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+The Project Gutenberg EBook of Rapport sur l'Instruction Publique, les 10,
+11 et 19 Septembre 1791, by Maurice Talleyrand-Périgord
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+
+Title: Rapport sur l'Instruction Publique, les 10, 11 et 19 Septembre 1791
+ fait au nom du Comité de Constitution à l'Assemblée Nationale
+
+Author: Maurice Talleyrand-Périgord
+
+Release Date: August 17, 2008 [EBook #26336]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RAPPORT SUR L'INSTRUCTION ***
+
+
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+
+Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink and the
+Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
+(This file was produced from images generously made
+available by the Bibliothèque nationale de France
+(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
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+Note au lecteur de ce ficher électronique:
+Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été
+corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée.
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+
+RAPPORT
+
+SUR
+
+L'INSTRUCTION PUBLIQUE,
+
+FAIT
+
+AU NOM DU COMITÉ DE CONSTITUTION
+
+A L'ASSEMBLÉE NATIONALE,
+
+les 10, 11 et 19 Septembre 1791,
+
+par M. DE TALLEYRAND-PÉRIGORD,
+
+Ancien Évêque d'Autun.
+
+PAR ORDRE DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE.
+
+
+
+A PARIS,
+
+DE L'IMPRIMERIE NATIONALE.
+
+M. DCC. XCI.
+
+
+
+
+THE FRENCH REVOLUTION RESEARCH COLLECTION
+
+LES ARCHIVES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
+
+
+
+MAXWELL
+Headington Hill Hall, Oxford OX3 OBW, UK
+
+
+
+DE
+
+L'INSTRUCTION
+
+PUBLIQUE.
+
+
+
+
+RAPPORT
+
+SUR
+
+L'INSTRUCTION PUBLIQUE,
+
+_Fait au nom du Comité de Constitution, par M. de_ TALLEYRAND-PÉRIGORD,
+_ancien Évêque d'Autun_, _Administrateur du Département de Paris_.
+
+
+LES pouvoirs publics sont organisés: la liberté, l'égalité existent
+sous la garde toute-puissante des Lois; la propriété a retrouvé ses
+véritables bases; et pourtant la Constitution pourroit sembler
+incomplette, si l'on n'y attachoit enfin, comme partie conservatrice
+et vivifiante, L'INSTRUCTION PUBLIQUE, que sans doute on auroit le
+droit d'appeller un pouvoir, puisqu'elle embrasse un ordre de
+fonctions distinctes qui doivent agir sans relâche sur le
+perfectionnement du Corps Politique et sur la prospérité générale.
+
+Nous ne chercherons pas ici à faire ressortir la nullité ou les vices
+innombrables de ce qu'on a nommé jusqu'à ce jour _Instruction_. Même sous
+l'ancien ordre de choses, on ne pouvoit arrêter sa pensée sur la
+barbarie de nos institutions, sans être effrayé de cette privation
+totale de lumières, qui s'étendoit sur la grande majorité des hommes;
+sans être révolté ensuite et des opinions déplorables que l'on jettoit
+dans l'esprit de ceux qui n'étoient pas tout-à-fait dévoués à
+l'ignorance, et des préjugés de tous les genres dont on les
+nourrissoit, et de la discordance, ou plutôt de l'opposition absolue
+qui existoit entre ce qu'un enfant étoit contraint d'apprendre, et ce
+qu'un homme étoit tenu de faire; enfin, de cette déférence aveugle
+et persévérance pour des usages dès long-temps surannés, qui, nous
+replaçant sans cesse à l'époque où tout le savoir étoit concentré dans
+les Cloîtres, sembloit encore, après plus de dix siècles, destiner
+l'universalité des Citoyens à habiter des Monastères.
+
+Toutefois ces choquantes contradictions, et de plus grandes encore,
+n'auroient pas dû surprendre: elles devoient naturellement exister là
+où constitutionnellement tout étoit hors de sa place: où tant
+d'intérêts se réunissoient pour tromper, pour dégrader l'espèce
+humaine; où la nature du Gouvernement repoussoit les principes dans
+tout ce qui n'étoit pas destiné à flatter ses erreurs; où tout
+sembloit faire une nécessité d'apprendre aux hommes, dès l'enfance, à
+composer avec des préjugés, au milieu desquels ils étoient appellés à
+vivre et à mourir; où il falloit les accoutumer à contraindre leur
+pensée, puisque la Loi elle-même leur disoit avec menace qu'ils n'en
+étoient pas les maîtres; et où, enfin, une prudence pusillanime, qui
+osoit se nommer vertu, s'étoit fait un devoir de distraire leur esprit
+de ce qui pouvoit un jour leur rappeller des droits qu'il ne leur
+étoit pas permis d'invoquer: et telle avoit été, sous ces rapports,
+l'influence de l'opinion publique elle-même, qu'on étoit parvenu à
+pouvoir présenter à la jeunesse l'histoire des anciens Peuples libres,
+à échauffer son imagination par le récit de leurs héroïques vertus, à
+la faire vivre, en un mot, au milieu de Sparte et de Rome, sans que le
+pouvoir le plus absolu eut rien à redouter de l'impression que
+devoient produire ces grands et mémorables exemples. Aimons pourtant à
+rappeller que, même alors, il s'est trouvé des hommes dont les
+courageuses leçons sembloient appartenir aux plus beaux jours de la
+liberté: et, sans insulter à de trop excusables erreurs, jouissons
+avec reconnoissance des bienfaits de l'esprit humain, qui, dans toutes
+les époques, a su préparer, à l'insçu du despotisme, la révolution
+qui vient de s'accomplir.
+
+Or si, à ces diverses époques, dont chaque jour nous sépare par de si
+grands intervalles, la simple raison, la saine philosophie ont pu
+réclamer, non seulement avec justice, mais souvent avec quelque espoir
+de succès, des changemens indispensables dans l'instruction publique;
+si, dans tous les temps, il a été permis d'être choqué de ce qu'elle
+n'étoit absolument en rapport avec rien, combien plus fortement
+doit-on éprouver le besoin d'une réforme totale dans un moment où elle
+est sollicitée à la fois, et par la raison de tous les Pays, et par la
+constitution particulière du nôtre.
+
+Il est impossible, en effet, de s'être pénétré de l'esprit de cette
+constitution sans y reconnoître que tous les principes invoquent les
+secours d'une instruction nouvelle.
+
+Forts de la toute-puissance nationale, vous êtes parvenus à séparer,
+dans le Corps politique, la volonté commune ou la faculté de faire des
+Lois, de l'action publique ou des divers moyens d'en assurer
+l'exécution; et c'est là qu'existera éternellement le fondement de la
+liberté politique: mais, pour le complément d'un tel système, il faut
+sans doute que cette volonté se maintienne toujours droite, toujours
+éclairée, et que les moyens d'action soient invariablement dirigés
+vers leur but: or ce double objet est évidemment sous l'influence
+directe et immédiate de l'instruction.
+
+La Loi, rappellée enfin à son origine, est redevenue ce quelle n'eût
+jamais dû cesser d'être, l'expression de la volonté commune. Mais pour
+que cette volonté, qui doit se trouver toute dans les Représentans de
+la Nation, chargés par elle d'être ses organes, ne soit pas à la merci
+des volontés éparses ou tumultueuses de la multitude souvent égarée;
+pour que ceux de qui tout pouvoir dérive ne soient pas tentés, ni
+quant à l'émission de la Loi, ni quant à son exécution, de reprendre
+inconsidérément ce qu'ils ont donné, il faut que la raison publique,
+armée de toute la puissance de l'instruction et des lumières,
+prévienne ou réprime sans cesse ces usurpations individuelles,
+destructives de tout principe, afin que le parti le plus fort soit
+aussi, et pour toujours, le parti le plus juste.
+
+Les hommes sont déclarés libres; mais ne sait-on pas que l'instruction
+aggrandit sans cesse la sphère de la liberté civile, et, seule, peut
+maintenir la liberté politique contre toutes les espèces de
+despotisme? Ne sait-on pas que, même sous la constitution la plus
+libre, l'homme ignorant est à la merci du Charlatan, et beaucoup trop
+dépendant de l'homme instruit; et qu'une instruction générale, bien
+distribuée, peut seule empêcher, non pas la supériorité des esprits
+qui est nécessaire, et qui même concourt au bien de tous, mais le trop
+grand empire que cette supériorité donneroit, si l'on condamnoit à
+l'ignorance une classe quelconque de la société? Celui qui ne sait ni
+lire, ni compter, dépend de tout ce qui l'environne: celui qui connoît
+les premiers élémens du calcul, ne dépendroit pas du génie de Newton,
+et pourroit même profiter de ses découvertes.
+
+Les hommes sont reconnus égaux: et pourtant combien cette égalité de
+droits seroit peu sentie, seroit peu réelle, au milieu de tant
+d'inégalités de fait, si l'instruction ne faisoit sans cesse effort
+pour rétablir le niveau, et pour affoiblir du moins les funestes
+disparités qu'elle ne peut détruire!
+
+Enfin, et pour tout dire, la constitution existeroit-elle
+véritablement, si elle n'existoit que dans notre code; si de-là elle
+ne jettoit ses racines dans l'âme de tous les Citoyens; si elle n'y
+imprimoit à jamais de nouveaux sentimens, de nouvelles moeurs, de
+nouvelles habitudes? Et n'est-ce pas à l'action journalière et
+toujours croissante de l'instruction, que ces grands changemens sont
+réservés?
+
+Tout proclame donc l'instante nécessité d'organiser l'instruction:
+tout nous démontre que le nouvel état des choses, élevé sur les ruines
+de tant d'abus, nécessite une création en ce genre; et la décadence
+rapide et presque spontanée des établissemens actuels qui, dans toutes
+les parties du Royaume, dépérissent comme des plantes sur un terrein
+nouveau qui les rejette, annonce clairement que le moment est venu
+d'entreprendre ce grand ouvrage.
+
+En nous livrant au travail qu'il demande, nous n'avons pu nous
+dissimuler un instant les difficultés dont il est entouré. Il en est
+de réelles, et qui tiennent à la nature d'un tel sujet. L'instruction
+est en effet un pouvoir d'une nature particulière. Il n'est donné à
+aucun homme d'en mesurer l'étendue; et la puissance nationale ne peut
+elle-même lui tracer des limites. Son objet est immense, indéfini: que
+n'embrasse-t-il pas? Depuis les élémens les plus simples des Arts,
+jusqu'aux principes les plus élevés du droit public et de la morale;
+depuis les jeux de l'enfance jusqu'aux représentations théâtrales et
+aux fêtes les plus imposantes de la Nation, tout ce qui, agissant sur
+l'âme, peut y faire naître et y graver d'utiles ou de funestes
+impressions, est essentiellement de son ressort. Ses moyens, qui vont
+toujours en se perfectionnant, doivent être diversement appliqués
+suivant les lieux, le temps, les hommes, les besoins. Plusieurs
+sciences sont encore à naître; d'autres n'existent déjà plus; les
+méthodes ne sont point fixées; les principes des sciences ne peuvent
+l'être, les opinions moins encore; et, sous aucun de ces rapports, il
+ne nous appartient d'imposer des lois à la postérité. Tel est
+néanmoins le pouvoir qu'il faut organiser.
+
+A côté de ces difficultés réelles, il en est d'autres plus
+embarrassantes peut-être, par la raison que ce n'est pas avec des
+principes qu'on parvient à les vaincre, et qu'il faut en quelque sorte
+composer avec elles. Celles-ci naissent d'une sorte de frayeur
+qu'éprouvent souvent les hommes les mieux intentionnés à la vue d'une
+grande nouveauté; toute perfection leur semble idéale; ils la
+redoutent presqu'à l'égal d'un système erroné, et souvent ils
+parviennent à la rendre impraticable, à force de répéter qu'elle
+l'est.
+
+C'est à travers ces difficultés qu'il nous a fallu marcher; mais nous
+croyons avoir écarté les plus fortes, en réduisant extrêmement les
+principes, et en nous bornant à ouvrir toutes les routes de
+l'instruction, sans prétendre fixer aucune limite à l'esprit humain,
+aux progrès duquel on ne peut assigner aucun terme.
+
+Quant aux autres difficultés, ceux qu'un trop grand changement
+effraye, ne tarderont pas à voir que, si nous avons tracé un plan pour
+chaque partie de l'instruction, c'est que dans la chose la plus
+pratique il falloit se tenir en garde contre les inconvéniens des
+principes purement spéculatifs; qu'il ne suffisoit pas de marquer le
+but, qu'il falloit aussi ouvrir les routes: mais en même temps nous
+avons pensé qu'il étoit nécessaire de laisser aux divers Départemens,
+qui connoîtront et ce qu'exigent les besoins, et ce que permettent les
+moyens de chaque lieu, à déterminer le moment où tel point en
+particulier pourra être réalisé avec avantage, comme aussi à le
+modifier dans quelques détails; car nous voulons que le passage de
+l'ancienne instruction à la nouvelle se fasse sans convulsion, et
+sur-tout sans injustice individuelle.
+
+Pour nous tracer quelque ordre dans un sujet aussi vaste, nous avons
+considéré l'instruction sous les divers rapports qu'elle nous a paru
+présenter à l'esprit.
+
+L'instruction en général a pour but de perfectionner l'homme dans
+tous les âges, et de faire servir sans cesse à l'avantage de chacun et
+au profit de l'association entière les lumières, l'expérience, et
+jusqu'aux erreurs des générations précédentes.
+
+Un des caractères les plus frappans dans l'homme est la
+_perfectibilité_; et ce caractère, sensible dans l'individu, l'est
+bien plus encore dans l'espèce: car peut-être n'est-il pas impossible
+de dire de tel homme en particulier, qu'il est parvenu au point où il
+pouvoit atteindre, et il le sera éternellement de l'affirmer de
+l'espèce entière, dont la richesse intellectuelle et morale s'accroît
+sans interruption de tous les produits des siècles antérieurs.
+
+Les hommes arrivent sur la terre, avec des facultés diverses, qui sont
+à-la-fois les instrumens de leur bien-être et les moyens d'accomplir
+la destinée à laquelle la société les appelle; mais ces facultés,
+d'abord inactives, ont besoin et du temps, et des choses, et des
+hommes pour recevoir leur entier développement, pour acquérir toute
+leur énergie; mais chaque individu entre dans la vie avec une
+ignorance profonde sur ce qu'il peut et doit être un jour; c'est à
+l'instruction à le lui montrer; c'est à elle à fortifier, à accroître
+ses moyens naturels de tous ceux que l'association fait naître, et que
+le temps accumule. Elle est l'art plus ou moins perfectionné de mettre
+les hommes en toute valeur, tant pour eux que pour leurs semblables;
+de leur apprendre à jouir pleinement de leurs droits, à respecter et
+remplir facilement tous leurs devoirs; en un mot, à vivre heureux et à
+vivre utiles; et de préparer ainsi la solution du problème, le plus
+difficile peut-être des sociétés, qui consiste dans la meilleure
+distribution des hommes.
+
+On doit considérer en effet la Société, comme un vaste attelier. Il ne
+suffit pas que tous y travaillent; il faut que tous y soient à leur
+place, sans quoi il y a opposition de forces, au lieu du concours qui
+les multiplie. Qui ne sait qu'un petit nombre, distribué avec
+intelligence, doit faire plus et mieux qu'un plus grand, doué des
+mêmes moyens, mais différemment placé? La plus grande de toutes les
+économies, puisque c'est l'économie des hommes, consiste donc à les
+mettre dans leur véritable position: or il est incontestable qu'un bon
+système d'instruction est le premier des moyens pour y parvenir.
+
+Comment le former ce système? Il sera sans doute, sous beaucoup de
+rapports, l'ouvrage du temps épuré par l'expérience; mais il est
+essentiel d'en accélérer l'époque. Il faut donc en indiquer les bases,
+et reconnoître les principes dont il doit être le développement
+progressif.
+
+L'instruction peut être considérée comme un produit de là Société,
+comme une source de biens pour la Société; comme une source également
+féconde de biens pour les individus.
+
+Et d'abord, il est impossible de concevoir une réunion d'hommes, un
+assemblage d'êtres intelligens, sans y appercevoir aussitôt des moyens
+d'instruction. Ces moyens naissent de la libre communication des
+idées, comme aussi de l'action réciproque des intérêts. C'est alors
+sur-tout qu'il est vrai, de dire que les hommes sont disciples de tout
+ce qui les entoure: mais ces élémens d'instruction, ainsi
+universellement répandus, ont besoin d'être réunis, combinés, et
+dirigés, pour qu'il en résulte un art, c'est-à-dire, un moyen prompt
+et facile de faire arriver à chacun, par des routes sûres, la part
+d'instruction qui lui est nécessaire. Dans une heureuse combinaison de
+ces moyens réside le vrai système d'instruction.
+
+Sous ce premier point de vue, l'instruction réclame les principes
+suivans.
+
+1º. Elle doit exister pour tous: car puisqu'elle est un des résultats,
+aussi bien qu'un des avantage de l'association, on doit conclure
+qu'elle est un bien commun des associés: nul ne peut donc en être
+légitimement exclus; et celui-là, qui a le moins de propriétés
+privées, semble même avoir un droit de plus pour participer à cette
+propriété commune.
+
+2º. Ce principe se lie à un autre. Si chacun a le droit de recevoir
+les bienfaits de l'instruction, chacun a réciproquement le droit de
+concourir à les répandre: car c'est du concours et de la rivalité des
+efforts individuels que naîtra toujours le plus grand bien. La
+confiance doit seule déterminer les choix pour les fonctions
+instructives; mais tous les talens sont appellés de droit à disputer
+ce prix de l'estime publique. Tout privilège est, par sa nature,
+odieux: un privilège, en matière d'instruction, seroit plus odieux et
+plus absurde encore.
+
+3º. L'instruction, quant à son objet, doit être universelle: car c'est
+alors qu'elle est véritablement un bien commun, dans lequel chacun
+peut s'approprier la part qui lui convient. Les diverses connoissances
+qu'elle embrasse, peuvent ne pas paroître également utiles; mais il
+n'en est aucune qui ne le soit véritablement, qui ne puisse le devenir
+davantage, et qui par conséquent doive être rejettée ou négligée. Il
+existe d'ailleurs entr'elles une éternelle alliance, une dépendance
+réciproque; car elles ont toutes, dans la raison de l'homme, un point
+commun de réunion, de telle sorte que nécessairement l'une s'enrichit
+et se fortifie par l'autre: de là il résulte que, dans une société
+bien organisée, quoique personne ne puisse parvenir à tout savoir, il
+faut néanmoins qu'il soit possible de tout apprendre.
+
+4º. L'Instruction doit exister pour l'un et l'autre sexe; cela est
+trop évident: car, puisqu'elle est un bien commun, sur quel principe
+l'un des deux pourroit-il en être déshérité par la Société protectrice
+des droits de tous?
+
+5º. Enfin elle doit exister pour tous les âges. C'est un préjugé de
+l'habitude de ne voir toujours en elle que l'institution de la
+jeunesse. L'instruction doit conserver et perfectionner ceux qu'elle
+a déjà formés: elle est d'ailleurs un bienfait social et universel;
+elle doit donc naturellement s'appliquer à tous les âges, si tous les
+âges en sont susceptibles: or qui ne voit qu'il n'en est aucun où les
+facultés humaines ne puissent être utilement exercées, où l'homme ne
+puisse être affermi dans d'heureuses habitudes, encouragé à faire le
+bien, éclairé sur les moyens de l'opérer: et qu'est-ce que tous ces
+secours, si ce n'est des émanations du Pouvoir instructif?
+
+De ces principes qui ne sont, à proprement parler, que des
+conséquences du premier, naissent des conséquences ultérieures et déjà
+clairement indiquées.
+
+Puisque l'Instruction doit exister pour tous, il faut donc qu'il
+existe des établissemens qui la propagent dans chaque partie de
+l'Empire, en raison de ses besoins, du nombre de ses habitans, et de
+ses rapports dans l'association politique.
+
+Puisque chacun a le droit de concourir à la répandre, il faut donc que
+tout privilège exclusif sur l'Instruction soit aboli sans retour.
+
+Puisqu'elle doit être universelle, il faut donc que la Société
+encourage, facilite tous les genres d'enseignement, et en même-temps
+qu'elle protège spécialement ceux dont l'utilité actuelle et immédiate
+sera le plus généralement reconnue et le plus appropriée à la
+constitution et aux moeurs nationales.
+
+Puisque l'instruction doit exister pour chaque sexe, il faut donc
+créer promptement des écoles, et pour l'un, et pour l'autre; mais il
+faut aussi créer pour elles des principes d'instruction: car ce ne
+sont pas les écoles, mais les principes qui les dirigent, qu'il faut
+regarder comme les véritables propagateurs de l'instruction.
+
+Enfin, puisqu'elle doit exister pour tous les âges, il faut ne pas
+s'occuper exclusivement, comme on l'a fait jusqu'à ce jour parmi nous,
+d'établissemens pour la jeunesse; il faut aussi créer, organiser des
+institutions d'un autre ordre qui soient pour les hommes de tout âge,
+de tout état, et dans les diverses positions de la vie, des sources
+fécondes d'instruction et de bonheur.
+
+L'Instruction, considérée dans ses rapports avec l'avantage de la
+Société, exige, comme principe fondamental, qu'il soit enseigné à tous
+les hommes:
+
+1º. A connoître la Constitution de cette Société;--2º. A la
+défendre;--3º. A la perfectionner;--4º. Et, avant tout, à se pénétrer
+des principes de la morale qui est antérieure à toute Constitution, et
+qui, plus qu'elle encore, est la sauve-garde et la caution du bonheur
+public.
+
+De-là diverses conséquences relatives à la constitution Françoise.
+
+Il faut apprendre à connoître la Constitution. Il faut donc que la
+Déclaration des droits et les principes constitutionnels composent à
+l'avenir un nouveau catéchisme pour l'enfance, qui sera enseigné
+jusques dans les plus petites écoles du Royaume. Vainement on a voulu
+calomnier cette Déclaration: c'est dans les droits de tous que se
+trouveront éternellement les devoirs de chacun.
+
+Il faut apprendre à défendre la Constitution. Il faut donc que
+par-tout la jeunesse se forme, dans cet esprit, aux exercices
+militaires, et que par conséquent il existe un grand nombre d'écoles
+générales, où toutes les parties de cette science soient complettement
+enseignées: car le moyen de faire rarement usage de la force est de
+bien connoître l'art de l'employer.
+
+Il faut apprendre à perfectionner la Constitution. En faisant serment
+de la défendre, nous n'avons pu renoncer, ni pour nos descendans, ni
+pour nous-mêmes, au droit et à l'espoir de l'améliorer. Il
+importeroit donc que toutes les branches de l'art social pussent être
+cultivées dans la nouvelle instruction; mais cette idée, dans toute
+l'étendue qu'elle présente à l'esprit, seroit d'une exécution
+difficile au moment où la Science commence à peine à naître. Toutefois
+il n'est pas permis de l'abandonner, et il faut du moins encourager
+tous les essais, tous les établissement partiels en ce genre, afin que
+le plus noble, le plus utile des arts ne soit pas privé de tout
+enseignement.
+
+Il faut apprendre à se pénétrer de la morale, qui est le premier
+besoin de toutes les Constitutions. Il faut donc, non-seulement qu'on
+la grave dans tous les coeurs par la voie du sentiment et de la
+conscience, mais aussi qu'on l'enseigne comme une science véritable,
+dont les principes seront démontrés à la raison de tous les hommes, à
+celle de tous les âges. C'est par là seulement qu'elle résistera à
+toutes les épreuves. On a gémi long-temps de voir les hommes de toutes
+les nations, de toutes les religions, la faire dépendre exclusivement
+de cette multitude d'opinions qui les divisent. Il en est résulté de
+grands maux: car en la livrant à l'incertitude, souvent à l'absurdité,
+on l'a nécessairement compromise, on l'a rendue versatile et
+chancelante. Il est temps de l'asseoir sur ses propres bases; il est
+temps de montrer aux hommes que, si de funestes divisions les
+séparent, il est du moins dans la morale un rendez-vous commun où ils
+doivent tous se réfugier et se réunir. Il faut donc en quelque sorte
+la détacher de tout ce qui n'est pas elle, pour la rattacher ensuite à
+ce qui mérite notre assentiment et notre hommage, à ce qui doit lui
+prêter son appui. Ce changement est simple; il ne blesse rien;
+sur-tout il est possible. Comment ne pas voir en effet qu'abstraction
+faite de tout système, de toute opinion, et en ne considérant dans les
+hommes que leurs rapports avec les autres hommes, on peut leur
+enseigner ce qui est bon, ce qui est juste, le leur faire aimer, leur
+faire trouver du bonheur dans les actions honnêtes, du tourment dans
+celles qui ne le sont pas, former enfin de bonne heure leur esprit et
+leur conscience, et les rendre l'un et l'autre sensibles à la moindre
+impression de tout ce qui est mal. La nature a pour cela fait de
+grandes avances; elle a doué l'homme de la raison et de la compassion:
+par la première, il est éclairé sur ce qui est juste; par la seconde,
+il est attiré vers ce qui est bon: voilà le double principe de toute
+morale. Mais cette nouvelle partie de l'instruction, pour être bien
+enseignée, exige un ouvrage élémentaire, simple, à la fois clair et
+profond. Il est digne de l'Assemblée Nationale d'appeller sur un tel
+objet les veilles et les méditations de tous les vrais Philosophes.
+
+L'instruction, comme source d'avantages pour les individus, demande
+que toutes les facultés de l'homme soient exercées; car c'est à leur
+exercice bien réglé qu'est attaché son bonheur, et c'est en les
+avertissant toutes, qu'on est sûr de décider la faculté distinctive de
+chaque homme.
+
+Ainsi l'instruction doit s'étendre sur toutes les facultés,
+_physiques_, _intellectuelles_, _morales_.
+
+_Physiques._ C'est une étrange bizarrerie de la plupart de nos
+éducations modernes de ne destiner au corps que des délassemens. Il
+faut travailler à conserver sa santé, à augmenter sa force, à lui
+donner de l'adresse, de l'agilité: car ce sont-là de véritables
+avantages pour l'individu. Ce n'est pas tout: ces qualités sont le
+principe de l'industrie, et l'industrie de chacun crée sans cesse des
+jouissances pour les autres. Enfin la raison découvre dans les
+différens exercices de la Gymnastique, si cultivée parmi les Anciens,
+si négligée parmi nous, d'autres rapports encore qui intéressent
+particulièrement la morale et la société. Il importe donc, sous tous
+les points de vue, d'en faire un objet capital de l'instruction.
+
+_Intellectuelles._ Elles ont été divisées en trois classes:
+_l'Imagination_, _la Mémoire_ et _la Raison_. A la première ont paru
+appartenir les beaux Arts et les Belles-Lettres; à la seconde,
+l'Histoire, les Langues; à la troisième, les Sciences exactes. Mais
+cette division déjà ancienne, et les classifications qui en dépendent,
+sont loin d'être irrévocablement fixées: déjà même elles sont
+regardées comme incomplettes et absolument arbitraires par ceux qui en
+ont soumis le principe à une analyse réfléchie; toutefois il n'y a nul
+inconvénient à les employer encore comme formant la dernière carte des
+connoissances humaines. L'essentiel est que, dans tous les
+établissemens complets, l'Instruction s'étende sur les objets qu'elles
+renferment, sans exclure aucun de ceux qui pourroient n'y être pas
+indiqués. C'est au temps à faire le reste.
+
+_Morales._ On ne les a, jusqu'à ce jour, ni classées, ni définies, ni
+analysées; et peut-être une telle entreprise seroit-elle hors des
+moyens de l'esprit humain; mais on sait qu'il est un sens interne, un
+sentiment prompt, indépendant de toute réflexion, qui appartient à
+l'homme et paroît n'appartenir qu'à l'homme seul. Sans lui, ainsi
+qu'il a été déjà dit, on peut connoître le bien; par lui seul on
+l'affectionne, et l'on contracte l'habitude de le pratiquer sans
+efforts. Il est donc essentiel d'avertir, de cultiver, et sur-tout de
+diriger de bonne heure une telle faculté, puisqu'elle est en quelque
+sorte le complément des moyens de vertu et de bonheur.
+
+En rapprochant les divers points de vue sous lesquels nous avons
+considéré l'instruction, nous en avons déduit les règles suivantes sur
+la répartition de l'enseignement.
+
+Il doit exister pour tous les hommes une première instruction commune
+à tous. Il doit exister pour un grand nombre une instruction qui tende
+à donner un plus grand développement aux facultés, et éclairer chaque
+élève sur sa destination particulière. Il doit exister pour un
+certain nombre une instruction spéciale et approfondie, nécessaire à
+divers états dont la Société doit retirer de grands avantages.
+
+La première instruction seroit placée dans chaque canton, ou plus
+exactement, dans chaque division qui renferme une assemblée primaire;
+la seconde, dans chaque District; la troisième, répondroit à chaque
+Département; afin que par-là chacun put trouver, ou chez soi, ou
+autour de soi, tout ce qu'il lui importe de connoître.
+
+De-là une distribution graduelle, une hiérarchie instructive
+correspondante à la hiérarchie de l'administration.
+
+Cette distribution ne doit pas au reste être purement topographique.
+Il faut que l'instruction s'allie le plus possible au nouvel état des
+choses, et qu'elle présente, dans ces diverses gradations, des
+rapports avec la nouvelle constitution. Voici l'idée que nous nous en
+sommes faite.
+
+Près des Assemblées primaires qui sont les _unités_ du Corps politique,
+les premiers élémens nationaux, se place naturellement la première
+école, l'école élémentaire. Cette école est pour l'enfance, et ne doit
+comprendre que des documens généraux, applicables à toutes les
+conditions. C'est au moment où les facultés intellectuelles annoncent
+l'être qui sera doué de la raison, que la Société doit en quelque
+sorte introduire un enfant dans la vie sociale, et lui apprendre à la
+fois ce qu'il faut pour être un jour un bon citoyen et pour vivre
+heureux. On ne sait encore quelle place il occupera dans cette
+société; mais on sait qu'il a le droit d'y être bien et d'aspirer à en
+être un jour un membre utile; il faut donc lui faire connoître ce qui
+est nécessaire et pour l'un et pour l'autre.
+
+Au-dessus des Assemblées primaires s'élèvent, dans la hiérarchie
+administrative, celles de District, dont les fonctions sont presque
+toutes préparatoires, et dont les membres se composent d'un petit
+nombre pris dans ces Assemblées primaires: de même aussi au-delà des
+premières écoles seront établies dans chaque District, des écoles
+moyennes ouvertes à tout le monde, mais destinées néanmoins, par la
+nature des choses, à un petit nombre seulement d'entre les élèves des
+écoles primaires. On sent en effet qu'au sortir de la première
+instruction, qui est la portion commune du patrimoine que la Société
+répartit à tous, le grand nombre, entraîné par la loi du besoin, doit
+prendre sa direction vers un état promptement productif; que ceux qui
+sont appellés par la nature à des professions mécaniques,
+s'empresseront, (sauf quelques exceptions) à retourner dans la maison
+paternelle, ou à se former dans des atteliers; et que ce seroit une
+véritable folie, une sorte de bienfaisance cruelle, de vouloir faire
+parcourir à tous, les divers dégrés d'une instruction inutile et par
+conséquent nuisible au plus grand nombre. Cette seconde instruction
+sera donc pour ceux qui, n'étant appellés, ni par goût, ni par besoin,
+à des occupations mécaniques, ou aux fonctions de l'agriculture,
+aspirent à d'autres professions, ou cherchent uniquement à cultiver, à
+orner leur raison et à donner à leurs facultés un plus grand
+développement. Là, n'est donc pas encore la dernière instruction: car
+le choix d'un état n'est point fait. Il s'agit seulement de s'y
+disposer; il s'agit de reconnoître, dans le développement prompt de
+celle des facultés qui semble distinguer chaque individu, l'indication
+du voeu de la nature pour le choix d'un état préférablement à tout
+autre. D'où il suit que cette instruction doit présenter un grand
+nombre d'objets, et néanmoins qu'aucun de ces objets ne doit être trop
+approfondi, puisque ce n'est encore là qu'un enseignement
+préparatoire.
+
+Enfin, dans l'échelle administrative se trouve placée au sommet
+l'administration de Département, et à ce degré d'administration doit
+correspondre le dernier degré de l'Instruction, qui est l'Instruction
+nécessaire aux divers états de la Société. Ces états sont en grand
+nombre; mais on doit ici les réduire beaucoup: car il ne faut un
+établissement national que pour ceux dont la pratique exige une longue
+théorie, et dans l'exercice desquels les erreurs seroient funestes à
+la Société. L'état de Ministre de la religion, celui d'Homme de loi,
+celui de Médecin, qui comprend l'état de Chirurgien, enfin, celui de
+Militaire: voilà les états qui présentent ce caractère. Ce dernier
+même semblerait d'abord pouvoir ne pas y être compris, par la raison
+que, dans plusieurs de ses parties, il peut être utilement exercé dès
+le jour même qu'on s'y destine, mais comme il y en a de
+très-multipliées qui demandent une instruction profonde; comme il
+importe au salut de tous que, dans l'art difficile d'employer et de
+diriger la force publique, nous ne soyons inférieurs à aucune autre
+Puissance; comme enfin, d'après nos principes constitutionnels chacun
+est appellé, à remplir des fonctions militaires, il nous a semblé
+qu'il étoit nécessaire de le comprendre aussi dans la classe des états
+auxquels la Société destinera des établissemens particuliers.
+
+Par là répondront aux divers degrés de la hiérarchie administrative
+les différentes gradations de l'Instruction publique; et de même
+qu'au-delà de toutes les administrations, se trouve placé le premier
+organe de la Nation, le Corps législatif, investi de toute la force de
+la volonté publique; ainsi, tant pour le complément de l'Instruction,
+que pour le rapide avancement de la science, il existera dans le
+chef-lieu de l'Empire, et comme au faîte de toutes les Instructions,
+une École plus particulièrement nationale, un _Institut_ universel
+qui, s'enrichissant des lumières de toutes les parties de la France,
+présentera sans cesse la réunion des moyens les plus heureusement
+combinés pour l'enseignement des connoissances humaines et leur
+accroissement indéfini. Cet institut, placé dans la Capitale, cette
+patrie naturelle des arts, au milieu des grands modèles de tous les
+genres qui honorent la Nation, nous a paru correspondre, sous plus
+d'un rapport dans la hiérarchie instructive, au Corps législateur
+lui-même, non qu'il puisse jamais s'arroger le droit d'imposer des
+lois ou d'en surveiller l'exécution, mais parce que, se trouvant
+naturellement le centre d'une correspondance toujours renouvellée avec
+tous les Départemens, il est destiné, par la force des choses, à
+exercer une sorte d'empire, celui que donne une confiance toujours
+libre et toujours méritée; que, réunissant des moyens dont l'ensemble
+ne peut se trouver que là, il deviendra, par le privilège légitime de
+la supériorité, le propagateur des principes et le véritable
+législateur des méthodes; qu'à l'instar du Corps législatif, ses
+membres seront aussi l'élite des hommes instruits de toutes les
+parties de la France, et que les élèves eux-mêmes, dont la première
+éducation distinguée par des succès méritera d'être perfectionnée pour
+le plus grand bien de la Nation, étant choisis dans chaque Département
+pour être envoyés à cette École, ainsi qu'il sera expliqué ci-après,
+seront, en vertu d'un tel choix, comme les jeunes Députés, si non
+encore de la confiance, au moins de l'espérance nationale.
+
+Cette hiérarchie ainsi exposée, il paroîtroit naturel de passer à
+l'indication des objets et des moyens d'instruction, pour chacun des
+degrés que nous venons de marquer; mais auparavant, il est une
+question à résoudre et sur laquelle les bons esprits eux-mêmes sont
+partagés; c'est celle qui regarde la _gratuité_ de l'Instruction.
+
+Il doit exister une Instruction gratuite: le principe est
+incontestable; mais jusqu'à quel point doit-elle être gratuite? sur
+quels objets seulement doit-elle l'être? quelles sont, en un mot, les
+limites de ce grand bienfait de la Société envers ses membres?
+
+Quelque difficulté semble d'abord obscurcir cette question. D'une
+part, lorsqu'on réfléchit sur l'organisation sociale et sur la nature
+des dépenses publiques, on ne se fait pas tout de suite à l'idée
+qu'une Nation puisse donner gratuitement à ses membres, puisque,
+n'existant que par eux, elle n'a rien qu'elle ne tienne d'eux. D'autre
+part, le Trésor national ne se composant que des contributions dont le
+prélèvement est toujours douloureux aux individus, on se sent
+naturellement porté à vouloir en restreindre l'emploi, et l'on regarde
+comme une conquête tout ce qu'on s'abstient de payer au nom de la
+Société.
+
+Des réflexions simples fixeront sur ce point les idées.
+
+Qu'on ne perde pas de vue qu'une Société quelconque, par cela même
+qu'elle existe, est soumise à des dépenses générales, ne fut-ce que
+pour les frais indispensables de toute association: de-là résulte la
+nécessité de former un fonds à l'aide des contributions particulières.
+
+De l'emploi de ce fonds naissent, dans une Société bien ordonnée, par
+un effet de la distribution et de la séparation des travaux publics,
+d'incalculables avantages pour chaque individu, acquis à peu de frais
+par chacun d'eux.
+
+Ou plutôt la contribution, qui semble d'abord être une atteinte à la
+propriété, est, sous un bon régime, un principe réel d'accroissement
+pour toutes les propriétés individuelles.
+
+Car chacun reçoit en retour le bienfait inestimable de la protection
+sociale qui multiplie pour lui les moyens, et par conséquent les
+propriétés: et de plus, délivré d'une foule de travaux auxquels il
+n'auroit pu se soustraire, il acquiert la faculté de se livrer, autant
+qu'il le désire, à ceux qu'il s'impose lui-même, et par-là de les
+rendre aussi productifs qu'ils peuvent l'être.
+
+C'est donc à juste titre que la Société est dite accorder
+_gratuitement_ un bienfait, lorsque, par le secours de contributions
+justement établies et impartialement réparties, elle en fait jouir
+tous ses membres, sans qu'ils soient tenus d'aucune dépense nouvelle.
+
+Reste à déterminer seulement dans quel cas et sur quel principe elle
+doit appliquer ainsi une partie des contributions; car, sans
+approfondir la théorie de l'impôt, on sent qu'il doit y avoir un
+terme, passé lequel, les contributions seroient un fardeau dont aucun
+emploi ne pourroit ni justifier, ni compenser l'énormité. On sent
+aussi que la Société, considérée en corps, ne peut ni tout faire, ni
+tout ordonner, ni tout payer, puisque, s'étant formée principalement
+pour assurer et étendre la liberté individuelle, elle doit
+habituellement laisser agir plutôt que faire elle-même.
+
+Il est certain qu'elle doit d'abord payer ce qui est nécessaire pour
+la défendre et la gouverner, puisqu'avant tout, elle doit pourvoir à
+son existence.
+
+Il ne l'est pas moins qu'elle doit payer ce qu'exigent les diverses
+fins pour lesquelles elle existe, par conséquent ce qui est nécessaire
+pour assurer à chacun sa liberté et sa propriété; pour écarter des
+associés une foule de maux auxquels ils seroient sans cesse exposés
+hors de l'état de société; enfin, pour les faire jouir des biens
+publics qui doivent naître d'une bonne association: car voilà les
+trois fins pour lesquelles toute Société s'est formée; et, comme il
+est évident que l'Instruction tiendra toujours un des premiers rangs
+parmi ces biens, il faut conclure que la Société doit aussi payer tout
+ce qui est nécessaire pour que l'Instruction parvienne à chacun de
+ses membres.
+
+Mais s'en suit-il de-là que toute espèce d'Instruction doive être
+accordée gratuitement à chaque individu? Non.
+
+La seule que la Société doive avec la plus entière gratuité, est celle
+qui est essentiellement commune à tous, parce qu'elle est nécessaire à
+tous. Le simple énoncé de cette proposition en renferme la preuve: car
+il est évident que c'est dans le trésor commun que doit être prise la
+dépense nécessaire pour un bien commun; or l'Instruction primaire est
+absolument et rigoureusement commune à tous, puisqu'elle doit
+comprendre les élémens de ce qui est indispensable, quelqu'état que
+l'on embrasse. D'ailleurs, son but principal est d'apprendre aux
+enfans à devenir un jour des citoyens. Elle les initie en quelque
+sorte dans la Société, en leur montrant les principales lois qui la
+gouvernent, les premiers moyens pour y exister: or n'est-il pas juste
+qu'on fasse connoître à tous gratuitement ce que l'on doit regarder
+comme les conditions mêmes de l'association dans laquelle on les
+invite d'entrer? Cette première instruction nous a donc paru une dette
+rigoureuse de la Société envers tous. Il faut qu'elle l'acquitte sans
+aucune restriction.
+
+Quant aux diverses parties d'Instruction qui seront enseignées dans
+les Écoles de District et de Département, ou dans l'Institut, comme
+elles ne sont point en ce sens communes à tous, quoiqu'elles soient
+accessibles à tous, la Société n'en doit nullement l'application
+gratuite à ceux qui librement voudront les apprendre. Il est bien vrai
+que, puisqu'il doit en résulter un grand avantage pour la Société,
+elle doit pourvoir à ce qu'elles existent. Elle doit par conséquent se
+charger envers les Instituteurs de la part rigoureusement nécessaire
+de leur traitement, en sorte, que dans aucun cas, leur existence et
+le sort de l'établissement ne puissent être compromis; elle doit
+organisation, protection, même secours à ces divers établissemens:
+elle doit faire, en un mot, tout ce qui sera nécessaire pour que
+l'enseignement y soit bon, qu'il s'y perpétue et qu'il s'y
+perfectionne; mais comme ceux qui fréquenteront ces Écoles, en
+recueilleront aussi un avantage très-réel, il est parfaitement juste
+qu'ils supportent une partie des frais, et que ce soit eux qui
+ajoutent à l'existence de leurs Instituteurs les moyens d'aisance qui
+allégeront leurs travaux, et qui s'accroîtront par la confiance qu'ils
+auront inspirée. Il ne conviendroit, sous aucun rapport, que la
+Société s'imposât la loi de donner pour rien les moyens de parvenir à
+des états qui, en proportion du succès, doivent être très-productifs
+pour celui qui les embrasse.
+
+A ces motifs de raison et de justice s'unissent de grands motifs de
+convenance. On a pu mille fois remarquer que, parmi la foule d'Élèves
+que la vanité des parens jettoit inconsidérément dans nos anciennes
+Écoles ouvertes gratuitement à tout le monde, un grand nombre,
+parvenus à la fin des études qu'on y cultivoit, n'en étoient pas plus
+propres aux divers états dont elles étoient les préliminaires, et
+qu'ils n'y avoient gagné qu'un dégoût insurmontable pour les
+professions honorables et dédaignées auxquelles la nature les avoient
+appellés; de telle sorte qu'ils devenoient des êtres très-embarrassans
+dans la Société. Maintenant qu'il y aura une rétribution quelconque à
+donner, qui stimulera à-la-fois le Professeur et l'élève, il est clair
+que les parens ne seront plus tentés d'être les victimes d'une vanité
+mal entendue, et que par-là l'agriculture et les métiers, dont un sot
+orgueil éloignoit sans cesse, reprendront et conserveront tous ceux
+qui sont véritablement destinés à les cultiver.
+
+Mais si la Nation n'est point obligée, si même elle n'a pas le droit
+de s'imposer de telles avances, il est une exception honorable qu'elle
+est tenue de consacrer: c'est celle que la nature elle-même semble
+avoir faite en accordant le talent. Destiné à être un jour le
+bienfaiteur de la Société, il faut que, par une reconnoissance
+anticipée, il soit encouragé par elle; qu'elle le soigne, qu'elle
+écarte d'autour de lui tout ce qui pourroit arrêter ou retarder sa
+marche; il faut que, quelque part qu'il existe, il puisse librement
+parcourir tous les degrés de l'Instruction; que l'Élève des Écoles
+primaires qui a manifesté des dispositions précieuses qui l'appellent
+à l'École supérieure, y parvienne aux dépens de la Société, s'il est
+pauvre; que de l'École de District, lorsqu'il s'y distinguera, il
+puisse s'élever sans obstacle, et encore à titre de récompense à
+l'École plus savante du Département, et ainsi de degré en degré et par
+un choix toujours plus sévère, jusqu'à l'_Institut national_.
+
+Par-là aucun talent véritable ne se trouvera perdu ni négligé, et la
+Société aura entièrement acquitté sa dette. Mais on sent qu'un tel
+bienfait ne doit pas être prodigué, soit parce qu'il est pris sur la
+fortune publique dont on doit se montrer avare, soit aussi parce qu'il
+est dangereux de trop encourager les demi-talens.
+
+Ainsi, la gratuité de l'Instruction s'étendra jusqu'où elle doit
+s'étendre: elle aura pourtant encore des bornes; mais ces bornes sont
+indiquées par la raison: il étoit nécessaire de les poser.
+
+Toute la question sur l'Instruction gratuite se résume donc en fort
+peu de mots.
+
+Il est une Instruction absolument nécessaire à tous. La Société la
+doit à tous: non-seulement elle en doit les moyens, elle doit aussi
+l'application de ces moyens.
+
+Il est une instruction qui, sans être nécessaire à tous, est pourtant
+nécessaire dans la Société en même-temps qu'elle est utile à ceux qui
+la possèdent. La Société doit en assurer les moyens; mais c'est aussi
+aux individus qui en profitent, à prendre sur eux une partie des frais
+de l'application.
+
+Il est enfin une Instruction qui, étant nécessaire dans la Société,
+paroît lui devoir être beaucoup plus profitable, si elle parvient à
+certains individus qui annoncent des dispositions particulières. La
+Société, pour son intérêt autant que pour sa gloire, doit donc à ces
+individus, non pas seulement l'existence des moyens d'Instruction,
+mais encore tout ce qu'il faut pour qu'ils puissent en faire usage.
+
+Ces principes une fois posés, leur vérité sentie, leur nécessité
+reconnue, il faut passer à l'application, et organiser ces
+Institutions diverses que nous n'avons fait qu'indiquer. Cette
+organisation doit comprendre à-la-fois et les objets et les moyens
+d'Instruction pour chacune d'elles; ce qui est nécessaire pour
+qu'elles existent, pour qu'elles soient utiles, pour qu'elles se
+perpétuent, pour qu'elles s'améliorent.
+
+ * * * * *
+
+AVANT d'entrer dans l'organisation des établissemens d'instruction,
+j'observe qu'il ne sera point nécessaire, que peut-être même, à raison
+de l'insuffisance des moyens dans quelques Départemens, il seroit
+dangereux que cette organisation, prise dans son ensemble, s'établit
+tout-à-coup dans tout le Royaume; car c'est sur-tout en matière
+d'instruction qu'il faut que chaque établissement soit provoqué par le
+besoin, par l'opinion, par la confiance. Il faut que tout arrive, mais
+que tout arrive à temps.
+
+J'observe aussi que des inégalités inévitables entre les Départemens
+doivent rompre, dans quelques points, cette uniformité de plan que
+nous avons tracée: ainsi, lorsqu'au jugement de l'Administration
+supérieure du lieu, on ne pourra dans un Département, dans un
+District, et même dans un canton, réunir le nombre d'Instituteurs
+nécessaires, ou que d'autres localités présenteront des obstacles à la
+formation d'un établissement d'instruction, il faudra, pour que tout
+marche, pour que sur-tout il n'y ait point de lacune dans
+l'instruction publique, que chacune de ces sections puisse s'associer
+à une section correspondante pour le genre d'enseignement qui lui est
+attribué. De-là résulteront de nouveaux liens entre tous les
+Départemens du Royaume et entre toutes les subdivisions de chaque
+Département. Ce que nous présentons ici aux différens Départemens est
+donc moins ce qu'ils sont tenus de faire aujourd'hui, que ce qu'ils
+doivent préparer, que ce qu'ils doivent commencer aussitôt qu'ils en
+auront rassemblé les moyens.
+
+Nous nous sommes assurés que Paris étoit en état, avoit même besoin de
+recevoir toutes ces institutions nouvelles; il est instant de les y
+établir, afin que toutes les parties du Royaume voyent promptement en
+activité un modèle dont chacun, suivant sa localité, pourra se
+rapprocher. En vous présentant un plan général d'organisation, il a
+donc été naturel, presque nécessaire, que nous en fissions
+l'application directe à ce Département.
+
+Ces observations par lesquelles nous nous sommes interrompus, en
+quelque sorte, nous-mêmes, mais qu'il étoit peut-être indispensable de
+faire, nous ramènent avec plus de sécurité au développement de nos
+idées.
+
+
+
+
+_ÉCOLES PRIMAIRES._
+
+
+JUSQU'A l'âge de six à sept ans, l'Instruction publique ne peut guère
+atteindre l'enfance: ses facultés sont trop foibles, trop peu
+développées: elles demandent des soins trop particuliers, trop
+exclusifs. Jusqu'alors il a fallu la nourrir, la soigner, la
+fortifier, la rendre heureuse: c'est le devoir des mères. L'Assemblée
+Nationale, loin de contrarier en cela le voeu de la nature, le
+respectera, au point de s'interdire toute Loi à cet égard: elle
+pensera qu'il suffit de les rappeller à ces fonctions touchantes par
+le sentiment même de leur bonheur, et de consacrer, par le plus
+éclatant suffrage, les immortelles leçons que leur a données l'Auteur
+d'_Émile_.
+
+Mais à-peu-près vers l'âge de sept ans, un enfant pourra être admis
+aux Écoles _primaires_. Nous disons _admis_, pour écarter toute idée
+de contrainte. La Nation offre à tous le grand bienfait, de
+l'Instruction; mais elle ne l'impose à personne. Elle sait que chaque
+famille est aussi une École _primaire_, dont le père est le chef; que
+ses instructions, si elles sont moins énergiques, sont aussi plus
+persuasives, plus pénétrantes; qu'une tendresse active peut souvent
+suppléer à des moyens dont l'ensemble n'existe que dans une
+instruction commune: elle pense, elle espère que les vrais principes
+pénétreront insensiblement, de ces nombreuses institutions, dans le
+sein des familles, et en banniront les préjugés de tout genre qui
+corrompent l'éducation domestique: elle respectera donc des éternelles
+convenances de la Nature qui, mettant sous la sauve-garde de la
+tendresse paternelle le bonheur des enfans, laisse au père le soin de
+prononcer sur ce qui leur importe davantage jusqu'au moment où, soumis
+à des devoirs personnels, ils ont le droit de se décider eux-mêmes.
+Elle se défendra des erreurs de cette République austère qui, pour
+établir une éducation strictement nationale, osa d'abord ravir le
+titre de Citoyen à la majorité de ses Habitans, qu'elle réduisit à la
+plus monstrueuse servitude, et se vit ensuite obligée de briser tous
+les liens des familles, tous les droits de la paternité, par des Lois
+contre lesquelles s'est soulevée dans tous les temps la voix de la
+nature; elle saura atteindre au même but, mais par des voies
+légitimes; elle apprendra, elle inculquera de bonne heure aux enfans
+qu'ils ne sont pas destinés à vivre uniquement pour eux; que bientôt
+ils vont faire partie intégrante d'un tout auquel ils doivent leurs
+sentimens et souvent leurs volontés; et qu'un intérêt qui n'est
+qu'individuel, par-là même qu'il isole l'homme, le dégrade et détruit
+pour lui tout droit aux avantages que dispense la société: enfin elle
+se contentera d'inviter les parens, au nom de l'intérêt public, à
+envoyer leurs enfans à l'instruction commune, comme à la source des
+plus pures leçons, et au véritable apprentissage de la vie sociale.
+
+Cette instruction première, nous l'avons dit, est la dette véritable
+de la Société envers ses Membres; elle doit donc comprendre des
+documens généraux, nécessaires à tous, et dont l'ensemble puisse être
+regardé comme l'introduction de l'enfance dans la Société. Ce
+caractère nous a paru désigner les objets suivans.
+
+1º Les principes de la langue nationale, soit parlée, soit écrite: car
+le premier besoin social est la communication des idées et des
+sentimens. Les règles élémentaires du calcul seront placées presque au
+même rang, puisque le calcul est aussi une langue abrégée dont les
+rapports inévitables de la Société rendent à tous l'usage nécessaire.
+Il y faut joindre celles du toisé qui est l'application du calcul à la
+mesure des héritages et des bâtimens, objets de l'intérêt journalier
+des Citoyens, et par rapport auxquels des lumières générales peuvent
+prévenir ou terminer la plupart des contestations qui les divisent.
+
+2º. Les élémens de la Religion: car si c'est un malheur de l'ignorer,
+c'en est un plus grand peut-être de la mal connoître.
+
+3º. Les principes de la morale: car elle est à la fois, et pour tous,
+le bonheur de l'âme, le supplément nécessaire des Lois, et la caution
+véritable des hommes réunis par le besoin, et trop souvent divisés par
+l'intérêt.
+
+4º. Les principes de la Constitution: car on ne peut trop-tôt faire
+connoître et, trop-tôt faire apprécier cette Constitution sous
+laquelle on doit vivre, et que bientôt on doit jurer de défendre au
+péril de sa vie.
+
+5º. Ce que demandent à cet âge les facultés _physiques_,
+_intellectuelles_ et _morales_.--_Physiques_, c'est-à-dire, des leçons ou
+plutôt des exercices propres à conserver, à fortifier, à développer le
+corps, et à le disposer pour l'avenir à quelque travail mécanique. Il
+faut, de bonne heure, leur apprendre quelques principes du dessin, de
+l'arpentage; leur donner le coup-d'oeil juste, la main sûre, les
+habitudes promptes: car ce sont là des élémens pour tous les métiers,
+et des moyens d'économiser le temps: tout cela est donc nécessaire,
+tout cela l'est pour tous, et l'on ne peut trop faire sentir aux
+enfans, quels qu'ils soient, que le travail est le principe de toute
+chose; que nul n'est tenu de travailler pour un autre, et qu'on n'est
+complettement libre qu'autant qu'on ne dépend pas d'autrui pour
+subsister.--_Intellectuelles._ Nous avons vu plus haut qu'on les avoit
+divisées en trois; la _raison_, la _mémoire_, l'_imagination_. Ce
+n'est pas encore le moment d'exercer cette dernière faculté: car elle
+est presque nulle dans l'enfance; elle tient à une sensibilité qui
+n'est pas de cet âge, et elle a besoin, pour exister, d'une réunion
+d'idées, de sensations, de souvenirs qui supposent quelque expérience
+dans la vie; mais il est nécessaire d'offrir à leur _raison_, non les
+hautes sciences qui la fatigueroient sans l'éclairer, mais la clef de
+toutes les sciences, c'est-à-dire, une logique pour leur âge; car il
+en est une. Leur raison n'est pas forte; mais elle est pure; mais elle
+est libre; ils ne voyent pas loin; mais ils voyent communément juste;
+ils voyent du moins ce qui est, en attendant qu'on leur montre ce qui
+doit être, et l'on est souvent étonné de tout le raisonnement qu'ils
+mettent dans ce qui les intéresse. La logique est bien plus à leur
+portée que la métaphysique des langues que néanmoins on se tourmente à
+leur faire entendre: et enfin il est parfaitement constitutionnel de
+leur apprendre de bonne heure qu'ils sont destinés à obéir à la
+raison, à la Loi, mais à n'obéir qu'à elles.--Il faut offrir à leur
+_mémoire_ la partie des connoissances élémentaires, soit
+géographiques, soit historiques, soit botaniques, qui leur feront
+aimer davantage la patrie et chérir le lieu qui les a vu naître. Il en
+est d'autres qui, sans doute, orneroient leur mémoire, mais qu'on doit
+regarder comme une sorte de luxe pour le grand nombre; et il faut ici
+se renfermer dans le strict nécessaire: or quoi de plus nécessaire aux
+yeux de la Société que les connoissances qui attachent de plus en plus
+à cette Société? Il est d'ailleurs indispensable de cultiver cette
+faculté des enfans, et parce que c'est celle qui amasse des matériaux
+pour la raison, et parce qu'elle ne peut être exercée avec succès que
+dans cet âge.--Enfin, les _facultés morales_. On ne peut ici rien
+déterminer; mais on sent que c'est avec un soin particulier, avec une
+attention délicate et continue, qu'on doit éveiller et entretenir,
+particulièrement dans l'enfance et dans tous les instans, ce sens
+précieux qui fait trouver un charme au bien que l'on fait, à celui que
+l'on voit faire, et qui imprime l'honnêteté dans l'âme par l'attrait
+même du plaisir.
+
+Tels sont les divers points d'instruction qui seront enseignés dans
+les Écoles primaires. Que si le grand nombre des Élèves est tenu de
+s'arrêter à cette première instruction; si les travaux de
+l'agriculture et des arts appellent tel individu à d'autres leçons, du
+moins il aura appris ce qu'il lui sera éternellement nécessaire de
+savoir; son corps se sera utilement préparé au travail; son esprit
+aura acquis des idées saines, des connoissances premières, dont la
+trace ne s'effacera pas; son âme aura reçu, avec le germe des
+sentimens honnêtes, des actions vertueuses, ce qui doit servir à le
+développer; enfin, il sera désormais en état de s'approprier, par la
+réflexion, les inépuisables leçons qui vont découler de la seule
+existence du nouvel ordre des choses, comme aussi de tourner à son
+profit les institutions publiques dont il sera parlé bientôt, et qui
+seront le grand complément de l'instruction nationale.
+
+
+
+
+ÉCOLES DE DISTRICT.
+
+
+LES Écoles de District sont placées comme intermédiaires entre celles
+dont l'objet est nécessaire à tous, et les Écoles dont l'enseignement
+complet regarde uniquement ceux qui sont destinés à un des quatre
+états auxquels la Société consacre des établissemens particuliers.
+
+Le but de ces Écoles est de donner aux facultés individuelles un plus
+grand développement, et de disposer de loin à toutes les fonctions
+utiles de la Société. Or ce double objet, qui intéresse si directement
+le bien particulier et l'avantage commun, se trouvera rempli par une
+instruction ordonnée de telle sorte, qu'elle ne sera que la suite et
+comme la progression naturelle de l'Instruction des Écoles primaires.
+
+Ainsi, aux principes de la langue nationale succéderont, dans les
+Écoles de District, une théorie plus approfondie de l'art d'écrire et
+la connoissance de celles des langues anciennes qui conservent le
+plus de richesses pour l'esprit humain. On ajoutera, dans plusieurs de
+ces Écoles, l'enseignement d'une des langues vivantes que les
+relations locales ou nationales sembleront recommander davantage.
+
+Aux simples élémens de la Religion, on joindra l'histoire de cette
+Religion et l'exposé des titres d'après lesquels elle commande la
+croyance.
+
+Aux principes de la morale, dont l'application est si bonne dans le
+premier âge de la vie, le développement de la morale dans ses
+applications privées et publiques.
+
+Aux principes de la Constitution, qui ne peuvent être qu'indiqués à
+des enfans, une exposition développée de la déclaration des droits et
+de l'organisation des divers pouvoirs.
+
+Quant à ce qui concerne plus directement encore les facultés, un plus
+parfait développement leur sera donné de la manière suivante.
+
+_Facultés physiques._ Au lieu des exercices de l'enfance, qui ne sont
+pour la plupart que des jeux, des exercices qui supposent et donnent
+à-la-fois de la force et de l'agilité, tels que la natation,
+l'escrime, l'équitation, et même la danse.
+
+_Intellectuelles._ Au lieu d'une logique élémentaire et accommodée aux
+forces de l'esprit du premier âge, l'art du raisonnement dans toutes
+ses parties, avec l'indication des principales sources de nos erreurs.
+On offrira aussi la _raison_ des Élèves les élémens des mathématiques,
+dont la méthode est le plus parfait modèle de l'art de raisonner; ceux
+de la physique qui, dans plusieurs de ses parties, est si étroitement
+liée aux mathématiques, et les premiers élémens de la chimie, qui sont
+reconnus maintenant pour être les véritables principes de la
+physique.--On offrira à leur _mémoire_, l'histoire des Peuples libres,
+l'histoire de France, ou plutôt des François, quand il en existera
+une, et des modèles de tout genre, soit parmi les anciens, soit parmi
+les modernes; mais en l'exerçant, en l'enrichissant, on se gardera de
+la fatiguer; car, à son tour, elle fatigueroit l'esprit et pourroit
+nuire au développement naturel des idées.--On offrira à leur
+_imagination_ les règles et sur-tout les beautés de l'éloquence et de
+la poësie; les élémens de la musique et de la peinture; en un mot, le
+principe de ce qui l'émeut avec le plus de charme et de puissance.
+
+_Morales._ Il est clair que ces facultés seront bien plus utilement
+exercées, bien plus facilement développées à l'âge où les sentimens
+commencent à se raisonner; car c'est à cette époque, sur-tout, que
+tous les moyens d'imprimer l'honnêteté ont une action forte sur
+l'homme. Mais il faudra que, par d'utiles institutions, cet exercice
+soit pratiqué entre les Élèves, de telle sorte que les rapports qui
+constituent la morale, deviennent des rapports réels qui s'étendent à
+leurs yeux, et s'agrandissent chaque jour davantage.
+
+Ces divers points d'instruction vont se réaliser par un enseignement
+dont le plan s'écartera nécessairement de l'ancien.
+
+Un des changemens principaux dans la distribution consistera à diviser
+en cours ce qui étoit divisé en classes; car la division par classe ne
+répond à rien, morcelle l'enseignement, asservit, tous les ans et pour
+le même objet, à des méthodes disparates, et par-là jette de la
+confusion dans la tête des jeunes gens. La division par cours est
+naturelle: elle sépare ce qui doit être séparé: elle circonscrit
+chacune des parties de l'enseignement: elle attache davantage le
+Maître à son Élève, et établit une sorte de responsabilité qui devient
+le garant du zèle des Instituteurs.
+
+Nous graduerons, nous ordonnerons ces cours en raison de l'âge, et
+nous nous appliquerons à suivre dans leur distribution le progrès
+naturel des idées et des sensations de l'enfance. C'est cet ordre
+nécessaire que nous avons tâché d'indiquer.
+
+Cette indication annonce suffisamment que l'Instruction des
+Districts, dès qu'elle sera organisée, atteindra le but auquel elle
+est destinée, celui de parler à toutes les facultés, et d'éclairer de
+bonne heure toutes les routes de la vie, de telle sorte que chaque
+Élève reconnoisse d'une manière sûre à quelle fin la nature l'appelle;
+car, s'il n'est aucun de ces documens généraux qu'on puisse dire
+étranger à un état quelconque, si même quelques-uns d'entre eux sont
+nécessaires à tous, il n'est pas moins sensible à la réflexion que
+chacun d'eux dispose plus naturellement à un état qu'à un autre, et
+qu'ensemble ils doivent être regardés comme le premier apprentissage
+de tous les divers états.
+
+Jusqu'à présent nous n'avons présenté qu'un simple apperçu sur les
+deux premières Écoles. L'ordre de notre travail nous amènera bientôt
+au développement pratique des moyens dont la plupart sont applicables
+à toutes. Auparavant il faut connoître la division des objets qui
+formeront l'enseignement de la troisième.
+
+
+
+
+ÉCOLES DE DÉPARTEMENT.
+
+
+CHAQUE chef-lieu de Département contiendra d'abord l'École de
+District, puisqu'il offrira le même enseignement; mais il comprendra
+de plus, quoiqu'avec des différences sensibles, les Écoles nommées
+_Écoles de Département_, pour les états auxquels la Société réserve
+des moyens particuliers d'instruction.
+
+Nous annonçons des différences, parce qu'il est impossible, comme je
+l'ai déjà observé, que par-tout, et sur-tout dans les commencemens,
+l'enseignement soit également complet, et que le bien public exigera
+qu'à l'égard de certains états, plusieurs Départemens s'associent pour
+un même enseignement; mais alors même la hiérarchie sera conservée, et
+chacun des Départemens concourra du moins à former des Écoles pour le
+dernier degré de l'instruction.
+
+
+
+
+ÉCOLES
+
+POUR LES MINISTRES DE LA RELIGION.
+
+
+L'ÉTAT de Ministre de la Religion est un de ceux auxquels la Nation
+destine des établissemens particuliers.
+
+Celui où les Élèves trouveront l'instruction qui leur est nécessaire,
+sera placé, ainsi que vous l'avez ordonné, près de l'Église
+Cathédrale, et sous les yeux de l'Évêque. Nous n'en déterminons pas le
+nombre. Chaque Département aura le droit de se réunir en tout temps
+pour cette partie d'instruction à un Département voisin.
+
+Quant à l'enseignement, il convient qu'il soit divisé de la manière
+suivante.
+
+1º. Les titres fondamentaux de la Religion Catholique, qu'on sera tenu
+de puiser dans leur source.
+
+2º. L'exposition raisonnée des divers articles que doit comprendre
+explicitement la croyance de chaque Fidèle.
+
+3º. Le développement de la morale de l'Évangile.
+
+4º. Les lois particulières aux Ministres du Culte Catholique.
+
+5º. Les principes ainsi que les objets habituels de la Prédication.
+
+6º. Les détails qui appartiennent à un Ministère de consolation et de
+paix, soit dans l'administration des Sacremens, soit dans le
+gouvernement des Paroisses.
+
+En circonscrivant ainsi cet enseignement, vous usez d'un droit
+incontestable, celui de renfermer tous les genres de pouvoirs dans
+leurs véritables limites.
+
+Je vais parcourir ces divers points d'instruction.--Qu'on ne s'étonne
+pas de trouver ici un langage qui ne peut être familier: c'est avec la
+sévérité et l'exactitude de ses propres expressions qu'un tel sujet
+doit être traité.
+
+1º. C'est un principe catholique que la croyance est un don de Dieu;
+mais ce seroit étrangement abuser de ce principe que d'en conclure que
+la raison doit se regarder comme étrangère à l'étude de la religion:
+car elle est aussi un présent de la Divinité et le premier guide qui
+nous a été accordé par elle pour nous conduire dans nos recherches; et
+c'est à vous, sur-tout, qu'il appartient de la rétablir dans ses
+droits: or si, suivant les principes de la Religion catholique, la
+raison individuelle n'a pas le droit de se constituer juge de chaque
+article isolé de la foi, et sur-tout de pénétrer ses incompréhensibles
+mystères, il est non moins incontestable que c'est à la raison qu'il
+appartient de reconnoître les titres primordiaux de la Religion, les
+caractères distinctifs de l'Église: mais ces titres, ces caractères
+doivent nécessairement se trouver et dans le code de la révélation, et
+dans les monumens des premiers siècles de la Religion: la raison doit
+donc les chercher là comme à leur source. Que si chaque fidèle, pour
+être en état de rendre à la Religion cet _hommage raisonnable_ qui
+seul est digne d'elle, doit examiner attentivement les titres de sa
+croyance, combien plus y est obligé le Ministre de la Religion, qui
+doit toujours être prêt à les opposer au doute ou à l'erreur? Cette
+partie de la théologie, qui en est en quelque sorte la partie
+philosophique, doit donc être complettement enseignée dans les Écoles
+où se formeront les Élèves du Sacerdoce, en même temps que les bons
+esprits travailleront à la perfectionner et à l'épurer par une grande
+sévérité dans le choix des preuves car, on l'a dit souvent, les
+mauvaises preuves en faveur de la Religion ont plus nui à la croyance
+publique que les plus fortes objections par lesquelles on s'est
+efforcé de la combattre.
+
+2º. Dès que les titres de la Religion sont reconnus, que le fondement
+de la foi catholique repose sur une révélation divine, et qu'il est de
+principe que les points révélés nous sont transmis par une autorité
+toujours visible, il devient plus qu'inutile de se rengager dans des
+discussions interminables qui étoient l'aliment de l'ancienne
+théologie, et qui semblent remettre sans cesse en problème ce qui est
+déjà décidé. Il ne s'agit plus que de bien connoître ces objets
+révélés pour les présenter aux Peuples de la manière la plus propre à
+être saisie par leur intelligence. Une exposition raisonnée est donc
+tout ce qu'il faut pour le grand nombre des Ministres chargés de cette
+fonction. Peut-être même seroit-elle plus qu'il ne faut, si elle
+embrassoit l'universalité des points décidés; car, si l'Église
+catholique, dépositaire de la tradition, a dû s'élever, à diverses
+époques, contre toute altération du dogme ou de la morale évangélique;
+si ses décisions se sont multipliées avec les erreurs, il n'est pas
+moins vrai que le dépôt de la révélation n'a pas dû se grossir en
+traversant les siècles, et que les fidèles de nos jours ne sont pas
+tenus de croire davantage que ceux de l'Église des premiers siècles.
+L'exposition des points révélés, qui doit être enseignée à tout Élève
+du Sacerdoce, pour qu'il l'enseigne à son tour, peut donc être réduite
+à ce qu'il étoit nécessaire à tout chrétien de croire et de professer
+avant la naissance des hérésies; c'est-à-dire, à ce qui constitue la
+pratique journalière de la Religion. Chacun pourra sans doute, à son
+gré, étendre plus loin et ses recherches et ses études particulières:
+il lui sera libre de parcourir, s'il le veut, tous les canaux de la
+tradition, de charger son esprit ou sa mémoire des longs débats de la
+théologie, et de s'armer contre les plus anciennes erreurs de tous les
+argumens employés pour les combattre; mais aussi la Nation, qui
+retrouve, à chaque page de son histoire, la trace profonde des maux
+qu'ont enfantés tant de querelles religieuses, a le droit non moins
+incontestable de chercher à s'en défendre pour l'avenir, en écartant
+de l'enseignement public qu'elle protège, tout ce qui n'est pas
+indispensable à un Ministre de la Religion. La théologie d'ailleurs ne
+doit point être regardée comme une Science. Les Sciences sont
+susceptibles de progrès, d'expériences, de découvertes: la théologie,
+qui ne peut être que la connoissance de la Religion, est étrangère à
+tout cela; immuable comme elle, elle est comme elle ennemie de toute
+innovation. Il faut qu'elle soit aujourd'hui ce qu'elle étoit d'abord.
+On doit donc s'occuper, non pas à l'étendre, mais à la fixer, mais à
+la renfermer dans ses limites, que trop souvent d'ambitieuses
+subtilités s'efforcèrent de lui faire franchir dans des siècles
+d'ignorance. L'Assemblée Nationale, en même-temps qu'elle encourage
+les progrès des Sciences et les inventions de l'esprit humain, doit
+donc, par le même principe, s'opposer à toute extension de la
+théologie, à toute invasion des Théologiens: car, puisque la Religion
+commande à la pensée, c'est-à-dire, à ce qu'il y a de plus libre en
+nous, il est du devoir des fondateurs de la liberté publique de
+retirer de l'enseignement religieux, et tout ce qu'il est permis de ne
+pas croire, et tout ce qu'on a le droit d'ignorer. Concluons que
+l'Assemblée Nationale doit enjoindre à tous les Évêques, comme étant
+les premiers surveillans de la doctrine religieuse, de travailler avec
+leur conseil à réduire les objets dogmatiques, qui entreront
+dorénavant dans l'enseignement public des Ministres du culte, aux
+seuls points indispensables à l'instruction des fidèles, par
+conséquent à en bannir et les vaines opinions qui divisent les
+esprits, et les discussions oiseuses sur des articles dès long-temps
+décidés, et même aussi un développement trop étendu de ceux de ces
+articles qui ne font point partie essentielle de l'instruction des
+Peuples; de telle sorte que, du concours de ces travaux épuratoires,
+résulte enfin un enseignement complet, uniforme et réduit à ses
+véritables bornes.
+
+3º. La morale évangélique est le plus beau présent que la Divinité ait
+fait aux hommes: c'est un hommage que la Nation françoise s'honore de
+lui rendre. On ne peut donc trop pénétrer de ses bienfaisantes maximes
+les Ministres de la Religion, pour qu'ils en nourrissent les Peuples
+qui leur seront confiés. Les principes de la morale naturelle leur
+auront été développés dans les Écoles précédentes: ils en seront
+d'autant plus disposés à en goûter la perfection dans l'évangile; car
+c'est-là qu'elle existe avec toute la force d'une sanction qui lui
+donne sur les âmes une puissance surnaturelle. L'Assemblée Nationale
+ne dictera point ici les règles d'un tel enseignement, quoiqu'elle ait
+le droit de s'affliger des vices des anciennes méthodes où l'onction
+évangélique disparoissoit sous la sécheresse des discussions: elle se
+borne à recommander cette réforme au nouveau clergé qui s'élève de
+toutes parts. Cependant, comme il lui appartient de reconnoître ce qui
+importe le plus au bien général de la Nation, elle peut et sans doute
+aussi elle doit ordonner que l'on s'attache sur-tout à enseigner aux
+Élèves du Sacerdoce la partie de la morale évangélique qui consacre en
+termes si énergiques la parfaite égalité des hommes, et cette
+indulgence religieuse que les philosophes eux-mêmes n'osoient appeler
+que tolérance, mais qui doit être un sentiment bien plus pur, bien
+plus fraternel, bien plus respectueux pour le malheur.
+
+4º. Les lois sur l'organisation du Clergé forment tout le droit
+canonique. C'est-là que tout Ministre de la Religion doit s'instruire
+de ses droits, d'une partie de ses devoirs et de ses rapports avec la
+nouvelle organisation sociale. Ces lois nouvelles doivent donc faire
+partie essentielle des études ecclésiastiques.
+
+5º. La prédication est une des fonctions ecclésiastiques qui appelle
+le plus l'attention des Législateurs. Il faut que, ramenée à son but,
+qui est de rendre les hommes meilleurs par les motifs que la Religion
+consacre, elle devienne ce qu'elle doit être; mais il faut aussi
+qu'elle ne puisse pas abuser de son influence, et que d'invincibles
+barrières s'opposent à ses écarts. Le premier objet sera le fruit de
+l'instruction; le second doit être l'ouvrage des lois. Jusqu'à ce jour
+les Écoles les plus célèbres n'étoient que des arènes dogmatiques: on
+y apprenoit longuement à devenir de vains et dangereux disputeurs; on
+dédaignoit d'y apprendre à être d'utiles propagateurs de la morale de
+l'évangile. Cela ne doit plus subsister. Les nouveaux Instituteurs des
+Écoles ecclésiastiques seront obligés de montrer à leurs Élèves les
+principes, les sources, les modèles, les objets, comme aussi l'extrême
+importance de la prédication; ils auront le courage d'enseigner avec
+persévérance ce qui est bon, ce qui est utile, et de n'enseigner que
+cela. Mais l'Assemblée Nationale ne peut borner là sa sollicitude:
+elle sait que la prédication est un des grands moyens que le fanatisme
+de tous les temps employa pour égarer les Peuples; elle la regarde
+comme une sorte de puissance, toujours redoutable, lorsqu'elle n'est
+pas bienfaisante; et dont par conséquent il importe de régler et de
+circonscrire l'action. Cet objet sera rempli, autant qu'il peut
+l'être, lorsque l'Assemblée Nationale aura déclaré que toute atteinte
+portée au respect dû à la loi dans l'exercice de cette fonction, sera
+mise au rang des plus graves délits. Et cela doit être; car quoi de
+plus criminel aux yeux d'une Nation, qu'un Fonctionnaire qui se sert
+de ce qu'il y a de plus saint pour exciter les Peuples à désobéir à
+ses lois.
+
+6º. Dans le régime journalier des paroisses, dans l'administration des
+sacremens, il est une foule de détails qui échappent à l'indifférence,
+mais qui sont précieux à la piété. C'est par eux sur-tout que les
+Pasteurs se concilient cette tendre vénération, qui est la plus douce
+récompense de leur ministère. Il faut que rien de ce qui est propre à
+adoucir les souffrances, à consoler les malheureux, à prévenir les
+dissentions, à calmer les haines, soit étranger à un Ministre de la
+Religion; car ce sont des fonctions bien dignes d'elle. Ainsi, les
+règles de l'arpentage et du toisé, plus développées que dans les
+Écoles primaires, la connoissance des simples, quelques principes
+d'hygiène et quelques-uns de droit, etc. nous paroissent devoir faire
+dorénavant partie de l'instruction ecclésiastique. Il faut que la
+Religion, que les Peuples confondent si facilement avec ses
+interprètes, se montre toujours à eux ce qu'elle est véritablement,
+l'ouvrage sublime de la bonté divine; et en la voyant toujours
+attentive à leur bonheur, toujours consolatrice dans leurs peines, ils
+aimeront à en bénir l'Auteur, et à l'honorer par l'hommage et la
+pratique de toutes les vertus.
+
+
+
+
+ÉCOLES DE MÉDECINE.
+
+
+LA Médecine vous demande aussi un établissement particulier.
+
+C'est après avoir combiné ensemble les rapports de cette belle partie
+de la Physique avec l'homme, et les vices des anciennes méthodes
+d'enseignemens, et les vues particulières qui nous ont été
+communiquées par des hommes célèbres, que nous vous proposons avec
+confiance de régler l'enseignement de cette science, d'après les
+principes suivans.
+
+D'abord les Écoles seront par-tout organisées de la même manière: dans
+toutes, on enseignera les mêmes objets; on communiquera les mêmes
+pouvoirs; on imposera les mêmes épreuves: car c'est manquer
+essentiellement à l'homme que de requérir plus de savoir pour un lieu
+que pour un autre, pour les cités que pour les campagnes.
+
+Jusqu'à ce jour, on a divisé cet art en trois: la Médecine, la
+Chirurgie, la Pharmacie; et il en est résulté un désaccord funeste et
+à l'art et aux hommes. Il est clair que ce sont les parties d'un même
+tout: elles doivent donc être réunies dans les mêmes Écoles. Cet art
+doit sa naissance aux Grecs; jamais chez eux la Pharmacie et la
+Chirurgie ne furent séparées de la Médecine.
+
+Tout collège de Médecine, pour être complet, comprendra désormais dans
+son renseignement, 1º. la Physique, connue sous le nom de Médicale,
+c'est-à-dire, appliquée dans toutes ses parties à l'art de guérir: car
+c'est en elle que résident tous les principes sur lesquels peut se
+fonder cet art. 2º. L'analyse ou la connoissance exacte de toutes les
+substances que les trois règnes de la nature lui fournissent. 3º.
+L'étude du corps humain dans l'état de santé. 4º. Celle des maladies,
+quant à leurs symptômes, à leur traitement, au mode de les observer et
+d'en recueillir l'histoire. 5º. Les connoissances requises pour être
+en état d'éclairer, dans des circonstances difficiles, le jugement de
+ceux qui doivent prononcer sur la vie et l'honneur des citoyens. 6º.
+Enfin; car c'est-là que tout doit aboutir, l'enseignement de la
+Médecine pratique.
+
+Pour faciliter toutes ces parties d'un même enseignement, vous
+jugerez que les Écoles doivent être établies dans l'enceinte même des
+Hôpitaux; car on ne peut trop rapprocher les institutions de ceux pour
+qui elles sont le plus nécessaires. C'est-là que le bien des malades
+est toujours d'accord avec les progrès de l'instruction; que la
+théorie ne marche point au hasard, et que souvent un seul jour
+rassemble tous les bienfaits de l'expérience d'un siècle: c'est-là que
+les Élèves commenceront par soigner les malades pour être mieux en
+état de les traiter un jour, qu'ils apprendront presque en même-temps
+à ordonner, à préparer, à appliquer les remèdes, et que par-là ceux
+qui se destineront particulièrement à une des branches de l'art, se
+trouveront pourtant suffisamment instruits sur toutes.
+
+Tel sera l'enseignement.
+
+Il seroit sans doute à désirer que tout Département eût son École;
+mais cette convenance doit ici fléchir devant la nécessité. Il est
+clair que des Écoles de Médecine, trop multipliées, ne pourroient se
+soutenir, soit parce qu'on manquerait de Professeurs, soit parce qu'on
+manqueroit d'Élèves. En matière d'enseignement, c'est, avant tout, la
+médiocrité qu'il faut qu'on éloigne: elle naît de plusieurs manières,
+et parce qu'elle n'apprend pas, et parce qu'elle apprend mal, et parce
+qu'elle ne communique point aux Élèves ce zèle, cet enthousiasme
+créateur que les grands talens peuvent seuls inspirer.
+
+Quatre Collèges complets ont paru suffire au besoin de tout le
+Royaume.
+
+Cependant, pour rapprocher le plus possible l'instruction de chaque
+lieu, on a pensé que tout Corps administratif pourroit utilement
+établir, dans son arrondissement, une espèce d'École secondaire qui
+seroit placée dans l'hôpital le mieux organisé du Département. Là,
+tous les jeunes gens peu favorisés de la fortune, mais annonçant des
+dispositions particulières pour l'état de Médecin, seraient nourris
+et logés à peu de frais. Ils rendroient des services à la maison, et
+ils en recevroient en retour les premiers élémens de l'art; et par de
+bons livres élémentaires, et par des leçons-pratiques de tous les
+jours. Leur éducation médicale ainsi commencée, quelquefois même
+terminée, ils n'auroient plus qu'à se transporter au Collège de
+Médecine le plus prochain pour y subir les examens requis, et y être,
+bientôt après, proclamés Médecins.
+
+La nécessité de ces examens doit être rigoureusement maintenue; car il
+faut ici sur-tout défendre la crédule confiance du peuple contre les
+séductions du charlatanisme. Il faut donc donner une caution publique
+à la profession de cet état; mais, en même-temps vous voudrez que les
+anciennes lois coercitives, qui fixoient l'ordre et le temps des
+études, soient abolies. Vous ne souffrirez pas qu'aucune École s'érige
+en jurande: ainsi ce ne sera plus le temps, mais le savoir qu'il
+faudra examiner; on ne demandera point de certificats; on exigera des
+preuves; on pourra n'avoir fréquenté aucune École et être reçu
+Médecin; on pourra les avoir parcouru toutes, et ne pas être admis:
+par cette double disposition, on accordera parfaitement, et dans cette
+juste mesure qui est à désirer en tout, ce qu'exige la justice, ce que
+demande la liberté, et ce que réclame la sûreté publique.
+
+ _Nota_. Il reste à pourvoir aux progrès de la Science
+ médicale, par le moyen des correspondances et par des travaux
+ concertés, ainsi que font aujourd'hui les Sociétés savantes et
+ les Corps académiques. Cet objet fera partie du grand Institut
+ où il doit être traité dans la section des Sciences.
+
+
+
+
+ÉCOLES DE DROIT.
+
+
+CE n'est qu'à dater de la Constitution que la Science du Droit peut
+devenir une et complette. Jusqu'à cette époque, le Droit public, qui
+en fait partie essentielle, a été nécessairement une Science occulte,
+livrée à un petit nombre d'Augures qui la travestissoient à leur gré,
+ou plutôt c'étoit une Science mensongère qu'il étoit impossible
+d'apprendre, parce qu'elle n'avoit pas de réalité.
+
+Le droit privé étoit plus réel, plus constaté dans son existence; mais
+son immensité, mais la multitude de ses élémens hétérogènes, accumulés
+par le temps et le hasard, devoient effrayer l'esprit le plus vaste,
+la raison la plus forte. Comment, au milieu de ce chaos retenir
+toujours le fil des principes, ou comment consentir à s'en passer? Ce
+n'étoit pas le vice de la Science, encore moins celui de
+l'enseignement; c'étoit celui de son objet.
+
+On a fait pourtant de justes reproches à l'enseignement, ou plutôt à
+quelques abus du Corps enseignant: c'est celui qui portoit sur la
+facilité scandaleuse des épreuves. Il seroit impossible, il seroit
+coupable de chercher ici à la justifier: car elle tendoit à avilir la
+science: mais elle tenoit à une cause qu'on ne peut imputer qu'au
+Gouvernement. Les Facultés de Droit étoient presque par-tout
+uniquement payées par les Élèves: de-là la tentation de n'en refuser
+aucun, et d'en attirer beaucoup. Encore si cet abus, pour exister,
+avoit eu besoin de l'assentiment du plus grand nombre des Facultés,
+l'amour du bien public, le respect pour la Science, et une sorte de
+décence l'auroient sans doute repoussé; mais il suffisoit qu'il
+existât une seule Faculté dans le Royaume qui eût acquis cette
+déplorable renommée; il suffisoit même de la seule existence d'une
+Faculté étrangère (celle d'Avignon) à laquelle il étoit libre de
+recourir, pour corrompre, sous ce rapport, l'enseignement général: car
+les Facultés les plus attachées à leurs devoirs, après avoir lutté
+quelque temps pour la règle, se sont vues contraintes à faire du moins
+fléchir un peu la rigueur des principes pour retenir des Élèves qui
+presque tous leur auroient inévitablement échappé.--Cet abus est
+facile à prévenir.
+
+Quant à l'enseignement, il présente plusieurs difficultés. Le Droit
+n'est pas une Science spéculative; c'est la science de ce qui est, non
+de ce qui doit être, et ce sera aussi quelque temps encore la science
+de ce qui ne sera plus: car malheureusement les mauvaises lois règnent
+après leur mort. Ainsi l'enseignement est condamné à se ressentir
+pendant plusieurs années des vices de nos anciennes lois qu'il faudra
+savoir, qu'il faudra accorder entre elles à l'époque où l'on se
+disposera à les détruire, ou même après qu'elles auront été détruites.
+C'est un état pénible pour la Science, mais un état inévitable, et qui
+exigera pendant quelques années des précautions dans l'enseignement.
+
+Un temps viendra où toutes les parties de cette Science s'éclaireront
+du jour de la raison: c'est lorsque les Législateurs auront porté ce
+même jour sur le code entier de la législation, et présenteront enfin
+un système de lois pures et concordantes, ramené à un petit nombre de
+principes. En attendant, l'enseignement doit profiter de ce qui est
+fait, en même temps qu'il souffrira de tout ce qui reste à faire.
+
+Le premier objet que désormais il doit offrir, est la Constitution,
+ou le Droit public national, dont il puisera les principes dans le
+texte même de l'acte constitutionnel et dans les lois qui en
+contiennent le principal développement. Les Maîtres trouveront des
+Élèves préparés à cette instruction: les enfans en auront reçu la
+première leçon de la bouche de leur père; ils auront grandi en
+répétant ces titres désormais imperdables, confiés de bonne-heure à
+leur mémoire, et dont l'amour croîtra et se développera avec eux.
+
+Malheur aux Maîtres qui auront à traiter de si nobles sujets, s'ils
+restoient froids au milieu de ces Élèves bouillans de jeunesse et de
+courage: c'est à ces coeurs neufs et purs qu'il est facile de
+communiquer le saint enthousiasme du patriotisme et de la liberté.
+Combien de récits touchans pourront animer ces leçons, y répandre du
+charme et de l'intérêt! Comme l'histoire de la patrie est utilement
+liée à l'enseignement de sa Constitution! Comme cette histoire parle à
+l'âme dans un pays libre! Quelles douces larmes elle fait répandre!
+
+Après la Constitution, sera placée la théorie des délits et des
+peines, et celle des formes employées par la Société pour
+l'application de ses lois pénales: car il est juste de faire connoître
+à ceux qui étudient le droit, aussitôt qu'ils ont appris la
+Constitution, le code pénal qui en est l'appui, tant parce qu'il
+définit d'une manière exacte en quoi un citoyen peut offenser la
+Constitution, que parce qu'il déclare la peine qui doit suivre cette
+offense. D'ailleurs, rien ne touche de plus près au pacte social que
+la connoissance des peines auxquelles est soumis un membre de la
+Société, quand il en a violé les lois.
+
+Il seroit utile que tous les Citoyens connussent la forme des jugemens
+en matière criminelle. C'est une épreuve que l'homme le plus vertueux
+n'est pas sûr de ne jamais subir; et il lui importe de savoir, avec
+beaucoup d'exactitude, la marche que l'on doit suivre à son égard,
+comme aussi les droits qu'il est autorisé à réclamer pour mettre son
+innocence dans tout son jour, et ne perdre aucun de ses avantages par
+ignorance ou par foiblesse.
+
+La connoissance des formes de la procédure criminelle ne sauroit être
+trop généralement répandue dans un pays qui a le bonheur de posséder
+l'institution du Juré. La fonction solemnelle de juger un accusé et de
+prononcer la vérité sur un fait d'où peut dépendre l'honneur ou la vie
+d'un homme, n'exige pas à la vérité des connoissances judiciaires;
+mais il est à désirer que ceux qui ont cette belle fonction à remplir,
+n'y soient pas tellement étrangers, qu'ils ignorent complettement en
+quoi elle consiste. Lorsqu'ils y seront initiés d'avance, ils s'en
+formeront une idée plus juste, et ils pourront la remplir avec une
+plus parfaite exactitude.
+
+La science du Droit criminel aura donc peu de chose à enseigner aux
+adeptes, qui ne soit presque également nécessaire aux citoyens de
+toutes les professions; et la perfection de cette science consistera à
+devenir assez claire pour qu'elle ne puisse jamais flatter
+l'amour-propre d'un savant, mais pour qu'elle puisse facilement
+éclairer la conscience de tous ceux qui auront besoin d'y recourir.
+
+Il est permis de désirer sans doute, mais il est plus difficile
+d'espérer que le Droit civil particulier puisse atteindre le même
+degré de simplicité. On se persuade aisément, quand on y a peu
+réfléchi, que cette partie du droit n'est qu'un traité de morale
+naturelle; et la morale est la science que tous les hommes croyent
+posséder, sans s'être crus obligés de l'acquérir par l'étude.
+Cependant, si l'on veut songer à l'immense variété des transactions
+qui doivent nécessairement avoir lieu dans une nombreuse société
+d'hommes entre qui les propriétés sont si inégalement réparties; à la
+quantité de piéges que la ruse tend sans cesse à la bonne-foi trop
+confiante; à la multiplicité des formes décevantes sous lesquelles
+l'astuce peut se reproduire; on s'étonnera moins qu'il ait fallu
+réduire en art la bonne-foi elle-même et fortifier par des règles
+fixes la sûreté des contrats, qui devroient n'en avoir d'autres que
+l'intérêt réciproque et la loyauté des parties contractantes.
+
+C'est principalement dans cette partie de leurs lois que les Romains
+avoient porté cet esprit de sagesse et de justice, et cette méthode
+pure d'analyse, qui leur a mérité la gloire de perpétuer la durée de
+leur législation bien au-delà de celle de leur Empire. Le _digeste_,
+retrouvé vers le milieu du treizième siècle, frappa les esprits de
+tous les peuples qui le connurent, par ce degré d'évidence et de
+supériorité qui n'appartient qu'à la raison universelle.
+
+C'étoit un juste hommage: il n'y falloit pas ajouter un culte
+superstitieux. Des parties de législation trop favorables au pouvoir
+arbitraire, d'autres ridiculement contrastantes avec le reste de nos
+institutions, ne s'établirent pas moins impérieusement que les titres
+les plus raisonnables; et la féodalité seule disputa aux lois romaines
+le sceptre de notre législation. Ainsi la France fut partagée en deux
+grandes divisions. La section la plus méridionale de l'Empire
+accueillit le droit romain comme la loi unique ou dominante du pays;
+les autres provinces, en admettant le droit romain comme raison
+écrite, continuèrent d'être régies par leurs usages qui se
+conservèrent long-temps par la tradition avant d'être fixés par
+l'écriture et réduits en corps de coutume, tels que nous les voyons
+aujourd'hui; mais dans tous les lieux on emprunta du droit romain les
+notions générales de justice et d'équité, et principalement celles qui
+concernent la théorie des contrats qui retrouve son application chez
+tous les peuples et dans tous les siècles, parce qu'elle tient aux
+premiers besoins des hommes. Cette partie du droit romain mérite donc
+d'être enseignée par-tout, comme la raison écrite et comme la
+meilleure analyse des principales transactions que produit la Société.
+
+Ce seroit un ouvrage vraiment utile et digne d'un siècle éclairé que
+d'extraire de cette vaste collection de lois et de décisions qui
+forment le corps du droit romain, les titres qui sont empreints de ce
+caractère éternel de sagesse qui convient à tous les temps. Un tel
+livre serviroit de base à la réforme des lois, et rendroit aussi
+l'enseignement plus simple, plus clair et plus complet.
+
+Reste le droit coutumier qui régit la moitié de l'Empire. Il faudra
+encore quelque temps enseigner par-tout et l'esprit général des
+coutumes, et dans chaque Département, la coutume du lieu.
+
+Ce sera aussi pour les Maîtres un devoir d'ouvrir, sous les yeux de
+leurs Élèves, nos principales et plus célèbres Ordonnances, celles de
+Moulins, d'Orléans, de Blois, etc. de leur faire remarquer par quels
+progrès ces lois s'acheminoient insensiblement vers une sagesse
+supérieure, accumulant, avec trop peu de méthode, des articles dont la
+plupart ne subsistent plus, mais dont plusieurs aussi règlent encore
+quelques-uns des objets les plus importans de l'ordre social. Les
+Ordonnances des testamens et des donations trouveroient ici leur
+place. Je suppose celle des substitutions abrogée.
+
+Cet enseignement devra se terminer par des leçons sur les formes de la
+procédure civile: car, c'est peu de connoître les lois, si l'on ne
+connoît aussi les moyens d'y avoir recours et d'invoquer la puissance
+de la justice, soit pour obtenir la réparation des torts que l'on a
+soufferts, soit pour défendre sa propriété contre les aggressions
+judiciaires auxquelles on est exposé.
