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+<title>The Project Gutenberg e-Book of Robert Burns Vol. 1; Author: Auguste Angellier.</title>
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+The Project Gutenberg EBook of Robert Burns, by Auguste Angellier
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+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+Title: Robert Burns
+ Vol. I., La Vie.
+
+Author: Auguste Angellier
+
+Release Date: May 5, 2008 [EBook #25335]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK ROBERT BURNS ***
+
+
+
+
+Produced by Robert Connal, Christine P. Travers and the
+Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
+(This file was produced from images generously made
+available by the Bibliothèque nationale de France
+(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
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+
+<div class="tn">
+<p>Note au lecteur de ce fichier digital:</p>
+<p>Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été
+corrigées.</p>
+<p>Les notes <a id="footnotetag341" name="footnotetag341"></a><a href="#footnote341" title="Lien vers la note 341">341</a>, <a id="footnotetag537" name="footnotetag537"></a><a href="#footnote537" title="Lien vers la note 537">537</a> n'ont pas de référence dans le texte.</p>
+</div>
+
+<p class="p4 center noindent"><span class="font105">AUGUSTE ANGELLIER</span><br>
+<span class="font90">DOCTEUR ÈS LETTRES,<br>
+PROFESSEUR À L'UNIVERSITÉ DE LILLE.</span></p>
+
+<h1>ROBERT BURNS</h1>
+<p class="center font105">I</p>
+<h2>LA VIE</h2>
+
+<p class="p4 small center">PARIS, HACHETTE ET C<sup>ie</sup>. 1893.</p>
+<span class="pagenum"><a id="pageiii" name="pageiii"></a>(p. iii)</span>
+<p class="p4 center">À<br>
+M. ÉMILE CHARLES<br>
+CORRESPONDANT DE L'INSTITUT<br>
+RECTEUR DE L'ACADÉMIE DE LYON<br>
+JE DÉDIE CE LIVRE<br>
+EN TÉMOIGNAGE DE RESPECT ET D'AFFECTION.</p>
+
+<p class="left50">AUGUSTE ANGELLIER.</p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="pagev" name="pagev"></a>(p. v)</span> PRÉFACE.</h2>
+
+<p>Après un siècle on sait ce que vaut la renommée d'un poète, et
+quelles verdures les contemporains ont plantées sur sa tombe: si c'étaient
+des peupliers et des bouleaux, essences de quelques années, ou le chêne
+qui résiste aux âges. Parmi les gloires poétiques qui ont éclaté en Angleterre
+à la fin du dernier siècle et au commencement du nôtre, quelques-unes
+se sont flétries; il n'en est pas qui ait plus régulièrement grandi que
+celle de Robert Burns. Il est désormais, pour une fraction considérable
+et supérieure de l'humanité, un grand poète d'usage quotidien, un de ceux
+où des milliers d'âmes trouvent le froment et le vin. Le rameau qui fut
+planté sur sa fosse est devenu un arbre puissant, indestructible.</p>
+
+<p>Il nous a paru que Burns n'était pas assez connu en France, si l'on
+songe à la place que son nom tient désormais dans le monde. Les quelques
+études qui ont été écrites sur lui sont sommaires; la plupart ont été
+produites avant que les derniers documents, dont quelques-uns sont
+importants, aient été publiés. Il nous a paru aussi que, même après les
+biographies anglaises, dont plusieurs sont admirables, il était encore
+possible d'élucider certains moments intérieurs de sa vie. Cela nous a
+engagé à entreprendre ce travail. Sans doute une secrète sympathie pour
+cette âme curieuse et forte nous y poussait obscurément.</p>
+
+<p>Sa vie est, en effet, intéressante et instructive entre toutes. C'est pour
+ainsi dire une vie type. Par la violence et la variété des sentiments et des
+vicissitudes, par le mélange de hautes intentions et d'accomplissements
+débiles, par certaines crises maîtresses et essentielles, elle est une figure
+à la fois complète et rare de la vie humaine. Et, plus précisément, par
+l'effort et l'énergie de la jeunesse, l'indécision et le vacillement de la
+maturité, le relâchement et la déchéance des dernières années, elle offre,
+avec des proportions plus amples et des accents plus forts, l'image et,
+<span class="pagenum"><a id="pagevi" name="pagevi"></a>(p. vi)</span> le tracé de tant d'existences, entreprises avec confiance et courage,
+mollement maintenues au moment décisif, achevées dans les regrets et
+les remords. Elle est comme un exemplaire, fait d'un métal fin et
+frappé d'une empreinte forte, de la majeure partie peut-être des destinées
+qui se débattent sur ce globe.</p>
+
+<p class="p2">Nous avons pensé que cette existence ne pouvait prendre son intérêt,
+son enseignement entiers, que si toutes les situations en étaient étudiées
+dans leur forme particulière et dans leur étroite succession. Ces études, à
+leur tour, ne pouvaient avoir de portée et de pénétration que si elles étaient
+assez détaillées pour revêtir l'intensité que ces situations eurent vraiment.
+Nous avons voulu reconstituer, avec tout le drame qu'elles contenaient,
+les crises de c&oelig;ur, de conscience, ou de circonstances, dont fut formée
+cette destinée. En d'autres termes, nous avons essayé d'en écrire le
+roman, mais un roman réel, établi sur des faits, des lettres, des aveux.
+Nous voulons, par ce mot, indiquer notre effort pour remettre ces
+moments d'émotion dans la vérité vécue, pour les évoquer tels qu'ils
+furent dans le c&oelig;ur qu'ils bouleversèrent. C'est une tentative pour
+reconstituer la réalité avec une pleine exactitude.</p>
+
+<p>Le résultat inévitable de cet essai est un développement qu'on trouvera
+sans doute excessif; on nous reprochera d'avoir donné trop de place à
+des faits qui se retrouvent dans les souvenirs de beaucoup d'hommes. Nous
+pourrions répondre qu'il n'y a pas de faits peu importants quand ils renseignent
+sur une âme importante; et que souvent les faits les plus communs
+fournissent les plus probants indices pour connaître une conscience. Mais
+nous désirons revendiquer plus franchement et plus largement la méthode
+suivie dans ce travail. Si les actes ordinaires de gens ordinaires, étudiés
+avec minutie dans ce qu'ils ont d'individuellement intense et de généralement
+humain, suffisent à faire vivre le roman et le théâtre, pourquoi n'y
+aurait-il pas, dans une vie réelle, dans celle surtout d'un homme qui a
+senti plus que les autres, les mêmes situations de roman et de drame, la
+même émotion et les mêmes leçons. Que dis-je? L'impression est ici plus
+poignante et l'enseignement plus haut par la vérité des événements et la
+valeur de celui qui les a vécus. La même angoisse peut naître des crises
+d'un c&oelig;ur qui a palpité que des crises de c&oelig;urs imaginaires. Toute
+étude psychologique d'un homme, si elle remontait à ce qui fut la réalité,
+se retrouverait devant une de ces analyses qui semblent réservées aux
+romanciers et aux dramaturges. La foncière étude d'un homme d'État,
+d'un artiste, d'un poète, d'un ambitieux ne diffère pas de l'étude du père
+Grandet ou de Macbeth. Et souvent les situations réelles ne le cèdent ni
+en grandeur ni en cruauté aux situations inventées. Celui qui essaye de
+reconstituer une âme, au moyen des débris qu'elle a laissés d'elle-même,
+se trouve, le plus souvent, en face d'une suite de scènes qui furent des
+<span class="pagenum"><a id="pagevii" name="pagevii"></a>(p. vii)</span> drames; et l'on ne crée un drame que par la minutie du décor et du détail,
+eux seuls redonnent à un épisode ordinaire l'importance, la gravité
+majeure et comme l'accaparement qu'il eut pour les âmes qui en attendaient
+la tristesse ou la joie.</p>
+
+<p class="p2">On me dira peut-être que j'ai été trop indulgent, que j'ai trop
+excusé une vie chargée de défaillances. Je répondrai: je n'ai pas été
+indulgent dans les faits; je ne les ai pas atténués; je n'en ai pas dissimulé
+un seul; il en est même plusieurs dont on n'avait pas aperçu la portée,
+je l'ai indiquée, à ce point que certains admirateurs du poète pourront
+me reprocher d'avoir été dur pour lui, d'avoir fait entrer le soleil dans
+certains coins qui auraient pu demeurer obscurs. Je n'ai pas non plus
+été indulgent dans l'interprétation de ces actes de faiblesse et d'égoïsme.
+Je crois avoir donné à chacun d'eux sa notation morale, mesurée surtout
+aux souffrances dont ils furent la cause. L'indulgence apparaît seulement
+dans le jugement général sur l'homme, en tenant compte du bien qu'il
+y avait en lui, de ses qualités, de ses efforts, des circonstances de sa vie,
+des entraînements d'une nature qui a fait partie de son génie. Là, en
+effet, l'indulgence existe; elle n'est autre chose que de l'équité. Je ne
+suis pas un juge pour condamner mon semblable; je n'en ai pas l'infaillibilité,
+et le cruel office ne m'en est pas imposé; je parle avec pitié et
+précaution des faiblesses apparentes d'un frère humain, d'un grand frère
+humain, dont je ne connais pas toute la vie, dont je ne sais pas toutes
+les souffrances, dont je ne puis mesurer les desseins, dont je n'ai pas
+pesé les regrets, dont je ne touche que la grossière écorce que les actes
+font autour des intentions de l'âme. Il y avait à la Renaissance un
+médailleur italien dont le nom a été perdu. Il avait l'habitude de graver
+au revers de ses &oelig;uvres la figure de l'Espérance, et on lui a donné le
+nom charmant de «médailleur à l'Espérance». De même, si c'est le
+devoir pour l'historien de montrer clairement les faits, il serait beau que
+derrière chacun de ses jugements on aperçût toujours la marque de
+bonté. Il n'y aurait pas à nos yeux de plus haut titre, pour un critique
+dont le nom serait inconnu ou oublié, que d'être désigné, même sur une
+seule page sauvée, comme le critique de l'Indulgence.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<h1><span class="pagenum"><a id="page002" name="page002"></a>(p. 002)</span> LA VIE.</h1>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page003" name="page003"></a>(p. 003)</span> CHAPITRE I.</h2>
+
+<p class="chapter">ALLOWAY ET MONT-OLIPHANT.<br>
+1759&mdash;1777.</p>
+
+<p class="section">I.<br>
+ALLOWAY. &mdash; L'ENFANCE.</p>
+
+<p>À deux milles environ au sud de la petite ville d'Ayr, en Écosse, sur la
+route qui longe la mer près de la côte, se trouve un cottage de
+paysan, blanchi à la chaux, qui est peut-être, après la petite maison de
+Shakspeare à Stratford-sur-l'Avon, le lieu de pèlerinage littéraire le plus
+fameux de la race anglo-saxonne. Ce ne sont pourtant pas les endroits
+consacrés qui manquent en Angleterre, et l'affluence des fidèles ne leur
+fait pas défaut. Aucune race n'a davantage le culte, parce qu'aucune n'a
+autant l'orgueil, de ses grands hommes. Les ruines de Newstead Abbey,
+avec les souvenirs orageux de Byron; la bourgeoise maison de Cowper
+à Olney; la résidence gothique de Walter Scott à Abbotsford; la paisible
+demeure de Wordsworth à Rydal Mount sont, chaque année, visitées par
+des milliers de voyageurs venus de tous les coins du monde, où l'on parle
+anglais. Mais elles le sont surtout par des catégories particulières d'admirateurs;
+elles attirent de préférence telle ou telle classe d'âmes, selon
+que celles-ci ont plus d'affinité pour la révolte, la douceur, la santé
+d'esprit ou la méditation sereine. Aucun de ces lieux n'est l'objet d'un
+culte aussi général que cette petite chaumière d'argile. C'est là que naquit
+Robert Burns. Sa vie et ses &oelig;uvres sont en effet assez pleines d'un
+intérêt unique pour exciter toutes les curiosités, assez pleines d'infortunes
+et de beautés pour exciter toutes les pitiés et toutes les admirations.</p>
+
+<p class="p2">Son père William Burns, ou plutôt, pour écrire son nom comme il
+l'écrivait lui-même, Burnes, venait du nord-est de l'Écosse, du Kincardineshire.
+C'était le fils d'un fermier; il avait été élevé sur la côte
+austère et âpre de la mer du Nord, parmi les ruines du château de
+Dunnottar, sur l'ancien domaine de la famille des Keith-Marischal dont les
+<span class="pagenum"><a id="page004" name="page004"></a>(p. 004)</span> biens avaient été confisqués après la révolte de 1715. La destinée avait
+été rude pour lui. Vers l'âge de 19 ans, il avait été, en même temps
+qu'un frère aîné, forcé de s'éloigner pour aller gagner sa vie. «J'ai
+souvent, dit Gilbert Burns, entendu mon père décrire l'angoisse qu'il
+ressentit, quand ils se séparèrent au sommet d'une colline, sur les confins
+de leur lieu de naissance, chacun prenant sa route à la recherche
+de nouvelles aventures et sachant à peine où il allait<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1" title="Go to footnote 1"><span class="small">[1]</span></a>.» William
+Burnes avait d'abord séjourné à Édimbourg où il avait travaillé de
+son métier de jardinier. Puis il avait traversé l'Écosse et était venu
+vers l'ouest, s'établir dans l'Ayrshire. Après avoir servi les autres
+comme jardinier, il avait loué sept acres de terre, près du pont du
+Doon, pour s'y établir comme pépiniériste. Sur ce terrain, près de la
+vieille église du village d'Alloway, il avait de ses propres mains
+bâti le cottage aux murs d'argile, qui est maintenant un des joyaux de
+l'Écosse. Au mois de décembre 1757, il y avait amené sa femme de
+beaucoup plus jeune que lui, Agnes Brown, fille d'un fermier du Carrick.</p>
+
+<p>À coup sûr, ce n'était pas un homme ordinaire. Froid, sévère,
+silencieux et sombre, singulièrement honnête, il vivait retiré en lui-même.
+Il semble avoir inspiré autour de lui un sentiment un peu timide
+de vénération et d'affection, comme il arrive aux hommes austères et
+bons. Sa femme avait pour lui un amour plein de déférence; lorsqu'il
+grondait ses enfants, ce qu'il faisait rarement, ils l'écoutaient avec
+une sorte de terreur respectueuse. Il avait eu l'art de gagner l'estime
+et le bon vouloir de ceux qu'il employait, et celui de conserver toute sa
+dignité devant les gens d'une position plus élevée que la sienne.
+Sous ces dehors glaciaux et rigides, il cachait une faculté d'observation
+pénétrante et une disposition à l'emportement dont Robert hérita sans
+sa puissance à la maîtriser. «Pendant de nombreuses années de vie
+errante ou de séjours, dit celui-ci en parlant de son père, il avait ramassé
+une assez grande somme d'observation et d'expérience, à laquelle je dois
+la plus grande partie de mes faibles prétentions à la sagesse. J'ai rencontré
+peu de personnes qui comprissent les hommes, leurs m&oelig;urs et leurs
+façons aussi bien que lui. Mais une intégrité obstinée et une irascibilité
+fougueuse et ingouvernable sont de mauvaises conditions pour réussir.
+Je naquis donc le fils d'un homme très pauvre<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2" title="Go to footnote 2"><span class="small">[2]</span></a>.» Murdoch, le maître
+d'école de ses fils, dans le portrait qu'il en traça plus tard, dit qu'il ne le
+<span class="pagenum"><a id="page005" name="page005"></a>(p. 005)</span> vit que deux fois en colère: une fois parce que les moissonneurs n'avaient
+pas fauché un champ comme il était dit; une autre fois parce qu'un
+vieillard avait tenu devant lui une conversation avec des allusions
+grivoises<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3" title="Go to footnote 3"><span class="small">[3]</span></a>. Mais, Murdoch vécut peu de temps avec lui, et ne le
+voyait que par intervalles. Burns, dans sa lettre au D<sup>r</sup> Moore, revient
+une seconde fois sur cette disposition: «Il était, dit-il, sujet à de fortes
+colères.» Évidemment il y avait chez lui des réserves d'orage qui
+ne parurent jamais; mais parfois un éclair ou un grondement perçaient
+la froideur de l'aspect. L'orage éclata chez le fils, avec tous ses
+ravages et toutes ses beautés.</p>
+
+<p>La mère de Burns était la fille d'un fermier du Carrick, et ce détail a
+son importance. Tandis que la partie de l'Écosse méridionale qui
+s'étend à l'est des collines des Lowther jusqu'à la mer du Nord, avait été
+envahie par les Angles et devenait saxonne, toute la contrée qui s'étend à
+l'ouest des mêmes collines jusqu'à la mer d'Irlande et qui constituait
+le royaume breton de Strathclyde, était restée autrefois celtique. Lorsque
+plus tard les Angles pénétrèrent dans la vallée de la Clyde et jusque dans
+les plaines d'Ayrshire, la partie sud de cette région, le Galloway, resta pur
+de tout mélange<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4" title="Go to footnote 4"><span class="small">[4]</span></a>; la population gallique, qui n'a pas cessé de l'habiter,
+déborda même sur une partie du comté d'Ayr et couvrit le district de
+Carrick qui en forme le coin méridional, contre la mer<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5" title="Go to footnote 5"><span class="small">[5]</span></a>. C'est de ce
+bout de terre, où s'est conservé un fonds de sang gaulois, que venait la
+mère de Burns. Elle était petite, extrêmement vive et active, d'une
+humeur gaie, avec une chevelure d'un roux pâle et de magnifiques yeux
+noirs. Elle avait le goût celtique pour la musique, elle savait une
+inépuisable quantité de vieilles chansons et de vieilles ballades qu'elle
+chantait fort bien et dont sûrement elle berça son fils. C'est à elle bien
+plus qu'à son père que Robert ressemblait de façons et de traits. Il tenait
+d'elle ces étincelants yeux noirs dont Walter Scott, qui avait connu
+cependant tous les hommes éminents de son temps, disait qu'il n'avait
+jamais vu les pareils dans une autre tête humaine; son aisance de
+démarche et de manières; sa force de familiarité et cette alerte joie
+de vivre qui, pendant longtemps, perça toutes ses tristesses. S'il est vrai
+que, dans la poésie anglaise, les qualités soudaines et brillantes, la
+vivacité de la couleur, la légèreté du rhythme, l'essor des strophes,
+l'ardeur, doivent être attribués au génie celtique<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6" title="Go to footnote 6"><span class="small">[6]</span></a>, c'est par sa mère
+<span class="pagenum"><a id="page006" name="page006"></a>(p. 006)</span> que Burns les a reçus. La partie grave et méditative de son &oelig;uvre, ses
+poèmes sagaces et solides peuvent être attribués à l'influence paternelle;
+c'est à l'influence maternelle que revient la partie lyrique, ses
+adorables chansons si légères, hymnes joyeuses aux couleurs claires qui
+laissent deviner le sang vif des Gaulois.</p>
+
+<p class="p2">Robert Burns naquit le 25 janvier 1759. Sa vie qui devait être si
+orageuse commença dans un orage, et lui-même rappelait, avec une
+rondeur de termes à laquelle il faut s'habituer avec lui, dans quelles
+circonstances il était venu au monde et ce qu'une commère lui avait
+prédit dès la première heure.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Il y eut un garçon qui naquit en Kyle,<br>
+Mais en quel jour et de quelle façon,<br>
+Je me demande si cela vaut la peine<br>
+D'être si minutieux pour Robin.</p>
+
+<p>Robin fut un vagabond,<br>
+Un joyeux gars, un vagabond, un joyeux gars, un vagabond;<br>
+Robin fut un vagabond,<br>
+Un joyeux gars, un vagabond, Robin!</p>
+
+<p>L'avant-dernière année de notre monarque<br>
+Était de vingt-cinq jours commencée,<br>
+Ce fut alors qu'une rafale du vent de janvier<br>
+Entra et commença à souffler sur Robin.</p>
+
+<p>La commère regarda dans sa main,<br>
+Elle dit: «Qui vivra, verra la preuve<br>
+Que ce gros garçon ne sera pas un sot,<br>
+Je crois que nous l'appellerons Robin.</p>
+
+<p>Il aura des malheurs, grands et petits,<br>
+Mais toujours un c&oelig;ur au dessus d'eux,<br>
+Il nous fera honneur à nous tous,<br>
+Nous serons fiers de Robin.</p>
+
+<p>Mais aussi sûr que trois fois trois font neuf,<br>
+Je vois par toutes les marques et toutes les lignes<br>
+Que le vaurien aimera chèrement notre sexe,<br>
+Aussi sois notre chéri, Robin<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7" title="Go to footnote 7"><span class="small">[7]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>Ce n'était pas assez: neuf ou dix jours après, un des ouragans
+qui sortent de l'Atlantique et se ruent sur cette côte écossaise, sans être
+ralentis ou affaiblis encore par aucun obstacle, renversa le pignon de
+la maison. Pauvre pignon, il est vrai, bâti d'argile, et sans doute
+par des mains malhabiles! Pour y établir sa cheminée, William Burnes
+avait mis dans le mur deux jambages et un linteau de pierre; mais
+<span class="pagenum"><a id="page007" name="page007"></a>(p. 007)</span> lorsque l'argile s'était tassée, cette partie solide n'avait pas cédé et
+avait fait bomber la paroi en dehors. Avec sa méchanceté à découvrir
+le moindre point faible des abris humains, le vent avait profité de ce
+défaut pour pousser le pignon du côté où il penchait. Le mur s'était
+effondré. Pendant la nuit, à travers la tourmente, il fallut transporter
+la mère et le nouveau-né chez un voisin, où ils attendirent que William
+Burnes eût réparé les dégâts et refermé la maisonnette<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8" title="Go to footnote 8"><span class="small">[8]</span></a>. «Rien
+d'étonnant, disait plus tard Robert, que lorsqu'on est entré dans ce monde
+par une telle tempête, on soit la victime de passions tempétueuses<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9" title="Go to footnote 9"><span class="small">[9]</span></a>».</p>
+
+<p>Moins d'un an après Robert, naquit son frère Gilbert qui devait être
+son compagnon, son confident et plus tard presque son meilleur
+biographe. Puis vinrent en 1762 et en 1764 deux s&oelig;urs, Agnes et
+Arabella, en sorte que le petit cottage fut bientôt trop peuplé. Plus
+tard la famille devait s'augmenter encore d'un troisième fils, William,
+né en 1767; d'un quatrième, John, né en 1769 et qui mourut jeune,
+et de la dernière fille, Isabella, née en 1771, douze ans après son
+frère aîné et qui mourut en 1858, amenant ainsi jusque dans notre
+génération un front sur lequel avaient joué les doigts de Robert Burns.</p>
+
+<p class="p2">C'est dans les quelques milles compris entre la petite rivière de l'Ayr
+et le petit cours d'eau du Doon que s'écoulèrent les premières années de
+Robert Burns.</p>
+
+<p>La route, qui passe maintenant devant le cottage, passait alors derrière,
+au bout du jardin, plus près de la mer, pittoresque et animée comme les
+routes d'alors par une population errante, très nombreuse en Écosse.
+C'étaient les colporteurs, avec leur paquet sur l'épaule et leur aune en
+main; des marchands de littérature populaire avec leurs livres à un
+penny et leurs ballades à un demi-penny; les chaudronniers avec leur
+provision de cornes et leur moule à faire les cuillers courtes qu'on
+nomme <span class="italic" lang="en">cutties</span>; des bandes de gipsies; et parfois un sergent de
+recrutement ou un mendiant du roi avec sa robe de drap bleu et sa
+plaque d'étain. C'est là, sans doute, dans les interminables contemplations
+enfantines, que Burns prit le sentiment des grand'routes qui revient
+souvent chez lui et qu'il s'éprit de sympathie pour le peuple poudreux
+et déloqueté des vagabonds et des gueux. Les endroits qu'il habita
+en quittant le cottage de la route d'Ayr n'étaient pas aussi faits pour
+lui donner cette impression, qu'il dut surtout emporter d'ici. De devant
+le cottage, on voit, du côté du nord, les pignons débandés des dernières
+maisons d'Ayr, entre lesquels apparaissait jadis le Vieux Pont avec ses
+contreforts massifs; au dessus des toits se dresse la Tour de Wallace. Du
+côté sud, on voit la bordure d'arbres sous lesquels coule le Doon et le
+<span class="pagenum"><a id="page008" name="page008"></a>(p. 008)</span> pont du Doon, avec son arche unique. En face, s'étagent des collines à
+pentes douces, couvertes de champs et parsemées de bouquets de bois.
+Elles n'avaient pas sans doute l'aspect de riche culture qu'elles ont
+aujourd'hui; mais elles présentaient déjà un paysage ramassé, de proportions
+moyennes, formant un ensemble et portant, de quelque côté
+qu'on se tournât, la marque de l'homme.</p>
+
+<p>C'est là que, dans sa première enfance, Burns courut et gambada
+librement, pieds nus, tête nue, comme un vrai gamin écossais, et vécut
+de la vie des petits paysans. Il devait parfois vagabonder jusqu'à Ayr,
+qui lui paraissait sûrement une grande ville. Mais le plus souvent il
+a dû aller courir dans l'eau, sur les cailloux aux bords du Doon qui
+avait pour lui l'attrait qu'ont les ruisseaux pour les enfants. C'était, c'est
+encore&mdash;car, comme dit le rivulet de Tennyson, les ruisseaux passent
+moins vite que les hommes&mdash;une bonne rivière pour y jouer, peu
+profonde, assez rapide, un de ces cours d'eau dont les bonds semblent
+prendre part à la gaîté des petits garçons qui jouent avec eux. Surtout il
+est semé de gros galets et de rochers au milieu desquels il est si amusant
+de sauter de l'un à l'autre, en se mouillant un peu. Il y avait aussi cette
+bordure touffue de coudriers et de noisetiers, sous lesquels court et écume
+le flot, et qui étaient pleins d'oiseaux en avril et de noisettes en
+septembre. Plus d'une fois le gamin ardent au jeu dut s'y attarder, et
+revenir bien vite lorsque, le soir tombant, il fallait, pour rentrer à la
+maison, repasser devant la vieille église ruinée d'Alloway qu'on disait
+hantée. Ce coin de pays, qui a servi de trame à ses premiers souvenirs, se
+retrouve tout entier dans ses poèmes, depuis l'antique pont d'Ayr et
+l'auberge de la Grand'Rue jusqu'à la vieille église mystérieuse et au
+pont du Doon, sur lequel la sorcière en chemise devait brandir désespérément,
+dans les éclairs et l'orage, la queue de la jument de Tam
+de Shanter.</p>
+
+<p>D'autre part, c'est peut-être le voisinage de la ville d'Ayr qui éveilla
+en Burns les sentiments de patriotisme rétrospectif par lesquels il est
+cher aux c&oelig;urs écossais. Ayr est une ville à souvenirs historiques.
+C'est là que William Wallace, le héros et le martyr de l'indépendance
+écossaise, à ce que raconte la légende, brûla 5.000 Anglais dans les
+magasins à grains qu'on appelait les granges d'Ayr. Le nom de William
+Wallace était resté vivant dans la contrée et sa vie était un des livres de
+lecture populaire. Un des premiers livres que Burns ait lus était une vie
+de Wallace que lui avait prêtée un forgeron, et lui-même raconte l'effet
+qu'il en ressentit. «La vie de Wallace versa dans mes veines un
+enthousiasme écossais qui y bouillonnera jusqu'à ce que les écluses de la
+vie se ferment dans le repos éternel.<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10" title="Go to footnote 10"><span class="small">[10]</span></a>» Ajoutez que c'est dans le district
+voisin du Carrick que Robert Bruce, le continuateur de Wallace, le
+<span class="pagenum"><a id="page009" name="page009"></a>(p. 009)</span> vainqueur de Bannockburn se révolta et a d'abord «brandi sa lance<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11" title="Go to footnote 11"><span class="small">[11]</span></a>».
+C'est peut-être à ces premières impressions que les Écossais doivent l'<span class="italic">Ode
+de Bruce</span> à ses soldats.</p>
+
+<p>Son enfance de poète eût été incomplète si elle n'avait eu sa part de
+contes merveilleux. Il y avait, dans la pauvre chaumière, une vieille
+femme que William Burnes avait recueillie par charité, et qui sous ses
+rides possédait une mémoire, une imagination de conteur; un trésor
+d'histoires fantastiques sortait d'elle comme ces beaux livres qu'on
+trouve dans un meuble vermoulu et poussiéreux. Elle n'était jamais
+lasse de raconter, et Burns lui a rendu justice. «J'ai dû beaucoup
+à une vieille femme qui restait dans la famille, remarquable par son
+ignorance, sa crédulité et sa superstition. Elle possédait, je suppose,
+la plus vaste collection dans le domaine des histoires et des chansons
+concernant diables, esprits, fées, lutins, sorcières, sorciers, feux-follets,
+lueurs d'elfes, lumières de trépassés, revenants, apparitions, charmes,
+géants, tours enchantées, dragons et autres fantasmagories. Cela cultiva
+en moi les germes cachés de poésie, mais eut un si puissant effet sur
+mon imagination que, même aujourd'hui, dans mes promenades nocturnes,
+je fais parfois attention dans les endroits qui ont mauvaise mine; et bien
+que personne ne puisse être plus sceptique que moi en pareille matière,
+cependant il faut que je fasse un effort de philosophie pour secouer ces
+vaines terreurs<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12" title="Go to footnote 12"><span class="small">[12]</span></a>.» C'est probablement à ces contes de vieille femme que
+sont dues les pièces fantastiques de Burns: <span class="italic">la Mort et le Docteur
+Hornbook</span>, <span class="italic">l'Adresse au Diable</span>, toute la diablerie de <span class="italic">Tam de Shanter</span>,
+et surtout ce frisson d'épouvante qui y court.</p>
+
+<p class="p2">Les huit premières années de la vie matrimoniale de William Burnes,
+les sept premières années de la vie de Robert Burns, se passèrent là et
+ainsi. Elles semblent avoir été les plus heureuses qu'ait connues la pauvre
+famille. Mais le nid était devenu trop étroit. Déjà trois enfants, un
+quatrième attendu. Pour rester dans la maisonnette, il fallait placer les
+aînés au dehors, les exposer si jeunes aux duretés, peut-être aux brutalités
+et, pire encore, peut-être aux mauvais exemples d'étrangers. Avec sa
+noblesse de vues, le père résolut de tout faire pour garder ses fils sous son
+regard et sous sa main, jusqu'à ce qu'ils fussent moralement formés. Robert
+Burns a marqué, très précisément, cette préoccupation de son père.
+«Si mon père était resté dans cette situation, il aurait fallu que je
+m'éloignasse et que je devinsse un des petits domestiques qui traînent
+dans une ferme. Mais c'était son souhait et sa prière les plus chers de
+pouvoir conserver ses enfants sous ses yeux, jusqu'à ce qu'ils pussent
+discerner entre le bien et le mal<a href="#footnote12" title="Go to footnote 12"><span class="small">[12]</span></a>.» À ce beau devoir William Burnes
+<span class="pagenum"><a id="page010" name="page010"></a>(p. 010)</span> immola sa santé et abrégea sa vie; mais un de ses enfants devint un
+grand homme et tous les autres furent d'honnêtes gens.</p>
+
+<p>Que faire cependant pour vivre? Il pensa à se mettre fermier. C'était
+un nouveau métier qu'il fallait entreprendre à quarante ans. Une de
+ces heures mauvaises conseillères, qui passent dans la vie des plus
+prudents, le lui persuada. Et avec quel argent commencer? Comment
+acheter les outils, les charrues, les premières semences, les quelques
+bestiaux? Le propriétaire du terrain qu'occupait déjà William Burnes
+était en même temps propriétaire d'une ferme vacante. Il avait confiance
+dans le courage et l'honnêteté de son tenancier; il lui avança cent livres
+pour ses premiers débours. À la Pentecôte de 1766, William Burnes
+abandonna le cottage d'argile où il avait amené sa femme et où leurs fils
+leur étaient nés. Il alla s'installer à Mont-Oliphant, une ferme moyenne,
+située au sommet des collines, au pied desquelles était l'ancienne
+demeure qu'on pouvait voir de là-haut.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section">II.<br>
+MONT-OLIPHANT. &mdash; L'ÉDUCATION. &mdash; L'ADOLESCENCE.</p>
+
+<p>Si la ferme avait été choisie par Robert Burns lui-même, qui paraît,
+pendant toute sa vie, avoir considéré plutôt le site que le sol de ses
+fermes, il ne l'aurait pas choisie ailleurs. Du verger qui est derrière le
+bâtiment, on découvre une des plus belles vues qui se rencontrent sur
+cette admirable côte ouest de l'Écosse. On est au haut et au centre d'un
+vaste amphithéâtre parsemé de bouquets d'arbres, qui descend jusqu'à
+la mer. À droite, derrière des hauteurs, les clochers et les fumées
+d'Ayr; à gauche, les collines brunes de Carrick qui aboutissent
+aux têtes d'Ayr, grands caps rocheux à pic, avec leur château ruiné de
+Greenan; en face la mer et, au fond de ce grandiose tableau, l'île
+d'Arran aux nobles lignes léonines, sur laquelle chaque soir d'admirables
+couchers de soleil descendent dans toutes les pourpres du ciel. C'est
+un paysage de côte, superbe d'ampleur et d'âpreté. Il n'a pas cependant,
+ainsi que nous le verrons, passé tout entier dans l'âme de Burns.</p>
+
+<p>Le choix de William Burnes révélait son inexpérience. Ce site
+magnifique est fait d'une terre ingrate. «Mont-Oliphant, la ferme que
+mon père occupait dans la paroisse d'Ayr, est presque le plus pauvre sol
+que je connaisse en état de culture. Je ne puis en donner de plus forte
+preuve que le fait que, malgré l'accroissement extraordinaire de la valeur
+de la terre en Écosse, cette ferme, après qu'une somme considérable a été
+dépensée par le propriétaire pour l'améliorer, a été louée, il y a peu
+d'années, cinq livres (125 fr.) moins cher que la rente qu'en donnait
+<span class="pagenum"><a id="page011" name="page011"></a>(p. 011)</span> mon père, il y a trente ans<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13" title="Go to footnote 13"><span class="small">[13]</span></a>.» De plus l'exposition est des plus dures. La
+dévalée de terrain qui descend vers la mer forme une issue où tous les
+vents de la baie se précipitent, se réunissent, pour monter furieusement
+ce couloir au bout duquel est la ferme. Encore maintenant, les braves
+gens qui l'occupent disent que l'hiver y est terrible. William Burnes
+allait arroser en vain de sa sueur et de celle de ses fils, ce sol stérile.</p>
+
+<p>Une vie de labeur et de privations commença alors pour la famille.
+Il est probable que Robert et son frère furent mis aussitôt au travail et
+que les autres aussi, à mesure qu'ils grandissaient, étaient pris par la
+besogne. Ces années doivent avoir été bien dures, car elles ont laissé,
+dans des c&oelig;urs courageux qui habitaient des corps endurcis, un souvenir
+dont la cruauté fut indestructible. Plus de dix ans après, Robert Burns
+écrivait «la ferme était une affaire ruineuse, mon père était avancé en
+âge quand il s'était marié; j'étais l'aîné de sept enfants et lui, usé par
+des privations de jeunesse, n'était pas capable de travailler. Nous vivions
+très pauvrement; j'étais un habile laboureur pour mon âge et celui qui
+venait après moi était un frère qui pouvait conduire très bien une
+charrue et m'aider à battre le grain... Ce genre de vie, la tristesse sombre
+d'un ermite avec le travail sans répit d'un galérien, me conduisit à
+ma seizième année<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14" title="Go to footnote 14"><span class="small">[14]</span></a>.» Et près de trente ans plus tard, Gilbert, si calme
+cependant, en parle dans des termes qui, dans leur simplicité et leur
+exactitude, sont terribles. «Mon père, en conséquence de ceci (la mauvaise
+qualité de la terre), tomba dans des difficultés qui s'augmentèrent par la
+perte d'une partie de ses bestiaux et par la maladie. Aux attaques du
+malheur, nous ne pouvions opposer qu'un rude labeur et la plus rigide
+économie. Nous vivions très étroitement. Pendant plusieurs années, la
+viande de boucherie fut inconnue à la maison, tandis que tous les membres
+de la famille travaillaient de toutes leurs forces, et même plutôt au-delà
+de leurs forces, aux besognes de la ferme. Mon frère, à treize ans, aidait
+à battre la récolte de blé et, à quinze ans, il était le principal ouvrier de
+la ferme, car nous n'avions aucun domestique, ni mâle ni femelle.
+L'angoisse d'esprit que nous ressentîmes dans nos tendres années sous
+ces privations et ces difficultés fut très grande. Quand nous pensions à
+notre père vieilli (il avait alors plus de 50 ans), brisé par les longues et
+continues fatigues de sa vie, avec une femme et cinq autres enfants et
+dans une situation déclinante, ces réflexions produisaient dans l'esprit de
+mon frère et dans le mien des sensations de la plus profonde détresse.
+Je n'ai aucun doute que le dur travail et le chagrin de cette période de
+sa vie n'aient été en grande partie la cause de cette dépression de
+vitalité dont Robert fut si souvent affligé pendant tout le reste de sa
+<span class="pagenum"><a id="page012" name="page012"></a>(p. 012)</span> vie. À cette époque, il souffrait presque constamment, le soir, d'une
+sourde migraine, qui, à une période ultérieure de sa vie, se changea en
+palpitations du c&oelig;ur et en menaces de faiblesses et de suffocations dans
+le lit, pendant la nuit.<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15" title="Go to footnote 15"><span class="small">[15]</span></a>»</p>
+
+<p>Il est impossible, en lisant ces lignes, de ne pas voir tous ces enfants,
+garçons et filles, le père, la mère, la famille entière s'épuisant sur ce sol
+méchant, pendant des journées où l'acharnement au travail étourdit sur son
+inutilité, puis rentrant le soir exténuée, hâve de fatigue, et s'asseyant
+à un maigre souper qui calme à peine la faim et ne refait pas les
+forces. On devine une vie qui épuise les tempéraments, décharne les
+muscles et durcit les traits. On y sent surtout ce découragement
+progressif du paysan, quand sa ruine semble se tramer dans la solitude
+des champs, qu'il a contre lui, avec le mauvais vouloir de la glèbe, les
+contrariétés fourbes des saisons, et que son travail, sans récompense,
+prend vraiment le caractère d'un châtiment.</p>
+
+<p class="p2">C'est à travers ces anxiétés et ces privations que se fit l'éducation de
+Robert Burns et de son frère. Elle mérite qu'on s'y arrête avec respect,
+car elle forme un des touchants chapitres de l'admirable histoire de
+l'instruction populaire en Écosse. Rien n'est plus curieux et plus beau
+que les efforts de ce petit peuple, si pauvre cependant, si durement
+éprouvé par le climat, les guerres étrangères et les discordes civiles, vers
+une éducation. «Dans presque toutes les périodes de l'histoire de
+l'Écosse, dit J. Hill Burton, tous les documents qui traitent de la condition
+sociale du pays révèlent un système d'éducation (machinery for education)
+toujours en avance sur les traces de l'art ou des autres éléments
+de civilisation.<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16" title="Go to footnote 16"><span class="small">[16]</span></a>»</p>
+
+<p>Ce que l'Écosse a eu d'original, ce n'a pas été ses quatre Universités,
+bien qu'elles fussent nombreuses, eu égard à la population, et libéralement
+ouvertes à tous; ce n'était pas même ses écoles de grammaire,
+qui existaient dans toutes les villes de quelque importance;
+ces mêmes institutions se retrouvaient en Angleterre, plus riches et
+plus répandues. Ce qui a fait l'Écosse ce qu'elle a été, ce qui a tiré
+de cette maigre population un nombre considérable d'hommes illustres,
+un nombre incalculable d'hommes distingués, a été son système d'éducation
+primaire. Elle avait organisé l'instruction universelle que notre âge
+croit avoir découverte. Dès 1560, les rédacteurs du <span class="italic">Premier Livre de
+Discipline</span> proposaient qu'une partie des biens du clergé fût appliquée
+à l'éducation nationale. «Attendu que tous les hommes venaient ignorants
+au monde et que Dieu avait cessé de les éclairer miraculeusement, un
+<span class="pagenum"><a id="page013" name="page013"></a>(p. 013)</span> système d'éducation pour tous devenait une nécessité.» Une école
+devait être attachée à chaque église et les parents qui n'avaient pas le
+moyen de mettre leurs enfants à l'école devaient être assistés sur les
+fonds de l'église<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17" title="Go to footnote 17"><span class="small">[17]</span></a>. Le clergé réformé poussait dans ce sens. En 1616, un
+acte du Conseil Privé portait qu'il y aurait une école dans chaque paroisse
+du royaume, sous la surveillance de l'évêque<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a><a href="#footnote18" title="Go to footnote 18"><span class="small">[18]</span></a>. Enfin, en 1696, parut le
+statut qui créa définitivement le fameux système connu sous le nom des
+«Écoles Paroissiales». Il portait que, dans chaque paroisse, l'entretien
+d'une école devenait un impôt de la propriété foncière. Le salaire du
+maître d'école devenait une charge à l'égal du traitement du ministre. Les
+propriétaires fonciers devaient également fournir au maître d'école une
+maison convenable<a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a><a href="#footnote19" title="Go to footnote 19"><span class="small">[19]</span></a>.</p>
+
+<p>Dès lors, dans chaque paroisse, les pauvres purent être instruits.
+Humble enseignement, sans doute, donné souvent dans des masures,
+par des ignorants. Mais qu'importe? Le peuple avait la soif de la
+science qui, pour l'énergie et l'activité de la vie, vaut mieux, vaut mille
+fois mieux que la possession et la satiété de la science. Maîtres et
+élèves enseignaient, apprenaient du mieux qu'ils pouvaient; la bonne
+volonté va loin en tout. Dans presque toutes les chaumières, à la lumière
+du feu de tourbe, car on ne brûlait guère de houille alors et les collines
+écossaises n'ont le plus souvent que des taillis, on lisait avidement; on
+se passait les quelques livres qu'on pouvait avoir, souvent des livres de
+théologie ou des recueils de sermons; on discutait l'orthodoxie, la doctrine
+du ministre, parfois avec une éloquence ou une perspicacité natives,
+toujours avec une ténacité d'argumentation caractéristique de la race.
+Tandis que les villes des autres pays étaient encore des bas-fonds
+d'ignorance croupissante, le voyageur qui passait dans le plus misérable
+clachan écossais s'émerveillait d'y trouver des germes et parfois des
+fleurs singulièrement épanouies de vie intellectuelle. Il y a de cette
+surprise un exemple bien probant. Dans le voyage que Wordsworth fit
+avec Coleridge en Écosse, un peu après cette époque, et dont le
+charmant journal a été publié récemment, on trouve des impressions
+comme celles-ci: «Nos petits gars avant d'être loin furent rejoints par
+une demi-douzaine de leurs compagnons, tous sans souliers ni bas. Ils
+nous dirent qu'ils demeuraient à Wanlockhead, le village là-haut, qu'ils
+montaient au sommet de la colline; ils allaient à l'école et apprenaient
+le latin, Virgile, et quelques-uns d'entre eux le grec, Homère; mais
+quand Coleridge commença à les questionner plus avant, vite, ils
+s'enfuirent, pauvres petits! Je suppose qu'ils avaient peur d'être
+<span class="pagenum"><a id="page014" name="page014"></a>(p. 014)</span> examinés.» Le lendemain on trouve cette note: «Passé près d'un
+berger qui était assis sur le sol, lisant, avec un livre sur ses genoux,
+s'abritant du vent au moyen de son plaid, tandis qu'un troupeau de
+moutons paissait près de lui parmi les roseaux et une herbe grossière»;
+et le soir du même jour, cet autre trait: «La petite fille fut enchantée
+des six pence que je lui donnai et dit qu'elle achèterait avec cela un
+livre lundi matin.» Le lendemain était un dimanche et il n'était pas
+question d'acheter quoi que ce fût en Écosse, un dimanche. Ces
+quelques notes de voyage en prouvent plus que beaucoup de textes<a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a href="#footnote20" title="Go to footnote 20"><span class="small">[20]</span></a>.</p>
+
+<p>De ces écoles de villages, il arrivait que des élèves plus méritants allaient
+jusqu'à une des Universités. Au prix de quels sacrifices et de quelles
+privations! Il fallait vraiment que la flamme sacrée brûlât en eux. Les
+classes étaient ouvertes cinq mois par an; le reste du temps, ils enseignaient
+eux-mêmes ou revenaient travailler la terre pour gagner leurs
+maigres dépenses. Ils recevaient, pendant leurs termes, par les voituriers,
+leurs provisions de pain d'avoine et de pommes de terre; ils vivaient
+avec cela; aux vacances, ils regagnaient à pied la maison du père<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href="#footnote21" title="Go to footnote 21"><span class="small">[21]</span></a>.
+Boswell raconte qu'étant dans l'île de Col, il vit un fermier dont le fils
+allait chaque année à pied à Aberdeen, pour son éducation, et en revenait
+dans l'été, servir de maître d'école dans l'île, traversant ainsi deux fois
+l'Écosse d'une mer à l'autre. «Il y a quelque chose de noble, dit le
+D<sup>r</sup> Johnson, dans ce jeune homme qui fait une marche de deux cents
+milles, et autant pour revenir, par amour du savoir<a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href="#footnote22" title="Go to footnote 22"><span class="small">[22]</span></a>». «L'éducation
+est une passion en Écosse», dit Froude en racontant l'histoire, touchante
+aussi, de l'éducation d'un autre grand Écossais, Thomas Carlyle<a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href="#footnote23" title="Go to footnote 23"><span class="small">[23]</span></a>. C'est
+ainsi qu'ont été élevés beaucoup des hommes qui ont fait honneur à
+l'Écosse.</p>
+
+<p>Même dans ce pays si merveilleusement épris de savoir, l'éducation
+de Robert Burns et de son frère Gilbert forme un épisode rare et
+vraiment émouvant. On ne sait ce qu'on y doit le plus admirer des sacrifices
+du père, du dévouement du maître, ou de l'ardeur des enfants à apprendre.
+À eux tous ils forment comme un groupe complet qui symbolise
+ce qu'il y a eu de plus élevé et de plus méritoire dans l'élan universel de
+l'Écosse vers l'éducation.</p>
+
+<p>William Burnes habitait encore son cottage d'Alloway quand il commença
+à songer à l'instruction de ses fils. Le maître de l'école d'Alloway
+venait de partir et l'école était vide. William Burnes va à Ayr, s'informe.
+Il y avait alors un jeune garçon d'environ dix-sept ans, nommé John
+<span class="pagenum"><a id="page015" name="page015"></a>(p. 015)</span> Murdoch, qui achevait lui-même son éducation et perfectionnait son
+écriture. William lui envoie dire qu'il l'attend à l'auberge où il le prie
+d'apporter un de ses cahiers. L'examen ayant été favorable, il l'engage.
+Burnes s'était entendu avec quatre de ses voisins. Ils donnaient, à tour de
+rôle, l'hospitalité au jeune maître d'école; Murdoch restait une semaine chez
+l'un, puis la semaine suivante chez l'autre, et ainsi de suite<a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a><a href="#footnote24" title="Go to footnote 24"><span class="small">[24]</span></a>. Il enseignait
+dans la journée les enfants de ces braves gens, et sans doute, le soir, faisait
+quelques lectures, commençait presque sans livres et sans ressource à
+apprendre le français qu'il devait plus tard posséder fort bien. Au bout
+d'environ un an, William Burnes se transporta à Mont-Oliphant; mais,
+malgré la distance qui, à la vérité, n'était pas grande, Robert et Gilbert
+continuèrent de venir à l'école de John Murdoch, pendant plus d'une année.</p>
+
+<p>Ce qui n'est pas moins remarquable que tout ceci, c'est l'excellence
+de l'éducation qui se donnait dans un coin perdu de ce pays qu'on
+regardait ailleurs comme presque barbare. Les livres dont on se
+servait étaient le Nouveau-Testament, la Bible, un choix de morceaux
+en vers et en prose, la grammaire anglaise. On lisait, on épelait
+sans livre, on faisait des analyses. Murdoch lui-même a laissé un
+exposé de sa méthode. «C'était, dit-il, de leur faire bien comprendre le
+sens de chaque mot, dans chaque phrase qu'on devait apprendre par
+c&oelig;ur. Soit dit en passant, ceci peut se faire plus aisément et plus tôt qu'on
+ne le pense généralement. Dès qu'ils étaient assez avancés pour le faire,
+je leur enseignais à mettre les vers dans l'ordre naturel de la prose,
+quelquefois à substituer les expressions synonymes aux mots poétiques et
+à suppléer toutes les ellipses. Ce sont des moyens de s'assurer que
+l'élève comprend son auteur. Ce sont des aides excellentes pour apprendre
+l'arrangement des mots dans les phrases, et pour acquérir de la variété
+d'expression<a href="#footnote24" title="Go to footnote 24"><span class="small">[24]</span></a>.»</p>
+
+<p>Robert et Gilbert faisaient de rapides progrès. Ils apprenaient les
+hymnes et les poésies de leur recueil avec une grande facilité, et, dans
+tous les petits exercices littéraires, ils étaient à la tête de leur classe.
+Chose étrange, Murdoch était beaucoup plus frappé de Gilbert que de
+Robert. Le premier dont la face joyeuse disait: «Gaîté, avec toi je veux
+vivre!<a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a><a href="#footnote25" title="Go to footnote 25"><span class="small">[25]</span></a>» lui semblait doué d'une imagination plus vive et avoir
+plus d'esprit. «Assurément, si on avait demandé à quelqu'un qui
+connaissait les deux enfants, lequel courtiserait les Muses, il n'aurait
+jamais deviné que Robert vraisemblablement eût une tendance de ce
+côté<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a><a href="#footnote26" title="Go to footnote 26"><span class="small">[26]</span></a>.» Celui-ci avait une expression généralement grave, qui révélait
+un esprit sérieux, contemplatif et pensif. «À cette époque, dit-il de lui-même,
+<span class="pagenum"><a id="page016" name="page016"></a>(p. 016)</span> je n'étais le favori de personne. J'étais noté pour une mémoire
+tenace, quelque chose de brusque et d'obstiné dans mon caractère et
+une piété enthousiaste et stupide. Je dis stupide, parce que je n'étais
+encore qu'un enfant. Bien qu'il en coûtât quelques corrections au
+maître d'école, je devins un excellent élève en anglais et, vers l'âge
+de dix ou onze ans, j'étais passé critique en substantifs, verbes et particules<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27" title="Go to footnote 27"><span class="small">[27]</span></a>.»</p>
+
+<p>Après avoir fait ainsi la classe à Alloway, pendant plus de deux ans
+et demi, Murdoch dut quitter le pays. Des changements étaient survenus
+parmi les fermiers qui soutenaient l'école; on lui offrait une situation
+meilleure dans le Carrick. Il ne voulut pas partir sans dire adieu à ses
+deux élèves favoris et à leur père pour lequel il avait de la vénération.
+Un soir, il s'en alla par les collines qui montent vers Mont-Oliphant, un
+peu triste sans doute, comme aux déplacements de la pauvre vie de
+maître d'école, avec la perspective de nouveaux visages et d'un milieu
+peut-être plus difficile. Il n'était pas riche, et cependant il emportait
+pour chacun de ses élèves, un présent qu'ils garderaient en souvenir de
+lui, peu de chose, à la vérité, un présent un peu pédant, et toutefois
+touchant à cause de la pauvreté et de l'affection de celui qui le donnait:
+un résumé de grammaire anglaise et la tragédie de <span class="italic">Titus Andronicus</span>.
+Pour passer la soirée, il se mit à lire la pièce à haute voix. Toute la
+famille écoutait en cercle. Shakspeare, si ce drame est de lui, y a
+entassé toutes les horreurs de l'ancien théâtre anglais. À la fin du second
+acte, on voit, dans une forêt, Lavinia ensanglantée, la langue et les
+mains coupées, entre deux scélérats qui viennent de la violer et qui lui
+conseillent de demander de l'eau pour se laver les mains. À cet endroit,
+toute la famille éclata en sanglots et pria Murdoch de ne pas poursuivre.
+Burnes toujours calme, fit observer avec raison que, si on ne voulait
+écouter la pièce jusqu'au bout, il était inutile que Murdoch la laissât.
+Mais Robert impétueusement s'écria que, si on la laissait, il la jetterait
+au feu. Le père allait gronder; le jeune maître intervint, en disant
+qu'il aimait cette sensibilité et laissa une autre comédie à la place
+du terrible <span class="italic">Titus Andronicus</span><a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28" title="Go to footnote 28"><span class="small">[28]</span></a>. Combien y avait-il, à cette époque, en
+Europe, de foyers de paysans où une pareille scène fût possible?</p>
+
+<p>Murdoch parti, la petite école de là-bas, près de l'ancien cottage,
+avait de nouveau fermé ses volets. D'ailleurs, les garçons grandissaient;
+leurs services commençaient à se faire sentir à la ferme; on avait besoin
+d'eux, car la lutte contre la misère était âpre et serrée; il fallait que
+tout le monde fût là. Pendant les soirées d'hiver, à la chandelle, le père
+enseignait l'arithmétique à ses fils; les deux s&oelig;urs aînées et un frère de
+<span class="pagenum"><a id="page017" name="page017"></a>(p. 017)</span> la mère de Burns qui étaient à la ferme profitaient des leçons. William
+Burnes essayait de continuer lui-même l'éducation de ses fils. Il est beau
+de voir comment cet homme, dévoré de soucis et livré à ses propres
+ressources, essayait, malgré tout, de diriger ses enfants. Quand ils
+l'accompagnaient dans ses occupations de la ferme, il causait avec eux
+de tous les sujets, comme s'ils avaient été des hommes; il essayait de
+mener la conversation sur tout ce qui pouvait augmenter leur savoir ou
+les affermir dans des habitudes de vertu. Il avait emprunté pour eux un
+manuel de géographie, et s'efforçait de leur faire connaître la situation
+et l'histoire des diverses contrées du globe. À un cabinet de lecture
+d'Ayr, il se procurait la <span class="italic">Théologie physique et astrale</span> de Durham, la
+<span class="italic">Sagesse de Dieu dans la Création</span> de Ray, pour leur donner quelque idée
+d'astronomie et d'histoire naturelle. Il avait souscrit chez un libraire de
+Kilmarnock à l'<span class="italic">Histoire de la Bible</span> de Stackhouse. Jusque dans les
+personnages secondaires, on retrouve cette soif d'apprendre et, du fond
+de ce tableau si curieux, sortent de toutes parts des détails qui en
+complètent l'impression. Un frère de la mère de Burns, qui était resté
+quelque temps à la ferme, en avait profité pour apprendre lui-même un
+peu d'arithmétique, «à la chandelle des soirs d'hiver,» comme dit
+Gilbert. Il s'en va un jour à Ayr, dans une boutique de libraire, pour
+acheter un guide du calculateur ou quelque parfait secrétaire du temps.
+Il s'explique mal ou le marchand se trompe, et il emporte un choix de
+lettres des principaux écrivains anglais. Comme tous les livres qui
+entraient dans la maison, celui-ci passe par les mains de Burns, et c'est
+sans doute à l'impression qu'il en reçut qu'on doit sa correspondance
+qui fut, peut-être, pour lui un travail plus sérieux que sa poésie<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a><a href="#footnote29" title="Go to footnote 29"><span class="small">[29]</span></a>. Une
+des plus grosses dépenses de cette famille si pauvre était l'achat de
+quelques livres.</p>
+
+<p>En 1772, une bonne nouvelle arriva: Murdoch, qui a été si longtemps
+absent, dont on a si souvent parlé, qui a séjourné dans le Carrick, puis
+à Dumfries, Murdoch revient à Ayr. Sur cinq candidats, il a été choisi
+pour être professeur à l'école de la ville. C'est un ami qui est rendu!
+Il n'a pas oublié ses anciens élèves. Il leur envoie en cadeau les
+<span class="italic">&OElig;uvres de Pope</span> et quelque autre poésie. C'est la première qu'ils
+aient entre les mains, depuis le recueil de la petite école d'autrefois.
+William Burns profite du retour de son jeune ami pour lui envoyer
+son fils aîné, qui se perfectionnera avec lui et pourra, à son tour, servir
+de maître à ses frères et s&oelig;urs. Mais le travail presse et on ne peut
+guère disposer que des quelques semaines qui précèdent immédiatement
+la moisson. Aussitôt qu'on commencera à faucher, Robert, qui fournit la
+besogne d'un homme, devra être à son rang, à l'aube, quand la file des
+<span class="pagenum"><a id="page018" name="page018"></a>(p. 018)</span> moissonneurs se préparera à attaquer le premier champ. C'est dans les
+souvenirs de Murdoch lui-même qu'il faut lire l'emploi de ces quelques
+jours dérobés au labeur de la ferme et retrouver l'enthousiasme du maître
+et de l'élève.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«En 1773 Robert Burns vint vivre et loger avec moi, dans le dessein de revoir la
+grammaire anglaise etc., afin d'être plus capable d'instruire ses frères et s&oelig;urs à la
+maison. Il était avec moi jour et nuit, à l'étude, à tous les repas et dans toutes mes
+promenades. Au bout d'une semaine, je lui dis que, comme il possédait assez bien les
+parties du discours etc., j'aimerais à lui enseigner un peu de prononciation française,
+afin que lorsqu'il rencontrerait le nom d'une ville française, d'un navire, d'un officier
+ou quelque autre nom semblable dans les journaux, il pût le prononcer un peu comme
+du français. Robert fut heureux d'entendre cette proposition et nous attaquâmes
+immédiatement le français avec grand courage. On n'entendait plus autre chose que
+la déclinaison des noms, la conjugaison des verbes etc. Quand nous nous promenions
+ensemble, et même aux repas, je lui disais continuellement le nom des objets en
+français, au fur et à mesure qu'ils s'offraient; en sorte que d'heure en heure il
+accumulait une provision de mots et quelquefois de petites phrases. Bref, il prit si
+grand plaisir à apprendre, et moi à enseigner, qu'il était difficile de dire lequel des
+deux était le plus zélé, et, vers la fin de la seconde semaine de notre étude du
+français, nous commençâmes à lire un peu des aventures de Télémaque, dans les mots
+mêmes de Fénelon.</p>
+
+<p>Mais voici que les plaines de Mont-Oliphant commencèrent à jaunir et Robert
+rappelé dut abandonner les agréables scènes qui entouraient la grotte de Calypso
+et, armé d'une faucille, chercher la gloire en se signalant dans les champs de Cérès.
+Et c'est ce qu'il faisait, car bien qu'il n'eût que quinze ans, on me disait qu'il faisait
+l'ouvrage d'un homme.</p>
+
+<p>Aussi fus-je privé de mon très bon élève et d'un très agréable compagnon au bout
+de trois semaines, dont l'une fut entièrement consacrée à l'étude de l'anglais et les
+deux autres principalement à celle du français. Cependant je ne le perdis pas de vue;
+mais je faisais de fréquentes visites chez son père quand j'avais moi-même ma demi-journée
+de congé, et souvent j'y allais accompagné d'une ou deux personnes plus
+intelligentes que moi-même, afin que le bon William Burnes pût goûter une petite
+fête intellectuelle. Alors on passait à d'autres mains l'aviron. Le père et le fils s'asseyaient
+avec nous et nous goûtions une conversation où un raisonnement solide, des
+remarques sensées et un assaisonnement modéré de plaisanterie étaient si heureusement
+mêlés qu'elle était du goût de tout le monde. Robert avait cent choses à
+me demander sur les Français, etc. et le père, qui avait toujours en vue une instruction
+rationnelle, avait sans cesse quelques questions à poser à mes amis, plus instruits
+sur la physique ou les sciences naturelles ou la philosophie ou quelque autre sujet
+intéressant<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a href="#footnote30" title="Go to footnote 30"><span class="small">[30]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>Cette page, dans sa bonhomie simple et son enthousiasme un peu naïf,
+n'est-elle pas d'une âme excellente et saine? De son séjour auprès de Murdoch,
+Robert avait rapporté un dictionnaire et une grammaire français ainsi
+que les fameuses <span class="italic">Aventures de Télémaque</span>. «En peu de temps, au moyen de
+ces livres, il acquit une connaissance du langage suffisante pour lire et
+<span class="pagenum"><a id="page019" name="page019"></a>(p. 019)</span> comprendre n'importe quel auteur français en prose. Ceci fut considéré
+comme une sorte de prodige et, par l'entremise de Murdoch, lui procura
+la connaissance de plusieurs jeunes garçons d'Ayr, qui à ce moment
+s'exerçaient à parler français, et l'attention de quelques familles, en
+particulier celle du D<sup>r</sup> Malcolm où la connaissance du français était une
+recommandation<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a href="#footnote31" title="Go to footnote 31"><span class="small">[31]</span></a>.»</p>
+
+<p>Tous les personnages de cette histoire, même ceux qui sortent à peine
+du second plan, sont intéressants par cette soif de savoir et l'énergie de
+leur travail solitaire. Voici une autre figure qui apparaît à peine et qui est
+bien de ce monde-là. «Observant la facilité avec laquelle il avait acquis
+le français, M. Robinson, le maître d'écriture établi à Ayr, et ami
+particulier de M. Murdoch, après avoir acquis une connaissance considérable
+du latin par son propre effort, sans l'avoir jamais appris à l'école,
+conseilla à Robert de faire la même tentative en lui promettant toute
+l'aide en son pouvoir. Conformément à cet avis, celui-ci acheta <span class="italic">Les
+Rudiments du latin</span>, mais trouvant cette étude aride et peu intéressante, il
+l'abandonna peu après<a href="#footnote31" title="Go to footnote 31"><span class="small">[31]</span></a>.» Ce maître d'écriture qui s'est fait par lui-même
+latiniste et qui veut enseigner la langue de Virgile et de Tite-Live à un
+petit paysan n'est pas non plus à passer sous silence.</p>
+
+<p>Quant à Murdoch, après avoir continué pendant quelques années à
+enseigner à Ayr, il se fâcha avec le ministre de la paroisse et partit pour
+Londres. Il y vécut en y donnant des leçons de français aux Anglais et
+d'anglais aux étrangers; il paraît qu'il eut pour élève Talleyrand. À
+force de volonté, il avait réussi à posséder le français assez bien pour
+écrire un <span class="italic">Vocabulaire des Racines de la Langue Française</span>; un <span class="italic">Essai sur la
+Prononciation et l'Orthographe de la Langue Française</span>. La renommée de
+Burns lui parvint à travers le bruit de Londres. Après une vie de peine,
+il arriva pauvre à la vieillesse. Les amis et les admirateurs du poète
+firent une souscription en sa faveur pour le retirer de l'indigence. Il
+mourut en 1824, à soixante-dix-sept ans, après avoir survécu vingt-huit
+ans à son élève favori. Il a mérité d'être uni à sa gloire, et il a droit
+au respect qui revient aux c&oelig;urs bons et aux vies d'honnêteté.</p>
+
+<p class="p2">Il est à peu près clair, d'après la page citée plus haut, que Murdoch
+avait à cette époque modifié son opinion sur les deux frères. Une flamme
+était allumée dans Robert. Il était dès à présent facile de voir que la
+lueur qui se formait en lui n'était pas de même essence que chez les
+autres. Dans l'isolement de Mont-Oliphant dont Gilbert disait plus tard:
+«Rien ne pouvait être plus retiré que notre manière ordinaire de
+vivre à Mont-Oliphant; nous voyions rarement quelqu'un d'autre que
+<span class="pagenum"><a id="page020" name="page020"></a>(p. 020)</span> les membres de notre famille<a id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a><a href="#footnote32" title="Go to footnote 32"><span class="small">[32]</span></a>», dans cette solitude de pauvreté et ce
+travail sans trêve, Robert s'était jeté avec fureur dans la lecture.</p>
+
+<p>Tout jeune, il avait aimé à lire et il semble avoir été très tôt
+sensible aux beautés littéraires. Il se rappelait, comme tous ceux qui
+aiment les lettres, le premier morceau qui lui avait fait impression et
+donné ce petit choc inoubliable qui éveille l'âme à des choses nouvelles.
+C'était la vision où Mirzah contemple, du sommet de la colline, la vie
+humaine, sous la forme d'un pont aux arches ruineuses jeté sur le torrent
+du temps, et discerne au-delà les îles bienheureuses, dans lesquelles
+reposent ceux qui furent gens de bien<a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a><a href="#footnote33" title="Go to footnote 33"><span class="small">[33]</span></a>. C'est un des beaux morceaux de
+prose anglaise, calme, harmonieux, et, en dépit de son affabulation
+orientale, éclairé d'une lumière qui semble empruntée aux allégories
+de Platon. «Je pouvais voir des personnes vêtues d'habits brillants avec
+des guirlandes sur la tête, passant entre les arbres, couchées au bord de
+fontaines ou reposant sur des lits de fleurs; et je pouvais entendre
+une harmonie confuse d'oiseaux chanteurs, d'eaux tombantes, de voix
+humaines et d'instruments de musique. Une allégresse grandit en moi à la
+découverte d'une scène si délicieuse.» À côté de cette noble page un
+autre morceau, également d'Addison, avait agi sur lui, un hymne de
+remerciement à Dieu après les dangers d'un voyage, d'une dignité un peu
+artificielle. «Le premier objet de composition littéraire dans lequel je
+me rappelle avoir pris plaisir était la vision de Mirzah et un hymne
+d'Addison commençant: «Combien bénis sont tes serviteurs, ô Seigneur.»
+Je me rappelle particulièrement une demi stance qui était
+une musique pour mes oreilles d'enfant; je rencontrai ces deux
+morceaux dans le recueil de Mason, un de mes livres de classe.» La
+strophe qui était restée dans sa mémoire est, en effet, une des meilleures
+du morceau. Addison fut ainsi doublement un initiateur pour Burns. Il
+lui révéla d'un même coup les deux côtés du plaisir littéraire: le
+pouvoir qu'ont les mots d'évoquer de belles images et la part de
+musique qu'ils peuvent contenir.</p>
+
+<p>À partir de ce moment, il dévora tout ce qui lui tombait sous la main:
+vieux livres, volumes dépareillés, romans incomplets, ouvrages ennuyeux
+ou démodés. Il mettait à contribution les pauvres planches de livres des
+voisins. L'un d'eux lui prêtait deux volumes de <span class="italic">Pamela</span>; le forgeron qui
+ferrait les chevaux lui prêtait la <span class="italic">Vie de William Wallace</span>. Robert lisait tout
+cela avec une avidité et une ardeur sans égales. «Aucun livre n'était
+assez volumineux pour effrayer son zèle ou assez vieux pour refroidir ses
+recherches<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a href="#footnote34" title="Go to footnote 34"><span class="small">[34]</span></a>.» Lui-même a laissé la liste de ces lectures hétérogènes,
+rassemblées au hasard des prêts ou des trouvailles dans un panier de
+<span class="pagenum"><a id="page021" name="page021"></a>(p. 021)</span> bouquiniste. «Ma connaissance de l'histoire ancienne provenait de
+la <span class="italic">Grammaire géographique de Guthrie et de Salmon</span>; j'acquis du <span class="italic">Spectateur</span>
+mes connaissances de m&oelig;urs modernes, de littérature et de critique.
+Ces livres, avec les &oelig;uvres de Pope, quelques pièces de Shakspeare, Tull
+et Dickson <span class="italic">sur l'Agriculture</span>, le <span class="italic">Panthéon</span>, l'<span class="italic">Essai</span> de Locke <span class="italic">sur l'Entendement
+Humain</span>, l'<span class="italic">Histoire de la Bible</span> de Stackhouse, <span class="italic">le Jardinier anglais</span> de
+Justice, les <span class="italic">Lectures</span> de Boyle, les &oelig;uvres d'Allan Ramsay, la <span class="italic">Doctrine de
+l'Évangile sur le Péché originel</span> du D<sup>r</sup> Taylor, une collection choisie de
+chansons anglaises et les <span class="italic">Méditations</span> d'Hervey avaient été la mesure
+de mes lectures<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35" title="Go to footnote 35"><span class="small">[35]</span></a>.» Et il ajoute ces mots qui font saisir à son
+origine sa vocation de chansonnier, au moment très précoce où l'action
+future point dans une préférence. «La collection de chansons était
+mon <span class="italic" lang="la">vade mecum</span>. Je les lisais et relisais, en conduisant mon chariot ou en
+allant au travail, chanson par chanson, vers par vers, notant soigneusement
+le tendre et le sublime; de l'affectation ou de la boursouflure. Je
+suis convaincu que je dois à cet exercice beaucoup de mon habileté
+de critique, telle quelle<a href="#footnote35" title="Go to footnote 35"><span class="small">[35]</span></a>.»</p>
+
+<p>Il n'est guère possible de parcourir la liste de ces auteurs sans faire
+une remarque importante et à laquelle les critiques anglais ne paraissent
+pas avoir prêté suffisamment attention. C'est, si on néglige les livres
+de renseignements, qu'Addison et Pope ont été les deux premiers
+maîtres littéraires de Burns; il a été formé, à l'âge où les impressions
+sont vives et profondes, par les deux écrivains les plus classiques de
+l'époque classique de la littérature anglaise, j'entends ceux qui ont
+le mieux possédé, l'un par art et l'autre par grâce de nature, la netteté
+et la sobriété de la forme, ceux également où l'idée s'ajuste sur un
+plan très raisonné. Burns a peu lu les auteurs colorés et imaginatifs
+du <span class="smcap85">XVI</span><sup>e</sup> siècle. Dans sa jeunesse, il n'avait, on le voit, que quelques
+pièces de Shakspeare; il n'a connu Spenser que beaucoup plus tard,
+après qu'il avait déjà fourni la meilleure partie de son &oelig;uvre. Il doit
+peut-être, en partie, à ces modèles, ce que sa poésie a de court, d'arrêté
+et de direct, on pourrait presque dire de classique. Il faut ajouter à
+cette influence celle des chansons populaires, dont il parle lui-même et
+qui souvent, pour d'autres causes, ont des qualités analogues, avec plus
+de passion.</p>
+
+<p>Le travail d'esprit que ces lectures excitaient faisait naître peu à
+peu dans ce jeune paysan la conscience confuse de sa force. Il était bien
+loin de croire qu'il serait jamais un écrivain, un poète. Mais il prenait
+lentement le sentiment de sa supériorité. Il était fier de ses lectures. Il
+aimait à se mêler à ces discussions théologiques familières aux paysans
+<span class="pagenum"><a id="page022" name="page022"></a>(p. 022)</span> écossais, nourris de la lecture de la Bible, d'ouvrages religieux et de
+sermons raisonneurs. Il s'y jetait avec son impétuosité naturelle et une
+hardiesse, où entrait peut-être bien quelque envie d'étonner et de terrifier
+l'entourage. «Les discussions de théologie, vers cette époque, faisaient
+perdre à moitié la tête au pays, et moi, ambitieux de briller les dimanches,
+entre les sermons, dans les conversations, aux funérailles, etc., je pris
+l'habitude, quelques années plus tard, de mettre le calvinisme dans
+l'embarras, avec tant de chaleur et d'emportement, que je soulevai
+contre moi un haro d'hérésie qui n'a pas encore cessé à présent<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a><a href="#footnote36" title="Go to footnote 36"><span class="small">[36]</span></a>.» Il
+y employait déjà la vigueur et la souplesse de raisonnement qui devaient
+plus tard tant frapper les esprits cultivés d'Édimbourg, et sans doute
+aussi sa raideur de sarcasme. Il rapportait un certain orgueil de ces
+rencontres où il devait secouer ses adversaires comme il lui plaisait. À
+cela se mêlait une poussée obscure de rêves, de désirs, d'aspirations
+sans forme, et cependant claires et chères, car elles prenaient un corps
+dans la solitude des travaux champêtres, et la misère de sa vie leur
+donnait de la douceur. Tout cela s'ébauchait indistinct, au fond d'un
+gars robuste, gauche et timide, tantôt ombrageux et sombre, tantôt pris
+d'accès de sociabilité et de gaîté.</p>
+
+<p class="p2">Cependant, ces jours assombris ne furent pas sans leur joie, et, pour
+employer le proverbe anglais, ces nuages eurent leur liseré d'argent.
+Au milieu de ces tracas, l'amour entra dans l'âme du poète et y éveilla
+la poésie. Ce fut une pastorale charmante et chaste qui restera mémorable
+dans l'histoire de la littérature écossaise. C'était au temps de la moisson.
+Les champs de Mont-Oliphant n'étaient pas aussi bruyants que ceux de
+ce fermier qui louait un musicien pour animer ses travailleurs et faisait
+tomber les gerbes au son des cornemuses. Toutefois la récolte est
+joyeuse partout, et il y a, dans l'emportement du faucheur lancé dans
+les blés, une sorte d'ivresse qui fait oublier les soucis. À chaque
+moissonneur, c'était la coutume d'adjoindre une moissonneuse qui le
+suivait, mettait en javelle les épis qu'il avait coupés. Robert avait
+quinze ans, mais il donnait le travail d'un homme. Il eut pour la
+première fois sa place et sa compagne. La fillette avait un an de moins
+que lui. Elle se nommait Nelly Kilpatrick; c'était la fille du forgeron qui
+avait jadis prêté à Burns la <span class="italic">Vie de Wallace</span><a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a><a href="#footnote37" title="Go to footnote 37"><span class="small">[37]</span></a>. L'Écosse n'est pas disposée
+à oublier le nom de cette famille qui a eu, à deux reprises, sur son poète,
+une telle influence. Burns a laissé lui-même le récit ravissant de cette
+idylle; il y a quelque chose de la simplicité et de la grâce de certains
+passages de <span class="italic">Daphnis et Chloé</span>.</p>
+
+<div class="quote">
+<p><span class="pagenum"><a id="page023" name="page023"></a>(p. 023)</span> Vous connaissez la coutume de nos campagnes d'associer un homme et une femme
+comme partenaires dans les travaux de la moisson. Dans mon quinzième automne,
+ma compagne était une ensorcelante créature qui comptait juste un automne moins
+que moi. La pauvreté de mon anglais me refuse le pouvoir de lui rendre justice dans
+ce langage, mais vous connaissez notre expression écossaise, elle était une «bonie,
+sweet, sonsie lass.» Bref, tout à fait sans en avoir conscience, elle m'initia à certaine
+passion délicieuse, que je tiens, quoi qu'en puissent dire le désappointement aigri,
+la prudence routinière et la philosophie pédante, pour la première des joies
+humaines et notre principal plaisir ici-bas. Comment elle attrapa la contagion, je
+n'en sais rien; vous autres, médecins, vous parlez beaucoup d'infection en respirant
+le même air, du toucher etc., mais je ne lui dis jamais expressément que je l'aimais.
+À la vérité, je ne savais pas bien moi-même pourquoi j'aimais tant à m'attarder en
+arrière avec elle, quand nous revenions au soir de notre travail; pourquoi les tons
+de sa voix faisaient frémir les cordes de mon c&oelig;ur, comme une harpe éolienne; et
+particulièrement pourquoi mon pouls battait une charge si furieuse quand je la
+regardais et que je tenais dans mes doigts sa main pour en retirer les piquants d'orties
+et de chardons. Parmi ses autres titres à inspirer l'amour, elle chantait avec douceur,
+et c'est son réel écossais favori que j'essayai de traduire et d'exprimer en rimes.</p>
+
+<p>Je n'étais pas assez présomptueux pour m'imaginer que je pouvais faire des vers
+comme les vers imprimés, composés par des hommes qui possédaient le grec et le
+latin. Mais ma fillette chantait une chanson qui, disait-on, avait été composée par le
+fils d'un petit propriétaire de campagne, sur une des servantes de son père, dont il
+était épris. Je ne voyais pas pourquoi je ne pourrais pas rimer aussi bien que lui,
+car excepté pour goudronner les moutons et mouler la tourbe (car son père vivait
+dans les moors) il n'avait pas plus d'habileté de savant que moi. Ainsi commencèrent
+en moi l'amour et la poésie qui, par moments, ont été mon seul et, jusqu'à cette
+dernière année, mon plus haut bonheur<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a><a href="#footnote38" title="Go to footnote 38"><span class="small">[38]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Cette première chanson, pour laquelle il conserva toujours une
+tendresse secrète, était, faut-il le dire? un pauvre essai tout gauche. Lui-même
+déclarait plus tard qu'elle était «puérile et sotte», mais qu'elle
+lui plaisait toujours parce qu'elle lui rappelait ces jours heureux où son
+c&oelig;ur était honnête et sa langue sincère<a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a><a href="#footnote39" title="Go to footnote 39"><span class="small">[39]</span></a>. Elle est cependant intéressante
+par le mélange de bonnes intentions et de platitudes, s'embrouillant
+dans une maladresse de débutant. Elle marque bien d'où est parti le
+poète, et permet de mesurer ses progrès.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Ô jadis j'aimais une jolie fillette,<br>
+Oui, et Je l'aime encore;<br>
+Et tant que la vertu réchauffera ma poitrine,<br>
+J'aimerai ma jolie Nell.</p>
+
+<p>J'ai vu des fillettes aussi jolies,<br>
+Et j'en ai vu mainte aussi bien mise;<br>
+Mais pour un air modeste et gracieux,<br>
+Je ne vis jamais sa pareille.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page024" name="page024"></a>(p. 024)</span> Une jolie fillette, je le confesse,<br>
+Est agréable à l'&oelig;il;<br>
+Mais, sans d'autres meilleures qualités,<br>
+Elle n'est pas la fillette qu'il me faut.</p>
+
+<p>Mais l'air de Nelly est gai et doux,<br>
+Et, ce qui vaut mieux que tout,<br>
+Sa réputation est complète<br>
+Et claire sans une tache.</p>
+
+<p>Elle s'habille si net et si propre,<br>
+À la fois décente et gentille;<br>
+Et puis, il y a quelque chose dans sa marche<br>
+Qui fait paraître bien n'importe quelle toilette.</p>
+
+<p>Une mise voyante, un air doux<br>
+Peuvent toucher légèrement le c&oelig;ur;<br>
+Mais c'est l'innocence et la modestie<br>
+Qui polissent la flèche toujours.</p>
+
+<p>C'est ce qui me plaît en Nelly,<br>
+C'est ce qui enchante mon âme,<br>
+Car, absolument, dans mon c&oelig;ur,<br>
+Elle règne sans contrôle<a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a><a href="#footnote40" title="Go to footnote 40"><span class="small">[40]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Ce furent les premiers vers et le premier amour de Burns. Tous deux
+lui restèrent chers. «Elle est pleine de défauts, disait-il, mais je me
+souviens que je la composai dans un enthousiasme extravagant de passion,
+et aujourd'hui même, je n'y puis pas penser que ce souvenir ne fasse
+fondre mon c&oelig;ur et bondir mon sang<a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a><a href="#footnote41" title="Go to footnote 41"><span class="small">[41]</span></a>.» Il conserva de la reconnaissance
+pour l'enfant qui avait fait jaillir en lui la première chanson.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Je me rappelle, il y a longtemps,<br>
+Alors que j'étais sans barbe, jeune et timide,<br>
+Quand je commençais à être capable de battre en grange<br>
+Ou de conduire un attelage à la charrue,<br>
+Et que, bien que fatigué et endolori souvent,<br>
+J'étais tout fier d'apprendre,<br>
+La première fois où, dans les blés jaunis,<br>
+Je fus compté pour un homme,<br>
+Et où, avec les autres, chaque gai matin,<br>
+J'eus, à ma place, mon sillon et ma fillette;<br>
+À faucher ferme, à enlever ferme<br>
+Chaque rangée de javelles,<br>
+Dans le babil et les légers propos,<br>
+La journée se passait.</p>
+
+<p>Dès alors un souhait me vint (je sais sa puissance)<br>
+Un souhait qui, jusqu'à ma dernière heure,<br>
+<span class="pagenum"><a id="page025" name="page025"></a>(p. 025)</span> Gonflera fortement ma poitrine,<br>
+De pouvoir, pour la vieille Écosse aimée,<br>
+Faire un plan ou un livre utile,<br>
+Ou chanter une chanson tout au moins;<br>
+Le rude chardon aigu, qui s'étalait à l'aise<br>
+Dans l'orge aux épis barbelés,<br>
+J'en détournais les cisailles du sarcleur,<br>
+Et j'épargnais le cher emblème;<br>
+Aucune nation, aucune position<br>
+Ne pouvaient exciter mon envie;<br>
+Écossais toujours, sans reproche toujours,<br>
+Je ne savais pas de plus haut éloge.</p>
+
+<p>Cependant les éléments de la poésie,<br>
+Informes, embrouillés, le bon et le mauvais,<br>
+Pêle-mêle flottaient dans mon cerveau,<br>
+Jusqu'à ce que, pendant cette moisson dont je parle,<br>
+Ma compagne dans la bande joyeuse,<br>
+Éveillât les chants qui se formaient;<br>
+Je la vois encore la jolie fillette<br>
+Qui a allumé mes rimailles,<br>
+Son sourire ensorcelant, ses yeux malins,<br>
+Qui faisaient frémir les cordes de mon c&oelig;ur,<br>
+Je m'enflammai, inspiré<br>
+Par ses regards qui portaient la flamme,<br>
+Mais fauchant avec rage, abattant l'ouvrage,<br>
+Je n'osai jamais parler<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a><a href="#footnote42" title="Go to footnote 42"><span class="small">[42]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Vingt années après, lorsqu'il donnait au recueil publié par Johnson
+ses plus parfaites chansons, la dernière qu'il envoya fut cette modeste
+chanson d'autrefois, qui avait été la primevère de sa poésie. Et après que
+tant d'amours si divers, les uns chastes et distants, les autres ardents et
+douloureux, d'autres vulgaires, tous sincères, eurent secoué son c&oelig;ur de
+leurs joies et de leurs chagrins, l'image de cette affection enfantine, éclose
+dans les premiers blés coupés, lui revenait avec toute sa grâce.</p>
+
+<p class="p2">Peu de temps après cette aventure et dans le courant de sa dix-septième
+année, il se fit en lui une crise. Ce n'était pas qu'il se transformât; mais il
+se manifestait. L'homme excessif qu'il devait être perçait à travers l'adolescent,
+et sa vie commença à affecter la tournure qu'elle devait garder
+jusqu'au bout. On put voir apparaître en lui, dans leurs premières et
+encore faibles manifestations, l'emportement dans le plaisir qui venait
+de son tempérament, le besoin de primer et de briller qui venait de sa
+supériorité intellectuelle, et un désir de sociabilité bruyante dont lui-même
+a bien marqué les causes, les unes gaies, les autres sombres: une
+<span class="pagenum"><a id="page026" name="page026"></a>(p. 026)</span> certaine jovialité naturelle qui l'attirait vers les autres, et une hypocondrie
+contractée dans des misères précoces qui le poussait hors de lui.
+À côté de ces causes d'entraînement et de danger, on eût pu discerner
+un manque de soutien et de direction morale. Et du même coup on eût
+aperçu que, à cette absence de principes rigides, grâce auxquels il eût
+accepté sa position comme un devoir,&mdash;ce qui probablement avait été le
+cas de son père&mdash;s'ajoutait un manque de proportion entre ses facultés et
+leur champ d'action, et que cet écart était excessif, inquiétant. Son lot ne
+l'avait pas placé dans une de ces existences solidement établies qui
+maintiennent leur homme. Il a eu lui-même conscience de ce travail et il
+en a fort bien distingué les éléments: «Le grand malheur de ma vie fut de
+n'avoir jamais de but. J'avais senti de bonne heure quelques éveils
+d'ambition, mais c'étaient les tâtonnements aveugles du Cyclope d'Homère
+autour des murailles de sa caverne. Les deux seules portes par lesquelles
+je pouvais entrer dans les champs de la fortune étaient la plus lésinarde
+économie ou le petit art chicanant de faire des marchés. La première est
+une ouverture si étroite que je ne pus jamais me rapetisser assez pour y
+passer. La seconde... j'ai toujours abhorré la souillure de son seuil.
+Ainsi privé de tout dessein et de tout but dans la vie, avec un fort
+appétit de sociabilité&mdash;qui provenait autant d'une gaîté native que d'un
+orgueil d'observations et de remarques&mdash;j'avais une teinte d'hypocondrie
+constitutionnelle qui me faisait fuir la solitude. Ajoutez à tous ces mobiles
+vers une vie sociable, que ma réputation de savant en livres, un certain
+talent aventureux de logique, une certaine force de pensée et quelque
+chose comme les rudiments du bon sens faisaient que j'étais généralement
+un hôte bien accueilli. Aussi n'est-ce pas grande merveille que toujours
+«quand deux ou trois étaient réunis j'étais au milieu d'eux<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a><a href="#footnote43" title="Go to footnote 43"><span class="small">[43]</span></a>.» Là était
+le danger. Qui n'en a connu, à un niveau plus bas, de ces jeunes
+paysans, que la nature a doués d'une certaine force comique, sans
+lesquels il n'y a pas de bonne partie ni de rires bruyants, qui sont les
+rois et les oracles, et plus tard les victimes, des cabarets de bourgades?</p>
+
+<p>Ces premières apparitions du véritable tempérament de son fils durent
+peiner et courroucer William Burnes. Austère et religieux, rendu plus
+sombre par le malheur et plus exigeant par la misère, il voyait avec
+chagrin son aîné chercher des occasions de dissipation et de dépense.
+Le premier différend se produisit entre le père et le fils quand celui-ci
+se mit dans l'idée de suivre une de ces écoles de danse qui commençaient
+à se répandre dans la campagne, au grand scandale des rigides. La
+danse, qui n'est en somme qu'un prétexte au rapprochement des deux
+sexes, avait toujours été chose haïssable au Presbytérianisme. Elle avait
+longtemps été prohibée, même aux mariages. Certaines paroisses avaient
+<span class="pagenum"><a id="page027" name="page027"></a>(p. 027)</span> interdit, à cet effet, la présence de cornemusiers aux noces, et
+décrété que les hommes et les femmes «coupables de danses promiscueuses»
+comparaîtraient en lieu public et confesseraient leur faute<a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a><a href="#footnote44" title="Go to footnote 44"><span class="small">[44]</span></a>.
+Quand on ouvrit en 1723 la première <span class="italic">assemblée</span> ou réunion dansante à
+Édimbourg, il fallut une véritable polémique. Il y eut des brochures
+publiées contre cette abomination, et Allan Ramsay dut écrire un poème
+pour la défendre<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a><a href="#footnote45" title="Go to footnote 45"><span class="small">[45]</span></a>. Dans les campagnes c'était une chose inouïe. Le
+charmant et admirable volume de John Galt <span class="italic">Les Annales de la Paroisse</span>,
+qu'on a heureusement comparé au <span class="italic">Vicaire de Wakefield</span> et qui lui est
+comparable, note l'effet que produisait, vers cette époque, l'arrivée dans
+une paroisse rurale de cette cause de relâchement et de vanité. «Pendant
+le courant de cette année (1761) une chose se produisit qui mérite d'être
+enregistrée, parce qu'elle manifeste l'effet que la contrebande commençait
+à exercer sur les m&oelig;urs du pays. Un M. Macskipnish, originaire
+des Hautes-Terres, qui avait été valet de chambre d'un major pendant
+ses campagnes et fait prisonnier avec lui par les Français, ayant été
+relâché dans un échange, ouvrit une école de danse à Irville. Il avait
+appris cet art de la façon la plus distinguée, à la mode de Paris et de
+la Cour de France. Jamais de mémoire d'homme on n'avait, dans tout ce
+côté de la contrée, entendu parler de quelque chose comme une école de
+danse. Les pas et les cotillons de M. Macskipnish firent un tel bruit que
+tous les gars et les fillettes, qui avaient un peu de temps et d'argent,
+allaient le trouver au grand dommage de leur travail<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a><a href="#footnote46" title="Go to footnote 46"><span class="small">[46]</span></a>.» On comprend
+que William Burnes ait eu toutes sortes d'objections à ce que Robert
+fréquentât une de ces écoles. Il y a apparence qu'il essaya de l'en
+dissuader et que son fils ne l'écouta pas; puis qu'il le lui défendit et que
+son fils lui désobéit. Ce qu'il y a d'assuré, c'est qu'un dissentiment
+durable se produisit à ce propos entre le père et le fils, une de ces
+fêlures qui font qu'une affection n'a plus jamais le même son qu'avant.
+Il suffit d'en lire l'aveu dans l'autobiographie de Burns. «Dans ma
+dix-septième année, pour donner à mes manières un coup de brosse,
+j'allai à une école de danse de campagne. Mon père avait une antipathie
+inexplicable contre ces réunions. J'y allai&mdash;ce dont je me repens encore
+aujourd'hui&mdash;absolument en dépit de ses ordres. Mon père, comme
+je l'ai dit auparavant, était le jouet de colères violentes. Par suite
+de ce fait de rébellion, il conçut envers moi une sorte d'éloignement
+qui, je le crois, fut une cause de la dissipation qui marqua mes années
+futures<a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a><a href="#footnote47" title="Go to footnote 47"><span class="small">[47]</span></a>.»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page028" name="page028"></a>(p. 028)</span> Cette fréquentation de l'école de danse avec ses attraits et ses rencontres,
+et cette révolte, n'étaient qu'un symptôme du tumulte d'âme qui se faisait
+en lui. L'idylle délicate de la moisson avait jeté l'étincelle dans un c&oelig;ur
+étrange qui se mit à flamber follement, et à tout propos, et pour toujours.
+Presque aussitôt commença pour Burns ce libertinage, ce vagabondage
+de c&oelig;ur, qui est la marque de sa vie. Il semble avoir secoué sa timidité
+et assumé du premier coup l'audace, l'esprit d'aventure et, selon son
+expression, la dextérité d'un don Juan. L'amour devint pour lui une sorte
+d'ivresse dans laquelle il se complut dès lors.</p>
+
+<p>Toute cette éclosion prit peu de temps. Juste un an après la jeune
+moissonneuse, il était occupé d'aventures d'un autre caractère. Vaguement
+désireux sans doute d'échapper à l'existence de misère où son père
+s'enfonçait, il alla passer, chez un frère de sa mère, une partie de son
+dix-septième été, afin d'étudier sous le maître d'école du petit village de
+Kirkosvald, qui avait une renommée dans la contrée pour la géométrie et
+la levée des plans. C'était un long séjour que Burns faisait hors du regard
+paternel. L'endroit était mal choisi. Toute cette côte du district de
+Carrick était infestée de contrebande qui se faisait avec l'île de Man, nid
+de contrebandiers. «Ce fut cette année-là, dit M. Balwhidder dans <span class="italic">Les
+Annales de la Paroisse</span>, que la grande extension de la contrebande
+corrompit toute la côte ouest, spécialement les basses terres dans les
+environs de Troon et de Loans. Le thé passait comme paille de blé,
+l'eau-de-vie comme eau de puits, et le gaspillage de toutes choses était
+terrible. On ne s'occupait plus que des porte-balles, qui passaient à cheval
+dans le jour, et des gens de l'excise, dans la nuit,&mdash;et des batailles entre
+les contrebandiers et les gens du roi, sur terre et sur mer. Il y eut une
+débauche et une ivrognerie continuelles, et notre paroisse, qui n'était
+qu'au bord de ce tourbillon d'iniquités, passa des moments terribles<a id="footnotetag48" name="footnotetag48"></a><a href="#footnote48" title="Go to footnote 48"><span class="small">[48]</span></a>.»
+Burns trouva là des brutalités et des audaces nouvelles, les orgies
+lourdes et âpres de cette populace de receleurs et de smuggleurs. Il se
+mêla à eux, prit part à leurs séances de cabarets. Ce n'était pas seulement
+l'attrait de ces beuveries, mais plus encore son désir d'observation,
+d'étudier les caractères, qui se montrait déjà en lui. Il se trouva
+là avec des types nouveaux et bien marqués. Enfin il mélangea à tout
+cela une intrigue dont le ton si différent de celui de l'année précédente
+montre bien le chemin parcouru.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Une autre circonstance de ma vie, qui produisit des altérations considérables sur
+mon esprit et mes m&oelig;urs, fut que je passai mon dix-septième été à une bonne distance
+de la maison, sur une côte de contrebandiers, à une école connue, pour apprendre la
+mensuration, l'arpentage, l'art d'employer les cadrans etc., où je fis d'assez bons
+progrès. Mais je fis de plus grands progrès dans la connaissance du genre humain.
+<span class="pagenum"><a id="page029" name="page029"></a>(p. 029)</span> La contrebande était à cette époque-là en pleine prospérité; les scènes de débauche
+fanfaronne et de dissipation bruyante m'avaient été jusque-là inconnues, et je n'étais
+pas ennemi d'une existence sociable. Bien que j'apprisse ici à regarder sans émoi un
+large compte de taverne, et à me mêler sans peur dans des bagarres d'ivrognes,
+néanmoins j'avançai haut la main dans ma géométrie, jusqu'au moment où le soleil
+entra dans la Vierge, un mois qui met toujours le carnaval dans mon c&oelig;ur. Une
+charmante fillette, qui vivait dans la maison porte à porte avec l'école, renversa ma
+trigonométrie et m'envoya par la tangente hors de la sphère de mes études. Je
+continuai à lutter avec mes sinus et cosinus encore pendant quelques jours; mais
+étant sorti dans le jardin, par un joli midi charmant, pour prendre l'altitude du
+soleil, je rencontrai mon ange:</p>
+
+<p class="poem-ctr">«Comme Proserpine cueillant des fleurs,<br>
+ Elle-même fleur plus belle.»</p>
+
+<p>Il devint inutile de songer à faire rien de bon à l'école. La dernière semaine
+de mon séjour, je ne fis rien d'autre que de mettre à l'envers toutes les facultés
+de mon âme à propos d'elle, ou de me glisser dehors pour la rencontrer, et les deux
+dernières nuits de mon séjour dans le pays, si le sommeil avait été un péché mortel,
+j'aurais été innocent<a id="footnotetag49" name="footnotetag49"></a><a href="#footnote49" title="Go to footnote 49"><span class="small">[49]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>Le changement dans la manière de sentir est bien apparent. Ce n'est
+déjà plus l'amour involontaire et troublé et subi; c'est je ne sais quelle
+façon délibérée et provoquante de s'y abandonner, un parti pris d'aimer,
+le goût à rechercher le moment le plus pétillant et le plus capiteux de
+l'amour, c'est-à-dire les commencements, où l'incertitude fait les
+joies plus soudaines et plus fortes, outre qu'elles sont neuves. «Les
+inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables, disait
+déjà don Juan, et tout le plaisir de l'amour est dans le changement<a id="footnotetag50" name="footnotetag50"></a><a href="#footnote50" title="Go to footnote 50"><span class="small">[50]</span></a>.»</p>
+
+<p>Il est bien vrai cependant que la poésie et l'amour se tenaient dans le
+c&oelig;ur de Burns. Cette seconde aventure lui fournit le thème d'une chanson
+qui, à un an d'intervalle, est aussi loin de sa première chanson, que ses
+sentiments étaient loin du trouble juvénile qu'il avait ressenti. Quels pas
+étonnants faisait ce garçon, capable désormais d'écrire des strophes comme
+celles-ci:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Maintenant les vents d'ouest et les fusils meurtriers<br>
+Ramènent le plaisant temps d'automne;<br>
+Le coq de marais s'envole sur ses ailes bruissantes<br>
+Parmi la bruyère fleurissante;<br>
+Maintenant les grains, ondoyant au loin sur la plaine,<br>
+Réjouissent le fermier fatigué,<br>
+Et la lune brille clairement quand j'erre la nuit<br>
+Pour songer à ma charmeresse.</p>
+
+<p>Mais, ô chère Peggy, la soirée est claire,<br>
+Pressées volent les effleurantes hirondelles,<br>
+<span class="pagenum"><a id="page030" name="page030"></a>(p. 030)</span> Le ciel est bleu, les champs à la vue<br>
+Ne sont que vert fané et que jaune;<br>
+Viens errer, viens suivre notre chemin joyeux,<br>
+Et voir les charmes de la nature,<br>
+Les blés frémissants, l'épine en fruits<br>
+Et toutes les créatures heureuses.</p>
+
+<p>Nous marcherons lentement, nous parlerons doucement,<br>
+Jusqu'à ce que la lune silencieuse brille clairement,<br>
+Je serrerai ta taille et dans tes bras aimants<br>
+Je jurerai combien je t'aime chèrement:<br>
+Les averses printanières aux fleurs en boutons,<br>
+L'automne au fermier,<br>
+Ne sont pas aussi chers que tu l'es pour moi,<br>
+Ma belle, mon aimable charmeresse<a id="footnotetag51" name="footnotetag51"></a><a href="#footnote51" title="Go to footnote 51"><span class="small">[51]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Le développement se faisait en lui avec une rapidité singulière. Tout
+lui était une source d'acquisitions et chaque semaine était une étape.
+C'était un esprit qui grandissait à vue d'&oelig;il. Ces quelques semaines
+passées loin de chez lui, au milieu de physionomies et de façons
+nouvelles, lui avaient été profitables à un degré qu'on ne soupçonnerait
+pas si l'on n'avait son témoignage. «Je revins chez moi, dit-il en parlant
+de cette excursion, ayant fait des progrès considérables. Mes lectures
+s'étaient élargies de l'addition très importante des &oelig;uvres de Thomson
+et de Shenstone; et j'engageai plusieurs de mes camarades d'école à
+entretenir avec moi une correspondance littéraire. J'avais trouvé une
+collection de lettres par les beaux esprits du règne de la reine Anne,
+et je les relisais très dévotieusement. Je conservais copie de celles de
+mes propres lettres qui me plaisaient, et la comparaison entre elles et les
+compositions de la plupart de mes correspondants flattait ma vanité. Je
+poussai ce caprice si loin que, quoique je n'eusse pas pour trois liards
+d'affaires au monde, chaque poste m'apportait autant de lettres que si
+j'avais été un lourd et laborieux fils du journal et du grand-livre<a id="footnotetag52" name="footnotetag52"></a><a href="#footnote52" title="Go to footnote 52"><span class="small">[52]</span></a>.»</p>
+
+<p class="p2">Toutes ces choses, clartés ou flammes, éclataient dans les soucis plus
+sombres chaque jour qui entouraient la famille. Malgré le courage et
+les privations de tous, les affaires allaient en empirant. Le propriétaire
+de William Burnes, celui qui lui avait prêté cent livres et lui
+témoignait de la bonté, était mort; cette mort était pour les pauvres
+gens le dernier coup de malheur. La gestion des biens était tombée
+entre les mains d'un intendant cruel, brutal. La tristesse s'augmentait
+de scènes, de menaces et de violences. «Pour compléter la malédiction,
+nous tombâmes entre les mains d'un agent qui a posé pour la peinture
+que j'ai donnée d'un de ces hommes dans <span class="italic">Les deux chiens...</span> Mon
+<span class="pagenum"><a id="page031" name="page031"></a>(p. 031)</span> indignation bout encore au souvenir des lettres menaçantes et insolentes
+de ce chenapan et de ce despote, qui nous mettaient tous en larmes<a id="footnotetag53" name="footnotetag53"></a><a href="#footnote53" title="Go to footnote 53"><span class="small">[53]</span></a>.»
+Par les vers auxquels il fait allusion, on a ces scènes devant les yeux:</p>
+
+<p class="poem-ctr">J'ai remarqué le jour d'audience de nôtre seigneur,<br>
+Et maintefois mon c&oelig;ur en a été attristé;<br>
+Les pauvres tenanciers, maigrement pourvus d'argent,<br>
+Comme ils doivent supporter l'insolence de l'intendant!<br>
+Il frappe du pied et menace, maudit et jure<br>
+Qu'ils iront en prison, qu'il saisira leur bien;<br>
+Tandis qu'ils doivent se tenir debout, avec un aspect humble,<br>
+Et tout entendre, et craindre et trembler<a id="footnotetag54" name="footnotetag54"></a><a href="#footnote54" title="Go to footnote 54"><span class="small">[54]</span></a>.</p>
+
+<p>Plus d'une fois, tandis que le père accablé acceptait tout et que les
+femmes étaient en pleurs, les deux garçons durent se retenir, les poings
+crispés, pour ne pas jeter ce butor dehors, lui surtout, ce gars aux
+yeux flamboyants dont la force était terrible et qui avait en lui des
+énergies de colères aussi violentes que celles d'amour. Que d'affronts
+ils dévorèrent, bouleversés par la rage d'honnêtes gens brutalisés jusque
+dans leur désespoir! Il n'y a pas de doute que ces humiliations n'aient
+été le germe de rancunes et de colères qui se font sentir dans toute la
+correspondance de Burns, et qui, à bien des années de là, firent de
+plusieurs de ses pièces des cris redoutables de revendication sociale.
+Ces temps doivent avoir été horribles à traverser. En dehors des
+chansons d'amour, les seuls vers qui aient subsisté de cette période sont
+des plaintes, des lamentations comme cette chanson qui est placée
+dans la bouche «d'un fermier ruiné»:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Le soleil est enfoncé à l'ouest,<br>
+Toutes les créatures sont retirées au repos,<br>
+Tandis qu'ici je suis assis, douloureusement assiégé<br>
+De chagrins, de douleurs, de peines;<br>
+Et c'est hélas, fortune infidèle, hélas!</p>
+
+<p>L'homme prospère est endormi,<br>
+Il n'entend pas les tourbillons de vent passer;<br>
+Mais la misère et moi veillons, guettons<br>
+La morne tempête souffler;<br>
+Et c'est hélas, fortune infidèle, hélas!</p>
+
+<p>Là dort la chère compagne de mon c&oelig;ur;<br>
+Ses soucis pour un instant reposent;<br>
+Faut-il que je te voie, orgueil de mes jeunes ans,<br>
+Ainsi descendue et tombée!<br>
+Et c'est hélas, fortune infidèle, hélas!</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page032" name="page032"></a>(p. 032)</span> Mes doux bébés reposent dans ses bras,<br>
+Les craintes anxieuses n'alarment pas leurs petits c&oelig;urs;<br>
+Mais pour eux mon c&oelig;ur souffre<br>
+De maintes angoisses amères;<br>
+Et c'est hélas, fortune infidèle, hélas!</p>
+
+<p>Je fus jadis par la fortune caressé,<br>
+Je pus jadis soulager la détresse;<br>
+Maintenant le maigre soutien de la vie durement gagné<br>
+Mon destin me l'accorde à peine;<br>
+Et c'est hélas, fortune infidèle, hélas!</p>
+
+<p>Je n'ai pas d'espoir, pas d'espoir!<br>
+Comme la tombe serait bienvenue!<br>
+Mais alors, ma femme et mes chers petits<br>
+Oh! où iraient-ils?<br>
+Et c'est hélas, fortune infidèle, hélas!</p>
+
+<p>Oh, où, oh où me tournerai-je!<br>
+Partout sans ami, abandonné, délaissé,<br>
+Car dans ce monde, ni le Repos, ni la Paix<br>
+Je ne les connaîtrai plus!<br>
+Et c'est hélas, fortune infidèle, hélas!<a id="footnotetag55" name="footnotetag55"></a><a href="#footnote55" title="Lien vers la note 55"><span class="small">[55]</span></a></p>
+</div>
+
+<p>C'étaient les sentiments de son père que Burns traduisait ainsi. Enfin,
+à travers ces angoisses, William Burnes atteignit le terme d'une
+des périodes sexennales de son bail, époque à laquelle il pouvait le
+résilier. Il abandonna cette ferme ingrate de Mont-Oliphant, où lui et les
+siens avaient tant peiné et tant souffert. Ce fut à la Pentecôte de 1777.
+Robert Burns avait un peu plus de dix-huit ans<a id="footnotetag56" name="footnotetag56"></a><a href="#footnote56" title="Go to footnote 56"><span class="small">[56]</span></a>.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page033" name="page033"></a>(p. 033)</span> CHAPITRE II.</h2>
+
+<p class="chapter">LOCHLEA.<br>
+1777&mdash;1784.</p>
+
+<p>La nouvelle ferme de Lochlea se trouve à une distance de dix milles
+au Nord de Mont-Oliphant, un peu plus enfoncée dans les terres, non
+loin du village de Tarbolton, dont elle dépend. Ce n'est plus le décor de
+Mont-Oliphant, avec la route animée des voitures, et, derrière la route,
+la mer animée de navires; ce n'est plus le voisinage d'Ayr, la capitale
+du comté. La ferme est au fond d'un entonnoir de collines nues, dans
+un site borné et morose, à l'écart de tout chemin. Quelques arbres
+chétifs et d'aspect tourmenté se montrent çà et là au haut des pentes.
+L'impression est attristante; c'est un vilain endroit. De quelques
+sommets voisins, la vue se dégage et s'élargit; mais le mouvement
+humain fait péniblement défaut. Tarbolton lui-même est à l'avenant.
+Pauvre village perdu; une seule longue rue de masures affaissées sous
+leurs chaumes verdis de mousse, et des champs aux deux bouts. Quand
+on le traverse aujourd'hui, on y sent la misère et l'abandon. La population,
+à un des derniers recensements, ne dépassait guère huit cents habitants<a id="footnotetag57" name="footnotetag57"></a><a href="#footnote57" title="Go to footnote 57"><span class="small">[57]</span></a>.
