissement si désirable de cette fausse et +funeste opulence sous laquelle finiroit par succomber l'esprit humain. +Une foule d'ouvrages, intéressans lorsqu'ils parurent, ne doivent être +regardés maintenant que comme les efforts, les tatonnemens de l'esprit +de l'homme se débattant dans la recherche de la solution d'un +problème: par une dernière combinaison, le problème se résout; la +solution seule reste; et dès-lors toutes les fausses combinaisons +antérieures doivent disparoître: ce sont les ratures nombreuses d'un +ouvrage, qui ne doivent plus importuner les yeux quand l'ouvrage est +fini.</p> + +<p>Donc chaque découverte, chaque vérité reconnue, chaque <span class="pagenum"><a id="page084" name="page084"></a>(p.084)</span> +méthode nouvelle devroit naturellement réduire le nombre des livres.</p> + +<p>C'est pour remplir cette vue, et aussi pour rendre utilement +accessibles les bons ouvrages à ceux qui veulent s'instruire, que +doivent être ordonnés la distribution des bibliothèques, leur +correspondance et les travaux analytiques de ceux par qui elles seront +dirigées.</p> + +<p>Ainsi chacun des quatre-vingt-trois Départemens possédera dans son +sein une bibliothèque. Chacun d'eux, héritier naturel des +bibliothèques monastiques, trouvera, dans la collection de ces livres, +un premier fonds qu'il épurera, et qui s'enrichira chaque année tant +par ses pertes que par ses acquisitions. Une distribution nouvelle +rendra ces richesses utilement disponibles.</p> + +<p>Paris offrira sur-tout le modèle d'une organisation complette.</p> + +<p>Les plus savans bibliographes ont pensé que l'immense collection des +livres que renferme Paris, pourroit être, pour le plus grand avantage +de ceux qui cultivent l'étude, divisé en cinq classes; que chaque +classe formeroit une bibliothèque, et que leur réunion fictive +composeroit la bibliothèque nationale; que chacune de ces sections, +sans manquer toutefois des livres élémentaires, des livres principaux, +sur toutes les sciences qui doivent se trouver par tout, seroit +spécialement affectée à une science, à une faculté en particulier; que +par-là le service de la bibliothèque nationale deviendroit plus +prompt, plus commode; que chacun, des préposés aux cinq sections, +particulièrement attaché à une partie, le connoîtroit mieux, seroit +plus en état de la classer, de la perfectionner, de l'analyser, de +l'enrichir de tout ce qui lui manque, et sur-tout de diriger dans +leurs études tous ceux qui auroient à faire des recherches +particulières dans la faculté dominante de sa section. Ainsi, +bibliothèque mieux fournie, bibliothécaire <span class="pagenum"><a id="page085" name="page085"></a>(p.085)</span> plus instruit, +par conséquent secours plus nombreux et plus expéditifs.</p> + +<p>Mais on a pensé en même temps que cette distribution ne devoit se +faire que sur les livres que nous fournissent les Communautés du +Département de Paris; que la bibliothèque du Roi, regardée de tout +temps comme nationale, étant déjà toute formée, toute organisée, +devoit rester ce qu'elle est, et ne pas disperser ses richesses dans +les diverses sections de la nouvelle bibliothèque; que même il étoit +naturel qu'elle acquît ce qui lui manque dans les bibliothèques +ecclésiastiques supprimées, ainsi que la bibliothèque de la +Municipalité de Paris, qui, enrichie et complettée par ce moyen, +pourroit servir de bibliothèque de Département.</p> + +<p>La bibliothèque du Roi est le premier des dépôts. Il faut chercher à +le perfectionner; il seroit déraisonnable de le dénaturer et de le +détruire.</p> + +<p>Quant aux bibliothèques des Départemens, chacune d'elles sera divisée, +mais dans le même local, en cinq classes, pour correspondre plus +facilement aux sections de la bibliothèque nationale existante à +Paris.</p> + +<p>Cette correspondance fournira les premiers matériaux à un journal d'un +genre nouveau que vous devez encourager. Cet ouvrage, qui ne devra +point être assujetti à une périodicité funeste à toutes les +productions, aura un but philosophique et très-moral: destiné d'abord +à faire connoître le nombre, la nature des livres ou manuscrits de +chaque Département, à perfectionner leurs classifications, leurs +sous-divisions, et à fixer les recherches inquiètes des savans, il +offrira bientôt des notices analytiques sur tout ce que le temps +commande d'abréger, des choix heureux, des simplifications savantes +qui réduiront insensiblement à un petit nombre de volumes nécessaires +ce que les travaux de chaque siècle ont <span class="pagenum"><a id="page086" name="page086"></a>(p.086)</span> produit de plus +intéressant; il disposera les matériaux de ce qui est incomplet, +préparera les méthodes, apprendra ce qui est fait, ce qu'on ne doit +plus chercher, nous dira combien chaque vérité, chaque découverte rend +inutiles d'ouvrages, de portions d'ouvrages, et sur-tout hâtera leur +anéantissement réel, d'abord en réduisant au plus petit nombre +possible, c'est-à-dire, si l'on peut parler ainsi, à des individus +uniques, cette foule d'ouvrages superflus, multipliés avec tant de +profusion, et en livrant ensuite à la bienfaisante rigueur du temps le +soin de détruire absolument l'espèce entière condamnée à ne plus se +reproduire.</p> + +<p>Peut-être même un tel journal pressera-t-il l'opinion publique au +point qu'on regardera, non comme courageux, mais comme simple et +raisonnable, de détruire tout à fait, d'époques en époques, une +prodigieuse quantité d'ouvrages qui n'offriront plus rien, même à la +curiosité, et qu'il seroit puéril de vouloir encore conserver.</p> + +<p>L'esprit se soulage par l'espoir que cette multitude immense de +productions tant de fois répétées par l'art, et qui n'auroit jamais dû +exister, du moins n'existera pas toujours; qu'enfin les livres qui ont +fait tant de bien aux hommes, ne sont pas destinés à leur faire un +jour la guerre et au physique et au moral. Or, c'est évidement du sein +des bibliothèques que doit sortir le moyen d'en accélérer la +destruction.</p> + +<p>Avant de terminer cet article, vous désirez sans doute savoir par +approximation à quoi s'élève sur cet objet la nouvelle richesse +nationale.</p> + +<p>Les relevés faits sur les inventaires des établissemens +ecclésiastiques et religieux, au nombre de <span class="italic">quatre mille cinq cents</span> +maisons ou à-peu-près, annoncent <span class="italic">quatre millions cent +quatre-vingt-quatorze mille quatre cent-douze</span> volumes, <span class="pagenum"><a id="page087" name="page087"></a>(p.087)</span> dont +près de <span class="italic">vingt-six mille</span> manuscrits. Sur ce nombre, la ville de Paris +fournit <span class="italic">huit cent huit mille cent-vingt</span> volumes. On a remarqué +qu'environ un cinquième étoit dépareillé, ou de nulle valeur. On +évalue donc en général le nombre des volumes qui forme des ouvrages +complets à <span class="italic">trois millions deux cent mille</span>, sur lesquels environ <span class="italic">six +cent quarante mille</span> à Paris. Il est vrai aussi que certains livres y +sont répétés trois, six, et neuf mille fois, et qu'il n'y a qu'environ +<span class="italic">cent mille</span> articles différens. Enfin, dans ce nombre de <span class="italic">trois +millions deux cent mille</span> se trouvent à-peu-près <span class="italic">deux millions</span> de +volumes de théologie.</p> + +<p>Les deux premiers moyens d'instruction que nous venons de parcourir, +se fortifieront de ceux qui doivent naître des <span class="italic">encouragemens</span>, des +<span class="italic">récompenses</span>, et sur-tout des <span class="italic">méthodes</span> nouvelles.</p> + +<p>Les <span class="italic">encouragemens</span> connus sous le nom de <span class="italic">bourses</span> offrent quelques +points de discussion. Tout ce qui les concerne se trouve renfermé dans +les questions suivantes, qu'il est indispensable de résoudre.</p> + +<p>Quel doit être l'emploi des nombreuses fondations de ce genre qui +existent particulièrement à Paris?</p> + +<p>Au profit de qui et par qui doivent-elles être employées?</p> + +<p>Faut-il en établir, et à l'aide de quels moyens, dans les lieux où il +n'en existe pas?</p> + +<p>Enfin quelles règles à observer dans leur distribution?</p> + +<p>Les principes sur les fondations sont connus. Ce qui a été donné pour +un établissement public, a été remis à la Nation qui en est devenue la +vraie dispensatrice, la vraie propriétaire, sous la condition +d'accorder en tout temps l'intention du donateur avec l'utilité +générale. L'Assemblée Nationale peut donc, en se soumettant à ce +principe, disposer du domaine <span class="pagenum"><a id="page088" name="page088"></a>(p.088)</span> de l'instruction, comme aussi +des fonds de la charité publique. Mais, dans un objet de cette +importance, il ne faut point d'opération hazardeuse. L'espoir du mieux +ne permet de rien compromettre: on doit uniquement s'occuper ici de +conserver et d'appliquer. Il faut donc garder soigneusement à +l'instruction tout ce qui lui fut primitivement consacré; car c'est au +moment où elle s'aggrandit que les secours lui deviennent plus +nécessaires. Il faut que les bourses existantes à Paris soient +appliquées à Paris, non-seulement parce que c'est le vœu des +fondateurs, mais parce que les fonds sur lesquels sont établies ces +bourses, existent presque tous dans la ville même de Paris, et parce +que c'est aussi le seul moyen d'en faire jouir complettement et plus +utilement, même tous les Départemens du Royaume.</p> + +<p>Cette dernière raison résout la seconde question sur les bourses.</p> + +<p>Au profit de qui et par qui doivent-elles être accordées?</p> + +<p>La plupart ont été fondées pour des provinces qui n'existent plus, +pour des classes privilégiées qui n'existent pas davantage. Cette +intention littérale ne peut donc être remplie. Mais elles l'ont été +toutes pour l'encouragement du talent, pour le soulagement de +l'infortune, et, en dernier résultat, pour le plus grand bien public. +Or cette intention, la seule qui doit survivre à tout, sera +parfaitement acquittée, lorsqu'il aura été décidé qu'elles seront +réparties proportionnellement entre tous les Départemens, et que +chacun d'entre eux aura le droit de nommer et d'envoyer à Paris, pour +jouir de ce bienfait, le nombre de sujets qui lui seront désignés par +ce partage.</p> + +<p>Mais doit-on, et par quels moyens établir ce genre d'encouragement +dans les lieux où il n'existe pas?</p> + +<p>Il est clair que les moyens gratuits d'instruction ne doivent +<span class="pagenum"><a id="page089" name="page089"></a>(p.089)</span> pas être concentrés exclusivement dans la Capitale; que la +justice et toutes les convenances demandent que, dans chaque +Département, l'instruction soit aussi complette qu'elle peut l'être. +Cependant, comment y faire parcourir tous les degrés d'instruction à +ceux que leur détresse met dans l'impossibilité d'en acquitter les +frais, tandis que leurs dispositions les y appellent? Au moment de la +révision de notre code constitutionnel, vous avez fortement exprimé +votre vœu à cet égard: vous avez pensé qu'il étoit du devoir de +l'Assemblée d'acquitter cette dette de la Nation. Nous vous +proposerons donc d'établir, de fixer dans chaque Département un +certain nombre de bourses qui seront acquittées et appliquées là, et +dont la distribution, dans les différentes Écoles, sera confiée aux +diverses Administrations. Ce moyen ne tardera pas à s'étendre, à +s'aggrandir: il se fortifiera sur-tout, nous n'en doutons point, par +de nombreuses souscriptions volontaires; ces mouvemens spontanés des +peuples libres qui, associant l'homme à tout ce qui s'élève d'utile +autour de lui, vont le porter vers cette multitude d'établissemens +nouveaux où tous les vœux d'une bienfaisance éclairée trouveront à +se satisfaire.</p> + +<p>Quant aux règles de la distribution, elles sont simples. Chaque +Administration municipale, surveillant les écoles de son +arrondissement, puisera dans chacune d'elles, par une communication +fréquente, des notions précises sur les titres effectifs de tous ceux +qui aspireront à ce bienfait. Ces notions seront transmises par les +Municipalités aux Districts, par les Districts aux Départemens qui, +les réunissant toutes et combinant ensemble les dispositions, la +conduite et les moyens de fortune, pourront discerner ceux qui +mériteront la préférence, ou, dans le cas presque chimérique d'un +doute absolu, ordonneront une dernière épreuve entre les concurrens. +Cette méthode <span class="pagenum"><a id="page090" name="page090"></a>(p.090)</span> que l'expérience perfectionnera, nous a paru +préférable à un <span class="italic">concours</span> qui seroit toujours et exclusivement +décisif, à cette épreuve incertaine où la timidité a fait souvent +échouer des talens véritables, où la médiocrité hardie a obtenu tant +d'avantages. Ce dernier moyen qui appelle toute l'attention des juges +sur un seul instant, sur un seul ouvrage, peut être conservé dans la +carrière des arts et pour la solution des grands problèmes des +sciences; car ici tout le talent que l'on veut récompenser peut se +montrer dans une seule composition. Mais, lorsqu'il est moins question +de talent que de dispositions, lorsqu'on à moins à récompenser ce qui +est fait, qu'à encourager ce qui peut se faire, lorsque les +dispositions sont encore vagues et n'ont pu se fixer sur un seul +objet, il est parfaitement raisonnable de ne pas s'arrêter à un +moment, à une production qui peut n'être qu'un heureux hazard, et il +faut alors se déterminer sur les indications de toute une année, qui +rarement seront trompeuses.</p> + +<p>Si la Société doit ce genre d'encouragement aux simples espérances que +donnent des dispositions marquées, elle semble devoir davantage à ce +que le talent produit de réel et d'utile, à tous les succès par +lesquels il se distingue. C'est dans le trésor de l'opinion que +résident sur-tout les moyens précieux d'acquitter cette dette.—On +sait ce que dans tous les temps les récompenses, connues sous le nom +de <span class="italic">prix</span>, ont produit chez les peuples libres: quelle ne sera pas +leur puissance chez une Nation vive, enthousiaste, avide de toutes les +sortes de gloire?</p> + +<p>Ils seront offerts à tous les âges: tous doivent les ambitionner. Le +premier âge, parce qu'il est plus sensible à la louange, +qu'heureusement, elle l'étonne, et qu'elle ne corrompt pas encore ses +actions; l'âge de la raison, parce qu'il sent plus profondément les +outrages de l'envie, et qu'il a <span class="pagenum"><a id="page091" name="page091"></a>(p.091)</span> besoin de trouver hors de +lui et dans un témoignage irrécusable, un réparateur des injustices +individuelles.</p> + +<p>Long-temps le mot de <span class="italic">prix</span> et toutes les idées qu'il réveille, ont +été relégués dans le dictionnaire de l'enfance, et ont paru y prendre +une sorte de caractère de puérilité; ce préjugé achevera de se +dissiper à votre voix. C'est elle, c'est la voix de la Nation qui, +invoquant et fixant l'opinion, provoquera les efforts, se servira de +l'amour-propre et de l'imagination de l'homme pour le conduire à la +véritable gloire par les routes du bien public, tantôt désignant le +but aux recherches du talent, tantôt le livrant à lui-même et se +confiant à sa marche, toujours montrant la récompense inséparable du +succès. Depuis l'Élève des Écoles Primaires jusqu'au Philosophe +destiné à aggrandir le domaine de la raison, quiconque, dans les +productions recommandées à son talent, aura dépassé ses rivaux, aura +atteint le but, aura osé quelquefois le franchir, recevra, dans un +témoignage éclatant, la juste récompense de ses efforts.</p> + +<p>Il faut que tout ce qui est mieux, que tout ce qui est plus utile, +soit désormais à l'abri de l'indifférence et de l'oubli; mais cette +première récompense du talent doit être simple, pure, modeste comme +lui: <span class="italic">une branche</span>, <span class="italic">une inscription</span>, <span class="italic">une médaille</span>, tout ce qui +annonce qu'on n'a pas cru le payer, tout ce qui, respectant sa +délicatesse dans le choix même du prix, semble laisser à l'estime et à +la confiance individuelle le droit et le devoir d'acquitter chaque +jour davantage la dette de la Nation. Voilà ce qu'il convient d'offrir +d'abord au talent.</p> + +<p>C'est sur ce principe que doivent être distribués les prix dans toutes +les parties du Royaume. Chaque lieu choisira le moment le plus +solemnel pour honorer le triomphe du talent. Ce jour sera par-tout un +jour de fête, et tous ceux que le choix du peuple aura revêtus d'une +fonction, devront y assister <span class="pagenum"><a id="page092" name="page092"></a>(p.092)</span> comme étant les organes les +plus immédiats de la reconnoissance publique.</p> + +<p>On ne peut parcourir les <span class="italic">moyens</span> d'instruction, sans s'arrêter +particulièrement <span class="italic">aux méthodes</span>, ces véritables instrumens des +sciences qui sont pour les Instituteurs eux-mêmes, ce que ceux-ci sont +pour les Élèves. C'est à elles en effet à les conduire dans les +véritables routes, à applanir pour eux, à abréger le chemin difficile +de l'instruction. Non-seulement elles sont nécessaires aux esprits +communs; le génie le plus créateur lui-même en reçoit d'incalculables +secours, et leur a dû souvent ses plus hautes conceptions: car elles +l'aident à franchir tous les intervalles; et en le conduisant +rapidement aux limites de ce qui est connu, elles lui laissent toute +sa force pour s'élancer au-delà. Enfin pour apprécier d'un mot les +méthodes, il suffira de dire que la science la plus hardie, la plus +vaste dans ses applications, l'<span class="italic">algèbre</span> n'est elle-même qu'une +méthode inventée par le génie, pour économiser le temps et les forces +de l'esprit humain. Il est donc essentiel de présenter quelques vues +sur ce grand moyen d'instruction. Sans doute que l'infatigable +activité des esprits supérieurs, encouragée et fortement secondée par +la libre circulation des idées, se portera d'elle-même vers cet objet +où tant de découvertes sont encore à faire; mais il faut, autant qu'il +est en nous, épargner d'inutiles efforts; il faut nous aider en ce +moment de tout ce que le génie de la Philosophie a pu nous +transmettre, afin de presser et d'assurer la marche de l'esprit +humain. En un mot, nous avons marqué le but de l'instruction; il nous +reste à marquer, à indiquer du moins les principales routes, et à +fermer sans retour celles qui si long-temps n'ont servi qu'à égarer +les hommes.</p> + +<p>Pour ne point se perdre dans cet immense sujet, nos méditations se +sont portées, bien moins sur les sciences en particulier <span class="pagenum"><a id="page093" name="page093"></a>(p.093)</span> que +sur le principe et la fin de toutes les sciences; car c'est-là +sur-tout qu'il faut appeler en ce moment les efforts du talent et les +idées créatrices de tous les propagateurs de la vérité.</p> + +<p>L'homme est un être raisonnable, ou plus exactement peut-être, il est +destiné à le devenir; il faut lui apprendre à penser: il est un être +social; il faut lui apprendre à communiquer sa pensée: il est un être +moral; il faut lui apprendre à faire le bien. Comment l'aider à +remplir cette triple destinée? Par quels moyens parviendra-t-on à +étendre et perfectionner la raison, à faciliter la communication des +idées, à applanir les difficultés de la morale? De telles recherches +sont dignes de notre époque. Voici quelques apperçus, peut-être +quelques résultats que nous confions à l'attention publique.</p> + +<p>La <span class="italic">raison</span>, cette partie essentielle de l'homme, qui le distingue de +tout ce qui n'est pas lui, est néanmoins dans une telle dépendance de +son organisation et des impressions qu'il reçoit, qu'elle paroît +presque tenir le dehors son existence en même temps que son +développement. Il faut donc surveiller ces impressions premières, +auxquelles sont comme attachées et la nature et la dignité réelle de +l'homme.</p> + +<p>Et d'abord, qu'il soit prescrit de bannir du nouvel enseignement tout +ce qui jadis n'étoit visiblement propre qu'à corrompre, qu'à enchaîner +cette première faculté; et les superstitions de tout genre dont on +l'effrayoit, et qui exerçoient sur elle et contre elle un si terrible +empire long-temps encore après que la réflexion les avoit dissipées; +et toutes ces nomenclatures stériles qui, n'étant jamais l'expression +d'une idée sentie, étoient à-la-fois une surcharge pour la mémoire, +une entrave pour la raison; et ce mode bizarre d'enseignement où les +connoissances étant classées, étant prisées dans un rapport inverse +avec leur utilité réelle, servoient bien plus à dérouter, à tromper la +raison qu'à l'éclairer; et ces méthodes gothiques qui, convertissant +<span class="pagenum"><a id="page094" name="page094"></a>(p.094)</span> obstacles jusqu'aux règles destinées à accélérer sa marche, +la faisoient presque toujours rétrograder. Il est temps de briser +toutes ces chaînes: il est temps que l'on rende à la raison son +courage, son activité, sa native énergie, afin que, libre de tant +d'obstacles, elle puisse rapidement et sans détour avancer dans la +carrière qui s'ouvre et s'aggrandit sans cesse pour elle. C'est par +vous qu'elle retrouvera sa liberté; c'est par les méthodes qu'elle en +recueillera promptement les avantages.</p> + +<p>Sans doute qu'il existera toujours des différences entre la raison +d'un homme et celle d'un autre homme: ainsi l'a voulu la nature; mais +la raison de chacun sera tout ce qu'elle peut être: ainsi le veut la +Société.</p> + +<p>Cependant comment tracer des méthodes à la raison? Comment ouvrir une +route commune à tant de raisons diverses? Comment faire parvenir à +chacune de ces raisons la part de richesses intellectuelles à laquelle +chacune peut et doit prétendre. De tels objets réunis échapperoient +peut-être à des méthodes générales. Je veux en ce moment me borner à +ce qui importe le plus à la perfectibilité de l'homme, c'est-à-dire, +aux moyens de donner à la raison de chaque individu toute la <span class="italic">force</span> +et toute la <span class="italic">rectitude</span> dont elle est susceptible.</p> + +<p>La <span class="italic">force</span> de la raison dépend particulièrement de la mesure +d'attention qu'on est en état d'appliquer à l'objet dont on s'occupe; +peut-être même n'est-elle que cela; car c'est par elle que la raison +d'un homme se montre toujours supérieure à celle d'un autre homme. +L'attention est une disposition acquise par laquelle l'âme parvient à +échapper aux écarts de l'imagination, à se soustraire aux importunités +de la mémoire, et enfin à se commander à elle-même pour recueillir à +son gré toutes ses forces. C'est alors que l'intelligence peut +s'élever jusqu'à son plus haut degré d'énergie, que la pensée crée +d'autres pensées, et que des idées fugitives et comme inapperçues se +réunissent <span class="pagenum"><a id="page095" name="page095"></a>(p.095)</span> et deviennent tout-à-coup productives. Mais +l'attention n'est une marque d'étendue et de supériorité qu'autant que +l'esprit peut, en quelque sorte, la prendre à sa volonté, et la +transporter toute entière d'un objet à un autre.</p> + +<p>Tel est donc le but auquel il faut tendre dans l'instruction destinée +à la jeunesse: il faut, par tout ce qui peut influer sur ses +habitudes, l'accoutumer à maîtriser sa pensée, à retenir ou rappeller +à son gré ce regard si mobile de l'âme; lui montrer dans cet effort +sur soi, dans cette refrénation intérieure, le principe de tous les +genres de succès, la source des plus belles jouissances de l'esprit. +Il faut enfin faire sortir de son intérêt présent, de ses affections +même les plus impétueuses, le désir persévérant de se commander en +quelque sorte pour en devenir plus libre.</p> + +<p>Cet apperçu indiqueroit peut-être la théorie qu'exige cette partie de +l'enseignement; mais le problème reste encore pour nous tout entier à +résoudre.</p> + +<p><span class="italic">Quelle est l'indication précise et complette des moyens propres à +apprendre à tous les hommes à se rendre maîtres de leur attention?</span></p> + +<p>Un tel problème mérite d'être recommandé à tous ceux qui sont dignes +de concourir à l'avancement de la raison humaine.</p> + +<p>La <span class="italic">rectitude</span> de la raison tient à d'autres causes; et néanmoins +l'attention qui est le principe de sa <span class="italic">force</span>, est un grand +acheminement vers cette rectitude: car la disposition de l'âme qui +permet d'observer long-temps un objet, doit être nécessairement un des +premiers moyens pour apprendre à le bien voir. Mais il faut aider ce +moyen; il faut, par des procédés bien éprouvés, assurer à la raison et +lui conserver cette habitude de voir sans effort ce qui est, et cette +constante direction vers la vérité qui alors devient la passion +dominante et souvent exclusive de l'âme. En nous élevant jusqu'à la +hauteur des méthodes les plus générales, il nous a semblé <span class="pagenum"><a id="page096" name="page096"></a>(p.096)</span> +que, pour atteindre à ce but, il importoit souverainement d'intéresser +en quelque sorte la conscience des élèves à la recherche de tout ce +qui est vrai: (la vérité est en effet la morale de l'esprit, comme la +justice est la morale du cœur). Il importe non moins vivement +d'intéresser leur curiosité, leur ardente émulation, en les faisant +comme assister à la création des diverses connoissances dont on veut +les enrichir, et en les aidant à partager sur chacune d'elles la +gloire même des inventeurs: car ce qui est du domaine de la raison +universelle ne doit pas être uniquement, offert à la mémoire; c'est à +la raison de chaque individu à s'en emparer: il est mille fois prouvé +qu'on ne sait réellement, qu'on ne voit clairement que ce qu'on +découvre, ce qu'on invente en quelque sorte soi-même. Hors de là, +l'idée qui nous arrive, peut être en nous; mais elle n'est pas à nous; +mais elle ne fait pas partie de nous: c'est une plante étrangère qui +ne peut jamais prendre racine. Que faut-il donc? Recommander par +dessus tout l'usage de l'analyse qui réduit un objet quelconque à ses +véritables élémens, et de la synthèse qui le recompose ensuite avec +eux. Par cette double opération qui recèle peut-être tout le secret de +l'esprit humain, à qui nous devons les plus savantes combinaisons de +la métaphysique, et par là les principes de toutes les sciences, on +parvient à voir tout ce qui est dans un objet, et à ne voir que ce qui +y est: on ne reçoit point, une idée; on l'acquiert: on ne voit jamais +trouble; on voit juste, ou l'on ne voit rien. Que faut-il encore? +L'application fréquente et presque habituelle de la méthode rigide des +mathématiciens, de cette méthode qui, écartant tout ce qui ne sert +qu'à distraire l'esprit, marche droit et rapidement à son but, +s'appuie sur ce qui est parfaitement connu pour arriver sûrement à ce +qui ne l'est pas, ne dédaigne aucun obstacle, ne franchit aucun +intervalle, s'arrête à ce qui ne peut être entendu, consent à ignorer, +<span class="pagenum"><a id="page097" name="page097"></a>(p.097)</span> jamais à savoir mal; et présente le moyen, si non de +découvrir toujours la vérité d'un principe, du moins d'arriver avec +certitude jusqu'à ses dernières conséquences. Cette méthode est +applicable à plus d'objets qu'on ne pense, et c'est un grand service à +rendre à l'esprit humain que de l'étendre sur tous ceux qui en sont +susceptibles. Ainsi, nouveau problème à résoudre.</p> + +<p><span class="italic">Comment appliquer l'esprit d'analyse et la méthode rigoureuse des +mathématiciens aux divers objets des connoissances humaines?</span></p> + +<p>C'est encore ici à la Nation à interroger, et c'est au temps à nous +montrer celui qui sera digne d'apporter la réponse à cette question.</p> + +<p>Au don de penser succède rapidement le don de communiquer ce qu'on +pense; ou plutôt l'un est tellement enchaîné à l'autre, qu'on ne peut +les concevoir séparés que par abstraction. De cette vérité rendue +particulièrement sensible de nos jours, il suit que tout ce qui +augmente les produits de la pensée, agit simultanément sur le signe +qui l'accompagne, comme aussi que le signe perfectionné accroît, +enrichit et féconde à son tour la pensée; mais cette conséquence +incontestable et purement intellectuelle ne doit pas nous suffire; et +ici s'offrent à l'esprit d'intéressantes questions à discuter.