+
+Je ne dirai rien du Droit canonique dont on prenoit dans nos
+anciennes Écoles quelques notions superficielles. Le petit nombre de
+vérités comprises dans cette science appartient à la Théologie, dont
+nous avons fait un chapitre séparé.
+
+Jusqu'à ce jour on a exigé que les Élèves parcourussent tous les
+degrés et tous les temps de l'instruction; la loi étoit inflexible à
+cet égard autant que minutieuse. Le temps des inscriptions, le passage
+d'une classe à une autre, l'époque où chaque formalité devoit
+s'accomplir, l'apparence même de l'assiduité étoient prescrites avec
+une importance qui n'admettoit pas d'exceptions. Ainsi l'on exigeoit
+tout, hors la science: car, on peut feindre l'assiduité, éluder les
+précautions, remplir extérieurement de vaines formes; mais la science
+seule ne se contrefait pas, et c'est elle seule qu'on a droit de
+demander aux Élèves.
+
+Une mesure uniforme de temps d'études est injuste à imposer, quand la
+nature a départi aux hommes une mesure inégale d'attention et de
+mémoire.
+
+Offrez les secours de la méthode et les avantages de l'assiduité aux
+esprits dont ce double bienfait rendra la marche plus directe et plus
+sûre.
+
+Mais ne les commandez pas aux esprits dont l'ardeur n'y verroit qu'un
+assujettissement pénible, et le souffriroit avec impatience. Craignez
+que le dégoût d'une route uniforme et lente ne produise chez eux celui
+de la science elle-même.
+
+Offrez à tous un fil conducteur. Ne donnez de chaînes à personne, et
+n'admettez que ceux qui parviendront au but, c'est-à-dire, qui seront
+véritablement instruits. Ne leur demandez pas quel temps ils ont mis à
+se former; mais s'ils ont acquis beaucoup de connoissances; ne les
+interrogez pas sur leur âge, mais sur leur capacité; non sur leur
+assiduité aux leçons, mais sur le fruit qu'ils en ont tiré.
+
+Qu'un examen long et approfondi réponde de la capacité des aspirans;
+mais que cet examen ne soit pas illusoire; que ce ne soit pas une
+vaine formalité. On a trop long-temps bercé les hommes avec des
+paroles, il est temps d'obtenir des réalités; qu'elles soient
+garanties par des moyens infaillibles. La présence du public avant
+tout; car l'oeil du public écarte l'ineptie par la honte et rend
+impossibles les fraudes et les préférences.
+
+Il existe dans l'émulation des Élèves un ressort puissant dont la main
+du Législateur habile doit aussi s'emparer. Laissez-le; joignez-y
+celui de leur intérêt personnel, et vous aurez la meilleure garantie
+de la réalité et de l'efficacité des examens.
+
+Je propose donc que chaque Élève subisse un examen, dans lequel
+interrogé, pressé par ses collègues, il ait à répondre sur toutes les
+parties du Droit dont se compose un cours complet d'enseignement. Que
+cet examen dure assez long-temps pour que l'épreuve ne puisse pas être
+superficielle, et qu'il n'y ait aucun moyen d'éviter la honte
+d'ignorer à ceux qui n'auroient pas pris la peine de s'instruire.
+
+Qu'à la fin de chaque cours les Élèves et les Maîtres se réunissent
+pour désigner l'ordre des places, à raison du degré d'instruction dont
+chaque Élève auroit fait preuve dans son examen, et que cette liste
+soit rendue publique par l'impression.
+
+On sent assez quelle seroit la puissance de ce moyen sur des âmes
+toutes neuves encore pour le désir de la gloire et les faveurs de
+l'opinion publique. On sent combien un tel examen commanderoit de
+préparations au récipiendaire, et comme il ranimeroit l'ardeur de ses
+collègues, obligés d'être ses compétiteurs. Ainsi le mérite
+s'ouvriroit à lui-même les chemins de la fortune: car celui qui auroit
+été montré au public par ses propres rivaux comme le plus capable,
+jouiroit bientôt de tous les avantages de sa confiance.
+
+Mais chaque Département aura-t-il un établissement d'instruction pour
+l'enseignement du Droit? Plusieurs motifs doivent ici se combiner:
+celui de rapprocher les sources de la science des hommes qui auront
+intérêt d'y puiser; celui d'augmenter l'émulation des Élèves, en
+appellant à un même foyer plus de concurrence, afin de créer une lutte
+plus active entre les talens rivaux; celui d'augmenter l'émulation des
+Maîtres, en leur offrant un plus grand concours de Disciples, et de
+réserver les chaires de l'enseignement à des Professeurs d'un mérite
+plus éprouvé; enfin un grand intérêt politique vous portent à réunir,
+par des Institutions communes, ces portions d'un même tout, qui ne
+doivent former de circonscriptions que sous des rapports
+administratifs, mais non toutes les fois qu'on les considère sous des
+rapports nationaux.
+
+La meilleure distribution des établissemens de Droit sera celle qui
+aura concilié le plus de ces avantages, et il paroît que dix
+établissemens de ce genre tiennent un juste milieu entre tous les
+partis qui ont été proposés. Alors il n'y auroit ni des Écoles
+désertes à force d'être multipliées, ni des centres d'instruction trop
+éloignés des points qui doivent y aboutir.
+
+
+
+
+ÉCOLES MILITAIRES.
+
+
+LA partie de l'instruction publique relative aux élémens de l'art
+militaire et à l'éducation de ceux qui se destinent à cette utile
+profession, a des rapports nécessaires et des bases communes avec le
+système militaire de tout le Royaume.
+
+La France est partagée en vingt-trois divisions militaires. On se
+trouve naturellement conduit à placer dans chacune de ces divisions
+une École Militaire, qui s'appellera _École de Division_, et sera
+commune à tous les Départemens dont se compose la même division.
+C'est-là que les jeunes gens destinés au métier des armes, et auxquels
+je suppose l'instruction qu'on peut acquérir dans les Écoles primaires
+et dans celles de District, trouveront les moyens d'étendre les
+connoissances que leur destination leur rend plus nécessaires.
+
+Ils ne seront admis dans ces Écoles de Division, ni avant l'âge de
+quatorze ans, ni après l'âge de seize. Ce qui fait une loi de cette
+double règle, c'est la nécessité de ne prendre les Élèves qu'au moment
+où ils auront pu déjà parcourir les premiers degrés de notre échelle
+d'instruction, et l'avantage incontestable de les introduire dans la
+carrière militaire, assez jeunes pour qu'ils puissent parvenir à tous
+les grades encore dans la force de l'âge, pour qu'ils ne soient pas
+atteints par la vieillesse dans ces postes où il faut une jeune
+ardeur, et où ils languiroient sans gloire pour eux, sans utilité pour
+leur pays. Il est bon d'observer que ces différences d'âge et
+d'avancement qui condamnoient les uns à une torpeur décourageante,
+tandis que les caprices de la faveur et de la naissance assuroient aux
+autres une marche rapide et privilégiée, étoient précisément un de ces
+vices invétérés de l'ancienne administration, dont vous devez le plus
+soigneusement préserver à l'avenir cette profession.
+
+Le cours des études et exercices militaires sera de quatre années,
+dont deux dans les Écoles de Division. On enseignera, par un mélange
+combiné de travaux sérieux et de distractions instructives, les
+premières connoissances militaires, le maniement des armes, les
+langues angloise et allemande, le dessin, les élémens de Mathématiques
+appliqués à l'art de la guerre, sur-tout la géographie et l'histoire.
+
+Il est inutile de dire que ces jeunes citoyens devant diriger leur
+premier intérêt vers le pays qui les a vu naître, on leur donnera une
+idée plus ou moins développée des productions et des gouvernemens des
+différentes parties du monde, suivant la nature des relations qu'elles
+ont avec nous; que la description géographique de la France sera
+l'objet particulier de leurs études sur cette matière, comme on
+placera antérieurement à tout des notions plus approfondies de notre
+Constitution, qui confirmeront et agrandiront celles qu'ils auront
+déjà pu recueillir dans les Écoles primaires et de District.
+
+C'est à ce dernier genre d'instruction qu'il faut rapporter
+l'explication d'un catéchisme de morale sociale et politique, dans
+lequel seront exposés les droits et les devoirs de l'homme en société,
+ce qu'il doit à l'État, ce qu'il doit à ses semblables. De ces
+principes qui sont les bases fondamentales de la Constitution
+Françoise, et de la nécessité de conserver l'action de tous les
+ressorts de la machine sociale, on déduira de nouveaux rapports, ceux
+des chefs et des subordonnés, rapports dérivans de la nature même des
+choses qui, loin de nuire à la liberté, à l'égalité, sont
+indispensables pour le maintien de l'une et de l'autre.
+
+Le véritable Instituteur a toujours un but moral, une idée souveraine
+vers laquelle se dirigent toutes ses intentions. Celle qui ne doit
+jamais l'abandonner dans l'apprentissage de l'art militaire, c'est
+l'idée de la subordination, cette compagne naturelle de l'amour
+réfléchi de la liberté, cette première vertu du guerrier, sans
+laquelle un État n'aura jamais une armée protectrice. Il fera donc
+sortir de toutes les leçons de l'histoire et de tous les résultats de
+la réflexion, il rendra sensible à ses Élèves, par les exemples comme
+par les raisonnemens et par l'impression de l'habitude, la nécessité
+de cette subordination. Il les armera contre cet étrange abus du
+raisonnement, voudroit présenter l'obéissance militaire comme en
+contradiction avec les principes de l'égalité; comme si là
+spécialement où tous sont égaux, où tous ont concouru à la formation
+de la Loi, tous ne devoient pas également obéir à ceux que la Loi
+autorise à commander. Enfin nos Écoles Militaires élèveront à la fois
+des citoyens libres, des soldats subordonnés, et par conséquent de
+bons chefs.
+
+Outre ces Écoles de Division, il y aura six grandes Écoles Militaires
+pratiques, qui seront placées aux frontières du Royaume, dans les
+villes les plus considérables et les places de guerre les plus
+importantes, à Lille, Metz, Strasbourg, Besançon, Grenoble et
+Perpignan. Comme ces grandes Écoles ont un autre objet que les Écoles
+de Division, leur organisation sera nécessairement différente. Elles
+sont spécialement destinées à réaliser, par une pratique journalière,
+un genre d'instruction que la seule théorie laisse toujours imparfait,
+et à transporter parmi les habitudes de la première jeunesse les
+exercices et évolutions auxquelles elle est singulièrement propre, et
+tous les détails d'un régime actif et sévère, étranger aux arts
+d'agrément. Elles seront donc instituées sur le pied militaire, et
+pour mieux remplir leur principal objet, qui est de former de bons
+officiers, elles serviront aussi à élever des soldats.
+
+Il sera entretenu dans chacune de ces six grandes Écoles, des jeunes
+gens sains et bien constitués, de l'âge de douze à quinze ans, qui
+seront nommés par les Départemens en proportion de ce que chacun d'eux
+fournit communément de soldats à l'armée, et choisis de préférence
+parmi les enfans d'anciens soldats et les pauvres orphelins. C'est
+pour cette classe un établissement de bienfaisance, en même-temps
+qu'un moyen d'instruction plus parfaite pour ceux qui sont destinés au
+commandement. Il sera de plus attaché à chaque grande École un certain
+nombre d'Élèves tirés des Écoles de Division par la voie d'un
+concours, dont les formes seront prescrites, et à l'aide de cette
+épreuve, on fera sortir de ces grandes Écoles tous les Sous-Lieutenans
+de l'armée. Déjà, l'on apperçoit la base sur laquelle s'élèvera tout
+le système de l'avancement militaire, qui n'appartient plus à mon
+travail; mais que j'ai dû vous montrer épuré dans sa source de tous
+les anciens abus, et assurant l'exécution de ce grand acte de raison
+et de justice par lequel vous avez déclaré tous les citoyens
+admissibles à toutes les places et emplois.
+
+Je ne m'arrêterai point à tous les détails de ces établissemens qui,
+par leur nature, se rapportent souvent à un autre ordre de choses, et
+doivent être renvoyés au système de l'organisation militaire. Je me
+bornerai à vous présenter quelques résultats, dont vous trouverez
+facilement les motifs dans vos principes, ou dans une utilité
+reconnue.
+
+Les grandes Écoles seront établies dans un corps de caserne isolé, qui
+n'ait point de communication immédiate avec aucun autre. Le service
+intérieur s'y fera comme dans une place de guerre. Chaque École
+formera un régiment d'infanterie où les grades supérieurs offriront
+d'honorables retraites aux anciens Officiers des troupes de ligne, en
+même temps que d'utiles exemples aux jeunes gens, et où ceux-ci seront
+distribués dans les différentes compagnies, soit comme Élèves
+Officiers, soit comme Élèves Soldats; mais de manière que tous aient
+commencé leur apprentissage comme Soldats, et aient passé
+successivement par tous les grades.
+
+Les Élèves Officiers et les Élèves Soldats recevront une instruction
+particulière et une instruction commune.
+
+On expliquera aux Élèves Officiers un traité de fortifications, les
+élémens de l'artillerie, toutes les parties du service et de
+l'administration militaire, et on perfectionnera en eux les
+différentes connoissances qu'ils auront pu acquérir aux Écoles de
+Division.
+
+On donnera aux Élèves Soldats la même instruction qui est prescrite
+pour les Écoles Primaires.
+
+Tous les Élèves, soit Officiers, soit Soldats, seront habituellement
+environnés et fortement pénétrés des idées simples de la morale, que
+les Écoles de Division m'ont donné occasion d'indiquer, et qui
+recevront pour chacun un développement proportionné à son intelligence
+et à sa destination.
+
+Il en résultera que le premier apprentissage de l'art Militaire,
+transporté à sa véritable place, dans le ressort de l'instruction
+publique, ne se fera plus comme autrefois dans les Régimens qui ont
+droit d'exiger de ceux qu'ils reçoivent, des connoissances
+préliminaires, et un service réel et actif. Et notre système complet
+sera tel dans son ensemble et dans ses différentes branches que les
+Citoyens verront la carrière des places Militaires, ouverte à tous
+également; que les Officiers comme les Soldats, apprendront leurs
+devoirs de Citoyens, en même-temps que leurs devoirs de Guerriers; et
+qu'enfin la Société entière, en s'acquittant envers ses membres de la
+dette sacrée d'une bonne éducation, multipliera tout à-la-fois ses
+moyens de défense contre ses ennemis, et ses motifs d'une juste
+confiance en ses défenseurs.
+
+
+
+
+INSTITUT NATIONAL.
+
+
+LORSQUE les écoles primaires des Cantons, et les collèges des
+Districts et des Départemens seront organisés, on aura préparé
+l'instruction de l'enfance, de la jeunesse, et même celle d'une partie
+des fonctionnaires publics; mais il faudra pourvoir encore aux progrès
+des lettres, des sciences et des arts. Il faudra terminer l'éducation
+de ceux qui se destinent spécialement à leur culture. Nous proposons
+dans cette vue l'établissement d'un Institut national, où se trouve
+tout ce que la raison comprend, tout ce que l'imagination sait
+embellir, tout ce que le génie peut atteindre; qui puisse être
+considéré, soit comme un tribunal où le bon goût préside, soit comme
+un foyer où les vérités se rassemblent; qui lie, par des rapports
+utiles, les Départemens à la Capitale, et la Capitale aux Départemens;
+qui, par un commerce non interrompu d'essais et de recherches, donne
+et reçoive, répande et recueille toujours; qui, fort du concert de
+tant de volontés, riche de tant de découvertes et d'applications
+nouvelles, offre à toutes les parties des sciences et des lettres, de
+l'économie et des arts, des perfectionnemens journaliers; qui,
+réunissant tous les hommes d'un talent supérieur en une seule et
+respectable famille, par des correspondances multipliées, par des
+dépendances bien entendues, attache tous les établissemens
+littéraires, tous les laboratoires, toutes les bibliothèques
+publiques, toutes les collections, soit des merveilles de la nature,
+soit des chefs-d'oeuvre de l'art, soit des monumens de l'histoire, à
+un point central; et qui, de tant de matériaux épars, de tant
+d'édifices isolés, forme un ensemble imposant, unique, propre à faire
+connoître au monde, et ce que la philosophie peut pour la liberté, et
+ce que la liberté reconnoissante rend d'hommages à la philosophie.
+
+Pour que ce projet ait son entière exécution, l'Institut doit
+embrasser tous les genres de connoissances et de savoir. Jugeons par
+ce que l'esprit humain a fait, de ce qu'il est capable de faire
+encore; examinons ce qu'il est, ce qu'il peut être, et que ses
+facultés nous apprennent à satisfaire à ses besoins.
+
+
+
+
+PROGRAMME.
+
+_Des Sciences philosophiques, des Belles-Lettres et des Beaux-Arts._
+
+
+ L'homme sent, il pense, il juge, il raisonne, il invente, il
+ communique ses idées par des gestes, par des sons, par des
+ discours écrits ou prononcés; il communique ses affections par
+ l'harmonie des vers, des sons, des formes et des couleurs; il
+ les consacre par des monumens; il recherche quelle est la
+ nature des êtres, ce qu'il est lui-même, ce qu'il doit, ce
+ qu'on lui doit, ce qu'il peut et ce qu'il fut.
+
+
+
+
+PROGRAMME.
+
+_Des Sciences mathématiques et physiques, et des Arts mécaniques._
+
+
+ Vu sous d'autres rapports, l'homme sait calculer les nombres
+ et mesurer l'étendue. Quatre grands moyens lui ont dévoilé la
+ connaissance des corps; l'observation qui suffit à leur
+ histoire, l'expérience qui en a découvert le mécanisme,
+ l'analyse et la synthèse qu'il invoque pour en approfondir la
+ composition intime. A l'aide de ces moyens, il considère dans
+ la matière ses propriétés générales, ses états divers, le
+ mouvement et le repos; dans l'athmosphère, son poids, sa
+ température, ses balancemens et ses météores; dans les sons,
+ leur intensité, leur vitesse, leur mélange et leur harmonie;
+ dans la chaleur, sa communication et ses degrés; dans
+ l'électricité, ses courans, son équilibre, ses chocs et ses
+ orages; dans la lumière sa propagation et ses couleurs; dans
+ l'aimant, son attraction et ses poles; dans le ciel, les
+ astres dont les phénomènes lui sont connus; sur la terre, les
+ minéraux qu'il recueille; les métaux qu'il prépare; les
+ végétaux qu'il classe, dont il examine les organes et les
+ produits; les animaux dont il étudie les formes, les moeurs,
+ la structure, les élémens, la vie et la mort, la santé et les
+ maladies; les champs qu'il cultive; les chemins qu'il ouvre;
+ les canaux qu'il creuse; les villes qu'il élève et qu'il
+ fortifie; les vaisseaux dont il se sert pour communiquer avec
+ les deux mondes; les forces combinées qu'il oppose à ses
+ ennemis, et les arts nombreux qu'il inventa pour plier la
+ nature à ses besoins.
+
+CELUI qui se place au milieu de cette immensité, ne sait où reposer sa
+vue. Par-tout ce sont des foyers de lumière, et l'oeil s'étonne
+également de ce qu'il voit en masse, et de ce qu'il apperçoit en
+détail. Ce sont ces trésors de la plus haute instruction qu'il importe
+de ranger dans le meilleur ordre, et que la Nation doit ouvrir à tous
+ceux qui sont en état d'y puiser.
+
+Quoiqu'il n'existe pas de tableau aussi complet des connaissances
+humaines, nous sommes bien loin, en vous proposant d'adopter ce
+travail, de vouloir mettre des bornes au génie des découvertes, en
+traçant autour de lui le cercle compressif de la loi. Nous avons voulu
+seulement disposer avec ordre toutes nos richesses, et imiter les
+naturalistes, qui, pour aider notre foible mémoire, ont classé tous
+les trésors de la nature, sans prétendre ni la borner, ni l'asservir.
+
+Ainsi, notre travail est composé de deux parties; l'histoire de
+l'homme moral y contraste avec celle de l'homme physique; les sciences
+purement philosophiques marchent à côté des sciences d'observation;
+les beaux-arts terminent la première série, comme les arts mécaniques
+se trouvent à la fin de la seconde. Par-tout les masses principales se
+correspondent dans ces deux grandes divisions: dans la première, tout
+est rationel, philosophique, littéraire; dans la seconde, tout est
+soumis à la précision de l'expérience. Dans l'une comme dans l'autre,
+la raison a besoin d'être forte. La mémoire, aidée d'une bonne
+méthode, classera des objets nombreux, et l'imagination trouvera, soit
+dans les inspirations de l'éloquence, soit dans la haute théorie du
+calcul, soit dans les découvertes de la physique, soit dans les
+inventions des arts, cet aliment qui la nourrit et la dispose aux
+grandes conceptions.
+
+Avant notre époque, les établissemens relatifs aux progrès des
+lettres, des sciences et des arts, n'étoient point d'accord entre eux:
+ils n'avoient point été disposés pour s'aider mutuellement, pour se
+correspondre; les préjugés y dominoient, la naissance osoit y
+remplacer le savoir et le talent.
+
+Maintenant que toute illusion a cessé, il faut briser les formes
+discordantes de ces établissemens divers, et les fondre en un seul où
+rien ne blesse les droits de l'égalité et de la liberté, auquel nous
+puissions ajouter ce qui manque aux premières institutions, et d'où ce
+qui ne tient qu'à un vain luxe, soit scrupuleusement banni. Dans un
+moment où tant de débris dispersés d'abord, changés bientôt en
+matériaux, étonnent par la place qu'ils occupent dans des
+constructions jusqu'à présent inconnues parmi nous, dans un moment où
+tant de ressorts se meuvent pour la première fois, au milieu de toutes
+les inquiétudes qui agitent les esprits, seroit-il prudent
+d'abandonner au hasard des circonstances le sort des sciences, des
+lettres et des arts? N'est-ce pas, lorsque tant d'idées, tant de lois,
+tant de fonctions sollicitent des expressions nouvelles, lesquelles
+demandent toutes à être inscrites dans le vocabulaire de la langue
+françoise, qu'il faut l'enrichir sans cependant le surcharger?
+N'est-ce pas, lorsque sur nos théâtres, la scène s'étend à tous les
+états, à toutes les situations de la vie, et lorsqu'en se prêtant
+ainsi à toutes les formes, il est à craindre qu'elle ne dégénère par
+cela même qui doit contribuer à l'aggrandir? N'est-ce pas, lorsque les
+orateurs de nos tribunes nationales doivent réfléchir long-temps
+encore sur le genre d'éloquence qui convient à leurs discours, lorsque
+la chaire elle-même offre un champ nouveau, et que, dans les tribunaux
+comme ailleurs, ce n'est plus l'ancien langage qui peut être entendu;
+n'est-ce pas alors que les hommes les plus exercés dans la
+connoissance du beau, que ceux dont le goût est le plus sûr, doivent
+se réunir pour traiter de ces nouvelles convenances, et pour diriger
+dans toutes ces routes la jeunesse impatiente de les parcourir?
+N'est-ce pas lorsque, pour la première fois, on va enseigner la morale
+et la science du gouvernement, que les maîtres les plus habiles
+doivent unir leurs efforts? Et ne convient-il pas que ces premières
+écoles soient dirigées, non par un seul, mais par tous ceux qui
+excellent dans cette belle application des vérités dont la philosophie
+a fait présent au genre humain? N'est-ce pas, lorsque l'histoire va
+être lue, et sur-tout écrite dans un nouvel esprit; lorsque les
+beaux-arts naturellement imitateurs doivent s'embellir de l'éclat de
+leur patrie; lorsque les sciences vont être invoquées de toutes parts;
+lorsque le charlatanisme qui, dans les États libres, est toujours plus
+entreprenant, aura besoin d'être fortement réprimé; lorsqu'il importe
+à l'accroissement du commerce et de la richesse nationale, que les
+arts se perfectionnent; n'est-ce pas alors que tous les citoyens
+connus par leurs talens dans ces divers genres, doivent être invités à
+réunir leurs efforts pour remplir ces vues utiles et pour achever
+cette partie de la régénération de l'État? En France, on désire, on
+recherche, on honore même les lumières; mais on ne peut disconvenir
+qu'elles ne sont pas encore assez répandues pour qu'on puisse confier
+à la liberté seule le soin de leur avancement. Il est du devoir de la
+Nation d'y veiller elle-même; il faut donc par un établissement
+nouveau, ramener toutes nos connoissances et tous les arts à un centre
+commun de perfectionnement; il faut y appeller de toutes les parties
+de l'Empire le talent réel et bien éprouvé; il faut que de chaque
+Département, et aux frais de la Nation, une quantité d'élèves choisis,
+et ne devant leur choix qu'à la seule supériorité reconnue de leur
+talent, viennent y completter leur instruction. Nous sommes bien loin
+toutefois de nous opposer aux associations littéraires et aux autres
+établissemens de ce genre, ni d'astreindre aucun individu à suivre
+telle route dans son éducation privée ou ses méthodes d'enseignement.
+Le talent s'indigne quelquefois de la marche didactique et
+réglementaire qu'on voudroit lui imposer; et vous donnerez une preuve
+de plus de votre amour pour la liberté, en la respectant jusques dans
+ses bizarreries et ses caprices.
+
+En s'occupant de la formation de l'Institut national, on se demande
+d'abord s'il sera divisé en un grand nombre de sections distinctes et
+séparées. L'existence d'une des plus illustres académies nous paroît
+répondre complettement à cette question. _L'Académie des sciences_
+embrasse toutes les branches de l'histoire naturelle et de la physique
+avec l'astronomie et ce que les mathématiques ont de plus
+transcendant; et l'expérience de plus d'un siècle a prouvé que tant de
+parties différentes peuvent non-seulement être traitées ensemble et
+dans les mêmes assemblées, mais qu'il y a dans cette réunion un grand
+avantage, en ce que l'esprit de calcul et de méthode s'étant
+communiqué à toutes les classes de l'académie, chacun se trouve forcé
+d'être exact dans ses recherches, clair dans ses énoncés et serré dans
+ses raisonnemens: qualités sans lesquelles on ne peut ni faire une
+expérience, ni déduire des résultats des observations qu'on a
+recueillies.
+
+On peut répondre aussi à ceux qui demanderoient que l'Institut fût
+divisé en un grand nombre de sections, que les sciences s'enchaînent
+toutes, qu'elles se prêtent un mutuel appui, et qu'on les voit chaque
+jour s'identifier en quelque sorte en se perfectionnant. Loin de nous
+donc cette manie de diviser, qui détruit les liaisons, les rapports,
+qui coupe, qui isole, qui anéantit tout.
+
+Un tableau présentera les sciences physiques et les arts rangés dans
+une seule section en dix classes, qui comprennent, 1º. les
+mathématiques et la mécanique; 2º. la physique; 3º. l'astronomie; 4º.
+la chimie et la minéralogie; 5º. la zoologie et l'anatomie; 6º. la
+botanique; 7º. l'agriculture; 8º. la médecine, la chirurgie et la
+pharmacie; 9º. l'architecture sous le rapport de la construction;
+10º. les arts. Les objets dont les quatre dernières classes doivent
+s'occuper, étant très-étendus et ayant besoin d'une longue suite
+d'essais d'un genre qui leur est propre, il nous a semblé que chacune
+d'elles devoit se réunir en particulier, en admettant à ses séances
+seulement celles des autres classes qui ont des rapports immédiats
+avec ses travaux. Par exemple, la classe de médecine et de chirurgie
+appellera à ses assemblées les anatomistes, les chimistes et les
+botanistes qui sont distribués dans les premières classes de la
+section des sciences physiques. Les botanistes seront encore appellés
+par la classe d'agriculture; les géomètres le seront par celle de
+construction, et les mécaniciens par celle des arts. Ces classes
+surajoutées suffiront pour communiquer à celles qui s'assembleront
+séparément, l'esprit qui animera les premières, et cependant celles-ci
+continueront de marcher ensemble, parce qu'il est impossible de rien
+changer, sous ce rapport, dans leur combinaison qu'on doit regarder
+comme un modèle.
+
+Quoique séparées dans leurs séances ordinaire, les quatre dernières
+classes suivroient les mêmes usages que les premières; elles
+obéiroient aux mêmes réglemens et aux mêmes lois; les résultats de
+leurs recherches seroient réciproquement communiqués entre elles, et
+leurs assemblées publiques se tiendroient en commun.
+
+Comme il ne doit y avoir qu'une seule section pour les sciences
+physiques et les arts, il ne doit y en avoir qu'une aussi pour les
+sciences morales et philosophiques, pour les belles-lettres et pour
+les beaux-arts. L'histoire ne peut être séparée ni de la morale, ni de
+la science du gouvernement. Et pourquoi rangeroit-on à part les
+belles-lettres qui se mêlent avec tant de charme aux discussions les
+plus sérieuses. C'est elles qui donnent aux écrits des Philosophes cet
+intérêt de style sans lequel on a difficilement des lecteurs, et elles
+trouveront elles-mêmes, soit dans les annales de l'histoire, soit dans
+les ouvrages des Législateurs, des rapprochemens inattendus, des vues
+hardies, une instruction solide dont l'éloquence peut faire l'usage le
+plus noble et le plus utile.
+
+Certes la Science de la grammaire, qui ne doit être étrangère à aucun
+homme de lettres, et les préceptes de l'éloquence sont moins éloignés
+de l'étude de l'histoire et de la morale, ou, si l'on veut, de la
+science du gouvernement, que la Chimie ne l'est de l'Astronomie, ou
+que l'étude des Plantes ne l'est de celle des Mathématiques. Les
+personnes qui cultivent les sciences philosophiques, et les
+belles-lettres, peuvent donc être rassemblées dans les mêmes séances;
+et puisque cette réunion est possible, il faut qu'elle ait lieu; car
+c'est en séparant les hommes en de petites associations, qu'on voit
+leurs prétentions s'accroître, et l'esprit de corps, si opposé à
+l'esprit public, créer pour eux des intérêts différens de ceux que le
+bien général indique.
+
+La section des sciences philosophiques, des belles-lettres et des
+beaux-arts, qui compose l'autre division de notre tableau, est, comme
+celle des sciences physiques et des arts, divisée en dix classes, qui
+comprennent, 1º. la morale; 2º. la science du gouvernement; 3º.
+l'histoire ancienne et les antiquités; 4º. l'histoire et les langues
+modernes; 5º. la grammaire; 6º. l'éloquence et la poësie; 7º. la
+peinture et la sculpture; 8º. l'architecture, sous le rapport de la
+décoration et des beaux arts; 9º. la musique; 10º. l'art de la
+déclamation.
+
+Les six premières classes, dans cette section comme dans celle des
+sciences physiques, tiendront des séances communes, et les quatre
+dernières se réuniront chacune séparément, en admettant à leurs
+assemblées celles des autres classes dont les recherches seront
+analogues à leurs travaux. Ainsi, les peintres trouveront à
+s'instruire dans le commerce des poëtes, des historiens et dans celui
+des amateurs de l'antiquité. Les élèves dans l'art de la déclamation
+recevront des conseils utiles de la part des auteurs dramatiques les
+plus exercés. Cette réciprocité de service pourra même s'étendre de la
+section des sciences physiques à celle des belles-lettres. Les
+peintres, par exemple, auront besoin des lumières des anatomistes qui
+appartiennent à la cinquième classe de la seconde section. L'institut
+national, renfermant tous les genres de savoir, offrira aussi tous
+les genres de secours à ceux qui viendront les invoquer.
+
+Jusqu'ici nous avons présenté l'Institut comme divisé en deux grandes
+sections; mais, sous un autre aspect, ces deux sections réunies
+formeront un grand corps représenté par un comité central, auquel
+chacune des vingt classes enverra un député qui stipulera pour les
+intérêts de tous. Ce Comité surveillera l'exécution des lois de
+l'Institut, et s'occupera principalement de ce qui concerne son
+administration.
+
+On se tromperoit, si l'on regardoit l'Institut national comme devant
+être concentré dans Paris. Ses nombreuses dépendances se répandront
+dans les Départemens. Les différentes branches des Sciences Physiques,
+qui comprennent la Géographie, la Navigation, l'Art Militaire,
+l'Architecture itinéraire et hydraulique, la Métallurgie,
+l'Agriculture et le Commerce, auront leur foyer principal dans les
+ports, dans les places, dans les villes de guerre, près des mines,
+soit en France, soit même dans les pays étrangers, sur les sols de
+diverse nature, et dans les atteliers des Arts.
+
+Ainsi la classe de Peinture et de Sculpture continuera d'avoir un
+Collège à Rome.
+
+Ainsi la classe des Antiquités Orientales pourroit en avoir un à
+Marseille.
+
+Ainsi des voyageurs François, choisis par les différentes classes,
+parcourront le globe, soit pour le mesurer, soit pour en connoître la
+composition et la structure, pour en étudier les productions, pour en
+observer les habitans, et rassembler les connoissances qui peuvent
+être utiles aux hommes.
+
+Le véritable but de l'Institut national étant le perfectionnement des
+Sciences, des Lettres et des Arts, par la méditation, par
+l'observation et par l'expérience, il ne sauroit s'établir trop de
+communications entre le public et les différentes classes qui le
+composent.
+
+L'Institut correspondroit avec les Départemens pour tout ce qui seroit
+relatif à l'éducation, à l'enseignement et aux nombreux travaux sur
+lesquels des Savans de divers genres peuvent être consultés.
+
+Les assemblées des différentes classes de l'Institut seroient ouvertes
+à ceux qui désireroient y lire des mémoires, y présenter des ouvrages,
+et demander des conseils pour se diriger dans leurs recherches.
+
+L'Institut communiqueroit encore avec le public par les ouvrages qu'il
+feroit paroître, et par les essais de divers genres qu'il
+multiplieroit sous ses yeux.
+
+Enfin l'Institut seroit enseignant.
+
+Il est une classe maintenant très-nombreuse d'hommes entièrement voués
+à l'étude des Lettres, des Sciences et des Arts, qui, après être
+sortis des Collèges, ont besoin de l'entretien et des conseils des
+grands Maîtres; ils demandent qu'on leur enseigne ce que la
+Philosophie a de plus abstrait; ce que les Mathématiques offrent de
+plus savant; ce que l'expérience a de plus difficile; ce que le goût a
+de plus délicat. C'est dans le sein de l'Institut qu'on doit trouver
+naturellement de telles leçons. L'Institut doit donc être enseignant;
+et ce nouveau rapport d'utilité publique formera l'un de ses
+principaux caractères.
+
+Cette fonction ne nuira point à celles que déjà nous lui avons
+attribuées. Les séances tenues par l'Institut seront essentiellement
+séparées de l'enseignement dont il s'agit; et cet enseignement
+lui-même, quoique très-distinct des assemblées, n'en sera pourtant, en
+quelque sorte, qu'une extension: car les Professeurs, élus en nombre
+suffisant par les classes, feront connoître dans leurs leçons, non la
+partie élémentaire de la science ou de l'art, mais ce qui tiendra de
+plus près au progrès, au perfectionnement de l'une ou de l'autre; ce
+qui pourra servir, en un mot, de complément à l'instruction; de sorte
+que, pour ce genre d'enseignement, ce ne seroit peut-être pas, comme
+pour l'enseignement élémentaire, celui qui s'exprimeroit avec plus de
+netteté sur la science, mais celui qui auroit le plus fait pour elle,
+et qui laisseroit le plus à penser aux Élèves, qu'il faudroit choisir.
+
+Jusqu'à ce jour, un assez grand nombre de chaires établies à Paris,
+soit au Collège Royal, soit au Jardin des Plantes, soit aux Collèges
+de Navarre et des quatre Nations, soit au Louvre, étoient destinées à
+l'enseignement des sciences naturelles et philosophiques et à celui de
+quelques-unes des parties des Belles-Lettres et des Beaux-Arts; mais
+il n'y avoit entre ces différentes chaires, non plus qu'entre les
+divers corps académiques, ni liaison, ni harmonie. Différentes
+autorités, quelquefois très-opposées entr'elles, dirigeoient ces
+établissemens, et nulle part on n'avoit senti que cette sorte
+d'enseignement dût s'exercer, non sur les premiers principes, mais sur
+les difficultés à vaincre: or cependant, il n'est presque aucune des
+principales divisions des connoissances humaines qui ne doive être
+enseignée dans les Collèges de District ou de Département. Il ne faut
+donc pas que les Professeurs de l'Institut répètent ce qui aura été
+dit longuement ailleurs. Ils n'oublieront jamais que c'est à
+l'avancement de la science qu'ils seront destinés, ainsi que
+l'Institut dont ils feront partie.
+
+Toutes les chaires fondées au Collège Royal, au Jardin des Plantes,
+etc. doivent donc disparoître, parce que, telles qu'elles sont, la
+plupart n'entreroient point dans le plan de l'Institut où ces chaires
+se retrouveront sous une autre forme.
+
+Mais pour que l'Institut fasse tout le bien que la Nation doit en
+attendre, il faut que chacune des classes qui le composent, possède
+les moyens de donner à ses travaux toute la perfection dont ils sont
+susceptibles. Les unes auront besoin d'un laboratoire, d'une
+collection d'instrumens, de machines, de modèles: aux autres, il
+faudra un jardin, un champ, une ménagerie, un troupeau: toutes
+réclameront les secours des grandes Bibliothèques et une Imprimerie
+riche en caractères de tous les genres: toutes désireront qu'une
+correspondance active leur apprenne quel est, dans les pays étrangers,
+l'état des Sciences, des Lettres et des Arts, que tous les ouvrages
+curieux, que les instrumens, que les machines nouvelles qui les
+intéressent, leur soient communiqués, après qu'ils auront été inscrits
+sur le catalogue de la collection à laquelle ils devront appartenir,
+et qu'un nombre suffisant d'interprètes soit chargé de traduire ceux
+de ces écrits dont on croira que les connoissances seront les plus
+utiles à répandre. Ainsi organisées, les classes de l'Institut auront
+des rapports avec les divers établissemens qui seront analogues à
+leurs travaux. Le Jardin des Plantes dépendra des classes de Botanique
+et d'Agriculture; le _Musæum_, de celles d'Histoire Naturelle et
+d'Anatomie; les collections de machines, de celles de Mécanique et des
+Arts; le cabinet de Physique appartiendroit à la classe de physique
+expérimentale; l'école des Mines seroit dirigée conformément aux vues
+de la classe de Chimie; les collections d'Antiques et de médailles le
+seroient par celle d'Histoire, et les galeries de tableaux, de
+statues, de bustes et l'école gratuite de dessin le seroient par les
+classes des Beaux-Arts: les Bibliothèques seroient une dépendance
+commune à toutes les classes de l'Institut qui, formé de cette
+manière, présenteroit une sorte d'Encyclopédie toujours étudiante et
+toujours enseignante; et Paris verroit dans ses murs le monument le
+plus complet et le plus magnifique qui jamais ait été élevé aux
+Sciences.
+
+Pour s'assurer que le choix des Membres et des Professeurs de
+l'Institut seroit toujours déterminé par la justice, il seroit ordonné
+aux classes qui auroient fait ou proposé ces élections, d'en rendre
+publics les motifs, en les adressant à la Législature.
+
+Encore quelques réflexions pour répondre à toutes les questions qui
+pourroient être faites.
+
+1º. Lorsque nous avons dit que les Professeurs de l'Institut national
+n'enseigneroient pas les élémens des sciences et des arts, mais ce que
+leur étude offre de plus difficile et de plus élevé, nous avons établi
+un principe général qui soutire quelques exceptions dans notre plan.
+Ces exceptions ont lieu, lorsqu'il s'agit d'une science ou d'un art
+qui n'est enseigné ni dans les Écoles primaires, ni dans celles de
+District, ni dans celles de Département; et lorsqu'il importe que cet
+enseignement se fasse d'une manière complette dans une école qui,
+étant unique, nous a paru devoir être annexée à l'Institut. Telles
+sont les classes des Beaux-Arts et celle d'Architecture, considérée
+sous le rapport de la construction.
+
+2º. L'Architecture décorative est essentiellement liée aux Beaux-Arts
+parmi lesquels on la trouvera rangée dans notre tableau. Mais la
+réunion des moyens qui peuvent donner aux constructions de la
+stabilité, de la durée, et les rendre propres à remplir l'objet de
+leur destination, tient sur-tout aux sciences Mathématiques et
+Physiques. Il s'agit en effet dans ces divers travaux, ou de la
+science des formes, ou de celle de l'équilibre et du mouvement.
+
+La science des formes comprend toutes les recherches géométriques au
+moyen desquelles on considère des corps, des surfaces et des lignes
+dans l'espace. La plupart de ces dimensions n'étant point
+susceptibles d'être tracées sur une surface plane, il faut les
+représenter d'une manière artificielle, c'est-à-dire, par leur
+projection, et pouvoir, lorsqu'on les exécute, revenir des projections
+à la courbe réelle. Les personnes de l'art les plus instruites,
+conviennent qu'il n'existe point d'ouvrage complet sur cette matière
+tout-à-fait géométrique. Il est donc à désirer qu'elle devienne
+l'objet d'une étude suivie et celui d'un enseignement qui lui soit
+particulièrement destiné.
+
+La science du mouvement et de l'équilibre, prise dans l'acception la
+plus étendue, peut être considérée comme la collection d'autant de
+sciences particulières qu'il y a d'objets principaux auxquels elle
+peut être appliquée. L'enseignement de la partie de la mécanique qui
+est relative à la construction, ne peut donc pas être confondu avec
+l'enseignement abstrait et indéterminé de la mécanique en général, et
+il faut que l'application en soit confiée à un homme très-versé dans
+ces deux genres d'étude.
+
+Il sera facile aux Élèves de réunir les leçons sur la partie
+décorative à celles dont la classe de construction sera spécialement
+occupée. Ainsi l'espèce de séparation qu'offre notre tableau à
+l'article de l'Architecture, ne peut avoir aucun inconvénient réel,
+puisque, dans le fait, les étudians peuvent la regarder comme
+n'existant pas, et se conduire en conséquence.
+
+3º. Deux chaires nous ont paru devoir suffire, vu l'état actuel des
+connoissances, pour l'enseignement de l'Agriculture: l'une comprendra
+tout ce qui a rapport aux eaux, aux terres, à leurs produits et aux
+animaux; l'autre, ce qui est relatif aux bâtimens et aux instrumens
+aratoires.
+
+Ces chaires nous ont semblé devoir être établies dans les Villes, soit
+parce que l'Agriculture ne peut faire de grands progrès sans le
+secours des autres sciences que l'on y cultive également, soit parce
+que les auditeurs que l'on peut espérer d'y avoir, seront plus en état
+d'entendre ces sortes de leçons, et d'en profiter. Ces auditeurs
+seront principalement des propriétaires aisés et instruits, dont le
+nombre va augmenter par le nouvel ordre de choses, et ceux qui se
+destinent aux fonctions curiales, qui, par la nature de leur
+ministère, peuvent mieux que tous autres propager des vérités
+agricoles.
+
+Deux chaires d'économie rurale et domestique pourroient d'abord être
+établies au jardin des plantes. Une partie de ce jardin seroit
+destinée à la formation d'une École de botanique économique, en
+même-temps qu'un terrain, situé près de Paris et qui dépendroit du
+jardin des plantes, serviroit aux travaux combinés des classes de
+botanique et d'agriculture. Le Professeur feroit connoître les divers
+produits qu'on retire des végétaux que le laboureur cultive. Il auroit
+à sa disposition un local où seroient élevés des animaux domestiques;
+et les instrumens agraires seroient confiés à sa garde.
+
+Il paroîtroit prudent de fonder d'abord ces deux chaires à Paris, et
+l'on jugeroit par leur succès s'il seroit convenable d'en établir de
+pareilles dans les principales villes du Royaume. Le Département de la
+Corse, dont le sol varié offre la réunion de tous les sites et de tous
+les climats, pourra former divers jardins d'essai pour la culture des
+végétaux qu'il seroit utile d'acclimater en France.
+
+4º. La huitième classe de la section des sciences réunira les objets
+dont la Société de Médecine et l'Académie de Chirurgie ont fait
+jusqu'ici leur principale étude. Dorénavant ces deux établissemens
+n'en formeront qu'un. La classe qui résultera de leur réunion, aura
+besoin d'un hôpital où se feront les observations, et qui sera
+desservi, pour le traitement des malades, par les membres mêmes de la
+classe dont il s'agit. Les nouvelles méthodes y seront tentées avec
+toute la prudence nécessaire; et les résultats des expériences qui
+auront été faites, seront toujours mis sous les yeux du public.
+
+Les trois chaires que nous avons annexées à la classe de Médecine,
+diffèrent de celles qui font partie des Collèges. Deux de ces chaires
+sont relatives aux soins que demandent les hommes atteints d'épidémie
+et les animaux attaqués d'épizootie.
+
+Le but de la troisième chaire est d'instruire dans l'art de secourir
+les hommes dont la vie est menacée par quelque danger pressant et
+imprévu. Telles sont les personnes noyées et asphyxiées, celles dont
+les membres sont gelés, celles qu'un animal enragé a mordues, etc.,
+etc. A cet article se rapporteront les nombreux objets de salubrité
+publique, qui, considérés d'une manière expérimentale, doivent tous
+faire partie de cet enseignement. Nous proposons encore que ce
+Professeur soit chargé de faire chaque année un cours sur les maladies
+des artisans, comme celles auxquelles sont sujets les doreurs,
+chapeliers, peintres, mineurs, etc.
+
+Ce que la classe de Médecine fera encore de très-utile sera de
+correspondre avec les Directoires sur tout ce qui concerne la santé du
+peuple, de recueillir l'histoire médicale des années et celle des
+maladies populaires, de faire connoître leur origine, leur
+accroissement, leur communication, leur nature, leurs changemens, leur
+fin, leur retour et la manière dont elles se succèdent. Ces annales
+seront un des plus beaux et des plus utiles ouvrages qu'aient exécuté
+les hommes.
+
+5º. Que la médecine et la chirurgie des animaux doivent être réunies à
+la médecine humaine, c'est une proposition qui n'a besoin que d'être
+énoncée pour qu'on en reconnoisse la vérité. Les grands principes de
+l'art de guérir ne changent point; leur application seule varie. Il
+faut donc qu'il n'y ait qu'un genre d'école, et qu'après y avoir
+établi les bases de la science, on cherche, par des travaux divers à
+en perfectionner toutes les parties. Ainsi, la classe de médecine
+s'occupera aussi du progrès de l'art vétérinaire, et les établissemens
+qui auront cet avancement pour objet, seront dirigés de manière qu'il
+lui soit facile de multiplier les essais qui tendront à ce but
+désirable.
+
+6º. La Botanique a été jusqu'ici en France la seule partie de
+l'histoire naturelle pour laquelle on ait fondé des chaires et ordonné
+des voyages. La connoissance des animaux est cependant plus près de
+nous que celle des plantes. Les chaires que nous proposons d'annexer à
+la classe de Zoologie et d'Anatomie, sont d'une création tout-à-fait
+nouvelle. Nulle part on n'a encore démontré méthodiquement la
+structure tant extérieure qu'intérieure des nombreux individus qui
+composent le règne animal. Ces leçons ne seroient pas seulement
+curieuses; les produits d'un grand nombre d'animaux servent à la
+médecine et aux arts. Plusieurs sont venimeux, et les parties qui
+préparent ou qui communiquent le poison, sont importantes à connoître.
+Enfin, la comparaison des organes doit fournir des résultats nouveaux,
+des découvertes dont la physique animale saura faire son profit.
+
+7º. Ce ne seront pas seulement les chaires nouvelles qui rendront
+l'Institut recommandable, ce seront encore celles qui, sans avoir
+tout-à-fait le mérite de la nouveauté, par des mesures bien
+concertées, deviendront infiniment plus utiles qu'elles ne l'étoient
+auparavant. Jusqu'à ce jour, nulle surveillance réelle n'a répondu de
+l'exactitude des professeurs: dans notre plan, chaque classe
+sera chargée du choix, et de l'inspection des maîtres qui lui
+appartiendront; et lorsque plusieurs enseigneront la même partie
+comme les mathématiques, par exemple, ils se concerteront tellement
+entre eux, qu'en alternant, l'un commence lorsque l'autre finira.
+Ainsi les élèves trouveront chaque année un cours ouvert, et ils ne
+seront jamais retardés dans leurs études.
+
+En réunissant ces chaires éparses à un point central, en y en ajoutant
+de nouvelles qui ne laissent sans enseignement aucune partie des
+lettres, des sciences et des arts, en faisant ainsi servir l'éducation
+publique à l'Institut national dont les leçons fourniront le
+complément, on fera tout ce qu'il est possible de faire pour le
+développement de l'esprit et le progrès des connoissances, et l'on
+rendra inébranlables les bases sur lesquelles se fonde et se perpétue
+la liberté publique.
+
+Nous ajouterons que les dépenses nécessaires pour mouvoir cette
+immense machine, surpasseront à peine celles que le gouvernement a
+destinées jusqu'ici à l'entretien des divers établissemens auxquelles
+l'Institut doit réunir tant de créations nouvelles.
+
+Des tableaux joints à ce rapport présentent la suite de nos idées sur
+l'enchaînement des connoissances humaines et sur les attributions que
+nous croyons devoir être faites aux sections et aux classes de
+l'Institut.
+
+ * * * * *
+
+VOICI l'ordre des tableaux annexés à ce rapport.
+
+1º. Programme des sciences philosophiques, des belles-lettres et des
+beaux-arts.
+
+2º. Programme des sciences mathématiques et physiques et des arts.
+
+3º. Section première de l'Institut national, comprenant les sciences
+philosophiques, les belles-lettres et les beaux-arts, divisée en dix
+classes. On y trouve le développement de tout ce qui est relatif aux
+six premières classes qui doivent tenir des séances communes.
+
+4º. Tableau de la septième classe de la section première, comprenant
+la peinture et la sculpture.
+
+5º. Tableau de la huitième classe de la section première, comprenant
+l'architecture décorative.
+
+6º. Section seconde de l'Institut national, comprenant les sciences
+mathématiques et physiques et les arts mécaniques, divisée en dix
+classes. On y trouve le développement de tout ce qui est relatif aux
+six premières classes qui doivent tenir des séances communes.
+
+7º. Tableau de la septième classe de la section seconde, comprenant
+l'agriculture.
+
+8º. Tableau de la huitième classe de la section seconde, comprenant la
+médecine, la chirurgie et la pharmacie.
+
+9º. Tableau de la neuvième classe de la section seconde, comprenant
+l'architecture sous le rapport de la construction.
+
+ _Nota._ Nous n'avons point présenté le tableau de plusieurs
+ classes nouvelles, parce que ces classes n'étant que des
+ dépendances de quelques-unes des sections de l'Institut, elles
+ ne pourront être organisées qu'après qu'on aura pris
+ connoissance des plans qui seront fournis par ces sections.
+ C'est ainsi que la classe des arts ne sera formée qu'après
+ avoir consulté la seconde section de l'Institut.
+
+
+
+
+MOYENS D'INSTRUCTION.
+
+
+NOUS venons de parcourir les divers objets qui composeront
+l'Instruction publique: et déjà l'on a dû voir qu'ils ne peuvent tous
+être placés, sur la même ligne; que plusieurs tiennent aux premières
+lois de la nature, applicables à toute société qui marche vers sa
+perfection; que d'autres sont une conséquence immédiate de la
+Constitution que la France vient de se donner; que d'autres enfin sont
+relatifs à l'état actuel, mais variable, des progrès et des besoins de
+l'esprit humain; d'où il résulte qu'ils ne doivent pas être
+indistinctement énoncés dans vos Décrets avec ce caractère
+d'immutabilité qui n'appartient qu'à un petit nombre.
+
+Dans cette distribution d'objets on retrouve l'empreinte d'une
+Institution vraiment nationale, soit parce qu'ils seront déterminés et
+coordonnés conformément au voeu de la Nation, soit sur-tout parce
+qu'il n'en est aucun qui ne tende directement au véritable but d'une
+Nation libre, le bien commun né du perfectionnement accéléré de tous
+les individus; mais c'est particulièrement dans les moyens qui vont
+être mis en activité, que ce caractère national doit plus fortement
+s'exprimer.
+
+A la tête de ces moyens doivent incontestablement être placés _les
+Ministres de l'instruction_. Nous nous garderons de chercher à les
+venger ici de ce dédain superbe et protecteur dont ils furent si
+long-temps outragés: une semblable réparation seroit elle-même un
+outrage; et certes il faudroit que l'esprit public fût étrangement
+resté en arrière, si nous étions encore réduits à une telle nécessité.
+Sans doute, ceux qui dévouent à-la-fois et leur temps et leurs
+facultés au difficile emploi de former des hommes utiles, des citoyens
+vertueux, ont des droits au respect et à la reconnoissance de la
+Nation; mais, pour qu'ils soient ce qu'ils doivent être, il faut
+qu'ils parviennent à ces fonctions par un choix libre et sévère. Il
+convient donc qu'ils soient nommés par ceux-là même à qui le peuple a
+remis la surveillance de ses intérêts domestiques les plus chers, et
+que leurs relations journalières mettent plus à portée de connoître et
+d'apprécier les hommes dans leurs moeurs et dans leurs talens. Il faut
+que ce choix ne puisse jamais s'égarer: il importe donc qu'il soit
+dirigé d'avance par des règles qui, en circonscrivant le champ de
+l'éligibilité, rendront l'élection toujours bonne, toujours
+rassurante, et presque inévitablement la meilleure. Il faut, pour
+qu'ils se montrent toujours dignes de leurs places, qu'ils soient
+retenus par le danger de la perdre; il importe donc qu'elle ne soit
+pas déclarée inamovible. Mais il faut aussi, pour qu'ils s'y disposent
+courageusement par d'utiles travaux, qu'ils aient le droit de la
+regarder comme telle: il est donc nécessaire que leur déplacement soit
+soumis à des formalités qui ne soient jamais redoutables pour le
+mérite. Enfin, il faut que la considération, l'aisance et un repos
+honorable soient le prix et le terme de tels services: il est donc
+indispensable que la Nation leur prépare, leur assure ces avantages,
+dont la perspective doit les soutenir et les encourager dans cette
+noble, mais pénible carrière.
+
+L'institution des Maîtres de l'enseignement, réglée suivant ces
+principes, offre la plus forte probabilité qu'il s'en suivra une
+multitude de bons choix; et cette probabilité ira de jour en jour en
+croissant: car, si les instituteurs sont destinés à propager
+l'instruction, il est clair que l'instruction, à son tour, doit créer
+et multiplier les bons instituteurs.
+
+Ce premier objet se trouveroit incomplet, si vous ne le réunissiez,
+dans votre surveillance, à ce qui concerne les ouvrages que le temps
+nous a transmis, et qu'on doit aussi regarder comme les Instituteurs
+du genre humain. Comment, pour le bien de l'instruction, rendre plus
+facilement et plus utilement communicatives toutes les richesses
+qu'ils renferment? Cette question appartient essentiellement à notre
+sujet; et, sous ce point de vue, l'organisation des _bibliothèques_
+nous a paru devoir être placée dans l'ordre de notre travail, à côté
+des Maîtres de l'enseignement.
+
+Vous venez de recouvrer ces vastes dépôts des connoissances humaines.
+Cette multitude de livres perdus dans tant de monastères, mais, nous
+devons le dire, si savamment employés dans quelques-uns, ne sera point
+entre vos mains une conquête stérile; pour cela, non-seulement vous
+faciliterez l'accès des bons ouvrages, non-seulement vous abrégerez
+les recherches à ceux pour qui le temps est le seul patrimoine, mais
+vous hâterez aussi l'anéantissement si désirable de cette fausse et
+funeste opulence sous laquelle finiroit par succomber l'esprit humain.
+Une foule d'ouvrages, intéressans lorsqu'ils parurent, ne doivent être
+regardés maintenant que comme les efforts, les tatonnemens de l'esprit
+de l'homme se débattant dans la recherche de la solution d'un
+problème: par une dernière combinaison, le problème se résout; la
+solution seule reste; et dès-lors toutes les fausses combinaisons
+antérieures doivent disparoître: ce sont les ratures nombreuses d'un
+ouvrage, qui ne doivent plus importuner les yeux quand l'ouvrage est
+fini.
+
+Donc chaque découverte, chaque vérité reconnue, chaque méthode
+nouvelle devroit naturellement réduire le nombre des livres.
+
+C'est pour remplir cette vue, et aussi pour rendre utilement
+accessibles les bons ouvrages à ceux qui veulent s'instruire, que
+doivent être ordonnés la distribution des bibliothèques, leur
+correspondance et les travaux analytiques de ceux par qui elles seront
+dirigées.
+
+Ainsi chacun des quatre-vingt-trois Départemens possédera dans son
+sein une bibliothèque. Chacun d'eux, héritier naturel des
+bibliothèques monastiques, trouvera, dans la collection de ces livres,
+un premier fonds qu'il épurera, et qui s'enrichira chaque année tant
+par ses pertes que par ses acquisitions. Une distribution nouvelle
+rendra ces richesses utilement disponibles.
+
+Paris offrira sur-tout le modèle d'une organisation complette.
+
+Les plus savans bibliographes ont pensé que l'immense collection des
+livres que renferme Paris, pourroit être, pour le plus grand avantage
+de ceux qui cultivent l'étude, divisé en cinq classes; que chaque
+classe formeroit une bibliothèque, et que leur réunion fictive
+composeroit la bibliothèque nationale; que chacune de ces sections,
+sans manquer toutefois des livres élémentaires, des livres principaux,
+sur toutes les sciences qui doivent se trouver par tout, seroit
+spécialement affectée à une science, à une faculté en particulier; que
+par-là le service de la bibliothèque nationale deviendroit plus
+prompt, plus commode; que chacun, des préposés aux cinq sections,
+particulièrement attaché à une partie, le connoîtroit mieux, seroit
+plus en état de la classer, de la perfectionner, de l'analyser, de
+l'enrichir de tout ce qui lui manque, et sur-tout de diriger dans
+leurs études tous ceux qui auroient à faire des recherches
+particulières dans la faculté dominante de sa section. Ainsi,
+bibliothèque mieux fournie, bibliothécaire plus instruit, par conséquent
+secours plus nombreux et plus expéditifs.
+
+Mais on a pensé en même temps que cette distribution ne devoit se
+faire que sur les livres que nous fournissent les Communautés du
+Département de Paris; que la bibliothèque du Roi, regardée de tout
+temps comme nationale, étant déjà toute formée, toute organisée,
+devoit rester ce qu'elle est, et ne pas disperser ses richesses dans
+les diverses sections de la nouvelle bibliothèque; que même il étoit
+naturel qu'elle acquît ce qui lui manque dans les bibliothèques
+ecclésiastiques supprimées, ainsi que la bibliothèque de la
+Municipalité de Paris, qui, enrichie et complettée par ce moyen,
+pourroit servir de bibliothèque de Département.
+
+La bibliothèque du Roi est le premier des dépôts. Il faut chercher à
+le perfectionner; il seroit déraisonnable de le dénaturer et de le
+détruire.
+
+Quant aux bibliothèques des Départemens, chacune d'elles sera divisée,
+mais dans le même local, en cinq classes, pour correspondre plus
+facilement aux sections de la bibliothèque nationale existante à
+Paris.
+
+Cette correspondance fournira les premiers matériaux à un journal d'un
+genre nouveau que vous devez encourager. Cet ouvrage, qui ne devra
+point être assujetti à une périodicité funeste à toutes les
+productions, aura un but philosophique et très-moral: destiné d'abord
+à faire connoître le nombre, la nature des livres ou manuscrits de
+chaque Département, à perfectionner leurs classifications, leurs
+sous-divisions, et à fixer les recherches inquiètes des savans, il
+offrira bientôt des notices analytiques sur tout ce que le temps
+commande d'abréger, des choix heureux, des simplifications savantes
+qui réduiront insensiblement à un petit nombre de volumes nécessaires
+ce que les travaux de chaque siècle ont produit de plus intéressant;
+il disposera les matériaux de ce qui est incomplet, préparera les
+méthodes, apprendra ce qui est fait, ce qu'on ne doit plus chercher,
+nous dira combien chaque vérité, chaque découverte rend inutiles
+d'ouvrages, de portions d'ouvrages, et sur-tout hâtera leur
+anéantissement réel, d'abord en réduisant au plus petit nombre
+possible, c'est-à-dire, si l'on peut parler ainsi, à des individus
+uniques, cette foule d'ouvrages superflus, multipliés avec tant de
+profusion, et en livrant ensuite à la bienfaisante rigueur du temps le
+soin de détruire absolument l'espèce entière condamnée à ne plus se
+reproduire.
+
+Peut-être même un tel journal pressera-t-il l'opinion publique au
+point qu'on regardera, non comme courageux, mais comme simple et
+raisonnable, de détruire tout à fait, d'époques en époques, une
+prodigieuse quantité d'ouvrages qui n'offriront plus rien, même à la
+curiosité, et qu'il seroit puéril de vouloir encore conserver.
+
+L'esprit se soulage par l'espoir que cette multitude immense de
+productions tant de fois répétées par l'art, et qui n'auroit jamais dû
+exister, du moins n'existera pas toujours; qu'enfin les livres qui ont
+fait tant de bien aux hommes, ne sont pas destinés à leur faire un
+jour la guerre et au physique et au moral. Or, c'est évidement du sein
+des bibliothèques que doit sortir le moyen d'en accélérer la
+destruction.
+
+Avant de terminer cet article, vous désirez sans doute savoir par
+approximation à quoi s'élève sur cet objet la nouvelle richesse
+nationale.
+
+Les relevés faits sur les inventaires des établissemens
+ecclésiastiques et religieux, au nombre de _quatre mille cinq
+cents_ maisons ou à-peu-près, annoncent _quatre millions cent
+quatre-vingt-quatorze mille quatre cent-douze_ volumes, dont près de
+_vingt-six mille_ manuscrits. Sur ce nombre, la ville de Paris fournit
+_huit cent huit mille cent-vingt_ volumes. On a remarqué qu'environ un
+cinquième étoit dépareillé, ou de nulle valeur. On évalue donc en
+général le nombre des volumes qui forme des ouvrages complets à _trois
+millions deux cent mille_, sur lesquels environ _six cent quarante
+mille_ à Paris. Il est vrai aussi que certains livres y sont répétés
+trois, six, et neuf mille fois, et qu'il n'y a qu'environ _cent mille_
+articles différens. Enfin, dans ce nombre de _trois millions deux cent
+mille_ se trouvent à-peu-près _deux millions_ de volumes de théologie.
+
+Les deux premiers moyens d'instruction que nous venons de parcourir,
+se fortifieront de ceux qui doivent naître des _encouragemens_, des
+_récompenses_, et sur-tout des _méthodes_ nouvelles.
+
+Les _encouragemens_ connus sous le nom de _bourses_ offrent quelques
+points de discussion. Tout ce qui les concerne se trouve renfermé dans
+les questions suivantes, qu'il est indispensable de résoudre.
+
+Quel doit être l'emploi des nombreuses fondations de ce genre qui
+existent particulièrement à Paris?
+
+Au profit de qui et par qui doivent-elles être employées?
+
+Faut-il en établir, et à l'aide de quels moyens, dans les lieux où il
+n'en existe pas?
+
+Enfin quelles règles à observer dans leur distribution?
+
+Les principes sur les fondations sont connus. Ce qui a été donné pour
+un établissement public, a été remis à la Nation qui en est devenue la
+vraie dispensatrice, la vraie propriétaire, sous la condition
+d'accorder en tout temps l'intention du donateur avec l'utilité
+générale. L'Assemblée Nationale peut donc, en se soumettant à ce
+principe, disposer du domaine de l'instruction, comme aussi des fonds
+de la charité publique. Mais, dans un objet de cette importance, il ne
+faut point d'opération hazardeuse. L'espoir du mieux ne permet de rien
+compromettre: on doit uniquement s'occuper ici de conserver et
+d'appliquer. Il faut donc garder soigneusement à l'instruction tout ce
+qui lui fut primitivement consacré; car c'est au moment où elle
+s'aggrandit que les secours lui deviennent plus nécessaires. Il faut
+que les bourses existantes à Paris soient appliquées à Paris,
+non-seulement parce que c'est le voeu des fondateurs, mais parce que
+les fonds sur lesquels sont établies ces bourses, existent presque
+tous dans la ville même de Paris, et parce que c'est aussi le seul
+moyen d'en faire jouir complettement et plus utilement, même tous les
+Départemens du Royaume.
+
+Cette dernière raison résout la seconde question sur les bourses.
+
+Au profit de qui et par qui doivent-elles être accordées?
+
+La plupart ont été fondées pour des provinces qui n'existent plus,
+pour des classes privilégiées qui n'existent pas davantage. Cette
+intention littérale ne peut donc être remplie. Mais elles l'ont été
+toutes pour l'encouragement du talent, pour le soulagement de
+l'infortune, et, en dernier résultat, pour le plus grand bien public.
+Or cette intention, la seule qui doit survivre à tout, sera
+parfaitement acquittée, lorsqu'il aura été décidé qu'elles seront
+réparties proportionnellement entre tous les Départemens, et que
+chacun d'entre eux aura le droit de nommer et d'envoyer à Paris, pour
+jouir de ce bienfait, le nombre de sujets qui lui seront désignés par
+ce partage.
+
+Mais doit-on, et par quels moyens établir ce genre d'encouragement
+dans les lieux où il n'existe pas?
+
+Il est clair que les moyens gratuits d'instruction ne doivent pas
+être concentrés exclusivement dans la Capitale; que la justice et
+toutes les convenances demandent que, dans chaque Département,
+l'instruction soit aussi complette qu'elle peut l'être. Cependant,
+comment y faire parcourir tous les degrés d'instruction à ceux que
+leur détresse met dans l'impossibilité d'en acquitter les frais,
+tandis que leurs dispositions les y appellent? Au moment de la
+révision de notre code constitutionnel, vous avez fortement exprimé
+votre voeu à cet égard: vous avez pensé qu'il étoit du devoir de
+l'Assemblée d'acquitter cette dette de la Nation. Nous vous
+proposerons donc d'établir, de fixer dans chaque Département un
+certain nombre de bourses qui seront acquittées et appliquées là, et
+dont la distribution, dans les différentes Écoles, sera confiée aux
+diverses Administrations. Ce moyen ne tardera pas à s'étendre, à
+s'aggrandir: il se fortifiera sur-tout, nous n'en doutons point, par
+de nombreuses souscriptions volontaires; ces mouvemens spontanés des
+peuples libres qui, associant l'homme à tout ce qui s'élève d'utile
+autour de lui, vont le porter vers cette multitude d'établissemens
+nouveaux où tous les voeux d'une bienfaisance éclairée trouveront à se
+satisfaire.
+
+Quant aux règles de la distribution, elles sont simples. Chaque
+Administration municipale, surveillant les écoles de son
+arrondissement, puisera dans chacune d'elles, par une communication
+fréquente, des notions précises sur les titres effectifs de tous ceux
+qui aspireront à ce bienfait. Ces notions seront transmises par les
+Municipalités aux Districts, par les Districts aux Départemens qui,
+les réunissant toutes et combinant ensemble les dispositions, la
+conduite et les moyens de fortune, pourront discerner ceux qui
+mériteront la préférence, ou, dans le cas presque chimérique d'un
+doute absolu, ordonneront une dernière épreuve entre les concurrens.
+Cette méthode que l'expérience perfectionnera, nous a paru préférable
+à un _concours_ qui seroit toujours et exclusivement décisif, à cette
+épreuve incertaine où la timidité a fait souvent échouer des talens
+véritables, où la médiocrité hardie a obtenu tant d'avantages. Ce
+dernier moyen qui appelle toute l'attention des juges sur un seul
+instant, sur un seul ouvrage, peut être conservé dans la carrière des
+arts et pour la solution des grands problèmes des sciences; car ici
+tout le talent que l'on veut récompenser peut se montrer dans une
+seule composition. Mais, lorsqu'il est moins question de talent que de
+dispositions, lorsqu'on à moins à récompenser ce qui est fait, qu'à
+encourager ce qui peut se faire, lorsque les dispositions sont encore
+vagues et n'ont pu se fixer sur un seul objet, il est parfaitement
+raisonnable de ne pas s'arrêter à un moment, à une production qui peut
+n'être qu'un heureux hazard, et il faut alors se déterminer sur les
+indications de toute une année, qui rarement seront trompeuses.
+
+Si la Société doit ce genre d'encouragement aux simples espérances que
+donnent des dispositions marquées, elle semble devoir davantage à ce
+que le talent produit de réel et d'utile, à tous les succès par
+lesquels il se distingue. C'est dans le trésor de l'opinion que
+résident sur-tout les moyens précieux d'acquitter cette dette.--On
+sait ce que dans tous les temps les récompenses, connues sous le nom
+de _prix_, ont produit chez les peuples libres: quelle ne sera pas
+leur puissance chez une Nation vive, enthousiaste, avide de toutes les
+sortes de gloire?
+
+Ils seront offerts à tous les âges: tous doivent les ambitionner. Le
+premier âge, parce qu'il est plus sensible à la louange,
+qu'heureusement, elle l'étonne, et qu'elle ne corrompt pas encore ses
+actions; l'âge de la raison, parce qu'il sent plus profondément les
+outrages de l'envie, et qu'il a besoin de trouver hors de lui et dans
+un témoignage irrécusable, un réparateur des injustices individuelles.
+
+Long-temps le mot de _prix_ et toutes les idées qu'il réveille, ont
+été relégués dans le dictionnaire de l'enfance, et ont paru y prendre
+une sorte de caractère de puérilité; ce préjugé achevera de se
+dissiper à votre voix. C'est elle, c'est la voix de la Nation qui,
+invoquant et fixant l'opinion, provoquera les efforts, se servira de
+l'amour-propre et de l'imagination de l'homme pour le conduire à la
+véritable gloire par les routes du bien public, tantôt désignant le
+but aux recherches du talent, tantôt le livrant à lui-même et se
+confiant à sa marche, toujours montrant la récompense inséparable du
+succès. Depuis l'Élève des Écoles Primaires jusqu'au Philosophe
+destiné à aggrandir le domaine de la raison, quiconque, dans les
+productions recommandées à son talent, aura dépassé ses rivaux, aura
+atteint le but, aura osé quelquefois le franchir, recevra, dans un
+témoignage éclatant, la juste récompense de ses efforts.
+
+Il faut que tout ce qui est mieux, que tout ce qui est plus utile,
+soit désormais à l'abri de l'indifférence et de l'oubli; mais cette
+première récompense du talent doit être simple, pure, modeste comme
+lui: _une branche_, _une inscription_, _une médaille_, tout ce qui
+annonce qu'on n'a pas cru le payer, tout ce qui, respectant sa
+délicatesse dans le choix même du prix, semble laisser à l'estime et à
+la confiance individuelle le droit et le devoir d'acquitter chaque
+jour davantage la dette de la Nation. Voilà ce qu'il convient d'offrir
+d'abord au talent.
+
+C'est sur ce principe que doivent être distribués les prix dans toutes
+les parties du Royaume. Chaque lieu choisira le moment le plus
+solemnel pour honorer le triomphe du talent. Ce jour sera par-tout un
+jour de fête, et tous ceux que le choix du peuple aura revêtus d'une
+fonction, devront y assister comme étant les organes les plus
+immédiats de la reconnoissance publique.
+
+On ne peut parcourir les _moyens_ d'instruction, sans s'arrêter
+particulièrement _aux méthodes_, ces véritables instrumens des
+sciences qui sont pour les Instituteurs eux-mêmes, ce que ceux-ci sont
+pour les Élèves. C'est à elles en effet à les conduire dans les
+véritables routes, à applanir pour eux, à abréger le chemin difficile
+de l'instruction. Non-seulement elles sont nécessaires aux esprits
+communs; le génie le plus créateur lui-même en reçoit d'incalculables
+secours, et leur a dû souvent ses plus hautes conceptions: car elles
+l'aident à franchir tous les intervalles; et en le conduisant
+rapidement aux limites de ce qui est connu, elles lui laissent toute
+sa force pour s'élancer au-delà. Enfin pour apprécier d'un mot les
+méthodes, il suffira de dire que la science la plus hardie, la plus
+vaste dans ses applications, l'_algèbre_ n'est elle-même qu'une
+méthode inventée par le génie, pour économiser le temps et les forces
+de l'esprit humain. Il est donc essentiel de présenter quelques vues
+sur ce grand moyen d'instruction. Sans doute que l'infatigable
+activité des esprits supérieurs, encouragée et fortement secondée par
+la libre circulation des idées, se portera d'elle-même vers cet objet
+où tant de découvertes sont encore à faire; mais il faut, autant qu'il
+est en nous, épargner d'inutiles efforts; il faut nous aider en ce
+moment de tout ce que le génie de la Philosophie a pu nous
+transmettre, afin de presser et d'assurer la marche de l'esprit
+humain. En un mot, nous avons marqué le but de l'instruction; il nous
+reste à marquer, à indiquer du moins les principales routes, et à
+fermer sans retour celles qui si long-temps n'ont servi qu'à égarer
+les hommes.
+
+Pour ne point se perdre dans cet immense sujet, nos méditations se
+sont portées, bien moins sur les sciences en particulier que sur le
+principe et la fin de toutes les sciences; car c'est-là sur-tout qu'il
+faut appeler en ce moment les efforts du talent et les idées
+créatrices de tous les propagateurs de la vérité.
+
+L'homme est un être raisonnable, ou plus exactement peut-être, il est
+destiné à le devenir; il faut lui apprendre à penser: il est un être
+social; il faut lui apprendre à communiquer sa pensée: il est un être
+moral; il faut lui apprendre à faire le bien. Comment l'aider à
+remplir cette triple destinée? Par quels moyens parviendra-t-on à
+étendre et perfectionner la raison, à faciliter la communication des
+idées, à applanir les difficultés de la morale? De telles recherches
+sont dignes de notre époque. Voici quelques apperçus, peut-être
+quelques résultats que nous confions à l'attention publique.
+
+La _raison_, cette partie essentielle de l'homme, qui le distingue de
+tout ce qui n'est pas lui, est néanmoins dans une telle dépendance de
+son organisation et des impressions qu'il reçoit, qu'elle paroît
+presque tenir le dehors son existence en même temps que son
+développement. Il faut donc surveiller ces impressions premières,
+auxquelles sont comme attachées et la nature et la dignité réelle de
+l'homme.
+
+Et d'abord, qu'il soit prescrit de bannir du nouvel enseignement tout
+ce qui jadis n'étoit visiblement propre qu'à corrompre, qu'à enchaîner
+cette première faculté; et les superstitions de tout genre dont on
+l'effrayoit, et qui exerçoient sur elle et contre elle un si terrible
+empire long-temps encore après que la réflexion les avoit dissipées;
+et toutes ces nomenclatures stériles qui, n'étant jamais l'expression
+d'une idée sentie, étoient à-la-fois une surcharge pour la mémoire,
+une entrave pour la raison; et ce mode bizarre d'enseignement où les
+connoissances étant classées, étant prisées dans un rapport inverse
+avec leur utilité réelle, servoient bien plus à dérouter, à tromper la
+raison qu'à l'éclairer; et ces méthodes gothiques qui, convertissant
+obstacles jusqu'aux règles destinées à accélérer sa marche, la
+faisoient presque toujours rétrograder. Il est temps de briser toutes
+ces chaînes: il est temps que l'on rende à la raison son courage, son
+activité, sa native énergie, afin que, libre de tant d'obstacles, elle
+puisse rapidement et sans détour avancer dans la carrière qui s'ouvre
+et s'aggrandit sans cesse pour elle. C'est par vous qu'elle retrouvera
+sa liberté; c'est par les méthodes qu'elle en recueillera promptement
+les avantages.
+
+Sans doute qu'il existera toujours des différences entre la raison
+d'un homme et celle d'un autre homme: ainsi l'a voulu la nature; mais
+la raison de chacun sera tout ce qu'elle peut être: ainsi le veut la
+Société.
+
+Cependant comment tracer des méthodes à la raison? Comment ouvrir une
+route commune à tant de raisons diverses? Comment faire parvenir à
+chacune de ces raisons la part de richesses intellectuelles à laquelle
+chacune peut et doit prétendre. De tels objets réunis échapperoient
+peut-être à des méthodes générales. Je veux en ce moment me borner à
+ce qui importe le plus à la perfectibilité de l'homme, c'est-à-dire,
+aux moyens de donner à la raison de chaque individu toute la _force_
+et toute la _rectitude_ dont elle est susceptible.
+
+La _force_ de la raison dépend particulièrement de la mesure
+d'attention qu'on est en état d'appliquer à l'objet dont on s'occupe;
+peut-être même n'est-elle que cela; car c'est par elle que la raison
+d'un homme se montre toujours supérieure à celle d'un autre homme.
+L'attention est une disposition acquise par laquelle l'âme parvient à
+échapper aux écarts de l'imagination, à se soustraire aux importunités
+de la mémoire, et enfin à se commander à elle-même pour recueillir à
+son gré toutes ses forces. C'est alors que l'intelligence peut
+s'élever jusqu'à son plus haut degré d'énergie, que la pensée crée
+d'autres pensées, et que des idées fugitives et comme inapperçues se
+réunissent et deviennent tout-à-coup productives. Mais l'attention
+n'est une marque d'étendue et de supériorité qu'autant que l'esprit
+peut, en quelque sorte, la prendre à sa volonté, et la transporter
+toute entière d'un objet à un autre.
+
+Tel est donc le but auquel il faut tendre dans l'instruction destinée
+à la jeunesse: il faut, par tout ce qui peut influer sur ses
+habitudes, l'accoutumer à maîtriser sa pensée, à retenir ou rappeller
+à son gré ce regard si mobile de l'âme; lui montrer dans cet effort
+sur soi, dans cette refrénation intérieure, le principe de tous les
+genres de succès, la source des plus belles jouissances de l'esprit.
+Il faut enfin faire sortir de son intérêt présent, de ses affections
+même les plus impétueuses, le désir persévérant de se commander en
+quelque sorte pour en devenir plus libre.
+
+Cet apperçu indiqueroit peut-être la théorie qu'exige cette partie de
+l'enseignement; mais le problème reste encore pour nous tout entier à
+résoudre.
+
+_Quelle est l'indication précise et complette des moyens propres à
+apprendre à tous les hommes à se rendre maîtres de leur attention?_
+
+Un tel problème mérite d'être recommandé à tous ceux qui sont dignes
+de concourir à l'avancement de la raison humaine.
+
+La _rectitude_ de la raison tient à d'autres causes; et néanmoins
+l'attention qui est le principe de sa _force_, est un grand
+acheminement vers cette rectitude: car la disposition de l'âme qui
+permet d'observer long-temps un objet, doit être nécessairement un des
+premiers moyens pour apprendre à le bien voir. Mais il faut aider ce
+moyen; il faut, par des procédés bien éprouvés, assurer à la raison et
+lui conserver cette habitude de voir sans effort ce qui est, et cette
+constante direction vers la vérité qui alors devient la passion
+dominante et souvent exclusive de l'âme. En nous élevant jusqu'à la
+hauteur des méthodes les plus générales, il nous a semblé que, pour
+atteindre à ce but, il importoit souverainement d'intéresser en
+quelque sorte la conscience des élèves à la recherche de tout ce qui
+est vrai: (la vérité est en effet la morale de l'esprit, comme la
+justice est la morale du coeur). Il importe non moins vivement
+d'intéresser leur curiosité, leur ardente émulation, en les faisant
+comme assister à la création des diverses connoissances dont on veut
+les enrichir, et en les aidant à partager sur chacune d'elles la
+gloire même des inventeurs: car ce qui est du domaine de la raison
+universelle ne doit pas être uniquement, offert à la mémoire; c'est à
+la raison de chaque individu à s'en emparer: il est mille fois prouvé
+qu'on ne sait réellement, qu'on ne voit clairement que ce qu'on
+découvre, ce qu'on invente en quelque sorte soi-même. Hors de là,
+l'idée qui nous arrive, peut être en nous; mais elle n'est pas à nous;
+mais elle ne fait pas partie de nous: c'est une plante étrangère qui
+ne peut jamais prendre racine. Que faut-il donc? Recommander par
+dessus tout l'usage de l'analyse qui réduit un objet quelconque à ses
+véritables élémens, et de la synthèse qui le recompose ensuite avec
+eux. Par cette double opération qui recèle peut-être tout le secret de
+l'esprit humain, à qui nous devons les plus savantes combinaisons de
+la métaphysique, et par là les principes de toutes les sciences, on
+parvient à voir tout ce qui est dans un objet, et à ne voir que ce qui
+y est: on ne reçoit point, une idée; on l'acquiert: on ne voit jamais
+trouble; on voit juste, ou l'on ne voit rien. Que faut-il encore?
+L'application fréquente et presque habituelle de la méthode rigide des
+mathématiciens, de cette méthode qui, écartant tout ce qui ne sert
+qu'à distraire l'esprit, marche droit et rapidement à son but,
+s'appuie sur ce qui est parfaitement connu pour arriver sûrement à ce
+qui ne l'est pas, ne dédaigne aucun obstacle, ne franchit aucun
+intervalle, s'arrête à ce qui ne peut être entendu, consent à ignorer,
+jamais à savoir mal; et présente le moyen, si non de découvrir
+toujours la vérité d'un principe, du moins d'arriver avec certitude
+jusqu'à ses dernières conséquences. Cette méthode est applicable à
+plus d'objets qu'on ne pense, et c'est un grand service à rendre à
+l'esprit humain que de l'étendre sur tous ceux qui en sont
+susceptibles. Ainsi, nouveau problème à résoudre.
+
+_Comment appliquer l'esprit d'analyse et la méthode rigoureuse des
+mathématiciens aux divers objets des connoissances humaines?_
+
+C'est encore ici à la Nation à interroger, et c'est au temps à nous
+montrer celui qui sera digne d'apporter la réponse à cette question.
+
+Au don de penser succède rapidement le don de communiquer ce qu'on
+pense; ou plutôt l'un est tellement enchaîné à l'autre, qu'on ne peut
+les concevoir séparés que par abstraction. De cette vérité rendue
+particulièrement sensible de nos jours, il suit que tout ce qui
+augmente les produits de la pensée, agit simultanément sur le signe
+qui l'accompagne, comme aussi que le signe perfectionné accroît,
+enrichit et féconde à son tour la pensée; mais cette conséquence
+incontestable et purement intellectuelle ne doit pas nous suffire; et
+ici s'offrent à l'esprit d'intéressantes questions à discuter.
+
+Une singularité frappante de l'état dont nous nous sommes affranchis,
+est sans doute que la langue nationale, qui chaque jour étendoit ses
+conquêtes au-delà des limites de la France, soit restée au milieu de
+nous comme inaccessible à un si grand nombre de ses habitans, et que
+le premier lien de communication ait pu paroître pour plusieurs de nos
+contrées une barrière insurmontable. Une telle bizarrerie doit, il est
+vrai, son existence à diverses causes agissant fortuitement et sans
+dessein; mais c'est avec réflexion, c'est avec suite que les effets
+en ont été tournés contre les peuples. Les Écoles primaires vont
+mettre fin à cette étrange inégalité: la langue de la Constitution et
+des lois y sera enseignée à tous; et cette foule de dialectes
+corrompus, derniers restes de la féodalité sera contrainte de
+disparoître: la force des choses le commande. Pour parvenir à ce but,
+à peine est il besoin d'indiquer des méthodes: la meilleure de toutes
+pour enseigner une langue dans le premier âge de la raison, doit en
+effet se rapprocher de celle qu'un instinct universel a suggérée pour
+montrer à l'enfance de tous les pays le premier langage qu'elle
+emploie; elle doit n'être qu'une espèce de routine, raisonnée, il est
+vrai, et éclairée par degrés, mais nullement précédée des règles de la
+grammaire: car ces règles, qui sont des résultats démontrés pour celui
+qui sait déjà les langues et qui les a méditées, ne peuvent en aucune
+manière être des moyens de les savoir pour celui qui les ignore: elles
+sont des conséquences; on ne peut, sans faire violence à la raison,
+les lui présenter comme des principes.
+
+Mais si l'on peut laisser au cours naturel des idées le soin de rendre
+universelle parmi nous une langue dont chaque instant rappellera le
+besoin, on ne doit pas confier au hazard le moyen de la perfectionner.
+La langue françoise, comme toutes les autres, a subi d'innombrables
+variations auxquelles le caprice et des rencontres irréfléchies ont eu
+bien plus de part que la raison: elle a acquis, elle a perdu, elle a
+retrouvé une foule de mots. D'abord stérile et incomplette, elle s'est
+chargée successivement d'abstractions, de composés, de dérivés, de
+débris poëtiques. Pour bien apprécier les richesses qu'elle possède et
+celles qui lui manquent, il faut avant tout se faire une idée juste de
+son état actuel; il faut montrer à celui dont on veut éclairer la
+raison par le langage, quel a été le sens primitif de chaque mot,
+comment il s'est altéré, par quelle succession d'idées on est parvenu
+à détacher d'un sujet ses qualités pour en former un mot abstrait qui
+ne doit son existence qu'à une hardiesse de l'esprit; il faut
+rappeller le figuré à son sens propre, le composé au simple, le dérivé
+à son primitif; par-là tout est clair; il règne un accord parfait
+entre l'idée et son signe, et chaque mot devient une image pure et
+fidèle de la pensée.
+
+Ici commence le perfectionnement de la langue. Et d'abord la
+révolution a valu à notre idiome une multitude de créations qui
+subsisteront à jamais, puisqu'elles expriment ou réveillent des idées
+d'un intérêt qui ne peut périr; et la langue politique existera enfin
+parmi nous; mais, plus les idées sont grandes et fortes, plus il
+importe que l'on attache un sens précis et uniforme aux signes
+destinés à les transmettre; car de funestes erreurs peuvent naître
+d'une simple équivoque. Il est donc digne des bons citoyens, autant
+que des bons esprits, de ceux qui s'intéressent à la fois au règne de
+la paix et au progrès de la raison, de concourir par leurs efforts à
+écarter des mots de la langue françoise, ces significations vagues et
+indéterminées, si commodes pour l'ignorance et la mauvaise foi, et qui
+semblent receler des armes toutes prêtes pour la malveillance et
+l'injustice. Ce problème très-philosophique et qu'il faut généraliser
+le plus possible, demande du temps, une forte analyse et l'appui de
+l'opinion publique pour être complettement résolu. Il n'est pas
+indigne de l'Assemblée Nationale d'en encourager la solution.
+
+Un tel problème, auquel la création et le danger accidentel de
+quelques mots nous ont naturellement conduits, s'est lié dans notre
+esprit à une autre vue. Si la langue françoise a conquis de nouveaux
+signes, et s'il importe que le sens en soit bien déterminé, il faut
+en même-temps qu'elle se délivre de cette surcharge de mots qui
+l'appauvrissoient et souvent la dégradoient. La vraie richesse d'une
+langue consiste à pouvoir exprimer tout avec force, avec clarté, mais
+avec peu de signes. Il faut donc que les anciennes formes
+obséquieuses, ces précautions timides de la foiblesse, ces souplesses
+d'un langage détourné qui sembloit craindre que la vérité ne se
+montrât toute entière, tout ce luxe imposteur et servile qui accusoit
+noire misère, se perde dans un langage simple, fier et rapide; car là
+où la pensée est libre, la langue doit devenir prompte et franche, et
+la pudeur seule a le droit d'y conserver ses voiles.
+
+Qu'on ne nous accuse pas toutefois de vouloir ici calomnier une langue
+qui, dans son état actuel, s'est immortalisée par des chefs-d'oeuvres.
+Sans doute que par-tout les hommes de génie ont subjugué les idiomes
+les plus rebelles, ou plutôt par-tout ils ont su se créer un idiome à
+part; mais il a fallu tout le courage, toute l'audace de leur talent,
+et la langue usuelle n'en a pas moins conservé parmi nous l'empreinte
+de notre foiblesse et de nos préjugés. Il est juste, il est
+constitutionnel que ce ne soit plus désormais le privilège de quelques
+hommes extraordinaires de la parler dignement; que la raison la plus
+commune ait aussi le droit et la facilité de s'énoncer avec noblesse;
+que la langue françoise s'épure à tel point, qu'on ne puisse plus
+désormais prétendre à l'éloquence sans idées, comme il ne sera plus
+permis d'aspirer à une place sans talens; qu'en un mot, elle reçoive
+pour tous un nouveau caractère et se retrempe en quelque sorte dans la
+liberté et dans l'égalité. C'est vers ce but non moins philosophique
+que national que doit se porter une partie des travaux des nouveaux
+Instituteurs.
+
+Un Ministre immortel dans les annales du despotisme ne jugea pas
+indifférent à sa gloire, et sur-tout à ses vues, de réserver une
+partie de ses soins au progrès et à ce qu'il nommoit le
+perfectionnement de la langue françoise: en cela il voyoit
+profondément et juste. L'Assemblée Nationale, qui certes connoît et
+connoît bien autrement la puissance de la parole, qui sait combien les
+signes ont d'empire, ou plutôt d'action sur les idées et par elles sur
+les habitudes qu'elle veut faire naître ou affermir, et qui désire que
+la raison publique trouve sans cesse dans la langue nationale un
+instrument vigoureux qui la seconde et ne la contrarie jamais, sentira
+sans doute aussi, mais dans des vues bien différentes, combien un tel
+objet importe à l'intérêt et à la gloire de la Nation. Ainsi:
+
+_Notre langue a perdu un grand nombre de mots énergiques qu'un goût,
+plutôt foible que délicat, a proscrits; il faut les lui rendre: les
+langues anciennes et quelques-unes d'entre les modernes sont riches
+d'expressions fortes, de tournures hardies qui conviennent
+parfaitement à nos nouvelles moeurs; il faut s'en emparer; la langue
+françoise est embarrassée de mots louches et synonymiques, de
+constructions timides et traînantes, de locutions oiseuses et
+serviles; il faut l'en affranchir._ Voilà le problème complet à
+résoudre.
+
+Si la langue nationale est le premier des moyens de communication
+qu'il importe de cultiver, l'enseignement simultané des autres
+langues, de celles sur-tout qui nous ont transmis des modèles
+immortels, est un moyen auxiliaire et puissant qu'il seroit coupable
+de négliger: car, sans parler des beautés qu'elles nous apportent et
+qui expirent dans les traductions, on ne doit pas perdre de vue que,
+par leur seul rapprochement, les langues s'éclairent et
+s'enrichissent; que, surveillées en quelque sorte l'une par l'autre,
+elles s'avertissent de leurs défauts, se prêtent mutuellement des
+images; qu'elles fortifient, par leur contraste, par leur opposition
+même, les facultés intellectuelles de celui qui les réunit. L'idée
+qui nous appartient sous divers signes, est en effet bien plus
+profondément en nous, bien plus intimement à nous: c'est une propriété
+dont à peine nous soupçonnions d'abord l'existence, et qui reçoit une
+nouvelle garantie et comme un nouveau titre de chacun des témoins
+nouveaux qui la constatent.
+
+Cette action mutuelle des langues qui, s'épurant ainsi l'une par
+l'autre, concourent par leur influence réciproque à imprimer à la
+pensée un nouveau degré de force et clarté, a dû insensiblement élever
+l'écrit jusqu'à l'idée d'une langue commune et universelle, qui, née
+en partie du débris des autres, trouveroit, soit en elles, soit hors
+d'elles, les élémens les plus analogues avec toutes nos sensations, et
+par-là deviendroit nécessairement la langue humaine. Il paroît que
+cette idée, ou plutôt une idée semblable, a occupé quelque temps un
+des plus grands Philosophes du dernier siècle: il sembloit à
+_Leibnitz_, que pour hâter les progrès de la raison, on devoit
+chercher, non à vaincre successivement, mais à briser à-la-fois tous
+les obstacles qui empêchent ou retardent la libre communication des
+esprits; que, dans l'impossibilité d'apprendre cette multitude
+d'idiomes disparates qui les séparent, il falloit en former ou en
+adopter un qui fût en quelque sorte le point central, le rendez-vous
+commun de toutes les idées, en un mot, qui devînt pour la pensée ce
+que l'algèbre est pour les calculs. Une telle vue a dû étonner par sa
+hardiesse, et l'on n'a pas tardé à la ranger dans la classe des
+chimères: il faudroit en effet que les nouveaux signes universellement
+adoptés, fussent une image tellement sensible de nos idées, qu'attiré
+ou ramené vers eux comme par enchantement, le genre humain s'étonnât
+d'en avoir, jusqu'à ce jour, adopté d'autres, qu'ils fussent en un mot
+presque aussi clairement représentatifs de la pensée, que l'or et
+l'argent le sont de la richesse. Or de tels signes sont-ils dans la
+nature? Peuvent-ils exister pour toutes les idées?
+
+Gardons-nous pourtant de fixer trop précipitamment le terme où doivent
+s'arrêter sur de semblables questions les recherches de l'esprit
+humain: car, si dans toute l'étendue que présente ce problème, on est
+en droit de le regarder comme insoluble, il est cependant permis de
+penser que les efforts, même impuissans pour les résoudre, ne seraient
+pas tout-à-fait perdus, et que chaque pas que l'on feroit dans cette
+recherche, dût le terme se reculer sans cesse, chaque découverte, dans
+cette région presque idéale, apporteroit quelques richesses à la
+langue, quelques moyens nouveaux à la raison.