+Et pourtant là est le cabaret que Burns a fait trembler d'éclats de rire,
+la loge maçonnique où les séances se prolongeaient jusqu'à cinq heures
+du matin, le cimetière où tant d'éloquence et d'ironie fut dépensé dans
+des discussions religieuses. Tout ce coin de pays est maussade. Mais à
+quelque distance, le pays, boisé, parsemé de vieilles résidences et de
+parcs, coupé par le cours pittoresque de l'Ayr, offre des endroits charmants,
+propices aux rencontres amoureuses.</p>
+
+<p>Le séjour à Lochlea, qui fut de sept années, compte peu dans l'&oelig;uvre
+de Burns; cependant, Gilbert se trompe, lorsqu'il dit en parlant de son
+frère: «les sept années que nous vécûmes dans la paroisse de Tarbolton
+ne furent pas marquées par un grand avancement littéraire<a id="footnotetag58" name="footnotetag58"></a><a href="#footnote58" title="Go to footnote 58"><span class="small">[58]</span></a>.» Si la
+production, dont une partie n'a pas été conservée, fut peu considérable,
+<span class="pagenum"><a id="page034" name="page034"></a>(p. 034)</span> l'effort fut continuel et le progrès immense. C'est une période de
+formation plutôt que de création, et dans laquelle il faut chercher
+plutôt des germes que des résultats. Au point de vue du caractère, c'est
+également une époque importante et décisive. «C'est pendant ce
+temps, dit Gilbert, que les fondements furent posés de certaines
+habitudes dans le caractère de mon frère, qui, plus tard, ne devinrent
+que trop proéminentes, et que la malice et l'envie ont pris plaisir à
+exagérer<a id="footnotetag59" name="footnotetag59"></a><a href="#footnote59" title="Go to footnote 59"><span class="small">[59]</span></a>.» Et Robert, lui-même, se rappelant ces jours en apparence
+insignifiants, écrivait: «C'est pendant cette époque climatérique que
+ma petite histoire est le plus pleine d'événements<a id="footnotetag60" name="footnotetag60"></a><a href="#footnote60" title="Go to footnote 60"><span class="small">[60]</span></a>»; non pas
+d'événements extérieurs et bruyants comme ceux qui, plus tard, se
+présentent dans sa vie; mais de ces petits faits intérieurs et silencieux
+dont on n'a pas conscience sur le moment, par lesquels une nature se
+forme, se modifie ou se révèle, et qui grandissent dans les souvenirs
+jusqu'à y envahir et y étouffer tous les autres. Un grain qui tombe est
+pour le sillon un événement plus important que tous les orages qui,
+plus tard, battront l'épi.</p>
+
+<p>La vie continua toujours la même pour la famille, une vie de labeur
+et de frugalité. Les premiers temps furent tolérables. «Pendant quatre
+années nous y vécûmes confortablement,» dit Robert<a href="#footnote60" title="Go to footnote 60"><span class="small">[60]</span></a>. Ce dut être un
+soulagement après la vie de Mont-Oliphant. Tout le monde travaillait.
+Robert et Gilbert recevaient les gages qu'on donnait aux autres ouvriers,
+d'où on défalquait les objets de vêtement fabriqués dans la maison par
+la mère et les s&oelig;urs.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section">I.<br>
+LA JEUNESSE. &mdash; LES PREMIERS AMOURS.</p>
+
+<p>Dès le début de cette période, on retrouve Burns devenu homme.
+C'est un beau gars, de taille moyenne, robuste, carré, agile quoique
+d'une structure massive, le teint brun, le front solide, les cheveux noirs,
+les traits un peu gros, la bouche forte et mobile, et de merveilleux yeux
+noirs, larges, hardis, étincelants, «pleins d'ardeur et d'intelligence<a id="footnotetag61" name="footnotetag61"></a><a href="#footnote61" title="Go to footnote 61"><span class="small">[61]</span></a>»;
+«sa physionomie avait à première vue un certain air de lourdeur mêlé à
+une expression de profonde pénétration et de réflexion calme qui touchait
+à la mélancolie<a href="#footnote61" title="Go to footnote 61"><span class="small">[61]</span></a>». C'est son expression habituelle. Mais le visage
+se transforme sans cesse et il prend, avec une rapidité et une force
+<span class="pagenum"><a id="page035" name="page035"></a>(p. 035)</span> extraordinaires, le reflet de toutes les passions, depuis le rire le plus franc
+jusqu'à toutes les éloquences que l'amour ou la colère peuvent prêter à
+une face humaine. Il est impossible de voir ce garçon sans le remarquer. Il
+est même une manière de personnage dans le pays et les hameaux
+d'alentour. Il est entouré d'une sorte de notoriété; on s'occupe de lui;
+les uns l'admirent, les autres redoutent son sarcasme. Lui-même n'est
+pas fâché d'attirer l'attention sur lui: il se singularise, s'habille d'une
+façon originale qui doit lui attirer les regards. Il tranche sur les autres;
+il est le seul gars de la paroisse qui porte les cheveux liés derrière;
+c'est le dimanche à l'église qu'il se montre ainsi. Les filles se chuchotent:
+«C'est Robie Burns»; les gars le regardent avec admiration et envie;
+ils désirent faire sa connaissance. Il est le lion du village. Il le sait et il
+en est fier. Tous ces points apparaissent clairement dans les souvenirs
+de David Sillar qui fut son compagnon à cette époque: «M. Robert
+Burns était depuis quelque temps dans la paroisse de Tarbolton, quand
+je fis sa connaissance. Son humeur sociable lui procurait facilement des
+relations, mais un certain assaisonnement satirique, qui était mêlé à son
+génie comme à tous les génies poétiques, tout en faisant éclater de
+rire le cercle rustique, ne laissait pas d'amener à sa suite sa compagne
+naturelle: une défiance craintive. Je me rappelle avoir entendu ses
+voisins dire qu'il avait la langue bien pendue et qu'ils suspectaient ses
+<span class="italic">principes</span>. Il portait la seule chevelure nouée qu'il y eût dans la paroisse,
+et à l'église, il drapait son plaid, qui était d'une couleur particulière,
+feuille morte je crois, d'une manière particulière autour de ses épaules.
+Ces notions et son extérieur eurent une influence si magique sur ma
+curiosité qu'ils me rendirent très désireux de faire sa connaissance. Je
+ne me rappelle plus maintenant très bien si ma liaison avec Gilbert fut
+accidentelle ou préméditée. Par lui je fus présenté non seulement à son
+frère mais à toute cette famille où, au bout de peu de temps, je fus un
+visiteur fréquent, et, je le crois, bienvenu<a id="footnotetag62" name="footnotetag62"></a><a href="#footnote62" title="Go to footnote 62"><span class="small">[62]</span></a>.» On devine, dans cette
+affectation de vêtement, quelque chose de théâtral. M. Robert Stevenson
+l'a bien remarqué, et il rappelle que, dix ans plus tard, quand il sera
+marié, père de famille, on le retrouve dans un costume encore plus
+extraordinaire: une casquette de fourrure, un pardessus avec un ceinturon
+et une grande rapière écossaise au côté. «Il aimait, dit-il, à
+s'habiller pour le plaisir de s'habiller»<a id="footnotetag63" name="footnotetag63"></a><a href="#footnote63" title="Go to footnote 63"><span class="small">[63]</span></a>; et le critique observe finement
+qu'il y a là une marque fréquente chez les tempéraments artistiques.
+Il eût pu ajouter qu'elle est faite d'une disposition à vivre en dehors
+des conditions entourantes, qui vient de l'activité de l'imagination et
+<span class="pagenum"><a id="page036" name="page036"></a>(p. 036)</span> d'un besoin de se distinguer, et résulte d'un mélange complexe de
+vanité, de paradoxe, de logique et de bravoure.</p>
+
+<p>Au milieu de ce monde villageois où il se sentait aisément le chef, où
+sa supériorité était acceptée, il marchait avec assurance. Mais dès qu'il se
+trouvait avec des étrangers, surtout lorsqu'ils étaient d'une position
+supérieure à la sienne, il devenait taciturne et se repliait en une
+observation méfiante. Il avait ce mélange de timidité et d'orgueil que bien
+des gens supérieurs, accoutumés à se sentir les maîtres dans leur cercle
+habituel, apportent dans un milieu nouveau. Sans calcul sans doute,
+ils attendent de s'en rendre compte avant d'en prendre possession. Ainsi
+faisait-il: il écoutait, il observait, et quand dans son coin il avait jaugé
+ces nouveaux venus il sortait de ce silence et du même coup prenait le haut
+du pavé dans la conversation. L'impression qu'il fit au docteur Mackenzie
+est très formelle à cet égard. On retrouve, encore là, exprimée par un
+homme dont la déposition dénote un observateur expert et soigneux, la
+différence qu'il y avait entre les deux frères; elle confirme assez bien la
+remarque de Murdoch: «Gilbert et Robert étaient certainement très
+différents d'apparence et de façons, bien qu'ils possédassent tous deux
+de grandes capacités et un savoir peu commun. Gilbert, dans la première
+entrevue que j'eus avec lui à Lochlea, était franc, modeste, bien
+renseigné et communicatif. Le poète semblait distrait, soupçonneux et
+sans aucun désir d'intéresser ou de plaire. Il demeura très silencieux
+dans un coin sombre de la chambre et, avant qu'il prît aucune part à
+l'entretien, je le surpris fréquemment en train de me scruter
+pendant ma causerie avec son père et sa mère. Mais plus tard quand
+la conversation, qui était sur un sujet de médecine, eut pris le tour qu'il
+souhaitait, il commença à s'y engager, déployant une dextérité de
+raisonnement, une subtilité de réflexion, et une familiarité avec des
+sujets au delà de sa portée, dont son visiteur ne fut pas moins charmé
+qu'étonné<a id="footnotetag64" name="footnotetag64"></a><a href="#footnote64" title="Go to footnote 64"><span class="small">[64]</span></a>.»</p>
+
+<p>Ces premières années de Lochlea, non seulement elles sont intéressantes,
+parce qu'elles nous montrent l'apparition de qualités et de
+défauts qui devaient se développer et rendre plus tard illustre et
+malheureuse la vie de Burns, mais elles sont reposantes, et on aime à
+y faire une halte. C'est le seul moment de tranquillité qu'ait connu cette
+famille persécutée du malheur, un répit entre la misère de Mont-Oliphant
+et la ruine qui ne tarda pas à venir. Pendant quelque temps,
+on connut presque le bien-être. Et pour Burns lui-même, c'est un temps
+de joie et de pureté de c&oelig;ur. Nous aurons la gaieté de Mossgiel, un
+peu factice, nerveuse et souvent plus près du défi que de la joie,
+<span class="pagenum"><a id="page037" name="page037"></a>(p. 037)</span> l'éblouissement d'Édimbourg, l'assombrissement d'Ellisland et de
+Dumfries; nous ne le reverrons plus dans cette atmosphère joyeuse
+et légère. Il aura de plus éclatants moments, mais souvent avec des
+orages, et les plus heureux ne seront jamais sans leurs nuées. On aime
+à se le représenter, serein, avec ses regards si éloquents où ne
+passaient pas encore les regrets, robuste, gai, se précipitant, comme
+il le faisait, en toutes choses, impétueusement dans le travail. Il ne
+craignait personne pour conduire une charrue ou manier une faux.
+Avec cela, plein de bonté pour les gens et les bêtes. Son frère avait
+un peu de la sévérité du père, mais, lui, sous son enveloppe plus
+rude, avait toujours un coup de main et un mot d'encouragement prêt
+pour les plus jeunes travailleurs; quand l'autre grondait, «ô homme!
+vous n'êtes pas fait pour ce jeune peuple,» disait-il<a id="footnotetag65" name="footnotetag65"></a><a href="#footnote65" title="Go to footnote 65"><span class="small">[65]</span></a>. Les animaux eux-mêmes
+semblaient sentir en lui une indulgence plus grande: on peut
+être sûr qu'il leur causait amicalement et que le <span class="italic">Salut de Nouvelle Année
+du Vieux Fermier à sa vieille jument</span> n'est pas autre chose qu'une de ces
+conversations.</p>
+
+<p class="p2">Et quels flots de poésie, de gaieté, d'éloquence, d'humour, de fantaisie,
+répandus sur toute la dure besogne de cette dure vie; tout cela débordant,
+jaillissant, étincelant, intarissable, plein de bonds joyeux, de visions
+fantastiques, comme le ruisseau écossais qui saute autour d'un roc et
+frissonne aux rayons du soleil. Les &oelig;uvres, chez lui, ne sont que des
+fragments, les premiers venus, de sa parole ordinaire. Tous ceux qui
+l'ont connu prétendent que sa conversation était égale, sinon supérieure
+à sa poésie; et elle n'eut jamais plus de gaieté qu'à Lochlea. Gilbert
+se rappelait avec bonheur les jours où, avec deux autres compagnons,
+ils allaient couper de la tourbe pour le combustible d'hiver<a id="footnotetag66" name="footnotetag66"></a><a href="#footnote66" title="Go to footnote 66"><span class="small">[66]</span></a>: Avec ces
+deux ou trois paysans obscurs pour auditeurs, Robert entretenait un feu
+roulant d'esprit, de fines remarques sur les hommes et les choses, qui
+rendaient radieuses ces heures passées dans un marécage. Il était vraiment
+l'étonnement et la gaieté de tout le pays. Les anecdotes sont unanimes et
+inépuisables à raconter l'effet de sa parole sur ceux qui l'entouraient. Un
+jour, passant dans un champ qu'on fauchait, il attire peu à peu autour
+de lui toute la bande des moissonneurs qui se tordent de rire et
+se laissent tomber à terre oubliant leur besogne. Un autre jour, il entre
+dans un moulin et fait si bien que ceux qui sont chargés de déblayer
+l'auge où tombe la farine, absorbés à l'entendre, la laissent s'emplir
+jusqu'à ce que la meule s'engorge et s'arrête. Ailleurs, c'est le forgeron
+qui, le marteau levé, l'écoute jusqu'à ce que le morceau de fer qu'il
+<span class="pagenum"><a id="page038" name="page038"></a>(p. 038)</span> avait sur l'enclume se refroidisse. C'était à la forge surtout, le lieu de
+réunion du village, qu'il fallait le voir. Chaque fois qu'il y devait venir,
+les voisins arrivaient pour faire cercle autour de lui et écouter les
+histoires qu'il inventait et racontait, de façon à les secouer de gaîté
+ou à leur arracher des larmes<a id="footnotetag67" name="footnotetag67"></a><a href="#footnote67" title="Go to footnote 67"><span class="small">[67]</span></a>. C'était vraiment un poète par nature
+que cet homme qui composait, pour des filles de fermes, les plus
+adorables chansons d'amour de la littérature anglaise et qui, devant
+quelques laboureurs, jetait à pleine main des récits dont <span class="italic">la Mort et le
+D<sup>r</sup> Hornbook</span> et <span class="italic">Tam de Shanter</span> peuvent nous donner une idée. On
+croirait à peine à une telle puissance de parole chez ce jeune paysan
+de vingt et quelques années, si plus tard les hommes distingués et
+critiques qui l'entendirent à Édimbourg n'étaient aussi d'accord pour
+reconnaître que sa conversation les surprit plus encore que ses vers.
+On trouve dans ces souvenirs du D<sup>r</sup> Mackenzie la première déposition,
+faite par un esprit cultivé, sur l'invraisemblable puissance de conversation
+de Burns. «À partir de la période dont je parle, je pris un vif
+intérêt à Robert Burns et, avant de connaître ses pouvoirs poétiques, je
+m'aperçus qu'il possédait de très grandes capacités intellectuelles, une
+imagination extraordinairement fertile et vive, une connaissance profonde
+de beaucoup de nos poètes écossais et une admiration enthousiaste
+de Ramsay et de Fergusson. Même alors, sur les sujets qu'il
+connaissait, sa conversation était riche en figures bien choisies, animée
+et énergique. À la vérité j'ai toujours pensé que personne ne pouvait
+avoir une juste idée de l'étendue des talents de Burns s'il n'avait pas eu
+l'occasion de l'entendre causer<a id="footnotetag68" name="footnotetag68"></a><a href="#footnote68" title="Go to footnote 68"><span class="small">[68]</span></a>.» On voit ainsi peu à peu l'homme
+grandir et la force de cet esprit s'imposer à tous autour de lui.</p>
+
+<p>Cependant les choses de l'esprit continuaient à l'attirer. Il portait
+toujours quelque livre dans sa poche. C'était <span class="italic">l'Homme de Sentiment</span> de
+Mackenzie, le <span class="italic">Tristram Shandy</span> de Sterne, les &oelig;uvres du vieux poète
+écossais Adam Ramsay, c'était surtout sa chère collection de chansons.
+Il continuait à les lire avec le même soin; il prenait dans cette habitude
+une sûreté critique qui paraît dans les notes qu'il a mises aux
+vieilles chansons écossaises, et à la façon dont il juge les siennes
+propres. Du reste, toute la famille lisait, et quand on entrait à la ferme
+aux heures des repas, les seules libres, on voyait le père et les fils un
+livre à la main<a id="footnotetag69" name="footnotetag69"></a><a href="#footnote69" title="Go to footnote 69"><span class="small">[69]</span></a>.</p>
+
+<p>Le goût de l'activité intellectuelle était vraiment admirable parmi
+ces hommes accablés de fatigues, et pour lesquels il semble que le
+<span class="pagenum"><a id="page039" name="page039"></a>(p. 039)</span> repos dût être un affaissement vide et silencieux. Robert, Gilbert et
+quatre ou cinq de leurs amis, auxquels quelques-uns s'adjoignirent
+encore, formèrent une sorte de club dans lequel on devait discuter des
+questions proposées et s'exercer à la parole. Cela en soi n'a rien d'étonnant;
+c'est dans des réunions de ce genre que bien des jeunes
+éloquences ont donné leurs premiers coups d'ailes. Mais si l'on
+réfléchit au milieu, si l'on songe que les membres de cette conférence
+rustique étaient quelques jeunes paysans sans ressources, perdus
+dans un petit village que l'absence de communications enfonçait
+davantage dans la campagne, on comprendra qu'il y avait là une
+ardeur intellectuelle qu'il n'eût pas été facile de retrouver ailleurs<a id="footnotetag70" name="footnotetag70"></a><a href="#footnote70" title="Go to footnote 70"><span class="small">[70]</span></a>. Le
+premier président fut Burns. La première séance eut lieu le 11 novembre
+1780. La première question discutée fut celle-ci:</p>
+
+<p class="quote">Étant donné qu'un jeune homme élevé pour être fermier, mais sans aucune fortune,
+peut épouser de deux femmes l'une: ou bien une fille de fortune, ni belle de sa
+personne, ni agréable de conversation, mais capable de diriger suffisamment les
+affaires domestiques d'une ferme; ou bien une fille agréable de toutes façons, de
+personne, de conversation et de manières, mais sans fortune, laquelle des deux
+choisira-t-il?</p>
+
+<p>On peut reconnaître dans le choix de cette question une des préoccupations
+habituelles de Burns et imaginer la discussion et les déclamations
+éloquentes, auxquelles elle donna lieu. Burns y prit une part
+active et le D<sup>r</sup> Currie retrouva dans ses papiers les notes d'un discours
+dans lequel il soutenait la seconde alternative. Il n'est peut-être pas
+sans intérêt de voir quel était le genre de questions débattues par
+ces jeunes laboureurs. En voici quelques-unes:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Retirons-nous plus de bonheur de l'amour ou de l'amitié?</p>
+
+<p>Doit-il exister quelque réserve entre des amis qui n'ont aucune raison de douter de
+l'amitié l'un de l'autre?</p>
+
+<p>Lequel est le plus heureux du sauvage ou du paysan d'une contrée civilisée?</p>
+
+<p>Un jeune homme des rangs inférieurs de la vie sera-il plus heureux s'il a reçu
+une bonne éducation et s'il a un esprit meublé de savoir; ou s'il a juste l'éducation et
+le savoir de ceux qui l'entourent?</p>
+</div>
+
+<p>Les deux dernières questions dépassent le cercle des sentimentalités
+générales des deux premières. Elles ont la marque de leur époque;
+elles arrivent jusqu'au bord de la discussion sociale à la façon du
+<span class="smcap85">XVIII</span><sup>e</sup> siècle; on y sent comme une lointaine influence de Rousseau.
+Peut-être cependant, celle-ci n'était-elle pas indispensable pour que
+<span class="pagenum"><a id="page040" name="page040"></a>(p. 040)</span> des demandes semblables se posassent dans l'esprit de Burns. Il aurait
+suffi de l'analogie des génies et des situations. Il y eut de bonne
+heure dans Burns une protestation et une révolte inévitables contre
+l'inégalité des rangs et, ce qui est mieux, une revendication de la valeur
+individuelle. L'amour, les préoccupations de la vie, d'autres luttes
+l'empêchèrent de développer tout à fait ce côté de protestation sociale,
+mais il éclatera dans quelques passages de ses poésies, et on en discerne
+le germe dans ces discussions de jeunesse.</p>
+
+<p>En même temps il se fit affilier à la loge maçonnique de Tarbolton,
+dont les séances se tenaient dans une salle de l'auberge du village. Les
+registres y sont encore conservés et montrent qu'il était assidu aux
+séances<a id="footnotetag71" name="footnotetag71"></a><a href="#footnote71" title="Go to footnote 71"><span class="small">[71]</span></a>.</p>
+
+<p class="p2">À travers tout cela, il continuait plus que jamais son métier d'amoureux
+rural: «L'amour sage ou insensé fut une perpétuelle nécessité de son
+âme,» dit Hately Waddell<a id="footnotetag72" name="footnotetag72"></a><a href="#footnote72" title="Go to footnote 72"><span class="small">[72]</span></a>; et Carlyle, dans une de ses fortes appréciations
+qui dégagent la ligne morale de toute une existence, avait dit:
+«À la vérité, il n'y a qu'une ère dans la vie de Burns, c'est la
+première. Nous n'avons pas la jeunesse, puis la maturité, mais seulement
+la jeunesse; car, jusqu'à la fin, nous ne discernons aucun changement
+décisif dans la complexion de son caractère; dans sa trente-septième
+année, il est encore, pour ainsi dire, dans la jeunesse<a id="footnotetag73" name="footnotetag73"></a><a href="#footnote73" title="Go to footnote 73"><span class="small">[73]</span></a>.» C'est surtout
+pour ce qui concerne son intarissable faculté d'aimer que cela est vrai.
+Pendant vingt ans, il a été dans une continuelle admiration de la beauté
+ou plutôt de la grâce féminine, et ce qu'il y a de particulier en lui
+c'est que ses derniers amours avaient autant d'enthousiasme que les
+premiers. Il a chéri toute sa vie avec la bonne foi fougueuse des dix-huit
+ans, et il eût aimé ainsi indéfiniment. Chez lui, les passions ne formaient
+pas ces légers résidus d'accoutumance, d'amertume, de lassitude ou
+seulement d'habitude, que même les meilleures laissent au fond du
+c&oelig;ur, et qui rendent celles qui y viennent ensuite moins douces ou les
+font paraître moins charmantes. Bien qu'il y ait bu souvent, le cristal
+de la coupe resta clair et transparent. L'amour conserva toujours pour
+lui toute sa nouveauté et sa délicieuse surprise. Il ne devint pas en lui
+amer comme dans Byron, railleur comme dans Heine, ou douloureux
+comme dans Musset. Il continua d'être pour lui, selon l'expression de
+Keats, «une chose de beauté et une joie éternelle.»</p>
+
+<p>L'épisode de la petite moissonneuse n'avait été qu'une de ces aspirations
+vagues dont tous les c&oelig;urs de seize ans sont troublés, et l'épisode de
+<span class="pagenum"><a id="page041" name="page041"></a>(p. 041)</span> Kirkoswald un premier essai. C'est à Lochlea qu'aimer devint l'habitude
+et l'état normal de son âme. Quand il y arriva, il était gauche et timide;
+il confesse «qu'au commencement de cette période, il était peut-être
+le garçon le plus lourd et le plus empêtré de toute la paroisse<a id="footnotetag74" name="footnotetag74"></a><a href="#footnote74" title="Go to footnote 74"><span class="small">[74]</span></a>.» Mais
+cela ne devait pas durer et il ne devait pas tarder à prendre sa place, soit
+comme héros, soit comme confident, dans la plupart des intrigues
+amoureuses du village et des environs. Il y apporta bientôt la désinvolture
+et la sûreté d'un maître. Il avait ce don de familiarité rieuse
+et railleuse qui est la clef qui ouvre le plus de c&oelig;urs féminins. «Après
+le début de mes relations avec lui, raconte David Sillar, nous nous
+rencontrions souvent à l'église, et au lieu d'aller avec nos amis ou
+les filles à l'auberge, nous faisions une promenade dans les champs.
+Dans ces promenades j'ai été souvent frappé de sa facilité à s'adresser
+au beau sexe et mainte fois, quand j'étais tout confus et ne savais
+comment m'exprimer, il était entré en conversation avec elles avec la
+plus grande aisance et la plus grande liberté; c'était généralement la
+mort de notre conversation, si agréable fût-elle, que de rencontrer une
+connaissance féminine<a id="footnotetag75" name="footnotetag75"></a><a href="#footnote75" title="Go to footnote 75"><span class="small">[75]</span></a>.» Burns d'ailleurs a raconté lui-même comment
+il se tirait d'affaires dans ces rencontres:</p>
+
+<p class="quote">Bien au delà de toutes les autres impulsions de mon c&oelig;ur était un penchant pour
+l'<span class="italic">adorable moitié du genre humain</span><a id="footnotetag76" name="footnotetag76"></a><a href="#footnote76" title="Go to footnote 76"><span class="small">[76]</span></a>. Mon c&oelig;ur était du pur amadou et était continuellement
+enflammé, par une déesse ou une autre. Comme il arrive dans toutes les
+campagnes de ce monde, ma fortune était diverse. Tantôt j'étais reçu avec faveur,
+tantôt mortifié par un échec. À la charrue, à la faux et à la faucille, je ne craignais
+pas de rival, je défiais aussi le besoin et comme je ne me suis jamais préoccupé de
+mon labeur que pendant que j'y étais employé, je passais mes soirées d'après mon
+c&oelig;ur. Un jeune campagnard conduit rarement une aventure d'amour sans un confident
+qui l'assiste. Je possédais un zèle, une curiosité et une dextérité intrépide qui me
+recommandaient comme un second convenable dans ces occasions, et, j'ose le dire,
+j'avais autant de plaisir à être dans le secret de la moitié des amours de la paroisse
+de Tarbolton que jamais homme d'État en a ressenti à connaître les intrigues de la
+moitié des cours d'Europe. La plume que je tiens à la main semble connaître
+instinctivement ce sentier familier de mon imagination, et j'ai de la peine à
+l'empêcher de vous donner une couple de paragraphes sur les histoires d'amour de
+mes compagnons, humbles habitants de la ferme ou de la chaumière. Mais les graves
+fils de la science, de l'ambition ou de l'avarice baptisent ces choses du nom de folies.
+Pour les fils du travail et de la pauvreté, ce sont des matières de la plus sérieuse
+nature: pour eux, l'espoir ardent, l'entrevue dérobée, le tendre adieu sont les plus
+grandes et les plus délicieuses parties de leur bonheur<a id="footnotetag77" name="footnotetag77"></a><a href="#footnote77" title="Go to footnote 77"><span class="small">[77]</span></a>.»</p>
+
+<p>Les occasions ne lui manquèrent pas. Quand on regarde d'un peu près
+la vie rurale de son temps, on est surpris de la quantité d'intrigues qui
+<span class="pagenum"><a id="page042" name="page042"></a>(p. 042)</span> allaient leur train dans ces petits villages, de ferme à ferme, sous la stricte
+surveillance presbytérienne. La façon dont ces intrigues se passaient
+est un trait de m&oelig;urs écossaises qui ne manque pas d'une certaine
+grâce rustique. Après une rude journée à la charrue ou au fléau, quand
+le soir descendait, le jeune paysan mettait son bonnet bleu et son plaid.
+Il faisait deux ou trois milles, parfois plus, jusqu'au cottage de sa promise.
+Un homme, qui n'est rien moins que le grave Lockhart, a retracé,
+avec complaisance, la manière dont les choses se passaient. «Dans ces
+districts, l'amoureux rustique poursuit sa tendre recherche d'une façon
+dont les jeunes citadins peuvent trouver difficile de comprendre le charme.
+Quand les travaux de la journée sont finis, que dis-je? souvent lorsque
+ses parents le croient dans le lit, l'heureux gars regarde comme un
+jeu de marcher maints longs milles écossais, jusqu'à la résidence de sa
+maîtresse. Au signal d'un coup donné à sa fenêtre, celle-ci sort pour
+passer une heure ou deux sous la lune d'été ou, si le temps est âpre,
+(circonstance qui n'empêche jamais le voyage) parmi les gerbes de la
+grange paternelle. Ce «chappin' out», comme ils l'appellent, est une
+coutume dont les parents affectent de ne pas voir la mise en pratique,
+s'ils ne l'approuvent pas. Et les conséquences sont très rares et beaucoup
+plus fréquemment inoffensives que ne sont disposées à se l'imaginer les
+personnes qui ne sont pas familières avec les m&oelig;urs et les sentiments de
+nos paysans<a id="footnotetag78" name="footnotetag78"></a><a href="#footnote78" title="Go to footnote 78"><span class="small">[78]</span></a>.» Ceci est peut-être moins sûr. À consulter les registres
+de la paroisse, à lire les épîtres de Burns et à suivre toute sa vie, il ne
+paraît pas que les paysans écossais&mdash;dans ces environs du moins&mdash;fussent
+plus habiles qu'ailleurs à brider l'amour. C'est sur des expéditions
+de ce genre que sont composées les quelques-unes des premières et des
+plus jolies choses de Burns.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Derrière ces collines là-bas, où le Lugar coule,<br>
+Parmi de nombreux moors et marais, Ô,<br>
+Le soleil d'hiver a clos le jour,<br>
+Et je vais retrouver Nannie, Ô.</p>
+
+<p>Le vent d'ouest souffle bruyant et aigre;<br>
+La nuit est à la fois noire et pluvieuse, Ô;<br>
+Mais je prendrai mon plaid; je me glisserai dehors,<br>
+Et, par delà les collines, vers Nannie, Ô.</p>
+
+<p>Ma Nannie est charmante, douce et jeune,<br>
+Sans ruses artificieuses pour vous attirer, Ô;<br>
+Le malheur tombe sur la langue flatteuse<br>
+Qui séduirait ma Nannie, Ô!</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page043" name="page043"></a>(p. 043)</span> Son visage est joli, son c&oelig;ur est sincère,<br>
+Aussi innocente qu'elle est gentille, Ô.<br>
+La pâquerette, qui s'ouvre humide de rosée,<br>
+N'est pas plus pure que Nannie, Ô.</p>
+
+<p>Je ne suis qu'un jeune paysan,<br>
+Et il y a peu de gens qui me connaissent, Ô;<br>
+Mais que m'importe combien peu ils sont,<br>
+Je suis toujours bienvenu chez Nannie, Ô.</p>
+
+<p>Toutes mes richesses sont mes gages,<br>
+Et il faut que je les gère avec soin, Ô;<br>
+Mais les biens de ce monde ne m'inquiètent pas,<br>
+Toutes mes pensées sont: Ma Nannie, Ô.»</p>
+
+<p>Notre vieux fermier se plaît à regarder<br>
+Ses moutons et ses vaches prospérer grassement, Ô;<br>
+Mais je suis aussi heureux, moi qui tiens sa charrue,<br>
+Et n'ai d'autre souci que Nannie, Ô.</p>
+
+<p>Vienne heur, vienne malheur, je ne m'en occupe guère;<br>
+Je prendrai ce que le Ciel m'enverra, Ô;<br>
+Je n'ai pas d'autre souci dans la vie<br>
+Que de vivre et d'aimer ma Nannie, Ô<a id="footnotetag79" name="footnotetag79"></a><a href="#footnote79" title="Lien vers la note 79"><span class="small">[79]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>C'est à c&oelig;ur perdu que Burns se jeta dans ces aventures qui bientôt
+ne se comptèrent plus. Il avait généralement une affection principale
+et centrale, mais il rencontrait sans cesse des affections nouvelles et
+subordonnées qui se groupaient autour de celle-là, et formaient autant
+d'intrigues secondaires, dans le drame de son amour. Gilbert, rappelant
+à ce propos un fin passage de Sterne, un des auteurs favoris de Robert,
+compare spirituellement son frère à Yorick, qui venait de jurer à Eliza
+une fidélité éternelle et à qui il suffisait de se trouver cinq minutes, à la
+porte de la remise, avec M<sup>me</sup> de L... pour en tomber épris, juste le temps
+que M. Dessein mettait à courir chercher les clefs<a id="footnotetag80" name="footnotetag80"></a><a href="#footnote80" title="Go to footnote 80"><span class="small">[80]</span></a>. Peu lui importait
+d'ailleurs à quelle femme il s'adressait. Il avait vite fait de les transformer,
+de les embellir, de les transfigurer, dès qu'elles entraient dans
+le rayonnement du rêve de beauté qu'il portait en lui. Gilbert, en
+homme froid et raisonnable qu'il était, n'y comprenait rien. «Quand,
+dans la souveraineté de son bon plaisir, il choisissait une personne à
+qui il décidait d'offrir ses attentions particulières, elle était sur le
+champ revêtue d'une quantité suffisante de charmes pris dans les
+abondantes réserves de son imagination. Il y avait souvent une grande
+différence entre sa maîtresse, telle que les autres la voyaient, et ce
+qu'elle semblait lorsqu'elle était revêtue des attributs qu'il lui donnait<a id="footnotetag81" name="footnotetag81"></a><a href="#footnote81" title="Go to footnote 81"><span class="small">[81]</span></a>.»
+<span class="pagenum"><a id="page044" name="page044"></a>(p. 044)</span> Sans doute; mais c'est que Murdoch s'était trompé et que Gilbert
+n'était pas poète. Quant à Robert, il admirait de tous côtés, répandant,
+devant ces simples filles étonnées, des trésors de poésie qu'elles ne
+comprenaient sans doute pas, mais où, avec l'intuition féminine, elles
+sentaient quelque chose de supérieur et de précieux. Qui peut imaginer,
+car son éloquence fut peut-être plus merveilleuse que ses vers,
+quelles strophes pleines de ferveur et de tendresse il a murmurées à
+des oreilles ignorantes, où elles résonnaient comme une musique incompréhensible
+et cependant douce à écouter? Ses chansons n'en sont
+peut-être qu'un écho affaibli.</p>
+
+<p>Et ce qu'il y a de surprenant en lui c'est qu'il n'aimait pas des lèvres,
+mais vraiment du c&oelig;ur. Chacune de ces amourettes avait, pendant
+qu'elle durait, la véhémence et l'intensité d'une passion qui le bouleversait
+de joie ou de désespoir. Les passions se poussaient dans ce c&oelig;ur
+continuellement agité, rapides mais fortes et innombrables comme des
+vagues. C'étaient de vraies ivresses et de vraies angoisses qu'il éprouvait
+sans trêve. Sa charpente de paysan, singulièrement massive et solide,
+endurcie à toutes les fatigues, en éprouvait des secousses terribles. Il ne
+s'habitua jamais à aimer. Les c&oelig;urs ordinaires se tarissent dans des
+amours trop répétés qui vont s'affaiblissant par leur abondance. Mais
+cette âme inépuisable fournit un torrent de passion qui resta jusqu'au
+bout égal à lui-même dans son impétuosité. Gilbert qui n'est pas
+suspect d'exagérer ces sujets, disait: «Bien qu'il fût, dans sa jeunesse,
+timide et gauche dans ses rapports avec les femmes, cependant, quand
+il devint un homme, son attachement à leur société devint très fort et il
+était constamment la victime et l'esclave de quelque beauté. Les
+symptômes de sa passion étaient souvent tels qu'ils égalaient ceux de la
+célèbre Sapho. À la vérité, je ne sache pas qu'il se soit jamais évanoui,
+qu'il ait fléchi sur ses genoux et expiré; mais son agitation physique
+et mentale surpassait tout ce que j'ai jamais vu de ce genre, dans la vie
+réelle<a id="footnotetag82" name="footnotetag82"></a><a href="#footnote82" title="Go to footnote 82"><span class="small">[82]</span></a>.»</p>
+
+<p>Chez certains poètes, les passions ne deviennent une matière poétique
+que lorsqu'elles sont façonnées par le souvenir; ils travaillent, toujours
+tournés vers leur passé, semblables aux cordiers qui n'ont jamais dans
+la main qu'une masse confuse de chanvre et ne voient leur travail se
+faire que loin d'eux. Leur &oelig;uvre a presque toujours de la tristesse et du
+calme, parce que les choses dont ils parlent sont perdues, écoulées,
+parce qu'elles sont éloignées. Mais il en est d'autres pour lesquels la
+production est immédiate et n'est que le prolongement, l'écho instantané
+de la joie ou de la souffrance présentes. Ils sont comme des boucliers
+qui retentissent en même temps qu'on les frappe. Leurs chants conservent
+<span class="pagenum"><a id="page045" name="page045"></a>(p. 045)</span> toute la vibration triomphale ou déchirante du coup dont tremble
+encore leur âme. Leur &oelig;uvre a souvent le trouble et l'élan de sentiments
+que le temps n'a pas épurés mais n'a pas affaiblis. Elle contient moins de
+pensée et plus de passion. C'est parmi ces derniers qu'il faut placer
+Burns. Non seulement, l'émotion et la création étaient chez lui simultanées,
+mais la première était si désordonnée qu'elle eût été intolérable,
+si elle n'avait trouvé un soulagement dans la seconde. «Mes passions,
+dit-il, une fois allumées, se déchaînaient comme autant de démons,
+jusqu'à ce qu'elles trouvassent une issue dans la rime, et, alors, réciter
+par c&oelig;ur mes vers agissait comme un charme et calmait et adoucissait
+tout<a id="footnotetag83" name="footnotetag83"></a><a href="#footnote83" title="Go to footnote 83"><span class="small">[83]</span></a>.» Il faut ajouter que ces amours, malgré leur violence, étaient
+purs, car Gilbert et Burns lui-même ont pris soin de marquer la date
+où ils cessèrent de l'être.</p>
+
+<p>Ainsi, avec les journées dans les champs, les sorties du soir, les
+lectures et les compositions le long du chemin, les séances chez le
+forgeron, les discussions du club, le mélange de travail, de tristesse et
+de joie qui fait la vie de tous; avec des rafales de passion, des éclairs
+d'ambition, des élans de tendresses charmantes, des bondissements
+éblouissants de gaîté qui n'étaient propres qu'à lui; jetant à
+pleines mains, comme lorsqu'il semait, la poésie et le rire, inconscient
+encore et cependant déjà frémissant de son génie, causant une sorte
+d'étonnement autour de lui, impétueux et honnête en toutes choses,
+avec l'emportement qui devait lui faire commettre bien des fautes,
+mais sans le remords d'en avoir encore commis, il passa les premières
+années de Lochlea. Années agitées, mais pures, et qui, en somme,
+furent heureuses.</p>
+
+<p class="p2">Il tint peut-être alors à peu de chose que cette agitation ne se fixât et
+que le calme ne grandît dans sa vie. «Comme toutes ces relations, dit
+Gilbert, en parlant de ses intrigues, étaient gouvernées par les règles les
+plus strictes de la vertu et de la modestie&mdash;desquelles il ne dévia jamais
+jusqu'à ce qu'il eût atteint sa vingt-troisième année&mdash;il devint anxieux
+d'être en situation de se marier<a id="footnotetag84" name="footnotetag84"></a><a href="#footnote84" title="Go to footnote 84"><span class="small">[84]</span></a>.» Il y avait, dans une famille qui
+habitait sur les bords du Cessnock, petite rivière qui va rejoindre
+l'Irvine, une jeune fille qui s'appelait Ellison Begbie. Elle y servait
+en qualité de domestique, comme beaucoup de filles de fermiers.
+Son père était lui-même fermier à Galston, près de Kilmarnock.
+C'est sur elle que Burns avait jeté les yeux et fixé son choix. Ce
+n'était pas une beauté, semble-t-il, mais elle avait un charme particulier
+et une sorte d'attrait vif que la beauté a rarement. Dans la chanson
+qu'il a écrite sur elle, on devine, à travers les comparaisons dont elle se
+<span class="pagenum"><a id="page046" name="page046"></a>(p. 046)</span> compose, un visage vermeil, tout riant de couleurs fraîches et vives, des
+cheveux fins et châtains, un sourire où éclate la blancheur des dents.
+Mais, le refrain est: «ses deux yeux brillants et malicieux», comme
+s'ils étaient en effet le trait principal de cette physionomie mobile,
+ouverte et charmante de gaîté. Avec cela une grâce spirituelle faite d'enjouement
+et de malice.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Ses lèvres sont comme ces cerises mûres,<br>
+Que des murailles ensoleillées protègent de Borée;<br>
+Elles tentent le goût et charment la vue;<br>
+Et elle a deux yeux brillants et malicieux.</p>
+
+<p>Sa voix est comme le merle, le soir,<br>
+Qui chante sur les bords du Cessnock, invisible,<br>
+Tandis que sa compagne est nichée dans le buisson;<br>
+Et elle a deux yeux brillants et malicieux.</p>
+
+<p>Mais ce n'est pas son air, sa forme, son visage,<br>
+Bien qu'elle égale la reine fabuleuse de la beauté;<br>
+C'est l'esprit qui brille dans ses grâces,<br>
+Et surtout dans ses yeux malicieux<a id="footnotetag85" name="footnotetag85"></a><a href="#footnote85" title="Go to footnote 85"><span class="small">[85]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Il fallait qu'elle eût quelque chose de véritablement distingué,
+puisque plus tard, après avoir beaucoup admiré et comparé les plus
+séduisantes dames d'Édimbourg, il avouait que, de toutes les femmes
+qu'il avait connues, c'était celle qui aurait fait dans sa vie la plus
+agréable compagne<a id="footnotetag86" name="footnotetag86"></a><a href="#footnote86" title="Go to footnote 86"><span class="small">[86]</span></a>. Telle était la femme que Burns demandait en
+mariage. S'il avait été accepté, sa vie aurait peut-être pris une voie
+normale. Sans doute, la fougue y serait restée et, par elle, il était
+difficile que les fautes n'y pénétrassent pas; mais il est probable
+que le désarroi ne s'y serait pas mis. Peut-être son exubérance de vie
+et sa vigueur d'esprit se seraient-elles tournées vers d'autres directions
+et son bonheur y eût-il gagné aux dépens de sa gloire. Ce n'était pas
+sa destinée.</p>
+
+<p>Outre l'influence qu'elle aurait pu avoir sur sa vie, sa courte liaison
+avec Ellison Begbie est intéressante parce qu'elle a produit une correspondance,
+qui comprend les premiers spécimens de prose que nous
+ayons de lui. Ce sont quatre lettres seulement, mais bien curieuses.
+Au point de vue littéraire, elles sont caractéristiques. On y sent une
+affectation de correction, une recherche d'élégance, la prétention épistolaire
+qu'il gardera pendant toute sa vie et qu'il devait au recueil de
+lettres que le hasard avait mêlé à ses premières lectures. Les pensées s'y
+font graves et compassées, les phrases s'y succèdent achevées et correctes.
+<span class="pagenum"><a id="page047" name="page047"></a>(p. 047)</span> Cela a beaucoup de tenue et peu de mouvement; c'est le contraire de son
+esprit. La langue elle-même est différente. Autant ses poèmes abondent
+en expressions écossaises, autant cette correspondance est écrite
+dans une langue purement anglaise, avec une affectation de mots
+latins. Au point de vue des sentiments, ces lettres sont également
+remarquables par leur gravité, leur ton de convenance et de franchise,
+un désir de bien préciser le genre d'affection qu'il éprouve et de
+placer ses déclarations sur un terrain de vie pratique. Dans la première
+de ces épîtres, il se défend, avec beaucoup d'habileté, contre un
+soupçon d'inconstance de sa part, qui pourrait bien venir à l'esprit
+d'Ellison Begbie et il fait une description de la vie mariée, qui est
+réellement un beau morceau sur le mariage:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Il est naturel qu'un jeune homme aime la connaissance des femmes et il est
+habituel qu'il recherche leur société quand l'occasion s'en présente. L'une d'elles lui
+est plus agréable que les autres; quand il est avec elle, il y a quelque chose, il ne
+sait pas quoi, qui le séduit, il ne sait pas comment. Je suppose que cela est ce que
+la plupart d'entre nous appellent <span class="italic">amour</span> et je dois avouer, ma chère E., que c'est un
+jeu difficile que celui que vous avez à jouer lorsque vous rencontrez un amoureux de
+cette espèce. Vous ne pouvez vous empêcher de dire qu'il est sincère, et cependant,
+avec quelque faveur que vous le traitiez, peut-être dans quelques mois ou au plus
+tard dans un an ou deux, la même inexplicable fantaisie peut le rendre éperdument
+épris d'une autre, tandis que vous serez oubliée. Je n'ignore pas que peut-être,
+la prochaine fois que j'aurai le plaisir de vous voir, vous me conseillerez de
+prendre cette leçon pour moi, et vous me direz que la passion que je professe pour
+vous est peut-être une de ces lueurs passagères. Mais j'espère, ma chère E., que vous
+me ferez l'honneur de me croire, quand je vous assure que l'amour que j'ai pour vous
+est fondé sur les principes de la Vertu et de l'Honneur, et que conséquemment, aussi
+longtemps que vous continuerez à posséder ces aimables qualités qui m'ont d'abord
+inspiré ma passion pour vous, aussi longtemps faut-il que je continue à vous aimer.</p>
+
+<p>Croyez-moi, ma chère, c'est un amour comme celui-là qui seul peut rendre
+heureux l'état de mariage. On peut causer de flammes, d'enthousiasmes, autant qu'on
+veut, et une chaude imagination, avec l'ardeur de la jeunesse, peut faire éprouver
+quelque chose de pareil à ce qu'on décrit. Mais je suis sûr que les plus nobles
+facultés de l'esprit, unies à des sentiments semblables dans le c&oelig;ur, sont le seul fondement
+de l'amitié et ç'a toujours été mon opinion que la vie mariée n'est pas autre
+chose que de l'<span class="italic">amitié</span> à un degré plus élevé. Si vous êtes assez bonne pour exaucer
+mes souhaits, et s'il plaît à la Providence de nous épargner jusqu'à la période la plus
+reculée de la vie, je puis, en regardant vers l'avenir, voir que même alors, bien que
+courbé sous la vieillesse ridée, même alors, quand toutes les choses de ce monde me
+seront indifférentes, je regarderai mon E...... avec l'affection la plus tendre, pour
+la simple raison qu'elle aura toujours, mais à un degré plus élevé et perfectionné, ces
+nobles qualités qui inspirèrent ma première affection pour elle<a id="footnotetag87" name="footnotetag87"></a><a href="#footnote87" title="Go to footnote 87"><span class="small">[87]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Ces dernières lignes sur l'idée du bonheur tranquille et apaisé
+qu'il faut attendre du mariage, sur la nécessité des qualités de l'âme
+<span class="pagenum"><a id="page048" name="page048"></a>(p. 048)</span> pour un amour durable, ne sont-elles pas éloquentes, et cette vue de
+l'amitié qui sort d'une vie commune ne va-t-elle pas au fond des unions
+heureuses?</p>
+
+<p>Une autre lettre est intéressante par la façon presque religieuse dont
+il parle de l'amour. On sent bien, dans cette correspondance, qu'à ce
+moment il était encore dominé et gouverné par l'austérité paternelle,
+que son âme était toujours pleine de déférence pour l'exemple de vie
+qu'il avait devant lui et que les amourettes nombreuses qu'il avait déjà
+eues étaient restées des affaires de c&oelig;ur et d'imagination.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Je crois en vérité, ma chère E., que les purs, les sincères sentiments d'amour sont
+aussi rares dans le monde que les purs et sincères principes de vertu et de piété.
+Ceci, j'espère, vous expliquera le singulier style de mes lettres à vous. Par singulier,
+je veux dire qu'elles sont écrites d'une façon si sérieuse que, pour vous dire la
+vérité, j'ai souvent eu peur que vous ne me preniez pour quelque dévot outré qui
+converse avec sa maîtresse comme il converserait avec son ministre.</p>
+
+<p>Je ne sais pas comment cela se fait, ma chère, car bien que, sauf votre société,
+il n'y ait rien au monde qui me donne autant de plaisir que de vous écrire, cependant
+cela ne me cause jamais ces vertiges d'enthousiasme dont on parle tant parmi les
+amoureux. J'ai souvent pensé que, si une affection solide n'est pas effectivement
+une partie de la vertu, c'est quelque chose qui est tout à fait de la même famille.
+Chaque fois que la pensée de mon E...... échauffe mon c&oelig;ur, elle allume dans
+ma poitrine tous les sentiments d'humanité, tous les principes de générosité; elle
+éteint toute méprisable étincelle de malice et d'envie qui ne sont que trop prêtes
+à m'infester. Je serre tous les êtres dans les bras d'une bienveillance universelle,
+également, je prends part aux plaisirs des heureux et je sympathise avec les misères
+des infortunés. Je vous assure, ma chère, que je lève souvent vers le divin Ordonnateur
+des événements un regard plein de reconnaissance pour le bonheur que, je
+l'espère, il a dessein de me donner en vous donnant à moi. Je souhaite sincèrement
+qu'il bénisse mes efforts pour rendre votre vie aussi confortable et heureuse que
+possible, en adoucissant les côtés les plus rudes de mon caractère aussi bien qu'en
+améliorant les conditions peu propices de ma fortune. Ceci, ma chère, est une passion,
+à mes yeux, digne d'un homme et, j'ajouterai, digne d'un chrétien<a id="footnotetag88" name="footnotetag88"></a><a href="#footnote88" title="Go to footnote 88"><span class="small">[88]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>La façon dont il lui demande sa main est pleine d'une gravité presque
+cérémonieuse. On ne conçoit pas qu'un jeune clergyman adressant,
+avec toute la dignité et le décorum de sa profession, une requête de ce
+genre, puisse le faire en un langage plus rapproché d'un sermon:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Il y a une règle que j'ai jusqu'ici pratiquée et que j'observerai invinciblement
+avec vous, c'est de vous dire honnêtement la simple vérité. Il y a quelque chose de
+si bas, de si indigne d'un homme, dans les artifices de la dissimulation et de la
+fausseté, que je suis surpris qu'ils puissent être employés par personne dans une
+passion aussi noble et généreuse qu'un amour vertueux. Non, ma chère E., je
+n'essayerai jamais de gagner votre faveur par de si détestables pratiques. Si vous
+êtes assez bonne et assez généreuse pour m'accepter pour votre partenaire, votre
+compagnon, votre ami de c&oelig;ur, à travers la vie, il n'y a rien, de ce côté-ci de
+<span class="pagenum"><a id="page049" name="page049"></a>(p. 049)</span> l'éternité, qui puisse me donner un plus grand bonheur; mais je ne songerai jamais
+à acheter votre main par des arts indignes d'un homme et, j'ajouterai, d'un chrétien.
+Il y a une chose que je vous demande sérieusement, ma chère, et c'est ceci: que vous
+mettiez bientôt un terme à mes espérances par un refus péremptoire ou que vous me
+guérissiez de mes anxiétés par un consentement généreux.</p>
+
+<p>Cela m'obligerait beaucoup si vous vouliez m'envoyer une ligne ou deux quand
+vous le pourrez. J'ajouterai seulement que si une conduite réglée (quoique peut-être
+bien imparfaitement) par les règles de l'Honneur et de la Vertu, si un c&oelig;ur
+consacré à vous aimer et à vous estimer, si un effort anxieux de vous rendre heureuse,
+si ces qualités sont celles que vous souhaiteriez dans un ami, dans un époux, j'espère
+que vous les trouverez toujours dans votre vrai ami et sincère amant<a id="footnotetag89" name="footnotetag89"></a><a href="#footnote89" title="Go to footnote 89"><span class="small">[89]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>La jeune fille ne tarda pas à faire connaître à Burns sa réponse
+définitive; c'était un refus. La lettre qu'il lui envoie et qui est la
+dernière de cette série est, avec un chagrin très sincère et très profond,
+pleine d'une très belle et très digne franchise:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>J'aurais dû, pour être poli, accuser plus tôt réception de votre lettre, mais mon
+c&oelig;ur en avait reçu un tel coup que je puis encore à peine rassembler mes pensées,
+de façon à vous écrire à ce sujet. Je n'essayerai pas de décrire ce que j'ai
+ressenti en recevant votre lettre. Je l'ai lue et relue, mainte et mainte fois et, bien
+qu'elle fût dans le langage le plus poli du refus, ce refus était péremptoire:
+«Vous étiez triste de ne pas pouvoir me payer de retour, mais vous me souhaitez
+toute espèce de bonheur.» Ce serait une faiblesse indigne d'un homme que de dire
+que, sans vous, je ne pourrai jamais être heureux, mais je suis certain que partager
+la vie avec vous lui aurait donné une saveur que, sans vous, je ne goûterai jamais.</p>
+
+<p>Ce ne sont pas vos rares avantages personnels et votre bon sens supérieur qui me
+frappent tant en vous; il est possible que, dans quelques cas, on puisse rencontrer ces
+qualités chez d'autres. Mais cette bonté aimable, cette tendresse et cette douceur
+féminines, cette attachante suavité de caractère, avec tous les charmes qui naissent
+d'un c&oelig;ur chaud et aimant, voilà ce que je ne puis espérer retrouver de nouveau
+dans ce monde, à un tel degré. Toutes ces qualités charmantes, rehaussées par une
+éducation bien au delà de ce que j'ai jamais trouvé chez les femmes que j'ai jamais
+osé approcher, ont fait sur mon c&oelig;ur une impression que je ne crois pas que la vie
+effacera jamais. Mon imagination s'était flattée du souhait,&mdash;je n'ose pas dire que ce
+fut jamais un espoir,&mdash;que, peut-être un jour, je vous appellerais mienne. J'avais
+formé les plus délicieuses images et mes rêves s'y complaisaient; aujourd'hui, je suis
+malheureux pour avoir perdu ce que je n'avais vraiment pas le droit d'attendre. Je
+ne dois plus penser à vous comme à une amante; j'ose cependant demander à être
+admis comme un ami. C'est à ce titre que je désire la permission de vous rendre
+visite, et comme je pense dans peu de jours aller m'établir plus loin et que vous ne
+tarderez pas, je le suppose, à quitter cet endroit, je désire vous voir ou avoir de vos
+nouvelles bientôt<a id="footnotetag90" name="footnotetag90"></a><a href="#footnote90" title="Go to footnote 90"><span class="small">[90]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Ellison Begbie est la première des héroïnes de Burns dont on voie se
+dessiner un peu la physionomie. D'après Mrs Begg, la s&oelig;ur de Burns,
+c'était une fille supérieure et la favorite du voisinage<a id="footnotetag91" name="footnotetag91"></a><a href="#footnote91" title="Go to footnote 91"><span class="small">[91]</span></a>. Elle paraît avoir
+<span class="pagenum"><a id="page050" name="page050"></a>(p. 050)</span> été, en outre, une fille de tête et de sang-froid, qui tenait à voir clair
+dans l'avenir et dans le présent. Elle fut un moment attirée vers ce
+garçon capable d'écrire de telles déclarations. En effet, c'est seulement
+«après quelque intimité et quelque correspondance qu'elle rejeta sa
+poursuite et bientôt après épousa un autre amoureux»<a id="footnotetag92" name="footnotetag92"></a><a href="#footnote92" title="Go to footnote 92"><span class="small">[92]</span></a>; et cette supposition
+est bien confirmée par les mots de Burns: «Pour couronner ma
+détresse, une <span class="italic">belle fille</span> que j'adorais et qui avait juré son âme de venir à
+ma rencontre dans le champ du mariage, se joua de moi dans les
+circonstances les plus mortifiantes<a id="footnotetag93" name="footnotetag93"></a><a href="#footnote93" title="Go to footnote 93"><span class="small">[93]</span></a>.» Il y avait donc eu une attraction
+mais qui ne dura pas. Pour quelle cause? On ne sait ces secrets de
+c&oelig;ur. Elle est peut-être dans un passage cité plus haut, où Burns se
+défend, comme s'il éprouvait le besoin de dissiper certaines préventions
+et d'aller au-devant de certaines rumeurs. Peut être Ellison Begbie
+n'eut-elle pas confiance dans ces ardentes protestations, et voyait-elle
+dans le c&oelig;ur de son poursuivant mieux que lui-même. À coup sûr, elle
+passa auprès d'une vie qui n'aurait pas été sans orages. Elle fit le choix
+qui convenait le mieux à sa nature équilibrée, pratique et discernante;
+«elle a deux yeux brillants et malicieux» dit la chanson de Burns. Il est
+probable qu'elle vécut heureuse avec un homme moyen. Pourtant,
+comme il arrive aux imprudents, leurs passions bues, quand ils n'ont
+plus que le verre vide et craquelé de la vie, de se dire que leurs
+ivresses ont été une folie, il arrive aussi que les sages rassasiés de
+calme se demandent si leur prudence n'a pas été une duperie. Il est
+certain qu'Ellison Begbie se rappela, avec orgueil, que le poète avait
+composé pour elle quelques-unes de ses jeunes chansons, les plus pures
+et les plus sincères, car, plus d'un quart de siècle après cette aventure,
+«il vivait à Glasgow une dame» qui en récita une qu'elle seule savait,
+à Cromek, lorsque celui-ci recueillait ses <span class="italic">Reliques de Burns</span> et c'était la
+chanson sur des yeux malicieux<a id="footnotetag94" name="footnotetag94"></a><a href="#footnote94" title="Go to footnote 94"><span class="small">[94]</span></a>.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section">II.<br>
+LE SÉJOUR À IRVINE.</p>
+
+<p>Ce projet de mariage eut une grande influence sur la vie de Burns. Il
+avait compris, avec Gilbert, qu'il lui serait difficile de s'établir comme
+fermier. Pour acheter des instruments et des bestiaux, pour faire les premières
+semailles et attendre la première récolte, il faut une mise de fonds.
+Comment l'espérer, quand la famille avait à peine de quoi joindre les
+<span class="pagenum"><a id="page051" name="page051"></a>(p. 051)</span> deux bouts à la fin de l'année? Si jamais ces ressources arrivaient, quand
+serait-ce? Trop tard à coup sûr. Ellison ne l'aimait pas assez et lui-même
+l'aimait trop pour attendre. Peut-être les difficultés qui commençaient à
+s'amonceler de nouveau sur le chemin de son père, contribuaient-elles à
+l'éloigner d'un métier, où la sueur du front ne suffisait pas à gagner le
+pain. Il chercha une façon plus rapide, plus sûre, de parvenir à vivre.
+Depuis quelques années déjà, les deux frères avaient obtenu du père
+quelques pièces de terre où ils faisaient pour leur propre compte pousser
+du lin, fort cultivé alors dans ces parties de la contrée. Robert résolut
+d'aller à Irvine apprendre à préparer cette plante. Cependant, le refus
+d'Ellison Begbie survint. Il partit néanmoins, le c&oelig;ur plus chargé de
+chagrins qu'on ne l'imaginerait d'après la calme affection exprimée dans
+ses lettres, assombri, découragé. Évidemment, il venait de recevoir
+bravement un coup dont il serait longtemps à guérir. C'était vers le
+milieu de juillet 1781.</p>
+
+<p>La ville où il arrivait et le nouveau métier qu'il entreprenait n'étaient
+pas faits pour dissiper sa mélancolie. Irvine est un endroit d'apparence
+désolée; c'est une bourgade maritime avec toute la tristesse des ports,
+situés non pas sur la mer, qui est à elle seule un mouvement et une
+multitude, mais sur les rives plates et vaseuses d'une embouchure de
+rivière. Un horizon rampant de maigres dunes, des bas-fonds de sables
+coupés de flaques, recouverts et découverts par l'alternance monotone
+du flux et du reflux; sur ces pauvres bords, un ramassis de dépôts de
+marchandises et de maisonnettes, moitié cabarets, moitié boutiques à
+objets de matelots, basses, minables et louches. Aux heures d'eau retirée,
+les navires, comme échoués, augmentent cette impression d'abandon par
+celle de désarroi, que donnent leurs grands corps désemparés, leurs
+mâtures penchées hors d'équilibre et qui semblent faire gauchir le ciel.
+Pour un jeune paysan, accoutumé à se réjouir des mille vies de la
+terre, ce séjour de stérilité, lavé d'une eau morne et inféconde, dut
+être comme un cauchemar.</p>
+
+<p>À ce serrement de c&oelig;ur s'ajouta bientôt le dégoût d'un métier pénible
+et presque rabaissant pour lui. Au lieu des journées au grand air, de la
+fierté du labour et de la diversité des occupations, un emprisonnement
+dans un taudis puant de l'odeur fade du lin roui, et une besogne assise,
+monotone et mécanique. Des heures et des heures sur le banc, devant le
+chevalet de l'espade ou l'établi des sérans. Pour des bras dignes du fléau
+ou de la faux, maillocher le lin, l'écraser, l'écanguer sous la broie, l'étirer
+sur les peignes, avoir toujours les mains perdues dans des filasses, c'était
+presque un métier de femme. Dans cette salle basse, moitié hangar
+moitié écurie, au milieu de cette atmosphère alourdie des émanations
+et des poussières du lin, on ne respirait pas. Il étouffait, sa santé s'en
+ressentit. Ce changement d'existence, en toutes circonstances, lui eût
+<span class="pagenum"><a id="page052" name="page052"></a>(p. 052)</span> été pénible, insurmontable. Il y apportait, avec un c&oelig;ur récemment
+blessé, un amour-propre meurtri. Un travail sain à l'air libre, la puissance
+de la nature à changer nos peines en rêveries, l'auraient apaisé;
+cette vie étrécie et emmurée, d'une fatigue nouvelle et exaspérante pour
+les nerfs, renferma sa douleur, l'aigrit, la rendit plus corrosive et plus
+dévorante. Puis, au lieu de la popularité à laquelle il était accoutumé,
+c'était, pour lui plus que pour d'autres, un isolement plus dur, dans
+une populace de matelots, d'ouvriers et de déchargeurs. Enfin cet
+indéfinissable et invincible sentiment, la nostalgie, se mettait de la partie.</p>
+
+<p>Il eut un de ces accès de désespérance où l'âme et le corps s'affaissent
+en même temps, s'entraînant l'un l'autre dans leur descente. Il
+en arriva à être dans un état terrible: «Le mal final qui amena
+l'arrière-garde de ce cortège infernal fut que ma maladie d'hypocondrie
+s'irrita à un tel degré que, pendant trois mois, je fus dans un état délabré
+de corps et d'esprit qui eût été à peine enviable pour ces misérables
+sans espoir qui viennent d'entendre leur juste sentence: «Retirez-vous de
+moi, maudits<a id="footnotetag95" name="footnotetag95"></a><a href="#footnote95" title="Go to footnote 95"><span class="small">[95]</span></a>.» C'est dans cette condition qu'il passa la fin de l'année
+1781. Aussi l'impression de cette période est celle d'une tristesse et d'un
+accablement infinis. Une personne qui l'avait connu alors racontait, en
+1826, à R. Chambers, que ce qu'on avait remarqué en lui était sa mélancolie.
+Parmi les gens ordinaires, il restait assis pendant des heures, la tête
+dans la main, et le coude sur le genou; c'était seulement lorsqu'un homme
+intelligent ou une femme se joignait à la société qu'il s'éveillait et s'animait
+un peu<a id="footnotetag96" name="footnotetag96"></a><a href="#footnote96" title="Go to footnote 96"><span class="small">[96]</span></a>. Lui qui, tant de fois, avait jeté tout le village dans des
+convulsions de rire et avait suspendu à ses lèvres ses rudes auditeurs,
+s'était renfermé dans le chagrin et le silence. Le changement d'existence
+et plus encore la souffrance morale avaient en outre altéré et débilité sa
+santé. Il était devenu gravement malade d'une maladie nerveuse. Dans
+une lettre à son père, il a laissé le tableau désespéré de la faiblesse de
+son corps et du découragement de son âme.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Ma santé est à peu près la même que quand vous étiez ici, seulement mon sommeil
+est un peu meilleur, et, à tout prendre, je suis plutôt mieux qu'autrement, bien
+que je ne m'améliore que bien lentement. La faiblesse de mes nerfs a tellement débilité
+mon esprit que je n'ose ni revoir les événements passés, ni regarder du côté de
+l'avenir; car la moindre anxiété et le moindre trouble dans ma poitrine produisent
+les effets les plus désastreux sur toute ma machine. Quelquefois, à la vérité, pendant
+une heure ou deux, mes esprits s'allègent un peu, je jette un rapide regard dans le
+futur, mais ma principale occupation et la seule qui me soit douce est de considérer
+le passé et l'avenir d'une façon religieuse et morale. Je suis transporté à la pensée
+qu'avant longtemps, peut-être bientôt, je dirai un éternel adieu à toutes les peines,
+agitations, et inquiétudes de cette pénible vie, car je vous assure que j'en suis
+<span class="pagenum"><a id="page053" name="page053"></a>(p. 053)</span> vraiment fatigué, et, si je ne me trompe beaucoup, je pourrai avec contentement et
+joie la résigner.</p>
+
+<p class="poem20">L'âme, inquiète et renfermée en elle-même,<br>
+Se repose en errant dans une vie future.</p>
+
+<p>C'est pour cette raison que le 15<sup>e</sup>, 16<sup>e</sup> et 17<sup>e</sup> versets du 7<sup>e</sup> chapitre des Révélations me
+plaisent plus qu'autant de dizaines de versets dans toute la Bible, et je ne voudrais pas
+échanger le noble enthousiasme qu'ils inspirent pour tout ce que ce monde peut offrir.
+Quant à ce monde-ci, je désespère d'y faire jamais quelque figure. Je ne suis pas fait
+pour l'agitation des gens d'affaires, ni pour le désordre des gens gais. Je ne serai jamais
+capable de paraître sur ces scènes. À la vérité je suis tout à fait détaché des pensées
+de cette vie. Je prévois que la pauvreté et l'obscurité m'attendent, je suis en quelque
+mesure préparé et je me prépare chaque jour à les rencontrer.</p>
+
+<p>Il me reste juste assez de temps et de papier pour vous remercier des leçons de
+vertu et de piété que vous m'avez données, qui ont été trop négligées quand vous me
+les avez données, mais dont, j'espère, je me suis souvenu avant qu'il soit trop tard<a id="footnotetag97" name="footnotetag97"></a><a href="#footnote97" title="Go to footnote 97"><span class="small">[97]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>Tels étaient le trouble et l'abattement dans lesquels il se trouvait, aux
+premiers jours de 1782, car cette lettre était destinée à porter à son père
+des souhaits pour l'année nouvelle. Évidemment, un grand effondrement
+s'était fait dans son c&oelig;ur. Il était à un de ces moments où une cruelle déception
+jette son ombre devant elle et envoie son amertume jusqu'au bout
+de la vie. D'un autre côté, sa famille commençait à se débattre dans la
+ruine. Tout conspirait à rendre son désespoir complet, comme lorsque
+les malheurs du dehors ont l'air de se concerter avec les chagrins intérieurs.
+Ce sont les heures qui restent douloureuses dans le souvenir, où
+tout nous abandonne et où les plus robustes énergies faiblissent et s'évanouissent
+dans des défaillances qui semblent définitives. C'est en vain
+qu'il se tournait du côté de la Bible. Il est facile de voir qu'elle était
+sans action profonde sur lui. Il n'y trouvait pas l'asile, la consolation, le
+fleuve de paix intérieure où les fervents lavent leurs angoisses. Il ne
+se rappela jamais sans frissonner cette noire période de sa vie. Quant
+à la poésie, elle avait cessé: «Je suspendis, écrivait-il, ma harpe aux
+saules<a id="footnotetag98" name="footnotetag98"></a><a href="#footnote98" title="Go to footnote 98"><span class="small">[98]</span></a>.»</p>
+
+<p class="p2">Mais il avait trop de jeunesse et de ressort pour que cette lassitude et
+cette dépression durassent. Il est vraisemblable que les premiers mois
+furent les plus mornes. Peu à peu, la crise ayant atteint sa hauteur diminua.
+Dans la lettre à son père, il parle déjà d'un mieux et de clartés
+qui commençaient à percer l'assombrissement de sa vie. Par degrés aussi,
+son esprit de sociabilité lui fut rendu. Il est probable qu'il accueillit ces
+retours de gaîté avec une sorte de brusquerie à les saisir et à les épuiser,
+avec cette insouciance téméraire qui suit les grands soucis et les grandes
+défiances de la vie, quelque chose de dur qui fait qu'on arrache les joies
+<span class="pagenum"><a id="page054" name="page054"></a>(p. 054)</span> plutôt qu'on ne les reçoit, et qu'on les tord plutôt qu'on n'en jouit. Rien
+n'est plus propre que ces mouvements excessifs vers le plaisir, à jeter
+dans des plaisirs excessifs par eux-mêmes. L'âpreté à jouir crée le goût
+de jouissances plus âpres. C'est surtout pour le c&oelig;ur que les convalescences
+demandent à être lentes et sages. Burns vivait dans un milieu
+peu propice à ces ménagements. Dans ces ports de la côte ouest, surtout
+dans ceux situés en face des îles de Man et d'Arran, la contrebande par
+mer était active. Il y traînait toujours une population de gens, moitié
+matelots, moitié contrebandiers, aventureux, hardis, achetant, par une
+vie de duretés et de dangers, des intervalles violents de débauche. Burns
+se trouvait en contact avec eux à un moment critique. Il s'en ressentit.</p>
+
+<p>Ce fut dans sa vie un tournant de grande importance morale et le
+point de départ de changements profonds dans sa façon d'être, d'où
+devaient sortir des résultats graves et durables. C'est l'époque que
+Gilbert et lui-même désignent comme celle où il tomba pour la première
+fois dans de vrais excès. «Ma vingt-troisième année fut pour moi une
+ère importante», écrivait-il dans son autobiographie. Et Gilbert disait:
+«à Irvine il fit connaissance des gens qui avaient une façon plus libre
+de penser et de vivre que celle à laquelle il était accoutumé, et cette
+société le prépara à franchir ces bornes d'une rigide vertu qui l'avaient
+jusque-là retenu<a id="footnotetag99" name="footnotetag99"></a><a href="#footnote99" title="Go to footnote 99"><span class="small">[99]</span></a>.» C'est avec grande clairvoyance que Carlyle
+remarque à ce propos, que «si l'incident le plus frappant de la vie de
+Burns, est son voyage à Édimbourg, sa résidence à Irvine en est peut-être
+un plus important<a id="footnotetag100" name="footnotetag100"></a><a href="#footnote100" title="Go to footnote 100"><span class="small">[100]</span></a>.» Il déplore son initiation à des dissipations et à
+des vices dont il était resté pur jusque-là. Il donne, par ce rapprochement,
+toute sa valeur et tout son relief à un de ces points capitaux
+d'une existence, duquel bien des péripéties futures dépendront. L'artisan
+de cette transformation fut un jeune marin nommé Richard Brown dont
+Burns a tracé le portrait et détaillé l'influence sur lui-même.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>De cette aventure, j'appris un peu de la vie d'une ville; mais la principale chose qui
+donna un tour à mon esprit fut que je formai une amitié cordiale avec un jeune homme,
+un homme supérieur à tous ceux que j'avais jamais vus, mais un fils infortuné du
+malheur. Il était l'enfant d'un simple artisan; un homme riche du voisinage
+l'ayant pris sous sa protection lui avait fait donner une éducation relevée, afin
+d'améliorer sa position dans la vie. Ce protecteur mourut et laissa mon ami sans
+ressources juste au moment où il allait se lancer dans le monde; le pauvre garçon
+désolé prit la mer; après des vicissitudes de bonne et de mauvaise fortune, il
+avait été, peu de temps avant que je fisse sa connaissance, débarqué par un corsaire
+américain, sur les côtes sauvages du Connaught, sans qu'il lui restât rien. Je ne puis
+abandonner l'histoire de ce malheureux garçon sans ajouter qu'il est en ce moment
+capitaine d'un grand navire des Indes Occidentales, appartenant à la Tamise.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page055" name="page055"></a>(p. 055)</span> L'esprit de ce gentleman était doué de courage, d'indépendance, de magnanimité,
+de toute vertu noble et virile. Je l'aimais, je l'admirais jusqu'à l'enthousiasme;
+j'essayais de l'imiter. J'y réussis en quelque mesure; j'avais de la fierté auparavant,
+il lui enseigna à couler dans son vrai canal. Sa connaissance du monde était de
+beaucoup supérieure à la mienne, et j'étais très attentif à m'instruire. C'était
+le seul homme que j'aie jamais vu qui fût un plus grand extravagant que moi quand
+la Femme était l'étoile qui dominait; mais il parlait de certaine faute à la mode avec
+une légèreté que j'avais jusqu'alors regardée avec horreur. Ici son amitié me fut nuisible,
+et la conséquence fut que peu après avoir repris la charrue, j'écrivis «la <span class="italic">Bienvenue</span>
+que je vous envoie<a id="footnotetag101" name="footnotetag101"></a><a href="#footnote101" title="Go to footnote 101"><span class="small">[101]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>On verra un peu plus tard ce qu'était cette <span class="italic">Bienvenue</span>. La société
+du marin lui fut par quelques côtés utile. Richard Brown fut assez
+perspicace pour sentir dans son jeune ami un mérite caché et pour
+l'enhardir. «Vous rappelez-vous, lui écrivait plus tard Burns, un
+dimanche que nous passâmes ensemble dans le bois d'Eglington?
+Vous me dites, après que je vous eus récité quelques vers, que vous
+vous étonniez que je pusse résister à la tentation d'envoyer des vers d'un
+tel mérite à un magazine. C'est cette remarque qui me donna quelque
+idée de mes propres pièces et qui m'encouragea à essayer de devenir un
+poète<a id="footnotetag102" name="footnotetag102"></a><a href="#footnote102" title="Go to footnote 102"><span class="small">[102]</span></a>.» Cette fois-ci, l'ambition commençait à prendre une forme et
+devenait un peu plus nette. Ce n'étaient plus «les indécis tâtonnements
+sur des murs obscurs de la caverne», c'était un pas vers un but aperçu,
+le désir clair et la volonté de marcher à la colline lointaine où croissent
+les lauriers. C'était beaucoup déjà.</p>
+
+<p>Quant à la préparation du lin, l'apprentissage se termina d'une façon
+singulière. «Mon partenaire, dit-il, était un gredin de la plus belle eau
+qui faisait de l'argent par l'art mystérieux de voler, et pour finir le tout,
+pendant que nous étions en train de festoyer et de donner la bienvenue à
+l'année nouvelle, la boutique, par l'imprudence de la femme de mon
+partenaire qui s'était enivrée, prit feu et fut réduite en cendres. Je fus
+laissé comme un vrai poète sans un sixpence<a id="footnotetag103" name="footnotetag103"></a><a href="#footnote103" title="Go to footnote 103"><span class="small">[103]</span></a>.» Ce fut la fin de son
+apprentissage. Il ne revint cependant à Lochlea qu'un peu plus tard,
+vers le mois de mars 1782.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section">III.<br>
+LES ANNÉES D'APPRENTISSAGE. &mdash; LES PREMIÈRES FAUTES. &mdash; LA MORT DU PÈRE.</p>
+
+<p>Lorsqu'il se remit à la charrue il était un autre homme. Il avait
+traversé une dure épreuve, d'où il revenait encore endolori, mais en
+<span class="pagenum"><a id="page056" name="page056"></a>(p. 056)</span> voie de guérison. Il jugeait la souffrance pour s'être mesuré avec elle.
+S'il en ressentait encore l'étreinte, il n'en avait plus autant l'horreur. Il
+avait en outre acquis des expériences diverses, qui flottaient encore en
+lui; il en rapportait des idées nouvelles sur la vie, vagues encore,
+mais qui ne tarderaient pas à devenir plus solides. Quand il se retrouva
+dans son ancienne vie des champs, l'influence de la campagne le reprit
+et le calma. Dans les lentes allées et venues de labourage, il put
+réfléchir. Son chagrin s'effaça et ses réflexions se dessinèrent dans
+son esprit. Il ressentit, après quelque temps, un peu de résignation, qui
+est la parcelle d'or contenue dans toute grande souffrance.</p>
+
+<p>Ce n'est pas qu'il eût meilleur espoir dans l'avenir, qui restait caché et
+aussi sombre que jamais; mais il s'en préoccupait moins. Il rapportait
+un peu de l'insouciance des marins, accoutumés à prendre le temps
+comme il vient et à faire bon accueil au vent de quelque côté qu'il
+souffle. Son ami Brown lui avait communiqué quelque chose du sans
+gêne et de l'indifférence des gens de mer vis-à-vis du lendemain,
+si opposés à l'esprit des paysans, dont la richesse dépend chaque jour du
+jour suivant. Il lui avait aussi enseigné à ne pas s'inquiéter des jugements
+du monde, comme il est naturel chez des hommes qui ne sont
+jamais assez longtemps nulle part pour que leur amour-propre puisse
+y prendre racine. Que lui importait dès lors l'obscurité? Quant à la
+pauvreté, n'avait-il pas ses deux bras pour travailler? Et si même,
+en poussant les choses à l'extrémité, il devait avoir recours à la vie
+mendiante, «la dernière et pire ressource des malheureux et des
+misérables<a id="footnotetag104" name="footnotetag104"></a><a href="#footnote104" title="Go to footnote 104"><span class="small">[104]</span></a>» cela n'avait rien pour le terrifier. Certains mendiants
+étaient des moitié de conteurs qui payaient leur gîte par des histoires,
+ils étaient connus par leurs noms et accueillis avec plaisir dans le
+cercle de leurs itinéraires. Il ferait comme eux. «Je sais, écrivait-il à
+Murdoch, que mon talent pour ce que les gens de la campagne appellent
+une conversation raisonnable, quand il sera rendu vénérable par des
+cheveux blancs, me procurerait assez d'estime, pour que, même dans
+cette situation, j'apprenne à être heureux<a href="#footnote104" title="Go to footnote 104"><span class="small">[104]</span></a>.» D'autres fois, il songeait à
+se faire soldat. C'était sa dernière ressource, quand toutes les autres
+auraient manqué. «De bonne heure dans ma vie et toute ma vie, j'ai
+regardé le tambour du recrutement comme ma suprême espérance<a id="footnotetag105" name="footnotetag105"></a><a href="#footnote105" title="Go to footnote 105"><span class="small">[105]</span></a>.» Il
+en parlait avec un peu de cette crânerie qu'affectent les conscrits.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Ô pourquoi diable me désolerais-je<br>
+Et pourquoi toujours prévoir le mal?<br>
+J'ai vingt-trois ans et cinq pieds neuf pouces,<br>
+Je m'en irai, je me ferai soldat.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page057" name="page057"></a>(p. 057)</span> J'avais gagné un peu d'argent avec beaucoup de souci,<br>
+Je le gardais bien ensemble;<br>
+Maintenant il est parti et quelque chose avec;<br>
+Je m'en irai, je me ferai soldat<a id="footnotetag106" name="footnotetag106"></a><a href="#footnote106" title="Go to footnote 106"><span class="small">[106]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Cette nouvelle disposition d'esprit, si différente de celle où il se trouvait
+dans la lettre écrite à son père, s'exprima dans une chanson:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>De mainte façon, dans maint essai, j'ai courtisé la faveur de la Fortune Ô;<br>
+Quelque chose de caché toujours s'interposait, pour me frustrer de mes efforts Ô.<br>
+Parfois je fus accablé par mes ennemis, parfois abandonné de mes amis Ô;<br>
+Et quand mon espoir était au sommet, c'est alors que je me trompais le plus Ô.</p>
+
+<p>Alors, endolori, harassé et las de la vaine tromperie de la Fortune Ô,<br>
+Je laissai tomber mes projets comme des songes vides et j'en vins à cette conclusion Ô:<br>
+Le passé était triste, le futur inconnu, ses biens et ses maux cachés Ô;<br>
+Mais l'heure présente était à moi, et ainsi j'en jouirais Ô.</p>
+
+<p>Je n'avais ni aide, ni espoir, ni but, personne pour m'aider Ô;<br>
+Il me fallait travailler et suer, souffrir et peiner pour vivre Ô;<br>
+À labourer, à semer, à moissonner et à faucher mon père m'avait élevé Ô,<br>
+Car un homme, disait-il, fait au travail, peut tenir tête à la Fortune Ô.</p>
+
+<p>Ainsi obscur, inconnu et pauvre, condamné à errer dans la vie Ô,<br>
+Jusqu'à ce que je repose mes os fatigués dans un sommeil éternel Ô;<br>
+Sans but et sans souci que d'éviter ce qui peut me faire peine ou chagrin Ô,<br>
+Je vis aujourd'hui aussi bien que je puis, insoucieux de demain Ô.</p>
+
+<p>Pourtant je suis aussi joyeux qu'un monarque dans son palais Ô,<br>
+Bien que la Fortune maussade me poursuive avec sa malice ordinaire Ô;<br>
+Je gagne, à la vérité, mon pain quotidien et ne puis réussir à faire plus Ô;<br>
+Mais comme le pain quotidien est tout ce qu'il me faut, je me soucie peu d'elle, Ô<a id="footnotetag107" name="footnotetag107"></a><a href="#footnote107" title="Go to footnote 107"><span class="small">[107]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>«Cette chanson, disait Burns, est une inculte rhapsodie, misérablement
+fautive en versification; mais comme les sentiments sont vraiment
+ceux de mon c&oelig;ur, j'ai, pour cette raison, un plaisir particulier
+à la répéter<a id="footnotetag108" name="footnotetag108"></a><a href="#footnote108" title="Go to footnote 108"><span class="small">[108]</span></a>.» Et ce plaisir tenait non seulement à ce qu'elle
+exprimait son nouvel état d'âme, mais à ce que cet état lui-même
+était un soulagement après la tristesse. Cette insouciance des jours
+inconnus, du bien ou du mal qu'ils contiennent, cette bonne humeur
+vis-à-vis de la fortune, cette façon d'attendre, lui resteront désormais.
+Aux heures tout à fait sombres, cette raillerie se haussera, elle
+deviendra un défi âpre et farouche; mais dans les temps ordinaires,
+ce sera une ironie légère et un peu narquoise. Il y aura toujours de la
+fierté et du courage, la résolution de ne compter que sur soi et de
+<span class="pagenum"><a id="page058" name="page058"></a>(p. 058)</span> n'avoir besoin que de peu. Carlyle l'a bien noté: «Il y a une force dans
+ce jeune homme qui le rend capable de marcher sur l'infortune, bien
+plus, de la lier sous ses pieds pour s'en faire un jeu. Car une humeur de
+caractère, hardie, chaude, rebondissante lui a été donnée; et ainsi les
+formes du malheur qui arrivent de toutes parts, il les reçoit avec une ironie
+gaie, amicale; et quand il est le plus serré par elles, il ne perd pas un
+pouce de courage ou d'espérance<a id="footnotetag109" name="footnotetag109"></a><a href="#footnote109" title="Go to footnote 109"><span class="small">[109]</span></a>.»</p>
+
+<p class="p2">Cette insouciance du lendemain et cette façon de hausser les épaules
+aux menaces du sort, très opposées à l'esprit de vigilance et de prévoyance
+inquiète qui régnait dans la maison, n'était pas la seule chose qu'il eût
+rapportée de son séjour à Irvine. L'approbation et les encouragements de
+son camarade Brown faisaient leur travail dans son esprit et y déterminaient
+quelque chose comme un commencement d'ambition. C'était très
+vague et très obscur, très latent, presque inconscient même; mais il s'y
+remuait une préoccupation nouvelle. Jusqu'alors Burns avait été satisfait
+de son application intellectuelle pour le plaisir qu'il en recevait; ses
+productions littéraires ne visaient pas au delà de l'instant présent. Il se
+fit dès lors, dans sa pensée, des ouvertures sur des choses plus reculées.
+La naissance de ce germe d'ambition suscita une confuse idée de préparation,
+une espèce de recueillement, une disposition à l'effort et à l'étude.
+Les deux années qui s'écoulèrent après le voyage d'Irvine, et qui sont les
+dernières de Lochlea, sont occupées par cette sourde fermentation. Cela
+est très insensible ou du moins très caché; car les renseignements sur
+cette période de sa vie sont peu nombreux. Il en existe pourtant quelques-uns
+qui la révèlent et la résument. On voit qu'elle est faite de conflits
+entre des influences diverses, d'états d'âme opposés, les uns factices
+et les autres sortant du vrai fond de sa nature.</p>
+
+<p>Par un certain côté, il est soumis à des influences qui paraissent peu
+en harmonie avec sa nature d'esprit. Il lit beaucoup, mais une classe très
+particulière d'auteurs. «En matière de livres, à la vérité, je suis très
+prodigue. Mes auteurs favoris sont du genre sentimental tels que
+Shenstone, particulièrement ses <span class="italic">Élégies</span>; Thompson; <span class="italic">l'Homme de Sentiment</span>
+(un livre que j'estime tout de suite après la Bible) <span class="italic">l'Homme du Monde</span>;
+Sterne, spécialement son <span class="italic">Voyage sentimental</span>; l'<span class="italic">Ossian</span> de Mac Pherson<a id="footnotetag110" name="footnotetag110"></a><a href="#footnote110" title="Go to footnote 110"><span class="small">[110]</span></a>.»
+À l'exception de Sterne&mdash;et encore est-il représenté ici par son &oelig;uvre
+la plus unifiée et la plus purifiée&mdash;ce sont des auteurs de style noble et
+de noble prestance. Même ils ne sont pas exempts, sinon d'un peu de
+déclamation, du moins d'un peu d'apparat et de solennité. Ils disent
+toutes choses avec dignité, ou ils ne disent que des choses dignes. On
+<span class="pagenum"><a id="page059" name="page059"></a>(p. 059)</span> connaît la pompe éclatante et un peu froide de Thompson; l'élégance
+un peu compassée de Shenstone qui, dans sa <span class="italic">Maîtresse d'École</span>, traitait un
+sujet digne de Crabbe à la manière de Spenser. Mackenzie, dont on
+reverra le nom dans l'histoire de Burns, l'auteur de <span class="italic">l'Homme de
+Sentiment</span> et de <span class="italic">l'Homme du Monde</span>, sensible, délicat, exquis, est un
+Sterne sans la malice, la familiarité, sans le débraillé, sans la pénétration;
+c'est un Sterne convenable; un Sterne pour jeunes personnes et pour
+pudeurs effarouchées. Au milieu de cela, Ossian, avec ses peintures
+sauvages et ses grandioses déclamations, toujours dans le sublime ou sur
+le bord du sublime, haute et noble source de poésie, où passe, quoi
+qu'on en ait dit, un souffle aussi puissant que les vents orageux. Toutes
+ces lectures sont faites de gravité et de grandiloquence; ce sont des
+lectures de haute tenue, sans abandon, sans familiarité et sans souplesse.
+Elles fournirent, pendant quelque temps, les aliments de l'esprit de
+Burns. À ces fréquentations, il s'était haussé à une tonalité de sentiments
+très élevée, qui s'exprimait d'une façon oratoire: «Tels sont les
+glorieux modèles d'après lesquels j'essaye de former ma conduite; et il
+est ridicule, il est absurde de penser que l'homme dont l'esprit brille
+des sentiments allumés à leur flamme sacrée, l'homme dont le c&oelig;ur est
+gonflé de bienveillance pour toute la race humaine, que l'homme qui
+peut s'élever au-dessus de cette petite scène des choses, que cet homme
+pourrait descendre à s'occuper des petits intérêts pour lesquels la race
+terr&oelig;filiale s'agite, s'échauffe et s'exaspère. Ô comme ce triomphe
+glorieux enfle mon c&oelig;ur! J'oublie que je suis un pauvre diable insignifiant,
+ignoré et obscur, traînant dans les foires et les marchés, quand il
+m'arrive d'y lire une page ou deux de la nature humaine et d'y saisir
+les m&oelig;urs vivantes quand elles s'élèvent, tandis que les hommes d'affaires
+me bousculent de tous côtés, comme un obstacle dans leur chemin<a id="footnotetag111" name="footnotetag111"></a><a href="#footnote111" title="Go to footnote 111"><span class="small">[111]</span></a>.»
+C'est là un bien grand détachement de la vie, et une façon bien
+hautaine et bien dédaigneuse de la regarder de loin.</p>
+
+<p>L'influence d'Ossian se fait bien sentir dans une certaine façon de
+s'adresser à la nature, qui n'était ni dans ses habitudes de vie ni dans
+le ton général de son esprit. Les puissantes et mélancoliques invocations
+que le chantre de Morven adressait aux vents et aux orages, eurent
+pendant un temps leur écho dans l'âme de Burns. Le passage suivant,
+écrit juste à cette époque, en est la preuve. Il est cité par tous les
+biographes de Burns, sans qu'ils aient pris la peine de le rattacher à
+son instant particulier et de marquer ce qu'il a d'anormal.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Comme je suis ce que les gens du monde, s'ils connaissaient un homme comme
+moi, appelleraient un mortel fantasque, j'ai plusieurs sources de plaisir et de contentement
+<span class="pagenum"><a id="page060" name="page060"></a>(p. 060)</span> qui, en quelque manière, me sont particulières à moi seul&mdash;ou peut-être, ici et
+là, à quelque autre original comme moi. Tel est le plaisir particulier que je prends à
+la saison de l'hiver plus qu'à tout le reste de l'année. Ceci, je le crois, peut être dû en
+partie à mes malheurs, qui ont donné à mon esprit une tournure mélancolique; mais
+il y a quelque chose dans</p>
+
+<p class="poem-ctr">La puissante tempête et le désert blanchâtre,<br>
+Abrupt et profond, étendu au-dessus de la terre ensevelie,</p>
+
+<p class="noindent">qui élève l'esprit à une sublimité sérieuse, favorable à tout ce qui est grand et
+noble. Il y a à peine aucun spectacle terrestre qui me donne&mdash;je ne sais si je dois
+appeler cela du plaisir, mais quelque chose qui m'exalte, quelque chose qui me soulève&mdash;plus
+que de me promener sur l'orée abritée d'un bois ou d'une haute plantation,
+par un jour d'hiver nuageux, et d'entendre un vent d'orage hurler dans les arbres et
+gronder sur la plaine. C'est ma meilleure saison de dévotion; mon esprit est enlevé
+dans une sorte d'enthousiasme vers celui qui dans le langage pompeux de l'Écriture
+«marche sur les ailes du vent<a id="footnotetag112" name="footnotetag112"></a><a href="#footnote112" title="Go to footnote 112"><span class="small">[112]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>C'est à cette même influence qu'il faut rattacher quelques pièces qui
+n'ont pas grande valeur dans son &oelig;uvre, mais qui ont une certaine
+importance dans sa biographie, car elles témoignent d'une tendance
+vers une école littéraire qui pouvait être dangereuse pour lui. La chanson
+suivante fut composée dans un des moments qu'il a dépeints plus
+haut.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>L'Ouest hibernal souffle sa rafale,<br>
+Et jette la grêle et la pluie;<br>
+Ou bien le Nord orageux envoie et chasse<br>
+Le grésil et la neige aveuglants;<br>
+En chutes brunes, le ruisseau descend<br>
+Et rugit entre ses rives<br>
+Oiseaux et bêtes restent à couvert<br>
+Et passent le jour maussade.</p>
+
+<p>La rafale balayante, le ciel assombri,<br>
+Le jour d'hiver attristé,<br>
+Que d'autres les redoutent; pour moi ils sont plus chers<br>
+Que toute la pompe de Mai.<br>
+Le hurlement de la tempête apaise mon âme,<br>
+Il semble s'unir à mes douleurs;<br>
+Les arbres sans feuilles plaisent à ma pensée,<br>
+Leur destin ressemble au mien<a id="footnotetag113" name="footnotetag113"></a><a href="#footnote113" title="Go to footnote 113"><span class="small">[113]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Ces derniers vers sont de l'Ossian tout pur. C'en est la note mélancolique
+et orageuse. «Les hommes se succèdent comme les flots de
+l'océan ou comme les feuilles des bois de Morven. Desséchées elles volent
+au souffle des vents<a id="footnotetag114" name="footnotetag114"></a><a href="#footnote114" title="Go to footnote 114"><span class="small">[114]</span></a>.» C'est presque le cri de René, le cri si étrange,
+<span class="pagenum"><a id="page061" name="page061"></a>(p. 061)</span> si nouveau pour nos pères, qu'il bouleversa leurs c&oelig;urs: «Levez-vous
+vite, orages désirés, qui devez emporter René dans les espaces d'une
+autre vie! Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visage enflammé,
+le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie, ni frimas,
+enchanté, tourmenté et comme poussé par le démon de mon c&oelig;ur<a id="footnotetag115" name="footnotetag115"></a><a href="#footnote115" title="Go to footnote 115"><span class="small">[115]</span></a>.»
+Et c'est, plus près de nous encore, le soupir de l'<span class="italic">Isolement</span>.</p>
+
+<p class="poem20">Quand la feuille des bois tombe dans la prairie,<br>
+Le vent du soir s'élève et l'arrache aux vallons;<br>
+Et moi je suis semblable à la feuille flétrie,<br>
+Emportez-moi comme elle, orageux aquilons<a id="footnotetag116" name="footnotetag116"></a><a href="#footnote116" title="Go to footnote 116"><span class="small">[116]</span></a>!</p>
+
+<p>On est tout étonné de trouver dans Burns cette ressemblance avec les
+romantiques mélancoliques. Il faut vite ajouter que le mélange de
+sublimité ossianique et de grandeur biblique, qui paraît dans le
+morceau de prose cité plus haut, fut passager chez lui. Elles n'étaient
+pas en accordance avec sa nature qui était pondérée, et violente, mais
+dans la région moyenne des sentiments. Les nuages n'étaient point son
+fait. Il aimait à sentir la terre sous ses pieds. Il ne tarda pas à abandonner
+ce grandiose surhumain, qui moralise plutôt sur la vanité de la
+vie qu'il n'en dépeint les actes. Cependant toutes traces de l'influence
+ossianique ne disparurent pas de son &oelig;uvre. On la retrouve, plus
+tard, très sensible dans des pièces comme l'<span class="italic">Élégie de Sir James Hunter
+Blair</span>, celle <span class="italic">sur la mort de Robert Dundas</span> (1787), celle <span class="italic">sur le comte de
+Glencairn</span> (1791). Quant à l'influence plus large et plus mélangée des
+lectures de cette époque, elle persista dans ses lettres, où la familiarité
+et le sans-façon n'apparaissent presque jamais.</p>
+
+<p>Heureusement, dans un autre coin de sa cervelle, une autre partie de
+lui-même était également à l'ouvrage. On voit paraître pour la première
+fois, avec conscience, un des côtés de son esprit, beaucoup plus réel et plus
+solide: le goût de l'observation directe, sans commentaires, sans morale,
+appliquée nettement à la vie. Ce goût pour l'étude des hommes avait déjà
+paru, comme un trait rapide, dans son séjour à Kirkoswald, tout à fait
+à la sortie de son adolescence. Burns ne l'avait pas perdu à coup sûr.
+Mais cette préoccupation se manifeste ici et se proclame clairement.
+«Il me semble que je suis quelqu'un envoyé dans le monde pour voir
+et observer; et je m'arrange très aisément avec le coquin qui m'escroque
+mon argent, s'il y a en lui quelque chose d'original qui me montre la
+nature humaine dans une lumière différente de ce que j'ai vu auparavant.
+Bref, la joie de mon c&oelig;ur est «d'étudier les hommes, leurs
+m&oelig;urs et leurs façons», et pour ce cher objet je sacrifie joyeusement
+<span class="pagenum"><a id="page062" name="page062"></a>(p. 062)</span> toute autre considération<a id="footnotetag117" name="footnotetag117"></a><a href="#footnote117" title="Go to footnote 117"><span class="small">[117]</span></a>.» Cette formation-ci appartient bien plus
+définitivement à sa vie; elle en est un des éléments permanents et
+solides, et on ne tardera pas à voir ce que devait donner cette observation.
+C'était le contrepoids des enthousiasmes et des sublimités un peu
+factices.</p>
+
+<p>Cette réaction fut aidée par une influence littéraire très différente des
+autres. Le bonheur fit qu'en ces conjonctures les &oelig;uvres de Fergusson,
+très écossaises, très réelles et d'une grande saveur de terroir, tombèrent
+sous la main de Burns. Ce fut pour lui comme un coup de fouet.
+«J'avais abandonné la rime, dit-il, mais rencontrant les poésies
+écossaises de Fergusson, j'accordai de nouveau ma lyre rustique, aux
+sons incultes, dans la vigueur de l'émulation<a id="footnotetag118" name="footnotetag118"></a><a href="#footnote118" title="Go to footnote 118"><span class="small">[118]</span></a>.» Pauvre Fergusson,
+délicat, doux, violent aux plaisirs, si malheureux, mourant à l'hospice,
+à vingt-quatre ans, en se plaignant du froid! Burns conserva pour lui
+une sorte de reconnaissance et une tendresse touchante. Il en parle
+plus souvent que de Ramsay. Il l'appelle son frère:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Mon frère aîné en infortune,<br>
+Et de beaucoup mon frère aîné en poésie<a id="footnotetag119" name="footnotetag119"></a><a href="#footnote119" title="Go to footnote 119"><span class="small">[119]</span></a>.</p>
+
+<p>Une des premières choses qu'il fit en arrivant à Édimbourg fut de
+faire mettre une pierre sur la tombe négligée du poète. Le frêle et
+plaintif souvenir de Fergusson restera attaché à sa gloire. C'est évidemment
+sous cette influence qu'il produisit alors son premier poème écossais
+et sa première &oelig;uvre assez longue. L'<span class="italic">Élégie sur la mort de la pauvre
+Mailie</span>, une brebis favorite.</p>
+
+<p>Ces tiraillements, ces combats de tendances se mélangeaient à une
+arrière-pensée, à des rêveries qui dépassaient certainement les limites
+de la vie actuelle de Burns. La preuve en est dans un singulier document,
+un Journal, qu'il se mit à tenir au commencement de 1783, un an
+juste après son retour d'Irvine. Les modifications qui viennent d'être
+indiquées y sont exprimées, ce qui montre que leur travail était déjà
+accompli. Le début vaut d'être lu avec soin. Il indique clairement que
+Burns prêtait dès lors une certaine importance à ses sentiments, qu'il
+avait l'idée très vague, très naïve, que ses confidences ou ses confessions
+pourraient avoir un jour un intérêt pour d'autres que pour lui. Il y a
+même la pensée, implicitement contenue dans les motifs de ce Journal,
+qu'il sera lu un jour. Par qui? c'est confus encore. Mais il aura des lecteurs,
+sans quoi la principale raison que son auteur se donne de le tenir,
+disparaîtrait.</p>
+
+<p class="quote"><span class="pagenum"><a id="page063" name="page063"></a>(p. 063)</span> Observations, Notes, Chansons, Fragments de Poésie, etc., par Robert Burness, an
+homme qui avait peu l'art de faire de l'argent et encore moins celui de le garder;
+mais qui était, nonobstant, un homme de quelque bon sens, de beaucoup d'honnêteté,
+et d'une bienveillance illimitée envers toutes les créatures raisonnables ou non.
+Comme il doit peu à l'éducation des écoles et qu'il a été élevé au bout d'une charrue,
+ses &oelig;uvres doivent être fortement teintées de sa façon de vivre rude et rustique.
+Mais comme elles sont, à ce que je crois, véritablement siennes, ce peut être une
+distraction, pour un observateur curieux de la nature humaine, de voir comment un
+Laboureur pense et sent sous le poids de l'amour, de l'ambition, de l'anxiété, du
+chagrin et des autres soucis et passions qui, bien que diversifiées par les modes et
+les façons de vivre, opèrent à peu près de même, je le crois, dans toute la race<a id="footnotetag120" name="footnotetag120"></a><a href="#footnote120" title="Go to footnote 120"><span class="small">[120]</span></a>.</p>
+
+<p>À la suite de ce préambule déjà bien caractéristique il avait ajouté un
+extrait de Shenstone dont il s'appropriait et dont il s'appliquait le sens:</p>
+
+<p class="quote">Il y a beaucoup d'hommes dans le monde, à qui pour faire bonne figure il manque
+beaucoup moins l'intelligence nécessaire que l'opinion de leurs propres capacités,
+qui leur permettrait de relater leurs propres observations et de leur accorder la
+même importance qu'à celles qui paraissent imprimées<a href="#footnote120" title="Go to footnote 120"><span class="small">[120]</span></a>.</p>
+
+<p>Burns a mis de tout dans ce journal: des confessions personnelles, des
+réflexions morales, des pièces de vers, des critiques de ses propres productions
+où il les discute strophe à strophe et vers à vers, des réflexions
+sur les chansons écossaises, très perspicaces, des projets d'imitation, des
+études de caractères. On sent qu'il est tout à fait au bord de la production
+et qu'à la première occasion son génie va s'envoler.</p>
+
+<p class="p2">Tandis que toutes ces choses s'élaboraient en lui, il s'était, comme on
+peut le deviner, rejeté dans les aventures amoureuses avec plus d'entrain
+que jamais. On n'aurait pas l'idée de la légèreté avec laquelle il s'engageait
+dans ces intrigues, ni de sa facilité à s'exalter, ni surtout de sa
+curieuse façon de souffler sur le moindre caprice jusqu'à le chauffer au
+rouge et le changer en un amour brûlant, si l'on n'avait sous les yeux un
+des fragments de son journal. Il y a là quelques lignes qui en disent
+beaucoup sur ses habitudes de c&oelig;ur. La confession est d'ailleurs dépouillée
+de toute hésitation et de tout artifice: «Ma Peggy de Montgomery
+fut ma divinité pendant six ou huit mois. Elle avait été élevée
+dans un genre de vie plutôt élégant. Mais, comme Vanbrugh le dit dans
+une de ses comédies, «ma maudite étoile me découvrit» là comme
+ailleurs. Car j'avais commencé l'affaire simplement <span class="italic">de gaîté de c&oelig;ur</span>; ou
+plutôt, pour dire la vérité, qui peut sembler à peine croyable, c'était
+la vanité de montrer mon habileté à faire ma cour et particulièrement
+mon talent en <span class="italic">Billets doux</span>, dont je me suis toujours piqué, qui m'avait fait
+ouvrir le siège devant elle. Lorsque&mdash;ainsi que cela m'arrive toujours
+<span class="pagenum"><a id="page064" name="page064"></a>(p. 064)</span> dans mes folles galanteries&mdash;je me fus donné une très ardente affection
+pour elle, elle me dit un jour, sous le drapeau d'une trêve, que sa
+forteresse était depuis quelque temps la légitime propriété d'un autre;
+mais avec la plus grande amitié et politesse elle m'offrit toute espèce
+d'alliance hormis la vraie possession. Je découvris plus tard que ce qu'elle
+m'avait dit d'un engagement antérieur était véritable, mais il m'en coûta
+quelques peines de c&oelig;ur pour me débarrasser de cette affaire<a id="footnotetag121" name="footnotetag121"></a><a href="#footnote121" title="Go to footnote 121"><span class="small">[121]</span></a>.» Il faut
+ajouter, pour donner à cette petite histoire tout son sel, qu'ils s'étaient
+connus parce qu'ils étaient assis au même banc à l'église<a id="footnotetag122" name="footnotetag122"></a><a href="#footnote122" title="Lien vers la note 122"><span class="small">[122]</span></a>. Ce n'était là
+bien entendu qu'un épisode, relevé seulement parce qu'il donne le ton
+de bien d'autres. Ceux-ci étaient sans nombre et il a bien fallu que
+les biographes les plus minutieux de Burns renonçassent à les énumérer
+ou à les identifier.</p>
+
+<p>Quelques-unes de ses plus jolies chansons: <span class="italic">Mary Morison</span>, <span class="italic">Peggy
+de Montgomery</span> sont restées de ces nombreuses intrigues inconnues.
+Mais le ton de ces déclarations lyriques a changé; il est plus chaud et
+plus voluptueux. Ce ne sont plus de purs élans du c&oelig;ur, des adorations
+platoniques et des rêves lointains de vie commune. Ce sont des désirs
+plus proches ou des souvenirs plus précis, où frémit l'agitation des sens.
+La pièce suivante qui s'exhale comme un soupir brûlant, au sein d'un
+paysage de champs de blés et d'orge, endormis dans le silence d'une nuit
+lumineuse, est caractéristique du changement survenu. Elle n'aurait pu
+être écrite avant le séjour à Irvine.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>C'était la nuit du premier août,<br>
+Quand les sillons de blé sont beaux;<br>
+Sous la lumière pure de la lune,<br>
+Je m'en allai vers Annie;<br>
+Le temps s'envola à notre insu,<br>
+Si bien qu'entre le tard et le tôt,<br>
+En la pressant un peu, elle consentit<br>
+À m'accompagner à travers les orges.</p>
+
+<p>Le ciel était bleu, le vent paisible,<br>
+La lune clairement brillait;<br>
+Je la fis asseoir, elle le voulut bien,<br>
+Parmi les sillons d'orge.<br>
+Je savais que son c&oelig;ur était à moi,<br>
+Et moi, je l'aimais sincèrement;<br>
+Je l'embrassai mainte et mainte fois,<br>
+Parmi les sillons d'orge.</p>
+
+<p>Je l'emprisonnai dans une étreinte passionnée.<br>
+Comme son c&oelig;ur battait!<br>
+<span class="pagenum"><a id="page065" name="page065"></a>(p. 065)</span> Béni soit cet heureux endroit<br>
+Parmi les sillons d'orge!<br>
+Mais, par la lune et les étoiles si belles,<br>
+Qui si clairement brillaient sur cette heure,<br>
+Elle bénira toujours cette nuit heureuse<br>
+Parmi les sillons d'orge.</p>
+
+<p>J'ai été gai avec de chers camarades,<br>
+J'ai été joyeux en buvant,<br>
+J'ai été content en amassant du bien,<br>
+J'ai été heureux en songeant;<br>
+Mais, tous les plaisirs que j'ai jamais vus,<br>
+Quand on les doublerait trois fois,<br>
+Cette heureuse nuit les valait tous<br>
+Parmi les sillons d'orge<a id="footnotetag123" name="footnotetag123"></a><a href="#footnote123" title="Lien vers la note 123"><span class="small">[123]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Et, après chaque strophe, le refrain reprend et court à travers la pièce
+comme un frémissement d'épis.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Les sillons de blé et les sillons d'orge,<br>
+Les sillons de blé sont beaux;<br>
+Je n'oublierai pas cette nuit heureuse<br>
+Avec Annie, parmi les sillons!</p>
+
+<p>À ce jeu dangereux, ce qui devait arriver, arriva. Une des servantes
+de la ferme devint enceinte. Elle tomba, éblouie par ces yeux
+noirs si puissants, et séduite par cette voix aux accents d'une éloquence
+étrange. Ce qu'il ressentit, quand la malheureuse éperdue vint lui confier
+le terrible secret dut être affreux. Le père allait se mourant, ce serait un
+coup sûrement mortel que cette faute de son fils, si grande. Ses
+derniers jours en seraient affligés. Et les larmes dans les yeux de la
+mère, la désolation dans toute la maison! En même temps quel remords
+d'avoir perdu cette enfant! Quel châtiment que la vue de cette figure
+chaque jour plus attristée et plus pâle! Ce fut un temps de cruelles
+réflexions. Il les a dépeintes lui-même, en quelques vers écrits à la
+hâte dans le journal intime qu'il tenait à cette époque, et où éclate un
+cri douloureux de repentir.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>De tous les maux nombreux qui blessent notre paix,<br>
+Qui pressent l'âme ou tordent l'esprit d'angoisses,<br>
+Sans comparaison, les pires sont ceux<br>
+Que nous devons à nos folies ou à nos crimes.<br>
+Dans toutes les autres circonstances, l'esprit<br>
+Peut dire ceci: «Ce ne fut pas ma faute.»<br>
+Mais quand à la souffrance du malheur<br>
+S'ajoute cet aiguillon: «Blâme ta propre folie!»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page066" name="page066"></a>(p. 066)</span> Quand, ce qui est pire encore, s'ajoutent les morsures du remords,<br>
+La conscience qui vous torture et vous ronge d'avoir fait une faute,<br>
+Une faute peut-être où nous avons attiré les autres,<br>
+Les jeunes, les innocents qui vous ont trop aimés;<br>
+Que dis-je? Quand leur amour même a été la cause de leur ruine,<br>
+Ô Enfer brûlant! dans tout ton arsenal de tourments<br>
+Il n'y a pas une lanière plus déchirante<a id="footnotetag124" name="footnotetag124"></a><a href="#footnote124" title="Lien vers la note 124"><span class="small">[124]</span></a>!</p>
+</div>
+
+<p>C'était le remords poignant d'une première séduction. Il n'avait pas
+encore pris son parti de faire souffrir par l'amour celles qui l'aimaient.