</p> + +<p>Une singularité frappante de l'état dont nous nous sommes affranchis, +est sans doute que la langue nationale, qui chaque jour étendoit ses +conquêtes au-delà des limites de la France, soit restée au milieu de +nous comme inaccessible à un si grand nombre de ses habitans, et que +le premier lien de communication ait pu paroître pour plusieurs de nos +contrées une barrière insurmontable. Une telle bizarrerie doit, il est +vrai, son existence à diverses causes agissant fortuitement et sans +<span class="pagenum"><a id="page098" name="page098"></a>(p.098)</span> dessein; mais c'est avec réflexion, c'est avec suite que les +effets en ont été tournés contre les peuples. Les Écoles primaires +vont mettre fin à cette étrange inégalité: la langue de la +Constitution et des lois y sera enseignée à tous; et cette foule de +dialectes corrompus, derniers restes de la féodalité sera contrainte +de disparoître: la force des choses le commande. Pour parvenir à ce +but, à peine est il besoin d'indiquer des méthodes: la meilleure de +toutes pour enseigner une langue dans le premier âge de la raison, +doit en effet se rapprocher de celle qu'un instinct universel a +suggérée pour montrer à l'enfance de tous les pays le premier langage +qu'elle emploie; elle doit n'être qu'une espèce de routine, raisonnée, +il est vrai, et éclairée par degrés, mais nullement précédée des +règles de la grammaire: car ces règles, qui sont des résultats +démontrés pour celui qui sait déjà les langues et qui les a méditées, +ne peuvent en aucune manière être des moyens de les savoir pour celui +qui les ignore: elles sont des conséquences; on ne peut, sans faire +violence à la raison, les lui présenter comme des principes.</p> + +<p>Mais si l'on peut laisser au cours naturel des idées le soin de rendre +universelle parmi nous une langue dont chaque instant rappellera le +besoin, on ne doit pas confier au hazard le moyen de la perfectionner. +La langue françoise, comme toutes les autres, a subi d'innombrables +variations auxquelles le caprice et des rencontres irréfléchies ont eu +bien plus de part que la raison: elle a acquis, elle a perdu, elle a +retrouvé une foule de mots. D'abord stérile et incomplette, elle s'est +chargée successivement d'abstractions, de composés, de dérivés, de +débris poëtiques. Pour bien apprécier les richesses qu'elle possède et +celles qui lui manquent, il faut avant tout se faire une idée juste de +son état actuel; il faut montrer à celui dont on veut éclairer la +raison par le langage, quel a été le sens <span class="pagenum"><a id="page099" name="page099"></a>(p.099)</span> primitif de chaque +mot, comment il s'est altéré, par quelle succession d'idées on est +parvenu à détacher d'un sujet ses qualités pour en former un mot +abstrait qui ne doit son existence qu'à une hardiesse de l'esprit; il +faut rappeller le figuré à son sens propre, le composé au simple, le +dérivé à son primitif; par-là tout est clair; il règne un accord +parfait entre l'idée et son signe, et chaque mot devient une image +pure et fidèle de la pensée.</p> + +<p>Ici commence le perfectionnement de la langue. Et d'abord la +révolution a valu à notre idiome une multitude de créations qui +subsisteront à jamais, puisqu'elles expriment ou réveillent des idées +d'un intérêt qui ne peut périr; et la langue politique existera enfin +parmi nous; mais, plus les idées sont grandes et fortes, plus il +importe que l'on attache un sens précis et uniforme aux signes +destinés à les transmettre; car de funestes erreurs peuvent naître +d'une simple équivoque. Il est donc digne des bons citoyens, autant +que des bons esprits, de ceux qui s'intéressent à la fois au règne de +la paix et au progrès de la raison, de concourir par leurs efforts à +écarter des mots de la langue françoise, ces significations vagues et +indéterminées, si commodes pour l'ignorance et la mauvaise foi, et qui +semblent receler des armes toutes prêtes pour la malveillance et +l'injustice. Ce problème très-philosophique et qu'il faut généraliser +le plus possible, demande du temps, une forte analyse et l'appui de +l'opinion publique pour être complettement résolu. Il n'est pas +indigne de l'Assemblée Nationale d'en encourager la solution.</p> + +<p>Un tel problème, auquel la création et le danger accidentel de +quelques mots nous ont naturellement conduits, s'est lié dans notre +esprit à une autre vue. Si la langue françoise a conquis de nouveaux +signes, et s'il importe que le sens en <span class="pagenum"><a id="page100" name="page100"></a>(p.100)</span> soit bien déterminé, +il faut en même-temps qu'elle se délivre de cette surcharge de mots +qui l'appauvrissoient et souvent la dégradoient. La vraie richesse +d'une langue consiste à pouvoir exprimer tout avec force, avec clarté, +mais avec peu de signes. Il faut donc que les anciennes formes +obséquieuses, ces précautions timides de la foiblesse, ces souplesses +d'un langage détourné qui sembloit craindre que la vérité ne se +montrât toute entière, tout ce luxe imposteur et servile qui accusoit +noire misère, se perde dans un langage simple, fier et rapide; car là +où la pensée est libre, la langue doit devenir prompte et franche, et +la pudeur seule a le droit d'y conserver ses voiles.</p> + +<p>Qu'on ne nous accuse pas toutefois de vouloir ici calomnier une langue +qui, dans son état actuel, s'est immortalisée par des +chefs-d'œuvres. Sans doute que par-tout les hommes de génie ont +subjugué les idiomes les plus rebelles, ou plutôt par-tout ils ont su +se créer un idiome à part; mais il a fallu tout le courage, toute +l'audace de leur talent, et la langue usuelle n'en a pas moins +conservé parmi nous l'empreinte de notre foiblesse et de nos préjugés. +Il est juste, il est constitutionnel que ce ne soit plus désormais le +privilège de quelques hommes extraordinaires de la parler dignement; +que la raison la plus commune ait aussi le droit et la facilité de +s'énoncer avec noblesse; que la langue françoise s'épure à tel point, +qu'on ne puisse plus désormais prétendre à l'éloquence sans idées, +comme il ne sera plus permis d'aspirer à une place sans talens; qu'en +un mot, elle reçoive pour tous un nouveau caractère et se retrempe en +quelque sorte dans la liberté et dans l'égalité. C'est vers ce but non +moins philosophique que national que doit se porter une partie des +travaux des nouveaux Instituteurs.</p> + +<p>Un Ministre immortel dans les annales du despotisme ne <span class="pagenum"><a id="page101" name="page101"></a>(p.101)</span> jugea +pas indifférent à sa gloire, et sur-tout à ses vues, de réserver une +partie de ses soins au progrès et à ce qu'il nommoit le +perfectionnement de la langue françoise: en cela il voyoit +profondément et juste. L'Assemblée Nationale, qui certes connoît et +connoît bien autrement la puissance de la parole, qui sait combien les +signes ont d'empire, ou plutôt d'action sur les idées et par elles sur +les habitudes qu'elle veut faire naître ou affermir, et qui désire que +la raison publique trouve sans cesse dans la langue nationale un +instrument vigoureux qui la seconde et ne la contrarie jamais, sentira +sans doute aussi, mais dans des vues bien différentes, combien un tel +objet importe à l'intérêt et à la gloire de la Nation. Ainsi:</p> + +<p><span class="italic">Notre langue a perdu un grand nombre de mots énergiques qu'un goût, +plutôt foible que délicat, a proscrits; il faut les lui rendre: les +langues anciennes et quelques-unes d'entre les modernes sont riches +d'expressions fortes, de tournures hardies qui conviennent +parfaitement à nos nouvelles mœurs; il faut s'en emparer; la langue +françoise est embarrassée de mots louches et synonymiques, de +constructions timides et traînantes, de locutions oiseuses et +serviles; il faut l'en affranchir</span>. Voilà le problème complet à +résoudre.</p> + +<p>Si la langue nationale est le premier des moyens de communication +qu'il importe de cultiver, l'enseignement simultané des autres +langues, de celles sur-tout qui nous ont transmis des modèles +immortels, est un moyen auxiliaire et puissant qu'il seroit coupable +de négliger: car, sans parler des beautés qu'elles nous apportent et +qui expirent dans les traductions, on ne doit pas perdre de vue que, +par leur seul rapprochement, les langues s'éclairent et +s'enrichissent; que, surveillées en quelque sorte l'une par l'autre, +elles s'avertissent de leurs défauts, se prêtent mutuellement des +images; qu'elles fortifient, par leur contraste, par leur opposition +même, les <span class="pagenum"><a id="page102" name="page102"></a>(p.102)</span> facultés intellectuelles de celui qui les réunit. +L'idée qui nous appartient sous divers signes, est en effet bien plus +profondément en nous, bien plus intimement à nous: c'est une propriété +dont à peine nous soupçonnions d'abord l'existence, et qui reçoit une +nouvelle garantie et comme un nouveau titre de chacun des témoins +nouveaux qui la constatent.</p> + +<p>Cette action mutuelle des langues qui, s'épurant ainsi l'une par +l'autre, concourent par leur influence réciproque à imprimer à la +pensée un nouveau degré de force et clarté, a dû insensiblement élever +l'écrit jusqu'à l'idée d'une langue commune et universelle, qui, née +en partie du débris des autres, trouveroit, soit en elles, soit hors +d'elles, les élémens les plus analogues avec toutes nos sensations, et +par-là deviendroit nécessairement la langue humaine. Il paroît que +cette idée, ou plutôt une idée semblable, a occupé quelque temps un +des plus grands Philosophes du dernier siècle: il sembloit à +<span class="italic">Leibnitz</span>, que pour hâter les progrès de la raison, on devoit +chercher, non à vaincre successivement, mais à briser à-la-fois tous +les obstacles qui empêchent ou retardent la libre communication des +esprits; que, dans l'impossibilité d'apprendre cette multitude +d'idiomes disparates qui les séparent, il falloit en former ou en +adopter un qui fût en quelque sorte le point central, le rendez-vous +commun de toutes les idées, en un mot, qui devînt pour la pensée ce +que l'algèbre est pour les calculs. Une telle vue a dû étonner par sa +hardiesse, et l'on n'a pas tardé à la ranger dans la classe des +chimères: il faudroit en effet que les nouveaux signes universellement +adoptés, fussent une image tellement sensible de nos idées, qu'attiré +ou ramené vers eux comme par enchantement, le genre humain s'étonnât +d'en avoir, jusqu'à ce jour, adopté d'autres, qu'ils fussent en un mot +presque aussi clairement représentatifs de la pensée, que l'or et +l'argent le sont de la <span class="pagenum"><a id="page103" name="page103"></a>(p.103)</span> richesse. Or de tels signes sont-ils +dans la nature? Peuvent-ils exister pour toutes les idées?</p> + +<p>Gardons-nous pourtant de fixer trop précipitamment le terme où doivent +s'arrêter sur de semblables questions les recherches de l'esprit +humain: car, si dans toute l'étendue que présente ce problème, on est +en droit de le regarder comme insoluble, il est cependant permis de +penser que les efforts, même impuissans pour les résoudre, ne seraient +pas tout-à-fait perdus, et que chaque pas que l'on feroit dans cette +recherche, dût le terme se reculer sans cesse, chaque découverte, dans +cette région presque idéale, apporteroit quelques richesses à la +langue, quelques moyens nouveaux à la raison.</p> + +<p>Déjà des hommes, inspirés par le génie de l'humanité, ont presque +atteint la solution de ce hardi problème. On les a vus, pour consoler +les êtres affligés que la nature a déshérités d'un sens, inventer de +nos jours et perfectionner rapidement cette langue des signes qui est +l'image vivante de la pensée, dont tous les élémens sensibles à +l'œil ne laissent appercevoir rien d'arbitraire, par qui les idées +même les plus abstraites deviennent presque visibles, et qui, dans sa +décomposition, simple à la fois et savante, présente la véritable +grammaire, non des mots, mais des idées. Une telle langue rempliroit +toutes les conditions du problème, si par elle, comme par la parole +écrite, on parvenoit à transmettre la pensée à des distances +indéfinies; mais jusqu'à présent, on n'a pu que la parler et non +l'écrire; et ceux qui la possèdent le mieux, sont réduits, pour se +faire entendre de loin, à la traduire en une des langues usuelles. +Jusqu'à ce qu'on ait trouvé le moyen de la transcrire, au lieu de la +traduire, elle restera donc à la vérité une des plus belles, une des +plus utiles inventions des hommes: elle sera peut-être la première des +méthodes pour rendre l'esprit parfaitement analytique, pour le +prémunir <span class="pagenum"><a id="page104" name="page104"></a>(p.104)</span> contre une multitude d'erreurs qu'il doit à +l'imperfection de nos signes, pour corriger enfin les vices +innombrables de nos grammaires. Sous ces points de vue, elle ne pourra +être ni trop méditée, ni trop fortement encouragée; mais elle ne sera +point, encore une langue universelle.</p> + +<p>Ces réflexions sur les langues, les divers points de vue sous lesquels +nous avons considéré ce sujet fécond, et enfin les problèmes proposés +ou indiqués, nous paroissent devoir remplir l'objet de cet article, +celui de préparer et d'assurer un jour à la raison tous les moyens de +communication qu'elle peut désirer.</p> + +<p>Ce n'est pas assez d'apprendre à penser à l'être raisonnable, +d'apprendre à communiquer sa pensée à l'être social, il faut +particulièrement apprendre à faire le bien à l'être moral.</p> + +<p>Faire le bien, le faire chaque jour mieux par un plus grand nombre de +motifs et avec moins d'efforts, c'est là que tout doit tendre dans une +association quelconque. Hors de là, rien n'est à sa place, rien ne +marche à son but. Ainsi les méthodes pour apprendre à communiquer ce +qu'on pense, ne doivent elles-mêmes être réputées que des moyens +indirects pour atteindre jusqu'à la morale, qui est le dernier +résultat de toute société: car les désordres ne sont, bien souvent, +que des erreurs de la pensée, et souvent aussi les habitudes +vertueuses que le résultat naturel de la communication des esprits.</p> + +<p>Mais ces moyens éloignés réclament l'appui des méthodes particulières +et directes.</p> + +<p>Avant de les présenter, défendons-nous de séparer ici, comme tant de +fois on a osé le faire, la morale publique de la morale privée. Cette +charlatanerie de la corruption est une insulte aux mœurs: quoiqu'il +soit vrai que les rapports changent avec les personnes et les +événemens, il est incontestable que le principe moral reste toujours +le même, sans <span class="pagenum"><a id="page105" name="page105"></a>(p.105)</span> quoi il n'existeroit point. On peut bien, on +doit même appliquer diversement les règles de la justice; mais il n'y +a point deux manières d'être juste; mais il est absurde de penser +qu'il puisse y avoir deux justices.</p> + +<p>Pour arriver à l'exacte définition de <span class="italic">la morale</span>, il faut la chercher +dans le rapprochement des idées que le commun des hommes, livrés ou +rendus à eux-mêmes, ont constamment attachées à ce mot. Celle qui +paroît les comprendre toutes, et qu'indique un instinct général autant +que la raison, présente à l'esprit l'art de faire le plus de bien +possible à ceux avec qui l'on est en relation, sans blesser les droits +de personne. Si les relations sont peu étendues, la morale réveille +l'idée des vertus domestiques et privées: elle prend le nom de +patriotisme, lorsque ces relations s'étendent sur la Société entière +dont on fait partie; enfin, elle s'élève jusqu'à l'humanité, à la +philantropie, lorsqu'elles embrassent le genre humain. Dans tous les +cas, elle comprend la justice qui sent, respecte, chérit les droits de +tous; la bonté qui s'unit par un sentiment vrai au bien ou au mal +d'autrui; le courage qui donne la force d'exécuter constamment ce +qu'inspirent la bonté et la justice; enfin ce degré d'instruction qui, +éclairant les premiers mouvemens de l'âme, nous montre à chaque +instant en quoi consistent et ce qu'exigent réellement et la justice, +et la bonté, et le courage. Tels sont les élémens de la morale. De-là +résultent deux vérités: la première, qu'elle est inséparable d'un bien +produit ou à produire, que par conséquent l'effort le plus hardi qui +n'aboutit point là, lui est absolument étranger. Ce n'est point de +l'étonnement, c'est de la reconnoissance qu'elle doit inspirer. La +seconde, qu'elle ne peut se trouver que dans les relations qui nous +unissent à nos semblables: car elle suppose des droits, des devoirs, +des affections réciproques, et particulièrement ce sentiment <span class="pagenum"><a id="page106" name="page106"></a>(p.106)</span> +expensif qui, nous faisant vivre en autrui, devient par la réflexion +le garant de la justice, comme il est naturellement le principe de la +bonté. Il faut donc ici identité de nature. Sans doute que les +rapports de l'homme avec Dieu, avec soi, et même avec les êtres +inférieurs à lui, ne sont pas étrangers à la morale: mais si la raison +y découvre des motifs souvent très-puissans pour la pratiquer, si, +sous ce point de vue, ils doivent être cultivés, ils doivent être +respectés, il est sensible, à la simple réflexion qu'ils ne peuvent +faire eux-mêmes partie de cette morale science dont il est question. +On doit seulement les considérer comme moyens, tandis que les rapports +sociaux sont ici à la fois et le principe et le but.</p> + +<p>La morale ainsi analysée, ainsi circonscrite, quelles méthodes doit +mettre en usage une grande Société pour en pénétrer fortement les +membres qui la composent? Trois principales s'offrent à l'esprit et +embrassent les moyens d'instruction pour la vie entière: la première +est de faire faire à l'enfance un apprentissage véritable de ce +premier des arts et comme un premier essai des vertus que la Société +lui demandera un jour, en organisant cette petite Société naissante +d'après les principes de la grande organisation sociale; la seconde, +de multiplier sans cesse autour de tous les individus et en raison de +leurs affections, les motifs les plus déterminans pour faire le bien; +la troisième est de frapper d'impressions vertueuses et profondes les +sens, les facultés de l'âme, de telle sorte que la morale, qui +pourroit d'abord ne paroître qu'un produit abstrait de la raison, ou +un résultat vague de la sensibilité, devienne un sentiment, un +bonheur, et par conséquent une forte habitude.</p> + +<p>La gloire d'un individu est de faire des actions utiles lorsqu'elles +demandent du courage. Le devoir de la Société est de les convertir +tellement en habitude, que rarement l'emploi <span class="pagenum"><a id="page107" name="page107"></a>(p.107)</span> du courage soit +nécessaire: ce principe est incontestable. C'est donc dans l'enfance +qu'il faut jetter les premières semences de la morale, puis qu'il est +si bien reconnu que les impressions qui datent de ce premier âge de la +vie, sont les seules que le temps n'efface jamais.</p> + +<p>Là s'appliqueront sans effort et dans la juste mesure que demandent la +foiblesse et l'inexpérience, les moyens ordinaires d'instruction; mais +un moyen particulier et d'un effet sûr paroît devoir être ajouté +par-tout où les élèves sont constamment réunis sous les yeux de leurs +instituteurs.</p> + +<p>Ce moyen, dont on retrouve quelque traces dans les anciennes +institutions des Perses, ainsi que dans quelques cantons Suisses, +consiste à organiser ces jeunes sociétés, quelque temps avant la fin +de l'éducation, de telle sorte que l'exercice anticipé de toutes les +vertus sociales y soit un besoin universellement senti: car, qui doute +qu'en toute chose et sur-tout en morale, la première de toutes les +leçons ne soit la pratique, et que la pratique ne soit complettement +assurée, quand chaque instant en rappelle la nécessité.</p> + +<p>Toute réunion qui a un but, est une véritable association; et une +association quelconque, déterminée par un intérêt commun, entraîne la +nécessité d'un gouvernement. Cette vérité ne peut être mise en doute.</p> + +<p>Or, dans le gouvernement le plus fractionnaire, le plus subordonné à +la loi et à l'action générale, on retrouve les élémens des divers +pouvoirs qui constituent la grande Société, c'est-à-dire, des volontés +individuelles qui cherchent à se réunir, et des moyens d'exécution qui +demandent à être dirigés; et l'on est porté à combiner ces élémens sur +le modèle qu'on a sous les yeux.</p> + +<p>C'est ainsi que, dans l'ancien état des choses, le régime <span class="pagenum"><a id="page108" name="page108"></a>(p.108)</span> +intérieur de chaque école sembloit s'être formé sur le régime +tyrannique sous lequel la France étoit opprimée.</p> + +<p>Une foule de réglemens incohérens, éludés par la faveur, changés par +le caprice; des volontés arbitraires prenant sans cesse la place de la +loi; des punitions qui ne tendoient qu'à flétrir l'âme; des +distinctions humiliantes qui insultoient au principe sacré de +l'égalité; une soumission toujours aveugle; enfin nul rapport de +confiance entre les gouvernans et les gouvernés: telles étoient les +maisons d'instruction: telle étoit la France entière.</p> + +<p>Aujourd'hui que le gouvernement représentatif a pris naissance parmi +nous, c'est-à-dire, le gouvernement le plus parfait qu'il soit donné à +l'homme de concevoir, pourroit-on ne pas chercher à en reproduire +l'image dans l'enceinte des sociétés instructives lorsque rien ne s'y +oppose, que la raison le demande, et sur-tout que la morale doit y +trouver infailliblement le moyen de s'étendre et de s'affermir dans +les âmes? Développons cette idée.</p> + +<p><span class="italic">Toute association</span>, a dit un philosophe, <span class="italic">dont les membres ne peuvent +pas vaquer tous à toute l'administration commune, est obligée de +choisir entre des représentans et des maîtres, entre le despotisme et +un gouvernement légitime</span>. Cette idée simple et féconde trouve ici une +application directe.</p> + +<p>Mais une observation se présente tout-à-coup pour suspendre la +rapidité de la conséquence qu'on pourroit en déduire.</p> + +<p>Le principe n'est complettement vrai que lorsque l'association est +formée d'hommes parfaitement égaux, et qui arrivent là avec la +plénitude de leurs droits.</p> + +<p>Or, une maison d'instruction étant composée d'Instituteurs et +d'Élèves, d'hommes dont la volonté et la raison sont formées, et de +jeunes gens en qui l'une et l'autre sont incomplettes, enfin +d'individus revêtus d'une autorité, et d'individus <span class="pagenum"><a id="page109" name="page109"></a>(p.109)</span> qui +doivent s'y soumettre, il est clair qu'on ne peut presser ici le +principe de l'égalité.</p> + +<p>Et pourtant si la raison, si la nature des choses demandent que celui +qui instruit soit constamment au-dessus de celui qui est instruit; si, +sous ce rapport, son autorité doit même être pleine et indépendante, +et si l'amour-propre le plus rebelle ne peut en être plus irrité que +ne l'est celui d'un enfant lorsqu'il est porté par un homme fort, il +est également vrai que, hors de là et en ce qui concerne sur-tout le +régime des Écoles, cette autorité ne doit pas être également +illimitée, ou plutôt qu'il faut la placer en d'autres mains pour +qu'ici, comme dans le corps social, la séparation des pouvoirs +garantisse de tout despotisme.</p> + +<p>Qu'on ne perde pas de vue que, dans les individus les plus enchaînés +par les institutions sociales, il est une portion de volonté +disponible qui peut être utilement et doit par conséquent être +toujours mise en commun, dès l'instant qu'il se forme entre eux une +association quelconque.</p> + +<p>La volonté des jeunes gens, toute imparfaite qu'elle est, se porte +facilement vers ce qui est vrai et juste, parce qu'elle est libre de +préjugés.</p> + +<p>Or peut-on ne pas sentir qu'il importe aux Élèves et aux Instituteurs +que ces jeunes volontés, transmises en quelque sorte par des élections +souvent renouvellées jusqu'à un petit nombre d'entre eux qui +deviendront les représentans de tous, se réunissent dans l'exercice +des diverses fonctions administratives et judiciaires que réclame le +maintien de toute société.</p> + +<p>C'est alors que les Instituteurs bornés à l'objet qui leur appartient +exclusivement, l'instruction, n'exerçant sur tout le reste qu'une +surveillance directive très-générale, conserveront aisément cette +confiance si nécessaire à leurs travaux, et qu'aucune vengeance +particulière, aucun reproche personnel n'essayera plus d'affoiblir. +<span class="pagenum"><a id="page110" name="page110"></a>(p.110)</span></p> + +<p>Les Élèves, de leur côté, à la fois libres et soumis, supportant sans +peine un joug dont ils sentiront la nécessité, mais ne supportant que +celui là; à l'abri désormais de ces nombreuses injustices qui les +révoltent, et dont le ressentiment se conserve toute la vie; appellés +par des choix toujours purs à participer à l'administration commune, à +devenir des Juges, des Jurés, des Arbitres, des Censeurs; toujours +comptables envers leurs égaux; chargés tour à tour de prévenir les +délits, de les juger, de les faire punir; de distribuer le blâme et la +louange, d'appaiser les dissentions; jaloux, dans l'exercice de ces +intéressantes fonctions, de mériter l'estime de tous sans chercher à +plaire à personne, apprendront de bonne heure à traiter avec les +hommes et leurs passions, à concilier l'exercice de la justice avec +une indulgence raisonnée, s'exerceront à toutes les vertus domestiques +et publiques, au respect pour la loi, pour les mœurs, pour l'ordre +général, sentiront s'élever leur âme au sein de l'égalité, de la +liberté, et sauront enfin ce qu'on ne peut savoir trop tôt et ce +qu'ils eussent ignoré long-temps, que l'homme, à quelque âge que ce +soit, doit plier sous la loi, sous la nécessité, sous la raison, +jamais sous une volonté particulière.</p> + +<p>N'est-ce pas là le véritable apprentissage de la vie sociale, et par +conséquent le cours de morale le plus complet, le plus efficacement +instructif? Un réglement facile réalisera les bases de cette +Constitution particulière, si parfaitement analogue à la Constitution +générale de l'Empire.</p> + +<p>Il est un second devoir de la Société pour assurer l'empire de la +morale: c'est de rassembler et de fortifier les motifs qui peuvent +porter l'homme à faire le bien dans les divers âges de la vie.</p> + +<p>La Société doit exciter l'homme par <span class="italic">l'intérêt</span>, en lui montrant dans +le bien qu'il fait aux autres, le garant de celui qu'il <span class="pagenum"><a id="page111" name="page111"></a>(p.111)</span> +recevra de tous, en lui montrant même que, dans cet échange +réciproque, il recevra bien plus qu'il ne donne.</p> + +<p>Elle doit l'exciter par <span class="italic">l'honneur</span>, en rattachant à la morale ce +mobile des âmes ardentes que le préjugé en avoit détaché.</p> + +<p>Elle doit l'exciter par la <span class="italic">conscience</span>, en le rappellant souvent, par +l'organe de ses agens et des instituteurs publics, à ce sens interne +qui, exercé, éclairé de bonne heure, et consulté fréquemment, devient +un inspirateur prompt et sûr, un moniteur incorruptible, et rend +inséparables la vertu et le bonheur, le crime et les remords.</p> + +<p>Elle doit sur-tout l'exciter par la <span class="italic">raison</span>; car il faut avant tout +et après tout s'adresser à cette première faculté de l'homme, puisque +tous les autres mobiles doivent tôt ou tard subir son jugement et sa +révision: il faut montrer à ceux qui se déterminent par réflexion plus +que par sentiment, par conviction plus que par intérêt, que les +vérités, dans l'ordre moral, sont fondées sur des bases +indestructibles, qu'on ne peut les méconnoître sans renoncer à toute +raison; qu'en un mot, la morale la plus sublime n'est presque jamais +que du bon sens.</p> + +<p>Elle doit enfin exciter l'homme par <span class="italic">l'exemple</span>: et ce moyen puissant, +c'est à <span class="italic">l'histoire</span> qu'elle doit le demander: car l'orgueil de +l'homme se défendra toujours de le devoir à ses contemporains. Quelle +histoire sera digne de remplir cette vue morale? Aucune sans doute de +celles qui existent: ce qui nous reste de celle des anciens nous offre +des fragmens précieux pour la liberté; mais ce ne sont que des +fragmens: ils sont trop désunis, trop loin de nous; aucun intérêt +national ne les anime, et notre long asservissement nous a trop +accoutumés à les ranger parmi les fables. La nôtre, telle qu'elle a +été tracée, n'est presque par-tout qu'un servile hommage décerné à des +abus: c'est l'ouvrage de la foiblesse écrivant sous les yeux, souvent +sous la dictée de la tyrannie; mais cette même histoire, <span class="pagenum"><a id="page112" name="page112"></a>(p.112)</span> +telle qu'elle devroit être, telle qu'on la conçoit en ce moment, peut +devenir un fonds inépuisable des plus hautes instructions morales.