+
+Déjà des hommes, inspirés par le génie de l'humanité, ont presque
+atteint la solution de ce hardi problème. On les a vus, pour consoler
+les êtres affligés que la nature a déshérités d'un sens, inventer de
+nos jours et perfectionner rapidement cette langue des signes qui est
+l'image vivante de la pensée, dont tous les élémens sensibles à l'oeil
+ne laissent appercevoir rien d'arbitraire, par qui les idées même les
+plus abstraites deviennent presque visibles, et qui, dans sa
+décomposition, simple à la fois et savante, présente la véritable
+grammaire, non des mots, mais des idées. Une telle langue rempliroit
+toutes les conditions du problème, si par elle, comme par la parole
+écrite, on parvenoit à transmettre la pensée à des distances
+indéfinies; mais jusqu'à présent, on n'a pu que la parler et non
+l'écrire; et ceux qui la possèdent le mieux, sont réduits, pour se
+faire entendre de loin, à la traduire en une des langues usuelles.
+Jusqu'à ce qu'on ait trouvé le moyen de la transcrire, au lieu de la
+traduire, elle restera donc à la vérité une des plus belles, une des
+plus utiles inventions des hommes: elle sera peut-être la première des
+méthodes pour rendre l'esprit parfaitement analytique, pour le
+prémunir contre une multitude d'erreurs qu'il doit à l'imperfection
+de nos signes, pour corriger enfin les vices innombrables de nos
+grammaires. Sous ces points de vue, elle ne pourra être ni trop
+méditée, ni trop fortement encouragée; mais elle ne sera point, encore
+une langue universelle.
+
+Ces réflexions sur les langues, les divers points de vue sous lesquels
+nous avons considéré ce sujet fécond, et enfin les problèmes proposés
+ou indiqués, nous paroissent devoir remplir l'objet de cet article,
+celui de préparer et d'assurer un jour à la raison tous les moyens de
+communication qu'elle peut désirer.
+
+Ce n'est pas assez d'apprendre à penser à l'être raisonnable,
+d'apprendre à communiquer sa pensée à l'être social, il faut
+particulièrement apprendre à faire le bien à l'être moral.
+
+Faire le bien, le faire chaque jour mieux par un plus grand nombre de
+motifs et avec moins d'efforts, c'est là que tout doit tendre dans une
+association quelconque. Hors de là, rien n'est à sa place, rien ne
+marche à son but. Ainsi les méthodes pour apprendre à communiquer ce
+qu'on pense, ne doivent elles-mêmes être réputées que des moyens
+indirects pour atteindre jusqu'à la morale, qui est le dernier
+résultat de toute société: car les désordres ne sont, bien souvent,
+que des erreurs de la pensée, et souvent aussi les habitudes
+vertueuses que le résultat naturel de la communication des esprits.
+
+Mais ces moyens éloignés réclament l'appui des méthodes particulières
+et directes.
+
+Avant de les présenter, défendons-nous de séparer ici, comme tant de
+fois on a osé le faire, la morale publique de la morale privée. Cette
+charlatanerie de la corruption est une insulte aux moeurs: quoiqu'il
+soit vrai que les rapports changent avec les personnes et les
+événemens, il est incontestable que le principe moral reste toujours
+le même, sans quoi il n'existeroit point. On peut bien, on doit même
+appliquer diversement les règles de la justice; mais il n'y a point
+deux manières d'être juste; mais il est absurde de penser qu'il puisse
+y avoir deux justices.
+
+Pour arriver à l'exacte définition de _la morale_, il faut la chercher
+dans le rapprochement des idées que le commun des hommes, livrés ou
+rendus à eux-mêmes, ont constamment attachées à ce mot. Celle qui
+paroît les comprendre toutes, et qu'indique un instinct général autant
+que la raison, présente à l'esprit l'art de faire le plus de bien
+possible à ceux avec qui l'on est en relation, sans blesser les droits
+de personne. Si les relations sont peu étendues, la morale réveille
+l'idée des vertus domestiques et privées: elle prend le nom de
+patriotisme, lorsque ces relations s'étendent sur la Société entière
+dont on fait partie; enfin, elle s'élève jusqu'à l'humanité, à la
+philantropie, lorsqu'elles embrassent le genre humain. Dans tous les
+cas, elle comprend la justice qui sent, respecte, chérit les droits de
+tous; la bonté qui s'unit par un sentiment vrai au bien ou au mal
+d'autrui; le courage qui donne la force d'exécuter constamment ce
+qu'inspirent la bonté et la justice; enfin ce degré d'instruction qui,
+éclairant les premiers mouvemens de l'âme, nous montre à chaque
+instant en quoi consistent et ce qu'exigent réellement et la justice,
+et la bonté, et le courage. Tels sont les élémens de la morale. De-là
+résultent deux vérités: la première, qu'elle est inséparable d'un bien
+produit ou à produire, que par conséquent l'effort le plus hardi qui
+n'aboutit point là, lui est absolument étranger. Ce n'est point de
+l'étonnement, c'est de la reconnoissance qu'elle doit inspirer. La
+seconde, qu'elle ne peut se trouver que dans les relations qui nous
+unissent à nos semblables: car elle suppose des droits, des devoirs,
+des affections réciproques, et particulièrement ce sentiment expensif
+qui, nous faisant vivre en autrui, devient par la réflexion le garant
+de la justice, comme il est naturellement le principe de la bonté. Il
+faut donc ici identité de nature. Sans doute que les rapports de
+l'homme avec Dieu, avec soi, et même avec les êtres inférieurs à lui,
+ne sont pas étrangers à la morale: mais si la raison y découvre des
+motifs souvent très-puissans pour la pratiquer, si, sous ce point de
+vue, ils doivent être cultivés, ils doivent être respectés, il est
+sensible, à la simple réflexion qu'ils ne peuvent faire eux-mêmes
+partie de cette morale science dont il est question. On doit seulement
+les considérer comme moyens, tandis que les rapports sociaux sont ici
+à la fois et le principe et le but.
+
+La morale ainsi analysée, ainsi circonscrite, quelles méthodes doit
+mettre en usage une grande Société pour en pénétrer fortement les
+membres qui la composent? Trois principales s'offrent à l'esprit et
+embrassent les moyens d'instruction pour la vie entière: la première
+est de faire faire à l'enfance un apprentissage véritable de ce
+premier des arts et comme un premier essai des vertus que la Société
+lui demandera un jour, en organisant cette petite Société naissante
+d'après les principes de la grande organisation sociale; la seconde,
+de multiplier sans cesse autour de tous les individus et en raison de
+leurs affections, les motifs les plus déterminans pour faire le bien;
+la troisième est de frapper d'impressions vertueuses et profondes les
+sens, les facultés de l'âme, de telle sorte que la morale, qui
+pourroit d'abord ne paroître qu'un produit abstrait de la raison, ou
+un résultat vague de la sensibilité, devienne un sentiment, un
+bonheur, et par conséquent une forte habitude.
+
+La gloire d'un individu est de faire des actions utiles lorsqu'elles
+demandent du courage. Le devoir de la Société est de les convertir
+tellement en habitude, que rarement l'emploi du courage soit
+nécessaire: ce principe est incontestable. C'est donc dans l'enfance
+qu'il faut jetter les premières semences de la morale, puis qu'il est
+si bien reconnu que les impressions qui datent de ce premier âge de la
+vie, sont les seules que le temps n'efface jamais.
+
+Là s'appliqueront sans effort et dans la juste mesure que demandent la
+foiblesse et l'inexpérience, les moyens ordinaires d'instruction; mais
+un moyen particulier et d'un effet sûr paroît devoir être ajouté
+par-tout où les élèves sont constamment réunis sous les yeux de leurs
+instituteurs.
+
+Ce moyen, dont on retrouve quelque traces dans les anciennes
+institutions des Perses, ainsi que dans quelques cantons Suisses,
+consiste à organiser ces jeunes sociétés, quelque temps avant la fin
+de l'éducation, de telle sorte que l'exercice anticipé de toutes les
+vertus sociales y soit un besoin universellement senti: car, qui doute
+qu'en toute chose et sur-tout en morale, la première de toutes les
+leçons ne soit la pratique, et que la pratique ne soit complettement
+assurée, quand chaque instant en rappelle la nécessité.
+
+Toute réunion qui a un but, est une véritable association; et une
+association quelconque, déterminée par un intérêt commun, entraîne la
+nécessité d'un gouvernement. Cette vérité ne peut être mise en doute.
+
+Or, dans le gouvernement le plus fractionnaire, le plus subordonné à
+la loi et à l'action générale, on retrouve les élémens des divers
+pouvoirs qui constituent la grande Société, c'est-à-dire, des volontés
+individuelles qui cherchent à se réunir, et des moyens d'exécution qui
+demandent à être dirigés; et l'on est porté à combiner ces élémens sur
+le modèle qu'on a sous les yeux.
+
+C'est ainsi que, dans l'ancien état des choses, le régime intérieur
+de chaque école sembloit s'être formé sur le régime tyrannique sous
+lequel la France étoit opprimée.
+
+Une foule de réglemens incohérens, éludés par la faveur, changés par
+le caprice; des volontés arbitraires prenant sans cesse la place de la
+loi; des punitions qui ne tendoient qu'à flétrir l'âme; des
+distinctions humiliantes qui insultoient au principe sacré de
+l'égalité; une soumission toujours aveugle; enfin nul rapport de
+confiance entre les gouvernans et les gouvernés: telles étoient les
+maisons d'instruction: telle étoit la France entière.
+
+Aujourd'hui que le gouvernement représentatif a pris naissance parmi
+nous, c'est-à-dire, le gouvernement le plus parfait qu'il soit donné à
+l'homme de concevoir, pourroit-on ne pas chercher à en reproduire
+l'image dans l'enceinte des sociétés instructives lorsque rien ne s'y
+oppose, que la raison le demande, et sur-tout que la morale doit y
+trouver infailliblement le moyen de s'étendre et de s'affermir dans
+les âmes? Développons cette idée.
+
+_Toute association_, a dit un philosophe, _dont les membres ne peuvent
+pas vaquer tous à toute l'administration commune, est obligée de
+choisir entre des représentans et des maîtres, entre le despotisme et
+un gouvernement légitime_. Cette idée simple et féconde trouve ici une
+application directe.
+
+Mais une observation se présente tout-à-coup pour suspendre la
+rapidité de la conséquence qu'on pourroit en déduire.
+
+Le principe n'est complettement vrai que lorsque l'association est
+formée d'hommes parfaitement égaux, et qui arrivent là avec la
+plénitude de leurs droits.
+
+Or, une maison d'instruction étant composée d'Instituteurs et
+d'Élèves, d'hommes dont la volonté et la raison sont formées, et de
+jeunes gens en qui l'une et l'autre sont incomplettes, enfin
+d'individus revêtus d'une autorité, et d'individus qui doivent s'y
+soumettre, il est clair qu'on ne peut presser ici le principe de
+l'égalité.
+
+Et pourtant si la raison, si la nature des choses demandent que celui
+qui instruit soit constamment au-dessus de celui qui est instruit; si,
+sous ce rapport, son autorité doit même être pleine et indépendante,
+et si l'amour-propre le plus rebelle ne peut en être plus irrité que
+ne l'est celui d'un enfant lorsqu'il est porté par un homme fort, il
+est également vrai que, hors de là et en ce qui concerne sur-tout le
+régime des Écoles, cette autorité ne doit pas être également
+illimitée, ou plutôt qu'il faut la placer en d'autres mains pour
+qu'ici, comme dans le corps social, la séparation des pouvoirs
+garantisse de tout despotisme.
+
+Qu'on ne perde pas de vue que, dans les individus les plus enchaînés
+par les institutions sociales, il est une portion de volonté
+disponible qui peut être utilement et doit par conséquent être
+toujours mise en commun, dès l'instant qu'il se forme entre eux une
+association quelconque.
+
+La volonté des jeunes gens, toute imparfaite qu'elle est, se porte
+facilement vers ce qui est vrai et juste, parce qu'elle est libre de
+préjugés.
+
+Or peut-on ne pas sentir qu'il importe aux Élèves et aux Instituteurs
+que ces jeunes volontés, transmises en quelque sorte par des élections
+souvent renouvellées jusqu'à un petit nombre d'entre eux qui
+deviendront les représentans de tous, se réunissent dans l'exercice
+des diverses fonctions administratives et judiciaires que réclame le
+maintien de toute société.
+
+C'est alors que les Instituteurs bornés à l'objet qui leur appartient
+exclusivement, l'instruction, n'exerçant sur tout le reste qu'une
+surveillance directive très-générale, conserveront aisément cette
+confiance si nécessaire à leurs travaux, et qu'aucune vengeance
+particulière, aucun reproche personnel n'essayera plus d'affoiblir.
+
+Les Élèves, de leur côté, à la fois libres et soumis, supportant sans
+peine un joug dont ils sentiront la nécessité, mais ne supportant que
+celui là; à l'abri désormais de ces nombreuses injustices qui les
+révoltent, et dont le ressentiment se conserve toute la vie; appellés
+par des choix toujours purs à participer à l'administration commune, à
+devenir des Juges, des Jurés, des Arbitres, des Censeurs; toujours
+comptables envers leurs égaux; chargés tour à tour de prévenir les
+délits, de les juger, de les faire punir; de distribuer le blâme et la
+louange, d'appaiser les dissentions; jaloux, dans l'exercice de ces
+intéressantes fonctions, de mériter l'estime de tous sans chercher à
+plaire à personne, apprendront de bonne heure à traiter avec les
+hommes et leurs passions, à concilier l'exercice de la justice avec
+une indulgence raisonnée, s'exerceront à toutes les vertus domestiques
+et publiques, au respect pour la loi, pour les moeurs, pour l'ordre
+général, sentiront s'élever leur âme au sein de l'égalité, de la
+liberté, et sauront enfin ce qu'on ne peut savoir trop tôt et ce
+qu'ils eussent ignoré long-temps, que l'homme, à quelque âge que ce
+soit, doit plier sous la loi, sous la nécessité, sous la raison,
+jamais sous une volonté particulière.
+
+N'est-ce pas là le véritable apprentissage de la vie sociale, et par
+conséquent le cours de morale le plus complet, le plus efficacement
+instructif? Un réglement facile réalisera les bases de cette
+Constitution particulière, si parfaitement analogue à la Constitution
+générale de l'Empire.
+
+Il est un second devoir de la Société pour assurer l'empire de la
+morale: c'est de rassembler et de fortifier les motifs qui peuvent
+porter l'homme à faire le bien dans les divers âges de la vie.
+
+La Société doit exciter l'homme par _l'intérêt_, en lui montrant dans
+le bien qu'il fait aux autres, le garant de celui qu'il recevra de
+tous, en lui montrant même que, dans cet échange réciproque, il
+recevra bien plus qu'il ne donne.
+
+Elle doit l'exciter par _l'honneur_, en rattachant à la morale ce
+mobile des âmes ardentes que le préjugé en avoit détaché.
+
+Elle doit l'exciter par la _conscience_, en le rappellant souvent, par
+l'organe de ses agens et des instituteurs publics, à ce sens interne
+qui, exercé, éclairé de bonne heure, et consulté fréquemment, devient
+un inspirateur prompt et sûr, un moniteur incorruptible, et rend
+inséparables la vertu et le bonheur, le crime et les remords.
+
+Elle doit sur-tout l'exciter par la _raison_; car il faut avant tout
+et après tout s'adresser à cette première faculté de l'homme, puisque
+tous les autres mobiles doivent tôt ou tard subir son jugement et sa
+révision: il faut montrer à ceux qui se déterminent par réflexion plus
+que par sentiment, par conviction plus que par intérêt, que les
+vérités, dans l'ordre moral, sont fondées sur des bases
+indestructibles, qu'on ne peut les méconnoître sans renoncer à toute
+raison; qu'en un mot, la morale la plus sublime n'est presque jamais
+que du bon sens.
+
+Elle doit enfin exciter l'homme par _l'exemple_: et ce moyen puissant,
+c'est à _l'histoire_ qu'elle doit le demander: car l'orgueil de
+l'homme se défendra toujours de le devoir à ses contemporains. Quelle
+histoire sera digne de remplir cette vue morale? Aucune sans doute de
+celles qui existent: ce qui nous reste de celle des anciens nous offre
+des fragmens précieux pour la liberté; mais ce ne sont que des
+fragmens: ils sont trop désunis, trop loin de nous; aucun intérêt
+national ne les anime, et notre long asservissement nous a trop
+accoutumés à les ranger parmi les fables. La nôtre, telle qu'elle a
+été tracée, n'est presque par-tout qu'un servile hommage décerné à des
+abus: c'est l'ouvrage de la foiblesse écrivant sous les yeux, souvent
+sous la dictée de la tyrannie; mais cette même histoire, telle
+qu'elle devroit être, telle qu'on la conçoit en ce moment, peut
+devenir un fonds inépuisable des plus hautes instructions morales.
+
+Que désormais s'élevant à la dignité qui lui convient, elle devienne
+l'histoire des peuples et non plus celle d'un petit nombre de chefs;
+qu'inspirée par l'amour des hommes, par un sentiment profond pour
+leurs droits, par un saint respect pour leur malheur, elle dénonce
+tous les crimes qu'elle raconte; que, loin de se dégrader par la
+flatterie, loin de se rendre complice par une vaine crainte, elle
+insulte jusqu'à la gloire toutes les fois que la gloire n'est point la
+vertu; que par elle une reconnoissance impérissable soit assurée à
+ceux qui ont servi l'humanité avec courage, et une honte éternelle à
+quiconque n'a usé de sa puissance que pour nuire; que, dans la
+multitude de faits qu'elle parcourt, elle se garde de chercher les
+droits de l'homme qui certes ne sont point là; mais qu'elle y cherche,
+mais qu'elle y découvre les moyens de les défendre que toujours on
+peut y trouver; que, pour cela, sacrifiant ce que le temps doit
+dévorer, ce qui ne laisse point de trace après soi, tout ce qui est
+nul aux yeux de la raison, elle se borne à marquer tous les pas, tous
+les efforts vers le bien, vers le perfectionnement social, qui ont
+signalé un si petit nombre d'époques, et à faire ressortir les
+nombreuses conspirations de tous les genres, dirigées contre
+l'humanité avec tant de suite, conçues avec tant de profondeur, et
+exécutées avec un succès si révoltant; qu'en un mot, le récit de ce
+qui fut, se mêle sans cesse au sentiment énergique de ce qui devoit
+être: par là, l'histoire s'abrège et s'aggrandit; elle n'est plus une
+compilation stérile; elle devient un système moral; le passé
+s'enchaîne à l'avenir, et en apprenant à vivre dans ceux qui ont vécu,
+on met à profit pour le bonheur des hommes, jusqu'à la longue
+expérience des erreurs et des crimes.
+
+C'est par tous ces moyens, c'est par tous ces motifs intérieurs que la
+morale s'imprimera dans l'homme. Il reste à lui en faire parvenir les
+impressions par les moyens extérieurs qui sont au pouvoir de la
+Société; et ici se présentent à l'esprit les _spectacles_, les
+_fêtes_, les _arts_, etc. etc.
+
+Un moyen fécond d'instruction sera éternellement attaché à la
+_représentation_ des grands événemens, à la peinture énergique des
+grandes passions. S'il est vrai que l'influence de l'art qui les
+reproduit sur la scène, s'est fait sentir sous le despotisme, s'il a
+déposé dans l'âme des François des germes qui, avec le temps, se sont
+développés contre le despotisme lui-même, quels effets ne peut-il pas
+produire pour la liberté? Cet art qui, chez les Grecs, appelloit la
+haine sur les tyrans, qui offroit l'image de la gloire, du bonheur
+d'un peuple libre, et celle de l'avilissement et de l'infortune des
+peuples esclaves, ne prépare-t-il pas aux François des tableaux dignes
+de rallumer et de perfectionner sans cesse leur patriotisme? Sans
+doute c'est là le but vers lequel il va diriger toute sa puissance.
+
+Une vue également morale se manifestera dans les productions d'un
+autre genre, ouvrage de ce même art qui change de nom en changeant ses
+pinceaux, et qui alors, moins imposant sans être moins utile, trace la
+peinture de nos moeurs habituelles dans les conditions privées.
+Combien de préjugés nés de la servitude, s'obstinant à exister quand
+rien de ce qui les soutenait, ne subsiste; combien dont la crédulité,
+moins odieuse qu'amusante, ne peut se résoudre à douter encore de leur
+extrême importance; combien enfin qui, terrassés par la loi, mille
+fois vaincus par la raison, ont besoin d'être finis par le ridicule,
+et de se trouver en quelque sorte témoins de leur propre défaite?
+C'est sous ce rapport que la scène françoise deviendra une des
+puissances auxiliaires de la révolution; que des talens voués à
+l'instruction, mais jusqu'à ce jour plus employés à polir la surface
+des moeurs, qu'à en corriger le fonds, serviront et la morale et la
+patrie; que la régénération politique, amenant avec elle le
+renouvellement des pensées de l'homme, étendra la carrière de celui
+des arts qui, par l'illusion, exerce le plus puissant des empires.
+Alors la scène françoise se rajeunira, se purifiera; elle se montrera
+digne des respects de l'homme le plus sévère, digne de la présence de
+tous les états, de tous les Citoyens qui, ayant fui les indiscrétions
+de la licence, viendront avec confiance chercher les leçons de la
+raison.
+
+Ainsi la morale arrive à l'homme en s'emparant de son intelligence, de
+ses sens, de ses facultés, de toutes les puissances de son être.
+
+C'est elle qui va bientôt ordonner, qui va animer ces fêtes, que le
+peuple espère, qu'il désire, et que d'avance il appelle _fêtes
+nationales_.
+
+Ici l'esprit se porte avec charme vers ces fêtes antiques, où, au
+milieu des jeux, des luttes, de toutes les émotions d'une allégresse
+universelle, l'amour de la Patrie, cette morale presque unique des
+anciens peuples libres, s'exaltoit jusqu'à l'enthousiasme, et se
+préparait à des prodiges.
+
+Vous ne voudrez pas priver la morale d'un tel ressort, vous voudrez
+aussi conduire les hommes au bien par la route du plaisir.
+
+Vous ordonnerez donc des fêtes.
+
+Mais vos fêtes auront un caractère plus moral: car elles porteront
+l'empreinte de cette bienveillance universelle qui embrasse le genre
+humain, tandis que le sentiment qui animoit celles des anciens,
+confondoit sans cesse l'amour de la cité et la haine pour le reste des
+hommes.
+
+Vos fêtes ne seront point toutes religieuses, non que la religion les
+proscrive ou les repousse: elle-même s'est parée de leur pompe; mais,
+lorsqu'elle n'en est point l'objet principal, lorsque les impressions
+qu'elle porte à l'âme, ne doivent point y dominer, il ne convient pas
+qu'elle y paroisse: il est plus religieux de l'en écarter. Parmi les
+nouvelles fêtes, son culte réclamera toujours celles de la douleur,
+pour y porter ses consolations. Le culte de la liberté vous demande
+toutes les fêtes de l'allégresse.
+
+Elles ne seront point périodiques; j'en excepte pourtant
+l'anniversaire du jour où, les armes à la main, la Nation entière a
+juré la sainte alliance de la liberté et de l'obéissance à la loi, et
+celui du jour mémorable où l'égalité sembla naître tout-à-coup de la
+chute de tous les privilèges. Ces fêtes auront un tel caractère de
+grandeur, elles réveilleront tant de sentimens à la fois, qu'il n'est
+pas à craindre que l'intérêt qu'elles doivent inspirer, s'affoiblisse
+par des retours marqués; mais les autres fêtes doivent, dans chaque
+lieu, varier avec les événemens: elles doivent donc conserver ce
+caractère d'irrégularité qui convient si bien aux mouvemens de l'âme;
+il ne faut pas qu'on les prévoie de trop loin, qu'on les pressente
+avec trop de certitude; il ne faut pas qu'elles soient trop
+commandées; car la joie comme la douleur ne sont plus aux ordres de
+personne.
+
+Elles ne seront pas uniformes: car bientôt la monotonie en auroit
+détruit le charme. Elles seront tour à tour nationales, locales,
+privées. Vous voudrez que chaque Département rende solemnelle l'époque
+où, arrêtant la liste de ses nouveaux citoyens, il montre avec orgueil
+à la Patrie ses jeunes défenseurs, ses nouvelles richesses, et vous
+verrez avec intérêt chaque famille s'empresser de célébrer encore, par
+des fêtes intérieures, et ces mêmes époques publiques, et toutes les
+époques particulières de ses événemens domestiques.
+
+Enfin toutes ces fêtes auront pour objet direct les événemens anciens
+ou nouveaux, publics ou privés, les plus chers à un peuple libre; pour
+accessoires, tous les symboles qui parlent de la liberté, et
+rappellent avec plus de force à cette égalité précieuse, dont l'oubli
+a produit tous les maux des Sociétés; et pour moyens, ce que les beaux
+arts, la musique, les spectacles, les combats, les prix réservés pour
+ces jours brillans, offriront dans chaque lieu de plus propre à rendre
+heureux et meilleurs les vieillards, par des souvenirs; les jeunes
+gens, par des triomphes; les enfans, par des espérances[1].
+
+ [1] La longueur ainsi que la sévérité de notre travail
+ nous interdisent sur ce sujet des détails auxquels il eût été
+ agréable de se livrer. Ceux qui désireront des développemens
+ pleins d'intérêt, pourront lire MM. Barthelemi, Paw et
+ Cabanis.
+
+Qu'on ne s'étonne pas d'entendre invoquer ici _les arts_ comme appuis
+de la morale. Conserver des souvenirs précieux, éterniser des actions
+dignes de mémoire, immortaliser les grands exemples, c'est-là sans
+doute enseigner la vertu. Qui ignore que l'imagination, qui s'enflamme
+à la vue d'un chef-d'oeuvre, confond, dans le même enthousiasme,
+l'imitation parfaite qui l'enchante et le trait sublime qui la ravit;
+et que c'est particulièrement dans la première jeunesse que cette
+alliance des sensations et des idées, cette influence des impressions
+physiques sur les affections de l'âme, produit les effets les plus
+vifs et les plus durables.
+
+Les arts n'ont que trop souvent été prostitués aux intérêts de la
+tyrannie: elle les employoit à détremper le caractère des peuples, à
+leur inspirer les molles affections qui les préparent à recevoir ou à
+souffrir la servitude; mais les arts eux-mêmes étoient esclaves
+lorsqu'on corrompoint ainsi la noblesse de leur destination: les arts
+aussi doivent rompre leurs fers chez un peuple qui devient libre. Il
+est vrai que, même sous l'empire des maîtres les plus absolus, on les
+a vu créer des chefs-d'oeuvres: mais c'est qu'alors, trompant la
+tyrannie, ils savoient se réfugier dans une terre étrangère; ils se
+transportoient, ils s'élançoient à Athènes, à Rome, jusques dans
+l'Olympe; et c'est-là qu'ils trouvoient cette liberté et ce courage de
+conception dont ils ont conservé l'empreinte.
+
+Les arts sont la langue commune des peuples et des siècles. Il en est
+un sur-tout particulièrement consacré à l'immortalité: il confie au
+marbre et à l'airain, avec les traits des grands hommes, la
+reconnoissance de la Patrie qui s'honore en s'acquittant envers eux,
+et ajoute à son lustre, en perpétuant leur renommée. Quelle autre
+récompense peut entrer en parallèle avec un tel triomphe qui se
+perpétue à travers les siècles? Qu'il est beau pour les arts qui ne
+vivent que de gloire, d'associer ainsi leurs ouvrages à des noms
+impérissables! Et aussi, quelle leçon de morale que la statue d'un
+grand homme élevée au milieu de ses concitoyens! Son exemple
+s'éternise par le monument qui lui est consacré; et s'il se trouvoit
+une stérile époque où des modèles vivans ne pussent s'offrir à
+l'ambition de la jeunesse, l'histoire ainsi animée, ainsi vivante,
+suffiroit dans tous les temps à son enthousiasme.
+
+La Nation, loin de redouter l'influence des arts, voudra donc se
+couvrir de leur gloire: elle les encouragera; elle les honorera; elle
+leur confiera ses intérêts; enfin elle les placera dans l'éducation
+comme un moyen de plus pour faire chérir la morale. Sparte n'avoit pas
+banni de ses institutions l'exercice de la lyre; elle en avoit
+seulement retranché quelques cordes dont le son trop attendrissant
+étoit capable d'énerver l'âme et d'efféminer les moeurs.
+
+C'est par l'action combinée de tous ces moyens que, sous l'empire
+d'une Constitution favorable à tous les développemens, l'homme social
+verra s'accroître ses richesses intellectuelles et morales; mais, poux
+réaliser ces espérances qui s'ouvrent devant nous, pour que tant de
+moyens indiqués ne restent point de vains projets de l'esprit, il faut
+qu'ils se produisent et se manifestent dans l'ordre que sollicitent
+les besoins de l'homme, et sous un jour qui l'éclaire par degré; il
+faut que le talent, s'emparant des découvertes du génie, les rende
+accessibles à tous, qu'il aspire, non à détruire toutes difficultés:
+car l'esprit humain a besoin de vaincre pour s'instruire; mais à ne
+laisser subsister que celles qui demandent de l'attention pour être
+vaincues; il faut, en un mot, que des _livres élémentaires_, clairs,
+précis, méthodiques, répandus avec profusion, rendent universellement
+familières toutes les vérités importantes, et épargnent d'inutiles
+efforts pour les apprendre. De tels livres sont de grands bienfaits:
+la Nation ne peut ni trop les encourager, ni trop les récompenser.
+
+En appelant l'intérêt national sur ce genre de secours appliqué aux
+grands objets que nous venons de parcourir, nous nous reprocherions de
+ne pas l'arrêter un instant sur d'autres objets d'une utilité, moins
+importante, mais plus directe, mais plus adaptée aux besoins
+journaliers et individuels, en un mot, sur ce qui intéresse
+particulièrement, la culture et les arts mécaniques.
+
+Comment ne pas former des voeux, pour qu'à l'aide des méthodes et des
+livres élémentaires, la théorie de l'utile s'allie enfin à la pratique
+dans toutes les parties de l'agriculture; pour qu'on voie cesser cette
+étrange séparation qui sembloit faire deux parts distinctes de nos
+facultés dans l'art qui demande le plus la réunion de toutes, et qui
+offroit le spectacle affligeant de la force et de l'activité sans
+lumières, de l'intelligence et des lumières sans action.
+
+Qui pourra dire tout ce qu'une telle discordance, fruit de nos vices
+et de nos institutions, a causé de ravages dans nos campagnes?
+Par-tout on y trouve la trace profonde de l'erreur: le dépérissement
+des forêts, ces produits tardifs de la terre; la perte de nos
+bestiaux; l'éducation abandonnée de ces utiles compagnons de nos
+travaux; le défaut de pâturage; l'usage multiplié des jachères, ce
+long sommeil de nos champs condamnés à la stérilité, tout annonce
+l'art encore dans l'enfance, ou plutôt couvert de nos préjugés. Que
+seroit-ce si nous analysions tout ce que produit de maux à la fin de
+chaque année l'ignorance des premiers principes de la végétation, de
+la floraison, de la théorie de la greffe, de la nature des engrais, de
+l'influence des saisons, etc? N'est-il pas évident que, pour des
+hommes qui, condamnés par le besoin de chaque jour, ne peuvent
+accorder que des momens à l'étude de leur art, c'est à des livres
+très-élémentaires, écrits avec clarté et avec intérêt, qu'il doit être
+spécialement réservé de répandre sur tous ces objets les lumières les
+plus nécessaires.
+
+L'effet de ce moyen se fortifiera par la révolution qui va s'opérer
+dans nos moeurs.
+
+Dans le temps où il falloit occuper un état auquel un des préjugés
+régnans attachât de l'honneur, où d'ailleurs on naissoit magistrat et
+guerrier comme on naît de tel sexe, où par conséquent la profession
+étoit plutôt le produit de l'espèce que celui du choix, il étoit
+presque érigé en principe, qu'un propriétaire enrichi devoit fuir la
+source de sa richesse. Travailler son champ étoit une peine; l'habiter
+étoit un exil; et dès-lors parmi les hommes à talent on ne voyoit
+guères dans nos fertiles campagnes que ceux dont l'ambition trompée
+alloit y ensevelir ses regrets.
+
+Désormais on sentira que, dans un pays agricole, tout doit naître
+cultivateur. On sera momentanément Magistrat, Guerrier, Législateur;
+mais les travaux champêtres feront l'occupation habituelle de l'homme,
+et chacun y trouvera le délassement ou même la récompense de ses
+fonctions de citoyen: or un tel changement de moeurs, multipliant dans
+nos campagnes les expériences utiles, contribuera nécessairement à y
+accréditer les bonnes méthodes et à y faire fructifier les principes
+que les livres élémentaires auront déjà pu y introduire.
+
+Et quant aux arts mécaniques, de combien de méthodes ils demandent
+aussi le secours! Qui n'a pas souffert, qui ne souffre pas encore de
+voir un si grand nombre de nos ouvriers livrés à une routine qu'aucun
+principe ne dirige ou ne rectifie; contraints à faire venir de dehors
+les instrumens même de leur profession quand ils aspirent à
+perfectionner leurs ouvrages; entièrement étrangers à la science du
+_trait_ si nécessaire et si peu connue, à l'art de prendre une
+hauteur, de mesurer un angle, d'en acquérir le sentiment à un
+demi-degré près: aux principes raisonnés de l'équilibre, des leviers,
+de la romaine, de la balance; ignorant les propriétés les plus
+générales de l'air, tous les procédés, toutes les découvertes
+applicables aux arts et aux manufactures, dont la Chimie a enrichi de
+nos jours l'esprit humain; ne sachant quels sont les corps que
+l'humidité allonge, quels sont ceux qu'elle resserre; en un mot, ne
+connoissant de l'art que la mécanique la plus grossière et presque
+jamais la théorie qui le simplifie et qui l'aggrandit. Et n'est-ce pas
+encore ici par des livres méthodiques, réunissant le double suffrage
+des théoriciens habiles et des praticiens consommés, que les vrais
+principes sur tous ces objets pénétreront dans nos atteliers et qu'ils
+y élèveront l'industrie nationale à ce degré de perfection et de
+splendeur, auquel la France a montré, même dans son état
+d'imperfection, qu'elle étoit digne de prétendre.
+
+ * * * * *
+
+NOUS avons annoncé au commencement de notre travail des principes
+d'instruction pour les femmes: ces principes nous paroissent
+très-simples.
+
+On ne peut d'abord séparer ici les questions relatives à leur
+éducation de l'examen de leurs droits politiques; car en les élevant,
+il faut bien savoir à quoi elles sont destinées. Si nous leur
+reconnoissons les mêmes droits qu'aux hommes, il faut leur donner les
+mêmes moyens d'en faire usage. Si nous pensons que leur part doive
+être uniquement le bonheur domestique et les devoirs de la vie
+intérieure, il faut les former de bonne heure pour remplir cette
+destination.
+
+Une moitié du genre humain exclue par l'autre de toute participation
+au gouvernement; des personnes indigènes par le fait et étrangères par
+la loi sur le sol qui les a cependant vu naître; des propriétaires
+sans influence directe et sans représentation: ce sont-là des
+phénomènes politiques, qu'en principe abstrait, il paroît impossible
+d'expliquer; mais il est un ordre d'idées dans lequel la question
+change et peut se résoudre facilement. Le but de toutes les
+institutions doit être le bonheur du plus grand nombre. Tout ce qui
+s'en écarte est une erreur; tout ce qui y conduit, une vérité. Si
+l'exclusion des emplois publics prononcée contre les femmes est pour
+les deux sexes un moyen d'augmenter la somme de leur bonheur mutuel,
+c'est dès-lors une loi que toutes les Sociétés ont dû reconnoître et
+consacrer.
+
+Toute autre ambition seroit un renversement des destinations
+premières; et les femmes n'auront jamais intérêt à changer la
+délégation qu'elles ont reçue.
+
+Or il nous semble incontestable que le bonheur commun, sur-tout celui
+des femmes, demande qu'elles n'aspirent point à l'exercice des droits
+et des fonctions politiques. Qu'on cherche ici leur intérêt dans le
+voeu de la nature. N'est-il pas sensible que leur constitution
+délicate, leurs inclinations paisibles, les devoirs nombreux de la
+maternité, les éloignent constamment des habitudes fortes, des devoirs
+pénibles, et les appellent à des occupations douces, à des soins
+intérieurs? Et comment ne pas voir que le principe conservateur des
+Sociétés, qui a placé l'harmonie dans la division des pouvoirs, a été
+exprimé et comme révélé par la nature, lorsqu'elle a ainsi distribué
+aux deux sexes des fonctions si évidemment distinctes? Tenons-nous-en
+là, et n'invoquons pas des principes inapplicables à cette question.
+Ne faites pas des rivaux des compagnes de votre vie: laissez, laissez
+dans ce monde subsister une union qu'aucun intérêt, qu'aucune rivalité
+ne puisse rompre. Croyez que le bien de tous vous le demande.
+
+Loin du tumulte des affaires, ah! sans doute il reste aux femmes un
+beau partage dans la vie! Le titre de mère, ce sentiment que personne
+ne s'est encore flatté d'avoir exprimé, est une jouissance solitaire
+dont les soins publics pourroient distraire: et conserver aux femmes
+cette puissance d'amour que les autres passions affoiblissent,
+n'est-ce pas sur-tout penser à la félicité de leur vie?
+
+On dit que, dans de grandes circonstances, les femmes ont fortifié le
+caractère des hommes; mais c'est qu'alors elles étoient hors de la
+carrière. Si elles avoient poursuivi la même gloire, elles auroient
+perdu le droit d'en distribuer les couronnes.
+
+On a dit encore que quelques-unes avoient porté le sceptre avec
+gloire; mais que sont un petit nombre d'exceptions brillantes?
+Autorisent-elles à déranger le plan général de la nature? S'il étoit
+encore quelques femmes que le hazard de leur éducation ou de leurs
+talens parut appeller à l'existence d'un homme, elles doivent en faire
+le sacrifice au bonheur du grand nombre, se montrer au-dessus de leur
+sexe en le jugeant, en lui marquant sa véritable place, et ne pas
+demander qu'en livrant les femmes aux mêmes études que nous, on les
+sacrifie toutes pour avoir peut-être dans un siècle quelques hommes de
+plus.
+
+Qu'on ne cherche donc plus la solution d'un problème suffisamment
+résolu; élevons les femmes, non pour aspirer à des avantages que la
+Constitution leur refuse, mais pour connoître et apprécier ceux
+qu'elle leur garantit: au lieu de leur faire dédaigner la portion de
+bien-être que la Société leur réserve en échange des services
+important qu'elle leur demande, apprenons-leur qu'elle est la
+véritable mesure de leurs devoirs et de leurs droits. Qu'elles
+trouvent, non de chimériques espérances, mais des biens réels sous
+l'empire de la liberté et de l'égalité; que, moins elles concourent à
+la formation de la loi, plus aussi elles en reçoivent de protection et
+de force, et sur-tout qu'au moment où elles renoncent à tout droit
+politique, elles acquièrent la certitude de voir leurs droits civils
+s'affermir et même s'accroître.
+
+Assurées d'une telle existence par le système des lois, il faut les y
+préparer par l'éducation; mais développons leurs facultés sans les
+dénaturer; et que l'apprentissage de la vie soit à la fois pour elles
+une école de bonheur et de vertu.
+
+Les hommes sont destinés à vivre sur le théâtre du monde. L'éducation
+publique leur convient: elle place de bonne heure sous leurs yeux
+toutes les scènes de la vie: les proportions seules sont différentes.
+
+La maison paternelle vaut mieux à l'éducation des femmes; elles ont
+moins besoin d'apprendre à traiter avec les intérêts d'autrui, que de
+s'accoutumer à la vie calme et retirée. Destinées aux soins
+intérieurs, c'est au sein de leur famille qu'elles doivent en
+recevoir les premières leçons et les premiers exemples. Les pères et
+mères, avertis de ce devoir sacré, sentiront l'étendue des obligations
+qu'il impose: la présence d'une jeune fille purifie le lieu qu'elle
+habite, et l'innocence commande à ce qui l'entoure, le repentir ou la
+vertu. Que toutes vos institutions tendent donc à concentrer
+l'éducation des femmes dans cet asyle domestique: il n'en est pas qui
+convienne mieux à la pudeur, et qui lui prépare de plus douces
+habitudes.
+
+Mais la prévoyance de la loi, après avoir recommandé l'institution la
+plus parfaite, doit encore préparer des ressources pour les exceptions
+et des remèdes pour le malheur. La Patrie aussi doit être une mère
+tendre et vigilante. Avant la destruction des voeux monastiques, une
+foule de maisons religieuses, destinées à cet objet, attiroient les
+jeunes personnes du sexe vers l'éducation publique. Cette direction
+générale n'étoit pas bonne; car ces établissemens n'étoient nullement
+propres à former des épouses et des mères. Mais du moins ils offroient
+un asyle à l'innocence, et cet avantage est indispensable à remplacer.
+On n'aura point à regretter l'éducation des Couvens; mais on
+regretteroit avec raison leur impénétrable demeure, si d'autres
+maisons non moins rassurantes et mieux dirigées ne suppléoient à leur
+destruction.
+
+Chaque Département devra donc s'occuper d'établir un nombre suffisant
+de ces maisons, et d'y placer des institutrices dont la vertu soit le
+parant de la confiance publique.
+
+Les femmes qui se consacreront à des devoirs si délicats, ne
+prononceront pas de voeux; mais elles prendront envers la Société des
+engagemens d'autant plus sacrés, qu'ils seront plus libres, et qui
+produiront le même effet pour la sécurité des familles.
+
+Dans ces maisons les jeunes personnes doivent trouver toutes les
+ressources nécessaires à leur instruction, et sur-tout l'apprentissage
+des métiers différens qui peuvent assurer leur existence.
+
+Jusqu'à l'âge de huit ans elles pourroient, sans inconvénient,
+fréquenter les Écoles primaires, et y puiser les élémens des
+connoissances qui doivent être communes aux deux sexes; mais avant de
+quitter l'enfance, elles doivent s'en retirer, et se renfermer dans la
+maison paternelle, dont il ne faut pas oublier que les maisons de
+retraite sont un remplacement imparfait. C'est alors qu'il faudra leur
+procurer d'autres secours pour s'instruire dans les arts utiles, et
+leur donner les moyens de subsister indépendantes, par le produit de
+leur travail[2].
+
+ [2] On peut offrir aux Départemens comme un modèle de ce
+ genre d'établissement un Mémoire adressé à l'Assemblée
+ Nationale par une Artiste ingénieuse (Mme Guyard) qui, dans
+ cet ouvrage, a su annoblir les arts en les associant au
+ commerce, et les appliquant aux progrès de l'industrie.
+
+Ainsi, prenant pour règle les termes de la Constitution, nous
+recommanderons, pour les femmes, l'éducation domestique, comme la plus
+propre à les préparer aux vertus qu'il leur importe d'acquérir. A
+défaut de cet avantage, nous leur assurerons des maisons retirées sous
+l'inspection des Départemens, et nous leur faciliterons
+l'apprentissage des métiers qui conviennent à leur sexe.
+
+
+
+
+RÉSUMÉ.
+
+
+JE vais ressaisir l'ensemble du plan que je viens de tracer.
+
+En attachant l'Instruction publique à la constitution, nous l'avons
+considérée dans sa _source_, dans son _objet_, dans ses _rapports_,
+dans son _organisation_, dans ses _moyens_.
+
+Dans sa _source_: elle est un produit naturel de toute société; donc
+elle appartient à tous, à tous les âges, à tous les sexes.
+
+Dans son _objet_: elle embrasse tout ce qui peut perfectionner l'homme
+naturel et social; donc elle réclame des établissemens vastes et des
+principes libres.
+
+Dans ses _rapports_: elle en a d'intimes et avec la _Société_ et avec
+les _individus_.
+
+Avec la _Société_: elle doit apprendre à connoître, à défendre, à
+améliorer sans cesse sa constitution, et sur-tout à la vivifier par la
+morale, qui est l'âme de tout.
+
+Avec les _individus_: elle doit les rendre meilleurs, plus heureux,
+plus utiles; donc elle doit exercer, développer, fortifier toutes
+leurs facultés physiques, intellectuelles, morales, et ouvrir toutes
+les routes pour qu'ils arrivent sûrement au but auquel ils sont
+appellés.
+
+Dans son _organisation_: elle doit se combiner avec celle du Royaume;
+de-là Écoles _Primaires_, de _District_, de _Département_, et
+enfin _Institut national_; mais elle doit se combiner avec liberté:
+car ses rapports ne peuvent s'identifier en tout avec ceux de
+l'administration; de-là aussi des différences locales, déterminées par
+l'intérêt de la science et par le bien public.
+
+Les Écoles _Primaires_ introduiront, en quelque sorte, l'enfance dans
+la Société.
+
+Les Écoles de _District_ prépareront utilement la jeunesse à tous les
+états de la Société.
+
+Les Écoles de _Département_ formeront particulièrement l'adolescence à
+certains états de la Société.
+
+Dans ces Écoles on enseignera la _Théologie_, la _Médecine_, le
+_Droit_, l'_Art Militaire_.
+
+Mais la Théologie, il a fallu la circonscrire; la Médecine, il a fallu
+la completter; le Droit, il a fallu l'épurer; l'Art Militaire, il a
+fallu le faciliter à tous.
+
+L'_Institut national_ réunit tout, perfectionne tout: donc il étoit
+nécessaire d'en assortir toutes les parties, de leur montrer un but,
+jamais un terme, et de leur imprimer, au milieu de tant de mouvemens
+divers, une direction ferme et rapide.
+
+Les _moyens_ d'instruction se sont bientôt offerts à nous: car c'est
+en eux et par eux que l'instruction vit et se perpétue.
+
+Nous avons parlé des _Instituteurs_ qu'il faut savoir choisir,
+honorer, récompenser; des _immenses productions de l'esprit humain_
+qu'on doit distribuer, classer, completter, purifier pour l'avantage
+des sciences, pour le bien de la raison; _des encouragemens_ dûs aux
+promesses du talent; _des prix_ dûs encore plus à ses services.
+
+De-là nous sommes arrivés aux _méthodes_, ces premiers instrumens de
+nos facultés; nous avons osé en chercher pour la _raison_ elle-même,
+afin d'accroître sa force, afin de lui assurer cette rectitude qui
+doit faire son principal caractère; nous en avons cherché pour la
+_communication des idées_, ce grand besoin de l'homme social. Là, nous
+avons accusé l'imperfection des langues; et en nous plaçant à la
+source du mal, peut-être n'avons nous pas été loin d'indiquer le
+remède. Nous avons voulu aussi des méthodes pour apprendre la
+_morale_: nous les avons cherchées dans la raison qui la démontre;
+dans le sentiment qui l'anime; dans la conscience qui la garde; dans
+l'intérêt même qui la conseille; dans l'histoire qui la célèbre; dans
+les premières habitudes qui l'impriment, etc: nous les avons demandées
+à tout ce qui nous entoure, aux spectacles, aux fêtes, aux beaux-arts,
+à ce qui nous émeut, à ce qui nous enchante; et par-tout nous avons vu
+que la Société réunissoit les moyens les plus féconds pour rendre les
+hommes meilleurs, en les rendant plus heureux.
+
+Quittant ces méthodes générales, nous nous sommes reposés un instant
+sur les méthodes usuelles que sollicitent l'agriculture et les arts
+mécaniques: nous avons du moins formé des voeux pour leur
+perfectionnement, et nous avons tâché de leur obtenir cette portion
+d'intérêt public qu'elles méritent.
+
+Enfin, nous avons traité à part l'éducation des Femmes. Ici, nous
+avons cherché les principes dans leurs droits, leurs droits dans leur
+destinée, leur destinée dans leur bonheur.
+
+_Il a déjà été décrété constitutionnellement sur l'Instruction:_
+
+_1º. Qu'il sera créé et organisé une_ Instruction _publique, commune à
+tous les Citoyens, gratuite à l'égard des parties d'enseignement
+indispensables pour tous les hommes, et dont les établissemens seront
+distribués graduellement dans un rapport combiné avec la division du
+Royaume._
+
+_2º. Qu'il sera établi des Fêtes Nationales._
+
+
+
+
+PROJET DE DÉCRETS
+
+SUR
+
+L'INSTRUCTION PUBLIQUE.
+
+
+
+
+ÉCOLES PRIMAIRES.
+
+
+ L'objet des Écoles primaires est d'enseigner à tous les enfans
+ leurs premiers et indispensables devoirs; de les pénétrer des
+ principes qui doivent diriger leurs actions; et d'en faire, en
+ les préservant des dangers de l'ignorance, des hommes plus
+ heureux et des citoyens plus utiles.
+
+ARTICLE PREMIER.
+
+Chaque Administration de Département déterminera le nombre des Écoles
+primaires de son arrondissement, sur la demande des Municipalités,
+présentée par les Directoires des Districts.
+
+Il sera établi à Paris une École primaire par Section.
+
+II.
+
+Les Écoles primaires seront gratuites et ouvertes aux enfans de tous
+les citoyens sans distinction.
+
+III.
+
+Nul n'y sera admis avant l'âge de six ans accomplis.
+
+IV.
+
+On y enseignera aux enfans, 1º. à lire tant dans les livres imprimés
+que dans les manuscrits; 2º. à écrire, et les exemples d'écriture
+rappelleront leurs droits et leurs devoirs; 3º. les premiers élémens
+de la langue françoise, soit parlée, soit écrite; 4º. les règles de
+l'Arithmétique simple; 5º. les élémens du toisé; 6º. les noms des
+villages du canton; ceux des cantons, des districts et des villes du
+département; ceux des villes hors du département, avec lesquelles leur
+pays a des relations plus habituelles.
+
+V.
+
+On y enseignera, 1º. les principes de la Religion;
+
+2º. Les premiers élémens de la morale, en s'attachant sur-tout à faire
+connoître les rapports de l'homme avec ses semblables;
+
+3º. Des instructions simples et claires sur les devoirs communs à tous
+les citoyens et sur les lois qu'il est indispensable à tous de
+connoître;
+
+4º. Des exemples d'actions vertueuses qui les toucheront de plus près,
+et avec le nom du Citoyen vertueux celui du pays qui l'a vu naître;
+
+VI.
+
+Dans les villes et bourgs au-dessus de mille âmes, on enseignera aux
+enfans les principes du dessin géométral.
+
+Pendant les récréations on les exercera à des jeux propres à fortifier
+et à développer le corps.
+
+VII.
+
+Deux Notables de la Commune seront chargés de surveiller l'École
+primaire et de distribuer des prix tous les ans.
+
+VIII.
+
+Chaque Département, sur la demande des Municipalités, présentée par le
+Directoire du District, fixera, dans son arrondissement, le nombre des
+Maîtres, et celui des Écoles primaires.
+
+IX.
+
+Il sera ouvert un concours pour le meilleur ouvrage nécessaire aux
+Écoles primaires.
+
+Les Auteurs qui voudront concourir, adresseront leur ouvrage aux
+Commissaires de l'Instruction publique, qui le feront passer à
+l'Institut national. D'après le jugement motivé de l'Institut, les
+Commissaires de l'Instruction publique feront leur rapport à
+l'Assemblée Nationale, qui prononcera sur l'envoi de l'ouvrage aux
+Départemens.
+
+
+
+
+ÉCOLES DE DISTRICT.
+
+
+ Les Écoles de District offriront aux Élèves une instruction
+ plus étendue: en les appliquant à des études plus fortes,
+ elles donneront plus d'exercice et de développement à leurs
+ facultés. Les jeunes gens sortiront de ces Écoles en état de
+ bien agir pour eux-mêmes, et assez instruits pour reconnoître
+ la profession à laquelle la nature les aura destinés.
+
+ARTICLE PREMIER.
+
+Chaque Administration de Département déterminera le nombre des Écoles
+de District de son arrondissement.
+
+Il sera établi à Paris six Écoles de District, qui seront réparties
+dans les différens quartiers de la ville.
+
+II.
+
+Nul ne sera admis aux Écoles de District avant l'âge de huit à neuf
+ans, et s'il n'est suffisamment instruit de ce que l'on enseigne dans
+les Écoles primaires.
+
+III.
+
+On y enseignera les principes de la Religion, la Morale, les Langues,
+l'art de raisonner, l'art oratoire, la Géographie, l'Histoire, les
+Mathématiques, la Physique. On formera les jeunes gens aux exercices
+du corps.
+
+IV.
+
+L'enseignement des Écoles de District sera divisé par cours. Il pourra
+l'être de la manière suivante: 1º. un cours de Grammaire, qui dureroit
+deux ans; 2º. un cours d'Humanités, ou Élémens de Belles-Lettres, qui
+dureroit deux ans; un cours de Rhétorique et de Logique réunies, qui
+dureroit deux ans, un cours de Mathématiques et de Physique, qui
+dureroit un an. Il y auroit, en outre, autant qu'il se pourra, un
+Professeur pour une langue vivante, et un Professeur de langue
+grecque. L'enseignement dureroit sept ans.
+
+V.
+
+Une École complette de District sera composée d'un Inspecteur des
+études ou Principal; de deux Professeurs de Grammaire; de deux
+Professeurs d'Humanités; de deux Professeurs de Logique et Rhétorique,
+réunies; les six Professeurs feroient leur cours complet, qui dureroit
+deux ans, et alterneroient chacun dans leur ordre. Il y aura un
+Professeur de Mathématiques, de Physique et des élémens de Chimie; un
+Professeur de Grec, un Professeur de langue vivante; en tout, dix
+Maîtres.
+
+VI.
+
+Dans le cours de Grammaire, qui dureroit deux ans, on enseignera aux
+enfans:
+
+L'Histoire sacrée, la Mythologie. On leur fera apprendre par coeur la
+déclaration des Droits de l'homme; la morale sera mise en action par
+le développement des faits historiques, par l'application des Droits
+de l'homme. On formera leur conscience par l'idée et le sentiment de
+la justice.
+
+On leur donnera l'explication combinée des élémens des langues latine
+et françoise, de manière qu'on n'exerce pas seulement la mémoire, mais
+qu'on les fasse opérer par le raisonnement. On leur fera connoître
+les principes de construction propres aux deux langues, et on fera
+l'application de ces principes dans la lecture des Auteurs françois,
+et l'explication des Auteurs latins.
+
+Ils feront un cours abrégé de Géographie.
+
+Ils rendront compte de leur travail de vive voix et par écrit, afin de
+se former de bonne heure au raisonnement, par l'analyse.
+
+On les exercera pendant leurs récréations aux jeux les plus propres à
+développer leurs forces, et à les rendre souples et adroits. Leurs
+jours de congé seront destinés à des promenades, pendant lesquelles on
+les exercera à des marches précises qui les prépareront de loin aux
+évolutions militaires.
+
+Dans les pensionnats on aura soin que chaque Élève se livre à un art
+d'agrément, comme la musique vocale ou instrumentale, le dessin, la
+danse, etc.
+
+VII.
+
+Dans le cours d'Humanités, qui durera deux ans, les jeunes Élèves
+étudieront:
+
+La Constitution. Tous apprendront l'Acte constitutionnel dans l'espace
+des deux ans. Ils étudieront l'Histoire Grecque et Romaine.
+
+Ils continueront l'étude des langues latine et françoise. On leur
+expliquera les Poëtes, les Historiens, les Moralistes, et on leur fera
+connoître les règles de la versification latine et françoise.
+
+Même attention à les réunir pour les jeux qui donnent au corps la
+force et la souplesse. On leur fera exécuter des marches et des
+évolutions combinées. Ils continueront l'exercice de l'art agréable
+qu'ils auront choisi. On les formera, s'il est possible, à la
+natation.
+
+VIII.
+
+Dans le cours de Rhétorique et de Logique réunies, qui dureroit deux
+ans, on enseignera:
+
+Les époques principales de l'histoire de France. On s'attachera à leur
+faire connoître sur-tout les révolutions arrivées dans le gouvernement
+du Peuple françois. On leur fera comparer les principes des
+gouvernemens anciens avec la Constitution françoise: on fera aussi
+l'application des principes de la morale à la Constitution.
+
+On leur développeroit concurremment dans la première année les
+principes de la Logique, ceux de la Métaphysique et ceux de l'art
+oratoire.
+
+La seconde année sera consacrée particulièrement à la composition et
+aux exercices d'éloquence, sur-tout dans le genre délibératif. Les
+discussions sur les Lois, la Morale, la Métaphysique, la Constitution,
+seront faites tant par écrit que de vive voix.
+
+Pour se disposer aux fonctions qu'ils auront à remplir un jour, les
+jeunes gens traiteront des questions contradictoirement, tant de vive
+voix que par écrit. Quelquefois ils formeront une sorte de tribunal,
+d'assemblée administrative ou municipale; ils y rempliront tour à tour
+les fonctions de juges, d'accusateurs publics, de jurés, d'officiers
+municipaux, etc. Chacun d'eux sera obligé d'énoncer à haute voix son
+opinion.
+
+C'est pendant ce cours sur-tout qu'ils pourront apprendre la langue
+grecque, ou une langue vivante. Ils seront exercés au maniement des
+armes et aux évolutions militaires, à la natation, etc.
+
+IX.
+
+Dans le cours de Mathématiques et de Physique, qui durera un an, on
+enseignera:
+
+La Géométrie et la partie de l'Algèbre nécessaire pour entendre la
+mécanique dont on développera avec soin les principes applicables aux
+usages ordinaires de la vie.
+
+La Physique, quelques élémens de Chimie et ceux de Botanique, dont on
+pourra faire l'application pratique pendant les promenades.
+
+On continuera les exercices militaires.
+
+X.
+
+Il sera fait un réglement pour déterminer la distribution de ces
+diverses études, le temps, la durée des leçons, etc.
+
+Les Professeurs et autres personnes pourront présenter aux
+Commissaires de l'Instruction publique chargés de la rédaction du
+réglement, leurs vues particulières et réfléchies sur le meilleur mode
+de distribution: ils se conformeront à l'esprit des cinq articles
+précédens, mais sans être tenus de s'astreindre à leur disposition
+littérale[3].
+
+ [3] Ces cinq articles ne doivent être en effet regardés
+ que comme un simple apperçu, comme une esquisse de ce que peut
+ être la division par cours. On conçoit un grand nombre de
+ combinaisons différentes, et peut-être une division plus
+ prononcée et autrement graduée: celle-là pourtant nous a paru
+ suffire et se rapprocher, plus que toute autre, de l'ancien
+ enseignement qu'il seroit difficile de renverser tout-à-coup;
+ cependant il sera utile que les Commissaires de l'instruction
+ publique se concertent, avant le Décret définitif, avec les
+ personnes à-la-fois les plus éclairées et les plus intéressées
+ à la chose. Nous pensons aussi que le Décret, quel qu'il soit,
+ doit laisser, quant à l'exécution, une grande latitude aux
+ Professeurs: car on enseigne mal ce qu'on n'enseigne pas
+ librement.
+
+XI.
+
+Il sera composé pour les différens cours des ouvrages qui comprendront
+des élémens d'Histoire naturelle, des instructions sur les arts,
+l'industrie, les manufactures de la France, des notions sur les
+monnoies, les poids et mesures, etc. Ces ouvrages serviront de lecture
+aux enfans. On leur expliquera les points les plus essentiels.
+
+XII.
+
+Il sera aussi composé des ouvrages élémentaires sur toutes les parties
+de l'enseignement des Écoles de District. Les Auteurs qui voudront
+concourir, adresseront leurs ouvrages aux Commissaires de
+l'Instruction publique, qui suivront la marche indiquée à l'article
+des Écoles primaires.
+
+
+
+
+DES PENSIONS GRATUITES.
+
+
+ Les pensions gratuites sont des encouragemens accordés par la
+ société, et distribués à ceux des jeunes gens qui, par des
+ dispositions marquées, promettent de lui rapporter un jour le
+ fruit de ses avances.
+
+ARTICLE PREMIER.
+
+Il sera établi dans la maison principale d'éducation de chaque
+Département, au moins dix pensions gratuites en faveur des jeunes gens
+du Département, qui s'en seront rendus dignes par leur application et
+leurs talens.
+
+II.
+
+Ces pensions gratuites seront payées sur les revenus des fondations
+existantes pour l'éducation, dans les Collèges, Séminaires et autres
+maisons d'éducation du Département. Si les revenus n'étoient pas
+suffisans, il y sera suppléé par le Trésor public, sur le pied de 600
+liv. par chaque pension gratuite.
+
+III.
+
+Il y aura de plus pour chaque Département, des pensions gratuites,
+destinées à des jeunes gens qui seront élevés gratuitement à Paris.
+
+IV.
+
+Les pensions gratuites établies à Paris, seront formées de toutes les
+fondations existantes à Paris pour l'éducation, de celles connues sous
+le nom de Bourses, dans les Collèges, Séminaires et autres maisons
+d'éducation.
+
+Ces fondations seront réunies sous une seule administration, et il en
+sera formé des pensions gratuites d'une valeur égale.
+
+V.
+
+Ces pensions gratuites seront réparties entre les quatre-vingt-trois
+Départemens. La base de la proportion sera celle de l'imposition, de
+la population et du territoire.
+
+VI.
+
+Le directoire du Département de Paris fournira l'état des biens et
+revenus de ces fondations aux Commissaires de l'Instruction publique,
+qui présenteront le projet de répartition à l'Assemblée Nationale,
+pour y être par elle statué ce qu'il appartiendra.
+
+VII.
+
+Les jeunes gens qui auront obtenu des pensions gratuites, seront
+distribués en nombre égal dans les maisons qui seront établies à Paris
+pour l'éducation publique.
+
+Leur pension sera payée par l'Administration des biens de l'Éducation,
+d'après le taux qui sera fixé.
+
+VIII.
+
+Lorsqu'il sera offert des souscriptions volontaires pour l'Éducation
+gratuite, elles seront faites aux Corps administratifs, qui traiteront
+de gré à gré pour la sûreté des soumissions.
+
+L'état des souscripteurs et des souscriptions volontaires sera mis
+tous les ans sous les yeux du Corps législatif.
+
+IX.
+
+Les directoires de Département nommeront aux pensions gratuites de
+leur arrondissement, et ne pourront les Administrateurs faire tomber
+le choix sur leurs enfans, pendant le temps de leur administration.
+
+X.
+
+Tous les ans les Maîtres d'Écoles primaires, et ceux des Écoles de
+District, remettront à la Municipalité la liste de leurs Élèves,
+contenant leur âge, leur pays, avec des observations sur ceux qui se
+seront distingués par leurs progrès et leurs talens.
+
+La Municipalité vérifiera la liste, et l'enverra au Directoire du
+District, qui la fera passer au Directoire du Département.
+
+XI.
+
+A la vacance d'une pension gratuite, chaque Directoire de District
+présentera au Directoire de Département les noms des six jeunes gens
+qui auront obtenu les témoignages les plus distingués pour leurs
+progrès, leur conduite et leurs talens; le Directoire de Département
+nommera l'un d'eux à la pluralité des voix, et en cas de partage, au
+scrutin individuel.
+
+XII.
+
+A la fin de chacun des cours d'études qui composent l'enseignement
+public dans les Écoles de District, les jeunes gens qui auront obtenus
+des pensions gratuites, seront examinés sur toutes les parties de
+l'instruction du cours qu'ils auront achevé. S'ils sont jugés n'avoir
+pas profité de leurs études, ils seront remis à leurs parens, et il
+sera procédé à une nouvelle nomination.
+
+XIII.
+
+Les Juges de cet examen seront ceux qui auront été nommés pour
+l'examen des éligibles aux places de l'enseignement public.
+
+XIV.
+
+Il sera rendu compte deux fois par an au Directoire du Département, de
+la conduite et des progrès des Élèves qui jouissent des pensions
+gratuites.
+
+XV.
+
+Il sera rendu, par les Commissaires de l'Instruction publique, un
+compte général de l'état des revenus concernant les pensions
+gratuites, de la conduite et des progrès des Élèves, et même de ceux
+qui se seront distingués d'une manière plus particulière par leurs
+talens.
+
+XVI.
+
+Les Titulaires actuels des bourses les conserveront jusqu'à la fin du
+cours d'étude enseigné dans les Écoles de District.
+
+XVII.
+
+Les bourses dites de famille, ainsi que leur nomination, si elle est
+réservée aux parens, seront conservées aux familles, jusqu'à
+l'extinction des descendans désignés par la fondation.
+
+Ceux qui les auront obtenues, seront soumis à tous les réglemens qui
+concernent les Élèves nationaux.
+
+XVIII.
+
+Les Étudians en droit ne devant point être réunis dans des
+pensionnats, il n'existera point pour eux de pensions gratuites;
+seulement les jeunes gens sortant des Écoles de District, qui auront
+eu des succès très-distingués, pourront être dispensés, de la
+rétribution donnée au Maître. Les Commissaires de l'Instruction, sur
+la demande motivée des directoires des Départemens, présenteront à
+l'Assemblée Nationale les moyens de remplir, avec justice et économie,
+cet objet de l'Instruction publique.
+
+
+_De l'élection, de la nomination et de la destitution des Maîtres
+d'Écoles primaires et de District._
+
+ Les Maîtres d'Écoles primaires et de District doivent être
+ éclairés et vertueux, puisqu'ils sont également chargés
+ d'instruire les enfans et de les former à la vertu. Leurs
+ talens seront donc éprouvés par des examens sévères; et les
+ précautions qui seront prises pour leur nomination,
+ garantiront aux pères et à la Société les qualités morales des
+ Maîtres auxquels sera confiée l'espérance des familles et
+ celle de la Patrie.
+
+ARTICLE PREMIER.
+
+Il sera fait une liste d'éligibles dans laquelle seront choisis les
+Maîtres qui enseigneront, soit dans les Écoles primaires, soit dans
+les Écoles de District.
+
+II.
+
+Ceux qui se destineront à l'enseignement des Écoles primaires, se
+rendront à un temps indiqué chaque année, aux chefs-lieux de District
+qui seront déterminés par le directoire du Département. Le directoire
+nommera cinq Juges, dont deux au moins seront choisis parmi les
+Maîtres publics. Les Candidats seront examinés sur toutes les parties
+de l'enseignement des Écoles primaires. Ceux qui seront reçus à
+l'examen, seront inscrits sur la liste des éligibles.
+
+III.
+
+Ceux qui se destineront à l'enseignement dans les Écoles de District,
+se rendront à un temps indiqué chaque année, au chef-lieu du
+Département. Il y aura autant d'examens différens qu'il y aura de
+cours d'enseignement. Le Directoire du Département nommera, pour
+chaque examen, cinq Juges, dont deux au moins seront choisis parmi les
+Maîtres publics. Les Candidats seront examinés sur toutes les parties
+de l'enseignement du cours pour lesquels ils se seront présentés. Ceux
+qui seront reçus à l'examen, seront inscrits sur la liste des
+éligibles.
+
+IV.
+
+Ceux qui seront reçus à l'examen pour le cours d'Humanités, seront
+reçus aussi pour le cours de Grammaire. Ceux qui seront reçus à
+l'examen pour le cours de Rhétorique et de Logique réunies, seront
+aussi éligibles pour les deux premiers cours.
+
+V.
+
+Les Professeurs de langue vivante et de langue grecque seront nommés
+par les directoires des Départemens, et subiront un examen préalable
+avant de prendre possession de leurs Chaires, si mieux n'aiment les
+directoires des Départemens s'adresser, pour le choix de ces Maîtres,
+aux Commissaires de l'instruction publique.
+
+VI.
+
+Les Procureurs-syndics des Districts enverront dans la huitaine de
+l'examen, au Procureur-syndic du Département, la liste des éligibles
+pour les Écoles primaires; cette liste contiendra leurs noms, âge et
+pays.
+
+VII.
+
+Le Procureur-général-syndic du Département enverra, dans la quinzaine
+après l'examen, la liste de tous les éligibles du Département, aux
+Commissaires de l'instruction publique.
+
+VIII.
+
+Les Commissaires de l'instruction publique feront imprimer la liste
+générale de tous les éligibles pour les différens genres
+d'enseignement; ils y joindront la liste des Maîtres enseignans dans
+les Écoles publiques. Cette liste sera envoyée tous les ans à tous les
+Districts et Départemens du Royaume.
+
+IX.
+
+Lorsqu'une place de Maître d'école primaire sera vacante,
+le Procureur-syndic de la Municipalité en donnera avis au
+Procureur-syndic du District; le Directoire nommera à la place
+vacante, parmi tous les éligibles du Royaume.
+
+X.
+
+Lorsqu'une place de Maître d'École de District sera vacante,
+le Procureur-syndic de la Municipalité en donnera avis au
+Procureur-syndic du Département. Le Directoire du Département nommera
+à la place vacante, parmi tous les éligibles du Royaume.
+
+XI.
+
+Le Maître nommé recevra du Roi un brevet d'institution. Avant d'entrer
+dans l'exercice de ses fonctions, il prêtera le serment civique entre
+les mains de la Municipalité.
+
+XII.
+
+Nul ne sera Maître public dans les Écoles primaires ou de District
+avant vingt-un ans. Nul ne sera Inspecteur des Études ou Principal,
+qu'il n'ait été Professeur pendant cinq ans.
+
+XIII.
+
+A la prochaine organisation de l'éducation publique, les Maîtres
+seront choisis de préférence parmi ceux qui sont présentement en
+exercice.
+
+XIV.
+
+Ceux qui ne seroient pas employés, seront inscrits sur la liste des
+éligibles.
+
+XV.
+
+Les Municipalités seront chargées de l'inspection et surveillance des
+Écoles primaires, et les Directoires de District de la surveillance
+des Écoles de District.
+
+XVI.
+
+Les Municipalités feront connoître au Procureur-syndic du District, et
+les Directoires de District aux Procureurs-syndics des Départemens,
+les plaintes faites contre les Maîtres pour fait de leur enseignement.
+Ils ne pourront être destitués que par le Directoire du Département, à
+la pluralité des trois quarts des voix, et après avoir été entendus.
+
+
+DU TRAITEMENT DES MAÎTRES.
+
+ Il a été décrété constitutionnellement que l'_instruction
+ publique seroit gratuite à l'égard des parties de
+ l'enseignement indispensable pour tous les hommes_. Ainsi
+ l'enseignement des Écoles primaires est une dette qui sera
+ acquittée entièrement par la Société. Si les Écoles de
+ District sont nécessaires à un grand nombre, elles ne sont pas
+ indispensables à tous. C'est assez pour la Société d'assurer
+ aux Citoyens, et de leur faciliter les moyens de cette
+ instruction. Les Maîtres des Écoles de District recevront donc
+ de l'État un traitement fixe, strictement nécessaire. Le
+ surplus sera acquitté par ceux qui auront intérêt à recevoir
+ cette instruction; de manière que cette partie du paiement,
+ variable à raison du nombre des Élèves, excite l'émulation des
+ Maîtres, et soit la récompense de leurs talens.
+
+ARTICLE PREMIER.
+
+Le traitement des Maîtres d'Écoles primaires sera gradué selon les
+localités. Le _maximum_ sera de 1,000 liv., avec un local pour
+l'école. Le _minimum_ sera de 400 livres.
+
+II.
+
+Le traitement des Maîtres d'Écoles primaires de Paris, sera de 1,000
+liv.
+
+III.
+
+Le traitement fixe, et le traitement variable des Maîtres d'École de
+District de Paris, seront déterminés ainsi qu'il suit:
+
+Les Professeurs du cours de Grammaire recevront 1,400 l., et chaque
+Écolier payera 24 livres par an.
+
+Les Professeurs du cours d'Humanités, ceux de grec, et de langue
+vivante recevront 1,600 livres, et chaque Écolier payera 24 liv.
+
+Les Professeurs de Rhétorique et de Logique et ceux de Mathématiques
+recevront 1,800 liv., et chaque Écolier payera 36 liv.
+
+IV.
+
+Le traitement fixe de l'Inspecteur ou Principal sera de 4,000 liv.
+
+V.
+
+Les Départemens proposeront la graduation du traitement fixe et
+variable des Professeurs, et celui du Principal, d'après la population
+et le mode indiqué pour la ville de Paris. L'état qu'ils auront dressé
+sera envoyé par eux aux Commissaires de l'Instruction, pour être, sur
+leur rapport, statué définitivement par l'Assemblée Nationale.
+
+VI.
+
+Tout Maître d'École primaire aura, après vingt ans d'exercice, son
+traitement pour retraite.
+
+VII.
+
+Tout Maître d'École de District aura aussi pour retraite, après vingt
+ans d'exercice, la totalité de son traitement fixe.
+
+L'Inspecteur des Études ou Principal aura pour retraite le même
+traitement que les Professeurs de Rhétorique et de Mathématiques.
+
+ * * * * *
+
+ _Nota._ Il y aura à Paris quarante-huit Maîtres d'Écoles
+ primaires, à 1,000 livres 48,000 liv.
+
+ Chacun des Collèges sera composé,
+
+ D'un Inspecteur 4,000
+
+ D'un Maître de Mathématiques et de Physique 1,800
+
+ De deux Professeurs de Rhétorique et de Logique,
+ réunies 3,600
+
+ Deux Professeurs d'Humanités 3,200
+ Deux Professeurs de Langues 3,200
+ Deux Professeurs de Grammaire 2,800
+
+ Total 18,600
+
+ Et pour six Écoles de District 111,600
+
+ Total des Écoles primaires et de District 159,600
+
+ _Nota._ La seule Faculté des Arts de l'Université de Paris
+ recevoit 500,000 livres assignées sur les postes
+ indépendamment de 70,000 liv. de rente dont l'Université étoit
+ propriétaire.
+
+
+RETRAITE DES PROFESSEURS ACTUELS.
+
+ La nouvelle organisation de l'instruction publique laissera
+ sans fonctions des hommes estimables qui s'étoient voués aux
+ soins pénibles de l'enseignement. L'Assemblée Nationale, qui
+ sait apprécier leurs services, ne sera pas injuste à leur
+ égard. Quelques-uns touchent au terme qui leur donnoit droit
+ à une pension de retraite. Nous vous proposerons de les en
+ faire jouir dès-à-présent. D'autres en sont plus éloignés, et
+ pour ceux-ci, nous établirons un mode de traitement
+ proportionné à la durée de leurs services. Toutefois nous
+ observerons que la presque totalité pourra être employée dans
+ les nouvelles Écoles.
+
+ARTICLE PREMIER.
+
+Les Maîtres publics retirés avec la pension d'émérite, la conserveront
+toute entière.
+
+II.
+
+Ceux qui sont encore en exercice et qui ont rempli le temps prescrit,
+obtiendront en entier leur pension d'émérites.
+
+III.
+
+Les Professeurs actuels de l'Université de Paris, qui n'ont pas encore
+atteint l'éméritat et qui ne seront pas employés dans l'enseignement
+public, auront une pension de retraite fixée d'après les proportions
+suivantes:
+
+Ceux qui ont moins de cinq ans d'exercice, auront 500 liv.
+
+Ceux qui ont plus de cinq ans et moins de dix ans d'exercice, auront
+800 liv.
+
+Ceux qui auront plus de dix et moins de quinze ans d'exercice, auront
+1,100 liv.
+
+Ceux qui ont plus de quinze ans d'exercice, auront 1,400 liv.
+
+IV.
+
+Les Professeurs de l'Université qui ont quitté leur chaire pour refus
+de prestation de serment, auront une pension de 500 livres.
+
+V.
+
+Les Professeurs et Maîtres publics de tous les Départemens, qui ne
+seront pas employés dans la nouvelle organisation publique, auront une
+retraite graduée d'après le mode qui vient d'être établi.
+
+VI.
+
+Tous Officiers, Appariteurs, et autres personnes attachées aux
+Universités, et dont les emplois sont supprimés, recevront une pension
+ou une indemnité, d'après l'avis des Départemens, qui sera présenté
+aux Commissaires de l'Instruction publique pour en être rendu compte à
+l'Assemblée Nationale.
+
+
+DES PENSIONNATS.
+
+ Les pensionnats sont destinés à remplacer les soins de la
+ maison paternelle pour les enfans, à l'égard desquels les
+ occupations de leurs pères ne permettent pas de suivre les
+ détails journaliers de l'éducation; la société veut que les
+ enfans élevés dans les principes de l'égalité, habitués à
+ l'ordre et au travail, encouragés par l'émulation et
+ l'exemple, soient rendus à leur famille, tels qu'un père sage
+ auroit désiré les avoir formés lui-même.
+
+ARTICLE PREMIER.
+
+L'Inspecteur ou Principal chargé du maintien de la discipline, aura
+soin que l'ordre établi par la loi soit invariablement observé par les
+Maîtres et par les Élèves.
+
+II.
+
+Tous les soins de la recette et de la dépense seront confiés à un
+Économe, qui rendra ses comptes tous les mois en présence de
+l'Inspecteur ou Principal, et de deux membres de la Municipalité. Les
+comptes seront vérifiés chaque année par le Directoire de District, et
+arrêtés par le Directoire du Département.
+
+III.
+
+Tous les citoyens étant égaux devant la loi, il n'y aura aucune
+distinction entre les enfans; soumis à la même règle, nourris à la
+même table, ils seront élevés ensemble et par des maîtres communs.
+
+IV.
+
+Pour accoutumer les jeunes gens à connoître les convenances sociales,
+à respecter leurs droits et leurs devoirs réciproques, on cherchera
+les moyens de les associer en quelque sorte au gouvernement des
+pensionnats, et de les faire concourir, par leurs volontés et leurs
+jugemens, au maintien du bon ordre. Il sera composé par les
+Commissaires de l'Instruction publique, un réglement pour parvenir à
+ce but; mais ce réglement ne sera envoyé aux Départemens, que
+lorsqu'ils auront jugé que les progrès de la raison et une éducation
+plus soignée et mieux dirigée, en auront facilité l'exécution.
+
+
+
+
+ÉCOLES DE DÉPARTEMENT.
+
+ÉCOLES POUR LES MINISTRES DE LA RELIGION.
+
+
+ L'Instruction réservée aux Ministres du culte, intéresse la
+ Nation par les nombreux rapports qu'elle peut avoir avec le
+ bien des Peuple. L'Assemblée Nationale veut que ceux qui se
+ destinent à cette profession, trouvent, dans les Écoles
+ publiques, l'enseignement le plus complet sur tout ce qui
+ appartient essentiellement à un Ministère de charité; mais
+ elle juge qu'il est de son devoir d'en écarter, avec soin,
+ tout enseignement qui ne seroit visiblement propre qu'à égarer
+ les esprits et à porter le trouble dans la société.
+
+ARTICLE PREMIER.
+
+Chaque Département jugera s'il lui est utile d'avoir un Séminaire
+particulier, ou s'il n'est pas meilleur pour lui de s'associer, pour
+ce genre d'instruction, à un Département voisin.
+
+Les Séminaires métropolitains pourront servir pour tous les Diocèses
+de leur ressort.
+
+II.
+
+Il y aura dans chaque Séminaire deux Professeurs, dont les leçons
+seront publiques et en françois: elles comprendront exclusivement,
+1º. les titres fondamentaux de la Religion catholique puisés dans leur
+source; 2º. l'exposition raisonnée des divers articles que doit
+comprendre explicitement la croyance de chaque fidèle; 3º. le
+développement de la morale de l'évangile; 4º. les lois particulières
+aux Ministres du culte catholique; 5º. les principes, ainsi que les
+objets habituels de la prédication; 6º. les détails appartenans à un
+ministère de consolation et de paix, soit dans l'administration des
+sacremens, soit dans le gouvernement des paroisses.
+
+L'enseignement complet ne durera pas plus de deux ans.
+
+III.
+
+Il y aura en outre un Supérieur, un Économe et un Suppléant, ou tout
+au plus deux dans les grandes Villes.
+
+IV.
+
+Ils seront tous nommés par le Directoire du Département, conjointement
+avec l'Évêque, et seront pris sur une liste d'éligibles, faite d'après
+le mode déterminé pour les Écoles de District.
+
+V.
+
+Ils seront logés et nourris. Le _maximum_ de leur traitement sera de
+1,000 liv., le _minimum_ de 600 liv. Les Professeurs recevront en
+outre une rétribution annuelle des Élèves, qui nulle part ne pourra
+excéder 24 liv. par an. Le supérieur aura 1,200 liv, de fixe, et 1,500
+liv. à Paris.
+
+VI.
+
+Les Professeurs qui ne voudroient pas être nourris dans le Séminaire,
+auront les mêmes appointemens que les Professeurs de Logique des
+Écoles de District.
+
+VII.
+
+Au bout de vingt ans ils obtiendront la pension d'émérite: elle sera,
+pour les uns et les autres, de la totalité des appointemens fixes
+attribués aux Professeurs externes. Dans le cas où, à cette époque,
+ils accepteroient une place à appointemens, leur pension seroit
+réduite, mais ne pourroit l'être de plus de moitié.
+
+VIII.
+
+Le Directoire du Département déterminera le prix de la pension que
+payeront les Élèves qui voudront mener une vie commune dans le
+Séminaire.
+
+IX.
+
+Les Supérieurs, Directeurs, Professeurs, Économes des Séminaires,
+pourront être destitués par le Directoire du Département, mais
+seulement à la majorité des trois quarts des voix.
+
+X.
+
+Toutes les anciennes chaires, Écoles, et facultés de Théologie et de
+Droit-Canon sont supprimées.
+
+XI.
+
+Toutes les fondations de bourses, affectées à l'étude de la Théologie
+et du Droit-Canon, seront regardées à l'avenir comme fondations
+appartenantes à l'éducation en général, et suivront le sort des autres
+bourses en tout ce qui sera décrété à cet égard par l'Assemblée
+Nationale.
+
+XII.
+
+Et néanmoins tous ceux qui sont en ce moment légitimement pourvus
+d'une bourse de Théologie, pourront continuer d'en jouir jusqu'à la
+fin de leur nouveau cours d'études théologiques, s'ils n'aiment mieux
+achever le temps qui leur restoit à courir dans tout autre cours de
+science, auquel cas ils s'adresseront au Directoire du Département
+dans lequel leurs bourses sont établies, pour faire autoriser cette
+conversion.
+
+XIII.
+
+Quant aux Boursiers-Théologiens qui n'auront pas opté pour un autre
+cours d'Études, ils seront tous réunis dans le Séminaire Métropolitain
+du ressort où se trouvent leurs bourses.
+
+XIV.
+
+Tout établissement fondé pour l'enseignement de la Théologie, ou pour
+réunir des Étudians en cette partie, lors même qu'il seroit régi par
+des congrégations non supprimées, est converti en simple
+établissement d'éducation. Les biens, revenus et maisons, formant
+lesdits établissemens et tous autres vacans, seront provisoirement
+administrés, ainsi que le sont les biens, revenus et maisons des
+Collèges, sous la direction des administrations de Département.
+
+XV.
+
+Les Supérieurs, Directeurs, Professeurs et autres personnes employées
+dans lesdits établissemens, soit qu'ils appartiennent aux Ordres
+religieux abolis, ou à quelque Congrégation séculière non encore
+supprimée, soit enfin qu'ils n'appartiennent à aucune Corporation,
+auront droit à un traitement viager, qui sera proportionnellement
+réglé par un Décret particulier.
+
+XVI.
+
+Le mode des épreuves, la nature et la durée des examens, l'ordre des
+leçons, etc. comme aussi le traitement des Directeurs et Économe,
+seront l'objet d'un réglement.
+
+
+
+
+ÉCOLES DE MÉDECINE.
+
+
+ Le bien public, autant que l'intérêt de la science, demande
+ que les différentes parties de la Médecine, qui, jusqu'à ce
+ jour, ont été enseignées et pratiquées séparément, soient
+ réunies; que l'enseignement se fasse auprès des grands
+ rassemblemens de malades; qu'une instruction élémentaire et
+ préparatoire commence dans tous les Départemens, et qu'elle se
+ termine dans un petit nombre d'Écoles où l'enseignement sera
+ complet, et où la faculté de pratiquer la Médecine, dans tout
+ le Royaume, sera accordée, d'après des examens sévères sur le
+ savoir, et non sur le temps des études.
+
+ARTICLE PREMIER.
+
+Il sera établi en France quatre grandes Écoles nationales de l'art de
+guérir, sous le nom de Collèges de médecine, dont l'un sera placé à
+Paris un à Montpellier, un à Bordeaux et un à Strasbourg.
+L'enseignement complet de la médecine, de la chirurgie et de la
+pharmacie sera fait également dans ces quatre Collèges, par douze
+Professeurs entre lesquels seront partagées toutes les parties
+théoriques et pratiques de cet enseignement, conformément à l'état
+ci-joint (page 162).
+
+II.
+
+A chacun des quatre Collèges de médecine, sera annexé un hôpital dans
+lequel la médecine, la chirurgie et l'art des accouchemens seront
+enseignés près du lit des malades.
+
+III.
+
+Il sera formé dans chaque Département, auprès des hôpitaux civils,
+militaires et de la marine, des écoles secondaires de médecine, dans
+lesquelles les Médecins attachés à l'hôpital enseigneront les élémens
+de l'art de guérir; et les Pharmaciens, ceux de la pharmacie.
+
+IV.
+
+Il sera établi dans les hôpitaux, disposés pour l'enseignement, des
+bourses pour défrayer entièrement ou en partie des Élèves choisis qui
+seront employés dans l'hôpital à l'une des parties du service. Les
+Départemens détermineront l'étendue et l'application de ce secours.
+
+V.
+
+Les chaires de toutes les écoles de médecine seront données au
+concours: le mode de rénovation des maîtres sera déterminé par un
+réglement particulier.
+
+VI.
+
+Le traitement de chacun des professeurs consistera, 1º. en
+appointemens qui lui seront payés par le trésor public; 2º. en une
+rétribution qui lui sera payée par chacun des Étudians qui voudra
+suivre ses leçons. Un réglement particulier en déterminera la quotité.
+
+VII.
+
+Les Élèves seront absolument libres pour le lieu, l'époque, l'ordre,
+la durée et le mode de leurs études. En conséquence ils ne seront
+tenus ni à s'inscrire sous les différens Professeurs, ni à présenter
+des certificats d'assiduité, mais tous ceux qui voudront exercer l'art
+de guérir ou la pharmacie, subiront préalablement, dans un des quatre
+Collèges de médecine, les épreuves déterminées pour l'une et pour
+l'autre partie par le Corps législatif.
+
+VIII.
+
+Dans ces examens les Candidats répondront de vive voix aux questions
+qui exigent des démonstrations, par écrit à celles qui n'en exigent
+pas.
+
+IX.
+
+L'examen de Médecine pratique se fera dans l'Hôpital où l'École
+Clinique aura été établie, et près du lit des malades sur l'état et
+sur le traitement desquels l'Élève donnera par écrit son avis motivé.
+Ce sera sur cet écrit qu'il sera jugé définitivement par les
+Examineurs.
+
+X.
+
+Tout homme âgé de vingt-cinq ans, qui, dans ces preuves, aura été
+reconnu capable d'exercer l'art de guérir, sera déclaré _Médecin_.
+
+XI.
+
+Sous cette dénomination de _Médecin_, seront compris à l'avenir tous
+les individus qui étoient ci-devant désignés sous les noms de
+_Médecins_ et de _Chirurgiens_; les études, les épreuves, les droits
+et les devoirs seront les mêmes pour les uns et pour les autres, sans
+aucune distinction quelconque.
+
+XII.
+
+Les Médecins reçus dans l'un des quatre grands Collèges, pourront
+exercer la Médecine dans toute l'étendue de l'Empire François. Il
+suffira qu'après avoir fait reconnoître leurs lettres de réception,
+ils se fassent inscrire sur le registre de la Municipalité, dans le
+ressort de laquelle ils se proposeront d'exercer leur art. Eux seuls
+seront admissibles au titre et aux fonctions, soit publiques, soit
+privées, de leur profession, pour l'enseignement, la pratique et les
+rapports, dans tous les établissemens civils et militaires.
+
+XIII.
+
+Tous ceux qui, à l'âge de vingt-cinq ans, auront été trouvés capables
+d'exercer la Pharmacie, seront déclarés _Pharmaciens_; ils pourront
+seuls exercer cette profession dans toute l'étendue du Royaume.
+
+XIV.
+
+L'ordonnance et la vente des médicamens sont incompatibles; aucun
+individu ne pourra, hors le cas de nécessité, joindre les fonctions de
+Médecin à celles de Pharmacien.
+
+XV.
+
+Toute personne non reçue Médecin ou Pharmacien, dans un des grands
+Collèges de Médecine, qui en prendra le titre dans un acte ou un écrit
+quelconque, ou qui se permettra d'exercer habituellement la Médecine
+ou la Pharmacie, sera punie d'une amende de cinq cents livres.
+
+XVI.
+
+Les réceptions seront gratuites.
+
+XVII.
+
+Les concours, les leçons, les examens, les réceptions, tous les actes
+et tous les exercices des Écoles de Médecine, se feront publiquement
+et en langue françoise.
+
+XVIII.
+
+Il sera établi dans un des hôpitaux de chaque Département, une école de
+l'art des accouchemens, à laquelle seront appellées les Sages-femmes
+des divers Départemens.
+
+XIX.
+
+Tout Corps de Médecine, de Chirurgie et de Pharmacie, connus sous les
+noms de _Facultés_, de _Collèges_, de _Communautés_; toutes charges,
+tous privilèges, relatifs à l'art de guérir ou à la Pharmacie, sont
+supprimés, à dater du présent Décret; toutes réceptions de Médecins,
+de Chirurgiens et de Pharmaciens sont interdites jusqu'à
+rétablissement des nouvelles Écoles de Médecine.
+
+(On estime à-peu-près à 240,000 livres la dépense annuelle des quatre
+Collèges de Médecine).
+
+ _Nota._ Les formes des concours, des épreuves, des
+ réceptions, l'organisation des Écoles, l'ordre et la durée des
+ leçons, la division des parties d'enseignement entre les
+ Professeurs, la fixation de leur traitement particulier,
+ seront l'objet d'un Réglement.
+
+
+
+
+TABLEAU
+
+_De l'enseignement qui sera fait dans chacun des quatre Collèges de
+Médecine._
+
+
+ 1º. Cours de Physique Médicale et d'Hygiène,
+ faits séparément un Professeur.
+
+ 2º. Cours d'Anatomie et de Physiologie,
+ faits séparément un Professeur.
+
+ 3º. Cours de Chimie un Professeur.
+
+ 4º. Cours de Pharmacie-pratique. Ce
+ Cours très-détaillé sur la connoissance et
+ la préparation des drogues médicinales, sera
+ sur-tout nécessaire à l'instruction des Élèves
+ en Pharmacie. Il sera toujours fait par
+ un Pharmacien un Professeur.
+
+ 5º. Cours de Botanique et de Matière
+ médicale, faits séparément un Professeur.
+
+ 6º. Cours de Médecine théorique ou d'instituts,
+ comprenant la Pathologie, la Séméiotique,
+ la Nosologie et la Thérapeutique un Professeur.
+
+ 7º. Cours d'Histoire de la Médecine, des
+ progrès de l'art, de la méthode de l'étudier;
+ Cours de Médecine légale, faits séparément un Professeur.
+
+ 8º. Cours de Médecine-pratique des maladies
+ internes, fait, partie au lit des malades,
+ partie dans une salle voisine deux Professeurs.
+
+ 9º. Cours de Médecine-pratique des maladies
+ externes, fait, partie au lit des malades,
+ partie dans une salle voisine deux Professeurs.
+
+ 10º. Cours théorique et pratique d'accouchemens,
+ des maladies des femmes en couche, et de celles
+ des enfans un Professeur.
+
+Ce tableau est conforme à celui qui a été rédigé par le Comité de
+Salubrité, et à celui qui a été présenté par le Comité de Médecine à
+l'Assemblée Nationale, en 1790. (Voyez _Nouveau Plan de Constitution
+pour la Médecine_, etc. pag. 19 et 20).
+
+
+ÉCOLES POUR L'ENSEIGNEMENT DU DROIT.
+
+ L'enseignement du Droit doit être tellement ordonné, qu'il
+ soit réparti, autant qu'il est possible, à des distances
+ égales, et dans des villes considérables: il doit être complet
+ dans son ensemble, distribué de manière que chaque Maître
+ atteigne plus facilement la perfection; que, parmi les Élèves,
+ ceux dont l'esprit conçoit rapidement le saisissent à-la-fois
+ tout entier; que ceux dont l'intelligence est plus lente, se
+ le partagent à leur gré dans un temps plus étendu; que, dans
+ les épreuves à subir par les aspirans, aucun intérêt ne laisse
+ de soupçon sur l'impartialité du jugement; que l'émulation des
+ Élèves multiplie leurs efforts au profit de la science, et que
+ leur réputation les désigne pour les places que distribue
+ l'estime publique. Nous proposons le projet de Décret suivant:
+
+ARTICLE PREMIER.
+
+Il y aura dix Écoles de Droit, chacune dans un chef-lieu de
+Département[4].
+
+ [4] Ces écoles pourroient être placées à Paris, Rennes,
+ Strasbourg, Bourges, Dijon, Besançon, Bordeaux, Toulouse,
+ Lyon, Aix.
+
+II.
+
+Dans chaque École de Droit, il y aura quatre Professeurs, un de
+constitution, qui enseignera en même-temps le droit naturel, un de
+droit civil, un de droit coutumier, un de forme civile et criminelle.
+A Paris, il y aura huit Professeurs, deux de chaque espèce.
+
+III.
+
+Les Législatures détermineront le temps où une partie de
+l'enseignement sera changée, à raison des nouvelles lois qui auront
+été faites.
+
+IV.