+Plus ou moins vite, les séducteurs y arrivent et s'accoutument à
+meurtrir les c&oelig;urs, comme les chasseurs se font à étouffer dans
+leurs mains les oiseaux sanglants. Mais les cris des premières
+victimes font mal et troublent l'âme. Burns avait ressenti cette
+amertume. Cependant, avec la lâche adresse du c&oelig;ur humain à forger
+des excuses à ses fautes, il ne tarda pas bientôt à atténuer à ses propres
+yeux le mal qu'il causait et sa responsabilité. C'étaient de ces réflexions
+générales, au moyen desquelles on essaye de se consoler d'avoir, par
+passion ou faiblesse, méchamment agi. Qu'on compare aux vigoureux
+reproches dont il se flagellait lui-même, cette sorte d'indulgence
+universelle réclamée pour tous, afin d'en profiter soi-même.</p>
+
+<p class="quote">J'ai souvent observé, dans le cours de mon expérience de la vie humaine, que
+chaque homme, même le plus mauvais, a en lui quelque chose de bon; bien que ce
+ne soit souvent qu'une disposition de constitution qui l'incline vers telle ou telle
+vertu: c'est de cette disposition que dépendent également un grand nombre de nos
+vices; personne ne saurait dire combien. C'est pourquoi aucun homme ne peut dire
+à quel point un autre homme que lui-même peut, en stricte justice, être appelé
+méchant. Que celui d'entre nous qui est le plus noté pour la stricte régularité de sa
+conduite examine impartialement combien de ses vertus il doit à sa constitution et à
+son éducation, et de combien de vices il a été exempt, non par suite de soins, de
+vigilance, mais par manque d'occasions ou parce qu'une circonstance accidentelle
+est intervenue; qu'il examine à combien de faiblesses humaines il a échappé, parce
+qu'il n'était pas sur le chemin de ces tentations; qu'il considère ce qui souvent,
+sinon toujours, pèse plus que tout le reste, combien il doit de la bonne opinion du
+monde, à ce que le monde ne le connaît pas tout entier; je dis que celui qui réfléchirait
+à tout cela, regarderait les faiblesses, que dis-je! les fautes et les crimes de tous
+les hommes qui l'entourent, avec l'&oelig;il d'un frère<a id="footnotetag125" name="footnotetag125"></a><a href="#footnote125" title="Lien vers la note 125"><span class="small">[125]</span></a>.</p>
+
+<p>Voilà bien des défaillances excusées ou du moins atténuées. Il y a loin
+de ce plaidoyer à la condamnation de tout à l'heure. Comme les erreurs
+personnelles se rapetissent quand on les considère de cette façon générale!
+C'est peut-être le vrai point de vue des choses. Mais le c&oelig;ur qui
+invoque ces théories est en train de se réconcilier avec ses fautes; il
+<span class="pagenum"><a id="page067" name="page067"></a>(p. 067)</span> est en quête d'intermédiaires entre elles et lui; il cherche, avec ces
+hôtesses importunes et odieuses qu'il avait d'abord chassées dans la
+première colère de son remords, un <span class="italic" lang="la">modus vivendi</span>, un prétexte à les
+accueillir; dont il n'est qu'à moitié la dupe. C'est une transaction où
+l'on perd toujours, et où l'on va sans cesse perdant. On saisit le moment
+où Burns y accéda, et l'on suit cette espèce d'acclimatement d'un c&oelig;ur
+dans sa faute. Dans quelque temps, après avoir trouvé des excuses à ses
+erreurs, il en tirera vanité.</p>
+
+<p class="p2">Cependant William Burnes approchait de sa fin. Sa constitution
+affaiblie par les privations, usée par le travail, minée par les inquiétudes,
+était à bout de résistance. La phtisie y avait pénétré. De derniers
+chagrins l'achevaient. Il est possible qu'il soit mort sans avoir connaissance
+de la faute que son fils avait commise sous son toit, et que ce
+calice lui ait été épargné. Avec sa rigidité religieuse, c'eût été
+vraiment pour lui la suprême amertume. Mais, depuis longtemps, les
+angoisses s'amoncelaient et s'assombrissaient de tous côtés. Il se débattait,
+avec des forces chaque jour plus faibles, contre des difficultés chaque
+jour plus lourdes, et il était facile de prévoir le moment où il serait
+écrasé. Il avait pris la ferme de Lochlea sur une convention orale, sans
+contrat écrit. Pendant quatre ans, les choses allèrent bien; mais, au
+bout de ce temps, un malentendu s'éleva entre lui et son propriétaire.
+Les discussions, les difficultés, les luttes commencèrent. Elles durèrent
+trois ans, amenant leurs irritations, leurs incertitudes, la fièvre consumante
+des procès. Elles se terminèrent par une décision qui ruinait
+complètement William Burnes, et le lançait, lui et sa famille, dans le
+dénûment, dans un gouffre de dettes<a id="footnotetag126" name="footnotetag126"></a><a href="#footnote126" title="Lien vers la note 126"><span class="small">[126]</span></a>. C'en était trop. Cela acheva de
+le briser. De quelle tristesse il a fallu que cette période de leur vie
+fût remplie, pour que Burns ait pu écrire ces terribles paroles et
+savoir gré à la mort de lui avoir ravi son père. «Après avoir été
+ballotté et entraîné pendant trois ans dans le gouffre des procès, mon
+père fut sauvé de la prison par une phthisie qui, après deux années
+de promesses, entra avec bonté et l'emporta la où les impies cessent
+d'exciter des tumultes et où trouvent le repos ceux dont les forces sont
+usées<a id="footnotetag127" name="footnotetag127"></a><a href="#footnote127" title="Lien vers la note 127"><span class="small">[127]</span></a>.»</p>
+
+<p>Bien qu'épuisé de souffrances et assailli de tourments, le père resta
+pareil à lui-même, calme, bon, un peu plus sombre, un peu plus silencieux
+peut-être, préoccupé jusqu'au bout de l'instruction de ses enfants. Les
+fils étaient maintenant des hommes; mais la seconde fille était encore
+toute jeune. Elle avait pour occupation de faire paître le bétail peu
+<span class="pagenum"><a id="page068" name="page068"></a>(p. 068)</span> nombreux de la ferme. Il allait la rejoindre et s'asseyant près d'elle, car
+il était épuisé par la moindre marche, il lui disait les noms des herbes
+et des fleurs sauvages qui poussaient alentour<a id="footnotetag128" name="footnotetag128"></a><a href="#footnote128" title="Lien vers la note 128"><span class="small">[128]</span></a>. À travers les souvenirs
+attendris de ses enfants, on a la vision mélancolique de cet homme,
+portant l'air morne et absorbé des paysans moribonds qu'on voit parfois
+dans les champs, les yeux fixés sur le sol que le seul attrait et la joie
+puissante de leur vie a été de remuer. Quand leurs bras amaigris les
+trahissent, ils sont envahis d'un profond chagrin. Leurs dernières sorties,
+pleines de longues et taciturnes contemplations, ont une tristesse indicible.
+À ce lent et douloureux détachement de la terre, où les campagnards tiennent
+par les racines de tout leur être, s'ajoutait pour William Burnes
+l'angoisse du lendemain pour les siens. Dans quelles affres cette âme
+puissante à souffrir et stoïque dut se consumer durant ces derniers mois!
+Heureusement, ce noble paysan avait pour appui une foi solide et la
+confiance qu'elle donne. Quand ses yeux étaient trop lassés des misères
+sombres et troublées d'ici-bas, il savait où les lever plus haut, pour les
+reposer dans une espérance sereine et lumineuse; il savait où sont les
+rayons qui sèchent les larmes et les attentes qui guérissent des déceptions.
+La foi religieuse, austère et inébranlable, était le refuge et le roc sur
+cette mer de troubles qu'avait été sa vie. Dans l'impression poignante
+et un peu révoltée que causent tant de malheurs immérités, on éprouve
+une sorte de soulagement à songer que les tristesses suprêmes de cet
+homme de bien ne furent pas délaissées de toute consolation, et qu'il
+portait en lui un rêve où pouvaient se réconcilier la pureté et l'affliction
+de sa vie.</p>
+
+<p>Dès le commencement de 1783, il vit que la mort n'était plus loin. Il
+s'y prépara courageusement avec une sorte de calme méthodique.
+Quoique affaibli, il envoya lui-même ses adieux à ses plus proches
+parents et chargea ses fils de les transmettre pour lui à ceux qui étaient
+plus éloignés. Cette brave et touchante façon de se mettre en règle
+avec sa famille et de se tenir prêt, apparaît bien dans une lettre que
+Robert écrivait à son cousin James Burness, de Montrose, le fils de ce
+frère que William avait embrassé sur la colline quand ils s'étaient séparés
+au sortir de la maison paternelle. Elle est datée du 21 juin 1783.</p>
+
+<p class="quote">«Mon père a reçu votre honorée du 10 courant, et comme il est depuis plusieurs
+mois en très pauvre santé et que, selon sa propre expression&mdash;et à la vérité,
+selon l'opinion de tous&mdash;il est mourant, il a, avec beaucoup de difficulté, écrit
+quelques lignes d'adieu à chacun de ses beaux-frères. C'est pour cette triste raison
+que je tiens aujourd'hui la plume pour lui, afin de vous remercier de votre bonne
+lettre et vous assurer que ce ne sera pas ma faute si la correspondance de mon père
+dans le Nord meurt avec lui.»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page069" name="page069"></a>(p. 069)</span> Et elle se termine par ces mélancoliques paroles:</p>
+
+<p class="quote">«Mon père vous envoie, probablement pour la dernière fois en ce monde, ses
+souhaits les plus ardents pour votre réussite et votre bonheur<a id="footnotetag129" name="footnotetag129"></a><a href="#footnote129" title="Lien vers la note 129"><span class="small">[129]</span></a>.»</p>
+
+<p>Il pensait dès lors mourir bientôt. Cependant il vit l'automne et une
+dernière fois les moissons rentrer; il passa l'hiver; il alla jusqu'au moment
+où les blés commencent à montrer leur verdure.</p>
+
+<p>Le jour qui fut son dernier, il était seul dans sa chambre avec
+sa plus jeune fille en qui vécut le souvenir de la scène, et Robert.
+La pauvre petite pleurait. Il essaya de parler et ne put que trouver
+quelques mots de consolation, tels qu'on en dit aux enfants. Ils étaient
+faibles et comme murmurés avec peine. Il lui conseilla dans un soupir
+déjà lointain de «marcher dans la voie de la vertu et d'éviter le vice».
+Après un instant silencieux, il dit qu'il y avait quelqu'un dans la famille
+sur la conduite future de qui il avait des craintes. Il répéta ces paroles,
+comme si c'eût été là pour lui une préoccupation suprême. Robert s'approcha
+du lit et lui demanda: «Mon père, est-ce moi que vous voulez
+dire?» Le vieillard répondit que c'était lui. Robert se tourna vers la
+fenêtre, les joues couvertes de larmes et la poitrine tremblante de sanglots
+qu'il étouffait. Peut-être, avec l'attention vigilante, furtive et si
+aiguë des malades, son père avait-il saisi quelque indice, deviné quelque
+chose. Ces paroles se sont plus d'une fois représentées à l'esprit de
+Burns, avec amertume<a id="footnotetag130" name="footnotetag130"></a><a href="#footnote130" title="Lien vers la note 130"><span class="small">[130]</span></a>. William Burnes expira le même jour, le 13
+février 1784, dans sa soixante-troisième année. Sa vie avait été dure
+et inclémente comme un jour d'hiver. Il avait eu pour lot de connaître
+le labeur sans sa récompense et l'effort sans l'espoir du repos. Il avait
+tout accepté sans plainte, sans même un murmure. Il avait vécu noblement.
+Après tant de traverses et si peu de joie, il atteignit le calme.</p>
+
+<p>On ne voulut pas qu'il dormît dans un cimetière étranger, mais dans
+le cimetière familier d'Alloway, près du petit cottage d'argile. Les funérailles
+furent faites selon une vieille coutume. Le cercueil fut suspendu
+entre deux chevaux qui marchaient l'un derrière l'autre. Les parents et
+les voisins suivaient à cheval<a href="#footnote130" title="Lien vers la note 130"><span class="small">[130]</span></a>. Il fut couché à l'ombre des murs de
+l'église, sous le son des cloches qu'il avait connues. Sur l'humble pierre
+qui recouvrait sa tombe, Robert fit graver quelques vers:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Oh! vous dont la joue se mouille d'une larme,<br>
+Approchez-vous avec un pieux respect,<br>
+Ici reposent les restes chers d'un époux aimant,<br>
+D'un père tendre, d'un ami généreux,</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page070" name="page070"></a>(p. 070)</span> Le c&oelig;ur charitable qui ressentait toute souffrance humaine,<br>
+Le c&oelig;ur indomptable qui ne craignait aucun orgueil humain,<br>
+L'ami de l'homme, du vice seul l'ennemi;<br>
+«Car même ses faiblesses penchaient du côté de la vertu<a id="footnotetag131" name="footnotetag131"></a><a href="#footnote131" title="Lien vers la note 131"><span class="small">[131]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>Ils ne disent rien au delà de la vérité. Dans ce petit cimetière, autour
+de sa tombe, le gazon est usé; les pas de ceux qui viennent la visiter ont
+fait un sentier où l'herbe ne croîtra plus. Il a l'immortalité qui, au c&oelig;ur
+des parents, est peut-être la plus douce de toutes, celle qui vient d'un
+enfant. Il en fut digne parce qu'il fut lui-même admirable. C'est pour
+des hommes tels que lui qu'a été écrite la belle Élégie de Gray. Il fut,
+du moins par la noblesse morale, un de ces grands c&oelig;urs ignorés
+qui dorment dans les cimetières de village.</p>
+
+<p class="p2">Lorsque les fils revinrent de l'enterrement du père, ils trouvèrent la
+ruine dans la maison. «Quand mon père mourut, tout son avoir s'en alla
+aux rapaces limiers d'enfer qui grognent dans le chenil de la justice<a id="footnotetag132" name="footnotetag132"></a><a href="#footnote132" title="Lien vers la note 132"><span class="small">[132]</span></a>.»
+Il ne restait plus rien absolument. C'est seulement en se portant
+créanciers de leur père pour les arrérages des gages dus sur leur
+travail, que les deux fils et les deux filles aînées arrachèrent aux gens
+de loi de quoi pouvoir aller travailler ailleurs<a id="footnotetag133" name="footnotetag133"></a><a href="#footnote133" title="Lien vers la note 133"><span class="small">[133]</span></a>. Mais avant de quitter la
+maison où William Burnes avait rendu le dernier soupir, Robert écrivit
+à son cousin une lettre par laquelle on aime à terminer les rapports de
+ce père et de ce fils.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Le 13 de ce mois j'ai perdu le meilleur des pères. Quoique assurément nous
+fussions depuis longtemps avertis du coup qui nous menaçait, néanmoins les sentiments
+de la nature réclament leur part, et je ne puis me rappeler la chère affection
+et les leçons paternelles du meilleur des amis et du plus capable des maîtres sans
+ressentir ce que, peut-être, les dictées plus calmes de la raison condamneraient en
+partie.</p>
+
+<p>J'espère que les parents de mon père, dans votre pays, ne laisseront pas leurs
+rapports avec nous s'éteindre en même temps que lui. Pour ma part, c'est toujours
+avec plaisir, avec orgueil, que je reconnaîtrai ma parenté avec ceux qui étaient unis,
+par les liens du sang et de l'amitié, à un homme dont j'honorerai et révérerai
+toujours le souvenir<a id="footnotetag134" name="footnotetag134"></a><a href="#footnote134" title="Lien vers la note 134"><span class="small">[134]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Ce sont des paroles dignes de celui à qui elles étaient consacrées.
+Elles expriment bien l'amitié respectueuse qui unissait les fils au père;
+on y sent bien aussi ce beau rôle d'instituteur, d'éducateur que William
+Burnes avait, avec tant de clairvoyance, de persévérance et de sagesse,
+<span class="pagenum"><a id="page071" name="page071"></a>(p. 071)</span> rempli envers ses enfants, depuis les promenades qu'il faisait avec ses
+deux jeunes garçons dans les champs de Mont-Oliphant, jusqu'aux
+dernières leçons que, mourant, il donnait encore à sa dernière fillette.</p>
+
+<p>En prévision d'un dénouement inévitable, les deux fils avaient loué
+par avance une petite ferme située à quelques milles de Lochlea, près de
+Mauchline<a id="footnotetag135" name="footnotetag135"></a><a href="#footnote135" title="Lien vers la note 135"><span class="small">[135]</span></a>. À la Pentecôte de 1784, toute la famille y émigra: Robert
+et Gilbert, la vieille mère, les trois filles et un jeune garçon de dix-sept
+ans. Robert venait d'entrer dans sa vingt-sixième année.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page072" name="page072"></a>(p. 072)</span> CHAPITRE III.</h2>
+
+<p class="chapter">MOSSGIEL, MAUCHLINE.<br>
+<span class="smcap">Mars 1784 &mdash; Novembre 1786.</span></p>
+
+<p>Mossgiel! Ce nom, dans sa sonorité claire, chante aux oreilles écossaises
+comme quelque chose de radieux et de glorieux. C'est là qu'a
+éclaté une des plus étonnantes floraisons de poésie dont un peuple
+puisse s'enorgueillir. C'est là que Burns a vécu dans un tourbillon de
+passion et de gaîté, dans des péripéties de désespoir et d'ivresse, telles
+qu'il a été donné à peu d'hommes d'en connaître d'égales, et peut-être
+à aucun de les connaître en un temps si court.</p>
+
+<p>Le site est à souhait pour y installer le logis d'un poète. Quand on y
+arrive au sortir du fond de Lochlea, il semble qu'on monte vers la lumière.
+La ferme est sur un plateau qui domine toute la contrée. Derrière, la vue
+s'étend sur les moors de Galston, au fond desquels se déchire la fente pourprée
+du matin. Devant, le paysage est immense et admirable. Le regard
+s'étend sur une pente où des vallées fuyantes et indéfiniment prolongées
+se perdent entre des ondulations décroissantes, qui les emmènent mourir
+dans des brumes lointaines. Ce vaste pays est semé de collines, de bois,
+de champs, de haies et de fermes blanches qui vont diminuant jusqu'à
+n'être plus que des points. Tout à l'extrémité, par une échappée, on voit
+la plaine au bord de la mer, puis la mer comme une lame de fer ou
+d'argent ou d'or et, encore au delà, les montagnes d'Arran perdues dans
+les nuées. Ce n'est plus le paysage du mont Oliphant solidement renfermé
+dans un cadre âprement découpé. C'est un paysage d'immense envergure,
+flottant, aérien, très sensible aux impressions du ciel et continuellement
+soumis à ses métamorphoses. Rien ne peut rendre la magnificence
+et la variété des effets qui se déploient et se nuancent devant
+cette petite porte de ferme, surtout quand des soleils couchants, qui
+auraient transporté Wordsworth, y épandent leurs couleurs. Lorsque la
+mélancolie s'empare de ces étendues, ce qui arrive fréquemment, et qu'on
+est au centre de cet immense cercle de ciel attristé, il semble qu'on
+tienne à peine plus de place que le nid de souris blotti dans un sillon ou
+qu'une pâquerette. Et les comparaisons se suggèrent d'elles-mêmes, entre
+<span class="pagenum"><a id="page073" name="page073"></a>(p. 073)</span> ces pauvres choses et la vie humaine, également chétive et aussi perdue.
+C'est là qu'il faut lire, pour les comprendre tout à fait, les dernières
+strophes des pièces <span class="italic">à la Pâquerette</span> et <span class="italic">à la Souris</span>. En revanche, lorsqu'on
+descend du plateau vers les lits de l'Ayr ou du Cessnock, on voit que
+le pays abonde en détails, en coins retirés et intimes qui se retrouvent
+dans les poésies amoureuses de Burns.</p>
+
+<p>Pour le va-et-vient de la vie humaine, on est loin de l'isolement de
+Lochlea et de la pauvreté de Tarbolton. Mossgiel est situé à un mille de
+Mauchline, au bord de la route qui conduit à Kilmarnock. Celle-ci était,
+dès ce temps, la ville industrielle de la région; on y fabriquait déjà des
+lainages et des tapis; elle possédait une imprimerie; on y venait de tous
+côtés<a id="footnotetag136" name="footnotetag136"></a><a href="#footnote136" title="Lien vers la note 136"><span class="small">[136]</span></a>. Mauchline, d'autre part, était une jolie bourgade rurale, très
+vivante autour de sa vieille église à l'aspect de grange. C'était un centre
+d'activité agricole, un lieu de foires et de réunions religieuses; il s'y tenait
+un important marché de bestiaux; on y faisait commerce avec la campagne.
+Ces transactions y avaient fixé un certain nombre de personnes de position
+et d'éducation supérieures, comme Gavin Hamilton le notaire, et
+le D<sup>r</sup> Mackenzie, le médecin de William Burnes, qui devinrent les amis
+et les patrons de Burns. Il y avait là du mouvement, des types variés et
+peut-être plus dans le champ d'observation de Burns que ceux qu'il
+aurait trouvés à Ayr, par exemple, ville de bourgeois riches et de
+petite noblesse. Les éléments ne manquaient pas pour cette étude de
+l'homme à laquelle, depuis quelque temps, il se donnait de propos
+délibéré<a id="footnotetag137" name="footnotetag137"></a><a href="#footnote137" title="Lien vers la note 137"><span class="small">[137]</span></a>.</p>
+
+<p>C'est là que Burns a vécu la période la plus importante de sa vie, la
+plus dramatique et la plus féconde. Elle fut courte cependant. Bien que
+la plupart des biographies lui attribuent quatre années, elle n'a duré en
+réalité que deux ans et quelques mois. Mais ces deux années et demie, qui
+vont de Mars 1784 à Novembre 1786, sont certainement parmi les plus
+extraordinaires qui aient jamais été vécues par un homme. Il y a eu rarement,
+entassé en un temps si étroit, tant d'orages de colère et de passion,
+tant de vaillance, tant de gaîté, tant de travail, tant de fautes, de folies,
+de déceptions, et de désespoir. Qu'on ajoute à ce tumulte du c&oelig;ur et
+des circonstances une production littéraire, soudaine, éclatante, d'une
+fougue et d'une variété sans rivales. Et au moment même où tant d'espoir
+et de génie semblaient écrasés par tant d'erreurs et d'infortunes, passe un
+coup de vent qui balaye toutes les menaces et laisse resplendir une
+gloire imprévue et merveilleuse. Les matelots, qu'un ouragan entraîne
+<span class="pagenum"><a id="page074" name="page074"></a>(p. 074)</span> loin du pauvre havre, plonge dans les abîmes, flagelle aux flancs et aux
+faîtes des flots, et jette soudain sur une côte enchantée, connaissent seuls
+d'aussi extrêmes aventures et des péripéties aussi rapprochées.</p>
+
+<p class="p2">Mais il convient d'abord de retracer le fond d'existence sur lequel ces
+événements se sont passés. La ferme était une petite construction un
+peu plus confortable que celles que la famille Burns avait habitées jusqu'alors.
+Elle était sur le modèle des maisons écossaises, comprenant en
+bas les deux pièces ordinaires que les écossais appellent <span class="italic" lang="en">but</span> et <span class="italic" lang="en">ben</span>, c'est-à-dire
+la pièce du devant et la pièce intérieure. Au-dessus, se trouvait
+une manière d'étage, auquel on arrivait par une échelle de meunier et
+une trappe, et dont une partie était employée comme grenier, tandis que
+l'autre formait un galetas où couchaient les deux frères, sur un même lit.
+Une fenêtre de quatre vitres étroites éclairait cette chambrette; tout le
+mobilier consistait en une petite table de bois blanc placée sous la fenêtre,
+dans le tiroir de laquelle Burns rangeait ses papiers et ses poèmes<a id="footnotetag138" name="footnotetag138"></a><a href="#footnote138" title="Lien vers la note 138"><span class="small">[138]</span></a>.
+La ferme était en commun, car tout le monde avait fourni ses économies
+pour la garnir. «Chaque membre de la famille, dit Gilbert, recevait les
+gages ordinaires pour le travail qu'il donnait sur la ferme. Les gages de
+mon frère et les miens étaient de 7 livres (175 frs.) par an, pour chacun.
+Pendant tout le temps que l'entreprise de la famille dura, c'est-à-dire
+quatre années, aussi bien que pendant la période précédente à Lochlea,
+ses dépenses n'excédèrent jamais son maigre revenu<a id="footnotetag139" name="footnotetag139"></a><a href="#footnote139" title="Lien vers la note 139"><span class="small">[139]</span></a>.» Tous travaillaient.
+Il n'y avait d'étrangers que trois gamins qui faisaient les commissions,
+lesquelles consistaient surtout à porter les lettres de Robert, ou qui
+aidaient aux diverses besognes. La ferme n'était pas très richement
+montée, ni en bétail ni en instruments. Avec bonne humeur Burns en a
+laissé l'inventaire complet. Il a quatre chevaux qui sont l'attelage de sa
+charrue: un bon vieux bidet, une jument rapide, mais à laquelle (Dieu
+lui pardonne ce péché avec les autres!) il a donné les éparvins un jour
+qu'il allait faire sa cour, une troisième bonne bête, et la quatrième, un
+maudit cheval des hautes terres têtu, farouche et fou; avec cela un
+beau poulain:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>De plus, un poulain, le roi des poulains<br>
+Qui ont jamais couru devant une queue;<br>
+S'il vit assez pour devenir une bête,<br>
+Il me rapportera quinze livres pour le moins.</p>
+
+<p>De voitures, je n'en ai que peu:<br>
+Trois chariots dont deux ne sont guère neufs,<br>
+Une vieille brouette, plutôt pour montre;<br>
+Elle a une jambe et les deux bras brisés;<br>
+<span class="pagenum"><a id="page075" name="page075"></a>(p. 075)</span> J'ai fait un tisonnier avec la barre de fer,<br>
+Et ma vieille mère a brûlé la roue.</p>
+
+<p>Comme hommes, j'ai trois garnements de garçons,<br>
+Des démons pour le bruit et le vacarme;<br>
+L'un mène les chevaux, l'autre bat en grange,<br>
+Et le petit Davock garde les vaches à la pâture<a id="footnotetag140" name="footnotetag140"></a><a href="#footnote140" title="Lien vers la note 140"><span class="small">[140]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Le père étant mort, Robert était devenu le chef de la famille. Il s'acquittait
+de ce devoir avec courage, avec bonté et une familiarité qui
+n'empêchait pas le respect. C'était lui qui disait à haute voix la prière du
+soir<a id="footnotetag141" name="footnotetag141"></a><a href="#footnote141" title="Lien vers la note 141"><span class="small">[141]</span></a>. Il s'occupait, d'une façon presque touchante, des jeunes gars qui
+étaient à son service et les interrogeait sur leur catéchisme. Ce
+devaient être parfois de singulières séances. Mais il n'y aurait rien
+d'étonnant à ce qu'il ait été un instituteur extraordinaire, et que ses
+leçons aient eu plus de clarté et d'éloquence que tous les sermons à dix
+lieues alentour. Il semble qu'il réussît assez bien avec ses élèves:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Je les gouverne, comme je le dois, avec mesure,<br>
+Et souvent je les secoue de fond en comble;<br>
+Et sans faute, le dimanche soir, comme il sied,<br>
+Je les retourne dru sur le catéchisme;<br>
+Si bien, ma foi! que le petiot Davock est devenu si fort,<br>
+Bien qu'à peine plus haut que votre jambe,<br>
+Qu'il vous dévidera la Grâce Efficace<br>
+Aussi vitement que quiconque dans la maison<a id="footnotetag142" name="footnotetag142"></a><a href="#footnote142" title="Lien vers la note 142"><span class="small">[142]</span></a>.</p>
+
+<p>À défaut d'autres exemples il donnait celui du travail. C'était toujours
+le laboureur infatigable, le rude manieur de fléau, abattant la besogne
+de quatre hommes et allégeant de sa gaîté le labeur commun. Il s'était
+mis à l'&oelig;uvre avec les meilleures intentions du monde. «J'entrai dans
+cette ferme avec une ferme résolution: <span class="italic">allons, mettons-nous-y, je veux
+être raisonnable.</span> Je lus des livres de fermage, je calculai les moissons,
+je suivis les marchés&mdash;bref, en dépit du démon et du monde et
+de la chair, je crois que je serais devenu un homme sage, n'était
+que la première année, par suite de l'achat de mauvaises semences,
+la seconde, par suite d'une moisson tardive, nous perdîmes la moitié
+de nos récoltes. Cela renversa toute ma sagesse et je m'en retournai
+comme le chien à son vomissement, comme la truie qui a été lavée
+à son vautrement dans la boue<a id="footnotetag143" name="footnotetag143"></a><a href="#footnote143" title="Lien vers la note 143"><span class="small">[143]</span></a>.» Il semble avoir inspiré aux siens
+un mélange d'affection, d'admiration et de blâme tendre, un de ces
+blâmes qu'on ne s'avoue pas, tant les fautes qu'il condamne semblent, à
+<span class="pagenum"><a id="page076" name="page076"></a>(p. 076)</span> ceux qui en souffrent, faire partie de la supériorité de celui qui les commet.
+On l'excusait parce que c'était lui et qu'il n'était pas comme les
+autres. Si Gilbert en avait fait la moitié, il aurait vite vu la différence.
+On passait tout à Robert. C'était donc, en résumé, une vie de fermier qui
+n'était pas sans dignité, mais qui déroulait, à travers les saisons, ses
+labeurs et ses fatigues: le labour, les semailles, le hersage, la moisson,
+le battage dans la grange. Elle avait aussi ses fêtes, les rentrées de
+récolte en été, et en hiver les veillées qu'il devait chanter dans sa
+fameuse pièce de <span class="italic">la Toussaint</span>.</p>
+
+<p>À ces occupations s'ajoutaient des visites fréquentes à Mauchline, car
+il était toujours le sel et le pétillement de toutes les réunions; des causeries
+avec des hommes comme Gavin Hamilton ou le D<sup>r</sup> Mackenzie; des
+descentes à Tarbolton où était la loge maçonnique à laquelle il continuait
+d'appartenir. Tout cela n'allait pas sans séances prolongées au
+cabaret, surtout les soirs de Tarbolton. La franc-maçonnerie, même du
+rite écossais, aimait alors le choc des verres. Gilbert dit que l'initiation de
+Robert avait été son introduction à la vie de joyeux compagnon<a id="footnotetag144" name="footnotetag144"></a><a href="#footnote144" title="Lien vers la note 144"><span class="small">[144]</span></a>. Il ajoute
+néanmoins que, pendant tout le séjour à Lochlea et presque jusqu'à la fin
+du séjour à Mauchline, il ne vit jamais son frère pris de boisson. «Malgré
+ces circonstances et l'éloge qu'il a fait du breuvage écossais,&mdash;lequel
+semble avoir trompé ses historiens&mdash;je ne me rappelle pas pendant ces
+sept années, ni jusqu'à la fin de la période où il commença à devenir
+auteur, quand sa célébrité grandissante le jeta en de fréquentes
+sociétés, l'avoir jamais vu en état d'ivresse; il n'était nullement adonné
+à la boisson<a href="#footnote144" title="Lien vers la note 144"><span class="small">[144]</span></a>.» Cette attestation fraternelle est, sans doute, vraie en gros;
+mais il y a grand espace entre une habitude d'ivrognerie et des excès
+passagers. Il est difficile, quand on connaît les m&oelig;urs des paysans écossais
+de ce temps, de ne pas admettre que Burns y était entraîné. Si cela
+ne lui est pas arrivé, ses pièces sur le whiskey seraient une exception
+unique dans son &oelig;uvre et les seules qui n'auraient pas pour support
+quelque réalité dans sa vie.</p>
+
+<p>C'est donc sur cette routine que se sont superposés les événements
+qui ont marqué le séjour de Burns à Mauchline. Quoiqu'ils s'offrent
+comme un tout lumineux et orageux à la fois, où les tristesses et les
+clartés se mêlant éclatent les unes dans les autres, étrange jeu de
+toutes les humeurs de la destinée, il faut cependant en dégager les
+divers éléments sans oublier qu'ils agissent simultanément les uns sur
+les autres. Il sont au nombre de trois: sa lutte contre le clergé local, le
+développement de sa vocation et de sa production littéraire et une série
+de drames d'amour dont les conséquences pèseront sur toute sa vie.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section"><span class="pagenum"><a id="page077" name="page077"></a>(p. 077)</span> I.<br>
+LA LUTTE CONTRE LE CLERGÉ.</p>
+
+<p>Pour bien comprendre les causes et les circonstances de la révolte de
+Burns contre le clergé, il faut se rendre compte de la façon dont la
+religion était arrivée à s'emparer de toute la vie écossaise, il faut se
+représenter le contrôle intolérable et l'espèce d'inquisition que le
+pouvoir ecclésiastique avait fini par exercer sur tous les actes même les
+plus privés; il faut sentir de quel poids cette organisation pouvait
+peser sur l'existence quotidienne et comment il se faisait que rien ne lui
+échappait.</p>
+
+<p>En Angleterre, la Réforme s'était faite par la royauté; elle avait conservé
+l'autorité des évêques et une hiérarchie qui rattachait le clergé au
+trône. Mais en Écosse, où la nature du pays rendait l'aristocratie presque
+indépendante et où la violence de l'histoire avait empêché le développement
+des villes et la formation d'une bourgeoisie qui pût lui faire
+contrepoids<a id="footnotetag145" name="footnotetag145"></a><a href="#footnote145" title="Lien vers la note 145"><span class="small">[145]</span></a>, la royauté n'avait trouvé d'appui contre les nobles que sur
+le clergé<a id="footnotetag146" name="footnotetag146"></a><a href="#footnote146" title="Lien vers la note 146"><span class="small">[146]</span></a>. Quand celui-ci fut attaqué, elle le défendit, et la Réformation se
+fit contre elle et lui, par l'union des grands et du peuple<a id="footnotetag147" name="footnotetag147"></a><a href="#footnote147" title="Lien vers la note 147"><span class="small">[147]</span></a>. Dès le début de
+la nouvelle église naissante, l'influence de Knox qui, pendant ses visites
+et son séjour à Genève, s'était pénétré des principes de Calvin, avait
+contribué à lui donner une forme plus démocratique, comme il apparaît
+d'après le premier <span class="italic">Livre de Discipline</span> de 1560<a id="footnotetag148" name="footnotetag148"></a><a href="#footnote148" title="Lien vers la note 148"><span class="small">[148]</span></a>. Ce règlement
+remettait l'élection des Ministres au peuple, après un examen public,
+fait par les Ministres et les Anciens, sur les points de controverse
+entre les Protestants et les Catholiques<a id="footnotetag149" name="footnotetag149"></a><a href="#footnote149" title="Lien vers la note 149"><span class="small">[149]</span></a>. Un peu plus tard, la querelle
+qui survint, à propos des anciens biens ecclésiastiques, entre les nobles
+qui avaient tout accaparé et le clergé protestant qui en réclamait une
+partie, sépara le clergé de la noblesse, et le rejeta davantage du côté
+<span class="pagenum"><a id="page078" name="page078"></a>(p. 078)</span> du peuple<a id="footnotetag150" name="footnotetag150"></a><a href="#footnote150" title="Lien vers la note 150"><span class="small">[150]</span></a>. Par ces ruptures, toute la hiérarchie périt successivement,
+et les liens qui pouvaient rattacher l'organisation religieuse au gouvernement
+furent brisés. Le clergé fut de plus en plus poussé vers le peuple<a id="footnotetag151" name="footnotetag151"></a><a href="#footnote151" title="Lien vers la note 151"><span class="small">[151]</span></a>.
+Sa pauvreté même contribua à l'y unir plus étroitement. Il devint plus
+indépendant du pouvoir civil et plus démocratique, jusqu'au point où
+l'organisation religieuse fut tout à fait en dehors de l'organisation politique,
+et où tout ce qui pouvait rattacher l'Église à l'État fut aboli. La
+paroisse devint le seul organisme religieux et un organisme absolument
+libre. Toutes les paroisses furent égales entre elles; elles n'eurent au-dessus
+d'elles que des assemblées représentatives émanées d'elles, comme
+les Presbytères qui étaient une sorte de conseil des paroisses, les Synodes
+qui étaient formés par la réunion des Presbytères, et enfin l'Assemblée
+Générale qui se réunissait tous les ans à Édimbourg, véritable parlement
+ecclésiastique et une des forces du pays<a id="footnotetag152" name="footnotetag152"></a><a href="#footnote152" title="Lien vers la note 152"><span class="small">[152]</span></a>.</p>
+
+<p>Les austères origines calvinistes, l'aspect du pays, la dureté des longues
+persécutions entreprises pour rétablir l'épiscopat, conspirèrent pour
+donner à la nouvelle religion un esprit de tristesse. De cette disposition,
+sortirent un culte morose, une morale implacable et une discipline
+inflexible, au-dessus des forces humaines.</p>
+
+<p>Les églises étaient laides, nues, froides, plus semblables à des granges
+qu'à des temples<a id="footnotetag153" name="footnotetag153"></a><a href="#footnote153" title="Lien vers la note 153"><span class="small">[153]</span></a>. Toute image en était proscrite comme sentant la superstition.
+Tout embellissement du culte était interdit<a id="footnotetag154" name="footnotetag154"></a><a href="#footnote154" title="Lien vers la note 154"><span class="small">[154]</span></a>; tel était le préjugé sur
+ce point que, même de notre temps, un ministre d'Édimbourg, ayant
+introduit dans son église un harmonium, cela fut considéré comme une
+innovation dangereuse que l'Assemblée Générale songea à réprimer<a id="footnotetag155" name="footnotetag155"></a><a href="#footnote155" title="Lien vers la note 155"><span class="small">[155]</span></a>.
+Entre ces murs dégarnis, se déroulaient d'interminables services, monotones,
+dépouillés de tout ce qui fait la pompe et la poésie de la Religion,
+consistant en psalmodies, en lectures, en prières improvisées et en sermons
+démesurés<a id="footnotetag156" name="footnotetag156"></a><a href="#footnote156" title="Lien vers la note 156"><span class="small">[156]</span></a>. Ces services s'éternisaient pendant des journées
+entières, et, dans la contrée de l'ouest, occupaient les dimanches de
+<span class="pagenum"><a id="page079" name="page079"></a>(p. 079)</span> l'aube au crépuscule<a id="footnotetag157" name="footnotetag157"></a><a href="#footnote157" title="Lien vers la note 157"><span class="small">[157]</span></a>. Les sermons ordinaires duraient deux heures;
+quelques-uns, trois, quatre ou cinq; dans les grandes circonstances,
+plusieurs ministres étaient présents afin de se relayer au fur et à mesure
+que l'un d'eux était épuisé<a id="footnotetag158" name="footnotetag158"></a><a href="#footnote158" title="Lien vers la note 158"><span class="small">[158]</span></a>. Les sermons étaient exclusivement doctrinaux;
+ils évitaient toute tendance morale et pratique; ils portaient constamment
+sur les mêmes points: la chute de l'homme dans Adam, son
+salut par le Christ, la purification par la foi, la Nouvelle-Alliance; ils
+retombaient sans cesse dans les mêmes divisions, pleins d'interminables
+et fastidieuses répétitions<a id="footnotetag159" name="footnotetag159"></a><a href="#footnote159" title="Lien vers la note 159"><span class="small">[159]</span></a>. Le fanatisme des traditions, l'habitude de prêcher
+en plein air, la lourdeur des auditeurs avaient amené un style d'éloquence
+véhément, bruyant, plein de fureur et de gestes, tumultueux,
+une nuée d'éclairs et de tonnerre d'où le prédicateur descendait la voix
+brisée et le visage couvert de sueur<a id="footnotetag160" name="footnotetag160"></a><a href="#footnote160" title="Lien vers la note 160"><span class="small">[160]</span></a>.</p>
+
+<p>De ces harangues furibondes tombait une doctrine de terreur et de
+tremblement. Pas un mot de pardon, de miséricorde ou d'espérance;
+rien que des avertissements et des prophéties de souffrances éternelles<a id="footnotetag161" name="footnotetag161"></a><a href="#footnote161" title="Lien vers la note 161"><span class="small">[161]</span></a>.
+C'était l'esprit sauvage et dur de l'Ancien Testament; ce qu'il y a
+d'indulgence et de tendresse dans le Nouveau leur restait inconnu.
+Le divin sourire du Christ n'éclairait pas ces sombres esprits; ils
+n'auraient pas compris ces mots charmants, par lesquels le désigne le
+plus hébraïque pourtant de nos orateurs, lorsqu'il l'appelle: «Cet
+enchanteur céleste<a id="footnotetag162" name="footnotetag162"></a><a href="#footnote162" title="Lien vers la note 162"><span class="small">[162]</span></a>.» Dean Stanley a bien marqué le caractère judaïque
+de cette théologie: «L'immense prépondérance de l'enseignement de
+l'Ancien Testament et de quelques-unes des moins importantes parties de
+l'Ancien Testament sur l'enseignement du Nouveau et de la partie la plus
+essentielle du Nouveau, devait nécessairement mutiler, rétrécir et aigrir
+l'enseignement religieux du pays<a id="footnotetag163" name="footnotetag163"></a><a href="#footnote163" title="Lien vers la note 163"><span class="small">[163]</span></a>.» Celui-ci n'avait pris du nouveau
+Testament que l'idée de l'Enfer, et appliquant à des châtiments sans fin,
+la rigueur que l'ancien Testament appliquait à des châtiments corporels,
+ils avaient fait sortir de ce mélange une religion qui rendait éternelles
+les férocités de la Bible.</p>
+
+<p>Un dieu terrible planait sur cette religion sinistre, juge de colère et
+de vengeance, un Jéhovah irrité et inexorable, dont la main était
+toujours levée sur le genre humain. C'est de lui que venaient les
+<span class="pagenum"><a id="page080" name="page080"></a>(p. 080)</span> inondations, les tremblements de terre, les pestilences et les famines,
+lui qui envoyait les vents avec l'ordre de détruire, qui balayait la terre
+du déchaînement de son courroux. C'était le Dieu des puritains, mais
+plus sombre encore. Les catastrophes de la nature étaient les signes de
+son déplaisir. Par lui, le monde était sans cesse menacé de destruction;
+les feux d'en bas, les météores d'en haut allumaient dans le ciel des
+signaux d'alarmes; les étais et les piliers de notre planète semblaient
+craquer; les éléments troublés proclamaient la ruine universelle et le
+moment présent n'était qu'un répit<a id="footnotetag164" name="footnotetag164"></a><a href="#footnote164" title="Lien vers la note 164"><span class="small">[164]</span></a>. S'il apparaissait tel dans les vers du
+tendre et délicat Cowper, on devine quel aspect il devait prendre dans
+les déclamations d'hommes incultes, grossiers et durs.</p>
+
+<p>En même temps qu'ils se faisaient du Tout-Puissant une idée si
+terrible, ils représentaient l'Ennemi occupé sans cesse au milieu d'eux
+à son &oelig;uvre de perdition. Ses stratagèmes étaient infinis, car, depuis
+cinq mille ans qu'il s'étudiait à perdre l'homme, il était presque
+irrésistible. Il rôdait toujours autour de ses victimes. Et ce n'était pas
+sous la forme toute morale du péché; c'était un être réel, présent,
+qu'on pouvait rencontrer chaque jour et surtout chaque nuit «quand les
+vieux châteaux ruinés et gris font des signes de tête à la lune<a id="footnotetag165" name="footnotetag165"></a><a href="#footnote165" title="Lien vers la note 165"><span class="small">[165]</span></a>.» Il n'y
+avait pas de village où quelqu'un ne l'eût vu, sous une des mille figures
+qu'il prenait. On vivait en un péril constant, au milieu de la trame de
+ruses que lui et ses méchants esprits ourdissaient, tendaient partout.
+De quelque côté qu'on se tournât, c'étaient des menaces et des dangers.
+Les âmes semblaient des oiseaux éperdus entre des cieux de fer d'où un
+Dieu implacable lançait ses jugements et des gouffres de feu où le
+Démon leur préparait d'éternelles tortures. Et quel enfer! C'était un
+des triomphes des prédicants que de le représenter de façon à faire
+dresser les cheveux. Les supplices les plus atroces qui puissent déchirer
+et tordre le corps et l'âme de l'homme, les raffinements de souffrances,
+étaient énumérés et décrits avec complaisance. Dans une atmosphère
+de cris et de hurlements, les damnés étaient fouettés de scorpions,
+plongés dans de l'huile ou du plomb bouillants, suspendus à des crocs
+par la langue<a id="footnotetag166" name="footnotetag166"></a><a href="#footnote166" title="Lien vers la note 166"><span class="small">[166]</span></a>. Des scènes plus affreuses complétaient celles-là. Les
+enfants, dans leurs supplices, accablaient leurs parents de reproches et
+de malédictions<a id="footnotetag167" name="footnotetag167"></a><a href="#footnote167" title="Lien vers la note 167"><span class="small">[167]</span></a>. Ce qui s'est dépensé de poésie et d'éloquence sombre,
+dans ces tableaux d'une imagination horrible et parfois grandiose, est
+incroyable. On ferait avec les extraits des prédications écossaises un
+<span class="pagenum"><a id="page081" name="page081"></a>(p. 081)</span> poème de tortures auprès duquel celui de Dante perdrait sa terreur.
+Et quelle chance d'échapper à ces horreurs? Les élus étaient si peu
+nombreux que chacun pouvait se considérer comme un damné. C'était
+dans toute sa rigueur le puritanisme, la doctrine effrayante qui mena
+Bunyan à l'illuminisme et Cowper à la démence.</p>
+
+<p class="p2">Chose redoutable! cette doctrine ne se contentait pas de régner sur les
+âmes; elle avait ici, à son service, une organisation pratique qui s'étendait
+sur tout ce pays et pénétrait dans ses moindres recoins. Un gouvernement
+théocratique, qui avait mis la main sur une partie des attributions du
+pouvoir civil, avait subjugué tout le pays et le terrassait. C'est ce qui
+constitue la forme religieuse si curieuse du Presbytérianisme, qui n'a eu
+son complet développement qu'en Écosse, où il n'a pas trouvé la limite
+des autres sectes, ni l'obstacle du pouvoir civil. Il était seul maître
+du pays.</p>
+
+<p>Le clergé s'était arrogé le droit de juger et de punir certaines fautes.
+Chaque paroisse était gouvernée par un tribunal ecclésiastique. Ce
+tribunal, appelé <span class="italic" lang="en">Kirk session</span> ou session ecclésiastique, était composé du
+ministre et de plusieurs <span class="italic" lang="en">elders</span> ou anciens, généralement au nombre de
+trois. Le premier <span class="italic">Livre de Discipline</span> de 1561 avait voulu que ces anciens
+fussent nommés par la Congrégation et pour une année; mais celui de
+1581 avait été moins libéral et, d'après la coutume devenue prévalente,
+ils étaient choisis par la Kirk session, qui se recrutait ainsi elle-même,
+et choisis à vie, sauf désunion, départ de la paroisse ou déposition<a id="footnotetag168" name="footnotetag168"></a><a href="#footnote168" title="Lien vers la note 168"><span class="small">[168]</span></a>. Ils
+avaient un vote égal à celui du ministre et cette introduction de l'élément
+laïque dans toutes les assemblées ecclésiastiques est une des originalités
+et fut une des forces du Presbytérianisme. Ils devaient aider le
+ministre dans ses fonctions pastorales, l'assister dans les cérémonies
+comme la communion, le catéchisme, les visites, la distribution de
+l'argent aux pauvres. La Kirk session se réunissait une fois par
+semaine. Si elle ne s'était occupée que de l'administration de l'église,
+elle n'aurait été qu'une sorte de fabrique protestante. Mais c'était là
+la moindre partie de sa besogne. Elle pénétrait dans la vie privée,
+exerçait une sorte de police occulte sur toutes les actions, entrait
+dans les intérieurs et soumettait tout à un véritable despotisme.</p>
+
+<p>Les anciens se partageaient, par quartiers, la surveillance de la
+paroisse. Ils avaient des espions<a id="footnotetag169" name="footnotetag169"></a><a href="#footnote169" title="Lien vers la note 169"><span class="small">[169]</span></a>. Les sages-femmes étaient tenues de
+venir déclarer les naissances illégitimes<a id="footnotetag170" name="footnotetag170"></a><a href="#footnote170" title="Lien vers la note 170"><span class="small">[170]</span></a>. Dès que la session connaissait
+ou seulement soupçonnait une faute, elle citait l'inculpé devant elle. Il
+<span class="pagenum"><a id="page082" name="page082"></a>(p. 082)</span> était interrogé, examiné, confronté avec des témoins<a id="footnotetag171" name="footnotetag171"></a><a href="#footnote171" title="Lien vers la note 171"><span class="small">[171]</span></a>. S'il était reconnu
+coupable, il était «suspendu des privilèges de l'Église<a id="footnotetag172" name="footnotetag172"></a><a href="#footnote172" title="Lien vers la note 172"><span class="small">[172]</span></a>», c'est-à-dire
+mis hors de la vie commune. Pour obtenir la levée de cet interdit, il
+devait paraître à l'église, se tenir debout ou assis sur une sorte de siège
+ou de pilori<a id="footnotetag173" name="footnotetag173"></a><a href="#footnote173" title="Lien vers la note 173"><span class="small">[173]</span></a>, souvent pieds nus, parfois la tête rasée<a id="footnotetag174" name="footnotetag174"></a><a href="#footnote174" title="Lien vers la note 174"><span class="small">[174]</span></a>, presque partout
+affublé d'un drap d'étoffe grossière, blanche et salie<a id="footnotetag175" name="footnotetag175"></a><a href="#footnote175" title="Lien vers la note 175"><span class="small">[175]</span></a>. Dans cette
+situation honteuse, il recevait une réprimande sur sa conduite. Cet
+affront pouvait se prolonger des mois, il pouvait aller de trois dimanches
+à cinquante-deux<a id="footnotetag176" name="footnotetag176"></a><a href="#footnote176" title="Lien vers la note 176"><span class="small">[176]</span></a>. Enfin le coupable devait faire une profession de
+contrition, de repentir et d'amendement<a id="footnotetag177" name="footnotetag177"></a><a href="#footnote177" title="Lien vers la note 177"><span class="small">[177]</span></a>. Cet usage s'est continué dans
+quelques paroisses presque jusqu'au milieu de notre siècle<a id="footnotetag178" name="footnotetag178"></a><a href="#footnote178" title="Lien vers la note 178"><span class="small">[178]</span></a>. Tout
+tombait sous la juridiction de ces terribles tribunaux: la médisance, les
+jurons, la non-observance du dimanche, les jeux de hasard, le mensonge,
+l'ivrognerie, la calomnie, les querelles de ménage, les injures, l'adultère,
+l'immoralité<a id="footnotetag179" name="footnotetag179"></a><a href="#footnote179" title="Lien vers la note 179"><span class="small">[179]</span></a>, tout jusqu'aux plus infimes détails de la vie «l'excès de
+mangeaille<a id="footnotetag180" name="footnotetag180"></a><a href="#footnote180" title="Lien vers la note 180"><span class="small">[180]</span></a>», «les paroles vaines et les gestes inconvenants<a id="footnotetag181" name="footnotetag181"></a><a href="#footnote181" title="Lien vers la note 181"><span class="small">[181]</span></a>.»</p>
+
+<p>Et nul moyen d'échapper à cette tyrannie. L'appel à la juridiction
+supérieure du Presbytère est difficile ou entraîne une procédure lente,
+presque uniformément dérisoire<a id="footnotetag182" name="footnotetag182"></a><a href="#footnote182" title="Lien vers la note 182"><span class="small">[182]</span></a>. Si on disparaît, on est déclaré contumace
+«fugitif de la discipline de l'église<a id="footnotetag183" name="footnotetag183"></a><a href="#footnote183" title="Lien vers la note 183"><span class="small">[183]</span></a>;» on a son nom publié dans
+toutes les chaires de toutes les paroisses du Presbytère. Et où aller? On ne
+peut être admis dans une nouvelle paroisse qu'en produisant un certificat
+de vie de celle qu'on quitte. Si on est frappé de censure dans une paroisse
+étrangère, on est atteint dans la sienne, jusqu'à ce qu'on apporte un
+certificat d'absolution, de celle où on a été jugé. Une ramification
+de police ecclésiastique s'étend sur tout le pays et la condamnation de
+la moindre session vous attend et vous retrouve partout<a id="footnotetag184" name="footnotetag184"></a><a href="#footnote184" title="Lien vers la note 184"><span class="small">[184]</span></a>. Si on résiste,
+<span class="pagenum"><a id="page083" name="page083"></a>(p. 083)</span> on est excommunié et la vie devient impossible dans une société
+fanatique et terrifiée. Il faut se soumettre, ou bien on n'a de refuge que
+dans l'existence nomade des mendiants et des vagabonds. Il faut, devant
+toute la Congrégation, paraître en pénitent et recevoir la réprimande
+du ministre. Et dans quelle situation? En face de la chaire, dans le
+passage de l'église, se trouve un escabeau élevé qu'on appelle l'escabeau
+du repentir. C'est là qu'il faut s'asseoir, sous tous les regards, et
+endurer pendant des heures l'humiliation de ce pilori ecclésiastique.
+Quand ce sont de pauvres filles, elles essaient de cacher leur rougeur
+et leurs larmes sous leurs plaids. Mais les sessions sont impitoyables:
+«considérant que la plupart des femmes qui viennent à l'escabeau
+pour y faire leur contrition publique, s'y asseoient avec leurs plaids
+autour de leurs têtes, couvrant leurs visages, pendant tout le temps
+qu'elles sont assises, en sorte que personne ne peut voir leur visage,
+on ordonne que l'officier enlèvera son plaid à chaque pénitente avant
+qu'elle ne monte sur l'escabeau<a id="footnotetag185" name="footnotetag185"></a><a href="#footnote185" title="Lien vers la note 185"><span class="small">[185]</span></a>.» Et ce supplice n'est pas d'un seul
+dimanche; pendant trois ou quatre, pendant neuf ou dix quelquefois,
+c'est-à-dire, pendant près de trois mois, il faut chaque semaine subir
+cette déshonorante exposition. On devine les résultats fréquents de ce
+système. Les âmes faibles en restaient honteuses et brisées; d'autres se
+révoltaient, s'endurcissaient.</p>
+
+<p>Sous ce dogme et cette discipline, le peuple avait perdu toute joie et
+toute gaîté; les sentiments expansifs, naturels et sains, qui sont le sel
+et le levain de la vie, qui la rendent plus légère et moins amère, en
+avaient été retirés. Elle était devenue contrainte, morose, sombre,
+uniforme, ombrageuse à propos des moindres faits. Ces hommes,
+toujours en défiance contre eux-mêmes, redoutaient et se reprochaient
+comme un péché le moindre plaisir qu'offrent les relations sociales ou
+la vue de la nature<a id="footnotetag186" name="footnotetag186"></a><a href="#footnote186" title="Lien vers la note 186"><span class="small">[186]</span></a>. Ils étaient bourrelés de scrupules. Ils vivaient dans
+un état de surexcitation religieuse continuelle, brûlés d'un feu sombre
+et d'une inextinguible soif de parole sainte. Ces sermons même qui,
+pendant des journées entières, coulaient, ne les désaltéraient pas;
+leur attention usait le zèle de leurs pasteurs. Chose étrange! ils
+étaient devenus partisans de cette religion beaucoup plus infernale que
+céleste. Ils en étaient venus à ne plus vouloir, à ne plus comprendre
+qu'un Dieu inflexible. Ils ne voulaient pas être rassurés. Quand on le
+leur représentait clément et accessible au pardon, ils criaient à l'hérésie.
+Dans sa jeunesse, le célèbre Francis Hutcheson avait un jour remplacé
+son père dans sa chaire et avait prêché pour lui. Son sermon étant
+<span class="pagenum"><a id="page084" name="page084"></a>(p. 084)</span> entaché de libéralisme, la congrégation quitta l'église: «Votre sot fils
+Francis, dit un des anciens à son père, a troublé la congrégation par son
+sot bavardage, car il a bavardé pendant une heure d'un Dieu bon et
+bienveillant, et il a dit que les âmes des païens eux-mêmes vont au
+ciel, s'ils suivent les lumières de leur conscience. Le stupide garçon
+ne s'inquiète pas s'il ne dit pas un mot des bonnes et confortables
+doctrines de l'élection, de la réprobation, du péché originel et de la
+foi. Fi! homme, nous ne voulons pas d'un tel individu<a id="footnotetag187" name="footnotetag187"></a><a href="#footnote187" title="Lien vers la note 187"><span class="small">[187]</span></a>.»</p>
+
+<p>De même, ils chérissaient la verge de fer par laquelle ils étaient
+menés et ils criaient au relâchement quand il paraissait un peu de
+tolérance. «L'affaiblissement de la discipline, dit Hill Burton, fut une
+des principales causes qui créèrent les scissions, pendant le dix-huitième
+siècle<a id="footnotetag188" name="footnotetag188"></a><a href="#footnote188" title="Lien vers la note 188"><span class="small">[188]</span></a>.» On a remarqué que les séparations dans l'église
+écossaise se sont toujours produites dans le sens de la sévérité.
+Lorsque l'église avance un peu, fait quelques progrès, s'éloigne
+insensiblement de l'ancienne rigidité, il y a des groupes qui se
+détachent, qui restent en route, ne voulant pas la suivre, abandonner la
+rigueur première. Tandis qu'ailleurs les dissidences se produisent
+généralement en avant, elles se font ici en arrière; ailleurs les non-conformistes
+prétendent avoir fait un progrès; ils pensent, ici, s'être
+gardés d'une décadence<a id="footnotetag189" name="footnotetag189"></a><a href="#footnote189" title="Lien vers la note 189"><span class="small">[189]</span></a>. Les scissions se font, pour ainsi parler, en
+cercles concentriques. Chacune des communions prétend être le vase
+dans lequel se conserve dans son intégrité, le parfum de la véritable
+église d'Écosse, et s'enorgueillit de son orthodoxie. Ce goût pour le dur
+contrôle du clergé était si ancré dans le peuple que, aujourd'hui même,
+dans les fractions presbytériennes qui se sont détachées de l'église pour
+suivre un régime plus strict, les ministres ont la main forcée par leurs
+congrégations et sont contraints d'observer des pratiques d'un rigorisme
+qu'ils relâcheraient volontiers<a id="footnotetag190" name="footnotetag190"></a><a href="#footnote190" title="Lien vers la note 190"><span class="small">[190]</span></a>.</p>
+
+<p>Ainsi, l'austérité puritaine avait pénétré le pays; il n'y avait nulle
+part de refuge contre la domination ecclésiastique, et si on se rebellait
+contre elle, on se mettait du même coup en révolte contre la société.
+Il n'est pas étonnant qu'après avoir étudié de près cet état social
+Buckle ait comparé l'Écosse à l'Espagne pour la bigoterie, et que
+Lecky ait dit que, pendant le dix-septième siècle, il y eut plus de
+réelle liberté religieuse à Naples et dans la Castille que dans l'ouest des
+Basses-Terres de l'Écosse<a id="footnotetag191" name="footnotetag191"></a><a href="#footnote191" title="Lien vers la note 191"><span class="small">[191]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page085" name="page085"></a>(p. 085)</span> Il faut reconnaître qu'il y avait dans cette domination inflexible une
+grandeur et une noblesse singulières. Cette discipline faisait, des âmes
+qui pouvaient la supporter, des âmes d'une austérité, d'une gravité,
+d'une pureté parfaites et continuelles. Elles vivaient dans une sorte de
+raideur impeccable, il est vrai, mais dans un sentiment constant du
+devoir, sans défaillances, sans hésitations, droites et fermes jusqu'à la
+mort. La constitution démocratique du clergé, le contact incessant de
+la Bible, avaient fait entrer, jusque dans les plus basses classes de la
+nation, le sens libérateur de la petitesse des choses humaines et le sens
+élevant de la présence des choses divines. Les plus humbles, les
+derniers, les plus ignorants, étaient munis d'une direction sûre et
+minutieuse de la vie. Ils travaillaient, souffraient, allaient de l'enfance
+à la caducité, sous un regard toujours fixé sur eux. Ils portaient cette
+crainte religieuse qui est le commencement de la sagesse. Ils trouvaient,
+dans la lecture assidue de la Bible, un soutien et toute une culture.
+C'est ainsi qu'on arrivait à des vies de paysans comme celle du père
+de Burns. Aucun pays n'en pouvait offrir de comparables. Tous les
+soirs, sous des milliers de toits qui étaient plus pauvres, plus misérables,
+plus ouverts aux vents et aux froids que dans la majeure partie de
+l'Europe, se passait une scène que nulle part on n'aurait retrouvée,
+lorsque le paysan, après le repas, prenait la Bible de la famille, où
+étaient inscrites les naissances et les morts, en lisait et souvent en
+commentait un chapitre. Ces pauvres intérieurs en étaient comme
+sanctifiés pendant un moment. Il y avait vraiment sur tout le pays une
+heure solennelle. L'Écosse n'a rien eu dont elle puisse être plus fière.
+Burns a laissé un admirable tableau de ce côté de la vie écossaise dans
+une pièce qui est l'expression la plus haute de l'influence de la religion
+presbytérienne.</p>
+
+<p class="p2">Vers la fin du premier quart du <span class="smcap85">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, un commencement de
+réaction s'était manifesté et quelques germes de libre examen et
+d'émancipation avaient été jetés. Le mouvement partit de l'Université
+de Glasgow où un grand nombre de ministres presbytériens d'Écosse et
+la plupart de ceux d'Irlande étaient formés<a id="footnotetag192" name="footnotetag192"></a><a href="#footnote192" title="Lien vers la note 192"><span class="small">[192]</span></a>. Il avait faiblement commencé
+avec John Simson, qui avait occupé la chaire de théologie de
+1708 à 1729. Son enseignement semble avoir été fait de subtilités
+métaphysiques dans lesquelles se glissaient des erreurs de doctrine sur
+des points essentiels. Il fut, de la part des cours ecclésiastiques, l'objet
+d'une plainte devant l'Assemblée Générale. D'interminables discussions
+s'engagèrent qui durèrent pendant quinze années<a id="footnotetag193" name="footnotetag193"></a><a href="#footnote193" title="Lien vers la note 193"><span class="small">[193]</span></a>. L'Assemblée Générale
+<span class="pagenum"><a id="page086" name="page086"></a>(p. 086)</span> montra une telle hésitation à intervenir et une telle indulgence lorsqu'elle
+intervint, que ce fut une des grandes causes de la sécession de 1733<a id="footnotetag194" name="footnotetag194"></a><a href="#footnote194" title="Lien vers la note 194"><span class="small">[194]</span></a>,
+qui se fit, comme la plupart, dans le sens d'un retour à la sévérité.
+Mais le véritable créateur du mouvement fut Francis Hutcheson qui
+lui succéda. Il commença ce que Buckle appelle «la grande rébellion
+de l'esprit écossais<a id="footnotetag195" name="footnotetag195"></a><a href="#footnote195" title="Lien vers la note 195"><span class="small">[195]</span></a>.» Employant le premier la langue anglaise dans
+ses conférences, éloquent, affable et dévoué, son charme de parole et
+ses qualités d'homme firent passer un enseignement dont l'influence
+ne tarda pas à être sensible. Partant de principes, non pas théologiques,
+mais métaphysiques, il fonda un système de morale séculière. Il
+s'adressait à la raison pour trouver des règles de conduite. Cette
+confiance dans l'entendement humain, si opposée au mépris qu'a pour
+lui la doctrine calviniste, était nouvelle en Écosse, et «son apparition
+forme une époque dans la littérature nationale<a id="footnotetag196" name="footnotetag196"></a><a href="#footnote196" title="Lien vers la note 196"><span class="small">[196]</span></a>.» «Il forma, dit Lecky,
+une atmosphère intellectuelle dans laquelle les vieilles conceptions
+théologiques de Dieu et de l'Univers s'évanouirent silencieusement.
+Enseignant que les vertus sont des modes de la bienveillance, il éleva
+les qualités aimables de l'homme à une dignité tout à fait incompatible
+avec la théorie calviniste de la nature humaine, tandis que ses
+admirables expositions de la fonction de la beauté dans le monde
+moral, aussi bien que sa ferme assertion de l'existence et de l'autorité
+suprême d'un sens moral dans l'homme, frappèrent à la racine le dur
+ascétisme et le dénigrement systématique de la nature humaine qui
+avaient si profondément pénétré dans l'église écossaise<a id="footnotetag197" name="footnotetag197"></a><a href="#footnote197" title="Lien vers la note 197"><span class="small">[197]</span></a>.» Cette réhabilitation
+des instincts humains, cette affirmation que la nature humaine
+est plutôt bonne que mauvaise, cet accueil de la beauté, ce retour de
+la confiance et de la joie dans la vie, sont un changement important
+dans la marche de l'esprit écossais<a id="footnotetag198" name="footnotetag198"></a><a href="#footnote198" title="Lien vers la note 198"><span class="small">[198]</span></a>.</p>
+
+<p>Il sortit de là un double courant de libéralisme. Le premier, fortifié
+par des influences étrangères et surtout françaises, mena bientôt la
+pensée écossaise jusqu'aux investigations d'Adam Smith et au scepticisme
+de Hume. C'était de beaucoup le plus fort et ce fut aussi le
+moins actif. Buckle a expliqué d'une façon magistrale comment cette
+marche de la culture intellectuelle se fit sans affecter la nation, se
+développant à part et au-dessus d'elle, comment il y eut une littérature
+sceptique qui ne produisit pas de scepticisme et une philosophie qui
+<span class="pagenum"><a id="page087" name="page087"></a>(p. 087)</span> ne toucha pas à la superstition<a id="footnotetag199" name="footnotetag199"></a><a href="#footnote199" title="Lien vers la note 199"><span class="small">[199]</span></a>. Ce courant n'avait pas pénétré dans les
+profondeurs sociales où vivait Burns. Celui-ci n'en put sentir l'influence
+que plus tard, lorsqu'il séjourna à Édimbourg.</p>
+
+<p>En même temps, un second courant plus faible mais plus efficace
+s'était établi. Glasgow, où avait enseigné Simson, où enseignait Hutcheson,
+était justement, nous l'avons vu, l'Université où un grand nombre des
+ministres presbytériens de l'Écosse et la plupart de ceux de l'Irlande
+recevaient leur éducation. Hutcheson y avait comme collègue un
+professeur de théologie, le D<sup>r</sup> Leechman, qui, sans avoir sa vigueur de
+pensée, partageait sa largeur de vues<a id="footnotetag200" name="footnotetag200"></a><a href="#footnote200" title="Lien vers la note 200"><span class="small">[200]</span></a>. Par l'influence de ces deux
+hommes, une nouvelle génération de ministres pénétra dans le peuple.
+«C'est grâce à Hutcheson et à lui, dit le D<sup>r</sup> Carlyle qui avait lui-même
+été leur élève, qu'une nouvelle école se forma dans les provinces
+ouest de l'Écosse où, jusqu'à cette époque, le clergé était étroit et
+intolérant, avec un esprit qui ne s'était jamais aventuré au-delà des
+limites d'une stricte orthodoxie. Car bien qu'aucun de ces professeurs
+n'enseignât aucune hérésie, cependant ils ouvrirent et élargirent les
+esprits des étudiants, ce qui leur donna bientôt un tour de libre
+recherche, dont le résultat fut la franchise et le libéralisme des sentiments.
+L'expérience prouva que cette liberté de pensée n'était pas
+aussi dangereuse qu'on pouvait d'abord l'appréhender, car bien que la
+téméraire jeunesse fît des excursions dans les régions illimitées de la
+perplexité métaphysique, cependant tous les judicieux revenaient
+bientôt à la sphère plus basse des vérités établies depuis longtemps,
+qu'ils trouvèrent, non seulement utiles au bon ordre de la société,
+mais nécessaires pour fixer leurs esprits dans quelque degré de
+stabilité<a id="footnotetag201" name="footnotetag201"></a><a href="#footnote201" title="Lien vers la note 201"><span class="small">[201]</span></a>.»</p>
+
+<p>Ces nouvelles recrues du clergé, en augmentant d'année en année,
+ne tardèrent pas à former un parti plus jeune, plus éclairé, plus libéral,
+qui apportait plus de largeur dans la doctrine et plus de douceur dans
+la pratique. Selon le conseil de Hutcheson, ils mettaient dans leurs
+sermons moins de discussion et de définitions théologiques, et plus de
+<span class="pagenum"><a id="page088" name="page088"></a>(p. 088)</span> conseils moraux et pratiques. L'ancien clergé étroit, intolérant, et
+souvent ignorant, les regardait avec défiance, gardant jalousement
+son ancienne rigidité et sa prédication purement doctrinale. Peu à peu,
+il se forma dans l'église deux partis opposés et bientôt ennemis: les
+jeunes et les vieux, les modérés et les extrêmes. On désigna l'ancien
+parti sous le nom de <span class="italic" lang="en">Old Light</span> «l'Ancienne Lumière» et le nouveau
+sous celui de <span class="italic" lang="en">New Light</span>, «la Nouvelle Lumière». Bientôt, dans les
+paroisses, dans les presbytères et jusqu'à l'Assemblée Générale, les
+deux partis furent aux prises, avec ce qu'un membre du clergé
+d'alors appelle lui-même une acrimonie théologique.</p>
+
+<p>Cette hostilité, qui existait un peu partout, était particulièrement vive
+dans le district où résidait Burns, parce que les provinces de l'ouest
+avaient toujours été la citadelle du presbytérianisme le plus rigide, et
+qu'en même temps, elles fournissaient la plupart des étudiants de l'Université
+de Glasgow, à cause du voisinage<a id="footnotetag202" name="footnotetag202"></a><a href="#footnote202" title="Lien vers la note 202"><span class="small">[202]</span></a>. Il en résulta que les deux
+extrêmes furent en présence et que la lutte était là d'une animosité plus
+violente qu'ailleurs. Il était difficile qu'elle n'outrepassât point les
+limites. Autour de la Nouvelle Lumière, se rangeaient des hommes jeunes
+et ardents, et ils avaient devant eux des adversaires qui devaient les
+amener aux extrémités de la raillerie, tant ils étaient ridicules, et, par
+certains côtés, odieux. Lockhart a tracé de ce clergé retardataire un
+tableau qu'il convient de reproduire, tant on craindrait d'être accusé
+d'exagération si on lui en substituait un qui n'eût pas l'autorité de sa
+parfaite connaissance des choses écossaises, et la garantie de son
+impartialité. «Les antagonistes marquants de ces hommes (les jeunes) et
+les champions choisis de la Old Light, en Ayrshire&mdash;cela est maintenant
+admis par tout le monde&mdash;présentaient, en bien des points de
+leur conduite ou de leurs maximes, une cible aussi large que celles qui
+ont jamais tenté les traits d'un satirique. Ces hommes se vantaient
+d'être les descendants et les représentants légitimes et non dégénérés
+des Puritains qui, après avoir été les principaux auteurs de la ruine de
+la papauté en Écosse, avaient régenté pendant quelque temps et
+auraient volontiers continué à régenter la royauté et le peuple, sous
+une domination plus tyrannique que le clergé catholique lui-même
+n'avait jamais été capable d'en exercer dans cette nation courageuse.
+Ayant toujours à la bouche les horreurs du système papal, ces hommes
+étaient réellement, dans leurs c&oelig;urs, des moines aussi fanatiques et des
+inquisiteurs presque aussi implacables que ceux qui jamais portèrent
+corde et capuchon. Austères et désagréables d'aspect, bourrus et
+répugnants de langage et de manières, c'étaient de véritables Pharisiens
+en ce qui concernait les petites pratiques de la loi, et beaucoup d'entre
+<span class="pagenum"><a id="page089" name="page089"></a>(p. 089)</span> eux, au moins pour l'apparence, débordaient d'orgueil pharisaïque et de
+fiel monastique. Que d'admirables qualités fussent cachées sous cet
+extérieur grossier, se mélangeant aux plus mauvaises de ces sombres
+passions et les tenant en échec, c'est ce dont aucun homme sincère ne
+se permettra de douter; que Burns ait fortement chargé ses portraits,
+noircissant les ombres déjà assez profondes par elles-mêmes et omettant
+tout à fait des traits de caractère plus brillants et peut-être plus tendres
+qui restituaient les originaux aux sympathies des hommes les plus dignes
+et les meilleurs, c'est ce qui semble également évident<a id="footnotetag203" name="footnotetag203"></a><a href="#footnote203" title="Lien vers la note 203"><span class="small">[203]</span></a>.»</p>
+
+<p>Entre la vivacité des uns et la brutalité des autres, le conflit ne
+tarda pas à perdre toute mesure. De toutes parts, les reproches, les
+accusations, les injures, les diffamations même, volaient de toutes les
+chaires. Les congrégations prenaient parti pour leur ministre. Tout le
+pays était en émoi. «La polémique de Divinité, dit Burns, vers cette
+époque, affolait à moitié la contrée<a id="footnotetag204" name="footnotetag204"></a><a href="#footnote204" title="Lien vers la note 204"><span class="small">[204]</span></a>»; et Lockhart, en parlant de ces
+divisions s'exprime ainsi: «Il est impossible de contempler maintenant
+la guerre civile qui sévissait parmi ces hommes d'église de l'ouest de
+l'Écosse, sans confesser que, de chaque côté, il y a eu beaucoup à
+regretter et pas peu à blâmer. Des esprits orgueilleux et hautains étaient
+malheureusement opposés les uns aux autres, et, dans un déploiement
+exagéré de zèle à propos des points de doctrine, aucun des deux
+partis ne semble avoir apporté beaucoup de la charité de l'esprit
+chrétien. Le spectacle d'une si indécente violence parmi les principaux
+ecclésiastiques du district agissait défavorablement sur les esprits des
+hommes. Personne ne peut douter que, dans l'état des principes de
+Burns qui étaient, à mettre les choses au mieux, fort indécis, ce résultat
+n'ait été, en ce qui le concernait, très funeste<a id="footnotetag205" name="footnotetag205"></a><a href="#footnote205" title="Lien vers la note 205"><span class="small">[205]</span></a>.»</p>
+
+<p>Dans cette bataille, il se trouvait que les deux ministres d'Ayr, le
+D<sup>r</sup> Dalrymple, qui avait baptisé Burns, et le Rev. Mac Gill appartenaient
+à la Jeune Lumière. Le ministre de Mauchline, le Rev. Auld appartenait
+à la Vieille Lumière. La Kirk-session de Mauchline se composait avec lui
+de deux anciens nommés William Fisher et John Sillars. Celui-ci
+semble avoir été un brave homme, mais Fisher était une sorte de tartufe
+puritain à qui Burns infligea, dans son <span class="italic">Saint Willie</span>, une déshonorante
+immortalité. Il y avait, dans la ville voisine de Kilmarnock, un autre
+représentant de l'ancien parti nommé le Rev. John Russell et désigné,
+dans les satires de Burns, sous le nom de Black Jock. C'était un
+géant, rude, redouté de tous, hurlant d'une voix de stentor des sermons
+qui s'entendaient à un mille, et ébranlant la chaire de ses formidables
+<span class="pagenum"><a id="page090" name="page090"></a>(p. 090)</span> coups de poing. Tels étaient les principaux personnages ecclésiastiques
+dans l'entourage de Burns, et leur situation.</p>
+
+<p>Cet exposé de l'esprit et de l'organisation de la religion presbytérienne
+et de la situation des deux partis, est peut-être un peu long, mais il
+nous a paru nécessaire. «Le lecteur anglais, dit Lockhart, qui ignore
+tous ces détails, ne sera certainement jamais capable de saisir les mérites
+ou les démérites de maintes des plus remarquables productions de
+Burns<a id="footnotetag206" name="footnotetag206"></a><a href="#footnote206" title="Lien vers la note 206"><span class="small">[206]</span></a>.» Il nous a paru que le lecteur français avait encore plus
+besoin de ces renseignements que le lecteur anglais. Sans eux, il serait
+presque impossible de rien comprendre à cette période de la vie de
+Burns.</p>
+
+<p class="p2">Sa nature franche et sa forte vitalité, son besoin de libre allure
+devaient lui faire prendre en haine ce régime d'espionnage qui
+encourageait l'hypocrisie et emprisonnait l'existence dans la tristesse.
+Peut-être cependant ne serait-il pas entré dans la mêlée s'il n'avait eu
+que ces répugnances générales. Mais il fut atteint lui-même par cet
+odieux système de surveillance, et il n'était pas de ceux qu'on attaque
+impunément.</p>
+
+<p>Voici à quel propos la lutte s'engagea. Lorsque la famille de Burns
+s'était transportée de Lochlea à Mossgiel, la servante que Burns avait
+séduite, Élizabeth Paton, était retournée dans sa famille, dans une
+paroisse voisine. Il ne tarda pas à devenir apparent qu'elle était
+enceinte. La chose commençait à s'ébruiter dans le pays. Un de ses
+amis, le jovial fermier John Rankine, en donna avis au poète, qui
+lui répondit, en plaisantant, qu'il s'attendait bien à quelque noise avant
+peu. Il avait joué ce jeu dangereux trop de fois pour ne pas y être
+pris enfin:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Je m'y suis risqué une fois ou deux,<br>
+Et peut-être même bien pas loin de trois fois;<br>
+Et je n'avais jamais rencontré la surprise<br>
+Qui eût brisé mon repos;<br>
+Mais, ce coup-ci, il y aura probablement du bruit;<br>
+Il y a un courlis dans le nid<a id="footnotetag207" name="footnotetag207"></a><a href="#footnote207" title="Lien vers la note 207"><span class="small">[207]</span></a>.</p>
+
+<p>Des cas de ce genre n'échappaient pas longtemps à la vigilance des
+Kirk sessions. La pauvre fille fut condamnée à paraître dans l'église de sa
+paroisse sur l'escabeau du repentir. Il eût été possible à Burns de
+s'éviter l'humiliation d'y paraître lui-même, car la règle de la discipline
+portait que, lorsque les personnes impliquées dans une accusation
+d'impudicité vivaient dans des paroisses différentes, la censure était
+<span class="pagenum"><a id="page091" name="page091"></a>(p. 091)</span> infligée là où la femme vivait ou bien dans l'endroit où le scandale
+avait été notoire<a id="footnotetag208" name="footnotetag208"></a><a href="#footnote208" title="Lien vers la note 208"><span class="small">[208]</span></a>. Mais il eut toute sa vie ce mérite de ne pas essayer
+d'éluder les conséquences de ses folies. Bravement, il alla de lui-même
+prendre place à côté de celle qui était humiliée à cause de lui.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Devant la Congrégation entière,<br>
+Je répondis à l'appel loyalement;<br>
+Ma belle Betsy à mon côté,<br>
+Nous reçûmes une rare antienne;<br>
+Mais, par amour d'elle, je fais ce v&oelig;u,<br>
+Et je jure solennellement<br>
+Que, tant qu'il me restera une couronne,<br>
+Elle est bienvenue à la partager<a id="footnotetag209" name="footnotetag209"></a><a href="#footnote209" title="Lien vers la note 209"><span class="small">[209]</span></a>.</p>
+
+<p>On peut imaginer la scène: Les deux coupables attendaient à la porte
+de l'église jusqu'à la fin de la première prière; le sacristain les faisait
+alors entrer et les conduisait à l'escabeau où ils recevaient leur réprimande
+et demeuraient pendant tout le sermon, exposés à tous les
+regards<a id="footnotetag210" name="footnotetag210"></a><a href="#footnote210" title="Lien vers la note 210"><span class="small">[210]</span></a>. Ils étaient reconduits dehors avant la prière de la fin. On voit
+la femme, essayant, la tête baissée, de cacher sa confusion, et, à côté
+d'elle, le front haut, et avec un air de défi, ce jeune paysan dont les
+yeux noirs devaient laisser paraître d'étranges menaces de colère et de
+dédain.</p>
+
+<p>Des châtiments de ce genre n'étaient pas faits pour dompter une âme
+altière et fougueuse comme celle-là. Burns sortit de cette réprimande
+exaspéré contre ceux qu'il appela, à partir de ce moment, des hypocrites,
+avec je ne sais quel air de fanfaronnade et de bravoure, affectant de
+se glorifier plutôt que de se repentir de ce qu'il avait fait et proclamant
+qu'il recommencerait dès qu'il en aurait l'occasion. C'est ce qu'il
+déclarait à son ami John Rankine, en lui racontant dans une épître
+comment les choses s'étaient passées. C'est la première de sa charmante
+série d'épîtres, et la première pièce importante composée à Mossgiel. Il
+reproche d'abord à son correspondant de griser abominablement les
+saints et de leur faire dire ensuite les mille et une horreurs. Ce vieux
+coquin de Rankine, qui était coutumier de ces tours, avait en effet,
+quelque temps auparavant, offert à un édifiant personnage un verre de
+<span class="italic" lang="en">toddy</span>, c'est un mélange de whiskey et d'eau chaude. Mais il avait eu
+soin de faire verser du whiskey dans l'eau de la bouilloire, en sorte
+que plus le dévot pensait rallonger son verre, plus il le corsait et qu'il
+fut ivre de fond en comble, au parfait ébaudissement de Rankine<a id="footnotetag211" name="footnotetag211"></a><a href="#footnote211" title="Lien vers la note 211"><span class="small">[211]</span></a>. Comme
+<span class="pagenum"><a id="page092" name="page092"></a>(p. 092)</span> la vérité est dans le whiskey autant que dans le vin, il est probable que
+le malfaisant fermier faisait parler ses victimes.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Vous avez tant de contes et de tours,<br>
+Et, dans vos méchantes brindes et ribotes,<br>
+Vous faites des diables avec les saints,<br>
+Et vous les soulez jusqu'en haut;<br>
+Et alors leurs défauts, leurs pailles et leurs manquements,<br>
+On aperçoit tout.</p>
+
+<p>Par pitié épargnez l'Hypocrisie!<br>
+Cette sainte robe, oh! ne la déchirez pas!<br>
+Épargnez-la, au nom de ceux qui la portent souvent,<br>
+Les gens en noir;<br>
+Mais votre maudit esprit, quand il en approche,<br>
+La leur arrache du dos.</p>
+
+<p>Pensez, méchant pécheur, au mal que vous faites:<br>
+C'est la «robe bleue», la livrée et le vêtement<br>
+Des saints; ôtez-leur cela, vous ne leur laissez rien<br>
+Pour les distinguer<br>
+De païens non rachetés,<br>
+Comme vous ou moi<a id="footnotetag212" name="footnotetag212"></a><a href="#footnote212" title="Lien vers la note 212"><span class="small">[212]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>On sent déjà dans ces strophes la main impatiente de frapper,
+l'homme qui est sur le point de porter la guerre chez l'ennemi et qui
+n'attend que la première opportunité. Après ce début, il raconte sa propre
+aventure, sur un ton qui laisse voir les dispositions d'esprit qu'il en
+avait rapportées.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Ma foi, je n'ai pas le c&oelig;ur à chanter!<br>
+Ma Muse peut à peine ouvrir l'aile;<br>
+Je me suis joué à moi-même un joli air<br>
+Et j'ai dansé mon soûl!<br>
+J'aurais mieux fait de partir et de servir le roi<br>
+À Bunkers-Hill.</p>
+
+<p>C'était une nuit, récemment, tout content,<br>
+J'étais parti me promener avec un fusil,<br>
+Et voilà que j'amenai une perdrix à terre,<br>
+Une jolie poule;<br>
+Et comme le crépuscule était venu<br>
+Je crus qu'on n'en saurait rien.</p>
+
+<p>La pauvre petite créature était peu blessée;<br>
+Je la caressai un peu, par jeu,<br>
+Ne pensant pas qu'ils me tracasseraient pour cela;<br>
+Mais, le diable m'emporte!<br>
+Quelqu'un raconte à la cour de braconnage<br>
+Toute l'histoire.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page093" name="page093"></a>(p. 093)</span> Quelques vieux friands experts avaient bien vu<br>
+Que telle poulette avait reçu du plomb,<br>
+On soupçonna que j'étais dans l'affaire,<br>
+Je dédaignai de mentir,<br>
+Aussi j'eus pour mon sou mon sifflet,<br>
+Et je payai l'amende.</p>
+
+<p>Mais par mon fusil, le roi des fusils,<br>
+Et par ma poudre et par mon plomb,<br>
+Et par ma poule et par sa queue,<br>
+Je promets et je jure<br>
+Que, par moor et vallon, le gibier me paiera<br>
+Cela l'année prochaine<a id="footnotetag213" name="footnotetag213"></a><a href="#footnote213" title="Lien vers la note 213"><span class="small">[213]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>C'était un singulier résultat de cette grave leçon. Lorsqu'on avait
+à faire à de mauvaises têtes prêtes à tout risquer, c'était souvent ce qui
+arrivait. La résolution de Burns était cousine du stratagème de ce
+méchant gars de Nichol Snipe, le garde-chasse, qui avait tellement
+interloqué M. Balwhidder, le bon et simple ministre des <span class="italic">Annales de la
+Paroisse</span>. C'est une des jolies anecdotes de ce charmant livre et elle
+montre à quel point de bravade ces humiliations publiques poussaient
+parfois des natures inflexibles. M. Balwhidder raconte que ce Nichol et
+la fille qu'il avait séduite furent obligés de se tenir debout dans l'église.
+Le reste de la scène demande à être dit par lui-même. «Mais Nichol
+était un vaurien perdu, car il arriva avec deux habits: l'un boutonné
+par derrière et l'autre boutonné par devant; et deux perruques de
+mylord, qui lui avaient été prêtées par le valet de chambre: l'une sur
+sa figure et l'autre à sa vraie place; et il se tenait le visage contre la
+muraille de l'église. Quand je l'aperçus de la chaire, je lui dis «Nichol,
+vous devez vous tourner de mon côté.» Sur quoi, il se retourna, il est vrai,
+mais il me présenta le même aspect que son dos. Je demeurai confondu
+et je ne savais pas quoi dire, mais je lui criai d'une voix de courroux:
+«Nichol! Nichol! si vous aviez toujours été de dos, vous ne seriez pas ici
+aujourd'hui» et ces paroles eurent un tel effet sur toute la congrégation
+que le pauvre garçon souffrit ensuite plus de ma moquerie que si je
+l'avais réprimandé de la manière prescrite par la session<a id="footnotetag214" name="footnotetag214"></a><a href="#footnote214" title="Lien vers la note 214"><span class="small">[214]</span></a>.» Il y avait
+un peu de Nichol dans la façon dont Burns avait reçu la réprimande du
+révérend.</p>
+
+<p>Lorsque, quelque temps après, Élizabeth Paton accoucha d'une
+fille, il répondit à la censure qu'il avait dû subir, par une pièce intitulée,
+<span class="italic">Bienvenue d'un poète à sa fille, enfant de l'amour</span>, pièce charmante
+dans son genre, toute pleine de mots caressants pour le petit être qui lui
+<span class="pagenum"><a id="page094" name="page094"></a>(p. 094)</span> donnait pour la première fois droit «à la vénérable appellation de père»<a id="footnotetag215" name="footnotetag215"></a><a href="#footnote215" title="Lien vers la note 215"><span class="small">[215]</span></a>,
+avec une pointe d'émotion et de tendresse derrière le défi.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Tu es la bienvenue, fillette; le malheur me prenne<br>
+Si ta pensée ou celle de ta mère<br>
+M'intimide ou m'effraye jamais,<br>
+Ma jolie petite dame;<br>
+Ou si je rougis quand tu m'appelleras<br>
+Tata ou papa.</p>
+
+<p>Ils peuvent maintenant m'appeler fornicateur,<br>
+Et tracasser mon nom dans leur bavardage rustique;<br>
+Plus ils parlent et plus je suis connu;<br>
+Qu'ils clabaudent donc!<br>
+Une langue de femme est mince matière<br>
+À troubler un homme!</p>
+
+<p>Bienvenue! ma jolie, douce, mignonne fillette,<br>
+Bien que tu sois venue un peu sans être demandée,<br>
+Et bien que ta venue m'ait mis aux prises<br>
+Avec l'église et le ch&oelig;ur;<br>
+Cependant, par ma foi, j'avais fait ce qu'il fallait,<br>
+Ça, j'en donne ma parole!</p>
+
+<p>Mignonne image de ma jolie Betty,<br>
+Quand je t'embrasse et je te caresse paternellement<br>
+Aussi chère, aussi proche de mon c&oelig;ur je te place,<br>
+Aussi volontiers,<br>
+Que si ta naissance avait été vue par tous les prêtres<br>
+Qui ne sont pas encore en enfer!</p>
+
+<p>Doux fruit de mainte rencontre joyeuse,<br>
+Maintenant c'en est fait de mon plaisant labeur,<br>
+Puisque tu es venue au monde obliquement,<br>
+Ce qui fait rire les imbéciles;<br>
+Dans mon dernier sou tu as ta part,<br>
+Et c'est la plus grosse moitié.</p>
+
+<p>Quand je devrais en être pauvre et ruiné,<br>
+Tu seras aussi belle, aussi bien vêtue,<br>
+Et tes jeunes années aussi bien élevées<br>
+Dans l'éducation,<br>
+Que n'importe quel mioche de lit conjugal,<br>
+De ta position.</p>
+
+<p>Dieu fasse que tu puisses hériter<br>
+La personne, la grâce, le mérite de ta mère,<br>
+Et l'esprit de ton pauvre et indigne père,<br>
+Sans ses défauts,<br>
+J'aimerais mieux te voir héritière de cela<br>
+Que de fermes bien garnies.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page095" name="page095"></a>(p. 095)</span> Si tu es ce que je voudrais que tu sois,<br>
+Si tu prends les conseils que je te donnerai,<br>
+Je ne regretterai jamais mes tracas à propos de toi,<br>
+Ni le coût, ni l'affront;<br>
+Mais je serai un père aimant pour toi<br>
+Et fier d'en porter le nom<a id="footnotetag216" name="footnotetag216"></a><a href="#footnote216" title="Lien vers la note 216"><span class="small">[216]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Cette fillette si joliment saluée par son père fut prise et tendrement
+élevée à Mossgiel, par la mère de Burns et par ses s&oelig;urs. Elle fut
+l'enfant de la maison. On devine, à quelques lignes écrites plus tard,
+les rentrées au logis de Burns et les caresses d'enfant.</p>
+
+<p class="poem-ctr">De mioches, j'en suis plus que satisfait,<br>
+Le ciel m'en a envoyé une de plus que je ne demandais;<br>
+Ma petite Bess fraîche, souriante, chèrement achetée,<br>
+Elle regarde à grands yeux son père dans le visage<a id="footnotetag217" name="footnotetag217"></a><a href="#footnote217" title="Lien vers la note 217"><span class="small">[217]</span></a>.</p>
+
+<p>Quand Burns partit, elle resta avec sa grand'mère. À vingt-et-un
+ans, elle reçut en dot dix mille francs pris sur les fonds souscrits pour
+la veuve et les enfants du poète. Elle se maria et mourut en 1816 à
+l'âge de trente-deux ans. Elle ressemblait, dit-on, beaucoup à son père.</p>
+
+<p class="p2">Le prêtre qui avait humilié ce jeune paysan ne s'était pas douté de
+l'ennemi qu'il préparait au clergé. Tout frémissant de colère sur l'escabeau,
+Burns s'était juré de se venger et la première occasion ne se fit
+pas attendre. Il arriva, avant la fin de l'année, que deux des principaux
+ministres du parti de Auld Light, un révérend Moodie qui était ministre
+de Riccarton et l'énorme John Russell de Kilmarnock se querellèrent à
+propos des limites de leurs paroisses. Ils portèrent le cas devant le
+presbytère d'Irvine, et là, dans une séance publique qui avait attiré tout le
+pays des alentours et Burns parmi beaucoup d'autres, les deux révérends,
+jusqu'alors amis, apportant dans leurs invectives la violence de leurs
+sermons, s'insultèrent grossièrement en face de leurs partisans consternés
+et de leurs adversaires amusés<a id="footnotetag218" name="footnotetag218"></a><a href="#footnote218" title="Lien vers la note 218"><span class="small">[218]</span></a>. Burns était à l'affût. Aussitôt il composa
+sa première satire: <span class="italic">Les deux Pasteurs ou la Sainte Bagarre, histoire
+étrangement triste.</span> Il les comparait, avec des détails qui poursuivaient
+la comparaison jusque dans ses dernières allusions, à deux bergers
+dont les troupeaux, pendant qu'ils se querellaient, étaient exposés à tous
+les dangers.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Ô vous tous, saints troupeaux pieux,<br>
+Bien nourris dans les pâturages orthodoxes,<br>
+<span class="pagenum"><a id="page096" name="page096"></a>(p. 096)</span> Qui maintenant vous gardera du renard<br>
+Ou des chiens rôdeurs?<br>
+Ou qui aura soin des brebis égarées ou âgées,<br>
+Aux abords des fossés?</p>
+
+<p>Les deux meilleurs bergers de tout l'ouest,<br>
+Qui aient jamais soufflé dans la trompe de l'Évangile<br>
+Ces vingt-cinq derniers étés,<br>
+Oh, horrible à dire!<br>
+Ont eu une amère et noire querelle<br>
+Entre eux.</p>
+
+<p>Ô, Moodie, homme, et toi, verbeux Russell,<br>
+Comment pûtes-vous susciter un pareil fracas;<br>
+Vous verrez comme les bergers de la «Jeune Lumière» vont siffler,<br>
+Et diront que c'est du beau!<br>
+La cause du seigneur n'a jamais eu telle entorse,<br>
+À ma mémoire<a id="footnotetag219" name="footnotetag219"></a><a href="#footnote219" title="Lien vers la note 219"><span class="small">[219]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Il décrit le troupeau de Moodie, beau et sain «jusqu'aux pattes»; son
+pasteur le tient à l'écart de la mare empoisonnée de l'Arminianisme et ne
+lui laisse boire que l'eau claire du puits de Calvin; il connaît les putois,
+les chats sauvages, les blaireaux, les renards et il est prêt à verser leur
+sang et à vendre leur peau. Et quel berger que Russell! On l'entend par
+moors et vallons. C'était la vérité, car la voix de Russell s'entendait à
+un mille.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Que ces deux hommes&mdash;Ô! faut-il vivre pour voir cela?&mdash;<br>
+Que ces deux fameux se soient querellés,<br>
+Et que des noms comme «gredin», «hypocrite»<br>
+Aient été de l'un à l'autre,<br>
+Tandis que les bergers de la «Jeune Lumière» ricanant, hostiles,<br>
+Disent que ni l'un ni l'autre ne ment.</p>
+
+<p>Cela se terminait par un éloge des représentants du Nouveau
+Parti, qui faisait contraste avec la caricature des champions de la Vieille
+Lumière. La pièce ne tarda pas à circuler dans le pays et à y provoquer
+un vaste éclat de rire. «Ce fut la première de mes productions poétiques
+qui vit la lumière» dit Burns, voulant dire qu'il la communiqua en
+manuscrit. «J'avais une idée que la pièce avait quelque mérite, mais
+pour prévenir tout malheur, j'en donnai une copie à un ami qui était
+très friand de cette sorte de choses, et je lui dis que je ne pouvais pas
+deviner qui en était l'auteur, mais que je la trouvais assez bien faite.
+Dans une certaine partie du clergé aussi bien que des laïques, elle
+souleva un fracas d'applaudissement<a id="footnotetag220" name="footnotetag220"></a><a href="#footnote220" title="Lien vers la note 220"><span class="small">[220]</span></a>.» C'étaient les membres de la
+<span class="pagenum"><a id="page097" name="page097"></a>(p. 097)</span> Nouvelle Lumière qui, charitablement, accueillaient cette démolition
+de leurs adversaires. C'était assurément le plus rude coup que le
+Vieux Parti eût encore reçu.</p>
+
+<p>Ce n'était là que la première d'une série fameuse de diatribes contre
+le clergé de l'ancienne école. Pendant l'année 1785 et une partie de 1786,
+c'est-à-dire pendant presque tout son séjour à Mossgiel, elles se pressent,
+tombant drues, fouettant ferme de leur sarcasme et de leur éloquence,
+comme un fouet à double lanière, faisant résonner toute la contrée d'un
+franc rire et blêmir plus d'un visage puritain. Ce jeune paysan se trouvait
+d'un coup un satirique de premier ordre, et les noms qu'il choisit sont
+marqués aussi magistralement, que ceux qui l'ont été par la main de
+Martial ou de Régnier.</p>
+
+<p>Le premier qui lui tomba sous la main, après les révérends Moodie
+et John Russell, fut précisément William Fisher, un des elders de
+Mauchline. Il le malmena plus terriblement encore, dans sa <span class="italic">Prière de Saint
+Willie</span>. Les circonstances qui motivèrent cette implacable satire sont
+tellement caractéristiques des m&oelig;urs, et elles démontrent si bien que la
+tyrannie sacerdotale dont nous avons parlé plus haut n'avait pas disparu
+à cette époque, qu'il peut être utile de les rappeler. Gavin Hamilton, le
+notaire de Mauchline et le propriétaire de Mossgiel, avait été menacé d'être
+exclu de la communion annuelle et écarté des tables «pour négligence
+habituelle des ordonnances de l'Église». On lui reprochait d'être
+irrégulier à l'église; d'avoir été absent deux dimanches dans un mois et
+trois dans l'autre; de s'être mis en route un dimanche, malgré les conseils
+du ministre; de négliger habituellement, si toutefois pas entièrement,
+le culte de Dieu, dans sa famille<a id="footnotetag221" name="footnotetag221"></a><a href="#footnote221" title="Lien vers la note 221"><span class="small">[221]</span></a>. Gavin Hamilton affirma que ces
+accusations sortaient d'une rancune personnelle et en appela de la Kirk
+session au Presbytère d'Ayr. Il y fut défendu par un de ses confrères
+d'Ayr, nommé Aiken, ami de Burns, qui était, paraît-il, doué d'un talent
+de parole remarquable et qui semble avoir été un grand orateur dans un
+petit bourg. La Kirk session de Mauchline, c'est-à-dire Daddy Auld et
+William Fisher, fut considérée comme mal fondée dans sa réprimande, et
+Gavin Hamilton rapporta un ordre du Presbytère que les procès-verbaux
+de la session dont il avait appelé fussent détruits. C'est en sortant de ce
+jugement que Burns place les lamentations suivantes dans la bouche de
+William Fisher, lequel gémit de ce qui vient de se passer<a id="footnotetag222" name="footnotetag222"></a><a href="#footnote222" title="Lien vers la note 222"><span class="small">[222]</span></a>. Il s'adresse
+au Dieu de justice:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Ô Toi qui résides dans les cieux,
+ Qui, selon ton bon plaisir,
+<span class="pagenum"><a id="page098" name="page098"></a>(p. 098)</span> En envoies un an ciel et dix en enfer,
+ Pour ta plus grande gloire,
+ Et non pas pour le bien ou le mal
+ Qu'ils ont fait devant Toi!
+
+<p>Je bénis et je loue Ta puissance infinie,<br>
+Quand Tu en as laissé des milliers dans les ténèbres,<br>
+De ce que je suis ici, devant Ta vue,<br>
+Pour les dons et la grâce<br>
+Une lumière brûlante et éclairante<br>
+Pour toute cette contrée.</p>
+
+<p>Qu'étais-je donc, moi ou ma génération,<br>
+Pour obtenir une telle exaltation<br>
+Moi qui mérite si justement la damnation<br>
+Pour avoir enfreint Tes lois,<br>
+Cinq mille ans avant ma création,<br>
+Par la faute d'Adam.</p>
+
+<p>Quand je chus du ventre de ma mère,<br>
+Tu aurais pu me plonger en enfer,<br>
+Pour y grincer des gencives, y pleurer, y crier,<br>
+Dans des lacs brûlants,<br>
+Où les démons maudits rugissent et hurlent<br>
+Enchaînés à leurs poteaux.</p>
+
+<p>Cependant me voici, choisi pour exemple<br>
+Que Ta grâce est grande et ample;<br>
+Je suis un pilier de Ton temple<br>
+Ferme comme un roc,<br>
+Un guide, un bouclier, un exemple<br>
+À tout Ton troupeau.</p>
+
+<p>Ô Lord, Tu sais quel zèle je montre,<br>
+Quand les buveurs boivent, et les jureurs jurent,<br>
+Et qu'on chante ici et qu'on danse là,<br>
+Petits et grands;<br>
+Car je suis gardé par Ta crainte<br>
+Et exempt de toutes ces choses.</p>
+
+<p>Pourtant, ô Lord, il faut que je le confesse<br>
+Par moment je suis troublé d'une luxure charnelle;<br>
+Et parfois aussi, avec une assurance mondaine,<br>
+Le vil égoïsme entre en moi;<br>
+Mais Tu sais que nous sommes une poussière<br>
+Souillée de péché<a id="footnotetag223" name="footnotetag223"></a><a href="#footnote223" title="Lien vers la note 223"><span class="small">[223]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Il avoue alors qu'avec une certaine Meg, puis avec la fillette de Lizzie....
+Mais c'est que ce vendredi-là il était gris, sans quoi il ne se serait jamais
+<span class="pagenum"><a id="page099" name="page099"></a>(p. 099)</span> approché d'elle. C'est peut-être la volonté de Dieu et, s'il en est ainsi,
+que cette volonté soit faite.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Peut-être laisses-Tu cette épine charnelle<br>
+Tourmenter Ton serviteur soir et matin,<br>
+De crainte qu'il ne devienne exalté et orgueilleux<br>
+Des dons qu'il a reçus.<br>
+Si c'est ainsi, il faut qu'il supporte Ta main<br>
+Jusqu'à ce que Tu la relèves.</p>
+
+<p>Toutes ces pages sont d'une malice qui tombe juste à point, tous
+les mots portent. C'est d'une raillerie charmante et cruelle, où chacun
+des traits dessine et égratigne à la fois. La fin est surtout caractéristique.