</p> + +<p>Que désormais s'élevant à la dignité qui lui convient, elle devienne +l'histoire des peuples et non plus celle d'un petit nombre de chefs; +qu'inspirée par l'amour des hommes, par un sentiment profond pour +leurs droits, par un saint respect pour leur malheur, elle dénonce +tous les crimes qu'elle raconte; que, loin de se dégrader par la +flatterie, loin de se rendre complice par une vaine crainte, elle +insulte jusqu'à la gloire toutes les fois que la gloire n'est point la +vertu; que par elle une reconnoissance impérissable soit assurée à +ceux qui ont servi l'humanité avec courage, et une honte éternelle à +quiconque n'a usé de sa puissance que pour nuire; que, dans la +multitude de faits qu'elle parcourt, elle se garde de chercher les +droits de l'homme qui certes ne sont point là; mais qu'elle y cherche, +mais qu'elle y découvre les moyens de les défendre que toujours on +peut y trouver; que, pour cela, sacrifiant ce que le temps doit +dévorer, ce qui ne laisse point de trace après soi, tout ce qui est +nul aux yeux de la raison, elle se borne à marquer tous les pas, tous +les efforts vers le bien, vers le perfectionnement social, qui ont +signalé un si petit nombre d'époques, et à faire ressortir les +nombreuses conspirations de tous les genres, dirigées contre +l'humanité avec tant de suite, conçues avec tant de profondeur, et +exécutées avec un succès si révoltant; qu'en un mot, le récit de ce +qui fut, se mêle sans cesse au sentiment énergique de ce qui devoit +être: par là, l'histoire s'abrège et s'aggrandit; elle n'est plus une +compilation stérile; elle devient un système moral; le passé +s'enchaîne à l'avenir, et en apprenant à vivre dans ceux qui ont vécu, +on met à profit pour le bonheur des hommes, jusqu'à la longue +expérience des erreurs et des crimes. <span class="pagenum"><a id="page113" name="page113"></a>(p.113)</span></p> + +<p>C'est par tous ces moyens, c'est par tous ces motifs intérieurs que la +morale s'imprimera dans l'homme. Il reste à lui en faire parvenir les +impressions par les moyens extérieurs qui sont au pouvoir de la +Société; et ici se présentent à l'esprit les <span class="italic">spectacles</span>, les +<span class="italic">fêtes</span>, les <span class="italic">arts</span>, etc. etc.</p> + +<p>Un moyen fécond d'instruction sera éternellement attaché à la +<span class="italic">représentation</span> des grands événemens, à la peinture énergique des +grandes passions. S'il est vrai que l'influence de l'art qui les +reproduit sur la scène, s'est fait sentir sous le despotisme, s'il a +déposé dans l'âme des François des germes qui, avec le temps, se sont +développés contre le despotisme lui-même, quels effets ne peut-il pas +produire pour la liberté? Cet art qui, chez les Grecs, appelloit la +haine sur les tyrans, qui offroit l'image de la gloire, du bonheur +d'un peuple libre, et celle de l'avilissement et de l'infortune des +peuples esclaves, ne prépare-t-il pas aux François des tableaux dignes +de rallumer et de perfectionner sans cesse leur patriotisme? Sans +doute c'est là le but vers lequel il va diriger toute sa puissance.</p> + +<p>Une vue également morale se manifestera dans les productions d'un +autre genre, ouvrage de ce même art qui change de nom en changeant ses +pinceaux, et qui alors, moins imposant sans être moins utile, trace la +peinture de nos mœurs habituelles dans les conditions privées. +Combien de préjugés nés de la servitude, s'obstinant à exister quand +rien de ce qui les soutenait, ne subsiste; combien dont la crédulité, +moins odieuse qu'amusante, ne peut se résoudre à douter encore de leur +extrême importance; combien enfin qui, terrassés par la loi, mille +fois vaincus par la raison, ont besoin d'être finis par le ridicule, +et de se trouver en quelque sorte témoins de leur propre défaite? +C'est sous ce rapport que la scène françoise deviendra une des +puissances auxiliaires de la révolution; que des talens voués à +l'instruction, mais jusqu'à <span class="pagenum"><a id="page114" name="page114"></a>(p.114)</span> ce jour plus employés à polir la +surface des mœurs, qu'à en corriger le fonds, serviront et la +morale et la patrie; que la régénération politique, amenant avec elle +le renouvellement des pensées de l'homme, étendra la carrière de celui +des arts qui, par l'illusion, exerce le plus puissant des empires. +Alors la scène françoise se rajeunira, se purifiera; elle se montrera +digne des respects de l'homme le plus sévère, digne de la présence de +tous les états, de tous les Citoyens qui, ayant fui les indiscrétions +de la licence, viendront avec confiance chercher les leçons de la +raison.</p> + +<p>Ainsi la morale arrive à l'homme en s'emparant de son intelligence, de +ses sens, de ses facultés, de toutes les puissances de son être.</p> + +<p>C'est elle qui va bientôt ordonner, qui va animer ces fêtes, que le +peuple espère, qu'il désire, et que d'avance il appelle <span class="italic">fêtes +nationales</span>.</p> + +<p>Ici l'esprit se porte avec charme vers ces fêtes antiques, où, au +milieu des jeux, des luttes, de toutes les émotions d'une allégresse +universelle, l'amour de la Patrie, cette morale presque unique des +anciens peuples libres, s'exaltoit jusqu'à l'enthousiasme, et se +préparait à des prodiges.</p> + +<p>Vous ne voudrez pas priver la morale d'un tel ressort, vous voudrez +aussi conduire les hommes au bien par la route du plaisir.</p> + +<p>Vous ordonnerez donc des fêtes.</p> + +<p>Mais vos fêtes auront un caractère plus moral: car elles porteront +l'empreinte de cette bienveillance universelle qui embrasse le genre +humain, tandis que le sentiment qui animoit celles des anciens, +confondoit sans cesse l'amour de la cité et la haine pour le reste des +hommes.</p> + +<p>Vos fêtes ne seront point toutes religieuses, non que la religion les +proscrive ou les repousse: elle-même s'est parée de <span class="pagenum"><a id="page115" name="page115"></a>(p.115)</span> leur +pompe; mais, lorsqu'elle n'en est point l'objet principal, lorsque les +impressions qu'elle porte à l'âme, ne doivent point y dominer, il ne +convient pas qu'elle y paroisse: il est plus religieux de l'en +écarter. Parmi les nouvelles fêtes, son culte réclamera toujours +celles de la douleur, pour y porter ses consolations. Le culte de la +liberté vous demande toutes les fêtes de l'allégresse.</p> + +<p>Elles ne seront point périodiques; j'en excepte pourtant +l'anniversaire du jour où, les armes à la main, la Nation entière a +juré la sainte alliance de la liberté et de l'obéissance à la loi, et +celui du jour mémorable où l'égalité sembla naître tout-à-coup de la +chute de tous les privilèges. Ces fêtes auront un tel caractère de +grandeur, elles réveilleront tant de sentimens à la fois, qu'il n'est +pas à craindre que l'intérêt qu'elles doivent inspirer, s'affoiblisse +par des retours marqués; mais les autres fêtes doivent, dans chaque +lieu, varier avec les événemens: elles doivent donc conserver ce +caractère d'irrégularité qui convient si bien aux mouvemens de l'âme; +il ne faut pas qu'on les prévoie de trop loin, qu'on les pressente +avec trop de certitude; il ne faut pas qu'elles soient trop +commandées; car la joie comme la douleur ne sont plus aux ordres de +personne.</p> + +<p>Elles ne seront pas uniformes: car bientôt la monotonie en auroit +détruit le charme. Elles seront tour à tour nationales, locales, +privées. Vous voudrez que chaque Département rende solemnelle l'époque +où, arrêtant la liste de ses nouveaux citoyens, il montre avec orgueil +à la Patrie ses jeunes défenseurs, ses nouvelles richesses, et vous +verrez avec intérêt chaque famille s'empresser de célébrer encore, par +des fêtes intérieures, et ces mêmes époques publiques, et toutes les +époques particulières de ses événemens domestiques.</p> + +<p>Enfin toutes ces fêtes auront pour objet direct les événemens anciens +ou nouveaux, publics ou privés, les plus chers à un peuple libre; pour +accessoires, tous les symboles qui <span class="pagenum"><a id="page116" name="page116"></a>(p.116)</span> parlent de la liberté, et +rappellent avec plus de force à cette égalité précieuse, dont l'oubli +a produit tous les maux des Sociétés; et pour moyens, ce que les beaux +arts, la musique, les spectacles, les combats, les prix réservés pour +ces jours brillans, offriront dans chaque lieu de plus propre à rendre +heureux et meilleurs les vieillards, par des souvenirs; les jeunes +gens, par des triomphes; les enfans, par des espérances<a name="FNanchor_1_1" id="FNanchor_1_1"></a><a href="#Footnote_1_1" class="fnanchor">[1]</a>.</p> + +<p>Qu'on ne s'étonne pas d'entendre invoquer ici <span class="italic">les arts</span> comme appuis +de la morale. Conserver des souvenirs précieux, éterniser des actions +dignes de mémoire, immortaliser les grands exemples, c'est-là sans +doute enseigner la vertu. Qui ignore que l'imagination, qui s'enflamme +à la vue d'un chef-d'œuvre, confond, dans le même enthousiasme, +l'imitation parfaite qui l'enchante et le trait sublime qui la ravit; +et que c'est particulièrement dans la première jeunesse que cette +alliance des sensations et des idées, cette influence des impressions +physiques sur les affections de l'âme, produit les effets les plus +vifs et les plus durables.</p> + +<p>Les arts n'ont que trop souvent été prostitués aux intérêts de la +tyrannie: elle les employoit à détremper le caractère des peuples, à +leur inspirer les molles affections qui les préparent à recevoir ou à +souffrir la servitude; mais les arts eux-mêmes étoient esclaves +lorsqu'on corrompoint ainsi la noblesse de leur destination: les arts +aussi doivent rompre leurs fers chez un peuple qui devient libre. Il +est vrai que, même sous l'empire des maîtres les plus absolus, on les +a vu créer des chefs-d'œuvres: mais c'est qu'alors, trompant la +tyrannie, ils <span class="pagenum"><a id="page117" name="page117"></a>(p.117)</span> savoient se réfugier dans une terre étrangère; +ils se transportoient, ils s'élançoient à Athènes, à Rome, jusques +dans l'Olympe; et c'est-là qu'ils trouvoient cette liberté et ce +courage de conception dont ils ont conservé l'empreinte.</p> + +<p>Les arts sont la langue commune des peuples et des siècles. Il en est +un sur-tout particulièrement consacré à l'immortalité: il confie au +marbre et à l'airain, avec les traits des grands hommes, la +reconnoissance de la Patrie qui s'honore en s'acquittant envers eux, +et ajoute à son lustre, en perpétuant leur renommée. Quelle autre +récompense peut entrer en parallèle avec un tel triomphe qui se +perpétue à travers les siècles? Qu'il est beau pour les arts qui ne +vivent que de gloire, d'associer ainsi leurs ouvrages à des noms +impérissables! Et aussi, quelle leçon de morale que la statue d'un +grand homme élevée au milieu de ses concitoyens! Son exemple +s'éternise par le monument qui lui est consacré; et s'il se trouvoit +une stérile époque où des modèles vivans ne pussent s'offrir à +l'ambition de la jeunesse, l'histoire ainsi animée, ainsi vivante, +suffiroit dans tous les temps à son enthousiasme.</p> + +<p>La Nation, loin de redouter l'influence des arts, voudra donc se +couvrir de leur gloire: elle les encouragera; elle les honorera; elle +leur confiera ses intérêts; enfin elle les placera dans l'éducation +comme un moyen de plus pour faire chérir la morale. Sparte n'avoit pas +banni de ses institutions l'exercice de la lyre; elle en avoit +seulement retranché quelques cordes dont le son trop attendrissant +étoit capable d'énerver l'âme et d'efféminer les mœurs.</p> + +<p>C'est par l'action combinée de tous ces moyens que, sous l'empire +d'une Constitution favorable à tous les développemens, l'homme social +verra s'accroître ses richesses intellectuelles et morales; mais, poux +réaliser ces espérances qui <span class="pagenum"><a id="page118" name="page118"></a>(p.118)</span> s'ouvrent devant nous, pour que +tant de moyens indiqués ne restent point de vains projets de l'esprit, +il faut qu'ils se produisent et se manifestent dans l'ordre que +sollicitent les besoins de l'homme, et sous un jour qui l'éclaire par +degré; il faut que le talent, s'emparant des découvertes du génie, les +rende accessibles à tous, qu'il aspire, non à détruire toutes +difficultés: car l'esprit humain a besoin de vaincre pour s'instruire; +mais à ne laisser subsister que celles qui demandent de l'attention +pour être vaincues; il faut, en un mot, que des <span class="italic">livres élémentaires</span>, +clairs, précis, méthodiques, répandus avec profusion, rendent +universellement familières toutes les vérités importantes, et +épargnent d'inutiles efforts pour les apprendre. De tels livres sont +de grands bienfaits: la Nation ne peut ni trop les encourager, ni trop +les récompenser.</p> + +<p>En appelant l'intérêt national sur ce genre de secours appliqué aux +grands objets que nous venons de parcourir, nous nous reprocherions de +ne pas l'arrêter un instant sur d'autres objets d'une utilité, moins +importante, mais plus directe, mais plus adaptée aux besoins +journaliers et individuels, en un mot, sur ce qui intéresse +particulièrement, la culture et les arts mécaniques.</p> + +<p>Comment ne pas former des vœux, pour qu'à l'aide des méthodes et +des livres élémentaires, la théorie de l'utile s'allie enfin à la +pratique dans toutes les parties de l'agriculture; pour qu'on voie +cesser cette étrange séparation qui sembloit faire deux parts +distinctes de nos facultés dans l'art qui demande le plus la réunion +de toutes, et qui offroit le spectacle affligeant de la force et de +l'activité sans lumières, de l'intelligence et des lumières sans +action.</p> + +<p>Qui pourra dire tout ce qu'une telle discordance, fruit de nos vices +et de nos institutions, a causé de ravages dans <span class="pagenum"><a id="page119" name="page119"></a>(p.119)</span> nos +campagnes? Par-tout on y trouve la trace profonde de l'erreur: le +dépérissement des forêts, ces produits tardifs de la terre; la perte +de nos bestiaux; l'éducation abandonnée de ces utiles compagnons de +nos travaux; le défaut de pâturage; l'usage multiplié des jachères, ce +long sommeil de nos champs condamnés à la stérilité, tout annonce +l'art encore dans l'enfance, ou plutôt couvert de nos préjugés. Que +seroit-ce si nous analysions tout ce que produit de maux à la fin de +chaque année l'ignorance des premiers principes de la végétation, de +la floraison, de la théorie de la greffe, de la nature des engrais, de +l'influence des saisons, etc? N'est-il pas évident que, pour des +hommes qui, condamnés par le besoin de chaque jour, ne peuvent +accorder que des momens à l'étude de leur art, c'est à des livres +très-élémentaires, écrits avec clarté et avec intérêt, qu'il doit être +spécialement réservé de répandre sur tous ces objets les lumières les +plus nécessaires.</p> + +<p>L'effet de ce moyen se fortifiera par la révolution qui va s'opérer +dans nos mœurs.</p> + +<p>Dans le temps où il falloit occuper un état auquel un des préjugés +régnans attachât de l'honneur, où d'ailleurs on naissoit magistrat et +guerrier comme on naît de tel sexe, où par conséquent la profession +étoit plutôt le produit de l'espèce que celui du choix, il étoit +presque érigé en principe, qu'un propriétaire enrichi devoit fuir la +source de sa richesse. Travailler son champ étoit une peine; l'habiter +étoit un exil; et dès-lors parmi les hommes à talent on ne voyoit +guères dans nos fertiles campagnes que ceux dont l'ambition trompée +alloit y ensevelir ses regrets.</p> + +<p>Désormais on sentira que, dans un pays agricole, tout doit naître +cultivateur. On sera momentanément Magistrat, Guerrier, Législateur; +mais les travaux champêtres feront l'occupation habituelle de l'homme, +et chacun y trouvera le <span class="pagenum"><a id="page120" name="page120"></a>(p.120)</span> délassement ou même la récompense de +ses fonctions de citoyen: or un tel changement de mœurs, +multipliant dans nos campagnes les expériences utiles, contribuera +nécessairement à y accréditer les bonnes méthodes et à y faire +fructifier les principes que les livres élémentaires auront déjà pu y +introduire.</p> + +<p>Et quant aux arts mécaniques, de combien de méthodes ils demandent +aussi le secours! Qui n'a pas souffert, qui ne souffre pas encore de +voir un si grand nombre de nos ouvriers livrés à une routine qu'aucun +principe ne dirige ou ne rectifie; contraints à faire venir de dehors +les instrumens même de leur profession quand ils aspirent à +perfectionner leurs ouvrages; entièrement étrangers à la science du +<span class="italic">trait</span> si nécessaire et si peu connue, à l'art de prendre une +hauteur, de mesurer un angle, d'en acquérir le sentiment à un +demi-degré près: aux principes raisonnés de l'équilibre, des leviers, +de la romaine, de la balance; ignorant les propriétés les plus +générales de l'air, tous les procédés, toutes les découvertes +applicables aux arts et aux manufactures, dont la Chimie a enrichi de +nos jours l'esprit humain; ne sachant quels sont les corps que +l'humidité allonge, quels sont ceux qu'elle resserre; en un mot, ne +connoissant de l'art que la mécanique la plus grossière et presque +jamais la théorie qui le simplifie et qui l'aggrandit. Et n'est-ce pas +encore ici par des livres méthodiques, réunissant le double suffrage +des théoriciens habiles et des praticiens consommés, que les vrais +principes sur tous ces objets pénétreront dans nos atteliers et qu'ils +y élèveront l'industrie nationale à ce degré de perfection et de +splendeur, auquel la France a montré, même dans son état +d'imperfection, qu'elle étoit digne de prétendre.</p> + +<p class="p2"></p> +<hr class="c15" /> +<p class="p2"></p> + +<p><span class="smcap">Nous</span> avons annoncé au commencement de notre travail <span class="pagenum"><a id="page121" name="page121"></a>(p.121)</span> des +principes d'instruction pour les femmes: ces principes nous paroissent +très-simples.</p> + +<p>On ne peut d'abord séparer ici les questions relatives à leur +éducation de l'examen de leurs droits politiques; car en les élevant, +il faut bien savoir à quoi elles sont destinées. Si nous leur +reconnoissons les mêmes droits qu'aux hommes, il faut leur donner les +mêmes moyens d'en faire usage. Si nous pensons que leur part doive +être uniquement le bonheur domestique et les devoirs de la vie +intérieure, il faut les former de bonne heure pour remplir cette +destination.</p> + +<p>Une moitié du genre humain exclue par l'autre de toute participation +au gouvernement; des personnes indigènes par le fait et étrangères par +la loi sur le sol qui les a cependant vu naître; des propriétaires +sans influence directe et sans représentation: ce sont-là des +phénomènes politiques, qu'en principe abstrait, il paroît impossible +d'expliquer; mais il est un ordre d'idées dans lequel la question +change et peut se résoudre facilement. Le but de toutes les +institutions doit être le bonheur du plus grand nombre. Tout ce qui +s'en écarte est une erreur; tout ce qui y conduit, une vérité. Si +l'exclusion des emplois publics prononcée contre les femmes est pour +les deux sexes un moyen d'augmenter la somme de leur bonheur mutuel, +c'est dès-lors une loi que toutes les Sociétés ont dû reconnoître et +consacrer.</p> + +<p>Toute autre ambition seroit un renversement des destinations +premières; et les femmes n'auront jamais intérêt à changer la +délégation qu'elles ont reçue.</p> + +<p>Or il nous semble incontestable que le bonheur commun, sur-tout celui +des femmes, demande qu'elles n'aspirent point à l'exercice des droits +et des fonctions politiques. Qu'on cherche ici leur intérêt dans le +vœu de la nature. N'est-il <span class="pagenum"><a id="page122" name="page122"></a>(p.122)</span> pas sensible que leur +constitution délicate, leurs inclinations paisibles, les devoirs +nombreux de la maternité, les éloignent constamment des habitudes +fortes, des devoirs pénibles, et les appellent à des occupations +douces, à des soins intérieurs? Et comment ne pas voir que le principe +conservateur des Sociétés, qui a placé l'harmonie dans la division des +pouvoirs, a été exprimé et comme révélé par la nature, lorsqu'elle a +ainsi distribué aux deux sexes des fonctions si évidemment distinctes? +Tenons-nous-en là, et n'invoquons pas des principes inapplicables à +cette question. Ne faites pas des rivaux des compagnes de votre vie: +laissez, laissez dans ce monde subsister une union qu'aucun intérêt, +qu'aucune rivalité ne puisse rompre. Croyez que le bien de tous vous +le demande.</p> + +<p>Loin du tumulte des affaires, ah! sans doute il reste aux femmes un +beau partage dans la vie! Le titre de mère, ce sentiment que personne +ne s'est encore flatté d'avoir exprimé, est une jouissance solitaire +dont les soins publics pourroient distraire: et conserver aux femmes +cette puissance d'amour que les autres passions affoiblissent, +n'est-ce pas sur-tout penser à la félicité de leur vie?</p> + +<p>On dit que, dans de grandes circonstances, les femmes ont fortifié le +caractère des hommes; mais c'est qu'alors elles étoient hors de la +carrière. Si elles avoient poursuivi la même gloire, elles auroient +perdu le droit d'en distribuer les couronnes.</p> + +<p>On a dit encore que quelques-unes avoient porté le sceptre avec +gloire; mais que sont un petit nombre d'exceptions brillantes? +Autorisent-elles à déranger le plan général de la nature? S'il étoit +encore quelques femmes que le hazard de leur éducation ou de leurs +talens parut appeller à l'existence d'un homme, elles doivent en faire +le sacrifice au bonheur <span class="pagenum"><a id="page123" name="page123"></a>(p.123)</span> du grand nombre, se montrer +au-dessus de leur sexe en le jugeant, en lui marquant sa véritable +place, et ne pas demander qu'en livrant les femmes aux mêmes études +que nous, on les sacrifie toutes pour avoir peut-être dans un siècle +quelques hommes de plus.</p> + +<p>Qu'on ne cherche donc plus la solution d'un problème suffisamment +résolu; élevons les femmes, non pour aspirer à des avantages que la +Constitution leur refuse, mais pour connoître et apprécier ceux +qu'elle leur garantit: au lieu de leur faire dédaigner la portion de +bien-être que la Société leur réserve en échange des services +important qu'elle leur demande, apprenons-leur qu'elle est la +véritable mesure de leurs devoirs et de leurs droits. Qu'elles +trouvent, non de chimériques espérances, mais des biens réels sous +l'empire de la liberté et de l'égalité; que, moins elles concourent à +la formation de la loi, plus aussi elles en reçoivent de protection et +de force, et sur-tout qu'au moment où elles renoncent à tout droit +politique, elles acquièrent la certitude de voir leurs droits civils +s'affermir et même s'accroître.</p> + +<p>Assurées d'une telle existence par le système des lois, il faut les y +préparer par l'éducation; mais développons leurs facultés sans les +dénaturer; et que l'apprentissage de la vie soit à la fois pour elles +une école de bonheur et de vertu.</p> + +<p>Les hommes sont destinés à vivre sur le théâtre du monde. L'éducation +publique leur convient: elle place de bonne heure sous leurs yeux +toutes les scènes de la vie: les proportions seules sont différentes.</p> + +<p>La maison paternelle vaut mieux à l'éducation des femmes; elles ont +moins besoin d'apprendre à traiter avec les intérêts d'autrui, que de +s'accoutumer à la vie calme et retirée. Destinées aux soins +intérieurs, c'est au sein de leur famille <span class="pagenum"><a id="page124" name="page124"></a>(p.124)</span> qu'elles doivent +en recevoir les premières leçons et les premiers exemples. Les pères +et mères, avertis de ce devoir sacré, sentiront l'étendue des +obligations qu'il impose: la présence d'une jeune fille purifie le +lieu qu'elle habite, et l'innocence commande à ce qui l'entoure, le +repentir ou la vertu. Que toutes vos institutions tendent donc à +concentrer l'éducation des femmes dans cet asyle domestique: il n'en +est pas qui convienne mieux à la pudeur, et qui lui prépare de plus +douces habitudes.</p> + +<p>Mais la prévoyance de la loi, après avoir recommandé l'institution la +plus parfaite, doit encore préparer des ressources pour les exceptions +et des remèdes pour le malheur. La Patrie aussi doit être une mère +tendre et vigilante. Avant la destruction des vœux monastiques, une +foule de maisons religieuses, destinées à cet objet, attiroient les +jeunes personnes du sexe vers l'éducation publique. Cette direction +générale n'étoit pas bonne; car ces établissemens n'étoient nullement +propres à former des épouses et des mères. Mais du moins ils offroient +un asyle à l'innocence, et cet avantage est indispensable à remplacer. +On n'aura point à regretter l'éducation des Couvens; mais on +regretteroit avec raison leur impénétrable demeure, si d'autres +maisons non moins rassurantes et mieux dirigées ne suppléoient à leur +destruction.</p> + +<p>Chaque Département devra donc s'occuper d'établir un nombre suffisant +de ces maisons, et d'y placer des institutrices dont la vertu soit le +parant de la confiance publique.</p> + +<p>Les femmes qui se consacreront à des devoirs si délicats, ne +prononceront pas de vœux; mais elles prendront envers la Société +des engagemens d'autant plus sacrés, qu'ils seront plus libres, et qui +produiront le même effet pour la sécurité des familles. <span class="pagenum"><a id="page125" name="page125"></a>(p.125)</span></p> + +<p>Dans ces maisons les jeunes personnes doivent trouver toutes les +ressources nécessaires à leur instruction, et sur-tout l'apprentissage +des métiers différens qui peuvent assurer leur existence.</p> + +<p>Jusqu'à l'âge de huit ans elles pourroient, sans inconvénient, +fréquenter les Écoles primaires, et y puiser les élémens des +connoissances qui doivent être communes aux deux sexes; mais avant de +quitter l'enfance, elles doivent s'en retirer, et se renfermer dans la +maison paternelle, dont il ne faut pas oublier que les maisons de +retraite sont un remplacement imparfait. C'est alors qu'il faudra leur +procurer d'autres secours pour s'instruire dans les arts utiles, et +leur donner les moyens de subsister indépendantes, par le produit de +leur travail<a name="FNanchor_2_2" id="FNanchor_2_2"></a><a href="#Footnote_2_2" class="fnanchor">[2]</a>.</p> + +<p>Ainsi, prenant pour règle les termes de la Constitution, nous +recommanderons, pour les femmes, l'éducation domestique, comme la plus +propre à les préparer aux vertus qu'il leur importe d'acquérir. A +défaut de cet avantage, nous leur assurerons des maisons retirées sous +l'inspection des Départemens, et nous leur faciliterons +l'apprentissage des métiers qui conviennent à leur sexe. <span class="pagenum"><a id="page126" name="page126"></a>(p.126)</span></p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">RÉSUMÉ</span>.</h3> +<p class="p4"></p> + +<p><span class="smcap">Je</span> vais ressaisir l'ensemble du plan que je viens de tracer.</p> + +<p>En attachant l'Instruction publique à la constitution, nous l'avons +considérée dans sa <span class="italic">source</span>, dans son <span class="italic">objet</span>, dans ses <span class="italic">rapports</span>, +dans son <span class="italic">organisation</span>, dans ses <span class="italic">moyens</span>.</p> + +<p>Dans sa <span class="italic">source</span>: elle est un produit naturel de toute société; donc +elle appartient à tous, à tous les âges, à tous les sexes.</p> + +<p>Dans son <span class="italic">objet</span>: elle embrasse tout ce qui peut perfectionner l'homme +naturel et social; donc elle réclame des établissemens vastes et des +principes libres.</p> + +<p>Dans ses <span class="italic">rapports</span>: elle en a d'intimes et avec la <span class="italic">Société</span> et avec +les <span class="italic">individus</span>.</p> + +<p>Avec la <span class="italic">Société</span>: elle doit apprendre à connoître, à défendre, à +améliorer sans cesse sa constitution, et sur-tout à la vivifier par la +morale, qui est l'âme de tout.</p> + +<p>Avec les <span class="italic">individus</span>: elle doit les rendre meilleurs, plus heureux, +plus utiles; donc elle doit exercer, développer, fortifier toutes +leurs facultés physiques, intellectuelles, morales, et ouvrir toutes +les routes pour qu'ils arrivent sûrement au but auquel ils sont +appellés.</p> + +<p>Dans son <span class="italic">organisation</span>: elle doit se combiner avec celle du Royaume; +de-là Écoles <span class="italic">Primaires</span>, de <span class="italic">District</span>, de <span class="italic">Département</span>, et enfin +<span class="italic">Institut national</span>; mais elle doit se combiner avec liberté: car ses +rapports ne peuvent s'identifier en tout avec ceux de +l'administration; de-là aussi des différences locales, déterminées par +l'intérêt de la science et par le bien public. <span class="pagenum"><a id="page127" name="page127"></a>(p.127)</span></p> + +<p>Les Écoles <span class="italic">Primaires</span> introduiront, en quelque sorte, l'enfance dans +la Société.</p> + +<p>Les Écoles de <span class="italic">District</span> prépareront utilement la jeunesse à tous les +états de la Société.</p> + +<p>Les Écoles de <span class="italic">Département</span> formeront particulièrement l'adolescence à +certains états de la Société.</p> + +<p>Dans ces Écoles on enseignera la <span class="italic">Théologie</span>, la <span class="italic">Médecine</span>, le +<span class="italic">Droit</span>, l'<span class="italic">Art Militaire</span>.</p> + +<p>Mais la Théologie, il a fallu la circonscrire; la Médecine, il a fallu +la completter; le Droit, il a fallu l'épurer; l'Art Militaire, il a +fallu le faciliter à tous.</p> + +<p>L'<span class="italic">Institut national</span> réunit tout, perfectionne tout: donc il étoit +nécessaire d'en assortir toutes les parties, de leur montrer un but, +jamais un terme, et de leur imprimer, au milieu de tant de mouvemens +divers, une direction ferme et rapide.