+
+Chaque Professeur donnera son cours entier en dix mois. Les leçons se
+feront en françois. Elles auront lieu tous les jours, excepté les
+dimanches et fêtes, et à des heures différentes.
+
+V.
+
+Les Professeurs seront choisis, la première fois par les Directoires
+de Département, parmi les membres des Facultés de Droit actuellement
+en exercice pour l'enseignement ou pour la collation des degrés. S'il
+n'y en a pas qui puissent être choisis, le Directoire de Département
+nommera un membre d'une autre Faculté de Droit, ou enfin pourra
+choisir des hommes de loi. Dans la suite, quand il viendra à vaquer
+des chaires, le choix sera fait, parmi les hommes de loi, par les
+Directoires de Département, conjointement avec les Professeurs de
+Droit. Il sera pourvu de la même manière à la nomination des
+suppléans.
+
+VI.
+
+Pour destituer un Professeur de Droit, il faudra les trois quarts des
+voix de tout le Directoire du Département.
+
+VII.
+
+Le traitement des Professeurs de Droit sera en partie fixe et en
+partie casuel. Le traitement fixe sera payé tous les trois mois, par
+le Trésorier public; le traitement casuel, tous les mois, par chaque
+Étudiant. A Paris, le fixe annuel sera de trois mille livres; le
+casuel, par mois, de douze livres; dans les autres villes de
+Département, le fixe, de deux mille quatre cents livres, le casuel, de
+neuf livres.
+
+VIII.
+
+Les membres ci-dessus désignés des Écoles de Droit, qui ont maintenant
+ou qui auront servi vingt ans dans les Écoles, auront l'éméritat, et,
+pour pension de retraite, les deux tiers du traitement fixe marqué
+ci-dessus. Ceux qui auront maintenant plus de quinze ans d'exercice,
+et qui ne seront pas conservés, seront, pour cette fois seulement,
+regardés comme émérites.
+
+IX.
+
+Les membres des Facultés de Droit qui ne seroient pas employés dans la
+nouvelle organisation, s'ils ont de dix à quinze ans de service,
+recevront les trois cinquièmes du traitement fixe, de cinq à dix ans
+la moitié, et au-dessous les deux cinquièmes[5].
+
+ [5] Ces retraites ne paroîtront pas trop fortes,
+ lorsqu'on pensera qu'elles ne sont calculées que sur un
+ traitement fixe qui est fort inférieur à l'ensemble des
+ émolumens dont jouissent les membres des Facultés de Droit.
+ Les chaires de Paris rapportoient 8 à 9,000 livres; l'éméritat
+ n'est calculé que sur 3,000 liv.
+
+X.
+
+Le traitement, ou la retraite des Officiers attachés aux Écoles de
+Droit, sera réglé par la Législature suivante, sur la demande des
+Directoires de Département.
+
+XI.
+
+Pour acquérir la qualité d'_homme de loi_, il faudra être reçu après
+un examen sur toutes les matières de l'enseignement du Droit. L'examen
+sera gratuit.
+
+XII.
+
+L'examen se fera en public; le Candidat sera interrogé par les
+Professeurs et par les Étudians.
+
+XIII.
+
+Les suffrages seront donnés au scrutin par les Professeurs. Il faudra,
+pour être admis ou refusé, la pluralité des suffrages. Si le Candidat
+est admis, il lui sera délivré une Patente d'_Homme de loi_, signée
+des Professeurs de Droit, et scellée du sceau du Département. Si le
+Candidat est refusé, il pourra se représenter dans la même Faculté, ou
+dans un autre à son choix.
+
+XIV.
+
+Lorsqu'il se présentera, le Candidat sera interrogé en public par les
+Professeurs, conjointement avec quatre hommes de loi nommés par le
+Département, lesquels auront suffrage au scrutin avec les Professeurs.
+
+XV.
+
+Celui qui sera refusé dans ce second examen, ne pourra se représenter
+à un troisième, qu'il n'ait suivi assiduement le cours entier des
+quatre Professeurs dans une École de Droit quelconque; alors il
+subira, dans l'École qu'il choisira, ce troisième examen, suivant la
+forme prescrite pour le second. Cette troisième fois, s'il est refusé,
+il ne pourra plus se représenter.
+
+XVI.
+
+Afin qu'un Candidat non admis dans un Département, ne subisse pas dans
+un autre une épreuve du même genre que celle d'après laquelle il aura
+été rejetté, chaque École de Droit tiendra un registre où seront
+marqués les admissions et les refus. Un relevé de ce registre sera
+envoyé, tous les mois, à Paris, aux Commissaires de l'Instruction
+publique, lesquels adresseront, s'il y a lieu, un certificat portant
+que le récipiendaire a subi le genre d'examen auquel il étoit tenu de
+se présenter.
+
+XVII.
+
+Dans les quinze derniers jours de l'année scholastique, les Étudians
+en Droit non reçus _Hommes de loi_, ou reçus dans le cours de l'année,
+pourront se présenter à l'École de Droit, pour subir l'épreuve
+suivante, que l'on appellera _licence en Droit_. Chacun des Candidats,
+à son tour qui sera réglé par le sort, soutiendra, en public, un
+examen, dans lequel les concurrens lui feront, sur la manière de
+l'enseignement, les questions qu'il leur plaira de proposer. Les
+Professeurs seront juges, et après en avoir conféré entre eux et pris
+pour arrêté l'avis de la majorité, ils proclameront la moitié des
+Candidats la plus méritante, et marqueront l'ordre que chacun aura
+obtenu dans leur estime. Ce tableau des places sera exposé, pendant
+vingt ans, dans l'École de Droit, dans les Tribunaux de Districts du
+Département, dans les salles des assemblées primaires, dans celles
+des Électeurs, et transcrit, au Département dans un registre
+particulier que tous les citoyens pourront toujours consulter.
+
+Chaque Département enverra, au Commissaire du Roi chargé des Écoles de
+Droit,[6] le nom du premier de la licence. Le Commissaire du Roi fera
+une liste générale des premiers de licence en Droit dans le Royaume;
+il l'adressera à tous les Départemens, pour qu'elle y soit affichée,
+pendant vingt ans, dans un tableau particulier. Il sera tenu de la
+présenter au Ministre de la Justice, lorsqu'il y aura des nominations
+à faire par le Roi, pour le service des Tribunaux.
+
+ [6] Il y a, dans le Royaume, vingt Facultés de Droit.
+ Celle de Paris, à raison du nombre des individus qui la
+ composent, équivaut à trois. Sous ce rapport, on peut supposer
+ vingt-deux facultés. Chacune, l'une dans l'autre, peut être
+ évaluée à six personnes, en tout, cent trente-deux. Le
+ vingtième à-peu-près de ces personnes n'a pas prêté le
+ serment. En outre, le vingtième des places sont vacantes.
+ Ainsi restent environ cent vingt personnes en activité.
+
+
+_Traitement._
+
+Dans la nouvelle organisation, il y a neuf Écoles de Droit à quatre
+Professeurs chacune: Paris en a huit, ce qui fait en tout
+quarante-quatre.
+
+ Paris, huit fois 3,000 livres 24,000 liv.
+
+ Les autres Écoles, neuf fois 2,400 livres, multipliées
+ par quatre 86,400
+
+ Le traitement des Officiers-appariteurs pourra
+ être évalué à 5,000
+
+ Total des traitemens 115,400
+
+
+_Retraite._
+
+Du nombre total de cent vingt individus qui composoient les Facultés
+de Droit dans l'état passé, retranchant les quarante-quatre qui feront
+le service des nouvelles Écoles, il resta soixante-seize personnes non
+employées.
+
+ Sur ce nombre, vingt-cinq au moins ont droit à
+ la vétérance. Paris lui seul en a huit; à 2,000 liv. 16,000
+
+ Les autres Facultés, dix-sept à 1,600 livres 27,200
+
+ La retraite des Officiers vétérans de ces Facultés
+ pourra être estimée à 3,000
+
+ Total pour les vétérans 46,200
+
+Les personnes qui n'ont pas la vétérance sont, d'après ce calcul, au
+nombre de cinquante-une.
+
+ Le choix des Départemens, pour former les
+ nouvelles Écoles, tombera naturellement sur les
+ personnes de moyen âge: celles qui ne seront
+ pas placées se trouveront dans la classe de la moindre
+ ancienneté pour le service: elles auront entre
+ la moitié et les deux cinquièmes du traitement.
+ Évaluant, l'un dans l'autre, la part de chacun à
+ 1,000 livres, on a pour résultat 51,000
+
+ La retraite pour les Officiers non-vétérans pourra
+ s'estimer 3,000
+
+ Total présumé des retraites 100,200
+
+
+
+
+ÉCOLES MILITAIRES.
+
+
+ Les Écoles Militaires ont pour objet de former des hommes de
+ guerre pour un Pays libre, des Chefs-Citoyens, des Soldats
+ subordonnés; de placer à côté de l'armée de grandes pépinières
+ où elle puisse toujours trouver des sujets déjà capables d'une
+ utile activité, et par-là d'ouvrir la carrière militaire à
+ toutes les classes de Citoyens, en offrant à leur disposition
+ les études nécessaires pour obtenir les premiers grades
+ d'Officiers.
+
+ Leurs moyens sont une instruction commune sur les élémens de
+ toutes les connoissances qui se rapportent à l'art de la
+ guerre, la pratique de tous les exercices et de tous les
+ devoirs que commande cette profession, la surveillance active
+ d'anciens Officiers, qui, dans cette même profession, ont bien
+ mérité de leur Patrie; enfin, tous les ressorts de l'émulation
+ et toute l'influence des bons exemples.
+
+ARTICLE PREMIER.
+
+Il sera établi dans chacune des vingt-trois Divisions militaires, une
+École de Division qui sera commune à tous les Départemens dont se
+compose la même Division. On y recevra les sujets que leurs parens
+destinent à devenir Officiers, et qui n'auront ni moins de 14 ni plus
+de 16 ans. Ils y feront pendant deux ans les études nécessaires pour
+acquérir les premières connoissances militaires; on leur enseignera le
+maniement des armes, les Langues allemande et angloise, le Dessin, les
+Élémens de Mathématiques appliqués à l'art de la Guerre, la
+Géographie, l'Histoire, et sur-tout un Catéchisme de Morale social et
+politique, dans lequel seront exposés les droits et les devoirs de
+l'homme en société relativement à l'État et à ses semblables les
+Devoirs de l'homme de Guerre relativement à ses chefs et ses
+subordonnés.
+
+II.
+
+Il sera établi six grandes Écoles militaires pratiques dans les Places
+frontières, les plus importantes. Les jeunes gens de l'âge de 16 ans
+qui auront suivi l'École de Division pendant deux années, seront admis
+dans celles-ci par la voie du concours. Ils y répéteront pendant deux
+autres années leurs premiers cours d'étude avec plus d'étendue et de
+développement: on leur expliquera un traité de fortification, les
+élémens de l'artillerie, et ils seront en outre exercés à la pratique
+de tous les détails et de tous les devoirs militaires. En conséquence
+il sera entretenu gratuitement dans chacune des grandes Écoles un
+nombre suffisant d'élèves pour former un Régiment. Ces élèves seront
+nommés par les Départemens à proportion de ce que chacun d'eux fournit
+communément, de Soldats à l'armée, et choisis de préférence parmi les
+enfans d'anciens Soldats, et les pauvres Orphelins.
+
+III.
+
+Ces grandes Écoles seront toujours établies dans un corps de caserne,
+qui n'aura point de communication immédiate avec un autre. Le Régiment
+composé des Élèves qui seront répartis dans les différentes
+Compagnies, soit comme Officiers, soit comme Soldats, et commandés
+par d'anciens Officiers de Troupes de ligne, qui seront susceptibles
+des grades supérieurs, y fera le service intérieur; comme dans une
+Place de Guerre, et devra même concourir plusieurs jours de l'année au
+service de la Place avec le reste de la Garnison.
+
+IV.
+
+Les détails de l'organisation de ces différentes Écoles, et les règles
+suivant lesquelles les Élèves en sortiront, pour entrer dans les
+Troupes de ligne, appartenans au système militaire, seront déterminés
+par des lois particulières.
+
+
+
+
+INSTITUT NATIONAL.
+
+PROJET DE DÉCRETS.
+
+
+ARTICLE PREMIER.
+
+Les Académies et Sociétés savantes entretenues aux frais du Trésor
+public, les Chaires établies à Paris, au Jardin du Roi, au
+Collège Royal, à celui de Navarre, à l'Hôtel des Monnoies, au Louvre,
+au Collège des Quatre-Nations pour l'enseignement de la Littérature,
+des Mathématiques, de la Chimie et de quelques parties de la Physique,
+de l'Histoire Naturelle, et de la Médecine, seront supprimées, et il y
+sera suppléé comme il suit:
+
+II.
+
+Il sera établi à Paris, un grand _Institut_ qui sera destiné au
+perfectionnement des Lettres, des Sciences et des Arts.
+
+III.
+
+Cet Institut sera composé de l'élite des hommes reconnus pour être les
+plus distingués dans tous les genres de savoir, et dont les uns se
+réuniront à des jours marqués pour conférer ensemble sur la manière
+de hâter les progrès de leurs travaux, tandis que les autres
+enseigneront ces divers Arts ou Sciences à ceux qui désireront
+s'instruire dans ce que ces connoissances offrent de plus difficile et
+de plus élevé.
+
+IV.
+
+L'Institut national sera divisé en deux grandes sections, dont chacune
+sera composée de dix classes.
+
+V.
+
+L'une de ces sections, qui sera celle des Sciences philosophiques, des
+Belles-Lettres et des Beaux-Arts, comprendra 1º. la Morale; 2º. la
+science des Gouvernemens; 3º. l'Histoire et les Langues anciennes et
+les antiquités; 4º. l'Histoire et les Langues modernes; 5º. la
+Grammaire; 6º. l'Éloquence et la Poësie; 7º. la Peinture et la
+Sculpture; 8º. l'Architecture-décorative; 9º. la Musique; 10º. l'Art
+de la déclamation.
+
+VI.
+
+L'autre section, qui sera celle des Sciences mathématiques et
+physiques et des Arts, comprendra; 1º. les Mathématiques et la
+Mécanique; 2º. la Physique; 3º. l'Astronomie; 4º. la Chimie et la
+Minéralogie; 5º. la Zoologie et l'Anatomie; 6º. la Botanique; 7º.
+l'Agriculture; 8º. l'Art de guérir; 9º. l'Architecture sous le rapport
+de la construction; 10º, les Arts.
+
+VII.
+
+Les personnes attachées aux six premières classes de la section des
+Sciences philosophiques, des Belles-Lettres et des beaux Arts, savoir:
+de la Morale, de la Science des Gouvernemens, de l'Histoire tant
+ancienne que moderne, de la Grammaire, de l'Éloquence et de la Poësie,
+se rassembleront pour s'organiser et tenir des séances en commun.
+
+VIII.
+
+De même les personnes composant les six premières classes de la
+section des Sciences Mathématiques et Physiques et des Arts, savoir:
+les classes de Mathématiques et de Mécanique, de Physique,
+d'Astronomie, de Chimie et de Minéralogie, de Zoologie et d'Anatomie
+et de Botanique, se réuniront pour s'organiser ensemble et tenir des
+séances en commun.
+
+IX.
+
+Chacune des quatre dernières classes des deux sections, savoir: dans
+l'une, la Peinture et la Sculpture, l'Architecture-décorative, la
+Musique, l'Art de la déclamation; et dans l'autre, l'Agriculture,
+l'Art de guérir, l'Architecture-construction et les Arts, tiendra des
+séances particulières.
+
+X.
+
+Néanmoins aux séances particulières de ces huit classes, seront
+admises, comme membres intimes, les personnes attachées à celles des
+six premières classes des deux sections qui auront des rapports
+directs avec leurs travaux; c'est-à-dire, que les membres des classes
+de Poësie, d'Histoire et d'Anatomie seront admis aux séances de la
+classe de Sculpture et de Peinture; que ceux de la classe
+d'Architecture décorative le seront aux séances de la classe
+d'Architecture-construction; que ceux de la classe d'Éloquence et de
+Poësie, seront reçus dans celles de la classe de Déclamation; que ceux
+des classes de Botanique et de Chimie le seront dans celles de la
+classe d'Agriculture; que ceux des classes de Chimie, d'Anatomie et de
+Botanique le seront dans celles de la classe de l'Art de guérir; que
+ceux de la classe de Mathématiques et de Mécanique le seront dans
+celles de la classe d'Architecture considérée sous le rapport de la
+Construction; et que ceux des classes de Mécanique, de Physique, de
+Chimie et de Botanique le seront dans celles de la classe des Arts.
+
+XI.
+
+Chacune de ces Divisions ou Classes sera dirigée dans ce qui sera
+commun à toutes, c'est-à-dire, pour ce qui concernera la tenue des
+assemblées, les fonctions des Officiers, le choix des membres, les
+travaux en général et l'Administration des fonds, par un Réglement
+commun que le comité central, dont il est parlé dans l'article 37,
+rédigera. De plus chacune aura, pour ce qui sera relatif à ses
+occupations et fonctions propres, un réglement particulier.
+
+XII.
+
+Il n'y aura dans ces Divisions ou classes des deux Sections de
+l'Institut National aucun office perpétuel. Le Directeur sera élu au
+Scrutin pour une année. La majorité absolue sera nécessaire dans cette
+élection. Le Secrétaire sera élu de même, mais pour dix années
+seulement, après lesquelles il sera procédé à une nouvelle élection.
+L'ancien Secrétaire pourra être élu de nouveau.
+
+XIII.
+
+Il régnera parmi tous les Membres de l'Institut National une parfaite
+égalité. Chacun d'eux aura le droit d'assister aux séances ou
+exercices de toutes les Divisions ou Classes qui le composent. Il y
+aura même pour eux des places marquées; mais ils n'auront voix
+délibérative que dans celle des Divisions ou Classes auxquelles ils
+appartiendront, comme membres intimes.
+
+XIV.
+
+Les élections des membres de l'Institut seront faites au scrutin et à
+la majorité absolue des suffrages, soit dans chacune des deux
+Divisions formées des six premières classes de chaque Section, soit
+dans chacune des huit autres classes qui s'assemblent séparément, sans
+que ces élections aient besoin, pour être valables, d'être confirmées.
+Le Roi fera délivrer une patente aux nouveaux reçus pour constater
+leur nomination.
+
+XV.
+
+Un mois avant de procéder à l'élection, il sera fait par les divisions
+ou classes, dans la Section de laquelle la place sera vacante, une
+liste d'éligibles, qui demeurera affichée dans les salles d'assemblée
+jusqu'au jour de l'élection. Dans la Section des sciences
+Mathématiques et Physiques, la principale division et les quatre
+autres classes seront autorisées à faire réciproquement des listes
+d'éligibles lorsqu'il vaquera une place; dans l'une d'elles. Dans la
+Section des sciences Philosophiques, des Belles-Lettres et des Beaux
+Arts, les deux dernières classes ne feront point de liste d'éligibles
+pour la division où les six premières classes seront réunies.
+
+XVI.
+
+Le nombre des membres de chaque division ou classe de l'Institut, sera
+fixé comme il suit.
+
+La première division formée des six premières classes de la Section
+des sciences Philosophiques, belles Lettres et Beaux Arts, sera
+composés de 64 Membres; savoir, de 8, pour la classe de Morale; de 8,
+pour celle de la science des Gouvernemens; de 12, pour la classe
+d'Histoire, des Langues anciennes et des antiquités, de 12, pour celle
+de l'Histoire et des Langues modernes; de 8, pour la classe de la
+Grammaire; et de 16, pour celle d'Éloquence et de Poësie.
+
+La seconde division formée des six premières classes de la Section des
+sciences Mathématiques et Physiques et des Arts, sera également
+composée de 64 Membres; savoir, de 16, pour la classe de Mathématiques
+et de Mécanique; de 8, pour celle de Physique; de 8, pour celle
+d'Astronomie; de 12, pour la classe de Chimie et de Minéralogie; de
+12, pour la classe de Zoologie et d'Anatomie; et de 8, pour celle de
+Botanique[7].
+
+ [7] L'inégalité du nombre des membres de chacune des
+ classes dans ces deux grandes sections de l'Institut, a paru
+ nécessaire: 1º. parce que tous les genres d'étude et de savoir
+ ne sont pas également utiles et ne doivent pas être également
+ cultivés; 2º. parce que certains ordres de connoissances
+ n'existant que dans l'Institut, il a paru convenable de
+ chercher à les y multiplier. L'Algèbre et la Géométrie
+ transcendante sont dans ce cas. D'autres parties, telles que
+ la Chimie, l'Anatomie, etc. trouveront ailleurs des
+ encouragemens.
+
+ Cette inégalité des membres de chacune des classes est
+ d'ailleurs sans inconvénient: 1º. parce que les pensions
+ seront dorénavant distribuées à raison de l'ancienneté,
+ considérée dans toute l'étendue de la division ou classe; 2º.
+ parce que, dans aucun cas, les classes de la Section n'auront
+ à se contrebalancer entre elles.
+
+La classe d'Agriculture sera composée de 60 membres.
+
+La classe de l'Art de guérir sera composée des personnes les plus
+habiles dans les différentes parties de cet Art, c'est-à-dire, dans la
+Médecine, dans la Chirurgie, dans la Pharmacie et dans l'Art
+Vétérinaire; elle sera formée de 60 membres, dans les proportions
+suivantes. Il y aura trois cinquièmes de Médecins, un cinquième de
+Chirurgiens, et un cinquième de Pharmaciens et de Médecins
+Vétérinaires.
+
+XVII.
+
+Les divisions ou classes qui auront le perfectionnement de l'Histoire
+Naturelle, de la Physique et de la Médecine pour objet, publieront
+annuellement les recueils de leurs mémoires, et elles entretiendront
+avec les Savans, soit Règnicoles dans les 83 Départemens, soit
+Étrangers, une correspondance exacte et suivie, dans l'intention de
+recueillir les découvertes utiles à l'humanité.
+
+XVIII.
+
+Les classes de Peinture et de Sculpture, celles
+d'Architecture-décorative et d'Architecture-construction, celle des
+Arts Physiques et Mécaniques, celle de Musique et de Déclamation,
+formeront des Écoles élémentaires, dont les Maîtres, en même-temps
+qu'ils se réuniront, pour traiter de leur Art, seront occupés du soin
+de former des Élèves. Ces Écoles seront organisées à-peu-près sur le
+même plan que les Écoles de Peinture et de Sculpture actuelles, avec
+des changemens et des modifications qui seront proposés par ceux que
+l'opinion publique a fait connoître comme les plus habiles dans les
+différens Arts dont il s'agit.
+
+XIX.
+
+Les divisions ou classes de l'Institut national rendront compte à
+chaque législature; 1º. De leurs travaux annuels, des progrès de l'art
+ou de la science dont elles seront occupées, et de la part, qu'elles y
+auront eue; 2º. Du choix de leurs membres et des motifs qui les auront
+déterminées dans leurs choix.
+
+XX.
+
+Les fonds dont chaque division ou classe de l'Institut pourra
+disposer, seront remis à un Trésorier qui sera choisi parmi les
+membres de la division ou classe, à laquelle il rendra ses comptes
+deux fois l'année. L'élection du Trésorier se fera au scrutin et à la
+majorité absolue. Cette élection aura lieu tous les quatre ans.
+
+XXI.
+
+Les fonds attribués aux différentes divisions ou classes, devront
+servir à payer; 1º. les frais des séances, de la correspondance et du
+secrétariat; 2º. à payer les frais des expériences, recherches et
+travaux divers; 3º. à stipendier une partie des membres de chaque
+division ou classe: le tout conformément au tableau ci-joint.
+
+
+
+
+TABLEAU
+
+_De la distribution des fonds._
+
+
+En rédigeant le tableau des fonds qu'on présente ici, on n'a fait
+presque aucun changement dans la distribution adoptée par les
+Académies actuelles. Lorsque les Sections de l'Institut seront
+formées, leurs besoins seront mieux connus; et le Comité d'Instruction
+dont il est parlé article LII, en donnera un état plus exact et mieux
+motivé qu'on ne pourroit faire ici.
+
+1º. Pour les six premières classes de la première Section de
+l'Institut.
+
+ Le revenu actuel de l'Académie Françoise est de 25,217 l.
+
+ Celui de l'Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres,
+ de 43,908
+
+ Total 69,125
+
+On propose d'attribuer ce revenu à la division formée des six
+premières Classes de la Section des Sciences Philosophiques, des
+Belles-Lettres et des beaux Arts.
+
+Une addition peu considérable pour les classes de Morale et de
+Politique qui sont nouvelles, suffiroit pour achever le traitement de
+cette première partie de l'institut. On peut croire que ce seroit
+assez de 75,000 livres pour les pensions et autres dépenses: il n'y
+auroit donc qu'une addition de 5,875 liv. à faire pour cet objet.
+
+2º. Pour la septième classe de la première Section.
+
+La classe de la Peinture et de la Sculpture, ne demande pour tous ses
+travaux et pour tous les frais de l'École, soit à Paris, soit à Rome,
+que la somme de 110,830 liv.
+
+3º. Pour la huitième classe de la première Section.
+
+La classe d'Architecture décorative demande un revenu annuel de 31,000
+liv.
+
+4º. Pour les classes neuvième et dixième de la première Section.
+
+On ne peut savoir d'une manière précise qu'après la formation de ces
+classes, ce qu'elles pourront demander; mais cette dépense ne peut
+être considérable.
+
+5º Pour les six premières classes de la première Section de
+l'Institut,
+
+ le revenu actuel de l'Académie des Sciences
+ est de 93,458 l. 10s.
+
+ Cette somme sera attribuée à la division formée
+ des six premières classes de la Section des
+ Sciences Mathématiques, et Physiques et des
+ Arts, comme il suit:
+
+ Pour huit pensions de 3,000 liv 24,000
+
+ Pour huit pensions de 1,800 liv 14,400
+
+ Pour seize pensions de 1,200 liv. 19,200
+
+ Pour le Secrétaire 3,000
+
+ Pour le Trésorier 3,000
+
+ Écritures 600
+
+ Dépenses courantes 1,600
+
+ Frais d'expériences et prix 27,658
+
+ Total 93,458
+
+6º. Pour la septième classe de la Section seconde.
+
+La Société d'Agriculture qui formera la septième classe de la Section
+seconde, demande un revenu annuel de 25,000 liv.
+
+7º. Pour la huitième classe de la Section seconde.
+
+Le revenu actuel de la Société de Médecine est de 36,200 livres.
+
+En adjoignant à la classe de l'art de guérir, 1º., des Chirurgiens;
+2º. des Pharmaciens; 3º. des Vétérinaires; 4º. un Hôpital, dont les
+Officiers de santé seront choisis parmi les Membres de cette classe,
+on propose de porter son revenu à 46,000 livres, qui suffiroient pour
+toutes les dépenses, et qui seroient distribuées comme il suit:
+
+ Au Secrétaire 3,000
+
+ Au premier commis 1,800
+
+ Au second commis 1,000
+
+ Frais de Bureaux, de correspondance, de Séances
+ particulières et publiques 3,000
+
+ Frais d'expériences et de recherches. 8,000
+
+ Prix 3,200
+
+ En pensions 26,000
+
+ Total 46,000
+
+ _Nota._ Les fonds de l'Académie Royale de Chirurgie, qui doit
+ être réunie à la Société de Médecine pour former la huitième
+ classe de la seconde Section, pourront être employés en
+ déduction de la somme précédente.
+
+8º. Pour les neuvième et dixième classes de la seconde Section.
+
+On ne peut, avant que ces deux classes soient formées, donner un
+tableau de leurs dépenses.
+
+XXII.
+
+Les chaires annexées à l'Institut national pour l'enseignement de ce
+qu'il y a de plus transcendant et de plus élevé dans les connoissances
+humaines, seront les suivantes:
+
+ 1º. Pour la logique, la morale et la science
+ des Gouvernemens deux chaires.
+
+ 2º. Pour l'histoire et les langues anciennes
+ et pour les antiquités deux chaires.
+
+ 3º. Pour l'histoire et les langues modernes,
+ pour l'histoire de France, pour l'étude des titres
+ diplômes et médailles deux chaires.
+
+ 4º. Pour la Grammaire une chaire.
+
+ 5º. Pour l'instruction des sourds et muets une chaire.
+
+ 6º. Pour celle des aveugles une chaire.
+
+ 7º. Pour l'éloquence et la poësie deux chaires.
+
+ 8º. Pour les Mathématiques et la Mécanique
+ considérées dans toute leur étendue trois chaires.
+
+ 9º. Pour la Physique expérimentale une chaire.
+
+ 10º. Pour l'Astronomie une chaire.
+
+ 11º. Pour la Chimie, la Minéralogie, la Métallurgie
+ et la Chimie des Arts deux chaires.
+
+ 12º. Pour la Géographie souterraine, etc. une chaire.
+
+ 13º. Pour la Zoologie, c'est-à-dire, pour la
+ connoissance de toutes les classes d'animaux trois chaires.
+
+ 14º. Pour l'Anatomie humaine et comparée,
+ et pour la Physiologie expérimentale deux chaires.
+
+ 15º. Pour la Botanique une chaire.
+
+ 16º. Pour l'Agriculture, c'est-à-dire, pour
+ l'Économie rurale et domestique et pour la
+ Botanique des Arts deux chaires.
+
+ 17º. Pour l'enseignement de ce qui concerne,
+ 1º. la nature et le traitement des épidémies;
+ 2º. les épizooties;
+ 3º. les divers objets de salubrité publique trois chaires.
+
+ 18º. Pour l'enseignement des Beaux-Arts et
+ des Arts mécaniques, dont les écoles seront
+ annexées à l'Institut[8] chaires.
+
+ [8] On laisse ce nombre indéterminé, parce que plusieurs
+ de ces écoles ne sont pas encore établies, et que toutes
+ celles qui existent, doivent subir une réforme; mais ces
+ chaires, destinées à un enseignement élémentaire, sont d'une
+ nature tout-à-fait différente de celles dont il est parlé plus
+ haut.
+
+XXIII.
+
+Avant de procéder à l'élection des Professeurs, et en se conformant à
+tout ce qui est prescrit par l'article XV pour l'élection des membres,
+il sera fait une liste d'éligibles, lesquels seront indiqués, soit
+parmi les membres eux-mêmes, soit hors de l'Institut; et un mois après
+il sera procédé au scrutin dans la division ou classe ayant pour objet
+l'art ou la science qu'il s'agira d'enseigner. La majorité absolue des
+suffrages sera nécessaire dans cette élection.
+
+Le Roi fera délivrer des patentes aux sujets élus, et les divisions ou
+classes de l'Institut rendront compte à chaque Législature des motifs
+qui les auront déterminées dans le choix des Professeurs.
+
+XXIV.
+
+Ces élections des Membres et des Professeurs de l'Institut, ne seront
+faites par ces divisions ou classes que pendant la session de la
+Législature, dont la surveillance rendra les divisions ou classes de
+l'Institut plus attentives à n'avoir égard qu'au seul mérite dans leur
+choix; en conséquence, s'il vaque une place de Professeur dans un
+autre temps que dans celui de la session de la Législature, afin que
+le service public n'en souffre point, la division ou classe à laquelle
+la chaire vacante sera annexée, chargera _provisoirement_ l'un de ses
+Membres de remplir les fonctions de cet enseignement.
+
+XXV.
+
+La durée du Professorat sera de dix années, après lesquelles il sera
+procédé à une nouvelle élection, dans laquelle l'ex-Professeur sera
+éligible.
+
+XXVI.
+
+Chacun des Professeurs enseignera pendant neuf mois de l'année, en
+faisant trois leçons dans chaque semaine; il se prêtera à toutes les
+explications qui lui seront demandées par les Élèves qu'il formera
+plus sûrement encore dans des entretiens familiers que dans des
+Écoles: l'intention de l'Assemblée Nationale étant d'applanir, le plus
+qu'il lui sera possible, les difficultés sans nombre qui se présentent
+dans cette partie de l'instruction publique.
+
+XXVII.
+
+Les Professeurs élus se soumettront à ne faire chez eux aucun
+enseignement particulier sur le sujet qui doit être celui de leur
+cours public, dans lequel ils ne pourront jamais se faire remplacer
+que pour un temps très-court, et pour les motifs les plus pressans; il
+ne leur sera en conséquence jamais nommé de survivancier, ni
+d'adjoint.
+
+XXVIII.
+
+L'un des Hôpitaux de la Capitale sera annexé à la classe de l'art de
+guérir, qui nommera, suivant la forme d'élection déjà prescrite,
+article XV, un Médecin, un Chirurgien et un Pharmacien pour le
+desservir. Dans cet Hôpital seront faits, avec tout le soin et la
+prudence possibles, et toujours d'après l'avis de la majorité absolue
+de la classe, les recherches et observations propres à hâter les
+progrès de cet art.
+
+La classe d'Agriculture sera également mise en jouissance d'un
+terrein situé près de Paris, lequel dépendra du Jardin des Plantes, et
+où elle pourra faire ses essais et ses travaux[9].
+
+ [9] C'est principalement pour cultiver les plantes dont
+ elle envoie les graines comme essais aux Départemens, que la
+ classe d'Agriculture a besoin de cet emplacement, qui ne devra
+ pas être bien considérable.
+
+XXIX.
+
+Les honoraires attachés à chaque Chaire seront de 4,000 l.,
+indépendamment de frais d'expérience et de travaux, auxquels il sera
+pourvu séparément par le Trésor public.
+
+XXX.
+
+A l'Institut national seront annexés tous les établissemens publics
+relatifs aux Lettres, aux Sciences et aux Arts, ainsi toutes les
+Bibliothèques publiques, le _Musæum_, les diverses collections de
+machines, d'instrumens de physique et d'astronomie, de chirurgie, de
+matière médicale, de médailles, de statues, de tableaux, les jardins
+de botanique, etc. lesquels sont dans le domaine de la Nation, seront
+attachés à cet Institut, qui n'appartenant lui-même à aucun
+Département, mais étant un centre unique d'émulation et de travail, ne
+sera occupé que du soin de recueillir et de répandre sur toutes les
+parties de l'Empire les connoissances utiles à la culture des Arts et
+au perfectionnement de l'esprit.
+
+XXXI.
+
+Parmi les divers établissemens qui doivent être en rapport avec les
+classes de l'Institut, il en est qui conviennent à toutes, tels que
+les Bibliothèques publiques; il en est qui ne conviennent qu'à
+certaines classes en particulier: tels sont le Jardin des Plantes, qui
+doit être en relation avec les classes de botanique, d'agriculture et
+de l'art de guérir; les divers _Musæum_ d'Histoire naturelle, qui
+doivent principalement servir aux travaux des classes de Minéralogie,
+de Botanique, de Zoologie, d'Anatomie et de l'Art de guérir; les
+collections des Machines, qui doivent servir à ceux des classes et des
+écoles de Mécanique et des Arts; le Cabinet de Physique, qui concerne
+l'école et la classe de Physique expérimentale; celui d'Anatomie,
+l'arsenal de Chirurgie, et une collection d'Animaux vivans, qui
+concernent les classes de Zoologie, d'Anatomie et de l'Art de guérir;
+les différens Observatoires, qui doivent servir à la classe et à
+l'école d'Astronomie; les collections de Modèles, de Médailles, de
+Bustes, de Statues, les galeries de Tableaux, qui serviront aux
+travaux, des classes et des écoles d'Histoire, de Peinture, de
+Sculpture et d'Architecture.
+
+XXXII.
+
+La disposition de ces diverses collections sera faite d'après les
+plans fournis par les classes respectives de l'Institut. Des
+Directeurs responsables[10], choisis parmi les gens de l'Art,
+membres, ou non, de l'Institut, seront nommés par le Roi, dont les
+Commissaires prendront toutes les mesures possibles, pour que les
+membres de l'Institut y soient, ainsi que le public, reçus de manière
+à y suivre facilement leurs travaux.
+
+ [10] Ainsi, chaque établissement relatif aux Sciences et
+ aux Lettres, et destiné à la conservation, soit des livres et
+ manuscrits, soit des médailles, soit des tableaux et statues,
+ soit des divers morceaux d'Histoire naturelle, d'Anatomie,
+ etc., etc., sera confié à des Directeurs responsables, qui
+ administreront sous la surveillance d'un des Commissaires du
+ Roi, dont il est parlé article XLIII et XLIV.
+
+XXXIII.
+
+Tous les établissemens publics, relatifs à ceux-ci, appartenans
+également à la Nation, et placés dans les quatre-vingt-deux autres
+Départemens, auront aussi des rapports, et seront, en correspondance
+avec l'Institut, auquel il sera envoyé des catalogues exacts de toutes
+les collections, afin qu'il existe un répertoire général de toutes les
+richesses physiques et littéraires de l'Empire.
+
+XXXIV.
+
+Il sera établi dans le Louvre, de concert avec le Roi, et dans le
+Collège des Quatre-Nations, des logemens convenables, soit pour les
+divisions ou classes de l'Institut national, soit pour les Chaires qui
+y seront annexées, de sorte que chacune ait à sa portée des
+laboratoires pourvus de tous les instrumens et machines nécessaires à
+ses travaux[11].
+
+ [11] L'Institut National a besoin de trois sortes
+ d'emplacemens: le premier, pour ses séances; le second, pour
+ les collections qui lui sont nécessaires; le troisième, pour
+ les laboratoires et les leçons que doivent donner les
+ Professeurs.
+
+
+§. I.
+
+_Emplacement pour les Séances de l'Institut National._
+
+
+L'Institut est composé de deux grandes sections, qui comprennent vingt
+classes, dont les unes s'assemblent en commun et les autres
+séparément.
+
+Chaque réunion de classes a besoin d'une grande salle pour ses séances
+communes; mais chaque classe pouvant avoir à se rassembler d'une
+manière isolée, il faut que des salles moins étendues soient réservées
+pour cet usage.
+
+Les classes qui se réunissent séparément, telles que celles de l'art
+de guérir, de Peinture, etc. se divisent souvent en Comités pour des
+travaux particuliers; il faut encore que ces Comités soient logés
+convenablement.
+
+Conformément à ces données, nous proposons la distribution suivante:
+
+ 1º. Pour les séances des six premières
+ classes de la première Section de l'Institut,
+ comprenant la Morale, la Science du Gouvernement,
+ l'Histoire et les Belles-Lettres une grande salle
+ avec deux ou trois
+ pièces pour les Comités.
+
+ 2º. Pour la classe de Peinture, Sculpture et
+ Gravure une grande salle
+ avec deux pièces pour
+ les Comités.
+
+ 3º. Pour la classe d'Architecture-décorative
+ une grande salle
+ avec une ou deux
+ pièces pour les comités.
+
+ 4º. Pour la classe de Musique une grande salle
+
+ 5º. Pour la classe de Déclamation une grande salle
+
+ 6º. Pour les séances des six premières
+ classes de la seconde Section de l'Institut,
+ comprenant les sciences mathématiques et
+ physiques une grande salle
+ avec trois salles
+ d'une moindre étendue
+ pour les Comités.
+
+ 7º. Pour la classe d'Agriculture une grande salle
+ avec deux pièces
+ pour les Comités.
+
+ 8º. Pour la classe de l'art de guérir une grande salle
+ avec deux salles
+ d'une moindre étendue
+ pour les Comités.
+
+ 9º. Pour la classe d'Architecture-construction une grande salle
+ avec plusieurs autres
+ salles pour l'établissement
+ de cette école.
+
+ _Nota._ Les salles destinées aux séances de cette classe et de
+ ses comités, seront placées près des salles destinées aux
+ assemblées de la classe d'Architecture-décorative, qui fait
+ partie des beaux Arts.
+
+ 10º. Pour la classe des Arts une grande salle
+ avec quelques autres
+ pièces collatérales
+ pour les comités.
+
+ Total dix grandes salles
+
+Pour les assemblées des divisions ou des classes de l'Institut.
+
+Ces dix salles seroient placées au Louvre.
+
+ _Nota._ Les petites salles destinées à des réunions
+ particulières ou à des comités, n'ont pas besoin d'avoir une
+ grande étendue; il suffit que huit ou dix personnes puissent y
+ être placées commodément.
+
+
+§. II.
+
+_Emplacemens pour les collections destinées à l'usage des diverses
+Classes de l'Institut National._
+
+
+ I. Collections ou établissemens utiles à toutes les classes.
+
+ 1º. Bibliothèque commune.
+
+ {_La Bibliothèque du Roi_, }
+ {_celle des Quatre-Nations_.}
+
+ 2º. Une Imprimerie, pourvue de caractères de tous les genres.
+
+ (_Elle seroit établie au Louvre._)
+
+ 3º. Un Bureau de traduction, destiné à faire connoître les
+ lettres écrites et les ouvrages utiles publiés dans des
+ langues étrangères par les Correspondans de l'Institut.
+
+ (_Au Louvre._)
+
+
+ II. Collections destinées aux différentes Classes de
+ l'Institut.
+
+ 1º. Collection de médailles et de pierres gravées.
+
+ (_A la Bibliothèque du Roi._)
+
+ Pour la Classe d'Histoire.
+
+ 2º. Collection de tableaux, de statues antiques et modernes,
+ de bustes, reliefs et gravures.
+
+ (_Au Louvre._)
+
+ Pour la Classe de Peinture et Sculpture.
+
+ 3º. Collection de dessins et modèles.
+
+ (_Au Louvre._)
+
+ Pour la Classe et pour l'école d'Architecture.
+
+ 4º. Collection de modèles relatifs à l'Architecture navale.
+
+ (_Au Louvre._)
+
+ Pour la Classe d'Architecture et pour l'école de Navigation.
+
+ 5º. Collection d'instrumens de musique et des oeuvres des
+ grande Artistes dans ce genre.
+
+ (_Au Louvre._)
+
+ Pour la Classe de Musique.
+
+ 6º. Collection de costumes, etc.
+
+ (_Au Louvre._)
+
+ Pour la classe de Déclamation.
+
+ 7º. Collection d'instrumens de Mathématiques, de Physique et
+ d'Astronomie.
+
+ (_A l'Observatoire et au Collège des Quatre-Nations._)
+
+ Pour les Classes de Mathématiques, de Physique et d'Astronomie.
+
+ 8º. Collection de cartes de Géographie physique et souterraine.
+
+ (_Au Collège des Quatre-Nations._)
+
+ Pour les Classes de Physique et de Chimie, de Zoologie et de
+ Botanique.
+
+ 9º. Collection de Minéralogie.
+
+ { _Cabinet du Roi_, }
+ {_Cabinet des Mines de l'Hôtel des Monnoies_.}
+
+ Pour la Classe de Chimie et de Minéralogie.
+
+ 10º. Collection des produits du Cours de Chimie et d'essais
+ des Mines.
+
+ (_Au Collège des Quatre-Nations._)
+
+ Pour la Classe de Chimie, de Minéralogie et de Métallurgie.
+
+ 11º. Collection d'animaux morts et conservés.
+
+ (_Cabinet du Roi._)
+
+ Pour la Classe de Zoologie et d'Anatomie.
+
+ 12º. Collection de portions d'animaux disséqués, préparés et
+ conservés,
+ d'Anatomie {naturelle.
+ {artificielle.
+
+ (_Cabinet de l'École Vétérinaire._)
+
+ Auxquelles collections seront faites les additions nécessaires.
+
+ (_Au Collège des Quatre-Nations._)
+
+ Pour la Classe d'Anatomie, de Zoologie et l'art de guérir.
+
+ 13º. Collection d'animaux vivans ou Ménagerie.
+
+ (_Au Jardin du Roi._)
+
+ Pour la Classe de Zoologie et d'Anatomie.
+
+ 14º. Collection de végétaux et de parties de végétaux,
+ Herbiers, Serres, Jardins.
+
+ (_Jardin et Cabinet du Roi._)
+
+ Pour la Classe de Botanique et l'art de guérir.
+
+ 15º. Collection d'instrumens aratoires.
+
+ (_Elle sera placée au Jardin du Roi._)
+
+ Pour la Classe d'Agriculture.
+
+ 16º. Collection d'ossemens et d'organes malades, préparés et
+ conservés en nature, ou représentés en cire, en peinture ou en
+ dessin.
+
+ (_Au Collège des Quatre-Nations._)
+
+ Pour la Classe de Médecine.
+
+ 17º. Collection d'instrumens et d'appareils de Chirurgie de
+ tous les genres. _Armamentarium._
+
+ (_Au Collège des Quatre-Nations._)
+
+ Pour la Classe de Médecine et Chirurgie.
+
+ 18º. Collection de Matière médicale et de Pharmacie.
+
+ (_Au Collège des Quatre-Nations._)
+
+ Pour la Classe de Médecine, Chirurgie et Pharmacie.
+
+ 19º. Collection d'instrumens propres à l'art vétérinaire, à la
+ forge et la fabrication des fers, etc.
+
+ (_Au Collège des Quatre-Nations._)
+
+ Pour la Classe de Médecine, Chirurgie, Pharmacie et de l'art
+ vétérinaire.
+
+ 20º. Collection d'instrumens et de modèles pour les divers
+ atteliers des Arts.
+
+ (_Au Collège des Quatre-Nations)._
+
+ Pour la Classe des Arts.
+
+
+§. III.
+
+_Emplacement propres aux Laboratoires et aux divers enseignemens dont
+se charge l'Institut._
+
+ÉCOLES DE L'INSTITUT.
+
+
+ 1º. Pour les six premières Classes de la première Section.
+
+ Deux grandes salles suffiront pour leur enseignement.
+
+ (_Au Collège des Quatre-Nations._)
+
+ 2º. Pour l'École de Peinture, Sculpture et Gravure.
+
+ Cette école réunissant l'enseignement tout entier, le nombre
+ des salles sera déterminé par la demande des Professeurs.
+
+ (_Au Louvre._)
+
+ 3º. Pour l'Architecture.
+
+ L'Architecture étant dans le même cas que la Peinture et la
+ Sculpture, le nombre des salles nécessaires sera déterminé
+ conjointement avec les Professeurs.
+
+ (_Au Louvre._)
+
+ 4º. Pour la Musique.
+
+ De même.
+
+ (_Au Louvre._)
+
+ 5º. Pour les Mathématiques, la Mécanique, la Physique et
+ l'Astronomie.
+
+ Une salle ou un amphithéâtre.
+
+ (_Au Collège des Quatre-Nations._)
+
+ 6º Pour l'Astronomie.
+
+ Un Observatoire garni de tous ses instrumens.
+
+ (_Au Collège des Quatre-Nations._)
+
+ 7º. Pour la Chimie, la Minéralogie, la Métallurgie et la
+ Géographie souterraine.
+
+ Un amphithéâtre ou salle d'enseignement, et un grand
+ laboratoire qui y soit annexé.
+
+ (_Au Collège des Quatre-Nations._)
+
+ 8º. Pour la Zoologie et l'Anatomie.
+
+ Un amphithéâtre et plusieurs salles ou galeries de dissections
+ et de préparations qui y soient annexées.
+
+ De plus, une salle de dissection établie dans un des Hôpitaux
+ de la capitale.
+
+ 9º. Pour la Botanique.
+
+ Un amphithéâtre.
+
+ (_L'Amphithéâtre du Jardin du Roi._)
+
+ 10º. Pour l'Agriculture.
+
+ Une salle.
+
+ Cette école sera établie près de la collection des instrumens
+ aratoires.
+
+ (_L'amphithéâtre du Jardin du Roi._)
+
+ 11º. Pour la Médecine humaine et vétérinaire.
+
+ Une salle.
+
+ (_Au Collège des Quatre-Nations._)
+
+ {au Dessin, }
+ {à la Physique, }
+ 12º. Pour les arts relatifs {à la Mécanique,} un amphithéâtre.
+ {à la Chimie, }
+ {à la Botanique,}
+
+ Dans la salle ou amphithéâtre de Physique.
+
+ (_Au Collège des Quatre-Nations._)
+
+ _Nota._ 1º. Les collections et les laboratoires doivent être
+ placés près des salles ou amphithéâtres destinés à
+ l'enseignement, afin que les Professeurs y trouvent, sans
+ peine, les divers objets dont ils pourront avoir besoin. Ces
+ collections et ces laboratoires serviront aussi aux travaux et
+ recherches des divisions des classes de l'Institut.
+
+ _Nota._ 2º. La Physique, la Chimie et l'Anatomie auront besoin
+ d'emplacemens très-étendus et très-aérés. Peut-être que
+ l'emplacement destiné à l'Anatomie devroit être annexé à l'un
+ des plus grands Hôpitaux de la Capitale.
+
+XXXV.
+
+Les Directeurs des Bibliothèques publiques prendront des mesures pour
+que tous les ouvrages qui sont publiés dans tous les genres et dans
+toutes les langues quelconques, soient achetés. Il sera fait des fonds
+à cet effet. Ces livres, après avoir été inscrits sur les registres de
+la Bibliothèque, seront examinés par les classes respectives de
+l'Institut, et ceux qui seront distingués par elles, seront traduits
+en tout ou en partie par des interprètes qui seront attachés à cet
+effet, en nombre suffisant, à la Bibliothèque publique.
+
+XXXVI.
+
+Il sera établi, soit au Louvre, soit au Collège des Quatre Nations, une
+Imprimerie pourvue de tous les caractères à l'usage des Sciences, de
+ceux des Langues anciennes et modernes, laquelle sera destinée au
+service des classes de l'Institut.
+
+XXXVII.
+
+Pour mettre de l'ordre et de l'unité dans ce grand établissement, il
+sera formé un comité central qui sera composé de vingt membres;
+chacune des vingt classes de l'Institut ayant le droit d'en nommer un.
+
+XXXVIII.
+
+Ces élections seront renouvellées tous les ans par les classes
+respectives de l'Institut, au scrutin et à la majorité des suffrages.
+
+XXXIX.
+
+Le comité central de l'Institut nommera au scrutin et à la majorité
+absolue, un Directeur et un Secrétaire.
+
+XL.
+
+Le comité central de l'Institut s'assemblera deux fois chaque mois, et
+plus souvent s'il y a lieu.
+
+XLI.
+
+Ses fonctions seront de surveiller les travaux de l'Institut, de
+stipuler en général pour ses intérêts, c'est-à-dire, pour ceux des
+Lettres, des Sciences et des Arts; de s'assurer de l'exactitude des
+Professeurs à remplir leurs devoirs; de répondre aux demandes qui
+pourront lui être faites concernant l'Instruction publique, de la part
+des Départemens, Districts ou Municipalités; de régler les différens
+qui pourront s'élever entre les classes, et de proposer les
+améliorations à faire, soit dans l'Institut, soit dans les
+établissemens qui lui seront annexés.
+
+XLII.
+
+Lorsque les divisions ou classes de l'Institut, voulant fixer
+l'attention publique sur un sujet de méditation ou d'étude, auront
+besoin de fonds extraordinaires, soit pour proposer des prix, soit
+pour faire une suite d'expériences et de recherches, elles
+s'adresseront au comité central, lequel fera parvenir son voeu à
+l'Assemblée Nationale, après avoir jugé s'il n'y a pas pour cette
+fois un trop grand nombre de demandes de ce genre faites par les
+classes de l'Institut, qui devront se concerter entre elles pour
+l'ordre et le succès de leurs travaux.
+
+XLIII.
+
+Les Commissaires pour l'Instruction publique seront chargés de
+surveiller la partie administrative de l'Institut national et des
+établissemens qui lui seront annexés, et d'y maintenir l'exécution de
+la loi. Les patentes des membres de l'Institut et des Professeurs
+seront remises par eux; ils assisteront aux séances du comité central
+avec lequel ils concourront, de tous leur moyens, aux progrès des
+Sciences et des Arts.
+
+XLIV.
+
+Les membres intimes des Académies et sociétés savantes[12], telles
+qu'elles existent dans l'ordre actuel, seront remplacés dans les
+classes respectives de l'Institut projetté. On suivra dans ce
+remplacement l'ordre de l'ancienneté de réception, dans les Académies
+ou Sociétés. Lorsque le nombre des places arrêtées pour les divisions
+ou classes de l'Institut sera rempli, ceux qui, conformément à ce
+Décret, y auront des droits, seront rangés, toujours suivant l'ordre
+de leur réception, dans une classe de surnuméraires qui jouiront des
+mêmes droits que les autres auxquels ils succéderont, comme il est
+réglé ci-après.
+
+ [12] _Nota._ Les Académies et Sociétés savantes sont:
+
+ 1º. L'Académie Françoise;
+ 2º. L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres;
+ 3º. L'Académie des Sciences;
+ 4º. Le Collège Royal;
+ 5º. La Société de Médecine;
+ 6º. L'Académie de Chirurgie;
+ 7º. La Société d'Agriculture;
+ 8º. L'Académie de Peinture et de Sculpture;
+ 9º. L'Académie d'Architecture;
+ 10º. Les Écoles de Chant et de Déclamation.
+
+XLV.
+
+Lorsqu'il vaquera une place parmi les membres de divisions ou classes
+de l'Institut, elle sera remplie par le plus ancien des surnuméraires,
+tant qu'il y en aura. Lorsqu'il en aura vaqué deux, il sera en outre
+nommé un nouveau membre qui prendra place à la suite de tous les
+surnuméraires. A l'avenir ce titre sera pour toujours supprimé dans
+l'Institut.
+
+XLVI.
+
+A l'avenir, les pensions attribuées à l'Institut, seront réparties à
+raison de l'ancienneté de réception dans les divisions et dans les
+classes dont cet établissement est formé. Il ne sera rien innové à
+l'égard des pensions accordées jusqu'à ce jour par les Académies ou
+Sociétés savantes, à ceux de leurs membres qui seront remplacés dans
+l'Institut.
+
+XLVII.
+
+Les classes d'associés honoraires, établies dans les Académies, sont
+abolies.
+
+XLVIII.
+
+Ceux qui, dans les Académies ou Sociétés savantes actuelles, occupent
+des places d'associés libres, seront conservés avec le même titre près
+des divisions ou classes respectives de l'Institut, dans lequel il n'y
+aura plus d'associés libres à l'avenir.
+
+XLIX.
+
+Il sera libre aux divisions ou classes de l'Institut, de s'attacher,
+sous les noms d'associés et de correspondans règnicoles ou étrangers,
+les personnes qui pourront les aider dans leurs travaux.
+
+L.
+
+Les titulaires des chaires conservées continueront, en se conformant
+aux nouvelles lois, les fonctions de leur enseignement; et jusqu'à ce
+que l'Institut soit formé, ils feront, comme ci-devant, avec les mêmes
+honoraires qu'ils ont reçus jusqu'ici, les leçons dont ils ont été
+chargés.
+
+LI.
+
+Les titulaires des chaires supprimées par l'article premier, seront
+nommés de préférence à celles dont l'enseignement est le même dans le
+nouvel Institut.
+
+LII.
+
+Les commissaires de l'instruction, nommeront, pour la première fois
+seulement, sur la présentation du comité central, les membres qui
+devront composer les classes de nouvelles création; savoir: les
+classes premières, deuxième et dixième de la première section, et les
+classes neuvième et dixième de la seconde section de l'Institut, ainsi
+que les Professeurs des chaires nouvellement établies. Toutes les
+classes de l'Institut étant ainsi complettes, éliront elles-mêmes les
+associés et les Professeurs, conformément aux règles prescrites par
+les présens Décrets.
+
+
+
+
+DES BIBLIOTHÈQUES.
+
+
+ARTICLE PREMIER.
+
+Il y aura dans chaque Département une Bibliothèque, sous l'inspection
+particulière du Directoire du Département; et dans les villes où il se
+trouvera une Bibliothèque de Municipalité déjà établie, elle pourra
+servir de Bibliothèque de Département, et sera sous la surveillance du
+Directoire du Département.
+
+Les quatre premiers articles du présent Décret seulement, ne sont
+point relatifs aux établissemens littéraires de Paris.
+
+II.
+
+Chaque Bibliothèque sera plus ou moins considérable, selon la
+proportion de l'étendue et de la population, des richesses littéraires
+ou même des Contributions du Département.
+
+Les volumes dont elles seront composées, seront prélevés dans les
+Bibliothèques ecclésiastiques et des communautés Religieuses, et dans
+celles des autres établissemens supprimés, après toutefois que l'état
+desdits livres aura été préalablement dressé et envoyé aux
+Commissaires de l'Instruction publique, qui donneront autorisation et
+détermineront l'emploi, ou le mode de la vente du surplus.
+
+III.
+
+Il ne pourra y avoir pour chaque Bibliothèque moins de deux ni plus de
+quatre Bibliothécaires.
+
+Le premier ne pourra avoir moins de 1,500 livres, ni plus de 3,000
+livres.
+
+Chacun des autres 2,000 livres au plus, et au moins 1,000 livres.
+
+Il sera pourvu par un réglement aux sommes nécessaires pour les achats
+des livres, les frais de Bureau, entretien des bâtimens et autres
+dépenses.
+
+Le Bibliothécaire principal sera nommé par le Département: les
+Bibliothécaires seront choisis, autant qu'il sera possible, parmi les
+Sujets des Congrégations Ecclésiastiques supprimées.
+
+Le Bibliothécaire de chaque Département sera tenu de correspondre
+exactement et dans les formes qui seront prescrites par un réglement
+particulier, avec le Commissaire de l'Instruction publique, chargé
+spécialement de l'administration des Bibliothèques.
+
+IV.
+
+Le directoire de chaque Département veillera avec soin, à ce que le
+Bibliothécaire du Département se procure promptement deux exemplaires
+bien conditionnés de chaque livre nouveau imprimé dans son ressort.
+
+L'un des deux restera dans la Bibliothèque du Département, l'autre
+sera adressé aussitôt à la Bibliothèque générale établie à Paris, dont
+il sera fait mention article V. Ce dernier établissement remboursera
+le montant de cette dépense au Département, si le livre ne vient pas
+de la libéralité de l'Auteur, Éditeur, ou Libraire.
+
+V.
+
+Il sera formé à Paris un établissement, sous le titre de Bibliothèque
+nationale, faisant, partie de l'Institut, entretenu aux frais du
+Trésor public, et divisé en six établissemens, pour le plus grand
+avantage de ceux qui cultivent les Sciences.
+
+Chacun d'eux prendra le nom de la science à laquelle il sera
+particulièrement affecté.
+
+Le principal établissement restera quant à présent, rue de Richelieu,
+et contiendra la réunion de tous les livres, dans toutes les matières,
+ainsi que les collections de divers genres qu'il renferme déjà, ou qui
+pourroient y être jointes; les cinq autres seront distribués dans les
+quartiers de la Capitale où ils pourront être le plus utiles, et
+contiendront chacun de 40,000 à 80,000 volumes: chacun de ces cinq
+établissement sera affecté particulièrement à chacune des cinq
+divisions des matières de Bibliographie, et en contiendra les
+ouvrages, indépendamment des livres élémentaires des quatre autres
+divisions.
+
+Les Bibliothèques des maisons ecclésiastiques et religieuses et
+établissemens supprimés serviront à enrichir et former ces cinq
+dépôts; les achats ou présens des livres nouveaux les completteront
+par la suite.
+
+La Bibliothèque de la Municipalité sera en même temps la Bibliothèque
+du Département, conformément à l'article du présent décret; elle
+embrassera toutes les matières bibliographiques, et sera augmentée et
+complettée pareillement avec les livres des maisons ecclésiastiques et
+religieuses, et autres établissemens supprimés, indépendamment des
+acquisitions qu'elle pourra faire sur les fonds qui lui seront
+affectés.
+
+VI.
+
+Toute personne qui désirera travailler dans une Bibliothèque publique,
+y sera admise tous les jours hors les Dimanches et fêtes, soit dans la
+Bibliothèque, soit en présence du Bibliothécaire, dans une salle
+particulière de travail, si le local permet d'en avoir une attenante
+au dépôt général des livres.
+
+On n'y travaillera que pendant le jour; les Réglemens pourvoiront à la
+commodité des citoyens studieux, comme à la conservation des livres.
+
+VII.
+
+Il n'y aura plus d'obligation aux Libraires, Éditeurs et Auteurs, de
+fournir des exemplaires de leurs ouvrages aux Bibliothèques publiques.
+
+
+
+
+PRIX
+
+ET ENCOURAGEMENS.
+
+
+Les prix et récompenses mérités par le talent, devant être diversement
+honorifiques et quelquefois pécuniaires; tantôt offerts par la
+reconnoissance de la Nation, tantôt décernés par celle d'un lieu
+particulier, devant se placer à côté des plus petits efforts de
+l'enfance et atteindre les plus hautes conceptions du génie, sont
+promis, sont assurés par l'Assemblée Nationale.
+
+Mais, à raison du grand nombre de détails nécessaires pour que toutes
+les proportions soient bien observées, et qu'aucun genre de mérite ne
+soit privé de son encouragement et de sa récompense, ils ne seront
+déterminés et classés que d'après un réglement qui sera présenté sur
+cet objet à la législature par les Commissaires de l'Instruction
+publique.
+
+
+
+
+MÉTHODES
+
+ET LIVRES ÉLÉMENTAIRES.
+
+
+L'Assemblée Nationale met au rang des bienfaits publics les bons
+livres élémentaires sur toutes les connoissances humaines, les
+méthodes propres à agrandir et à perfectionner les facultés
+principales de l'homme, les procédés bien éprouvés, destinés à
+faciliter l'application des principes dans la pratique des arts;
+toutes les découvertes, soit dans les arts, soit dans les sciences, et
+particulièrement les ouvrages de tout genre qui serviront le mieux la
+morale. Elle veut que l'Institut national mette en usage tous ses
+moyens pour arriver à ces grands résultats, qu'il attache à leur
+recherche tous les talens, tous les efforts de l'émulation publique,
+et elle ordonne aux Commissaires de l'instruction de faire parvenir,
+sans délai, aux Départemens tout ce que, sur ces divers objets,
+l'institut aura, par un suffrage solemnel, recommandé à la confiance
+publique.
+
+
+
+
+SPECTACLES.
+
+
+ARTICLE PREMIER.
+
+Les Commissaires de l'instruction, dont la surveillance devra
+s'étendre sur les spectacles, respecteront la liberté du talent dans
+le choix des sujets des différentes pièces; mais ils décideront
+quelles sont les pièces qui, aux jours des fêtes nationales et à
+l'occasion des grands événemens, mériteront d'être, aux frais de la
+Nation, représentées gratuitement.
+
+II.
+
+Les pièces de théâtre feront un des objets particuliers pour lesquels,
+d'après le voeu prononcé et soutenu de l'opinion publique, et sur le
+jugement motivé de l'Institut, il sera accordé des prix et des
+récompenses nationales.
+
+
+
+
+FÊTES.
+
+
+L'Assemblée Nationale ayant décrété constitutionnellement qu'il seroit
+établi des fêtes nationales, mais jugeant que la périodicité pourroit
+en affoiblir l'intérêt, si elle s'étendoit sur un grand nombre,
+ordonne que deux fêtes seulement seront établies pour tout le Royaume;
+l'une, sous le nom de la liberté, qui sera célébrée tous les ans le 14
+Juillet; l'autre, en faveur de l'égalité, qui sera fixée au 4 Août.
+Elle laisse aux Directoires des Départemens le soin de donner à ces
+fêtes toute la solemnité qu'elles requièrent, comme aussi la faculté
+d'en établir de particulières, lorsque des circonstances locales ou
+même des événemens généraux leur paroîtront le demander: elle charge
+les Commissaires de l'instruction publique de présenter, le plutôt
+possible, au Corps législatif un mode général d'organisation pour ces
+fêtes.
+
+
+
+
+ÉDUCATION DES FEMMES
+
+
+ARTICLE PREMIER.
+
+Les filles ne pourront être admises aux Écoles primaires que jusqu'à
+l'âge de huit ans.
+
+II.
+
+Après cet âge, l'Assemblée Nationale invite les pères et mères à ne
+confier qu'à eux-mêmes l'éducation de leurs filles, et leur rappelle
+que c'est leur premier devoir.
+
+III.
+
+Il sera pourvu, dans chaque Département, aux moyens de former des
+établissemens destinés à procurer aux filles qui sortiront des Écoles
+primaires ou de la première éducation paternelle, la facilité
+d'apprendre des métiers convenables à leur sexe.
+
+IV.
+
+Il sera pourvu aussi, par les Départemens, à l'établissement d'un
+nombre suffisant de maisons d'éducation pour les filles qui ne
+pourront être élevées dans la maison paternelle.
+
+V.
+
+Ces maisons seront dirigées par des Institutrices nommées par les
+Directoires des Départemens.
+
+VI.
+
+Les Départemens prescriront des règles à ces établissemens, veilleront
+à leur exécution, pourront destituer les Institutrices dont la
+conduite ne répondroit pas à la confiance publique.
+
+VII.
+
+Ils fixeront le prix des pensionnats et les traitemens des
+Institutrices, et les proportionneront aux objets d'enseignement
+qu'elles seront capables de professer pour leurs Élèves.
+
+VIII.
+
+Toutes les instructions données aux Élèves dans les maisons
+d'éducation publique, tendront particulièrement à préparer les filles
+aux vertus de la vie domestique, et aux talens utiles dans le
+gouvernement d'une famille.
+
+
+
+
+DES COMMISSAIRES
+
+DE
+
+L'INSTRUCTION PUBLIQUE.
+
+
+ Les Commissaires de l'instruction publique, sont établis pour
+ réunir en un centre commun, et répandre dans tout l'Empire
+ tous les moyens d'instruction propres à maintenir l'unité des
+ principes et à perfectionner cette partie essentielle de
+ l'organisation sociale.
+
+ARTICLE PREMIER.
+
+Il sera établi à Paris une Administration centrale sous le nom de
+Commission générale de l'Instruction publique. Ses Membres seront au
+nombre de six, et auront le titre de Commissaires de l'instruction
+publique.
+
+II.
+
+Il sera établi, sous chaque Commissaire, un Inspecteur. Les
+Inspecteurs pourront, être momentanément envoyés dans les divers
+Établissemens d'instruction du Royaume, lorsque la Commission le
+jugera nécessaire.
+
+III.
+
+Les Commissaires et Inspecteurs seront nommés par le Roi, qui pourra
+ensuite les suspendre de leurs fonctions; mais l'instruction étant la
+première défense contre les abus de l'autorité, leur destitution ne
+pourra être prononcée que sur un jugement du Corps législatif.
+
+IV.
+
+Les Commissaires se partageront entr'eux les divers objets de
+l'instruction, et chacun fera exécuter, sous sa responsabilité, les
+Lois relatives à la partie dont il aura été chargé.
+
+V.
+
+Ils auront sous leur surveillance tout ce qui tient à l'instruction,
+tout ce qui concerne les prix et concours qui seront ouverts pour tous
+les objets d'utilité publique, les Spectacles, les Fêtes Nationales,
+les Arts, les Bibliothèques publiques formée de celles des Maisons
+religieuses, la Bibliothèque Nationale, la Correspondance de toutes
+les Bibliothèques.
+
+VI.
+
+Il sera nommé dans chaque Directoire de Département, un membre chargé
+de la surveillance de ce qui concerne l'instruction; il sera tenu de
+donner connoissance tant de l'état que des besoins de l'instruction
+publique dans le Département.
+
+VII.
+
+Tous les biens et revenus destinés à l'Éducation publique seront sous
+la surveillance des Commissaires: ils rendront compte, tous les ans, à
+l'Assemblée législative de la situation de ces biens.
+
+VIII.
+
+Ils présenteront, chaque année, à l'Assemblée législative un état des
+progrès de l'instruction dans toutes les parties du Royaume.
+
+IX.
+
+Ils nommeront, pour la première fois, aux places de nouvelle création
+dont la nomination n'aura pas été attribuée aux Corps administratifs,
+et rendront un compte public des motifs de leurs choix.
+
+X.
+
+Ils seront tenus de présenter au Corps législatif, dans le plus court
+délai possible, et dans l'ordre des besoins pressans, des projets de
+réglement sur tous les objets de détail qui ne se trouveront points
+compris dans les articles précédens.
+
+XI.
+
+La Commission générale nommera son Secrétaire et les Employés des
+Bureaux: elle présentera à l'Assemblée législative l'état des Employés
+nécessaires, pour, ledit état, être décrété ainsi qu'il conviendra.
+
+XII.
+
+Le traitement des Commissaires sera de 15,000 livres, celui des
+Inspecteurs de 8,000 livres.
+
+ * * * * *
+
+ _Nota._ Il nous eut semblé possible et conforme aux principes
+ d'attacher davantage l'instruction publique au Corps
+ législatif; mais un Décret ayant déjà placé cet objet sous la
+ surveillance active d'un des Départemens du Pouvoir exécutif,
+ nous avons dû nous conformer à cette disposition; nous avons
+ seulement recherché des moyens pour que l'Administration
+ nouvelle, à qui l'Instruction sera spécialement confiée,
+ contenue par l'opinion autant que par sa responsabilité, ne
+ s'écartât point de son but, et favorisât la plus entière et la
+ plus libre propagation des lumières.
+
+
+LIBERTÉ DE L'ENSEIGNEMENT.
+
+Il sera libre à tous particuliers en se soumettant aux Lois générales
+sur l'enseignement public, de former des établissemens d'instruction;
+ils seront tenus seulement d'en instruire la Municipalité, et de
+publier leurs réglemens.
+
+
+PROLONGATION PROVISOIRE DE L'ENSEIGNEMENT ACTUEL.
+
+Les Universités et corporations chargées maintenant de l'Instruction
+publique continueront leurs fonctions jusqu'au parfait établissement
+des nouveaux moyens d'Instruction qui devront leur succéder; après
+quoi elles seront supprimées.[13].
+
+ [13] L'Assemblée Nationale décidera si, par son Décret du
+ [date laissée en blanc] à l'époque duquel aucune des parties de
+ l'instruction n'étoit organisée, elle a entendu exclure les
+ Membres des Législatures des emplois nombreux relatifs à
+ l'instruction publique.
+
+FIN.
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Rapport sur l'Instruction Publique,
+les 10, 11 et 19 Septembre 1791, by Maurice Talleyrand-Périgord
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RAPPORT SUR L'INSTRUCTION ***
+
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+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
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+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
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+
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+electronic work or group of works on different terms than are set
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+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
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+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
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+ The Project Gutenberg eBook of Rapport sur l'Instruction Publique, fait à l'Assemblée Nationale,
+les 10, 11 et 19 Septembre 1791, by M. DE TALLEYRAND-PÉRIGORD </title>
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+The Project Gutenberg EBook of Rapport sur l'Instruction Publique, les 10,
+11 et 19 Septembre 1791, by Maurice Talleyrand-Périgord
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Rapport sur l'Instruction Publique, les 10, 11 et 19 Septembre 1791
+ fait au nom du Comité de Constitution à l'Assemblée Nationale
+
+Author: Maurice Talleyrand-Périgord
+
+Release Date: August 17, 2008 [EBook #26336]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RAPPORT SUR L'INSTRUCTION ***
+
+
+
+
+Produced by Mireille Harmelin, Hélène de Mink and the
+Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
+(This file was produced from images generously made
+available by the Bibliothèque nationale de France
+(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
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+<p>Note au lecteur de ce ficher digital:</p>
+<p>Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
+L'orthographe d'origine a été conservée.</p>
+<p>La table des matièrs a été rajoutée dans ce fichier.</p></div>
+<p class="p8"></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page001" name="page001"></a>(p.001)</span></p>
+
+<h1>RAPPORT</h1>
+
+<h5><span class="sper"><strong>SUR</strong></span></h5>
+
+<h2>L'INSTRUCTION PUBLIQUE,</h2>
+<p class="p6"></p>
+<p class="center"><span class="sper">FAIT</span></p>
+
+<h4>AU NOM DU COMITÉ DE CONSTITUTION</h4>
+
+<h2><span class="sper">A L'ASSEMBLÉE NATIONALE</span>,</h2>
+
+<p class="center"><span class="italic">les 10, 11 et 19 Septembre 1791,</span></p>
+<p class="p6"></p>
+<p class="center"><span class="smcap">Par</span> </p>
+
+<h3><span class="sper">M. DE TALLEYRAND-PÉRIGORD</span>,</h3>
+
+<p class="center">Ancien Évêque d'Autun.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper"><span class="smcap">Par ordre de l'Assemblée Nationale</span>.</span></p>
+<p class="p6"></p>
+<hr class="c15" />
+<p class="p4"></p>
+<h4><span class="sper"><span class="italic">A PARIS</span></span>,</h4>
+
+<h4><span class="sper">DE L'IMPRIMERIE NATIONALE</span>.</h4>
+<p class="p2"></p>
+<p class="center">M. DCC. XCI.</p>
+<p class="p8"></p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page002" name="page002"></a>(p.002)</span></p>
+
+
+<h3>THE FRENCH REVOLUTION RESEARCH COLLECTION</h3>
+<p class="p4"></p>
+<h3>LES ARCHIVES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE</h3>
+<p class="p8"></p>
+<p class="center">MAXWELL</p>
+<p class="center">Headington Hill Hall, Oxford OX3 OBW, UK <span class="pagenum"><a id="page003" name="page003"></a>(p.003)</span></p>
+<p class="p6"></p>
+<h3>TABLE DES MATIÈRES</h3>
+<p class="p2"></p>
+<p class="left30">
+<a href="#page004">RAPPORT.</a><br />
+<a href="#page029">ÉCOLES PRIMAIRES.</a><br />
+<a href="#page033">ÉCOLES DE DISTRICT.</a><br />
+<a href="#page036">ÉCOLES DE DÉPARTEMENT.</a><br />
+<a href="#page037">ÉCOLES POUR LES MINISTRES DE LA RELIGION.</a><br />
+<a href="#page043">ÉCOLES DE MÉDECINE.</a><br />
+<a href="#page047">ÉCOLES DE DROIT.</a><br />
+<a href="#page055">ÉCOLES MILITAIRES.</a><br />
+<a href="#page061">INSTITUT NATIONAL.</a><br />
+<a href="#page062">PROGRAMME DES SCIENCES PHILOSOPHIQUES.</a><br />
+<a href="#page062">PROGRAMME DES SCIENCES MATHEMATIQUES.</a><br />
+<a href="#page081">MOYENS D'INSTRUCTION.</a><br />
+<a href="#page126">RÉSUMÉ.</a><br />
+<a href="#page130">PROJET DE DÉCRETS SUR L'INSTRUCTION PUBLIQUE.</a><br />
+<a href="#page130">ÉCOLES PRIMAIRES.</a><br />
+<a href="#page132">ÉCOLES DE DISTRICT.</a><br />
+<a href="#page139">DES PENSIONS GRATUITES.</a><br />
+<a href="#page154">ÉCOLES DE DÉPARTEMENT.</a><br />
+<a href="#page158">ÉCOLES DE MÉDECINE.</a><br />
+<a href="#page164">TABLEAU DE L'ENSEIGNEMENT</a><br />
+<a href="#page165">ÉCOLES POUR L'ENSEIGNEMENT DU DROIT.</a><br />
+<a href="#page173">ÉCOLES MILITAIRES.</a><br />
+<a href="#page176">INSTITUT NATIONAL. PROJET DE DÉCRETS.</a><br />
+<a href="#page184">TABLEAU DISTRIBUTION DES FONDS</a><br />
+<a href="#page207">DES BIBLIOTHÈQUES.</a><br />
+<a href="#page211">PRIX ET ENCOURAGEMENS</a><br />
+<a href="#page211">MÉTHODES</a><br />
+<a href="#page212">SPECTACLES.</a><br />
+<a href="#page213">FÊTES.</a><br />
+<a href="#page213">ÉDUCATION DES FEMMES.</a><br />
+<a href="#page215">DES COMMISSAIRES</a><br />
+</p>
+<p class="p6"></p>
+
+<p class="center"> <span class="sper"><strong>DE</strong></span></p>
+
+<h3><span class="sper">L'INSTRUCTION</span></h3>
+
+<h3><span class="sper">PUBLIQUE</span>.</h3>
+<p><span class="pagenum"><a id="page004" name="page004"></a>(p.004)</span></p>
+<p class="p6"></p>
+
+<h2><span class="sper">RAPPORT</span></h2>
+
+<h3><span class="sper">SUR</span></h3>
+
+<h3><span class="sper">L'INSTRUCTION PUBLIQUE</span>,</h3>
+
+<p class="center"><span class="italic">Fait au nom du Comité de Constitution, par M. de</span>
+<span class="smcap"><span class="sper">Talleyrand-Périgord</span>,</span> <span class="italic">ancien Évêque d'Autun</span>,</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">Administrateur du Département de Paris.</span></p>
+
+<hr class="c15" />
+<p class="p4"></p>
+<p><span class="smcap">Les</span> pouvoirs publics sont organisés: la liberté, l'égalité existent
+sous la garde toute-puissante des Lois; la propriété a retrouvé ses
+véritables bases; et pourtant la Constitution pourroit sembler
+incomplette, si l'on n'y attachoit enfin, comme partie conservatrice
+et vivifiante, <span class="smcap">l'Instruction publique</span>, que sans doute on auroit le
+droit d'appeller un pouvoir, puisqu'elle embrasse un ordre de
+fonctions distinctes qui doivent agir sans relâche sur le
+perfectionnement du Corps Politique et sur la prospérité générale.</p>
+
+<p>Nous ne chercherons pas ici à faire ressortir la nullité ou les vices
+innombrables de ce qu'on a nommé jusqu'à ce jour <span class="italic">Instruction</span>. Même
+sous l'ancien ordre de choses, on ne pouvoit arrêter sa pensée sur la
+barbarie de nos institutions, sans être effrayé de cette privation
+totale de lumières, qui s'étendoit sur la grande majorité des hommes;
+sans être révolté ensuite et des opinions déplorables que l'on jettoit
+dans l'esprit de ceux qui n'étoient pas tout-à-fait dévoués à
+l'ignorance, et des préjugés de tous les genres dont on les
+nourrissoit, et de la discordance, ou plutôt de l'opposition absolue
+qui existoit entre ce qu'un enfant étoit contraint d'apprendre, et ce
+qu'un homme étoit tenu de faire; enfin, de cette déférence <span class="pagenum"><a id="page005" name="page005"></a>(p.005)</span>
+aveugle et persévérance pour des usages dès long-temps surannés, qui,
+nous replaçant sans cesse à l'époque où tout le savoir étoit concentré
+dans les Cloîtres, sembloit encore, après plus de dix siècles,
+destiner l'universalité des Citoyens à habiter des Monastères.</p>
+
+<p>Toutefois ces choquantes contradictions, et de plus grandes encore,
+n'auroient pas dû surprendre: elles devoient naturellement exister là
+où constitutionnellement tout étoit hors de sa place: où tant
+d'intérêts se réunissoient pour tromper, pour dégrader l'espèce
+humaine; où la nature du Gouvernement repoussoit les principes dans
+tout ce qui n'étoit pas destiné à flatter ses erreurs; où tout
+sembloit faire une nécessité d'apprendre aux hommes, dès l'enfance, à
+composer avec des préjugés, au milieu desquels ils étoient appellés à
+vivre et à mourir; où il falloit les accoutumer à contraindre leur
+pensée, puisque la Loi elle-même leur disoit avec menace qu'ils n'en
+étoient pas les maîtres; et où, enfin, une prudence pusillanime, qui
+osoit se nommer vertu, s'étoit fait un devoir de distraire leur esprit
+de ce qui pouvoit un jour leur rappeller des droits qu'il ne leur
+étoit pas permis d'invoquer: et telle avoit été, sous ces rapports,
+l'influence de l'opinion publique elle-même, qu'on étoit parvenu à
+pouvoir présenter à la jeunesse l'histoire des anciens Peuples libres,
+à échauffer son imagination par le récit de leurs héroïques vertus, à
+la faire vivre, en un mot, au milieu de Sparte et de Rome, sans que le
+pouvoir le plus absolu eut rien à redouter de l'impression que
+devoient produire ces grands et mémorables exemples. Aimons pourtant à
+rappeller que, même alors, il s'est trouvé des hommes dont les
+courageuses leçons sembloient appartenir aux plus beaux jours de la
+liberté: et, sans insulter à de trop excusables erreurs, jouissons
+avec reconnoissance des bienfaits de l'esprit humain, qui, dans toutes
+<span class="pagenum"><a id="page006" name="page006"></a>(p.006)</span> les époques, a su préparer, à l'insçu du despotisme, la
+révolution qui vient de s'accomplir.</p>
+
+<p>Or si, à ces diverses époques, dont chaque jour nous sépare par de si
+grands intervalles, la simple raison, la saine philosophie ont pu
+réclamer, non seulement avec justice, mais souvent avec quelque espoir
+de succès, des changemens indispensables dans l'instruction publique;
+si, dans tous les temps, il a été permis d'être choqué de ce qu'elle
+n'étoit absolument en rapport avec rien, combien plus fortement
+doit-on éprouver le besoin d'une réforme totale dans un moment où elle
+est sollicitée à la fois, et par la raison de tous les Pays, et par la
+constitution particulière du nôtre.</p>
+
+<p>Il est impossible, en effet, de s'être pénétré de l'esprit de cette
+constitution sans y reconnoître que tous les principes invoquent les
+secours d'une instruction nouvelle.</p>
+
+<p>Forts de la toute-puissance nationale, vous êtes parvenus à séparer,
+dans le Corps politique, la volonté commune ou la faculté de faire des
+Lois, de l'action publique ou des divers moyens d'en assurer
+l'exécution; et c'est là qu'existera éternellement le fondement de la
+liberté politique: mais, pour le complément d'un tel système, il faut
+sans doute que cette volonté se maintienne toujours droite, toujours
+éclairée, et que les moyens d'action soient invariablement dirigés
+vers leur but: or ce double objet est évidemment sous l'influence
+directe et immédiate de l'instruction.</p>
+
+<p>La Loi, rappellée enfin à son origine, est redevenue ce quelle n'eût
+jamais dû cesser d'être, l'expression de la volonté commune. Mais pour
+que cette volonté, qui doit se trouver toute dans les Représentans de
+la Nation, chargés par elle d'être ses organes, ne soit pas à la merci
+des volontés éparses ou tumultueuses de la multitude souvent égarée;
+pour que ceux de qui tout pouvoir dérive ne soient pas <span class="pagenum"><a id="page007" name="page007"></a>(p.007)</span>
+tentés, ni quant à l'émission de la Loi, ni quant à son exécution, de
+reprendre inconsidérément ce qu'ils ont donné, il faut que la raison
+publique, armée de toute la puissance de l'instruction et des
+lumières, prévienne ou réprime sans cesse ces usurpations
+individuelles, destructives de tout principe, afin que le parti le
+plus fort soit aussi, et pour toujours, le parti le plus juste.</p>
+
+<p>Les hommes sont déclarés libres; mais ne sait-on pas que l'instruction
+aggrandit sans cesse la sphère de la liberté civile, et, seule, peut
+maintenir la liberté politique contre toutes les espèces de
+despotisme? Ne sait-on pas que, même sous la constitution la plus
+libre, l'homme ignorant est à la merci du Charlatan, et beaucoup trop
+dépendant de l'homme instruit; et qu'une instruction générale, bien
+distribuée, peut seule empêcher, non pas la supériorité des esprits
+qui est nécessaire, et qui même concourt au bien de tous, mais le trop
+grand empire que cette supériorité donneroit, si l'on condamnoit à
+l'ignorance une classe quelconque de la société? Celui qui ne sait ni
+lire, ni compter, dépend de tout ce qui l'environne: celui qui connoît
+les premiers élémens du calcul, ne dépendroit pas du génie de Newton,
+et pourroit même profiter de ses découvertes.</p>
+
+<p>Les hommes sont reconnus égaux: et pourtant combien cette égalité de
+droits seroit peu sentie, seroit peu réelle, au milieu de tant
+d'inégalités de fait, si l'instruction ne faisoit sans cesse effort
+pour rétablir le niveau, et pour affoiblir du moins les funestes
+disparités qu'elle ne peut détruire!</p>
+
+<p>Enfin, et pour tout dire, la constitution existeroit-elle
+véritablement, si elle n'existoit que dans notre code; si de-là elle
+ne jettoit ses racines dans l'âme de tous les Citoyens; si elle n'y
+imprimoit à jamais de nouveaux sentimens, de nouvelles m&oelig;urs, de
+nouvelles habitudes? Et n'est-ce pas à l'action <span class="pagenum"><a id="page008" name="page008"></a>(p.008)</span> journalière
+et toujours croissante de l'instruction, que ces grands changemens
+sont réservés?</p>
+
+<p>Tout proclame donc l'instante nécessité d'organiser l'instruction:
+tout nous démontre que le nouvel état des choses, élevé sur les ruines
+de tant d'abus, nécessite une création en ce genre; et la décadence
+rapide et presque spontanée des établissemens actuels qui, dans toutes
+les parties du Royaume, dépérissent comme des plantes sur un terrein
+nouveau qui les rejette, annonce clairement que le moment est venu
+d'entreprendre ce grand ouvrage.</p>
+
+<p>En nous livrant au travail qu'il demande, nous n'avons pu nous
+dissimuler un instant les difficultés dont il est entouré. Il en est
+de réelles, et qui tiennent à la nature d'un tel sujet. L'instruction
+est en effet un pouvoir d'une nature particulière. Il n'est donné à
+aucun homme d'en mesurer l'étendue; et la puissance nationale ne peut
+elle-même lui tracer des limites. Son objet est immense, indéfini: que
+n'embrasse-t-il pas? Depuis les élémens les plus simples des Arts,
+jusqu'aux principes les plus élevés du droit public et de la morale;
+depuis les jeux de l'enfance jusqu'aux représentations théâtrales et
+aux fêtes les plus imposantes de la Nation, tout ce qui, agissant sur
+l'âme peut y faire naître et y graver d'utiles ou de funestes
+impressions, est essentiellement de son ressort. Ses moyens, qui vont
+toujours en se perfectionnant, doivent être diversement appliqués
+suivant les lieux, le temps, les hommes, les besoins. Plusieurs
+sciences sont encore à naître; d'autres n'existent déjà plus; les
+méthodes ne sont point fixées; les principes des sciences ne peuvent
+l'être, les opinions moins encore; et, sous aucun de ces rapports, il
+ne nous appartient d'imposer des lois à la postérité. Tel est
+néanmoins le pouvoir qu'il faut organiser.</p>
+
+<p>A côté de ces difficultés réelles, il en est d'autres plus
+embarrassantes <span class="pagenum"><a id="page009" name="page009"></a>(p.009)</span> peut-être, par la raison que ce n'est pas
+avec des principes qu'on parvient à les vaincre, et qu'il faut en
+quelque sorte composer avec elles. Celles-ci naissent d'une sorte de
+frayeur qu'éprouvent souvent les hommes les mieux intentionnés à la
+vue d'une grande nouveauté; toute perfection leur semble idéale; ils
+la redoutent presqu'à l'égal d'un système erroné, et souvent ils
+parviennent à la rendre impraticable, à force de répéter qu'elle
+l'est.</p>
+
+<p>C'est à travers ces difficultés qu'il nous a fallu marcher; mais nous
+croyons avoir écarté les plus fortes, en réduisant extrêmement les
+principes, et en nous bornant à ouvrir toutes les routes de
+l'instruction, sans prétendre fixer aucune limite à l'esprit humain,
+aux progrès duquel on ne peut assigner aucun terme.</p>
+
+<p>Quant aux autres difficultés, ceux qu'un trop grand changement
+effraye, ne tarderont pas à voir que, si nous avons tracé un plan pour
+chaque partie de l'instruction, c'est que dans la chose la plus
+pratique il falloit se tenir en garde contre les inconvéniens des
+principes purement spéculatifs; qu'il ne suffisoit pas de marquer le
+but, qu'il falloit aussi ouvrir les routes: mais en même temps nous
+avons pensé qu'il étoit nécessaire de laisser aux divers Départemens,
+qui connoîtront et ce qu'exigent les besoins, et ce que permettent les
+moyens de chaque lieu, à déterminer le moment où tel point en
+particulier pourra être réalisé avec avantage, comme aussi à le
+modifier dans quelques détails; car nous voulons que le passage de
+l'ancienne instruction à la nouvelle se fasse sans convulsion, et
+sur-tout sans injustice individuelle.</p>
+
+<p>Pour nous tracer quelque ordre dans un sujet aussi vaste, nous avons
+considéré l'instruction sous les divers rapports qu'elle nous a paru
+présenter à l'esprit.</p>
+
+<p>L'instruction en général a pour but de perfectionner l'homme <span class="pagenum"><a id="page010" name="page010"></a>(p.010)</span>
+dans tous les âges, et de faire servir sans cesse à l'avantage de
+chacun et au profit de l'association entière les lumières,
+l'expérience, et jusqu'aux erreurs des générations précédentes.</p>
+
+<p>Un des caractères les plus frappans dans l'homme est la
+<span class="italic">perfectibilité</span>; et ce caractère, sensible dans l'individu, l'est
+bien plus encore dans l'espèce: car peut-être n'est-il pas impossible
+de dire de tel homme en particulier, qu'il est parvenu au point où il
+pouvoit atteindre, et il le sera éternellement de l'affirmer de
+l'espèce entière, dont la richesse intellectuelle et morale s'accroît
+sans interruption de tous les produits des siècles antérieurs.</p>
+
+<p>Les hommes arrivent sur la terre, avec des facultés diverses, qui sont
+à-la-fois les instrumens de leur bien-être et les moyens d'accomplir
+la destinée à laquelle la société les appelle; mais ces facultés,
+d'abord inactives, ont besoin et du temps, et des choses, et des
+hommes pour recevoir leur entier développement, pour acquérir toute
+leur énergie; mais chaque individu entre dans la vie avec une
+ignorance profonde sur ce qu'il peut et doit être un jour; c'est à
+l'instruction à le lui montrer; c'est à elle à fortifier, à accroître
+ses moyens naturels de tous ceux que l'association fait naître, et que
+le temps accumule. Elle est l'art plus ou moins perfectionné de mettre
+les hommes en toute valeur, tant pour eux que pour leurs semblables;
+de leur apprendre à jouir pleinement de leurs droits, à respecter et
+remplir facilement tous leurs devoirs; en un mot, à vivre heureux et à
+vivre utiles; et de préparer ainsi la solution du problème, le plus
+difficile peut-être des sociétés, qui consiste dans la meilleure
+distribution des hommes.</p>
+
+<p>On doit considérer en effet la Société, comme un vaste attelier. Il ne
+suffit pas que tous y travaillent; il faut que tous y soient à leur
+place, sans quoi il y a opposition de forces, au lieu du concours qui
+les multiplie. Qui ne sait qu'un petit nombre, distribué avec
+intelligence, doit faire <span class="pagenum"><a id="page011" name="page011"></a>(p.011)</span> plus et mieux qu'un plus grand,
+doué des mêmes moyens, mais différemment placé? La plus grande de
+toutes les économies, puisque c'est l'économie des hommes, consiste
+donc à les mettre dans leur véritable position: or il est
+incontestable qu'un bon système d'instruction est le premier des
+moyens pour y parvenir.</p>
+
+<p>Comment le former ce système? Il sera sans doute, sous beaucoup de
+rapports, l'ouvrage du temps épuré par l'expérience; mais il est
+essentiel d'en accélérer l'époque. Il faut donc en indiquer les bases,
+et reconnoître les principes dont il doit être le développement
+progressif.</p>
+
+<p>L'instruction peut être considérée comme un produit de là Société,
+comme une source de biens pour la Société; comme une source également
+féconde de biens pour les individus.</p>
+
+<p>Et d'abord, il est impossible de concevoir une réunion d'hommes, un
+assemblage d'êtres intelligens, sans y appercevoir aussitôt des moyens
+d'instruction. Ces moyens naissent de la libre communication des
+idées, comme aussi de l'action réciproque des intérêts. C'est alors
+sur-tout qu'il est vrai, de dire que les hommes sont disciples de tout
+ce qui les entoure: mais ces élémens d'instruction, ainsi
+universellement répandus, ont besoin d'être réunis, combinés, et
+dirigés, pour qu'il en résulte un art, c'est-à-dire, un moyen prompt
+et facile de faire arriver à chacun, par des routes sûres, la part
+d'instruction qui lui est nécessaire. Dans une heureuse combinaison de
+ces moyens réside le vrai système d'instruction.</p>
+
+<p>Sous ce premier point de vue, l'instruction réclame les principes
+suivans.</p>
+
+<p>1º. Elle doit exister pour tous: car puisqu'elle est un des
+résultats, aussi bien qu'un des avantage de l'association, on doit
+conclure qu'elle est un bien commun des associés: nul ne peut donc en
+être légitimement exclus; et celui-là, qui <span class="pagenum"><a id="page012" name="page012"></a>p.012)</span> a le moins de
+propriétés privées, semble même avoir un droit de plus pour participer
+à cette propriété commune.</p>
+
+<p>2º. Ce principe se lie à un autre. Si chacun a le droit de recevoir
+les bienfaits de l'instruction, chacun a réciproquement le droit de
+concourir à les répandre: car c'est du concours et de la rivalité des
+efforts individuels que naîtra toujours le plus grand bien. La
+confiance doit seule déterminer les choix pour les fonctions
+instructives; mais tous les talens sont appellés de droit à disputer
+ce prix de l'estime publique. Tout privilège est, par sa nature,
+odieux: un privilège, en matière d'instruction, seroit plus odieux et
+plus absurde encore.</p>
+
+<p>3º. L'instruction, quant à son objet, doit être universelle: car
+c'est alors qu'elle est véritablement un bien commun, dans lequel
+chacun peut s'approprier la part qui lui convient. Les diverses
+connoissances qu'elle embrasse, peuvent ne pas paroître également
+utiles; mais il n'en est aucune qui ne le soit véritablement, qui ne
+puisse le devenir davantage, et qui par conséquent doive être rejettée
+ou négligée. Il existe d'ailleurs entr'elles une éternelle alliance,
+une dépendance réciproque; car elles ont toutes, dans la raison de
+l'homme, un point commun de réunion, de telle sorte que nécessairement
+l'une s'enrichit et se fortifie par l'autre: de là il résulte que,
+dans une société bien organisée, quoique personne ne puisse parvenir à
+tout savoir, il faut néanmoins qu'il soit possible de tout apprendre.</p>
+
+<p>4º. L'Instruction doit exister pour l'un et l'autre sexe; cela est
+trop évident: car, puisqu'elle est un bien commun, sur quel principe
+l'un des deux pourroit-il en être déshérité par la Société protectrice
+des droits de tous?</p>
+
+<p>5º. Enfin elle doit exister pour tous les âges. C'est un préjugé de
+l'habitude de ne voir toujours en elle que l'institution de la
+jeunesse. L'instruction doit conserver et perfectionner <span class="pagenum"><a id="page013" name="page013"></a>(p.013)</span> ceux
+qu'elle a déjà formés: elle est d'ailleurs un bienfait social et
+universel; elle doit donc naturellement s'appliquer à tous les âges,
+si tous les âges en sont susceptibles: or qui ne voit qu'il n'en est
+aucun où les facultés humaines ne puissent être utilement exercées, où
+l'homme ne puisse être affermi dans d'heureuses habitudes, encouragé à
+faire le bien, éclairé sur les moyens de l'opérer: et qu'est-ce que
+tous ces secours, si ce n'est des émanations du Pouvoir instructif?</p>
+
+<p>De ces principes qui ne sont, à proprement parler, que des
+conséquences du premier, naissent des conséquences ultérieures et déjà
+clairement indiquées.</p>
+
+<p>Puisque l'Instruction doit exister pour tous, il faut donc qu'il
+existe des établissemens qui la propagent dans chaque partie de
+l'Empire, en raison de ses besoins, du nombre de ses habitans, et de
+ses rapports dans l'association politique.</p>
+
+<p>Puisque chacun a le droit de concourir à la répandre, il faut donc que
+tout privilège exclusif sur l'Instruction soit aboli sans retour.</p>
+
+<p>Puisqu'elle doit être universelle, il faut donc que la Société
+encourage, facilite tous les genres d'enseignement, et en même-temps
+qu'elle protège spécialement ceux dont l'utilité actuelle et immédiate
+sera le plus généralement reconnue et le plus appropriée à la
+constitution et aux m&oelig;urs nationales.</p>
+
+<p>Puisque l'instruction doit exister pour chaque sexe, il faut donc
+créer promptement des écoles, et pour l'un, et pour l'autre; mais il
+faut aussi créer pour elles des principes d'instruction: car ce ne
+sont pas les écoles, mais les principes qui les dirigent, qu'il faut
+regarder comme les véritables propagateurs de l'instruction.</p>
+
+<p>Enfin, puisqu'elle doit exister pour tous les âges, il <span class="pagenum"><a id="page014" name="page014"></a>(p.014)</span> faut
+ne pas s'occuper exclusivement, comme on l'a fait jusqu'à ce jour
+parmi nous, d'établissemens pour la jeunesse; il faut aussi créer,
+organiser des institutions d'un autre ordre qui soient pour les hommes
+de tout âge, de tout état, et dans les diverses positions de la vie,
+des sources fécondes d'instruction et de bonheur.</p>
+
+<p>L'Instruction, considérée dans ses rapports avec l'avantage de la
+Société, exige, comme principe fondamental, qu'il soit enseigné à tous
+les hommes:</p>
+
+<p>1º. A connoître la Constitution de cette Société;&mdash;2º. A la
+défendre;&mdash;3º. A la perfectionner;&mdash;4º. Et, avant tout, à se
+pénétrer des principes de la morale qui est antérieure à toute
+Constitution, et qui, plus qu'elle encore, est la sauve-garde et la
+caution du bonheur public.</p>
+
+<p>De-là diverses conséquences relatives à la constitution Françoise.</p>
+
+<p>Il faut apprendre à connoître la Constitution. Il faut donc que la
+Déclaration des droits et les principes constitutionnels composent à
+l'avenir un nouveau catéchisme pour l'enfance, qui sera enseigné
+jusques dans les plus petites écoles du Royaume. Vainement on a voulu
+calomnier cette Déclaration: c'est dans les droits de tous que se
+trouveront éternellement les devoirs de chacun.</p>
+
+<p>Il faut apprendre à défendre la Constitution. Il faut donc que
+par-tout la jeunesse se forme, dans cet esprit, aux exercices
+militaires, et que par conséquent il existe un grand nombre d'écoles
+générales, où toutes les parties de cette science soient complettement
+enseignées: car le moyen de faire rarement usage de la force est de
+bien connoître l'art de l'employer.</p>
+
+<p>Il faut apprendre à perfectionner la Constitution. En faisant serment
+de la défendre, nous n'avons pu renoncer, ni pour nos descendans, ni
+pour nous-mêmes, au droit et <span class="pagenum"><a id="page015" name="page015"></a>(p.015)</span> à l'espoir de l'améliorer. Il
+importeroit donc que toutes les branches de l'art social pussent être
+cultivées dans la nouvelle instruction; mais cette idée, dans toute
+l'étendue qu'elle présente à l'esprit, seroit d'une exécution
+difficile au moment où la Science commence à peine à naître. Toutefois
+il n'est pas permis de l'abandonner, et il faut du moins encourager
+tous les essais, tous les établissement partiels en ce genre, afin que
+le plus noble, le plus utile des arts ne soit pas privé de tout
+enseignement.</p>
+
+<p>Il faut apprendre à se pénétrer de la morale, qui est le premier
+besoin de toutes les Constitutions. Il faut donc, non-seulement qu'on
+la grave dans tous les c&oelig;urs par la voie du sentiment et de la
+conscience, mais aussi qu'on l'enseigne comme une science véritable,
+dont les principes seront démontrés à la raison de tous les hommes, à
+celle de tous les âges. C'est par là seulement qu'elle résistera à
+toutes les épreuves. On a gémi long-temps de voir les hommes de toutes
+les nations, de toutes les religions, la faire dépendre exclusivement
+de cette multitude d'opinions qui les divisent. Il en est résulté de
+grands maux: car en la livrant à l'incertitude, souvent à l'absurdité,
+on l'a nécessairement compromise, on l'a rendue versatile et
+chancelante. Il est temps de l'asseoir sur ses propres bases; il est
+temps de montrer aux hommes que, si de funestes divisions les
+séparent, il est du moins dans la morale un rendez-vous commun où ils
+doivent tous se réfugier et se réunir. Il faut donc en quelque sorte
+la détacher de tout ce qui n'est pas elle, pour la rattacher ensuite à
+ce qui mérite notre assentiment et notre hommage, à ce qui doit lui
+prêter son appui. Ce changement est simple; il ne blesse rien; sur-tout
+il est possible. Comment ne pas voir en effet qu'abstraction
+faite de tout système, de toute opinion, et en ne considérant dans les
+hommes que leurs rapports avec les autres hommes, on peut leur
+enseigner ce qui est bon, ce qui est juste, le <span class="pagenum"><a id="page016" name="page016"></a>(p.016)</span> leur faire
+aimer, leur faire trouver du bonheur dans les actions honnêtes, du
+tourment dans celles qui ne le sont pas, former enfin de bonne heure
+leur esprit et leur conscience, et les rendre l'un et l'autre
+sensibles à la moindre impression de tout ce qui est mal. La nature a
+pour cela fait de grandes avances; elle a doué l'homme de la raison et
+de la compassion: par la première, il est éclairé sur ce qui est
+juste; par la seconde, il est attiré vers ce qui est bon: voilà le
+double principe de toute morale. Mais cette nouvelle partie de
+l'instruction, pour être bien enseignée, exige un ouvrage élémentaire,
+simple, à la fois clair et profond. Il est digne de l'Assemblée
+Nationale d'appeller sur un tel objet les veilles et les méditations
+de tous les vrais Philosophes.</p>
+
+<p>L'instruction, comme source d'avantages pour les individus, demande
+que toutes les facultés de l'homme soient exercées; car c'est à leur
+exercice bien réglé qu'est attaché son bonheur, et c'est en les
+avertissant toutes, qu'on est sûr de décider la faculté distinctive de
+chaque homme.</p>
+
+<p>Ainsi l'instruction doit s'étendre sur toutes les facultés,
+<span class="italic">physiques</span>, <span class="italic">intellectuelles</span>, <span class="italic">morales</span>.</p>
+
+<p><span class="italic">Physiques.</span> C'est une étrange bizarrerie de la plupart de nos
+éducations modernes de ne destiner au corps que des délassemens. Il
+faut travailler à conserver sa santé, à augmenter sa force, à lui
+donner de l'adresse, de l'agilité: car ce sont-là de véritables
+avantages pour l'individu. Ce n'est pas tout: ces qualités sont le
+principe de l'industrie, et l'industrie de chacun crée sans cesse des
+jouissances pour les autres. Enfin la raison découvre dans les
+différens exercices de la Gymnastique, si cultivée parmi les Anciens,
+si négligée parmi nous, d'autres rapports encore qui intéressent
+particulièrement la morale et la société. Il importe donc, sous tous
+les points de vue, d'en faire un objet capital de l'instruction.