+L'aigreur, le fiel de cette âme dévote éclatent en une longue
+prière haineuse où le nom du Seigneur revient et roule au milieu de
+demandes de châtiment contre ces indignes, Gavin Hamilton, Aiken et
+leurs semblables. Ce Tartuffe rustique s'emporte lui aussi. Mais tandis
+que celui de Molière est peut-être bien un pur incrédule qui se sert de la
+religion comme d'un moyen d'escroquerie; celui-ci, par une vue très
+profonde de l'état de ces esprits, est un vrai croyant; sa rancune a
+sincèrement recours à sa foi. Toute cette pièce est parfaite. Ce n'est pas
+sans doute l'ample satire du Tartuffe; c'est quelque chose de court et de
+léger comme une flèche, mais infaillible.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Lord, bénis Tes élus en cet endroit,<br>
+Car ici Tu as une race d'élus;<br>
+Mais que Dieu confonde la face hardie<br>
+Et flétrisse le nom<br>
+De ceux qui amènent sur Tes elders la disgrâce<br>
+Et la honte publique.</p>
+
+<p>Lord, rappelle-Toi ce que Gavin Hamilton mérite;<br>
+Il boit, et jure, et joue aux cartes,<br>
+Cependant il a une habileté si prenante<br>
+Près des humbles et des grands,<br>
+Que, hors des mains des prêtres de Dieu, les c&oelig;urs des gens<br>
+S'en vont à lui.</p>
+
+<p>Et lorsque naguère nous l'avons châtié,<br>
+Tu sais quel scandale il a excité,<br>
+Qu'il a fait éclater le monde de rire,<br>
+De rire de nous.<br>
+Maudits soient sa corbeille et ses provisions,<br>
+Ses choux et ses pommes de terre.</p>
+
+<p>Lord, écoute mon cri fervent, ma prière<br>
+Contre le presbytère d'Ayr,<br>
+Que Ta main puissante, Lord, soit sévère<br>
+Sur leurs fronts,<br>
+Lord fais-la peser, fais peser Ta colère<br>
+Sur leurs affronts.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page100" name="page100"></a>(p. 100)</span> Ô Lord, mon Dieu, cet Aiken à la langue souple,<br>
+Mon c&oelig;ur et mon âme en tremblent encore<br>
+De penser comment nous étions debout, apeurés, gémissants,<br>
+Et tout suants de peur,<br>
+Tandis que lui, la lèvre dédaigneuse et courbée,<br>
+Tenait haut la tête.</p>
+
+<p>Lord, au jour de la vengeance, visite-le;<br>
+Lord, ceux qui l'ont employé, visite-les;<br>
+Dans Ta miséricorde ne les oublie pas,<br>
+N'entends pas leur prière;<br>
+Mais, pour l'amour de Tes fidèles, détruis-les<br>
+Ne les épargne pas.</p>
+
+<p>Mais, Lord, souviens-Toi de moi et des miens,<br>
+Dans Tes bontés temporelles et divines,<br>
+Que je puisse briller en fortune et en grâce<br>
+Au-dessus de tous;<br>
+Et toute la gloire en sera Tienne,<br>
+Amen, Amen<a id="footnotetag224" name="footnotetag224"></a><a href="#footnote224" title="Lien vers la note 224"><span class="small">[224]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>C'est une merveilleuse satire, forte surtout parce que l'ironie atteint
+le fond des choses et est pleine de sens. Tout y est: la doctrine sauvage,
+la sécurité de ce misérable qui est sûr d'être parmi les élus, ses vices,
+avec le mélange de cynisme et d'hypocrisie, qu'on retrouve souvent chez
+les gens de son espèce, et enfin la haine dévote, fiel qui rancit au fond
+de tant de vases d'élection. Et tout est exprimé en termes si précis, si
+nerveux, d'un mouvement si rapide, que rien n'arrête la force du coup et
+que Holy Willie en fut comme assommé. C'est la plus féroce des satires
+de Burns et c'est une chose grave que d'attacher à une mémoire un
+pareil écriteau. Heureusement, il avait eu la main juste autant que rude,
+William Fisher fut, peu de temps après, convaincu d'avoir volé l'argent
+dans le plateau qu'on tenait à la porte de l'église. Il finit plus mal
+encore. Une nuit, rentrant ivre chez lui, il tomba dans un fossé sur le
+bord de la route et y périt de froid, dans la boue<a id="footnotetag225" name="footnotetag225"></a><a href="#footnote225" title="Lien vers la note 225"><span class="small">[225]</span></a>.</p>
+
+<p>L'effet de cette pièce dans le pays fut encore plus grand que celui de
+<span class="italic">la Sainte Bagarre</span>. Il fut tel que la Kirk-Session songea à en poursuivre
+l'auteur. «<span class="italic">La Prière de Saint Willie</span>, fit ensuite son apparition et alarma
+tellement la Kirk-Session qu'ils tinrent trois réunions séparées pour examiner
+leur sainte artillerie et voir s'il ne s'y trouvait pas quelque arme
+qu'on pût diriger contre les rimeurs profanes<a id="footnotetag226" name="footnotetag226"></a><a href="#footnote226" title="Lien vers la note 226"><span class="small">[226]</span></a>.» Cela n'intimida point
+Burns. Après <span class="italic" lang="en">Holy Willie</span> vinrent, en rapide succession, pendant 1785, le
+<span class="italic">Post-Scriptum de l'Épître à Simson</span>, l'<span class="italic">Épître à John Goldie</span>, l'<span class="italic">Épître au
+<span class="pagenum"><a id="page101" name="page101"></a>(p. 101)</span> Rev. Mac Math</span>; et pendant 1786, <span class="italic">l'Ordination</span>, l'<span class="italic">Adresse aux rigidement
+vertueux</span> et <span class="italic">la Sainte-Foire</span>, que ses biographes rangent parmi ses
+satires religieuses et que nous serions plus disposé à mettre parmi ses
+poèmes locaux comme <span class="italic">la Veillée de la Toussaint</span> et <span class="italic">les Joyeux Mendiants</span>.
+C'est toute une série de pièces pleines de bon sens, d'esprit et d'éloquence.
+Quelques-unes, comme <span class="italic">l'Ordination</span> et l'<span class="italic">Épître à John Goldie</span> sont trop
+spéciales et locales. Mais les autres conservent leur intérêt en dehors
+des circonstances qui les ont produites.</p>
+
+<p class="p2">Si Burns, dans ses démêlés avec le clergé ambiant, s'était contenté
+de fouailler tel révérend ou tel ancien, il n'aurait fait qu'&oelig;uvre de représailles
+individuelles. Il aurait pu déployer des qualités de satire et des
+ressources d'invectives, sans cesser de faire une besogne toute personnelle,
+comme s'il avait élargi des épigrammes et leur avait donné l'envolée et le
+cinglement retentissant de pièces lyriques. Mais il a été bien au delà et,
+après avoir attaqué et bafoué la discipline presbytérienne sous la forme
+et sous les noms qu'elle revêtait en face de lui, il s'en prit à la doctrine
+elle-même. Il en saisit, avec une parfaite clairvoyance, les points essentiels,
+c'est-à-dire l'omniprésence diabolique qui causait toutes les terreurs,
+et cette morale inflexible, sans compassion pour la faiblesse, sans notion
+de pardon, qui cachait, sous son écorce de dureté, bien des hypocrisies.
+Ces points il les attaqua en eux-mêmes, sans mélange de rancune, hors
+du rapetissement qui prend les questions présentées dans des querelles
+personnelles. C'est par ces coups portés à la doctrine que Burns mérite
+surtout d'être placé au nombre de ceux qui contribuèrent à l'émancipation
+de l'esprit écossais, pendant le <span class="smcap85">XVIII</span><sup>e</sup> siècle.</p>
+
+<p>On a vu quelle place tient dans la religion puritaine l'idée du Malfaisant.
+Une doctrine qui repose sur la déchéance de la nature humaine et
+sur sa dégradation, ne peut manquer de faire une large place à l'esprit du
+mal. Selon elle, chacun vit assailli par la tentation, est destiné à la damnation.
+Les hommes sont normalement la proie du diable; il faut, pour en
+retirer quelques-uns, le sauvetage miraculeux de la grâce. Cette doctrine,
+tombant dans un pays sombre, où le sang est superstitieux, où la nature a
+quelque chose de mystérieux et de menaçant, où les anciennes croyances
+féeriques mal détruites renaissaient sous des formes nouvelles, devait y
+prospérer étrangement. Reprise, colportée, développée en d'innombrables
+sermons hurlés par des prédicateurs démoniaques, avec de tels cris
+qu'ils semblaient avoir les pieds dans le soufre, elle était devenue un
+épouvantail; elle avait terrorisé toutes les âmes. Ces gens vivaient dans
+un frisson continuel des mauvais esprits. «À leur tête était Satan lui-même,
+dont le plaisir était d'apparaître en personne, attirant ou terrifiant tous
+ceux qu'il rencontrait. Un jour il visitait la terre sous la forme d'un chien
+noir, un autre jour sous celle d'un corbeau; un autre jour on l'entendait
+<span class="pagenum"><a id="page102" name="page102"></a>(p. 102)</span> au loin rugir comme un taureau. Il apparaissait quelquefois comme un
+homme pâle vêtu de noir et quelquefois il venait comme un homme noir
+vêtu de noir; on remarquait que sa voix était spectrale, qu'il ne portait
+pas de chaussures et qu'un de ses pieds était fourchu. Ses stratagèmes
+étaient infinis, car, dans l'opinion des théologiens, sa ruse augmentait
+avec l'âge et, ayant étudié depuis plus de 5000 ans, il était arrivé à une
+incomparable dextérité. Il aimait à saisir et il saisissait des hommes et des
+femmes et il les emportait à travers les airs. Généralement il était vêtu
+en laïque, mais on disait qu'en plus d'une occasion il avait eu l'impudence
+de s'habiller en ministre de l'Évangile. En tous cas, sous un costume ou
+sous un autre, il apparaissait aux membres du clergé et il essayait de les
+séduire et de les attirer de son côté. Ces tentatives naturellement
+échouaient; mais hors du clergé bien peu étaient capables de lui résister.
+Il pouvait soulever ouragans et tempêtes, il pouvait exercer ses maléfices
+non seulement sur l'esprit, mais sur les organes du corps, faisant voir et
+entendre ce qui lui plaisait. Parmi ses victimes, il poussait les unes à
+commettre le suicide, les autres à commettre un crime. Cependant, tout
+formidable qu'il fût, aucun chrétien n'était considéré comme ayant
+acquis une pleine expérience religieuse si, à la lettre, il ne l'avait pas
+vu, s'il ne lui avait pas parlé, s'il n'avait pas lutté contre lui. Le clergé
+prêchait constamment de lui, et préparait son auditoire à des entrevues
+avec le grand ennemi. La conséquence fut que les gens devinrent presque
+fous de peur. Chaque fois qu'un prédicateur mentionnait Satan, la
+consternation était si grande que l'église se remplissait de soupirs et de
+gémissements<a id="footnotetag227" name="footnotetag227"></a><a href="#footnote227" title="Lien vers la note 227"><span class="small">[227]</span></a>.» Cette page pittoresque et dense en renseignements,
+comme Buckle les écrivait, rend bien l'état des esprits. Il n'y avait pour
+l'Ennemi qu'un sentiment universel de crainte et de haine, et comme un
+cri unanime d'épouvante et d'exécration.</p>
+
+<p>Soudain, dans le propre langage du pays, on entendit quelqu'un qui
+parlait à Satan non seulement sans crainte mais encore avec une sorte
+de camaraderie et de cordialité familières. C'était Burns qui avait conversation
+avec lui! On n'avait jamais entendu parler du diable sur ce ton.
+C'était une épître charmante, enjouée, toute pleine de raillerie, de bonne
+humeur, avec un grain d'amitié, tout comme si les deux causeurs avaient
+été compères et compagnons, prêts à faire route, bras dessus bras
+dessous. Voici que quelqu'un se moque de Satan, le tourne en ridicule,
+le plaisante, le nargue, tout comme on fait d'une personne dont on n'a pas
+peur. Et c'est peu encore! Voici qu'il l'admoneste, lui dit qu'il est méchant
+garçon depuis assez longtemps, et finit par lui donner de bons
+avis, lui conseille de se convertir. C'est à quoi les Théologiens n'avaient
+jamais pensé; c'est cependant une idée bien simple et qui arrangerait
+<span class="pagenum"><a id="page103" name="page103"></a>(p. 103)</span> fameusement les choses. Sur le coup, ce dut être une stupeur et
+presque une indignation comme devant un blasphème et une hérésie.
+Car pour beaucoup, même d'aujourd'hui, dire du bien du diable c'est
+une abomination aussi grave que de dire du mal de Dieu. Jack Russell et
+la Vieille Lumière en durent prédire de belles. Il y avait assurément
+beaucoup de bravoure d'esprit et de hardiesse de conduite à faire une
+pareille pièce.</p>
+
+<p>Et cependant comment résister? La pièce était charmante, si franchement
+gaie, un si heureux mélange de crânerie, de bonhomie, de
+bonne humeur et de moquerie, qu'elle devait rassurer ceux qui la lisaient.
+Et le fait est qu'avec la curieuse puissance de conduite et d'entraînement
+qu'ont les poésies de Burns, celle-ci vous mène du tremblement, où
+ses lecteurs devaient se trouver d'accord avec lui, au badinage où ils
+devaient se trouver étonnés de prendre part.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Ô toi, quel que soit le titre qui te convient,<br>
+Vieux Cornu, Satan, Nick ou Fourchu,<br>
+Qui, dans cette caverne effrayante et pleine de suie,<br>
+Enfermé sous les écoutilles,<br>
+Éclabousses le cuvier à soufre,<br>
+Pour échauder de pauvres misérables!</p>
+
+<p>Écoute-moi, vieux Pendard, un instant,<br>
+Et laisse tranquilles ces pauvres corps damnés;<br>
+Je suis sûr que cela ne fait guère plaisir<br>
+Même au diable<br>
+De battre et d'échauder de pauvres chiens comme moi,<br>
+Et de nous entendre piailler.</p>
+
+<p>Grand est ton pouvoir et grande ta renommée;<br>
+Ton nom est connu et célèbre au loin;<br>
+Et bien que ce trou enflammé soit ta demeure,<br>
+Tu voyages partout;<br>
+Et ma foi, tu n'es ni lent, ni boiteux,<br>
+Ni timide, ni paresseux.</p>
+
+<p>Tantôt errant comme un lion rugissant,<br>
+Tu cherches ta proie dans les trous et dans les coins;<br>
+Tantôt volant sur la tempête aux fortes ailes,<br>
+Tu découvres les églises;<br>
+Tantôt, regardant dans les c&oelig;urs humains,<br>
+Invisible, tu guettes.</p>
+
+<p>J'ai entendu ma vénérable grand'mère dire<br>
+Que dans les gorges solitaires, tu aimes à errer;<br>
+Ou que là où les vieux châteaux ruinés, grisâtres<br>
+Font des signes à la lune,<br>
+Tu épouvantes la route du voyageur nocturne;<br>
+D'un murmure fantastique.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page104" name="page104"></a>(p. 104)</span> Quand le crépuscule appelait ma grand'mère<br>
+À dire ses prières, brave honnête femme!<br>
+Souvent derrière le foin, elle t'a entendu bourdonner<br>
+D'un bourdonnement effrayant;<br>
+Ou passer, en froissant les feuilles des sureaux<br>
+Avec un lourd soupir.</p>
+</div>
+
+<p>Il raconte que lui-même, une nuit d'hiver sombre et venteuse, quand
+les étoiles lançaient leurs rayons de côté, il l'a aperçu, de l'autre côté
+de l'étang, sous la forme d'un paquet de roseaux. Le bâton trembla dans
+sa main et ses cheveux se dressèrent sur sa tête, quand il le vit s'envoler
+comme un canard, d'un vol sifflant. Il lui rappelle, d'un ton moitié
+sérieux et moitié moqueur, toutes ses fredaines, depuis le moment où
+il a troublé dans l'Eden la première paire d'amoureux. Il se moque
+de lui et il lui dit qu'il saura bien lui échapper au dernier moment:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Et maintenant, vieux Fourchu, je sais bien que tu penses<br>
+Que les escapades et les buveries d'un certain barde,<br>
+En quelque heure fâcheuse, l'enverront d'un bon pas<br>
+À ton trou noir;<br>
+Mais, ma foi! il tournera lestement le coin<br>
+Et se moquera de toi!</p>
+
+<p>Enfin il finit d'un ton paternel, en lui donnant de bons avis, en lui conseillant
+de se convertir:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Allons, bonsoir, vieux Nick;<br>
+Je désire que tu réfléchisses et que tu t'amendes;<br>
+Tu pourrais peut-être, je n'en sais rien,<br>
+Avoir encore une chance;<br>
+Cela me fait chagrin de penser à ce trou,<br>
+Même pour toi!<a id="footnotetag228" name="footnotetag228"></a><a href="#footnote228" title="Lien vers la note 228"><span class="small">[228]</span></a></p>
+
+<p>Et il le quitte après cette petite admonestation. Il faut se rappeler
+l'horreur des Écossais pour le démon, leur croyance à son intervention
+continuelle, à sa présence dans leur vie; il faut se rappeler les prédications
+dont nous parlions plus haut pour comprendre l'originalité et la
+bravoure d'une pièce comme celle-ci, pour comprendre aussi son succès.
+Plus d'un que l'idée du Méchant tenait lié dans l'épouvante, dut écouter
+avec soulagement ces strophes qui traitaient le diable avec insouciance,
+comme un être plus ridicule que dangereux; et plus d'un, en rentrant
+le soir, assailli aux passages noirs des routes par la crainte de le voir
+surgir, dut se rassurer en se fredonnant les couplets du poète:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Mais, ma foi! il tournera lestement le coin<br>
+Et se moquera de toi!</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page105" name="page105"></a>(p. 105)</span> De même, il faut se rendre compte de la dureté de la morale puritaine,
+repenser aux jugements inflexibles dont elle frappait toutes les actions,
+à l'implacable condamnation dont elle accablait les moindres fautes, pour
+admirer, en la replaçant dans l'austérité environnante, son <span class="italic">Adresse aux
+très Vertueux</span>. C'était une nouvelle chose, dans une petite paroisse de
+campagne, à cette époque, que ce plaidoyer plein de compassion attendrie
+pour la faiblesse humaine et, en même temps, que cette façon, la
+seule juste, de mesurer les fautes aux tentations de la nature ou des circonstances.
+Nulle part on n'a mieux exprimé cette indulgence, que la
+sympathie pour l'homme a rendue maintenant commune, mais qui n'a
+jamais trouvé une forme plus humaine, plus portative, pour ainsi dire,
+plus propre à devenir la devise du mélange de défiance et de bonté, avec
+lequel seulement nous devons nous permettre de juger les autres.
+S'adressant aux rigides, il leur disait:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Oh! vous qui êtes si bons vous-mêmes,<br>
+Si pieux et si saints<br>
+Que vous n'avez rien à faire qu'à noter et compter<br>
+Les fautes et les folies de votre voisin!<br>
+Vous dont la vie est comme un moulin bien allant,<br>
+Fourni d'une eau abondante;<br>
+La trémie pleine tourne toujours<br>
+Et toujours le clapet fait son bruit.</p>
+
+<p>Écoutez-moi, vous, vénérable cohorte,<br>
+Je suis l'avocat de ces pauvres mortels<br>
+Qui fréquemment passent la porte de la calme Sagesse,<br>
+Pour aller au portail de l'étourdie Folie;<br>
+Oui, au nom de ces écervelés et de ces insouciants,<br>
+Je voudrais ici proposer une défense,<br>
+Pour leurs malheureux tours, leurs noires fautes,<br>
+Leurs défaillances et leurs infortunes.</p>
+
+<p>Vous comparez votre état au leur,<br>
+Et vous frissonnez de les rapprocher;<br>
+Mais jetez, un moment, un regard juste,<br>
+Qu'est-ce qui fait la grande différence?<br>
+Défalquez ce que le manque d'occasions a donné<br>
+À cette pureté dans laquelle vous vous enorgueillissez,<br>
+Et, (ce qui souvent est plus que tout le reste)<br>
+Votre meilleur art de dissimuler.</p>
+
+<p>Pensez, quand votre pouls maté<br>
+Donne de temps en temps une secousse,<br>
+Quelles fureurs doivent convulser les veines<br>
+De celui dont le pouls sans répit galope!<br>
+Avec bon vent et la marée en poupe,<br>
+Vous filez tout droit au large;<br>
+Mais faire voile contre l'un et l'autre,<br>
+Cela fait étrangement louvoyer.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page106" name="page106"></a>(p. 106)</span> Voyez la Sociabilité et la Jovialité s'asseoir,<br>
+Joyeuses et sans défiance,<br>
+Jusqu'à ce que, défigurées, elles deviennent<br>
+La Débauche et l'Ivrognerie:<br>
+Oh! si elles pouvaient s'arrêter à calculer<br>
+Les éternelles conséquences,<br>
+Ou bien, pour parler d'un enfer que vous craignez plus,<br>
+La maudite, maudite dépense.</p>
+
+<p>Vous, hautes, fières, vertueuses dames,<br>
+Ficelées droites dans vos corsets pieux,<br>
+Avant d'injurier la pauvre Fragilité,<br>
+Supposez les cas renversés:<br>
+Un gars chèrement aimé, une occasion câline,<br>
+Une inclination traîtresse;<br>
+Mais, laissez-moi le murmurer à votre oreille,<br>
+Peut-être que vous n'êtes pas une tentation.</p>
+</div>
+
+<p>Et la pièce, dépouillant brusquement son air ironique, se termine,
+comme il arrive souvent à la fin des morceaux de Burns, par deux strophes
+d'une gravité éloquente, pleines de la substance de bien des sermons.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Examinez donc avec bonté, votre frère, l'homme,<br>
+Avec plus de bonté encore, votre s&oelig;ur, la femme;<br>
+Encore qu'ils puissent aller un peu de travers,<br>
+S'égarer en chemin est chose humaine;<br>
+Un point reste toujours grandement obscur,<br>
+Le motif pour quoi ils agissent ainsi;<br>
+Et il est tout aussi difficile de marquer<br>
+Jusqu'à quel degré peut-être ils se repentent.</p>
+
+<p>Celui qui a créé le c&oelig;ur, c'est celui-là seul<br>
+Qui avec certitude peut nous juger;<br>
+Il en connaît chaque corde&mdash;et son ton divers,<br>
+Chaque ressort&mdash;et sa portée diverse;<br>
+Devant la balance, restons donc muets,<br>
+Nous ne pouvons pas l'ajuster:<br>
+Ce qui a été commis nous pouvons en partie l'estimer,<br>
+Nous ignorons ce qui a été surmonté<a id="footnotetag229" name="footnotetag229"></a><a href="#footnote229" title="Lien vers la note 229"><span class="small">[229]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Ceci était plus qu'une correction d'elder. C'était une protestation très
+claire et délibérément jetée contre cette sévérité pharisaïque qui ne
+connaissait ni atténuation, ni rachat des fautes, contre cette morale toute
+de réprobation et d'exorcisme, sans nuances ni limites, qui condamnait
+d'un coup, en bloc et à toujours. C'était, vers la fin, mieux encore. C'était
+une voix d'indulgence et de pardon. Il y avait bien longtemps que cette
+voix-là n'avait été entendue, au milieu de ces paroles d'airain et de fer.
+<span class="pagenum"><a id="page107" name="page107"></a>(p. 107)</span> Sans doute, on discerne dans cette pièce, sous couleur de plaidoyer
+général, une défense pour soi-même; et l'auteur avait besoin de la mansuétude
+de jugement qu'il réclamait pour tous. Mais qu'est-ce que la
+lutte contre les préjugés et les abus sinon un front de poussées sur les
+points où il nous blessent; seraient-ils jamais détruits s'ils n'étaient
+combattus par ceux-là qu'ils font souffrir? Il n'en existait pas moins que
+l'attaque était complète et ouverte, et qu'elle portait sur les endroits vitaux
+de la doctrine. Sans le savoir, Burns continuait, dans cette région,
+le travail entrepris par Hutcheson, et collaborait à une même émancipation.
+Et, en ce qui regarde Burns particulièrement, il n'en était pas moins
+vrai que, par la logique et les meilleures aspirations de son esprit, il
+était sorti graduellement des altercations et des ripostes personnelles pour
+faire du débat la défense d'une idée généreuse.</p>
+
+<p class="p2">Il y avait&mdash;nous ne devons pas l'oublier&mdash;un certain courage à protester
+ainsi et cette attitude n'allait pas sans lui attirer quelques chagrins
+et des ennuis. Chez lui, il trouvait les remontrances et les prières de sa
+mère, de son frère, ou ces silences qui blâment<a id="footnotetag230" name="footnotetag230"></a><a href="#footnote230" title="Lien vers la note 230"><span class="small">[230]</span></a>. Dehors, il rencontrait la
+froideur, l'aversion de beaucoup. Si sa franchise et sa crânerie lui avaient
+attiré, même dans les rangs du clergé libéral, des amitiés qui compensaient
+le scandale des pharisiens, il n'en devait pas moins souffrir dans
+ses relations, et il pouvait en souffrir dans ses intérêts. Nous verrons que
+cette hostilité ne fut pas étrangère à une des grandes douleurs de sa
+vie. Il était de plus exposé, si un hasard avait mal tourné les choses, à
+être poursuivi et frappé de l'excommunication qui, dans ce pays, mettait
+un homme aussi sûrement hors de la société qu'au moyen-âge. Il n'était
+pas d'ailleurs sans s'en rendre compte. Après la fougue et la fièvre de la
+bataille, il lui venait des appréhensions. Il écrivait à un révérend de ses
+amis, un modéré de la Nouvelle Lumière:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Ma petite Muse, fatiguée de mainte chanson<br>
+Sur les robes et les rabats et les graves bonnets noirs,<br>
+Est devenue tout alarmée, maintenant qu'elle l'a fait,<br>
+De peur qu'ils ne la blâment,<br>
+Et qu'ils ne lancent leur saint tonnerre sur elle,<br>
+Et qu'ils ne l'anathématisent.</p>
+
+<p>J'avoue que ce fut téméraire et assez imprudent,<br>
+Pour moi, pauvre poétaillon rustique,<br>
+De me mêler d'une bande si puissante<br>
+Qui, s'ils me connaissent,<br>
+Peuvent aisément, d'un simple petit mot,<br>
+Lâcher l'enfer sur moi.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page108" name="page108"></a>(p. 108)</span> Mais j'étais hors de moi de voir leurs grimaces,<br>
+Leurs faces soupirantes, hypocrites, fières de la grâce,<br>
+Leurs prières de trois milles, leurs grâces d'un demi-mille,<br>
+Leur conscience élastique,<br>
+À ces gens que l'avidité, la vengeance et l'orgueil déshonorent<br>
+Plus encore que leur ineptie<a id="footnotetag231" name="footnotetag231"></a><a href="#footnote231" title="Lien vers la note 231"><span class="small">[231]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Il avait beau se tenir; dès qu'il parlait d'eux, la colère lui remontait
+à la gorge et il repartait de plus fort. Dans cette même pièce, à deux pas
+de ces regrets, il reprenait de plus belle:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Ô Pope, si j'avais les dards de ta satire<br>
+Pour donner à ces chenapans leur dû,<br>
+J'arracherais leurs c&oelig;urs pourris et creux,<br>
+Et je crierais bien haut<br>
+Leurs jongleries, leurs filouteries, leurs ruses<br>
+Pour tromper la foule.</p>
+
+<p>Dieu sait que je ne suis pas ce que je devrais être,<br>
+Que je ne suis pas même ce que je pourrais être,<br>
+Mais j'aimerais vingt fois mieux être<br>
+Tout net un athée,<br>
+Que de me cacher sous les couleurs de l'Évangile,<br>
+Comme sous un écran.</p>
+
+<p>Un honnête homme peut aimer un verre,<br>
+Un honnête homme peut aimer une fillette,<br>
+Mais la basse vengeance, la fausse malice,<br>
+Il les dédaigne toujours,<br>
+Et aussi de crier son zèle pour les lois de l'Évangile,<br>
+Comme quelques-uns que nous connaissons.</p>
+
+<p>Ils ont la religion à la bouche,<br>
+Ils parlent de merci, de grâce, de vérité,<br>
+Pourquoi? pour donner du champ à leur méchanceté,<br>
+Contre un pauvre diable,<br>
+Et le pourchasser, par delà droit et pitié,<br>
+Jusqu'à la ruine.</p>
+</div>
+
+<p>C'étaient là de bien dangereuses paroles. On les sent encore vibrer de
+colère sourde et d'indignation. Elles permettent de concevoir les orages
+de haine et de rancune qui grondèrent dans le c&oelig;ur de Burns pendant
+ces mois-là.</p>
+
+<p>Toutes ses pièces anti-cléricales sont ramassées dans l'étendue d'un an
+et demi environ. Sauf une seule l'<span class="italic">Alarme de l'Église</span>, composée beaucoup
+plus tard, et due à un de ces moments de vie rétrospective qui transportent
+les hommes en arrière, elles appartiennent à la période de Mossgiel,
+et la plupart à l'année 1785. Mais Burns garda de ces aventures une
+<span class="pagenum"><a id="page109" name="page109"></a>(p. 109)</span> rancune contre le clergé et chaque fois qu'il trouva l'occasion de glisser
+dans ses poèmes une méchanceté ou une insolence à son adresse, il n'y
+manqua jamais. C'était un souvenir de l'escabeau de pénitence.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section">II.<br>
+LE FLOT DE POÉSIE. &mdash; LA VISION.</p>
+
+<p>Au courant de cette lutte contre le clergé, au milieu de ces troubles
+de colère, d'indignation et de rancune, sa vocation littéraire, d'un
+très beau mouvement et par une ascension assurée, se dégageait et se
+manifestait de telle façon qu'il fallait bien qu'elle devînt claire à tous les
+yeux. Après tant d'années de lectures, d'essais, d'observations, après
+une si longue et si opiniâtre préparation, ce trésor accumulé allait enfin
+s'ouvrir; les riches ressources et les économies prolongées de cet esprit
+se répandre tout à coup. Et au fur et à mesure de cette production, il
+n'est pas sans douceur de le voir prendre conscience de son génie, de
+voir son ambition, après des hésitations et des tâtonnements, d'abord
+mesurée et indécise, s'affermir, se hausser et regarder en face l'entreprise
+et l'effort.</p>
+
+<p>Jusqu'au moment où il entra à la ferme de Mossgiel, Burns avait,
+somme toute, peu produit et rien de très important. Une vingtaine de
+chansons sur les fillettes dont il avait été amoureux, quelques paraphrases
+de psaumes, la ballade de <span class="italic">Jean Grain d'Orge</span>, quelques fragments
+inachevés, <span class="italic">la Mort et les dernières paroles de la pauvre Mailie</span>, composaient
+son bagage. Le tout tient en quelques pages et, sauf quelques-unes des
+chansons, n'est pas essentiel à sa gloire. Si l'on répand cela sur une
+dizaine d'années, on a un bien petit tas pour chacune. C'étaient, en
+outre, des pièces tout accidentelles, faites sur une occasion personnelle et
+qui avaient assurément demandé moins de travail à Burns que certaines
+de ses lettres. L'ensemble n'indique pas la volonté de produire, et aucune
+de ces pièces n'est en soi un effort bien sérieux. Mais les choses ne
+tardèrent pas à changer, peu après l'installation à Mossgiel. Son &oelig;uvre
+littéraire partit comme un flot, abondante, pressée, copieuse, rapide
+et d'une perfection achevée.</p>
+
+<p>Elle préluda tout à fait à la fin de 1784, vers le mois de novembre, avec
+l'<span class="italic">Épître à Rankine</span>, la <span class="italic">Bienvenue du Poète à son Enfant illégitime</span> et la pièce
+satirique des <span class="italic">Deux Pasteurs</span>, pour commencer vraiment en janvier 1785.
+Pendant l'année 1785 et les premiers mois de 1786, vinrent, en une
+succession rapide, presque toutes les pièces qui constituent sa gloire, le
+fameux volume de Kilmarnock en entier. De janvier à la fin de mars,
+parurent l'<span class="italic">Épître à Davie</span>, la <span class="italic">Prière du Saint Homme Willie, la Mort et le
+<span class="pagenum"><a id="page110" name="page110"></a>(p. 110)</span> Docteur Hornbook</span>; le 1<sup>er</sup> avril, la <span class="italic">première Épître à Lapraik</span>; le 21 avril, la
+seconde; en mai l'<span class="italic">Épître à William Simson</span> le maître d'école, avec ses
+jolis passages sur la poésie écossaise; en août l'<span class="italic">Épître à John Goldie</span>; en
+septembre la <span class="italic">troisième Épître à Lapraik</span> et l'<span class="italic">Épître au Révérend Mac Math</span>; en
+octobre la <span class="italic">seconde Épître à Davie</span>. C'est la période de ces charmants poèmes,
+familiers, alertes, gais, souvent pleins de détails biographiques, qui imitent
+et dépassent les modèles qu'en avait donnés Allan Ramsay. À partir
+de ce moment la production se presse encore; en même temps elle
+s'anoblit et s'élargit. Chaque semaine, presque chaque jour, en ces quelques
+mois fructueux, donne une pièce. Les chefs-d'&oelig;uvre se succèdent;
+on peut dire que Burns serait immortel rien qu'avec ce qu'il a écrit pendant
+les deux mois de novembre et de décembre 1785. Cette série s'ouvre
+par la fameuse pièce de la <span class="italic">Veillée de la Toussaint</span>; l'admirable et tendre
+pièce <span class="italic">à la Souris</span> est aussi de novembre; puis viennent l'une sur l'autre,
+l'<span class="italic">Adresse au Diable</span>, le <span class="italic">Breuvage Écossais</span> et surtout ces deux morceaux de
+premier ordre <span class="italic">le Samedi soir du Villageois</span> et la plus étonnante, à nos yeux,
+de toutes ses créations, sa cantate des <span class="italic">Joyeux Mendiants</span>. Telle était sa
+fécondité à ce moment qu'il laissait ses &oelig;uvres sans en prendre souci et
+que cette cantate fut oubliée, presque perdue et ne parut qu'après sa mort.
+Le jour de l'an de 1786 c'est le <span class="italic">Salut matinal de bonne année du vieux fermier
+à sa vieille jument Maggie</span>, une poésie pleine du sentiment des bêtes.
+Pendant les premiers mois de l'année, ce sont, coup sur coup, <span class="italic">les Deux
+Chiens, le Cri et la Sincère Prière de l'Auteur aux Représentants Écossais à la
+Chambre des Communes</span>, à propos d'un acte sur les distilleries écossaises,
+<span class="italic">l'Ordination</span>, la jolie <span class="italic">Épître à James Smith</span>, avec sa vaillante philosophie
+et sa crânerie, cette admirable et noble pièce de la <span class="italic">Vision</span> qui est comme
+le couronnement et la consécration de toute cette fécondité, l'<span class="italic">Adresse aux
+très Vertueux, la Sainte Foire</span>, peut-être sa plus forte peinture de m&oelig;urs; la
+célèbre ode <span class="italic">à la Pâquerette</span> est du mois d'avril. Puis s'entassent immédiatement
+une suite de pièces mélancoliques et désespérées qui correspondent
+à des angoisses de c&oelig;ur: <span class="italic">à la Ruine, Lamentation occasionnée par
+l'issue infortunée de l'Amour d'un Ami, le Désespoir.</span> Arrivent alors la sage et
+virile <span class="italic">Épître à un Jeune Ami</span>, qu'on comparerait presque pour la sagesse
+pratique aux conseils de Polonius à son fils; enfin l'<span class="italic">Adresse à Belzebud</span>,
+le <span class="italic">Songe</span>, la <span class="italic">Dédicace à Gavin Hamilton</span>, l'<span class="italic">Épitaphe d'un Barde</span>. Avant le
+mois de mai 1786, tout un volume était écrit, dont il n'existait, pour ainsi
+dire, rien en janvier 1785. Cette production était entassée en quinze mois.
+Si on place, dans les interstices de ces pièces capitales, des chansons, des
+épitaphes, des épigrammes, des billets poétiques, d'autres morceaux
+divers de moindre importance; si on considère qu'il y a, dans ce
+flot, des satires, des élégies, des tableaux de m&oelig;urs, des pièces d'une
+moralité et d'une noblesse incomparables, des cris de douleur, des épîtres
+familières, de tout enfin, on comprendra l'étonnement que cause à ceux
+<span class="pagenum"><a id="page111" name="page111"></a>(p. 111)</span> qui l'étudient de près cette merveilleuse explosion de poésie. Les printemps
+tardifs, où les sèves longtemps contenues éclatent soudain de toutes
+parts et à toutes les branches, ont seuls de pareilles frondaisons.</p>
+
+<p class="p2">On comprend que, pour fournir en un temps si court une pareille
+abondance de vers, il fallait qu'il fût continuellement en état de poésie.
+C'était en effet sa façon d'être habituelle; il la portait dans tous les moments
+et dans toutes les occupations de toutes ses journées.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Ô chère, chère rime! c'est toujours un trésor,<br>
+Mon principal, presque mon unique plaisir;<br>
+À la maison, aux champs, au travail, au repos,<br>
+La muse, pauvre fillette,<br>
+Bien que sa mesure soit rude,<br>
+Est rarement à ne rien faire<a id="footnotetag232" name="footnotetag232"></a><a href="#footnote232" title="Lien vers la note 232"><span class="small">[232]</span></a>.</p>
+
+<p>Sa tête était toujours en animation et en travail de poésie, tantôt avec
+volonté, tantôt, comme disent les théologiens, par une activité indélibérée.
+L'inspiration fermentait et fumait en lui sans trêve.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Juste à l'instant je suis pris d'un accès de rime,<br>
+Ma caboche en levure travaille fortement,<br>
+Ma fantaisie fermente et monte haut<br>
+D'une poussée rapide;<br>
+Avez-vous un moment de loisir<br>
+Pour écouter ce qui va venir?<a id="footnotetag233" name="footnotetag233"></a><a href="#footnote233" title="Lien vers la note 233"><span class="small">[233]</span></a></p>
+
+<p>Souvent il travaillait à plusieurs pièces à la fois. Presque toujours la
+composition était instantanée, elle sortait des faits eux-mêmes; c'était une
+impression, une émotion brusquement saisies en vers. Elles n'avaient pas
+le temps de se refroidir; elles étaient prises, martelées sous la rime, façonnées
+en strophes pendant qu'elles étaient chaudes. Il se prend, un soir,
+de pique avec le maître d'école de Tarbolton, personnage inoffensif et
+ridicule qui affectait le médecin. Le soir même, en s'en retournant, il compose
+sur la route <span class="italic">la Mort et le Docteur Hornbook</span> qu'il récite le lendemain à son
+frère<a id="footnotetag234" name="footnotetag234"></a><a href="#footnote234" title="Lien vers la note 234"><span class="small">[234]</span></a>. Un autre soir, à Mauchline, il entre avec deux amis dans le cabaret
+de Poosie Nansie, où était réunie à boire et à chanter une troupe de
+gueux vagabonds, et quelques jours après il dit à un de ses amis la pièce
+des <span class="italic">Joyeux mendiants</span><a id="footnotetag235" name="footnotetag235"></a><a href="#footnote235" title="Lien vers la note 235"><span class="small">[235]</span></a>. La plupart de ses épîtres sont de véritables lettres
+écrites au courant de la plume, composées dans le temps qu'il fallait pour
+les griffonner.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page112" name="page112"></a>(p. 112)</span> Et quelle chose plus faite pour faire naître de l'admiration et de la
+sympathie que de le voir composer? C'est pendant son travail, au milieu
+des corvées d'une ferme, en face des soucis qui commençaient à assaillir
+les deux frères comme ils avaient assailli le père, qu'il poursuit ses strophes.
+Il ne distrait pas une heure de son métier. Tantôt, c'est le soir, après
+avoir semé toute la journée et donné aux chevaux leur avoine pour la
+nuit qu'il se met à écrire, le corps brisé. Sa pauvre muse, c'est-à-dire sa
+tête, lasse aussi, résiste, réclame un peu de sommeil. Il faut qu'elle obéisse.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Tandis que les vaches fraîchement vêlées beuglent au piquet,<br>
+Et que les chevaux fument à la charrue ou à la herse,<br>
+Sur le bord du crépuscule, je prends cette heure-ci,<br>
+Pour reconnaître que je suis débiteur<br>
+Du vieux Lapraik, au c&oelig;ur honnête,<br>
+Pour sa bonne lettre.</p>
+
+<p>Excédée, endolorie, les jambes lasses<br>
+D'avoir jeté du blé par dessus les sillons,<br>
+Ou distribué aux bidets<br>
+Leur picotin de dix heures,<br>
+Ma pauvre muse plaide tristement et demande<br>
+Que je n'écrive pas.</p>
+
+<p>L'insouciante, la surmenée, la pauvrette<br>
+Est, en ses meilleurs jours, indolente et un peu paresseuse,<br>
+Elle me dit: «tu sais, nous avons été si occupés<br>
+Depuis un mois et davantage,<br>
+Qu'en vérité ma tête est tout étourdie<br>
+Et un peu endolorie.»</p>
+
+<p>Ses sottes excuses me mirent en colère:<br>
+«Sur ma foi, dis-je, petite sotte, chipie,<br>
+J'écrirai et j'écrirai un bon coup,<br>
+Cette nuit même.<br>
+Ainsi tâche de ne pas faire affront à notre métier<br>
+Et de rimer droit.»</p>
+
+<p>Et j'ai pris mon papier en un clin d'&oelig;il.<br>
+Et crac! ma plume plonge dans l'encre,<br>
+Je dis: «avant que je ferme l'&oelig;il,<br>
+Je fais v&oelig;u de finir ma lettre.<br>
+Et si tu ne veux pas la tinter en cliquetis,<br>
+Par Jupiter, je récrirai en prose.»</p>
+
+<p>Et ainsi j'ai commencé à barbouiller, mais si c'est<br>
+En vers ou en prose ou tous les deux ensemble,<br>
+Ou quelque hotch-potch qui n'est ni l'un ni l'autre,<br>
+On le verra plus tard;<br>
+Mais du moins j'alignerai un bout de bavardage<br>
+Là, juste, sur le pouce<a id="footnotetag236" name="footnotetag236"></a><a href="#footnote236" title="Lien vers la note 236"><span class="small">[236]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page113" name="page113"></a>(p. 113)</span> D'autres fois, il profite d'une après-midi de pluie qui empêche de rentrer
+les grains. On est au moment de la moisson:</p>
+
+<p class="poem-ctr">J'y suis occupé aussi et nous y allons bon train,<br>
+Mais des averses aigres, cinglantes, l'ont mouillée;<br>
+Alors, j'ai pris ma vieille plume écachée<br>
+Avec beaucoup de peine,<br>
+Et j'ai pris mon couteau et je l'ai taillée<br>
+Tout comme un clerc<a id="footnotetag237" name="footnotetag237"></a><a href="#footnote237" title="Lien vers la note 237"><span class="small">[237]</span></a>.</p>
+
+<p>Mais pendant qu'il écrit, le vent a monté, et voici qu'il est en train de
+culbuter les gerbes; il faut courir, aller donner un coup de main pour les
+redresser, car la nuit tombe. L'épître se tirera d'affaire comme elle pourra:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Mais voici nos gerbes renversées par la rafale,<br>
+Et voici que le soleil clignote à l'Ouest,<br>
+Il faut que je coure rejoindre les autres,<br>
+Et que je quitte ma chanson;<br>
+Ainsi je sous-signe en hâte<br>
+Votre: Rob le vagabond<a href="#footnote237" title="Lien vers la note 237"><span class="small">[237]</span></a>.</p>
+
+<p>Il arrive qu'il prend un instant sur le lieu même du travail et qu'il
+profite d'une averse qui oblige les moissonneurs à se réfugier derrière les
+gerbes; il improvise une épître achevée de forme et toute nourrie de
+pensée:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Tandis que les faucheurs se blottissent derrière les gerbes,<br>
+Pour éviter l'âpre, la piquante averse,<br>
+Ou courant à la débandade s'enfuient;<br>
+Pour passer le temps<br>
+Je vous consacre une heure<br>
+En rime oisive<a id="footnotetag238" name="footnotetag238"></a><a href="#footnote238" title="Lien vers la note 238"><span class="small">[238]</span></a>.</p>
+
+<p>Plus souvent encore il composait en labourant. «Tenir la charrue, dit
+Gilbert, était chez Robert une attitude favorite pour ses compositions poétiques
+et quelques-uns de ses meilleurs vers furent produits pendant qu'il
+était à ce travail<a id="footnotetag239" name="footnotetag239"></a><a href="#footnote239" title="Lien vers la note 239"><span class="small">[239]</span></a>.» Rien n'est plus caractéristique que l'origine de sa
+pièce <span class="italic">à une Souris</span>. Il labourait un champ voisin de la ferme; c'était aux
+labours de novembre. Le soc, en versant la glèbe, disperse un petit tas
+de feuilles mortes et de paille, un nid de souris. En voyant la bestiole
+chassée de son refuge, ruinée, s'enfuir sous la bise, sur ce terrain dénudé,
+une commisération prit Burns. Puis, avec ce vaste horizon attristé autour de
+lui, il songea à sa propre vie, à peine plus assurée, exposée aussi aux
+<span class="pagenum"><a id="page114" name="page114"></a>(p. 114)</span> duretés. Il devint pensif et silencieux et quand, la nuit tombée, il ramena
+son attelage, il rapportait un des chefs-d'&oelig;uvre de la poésie anglaise<a id="footnotetag240" name="footnotetag240"></a><a href="#footnote240" title="Lien vers la note 240"><span class="small">[240]</span></a>.
+L'histoire de la pièce <span class="italic">à la Pâquerette</span> est analogue. Cette fois c'était aux
+labours d'avril; en poussant la charrue il coupa une pâquerette dont la
+destinée le toucha. «Ses vers <span class="italic">à la Souris</span> et <span class="italic">à la Pâquerette de montagne</span>
+furent composés pendant que l'auteur tenait la charrue; je pourrais montrer
+l'endroit exact où chacune de ces deux pièces fut composée<a id="footnotetag241" name="footnotetag241"></a><a href="#footnote241" title="Lien vers la note 241"><span class="small">[241]</span></a>.» N'est-ce
+pas un tableau d'une simplicité touchante et non pas sans grandeur,
+que ce paysan, ce grand poète, arrêté au bout d'un sillon et songeant
+appuyé sur le manche de sa charrue? C'est un épisode digne de nobles
+Georgiques.</p>
+
+<p>Le soir, dans son galetas, il écrivait les vers de la journée et la pièce
+nouvelle allait rejoindre les autres dans le tiroir de la petite table<a id="footnotetag242" name="footnotetag242"></a><a href="#footnote242" title="Lien vers la note 242"><span class="small">[242]</span></a>. Le
+lendemain ou quelques jours après, il la récitait généralement à Gilbert.
+Les circonstances où ces récitations étaient faites sont aussi bien curieuses.
+«Ce fut je pense pendant l'été de 1784, quand dans l'intervalle
+de plus pénibles labeurs, lui et moi étions à arracher les mauvaises herbes
+du jardin, qu'il me répéta la plus grande partie de son <span class="italic">Épître à Davie</span><a id="footnotetag243" name="footnotetag243"></a><a href="#footnote243" title="Lien vers la note 243"><span class="small">[243]</span></a>.»
+Et ailleurs: «Ce fut, je pense, l'hiver suivant, pendant que nous allions
+ensemble avec des chariots chercher du combustible pour la famille, (et
+je pourrais indiquer l'endroit précis) que l'auteur me répéta pour la
+première fois l'<span class="italic">Adresse au Diable</span>.<a href="#footnote243" title="Lien vers la note 243"><span class="small">[243]</span></a>» Et encore ce coin de champ: «Il me
+répéta ces vers le lendemain après midi, tandis que j'étais à la charrue et
+qu'il faisait écouler l'eau hors du champ<a href="#footnote243" title="Lien vers la note 243"><span class="small">[243]</span></a>». Il nous semble que ces vers
+récités au milieu de grossières besognes sont un dernier trait qui complète
+ce tableau unique.</p>
+
+<p class="p2">Au fur et à mesure qu'il produisait, il prenait conscience de son génie
+et de sa vocation. Peu à peu il entrevoyait un but à sa vie, un but qui
+resta confus et souvent fut obscurci, mais d'où lui vinrent ses meilleures
+clartés. La pensée d'être poète s'établissait en lui, non pas poète européen,
+un poète qu'on lirait aux quatre coins du globe; pas même poète anglais;
+pas même poète écossais. Son ambition était beaucoup plus circonscrite.
+Pendant longtemps, toujours peut-être, à l'époque de sa grande production
+très sûrement, il ne songea qu'à être un poète local, il n'eut d'autre
+visée que de chanter le canton qu'il habitait. Son v&oelig;u le plus élevé était
+que le coin de pays qu'il chérissait eût aussi ses louanges quand d'autres
+districts de l'Écosse avaient les leurs; que les sites et les m&oelig;urs de Kyle
+<span class="pagenum"><a id="page115" name="page115"></a>(p. 115)</span> eussent leur place dans la poésie populaire. À ses plus hauts moments, il
+prononçait les noms d'Allan Ramsay et de Fergusson. Sauf le génie, il
+a été un de ces mille poètes qui célèbrent les mérites de leur canton.
+Il y a un vers de Keats qui semble avoir été fait pour lui. Dans une de
+ces pièces où ce charmant esprit refaisait d'instinct la vie des anciens
+Hellènes, il parle de ces poètes qui moururent</p>
+
+<p class="poem-ctr">Laissant une grande poésie à un petit clan<a id="footnotetag244" name="footnotetag244"></a><a href="#footnote244" title="Lien vers la note 244"><span class="small">[244]</span></a>.</p>
+
+<p>Il avait compris, par la divination qu'il a quelquefois, l'origine toute
+locale de quelques-unes des plus vastes &oelig;uvres de la Grèce. Il en fut
+exactement ainsi de Burns. Il n'a songé qu'à être le poète d'un «petit
+clan». Ce fut cette ambition, et non une autre, dont on peut suivre dans
+son esprit l'entrée et l'affermissement.</p>
+
+<p>Elle avait apparu dès la première manifestation de la poésie en lui, et
+on a vu que son ami Brown lui avait donné à Irvine des encouragements
+qui n'avaient pas été vains. Il est probable qu'elle avait peu à peu progressé
+dans la période de maturation qui avait suivi le retour d'Irvine.
+On la voit pour la première fois se montrer avec une netteté qui ne laisse
+plus de doute, dans le Journal qu'il avait commencé à tenir à Lochlea et
+qu'il continua pendant un peu de temps à Mossgiel. L'ambition y est, cette
+fois, bien marquée et précisée dans son existence et dans ses bornes.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Quelque plaisir que je prenne aux ouvrages de nos poètes écossais, en particulier
+de l'excellent Ramsay et du plus excellent Fergusson, cependant je souffre de voir
+d'autres régions de l'Écosse, leurs villes, rivières, bois, prairies, etc., immortalisés
+dans des &oelig;uvres si célèbres, tandis que ma chère contrée natale, les anciens bailliages
+de Carrick, Kyle et Cunningham, fameux dans les temps anciens et modernes
+par une race d'habitants brave et guerrière; une contrée où la Liberté civile et
+surtout la Liberté religieuse ont toujours trouvé leur premier soutien et leur dernier
+asile; une contrée qui a été le berceau de maints Philosophes, Soldats et Hommes
+d'État illustres, et le théâtre de maints importants événements de l'histoire d'Écosse,
+particulièrement d'un grand nombre des exploits du Glorieux Wallace, le sauveur de
+la patrie; tandis que cette contrée, dis-je, n'a jamais eu un poète écossais de quelque
+éminence, pour faire que les fertiles rives de l'Irvine, les bois romantiques et les scènes
+solitaires de l'Ayr, et la source saine et montagneuse, le cours sinueux du Doon
+deviennent les émules du Tay, du Forth, de l'Ettrick, de la Tweed, etc. C'est un regret
+auquel je serais heureux de porter remède, mais hélas! Je suis trop au-dessous de
+cette tâche, en génie natif et en éducation.</p>
+
+<p>Obscur je suis et obscur je dois rester, bien que jamais c&oelig;ur de jeune poète ou de
+jeune soldat n'ait battu pour la renommée plus éperdument que le mien<a id="footnotetag245" name="footnotetag245"></a><a href="#footnote245" title="Lien vers la note 245"><span class="small">[245]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Ce n'est encore là qu'une ambition rêvée plus que tentée, qui inspire
+plutôt le regret que l'effort. Par degrés cependant elle se dégage et se
+<span class="pagenum"><a id="page116" name="page116"></a>(p. 116)</span> fortifie. On en saisit très bien les progrès. Dans la première <span class="italic">Épître à
+Lapraik</span>, écrite au commencement d'avril de cette mémorable année de
+1785, elle reparaît, modeste encore. Cependant Burns n'est plus qu'à
+deux doigts de se donner à lui-même le nom de poète:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Je ne suis pas poète en un sens,<br>
+Mais juste un rimeur, comme cela, au hasard,<br>
+Et sans prétendre à la science;<br>
+Et, après tout, qu'importe!<br>
+Chaque fois que ma muse me fait une &oelig;illade,<br>
+Je la fais tinter.</p>
+
+<p>Tous vos critiques peuvent hausser le nez<br>
+Et dire: «Comment pouvez-vous prétendre,<br>
+Vous qui connaissez à peine vers de prose,<br>
+À écrire une chanson?»<br>
+Mais, avec votre permission, mes savants amis,<br>
+Vous avez peut-être tort.</p>
+
+<p>Qu'est tout votre jargon de vos écoles,<br>
+Vos noms latins pour cuillers et tabourets?<br>
+Si l'honnête nature vous a créés sots,<br>
+Que vous servent vos grammaires?<br>
+Vous auriez mieux fait de prendre une bêche, des outils,<br>
+Ou un marteau à casser les cailloux.</p>
+
+<p>Une troupe d'imbéciles ternes et pédants<br>
+Se brouillent la tête aux classes de collège;<br>
+Ils y entrent veaux, ils en sortent ânes,<br>
+À dire la vérité,<br>
+Et puis ils pensent grimper le Parnasse,<br>
+Au moyen du Grec.</p>
+
+<p>Donnez-moi une étincelle d'un feu naturel,<br>
+Voilà toute la science que je désire;<br>
+Alors, bien que je peine à travers flaques et boues,<br>
+À la charrue on au chariot,<br>
+Ma muse, quoique pauvrement vêtue,<br>
+Pourra toucher le c&oelig;ur.</p>
+
+<p>Oh! une flammèche de la gaîté d'Allan (Ramsay)<br>
+Ou de Fergusson, le hardi et le malin,<br>
+Ou du brillant Lapraik mon ami futur,<br>
+Si je puis l'obtenir,<br>
+Cela serait assez de savoir pour mol,<br>
+Si je pouvais l'acquérir<a id="footnotetag246" name="footnotetag246"></a><a href="#footnote246" title="Lien vers la note 246"><span class="small">[246]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Il y a encore bien de l'hésitation et de la crainte dans cette sortie contre
+les savants. On sent qu'il s'est fait à lui-même les objections qu'il réfute.
+<span class="pagenum"><a id="page117" name="page117"></a>(p. 117)</span> Elles ne lui sont pas venues sans lui causer un peu de dépit et d'impatience.
+Il s'en débarrasse avec brusquerie, en prenant l'offensive et en
+affirmant la supériorité d'une étincelle de génie naturel sur l'huile de
+toutes les lampes de collèges. «Je suis trop au-dessous de cette tâche en
+génie natif et en éducation» avait-il écrit. Qu'importe l'éducation? Et
+voilà la moitié de l'obstacle écarté.</p>
+
+<p>En effet, un mois après, le ton a beaucoup changé. Sans doute,
+Robert Burns ne se compare pas aux poètes écossais célèbres, à ceux
+qu'il admire le plus. Il se tient encore à distance d'eux. Mais du moins,
+il est bien poète cette fois; et il chantera son cher district de Kyle. C'est
+une résolution prise. Le rêve lointain qu'il faisait dans son journal, le
+chagrin qu'il éprouvait de n'avoir ni le génie ni l'instruction pour le
+réaliser, ont disparu. Il avait déjà reconnu que le savoir n'y était pour
+rien et écarté cet obstacle-là. Il comprend maintenant qu'il possède
+l'étincelle. Dans un mouvement fier, il déclare que Coila (c'est le nom
+de la personnification de Kyle) aura désormais ses poètes et ses
+louanges. Il en prend l'engagement dans une suite de strophes vraiment
+charmantes. Elles sont aussi pleines de bonne grâce, de belle humeur et
+de confiance tranquille, que celles du mois précédent étaient agressives
+et âpres. C'est qu'il déchirait alors, avec colère, la dernière objection,
+et qu'aujourd'hui son parti est pris.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Mon bon sens serait dans une hotte,<br>
+Si je risquais l'espoir de grimper<br>
+Avec Allan ou avec Gilbertfield<br>
+Les talus de la renommée,<br>
+Ou avec Ferguson, le jeune clerc<br>
+Nom immortel...<a id="footnotetag247" name="footnotetag247"></a><a href="#footnote247" title="Lien vers la note 247"><span class="small">[247]</span></a></p>
+
+<p>Mais, cette réserve faite, il le promet, il ose l'affirmer, sa contrée
+aura ses poètes et un de ces poètes sera lui-même.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>L'antique Coila peut tressaillir de joie,<br>
+Elle a désormais ses propres poètes,<br>
+Des gars qui n'épargneront pas leurs chansons,<br>
+Mais qui chanteront leurs lais,<br>
+Jusqu'à ce que les échos redisent tous<br>
+Ses louanges bien chantées.</p>
+
+<p>Pas un poète ne pensait qu'elle valût la peine<br>
+Qu'on montât son nom en style mesuré:<br>
+Elle gisait comme une île inconnue<br>
+Près de la Nouvelle-Hollande,<br>
+Ou bien là où les Océans aux chocs farouches bouillonnent<br>
+Au sud de Magellan.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page118" name="page118"></a>(p. 118)</span> Ramsay et le fameux Fergusson<br>
+Ont donné au Forth et à la Tay un coup d'épaule;<br>
+La Yarrow et la Tweed, en mainte mélodie,<br>
+Résonnent par toute l'Écosse;<br>
+Tandis que l'Irvine, le Lugar, l'Ayr, le Doon,<br>
+Personne ne les chante.</p>
+
+<p>L'Ilissus, le Tibre, la Tamise et la Seine<br>
+Glissent doucement en maint vers mélodieux;<br>
+Mais, Willie, emboîtez-moi le pas,<br>
+Redressez votre crête,<br>
+Nous ferons si bien que nos rivières et ruisseaux luiront<br>
+Autant que les autres.</p>
+
+<p>Nous chanterons de Coila les plaines et les collines,<br>
+Les moors d'un brun rouge sous les clochettes des bruyères,<br>
+Ses rives, ses pentes, ses cavernes, ses gorges,<br>
+Où le glorieux Wallace<br>
+Souvent remporta le succès, dit l'histoire,<br>
+Sur les gars du sud.</p>
+
+<p>Au nom de Wallace, quel sang écossais<br>
+Ne bouillonne pas comme une marée de printemps?<br>
+Souvent nos indomptables pères ont marché<br>
+Aux côtés de Wallace,<br>
+Poussant toujours en avant, chaussés de sang,<br>
+Ou sont morts glorieusement.</p>
+
+<p>Oh, doux sont les rivages et les bois de Coila,<br>
+Où les linots chantent parmi les bourgeons,<br>
+Où les lièvres folâtres, en bonds amoureux,<br>
+Goûtent leurs amours,<br>
+Tandis que par les coteaux le ramier roucoule<br>
+Avec un cri plaintif<a id="footnotetag248" name="footnotetag248"></a><a href="#footnote248" title="Lien vers la note 248"><span class="small">[248]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>À partir de ce moment son activité redouble. Ce qu'il avait déjà
+produit lui a inspiré la confiance qu'il vient d'exprimer, et cette
+confiance à son tour stimule sa production. C'est dans les mois qui
+suivent que s'accumulent les unes sur les autres ses &oelig;uvres capitales:
+la <span class="italic">Veillée de la Toussaint, à une Souris, les Joyeux Mendiants, le Samedi
+soir du villageois, l'Adresse au Diable</span>, le <span class="italic">Salut de bonne année du fermier à
+sa jument, les Deux chiens, l'Ordination</span>, et des chansons et des épîtres,
+tout cela vient à la suite de cette déclaration. Si bien qu'un beau jour,
+il reconnaît qu'il a un peu de génie naturel.</p>
+
+<p class="poem-ctr">L'étoile qui gouverne mon pauvre sort<br>
+M'a destiné à porter l'habit grossier,<br>
+Et condamné ma fortune à n'être qu'un liard,<br>
+<span class="pagenum"><a id="page119" name="page119"></a>(p. 119)</span> Mais, en revanche,<br>
+Elle m'a béni d'un rayon perdu<br>
+D'esprit rustique<a id="footnotetag249" name="footnotetag249"></a><a href="#footnote249" title="Lien vers la note 249"><span class="small">[249]</span></a>.</p>
+
+<p>En sorte que de la phrase: «Je suis trop au-dessous de cette tâche
+en génie natif et en éducation» il ne reste plus rien désormais. Que de
+chemin parcouru en un an et quelques mois, car l'extrait du journal
+était du mois d'août 1784 et cette strophe est du début de 1786. Le
+v&oelig;u lointain s'est changé en ambition, l'ambition en effort, l'effort en
+confiance. Tous les degrés ont été gravis jusqu'à la pleine possession de
+soi-même et la fierté de son &oelig;uvre.</p>
+
+<p class="p2">Enfin, après tant de mois de doutes, d'appréhensions, d'examens
+intimes, de tentatives, le jour de la claire révélation arriva, le jour de
+la récompense, un jour mémorable, où la déesse si longtemps adorée
+descendit, posa la main sur l'épaule du poète et son sourire sur son
+front. Oui! un jour, la chambre, la pauvre chambre nue s'emplit de clarté
+et une forme céleste apparut qui le salua poète et lui donna le rameau
+vert que les âges ne flétriront pas. C'était la consécration, la couronne de
+sa vie. Cette vision nous a été révélée dans un récit charmant de
+simplicité, de mesure et de bonne grâce, et en même temps si plein de
+franchise et de brave orgueil qu'il est à la fois très familier et très
+élevé et qu'on ne peut rien imaginer qui soit plus vrai.</p>
+
+<p>Il venait de rentrer fatigué d'avoir brandi le fléau toute la journée,
+à l'heure où le soleil fermait son regard au fond d'un horizon neigeux.
+Il s'était assis tout pensif dans la chambre de derrière de la ferme
+pour se reposer; il était triste et accablé et «ce qui l'entourait était
+propre à accroître sa tristesse. Il se mit à regarder la fumée du
+foyer qui emplissait le vieux cottage d'argile, et faisait tousser; à écouter
+les rats qui couraient dans la toiture. Ce sont des heures qui entraînent
+l'esprit vers la mélancolie ou le passé, ce qui souvent est tout un. C'était
+sûrement tout un pour lui. Il se mit à songer au temps perdu, à sa
+jeunesse dépensée, aux occasions échappées; il prêta l'oreille à ce
+ch&oelig;ur de reproches qui court et crie derrière nous.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Dans cet air chargé de suie et de fumée,<br>
+Je regardai en arrière, je réfléchis au temps perdu,<br>
+Comment j'avais passé ma fleur de jeunesse,<br>
+Sans rien faire<br>
+Qu'enfiler des balivernes ensemble par des rimes,<br>
+Pour faire chanter des sots.</p>
+
+<p>Si j'avais seulement écouté les bons avis,<br>
+Je pourrais aujourd'hui être un gros bonnet aux marchés,<br>
+<span class="pagenum"><a id="page120" name="page120"></a>(p. 120)</span> Ou entrer fièrement dans une banque et régler<br>
+Mon compte-courant;<br>
+Tandis qu'ici, à demi affolé, mi-nourri, mi-vêtu,<br>
+Voilà toute ma richesse<a id="footnotetag250" name="footnotetag250"></a><a href="#footnote250" title="Lien vers la note 250"><span class="small">[250]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Rencontre singulière: c'est, presque dans les mêmes termes, la
+plainte du pauvre Villon:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Bien sçay se j'eusse estudié<br>
+Ou temps de ma jeunesse folle,<br>
+Et à bonnes m&oelig;urs dédié,<br>
+J'eusse maison et couche molle!<br>
+Mais quoy! je fuyois l'escolle,<br>
+Comme faict le mauvays enfant,<br>
+En escrivant ceste parolle,<br>
+À peu que le cueur ne me fend<a id="footnotetag251" name="footnotetag251"></a><a href="#footnote251" title="Lien vers la note 251"><span class="small">[251]</span></a>.</p>
+
+<p>C'est le cri, proféré tout haut ou tout bas, de ceux qui ont gaspillé
+leurs premières années en billevesées et brûlé leur poudre aux
+moineaux, au lieu de viser un bon gibier substantiel. «Mais quoy!»
+est-il si raisonnable après tout? Cela avancerait bien le pauvre Villon
+d'avoir été un bourgeois dodu, calfeutré «lez ung brasier, en chambre
+bien nattée» avec dame Sydoine. Vaut-il pas mieux avoir fait la ballade
+des Dames du Temps jadis? Et en admettant qu'il n'en sache plus rien
+lui-même à l'heure qu'il est, n'est-ce pas un plaisir aussi doux de
+goûter ses propres vers que de «boire ypocras à jour et à nuytée<a id="footnotetag252" name="footnotetag252"></a><a href="#footnote252" title="Lien vers la note 252"><span class="small">[252]</span></a>».
+Ainsi de Burns. Quand il serait devenu fermier cossu et qu'il aurait eu
+un crédit à la banque, vaut-il pas mieux qu'il ait fait la <span class="italic">Vision</span> et vécu
+pauvre? Et quel jour de marché ou de vente lui aurait jamais procuré
+une fête intérieure comme celles qui ont réjoui son âme?</p>
+
+<p>Mais en ce soir d'hiver où les reproches lui bourdonnaient dans la
+tête, il n'en était pas là. Sur le moment, il se fâche, il s'emporte contre
+lui-même, il se dit des injures, lève le poing tout prêt à faire quelque
+serment imprudent de ne plus rimer:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Je m'agitai, murmurant «imbécile, idiot»,<br>
+Et je levai en l'air ma main durcie,<br>
+Pour jurer par le toit semé d'étoiles,<br>
+Ou par quelque antre serment imprudent,<br>
+Que désormais je serais à l'abri des rimes,<br>
+Jusqu'à mon dernier souffle.</p>
+
+<p>Les paroles funestes lui viennent, quand tout à coup quelque chose
+d'extraordinaire se passe. La porte s'ouvre et une femme apparaît. Les
+<span class="pagenum"><a id="page121" name="page121"></a>(p. 121)</span> strophes qui annoncent l'entrée de la vision sont parfaites de grâce et
+de réalité; un autre poète aurait dépeint cette apparition sous la forme
+d'une allégorie, quelque chose comme une statue de monument public,
+très majestueuse et très banale. Mais Burns portait le vrai en ses
+moelles et ses extases elles-mêmes étaient faites de réalité. Aussi c'est
+une jolie fille qui lui apparaît, modeste, gracieuse et belle, mais, sous ses
+vêtements féeriques, vivante, une des filles bien prises du pays d'Ayr.
+Avec un jugement sûr, il a choisi le vrai symbole de sa poésie:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Quand, click! la ficelle tira le loquet,<br>
+Et, dgi! la porte alla frapper le mur,<br>
+Et je vis, à la flamme de mon foyer<br>
+Toute brillante maintenant,<br>
+Une jeune fille étrangère, bien prise, jolie,<br>
+M'apparaître en plein.</p>
+
+<p>Vous ne doutez pas que je retins mon souhait;<br>
+Mon jeune serment à moitié formé fut étouffé;<br>
+Je regardais effaré, comme si j'avais été effrayé<br>
+Dans quelque gorge sauvage,<br>
+Quand, doucement, comme la modeste vertu, elle rougit<br>
+Et elle entra.</p>
+
+<p>Des branches de houx, vertes, minces, avec leurs feuilles,<br>
+Étaient tordues gracieusement autour de son front;<br>
+Je la pris pour quelque muse écossaise,<br>
+D'après cet emblème,<br>
+Venue pour arrêter ces v&oelig;ux imprudents<br>
+Qui eussent été vite brisés.</p>
+
+<p>Une expression légère, sentimentale,<br>
+Était fortement marquée sur sa face,<br>
+Une grâce rustique, farouche et fine,<br>
+Brillait sur elle,<br>
+Ses yeux, même fixés dans le vide,<br>
+Brillaient clairement d'honneur.</p>
+
+<p>Sa robe&mdash;en tartan brillant&mdash;coulait, descendait,<br>
+Laissant voir simplement la moitié de sa jambe;<br>
+Et quelle jambe! ma jolie Jane<br>
+Seule aurait la pareille,<br>
+Si droite, si effilée, si bien prise, si nette;<br>
+Aucune autre n'en approchait.</p>
+</div>
+
+<p>On reconnaît bien là l'amateur de beauté féminine, qui ne peut se
+tenir, en voyant même sa muse, de regarder si elle a la jambe bien
+faite. Qui sait? Ces fous de poètes seraient peut-être moins épris de la
+gloire, si à l'origine les hasards du langage en avaient fait un mot
+masculin.</p>
+
+<p>Par dessus sa robe de tartan, c'est-à-dire de cette étoffe quadrillée qui
+<span class="pagenum"><a id="page122" name="page122"></a>(p. 122)</span> est l'élément principal du costume calédonien, la jeune inconnue porte
+un large manteau de couleur verdâtre, dont le lustre est moiré de
+lumières profondes et d'ombres. Il est orné de broderies étranges qui
+représentent le pays d'Ayr: on y voit des montagnes, des vagues qui
+marquent la côte, des fleuves, des villes. Il est parsemé en outre de
+scènes où figurent ceux qui ont illustré ou défendu ce coin de terre
+écossaise. En sorte que les plis changeants du manteau montrent
+tantôt une scène tantôt une autre, et font varier, avec les mouvements de
+celle qui le porte, les images dont il est brodé.</p>
+
+<p>Tandis que le poète stupéfait la regarde, l'apparition s'adresse à lui.
+Elle répond du premier coup aux inquiétudes et aux amertumes dont il
+était assailli; ses paroles ont une douceur chaste et une autorité dont
+le poète se rend compte. Ce n'est déjà plus la fille au corps gracieux;
+en un instant, il en est venu à employer des mots qui ne connaissent
+plus que le respect.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Avec un songement profond, un regard étonné,<br>
+Je regardais cette beauté qui semblait céleste:<br>
+Un murmure, un battement de c&oelig;ur me donnait témoignage<br>
+D'une parenté secrète;<br>
+Quand avec l'air d'une s&oelig;ur aînée<br>
+Elle me salua:</p>
+
+<p>«Salut, mon poète, inspiré par moi,<br>
+Vois en moi ta muse native,<br>
+Ne te plains plus que ton lot soit dur<br>
+Si pauvre et si humble!<br>
+Je viens te donner la récompense<br>
+Que nous autres accordons.»</p>
+</div>
+
+<p>Ensuite, elle lui révèle qui elle est. Non sans quelque longueur, elle lui
+explique qu'elle fait partie de ces bons génies qui allument, dans un
+pays, toutes les flammes nécessaires pour qu'il vive, se défende et
+jette son éclat. Les uns suscitent des soldats; les autres des hommes
+d'État; d'autres des inventeurs, des artisans; d'autres enfin des poètes.
+C'est à cette classe de génies qu'elle appartient et depuis longtemps
+elle veille sur son cher poète. Tout le discours qui suit alors devient
+admirable. Elle lui représente la vie qu'il a vécue. Les jours qu'il voyait
+tout à l'heure perdus, enlaidis, inutiles, repris par cette parole enchanteresse,
+repassent devant lui rehaussés, éclairés, dignes de lui, dignes
+d'elle. Il n'avait vu tout à l'heure que l'envers de sa propre vie; en
+voici le vrai côté, avec de belles et nobles images, avec son véritable
+sens. Il écoute dans le ravissement ces mots qui le raniment et le
+rassurent vis à vis de lui-même:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Coila est mon nom,<br>
+Et je revendique ce district comme mien,<br>
+<span class="pagenum"><a id="page123" name="page123"></a>(p. 123)</span> Où jadis les Campbells, chefs illustres,<br>
+Ont tenu la force et le pouvoir;<br>
+J'ai vu poindre ta flamme harmonieuse<br>
+À ton heure natale.</p>
+
+<p>Avec des espoirs futurs, j'aimais à regarder<br>
+Affectueusement tes petites façons enfantines,<br>
+Ton rude ramage, ta phrase carillonnant<br>
+En rimes inhabiles<br>
+Allumées aux chansons simples et naïves<br>
+D'autres temps.</p>
+
+<p>Je t'ai vu rechercher la grève retentissante,<br>
+Charmé par les mugissements des houles;<br>
+Ou bien, quand les flocons accumulés du Nord<br>
+Chassaient à travers le ciel,<br>
+Je vis que la face blanchie de la farouche nature<br>
+Frappait ton jeune regard;</p>
+
+<p>Ou bien, quand la terre au vert manteau, profonde<br>
+Et chaude, soignait la naissance de chaque fleurette,<br>
+Et que la joie et la musique s'épandaient<br>
+Dans tous les bois,<br>
+Je l'ai vu contempler l'allégresse universelle<br>
+Avec un amour illimité.</p>
+
+<p>Quand les champs mûris et les cieux d'azur<br>
+Appelaient le bruissement des faucheurs,<br>
+Je t'ai vu déserter leurs joies du soir<br>
+Et, solitaire, errer,<br>
+Pour dissiper les mouvements qui gonflaient ta poitrine<br>
+Dans ta pensive promenade.</p>
+
+<p>Quand le jeune amour, aux rougeurs chaudes, fort,<br>
+Aigu, vibrant, courut dans tes nerfs,<br>
+Ces accents chers à ta bouche,<br>
+Le nom de l'adorée,<br>
+Je t'ai appris à les verser en chansons,<br>
+Pour apaiser ta flamme.</p>
+
+<p>J'ai vu le jeu affolé de ton pouls<br>
+Désordonné le lancer dans ce sentier oblique du plaisir,<br>
+Égaré par les météores luisants de la Fantaisie,<br>
+Poussé par la Passion;<br>
+Et pourtant la lumière qui te dévoyait<br>
+Était, quand même, une lumière du ciel.</p>
+
+<p>Je t'ai enseigné tes chansons qui dépeignent les m&oelig;urs,<br>
+Les amours, les façons des simples paysans,<br>
+Si bien que maintenant, sur tout mon vaste domaine,<br>
+Ta renommée s'étend,<br>
+Et que quelques-uns, l'ornement des plaines de Coila,<br>
+Sont devenus tes amis.</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page124" name="page124"></a>(p. 124)</span> Après ces éloges, avec une bonne grâce et une modestie qui sont
+un des côtés curieux de cette pièce, la marque de la fermeté d'esprit
+et de la clairvoyance de Burns envers lui-même, viennent des paroles
+qui mesurent et qui limitent le domaine du poète. Sérieuse, la Muse
+continue:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Tu ne peux apprendre, ni moi t'enseigner<br>
+À peindre les paysages avec la lumière éclatante de Thomson;<br>
+Ni à éveiller ces battements qui font fondre les âmes<br>
+Avec l'art de Shenstone;<br>
+Ni à répandre avec Gray un flot d'émotion<br>
+Ardente sur les c&oelig;urs.</p>
+
+<p>Cependant sous la rose sans rivales<br>
+L'humble pâquerette fleurit suavement;<br>
+Bien que le monarque des forêts, jette au loin<br>
+Ses bras ombreux,<br>
+Cependant la savoureuse aubépine croît verte,<br>
+Plus bas dans la clairière.</p>
+
+<p>Ne murmure donc pas, ne regrette donc rien,<br>
+Efforce-toi de briller dans ton humble sphère,<br>
+Et, crois-moi, les mines de Potosi<br>
+Ni les attentions des rois<br>
+Ne peuvent donner un bonheur qui surpasse le tien,<br>
+Ô poète rustique.</p>
+</div>
+
+<p>Les dernières strophes sont admirables. D'un bond de pensée la Muse
+monte plus haut et arrive au sommet où l'on voit les origines communes
+et les rapports réciproques de l'esprit et du caractère. Ce n'est plus le
+poète local qu'elle rassure, c'est l'homme tout entier qu'elle exhorte;
+elle joint à ses encouragements un avertissement de noble morale,
+comme si elle considérait que, sinon l'innocence de la vie, du moins
+la noblesse des intentions est l'appui du talent, et comme si elle le
+prévenait que, en laissant détériorer son âme, il laisserait obscurcir son
+inspiration.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Pour te donner mes conseils en un seul,<br>
+Entretiens toujours avec soin ta flamme harmonieuse,<br>
+Sauvegarde en toi la dignité de l'Homme,<br>
+D'une âme toujours droite;<br>
+Et aie confiance que le Plan Universel<br>
+Protégera tout le monde.</p>
+
+<p>Et, porte désormais ceci&mdash;dit-elle avec solennité,<br>
+Et elle noua le houx autour de mon front;<br>
+Les feuilles luisantes et les baies rouges<br>
+Frémirent bruissantes;<br>
+Et, comme une pensée passagère, s'envolant,<br>
+Elle disparut dans la lumière.</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page125" name="page125"></a>(p. 125)</span> Si elle était arrivée comme une jeune paysanne revêtue par hasard
+d'un manteau magnifique, comme elle est transformée! elle s'éloigne
+vraiment déesse. Par un art subtil, cette Vision, qui pour sembler vraisemblable
+avait dû faire une entrée familière, s'est transfigurée en une
+lumineuse et bienfaisante protectrice. Le pauvre paysan qui s'est tout
+à l'heure laissé choir sur un escabeau, harassé de labeurs, de regrets et
+de soucis, est maintenant consolé, raffermi. Malgré tout, en dépit de tes
+fautes, pauvre Robert Burns, tu as bien fait! tu as choisi le vrai
+chemin! tu as abandonné la fortune pour la gloire. Et encore que tu
+aies fait saigner quelques c&oelig;urs&mdash;en quoi tu as failli surtout&mdash;rassure-toi
+même sur cela; tant de c&oelig;urs que tu consoleras plus
+tard feront que tu seras pardonné. Lève-toi donc et mène ta vie! Elle
+sera ce qu'elle voudra, elle n'aura pas été en vain. La déesse ne t'a pas
+trompé. Lève-toi donc, va, laboure, sème, fauche sous les grésils, les
+vents et les soleils, sois malheureux et quelquefois coupable; tu as
+désormais au front un rameau invisible.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section">III.<br>
+LES ORAGES DU C&OElig;UR. &mdash; JANE ARMOUR. &mdash; MARY CAMPBELL.</p>
+
+<p>Cette puissante explosion contre la rigueur du clergé et l'hypocrisie
+de certains dévots, sa production littéraire, la conscience
+de son génie qui s'éveillait en lui, la fierté et l'ambition qui, à sa suite,
+entraient dans son âme et l'emplissaient de rayons, ne sont qu'une
+partie de son histoire pendant ces années qui foisonnent d'événements.
+Les aventures du c&oelig;ur toujours tiennent une grande place dans sa vie;
+celles qui se sont succédé pendant son séjour à Mossgiel ont eu une
+telle influence sur sa destinée, et elles sont si étroitement liées à la
+naissance de plusieurs de ses plus belles pièces, que son sort resterait
+incompris et quelques-unes de ses &oelig;uvres inexplicables, si on n'étudiait
+avec détails ce curieux passage de l'histoire de ce c&oelig;ur, pourtant si
+pleine de surprises.</p>
+
+<p>Il est certain qu'il eut là comme ailleurs plusieurs de ces sous-intrigues
+d'amour dont parlait Gilbert. On en retrouve la trace dans ses vers:
+que ce soient des attendrissements de quelques jours ou de quelques
+heures comme dans les pièces <span class="italic">à la jeune Peggy</span>, <span class="italic">la Fille de Ballochmyle</span>;
+ou des rapports plus étroits et plus prolongés comme dans la pièce
+<span class="italic">à Elisa</span>. Il continuait son jeu de séducteur; il en indique lui-même la
+méthode et le danger dans des vers bien précis:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Ô laissez là les romans, jolies filles de Mauchline,<br>
+Vous êtes plus en sûreté à votre rouet;<br>
+<span class="pagenum"><a id="page126" name="page126"></a>(p. 126)</span> Ces livres séduisants sont des appâts et des hameçons<br>
+Pour des vauriens roués comme Rob Mossgiel;<br>
+Vos beaux Tom Jones et vos Graudisson<br>
+Font tourner vos jeunes têtes;<br>
+Ils allument vos cerveaux, enflamment vos veines,<br>
+Et alors vous êtes une proie pour Rob Mossgiel.</p>
+
+<p>Méfiez-vous d'une langue douce et bien pendue,<br>
+D'un c&oelig;ur qui semble ressentir ardemment;<br>
+Ce c&oelig;ur sensible ne fait que jouer un rôle;<br>
+C'est un art roué chez Rob Mossgiel,<br>
+L'abord ouvert, les douces caresses<br>
+Sont pires que des dards d'acier empoisonnés;<br>
+L'abord ouvert, les douces caresses<br>
+Ne sont que finesse chez Rob Mossgiel.</p>
+</div>
+
+<p>Mais ces épisodes secondaires reculent et s'effacent devant une
+aventure qui prit pendant quelque temps l'aspect d'un drame, et qui
+modifia toute son existence. Les courses de chevaux étaient depuis
+longtemps un plaisir favori en Écosse<a id="footnotetag253" name="footnotetag253"></a><a href="#footnote253" title="Lien vers la note 253"><span class="small">[253]</span></a>; elles avaient réussi surtout
+dans l'Ayrshire. Il y avait des courses annuelles à Mauchline; elles
+avaient lieu vers la fin d'Avril. Le soir, il y avait des bals: les uns,
+pour les gentilshommes et les dames; d'autres plus humbles, pour les
+rustiques. C'était, comme dans les villages, une pauvre salle probablement
+décorée de branchages, où jouait un violon. On invitait les filles
+dans la rue et on donnait un penny par danse au musicien. Dans un
+de ces bals, en 1785, pendant que Burns dansait, son chien de
+berger pénétra dans la salle et troubla les figures en suivant son
+maître. Burns en riant dit qu'il voudrait bien avoir une fille qui
+l'aimât autant que son chien. Quelque temps après, il passait par le pré
+communal de Mauchline où une jeune fille mettait du linge blanchir.
+Son chien, en courant, s'en approchant trop près, elle lui dit de le
+rappeler à lui. Il en fallait moins à Burns pour entrer en conversation.
+Tout en devisant, elle lui demanda s'il avait trouvé quelqu'un qui l'aimât
+autant que son chien, se moquant un peu de ce qu'elle lui avait entendu
+dire au bal. Ce fut la première rencontre de Burns avec celle qui après
+de singulières péripéties devait devenir sa femme<a id="footnotetag254" name="footnotetag254"></a><a href="#footnote254" title="Lien vers la note 254"><span class="small">[254]</span></a>. Elle s'appelait Jane
+et était la fille d'un maître maçon nommé William Armour, homme dur,
+fier de sa petite importance et appartenant au parti de la Vieille
+Lumière, autant de raisons, dont il convient de se souvenir, pour qu'il
+n'aimât point Burns. Les Armour demeuraient près de l'église, dans une
+ruelle sur laquelle donnait le derrière d'une auberge, où Burns, à partir
+de ce moment, alla se poster plus d'une fois<a id="footnotetag255" name="footnotetag255"></a><a href="#footnote255" title="Lien vers la note 255"><span class="small">[255]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page127" name="page127"></a>(p. 127)</span> Chose singulière chez Burns, en qui le sentiment du moment s'échappait
+sous une forme poétique presque instantanée et qui a fait tant de vers
+pour des liaisons moins sérieuses, il n'y a pas, de lui, à cette époque,
+une seule chanson dédiée à Jane Armour. Son nom, quand il monte
+des profondeurs du c&oelig;ur, apparaît dans des poésies qui ne sont pas
+faites pour elle. On le trouve mentionné pour la première fois dans un
+impromptu sur les belles de Mauchline où l'auteur déclare que pour
+lui, la fille d'Armour est «le joyau d'elles toutes<a id="footnotetag256" name="footnotetag256"></a><a href="#footnote256" title="Lien vers la note 256"><span class="small">[256]</span></a>». Le passage le plus
+important qu'il y ait sur elle se trouve dans la première <span class="italic">Épître à Davie</span>,
+écrite au mois de Janvier 1785. Ce qui montre que les relations étaient
+déjà établies entre les deux amants. C'est un passage assez vif, mais
+plutôt ardent qu'ému.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Cette vie a des joies pour vous et moi,<br>
+Des joies que la richesse ne peut acheter,<br>
+Des joies, de toutes les meilleures;<br>
+11 y a tous les plaisirs du c&oelig;ur,<br>
+Ceux de l'amant et de l'ami:<br>
+Vous avez votre Meg, votre très chérie,<br>
+Et moi ma Jane adorée.<br>
+Cela m'échauffe, cela me charme,<br>
+Rien que de dire son nom;<br>
+Cela m'embrase, cela m'allume,<br>
+Et me met tout en flamme<a id="footnotetag257" name="footnotetag257"></a><a href="#footnote257" title="Lien vers la note 257"><span class="small">[257]</span></a>.</p>
+
+<p>Juste un an après, dans la <span class="italic">Vision</span> qui est de Janvier 1786, il compare
+la jambe de la muse à celle de sa Jane, ce qui indique des progrès
+dans la liaison, et dans l'<span class="italic">Adresse au Diable</span>, il parle encore d'elle.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Il y a longtemps, dans la scène heureuse de l'Eden,<br>
+Quand les jours du jeune Adam étaient verdoyants,<br>
+Et qu'Ève était comme ma jolie Jane,<br>
+Ma très chère âme,<br>
+Une dansante, douce, jeune, belle fille,<br>
+D'un c&oelig;ur innocent<a id="footnotetag258" name="footnotetag258"></a><a href="#footnote258" title="Lien vers la note 258"><span class="small">[258]</span></a>.</p>
+
+<p>Ces quelques allusions et ces quelques strophes sont en somme peu de
+chose. Plus tard Burns composa pour Jane, devenue sa femme, quelques-unes
+de ses plus exquises et de ses plus caressantes chansons. Mais, dans
+ses commencements, cet amour fut peu fécond en poésie; comme un
+arbre tardif, il devait avoir sa vraie floraison dans l'arrière-saison.</p>
+
+<p>En dépit de la défense et de la vigilance des parents Armour, les rapports
+entre les deux amoureux continuèrent, avec des regards échangés
+<span class="pagenum"><a id="page128" name="page128"></a>(p. 128)</span> entre les fenêtres de l'auberge et celles de la maisonnette, avec des entrevues
+furtives et dangereuses. Ces relations duraient depuis un peu plus
+d'une année. Le 17 février 1786, Burns écrivait à son ami John Richmond,
+à Édimbourg: «J'ai quelques très importantes nouvelles en ce qui me
+concerne, pas des plus agréables; ce sont des nouvelles que sûrement
+vous ne pouvez pas deviner; je vous en donnerai des détails une autre
+fois<a id="footnotetag259" name="footnotetag259"></a><a href="#footnote259" title="Lien vers la note 259"><span class="small">[259]</span></a>». C'est le premier indice des tribulations et des orages qui allaient
+éclater. Jane était enceinte. C'était un coup terrible! C'était la ruine;
+c'était bien pis encore! La ruine, elle était déjà venue; la récolte de 1785
+avait été manquée et les deux frères, à bout de ressources, avaient compris
+et s'étaient dit qu'ils ne pouvaient aller beaucoup plus longtemps. Mais
+ce nouveau coup c'était la ruine dans la ruine, le naufrage, la perdition.
+Brusquement les conséquences se déroulaient autour des deux amoureux;
+ils étaient debout dans l'âpre moisson de leur faute. C'était une nouvelle
+tristesse à apporter au foyer de Mossgiel. Qu'allait devenir Jane quand il
+faudrait faire cet aveu chez elle, à son père surtout? Et derrière ces scènes
+cruelles, quand leur malheur, déjà trahi par leurs visages troublés,
+courrait le pays dans quelques semaines, c'était la masse confuse du
+scandale, des reproches, des ironies, des affronts, des humiliations, qui
+allait éclater. Ils pouvaient déjà en entendre le flot derrière cette
+muraille de quelques jours. Et ces avanies se chargeraient de toute la
+rancune des dévots. C'étaient toutes les angoisses et les affres, tout le
+drame des grossesses de filles, qui fait passer les égarements dans
+l'esprit et obtient des mères qu'elles tuent leur enfant.</p>
+
+<p>Dans l'âme excessive et surexcitée de Burns, ces prévisions se
+déchaînèrent en un véritable affolement. Il ne songea plus qu'à quitter
+le pays, à fuir tout droit devant lui, comme un b&oelig;uf taonné. De
+quels reproches, de quelles récriminations, de quelle querelle entre
+les deux amants ce désespoir se compliqua-t-il? Il n'en reste de trace
+qu'un lambeau de lettre déchirée, incomplet mais douloureusement
+cruel. «Contre deux choses je suis aussi décidé que le destin: rester
+dans le pays et la reconnaître pour ma femme! La première chose, par
+le ciel, je ne la ferai pas:&mdash;la seconde, par l'enfer, je ne la ferai
+jamais. Un bon Dieu vous protège et vous rende aussi heureux que le
+désire ardemment en pleurant l'amitié qui s'éloigne. Si vous voyez
+Jane, dites-lui que je la rencontrerai, ainsi m'aide Dieu en mon heure
+de besoin<a id="footnotetag260" name="footnotetag260"></a><a href="#footnote260" title="Lien vers la note 260"><span class="small">[260]</span></a>». C'est la dernière amertume quand, au fond d'une faute
+commune, un homme et une femme, au lieu de trouver une tristesse
+partagée et une tendresse accrue par un besoin et une pensée de soutien
+mutuel, rencontrent l'acrimonie et la discorde.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page129" name="page129"></a>(p. 129)</span> Cette fuite, cet abandon de Jane eût été une lâcheté. Cette pensée
+d'ailleurs ne semble avoir été qu'un mauvais éclair. Lockhart raconte
+que, ainsi que les derniers mots de la lettre le montrent, Burns eut avec
+sa maîtresse une entrevue. Les prières et les larmes de la pauvre fille
+vainquirent le serment fait par l'Enfer. «Le résultat de cette entrevue
+fut ce qu'on pouvait attendre de la tendresse et de la virilité des sentiments
+de Burns. Toute crainte de tribulations personnelles céda aussitôt
+aux pleurs de la femme qu'il aimait<a id="footnotetag261" name="footnotetag261"></a><a href="#footnote261" title="Lien vers la note 261"><span class="small">[261]</span></a>». Pour réparer autant qu'il était
+possible la faute commise et détourner la tempête prévue, il lui donna
+par écrit une sorte de déclaration de mariage, qui suffit, selon la loi
+écossaise<a id="footnotetag262" name="footnotetag262"></a><a href="#footnote262" title="Lien vers la note 262"><span class="small">[262]</span></a>, pour constituer un mariage irrégulier, mais parfaitement
+valide. Avec ce papier, Jane et lui étaient considérés comme mariés;
+tout s'arrangeait. Un accident de ce genre était alors trop ordinaire dans
+les villages de l'Écosse pour qu'on s'en inquiétât beaucoup: pourvu que
+le mariage fût au bout de la grossesse, les choses étaient réputées
+régulières<a href="#footnote262" title="Lien vers la note 262"><span class="small">[262]</span></a>.</p>
+
+<p>Mais le drame ne faisait que se compliquer au moment où on
+pouvait le croire terminé. L'obstacle vint d'où on ne l'aurait sûrement
+pas attendu. William Armour refusa de reconnaître cet engagement et
+préféra voir sa fille déshonorée plutôt que mariée à celui qui l'avait séduite.
+Il n'avait jamais aimé Burns et il le voyait de nouveau sur le bord de la
+misère, sans avenir<a id="footnotetag263" name="footnotetag263"></a><a href="#footnote263" title="Lien vers la note 263"><span class="small">[263]</span></a>. Burns reconnut qu'il était dénué de ressources.
+Il offrit d'aller à la Jamaïque chercher à s'en créer, et de revenir dans
+quelques années reprendre Jane; les arrangements de cette sorte ne
+sont pas aussi rares en Angleterre qu'ils peuvent nous le paraître<a id="footnotetag264" name="footnotetag264"></a><a href="#footnote264" title="Lien vers la note 264"><span class="small">[264]</span></a>. Si on
+n'acceptait pas cette proposition, il offrit de travailler comme un simple
+ouvrier pour nourrir sa femme et l'enfant attendu. Il ne semble pas qu'il
+ait songé aux étonnantes poésies entassées dans le tiroir de la petite
+table de Mossgiel. William Armour fut inflexible. Sa conduite a été jugée
+dure, étroite et précipitée. Peut-être n'est-elle pas sans excuses, ni sans
+explication. Burns était un gendre fait pour dérouter et effaroucher
+maint homme plus intelligent que le maître maçon de Mauchline. Il
+devait lui apparaître comme un mauvais garnement impie, misérable,
+destiné à toujours l'être et à entraîner sa fille dans son indigence et dans
+son immoralité.</p>
+
+<p>La décision suprême était suspendue aux lèvres de Jane. Après tout,
+elle était maîtresse de son choix. Si, avec la profonde tendresse féminine,
+avec la foi en l'homme qu'elle devait connaître mieux que son père, et
+<span class="pagenum"><a id="page130" name="page130"></a>(p. 130)</span> la vaillance que l'amour inspire en face des avenirs nébuleux, elle avait
+voulu être la femme de Burns, elle le pouvait. Sans doute son père
+violenta sa réponse; sans doute elle ressentit ces défaillances d'énergie
+que donne la confusion d'une faute; peut-être la réponse de sa voix
+fut-elle loin du souhait de son c&oelig;ur. Elle céda pourtant, livra le
+papier sur lequel leurs deux noms réunissaient leurs deux existences<a id="footnotetag265" name="footnotetag265"></a><a href="#footnote265" title="Lien vers la note 265"><span class="small">[265]</span></a>.
+L'engagement fut remis par William Armour à M. Aiken. Celui-ci le
+détruisit-il réellement? Il suffit que Burns l'ait cru. La destruction
+matérielle du contrat signifiait pour lui la rupture de la foi jurée, et que
+Jane se reprenait de lui, à ce qu'il croyait alors, pour jamais.</p>
+
+<p>Pendant ces quelques semaines, Burns souffrit beaucoup. Cependant,
+tant que le papier n'était pas détruit, il y avait un lien entre Jane et lui.
+Quand il apprit qu'on avait découpé leurs deux noms du contrat, il en
+reçut un coup terrible. Il écrivait le lendemain du jour où il en fut
+informé: «À propos, le vieux M<sup>r</sup> Armour a persuadé à M<sup>r</sup> Aiken de
+mutiler ce malheureux papier, hier. Le croiriez-vous? Bien que je n'eusse
+ni un espoir, ni même un désir de la faire mienne après sa conduite,
+cependant, quand il me dit que les noms étaient coupés du papier, mon
+c&oelig;ur mourut en moi; il me coupa les veines avec cette nouvelle. Que la
+perdition saisisse la fausseté de cette femme<a id="footnotetag266" name="footnotetag266"></a><a href="#footnote266" title="Lien vers la note 266"><span class="small">[266]</span></a>». Une scène cruelle<a id="footnotetag267" name="footnotetag267"></a><a href="#footnote267" title="Lien vers la note 267"><span class="small">[267]</span></a>: le
+vieux maçon, dur et vindicatif, annonçant lui-même à Burns qu'on a
+mutilé le contrat, lui donnant des détails, qui sait? les inventant,
+mentant peut-être; et Burns, chez lequel les palpitations et les bonds du
+c&oelig;ur étaient désordonnés, effrayants, bouleversé, défaillant, et, avec
+son orgueil, essayant de cacher sa torture. À partir de ce moment, il
+changea sa signature; cette lettre est paraphée: «Burns» au lieu de
+Burness; comme s'il voulait laisser à jamais derrière lui ce nom qu'on
+avait pris en vain. Il ne le reprit plus<a id="footnotetag268" name="footnotetag268"></a><a href="#footnote268" title="Lien vers la note 268"><span class="small">[268]</span></a>. En même temps, pour rendre
+la séparation des amoureux plus définitive et éviter les scènes qui
+auraient pu amener une entente, le père Armour envoya sa fille à
+Paisley, chez un oncle, charpentier là-bas<a id="footnotetag269" name="footnotetag269"></a><a href="#footnote269" title="Lien vers la note 269"><span class="small">[269]</span></a>. Toutes ces émotions, les
+scènes entre les deux amants, l'engagement, l'aveu de Jane chez elle,
+la rupture, le départ sont contenus dans quelques semaines, depuis la
+fin de février jusqu'à la fin de mars 1786.</p>
+
+<p>Le mois d'avril 1786 est dans l'histoire de Burns un mois de torture
+et de démence. Lorsqu'il apprit l'abandon et la faiblesse de Jane, sa
+peine fut d'une véhémence inouïe, comme on pouvait l'attendre d'un
+<span class="pagenum"><a id="page131" name="page131"></a>(p. 131)</span> homme chez lequel les moindres émotions étaient extrêmes. Ce fut
+d'abord de la stupeur, un engourdissement de la souffrance par la force
+du coup qui l'assénait. Mais c'était une nature trop puissante pour que
+cet accablement durât. Ce fut alors une tempête de désespoir et
+d'affliction qui l'emporta jusqu'aux rivages de la folie. Chaque fois
+qu'il a parlé de cette cruelle période de sa vie, il ne l'a jamais fait sans
+qu'un frisson de l'ancienne angoisse n'ait ressaisi son c&oelig;ur; il en a gardé
+un souvenir analogue à celui que les marins gardent des heures où ils
+ont failli sombrer. Les images qui lui viennent sont toutes empruntées
+aux fureurs de l'Océan et suggèrent l'idée d'une barque en péril et sans
+boussole. Évidemment, il avait conservé la sensation d'une âme
+désemparée, affolée, à la merci des convulsions d'une formidable
+souffrance.</p>
+
+<p>On a publié récemment, pour la première fois, une lettre où il
+retrace les phases de cette épreuve. Elle commence par une raillerie
+découragée de lui-même et de sa destinée, et par un récit de son amour
+enveloppé dans une plaisanterie brutale, presque grossière et douloureuse.
+Peu à peu cependant, il laisse tomber son rire; le style monte,
+grandit dans un mouvement où l'ironie passe encore mais comme
+emportée dans un tourbillon de colère; et la lettre se termine par de
+puissantes images de bouleversement et de chaos.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Tristes et douloureuses, Monsieur, ont été mes tribulations en ces temps derniers,
+et nombreux et perçants mes chagrins. Si ce n'avait été pour la perte que ce monde
+aurait faite en perdant un si grand poète, il y a longtemps que j'aurais imité un homme
+beaucoup plus sage que moi, le fameux Achitophel de prévoyante mémoire, quand
+«il s'en retourna chez lui et mit sa maison en ordre<a id="footnotetag270" name="footnotetag270"></a><a href="#footnote270" title="Lien vers la note 270"><span class="small">[270]</span></a>». J'ai perdu, Monsieur, le plus
+cher des trésors terrestres, le plus grand bonheur ici-bas, le dernier, le meilleur don
+qui compléta la félicité d'Adam dans le jardin béni, j'ai perdu&mdash;j'ai perdu&mdash;ma
+main tremblante refuse son office, l'encre épouvantée remonte dans la plume&mdash;ne
+l'annoncez point dans Gath<a id="footnotetag271" name="footnotetag271"></a><a href="#footnote271" title="Lien vers la note 271"><span class="small">[271]</span></a>&mdash;j'ai perdu&mdash;une&mdash;une&mdash;une femme!</p>
+
+<p class="poem20">La plus belle des créatures de Dieu, la dernière et la meilleure!<br>
+Maintenant tu es perdue.</p>
+
+<p>Vous avez sans doute, Monsieur, entendu parler de mon histoire avec toutes ses
+exagérations&mdash;mais comme mes actions et mes motifs d'action sont particulièrement
+comme moi, et comme ce moi est particulièrement différent de tous les autres, je vous
+demande de m'accorder un moment de loisir et une larme inoccupée pour que je
+vous raconte mon histoire à ma façon.</p>
+
+<p>J'ai été toute ma vie, Monsieur, un des fils du désappointement, gens à l'air triste,
+à la longue face. Une étoile maudite a toujours occupé mon zénith et versé sa funeste
+influence, selon l'énergique malédiction du prophète. «Et vois, tout ce qu'il tentera
+<span class="pagenum"><a id="page132" name="page132"></a>(p. 132)</span> ne prospérera pas<a id="footnotetag272" name="footnotetag272"></a><a href="#footnote272" title="Lien vers la note 272"><span class="small">[272]</span></a>». J'atteins rarement où je vise, et si j'ai besoin de quelque chose,
+je suis à peu près sûr de ne pas le trouver là où je le cherche. Par exemple, si j'ai
+besoin de mon couteau, je tire de ma poche vingt objets: un coin à charrue, un clou
+de fer à cheval, une ancienne lettre, un lambeau de rimes, bref tout, sauf mon
+couteau, et celui-ci, à la fin, après une recherche pénible et inutile, je le trouverai
+dans le coin insoupçonné d'une poche insoupçonnée, comme si on l'avait mis à l'écart
+exprès. Malgré tout, Monsieur, depuis longtemps je tournais un regard de convoitise
+vers ce bonheur inestimable: une femme. L'eau me venait délicieusement à la bouche
+de voir un jeune gars, après quelques contes niais et quelques lieux communs débités
+par un Monsieur en noir, s'en aller coucher avec une jeune fille, sans que personne osât
+y trouver à redire; tandis que moi, juste pour avoir fait la même chose, sauf cette
+cérémonie, je suis devenu l'objet de la risée de tout le Dimanche, et je suis insulté
+comme un pick-pocket. Je n'ignorais pas cependant que, si ma fortune à mauvaise
+étoile avait le vent de mon désir matrimonial, mes projets s'en iraient au néant.
+Pour empêcher cela, je résolus de prendre mes mesures avec tant de caution et de
+précaution que toutes les planètes malignes de l'Hémisphère ne pourraient pas ruiner
+mes projets<a id="footnotetag273" name="footnotetag273"></a><a href="#footnote273" title="Lien vers la note 273"><span class="small">[273]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Puis, avec une grande crudité de termes et toutes sortes de comparaisons
+à double entente et d'un goût douteux sur les escarpes, les contre-escarpes,
+les bastions et tous les détails d'un siège et d'un assaut de
+citadelle, il raconte qu'il avait pris ses précautions pour déjouer le
+mauvais vouloir de sa mauvaise fortune et rendre son mariage inévitable.
+Il laisse entendre qu'il n'a pas eu, tout le temps, d'autre chose
+en vue. On le prend ici sur le fait d'une de ces mille faiblesses
+secondaires qu'une première faute amène avec elle, et qui en sont les
+menues branches. Ce qu'il dit là est faux. Il cédait au besoin d'expliquer
+et de pallier son aventure. En réalité il n'avait jamais eu la pensée
+d'épouser Jane et le serment fait plus haut le prouve suffisamment.
+C'est le résultat fatal d'une de ces défaillances, qu'on est obligé de
+défendre contre elle le reste de sa vie et de la combattre, dans l'esprit
+de ceux surtout qui vous estiment, par des explications ou des atténuations
+qui déforment la vérité. Quand on fait un plaidoyer pour soi-même, on
+est exposé à tous les défauts de l'avocat et on perd les excuses qu'il a.
+Toute cette partie de lettre est mêlée d'un ricanement pénible et presque
+grossier. La seconde partie, où il parle de ce qu'il a éprouvé quand sa
+promesse fut rejetée, est vraiment, en dépit de ses comparaisons trop
+poussées, une terrible peinture de désespoir.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Comment j'ai supporté tout cela? On peut seulement l'imaginer. Toutes les
+ressources de la description restent loin, loin en arrière. Il y a, en tout temps, une
+bonne part de folie dans la composition d'un poète, mais, dans cette occasion, j'étais
+sur dix parties, neuf parties et neuf dixièmes fou à lier. D'abord je demeurai figé
+<span class="pagenum"><a id="page133" name="page133"></a>(p. 133)</span> dans une stupeur insensible, silencieux, sombre, comme la femme de Loth, changée
+en sel dans la plaine de Gomorrhe. Mais c'est surtout mon second paroxysme qui
+rend pauvre toute description. La débâcle de l'Océan arctique quand le retour du
+soleil dissout les chaînes de l'hiver et, détachant des montagnes de glace longuement
+accumulée, bouleverse avec des craquements affreux l'abîme écumant; des images
+comme celle-là donnent une faible idée de ce qu'était la situation de mon âme.
+Mes facultés enchaînées, tout d'un coup lâchées, mes passions affolantes s'élevant à
+une décuple fureur, passèrent par dessus leurs rives, avec une force impétueuse,
+irrésistible, balayant devant elles tous les obstacles et tous les principes. La Prudence
+était un appel inaperçu dans l'ouragan qui passe; la Raison un élan bramant dans les
+tourbillons du Maelström, la Religion un castor se débattant faiblement dans les
+chûtes rugissantes du Niagara. Je reniai le premier moment de mon existence;
+j'exécrai la faiblesse et la folie d'Adam pour ce présent, agréable à l'&oelig;il, mais
+exhalant le poison, qui l'avait ruiné et m'avait perdu; je suppliai les flancs de la
+nuit inanimée de se refermer sur moi et tous mes chagrins.</p>
+
+<p>Une tempête naturellement se dissipe en soufflant. Mes passions épuisées retombèrent
+graduellement en un calme blafard et, par degrés, je suis rentré dans le
+chagrin assoupi par le temps d'un homme veuf qui, essuyant les pleurs décents, relève
+ses yeux usés par le chagrin pour chercher&mdash;une autre femme.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Tel est l'état de l'homme; aujourd'hui bourgeonnent sur lui<br>
+Les tendres feuilles de son espérance; demain, il fleurit<br>
+Et il porte sa parure empourprée, abondante, sur lui;<br>
+Le troisième jour arrive une gelée, une gelée meurtrière<br>
+Qui mord sa racine et alors il tombe comme moi<a id="footnotetag274" name="footnotetag274"></a><a href="#footnote274" title="Lien vers la note 274"><span class="small">[274]</span></a>.</p>
+
+<p>Telle est, Monsieur, cette ère fatale de ma vie. «Et il arriva que comme j'attendais
+la douceur, voici l'amertume; et comme j'attendais la lumière, voici les ténèbres<a id="footnotetag275" name="footnotetag275"></a><a href="#footnote275" title="Lien vers la note 275"><span class="small">[275]</span></a>».</p>
+
+<p>Mais ce n'est pas tout. Déjà les bassets saints, la meute à fornication, commencent à
+quêter la voie et je m'attends à chaque instant à les voir lâchés et à les entendre
+derrière moi donner de la voix. Mais comme je suis un vieux renard je leur donnerai
+des détours et des ruses et, bientôt, j'ai l'intention d'aller me terrer dans les
+montagnes de la Jamaïque.</p>
+</div>
+
+<p>C'est qu'effectivement la Kirk-Session avait déjà vent de toute l'aventure.
+Rien ne donne la sensation directe de la rapidité d'information et de
+l'inquisition de ces singuliers tribunaux comme les procès-verbaux où sont
+enregistrées les diverses phrases de l'histoire de Burns et de Jane Armour.