</p> + +<p>Les <span class="italic">moyens</span> d'instruction se sont bientôt offerts à nous: car c'est +en eux et par eux que l'instruction vit et se perpétue.</p> + +<p>Nous avons parlé des <span class="italic">Instituteurs</span> qu'il faut savoir choisir, +honorer, récompenser; des <span class="italic">immenses productions de l'esprit humain</span> +qu'on doit distribuer, classer, completter, purifier pour l'avantage +des sciences, pour le bien de la raison; <span class="italic">des encouragemens</span> dûs aux +promesses du talent; <span class="italic">des prix</span> dûs encore plus à ses services.</p> + +<p>De-là nous sommes arrivés aux <span class="italic">méthodes</span>, ces premiers instrumens de +nos facultés; nous avons osé en chercher pour la <span class="italic">raison</span> elle-même, +afin d'accroître sa force, afin de lui assurer cette rectitude qui +doit faire son principal caractère; nous en avons cherché pour la +<span class="italic">communication des idées</span>, ce grand besoin de l'homme social. Là, nous +avons accusé l'imperfection des langues; et en nous plaçant à la +source du mal, peut-être n'avons nous pas été loin d'indiquer le +remède. <span class="pagenum"><a id="page128" name="page128"></a>(p.128)</span> Nous avons voulu aussi des méthodes pour apprendre +la <span class="italic">morale</span>: nous les avons cherchées dans la raison qui la démontre; +dans le sentiment qui l'anime; dans la conscience qui la garde; dans +l'intérêt même qui la conseille; dans l'histoire qui la célèbre; dans +les premières habitudes qui l'impriment, etc: nous les avons demandées +à tout ce qui nous entoure, aux spectacles, aux fêtes, aux beaux-arts, +à ce qui nous émeut, à ce qui nous enchante; et par-tout nous avons vu +que la Société réunissoit les moyens les plus féconds pour rendre les +hommes meilleurs, en les rendant plus heureux.</p> + +<p>Quittant ces méthodes générales, nous nous sommes reposés un instant +sur les méthodes usuelles que sollicitent l'agriculture et les arts +mécaniques: nous avons du moins formé des vœux pour leur +perfectionnement, et nous avons tâché de leur obtenir cette portion +d'intérêt public qu'elles méritent.</p> + +<p>Enfin, nous avons traité à part l'éducation des Femmes. Ici, nous +avons cherché les principes dans leurs droits, leurs droits dans leur +destinée, leur destinée dans leur bonheur. <span class="pagenum"><a id="page129" name="page129"></a>(p.129)</span></p> + +<p><span class="italic">Il a déjà été décrété constitutionnellement sur l'Instruction:</span></p> + +<p><span class="italic">1º. Qu'il sera créé et organisé une</span> Instruction <span class="italic">publique, commune +à tous les Citoyens, gratuite à l'égard des parties d'enseignement +indispensables pour tous les hommes, et dont les établissemens seront +distribués graduellement dans un rapport combiné avec la division du +Royaume</span>.</p> + +<p><span class="italic">2º. Qu'il sera établi des Fêtes Nationales.</span> <span class="pagenum"><a id="page130" name="page130"></a>(p.130)</span></p> + +<p class="p4"></p> +<hr class="c15" /> +<p class="p6"></p> + +<h2><span class="sper">PROJET DE DÉCRETS</span></h2> + +<h5><span class="sper">SUR</span></h5> + +<h3><span class="sper">L'INSTRUCTION PUBLIQUE</span>.</h3> +<p class="p4"></p> +<hr class="c15" /> +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">ÉCOLES PRIMAIRES</span>.</h3> +<p class="p4"></p> + +<p class="font95">L'objet des Écoles primaires est d'enseigner à tous les enfans leurs +premiers et indispensables devoirs; de les pénétrer des principes qui +doivent diriger leurs actions; et d'en faire, en les préservant des +dangers de l'ignorance, des hommes plus heureux et des citoyens plus +utiles.</p> + +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p> + +<p>Chaque Administration de Département déterminera le nombre des Écoles +primaires de son arrondissement, sur la demande des Municipalités, +présentée par les Directoires des Districts.</p> + +<p>Il sera établi à Paris une École primaire par Section.</p> + +<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p> + +<p>Les Écoles primaires seront gratuites et ouvertes aux enfans de tous +les citoyens sans distinction.</p> + +<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p> + +<p>Nul n'y sera admis avant l'âge de six ans accomplis. <span class="pagenum"><a id="page131" name="page131"></a>(p.131)</span></p> + +<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p> + +<p>On y enseignera aux enfans, 1º. à lire tant dans les livres imprimés +que dans les manuscrits; 2º. à écrire et les exemples d'écriture +rappelleront leurs droits et leurs devoirs; 3º. les premiers élémens +de la langue françoise, soit parlée, soit écrite; 4º. les règles de +l'Arithmétique simple; 5º. les élémens du toisé; 6º. les noms des +villages du canton; ceux des cantons, des districts et des villes du +département; ceux des villes hors du département, avec lesquelles leur +pays a des relations plus habituelles.</p> + +<p class="center">V.</p> + +<p>On y enseignera, 1º. les principes de la Religion;</p> + +<p>2º. Les premiers élémens de la morale, en s'attachant sur-tout à +faire connoître les rapports de l'homme avec ses semblables;</p> + +<p>3º. Des instructions simples et claires sur les devoirs communs à +tous les citoyens et sur les lois qu'il est indispensable à tous de +connoître;</p> + +<p>4º. Des exemples d'actions vertueuses qui les toucheront de plus +près, et avec le nom du Citoyen vertueux celui du pays qui l'a vu +naître;</p> + +<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p> + +<p>Dans les villes et bourgs au-dessus de mille âmes, on enseignera aux +enfans les principes du dessin géométral. <span class="pagenum"><a id="page132" name="page132"></a>(p.132)</span></p> + +<p>Pendant les récréations on les exercera à des jeux propres à fortifier +et à développer le corps.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p> + +<p>Deux Notables de la Commune seront chargés de surveiller l'École +primaire et de distribuer des prix tous les ans.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VIII</span>.</p> + +<p>Chaque Département, sur la demande des Municipalités, présentée par le +Directoire du District, fixera, dans son arrondissement, le nombre des +Maîtres, et celui des Écoles primaires.</p> + +<p class="center"><span class="sper">IX</span>.</p> + +<p>Il sera ouvert un concours pour le meilleur ouvrage nécessaire aux +Écoles primaires.</p> + +<p>Les Auteurs qui voudront concourir, adresseront leur ouvrage aux +Commissaires de l'Instruction publique, qui le feront passer à +l'Institut national. D'après le jugement motivé de l'Institut, les +Commissaires de l'Instruction publique feront leur rapport à +l'Assemblée Nationale, qui prononcera sur l'envoi de l'ouvrage aux +Départemens.</p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">ÉCOLES DE DISTRICT</span>.</h3> +<p class="p4"></p> + +<p class="font95">Les Écoles de District offriront aux Élèves une instruction plus +étendue: en les appliquant à des études plus fortes, elles donneront +plus d'exercice et de développement à leurs facultés.<span class="pagenum"><a id="page133" name="page133"></a>(p.133)</span>Les +jeunes gens sortiront de ces Écoles en état de bien agir pour +eux-mêmes, et assez instruits pour reconnoître la profession à +laquelle la nature les aura destinés.</p> + +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p> + +<p>Chaque Administration de Département déterminera le nombre des Écoles +de District de son arrondissement.</p> + +<p>Il sera établi à Paris six Écoles de District, qui seront réparties +dans les différens quartiers de la ville.</p> + +<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p> + +<p>Nul ne sera admis aux Écoles de District avant l'âge de huit à neuf +ans, et s'il n'est suffisamment instruit de ce que l'on enseigne dans +les Écoles primaires.</p> + +<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p> + +<p>On y enseignera les principes de la Religion, la Morale, les Langues, +l'art de raisonner, l'art oratoire, la Géographie, l'Histoire, les +Mathématiques, la Physique. On formera les jeunes gens aux exercices +du corps.</p> + +<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p> + +<p>L'enseignement des Écoles de District sera divisé par cours. Il pourra +l'être de la manière suivante: 1º. un cours de Grammaire, qui +dureroit deux ans; 2º. un cours d'Humanités, ou Élémens de +Belles-Lettres, qui dureroit <span class="pagenum"><a id="page134" name="page134"></a>(p.134)</span> deux ans; un cours de +Rhétorique et de Logique réunies, qui dureroit deux ans, un cours de +Mathématiques et de Physique, qui dureroit un an. Il y auroit, en +outre, autant qu'il se pourra, un Professeur pour une langue vivante, +et un Professeur de langue grecque. L'enseignement dureroit sept ans.</p> + +<p class="center">V.</p> + +<p>Une École complette de District sera composée d'un Inspecteur des +études ou Principal; de deux Professeurs de Grammaire; de deux +Professeurs d'Humanités; de deux Professeurs de Logique et Rhétorique, +réunies; les six Professeurs feroient leur cours complet, qui dureroit +deux ans, et alterneroient chacun dans leur ordre. Il y aura un +Professeur de Mathématiques, de Physique et des élémens de Chimie; un +Professeur de Grec, un Professeur de langue vivante; en tout, dix +Maîtres.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p> + +<p>Dans le cours de Grammaire, qui dureroit deux ans, on enseignera aux +enfans:</p> + +<p>L'Histoire sacrée, la Mythologie. On leur fera apprendre par cœur la +déclaration des Droits de l'homme; la morale sera mise en action par +le développement des faits historiques, par l'application des Droits +de l'homme. On formera leur conscience par l'idée et le sentiment de +la justice.</p> + +<p>On leur donnera l'explication combinée des élémens des langues latine +et françoise, de manière qu'on n'exerce pas seulement la mémoire, mais +qu'on les fasse opérer par le <span class="pagenum"><a id="page135" name="page135"></a>(p.135)</span> raisonnement. On leur fera +connoître les principes de construction propres aux deux langues, et +on fera l'application de ces principes dans la lecture des Auteurs +françois, et l'explication des Auteurs latins.</p> + +<p>Ils feront un cours abrégé de Géographie.</p> + +<p>Ils rendront compte de leur travail de vive voix et par écrit, afin de +se former de bonne heure au raisonnement, par l'analyse.</p> + +<p>On les exercera pendant leurs récréations aux jeux les plus propres à +développer leurs forces, et à les rendre souples et adroits. Leurs +jours de congé seront destinés à des promenades, pendant lesquelles on +les exercera à des marches précises qui les prépareront de loin aux +évolutions militaires.</p> + +<p>Dans les pensionnats on aura soin que chaque Élève se livre à un art +d'agrément, comme la musique vocale ou instrumentale, le dessin, la +danse, etc.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p> + +<p>Dans le cours d'Humanités, qui durera deux ans, les jeunes Élèves +étudieront:</p> + +<p>La Constitution. Tous apprendront l'Acte constitutionnel dans l'espace +des deux ans. Ils étudieront l'Histoire Grecque et Romaine.</p> + +<p>Ils continueront l'étude des langues latine et françoise. On leur +expliquera les Poëtes, les Historiens, les Moralistes, et on leur fera +connoître les règles de la versification latine et françoise.</p> + +<p>Même attention à les réunir pour les jeux qui donnent <span class="pagenum"><a id="page136" name="page136"></a>(p.136)</span> au +corps la force et la souplesse. On leur fera exécuter des marches et +des évolutions combinées. Ils continueront l'exercice de l'art +agréable qu'ils auront choisi. On les formera, s'il est possible, à la +natation.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VIII</span>.</p> + +<p>Dans le cours de Rhétorique et de Logique réunies, qui dureroit deux +ans, on enseignera:</p> + +<p>Les époques principales de l'histoire de France. On s'attachera à leur +faire connoître sur-tout les révolutions arrivées dans le gouvernement +du Peuple françois. On leur fera comparer les principes des +gouvernemens anciens avec la Constitution françoise: on fera aussi +l'application des principes de la morale à la Constitution.</p> + +<p>On leur développeroit concurremment dans la première année les +principes de la Logique, ceux de la Métaphysique et ceux de l'art +oratoire.</p> + +<p>La seconde année sera consacrée particulièrement à la composition et +aux exercices d'éloquence, sur-tout dans le genre délibératif. Les +discussions sur les Lois, la Morale, la Métaphysique, la Constitution, +seront faites tant par écrit que de vive voix.</p> + +<p>Pour se disposer aux fonctions qu'ils auront à remplir un jour, les +jeunes gens traiteront des questions contradictoirement, tant de vive +voix que par écrit. Quelquefois ils formeront une sorte de tribunal, +d'assemblée administrative ou municipale; ils y rempliront tour à tour +les fonctions de juges, d'accusateurs publics, de jurés, d'officiers +municipaux, <span class="pagenum"><a id="page137" name="page137"></a>(p.137)</span> etc. Chacun d'eux sera obligé d'énoncer à haute +voix son opinion.</p> + +<p>C'est pendant ce cours sur-tout qu'ils pourront apprendre la langue +grecque, ou une langue vivante. Ils seront exercés au maniement des +armes et aux évolutions militaires, à la natation, etc.</p> + +<p class="center"><span class="sper">IX</span>.</p> + +<p>Dans le cours de Mathématiques et de Physique, qui durera un an, on +enseignera:</p> + +<p>La Géométrie et la partie de l'Algèbre nécessaire pour entendre la +mécanique dont on développera avec soin les principes applicables aux +usages ordinaires de la vie.</p> + +<p>La Physique, quelques élémens de Chimie et ceux de Botanique, dont on +pourra faire l'application pratique pendant les promenades.</p> + +<p>On continuera les exercices militaires.</p> + +<p class="center">X.</p> + +<p>Il sera fait un réglement pour déterminer la distribution de ces +diverses études, le temps, la durée des leçons, etc.</p> + +<p>Les Professeurs et autres personnes pourront présenter aux +Commissaires de l'Instruction publique chargés de la rédaction du +réglement, leurs vues particulières et réfléchies sur le meilleur mode +de distribution: ils se conformeront à l'esprit des cinq articles +précédens, mais sans être tenus de s'astreindre à leur disposition +littérale<a name="FNanchor_3_3" id="FNanchor_3_3"></a><a href="#Footnote_3_3" class="fnanchor">[3]</a><span class="pagenum"><a id="page138" name="page138"></a>(p.138)</span></p> + +<p class="center"><span class="sper">XI</span>.</p> + +<p>Il sera composé pour les différens cours des ouvrages qui comprendront +des élémens d'Histoire naturelle, des instructions sur les arts, +l'industrie, les manufactures de la France, des notions sur les +monnoies, les poids et mesures, etc. Ces ouvrages serviront de lecture +aux enfans. On leur expliquera les points les plus essentiels.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XII</span>.</p> + +<p>Il sera aussi composé des ouvrages élémentaires sur toutes les parties +de l'enseignement des Écoles de District. Les Auteurs qui voudront +concourir, adresseront leurs ouvrages aux Commissaires de +l'Instruction publique, qui suivront la marche indiquée à l'article +des Écoles primaires. <span class="pagenum"><a id="page139" name="page139"></a>(p.139)</span></p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">DES PENSIONS GRATUITES</span>.</h3> +<p class="p4"></p> + +<p>Les pensions gratuites sont des encouragemens accordés par la société, +et distribués à ceux des jeunes gens qui, par des dispositions +marquées, promettent de lui rapporter un jour le fruit de ses avances.</p> + +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p> + +<p>Il sera établi dans la maison principale d'éducation de chaque +Département, au moins dix pensions gratuites en faveur des jeunes gens +du Département, qui s'en seront rendus dignes par leur application et +leurs talens.</p> + +<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p> + +<p>Ces pensions gratuites seront payées sur les revenus des fondations +existantes pour l'éducation, dans les Collèges, Séminaires et autres +maisons d'éducation du Département. Si les revenus n'étoient pas +suffisans, il y sera suppléé Trésor public, sur le pied de 600 +liv. par chaque pension gratuite.</p> + +<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p> + +<p>Il y aura de plus pour chaque Département, des pensions gratuites, +destinées à des jeunes gens qui seront élevés gratuitement à Paris.</p> + +<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p> + +<p>Les pensions gratuites établies à Paris, seront formées <span class="pagenum"><a id="page140" name="page140"></a>(p.140)</span> de +toutes les fondations existantes à Paris pour l'éducation, de celles +connues sous le nom de Bourses, dans les Collèges, Séminaires et +autres maisons d'éducation.</p> + +<p>Ces fondations seront réunies sous une seule administration, et il en +sera formé des pensions gratuites d'une valeur égale.</p> + +<p class="center">V.</p> + +<p>Ces pensions gratuites seront réparties entre les quatre-vingt-trois +Départemens. La base de la proportion sera celle de l'imposition, de +la population et du territoire.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p> + +<p>Le directoire du Département de Paris fournira l'état des biens et +revenus de ces fondations aux Commissaires de l'Instruction publique, +qui présenteront le projet de répartition à l'Assemblée Nationale, +pour y être par elle statué ce qu'il appartiendra.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p> + +<p>Les jeunes gens qui auront obtenu des pensions gratuites, seront +distribués en nombre égal dans les maisons qui seront établies à Paris +pour l'éducation publique.</p> + +<p>Leur pension sera payée par l'Administration des biens de l'Éducation, +d'après le taux qui sera fixé.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VIII</span>.</p> + +<p>Lorsqu'il sera offert des souscriptions volontaires pour <span class="pagenum"><a id="page141" name="page141"></a>(p.141)</span> +l'Éducation gratuite, elles seront faites aux Corps administratifs, +qui traiteront de gré à gré pour la sûreté des soumissions.</p> + +<p>L'état des souscripteurs et des souscriptions volontaires sera mis +tous les ans sous les yeux du Corps législatif.</p> + +<p class="center"><span class="sper">IX</span>.</p> + +<p>Les directoires de Département nommeront aux pensions gratuites de +leur arrondissement, et ne pourront les Administrateurs faire tomber +le choix sur leurs enfans, pendant le temps de leur administration.</p> + +<p class="center">X.</p> + +<p>Tous les ans les Maîtres d'Écoles primaires, et ceux des Écoles de +District, remettront à la Municipalité la liste de leurs Élèves, +contenant leur âge, leur pays, avec des observations sur ceux qui se +seront distingués par leurs progrès et leurs talens.</p> + +<p>La Municipalité vérifiera la liste, et l'enverra au Directoire du +District, qui la fera passer au Directoire du Département.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XI</span>.</p> + +<p>A la vacance d'une pension gratuite, chaque Directoire de District +présentera au Directoire de Département les noms des six jeunes gens +qui auront obtenu les témoignages les plus distingués pour leurs +progrès, leur conduite et leurs talens; le Directoire de Département +nommera l'un d'eux à la pluralité des voix, et en cas de partage, au +scrutin individuel. <span class="pagenum"><a id="page142" name="page142"></a>(p.142)</span></p> + +<p class="center"><span class="sper">XII</span>.</p> + +<p>A la fin de chacun des cours d'études qui composent l'enseignement +public dans les Écoles de District, les jeunes gens qui auront obtenus +des pensions gratuites, seront examinés sur toutes les parties de +l'instruction du cours qu'ils auront achevé. S'ils sont jugés n'avoir +pas profité de leurs études, ils seront remis à leurs parens, et il +sera procédé à une nouvelle nomination.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XIII</span>.</p> + +<p>Les Juges de cet examen seront ceux qui auront été nommés pour +l'examen des éligibles aux places de l'enseignement public.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XIV</span>.</p> + +<p>Il sera rendu compte deux fois par an au Directoire du Département, de +la conduite et des progrès des Élèves qui jouissent des pensions +gratuites.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XV</span>.</p> + +<p>Il sera rendu, par les Commissaires de l'Instruction publique, un +compte général de l'état des revenus concernant les pensions +gratuites, de la conduite et des progrès des Élèves, et même de ceux +qui se seront distingués d'une manière plus particulière par leurs +talens.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XVI</span>. +<span class="pagenum"><a id="page143" name="page143"></a>(p.143)</span></p> + +<p>Les Titulaires actuels des bourses les conserveront jusqu'à la fin du +cours d'étude enseigné dans les Écoles de District.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XVII</span>.</p> + +<p>Les bourses dites de famille, ainsi que leur nomination, si elle est +réservée aux parens, seront conservées aux familles, jusqu'à +l'extinction des descendans désignés par la fondation.</p> + +<p>Ceux qui les auront obtenues, seront soumis à tous les réglemens qui +concernent les Élèves nationaux.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XVIII</span>.</p> + +<p>Les Étudians en droit ne devant point être réunis dans des +pensionnats, il n'existera point pour eux de pensions gratuites; +seulement les jeunes gens sortant des Écoles de District, qui auront +eu des succès très-distingués, pourront être dispensés, de la +rétribution donnée au Maître. Les Commissaires de l'Instruction, sur +la demande motivée des directoires des Départemens, présenteront à +l'Assemblée Nationale les moyens de remplir, avec justice et économie, +cet objet de l'Instruction publique.</p> + +<p class="p2"></p> +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">De l'élection, de la nomination et de la destitution des Maîtres +d'Écoles primaires et de District</span>.</span></p> +<p class="p2"></p> + +<p class="font95">Les Maîtres d'Écoles primaires et de District doivent être éclairés et +vertueux, puisqu'ils sont également chargés d'instruire<span class="pagenum"><a id="page144" name="page144"></a>(p.144)</span>les +enfans et de les former à la vertu. Leurs talens seront donc éprouvés +par des examens sévères; et les précautions qui seront prises pour +leur nomination, garantiront aux pères et à la Société les qualités +morales des Maîtres auxquels sera confiée l'espérance des familles et +celle de la Patrie.</p> + +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p> + +<p>Il sera fait une liste d'éligibles dans laquelle seront choisis les +Maîtres qui enseigneront, soit dans les Écoles primaires, soit dans +les Écoles de District.</p> + +<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p> + +<p>Ceux qui se destineront à l'enseignement des Écoles primaires, se +rendront à un temps indiqué chaque année, aux chefs-lieux de District +qui seront déterminés par le directoire du Département. Le directoire +nommera cinq Juges, dont deux au moins seront choisis parmi les +Maîtres publics. Les Candidats seront examinés sur toutes les parties +de l'enseignement des Écoles primaires. Ceux qui seront reçus à +l'examen, seront inscrits sur la liste des éligibles.</p> + +<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p> + +<p>Ceux qui se destineront à l'enseignement dans les Écoles de District, +se rendront à un temps indiqué chaque année, au chef-lieu du +Département. Il y aura autant d'examens <span class="pagenum"><a id="page145" name="page145"></a>(p.145)</span> différens qu'il y +aura de cours d'enseignement. Le Directoire du Département nommera, +pour chaque examen, cinq Juges, dont deux au moins seront choisis +parmi les Maîtres publics. Les Candidats seront examinés sur toutes +les parties de l'enseignement du cours pour lesquels ils se seront +présentés. Ceux qui seront reçus à l'examen, seront inscrits sur la +liste des éligibles.</p> + +<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p> + +<p>Ceux qui seront reçus à l'examen pour le cours d'Humanités, seront +reçus aussi pour le cours de Grammaire. Ceux qui seront reçus à +l'examen pour le cours de Rhétorique et de Logique réunies, seront +aussi éligibles pour les deux premiers cours.</p> + +<p class="center">V.</p> + +<p>Les Professeurs de langue vivante et de langue grecque seront nommés +par les directoires des Départemens, et subiront un examen préalable +avant de prendre possession de leurs Chaires, si mieux n'aiment les +directoires des Départemens s'adresser, pour le choix de ces Maîtres, +aux Commissaires de l'instruction publique.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p> + +<p>Les Procureurs-syndics des Districts enverront dans la huitaine de +l'examen, au Procureur-syndic du Département, la liste des éligibles +pour les Écoles primaires; cette liste contiendra leurs noms, âge et +pays. <span class="pagenum"><a id="page146" name="page146"></a>(p.146)</span></p> + +<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p> + +<p>Le Procureur-général-syndic du Département enverra, dans la quinzaine +après l'examen, la liste de tous les éligibles du Département, aux +Commissaires de l'instruction publique.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VIII</span>.</p> + +<p>Les Commissaires de l'instruction publique feront imprimer la liste +générale de tous les éligibles pour les différens genres +d'enseignement; ils y joindront la liste des Maîtres enseignans dans +les Écoles publiques. Cette liste sera envoyée tous les ans à tous les +Districts et Départemens du Royaume.</p> + +<p class="center"><span class="sper">IX</span>.</p> + +<p>Lorsqu'une place de Maître d'école primaire sera vacante, le +Procureur-syndic de la Municipalité en donnera avis au +Procureur-syndic du District; le Directoire nommera à la place +vacante, parmi tous les éligibles du Royaume.</p> + +<p class="center">X.</p> + +<p>Lorsqu'une place de Maître d'École de District sera vacante, le +Procureur-syndic de la Municipalité en donnera avis au +Procureur-syndic du Département. Le Directoire du Département nommera +à la place vacante, parmi tous les éligibles du Royaume. <span class="pagenum"><a id="page147" name="page147"></a>(p.147)</span></p> + +<p class="center"><span class="sper">XI</span>.</p> + +<p>Le Maître nommé recevra du Roi un brevet d'institution. Avant d'entrer +dans l'exercice de ses fonctions, il prêtera le serment civique entre +les mains de la Municipalité.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XII</span>.</p> + +<p>Nul ne sera Maître public dans les Écoles primaires ou de District +avant vingt-un ans. Nul ne sera Inspecteur des Études ou Principal, +qu'il n'ait été Professeur pendant cinq ans.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XIII</span>.</p> + +<p>A la prochaine organisation de l'éducation publique, les Maîtres +seront choisis de préférence parmi ceux qui sont présentement en +exercice.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XIV</span>.</p> + +<p>Ceux qui ne seroient pas employés, seront inscrits sur la liste des +éligibles.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XV</span>.</p> + +<p>Les Municipalités seront chargées de l'inspection et surveillance des +Écoles primaires, et les Directoires de District de la surveillance +des Écoles de District.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XVI</span>.</p> + +<p>Les Municipalités feront connoître au Procureur-syndic du District, et +les Directoires de District aux Procureurs-syndics <span class="pagenum"><a id="page148" name="page148"></a>(p.148)</span> des +Départemens, les plaintes faites contre les Maîtres pour fait de leur +enseignement. Ils ne pourront être destitués que par le Directoire du +Département, à la pluralité des trois quarts des voix, et après avoir +été entendus.</p> + +<p class="p2"></p> +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Du traitement des Maîtres</span>.</span></p> +<p class="p2"></p> + +<p class="font95">Il a été décrété constitutionnellement que l'<span class="italic">instruction publique +seroit gratuite à l'égard des parties de l'enseignement indispensable +pour tous les hommes</span>. Ainsi l'enseignement des Écoles primaires est +une dette qui sera acquittée entièrement par la Société. Si les Écoles +de District sont nécessaires à un grand nombre, elles ne sont pas +indispensables à tous. C'est assez pour la Société d'assurer aux +Citoyens, et de leur faciliter les moyens de cette instruction. Les +Maîtres des Écoles de District recevront donc de l'État un traitement +fixe, strictement nécessaire. Le surplus sera acquitté par ceux qui +auront intérêt à recevoir cette instruction; de manière que cette +partie du paiement, variable à raison du nombre des Élèves, excite +l'émulation des Maîtres, et soit la récompense de leurs talens.