+<span class="pagenum"><a id="page017" name="page017"></a>(p.017)</span></p>
+
+<p><span class="italic">Intellectuelles.</span> Elles ont été divisées en trois classes:
+<span class="italic">l'Imagination</span>, <span class="italic">la Mémoire</span><span class="italic"> et la Raison</span>. A la première ont paru
+appartenir les beaux Arts et les Belles-Lettres; à la seconde,
+l'Histoire, les Langues; à la troisième, les Sciences exactes. Mais
+cette division déjà ancienne, et les classifications qui en dépendent,
+sont loin d'être irrévocablement fixées: déjà même elles sont
+regardées comme incomplettes et absolument arbitraires par ceux qui en
+ont soumis le principe à une analyse réfléchie; toutefois il n'y a nul
+inconvénient à les employer encore comme formant la dernière carte des
+connoissances humaines. L'essentiel est que, dans tous les
+établissemens complets, l'Instruction s'étende sur les objets qu'elles
+renferment, sans exclure aucun de ceux qui pourroient n'y être pas
+indiqués. C'est au temps à faire le reste.</p>
+
+<p><span class="italic">Morales.</span> On ne les a, jusqu'à ce jour, ni classées, ni définies, ni
+analysées; et peut-être une telle entreprise seroit-elle hors des
+moyens de l'esprit humain; mais on sait qu'il est un sens interne, un
+sentiment prompt, indépendant de toute réflexion, qui appartient à
+l'homme et paroît n'appartenir qu'à l'homme seul. Sans lui, ainsi
+qu'il a été déjà dit, on peut connoître le bien; par lui seul on
+l'affectionne, et l'on contracte l'habitude de le pratiquer sans
+efforts. Il est donc essentiel d'avertir, de cultiver, et sur-tout de
+diriger de bonne heure une telle faculté, puisqu'elle est en quelque
+sorte le complément des moyens de vertu et de bonheur.</p>
+
+<p>En rapprochant les divers points de vue sous lesquels nous avons
+considéré l'instruction, nous en avons déduit les règles suivantes sur
+la répartition de l'enseignement.</p>
+
+<p>Il doit exister pour tous les hommes une première instruction commune
+à tous. Il doit exister pour un grand nombre une instruction qui tende
+à donner un plus grand développement aux facultés, et éclairer chaque
+élève sur sa destination <span class="pagenum"><a id="page018" name="page018"></a>(p.018)</span> particulière. Il doit exister pour
+un certain nombre une instruction spéciale et approfondie, nécessaire
+à divers états dont la Société doit retirer de grands avantages.</p>
+
+<p>La première instruction seroit placée dans chaque canton, ou plus
+exactement, dans chaque division qui renferme une assemblée primaire;
+la seconde, dans chaque District; la troisième, répondroit à chaque
+Département; afin que par-là chacun put trouver, ou chez soi, ou
+autour de soi, tout ce qu'il lui importe de connoître.</p>
+
+<p>De-là une distribution graduelle, une hiérarchie instructive
+correspondante à la hiérarchie de l'administration.</p>
+
+<p>Cette distribution ne doit pas au reste être purement topographique.
+Il faut que l'instruction s'allie le plus possible au nouvel état des
+choses, et qu'elle présente, dans ces diverses gradations, des
+rapports avec la nouvelle constitution. Voici l'idée que nous nous en
+sommes faite.</p>
+
+<p>Près des Assemblées primaires qui sont les <span class="italic">unités</span> du Corps
+politique, les premiers élémens nationaux, se place naturellement la
+première école, l'école élémentaire. Cette école est pour l'enfance,
+et ne doit comprendre que des documens généraux, applicables à toutes
+les conditions. C'est au moment où les facultés intellectuelles
+annoncent l'être qui sera doué de la raison, que la Société doit en
+quelque sorte introduire un enfant dans la vie sociale, et lui
+apprendre à la fois ce qu'il faut pour être un jour un bon citoyen et
+pour vivre heureux. On ne sait encore quelle place il occupera dans
+cette société; mais on sait qu'il a le droit d'y être bien et
+d'aspirer à en être un jour un membre utile; il faut donc lui faire
+connoître ce qui est nécessaire et pour l'un et pour l'autre.</p>
+
+<p>Au-dessus des Assemblées primaires s'élèvent, dans la hiérarchie
+administrative, celles de District, dont les fonctions <span class="pagenum"><a id="page019" name="page019"></a>(p.019)</span> sont
+presque toutes préparatoires, et dont les membres se composent d'un
+petit nombre pris dans ces Assemblées primaires: de même aussi au-delà
+des premières écoles seront établies dans chaque District, des écoles
+moyennes ouvertes à tout le monde, mais destinées néanmoins, par la
+nature des choses, à un petit nombre seulement d'entre les élèves des
+écoles primaires. On sent en effet qu'au sortir de la première
+instruction, qui est la portion commune du patrimoine que la Société
+répartit à tous, le grand nombre, entraîné par la loi du besoin, doit
+prendre sa direction vers un état promptement productif; que ceux qui
+sont appellés par la nature à des professions mécaniques,
+s'empresseront, (sauf quelques exceptions) à retourner dans la maison
+paternelle, ou à se former dans des atteliers; et que ce seroit une
+véritable folie, une sorte de bienfaisance cruelle, de vouloir faire
+parcourir à tous, les divers dégrés d'une instruction inutile et par
+conséquent nuisible au plus grand nombre. Cette seconde instruction
+sera donc pour ceux qui, n'étant appellés, ni par goût, ni par besoin,
+à des occupations mécaniques, ou aux fonctions de l'agriculture,
+aspirent à d'autres professions, ou cherchent uniquement à cultiver, à
+orner leur raison et à donner à leurs facultés un plus grand
+développement. Là, n'est donc pas encore la dernière instruction: car
+le choix d'un état n'est point fait. Il s'agit seulement de s'y
+disposer; il s'agit de reconnoître, dans le développement prompt de
+celle des facultés qui semble distinguer chaque individu, l'indication
+du v&oelig;u de la nature pour le choix d'un état préférablement à tout
+autre. D'où il suit que cette instruction doit présenter un grand
+nombre d'objets, et néanmoins qu'aucun de ces objets ne doit être trop
+approfondi, puisque ce n'est encore là qu'un enseignement
+préparatoire. <span class="pagenum"><a id="page020" name="page020"></a>(p.020)</span></p>
+
+<p>Enfin, dans l'échelle administrative se trouve placée au sommet
+l'administration de Département, et à ce degré d'administration doit
+correspondre le dernier degré de l'Instruction, qui est l'Instruction
+nécessaire aux divers états de la Société. Ces états sont en grand
+nombre; mais on doit ici les réduire beaucoup: car il ne faut un
+établissement national que pour ceux dont la pratique exige une longue
+théorie, et dans l'exercice desquels les erreurs seroient funestes à
+la Société. L'état de Ministre de la religion, celui d'Homme de loi,
+celui de Médecin, qui comprend l'état de Chirurgien, enfin, celui de
+Militaire: voilà les états qui présentent ce caractère. Ce dernier
+même semblerait d'abord pouvoir ne pas y être compris, par la raison
+que, dans plusieurs de ses parties, il peut être utilement exercé dès
+le jour même qu'on s'y destine, mais comme il y en a de
+très-multipliées qui demandent une instruction profonde; comme il
+importe au salut de tous que, dans l'art difficile d'employer et de
+diriger la force publique, nous ne soyons inférieurs à aucune autre
+Puissance; comme enfin, d'après nos principes constitutionnels chacun
+est appellé, à remplir des fonctions militaires, il nous a semblé
+qu'il étoit nécessaire de le comprendre aussi dans la classe des états
+auxquels la Société destinera des établissemens particuliers.</p>
+
+<p>Par là répondront aux divers degrés de la hiérarchie administrative
+les différentes gradations de l'Instruction publique; et de même
+qu'au-delà de toutes les administrations, se trouve placé le premier
+organe de la Nation, le Corps législatif, investi de toute la force de
+la volonté publique; ainsi, tant pour le complément de l'Instruction,
+que pour le rapide avancement de la science, il existera dans le
+chef-lieu de l'Empire, et comme au faîte de toutes les Instructions,
+une École plus particulièrement nationale, <span class="pagenum"><a id="page021" name="page021"></a>(p.021)</span> un <span class="italic">Institut</span>
+universel qui, s'enrichissant des lumières de toutes les parties de la
+France, présentera sans cesse la réunion des moyens les plus
+heureusement combinés pour l'enseignement des connoissances humaines
+et leur accroissement indéfini. Cet institut, placé dans la Capitale,
+cette patrie naturelle des arts, au milieu des grands modèles de tous
+les genres qui honorent la Nation, nous a paru correspondre, sous plus
+d'un rapport dans la hiérarchie instructive, au Corps législateur
+lui-même, non qu'il puisse jamais s'arroger le droit d'imposer des
+lois ou d'en surveiller l'exécution, mais parce que, se trouvant
+naturellement le centre d'une correspondance toujours renouvellée avec
+tous les Départemens, il est destiné, par la force des choses, à
+exercer une sorte d'empire, celui que donne une confiance toujours
+libre et toujours méritée; que, réunissant des moyens dont l'ensemble
+ne peut se trouver que là, il deviendra, par le privilège légitime de
+la supériorité, le propagateur des principes et le véritable
+législateur des méthodes; qu'à l'instar du Corps législatif, ses
+membres seront aussi l'élite des hommes instruits de toutes les
+parties de la France, et que les élèves eux-mêmes, dont la première
+éducation distinguée par des succès méritera d'être perfectionnée pour
+le plus grand bien de la Nation, étant choisis dans chaque Département
+pour être envoyés à cette École, ainsi qu'il sera expliqué ci-après,
+seront, en vertu d'un tel choix, comme les jeunes Députés, si non
+encore de la confiance, au moins de l'espérance nationale.</p>
+
+<p>Cette hiérarchie ainsi exposée, il paroîtroit naturel de passer à
+l'indication des objets et des moyens d'instruction, pour chacun des
+degrés que nous venons de marquer; mais auparavant, il est une
+question à résoudre et sur laquelle les bons esprits eux-mêmes sont
+partagés; c'est celle qui regarde la <span class="italic">gratuité</span> de l'Instruction.
+<span class="pagenum"><a id="page022" name="page022"></a>(p.022)</span></p>
+
+<p>Il doit exister une Instruction gratuite: le principe est
+incontestable; mais jusqu'à quel point doit-elle être gratuite? sur
+quels objets seulement doit-elle l'être? quelles sont, en un mot, les
+limites de ce grand bienfait de la Société envers ses membres?</p>
+
+<p>Quelque difficulté semble d'abord obscurcir cette question. D'une
+part, lorsqu'on réfléchit sur l'organisation sociale et sur la nature
+des dépenses publiques, on ne se fait pas tout de suite à l'idée
+qu'une Nation puisse donner gratuitement à ses membres, puisque,
+n'existant que par eux, elle n'a rien qu'elle ne tienne d'eux. D'autre
+part, le Trésor national ne se composant que des contributions dont le
+prélèvement est toujours douloureux aux individus, on se sent
+naturellement porté à vouloir en restreindre l'emploi, et l'on regarde
+comme une conquête tout ce qu'on s'abstient de payer au nom de la
+Société.</p>
+
+<p>Des réflexions simples fixeront sur ce point les idées.</p>
+
+<p>Qu'on ne perde pas de vue qu'une Société quelconque, par cela même
+qu'elle existe, est soumise à des dépenses générales, ne fut-ce que
+pour les frais indispensables de toute association: de-là résulte la
+nécessité de former un fonds à l'aide des contributions particulières.</p>
+
+<p>De l'emploi de ce fonds naissent, dans une Société bien ordonnée, par
+un effet de la distribution et de la séparation des travaux publics,
+d'incalculables avantages pour chaque individu, acquis à peu de frais
+par chacun d'eux.</p>
+
+<p>Ou plutôt la contribution, qui semble d'abord être une atteinte à la
+propriété, est, sous un bon régime, un principe réel d'accroissement
+pour toutes les propriétés individuelles.</p>
+
+<p>Car chacun reçoit en retour le bienfait inestimable de la protection
+sociale qui multiplie pour lui les moyens, et par conséquent les
+propriétés: et de plus, délivré d'une foule de <span class="pagenum"><a id="page023" name="page023"></a>(p.023)</span> travaux
+auxquels il n'auroit pu se soustraire, il acquiert la faculté de se
+livrer, autant qu'il le désire, à ceux qu'il s'impose lui-même, et
+par-là de les rendre aussi productifs qu'ils peuvent l'être.</p>
+
+<p>C'est donc à juste titre que la Société est dite accorder
+<span class="italic">gratuitement</span> un bienfait, lorsque, par le secours de contributions
+justement établies et impartialement réparties, elle en fait jouir
+tous ses membres, sans qu'ils soient tenus d'aucune dépense nouvelle.</p>
+
+<p>Reste à déterminer seulement dans quel cas et sur quel principe elle
+doit appliquer ainsi une partie des contributions; car, sans
+approfondir la théorie de l'impôt, on sent qu'il doit y avoir un
+terme, passé lequel, les contributions seroient un fardeau dont aucun
+emploi ne pourroit ni justifier, ni compenser l'énormité. On sent
+aussi que la Société, considérée en corps, ne peut ni tout faire, ni
+tout ordonner, ni tout payer, puisque, s'étant formée principalement
+pour assurer et étendre la liberté individuelle, elle doit
+habituellement laisser agir plutôt que faire elle-même.</p>
+
+<p>Il est certain qu'elle doit d'abord payer ce qui est nécessaire pour
+la défendre et la gouverner, puisqu'avant tout, elle doit pourvoir à
+son existence.</p>
+
+<p>Il ne l'est pas moins qu'elle doit payer ce qu'exigent les diverses
+fins pour lesquelles elle existe, par conséquent ce qui est nécessaire
+pour assurer à chacun sa liberté et sa propriété; pour écarter des
+associés une foule de maux auxquels ils seroient sans cesse exposés
+hors de l'état de société; enfin, pour les faire jouir des biens
+publics qui doivent naître d'une bonne association: car voilà les
+trois fins pour lesquelles toute Société s'est formée; et, comme il
+est évident que l'Instruction tiendra toujours un des premiers rangs
+parmi ces biens, il faut conclure que la Société doit aussi payer tout
+ce qui <span class="pagenum"><a id="page024" name="page024"></a>(p.024)</span> est nécessaire pour que l'Instruction parvienne à
+chacun de ses membres.</p>
+
+<p>Mais s'en suit-il de-là que toute espèce d'Instruction doive être
+accordée gratuitement à chaque individu? Non.</p>
+
+<p>La seule que la Société doive avec la plus entière gratuité, est celle
+qui est essentiellement commune à tous, parce qu'elle est nécessaire à
+tous. Le simple énoncé de cette proposition en renferme la preuve: car
+il est évident que c'est dans le trésor commun que doit être prise la
+dépense nécessaire pour un bien commun; or l'Instruction primaire est
+absolument et rigoureusement commune à tous, puisqu'elle doit
+comprendre les élémens de ce qui est indispensable, quelqu'état que
+l'on embrasse. D'ailleurs, son but principal est d'apprendre aux
+enfans à devenir un jour des citoyens. Elle les initie en quelque
+sorte dans la Société, en leur montrant les principales lois qui la
+gouvernent, les premiers moyens pour y exister: or n'est-il pas juste
+qu'on fasse connoître à tous gratuitement ce que l'on doit regarder
+comme les conditions mêmes de l'association dans laquelle on les
+invite d'entrer? Cette première instruction nous a donc paru une dette
+rigoureuse de la Société envers tous. Il faut qu'elle l'acquitte sans
+aucune restriction.</p>
+
+<p>Quant aux diverses parties d'Instruction qui seront enseignées dans
+les Écoles de District et de Département, ou dans l'Institut, comme
+elles ne sont point en ce sens communes à tous, quoiqu'elles soient
+accessibles à tous, la Société n'en doit nullement l'application
+gratuite à ceux qui librement voudront les apprendre. Il est bien vrai
+que, puisqu'il doit en résulter un grand avantage pour la Société,
+elle doit pourvoir à ce qu'elles existent. Elle doit par conséquent se
+charger envers les Instituteurs de la part rigoureusement nécessaire
+de leur traitement, en sorte, que dans aucun cas, <span class="pagenum"><a id="page025" name="page025"></a>(p.025)</span> leur
+existence et le sort de l'établissement ne puissent être compromis;
+elle doit organisation, protection, même secours à ces divers
+établissemens: elle doit faire, en un mot, tout ce qui sera nécessaire
+pour que l'enseignement y soit bon, qu'il s'y perpétue et qu'il s'y
+perfectionne; mais comme ceux qui fréquenteront ces Écoles, en
+recueilleront aussi un avantage très-réel, il est parfaitement juste
+qu'ils supportent une partie des frais, et que ce soit eux qui
+ajoutent à l'existence de leurs Instituteurs les moyens d'aisance qui
+allégeront leurs travaux, et qui s'accroîtront par la confiance qu'ils
+auront inspirée. Il ne conviendroit, sous aucun rapport, que la
+Société s'imposât la loi de donner pour rien les moyens de parvenir à
+des états qui, en proportion du succès, doivent être très-productifs
+pour celui qui les embrasse.</p>
+
+<p>A ces motifs de raison et de justice s'unissent de grands motifs de
+convenance. On a pu mille fois remarquer que, parmi la foule d'Élèves
+que la vanité des parens jettoit inconsidérément dans nos anciennes
+Écoles ouvertes gratuitement à tout le monde, un grand nombre,
+parvenus à la fin des études qu'on y cultivoit, n'en étoient pas plus
+propres aux divers états dont elles étoient les préliminaires, et
+qu'ils n'y avoient gagné qu'un dégoût insurmontable pour les
+professions honorables et dédaignées auxquelles la nature les avoient
+appellés; de telle sorte qu'ils devenoient des êtres très-embarrassans
+dans la Société. Maintenant qu'il y aura une rétribution quelconque à
+donner, qui stimulera à-la-fois le Professeur et l'élève, il est clair
+que les parens ne seront plus tentés d'être les victimes d'une vanité
+mal entendue, et que par-là l'agriculture et les métiers, dont un sot
+orgueil éloignoit sans cesse, reprendront et conserveront tous ceux
+qui sont véritablement destinés à les cultiver.</p>
+
+<p>Mais si la Nation n'est point obligée, si même elle n'a pas <span class="pagenum"><a id="page026" name="page026"></a>(p.026)</span>
+le droit de s'imposer de telles avances, il est une exception
+honorable qu'elle est tenue de consacrer: c'est celle que la nature
+elle-même semble avoir faite en accordant le talent. Destiné à être un
+jour le bienfaiteur de la Société, il faut que, par une reconnoissance
+anticipée, il soit encouragé par elle; qu'elle le soigne, qu'elle
+écarte d'autour de lui tout ce qui pourroit arrêter ou retarder sa
+marche; il faut que, quelque part qu'il existe, il puisse librement
+parcourir tous les degrés de l'Instruction; que l'Élève des Écoles
+primaires qui a manifesté des dispositions précieuses qui l'appellent
+à l'École supérieure, y parvienne aux dépens de la Société, s'il est
+pauvre; que de l'École de District, lorsqu'il s'y distinguera, il
+puisse s'élever sans obstacle, et encore à titre de récompense à
+l'École plus savante du Département, et ainsi de degré en degré et par
+un choix toujours plus sévère, jusqu'à l'<span class="italic">Institut national</span>.</p>
+
+<p>Par-là aucun talent véritable ne se trouvera perdu ni négligé, et la
+Société aura entièrement acquitté sa dette. Mais on sent qu'un tel
+bienfait ne doit pas être prodigué, soit parce qu'il est pris sur la
+fortune publique dont on doit se montrer avare, soit aussi parce qu'il
+est dangereux de trop encourager les demi-talens.</p>
+
+<p>Ainsi, la gratuité de l'Instruction s'étendra jusqu'où elle doit
+s'étendre: elle aura pourtant encore des bornes; mais ces bornes sont
+indiquées par la raison: il étoit nécessaire de les poser.</p>
+
+<p>Toute la question sur l'Instruction gratuite se résume donc en fort
+peu de mots.</p>
+
+<p>Il est une Instruction absolument nécessaire à tous. La Société la
+doit à tous: non-seulement elle en doit les moyens, elle doit aussi
+l'application de ces moyens.</p>
+
+<p>Il est une instruction qui, sans être nécessaire à tous, est pourtant
+nécessaire dans la Société en même-temps qu'elle <span class="pagenum"><a id="page027" name="page027"></a>(p.027)</span> est utile à
+ceux qui la possèdent. La Société doit en assurer les moyens; mais
+c'est aussi aux individus qui en profitent, à prendre sur eux une
+partie des frais de l'application.</p>
+
+<p>Il est enfin une Instruction qui, étant nécessaire dans la Société,
+paroît lui devoir être beaucoup plus profitable, si elle parvient à
+certains individus qui annoncent des dispositions particulières. La
+Société, pour son intérêt autant que pour sa gloire, doit donc à ces
+individus, non pas seulement l'existence des moyens d'Instruction,
+mais encore tout ce qu'il faut pour qu'ils puissent en faire usage.</p>
+
+<p>Ces principes une fois posés, leur vérité sentie, leur nécessité
+reconnue, il faut passer à l'application, et organiser ces
+Institutions diverses que nous n'avons fait qu'indiquer. Cette
+organisation doit comprendre à-la-fois et les objets et les moyens
+d'Instruction pour chacune d'elles; ce qui est nécessaire pour
+qu'elles existent, pour qu'elles soient utiles, pour qu'elles se
+perpétuent, pour qu'elles s'améliorent.</p>
+
+<hr class="c15" />
+<p class="p2"></p>
+<p><span class="smcap">Avant</span> d'entrer dans l'organisation des établissemens d'instruction,
+j'observe qu'il ne sera point nécessaire, que peut-être même, à raison
+de l'insuffisance des moyens dans quelques Départemens, il seroit
+dangereux que cette organisation, prise dans son ensemble, s'établit
+tout-à-coup dans tout le Royaume; car c'est sur-tout en matière
+d'instruction qu'il faut que chaque établissement soit provoqué par le
+besoin, par l'opinion, par la confiance. Il faut que tout arrive, mais
+que tout arrive à temps.</p>
+
+<p>J'observe aussi que des inégalités inévitables entre les Départemens
+doivent rompre, dans quelques points, cette uniformité <span class="pagenum"><a id="page028" name="page028"></a>(p.028)</span> de
+plan que nous avons tracée: ainsi, lorsqu'au jugement de
+l'Administration supérieure du lieu, on ne pourra dans un Département,
+dans un District, et même dans un canton, réunir le nombre
+d'Instituteurs nécessaires, ou que d'autres localités présenteront des
+obstacles à la formation d'un établissement d'instruction, il faudra,
+pour que tout marche, pour que sur-tout il n'y ait point de lacune
+dans l'instruction publique, que chacune de ces sections puisse
+s'associer à une section correspondante pour le genre d'enseignement
+qui lui est attribué. De-là résulteront de nouveaux liens entre tous
+les Départemens du Royaume et entre toutes les subdivisions de chaque
+Département. Ce que nous présentons ici aux différens Départemens est
+donc moins ce qu'ils sont tenus de faire aujourd'hui, que ce qu'ils
+doivent préparer, que ce qu'ils doivent commencer aussitôt qu'ils en
+auront rassemblé les moyens.</p>
+
+<p>Nous nous sommes assurés que Paris étoit en état, avoit même besoin de
+recevoir toutes ces institutions nouvelles; il est instant de les y
+établir, afin que toutes les parties du Royaume voyent promptement en
+activité un modèle dont chacun, suivant sa localité, pourra se
+rapprocher. En vous présentant un plan général d'organisation, il a
+donc été naturel, presque nécessaire, que nous en fissions
+l'application directe à ce Département.</p>
+
+<p>Ces observations par lesquelles nous nous sommes interrompus, en
+quelque sorte, nous-mêmes, mais qu'il étoit peut-être indispensable de
+faire, nous ramènent avec plus de sécurité au développement de nos
+idées. <span class="pagenum"><a id="page029" name="page029"></a>(p.029)</span></p>
+
+<p class="p4"></p>
+
+<h3><span class="sper">ÉCOLES PRIMAIRES</span>.</h3>
+<p class="p4"></p>
+
+<p><span class="smcap">Jusqu'à</span> l'âge de six à sept ans, l'Instruction publique ne peut guère
+atteindre l'enfance: ses facultés sont trop foibles, trop peu
+développées: elles demandent des soins trop particuliers, trop
+exclusifs. Jusqu'alors il a fallu la nourrir, la soigner, la
+fortifier, la rendre heureuse: c'est le devoir des mères. L'Assemblée
+Nationale, loin de contrarier en cela le v&oelig;u de la nature, le
+respectera, au point de s'interdire toute Loi à cet égard: elle
+pensera qu'il suffit de les rappeller à ces fonctions touchantes par
+le sentiment même de leur bonheur, et de consacrer, par le plus
+éclatant suffrage, les immortelles leçons que leur a données l'Auteur
+d'<span class="italic">Émile</span>.</p>
+
+<p>Mais à-peu-près vers l'âge de sept ans, un enfant pourra être admis
+aux Écoles <span class="italic">primaires</span>. Nous disons <span class="italic">admis</span>, pour écarter toute idée
+de contrainte. La Nation offre à tous le grand bienfait, de
+l'Instruction; mais elle ne l'impose à personne. Elle sait que chaque
+famille est aussi une École <span class="italic">primaire</span>, dont le père est le chef; que
+ses instructions, si elles sont moins énergiques, sont aussi plus
+persuasives, plus pénétrantes; qu'une tendresse active peut souvent
+suppléer à des moyens dont l'ensemble n'existe que dans une
+instruction commune: elle pense, elle espère que les vrais principes
+pénétreront insensiblement, de ces nombreuses institutions, dans le
+sein des familles, et en banniront les préjugés de tout genre qui
+corrompent l'éducation domestique: elle respectera donc des éternelles
+convenances de la Nature qui, mettant sous la sauve-garde de la
+tendresse paternelle le bonheur des enfans, laisse au père le soin de
+prononcer sur ce qui leur importe davantage jusqu'au moment où, soumis
+à des devoirs personnels, <span class="pagenum"><a id="page030" name="page030"></a>(p.030)</span> ils ont le droit de se décider
+eux-mêmes. Elle se défendra des erreurs de cette République austère
+qui, pour établir une éducation strictement nationale, osa d'abord
+ravir le titre de Citoyen à la majorité de ses Habitans, qu'elle
+réduisit à la plus monstrueuse servitude, et se vit ensuite obligée de
+briser tous les liens des familles, tous les droits de la paternité,
+par des Lois contre lesquelles s'est soulevée dans tous les temps la
+voix de la nature; elle saura atteindre au même but, mais par des
+voies légitimes; elle apprendra, elle inculquera de bonne heure aux
+enfans qu'ils ne sont pas destinés à vivre uniquement pour eux; que
+bientôt ils vont faire partie intégrante d'un tout auquel ils doivent
+leurs sentimens et souvent leurs volontés; et qu'un intérêt qui n'est
+qu'individuel, par-là même qu'il isole l'homme, le dégrade et détruit
+pour lui tout droit aux avantages que dispense la société: enfin elle
+se contentera d'inviter les parens, au nom de l'intérêt public, à
+envoyer leurs enfans à l'instruction commune, comme à la source des
+plus pures leçons, et au véritable apprentissage de la vie sociale.</p>
+
+<p>Cette instruction première, nous l'avons dit, est la dette véritable
+de la Société envers ses Membres; elle doit donc comprendre des
+documens généraux, nécessaires à tous, et dont l'ensemble puisse être
+regardé comme l'introduction de l'enfance dans la Société. Ce
+caractère nous a paru désigner les objets suivans.</p>
+
+<p>1º. Les principes de la langue nationale, soit parlée, soit écrite:
+car le premier besoin social est la communication des idées et des
+sentimens. Les règles élémentaires du calcul seront placées presque au
+même rang, puisque le calcul est aussi une langue abrégée dont les
+rapports inévitables de la Société rendent à tous l'usage nécessaire.
+Il y faut joindre celles du toisé qui est l'application du calcul à la
+mesure des héritages et des bâtimens, objets de l'intérêt journalier
+des Citoyens, et par rapport auxquels des lumières générales peuvent
+prévenir <span class="pagenum"><a id="page031" name="page031"></a>(p.031)</span> ou terminer la plupart des contestations qui les
+divisent.</p>
+
+<p>2º. Les élémens de la Religion: car si c'est un malheur de l'ignorer,
+c'en est un plus grand peut-être de la mal connoître.</p>
+
+<p>3º. Les principes de la morale: car elle est à la fois, et pour tous,
+le bonheur de l'âme, le supplément nécessaire des Lois, et la caution
+véritable des hommes réunis par le besoin, et trop souvent divisés par
+l'intérêt.</p>
+
+<p>4º. Les principes de la Constitution: car on ne peut trop-tôt faire
+connoître et, trop-tôt faire apprécier cette Constitution sous
+laquelle on doit vivre, et que bientôt on doit jurer de défendre au
+péril de sa vie.</p>
+
+<p>5º. Ce que demandent à cet âge les facultés <span class="italic">physiques</span>,
+<span class="italic"> intellectuelles</span> et <span class="italic">morales</span>.&mdash;<span class="italic">Physiques</span>, c'est-à-dire, des leçons ou
+plutôt des exercices propres à conserver, à fortifier, à développer le
+corps, et à le disposer pour l'avenir à quelque travail mécanique. Il
+faut, de bonne heure, leur apprendre quelques principes du dessin, de
+l'arpentage; leur donner le coup-d'&oelig;il juste, la main sûre, les
+habitudes promptes: car ce sont là des élémens pour tous les métiers,
+et des moyens d'économiser le temps: tout cela est donc nécessaire,
+tout cela l'est pour tous, et l'on ne peut trop faire sentir aux
+enfans, quels qu'ils soient, que le travail est le principe de toute
+chose; que nul n'est tenu de travailler pour un autre, et qu'on n'est
+complettement libre qu'autant qu'on ne dépend pas d'autrui pour
+subsister.&mdash;<span class="italic">Intellectuelles.</span> Nous avons vu plus haut qu'on les avoit
+divisées en trois; la <span class="italic">raison</span>, la <span class="italic">mémoire</span>, l' <span class="italic">imagination</span>. Ce
+n'est pas encore le moment d'exercer cette dernière faculté: car elle
+est presque nulle dans l'enfance; elle tient à une sensibilité qui
+n'est pas de cet âge, et elle a besoin, pour exister, d'une réunion
+d'idées, de sensations, de souvenirs qui supposent quelque expérience
+dans la vie; mais il est nécessaire d'offrir à leur <span class="italic">raison</span>, non les
+hautes sciences qui la fatigueroient sans l'éclairer, mais la clef de
+<span class="pagenum"><a id="page032" name="page032"></a>(p.032)</span> toutes les sciences, c'est-à-dire, une logique pour leur
+âge; car il en est une. Leur raison n'est pas forte; mais elle est
+pure; mais elle est libre; ils ne voyent pas loin; mais ils voyent
+communément juste; ils voyent du moins ce qui est, en attendant qu'on
+leur montre ce qui doit être, et l'on est souvent étonné de tout le
+raisonnement qu'ils mettent dans ce qui les intéresse. La logique est
+bien plus à leur portée que la métaphysique des langues que néanmoins
+on se tourmente à leur faire entendre: et enfin il est parfaitement
+constitutionnel de leur apprendre de bonne heure qu'ils sont destinés
+à obéir à la raison, à la Loi, mais à n'obéir qu'à elles.&mdash;Il faut
+offrir à leur <span class="italic">mémoire</span> la partie des connoissances élémentaires, soit
+géographiques, soit historiques, soit botaniques, qui leur feront
+aimer davantage la patrie et chérir le lieu qui les a vu naître. Il en
+est d'autres qui, sans doute, orneroient leur mémoire, mais qu'on doit
+regarder comme une sorte de luxe pour le grand nombre; et il faut ici
+se renfermer dans le strict nécessaire: or quoi de plus nécessaire aux
+yeux de la Société que les connoissances qui attachent de plus en plus
+à cette Société? Il est d'ailleurs indispensable de cultiver cette
+faculté des enfans, et parce que c'est celle qui amasse des matériaux
+pour la raison, et parce qu'elle ne peut être exercée avec succès que
+dans cet âge.&mdash;Enfin, les <span class="italic">facultés morales</span>. On ne peut ici rien
+déterminer; mais on sent que c'est avec un soin particulier, avec une
+attention délicate et continue, qu'on doit éveiller et entretenir,
+particulièrement dans l'enfance et dans tous les instans, ce sens
+précieux qui fait trouver un charme au bien que l'on fait, à celui que
+l'on voit faire, et qui imprime l'honnêteté dans l'âme par l'attrait
+même du plaisir.</p>
+
+<p>Tels sont les divers points d'instruction qui seront enseignés dans
+les Écoles primaires. Que si le grand nombre des Élèves est tenu de
+s'arrêter à cette première instruction; si les travaux <span class="pagenum"><a id="page033" name="page033"></a>(p.033)</span> de
+l'agriculture et des arts appellent tel individu à d'autres leçons, du
+moins il aura appris ce qu'il lui sera éternellement nécessaire de
+savoir; son corps se sera utilement préparé au travail; son esprit
+aura acquis des idées saines, des connoissances premières, dont la
+trace ne s'effacera pas; son âme aura reçu, avec le germe des
+sentimens honnêtes, des actions vertueuses, ce qui doit servir à le
+développer; enfin, il sera désormais en état de s'approprier, par la
+réflexion, les inépuisables leçons qui vont découler de la seule
+existence du nouvel ordre des choses, comme aussi de tourner à son
+profit les institutions publiques dont il sera parlé bientôt, et qui
+seront le grand complément de l'instruction nationale.</p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">ÉCOLES DE DISTRICT</span>.</h3>
+<p class="p4"></p>
+
+<p><span class="smcap">Les</span> Écoles de District sont placées comme intermédiaires entre celles
+dont l'objet est nécessaire à tous, et les Écoles dont l'enseignement
+complet regarde uniquement ceux qui sont destinés à un des quatre
+états auxquels la Société consacre des établissemens particuliers.</p>
+
+<p>Le but de ces Écoles est de donner aux facultés individuelles un plus
+grand développement, et de disposer de loin à toutes les fonctions
+utiles de la Société. Or ce double objet, qui intéresse si directement
+le bien particulier et l'avantage commun, se trouvera rempli par une
+instruction ordonnée de telle sorte, qu'elle ne sera que la suite et
+comme la progression naturelle de l'Instruction des Écoles primaires.</p>
+
+<p>Ainsi, aux principes de la langue nationale succéderont, dans les
+Écoles de District, une théorie plus approfondie de l'art d'écrire et
+la connoissance de celles des langues anciennes <span class="pagenum"><a id="page034" name="page034"></a>(p.034)</span> qui
+conservent le plus de richesses pour l'esprit humain. On ajoutera,
+dans plusieurs de ces Écoles, l'enseignement d'une des langues
+vivantes que les relations locales ou nationales sembleront
+recommander davantage.</p>
+
+<p>Aux simples élémens de la Religion, on joindra l'histoire de cette
+Religion et l'exposé des titres d'après lesquels elle commande la
+croyance.</p>
+
+<p>Aux principes de la morale, dont l'application est si bonne dans le
+premier âge de la vie, le développement de la morale dans ses
+applications privées et publiques.</p>
+
+<p>Aux principes de la Constitution, qui ne peuvent être qu'indiqués à
+des enfans, une exposition développée de la déclaration des droits et
+de l'organisation des divers pouvoirs.</p>
+
+<p>Quant à ce qui concerne plus directement encore les facultés, un plus
+parfait développement leur sera donné de la manière suivante.</p>
+
+<p><span class="italic">Facultés physiques.</span> Au lieu des exercices de l'enfance, qui ne sont
+pour la plupart que des jeux, des exercices qui supposent et donnent
+à-la-fois de la force et de l'agilité, tels que la natation,
+l'escrime, l'équitation, et même la danse.</p>
+
+<p><span class="italic">Intellectuelles.</span> Au lieu d'une logique élémentaire et accommodée aux
+forces de l'esprit du premier âge, l'art du raisonnement dans toutes
+ses parties, avec l'indication des principales sources de nos erreurs.
+On offrira aussi la <span class="italic">raison</span> des Élèves les élémens des mathématiques,
+dont la méthode est le plus parfait modèle de l'art de raisonner; ceux
+de la physique qui, dans plusieurs de ses parties, est si étroitement
+liée aux mathématiques, et les premiers élémens de la chimie, qui sont
+reconnus maintenant pour être les véritables principes de la
+physique.&mdash;On offrira à leur <span class="italic">mémoire</span>, l'histoire des Peuples libres,
+l'histoire de France, ou plutôt des François, quand il en existera
+une, et des modèles de tout genre, soit parmi les anciens, soit parmi
+les modernes; mais en l'exerçant, <span class="pagenum"><a id="page035" name="page035"></a>(p.035)</span> en l'enrichissant, on se
+gardera de la fatiguer; car, à son tour, elle fatigueroit l'esprit et
+pourroit nuire au développement naturel des idées.&mdash;On offrira à leur
+<span class="italic">imagination</span> les règles et sur-tout les beautés de l'éloquence et de
+la poësie; les élémens de la musique et de la peinture; en un mot, le
+principe de ce qui l'émeut avec le plus de charme et de puissance.</p>
+
+<p><span class="italic">Morales.</span> Il est clair que ces facultés seront bien plus utilement
+exercées, bien plus facilement développées à l'âge où les sentimens
+commencent à se raisonner; car c'est à cette époque, sur-tout, que
+tous les moyens d'imprimer l'honnêteté ont une action forte sur
+l'homme. Mais il faudra que, par d'utiles institutions, cet exercice
+soit pratiqué entre les Élèves, de telle sorte que les rapports qui
+constituent la morale, deviennent des rapports réels qui s'étendent à
+leurs yeux, et s'agrandissent chaque jour davantage.</p>
+
+<p>Ces divers points d'instruction vont se réaliser par un enseignement
+dont le plan s'écartera nécessairement de l'ancien.</p>
+
+<p>Un des changemens principaux dans la distribution consistera à diviser
+en cours ce qui étoit divisé en classes; car la division par classe ne
+répond à rien, morcelle l'enseignement, asservit, tous les ans et pour
+le même objet, à des méthodes disparates, et par-là jette de la
+confusion dans la tête des jeunes gens. La division par cours est
+naturelle: elle sépare ce qui doit être séparé: elle circonscrit
+chacune des parties de l'enseignement: elle attache davantage le
+Maître à son Élève, et établit une sorte de responsabilité qui devient
+le garant du zèle des Instituteurs.</p>
+
+<p>Nous graduerons, nous ordonnerons ces cours en raison de l'âge, et
+nous nous appliquerons à suivre dans leur distribution le progrès
+naturel des idées et des sensations de l'enfance. C'est cet ordre
+nécessaire que nous avons tâché d'indiquer.</p>
+
+<p>Cette indication annonce suffisamment que l'Instruction des <span class="pagenum"><a id="page036" name="page036"></a>(p.036)</span>
+Districts, dès qu'elle sera organisée, atteindra le but auquel elle
+est destinée, celui de parler à toutes les facultés, et d'éclairer de
+bonne heure toutes les routes de la vie, de telle sorte que chaque
+Élève reconnoisse d'une manière sûre à quelle fin la nature l'appelle;
+car, s'il n'est aucun de ces documens généraux qu'on puisse dire
+étranger à un état quelconque, si même quelques-uns d'entre eux sont
+nécessaires à tous, il n'est pas moins sensible à la réflexion que
+chacun d'eux dispose plus naturellement à un état qu'à un autre, et
+qu'ensemble ils doivent être regardés comme le premier apprentissage
+de tous les divers états.</p>
+
+<p>Jusqu'à présent nous n'avons présenté qu'un simple apperçu sur les
+deux premières Écoles. L'ordre de notre travail nous amènera bientôt
+au développement pratique des moyens dont la plupart sont applicables
+à toutes. Auparavant il faut connoître la division des objets qui
+formeront l'enseignement de la troisième.</p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">ÉCOLES DE DÉPARTEMENT</span>.</h3>
+<p class="p4"></p>
+
+<p><span class="smcap">Chaque</span> chef-lieu de Département contiendra d'abord l'École de
+District, puisqu'il offrira le même enseignement; mais il comprendra
+de plus, quoiqu'avec des différences sensibles, les Écoles nommées
+<span class="italic">Écoles de Département</span>, pour les états auxquels la Société réserve
+des moyens particuliers d'instruction.</p>
+
+<p>Nous annonçons des différences, parce qu'il est impossible, comme je
+l'ai déjà observé, que par-tout, et sur-tout dans les commencemens,
+l'enseignement soit également complet, <span class="pagenum"><a id="page037" name="page037"></a>(p.037)</span> et que le bien public
+exigera qu'à l'égard de certains états, plusieurs Départemens
+s'associent pour un même enseignement; mais alors même la hiérarchie
+sera conservée, et chacun des Départemens concourra du moins à former
+des Écoles pour le dernier degré de l'instruction.</p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">ÉCOLES</span></h3>
+<h3><span class="sper">POUR LES MINISTRES DE LA RELIGION</span>.</h3>
+<p class="p4"></p>
+
+<p><span class="smcap">L'état</span> de Ministre de la Religion est un de ceux auxquels la Nation
+destine des établissemens particuliers.</p>
+
+<p>Celui où les Élèves trouveront l'instruction qui leur est nécessaire,
+sera placé, ainsi que vous l'avez ordonné, près de l'Église
+Cathédrale, et sous les yeux de l'Évêque. Nous n'en déterminons pas le
+nombre. Chaque Département aura le droit de se réunir en tout temps
+pour cette partie d'instruction à un Département voisin.</p>
+
+<p>Quant à l'enseignement, il convient qu'il soit divisé de la manière
+suivante.</p>
+
+<p>1º. Les titres fondamentaux de la Religion Catholique, qu'on sera
+tenu de puiser dans leur source.</p>
+
+<p>2º. L'exposition raisonnée des divers articles que doit comprendre
+explicitement la croyance de chaque Fidèle.</p>
+
+<p>3º. Le développement de la morale de l'Évangile.</p>
+
+<p>4º. Les lois particulières aux Ministres du Culte Catholique.</p>
+
+<p>5º. Les principes ainsi que les objets habituels de la Prédication.</p>
+
+<p>6º. Les détails qui appartiennent à un Ministère de consolation et de
+paix, soit dans l'administration des Sacremens, soit dans le
+gouvernement des Paroisses. <span class="pagenum"><a id="page038" name="page038"></a>(p.038)</span></p>
+
+<p>En circonscrivant ainsi cet enseignement, vous usez d'un droit
+incontestable, celui de renfermer tous les genres de pouvoirs dans
+leurs véritables limites.</p>
+
+<p>Je vais parcourir ces divers points d'instruction.&mdash;Qu'on ne s'étonne
+pas de trouver ici un langage qui ne peut être familier: c'est avec la
+sévérité et l'exactitude de ses propres expressions qu'un tel sujet
+doit être traité.</p>
+
+<p>1º. C'est un principe catholique que la croyance est un don de Dieu;
+mais ce seroit étrangement abuser de ce principe que d'en conclure que
+la raison doit se regarder comme étrangère à l'étude de la religion:
+car elle est aussi un présent de la Divinité et le premier guide qui
+nous a été accordé par elle pour nous conduire dans nos recherches; et
+c'est à vous, sur-tout, qu'il appartient de la rétablir dans ses
+droits: or si, suivant les principes de la Religion catholique, la
+raison individuelle n'a pas le droit de se constituer juge de chaque
+article isolé de la foi, et sur-tout de pénétrer ses incompréhensibles
+mystères, il est non moins incontestable que c'est à la raison qu'il
+appartient de reconnoître les titres primordiaux de la Religion, les
+caractères distinctifs de l'Église: mais ces titres, ces caractères
+doivent nécessairement se trouver et dans le code de la révélation, et
+dans les monumens des premiers siècles de la Religion: la raison doit
+donc les chercher là comme à leur source. Que si chaque fidèle, pour
+être en état de rendre à la Religion cet <span class="italic">hommage raisonnable</span> qui
+seul est digne d'elle, doit examiner attentivement les titres de sa
+croyance, combien plus y est obligé le Ministre de la Religion, qui
+doit toujours être prêt à les opposer au doute ou à l'erreur? Cette
+partie de la théologie, qui en est en quelque sorte la partie
+philosophique, doit donc être complettement enseignée dans les Écoles
+où se formeront les Élèves du Sacerdoce, en même temps que les bons
+esprits travailleront à la perfectionner et <span class="pagenum"><a id="page039" name="page039"></a>(p.039)</span> à l'épurer par
+une grande sévérité dans le choix des preuves car, on l'a dit souvent,
+les mauvaises preuves en faveur de la Religion ont plus nui à la
+croyance publique que les plus fortes objections par lesquelles on
+s'est efforcé de la combattre.</p>
+
+<p>2º. Dès que les titres de la Religion sont reconnus, que le fondement
+de la foi catholique repose sur une révélation divine, et qu'il est de
+principe que les points révélés nous sont transmis par une autorité
+toujours visible, il devient plus qu'inutile de se rengager dans des
+discussions interminables qui étoient l'aliment de l'ancienne
+théologie, et qui semblent remettre sans cesse en problème ce qui est
+déjà décidé. Il ne s'agit plus que de bien connoître ces objets
+révélés pour les présenter aux Peuples de la manière la plus propre à
+être saisie par leur intelligence. Une exposition raisonnée est donc
+tout ce qu'il faut pour le grand nombre des Ministres chargés de cette
+fonction. Peut-être même seroit-elle plus qu'il ne faut, si elle
+embrassoit l'universalité des points décidés; car, si l'Église
+catholique, dépositaire de la tradition, a dû s'élever, à diverses
+époques, contre toute altération du dogme ou de la morale évangélique;
+si ses décisions se sont multipliées avec les erreurs, il n'est pas
+moins vrai que le dépôt de la révélation n'a pas dû se grossir en
+traversant les siècles, et que les fidèles de nos jours ne sont pas
+tenus de croire davantage que ceux de l'Église des premiers siècles.
+L'exposition des points révélés, qui doit être enseignée à tout Élève
+du Sacerdoce, pour qu'il l'enseigne à son tour, peut donc être réduite
+à ce qu'il étoit nécessaire à tout chrétien de croire et de professer
+avant la naissance des hérésies; c'est-à-dire, à ce qui constitue la
+pratique journalière de la Religion. Chacun pourra sans doute, à son
+gré, étendre plus loin et ses recherches et ses études particulières:
+il lui sera libre de parcourir, s'il le veut, tous les canaux de la
+tradition, de <span class="pagenum"><a id="page040" name="page040"></a>(p.040)</span> charger son esprit ou sa mémoire des longs
+débats de la théologie, et de s'armer contre les plus anciennes
+erreurs de tous les argumens employés pour les combattre; mais aussi
+la Nation, qui retrouve, à chaque page de son histoire, la trace
+profonde des maux qu'ont enfantés tant de querelles religieuses, a le
+droit non moins incontestable de chercher à s'en défendre pour
+l'avenir, en écartant de l'enseignement public qu'elle protège, tout
+ce qui n'est pas indispensable à un Ministre de la Religion. La
+théologie d'ailleurs ne doit point être regardée comme une Science.
+Les Sciences sont susceptibles de progrès, d'expériences, de
+découvertes: la théologie, qui ne peut être que la connoissance de la
+Religion, est étrangère à tout cela; immuable comme elle, elle est
+comme elle ennemie de toute innovation. Il faut qu'elle soit
+aujourd'hui ce qu'elle étoit d'abord. On doit donc s'occuper, non pas
+à l'étendre, mais à la fixer, mais à la renfermer dans ses limites,
+que trop souvent d'ambitieuses subtilités s'efforcèrent de lui faire
+franchir dans des siècles d'ignorance. L'Assemblée Nationale, en
+même-temps qu'elle encourage les progrès des Sciences et les
+inventions de l'esprit humain, doit donc, par le même principe,
+s'opposer à toute extension de la théologie, à toute invasion des
+Théologiens: car, puisque la Religion commande à la pensée, c'est-à-dire, à ce qu'il y a de plus libre en nous, il est du devoir des
+fondateurs de la liberté publique de retirer de l'enseignement
+religieux, et tout ce qu'il est permis de ne pas croire, et tout ce
+qu'on a le droit d'ignorer. Concluons que l'Assemblée Nationale doit
+enjoindre à tous les Évêques, comme étant les premiers surveillans de
+la doctrine religieuse, de travailler avec leur conseil à réduire les
+objets dogmatiques, qui entreront dorénavant dans l'enseignement
+public des Ministres du culte, aux seuls points indispensables à
+l'instruction des <span class="pagenum"><a id="page041" name="page041"></a>(p.041)</span> fidèles, par conséquent à en bannir et les
+vaines opinions qui divisent les esprits, et les discussions oiseuses
+sur des articles dès long-temps décidés, et même aussi un
+développement trop étendu de ceux de ces articles qui ne font point
+partie essentielle de l'instruction des Peuples; de telle sorte que,
+du concours de ces travaux épuratoires, résulte enfin un enseignement
+complet, uniforme et réduit à ses véritables bornes.</p>
+
+<p>3º. La morale évangélique est le plus beau présent que la Divinité
+ait fait aux hommes: c'est un hommage que la Nation françoise s'honore
+de lui rendre. On ne peut donc trop pénétrer de ses bienfaisantes
+maximes les Ministres de la Religion, pour qu'ils en nourrissent les
+Peuples qui leur seront confiés. Les principes de la morale naturelle
+leur auront été développés dans les Écoles précédentes: ils en seront
+d'autant plus disposés à en goûter la perfection dans l'évangile; car
+c'est-là qu'elle existe avec toute la force d'une sanction qui lui
+donne sur les âmes une puissance surnaturelle. L'Assemblée Nationale
+ne dictera point ici les règles d'un tel enseignement, quoiqu'elle ait
+le droit de s'affliger des vices des anciennes méthodes où l'onction
+évangélique disparoissoit sous la sécheresse des discussions: elle se
+borne à recommander cette réforme au nouveau clergé qui s'élève de
+toutes parts. Cependant, comme il lui appartient de reconnoître ce qui
+importe le plus au bien général de la Nation, elle peut et sans doute
+aussi elle doit ordonner que l'on s'attache sur-tout à enseigner aux
+Élèves du Sacerdoce la partie de la morale évangélique qui consacre en
+termes si énergiques la parfaite égalité des hommes, et cette
+indulgence religieuse que les philosophes eux-mêmes n'osoient appeler
+que tolérance, mais qui doit être un sentiment bien plus pur, bien
+plus fraternel, bien plus respectueux pour le malheur. <span class="pagenum"><a id="page042" name="page042"></a>(p.042)</span></p>
+
+<p>4º. Les lois sur l'organisation du Clergé forment tout le droit
+canonique. C'est-là que tout Ministre de la Religion doit s'instruire
+de ses droits, d'une partie de ses devoirs et de ses rapports avec la
+nouvelle organisation sociale. Ces lois nouvelles doivent donc faire
+partie essentielle des études ecclésiastiques.</p>
+
+<p>5º. La prédication est une des fonctions ecclésiastiques qui appelle
+le plus l'attention des Législateurs. Il faut que, ramenée à son but,
+qui est de rendre les hommes meilleurs par les motifs que la Religion
+consacre, elle devienne ce qu'elle doit être; mais il faut aussi
+qu'elle ne puisse pas abuser de son influence, et que d'invincibles
+barrières s'opposent à ses écarts. Le premier objet sera le fruit de
+l'instruction; le second doit être l'ouvrage des lois. Jusqu'à ce jour
+les Écoles les plus célèbres n'étoient que des arènes dogmatiques: on
+y apprenoit longuement à devenir de vains et dangereux disputeurs; on
+dédaignoit d'y apprendre à être d'utiles propagateurs de la morale de
+l'évangile. Cela ne doit plus subsister. Les nouveaux Instituteurs des
+Écoles ecclésiastiques seront obligés de montrer à leurs Élèves les
+principes, les sources, les modèles, les objets, comme aussi l'extrême
+importance de la prédication; ils auront le courage d'enseigner avec
+persévérance ce qui est bon, ce qui est utile, et de n'enseigner que
+cela. Mais l'Assemblée Nationale ne peut borner là sa sollicitude:
+elle sait que la prédication est un des grands moyens que le fanatisme
+de tous les temps employa pour égarer les Peuples; elle la regarde
+comme une sorte de puissance, toujours redoutable, lorsqu'elle n'est
+pas bienfaisante; et dont par conséquent il importe de régler et de
+circonscrire l'action. Cet objet sera rempli, autant qu'il peut
+l'être, lorsque l'Assemblée Nationale aura déclaré que toute atteinte
+portée au respect dû à la loi dans l'exercice de cette fonction, sera
+mise au rang des plus graves délits. Et cela <span class="pagenum"><a id="page043" name="page043"></a>(p.043)</span> doit être; car
+quoi de plus criminel aux yeux d'une Nation, qu'un Fonctionnaire qui
+se sert de ce qu'il y a de plus saint pour exciter les Peuples à
+désobéir à ses lois.</p>
+
+<p>6º. Dans le régime journalier des paroisses, dans l'administration
+des sacremens, il est une foule de détails qui échappent à
+l'indifférence, mais qui sont précieux à la piété. C'est par eux
+sur-tout que les Pasteurs se concilient cette tendre vénération, qui
+est la plus douce récompense de leur ministère. Il faut que rien de ce
+qui est propre à adoucir les souffrances, à consoler les malheureux, à
+prévenir les dissentions, à calmer les haines, soit étranger à un
+Ministre de la Religion; car ce sont des fonctions bien dignes d'elle.
+Ainsi, les règles de l'arpentage et du toisé, plus développées que
+dans les Écoles primaires, la connoissance des simples, quelques
+principes d'hygiène et quelques-uns de droit, etc. nous paroissent
+devoir faire dorénavant partie de l'instruction ecclésiastique. Il
+faut que la Religion, que les Peuples confondent si facilement avec
+ses interprètes, se montre toujours à eux ce qu'elle est
+véritablement, l'ouvrage sublime de la bonté divine; et en la voyant
+toujours attentive à leur bonheur, toujours consolatrice dans leurs
+peines, ils aimeront à en bénir l'Auteur, et à l'honorer par l'hommage
+et la pratique de toutes les vertus.</p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">ÉCOLES DE MÉDECINE.</span></h3>
+<p class="p4"></p>
+
+<p><span class="smcap">La</span> Médecine vous demande aussi un établissement particulier.</p>
+
+<p>C'est après avoir combiné ensemble les rapports de cette belle partie
+de la Physique avec l'homme, et les vices des anciennes <span class="pagenum"><a id="page044" name="page044"></a>(p.044)</span>
+méthodes d'enseignemens, et les vues particulières qui nous ont été
+communiquées par des hommes célèbres, que nous vous proposons avec
+confiance de régler l'enseignement de cette science, d'après les
+principes suivans.</p>
+
+<p>D'abord les Écoles seront par-tout organisées de la même manière: dans
+toutes, on enseignera les mêmes objets; on communiquera les mêmes
+pouvoirs; on imposera les mêmes épreuves: car c'est manquer
+essentiellement à l'homme que de requérir plus de savoir pour un lieu
+que pour un autre, pour les cités que pour les campagnes.</p>
+
+<p>Jusqu'à ce jour, on a divisé cet art en trois: la Médecine, la
+Chirurgie, la Pharmacie; et il en est résulté un désaccord funeste et
+à l'art et aux hommes. Il est clair que ce sont les parties d'un même
+tout: elles doivent donc être réunies dans les mêmes Écoles. Cet art
+doit sa naissance aux Grecs; jamais chez eux la Pharmacie et la
+Chirurgie ne furent séparées de la Médecine.</p>
+
+<p>Tout collège de Médecine, pour être complet, comprendra désormais dans
+son renseignement, 1º. la Physique, connue sous le nom de Médicale,
+c'est-à-dire, appliquée dans toutes ses parties à l'art de guérir: car
+c'est en elle que résident tous les principes sur lesquels peut se
+fonder cet art. 2º. L'analyse ou la connoissance exacte de toutes les
+substances que les trois règnes de la nature lui fournissent. 3º.
+L'étude du corps humain dans l'état de santé. 4º. Celle des maladies,
+quant à leurs symptômes, à leur traitement, au mode de les observer et
+d'en recueillir l'histoire. 5º. Les connoissances requises pour être
+en état d'éclairer, dans des circonstances difficiles, le jugement de
+ceux qui doivent prononcer sur la vie et l'honneur des citoyens. 6º.
+Enfin; car c'est-là que tout doit aboutir, l'enseignement de la
+Médecine pratique.</p>
+
+<p>Pour faciliter toutes ces parties d'un même enseignement, <span class="pagenum"><a id="page045" name="page045"></a>(p.045)</span>
+vous jugerez que les Écoles doivent être établies dans l'enceinte même
+des Hôpitaux; car on ne peut trop rapprocher les institutions de ceux
+pour qui elles sont le plus nécessaires. C'est-là que le bien des
+malades est toujours d'accord avec les progrès de l'instruction; que
+la théorie ne marche point au hasard, et que souvent un seul jour
+rassemble tous les bienfaits de l'expérience d'un siècle: c'est-là que
+les Élèves commenceront par soigner les malades pour être mieux en
+état de les traiter un jour, qu'ils apprendront presque en même-temps
+à ordonner, à préparer, à appliquer les remèdes, et que par-là ceux
+qui se destineront particulièrement à une des branches de l'art, se
+trouveront pourtant suffisamment instruits sur toutes.</p>
+
+<p>Tel sera l'enseignement.</p>
+
+<p>Il seroit sans doute à désirer que tout Département eût son École;
+mais cette convenance doit ici fléchir devant la nécessité. Il est
+clair que des Écoles de Médecine, trop multipliées, ne pourroient se
+soutenir, soit parce qu'on manquerait de Professeurs, soit parce qu'on
+manqueroit d'Élèves. En matière d'enseignement, c'est, avant tout, la
+médiocrité qu'il faut qu'on éloigne: elle naît de plusieurs manières,
+et parce qu'elle n'apprend pas, et parce qu'elle apprend mal, et parce
+qu'elle ne communique point aux Élèves ce zèle, cet enthousiasme
+créateur que les grands talens peuvent seuls inspirer.</p>
+
+<p>Quatre Collèges complets ont paru suffire au besoin de tout le
+Royaume.</p>
+
+<p>Cependant, pour rapprocher le plus possible l'instruction de chaque
+lieu, on a pensé que tout Corps administratif pourroit utilement
+établir, dans son arrondissement, une espèce d'École secondaire qui
+seroit placée dans l'hôpital le mieux organisé du Département. Là,
+tous les jeunes gens peu favorisés de la fortune, mais annonçant des
+dispositions particulières pour <span class="pagenum"><a id="page046" name="page046"></a>(p.046)</span> l'état de Médecin, seraient
+nourris et logés à peu de frais. Ils rendroient des services à la
+maison, et ils en recevroient en retour les premiers élémens de l'art;
+et par de bons livres élémentaires, et par des leçons-pratiques de
+tous les jours. Leur éducation médicale ainsi commencée, quelquefois
+même terminée, ils n'auroient plus qu'à se transporter au Collège de
+Médecine le plus prochain pour y subir les examens requis, et y être,
+bientôt après, proclamés Médecins.</p>
+
+<p>La nécessité de ces examens doit être rigoureusement maintenue; car il
+faut ici sur-tout défendre la crédule confiance du peuple contre les
+séductions du charlatanisme. Il faut donc donner une caution publique
+à la profession de cet état; mais, en même-temps vous voudrez que les
+anciennes lois coercitives, qui fixoient l'ordre et le temps des
+études, soient abolies. Vous ne souffrirez pas qu'aucune École s'érige
+en jurande: ainsi ce ne sera plus le temps, mais le savoir qu'il
+faudra examiner; on ne demandera point de certificats; on exigera des
+preuves; on pourra n'avoir fréquenté aucune École et être reçu
+Médecin; on pourra les avoir parcouru toutes, et ne pas être admis:
+par cette double disposition, on accordera parfaitement, et dans cette
+juste mesure qui est à désirer en tout, ce qu'exige la justice, ce que
+demande la liberté, et ce que réclame la sûreté publique.</p>
+
+<p class="blockquote"><span class="italic">Nota</span>. Il reste à pourvoir aux progrès de la Science médicale, par le
+moyen des correspondances et par des travaux concertés, ainsi que font
+aujourd'hui les Sociétés savantes et les Corps académiques. Cet objet
+fera partie du grand Institut où il doit être traité dans la section
+des Sciences. <span class="pagenum"><a id="page047" name="page047"></a>(p.047)</span></p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">ÉCOLES DE DROIT.</span></h3>
+<p class="p4"></p>
+
+<p><span class="smcap">Ce</span> n'est qu'à dater de la Constitution que la Science du Droit peut
+devenir une et complette. Jusqu'à cette époque, le Droit public, qui
+en fait partie essentielle, a été nécessairement une Science occulte,
+livrée à un petit nombre d'Augures qui la travestissoient à leur gré,
+ou plutôt c'étoit une Science mensongère qu'il étoit impossible
+d'apprendre, parce qu'elle n'avoit pas de réalité.</p>
+
+<p>Le droit privé étoit plus réel, plus constaté dans son existence; mais
+son immensité, mais la multitude de ses élémens hétérogènes, accumulés
+par le temps et le hasard, devoient effrayer l'esprit le plus vaste,
+la raison la plus forte. Comment, au milieu de ce chaos retenir
+toujours le fil des principes, ou comment consentir à s'en passer? Ce
+n'étoit pas le vice de la Science, encore moins celui de
+l'enseignement; c'étoit celui de son objet.</p>
+
+<p>On a fait pourtant de justes reproches à l'enseignement, ou plutôt à
+quelques abus du Corps enseignant: c'est celui qui portoit sur la
+facilité scandaleuse des épreuves. Il seroit impossible, il seroit
+coupable de chercher ici à la justifier: car elle tendoit à avilir la
+science: mais elle tenoit à une cause qu'on ne peut imputer qu'au
+Gouvernement. Les Facultés de Droit étoient presque par-tout
+uniquement payées par les Élèves: de-là la tentation de n'en refuser
+aucun, et d'en attirer beaucoup. Encore si cet abus, pour exister,
+avoit eu besoin de l'assentiment du plus grand nombre des Facultés,
+l'amour du bien <span class="pagenum"><a id="page048" name="page048"></a>(p.048)</span> public, le respect pour la Science, et une
+sorte de décence l'auroient sans doute repoussé; mais il suffisoit
+qu'il existât une seule Faculté dans le Royaume qui eût acquis cette
+déplorable renommée; il suffisoit même de la seule existence d'une
+Faculté étrangère (celle d'Avignon) à laquelle il étoit libre de
+recourir, pour corrompre, sous ce rapport, l'enseignement général: car
+les Facultés les plus attachées à leurs devoirs, après avoir lutté
+quelque temps pour la règle, se sont vues contraintes à faire du moins
+fléchir un peu la rigueur des principes pour retenir des Élèves qui
+presque tous leur auroient inévitablement échappé.&mdash;Cet abus est
+facile à prévenir.</p>
+
+<p>Quant à l'enseignement, il présente plusieurs difficultés. Le Droit
+n'est pas une Science spéculative; c'est la science de ce qui est, non
+de ce qui doit être, et ce sera aussi quelque temps encore la science
+de ce qui ne sera plus: car malheureusement les mauvaises lois règnent
+après leur mort. Ainsi l'enseignement est condamné à se ressentir
+pendant plusieurs années des vices de nos anciennes lois qu'il faudra
+savoir, qu'il faudra accorder entre elles à l'époque où l'on se
+disposera à les détruire, ou même après qu'elles auront été détruites.
+C'est un état pénible pour la Science, mais un état inévitable, et qui
+exigera pendant quelques années des précautions dans l'enseignement.</p>
+
+<p>Un temps viendra où toutes les parties de cette Science s'éclaireront
+du jour de la raison: c'est lorsque les Législateurs auront porté ce
+même jour sur le code entier de la législation, et présenteront enfin
+un système de lois pures et concordantes, ramené à un petit nombre de
+principes. En attendant, l'enseignement doit profiter de ce qui est
+fait, en même temps qu'il souffrira de tout ce qui reste à faire.</p>
+
+<p>Le premier objet que désormais il doit offrir, est la Constitution,
+<span class="pagenum"><a id="page049" name="page049"></a>(p.049)</span> ou le Droit public national, dont il puisera les principes
+dans le texte même de l'acte constitutionnel et dans les lois qui en
+contiennent le principal développement. Les Maîtres trouveront des
+Élèves préparés à cette instruction: les enfans en auront reçu la
+première leçon de la bouche de leur père; ils auront grandi en
+répétant ces titres désormais imperdables, confiés de bonne-heure à
+leur mémoire, et dont l'amour croîtra et se développera avec eux.</p>
+
+<p>Malheur aux Maîtres qui auront à traiter de si nobles sujets, s'ils
+restoient froids au milieu de ces Élèves bouillans de jeunesse et de
+courage: c'est à ces c&oelig;urs neufs et purs qu'il est facile de
+communiquer le saint enthousiasme du patriotisme et de la liberté.
+Combien de récits touchans pourront animer ces leçons, y répandre du
+charme et de l'intérêt! Comme l'histoire de la patrie est utilement
+liée à l'enseignement de sa Constitution! Comme cette histoire parle à
+l'âme dans un pays libre! Quelles douces larmes elle fait répandre!</p>
+
+<p>Après la Constitution, sera placée la théorie des délits et des
+peines, et celle des formes employées par la Société pour
+l'application de ses lois pénales: car il est juste de faire connoître
+à ceux qui étudient le droit, aussitôt qu'ils ont appris la
+Constitution, le code pénal qui en est l'appui, tant parce qu'il
+définit d'une manière exacte en quoi un citoyen peut offenser la
+Constitution, que parce qu'il déclare la peine qui doit suivre cette
+offense. D'ailleurs, rien ne touche de plus près au pacte social que
+la connoissance des peines auxquelles est soumis un membre de la
+Société, quand il en a violé les lois.</p>
+
+<p>Il seroit utile que tous les Citoyens connussent la forme des jugemens
+en matière criminelle. C'est une épreuve que l'homme le plus vertueux
+n'est pas sûr de ne jamais subir; et il lui importe de savoir, avec
+beaucoup d'exactitude, la marche <span class="pagenum"><a id="page050" name="page050"></a>(p.050)</span> que l'on doit suivre à son
+égard, comme aussi les droits qu'il est autorisé à réclamer pour
+mettre son innocence dans tout son jour, et ne perdre aucun de ses
+avantages par ignorance ou par foiblesse.</p>
+
+<p>La connoissance des formes de la procédure criminelle ne sauroit être
+trop généralement répandue dans un pays qui a le bonheur de posséder
+l'institution du Juré. La fonction solemnelle de juger un accusé et de
+prononcer la vérité sur un fait d'où peut dépendre l'honneur ou la vie
+d'un homme, n'exige pas à la vérité des connoissances judiciaires;
+mais il est à désirer que ceux qui ont cette belle fonction à remplir,
+n'y soient pas tellement étrangers, qu'ils ignorent complettement en
+quoi elle consiste. Lorsqu'ils y seront initiés d'avance, ils s'en
+formeront une idée plus juste, et ils pourront la remplir avec une
+plus parfaite exactitude.</p>
+
+<p>La science du Droit criminel aura donc peu de chose à enseigner aux
+adeptes, qui ne soit presque également nécessaire aux citoyens de
+toutes les professions; et la perfection de cette science consistera à
+devenir assez claire pour qu'elle ne puisse jamais flatter
+l'amour-propre d'un savant, mais pour qu'elle puisse facilement
+éclairer la conscience de tous ceux qui auront besoin d'y recourir.</p>
+
+<p>Il est permis de désirer sans doute, mais il est plus difficile
+d'espérer que le Droit civil particulier puisse atteindre le même
+degré de simplicité. On se persuade aisément, quand on y a peu
+réfléchi, que cette partie du droit n'est qu'un traité de morale
+naturelle; et la morale est la science que tous les hommes croyent
+posséder, sans s'être crus obligés de l'acquérir par l'étude.
+Cependant, si l'on veut songer à l'immense variété des transactions
+qui doivent nécessairement avoir lieu dans une nombreuse société
+d'hommes entre qui les propriétés sont si inégalement réparties; à la
+quantité de <span class="pagenum"><a id="page051" name="page051"></a>(p.051)</span> piéges que la ruse tend sans cesse à la
+bonne-foi trop confiante; à la multiplicité des formes décevantes sous
+lesquelles l'astuce peut se reproduire; on s'étonnera moins qu'il ait
+fallu réduire en art la bonne-foi elle-même et fortifier par des
+règles fixes la sûreté des contrats, qui devroient n'en avoir d'autres
+que l'intérêt réciproque et la loyauté des parties contractantes.</p>
+
+<p>C'est principalement dans cette partie de leurs lois que les Romains
+avoient porté cet esprit de sagesse et de justice, et cette méthode
+pure d'analyse, qui leur a mérité la gloire de perpétuer la durée de
+leur législation bien au-delà de celle de leur Empire. Le <span class="italic">digeste</span>,
+retrouvé vers le milieu du treizième siècle, frappa les esprits de
+tous les peuples qui le connurent, par ce degré d'évidence et de
+supériorité qui n'appartient qu'à la raison universelle.</p>
+
+<p>C'étoit un juste hommage: il n'y falloit pas ajouter un culte
+superstitieux. Des parties de législation trop favorables au pouvoir
+arbitraire, d'autres ridiculement contrastantes avec le reste de nos
+institutions, ne s'établirent pas moins impérieusement que les titres
+les plus raisonnables; et la féodalité seule disputa aux lois romaines
+le sceptre de notre législation. Ainsi la France fut partagée en deux
+grandes divisions. La section la plus méridionale de l'Empire
+accueillit le droit romain comme la loi unique ou dominante du pays;
+les autres provinces, en admettant le droit romain comme raison
+écrite, continuèrent d'être régies par leurs usages qui se
+conservèrent long-temps par la tradition avant d'être fixés par
+l'écriture et réduits en corps de coutume, tels que nous les voyons
+aujourd'hui; mais dans tous les lieux on emprunta du droit romain les
+notions générales de justice et d'équité, et principalement celles qui
+concernent la théorie des contrats qui retrouve son application chez
+tous les peuples et dans tous les siècles, parce <span class="pagenum"><a id="page052" name="page052"></a>(p.052)</span> qu'elle
+tient aux premiers besoins des hommes. Cette partie du droit romain
+mérite donc d'être enseignée par-tout, comme la raison écrite et comme
+la meilleure analyse des principales transactions que produit la
+Société.</p>
+
+<p>Ce seroit un ouvrage vraiment utile et digne d'un siècle éclairé que
+d'extraire de cette vaste collection de lois et de décisions qui
+forment le corps du droit romain, les titres qui sont empreints de ce
+caractère éternel de sagesse qui convient à tous les temps. Un tel
+livre serviroit de base à la réforme des lois, et rendroit aussi
+l'enseignement plus simple, plus clair et plus complet.</p>
+
+<p>Reste le droit coutumier qui régit la moitié de l'Empire. Il faudra
+encore quelque temps enseigner par-tout et l'esprit général des
+coutumes, et dans chaque Département, la coutume du lieu.</p>
+
+<p>Ce sera aussi pour les Maîtres un devoir d'ouvrir, sous les yeux de
+leurs Élèves, nos principales et plus célèbres Ordonnances, celles de
+Moulins, d'Orléans, de Blois, etc. de leur faire remarquer par quels
+progrès ces lois s'acheminoient insensiblement vers une sagesse
+supérieure, accumulant, avec trop peu de méthode, des articles dont la
+plupart ne subsistent plus, mais dont plusieurs aussi règlent encore
+quelques-uns des objets les plus importans de l'ordre social. Les
+Ordonnances des testamens et des donations trouveroient ici leur
+place. Je suppose celle des substitutions abrogée.</p>
+
+<p>Cet enseignement devra se terminer par des leçons sur les formes de la
+procédure civile: car, c'est peu de connoître les lois, si l'on ne
+connoît aussi les moyens d'y avoir recours et d'invoquer la puissance
+de la justice, soit pour obtenir la réparation des torts que l'on a
+soufferts, soit pour défendre sa propriété contre les aggressions
+judiciaires auxquelles on est exposé.</p>
+
+<p>Je ne dirai rien du Droit canonique dont on prenoit dans <span class="pagenum"><a id="page053" name="page053"></a>(p.053)</span> nos
+anciennes Écoles quelques notions superficielles. Le petit nombre de
+vérités comprises dans cette science appartient à la Théologie, dont
+nous avons fait un chapitre séparé.</p>
+
+<p>Jusqu'à ce jour on a exigé que les Élèves parcourussent tous les
+degrés et tous les temps de l'instruction; la loi étoit inflexible à
+cet égard autant que minutieuse. Le temps des inscriptions, le passage
+d'une classe à une autre, l'époque où chaque formalité devoit
+s'accomplir, l'apparence même de l'assiduité étoient prescrites avec
+une importance qui n'admettoit pas d'exceptions. Ainsi l'on exigeoit
+tout, hors la science: car, on peut feindre l'assiduité, éluder les
+précautions, remplir extérieurement de vaines formes; mais la science
+seule ne se contrefait pas, et c'est elle seule qu'on a droit de
+demander aux Élèves.</p>
+
+<p>Une mesure uniforme de temps d'études est injuste à imposer, quand la
+nature a départi aux hommes une mesure inégale d'attention et de
+mémoire.</p>
+
+<p>Offrez les secours de la méthode et les avantages de l'assiduité aux
+esprits dont ce double bienfait rendra la marche plus directe et plus
+sûre.</p>
+
+<p>Mais ne les commandez pas aux esprits dont l'ardeur n'y verroit qu'un
+assujettissement pénible, et le souffriroit avec impatience. Craignez
+que le dégoût d'une route uniforme et lente ne produise chez eux celui
+de la science elle-même.</p>
+
+<p>Offrez à tous un fil conducteur. Ne donnez de chaînes à personne, et
+n'admettez que ceux qui parviendront au but, c'est-à-dire, qui seront
+véritablement instruits. Ne leur demandez pas quel temps ils ont mis à
+se former; mais s'ils ont acquis beaucoup de connoissances; ne les
+interrogez pas sur leur âge, mais sur leur capacité; non sur leur
+assiduité aux leçons, mais sur le fruit qu'ils en ont tiré.</p>
+
+<p>Qu'un examen long et approfondi réponde de la capacité <span class="pagenum"><a id="page054" name="page054"></a>(p.054)</span> des
+aspirans; mais que cet examen ne soit pas illusoire; que ce ne soit
+pas une vaine formalité. On a trop long-temps bercé les hommes avec
+des paroles, il est temps d'obtenir des réalités; qu'elles soient
+garanties par des moyens infaillibles. La présence du public avant
+tout; car l'&oelig;il du public écarte l'ineptie par la honte et rend
+impossibles les fraudes et les préférences.</p>
+
+<p>Il existe dans l'émulation des Élèves un ressort puissant dont la main
+du Législateur habile doit aussi s'emparer. Laissez-le; joignez-y
+celui de leur intérêt personnel, et vous aurez la meilleure garantie
+de la réalité et de l'efficacité des examens.</p>
+
+<p>Je propose donc que chaque Élève subisse un examen, dans lequel
+interrogé, pressé par ses collègues, il ait à répondre sur toutes les
+parties du Droit dont se compose un cours complet d'enseignement. Que
+cet examen dure assez long-temps pour que l'épreuve ne puisse pas être
+superficielle, et qu'il n'y ait aucun moyen d'éviter la honte
+d'ignorer à ceux qui n'auroient pas pris la peine de s'instruire.</p>
+
+<p>Qu'à la fin de chaque cours les Élèves et les Maîtres se réunissent
+pour désigner l'ordre des places, à raison du degré d'instruction dont
+chaque Élève auroit fait preuve dans son examen, et que cette liste
+soit rendue publique par l'impression.</p>
+
+<p>On sent assez quelle seroit la puissance de ce moyen sur des âmes
+toutes neuves encore pour le désir de la gloire et les faveurs de
+l'opinion publique. On sent combien un tel examen commanderoit de
+préparations au récipiendaire, et comme il ranimeroit l'ardeur de ses
+collègues, obligés d'être ses compétiteurs. Ainsi le mérite
+s'ouvriroit à lui-même les chemins de la fortune: car celui qui auroit
+été montré au public par ses propres rivaux comme le plus capable,
+jouiroit bientôt de tous les avantages de sa confiance. <span class="pagenum"><a id="page055" name="page055"></a>(p.055)</span></p>
+
+<p>Mais chaque Département aura-t-il un établissement d'instruction pour
+l'enseignement du Droit? Plusieurs motifs doivent ici se combiner:
+celui de rapprocher les sources de la science des hommes qui auront
+intérêt d'y puiser; celui d'augmenter l'émulation des Élèves, en
+appellant à un même foyer plus de concurrence, afin de créer une lutte
+plus active entre les talens rivaux; celui d'augmenter l'émulation des
+Maîtres, en leur offrant un plus grand concours de Disciples, et de
+réserver les chaires de l'enseignement à des Professeurs d'un mérite
+plus éprouvé; enfin un grand intérêt politique vous portent à réunir,
+par des Institutions communes, ces portions d'un même tout, qui ne
+doivent former de circonscriptions que sous des rapports
+administratifs, mais non toutes les fois qu'on les considère sous des
+rapports nationaux.</p>
+
+<p>La meilleure distribution des établissemens de Droit sera celle qui
+aura concilié le plus de ces avantages, et il paroît que dix
+établissemens de ce genre tiennent un juste milieu entre tous les
+partis qui ont été proposés. Alors il n'y auroit ni des Écoles
+désertes à force d'être multipliées, ni des centres d'instruction trop
+éloignés des points qui doivent y aboutir.</p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">ÉCOLES MILITAIRES</span>.</h3>
+<p class="p4"></p>
+
+<p><span class="smcap">La</span> partie de l'instruction publique relative aux élémens de l'art
+militaire et à l'éducation de ceux qui se destinent à cette utile
+profession, a des rapports nécessaires et des bases communes avec le
+système militaire de tout le Royaume. <span class="pagenum"><a id="page056" name="page056"></a>(p.056)</span></p>
+
+<p>La France est partagée en vingt-trois divisions militaires. On se
+trouve naturellement conduit à placer dans chacune de ces divisions
+une École Militaire, qui s'appellera <span class="italic">École de Division</span>, et sera
+commune à tous les Départemens dont se compose la même division.
+C'est-là que les jeunes gens destinés au métier des armes, et auxquels
+je suppose l'instruction qu'on peut acquérir dans les Écoles primaires
+et dans celles de District, trouveront les moyens d'étendre les
+connoissances que leur destination leur rend plus nécessaires.</p>
+
+<p>Ils ne seront admis dans ces Écoles de Division, ni avant l'âge de
+quatorze ans, ni après l'âge de seize. Ce qui fait une loi de cette
+double règle, c'est la nécessité de ne prendre les Élèves qu'au moment
+où ils auront pu déjà parcourir les premiers degrés de notre échelle
+d'instruction, et l'avantage incontestable de les introduire dans la
+carrière militaire, assez jeunes pour qu'ils puissent parvenir à tous
+les grades encore dans la force de l'âge, pour qu'ils ne soient pas
+atteints par la vieillesse dans ces postes où il faut une jeune
+ardeur, et où ils languiroient sans gloire pour eux, sans utilité pour
+leur pays. Il est bon d'observer que ces différences d'âge et
+d'avancement qui condamnoient les uns à une torpeur décourageante,
+tandis que les caprices de la faveur et de la naissance assuroient aux
+autres une marche rapide et privilégiée, étoient précisément un de ces
+vices invétérés de l'ancienne administration, dont vous devez le plus
+soigneusement préserver à l'avenir cette profession.</p>
+
+<p>Le cours des études et exercices militaires sera de quatre années,
+dont deux dans les Écoles de Division. On enseignera, par un mélange
+combiné de travaux sérieux et de distractions instructives, les
+premières connoissances militaires, le maniement des armes, les
+langues angloise et allemande, le dessin, les élémens de Mathématiques
+appliqués à l'art de la guerre, sur-tout la géographie et l'histoire.