+Ce fut notre bonne fortune d'arriver à Mauchline au moment où le ministre
+de la paroisse, le Révérend Edgard, préparait ses études sur la vie religieuse
+en Écosse; et c'est un de nos bons souvenirs que le soir où, après
+avoir entendu une de ses substantielles conférences sur tout ce vieux monde
+disparu, nous découvrîmes, en feuilletant avec lui ces cahiers jaunis, ces
+<span class="pagenum"><a id="page134" name="page134"></a>(p. 134)</span> souvenirs qui, à notre connaissance, paraissent pour la première fois dans
+une biographie du poète. Voici le début et les premiers indices:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Avril, le 2.&mdash;La session étant informée qu'on dit que Jane Armour, femme non
+mariée, est enceinte, et qu'elle a disparu de l'endroit où elle demeurait récemment
+pour aller résider ailleurs, la session pense qu'il est de son devoir de faire une
+enquête sur la vérité on la fausseté de cette rumeur.</p>
+
+<p>Dans l'intervalle, elle charge deux de ses membres, à savoir James Lamie et
+William Fisher, d'aller entretenir, à ce sujet, les parents qui, elle l'espère, seront
+disposés à prêter leur concours à la session, comme cela est le devoir et comme il sied,
+et feront leur déclaration.</p>
+
+<p class="p2">«Avril, le 9.&mdash;James Lamie expose qu'il a parlé à Mary Smith, mère de Jane
+Armour, qui lui a dit qu'elle ne soupçonnait pas sa fille d'être enceinte, que celle-ci
+était allée à Paisley pour voir ses parents et qu'elle ne tarderait pas à rentrer».</p>
+</div>
+
+<p>Il n'est pas inutile de remarquer qu'un des deux membres chargés de
+cette délicate mission était le fameux <span class="italic">Holy Willie</span>, lui-même, l'homme à
+la prière. Le digne homme put avoir de bien douces dégustations de fiel
+en pensant à cette nouvelle imprudence de son ennemi. Au moment de
+la satire, on n'avait pas pu atteindre ce méchant gars, mais voici qu'il
+s'offrait de lui-même. «Malheureusement pour moi, dit Burns au moment
+où il se félicite d'avoir échappé à l'artillerie de la session, malheureusement
+pour moi mes sottes escapades m'amenèrent, par un autre côté,
+juste en face et à portée de leurs plus lourds projectiles<a id="footnotetag276" name="footnotetag276"></a><a href="#footnote276" title="Lien vers la note 276"><span class="small">[276]</span></a>». Nous aurons,
+dans les mêmes extraits, la suite de cette histoire. En attendant on voit
+que rien ne manquait aux tribulations de Burns, et que les anxiétés
+l'assaillaient au dehors comme au dedans.</p>
+
+<p>Cette période de sa vie fut vraiment en proie à un chagrin indicible,
+qui ne se ramassait pas en quelques heures douloureuses, mais qui se
+répandait dans tous les instants. Dans ses lettres les plus insignifiantes,
+il affleure à la surface entre les formules les plus banales. «Rappelez-vous
+un pauvre poète luttant, dans vos prières. Il attend, avec crainte
+et tremblement, ce moment important pour lui, qui peut-être frappera
+la médaille de l'empreinte d'une disgrâce éternelle pour votre humble,
+affligé, tourmenté, Robert Burns<a id="footnotetag277" name="footnotetag277"></a><a href="#footnote277" title="Lien vers la note 277"><span class="small">[277]</span></a>». Et dans une autre lettre: «Ce sont
+les sentiments plaintifs, naturels à un c&oelig;ur que, ainsi que l'élégant et
+touchant Gray le dit, la mélancolie a marqué pour un des siens<a id="footnotetag278" name="footnotetag278"></a><a href="#footnote278" title="Lien vers la note 278"><span class="small">[278]</span></a>».
+Cette tristesse était devenue chez lui une idée fixe qui se saisissait des
+moindres faits et leur donnait l'aspect inquiétant d'un présage funeste
+ou d'une affligeante leçon. En labourant un champ, si sa charrue
+<span class="pagenum"><a id="page135" name="page135"></a>(p. 135)</span> bouleverse un pied de pâquerettes, aussitôt le rapprochement s'offre à
+des yeux fixés toujours sur la même pensée.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Petite modeste fleur, cerclée de cramoisi,<br>
+Tu m'as rencontré dans une heure mauvaise,<br>
+Il a fallu que j'écrase dans la poussière<br>
+Ta tige mince:<br>
+T'épargner maintenant n'est plus en mon pouvoir,<br>
+Toi jolie perle.</p>
+
+<p>Toi-même, toi qui gémis sur le destin de la pâquerette,<br>
+Ce destin est le tien, à une date prochaine,<br>
+Le soc de l'âpre Ruine arrive droit<br>
+En plein sur ta jeunesse,<br>
+Bientôt, être écrasé sous le poids du sillon<br>
+Sera ta destinée<a id="footnotetag279" name="footnotetag279"></a><a href="#footnote279" title="Lien vers la note 279"><span class="small">[279]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Mais cette image, d'une mélancolie gracieuse, ne lui suffit pas; il y en
+a une seule qui rend ce qu'il y a de démesuré et de tourmenté dans son
+chagrin: c'est la plus complète image de l'impuissance de l'homme,
+toujours la même, celle qui est empruntée aux tempêtes de mer. Il s'est
+détourné de la donnée de la pièce et de la suite naturelle des comparaisons,
+pour introduire, de force, hors de sa place, l'image qu'il porte
+partout avec lui et dont il ne peut se débarrasser:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Tel est le destin de l'humble barde,<br>
+Sur le rude Océan de la vie, sous une mauvaise étoile,<br>
+Il est inhabile à consulter la carte<br>
+Du savoir prudent,<br>
+Jusqu'à ce que les houles l'emportent,<br>
+Que les rafales soufflent dur,<br>
+Et qu'il succombe<a href="#footnote279" title="Lien vers la note 279"><span class="small">[279]</span></a>.</p>
+
+<p>Cet état d'esprit produisit toute une série de poèmes d'une teinte
+funèbre et dont les titres suffisent à indiquer les sujets: <span class="italic">à la Ruine</span>,
+<span class="italic">Désespoir</span>, <span class="italic">Lamentation</span>. Ils sont tous éloquents. La plupart sont très
+personnels et, comme il arrive souvent chez Burns, pleins de détails
+fournis par les circonstances dans lesquelles ils ont été écrits. On y
+reconnaît le milieu et la saison. Dans une de ces pièces, c'est le
+printemps dans les champs, avec ses gaîtés de fleurs et d'oiseaux et son
+réveil d'occupations rustiques. La nature réjouie voit sa robe reprendre
+ses couleurs vernales et sa chevelure de feuillage ondule dans la brise,
+toute fraîche de rosée. Une fête est partout; la violette et la primevère
+fleurissent; le merle et le linot chantent; le laboureur excite gaiement
+<span class="pagenum"><a id="page136" name="page136"></a>(p. 136)</span> son attelage et la joie est avec le semeur attentif qui fait de grands pas.
+Mais le pauvre poète blessé glisse à travers ces scènes comme un
+fantôme épuisé de douleur, et pour lui la vie est un songe fatigant, le
+songe d'un homme qui ne s'éveille jamais:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Viens, Hiver, avec ton hurlement courroucé,<br>
+Et, furieux, ploie l'arbre dénudé;<br>
+Tes ténèbres calmeront mon âme désolée,<br>
+Quand la nature entière sera triste comme moi<a id="footnotetag280" name="footnotetag280"></a><a href="#footnote280" title="Lien vers la note 280"><span class="small">[280]</span></a>.</p>
+
+<p>Parfois, comme dans la <span class="italic">Lamentation</span>, c'est la nuit; tandis que les
+mortels dorment soulagés de leurs soucis, errant dans la campagne il
+cherche, dans la solitude et la vue des endroits familiers, cette recrudescence
+déchirante et étrangement poursuivie dont nous aimons à
+sentir nos regrets s'aviver. La pâle lune luit silencieusement et, sous sa
+blême et froide clarté, il vient se lamenter de ce que la vie et l'amour
+ne soient qu'un songe. Il raconte ses nuits sans sommeil et harassées de
+chagrin, et ses matins où il voit s'allonger la file des heures pénibles et
+lentes; jusqu'à ce que l'image des heures amoureuses lui revienne et
+que le souvenir des moments heureux le ressaisisse<a id="footnotetag281" name="footnotetag281"></a><a href="#footnote281" title="Lien vers la note 281"><span class="small">[281]</span></a>.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Ô toi, orbe pâle, qui brilles silencieux,<br>
+Tandis que sommeillent les mortels délivrés de leurs soucis,<br>
+Tu vois un malheureux qui languit intérieurement<br>
+Et erre ici pour gémir et pleurer!<br>
+Chaque nuit, je tiens veillée avec la Douleur,<br>
+Sous tes rayons blêmes, sans chaleur;<br>
+Et je me plains, en lamentations profondes,<br>
+Que la vie et l'amour ne sont qu'un songe.</p>
+
+<p>Oh! se peut-il qu'elle ait un c&oelig;ur si bas,<br>
+Si perdu à l'honneur, si perdu à la foi,<br>
+Qu'elle abandonne l'amant le plus épris,<br>
+L'époux à qui sa jeunesse s'est liée?<br>
+Hélas! le sentier de la vie peut être rude!<br>
+Sa route peut la conduire à travers d'âpres détresses!<br>
+Qui alors adoucira ses angoisses et ses peines,<br>
+Qui partagera ses chagrins pour les diminuer?</p>
+
+<p>Le matin, qui annonce l'approche du jour,<br>
+M'éveille pour le labeur et la douleur;<br>
+Je vois, en longue série, les heures<br>
+Où je dois souffrir, se traîner lentement;<br>
+Mainte angoisse, mainte torture,<br>
+Cortège affreux du souvenir,<br>
+<span class="pagenum"><a id="page137" name="page137"></a>(p. 137)</span> Tordront mon âme, avant que Ph&oelig;bus s'abaissant<br>
+Ne baise au loin la mer occidentale.</p>
+
+<p>Et quand, la nuit, je me jette sur ma couche,<br>
+Meurtri, harassé de soucis et de chagrin,<br>
+Mes nerfs brisés de fatigue, mes yeux usés de larmes<br>
+Veillent comme les voleurs nocturnes:<br>
+Ou si je sommeille, l'imagination, maîtresse,<br>
+Règne, farouche, hagarde, folle d'épouvante:<br>
+Même le jour, malgré ses amertumes, est un soulagement<br>
+Après ces nuits qui respirent l'horreur.</p>
+</div>
+
+<p>Dans le <span class="italic">Désespoir</span>, pièce composée peut-être après les autres, en
+un de ces moments où la douleur tend à se généraliser en réflexions et
+s'infiltre, pour ainsi dire, dans les idées, la souffrance devient une vue
+pessimiste de la vie humaine.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Accablé de chagrin, accablé de souci,<br>
+Fardeau plus lourd que je ne puis porter,<br>
+Je m'assieds à terre et je soupire:<br>
+«Ô vie, tu es une charge douloureuse,<br>
+Sur une route âpre et fatigante,<br>
+Pour des malheureux tels que moi!<br>
+Quand je jette mon regard dans le sombre passé,<br>
+Quelles scènes pénibles apparaissent!<br>
+Quelles peines nouvelles peuvent me percer?<br>
+J'ai trop lieu de les redouter!<br>
+Toujours soucieux, désespérant,<br>
+Tel est mon sort amer:<br>
+Mes douleurs ici-bas ne se fermeront<br>
+Que lorsque se fermera ma tombe.</p>
+
+<p>Ô jours enviables, jours de jeunesse,<br>
+Vous qui dansiez insouciants dans le labyrinthe du plaisir,<br>
+Ignorant le souci et le mal!<br>
+Pourquoi vous échanger contre des moments plus mûrs,<br>
+Pour sentir les folies et les crimes<br>
+Des autres ou les miens propres!<br>
+Et vous, petits enfants, qui innocemment jouez<br>
+Comme des linots dans les buissons,<br>
+Vous ne savez pas quels maux vous demandez<br>
+Quand vous désirez être des hommes;<br>
+Les pertes, les peines,<br>
+Qui saisissent l'homme mûr;<br>
+Rien que des alarmes, rien que des larmes<br>
+Pour la vieillesse obscurcie<a id="footnotetag282" name="footnotetag282"></a><a href="#footnote282" title="Lien vers la note 282"><span class="small">[282]</span></a>!»</p>
+</div>
+
+<p>Cette désespérance atteint son apogée dans un appel à la mort,
+au-delà duquel il n'y a plus que le suicide.</p>
+
+<p class="poem-ctr"><span class="pagenum"><a id="page138" name="page138"></a>(p. 138)</span> «Et toi, puissance hideuse, abhorrée par la vie,<br>
+Tant que la vie a un plaisir à offrir,<br>
+Oh! écoute la prière d'un misérable!<br>
+Je ne recule plus épouvanté, je n'ai plus peur;<br>
+Je brigue, je mendie ton aide amicale,<br>
+Pour clore cette scène de souci!<br>
+Quand donc mon âme, dans une paix silencieuse,<br>
+Terminera-t-elle le jour attristé de la vie?<br>
+Quand mon c&oelig;ur lassé cessera-t-il ses battements,<br>
+Refroidi, pourrissant dans l'argile?<br>
+Plus de crainte, plus de larmes,<br>
+Pour souiller mon visage inanimé,<br>
+Embrassé et serré<br>
+Dans ton étreinte glaciale!<a id="footnotetag283" name="footnotetag283"></a><a href="#footnote283" title="Lien vers la note 283"><span class="small">[283]</span></a></p>
+
+<p>Toutes ces pièces et la lettre que nous citions plus haut sont d'avril et
+de mai 1786. Ces productions véritablement désespérées sont serrées les
+unes contre les autres dans le court espace de quelques semaines. Il n'y
+avait évidemment pas de repos pour l'esprit misérable de Burns dans
+l'intervalle de l'une à l'autre; sa douleur ne prit pas haleine une seule
+fois. À la surface, il resta gai; sa fierté et son excitabilité sociale le
+soutenaient. Il chercha à oublier ou tout au moins à s'étourdir, et
+probablement cette maudite époque de sa vie est responsable de
+l'habitude de boire qui lui devint plus tard funeste. En effet Gilbert dit
+que, ni pendant le séjour à Tarbolton, ni pendant le séjour à Mauchline
+jusqu'au moment où il devint auteur, il ne le vit pas une seule fois en
+état d'ivresse, et il attribue le changement survenu dans sa conduite à ce
+que, devenant célèbre, il fut plus recherché<a id="footnotetag284" name="footnotetag284"></a><a href="#footnote284" title="Lien vers la note 284"><span class="small">[284]</span></a>. Ce motif est à peine
+plausible. Burns était depuis longtemps aimé dans son entourage, assez
+connu dans les villages voisins, assez fêté de toutes parts pour qu'il
+n'y eût de réunion sans qu'il y fût et sans qu'il en devînt aussitôt le roi.
+Il y avait beaux jours que les occasions l'assaillaient, et s'il avait résisté
+à celles qu'il avait rencontrées, il pouvait résister à toutes. Assurément,
+il ne faisait pas fi d'un gobelet de whiskey, «l'âme des jeux et des
+caprices<a id="footnotetag285" name="footnotetag285"></a><a href="#footnote285" title="Lien vers la note 285"><span class="small">[285]</span></a>», et il aimait John Barleycorn le roi des grains. Mais c'était
+dans la mesure où, depuis qu'en faisant fermenter le raisin ou l'orge
+l'homme a trouvé le moyen de faire aussi fermenter sa pensée, il semble
+qu'il soit permis, tant cela est universel et naturel, de surexciter son
+imagination et de tendre, au-dessus des tristesses de la vie, un léger
+arc-en-ciel de joie factice. C'était dans la mesure où boire avec un
+compagnon noue plus rapidement les connaissances et fait plus rapidement
+mûrir l'amitié.</p>
+
+<p class="poem-ctr"><span class="pagenum"><a id="page139" name="page139"></a>(p. 139)</span> Nous ferons résonner la mesure de quatre,<br>
+«Nous la baptiserons avec de l'eau fumante,<br>
+Et puis, nous nous asseoirons et nous boirons notre coup<br>
+Pour nous réjouir le c&oelig;ur;<br>
+Et ma foi, nous aurons fait meilleure connaissance<br>
+Avant que nous nous quittions<a id="footnotetag286" name="footnotetag286"></a><a href="#footnote286" title="Lien vers la note 286"><span class="small">[286]</span></a>.»</p>
+
+<p>Mais il n'avait jamais outrepassé les limites et n'avait cherché, dans
+les cabarets de village que la compagnie d'amis, et dans la boisson
+qu'un pétillement de verve. C'est pendant ces semaines mauvaises
+qu'il semble qu'il se soit mis, pour la première fois, à boire lourdement,
+qu'il ait cherché dans l'ivresse non plus la surexcitation mais la
+stupeur. Afin de trouver l'oubli, il a été jusqu'au point où s'engourdissent
+du même coup la pensée et la souffrance. Il s'est jeté dans des
+orgies plus épaisses, avec une sorte de fureur et de bravade farouche. Il
+a apporté dans la boisson, ce besoin de défi qui pousse les amoureux;
+il a parié de boire plus que les autres; il a fait toutes les extravagances
+de tant de pauvres c&oelig;urs qui ont cru s'étourdir. Il le dit lui-même:
+«J'ai essayé souvent de l'oublier, je me suis plongé dans toutes sortes
+de désordres et d'orgies: réunions maçonniques, assauts de boissons et
+autres folies pour la chasser de ma tête, mais tout a été vain!<a id="footnotetag287" name="footnotetag287"></a><a href="#footnote287" title="Lien vers la note 287"><span class="small">[287]</span></a>» Ce n'est
+plus la légère excitation faite presque entière de rire, de paroles et de
+verve bruyante, dans laquelle sa nature exubérante se plaisait; c'est la
+vraie ivresse, celle qui va jusqu'au bout et continue à outrance, jusqu'à
+ce que la raison, la parole, l'être entier chancelle et que le dernier
+mot appartienne à la boisson. Gilbert avait raison en disant que son
+frère n'avait connu cette dégradation qu'au moment où il devint auteur.
+Il se trompe sur les causes qui l'y ont poussé. Burns, hélas! n'est pas
+le seul des poètes que «les v&oelig;ux brisés d'une femme sans foi<a id="footnotetag288" name="footnotetag288"></a><a href="#footnote288" title="Lien vers la note 288"><span class="small">[288]</span></a>» aient
+poussé dans cette voie fatale, où maints ont laissé leur santé, et quelques-uns
+leur génie.</p>
+
+<p class="p2">En voyant les ravages que cet amour a faits dans le c&oelig;ur de Burns et
+en songeant à la place qu'il a tenue dans la suite de sa vie, il est
+impossible de ne pas se demander ce que fut cette passion si cruellement
+despotique, ce qu'était la femme qui l'a inspirée. Elle ne semble pas
+avoir été belle. Brune, avec des cheveux noirs épais et des yeux noirs
+brillants, ce qui frappe en elle c'est quelque chose de bien pris et de
+net dans les formes du corps, d'alerte et de ferme dans l'allure, la
+grâce qui ressort de mouvements souples, d'un pas libre et décidé.
+<span class="pagenum"><a id="page140" name="page140"></a>(p. 140)</span> Burns faisait allusion à cette élégance de tournure quand, en parlant de
+la Nymphe de la <span class="italic">Vision</span>, il disait:</p>
+
+<p class="poem-ctr">«Sa robe&mdash;en tartan brillant&mdash;coulait, descendait,<br>
+Laissant voir simplement la moitié de sa jambe;<br>
+Et quelle jambe! ma jolie Jane<br>
+Seule aurait la pareille,<br>
+Si droite, si effilée, si bien prise, si nette;<br>
+Aucune autre n'en approchait<a id="footnotetag289" name="footnotetag289"></a><a href="#footnote289" title="Lien vers la note 289"><span class="small">[289]</span></a>.»</p>
+
+<p>Elle conserva jusqu'avant dans la vie la jeunesse de démarche et
+l'activité qui avaient été son grand attrait. Il est probable cependant
+qu'elle avait dans les manières quelque chose de vif et de séduisant, et
+cette gaîté de caractère dont le charme est grand. Son esprit était
+ordinaire et on pourrait croire, si l'on s'en tenait à ses premières
+relations avec Burns, que son c&oelig;ur l'était encore davantage.</p>
+
+<p>Et cet amour lui-même, quelle place occupe-t-il dans la nomenclature
+des amours de Burns? Violent, véhément, sincère, il le fut sans doute;
+mais ce sont là des caractères qui peuvent être communs à bien des
+passions dont l'essence est différente. Si on regarde d'un peu plus près
+celui-ci, on ne tarde pas à voir qu'il relevait presque exclusivement des
+sens. Ce qui frappe dans les pièces qui s'y rattachent, c'est le ton
+voluptueux qui y domine. Elles sont faites uniquement de sensations
+physiques, contenues dans des expressions brûlantes.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Ce ne sont pas des pensées poétiques, feintes et vaines,<br>
+Qui réclament mes tristes lamentations délaissées de l'amour;<br>
+Ce n'est pas un pipeau de berger, des chants d'Arcadie,<br>
+Ni des tortures imaginaires, bizarres et faibles;<br>
+La foi échangée, la flamme mutuelle,<br>
+Les pouvoirs célestes souvent attestés,<br>
+Le tendre nom de père qui m'était promis,<br>
+C'étaient là les gages de mon amour.</p>
+
+<p>Quand ses bras étreignants m'encerclaient,<br>
+Comme les instants extasiés s'envolaient!<br>
+Combien j'ai souhaité les charmes de la fortune<br>
+Pour l'amour de ma chérie, de ma seule chérie!<br>
+Et faut-il que je le pense! est-elle partie<br>
+La fierté secrète de mon c&oelig;ur joyeux,<br>
+Et entend-elle, insouciante, mes plaintes,<br>
+Et est-elle à jamais, à jamais perdue?<a id="footnotetag290" name="footnotetag290"></a><a href="#footnote290" title="Lien vers la note 290"><span class="small">[290]</span></a></p>
+</div>
+
+<p>Les souvenirs auxquels se complaisent ces «pensées qu'il rassemble
+comme un trésor<a href="#footnote290" title="Lien vers la note 290"><span class="small">[290]</span></a>», ont parfois une infinie douceur de caresse, parfois
+<span class="pagenum"><a id="page141" name="page141"></a>(p. 141)</span> un emportement de lascivité; ils sont tout matériels. La poésie en est
+merveilleuse, toutes ces strophes sont encore ardentes et comme enveloppées
+d'une chaude atmosphère pourpre, toute de baisers. Depuis
+les sonnets de Shakspeare, il ne s'était rien vu dans la littérature anglaise
+qui eût cette sincérité et cette splendeur de sensualité:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Ô toi, reine brillante, qui, au-dessus de la plaine,<br>
+Règnes maintenant dans le ciel, d'un empire illimité!<br>
+Souvent, ton regard, qui suit silencieusement,<br>
+Nous a vus nous égarer, errant amoureusement;<br>
+Le temps, inaperçu, s'enfuyait,<br>
+Tandis que le pouls voluptueux de l'amour battait fortement,<br>
+Quand sous tes rayons aux clartés d'argent<br>
+Nous voyions nos yeux s'enflammer mutuellement.</p>
+
+<p>Ô scènes, fixées en un puissant souvenir!<br>
+Scènes qui jamais, jamais ne reviendront!<br>
+Scènes, qui, si j'oublie parfois dans la stupeur,<br>
+Dès que je les ressens de nouveau, m'embrasent de nouveau!<br>
+Arraché à toutes les joies et à tous les plaisirs,<br>
+À travers le vallon désolé de la vie, j'erre;<br>
+Et sans espoir, sans secours, je lamenterai<br>
+Les v&oelig;ux brisés d'une femme infidèle<a id="footnotetag291" name="footnotetag291"></a><a href="#footnote291" title="Lien vers la note 291"><span class="small">[291]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Dans ses lettres aussi, n'est-ce pas toujours le côté sensuel de cet
+amour qui reparaît? Il n'en parle jamais sans que le trait dominant ne
+soit un détail physique. «Ma pauvre chère infortunée Jane, comme j'ai
+été heureux dans tes bras!<a id="footnotetag292" name="footnotetag292"></a><a href="#footnote292" title="Lien vers la note 292"><span class="small">[292]</span></a>» Et plus tard il s'écrie dans une expression
+où la sensation de la possession est fortement rendue et dont la sensualité
+est presque intraduisible: «<span class="italic" lang="en">I don't think I shall ever meet with so delicious
+an armful again.</span> Je ne retrouverai jamais une si délicieuse embrassée<a id="footnotetag293" name="footnotetag293"></a><a href="#footnote293" title="Lien vers la note 293"><span class="small">[293]</span></a>».
+On verra que cet amour conservera toujours le même caractère.</p>
+
+<p class="p2">Cette même aventure allait exercer sur la vie de Burns une influence
+toute différente et non moins importante. À la suite de la rupture, son
+départ pour la Jamaïque, qui n'avait été qu'une offre, devint une résolution<a id="footnotetag294" name="footnotetag294"></a><a href="#footnote294" title="Lien vers la note 294"><span class="small">[294]</span></a>.
+Désireux de s'expatrier à tout prix, il s'entendit avec un D<sup>r</sup> Douglas
+pour aller être quelque chose comme un teneur de livres ou un gérant
+de propriétés<a id="footnotetag295" name="footnotetag295"></a><a href="#footnote295" title="Lien vers la note 295"><span class="small">[295]</span></a>. Telle était la pénurie de Burns qu'il songea à s'engager
+comme matelot pour pouvoir faire le passage. Son ami et fidèle protecteur,
+<span class="pagenum"><a id="page142" name="page142"></a>(p. 142)</span> Gavin Hamilton, lui donna le conseil, afin de se procurer l'argent
+nécessaire pour le voyage, de publier ses poésies par souscription.
+C'était un mode de publication fréquent au <span class="smcap85">XVIII</span><sup>e</sup> siècle. Il lui dit que son
+nom lui assurait assez de souscripteurs pour garantir le placement d'un
+nombre de volumes suffisant à laisser un petit profit. Ce serait pour
+payer son passage à bord d'un navire et se mettre en train là-bas, de
+l'autre côté des mers<a id="footnotetag296" name="footnotetag296"></a><a href="#footnote296" title="Lien vers la note 296"><span class="small">[296]</span></a>. On a vu que Burns avait assez pris conscience de
+sa valeur pour qu'une proposition de ce genre ne l'étonnât pas. Il
+accepta et se mit sur le champ à distribuer à ses amis des circulaires de
+souscription. Il le fit avec beaucoup d'activité et, pendant tout ce
+lamentable mois d'avril, on le voit occupé à envoyer de droite et de
+gauche une petite feuille imprimée qui portait:</p>
+
+<div class="quote">
+<p class="center">Proposition pour publier par souscription<br>
+les <span class="smcap">Poèmes Écossais</span>, par <span class="smcap">Robert Burns</span>.</p>
+
+<p>Le livre sera élégamment imprimé en un volume in-octavo. Prix, broché, trois
+shellings. Comme l'auteur n'a pas la moindre vue mercenaire en publiant, aussitôt
+qu'il y aura assez de souscripteurs pour défrayer les dépenses nécessaires, l'ouvrage
+sera envoyé à la presse<a id="footnotetag297" name="footnotetag297"></a><a href="#footnote297" title="Lien vers la note 297"><span class="small">[297]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Cette proposition sembla, tout de suite, être accueillie avec faveur.
+On trouve, dans la correspondance de ce mois d'avril, des remerciements
+à des personnes qui réclament des listes<a id="footnotetag298" name="footnotetag298"></a><a href="#footnote298" title="Lien vers la note 298"><span class="small">[298]</span></a>. Gavin Hamilton s'était chargé
+d'en placer un bon nombre. Tous ses autres amis, pris de pitié pour
+ce pauvre garçon, s'en occupaient aussi; il devint aussitôt évident
+que le nombre de souscripteurs serait plus que suffisant et qu'il allait
+falloir s'occuper de l'impression.</p>
+
+<p>C'est ainsi que ces mois de mars et d'avril 1786 se passèrent pour
+Robert Burns et c'était avec raison qu'il disait plus tard: «Ce fut une
+terrible affaire, dont je ne puis encore supporter le souvenir, elle me
+donna une ou deux des principales qualités pour prendre place parmi
+ceux qui ont perdu la carte et brouillé tous les calculs de la raison<a id="footnotetag299" name="footnotetag299"></a><a href="#footnote299" title="Lien vers la note 299"><span class="small">[299]</span></a>».</p>
+
+<p class="p2">Ici s'intercale un des plus étranges et des plus mystérieux
+épisodes de la vie de Burns, celui de Highland Mary, de Mary des
+Hautes-Terres. Il resta longtemps ignoré. Burns, de son vivant, n'en
+parla jamais qu'avec réserve et l'entoura d'une sorte de silence. Quand
+<span class="pagenum"><a id="page143" name="page143"></a>(p. 143)</span> il fut forcé d'en dire quelques mots, à propos des pièces qui portaient le
+nom de Highland Mary, il le fit d'une manière très vague et très évasive.
+Il y fait allusion comme à un événement du temps passé: «le sujet est un
+des passages les plus intéressants de mes jours de jeunesse<a id="footnotetag300" name="footnotetag300"></a><a href="#footnote300" title="Lien vers la note 300"><span class="small">[300]</span></a>», ou «ceci est
+une de mes compositions du commencement de ma vie, avant que je fusse
+du tout connu dans le monde<a id="footnotetag301" name="footnotetag301"></a><a href="#footnote301" title="Lien vers la note 301"><span class="small">[301]</span></a>.» C'est, avec quelques mots cités plus loin,
+tout ce qu'il en laissa jamais échapper. Après sa mort, sa famille semble
+avoir désiré laisser dans l'ombre et l'oubli cet incident. Il est de toute
+évidence que, lorsque le D<sup>r</sup> Currie prépara son édition de Burns, il reçut
+de Gilbert des confidences partielles à ce sujet, mais en même temps des
+recommandations de n'en point parler. C'est ce qu'impliquent les lignes
+suivantes: «Les rivages de l'Ayr furent la scène de passions de sa
+jeunesse, d'une nature encore plus tendre; il ne conviendrait pas d'en
+révéler l'histoire quand bien même cela serait en notre pouvoir; on
+n'en pourra bientôt plus découvrir les traces que dans ces poèmes pleins
+de nature et de sensibilité auxquels elles ont donné naissance. On sait
+que la chanson intitulée Mary des Hautes-Terres se rapporte à un de
+ces attachements. L'objet de cette passion mourut au début de la vie, et
+l'impression laissée sur l'esprit de Burns semble avoir été profonde et
+durable<a id="footnotetag302" name="footnotetag302"></a><a href="#footnote302" title="Lien vers la note 302"><span class="small">[302]</span></a>.» Il s'en fallut de peu en effet&mdash;et cela eût peut-être été à
+souhaiter pour la mémoire de Robert Burns&mdash;que cette histoire
+passât comme un événement indistinct et secondaire. Aucun des biographes
+du poète n'avait pris la peine d'en marquer ni la date, ni l'importance.
+M. Scott Douglas, avec beaucoup de pénétration et de patience, est
+parvenu à élucider ce point obscur, et le résultat de ses recherches a été
+une révélation imprévue et, par certains côtés, affligeante. Au moment
+même où, le c&oelig;ur saignant de la blessure faite par Jane, Burns poussait
+ces plaintes déchirantes, il est désormais certain qu'il aima ou crut
+aimer une autre femme et surtout qu'il se fit aimer d'elle<a id="footnotetag303" name="footnotetag303"></a><a href="#footnote303" title="Lien vers la note 303"><span class="small">[303]</span></a>.</p>
+
+<p>Il y avait, dans le domaine de Coilsfield, situé à quelque distance de
+<span class="pagenum"><a id="page144" name="page144"></a>(p. 144)</span> Mossgiel et habité alors par le colonel Hugh Montgomery, une jeune
+fille des Hautes-Terres, nommée Mary Campbell. Elle était employée
+comme servante et avait charge de la laiterie. Elle avait été auparavant
+chez Gavin Hamilton, l'ami de Burns, où il est probable que celui-ci la
+vit pour la première fois<a id="footnotetag304" name="footnotetag304"></a><a href="#footnote304" title="Lien vers la note 304"><span class="small">[304]</span></a>. C'était une étrangère, et on se rappelle peu de
+chose d'elle; personne ne se doutait de la poésie qui glorifierait un jour
+son nom. Il semble probable que Burns avait déjà tenté de lui faire la
+cour, car sa s&oelig;ur Mrs Begg se souvenait de lui avoir entendu dire à son
+domestique John Blane que «Mary avait refusé de le rencontrer dans le
+vieux château». C'était la tour démantelée d'un ancien prieuré près de
+la maison de M. Hamilton<a href="#footnote304" title="Lien vers la note 304"><span class="small">[304]</span></a>. Il est probable aussi que sa passion pour
+Jane avait coupé court à ces velléités.</p>
+
+<p>Quand il fut repoussé par les Armour, comment se retourna-t-il vers
+cette jeune fille, et comment celle-ci reçut-elle des hommages qu'elle
+paraît d'abord avoir tenus à distance? Peut-être fut-elle portée vers lui
+par cette pitié féminine que la douleur attire, et il est plus vraisemblable
+encore que lui alla vers elle parce qu'il souffrait. Il y a dans l'âme
+humaine de ces réactions. Lorsqu'elle a été endolorie par les déceptions
+et qu'elle est toute brisée d'une trahison, elle est prise d'un grand besoin
+de sécurité et de confiance. Elle va, comme un voyageur fatigué, aux
+sources pures et limpides qui coulent dans les âmes tranquilles et
+simples. Après les amours orageux, elle aspire à ceux qui calment,
+reposent et consolent. Mais c'est un hasardeux essai, un remède dangereux.
+Car si la passion qui affole et torture revient, avant que l'affection
+qui apaise et guérit n'ait achevé son &oelig;uvre, le charme reprend et il ne
+reste alors qu'une sacrifiée. Burns était brisé; il alla vers la douce Mary,
+parce qu'elle formait avec Jane un contraste complet. Blonde avec les
+yeux azurés des gens des Hautes-Terres, elle passe dans cette histoire
+agitée comme une figure touchante, et laisse après elle une impression
+d'affection silencieuse, de modestie et de pureté.</p>
+
+<p>Ces nouvelles amours avancèrent avec une étrange rapidité. Le groupe
+de chants de désespoir qui maudissent la trahison de Jane couvre une
+partie du mois d'avril. Dès le commencement de mai, Burns s'était
+fiancé à Mary, avant de partir, comme il le croyait, pour la Jamaïque.
+Lui-même a laissé en quelques mots le récit de ces fiançailles: «Ma
+jeune fille des Hautes-Terres, dit-il, était une charmante créature au
+c&oelig;ur le plus aimant qui ait jamais béni un homme d'un généreux
+amour. Après une assez longue durée du plus ardent attachement
+réciproque, nous convînmes de nous rencontrer, le second dimanche de
+mai, dans un endroit retiré, près des bords de l'Ayr, où nous passâmes la
+journée à nous dire adieu avant qu'elle s'embarquât pour les Hautes-Terres
+<span class="pagenum"><a id="page145" name="page145"></a>(p. 145)</span> de l'Ouest, afin d'arranger les choses dans sa famille pour notre
+changement de vie projeté<a id="footnotetag305" name="footnotetag305"></a><a href="#footnote305" title="Lien vers la note 305"><span class="small">[305]</span></a>».</p>
+
+<p>La scène de ces fiançailles et de ces adieux est célèbre dans l'histoire
+de la poésie anglaise. Tout contribue à lui donner un caractère de grâce
+pastorale et de mélancolie: la beauté du lieu, la destinée des personnages
+et la douceur des vers qu'elle a produits. C'est près de la résidence
+de Coilsfield, à l'endroit où le petit ruisseau de la Flail rejoint la rivière
+d'Ayr, qu'on montre l'aubépine près de laquelle les amants se rencontrèrent.
+Le cours de l'Ayr, entre des bords raides et verts, est pittoresque
+jusqu'à son embouchure; il ne l'est nulle part davantage que dans
+cet endroit fait à souhait et choisi par un poète. L'eau peu profonde coule
+sur des cailloux, entre la rive basse et sablonneuse où débouche la Flail,
+et l'autre rive escarpée, qui disparaît sous un manteau d'églantiers,
+de chèvrefeuilles et de bruyères, dans les épaisseurs duquel le
+printemps sème des milliers d'hyacinthes violettes. C'est une retraite
+charmante et intime. Tout autour ondule un horizon de collines boisées.
+Si l'on jette sur ce tableau le silence solennel d'un dimanche écossais,
+si l'on met dans l'âme des deux personnages, le respect, la révérence
+qu'inspire le jour sacré, on a quelque idée du sentiment qui présida à
+cette scène et on comprend qu'elle soit pour les Écossais grave et presque
+religieuse. Cromek raconte que leurs fiançailles, qui étaient en même
+temps leurs adieux, s'accomplirent «avec ces cérémonies si simples et
+frappantes que le sentiment rustique a inventées pour prolonger les
+émotions tendres et les consacrer.» Ils se tinrent debout de chaque côté du
+ruisseau; ils se lavèrent les mains dans le courant et, tenant une Bible
+entre eux, prononcèrent leur v&oelig;u d'être fidèles l'un à l'autre<a id="footnotetag306" name="footnotetag306"></a><a href="#footnote306" title="Lien vers la note 306"><span class="small">[306]</span></a>. On a
+retrouvé la Bible en deux volumes que Burns donna à sa fiancée. Sur le
+premier volume était écrit le nom de Mary Campbell, suivi de la marque
+maçonnique du poète et de ces paroles du Lévitique: «<span class="italic">Vous ne jurerez
+point faussement par mon nom. Je suis l'Éternel.</span>» Sur le second volume
+était écrit: «<span class="italic">Robert Burns, Mossgiel</span>», également avec la marque maçonnique,
+et ces mots de St. Matthieu: «<span class="italic">Tu ne te parjureras point, mais tu
+t'acquitteras envers le Seigneur de ce que tu as déclaré par serment<a id="footnotetag307" name="footnotetag307"></a><a href="#footnote307" title="Lien vers la note 307"><span class="small">[307]</span></a>.</span>» Les
+heures radieuses s'envolèrent, sur lesquelles flottaient des parfums,
+faites pour eux de tendresse voilée par la mélancolie des adieux et
+sanctifiée par une solennelle promesse. Quand l'ouest étincelant proclama
+la fuite du jour, les amants se séparèrent, pour ne jamais se retrouver.
+Mais le lieu où fleurit l'aubépine blanche de Burns est devenu, pour une
+partie du monde, aussi précieux que celui où poussent sur les talus les
+petites pervenches bleues de Rousseau.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page146" name="page146"></a>(p. 146)</span> On peut juger de la ferveur et de la gravité des v&oelig;ux que Burns
+avait prononcés d'après cette pièce dans laquelle il les rappelle et les
+renouvelle:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Veux-tu venir aux Indes, ma Mary,<br>
+Et quitter le rivage de la vieille Écosse?<br>
+Veux-tu venir aux Indes, ma Mary,<br>
+À travers le rugissement de l'Atlantique?</p>
+
+<p>Oh! doucement croissent le citron et l'orange,<br>
+Et l'ananas sur son arbre;<br>
+Mais tous les charmes des Indes<br>
+Ne sauraient jamais égaler les tiens.</p>
+
+<p>J'ai juré par les cieux à ma Mary,<br>
+J'ai juré par les cieux d'être fidèle;<br>
+Et puissent aussi les cieux m'oublier,<br>
+Le jour où j'oublierai mon v&oelig;u!</p>
+
+<p>Oh! donne-moi ta foi, ma Mary,<br>
+Et donne-moi ta main blanche comme la neige;<br>
+Oh! donne-moi ta foi, ma Mary!<br>
+Avant que je quitte la grève de l'Écosse!</p>
+
+<p>Nous nous sommes donné notre foi, ma Mary,<br>
+De nous unir en affection mutuelle;<br>
+Et maudite soit la cause qui nous séparera<br>
+L'heure et le moment du temps<a id="footnotetag308" name="footnotetag308"></a><a href="#footnote308" title="Lien vers la note 308"><span class="small">[308]</span></a>!</p>
+</div>
+
+<p>C'est avec ces assurances et cette musique de promesses emportée
+en elle, que la douce Mary Campbell partit pour les Hautes-Terres.
+Pauvre fille!</p>
+
+<p class="p2">Mais nous ne sommes pas encore au terme des surprises. Le dimanche
+où il avait dit adieu à Mary Campbell tombait le 14 mai. Jane Armour
+revint de Paisley dans les premiers jours du mois suivant. Moins d'un mois
+après la promesse du bord de l'Ayr, le 12 juin, il écrivait cette incroyable
+lettre:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«La pauvre, mal conseillée, ingrate Armour est rentrée chez elle, vendredi dernier.
+Vous connaissez tous les détails de cette affaire et c'est une sombre affaire. Ce qu'elle
+pense maintenant de sa conduite, je ne le sais pas. Ce que je sais c'est qu'elle m'a
+rendu complètement misérable. Jamais homme n'a aimé ou plutôt adoré une femme
+plus que je ne l'ai adorée; et, pour confesser une vérité entre vous et moi, je l'aime
+encore, après tout, jusqu'à la folie, bien que je ne voulusse pas le lui dire si je la
+voyais, ce que je ne souhaite pas. Ma pauvre chère infortunée Jane, comme j'ai été
+heureux dans tes bras! Ce n'est pas de la perdre qui me rend si malheureux; mais
+c'est surtout à cause d'elle que je crains. Je prévois qu'elle est sur la route qui mène,
+je le redoute, à la ruine éternelle.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page147" name="page147"></a>(p. 147)</span> Puisse Dieu tout puissant lui pardonner son ingratitude et son parjure envers moi,
+comme du fond de mon âme, je lui pardonne; et puisse sa grâce être avec elle et la
+bénir dans l'avenir. Je n'ai pas de plus exacte idée de l'endroit des châtiments
+éternels que ce que j'ai ressenti dans mon âme à cause d'elle. Je me suis jeté dans
+toutes sortes de dissipations et d'orgies, réunions maçonniques, assauts de boire et
+autres folies pour la chasser de ma tête et tout cela est vain. Et maintenant, au grand
+remède! Le navire est en train de revenir qui doit m'emporter à la Jamaïque, et
+alors adieu, chère vieille Écosse, adieu, chère ingrate Jane, car jamais, jamais plus
+je ne vous reverrai<a id="footnotetag309" name="footnotetag309"></a><a href="#footnote309" title="Lien vers la note 309"><span class="small">[309]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>Et le 9 juillet, il écrivait à un autre correspondant, son ami John
+Richmond d'Édimbourg:</p>
+
+<p class="quote">«J'ai été pour voir Armour depuis qu'elle est de retour, nullement en vue d'une
+réconciliation, mais simplement pour m'informer de sa santé, et à vous, je puis le
+confesser, par suite d'une sotte et importune tendresse fort mal placée sans doute. La
+mère m'a interdit la maison et Jane n'a pas montré le repentir auquel on aurait pu
+s'attendre<a id="footnotetag310" name="footnotetag310"></a><a href="#footnote310" title="Lien vers la note 310"><span class="small">[310]</span></a>.»</p>
+
+<p>Et ailleurs encore:</p>
+
+<p class="quote">«La pauvre Armour est de retour à Mauchline. J'ai été pour la voir et sa mère
+m'a interdit la maison; elle n'a pas exprimé beaucoup de regret de ce qu'elle a fait<a id="footnotetag311" name="footnotetag311"></a><a href="#footnote311" title="Lien vers la note 311"><span class="small">[311]</span></a>.»</p>
+
+<p>Comme on sent, sous ces faux prétextes, le besoin de la revoir, de se
+rapprocher d'elle! Ainsi donc Jane revenue avait trouvé la nouvelle
+affection mal affermie, avait eu pour complices des souvenirs trop
+récents encore, s'était réinstallée dans ce c&oelig;ur incertain.</p>
+
+<p>En même temps, Burns dut subir la seconde réprimande publique.
+En détruisant l'acte de mariage, le vieil Armour avait rendu irrégulière
+la situation de sa fille et de Burns; il en avait fait deux délinquants.
+Burns, sur le point de quitter le pays, aurait pu se soustraire à cette
+punition. Mais il tenait à obtenir un certificat de célibat et cette cérémonie
+était l'attestation même de sa liberté<a href="#footnote311" title="Lien vers la note 311"><span class="small">[311]</span></a>. Il s'y soumit donc. Il eut
+à comparaître plusieurs fois à l'église. La dernière fut le 6 août.
+Voici du reste, avec la suite des procès-verbaux dont nous avons parlé
+plus haut, la suite et les détails caractéristiques de cet épisode:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Juin, le 11.&mdash;La session, étant informée que Jane Armour est enceinte, ordonne à
+son officier de la convoquer pour le prochain sabbath.</p>
+
+<p>Juin, le 18.&mdash;Conseil de session. Jane Armour convoquée n'a pas paru mais a
+envoyé une lettre adressée au Ministre de la paroisse, dont la teneur est ainsi que
+suit:</p>
+
+<p class="left10">Révérend Monsieur,</p>
+
+<p>Je suis sincèrement affligée d'avoir donné et de devoir donner à votre session du
+<span class="pagenum"><a id="page148" name="page148"></a>(p. 148)</span> tracas à cause de moi. Je reconnais que je suis enceinte; et Robert Burns de Mossgiel
+est le père. Je suis avec grand respect</p>
+
+<p>Votre très humble servante,</p>
+
+<p class="left50">Signé: <span class="smcap">Jane Armour</span>.</p>
+
+<p>Mauchline 13 juin 1786.</p>
+
+<p>L'officier devra convoquer Robert Burns à se présenter aujourd'hui en huit jours.</p>
+
+<p>Juin, le 25.&mdash;À comparu Robert Burns et s'est reconnu le père de l'enfant de
+Jane Armour.</p>
+
+<p class="left50">Signé: <span class="smcap">Robert Burns</span>.</p>
+
+<p>(On a ajouté, après coup, au mot child la terminaison du pluriel child-ren).</p>
+
+<p>Août, le 6.&mdash;Robert Burns, John Smith, Mary Lindsay, Jane Armour et Agnes
+Auld ont comparu devant la congrégation, professant leur repentir du péché de
+fornication; chacun d'eux ayant comparu à deux dimanches auparavant, ils ont
+aujourd'hui reçu la réprimande et l'absolution de scandale<a id="footnotetag312" name="footnotetag312"></a><a href="#footnote312" title="Lien vers la note 312"><span class="small">[312]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>M. Auld, le Ministre, montra du tact. Il adoucit la réprimande et au
+lieu de le faire asseoir sur l'escabeau il lui permit de se tenir debout à
+sa place<a id="footnotetag313" name="footnotetag313"></a><a href="#footnote313" title="Lien vers la note 313"><span class="small">[313]</span></a>, à la condition que, s'il prospérait dans sa vie nouvelle, il
+n'oublierait pas les pauvres de Mauchline<a id="footnotetag314" name="footnotetag314"></a><a href="#footnote314" title="Lien vers la note 314"><span class="small">[314]</span></a>. Du reste, cette nouvelle
+comparution semble n'avoir produit sur Burns qu'une très mince impression,
+il en parle dans ses lettres sans colère et en passant.</p>
+
+<p class="p2">Pendant ces mois de juin et de juillet, le paroxysme de douleur du
+mois d'avril était peu à peu tombé. L'influence adoucissante de Mary
+Campbell était intervenue. L'apaisement s'était fait, et son amour pour
+Jane, s'il s'était réveillé, était plus calme et avait dépouillé sa violence.
+Dans cette âme mobile et ondoyante, à travers laquelle passaient sans
+cesse «les vagues alternées de la crainte et de l'espoir», les changements
+étaient brusques et complets. Il lui fallait peu de temps pour
+passer d'une extrémité à l'autre. Il reprit sa belle humeur, bien que la
+pensée du départ et d'autres dussent assombrir plus d'une heure solitaire.
+Il produisit, dans ces quelques semaines, une série de morceaux gais
+dont quelques-uns comme l'<span class="italic">Adresse à Belzebud</span>, un <span class="italic">Songe</span>, ont une
+tendance politique, dont d'autres sont des adieux, des notes en vers,
+parmi lesquelles se trouve sa belle <span class="italic">Épître à un Jeune Ami</span>, pleine de
+conseils sagaces, et d'une sagesse toute fraîche récoltée sur ses folies
+récentes. Il paraissait même avoir pris parti de son départ et en parlait
+avec insouciance, avec bonne humeur et presque avec gaîté. Malgré tout,
+l'incompressible ressort qu'il y avait en lui, par moments, soulevait et
+éparpillait tous ces chagrins.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p><span class="pagenum"><a id="page149" name="page149"></a>(p. 149)</span> Vous tous qui vivez en vidant les verres,<br>
+Vous tous qui vivez en rimant les vers,<br>
+Vous tous qui vivez sans jamais réfléchir,<br>
+Allons, pleurez avec moi;<br>
+Notre camarade nous fausse compagnie<br>
+Et va par delà les mers.</p>
+
+<p>Pleurez-le, ô troupe joyeuse,<br>
+Qui chèrement aimez, par ci par là, une bordée;<br>
+Il ne se joindra plus aux éclats joyeux,<br>
+Dans le ton sociable;<br>
+Car il est parti pour un autre rivage,<br>
+Par delà les mers.</p>
+
+<p>Les jolies filles peuvent bien le pleurer,<br>
+Et dans leurs plus chères prières le placer,<br>
+Les veuves, femmes, toutes peuvent le bénir<br>
+D'un &oelig;il plein de larmes;<br>
+Car je sais bien qu'il leur manquera beaucoup,<br>
+Par delà les mers.</p>
+
+<p>Il vit le froid nord-ouest du malheur<br>
+Longuement rassembler une amère rafale;<br>
+Une coquette enfin lui brisa le c&oelig;ur,<br>
+Malheur lui en advienne!<br>
+Alors, il prit passage, devant le mât,<br>
+Par delà les mers.</p>
+
+<p>Trembler sous le gourdin de la Fortune,<br>
+N'avoir que peu d'eau et de farine pour s'emplir le ventre,<br>
+Avec son humeur fière, indépendante,<br>
+S'accordent mal;<br>
+Alors, il se roula les fesses dans un hamac,<br>
+Par delà les mers.</p>
+
+<p>Gens de la Jamaïque, traitez-le bien,<br>
+Trouvez-lui un bon abri confortable,<br>
+Vous trouverez en lui un bon garçon<br>
+Plein de joyeuseté,<br>
+Qui ne voudrait pas faire mal au diable,<br>
+Par delà les mers.</p>
+
+<p>Adieu! mon camarade, faiseur de rimes,<br>
+Votre sol natal fut de mauvais vouloir,<br>
+Mais puissiez-vous fleurir comme un lis<br>
+Maintenant et prospérer!<br>
+Je boirai mon dernier gobelet à votre santé,<br>
+Par delà les mers<a id="footnotetag315" name="footnotetag315"></a><a href="#footnote315" title="Lien vers la note 315"><span class="small">[315]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Mais il était incorrigible. En même temps que son esprit reprenait un
+peu de calme, il reprenait sa veine de galanterie, séduit au point de
+<span class="pagenum"><a id="page150" name="page150"></a>(p. 150)</span> tout oublier, par la moindre image qui mettait son imagination en jeu.
+Il y en a un exemple qui est curieux par les renseignements qu'il donne
+sur sa rapidité d'impression et par la renommée même de l'aventure.
+Il est curieux aussi parce qu'il complète le tableau de cette âme dont la
+soudaineté et la variété d'impressions est déconcertante et déroute les
+présomptions.</p>
+
+<p>Un soir du mois de juillet, il se promenait dans le domaine de
+Ballochmyle qui venait d'être acheté par M. Alexander. Il suivait les
+pentes escarpées au bas desquelles coule la rivière à peine visible.
+C'était une de ses promenades favorites, qui l'avait déjà inspiré,
+quand il avait mis sur les lèvres de la fille du propriétaire précédent,
+forcé par des revers de fortune de vendre son domaine héréditaire, ce
+joli et triste adieu:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Les bois de Catrine étaient jaunis,<br>
+Les fleurs tombaient sous la pelouse de Catrine;<br>
+Aucune alouette ne chantait sur les tertres verts,<br>
+La nature apparaissait languissante;<br>
+À travers les bosquets flétris, Maria chantait,<br>
+Elle-même dans toute la fleur de la beauté;<br>
+Et les échos des bois sauvages résonnaient:<br>
+Adieu les pentes de Ballochmyle!</p>
+
+<p>Couchées dans votre lit hibernal, ô fleurs,<br>
+Vous fleurirez de nouveau fraîches et belles,<br>
+Vous, oiselets, muets dans les bosquets dépouillés,<br>
+Vous charmerez de nouveau l'air de vos voix;<br>
+Mais ici, hélas, pour moi, jamais plus<br>
+L'oiselet ne chantera ni la fleur ne sourira,<br>
+Adieu les jolies rives de l'Ayr,<br>
+Adieu, adieu, doux Ballochmyle!<a id="footnotetag316" name="footnotetag316"></a><a href="#footnote316" title="Lien vers la note 316"><span class="small">[316]</span></a></p>
+</div>
+
+<p>Cette fois-ci il suivait une petite allée, quand il aperçut la s&oelig;ur du
+propriétaire actuel, Miss Wilhelmine Alexander. Lui-même a décrit le
+tableau et raconté la scène, dans une lettre qui indique bien les
+splendeurs et en même temps les délicatesses de sensations qui passaient
+dans cette tête, pêle-mêle avec des choses brutales ou grossières. C'est
+du reste un riche morceau de prose descriptive, et qui donne une idée
+de la façon dont ce paysan écrivait:</p>
+
+<p class="quote">«J'avais erré au hasard dans les lieux préférés de ma muse, les bords de l'Ayr,
+pour contempler la nature dans toute la gaîté de l'année à son printemps. Le soleil
+flamboyait au-dessus des lointaines collines à l'ouest; pas une baleine ne remuait les
+fleurs cramoisies qui s'ouvraient ou les feuilles vertes qui se déployaient. C'était un
+moment d'or pour un c&oelig;ur poétique. J'écoutais les gazouilleurs emplumés qui
+répandaient leur harmonie de tous côtes, avec des égards de confrère; et je sortais
+<span class="pagenum"><a id="page151" name="page151"></a>(p. 151)</span> fréquemment de mon sentier, de peur de troubler leurs petites chansons ou de les
+faire s'envoler ailleurs en les effrayant. Sûrement, me disais-je, celui-là est un vrai
+misérable qui, insoucieux de vos harmonieux efforts pour lui plaire, peut suivre de
+l'&oelig;il vos détours, afin de découvrir vos retraites cachées et vous dépouiller de tous les
+biens que la nature vous a donnés: vos plus chers trésors, vos faibles petits. Même la
+branche d'aubépine blanche qui se mettait en travers du chemin, quel c&oelig;ur, en un
+pareil moment, pouvait s'empêcher de s'intéresser à son bonheur et de souhaiter
+qu'elle fût préservée du bétail à la dent rude ou du souffle meurtrier de l'est? Telle
+était la scène et telle était l'heure, quand, dans un coin du tableau, j'aperçus une des
+plus belles &oelig;uvres de la nature qui ait jamais couronné un paysage poétique ou ravi
+l'&oelig;il d'un poète, en exceptant ces bardes visionnaires, qui tiennent commerce avec des
+êtres aériens. Si la calomnie et la raillerie avaient passé par mon chemin, elles se
+seraient en ce moment réconciliées à jamais avec un tel objet. Quelle heure d'inspiration
+pour un poète! Elle aurait élevé la simple et terne prose historique à la métaphore
+et au rhythme. La chanson fut le travail de mon retour à la maison et répond
+peut-être pauvrement à ce qu'on aurait pu attendre d'une pareille scène<a id="footnotetag317" name="footnotetag317"></a><a href="#footnote317" title="Lien vers la note 317"><span class="small">[317]</span></a>.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>C'était le soir, sous la rosée, les champs étaient verts,<br>
+À chaque brin d'herbe pendaient des perles;<br>
+Le Zéphyr se jouait autour des fèves,<br>
+Et emportait avec lui leur parfum;<br>
+Dans chaque vallon, le mauvis chantait,<br>
+Toute la Nature paraissait écouter,<br>
+Sauf là où les échos des bois verts résonnaient,<br>
+Parmi les pentes de Ballochmyle.</p>
+
+<p>D'un pas négligent, j'avançais, j'errais,<br>
+Mon c&oelig;ur se réjouissait de la joie de la nature,<br>
+Quand, rêvant dans une clairière solitaire,<br>
+J'entrevis, par hasard, une belle jeune fille:<br>
+Son regard était comme le regard du matin,<br>
+Son air comme le sourire vernal de la nature;<br>
+La Perfection, en passant, murmurait:<br>
+«Regarde la fille de Ballochmyle.»</p>
+
+<p>Doux est le matin de mai fleuri,<br>
+Et douce est la nuit dans le tiède automne,<br>
+Quand on erre dans le gai jardin<br>
+Ou qu'on s'égare sur la lande solitaire;<br>
+Mais la femme est l'enfant chéri de la nature!<br>
+C'est là que celle-ci réunit tous ses charmes;<br>
+Mais même là, ses autres ouvrages sont éclipsés<br>
+Par la jolie fille de Ballochmyle.</p>
+
+<p>Ô que ne fut-elle une fille de campagne!<br>
+Et moi, l'heureux gars des champs!<br>
+Quoique abrité sous le plus humble toit<br>
+Qui s'éleva jamais sur les plaines Écossaises!<br>
+Sous le vent et la pluie du morose hiver,<br>
+<span class="pagenum"><a id="page152" name="page152"></a>(p. 152)</span> Avec joie, avec bonheur, je travaillerais,<br>
+Et, la nuit, je presserais sur mon c&oelig;ur<br>
+La jolie fille de Ballochmyle.</p>
+
+<p>Alors l'orgueil pourrait gravir les pentes glissantes,<br>
+Où brillent bien haut la gloire et les honneurs;<br>
+Et la soif de l'or pourrait tenter l'abîme,<br>
+Ou descendre et fouiller les mines de l'Inde:<br>
+Donnez-moi la chaumière sons le sapin,<br>
+Un troupeau à soigner, un sol à bêcher;<br>
+Et chaque jour aura des joies divines<br>
+Avec la jolie fille de Ballochmyle<a id="footnotetag318" name="footnotetag318"></a><a href="#footnote318" title="Lien vers la note 318"><span class="small">[318]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>La chose étonnante que ces imaginations-là! On peut croire que, dans
+des moments comme celui-ci, Jane Armour et Mary Campbell et tous les
+soucis et toutes les imprudences avec leurs suites étaient loin. Il oubliait
+tout, se donnait au ravissement présent, perdu dans des chaumières en
+Espagne. Il avait, autant qu'on peut l'avoir, cette faculté des poètes et
+des artistes de tout oublier à chaque instant et d'être en réalité comme
+des instruments qui vibrent, sans souci de l'air précédent. Il envoya peu
+après cette chanson à celle qui la lui avait inspirée, mais il n'en reçut
+aucune réponse. Ce silence l'offensa car il en reparla plus tard avec une
+amertume peu raisonnable<a id="footnotetag319" name="footnotetag319"></a><a href="#footnote319" title="Lien vers la note 319"><span class="small">[319]</span></a>. Il était tout naturel que la demoiselle,
+fût-elle de Ballochmyle, ne trouvât aucune réponse à faire à ce singulier
+paysan qui, avec toutes les circonlocutions pastorales, n'en parlait pas
+moins de la presser chaque nuit sur son c&oelig;ur. Cependant Miss Alexander
+apprit à être fière d'avoir inspiré ces vers au poète inconnu en qui,
+ainsi que le dit le D<sup>r</sup> Currie, avec l'élégance de son temps «respirait la
+Muse de Tibulle»<a id="footnotetag320" name="footnotetag320"></a><a href="#footnote320" title="Lien vers la note 320"><span class="small">[320]</span></a>. Elle ne se maria pas et devint une vieille, vieille
+dame. Elle mourut en 1848 âgée de 88 ans<a id="footnotetag321" name="footnotetag321"></a><a href="#footnote321" title="Lien vers la note 321"><span class="small">[321]</span></a>. Elle avait fait encadrer la
+chanson reçue jadis et l'avait avec elle partout où elle allait<a id="footnotetag322" name="footnotetag322"></a><a href="#footnote322" title="Lien vers la note 322"><span class="small">[322]</span></a>. C'est
+excentrique, mais non pas sans quelque chose de profondément féminin.
+Le manuscrit de la chanson est maintenant un des objets précieux des
+archives de la famille Alexander<a id="footnotetag323" name="footnotetag323"></a><a href="#footnote323" title="Lien vers la note 323"><span class="small">[323]</span></a>.</p>
+
+<p class="p2">Au milieu de ce mélange incohérent de désespoirs, de fiançailles,
+d'orgies maçonniques, de productions désolées, exquises ou railleuses,
+de ces adieux, de ces sautes de sentiments, de ces échappées d'imagination,
+<span class="pagenum"><a id="page153" name="page153"></a>(p. 153)</span> qui s'entassent du mois d'avril au mois de juillet, Burns copiait
+ses poésies et corrigeait les épreuves. On avait trouvé un imprimeur
+à Kilmarnock, un nommé John Wilson. Burns se rendait à pied à
+Kilmarnock plusieurs fois par semaine, non sans y faire des stations
+prolongées avec ses amis, au public-house du vieux Sandy, à l'enseigne
+du jeu de Boules, dont le propriétaire avait une spécialité pour la fabrication
+d'une certaine bière<a id="footnotetag324" name="footnotetag324"></a><a href="#footnote324" title="Lien vers la note 324"><span class="small">[324]</span></a>. L'impression commença probablement le 13
+juin, car dans une lettre du 12 juin, il écrivait: «Vous avez entendu
+dire que je deviens poète imprimé; demain mes &oelig;uvres vont à la
+presse. Je pense que ce sera un volume d'environ deux cents pages.
+C'est la dernière sottise que je pense faire; ensuite, je veux devenir un
+homme sage aussi vite que possible<a id="footnotetag325" name="footnotetag325"></a><a href="#footnote325" title="Lien vers la note 325"><span class="small">[325]</span></a>».</p>
+
+<p>On se demande involontairement quelles pouvaient être ses appréhensions
+à la veille de tenter cette aventure, si extraordinaire pour lui, de la
+publication de ses poèmes. Il en a fait la confidence avec sa franchise
+ordinaire, dans un passage curieux et qui est bien une preuve frappante
+de sa netteté et de sa fermeté d'esprit. Il était à peu près sûr du succès:</p>
+
+<p class="quote">«Je pesai mes productions aussi impartialement que cela m'était possible; je
+pensais qu'elles avaient du mérite; ce m'était une délicieuse idée qu'on dirait de
+moi que j'étais un garçon de talent, même si cela ne devait jamais arriver à mes
+oreilles, quand je serais un pauvre conducteur de nègres, ou peut-être parti pour le
+monde des esprits, victime d'un climat inhospitalier. Je puis dire avec vérité que,
+<span class="italic">pauvre inconnu</span><a id="footnotetag326" name="footnotetag326"></a><a href="#footnote326" title="Lien vers la note 326"><span class="small">[326]</span></a>, comme je l'étais alors, j'avais à peu près une aussi haute opinion de
+moi-même et de mes &oelig;uvres que je l'ai en ce moment.... Me connaître moi-même
+avait toujours été ma constante étude. Je me pesais moi-même seul; je me mettais
+en balance avec d'autres; je guettais tous les moyens d'observation, examinant quelle
+surface de terrain j'occupais comme homme et comme poète; j'étudiais assidûment
+le dessin de la nature, les endroits où elle semblait avoir voulu placer les différentes
+<span class="italic">ombres</span> et les <span class="italic">lumières</span> de mon caractère. J'étais à peu près certain que mes poèmes
+obtiendraient quelque applaudissement; à mettre les choses au pis, le grondement
+de l'Atlantique assourdirait la voix de la critique et la nouveauté des scènes des
+Indes occidentales, me ferait oublier l'Indifférence<a id="footnotetag327" name="footnotetag327"></a><a href="#footnote327" title="Lien vers la note 327"><span class="small">[327]</span></a>.»</p>
+
+<p>Il attendait donc l'événement avec confiance et sans doute aussi avec
+un peu de fierté. Entre temps, il semblait qu'il eût épuisé toutes les
+émotions qui peuvent tenir en si peu de temps, quand il en survint une
+dernière qui sembla dépasser toutes les autres. La conduite des Armour
+avait été telle envers Burns qu'il s'était cru délié de toute obligation à
+leur égard. Ils avaient refusé la plus haute réparation qu'il fût en son
+pouvoir de leur donner; c'était refuser les moindres. Avant de s'éloigner
+du pays, il fit dresser un acte par lequel il passait à son frère Gilbert
+<span class="pagenum"><a id="page154" name="page154"></a>(p. 154)</span> tout ce qu'il possédait et «particulièrement les profits qui peuvent sortir
+de la publication de mes poèmes présentement sous presse», à la condition
+que son frère se chargerait d'élever la petite fille d'Élizabeth Paton,
+maintenant âgée de deux ans, qu'on avait recueillie à la ferme<a id="footnotetag328" name="footnotetag328"></a><a href="#footnote328" title="Lien vers la note 328"><span class="small">[328]</span></a>. Il ne fit
+aucune provision pour Jane Armour. Le vieil Armour eut-il vent de la
+résolution de Burns ou connaissance de cet acte? Ce qu'il y a de certain
+c'est qu'il prit la résolution d'empêcher Burns de partir sans avoir laissé
+garantie d'une somme suffisante pour élever l'enfant dont sa fille était
+grosse. Il mit l'affaire entre les mains des gens de loi. Il y allait pour
+Burns de l'emprisonnement<a id="footnotetag329" name="footnotetag329"></a><a href="#footnote329" title="Lien vers la note 329"><span class="small">[329]</span></a>. Nouvel acte dans ce drame! Le voilà
+obligé de quitter la ferme, de dépister les recherches. «Depuis quelque
+temps, je me glissais de cachette en cachette, dans toutes les terreurs
+de la prison; des gens mal avisés et ingrats avaient découplé la meute
+sans merci des gens de loi à mes trousses<a id="footnotetag330" name="footnotetag330"></a><a href="#footnote330" title="Lien vers la note 330"><span class="small">[330]</span></a>». Sans un avertissement
+singulier et dont l'origine se laisse deviner, il était saisi. Il est probable
+que le vieil Armour comptait mettre la main sur une partie des profits
+que les souscriptions désormais couvertes assuraient aux poèmes. Burns
+alla chercher refuge, comme un véritable outlaw, dans la forêt de Old
+Rome, laissant ignorer à tous où il avait disparu. Le 30 juillet 1786, il
+écrivait à son ami Richmond cette lettre qui rend bien l'état d'esprit où
+il devait être:</p>
+
+<p class="quote">Mon heure est maintenant venue. Vous et moi, nous ne nous reverrons plus en
+Angleterre. J'ai des ordres pour me rendre avant trois semaines, à bord de la <span class="italic">Nancy</span>,
+capitaine Smith, allant de la Clyde à la Jamaïque et faisant escale à Antigua. Ceci,
+sauf pour notre ami Smith que Dieu préserve longtemps, est un secret à Mauchline.
+Le croiriez-vous? Armour a obtenu un mandat d'amener pour me jeter en prison,
+jusqu'à ce que je donne garantie pour une somme énorme. Ils gardent un secret
+absolu sur ceci, mais j'en ai été informé par un canal auquel ils ne songent guère et
+me voici errant d'une maison d'ami à une autre, et, comme un vrai fils de l'Évangile,
+«je n'ai pas où reposer ma tête». Je sais que vous allez verser l'exécration sur la
+tête de Jane; mais, par amour pour moi, épargnez la pauvre fille mal conseillée:
+pourtant puissent toutes les furies qui déchirent la poitrine de l'amant ruiné et
+désespéré, accompagner sa mère jusqu'à sa dernière heure! J'écris dans un moment
+de rage, réfléchissant à ma misérable situation&mdash;exilé, abandonné, délaissé. Je ne
+puis écrire davantage&mdash;donnez-moi de vos nouvelles par retour de la voiture. Je
+vous écrirai avant de partir<a id="footnotetag331" name="footnotetag331"></a><a href="#footnote331" title="Lien vers la note 331"><span class="small">[331]</span></a>.</p>
+
+<p>On devine, aux derniers mots de la lettre, d'où venait l'avertissement
+qui l'avait sauvé. Au moment où elle avait vu celui qui l'avait aimé,
+<span class="pagenum"><a id="page155" name="page155"></a>(p. 155)</span> auquel elle avait appartenu, auquel elle tenait par l'enfant qu'elle
+portait dans ses entrailles, sur le point d'être saisi et jeté en prison, il
+est vraisemblable que Jane sentit se réveiller en elle son attachement ou
+du moins de la pitié. Elle eut horreur de perdre celui qui, pendant
+quelques jours, avait été son époux. Elle le fit prévenir secrètement.
+On sent dans la lettre que ce trait de dévouement et d'amitié a presque
+réconcilié Burns avec celle qui lui avait meurtri le c&oelig;ur et attristé sa
+vie. Il y a là comme la reconnaissance d'un service rendu et un ton de
+pardon, un retour vers l'infidèle. Et, du même coup, ces lignes contiennent
+peut-être le sort de la pauvre Mary Campbell.</p>
+
+<p class="p2">Le lendemain même de cette lettre, le 31 juillet 1786, paraissaient les
+poèmes, un humble volume de deux cents pages, avec sa grossière
+couverture de papier bleu, son papier rugueux et ses caractères lourds.
+Il portait comme titre: <span class="italic">Poèmes, principalement en dialecte écossais, par
+Robert Burns</span>, et comme épigraphe, quatre vers qui indiquaient que
+l'auteur avait une appréciation exacte de son mérite. Il commençait
+par une préface dans laquelle on sent une attente pleine de confiance
+et de fierté. Elle mérite d'être lue entière et avec soin; il est impossible,
+dans des conditions si singulières et si difficiles, de se présenter avec
+plus de tact, de simplicité et de dignité:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Les bagatelles suivantes ne sont pas la production d'un poète qui, avec tous les
+avantages d'un art savant, et peut-être au milieu des élégances et des loisirs de la
+vie riche, abaisse ses regards pour chercher un thème rural, en songeant à Théocrite
+et à Virgile. Pour l'auteur de ceci, ces noms et d'autres noms célèbres, leurs compatriotes,
+sont, dans leur langage original, une fontaine fermée et un livre scellé.
+Dépourvu des conditions nécessaires pour se mettre poète par règles, il chante les sentiments
+et les m&oelig;urs qu'il a ressentis et vus, en lui-même et dans ses compagnons
+rustiques autour de lui, dans son langage natif et dans le leur. Bien qu'il fût Rimeur
+depuis ses plus jeunes années, ou du moins depuis les premières impulsions des passions
+tendres, ce n'est que très récemment que les applaudissements, peut-être la partialité
+de l'Amitié, ont éveillé sa vanité jusqu'à lui faire penser que quelque chose de lui
+valait la peine d'être montré; aucune des productions suivantes n'a été composée avec
+la pensée qu'elles pourraient être imprimées. S'amuser des petites créations de sa
+propre imagination, parmi le travail et les fatigues d'une vie laborieuse; transcrire
+les sentiments divers, les amours, les chagrins, les espoirs, les craintes, de sa propre
+poitrine; trouver une sorte de contrepoids aux luttes du monde, scène toujours antipathique
+et tâche toujours malaisée à l'esprit poétique; tels furent ses motifs pour
+courtiser les muses, et il a trouvé que la poésie est sa propre récompense.</p>
+
+<p>Maintenant qu'il apparaît dans le personnage public d'un auteur, il le fait avec
+crainte et tremblement. La renommée est si chère à la tribu des rimeurs, que
+même lui, poète obscur et sans nom, recule et pâlit à la pensée d'être traité «comme
+un sot impertinent qui impose de force ses balivernes au monde et, parce qu'il sait
+faire tinter quelques mauvaises rimailles écossaises, se considère comme un poète et
+non de peu d'importance, en vérité.»</p>
+
+<p>C'est une observation de ce célèbre poète, dont les divines Élégies font honneur à
+<span class="pagenum"><a id="page156" name="page156"></a>(p. 156)</span> notre langage, à notre nation et à notre race<a id="footnotetag332" name="footnotetag332"></a><a href="#footnote332" title="Lien vers la note 332"><span class="small">[332]</span></a>, que «l'Humilité a réduit plus d'un
+génie à l'existence d'un hermite, mais n'en a jamais élevé un à la renommée.» Que
+si quelque critique relève le mot <span class="italic">génie</span>, l'auteur lui dit, une fois pour toutes, que
+certainement il se considère comme doué de quelques dispositions poétiques; autrement
+la façon dont il publie ses &oelig;uvres serait une man&oelig;uvre au-dessous du pire
+jugement que, il l'espère, ses pires ennemis porteront jamais sur lui. Mais au génie
+d'un Ramsay ou à la glorieuse aurore du pauvre et infortuné Fergusson, il déclare avec
+la même simplicité et la même sincérité, qu'il n'a pas la plus lointaine prétention,
+même pendant les plus hautes poussées de sa vanité. Dans les pièces suivantes, il a
+souvent tourné son regard vers ces deux poètes écossais, justement admirés, mais
+plutôt pour s'allumer à leur flamme qu'en vue d'une imitation servile.</p>
+
+<p>À ses souscripteurs, l'auteur envoie ses plus sincères remerciements. Ce n'est pas
+le salut mercenaire par-dessus un comptoir, mais la gratitude profonde et cordiale
+du poète qui sait combien il doit à la bienveillance et à l'amitié pour lui permettre
+de gratifier&mdash;s'il le mérite&mdash;le v&oelig;u le plus cher de tout c&oelig;ur poétique: être
+distingué. Il prie ses lecteurs, en particulier les Instruits et les Polis, qui pourront
+lui faire l'honneur de le parcourir, de tenir compte de l'éducation et des circonstances
+de sa vie. Mais si, après un examen juste, sincère et impartial, il est convaincu
+de lourdeur et de niaiserie, qu'il soit traité comme il traiterait les autres dans le
+même cas&mdash;qu'il soit condamné sans merci au dédain et à l'oubli.</p>
+</div>
+
+<p>Le volume se composait presque entièrement des pièces écrites
+pendant l'année 1785 et les premiers mois de 1786. Il est à remarquer
+que quelques-unes de ses principales pièces n'y figuraient pas. Peut-être
+par un sentiment de réserve Burns avait-il omis: <span class="italic">la Mort et le D<sup>r</sup> Hornbook</span>
+et la <span class="italic">Prière de Saint Willie</span>. Quant aux <span class="italic">Joyeux Mendiants</span>, cette incomparable
+production semblait être sortie entièrement de sa mémoire. Ce
+volume était principalement fait de ses poèmes rustiques, de ceux qui
+ont le plus le goût de terroir, et dépeignent les m&oelig;urs et les superstitions
+de la campagne. Il ne représentait réellement que la moitié de son
+génie poétique. Pas de chansons; le don de musique qui était en lui y
+était à peine indiqué. Dans le volume entier, il n'y en a que trois
+véritables. <span class="italic">Mary Morison</span>, cette chose exquise, bien que dès lors en
+manuscrit, n'est pas du nombre. Parmi les trois choisies pour être
+publiées, une au moins, les <span class="italic">Sillons d'orge</span>, est de première excellence;
+les deux autres sont bonnes. On peut dire que ces quelques strophes
+étaient uniquement la promesse de ce que le monde devait entendre de
+ses lèvres dans ce genre de poésie. C'est par elles seulement qu'une
+oreille perspicace pouvait deviner cette mélodie encore mystérieuse, qui
+devait plus tard être révélée au monde, faire de lui un des chantres les
+plus hauts et, selon l'expression du D<sup>r</sup> Hately Waddell, un des psalmistes
+de son pays.</p>
+
+<p>La vente du volume fut tellement rapide que, le 26 août, moins d'un
+mois après la mise en vente, il ne restait plus que quinze exemplaires<a id="footnotetag333" name="footnotetag333"></a><a href="#footnote333" title="Lien vers la note 333"><span class="small">[333]</span></a>.
+<span class="pagenum"><a id="page157" name="page157"></a>(p. 157)</span> Un peu d'argent rentra dans la poche étonnée du poète, qui le mit aussitôt
+de côté pour assurer son voyage. «Dès que je fus maître de neuf guinées,
+le prix pour me faire transporter à la zone torride, je retins mon passage
+sur le premier vaisseau qui devait partir<a id="footnotetag334" name="footnotetag334"></a><a href="#footnote334" title="Lien vers la note 334"><span class="small">[334]</span></a>.» On a vu que la veille même
+de la publication de ses poèmes, il fixait son départ à trois semaines.
+Pendant les premiers jours d'août, il s'attendait à partir à chaque instant.
+Ce fut un simple accident, une rencontre de hasard dans le cabinet du
+frère de son futur patron qui l'empêcha de partir:</p>
+
+<p class="quote">«Je suis allé hier chez le D<sup>r</sup> Douglas, tout à fait décidé à saisir l'occasion du
+capitaine Smith; mais je trouvai le D<sup>r</sup> avec un Mr et une Mrs White, tous deux de
+la Jamaïque; ils ont entièrement dérangé mes plans. Ils lui ont assuré que pour
+m'envoyer à Port-Antonio, il en coûtera à mon maître Charles Douglas plus de 50
+livres; sans compter le risque de me faire attraper une fièvre pleurétique par suite
+de la fatigue de voyager au soleil. Pour ces raisons, il refuse de m'envoyer avec Smith,
+mais il y a un vaisseau qui part de Greenock le 1<sup>er</sup> septembre, tout droit pour ma
+destination. Le capitaine est un ami intime de M. Gavin-Hamilton et aussi bon
+garçon que mon c&oelig;ur peut le souhaiter; je suis destiné à partir avec lui. Où je
+trouverai un abri? Je n'en sais rien; mais j'espère sortir de ces orages. Périsse la
+goutte de mon sang qui les redoute! Je connais le pire qu'ils peuvent faire et suis
+préparé à les affronter<a id="footnotetag335" name="footnotetag335"></a><a href="#footnote335" title="Lien vers la note 335"><span class="small">[335]</span></a>.»</p>
+
+<p>Son voyage ainsi reculé, il passa une partie du mois d'août à aller
+voir ses amis dans le pays et à recueillir le montant des souscriptions.
+Il circulait maintenant librement et avait même reparu à Mauchline.
+Le vieil Armour, intimidé peut-être ou rassuré par le bruit qui se faisait
+autour du nom de son gendre manqué, avait cessé ses poursuites et se
+tenait maintenant tranquille<a id="footnotetag336" name="footnotetag336"></a><a href="#footnote336" title="Lien vers la note 336"><span class="small">[336]</span></a>.</p>
+
+<p class="p2">À travers tout cela, il y avait un chapitre attendu de cette histoire,
+qui, s'il n'était pas un dénoûment, n'en était pas moins inévitable. Un
+dimanche, qui était le trois du mois de septembre, tandis que Burns
+était à l'église et écoutait un prédicateur dont il ridiculisait le sermon,
+Jane accouchait de deux jumeaux, un fils et une fille. Un frère de sa
+maîtresse vint le lui annoncer, le soir, à la ferme, et s'entendre avec lui
+pour le baptême<a id="footnotetag337" name="footnotetag337"></a><a href="#footnote337" title="Lien vers la note 337"><span class="small">[337]</span></a>. Cet événement, qui devait être prévu, lui fait de nouveau
+oublier tout le reste. Il semble enchanté et comme tout fier d'avoir deux
+enfants. Toutes les cordes de paternité, qui avaient déjà vibré en lui, se
+mettent à trembler de nouveau, mais touchées cette fois par quatre
+petites mains. Il tressaille de cette espèce de frémissement joyeux qui
+prend les pères aux entrailles à l'annonce de leur paternité. Sur le
+<span class="pagenum"><a id="page158" name="page158"></a>(p. 158)</span> champ il saisit sa plume et écrit à son ami Richmond un mot tout
+exultant:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Souhaitez-moi bonne chance, cher Richmond. Armour vient de me donner un beau
+garçon et une belle fille d'un seul jet. Dieu bénisse les chers petits.</p>
+
+<p class="poem20">
+<span class="add1em">Les roseaux verdissent, Ô;</span><br>
+<span class="add1em">Les roseaux verdissent, Ô;</span><br>
+Un lit de plume n'est pas si doux<br>
+<span class="add1em">Que le sein des fillettes, Ô.<a id="footnotetag338" name="footnotetag338"></a><a href="#footnote338" title="Lien vers la note 338"><span class="small">[338]</span></a></span></p>
+</div>
+
+<p>On se demande si ceux qui l'entouraient, si la vieille mère surtout
+partageait son enthousiasme. Quelques jours après, quand cette première
+allégresse instinctive fut tombée, il en parlait à un autre ami avec plus
+de gravité et une notion plus claire de la réalité.</p>
+
+<p class="quote">«Vous avez entendu dire, sans doute, que la pauvre Armour m'a payé double. Un
+très beau garçon et une fille ont éveillé une pensée et des sentiments qui vibrent,
+dans mon âme, les uns avec des impressions de tendresse, d'autres avec de tristes
+pressentiments<a id="footnotetag339" name="footnotetag339"></a><a href="#footnote339" title="Lien vers la note 339"><span class="small">[339]</span></a>.»</p>
+
+<p>C'était plutôt le langage qu'il convenait de parler dans les circonstances
+où il était. Il fut entendu que les deux familles se partageraient les
+enfants. La fille devait rester à sa mère et être nourrie par elle; elle
+vécut peu d'ailleurs. Le garçon devait être porté à la ferme pour y être
+élevé par sa grand'mère et ses tantes; il allait rejoindre son autre s&oelig;ur,
+la petite Bess<a id="footnotetag340" name="footnotetag340"></a><a href="#footnote340" title="Lien vers la note 340"><span class="small">[340]</span></a>. C'était le second bâtard que Burns apportait à la maison;
+c'étaient deux enfants qu'il allait laisser à la garde et aux soins du sage
+Gilbert, et de la vieille mère, dont le foyer se peuplait de petits-enfants
+venus par le chemin de traverse. Le gars grandit dru et fort, portant
+une ressemblance frappante avec son père et devint plus tard un homme
+distingué.</p>
+
+<p>Ainsi, prenant chacun un enfant, ces amants de deux années, ces
+époux de quelques jours, se séparèrent, croyant ne jamais se reprendre.
+Ils ne gardaient, des rencontres nocturnes et des heures d'amour, que
+des souvenirs déchirés par les éclats du bonheur brisé, des reproches
+réciproques, et la lassitude d'une crise où l'une avait laissé son honneur
+et l'autre failli laisser sa raison; au milieu de cela, des fibres de
+sympathie mal déchirées saignantes encore, et je ne sais quelle attraction
+profonde, indélébile de deux êtres qui ont, avec ivresse, goûté l'un à
+l'autre et dont les chairs se reconnaissent.</p>
+
+<p class="p2">Pendant ce temps que devenait la douce Mary des Hautes-Terres, la
+pauvre fille qui avait eu pour son jour de fiançailles le radieux second
+<span class="pagenum"><a id="page159" name="page159"></a>(p. 159)</span> dimanche de mai? En quittant l'Ayrshire, elle était allée dans la
+presqu'île de Cantyre, qui forme la pointe méridionale du comté d'Argyle.
+Son père était matelot à bord d'un cutter des douanes, dont la station
+était dans la petite ville maritime de Campbeltown. C'est là que vivait
+sa famille. Elle passa l'été au milieu des siens, recevant probablement
+des lettres de Burns, mais sans prendre, à ce qu'il paraît, aucune mesure
+pour son union avec lui. Peut-être n'en parlait-il plus. Elle accepta
+l'offre qui lui fut faite, par un de ses parents, d'une place à Glasgow pour
+le terme de la St.-Martin. Elle arriva à Greenock avec son père et un
+frère qu'on venait mettre en apprentissage chez un charpentier de
+navire nommé Macpherson, cousin de sa mère. À peine arrivé le jeune
+garçon tomba malade. Mary le soigna avec dévouement et tendresse;
+mais quand il commença à aller mieux, elle-même sembla languir. Ses
+amis, superstitieux comme des Highlanders, crurent qu'on lui avait jeté
+le mauvais &oelig;il, et peut-être peut-on voir là un indice que sa tristesse et
+sa pâleur remontaient à quelque temps. Il fallait du moins que ce
+dépérissement leur parût inexplicable. Ils conseillèrent à son père
+d'aller à l'endroit où deux ruisseaux se rencontrent et de choisir dans
+leur lit sept cailloux polis, de les faire bouillir dans du lait nouveau et
+de le lui donner à boire. Ce n'était pas là le charme qui pouvait la
+guérir; elle souffrait de quelque chose de trop profond. Après quelques
+jours, elle fut enlevée par une fièvre maligne qui régnait. Elle fut
+enterrée dans un terrain que Macpherson venait d'acheter, à l'extrémité
+du vieux cimetière de Greenock, sur le bord de la Clyde, loin des siens,
+abandonnée dans la grande ville fumante; telle fut la fin de l'épisode
+de ce second dimanche de mai. Quelques personnes, à qui la destinée
+de cette douce fille a paru pure et touchante, lui ont élevé un monument
+qui abrite sa tombe des rayons du soleil couchant, quand il s'abaisse
+au delà du «rugissement de l'Atlantique». Les steamers qui sortent de
+la Clyde passent tout auprès. Une des dernières choses que voient les
+Écossais, qui quittent le pays en emportant, à travers le monde, les vers
+de leur poète national, est la pierre où sont sculptés les adieux de Burns
+et de Mary Campbell.</p>
+
+<p>Burns en apprenant la nouvelle de Greenock reçut un coup terrible.
+Mrs Begg se rappelait qu'après le travail de la moisson achevée, elle
+était un jour à son rouet, avec sa mère ou une de ses s&oelig;urs qui
+l'aidaient. Les deux frères étaient là aussi. On apporta une lettre pour
+Robert. Il alla à la fenêtre pour l'ouvrir et la lire, et elle fut frappée de
+l'expression d'angoisse qui passa sur son visage. Il sortit sans dire un
+mot. Ce fut plus tard seulement que sa famille apprit cette histoire qui
+resta toujours comme un sujet sacré dont on ne devait pas parler<a id="footnotetag342" name="footnotetag342"></a><a href="#footnote342" title="Lien vers la note 342"><span class="small">[342]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page160" name="page160"></a>(p. 160)</span> Involontairement on se demande quel a été le rôle de Burns en tout
+ceci, et cette question, une fois venue dans l'esprit, ne se laisse pas aisément
+renvoyer. Lui-même a rapporté cet incident dans ces mots qui
+suivent immédiatement le récit de la journée de mai. «À la fin de
+l'automne suivant, elle traversa la mer pour me retrouver à Greenock,
+où elle était à peine débarquée qu'elle fut saisie d'une fièvre maligne
+qui, en peu de jours, poussa ma chère fille dans la tombe avant même
+que je fusse informé de sa maladie<a id="footnotetag343" name="footnotetag343"></a><a href="#footnote343" title="Lien vers la note 343"><span class="small">[343]</span></a>.» Mais comment arrangeait-il cette
+union avec la passion qui l'avait repris. Qu'il fût sincère quand il
+maudissait l'heure et le moment du temps qui le rendrait infidèle, cela
+est probable. Il pouvait croire que l'indignation avait tué l'ancien
+amour, et prendre pour une guérison le baume que répandait une douce
+présence. Mais voici que la maîtresse possédée avait reparu, ressaisi son
+pouvoir, chassé devant des désirs troublants, des souvenirs impétueux,
+la modeste et tranquille image de l'absente. Quelle imprudence, quelle
+faute il avait commise! Que pouvait-il faire? Sans briser réellement,
+laissa-t-il voir, peut-être malgré lui, par l'espacement des lettres, par
+leur froideur, leur gêne, le changement qui s'était fait en lui? Et elle,
+le devina-t-elle? Eut-elle les serrements de c&oelig;ur et les larmes silencieuses
+des abandonnées? On ne peut s'empêcher de le penser et il
+semble que les faits fassent de cette supposition une probabilité. Sur la
+Bible qui appartint à Mary Campbell, les deux noms sont presque effacés,
+comme si on avait mouillé le papier et essayé de faire disparaître avec
+le doigt les traces d'un v&oelig;u violé<a id="footnotetag344" name="footnotetag344"></a><a href="#footnote344" title="Lien vers la note 344"><span class="small">[344]</span></a>.</p>
+
+<p>Après la mort de sa fille, le père brûla les lettres de Burns, et quand
+celui-ci lui écrivit une lettre émouvante pour lui demander un souvenir
+de celle qu'il avait aimée, il refusa de lui répondre et défendit qu'on
+mentionnât son nom devant lui<a id="footnotetag345" name="footnotetag345"></a><a href="#footnote345" title="Lien vers la note 345"><span class="small">[345]</span></a>. Dans les pièces que Burns consacra à
+cet amour, on sent comme une secrète accusation contre soi-même.
+Enfin il y a une lettre de lui de cette époque qui ne s'applique à rien
+d'autre. Elle est du commencement d'octobre et adressée à son ami
+Robert Aiken.</p>
+
+<p class="quote">«Je suis, depuis quelque temps, miné par un chagrin sincère, secret, dû à des
+causes que vous connaissez assez bien: la déception, le désappointement, la piqûre
+de l'orgueil, avec quelques coups de couteau de remords qui ne manquent jamais de
+s'abattre comme des vautours sur mes parties vitales, quand mon attention n'est pas
+détournée par les demandes de la société ou les poursuites de la muse. Même dans
+ces moments, ma gaîté n'est que la folie d'un condamné ivre entre les mains du
+bourreau<a id="footnotetag346" name="footnotetag346"></a><a href="#footnote346" title="Lien vers la note 346"><span class="small">[346]</span></a>.»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page161" name="page161"></a>(p. 161)</span> Ces remords ne pouvaient se rapporter à l'affaire des Armour, puisqu'il
+avait fait tout ce qui était en lui pour réparer le mal et qu'il avait été
+sacrifié. Il avait de ce côté des griefs et non des remords; c'était lui qui
+pouvait faire des reproches et non en recevoir. D'où lui venaient donc
+ces vautours qui ne lui laissaient point de paix? La réserve singulière
+qu'il garda toujours sur ce sujet, dont il semblait vouloir éviter de parler,
+ajoute encore à l'idée qu'on ne peut s'empêcher de concevoir qu'il y eut
+là quelque chose dont le souvenir lui était pénible.</p>
+
+<p>Ce qui semble certain, c'est qu'il expia, par un long regret, l'imprudence
+d'avoir donné des paroles à ce qui aurait dû rester un rêve, ou
+la faiblesse d'avoir pris pour un rêve ce qu'il avait revêtu de sa parole.
+Il porta en secret cette blessure jusqu'à la tombe. Après des événements
+soudains et extraordinaires, qui se pressèrent dans un si bref
+espace de son existence qu'ils semblaient devoir refouler et étouffer le
+passé, à des intervalles de plusieurs années, elle se rouvrait aussi
+fraîche qu'au premier jour. Les plaintes qu'elle lui arracha, longtemps
+après, sont parmi les plus déchirantes que la mort d'une femme ait
+jamais inspirées à l'homme. Ce fut, à son honneur, un endroit de son
+c&oelig;ur qui resta éternellement douloureux et saignant. Ce fut le plus pur,
+le plus durable et de beaucoup le plus élevé de ses amours. Au-dessus
+de tous les autres, dont quelques-uns furent plus ardents, il se dresse
+avec la blancheur d'un lis. L'opposition qu'il forme avec la passion pour
+Jane est complète. Rien n'est curieux comme de comparer les pièces qui
+ont été inspirées par ces deux femmes. D'un côté toutes les épithètes
+sont matérielles; ici, elles sont toutes morales. Les louanges sont
+empruntées, non aux grâces du corps, mais aux qualités de l'âme. Les
+mots qui reviennent sans cesse sont ceux d'honneur, de douceur et
+de bonté.</p>
+
+<p class="poem20">«Bien que j'erre sous des climats lointains,<br>
+<span class="add1em">Je sais que son c&oelig;ur ne change pas;</span><br>
+Car son sein brûle de l'éclat de l'honneur,<br>
+Ma fidèle fillette des Hautes-Terres, Ô.<a id="footnotetag347" name="footnotetag347"></a><a href="#footnote347" title="Lien vers la note 347"><span class="small">[347]</span></a>»</p>
+
+<p>L'idée de la revoir un jour poursuivait Burns. Chaque fois qu'il songea
+à quelque chose d'éternel, à une vie future, à des rencontres dans
+l'inconnu, ce fut vers elle que sa pensée se tourna. L'amour pour Jane,
+vainqueur maintenant, devait être vaincu dans la revanche inévitable
+des choses idéales sur celles qui sont seulement terrestres. On peut dire
+que, comme les autres passions du poète, il périt et tomba sur le tas des
+fleurs fanées. L'amour du second dimanche de mai fut toujours présent.
+C'est lui qui conduisit Burns dans la sphère la plus élevée où il atteignit,
+<span class="pagenum"><a id="page162" name="page162"></a>(p. 162)</span> lui qui inspira ses plus hauts efforts de spiritualité. La douce fille
+des Hautes-Terres aux yeux azurés fut sa Béatrice et lui fit signe du
+bord du ciel.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section">IV.<br>
+LA RENOMMÉE SOUDAINE. &mdash; DÉPART POUR ÉDIMBOURG.</p>
+
+<p>Cependant, le volume de Kilmarnock avait un succès prodigieux. Il
+s'était enlevé si vite qu'il n'en était pas resté un exemplaire pour la
+pauvre ferme de Mossgiel, et que la mère, les frères et les s&oelig;urs de Burns
+n'eurent ses &oelig;uvres imprimées que dans l'édition d'Édimbourg<a id="footnotetag348" name="footnotetag348"></a><a href="#footnote348" title="Lien vers la note 348"><span class="small">[348]</span></a>. La
+renommée de l'humble volume de Kilmarnock grandissait et, dépassant
+les limites de l'Ayrshire, se répandait à travers le pays entier. On se
+prêtait ces poèmes étonnants; de tous côtés, on les récitait, on les
+chantait. Les gens du peuple, les paysans, avaient pour la première fois
+un grand poète qui rendait, dans leur propre langue, leurs propres
+sentiments. C'était un enthousiasme presque incroyable et tel qu'on
+aime à le laisser exprimer par ceux qui l'ont connu. «La fille de ferme
+chantait ses chansons, dit Allan Cunningham, le laboureur et les bergers
+répétaient ses poésies, tandis que les vieux et les prudents citaient ses
+vers dans la conversation, heureux de trouver que des choses de fantaisie
+pouvaient être rendues utiles. Mon père qui aimait la poésie emprunta le
+volume à un clergyman caméronien qui, en le lui prêtant, y ajouta ce
+remarquable conseil: «Ne le laissez pas sur le chemin des enfants,
+John, de peur de les attraper comme j'ai attrapé les miens, à le lire le
+jour du Sabbath.<a id="footnotetag349" name="footnotetag349"></a><a href="#footnote349" title="Lien vers la note 349"><span class="small">[349]</span></a>» Robert Heron raconte que, dans le Kirkcudbrightshire
+où il était alors, il est presque impossible d'exprimer avec quelle admiration
+fervente et quelles délices ces poèmes furent reçus. Jeunes et vieux
+étaient également ravis, agités et transportés. Lui-même obtint le livre
+un soir, et ne dormit point qu'il ne l'eût achevé. «Même les garçons
+de charrue et les servantes auraient été heureux de donner les gages
+qu'ils gagnaient très durement et dont ils avaient besoin pour acheter
+leurs vêtements, s'ils avaient pu se procurer les &oelig;uvres de Burns<a id="footnotetag350" name="footnotetag350"></a><a href="#footnote350" title="Lien vers la note 350"><span class="small">[350]</span></a>.»
+La contrée entière résonnait de son nom. Et ce n'étaient pas seulement
+les paysans; les gens cultivés et instruits étaient également saisis par
+cette contagion d'admiration pour l'homme et la langue. La plupart
+d'entre eux, sans doute, commençaient avec la méfiance de Walker et
+<span class="pagenum"><a id="page163" name="page163"></a>(p. 163)</span> passaient par les même phases que lui, pour arriver à la même
+admiration:</p>
+
+<p class="quote">«Je classais le laboureur poétique avec les filles de ferme et les batteurs en grange
+poétiques de l'Angleterre, pour les productions de qui je n'avais pas une violente
+admiration. Ainsi préparé, les poèmes furent mis entre mes mains, et avant d'avoir
+achevé une page, j'éprouvai des émotions de surprise et de plaisir dont je n'avais
+jamais eu conscience auparavant. Le langage que j'avais commencé à dédaigner,
+comme bon seulement pour les conversations vulgaires, semblait transformé par le
+charme du génie et être devenu le langage propre de la poésie. Il exprimait toutes
+les idées avec une brièveté et une force, il se pliait à tous les sujets avec une souplesse
+qui manquent parfois aux langages les plus parfaits. À chaque page, on
+voyait l'empreinte du génie. Tout était touché par une main d'une dextérité si
+étonnante qu'elle semblait remplir ses fonctions les plus faciles et les plus familières,
+quand elle accomplissait ce que toute autre aurait tenté en vain. Je ne quittai pas le
+volume avant de l'avoir achevé, et je ne puis pas me rappeler de moments qui aient
+passé plus rapidement que les heures où je fus ainsi occupé. Un désir de voir
+l'homme qui avait le pouvoir de produire de tels effets succéda naturellement<a id="footnotetag351" name="footnotetag351"></a><a href="#footnote351" title="Lien vers la note 351"><span class="small">[351]</span></a>».</p>
+
+<p>Tous étaient ainsi gagnés, séduits, enveloppés par ce charme qui
+courait le pays; il semblait que c'en fût véritablement un. Une vieille
+dame des environs, descendante de Vallace, Mrs Dunlop, venait d'être
+affligée d'une longue et cruelle maladie qui l'avait réduite à un état
+d'assombrissement et de découragement. Un volume des poèmes fut
+laissé sur sa table par un de ses amis. Elle l'ouvrit et tomba sur le
+<span class="italic">Samedi soir du Villageois</span>. Elle le lut avec la plus grande surprise et le
+plus grand plaisir. «La description des simples villageois opéra sur
+son esprit comme le charme d'un puissant exorciste, chassa le démon
+ennui et la rendit à son harmonie et à sa bonne humeur ordinaires».
+Mrs Dunlop envoya aussitôt un messager à Mossgiel, qui était à
+une distance de 15 à 16 milles, avec une lettre flatteuse pour Burns,
+lui demandant de lui envoyer une demi-douzaine de ses exemplaires
+et de lui faire le plaisir de venir la voir à Dunlop-House,
+aussitôt qu'il le pourrait. Ce fut le commencement d'une amitié et d'une
+correspondance qui ne finirent qu'avec la vie du poète. Le dernier
+emploi qu'il ait fait de sa plume fut une lettre à Mrs Dunlop, quelques
+jours avant sa mort<a id="footnotetag352" name="footnotetag352"></a><a href="#footnote352" title="Lien vers la note 352"><span class="small">[352]</span></a>.</p>
+
+<p>Les avances les plus flatteuses lui venaient de tous côtés et des
+hommes les plus éminents. Dugald Stewart, le célèbre professeur de
+philosophie à l'Université d'Édimbourg et un des hommes les plus
+accomplis de son temps, qui passait ses vacances dans la villa de Catrine,
+sur les bords de l'Ayr, pria le D<sup>r</sup> Mackenzie, le docteur de Mauchline,
+un de ses amis, de lui amener le poète à dîner. Celui-ci y rencontra
+<span class="pagenum"><a id="page164" name="page164"></a>(p. 164)</span> Lord Daer, jeune noble de grande espérance, qui revenait de France
+où il avait été lié avec quelques-uns des hommes qui jouèrent un peu
+plus tard un rôle dans la Révolution Française, entre autres Condorcet<a id="footnotetag353" name="footnotetag353"></a><a href="#footnote353" title="Lien vers la note 353"><span class="small">[353]</span></a>.
+C'était la première fois que Burns se trouvait avec un représentant de
+l'aristocratie; il a laissé ses impressions de cette entrevue, dans une
+pièce curieuse où l'on sent, sous la bonne humeur et la satisfaction,
+ce qu'il y avait d'ombrageux dans ses rapports avec les personnes d'une
+position sociale supérieure à la sienne.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Oh! où est le pouvoir magique de Hogarth<br>
+Pour montrer les regards étonnés de Messire le Poète,<br>
+Et comment il ouvrait les yeux et balbutiait,<br>
+Quand effaré, comme conduit à la bride,<br>
+Et piétinant lourdement sur ses jambes de laboureur<br>
+Il s'embarrassa dans le salon?</p>
+
+<p>Je gagnai, de côté, un coin, un abri,<br>
+Et vers sa seigneurie glissai un regard,<br>
+Comme vers un prodige effrayant;<br>
+Sauf le bon sens, la jovialité,<br>
+Et (ce qui me surprit) la modestie,<br>
+Je ne remarquai rien d'extraordinaire.</p>
+
+<p>Je guettais les symptômes des grands,<br>
+L'orgueil du sang, la pompe seigneuriale,<br>
+L'assurance arrogante;<br>
+Du diable s'il avait de la fierté;<br>
+Ni vanité, ni orgueil&mdash;à ce que je pus voir,<br>
+Pas plus qu'un honnête laboureur<a id="footnotetag354" name="footnotetag354"></a><a href="#footnote354" title="Lien vers la note 354"><span class="small">[354]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Burns, on le voit, était sorti enchanté de sa rencontre. On aime à se
+figurer cette première introduction de Burns dans une société qu'il ne
+connaissait pas, et on se représente ce dîner qui fournirait un tableau à un
+Meissonier anglais: le médecin intelligent et instruit, le jeune noble
+libéral, la douce et calme figure du vénérable D. Stewart, et ce poète
+paysan, un peu gauche, cependant le plus grand de tous. Dugald
+Stewart a laissé de son côté l'impression que lui fit cette première
+rencontre; elle était, elle aussi, excellente.</p>
+
+<p class="quote">«Ses manières étaient alors, comme elles continuèrent toujours de l'être ensuite,
+simples, viriles et indépendantes. Elles exprimaient la conscience de son génie et de
+sa valeur, mais sans rien qui indiquât la forfanterie, l'arrogance ou la vanité. Il
+prenait sa part dans la conversation; mais pas plus qu'il ne lui appartenait et
+écoutait avec une attention et une déférence visibles, quand il s'agissait de sujets sur
+lesquels son éducation le privait de moyens d'information. S'il y avait eu un peu plus
+<span class="pagenum"><a id="page165" name="page165"></a>(p. 165)</span> de douceur et d'accommodement dans son caractère, il aurait encore été, je le pense,
+plus intéressant. Mais il avait été accoutumé à faire la loi dans le cercle de ses
+connaissances ordinaires, et sa crainte de tout ce qui approchait de la bassesse et de la
+servilité rendait sa manière d'être un peu décidée et dure. Rien peut-être n'était plus
+remarquable, parmi ses divers talents, que l'aisance, la précision et l'originalité
+de son langage, quand il parlait en compagnie. Cela était d'autant plus remarquable
+qu'il visait à la pureté dans son tour d'expression, et évitait, avec plus de souci que la
+plupart des Écossais, les particularités de la phraséologie écossaise<a id="footnotetag355" name="footnotetag355"></a><a href="#footnote355" title="Lien vers la note 355"><span class="small">[355]</span></a>.»</p>
+
+<p>Sa position toutefois restait toujours indécise et comme en suspens.
+Il ne prenait plus guère part aux travaux de la ferme. Cependant
+il fit la moisson, qui fut cette année-là tardive. Quelques-uns de ses amis,
+Gavin Hamilton, Aiken, Ballantine, désolés de laisser partir, pour des
+climats meurtriers et un avenir incertain, l'homme dont ils étaient fiers
+et qu'ils aimaient, s'occupèrent de lui trouver une situation qui pût lui
+permettre de rester en Écosse et cherchaient à lui obtenir une place
+dans l'Excise<a id="footnotetag356" name="footnotetag356"></a><a href="#footnote356" title="Lien vers la note 356"><span class="small">[356]</span></a>. Lui-même tantôt désirait, tantôt semblait redouter que
+leurs démarches réussissent. La pensée de ses enfants le retenait;
+d'autres considérations assez mystérieuses et qu'on ne peut guère
+rattacher qu'à l'épisode de Mary Campbell, semblaient le pousser hors
+du pays. La lettre suivante expose la situation d'esprit dans laquelle
+il se trouvait alors:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«J'ai ressenti en moi toutes sortes de fluctuations et de mouvements en ce qui
+concerne l'Excise. Il y a beaucoup de motifs qui plaident fortement contre: l'incertitude
+d'obtenir bientôt une place, les conséquences de mes folies qui peuvent rendre
+mon séjour ici impraticable... Toutes ces raisons m'engagent à aller à l'étranger, et
+contre toutes ces raisons, je n'ai qu'une réponse: les sentiments d'un père. Ceci,
+dans l'humeur où je me trouve à présent, fait contrepoids à tout ce qui peut être
+dans l'autre côté de la balance...</p>
+
+<p>Vous pouvez peut-être croire que c'est une fantaisie extravagante, mais c'est un
+sentiment qui m'atteint au c&oelig;ur. Bien que sceptique sur plusieurs points de la foi
+ordinaire, je pense cependant avoir toutes les preuves qu'il existe d'une vie par delà
+les limites étroites de notre existence présente. S'il en est ainsi, comment en présence
+de cet Être redoutable, auteur de l'existence, comment affronterai-je les reproches
+des êtres qui sont vis-à-vis de moi dans la chère relation d'enfants, et que j'aurais
+abandonnés dans l'innocence souriante de leur faible enfance! Ô toi, Pouvoir inconnu,
+toi Dieu tout puissant, qui as allumé la raison dans mon sein et m'as donné le bienfait
+de l'immortalité, j'ai fréquemment dévié de cet ordre et de cette régularité qui sont
+nécessaires à la perfection de tes &oelig;uvres, cependant tu ne m'as jamais quitté ni
+délaissé....</p>
+
+<p>«Depuis que j'ai écrit la page précédente, j'ai vu l'orage du malheur s'épaissir
+au-dessus de ma tête dévouée à la folie. Si vous réussissez, ô mon ami, mon
+bienfaiteur, dans vos démarches pour moi, peut-être me sera-t-il impossible de
+recueillir le fruit de vos efforts. Ce que j'ai écrit dans les pages précédentes est la
+<span class="pagenum"><a id="page166" name="page166"></a>(p. 166)</span> ferme teneur de ma résolution; mais si des circonstances ennemies m'empêchaient
+d'accepter votre offre bienveillante, on si l'accepter menaçait de m'attirer de nouvelles
+misères....<a id="footnotetag357" name="footnotetag357"></a><a href="#footnote357" title="Lien vers la note 357"><span class="small">[357]</span></a>»</p>
+</div>
+
+<p>La lettre coupée, inachevée, trahissait l'état d'incertitude et d'émotion
+douloureuse où il se trouvait alors. Le temps passait sans qu'il prît de
+résolution et sans que la pensée du départ quittât son esprit.</p>
+
+<p class="p2">Il se produisit alors un événement qui l'en chassa définitivement et
+eut sur sa destinée future une importance décisive. Il l'a rappelé
+lui-même en ces termes:</p>
+
+<p class="quote">«J'avais fait mon dernier adieu à quelques amis; ma malle était sur le chemin de
+Greenock; j'avais composé une chanson <span class="italic">La Nuit ténébreuse s'épaissit rapidement</span>,
+qui devait être le dernier effort de ma muse en Calédonie, quand une lettre du
+D<sup>r</sup> Blacklock à un de mes amis renversa tous mes projets, en éveillant mon ambition
+poétique. Le docteur appartenait à une classe de critiques dont je n'aurais pas osé
+espérer l'approbation. Son idée que je rencontrerais des encouragements pour une
+seconde édition m'enflamma tellement que je partis aussitôt pour Édimbourg, sans une
+seule connaissance dans la ville et sans une seule lettre de recommandation<a id="footnotetag358" name="footnotetag358"></a><a href="#footnote358" title="Lien vers la note 358"><span class="small">[358]</span></a>.»</p>
+
+<p>Les choses ne se passèrent pas tout à fait aussi simplement que Burns
+le raconte à distance et dans une lettre où les événements de sa vie
+devaient être ramassés en quelques mots. Même ce départ pour Édimbourg
+ne fut pas sans ses incertitudes et ses difficultés. Tout ce passage
+de la vie de Burns est encore intéressant à suivre de près.</p>
+
+<p>À quelques milles de Mossgiel se trouve la paroisse de Loudon, dont
+le ministre était alors le Rév. George Lawrie. C'était un homme de
+culture et de goût littéraires. Il avait des relations dans la société
+intellectuelle d'Édimbourg. C'était un ami de Blair et de Robertson.