</p> + +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p> + +<p>Le traitement des Maîtres d'Écoles primaires sera gradué selon les +localités. Le <span class="italic">maximum</span> sera de 1,000 liv., avec un local pour +l'école. Le <span class="italic">minimum</span> sera de 400 livres.</p> + +<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p> + +<p>Le traitement des Maîtres d'Écoles primaires de Paris, sera de 1,000 +liv.</p> + +<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p> + +<p>Le traitement fixe, et le traitement variable des Maîtres <span class="pagenum"><a id="page149" name="page149"></a>(p.149)</span> +d'École de District de Paris, seront déterminés ainsi qu'il suit:</p> + +<p>Les Professeurs du cours de Grammaire recevront 1,400 l., et chaque +Écolier payera 24 livres par an.</p> + +<p>Les Professeurs du cours d'Humanités, ceux de grec, et de langue +vivante recevront 1,600 livres, et chaque Écolier payera 24 liv.</p> + +<p>Les Professeurs de Rhétorique et de Logique et ceux de Mathématiques +recevront 1,800 liv., et chaque Écolier payera 36 liv.</p> + +<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p> + +<p>Le traitement fixe de l'Inspecteur ou Principal sera de 4,000 liv.</p> + +<p class="center">V.</p> + +<p>Les Départemens proposeront la graduation du traitement fixe et +variable des Professeurs, et celui du Principal, d'après la population +et le mode indiqué pour la ville de Paris. L'état qu'ils auront dressé +sera envoyé par eux aux Commissaires de l'Instruction, pour être, sur +leur rapport, statué définitivement par l'Assemblée Nationale.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p> + +<p>Tout Maître d'École primaire aura, après vingt ans d'exercice, son +traitement pour retraite.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p> + +<p>Tout Maître d'École de District aura aussi pour retraite, <span class="pagenum"><a id="page150" name="page150"></a>(p.150)</span> +après vingt ans d'exercice, la totalité de son traitement fixe.</p> + +<p>L'Inspecteur des Études ou Principal aura pour retraite le même +traitement que les Professeurs de Rhétorique et de Mathématiques.</p> +<p class="p2"></p> +<hr class="c15" /> +<p class="p2"></p> + +<table summary="Traitement professeurs"> +<colgroup span="3"> +<col width="600"></col> +<col width="10" align="right"></col> +<col width="10" align="right"></col> +</colgroup> +<tr> +<td><span class="italic">Nota.</span> Il y aura à Paris quarante-huit Maîtres d'Écoles +primaires, à 1,000 livres</td> +<td>48,000</td> +<td>liv.</td> +</tr> +<tr> +<td>Chacun des Collèges sera composé,</td> +<td> </td> +</tr> +<tr> +<td>D'un Inspecteur</td> +<td>4,000</td> +</tr> +<tr> +<td>D'un Maître de Mathématiques et de Physique</td> +<td>1,800</td> +</tr> +<tr> +<td>De deux Professeurs de Rhétorique et de Logique, réunies</td> +<td>3,600</td> +</tr> +<tr> +<td> </td> +<td> </td> +<td> </td> +</tr> +<tr> +<td>Deux Professeurs d'Humanités</td> +<td align="right">3,200</td> +</tr> +<tr> +<td>Deux Professeurs de Langues</td> +<td>3,200</td> +</tr> +<tr> +<td>Deux Professeurs de Grammaire</td> +<td>2,800</td> +</tr> +<tr> +<td> </td> +<td>______</td> +</tr> +<tr> +<td align="center">Total</td> +<td align="right">18,600</td> +</tr> +<tr> +<td> </td> +<td align="right">======</td> +</tr> +<tr> +<td>Et pour six Écoles de District</td> +<td align="right">111,600</td> +</tr> +<tr> +<td>Total des Écoles primaires et de District</td> +<td align="right">159,600</td> +</tr> +</table> + +<p class="blockquote"><span class="italic">Nota.</span> La seule Faculté des Arts de l'Université de Paris recevoit +500,000 livres assignées sur les postes indépendamment de 70,000 liv. +de rente dont l'Université étoit propriétaire.</p> + +<p class="p4"></p> +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Retraite des Professeurs actuels</span>.</span></p> +<p class="p4"></p> + +<p class="font95">La nouvelle organisation de l'instruction publique laissera sans +fonctions des hommes estimables qui s'étoient voués aux soins pénibles +de l'enseignement. L'Assemblée Nationale, qui sait apprécier leurs +services, ne sera pas injuste à leur égard. Quelques-uns <span class="pagenum"><a id="page151" name="page151"></a>(p.151)</span> +touchent au terme qui leur donnoit droit à une pension de retraite. +Nous vous proposerons de les en faire jouir dès-à-présent. D'autres en +sont plus éloignés, et pour ceux-ci, nous établirons un mode de +traitement proportionné à la durée de leurs services. Toutefois nous +observerons que la presque totalité pourra être employée dans les +nouvelles Écoles.</p> + +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p> + +<p>Les Maîtres publics retirés avec la pension d'émérite, la conserveront +toute entière.</p> + +<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p> + +<p>Ceux qui sont encore en exercice et qui ont rempli le temps prescrit, +obtiendront en entier leur pension d'émérites.</p> + +<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p> + +<p>Les Professeurs actuels de l'Université de Paris, qui n'ont pas encore +atteint l'éméritat et qui ne seront pas employés dans l'enseignement +public, auront une pension de retraite fixée d'après les proportions +suivantes:</p> + +<p>Ceux qui ont moins de cinq ans d'exercice, auront 500 liv.</p> + +<p>Ceux qui ont plus de cinq ans et moins de dix ans d'exercice, auront +800 liv.</p> + +<p>Ceux qui auront plus de dix et moins de quinze ans d'exercice, auront +1,100 liv.</p> + +<p>Ceux qui ont plus de quinze ans d'exercice, auront 1,400 liv. +<span class="pagenum"><a id="page152" name="page152"></a>(p.152)</span></p> + +<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p> + +<p>Les Professeurs de l'Université qui ont quitté leur chaire pour refus +de prestation de serment, auront une pension de 500 livres.</p> + +<p class="center">V.</p> + +<p>Les Professeurs et Maîtres publics de tous les Départemens, qui ne +seront pas employés dans la nouvelle organisation publique, auront une +retraite graduée d'après le mode qui vient d'être établi.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p> + +<p>Tous Officiers, Appariteurs, et autres personnes attachées aux +Universités, et dont les emplois sont supprimés, recevront une pension +ou une indemnité, d'après l'avis des Départemens, qui sera présenté +aux Commissaires de l'Instruction publique pour en être rendu compte à +l'Assemblée Nationale.</p> + +<p class="p2"></p> +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Des pensionnats</span>.</span></p> +<p class="p2"></p> + +<p class="font95">Les pensionnats sont destinés à remplacer les soins de la maison +paternelle pour les enfans, à l'égard desquels les occupations de +leurs pères ne permettent pas de suivre les détails journaliers de +l'éducation; la société veut que les enfans élevés dans les principes +de l'égalité, habitués à l'ordre et au travail, encouragés par +l'émulation et l'exemple, soient rendus à leur famille, tels qu'un +père sage auroit désiré les avoir formés lui-même.</p> + +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p> + +<p>L'Inspecteur ou Principal chargé du maintien de la discipline, +<span class="pagenum"><a id="page153" name="page153"></a>(p.153)</span> aura soin que l'ordre établi par la loi soit invariablement +observé par les Maîtres et par les Élèves.</p> + +<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p> + +<p>Tous les soins de la recette et de la dépense seront confiés à un +Économe, qui rendra ses comptes tous les mois en présence de +l'Inspecteur ou Principal, et de deux membres de la Municipalité. Les +comptes seront vérifiés chaque année par le Directoire de District, et +arrêtés par le Directoire du Département.</p> + +<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p> + +<p>Tous les citoyens étant égaux devant la loi, il n'y aura aucune +distinction entre les enfans; soumis à la même règle, nourris à la +même table, ils seront élevés ensemble et par des maîtres communs.</p> + +<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p> + +<p>Pour accoutumer les jeunes gens à connoître les convenances sociales, +à respecter leurs droits et leurs devoirs réciproques, on cherchera +les moyens de les associer en quelque sorte au gouvernement des +pensionnats, et de les faire concourir, par leurs volontés et leurs +jugemens, au maintien du bon ordre. Il sera composé par les +Commissaires de l'Instruction publique, un réglement pour parvenir à +ce but; mais ce réglement ne sera envoyé aux Départemens, que +lorsqu'ils auront jugé que les progrès de la raison et <span class="pagenum"><a id="page154" name="page154"></a>(p.154)</span> une +éducation plus soignée et mieux dirigée, en auront facilité +l'exécution.</p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">ÉCOLES DE DÉPARTEMENT</span>.</h3> +<p class="p2"></p> +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Écoles pour les Ministres de la Religion</span>.</span></p> +<p class="p4"></p> + +<p class="font95">L'Instruction réservée aux Ministres du culte, intéresse la Nation par +les nombreux rapports qu'elle peut avoir avec le bien des Peuple. +L'Assemblée Nationale veut que ceux qui se destinent à cette +profession, trouvent, dans les Écoles publiques, l'enseignement le +plus complet sur tout ce qui appartient essentiellement à un Ministère +de charité; mais elle juge qu'il est de son devoir d'en écarter, avec +soin, tout enseignement qui ne seroit visiblement propre qu'à égarer +les esprits et à porter le trouble dans la société.</p> + +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p> + +<p>Chaque Département jugera s'il lui est utile d'avoir un Séminaire +particulier, ou s'il n'est pas meilleur pour lui de s'associer, pour +ce genre d'instruction, à un Département voisin.</p> + +<p>Les Séminaires métropolitains pourront servir pour tous les Diocèses +de leur ressort.</p> + +<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p> + +<p>Il y aura dans chaque Séminaire deux Professeurs, dont les leçons +seront publiques et en françois: elles comprendront <span class="pagenum"><a id="page155" name="page155"></a>(p.155)</span> +exclusivement, 1º. les titres fondamentaux de la Religion catholique +puisés dans leur source; 2º. l'exposition raisonnée des divers +articles que doit comprendre explicitement la croyance de chaque +fidèle; 3º. le développement de la morale de l'évangile; 4º. les +lois particulières aux Ministres du culte catholique; 5º. les +principes, ainsi que les objets habituels de la prédication; 6º. les +détails appartenans à un ministère de consolation et de paix, soit +dans l'administration des sacremens, soit dans le gouvernement des +paroisses.</p> + +<p>L'enseignement complet ne durera pas plus de deux ans.</p> + +<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p> + +<p>Il y aura en outre un Supérieur, un Économe et un Suppléant, ou tout +au plus deux dans les grandes Villes.</p> + +<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p> + +<p>Ils seront tous nommés par le Directoire du Département, conjointement +avec l'Évêque, et seront pris sur une liste d'éligibles, faite d'après +le mode déterminé pour les Écoles de District.</p> + +<p class="center">V.</p> + +<p>Ils seront logés et nourris. Le <span class="italic">maximum</span> de leur traitement sera de +1,000 liv., le <span class="italic">minimum</span> de 600 liv. Les Professeurs recevront en +outre une rétribution annuelle des Élèves, qui nulle part ne pourra +excéder 24 liv. par an. Le supérieur aura 1,200 liv, de fixe, et 1,500 +liv. à Paris. <span class="pagenum"><a id="page156" name="page156"></a>(p.156)</span></p> + +<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p> + +<p>Les Professeurs qui ne voudroient pas être nourris dans le Séminaire, +auront les mêmes appointemens que les Professeurs de Logique des +Écoles de District.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p> + +<p>Au bout de vingt ans ils obtiendront la pension d'émérite: elle sera, +pour les uns et les autres, de la totalité des appointemens fixes +attribués aux Professeurs externes. Dans le cas où, à cette époque, +ils accepteroient une place à appointemens, leur pension seroit +réduite, mais ne pourroit l'être de plus de moitié.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VIII</span>.</p> + +<p>Le Directoire du Département déterminera le prix de la pension que +payeront les Élèves qui voudront mener une vie commune dans le +Séminaire.</p> + +<p class="center"><span class="sper">IX</span>.</p> + +<p>Les Supérieurs, Directeurs, Professeurs, Économes des Séminaires, +pourront être destitués par le Directoire du Département, mais +seulement à la majorité des trois quarts des voix.</p> + +<p class="center">X.</p> + +<p>Toutes les anciennes chaires, Écoles, et facultés de Théologie et de +Droit-Canon sont supprimées. <span class="pagenum"><a id="page157" name="page157"></a>(p.157)</span></p> + +<p class="center"><span class="sper">XI</span>.</p> + +<p>Toutes les fondations de bourses, affectées à l'étude de la Théologie +et du Droit-Canon, seront regardées à l'avenir comme fondations +appartenantes à l'éducation en général, et suivront le sort des autres +bourses en tout ce qui sera décrété à cet égard par l'Assemblée +Nationale.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XII</span>.</p> + +<p>Et néanmoins tous ceux qui sont en ce moment légitimement pourvus +d'une bourse de Théologie, pourront continuer d'en jouir jusqu'à la +fin de leur nouveau cours d'études théologiques, s'ils n'aiment mieux +achever le temps qui leur restoit à courir dans tout autre cours de +science, auquel cas ils s'adresseront au Directoire du Département +dans lequel leurs bourses sont établies, pour faire autoriser cette +conversion.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XIII</span>.</p> + +<p>Quant aux Boursiers-Théologiens qui n'auront pas opté pour un autre +cours d'Études, ils seront tous réunis dans le Séminaire Métropolitain +du ressort où se trouvent leurs bourses.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XIV</span>.</p> + +<p>Tout établissement fondé pour l'enseignement de la Théologie, ou pour +réunir des Étudians en cette partie, lors même qu'il seroit régi par +des congrégations non supprimées, <span class="pagenum"><a id="page158" name="page158"></a>(p.158)</span> est converti en simple +établissement d'éducation. Les biens, revenus et maisons, formant +lesdits établissemens et tous autres vacans, seront provisoirement +administrés, ainsi que le sont les biens, revenus et maisons des +Collèges, sous la direction des administrations de Département.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XV</span>.</p> + +<p>Les Supérieurs, Directeurs, Professeurs et autres personnes employées +dans lesdits établissemens, soit qu'ils appartiennent aux Ordres +religieux abolis, ou à quelque Congrégation séculière non encore +supprimée, soit enfin qu'ils n'appartiennent à aucune Corporation, +auront droit à un traitement viager, qui sera proportionnellement +réglé par un Décret particulier.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XVI</span>.</p> + +<p>Le mode des épreuves, la nature et la durée des examens, l'ordre des +leçons, etc. comme aussi le traitement des Directeurs et Économe, +seront l'objet d'un réglement.</p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">ÉCOLES DE MÉDECINE</span>.</h3> +<p class="p4"></p> + +<p class="font95">Le bien public, autant que l'intérêt de la science, demande que les +différentes parties de la Médecine, qui, jusqu'à ce jour, ont été +enseignées et pratiquées séparément, soient réunies; que +l'enseignement se fasse auprès des grands rassemblemens de malades; +qu'une instruction élémentaire et<span class="pagenum"><a id="page159" name="page159"></a>(p.159)</span>préparatoire commence dans +tous les Départemens, et qu'elle se termine dans un petit nombre +d'Écoles où l'enseignement sera complet, et où la faculté de pratiquer +la Médecine, dans tout le Royaume, sera accordée, d'après des examens +sévères sur le savoir, et non sur le temps des études.</p> + +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p> + +<p>Il sera établi en France quatre grandes Écoles nationales de l'art de +guérir, sous le nom de Collèges de médecine, dont l'un sera placé à +Paris un à Montpellier, un à Bordeaux et un à Strasbourg. +L'enseignement complet de la médecine, de la chirurgie et de la +pharmacie sera fait également dans ces quatre Collèges, par douze +Professeurs entre lesquels seront partagées toutes les parties +théoriques et pratiques de cet enseignement, conformément à l'état +ci-joint (page <a href="#page164">164).<span class="invisible">TABLEAUX</span></a></p> + +<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p> + +<p>A chacun des quatre Collèges de médecine, sera annexé un hôpital dans +lequel la médecine, la chirurgie et l'art des accouchemens seront +enseignés près du lit des malades.</p> + +<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p> + +<p>Il sera formé dans chaque Département, auprès des hôpitaux civils, +militaires et de la marine, des écoles secondaires de médecine, dans +lesquelles les Médecins attachés à l'hôpital enseigneront les élémens +de l'art de guérir; et les Pharmaciens, ceux de la pharmacie. +<span class="pagenum"><a id="page160" name="page160"></a>(p.160)</span></p> + +<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p> + +<p>Il sera établi dans les hôpitaux, disposés pour l'enseignement, des +bourses pour défrayer entièrement ou en partie des Élèves choisis qui +seront employés dans l'hôpital à l'une des parties du service. Les +Départemens détermineront l'étendue et l'application de ce secours.</p> + +<p class="center">V.</p> + +<p>Les chaires de toutes les écoles de médecine seront données au +concours: le mode de rénovation des maîtres sera déterminé par un +réglement particulier.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p> + +<p>Le traitement de chacun des professeurs consistera, 1º., en +appointemens qui lui seront payés par le trésor public; 2º. en une +rétribution qui lui sera payée par chacun des Étudians qui voudra +suivre ses leçons. Un réglement particulier en déterminera la quotité.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p> + +<p>Les Élèves seront absolument libres pour le lieu, l'époque, l'ordre, +la durée et le mode de leurs études. En conséquence ils ne seront +tenus ni à s'inscrire sous les différens Professeurs, ni à présenter +des certificats d'assiduité, mais tous ceux qui voudront exercer l'art +de guérir ou la pharmacie, subiront préalablement, dans un des +<span class="pagenum"><a id="page161" name="page161"></a>(p.161)</span> quatre Collèges de médecine, les épreuves déterminées pour +l'une et pour l'autre partie par le Corps législatif.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VIII</span>.</p> + +<p>Dans ces examens les Candidats répondront de vive voix aux questions +qui exigent des démonstrations, par écrit à celles qui n'en exigent +pas.</p> + +<p class="center"><span class="sper">IX</span>.</p> + +<p>L'examen de Médecine pratique se fera dans l'Hôpital où l'École +Clinique aura été établie, et près du lit des malades sur l'état et +sur le traitement desquels l'Élève donnera par écrit son avis motivé. +Ce sera sur cet écrit qu'il sera jugé définitivement par les +Examineurs.</p> + +<p class="center">X.</p> + +<p>Tout homme âgé de vingt-cinq ans, qui, dans ces preuves, aura été +reconnu capable d'exercer l'art de guérir, sera déclaré <span class="italic">Médecin</span>.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XI</span>.</p> + +<p>Sous cette dénomination de <span class="italic">Médecin</span>, seront compris à l'avenir tous +les individus qui étoient ci-devant désignés sous les noms de +<span class="italic">Médecins</span> et de <span class="italic">Chirurgiens</span>; les études, les épreuves, les droits +et les devoirs seront les mêmes pour les uns et pour les autres, sans +aucune distinction quelconque. <span class="pagenum"><a id="page162" name="page162"></a>(p.162)</span></p> + +<p class="center"><span class="sper">XII</span>.</p> + +<p>Les Médecins reçus dans l'un des quatre grands Collèges, pourront +exercer la Médecine dans toute l'étendue de l'Empire François. Il +suffira qu'après avoir fait reconnoître leurs lettres de réception, +ils se fassent inscrire sur le registre de la Municipalité, dans le +ressort de laquelle ils se proposeront d'exercer leur art. Eux seuls +seront admissibles au titre et aux fonctions, soit publiques, soit +privées, de leur profession, pour l'enseignement, la pratique et les +rapports, dans tous les établissemens civils et militaires.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XIII</span>.</p> + +<p>Tous ceux qui, à l'âge de vingt-cinq ans, auront été trouvés capables +d'exercer la Pharmacie, seront déclarés <span class="italic">Pharmaciens</span>; ils pourront +seuls exercer cette profession dans toute l'étendue du Royaume.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XIV</span>.</p> + +<p>L'ordonnance et la vente des médicamens sont incompatibles; aucun +individu ne pourra, hors le cas de nécessité, joindre les fonctions de +Médecin à celles de Pharmacien.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XV</span>.</p> + +<p>Toute personne non reçue Médecin ou Pharmacien, dans un des grands +Collèges de Médecine, qui en prendra le titre dans un acte ou un écrit +quelconque, ou qui <span class="pagenum"><a id="page163" name="page163"></a>(p.163)</span> se permettra d'exercer habituellement la +Médecine ou la Pharmacie, sera punie d'une amende de cinq cents +livres.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XVI</span>.</p> + +<p>Les réceptions seront gratuites.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XVII</span>.</p> + +<p>Les concours, les leçons, les examens, les réceptions, tous les actes +et tous les exercices des Écoles de Médecine, se feront publiquement +et en langue françoise.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XVIII</span>.</p> + +<p>Il sera établi dans un des hôpitaux de chaque Département, une école de +l'art des accouchemens, à laquelle seront appellées les Sages-femmes +des divers Départemens.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XIX</span>.</p> + +<p>Tout Corps de Médecine, de Chirurgie et de Pharmacie, connus sous les +noms de <span class="italic">Facultés</span>, de <span class="italic">Collèges</span>, de <span class="italic">Communautés</span>; toutes charges, +tous privilèges, relatifs à l'art de guérir ou à la Pharmacie, sont +supprimés, à dater du présent Décret; toutes réceptions de Médecins, +de Chirurgiens et de Pharmaciens sont interdites jusqu'à +rétablissement des nouvelles Écoles de Médecine.</p> + +<p class="font95">(On estime à-peu-près à 240,000 livres la dépense annuelle des quatre +Collèges de Médecine).<span class="pagenum"><a id="page164" name="page164"></a>(p.164)</span></p> + +<p class="blockquote"><span class="italic">Nota.</span> Les formes des concours, des épreuves, des réceptions, +l'organisation des Écoles, l'ordre et la durée des leçons, la division +des parties d'enseignement entre les Professeurs, la fixation de leur +traitement particulier, seront l'objet d'un Réglement.</p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">TABLEAU</span></h3> +<p class="p2"></p> +<p class="center"><span class="italic">De l'enseignement qui sera fait dans chacun des quatre Collèges de +Médecine.</span></p> +<p class="p4"></p> + +<table summary="Professeurs de médecine"> +<colgroup span="2"> +<col width="600"></col> +<col width="125" align="right" valign="bottom"></col> +</colgroup> +<tr> +<td>1º. Cours de Physique Médicale et d'Hygiène, faits séparément</td> +<td>un Professeur.</td> +</tr> +<tr> +<td>2º. Cours d'Anatomie et de Physiologie, faits séparément</td> +<td>un Professeur.</td> +</tr> +<tr> +<td>3º. Cours de Chimie</td> +<td>un Professeur.</td> +</tr> +<tr> +<td>4º. Cours de Pharmacie-pratique. Ce Cours très-détaillé sur la +connoissance et la préparation des drogues médicinales, sera sur-tout +nécessaire à l'instruction des Élèves en Pharmacie. Il sera toujours +fait par un Pharmacien</td> +<td>un Professeur.</td> +</tr> +<tr> +<td>5º. Cours de Botanique et de Matière médicale, faits séparément</td> +<td>un Professeur.</td> +</tr> +<tr> +<td>6º. Cours de Médecine théorique ou d'instituts, +comprenant la Pathologie, la Séméiotique,<span class="pagenum"><a id="page165" name="page165"></a>(p.165)</span>la Nosologie et la Thérapeutique</td> +<td>un Professeur.</td> +</tr> +<tr> +<td>7º. Cours d'Histoire de la Médecine, des progrès de l'art, de la +méthode de l'étudier; Cours de Médecine légale, faits séparément </td> +<td>un Professeur.</td> +</tr> +<tr> +<td>8º. Cours de Médecine-pratique des maladies internes, fait, partie au +lit des malades, partie dans une salle voisine</td> +<td>deux Professeurs.</td> +</tr> +<tr> +<td>9º. Cours de Médecine-pratique des maladies externes, fait, partie au +lit des malades, partie dans une salle voisine</td> +<td>deux Professeurs.</td> +</tr> +<tr> +<td>10º. Cours théorique et pratique d'accouchemens, des maladies des +femmes en couche, et de celles des enfans</td> +<td>un Professeur.</td> +</tr> +</table> + +<p>Ce tableau est conforme à celui qui a été rédigé par le Comité de +Salubrité, et à celui qui a été présenté par le Comité de Médecine à +l'Assemblée Nationale, en 1790. (Voyez <span class="italic">Nouveau Plan de Constitution +pour la Médecine</span>, etc. pag. 19 et 20).</p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="smcap"><span class="sper">Écoles pour l'enseignement du Droit</span>.</span></h3> +<p class="p4"></p> + +<p class="font95">L'enseignement du Droit doit être tellement ordonné, qu'il soit +réparti, autant qu'il est possible, à des distances égales, et dans +des villes considérables: il doit être complet dans son ensemble, +distribué de manière que chaque Maître atteigne plus facilement la +perfection; que, parmi les Élèves, ceux dont l'esprit conçoit +rapidement le saisissent à-la-fois tout entier; que ceux dont +l'intelligence est plus lente, se le partagent<span class="pagenum"><a id="page166" name="page166"></a>(p.166)</span> à leur gré +dans un temps plus étendu; que, dans les épreuves à subir par les +aspirans, aucun intérêt ne laisse de soupçon sur l'impartialité du +jugement; que l'émulation des Élèves multiplie leurs efforts au profit +de la science, et que leur réputation les désigne pour les places que +distribue l'estime publique. Nous proposons le projet de Décret +suivant:</p> + +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p> + +<p>Il y aura dix Écoles de Droit, chacune dans un chef-lieu de +Département<a name="FNanchor_4_4" id="FNanchor_4_4"></a><a href="#Footnote_4_4" class="fnanchor">[4]</a>.</p> + +<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p> + +<p>Dans chaque École de Droit, il y aura quatre Professeurs, un de +constitution, qui enseignera en même-temps le droit naturel, un de +droit civil, un de droit coutumier, un de forme civile et criminelle. +A Paris, il y aura huit Professeurs, deux de chaque espèce.</p> + +<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p> + +<p>Les Législatures détermineront le temps où une partie de +l'enseignement sera changée, à raison des nouvelles lois qui auront +été faites.</p> + +<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p> + +<p>Chaque Professeur donnera son cours entier en dix mois. Les leçons se +feront en françois. Elles auront lieu <span class="pagenum"><a id="page167" name="page167"></a>(p.167)</span> tous les jours, +excepté les dimanches et fêtes, et à des heures différentes.</p> + +<p class="center">V.</p> + +<p>Les Professeurs seront choisis, la première fois par les Directoires +de Département, parmi les membres des Facultés de Droit actuellement +en exercice pour l'enseignement ou pour la collation des degrés. S'il +n'y en a pas qui puissent être choisis, le Directoire de Département +nommera un membre d'une autre Faculté de Droit, ou enfin pourra +choisir des hommes de loi. Dans la suite, quand il viendra à vaquer +des chaires, le choix sera fait, parmi les hommes de loi, par les +Directoires de Département, conjointement avec les Professeurs de +Droit. Il sera pourvu de la même manière à la nomination des +suppléans.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p> + +<p>Pour destituer un Professeur de Droit, il faudra les trois quarts des +voix de tout le Directoire du Département.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p> + +<p>Le traitement des Professeurs de Droit sera en partie fixe et en +partie casuel. Le traitement fixe sera payé tous les trois mois, par +le Trésorier public; le traitement casuel, tous les mois, par chaque +Étudiant. A Paris, le fixe annuel sera de trois mille livres; le +casuel, par mois, de douze livres; dans les autres villes de +Département, le fixe, de deux mille quatre cents livres, le casuel, de +neuf livres. <span class="pagenum"><a id="page168" name="page168"></a>(p.168)</span></p> + +<p class="center"><span class="sper">VIII</span>.