+<span class="pagenum"><a id="page057" name="page057"></a>(p.057)</span></p>
+
+<p>Il est inutile de dire que ces jeunes citoyens devant diriger leur
+premier intérêt vers le pays qui les a vu naître, on leur donnera une
+idée plus ou moins développée des productions et des gouvernemens des
+différentes parties du monde, suivant la nature des relations qu'elles
+ont avec nous; que la description géographique de la France sera
+l'objet particulier de leurs études sur cette matière, comme on
+placera antérieurement à tout des notions plus approfondies de notre
+Constitution, qui confirmeront et agrandiront celles qu'ils auront
+déjà pu recueillir dans les Écoles primaires et de District.</p>
+
+<p>C'est à ce dernier genre d'instruction qu'il faut rapporter
+l'explication d'un catéchisme de morale sociale et politique, dans
+lequel seront exposés les droits et les devoirs de l'homme en société,
+ce qu'il doit à l'État, ce qu'il doit à ses semblables. De ces
+principes qui sont les bases fondamentales de la Constitution
+Françoise, et de la nécessité de conserver l'action de tous les
+ressorts de la machine sociale, on déduira de nouveaux rapports, ceux
+des chefs et des subordonnés, rapports dérivans de la nature même des
+choses qui, loin de nuire à la liberté, à l'égalité, sont
+indispensables pour le maintien de l'une et de l'autre.</p>
+
+<p>Le véritable Instituteur a toujours un but moral, une idée souveraine
+vers laquelle se dirigent toutes ses intentions. Celle qui ne doit
+jamais l'abandonner dans l'apprentissage de l'art militaire, c'est
+l'idée de la subordination, cette compagne naturelle de l'amour
+réfléchi de la liberté, cette première vertu du guerrier, sans
+laquelle un État n'aura jamais une armée protectrice. Il fera donc
+sortir de toutes les leçons de l'histoire et de tous les résultats de
+la réflexion, il rendra sensible à ses Élèves, par les exemples comme
+par les raisonnemens et par l'impression de l'habitude, la nécessité
+de cette subordination. Il les armera contre cet étrange abus du
+raisonnement, <span class="pagenum"><a id="page058" name="page058"></a>(p.058)</span> voudroit présenter l'obéissance militaire
+comme en contradiction avec les principes de l'égalité; comme si là
+spécialement où tous sont égaux, où tous ont concouru à la formation
+de la Loi, tous ne devoient pas également obéir à ceux que la Loi
+autorise à commander. Enfin nos Écoles Militaires élèveront à la fois
+des citoyens libres, des soldats subordonnés, et par conséquent de
+bons chefs.</p>
+
+<p>Outre ces Écoles de Division, il y aura six grandes Écoles Militaires
+pratiques, qui seront placées aux frontières du Royaume, dans les
+villes les plus considérables et les places de guerre les plus
+importantes, à Lille, Metz, Strasbourg, Besançon, Grenoble et
+Perpignan. Comme ces grandes Écoles ont un autre objet que les Écoles
+de Division, leur organisation sera nécessairement différente. Elles
+sont spécialement destinées à réaliser, par une pratique journalière,
+un genre d'instruction que la seule théorie laisse toujours imparfait,
+et à transporter parmi les habitudes de la première jeunesse les
+exercices et évolutions auxquelles elle est singulièrement propre, et
+tous les détails d'un régime actif et sévère, étranger aux arts
+d'agrément. Elles seront donc instituées sur le pied militaire, et
+pour mieux remplir leur principal objet, qui est de former de bons
+officiers, elles serviront aussi à élever des soldats.</p>
+
+<p>Il sera entretenu dans chacune de ces six grandes Écoles, des jeunes
+gens sains et bien constitués, de l'âge de douze à quinze ans, qui
+seront nommés par les Départemens en proportion de ce que chacun d'eux
+fournit communément de soldats à l'armée, et choisis de préférence
+parmi les enfans d'anciens soldats et les pauvres orphelins. C'est
+pour cette classe un établissement de bienfaisance, en même-temps
+qu'un moyen d'instruction plus parfaite pour ceux qui sont destinés au
+commandement. Il sera de plus attaché à chaque grande École un certain
+nombre d'Élèves tirés des Écoles de Division par la voie d'un
+<span class="pagenum"><a id="page059" name="page059"></a>(p.059)</span> concours, dont les formes seront prescrites, et à l'aide de
+cette épreuve, on fera sortir de ces grandes Écoles tous les
+Sous-Lieutenans de l'armée. Déjà, l'on apperçoit la base sur laquelle
+s'élèvera tout le système de l'avancement militaire, qui n'appartient
+plus à mon travail; mais que j'ai dû vous montrer épuré dans sa source
+de tous les anciens abus, et assurant l'exécution de ce grand acte de
+raison et de justice par lequel vous avez déclaré tous les citoyens
+admissibles à toutes les places et emplois.</p>
+
+<p>Je ne m'arrêterai point à tous les détails de ces établissemens qui,
+par leur nature, se rapportent souvent à un autre ordre de choses, et
+doivent être renvoyés au système de l'organisation militaire. Je me
+bornerai à vous présenter quelques résultats, dont vous trouverez
+facilement les motifs dans vos principes, ou dans une utilité
+reconnue.</p>
+
+<p>Les grandes Écoles seront établies dans un corps de caserne isolé, qui
+n'ait point de communication immédiate avec aucun autre. Le service
+intérieur s'y fera comme dans une place de guerre. Chaque École
+formera un régiment d'infanterie où les grades supérieurs offriront
+d'honorables retraites aux anciens Officiers des troupes de ligne, en
+même temps que d'utiles exemples aux jeunes gens, et où ceux-ci seront
+distribués dans les différentes compagnies, soit comme Élèves
+Officiers, soit comme Élèves Soldats; mais de manière que tous aient
+commencé leur apprentissage comme Soldats, et aient passé
+successivement par tous les grades.</p>
+
+<p>Les Élèves Officiers et les Élèves Soldats recevront une instruction
+particulière et une instruction commune.</p>
+
+<p>On expliquera aux Élèves Officiers un traité de fortifications, les
+élémens de l'artillerie, toutes les parties du service et de
+l'administration militaire, et on perfectionnera en eux les
+différentes connoissances qu'ils auront pu acquérir aux Écoles de
+Division. <span class="pagenum"><a id="page060" name="page060"></a>(p.060)</span></p>
+
+<p>On donnera aux Élèves Soldats la même instruction qui est prescrite
+pour les Écoles Primaires.</p>
+
+<p>Tous les Élèves, soit Officiers, soit Soldats, seront habituellement
+environnés et fortement pénétrés des idées simples de la morale, que
+les Écoles de Division m'ont donné occasion d'indiquer, et qui
+recevront pour chacun un développement proportionné à son intelligence
+et à sa destination.</p>
+
+<p>Il en résultera que le premier apprentissage de l'art Militaire,
+transporté à sa véritable place, dans le ressort de l'instruction
+publique, ne se fera plus comme autrefois dans les Régimens qui ont
+droit d'exiger de ceux qu'ils reçoivent, des connoissances
+préliminaires, et un service réel et actif. Et notre système complet
+sera tel dans son ensemble et dans ses différentes branches que les
+Citoyens verront la carrière des places Militaires, ouverte à tous
+également; que les Officiers comme les Soldats, apprendront leurs
+devoirs de Citoyens, en même-temps que leurs devoirs de Guerriers; et
+qu'enfin la Société entière, en s'acquittant envers ses membres de la
+dette sacrée d'une bonne éducation, multipliera tout à-la-fois ses
+moyens de défense contre ses ennemis, et ses motifs d'une juste
+confiance en ses défenseurs. <span class="pagenum"><a id="page061" name="page061"></a>(p.061)</span></p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">INSTITUT NATIONAL</span>.</h3>
+<p class="p4"></p>
+
+<p><span class="smcap">Lorsque</span> les écoles primaires des Cantons, et les collèges des
+Districts et des Départemens seront organisés, on aura préparé
+l'instruction de l'enfance, de la jeunesse, et même celle d'une partie
+des fonctionnaires publics; mais il faudra pourvoir encore aux progrès
+des lettres, des sciences et des arts. Il faudra terminer l'éducation
+de ceux qui se destinent spécialement à leur culture. Nous proposons
+dans cette vue l'établissement d'un Institut national, où se trouve
+tout ce que la raison comprend, tout ce que l'imagination sait
+embellir, tout ce que le génie peut atteindre; qui puisse être
+considéré, soit comme un tribunal où le bon goût préside, soit comme
+un foyer où les vérités se rassemblent; qui lie, par des rapports
+utiles, les Départemens à la Capitale, et la Capitale aux Départemens;
+qui, par un commerce non interrompu d'essais et de recherches, donne
+et reçoive, répande et recueille toujours; qui, fort du concert de
+tant de volontés, riche de tant de découvertes et d'applications
+nouvelles, offre à toutes les parties des sciences et des lettres, de
+l'économie et des arts, des perfectionnemens journaliers; qui,
+réunissant tous les hommes d'un talent supérieur en une seule et
+respectable famille, par des correspondances multipliées, par des
+dépendances bien entendues, attache tous les établissemens
+littéraires, tous les laboratoires, toutes les bibliothèques
+publiques, toutes les collections, soit des merveilles de la nature,
+soit des chefs-d'&oelig;uvre de l'art, soit des monumens de l'histoire, à
+un point central; et qui, de <span class="pagenum"><a id="page062" name="page062"></a>(p.062)</span> tant de matériaux épars, de
+tant d'édifices isolés, forme un ensemble imposant, unique, propre à
+faire connoître au monde, et ce que la philosophie peut pour la
+liberté, et ce que la liberté reconnoissante rend d'hommages à la
+philosophie.</p>
+
+<p>Pour que ce projet ait son entière exécution, l'Institut doit
+embrasser tous les genres de connoissances et de savoir. Jugeons par
+ce que l'esprit humain a fait, de ce qu'il est capable de faire
+encore; examinons ce qu'il est, ce qu'il peut être, et que ses
+facultés nous apprennent à satisfaire à ses besoins.</p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">PROGRAMME</span>.</h3>
+<p class="p2"></p>
+<p class="center"><span class="italic">Des Sciences philosophiques, des Belles-Lettres et des Beaux-Arts.</span></p>
+<p class="p4"></p>
+
+<p class="font95">L'homme sent, il pense, il juge, il raisonne, il invente, il
+communique ses idées par des gestes, par des sons, par des discours
+écrits ou prononcés; il communique ses affections par l'harmonie des
+vers, des sons, des formes et des couleurs; il les consacre par des
+monumens; il recherche quelle est la nature des êtres, ce qu'il est
+lui-même, ce qu'il doit, ce qu'on lui doit, ce qu'il peut et ce qu'il
+fut.</p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">PROGRAMME</span>.</h3>
+<p class="p2"></p>
+<p class="center"><span class="italic">Des Sciences mathématiques et physiques, et des Arts mécaniques.</span></p>
+<p class="p4"></p>
+
+<p class="font95">Vu sous d'autres rapports, l'homme sait calculer les nombres et
+mesurer l'étendue. Quatre grands moyens lui ont dévoilé la
+connaissance des corps; l'observation qui suffit à leur histoire,
+l'expérience qui en a découvert le mécanisme, l'analyse et la synthèse
+qu'il invoque pour en approfondir la composition intime. A l'aide de
+ces moyens, il considère dans la matière ses propriétés générales,
+<span class="pagenum"><a id="page063" name="page063"></a>(p.063)</span>ses états divers, le mouvement et le repos; dans
+l'athmosphère, son poids, sa température, ses balancemens et ses
+météores; dans les sons, leur intensité, leur vitesse, leur mélange et
+leur harmonie; dans la chaleur, sa communication et ses degrés; dans
+l'électricité, ses courans, son équilibre, ses chocs et ses orages;
+dans la lumière sa propagation et ses couleurs; dans l'aimant, son
+attraction et ses poles; dans le ciel, les astres dont les phénomènes
+lui sont connus; sur la terre, les minéraux qu'il recueille; les
+métaux qu'il prépare; les végétaux qu'il classe, dont il examine les
+organes et les produits; les animaux dont il étudie les formes, les
+m&oelig;urs, la structure, les élémens, la vie et la mort, la santé et
+les maladies; les champs qu'il cultive; les chemins qu'il ouvre; les
+canaux qu'il creuse; les villes qu'il élève et qu'il fortifie; les
+vaisseaux dont il se sert pour communiquer avec les deux mondes; les
+forces combinées qu'il oppose à ses ennemis, et les arts nombreux
+qu'il inventa pour plier la nature à ses besoins.</p>
+
+<p class="p2"></p>
+<hr class="c15" />
+<p class="p2"></p>
+
+<p><span class="smcap">Celui</span> qui se place au milieu de cette immensité, ne sait où reposer sa
+vue. Par-tout ce sont des foyers de lumière, et l'&oelig;il s'étonne
+également de ce qu'il voit en masse, et de ce qu'il apperçoit en
+détail. Ce sont ces trésors de la plus haute instruction qu'il importe
+de ranger dans le meilleur ordre, et que la Nation doit ouvrir à tous
+ceux qui sont en état d'y puiser.</p>
+
+<p>Quoiqu'il n'existe pas de tableau aussi complet des connaissances
+humaines, nous sommes bien loin, en vous proposant d'adopter ce
+travail, de vouloir mettre des bornes au génie des découvertes, en
+traçant autour de lui le cercle compressif de la loi. Nous avons voulu
+seulement disposer avec ordre toutes nos richesses, et imiter les
+naturalistes, qui, pour aider notre foible mémoire, ont classé tous
+les trésors de la nature, sans prétendre ni la borner, ni l'asservir.</p>
+
+<p>Ainsi, notre travail est composé de deux parties; l'histoire <span class="pagenum"><a id="page064" name="page064"></a>(p.064)</span>
+de l'homme moral y contraste avec celle de l'homme physique; les
+sciences purement philosophiques marchent à côté des sciences
+d'observation; les beaux-arts terminent la première série, comme les
+arts mécaniques se trouvent à la fin de la seconde. Par-tout les
+masses principales se correspondent dans ces deux grandes divisions:
+dans la première, tout est rationel, philosophique, littéraire; dans
+la seconde, tout est soumis à la précision de l'expérience. Dans l'une
+comme dans l'autre, la raison a besoin d'être forte. La mémoire, aidée
+d'une bonne méthode, classera des objets nombreux, et l'imagination
+trouvera, soit dans les inspirations de l'éloquence, soit dans la
+haute théorie du calcul, soit dans les découvertes de la physique,
+soit dans les inventions des arts, cet aliment qui la nourrit et la
+dispose aux grandes conceptions.</p>
+
+<p>Avant notre époque, les établissemens relatifs aux progrès des
+lettres, des sciences et des arts, n'étoient point d'accord entre eux:
+ils n'avoient point été disposés pour s'aider mutuellement, pour se
+correspondre; les préjugés y dominoient, la naissance osoit y
+remplacer le savoir et le talent.</p>
+
+<p>Maintenant que toute illusion a cessé, il faut briser les formes
+discordantes de ces établissemens divers, et les fondre en un seul où
+rien ne blesse les droits de l'égalité et de la liberté, auquel nous
+puissions ajouter ce qui manque aux premières institutions, et d'où ce
+qui ne tient qu'à un vain luxe, soit scrupuleusement banni. Dans un
+moment où tant de débris dispersés d'abord, changés bientôt en
+matériaux, étonnent par la place qu'ils occupent dans des
+constructions jusqu'à présent inconnues parmi nous, dans un moment où
+tant de ressorts se meuvent pour la première fois, au milieu de toutes
+les inquiétudes qui agitent les esprits, seroit-il prudent
+d'abandonner au hasard des circonstances le sort des sciences,
+<span class="pagenum"><a id="page065" name="page065"></a>(p.065)</span> des lettres et des arts? N'est-ce pas, lorsque tant d'idées,
+tant de lois, tant de fonctions sollicitent des expressions nouvelles,
+lesquelles demandent toutes à être inscrites dans le vocabulaire de la
+langue françoise, qu'il faut l'enrichir sans cependant le surcharger?
+N'est-ce pas, lorsque sur nos théâtres, la scène s'étend à tous les
+états, à toutes les situations de la vie, et lorsqu'en se prêtant
+ainsi à toutes les formes, il est à craindre qu'elle ne dégénère par
+cela même qui doit contribuer à l'aggrandir? N'est-ce pas, lorsque les
+orateurs de nos tribunes nationales doivent réfléchir long-temps
+encore sur le genre d'éloquence qui convient à leurs discours, lorsque
+la chaire elle-même offre un champ nouveau, et que, dans les tribunaux
+comme ailleurs, ce n'est plus l'ancien langage qui peut être entendu;
+n'est-ce pas alors que les hommes les plus exercés dans la
+connoissance du beau, que ceux dont le goût est le plus sûr, doivent
+se réunir pour traiter de ces nouvelles convenances, et pour diriger
+dans toutes ces routes la jeunesse impatiente de les parcourir?
+N'est-ce pas lorsque, pour la première fois, on va enseigner la morale
+et la science du gouvernement, que les maîtres les plus habiles
+doivent unir leurs efforts? Et ne convient-il pas que ces premières
+écoles soient dirigées, non par un seul, mais par tous ceux qui
+excellent dans cette belle application des vérités dont la philosophie
+a fait présent au genre humain? N'est-ce pas, lorsque l'histoire va
+être lue, et sur-tout écrite dans un nouvel esprit; lorsque les
+beaux-arts naturellement imitateurs doivent s'embellir de l'éclat de
+leur patrie; lorsque les sciences vont être invoquées de toutes parts;
+lorsque le charlatanisme qui, dans les États libres, est toujours plus
+entreprenant, aura besoin d'être fortement réprimé; lorsqu'il importe
+à l'accroissement du commerce et de la richesse nationale, que les
+arts se perfectionnent; n'est-ce pas alors <span class="pagenum"><a id="page066" name="page066"></a>(p.066)</span> que tous les
+citoyens connus par leurs talens dans ces divers genres, doivent être
+invités à réunir leurs efforts pour remplir ces vues utiles et pour
+achever cette partie de la régénération de l'État? En France, on
+désire, on recherche, on honore même les lumières; mais on ne peut
+disconvenir qu'elles ne sont pas encore assez répandues pour qu'on
+puisse confier à la liberté seule le soin de leur avancement. Il est
+du devoir de la Nation d'y veiller elle-même; il faut donc par un
+établissement nouveau, ramener toutes nos connoissances et tous les
+arts à un centre commun de perfectionnement; il faut y appeller de
+toutes les parties de l'Empire le talent réel et bien éprouvé; il faut
+que de chaque Département, et aux frais de la Nation, une quantité
+d'élèves choisis, et ne devant leur choix qu'à la seule supériorité
+reconnue de leur talent, viennent y completter leur instruction. Nous
+sommes bien loin toutefois de nous opposer aux associations
+littéraires et aux autres établissemens de ce genre, ni d'astreindre
+aucun individu à suivre telle route dans son éducation privée ou ses
+méthodes d'enseignement. Le talent s'indigne quelquefois de la marche
+didactique et réglementaire qu'on voudroit lui imposer; et vous
+donnerez une preuve de plus de votre amour pour la liberté, en la
+respectant jusques dans ses bizarreries et ses caprices.</p>
+
+<p>En s'occupant de la formation de l'Institut national, on se demande
+d'abord s'il sera divisé en un grand nombre de sections distinctes et
+séparées. L'existence d'une des plus illustres académies nous paroît
+répondre complettement à cette question. <span class="italic">L'Académie des sciences</span>
+embrasse toutes les branches de l'histoire naturelle et de la physique
+avec l'astronomie et ce que les mathématiques ont de plus
+transcendant; et l'expérience de plus d'un siècle a prouvé que tant de
+parties différentes peuvent non-seulement être traitées ensemble
+<span class="pagenum"><a id="page067" name="page067"></a>(p.067)</span> et dans les mêmes assemblées, mais qu'il y a dans cette
+réunion un grand avantage, en ce que l'esprit de calcul et de méthode
+s'étant communiqué à toutes les classes de l'académie, chacun se
+trouve forcé d'être exact dans ses recherches, clair dans ses énoncés
+et serré dans ses raisonnemens: qualités sans lesquelles on ne peut ni
+faire une expérience, ni déduire des résultats des observations qu'on
+a recueillies.</p>
+
+<p>On peut répondre aussi à ceux qui demanderoient que l'Institut fût
+divisé en un grand nombre de sections, que les sciences s'enchaînent
+toutes, qu'elles se prêtent un mutuel appui, et qu'on les voit chaque
+jour s'identifier en quelque sorte en se perfectionnant. Loin de nous
+donc cette manie de diviser, qui détruit les liaisons, les rapports,
+qui coupe, qui isole, qui anéantit tout.</p>
+
+<p>Un tableau présentera les sciences physiques et les arts rangés dans
+une seule section en dix classes, qui comprennent, 1º. les
+mathématiques et la mécanique; 2º. la physique; 3º. l'astronomie;
+4º. la chimie et la minéralogie; 5º. la zoologie et l'anatomie; 6º.
+la botanique; 7º. l'agriculture; 8º. la médecine, la chirurgie et la
+pharmacie; 9º. l'architecture sous le rapport de la construction;
+10º. les arts. Les objets dont les quatre dernières classes doivent
+s'occuper, étant très-étendus et ayant besoin d'une longue suite
+d'essais d'un genre qui leur est propre, il nous a semblé que chacune
+d'elles devoit se réunir en particulier, en admettant à ses séances
+seulement celles des autres classes qui ont des rapports immédiats
+avec ses travaux. Par exemple, la classe de médecine et de chirurgie
+appellera à ses assemblées les anatomistes, les chimistes et les
+botanistes qui sont distribués dans les premières classes de la
+section des sciences physiques. Les botanistes seront encore appellés
+<span class="pagenum"><a id="page068" name="page068"></a>(p.068)</span> par la classe d'agriculture; les géomètres le seront par
+celle de construction, et les mécaniciens par celle des arts. Ces
+classes surajoutées suffiront pour communiquer à celles qui
+s'assembleront séparément, l'esprit qui animera les premières, et
+cependant celles-ci continueront de marcher ensemble, parce qu'il est
+impossible de rien changer, sous ce rapport, dans leur combinaison
+qu'on doit regarder comme un modèle.</p>
+
+<p>Quoique séparées dans leurs séances ordinaire, les quatre dernières
+classes suivroient les mêmes usages que les premières; elles
+obéiroient aux mêmes réglemens et aux mêmes lois; les résultats de
+leurs recherches seroient réciproquement communiqués entre elles, et
+leurs assemblées publiques se tiendroient en commun.</p>
+
+<p>Comme il ne doit y avoir qu'une seule section pour les sciences
+physiques et les arts, il ne doit y en avoir qu'une aussi pour les
+sciences morales et philosophiques, pour les belles-lettres et pour
+les beaux-arts. L'histoire ne peut être séparée ni de la morale, ni de
+la science du gouvernement. Et pourquoi rangeroit-on à part les
+belles-lettres qui se mêlent avec tant de charme aux discussions les
+plus sérieuses. C'est elles qui donnent aux écrits des Philosophes cet
+intérêt de style sans lequel on a difficilement des lecteurs, et elles
+trouveront elles-mêmes, soit dans les annales de l'histoire, soit dans
+les ouvrages des Législateurs, des rapprochemens inattendus, des vues
+hardies, une instruction solide dont l'éloquence peut faire l'usage le
+plus noble et le plus utile.</p>
+
+<p>Certes la Science de la grammaire, qui ne doit être étrangère à aucun
+homme de lettres, et les préceptes de l'éloquence sont moins éloignés
+de l'étude de l'histoire et de la morale, ou, si l'on veut, de la
+science du gouvernement, que la Chimie ne l'est de l'Astronomie, ou
+que l'étude des <span class="pagenum"><a id="page069" name="page069"></a>(p.069)</span> Plantes ne l'est de celle des Mathématiques.
+Les personnes qui cultivent les sciences philosophiques, et les
+belles-lettres, peuvent donc être rassemblées dans les mêmes séances;
+et puisque cette réunion est possible, il faut qu'elle ait lieu; car
+c'est en séparant les hommes en de petites associations, qu'on voit
+leurs prétentions s'accroître, et l'esprit de corps, si opposé à
+l'esprit public, créer pour eux des intérêts différens de ceux que le
+bien général indique.</p>
+
+<p>La section des sciences philosophiques, des belles-lettres et des
+beaux-arts, qui compose l'autre division de notre tableau, est, comme
+celle des sciences physiques et des arts, divisée en dix classes, qui
+comprennent, 1º. la morale; 2º. la science du gouvernement; 3º.
+l'histoire ancienne et les antiquités; 4º. l'histoire et les langues
+modernes; 5º. la grammaire; 6º. l'éloquence et la poësie; 7º. la
+peinture et la sculpture; 8º. l'architecture, sous le rapport de la
+décoration et des beaux arts; 9º. la musique; 10º. l'art de la
+déclamation.</p>
+
+<p>Les six premières classes, dans cette section comme dans celle des
+sciences physiques, tiendront des séances communes, et les quatre
+dernières se réuniront chacune séparément, en admettant à leurs
+assemblées celles des autres classes dont les recherches seront
+analogues à leurs travaux. Ainsi, les peintres trouveront à
+s'instruire dans le commerce des poëtes, des historiens et dans celui
+des amateurs de l'antiquité. Les élèves dans l'art de la déclamation
+recevront des conseils utiles de la part des auteurs dramatiques les
+plus exercés. Cette réciprocité de service pourra même s'étendre de la
+section des sciences physiques à celle des belles-lettres. Les
+peintres, par exemple, auront besoin des lumières des anatomistes qui
+appartiennent à la cinquième classe de la seconde section. L'institut
+national, renfermant tous les <span class="pagenum"><a id="page070" name="page070"></a>(p.070)</span> genres de savoir, offrira
+aussi tous les genres de secours à ceux qui viendront les invoquer.</p>
+
+<p>Jusqu'ici nous avons présenté l'Institut comme divisé en deux grandes
+sections; mais, sous un autre aspect, ces deux sections réunies
+formeront un grand corps représenté par un comité central, auquel
+chacune des vingt classes enverra un député qui stipulera pour les
+intérêts de tous. Ce Comité surveillera l'exécution des lois de
+l'Institut, et s'occupera principalement de ce qui concerne son
+administration.</p>
+
+<p>On se tromperoit, si l'on regardoit l'Institut national comme devant
+être concentré dans Paris. Ses nombreuses dépendances se répandront
+dans les Départemens. Les différentes branches des Sciences Physiques,
+qui comprennent la Géographie, la Navigation, l'Art Militaire,
+l'Architecture itinéraire et hydraulique, la Métallurgie,
+l'Agriculture et le Commerce, auront leur foyer principal dans les
+ports, dans les places, dans les villes de guerre, près des mines,
+soit en France, soit même dans les pays étrangers, sur les sols de
+diverse nature, et dans les atteliers des Arts.</p>
+
+<p>Ainsi la classe de Peinture et de Sculpture continuera d'avoir un
+Collège à Rome.</p>
+
+<p>Ainsi la classe des Antiquités Orientales pourroit en avoir un à
+Marseille.</p>
+
+<p>Ainsi des voyageurs François, choisis par les différentes classes,
+parcourront le globe, soit pour le mesurer, soit pour en connoître la
+composition et la structure, pour en étudier les productions, pour en
+observer les habitans, et rassembler les connoissances qui peuvent
+être utiles aux hommes.</p>
+
+<p>Le véritable but de l'Institut national étant le perfectionnement des
+Sciences, des Lettres et des Arts, par la méditation, par
+l'observation et par l'expérience, il ne sauroit s'établir <span class="pagenum"><a id="page071" name="page071"></a>(p.071)</span>
+trop de communications entre le public et les différentes classes qui
+le composent.</p>
+
+<p>L'Institut correspondroit avec les Départemens pour tout ce qui seroit
+relatif à l'éducation, à l'enseignement et aux nombreux travaux sur
+lesquels des Savans de divers genres peuvent être consultés.</p>
+
+<p>Les assemblées des différentes classes de l'Institut seroient ouvertes
+à ceux qui désireroient y lire des mémoires, y présenter des ouvrages,
+et demander des conseils pour se diriger dans leurs recherches.</p>
+
+<p>L'Institut communiqueroit encore avec le public par les ouvrages qu'il
+feroit paroître, et par les essais de divers genres qu'il
+multiplieroit sous ses yeux.</p>
+
+<p>Enfin l'Institut seroit enseignant.</p>
+
+<p>Il est une classe maintenant très-nombreuse d'hommes entièrement voués
+à l'étude des Lettres, des Sciences et des Arts, qui, après être
+sortis des Collèges, ont besoin de l'entretien et des conseils des
+grands Maîtres; ils demandent qu'on leur enseigne ce que la
+Philosophie a de plus abstrait; ce que les Mathématiques offrent de
+plus savant; ce que l'expérience a de plus difficile; ce que le goût a
+de plus délicat. C'est dans le sein de l'Institut qu'on doit trouver
+naturellement de telles leçons. L'Institut doit donc être enseignant;
+et ce nouveau rapport d'utilité publique formera l'un de ses
+principaux caractères.</p>
+
+<p>Cette fonction ne nuira point à celles que déjà nous lui avons
+attribuées. Les séances tenues par l'Institut seront essentiellement
+séparées de l'enseignement dont il s'agit; et cet enseignement
+lui-même, quoique très-distinct des assemblées, n'en sera pourtant, en
+quelque sorte, qu'une extension: car les Professeurs, élus en nombre
+suffisant par les classes, feront connoître dans leurs leçons, non la
+partie élémentaire <span class="pagenum"><a id="page072" name="page072"></a>(p.072)</span> de la science ou de l'art, mais ce qui
+tiendra de plus près au progrès, au perfectionnement de l'une ou de
+l'autre; ce qui pourra servir, en un mot, de complément à
+l'instruction; de sorte que, pour ce genre d'enseignement, ce ne
+seroit peut-être pas, comme pour l'enseignement élémentaire, celui qui
+s'exprimeroit avec plus de netteté sur la science, mais celui qui
+auroit le plus fait pour elle, et qui laisseroit le plus à penser aux
+Élèves, qu'il faudroit choisir.</p>
+
+<p>Jusqu'à ce jour, un assez grand nombre de chaires établies à Paris,
+soit au Collège Royal, soit au Jardin des Plantes, soit aux Collèges
+de Navarre et des quatre Nations, soit au Louvre, étoient destinées à
+l'enseignement des sciences naturelles et philosophiques et à celui de
+quelques-unes des parties des Belles-Lettres et des Beaux-Arts; mais
+il n'y avoit entre ces différentes chaires, non plus qu'entre les
+divers corps académiques, ni liaison, ni harmonie. Différentes
+autorités, quelquefois très-opposées entr'elles, dirigeoient ces
+établissemens, et nulle part on n'avoit senti que cette sorte
+d'enseignement dût s'exercer, non sur les premiers principes, mais sur
+les difficultés à vaincre: or cependant, il n'est presque aucune des
+principales divisions des connoissances humaines qui ne doive être
+enseignée dans les Collèges de District ou de Département. Il ne faut
+donc pas que les Professeurs de l'Institut répètent ce qui aura été
+dit longuement ailleurs. Ils n'oublieront jamais que c'est à
+l'avancement de la science qu'ils seront destinés, ainsi que
+l'Institut dont ils feront partie.</p>
+
+<p>Toutes les chaires fondées au Collège Royal, au Jardin des Plantes,
+etc. doivent donc disparoître, parce que, telles qu'elles sont, la
+plupart n'entreroient point dans le plan de l'Institut où ces chaires
+se retrouveront sous une autre forme. <span class="pagenum"><a id="page073" name="page073"></a>(p.073)</span></p>
+
+<p>Mais pour que l'Institut fasse tout le bien que la Nation doit en
+attendre, il faut que chacune des classes qui le composent, possède
+les moyens de donner à ses travaux toute la perfection dont ils sont
+susceptibles. Les unes auront besoin d'un laboratoire, d'une
+collection d'instrumens, de machines, de modèles: aux autres, il
+faudra un jardin, un champ, une ménagerie, un troupeau: toutes
+réclameront les secours des grandes Bibliothèques et une Imprimerie
+riche en caractères de tous les genres: toutes désireront qu'une
+correspondance active leur apprenne quel est, dans les pays étrangers,
+l'état des Sciences, des Lettres et des Arts, que tous les ouvrages
+curieux, que les instrumens, que les machines nouvelles qui les
+intéressent, leur soient communiqués, après qu'ils auront été inscrits
+sur le catalogue de la collection à laquelle ils devront appartenir,
+et qu'un nombre suffisant d'interprètes soit chargé de traduire ceux
+de ces écrits dont on croira que les connoissances seront les plus
+utiles à répandre. Ainsi organisées, les classes de l'Institut auront
+des rapports avec les divers établissemens qui seront analogues à
+leurs travaux. Le Jardin des Plantes dépendra des classes de Botanique
+et d'Agriculture; le <span class="italic">Mus&aelig;um</span>, de celles d'Histoire Naturelle et
+d'Anatomie; les collections de machines, de celles de Mécanique et des
+Arts; le cabinet de Physique appartiendroit à la classe de physique
+expérimentale; l'école des Mines seroit dirigée conformément aux vues
+de la classe de Chimie; les collections d'Antiques et de médailles le
+seroient par celle d'Histoire, et les galeries de tableaux, de
+statues, de bustes et l'école gratuite de dessin le seroient par les
+classes des Beaux-Arts: les Bibliothèques seroient une dépendance
+commune à toutes les classes de l'Institut qui, formé de cette
+manière, présenteroit une sorte d'Encyclopédie toujours étudiante et
+toujours enseignante; et Paris <span class="pagenum"><a id="page074" name="page074"></a>(p.074)</span> verroit dans ses murs le
+monument le plus complet et le plus magnifique qui jamais ait été
+élevé aux Sciences.</p>
+
+<p>Pour s'assurer que le choix des Membres et des Professeurs de
+l'Institut seroit toujours déterminé par la justice, il seroit ordonné
+aux classes qui auroient fait ou proposé ces élections, d'en rendre
+publics les motifs, en les adressant à la Législature.</p>
+
+<p>Encore quelques réflexions pour répondre à toutes les questions qui
+pourroient être faites.</p>
+
+<p>1º. Lorsque nous avons dit que les Professeurs de l'Institut national
+n'enseigneroient pas les élémens des sciences et des arts, mais ce que
+leur étude offre de plus difficile et de plus élevé, nous avons établi
+un principe général qui soutire quelques exceptions dans notre plan.
+Ces exceptions ont lieu, lorsqu'il s'agit d'une science ou d'un art
+qui n'est enseigné ni dans les Écoles primaires, ni dans celles de
+District, ni dans celles de Département; et lorsqu'il importe que cet
+enseignement se fasse d'une manière complette dans une école qui,
+étant unique, nous a paru devoir être annexée à l'Institut. Telles
+sont les classes des Beaux-Arts et celle d'Architecture, considérée
+sous le rapport de la construction.</p>
+
+<p>2º. L'Architecture décorative est essentiellement liée aux Beaux-Arts
+parmi lesquels on la trouvera rangée dans notre tableau. Mais la
+réunion des moyens qui peuvent donner aux constructions de la
+stabilité, de la durée, et les rendre propres à remplir l'objet de
+leur destination, tient sur-tout aux sciences Mathématiques et
+Physiques. Il s'agit en effet dans ces divers travaux, ou de la
+science des formes, ou de celle de l'équilibre et du mouvement.</p>
+
+<p>La science des formes comprend toutes les recherches géométriques au
+moyen desquelles on considère des corps, des surfaces et des lignes
+dans l'espace. La plupart de ces <span class="pagenum"><a id="page075" name="page075"></a>(p.075)</span> dimensions n'étant point
+susceptibles d'être tracées sur une surface plane, il faut les
+représenter d'une manière artificielle, c'est-à-dire, par leur
+projection, et pouvoir, lorsqu'on les exécute, revenir des projections
+à la courbe réelle. Les personnes de l'art les plus instruites,
+conviennent qu'il n'existe point d'ouvrage complet sur cette matière
+tout-à-fait géométrique. Il est donc à désirer qu'elle devienne
+l'objet d'une étude suivie et celui d'un enseignement qui lui soit
+particulièrement destiné.</p>
+
+<p>La science du mouvement et de l'équilibre, prise dans l'acception la
+plus étendue, peut être considérée comme la collection d'autant de
+sciences particulières qu'il y a d'objets principaux auxquels elle
+peut être appliquée. L'enseignement de la partie de la mécanique qui
+est relative à la construction, ne peut donc pas être confondu avec
+l'enseignement abstrait et indéterminé de la mécanique en général, et
+il faut que l'application en soit confiée à un homme très-versé dans
+ces deux genres d'étude.</p>
+
+<p>Il sera facile aux Élèves de réunir les leçons sur la partie
+décorative à celles dont la classe de construction sera spécialement
+occupée. Ainsi l'espèce de séparation qu'offre notre tableau à
+l'article de l'Architecture, ne peut avoir aucun inconvénient réel,
+puisque, dans le fait, les étudians peuvent la regarder comme
+n'existant pas, et se conduire en conséquence.</p>
+
+<p>3º. Deux chaires nous ont paru devoir suffire, vu l'état actuel des
+connoissances, pour l'enseignement de l'Agriculture: l'une comprendra
+tout ce qui a rapport aux eaux, aux terres, à leurs produits et aux
+animaux; l'autre, ce qui est relatif aux bâtimens et aux instrumens
+aratoires.</p>
+
+<p>Ces chaires nous ont semblé devoir être établies dans les Villes, soit
+parce que l'Agriculture ne peut faire de grands <span class="pagenum"><a id="page076" name="page076"></a>(p.076)</span> progrès sans
+le secours des autres sciences que l'on y cultive également, soit
+parce que les auditeurs que l'on peut espérer d'y avoir, seront plus
+en état d'entendre ces sortes de leçons, et d'en profiter. Ces
+auditeurs seront principalement des propriétaires aisés et instruits,
+dont le nombre va augmenter par le nouvel ordre de choses, et ceux qui
+se destinent aux fonctions curiales, qui, par la nature de leur
+ministère, peuvent mieux que tous autres propager des vérités
+agricoles.</p>
+
+<p>Deux chaires d'économie rurale et domestique pourroient d'abord être
+établies au jardin des plantes. Une partie de ce jardin seroit
+destinée à la formation d'une École de botanique économique, en
+même-temps qu'un terrain, situé près de Paris et qui dépendroit du
+jardin des plantes, serviroit aux travaux combinés des classes de
+botanique et d'agriculture. Le Professeur feroit connoître les divers
+produits qu'on retire des végétaux que le laboureur cultive. Il auroit
+à sa disposition un local où seroient élevés des animaux domestiques;
+et les instrumens agraires seroient confiés à sa garde.</p>
+
+<p>Il paroîtroit prudent de fonder d'abord ces deux chaires à Paris, et
+l'on jugeroit par leur succès s'il seroit convenable d'en établir de
+pareilles dans les principales villes du Royaume. Le Département de la
+Corse, dont le sol varié offre la réunion de tous les sites et de tous
+les climats, pourra former divers jardins d'essai pour la culture des
+végétaux qu'il seroit utile d'acclimater en France.</p>
+
+<p>4º. La huitième classe de la section des sciences réunira les objets
+dont la Société de Médecine et l'Académie de Chirurgie ont fait
+jusqu'ici leur principale étude. Dorénavant ces deux établissemens
+n'en formeront qu'un. La classe qui résultera de leur réunion, aura
+besoin d'un hôpital où se feront les observations, et qui sera
+desservi, pour le traitement des <span class="pagenum"><a id="page077" name="page077"></a>(p.077)</span> malades, par les membres
+mêmes de la classe dont il s'agit. Les nouvelles méthodes y seront
+tentées avec toute la prudence nécessaire; et les résultats des
+expériences qui auront été faites, seront toujours mis sous les yeux
+du public.</p>
+
+<p>Les trois chaires que nous avons annexées à la classe de Médecine,
+diffèrent de celles qui font partie des Collèges. Deux de ces chaires
+sont relatives aux soins que demandent les hommes atteints d'épidémie
+et les animaux attaqués d'épizootie.</p>
+
+<p>Le but de la troisième chaire est d'instruire dans l'art de secourir
+les hommes dont la vie est menacée par quelque danger pressant et
+imprévu. Telles sont les personnes noyées et asphyxiées, celles dont
+les membres sont gelés, celles qu'un animal enragé a mordues, etc.,
+etc. A cet article se rapporteront les nombreux objets de salubrité
+publique, qui, considérés d'une manière expérimentale, doivent tous
+faire partie de cet enseignement. Nous proposons encore que ce
+Professeur soit chargé de faire chaque année un cours sur les maladies
+des artisans, comme celles auxquelles sont sujets les doreurs,
+chapeliers, peintres, mineurs, etc.</p>
+
+<p>Ce que la classe de Médecine fera encore de très-utile sera de
+correspondre avec les Directoires sur tout ce qui concerne la santé du
+peuple, de recueillir l'histoire médicale des années et celle des
+maladies populaires, de faire connoître leur origine, leur
+accroissement, leur communication, leur nature, leurs changemens, leur
+fin, leur retour et la manière dont elles se succèdent. Ces annales
+seront un des plus beaux et des plus utiles ouvrages qu'aient exécuté
+les hommes.</p>
+
+<p>5º. Que la médecine et la chirurgie des animaux doivent être réunies
+à la médecine humaine, c'est une proposition qui n'a besoin que d'être
+énoncée pour qu'on en reconnoisse <span class="pagenum"><a id="page078" name="page078"></a>(p.078)</span> la vérité. Les grands
+principes de l'art de guérir ne changent point; leur application seule
+varie. Il faut donc qu'il n'y ait qu'un genre d'école, et qu'après y
+avoir établi les bases de la science, on cherche, par des travaux
+divers à en perfectionner toutes les parties. Ainsi, la classe de
+médecine s'occupera aussi du progrès de l'art vétérinaire, et les
+établissemens qui auront cet avancement pour objet, seront dirigés de
+manière qu'il lui soit facile de multiplier les essais qui tendront à
+ce but désirable.</p>
+
+<p>6º. La Botanique a été jusqu'ici en France la seule partie de
+l'histoire naturelle pour laquelle on ait fondé des chaires et ordonné
+des voyages. La connoissance des animaux est cependant plus près de
+nous que celle des plantes. Les chaires que nous proposons d'annexer à
+la classe de Zoologie et d'Anatomie, sont d'une création tout-à-fait
+nouvelle. Nulle part on n'a encore démontré méthodiquement la
+structure tant extérieure qu'intérieure des nombreux individus qui
+composent le règne animal. Ces leçons ne seroient pas seulement
+curieuses; les produits d'un grand nombre d'animaux servent à la
+médecine et aux arts. Plusieurs sont venimeux, et les parties qui
+préparent ou qui communiquent le poison, sont importantes à connoître.
+Enfin, la comparaison des organes doit fournir des résultats nouveaux,
+des découvertes dont la physique animale saura faire son profit.</p>
+
+<p>7º. Ce ne seront pas seulement les chaires nouvelles qui rendront
+l'Institut recommandable, ce seront encore celles qui, sans avoir
+tout-à-fait le mérite de la nouveauté, par des mesures bien
+concertées, deviendront infiniment plus utiles qu'elles ne l'étoient
+auparavant. Jusqu'à ce jour, nulle surveillance réelle n'a répondu de
+l'exactitude des professeurs: dans notre plan, chaque classe sera
+chargée du choix, et de l'inspection des maîtres qui lui
+appartiendront; <span class="pagenum"><a id="page079" name="page079"></a>(p.079)</span> et lorsque plusieurs enseigneront la même
+partie comme les mathématiques, par exemple, ils se concerteront
+tellement entre eux, qu'en alternant, l'un commence lorsque l'autre
+finira. Ainsi les élèves trouveront chaque année un cours ouvert, et
+ils ne seront jamais retardés dans leurs études.</p>
+
+<p>En réunissant ces chaires éparses à un point central, en y en ajoutant
+de nouvelles qui ne laissent sans enseignement aucune partie des
+lettres, des sciences et des arts, en faisant ainsi servir l'éducation
+publique à l'Institut national dont les leçons fourniront le
+complément, on fera tout ce qu'il est possible de faire pour le
+développement de l'esprit et le progrès des connoissances, et l'on
+rendra inébranlables les bases sur lesquelles se fonde et se perpétue
+la liberté publique.</p>
+
+<p>Nous ajouterons que les dépenses nécessaires pour mouvoir cette
+immense machine, surpasseront à peine celles que le gouvernement a
+destinées jusqu'ici à l'entretien des divers établissemens auxquelles
+l'Institut doit réunir tant de créations nouvelles.</p>
+
+<p>Des tableaux joints à ce rapport présentent la suite de nos idées sur
+l'enchaînement des connoissances humaines et sur les attributions que
+nous croyons devoir être faites aux sections et aux classes de
+l'Institut.</p>
+
+<p class="p2"></p>
+<hr class="c15" />
+<p class="p2"></p>
+<p><span class="smcap">Voici</span> l'ordre des tableaux annexés à ce rapport.</p>
+
+<p>1º. Programme des sciences philosophiques, des belles-lettres et des
+beaux-arts.</p>
+
+<p>2º. Programme des sciences mathématiques et physiques et des arts.</p>
+
+<p>3º. Section première de l'Institut national, comprenant les <span class="pagenum"><a id="page080" name="page080"></a>(p.080)</span>
+sciences philosophiques, les belles-lettres et les beaux-arts, divisée
+en dix classes. On y trouve le développement de tout ce qui est
+relatif aux six premières classes qui doivent tenir des séances
+communes.</p>
+
+<p>4º. Tableau de la septième classe de la section première, comprenant
+la peinture et la sculpture.</p>
+
+<p>5º. Tableau de la huitième classe de la section première, comprenant
+l'architecture décorative.</p>
+
+<p>6º. Section seconde de l'Institut national, comprenant les sciences
+mathématiques et physiques et les arts mécaniques, divisée en dix
+classes. On y trouve le développement de tout ce qui est relatif aux
+six premières classes qui doivent tenir des séances communes.</p>
+
+<p>7º. Tableau de la septième classe de la section seconde, comprenant
+l'agriculture.</p>
+
+<p>8º. Tableau de la huitième classe de la section seconde, comprenant
+la médecine, la chirurgie et la pharmacie.</p>
+
+<p>9º. Tableau de la neuvième classe de la section seconde, comprenant
+l'architecture sous le rapport de la construction.</p>
+
+<p class="blockquote"><span class="italic">Nota.</span> Nous n'avons point présenté le tableau de plusieurs classes
+nouvelles, parce que ces classes n'étant que des dépendances de
+quelques-unes des sections de l'Institut, elles ne pourront être
+organisées qu'après qu'on aura pris connoissance des plans qui seront
+fournis par ces sections. C'est ainsi que la classe des arts ne sera
+formée qu'après avoir consulté la seconde section de l'Institut.
+<span class="pagenum"><a id="page081" name="page081"></a>(p.081)</span></p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">MOYENS D'INSTRUCTION</span>.</h3>
+<p class="p4"></p>
+
+<p><span class="smcap">Nous</span> venons de parcourir les divers objets qui composeront
+l'Instruction publique: et déjà l'on a dû voir qu'ils ne peuvent tous
+être placés, sur la même ligne; que plusieurs tiennent aux premières
+lois de la nature, applicables à toute société qui marche vers sa
+perfection; que d'autres sont une conséquence immédiate de la
+Constitution que la France vient de se donner; que d'autres enfin sont
+relatifs à l'état actuel, mais variable, des progrès et des besoins de
+l'esprit humain; d'où il résulte qu'ils ne doivent pas être
+indistinctement énoncés dans vos Décrets avec ce caractère
+d'immutabilité qui n'appartient qu'à un petit nombre.</p>
+
+<p>Dans cette distribution d'objets on retrouve l'empreinte d'une
+Institution vraiment nationale, soit parce qu'ils seront déterminés et
+coordonnés conformément au v&oelig;u de la Nation, soit sur-tout parce
+qu'il n'en est aucun qui ne tende directement au véritable but d'une
+Nation libre, le bien commun né du perfectionnement accéléré de tous
+les individus; mais c'est particulièrement dans les moyens qui vont
+être mis en activité, que ce caractère national doit plus fortement
+s'exprimer.</p>
+
+<p>A la tête de ces moyens doivent incontestablement être placés <span class="italic">les
+Ministres de l'instruction</span>. Nous nous garderons de chercher à les
+venger ici de ce dédain superbe et protecteur dont ils furent si
+long-temps outragés: une semblable réparation seroit elle-même un
+outrage; et certes il faudroit que l'esprit public <span class="pagenum"><a id="page082" name="page082"></a>(p.082)</span> fût
+étrangement resté en arrière, si nous étions encore réduits à une
+telle nécessité. Sans doute, ceux qui dévouent à-la-fois et leur temps
+et leurs facultés au difficile emploi de former des hommes utiles, des
+citoyens vertueux, ont des droits au respect et à la reconnoissance de
+la Nation; mais, pour qu'ils soient ce qu'ils doivent être, il faut
+qu'ils parviennent à ces fonctions par un choix libre et sévère. Il
+convient donc qu'ils soient nommés par ceux-là même à qui le peuple a
+remis la surveillance de ses intérêts domestiques les plus chers, et
+que leurs relations journalières mettent plus à portée de connoître et
+d'apprécier les hommes dans leurs m&oelig;urs et dans leurs talens. Il
+faut que ce choix ne puisse jamais s'égarer: il importe donc qu'il
+soit dirigé d'avance par des règles qui, en circonscrivant le champ de
+l'éligibilité, rendront l'élection toujours bonne, toujours
+rassurante, et presque inévitablement la meilleure. Il faut, pour
+qu'ils se montrent toujours dignes de leurs places, qu'ils soient
+retenus par le danger de la perdre; il importe donc qu'elle ne soit
+pas déclarée inamovible. Mais il faut aussi, pour qu'ils s'y disposent
+courageusement par d'utiles travaux, qu'ils aient le droit de la
+regarder comme telle: il est donc nécessaire que leur déplacement soit
+soumis à des formalités qui ne soient jamais redoutables pour le
+mérite. Enfin, il faut que la considération, l'aisance et un repos
+honorable soient le prix et le terme de tels services: il est donc
+indispensable que la Nation leur prépare, leur assure ces avantages,
+dont la perspective doit les soutenir et les encourager dans cette
+noble, mais pénible carrière.</p>
+
+<p>L'institution des Maîtres de l'enseignement, réglée suivant ces
+principes, offre la plus forte probabilité qu'il s'en suivra une
+multitude de bons choix; et cette probabilité ira de jour en jour en
+croissant: car, si les instituteurs sont destinés à <span class="pagenum"><a id="page083" name="page083"></a>(p.083)</span> propager
+l'instruction, il est clair que l'instruction, à son tour, doit créer
+et multiplier les bons instituteurs.</p>
+
+<p>Ce premier objet se trouveroit incomplet, si vous ne le réunissiez,
+dans votre surveillance, à ce qui concerne les ouvrages que le temps
+nous a transmis, et qu'on doit aussi regarder comme les Instituteurs
+du genre humain. Comment, pour le bien de l'instruction, rendre plus
+facilement et plus utilement communicatives toutes les richesses
+qu'ils renferment? Cette question appartient essentiellement à notre
+sujet; et, sous ce point de vue, l'organisation des <span class="italic">bibliothèques</span>
+nous a paru devoir être placée dans l'ordre de notre travail, à côté
+des Maîtres de l'enseignement.</p>
+
+<p>Vous venez de recouvrer ces vastes dépôts des connoissances humaines.
+Cette multitude de livres perdus dans tant de monastères, mais, nous
+devons le dire, si savamment employés dans quelques-uns, ne sera point
+entre vos mains une conquête stérile; pour cela, non-seulement vous
+faciliterez l'accès des bons ouvrages, non-seulement vous abrégerez
+les recherches à ceux pour qui le temps est le seul patrimoine, mais
+vous hâterez aussi l'anéantissement si désirable de cette fausse et
+funeste opulence sous laquelle finiroit par succomber l'esprit humain.
+Une foule d'ouvrages, intéressans lorsqu'ils parurent, ne doivent être
+regardés maintenant que comme les efforts, les tatonnemens de l'esprit
+de l'homme se débattant dans la recherche de la solution d'un
+problème: par une dernière combinaison, le problème se résout; la
+solution seule reste; et dès-lors toutes les fausses combinaisons
+antérieures doivent disparoître: ce sont les ratures nombreuses d'un
+ouvrage, qui ne doivent plus importuner les yeux quand l'ouvrage est
+fini.</p>
+
+<p>Donc chaque découverte, chaque vérité reconnue, chaque <span class="pagenum"><a id="page084" name="page084"></a>(p.084)</span>
+méthode nouvelle devroit naturellement réduire le nombre des livres.</p>
+
+<p>C'est pour remplir cette vue, et aussi pour rendre utilement
+accessibles les bons ouvrages à ceux qui veulent s'instruire, que
+doivent être ordonnés la distribution des bibliothèques, leur
+correspondance et les travaux analytiques de ceux par qui elles seront
+dirigées.</p>
+
+<p>Ainsi chacun des quatre-vingt-trois Départemens possédera dans son
+sein une bibliothèque. Chacun d'eux, héritier naturel des
+bibliothèques monastiques, trouvera, dans la collection de ces livres,
+un premier fonds qu'il épurera, et qui s'enrichira chaque année tant
+par ses pertes que par ses acquisitions. Une distribution nouvelle
+rendra ces richesses utilement disponibles.</p>
+
+<p>Paris offrira sur-tout le modèle d'une organisation complette.</p>
+
+<p>Les plus savans bibliographes ont pensé que l'immense collection des
+livres que renferme Paris, pourroit être, pour le plus grand avantage
+de ceux qui cultivent l'étude, divisé en cinq classes; que chaque
+classe formeroit une bibliothèque, et que leur réunion fictive
+composeroit la bibliothèque nationale; que chacune de ces sections,
+sans manquer toutefois des livres élémentaires, des livres principaux,
+sur toutes les sciences qui doivent se trouver par tout, seroit
+spécialement affectée à une science, à une faculté en particulier; que
+par-là le service de la bibliothèque nationale deviendroit plus
+prompt, plus commode; que chacun, des préposés aux cinq sections,
+particulièrement attaché à une partie, le connoîtroit mieux, seroit
+plus en état de la classer, de la perfectionner, de l'analyser, de
+l'enrichir de tout ce qui lui manque, et sur-tout de diriger dans
+leurs études tous ceux qui auroient à faire des recherches
+particulières dans la faculté dominante de sa section. Ainsi,
+bibliothèque mieux fournie, bibliothécaire <span class="pagenum"><a id="page085" name="page085"></a>(p.085)</span> plus instruit,
+par conséquent secours plus nombreux et plus expéditifs.</p>
+
+<p>Mais on a pensé en même temps que cette distribution ne devoit se
+faire que sur les livres que nous fournissent les Communautés du
+Département de Paris; que la bibliothèque du Roi, regardée de tout
+temps comme nationale, étant déjà toute formée, toute organisée,
+devoit rester ce qu'elle est, et ne pas disperser ses richesses dans
+les diverses sections de la nouvelle bibliothèque; que même il étoit
+naturel qu'elle acquît ce qui lui manque dans les bibliothèques
+ecclésiastiques supprimées, ainsi que la bibliothèque de la
+Municipalité de Paris, qui, enrichie et complettée par ce moyen,
+pourroit servir de bibliothèque de Département.</p>
+
+<p>La bibliothèque du Roi est le premier des dépôts. Il faut chercher à
+le perfectionner; il seroit déraisonnable de le dénaturer et de le
+détruire.</p>
+
+<p>Quant aux bibliothèques des Départemens, chacune d'elles sera divisée,
+mais dans le même local, en cinq classes, pour correspondre plus
+facilement aux sections de la bibliothèque nationale existante à
+Paris.</p>
+
+<p>Cette correspondance fournira les premiers matériaux à un journal d'un
+genre nouveau que vous devez encourager. Cet ouvrage, qui ne devra
+point être assujetti à une périodicité funeste à toutes les
+productions, aura un but philosophique et très-moral: destiné d'abord
+à faire connoître le nombre, la nature des livres ou manuscrits de
+chaque Département, à perfectionner leurs classifications, leurs
+sous-divisions, et à fixer les recherches inquiètes des savans, il
+offrira bientôt des notices analytiques sur tout ce que le temps
+commande d'abréger, des choix heureux, des simplifications savantes
+qui réduiront insensiblement à un petit nombre de volumes nécessaires
+ce que les travaux de chaque siècle ont <span class="pagenum"><a id="page086" name="page086"></a>(p.086)</span> produit de plus
+intéressant; il disposera les matériaux de ce qui est incomplet,
+préparera les méthodes, apprendra ce qui est fait, ce qu'on ne doit
+plus chercher, nous dira combien chaque vérité, chaque découverte rend
+inutiles d'ouvrages, de portions d'ouvrages, et sur-tout hâtera leur
+anéantissement réel, d'abord en réduisant au plus petit nombre
+possible, c'est-à-dire, si l'on peut parler ainsi, à des individus
+uniques, cette foule d'ouvrages superflus, multipliés avec tant de
+profusion, et en livrant ensuite à la bienfaisante rigueur du temps le
+soin de détruire absolument l'espèce entière condamnée à ne plus se
+reproduire.</p>
+
+<p>Peut-être même un tel journal pressera-t-il l'opinion publique au
+point qu'on regardera, non comme courageux, mais comme simple et
+raisonnable, de détruire tout à fait, d'époques en époques, une
+prodigieuse quantité d'ouvrages qui n'offriront plus rien, même à la
+curiosité, et qu'il seroit puéril de vouloir encore conserver.</p>
+
+<p>L'esprit se soulage par l'espoir que cette multitude immense de
+productions tant de fois répétées par l'art, et qui n'auroit jamais dû
+exister, du moins n'existera pas toujours; qu'enfin les livres qui ont
+fait tant de bien aux hommes, ne sont pas destinés à leur faire un
+jour la guerre et au physique et au moral. Or, c'est évidement du sein
+des bibliothèques que doit sortir le moyen d'en accélérer la
+destruction.</p>
+
+<p>Avant de terminer cet article, vous désirez sans doute savoir par
+approximation à quoi s'élève sur cet objet la nouvelle richesse
+nationale.</p>
+
+<p>Les relevés faits sur les inventaires des établissemens
+ecclésiastiques et religieux, au nombre de <span class="italic">quatre mille cinq cents</span>
+maisons ou à-peu-près, annoncent <span class="italic">quatre millions cent
+quatre-vingt-quatorze mille quatre cent-douze</span> volumes, <span class="pagenum"><a id="page087" name="page087"></a>(p.087)</span> dont
+près de <span class="italic">vingt-six mille</span> manuscrits. Sur ce nombre, la ville de Paris
+fournit <span class="italic">huit cent huit mille cent-vingt</span> volumes. On a remarqué
+qu'environ un cinquième étoit dépareillé, ou de nulle valeur. On
+évalue donc en général le nombre des volumes qui forme des ouvrages
+complets à <span class="italic">trois millions deux cent mille</span>, sur lesquels environ <span class="italic">six
+cent quarante mille</span> à Paris. Il est vrai aussi que certains livres y
+sont répétés trois, six, et neuf mille fois, et qu'il n'y a qu'environ
+<span class="italic">cent mille</span> articles différens. Enfin, dans ce nombre de <span class="italic">trois
+millions deux cent mille</span> se trouvent à-peu-près <span class="italic">deux millions</span> de
+volumes de théologie.</p>
+
+<p>Les deux premiers moyens d'instruction que nous venons de parcourir,
+se fortifieront de ceux qui doivent naître des <span class="italic">encouragemens</span>, des
+<span class="italic">récompenses</span>, et sur-tout des <span class="italic">méthodes</span> nouvelles.</p>
+
+<p>Les <span class="italic">encouragemens</span> connus sous le nom de <span class="italic">bourses</span> offrent quelques
+points de discussion. Tout ce qui les concerne se trouve renfermé dans
+les questions suivantes, qu'il est indispensable de résoudre.</p>
+
+<p>Quel doit être l'emploi des nombreuses fondations de ce genre qui
+existent particulièrement à Paris?</p>
+
+<p>Au profit de qui et par qui doivent-elles être employées?</p>
+
+<p>Faut-il en établir, et à l'aide de quels moyens, dans les lieux où il
+n'en existe pas?</p>
+
+<p>Enfin quelles règles à observer dans leur distribution?</p>
+
+<p>Les principes sur les fondations sont connus. Ce qui a été donné pour
+un établissement public, a été remis à la Nation qui en est devenue la
+vraie dispensatrice, la vraie propriétaire, sous la condition
+d'accorder en tout temps l'intention du donateur avec l'utilité
+générale. L'Assemblée Nationale peut donc, en se soumettant à ce
+principe, disposer du domaine <span class="pagenum"><a id="page088" name="page088"></a>(p.088)</span> de l'instruction, comme aussi
+des fonds de la charité publique. Mais, dans un objet de cette
+importance, il ne faut point d'opération hazardeuse. L'espoir du mieux
+ne permet de rien compromettre: on doit uniquement s'occuper ici de
+conserver et d'appliquer. Il faut donc garder soigneusement à
+l'instruction tout ce qui lui fut primitivement consacré; car c'est au
+moment où elle s'aggrandit que les secours lui deviennent plus
+nécessaires. Il faut que les bourses existantes à Paris soient
+appliquées à Paris, non-seulement parce que c'est le v&oelig;u des
+fondateurs, mais parce que les fonds sur lesquels sont établies ces
+bourses, existent presque tous dans la ville même de Paris, et parce
+que c'est aussi le seul moyen d'en faire jouir complettement et plus
+utilement, même tous les Départemens du Royaume.</p>
+
+<p>Cette dernière raison résout la seconde question sur les bourses.</p>
+
+<p>Au profit de qui et par qui doivent-elles être accordées?</p>
+
+<p>La plupart ont été fondées pour des provinces qui n'existent plus,
+pour des classes privilégiées qui n'existent pas davantage. Cette
+intention littérale ne peut donc être remplie. Mais elles l'ont été
+toutes pour l'encouragement du talent, pour le soulagement de
+l'infortune, et, en dernier résultat, pour le plus grand bien public.
+Or cette intention, la seule qui doit survivre à tout, sera
+parfaitement acquittée, lorsqu'il aura été décidé qu'elles seront
+réparties proportionnellement entre tous les Départemens, et que
+chacun d'entre eux aura le droit de nommer et d'envoyer à Paris, pour
+jouir de ce bienfait, le nombre de sujets qui lui seront désignés par
+ce partage.</p>
+
+<p>Mais doit-on, et par quels moyens établir ce genre d'encouragement
+dans les lieux où il n'existe pas?</p>
+
+<p>Il est clair que les moyens gratuits d'instruction ne doivent
+<span class="pagenum"><a id="page089" name="page089"></a>(p.089)</span> pas être concentrés exclusivement dans la Capitale; que la
+justice et toutes les convenances demandent que, dans chaque
+Département, l'instruction soit aussi complette qu'elle peut l'être.
+Cependant, comment y faire parcourir tous les degrés d'instruction à
+ceux que leur détresse met dans l'impossibilité d'en acquitter les
+frais, tandis que leurs dispositions les y appellent? Au moment de la
+révision de notre code constitutionnel, vous avez fortement exprimé
+votre v&oelig;u à cet égard: vous avez pensé qu'il étoit du devoir de
+l'Assemblée d'acquitter cette dette de la Nation. Nous vous
+proposerons donc d'établir, de fixer dans chaque Département un
+certain nombre de bourses qui seront acquittées et appliquées là, et
+dont la distribution, dans les différentes Écoles, sera confiée aux
+diverses Administrations. Ce moyen ne tardera pas à s'étendre, à
+s'aggrandir: il se fortifiera sur-tout, nous n'en doutons point, par
+de nombreuses souscriptions volontaires; ces mouvemens spontanés des
+peuples libres qui, associant l'homme à tout ce qui s'élève d'utile
+autour de lui, vont le porter vers cette multitude d'établissemens
+nouveaux où tous les v&oelig;ux d'une bienfaisance éclairée trouveront à
+se satisfaire.</p>
+
+<p>Quant aux règles de la distribution, elles sont simples. Chaque
+Administration municipale, surveillant les écoles de son
+arrondissement, puisera dans chacune d'elles, par une communication
+fréquente, des notions précises sur les titres effectifs de tous ceux
+qui aspireront à ce bienfait. Ces notions seront transmises par les
+Municipalités aux Districts, par les Districts aux Départemens qui,
+les réunissant toutes et combinant ensemble les dispositions, la
+conduite et les moyens de fortune, pourront discerner ceux qui
+mériteront la préférence, ou, dans le cas presque chimérique d'un
+doute absolu, ordonneront une dernière épreuve entre les concurrens.
+Cette méthode <span class="pagenum"><a id="page090" name="page090"></a>(p.090)</span> que l'expérience perfectionnera, nous a paru
+préférable à un <span class="italic">concours</span> qui seroit toujours et exclusivement
+décisif, à cette épreuve incertaine où la timidité a fait souvent
+échouer des talens véritables, où la médiocrité hardie a obtenu tant
+d'avantages. Ce dernier moyen qui appelle toute l'attention des juges
+sur un seul instant, sur un seul ouvrage, peut être conservé dans la
+carrière des arts et pour la solution des grands problèmes des
+sciences; car ici tout le talent que l'on veut récompenser peut se
+montrer dans une seule composition. Mais, lorsqu'il est moins question
+de talent que de dispositions, lorsqu'on à moins à récompenser ce qui
+est fait, qu'à encourager ce qui peut se faire, lorsque les
+dispositions sont encore vagues et n'ont pu se fixer sur un seul
+objet, il est parfaitement raisonnable de ne pas s'arrêter à un
+moment, à une production qui peut n'être qu'un heureux hazard, et il
+faut alors se déterminer sur les indications de toute une année, qui
+rarement seront trompeuses.</p>
+
+<p>Si la Société doit ce genre d'encouragement aux simples espérances que
+donnent des dispositions marquées, elle semble devoir davantage à ce
+que le talent produit de réel et d'utile, à tous les succès par
+lesquels il se distingue. C'est dans le trésor de l'opinion que
+résident sur-tout les moyens précieux d'acquitter cette dette.&mdash;On
+sait ce que dans tous les temps les récompenses, connues sous le nom
+de <span class="italic">prix</span>, ont produit chez les peuples libres: quelle ne sera pas
+leur puissance chez une Nation vive, enthousiaste, avide de toutes les
+sortes de gloire?</p>
+
+<p>Ils seront offerts à tous les âges: tous doivent les ambitionner. Le
+premier âge, parce qu'il est plus sensible à la louange,
+qu'heureusement, elle l'étonne, et qu'elle ne corrompt pas encore ses
+actions; l'âge de la raison, parce qu'il sent plus profondément les
+outrages de l'envie, et qu'il a <span class="pagenum"><a id="page091" name="page091"></a>(p.091)</span> besoin de trouver hors de
+lui et dans un témoignage irrécusable, un réparateur des injustices
+individuelles.</p>
+
+<p>Long-temps le mot de <span class="italic">prix</span> et toutes les idées qu'il réveille, ont
+été relégués dans le dictionnaire de l'enfance, et ont paru y prendre
+une sorte de caractère de puérilité; ce préjugé achevera de se
+dissiper à votre voix. C'est elle, c'est la voix de la Nation qui,
+invoquant et fixant l'opinion, provoquera les efforts, se servira de
+l'amour-propre et de l'imagination de l'homme pour le conduire à la
+véritable gloire par les routes du bien public, tantôt désignant le
+but aux recherches du talent, tantôt le livrant à lui-même et se
+confiant à sa marche, toujours montrant la récompense inséparable du
+succès. Depuis l'Élève des Écoles Primaires jusqu'au Philosophe
+destiné à aggrandir le domaine de la raison, quiconque, dans les
+productions recommandées à son talent, aura dépassé ses rivaux, aura
+atteint le but, aura osé quelquefois le franchir, recevra, dans un
+témoignage éclatant, la juste récompense de ses efforts.</p>
+
+<p>Il faut que tout ce qui est mieux, que tout ce qui est plus utile,
+soit désormais à l'abri de l'indifférence et de l'oubli; mais cette
+première récompense du talent doit être simple, pure, modeste comme
+lui: <span class="italic">une branche</span>, <span class="italic">une inscription</span>, <span class="italic">une médaille</span>, tout ce qui
+annonce qu'on n'a pas cru le payer, tout ce qui, respectant sa
+délicatesse dans le choix même du prix, semble laisser à l'estime et à
+la confiance individuelle le droit et le devoir d'acquitter chaque
+jour davantage la dette de la Nation. Voilà ce qu'il convient d'offrir
+d'abord au talent.</p>
+
+<p>C'est sur ce principe que doivent être distribués les prix dans toutes
+les parties du Royaume. Chaque lieu choisira le moment le plus
+solemnel pour honorer le triomphe du talent. Ce jour sera par-tout un
+jour de fête, et tous ceux que le choix du peuple aura revêtus d'une
+fonction, devront y assister <span class="pagenum"><a id="page092" name="page092"></a>(p.092)</span> comme étant les organes les
+plus immédiats de la reconnoissance publique.</p>
+
+<p>On ne peut parcourir les <span class="italic">moyens</span> d'instruction, sans s'arrêter
+particulièrement <span class="italic">aux méthodes</span>, ces véritables instrumens des
+sciences qui sont pour les Instituteurs eux-mêmes, ce que ceux-ci sont
+pour les Élèves. C'est à elles en effet à les conduire dans les
+véritables routes, à applanir pour eux, à abréger le chemin difficile
+de l'instruction. Non-seulement elles sont nécessaires aux esprits
+communs; le génie le plus créateur lui-même en reçoit d'incalculables
+secours, et leur a dû souvent ses plus hautes conceptions: car elles
+l'aident à franchir tous les intervalles; et en le conduisant
+rapidement aux limites de ce qui est connu, elles lui laissent toute
+sa force pour s'élancer au-delà. Enfin pour apprécier d'un mot les
+méthodes, il suffira de dire que la science la plus hardie, la plus
+vaste dans ses applications, l'<span class="italic">algèbre</span> n'est elle-même qu'une
+méthode inventée par le génie, pour économiser le temps et les forces
+de l'esprit humain. Il est donc essentiel de présenter quelques vues
+sur ce grand moyen d'instruction. Sans doute que l'infatigable
+activité des esprits supérieurs, encouragée et fortement secondée par
+la libre circulation des idées, se portera d'elle-même vers cet objet
+où tant de découvertes sont encore à faire; mais il faut, autant qu'il
+est en nous, épargner d'inutiles efforts; il faut nous aider en ce
+moment de tout ce que le génie de la Philosophie a pu nous
+transmettre, afin de presser et d'assurer la marche de l'esprit
+humain. En un mot, nous avons marqué le but de l'instruction; il nous
+reste à marquer, à indiquer du moins les principales routes, et à
+fermer sans retour celles qui si long-temps n'ont servi qu'à égarer
+les hommes.</p>
+
+<p>Pour ne point se perdre dans cet immense sujet, nos méditations se
+sont portées, bien moins sur les sciences en particulier <span class="pagenum"><a id="page093" name="page093"></a>(p.093)</span> que
+sur le principe et la fin de toutes les sciences; car c'est-là
+sur-tout qu'il faut appeler en ce moment les efforts du talent et les
+idées créatrices de tous les propagateurs de la vérité.</p>
+
+<p>L'homme est un être raisonnable, ou plus exactement peut-être, il est
+destiné à le devenir; il faut lui apprendre à penser: il est un être
+social; il faut lui apprendre à communiquer sa pensée: il est un être
+moral; il faut lui apprendre à faire le bien. Comment l'aider à
+remplir cette triple destinée? Par quels moyens parviendra-t-on à
+étendre et perfectionner la raison, à faciliter la communication des
+idées, à applanir les difficultés de la morale? De telles recherches
+sont dignes de notre époque. Voici quelques apperçus, peut-être
+quelques résultats que nous confions à l'attention publique.</p>
+
+<p>La <span class="italic">raison</span>, cette partie essentielle de l'homme, qui le distingue de
+tout ce qui n'est pas lui, est néanmoins dans une telle dépendance de
+son organisation et des impressions qu'il reçoit, qu'elle paroît
+presque tenir le dehors son existence en même temps que son
+développement. Il faut donc surveiller ces impressions premières,
+auxquelles sont comme attachées et la nature et la dignité réelle de
+l'homme.</p>
+
+<p>Et d'abord, qu'il soit prescrit de bannir du nouvel enseignement tout
+ce qui jadis n'étoit visiblement propre qu'à corrompre, qu'à enchaîner
+cette première faculté; et les superstitions de tout genre dont on
+l'effrayoit, et qui exerçoient sur elle et contre elle un si terrible
+empire long-temps encore après que la réflexion les avoit dissipées;
+et toutes ces nomenclatures stériles qui, n'étant jamais l'expression
+d'une idée sentie, étoient à-la-fois une surcharge pour la mémoire,
+une entrave pour la raison; et ce mode bizarre d'enseignement où les
+connoissances étant classées, étant prisées dans un rapport inverse
+avec leur utilité réelle, servoient bien plus à dérouter, à tromper la
+raison qu'à l'éclairer; et ces méthodes gothiques qui, convertissant
+<span class="pagenum"><a id="page094" name="page094"></a>(p.094)</span> obstacles jusqu'aux règles destinées à accélérer sa marche,
+la faisoient presque toujours rétrograder. Il est temps de briser
+toutes ces chaînes: il est temps que l'on rende à la raison son
+courage, son activité, sa native énergie, afin que, libre de tant
+d'obstacles, elle puisse rapidement et sans détour avancer dans la
+carrière qui s'ouvre et s'aggrandit sans cesse pour elle. C'est par
+vous qu'elle retrouvera sa liberté; c'est par les méthodes qu'elle en
+recueillera promptement les avantages.</p>
+
+<p>Sans doute qu'il existera toujours des différences entre la raison
+d'un homme et celle d'un autre homme: ainsi l'a voulu la nature; mais
+la raison de chacun sera tout ce qu'elle peut être: ainsi le veut la
+Société.</p>
+
+<p>Cependant comment tracer des méthodes à la raison? Comment ouvrir une
+route commune à tant de raisons diverses? Comment faire parvenir à
+chacune de ces raisons la part de richesses intellectuelles à laquelle
+chacune peut et doit prétendre. De tels objets réunis échapperoient
+peut-être à des méthodes générales. Je veux en ce moment me borner à
+ce qui importe le plus à la perfectibilité de l'homme, c'est-à-dire,
+aux moyens de donner à la raison de chaque individu toute la <span class="italic">force</span>
+et toute la <span class="italic">rectitude</span> dont elle est susceptible.</p>
+
+<p>La <span class="italic">force</span> de la raison dépend particulièrement de la mesure
+d'attention qu'on est en état d'appliquer à l'objet dont on s'occupe;
+peut-être même n'est-elle que cela; car c'est par elle que la raison
+d'un homme se montre toujours supérieure à celle d'un autre homme.
+L'attention est une disposition acquise par laquelle l'âme parvient à
+échapper aux écarts de l'imagination, à se soustraire aux importunités
+de la mémoire, et enfin à se commander à elle-même pour recueillir à
+son gré toutes ses forces. C'est alors que l'intelligence peut
+s'élever jusqu'à son plus haut degré d'énergie, que la pensée crée
+d'autres pensées, et que des idées fugitives et comme inapperçues se
+réunissent <span class="pagenum"><a id="page095" name="page095"></a>(p.095)</span> et deviennent tout-à-coup productives. Mais
+l'attention n'est une marque d'étendue et de supériorité qu'autant que
+l'esprit peut, en quelque sorte, la prendre à sa volonté, et la
+transporter toute entière d'un objet à un autre.</p>
+
+<p>Tel est donc le but auquel il faut tendre dans l'instruction destinée
+à la jeunesse: il faut, par tout ce qui peut influer sur ses
+habitudes, l'accoutumer à maîtriser sa pensée, à retenir ou rappeller
+à son gré ce regard si mobile de l'âme; lui montrer dans cet effort
+sur soi, dans cette refrénation intérieure, le principe de tous les
+genres de succès, la source des plus belles jouissances de l'esprit.
+Il faut enfin faire sortir de son intérêt présent, de ses affections
+même les plus impétueuses, le désir persévérant de se commander en
+quelque sorte pour en devenir plus libre.</p>
+
+<p>Cet apperçu indiqueroit peut-être la théorie qu'exige cette partie de
+l'enseignement; mais le problème reste encore pour nous tout entier à
+résoudre.</p>
+
+<p><span class="italic">Quelle est l'indication précise et complette des moyens propres à
+apprendre à tous les hommes à se rendre maîtres de leur attention?</span></p>
+
+<p>Un tel problème mérite d'être recommandé à tous ceux qui sont dignes
+de concourir à l'avancement de la raison humaine.</p>
+
+<p>La <span class="italic">rectitude</span> de la raison tient à d'autres causes; et néanmoins
+l'attention qui est le principe de sa <span class="italic">force</span>, est un grand
+acheminement vers cette rectitude: car la disposition de l'âme qui
+permet d'observer long-temps un objet, doit être nécessairement un des
+premiers moyens pour apprendre à le bien voir. Mais il faut aider ce
+moyen; il faut, par des procédés bien éprouvés, assurer à la raison et
+lui conserver cette habitude de voir sans effort ce qui est, et cette
+constante direction vers la vérité qui alors devient la passion
+dominante et souvent exclusive de l'âme. En nous élevant jusqu'à la
+hauteur des méthodes les plus générales, il nous a semblé <span class="pagenum"><a id="page096" name="page096"></a>(p.096)</span>
+que, pour atteindre à ce but, il importoit souverainement d'intéresser
+en quelque sorte la conscience des élèves à la recherche de tout ce
+qui est vrai: (la vérité est en effet la morale de l'esprit, comme la
+justice est la morale du c&oelig;ur). Il importe non moins vivement
+d'intéresser leur curiosité, leur ardente émulation, en les faisant
+comme assister à la création des diverses connoissances dont on veut
+les enrichir, et en les aidant à partager sur chacune d'elles la
+gloire même des inventeurs: car ce qui est du domaine de la raison
+universelle ne doit pas être uniquement, offert à la mémoire; c'est à
+la raison de chaque individu à s'en emparer: il est mille fois prouvé
+qu'on ne sait réellement, qu'on ne voit clairement que ce qu'on
+découvre, ce qu'on invente en quelque sorte soi-même. Hors de là,
+l'idée qui nous arrive, peut être en nous; mais elle n'est pas à nous;
+mais elle ne fait pas partie de nous: c'est une plante étrangère qui
+ne peut jamais prendre racine. Que faut-il donc? Recommander par
+dessus tout l'usage de l'analyse qui réduit un objet quelconque à ses
+véritables élémens, et de la synthèse qui le recompose ensuite avec
+eux. Par cette double opération qui recèle peut-être tout le secret de
+l'esprit humain, à qui nous devons les plus savantes combinaisons de
+la métaphysique, et par là les principes de toutes les sciences, on
+parvient à voir tout ce qui est dans un objet, et à ne voir que ce qui
+y est: on ne reçoit point, une idée; on l'acquiert: on ne voit jamais
+trouble; on voit juste, ou l'on ne voit rien. Que faut-il encore?
+L'application fréquente et presque habituelle de la méthode rigide des
+mathématiciens, de cette méthode qui, écartant tout ce qui ne sert
+qu'à distraire l'esprit, marche droit et rapidement à son but,
+s'appuie sur ce qui est parfaitement connu pour arriver sûrement à ce
+qui ne l'est pas, ne dédaigne aucun obstacle, ne franchit aucun
+intervalle, s'arrête à ce qui ne peut être entendu, consent à ignorer,
+<span class="pagenum"><a id="page097" name="page097"></a>(p.097)</span> jamais à savoir mal; et présente le moyen, si non de
+découvrir toujours la vérité d'un principe, du moins d'arriver avec
+certitude jusqu'à ses dernières conséquences. Cette méthode est
+applicable à plus d'objets qu'on ne pense, et c'est un grand service à
+rendre à l'esprit humain que de l'étendre sur tous ceux qui en sont
+susceptibles. Ainsi, nouveau problème à résoudre.</p>
+
+<p><span class="italic">Comment appliquer l'esprit d'analyse et la méthode rigoureuse des
+mathématiciens aux divers objets des connoissances humaines?</span></p>
+
+<p>C'est encore ici à la Nation à interroger, et c'est au temps à nous
+montrer celui qui sera digne d'apporter la réponse à cette question.</p>
+
+<p>Au don de penser succède rapidement le don de communiquer ce qu'on
+pense; ou plutôt l'un est tellement enchaîné à l'autre, qu'on ne peut
+les concevoir séparés que par abstraction. De cette vérité rendue
+particulièrement sensible de nos jours, il suit que tout ce qui
+augmente les produits de la pensée, agit simultanément sur le signe
+qui l'accompagne, comme aussi que le signe perfectionné accroît,
+enrichit et féconde à son tour la pensée; mais cette conséquence
+incontestable et purement intellectuelle ne doit pas nous suffire; et
+ici s'offrent à l'esprit d'intéressantes questions à discuter.</p>
+
+<p>Une singularité frappante de l'état dont nous nous sommes affranchis,
+est sans doute que la langue nationale, qui chaque jour étendoit ses
+conquêtes au-delà des limites de la France, soit restée au milieu de
+nous comme inaccessible à un si grand nombre de ses habitans, et que
+le premier lien de communication ait pu paroître pour plusieurs de nos
+contrées une barrière insurmontable. Une telle bizarrerie doit, il est
+vrai, son existence à diverses causes agissant fortuitement et sans
+<span class="pagenum"><a id="page098" name="page098"></a>(p.098)</span> dessein; mais c'est avec réflexion, c'est avec suite que les
+effets en ont été tournés contre les peuples. Les Écoles primaires
+vont mettre fin à cette étrange inégalité: la langue de la
+Constitution et des lois y sera enseignée à tous; et cette foule de
+dialectes corrompus, derniers restes de la féodalité sera contrainte
+de disparoître: la force des choses le commande. Pour parvenir à ce
+but, à peine est il besoin d'indiquer des méthodes: la meilleure de
+toutes pour enseigner une langue dans le premier âge de la raison,
+doit en effet se rapprocher de celle qu'un instinct universel a
+suggérée pour montrer à l'enfance de tous les pays le premier langage
+qu'elle emploie; elle doit n'être qu'une espèce de routine, raisonnée,
+il est vrai, et éclairée par degrés, mais nullement précédée des
+règles de la grammaire: car ces règles, qui sont des résultats
+démontrés pour celui qui sait déjà les langues et qui les a méditées,
+ne peuvent en aucune manière être des moyens de les savoir pour celui
+qui les ignore: elles sont des conséquences; on ne peut, sans faire
+violence à la raison, les lui présenter comme des principes.</p>
+
+<p>Mais si l'on peut laisser au cours naturel des idées le soin de rendre
+universelle parmi nous une langue dont chaque instant rappellera le
+besoin, on ne doit pas confier au hazard le moyen de la perfectionner.
+La langue françoise, comme toutes les autres, a subi d'innombrables
+variations auxquelles le caprice et des rencontres irréfléchies ont eu
+bien plus de part que la raison: elle a acquis, elle a perdu, elle a
+retrouvé une foule de mots. D'abord stérile et incomplette, elle s'est
+chargée successivement d'abstractions, de composés, de dérivés, de
+débris poëtiques. Pour bien apprécier les richesses qu'elle possède et
+celles qui lui manquent, il faut avant tout se faire une idée juste de
+son état actuel; il faut montrer à celui dont on veut éclairer la
+raison par le langage, quel a été le sens <span class="pagenum"><a id="page099" name="page099"></a>(p.099)</span> primitif de chaque
+mot, comment il s'est altéré, par quelle succession d'idées on est
+parvenu à détacher d'un sujet ses qualités pour en former un mot
+abstrait qui ne doit son existence qu'à une hardiesse de l'esprit; il
+faut rappeller le figuré à son sens propre, le composé au simple, le
+dérivé à son primitif; par-là tout est clair; il règne un accord
+parfait entre l'idée et son signe, et chaque mot devient une image
+pure et fidèle de la pensée.</p>
+
+<p>Ici commence le perfectionnement de la langue. Et d'abord la
+révolution a valu à notre idiome une multitude de créations qui
+subsisteront à jamais, puisqu'elles expriment ou réveillent des idées
+d'un intérêt qui ne peut périr; et la langue politique existera enfin
+parmi nous; mais, plus les idées sont grandes et fortes, plus il
+importe que l'on attache un sens précis et uniforme aux signes
+destinés à les transmettre; car de funestes erreurs peuvent naître
+d'une simple équivoque. Il est donc digne des bons citoyens, autant
+que des bons esprits, de ceux qui s'intéressent à la fois au règne de
+la paix et au progrès de la raison, de concourir par leurs efforts à
+écarter des mots de la langue françoise, ces significations vagues et
+indéterminées, si commodes pour l'ignorance et la mauvaise foi, et qui
+semblent receler des armes toutes prêtes pour la malveillance et
+l'injustice. Ce problème très-philosophique et qu'il faut généraliser
+le plus possible, demande du temps, une forte analyse et l'appui de
+l'opinion publique pour être complettement résolu. Il n'est pas
+indigne de l'Assemblée Nationale d'en encourager la solution.</p>
+
+<p>Un tel problème, auquel la création et le danger accidentel de
+quelques mots nous ont naturellement conduits, s'est lié dans notre
+esprit à une autre vue. Si la langue françoise a conquis de nouveaux
+signes, et s'il importe que le sens en <span class="pagenum"><a id="page100" name="page100"></a>(p.100)</span> soit bien déterminé,
+il faut en même-temps qu'elle se délivre de cette surcharge de mots
+qui l'appauvrissoient et souvent la dégradoient. La vraie richesse
+d'une langue consiste à pouvoir exprimer tout avec force, avec clarté,
+mais avec peu de signes. Il faut donc que les anciennes formes
+obséquieuses, ces précautions timides de la foiblesse, ces souplesses
+d'un langage détourné qui sembloit craindre que la vérité ne se
+montrât toute entière, tout ce luxe imposteur et servile qui accusoit
+noire misère, se perde dans un langage simple, fier et rapide; car là
+où la pensée est libre, la langue doit devenir prompte et franche, et
+la pudeur seule a le droit d'y conserver ses voiles.</p>
+
+<p>Qu'on ne nous accuse pas toutefois de vouloir ici calomnier une langue
+qui, dans son état actuel, s'est immortalisée par des
+chefs-d'&oelig;uvres. Sans doute que par-tout les hommes de génie ont
+subjugué les idiomes les plus rebelles, ou plutôt par-tout ils ont su
+se créer un idiome à part; mais il a fallu tout le courage, toute
+l'audace de leur talent, et la langue usuelle n'en a pas moins
+conservé parmi nous l'empreinte de notre foiblesse et de nos préjugés.
+Il est juste, il est constitutionnel que ce ne soit plus désormais le
+privilège de quelques hommes extraordinaires de la parler dignement;
+que la raison la plus commune ait aussi le droit et la facilité de
+s'énoncer avec noblesse; que la langue françoise s'épure à tel point,
+qu'on ne puisse plus désormais prétendre à l'éloquence sans idées,
+comme il ne sera plus permis d'aspirer à une place sans talens; qu'en
+un mot, elle reçoive pour tous un nouveau caractère et se retrempe en
+quelque sorte dans la liberté et dans l'égalité. C'est vers ce but non
+moins philosophique que national que doit se porter une partie des
+travaux des nouveaux Instituteurs.</p>
+
+<p>Un Ministre immortel dans les annales du despotisme ne <span class="pagenum"><a id="page101" name="page101"></a>(p.101)</span> jugea
+pas indifférent à sa gloire, et sur-tout à ses vues, de réserver une
+partie de ses soins au progrès et à ce qu'il nommoit le
+perfectionnement de la langue françoise: en cela il voyoit
+profondément et juste. L'Assemblée Nationale, qui certes connoît et
+connoît bien autrement la puissance de la parole, qui sait combien les
+signes ont d'empire, ou plutôt d'action sur les idées et par elles sur
+les habitudes qu'elle veut faire naître ou affermir, et qui désire que
+la raison publique trouve sans cesse dans la langue nationale un
+instrument vigoureux qui la seconde et ne la contrarie jamais, sentira
+sans doute aussi, mais dans des vues bien différentes, combien un tel
+objet importe à l'intérêt et à la gloire de la Nation. Ainsi:</p>
+
+<p><span class="italic">Notre langue a perdu un grand nombre de mots énergiques qu'un goût,
+plutôt foible que délicat, a proscrits; il faut les lui rendre: les
+langues anciennes et quelques-unes d'entre les modernes sont riches
+d'expressions fortes, de tournures hardies qui conviennent
+parfaitement à nos nouvelles m&oelig;urs; il faut s'en emparer; la langue
+françoise est embarrassée de mots louches et synonymiques, de
+constructions timides et traînantes, de locutions oiseuses et
+serviles; il faut l'en affranchir</span>. Voilà le problème complet à
+résoudre.</p>
+
+<p>Si la langue nationale est le premier des moyens de communication
+qu'il importe de cultiver, l'enseignement simultané des autres
+langues, de celles sur-tout qui nous ont transmis des modèles
+immortels, est un moyen auxiliaire et puissant qu'il seroit coupable
+de négliger: car, sans parler des beautés qu'elles nous apportent et
+qui expirent dans les traductions, on ne doit pas perdre de vue que,
+par leur seul rapprochement, les langues s'éclairent et
+s'enrichissent; que, surveillées en quelque sorte l'une par l'autre,
+elles s'avertissent de leurs défauts, se prêtent mutuellement des
+images; qu'elles fortifient, par leur contraste, par leur opposition
+même, les <span class="pagenum"><a id="page102" name="page102"></a>(p.102)</span> facultés intellectuelles de celui qui les réunit.
+L'idée qui nous appartient sous divers signes, est en effet bien plus
+profondément en nous, bien plus intimement à nous: c'est une propriété
+dont à peine nous soupçonnions d'abord l'existence, et qui reçoit une
+nouvelle garantie et comme un nouveau titre de chacun des témoins
+nouveaux qui la constatent.</p>
+
+<p>Cette action mutuelle des langues qui, s'épurant ainsi l'une par
+l'autre, concourent par leur influence réciproque à imprimer à la
+pensée un nouveau degré de force et clarté, a dû insensiblement élever
+l'écrit jusqu'à l'idée d'une langue commune et universelle, qui, née
+en partie du débris des autres, trouveroit, soit en elles, soit hors
+d'elles, les élémens les plus analogues avec toutes nos sensations, et
+par-là deviendroit nécessairement la langue humaine. Il paroît que
+cette idée, ou plutôt une idée semblable, a occupé quelque temps un
+des plus grands Philosophes du dernier siècle: il sembloit à
+<span class="italic">Leibnitz</span>, que pour hâter les progrès de la raison, on devoit
+chercher, non à vaincre successivement, mais à briser à-la-fois tous
+les obstacles qui empêchent ou retardent la libre communication des
+esprits; que, dans l'impossibilité d'apprendre cette multitude
+d'idiomes disparates qui les séparent, il falloit en former ou en
+adopter un qui fût en quelque sorte le point central, le rendez-vous
+commun de toutes les idées, en un mot, qui devînt pour la pensée ce
+que l'algèbre est pour les calculs. Une telle vue a dû étonner par sa
+hardiesse, et l'on n'a pas tardé à la ranger dans la classe des
+chimères: il faudroit en effet que les nouveaux signes universellement
+adoptés, fussent une image tellement sensible de nos idées, qu'attiré
+ou ramené vers eux comme par enchantement, le genre humain s'étonnât
+d'en avoir, jusqu'à ce jour, adopté d'autres, qu'ils fussent en un mot
+presque aussi clairement représentatifs de la pensée, que l'or et
+l'argent le sont de la <span class="pagenum"><a id="page103" name="page103"></a>(p.103)</span> richesse. Or de tels signes sont-ils
+dans la nature? Peuvent-ils exister pour toutes les idées?</p>
+
+<p>Gardons-nous pourtant de fixer trop précipitamment le terme où doivent
+s'arrêter sur de semblables questions les recherches de l'esprit
+humain: car, si dans toute l'étendue que présente ce problème, on est
+en droit de le regarder comme insoluble, il est cependant permis de
+penser que les efforts, même impuissans pour les résoudre, ne seraient
+pas tout-à-fait perdus, et que chaque pas que l'on feroit dans cette
+recherche, dût le terme se reculer sans cesse, chaque découverte, dans
+cette région presque idéale, apporteroit quelques richesses à la
+langue, quelques moyens nouveaux à la raison.</p>
+
+<p>Déjà des hommes, inspirés par le génie de l'humanité, ont presque
+atteint la solution de ce hardi problème. On les a vus, pour consoler
+les êtres affligés que la nature a déshérités d'un sens, inventer de
+nos jours et perfectionner rapidement cette langue des signes qui est
+l'image vivante de la pensée, dont tous les élémens sensibles à
+l'&oelig;il ne laissent appercevoir rien d'arbitraire, par qui les idées
+même les plus abstraites deviennent presque visibles, et qui, dans sa
+décomposition, simple à la fois et savante, présente la véritable
+grammaire, non des mots, mais des idées. Une telle langue rempliroit
+toutes les conditions du problème, si par elle, comme par la parole
+écrite, on parvenoit à transmettre la pensée à des distances
+indéfinies; mais jusqu'à présent, on n'a pu que la parler et non
+l'écrire; et ceux qui la possèdent le mieux, sont réduits, pour se
+faire entendre de loin, à la traduire en une des langues usuelles.
+Jusqu'à ce qu'on ait trouvé le moyen de la transcrire, au lieu de la
+traduire, elle restera donc à la vérité une des plus belles, une des
+plus utiles inventions des hommes: elle sera peut-être la première des
+méthodes pour rendre l'esprit parfaitement analytique, pour le
+prémunir <span class="pagenum"><a id="page104" name="page104"></a>(p.104)</span> contre une multitude d'erreurs qu'il doit à
+l'imperfection de nos signes, pour corriger enfin les vices
+innombrables de nos grammaires. Sous ces points de vue, elle ne pourra
+être ni trop méditée, ni trop fortement encouragée; mais elle ne sera
+point, encore une langue universelle.</p>
+
+<p>Ces réflexions sur les langues, les divers points de vue sous lesquels
+nous avons considéré ce sujet fécond, et enfin les problèmes proposés
+ou indiqués, nous paroissent devoir remplir l'objet de cet article,
+celui de préparer et d'assurer un jour à la raison tous les moyens de
+communication qu'elle peut désirer.</p>
+
+<p>Ce n'est pas assez d'apprendre à penser à l'être raisonnable,
+d'apprendre à communiquer sa pensée à l'être social, il faut
+particulièrement apprendre à faire le bien à l'être moral.</p>
+
+<p>Faire le bien, le faire chaque jour mieux par un plus grand nombre de
+motifs et avec moins d'efforts, c'est là que tout doit tendre dans une
+association quelconque. Hors de là, rien n'est à sa place, rien ne
+marche à son but. Ainsi les méthodes pour apprendre à communiquer ce
+qu'on pense, ne doivent elles-mêmes être réputées que des moyens
+indirects pour atteindre jusqu'à la morale, qui est le dernier
+résultat de toute société: car les désordres ne sont, bien souvent,
+que des erreurs de la pensée, et souvent aussi les habitudes
+vertueuses que le résultat naturel de la communication des esprits.</p>
+
+<p>Mais ces moyens éloignés réclament l'appui des méthodes particulières
+et directes.</p>
+
+<p>Avant de les présenter, défendons-nous de séparer ici, comme tant de
+fois on a osé le faire, la morale publique de la morale privée. Cette
+charlatanerie de la corruption est une insulte aux m&oelig;urs: quoiqu'il
+soit vrai que les rapports changent avec les personnes et les
+événemens, il est incontestable que le principe moral reste toujours
+le même, sans <span class="pagenum"><a id="page105" name="page105"></a>(p.105)</span> quoi il n'existeroit point. On peut bien, on
+doit même appliquer diversement les règles de la justice; mais il n'y
+a point deux manières d'être juste; mais il est absurde de penser
+qu'il puisse y avoir deux justices.</p>
+
+<p>Pour arriver à l'exacte définition de <span class="italic">la morale</span>, il faut la chercher
+dans le rapprochement des idées que le commun des hommes, livrés ou
+rendus à eux-mêmes, ont constamment attachées à ce mot. Celle qui
+paroît les comprendre toutes, et qu'indique un instinct général autant
+que la raison, présente à l'esprit l'art de faire le plus de bien
+possible à ceux avec qui l'on est en relation, sans blesser les droits
+de personne. Si les relations sont peu étendues, la morale réveille
+l'idée des vertus domestiques et privées: elle prend le nom de
+patriotisme, lorsque ces relations s'étendent sur la Société entière
+dont on fait partie; enfin, elle s'élève jusqu'à l'humanité, à la
+philantropie, lorsqu'elles embrassent le genre humain. Dans tous les
+cas, elle comprend la justice qui sent, respecte, chérit les droits de
+tous; la bonté qui s'unit par un sentiment vrai au bien ou au mal
+d'autrui; le courage qui donne la force d'exécuter constamment ce
+qu'inspirent la bonté et la justice; enfin ce degré d'instruction qui,
+éclairant les premiers mouvemens de l'âme, nous montre à chaque
+instant en quoi consistent et ce qu'exigent réellement et la justice,
+et la bonté, et le courage. Tels sont les élémens de la morale. De-là
+résultent deux vérités: la première, qu'elle est inséparable d'un bien
+produit ou à produire, que par conséquent l'effort le plus hardi qui
+n'aboutit point là, lui est absolument étranger. Ce n'est point de
+l'étonnement, c'est de la reconnoissance qu'elle doit inspirer. La
+seconde, qu'elle ne peut se trouver que dans les relations qui nous
+unissent à nos semblables: car elle suppose des droits, des devoirs,
+des affections réciproques, et particulièrement ce sentiment <span class="pagenum"><a id="page106" name="page106"></a>(p.106)</span>
+expensif qui, nous faisant vivre en autrui, devient par la réflexion
+le garant de la justice, comme il est naturellement le principe de la
+bonté. Il faut donc ici identité de nature. Sans doute que les
+rapports de l'homme avec Dieu, avec soi, et même avec les êtres
+inférieurs à lui, ne sont pas étrangers à la morale: mais si la raison
+y découvre des motifs souvent très-puissans pour la pratiquer, si,
+sous ce point de vue, ils doivent être cultivés, ils doivent être
+respectés, il est sensible, à la simple réflexion qu'ils ne peuvent
+faire eux-mêmes partie de cette morale science dont il est question.