+Par une rencontre assez curieuse, il avait été l'intermédiaire par lequel
+les fragments de Macpherson avaient été soumis à Blair, qui avait appelé
+sur eux l'attention publique. Lawrie avait lu les poèmes de Burns avec
+la surprise et l'admiration qu'ils causaient à tous ceux entre les mains
+desquels ils tombaient. Bien qu'il ne connût pas le poète, il les envoya
+à un de ses amis, le docteur Blacklock, en lui en demandant son avis et
+en insinuant qu'il pourrait les communiquer à Blair, alors connu comme
+le premier critique du temps.</p>
+
+<p>C'est une figure vénérable et touchante que celle du D<sup>r</sup> Blacklock et
+qui vaut un crayon d'un instant. Né en 1721, il avait perdu la vue à
+l'âge de six mois, par suite de la petite vérole, si implacable alors. Son
+père, un maçon pauvre, avait entrepris d'instruire lui-même du mieux
+<span class="pagenum"><a id="page167" name="page167"></a>(p. 167)</span> qu'il pouvait son petit aveugle, en lui lisant à ses heures de repos Milton,
+Spenser, Prior, Pope et Addison. C'est un autre exemple de ces éducations
+écossaises. L'enfant, élevé dans cette musique de poètes, se mit à
+faire des vers, qui tombèrent entre les mains d'un brave homme, le
+D<sup>r</sup> Stevenson d'Édimbourg. Celui-ci s'intéressa à lui et lui fournit les
+moyens de faire ses études à l'Université. Blacklock entra alors dans les
+ordres et devint un prédicateur de réputation. Mais, à la suite de déboires
+dus à sa cécité, il s'était retiré à Édimbourg et y tenait une sorte de
+maison de famille où il recevait quelques élèves choisis. C'était un
+vieillard très pâle, avec de beaux cheveux blancs; il était d'une douceur
+et d'une bonté inaltérables. On disait de lui «qu'il n'avait jamais perdu
+un ami et ne s'était jamais fait un ennemi». Sa bienveillance était continue,
+elle agissait comme un des modes de sa vitalité. Il avait pris, pour se
+faire conduire, un petit paysan et lui trouvant de la bonne volonté à
+apprendre, il lui enseigna le grec, le latin, le français et en fit un homme
+distingué. «Si on énumérait tous les jeunes gens qu'il a retirés de
+l'obscurité et mis en état, par l'éducation, de se pousser dans la vie,
+disait Walker, le catalogue exciterait une surprise très naturelle<a id="footnotetag359" name="footnotetag359"></a><a href="#footnote359" title="Lien vers la note 359"><span class="small">[359]</span></a>». Et
+Heron: «Il n'y a peut-être jamais eu un homme qui pût, avec plus de
+vérité, être appelé un <span class="italic">Ange sur la terre</span> que le D<sup>r</sup> Blacklock. Il était
+candide et innocent comme un enfant, néanmoins doué de la sagacité et
+de la pénétration d'un homme. Son c&oelig;ur était une source continuelle
+de bonté<a id="footnotetag360" name="footnotetag360"></a><a href="#footnote360" title="Lien vers la note 360"><span class="small">[360]</span></a>». Cette âme exquise était d'une aménité et d'une gaîté
+constantes, se réjouissant d'une clarté intérieure. Il vivait entouré du
+respect et de l'amour de tous. Quand le D<sup>r</sup> Johnson avait passé par
+Édimbourg, il lui avait dit: «Cher D<sup>r</sup> Blacklock, je suis heureux
+de vous voir»; ce qui était un grand honneur. Tel était celui qui
+venait d'avoir une influence capitale sur la destinée de Burns par
+quelques-unes de ces paroles, par un de ces actes de bienveillance,
+qui sortaient de tous les instants de sa vie. Il était de ces hommes
+autour desquels tombe comme une manne, et près de qui la faim, la
+fatigue, la douleur, ne peuvent passer sans trouver un réconfort. Ils ne
+s'en doutent souvent pas; ils n'ont pas même notion d'un effort, d'une
+volition; ils sont bienfaisants par nature, par exercice de leur façon
+d'exister<a id="footnotetag361" name="footnotetag361"></a><a href="#footnote361" title="Lien vers la note 361"><span class="small">[361]</span></a>.</p>
+
+<p>Voici la lettre que le D<sup>r</sup> Blacklock écrivait à M<sup>r</sup> Lawrie pour le remercier
+de l'envoi du volume de Burns. Elle est curieuse, dans la
+première partie, parce qu'elle donne l'impression produite sur lui par
+<span class="pagenum"><a id="page168" name="page168"></a>(p. 168)</span> cette lecture; et dans la seconde, parce qu'il montre qu'un mois après la
+publication du volume, on s'en occupait déjà à Édimbourg:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>J'aurais dû vous remercier, il y a longtemps, de votre envoi, non seulement parce
+que c'est un témoignage de votre bon souvenir, mais parce qu'il m'a donné l'occasion
+de goûter un des plus délicats et peut-être un des plus sincères plaisirs dont l'esprit
+humain est susceptible. Une quantité d'occupations m'ont empêché d'avancer dans la
+lecture des Poèmes; à la fin cependant j'ai achevé cette agréable tâche. J'ai vu bien
+des exemples de la force et de la générosité de la nature s'exerçant sous des
+désavantages nombreux et formidables; je n'en ai jamais vu d'égal à celui que vous avez
+eu la bonté de me présenter. Il y a une émotion et une délicatesse dans ses poèmes
+sérieux, une vérité d'esprit et d'humeur dans ceux qui ont un tour joyeux, qu'on ne
+peut trop admirer ni trop chaudement louer. Je pense que je ne rouvrirai jamais le
+livre sans sentir mon étonnement renouvelé et accru. J'aurais voulu exprimer mon
+approbation en vers, mais, soit par suite du déclin de ma vie ou d'une dépression
+temporaire de mes esprits, il est maintenant hors de mon pouvoir d'accomplir cette
+intention.</p>
+
+<p>M. Stewart (Dugald Stewart) professeur de philosophie de notre Université,
+m'avait déjà lu trois poèmes et je lui avais témoigné le désir qu'il fit inscrire mon
+nom parmi les souscripteurs; mais si cela a été fait ou non, je n'ai jamais pu le
+savoir.... Il m'a été rapporté, par un gentleman à qui j'avais montré ces &oelig;uvres et
+qui en a cherché un exemplaire avec diligence et ardeur, que l'édition tout entière était
+déjà épuisée. Il serait donc très désirable, pour ce jeune homme, qu'une seconde
+édition plus nombreuse que la première pût être immédiatement imprimée, car il
+paraît certain que son mérite intrinsèque et les efforts des amis de l'auteur pourraient
+lui donner une circulation plus répandue que tout ce qui a été publié en ce genre, à
+ma souvenance<a id="footnotetag362" name="footnotetag362"></a><a href="#footnote362" title="Lien vers la note 362"><span class="small">[362]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>M. Lawrie fit parvenir cette lettre à Burns. On peut penser si elle fut
+accueillie avec joie. Toutefois il ne semble pas qu'elle lui ait d'abord
+suggéré l'idée de se rendre à Édimbourg. Elle ne lui donna que ce
+qu'elle contenait réellement, la pensée de faire une seconde édition, dans
+laquelle il mettrait quelques morceaux composés récemment. Il se peut
+que cette lettre, écrite au commencement de septembre, ait mis quelque
+temps à arriver jusqu'à Burns. Il alla, vers le commencement d'octobre,
+trouver son imprimeur de Kilmarnock, pour lui demander s'il voudrait
+faire une autre édition de 1000 exemplaires. L'imprimeur voulait bien
+risquer les avances de la composition mais pas du papier. «D'après
+lui le papier de 1000 copies coûterait environ 25 livres et l'impression
+environ 15 ou 16; il offre de s'entendre là dessus pour l'impression, si
+je veux faire les avances pour le papier; mais ceci, vous le savez, est
+hors de mon pouvoir; aussi adieu l'espérance d'une seconde édition
+jusqu'à ce que je devienne plus riche! C'est une époque qui, je le pense,
+arrivera avec le paiement de la dette nationale britannique<a id="footnotetag363" name="footnotetag363"></a><a href="#footnote363" title="Lien vers la note 363"><span class="small">[363]</span></a>.»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page169" name="page169"></a>(p. 169)</span> Cet échec fut une déception pour Burns qui avait peut-être vu, dans
+une seconde édition, le moyen de reculer ou d'éviter son départ. Son
+esprit y fut forcément ramené et plus que jamais il se crut sur le point
+de quitter son pays. En revenant d'une visite qu'il avait faite à M<sup>r</sup> Lawrie,
+probablement pour le remercier, «je composai, dit-il, la dernière chanson
+que je devais écrire en Calédonie». Son esprit était assombri et la description
+des circonstances dans lesquelles il avait fait ce suprême adieu est
+peut-être plus frappante que le poème lui-même: «Il avait pris congé de
+la famille du D<sup>r</sup> Lawrie, après une visite qu'il pensait être la dernière, et
+pour s'en retourner chez lui, il avait à traverser une vaste étendue de
+moors solitaires. Son esprit était fortement affecté de quitter pour toujours
+une scène où il avait goûté tant de plaisirs d'une sociabilité élégante, et
+attristé par l'aspect sombre de son avenir qui faisait un contraste.
+L'aspect de la nature était en harmonie avec ses sentiments; c'était un
+soir sombre et lourd à la fin de l'automne. Le vent s'était levé et sifflait
+à travers les roseaux et les longues herbes qu'il faisait plier. Les nuages
+couraient chassés dans le ciel, et par intervalles, de froides averses
+cinglantes ajoutaient le déconfort du corps à la tristesse de l'âme<a id="footnotetag364" name="footnotetag364"></a><a href="#footnote364" title="Lien vers la note 364"><span class="small">[364]</span></a>.»
+C'est dans cet état d'âme qu'il composa ces derniers vers:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>La nuit ténébreuse s'épaissit rapidement,<br>
+La rafale sauvage et inconstante rugit bruyamment,<br>
+Ce nuage sombre est chargé de pluie,<br>
+Je le vois passer sur la plaine;<br>
+Le chasseur a quitté le moor,<br>
+Les couvées éparpillées se retrouvent en sûreté,<br>
+Tandis que j'erre ici, pressé de souci,<br>
+Sur les bords solitaires de l'Ayr.</p>
+
+<p>L'automne pleure son grain mûrissant<br>
+Arraché par le ravage de l'hiver;<br>
+À travers son ciel azuré et tranquille<br>
+Elle voit passer la tempête;<br>
+Mon sang est glacé de l'entendre mugir,<br>
+Je pense à la vague orageuse<br>
+Sur laquelle je dois affronter maint danger,<br>
+Loin des bords jolis de l'Ayr.</p>
+
+<p>Ce n'est pas le rugissement de la houle soulevée,<br>
+Ce n'est pas ce rivage fatal et mortel,<br>
+Bien que la mort y apparaisse sous toutes les formes,<br>
+Les malheureux n'ont plus rien à redouter;<br>
+Mais autour de mon c&oelig;ur des liens sont noués,<br>
+Et ce c&oelig;ur est percé de maintes blessures,<br>
+Celles-ci saignent de nouveau, je déchire ces liens,<br>
+Quand je quitte les jolis bords de l'Ayr.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page170" name="page170"></a>(p. 170)</span> Adieu collines et vallons de la vieille Coila,<br>
+Ses moors couverts de bruyère, ses vallées tortueuses,<br>
+Les scènes où ma malheureuse imagination erre,<br>
+Poursuivant les amours passées et malheureuses!<br>
+Adieu mes amis, adieu mes ennemis,<br>
+Mon pardon aux uns, mon amour aux autres,<br>
+Les larmes qui jaillissent trahissent mon c&oelig;ur;<br>
+Adieu les jolis bords de l'Ayr!<a id="footnotetag365" name="footnotetag365"></a><a href="#footnote365" title="Lien vers la note 365"><span class="small">[365]</span></a></p>
+</div>
+
+<p>Il continua à songer au départ jusqu'à la fin d'octobre, car il en parle
+encore dans une épître adressée au major Logan le 30 de ce mois. C'est
+seulement dans les premiers jours de novembre que ses amis, comme
+M. Ballantine d'Ayr, chagrinés de le voir toujours sur le point de
+partir, semblent l'avoir poussé à aller à Édimbourg essayer d'y publier
+cette seconde édition. Ils pensaient probablement que, s'ils gagnaient
+du temps, il y avait chances pour que l'exil de Burns fût évité. En même
+temps, il est impossible qu'il ne fût pas informé que les journaux, le
+<span class="italic">Magazine d'Édimbourg</span>, s'étaient occupés de lui et avaient fait grand cas
+de ses poèmes.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Un exemple frappant de génie naturel éclatant à travers l'obscurité de la pauvreté
+et les obstacles d'une vie laborieuse.... À ceux qui admirent les créations
+d'une imagination libre et qui ferment les yeux sur de nombreuses fautes, en tenant
+compte de beautés sans nombre, ses poèmes donneront un singulier plaisir. Ses
+observations du caractère humain sont pénétrantes et sagaces et ses descriptions sont
+vives et justes. Il y a un riche fonds de plaisanterie rustique, et quelques-unes des
+scènes tendres sont touchées avec une délicatesse inimitable. Le caractère qu'Horace
+donne à Osellus lui est particulièrement applicable:</p>
+
+<p class="center" lang="la">Rusticus abnormis sapiens crassaque Minerva<a id="footnotetag366" name="footnotetag366"></a><a href="#footnote366" title="Lien vers la note 366"><span class="small">[366]</span></a></p>
+</div>
+
+<p>Le critique ne s'apercevait pas que les &oelig;uvres de Burns étaient
+autrement parfaites et achevées que les &oelig;uvres des poètes à la mode, à
+commencer par Blair. Mais c'était, beaucoup déjà que cette admiration,
+même un peu à côté.</p>
+
+<p>Toutes ces raisons combinées firent que Burns prit une grave résolution;
+vers le commencement de novembre, il se décida à partir pour
+Édimbourg, à aller tenter sa fortune dans une ville inconnue, la
+capitale intellectuelle de l'Écosse et, on peut le dire, à cette époque-là,
+de l'Angleterre. Il se lançait brusquement vers un avenir nouveau dont
+il n'avait pas la moindre idée quelques semaines auparavant. C'était une
+décision qui devait avoir une influence considérable sur son avenir, un
+des tournants importants de sa vie.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page171" name="page171"></a>(p. 171)</span> Au fur et à mesure que ces bonnes nouvelles affluaient, que les
+témoignages de la renommée de Robert arrivaient d'endroits plus
+éloignés, montrant par là qu'elle gagnait le pays, on peut compter
+qu'une joie grandissait dans la maison. Non pas une surprise; les siens
+l'avaient toujours regardé comme un être exceptionnel. Sa mère surtout
+dut être heureuse et ce baume, après les récentes histoires, venait à point.
+Non pas tant à cause du bruit: les éloges des étrangers importent peu à
+l'admiration d'une mère pour son fils; ils ne la corroborent pas; elle est
+au-dessus de ces appuis; ils la flattent et l'enchantent seulement. Mais
+dans cette proclamation des mérites extraordinaires de son fils, il se
+peut qu'il y eût quelque chose qui allât plus avant vers le c&oelig;ur de la
+bonne femme, sans qu'elle s'en rendît clairement compte. Ces approbations
+rassuraient et ratifiaient son indulgence pour les erreurs de son
+garçon. Elles semblaient prendre le parti de sa tendresse contre ces moments
+où elle se demandait s'il était bien excusable. N'est-il pas naturel
+qu'il y ait un peu d'écarts et de désordre en celui qui, de l'aveu de tout le
+monde, est en dehors des conditions ordinaires? Cette pensée devait lui
+être adoucissante. C'était la consolation de maints chagrins muets, la
+défaite de ces doutes, ombres affreuses, qui se glissent parfois entre une
+mère et son sang. Et dans Mauchline, dans les environs, l'admiration
+pour Burns, jusqu'alors indécise et déroutée entre l'étonnement, la
+curiosité et la critique, prenait pied et se donnait de l'importance. C'était
+un personnage; on s'occupait de lui à Édimbourg, dans des livres et
+dans les journaux. Le vieil Armour devait se gratter l'oreille, perplexe;
+et les rigides passer vite quand ils rencontraient le poète; s'il allait les
+imprimer et jeter leur nom aux rires du pays!</p>
+
+<p>Quant à lui, ses sentiments se laissent deviner. Lorsqu'il fut sur le
+point de quitter la petite ferme de Mossgiel, il dut, avec l'habitude qu'il
+avait de s'examiner et le net discernement qu'il apportait à ces examens,
+il dut se représenter ces deux années et demie, si pleines d'une confusion
+où toutes choses étranges étaient mêlées. Quel chemin parcouru depuis
+qu'il était arrivé à Mossgiel, avec le ferme propos d'être sage et l'intention
+de devenir un bon fermier! Comme ces temps-là étaient loin déjà!
+Il en était séparé par toute une existence. Quel tourbillon de luttes, de
+colères, de labeurs, de soucis, d'ivresses! Quels élans de production!
+Quelles douces heures de rêverie et de poésie, faites d'un miel dont ses
+vers n'étaient que les rayons pressés! Quels émois, quelles folies!
+Quelles ivresses amoureuses, quelles exaltations délicieuses ou douloureuses!
+Mais quels regrets, quelles mélancolies, quels remords en
+pensant à la pauvre Mary! Puis, quelles ténèbres, quelle épaisse nuit de
+désespérance et, tout soudainement, quel coup de soleil, dont il était
+encore ébloui, dont il avait l'éclat dans la figure, vers lequel il allait
+marcher! Fût-il jamais une vie faite de plus de coups de surprise et plus
+<span class="pagenum"><a id="page172" name="page172"></a>(p. 172)</span> soûlée d'émotions? Son regard se débattait éperdu, ne sachant où se
+reposer, dans ce choc de moments divers, qui se croisaient plus mêlés
+que les lignes d'un tartan. L'étoffe de ces années était faite ainsi,
+d'heures claires, grises et noires, bonnes et mauvaises, nobles et
+basses, tissées ensemble, irrévocablement. Pauvre manteau bigarré
+qui se détachait, pour jamais, de ses épaules! Car il lui était
+impossible de ne pas sentir qu'il laissait derrière lui une portion de sa
+vie. Adieu les champs, retournés par la charrue, le champ de la Souris et
+de la Marguerite! Adieu le galetas où il avait écrit ses poèmes! Adieu
+le <span class="italic" lang="en">ben</span> où la <span class="italic">Vision</span> lui était apparue! Elle ne lui avait pas menti. Ils
+étaient salués à présent ces invisibles rameaux qu'elle lui avait placés
+sur le front. Mais lui? Avait-il été aussi fidèle à la recommandation
+qu'elle lui avait faite? Avait-il préservé, irréprochablement, sa dignité
+d'homme et gardé son âme droite? Ces derniers mois, tout secoués d'orages
+sortis de lui-même, qu'avaient-ils produit de comparable aux douze mois
+précédents? Hélas! Mais malgré tout, malgré tout, ces années avaient
+été actives, joyeuses, fécondes; elles étaient argentées, jusque dans
+leurs folies mêmes et leurs plus sombres conséquences, par la lumière
+de la jeunesse.</p>
+
+<p class="p2">Une légende s'était formée, par suite d'une erreur mal rectifiée par
+Currie, que Burns avait fait à pied la route d'Édimbourg. Il y était arrivé
+si las, si endolori qu'il était resté couché deux jours. La réalité est dans
+un autre sens aussi intéressante et peut-être plus curieuse. Il fit le
+chemin à cheval, sur un poney qui lui avait été prêté par un de ses
+amis, et son voyage, au lieu d'être une marche solitaire et pénible, fut
+une fête et un triomphe. Il s'éloigna de Mauchline par Scone et Muirkirk,
+en remontant le cours de sa rivière favorite l'Ayr, et, franchissant les hauteurs,
+redescendit vers la Clyde. Lorsqu'il chevauchait ainsi par les collines
+et les moors, assombris alors des tristesses de novembre et émus de
+ses soupirs, il était tout entier à des espérances nouvelles pour lui. Il
+fredonnait le refrain d'une vieille chanson:</p>
+
+<p class="poem-ctr">En passant près de Glenap,<br>
+Je vis une vieille femme,<br>
+Qui m'a dit: «Reprends courage,<br>
+Tes meilleurs jours vont venir<a id="footnotetag367" name="footnotetag367"></a><a href="#footnote367" title="Lien vers la note 367"><span class="small">[367]</span></a>.»</p>
+
+<p>Il avait été convenu que, après le premier jour de son voyage, qui
+devait en prendre deux, il passerait la nuit chez un M. Prentice, qui
+occupait la ferme du domaine de Covington. «Tous les fermiers de la
+paroisse avaient lu avec délices les ouvrages alors publiés du poète et
+<span class="pagenum"><a id="page173" name="page173"></a>(p. 173)</span> étaient anxieux de le voir. Ils furent invités à dîner avec lui dans la
+soirée; le signal de son arrivée devait être un drap blanc attaché à une
+fourche et qu'on placerait au faîte d'une meule de blé dans la cour de la
+ferme. La paroisse est un bel amphithéâtre, à travers lequel circule la
+Clyde, avec la colline de Wellbrae à l'ouest, les hauteurs incultes de
+Tinto et Culter au sud, et la jolie colline verte et conique de Quothquan
+à l'est. L'enclos où étaient les meules étant au centre s'apercevait de
+toutes les maisons de la paroisse. Enfin Burns arriva monté sur un poney
+qu'on lui avait prêté. Aussitôt le drapeau blanc fut hissé, et aussitôt on
+vit les fermiers sortir de leurs demeures et converger vers le lieu de
+rendez-vous. Il s'ensuivit une fameuse soirée ou plutôt une nuit, qui
+emprunta même quelque chose au matin, et la conversation du poète
+confirma et augmenta l'admiration produite par ses écrits. Le matin
+suivant, il déjeuna en nombreuse société, à la ferme prochaine occupée
+par James Stodart et prit le lunch au Bank, dans la paroisse de
+Carnwarth, avec John Stodart, le père de ma mère, également en grande
+compagnie<a id="footnotetag368" name="footnotetag368"></a><a href="#footnote368" title="Lien vers la note 368"><span class="small">[368]</span></a>». Vers le soir du deuxième jour, il arriva devant Édimbourg.
+Quand il aperçut, indiquée par une masse sombre et parsemée de lumière,
+la silhouette puissante de la grande ville écossaise, il fut pris, sans doute,
+d'un mouvement d'émotion et d'enthousiasme. C'était donc là-bas
+Édimbourg! La tête et l'orgueil de l'Écosse, la cité légendaire et
+historique où les rois avaient trôné et siégé en parlements, la cité de
+Marie Stuart, de John Knox, la cité des savants et des poètes, de
+Buchanan, de Ramsay, de Fergusson, de Hume, la cité où la science, où
+l'éloquence, les arts brillaient d'un éclat prestigieux! Il la salua de toute
+la ferveur patriotique que ses lectures avaient développée en lui.&mdash;Puis
+après cette première exaltation, il songea peut-être qu'il arrivait seul et
+obscur, sans une lettre de recommandation; et il ressentit le moment
+d'appréhension et de tristesse qui vous prend aux portes des vastes séjours
+d'hommes, quand on y entre pauvre et sans amis. Il gravit la colline qui
+suit les flancs du château, et montant par là, il s'en alla trouver son ami
+Richmond qui lui avait offert l'hospitalité dans un pauvre logis.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page174" name="page174"></a>(p. 174)</span> CHAPITRE IV.</h2>
+
+<p class="chapter">ÉDIMBOURG.<br>
+<span class="smcap">Novembre 1786 &mdash; Février 1788.</span></p>
+
+<p class="section">ÉDIMBOURG EN 1786.</p>
+
+<p>Édimbourg n'était pas encore la cité singulière et admirable, dont la
+beauté est formée du contraste de deux villes, l'une gothique et l'autre
+classique. La ville nouvelle, avec ses longues et larges rues bordées de maisons
+régulières, coupées à angle droit, terminées à chaque extrémité par un
+square orné d'une statue, avec son ordonnance géométrique et sa dignité un
+peu monotone, n'existait pas encore. Sur l'emplacement qu'elle recouvre,
+Henry Mackenzie, l'auteur de <span class="italic">l'Homme de sentiment</span>, que nous avons déjà
+vu, que nous reverrons dans l'histoire de Burns et qui vécut jusqu'en 1831,
+tuait des perdrix et des bécassines<a id="footnotetag369" name="footnotetag369"></a><a href="#footnote369" title="Lien vers la note 369"><span class="small">[369]</span></a>. La noble terrasse de Prince's street,
+qui a si grand aspect avec sa rangée de statues en bronze et en marbre
+des grands Écossais, n'était qu'un terrain vague où commençaient à
+s'élever quelques maisons. Il n'y avait pas longtemps qu'un propriétaire
+audacieux avait gagné la prime de vingt livres offerte à celui qui y
+bâtirait la première maison; pas longtemps qu'un autre avait été
+exempté de taxe pour avoir bâti la seconde; et quelques années seulement
+qu'un troisième, en faisant construire une, avait stipulé que son
+entrepreneur en élèverait une autre à côté, pour qu'il fût protégé des vents
+d'ouest<a id="footnotetag370" name="footnotetag370"></a><a href="#footnote370" title="Lien vers la note 370"><span class="small">[370]</span></a>. À la place des beaux jardins que Prince's street domine aujourd'hui,
+s'étalait un lac, North loch, qu'assombrissait le reflet des grands
+rochers du château se dressant sur l'autre rive. Des deux ponts gigantesques,
+le North Bridge et le South Bridge, qui unissent l'arête de la vieille
+ville aux terrains du nord et du sud, le premier était à peine achevé; le
+second était en construction et le futur lord Cockburn allait en classe sur
+des planches jetées en travers des arches inachevées<a id="footnotetag371" name="footnotetag371"></a><a href="#footnote371" title="Lien vers la note 371"><span class="small">[371]</span></a>. Calton Hill ne s'était
+<span class="pagenum"><a id="page175" name="page175"></a>(p. 175)</span> pas encore ornée de monuments classiques, de temples et d'édicules grecs,
+dont les lignes tranquilles, par un fait probablement unique en
+architecture, s'accommodent d'un ciel septentrional. La moderne Athènes
+n'existait encore que sur les plans de l'architecte Craig, le neveu du
+poète Thomson, pour lesquels les magistrats lui avaient offert une
+médaille d'or et le droit de cité dans un coffret d'argent<a id="footnotetag372" name="footnotetag372"></a><a href="#footnote372" title="Lien vers la note 372"><span class="small">[372]</span></a>.</p>
+
+<p>Au moment où Burns y arrivait, Édimbourg n'était encore qu'une
+vieille ville embrouillée, mi-partie gothique, mi-partie renaissance, la
+vieille ville grise, enfumée, <span class="italic" lang="en">auld reekie</span>, irrégulièrement entassée, empilée
+sous ses toits d'ardoise bleue<a id="footnotetag373" name="footnotetag373"></a><a href="#footnote373" title="Lien vers la note 373"><span class="small">[373]</span></a> à l'abri de son rocher. Sa physionomie
+n'avait guère changé depuis le temps de Marie Stuart. C'était, au premier
+coup d'&oelig;il, une cohue et une bousculade de rues profondes, raides et
+tortues, toutes en zigzags et en pente, horizontalement et perpendiculairement
+disloquées. Les combles pointus des maisons, les pignons à
+redans, les façades à fenestrages irréguliers, les gables ornementés, les
+étages en surplomb, les devantures compliquées d'appentis, de fenêtres
+en encorbellement, d'échauguettes accrochées aux angles des murs,
+d'escaliers extérieurs, enchevêtraient et changeaient capricieusement
+leurs profils, dans des silhouettes pleines de heurts, de brisures et de
+ressauts, variant sans cesse. C'étaient les vieilles rues du moyen-âge, avec
+leurs fenêtres à allèges et à meneaux, leurs portes basses quadrillées
+de clous et garnies chacune de son heurtoir, ou plutôt d'un anneau
+courant sur un morceau de fer tordu et qu'on appelait <span class="italic" lang="en">risp</span>; les
+vieilles rues avec leurs linteaux à devises, leur foisonnement d'écussons,
+de monogrammes, de blasons, de décors héraldiques, leurs floraisons
+touffues et inattendues de sculptures<a id="footnotetag374" name="footnotetag374"></a><a href="#footnote374" title="Lien vers la note 374"><span class="small">[374]</span></a>. Cependant l'image générale
+de la ville n'était pas aiguë et découpée, comme celle d'une ville
+gothique; il y manquait l'élan léger et innombrable des clochers et des
+flèches. C'était plutôt une sorte de soulèvement énorme et compact,
+l'exhaussement d'une masse. Le caractère était plutôt fourni par les lourdes
+assises des créneaux que par les pointes jaillissantes des clochers. Cela
+ressemblait plutôt à un amas de forteresses et de bastilles qu'à une
+assemblée d'églises et de chapelles, à une ville militaire plutôt que
+religieuse. Cet effet tenait sans doute au formidable château qui dominait
+et écrasait la cité, et, au-dessus de tous les édifices, remplissait le ciel
+de son bloc colossal. C'est d'une grandeur presque cyclopéenne. «C'est
+le rêve d'un géant» s'écriait le peintre Haydon, l'ami de Keats, en
+<span class="pagenum"><a id="page176" name="page176"></a>(p. 176)</span> apercevant Édimbourg<a id="footnotetag375" name="footnotetag375"></a><a href="#footnote375" title="Lien vers la note 375"><span class="small">[375]</span></a>. Même pour les esprits en qui l'excessif ne
+pénètre pas aisément, l'impression est celle d'une grandeur imposante.</p>
+
+<p class="poem-ctr">La majestueuse Édimbourg sur son trône de rocs<a id="footnotetag376" name="footnotetag376"></a><a href="#footnote376" title="Lien vers la note 376"><span class="small">[376]</span></a></p>
+
+<p class="noindent">dit Wordsworth. Et Ruskin écrit qu'il ne connaît qu'une seule cité de
+plus noble situation qu'Édimbourg<a id="footnotetag377" name="footnotetag377"></a><a href="#footnote377" title="Lien vers la note 377"><span class="small">[377]</span></a>. On peut imaginer l'effet que dut
+produire cette apparition sur un homme comme Burns, qui n'avait jamais
+visité de plus grande ville qu'Ayr ou Kilmarnock. On verra qu'il sut en
+saisir tout de suite le caractère dominant.</p>
+
+<p>Quand on s'était dégagé de la première confusion et que l'&oelig;il commençait
+à classer ce qui l'avait frappé, on voyait que la ville se composait
+principalement d'une longue rue sinueuse, irrégulière, rapide, bâtie sur
+l'échine abrupte d'un long dos de terrain, qui descend du rocher jusque
+dans la plaine et qui a fait comparer la ville à un dragon. À droite et à
+gauche, sur les deux parois de l'arête centrale, dévalaient les ruelles
+obscures, profondes et escarpées qu'on appelait des <span class="italic" lang="en">wynds</span>; leur enchevêtrement
+était inextricable. Mais cette rue unique se termine à une de
+ses extrémités par le château d'Édimbourg et à l'autre par le palais
+d'Holyrood. Et entre ces deux monuments que de spectacles et de souvenirs!
+Walter Scott dit que l'histoire d'Édimbourg serait l'histoire
+abrégée de l'Écosse<a id="footnotetag378" name="footnotetag378"></a><a href="#footnote378" title="Lien vers la note 378"><span class="small">[378]</span></a>. On peut ajouter que l'histoire de la High street
+serait l'histoire d'Édimbourg. C'est dans cette rue que se sont accomplis
+ses grands événements et qu'ont passé ses grands personnages. On
+rencontre à chaque pas la trace des drames politiques et religieux
+d'autrefois. Descendre cette rue, c'est parcourir les annales de l'Écosse.
+Et au moment où Burns visite la vieille ville, ces souvenirs sont encore
+complets, car aucun des vieux bâtiments qui les font vivre n'a été
+démoli.</p>
+
+<p>Tout au haut, sur son formidable piédestal de basalte<a id="footnotetag379" name="footnotetag379"></a><a href="#footnote379" title="Lien vers la note 379"><span class="small">[379]</span></a>, est le château
+éprouvé par tant de sièges, battu par les catapultes d'Édouard et par les
+boulets de Cromwell. Au-dessous, ce sont le palais de Marie de Guise, la
+reine-régente, la mère de Marie Stuart, les vieilles résidences des ducs
+d'Argyle, des ducs de Gordon, des comtes de Cassilis et de Leven et de
+cent autres<a id="footnotetag380" name="footnotetag380"></a><a href="#footnote380" title="Lien vers la note 380"><span class="small">[380]</span></a>. Plus bas, cet édifice vermoulu, menaçant et hideux, avec ses
+deux tourelles et ses fenêtres grillées de barreaux de fer, c'est la vieille
+<span class="pagenum"><a id="page177" name="page177"></a>(p. 177)</span> Tolbooth, la prison d'Édimbourg<a id="footnotetag381" name="footnotetag381"></a><a href="#footnote381" title="Lien vers la note 381"><span class="small">[381]</span></a>. Le génie de Walter Scott ne lui a pas
+encore donné sa célébrité européenne, bien que le futur romancier
+vienne déjà errer autour d'elle et la contempler. Mais pour les Écossais,
+elle a toutes ses lugubres légendes. Au faîte de ce pignon, est la pointe
+de fer où l'on piquait les têtes des criminels, où ont verdi dans la pluie et
+le soleil, les faces du régent Morton et du vaillant Montrose<a id="footnotetag382" name="footnotetag382"></a><a href="#footnote382" title="Lien vers la note 382"><span class="small">[382]</span></a>. Juste au
+dessous, cette église dont la tour carrée se termine par un belvédère en
+forme de couronne royale, c'est St.-Giles, le berceau et le temple de la
+Réforme écossaise. C'est là que John Knox, le plus puissant auteur de la
+Réforme en Écosse, prédicateur et tribun, prêchait ses véhémentes harangues,
+ses invectives d'une éloquence enflammée et fuligineuse; et qu'il
+improvisait ses prières plus virulentes encore: «Ô Lord, si ton plaisir est
+tel, purge le c&oelig;ur de Sa Majesté la reine, du venin de l'idolâtrie et
+délivre-la des liens et de l'esclavage de Satan, dans lequel elle a été
+élevée et reste encore, par manque de la vraie doctrine<a id="footnotetag383" name="footnotetag383"></a><a href="#footnote383" title="Lien vers la note 383"><span class="small">[383]</span></a>.» On sent
+jusque dans leurs prières l'âcreté de ces âmes; elles offraient à Dieu, dans
+des encensoirs d'airain, un encens fait avec des plantes amères de la Mer
+Morte. C'est là aussi que le 23 juillet 1637, quand le doyen commença à
+lire la liturgie imposée par Charles I<sup>er</sup>, la fameuse Jenny Geddes, vieille
+marchande de légumes, lui cria: «La diablesse de colique dans tes
+entrailles, fourbe voleur, viens-tu dire la messe à mes oreilles!» et en
+même temps elle lui jeta à la tête le <span class="italic" lang="en">folding stool</span>, le pliant, que les
+femmes apportaient avec elles à l'église<a id="footnotetag384" name="footnotetag384"></a><a href="#footnote384" title="Lien vers la note 384"><span class="small">[384]</span></a>. Ce fut le signal de la bagarre
+qui allait enflammer une sédition et cette sédition la guerre civile. Car,
+là-bas, à l'endroit où les derniers plis de la ville traînent dans la plaine,
+ce clocher est celui de l'église de Greyfriars, dans le cimetière de
+laquelle fut signé le <span class="italic" lang="en">Covenant</span>. Ce fut une des grandes scènes de l'histoire
+d'Écosse. Une multitude de tout rang et de tout âge prit l'engagement
+de défendre sa foi contre les erreurs et les corruptions, «en sorte que
+ce qui sera fait au moindre d'entre nous pour cette cause sera considéré
+comme étant fait à nous tous en général et à chacun de nous en
+particulier<a id="footnotetag385" name="footnotetag385"></a><a href="#footnote385" title="Lien vers la note 385"><span class="small">[385]</span></a>». On signait le parchemin sur les tombes, quelques-uns
+signèrent avec leur sang; un grand tumulte de prières, de sanglots et de
+serments s'élevait de toutes parts<a id="footnotetag386" name="footnotetag386"></a><a href="#footnote386" title="Lien vers la note 386"><span class="small">[386]</span></a>. Et ce fut le commencement de la
+Révolution où Charles I<sup>er</sup> devait perdre sa tête.</p>
+
+<p>Derrière St.-Giles, puisqu'il a été bâti sur l'ancien cimetière de
+<span class="pagenum"><a id="page178" name="page178"></a>(p. 178)</span> l'église, c'est le palais du Parlement, où siégeait l'antique Parlement
+d'Écosse, quand l'Écosse était une nation indépendante, avant cette
+nécessaire et douloureuse union de 1707, à laquelle les c&oelig;urs écossais
+eurent tant de peine à se résigner et mirent tant de temps à s'accoutumer.
+C'est là que fut discuté le pacte qui confondit les destinées des deux pays,
+et qui excitait une telle fureur parmi les citoyens d'Édimbourg qu'il
+fallut le signer en secret, dans une cave<a id="footnotetag387" name="footnotetag387"></a><a href="#footnote387" title="Lien vers la note 387"><span class="small">[387]</span></a>; c'est là que depuis l'Union se
+tient la <span class="italic" lang="en">Court of Session</span>, c'est-à-dire la Cour de Justice, où a siégé cette
+robuste magistrature écossaise qui a fourni tant de lords chanceliers à
+l'Angleterre.</p>
+
+<p>Un peu plus bas que St.-Giles et de l'autre côté de la voie, cette
+maison gothique, qui fait saillie sur la rue, toute délabrée, si compliquée
+avec ses énormes lucarnes, ses pignons bizarres, ses trois étages en
+surplombs successifs, son escalier extérieur et sa niche de pierre où
+l'effigie grossièrement sculptée de Moïse montre un soleil émergeant des
+nuages et portant le nom de Dieu écrit en grec, en latin et en anglais,
+c'est la maison de John Knox. C'est de là qu'avec sa figure sévère et sa
+longue barbe, pareil à un dur prophète juif, il descendait vers le palais
+d'Holy-Rood pour admonester Marie Stuart jusqu'à ce qu'elle fondît en
+larmes. Il considérait la cour comme un lieu d'immoralité, un repaire
+«de baladins, danseurs et amuseurs de femmes<a id="footnotetag388" name="footnotetag388"></a><a href="#footnote388" title="Lien vers la note 388"><span class="small">[388]</span></a>». Passant auprès des
+quatre filles d'honneur, les Maries de la reine, comme on les appelait,
+rayonnantes de jeunesse et de beauté, il leur jetait une plaisanterie
+funèbre, à la Hamlet. «Ô belles dames, combien plaisante serait votre vie,
+si elle devait durer toujours, et si à la fin vous pouviez passer dans le
+ciel avec toute cette gaie toilette. Mais fi! cette brutale, la mort
+viendra, que nous le voulions ou non! Et quand elle aura mis la main
+sur nous, les vers hideux auront besogne dans cette chair, si belle et si
+tendre soit-elle; et la pauvrette âme, je le crains, sera si faible qu'elle
+ne pourra emporter avec elle ni or, ni garnitures, ni glands, perles ou
+pierres précieuses<a id="footnotetag389" name="footnotetag389"></a><a href="#footnote389" title="Lien vers la note 389"><span class="small">[389]</span></a>.» Il s'en revenait ensuite, dans sa grande robe noire,
+appuyé sur sa canne à pomme de corne<a id="footnotetag390" name="footnotetag390"></a><a href="#footnote390" title="Lien vers la note 390"><span class="small">[390]</span></a>, satisfait d'avoir objurgué
+Jézabel. C'est dans cette maison que, dans sa 59<sup>me</sup> année, il ramena
+comme seconde femme Marguerite Stewart, la plus jeune fille du «bon
+lord Ochiltree», si bien que ses ennemis l'accusèrent d'avoir gagné le
+c&oelig;ur de cette pauvre gentille dame par sorcellerie et sortilège «ce qui
+paraît être de grande probabilité; elle était une demoiselle de sang
+<span class="pagenum"><a id="page179" name="page179"></a>(p. 179)</span> noble et lui une vieille créature décrépite du plus bas degré<a id="footnotetag391" name="footnotetag391"></a><a href="#footnote391" title="Lien vers la note 391"><span class="small">[391]</span></a>.» C'est de
+cette fenêtre qu'il haranguait souvent la populace. C'est ici qu'il s'éteignit,
+épuisé par un demi-siècle de fatigues, de dangers et de colères, le
+12 novembre 1572. C'était un homme violent et d'un sombre fanatisme,
+mais courageux. «Il n'a jamais ni craint ni flatté aucune chair», dit à
+ses funérailles le régent Morton, qui ne l'aimait pas<a id="footnotetag392" name="footnotetag392"></a><a href="#footnote392" title="Lien vers la note 392"><span class="small">[392]</span></a>.</p>
+
+<p>Et voilà l'hôtel de Moray. De ce lourd balcon de pierre, Archibald
+duc d'Argyle, vint avec toute sa famille insulter le noble Montrose vaincu,
+garrotté, sali par la boue de la populace et traîné sur un tombereau que
+conduisait le bourreau portant sa livrée<a id="footnotetag393" name="footnotetag393"></a><a href="#footnote393" title="Lien vers la note 393"><span class="small">[393]</span></a>. C'est de là que lady Argyle
+cracha sur le prisonnier; c'est là qu'ils tremblèrent tous, subitement
+décontenancés et honteux, sous le calme regard dont il les regarda<a id="footnotetag394" name="footnotetag394"></a><a href="#footnote394" title="Lien vers la note 394"><span class="small">[394]</span></a>. Deux
+jours après, le «grand marquis» fut pendu à un gibet haut de trente
+pieds. Ses amis lui avaient porté de quoi mourir princièrement: il était
+vêtu d'écarlate orné de broderies d'argent. Il marchait avec un si grand
+air, tant de gravité et de beauté, que ses ennemis même versaient des
+larmes<a id="footnotetag395" name="footnotetag395"></a><a href="#footnote395" title="Lien vers la note 395"><span class="small">[395]</span></a>. Sa tête fut fichée sur la prison d'Édimbourg; mais il avait dit
+qu'il s'en honorait plus que si on avait arrêté que sa statue en or serait
+dressée sur la place du marché ou son portrait suspendu dans la chambre
+du roi; ses membres découpés furent envoyés à quatre villes d'Écosse
+pour y être exposés: une main sur la porte de Perth, l'autre sur celle de
+Stirling; une jambe et un pied sur la porte d'Aberdeen, l'autre sur la
+porte de Glasgow; le tronc fut enterré par les aides du bourreau sous le
+gibet<a id="footnotetag396" name="footnotetag396"></a><a href="#footnote396" title="Lien vers la note 396"><span class="small">[396]</span></a>; mais il avait dit qu'il souhaitait avoir assez de chair pour qu'on en
+envoyât dans les cités d'Europe, en mémoire de la cause pour laquelle il
+mourait<a id="footnotetag397" name="footnotetag397"></a><a href="#footnote397" title="Lien vers la note 397"><span class="small">[397]</span></a>. Douze ans après, c'était au tour d'Argyle lui-même; il fut décapité
+dans la High Street. Il mourut avec fermeté et une dignité calme.
+Sa tête remplaça sur la pointe de la prison celle de Montrose, dont
+les restes furent rassemblés et ensevelis avec pompe dans St.-Giles<a id="footnotetag398" name="footnotetag398"></a><a href="#footnote398" title="Lien vers la note 398"><span class="small">[398]</span></a>. À
+chaque instant on rencontre de ces grandes morts dans les annales
+d'Édimbourg; elles dégouttent de sang.</p>
+
+<p>Ainsi, de toutes parts, de ces cent ruelles et allées pendues aux flancs
+de la Grande-Rue, avec les noms historiques des Dundas, des Beaton, des
+<span class="pagenum"><a id="page180" name="page180"></a>(p. 180)</span> Kennedy, des Grant, des Lockhart, des Lovat, des Leven, de tant
+d'autres, la mémoire des temps passés sort des pierres: les luttes religieuses,
+les rivalités seigneuriales, les querelles et les vengeances des
+familles, les coups de force, les meurtres, les enlèvements, les séditions,
+les passages d'armées, depuis les ans où les Édouard anglais montaient
+vers le château avec leurs lourds chevaliers jusqu'au moment récent où
+le prétendant Charles-Édouard entra dans la ville à la tête de ses sauvages
+highlanders et où le duc de Cumberland y passa avec ses dragons. Ces
+derniers faits sont, en 1786, un souvenir tout poignant: maints témoins,
+maints acteurs de ces scènes vivent encore. «Dans la vieille ville, dit un
+historien d'Édimbourg, il n'y a pas une rue où le sang n'ait été répandu à
+mainte reprise, soit par suite de guerre ou de tumultes locaux; car c'est
+l'Édimbourg des jours où l'épée n'était jamais dans le fourreau et où
+régler une querelle <span class="italic">à la mode d'Édimbourg</span> était un proverbe européen<a id="footnotetag399" name="footnotetag399"></a><a href="#footnote399" title="Lien vers la note 399"><span class="small">[399]</span></a>».</p>
+
+<p>Lorsque, après ce long pèlerinage, on arrive enfin au bas de la colline,
+apparaissent tout à coup les ruines de la chapelle de Holyrood et la masse
+quadrangulaire du palais. Ici les images sont encore plus nombreuses et
+les souvenirs plus saisissants; surtout on y suit presque entière la destinée
+de cette fatale famille des Stuarts «une des plus tragiques de l'histoire<a id="footnotetag400" name="footnotetag400"></a><a href="#footnote400" title="Lien vers la note 400"><span class="small">[400]</span></a>.»
+Ces grandes baies vides, où entre la campagne, ces voûtes rompues où
+pendent des ronces, sont tout ce qui demeure de la puissante abbaye que
+David I avait fondée, à l'endroit où une croix miraculeuse l'avait sauvé
+d'un grand cerf blanc rendu furieux par une blessure. C'est là que
+Jacques II fut couronné et enterré; c'est là que Jacques III épousa la
+princesse Marguerite, fille de Christian I roi de Danemark, quand elle
+était âgée de treize ans; c'est la que, en 1503, Jacques IV épousa la
+princesse Marguerite, s&oelig;ur de Henri VIII d'Angleterre<a id="footnotetag401" name="footnotetag401"></a><a href="#footnote401" title="Lien vers la note 401"><span class="small">[401]</span></a>. Quelle dynastie
+que celle de ces Jacques! «Des cinq rois qui étaient montés sur le trône
+avant Marie Stuart, deux avaient péri assassinés, Jacques I et Jacques III;
+deux étaient morts en combattant, Jacques II et Jacques IV; elle dernier,
+Jacques V, avait expiré de désespoir en se voyant délaissé par sa noblesse
+et vaincu au moment où il se croyait triomphant<a id="footnotetag402" name="footnotetag402"></a><a href="#footnote402" title="Lien vers la note 402"><span class="small">[402]</span></a>». Ce dernier était le
+père de Marie Stuart dont la fin fut plus douloureuse encore. Presque
+tous ont passé sous ces voûtes jadis si belles. Cette chapelle était la plus
+belle fleur dont l'art religieux du moyen-âge eût orné Édimbourg. Les
+invasions anglaises la détruisirent en 1543 et 1547; la négligence de la
+Réforme, la destruction incessante du temps l'ont mise en cet état. Son
+dallage de tombes est encore ce qui a été le plus épargné.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page181" name="page181"></a>(p. 181)</span> Et tout à côté, le fameux château de Holyrood, le théâtre de tant de
+mariages royaux, de masques, de tournois, de fêtes, de funérailles et de
+forfaits. C'est là qu'a débarqué la perle de sa race, Marie Stuart, quand
+elle descendit, l'âme navrée, de la galère qui l'amenait du pays de
+France. C'est là qu'elle vécut trois ans, portant «son grand deuil blanc
+avec lequel il faisait très beau la voir, car la blancheur de son visage
+contendait avec la blancheur de son voile à qui l'emporterait, et la neige
+de son blanc visage effaçait l'autre<a id="footnotetag403" name="footnotetag403"></a><a href="#footnote403" title="Lien vers la note 403"><span class="small">[403]</span></a>.» C'est là qu'elle commença à régner
+sagement, tandis que cependant on pouvait sentir que la reine était incapable
+d'empêcher la femme d'exercer son charme sur les hommes qui
+l'entouraient. C'est là que, dans un emportement de passion sensuelle<a id="footnotetag404" name="footnotetag404"></a><a href="#footnote404" title="Lien vers la note 404"><span class="small">[404]</span></a>,
+elle épousa Darnley. Ce fut l'origine de ses malheurs. Voilà la tourelle, où
+le 9 mars 1566, tandis qu'elle soupait avec Rizzio, la tapisserie, qui représentait
+la chute de Phaéton, l'ambitieux imprudent<a id="footnotetag405" name="footnotetag405"></a><a href="#footnote405" title="Lien vers la note 405"><span class="small">[405]</span></a>, se soulevant tout à
+coup, laissa voir la tête hagarde et féroce de Ruthven le chef des conjurés;
+c'est dans cette salle que Rizzio tomba frappé du premier coup de dague,
+tandis que ses mains s'accrochaient aux jupes de la reine et qu'il criait:
+«Giustizia! sauve ma vie, madame, sauve ma vie»; et là aussi est dans le
+parquet la tache de sang qui en fit couler tant d'autre. Car à partir de
+cette horrible scène, le c&oelig;ur de Marie Stuart ne souhaita plus que la vengeance<a id="footnotetag406" name="footnotetag406"></a><a href="#footnote406" title="Lien vers la note 406"><span class="small">[406]</span></a>.
+Et le souvenir de l'enchanteresse qui trouble et séduit l'histoire
+entraîne la pensée. Autour de l'image de la plus étrange charmeuse qui,
+avec Cléopâtre et Brunehaut, ait occupé un trône, surgissent les figures de
+Darnley, de Ruthven, de Morton, de Bothwell, ces vies excessives en
+amour et en haine, fougueusement animales, où les convoitises et les
+colères se précipitaient sur leurs objets, destinées somptueuses et sanglantes,
+toutes, toutes, sanglantes. Et derrière cette tragédie de Holyrood,
+on ne peut s'empêcher d'entrevoir l'assassinat de Craigmillar, l'emprisonnement
+du lac de Lochleven et la scène funèbre et sublime de
+Fotheringay<a id="footnotetag407" name="footnotetag407"></a><a href="#footnote407" title="Lien vers la note 407"><span class="small">[407]</span></a>.</p>
+
+<p>Dominés par celui d'entre eux qui a été au c&oelig;ur de l'humanité, tous
+ces drames s'emparent de l'esprit et l'émeuvent jusqu'à le rendre visionnaire.
+Si, poursuivant un peu plus avant, on gravit les premières pentes
+du siège d'Arthur jusqu'aux décombres de la chapelle de St.-Antoine, on
+aperçoit, dans ses fumées et ses vapeurs, la puissante cité, sous son habituel
+dais d'un rouge sombre. Il semble que ce sont tous ces souvenirs tragiques
+<span class="pagenum"><a id="page182" name="page182"></a>(p. 182)</span> qui montent de toutes parts. Parfois il arrive que le belvédère de St.-Giles
+dépasse seul ce nuage et le spectacle est saisissant: on dirait une
+couronne gigantesque tombée dans du sang, et apparue dans le ciel comme
+le symbole de cette race royale dont la mémoire plane sur cette cité.
+On ressent alors une profonde émotion historique; on comprend le
+respect et l'enthousiasme avec lequel les Écossais contemplent leur
+ancienne capitale dans sa robe de majestueuse tristesse.</p>
+
+<p class="p2">Il est inutile d'insister sur ce fait qu'un homme du <span class="smcap85">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, à plus
+forte raison Burns, ne pouvait parcourir une ville comme Édimbourg,
+avec le sentiment pittoresque et précis des événements passés que
+possède à présent l'esprit de l'humanité. Le mouvement romantique et
+historique, qui d'ailleurs allait partir d'Édimbourg même, n'était pas
+encore né; l'homme de génie qui devait faire revivre, et, comme un grand
+restaurateur, nettoyer et raviver tous les tableaux d'autrefois, commençait
+seulement à les contempler et à les aimer. Cependant un certain intérêt
+s'était déjà éveillé pour les choses d'Écosse. Il y avait vingt-cinq ans qu'avait
+éclaté un des grands succès littéraires du <span class="smcap85">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, <span class="italic">l'Histoire d'Écosse</span>
+de Robertson. L'&oelig;uvre de Hume avait paru et mis en relief les faces
+écossaises de l'histoire britannique<a id="footnotetag408" name="footnotetag408"></a><a href="#footnote408" title="Lien vers la note 408"><span class="small">[408]</span></a>. On voit, par les récits de Pennant,
+de Newte et d'autres, que les stations historiques, que les voyageurs d'aujourd'hui
+ne manquent pas de faire, étaient faites également par les voyageurs
+d'alors<a id="footnotetag409" name="footnotetag409"></a><a href="#footnote409" title="Lien vers la note 409"><span class="small">[409]</span></a>. Lorsque le D<sup>r</sup> Johnson avait passé par Édimbourg en 1773,
+Boswell l'avait conduit voir les endroits célèbres de la ville. «Nous
+sortîmes afin que le D<sup>r</sup> Johnson pût voir quelques-unes des choses que nous
+avons à montrer à Édimbourg»; et Robertson «harangua le D<sup>r</sup> Johnson
+sur les lieux qui se rapportent aux scènes de sa célèbre histoire d'Écosse».
+Pour les Écossais proprement dits, une visite d'Édimbourg était alors une
+occasion de douleur et de regrets. Beaucoup d'entre eux n'avaient pas
+encore pris leur parti de l'Union, après un siècle. «Je commençai à me
+laisser aller à mes vieux sentiments écossais, dit Boswell en racontant
+qu'il conduisit Johnson voir le palais du Parlement, et j'exprimai un
+ardent regret que, par notre union avec l'Angleterre, nous eussions cessé
+d'exister, que notre royaume indépendant fût perdu». Il est vrai que cela
+lui attira un bon coup de boutoir de Johnson, qu'il accueillit avec reconnaissance
+et qu'il enregistra avec vénération<a id="footnotetag410" name="footnotetag410"></a><a href="#footnote410" title="Lien vers la note 410"><span class="small">[410]</span></a>. On ramènera probablement
+<span class="pagenum"><a id="page183" name="page183"></a>(p. 183)</span> à ses vraies proportions l'effet qu'Édimbourg produisait sur un voyageur
+du <span class="smcap85">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, en se disant que les gens de cette époque ne percevaient
+pas la couleur des événements, mais qu'ils en sentaient le côté humain,
+auquel ils donnaient un tour oratoire et général. Ces choses n'étaient
+pas pour eux sujets à descriptions et à tableaux, mais à apostrophes et à
+éloquence.</p>
+
+<p class="p2">Il n'est pas impossible, ce semble, de comprendre maintenant et de
+distinguer les sentiments qui se succédèrent en Burns, pendant ses
+premières courses à travers Édimbourg. Il fut d'abord frappé d'étonnement,
+devant cette ville qui surprend les voyageurs les plus exercés.
+Il se sentit un peu interdit et dépaysé, comme il arrive lorsque le sentiment
+des lieux récemment quittés persiste confusément en nous et que
+nous ne sommes pas encore tout entiers à ceux que nous voyons.</p>
+
+<p class="poem-ctr">
+Edina! ville favorite de l'Écosse!<br>
+Salut à tes palais et à tes tours,<br>
+Où jadis, aux pieds d'un monarque,<br>
+Siégeaient les pouvoirs souverains de la Législation!<br>
+Moi qui naguère contemplais les fleurs follement éparses,<br>
+En errant sur les rives de l'Ayr,<br>
+Et chantais, solitaire, les heures paresseuses,<br>
+Je m'abrite dans ton ombre honorée<a id="footnotetag411" name="footnotetag411"></a><a href="#footnote411" title="Lien vers la note 411"><span class="small">[411]</span></a>.</p>
+
+<p>Pourtant son esprit ne tarda pas à se frayer son chemin dans cet
+étonnement et à discerner avec clarté les traits principaux. Son <span class="italic">Adresse à
+Édimbourg</span> et certains passages d'autres pièces peuvent servir à reconstituer
+ses impressions. Tout le côté théologique, puritain, le côté de la Réforme
+proprement dite, qui passionne les esprits d'aujourd'hui, le laissa
+indifférent. Les souvenirs religieux n'étaient pas pour lui plaire. John
+Knox ne lui a guère inspiré qu'une rime burlesque dans une pièce anti-cléricale:</p>
+
+<p class="poem-ctr">
+Orthodoxes, orthodoxes<br>
+Qui croyez à John Knox<a id="footnotetag412" name="footnotetag412"></a><a href="#footnote412" title="Lien vers la note 412"><span class="small">[412]</span></a>;</p>
+
+<p class="noindent">et quant à l'autre souvenir de St.-Giles, il en fit encore un pire usage: il
+donna le nom de Jenny Geddes à une jument, un peu rosse, qu'il eut plus
+tard. Au contraire, il fut fortement frappé de l'apparence militaire
+d'Édimbourg; la strophe sur le château domine toute la pièce adressée
+à la ville; elle en est de beaucoup la plus robuste. Parmi les descriptions
+des poètes qui ont été inspirées par la vieille forteresse, il n'y en a aucune
+ni dans Walter Scott, ni dans Hogg, ni dans Aytoun, qui approche de
+<span class="pagenum"><a id="page184" name="page184"></a>(p. 184)</span> celle-ci, pour je ne sais quel hérissement menaçant de contreforts et de
+bastions.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Là guettant de haut les moindres alarmes,<br>
+Ton âpre, rude forteresse brille au loin,<br>
+Comme un hardi vétéran, blanchi dans les armes,<br>
+Et marqué, déchiré de mainte cicatrice.<br>
+Les murs lourds, aux barres massives,<br>
+Farouches, debout sur le roc abrupt,<br>
+Ont souvent soutenu les assauts de la guerre<br>
+Et souvent repoussé le choc de l'agresseur<a id="footnotetag413" name="footnotetag413"></a><a href="#footnote413" title="Lien vers la note 413"><span class="small">[413]</span></a>.</p>
+
+<p>Mais sa véritable émotion fut en arrivant devant Holy-Rood. Son
+patriotisme un peu attardé et populaire, l'espèce de fierté qu'il prenait
+à croire que ses ancêtres avaient combattu dans la Rébellion de 1745, la
+pitié qu'inspire la fortune des Stuarts, lui soulevèrent le c&oelig;ur
+d'enthousiasme:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Avec des pensées frappées de terreur, des larmes de pitié,<br>
+Je contemple ce noble, majestueux palais,<br>
+Où, en d'autres temps, les rois de l'Écosse,<br>
+Héros fameux! avaient leur royale demeure;<br>
+Hélas! Combien changés les temps futurs!<br>
+Leur nom royal tombé dans la poussière!<br>
+Leur race infortunée errante, sombre, exilée!<br>
+Bien qu'une loi rigide crie: «Cela était juste!»</p>
+
+<p>Farouchement mon c&oelig;ur bat de voir vos traces,<br>
+Vous dont les ancêtres, au temps jadis,<br>
+À travers les rangs ennemis et les brèches croulantes,<br>
+Portèrent le lion sanglant de la vieille Écosse:<br>
+Et moi-même qui chante en accents rustiques,<br>
+Peut-être mes aïeux ont quitté leur chaumière<br>
+Et affronté le rude rugissement et le visage affreux du Danger,<br>
+Suivant hardiment par où vos pères menaient<a href="#footnote413" title="Lien vers la note 413"><span class="small">[413]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Mais, ce ne fut pas tout ce qu'il ressentit. Autour de Holyrood, il
+rencontra l'ombre de Marie Stuart; elle y erre et tend sa main à baiser
+aux poètes, cette main qui était à elle seule une séduction, cette «longue,
+grêle et délicate main<a id="footnotetag414" name="footnotetag414"></a><a href="#footnote414" title="Lien vers la note 414"><span class="small">[414]</span></a>», qui rendit Brantôme poète, lorsqu'il parlait de
+«cette belle main blanche et de ces beaux doigts si bien façonnés
+qu'ils ne devaient rien à ceux de l'Aurore<a id="footnotetag415" name="footnotetag415"></a><a href="#footnote415" title="Lien vers la note 415"><span class="small">[415]</span></a>». Burns la baisa et fut
+séduit. Il devint, à partir de ce moment, un des partisans de l'irrésistible
+reine. Il prit tout naturellement parti pour elle; la considéra comme
+injustement persécutée: «Vu la chambre où la belle offensée Marie, reine
+<span class="pagenum"><a id="page185" name="page185"></a>(p. 185)</span> d'Écosse, naquit<a id="footnotetag416" name="footnotetag416"></a><a href="#footnote416" title="Lien vers la note 416"><span class="small">[416]</span></a>.» «Je vous envoie, madame, un hommage poétique
+que j'ai récemment offert à la mémoire de notre aimable reine écossaise,
+grandement offensée<a id="footnotetag417" name="footnotetag417"></a><a href="#footnote417" title="Lien vers la note 417"><span class="small">[417]</span></a>». Il s'adressait à Tytler qui avait publié sa
+défense de Marie Stuart: «Vénéré défenseur de la belle Stuart<a id="footnotetag418" name="footnotetag418"></a><a href="#footnote418" title="Lien vers la note 418"><span class="small">[418]</span></a>». Elle
+devint une des apparitions favorites de sa pensée. Il fut peut-être le
+premier à voir dans cette existence le sujet d'un drame, qu'il concevait
+avec son décor et ses ressorts historiques.</p>
+
+<p class="poem20">
+<span class="add3em">Ô la scène d'un Shakspeare ou d'un Otway</span><br>
+Pour représenter l'adorable, l'infortunée reine écossaise!<br>
+Vaine fut toute la toute puissance de ses charmes féminins,<br>
+Contre les armes de l'aveugle, impitoyable, folle rébellion.<br>
+Elle tomba, mais tomba avec une âme vraiment romaine,<br>
+<span class="add2em">Pour assouvir la vengeance d'une femme rivale,</span><br>
+Une femme&mdash;bien que la phrase puisse sembler grossière,<br>
+<span class="add4em">Aussi habile et cruelle que Satan<a id="footnotetag419" name="footnotetag419"></a><a href="#footnote419" title="Lien vers la note 419"><span class="small">[419]</span></a>.</span></p>
+
+<p>Plus tard, il écrivit sur Marie Stuart une élégie dont il disait: «Est-ce
+que l'histoire de notre Mary Reine d'Écosse a un effet particulier
+sur les sentiments des poètes ou est-ce que j'ai dans la ballade que je
+vous envoie réussi au-delà de mon ordinaire succès poétique, je ne
+sais, mais elle m'a plu au-delà des efforts de ma muse depuis assez
+longtemps<a id="footnotetag420" name="footnotetag420"></a><a href="#footnote420" title="Lien vers la note 420"><span class="small">[420]</span></a>». Et en effet, il ne semble pas que les poètes aient jamais
+écrit, sur la pauvre reine captive, quelque chose de plus touchant et de
+plus simple. C'est un pendant aux vers que «restée veuve au beau
+avril de ses plus beaux ans», elle composa sur elle-même, à ces
+regrets qu'elle «allait, jettant et chantant piteusement<a id="footnotetag421" name="footnotetag421"></a><a href="#footnote421" title="Lien vers la note 421"><span class="small">[421]</span></a>».</p>
+
+<div class="poem30">
+<p>Pour mon mal estranger<br>
+Je ne m'arreste en place;<br>
+Mais j'ay eu beau changer,<br>
+Si ma douleur n'efface,<br>
+Car mon pis et mon mieux<br>
+Sont les plus déserts lieux;</p>
+
+<p>Si en quelque séjour,<br>
+Soit en bois ou en prée,<br>
+Soit sur l'aube du jour,<br>
+Ou soit sur la vesprée,<br>
+Sans cesse mon c&oelig;ur sent<br>
+Le regret d'un absent<a href="#footnote421" title="Lien vers la note 421"><span class="small">[421]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page186" name="page186"></a>(p. 186)</span> Les strophes que Burns prête à Marie Stuart, à l'autre extrémité de sa
+vie et dans ses derniers chagrins, égalent celles-ci par la naïveté plaintive,
+et les dépassent par la couleur et l'accent. On dirait une ancienne ballade
+pour la force et le naturel du sentiment:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>À présent la nature suspend son manteau vert<br>
+À tous les arbres en fleurs,<br>
+Et étend ses draps de pâquerettes blanches<br>
+Sur les pelouses herbeuses;<br>
+À présent Ph&oelig;bus égaie les ruisseaux de cristal<br>
+Et réjouit les cieux d'azur;<br>
+Mais rien ne peut réjouir l'infortunée<br>
+Qui gît en étroite captivité.</p>
+
+<p>En ce moment, les alouettes éveillent le gai matin,<br>
+En l'air, sur leurs ailes mouillées de rosée;<br>
+Le merle, à midi, dans son bosquet,<br>
+Fait retentir les échos du bois;<br>
+Le mauvis sauvage, de sa note répétée,<br>
+Chante et endort le jour fatigué;<br>
+Dans l'amour, dans la liberté, ils se réjouissent,<br>
+Ils n'ont ni chagrins, ni entraves.</p>
+
+<p>En ce moment, le lis fleurit près les rives,<br>
+La primevère au pied des talus,<br>
+L'aubépine bourgeonne dans le vallon,<br>
+Et le prunellier est blanc comme le lait;<br>
+Le plus pauvre paysan dans la douce Écosse<br>
+Peut errer parmi ces douceurs,<br>
+Mais moi, la reine de toute l'Écosse,<br>
+Je suis tenue en une prison puissante.</p>
+
+<p>Je fus la reine de la belle France,<br>
+Où j'ai été heureuse;<br>
+Toute légère je me levais le matin,<br>
+Aussi joyeuse me couchais-je le soir:<br>
+Et je suis la souveraine de l'Écosse,<br>
+Et il s'y compte maint traître;<br>
+Et ici, je gis en des fers étrangers,<br>
+En un chagrin sans fin.</p>
+
+<p>Quant à toi, ô fausse femme,<br>
+Ma s&oelig;ur et mon ennemie,<br>
+La dure vengeance aiguisera un jour l'épée<br>
+Qui te percera l'âme:<br>
+Le sang qui pleure dans une poitrine de femme<br>
+Tu ne l'as jamais connu;<br>
+Ni le baume qui tombe, sur les blessures du malheur,<br>
+Des yeux miséricordieux de la femme.</p>
+
+<p>Mon fils! mon fils! puissent de plus douces étoiles.<br>
+Briller sur ta fortune;<br>
+<span class="pagenum"><a id="page187" name="page187"></a>(p. 187)</span> Et puissent ces plaisirs dorer ton règne<br>
+Qui ne voulurent jamais luire sur le mien!<br>
+Dieu te garde des ennemis de ta mère,<br>
+Ou qu'il tourne leurs c&oelig;urs vers toi:<br>
+Et quand tu rencontreras un ami de ta mère,<br>
+Ne l'oublie pas, à cause de moi.</p>
+
+<p>Oh! pour moi puissent bientôt les soleils d'été<br>
+Ne plus éclairer le matin!<br>
+Puissent pour moi les vents d'automne<br>
+Ne plus courir sur les blés jaunis!<br>
+Dans l'étroite maison de la mort<br>
+Que l'hiver rugisse autour de moi,<br>
+Et que les prochaines fleurs qui orneront le printemps<br>
+Fleurissent sur ma tombe paisible<a id="footnotetag422" name="footnotetag422"></a><a href="#footnote422" title="Lien vers la note 422"><span class="small">[422]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Du premier coup, Burns s'était trouvé enrôlé dans le cortège de poètes
+que l'enchanteresse traîne après elle, depuis Ronsard qui lui disait en
+vers de douceur presque racinienne:</p>
+
+<p class="poem20">Comment pourraient chanter les bouches des poètes,<br>
+Quand par votre départ les muses sont muettes<a id="footnotetag423" name="footnotetag423"></a><a href="#footnote423" title="Lien vers la note 423"><span class="small">[423]</span></a>.</p>
+
+<p>depuis du Bellay et Maisonfleur et le pauvre Chastelard, qui mourut
+pour elle, jusqu'à Schiller, Walter Scott et Hogg. Il fut ainsi frappé
+en rôdant autour de Holyrood. N'est-ce pas aussi tandis qu'ils rêvaient
+et s'attardaient dans ces lieux qu'elle a attiré à elle Tennyson et
+Swinburne?</p>
+
+<p>C'est dans ces promenades, ces rêveries, cette communion silencieuse
+avec les âmes des choses passées que Burns passa les tout premiers jours
+de son arrivée à Édimbourg.</p>
+
+<p class="p2">Mais lorsque ces premières impressions plus graves qui saisissent
+d'abord ceux qui entrent dans une ville historique eurent été satisfaites,
+Burns put regarder la vie qui s'agitait autour de lui. Quel spectacle, quelles
+heures d'attardement, quel amusement pour un observateur comme lui,
+jeté tout d'un coup dans un pareil mouvement! Édimbourg était assurément
+une des villes les plus pittoresques, les plus vivantes et les plus curieuses
+qu'il y eût en Grande-Bretagne. Elle avait une originalité qu'on n'aurait
+pu retrouver ailleurs et qui tenait en partie à la construction même
+de la ville. Le mur élevé pour la protéger après la bataille de Flodden
+l'avait longtemps tenue enserrée. Bâties sur des pentes rapides, les
+maisons s'étaient pressées les unes contre les autres<a id="footnotetag424" name="footnotetag424"></a><a href="#footnote424" title="Lien vers la note 424"><span class="small">[424]</span></a>, laissant des ruelles
+<span class="pagenum"><a id="page188" name="page188"></a>(p. 188)</span> plus étroites que des corridors, si bien qu'une des rares où un cheval
+pouvait passer avait reçu le nom de <span class="italic" lang="en">Cavalry lane</span><a id="footnotetag425" name="footnotetag425"></a><a href="#footnote425" title="Lien vers la note 425"><span class="small">[425]</span></a>. Cela n'avait pas suffi.
+Cherchant en l'air l'espace qu'elles ne pouvaient prendre sur les côtés,
+les maisons, entassant étages sur étages, se haussaient indéfiniment les
+unes au-dessus des autres. Elles atteignaient huit, dix et même douze étages;
+elles étaient l'étonnement des étrangers qui arrivaient à Édimbourg.
+«Ce qui frappe d'abord l'&oelig;il, dit Smollett, est l'invraisemblable hauteur
+des maisons, qui généralement s'élèvent à cinq, six, sept et huit étages et
+en quelques endroits, m'assure-t-on, à douze<a id="footnotetag426" name="footnotetag426"></a><a href="#footnote426" title="Lien vers la note 426"><span class="small">[426]</span></a>.» «Je lui fis voir, dit Boswell
+en parlant du D<sup>r</sup> Johnson, la plus haute construction d'Édimbourg, qui
+a treize étages à partir du sol, sur le derrière<a id="footnotetag427" name="footnotetag427"></a><a href="#footnote427" title="Lien vers la note 427"><span class="small">[427]</span></a>». La population toujours
+croissante s'était accumulée en hauteur dans des rues perpendiculaires,
+selon le mot d'un auteur. Et cette expression est beaucoup moins une
+image qu'un fait. Un escalier commun<a id="footnotetag428" name="footnotetag428"></a><a href="#footnote428" title="Lien vers la note 428"><span class="small">[428]</span></a>, en pierre à cause de la crainte
+d'incendie<a id="footnotetag429" name="footnotetag429"></a><a href="#footnote429" title="Lien vers la note 429"><span class="small">[429]</span></a>, mal éclairé, aussi peu entretenu que le pavé des rues<a id="footnotetag430" name="footnotetag430"></a><a href="#footnote430" title="Lien vers la note 430"><span class="small">[430]</span></a>, montait
+à travers des étages ou plutôt des habitations superposées. On était
+propriétaire non d'une maison, mais d'un <span class="italic" lang="en">flat</span> ou palier. En montant
+l'escalier on parcourait toute l'échelle sociale: les étages du bas et ceux
+du haut étaient généralement occupés par des locataires pauvres; les
+cinquième et sixième par la bourgeoisie et la noblesse<a id="footnotetag431" name="footnotetag431"></a><a href="#footnote431" title="Lien vers la note 431"><span class="small">[431]</span></a>. Dans ces énormes
+constructions, les existences humaines s'entassaient presque jusqu'aux
+nuages, jusque dans des caves obscures et dans les profondeurs du sol.
+Le moindre espace habitable était, selon l'expression de Walter Scott,
+bondé comme l'entrepont d'un navire<a id="footnotetag432" name="footnotetag432"></a><a href="#footnote432" title="Lien vers la note 432"><span class="small">[432]</span></a>. Le jour et la place étaient
+restreints. Beaucoup de chambres étaient sombres même à midi et ne
+prenaient qu'un peu de lumière sur une allée obscure; on avait à peine
+assez d'espace pour les meubles nécessaires<a id="footnotetag433" name="footnotetag433"></a><a href="#footnote433" title="Lien vers la note 433"><span class="small">[433]</span></a>. Chaque goutte d'eau
+employée dans les familles devait être montée par des porteurs au haut
+de ces interminables escaliers qui étaient ainsi de véritables rues<a id="footnotetag434" name="footnotetag434"></a><a href="#footnote434" title="Lien vers la note 434"><span class="small">[434]</span></a>.
+Ces circonstances imposaient à la vie des conditions particulières. Les
+gens, empaquetés chez eux comme dans des cabines de bateau, ne
+rentraient que pour prendre leurs repas et se coucher. De chacun de
+ces escaliers déroulait, se déversait une foule qui grouillait dans la rue.
+«Partout on trouvait des symptômes de la densité de la population;
+<span class="pagenum"><a id="page189" name="page189"></a>(p. 189)</span> la rue ouverte était un marché général; partout un pêle-mêle de
+populace<a id="footnotetag435" name="footnotetag435"></a><a href="#footnote435" title="Lien vers la note 435"><span class="small">[435]</span></a>.»</p>
+
+<p>Aussi que de choses amusantes à regarder! Voici, d'abord, au-dessous
+de la colline du château, le <span class="italic" lang="en">Lawn Market</span>, le marché à étoffes, où les
+vendeurs étalaient, aunaient leurs marchandises, sous leurs abris de
+toile, comme à une foire de campagne<a id="footnotetag436" name="footnotetag436"></a><a href="#footnote436" title="Lien vers la note 436"><span class="small">[436]</span></a>. Voici, de nouveau, notre vieille
+connaissance, la prison d'Édimbourg, la Tolbooth. Devant la porte se
+promène de long en large un des vieux soldats de la garde civique
+d'Édimbourg<a id="footnotetag437" name="footnotetag437"></a><a href="#footnote437" title="Lien vers la note 437"><span class="small">[437]</span></a>. C'est un corps de vétérans chargé de la police de la ville.
+Leur uniforme est un habit rouge à revers bleus, un gilet rouge, des
+culottes rouges, de longues guêtres noires, des buffleteries blanches et
+de grands tricornes. La plupart d'entre eux ont également le nez rouge,
+car la discipline du corps n'est pas incompatible avec le whiskey<a id="footnotetag438" name="footnotetag438"></a><a href="#footnote438" title="Lien vers la note 438"><span class="small">[438]</span></a>. Leur
+armement n'est pas moins remarquable. Ils ont bien des mousquets et des
+baïonnettes, mais ils les portent rarement; leur arme favorite est une
+hache de forme archaïque, qu'on fabriquait au temps jadis à Lochaber,
+composée d'un long manche, d'un fer étroit et long et d'un crochet
+recourbé en arrière. La plupart de ces hommes sont des vétérans des
+régiments de highlanders, de vieux gaëls, parlant à peine anglais, qui
+trouvent ainsi une sorte de retraite. Une hostilité constante existe entre
+eux et les gamins de la ville qui leur jouent mille tours<a id="footnotetag439" name="footnotetag439"></a><a href="#footnote439" title="Lien vers la note 439"><span class="small">[439]</span></a>. À l'extrémité
+de la prison, on voit une plate-forme sur laquelle ont lieu les
+exécutions. Un membre très respectable du conseil de la cité, nommé
+Brodie, vient de leur apporter un perfectionnement. Au lieu de la double
+échelle, toujours un peu pénible à gravir pour le patient, il a substitué la
+trappe qui se dérobe sous lui. Dans quelques mois il sera accusé de vol
+avec effraction, et condamné à mort. Il inaugurera sa propre invention.
+Comme il était un homme aussi calme qu'ingénieux, il examina lui-même
+l'appareil, se vit, en souriant, ajuster la corde autour du cou
+et, en belle toilette de satin noir, se laissa choir hors de la vie, la main
+négligemment passée dans son gilet<a id="footnotetag440" name="footnotetag440"></a><a href="#footnote440" title="Lien vers la note 440"><span class="small">[440]</span></a>. En face de la prison, voici les
+derniers vestiges de l'ancien poste de la garde civique, qui avait l'air
+«d'un long limaçon noir rampant sur la grande rue<a id="footnotetag441" name="footnotetag441"></a><a href="#footnote441" title="Lien vers la note 441"><span class="small">[441]</span></a>». Avec lui a
+disparu la fameuse jument de bois placée là par la rude discipline de
+<span class="pagenum"><a id="page190" name="page190"></a>(p. 190)</span> Cromwell. On y attachait les soldats coupables d'ivresse, leur mousquet
+lié à leurs pieds et une coupe à boire placée sur leur tête<a id="footnotetag442" name="footnotetag442"></a><a href="#footnote442" title="Lien vers la note 442"><span class="small">[442]</span></a>.</p>
+
+<p>Au-dessous de la Tolbooth, en face de St.-Giles, la terrasse est presque
+complètement bouchée par une bande de constructions établies juste au
+milieu de la rue et qu'on nomme les <span class="italic" lang="en">Luckenbooths</span>, ou les baraques fermées<a id="footnotetag443" name="footnotetag443"></a><a href="#footnote443" title="Lien vers la note 443"><span class="small">[443]</span></a>.
+Elles ne laissent, entre les maisons d'un côté et St.-Giles de l'autre,
+que deux passages étroits et obscurs. Encore celui du côté de St.-Giles
+s'est-il encombré par surcroît. Contre la façade, entre les contreforts de la
+vieille église, dans tous les coins<a id="footnotetag444" name="footnotetag444"></a><a href="#footnote444" title="Lien vers la note 444"><span class="small">[444]</span></a>, se sont collées, blotties une nichée de
+petites échoppes qu'on a comparées à des nids de martinets<a id="footnotetag445" name="footnotetag445"></a><a href="#footnote445" title="Lien vers la note 445"><span class="small">[445]</span></a>. On les
+appelle les <span class="italic" lang="en">Krames</span>. Tout ce coin est une scène très animée de trafic. C'est
+là que sont les merciers, les gantiers, les chapeliers, les marchands de
+jouets, les libraires<a id="footnotetag446" name="footnotetag446"></a><a href="#footnote446" title="Lien vers la note 446"><span class="small">[446]</span></a>. Tenez justement! la dernière maison des Luckenbooths,
+celle qui fait face à la descente de la High Street, c'est la maison
+où Allan Ramsay a eu sa boutique de libraire ornée des deux bustes de
+Ben Jonson et de Drummond de Hawthowden. Elle est maintenant
+occupée par un de ses successeurs nommé William Creech<a id="footnotetag447" name="footnotetag447"></a><a href="#footnote447" title="Lien vers la note 447"><span class="small">[447]</span></a>, qui publie
+presque tous les livres qui paraissent à Édimbourg. C'est ce petit homme,
+vif et souriant, très soigné de mise qui, la tête bien poudrée, en habits
+noirs, en culottes de satin, reçoit tous les écrivains<a id="footnotetag448" name="footnotetag448"></a><a href="#footnote448" title="Lien vers la note 448"><span class="small">[448]</span></a>. Il racontera plus tard
+qu'un jeune paysan est venu, chapeau bas, lui demander si c'était bien
+là qu'était établi Allan Ramsay<a id="footnotetag449" name="footnotetag449"></a><a href="#footnote449" title="Lien vers la note 449"><span class="small">[449]</span></a>. Et la High Street descend ainsi, hérissée
+d'enseignes de chaque côté, car d'un bout à l'autre c'est un véritable
+marché, et dans les caves, à l'abri des balcons de bois, jusque sous les
+escaliers extérieurs, il y a des vendeurs de mille objets<a id="footnotetag450" name="footnotetag450"></a><a href="#footnote450" title="Lien vers la note 450"><span class="small">[450]</span></a>. Ajoutez les
+auberges et les tavernes, qui sont presque toutes en sous-sol.</p>
+
+<p>Et descendant des escaliers des maisons, montant des caves, débouchant
+des ruelles, s'engouffrant dans leurs ouvertures sombres, quelle
+foule grouillante et pittoresque! Ce sont des servantes, avec leur plaid à
+couleurs vives qui courent nu-pieds<a id="footnotetag451" name="footnotetag451"></a><a href="#footnote451" title="Lien vers la note 451"><span class="small">[451]</span></a>, des mendiants dans leur vêtement
+de laine bleue, des juges en robe et en perruque qui, le petit tricorne à la
+<span class="pagenum"><a id="page191" name="page191"></a>(p. 191)</span> main, s'en vont à la cour de session<a id="footnotetag452" name="footnotetag452"></a><a href="#footnote452" title="Lien vers la note 452"><span class="small">[452]</span></a>, des orfèvres avec leur manteau
+rouge, leur chapeau à corne et leur canne<a id="footnotetag453" name="footnotetag453"></a><a href="#footnote453" title="Lien vers la note 453"><span class="small">[453]</span></a>, des chanteurs de vieilles
+ballades<a id="footnotetag454" name="footnotetag454"></a><a href="#footnote454" title="Lien vers la note 454"><span class="small">[454]</span></a>, des joueurs de cornemuse, des marchandes de poissons de
+Newhaven qui glapissent leur poisson, ou des hommes de Gilmerton
+qui beuglent du charbon ou du sable jaune<a id="footnotetag455" name="footnotetag455"></a><a href="#footnote455" title="Lien vers la note 455"><span class="small">[455]</span></a>, des barbiers qui courent
+à leurs pratiques<a href="#footnote455" title="Lien vers la note 455"><span class="small">[455]</span></a> car tout ce monde de professeurs, de clergymen et
+d'hommes de loi veut être bien rasé. De tous côtés ce sont des <span class="italic" lang="en">water
+caddies</span> ou porteurs d'eau qui se querellent autour d'un puits public ou
+qui, courbés en avant, retenant par une courroie leurs petits tonneaux
+jetés sur leur dos garni d'une plaque de cuir noir<a id="footnotetag456" name="footnotetag456"></a><a href="#footnote456" title="Lien vers la note 456"><span class="small">[456]</span></a>, s'en vont porter
+jusqu'aux plus hauts étages la provision du jour<a id="footnotetag457" name="footnotetag457"></a><a href="#footnote457" title="Lien vers la note 457"><span class="small">[457]</span></a>. Ces <span class="italic" lang="en">water caddies</span> sont
+en même temps les commissionnaires de la ville. Quand un étranger
+arrive, on lui adjoint un water caddie qui le conduit partout. Ils courent,
+portent les lettres. Ce sont de crapuleux coquins, mais ils sont très
+intelligents et en même temps très honnêtes pour leur métier. Ils
+connaissent les dessus et les dessous de la société d'Édimbourg<a id="footnotetag458" name="footnotetag458"></a><a href="#footnote458" title="Lien vers la note 458"><span class="small">[458]</span></a>. «Ces
+gaillards, bien que déguenillés d'apparence et grossièrement familiers
+de façons, sont merveilleusement malins et si connus pour leur fidélité
+qu'il n'y a pas d'exemple qu'un caddie ait trahi la confiance. Telle est
+leur intelligence qu'ils connaissent non seulement toutes les personnes
+de la ville, mais encore chaque étranger quand il est de vingt-quatre
+heures dans Édimbourg. Aucune affaire même la plus cachée n'échappe à
+leur regard. Ils sont particulièrement fameux pour leur dextérité à
+exécuter une des fonctions de Mercure<a id="footnotetag459" name="footnotetag459"></a><a href="#footnote459" title="Lien vers la note 459"><span class="small">[459]</span></a>». Ils sont une des curiosités et
+une des ressources de la ville. Ajoutez à cela quelque berger, en béret
+bleu et en plaid gris, qui traverse la ville, ou quelque conducteur de
+troupeau, en kilt, c'est-à-dire en jupon, armé jusqu'aux dents comme
+c'était l'habitude<a id="footnotetag460" name="footnotetag460"></a><a href="#footnote460" title="Lien vers la note 460"><span class="small">[460]</span></a>. Que de choses nouvelles à voir, que de scènes
+amusantes, comiques ou humaines dans cette foule qui va, qui vient, se
+bouscule, se renouvelle sans cesse! Dans aucune ville d'Angleterre elle
+n'est aussi compacte et aussi mélangée.</p>
+
+<p>Aux différentes heures de la journée, il se produit dans cette foule
+des mouvements, des courants qui en modifient les aspects. Que de
+<span class="pagenum"><a id="page192" name="page192"></a>(p. 192)</span> phases différentes depuis le moment où, selon les vers de Fergusson,</p>
+
+<p class="poem20">Le matin avec de jolis sourires pourprés,<br>
+Embrasse le coq aérien de St.-Giles<a id="footnotetag461" name="footnotetag461"></a><a href="#footnote461" title="Lien vers la note 461"><span class="small">[461]</span></a>.</p>
+
+<p>Ce sont d'abord les allées et venues du matin, les courses et les
+causeries des servantes. Vers midi, on voit les hommes d'affaires et de
+loi sortir de la Parliament House et se diriger par groupes vers les tavernes
+pour y prendre leur <span class="italic">méridien</span>. C'est généralement un verre d'eau-de-vie
+et une grappe de raisins secs qu'on demande sous la forme métaphorique
+«un coq froid et une plume<a id="footnotetag462" name="footnotetag462"></a><a href="#footnote462" title="Lien vers la note 462"><span class="small">[462]</span></a>». De une heure à deux, tout le monde
+se réunit, dans le High Street, à l'endroit où était autrefois la croix
+d'Édimbourg<a id="footnotetag463" name="footnotetag463"></a><a href="#footnote463" title="Lien vers la note 463"><span class="small">[463]</span></a>. On y bavarde; on y apporte et on y colporte les nouvelles
+de la ville; l'homme d'affaires y cause d'intérêts; l'homme de loi y
+rencontre ses clients; le beau, en gilet d'écarlate, en manteau et en cravate
+de dentelle, souliers à boucles, perruque à bourse et tricorne, y vient
+étaler sa toilette<a id="footnotetag464" name="footnotetag464"></a><a href="#footnote464" title="Lien vers la note 464"><span class="small">[464]</span></a>. Il attend le moment d'aller à l'Assemblée. On se presse
+au milieu de la rue, bien qu'à deux pas le <span class="italic">Parliament close</span>, une place
+avec sa belle statue équestre de Charles II, reste déserte. «La compagnie
+ainsi rassemblée est régalée d'airs variés, joués sur un carillon
+placé dans un clocher voisin. Comme ces cloches sont bien accordées et
+que le musicien, qui reçoit un salaire de la ville, en joue assez bien, ce
+divertissement est réellement agréable et très nouveau pour les oreilles
+d'un étranger<a id="footnotetag465" name="footnotetag465"></a><a href="#footnote465" title="Lien vers la note 465"><span class="small">[465]</span></a>». C'est du clocher de St.-Giles que ce carillon tombe sur
+toutes ces conversations.</p>
+
+<p>Dans l'après-midi, les dames font leur apparition dans leurs toilettes
+claires, pompeuses et compliquées, avec leurs longs corsages en pointe,
+leurs hautes coiffures et leurs vastes jupes de soie de France, brochée de
+fleurs de couleur ou ramagée d'or et d'argent<a id="footnotetag466" name="footnotetag466"></a><a href="#footnote466" title="Lien vers la note 466"><span class="small">[466]</span></a>. Celles qui vont à pied
+portent sur leur bras la traîne de leurs robes<a id="footnotetag467" name="footnotetag467"></a><a href="#footnote467" title="Lien vers la note 467"><span class="small">[467]</span></a>, car les rues d'Édimbourg
+ne sont pas faites pour être balayées avec de la soie. Beaucoup passent
+dans des chaises à porteurs tenues par des laquais en livrée ou par des
+porteurs qui viennent tous des Hautes-Terres. C'est, avec la garde civique,
+le monopole des Gaëls<a id="footnotetag468" name="footnotetag468"></a><a href="#footnote468" title="Lien vers la note 468"><span class="small">[468]</span></a>. Quelques grandes dames même vont en carrosse,
+bien que ce soit maintenant un problème pour les archéologues que de
+savoir comment une voiture passait dans ces ruelles. D'ailleurs les distances
+<span class="pagenum"><a id="page193" name="page193"></a>(p. 193)</span> sont si courtes, qu'on pourrait renouveler la plaisanterie qu'on faisait sur
+la comtesse de Galway, quand elle allait en voiture pour rendre visite à
+lady Minto: «Quand mylady montait dans son carrosse, les nez de ses
+chevaux étaient déjà à la porte de lady Minto<a id="footnotetag469" name="footnotetag469"></a><a href="#footnote469" title="Lien vers la note 469"><span class="small">[469]</span></a>». À cette heure-ci, les dames
+vont faire des visites ou prendre le thé chez leurs amies.</p>
+
+<p>Un peu plus tard, elles vont à l'Assemblée. C'est une salle de danse
+que rendent nécessaire l'exiguïté des logements et la difficulté de faire
+danser chez soi<a id="footnotetag470" name="footnotetag470"></a><a href="#footnote470" title="Lien vers la note 470"><span class="small">[470]</span></a>. Plusieurs fois par semaine, la meilleure société s'y réunit,
+sous la surveillance d'une vieille dame très respectable, très rigide, qui
+remplit les fonctions de maîtresse des cérémonies. Un cérémonial très
+strict règle en effet les moindres rapports des danseurs et des danseuses.
+Les couples n'ont pas le droit de se choisir: on met les éventails de
+toutes les dames dans le tricorne d'un gentilhomme, on tire au sort et
+chaque cavalier est pour la saison le partenaire de la dame dont il a pris
+l'éventail. Les places sont désignées par la dame directrice, qui siège à
+une extrémité de la salle sur un trône<a id="footnotetag471" name="footnotetag471"></a><a href="#footnote471" title="Lien vers la note 471"><span class="small">[471]</span></a>. Cette discipline fait d'un plaisir
+quelque chose de compassé et de contraint, plus près de la mélancolie
+que de la gaîté. Un jour le pauvre Olivier Goldsmith, qui était alors étudiant
+en médecine à Édimbourg, avait voulu s'y présenter. Avec son goût
+d'Irlandais et de grand enfant pour les couleurs vives, il s'était fait bien
+resplendissant dans un costume «de satin bleu de ciel, de riche velours
+de Gênes noir et de drap nuance de clairet.» Il semble même que la note
+du tailleur n'ait pas été payée. Tout gauche dans ses beaux habits, il
+était allé à l'Assemblée, pensant y faire florès. Hélas! c'était un triste
+spectacle. D'un côté, les dames solitairement assises; à l'autre bout, leurs
+partenaires pensifs. «Mais pas plus de rapport entre les sexes qu'entre
+deux nations en guerre; les dames à la vérité peuvent lancer des regards,
+et les gentlemen pousser des soupirs; mais un embargo est mis sur tout
+autre commerce plus rapproché.» Les couples désignés dansent «avec
+une formalité qui ressemble à du découragement». Aussi ils dansent
+beaucoup et ne se disent rien. Le bon Olivier n'y tint pas, il risqua une
+observation. «Je dis à un gentleman écossais qu'un si profond silence
+ressemblait à l'ancienne procession des matrones romaines en l'honneur
+de Cérès; et le gentleman écossais me répondit pour ma peine, (et ma
+foi! je crois qu'il avait raison) que j'étais un pédant.» Le pauvre Olivier
+sortit le c&oelig;ur gros, un peu triste, se sentant un peu ridicule dans ses
+habits clairs, avec cette phrase indiciblement mélancolique où est toute
+<span class="pagenum"><a id="page194" name="page194"></a>(p. 194)</span> son âme: «Un homme laid et pauvre est sa propre compagnie et cette
+compagnie-là, le monde me la laisse goûter en abondance<a id="footnotetag472" name="footnotetag472"></a><a href="#footnote472" title="Lien vers la note 472"><span class="small">[472]</span></a>.» Avec plus
+de gaucherie et de naïveté, il y avait là un peu de l'envie que ce luxe
+devait inspirer à ce jeune paysan qui le regardait passer.</p>
+
+<p>Le soir arrive. L'obscurité sort des étroites ruelles où elle s'est réfugiée
+pendant le jour et envahit graduellement la ville. La grande rue fait
+pour s'éclairer une tentative vaine; car s'il y a plus de réverbères qu'il y a
+vingt ans, il n'y a pas plus d'huile<a id="footnotetag473" name="footnotetag473"></a><a href="#footnote473" title="Lien vers la note 473"><span class="small">[473]</span></a>. Les citoyens les plus graves, marchands,
+juges, avocats, professeurs, s'en vont vers les tavernes ou les
+clubs, qui font partie de la vie sociale. Des caves, où l'on sert des huîtres
+et de la bière noire et qu'on appelle <span class="italic" lang="en">oyster cellars</span>, s'échappe un peu de
+lumière et un bruit de musique; car on y danse. «La plupart des <span class="italic" lang="en">oyster
+cellars</span> ont une sorte de longue pièce, où une société pas trop nombreuse
+peut goûter l'exercice d'une danse campagnarde, au son d'un violon,
+d'une harpe ou d'une cornemuse<a id="footnotetag474" name="footnotetag474"></a><a href="#footnote474" title="Lien vers la note 474"><span class="small">[474]</span></a>.» Il y a vingt ans, la bonne société
+n'osait fréquenter ces endroits de louche réputation<a id="footnotetag475" name="footnotetag475"></a><a href="#footnote475" title="Lien vers la note 475"><span class="small">[475]</span></a>. Depuis quelque
+temps cela est devenu à la mode, grâce à cette charmante et folle
+duchesse de Gordon, dont l'entrain et la hardiesse scandalisent et dont la
+grâce séduit la ville. Les dames de la haute société d'Édimbourg y viennent
+maintenant<a id="footnotetag476" name="footnotetag476"></a><a href="#footnote476" title="Lien vers la note 476"><span class="small">[476]</span></a>. Aussi la rue est-elle animée. Des <span class="italic" lang="en">caddies</span> passent
+avec leurs lanternes en papier<a id="footnotetag477" name="footnotetag477"></a><a href="#footnote477" title="Lien vers la note 477"><span class="small">[477]</span></a>, des chaises à porteurs précédées de
+valets qui portent une torche, et escortées de gentilhommes, l'épée dans
+une main et le chapeau dans l'autre, conformément à la politesse des
+temps<a id="footnotetag478" name="footnotetag478"></a><a href="#footnote478" title="Lien vers la note 478"><span class="small">[478]</span></a>. Et les coins de ruelle ne sont pas non plus sans ces apparitions
+nocturnes de plaisir et de vice des grandes villes, faites pour surprendre
+et troubler un garçon de campagne.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Près d'un réverbère, avec son visage triste,<br>
+Ses yeux alourdis, sa grimace aigre,<br>
+Se tient une femme qui eût pu connaître longtemps la beauté.<br>
+La Prostitution est son métier, le vice son but;<br>
+Voyez maintenant où elle gagne son pain,<br>
+Fredonnant des chansons vicieuses pour attirer<br>
+Les suivants de la cruelle dissipation<a id="footnotetag479" name="footnotetag479"></a><a href="#footnote479" title="Lien vers la note 479"><span class="small">[479]</span></a>.</p>
+
+<p>Voici dix heures! Le tambour de la garde civique fait entendre le
+<span class="pagenum"><a id="page195" name="page195"></a>(p. 195)</span> roulement du couvre-feu<a id="footnotetag480" name="footnotetag480"></a><a href="#footnote480" title="Lien vers la note 480"><span class="small">[480]</span></a>. C'est comme un signal. Toutes les fenêtres
+s'ouvrent et les habitants se livrent à une opération dont les résultats,
+selon l'expression de Smollett «offensent les yeux aussi bien que les
+autres organes de ceux que l'habitude n'a pas endurcis contre toute délicatesse
+de sentiment<a id="footnotetag481" name="footnotetag481"></a><a href="#footnote481" title="Lien vers la note 481"><span class="small">[481]</span></a>». On n'entend plus, dans la nuit, que l'exclamation
+française poussée par quelque citoyen attardé qui regagne son domicile:
+«Gardez l'eau!» Hélas! souvent trop tard! Selon le mot de Walter
+Scott, c'est plus souvent l'élégie que l'avertissement du passant surpris<a id="footnotetag482" name="footnotetag482"></a><a href="#footnote482" title="Lien vers la note 482"><span class="small">[482]</span></a>.
+C'est l'heure pénible et dangereuse d'Édimbourg sur laquelle le D<sup>r</sup>
+Johnson a déjà passé son verdict, dans son langage solennel, en disant
+que mainte perruque «en a été humidifiée jusqu'à la flaccidité<a id="footnotetag483" name="footnotetag483"></a><a href="#footnote483" title="Lien vers la note 483"><span class="small">[483]</span></a>».</p>
+
+<p>Puis la tranquillité se fait: On n'entend plus que les pas des gens qui
+reviennent du club, ou les paroles de quelque ivrogne qui s'en va en
+trébuchant et qui peut-être est un juge, ou un avocat, car l'ivresse est
+fréquente chez tous. La ville retombe dans son silence; dans la nuit,
+les grandes maisons se dressent dans le ciel froid de novembre; et, avec
+la disparition de tout bruit, revient dans l'étranger isolé un sentiment
+de tristesse et d'abandon<a id="footnotetag484" name="footnotetag484"></a><a href="#footnote484" title="Lien vers la note 484"><span class="small">[484]</span></a>.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section">I.<br>
+L'HIVER DE 1786-87.<br>
+BURNS DANS LA SOCIÉTÉ D'ÉDIMBOURG. &mdash; LE TRIOMPHE. &mdash;
+LE DÉSACCORD. &mdash; LES TAVERNES D'ÉDIMBOURG.</p>
+
+<p>Au bout de quelques jours, Burns commença à se rappeler dans quel
+dessein il était venu à Édimbourg. Il n'avait pas de lettres de recommandation,
+mais il connaissait, pour lui avoir été présenté en Ayrshire,
+M. Dalrymple d'Orangefield, homme généreux, au c&oelig;ur chaud, ami
+de Ballantine d'Ayr. Il alla le voir et Dalrymple entreprit aussitôt de le
+protéger. «J'ai rencontré dans M. Dalrymple d'Orangefield ce que
+Salomon appelle avec emphase «un ami qui s'attache plus fort qu'un
+frère<a id="footnotetag485" name="footnotetag485"></a><a href="#footnote485" title="Lien vers la note 485"><span class="small">[485]</span></a>». M. Dalrymple le présenta à deux hommes de première situation,
+<span class="pagenum"><a id="page196" name="page196"></a>(p. 196)</span> et les mieux faits pour lui faire ouvrir toutes les portes, l'un de la noblesse,
+l'autre de la société littéraire d'Édimbourg. Le premier était le comte de
+Glencairn, auquel Burns voua un véritable culte qui ne se démentit
+jamais. C'était un homme dont la beauté physique était l'expression d'un
+caractère sans reproche. «Le noble comte de Glencairn m'a pris par la
+main aujourd'hui et s'est intéressé en ma faveur, avec une bonté digne de
+l'être bienfaisant dont il porte si noblement l'image. Il est une plus forte
+preuve de l'immortalité de l'âme que toutes celles que la philosophie a
+jamais proposées; une âme comme la sienne ne peut mourir<a id="footnotetag486" name="footnotetag486"></a><a href="#footnote486" title="Lien vers la note 486"><span class="small">[486]</span></a>». Ailleurs il
+l'appelle «un homme dont je me rappellerai les vertus et la bonté fraternelle
+envers moi, au delà de tous les temps<a id="footnotetag487" name="footnotetag487"></a><a href="#footnote487" title="Lien vers la note 487"><span class="small">[487]</span></a>». L'autre protecteur était le
+fameux avocat Henry Erskine, le doyen de la faculté des avocats, d'une
+éloquence incomparable, d'un charme social, d'une sûreté de commerce,
+qui le faisaient aimer et respecter partout. Ces deux connaissances furent
+vite faites et leur effet fut très rapide, car le 7 Décembre, dix jours seulement
+après son arrivée à Édimbourg, le poète pouvait écrire:</p>
+
+<p class="quote">En ce qui concerne mes propres affaires, je suis en bon chemin de devenir aussi
+éminent que Thomas à Kempis ou John Bunyan, et vous pouvez dorénavant vous
+attendre à voir mon jour de naissance inséré, parmi les événements merveilleux, dans
+l'Almanach du Pauvre Robin ou l'Almanach d'Aberdeen, à côté du Lundi noir et de la
+bataille de Bothwell-Bridge. My Lord Glencairn et le Doyen de la Faculté
+M<sup>r</sup> H. Erskine m'ont pris sous leur aile et, selon toute probabilité, je serai bientôt le
+dixième homme de bien et le huitième sage du monde<a id="footnotetag488" name="footnotetag488"></a><a href="#footnote488" title="Lien vers la note 488"><span class="small">[488]</span></a>.</p>
+
+<p>À ces deux protections, il faut ajouter celle de Dugald Stewart, qui le
+présenta à Mackenzie, à l'auteur de <span class="italic">l'Homme de Sentiment</span>, à celui que
+Burns révérait et admirait depuis si longtemps, qui avait été un des
+maîtres et un des consolateurs de sa jeunesse. Ce fut un coup de bonheur
+pour le poète. Mackenzie continua l'heureuse influence qu'il avait eue sur
+sa vie. Dans le n<sup>o</sup> 97 du <span class="italic" lang="en">Lounger</span>, qui ne devait plus avoir que quatre
+numéros, parut un article qui fut un événement. Il était digne de celui qui
+en était l'auteur et de celui qui en était l'objet. Il y avait, de la part de cet
+écrivain si laborieux et si correct, une très claire et très large intelligence
+littéraire et psychologique du génie et du caractère de Burns. Cette
+double appréciation était exprimée en termes parfaits de justesse et
+d'accent, à ce point que, non seulement cet article donnait du premier
+coup la note exacte et entière sur la valeur du poète, mais que, après
+cent ans, il reste une des meilleures choses qu'on ait écrites sur lui; c'est
+une longévité rare pour une page de critique. Voici d'ailleurs, dans ses
+parties essentielles, l'article que les habitants d'Édimbourg se passaient
+<span class="pagenum"><a id="page197" name="page197"></a>(p. 197)</span> et commentaient le 9 Décembre 1796, moins de quinze jours après
+l'arrivée de Burns.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Pour les personnes sensibles et capables de comprendre, il y a quelque chose de
+merveilleusement agréable dans la contemplation du génie, de cette portée transcendante
+d'esprit qui distingue certains hommes. Dans la vue de talents tout à fait
+supérieurs, comme dans celle des grands et étonnants objets de la nature, il y a une
+sublimité qui remplit l'âme d'admiration et d'aise, qui la dilate, pour ainsi parler,
+au delà de ses limites ordinaires, et qui, revêtant notre nature d'une puissance
+extraordinaire et d'extraordinaires honneurs, intéresse notre curiosité et flatte notre
+orgueil.... Dans la découverte de talents généralement inconnus, nous sommes souvent
+disposés à céder à une partialité excessive, comme dans toutes les découvertes que
+nous faisons; et c'est à quoi nous devons tant d'exemples de peintres et de poètes
+qui, retirés de situations obscures par les éloges extravagants de leurs introducteurs,
+sont cependant bientôt retombés dans leur première obscurité; dont le mérite, bien
+que peut-être un peu négligé, n'a pas semblé avoir été tellement déprécié par le
+monde et n'a pas pu soutenir, par son excellence intrinsèque, la place supérieure que
+l'enthousiasme de ses patrons aurait voulu lui assigner.</p>
+
+<p>Je ne sais si je serai accusé d'un enthousiasme et d'une partialité de ce genre, en
+présentant à l'attention de mes lecteurs un poète de notre pays, dont les écrits m'ont
+été récemment communiqués. Mais, si je ne me trompe pas grandement, je pense que
+je puis, en toute sûreté, déclarer que c'est un génie d'un rang peu ordinaire. La
+personne à laquelle je fais allusion est <span class="smcap">ROBERT BURNS</span>, un laboureur d'Ayrshire,
+dont les poèmes furent, il y a quelque temps, publiés dans une petite ville de l'ouest
+de l'Écosse, sans autre ambition, semble-t-il, que de les faire circuler parmi les
+habitants du comté où il est né, et d'obtenir un peu de renommée de la part de ceux
+qui avaient entendu parler de ses talents. J'espère qu'on ne considérera pas que
+j'ai trop de prétentions, si j'essaye de le placer à un point de vue plus haut, de
+réclamer le verdict de ses concitoyens sur le mérite de ses &oelig;uvres, et de revendiquer
+pour lui les honneurs que leur valeur semble mériter.</p>
+
+<p>En mentionnant la circonstance de son humble condition, je n'ai pas la pensée de
+faire reposer ses prétentions seulement sur ce titre, ou de faire valoir les mérites de
+sa poésie, considérés par rapport à la bassesse de sa naissance et au peu d'opportunité
+de culture que son éducation pouvait lui fournir. À la vérité, ces détails pourraient
+exciter notre étonnement devant ses productions; mais sa poésie, considérée en soi et
+sans les causes qui résultent de sa situation, me semble tout à fait digne de dominer
+nos sentiments et d'obtenir nos applaudissements. Sa naissance et son éducation ont,
+à la vérité, opposé une barrière à sa renommée, c'est le langage dans lequel la
+plupart de ses poèmes sont écrits. Même en Écosse, le dialecte provincial, que
+Ramsay et lui ont employé, se lit maintenant avec une difficulté qui refroidit le
+plaisir du lecteur: en Angleterre, on ne peut pas le lire du tout, sans avoir constamment
+recours à un glossaire, en sorte que le plaisir est presque détruit.</p>
+
+<p>Quelques-unes de ses productions, spécialement celle d'un genre grave, sont
+presque anglaises. De l'une d'entre elles, j'offrirai d'abord à mes lecteurs un extrait,
+dans lequel je pense qu'il découvriront un ton élevé de sentiment, une puissance et
+une énergie d'expression qui sont particulièrement et fortement caractéristiques de
+l'esprit et de la voix d'un poète.</p>
+</div>
+
+<p>Il citait les strophes de la <span class="italic">Vision</span>, dans lesquelles est racontée l'enfance
+de Burns, sans aller toutefois à celles si belles de la fin. Puis il continuait
+en termes du plus haut éloge: «De chants comme celui-là,
+<span class="pagenum"><a id="page198" name="page198"></a>(p. 198)</span> solennels et sublimes, avec cette mélancolie ravie et inspirée dans laquelle
+le Poète élève ses regards «au dessus de cette sphère visible et diurne»,
+les poèmes intitulés <span class="italic">Désespoir</span>, la <span class="italic">Lamentation</span>, <span class="italic">Hiver</span>, <span class="italic">Chant funèbre</span> et l'<span class="italic">Invocation
+à la Ruine</span>, offrent des exemples non moins frappants». Il donnait
+comme spécimens «dans le tendre et le moral» <span class="italic">l'Homme fut créé pour
+pleurer, le Samedi soir du villageois</span>, les pièces <span class="italic">à la Souris</span> et à la <span class="italic">Pâquerette
+de montagne</span>. Il citait celle-ci en entier, moins, disait-il, à cause de son
+mérite supérieur que parce qu'elle pouvait tenir dans les bornes de son
+journal. Et, à propos de la jolie strophe sur l'alouette, il ajoutait en termes
+qui contiennent avec une merveilleuse exactitude l'essence du sentiment
+de la nature dans Burns: «Des touches comme celles-là dénotent le
+pinceau d'un poète qui peint la nature avec la <span class="italic">précision de l'intimité</span>, et
+cependant avec le coloris délicat de la beauté et du goût». Les mots que
+nous avons soulignés vont droit au fond du génie de Burns sur ce point.</p>
+
+<p>L'article, après avoir donné les éloges, essaye de prévenir les objections
+et surtout celles qu'il prévoit, les objections religieuses et morales.