</p> + +<p>Les membres ci-dessus désignés des Écoles de Droit, qui ont maintenant +ou qui auront servi vingt ans dans les Écoles, auront l'éméritat, et, +pour pension de retraite, les deux tiers du traitement fixe marqué +ci-dessus. Ceux qui auront maintenant plus de quinze ans d'exercice, +et qui ne seront pas conservés, seront, pour cette fois seulement, +regardés comme émérites.</p> + +<p class="center"><span class="sper">IX</span>.</p> + +<p>Les membres des Facultés de Droit qui ne seroient pas employés dans la +nouvelle organisation, s'ils ont de dix à quinze ans de service, +recevront les trois cinquièmes du traitement fixe, de cinq à dix ans +la moitié, et au-dessous les deux cinquièmes<a name="FNanchor_5_5" id="FNanchor_5_5"></a><a href="#Footnote_5_5" class="fnanchor">[5]</a>.</p> + +<p class="center">X.</p> + +<p>Le traitement, ou la retraite des Officiers attachés aux Écoles de +Droit, sera réglé par la Législature suivante, sur la demande des +Directoires de Département.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XI</span>.</p> + +<p>Pour acquérir la qualité d'<span class="italic">homme de loi</span>, il faudra être reçu après +un examen sur toutes les matières de l'enseignement du Droit. L'examen +sera gratuit. <span class="pagenum"><a id="page169" name="page169"></a>(p.169)</span></p> + +<p class="center"><span class="sper">XII</span>.</p> + +<p>L'examen se fera en public; le Candidat sera interrogé par les +Professeurs et par les Étudians.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XIII</span>.</p> + +<p>Les suffrages seront donnés au scrutin par les Professeurs. Il faudra, +pour être admis ou refusé, la pluralité des suffrages. Si le Candidat +est admis, il lui sera délivré une Patente d'<span class="italic">Homme de loi</span>, signée +des Professeurs de Droit, et scellée du sceau du Département. Si le +Candidat est refusé, il pourra se représenter dans la même Faculté, ou +dans un autre à son choix.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XIV</span>.</p> + +<p>Lorsqu'il se présentera, le Candidat sera interrogé en public par les +Professeurs, conjointement avec quatre hommes de loi nommés par le +Département, lesquels auront suffrage au scrutin avec les Professeurs.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XV</span>.</p> + +<p>Celui qui sera refusé dans ce second examen, ne pourra se représenter +à un troisième, qu'il n'ait suivi assiduement le cours entier des +quatre Professeurs dans une École de Droit quelconque; alors il +subira, dans l'École qu'il choisira, ce troisième examen, suivant la +forme prescrite pour le second. Cette troisième fois, s'il est refusé, +il ne pourra plus se représenter. <span class="pagenum"><a id="page170" name="page170"></a>(p.170)</span></p> + +<p class="center"><span class="sper">XVI</span>.</p> + +<p>Afin qu'un Candidat non admis dans un Département, ne subisse pas dans +un autre une épreuve du même genre que celle d'après laquelle il aura +été rejetté, chaque École de Droit tiendra un registre où seront +marqués les admissions et les refus. Un relevé de ce registre sera +envoyé, tous les mois, à Paris, aux Commissaires de l'Instruction +publique, lesquels adresseront, s'il y a lieu, un certificat portant +que le récipiendaire a subi le genre d'examen auquel il étoit tenu de +se présenter.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XVII</span>.</p> + +<p>Dans les quinze derniers jours de l'année scholastique, les Étudians +en Droit non reçus <span class="italic">Hommes de loi</span>, ou reçus dans le cours de l'année, +pourront se présenter à l'École de Droit, pour subir l'épreuve +suivante, que l'on appellera <span class="italic">licence en Droit</span>. Chacun des Candidats, +à son tour qui sera réglé par le sort, soutiendra, en public, un +examen, dans lequel les concurrens lui feront, sur la manière de +l'enseignement, les questions qu'il leur plaira de proposer. Les +Professeurs seront juges, et après en avoir conféré entre eux et pris +pour arrêté l'avis de la majorité, ils proclameront la moitié des +Candidats la plus méritante, et marqueront l'ordre que chacun aura +obtenu dans leur estime. Ce tableau des places sera exposé, pendant +vingt ans, dans l'École de Droit, dans les Tribunaux de Districts du +Département, dans les salles des assemblées primaires, <span class="pagenum"><a id="page171" name="page171"></a>(p.171)</span> dans +celles des Électeurs, et transcrit, au Département dans un registre +particulier que tous les citoyens pourront toujours consulter.</p> + +<p>Chaque Département enverra, au Commissaire du Roi chargé des Écoles de +Droit,<a name="FNanchor_6_6" id="FNanchor_6_6"></a><a href="#Footnote_6_6" class="fnanchor">[6]</a> le nom du premier de la licence. Le Commissaire du Roi fera une +liste générale des premiers de licence en Droit dans le Royaume; il +l'adressera à tous les Départemens, pour qu'elle y soit affichée, +pendant vingt ans, dans un tableau particulier. Il sera tenu de la +présenter au Ministre de la Justice, lorsqu'il y aura des nominations +à faire par le Roi, pour le service des Tribunaux.</p> + +<p class="p2"></p> +<p class="center"><span class="italic">Traitement.</span></p> +<p class="p2"></p> + +<p>Dans la nouvelle organisation, il y a neuf Écoles de Droit à quatre +Professeurs chacune: Paris en a huit, ce qui fait en tout +quarante-quatre.</p> + + +<table summary="Professeurs de droit"> +<colgroup span="3"> +<col width="600"></col> +<col width="125" align="right" valign="bottom"></col> +<col width="15" align="right"></col> +</colgroup> +<tr> +<td>Paris, huit fois 3,000 livres</td> +<td>24,000</td> +<td>liv.</td> +</tr> +<tr> +<td>Les autres Écoles, neuf fois 2,400 livres, multipliées par quatre </td> +<td>86,400<span class="pagenum"><a id="page172" name="page172"></a>(p.172)</span></td> +</tr> +<tr> +<td>Le traitement des Officiers-appariteurs pourra être évalué à</td> +<td>5,000</td> +</tr> +<tr> +<td class="center">Total des traitemens</td> +<td>115,400</td> +</tr> +</table> + +<p class="p2"></p> +<p class="center"><span class="italic">Retraite.</span></p> +<p class="p2"></p> + +<p>Du nombre total de cent vingt individus qui composoient les Facultés +de Droit dans l'état passé, retranchant les quarante-quatre qui feront +le service des nouvelles Écoles, il resta soixante-seize personnes non +employées.</p> + +<table summary="Professeurs de médecine"> +<colgroup span="2"> +<col width="600"></col> +<col width="125" align="right" valign="bottom"></col> +</colgroup> + +<tr> +<td>Sur ce nombre, vingt-cinq au moins ont droit à +la vétérance. Paris lui seul en a huit; à 2,000 liv.</td> +<td>16,000</td> +</tr> +<tr> +<td>Les autres Facultés, dix-sept à 1,600 livres</td> +<td>27,200</td> +</tr> +<tr> +<td>La retraite des Officiers vétérans de ces Facultés pourra être estimée à</td> +<td>3,000</td> +</tr> +<tr> +<td class="center">Total pour les vétérans </td> +<td>46,200</td> +</tr> +</table> +<p>Les personnes qui n'ont pas la vétérance sont, d'après ce calcul, au +nombre de cinquante-une.</p> + + +<table summary="Retraite Professeurs de médecine"> +<colgroup span="2"> +<col width="600"></col> +<col width="125" align="right" valign="bottom"></col> +</colgroup> +<tr> +<td>Le choix des Départemens, pour former les nouvelles Écoles, tombera +naturellement sur les personnes de moyen âge: celles qui ne seront pas +placées se trouveront dans la classe de la moindre ancienneté pour le +service: elles auront entre la moitié et les deux cinquièmes du +traitement. Évaluant, l'un dans l'autre, la part de chacun à 1,000 +livres, on a pour résultat</td> +<td>51,000</td> +</tr> +<tr> +<td>La retraite pour les Officiers non-vétérans pourra s'estimer</td> +<td>3,000</td> +</tr> +<tr> +<td class="center">Total présumé des retraites</td> +<td>100,200</td> +</tr> +</table> + +<p><span class="pagenum"><a id="page173" name="page173"></a>(p.173)</span></p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">ÉCOLES MILITAIRES</span>.</h3> +<p class="p4"></p> +<div class="font95"> +<p>Les Écoles Militaires ont pour objet de former des hommes de guerre +pour un Pays libre, des Chefs-Citoyens, des Soldats subordonnés; de +placer à côté de l'armée de grandes pépinières où elle puisse toujours +trouver des sujets déjà capables d'une utile activité, et par-là +d'ouvrir la carrière militaire à toutes les classes de Citoyens, en +offrant à leur disposition les études nécessaires pour obtenir les +premiers grades d'Officiers.</p> + +<p>Leurs moyens sont une instruction commune sur les élémens de toutes +les connoissances qui se rapportent à l'art de la guerre, la pratique +de tous les exercices et de tous les devoirs que commande cette +profession, la surveillance active d'anciens Officiers, qui, dans +cette même profession, ont bien mérité de leur Patrie; enfin, tous les +ressorts de l'émulation et toute l'influence des bons exemples.</p></div> + +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p> + +<p>Il sera établi dans chacune des vingt-trois Divisions militaires, une +École de Division qui sera commune à tous les Départemens dont se +compose la même Division. On y recevra les sujets que leurs parens +destinent à devenir Officiers, et qui n'auront ni moins de 14 ni plus +de 16 ans. Ils y feront pendant deux ans les études nécessaires pour +acquérir les premières connoissances militaires; on leur enseignera le +maniement des armes, les Langues allemande et angloise, le Dessin, les +Élémens de Mathématiques appliqués à l'art de la Guerre, la +Géographie, l'Histoire, et sur-tout un Catéchisme de Morale <span class="pagenum"><a id="page174" name="page174"></a>(p.174)</span> +social et politique, dans lequel seront exposés les droits et les +devoirs de l'homme en société relativement à l'État et à ses +semblables les Devoirs de l'homme de Guerre relativement à ses chefs +et ses subordonnés.</p> + +<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p> + +<p>Il sera établi six grandes Écoles militaires pratiques dans les Places +frontières, les plus importantes. Les jeunes gens de l'âge de 16 ans +qui auront suivi l'École de Division pendant deux années, seront admis +dans celles-ci par la voie du concours. Ils y répéteront pendant deux +autres années leurs premiers cours d'étude avec plus d'étendue et de +développement: on leur expliquera un traité de fortification, les +élémens de l'artillerie, et ils seront en outre exercés à la pratique +de tous les détails et de tous les devoirs militaires. En conséquence +il sera entretenu gratuitement dans chacune des grandes Écoles un +nombre suffisant d'élèves pour former un Régiment. Ces élèves seront +nommés par les Départemens à proportion de ce que chacun d'eux fournit +communément, de Soldats à l'armée, et choisis de préférence parmi les +enfans d'anciens Soldats, et les pauvres Orphelins.</p> + +<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p> + +<p>Ces grandes Écoles seront toujours établies dans un corps de caserne, +qui n'aura point de communication immédiate avec un autre. Le Régiment +composé des Élèves qui seront répartis dans les différentes +Compagnies, soit comme <span class="pagenum"><a id="page175" name="page175"></a>(p.175)</span> +Officiers, soit comme Soldats, et commandés par d'anciens Officiers de Troupes de ligne, qui seront +susceptibles des grades supérieurs, y fera le service intérieur; comme +dans une Place de Guerre, et devra même concourir plusieurs jours de +l'année au service de la Place avec le reste de la Garnison.</p> + +<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p> + +<p>Les détails de l'organisation de ces différentes Écoles, et les règles +suivant lesquelles les Élèves en sortiront, pour entrer dans les +Troupes de ligne, appartenans au système militaire, seront déterminés +par des lois particulières.<span class="pagenum"><a id="page176" name="page176"></a>(p.176)</span></p> + +<p class="p6"></p> +<h3><span class="sper">INSTITUT NATIONAL</span>.</h3> +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">PROJET DE DÉCRETS</span>.</h3> +<p class="p2"></p> +<hr class="c15" /> +<p class="p4"></p> +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p> +<p class="p4"></p> + +<p>Les Académies et Sociétés savantes entretenues aux frais du Trésor +public, les Chaires établies à Paris, au Jardin du Roi, au +Collège Royal, à celui de Navarre, à l'Hôtel des Monnoies, au Louvre, +au Collège des Quatre-Nations pour l'enseignement de la Littérature, +des Mathématiques, de la Chimie et de quelques parties de la Physique, +de l'Histoire Naturelle, et de la Médecine, seront supprimées, et il y +sera suppléé comme il suit:</p> + +<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p> + +<p>Il sera établi à Paris, un grand <span class="italic">Institut</span> qui sera destiné au +perfectionnement des Lettres, des Sciences et des Arts.</p> + +<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p> + +<p>Cet Institut sera composé de l'élite des hommes reconnus pour être les +plus distingués dans tous les genres de savoir, et dont les uns se +réuniront à des jours marqués pour <span class="pagenum"><a id="page177" name="page177"></a>(p.177)</span> conférer ensemble sur la +manière de hâter les progrès de leurs travaux, tandis que les autres +enseigneront ces divers Arts ou Sciences à ceux qui désireront +s'instruire dans ce que ces connoissances offrent de plus difficile et +de plus élevé.</p> + +<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p> + +<p>L'Institut national sera divisé en deux grandes sections, dont chacune +sera composée de dix classes.</p> + +<p class="center">V.</p> + +<p>L'une de ces sections, qui sera celle des Sciences philosophiques, des +Belles-Lettres et des Beaux-Arts, comprendra 1º. la Morale; 2º. la +science des Gouvernemens; 3º. l'Histoire et les Langues anciennes et +les antiquités; 4º. l'Histoire et les Langues modernes; 5º. la +Grammaire; 6º. l'Éloquence et la Poësie; 7º. la Peinture et la +Sculpture; 8º. l'Architecture-décorative; 9º. la Musique; 10º. +l'Art de la déclamation.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p> + +<p>L'autre section, qui sera celle des Sciences mathématiques et +physiques et des Arts, comprendra; 1º. les Mathématiques et la +Mécanique; 2º. la Physique; 3º. l'Astronomie; 4º. la Chimie et la +Minéralogie; 5º. la Zoologie et l'Anatomie; 6º. la Botanique; 7º. +l'Agriculture; 8º. l'Art de guérir; 9º. l'Architecture sous le +rapport de la construction; 10º, les Arts.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p> + +<p>Les personnes attachées aux six premières classes de la <span class="pagenum"><a id="page178" name="page178"></a>(p.178)</span> +section des Sciences philosophiques, des Belles-Lettres et des beaux +Arts, savoir: de la Morale, de la Science des Gouvernemens, de +l'Histoire tant ancienne que moderne, de la Grammaire, de l'Éloquence +et de la Poësie, se rassembleront pour s'organiser et tenir des +séances en commun.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VIII</span>.</p> + +<p>De même les personnes composant les six premières classes de la +section des Sciences Mathématiques et Physiques et des Arts, savoir: +les classes de Mathématiques et de Mécanique, de Physique, +d'Astronomie, de Chimie et de Minéralogie, de Zoologie et d'Anatomie +et de Botanique, se réuniront pour s'organiser ensemble et tenir des +séances en commun.</p> + +<p class="center"><span class="sper">IX</span>.</p> + +<p>Chacune des quatre dernières classes des deux sections, savoir: dans +l'une, la Peinture et la Sculpture, l'Architecture-décorative, la +Musique, l'Art de la déclamation; et dans l'autre, l'Agriculture, +l'Art de guérir, l'Architecture-construction et les Arts, tiendra des +séances particulières.</p> + +<p class="center">X.</p> + +<p>Néanmoins aux séances particulières de ces huit classes, seront +admises, comme membres intimes, les personnes attachées à celles des +six premières classes des deux sections qui auront des rapports +directs avec leurs travaux; c'est-à-dire, que les membres des classes +de Poësie, d'Histoire <span class="pagenum"><a id="page179" name="page179"></a>(p.179)</span> et d'Anatomie seront admis aux séances +de la classe de Sculpture et de Peinture; que ceux de la classe +d'Architecture décorative le seront aux séances de la classe +d'Architecture-construction; que ceux de la classe d'Éloquence et de +Poësie, seront reçus dans celles de la classe de Déclamation; que ceux +des classes de Botanique et de Chimie le seront dans celles de la +classe d'Agriculture; que ceux des classes de Chimie, d'Anatomie et de +Botanique le seront dans celles de la classe de l'Art de guérir; que +ceux de la classe de Mathématiques et de Mécanique le seront dans +celles de la classe d'Architecture considérée sous le rapport de la +Construction; et que ceux des classes de Mécanique, de Physique, de +Chimie et de Botanique le seront dans celles de la classe des Arts.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XI</span>.</p> + +<p>Chacune de ces Divisions ou Classes sera dirigée dans ce qui sera +commun à toutes, c'est-à-dire, pour ce qui concernera la tenue des +assemblées, les fonctions des Officiers, le choix des membres, les +travaux en général et l'Administration des fonds, par un Réglement +commun que le comité central, dont il est parlé dans l'article 37, +rédigera. De plus chacune aura, pour ce qui sera relatif à ses +occupations et fonctions propres, un réglement particulier.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XII</span>.</p> + +<p>Il n'y aura dans ces Divisions ou classes des deux Sections de +l'Institut National aucun office perpétuel. Le Directeur <span class="pagenum"><a id="page180" name="page180"></a>(p.180)</span> +sera élu au Scrutin pour une année. La majorité absolue sera +nécessaire dans cette élection. Le Secrétaire sera élu de même, mais +pour dix années seulement, après lesquelles il sera procédé à une +nouvelle élection. L'ancien Secrétaire pourra être élu de nouveau.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XIII</span>.</p> + +<p>Il régnera parmi tous les Membres de l'Institut National une parfaite +égalité. Chacun d'eux aura le droit d'assister aux séances ou +exercices de toutes les Divisions ou Classes qui le composent. Il y +aura même pour eux des places marquées; mais ils n'auront voix +délibérative que dans celle des Divisions ou Classes auxquelles ils +appartiendront, comme membres intimes.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XIV</span>.</p> + +<p>Les élections des membres de l'Institut seront faites au scrutin et à +la majorité absolue des suffrages, soit dans chacune des deux +Divisions formées des six premières classes de chaque Section, soit +dans chacune des huit autres classes qui s'assemblent séparément, sans +que ces élections aient besoin, pour être valables, d'être confirmées. +Le Roi fera délivrer une patente aux nouveaux reçus pour constater +leur nomination.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XV</span>.</p> + +<p>Un mois avant de procéder à l'élection, il sera fait par les divisions +ou classes, dans la Section de laquelle la place sera vacante, une +liste d'éligibles, qui demeurera affichée <span class="pagenum"><a id="page181" name="page181"></a>(p.181)</span> dans les salles +d'assemblée jusqu'au jour de l'élection. Dans la Section des sciences +Mathématiques et Physiques, la principale division et les quatre +autres classes seront autorisées à faire réciproquement des listes +d'éligibles lorsqu'il vaquera une place; dans l'une d'elles. Dans la +Section des sciences Philosophiques, des Belles-Lettres et des Beaux +Arts, les deux dernières classes ne feront point de liste d'éligibles +pour la division où les six premières classes seront réunies.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XVI</span>.</p> + +<p>Le nombre des membres de chaque division ou classe de l'Institut, sera +fixé comme il suit.</p> + +<p>La première division formée des six premières classes de la Section +des sciences Philosophiques, belles Lettres et Beaux Arts, sera +composés de 64 Membres; savoir, de 8, pour la classe de Morale; de 8, +pour celle de la science des Gouvernemens; de 12, pour la classe +d'Histoire, des Langues anciennes et des antiquités, de 12, pour celle +de l'Histoire et des Langues modernes; de 8, pour la classe de la +Grammaire; et de 16, pour celle d'Éloquence et de Poësie.</p> + +<p>La seconde division formée des six premières classes de la Section des +sciences Mathématiques et Physiques et des Arts, sera également +composée de 64 Membres; savoir, de 16, pour la classe de Mathématiques +et de Mécanique; de 8, pour celle de Physique; de 8, pour celle +d'Astronomie; de 12, pour la classe de Chimie et de Minéralogie; de +12, pour la classe de Zoologie et d'Anatomie; et de 8, pour celle de +Botanique<a name="FNanchor_7_7" id="FNanchor_7_7"></a><a href="#Footnote_7_7" class="fnanchor">[7]</a>. +<span class="pagenum"><a id="page182" name="page182"></a>(p.182)</span></p> + +<p>La classe d'Agriculture sera composée de 60 membres.</p> + +<p>La classe de l'Art de guérir sera composée des personnes les plus +habiles dans les différentes parties de cet Art, c'est-à-dire, dans la +Médecine, dans la Chirurgie, dans la Pharmacie et dans l'Art +Vétérinaire; elle sera formée de 60 membres, dans les proportions +suivantes. Il y aura trois cinquièmes de Médecins, un cinquième de +Chirurgiens, et un cinquième de Pharmaciens et de Médecins +Vétérinaires.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XVII</span>.</p> + +<p>Les divisions ou classes qui auront le perfectionnement de l'Histoire +Naturelle, de la Physique et de la Médecine pour objet, publieront +annuellement les recueils de leurs mémoires, et elles entretiendront +avec les Savans, soit Règnicoles dans les 83 Départemens, soit +Étrangers, une correspondance exacte et suivie, dans l'intention de +recueillir les découvertes utiles à l'humanité. <span class="pagenum"><a id="page183" name="page183"></a>(p.183)</span></p> + +<p class="center"><span class="sper">XVIII</span>.</p> + +<p>Les classes de Peinture et de Sculpture, celles +d'Architecture-décorative et d'Architecture-construction, celle des +Arts Physiques et Mécaniques, celle de Musique et de Déclamation, +formeront des Écoles élémentaires, dont les Maîtres, en même-temps +qu'ils se réuniront, pour traiter de leur Art, seront occupés du soin +de former des Élèves. Ces Écoles seront organisées à-peu-près sur le +même plan que les Écoles de Peinture et de Sculpture actuelles, avec +des changemens et des modifications qui seront proposés par ceux que +l'opinion publique a fait connoître comme les plus habiles dans les +différens Arts dont il s'agit.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XIX</span>.</p> + +<p>Les divisions ou classes de l'Institut national rendront compte à +chaque législature; 1º. De leurs travaux annuels, des progrès de +l'art ou de la science dont elles seront occupées, et de la part, +qu'elles y auront eue; 2º. Du choix de leurs membres et des motifs +qui les auront déterminées dans leurs choix.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XX</span>.</p> + +<p>Les fonds dont chaque division ou classe de l'Institut pourra +disposer, seront remis à un Trésorier qui sera choisi parmi les +membres de la division ou classe, à laquelle il rendra ses comptes +deux fois l'année. L'élection du Trésorier se fera au scrutin et à la +majorité absolue. Cette élection aura lieu tous les quatre ans. +<span class="pagenum"><a id="page184" name="page184"></a>(p.184)</span></p> + +<p class="center"><span class="sper">XXI</span>.</p> + +<p>Les fonds attribués aux différentes divisions ou classes, devront +servir à payer; 1º. les frais des séances, de la correspondance et du +secrétariat; 2º. à payer les frais des expériences, recherches et +travaux divers; 3º. à stipendier une partie des membres de chaque +division ou classe: le tout conformément au tableau ci-joint.</p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">TABLEAU</span></h3> +<p class="p2"></p> +<p class="center"><span class="italic">De la distribution des fonds.</span></p> +<p class="p4"></p> + +<p>En rédigeant le tableau des fonds qu'on présente ici, on n'a fait +presque aucun changement dans la distribution adoptée par les +Académies actuelles. Lorsque les Sections de l'Institut seront +formées, leurs besoins seront mieux connus; et le Comité d'Instruction +dont il est parlé article LII, en donnera un état plus exact et mieux +motivé qu'on ne pourroit faire ici.</p> + +<p>1º. Pour les six premières classes de la première Section de +l'Institut.</p> + + +<table summary="Revenu actuel six premières classes"> +<colgroup span="3"> +<col width="600"></col> +<col width="125" align="right" valign="bottom"></col> +<col width="10"></col> +</colgroup> +<tr> +<td>Le revenu actuel de l'Académie Françoise est de</td> +<td>25,217</td> +<td>l.</td> +</tr> +<tr> +<td>Celui de l'Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres, de</td> +<td>43,908</td> +</tr> +<tr> +<td class="center">Total</td> +<td>69,125</td> +</tr> +</table> +<p><span class="pagenum"><a id="page185" name="page185"></a>(p.185)</span></p> + +<p>On propose d'attribuer ce revenu à la division formée des six +premières Classes de la Section des Sciences Philosophiques, des +Belles-Lettres et des beaux Arts.</p> + +<p>Une addition peu considérable pour les classes de Morale et de +Politique qui sont nouvelles, suffiroit pour achever le traitement de +cette première partie de l'institut. On peut croire que ce seroit +assez de 75,000 livres pour les pensions et autres dépenses: il n'y +auroit donc qu'une addition de 5,875 liv. à faire pour cet objet.</p> + +<p>2º. Pour la septième classe de la première Section.</p> + +<p>La classe de la Peinture et de la Sculpture, ne demande pour tous ses +travaux et pour tous les frais de l'École, soit à Paris, soit à Rome, +que la somme de 110,830 liv.</p> + +<p>3º. Pour la huitième classe de la première Section.</p> + +<p>La classe d'Architecture décorative demande un revenu annuel de 31,000 +liv.</p> + +<p>4º. Pour les classes neuvième et dixième de la première Section.</p> + +<p>On ne peut savoir d'une manière précise qu'après la formation de ces +classes, ce qu'elles pourront demander; mais cette dépense ne peut +être considérable.</p> + +<p>5º Pour les six premières classes de la première Section de +l'Institut,</p> + + +<table summary="Revenu actuel Académie Sciences"> +<colgroup span="4"> +<col width="600"></col> +<col width="125" align="right"></col> +<col width="15" align="right"></col> +<col width="15" align="right"></col> +</colgroup> +<tr> +<td>le revenu actuel de l'Académie des Sciences est de</td> +<td>93,458</td> +<td>l.</td> +<td>10s</td> +</tr> +</table> + +<p> Cette somme sera attribuée à la division formée des six premières +classes de la Section des Sciences Mathématiques, et Physiques et des +Arts, comme il suit:<span class="pagenum"><a id="page186" name="page186"></a>(p.186)</span></p> + +<table summary="Attribution fonds"> +<colgroup span="3"> +<col width="600"></col> +<col width="125" align="right"></col> +<col width="15" align="right"></col> +<col width="15"></col> +</colgroup> +<tr> +<td>Pour huit pensions de 3,000 liv</td> +<td>24,000</td> +<td>l.</td> +</tr> +<tr> +<td>Pour huit pensions de 1,800 liv </td> +<td>14,400</td> +</tr> +<tr> +<td>Pour seize pensions de 1,200 liv.</td> +<td>19,200</td> +</tr> +<tr> +<td>Pour le Secrétaire </td> +<td>3,000</td> +</tr> +<tr> +<td>Pour le Trésorier</td> +<td>3,000</td> +</tr> +<tr> +<td>Écritures</td> +<td>600</td> +</tr> +<tr> +<td>Dépenses courantes</td> +<td>1,600</td> +</tr> +<tr> +<td>Frais d'expériences et prix</td> +<td>27,658</td> +</tr> +<tr> +<td class="center">Total</td> +<td>93,458</td> +</tr> +</table> + +<p>6º. Pour la septième classe de la Section seconde.</p> + +<p>La Société d'Agriculture qui formera la septième classe de la Section +seconde, demande un revenu annuel de 25,000 liv.</p> + +<p>7º. Pour la huitième classe de la Section seconde.</p> + +<p>Le revenu actuel de la Société de Médecine est de 36,200 livres.</p> + +<p>En adjoignant à la classe de l'art de guérir, 1º., des Chirurgiens; +2º. des Pharmaciens; 3º. des Vétérinaires; 4º. un Hôpital, dont les +Officiers de santé seront choisis parmi les Membres de cette classe, +on propose de porter son revenu à 46,000 livres, qui suffiroient pour +toutes les dépenses, et qui seroient distribuées comme il suit:</p> + + +<table summary="Attribution fonds Société Médecine"> +<colgroup span="2"> +<col width="600"></col> +<col width="125" align="right" valign="bottom"></col> +</colgroup> +<tr> +<td>Au Secrétaire</td> +<td>3,000</td> +</tr> +<tr> +<td>Au premier commis </td> +<td>1,800</td> +</tr> +<tr> +<td>Au second commis</td> +<td>1,000</td> +</tr> +<tr> +<td>Frais de Bureaux, de correspondance, de Séances particulières et publiques</td> +<td>3,000<span class="pagenum"><a id="page187" name="page187"></a>(p.187)</span></td> +</tr> +<tr> +<td>Frais d'expériences et de recherches. </td> +<td>8,000</td> +</tr> +<tr> +<td>Prix</td> +<td>3,200</td> +</tr> +<tr> +<td>En pensions</td> +<td>26,000</td> +</tr> +<tr> +<td class="center">Total</td> +<td>46,000</td> +</tr> +</table> + +<p class="blockquote"><span class="italic">Nota.