+On doit seulement les considérer comme moyens, tandis que les rapports
+sociaux sont ici à la fois et le principe et le but.</p>
+
+<p>La morale ainsi analysée, ainsi circonscrite, quelles méthodes doit
+mettre en usage une grande Société pour en pénétrer fortement les
+membres qui la composent? Trois principales s'offrent à l'esprit et
+embrassent les moyens d'instruction pour la vie entière: la première
+est de faire faire à l'enfance un apprentissage véritable de ce
+premier des arts et comme un premier essai des vertus que la Société
+lui demandera un jour, en organisant cette petite Société naissante
+d'après les principes de la grande organisation sociale; la seconde,
+de multiplier sans cesse autour de tous les individus et en raison de
+leurs affections, les motifs les plus déterminans pour faire le bien;
+la troisième est de frapper d'impressions vertueuses et profondes les
+sens, les facultés de l'âme, de telle sorte que la morale, qui
+pourroit d'abord ne paroître qu'un produit abstrait de la raison, ou
+un résultat vague de la sensibilité, devienne un sentiment, un
+bonheur, et par conséquent une forte habitude.</p>
+
+<p>La gloire d'un individu est de faire des actions utiles lorsqu'elles
+demandent du courage. Le devoir de la Société est de les convertir
+tellement en habitude, que rarement l'emploi <span class="pagenum"><a id="page107" name="page107"></a>(p.107)</span> du courage soit
+nécessaire: ce principe est incontestable. C'est donc dans l'enfance
+qu'il faut jetter les premières semences de la morale, puis qu'il est
+si bien reconnu que les impressions qui datent de ce premier âge de la
+vie, sont les seules que le temps n'efface jamais.</p>
+
+<p>Là s'appliqueront sans effort et dans la juste mesure que demandent la
+foiblesse et l'inexpérience, les moyens ordinaires d'instruction; mais
+un moyen particulier et d'un effet sûr paroît devoir être ajouté
+par-tout où les élèves sont constamment réunis sous les yeux de leurs
+instituteurs.</p>
+
+<p>Ce moyen, dont on retrouve quelque traces dans les anciennes
+institutions des Perses, ainsi que dans quelques cantons Suisses,
+consiste à organiser ces jeunes sociétés, quelque temps avant la fin
+de l'éducation, de telle sorte que l'exercice anticipé de toutes les
+vertus sociales y soit un besoin universellement senti: car, qui doute
+qu'en toute chose et sur-tout en morale, la première de toutes les
+leçons ne soit la pratique, et que la pratique ne soit complettement
+assurée, quand chaque instant en rappelle la nécessité.</p>
+
+<p>Toute réunion qui a un but, est une véritable association; et une
+association quelconque, déterminée par un intérêt commun, entraîne la
+nécessité d'un gouvernement. Cette vérité ne peut être mise en doute.</p>
+
+<p>Or, dans le gouvernement le plus fractionnaire, le plus subordonné à
+la loi et à l'action générale, on retrouve les élémens des divers
+pouvoirs qui constituent la grande Société, c'est-à-dire, des volontés
+individuelles qui cherchent à se réunir, et des moyens d'exécution qui
+demandent à être dirigés; et l'on est porté à combiner ces élémens sur
+le modèle qu'on a sous les yeux.</p>
+
+<p>C'est ainsi que, dans l'ancien état des choses, le régime <span class="pagenum"><a id="page108" name="page108"></a>(p.108)</span>
+intérieur de chaque école sembloit s'être formé sur le régime
+tyrannique sous lequel la France étoit opprimée.</p>
+
+<p>Une foule de réglemens incohérens, éludés par la faveur, changés par
+le caprice; des volontés arbitraires prenant sans cesse la place de la
+loi; des punitions qui ne tendoient qu'à flétrir l'âme; des
+distinctions humiliantes qui insultoient au principe sacré de
+l'égalité; une soumission toujours aveugle; enfin nul rapport de
+confiance entre les gouvernans et les gouvernés: telles étoient les
+maisons d'instruction: telle étoit la France entière.</p>
+
+<p>Aujourd'hui que le gouvernement représentatif a pris naissance parmi
+nous, c'est-à-dire, le gouvernement le plus parfait qu'il soit donné à
+l'homme de concevoir, pourroit-on ne pas chercher à en reproduire
+l'image dans l'enceinte des sociétés instructives lorsque rien ne s'y
+oppose, que la raison le demande, et sur-tout que la morale doit y
+trouver infailliblement le moyen de s'étendre et de s'affermir dans
+les âmes? Développons cette idée.</p>
+
+<p><span class="italic">Toute association</span>, a dit un philosophe, <span class="italic">dont les membres ne peuvent
+pas vaquer tous à toute l'administration commune, est obligée de
+choisir entre des représentans et des maîtres, entre le despotisme et
+un gouvernement légitime</span>. Cette idée simple et féconde trouve ici une
+application directe.</p>
+
+<p>Mais une observation se présente tout-à-coup pour suspendre la
+rapidité de la conséquence qu'on pourroit en déduire.</p>
+
+<p>Le principe n'est complettement vrai que lorsque l'association est
+formée d'hommes parfaitement égaux, et qui arrivent là avec la
+plénitude de leurs droits.</p>
+
+<p>Or, une maison d'instruction étant composée d'Instituteurs et
+d'Élèves, d'hommes dont la volonté et la raison sont formées, et de
+jeunes gens en qui l'une et l'autre sont incomplettes, enfin
+d'individus revêtus d'une autorité, et d'individus <span class="pagenum"><a id="page109" name="page109"></a>(p.109)</span> qui
+doivent s'y soumettre, il est clair qu'on ne peut presser ici le
+principe de l'égalité.</p>
+
+<p>Et pourtant si la raison, si la nature des choses demandent que celui
+qui instruit soit constamment au-dessus de celui qui est instruit; si,
+sous ce rapport, son autorité doit même être pleine et indépendante,
+et si l'amour-propre le plus rebelle ne peut en être plus irrité que
+ne l'est celui d'un enfant lorsqu'il est porté par un homme fort, il
+est également vrai que, hors de là et en ce qui concerne sur-tout le
+régime des Écoles, cette autorité ne doit pas être également
+illimitée, ou plutôt qu'il faut la placer en d'autres mains pour
+qu'ici, comme dans le corps social, la séparation des pouvoirs
+garantisse de tout despotisme.</p>
+
+<p>Qu'on ne perde pas de vue que, dans les individus les plus enchaînés
+par les institutions sociales, il est une portion de volonté
+disponible qui peut être utilement et doit par conséquent être
+toujours mise en commun, dès l'instant qu'il se forme entre eux une
+association quelconque.</p>
+
+<p>La volonté des jeunes gens, toute imparfaite qu'elle est, se porte
+facilement vers ce qui est vrai et juste, parce qu'elle est libre de
+préjugés.</p>
+
+<p>Or peut-on ne pas sentir qu'il importe aux Élèves et aux Instituteurs
+que ces jeunes volontés, transmises en quelque sorte par des élections
+souvent renouvellées jusqu'à un petit nombre d'entre eux qui
+deviendront les représentans de tous, se réunissent dans l'exercice
+des diverses fonctions administratives et judiciaires que réclame le
+maintien de toute société.</p>
+
+<p>C'est alors que les Instituteurs bornés à l'objet qui leur appartient
+exclusivement, l'instruction, n'exerçant sur tout le reste qu'une
+surveillance directive très-générale, conserveront aisément cette
+confiance si nécessaire à leurs travaux, et qu'aucune vengeance
+particulière, aucun reproche personnel n'essayera plus d'affoiblir.
+<span class="pagenum"><a id="page110" name="page110"></a>(p.110)</span></p>
+
+<p>Les Élèves, de leur côté, à la fois libres et soumis, supportant sans
+peine un joug dont ils sentiront la nécessité, mais ne supportant que
+celui là; à l'abri désormais de ces nombreuses injustices qui les
+révoltent, et dont le ressentiment se conserve toute la vie; appellés
+par des choix toujours purs à participer à l'administration commune, à
+devenir des Juges, des Jurés, des Arbitres, des Censeurs; toujours
+comptables envers leurs égaux; chargés tour à tour de prévenir les
+délits, de les juger, de les faire punir; de distribuer le blâme et la
+louange, d'appaiser les dissentions; jaloux, dans l'exercice de ces
+intéressantes fonctions, de mériter l'estime de tous sans chercher à
+plaire à personne, apprendront de bonne heure à traiter avec les
+hommes et leurs passions, à concilier l'exercice de la justice avec
+une indulgence raisonnée, s'exerceront à toutes les vertus domestiques
+et publiques, au respect pour la loi, pour les m&oelig;urs, pour l'ordre
+général, sentiront s'élever leur âme au sein de l'égalité, de la
+liberté, et sauront enfin ce qu'on ne peut savoir trop tôt et ce
+qu'ils eussent ignoré long-temps, que l'homme, à quelque âge que ce
+soit, doit plier sous la loi, sous la nécessité, sous la raison,
+jamais sous une volonté particulière.</p>
+
+<p>N'est-ce pas là le véritable apprentissage de la vie sociale, et par
+conséquent le cours de morale le plus complet, le plus efficacement
+instructif? Un réglement facile réalisera les bases de cette
+Constitution particulière, si parfaitement analogue à la Constitution
+générale de l'Empire.</p>
+
+<p>Il est un second devoir de la Société pour assurer l'empire de la
+morale: c'est de rassembler et de fortifier les motifs qui peuvent
+porter l'homme à faire le bien dans les divers âges de la vie.</p>
+
+<p>La Société doit exciter l'homme par <span class="italic">l'intérêt</span>, en lui montrant dans
+le bien qu'il fait aux autres, le garant de celui qu'il <span class="pagenum"><a id="page111" name="page111"></a>(p.111)</span>
+recevra de tous, en lui montrant même que, dans cet échange
+réciproque, il recevra bien plus qu'il ne donne.</p>
+
+<p>Elle doit l'exciter par <span class="italic">l'honneur</span>, en rattachant à la morale ce
+mobile des âmes ardentes que le préjugé en avoit détaché.</p>
+
+<p>Elle doit l'exciter par la <span class="italic">conscience</span>, en le rappellant souvent, par
+l'organe de ses agens et des instituteurs publics, à ce sens interne
+qui, exercé, éclairé de bonne heure, et consulté fréquemment, devient
+un inspirateur prompt et sûr, un moniteur incorruptible, et rend
+inséparables la vertu et le bonheur, le crime et les remords.</p>
+
+<p>Elle doit sur-tout l'exciter par la <span class="italic">raison</span>; car il faut avant tout
+et après tout s'adresser à cette première faculté de l'homme, puisque
+tous les autres mobiles doivent tôt ou tard subir son jugement et sa
+révision: il faut montrer à ceux qui se déterminent par réflexion plus
+que par sentiment, par conviction plus que par intérêt, que les
+vérités, dans l'ordre moral, sont fondées sur des bases
+indestructibles, qu'on ne peut les méconnoître sans renoncer à toute
+raison; qu'en un mot, la morale la plus sublime n'est presque jamais
+que du bon sens.</p>
+
+<p>Elle doit enfin exciter l'homme par <span class="italic">l'exemple</span>: et ce moyen puissant,
+c'est à <span class="italic">l'histoire</span> qu'elle doit le demander: car l'orgueil de
+l'homme se défendra toujours de le devoir à ses contemporains. Quelle
+histoire sera digne de remplir cette vue morale? Aucune sans doute de
+celles qui existent: ce qui nous reste de celle des anciens nous offre
+des fragmens précieux pour la liberté; mais ce ne sont que des
+fragmens: ils sont trop désunis, trop loin de nous; aucun intérêt
+national ne les anime, et notre long asservissement nous a trop
+accoutumés à les ranger parmi les fables. La nôtre, telle qu'elle a
+été tracée, n'est presque par-tout qu'un servile hommage décerné à des
+abus: c'est l'ouvrage de la foiblesse écrivant sous les yeux, souvent
+sous la dictée de la tyrannie; mais cette même histoire, <span class="pagenum"><a id="page112" name="page112"></a>(p.112)</span>
+telle qu'elle devroit être, telle qu'on la conçoit en ce moment, peut
+devenir un fonds inépuisable des plus hautes instructions morales.</p>
+
+<p>Que désormais s'élevant à la dignité qui lui convient, elle devienne
+l'histoire des peuples et non plus celle d'un petit nombre de chefs;
+qu'inspirée par l'amour des hommes, par un sentiment profond pour
+leurs droits, par un saint respect pour leur malheur, elle dénonce
+tous les crimes qu'elle raconte; que, loin de se dégrader par la
+flatterie, loin de se rendre complice par une vaine crainte, elle
+insulte jusqu'à la gloire toutes les fois que la gloire n'est point la
+vertu; que par elle une reconnoissance impérissable soit assurée à
+ceux qui ont servi l'humanité avec courage, et une honte éternelle à
+quiconque n'a usé de sa puissance que pour nuire; que, dans la
+multitude de faits qu'elle parcourt, elle se garde de chercher les
+droits de l'homme qui certes ne sont point là; mais qu'elle y cherche,
+mais qu'elle y découvre les moyens de les défendre que toujours on
+peut y trouver; que, pour cela, sacrifiant ce que le temps doit
+dévorer, ce qui ne laisse point de trace après soi, tout ce qui est
+nul aux yeux de la raison, elle se borne à marquer tous les pas, tous
+les efforts vers le bien, vers le perfectionnement social, qui ont
+signalé un si petit nombre d'époques, et à faire ressortir les
+nombreuses conspirations de tous les genres, dirigées contre
+l'humanité avec tant de suite, conçues avec tant de profondeur, et
+exécutées avec un succès si révoltant; qu'en un mot, le récit de ce
+qui fut, se mêle sans cesse au sentiment énergique de ce qui devoit
+être: par là, l'histoire s'abrège et s'aggrandit; elle n'est plus une
+compilation stérile; elle devient un système moral; le passé
+s'enchaîne à l'avenir, et en apprenant à vivre dans ceux qui ont vécu,
+on met à profit pour le bonheur des hommes, jusqu'à la longue
+expérience des erreurs et des crimes. <span class="pagenum"><a id="page113" name="page113"></a>(p.113)</span></p>
+
+<p>C'est par tous ces moyens, c'est par tous ces motifs intérieurs que la
+morale s'imprimera dans l'homme. Il reste à lui en faire parvenir les
+impressions par les moyens extérieurs qui sont au pouvoir de la
+Société; et ici se présentent à l'esprit les <span class="italic">spectacles</span>, les
+<span class="italic">fêtes</span>, les <span class="italic">arts</span>, etc. etc.</p>
+
+<p>Un moyen fécond d'instruction sera éternellement attaché à la
+<span class="italic">représentation</span> des grands événemens, à la peinture énergique des
+grandes passions. S'il est vrai que l'influence de l'art qui les
+reproduit sur la scène, s'est fait sentir sous le despotisme, s'il a
+déposé dans l'âme des François des germes qui, avec le temps, se sont
+développés contre le despotisme lui-même, quels effets ne peut-il pas
+produire pour la liberté? Cet art qui, chez les Grecs, appelloit la
+haine sur les tyrans, qui offroit l'image de la gloire, du bonheur
+d'un peuple libre, et celle de l'avilissement et de l'infortune des
+peuples esclaves, ne prépare-t-il pas aux François des tableaux dignes
+de rallumer et de perfectionner sans cesse leur patriotisme? Sans
+doute c'est là le but vers lequel il va diriger toute sa puissance.</p>
+
+<p>Une vue également morale se manifestera dans les productions d'un
+autre genre, ouvrage de ce même art qui change de nom en changeant ses
+pinceaux, et qui alors, moins imposant sans être moins utile, trace la
+peinture de nos m&oelig;urs habituelles dans les conditions privées.
+Combien de préjugés nés de la servitude, s'obstinant à exister quand
+rien de ce qui les soutenait, ne subsiste; combien dont la crédulité,
+moins odieuse qu'amusante, ne peut se résoudre à douter encore de leur
+extrême importance; combien enfin qui, terrassés par la loi, mille
+fois vaincus par la raison, ont besoin d'être finis par le ridicule,
+et de se trouver en quelque sorte témoins de leur propre défaite?
+C'est sous ce rapport que la scène françoise deviendra une des
+puissances auxiliaires de la révolution; que des talens voués à
+l'instruction, mais jusqu'à <span class="pagenum"><a id="page114" name="page114"></a>(p.114)</span> ce jour plus employés à polir la
+surface des m&oelig;urs, qu'à en corriger le fonds, serviront et la
+morale et la patrie; que la régénération politique, amenant avec elle
+le renouvellement des pensées de l'homme, étendra la carrière de celui
+des arts qui, par l'illusion, exerce le plus puissant des empires.
+Alors la scène françoise se rajeunira, se purifiera; elle se montrera
+digne des respects de l'homme le plus sévère, digne de la présence de
+tous les états, de tous les Citoyens qui, ayant fui les indiscrétions
+de la licence, viendront avec confiance chercher les leçons de la
+raison.</p>
+
+<p>Ainsi la morale arrive à l'homme en s'emparant de son intelligence, de
+ses sens, de ses facultés, de toutes les puissances de son être.</p>
+
+<p>C'est elle qui va bientôt ordonner, qui va animer ces fêtes, que le
+peuple espère, qu'il désire, et que d'avance il appelle <span class="italic">fêtes
+nationales</span>.</p>
+
+<p>Ici l'esprit se porte avec charme vers ces fêtes antiques, où, au
+milieu des jeux, des luttes, de toutes les émotions d'une allégresse
+universelle, l'amour de la Patrie, cette morale presque unique des
+anciens peuples libres, s'exaltoit jusqu'à l'enthousiasme, et se
+préparait à des prodiges.</p>
+
+<p>Vous ne voudrez pas priver la morale d'un tel ressort, vous voudrez
+aussi conduire les hommes au bien par la route du plaisir.</p>
+
+<p>Vous ordonnerez donc des fêtes.</p>
+
+<p>Mais vos fêtes auront un caractère plus moral: car elles porteront
+l'empreinte de cette bienveillance universelle qui embrasse le genre
+humain, tandis que le sentiment qui animoit celles des anciens,
+confondoit sans cesse l'amour de la cité et la haine pour le reste des
+hommes.</p>
+
+<p>Vos fêtes ne seront point toutes religieuses, non que la religion les
+proscrive ou les repousse: elle-même s'est parée de <span class="pagenum"><a id="page115" name="page115"></a>(p.115)</span> leur
+pompe; mais, lorsqu'elle n'en est point l'objet principal, lorsque les
+impressions qu'elle porte à l'âme, ne doivent point y dominer, il ne
+convient pas qu'elle y paroisse: il est plus religieux de l'en
+écarter. Parmi les nouvelles fêtes, son culte réclamera toujours
+celles de la douleur, pour y porter ses consolations. Le culte de la
+liberté vous demande toutes les fêtes de l'allégresse.</p>
+
+<p>Elles ne seront point périodiques; j'en excepte pourtant
+l'anniversaire du jour où, les armes à la main, la Nation entière a
+juré la sainte alliance de la liberté et de l'obéissance à la loi, et
+celui du jour mémorable où l'égalité sembla naître tout-à-coup de la
+chute de tous les privilèges. Ces fêtes auront un tel caractère de
+grandeur, elles réveilleront tant de sentimens à la fois, qu'il n'est
+pas à craindre que l'intérêt qu'elles doivent inspirer, s'affoiblisse
+par des retours marqués; mais les autres fêtes doivent, dans chaque
+lieu, varier avec les événemens: elles doivent donc conserver ce
+caractère d'irrégularité qui convient si bien aux mouvemens de l'âme;
+il ne faut pas qu'on les prévoie de trop loin, qu'on les pressente
+avec trop de certitude; il ne faut pas qu'elles soient trop
+commandées; car la joie comme la douleur ne sont plus aux ordres de
+personne.</p>
+
+<p>Elles ne seront pas uniformes: car bientôt la monotonie en auroit
+détruit le charme. Elles seront tour à tour nationales, locales,
+privées. Vous voudrez que chaque Département rende solemnelle l'époque
+où, arrêtant la liste de ses nouveaux citoyens, il montre avec orgueil
+à la Patrie ses jeunes défenseurs, ses nouvelles richesses, et vous
+verrez avec intérêt chaque famille s'empresser de célébrer encore, par
+des fêtes intérieures, et ces mêmes époques publiques, et toutes les
+époques particulières de ses événemens domestiques.</p>
+
+<p>Enfin toutes ces fêtes auront pour objet direct les événemens anciens
+ou nouveaux, publics ou privés, les plus chers à un peuple libre; pour
+accessoires, tous les symboles qui <span class="pagenum"><a id="page116" name="page116"></a>(p.116)</span> parlent de la liberté, et
+rappellent avec plus de force à cette égalité précieuse, dont l'oubli
+a produit tous les maux des Sociétés; et pour moyens, ce que les beaux
+arts, la musique, les spectacles, les combats, les prix réservés pour
+ces jours brillans, offriront dans chaque lieu de plus propre à rendre
+heureux et meilleurs les vieillards, par des souvenirs; les jeunes
+gens, par des triomphes; les enfans, par des espérances<a name="FNanchor_1_1" id="FNanchor_1_1"></a><a href="#Footnote_1_1" class="fnanchor">[1]</a>.</p>
+
+<p>Qu'on ne s'étonne pas d'entendre invoquer ici <span class="italic">les arts</span> comme appuis
+de la morale. Conserver des souvenirs précieux, éterniser des actions
+dignes de mémoire, immortaliser les grands exemples, c'est-là sans
+doute enseigner la vertu. Qui ignore que l'imagination, qui s'enflamme
+à la vue d'un chef-d'&oelig;uvre, confond, dans le même enthousiasme,
+l'imitation parfaite qui l'enchante et le trait sublime qui la ravit;
+et que c'est particulièrement dans la première jeunesse que cette
+alliance des sensations et des idées, cette influence des impressions
+physiques sur les affections de l'âme, produit les effets les plus
+vifs et les plus durables.</p>
+
+<p>Les arts n'ont que trop souvent été prostitués aux intérêts de la
+tyrannie: elle les employoit à détremper le caractère des peuples, à
+leur inspirer les molles affections qui les préparent à recevoir ou à
+souffrir la servitude; mais les arts eux-mêmes étoient esclaves
+lorsqu'on corrompoint ainsi la noblesse de leur destination: les arts
+aussi doivent rompre leurs fers chez un peuple qui devient libre. Il
+est vrai que, même sous l'empire des maîtres les plus absolus, on les
+a vu créer des chefs-d'&oelig;uvres: mais c'est qu'alors, trompant la
+tyrannie, ils <span class="pagenum"><a id="page117" name="page117"></a>(p.117)</span> savoient se réfugier dans une terre étrangère;
+ils se transportoient, ils s'élançoient à Athènes, à Rome, jusques
+dans l'Olympe; et c'est-là qu'ils trouvoient cette liberté et ce
+courage de conception dont ils ont conservé l'empreinte.</p>
+
+<p>Les arts sont la langue commune des peuples et des siècles. Il en est
+un sur-tout particulièrement consacré à l'immortalité: il confie au
+marbre et à l'airain, avec les traits des grands hommes, la
+reconnoissance de la Patrie qui s'honore en s'acquittant envers eux,
+et ajoute à son lustre, en perpétuant leur renommée. Quelle autre
+récompense peut entrer en parallèle avec un tel triomphe qui se
+perpétue à travers les siècles? Qu'il est beau pour les arts qui ne
+vivent que de gloire, d'associer ainsi leurs ouvrages à des noms
+impérissables! Et aussi, quelle leçon de morale que la statue d'un
+grand homme élevée au milieu de ses concitoyens! Son exemple
+s'éternise par le monument qui lui est consacré; et s'il se trouvoit
+une stérile époque où des modèles vivans ne pussent s'offrir à
+l'ambition de la jeunesse, l'histoire ainsi animée, ainsi vivante,
+suffiroit dans tous les temps à son enthousiasme.</p>
+
+<p>La Nation, loin de redouter l'influence des arts, voudra donc se
+couvrir de leur gloire: elle les encouragera; elle les honorera; elle
+leur confiera ses intérêts; enfin elle les placera dans l'éducation
+comme un moyen de plus pour faire chérir la morale. Sparte n'avoit pas
+banni de ses institutions l'exercice de la lyre; elle en avoit
+seulement retranché quelques cordes dont le son trop attendrissant
+étoit capable d'énerver l'âme et d'efféminer les m&oelig;urs.</p>
+
+<p>C'est par l'action combinée de tous ces moyens que, sous l'empire
+d'une Constitution favorable à tous les développemens, l'homme social
+verra s'accroître ses richesses intellectuelles et morales; mais, poux
+réaliser ces espérances qui <span class="pagenum"><a id="page118" name="page118"></a>(p.118)</span> s'ouvrent devant nous, pour que
+tant de moyens indiqués ne restent point de vains projets de l'esprit,
+il faut qu'ils se produisent et se manifestent dans l'ordre que
+sollicitent les besoins de l'homme, et sous un jour qui l'éclaire par
+degré; il faut que le talent, s'emparant des découvertes du génie, les
+rende accessibles à tous, qu'il aspire, non à détruire toutes
+difficultés: car l'esprit humain a besoin de vaincre pour s'instruire;
+mais à ne laisser subsister que celles qui demandent de l'attention
+pour être vaincues; il faut, en un mot, que des <span class="italic">livres élémentaires</span>,
+clairs, précis, méthodiques, répandus avec profusion, rendent
+universellement familières toutes les vérités importantes, et
+épargnent d'inutiles efforts pour les apprendre. De tels livres sont
+de grands bienfaits: la Nation ne peut ni trop les encourager, ni trop
+les récompenser.</p>
+
+<p>En appelant l'intérêt national sur ce genre de secours appliqué aux
+grands objets que nous venons de parcourir, nous nous reprocherions de
+ne pas l'arrêter un instant sur d'autres objets d'une utilité, moins
+importante, mais plus directe, mais plus adaptée aux besoins
+journaliers et individuels, en un mot, sur ce qui intéresse
+particulièrement, la culture et les arts mécaniques.</p>
+
+<p>Comment ne pas former des v&oelig;ux, pour qu'à l'aide des méthodes et
+des livres élémentaires, la théorie de l'utile s'allie enfin à la
+pratique dans toutes les parties de l'agriculture; pour qu'on voie
+cesser cette étrange séparation qui sembloit faire deux parts
+distinctes de nos facultés dans l'art qui demande le plus la réunion
+de toutes, et qui offroit le spectacle affligeant de la force et de
+l'activité sans lumières, de l'intelligence et des lumières sans
+action.</p>
+
+<p>Qui pourra dire tout ce qu'une telle discordance, fruit de nos vices
+et de nos institutions, a causé de ravages dans <span class="pagenum"><a id="page119" name="page119"></a>(p.119)</span> nos
+campagnes? Par-tout on y trouve la trace profonde de l'erreur: le
+dépérissement des forêts, ces produits tardifs de la terre; la perte
+de nos bestiaux; l'éducation abandonnée de ces utiles compagnons de
+nos travaux; le défaut de pâturage; l'usage multiplié des jachères, ce
+long sommeil de nos champs condamnés à la stérilité, tout annonce
+l'art encore dans l'enfance, ou plutôt couvert de nos préjugés. Que
+seroit-ce si nous analysions tout ce que produit de maux à la fin de
+chaque année l'ignorance des premiers principes de la végétation, de
+la floraison, de la théorie de la greffe, de la nature des engrais, de
+l'influence des saisons, etc? N'est-il pas évident que, pour des
+hommes qui, condamnés par le besoin de chaque jour, ne peuvent
+accorder que des momens à l'étude de leur art, c'est à des livres
+très-élémentaires, écrits avec clarté et avec intérêt, qu'il doit être
+spécialement réservé de répandre sur tous ces objets les lumières les
+plus nécessaires.</p>
+
+<p>L'effet de ce moyen se fortifiera par la révolution qui va s'opérer
+dans nos m&oelig;urs.</p>
+
+<p>Dans le temps où il falloit occuper un état auquel un des préjugés
+régnans attachât de l'honneur, où d'ailleurs on naissoit magistrat et
+guerrier comme on naît de tel sexe, où par conséquent la profession
+étoit plutôt le produit de l'espèce que celui du choix, il étoit
+presque érigé en principe, qu'un propriétaire enrichi devoit fuir la
+source de sa richesse. Travailler son champ étoit une peine; l'habiter
+étoit un exil; et dès-lors parmi les hommes à talent on ne voyoit
+guères dans nos fertiles campagnes que ceux dont l'ambition trompée
+alloit y ensevelir ses regrets.</p>
+
+<p>Désormais on sentira que, dans un pays agricole, tout doit naître
+cultivateur. On sera momentanément Magistrat, Guerrier, Législateur;
+mais les travaux champêtres feront l'occupation habituelle de l'homme,
+et chacun y trouvera le <span class="pagenum"><a id="page120" name="page120"></a>(p.120)</span> délassement ou même la récompense de
+ses fonctions de citoyen: or un tel changement de m&oelig;urs,
+multipliant dans nos campagnes les expériences utiles, contribuera
+nécessairement à y accréditer les bonnes méthodes et à y faire
+fructifier les principes que les livres élémentaires auront déjà pu y
+introduire.</p>
+
+<p>Et quant aux arts mécaniques, de combien de méthodes ils demandent
+aussi le secours! Qui n'a pas souffert, qui ne souffre pas encore de
+voir un si grand nombre de nos ouvriers livrés à une routine qu'aucun
+principe ne dirige ou ne rectifie; contraints à faire venir de dehors
+les instrumens même de leur profession quand ils aspirent à
+perfectionner leurs ouvrages; entièrement étrangers à la science du
+<span class="italic">trait</span> si nécessaire et si peu connue, à l'art de prendre une
+hauteur, de mesurer un angle, d'en acquérir le sentiment à un
+demi-degré près: aux principes raisonnés de l'équilibre, des leviers,
+de la romaine, de la balance; ignorant les propriétés les plus
+générales de l'air, tous les procédés, toutes les découvertes
+applicables aux arts et aux manufactures, dont la Chimie a enrichi de
+nos jours l'esprit humain; ne sachant quels sont les corps que
+l'humidité allonge, quels sont ceux qu'elle resserre; en un mot, ne
+connoissant de l'art que la mécanique la plus grossière et presque
+jamais la théorie qui le simplifie et qui l'aggrandit. Et n'est-ce pas
+encore ici par des livres méthodiques, réunissant le double suffrage
+des théoriciens habiles et des praticiens consommés, que les vrais
+principes sur tous ces objets pénétreront dans nos atteliers et qu'ils
+y élèveront l'industrie nationale à ce degré de perfection et de
+splendeur, auquel la France a montré, même dans son état
+d'imperfection, qu'elle étoit digne de prétendre.</p>
+
+<p class="p2"></p>
+<hr class="c15" />
+<p class="p2"></p>
+
+<p><span class="smcap">Nous</span> avons annoncé au commencement de notre travail <span class="pagenum"><a id="page121" name="page121"></a>(p.121)</span> des
+principes d'instruction pour les femmes: ces principes nous paroissent
+très-simples.</p>
+
+<p>On ne peut d'abord séparer ici les questions relatives à leur
+éducation de l'examen de leurs droits politiques; car en les élevant,
+il faut bien savoir à quoi elles sont destinées. Si nous leur
+reconnoissons les mêmes droits qu'aux hommes, il faut leur donner les
+mêmes moyens d'en faire usage. Si nous pensons que leur part doive
+être uniquement le bonheur domestique et les devoirs de la vie
+intérieure, il faut les former de bonne heure pour remplir cette
+destination.</p>
+
+<p>Une moitié du genre humain exclue par l'autre de toute participation
+au gouvernement; des personnes indigènes par le fait et étrangères par
+la loi sur le sol qui les a cependant vu naître; des propriétaires
+sans influence directe et sans représentation: ce sont-là des
+phénomènes politiques, qu'en principe abstrait, il paroît impossible
+d'expliquer; mais il est un ordre d'idées dans lequel la question
+change et peut se résoudre facilement. Le but de toutes les
+institutions doit être le bonheur du plus grand nombre. Tout ce qui
+s'en écarte est une erreur; tout ce qui y conduit, une vérité. Si
+l'exclusion des emplois publics prononcée contre les femmes est pour
+les deux sexes un moyen d'augmenter la somme de leur bonheur mutuel,
+c'est dès-lors une loi que toutes les Sociétés ont dû reconnoître et
+consacrer.</p>
+
+<p>Toute autre ambition seroit un renversement des destinations
+premières; et les femmes n'auront jamais intérêt à changer la
+délégation qu'elles ont reçue.</p>
+
+<p>Or il nous semble incontestable que le bonheur commun, sur-tout celui
+des femmes, demande qu'elles n'aspirent point à l'exercice des droits
+et des fonctions politiques. Qu'on cherche ici leur intérêt dans le
+v&oelig;u de la nature. N'est-il <span class="pagenum"><a id="page122" name="page122"></a>(p.122)</span> pas sensible que leur
+constitution délicate, leurs inclinations paisibles, les devoirs
+nombreux de la maternité, les éloignent constamment des habitudes
+fortes, des devoirs pénibles, et les appellent à des occupations
+douces, à des soins intérieurs? Et comment ne pas voir que le principe
+conservateur des Sociétés, qui a placé l'harmonie dans la division des
+pouvoirs, a été exprimé et comme révélé par la nature, lorsqu'elle a
+ainsi distribué aux deux sexes des fonctions si évidemment distinctes?
+Tenons-nous-en là, et n'invoquons pas des principes inapplicables à
+cette question. Ne faites pas des rivaux des compagnes de votre vie:
+laissez, laissez dans ce monde subsister une union qu'aucun intérêt,
+qu'aucune rivalité ne puisse rompre. Croyez que le bien de tous vous
+le demande.</p>
+
+<p>Loin du tumulte des affaires, ah! sans doute il reste aux femmes un
+beau partage dans la vie! Le titre de mère, ce sentiment que personne
+ne s'est encore flatté d'avoir exprimé, est une jouissance solitaire
+dont les soins publics pourroient distraire: et conserver aux femmes
+cette puissance d'amour que les autres passions affoiblissent,
+n'est-ce pas sur-tout penser à la félicité de leur vie?</p>
+
+<p>On dit que, dans de grandes circonstances, les femmes ont fortifié le
+caractère des hommes; mais c'est qu'alors elles étoient hors de la
+carrière. Si elles avoient poursuivi la même gloire, elles auroient
+perdu le droit d'en distribuer les couronnes.</p>
+
+<p>On a dit encore que quelques-unes avoient porté le sceptre avec
+gloire; mais que sont un petit nombre d'exceptions brillantes?
+Autorisent-elles à déranger le plan général de la nature? S'il étoit
+encore quelques femmes que le hazard de leur éducation ou de leurs
+talens parut appeller à l'existence d'un homme, elles doivent en faire
+le sacrifice au bonheur <span class="pagenum"><a id="page123" name="page123"></a>(p.123)</span> du grand nombre, se montrer
+au-dessus de leur sexe en le jugeant, en lui marquant sa véritable
+place, et ne pas demander qu'en livrant les femmes aux mêmes études
+que nous, on les sacrifie toutes pour avoir peut-être dans un siècle
+quelques hommes de plus.</p>
+
+<p>Qu'on ne cherche donc plus la solution d'un problème suffisamment
+résolu; élevons les femmes, non pour aspirer à des avantages que la
+Constitution leur refuse, mais pour connoître et apprécier ceux
+qu'elle leur garantit: au lieu de leur faire dédaigner la portion de
+bien-être que la Société leur réserve en échange des services
+important qu'elle leur demande, apprenons-leur qu'elle est la
+véritable mesure de leurs devoirs et de leurs droits. Qu'elles
+trouvent, non de chimériques espérances, mais des biens réels sous
+l'empire de la liberté et de l'égalité; que, moins elles concourent à
+la formation de la loi, plus aussi elles en reçoivent de protection et
+de force, et sur-tout qu'au moment où elles renoncent à tout droit
+politique, elles acquièrent la certitude de voir leurs droits civils
+s'affermir et même s'accroître.</p>
+
+<p>Assurées d'une telle existence par le système des lois, il faut les y
+préparer par l'éducation; mais développons leurs facultés sans les
+dénaturer; et que l'apprentissage de la vie soit à la fois pour elles
+une école de bonheur et de vertu.</p>
+
+<p>Les hommes sont destinés à vivre sur le théâtre du monde. L'éducation
+publique leur convient: elle place de bonne heure sous leurs yeux
+toutes les scènes de la vie: les proportions seules sont différentes.</p>
+
+<p>La maison paternelle vaut mieux à l'éducation des femmes; elles ont
+moins besoin d'apprendre à traiter avec les intérêts d'autrui, que de
+s'accoutumer à la vie calme et retirée. Destinées aux soins
+intérieurs, c'est au sein de leur famille <span class="pagenum"><a id="page124" name="page124"></a>(p.124)</span> qu'elles doivent
+en recevoir les premières leçons et les premiers exemples. Les pères
+et mères, avertis de ce devoir sacré, sentiront l'étendue des
+obligations qu'il impose: la présence d'une jeune fille purifie le
+lieu qu'elle habite, et l'innocence commande à ce qui l'entoure, le
+repentir ou la vertu. Que toutes vos institutions tendent donc à
+concentrer l'éducation des femmes dans cet asyle domestique: il n'en
+est pas qui convienne mieux à la pudeur, et qui lui prépare de plus
+douces habitudes.</p>
+
+<p>Mais la prévoyance de la loi, après avoir recommandé l'institution la
+plus parfaite, doit encore préparer des ressources pour les exceptions
+et des remèdes pour le malheur. La Patrie aussi doit être une mère
+tendre et vigilante. Avant la destruction des v&oelig;ux monastiques, une
+foule de maisons religieuses, destinées à cet objet, attiroient les
+jeunes personnes du sexe vers l'éducation publique. Cette direction
+générale n'étoit pas bonne; car ces établissemens n'étoient nullement
+propres à former des épouses et des mères. Mais du moins ils offroient
+un asyle à l'innocence, et cet avantage est indispensable à remplacer.
+On n'aura point à regretter l'éducation des Couvens; mais on
+regretteroit avec raison leur impénétrable demeure, si d'autres
+maisons non moins rassurantes et mieux dirigées ne suppléoient à leur
+destruction.</p>
+
+<p>Chaque Département devra donc s'occuper d'établir un nombre suffisant
+de ces maisons, et d'y placer des institutrices dont la vertu soit le
+parant de la confiance publique.</p>
+
+<p>Les femmes qui se consacreront à des devoirs si délicats, ne
+prononceront pas de v&oelig;ux; mais elles prendront envers la Société
+des engagemens d'autant plus sacrés, qu'ils seront plus libres, et qui
+produiront le même effet pour la sécurité des familles. <span class="pagenum"><a id="page125" name="page125"></a>(p.125)</span></p>
+
+<p>Dans ces maisons les jeunes personnes doivent trouver toutes les
+ressources nécessaires à leur instruction, et sur-tout l'apprentissage
+des métiers différens qui peuvent assurer leur existence.</p>
+
+<p>Jusqu'à l'âge de huit ans elles pourroient, sans inconvénient,
+fréquenter les Écoles primaires, et y puiser les élémens des
+connoissances qui doivent être communes aux deux sexes; mais avant de
+quitter l'enfance, elles doivent s'en retirer, et se renfermer dans la
+maison paternelle, dont il ne faut pas oublier que les maisons de
+retraite sont un remplacement imparfait. C'est alors qu'il faudra leur
+procurer d'autres secours pour s'instruire dans les arts utiles, et
+leur donner les moyens de subsister indépendantes, par le produit de
+leur travail<a name="FNanchor_2_2" id="FNanchor_2_2"></a><a href="#Footnote_2_2" class="fnanchor">[2]</a>.</p>
+
+<p>Ainsi, prenant pour règle les termes de la Constitution, nous
+recommanderons, pour les femmes, l'éducation domestique, comme la plus
+propre à les préparer aux vertus qu'il leur importe d'acquérir. A
+défaut de cet avantage, nous leur assurerons des maisons retirées sous
+l'inspection des Départemens, et nous leur faciliterons
+l'apprentissage des métiers qui conviennent à leur sexe. <span class="pagenum"><a id="page126" name="page126"></a>(p.126)</span></p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">RÉSUMÉ</span>.</h3>
+<p class="p4"></p>
+
+<p><span class="smcap">Je</span> vais ressaisir l'ensemble du plan que je viens de tracer.</p>
+
+<p>En attachant l'Instruction publique à la constitution, nous l'avons
+considérée dans sa <span class="italic">source</span>, dans son <span class="italic">objet</span>, dans ses <span class="italic">rapports</span>,
+dans son <span class="italic">organisation</span>, dans ses <span class="italic">moyens</span>.</p>
+
+<p>Dans sa <span class="italic">source</span>: elle est un produit naturel de toute société; donc
+elle appartient à tous, à tous les âges, à tous les sexes.</p>
+
+<p>Dans son <span class="italic">objet</span>: elle embrasse tout ce qui peut perfectionner l'homme
+naturel et social; donc elle réclame des établissemens vastes et des
+principes libres.</p>
+
+<p>Dans ses <span class="italic">rapports</span>: elle en a d'intimes et avec la <span class="italic">Société</span> et avec
+les <span class="italic">individus</span>.</p>
+
+<p>Avec la <span class="italic">Société</span>: elle doit apprendre à connoître, à défendre, à
+améliorer sans cesse sa constitution, et sur-tout à la vivifier par la
+morale, qui est l'âme de tout.</p>
+
+<p>Avec les <span class="italic">individus</span>: elle doit les rendre meilleurs, plus heureux,
+plus utiles; donc elle doit exercer, développer, fortifier toutes
+leurs facultés physiques, intellectuelles, morales, et ouvrir toutes
+les routes pour qu'ils arrivent sûrement au but auquel ils sont
+appellés.</p>
+
+<p>Dans son <span class="italic">organisation</span>: elle doit se combiner avec celle du Royaume;
+de-là Écoles <span class="italic">Primaires</span>, de <span class="italic">District</span>, de <span class="italic">Département</span>, et enfin
+<span class="italic">Institut national</span>; mais elle doit se combiner avec liberté: car ses
+rapports ne peuvent s'identifier en tout avec ceux de
+l'administration; de-là aussi des différences locales, déterminées par
+l'intérêt de la science et par le bien public. <span class="pagenum"><a id="page127" name="page127"></a>(p.127)</span></p>
+
+<p>Les Écoles <span class="italic">Primaires</span> introduiront, en quelque sorte, l'enfance dans
+la Société.</p>
+
+<p>Les Écoles de <span class="italic">District</span> prépareront utilement la jeunesse à tous les
+états de la Société.</p>
+
+<p>Les Écoles de <span class="italic">Département</span> formeront particulièrement l'adolescence à
+certains états de la Société.</p>
+
+<p>Dans ces Écoles on enseignera la <span class="italic">Théologie</span>, la <span class="italic">Médecine</span>, le
+<span class="italic">Droit</span>, l'<span class="italic">Art Militaire</span>.</p>
+
+<p>Mais la Théologie, il a fallu la circonscrire; la Médecine, il a fallu
+la completter; le Droit, il a fallu l'épurer; l'Art Militaire, il a
+fallu le faciliter à tous.</p>
+
+<p>L'<span class="italic">Institut national</span> réunit tout, perfectionne tout: donc il étoit
+nécessaire d'en assortir toutes les parties, de leur montrer un but,
+jamais un terme, et de leur imprimer, au milieu de tant de mouvemens
+divers, une direction ferme et rapide.</p>
+
+<p>Les <span class="italic">moyens</span> d'instruction se sont bientôt offerts à nous: car c'est
+en eux et par eux que l'instruction vit et se perpétue.</p>
+
+<p>Nous avons parlé des <span class="italic">Instituteurs</span> qu'il faut savoir choisir,
+honorer, récompenser; des <span class="italic">immenses productions de l'esprit humain</span>
+qu'on doit distribuer, classer, completter, purifier pour l'avantage
+des sciences, pour le bien de la raison; <span class="italic">des encouragemens</span> dûs aux
+promesses du talent; <span class="italic">des prix</span> dûs encore plus à ses services.</p>
+
+<p>De-là nous sommes arrivés aux <span class="italic">méthodes</span>, ces premiers instrumens de
+nos facultés; nous avons osé en chercher pour la <span class="italic">raison</span> elle-même,
+afin d'accroître sa force, afin de lui assurer cette rectitude qui
+doit faire son principal caractère; nous en avons cherché pour la
+<span class="italic">communication des idées</span>, ce grand besoin de l'homme social. Là, nous
+avons accusé l'imperfection des langues; et en nous plaçant à la
+source du mal, peut-être n'avons nous pas été loin d'indiquer le
+remède. <span class="pagenum"><a id="page128" name="page128"></a>(p.128)</span> Nous avons voulu aussi des méthodes pour apprendre
+la <span class="italic">morale</span>: nous les avons cherchées dans la raison qui la démontre;
+dans le sentiment qui l'anime; dans la conscience qui la garde; dans
+l'intérêt même qui la conseille; dans l'histoire qui la célèbre; dans
+les premières habitudes qui l'impriment, etc: nous les avons demandées
+à tout ce qui nous entoure, aux spectacles, aux fêtes, aux beaux-arts,
+à ce qui nous émeut, à ce qui nous enchante; et par-tout nous avons vu
+que la Société réunissoit les moyens les plus féconds pour rendre les
+hommes meilleurs, en les rendant plus heureux.</p>
+
+<p>Quittant ces méthodes générales, nous nous sommes reposés un instant
+sur les méthodes usuelles que sollicitent l'agriculture et les arts
+mécaniques: nous avons du moins formé des v&oelig;ux pour leur
+perfectionnement, et nous avons tâché de leur obtenir cette portion
+d'intérêt public qu'elles méritent.</p>
+
+<p>Enfin, nous avons traité à part l'éducation des Femmes. Ici, nous
+avons cherché les principes dans leurs droits, leurs droits dans leur
+destinée, leur destinée dans leur bonheur. <span class="pagenum"><a id="page129" name="page129"></a>(p.129)</span></p>
+
+<p><span class="italic">Il a déjà été décrété constitutionnellement sur l'Instruction:</span></p>
+
+<p><span class="italic">1º. Qu'il sera créé et organisé une</span> Instruction <span class="italic">publique, commune
+à tous les Citoyens, gratuite à l'égard des parties d'enseignement
+indispensables pour tous les hommes, et dont les établissemens seront
+distribués graduellement dans un rapport combiné avec la division du
+Royaume</span>.</p>
+
+<p><span class="italic">2º. Qu'il sera établi des Fêtes Nationales.</span> <span class="pagenum"><a id="page130" name="page130"></a>(p.130)</span></p>
+
+<p class="p4"></p>
+<hr class="c15" />
+<p class="p6"></p>
+
+<h2><span class="sper">PROJET DE DÉCRETS</span></h2>
+
+<h5><span class="sper">SUR</span></h5>
+
+<h3><span class="sper">L'INSTRUCTION PUBLIQUE</span>.</h3>
+<p class="p4"></p>
+<hr class="c15" />
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">ÉCOLES PRIMAIRES</span>.</h3>
+<p class="p4"></p>
+
+<p class="font95">L'objet des Écoles primaires est d'enseigner à tous les enfans leurs
+premiers et indispensables devoirs; de les pénétrer des principes qui
+doivent diriger leurs actions; et d'en faire, en les préservant des
+dangers de l'ignorance, des hommes plus heureux et des citoyens plus
+utiles.</p>
+
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p>
+
+<p>Chaque Administration de Département déterminera le nombre des Écoles
+primaires de son arrondissement, sur la demande des Municipalités,
+présentée par les Directoires des Districts.</p>
+
+<p>Il sera établi à Paris une École primaire par Section.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p>
+
+<p>Les Écoles primaires seront gratuites et ouvertes aux enfans de tous
+les citoyens sans distinction.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p>
+
+<p>Nul n'y sera admis avant l'âge de six ans accomplis. <span class="pagenum"><a id="page131" name="page131"></a>(p.131)</span></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p>
+
+<p>On y enseignera aux enfans, 1º. à lire tant dans les livres imprimés
+que dans les manuscrits; 2º. à écrire et les exemples d'écriture
+rappelleront leurs droits et leurs devoirs; 3º. les premiers élémens
+de la langue françoise, soit parlée, soit écrite; 4º. les règles de
+l'Arithmétique simple; 5º. les élémens du toisé; 6º. les noms des
+villages du canton; ceux des cantons, des districts et des villes du
+département; ceux des villes hors du département, avec lesquelles leur
+pays a des relations plus habituelles.</p>
+
+<p class="center">V.</p>
+
+<p>On y enseignera, 1º. les principes de la Religion;</p>
+
+<p>2º. Les premiers élémens de la morale, en s'attachant sur-tout à
+faire connoître les rapports de l'homme avec ses semblables;</p>
+
+<p>3º. Des instructions simples et claires sur les devoirs communs à
+tous les citoyens et sur les lois qu'il est indispensable à tous de
+connoître;</p>
+
+<p>4º. Des exemples d'actions vertueuses qui les toucheront de plus
+près, et avec le nom du Citoyen vertueux celui du pays qui l'a vu
+naître;</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p>
+
+<p>Dans les villes et bourgs au-dessus de mille âmes, on enseignera aux
+enfans les principes du dessin géométral. <span class="pagenum"><a id="page132" name="page132"></a>(p.132)</span></p>
+
+<p>Pendant les récréations on les exercera à des jeux propres à fortifier
+et à développer le corps.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p>
+
+<p>Deux Notables de la Commune seront chargés de surveiller l'École
+primaire et de distribuer des prix tous les ans.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VIII</span>.</p>
+
+<p>Chaque Département, sur la demande des Municipalités, présentée par le
+Directoire du District, fixera, dans son arrondissement, le nombre des
+Maîtres, et celui des Écoles primaires.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IX</span>.</p>
+
+<p>Il sera ouvert un concours pour le meilleur ouvrage nécessaire aux
+Écoles primaires.</p>
+
+<p>Les Auteurs qui voudront concourir, adresseront leur ouvrage aux
+Commissaires de l'Instruction publique, qui le feront passer à
+l'Institut national. D'après le jugement motivé de l'Institut, les
+Commissaires de l'Instruction publique feront leur rapport à
+l'Assemblée Nationale, qui prononcera sur l'envoi de l'ouvrage aux
+Départemens.</p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">ÉCOLES DE DISTRICT</span>.</h3>
+<p class="p4"></p>
+
+<p class="font95">Les Écoles de District offriront aux Élèves une instruction plus
+étendue: en les appliquant à des études plus fortes, elles donneront
+plus d'exercice et de développement à leurs facultés.<span class="pagenum"><a id="page133" name="page133"></a>(p.133)</span>Les
+jeunes gens sortiront de ces Écoles en état de bien agir pour
+eux-mêmes, et assez instruits pour reconnoître la profession à
+laquelle la nature les aura destinés.</p>
+
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p>
+
+<p>Chaque Administration de Département déterminera le nombre des Écoles
+de District de son arrondissement.</p>
+
+<p>Il sera établi à Paris six Écoles de District, qui seront réparties
+dans les différens quartiers de la ville.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p>
+
+<p>Nul ne sera admis aux Écoles de District avant l'âge de huit à neuf
+ans, et s'il n'est suffisamment instruit de ce que l'on enseigne dans
+les Écoles primaires.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p>
+
+<p>On y enseignera les principes de la Religion, la Morale, les Langues,
+l'art de raisonner, l'art oratoire, la Géographie, l'Histoire, les
+Mathématiques, la Physique. On formera les jeunes gens aux exercices
+du corps.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p>
+
+<p>L'enseignement des Écoles de District sera divisé par cours. Il pourra
+l'être de la manière suivante: 1º. un cours de Grammaire, qui
+dureroit deux ans; 2º. un cours d'Humanités, ou Élémens de
+Belles-Lettres, qui dureroit <span class="pagenum"><a id="page134" name="page134"></a>(p.134)</span> deux ans; un cours de
+Rhétorique et de Logique réunies, qui dureroit deux ans, un cours de
+Mathématiques et de Physique, qui dureroit un an. Il y auroit, en
+outre, autant qu'il se pourra, un Professeur pour une langue vivante,
+et un Professeur de langue grecque. L'enseignement dureroit sept ans.</p>
+
+<p class="center">V.</p>
+
+<p>Une École complette de District sera composée d'un Inspecteur des
+études ou Principal; de deux Professeurs de Grammaire; de deux
+Professeurs d'Humanités; de deux Professeurs de Logique et Rhétorique,
+réunies; les six Professeurs feroient leur cours complet, qui dureroit
+deux ans, et alterneroient chacun dans leur ordre. Il y aura un
+Professeur de Mathématiques, de Physique et des élémens de Chimie; un
+Professeur de Grec, un Professeur de langue vivante; en tout, dix
+Maîtres.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p>
+
+<p>Dans le cours de Grammaire, qui dureroit deux ans, on enseignera aux
+enfans:</p>
+
+<p>L'Histoire sacrée, la Mythologie. On leur fera apprendre par c&oelig;ur la
+déclaration des Droits de l'homme; la morale sera mise en action par
+le développement des faits historiques, par l'application des Droits
+de l'homme. On formera leur conscience par l'idée et le sentiment de
+la justice.</p>
+
+<p>On leur donnera l'explication combinée des élémens des langues latine
+et françoise, de manière qu'on n'exerce pas seulement la mémoire, mais
+qu'on les fasse opérer par le <span class="pagenum"><a id="page135" name="page135"></a>(p.135)</span> raisonnement. On leur fera
+connoître les principes de construction propres aux deux langues, et
+on fera l'application de ces principes dans la lecture des Auteurs
+françois, et l'explication des Auteurs latins.</p>
+
+<p>Ils feront un cours abrégé de Géographie.</p>
+
+<p>Ils rendront compte de leur travail de vive voix et par écrit, afin de
+se former de bonne heure au raisonnement, par l'analyse.</p>
+
+<p>On les exercera pendant leurs récréations aux jeux les plus propres à
+développer leurs forces, et à les rendre souples et adroits. Leurs
+jours de congé seront destinés à des promenades, pendant lesquelles on
+les exercera à des marches précises qui les prépareront de loin aux
+évolutions militaires.</p>
+
+<p>Dans les pensionnats on aura soin que chaque Élève se livre à un art
+d'agrément, comme la musique vocale ou instrumentale, le dessin, la
+danse, etc.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p>
+
+<p>Dans le cours d'Humanités, qui durera deux ans, les jeunes Élèves
+étudieront:</p>
+
+<p>La Constitution. Tous apprendront l'Acte constitutionnel dans l'espace
+des deux ans. Ils étudieront l'Histoire Grecque et Romaine.</p>
+
+<p>Ils continueront l'étude des langues latine et françoise. On leur
+expliquera les Poëtes, les Historiens, les Moralistes, et on leur fera
+connoître les règles de la versification latine et françoise.</p>
+
+<p>Même attention à les réunir pour les jeux qui donnent <span class="pagenum"><a id="page136" name="page136"></a>(p.136)</span> au
+corps la force et la souplesse. On leur fera exécuter des marches et
+des évolutions combinées. Ils continueront l'exercice de l'art
+agréable qu'ils auront choisi. On les formera, s'il est possible, à la
+natation.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VIII</span>.</p>
+
+<p>Dans le cours de Rhétorique et de Logique réunies, qui dureroit deux
+ans, on enseignera:</p>
+
+<p>Les époques principales de l'histoire de France. On s'attachera à leur
+faire connoître sur-tout les révolutions arrivées dans le gouvernement
+du Peuple françois. On leur fera comparer les principes des
+gouvernemens anciens avec la Constitution françoise: on fera aussi
+l'application des principes de la morale à la Constitution.</p>
+
+<p>On leur développeroit concurremment dans la première année les
+principes de la Logique, ceux de la Métaphysique et ceux de l'art
+oratoire.</p>
+
+<p>La seconde année sera consacrée particulièrement à la composition et
+aux exercices d'éloquence, sur-tout dans le genre délibératif. Les
+discussions sur les Lois, la Morale, la Métaphysique, la Constitution,
+seront faites tant par écrit que de vive voix.</p>
+
+<p>Pour se disposer aux fonctions qu'ils auront à remplir un jour, les
+jeunes gens traiteront des questions contradictoirement, tant de vive
+voix que par écrit. Quelquefois ils formeront une sorte de tribunal,
+d'assemblée administrative ou municipale; ils y rempliront tour à tour
+les fonctions de juges, d'accusateurs publics, de jurés, d'officiers
+municipaux, <span class="pagenum"><a id="page137" name="page137"></a>(p.137)</span> etc. Chacun d'eux sera obligé d'énoncer à haute
+voix son opinion.</p>
+
+<p>C'est pendant ce cours sur-tout qu'ils pourront apprendre la langue
+grecque, ou une langue vivante. Ils seront exercés au maniement des
+armes et aux évolutions militaires, à la natation, etc.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IX</span>.</p>
+
+<p>Dans le cours de Mathématiques et de Physique, qui durera un an, on
+enseignera:</p>
+
+<p>La Géométrie et la partie de l'Algèbre nécessaire pour entendre la
+mécanique dont on développera avec soin les principes applicables aux
+usages ordinaires de la vie.</p>
+
+<p>La Physique, quelques élémens de Chimie et ceux de Botanique, dont on
+pourra faire l'application pratique pendant les promenades.</p>
+
+<p>On continuera les exercices militaires.</p>
+
+<p class="center">X.</p>
+
+<p>Il sera fait un réglement pour déterminer la distribution de ces
+diverses études, le temps, la durée des leçons, etc.</p>
+
+<p>Les Professeurs et autres personnes pourront présenter aux
+Commissaires de l'Instruction publique chargés de la rédaction du
+réglement, leurs vues particulières et réfléchies sur le meilleur mode
+de distribution: ils se conformeront à l'esprit des cinq articles
+précédens, mais sans être tenus de s'astreindre à leur disposition
+littérale<a name="FNanchor_3_3" id="FNanchor_3_3"></a><a href="#Footnote_3_3" class="fnanchor">[3]</a><span class="pagenum"><a id="page138" name="page138"></a>(p.138)</span></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XI</span>.</p>
+
+<p>Il sera composé pour les différens cours des ouvrages qui comprendront
+des élémens d'Histoire naturelle, des instructions sur les arts,
+l'industrie, les manufactures de la France, des notions sur les
+monnoies, les poids et mesures, etc. Ces ouvrages serviront de lecture
+aux enfans. On leur expliquera les points les plus essentiels.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XII</span>.</p>
+
+<p>Il sera aussi composé des ouvrages élémentaires sur toutes les parties
+de l'enseignement des Écoles de District. Les Auteurs qui voudront
+concourir, adresseront leurs ouvrages aux Commissaires de
+l'Instruction publique, qui suivront la marche indiquée à l'article
+des Écoles primaires. <span class="pagenum"><a id="page139" name="page139"></a>(p.139)</span></p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">DES PENSIONS GRATUITES</span>.</h3>
+<p class="p4"></p>
+
+<p>Les pensions gratuites sont des encouragemens accordés par la société,
+et distribués à ceux des jeunes gens qui, par des dispositions
+marquées, promettent de lui rapporter un jour le fruit de ses avances.</p>
+
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p>
+
+<p>Il sera établi dans la maison principale d'éducation de chaque
+Département, au moins dix pensions gratuites en faveur des jeunes gens
+du Département, qui s'en seront rendus dignes par leur application et
+leurs talens.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p>
+
+<p>Ces pensions gratuites seront payées sur les revenus des fondations
+existantes pour l'éducation, dans les Collèges, Séminaires et autres
+maisons d'éducation du Département. Si les revenus n'étoient pas
+suffisans, il y sera suppléé Trésor public, sur le pied de 600
+liv. par chaque pension gratuite.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p>
+
+<p>Il y aura de plus pour chaque Département, des pensions gratuites,
+destinées à des jeunes gens qui seront élevés gratuitement à Paris.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p>
+
+<p>Les pensions gratuites établies à Paris, seront formées <span class="pagenum"><a id="page140" name="page140"></a>(p.140)</span> de
+toutes les fondations existantes à Paris pour l'éducation, de celles
+connues sous le nom de Bourses, dans les Collèges, Séminaires et
+autres maisons d'éducation.</p>
+
+<p>Ces fondations seront réunies sous une seule administration, et il en
+sera formé des pensions gratuites d'une valeur égale.</p>
+
+<p class="center">V.</p>
+
+<p>Ces pensions gratuites seront réparties entre les quatre-vingt-trois
+Départemens. La base de la proportion sera celle de l'imposition, de
+la population et du territoire.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p>
+
+<p>Le directoire du Département de Paris fournira l'état des biens et
+revenus de ces fondations aux Commissaires de l'Instruction publique,
+qui présenteront le projet de répartition à l'Assemblée Nationale,
+pour y être par elle statué ce qu'il appartiendra.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p>
+
+<p>Les jeunes gens qui auront obtenu des pensions gratuites, seront
+distribués en nombre égal dans les maisons qui seront établies à Paris
+pour l'éducation publique.</p>
+
+<p>Leur pension sera payée par l'Administration des biens de l'Éducation,
+d'après le taux qui sera fixé.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VIII</span>.</p>
+
+<p>Lorsqu'il sera offert des souscriptions volontaires pour <span class="pagenum"><a id="page141" name="page141"></a>(p.141)</span>
+l'Éducation gratuite, elles seront faites aux Corps administratifs,
+qui traiteront de gré à gré pour la sûreté des soumissions.</p>
+
+<p>L'état des souscripteurs et des souscriptions volontaires sera mis
+tous les ans sous les yeux du Corps législatif.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IX</span>.</p>
+
+<p>Les directoires de Département nommeront aux pensions gratuites de
+leur arrondissement, et ne pourront les Administrateurs faire tomber
+le choix sur leurs enfans, pendant le temps de leur administration.</p>
+
+<p class="center">X.</p>
+
+<p>Tous les ans les Maîtres d'Écoles primaires, et ceux des Écoles de
+District, remettront à la Municipalité la liste de leurs Élèves,
+contenant leur âge, leur pays, avec des observations sur ceux qui se
+seront distingués par leurs progrès et leurs talens.</p>
+
+<p>La Municipalité vérifiera la liste, et l'enverra au Directoire du
+District, qui la fera passer au Directoire du Département.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XI</span>.</p>
+
+<p>A la vacance d'une pension gratuite, chaque Directoire de District
+présentera au Directoire de Département les noms des six jeunes gens
+qui auront obtenu les témoignages les plus distingués pour leurs
+progrès, leur conduite et leurs talens; le Directoire de Département
+nommera l'un d'eux à la pluralité des voix, et en cas de partage, au
+scrutin individuel. <span class="pagenum"><a id="page142" name="page142"></a>(p.142)</span></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XII</span>.</p>
+
+<p>A la fin de chacun des cours d'études qui composent l'enseignement
+public dans les Écoles de District, les jeunes gens qui auront obtenus
+des pensions gratuites, seront examinés sur toutes les parties de
+l'instruction du cours qu'ils auront achevé. S'ils sont jugés n'avoir
+pas profité de leurs études, ils seront remis à leurs parens, et il
+sera procédé à une nouvelle nomination.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XIII</span>.</p>
+
+<p>Les Juges de cet examen seront ceux qui auront été nommés pour
+l'examen des éligibles aux places de l'enseignement public.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XIV</span>.</p>
+
+<p>Il sera rendu compte deux fois par an au Directoire du Département, de
+la conduite et des progrès des Élèves qui jouissent des pensions
+gratuites.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XV</span>.</p>
+
+<p>Il sera rendu, par les Commissaires de l'Instruction publique, un
+compte général de l'état des revenus concernant les pensions
+gratuites, de la conduite et des progrès des Élèves, et même de ceux
+qui se seront distingués d'une manière plus particulière par leurs
+talens.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XVI</span>.
+<span class="pagenum"><a id="page143" name="page143"></a>(p.143)</span></p>
+
+<p>Les Titulaires actuels des bourses les conserveront jusqu'à la fin du
+cours d'étude enseigné dans les Écoles de District.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XVII</span>.</p>
+
+<p>Les bourses dites de famille, ainsi que leur nomination, si elle est
+réservée aux parens, seront conservées aux familles, jusqu'à
+l'extinction des descendans désignés par la fondation.</p>
+
+<p>Ceux qui les auront obtenues, seront soumis à tous les réglemens qui
+concernent les Élèves nationaux.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XVIII</span>.</p>
+
+<p>Les Étudians en droit ne devant point être réunis dans des
+pensionnats, il n'existera point pour eux de pensions gratuites;
+seulement les jeunes gens sortant des Écoles de District, qui auront
+eu des succès très-distingués, pourront être dispensés, de la
+rétribution donnée au Maître. Les Commissaires de l'Instruction, sur
+la demande motivée des directoires des Départemens, présenteront à
+l'Assemblée Nationale les moyens de remplir, avec justice et économie,
+cet objet de l'Instruction publique.</p>
+
+<p class="p2"></p>
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">De l'élection, de la nomination et de la destitution des Maîtres
+d'Écoles primaires et de District</span>.</span></p>
+<p class="p2"></p>
+
+<p class="font95">Les Maîtres d'Écoles primaires et de District doivent être éclairés et
+vertueux, puisqu'ils sont également chargés d'instruire<span class="pagenum"><a id="page144" name="page144"></a>(p.144)</span>les
+enfans et de les former à la vertu. Leurs talens seront donc éprouvés
+par des examens sévères; et les précautions qui seront prises pour
+leur nomination, garantiront aux pères et à la Société les qualités
+morales des Maîtres auxquels sera confiée l'espérance des familles et
+celle de la Patrie.</p>
+
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p>
+
+<p>Il sera fait une liste d'éligibles dans laquelle seront choisis les
+Maîtres qui enseigneront, soit dans les Écoles primaires, soit dans
+les Écoles de District.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p>
+
+<p>Ceux qui se destineront à l'enseignement des Écoles primaires, se
+rendront à un temps indiqué chaque année, aux chefs-lieux de District
+qui seront déterminés par le directoire du Département. Le directoire
+nommera cinq Juges, dont deux au moins seront choisis parmi les
+Maîtres publics. Les Candidats seront examinés sur toutes les parties
+de l'enseignement des Écoles primaires. Ceux qui seront reçus à
+l'examen, seront inscrits sur la liste des éligibles.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p>
+
+<p>Ceux qui se destineront à l'enseignement dans les Écoles de District,
+se rendront à un temps indiqué chaque année, au chef-lieu du
+Département. Il y aura autant d'examens <span class="pagenum"><a id="page145" name="page145"></a>(p.145)</span> différens qu'il y
+aura de cours d'enseignement. Le Directoire du Département nommera,
+pour chaque examen, cinq Juges, dont deux au moins seront choisis
+parmi les Maîtres publics. Les Candidats seront examinés sur toutes
+les parties de l'enseignement du cours pour lesquels ils se seront
+présentés. Ceux qui seront reçus à l'examen, seront inscrits sur la
+liste des éligibles.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p>
+
+<p>Ceux qui seront reçus à l'examen pour le cours d'Humanités, seront
+reçus aussi pour le cours de Grammaire. Ceux qui seront reçus à
+l'examen pour le cours de Rhétorique et de Logique réunies, seront
+aussi éligibles pour les deux premiers cours.</p>
+
+<p class="center">V.</p>
+
+<p>Les Professeurs de langue vivante et de langue grecque seront nommés
+par les directoires des Départemens, et subiront un examen préalable
+avant de prendre possession de leurs Chaires, si mieux n'aiment les
+directoires des Départemens s'adresser, pour le choix de ces Maîtres,
+aux Commissaires de l'instruction publique.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p>
+
+<p>Les Procureurs-syndics des Districts enverront dans la huitaine de
+l'examen, au Procureur-syndic du Département, la liste des éligibles
+pour les Écoles primaires; cette liste contiendra leurs noms, âge et
+pays. <span class="pagenum"><a id="page146" name="page146"></a>(p.146)</span></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p>
+
+<p>Le Procureur-général-syndic du Département enverra, dans la quinzaine
+après l'examen, la liste de tous les éligibles du Département, aux
+Commissaires de l'instruction publique.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VIII</span>.</p>
+
+<p>Les Commissaires de l'instruction publique feront imprimer la liste
+générale de tous les éligibles pour les différens genres
+d'enseignement; ils y joindront la liste des Maîtres enseignans dans
+les Écoles publiques. Cette liste sera envoyée tous les ans à tous les
+Districts et Départemens du Royaume.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IX</span>.</p>
+
+<p>Lorsqu'une place de Maître d'école primaire sera vacante, le
+Procureur-syndic de la Municipalité en donnera avis au
+Procureur-syndic du District; le Directoire nommera à la place
+vacante, parmi tous les éligibles du Royaume.</p>
+
+<p class="center">X.</p>
+
+<p>Lorsqu'une place de Maître d'École de District sera vacante, le
+Procureur-syndic de la Municipalité en donnera avis au
+Procureur-syndic du Département. Le Directoire du Département nommera
+à la place vacante, parmi tous les éligibles du Royaume. <span class="pagenum"><a id="page147" name="page147"></a>(p.147)</span></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XI</span>.</p>
+
+<p>Le Maître nommé recevra du Roi un brevet d'institution. Avant d'entrer
+dans l'exercice de ses fonctions, il prêtera le serment civique entre
+les mains de la Municipalité.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XII</span>.</p>
+
+<p>Nul ne sera Maître public dans les Écoles primaires ou de District
+avant vingt-un ans. Nul ne sera Inspecteur des Études ou Principal,
+qu'il n'ait été Professeur pendant cinq ans.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XIII</span>.</p>
+
+<p>A la prochaine organisation de l'éducation publique, les Maîtres
+seront choisis de préférence parmi ceux qui sont présentement en
+exercice.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XIV</span>.</p>
+
+<p>Ceux qui ne seroient pas employés, seront inscrits sur la liste des
+éligibles.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XV</span>.</p>
+
+<p>Les Municipalités seront chargées de l'inspection et surveillance des
+Écoles primaires, et les Directoires de District de la surveillance
+des Écoles de District.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XVI</span>.</p>
+
+<p>Les Municipalités feront connoître au Procureur-syndic du District, et
+les Directoires de District aux Procureurs-syndics <span class="pagenum"><a id="page148" name="page148"></a>(p.148)</span> des
+Départemens, les plaintes faites contre les Maîtres pour fait de leur
+enseignement. Ils ne pourront être destitués que par le Directoire du
+Département, à la pluralité des trois quarts des voix, et après avoir
+été entendus.</p>
+
+<p class="p2"></p>
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Du traitement des Maîtres</span>.</span></p>
+<p class="p2"></p>
+
+<p class="font95">Il a été décrété constitutionnellement que l'<span class="italic">instruction publique
+seroit gratuite à l'égard des parties de l'enseignement indispensable
+pour tous les hommes</span>. Ainsi l'enseignement des Écoles primaires est
+une dette qui sera acquittée entièrement par la Société. Si les Écoles
+de District sont nécessaires à un grand nombre, elles ne sont pas
+indispensables à tous. C'est assez pour la Société d'assurer aux
+Citoyens, et de leur faciliter les moyens de cette instruction. Les
+Maîtres des Écoles de District recevront donc de l'État un traitement
+fixe, strictement nécessaire. Le surplus sera acquitté par ceux qui
+auront intérêt à recevoir cette instruction; de manière que cette
+partie du paiement, variable à raison du nombre des Élèves, excite
+l'émulation des Maîtres, et soit la récompense de leurs talens.</p>
+
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p>
+
+<p>Le traitement des Maîtres d'Écoles primaires sera gradué selon les
+localités. Le <span class="italic">maximum</span> sera de 1,000 liv., avec un local pour
+l'école. Le <span class="italic">minimum</span> sera de 400 livres.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p>
+
+<p>Le traitement des Maîtres d'Écoles primaires de Paris, sera de 1,000
+liv.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p>
+
+<p>Le traitement fixe, et le traitement variable des Maîtres <span class="pagenum"><a id="page149" name="page149"></a>(p.149)</span>
+d'École de District de Paris, seront déterminés ainsi qu'il suit:</p>
+
+<p>Les Professeurs du cours de Grammaire recevront 1,400 l., et chaque
+Écolier payera 24 livres par an.</p>
+
+<p>Les Professeurs du cours d'Humanités, ceux de grec, et de langue
+vivante recevront 1,600 livres, et chaque Écolier payera 24 liv.</p>
+
+<p>Les Professeurs de Rhétorique et de Logique et ceux de Mathématiques
+recevront 1,800 liv., et chaque Écolier payera 36 liv.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p>
+
+<p>Le traitement fixe de l'Inspecteur ou Principal sera de 4,000 liv.</p>
+
+<p class="center">V.</p>
+
+<p>Les Départemens proposeront la graduation du traitement fixe et
+variable des Professeurs, et celui du Principal, d'après la population
+et le mode indiqué pour la ville de Paris. L'état qu'ils auront dressé
+sera envoyé par eux aux Commissaires de l'Instruction, pour être, sur
+leur rapport, statué définitivement par l'Assemblée Nationale.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p>
+
+<p>Tout Maître d'École primaire aura, après vingt ans d'exercice, son
+traitement pour retraite.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p>
+
+<p>Tout Maître d'École de District aura aussi pour retraite, <span class="pagenum"><a id="page150" name="page150"></a>(p.150)</span>
+après vingt ans d'exercice, la totalité de son traitement fixe.</p>
+
+<p>L'Inspecteur des Études ou Principal aura pour retraite le même
+traitement que les Professeurs de Rhétorique et de Mathématiques.</p>
+<p class="p2"></p>
+<hr class="c15" />
+<p class="p2"></p>
+
+<table summary="Traitement professeurs">
+<colgroup span="3">
+<col width="600"></col>
+<col width="10" align="right"></col>
+<col width="10" align="right"></col>
+</colgroup>
+<tr>
+<td><span class="italic">Nota.</span> Il y aura à Paris quarante-huit Maîtres d'Écoles
+primaires, à 1,000 livres</td>
+<td>48,000</td>
+<td>liv.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Chacun des Collèges sera composé,</td>
+<td>&nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>D'un Inspecteur</td>
+<td>4,000</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>D'un Maître de Mathématiques et de Physique</td>
+<td>1,800</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>De deux Professeurs de Rhétorique et de Logique, réunies</td>
+<td>3,600</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>&nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Deux Professeurs d'Humanités</td>
+<td align="right">3,200</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Deux Professeurs de Langues</td>
+<td>3,200</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Deux Professeurs de Grammaire</td>
+<td>2,800</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>______</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="center">Total</td>
+<td align="right">18,600</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>&nbsp;</td>
+<td align="right">======</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Et pour six Écoles de District</td>
+<td align="right">111,600</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Total des Écoles primaires et de District</td>
+<td align="right">159,600</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p class="blockquote"><span class="italic">Nota.</span> La seule Faculté des Arts de l'Université de Paris recevoit
+500,000 livres assignées sur les postes indépendamment de 70,000 liv.
+de rente dont l'Université étoit propriétaire.</p>
+
+<p class="p4"></p>
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Retraite des Professeurs actuels</span>.</span></p>
+<p class="p4"></p>
+
+<p class="font95">La nouvelle organisation de l'instruction publique laissera sans
+fonctions des hommes estimables qui s'étoient voués aux soins pénibles
+de l'enseignement. L'Assemblée Nationale, qui sait apprécier leurs
+services, ne sera pas injuste à leur égard. Quelques-uns <span class="pagenum"><a id="page151" name="page151"></a>(p.151)</span>
+touchent au terme qui leur donnoit droit à une pension de retraite.
+Nous vous proposerons de les en faire jouir dès-à-présent. D'autres en
+sont plus éloignés, et pour ceux-ci, nous établirons un mode de
+traitement proportionné à la durée de leurs services. Toutefois nous
+observerons que la presque totalité pourra être employée dans les
+nouvelles Écoles.</p>
+
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p>
+
+<p>Les Maîtres publics retirés avec la pension d'émérite, la conserveront
+toute entière.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p>
+
+<p>Ceux qui sont encore en exercice et qui ont rempli le temps prescrit,
+obtiendront en entier leur pension d'émérites.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p>
+
+<p>Les Professeurs actuels de l'Université de Paris, qui n'ont pas encore
+atteint l'éméritat et qui ne seront pas employés dans l'enseignement
+public, auront une pension de retraite fixée d'après les proportions
+suivantes:</p>
+
+<p>Ceux qui ont moins de cinq ans d'exercice, auront 500 liv.</p>
+
+<p>Ceux qui ont plus de cinq ans et moins de dix ans d'exercice, auront
+800 liv.</p>
+
+<p>Ceux qui auront plus de dix et moins de quinze ans d'exercice, auront
+1,100 liv.</p>
+
+<p>Ceux qui ont plus de quinze ans d'exercice, auront 1,400 liv.
+<span class="pagenum"><a id="page152" name="page152"></a>(p.152)</span></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p>
+
+<p>Les Professeurs de l'Université qui ont quitté leur chaire pour refus
+de prestation de serment, auront une pension de 500 livres.</p>
+
+<p class="center">V.</p>
+
+<p>Les Professeurs et Maîtres publics de tous les Départemens, qui ne
+seront pas employés dans la nouvelle organisation publique, auront une
+retraite graduée d'après le mode qui vient d'être établi.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p>
+
+<p>Tous Officiers, Appariteurs, et autres personnes attachées aux
+Universités, et dont les emplois sont supprimés, recevront une pension
+ou une indemnité, d'après l'avis des Départemens, qui sera présenté
+aux Commissaires de l'Instruction publique pour en être rendu compte à
+l'Assemblée Nationale.</p>
+
+<p class="p2"></p>
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Des pensionnats</span>.</span></p>
+<p class="p2"></p>
+
+<p class="font95">Les pensionnats sont destinés à remplacer les soins de la maison
+paternelle pour les enfans, à l'égard desquels les occupations de
+leurs pères ne permettent pas de suivre les détails journaliers de
+l'éducation; la société veut que les enfans élevés dans les principes
+de l'égalité, habitués à l'ordre et au travail, encouragés par
+l'émulation et l'exemple, soient rendus à leur famille, tels qu'un
+père sage auroit désiré les avoir formés lui-même.</p>
+
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p>
+
+<p>L'Inspecteur ou Principal chargé du maintien de la discipline,
+<span class="pagenum"><a id="page153" name="page153"></a>(p.153)</span> aura soin que l'ordre établi par la loi soit invariablement
+observé par les Maîtres et par les Élèves.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p>
+
+<p>Tous les soins de la recette et de la dépense seront confiés à un
+Économe, qui rendra ses comptes tous les mois en présence de
+l'Inspecteur ou Principal, et de deux membres de la Municipalité. Les
+comptes seront vérifiés chaque année par le Directoire de District, et
+arrêtés par le Directoire du Département.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p>
+
+<p>Tous les citoyens étant égaux devant la loi, il n'y aura aucune
+distinction entre les enfans; soumis à la même règle, nourris à la
+même table, ils seront élevés ensemble et par des maîtres communs.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p>
+
+<p>Pour accoutumer les jeunes gens à connoître les convenances sociales,
+à respecter leurs droits et leurs devoirs réciproques, on cherchera
+les moyens de les associer en quelque sorte au gouvernement des
+pensionnats, et de les faire concourir, par leurs volontés et leurs
+jugemens, au maintien du bon ordre. Il sera composé par les
+Commissaires de l'Instruction publique, un réglement pour parvenir à
+ce but; mais ce réglement ne sera envoyé aux Départemens, que
+lorsqu'ils auront jugé que les progrès de la raison et <span class="pagenum"><a id="page154" name="page154"></a>(p.154)</span> une
+éducation plus soignée et mieux dirigée, en auront facilité
+l'exécution.</p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">ÉCOLES DE DÉPARTEMENT</span>.</h3>
+<p class="p2"></p>
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Écoles pour les Ministres de la Religion</span>.</span></p>
+<p class="p4"></p>
+
+<p class="font95">L'Instruction réservée aux Ministres du culte, intéresse la Nation par
+les nombreux rapports qu'elle peut avoir avec le bien des Peuple.
+L'Assemblée Nationale veut que ceux qui se destinent à cette
+profession, trouvent, dans les Écoles publiques, l'enseignement le
+plus complet sur tout ce qui appartient essentiellement à un Ministère
+de charité; mais elle juge qu'il est de son devoir d'en écarter, avec
+soin, tout enseignement qui ne seroit visiblement propre qu'à égarer
+les esprits et à porter le trouble dans la société.</p>
+
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p>
+
+<p>Chaque Département jugera s'il lui est utile d'avoir un Séminaire
+particulier, ou s'il n'est pas meilleur pour lui de s'associer, pour
+ce genre d'instruction, à un Département voisin.</p>
+
+<p>Les Séminaires métropolitains pourront servir pour tous les Diocèses
+de leur ressort.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p>
+
+<p>Il y aura dans chaque Séminaire deux Professeurs, dont les leçons
+seront publiques et en françois: elles comprendront <span class="pagenum"><a id="page155" name="page155"></a>(p.155)</span>
+exclusivement, 1º. les titres fondamentaux de la Religion catholique
+puisés dans leur source; 2º. l'exposition raisonnée des divers
+articles que doit comprendre explicitement la croyance de chaque
+fidèle; 3º. le développement de la morale de l'évangile; 4º. les
+lois particulières aux Ministres du culte catholique; 5º. les
+principes, ainsi que les objets habituels de la prédication; 6º. les
+détails appartenans à un ministère de consolation et de paix, soit
+dans l'administration des sacremens, soit dans le gouvernement des
+paroisses.</p>
+
+<p>L'enseignement complet ne durera pas plus de deux ans.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p>
+
+<p>Il y aura en outre un Supérieur, un Économe et un Suppléant, ou tout
+au plus deux dans les grandes Villes.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p>
+
+<p>Ils seront tous nommés par le Directoire du Département, conjointement
+avec l'Évêque, et seront pris sur une liste d'éligibles, faite d'après
+le mode déterminé pour les Écoles de District.</p>
+
+<p class="center">V.</p>
+
+<p>Ils seront logés et nourris. Le <span class="italic">maximum</span> de leur traitement sera de
+1,000 liv., le <span class="italic">minimum</span> de 600 liv. Les Professeurs recevront en
+outre une rétribution annuelle des Élèves, qui nulle part ne pourra
+excéder 24 liv. par an. Le supérieur aura 1,200 liv, de fixe, et 1,500
+liv. à Paris. <span class="pagenum"><a id="page156" name="page156"></a>(p.156)</span></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p>
+
+<p>Les Professeurs qui ne voudroient pas être nourris dans le Séminaire,
+auront les mêmes appointemens que les Professeurs de Logique des
+Écoles de District.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p>
+
+<p>Au bout de vingt ans ils obtiendront la pension d'émérite: elle sera,
+pour les uns et les autres, de la totalité des appointemens fixes
+attribués aux Professeurs externes. Dans le cas où, à cette époque,
+ils accepteroient une place à appointemens, leur pension seroit
+réduite, mais ne pourroit l'être de plus de moitié.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VIII</span>.</p>
+
+<p>Le Directoire du Département déterminera le prix de la pension que
+payeront les Élèves qui voudront mener une vie commune dans le
+Séminaire.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IX</span>.</p>
+
+<p>Les Supérieurs, Directeurs, Professeurs, Économes des Séminaires,
+pourront être destitués par le Directoire du Département, mais
+seulement à la majorité des trois quarts des voix.</p>
+
+<p class="center">X.</p>
+
+<p>Toutes les anciennes chaires, Écoles, et facultés de Théologie et de
+Droit-Canon sont supprimées. <span class="pagenum"><a id="page157" name="page157"></a>(p.157)</span></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XI</span>.</p>
+
+<p>Toutes les fondations de bourses, affectées à l'étude de la Théologie
+et du Droit-Canon, seront regardées à l'avenir comme fondations
+appartenantes à l'éducation en général, et suivront le sort des autres
+bourses en tout ce qui sera décrété à cet égard par l'Assemblée
+Nationale.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XII</span>.</p>
+
+<p>Et néanmoins tous ceux qui sont en ce moment légitimement pourvus
+d'une bourse de Théologie, pourront continuer d'en jouir jusqu'à la
+fin de leur nouveau cours d'études théologiques, s'ils n'aiment mieux
+achever le temps qui leur restoit à courir dans tout autre cours de
+science, auquel cas ils s'adresseront au Directoire du Département
+dans lequel leurs bourses sont établies, pour faire autoriser cette
+conversion.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XIII</span>.</p>
+
+<p>Quant aux Boursiers-Théologiens qui n'auront pas opté pour un autre
+cours d'Études, ils seront tous réunis dans le Séminaire Métropolitain
+du ressort où se trouvent leurs bourses.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XIV</span>.</p>
+
+<p>Tout établissement fondé pour l'enseignement de la Théologie, ou pour
+réunir des Étudians en cette partie, lors même qu'il seroit régi par
+des congrégations non supprimées, <span class="pagenum"><a id="page158" name="page158"></a>(p.158)</span> est converti en simple
+établissement d'éducation. Les biens, revenus et maisons, formant
+lesdits établissemens et tous autres vacans, seront provisoirement
+administrés, ainsi que le sont les biens, revenus et maisons des
+Collèges, sous la direction des administrations de Département.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XV</span>.</p>
+
+<p>Les Supérieurs, Directeurs, Professeurs et autres personnes employées
+dans lesdits établissemens, soit qu'ils appartiennent aux Ordres
+religieux abolis, ou à quelque Congrégation séculière non encore
+supprimée, soit enfin qu'ils n'appartiennent à aucune Corporation,
+auront droit à un traitement viager, qui sera proportionnellement
+réglé par un Décret particulier.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XVI</span>.</p>
+
+<p>Le mode des épreuves, la nature et la durée des examens, l'ordre des
+leçons, etc. comme aussi le traitement des Directeurs et Économe,
+seront l'objet d'un réglement.</p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">ÉCOLES DE MÉDECINE</span>.</h3>
+<p class="p4"></p>
+
+<p class="font95">Le bien public, autant que l'intérêt de la science, demande que les
+différentes parties de la Médecine, qui, jusqu'à ce jour, ont été
+enseignées et pratiquées séparément, soient réunies; que
+l'enseignement se fasse auprès des grands rassemblemens de malades;
+qu'une instruction élémentaire et<span class="pagenum"><a id="page159" name="page159"></a>(p.159)</span>préparatoire commence dans
+tous les Départemens, et qu'elle se termine dans un petit nombre
+d'Écoles où l'enseignement sera complet, et où la faculté de pratiquer
+la Médecine, dans tout le Royaume, sera accordée, d'après des examens
+sévères sur le savoir, et non sur le temps des études.</p>
+
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p>
+
+<p>Il sera établi en France quatre grandes Écoles nationales de l'art de
+guérir, sous le nom de Collèges de médecine, dont l'un sera placé à
+Paris un à Montpellier, un à Bordeaux et un à Strasbourg.
+L'enseignement complet de la médecine, de la chirurgie et de la
+pharmacie sera fait également dans ces quatre Collèges, par douze
+Professeurs entre lesquels seront partagées toutes les parties
+théoriques et pratiques de cet enseignement, conformément à l'état
+ci-joint (page <a href="#page164">164).<span class="invisible">TABLEAUX</span></a></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p>
+
+<p>A chacun des quatre Collèges de médecine, sera annexé un hôpital dans
+lequel la médecine, la chirurgie et l'art des accouchemens seront
+enseignés près du lit des malades.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p>
+
+<p>Il sera formé dans chaque Département, auprès des hôpitaux civils,
+militaires et de la marine, des écoles secondaires de médecine, dans
+lesquelles les Médecins attachés à l'hôpital enseigneront les élémens
+de l'art de guérir; et les Pharmaciens, ceux de la pharmacie.
+<span class="pagenum"><a id="page160" name="page160"></a>(p.160)</span></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p>
+
+<p>Il sera établi dans les hôpitaux, disposés pour l'enseignement, des
+bourses pour défrayer entièrement ou en partie des Élèves choisis qui
+seront employés dans l'hôpital à l'une des parties du service. Les
+Départemens détermineront l'étendue et l'application de ce secours.</p>
+
+<p class="center">V.</p>
+
+<p>Les chaires de toutes les écoles de médecine seront données au
+concours: le mode de rénovation des maîtres sera déterminé par un
+réglement particulier.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p>
+
+<p>Le traitement de chacun des professeurs consistera, 1º., en
+appointemens qui lui seront payés par le trésor public; 2º. en une
+rétribution qui lui sera payée par chacun des Étudians qui voudra
+suivre ses leçons. Un réglement particulier en déterminera la quotité.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p>
+
+<p>Les Élèves seront absolument libres pour le lieu, l'époque, l'ordre,
+la durée et le mode de leurs études. En conséquence ils ne seront
+tenus ni à s'inscrire sous les différens Professeurs, ni à présenter
+des certificats d'assiduité, mais tous ceux qui voudront exercer l'art
+de guérir ou la pharmacie, subiront préalablement, dans un des
+<span class="pagenum"><a id="page161" name="page161"></a>(p.161)</span> quatre Collèges de médecine, les épreuves déterminées pour
+l'une et pour l'autre partie par le Corps législatif.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VIII</span>.</p>
+
+<p>Dans ces examens les Candidats répondront de vive voix aux questions
+qui exigent des démonstrations, par écrit à celles qui n'en exigent
+pas.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IX</span>.</p>
+
+<p>L'examen de Médecine pratique se fera dans l'Hôpital où l'École
+Clinique aura été établie, et près du lit des malades sur l'état et
+sur le traitement desquels l'Élève donnera par écrit son avis motivé.