+Il avance des précautions, des excuses, des atténuations, toutes sortes de
+faucilles pour couper à l'avance les critiques dans l'esprit des lecteurs.
+Ces soins même sont instructifs en ce qu'ils montrent à quelle société
+susceptible et formaliste Burns allait avoir à faire. Cela donne l'idée de
+la surveillance qu'il devait exercer sur sa parole et de la prudence qu'il
+devait mettre dans sa conduite, pour ne pas choquer un monde auquel il
+fallait présenter ses poèmes avec presque autant d'apologie que de
+louange! Voici donc ce que Mackenzie disait avec beaucoup de tact et
+une connaissance très exacte des gens à qui il parlait:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Contre quelques-uns des passages de ces derniers poèmes, on a objecté qu'ils
+respirent un esprit de libertinage et d'irréligion. Mais si nous considérons l'ignorance
+et le fanatisme des classes inférieures dans le pays où ces poèmes furent écrits, fanatisme
+de cette espèce pernicieuse qui exalte la foi par opposition ans <span class="italic">bonnes &oelig;uvres</span>,
+et dont la fausseté et le danger ne pouvaient échapper à un esprit aussi éclairé que
+celui de notre poète, nous ne regarderons pas sa muse plus légère comme l'ennemie
+de la religion (sur laquelle il exprime en plusieurs endroits les sentiments les plus
+justes) bien qu'elle ait été quelquefois un peu imprudente en ridiculisant l'hypocrisie.</p>
+
+<p>Sur ce point et sur d'autres encore, il faut convenir qu'il y a, dans le volume qu'il
+a donné au public, des parties répréhensibles que la prudence aurait supprimées ou la
+correction effacées. Mais les poètes sont rarement prudents, et notre poète n'avait,
+hélas! ni amis, ni compagnons qui pussent lui suggérer des corrections. Quand nous
+réfléchissons à son rang dans la vie, et à la société dans laquelle il a vécu, nous
+sommes plus portés à regretter qu'à nous étonner que la délicatesse soit si souvent
+offensée, pendant la lecture d'un volume où il y a tant pour nous intéresser et nous
+plaire.</p>
+</div>
+
+<p>Il y a bien quelque chose d'un peu étroit et presque d'un peu frisant
+le ridicule dans ces regrets que Burns n'ait pas fait parler ses paysans
+plus convenablement; peut-être y avait-il aussi quelque chose qui lui fit
+<span class="pagenum"><a id="page199" name="page199"></a>(p. 199)</span> froncer le sourcil et hausser impatiemment les épaules dans toutes ces
+excuses qui tournaient à la réprimande. Mais la fin était faite pour lui
+aller droit au c&oelig;ur. Mackenzie parlait de lui en homme qui sait respecter
+et saluer la dignité d'âme partout où elle se trouve, mettant toute son
+autorité au service de sa sympathie.</p>
+
+<p class="quote">Burns possède la fierté aussi bien que la fantaisie d'un poète Cet orgueil honnête et
+cette indépendance d'âme qui sont parfois la seule richesse de la muse, éclatent à
+toute occasion dans ses ouvrages. Il peut se faire, par conséquent, que je blesse ses
+sentiments tout en satisfaisant les miens, lorsque j'appelle l'attention du public sur
+sa situation et sur sa fortune. Cette condition, tout humble qu'elle fût, dans laquelle
+il avait trouvé le contentement et courtisé la muse, aurait pu ne pas lui sembler
+pénible, mais le chagrin et les malheurs l'y atteignirent. Un ou deux de ses poèmes
+font allusion à ce que j'ai appris de quelques-uns de ses compatriotes, qu'il avait été
+contraint de former la résolution de quitter son pays natal, pour chercher sous le ciel
+des Indes occidentales l'abri et le soutien que l'Écosse lui avait refusés. Mais j'espère
+qu'on saura trouver les moyens d'empêcher cette résolution de se réaliser; j'espère
+que je rends simplement justice à mon pays en le supposant tout disposé à tendre la
+main pour secourir et retenir son poète natif, dont «les chants silvestres et sauvages»
+possèdent une telle excellence. Réparer les injustices faites au mérite souffrant et
+ignoré; faire sortir le génie de l'obscurité où il a langui avec indignation, et l'élever
+à la place où il peut profiter et plaire au monde; ce sont des efforts qui donnent à la
+richesse un privilège enviable, à la grandeur et à la protection un légitime orgueil<a id="footnotetag489" name="footnotetag489"></a><a href="#footnote489" title="Lien vers la note 489"><span class="small">[489]</span></a>.</p>
+
+<p>C'était bravement dit! Cet appel au pays, si plein de délicatesse et
+cependant d'accent, était le vrai de la situation et eût été la seule résolution
+digne de l'Écosse et secourable au poète dont elle se glorifie désormais.
+C'était, de la part de Mackenzie, une bonne action. Lockhart a
+excellemment remarqué qu'elle fait honneur à sa clairvoyance et à son
+courage, et aussi pourquoi: «quoique ses propres productions fussent distinguées
+par tous les raffinements de l'art classique, M. Henry Mackenzie
+était, heureusement pour Burns, un homme d'un esprit aussi libéral que
+son goût était poli, et lui, dont les pages contiendront toujours quelques-uns
+des meilleurs modèles d'élégance travaillée, fut parmi les premiers
+à sentir que le laboureur d'Ayrshire appartenait à cette classe d'êtres dont
+c'est le privilège d'atteindre les grâces «au delà de la portée de l'art».
+Il fut le premier à risquer sa propre réputation en le déclarant publiquement<a id="footnotetag490" name="footnotetag490"></a><a href="#footnote490" title="Lien vers la note 490"><span class="small">[490]</span></a>.»</p>
+
+<p>Cet article de Mackenzie, c'était la célébrité, le soir même à Édimbourg,
+deux jours après en Écosse, une semaine après en Angleterre, parmi
+les lettrés qui lisaient le <span class="italic" lang="en">Lounger</span>. Burns entra, toutes portes ouvertes,
+dans la haute société nobiliaire et littéraire d'Édimbourg.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page200" name="page200"></a>(p. 200)</span> Cette société, par laquelle Burns allait être examiné et jugé, était une
+des plus cultivées qu'il y eût alors en Europe, une des plus justement
+difficiles en matière de valeur intellectuelle. Édimbourg était une ville
+de prédicateurs, d'avocats, de juges, de médecins, de professeurs,
+presque tous remarquables. Elle se trouvait alors vers le milieu de cette
+période incomparable d'éclat intellectuel, qui devait aller jusque vers
+1830, et qui la place parmi les cités lumineuses dont la liste trace les
+progrès de l'esprit humain. Il y a eu ailleurs de plus grands noms; il
+n'y a eu nulle part une si grande abondance d'hommes de talent, en
+si peu de temps et d'espace. Ils étaient littéralement les uns sur les autres;
+et beaucoup d'entre eux étaient des hommes de renommée et d'influence
+européennes<a id="footnotetag491" name="footnotetag491"></a><a href="#footnote491" title="Lien vers la note 491"><span class="small">[491]</span></a>.</p>
+
+<p>À la vérité, quelques-uns de ceux qui avaient le plus contribué à
+illustrer la ville avaient déjà disparu. Il y avait dix ans que David Hume
+avait quitté la vie avec la sérénité enjouée d'un sage antique, et sa tombe
+choisie par lui sur Calton Hill, avec une vue admirable, avait cessé d'être
+un objet de curiosité<a id="footnotetag492" name="footnotetag492"></a><a href="#footnote492" title="Lien vers la note 492"><span class="small">[492]</span></a>. Lord Elibank, le jurisconsulte et l'économiste,
+dont les travaux sur la monnaie, la circulation du papier, les Dettes
+Publiques, ne sont pas oubliés, était mort depuis huit ans; John Rutherford,
+l'éminent médecin qui, avec Monro, Sinclair, Plumner et Innes,
+avait fondé la célèbre école de médecine d'Édimbourg<a id="footnotetag493" name="footnotetag493"></a><a href="#footnote493" title="Lien vers la note 493"><span class="small">[493]</span></a>, le fondateur
+des leçons cliniques, latiniste achevé, était mort depuis sept ans; lord
+Kames, l'auteur des remarquables <span class="italic">Éléments de critique</span>, depuis quatre ans;
+le D<sup>r</sup> Webster, le prédicateur et le calculateur, qui avait établi le fonds des
+veuves du clergé, une admirable institution de secours; Allan Ramsay
+le peintre de portraits, le fils du poète, depuis deux ans. Quelques
+autres avaient quitté Édimbourg pour Londres: John Home, l'ami de
+Hume, le fameux auteur de la tragédie de <span class="italic">Douglas</span>; Thomas Erskine,
+le frère d'Henri Erskine, le futur grand-chancelier, le grand avocat
+politique, qui s'était fait inscrire dès ses débuts au barreau anglais<a id="footnotetag494" name="footnotetag494"></a><a href="#footnote494" title="Lien vers la note 494"><span class="small">[494]</span></a>;
+Mac Pherson, le traducteur et l'adaptateur d'Ossian; les deux Hunter,
+William et John, le grand anatomiste, «l'homme qui pour son génie
+original et compréhensif vient immédiatement après Adam Smith et
+doit être placé bien au-dessus de tous les autres philosophes que l'Écosse
+a produits..., qui, parmi les grands maîtres de la science organique,
+<span class="pagenum"><a id="page201" name="page201"></a>(p. 201)</span> appartient au même rang qu'Aristote, Harvey et Bichat et est un peu
+supérieur soit à Haller soit à Cuvier<a id="footnotetag495" name="footnotetag495"></a><a href="#footnote495" title="Lien vers la note 495"><span class="small">[495]</span></a>». Mais malgré ces pertes et
+ces défections, on admirait, de quelque côté qu'on se tournât, une
+réunion merveilleuse et unique d'illustrations de tous genres.</p>
+
+<p>L'Université était dans une période admirable d'éclat<a id="footnotetag496" name="footnotetag496"></a><a href="#footnote496" title="Lien vers la note 496"><span class="small">[496]</span></a>. Le Principal
+était William Robertson, le fameux historien; il avait déjà publié ses
+trois grandes histoires de l'Écosse, de Charles-Quint et de l'Amérique.
+Il jouissait paisiblement de sa renommée et de sa grande influence dans
+le clergé et dans la société d'Édimbourg. Il continuait à prêcher le
+dimanche ses éloquents sermons, car plusieurs des professeurs de
+l'Université étaient en même temps pasteurs ou avocats, et exerçaient
+leur talent dans des fonctions différentes. Le professeur de Belles-Lettres
+et de Rhétorique était Hugh Blair, également clergyman, qui
+avait publié ses sermons corrects et châtiés, un des ouvrages les
+plus lus de la littérature religieuse du <span class="smcap85">XVIII</span><sup>e</sup> siècle. Il venait de publier
+ses célèbres lectures sur les Belles-Lettres, dont le succès se répandit
+assez loin pour que, presque un siècle après, ce fût encore un livre de
+distribution de prix dans un collège français. Ce fut le manuel universel
+de rhétorique, jusqu'aux livres de Whately et de Bain. C'était Blair qui
+avait présenté au public les poèmes d'Ossian. Il était le grand maître de
+la critique littéraire en Écosse et un mot de lui recommandait un
+ouvrage ou un auteur. Dugald Stewart, abandonnant sa chaire de mathématiques,
+venait d'être nommé professeur de philosophie morale.
+Il n'avait pas encore entamé ses publications philosophiques; le premier
+volume de sa <span class="italic">Philosophie de l'Esprit humain</span> est de 1792. Mais il commençait
+ses conférences admirables de clarté, d'éloquence et d'élévation
+morale, qui ont fait de lui un des grands modeleurs d'âmes de son temps.
+«Pour moi, ses lectures furent comme l'ouverture du ciel. Je sentis que
+j'avais une âme. Elles changèrent ma nature entière<a id="footnotetag497" name="footnotetag497"></a><a href="#footnote497" title="Lien vers la note 497"><span class="small">[497]</span></a>» dit lord Cockburn,
+qui fut un des élèves de ses premières années. «Dugald Stewart,
+ajoute-t-il, fut un des plus grands orateurs didactiques<a id="footnotetag498" name="footnotetag498"></a><a href="#footnote498" title="Lien vers la note 498"><span class="small">[498]</span></a>.» Mackintosh disait
+que la gloire particulière de l'éloquence de Stewart était d'avoir
+«inspiré l'amour de la vertu à des générations entières d'élèves<a id="footnotetag499" name="footnotetag499"></a><a href="#footnote499" title="Lien vers la note 499"><span class="small">[499]</span></a>.» Il
+fut un incomparable professeur. C'était avec cela un des plus honnêtes
+et des plus accomplis gentlemen de son temps; il semble avoir
+<span class="pagenum"><a id="page202" name="page202"></a>(p. 202)</span> été, pour l'urbanité et l'élégance des façons, un rival d'Henry Erskine.
+Le professeur de mathématiques était Adam Ferguson. Il avait été
+longtemps chapelain d'un régiment de highlanders et ses officiers l'empêchaient
+difficilement de prendre part au combat<a id="footnotetag500" name="footnotetag500"></a><a href="#footnote500" title="Lien vers la note 500"><span class="small">[500]</span></a>. C'était un esprit original
+et énergique, un peu hautain. Le D<sup>r</sup> Carlyle raconte que David Hume
+disait que Ferguson avait plus de génie qu'aucun d'entre eux, parce
+qu'il avait maîtrisé une science difficile, la physique, en trois mois, assez
+pour pouvoir l'enseigner<a id="footnotetag501" name="footnotetag501"></a><a href="#footnote501" title="Lien vers la note 501"><span class="small">[501]</span></a>. En effet, Ferguson avait été successivement
+professeur de physique et de philosophie morale. Il avait publié en
+1767 un <span class="italic">Essai sur l'Histoire de la Société civile</span> que ses admirateurs
+considèrent comme une des premières tentatives de «Sociologie», et il
+venait de publier en 1783 son <span class="italic">Histoire des Progrès et de la Chute de
+la République Romaine</span>, dont les historiens tiennent encore compte. Il
+avait pour professeur adjoint John Playfair, dont les ouvrages sont des
+modèles de style scientifique clair, lucide et élégant, qui fait penser à
+du Fontenelle. Son nom restera attaché à l'exposition de la théorie
+huttonienne de la Terre. Que d'autres encore il faudrait nommer:
+Andrew Dalzell le professeur de grec, dont les leçons créèrent, à Édimbourg,
+le goût de l'hellénisme, qui triomphait à Glasgow avec les leçons
+du savant Moore et les belles impressions des Foulis; Finlayson, le
+professeur de logique, raide, précis et sec<a id="footnotetag502" name="footnotetag502"></a><a href="#footnote502" title="Lien vers la note 502"><span class="small">[502]</span></a>; John Robinson, le professeur
+de physique, qui édita les &oelig;uvres de Black.</p>
+
+<p>La Faculté de Médecine, qui a tant contribué à la réputation de
+l'Université d'Édimbourg, était aussi dans un moment de gloire extraordinaire.
+Sans compter les hommes de talent comme Rutherford le botaniste,
+Andrew Duncan et d'autres, il y avait quatre hommes de premier ordre,
+dont les noms sont historiques et marquent des étapes dans le développement
+de la science. À la chaire d'anatomie, il y avait Alexandre Monro,
+Monro <span class="italic" lang="la">secundus</span>, un merveilleux professeur, le plus grand de ces Monro, qui,
+de père en fils, occupèrent la même chaire pendant une période de cent
+vingt-six ans, de 1718 à 1846. À la chaire de physiologie, se trouvait
+James Gregory, un autre exemple de ces étonnantes familles de professeurs;
+son arrière-grand-père James Gregory, l'inventeur du télescope à miroir,
+avait été nommé professeur à Édimbourg en 1674, et, depuis ce temps,
+les Gregory donnaient des professeurs de mathématiques et de sciences
+naturelles aux Universités d'Angleterre et d'Écosse. Quelle sève dans ces
+races récemment sorties du sol! Et ces hommes enseignaient pendant un
+demi-siècle et vivaient quatre-vingts ans. Notre James Gregory était en
+<span class="pagenum"><a id="page203" name="page203"></a>(p. 203)</span> outre le premier latiniste d'Écosse. À côté de ces noms-là, deux autres
+d'une plus grande portée. William Cullen était là, le grand physiologiste,
+qui essaya le premier «de généraliser les lois de la maladie telles qu'elles
+se manifestent dans le corps humain<a id="footnotetag503" name="footnotetag503"></a><a href="#footnote503" title="Lien vers la note 503"><span class="small">[503]</span></a>.» Et la chaire de chimie était
+occupée par Joseph Black, un des créateurs de la chimie moderne, celui
+que Lavoisier considérait comme son maître et appelait «l'illustre Nestor
+delà révolution chimique», grand physicien aussi, car c'est lui qui avait
+découvert la chaleur latente «un hardi et admirable paradoxe qui
+exigeait, pour être proposé, du courage aussi bien que de la pénétration,
+et qui marque une époque de l'esprit humain parce que c'était un
+immense pas de fait vers l'idéalisation de la matière en force<a id="footnotetag504" name="footnotetag504"></a><a href="#footnote504" title="Lien vers la note 504"><span class="small">[504]</span></a>.»</p>
+
+<p>Le clergé comptait des prédicateurs qui étaient presque tous des
+savants remarquables. C'était le D<sup>r</sup> Henry, l'auteur d'une <span class="italic">Histoire d'Angleterre</span>,
+l'une des premières histoires faites sur un plan qui étudie
+séparément toutes les parties de la vie sociale; c'était James Macknigh,
+théologien et commentateur profond, auteur d'une <span class="italic">Harmonie des Évangiles</span>
+et d'un <span class="italic">Commentaire d'épîtres des Apôtres</span>, &oelig;uvres de grande érudition;
+c'était John Erskine, le bon et l'éloquent, dont les sermons publics
+changèrent le ton de la prédication en Écosse et dont on trouve le portrait
+dans <span class="italic">Guy Mannering</span>; c'était le D<sup>r</sup> Alexander Carlyle dont l'<span class="italic">Autobiographie</span>
+est précieuse pour l'étude de toute cette époque.</p>
+
+<p>La Magistrature, la <span class="italic" lang="en">Court of Session</span>, pour employer le terme écossais,
+se composait d'hommes de haute valeur, choisis parmi les avocats que
+leurs qualités d'orateurs ou de juristes avaient mis hors pair. Le président
+était alors Robert Dundas d'Arniston, lord Mansfield, le troisième d'une
+descendance de juges intègres et profonds<a id="footnotetag505" name="footnotetag505"></a><a href="#footnote505" title="Lien vers la note 505"><span class="small">[505]</span></a>. Il avait autour de lui des
+hommes comme Francis Garden, lord Gardenstone, qui avait plaidé,
+dans le fameux procès de Douglas, devant le Parlement de Paris, de
+façon à laisser, même dans une langue étrangère, une vive impression de
+son éloquence<a id="footnotetag506" name="footnotetag506"></a><a href="#footnote506" title="Lien vers la note 506"><span class="small">[506]</span></a>; sir David Dalrymple, lord Hailes, érudit, historien,
+archéologue, d'une lecture et d'une science universelles, célèbre par ses
+travaux sur les antiquités chrétiennes, les vieilles poésies écossaises,
+et ses annales sur l'histoire d'Écosse; lord Braxfield «le géant du
+tribunal» selon l'expression de lord Cockburn: rude, brutal, semblable à
+un forgeron, sans lettres, il avait un esprit d'une telle vigueur
+d'étreinte et de raisonnement qu'il n'avait pas eu besoin de culture pour
+avoir la puissance<a id="footnotetag507" name="footnotetag507"></a><a href="#footnote507" title="Lien vers la note 507"><span class="small">[507]</span></a>; James Burnet, lord Monboddo, original, paradoxal
+<span class="pagenum"><a id="page204" name="page204"></a>(p. 204)</span> et savant, fameux pour sa connaissance des classiques et sa théorie sur la
+descendance de l'homme. Il soutenait, avant l'heure, que les hommes
+avaient eu des queues et descendaient du singe. Il avait publié son
+ouvrage sur <span class="italic">l'Origine et le Progrès du langage</span>, où il soutenait le système
+de Lucrèce sur l'origine du langage et où il avait pris pour épigraphe
+les vers d'Horace qui le résument:</p>
+
+<p class="poem20" lang="la">Quum prorepserunt primis animalia terris<br>
+Mutum et turpe pecus</p>
+
+<p>C'était, disait-il, en miniature l'histoire du genre humain. Il était en
+train de publier son travail sur la <span class="italic">Métaphysique Ancienne</span>. Il donnait des
+soupers «attiques<a id="footnotetag508" name="footnotetag508"></a><a href="#footnote508" title="Lien vers la note 508"><span class="small">[508]</span></a>» où la table était parsemée et les flacons enguirlandés
+de rosés à «la manière des anciens<a id="footnotetag509" name="footnotetag509"></a><a href="#footnote509" title="Lien vers la note 509"><span class="small">[509]</span></a>.» II allait presque chaque année à
+Londres, faisant à cheval toute la route parce que les chaises de poste
+étaient des véhicules inconnus des anciens<a id="footnotetag510" name="footnotetag510"></a><a href="#footnote510" title="Lien vers la note 510"><span class="small">[510]</span></a>. Il était le père d'une
+adorable et angélique créature, dont la grâce et la douceur étaient
+admirées de tout Édimbourg et séduisirent Burns, comme une apparition
+céleste. Elle devait être enlevée peu d'années après, et le poète devait
+écrire sur elle une élégie chaste et attendrie.</p>
+
+<p>Le barreau, ou la <span class="italic" lang="en">Faculty of advocates</span>, comme on l'appelait, qui
+était la pépinière de la cour de justice, était un corps très brillant et très
+instruit. Cela tenait à des circonstances particulières. Les fils de famille
+nobles n'ayant pas, comme en Angleterre, le débouché de la vie publique,
+se portaient de ce côté. «La Faculté des avocats comprenait la moitié
+des gentilshommes d'Écosse. La profession de la loi était embrassée par
+les fils aînés de la gentry, plutôt parce qu'elle conférait une sorte de
+distinction fashionable que parce qu'ils en attendaient des affaires ou
+des émoluments. Elle conduisait à une éducation savante ou du moins
+polie, et donnait une sorte de dignité au-dessus de la pure inactivité.
+C'est peut-être à cause de cela qu'il y avait, à cette époque, parmi la
+Faculté des avocats d'Écosse, une élégance de manières, unie à un degré
+de science et de connaissances générales, qu'on n'aurait pu retrouver en
+aucune autre compagnie semblable dans aucun autre pays<a id="footnotetag511" name="footnotetag511"></a><a href="#footnote511" title="Lien vers la note 511"><span class="small">[511]</span></a>.» C'est
+Henry Mackenzie qui parle ainsi et il avait bien connu le barreau de son
+temps. En laissant de côté ce que la partie exclusive d'un jugement
+semblable a toujours de douteux, il reste que la Faculté des avocats
+d'Édimbourg était une réunion d'hommes remarquables non seulement
+par leurs connaissances professionnelles, mais par leur culture générale.
+<span class="pagenum"><a id="page205" name="page205"></a>(p. 205)</span> Elle comptait en 1786 des hommes comme Alexander Fraser Tytler,
+un historien distingué qui a laissé des <span class="italic">Éléments d'histoire générale</span>;
+Charles Hope, un orateur puissant, qui «avait la plus admirable voix,
+pleine, profonde et distincte, dont le soupir même s'étendait sur une
+ligne de mille personnes... une voix qui n'était surpassée que par celle
+de Mrs Siddons, laquelle venue directement du ciel et digne d'y être
+écoutée, était la plus noble qui ait jamais frappé l'oreille humaine<a id="footnotetag512" name="footnotetag512"></a><a href="#footnote512" title="Lien vers la note 512"><span class="small">[512]</span></a>.» Il
+y avait Maconochie, qui avait voyagé par toute l'Europe et possédait la
+plupart des langues européennes<a id="footnotetag513" name="footnotetag513"></a><a href="#footnote513" title="Lien vers la note 513"><span class="small">[513]</span></a>, «penseur indépendant et original
+et d'un savoir considérable; ses connaissances embrassaient tous les
+sujets, loi, science, histoire, littérature, et par conséquent étaient peut-être
+plus variées que précises; sous son labeur incessant, ses renseignements
+s'accumulaient d'heure en heure. J'avais l'habitude de faire les
+tournées avec lui et il me semblait également à son aise en théologie, ou
+en agriculture, ou en géométrie, ou lorsqu'il examinait une montagne, ou
+démontrait ses erreurs à un fermier, ou réfutait les dogmes d'un
+clergyman, bien que de toutes ses occupations cette dernière fût peut-être
+celle qui lui procurait le plus de plaisir<a id="footnotetag514" name="footnotetag514"></a><a href="#footnote514" title="Lien vers la note 514"><span class="small">[514]</span></a>». Il y avait Miller, un des
+hommes les plus cultivés et les plus remarquables de son temps «profond
+et original en mathématiques<a id="footnotetag515" name="footnotetag515"></a><a href="#footnote515" title="Lien vers la note 515"><span class="small">[515]</span></a>»; il y avait Craig, Bannatyne, qui, avec
+Tytler et sous la direction de Mackenzie, écrivaient dans le <span class="italic" lang="en">Lounger</span> et
+le <span class="italic" lang="en">Mirror</span>. Craig, qui fut plus tard membre de la Cour de session, allait
+se trouver mêlé à l'histoire de Burns. Mais la gloire du barreau, «le
+plus brillant ornement de la profession<a id="footnotetag516" name="footnotetag516"></a><a href="#footnote516" title="Lien vers la note 516"><span class="small">[516]</span></a>» dit lord Cockburn, était alors
+l'éloquent, le spirituel, le charmant, le populaire et généreux Henry
+Erskine. C'était un grand et irrésistible orateur, d'une parole si riche de
+beautés classiques, si enjouée, si spirituelle, si claire, si copieuse, si légère
+et en même temps si sérieuse. «Tout son esprit était un argument, et
+chacune de ses exquises comparaisons était un pas dans son raisonnement»
+dit Jeffrey<a id="footnotetag517" name="footnotetag517"></a><a href="#footnote517" title="Lien vers la note 517"><span class="small">[517]</span></a>. «Sa gaîté légère était toujours un instrument d'argumentation,
+il raisonnait en esprit<a id="footnotetag518" name="footnotetag518"></a><a href="#footnote518" title="Lien vers la note 518"><span class="small">[518]</span></a>» dit lord Cockburn. Il était aussi célèbre
+pour son esprit que pour son éloquence. Aux réunions matinales chez le
+libraire Creech, on apportait le dernier mot de Henry Erskine, toujours
+piquant et cependant avec quelque chose qui le rendait inoffensif<a id="footnotetag519" name="footnotetag519"></a><a href="#footnote519" title="Lien vers la note 519"><span class="small">[519]</span></a>. C'est
+lui qui, après avoir été présenté au D<sup>r</sup> Johnson lequel, bourru brutal, comme
+<span class="pagenum"><a id="page206" name="page206"></a>(p. 206)</span> souvent, avait mérité une fois de plus le nom de <span class="italic" lang="la">ursa major</span>, s'approcha de
+Boswell qui menait le docteur dans la société d'Édimbourg, et lui glissa
+secrètement un shelling dans la main, pour le remercier de lui avoir
+montré son ours<a id="footnotetag520" name="footnotetag520"></a><a href="#footnote520" title="Lien vers la note 520"><span class="small">[520]</span></a>. Il se trouvait au théâtre un soir où un tumulte s'éleva
+dans le parterre entassé. La cause du bruit était un individu qui, en dépit
+de toutes les raisons, ne voulait pas s'asseoir; l'affaire se gâtait; Erskine
+s'avance paisiblement: «Excusez le gentleman, ne voyez-vous pas que
+c'est seulement un tailleur qui se repose?» L'effet fut tel que l'individu
+en tomba sur son banc et aurait probablement voulu être dessous<a id="footnotetag521" name="footnotetag521"></a><a href="#footnote521" title="Lien vers la note 521"><span class="small">[521]</span></a>. Il était
+intarissable de bons mots et pendant trente ans il en fournit Édimbourg.
+Il était la joie et la gaîté de la ville. Il en était aussi l'honneur pour sa
+droiture, son inflexible honnêteté politique, la sûreté de ses relations, sa
+bienveillance envers tous<a id="footnotetag522" name="footnotetag522"></a><a href="#footnote522" title="Lien vers la note 522"><span class="small">[522]</span></a>. Quand il mourut en 1817, on proposa de
+mettre sur sa tombe «à l'homme le plus aimé de l'Écosse».</p>
+
+<p>Quelques-uns, et des plus illustres, n'appartenaient à aucune de ces
+catégories sociales qui donnaient à Édimbourg sa physionomie. Adam
+Smith, le plus grand de tous, l'illustre fondateur de l'Économie Politique,
+occupait une sinécure royale; il venait de perdre sa mère deux ans
+auparavant, et sa gaîté naturelle en était attristée. Hutton, l'auteur de
+la <span class="italic">Théorie de la Terre</span>, le vrai créateur de la géologie, qui soutint la
+théorie des causes actuelles, qui découvrit le métamorphisme des roches,
+ce point capital en géologie, était un vieux gentilhomme qui vivait de
+ses rentes et faisait des communications à l'<span class="italic" lang="en">Edinburgh Society</span>; Mackenzie,
+notre ami depuis longtemps, était homme de loi et ses affaires commençaient
+à le détourner de la production littéraire.</p>
+
+<p>En même temps, des hommes non moins distingués venaient de
+tous côtés, enrichir encore de leur présence cette société. L'Assemblée
+générale qui réunissait chaque année, au mois de Mai, les représentants
+du clergé national, faisait affluer dans la capitale tout ce qu'il y avait de
+remarquable dans le pays. C'était comme la saison intellectuelle d'Édimbourg.
+De Glasgow, dont la robuste université avec moins d'éclat a peut-être
+fait autant de besogne qu'aucune autre, de Glasgow venaient
+Thomas Reid le chef de l'école philosophique écossaise; Richardson, le
+professeur d'humanités, qui fut un des premiers critiques shakspeariens
+dans son <span class="italic">Analyse Philosophique et Illustration de quelques-uns des
+plus remarquables caractères de Shakspeare</span>; John Millar, le professeur
+de droit civil, auteur d'une <span class="italic">Vue historique du Gouvernement anglais</span>;
+George Jardine, le professeur de logique, dont l'<span class="italic">Esquisse d'Éducation
+Philosophique</span> est un programme de stricte et féconde pédagogie; John
+<span class="pagenum"><a id="page207" name="page207"></a>(p. 207)</span> Anderson, d'abord professeur de langues orientales, puis de physique, qui
+se montra plus tard philanthrope éclairé par la fondation de l'Institut
+Andersonien, destiné à répandre l'éducation dans les classes pauvres.
+D'Aberdeen, venaient James Beattie, le poète et le moraliste, l'auteur du
+<span class="italic">Ménestrel</span> et d'ouvrages de discussion religieuse; Robert Hamilton, le
+mathématicien, qui appliqua ses connaissances mathématiques à l'Économie
+politique et publia des travaux sur les Dettes Publiques; il était en
+correspondance avec notre Say; George Campbell dont la <span class="italic">Philosophie
+de la Rhétorique</span> est un ouvrage excellent et, à nos yeux, supérieur à celui
+de Blair. De petites villes, de paroisses perdues, il arrivait des hommes
+de valeur; le D<sup>r</sup> Somerville, l'historien de la reine Anne, venait de
+Jedburgh; John Ogilvie, le poète du <span class="italic">Jour du Jugement</span>, venait de
+Medmar; Brydone, le voyageur dont le <span class="italic">Tour en Sicile et à Malte</span> a été
+traduit en français et est encore un livre intéressant, vivait près de
+Coldstream. De toutes parts on se réunissait à Édimbourg, comme au
+foyer intellectuel du pays; la société qui y vivait s'accroissait de l'affluence
+de tous ces visiteurs.</p>
+
+<p>Et il est impossible de ne pas songer qu'aux pieds de cette génération
+si puissante en grandissait une autre, destinée à la remplacer et à l'égaler.
+Walter Scott était alors un adolescent d'une quinzaine d'années, un peu
+boiteux, qui aimait déjà à errer dans les ruelles d'Édimbourg. Parmi les
+gamins qui, chaque matin, s'en allaient à la High School, dans le costume
+que l'époque trouvait joli pour les enfants, en culottes courtes, en
+gilet et en veste brillants, couleur bleu de ciel, vert d'herbe ou écarlate<a id="footnotetag523" name="footnotetag523"></a><a href="#footnote523" title="Lien vers la note 523"><span class="small">[523]</span></a>,
+se trouvait presque toute la rédaction de la Revue d'Édimbourg. Le futur
+lord Cockburn, dont les livres charmants nous fournissent les matériaux
+les plus heureux et les plus pittoresques de cette étude, avait sept ans;
+Francis Horner, l'économiste et l'homme d'état mort trop jeune, lord
+Brougham, l'orateur et le ministre fameux, en avaient huit; James Moncreiff,
+le juge, en avait dix; sir Charles Bell, le médecin, dont son biographe
+français a dit que «sa découverte sur les fonctions du système nerveux est
+le fait le plus important dont la science ait l'obligation aux physiologistes
+de la Grande-Bretagne depuis la doctrine de Harvey sur la circulation du
+sang<a id="footnotetag524" name="footnotetag524"></a><a href="#footnote524" title="Lien vers la note 524"><span class="small">[524]</span></a>» avait douze ans; Francis Jeffrey, le fameux critique de la Revue
+d'Édimbourg, en avait treize.</p>
+
+<p>En même temps grandissaient, de tous côtés, dans les provinces,
+une légion d'enfants qui devaient venir se réunir à ce groupe d'Édimbourg.
+James Hogg, le plus grand poète populaire que l'Écosse ait
+produit après Burns et dont la vie est presque aussi remarquable
+que celle de Burns, était un grand garçon de seize ans, solitaire
+<span class="pagenum"><a id="page208" name="page208"></a>(p. 208)</span> et triste, qui gardait des troupeaux dans la forêt d'Ettrick. À Glasgow
+Robert Stevenson, le grand ingénieur de phares, Mac Crie, l'historien
+de John Knox, avaient quatorze ans; James Mill, le père de Stuart Mill,
+l'auteur d'une <span class="italic">Histoire de l'Inde</span>, en avait treize; Tannahil, le doux chanteur,
+en avait douze et travaillait déjà dans sa pauvre famille de tisserands
+à Paisley; Alexander Murray, le philologue, en avait onze; il vivait
+dans une hutte, au bord du lac perdu de Palneur, où son père, pauvre
+berger, lui avait appris ses lettres avec un bout de bois charbonné.
+John Leyden, le charmant poète des <span class="italic">Scènes d'Enfance</span> avait onze ans; John
+Struthers, le poète du <span class="italic">Sabbat du Pauvre</span>, en avait dix et depuis deux ans
+déjà gardait les vaches; Thomas Campbell, l'impeccable et exquis poète,
+dont l'&oelig;uvre comme une statuette d'ivoire est petite et parfaite, en avait
+neuf; ainsi que le futur sir John Ross dont le nom est lié à l'histoire des
+expéditions arctiques. Thomas Brown, le métaphysicien, John Thomson
+qui fut plus tard ministre et un véritable peintre, Andrew Ure, le
+chimiste, avaient huit ans; John Galt, le romancier, notre auteur des
+<span class="italic">Annales de la Paroisse</span>, en avait sept et grandissait à Irvine où nous avons
+vu Burns; Thomas Chalmers, le théologien, le puissant prédicateur, était
+âgé de sept ans; David Brewster, l'éminent écrivain scientifique, de cinq;
+William Tennant, le poète, de quatre ans. Enfin David Wilkie, le peintre,
+le Teniers anglais comme on l'a appelé, Allan Cunningham, le futur
+biographe de Burns, John Wilson, le célèbre Christopher North, le poète,
+l'essayiste, le critique, l'athlète dont les exploits physiques sont incroyables,
+l'auteur de l'<span class="italic">Île des Palmes</span> et des <span class="italic" lang="la">Noctes Ambrosianæ</span> étaient des
+enfants «miaulant et piaillant dans les bras de leur nourrice», selon
+l'expression de Shakspeare. C'était, dans toute la longueur et la largeur de
+ce petit pays, un foisonnement intellectuel dont l'Écosse sera longtemps
+fière. Cette génération grandissante ne devait pas, comme celle qui la
+précédait, se grouper tout entière à Édimbourg et s'y attacher. Le
+«vorace Londres<a id="footnotetag525" name="footnotetag525"></a><a href="#footnote525" title="Lien vers la note 525"><span class="small">[525]</span></a>» allait en dévorer une partie. Édimbourg, tout en continuant
+à produire des hommes de première valeur, ne les retiendra plus
+tous; on pourra inscrire sur cette puissante ruche:</p>
+
+<p class="poem-ctr" lang="la">Sic vos non vobis mellificatis apes.</p>
+
+<p>Mais en 1786, au moment où nous sommes, ce mouvement d'émigration
+vers Londres était à peine sensible, et la ville de Hume et d'Adam Smith,
+de Blair et de Robertson, de Hutton et de Black, de Dugald-Stewart et de
+Mackenzie, d'Erskine et de Fergusson, était encore la métropole
+intellectuelle de l'Écosse.</p>
+
+<p>Cette vie intellectuelle si intense était encore activée, resserrée par
+<span class="pagenum"><a id="page209" name="page209"></a>(p. 209)</span> une vie sociale tout à fait propre à Édimbourg. Tous ces hommes vivaient,
+pour ainsi parler, dans la même rue, les uns sur les autres. Ils se connaissaient
+et s'aimaient, se rencontraient tous les jours, allaient ensemble au
+Parlement ou à l'Université, se promenaient en causant sur les <span class="italic">Prairies</span><a id="footnotetag526" name="footnotetag526"></a><a href="#footnote526" title="Lien vers la note 526"><span class="small">[526]</span></a>,
+discutaient, soupaient tous les soirs les uns chez les autres, ou, quand
+ils voulaient être entre eux, allaient à leur club ou à une taverne. «Au
+moyen des caddies, nous donnions rendez-vous à nos amis dans une
+taverne, à neuf heures; et c'était un beau temps où nous pouvions réunir
+David Hume, Adam Smith, Adam Ferguson, lord Elibank, les D<sup>r</sup>s Blair et
+Jardine en les prévenant une heure à l'avance<a id="footnotetag527" name="footnotetag527"></a><a href="#footnote527" title="Lien vers la note 527"><span class="small">[527]</span></a>.» Quand Hume, après son
+séjour à Londres, reprit en 1769 possession de son logement au troisième
+étage dans James's Court, il écrivait à son ami Adam Smith, retiré dans un
+village de l'autre côté du Forth, une phrase où se montre la charmante
+tendresse de c&oelig;ur qui s'alliait à sa fermeté d'esprit: «Je suis heureux
+d'être à portée de regard de vous et d'avoir à mes fenêtres une vue
+de Kirkcaldy». L'auteur de l'<span class="italic">Histoire d'Angleterre</span> apercevant de chez lui
+la petite maison paisible où l'auteur de la <span class="italic">Richesse des Nations</span> poursuivait
+son grand ouvrage et lui donnant le bonjour est un fait caractéristique
+de la société littéraire d'Édimbourg à ce moment. Encore cela leur
+semblait-il loin; Hume ajoutait: «Je voudrais bien aussi pouvoir vous
+parler<a id="footnotetag528" name="footnotetag528"></a><a href="#footnote528" title="Lien vers la note 528"><span class="small">[528]</span></a>.» Tous ces hommes vivaient pour ainsi dire en famille.</p>
+
+<p>Si l'on veut achever le tableau de la vie sociale d'Édimbourg dans les
+vingt dernières années du <span class="smcap85">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, il faut ajouter à cette aristocratie de
+l'esprit et du savoir, puisée au plus profond du peuple, l'aristocratie de
+naissance et de fortune. Presque toutes les vieilles familles avaient leur
+hôtel ou leur maison à Édimbourg et y venaient résider l'hiver. Par
+suite de l'esprit familial qui anime l'organisation par clans, et de l'esprit
+démocratique qui domine dans le système presbytérien, la noblesse
+n'était pas très séparée des autres classes. Le haut du pavé appartenait
+peut-être à la distinction intellectuelle et en tout cas les savants étaient
+les égaux des nobles. «La supériorité d'Édimbourg, disait Jeffrey, est due
+en grande partie à la combinaison cordiale des deux aristocraties du
+sang et des lettres<a id="footnotetag529" name="footnotetag529"></a><a href="#footnote529" title="Lien vers la note 529"><span class="small">[529]</span></a>.» Des hommes comme Henry Erskine, Dugald
+Stewart, John Playfair, qui unissaient l'élégance des façons à la culture de
+l'esprit, et dont quelques-uns appartenaient à l'ancienne noblesse, servaient
+de traits d'union entre les deux classes et régnaient des deux côtés.</p>
+
+<p>Cette familiarité, cette communauté de vie tenait à la construction
+particulière d'Édimbourg. Tout le monde se connaissait, se voyait. Les
+<span class="pagenum"><a id="page210" name="page210"></a>(p. 210)</span> familles restaient dans la même ruelle, souvent dans la même maison.
+On se parlait de fenêtre à fenêtre<a id="footnotetag530" name="footnotetag530"></a><a href="#footnote530" title="Lien vers la note 530"><span class="small">[530]</span></a>. «Beaucoup des Erskines, des Stairs,
+des Dalrymples et autres parents vivaient en société, dans un cercle de
+cent yards de diamètre, et il était facile de rassembler une réunion de
+famille en quelques instants<a id="footnotetag531" name="footnotetag531"></a><a href="#footnote531" title="Lien vers la note 531"><span class="small">[531]</span></a>.» Ce qui se faisait entre les membres d'une
+même famille, se faisait entre familles amies. On se recevait beaucoup,
+sans grande dépense<a id="footnotetag532" name="footnotetag532"></a><a href="#footnote532" title="Lien vers la note 532"><span class="small">[532]</span></a>. La causerie d'hommes instruits et éloquents
+était le grand charme de ces réunions. Il y avait donc une vie de
+conversation très développée et qui ressemblait un peu à la vie française.
+Mais au lieu de la parole légère, pétillante, brillante, pleine de bonds
+et de surprises, d'éclat, de fantaisie et d'esprit qui animait nos salons,
+c'était une conversation plus sérieuse, plus posée, qui se rapprochait plus
+de la discussion suivie et qui, avec peut-être autant de hardiesse ou de
+paradoxe, avait une allure plus mesurée et un ton plus dogmatique.
+L'esprit n'y manquait pas, ni le charme, ni l'élégance, mais ils s'exerçaient
+avec une sorte de discipline et de tenue professionnelles. Les maîtres de
+la conversation n'étaient pas, ainsi qu'à Paris, des hommes de lettres et
+des bohêmes comme Rousseau, Diderot, Duclos, Galiani, Beaumarchais;
+c'étaient des juges, des clergymen, des professeurs, des avocats, portant
+tous, plus ou moins, la dignité de professions graves et vêtues de noir,
+sans oublier l'atmosphère religieuse où tout ce monde se mouvait. Mais à
+part cette différence, Édimbourg était sûrement à cette époque, avec Paris,
+la ville d'Europe où la conversation était poussée au plus haut degré de
+perfection et était davantage un des éléments de la vie sociale.</p>
+
+<p class="p2">Quel effet ce paysan récemment enlevé à sa charrue allait-il produire
+dans ces salons? Comment ce garçon, qui n'avait jamais eu d'autre
+compagnie que celle de laboureurs et d'ouvriers et, de temps en temps,
+quelques heures de conversation d'un homme de loi de bourgade ou d'un
+médecin de campagne, comment ce garçon allait-il se comporter dans
+ce monde difficile et raffiné? Comme toute les sociétés mondaines celle-ci
+était exercée à percevoir les moindres nuances de tenue, habile à saisir
+les moindres écarts, les moindres manquements; il s'y maniait une
+observation subtile et aiguë. On attendait ce phénomène avec curiosité;
+car s'il y a dans l'histoire littéraire des cas analogues, il n'y en a peut-être
+pas un de semblable, où la renommée ait été si brillante, la transition
+si brusque, l'épreuve si difficile. La chose fut bien vite réglée. La manière
+dont Burns se tira de ce pas est un des endroits les plus curieux de sa vie
+et qui révèle le mieux quelles ressources de tout genre il y avait en lui.</p>
+
+<p>Il était arrivé à Édimbourg dans un costume qui ne différait guère de
+<span class="pagenum"><a id="page211" name="page211"></a>(p. 211)</span> celui des autres villageois; «quel rustaud!» s'était écriée une dame à
+qui on l'avait désigné dans la rue<a id="footnotetag533" name="footnotetag533"></a><a href="#footnote533" title="Lien vers la note 533"><span class="small">[533]</span></a>. S'il entendit ce jugement il dut y
+être péniblement sensible. Quelques semaines après son arrivée, il prit
+des vêtements plus appropriés à son nouveau milieu et se mit à la mode.
+Il adopta le costume que portaient alors volontiers les libéraux, lequel
+était aux couleurs de Fox. Cette transformation accomplie, il parut en
+habit bleu à boutons de métal, en gilet rayé de bleu et de jaune, en
+culottes de daim collantes et en bottes à revers qui venaient au-dessous
+du genou<a id="footnotetag534" name="footnotetag534"></a><a href="#footnote534" title="Lien vers la note 534"><span class="small">[534]</span></a>. Sa cravate de batiste blanche était nettement arrangée; ses
+cheveux noirs, sans poudre à une époque où on en portait généralement,
+étaient noués par derrière et sur le devant couvraient son front<a id="footnotetag535" name="footnotetag535"></a><a href="#footnote535" title="Lien vers la note 535"><span class="small">[535]</span></a>. Sa mise
+était toute changée, bien qu'elle conservât encore quelque chose de
+rustique qu'il aurait peut-être essayé vainement de faire disparaître.
+«Son costume, dit Dugald Stewart, était parfaitement approprié à sa
+condition, simple et sans prétentions, mais avec une attention suffisante
+à la netteté. Si j'ai bonne mémoire, il portait toujours des bottes; et
+quand il était particulièrement en cérémonie, des culottes de daim<a href="#footnote535" title="Lien vers la note 535"><span class="small">[535]</span></a>.»
+Un de ceux qui le virent le mieux à cette époque, Walker, dit qu'il était
+simplement mais convenablement vêtu, dans un genre qui tenait le
+milieu entre le costume de fête d'un fermier et celui de la compagnie à
+laquelle il était maintenant mêlé; «à tout prendre, d'après sa personne,
+sa physionomie et son vêtement, si je l'avais rencontré près d'un port de
+mer et qu'on m'eût demandé de deviner sa condition, j'aurais probablement
+conjecturé qu'il était un capitaine de navire marchand, de la classe
+la plus respectable<a id="footnotetag536" name="footnotetag536"></a><a href="#footnote536" title="Lien vers la note 536"><span class="small">[536]</span></a>.» C'était une preuve de tact parfait que d'avoir du
+premier coup, choisi ce costume indépendant, fait pour ses habitudes de
+tenue et néanmoins assez élégant.</p>
+
+<p>La première fois qu'il entra dans un salon, on dut regarder avec
+curiosité ce jeune paysan, déjà un peu voûté par l'effort, comme le
+laboureur de Virgile qui pèse sur la charrue. Un de ceux qui l'examinèrent
+avec le plus d'intérêt a conservé l'impression de sa première
+apparition. «Sa personne, quoique forte et bien prise et de beaucoup
+supérieure à ce qu'on pouvait attendre chez un laboureur, était un peu
+lourde de dessin. Sa stature semblait moyenne bien qu'elle fût plus
+grande, parce qu'il ne se tenait pas droit. Son visage n'avait pas cette
+forme élégante qui est fréquente chez les classes supérieures; mais il était
+viril et intelligent, marqué par une gravité pensive qui s'assombrissait
+jusqu'à la dureté. C'est dans son large &oelig;il noir qu'était la marque la
+<span class="pagenum"><a id="page212" name="page212"></a>(p. 212)</span> plus frappante de son génie. Il était plein de pensée et donnait l'idée
+qu'il aurait été, s'il avait appartenu à quelqu'un qui s'en serait servi avec
+art, un puissant moyen d'expression<a id="footnotetag538" name="footnotetag538"></a><a href="#footnote538" title="Lien vers la note 538"><span class="small">[538]</span></a>». C'était cet éloquent &oelig;il noir
+qui frappait tout le monde. Quand on l'avait vu, il était impossible de
+l'oublier. «Il y avait sur tous ses traits une forte expression de bon sens
+et de pénétration, dit Walter Scott, l'&oelig;il seul je crois, indiquait un
+caractère et un tempérament poétiques. Il était large et d'une teinte
+sombre qui flamboyait (je dis littéralement <span class="italic">flamboyait</span>) quand il parlait
+avec sentiment ou intérêt<a id="footnotetag539" name="footnotetag539"></a><a href="#footnote539" title="Lien vers la note 539"><span class="small">[539]</span></a>».</p>
+
+<p>Il se présenta sans timidité, sans gaucherie, sans cette lourdise qui fit
+tant souffrir J.-J. Rousseau, sans trop d'assurance, mais sans fausse
+modestie, et sans humilité excessive. Il n'essaya pas d'affecter des manières
+que son éducation ne lui avait pas données et que son physique
+ne lui permettait pas. Il arriva simplement, virilement, en homme qui
+est ferme sur ses jambes et peut regarder tout le monde en face. Sa rectitude
+d'esprit lui inspira ce qui était convenable; il avait du premier
+coup mis le doigt sur la note juste. Ce n'était ni un rustre ni un faux
+gentilhomme qui était là, c'était un homme dont l'esprit effaçait les
+dehors, et dont la dignité entendait se faire respecter partout. Et ce fut
+d'abord une approbation silencieuse.</p>
+
+<p>Mais quand on l'entendit parler l'approbation se changea en étonnement.
+Ce jeune laboureur s'exprimait sur tous les sujets, avec une
+souplesse et une vigueur de pensée, avec un éclat et une pureté de
+langage dont ses auditeurs restaient confondus. Il semblait deviner
+les choses, les saisir, les pénétrer, à la façon des poètes, dans leur
+complexité vivante. C'est ainsi qu'il semble que Shakspeare dut tout
+comprendre. Il avait, avec cette rapidité d'esprit, un solide bon sens
+et une force de raisonnement qui frappa toujours ceux qui le connurent,
+et par laquelle il suppléait, dans les discussions, à ce qui lui manquait
+en connaissances. Tout cela venait en une parole nerveuse,
+originale, toujours mouvementée, sans cesse variée, pleine tantôt d'une
+large force comique, tantôt d'une énergie et d'une élévation supérieures,
+qui éblouissait et faisait taire tous ces orateurs surpris. Chose incroyable,
+le charme de Dugald Stewart, l'esprit d'Erskine, l'éloquence de
+Richardson, semblaient petits et factices à côté de ce discours neuf,
+jeune et chargé de sève. Quand il était quelque part, tous ces hommes
+illustres disparaissaient. C'était lui le vrai maître, devant qui les autres
+restaient silencieux, inquiets et presque respectueux, comme devant une
+force inexplicable que ni l'étude, ni la lecture, ni les veilles ne peuvent
+donner, et en présence de laquelle les talents restent interdits<a id="footnotetag540" name="footnotetag540"></a><a href="#footnote540" title="Lien vers la note 540"><span class="small">[540]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page213" name="page213"></a>(p. 213)</span> Quelque surprenant que ce fait puisse paraître, il faut l'admettre, se
+rendre à l'évidence. Tous les témoignages s'accordent, venant des sources
+les plus diverses. Des esprits critiques, expérimentés dans l'appréciation
+des hommes, ne font que confirmer ce que nous avons déjà vu de la prodigieuse
+puissance de parole de Burns. Ils sont unanimes à le faire et,
+si cela est possible, ils enchérissent encore sur l'éloge. «Je me
+rappelle, dit Heron, que feu le D<sup>r</sup> Robertson me fit un jour l'observation
+qu'il n'avait presque jamais rencontré d'homme dont la conversation
+révélât une plus grande vigueur et une plus grande activité d'esprit que
+celle de Burns<a id="footnotetag541" name="footnotetag541"></a><a href="#footnote541" title="Lien vers la note 541"><span class="small">[541]</span></a>.» Lockhart, qui avait vécu presque avec tous les personnages
+auxquels Burns avait été présenté, rapporte la même impression
+en termes plus affirmatifs encore. «La poésie de Burns aurait pu lui
+procurer accès dans ce monde, mais c'étaient les ressources extraordinaires
+qu'il déployait dans la conversation, la forte et vigoureuse
+sagacité de ses observations sur la vie, la splendeur de son esprit et la
+resplendissante énergie de son éloquence aux moments où ses sentiments
+étaient excités, qui le rendirent l'objet d'une admiration sérieuse parmi
+les maîtres expérimentés dans l'art de la <span class="italic">causerie</span>. Il s'en trouvait
+plusieurs parmi eux qui probablement adoptaient dans leur c&oelig;ur l'opinion
+de Newton que «la poésie est une niaiserie ingénieuse». Adam Smith,
+par exemple, ne pouvait pas avoir beaucoup de respect, au service
+d'un travailleur aussi improductif qu'un faiseur de ballades écossaises;
+mais le plus imposant de ces philosophes avait assez à faire
+pour se maintenir en attitude d'égalité quand il était amené en contact
+personnel avec la gigantesque intelligence de Burns, et tous ceux dont
+les impressions sur ce sujet ont été recueillies s'accordent à dire que sa
+conversation était ce qu'il y a de plus remarquable en lui.<a id="footnotetag542" name="footnotetag542"></a><a href="#footnote542" title="Lien vers la note 542"><span class="small">[542]</span></a>» Nous verrons
+s'ajouter à celles-ci d'autres attestations plus importantes peut-être et
+d'une telle autorité qu'il faut admettre, selon le mot de Chambers, «que
+le meilleur de Burns n'a pas été transmis et n'était pas de nature à être
+transmis à la postérité<a id="footnotetag543" name="footnotetag543"></a><a href="#footnote543" title="Lien vers la note 543"><span class="small">[543]</span></a>.»</p>
+
+<p>Bien que ce succès soit extraordinaire, il n'est pas inexplicable. On
+peut démêler pourquoi sa conversation devait éclater dans ces salons
+comme une lumière merveilleuse et déconcertante. La conversation
+ordinaire, savante, correcte, formaliste, recherchant la forme littéraire
+des choses, les réunissait selon des rapports et des conflits de mots.
+Elle était un peu froide, empreinte d'une élégance abstraite. On y trouvait
+sans doute de l'observation et de l'humour, surtout, cela est
+probable, chez les juges, plus en contact avec la vie que les professeurs
+<span class="pagenum"><a id="page214" name="page214"></a>(p. 214)</span> et plus dégagés de l'abondance de parole que les avocats. Mais,
+malgré tout, cette conversation avait une livrée livresque, comme dit
+Montaigne, elle sentait les livres, et les livres de cette époque, élégants
+et abstraits. Et voici tout à coup&mdash;et dans quelles circonstances de surprise!&mdash;un
+homme qui parlait, avec autant de netteté et autant de
+vigueur dans le raisonnement, que les plus solides et les plus précis de
+tous ces beaux discoureurs. Mais, dans cette trame serrée, entrait la
+substance des choses, entraient les choses elles-mêmes, reproduites dans
+leur vie. Il y avait surtout deux qualités par lesquelles cette parole tranchait
+sur toutes les causeries: l'énergie du pittoresque et l'ardeur de la
+passion personnelle, une couleur et une flamme nouvelles<a id="footnotetag544" name="footnotetag544"></a><a href="#footnote544" title="Lien vers la note 544"><span class="small">[544]</span></a>. Quand il
+penchait du côté comique, il abondait en tableaux vivants, peints par
+touches serrées où entraient beaucoup de mots locaux expressifs et
+irrésistibles. Quand il discutait des idées ou décrivait des sentiments,
+son langage s'élevait, se châtiait, devenait purement anglais et prenait
+une ampleur et une splendeur oratoires dont ses lettres peuvent donner
+une idée. Une seule conversation en Angleterre aurait pu tenir tête à
+celle-là, c'était celle de Burke, avec plus d'éloquence et moins d'accent,
+plus magnifique et moins poignante. À Édimbourg, la seule exception à
+la régularité générale était la charmante fantaisie d'esprit et la légère
+gaîté d'Henry Erskine; mais c'était un pétillement bien blanc à
+côté du flot empourpré de l'éloquence de Burns. La forme elle-même
+était différente. Aux phrases lucides, faites d'expressions admises et de
+circulation reconnue, s'opposait un jaillissement impétueux d'inventions
+verbales, de trouvailles de langage, d'expressions créées, où les mots,
+chauffés et fondus ensemble dans ce souffle brûlant, s'accrochaient dans
+des sens inattendus et saisissants. C'était une conversation énergique,
+remuante, pleine de sève, de suc et de saveur. Ajoutez à cela des dons
+d'action, une voix profonde, le rayonnement et la mobilité de la
+physionomie, l'éclair noir du regard, la vigueur musculaire et la décision
+des gestes. Tout cela faisait quelque chose de nouveau, rude et fruste
+parfois, mais plus fort, plus ample, plus varié, plus mouvementé et
+surtout plus naturel. C'est comme, si dans un salon plein d'odeurs fines
+et du bruissement des bijoux et des soies, étaient entrés, par une fenêtre
+soudainement ouverte, les larges parfums des bois et des blés, et les voix
+profondes et dominatrices de la vie humaine.</p>
+
+<p>Et, tandis que les hommes étaient ainsi frappés d'étonnement, les
+femmes écoutaient, émues, cette parole différente de toutes celles qu'elles
+avaient entendues. Elles ont moins que les hommes le respect étroit de
+la culture intellectuelle et, plus qu'eux, l'intuition large de la valeur
+<span class="pagenum"><a id="page215" name="page215"></a>(p. 215)</span> générale et complète d'un homme. Elles sentaient que celui-ci, malgré
+son ignorance relative, avait été créé par la nature plus puissant que les
+autres, qu'il était le plus grand de tous ceux qui se trouvaient là. Elles
+sentaient surtout qu'il était plus capable de passion, qu'il avait souffert,
+et que peut-être il était destiné à souffrir davantage. Elles lui savaient
+gré de toucher en elles des tendresses et des pitiés plus profondes; elles
+l'admiraient avec une sorte de commisération et de sympathie. «C'est le
+seul homme, disait la duchesse de Gordon qui fut l'idole de Londres,
+dont la conversation m'ait fait perdre pied<a id="footnotetag545" name="footnotetag545"></a><a href="#footnote545" title="Lien vers la note 545"><span class="small">[545]</span></a>.» Il faut ajouter, point
+important, qu'elles sentaient leur puissance sur lui et qu'il les approchait
+avec un culte et une constante préoccupation d'elles, autrement
+flatteurs que les plus ingénieuses urbanités. Sa manière de leur parler
+était «pleine de déférence, toujours avec un tour soit vers le sentimental,
+soit vers l'humour, qui réveillait leur attention d'une façon toute spéciale.<a id="footnotetag546" name="footnotetag546"></a><a href="#footnote546" title="Lien vers la note 546"><span class="small">[546]</span></a>»
+C'était encore la duchesse de Gordon qui disait cela et c'est là un fin
+jugement féminin. Avec la réserve qui lui était imposée, il abordait les
+grandes dames d'Édimbourg de la même façon que les filles de Mauchline.
+Il avait trouvé d'instinct ce mélange indéchiffrable de raillerie et de
+sérieux, qui est le dernier mot de la séduction et qui prend les femmes
+par ce qui en elles aime à être aimé, et ce qui sait gré d'être dominé.</p>
+
+<p class="p2">Aussi son succès fut éclatant. En quelques jours, il devint le héros, le
+lion de la saison. Partout il était recherché, invité, choyé, fêté. On ne
+parlait que de lui. On le montrait dans la rue. Le jeune Jeffrey, alors un
+écolier de treize ans, voyant passer un homme dont l'aspect l'avait frappé,
+s'était arrêté pour le regarder. Un marchand debout sur le seuil de sa
+boutique lui tapa sur l'épaule en lui disant: «Oui, gamin, tu peux bien
+regarder cet homme-là, c'est Robert Burns!» Et l'enfant s'éloigna
+pensif<a id="footnotetag547" name="footnotetag547"></a><a href="#footnote547" title="Lien vers la note 547"><span class="small">[547]</span></a>. De tous côtés lui venaient des témoignages d'intérêt et d'admiration.
+Un jour c'était une main inconnue qui laissait chez le libraire 10
+guinées pour le poète de l'Ayrshire<a id="footnotetag548" name="footnotetag548"></a><a href="#footnote548" title="Lien vers la note 548"><span class="small">[548]</span></a>. Un autre jour dans une réunion de
+francs-maçons, il était acclamé. «Je suis allé hier soir à la Loge maçonnique,
+où le Révérend Grand-Maître Charteris et toute la grande Loge
+d'Écosse étaient présents. Le meeting était nombreux et élégant; toutes
+les différentes loges de la ville étaient présentées dans toute leur pompe.
+Le Grand-Maître, qui présidait avec grande solennité et d'une façon qui
+lui faisait honneur comme gentleman et comme maçon, parmi d'autres
+toasts, donne «La Calédonie et le barde de la Calédonie, frère Burns.»
+<span class="pagenum"><a id="page216" name="page216"></a>(p. 216)</span> Ce toast retentit par toute l'assemblée avec nombreux honneurs et des
+acclamations répétées. Comme je n'avais pas la moindre idée que cela
+dût arriver, j'étais foudroyé et tremblant dans tous mes nerfs. Je répondis
+du mieux que je pus. Juste au moment où j'eus fini, un des grands officiers
+dit assez haut pour que je pusse l'entendre, sur un ton rassurant: «très
+bien, en vérité!» ce qui me remit un peu<a id="footnotetag549" name="footnotetag549"></a><a href="#footnote549" title="Lien vers la note 549"><span class="small">[549]</span></a>.» Dans la correspondance de
+Mrs Alison Cockburn, alors une vieille charmante femme, vive, spirituelle
+et d'un c&oelig;ur printanier, on trouve des passages qui montrent jusqu'où allait
+l'enthousiasme pour le poète: «La ville est à présent tout sens dessus
+dessous avec le poète laboureur, qui reçoit l'adulation avec une dignité
+naturelle; il est l'image même de sa profession, fort et épais, mais il a un
+c&oelig;ur enthousiaste et tout amour<a id="footnotetag550" name="footnotetag550"></a><a href="#footnote550" title="Lien vers la note 550"><span class="small">[550]</span></a>.» La bonne vieille dame avait l'&oelig;il
+fin, et ce dernier trait légèrement indiqué montre bien par où Burns
+possédait la sympathie des femmes. Et dans une autre lettre, on saisit
+encore mieux l'émoi que causait la présence du poète, partout où il allait:
+«On gâtera cet homme, s'il y a moyen de le gâter, mais il conserve
+ses façons simples et demeure tout à fait calme. Sans doute, il
+sera au bal des chasseurs demain, ce qui tourne la tête à toutes les
+femmes et à toutes les modistes. Pas un bonnet de gaze à moins de
+deux guinées, beaucoup dix, douze guinées, etc.<a href="#footnote550" title="Lien vers la note 550"><span class="small">[550]</span></a>» Six mois après avoir
+failli partir à la Jamaïque, faire monter le prix des coiffures de gaze
+à Édimbourg! Le bruit de son succès et de son triomphe était allé
+jusqu'à Londres. Un ami de Fergusson lui écrivait: «J'espère avoir le
+plaisir de vous voir à Édimbourg. Mais d'après tous les rapports, il sera
+difficile de vous avoir, à moins de vous retenir une semaine à l'avance.
+Il y a grande rumeur ici à propos de votre intimité avec la Duchesse
+(de Gordon) et autres dames de distinction. Sérieusement, on me dit
+que «les cartes d'invitation volent par milliers chaque soir.<a id="footnotetag551" name="footnotetag551"></a><a href="#footnote551" title="Lien vers la note 551"><span class="small">[551]</span></a>» Il semblait
+même que la renommée de ses &oelig;uvres fût en train de se répandre en
+Angleterre aussi rapidement qu'en Écosse. Le D<sup>r</sup> Moore, l'auteur
+estimé de <span class="italic">Zeluco</span>, un roman maintenant délaissé mais alors célèbre, lui
+écrivait ses regrets de ne pouvoir lui procurer de souscripteurs, «mais
+je trouve que beaucoup de mes connaissances sont déjà sur la liste<a id="footnotetag552" name="footnotetag552"></a><a href="#footnote552" title="Lien vers la note 552"><span class="small">[552]</span></a>.»
+Bien plus, le docteur lui annonçait que les élèves du collège de Winchester
+traduisaient <span class="italic">La Veillée de la Toussaint</span> en vers latins<a id="footnotetag553" name="footnotetag553"></a><a href="#footnote553" title="Lien vers la note 553"><span class="small">[553]</span></a>. Il devenait
+<span class="pagenum"><a id="page217" name="page217"></a>(p. 217)</span> classique. Lui, qui regrettait tellement de ne savoir ni le grec ni le
+latin pour devenir poète, voici qu'on le mettait en grec et en latin.</p>
+
+<p class="p2">Il y avait là de quoi faire tourner les têtes les plus solides; d'autant
+plus que ces fumées de fortune venaient tout d'un coup, après la misère
+et une fuite ignominieuse. Il était dans l'état d'un homme à qui, après une
+longue inanition, un seul verre de vin est dangereux. Il était arrivé
+épuisé d'espoir, dans un dénûment de toute joie, et on lui versait à
+flots le vin le plus précieux, le plus capiteux, dans toutes les coupes de
+la flatterie. Qui n'aurait pas été grisé? Ses meilleurs amis, ceux qui
+avaient le plus confiance en lui, redoutaient qu'il ne le fût. Le bon
+D<sup>r</sup> Lawrie, celui-là même qui lui avait communiqué la lettre du D<sup>r</sup>
+Blacklock, se demandait s'il résisterait à ce passage trop brusque de
+tous les dénûments à toutes les abondances. Il lui écrivait sur un ton
+presque paternel: «Mon ami, un si rapide succès est très rare; pensez-vous
+que vous ne courrez pas risque de souffrir de ces applaudissements
+et de ce trop d'argent? Rappelez-vous l'avis de Salomon qui parlait
+par expérience: «Plus fort est celui qui dompte son propre esprit
+et...» J'espère que vous n'imaginez pas que je parle par soupçon ou
+mauvais bruit. Je vous assure que je parle par amitié, et bonne
+renommée, et bonne opinion, et par un fort désir de vous voir briller
+au grand soleil comme vous avez lutté dans l'ombre, dans la pratique
+comme dans la théorie de la vertu<a id="footnotetag554" name="footnotetag554"></a><a href="#footnote554" title="Lien vers la note 554"><span class="small">[554]</span></a>». Tous ceux qui lui portaient intérêt
+étaient anxieux pour lui.</p>
+
+<p>Il sortit admirablement de cette épreuve. Rien dans ce triomphe n'est
+plus surprenant que la façon dont il le soutint. Il accueillit toutes ces
+démonstrations avec gratitude, mais avec calme et dignité. Il ne semble
+pas même qu'il ait ressenti, au milieu des empressements dont il était
+l'objet, ni une très grande joie ni une très grande surprise. Il prit, dès
+l'abord, la juste place entre la fausse modestie et la vanité, et il s'y maintint
+rigoureusement. Il eut le bon goût de ne pas prétendre qu'il n'avait
+aucun titre à cet accueil, mais eut la clairvoyance de distinguer ce qui s'y
+trouvait d'adventice et il sut discerner la part d'engouement de la part
+de justice. «Vous penserez probablement, mon honoré ami, qu'une
+allusion à la nature dangereuse d'une vanité enivrée peut ne pas être
+inopportune, mais, hélas! vous vous trompez beaucoup. Un concours de
+diverses circonstances a élevé ma renommée de poète à une hauteur
+que, j'en suis certain, mes mérites ne peuvent pas soutenir; et je regarde
+dans l'avenir comme dans l'abîme sans fond<a id="footnotetag555" name="footnotetag555"></a><a href="#footnote555" title="Lien vers la note 555"><span class="small">[555]</span></a>». Et il disait encore ces
+mots d'une belle franchise, et qui marquent nettement la part qu'il
+<span class="pagenum"><a id="page218" name="page218"></a>(p. 218)</span> revendiquait pour lui et celle qu'il attribuait aux circonstances: «Je
+méprise l'affectation de fausse modestie qui cache la satisfaction de
+soi-même. Que j'aie quelque mérite, je ne le nie pas; mais je vois, avec
+de fréquentes angoisses de c&oelig;ur, que la nouveauté de mon personnage et
+l'estimable préjugé national de mes compatriotes m'ont élevé à une
+hauteur tout à fait insoutenable par mes capacités<a id="footnotetag556" name="footnotetag556"></a><a href="#footnote556" title="Lien vers la note 556"><span class="small">[556]</span></a>». Il voyait aussi
+clairement que cette faveur ne pouvait être durable; il discernait ce
+qu'elle avait d'éphémère et en envisageait la disparition avec sang-froid.
+Le 15 Janvier, six semaines après son arrivée, au moment le plus brillant
+de sa réception, il écrivait à Mrs Dunlop une lettre qui, par sa sincérité,
+sa dignité, et une assez triste prévision de l'avenir, est éloquente. Un
+homme qui, dans de pareilles circonstances, sentait ainsi, ne manquait
+pas de hauteur d'âme.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Vous avez crainte que je ne sois grisé par mon succès comme poète; hélas!
+Madame, je me connais et je connais le monde trop bien. Je ne veux pas prendre des
+airs de modestie affectée; je suis disposé à croire que mes talents méritent quelque
+attention. Mais dans un âge, dans un pays très éclairés, très instruits, quand la
+poésie est et a été l'étude d'hommes du plus beau génie naturel, aidés de toutes les
+ressources du savoir, des livres, de la société polie,&mdash;être amené, produit à la pleine
+lumière d'une observation instruite et raffinée, et cela avec toutes les imperfections de
+ma gauche rusticité et mes rudes idées mal dégrossies sur les épaules,&mdash;je vous
+assure, Madame, que je ne feins pas lorsque je vous dis que j'en ai redouté les conséquences.
+La nouveauté d'un poète, placé dans ma situation obscure, dépourvu de tous
+les avantages que l'on considère comme nécessaires pour l'être, du moins à cette
+époque-ci, a excité un flot d'attention publique trop partiale, qui m'a porté à une
+hauteur à laquelle, j'en sais absolument, sincèrement convaincu, mes talents sont
+insuffisants pour me maintenir. Avec trop de certitude, j'aperçois le jour où ce même
+flot m'abandonnera et descendra peut-être aussi loin au-dessous du niveau de la
+vérité. Je ne parle pas ainsi dans une ridicule affectation de modestie et de dépréciation
+de moi-même. Je me suis étudié et je sais le terrain que je couvre, quelque
+grandement qu'un ami ou que le monde différent de moi sur ce point, je persiste
+dans ma propre opinion, silencieux, résolu, avec toute la ténacité de la conviction.
+Je vous mentionne ceci une fois pour toutes, pour décharger mon esprit, et je ne
+désire pas en entendre ou en dire davantage à ce sujet. Mais</p>
+
+<p class="poem-ctr">Quand de la fière fortune le reflux reculera,</p>
+
+<p class="noindent">vous me rendrez témoignage que, lorsque ma bulle de renommée était au plus haut,
+je restai froid, la coupe enivrante dans ma main, regardant devant moi, avec une
+triste résolution, vers le moment rapproché, où le coup de la calomnie la brisera sur
+le sol, avec tout l'emportement de la vengeance triomphante<a id="footnotetag557" name="footnotetag557"></a><a href="#footnote557" title="Lien vers la note 557"><span class="small">[557]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Il y a déjà dans ces belles lignes un arrière-goût de tristesse. Trois
+semaines plus tard, au commencement de février, il écrit au D<sup>r</sup>Lawrie,
+pour répondre aux recommandations faites par celui-ci et qu'on a vues
+<span class="pagenum"><a id="page219" name="page219"></a>(p. 219)</span> plus haut. Ce sont les mêmes sentiments, la même certitude de sa valeur,
+avec un peu plus d'amertume peut-être, mais avec la même sagesse.</p>
+
+<p class="quote">Je vous remercie, Monsieur, de vos allusions amicales, bien qu'elles ne me soient
+pas aussi nécessaires que mes amis sont portés à l'imaginer. Vous êtes ébloui par
+les compte-rendus des journaux et des rapports lointains, mais, en réalité, je n'ai
+pas grande tentation de me laisser griser par la coupe de la prospérité. La nouveauté
+peut attirer l'attention des hommes pendant quelque temps. C'est à elle que je dois
+mon <span class="italic">éclat</span><a id="footnotetag558" name="footnotetag558"></a><a href="#footnote558" title="Lien vers la note 558"><span class="small">[558]</span></a> présent: mais je vois le temps non éloigné où le flux de popularité, qui
+m'a porté à une hauteur dont je suis peut-être indigne, redescendra avec une vitesse
+silencieuse et me laissera sur une étendue de sables nus, où je pourrai retourner à
+loisir à ma première condition. Je ne dis pas ceci pour affecter la modestie; je vois
+que c'est une conséquence inévitable et j'y suis préparé. Je me suis donné beaucoup de
+mal pour former une estimation juste, impartiale de mon pouvoir intellectuel, avant de
+venir ici; depuis que je suis à Édimbourg, je n'y ai rien ajouté et j'espère que je la
+remporterai, sans un atome de moins, vers mes ombres, l'abri de mes obscures
+premières années<a id="footnotetag559" name="footnotetag559"></a><a href="#footnote559" title="Lien vers la note 559"><span class="small">[559]</span></a>.</p>
+
+<p>Cette parfaite sagesse de Burns, l'effet tout puissant de sa conversation
+sont si extraordinaires qu'ils paraissent invraisemblables et qu'on est
+poussé à croire que ceux qui racontent sa vie exagèrent ou embellissent.
+Il se glisse dans l'esprit un peu d'incrédulité ou de défiance; on se défend
+mal d'une arrière-pensée que cela est trop beau pour être vrai tout à fait.
+On n'admet que sur preuve une chose si surprenante. Il y a sur ce point
+trois témoignages capitaux que tous les biographes de Burns ont cités et
+qu'il faudra toujours citer. Ils forment une démonstration aussi probante
+qu'il est possible d'en souhaiter dans les choses morales, et dont une
+biographie sérieuse de Burns ne saurait se passer à cet endroit délicat.
+D'ailleurs ils sont, par eux-mêmes, une lecture intéressante.</p>
+
+<p class="p2">Voici d'abord celui de Walker. Il était alors précepteur dans la
+famille du duc d'Athole. Il devint plus tard professeur d'humanités à
+l'Université de Glasgow et publia quelques ouvrages de talent: la <span class="italic">Défense
+de l'Ordre</span>, la <span class="italic">Vision de la Liberté</span> et une bonne <span class="italic">Vie de Burns</span>. Ce n'était pas
+un homme à admirer le poète à la légère. Il était lui-même homme de
+poids, de mesure et de correction. Une haute taille droite, un lourd
+front massif sur des lunettes solennelles, des manières roides, un peu de
+préciosité pédante qui, si l'on tient compte de l'indulgence de l'ancien
+élève de qui est ce portrait, devait être proche cousine d'une cuistrerie
+prétentieuse, ne sont ni le physique, ni le moral d'un homme bâti pour
+être trop indulgent envers Burns<a id="footnotetag560" name="footnotetag560"></a><a href="#footnote560" title="Lien vers la note 560"><span class="small">[560]</span></a>. Sa déposition, faite avec beaucoup de
+soin et où tout est bien pesé, n'en a que plus de valeur.</p>
+
+<div class="quote">
+<p><span class="pagenum"><a id="page220" name="page220"></a>(p. 220)</span> À sa première apparition dans une société tellement au-dessus de celle à laquelle
+il avait été habitué, il fut également exempt d'une assurance choquante et d'une
+contrainte embarrassée. Il se conduisit avec une convenance et un calme, qui
+probablement étaient dus à la confiance dans le bon sens et la rapidité à discerner
+toutes les nuances de conduite qu'il savait qu'il possédait. Ceci lui fut grandement
+facilité par ce fait qu'il n'essaya jamais d'assumer des manières plus raffinées que
+celles qui lui étaient naturelles, et qu'il ne distrayait pas son attention en essayant
+d'attirer continuellement les bonnes grâces de ses nouveaux compagnons. Il avait
+trop de perspicacité pour éprouver beaucoup de satisfaction à être montré comme
+une curiosité intellectuelle; mais il était loin de tomber dans la fatuité de Congrève,
+en revendiquant, pour sa personne, le respect qu'il était évident qu'il devait uniquement
+à son génie. Avec un bonheur singulier, il sut prendre le juste milieu; il
+évita d'un côté de montrer par des efforts exagérés qu'il pensait toujours à ce qui
+le faisait distinguer; et il évita de l'autre côté de paraître, en supprimant tout effort,
+repousser l'admiration pour les qualités particulières que la nature lui avait accordées;
+ce qui eût enlevé ainsi à l'accueil de son hôte ce qu'il savait avoir été son objet
+principal. Bien qu'il prit sa pleine part à la conversation, non seulement parce qu'il
+comprenait que cela était attendu de lui, mais encore parce qu'il avait conscience de
+remplir cette attente, cependant il le faisait d'une façon digne et virile, également
+éloigné de la vanité pétulante, ou de la joie exagérée d'une importance si nouvelle
+pour lui. Son maintien était simple sans vulgarité; bien qu'il eût peu de douceur et
+laissât voir qu'il était prêt à repousser la moindre offense avec décision, pour le
+moins, sinon avec rudesse, cependant il devenait bien vite évident que ceux qui se
+conduisaient envers lui avec convenance n'avaient à craindre aucune impolitesse
+gratuite ou bourrue. Dans la société des femmes il était correct et se surveillait;
+mais quand elles s'étaient retirées, il lui arrivait parfois de se livrer à des traits
+d'esprit licencieux, dans lequel il avait trop ce qu'il fallait pour briller.</p>
+
+<p>J'eus l'occasion de me trouver à Édimbourg et je fus invité par le D<sup>r</sup> Blacklock à
+déjeuner dans la société de Burns.... En aucune partie de ses manières, il n'y avait le
+plus léger degré d'affectation, et il n'y avait rien, ni dans sa conduite ni dans sa conversation,
+par quoi une personne étrangère eût pu soupçonner qu'il était, depuis plusieurs
+mois, le favori des sociétés élégantes de la métropole.</p>
+
+<p>Dans la conversation, il était puissant. Les pensées et leur expression avaient la
+même vigueur, et sur tous les sujets étaient aussi éloignées que possible du lieu
+commun. Bien qu'il fût un peu impératif, c'était d'une façon qui ne pouvait donner
+offense et qu'on attribuait aisément à son inexpérience dans l'art d'aplanir une
+contradiction et d'adoucir une assertion, qui est un trait important des manières
+élégantes. Après le déjeuner, je lui demandai de me communiquer quelques-unes de
+ses pièces inédites; il récita sa chanson d'adieu aux rivages de l'Ayr.... Je fis une
+attention toute particulière à sa récitation: elle était simple, lente, articulée, vigoureuse,
+mais sans éloquence et sans art. Il ne mettait pas toujours l'emphase avec
+propriété; il ne suivait pas le sentiment avec les variations de sa voix. Il était debout,
+pendant ce temps, le visage tourné vers la fenêtre, vers laquelle, et non vers ses
+auditeurs, il dirigeait ses yeux; se privant ainsi du surcroît d'effet que le langage
+de sa composition aurait pu emprunter au langage de sa physionomie. En ceci il
+ressemblait à la plupart des chanteurs amateurs qui, afin d'éviter le reproche
+d'affectation, retirent toute expression de leurs visages, et perdent l'avantage par
+lequel les chanteurs de théâtre augmentent l'impression de leur chant et donnent de
+l'énergie au sentiment qui est exprimé<a id="footnotetag561" name="footnotetag561"></a><a href="#footnote561" title="Lien vers la note 561"><span class="small">[561]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page221" name="page221"></a>(p. 221)</span> Il y a dans cette page plus que Walker n'a cru y mettre. Le portrait,
+frappant du reste, de Burns récitant ses vers, la face détournée des
+auditeurs et d'une voix volontairement monotone, n'est pas seulement un
+portrait, c'est toute une révélation d'une certaine manière de sentir.
+Tandis que le professeur, qui voit en pédant et souhaiterait plus d'élocution,
+reproche à Burns de ne pas interpréter sa propre poésie, comme
+on sent ce trait et cette fierté de poète qui ne veut donner à ses vers
+que leur valeur propre, qui se garde de les réciter comme il réciterait
+ceux d'un autre. Pourquoi Walker n'a-t-il pas demandé à Burns de lui
+dire quelque pièce de Fergusson? Il aurait vu ce que pouvaient ce visage
+et cette voix. Le brave homme n'a pas compris le jeu intérieur de toute
+cette scène et son intérêt, mais sa critique ne fait que nous la rendre
+plus vivante.</p>
+
+<p>Le second témoignage émane d'un homme de plus d'autorité encore
+que Walker, du grave et sage Dugald Stewart. On a vu qu'il avait
+remarqué Burns en Ayrshire, au tout premier début du poète et qu'il fut
+un de ceux qui l'introduisirent dans la haute société littéraire d'Édimbourg.
+Ses souvenirs ont un poids tout particulier à cause de la justesse
+et de la prudence de son esprit:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Les attentions dont il fut l'objet pendant son séjour dans la ville, de la part
+des personnes de tout rang et de toute espèce, étaient telles qu'elles auraient
+tourné toute autre tête que la sienne. Je ne puis pas dire que j'aie perçu le
+moindre effet défavorable laissé par elles sur son esprit. Il conserva la même
+simplicité de manières et d'apparence, qui m'avait frappé si fortement lorsque je
+l'avais vu pour la première fois à la campagne; et il ne semble pas que le nombre
+et le rang de ses nouvelles relations aient en rien augmenté son opinion de
+lui-même.</p>
+
+<p>La variété de ses occupations, pendant qu'il était à Édimbourg, m'empêcha de le
+voir aussi souvent que je l'aurais désiré. Pendant le printemps, il vint me prendre
+une ou deux fois, à ma demande, de très bonne heure le matin, et vint se promener
+avec moi jusqu'aux collines de Braid, dans le voisinage de la ville. Dans ces occasions,
+il me charma encore plus par sa conversation particulière qu'il ne l'avait
+jamais fait dans le monde. Il était passionnément épris des beautés de la nature,
+et je me rappelle qu'un jour il me dit que la vue de tant de chaumières, avec leurs
+fumées, donnait à son âme un plaisir que personne ne pouvait comprendre, qui
+n'avait pas été comme lui témoin du bonheur et de la vertu qu'elles abritaient.</p>
+
+<p>Je ne me rappelle pas si les lettres que vous m'avez envoyées indiquent ou non
+que vous ayiez jamais vu Burns. Si vous l'avez vu, il est superflu que j'ajoute que
+l'idée que sa conversation inspirait des puissances de son intelligence dépassait, si cela
+est possible, celle qui était fournie par ses écrits. Parmi les poètes qu'il m'est arrivé
+de connaître, j'ai été frappé, en plus d'une occasion, de l'inexplicable disparate
+entre leurs talents généraux et les inspirations occasionnelles de leurs moments
+plus favorisés. Mais toutes les facultés de l'esprit de Burns étaient, autant que j'en
+ai pu juger, également vigoureuses; et sa prédilection pour la poésie était plutôt
+le résultat de son tempérament passionné et enthousiaste que d'un génie exclusivement
+propre à ce genre de composition. D'après sa conversation, j'aurais déclaré
+<span class="pagenum"><a id="page222" name="page222"></a>(p. 222)</span> qu'il était capable d'exceller dans toutes les voies d'ambition où il lui aurait plu
+d'exercer ses capacités.</p>
+
+<p>Parmi les sujets sur lesquels il s'arrêtait volontiers, les caractères des individus
+qu'il lui arrivait de rencontrer étaient évidemment un sujet favori. Les remarques
+qu'il faisait sur eux étaient toujours sagaces et pénétrantes, quoique souvent elles
+inclinassent trop au sarcasme. Sa louange de ceux qu'il aimait était parfois sans
+discrimination et excessive; mais ceci, je crois, provenait plutôt du caprice et de
+l'humeur du moment que du pouvoir de ses affections à aveugler son jugement.
+Ses traits d'esprit étaient vifs et portaient toujours la marque d'une vigoureuse
+intelligence; mais, à mon goût, ils n'étaient pas souvent agréables ou heureux. Ses
+tentatives d'épigrammes, dans ses &oelig;uvres imprimées, sont les seules productions
+peut-être indignes de son génie.</p>
+
+<p>Je ne dois pas oublier de mentionner, ce que j'ai toujours considéré comme caractéristique
+à un haut degré d'un véritable génie, l'extrême facilité et la bienveillance
+de son goût à juger les compositions des autres, quand il y avait de réels motifs
+d'éloge. Je lui répétai de nombreux passages de poésie anglaise qui lui étaient
+inconnus, et j'ai plus d'une fois été témoin des larmes d'admiration et d'enthousiasme
+avec lesquelles il les écoutait. La collection de chansons par le D<sup>r</sup> Aiken, que je lui
+mis le premier entre les mains, fut lue par lui avec un plaisir sans mélange, malgré
+les essais qu'il avait déjà tentés lui-même dans ce genre difficile de production; je
+ne doute pas que cette lecture n'ait contribué à polir ses compositions ultérieures.</p>
+
+<p>Pour juger de la prose, je ne pense pas que son goût fût également solide. Je lui lus
+une fois un passage ou deux des &oelig;uvres de Franklin, que je trouvai très heureusement
+exécutés sur le modèle d'Addison; il ne sembla pas goûter ou pénétrer la
+beauté qu'ils devaient à leur exquise simplicité; et il en parlait avec indifférence par
+comparaison avec les pointes, les antithèses et la bizarrerie de Junius. L'influence
+de ce goût est très perceptible dans ses propres compositions en prose, quoique
+leurs grands et nombreux mérites fassent de quelques-unes d'entre elles des sujets
+d'étonnement à peine inférieurs à ses compositions poétiques. Feu le D<sup>r</sup> Robertson
+avait l'habitude de dire que, si l'on considérait son éducation, les premières lui
+paraissaient les plus extraordinaires des deux<a id="footnotetag562" name="footnotetag562"></a><a href="#footnote562" title="Lien vers la note 562"><span class="small">[562]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Il est inutile de faire ressortir la bonne grâce et l'aménité de cette
+longue déposition; ce sont les qualités du noble honnête homme que fut
+Dugald Stewart. Il est moins étranger à notre préoccupation d'en faire
+remarquer la minutie, la finesse dans maint détail, le souci de l'exactitude
+marqué par des restrictions et les correctifs qui souvent découpent les affirmations
+sur l'étroite vérité. Cette marque de l'intelligence pondérée,
+précise et rompue aux nuances psychologiques de l'auteur de la <span class="italic">Philosophie
+de l'Esprit humain</span>, n'est pas ici indifférente. Elle démontre que Burns
+a été étudié de près par un &oelig;il pénétrant, et qu'on peut se fier à ce
+portrait. Et, ici encore, ce n'est pas trop de dire que quelques-unes des
+critiques se retournent contre celui qui les a faites. On comprend que
+Dugald Stewart qui avait un «penchant pour l'humour paisible<a id="footnotetag563" name="footnotetag563"></a><a href="#footnote563" title="Lien vers la note 563"><span class="small">[563]</span></a>» et dont
+on a dit que ses manières étaient <span class="italic" lang="la">comitate condita gravitas</span>, n'ait pas
+<span class="pagenum"><a id="page223" name="page223"></a>(p. 223)</span> goûté entièrement l'humour mouvementé, robuste et parfois violent de
+Burns. Ce qu'il dit sur les épigrammes du poète est juste d'ailleurs:
+Burns n'était pas l'homme des pointes verbales. Mais n'est-il pas clair
+aujourd'hui que, dans la discussion à propos de Franklin et de Junius,
+Burns avait dix fois raison. Il n'y a pas d'homme qui ne préfère les
+puissantes déclamations du second au bavardage bonhomme du premier,
+pour peu qu'il aime un style qui ait de la force et du sang. Aujourd'hui,
+Franklin n'est plus guère qu'un donneur de conseils excellents pour les
+jeunes gens; Junius reste un des maîtres de l'invective et de l'éloquence
+politiques; Junius est encore une lecture d'homme d'État; Franklin est
+une lecture pour les écoles primaires des États-Unis. C'était Burns qui
+avait raison contre Dugald Stewart et le goût du poète à juger les &oelig;uvres
+de prose était beaucoup plus sûr que son juge ne le pensait. Ces détails
+rectifiés, c'est un joli épisode que ces deux hommes, si différents, causant
+dans leurs promenades matinales; et c'est un joli tableau que Dugald
+Stewart «le plus admirable liseur que j'aie jamais entendu<a id="footnotetag564" name="footnotetag564"></a><a href="#footnote564" title="Lien vers la note 564"><span class="small">[564]</span></a>» lisant à
+Burns les poésies qu'il ignorait, jusqu'à ce que les larmes coulassent sur
+le visage hâlé du poète et que peut-être la voix tremblât un peu sur les
+lèvres du philosophe.</p>
+
+<p>Enfin le troisième de ces témoignages est peut-être moins décisif et
+surtout moins serré, parce qu'il sort d'un esprit moins mûr et moins expérimenté,
+mais il est peut-être plus curieux. C'est l'impression faite par
+Burns sur Walter Scott, qui allait alors vers ses seize ans et qui depuis
+quelques mois était clerc dans l'étude de son père<a id="footnotetag565" name="footnotetag565"></a><a href="#footnote565" title="Lien vers la note 565"><span class="small">[565]</span></a>. Il ne faut pas oublier
+toutefois que Walter Scott était un garçon d'une extraordinaire précocité
+d'esprit et d'une puissante mémoire. Il était, dès alors, très capable
+d'observer et de juger, et on peut être certain que son jugement a été
+conservé très exactement dans son souvenir. Il raconte lui-même dans
+quelles circonstances se produisit cette rencontre, avec l'aisance de récit
+un peu prolixe mais toujours très bien construit, qui lui est habituelle.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Quant à Burns, je puis dire vraiment: <span class="italic" lang="la">Virgilium vidi tantum</span>. J'étais un gars de
+quinze ans en 1786-87, quand il vint pour la première fois à Édimbourg, toutefois je
+comprenais et je sentais assez pour m'intéresser à sa poésie et j'aurais donné tout au
+monde pour le connaître. Mais j'avais peu de connaissances dans le monde littéraire,
+et encore moins parmi la gentry des comtés de l'ouest: c'étaient les deux sociétés qu'il
+fréquentait le plus. M. Thomas Grierson était à cette époque clerc chez mon père. Il
+connaissait Burns et me promit de l'amener chez lui à dîner, mais il n'eut pas l'occasion
+de tenir sa promesse; autrement j'aurais pu voir davantage de cet homme éminent.
+Cependant, je le vis un jour, chez feu le vénérable professeur Ferguson, où il y avait
+plusieurs messieurs de réputation littéraire, parmi lesquels je me rappelle le célèbre
+M<sup>r</sup> Dugald Stewart. Naturellement, nous autres gamins, nous restions assis silencieux,
+<span class="pagenum"><a id="page224" name="page224"></a>(p. 224)</span> à regarder et à écouter. La seule chose que je me rappelle de remarquable, dans les
+manières de Burns, fut l'effet produit sur lui par une gravure de Bunbury, représentant
+un soldat étendu mort dans la neige, son chien se lamentant d'un côté et de
+l'autre sa veuve tenant un enfant dans les bras. Au-dessous étaient écrits ces vers:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Glacée, sur les collines canadiennes, ou sur la plaine de Minden,<br>
+Peut-être cette mère a pleuré son soldat tué,<br>
+Penchée sur son bébé, ses yeux noyés de pleurs,<br>
+Dont les larges gouttes, qui se mêlaient au lait qu'il buvait,<br>
+Étaient le triste présage de ses années futures,<br>
+Pauvre enfant de misère baptisé dans les larmes.</p>
+
+<p>Burns sembla très ému par la gravure, ou plutôt par les idées qu'elle éveillait dans
+son esprit. En vérité, il versait des larmes! Il demanda de qui étaient ces vers, et il
+se trouva que personne d'autre que moi ne se rappelait qu'ils se trouvent dans un
+poème à demi oublié de Langhorne, qui porte le titre peu séduisant de <span class="italic">Le Juge de Paix</span>.
+Je murmurai mon renseignement à un ami; il le communiqua à Burns, qui me
+remercia d'un regard et d'un mot que je reçus alors, et je me rappelle aujourd'hui,
+avec un très grand plaisir, bien qu'il fût de pure politesse.</p>
+
+<p>Sa personne était forte et robuste; ses manières rustiques, non grossières; une
+sorte de sans façon plein de dignité et de simplicité, qui devait peut-être une partie
+de son effet à la connaissance qu'on avait de ses talents extraordinaires. Ses traits
+sont représentés dans le tableau de M. Nasmyth, mais pour moi cette peinture donne
+l'idée qu'ils sont rapetissés, comme s'ils étaient vus en éloignement. Je pense que sa
+contenance était plus massive qu'elle ne l'est dans aucun de ses portraits. Si je n'avais
+pas su qui il était, j'aurais pris le poète pour un très sagace campagnard, un fermier
+de l'ancienne école écossaise, c'est-à-dire non pas un de nos agriculteurs modernes
+qui ont des ouvriers pour faire leur gros travail, mais le <span class="italic">bon fermier</span> qui tenait sa
+propre charrue. Il y avait une forte expression de bon sens et de sagacité dans tous
+ses traits; l'&oelig;il seul, je pense, indiquait le caractère et le tempérament poétiques. Il
+était large et d'une couleur sombre qui flamboyait (je dis littéralement flamboyait)
+quand il parlait avec sentiment ou intérêt. Je n'ai jamais vu un autre &oelig;il pareil à
+celui-là dans une tête humaine, bien que j'aie vu la plupart des hommes distingués de
+mon temps. Sa conversation exprimait une parfaite confiance en soi, sans la plus
+légère présomption. Parmi ces hommes qui étaient les plus savants de leur temps et
+de leur pays, il s'exprimait avec une parfaite fermeté, mais en même temps avec
+modestie. Je ne me rappelle aucun fragment de sa conversation assez distinctement
+pour le citer. Je ne le revis plus que dans la rue, où il ne me reconnut pas, et je ne
+pouvais pas m'attendre à ce qu'il me reconnût. Il était très choyé à Édimbourg, mais
+(si l'on considère ce que les émoluments littéraires ont été depuis cette époque)
+les efforts faits pour le secourir furent extrêmement mesquins.</p>
+
+<p>Je me souviens que, dans la circonstance que je mentionne, je pensai que la connaissance
+que Burns avait de la Poésie anglaise était plutôt limitée, et aussi qu'ayant
+vingt fois les capacités d'Allan Ramsay et de Fergusson, il parlait d'eux avec trop
+d'humilité comme de ses modèles. Il y avait sans doute une certaine faiblesse
+nationale dans son jugement sur eux.</p>
+
+<p>Voilà tout ce que j'ai à dire sur Burns. J'ai seulement à ajouter que son costume correspondait
+à ses façons. Il avait l'air d'un fermier habillé de son mieux pour aller dîner
+avec son propriétaire. Je ne parle pas <span class="italic" lang="la">in malam partem</span> en disant que je n'ai jamais
+vu d'homme, dans la société de ses supérieurs en position et en connaissances, plus
+parfaitement exempt de tout embarras réel ou affecté. On m'a dit, mais je n'ai pas
+<span class="pagenum"><a id="page225" name="page225"></a>(p. 225)</span> remarqué moi-même, que sa façon de s'adresser aux femmes était extrêmement
+pleine de déférence, et toujours avec un tour vers le pathétique ou l'humoristique,
+qui engageait tout particulièrement leur attention. J'ai entendu cette remarque faite
+par feue la duchesse de Gordon. Je ne vois rien que je puisse ajouter à ces souvenirs
+d'il y a quarante ans<a id="footnotetag566" name="footnotetag566"></a><a href="#footnote566" title="Lien vers la note 566"><span class="small">[566]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Les témoins de cette rencontre ont conservé le mot dont Walter Scott
+était fier. Burns s'était approché du jeune garçon, qui avait seul pu lui
+nommer l'auteur des vers, et, le regardant avec sérieux, lui avait dit: «Vous
+serez un homme un jour, monsieur.» N'est-ce pas une scène digne de
+celle de tout à l'heure et faite pour tenter un peintre écossais que le
+plus grand poète de l'Écosse donnant, suivant le mot de Chambers, une
+sorte d'investiture littéraire à celui qui allait en être le grand romancier?<a id="footnotetag567" name="footnotetag567"></a><a href="#footnote567" title="Lien vers la note 567"><span class="small">[567]</span></a></p>
+
+<p class="p2">À peine, une fois ou deux, a-t-on relevé contre lui un oubli, une
+imprudence de langage, qu'un homme plus habitué à la société eût
+évités. Ce sont de menus faits, sans autre valeur que de montrer avec
+quelle attention méticuleuse il était observé, et sous quel feu croisé
+d'examens silencieux il se mouvait. Le fait suivant est raconté par
+Walker. Il se passa chez le D<sup>r</sup> Blair chez qui Burns déjeunait. Il faut,
+pour le comprendre, se rappeler que Blair était ministre de la High
+Church d'Édimbourg, qu'il passait pour le premier prédicateur d'Écosse
+et qu'il avait, dans la chaire même où il parlait, des émules.</p>
+
+<p class="quote">On a souvent reproché aux hommes de génie une tendance à commettre des
+balourdises en compagnie, par suite de l'ignorance ou de la négligence des règles de
+la conversation, qu'on peut imputer à ce que leurs pensées sont absorbées dans un
+sujet favori, ou par suite du défaut de la pratique quotidienne des petites conventions
+de conduite, laquelle est incompatible avec une vie studieuse. D'excentricités de ce
+genre, Burns était remarquablement exempt; cependant, ce jour-là, il commit une faute
+plus lourde qu'aucune de celles qu'on raconte des poètes ou des mathématiciens
+les plus connus pour leur absence d'esprit. On lui demanda dans quel endroit
+public il avait éprouvé le plus de plaisir. Il nomma la High Church, mais il donna
+la préférence comme prédicateur au collègue de notre très digne hôte, dont la
+célébrité reposait sur son éloquence religieuse, d'un ton si net, si distinct, qu'il
+jeta toute la compagnie dans le plus sot embarras. Le Docteur, il est vrai, avec
+beaucoup de convenance et de sang-froid, essaya de soulager les autres en secondant
+cordialement l'éloge si inopportunément introduit. Mais ceci n'empêcha pas la
+conversation de souffrir de cet effort pénible; ce qui était inévitable, attendu que la
+pensée de tous était pleine du seul sujet sur lequel il fût inopportun de parler.
+Burns doit avoir instantanément compris sa faute, mais il montra qu'il avait repris
+son bon sens, en n'essayant pas de la réparer. Il en fut tellement mortifié en secret
+qu'il ne fit jamais mention de cette circonstance, sinon bien des années plus tard,
+<span class="pagenum"><a id="page226" name="page226"></a>(p. 226)</span> où il m'avoua que son silence était dû à la souffrance qu'il éprouvait en se rappelant
+ce fait<a id="footnotetag568" name="footnotetag568"></a><a href="#footnote568" title="Lien vers la note 568"><span class="small">[568]</span></a>».</p>
+
+<p>On comprend ce qu'une faute de cette nature peut avoir de pénible
+pour un esprit susceptible, orgueilleux. Il en garde un long mécontentement
+envers soi-même, et un peu d'éloignement ou d'appréhension pour
+ces sociétés si délicates où le moindre mot maladroit éveille aussitôt
+un tel écho de gêne et de silence. Qu'on se rappelle une aventure analogue
+de J.-J. Rousseau, dont la situation dans le monde n'est pas sans
+ressemblance avec cette période de la vie de Burns. L'aveu de l'impression
+désagréable qu'il en conserva concorde avec celui-ci.</p>
+
+<p class="quote">J'étais un soir entre deux grandes dames et un homme qu'on peut nommer,
+M. le duc de Gontaut. Il n'y avait personne autre dans la chambre, et je m'efforçais
+de fournir quelques mots (Dieu sait quels!) à une conversation entre quatre
+personnes dont trois n'avaient assurément pas besoin de supplément. La maîtresse
+de la maison se fit apporter une opiate, dont elle prenait tous les jours deux fois
+pour son estomac. L'autre dame, lui voyant faire la grimace, lui dit en riant
+«Est-ce de l'opiate de M<sup>r</sup> Tronchin?»&mdash;«Je ne crois pas» répondit sur le même
+ton la première&mdash;«Je crois qu'il ne vaut guère mieux» ajouta galamment le
+spirituel Rousseau. Tout le monde resta interdit, il n'échappa ni le moindre mot ni le
+moindre sourire, et l'instant d'après la conversation prit un autre tour. Vis-à-vis d'une
+autre, la balourdise eût pu n'être que plaisante; mais adressée à une femme trop
+aimable pour n'avoir pas fait un peu parler d'elle et qu'assurément je n'avais pas
+dessein d'offenser, elle était terrible; et je crois que les deux témoins, homme et
+femme, eurent bien de la peine à s'empêcher d'éclater. Voilà de ces traits d'esprit
+qui m'échappent, pour vouloir parler sans trouver rien à dire. J'oublierai difficilement
+celui-là<a id="footnotetag569" name="footnotetag569"></a><a href="#footnote569" title="Lien vers la note 569"><span class="small">[569]</span></a>.</p>
+
+<p>La seconde escapade est plus vive et un peu plus sérieuse parce qu'elle
+n'est pas un simple accident mais un trait de caractère. On a vu que le
+reproche principal qui ait été fait à Burns par tous ceux qui l'ont approché,
+était une certaine raideur, une impatience, en face de la contradiction,
+un ton péremptoire et trop affirmatif qui cassait toute résistance et qui
+pouvait emporter sa parole un peu loin. Un jour qu'il était à déjeuner
+dans une société littéraire d'Édimbourg, la conversation tomba sur les
+mérites poétiques et le pathétique de l'<span class="italic">Élégie</span> de Gray, poème qu'il admirait
+beaucoup. Un clergyman, qui faisait profession de paradoxe et
+d'excentricité dans les idées, s'avisa d'attaquer assez inopportunément le
+poème. Burns le défendit chaudement et généreusement. Comme les
+remarques du clergyman étaient plutôt générales que critiques, il lui
+demanda de citer les passages auxquels il trouvait à redire. L'autre fit
+plusieurs tentatives, mais toujours en dénaturant, en écorchant, en
+<span class="pagenum"><a id="page227" name="page227"></a>(p. 227)</span> estropiant le texte. Pendant quelque temps, Burns endura tout en
+silence, mais à la fin exaspéré par cette mixture de critique maladroite et
+de bousillage, il se leva extrêmement courroucé, le regard flamboyant et
+lui cria: «Monsieur, je vois qu'un homme peut être un excellent juge
+de poésie, par règle et équerre, et n'être après tout qu'un sacré imbécile.»