</span> Les fonds de l'Académie Royale de Chirurgie, qui doit être +réunie à la Société de Médecine pour former la huitième classe de la +seconde Section, pourront être employés en déduction de la somme +précédente.</p> + +<p>8º. Pour les neuvième et dixième classes de la seconde Section.</p> + +<p>On ne peut, avant que ces deux classes soient formées, donner un +tableau de leurs dépenses.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XXII</span>.</p> + +<p>Les chaires annexées à l'Institut national pour l'enseignement de ce +qu'il y a de plus transcendant et de plus élevé dans les connoissances +humaines, seront les suivantes:</p> + +<table summary="Chaires Institut National"> +<colgroup span="2"> +<col width="600"></col> +<col width="125" align="right" valign="bottom"></col> +</colgroup> +<tr> +<td>1º. Pour la logique, la morale et la science des Gouvernemens</td> +<td>deux chaires.</td> +</tr> +<tr> +<td>2º. Pour l'histoire et les langues anciennes et pour les antiquités</td> +<td>deux chaires.</td> +</tr> +<tr> +<td>3º. Pour l'histoire et les langues modernes, pour l'histoire de France, pour l'étude des titres +diplômes et médailles</td> +<td>deux chaires.</td> +</tr> +<tr> +<td>4º. Pour la Grammaire</td> +<td>une chaire.</td> +</tr> +<tr> +<td>5º. Pour l'instruction des sourds et muets</td> +<td>une chaire.<span class="pagenum"><a id="page188" name="page188"></a>(p.188)</span></td> +</tr> +<tr> +<td>6º. Pour celle des aveugles</td> +<td>une chaire.</td> +</tr> +<tr> +<td>7º. Pour l'éloquence et la poësie</td> +<td>deux chaires.</td> +</tr> +<tr> +<td>8º. Pour les Mathématiques et la Mécanique considérées dans toute leur étendue</td> +<td>trois chaires.</td> +</tr> +<tr> +<td>9º. Pour la Physique expérimentale</td> +<td>une chaire.</td> +</tr> +<tr> +<td>10º. Pour l'Astronomie</td> +<td>une chaire.</td> +</tr> +<tr> +<td>11º. Pour la Chimie, la Minéralogie, la Métallurgie et la Chimie des Arts</td> +<td>deux chaires.</td> +</tr> +<tr> +<td>12º. Pour la Géographie souterraine, etc.</td> +<td>une chaire.</td> +</tr> +<tr> +<td>13º. Pour la Zoologie, c'est-à-dire, pour la connoissance de toutes les classes d'animaux</td> +<td>trois chaires.</td> +</tr> +<tr> +<td>14º. Pour l'Anatomie humaine et comparée, et pour la Physiologie expérimentale</td> +<td>deux chaires.</td> +</tr> +<tr> +<td>15º. Pour la Botanique</td> +<td>une chaire.</td> +</tr> +<tr> +<td>16º. Pour l'Agriculture, c'est-à-dire, pour l'Économie rurale et domestique et pour la +Botanique des Arts</td> +<td>deux chaires.</td> +</tr> +<tr> +<td>17º. Pour l'enseignement de ce qui concerne,</td> +</tr> +<tr> +<td class="i2">1º. la nature et le traitement des épidémies;</td> +</tr> +<tr> +<td class="i2">2º. les épizooties;</td> +</tr> +<tr> +<td class="i2">3º. les divers objets de salubrité publique</td> +<td>trois chaires.</td> +</tr> +<tr> +<td>18º. Pour l'enseignement des Beaux-Arts et des Arts mécaniques, dont les écoles seront +annexées à l'Institut<a name="FNanchor_8_8" id="FNanchor_8_8"></a><a href="#Footnote_8_8" class="fnanchor">[8]</a></td> +<td>chaires.</td> +</tr> +</table> + +<p class="center"><span class="sper">XXIII</span>.</p> + +<p>Avant de procéder à l'élection des Professeurs, et en <span class="pagenum"><a id="page189" name="page189"></a>(p.189)</span> se +conformant à tout ce qui est prescrit par l'article XV pour l'élection +des membres, il sera fait une liste d'éligibles, lesquels seront +indiqués, soit parmi les membres eux-mêmes, soit hors de l'Institut; +et un mois après il sera procédé au scrutin dans la division ou classe +ayant pour objet l'art ou la science qu'il s'agira d'enseigner. La +majorité absolue des suffrages sera nécessaire dans cette élection.</p> + +<p>Le Roi fera délivrer des patentes aux sujets élus, et les divisions ou +classes de l'Institut rendront compte à chaque Législature des motifs +qui les auront déterminées dans le choix des Professeurs.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XXIV</span>.</p> + +<p>Ces élections des Membres et des Professeurs de l'Institut, ne seront +faites par ces divisions ou classes que pendant la session de la +Législature, dont la surveillance rendra les divisions ou classes de +l'Institut plus attentives à n'avoir égard qu'au seul mérite dans leur +choix; en conséquence, s'il vaque une place de Professeur dans un +autre temps que dans celui de la session de la Législature, afin que +le service public n'en souffre point, la division ou classe à laquelle +la chaire vacante sera annexée, chargera <span class="italic">provisoirement</span> l'un de ses +Membres de remplir les fonctions de cet enseignement.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XXV</span>.</p> + +<p>La durée du Professorat sera de dix années, après lesquelles il sera +procédé à une nouvelle élection, dans laquelle l'ex-Professeur sera +éligible. <span class="pagenum"><a id="page190" name="page190"></a>(p.190)</span></p> + +<p class="center"><span class="sper">XXVI</span>.</p> + +<p>Chacun des Professeurs enseignera pendant neuf mois de l'année, en +faisant trois leçons dans chaque semaine; il se prêtera à toutes les +explications qui lui seront demandées par les Élèves qu'il formera +plus sûrement encore dans des entretiens familiers que dans des +Écoles: l'intention de l'Assemblée Nationale étant d'applanir, le plus +qu'il lui sera possible, les difficultés sans nombre qui se présentent +dans cette partie de l'instruction publique.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XXVII</span>.</p> + +<p>Les Professeurs élus se soumettront à ne faire chez eux aucun +enseignement particulier sur le sujet qui doit être celui de leur +cours public, dans lequel ils ne pourront jamais se faire remplacer +que pour un temps très-court, et pour les motifs les plus pressans; il +ne leur sera en conséquence jamais nommé de survivancier, ni +d'adjoint.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XXVIII</span>.</p> + +<p>L'un des Hôpitaux de la Capitale sera annexé à la classe de l'art de +guérir, qui nommera, suivant la forme d'élection déjà prescrite, +article XV, un Médecin, un Chirurgien et un Pharmacien pour le +desservir. Dans cet Hôpital seront faits, avec tout le soin et la +prudence possibles, et toujours d'après l'avis de la majorité absolue +de la classe, les recherches et observations propres à hâter les +progrès de cet art.</p> + +<p>La classe d'Agriculture sera également mise en jouissance <span class="pagenum"><a id="page191" name="page191"></a>(p.191)</span> +d'un terrein situé près de Paris, lequel dépendra du Jardin des +Plantes, et où elle pourra faire ses essais et ses travaux<a name="FNanchor_9_9" id="FNanchor_9_9"></a><a href="#Footnote_9_9" class="fnanchor">[9]</a>.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XXIX</span>.</p> + +<p>Les honoraires attachés à chaque Chaire seront de 4,000 l., +indépendamment de frais d'expérience et de travaux, auxquels il sera +pourvu séparément par le Trésor public.</p> + + +<p class="center"><span class="sper">XXX</span>.</p> + +<p>A l'Institut national seront annexés tous les établissemens publics +relatifs aux Lettres, aux Sciences et aux Arts, ainsi toutes les +Bibliothèques publiques, le <span class="italic">Musæum</span>, les diverses collections de +machines, d'instrumens de physique et d'astronomie, de chirurgie, de +matière médicale, de médailles, de statues, de tableaux, les jardins +de botanique, etc. lesquels sont dans le domaine de la Nation, seront +attachés à cet Institut, qui n'appartenant lui-même à aucun +Département, mais étant un centre unique d'émulation et de travail, ne +sera occupé que du soin de recueillir et de répandre sur toutes les +parties de l'Empire les connoissances utiles à la culture des Arts et +au perfectionnement de l'esprit.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XXXI</span>.</p> + +<p>Parmi les divers établissemens qui doivent être en rapport <span class="pagenum"><a id="page192" name="page192"></a>(p.192)</span> +avec les classes de l'Institut, il en est qui conviennent à toutes, +tels que les Bibliothèques publiques; il en est qui ne conviennent +qu'à certaines classes en particulier: tels sont le Jardin des +Plantes, qui doit être en relation avec les classes de botanique, +d'agriculture et de l'art de guérir; les divers <span class="italic">Musæum</span> d'Histoire +naturelle, qui doivent principalement servir aux travaux des classes +de Minéralogie, de Botanique, de Zoologie, d'Anatomie et de l'Art de +guérir; les collections des Machines, qui doivent servir à ceux des +classes et des écoles de Mécanique et des Arts; le Cabinet de +Physique, qui concerne l'école et la classe de Physique expérimentale; +celui d'Anatomie, l'arsenal de Chirurgie, et une collection d'Animaux +vivans, qui concernent les classes de Zoologie, d'Anatomie et de l'Art +de guérir; les différens Observatoires, qui doivent servir à la classe +et à l'école d'Astronomie; les collections de Modèles, de Médailles, +de Bustes, de Statues, les galeries de Tableaux, qui serviront aux +travaux, des classes et des écoles d'Histoire, de Peinture, de +Sculpture et d'Architecture.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XXXII</span>.</p> + +<p>La disposition de ces diverses collections sera faite d'après les +plans fournis par les classes respectives de l'Institut. Des +Directeurs responsables<a name="FNanchor_10_10" id="FNanchor_10_10"></a><a href="#Footnote_10_10" class="fnanchor">[10]</a>, choisis parmi les gens de l'Art, +<span class="pagenum"><a id="page193" name="page193"></a>(p.193)</span> membres, ou non, de l'Institut, seront nommés par le Roi, +dont les Commissaires prendront toutes les mesures possibles, pour que +les membres de l'Institut y soient, ainsi que le public, reçus de +manière à y suivre facilement leurs travaux.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XXXIII</span>.</p> + +<p>Tous les établissemens publics, relatifs à ceux-ci, appartenans +également à la Nation, et placés dans les quatre-vingt-deux autres +Départemens, auront aussi des rapports, et seront, en correspondance +avec l'Institut, auquel il sera envoyé des catalogues exacts de toutes +les collections, afin qu'il existe un répertoire général de toutes les +richesses physiques et littéraires de l'Empire.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XXXIV</span>.</p> + +<p>Il sera établi dans le Louvre, de concert avec le Roi, et dans le +Collège des Quatre-Nations, des logemens convenables, soit pour les +divisions ou classes de l'Institut national, soit pour les Chaires qui +y seront annexées, de sorte que chacune ait à sa portée des +laboratoires pourvus de tous les instrumens et machines nécessaires à +ses travaux<a name="FNanchor_11_11" id="FNanchor_11_11"></a><a href="#Footnote_11_11" class="fnanchor">[11]</a>. +<span class="pagenum"><a id="page194" name="page194"></a>(p.194)</span></p> + +<p class="p2"></p> +<h4>§. I.</h4> +<p class="p2"></p> +<p class="center"><span class="italic">Emplacement pour les Séances de l'Institut National.</span></p> +<p class="p2"></p> + +<p>L'Institut est composé de deux grandes sections, qui comprennent vingt +classes, dont les unes s'assemblent en commun et les autres +séparément.</p> + +<p>Chaque réunion de classes a besoin d'une grande salle pour ses séances +communes; mais chaque classe pouvant avoir à se rassembler d'une +manière isolée, il faut que des salles moins étendues soient réservées +pour cet usage.</p> + +<p>Les classes qui se réunissent séparément, telles que celles de l'art +de guérir, de Peinture, etc. se divisent souvent en Comités pour des +travaux particuliers; il faut encore que ces Comités soient logés +convenablement.</p> + +<p>Conformément à ces données, nous proposons la distribution suivante:</p> + +<table summary="Salles"> +<colgroup span="3"> +<col width="450"></col> +<col width="100"></col> +<col width="150" align="right" valign="bottom"></col> +</colgroup> +<tr> +<td>1º. Pour les séances des six premières classes de la première Section +de l'Institut, comprenant la Morale, la Science du Gouvernement, +l'Histoire et les Belles-Lettres</td> +<td> </td> +<td>une grande salle avec deux ou trois pièces pour les Comités.</td> +</tr> +<tr> +<td>2º. Pour la classe de Peinture, Sculpture et Gravure</td> +<td> </td> +<td>une grande salle avec deux pièces pour les Comités.</td> +</tr> +<tr> +<td>3º. Pour la classe d'Architecture-décorative</td> +<td> </td> +<td>une grande salle avec une ou deux pièces pour les comités.<span class="pagenum"><a id="page195" name="page195"></a>(p.195)</span></td> +</tr> +<tr> +<td>4º. Pour la classe de Musique</td> +<td> </td> +<td>une grande salle</td> +</tr> +<tr> +<td>5º. Pour la classe de Déclamation</td> +<td> </td> +<td>une grande salle</td> +</tr> +<tr> +<td>6º. Pour les séances des six premières classes de la seconde Section +de l'Institut, comprenant les sciences mathématiques et physiques</td> +<td> </td> +<td>une grande salle avec trois salles d'une moindre étendue pour les Comités.</td> +</tr> +<tr> +<td>7º. Pour la classe d'Agriculture</td> +<td> </td> +<td>une grande salle avec deux pièces pour les Comités.</td> +</tr> +<tr> +<td>8º. Pour la classe de l'art de guérir</td> +<td> </td> +<td>une grande salle avec deux salles d'une moindre étendue pour les Comités.</td> +</tr> +<tr> +<td>9º. Pour la classe d'Architecture-construction</td> +<td> </td> +<td>une grande salle avec plusieurs autres salles pour l'établissement de cette école.</td> +</tr> +</table> + +<p class="blockquote"><span class="italic">Nota.</span> Les salles destinées aux séances de cette classe et de ses +comités, seront placées près des salles destinées aux assemblées de la +classe d'Architecture-décorative, qui fait partie des beaux Arts.</p> + +<table summary="Salles suite"> +<colgroup span="3"> +<col width="450"></col> +<col width="100"></col> +<col width="150" align="right" valign="bottom"></col> +</colgroup> +<tr> +<td>10º. Pour la classe des Arts</td> +<td> </td> +<td>une grande salle avec quelques autres pièces collatérales pour les comités.</td> +</tr> +<tr> +<td class="center">Total</td> +<td> </td> +<td>dix grandes salles<span class="pagenum"><a id="page196" name="page196"></a>(p.196)</span></td> +</tr> +</table> + +<p>Pour les assemblées des divisions ou des classes de l'Institut.</p> + +<p>Ces dix salles seroient placées au Louvre.</p> + +<p class="blockquote"><span class="italic">Nota.</span> Les petites salles destinées à des réunions particulières ou à +des comités, n'ont pas besoin d'avoir une grande étendue; il suffit +que huit ou dix personnes puissent y être placées commodément.</p> + +<p class="p2"></p> +<h4>§.<span class="sper"><strong>II</strong></span>.</h4> +<p class="p2"></p> +<p class="center"><span class="italic">Emplacemens pour les collections destinées à l'usage des diverses +Classes de l'Institut National.</span></p> +<p class="p2"></p> +<p class="center">I. Collections ou établissemens utiles à toutes les classes.</p> + +<p class="i2">1º. Bibliothèque commune.</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" align="center" summary="Bibliothèque"> +<tr> +<td valign="middle" class="cbrace">{</td> +<td> <span class="italic">La Bibliothèque du Roi,</span><br /> +<span class="italic"> celle des Quatre-Nations.</span></td> +<td valign="middle" class="cbrace">}</td> +</tr> +</table> + + +<p class="i2">2º. Une Imprimerie, pourvue de caractères de tous les genres.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(Elle seroit établie au Louvre.)</span></p> + +<p class="i2">3º. Un Bureau de traduction, destiné à faire connoître les lettres +écrites et les ouvrages utiles publiés dans des langues étrangères par +les Correspondans de l'Institut.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Louvre.)</span></p> + +<p class="center">II. Collections destinées aux différentes Classes de l'Institut.</p> + +<p class="i2">1º. Collection de médailles et de pierres gravées.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(A la Bibliothèque du Roi.)</span></p> + +<p class="right">Pour la Classe d'Histoire.<span class="pagenum"><a id="page197" name="page197"></a>(p.197)</span></p> + +<p class="i2">2º. Collection de tableaux, de statues antiques et modernes, de +bustes, reliefs et gravures.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Louvre.)</span></p> + +<p class="right">Pour la Classe de Peinture et Sculpture.</p> + +<p class="i2">3º. Collection de dessins et modèles.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Louvre.)</span></p> + +<p class="right">Pour la Classe et pour l'école d'Architecture.</p> + +<p class="i2">4º. Collection de modèles relatifs à l'Architecture navale.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Louvre.)</span></p> + +<p class="right">Pour la Classe d'Architecture et pour l'école de Navigation.</p> + +<p class="i2">5º. Collection d'instrumens de musique et des œuvres des grande +Artistes dans ce genre.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Louvre.)</span></p> + +<p class="right">Pour la Classe de Musique.</p> + +<p class="i2">6º. Collection de costumes, etc.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Louvre.)</span></p> + +<p class="right">Pour la classe de Déclamation</p> + +<p class="i2">7º. Collection d'instrumens de Mathématiques, de Physique et d'Astronomie.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(A l'Observatoire et au Collège des Quatre-Nations.)</span></p> + +<p class="right">Pour les Classes de Mathématiques, de Physique et d'Astronomie.</p> + +<p class="i2">8º. Collection de cartes de Géographie physique et souterraine.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p> + +<p class="right">Pour les Classes de Physique et de Chimie, de Zoologie et de Botanique.<span class="pagenum"><a id="page198" name="page198"></a>(p.198)</span></p> + +<p class="i2">9º. Collection de Minéralogie.</p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" align="center" summary="Minéralogie"> +<tr> +<td valign="middle" class="cbrace">{</td> +<td> <span class="italic">Cabinet du Roi,</span><br /> +<span class="italic">Cabinet des Mines de l'Hôtel des Monnoies.</span></td> +<td valign="middle" class="cbrace">}</td> +</tr> +</table> + +<p class="right">Pour la Classe de Chimie et de Minéralogie.</p> + +<p class="i2">10º. Collection des produits du Cours de Chimie et d'essais des Mines.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p> + +<p class="right">Pour la Classe de Chimie, de Minéralogie et de Métallurgie.</p> + +<p class="i2">11º. Collection d'animaux morts et conservés.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(Cabinet du Roi.)</span></p> + +<p class="right">Pour la Classe de Zoologie et d'Anatomie.</p> + +<p class="i2">12º. Collection de portions d'animaux disséqués, préparés et conservés,</p> +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" align="left" summary="Anatomie"> +<tr> +<td> d'Anatomie</td> +<td valign="middle" class="cbrace">{</td> +<td> naturelle.<br /> + artificielle.</td> +</tr> +</table> + +<p class="p4"></p> +<p class="center"><span class="italic">(Cabinet de l'École Vétérinaire.)</span></p> + +<p class="i2">Auxquelles collections seront faites les additions nécessaires.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p> + +<p class="right">Pour la Classe d'Anatomie, de Zoologie et l'art de guérir.</p> + +<p class="i2">13º. Collection d'animaux vivans ou Ménagerie.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Jardin du Roi.)</span></p> + +<p class="right">Pour la Classe de Zoologie et d'Anatomie.</p> + +<p class="i2">14º. Collection de végétaux et de parties de végétaux, Herbiers, Serres, Jardins.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(Jardin et Cabinet du Roi.)</span></p> + +<p class="right">Pour la Classe de Botanique et l'art de guérir.<span class="pagenum"><a id="page199" name="page199"></a>(p.199)</span></p> + +<p class="i2">15º. Collection d'instrumens aratoires.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(Elle sera placée au Jardin du Roi.)</span></p> + +<p class="right">Pour la Classe d'Agriculture.</p> + +<p class="i2">16º. Collection d'ossemens et d'organes malades, préparés et +conservés en nature, ou représentés en cire, en peinture ou en dessin.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p> + +<p class="right">Pour la Classe de Médecine.</p> + +<p class="i2">17º. Collection d'instrumens et d'appareils de Chirurgie de tous les +genres. <span class="italic">Armamentarium.</span></p> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p> + +<p class="right">Pour la Classe de Médecine et Chirurgie.</p> + +<p class="i2">18º. Collection de Matière médicale et de Pharmacie.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p> + +<p class="right">Pour la Classe de Médecine, Chirurgie et Pharmacie.</p> + +<p class="i2">19º. Collection d'instrumens propres à l'art vétérinaire, à la forge +et la fabrication des fers, etc.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p> + +<p class="right">Pour la Classe de Médecine, Chirurgie, Pharmacie et de l'art +vétérinaire.</p> + +<p class="i2">20º. Collection d'instrumens et de modèles pour les divers atteliers +des Arts.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations).</span></p> + +<p class="right">Pour la Classe des Arts.<span class="pagenum"><a id="page200" name="page200"></a>(p.200)</span></p> +<p class="p2"></p> +<h4>§. <span class="sper"><strong>III</strong></span>.</h4> +<p class="p2"></p> +<p class="center"><span class="italic">Emplacement propres aux Laboratoires et aux divers enseignemens dont +se charge l'Institut.</span></p> +<p class="p4"></p> +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Écoles de l'Institut</span>.</span></p> + +<p class="i2">1º. Pour les six premières Classes de la première Section. Deux +grandes salles suffiront pour leur enseignement.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p> + +<div class="i2"> +<p>2º. Pour l'École de Peinture, Sculpture et Gravure.</p> + +<p>Cette école réunissant l'enseignement tout entier, le nombre des +salles sera déterminé par la demande des Professeurs.</p></div> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Louvre.)</span></p> + +<div class="i2"> +<p>3º. Pour l'Architecture.</p> + +<p>L'Architecture étant dans le même cas que la Peinture et la Sculpture, +le nombre des salles nécessaires sera déterminé conjointement avec les +Professeurs.</p></div> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Louvre.)</span></p> + +<p class="i2">4º. Pour la Musique.</p> + +<p class="i2">De même.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Louvre.)</span></p> + +<div class="i2"> +<p>5º. Pour les Mathématiques, la Mécanique, la Physique et +l'Astronomie.</p> + +<p>Une salle ou un amphithéâtre.</p></div> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p> + +<div class="i2"> +<p>6º. Pour l'Astronomie.</p> + +<p>Un Observatoire garni de tous ses instrumens.</p></div> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p> + +<div class="i2"> +<p>7º. Pour la Chimie, la Minéralogie, la Métallurgie et la Géographie +souterraine.<span class="pagenum"><a id="page201" name="page201"></a>(p.201)</span></p> + +<p>Un amphithéâtre ou salle d'enseignement, et un grand laboratoire qui y +soit annexé.</p></div> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p> + +<div class="i2"> +<p>8º. Pour la Zoologie et l'Anatomie.</p> + +<p>Un amphithéâtre et plusieurs salles ou galeries de dissections et de +préparations qui y soient annexées.</p> + +<p>De plus, une salle de dissection établie dans un des Hôpitaux de la +capitale.</p> +<p class="p2"></p> +<p>9º. Pour la Botanique.</p> + +<p>Un amphithéâtre.</p></div> + +<p class="center"><span class="italic">(L'Amphithéâtre du Jardin du Roi.)</span></p> + +<div class="i2"> +<p>10º. Pour l'Agriculture.</p> + +<p>Une salle.</p> + +<p>Cette école sera établie près de la collection des instrumens aratoires.</p> +</div> + +<p class="center"><span class="italic">(L'amphithéâtre du Jardin du Roi.)</span></p> + +<div class="i2"> +<p>11º. Pour la Médecine humaine et vétérinaire.</p> + +<p>Une salle.</p></div> +<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p> + +<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="Salles arts"> +<tr> +<td rowspan="5"> 12º. Pour les arts relatifs</td> +<td valign="middle" class="cbrace1">{</td> +<td> au Dessin,<br /> + à la Physique,<br /> + à la Mécanique,<br /> + à la Chimie,<br /> + à la Botanique,</td> +<td valign="middle" class="cbrace1">}</td> +<td rowspan="5">un amphithéâtre.</td> +</tr> +</table> + +<p class="p8"></p> +<p class="i2">Dans la salle ou amphithéâtre de Physique.</p> + +<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p> + +<div class="blockquote"> +<p> <span class="italic">Nota.</span> 1º. Les collections et les laboratoires doivent être placés +près des salles ou amphithéâtres destinés à l'enseignement, afin que +les Professeurs y trouvent, sans peine, les divers objets dont ils +pourront avoir besoin. Ces collections et ces laboratoires serviront +aussi aux travaux et recherches des divisions des classes de +l'Institut.</p> + +<p> <span class="italic">Nota.</span> 2º. La Physique, la Chimie et l'Anatomie auront besoin +d'emplacemens très-étendus et très-aérés. Peut-être que l'emplacement +destiné à l'Anatomie devroit être annexé à l'un des plus grands +Hôpitaux de la Capitale.<span class="pagenum"><a id="page202" name="page202"></a>(p.202)</span></p></div> + +<p class="center"><span class="sper">XXXV</span>.</p> + +<p>Les Directeurs des Bibliothèques publiques prendront des mesures pour +que tous les ouvrages qui sont publiés dans tous les genres et dans +toutes les langues quelconques, soient achetés. Il sera fait des fonds +à cet effet. Ces livres, après avoir été inscrits sur les registres de +la Bibliothèque, seront examinés par les classes respectives de +l'Institut, et ceux qui seront distingués par elles, seront traduits +en tout ou en partie par des interprètes qui seront attachés à cet +effet, en nombre suffisant, à la Bibliothèque publique.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XXXVI</span>.</p> + +<p>Il sera établi, soit au Louvre, soit au Collège des Quatre Nations, une +Imprimerie pourvue de tous les caractères à l'usage des Sciences, de +ceux des Langues anciennes et modernes, laquelle sera destinée au +service des classes de l'Institut.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XXXVII</span>.</p> + +<p>Pour mettre de l'ordre et de l'unité dans ce grand établissement, il +sera formé un comité central qui sera composé de vingt membres; +chacune des vingt classes de l'Institut ayant le droit d'en nommer un.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XXXVIII</span>.</p> + +<p>Ces élections seront renouvellées tous les ans par les classes +respectives de l'Institut, au scrutin et à la majorité des suffrages. +<span class="pagenum"><a id="page203" name="page203"></a>(p.203)</span></p> + +<p class="center"><span class="sper">XXXIX</span>.</p> + +<p>Le comité central de l'Institut nommera au scrutin et à la majorité +absolue, un Directeur et un Secrétaire.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XL</span>.</p> + +<p>Le comité central de l'Institut s'assemblera deux fois chaque mois, et +plus souvent s'il y a lieu.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XLI</span>.</p> + +<p>Ses fonctions seront de surveiller les travaux de l'Institut, de +stipuler en général pour ses intérêts, c'est-à-dire, pour ceux des +Lettres, des Sciences et des Arts; de s'assurer de l'exactitude des +Professeurs à remplir leurs devoirs; de répondre aux demandes qui +pourront lui être faites concernant l'Instruction publique, de la part +des Départemens, Districts ou Municipalités; de régler les différens +qui pourront s'élever entre les classes, et de proposer les +améliorations à faire, soit dans l'Institut, soit dans les +établissemens qui lui seront annexés.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XLII</span>.</p> + +<p>Lorsque les divisions ou classes de l'Institut, voulant fixer +l'attention publique sur un sujet de méditation ou d'étude, auront +besoin de fonds extraordinaires, soit pour proposer des prix, soit +pour faire une suite d'expériences et de recherches, elles +s'adresseront au comité central, lequel fera parvenir son vœu à +l'Assemblée Nationale, après avoir jugé <span class="pagenum"><a id="page204" name="page204"></a>(p.204)</span> s'il n'y a pas pour +cette fois un trop grand nombre de demandes de ce genre faites par les +classes de l'Institut, qui devront se concerter entre elles pour +l'ordre et le succès de leurs travaux.