+Ce sera sur cet écrit qu'il sera jugé définitivement par les
+Examineurs.</p>
+
+<p class="center">X.</p>
+
+<p>Tout homme âgé de vingt-cinq ans, qui, dans ces preuves, aura été
+reconnu capable d'exercer l'art de guérir, sera déclaré <span class="italic">Médecin</span>.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XI</span>.</p>
+
+<p>Sous cette dénomination de <span class="italic">Médecin</span>, seront compris à l'avenir tous
+les individus qui étoient ci-devant désignés sous les noms de
+<span class="italic">Médecins</span> et de <span class="italic">Chirurgiens</span>; les études, les épreuves, les droits
+et les devoirs seront les mêmes pour les uns et pour les autres, sans
+aucune distinction quelconque. <span class="pagenum"><a id="page162" name="page162"></a>(p.162)</span></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XII</span>.</p>
+
+<p>Les Médecins reçus dans l'un des quatre grands Collèges, pourront
+exercer la Médecine dans toute l'étendue de l'Empire François. Il
+suffira qu'après avoir fait reconnoître leurs lettres de réception,
+ils se fassent inscrire sur le registre de la Municipalité, dans le
+ressort de laquelle ils se proposeront d'exercer leur art. Eux seuls
+seront admissibles au titre et aux fonctions, soit publiques, soit
+privées, de leur profession, pour l'enseignement, la pratique et les
+rapports, dans tous les établissemens civils et militaires.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XIII</span>.</p>
+
+<p>Tous ceux qui, à l'âge de vingt-cinq ans, auront été trouvés capables
+d'exercer la Pharmacie, seront déclarés <span class="italic">Pharmaciens</span>; ils pourront
+seuls exercer cette profession dans toute l'étendue du Royaume.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XIV</span>.</p>
+
+<p>L'ordonnance et la vente des médicamens sont incompatibles; aucun
+individu ne pourra, hors le cas de nécessité, joindre les fonctions de
+Médecin à celles de Pharmacien.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XV</span>.</p>
+
+<p>Toute personne non reçue Médecin ou Pharmacien, dans un des grands
+Collèges de Médecine, qui en prendra le titre dans un acte ou un écrit
+quelconque, ou qui <span class="pagenum"><a id="page163" name="page163"></a>(p.163)</span> se permettra d'exercer habituellement la
+Médecine ou la Pharmacie, sera punie d'une amende de cinq cents
+livres.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XVI</span>.</p>
+
+<p>Les réceptions seront gratuites.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XVII</span>.</p>
+
+<p>Les concours, les leçons, les examens, les réceptions, tous les actes
+et tous les exercices des Écoles de Médecine, se feront publiquement
+et en langue françoise.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XVIII</span>.</p>
+
+<p>Il sera établi dans un des hôpitaux de chaque Département, une école de
+l'art des accouchemens, à laquelle seront appellées les Sages-femmes
+des divers Départemens.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XIX</span>.</p>
+
+<p>Tout Corps de Médecine, de Chirurgie et de Pharmacie, connus sous les
+noms de <span class="italic">Facultés</span>, de <span class="italic">Collèges</span>, de <span class="italic">Communautés</span>; toutes charges,
+tous privilèges, relatifs à l'art de guérir ou à la Pharmacie, sont
+supprimés, à dater du présent Décret; toutes réceptions de Médecins,
+de Chirurgiens et de Pharmaciens sont interdites jusqu'à
+rétablissement des nouvelles Écoles de Médecine.</p>
+
+<p class="font95">(On estime à-peu-près à 240,000 livres la dépense annuelle des quatre
+Collèges de Médecine).<span class="pagenum"><a id="page164" name="page164"></a>(p.164)</span></p>
+
+<p class="blockquote"><span class="italic">Nota.</span> Les formes des concours, des épreuves, des réceptions,
+l'organisation des Écoles, l'ordre et la durée des leçons, la division
+des parties d'enseignement entre les Professeurs, la fixation de leur
+traitement particulier, seront l'objet d'un Réglement.</p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">TABLEAU</span></h3>
+<p class="p2"></p>
+<p class="center"><span class="italic">De l'enseignement qui sera fait dans chacun des quatre Collèges de
+Médecine.</span></p>
+<p class="p4"></p>
+
+<table summary="Professeurs de médecine">
+<colgroup span="2">
+<col width="600"></col>
+<col width="125" align="right" valign="bottom"></col>
+</colgroup>
+<tr>
+<td>1º. Cours de Physique Médicale et d'Hygiène, faits séparément</td>
+<td>un Professeur.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>2º. Cours d'Anatomie et de Physiologie, faits séparément</td>
+<td>un Professeur.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>3º. Cours de Chimie</td>
+<td>un Professeur.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>4º. Cours de Pharmacie-pratique. Ce Cours très-détaillé sur la
+connoissance et la préparation des drogues médicinales, sera sur-tout
+nécessaire à l'instruction des Élèves en Pharmacie. Il sera toujours
+fait par un Pharmacien</td>
+<td>un Professeur.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>5º. Cours de Botanique et de Matière médicale, faits séparément</td>
+<td>un Professeur.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>6º. Cours de Médecine théorique ou d'instituts,
+comprenant la Pathologie, la Séméiotique,<span class="pagenum"><a id="page165" name="page165"></a>(p.165)</span>la Nosologie et la Thérapeutique</td>
+<td>un Professeur.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>7º. Cours d'Histoire de la Médecine, des progrès de l'art, de la
+méthode de l'étudier; Cours de Médecine légale, faits séparément </td>
+<td>un Professeur.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>8º. Cours de Médecine-pratique des maladies internes, fait, partie au
+lit des malades, partie dans une salle voisine</td>
+<td>deux Professeurs.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>9º. Cours de Médecine-pratique des maladies externes, fait, partie au
+lit des malades, partie dans une salle voisine</td>
+<td>deux Professeurs.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>10º. Cours théorique et pratique d'accouchemens, des maladies des
+femmes en couche, et de celles des enfans</td>
+<td>un Professeur.</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Ce tableau est conforme à celui qui a été rédigé par le Comité de
+Salubrité, et à celui qui a été présenté par le Comité de Médecine à
+l'Assemblée Nationale, en 1790. (Voyez <span class="italic">Nouveau Plan de Constitution
+pour la Médecine</span>, etc. pag. 19 et 20).</p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="smcap"><span class="sper">Écoles pour l'enseignement du Droit</span>.</span></h3>
+<p class="p4"></p>
+
+<p class="font95">L'enseignement du Droit doit être tellement ordonné, qu'il soit
+réparti, autant qu'il est possible, à des distances égales, et dans
+des villes considérables: il doit être complet dans son ensemble,
+distribué de manière que chaque Maître atteigne plus facilement la
+perfection; que, parmi les Élèves, ceux dont l'esprit conçoit
+rapidement le saisissent à-la-fois tout entier; que ceux dont
+l'intelligence est plus lente, se le partagent<span class="pagenum"><a id="page166" name="page166"></a>(p.166)</span> à leur gré
+dans un temps plus étendu; que, dans les épreuves à subir par les
+aspirans, aucun intérêt ne laisse de soupçon sur l'impartialité du
+jugement; que l'émulation des Élèves multiplie leurs efforts au profit
+de la science, et que leur réputation les désigne pour les places que
+distribue l'estime publique. Nous proposons le projet de Décret
+suivant:</p>
+
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p>
+
+<p>Il y aura dix Écoles de Droit, chacune dans un chef-lieu de
+Département<a name="FNanchor_4_4" id="FNanchor_4_4"></a><a href="#Footnote_4_4" class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p>
+
+<p>Dans chaque École de Droit, il y aura quatre Professeurs, un de
+constitution, qui enseignera en même-temps le droit naturel, un de
+droit civil, un de droit coutumier, un de forme civile et criminelle.
+A Paris, il y aura huit Professeurs, deux de chaque espèce.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p>
+
+<p>Les Législatures détermineront le temps où une partie de
+l'enseignement sera changée, à raison des nouvelles lois qui auront
+été faites.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p>
+
+<p>Chaque Professeur donnera son cours entier en dix mois. Les leçons se
+feront en françois. Elles auront lieu <span class="pagenum"><a id="page167" name="page167"></a>(p.167)</span> tous les jours,
+excepté les dimanches et fêtes, et à des heures différentes.</p>
+
+<p class="center">V.</p>
+
+<p>Les Professeurs seront choisis, la première fois par les Directoires
+de Département, parmi les membres des Facultés de Droit actuellement
+en exercice pour l'enseignement ou pour la collation des degrés. S'il
+n'y en a pas qui puissent être choisis, le Directoire de Département
+nommera un membre d'une autre Faculté de Droit, ou enfin pourra
+choisir des hommes de loi. Dans la suite, quand il viendra à vaquer
+des chaires, le choix sera fait, parmi les hommes de loi, par les
+Directoires de Département, conjointement avec les Professeurs de
+Droit. Il sera pourvu de la même manière à la nomination des
+suppléans.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p>
+
+<p>Pour destituer un Professeur de Droit, il faudra les trois quarts des
+voix de tout le Directoire du Département.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p>
+
+<p>Le traitement des Professeurs de Droit sera en partie fixe et en
+partie casuel. Le traitement fixe sera payé tous les trois mois, par
+le Trésorier public; le traitement casuel, tous les mois, par chaque
+Étudiant. A Paris, le fixe annuel sera de trois mille livres; le
+casuel, par mois, de douze livres; dans les autres villes de
+Département, le fixe, de deux mille quatre cents livres, le casuel, de
+neuf livres. <span class="pagenum"><a id="page168" name="page168"></a>(p.168)</span></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VIII</span>.</p>
+
+<p>Les membres ci-dessus désignés des Écoles de Droit, qui ont maintenant
+ou qui auront servi vingt ans dans les Écoles, auront l'éméritat, et,
+pour pension de retraite, les deux tiers du traitement fixe marqué
+ci-dessus. Ceux qui auront maintenant plus de quinze ans d'exercice,
+et qui ne seront pas conservés, seront, pour cette fois seulement,
+regardés comme émérites.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IX</span>.</p>
+
+<p>Les membres des Facultés de Droit qui ne seroient pas employés dans la
+nouvelle organisation, s'ils ont de dix à quinze ans de service,
+recevront les trois cinquièmes du traitement fixe, de cinq à dix ans
+la moitié, et au-dessous les deux cinquièmes<a name="FNanchor_5_5" id="FNanchor_5_5"></a><a href="#Footnote_5_5" class="fnanchor">[5]</a>.</p>
+
+<p class="center">X.</p>
+
+<p>Le traitement, ou la retraite des Officiers attachés aux Écoles de
+Droit, sera réglé par la Législature suivante, sur la demande des
+Directoires de Département.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XI</span>.</p>
+
+<p>Pour acquérir la qualité d'<span class="italic">homme de loi</span>, il faudra être reçu après
+un examen sur toutes les matières de l'enseignement du Droit. L'examen
+sera gratuit. <span class="pagenum"><a id="page169" name="page169"></a>(p.169)</span></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XII</span>.</p>
+
+<p>L'examen se fera en public; le Candidat sera interrogé par les
+Professeurs et par les Étudians.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XIII</span>.</p>
+
+<p>Les suffrages seront donnés au scrutin par les Professeurs. Il faudra,
+pour être admis ou refusé, la pluralité des suffrages. Si le Candidat
+est admis, il lui sera délivré une Patente d'<span class="italic">Homme de loi</span>, signée
+des Professeurs de Droit, et scellée du sceau du Département. Si le
+Candidat est refusé, il pourra se représenter dans la même Faculté, ou
+dans un autre à son choix.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XIV</span>.</p>
+
+<p>Lorsqu'il se présentera, le Candidat sera interrogé en public par les
+Professeurs, conjointement avec quatre hommes de loi nommés par le
+Département, lesquels auront suffrage au scrutin avec les Professeurs.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XV</span>.</p>
+
+<p>Celui qui sera refusé dans ce second examen, ne pourra se représenter
+à un troisième, qu'il n'ait suivi assiduement le cours entier des
+quatre Professeurs dans une École de Droit quelconque; alors il
+subira, dans l'École qu'il choisira, ce troisième examen, suivant la
+forme prescrite pour le second. Cette troisième fois, s'il est refusé,
+il ne pourra plus se représenter. <span class="pagenum"><a id="page170" name="page170"></a>(p.170)</span></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XVI</span>.</p>
+
+<p>Afin qu'un Candidat non admis dans un Département, ne subisse pas dans
+un autre une épreuve du même genre que celle d'après laquelle il aura
+été rejetté, chaque École de Droit tiendra un registre où seront
+marqués les admissions et les refus. Un relevé de ce registre sera
+envoyé, tous les mois, à Paris, aux Commissaires de l'Instruction
+publique, lesquels adresseront, s'il y a lieu, un certificat portant
+que le récipiendaire a subi le genre d'examen auquel il étoit tenu de
+se présenter.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XVII</span>.</p>
+
+<p>Dans les quinze derniers jours de l'année scholastique, les Étudians
+en Droit non reçus <span class="italic">Hommes de loi</span>, ou reçus dans le cours de l'année,
+pourront se présenter à l'École de Droit, pour subir l'épreuve
+suivante, que l'on appellera <span class="italic">licence en Droit</span>. Chacun des Candidats,
+à son tour qui sera réglé par le sort, soutiendra, en public, un
+examen, dans lequel les concurrens lui feront, sur la manière de
+l'enseignement, les questions qu'il leur plaira de proposer. Les
+Professeurs seront juges, et après en avoir conféré entre eux et pris
+pour arrêté l'avis de la majorité, ils proclameront la moitié des
+Candidats la plus méritante, et marqueront l'ordre que chacun aura
+obtenu dans leur estime. Ce tableau des places sera exposé, pendant
+vingt ans, dans l'École de Droit, dans les Tribunaux de Districts du
+Département, dans les salles des assemblées primaires, <span class="pagenum"><a id="page171" name="page171"></a>(p.171)</span> dans
+celles des Électeurs, et transcrit, au Département dans un registre
+particulier que tous les citoyens pourront toujours consulter.</p>
+
+<p>Chaque Département enverra, au Commissaire du Roi chargé des Écoles de
+Droit,<a name="FNanchor_6_6" id="FNanchor_6_6"></a><a href="#Footnote_6_6" class="fnanchor">[6]</a> le nom du premier de la licence. Le Commissaire du Roi fera une
+liste générale des premiers de licence en Droit dans le Royaume; il
+l'adressera à tous les Départemens, pour qu'elle y soit affichée,
+pendant vingt ans, dans un tableau particulier. Il sera tenu de la
+présenter au Ministre de la Justice, lorsqu'il y aura des nominations
+à faire par le Roi, pour le service des Tribunaux.</p>
+
+<p class="p2"></p>
+<p class="center"><span class="italic">Traitement.</span></p>
+<p class="p2"></p>
+
+<p>Dans la nouvelle organisation, il y a neuf Écoles de Droit à quatre
+Professeurs chacune: Paris en a huit, ce qui fait en tout
+quarante-quatre.</p>
+
+
+<table summary="Professeurs de droit">
+<colgroup span="3">
+<col width="600"></col>
+<col width="125" align="right" valign="bottom"></col>
+<col width="15" align="right"></col>
+</colgroup>
+<tr>
+<td>Paris, huit fois 3,000 livres</td>
+<td>24,000</td>
+<td>liv.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Les autres Écoles, neuf fois 2,400 livres, multipliées par quatre </td>
+<td>86,400<span class="pagenum"><a id="page172" name="page172"></a>(p.172)</span></td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Le traitement des Officiers-appariteurs pourra être évalué à</td>
+<td>5,000</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="center">Total des traitemens</td>
+<td>115,400</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p class="p2"></p>
+<p class="center"><span class="italic">Retraite.</span></p>
+<p class="p2"></p>
+
+<p>Du nombre total de cent vingt individus qui composoient les Facultés
+de Droit dans l'état passé, retranchant les quarante-quatre qui feront
+le service des nouvelles Écoles, il resta soixante-seize personnes non
+employées.</p>
+
+<table summary="Professeurs de médecine">
+<colgroup span="2">
+<col width="600"></col>
+<col width="125" align="right" valign="bottom"></col>
+</colgroup>
+
+<tr>
+<td>Sur ce nombre, vingt-cinq au moins ont droit à
+la vétérance. Paris lui seul en a huit; à 2,000 liv.</td>
+<td>16,000</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Les autres Facultés, dix-sept à 1,600 livres</td>
+<td>27,200</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>La retraite des Officiers vétérans de ces Facultés pourra être estimée à</td>
+<td>3,000</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="center">Total pour les vétérans </td>
+<td>46,200</td>
+</tr>
+</table>
+<p>Les personnes qui n'ont pas la vétérance sont, d'après ce calcul, au
+nombre de cinquante-une.</p>
+
+
+<table summary="Retraite Professeurs de médecine">
+<colgroup span="2">
+<col width="600"></col>
+<col width="125" align="right" valign="bottom"></col>
+</colgroup>
+<tr>
+<td>Le choix des Départemens, pour former les nouvelles Écoles, tombera
+naturellement sur les personnes de moyen âge: celles qui ne seront pas
+placées se trouveront dans la classe de la moindre ancienneté pour le
+service: elles auront entre la moitié et les deux cinquièmes du
+traitement. Évaluant, l'un dans l'autre, la part de chacun à 1,000
+livres, on a pour résultat</td>
+<td>51,000</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>La retraite pour les Officiers non-vétérans pourra s'estimer</td>
+<td>3,000</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="center">Total présumé des retraites</td>
+<td>100,200</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page173" name="page173"></a>(p.173)</span></p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">ÉCOLES MILITAIRES</span>.</h3>
+<p class="p4"></p>
+<div class="font95">
+<p>Les Écoles Militaires ont pour objet de former des hommes de guerre
+pour un Pays libre, des Chefs-Citoyens, des Soldats subordonnés; de
+placer à côté de l'armée de grandes pépinières où elle puisse toujours
+trouver des sujets déjà capables d'une utile activité, et par-là
+d'ouvrir la carrière militaire à toutes les classes de Citoyens, en
+offrant à leur disposition les études nécessaires pour obtenir les
+premiers grades d'Officiers.</p>
+
+<p>Leurs moyens sont une instruction commune sur les élémens de toutes
+les connoissances qui se rapportent à l'art de la guerre, la pratique
+de tous les exercices et de tous les devoirs que commande cette
+profession, la surveillance active d'anciens Officiers, qui, dans
+cette même profession, ont bien mérité de leur Patrie; enfin, tous les
+ressorts de l'émulation et toute l'influence des bons exemples.</p></div>
+
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p>
+
+<p>Il sera établi dans chacune des vingt-trois Divisions militaires, une
+École de Division qui sera commune à tous les Départemens dont se
+compose la même Division. On y recevra les sujets que leurs parens
+destinent à devenir Officiers, et qui n'auront ni moins de 14 ni plus
+de 16 ans. Ils y feront pendant deux ans les études nécessaires pour
+acquérir les premières connoissances militaires; on leur enseignera le
+maniement des armes, les Langues allemande et angloise, le Dessin, les
+Élémens de Mathématiques appliqués à l'art de la Guerre, la
+Géographie, l'Histoire, et sur-tout un Catéchisme de Morale <span class="pagenum"><a id="page174" name="page174"></a>(p.174)</span>
+social et politique, dans lequel seront exposés les droits et les
+devoirs de l'homme en société relativement à l'État et à ses
+semblables les Devoirs de l'homme de Guerre relativement à ses chefs
+et ses subordonnés.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p>
+
+<p>Il sera établi six grandes Écoles militaires pratiques dans les Places
+frontières, les plus importantes. Les jeunes gens de l'âge de 16 ans
+qui auront suivi l'École de Division pendant deux années, seront admis
+dans celles-ci par la voie du concours. Ils y répéteront pendant deux
+autres années leurs premiers cours d'étude avec plus d'étendue et de
+développement: on leur expliquera un traité de fortification, les
+élémens de l'artillerie, et ils seront en outre exercés à la pratique
+de tous les détails et de tous les devoirs militaires. En conséquence
+il sera entretenu gratuitement dans chacune des grandes Écoles un
+nombre suffisant d'élèves pour former un Régiment. Ces élèves seront
+nommés par les Départemens à proportion de ce que chacun d'eux fournit
+communément, de Soldats à l'armée, et choisis de préférence parmi les
+enfans d'anciens Soldats, et les pauvres Orphelins.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p>
+
+<p>Ces grandes Écoles seront toujours établies dans un corps de caserne,
+qui n'aura point de communication immédiate avec un autre. Le Régiment
+composé des Élèves qui seront répartis dans les différentes
+Compagnies, soit comme <span class="pagenum"><a id="page175" name="page175"></a>(p.175)</span>
+Officiers, soit comme Soldats, et commandés par d'anciens Officiers de Troupes de ligne, qui seront
+susceptibles des grades supérieurs, y fera le service intérieur; comme
+dans une Place de Guerre, et devra même concourir plusieurs jours de
+l'année au service de la Place avec le reste de la Garnison.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p>
+
+<p>Les détails de l'organisation de ces différentes Écoles, et les règles
+suivant lesquelles les Élèves en sortiront, pour entrer dans les
+Troupes de ligne, appartenans au système militaire, seront déterminés
+par des lois particulières.<span class="pagenum"><a id="page176" name="page176"></a>(p.176)</span></p>
+
+<p class="p6"></p>
+<h3><span class="sper">INSTITUT NATIONAL</span>.</h3>
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">PROJET DE DÉCRETS</span>.</h3>
+<p class="p2"></p>
+<hr class="c15" />
+<p class="p4"></p>
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p>
+<p class="p4"></p>
+
+<p>Les Académies et Sociétés savantes entretenues aux frais du Trésor
+public, les Chaires établies à Paris, au Jardin du Roi, au
+Collège Royal, à celui de Navarre, à l'Hôtel des Monnoies, au Louvre,
+au Collège des Quatre-Nations pour l'enseignement de la Littérature,
+des Mathématiques, de la Chimie et de quelques parties de la Physique,
+de l'Histoire Naturelle, et de la Médecine, seront supprimées, et il y
+sera suppléé comme il suit:</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p>
+
+<p>Il sera établi à Paris, un grand <span class="italic">Institut</span> qui sera destiné au
+perfectionnement des Lettres, des Sciences et des Arts.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p>
+
+<p>Cet Institut sera composé de l'élite des hommes reconnus pour être les
+plus distingués dans tous les genres de savoir, et dont les uns se
+réuniront à des jours marqués pour <span class="pagenum"><a id="page177" name="page177"></a>(p.177)</span> conférer ensemble sur la
+manière de hâter les progrès de leurs travaux, tandis que les autres
+enseigneront ces divers Arts ou Sciences à ceux qui désireront
+s'instruire dans ce que ces connoissances offrent de plus difficile et
+de plus élevé.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p>
+
+<p>L'Institut national sera divisé en deux grandes sections, dont chacune
+sera composée de dix classes.</p>
+
+<p class="center">V.</p>
+
+<p>L'une de ces sections, qui sera celle des Sciences philosophiques, des
+Belles-Lettres et des Beaux-Arts, comprendra 1º. la Morale; 2º. la
+science des Gouvernemens; 3º. l'Histoire et les Langues anciennes et
+les antiquités; 4º. l'Histoire et les Langues modernes; 5º. la
+Grammaire; 6º. l'Éloquence et la Poësie; 7º. la Peinture et la
+Sculpture; 8º. l'Architecture-décorative; 9º. la Musique; 10º.
+l'Art de la déclamation.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p>
+
+<p>L'autre section, qui sera celle des Sciences mathématiques et
+physiques et des Arts, comprendra; 1º. les Mathématiques et la
+Mécanique; 2º. la Physique; 3º. l'Astronomie; 4º. la Chimie et la
+Minéralogie; 5º. la Zoologie et l'Anatomie; 6º. la Botanique; 7º.
+l'Agriculture; 8º. l'Art de guérir; 9º. l'Architecture sous le
+rapport de la construction; 10º, les Arts.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p>
+
+<p>Les personnes attachées aux six premières classes de la <span class="pagenum"><a id="page178" name="page178"></a>(p.178)</span>
+section des Sciences philosophiques, des Belles-Lettres et des beaux
+Arts, savoir: de la Morale, de la Science des Gouvernemens, de
+l'Histoire tant ancienne que moderne, de la Grammaire, de l'Éloquence
+et de la Poësie, se rassembleront pour s'organiser et tenir des
+séances en commun.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VIII</span>.</p>
+
+<p>De même les personnes composant les six premières classes de la
+section des Sciences Mathématiques et Physiques et des Arts, savoir:
+les classes de Mathématiques et de Mécanique, de Physique,
+d'Astronomie, de Chimie et de Minéralogie, de Zoologie et d'Anatomie
+et de Botanique, se réuniront pour s'organiser ensemble et tenir des
+séances en commun.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IX</span>.</p>
+
+<p>Chacune des quatre dernières classes des deux sections, savoir: dans
+l'une, la Peinture et la Sculpture, l'Architecture-décorative, la
+Musique, l'Art de la déclamation; et dans l'autre, l'Agriculture,
+l'Art de guérir, l'Architecture-construction et les Arts, tiendra des
+séances particulières.</p>
+
+<p class="center">X.</p>
+
+<p>Néanmoins aux séances particulières de ces huit classes, seront
+admises, comme membres intimes, les personnes attachées à celles des
+six premières classes des deux sections qui auront des rapports
+directs avec leurs travaux; c'est-à-dire, que les membres des classes
+de Poësie, d'Histoire <span class="pagenum"><a id="page179" name="page179"></a>(p.179)</span> et d'Anatomie seront admis aux séances
+de la classe de Sculpture et de Peinture; que ceux de la classe
+d'Architecture décorative le seront aux séances de la classe
+d'Architecture-construction; que ceux de la classe d'Éloquence et de
+Poësie, seront reçus dans celles de la classe de Déclamation; que ceux
+des classes de Botanique et de Chimie le seront dans celles de la
+classe d'Agriculture; que ceux des classes de Chimie, d'Anatomie et de
+Botanique le seront dans celles de la classe de l'Art de guérir; que
+ceux de la classe de Mathématiques et de Mécanique le seront dans
+celles de la classe d'Architecture considérée sous le rapport de la
+Construction; et que ceux des classes de Mécanique, de Physique, de
+Chimie et de Botanique le seront dans celles de la classe des Arts.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XI</span>.</p>
+
+<p>Chacune de ces Divisions ou Classes sera dirigée dans ce qui sera
+commun à toutes, c'est-à-dire, pour ce qui concernera la tenue des
+assemblées, les fonctions des Officiers, le choix des membres, les
+travaux en général et l'Administration des fonds, par un Réglement
+commun que le comité central, dont il est parlé dans l'article 37,
+rédigera. De plus chacune aura, pour ce qui sera relatif à ses
+occupations et fonctions propres, un réglement particulier.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XII</span>.</p>
+
+<p>Il n'y aura dans ces Divisions ou classes des deux Sections de
+l'Institut National aucun office perpétuel. Le Directeur <span class="pagenum"><a id="page180" name="page180"></a>(p.180)</span>
+sera élu au Scrutin pour une année. La majorité absolue sera
+nécessaire dans cette élection. Le Secrétaire sera élu de même, mais
+pour dix années seulement, après lesquelles il sera procédé à une
+nouvelle élection. L'ancien Secrétaire pourra être élu de nouveau.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XIII</span>.</p>
+
+<p>Il régnera parmi tous les Membres de l'Institut National une parfaite
+égalité. Chacun d'eux aura le droit d'assister aux séances ou
+exercices de toutes les Divisions ou Classes qui le composent. Il y
+aura même pour eux des places marquées; mais ils n'auront voix
+délibérative que dans celle des Divisions ou Classes auxquelles ils
+appartiendront, comme membres intimes.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XIV</span>.</p>
+
+<p>Les élections des membres de l'Institut seront faites au scrutin et à
+la majorité absolue des suffrages, soit dans chacune des deux
+Divisions formées des six premières classes de chaque Section, soit
+dans chacune des huit autres classes qui s'assemblent séparément, sans
+que ces élections aient besoin, pour être valables, d'être confirmées.
+Le Roi fera délivrer une patente aux nouveaux reçus pour constater
+leur nomination.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XV</span>.</p>
+
+<p>Un mois avant de procéder à l'élection, il sera fait par les divisions
+ou classes, dans la Section de laquelle la place sera vacante, une
+liste d'éligibles, qui demeurera affichée <span class="pagenum"><a id="page181" name="page181"></a>(p.181)</span> dans les salles
+d'assemblée jusqu'au jour de l'élection. Dans la Section des sciences
+Mathématiques et Physiques, la principale division et les quatre
+autres classes seront autorisées à faire réciproquement des listes
+d'éligibles lorsqu'il vaquera une place; dans l'une d'elles. Dans la
+Section des sciences Philosophiques, des Belles-Lettres et des Beaux
+Arts, les deux dernières classes ne feront point de liste d'éligibles
+pour la division où les six premières classes seront réunies.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XVI</span>.</p>
+
+<p>Le nombre des membres de chaque division ou classe de l'Institut, sera
+fixé comme il suit.</p>
+
+<p>La première division formée des six premières classes de la Section
+des sciences Philosophiques, belles Lettres et Beaux Arts, sera
+composés de 64 Membres; savoir, de 8, pour la classe de Morale; de 8,
+pour celle de la science des Gouvernemens; de 12, pour la classe
+d'Histoire, des Langues anciennes et des antiquités, de 12, pour celle
+de l'Histoire et des Langues modernes; de 8, pour la classe de la
+Grammaire; et de 16, pour celle d'Éloquence et de Poësie.</p>
+
+<p>La seconde division formée des six premières classes de la Section des
+sciences Mathématiques et Physiques et des Arts, sera également
+composée de 64 Membres; savoir, de 16, pour la classe de Mathématiques
+et de Mécanique; de 8, pour celle de Physique; de 8, pour celle
+d'Astronomie; de 12, pour la classe de Chimie et de Minéralogie; de
+12, pour la classe de Zoologie et d'Anatomie; et de 8, pour celle de
+Botanique<a name="FNanchor_7_7" id="FNanchor_7_7"></a><a href="#Footnote_7_7" class="fnanchor">[7]</a>.
+<span class="pagenum"><a id="page182" name="page182"></a>(p.182)</span></p>
+
+<p>La classe d'Agriculture sera composée de 60 membres.</p>
+
+<p>La classe de l'Art de guérir sera composée des personnes les plus
+habiles dans les différentes parties de cet Art, c'est-à-dire, dans la
+Médecine, dans la Chirurgie, dans la Pharmacie et dans l'Art
+Vétérinaire; elle sera formée de 60 membres, dans les proportions
+suivantes. Il y aura trois cinquièmes de Médecins, un cinquième de
+Chirurgiens, et un cinquième de Pharmaciens et de Médecins
+Vétérinaires.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XVII</span>.</p>
+
+<p>Les divisions ou classes qui auront le perfectionnement de l'Histoire
+Naturelle, de la Physique et de la Médecine pour objet, publieront
+annuellement les recueils de leurs mémoires, et elles entretiendront
+avec les Savans, soit Règnicoles dans les 83 Départemens, soit
+Étrangers, une correspondance exacte et suivie, dans l'intention de
+recueillir les découvertes utiles à l'humanité. <span class="pagenum"><a id="page183" name="page183"></a>(p.183)</span></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XVIII</span>.</p>
+
+<p>Les classes de Peinture et de Sculpture, celles
+d'Architecture-décorative et d'Architecture-construction, celle des
+Arts Physiques et Mécaniques, celle de Musique et de Déclamation,
+formeront des Écoles élémentaires, dont les Maîtres, en même-temps
+qu'ils se réuniront, pour traiter de leur Art, seront occupés du soin
+de former des Élèves. Ces Écoles seront organisées à-peu-près sur le
+même plan que les Écoles de Peinture et de Sculpture actuelles, avec
+des changemens et des modifications qui seront proposés par ceux que
+l'opinion publique a fait connoître comme les plus habiles dans les
+différens Arts dont il s'agit.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XIX</span>.</p>
+
+<p>Les divisions ou classes de l'Institut national rendront compte à
+chaque législature; 1º. De leurs travaux annuels, des progrès de
+l'art ou de la science dont elles seront occupées, et de la part,
+qu'elles y auront eue; 2º. Du choix de leurs membres et des motifs
+qui les auront déterminées dans leurs choix.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XX</span>.</p>
+
+<p>Les fonds dont chaque division ou classe de l'Institut pourra
+disposer, seront remis à un Trésorier qui sera choisi parmi les
+membres de la division ou classe, à laquelle il rendra ses comptes
+deux fois l'année. L'élection du Trésorier se fera au scrutin et à la
+majorité absolue. Cette élection aura lieu tous les quatre ans.
+<span class="pagenum"><a id="page184" name="page184"></a>(p.184)</span></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XXI</span>.</p>
+
+<p>Les fonds attribués aux différentes divisions ou classes, devront
+servir à payer; 1º. les frais des séances, de la correspondance et du
+secrétariat; 2º. à payer les frais des expériences, recherches et
+travaux divers; 3º. à stipendier une partie des membres de chaque
+division ou classe: le tout conformément au tableau ci-joint.</p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">TABLEAU</span></h3>
+<p class="p2"></p>
+<p class="center"><span class="italic">De la distribution des fonds.</span></p>
+<p class="p4"></p>
+
+<p>En rédigeant le tableau des fonds qu'on présente ici, on n'a fait
+presque aucun changement dans la distribution adoptée par les
+Académies actuelles. Lorsque les Sections de l'Institut seront
+formées, leurs besoins seront mieux connus; et le Comité d'Instruction
+dont il est parlé article LII, en donnera un état plus exact et mieux
+motivé qu'on ne pourroit faire ici.</p>
+
+<p>1º. Pour les six premières classes de la première Section de
+l'Institut.</p>
+
+
+<table summary="Revenu actuel six premières classes">
+<colgroup span="3">
+<col width="600"></col>
+<col width="125" align="right" valign="bottom"></col>
+<col width="10"></col>
+</colgroup>
+<tr>
+<td>Le revenu actuel de l'Académie Françoise est de</td>
+<td>25,217</td>
+<td>l.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Celui de l'Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres, de</td>
+<td>43,908</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="center">Total</td>
+<td>69,125</td>
+</tr>
+</table>
+<p><span class="pagenum"><a id="page185" name="page185"></a>(p.185)</span></p>
+
+<p>On propose d'attribuer ce revenu à la division formée des six
+premières Classes de la Section des Sciences Philosophiques, des
+Belles-Lettres et des beaux Arts.</p>
+
+<p>Une addition peu considérable pour les classes de Morale et de
+Politique qui sont nouvelles, suffiroit pour achever le traitement de
+cette première partie de l'institut. On peut croire que ce seroit
+assez de 75,000 livres pour les pensions et autres dépenses: il n'y
+auroit donc qu'une addition de 5,875 liv. à faire pour cet objet.</p>
+
+<p>2º. Pour la septième classe de la première Section.</p>
+
+<p>La classe de la Peinture et de la Sculpture, ne demande pour tous ses
+travaux et pour tous les frais de l'École, soit à Paris, soit à Rome,
+que la somme de 110,830 liv.</p>
+
+<p>3º. Pour la huitième classe de la première Section.</p>
+
+<p>La classe d'Architecture décorative demande un revenu annuel de 31,000
+liv.</p>
+
+<p>4º. Pour les classes neuvième et dixième de la première Section.</p>
+
+<p>On ne peut savoir d'une manière précise qu'après la formation de ces
+classes, ce qu'elles pourront demander; mais cette dépense ne peut
+être considérable.</p>
+
+<p>5º Pour les six premières classes de la première Section de
+l'Institut,</p>
+
+
+<table summary="Revenu actuel Académie Sciences">
+<colgroup span="4">
+<col width="600"></col>
+<col width="125" align="right"></col>
+<col width="15" align="right"></col>
+<col width="15" align="right"></col>
+</colgroup>
+<tr>
+<td>le revenu actuel de l'Académie des Sciences est de</td>
+<td>93,458</td>
+<td>l.</td>
+<td>10s</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p> Cette somme sera attribuée à la division formée des six premières
+classes de la Section des Sciences Mathématiques, et Physiques et des
+Arts, comme il suit:<span class="pagenum"><a id="page186" name="page186"></a>(p.186)</span></p>
+
+<table summary="Attribution fonds">
+<colgroup span="3">
+<col width="600"></col>
+<col width="125" align="right"></col>
+<col width="15" align="right"></col>
+<col width="15"></col>
+</colgroup>
+<tr>
+<td>Pour huit pensions de 3,000 liv</td>
+<td>24,000</td>
+<td>l.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Pour huit pensions de 1,800 liv </td>
+<td>14,400</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Pour seize pensions de 1,200 liv.</td>
+<td>19,200</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Pour le Secrétaire </td>
+<td>3,000</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Pour le Trésorier</td>
+<td>3,000</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Écritures</td>
+<td>600</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Dépenses courantes</td>
+<td>1,600</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Frais d'expériences et prix</td>
+<td>27,658</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="center">Total</td>
+<td>93,458</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>6º. Pour la septième classe de la Section seconde.</p>
+
+<p>La Société d'Agriculture qui formera la septième classe de la Section
+seconde, demande un revenu annuel de 25,000 liv.</p>
+
+<p>7º. Pour la huitième classe de la Section seconde.</p>
+
+<p>Le revenu actuel de la Société de Médecine est de 36,200 livres.</p>
+
+<p>En adjoignant à la classe de l'art de guérir, 1º., des Chirurgiens;
+2º. des Pharmaciens; 3º. des Vétérinaires; 4º. un Hôpital, dont les
+Officiers de santé seront choisis parmi les Membres de cette classe,
+on propose de porter son revenu à 46,000 livres, qui suffiroient pour
+toutes les dépenses, et qui seroient distribuées comme il suit:</p>
+
+
+<table summary="Attribution fonds Société Médecine">
+<colgroup span="2">
+<col width="600"></col>
+<col width="125" align="right" valign="bottom"></col>
+</colgroup>
+<tr>
+<td>Au Secrétaire</td>
+<td>3,000</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Au premier commis </td>
+<td>1,800</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Au second commis</td>
+<td>1,000</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Frais de Bureaux, de correspondance, de Séances particulières et publiques</td>
+<td>3,000<span class="pagenum"><a id="page187" name="page187"></a>(p.187)</span></td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Frais d'expériences et de recherches. </td>
+<td>8,000</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>Prix</td>
+<td>3,200</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>En pensions</td>
+<td>26,000</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="center">Total</td>
+<td>46,000</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p class="blockquote"><span class="italic">Nota.</span> Les fonds de l'Académie Royale de Chirurgie, qui doit être
+réunie à la Société de Médecine pour former la huitième classe de la
+seconde Section, pourront être employés en déduction de la somme
+précédente.</p>
+
+<p>8º. Pour les neuvième et dixième classes de la seconde Section.</p>
+
+<p>On ne peut, avant que ces deux classes soient formées, donner un
+tableau de leurs dépenses.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XXII</span>.</p>
+
+<p>Les chaires annexées à l'Institut national pour l'enseignement de ce
+qu'il y a de plus transcendant et de plus élevé dans les connoissances
+humaines, seront les suivantes:</p>
+
+<table summary="Chaires Institut National">
+<colgroup span="2">
+<col width="600"></col>
+<col width="125" align="right" valign="bottom"></col>
+</colgroup>
+<tr>
+<td>1º. Pour la logique, la morale et la science des Gouvernemens</td>
+<td>deux chaires.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>2º. Pour l'histoire et les langues anciennes et pour les antiquités</td>
+<td>deux chaires.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>3º. Pour l'histoire et les langues modernes, pour l'histoire de France, pour l'étude des titres
+diplômes et médailles</td>
+<td>deux chaires.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>4º. Pour la Grammaire</td>
+<td>une chaire.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>5º. Pour l'instruction des sourds et muets</td>
+<td>une chaire.<span class="pagenum"><a id="page188" name="page188"></a>(p.188)</span></td>
+</tr>
+<tr>
+<td>6º. Pour celle des aveugles</td>
+<td>une chaire.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>7º. Pour l'éloquence et la poësie</td>
+<td>deux chaires.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>8º. Pour les Mathématiques et la Mécanique considérées dans toute leur étendue</td>
+<td>trois chaires.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>9º. Pour la Physique expérimentale</td>
+<td>une chaire.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>10º. Pour l'Astronomie</td>
+<td>une chaire.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>11º. Pour la Chimie, la Minéralogie, la Métallurgie et la Chimie des Arts</td>
+<td>deux chaires.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>12º. Pour la Géographie souterraine, etc.</td>
+<td>une chaire.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>13º. Pour la Zoologie, c'est-à-dire, pour la connoissance de toutes les classes d'animaux</td>
+<td>trois chaires.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>14º. Pour l'Anatomie humaine et comparée, et pour la Physiologie expérimentale</td>
+<td>deux chaires.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>15º. Pour la Botanique</td>
+<td>une chaire.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>16º. Pour l'Agriculture, c'est-à-dire, pour l'Économie rurale et domestique et pour la
+Botanique des Arts</td>
+<td>deux chaires.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>17º. Pour l'enseignement de ce qui concerne,</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="i2">1º. la nature et le traitement des épidémies;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="i2">2º. les épizooties;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="i2">3º. les divers objets de salubrité publique</td>
+<td>trois chaires.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>18º. Pour l'enseignement des Beaux-Arts et des Arts mécaniques, dont les écoles seront
+annexées à l'Institut<a name="FNanchor_8_8" id="FNanchor_8_8"></a><a href="#Footnote_8_8" class="fnanchor">[8]</a></td>
+<td>chaires.</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p class="center"><span class="sper">XXIII</span>.</p>
+
+<p>Avant de procéder à l'élection des Professeurs, et en <span class="pagenum"><a id="page189" name="page189"></a>(p.189)</span> se
+conformant à tout ce qui est prescrit par l'article XV pour l'élection
+des membres, il sera fait une liste d'éligibles, lesquels seront
+indiqués, soit parmi les membres eux-mêmes, soit hors de l'Institut;
+et un mois après il sera procédé au scrutin dans la division ou classe
+ayant pour objet l'art ou la science qu'il s'agira d'enseigner. La
+majorité absolue des suffrages sera nécessaire dans cette élection.</p>
+
+<p>Le Roi fera délivrer des patentes aux sujets élus, et les divisions ou
+classes de l'Institut rendront compte à chaque Législature des motifs
+qui les auront déterminées dans le choix des Professeurs.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XXIV</span>.</p>
+
+<p>Ces élections des Membres et des Professeurs de l'Institut, ne seront
+faites par ces divisions ou classes que pendant la session de la
+Législature, dont la surveillance rendra les divisions ou classes de
+l'Institut plus attentives à n'avoir égard qu'au seul mérite dans leur
+choix; en conséquence, s'il vaque une place de Professeur dans un
+autre temps que dans celui de la session de la Législature, afin que
+le service public n'en souffre point, la division ou classe à laquelle
+la chaire vacante sera annexée, chargera <span class="italic">provisoirement</span> l'un de ses
+Membres de remplir les fonctions de cet enseignement.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XXV</span>.</p>
+
+<p>La durée du Professorat sera de dix années, après lesquelles il sera
+procédé à une nouvelle élection, dans laquelle l'ex-Professeur sera
+éligible. <span class="pagenum"><a id="page190" name="page190"></a>(p.190)</span></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XXVI</span>.</p>
+
+<p>Chacun des Professeurs enseignera pendant neuf mois de l'année, en
+faisant trois leçons dans chaque semaine; il se prêtera à toutes les
+explications qui lui seront demandées par les Élèves qu'il formera
+plus sûrement encore dans des entretiens familiers que dans des
+Écoles: l'intention de l'Assemblée Nationale étant d'applanir, le plus
+qu'il lui sera possible, les difficultés sans nombre qui se présentent
+dans cette partie de l'instruction publique.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XXVII</span>.</p>
+
+<p>Les Professeurs élus se soumettront à ne faire chez eux aucun
+enseignement particulier sur le sujet qui doit être celui de leur
+cours public, dans lequel ils ne pourront jamais se faire remplacer
+que pour un temps très-court, et pour les motifs les plus pressans; il
+ne leur sera en conséquence jamais nommé de survivancier, ni
+d'adjoint.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XXVIII</span>.</p>
+
+<p>L'un des Hôpitaux de la Capitale sera annexé à la classe de l'art de
+guérir, qui nommera, suivant la forme d'élection déjà prescrite,
+article XV, un Médecin, un Chirurgien et un Pharmacien pour le
+desservir. Dans cet Hôpital seront faits, avec tout le soin et la
+prudence possibles, et toujours d'après l'avis de la majorité absolue
+de la classe, les recherches et observations propres à hâter les
+progrès de cet art.</p>
+
+<p>La classe d'Agriculture sera également mise en jouissance <span class="pagenum"><a id="page191" name="page191"></a>(p.191)</span>
+d'un terrein situé près de Paris, lequel dépendra du Jardin des
+Plantes, et où elle pourra faire ses essais et ses travaux<a name="FNanchor_9_9" id="FNanchor_9_9"></a><a href="#Footnote_9_9" class="fnanchor">[9]</a>.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XXIX</span>.</p>
+
+<p>Les honoraires attachés à chaque Chaire seront de 4,000 l.,
+indépendamment de frais d'expérience et de travaux, auxquels il sera
+pourvu séparément par le Trésor public.</p>
+
+
+<p class="center"><span class="sper">XXX</span>.</p>
+
+<p>A l'Institut national seront annexés tous les établissemens publics
+relatifs aux Lettres, aux Sciences et aux Arts, ainsi toutes les
+Bibliothèques publiques, le <span class="italic">Mus&aelig;um</span>, les diverses collections de
+machines, d'instrumens de physique et d'astronomie, de chirurgie, de
+matière médicale, de médailles, de statues, de tableaux, les jardins
+de botanique, etc. lesquels sont dans le domaine de la Nation, seront
+attachés à cet Institut, qui n'appartenant lui-même à aucun
+Département, mais étant un centre unique d'émulation et de travail, ne
+sera occupé que du soin de recueillir et de répandre sur toutes les
+parties de l'Empire les connoissances utiles à la culture des Arts et
+au perfectionnement de l'esprit.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XXXI</span>.</p>
+
+<p>Parmi les divers établissemens qui doivent être en rapport <span class="pagenum"><a id="page192" name="page192"></a>(p.192)</span>
+avec les classes de l'Institut, il en est qui conviennent à toutes,
+tels que les Bibliothèques publiques; il en est qui ne conviennent
+qu'à certaines classes en particulier: tels sont le Jardin des
+Plantes, qui doit être en relation avec les classes de botanique,
+d'agriculture et de l'art de guérir; les divers <span class="italic">Mus&aelig;um</span> d'Histoire
+naturelle, qui doivent principalement servir aux travaux des classes
+de Minéralogie, de Botanique, de Zoologie, d'Anatomie et de l'Art de
+guérir; les collections des Machines, qui doivent servir à ceux des
+classes et des écoles de Mécanique et des Arts; le Cabinet de
+Physique, qui concerne l'école et la classe de Physique expérimentale;
+celui d'Anatomie, l'arsenal de Chirurgie, et une collection d'Animaux
+vivans, qui concernent les classes de Zoologie, d'Anatomie et de l'Art
+de guérir; les différens Observatoires, qui doivent servir à la classe
+et à l'école d'Astronomie; les collections de Modèles, de Médailles,
+de Bustes, de Statues, les galeries de Tableaux, qui serviront aux
+travaux, des classes et des écoles d'Histoire, de Peinture, de
+Sculpture et d'Architecture.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XXXII</span>.</p>
+
+<p>La disposition de ces diverses collections sera faite d'après les
+plans fournis par les classes respectives de l'Institut. Des
+Directeurs responsables<a name="FNanchor_10_10" id="FNanchor_10_10"></a><a href="#Footnote_10_10" class="fnanchor">[10]</a>, choisis parmi les gens de l'Art,
+<span class="pagenum"><a id="page193" name="page193"></a>(p.193)</span> membres, ou non, de l'Institut, seront nommés par le Roi,
+dont les Commissaires prendront toutes les mesures possibles, pour que
+les membres de l'Institut y soient, ainsi que le public, reçus de
+manière à y suivre facilement leurs travaux.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XXXIII</span>.</p>
+
+<p>Tous les établissemens publics, relatifs à ceux-ci, appartenans
+également à la Nation, et placés dans les quatre-vingt-deux autres
+Départemens, auront aussi des rapports, et seront, en correspondance
+avec l'Institut, auquel il sera envoyé des catalogues exacts de toutes
+les collections, afin qu'il existe un répertoire général de toutes les
+richesses physiques et littéraires de l'Empire.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XXXIV</span>.</p>
+
+<p>Il sera établi dans le Louvre, de concert avec le Roi, et dans le
+Collège des Quatre-Nations, des logemens convenables, soit pour les
+divisions ou classes de l'Institut national, soit pour les Chaires qui
+y seront annexées, de sorte que chacune ait à sa portée des
+laboratoires pourvus de tous les instrumens et machines nécessaires à
+ses travaux<a name="FNanchor_11_11" id="FNanchor_11_11"></a><a href="#Footnote_11_11" class="fnanchor">[11]</a>.
+<span class="pagenum"><a id="page194" name="page194"></a>(p.194)</span></p>
+
+<p class="p2"></p>
+<h4>&sect;. I.</h4>
+<p class="p2"></p>
+<p class="center"><span class="italic">Emplacement pour les Séances de l'Institut National.</span></p>
+<p class="p2"></p>
+
+<p>L'Institut est composé de deux grandes sections, qui comprennent vingt
+classes, dont les unes s'assemblent en commun et les autres
+séparément.</p>
+
+<p>Chaque réunion de classes a besoin d'une grande salle pour ses séances
+communes; mais chaque classe pouvant avoir à se rassembler d'une
+manière isolée, il faut que des salles moins étendues soient réservées
+pour cet usage.</p>
+
+<p>Les classes qui se réunissent séparément, telles que celles de l'art
+de guérir, de Peinture, etc. se divisent souvent en Comités pour des
+travaux particuliers; il faut encore que ces Comités soient logés
+convenablement.</p>
+
+<p>Conformément à ces données, nous proposons la distribution suivante:</p>
+
+<table summary="Salles">
+<colgroup span="3">
+<col width="450"></col>
+<col width="100"></col>
+<col width="150" align="right" valign="bottom"></col>
+</colgroup>
+<tr>
+<td>1º. Pour les séances des six premières classes de la première Section
+de l'Institut, comprenant la Morale, la Science du Gouvernement,
+l'Histoire et les Belles-Lettres</td>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>une grande salle avec deux ou trois pièces pour les Comités.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>2º. Pour la classe de Peinture, Sculpture et Gravure</td>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>une grande salle avec deux pièces pour les Comités.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>3º. Pour la classe d'Architecture-décorative</td>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>une grande salle avec une ou deux pièces pour les comités.<span class="pagenum"><a id="page195" name="page195"></a>(p.195)</span></td>
+</tr>
+<tr>
+<td>4º. Pour la classe de Musique</td>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>une grande salle</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>5º. Pour la classe de Déclamation</td>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>une grande salle</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>6º. Pour les séances des six premières classes de la seconde Section
+de l'Institut, comprenant les sciences mathématiques et physiques</td>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>une grande salle avec trois salles d'une moindre étendue pour les Comités.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>7º. Pour la classe d'Agriculture</td>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>une grande salle avec deux pièces pour les Comités.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>8º. Pour la classe de l'art de guérir</td>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>une grande salle avec deux salles d'une moindre étendue pour les Comités.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>9º. Pour la classe d'Architecture-construction</td>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>une grande salle avec plusieurs autres salles pour l'établissement de cette école.</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p class="blockquote"><span class="italic">Nota.</span> Les salles destinées aux séances de cette classe et de ses
+comités, seront placées près des salles destinées aux assemblées de la
+classe d'Architecture-décorative, qui fait partie des beaux Arts.</p>
+
+<table summary="Salles suite">
+<colgroup span="3">
+<col width="450"></col>
+<col width="100"></col>
+<col width="150" align="right" valign="bottom"></col>
+</colgroup>
+<tr>
+<td>10º. Pour la classe des Arts</td>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>une grande salle avec quelques autres pièces collatérales pour les comités.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td class="center">Total</td>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>dix grandes salles<span class="pagenum"><a id="page196" name="page196"></a>(p.196)</span></td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Pour les assemblées des divisions ou des classes de l'Institut.</p>
+
+<p>Ces dix salles seroient placées au Louvre.</p>
+
+<p class="blockquote"><span class="italic">Nota.</span> Les petites salles destinées à des réunions particulières ou à
+des comités, n'ont pas besoin d'avoir une grande étendue; il suffit
+que huit ou dix personnes puissent y être placées commodément.</p>
+
+<p class="p2"></p>
+<h4>&sect;.<span class="sper"><strong>II</strong></span>.</h4>
+<p class="p2"></p>
+<p class="center"><span class="italic">Emplacemens pour les collections destinées à l'usage des diverses
+Classes de l'Institut National.</span></p>
+<p class="p2"></p>
+<p class="center">I. Collections ou établissemens utiles à toutes les classes.</p>
+
+<p class="i2">1º. Bibliothèque commune.</p>
+
+<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" align="center" summary="Bibliothèque">
+<tr>
+<td valign="middle" class="cbrace">{</td>
+<td>&nbsp;<span class="italic">La Bibliothèque du Roi,</span><br />
+<span class="italic">&nbsp;celle des Quatre-Nations.</span></td>
+<td valign="middle" class="cbrace">}</td>
+</tr>
+</table>
+
+
+<p class="i2">2º. Une Imprimerie, pourvue de caractères de tous les genres.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Elle seroit établie au Louvre.)</span></p>
+
+<p class="i2">3º. Un Bureau de traduction, destiné à faire connoître les lettres
+écrites et les ouvrages utiles publiés dans des langues étrangères par
+les Correspondans de l'Institut.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Louvre.)</span></p>
+
+<p class="center">II. Collections destinées aux différentes Classes de l'Institut.</p>
+
+<p class="i2">1º. Collection de médailles et de pierres gravées.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(A la Bibliothèque du Roi.)</span></p>
+
+<p class="right">Pour la Classe d'Histoire.<span class="pagenum"><a id="page197" name="page197"></a>(p.197)</span></p>
+
+<p class="i2">2º. Collection de tableaux, de statues antiques et modernes, de
+bustes, reliefs et gravures.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Louvre.)</span></p>
+
+<p class="right">Pour la Classe de Peinture et Sculpture.</p>
+
+<p class="i2">3º. Collection de dessins et modèles.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Louvre.)</span></p>
+
+<p class="right">Pour la Classe et pour l'école d'Architecture.</p>
+
+<p class="i2">4º. Collection de modèles relatifs à l'Architecture navale.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Louvre.)</span></p>
+
+<p class="right">Pour la Classe d'Architecture et pour l'école de Navigation.</p>
+
+<p class="i2">5º. Collection d'instrumens de musique et des &oelig;uvres des grande
+Artistes dans ce genre.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Louvre.)</span></p>
+
+<p class="right">Pour la Classe de Musique.</p>
+
+<p class="i2">6º. Collection de costumes, etc.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Louvre.)</span></p>
+
+<p class="right">Pour la classe de Déclamation</p>
+
+<p class="i2">7º. Collection d'instrumens de Mathématiques, de Physique et d'Astronomie.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(A l'Observatoire et au Collège des Quatre-Nations.)</span></p>
+
+<p class="right">Pour les Classes de Mathématiques, de Physique et d'Astronomie.</p>
+
+<p class="i2">8º. Collection de cartes de Géographie physique et souterraine.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p>
+
+<p class="right">Pour les Classes de Physique et de Chimie, de Zoologie et de Botanique.<span class="pagenum"><a id="page198" name="page198"></a>(p.198)</span></p>
+
+<p class="i2">9º. Collection de Minéralogie.</p>
+
+<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" align="center" summary="Minéralogie">
+<tr>
+<td valign="middle" class="cbrace">{</td>
+<td>&nbsp;<span class="italic">Cabinet du Roi,</span><br />
+<span class="italic">Cabinet des Mines de l'Hôtel des Monnoies.</span></td>
+<td valign="middle" class="cbrace">}</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p class="right">Pour la Classe de Chimie et de Minéralogie.</p>
+
+<p class="i2">10º. Collection des produits du Cours de Chimie et d'essais des Mines.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p>
+
+<p class="right">Pour la Classe de Chimie, de Minéralogie et de Métallurgie.</p>
+
+<p class="i2">11º. Collection d'animaux morts et conservés.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Cabinet du Roi.)</span></p>
+
+<p class="right">Pour la Classe de Zoologie et d'Anatomie.</p>
+
+<p class="i2">12º. Collection de portions d'animaux disséqués, préparés et conservés,</p>
+<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" align="left" summary="Anatomie">
+<tr>
+<td>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;d'Anatomie</td>
+<td valign="middle" class="cbrace">{</td>
+<td>&nbsp;naturelle.<br />
+&nbsp;artificielle.</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p class="p4"></p>
+<p class="center"><span class="italic">(Cabinet de l'École Vétérinaire.)</span></p>
+
+<p class="i2">Auxquelles collections seront faites les additions nécessaires.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p>
+
+<p class="right">Pour la Classe d'Anatomie, de Zoologie et l'art de guérir.</p>
+
+<p class="i2">13º. Collection d'animaux vivans ou Ménagerie.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Jardin du Roi.)</span></p>
+
+<p class="right">Pour la Classe de Zoologie et d'Anatomie.</p>
+
+<p class="i2">14º. Collection de végétaux et de parties de végétaux, Herbiers, Serres, Jardins.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Jardin et Cabinet du Roi.)</span></p>
+
+<p class="right">Pour la Classe de Botanique et l'art de guérir.<span class="pagenum"><a id="page199" name="page199"></a>(p.199)</span></p>
+
+<p class="i2">15º. Collection d'instrumens aratoires.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Elle sera placée au Jardin du Roi.)</span></p>
+
+<p class="right">Pour la Classe d'Agriculture.</p>
+
+<p class="i2">16º. Collection d'ossemens et d'organes malades, préparés et
+conservés en nature, ou représentés en cire, en peinture ou en dessin.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p>
+
+<p class="right">Pour la Classe de Médecine.</p>
+
+<p class="i2">17º. Collection d'instrumens et d'appareils de Chirurgie de tous les
+genres. <span class="italic">Armamentarium.</span></p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p>
+
+<p class="right">Pour la Classe de Médecine et Chirurgie.</p>
+
+<p class="i2">18º. Collection de Matière médicale et de Pharmacie.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p>
+
+<p class="right">Pour la Classe de Médecine, Chirurgie et Pharmacie.</p>
+
+<p class="i2">19º. Collection d'instrumens propres à l'art vétérinaire, à la forge
+et la fabrication des fers, etc.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p>
+
+<p class="right">Pour la Classe de Médecine, Chirurgie, Pharmacie et de l'art
+vétérinaire.</p>
+
+<p class="i2">20º. Collection d'instrumens et de modèles pour les divers atteliers
+des Arts.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations).</span></p>
+
+<p class="right">Pour la Classe des Arts.<span class="pagenum"><a id="page200" name="page200"></a>(p.200)</span></p>
+<p class="p2"></p>
+<h4>&sect;. <span class="sper"><strong>III</strong></span>.</h4>
+<p class="p2"></p>
+<p class="center"><span class="italic">Emplacement propres aux Laboratoires et aux divers enseignemens dont
+se charge l'Institut.</span></p>
+<p class="p4"></p>
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Écoles de l'Institut</span>.</span></p>
+
+<p class="i2">1º. Pour les six premières Classes de la première Section. Deux
+grandes salles suffiront pour leur enseignement.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p>
+
+<div class="i2">
+<p>2º. Pour l'École de Peinture, Sculpture et Gravure.</p>
+
+<p>Cette école réunissant l'enseignement tout entier, le nombre des
+salles sera déterminé par la demande des Professeurs.</p></div>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Louvre.)</span></p>
+
+<div class="i2">
+<p>3º. Pour l'Architecture.</p>
+
+<p>L'Architecture étant dans le même cas que la Peinture et la Sculpture,
+le nombre des salles nécessaires sera déterminé conjointement avec les
+Professeurs.</p></div>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Louvre.)</span></p>
+
+<p class="i2">4º. Pour la Musique.</p>
+
+<p class="i2">De même.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Louvre.)</span></p>
+
+<div class="i2">
+<p>5º. Pour les Mathématiques, la Mécanique, la Physique et
+l'Astronomie.</p>
+
+<p>Une salle ou un amphithéâtre.</p></div>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p>
+
+<div class="i2">
+<p>6º. Pour l'Astronomie.</p>
+
+<p>Un Observatoire garni de tous ses instrumens.</p></div>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p>
+
+<div class="i2">
+<p>7º. Pour la Chimie, la Minéralogie, la Métallurgie et la Géographie
+souterraine.<span class="pagenum"><a id="page201" name="page201"></a>(p.201)</span></p>
+
+<p>Un amphithéâtre ou salle d'enseignement, et un grand laboratoire qui y
+soit annexé.</p></div>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p>
+
+<div class="i2">
+<p>8º. Pour la Zoologie et l'Anatomie.</p>
+
+<p>Un amphithéâtre et plusieurs salles ou galeries de dissections et de
+préparations qui y soient annexées.</p>
+
+<p>De plus, une salle de dissection établie dans un des Hôpitaux de la
+capitale.</p>
+<p class="p2"></p>
+<p>9º. Pour la Botanique.</p>
+
+<p>Un amphithéâtre.</p></div>
+
+<p class="center"><span class="italic">(L'Amphithéâtre du Jardin du Roi.)</span></p>
+
+<div class="i2">
+<p>10º. Pour l'Agriculture.</p>
+
+<p>Une salle.</p>
+
+<p>Cette école sera établie près de la collection des instrumens aratoires.</p>
+</div>
+
+<p class="center"><span class="italic">(L'amphithéâtre du Jardin du Roi.)</span></p>
+
+<div class="i2">
+<p>11º. Pour la Médecine humaine et vétérinaire.</p>
+
+<p>Une salle.</p></div>
+<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p>
+
+<table border="0" cellpadding="0" cellspacing="0" summary="Salles arts">
+<tr>
+<td rowspan="5">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;12º. Pour les arts relatifs</td>
+<td valign="middle" class="cbrace1">{</td>
+<td>&nbsp;au Dessin,<br />
+&nbsp;à la Physique,<br />
+&nbsp;à la Mécanique,<br />
+&nbsp;à la Chimie,<br />
+&nbsp;à la Botanique,</td>
+<td valign="middle" class="cbrace1">}</td>
+<td rowspan="5">un amphithéâtre.</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p class="p8"></p>
+<p class="i2">Dans la salle ou amphithéâtre de Physique.</p>
+
+<p class="center"><span class="italic">(Au Collège des Quatre-Nations.)</span></p>
+
+<div class="blockquote">
+<p> <span class="italic">Nota.</span> 1º. Les collections et les laboratoires doivent être placés
+près des salles ou amphithéâtres destinés à l'enseignement, afin que
+les Professeurs y trouvent, sans peine, les divers objets dont ils
+pourront avoir besoin. Ces collections et ces laboratoires serviront
+aussi aux travaux et recherches des divisions des classes de
+l'Institut.</p>
+
+<p> <span class="italic">Nota.</span> 2º. La Physique, la Chimie et l'Anatomie auront besoin
+d'emplacemens très-étendus et très-aérés. Peut-être que l'emplacement
+destiné à l'Anatomie devroit être annexé à l'un des plus grands
+Hôpitaux de la Capitale.<span class="pagenum"><a id="page202" name="page202"></a>(p.202)</span></p></div>
+
+<p class="center"><span class="sper">XXXV</span>.</p>
+
+<p>Les Directeurs des Bibliothèques publiques prendront des mesures pour
+que tous les ouvrages qui sont publiés dans tous les genres et dans
+toutes les langues quelconques, soient achetés. Il sera fait des fonds
+à cet effet. Ces livres, après avoir été inscrits sur les registres de
+la Bibliothèque, seront examinés par les classes respectives de
+l'Institut, et ceux qui seront distingués par elles, seront traduits
+en tout ou en partie par des interprètes qui seront attachés à cet
+effet, en nombre suffisant, à la Bibliothèque publique.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XXXVI</span>.</p>
+
+<p>Il sera établi, soit au Louvre, soit au Collège des Quatre Nations, une
+Imprimerie pourvue de tous les caractères à l'usage des Sciences, de
+ceux des Langues anciennes et modernes, laquelle sera destinée au
+service des classes de l'Institut.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XXXVII</span>.</p>
+
+<p>Pour mettre de l'ordre et de l'unité dans ce grand établissement, il
+sera formé un comité central qui sera composé de vingt membres;
+chacune des vingt classes de l'Institut ayant le droit d'en nommer un.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XXXVIII</span>.</p>
+
+<p>Ces élections seront renouvellées tous les ans par les classes
+respectives de l'Institut, au scrutin et à la majorité des suffrages.
+<span class="pagenum"><a id="page203" name="page203"></a>(p.203)</span></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XXXIX</span>.</p>
+
+<p>Le comité central de l'Institut nommera au scrutin et à la majorité
+absolue, un Directeur et un Secrétaire.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XL</span>.</p>
+
+<p>Le comité central de l'Institut s'assemblera deux fois chaque mois, et
+plus souvent s'il y a lieu.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XLI</span>.</p>
+
+<p>Ses fonctions seront de surveiller les travaux de l'Institut, de
+stipuler en général pour ses intérêts, c'est-à-dire, pour ceux des
+Lettres, des Sciences et des Arts; de s'assurer de l'exactitude des
+Professeurs à remplir leurs devoirs; de répondre aux demandes qui
+pourront lui être faites concernant l'Instruction publique, de la part
+des Départemens, Districts ou Municipalités; de régler les différens
+qui pourront s'élever entre les classes, et de proposer les
+améliorations à faire, soit dans l'Institut, soit dans les
+établissemens qui lui seront annexés.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XLII</span>.</p>
+
+<p>Lorsque les divisions ou classes de l'Institut, voulant fixer
+l'attention publique sur un sujet de méditation ou d'étude, auront
+besoin de fonds extraordinaires, soit pour proposer des prix, soit
+pour faire une suite d'expériences et de recherches, elles
+s'adresseront au comité central, lequel fera parvenir son v&oelig;u à
+l'Assemblée Nationale, après avoir jugé <span class="pagenum"><a id="page204" name="page204"></a>(p.204)</span> s'il n'y a pas pour
+cette fois un trop grand nombre de demandes de ce genre faites par les
+classes de l'Institut, qui devront se concerter entre elles pour
+l'ordre et le succès de leurs travaux.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XLIII</span>.</p>
+
+<p>Les Commissaires pour l'Instruction publique seront chargés de
+surveiller la partie administrative de l'Institut national et des
+établissemens qui lui seront annexés, et d'y maintenir l'exécution de
+la loi. Les patentes des membres de l'Institut et des Professeurs
+seront remises par eux; ils assisteront aux séances du comité central
+avec lequel ils concourront, de tous leur moyens, aux progrès des
+Sciences et des Arts.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XLIV</span>.</p>
+
+<p>Les membres intimes des Académies et sociétés savantes<a name="FNanchor_12_12" id="FNanchor_12_12"></a><a href="#Footnote_12_12" class="fnanchor">[12]</a>, telles
+qu'elles existent dans l'ordre actuel, seront remplacés <span class="pagenum"><a id="page205" name="page205"></a>(p.205)</span> dans
+les classes respectives de l'Institut projetté. On suivra dans ce
+remplacement l'ordre de l'ancienneté de réception, dans les Académies
+ou Sociétés. Lorsque le nombre des places arrêtées pour les divisions
+ou classes de l'Institut sera rempli, ceux qui, conformément à ce
+Décret, y auront des droits, seront rangés, toujours suivant l'ordre
+de leur réception, dans une classe de surnuméraires qui jouiront des
+mêmes droits que les autres auxquels ils succéderont, comme il est
+réglé ci-après.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XLV</span>.</p>
+
+<p>Lorsqu'il vaquera une place parmi les membres de divisions ou classes
+de l'Institut, elle sera remplie par le plus ancien des surnuméraires,
+tant qu'il y en aura. Lorsqu'il en aura vaqué deux, il sera en outre
+nommé un nouveau membre qui prendra place à la suite de tous les
+surnuméraires. A l'avenir ce titre sera pour toujours supprimé dans
+l'Institut.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XLVI</span>.</p>
+
+<p>A l'avenir, les pensions attribuées à l'Institut, seront réparties à
+raison de l'ancienneté de réception dans les divisions et dans les
+classes dont cet établissement est formé. Il ne sera rien innové à
+l'égard des pensions accordées jusqu'à ce jour par les Académies ou
+Sociétés savantes, à ceux de leurs membres qui seront remplacés dans
+l'Institut.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XLVII</span>.</p>
+
+<p>Les classes d'associés honoraires, établies dans les Académies, sont
+abolies. <span class="pagenum"><a id="page206" name="page206"></a>(p.206)</span></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XLVIII</span>.</p>
+
+<p>Ceux qui, dans les Académies ou Sociétés savantes actuelles, occupent
+des places d'associés libres, seront conservés avec le même titre près
+des divisions ou classes respectives de l'Institut, dans lequel il n'y
+aura plus d'associés libres à l'avenir.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XLIX</span>.</p>
+
+<p>Il sera libre aux divisions ou classes de l'Institut, de s'attacher,
+sous les noms d'associés et de correspondans règnicoles ou étrangers,
+les personnes qui pourront les aider dans leurs travaux.</p>
+
+<p class="center">L.</p>
+
+<p>Les titulaires des chaires conservées continueront, en se conformant
+aux nouvelles lois, les fonctions de leur enseignement; et jusqu'à ce
+que l'Institut soit formé, ils feront, comme ci-devant, avec les mêmes
+honoraires qu'ils ont reçus jusqu'ici, les leçons dont ils ont été
+chargés.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">LI</span>.</p>
+
+<p>Les titulaires des chaires supprimées par l'article premier, seront
+nommés de préférence à celles dont l'enseignement est le même dans le
+nouvel Institut.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">LII</span>.</p>
+
+<p>Les commissaires de l'instruction, nommeront, pour la première fois
+seulement, sur la présentation du comité central, <span class="pagenum"><a id="page207" name="page207"></a>(p.207)</span> les
+membres qui devront composer les classes de nouvelles création;
+savoir: les classes premières, deuxième et dixième de la première
+section, et les classes neuvième et dixième de la seconde section de
+l'Institut, ainsi que les Professeurs des chaires nouvellement
+établies. Toutes les classes de l'Institut étant ainsi complettes,
+éliront elles-mêmes les associés et les Professeurs, conformément aux
+règles prescrites par les présens Décrets.</p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">DES BIBLIOTHÈQUES</span>.</h3>
+<p class="p4"></p>
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p>
+
+<p>Il y aura dans chaque Département une Bibliothèque, sous l'inspection
+particulière du Directoire du Département; et dans les villes où il se
+trouvera une Bibliothèque de Municipalité déjà établie, elle pourra
+servir de Bibliothèque de Département, et sera sous la surveillance du
+Directoire du Département.</p>
+
+<p>Les quatre premiers articles du présent Décret seulement, ne sont
+point relatifs aux établissemens littéraires de Paris.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p>
+
+<p>Chaque Bibliothèque sera plus ou moins considérable, selon la
+proportion de l'étendue et de la population, des richesses littéraires
+ou même des Contributions du Département.</p>
+
+<p>Les volumes dont elles seront composées, seront prélevés dans les
+Bibliothèques ecclésiastiques et des communautés <span class="pagenum"><a id="page208" name="page208"></a>(p.208)</span>
+Religieuses, et dans celles des autres établissemens supprimés, après
+toutefois que l'état desdits livres aura été préalablement dressé et
+envoyé aux Commissaires de l'Instruction publique, qui donneront
+autorisation et détermineront l'emploi, ou le mode de la vente du
+surplus.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p>
+
+<p>Il ne pourra y avoir pour chaque Bibliothèque moins de deux ni plus de
+quatre Bibliothécaires.</p>
+
+<p>Le premier ne pourra avoir moins de 1,500 livres, ni plus de 3,000
+livres.</p>
+
+<p>Chacun des autres 2,000 livres au plus, et au moins 1,000 livres.</p>
+
+<p>Il sera pourvu par un réglement aux sommes nécessaires pour les achats
+des livres, les frais de Bureau, entretien des bâtimens et autres
+dépenses.</p>
+
+<p>Le Bibliothécaire principal sera nommé par le Département: les
+Bibliothécaires seront choisis, autant qu'il sera possible, parmi les
+Sujets des Congrégations Ecclésiastiques supprimées.</p>
+
+<p>Le Bibliothécaire de chaque Département sera tenu de correspondre
+exactement et dans les formes qui seront prescrites par un réglement
+particulier, avec le Commissaire de l'Instruction publique, chargé
+spécialement de l'administration des Bibliothèques. <span class="pagenum"><a id="page209" name="page209"></a>(p.209)</span></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p>
+
+<p>Le directoire de chaque Département veillera avec soin, à ce que le
+Bibliothécaire du Département se procure promptement deux exemplaires
+bien conditionnés de chaque livre nouveau imprimé dans son ressort.</p>
+
+<p>L'un des deux restera dans la Bibliothèque du Département, l'autre
+sera adressé aussitôt à la Bibliothèque générale établie à Paris, dont
+il sera fait mention article V. Ce dernier établissement remboursera
+le montant de cette dépense au Département, si le livre ne vient pas
+de la libéralité de l'Auteur, Éditeur, ou Libraire.</p>
+
+<p class="center">V.</p>
+
+<p>Il sera formé à Paris un établissement, sous le titre de Bibliothèque
+nationale, faisant, partie de l'Institut, entretenu aux frais du
+Trésor public, et divisé en six établissemens, pour le plus grand
+avantage de ceux qui cultivent les Sciences.</p>
+
+<p>Chacun d'eux prendra le nom de la science à laquelle il sera
+particulièrement affecté.</p>
+
+<p>Le principal établissement restera quant à présent, rue de Richelieu,
+et contiendra la réunion de tous les livres, dans toutes les matières,
+ainsi que les collections de divers genres qu'il renferme déjà, ou qui
+pourroient y être jointes; les cinq autres seront distribués dans les
+quartiers de la Capitale où ils pourront être le plus utiles, et
+contiendront chacun de 40,000 à 80,000 volumes: chacun de ces cinq
+établissement sera affecté particulièrement à chacune des cinq
+divisions <span class="pagenum"><a id="page210" name="page210"></a>(p.210)</span> des matières de Bibliographie, et en contiendra
+les ouvrages, indépendamment des livres élémentaires des quatre autres
+divisions.</p>
+
+<p>Les Bibliothèques des maisons ecclésiastiques et religieuses et
+établissemens supprimés serviront à enrichir et former ces cinq
+dépôts; les achats ou présens des livres nouveaux les completteront
+par la suite.</p>
+
+<p>La Bibliothèque de la Municipalité sera en même temps la Bibliothèque
+du Département, conformément à l'article du présent décret; elle
+embrassera toutes les matières bibliographiques, et sera augmentée et
+complettée pareillement avec les livres des maisons ecclésiastiques et
+religieuses, et autres établissemens supprimés, indépendamment des
+acquisitions qu'elle pourra faire sur les fonds qui lui seront
+affectés.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p>
+
+<p>Toute personne qui désirera travailler dans une Bibliothèque publique,
+y sera admise tous les jours hors les Dimanches et fêtes, soit dans la
+Bibliothèque, soit en présence du Bibliothécaire, dans une salle
+particulière de travail, si le local permet d'en avoir une attenante
+au dépôt général des livres.</p>
+
+<p>On n'y travaillera que pendant le jour; les Réglemens pourvoiront à la
+commodité des citoyens studieux, comme à la conservation des livres.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p>
+
+<p>Il n'y aura plus d'obligation aux Libraires, Éditeurs et <span class="pagenum"><a id="page211" name="page211"></a>(p.211)</span>
+Auteurs, de fournir des exemplaires de leurs ouvrages aux
+Bibliothèques publiques.</p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">PRIX</span></h3>
+<p class="p2"></p>
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">et Encouragemens</span>.</span></p>
+<p class="p4"></p>
+
+<p>Les prix et récompenses mérités par le talent, devant être diversement
+honorifiques et quelquefois pécuniaires; tantôt offerts par la
+reconnoissance de la Nation, tantôt décernés par celle d'un lieu
+particulier, devant se placer à côté des plus petits efforts de
+l'enfance et atteindre les plus hautes conceptions du génie, sont
+promis, sont assurés par l'Assemblée Nationale.</p>
+
+<p>Mais, à raison du grand nombre de détails nécessaires pour que toutes
+les proportions soient bien observées, et qu'aucun genre de mérite ne
+soit privé de son encouragement et de sa récompense, ils ne seront
+déterminés et classés que d'après un réglement qui sera présenté sur
+cet objet à la législature par les Commissaires de l'Instruction
+publique.</p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">MÉTHODES</span></h3>
+<p class="p2"></p>
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">ET LIVRES ÉLÉMENTAIRES</span>.</span></p>
+<p class="p4"></p>
+
+<p>L'Assemblée Nationale met au rang des bienfaits publics les bons
+livres élémentaires sur toutes les connoissances humaines, <span class="pagenum"><a id="page212" name="page212"></a>(p.212)</span>
+les méthodes propres à agrandir et à perfectionner les facultés
+principales de l'homme, les procédés bien éprouvés, destinés à
+faciliter l'application des principes dans la pratique des arts;
+toutes les découvertes, soit dans les arts, soit dans les sciences, et
+particulièrement les ouvrages de tout genre qui serviront le mieux la
+morale. Elle veut que l'Institut national mette en usage tous ses
+moyens pour arriver à ces grands résultats, qu'il attache à leur
+recherche tous les talens, tous les efforts de l'émulation publique,
+et elle ordonne aux Commissaires de l'instruction de faire parvenir,
+sans délai, aux Départemens tout ce que, sur ces divers objets,
+l'institut aura, par un suffrage solemnel, recommandé à la confiance
+publique.</p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">SPECTACLES</span>.</h3>
+<p class="p4"></p>
+
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p>
+
+<p>Les Commissaires de l'instruction, dont la surveillance devra
+s'étendre sur les spectacles, respecteront la liberté du talent dans
+le choix des sujets des différentes pièces; mais ils décideront
+quelles sont les pièces qui, aux jours des fêtes nationales et à
+l'occasion des grands événemens, mériteront d'être, aux frais de la
+Nation, représentées gratuitement.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p>
+
+<p>Les pièces de théâtre feront un des objets particuliers pour lesquels,
+d'après le v&oelig;u prononcé et soutenu de l'opinion publique, et sur le
+jugement motivé de l'Institut, il sera accordé des prix et des
+récompenses nationales. <span class="pagenum"><a id="page213" name="page213"></a>(p.213)</span></p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">FÊTES</span>.</h3>
+<p class="p4"></p>
+
+<p>L'Assemblée Nationale ayant décrété constitutionnellement qu'il seroit
+établi des fêtes nationales, mais jugeant que la périodicité pourroit
+en affoiblir l'intérêt, si elle s'étendoit sur un grand nombre,
+ordonne que deux fêtes seulement seront établies pour tout le Royaume;
+l'une, sous le nom de la liberté, qui sera célébrée tous les ans le 14
+Juillet; l'autre, en faveur de l'égalité, qui sera fixée au 4 Août.
+Elle laisse aux Directoires des Départemens le soin de donner à ces
+fêtes toute la solemnité qu'elles requièrent, comme aussi la faculté
+d'en établir de particulières, lorsque des circonstances locales ou
+même des événemens généraux leur paroîtront le demander: elle charge
+les Commissaires de l'instruction publique de présenter, le plutôt
+possible, au Corps législatif un mode général d'organisation pour ces
+fêtes.</p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">ÉDUCATION DES FEMMES</span>.</h3>
+<p class="p4"></p>
+
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p>
+
+<p>Les filles ne pourront être admises aux Écoles primaires que jusqu'à
+l'âge de huit ans.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p>
+
+<p>Après cet âge, l'Assemblée Nationale invite les pères <span class="pagenum"><a id="page214" name="page214"></a>(p.214)</span> et
+mères à ne confier qu'à eux-mêmes l'éducation de leurs filles, et leur
+rappelle que c'est leur premier devoir.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p>
+
+<p>Il sera pourvu, dans chaque Département, aux moyens de former des
+établissemens destinés à procurer aux filles qui sortiront des Écoles
+primaires ou de la première éducation paternelle, la facilité
+d'apprendre des métiers convenables à leur sexe.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p>
+
+<p>Il sera pourvu aussi, par les Départemens, à l'établissement d'un
+nombre suffisant de maisons d'éducation pour les filles qui ne
+pourront être élevées dans la maison paternelle.</p>
+
+<p class="center">V.</p>
+
+<p>Ces maisons seront dirigées par des Institutrices nommées par les
+Directoires des Départemens.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p>
+
+<p>Les Départemens prescriront des règles à ces établissemens, veilleront
+à leur exécution, pourront destituer les Institutrices dont la
+conduite ne répondroit pas à la confiance publique.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p>
+
+<p>Ils fixeront le prix des pensionnats et les traitemens <span class="pagenum"><a id="page215" name="page215"></a>(p.215)</span> des
+Institutrices, et les proportionneront aux objets d'enseignement
+qu'elles seront capables de professer pour leurs Élèves.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VIII</span>.</p>
+
+<p>Toutes les instructions données aux Élèves dans les maisons
+d'éducation publique, tendront particulièrement à préparer les filles
+aux vertus de la vie domestique, et aux talens utiles dans le
+gouvernement d'une famille.</p>
+
+<p class="p4"></p>
+<h3><span class="sper">DES COMMISSAIRES</span></h3>
+
+<p class="center"><span class="sper">DE</span></p>
+
+<h3><span class="sper">L'INSTRUCTION PUBLIQUE</span>.</h3>
+<p class="p4"></p>
+<hr class="c15" />
+<p class="p4"></p>
+<p class="font95">Les Commissaires de l'instruction publique, sont établis pour réunir
+en un centre commun, et répandre dans tout l'Empire tous les moyens
+d'instruction propres à maintenir l'unité des principes et à
+perfectionner cette partie essentielle de l'organisation sociale.</p>
+
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Article premier</span>.</span></p>
+
+<p>Il sera établi à Paris une Administration centrale sous le nom de
+Commission générale de l'Instruction publique. Ses Membres seront au
+nombre de six, et auront le titre de Commissaires de l'instruction
+publique. <span class="pagenum"><a id="page216" name="page216"></a>(p.216)</span></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">II</span>.</p>
+
+<p>Il sera établi, sous chaque Commissaire, un Inspecteur. Les
+Inspecteurs pourront, être momentanément envoyés dans les divers
+Établissemens d'instruction du Royaume, lorsque la Commission le
+jugera nécessaire.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">III</span>.</p>
+
+<p>Les Commissaires et Inspecteurs seront nommés par le Roi, qui pourra
+ensuite les suspendre de leurs fonctions; mais l'instruction étant la
+première défense contre les abus de l'autorité, leur destitution ne
+pourra être prononcée que sur un jugement du Corps législatif.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IV</span>.</p>
+
+<p>Les Commissaires se partageront entr'eux les divers objets de
+l'instruction, et chacun fera exécuter, sous sa responsabilité, les
+Lois relatives à la partie dont il aura été chargé.</p>
+
+<p class="center">V.</p>
+
+<p>Ils auront sous leur surveillance tout ce qui tient à l'instruction,
+tout ce qui concerne les prix et concours qui seront ouverts pour tous
+les objets d'utilité publique, les Spectacles, les Fêtes Nationales,
+les Arts, les Bibliothèques publiques formée de celles des Maisons
+religieuses, la Bibliothèque Nationale, la Correspondance de toutes
+les Bibliothèques.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VI</span>.</p>
+
+<p>Il sera nommé dans chaque Directoire de Département, <span class="pagenum"><a id="page217" name="page217"></a>(p.217)</span> un
+membre chargé de la surveillance de ce qui concerne l'instruction; il
+sera tenu de donner connoissance tant de l'état que des besoins de
+l'instruction publique dans le Département.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VII</span>.</p>
+
+<p>Tous les biens et revenus destinés à l'Éducation publique seront sous
+la surveillance des Commissaires: ils rendront compte, tous les ans, à
+l'Assemblée législative de la situation de ces biens.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">VIII</span>.</p>
+
+<p>Ils présenteront, chaque année, à l'Assemblée législative un état des
+progrès de l'instruction dans toutes les parties du Royaume.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">IX</span>.</p>
+
+<p>Ils nommeront, pour la première fois, aux places de nouvelle création
+dont la nomination n'aura pas été attribuée aux Corps administratifs,
+et rendront un compte public des motifs de leurs choix.</p>
+
+<p class="center">X.</p>
+
+<p>Ils seront tenus de présenter au Corps législatif, dans le plus court
+délai possible, et dans l'ordre des besoins pressans, des projets de
+réglement sur tous les objets de détail qui ne se trouveront points
+compris dans les articles précédens. <span class="pagenum"><a id="page218" name="page218"></a>(p.218)</span></p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XI</span>.</p>
+
+<p>La Commission générale nommera son Secrétaire et les Employés des
+Bureaux: elle présentera à l'Assemblée législative l'état des Employés
+nécessaires, pour, ledit état, être décrété ainsi qu'il conviendra.</p>
+
+<p class="center"><span class="sper">XII</span>.</p>
+
+<p>Le traitement des Commissaires sera de 15,000 livres, celui des
+Inspecteurs de 8,000 livres.</p>
+
+
+<p class="blockquote"><span class="italic">Nota.</span> Il nous eut semblé possible et conforme aux principes
+d'attacher davantage l'instruction publique au Corps législatif; mais
+un Décret ayant déjà placé cet objet sous la surveillance active d'un
+des Départemens du Pouvoir exécutif, nous avons dû nous conformer à
+cette disposition; nous avons seulement recherché des moyens pour que
+l'Administration nouvelle, à qui l'Instruction sera spécialement
+confiée, contenue par l'opinion autant que par sa responsabilité, ne
+s'écartât point de son but, et favorisât la plus entière et la plus
+libre propagation des lumières.</p>
+
+<p class="p2"></p>
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Liberté de L'enseignement</span>.</span></p>
+<p class="p2"></p>
+
+<p>Il sera libre à tous particuliers en se soumettant aux Lois générales
+sur l'enseignement public, de former des établissemens d'instruction;
+ils seront tenus seulement d'en instruire la Municipalité, et de
+publier leurs réglemens. <span class="pagenum"><a id="page219" name="page219"></a>(p.219)</span></p>
+
+<p class="p2"></p>
+<p class="center"><span class="smcap"><span class="sper">Prolongation provisoire de l'enseignement actuel</span>.</span></p>
+<p class="p2"></p>
+
+<p>Les Universités et corporations chargées maintenant de l'Instruction
+publique continueront leurs fonctions jusqu'au parfait établissement
+des nouveaux moyens d'Instruction qui devront leur succéder; après
+quoi elles seront supprimées.<a name="FNanchor_13_13" id="FNanchor_13_13"></a><a href="#Footnote_13_13" class="fnanchor">[13]</a>.</p>
+<p class="p8"></p>
+
+<div class="footnotes"><h3>NOTES:</h3>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1_1" id="Footnote_1_1"></a><a href="#FNanchor_1_1"><span class="label">[1]</span></a> La longueur ainsi que la sévérité de notre travail nous
+interdisent sur ce sujet des détails auxquels il eût été agréable de
+se livrer. Ceux qui désireront des développemens pleins d'intérêt,
+pourront lire MM. Barthelemi, Paw et Cabanis.</p>
+
+<p><a name="Footnote_2_2" id="Footnote_2_2"></a><a href="#FNanchor_2_2"><span class="label">[2]</span></a> On peut offrir aux Départemens comme un modèle de ce
+genre d'établissement un Mémoire adressé à l'Assemblée Nationale par
+une Artiste ingénieuse (M<sup>me</sup> Guyard) qui, dans cet ouvrage, a su
+annoblir les arts en les associant au commerce, et les appliquant aux
+progrès de l'industrie.</p>
+
+<p><a name="Footnote_3_3" id="Footnote_3_3"></a><a href="#FNanchor_3_3"><span class="label">[3]</span></a> Ces cinq articles ne doivent être en effet regardés que
+comme un simple apperçu, comme une esquisse de ce que peut être la
+division par cours. On conçoit un grand nombre de combinaisons
+différentes, et peut-être une division plus prononcée et autrement
+graduée: celle-là pourtant nous a paru suffire et se rapprocher, plus
+que toute autre, de l'ancien enseignement qu'il seroit difficile de
+renverser tout-à-coup; cependant il sera utile que les Commissaires de
+l'instruction publique se concertent, avant le Décret définitif, avec
+les personnes à-la-fois les plus éclairées et les plus intéressées à
+la chose. Nous pensons aussi que le Décret, quel qu'il soit, doit
+laisser, quant à l'exécution, une grande latitude aux Professeurs: car
+on enseigne mal ce qu'on n'enseigne pas librement.</p>
+
+<p><a name="Footnote_4_4" id="Footnote_4_4"></a><a href="#FNanchor_4_4"><span class="label">[4]</span></a> Ces écoles pourroient être placées à Paris, Rennes,
+Strasbourg, Bourges, Dijon, Besançon, Bordeaux, Toulouse, Lyon, Aix.</p>
+
+<p><a name="Footnote_5_5" id="Footnote_5_5"></a><a href="#FNanchor_5_5"><span class="label">[5]</span></a> Ces retraites ne paroîtront pas trop fortes, lorsqu'on
+pensera qu'elles ne sont calculées que sur un traitement fixe qui est
+fort inférieur à l'ensemble des émolumens dont jouissent les membres
+des Facultés de Droit. Les chaires de Paris rapportoient 8 à 9,000
+livres; l'éméritat n'est calculé que sur 3,000 liv.</p>
+
+<p><a name="Footnote_6_6" id="Footnote_6_6"></a><a href="#FNanchor_6_6"><span class="label">[6]</span></a> Il y a, dans le Royaume, vingt Facultés de Droit. Celle
+de Paris, à raison du nombre des individus qui la composent, équivaut
+à trois. Sous ce rapport, on peut supposer vingt-deux facultés.
+Chacune, l'une dans l'autre, peut être évaluée à six personnes, en
+tout, cent trente-deux. Le vingtième à-peu-près de ces personnes n'a
+pas prêté le serment. En outre, le vingtième des places sont vacantes.
+Ainsi restent environ cent vingt personnes en activité.</p>
+
+<p><a name="Footnote_7_7" id="Footnote_7_7"></a><a href="#FNanchor_7_7"><span class="label">[7]</span></a> L'inégalité du nombre des membres de chacune des classes
+dans ces deux grandes sections de l'Institut, a paru nécessaire: 1º.
+parce que tous les genres d'étude et de savoir ne sont pas également
+utiles et ne doivent pas être également cultivés; 2º. parce que
+certains ordres de connoissances n'existant que dans l'Institut, il a
+paru convenable de chercher à les y multiplier. L'Algèbre et la
+Géométrie transcendante sont dans ce cas. D'autres parties, telles que
+la Chimie, l'Anatomie, etc. trouveront ailleurs des encouragemens.</p>
+
+<p>Cette inégalité des membres de chacune des classes est d'ailleurs sans
+inconvénient: 1º. parce que les pensions seront dorénavant
+distribuées à raison de l'ancienneté, considérée dans toute l'étendue
+de la division ou classe; 2º. parce que, dans aucun cas, les classes
+de la Section n'auront à se contrebalancer entre elles.</p>
+
+<p><a name="Footnote_8_8" id="Footnote_8_8"></a><a href="#FNanchor_8_8"><span class="label">[8]</span></a> On laisse ce nombre indéterminé, parce que plusieurs de
+ces écoles ne sont pas encore établies, et que toutes celles qui
+existent, doivent subir une réforme; mais ces chaires, destinées à un
+enseignement élémentaire, sont d'une nature tout-à-fait différente de
+celles dont il est parlé plus haut.</p>
+
+<p><a name="Footnote_9_9" id="Footnote_9_9"></a><a href="#FNanchor_9_9"><span class="label">[9]</span></a> C'est principalement pour cultiver les plantes dont elle
+envoie les graines comme essais aux Départemens, que la classe
+d'Agriculture a besoin de cet emplacement, qui ne devra pas être bien
+considérable.</p>
+
+<p><a name="Footnote_10_10" id="Footnote_10_10"></a><a href="#FNanchor_10_10"><span class="label">[10]</span></a> Ainsi, chaque établissement relatif aux Sciences et aux
+Lettres, et destiné à la conservation, soit des livres et manuscrits,
+soit des médailles, soit des tableaux et statues, soit des divers
+morceaux d'Histoire naturelle, d'Anatomie, etc., etc., sera confié à
+des Directeurs responsables, qui administreront sous la surveillance
+d'un des Commissaires du Roi, dont il est parlé article XLIII et
+XLIV.</p>
+
+<p><a name="Footnote_11_11" id="Footnote_11_11"></a><a href="#FNanchor_11_11"><span class="label">[11]</span></a> L'Institut National a besoin de trois sortes
+d'emplacemens: le premier, pour ses séances; le second, pour les
+collections qui lui sont nécessaires; le troisième, pour les
+laboratoires et les leçons que doivent donner les Professeurs.</p>
+
+<p><a name="Footnote_12_12" id="Footnote_12_12"></a><a href="#FNanchor_12_12"><span class="label">[12]</span></a> <span class="italic">Nota.</span> Les Académies et Sociétés savantes sont:</p>
+<p>1º.&nbsp;&nbsp;&nbsp;L'Académie Françoise;<br />
+2º.&nbsp;&nbsp;&nbsp;L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres;<br />
+3º.&nbsp;&nbsp;&nbsp;L'Académie des Sciences;<br />
+4º.&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le Collège Royal;<br />
+5º.&nbsp;&nbsp;&nbsp;La Société de Médecine;<br />
+6º.&nbsp;&nbsp;&nbsp;L'Académie de Chirurgie;<br />
+7º.&nbsp;&nbsp;&nbsp;La Société d'Agriculture;<br />
+8º.&nbsp;&nbsp;&nbsp;L'Académie de Peinture et de Sculpture;<br />
+9º.&nbsp;&nbsp;&nbsp;L'Académie d'Architecture;<br />
+10º. Les Écoles de Chant et de Déclamation.</p>
+
+<p><a name="Footnote_13_13" id="Footnote_13_13"></a><a href="#FNanchor_13_13"><span class="label">[13]</span></a> L'Assemblée Nationale décidera si, par son Décret du [date laissée en blanc] à
+l'époque duquel aucune des parties de l'instruction n'étoit organisée,
+elle a entendu exclure les Membres des Législatures des emplois
+nombreux relatifs à l'instruction publique.</p></div>
+</div>
+<p class="p6"></p>
+<h3>FIN.</h3>
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Rapport sur l'Instruction Publique,
+les 10, 11 et 19 Septembre 1791, by Maurice Talleyrand-Périgord
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RAPPORT SUR L'INSTRUCTION ***
+
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+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
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+
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+
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+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
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+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
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+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
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+throughout numerous locations. Its business office is located at
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+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
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+ Dr. Gregory B. Newby
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+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
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+increasing the number of public domain and licensed works that can be
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+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
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+charities and charitable donations in all 50 states of the United
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+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
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+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
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+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
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+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
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+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
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+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
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+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
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+No investigation has been made concerning possible copyrights in
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