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XLIII</span>.</p> + +<p>Les Commissaires pour l'Instruction publique seront chargés de +surveiller la partie administrative de l'Institut national et des +établissemens qui lui seront annexés, et d'y maintenir l'exécution de +la loi. Les patentes des membres de l'Institut et des Professeurs +seront remises par eux; ils assisteront aux séances du comité central +avec lequel ils concourront, de tous leur moyens, aux progrès des +Sciences et des Arts.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XLIV</span>.</p> + +<p>Les membres intimes des Académies et sociétés savantes<a name="FNanchor_12_12" id="FNanchor_12_12"></a><a href="#Footnote_12_12" class="fnanchor">[12]</a>, telles +qu'elles existent dans l'ordre actuel, seront remplacés <span class="pagenum"><a id="page205" name="page205"></a>(p.205)</span> dans +les classes respectives de l'Institut projetté. On suivra dans ce +remplacement l'ordre de l'ancienneté de réception, dans les Académies +ou Sociétés. Lorsque le nombre des places arrêtées pour les divisions +ou classes de l'Institut sera rempli, ceux qui, conformément à ce +Décret, y auront des droits, seront rangés, toujours suivant l'ordre +de leur réception, dans une classe de surnuméraires qui jouiront des +mêmes droits que les autres auxquels ils succéderont, comme il est +réglé ci-après.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XLV</span>.</p> + +<p>Lorsqu'il vaquera une place parmi les membres de divisions ou classes +de l'Institut, elle sera remplie par le plus ancien des surnuméraires, +tant qu'il y en aura. Lorsqu'il en aura vaqué deux, il sera en outre +nommé un nouveau membre qui prendra place à la suite de tous les +surnuméraires. A l'avenir ce titre sera pour toujours supprimé dans +l'Institut.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XLVI</span>.</p> + +<p>A l'avenir, les pensions attribuées à l'Institut, seront réparties à +raison de l'ancienneté de réception dans les divisions et dans les +classes dont cet établissement est formé. Il ne sera rien innové à +l'égard des pensions accordées jusqu'à ce jour par les Académies ou +Sociétés savantes, à ceux de leurs membres qui seront remplacés dans +l'Institut.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XLVII</span>.</p> + +<p>Les classes d'associés honoraires, établies dans les Académies, sont +abolies. <span class="pagenum"><a id="page206" name="page206"></a>(p.206)</span></p> + +<p class="center"><span class="sper">XLVIII</span>.</p> + +<p>Ceux qui, dans les Académies ou Sociétés savantes actuelles, occupent +des places d'associés libres, seront conservés avec le même titre près +des divisions ou classes respectives de l'Institut, dans lequel il n'y +aura plus d'associés libres à l'avenir.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XLIX</span>.</p> + +<p>Il sera libre aux divisions ou classes de l'Institut, de s'attacher, +sous les noms d'associés et de correspondans règnicoles ou étrangers, +les personnes qui pourront les aider dans leurs travaux.</p> + +<p class="center">L.</p> + +<p>Les titulaires des chaires conservées continueront, en se conformant +aux nouvelles lois, les fonctions de leur enseignement; et jusqu'à ce +que l'Institut soit formé, ils feront, comme ci-devant, avec les mêmes +honoraires qu'ils ont reçus jusqu'ici, les leçons dont ils ont été +chargés.</p> + +<p class="center"><span class="sper">LI</span>.</p> + +<p>Les titulaires des chaires supprimées par l'article premier, seront +nommés de préférence à celles dont l'enseignement est le même dans le +nouvel Institut.</p> + +<p class="center"><span class="sper">LII</span>.</p> + +<p>Les commissaires de l'instruction, nommeront, pour la première fois +seulement, sur la présentation du comité central, <span class="pagenum"><a id="page207" name="page207"></a>(p.207)</span> les +membres qui devront composer les classes de nouvelles création; +savoir: les classes premières, deuxième et dixième de la première +section, et les classes neuvième et dixième de la seconde section de +l'Institut, ainsi que les Professeurs des chaires nouvellement +établies. Toutes les classes de l'Institut étant ainsi complettes, +éliront elles-mêmes les associés et les Professeurs, conformément aux +règles prescrites par les présens Décrets.</p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">DES BIBLIOTHÈQUES</span>.</h3> +<p class="p4"></p> +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p> + +<p>Il y aura dans chaque Département une Bibliothèque, sous l'inspection +particulière du Directoire du Département; et dans les villes où il se +trouvera une Bibliothèque de Municipalité déjà établie, elle pourra +servir de Bibliothèque de Département, et sera sous la surveillance du +Directoire du Département.</p> + +<p>Les quatre premiers articles du présent Décret seulement, ne sont +point relatifs aux établissemens littéraires de Paris.</p> + +<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p> + +<p>Chaque Bibliothèque sera plus ou moins considérable, selon la +proportion de l'étendue et de la population, des richesses littéraires +ou même des Contributions du Département.</p> + +<p>Les volumes dont elles seront composées, seront prélevés dans les +Bibliothèques ecclésiastiques et des communautés <span class="pagenum"><a id="page208" name="page208"></a>(p.208)</span> +Religieuses, et dans celles des autres établissemens supprimés, après +toutefois que l'état desdits livres aura été préalablement dressé et +envoyé aux Commissaires de l'Instruction publique, qui donneront +autorisation et détermineront l'emploi, ou le mode de la vente du +surplus.</p> + +<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p> + +<p>Il ne pourra y avoir pour chaque Bibliothèque moins de deux ni plus de +quatre Bibliothécaires.</p> + +<p>Le premier ne pourra avoir moins de 1,500 livres, ni plus de 3,000 +livres.</p> + +<p>Chacun des autres 2,000 livres au plus, et au moins 1,000 livres.</p> + +<p>Il sera pourvu par un réglement aux sommes nécessaires pour les achats +des livres, les frais de Bureau, entretien des bâtimens et autres +dépenses.</p> + +<p>Le Bibliothécaire principal sera nommé par le Département: les +Bibliothécaires seront choisis, autant qu'il sera possible, parmi les +Sujets des Congrégations Ecclésiastiques supprimées.</p> + +<p>Le Bibliothécaire de chaque Département sera tenu de correspondre +exactement et dans les formes qui seront prescrites par un réglement +particulier, avec le Commissaire de l'Instruction publique, chargé +spécialement de l'administration des Bibliothèques. <span class="pagenum"><a id="page209" name="page209"></a>(p.209)</span></p> + +<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p> + +<p>Le directoire de chaque Département veillera avec soin, à ce que le +Bibliothécaire du Département se procure promptement deux exemplaires +bien conditionnés de chaque livre nouveau imprimé dans son ressort.</p> + +<p>L'un des deux restera dans la Bibliothèque du Département, l'autre +sera adressé aussitôt à la Bibliothèque générale établie à Paris, dont +il sera fait mention article V. Ce dernier établissement remboursera +le montant de cette dépense au Département, si le livre ne vient pas +de la libéralité de l'Auteur, Éditeur, ou Libraire.</p> + +<p class="center">V.</p> + +<p>Il sera formé à Paris un établissement, sous le titre de Bibliothèque +nationale, faisant, partie de l'Institut, entretenu aux frais du +Trésor public, et divisé en six établissemens, pour le plus grand +avantage de ceux qui cultivent les Sciences.</p> + +<p>Chacun d'eux prendra le nom de la science à laquelle il sera +particulièrement affecté.</p> + +<p>Le principal établissement restera quant à présent, rue de Richelieu, +et contiendra la réunion de tous les livres, dans toutes les matières, +ainsi que les collections de divers genres qu'il renferme déjà, ou qui +pourroient y être jointes; les cinq autres seront distribués dans les +quartiers de la Capitale où ils pourront être le plus utiles, et +contiendront chacun de 40,000 à 80,000 volumes: chacun de ces cinq +établissement sera affecté particulièrement à chacune des cinq +divisions <span class="pagenum"><a id="page210" name="page210"></a>(p.210)</span> des matières de Bibliographie, et en contiendra +les ouvrages, indépendamment des livres élémentaires des quatre autres +divisions.</p> + +<p>Les Bibliothèques des maisons ecclésiastiques et religieuses et +établissemens supprimés serviront à enrichir et former ces cinq +dépôts; les achats ou présens des livres nouveaux les completteront +par la suite.</p> + +<p>La Bibliothèque de la Municipalité sera en même temps la Bibliothèque +du Département, conformément à l'article du présent décret; elle +embrassera toutes les matières bibliographiques, et sera augmentée et +complettée pareillement avec les livres des maisons ecclésiastiques et +religieuses, et autres établissemens supprimés, indépendamment des +acquisitions qu'elle pourra faire sur les fonds qui lui seront +affectés.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p> + +<p>Toute personne qui désirera travailler dans une Bibliothèque publique, +y sera admise tous les jours hors les Dimanches et fêtes, soit dans la +Bibliothèque, soit en présence du Bibliothécaire, dans une salle +particulière de travail, si le local permet d'en avoir une attenante +au dépôt général des livres.</p> + +<p>On n'y travaillera que pendant le jour; les Réglemens pourvoiront à la +commodité des citoyens studieux, comme à la conservation des livres.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p> + +<p>Il n'y aura plus d'obligation aux Libraires, Éditeurs et <span class="pagenum"><a id="page211" name="page211"></a>(p.211)</span> +Auteurs, de fournir des exemplaires de leurs ouvrages aux +Bibliothèques publiques.</p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">PRIX</span></h3> +<p class="p2"></p> +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">et Encouragemens</span>.</span></p> +<p class="p4"></p> + +<p>Les prix et récompenses mérités par le talent, devant être diversement +honorifiques et quelquefois pécuniaires; tantôt offerts par la +reconnoissance de la Nation, tantôt décernés par celle d'un lieu +particulier, devant se placer à côté des plus petits efforts de +l'enfance et atteindre les plus hautes conceptions du génie, sont +promis, sont assurés par l'Assemblée Nationale.</p> + +<p>Mais, à raison du grand nombre de détails nécessaires pour que toutes +les proportions soient bien observées, et qu'aucun genre de mérite ne +soit privé de son encouragement et de sa récompense, ils ne seront +déterminés et classés que d'après un réglement qui sera présenté sur +cet objet à la législature par les Commissaires de l'Instruction +publique.</p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">MÉTHODES</span></h3> +<p class="p2"></p> +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">ET LIVRES ÉLÉMENTAIRES</span>.</span></p> +<p class="p4"></p> + +<p>L'Assemblée Nationale met au rang des bienfaits publics les bons +livres élémentaires sur toutes les connoissances humaines, <span class="pagenum"><a id="page212" name="page212"></a>(p.212)</span> +les méthodes propres à agrandir et à perfectionner les facultés +principales de l'homme, les procédés bien éprouvés, destinés à +faciliter l'application des principes dans la pratique des arts; +toutes les découvertes, soit dans les arts, soit dans les sciences, et +particulièrement les ouvrages de tout genre qui serviront le mieux la +morale. Elle veut que l'Institut national mette en usage tous ses +moyens pour arriver à ces grands résultats, qu'il attache à leur +recherche tous les talens, tous les efforts de l'émulation publique, +et elle ordonne aux Commissaires de l'instruction de faire parvenir, +sans délai, aux Départemens tout ce que, sur ces divers objets, +l'institut aura, par un suffrage solemnel, recommandé à la confiance +publique.</p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">SPECTACLES</span>.</h3> +<p class="p4"></p> + +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p> + +<p>Les Commissaires de l'instruction, dont la surveillance devra +s'étendre sur les spectacles, respecteront la liberté du talent dans +le choix des sujets des différentes pièces; mais ils décideront +quelles sont les pièces qui, aux jours des fêtes nationales et à +l'occasion des grands événemens, mériteront d'être, aux frais de la +Nation, représentées gratuitement.</p> + +<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p> + +<p>Les pièces de théâtre feront un des objets particuliers pour lesquels, +d'après le vœu prononcé et soutenu de l'opinion publique, et sur le +jugement motivé de l'Institut, il sera accordé des prix et des +récompenses nationales. <span class="pagenum"><a id="page213" name="page213"></a>(p.213)</span></p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">FÊTES</span>.</h3> +<p class="p4"></p> + +<p>L'Assemblée Nationale ayant décrété constitutionnellement qu'il seroit +établi des fêtes nationales, mais jugeant que la périodicité pourroit +en affoiblir l'intérêt, si elle s'étendoit sur un grand nombre, +ordonne que deux fêtes seulement seront établies pour tout le Royaume; +l'une, sous le nom de la liberté, qui sera célébrée tous les ans le 14 +Juillet; l'autre, en faveur de l'égalité, qui sera fixée au 4 Août. +Elle laisse aux Directoires des Départemens le soin de donner à ces +fêtes toute la solemnité qu'elles requièrent, comme aussi la faculté +d'en établir de particulières, lorsque des circonstances locales ou +même des événemens généraux leur paroîtront le demander: elle charge +les Commissaires de l'instruction publique de présenter, le plutôt +possible, au Corps législatif un mode général d'organisation pour ces +fêtes.</p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">ÉDUCATION DES FEMMES</span>.</h3> +<p class="p4"></p> + +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p> + +<p>Les filles ne pourront être admises aux Écoles primaires que jusqu'à +l'âge de huit ans.</p> + +<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p> + +<p>Après cet âge, l'Assemblée Nationale invite les pères <span class="pagenum"><a id="page214" name="page214"></a>(p.214)</span> et +mères à ne confier qu'à eux-mêmes l'éducation de leurs filles, et leur +rappelle que c'est leur premier devoir.</p> + +<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p> + +<p>Il sera pourvu, dans chaque Département, aux moyens de former des +établissemens destinés à procurer aux filles qui sortiront des Écoles +primaires ou de la première éducation paternelle, la facilité +d'apprendre des métiers convenables à leur sexe.</p> + +<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p> + +<p>Il sera pourvu aussi, par les Départemens, à l'établissement d'un +nombre suffisant de maisons d'éducation pour les filles qui ne +pourront être élevées dans la maison paternelle.</p> + +<p class="center">V.</p> + +<p>Ces maisons seront dirigées par des Institutrices nommées par les +Directoires des Départemens.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p> + +<p>Les Départemens prescriront des règles à ces établissemens, veilleront +à leur exécution, pourront destituer les Institutrices dont la +conduite ne répondroit pas à la confiance publique.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p> + +<p>Ils fixeront le prix des pensionnats et les traitemens <span class="pagenum"><a id="page215" name="page215"></a>(p.215)</span> des +Institutrices, et les proportionneront aux objets d'enseignement +qu'elles seront capables de professer pour leurs Élèves.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VIII</span>.</p> + +<p>Toutes les instructions données aux Élèves dans les maisons +d'éducation publique, tendront particulièrement à préparer les filles +aux vertus de la vie domestique, et aux talens utiles dans le +gouvernement d'une famille.</p> + +<p class="p4"></p> +<h3><span class="sper">DES COMMISSAIRES</span></h3> + +<p class="center"><span class="sper">DE</span></p> + +<h3><span class="sper">L'INSTRUCTION PUBLIQUE</span>.</h3> +<p class="p4"></p> +<hr class="c15" /> +<p class="p4"></p> +<p class="font95">Les Commissaires de l'instruction publique, sont établis pour réunir +en un centre commun, et répandre dans tout l'Empire tous les moyens +d'instruction propres à maintenir l'unité des principes et à +perfectionner cette partie essentielle de l'organisation sociale.</p> + +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p> + +<p>Il sera établi à Paris une Administration centrale sous le nom de +Commission générale de l'Instruction publique. Ses Membres seront au +nombre de six, et auront le titre de Commissaires de l'instruction +publique. <span class="pagenum"><a id="page216" name="page216"></a>(p.216)</span></p> + +<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p> + +<p>Il sera établi, sous chaque Commissaire, un Inspecteur. Les +Inspecteurs pourront, être momentanément envoyés dans les divers +Établissemens d'instruction du Royaume, lorsque la Commission le +jugera nécessaire.</p> + +<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p> + +<p>Les Commissaires et Inspecteurs seront nommés par le Roi, qui pourra +ensuite les suspendre de leurs fonctions; mais l'instruction étant la +première défense contre les abus de l'autorité, leur destitution ne +pourra être prononcée que sur un jugement du Corps législatif.</p> + +<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p> + +<p>Les Commissaires se partageront entr'eux les divers objets de +l'instruction, et chacun fera exécuter, sous sa responsabilité, les +Lois relatives à la partie dont il aura été chargé.</p> + +<p class="center">V.</p> + +<p>Ils auront sous leur surveillance tout ce qui tient à l'instruction, +tout ce qui concerne les prix et concours qui seront ouverts pour tous +les objets d'utilité publique, les Spectacles, les Fêtes Nationales, +les Arts, les Bibliothèques publiques formée de celles des Maisons +religieuses, la Bibliothèque Nationale, la Correspondance de toutes +les Bibliothèques.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p> + +<p>Il sera nommé dans chaque Directoire de Département, <span class="pagenum"><a id="page217" name="page217"></a>(p.217)</span> un +membre chargé de la surveillance de ce qui concerne l'instruction; il +sera tenu de donner connoissance tant de l'état que des besoins de +l'instruction publique dans le Département.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p> + +<p>Tous les biens et revenus destinés à l'Éducation publique seront sous +la surveillance des Commissaires: ils rendront compte, tous les ans, à +l'Assemblée législative de la situation de ces biens.</p> + +<p class="center"><span class="sper">VIII</span>.</p> + +<p>Ils présenteront, chaque année, à l'Assemblée législative un état des +progrès de l'instruction dans toutes les parties du Royaume.</p> + +<p class="center"><span class="sper">IX</span>.</p> + +<p>Ils nommeront, pour la première fois, aux places de nouvelle création +dont la nomination n'aura pas été attribuée aux Corps administratifs, +et rendront un compte public des motifs de leurs choix.</p> + +<p class="center">X.</p> + +<p>Ils seront tenus de présenter au Corps législatif, dans le plus court +délai possible, et dans l'ordre des besoins pressans, des projets de +réglement sur tous les objets de détail qui ne se trouveront points +compris dans les articles précédens. <span class="pagenum"><a id="page218" name="page218"></a>(p.218)</span></p> + +<p class="center"><span class="sper">XI</span>.</p> + +<p>La Commission générale nommera son Secrétaire et les Employés des +Bureaux: elle présentera à l'Assemblée législative l'état des Employés +nécessaires, pour, ledit état, être décrété ainsi qu'il conviendra.</p> + +<p class="center"><span class="sper">XII</span>.</p> + +<p>Le traitement des Commissaires sera de 15,000 livres, celui des +Inspecteurs de 8,000 livres.</p> + + +<p class="blockquote"><span class="italic">Nota.</span> Il nous eut semblé possible et conforme aux principes +d'attacher davantage l'instruction publique au Corps législatif; mais +un Décret ayant déjà placé cet objet sous la surveillance active d'un +des Départemens du Pouvoir exécutif, nous avons dû nous conformer à +cette disposition; nous avons seulement recherché des moyens pour que +l'Administration nouvelle, à qui l'Instruction sera spécialement +confiée, contenue par l'opinion autant que par sa responsabilité, ne +s'écartât point de son but, et favorisât la plus entière et la plus +libre propagation des lumières.</p> + +<p class="p2"></p> +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Liberté de L'enseignement</span>.</span></p> +<p class="p2"></p> + +<p>Il sera libre à tous particuliers en se soumettant aux Lois générales +sur l'enseignement public, de former des établissemens d'instruction; +ils seront tenus seulement d'en instruire la Municipalité, et de +publier leurs réglemens. <span class="pagenum"><a id="page219" name="page219"></a>(p.219)</span></p> + +<p class="p2"></p> +<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Prolongation provisoire de l'enseignement actuel</span>.</span></p> +<p class="p2"></p> + +<p>Les Universités et corporations chargées maintenant de l'Instruction +publique continueront leurs fonctions jusqu'au parfait établissement +des nouveaux moyens d'Instruction qui devront leur succéder; après +quoi elles seront supprimées.<a name="FNanchor_13_13" id="FNanchor_13_13"></a><a href="#Footnote_13_13" class="fnanchor">[13]</a>.</p> +<p class="p8"></p> + +<div class="footnotes"><h3>NOTES:</h3> +<div class="footnote"> +<p><a name="Footnote_1_1" id="Footnote_1_1"></a><a href="#FNanchor_1_1"><span class="label">[1]</span></a> La longueur ainsi que la sévérité de notre travail nous +interdisent sur ce sujet des détails auxquels il eût été agréable de +se livrer. Ceux qui désireront des développemens pleins d'intérêt, +pourront lire MM. Barthelemi, Paw et Cabanis.</p> + +<p><a name="Footnote_2_2" id="Footnote_2_2"></a><a href="#FNanchor_2_2"><span class="label">[2]</span></a> On peut offrir aux Départemens comme un modèle de ce +genre d'établissement un Mémoire adressé à l'Assemblée Nationale par +une Artiste ingénieuse (M<sup>me</sup> Guyard) qui, dans cet ouvrage, a su +annoblir les arts en les associant au commerce, et les appliquant aux +progrès de l'industrie.</p> + +<p><a name="Footnote_3_3" id="Footnote_3_3"></a><a href="#FNanchor_3_3"><span class="label">[3]</span></a> Ces cinq articles ne doivent être en effet regardés que +comme un simple apperçu, comme une esquisse de ce que peut être la +division par cours. On conçoit un grand nombre de combinaisons +différentes, et peut-être une division plus prononcée et autrement +graduée: celle-là pourtant nous a paru suffire et se rapprocher, plus +que toute autre, de l'ancien enseignement qu'il seroit difficile de +renverser tout-à-coup; cependant il sera utile que les Commissaires de +l'instruction publique se concertent, avant le Décret définitif, avec +les personnes à-la-fois les plus éclairées et les plus intéressées à +la chose. Nous pensons aussi que le Décret, quel qu'il soit, doit +laisser, quant à l'exécution, une grande latitude aux Professeurs: car +on enseigne mal ce qu'on n'enseigne pas librement.</p> + +<p><a name="Footnote_4_4" id="Footnote_4_4"></a><a href="#FNanchor_4_4"><span class="label">[4]</span></a> Ces écoles pourroient être placées à Paris, Rennes, +Strasbourg, Bourges, Dijon, Besançon, Bordeaux, Toulouse, Lyon, Aix.</p> + +<p><a name="Footnote_5_5" id="Footnote_5_5"></a><a href="#FNanchor_5_5"><span class="label">[5]</span></a> Ces retraites ne paroîtront pas trop fortes, lorsqu'on +pensera qu'elles ne sont calculées que sur un traitement fixe qui est +fort inférieur à l'ensemble des émolumens dont jouissent les membres +des Facultés de Droit. Les chaires de Paris rapportoient 8 à 9,000 +livres; l'éméritat n'est calculé que sur 3,000 liv.</p> + +<p><a name="Footnote_6_6" id="Footnote_6_6"></a><a href="#FNanchor_6_6"><span class="label">[6]</span></a> Il y a, dans le Royaume, vingt Facultés de Droit. Celle +de Paris, à raison du nombre des individus qui la composent, équivaut +à trois. Sous ce rapport, on peut supposer vingt-deux facultés. +Chacune, l'une dans l'autre, peut être évaluée à six personnes, en +tout, cent trente-deux. Le vingtième à-peu-près de ces personnes n'a +pas prêté le serment. En outre, le vingtième des places sont vacantes. +Ainsi restent environ cent vingt personnes en activité.</p> + +<p><a name="Footnote_7_7" id="Footnote_7_7"></a><a href="#FNanchor_7_7"><span class="label">[7]</span></a> L'inégalité du nombre des membres de chacune des classes +dans ces deux grandes sections de l'Institut, a paru nécessaire: 1º. +parce que tous les genres d'étude et de savoir ne sont pas également +utiles et ne doivent pas être également cultivés; 2º. parce que +certains ordres de connoissances n'existant que dans l'Institut, il a +paru convenable de chercher à les y multiplier. L'Algèbre et la +Géométrie transcendante sont dans ce cas. D'autres parties, telles que +la Chimie, l'Anatomie, etc. trouveront ailleurs des encouragemens.</p> + +<p>Cette inégalité des membres de chacune des classes est d'ailleurs sans +inconvénient: 1º. parce que les pensions seront dorénavant +distribuées à raison de l'ancienneté, considérée dans toute l'étendue +de la division ou classe; 2º. parce que, dans aucun cas, les classes +de la Section n'auront à se contrebalancer entre elles.</p> + +<p><a name="Footnote_8_8" id="Footnote_8_8"></a><a href="#FNanchor_8_8"><span class="label">[8]</span></a> On laisse ce nombre indéterminé, parce que plusieurs de +ces écoles ne sont pas encore établies, et que toutes celles qui +existent, doivent subir une réforme; mais ces chaires, destinées à un +enseignement élémentaire, sont d'une nature tout-à-fait différente de +celles dont il est parlé plus haut.</p> + +<p><a name="Footnote_9_9" id="Footnote_9_9"></a><a href="#FNanchor_9_9"><span class="label">[9]</span></a> C'est principalement pour cultiver les plantes dont elle +envoie les graines comme essais aux Départemens, que la classe +d'Agriculture a besoin de cet emplacement, qui ne devra pas être bien +considérable.</p> + +<p><a name="Footnote_10_10" id="Footnote_10_10"></a><a href="#FNanchor_10_10"><span class="label">[10]</span></a> Ainsi, chaque établissement relatif aux Sciences et aux +Lettres, et destiné à la conservation, soit des livres et manuscrits, +soit des médailles, soit des tableaux et statues, soit des divers +morceaux d'Histoire naturelle, d'Anatomie, etc., etc., sera confié à +des Directeurs responsables, qui administreront sous la surveillance +d'un des Commissaires du Roi, dont il est parlé article XLIII et +XLIV.</p> + +<p><a name="Footnote_11_11" id="Footnote_11_11"></a><a href="#FNanchor_11_11"><span class="label">[11]</span></a> L'Institut National a besoin de trois sortes +d'emplacemens: le premier, pour ses séances; le second, pour les +collections qui lui sont nécessaires; le troisième, pour les +laboratoires et les leçons que doivent donner les Professeurs.</p> + +<p><a name="Footnote_12_12" id="Footnote_12_12"></a><a href="#FNanchor_12_12"><span class="label">[12]</span></a> <span class="italic">Nota.</span> Les Académies et Sociétés savantes sont:</p> +<p>1º. L'Académie Françoise;<br /> +2º. L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres;<br /> +3º. L'Académie des Sciences;<br /> +4º. Le Collège Royal;<br /> +5º. La Société de Médecine;<br /> +6º. L'Académie de Chirurgie;<br /> +7º. La Société d'Agriculture;<br /> +8º. L'Académie de Peinture et de Sculpture;<br /> +9º. L'Académie d'Architecture;<br /> +10º. Les Écoles de Chant et de Déclamation.</p> + +<p><a name="Footnote_13_13" id="Footnote_13_13"></a><a href="#FNanchor_13_13"><span class="label">[13]</span></a> L'Assemblée Nationale décidera si, par son Décret du [date laissée en blanc] à +l'époque duquel aucune des parties de l'instruction n'étoit organisée, +elle a entendu exclure les Membres des Législatures des emplois +nombreux relatifs à l'instruction publique.</p></div> +</div> +<p class="p6"></p> +<h3>FIN.</h3> + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Rapport sur l'Instruction Publique, +les 10, 11 et 19 Septembre 1791, by Maurice Talleyrand-Périgord + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RAPPORT SUR L'INSTRUCTION *** + +***** This file should be named 26336-h.htm or 26336-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/2/6/3/3/26336/ + +Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink and the +Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net +(This file was produced from images generously made +available by the Bibliothèque nationale de France +(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. 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Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + + +</pre> + +</body> +</html> diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. 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