+Cette fois c'était un peu roide. Il est vrai qu'il s'adressait à un clergyman
+et qu'il ne les aimait guère. Mais il dut y avoir là encore, un assez bon
+silence, qui lui resta moins peut-être sur le c&oelig;ur que le premier<a id="footnotetag570" name="footnotetag570"></a><a href="#footnote570" title="Lien vers la note 570"><span class="small">[570]</span></a>.</p>
+
+<p>Ce n'étaient là après tout que des vétilles. On a beau les passer au
+crible, on voit que tous ces souvenirs, provenant d'esprits si divers,
+s'accordent parfaitement entre eux. Il ne peut y avoir aucun doute que
+tous ces commencements du séjour à Édimbourg aient été parfaits de
+mesure, de dignité. C'était pourtant un pas difficile. D'autres y ont
+échoué qui étaient mieux préparés à l'affronter. «Jeté malgré moi dans
+le monde sans en avoir le ton, sans être en état de le prendre et
+de m'y pouvoir assujettir, je m'avisai d'en prendre un à moi qui m'en
+dispensât. Ma sotte et maussade timidité que je ne pouvais vaincre ayant
+pour principe la crainte de manquer aux bienséances, je pris pour
+m'enhardir le parti de les fouler aux pieds. Je me fis cynique et
+caustique par honte, j'affectai de mépriser la politesse que je ne savais
+pas pratiquer<a id="footnotetag571" name="footnotetag571"></a><a href="#footnote571" title="Lien vers la note 571"><span class="small">[571]</span></a>.» On voit la distance qu'il y a entre la roideur et la
+gaucherie avec lesquelles Rousseau accueillit sa renommée soudaine et
+l'aisance et la simplicité avec lesquelles Burns reçut la sienne. Le
+premier s'était créé «un personnage<a href="#footnote571" title="Lien vers la note 571"><span class="small">[571]</span></a>» selon sa propre expression; le
+second sut toujours rester lui-même.</p>
+
+<p class="p2">Et lui, Burns que pensait-il? Comment jugeait-il, de son côté, cette
+société subitement étalée à ses yeux, car pendant qu'on l'observait, il
+observait lui-même. Ni la célébrité, ni la science des hommes ne semblent
+lui en avoir beaucoup imposé. Il avait l'habitude, quand il voulait juger
+quelqu'un, non seulement de le dévêtir de tous ses ornements extérieurs,
+mais de lui enlever même les acquisitions intellectuelles, les avantages
+de pur savoir, tant qu'ils peuvent encore se détacher de l'esprit,
+avant qu'ils n'aient passé dans sa substance et se soient perdus en
+lui en le fortifiant. Il s'appliquait à juger les esprits, non d'après les
+renseignements qu'on y a versés, mais d'après leurs facultés essentielles
+de saisir et de comprendre, tenant peu compte des objets auxquels elles
+s'appliquent, que ce fût une question d'histoire ou une question de
+culture. Il ne lui parut pas que les cerveaux de ces hommes fussent
+de plus haute qualité que ceux des hommes qu'il avait connus jusque-là.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page228" name="page228"></a>(p. 228)</span> Au contraire les femmes furent pour lui une révélation et une fête. On
+devine en effet quel ravissement il dut ressentir, lui qui avait su créer,
+avec des filles de ferme, un idéal féminin adorable, lorsqu'il découvrit la
+femme vêtue et entourée de toutes les élégances. Il voyait tout d'un coup
+ce que l'éclat des parures, la grâce et la précision des toilettes, la finesse
+des extrémités, la séduction des manières, la recherche du cadre, ajoutent
+à la simple beauté, et aussi ce que la distinction de l'esprit et de la parole
+ajoutent à ces tout puissants agréments. Il découvrait le charme, sûrement
+inconnu de lui jusqu'alors et qu'il n'avait peut-être jamais imaginé, le
+charme subtil que prend la culture dans une âme de femme, qui la rend,
+pour un esprit d'homme si fort et si sûr de lui-même qu'il soit, suggestive
+et reposante à la fois. C'était comme si on avait tiré un rideau et que
+ses rêves favoris eussent apparu, réalisés et dépassés, un spectacle
+enchanté, où des oiseaux resplendissants et d'un ramage plus doux
+faisaient oublier les humbles petites bergeronnettes grises qu'il avait
+connues. «Une des remarques du poète quand il arriva à Édimbourg fut
+que, entre les hommes d'existence rustique et ceux du monde poli, il
+observait peu de différence et que parmi les premiers, bien que non
+dégrossis par la mode et non éclairés par la science, il avait trouvé
+beaucoup d'observation et beaucoup d'intelligence. Mais une femme
+élégante et accomplie était une créature presque nouvelle pour lui et
+dont il n'avait formé qu'une idée inadéquate<a id="footnotetag572" name="footnotetag572"></a><a href="#footnote572" title="Lien vers la note 572"><span class="small">[572]</span></a>.» Dans cette admiration,
+il fut surtout frappé de la beauté et de la grâce de Miss Eliza Burnet, la
+fille de lord Monboddo. Tous ceux qui l'ont vue ont dit qu'elle était
+angélique. Elle lui apparut comme une créature supérieure, qu'on
+admire de si loin qu'on ne songe pas à l'aimer, et dont la beauté traverse
+la vie, insaisissable, irréalisable comme une musique. Il plaça son nom
+dans l'<span class="italic">Adresse à Édimbourg</span>. «La belle B est la céleste Miss Burnet, fille
+de lord Monboddo, chez qui j'ai eu l'honneur d'être reçu plus d'une fois.
+Il n'y a jamais rien eu qui ait, de loin, approché d'elle, dans toutes
+les combinaisons de Beauté, de Grâce et de Bonté que le grand créateur
+a formées, depuis l'Ève de Milton au premier jour de son existence<a id="footnotetag573" name="footnotetag573"></a><a href="#footnote573" title="Lien vers la note 573"><span class="small">[573]</span></a>»
+Il ne cachait pas sa préférence; «sa favorite pour la beauté et les façons,
+écrivait Mrs Cockburn, est Bess Burnet&mdash;en vérité, ce n'est pas un mauvais
+juge<a id="footnotetag574" name="footnotetag574"></a><a href="#footnote574" title="Lien vers la note 574"><span class="small">[574]</span></a>.»</p>
+
+<p class="p2">C'est à ce moment que Creech entreprit de faire faire le portrait
+de Burns, pour en mettre une gravure en tête de l'édition qu'il allait
+publier. L'Écosse avait vers cette époque une belle école de portraitistes,
+<span class="pagenum"><a id="page229" name="page229"></a>(p. 229)</span> trop ignorée; malheureusement, aucun d'eux ne se trouvait alors à
+Édimbourg. Allan Ramsay, l'auteur de fins portraits du <span class="smcap85">XVIII</span><sup>e</sup> siècle,
+venait de mourir; Raeburn, le plus grand peintre de son pays, n'était pas
+encore revenu de Rome et n'avait pas encore commencé sa longue suite
+de portraits d'illustres Écossais; Romney, presque son égal, vivait à
+Londres. Il y avait cependant dans la ville, malgré ce que dit Chambers,
+un portraitiste de talent nommé Martin. Pour quelque raison inconnue,
+Creech ne s'adressa pas à lui. Il pria un jeune peintre de passage, nommé
+Nasmyth, qui avait exactement le même âge que Burns et qui était depuis
+peu rentré d'Italie, de reproduire les traits du poète. Nasmyth s'en
+chargea sans vouloir accepter aucune rémunération. Grâce à lui, nous
+avons l'idée de Burns, tel qu'il était alors. Le visage rasé, car il ne porta
+jamais de barbe, avec ses grands yeux noirs lumineux, son nez droit et
+sa bouche qu'on sent mobile et souriante, est jeune et charmant. Il
+frappe surtout par un air franc, ouvert et bon. On dirait qu'il regarde la
+vie sans soupçon. La tête est tout entière dans un ciel d'aurore, plutôt
+clair que bleu, plutôt plein de clarté que d'azur, sur lequel volent
+de petites nues blanches; plus bas, à la hauteur des épaules, des
+feuillages, des collines lointaines, au pied desquelles est une ruine et
+dont les pentes sont lumineuses; un horizon radieux, fait pour un
+poète champêtre. Ce jeune visage dans cette jeune atmosphère donne
+une impression de commencement léger de vie et de journée, d'attente
+heureuse. Le portrait est, paraît-il, le meilleur de ceux qu'on a de
+Nasmyth. La facture est ferme, simple, bien tenue et faite pour inspirer
+confiance<a id="footnotetag575" name="footnotetag575"></a><a href="#footnote575" title="Lien vers la note 575"><span class="small">[575]</span></a>. On aimerait à croire que la ressemblance fut parfaite. Malheureusement,
+ce n'est là qu'un Burns incomplet. Nasmyth n'était pas homme
+de taille à peindre cette tête. La touche de Raeburn, lui-même, si sûre et
+si décidée, était trop calme, trop assise dans ses effets larges et amplifiés<a id="footnotetag576" name="footnotetag576"></a><a href="#footnote576" title="Lien vers la note 576"><span class="small">[576]</span></a>,
+pas assez subtile, pas assez chercheuse et pénétrante, pour rendre ce qu'il
+y avait là de complexe et de divers. La seule main, qui, en Angleterre,
+l'aurait pu était celle de Joshua Reynolds, la main qui a peint <span class="italic">Le Banni</span>.</p>
+
+<p>Ainsi le portrait de Nasmyth n'est qu'une vision insuffisante de
+l'homme et de sa vie. Son expression pensive et mélancolique n'est pas
+rendue. Ses traits avaient quelque chose de plus robuste et de plus
+massif. Walter Scott dit que Nasmyth, tout en les reproduisant fidèlement,
+les avait amoindris et comme reculés<a id="footnotetag577" name="footnotetag577"></a><a href="#footnote577" title="Lien vers la note 577"><span class="small">[577]</span></a>. Il devait y avoir sur ce visage
+des signes de puissance. Il est impossible que Burns fût alors cet adolescent
+presque candide; il avait déjà trop souffert et trop vécu. Il y avait
+<span class="pagenum"><a id="page230" name="page230"></a>(p. 230)</span> en lui quelque chose de plus profond et de plus tragique. Et cependant
+on aimerait à croire que, pendant quelque temps du moins, cette ressemblance
+a été vraie. Sans doute, le portrait fut fait dans un moment
+heureux, quand les inquiétudes étaient loin et semblables aux légères
+nuées blanches du tableau; sans doute aussi le jeune peintre y mit la
+lueur des espérances qu'il concevait pour le jeune poète; car ils ne
+tardèrent pas à être deux amis, et souvent, après les séances ils allaient
+se promener sur le siège d'Arthur. Il leur arrivait même de passer la
+nuit, de se griser ensemble, et d'aller chercher sur les collines voisines
+l'air vif, excellent pour dissiper les restes d'ivresses et éclaircir les têtes
+encore confuses<a id="footnotetag578" name="footnotetag578"></a><a href="#footnote578" title="Lien vers la note 578"><span class="small">[578]</span></a>.</p>
+
+<p class="p2">On a de Burns, à ce moment, un de ces bons élans de c&oelig;ur qui rachètent
+bien des faiblesses. Au milieu de son succès, il apprit que la tombe
+de Fergusson était au cimetière de la Canongate, abandonnée, dénuée
+de la pierre qui garde le nom des plus obscurs, et destinée à disparaître
+comme les tombes pauvres. Il avait toujours eu de l'admiration et de la
+tendresse pour la mémoire du malheureux et charmant jeune homme.
+Toute cette vie repassa devant son esprit: sa pauvreté, son travail aride,
+sa misère, cette pauvre tête égarée et se débattant contre la folie, cette
+mort à vingt-quatre ans dans une cellule d'aliénés, toute cette lutte
+lamentable du talent et de la misère. Les larmes lui vinrent, amenant
+comme souvent chez lui, la colère!</p>
+
+<p class="poem-ctr">Malédiction sur l'homme ingrat qui peut prendre du plaisir<br>
+Et laisser mourir de faim l'auteur de ce plaisir!<a id="footnotetag579" name="footnotetag579"></a><a href="#footnote579" title="Lien vers la note 579"><span class="small">[579]</span></a></p>
+
+<p>Faut-il que, pour comble d'ingratitude, on laisse maintenant les restes
+du poète se perdre dans la foule des ossements obscurs? Jamais, si cela
+dépend de lui! Et aussitôt, il écrit aux magistrats de la Canongate une
+lettre émue, pour leur demander la permission d'élever à ses frais une
+pierre sur cette tombe délaissée.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Messieurs, je suis triste d'apprendre que les restes de Robert Fergusson, le poète
+si justement célèbre, un homme dont les talents feront honneur pendant des siècles
+à notre nom calédonien, reposent dans votre cimetière, ignorés et inconnus parmi les
+morts obscurs. Quelque mémorial pour guider les pas des amants de la poésie
+écossaise, lorsqu'ils désireront verser une larme sur l'étroite demeure du barde qui
+n'est plus, est assurément un tribut dû à la mémoire de Fergusson, un tribut que je
+désire avoir l'honneur de payer.</p>
+
+<p>Je vous adresse donc la demande, Messieurs, de me permettre de placer sur ses
+<span class="pagenum"><a id="page231" name="page231"></a>(p. 231)</span> cendres vénérées une pierre qui restera la propriété inaliénable de sa renommée
+immortelle.</p>
+
+<p>J'ai l'honneur d'être, Messieurs, votre très humble serviteur. R. B.</p>
+</div>
+
+<p>Les administrateurs du cimetière furent touchés de cette démarche.
+On le sent sous la raideur du procès-verbal qui contient l'accueil fait à sa
+lettre. «En considération de la motion louable et désintéressée de
+M. Burns et de la convenance de sa demande, ils lui accordent unanimement
+le pouvoir et la liberté d'ériger une pierre tumulaire sur la tombe
+de Robert Fergusson, de l'entretenir et de la conserver à sa mémoire,
+pour tout le temps à venir<a id="footnotetag580" name="footnotetag580"></a><a href="#footnote580" title="Lien vers la note 580"><span class="small">[580]</span></a>.» Une pierre, droite, grise et simple, marque
+maintenant le dernier grabat du poète. C'est peu de chose et Burns ne
+pouvait guère davantage. Cette simplicité même est touchante et délicate;
+elle fait penser aux aumônes des pauvres. Au-dessous du nom de Fergusson
+et des deux dates qui comprennent sa courte vie, sont ces quatre vers
+de Burns:</p>
+
+<p class="poem-ctr">«Ici pas de marbre sculpté, ni de chant pompeux;<br>
+Pas d'urne historiée, ni de buste animé<a id="footnotetag581" name="footnotetag581"></a><a href="#footnote581" title="Lien vers la note 581"><span class="small">[581]</span></a>;<br>
+Cette simple pierre guide les pas de la pâle Scotia,<br>
+Pour venir répandre son chagrin sur la poussière du poète».</p>
+
+<p>On ne les lit pas sans se rappeler ce mouvement généreux de Burns,
+pour la mémoire de celui qu'il appelait «on frère aîné en infortune, et
+de beaucoup son frère aîné en poésie». On songe qu'ils auraient pu se
+connaître; on est toujours prêt à croire qu'ils se seraient aimés, tant leurs
+noms ont pris, de cette double inscription, quelque chose de fraternel.
+Plus récemment, un autre don, inspiré par celui de Burns, a assuré des
+fleurs en toute saison à la tombe du pauvre Fergusson.</p>
+
+<p class="p2">Cette vie agitée et mélangée, avec ses moments utiles d'observation et
+ses heures perdues de dissipation, laissait peu au travail. Sa production
+littéraire pendant cet hiver est presque nulle. Les pièces qu'il composa
+sont presque toutes de circonstance, peu nombreuses et peu importantes.
+Dès son arrivée, il avait été présenté par le comte de Glencairn
+à Creech le libraire, et il avait été convenu qu'une nouvelle édition de
+ses poèmes paraîtrait par souscription. Le 14 décembre, Creech avait
+annoncé que les <span class="italic">&OElig;uvres poétiques de Robert Burns</span> étaient «sous presse
+pour être publiées par souscription pour le seul bénéfice de l'auteur<a id="footnotetag582" name="footnotetag582"></a><a href="#footnote582" title="Lien vers la note 582"><span class="small">[582]</span></a>.»
+Le succès ne pouvait être douteux. L'impression prit une partie de
+l'hiver. Ce qui restait de temps, après tant de soirées dans les salons et
+<span class="pagenum"><a id="page232" name="page232"></a>(p. 232)</span> aux clubs, de visites, de démarchés, fut surtout consacré à la révision des
+pièces qui devaient figurer dans la nouvelle édition. Il les soumettait au
+jugement des critiques qui l'entouraient. Il changeait un mot sur la
+suggestion du D<sup>r</sup> Blair<a id="footnotetag583" name="footnotetag583"></a><a href="#footnote583" title="Lien vers la note 583"><span class="small">[583]</span></a>; il admettait une remarque de Mrs Dunlop<a id="footnotetag584" name="footnotetag584"></a><a href="#footnote584" title="Lien vers la note 584"><span class="small">[584]</span></a>, et
+surtout il suivait implicitement les avis du comte de Glencairn en ce qui
+concernait les manques de propriété ou de délicatesse<a id="footnotetag585" name="footnotetag585"></a><a href="#footnote585" title="Lien vers la note 585"><span class="small">[585]</span></a>. Mais les choses
+n'allaient pas toujours sans résistance de sa part.</p>
+
+<p>Ces appréciateurs, d'un goût si poli qu'il en était aminci, trouvaient des
+objections, discutaient les expressions, proposaient des réticences, des
+adoucissements, des retranchements. Lui, bondissait, se révoltait, discutait,
+défendait son terrain. «J'ai l'avis de quelques très judicieux amis
+parmi les <span class="italic" lang="la">litterati</span> d'ici; mais, avec eux, je trouve parfois nécessaire de
+revendiquer le privilège de penser pour moi-même<a id="footnotetag586" name="footnotetag586"></a><a href="#footnote586" title="Lien vers la note 586"><span class="small">[586]</span></a>.» Quand il était trop
+pressé il se rendait, mais malgré lui, en murmurant tout bas. Un jour
+qu'il avait sacrifié deux de ses plus jolies chansons, il écrivait: «Je puis
+à peine m'empêcher de verser une larme sur la mémoire de deux chansons
+qui m'ont coûté quelque travail et que j'estimais assez; mais je dois
+me soumettre». Et deux lignes plus loin, après avoir parlé d'autre chose,
+il y revenait: «Mes pauvres infortunées chansons me repassent dans la
+mémoire. Maudit soit la pédante et frigide âme de la critique pour jamais
+et jamais<a id="footnotetag587" name="footnotetag587"></a><a href="#footnote587" title="Lien vers la note 587"><span class="small">[587]</span></a>». Il est probable que, dans ces discussions avec ces connaisseurs
+trop raffinés, c'était lui qui avait raison le plus souvent. Cela semble
+ressortir de quelques passages de sa correspondance qui touchent à ce
+point. Son génie était trop vigoureux pour leur goût.</p>
+
+<p>Enfin, le 21 avril 1787, parut la seconde édition de ses poèmes, connue
+sous le nom de l'édition d'Édimbourg. C'était un volume in-octavo, du
+prix de cinq shellings. Il contenait un certain nombre de pièces qui
+n'avaient pas été insérées dans l'édition de Kilmarnock, comme <span class="italic">La Mort
+et le Docteur Hornbock</span>, <span class="italic">l'Ordination</span> et l'<span class="italic">Adresse aux rigidement Vertueux</span>, en
+même temps qu'un certain nombre d'autres qui avaient été écrites depuis,
+comme les <span class="italic">Ponts d'Ayr</span>, l'<span class="italic">Élégie de Tam Samson</span> et l'<span class="italic">Adresse à Édimbourg</span>.
+Il était précédé d'une préface et suivi d'une liste des souscripteurs qui
+ont toutes deux leur intérêt. La première est une dédicace de l'ouvrage,
+aux «<span class="italic" lang="en">Noblemen and gentlemen of the Caledonian Hunt</span>». Elle ne manque
+ni d'élévation, ni de dignité; peut-être y a-t-il même une affirmation
+d'indépendance un peu affectée. Il est curieux de la rapprocher de la
+préface de l'édition de Kilmarnock, qui est plus simple et plus touchante.</p>
+
+<div class="quote">
+<p class="left10"><span class="pagenum"><a id="page233" name="page233"></a>(p. 233)</span> «Mes Lords et Gentlemen,</p>
+
+<p>«Un barde écossais, fier de ce nom, et dont la plus haute ambition est de chanter
+au service de sa contrée, où cherchera-t-il mieux un appui qu'auprès des noms
+illustres de sa terre natale, auprès de ceux qui portent les honneurs et ont hérité
+les vertus de leurs ancêtres? Le Génie poétique de mon pays m'a trouvé, comme le
+barde-prophète Élie trouva Élisée, à la charrue, et a jeté sur moi son manteau
+inspirateur. Il m'a ordonné de chanter les amours, les joies, les scènes champêtres,
+les plaisirs champêtres de mon sol natal, dans ma langue natale. J'ai accordé,
+comme il me l'a inspiré, mes notes agrestes et simples. 11 me murmura ensuite de
+venir dans cette ancienne métropole de la Calédonie et de mettre mes chansons
+sous votre protection honorée. J'obéis maintenant à ses ordres.</p>
+
+<p>«Bien que je doive beaucoup à votre bonté, je ne m'approche pas de vous, mes
+Lords et Gentlemen, dans le style ordinaire des dédicaces, pour vous remercier de vos
+faveurs passées. Ce sentier est tellement battu par le savoir qui se prostitue, que
+l'honnête rusticité en a honte. Je ne vous présente pas non plus cette adresse, avec
+l'âme vénale d'un auteur servile qui cherche la continuation de ces faveurs,&mdash;j'ai été
+élevé à la charrue et je suis indépendant. Je viens pour revendiquer ce nom
+écossais que je porte en commun avec vous, mes illustres compatriotes, et pour
+dire au monde que je m'honore de ce titre. Je viens pour féliciter ma contrée
+de ce que le sang de ses anciens héros coule encore dans toute sa pureté, et que de
+votre courage, de votre savoir, de votre fermeté publique, elle peut attendre
+protection, richesse et liberté. En dernier lieu, je viens offrir mes plus ardents désirs,
+à la grande source de tout honneur, le Monarque de l'Univers, pour votre prospérité
+et votre bonheur.</p>
+
+<p>«Quand vous partez pour éveiller les échos, dans l'ancien amusement favori de vos
+pères, puisse le plaisir toujours vous accompagner et la joie attendre votre retour!
+Lorsque, dans les cours ou dans les camps, vous êtes harassés du heurt des hommes
+méchants ou des funestes mesures, puisse l'honnête conscience de la dignité
+méconnue accompagner votre retour à vos demeures natales, et puisse le bonheur
+domestique vous accueillir sur le seuil, avec un sourire de bienvenue! Puisse la
+corruption reculer devant la flamme indignée de votre regard! Puissent la tyrannie
+dans le chef et la licence dans le peuple trouver également en vous un inexorable
+ennemi.</p>
+
+<p>«J'ai l'honneur d'être, avec la plus sincère gratitude et le plus haut respect, mes
+Lords et Gentlemen, votre très dévoué et humble serviteur.</p>
+
+<p class="left50">Robert <span class="smcap">BURNS</span>.»</p>
+</div>
+
+<p>Il est impossible de ne pas remarquer le ton d'opposition politique qui
+se trouve dans la dernière partie.</p>
+
+<p>Au volume était jointe la liste des souscripteurs, qui s'étendait à
+travers 38 pages. Il y en avait quinze cents, qui prenaient 2800 copies.
+C'était un succès qui ne s'était pas vu depuis <span class="italic">l'Iliade</span> de Pope et c'était
+un succès plus spontané et plus populaire. À côté des plus hauts noms
+de l'aristocratie écossaise se trouvaient ceux de simples fermiers. Ceux-ci
+étaient à coup sûr les plus sincères et les plus reconnaissants de ses
+admirateurs, ceux à qui sa poésie apportait, non pas une distraction d'un
+moment, mais la gaieté utile pour la vie, et des mots de sagesse qui
+n'abandonnaient plus leurs lèvres. Il y avait plus. Bien loin, sous
+d'autres cieux, partout où il y avait des c&oelig;urs écossais, la renommée
+<span class="pagenum"><a id="page234" name="page234"></a>(p. 234)</span> du nouveau poète avait déjà pénétré; et on est étonné de trouver parmi
+les souscripteurs le collège écossais de Valladolid, le collège écossais de
+Douai, le collège écossais de Paris, le monastère écossais de Bénédictins
+de Ratisbonne et celui de Maryburgh. Il dut leur sembler qu'une brise
+du vieux pays leur arrivait.</p>
+
+<p>La plupart des souscripteurs avaient envoyé plus que le prix du
+volume: une demi-guinée, une guinée, d'autres plus encore. Il était
+évident qu'il ne pouvait pas recueillir moins de 5 ou 600 livres. Si c'est
+peu à côté des somptueux revenus de certains poètes modernes, c'était
+une somme considérable pour un simple volume de vers, à cette époque.
+C'était une fortune pour un homme, qui, il le disait lui-même, n'avait
+jamais eu dix livres ensemble dans sa poche. Il toucha alors une partie
+des sommes qui lui revenaient, mais le règlement définitif avec Creech
+ne devait se faire qu'ultérieurement et non sans des difficultés et des
+retards qui ne furent pas sans influence sur sa vie.</p>
+
+<p class="p2">Malgré l'apparence heureuse des choses, si on considère plus avant,
+on voit que les rapports entre ces lettrés et ce paysan qui les dépassait
+tous, n'étaient pas aussi bien ajustés que d'abord ils le paraissaient. Cela
+était à présumer. On n'a guère d'exemple d'un plébéien impunément
+puissant dans une aristocratie. Toujours, par quelque endroit, il y a des
+tiraillements ou des heurts, des gênes ou des blessures. Et même lorsque
+le bon accord ne se brise pas, il y a on ne sait quelle fêlure silencieuse
+qui s'y établit, s'y élargit et le disjoint sans le rompre. On peut distinguer
+cette fêlure dans les rapports entre Burns et la société d'Édimbourg,
+à la fin de ce même hiver.</p>
+
+<p>Vis-à-vis de Burns, il y avait, de la part de ce monde de lettrés, plus
+de curiosité que d'intérêt véritable. Ils examinaient, avec une attention
+sans doute bienveillante, le phénomène intellectuel qui éclatait au milieu
+d'eux. Ils étaient prêts à le recevoir, à souscrire pour son livre, à l'admettre
+à leurs soupers, mais il restait pour eux un objet d'étude et
+d'observation. On sentait que leur engouement ne survivrait pas à leur
+surprise et que l'oubli serait aussi rapide que l'accueil. Pour quelques-uns
+d'entre eux, il devait être un paysan singulier, doué de certaines
+aptitudes, quelque chose comme ces pâtres qui ont de merveilleux
+pouvoirs de calcul, et qu'on traite cependant avec une condescendance
+familière et des encouragements protecteurs. C'étaient les moins clairvoyants.
+Pour les autres, pour la plupart, il y avait là quelque chose
+qui les déconcertait dans leurs habitudes et, pour ainsi dire, dans leur
+installation intellectuelle, qui les troublait dans leur satisfaction d'eux-mêmes,
+dans leur sécurité, dans les allées de culture régulière où ils se
+promenaient. Cette éloquence inusitée qui passait à travers la conversation,
+comme une charrue, bouleversant toutes les idées, déchirant parfois
+<span class="pagenum"><a id="page235" name="page235"></a>(p. 235)</span> les principes où elles ont racine, leur semblait brutale ou téméraire.
+Quelques-uns des plus distingués, comme Dugald Stewart dont la raison
+sérieuse ne s'offusquait de rien, Erskine dont la gaieté d'esprit se plaisait
+à tout, le D<sup>r</sup> Gregory dont la fougueuse et puissante intelligence s'entendait
+avec celle de Burns, d'autres encore, avaient pour lui une
+sympathie vraie et durable. Mais, la nouveauté usée, l'indifférence ne
+devait pas tarder à venir chez beaucoup, accompagnée selon les cas,
+de quelque fatigue, de quelque défiance, et peut-être même, de quelque
+dépit. Lockhart, qui a vécu avec la plupart d'entre eux et recueilli leurs
+souvenirs, a rendu cette impression avec une force qu'aucun biographe
+de Burns ne peut espérer surpasser et que donne seul le contact direct
+des faits.</p>
+
+<p class="quote">«Il n'y a pas besoin d'un effort d'imagination pour se représenter ce que les
+sensations d'une troupe isolée de savants (presque tous clergymen ou professeurs)
+durent être en présence de cet étranger aux larges os, au front noir, au teint bruni,
+avec ses grands yeux étincelants, qui s'étant d'un seul pas frayé son chemin parmi eux,
+en quittant le manche de sa charrue, manifestait, dans l'ensemble de ses manières et
+de sa conversation, une conviction parfaite que, dans la société des hommes les plus
+éminents de sa nation, il était exactement où il avait le droit d'être; qui daignait à
+peine les flatter en laissant voir de temps en temps qu'il était flatté de leur attention;
+qui, tour à tour, se mesurait tranquillement dans la discussion avec les esprits les
+plus cultivés de son temps; battait les bons mots des causeurs les plus célèbres par
+de larges flots de gaieté imprégnée de toute la vie brûlante du génie; étonnait des
+poitrines, habituellement enveloppées des triples plis de la réserve sociale, en les
+contraignant à trembler, que dis-je? à trembler visiblement sous la touche hardie
+d'un pathétique naturel; et tout cela sans indiquer la moindre disposition à être mis
+au rang de ceux qui font profession d'amuser et qui consentent à être payés en argent
+ou en sourires, pour faire ce que les auditeurs ou spectateurs auraient honte de faire
+eux-mêmes s'ils en avaient le pouvoir. Ce qui, en dernier lieu, était probablement
+pire que tout le reste, c'est qu'ils savaient qu'il avait l'habitude d'égayer des sociétés
+qu'ils auraient dédaigné d'approcher, plus fréquemment encore que la leur, par une
+éloquence non moins magnifique, un esprit selon toute vraisemblance encore plus
+hardi, un esprit qui souvent, comme les supérieurs qu'il rencontrait sans alarme
+auraient pu le deviner, dès le commencement, et comme ils n'eurent bientôt plus
+besoin de le deviner, était dirigé contre eux-mêmes<a id="footnotetag588" name="footnotetag588"></a><a href="#footnote588" title="Lien vers la note 588"><span class="small">[588]</span></a>».</p>
+
+<p>Quant à Burns, ses sentiments contenaient en suspension une quantité
+de petites désillusions et amertumes, imperceptibles en elles-mêmes,
+mais qui, en se déposant au fond de son âme, devaient y former une lie
+de mécontentement et d'irritation.</p>
+
+<p>Il avait trop de perspicacité pour ne pas percer d'un regard l'attention
+extraordinaire dont il était entouré. Il se rendait compte que c'était là
+une chose fragile et passagère, destinée à disparaître avec la nouveauté
+qui la produisait. Ces accueils, ces invitations, ces empressements autour
+<span class="pagenum"><a id="page236" name="page236"></a>(p. 236)</span> de lui, ne pouvaient, à coup sûr, durer. Et d'ailleurs valaient-ils la peine
+qu'on le souhaitât? Qu'y avait-il au fond de toute cette bienveillance?
+N'y avait-il pas plus de désir de le voir que de le servir, et plus de
+curiosité que d'intérêt? Lorsqu'on l'invitait, on semblait s'attendre à ce
+qu'il parlât, fût brillant. On a l'aveu qu'il en était souvent ainsi. «Le
+lendemain de ma première présentation à Burns, je soupai avec lui, chez
+le D<sup>r</sup> Blair. Les autres hôtes étaient peu nombreux, et comme chacun d'eux
+avait été surtout invité pour avoir une occasion de se trouver avec le
+poète, le docteur essaya de le mettre en relief et de faire de lui la figure
+centrale du groupe. Quoique, en conséquence, il fournît la plus grande
+portion de la conversation, il ne fit rien de plus que ce qu'il vit
+évidemment qu'on attendait de lui<a id="footnotetag589" name="footnotetag589"></a><a href="#footnote589" title="Lien vers la note 589"><span class="small">[589]</span></a>». C'était le même docteur Blair qui
+disait à ses amis, après l'exhibition d'un étranger remarquable: «Ne vous
+ai-je pas montré le lion très bien aujourd'hui<a id="footnotetag590" name="footnotetag590"></a><a href="#footnote590" title="Lien vers la note 590"><span class="small">[590]</span></a>». Et ce qu'un homme de
+délicatesse et de mesure comme le D<sup>r</sup> Blair faisait avec tact, combien
+d'autres devaient le faire avec plus d'étourderie et de lourdeur? Il était
+impossible que le fardeau, presque imposé, de toutes les conversations ne
+produisît pas en Burns de la fatigue; et cette continuelle attention des
+autres sur lui, de l'irritation. Il y a, à se sentir sans repos observé et
+comme épié, quelque chose qui, à la fin, exaspère. La causerie persistante
+n'est possible que devant des amis ou des disciples; il y faut
+de l'abandon ou de l'autorité, parler comme Addison à des gens tout
+prêts à être charmés, ou comme Johnson à des gens disposés à se laisser
+conduire. Autrement, cette attente et, pour ainsi dire, cette exigence
+continuelle de simples auditeurs indifférents devient une gêne. Puis,
+quand il avait parlé, été éloquent, écouté et admiré; quand son
+génie échauffé s'était élevé, éclatait et s'emportait; quand il sentait que
+sa voix maîtrisait ces esprits et qu'il avait la fière conscience de sa
+domination, un simple changement de salle, en détournant la conversation,
+brisait sa royauté. Brusquement, il redevenait l'humble paysan,
+protégé par tout ce beau monde. Il retombait à son rang, son prestige
+évanoui, se réveillant pour voir ses admirateurs, presque ses captifs de
+tout à l'heure, se faire courtisans autour de quelque imbécile de haute
+noblesse qui entrait «avec son cordon et son étoile».</p>
+
+<p>À ces blessures, s'en ajoutait une autre, plus secrète encore et en un
+endroit plus délicat de l'âme. Un des premiers il éprouva ce qui depuis
+a traversé le c&oelig;ur de tant de poètes humbles, brusquement rapprochés
+d'une société de femmes trop haut ou trop loin placées pour eux, une
+impatience et un courroux amers. Peu d'hommes étaient plus faits que lui
+pour l'éprouver. On a vu que ce qu'il avait surtout admiré à son arrivée à
+<span class="pagenum"><a id="page237" name="page237"></a>(p. 237)</span> Édimbourg, c'était cette société nouvelle et charmante pour lui de femmes
+raffinées, élégantes, gracieuses, dont la beauté était rehaussée par
+l'aisance des manières et l'éclat de la toilette. Il les avait charmées; elles
+l'avaient ébloui. Avec son imagination toujours portée à envelopper la
+beauté d'un cadre d'amour, à faire de la moindre rencontre un petit
+roman dont il était le héros, comme dans la soirée de Ballochmyle, il
+était impossible qu'au milieu de tant de séductions il ne se laissât pas
+aller à son illusion favorite. Son triomphe de parole devait l'y porter et
+lui rendre le rêve plus plausible. Mais s'il était admiré par ces hautes
+dames, il ne pouvait guère être aimé d'elles. Il en était séparé par une
+trop grande distance de position et, il faut le dire, par une trop grande
+différence de manières. L'idée d'égalité, à laquelle ses &oelig;uvres et peut-être
+plus encore sa vie ont contribué dans son pays, n'avait pas encore
+pénétré partout, et désagrégé l'esprit de classes dans l'esprit même de
+ceux qui les composent. Les déclamations humanitaires, les productions
+romanesques, qui devaient exalter les ouvriers, les soldats, les prolétaires
+de tout genre, n'avaient pas encore troublé les c&oelig;urs féminins<a id="footnotetag591" name="footnotetag591"></a><a href="#footnote591" title="Lien vers la note 591"><span class="small">[591]</span></a>. La jeune
+fille de Ballochmyle ne lui avait pas répondu. Aucune des patriciennes
+d'Édimbourg n'aurait songé à aimer ce paysan. La liberté des m&oelig;urs
+n'était pas assez grande pour qu'un caprice ou une curiosité s'aventurât
+jusqu'à lui. Tout se réunissait pour l'exclure: une grille infranchissable
+le séparait de ce jardin enchanté, le long duquel il errait comme un paria.
+Il éprouva donc, au milieu de tant d'attraits, le sentiment douloureux
+qu'ils lui étaient refusés, ce quelque chose de complexe, mais de farouche
+et d'amer, qui naît d'aveux non exprimés, d'ardeurs timides, de rêves
+brisés ou découragés par un mot indifférent, peut-être même par un
+mot aimable. Il s'en retournait de ces soirées, mécontent, agité, aigri,
+emportant un sentiment plus irrité de son obscurité, l'idée de l'injustice
+des naissances et de l'absurdité des distinctions humaines. Il y a peu de
+choses qui donnent plus d'amertume que la douce société des femmes
+quand on s'en sent exilé. Combien y a-t-il d'hommes à qui la gloire ne
+paraît souhaitable, que parce qu'elle amène l'amour? Il devait être particulièrement
+sensible à cette souffrance. Il ne faut pas oublier qu'il était
+arrivé à Édimbourg le c&oelig;ur vide et encore meurtri. Dans cette vie nouvelle,
+il ne trouvait personne à aimer. Il y avait longtemps que pareille
+chose ne lui était arrivée. Il lui manquait quelque chose; un des rouages
+essentiels de son être ne fonctionnait plus, celui qui faisait chanter les
+autres et sonner l'horloge. Il en résultait un dés&oelig;uvrement intime, une
+inoccupation du c&oelig;ur. S'il avait vécu plus longtemps dans ce monde,
+peut-être aurait-il enfin rencontré une influence violente ou douce qui
+<span class="pagenum"><a id="page238" name="page238"></a>(p. 238)</span> aurait exaspéré son inspiration ou apaisé son existence. Sa destinée ne
+lui en donna pas le temps. Ce fut un malheur pour lui. Une femme aurait
+pu avoir une bienfaisante puissance sur sa vie. Il semble l'avoir senti;
+une seule fois, il aurait pu la rencontrer; mais les circonstances s'y refusèrent.
+L'influence, toutefois, bonne ou mauvaise, fut considérable. Il
+se trouva rejeté du côté de femmes qui, avec toutes leurs qualités, ne
+pouvaient plus répondre à l'idéal plus fin et plus délicat qu'il s'était
+formé à Édimbourg et qui le laissèrent mécontent et insatisfait<a id="footnotetag592" name="footnotetag592"></a><a href="#footnote592" title="Lien vers la note 592"><span class="small">[592]</span></a>.</p>
+
+<p>Il est possible que tous ces griefs soient grossis dans l'analyse qui
+vient d'en être faite. C'est une nécessité de tout examen un peu microscopique.
+En les laissant retomber à leur grandeur réelle, mais en conservant
+l'idée de leur activité et de leurs blessures incessantes, on voit qu'il
+y avait là un sourd travail de souffrance et de mécontentement, qui ne
+pouvait pas tarder à se manifester.</p>
+
+<p>Hélas! qui démêlera jamais la part de mal contenue dans les
+événements qui se présentent le plus heureusement et dont nous nous
+réjouissons le plus? Comment aurait-on imaginé que ce séjour à Édimbourg
+deviendrait pour Burns une source de déplaisirs, plus funestes que
+ses malheurs? Et pourtant, c'est un fait, à la fois curieux et pénible à
+constater. On voit une misanthropie secrète sortir de son succès comme
+ce «quelque chose d'amer» dont parle le poète, qui surgit des douceurs et
+les empoisonne. Il avait eu jusque-là des chagrins; mais un homme n'est
+pas aigri parce qu'il gémit dans la souffrance. Ici une sorte de désenchantement
+mystérieux et général semble naître en lui, y exciter la
+défiance et le mépris des autres. Il faut le remarquer, parce que, à partir
+de ce moment, cet assombrissement de la pensée ne le quittera plus; il
+subsistera sous les clartés et les éclats de son génie, derrière les gaîtés
+de sa vie, avec cette persistance tranquille des choses ténébreuses, qui
+semblent sûres que le dernier mot leur restera. On voit paraître les premières
+paroles chagrines, indices du travail secret et important qui s'est
+fait en lui, dans ce fameux journal d'Édimbourg, qu'on crut perdu pendant
+si longtemps, et qui a été retrouvé il y a seulement quelques années<a id="footnotetag593" name="footnotetag593"></a><a href="#footnote593" title="Lien vers la note 593"><span class="small">[593]</span></a>.
+L'ironie du début est surprenante; lui en qui l'amitié était un sentiment
+si fort.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Comme j'ai vu à Édimbourg beaucoup de vie humaine et un grand nombre de
+caractères nouveaux pour quelqu'un qui a été, comme moi, élevé dans les
+ombres de la vie, j'ai pris la résolution d'écrire mes remarques, à l'endroit même.
+Gray observe, dans une de ses lettres à M<sup>r</sup> Palgrave, «qu'un demi-mot fixé sur place
+<span class="pagenum"><a id="page239" name="page239"></a>(p. 239)</span> ou tout près vaut un tombereau de souvenirs». J'ignore comment il en va avec les
+autres, mais pour moi, faire des remarques ne saurait être un plaisir solitaire. Il me
+faut quelqu'un pour être grave avec moi, quelqu'un qui me plaise et aide ma sagacité
+de ses remarques, que ce soit un homme ou une femme, et qui, de temps en temps,
+je le confesse, admire ma perspicacité et ma pénétration. Les hommes sont tellement
+occupés de leurs recherches égoïstes, de leur ambition, vanité, intérêt ou plaisir, que
+bien peu songent à faire aucune observation sur ce qui se passe autour d'eux, excepté
+quand cette observation est un surgeon ou une branche de la plante favorite qu'ils
+élèvent dans leur esprit. En dépit de toutes les hautes sentimentalités des écrivains
+de romans et de la sage philosophie des moralistes, je me demande si nous sommes
+capables d'une alliance d'amitié assez intime et assez cordiale pour que l'un de
+nous puisse épancher son c&oelig;ur, toutes ses pensées, chacune de ses fantaisies, le
+fond même de son âme, avec une confiance illimitée, sans courir le risque ou de perdre
+une partie de ce respect que l'homme exige de l'homme; ou, par suite des inévitables
+imperfections de la nature humaine, de regretter sa confiance.</p>
+
+<p>Pour ces raisons, je suis déterminé à faire de ces pages mon <span class="italic">confident</span><a id="footnotetag594" name="footnotetag594"></a><a href="#footnote594" title="Lien vers la note 594"><span class="small">[594]</span></a>. J'esquisserai,
+aussi bien que je saurai l'observer et avec une justice inflexible, chaque caractère
+qui me frappera en quelque façon; j'inscrirai des anecdotes, je noterai des
+remarques, selon le vieux terme légal, sans haine ou faveur. Si je trouve quelque
+chose d'habile, mon propre applaudissement satisfera, en quelque mesure, ma vanité,
+et, j'en demande pardon à Patrocle et à Achate, j'estime qu'un cadenas et une serrure
+sont une sécurité au moins égale au c&oelig;ur d'un ami quel qu'il soit.</p>
+
+<p>J'y mettrai également, à l'occasion, mon histoire intime, mes amours, mes excursions,
+les sourires et les humeurs de la Fortune à l'égard de ma personne de barde, mes
+poèmes et les fragments qui ne doivent jamais voir le jour. En un mot, jamais
+quatre shellings n'ont acheté autant d'amitié depuis que la Confiance est allée pour
+la première fois au marché ou que l'Honnêteté fut mise en vente.</p>
+
+<p>À ces idées de l'amitié humaine, qui semblent odieuses mais qui ne sont que
+trop justes, je ferai joyeusement et vraiment une exception: les rapports entre
+deux personnes de sexe différent, quand leurs intérêts sont unis ou absorbés par le
+lien sacré de l'amour.</p>
+
+<p class="poem10">Quand la pensée rencontre la pensée avant qu'elle ait quitté les lèvres,<br>
+Et que chaque ardent désir jaillit en même temps des deux c&oelig;urs.</p>
+
+<p>Là, sans réserve, avec exubérance, «règne et se réjouit» une confiance, une confiance
+qui exalte davantage les amants dans l'opinion l'un de l'autre, qui les rend
+plus chers dans le c&oelig;ur l'un de l'autre. Mais ceci n'est pas mon lot, et, dans ma
+situation, si je suis sage (ce que, soit dit en passant, je n'ai pas grande chance de
+devenir) mon destin doit être avec le passereau du Psalmiste «de veiller seul sur les
+toits des maisons»!<a id="footnotetag595" name="footnotetag595"></a><a href="#footnote595" title="Lien vers la note 595"><span class="small">[595]</span></a> Oh! quelle pitié!!<a id="footnotetag596" name="footnotetag596"></a><a href="#footnote596" title="Lien vers la note 596"><span class="small">[596]</span></a></p>
+</div>
+
+<p>Qui ne sent le goût amer de ces paroles? Ce sont là de singuliers
+sentiments et pleins d'une défiance qui n'était pas dans sa nature. Vers
+la fin, se trahit rapidement, par un mot, le sentiment pénible de son isolement
+parmi tant de femmes belles et qu'il admirait, entre lesquelles il
+<span class="pagenum"><a id="page240" name="page240"></a>(p. 240)</span> rêva plus d'une fois sans doute de trouver une amitié comme celle qu'il
+décrit et qu'il n'est pas son «lot» de rencontrer.</p>
+
+<p>Un peu plus loin se trouve un autre passage plus instructif parce qu'il
+est peut-être encore plus sincère. Il donne l'idée des froissements, des
+blessures, des irritations, des outrages, des colères sourdes, qui devaient
+constamment s'agiter dans son trop susceptible orgueil. Encore, le fait qui
+s'y trouve rapporté se passait-il chez le comte de Glencairn, c'est-à-dire
+chez le plus délicat et, en même temps, le plus vénéré de ses protecteurs.
+Que devait-ce être parfois, chez d'autres doués de moins de tact et inspirant
+moins de respect? Il y a là comme la rancune de mille affronts
+imaginaires, dévorés silencieusement, le frémissement de révoltes constantes,
+un germe de haine contre les distinctions sociales.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Peu des tristes maux qui existent sous le ciel me donnent plus d'impatience et
+de chagrin que la comparaison de la façon dont est reçu un homme de talent, bien
+plus, d'un mérite reconnu partout, avec la réception qui attend un simple individu
+ordinaire, décoré des harnachements et des distinctions futiles de la Fortune.
+Imaginez un homme de talent, dont le c&oelig;ur brille d'un honnête orgueil, qui a la
+conscience que tous les hommes sont nés égaux et qui, cependant, rend «honneur à
+qui honneur est dû.» Il rencontre, à la table d'un grand, un Squire Quelque chose,
+ou un Sir Quelqu'un. Il sait que, au fond du c&oelig;ur, le noble hôte lui accorde à lui, barde,
+ou quoi qu'il soit, une plus large part de ses bons souhaits que peut-être à aucune
+autre personne de la table. Cependant, combien sera-t-il mortifié de voir un individu,
+dont les capacités auraient à peine fait un tailleur de quatre sous, et dont le c&oelig;ur ne
+vaut pas trois liards, obtenir l'attention et l'intérêt qu'on oublie envers le fils du
+Génie et de la Pauvreté.</p>
+
+<p>En cela, le noble Glencairn m'a blessé jusqu'à l'âme, parce que je l'estime, le
+respecte, et l'aime chèrement. Il montra un jour tant d'attention, une si exclusive
+attention au seul imbécile de la société, puisqu'il n'y avait que sa seigneurie, le sot
+et moi, que je fus à deux doigts de jeter mon gage de mépris et de défi. Mais il me
+serra la main et eut l'air si bienveillant, quand nous nous quittâmes; Dieu le bénisse!
+Quand bien même je ne devrais jamais le revoir, je l'aimerais jusqu'au jour de ma
+mort! Je suis satisfait de me sentir capable des tressaillements de la reconnaissance,
+car je manque misérablement de quelques autres vertus<a id="footnotetag597" name="footnotetag597"></a><a href="#footnote597" title="Lien vers la note 597"><span class="small">[597]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>Plus loin encore, il y a, sur le D<sup>r</sup> Blair, un passage où se montre bien,
+avec la même susceptibilité qui éclate dans le passage précédent, l'indépendance
+avec laquelle il jugeait les plus illustres de ses patrons et le
+sentiment de l'égalité qui devait exister entre eux et lui:</p>
+
+<p class="quote">Avec le D<sup>r</sup> Blair, je suis plus à l'aise. Il ne m'arrive jamais de le respecter avec une
+humble vénération. Mais quand il s'intéresse bienveillamment à moi, ou mieux encore,
+quand il descend de son pinacle pour me rencontrer sur le terrain de l'égalité, mon
+c&oelig;ur déborde de ce qu'on appelle affection. Quand il me néglige pour la simple
+carcasse de la grandeur ou quand son &oelig;il mesure la différence de nos points d'élévation,
+je me dis, sans presque aucune émotion: «Que m'importent lui et sa pompe?<a href="#footnote597" title="Lien vers la note 597"><span class="small">[597]</span></a>»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page241" name="page241"></a>(p. 241)</span> Ainsi, au-dessous de si belles apparences, il y avait une dissonance
+cachée, à peine sensible, mais réelle. Il y avait, selon une jolie expression
+anglaise, «une fente dans quelque endroit du luth». Ces sentiments
+étaient, de part et d'autre, inconscients ou fugitifs, et, à coup sûr, secrets.
+Mais ils ne pouvaient tarder à se déclarer, à devenir plus exigeants. Si
+l'accord ne s'est pas fait dans la force de la sympathie première, il ne se
+fera plus maintenant qu'elle est épuisée, et, de ce côté du moins, la partie
+est perdue.</p>
+
+<p class="p2">Ce défaut d'entente contribua à éloigner insensiblement Burns d'un
+monde où il était gêné et le poussa vers des sociétés plus aisées, plus
+sans façon, plus plébéiennes, pour ainsi dire, et aussi plus en
+rapport avec ses goûts et ses propres manières. Malheureusement, il y
+avait de ce côté-là des dangers. Il allait se trouver jeté dans des habitudes
+de vie dont il faut connaître la puissance pour comprendre
+combien il était difficile d'y échapper. Il sera nécessaire de toujours les
+avoir à l'esprit pendant la vie du poète, pour ne pas oublier quelle part
+de ses excès revient aux m&oelig;urs de son temps. C'est, du reste, un tableau
+qui ne manque pas de saveur.</p>
+
+<p>Une ivrognerie générale existait alors dans toute l'Angleterre et à tous
+les rangs. C'était le temps où Robert Walpole commandait à son fils
+Horace de se verser deux verres de vin pour chacun des siens, parce
+qu'il n'était pas convenable qu'un fils vît son père en état d'ivresse.
+C'était le temps où Fox venait au Parlement, la tête enveloppée de serviettes
+mouillées pour dissiper les effets du vin. Mais ce défaut était encore
+beaucoup plus marqué en Écosse. L'ivrognerie était un des traits caractéristiques
+du pays. Elle était, pour ainsi dire, universelle, régnant dans
+toutes les classes, s'attaquant à toutes les têtes, troublant en même temps
+les cervelles obscures des bergers et des paysans et les cerveaux les plus
+clairs des professeurs et des savants, brouillant, à de certaines heures,
+du haut en bas, toutes les idées du pays. Il ne faut calomnier personne,
+et on a quelque hésitation à être aussi affirmatif; nous ne voudrions
+toucher à ce point singulier qu'avec les témoignages et les aveux
+d'Écossais.</p>
+
+<p>Ils viennent, s'offrent de toutes parts. On n'a qu'à prendre au hasard.
+Dean Ramsay dit: «Un autre changement dans les m&oelig;urs, qui s'est
+effectué à la mémoire de beaucoup de personnes actuellement vivantes,
+a rapport aux habitudes de convivialité, ou, pour parler plus clairement,
+au bannissement de l'<span class="italic">ivrognerie</span> de la société polie. C'est à la
+vérité un changement important et béni. Mais c'est un changement
+dont beaucoup de ceux qui vivent aujourd'hui ne peuvent guère
+imaginer l'étendue. Il est à peine possible de se figurer les scènes
+qui avaient lieu, il y a soixante-dix ou quatre-vingts ans, ou même
+<span class="pagenum"><a id="page242" name="page242"></a>(p. 242)</span> moins<a id="footnotetag598" name="footnotetag598"></a><a href="#footnote598" title="Lien vers la note 598"><span class="small">[598]</span></a>.» Cockburn dit: «Deux vices qui, depuis longtemps, sont
+bannis de toute société respectable, étaient répandus, pour ne pas dire
+universels, parmi toutes les hautes classes: jurer et se griser. Rien
+n'était plus commun pour des gentlemen, qui avaient dîné avec des
+dames et qui se proposaient de les rejoindre, que de s'enivrer.
+S'enivrer dans une taverne semblait la conséquence naturelle sinon
+préméditée d'y être entré<a id="footnotetag599" name="footnotetag599"></a><a href="#footnote599" title="Lien vers la note 599"><span class="small">[599]</span></a>.» Chambers dit: «La dissipation dans les
+tavernes, maintenant si rare parmi les classes respectables, régnait
+auparavant à Édimbourg, à un degré remarquable, et absorbait les
+heures de loisir de tous les hommes de professions libérales, sans en
+excepter à peine les plus sévères et les plus austères. Aucun rang,
+aucune classe, aucune profession ne formait exception à cette règle<a id="footnotetag600" name="footnotetag600"></a><a href="#footnote600" title="Lien vers la note 600"><span class="small">[600]</span></a>.»
+Rogers dit: «L'ivrognerie n'était pas limitée à une classe particulière,
+tous buvaient, depuis le prince jusqu'au mendiant<a id="footnotetag601" name="footnotetag601"></a><a href="#footnote601" title="Lien vers la note 601"><span class="small">[601]</span></a>.»</p>
+
+<p>Mais ces témoignages, pour si affirmatifs qu'ils soient, ne donnent
+pas l'impression d'ivrognerie universelle, continuelle, normale, qui se
+dégage de mille détails. Elle sort de partout et il faut vraiment la
+rencontrer de tous côtés pour y ajouter foi. C'était, à la lettre, une
+habitude reconnue et presque exigée par les m&oelig;urs. Les dîners devaient
+se terminer par l'ivresse générale des hommes; ceux qui ne pouvaient
+pas boire restaient chez eux<a id="footnotetag602" name="footnotetag602"></a><a href="#footnote602" title="Lien vers la note 602"><span class="small">[602]</span></a>. Quand les dames se retiraient, les hommes
+buvaient seuls<a id="footnotetag603" name="footnotetag603"></a><a href="#footnote603" title="Lien vers la note 603"><span class="small">[603]</span></a>. On passait les vins. On portait des toasts auxquels
+personne ne pouvait se dérober. La plupart du temps, les convives
+étaient gris quand ils remontaient au salon<a id="footnotetag604" name="footnotetag604"></a><a href="#footnote604" title="Lien vers la note 604"><span class="small">[604]</span></a>. Mainte fois, les invités
+roulaient à terre<a id="footnotetag605" name="footnotetag605"></a><a href="#footnote605" title="Lien vers la note 605"><span class="small">[605]</span></a> et ces corps étendus donnaient à la salle l'aspect d'un
+bivouac. La chose était si bien convenue que toutes les précautions
+étaient prises. Dans certaines maisons, on avait deux highlanders,
+chargés de transporter les hôtes dans leurs chambres<a id="footnotetag606" name="footnotetag606"></a><a href="#footnote606" title="Lien vers la note 606"><span class="small">[606]</span></a>. Ailleurs, c'était
+mieux encore. Mackenzie racontait l'incroyable histoire suivante. Il était
+un jour à un dîner et, ne voyant d'autre façon de s'échapper, il s'était
+laissé glisser sous la table, parmi les cadavres qui y étaient déjà; on en
+était réduit à ces subterfuges. Après un instant, il sent à sa gorge le
+tâtonnement de deux mains. Il demande ce que c'est, et on lui répond:
+<span class="pagenum"><a id="page243" name="page243"></a>(p. 243)</span> «Monsieur, je suis le domestique qui vient dénouer les cravates<a id="footnotetag607" name="footnotetag607"></a><a href="#footnote607" title="Lien vers la note 607"><span class="small">[607]</span></a>.» Dans
+toutes les occasions, on buvait, aux baptêmes, aux mariages, en concluant
+les affaires, aux funérailles mêmes. Celles-ci donnaient lieu à de
+véritables orgies. Il arrivait souvent que ceux qui portaient le cercueil et
+ceux qui le suivaient trébuchaient; tout le cortège, y compris le mort,
+zigzaguait. Une fois même, devant la fosse, ils s'aperçurent qu'ils
+avaient laissé le cercueil, au bord de la route, près de l'auberge où ils
+s'étaient arrêtés pour boire<a id="footnotetag608" name="footnotetag608"></a><a href="#footnote608" title="Lien vers la note 608"><span class="small">[608]</span></a>.</p>
+
+<p>L'ivrognerie avait même une sorte de caractère officiel et une consécration,
+par suite de la position sociale de ceux qui s'y adonnaient
+ouvertement. C'étaient les juges surtout, ces vieux juges écossais, si
+clairs, si instruits, si intègres, dont les noms sont restés honorés, qui
+étaient les meilleurs soutiens, et, pour ainsi parler, les plus fermes
+piliers de la tradition. «Être soûl comme un juge» était un proverbe<a id="footnotetag609" name="footnotetag609"></a><a href="#footnote609" title="Lien vers la note 609"><span class="small">[609]</span></a>.
+Leurs habitudes sembleraient incroyables, si elles n'étaient affirmées
+par des témoins comme Lord Cockburn. À Édimbourg, on plaçait, sur
+le tribunal même, des carafes d'eau, des verres et de bonnes bouteilles
+noires de vin de Porto. Les juges écoutaient les affaires en se versant à
+boire. Ceux qui avaient la tête solide y résistaient assez bien; mais les
+plus faibles s'en ressentaient. «Non pas, dit drôlement Lord Cockburn,
+que l'hermine fût jamais absolument grise, mais elle était certainement
+quelquefois émue.» Néanmoins rien n'était perceptible à distance; ils
+avaient tous acquis l'habitude de siéger et de conserver un air suffisamment
+judiciaire, même quand leurs flacons étaient tout à fait vides.
+Dans les <span class="italic">circuits</span>, cela prenait une autre forme. Les séances étaient
+coupées par de longs dîners, où juges, conseils, greffiers, jurés et
+prévost festoyaient ensemble. Après quoi, on retournait aux transportations
+et aux pendaisons. Quand, le soir, la cour s'en retournait, précédée
+de trompettes, on remarquait souvent «que le pas de la procession
+suivait moins bien la musique que le matin<a id="footnotetag610" name="footnotetag610"></a><a href="#footnote610" title="Lien vers la note 610"><span class="small">[610]</span></a>.» Le type le plus achevé
+de ces anciens juges était lord Hermand, un homme excellent, intègre
+et aimé de tous. «Les buveurs ordinaires, dit Cockburn, dans un charmant
+portrait de lui, tout plein de raillerie et de tendresse contenues,
+les buveurs ordinaires pensent que boire est un plaisir, mais pour
+Hermand, c'était une vertu. Il avait pour la boisson un respect sincère,
+en vérité, une haute approbation morale, avec une sérieuse compassion
+pour les malheureux qui ne pouvaient pas s'y livrer, et un juste mépris
+pour ceux qui le pouvaient et ne le faisaient pas.» Un jour, on jugeait
+<span class="pagenum"><a id="page244" name="page244"></a>(p. 244)</span> à Glasgow, un jeune homme qui, à la suite d'une orgie et dans un jeu
+imprudent, avait légèrement, mais si malheureusement, frappé d'un
+couteau un de ses amis, que celui-ci avait expiré sur le coup. Les autres
+juges voyaient qu'il n'y avait guère de culpabilité. Mais Hermand, irrité
+du discrédit que ce fait jetait sur la boisson, demandait la transportation,
+et le tribunal entendait cette inoubliable conclusion: «On nous dit
+qu'il n'y avait pas de méchanceté et que le prisonnier était pris de
+boisson. Pris de boisson! Quoi! Il était ivre! et cependant il a assassiné
+l'homme qui avait bu avec lui! Ils avaient festoyé toute la nuit et
+cependant il l'a poignardé, après avoir bu toute une bouteille de rhum
+avec lui! Bon Dieu! mes Lords, s'il peut faire cela quand il est gris,
+que ne fera-t-il pas quand il est sobre?<a id="footnotetag611" name="footnotetag611"></a><a href="#footnote611" title="Lien vers la note 611"><span class="small">[611]</span></a>» Le circuit dont il faisait
+partie était connu sous le nom de <span class="italic" lang="en">Daft Circuit</span>, comme qui dirait le circuit
+gris<a id="footnotetag612" name="footnotetag612"></a><a href="#footnote612" title="Lien vers la note 612"><span class="small">[612]</span></a>. Et cependant il mourut sans savoir ce que c'est qu'un mal de tête,
+à quatre-vingt-quatre ans<a id="footnotetag613" name="footnotetag613"></a><a href="#footnote613" title="Lien vers la note 613"><span class="small">[613]</span></a>. Quand l'ébriété commença à déchoir dans
+le pays, la magistrature, qui en avait été la place forte, en fut le dernier
+refuge.</p>
+
+<p>Dire que l'ivrognerie était acceptée par les m&oelig;urs et consacrée par la
+magistrature, ce n'est pas encore donner une idée suffisante de son
+importance. Elle était devenue une des conditions de succès dans la vie.
+Sans elle, il était impossible de prendre part aux affaires, de se mêler
+aux hommes, de tenir sa place au milieu d'eux. Quelqu'un d'incapable de
+boire était impropre à la vie publique, quels que fussent son intelligence
+et son caractère. Il en était exclu, comme on peut l'être aujourd'hui par
+une santé débile. Et cela était aussi vrai des ecclésiastiques que des
+autres. Il y a peu de traits plus significatifs à cet égard que deux passages
+très tranquilles du D<sup>r</sup> Carlyle. À ses yeux, ces choses étaient naturelles.
+Parlant du D<sup>r</sup> Webster, un des hommes les plus remarquables et un des
+chefs du clergé écossais, il dit: «Son apparence de grande rigidité en
+religion, à laquelle il avait été habitué par son père, n'empêchant
+nullement son humeur conviviale, il était regardé comme d'excellente
+compagnie même par des gens de m&oelig;urs dissolues, et comme il était un
+homme de cinq bouteilles, il pouvait les mettre tous sous la table. Mais
+comme il ne se trouvait jamais pire pour avoir bu, au moins d'une façon
+indécente, et que l'amour du claret, à quelque degré qu'il fût, n'était pas
+estimé en ces jours-là un péché en Écosse, tous ses excès étaient
+pardonnes<a id="footnotetag614" name="footnotetag614"></a><a href="#footnote614" title="Lien vers la note 614"><span class="small">[614]</span></a>.» Et parlant d'un autre, il porte ce jugement, peut-être plus
+caractéristique encore: «Le D<sup>r</sup> Patrick Cuming était, à cette époque, à la
+tête du parti modéré; et si son caractère avait été égal à ses talents,
+<span class="pagenum"><a id="page245" name="page245"></a>(p. 245)</span> il aurait pu le rester longtemps, car il avait du savoir, de la sagacité,
+une conversation très agréable, avec une constitution capable de supporter
+la convivialité des temps<a id="footnotetag615" name="footnotetag615"></a><a href="#footnote615" title="Lien vers la note 615"><span class="small">[615]</span></a>.» Ainsi, la capacité de boire était une
+qualité indispensable pour être à la tête d'une des fractions du clergé.
+Il n'est guère possible de rencontrer un aveu qui dépasse celui-ci. On peut
+se faire, d'après la position sociale qu'occupait alors l'ivrognerie, quelque
+idée de son pouvoir. Ce n'est pas trop dire que se griser était un des
+attributs de l'homme, comme d'aller à la chasse ou de monter à cheval;
+on n'y prêtait pas d'autre importance et il ne s'y attachait aucun blâme.</p>
+
+<p>Naturellement Édimbourg était la métropole de cette intempérance
+nationale. On y buvait du haut en bas de la société, depuis Dugald
+Stewart, qui était peut-être le plus parfait gentilhomme de la ville et un
+des hommes les plus purs qui aient vécu, jusqu'au dernier des <span class="italic" lang="en">caddies</span>.
+C'était la ville des clubs et des tavernes.</p>
+
+<p>Les premiers étaient innombrables. Il y en avait de tous genres, depuis
+le célèbre club du <span class="italic">Tisonnier</span> auquel appartenaient Hume, Ferguson,
+Carlyle, Richardson, Blair, jusqu'aux clubs infimes où les petits boutiquiers
+se réunissaient après avoir fermé leurs échoppes. Il y en avait de
+toutes les appellations et de tous les règlements. C'étaient le <span class="italic">Club du Cap</span>
+auquel avait appartenu le poète Fergusson; le <span class="italic">Club Antemanum</span> ainsi
+nommé parce qu'on réglait d'avance; le <span class="italic">Club des Prodigues</span> parce que la
+dépense était restreinte à neuf sous; le Club des <span class="italic">Verrats</span>; le <span class="italic">Club du Feu
+d'Enfer</span>, association de terribles débauchés; le <span class="italic">Club sale</span> où les membres
+n'avaient pas le droit de se présenter en linge propre; <span class="italic">les Originaux</span> où
+on écrivait son nom à l'envers; <span class="italic">les Seigneurs du bonnet</span> parce que les
+membres portaient des bonnets bleus; les <span class="italic">Perruques noires</span><a id="footnotetag616" name="footnotetag616"></a><a href="#footnote616" title="Lien vers la note 616"><span class="small">[616]</span></a>. Ils pullulaient
+de toutes parts, avec leurs titres énigmatiques dus à quelque plaisanterie
+goûtée des initiés et dont le sel est perdu, avec leurs rites bizarres et
+grotesques, où les graves citoyens semblaient prendre leur revanche
+de la monotonie de leur vie. Le même individu appartenait souvent
+à plusieurs clubs et alors chacune de ses soirées était prise. Le trait
+commun de toutes ces réunions, c'est qu'on y buvait lourdement. «Les
+clubs d'Edinburgh, dit le D<sup>r</sup> Rogers, étaient les scènes d'une dissipation
+dans sa forme la plus révoltante. Le <span class="italic">Poker Club</span> était composé d'hommes
+de lettres dont les faiblesses sociales s'accordaient mal avec leurs
+goûts littéraires. En sortant de leurs clubs, les membres s'en allaient
+titubants, plus ou moins ivres<a id="footnotetag617" name="footnotetag617"></a><a href="#footnote617" title="Lien vers la note 617"><span class="small">[617]</span></a>.» Et c'était le club des premiers hommes
+du pays<a id="footnotetag618" name="footnotetag618"></a><a href="#footnote618" title="Lien vers la note 618"><span class="small">[618]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page246" name="page246"></a>(p. 246)</span> Et les tavernes, les vieilles tavernes d'Édimbourg, innombrables elles
+aussi! Perdues au fond des cours, éparses dans les étroites ruelles,
+blotties au pied de ces immenses maisons, ressemblant souvent à des
+caves, on les trouvait partout. N'ayant jamais un rayon de soleil, basses,
+sombres, sales, gluantes et puantes du relent des boissons, elles semblaient
+ainsi plus retirées et plus confortables<a id="footnotetag619" name="footnotetag619"></a><a href="#footnote619" title="Lien vers la note 619"><span class="small">[619]</span></a>. Elles étaient un des
+organes de la vie publique. C'est là que se commentaient les nouvelles
+et que se faisaient toutes les affaires. Il n'y avait pas si longtemps que
+les médecins y donnaient leurs consultations. Les plus grands avocats et
+les plus grands légistes de l'époque y donnaient encore les leurs<a id="footnotetag620" name="footnotetag620"></a><a href="#footnote620" title="Lien vers la note 620"><span class="small">[620]</span></a>. Il était
+inutile de chercher un homme de loi chez lui; on n'y songeait pas. Il
+fallait découvrir sa taverne où on le trouvait au milieu de papiers et de
+clients<a id="footnotetag621" name="footnotetag621"></a><a href="#footnote621" title="Lien vers la note 621"><span class="small">[621]</span></a>. Quand une affaire était conclue, on faisait apporter à boire,
+comme aujourd'hui nos paysans aux francs-marchés. On y buvait du
+claret pris au tonneau, du porter, de l'ale d'Édimbourg, sorte de liquide
+épais et puissant dont on ne pouvait guère dépasser une bouteille<a id="footnotetag622" name="footnotetag622"></a><a href="#footnote622" title="Lien vers la note 622"><span class="small">[622]</span></a>, et
+du <span class="italic" lang="en">cappie ale</span>, servie dans des coupes de bois et sur laquelle on mettait un
+petit chapeau d'eau-de-vie<a id="footnotetag623" name="footnotetag623"></a><a href="#footnote623" title="Lien vers la note 623"><span class="small">[623]</span></a>. Le soir était le grand moment des tavernes.
+Ceux qui veulent en avoir une description fidèle n'ont qu'à relire les
+chapitres de <span class="italic">Guy Mannering</span>, consacrés à l'avocat Paul Pleydell.</p>
+
+<p>Les dames, les dames elles-mêmes, je dis les dames de la haute
+société, n'échappaient pas à la contagion<a id="footnotetag624" name="footnotetag624"></a><a href="#footnote624" title="Lien vers la note 624"><span class="small">[624]</span></a>. Toutes, sans doute, n'allaient
+pas aussi loin que les trois dont Chambers raconte l'histoire. Elles
+avaient eu dans une taverne, près de la Croix, une réunion joyeuse
+qui s'était prolongée tard. Quant elles en sortirent, il faisait beau clair
+de lune. Elles montèrent bravement la Grand'rue, jusqu'à l'endroit où le
+clocher de l'église de la Troon jetait en travers son ombre noire. Quel
+était cet obstacle? Elles s'imaginèrent que c'était une rivière. Les voilà
+assises sur la berge de l'ombre, retirant leurs chaussures et leurs bas.
+Puis, relevant leurs jupes, elles traversèrent, avec précaution, le flot
+sombre et, arrivées sur l'autre rive, se rassirent, remirent leurs souliers
+et continuèrent leur chemin, se réjouissant d'avoir si bien passé le gué<a id="footnotetag625" name="footnotetag625"></a><a href="#footnote625" title="Lien vers la note 625"><span class="small">[625]</span></a>.
+Elles ne furent pas probablement les seules, car M. Charles Kirkpatrick
+<span class="pagenum"><a id="page247" name="page247"></a>(p. 247)</span> Sharpe, un vieux gentilhomme très sec, très poli et très caustique, qui
+se promenait, au commencement de ce siècle, avec le costume du siècle
+dernier et savait, sur ses contemporains et leurs ancêtres, une foule de
+méchantes histoires, avait à ce sujet une chanson qu'il disait de sa
+voix aiguë<a id="footnotetag626" name="footnotetag626"></a><a href="#footnote626" title="Lien vers la note 626"><span class="small">[626]</span></a>:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Il y avait quatre dames grises<br>
+Qui sont restées ensemble,<br>
+Depuis midi, un matin de mai,<br>
+Jusqu'à dix heures sonnées du soir;<br>
+Jusqu'à dix heures sonnées du soir;<br>
+Alors, elles y renoncèrent.<br>
+Et il y eut quatre dames grises<br>
+Qui descendirent le Nether Bow<a id="footnotetag627" name="footnotetag627"></a><a href="#footnote627" title="Lien vers la note 627"><span class="small">[627]</span></a>.</p>
+
+<p>Cela fait au moins sept dames écossaises qui se grisèrent pendant le
+<span class="smcap85">XVIII</span><sup>e</sup> siècle. Sans doute il n'y en eut pas d'autres. Toutefois, c'était une
+coutume parmi celles de la plus haute société que de faire des parties dans
+les caves à huîtres, les oyster cellars. En hiver, après la tombée de la brune,
+on prenait rendez-vous avec quelques gentlemen, et on allait, en
+carrosse, passer sa soirée dans un de ces trous sordides qu'on appelait des
+basses boutiques<a id="footnotetag628" name="footnotetag628"></a><a href="#footnote628" title="Lien vers la note 628"><span class="small">[628]</span></a>. On s'y régalait de <span class="italic" lang="en">porter</span>, une bière très brune, et
+d'huîtres, placées dans de grands plats en bois sur des tables grossières
+éclairées par une chandelle. Il était convenu que la conversation y était
+plus libre, plus hardie et presque sans frein. Elle se délassait de la
+bienséance des salons. Quand on avait déblayé les tables, on apportait
+du cognac ou du punch au rhum, selon le goût des dames. On dansait
+ensuite. Dans ces parties élégantes il arrivait que les ladies faisaient
+danser avec elles les huîtrières, bien qu'elles eussent la pire réputation.
+Tout cela allait, dit Chambers, sous le nom commode d'escapade<a id="footnotetag629" name="footnotetag629"></a><a href="#footnote629" title="Lien vers la note 629"><span class="small">[629]</span></a>. Plus
+de dix années après le séjour de Burns, lord Melville, qui était alors
+ministre de la guerre, et la duchesse de Gordon, notre connaissance,
+la protectrice du poète, se retrouvant à Édimbourg, firent une partie de
+cave à huîtres et consacrèrent une soirée à ce plaisir de leur jeunesse<a id="footnotetag630" name="footnotetag630"></a><a href="#footnote630" title="Lien vers la note 630"><span class="small">[630]</span></a>.
+C'était la façon d'alors d'aller au cabaret.</p>
+
+<p>Aussi quand la nuit tombait, une vie souterraine s'éveillait de toutes
+parts dans les entrailles de la vieille cité. On voyait les hommes les plus
+distingués s'enfoncer par groupes dans ces étroites ruelles, s'engloutir
+dans ces trous noirs, au fond desquels étaient les tavernes mal éclairées<a id="footnotetag631" name="footnotetag631"></a><a href="#footnote631" title="Lien vers la note 631"><span class="small">[631]</span></a>.
+<span class="pagenum"><a id="page248" name="page248"></a>(p. 248)</span> Comme les souvenirs classiques ne leur manquaient pas, ils les comparaient
+aux grottes de l'Averne, aux allées de l'Érèbe, aux antres du
+Cocyte, aux régions infernales et fuligineuses<a id="footnotetag632" name="footnotetag632"></a><a href="#footnote632" title="Lien vers la note 632"><span class="small">[632]</span></a>. Accoudés à des tables
+grossières, ils étaient là pour toute la soirée et souvent pour toute la
+nuit. C'étaient des causeries, des discussions, des chansons. Une bonhomie,
+une jovialité, une camaraderie universelle faisaient le charme de ces
+réunions. C'était le délassement de la journée; ces esprits graves se
+récréaient, prenaient leurs ébats. On buvait amicalement d'interminables
+tournées de claret, de punch ou de whiskey.</p>
+
+<p>Puis, vers les dernières heures de la nuit ou aux petites heures du
+jour, ils ressortaient souvent en état d'ivresse, s'en retournaient chez
+eux d'une marche désordonnée. «Ah! Docteur, si vos paroissiens vous
+voyaient, que diraient-ils?&mdash;Tut, homme! ils n'en croiraient pas leurs
+yeux<a id="footnotetag633" name="footnotetag633"></a><a href="#footnote633" title="Lien vers la note 633"><span class="small">[633]</span></a>.» C'était le D<sup>r</sup> Webster qui rentrait chez lui. «Où reste John
+Clark?&mdash;Mais, vous êtes John Clark lui-même!» répond le vieux
+garde à qui on pose cette question. «Je ne te demande pas où est John
+Clark, mais où est sa maison». C'était, en effet, John Clark, un des
+premiers avocats du temps qui fut peu après nommé juge<a id="footnotetag634" name="footnotetag634"></a><a href="#footnote634" title="Lien vers la note 634"><span class="small">[634]</span></a>. «Rien n'était
+plus commun le matin que de rencontrer des hommes de haut rang et de
+dignité officielle s'en retourner chez eux en titubant, en sortant d'une
+ruelle de la High Street où ils avaient passé la nuit à boire. Il n'était pas
+rare de voir deux ou trois des très honorables lords du Conseil et de la
+Session monter au tribunal le matin dans un état crapuleux<a id="footnotetag635" name="footnotetag635"></a><a href="#footnote635" title="Lien vers la note 635"><span class="small">[635]</span></a>.» Souvent,
+juges et avocats, en sortant de la séance, allaient souper ensemble,
+prolongeaient leurs potations jusqu'au jour et se levaient de table pour
+aller au Parlement reprendre l'affaire<a id="footnotetag636" name="footnotetag636"></a><a href="#footnote636" title="Lien vers la note 636"><span class="small">[636]</span></a>. La grande rue d'Édimbourg a
+certainement vu tituber la plupart des célébrités de cette époque.</p>
+
+<p>Chose étrange! Beaucoup de ces hommes étaient si solides et d'une
+telle résistance que leur santé n'était pas affectée par ces excès quotidiens,
+et que la lucidité de leur intelligence restait entière, au milieu des plus
+accablantes débauches<a id="footnotetag637" name="footnotetag637"></a><a href="#footnote637" title="Lien vers la note 637"><span class="small">[637]</span></a>. Le célèbre avocat Hay estimait qu'il était plus
+propre à élucider une affaire quand il avait pris ses six bouteilles de
+claret, et un de ses clercs racontait qu'il lui avait dicté le meilleur de ses
+mémoires un jour qu'il les avait bues<a id="footnotetag638" name="footnotetag638"></a><a href="#footnote638" title="Lien vers la note 638"><span class="small">[638]</span></a>. De lord Harmand, quelqu'un qui
+l'avait bien connu disait «qu'aucune orgie n'avait jamais ébranlé sa
+santé, car il ne fut jamais malade, ni diminué son goût pour la famille et
+<span class="pagenum"><a id="page249" name="page249"></a>(p. 249)</span> la tranquillité, ni embrouillé sa tête; il n'en dormait que plus profondément,
+et s'en levait plus tôt et plus calme<a id="footnotetag639" name="footnotetag639"></a><a href="#footnote639" title="Lien vers la note 639"><span class="small">[639]</span></a>». Après ces nuits terribles, la
+plupart rentraient chez eux, se baignaient la tête dans l'eau froide,
+secouaient l'ivresse comme un reste de sommeil, et s'en retournaient à
+leurs occupations très sûrs et très calmes<a id="footnotetag640" name="footnotetag640"></a><a href="#footnote640" title="Lien vers la note 640"><span class="small">[640]</span></a>. Il fallait pour cela des constitutions
+d'une incroyable solidité, des constitutions indestructibles, telles
+qu'en fournit une race neuve, rude, récente du sol et pleine encore de
+la force des chênes et des rocs. Elle s'affaiblit maintenant et les plus
+robustes buveurs se plaignent que les coupes de leurs pères et de leurs
+oncles soient trop profondes pour eux. Mais, même alors, pour les natures
+protégées par une santé moins épaisse, ou dans laquelle il y avait un
+point faible, ce régime était fatal. Il l'était surtout pour les natures
+excitables, qui se dépensaient de plusieurs façons, et puisaient, dans des
+excès de boisson, de la fièvre pour des excès de travail ou de plaisir.
+Combien furent ainsi usés ou brisés prématurément!</p>
+
+<p class="p2">Burns fut bientôt lancé dans cette vie nocturne de tavernes où l'attendaient
+des excès de tous genres. Il y était poussé par la recherche du
+plaisir, naturelle en un homme de son âge; mais aussi par des causes
+plus intéressantes. Il y était accueilli et attiré par une classe d'hommes
+avec lesquels il se trouvait plus en sympathie et plus à l'aise. Ils n'étaient
+pas illustres comme ceux des hauts salons; ils leur cédaient par l'éducation,
+par un certain affinement de goût et de manières, et aussi par le
+ton moral ordinaire; mais ils leur étaient à peine inférieurs en savoir et
+en puissance intellectuelle. Il y avait des juges, des avocats, des professeurs,
+des écrivains, un peu au-dessous des premiers par la tenue et la
+conduite de la vie, plutôt que par le rang de l'esprit. N'étant pas contenue
+par le souci de la position, leur conversation avait peut-être plus de
+hardiesse, d'imprévu et d'originalité. Ils étaient moins cosmopolites,
+plus foncièrement écossais; ils avaient plus la saveur du terroir; ils
+étaient plus faits pour être charmés par Burns et pour lui plaire. Lui, de
+son côté, se trouvait plus à l'aise au milieu d'eux. Il y rencontrait une
+cordialité plus franche, des façons moins compliquées. Il était débarrassé
+de la convenance des salons qui lui était une contrainte. Peu à peu,
+il se sentit porté vers eux.</p>
+
+<p>Il ne tarda pas à être un des habitués d'une des tavernes les plus
+connues de la ville, tenue par un certain Dawney Douglas. C'était un gaël
+très paisible, à qui on faisait chanter une chanson plaintive et superstitieuse
+des Hautes-Terres: la femme de Colin était morte et elle revenait
+<span class="pagenum"><a id="page250" name="page250"></a>(p. 250)</span> traire les vaches au crépuscule. La chanson s'appelait <span class="italic" lang="en">Cra-Chalieis</span>
+c'est-à-dire les bêtes à Colin. Vers l'époque où l'Écosse était agitée par
+l'établissement d'une milice et où se formaient de tous côtés des régiments
+de miliciens, la taverne était fréquentée par une réunion de bons
+vivants qui avaient pris le titre de <span class="italic" lang="en">Crochallan fencibles</span>, comme s'ils avaient
+dit: les volontaires des vaches à Colin. C'était une société de rudes
+buveurs, tous hommes intelligents, mais plus rugueux et plus âpres,
+d'une jovialité parfois grossière. C'étaient Charles Hay, un des premiers
+avocats de son temps; Alexandre Cunningham, écrivain au signet qui
+devint plus tard bijoutier; William Dunbar, écrivain au signet; Smellie,
+l'imprimeur de Burns, auteur d'une <span class="italic">Philosophie de l'Histoire naturelle</span>,
+un esprit original et fort, une de ces têtes écossaises, si solides, hérissées
+de cheveux grisonnants; William Nicol, professeur de latin à la High
+School, un homme qui, en vigueur d'intelligence, en impétuosité de
+passion à la fois déréglée et généreuse, ressemblait à Burns, et qui,
+pour son habileté et sa facilité en composition latine, était peut-être
+sans rival en Europe, mais dont les vertus et le génie furent obscurcis
+par des habitudes d'excès bachiques. Il y avait aussi un des collègues
+de Nicol nommé Cruikshank. Burns fut enrôlé parmi les <span class="italic">Crochallans</span>.
+Presque tous devinrent ses amis et, de toutes ses connaissances d'Édimbourg,
+les noms qui reparaissent le plus souvent et persistent le plus
+longtemps dans sa correspondance sont ceux des habitués de la taverne
+de Dawney Douglas.</p>
+
+<p>C'était une bonne fortune aux Crochallans quand Burns y apparaissait,
+et plus d'un soir, en sortant des salons, il dut venir s'y reposer de leur
+contrainte. On accueillait son entrée d'applaudissements, on lui faisait
+place, on s'apprêtait à l'écouter. Ces murs enfumés eurent assurément
+le meilleur du génie qu'il dépensa à Édimbourg. Il fut là plus
+spirituel et plus éloquent qu'ailleurs. Sa verve y était plus libre et
+plus fougueuse; son esprit se déployait plus franchement, s'échauffait,
+s'enflammait. Ses auditeurs le comprenaient mieux, le fêtaient, riaient
+plus bruyamment de ses mots, n'étaient pas offensés par une idée hardie
+ou par une expression leste. Au contraire, les rires augmentaient avec
+la vivacité des images et des termes. Il se grisait de ce bruit; chacune
+de ses saillies partait de l'endroit où ils avaient applaudi la dernière et
+allait plus loin. Le choc des verres, les chansons, les refrains repris en
+ch&oelig;ur, les bravos, l'excitaient; une pointe d'ivresse venait. Les dernières
+heures de la soirée passaient rapidement et celles de la nuit passaient
+inaperçues. Parfois même, lorsqu'on sortait, l'ombre était encore au
+pied des maisons et dans les ruelles, mais déjà «le matin de ses jolis
+sourires pourpres baisait le coq aérien de St.-Giles.»</p>
+
+<p>C'était une vie qui n'allait pas sans ses détériorations et ses dangers,
+car les choses n'en restaient pas toujours là. Parfois l'ivresse devenait
+<span class="pagenum"><a id="page251" name="page251"></a>(p. 251)</span> plus lourde et plus épaisse. Au lieu de s'arrêter de ce côté-ci de la gaîté,
+du côté léger et vif, elle la traversait, allait jusqu'à l'autre bord, où
+commencent la pesanteur et la brutalité. Comme Burns faisait tout avec
+emportement et une sorte de bravade, comme il s'y dépensait de mille
+manières, ces soirées devaient être très préjudiciables à sa santé
+physique. D'autres dangers, qui se tiennent à l'écart de l'homme de sang-froid
+mais assaillent l'homme échauffé et troublé par la boisson,
+l'attendaient au sortir de la taverne. Les tentations et les vices ne
+manquaient pas à Édimbourg, qui était comme toutes les grandes villes.
+Fergusson nous a montré, sous les réverbères, ces femmes aux yeux
+alourdis et au visage triste qui connurent la beauté, fredonnant aux
+passants des refrains vicieux et les lettres de Théophrastus se plaignent
+du nombre des maisons «d'accommodation civile<a id="footnotetag641" name="footnotetag641"></a><a href="#footnote641" title="Lien vers la note 641"><span class="small">[641]</span></a>». Quelque grossières
+que fussent ces tentations, quelque hideuses même qu'elles apparaissent
+parfois quand le jour et la raison ont retrouvé leur clarté, dans la lueur
+douteuse de la nuit et de l'ivresse, elles sont toujours assez efficaces.
+Burns y fut conduit et s'y laissa prendre. L'ardeur de son tempérament
+et un peu aussi l'attrait, que l'éclat voyant et brutal dont se pare le vice
+exerce sur l'&oelig;il novice d'un campagnard, l'entraînement, l'exemple
+agirent sur lui. Heron, qui le connut très bien pendant cette période, a
+fortement marqué ces dessous de sa vie d'Édimbourg:</p>
+
+<p class="quote">Malheureusement il arriva ce qui était naturel dans les circonstances extraordinaires
+où Burns se trouva placé. Il ne sut pas assumer assez de froideur pour rejeter
+la familiarité de tous ceux qui, sans attachement sérieux pour lui, l'entouraient
+d'importunités, pour obtenir sa connaissance et son intimité. Il fut insensiblement
+conduit à s'associer, moins avec les hommes savants, austères et d'une tempérance
+rigoureuse, qu'avec les jeunes, avec les sectateurs de joies intempérantes, avec des
+personnes près de qui sa principale recommandation était son esprit licencieux, et
+qu'il ne pouvait fréquenter longtemps sans partager les excès de leurs débauches....
+Les attraits du plaisir trop souvent énervent nos résolutions vertueuses, même
+pendant que nous avons l'air de les repousser d'un front sévère; nous résistons, nous
+résistons, nous résistons encore; mais, à la fin, nous nous retournons tout d'un coup
+et nous embrassons passionnément l'enchanteresse. Les élégants d'Édimbourg accomplirent,
+par rapport à Burns, ce que les rustres d'Ayrshire n'avaient pas pu faire.
+Après quelques mois de séjour à Édimbourg, il commença à s'éloigner non pas
+entièrement, mais dans une certaine mesure, de la société de ses amis plus graves.
+Trop de ses heures furent passées à la table d'hommes qui aimaient à pousser la
+convivialité jusqu'à l'ivresse&mdash;à la taverne ou au bordel. Il se laissa entourer par
+une race d'êtres méprisables, qui étaient fiers de dire qu'ils avaient été dans la
+compagnie de Burns et avaient vu Burns aussi pris et aussi assolé qu'eux-mêmes.
+Il n'était pas encore irréparablement perdu pour la Tempérance et la Modération,
+mais déjà il était presque trop captivé par ces folles orgies, pour jamais revenir à un
+attachement fidèle pour les charmes de la sobriété<a id="footnotetag642" name="footnotetag642"></a><a href="#footnote642" title="Lien vers la note 642"><span class="small">[642]</span></a>.»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page252" name="page252"></a>(p. 252)</span> Ses biographes récents, dont quelques-uns sont clergymen, laissent
+volontiers dans l'ombre ces aspects de sa vie, sans lesquels elle est
+incomplète. Ils finiraient par la fausser, par en altérer le caractère en
+n'en représentant qu'une partie, et par dégager de la réalité, où les défauts
+sont souvent de vigoureuses touches de nature, un Burns atténué.
+C'étaient là des écarts bien excusables et presque inévitables chez un
+jeune homme avide de vie et fougueux. Il n'y a aucun blâme à y
+attacher. Le seul sentiment qui puisse venir est un sentiment de regret
+pour ces dissipations inutiles et ces folles prodigalités de temps, de
+jeunesse et de santé.</p>
+
+<p>Un autre inconvénient résulta de ces soirées à la taverne: l'habitude
+de trôner, d'être le maître de la conversation, de ne pas avoir de
+contradicteurs. Il y prit un ton hautain, impatient de toute opposition,
+quelque chose de brusque et de péremptoire, qu'il ne parvenait qu'avec
+peine à dominer dans d'autres lieux. C'était une disposition naturelle
+que les circonstances exagéraient en lui. Avec des réserves, tous ceux
+qui l'ont connu alors en parlent; on devine que ce dut être son défaut
+le plus visible, l'endroit faible de sa conduite, si solide d'ailleurs.</p>
+
+<p class="quote">Il commença à contracter un peu d'arrogance nouvelle dans la conversation. Accoutumé
+à être, parmi ses compagnons favoris, ce qu'on appelle vulgairement mais avec
+expression «le coq de la société», il avait peine à refréner une liberté habituelle et
+un ton de conversation décidé et dictatorial, même au milieu de personnes moins
+disposées à endurer sa présomption avec patience<a id="footnotetag643" name="footnotetag643"></a><a href="#footnote643" title="Lien vers la note 643"><span class="small">[643]</span></a>.</p>
+
+<p>Ce n'étaient là, bien entendu, que des germes de mal. Ils existaient
+cependant. Les circonstances ne les laissèrent pas dormants. Il faut
+cependant la connaissance de ce qu'ils sont devenus, pour leur donner
+dès à présent leur importance. Ils étaient, pour le moment, à peine
+visibles et cachés à la prévision de tous. Ce qu'il y a de certain, c'est
+que ce séjour à Édimbourg était en train de produire sur Burns une
+insensible et lente détérioration.</p>
+
+<p class="p2">Ce qui avait contribué à entretenir un certain malaise dans l'esprit
+de Burns, c'était l'incertitude de ce qu'il allait faire. Il était arrivé à
+Édimbourg, sans idée bien arrêtée, surpris par son succès et peut-être
+grisé de mille espérances vagues. Cette ivresse commençait à se dissiper.
+Au mois de janvier, il écrit «qu'il est aussi ténébreux que l'était le
+chaos» en ce qui concerne l'avenir. Un de ses patrons, M<sup>r</sup> Miller, lui a
+parlé d'une ferme située sur un domaine, qu'il vient d'acheter dans les
+environs de Dumfries. C'est la première fois qu'apparaît dans son histoire
+ce nom qui y reviendra souvent et qui doit la clore. Il est disposé à aller
+<span class="pagenum"><a id="page253" name="page253"></a>(p. 253)</span> s'établir n'importe où, pourvu que ce soit ailleurs que dans son ancien
+voisinage. Mais M<sup>r</sup> Miller n'est guère bon juge de la terre et, dit-il avec
+une sorte d'appréhension prophétique, «il peut m'offrir un marché
+avantageux dans son opinion, qui sera ma ruine<a id="footnotetag644" name="footnotetag644"></a><a href="#footnote644" title="Lien vers la note 644"><span class="small">[644]</span></a>». Il se propose, en
+revenant à Mauchline, de passer par Dumfries, vers le mois de mai,
+pour y rencontrer M<sup>r</sup> Miller et examiner la ferme. De temps en temps,
+il parle dans ses lettres de retourner à son humble condition, aux ombres
+de la vie<a id="footnotetag645" name="footnotetag645"></a><a href="#footnote645" title="Lien vers la note 645"><span class="small">[645]</span></a> et à sa vieille connaissance, la charrue.</p>
+
+<p>Cependant, au commencement de février, on voit apparaître une autre
+préoccupation. Le comte de Buchan, frère de Henry Erskine, lui avait
+conseillé de parcourir l'Écosse pour y recueillir des sujets de poésies
+nationales. Il semble que cet avis ait éveillé en lui un désir déjà
+formé:</p>
+
+<p class="quote">«Votre Seigneurie touche la corde favorite de mon c&oelig;ur, lorsque vous me
+conseillez d'enflammer ma muse à l'histoire écossaise et aux scènes écossaises. Il n'y
+a rien que je souhaite plus que de faire un tranquille pélerinage à travers ma patrie,
+de m'asseoir et de rêver dans ces champs jadis durement disputés, où la Calédonie
+triomphante vit son lion sanglant porté, à travers des rangs brisés, jusqu'à la victoire
+et à la gloire, d'y trouver l'inspiration et de répandre dans des chants ces noms
+immortels<a id="footnotetag646" name="footnotetag646"></a><a href="#footnote646" title="Lien vers la note 646"><span class="small">[646]</span></a>.</p>
+
+<p>Mais il ajoute que, au milieu de ces délicieuses et enthousiastes
+rêveries, un fantôme au visage long et sec, à l'air très moral, s'est mis
+en travers de son imagination et, avec l'air glacial d'un prédicateur,
+lui rappelle combien il a déjà dédaigné de salutaires avis. Il l'avertit de
+ne pas suivre ces météores et ces feux-follets de la fantaisie et du caprice
+qui l'amèneront une fois de plus au bord de la ruine.</p>
+
+<p>Toutefois, le rêve est mal chassé. Deux mois plus tard, à la fin de mars,
+il reparaît plus attrayant. Il faut plus d'efforts et des motifs moins
+personnels pour le repousser.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Vous vous intéressez avec bienveillance à mes vues et à mes projets d'avenir.
+De ce côté, il m'est impossible de vous donner aucune lumière:</p>
+
+<p class="poem20">Tout est sombre, comme était le chaos avant que le jeune soleil<br>
+Fût ramassé en un globe et eût essayé ses rayons,<br>
+À travers l'obscurité profonde.</p>
+
+<p>L'appellation de poète écossais est de beaucoup mon plus haut orgueil. Continuer
+à la mériter est ma plus haute ambition. Les scènes écossaises et l'histoire
+écossaise sont des thèmes que je désirerais célébrer. Je n'ai pas de désir plus cher
+que de pouvoir, débarrassé de la routine des affaires, pour lesquelles le ciel sait que
+<span class="pagenum"><a id="page254" name="page254"></a>(p. 254)</span> je suis bien impropre, faire des pèlerinages tranquilles à travers la Calédonie,
+m'asseoir sur ses champs de bataille, errer sur les rives romantiques de ses rivières
+et songer près des tours majestueuses ou des ruines vénérables, jadis séjours
+honorés de ses héros.</p>
+
+<p>Mais ce sont là des pensées chimériques. J'ai joué assez longtemps avec la vie.
+J'ai une chère, une vieille mère à qui pourvoir, et d'autres liens du c&oelig;ur, peut-être
+aussi tendres. Quand l'individu seul souffre des conséquences de sa propre étourderie,
+indolence ou folie, il peut être excusable. Il y a plus: de brillants talents et quelques-unes
+des plus nobles vertus peuvent à moitié sanctifier un caractère insouciant. Mais
+quand Dieu et la nature ont confié à ses soins le bien-être des autres, quand le dépôt
+est sacré et que les liens sont chers, l'homme (que ces liens ne pousseraient pas au
+travail) doit être enfoncé bien avant dans l'égoïsme, ou étrangement égaré loin de la
+réflexion<a id="footnotetag647" name="footnotetag647"></a><a href="#footnote647" title="Lien vers la note 647"><span class="small">[647]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>On voit d'après cela qu'il vivait toujours dans l'indécision. Il nourrissait
+vaguement le désir d'être un poète national. Il semble même
+qu'il s'y glissât en lui une idée d'être délivré de la routine des affaires.
+Comme il était à prévoir, ce projet plusieurs fois écarté finit par triompher
+à la fin d'avril. Il annonce au D<sup>r</sup> Moore<a id="footnotetag648" name="footnotetag648"></a><a href="#footnote648" title="Lien vers la note 648"><span class="small">[648]</span></a> qu'il va faire quelques pèlerinages
+sur le sol classique de la Calédonie, et, au commencement de mai,
+il se prépare à retourner en Ayrshire en suivant les <span class="italic" lang="en">Borders</span>. À cet effet,
+il acheta à Édimbourg une jument qui deviendra une figure familière
+de son histoire. Il l'appela Jenny Geddes. C'était le nom de la vieille
+marchande d'herbes, de la vieille virago de St.-Giles. La Jenny Geddes de
+Burns semble avoir été d'un tempérament moins irascible; elle vécut
+amicalement avec son maître pendant des années.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section">II.<br>
+L'ÉTÉ DE 1787.<br>
+LE VOYAGE DES BORDERS.</p>
+
+<p>Il quitta Édimbourg le 5 mai 1787, en compagnie d'un de ses nouveaux
+amis, Robert Ainslie, dont le père était fermier dans les environs
+de Dunse. Son intention était de s'en retourner à Mossgiel, en parcourant
+le pays qui s'étend, de Berwick à Carlisle, le long de la frontière
+anglaise, et qui est si connu dans la poésie et l'histoire d'Écosse sous le
+nom de <span class="italic" lang="en">Borders</span>. Il voulait faire, disait-il, «quelques pèlerinages sur
+le sol classique de la Calédonie». Il se proposait, sans doute, d'y
+<span class="pagenum"><a id="page255" name="page255"></a>(p. 255)</span> rechercher des inspirations poétiques, des scènes, des souvenirs, dont
+il pût faire son profit. Il n'est pas sans intérêt, pour l'étude de ses
+préférences d'esprit et en même temps pour la notation exacte de
+son état d'âme, de voir ce qu'il a su retirer, pendant ce voyage, soit des
+aspects de la nature, soit des associations humaines qui y sont mêlées.</p>
+
+<p>Le pays qu'il allait visiter possède un grand charme tranquille et
+mélancolique<a id="footnotetag649" name="footnotetag649"></a><a href="#footnote649" title="Lien vers la note 649"><span class="small">[649]</span></a>. Il n'est pas très puissant ni très mouvementé; c'est une
+région de collines et de montagnes moyennes, arrondies par l'usure
+de glaciers disparus. Elle s'étend, avec l'allure des hauts plateaux<a id="footnotetag650" name="footnotetag650"></a><a href="#footnote650" title="Lien vers la note 650"><span class="small">[650]</span></a>,
+en calmes ondulations liées les unes aux autres, qui se rencontrent, se
+coupent ou se marient, en courbes sereines et harmonieuses. Le paysage
+se prolonge de tous côtés, uniforme, partout semblable à lui-même et
+cependant partout séduisant; indéfiniment il s'enfuit d'un même rhythme
+large et noble et, à peu près à égale hauteur, pousse jusqu'au fond du
+ciel la houle paisible de ses cimes. Ces montagnes souples s'abaissent vers
+les vallées, en descentes très douces, en inclinaisons molles et coulantes,
+en fléchissements sans heurt, en plis traînants. La forme de la contrée
+est très apparente, car rien ne l'interrompt ni ne la recouvre. Un de
+ses caractères est l'absence de toute haute végétation; les bois sont
+ramassés dans le fond des vallées plus importantes; ailleurs, peu ou pas
+d'arbres, sauf quelques bouquets de bouleaux et de mélèzes semés sur
+les plus basses pentes. On a, dans son ampleur, la beauté des paysages
+nus, à grandes lignes maîtresses qui se déroulent dans le ciel, y mettant
+un mouvement lorsqu'il est pur et immuable, y mettant un repos
+lorsqu'il est rempli de la mobilité des nuées.</p>
+
+<p>Ce calme des contours est, en outre, soutenu par la monotonie de la
+coloration. Des bruyères, des fougères, des genêts, une herbe rude et
+unie, des mousses semblables à des velours bruns ou verts, recouvrent les
+pentes, de larges teintes adoucies et voisines, qui laissent, selon l'expression
+de Geikie, toute leur valeur aux modulations du terrain<a id="footnotetag651" name="footnotetag651"></a><a href="#footnote651" title="Lien vers la note 651"><span class="small">[651]</span></a>. Les couleurs
+changent avec les saisons; mais lors même qu'elles sont le plus
+vives, c'est-à-dire lorsque, vers l'automne, les bruyères s'empourprent,
+<span class="pagenum"><a id="page256" name="page256"></a>(p. 256)</span> les fougères s'orangent et que les mousses et l'herbe deviennent rousses,
+ce sont encore des nuances passées, assorties en une richesse sobre et
+simple. On dirait seulement que le paysage a pris une somptueuse patine.
+Ainsi rien n'arrête, rien ne trouble l'âme dans ses rêveries, lorsqu'elle
+se livre à ces montagnes, et qu'elle s'abandonne à suivre ces cimes qui
+courent en lignes parallèles, se succèdent, montent, coulent, passent
+doucement de l'une à l'autre, en longues sinuosités belles et graves<a id="footnotetag652" name="footnotetag652"></a><a href="#footnote652" title="Lien vers la note 652"><span class="small">[652]</span></a>.</p>
+
+<p>Mais il faut pénétrer plus avant vers le c&oelig;ur du pays, pour en découvrir
+l'attrait souverain. Il réside dans les hautes vallées désertes, où tournoie
+l'aigle et où songe le héron; son séjour est dans ces silencieux et verts
+amphithéâtres de pâturages, sur lesquels plane une paix solennelle.
+Pas une chaumière, une hutte; mais seulement, de toutes parts, des
+blancheurs paisibles de troupeaux de moutons; on croirait que les vers de
+Lucrèce, ces vers admirables où est l'âme des solitudes pastorales, ont
+été écrits dans ces lieux:</p>
+
+<p class="poem20" lang="la">
+<span class="add2em">«Sæpe in colli, tondentes pabula l&oelig;ta,</span><br>
+Lanigeræ reptant pecudes, quo quamque vocantes<br>
+Invitant herbæ, gemmantes rore recenti;<br>
+Et satiati agni ludunt, blandeque coruscant;<br>
+Omnia quæ nobis longe confusa videntur,<br>
+Et velut in viridi candor consistere colli<a id="footnotetag653" name="footnotetag653"></a><a href="#footnote653" title="Lien vers la note 653"><span class="small">[653]</span></a>.»</p>
+
+<p>Chacune de ces mille vallées a son cours d'eau dont l'histoire est
+pareille. Entre des mousses plus vives, un bouillon clair sourd, un ruisseau
+s'enfuit à travers l'herbe, court et scintille sous les bruyères, se
+brise et étincelle dans des rochers et plus loin disparaît, dans une gorge,
+entre des déchirures rougeâtres et des blocs gris, pour aller plus lentement
+rejoindre les prairies basses. Les vallons latéraux qui débouchent
+dans ces vallées ont tous aussi leur rivulet qui se divise en filets
+brillants. On dirait qu'un géant a laissé dans chacun de ces creux un
+rameau d'argent. Un murmure d'eaux s'exhale de cette solitude sans la
+troubler car il fait partie d'elle. Par instants, le bêlement des troupeaux
+se mêle à lui, en une voix partout éparse et plaintive. Et toujours la
+profondeur du ciel est occupée par les longues ondulations sérieuses des
+collines, qui deviennent plus légères plus elles sont lointaines et, à
+l'extrémité de l'horizon, sont tout à fait transparentes et bleues.</p>
+
+<p>Au charme mélancolique de la nature celui des souvenirs s'ajoute; et
+tous deux s'accordent<a id="footnotetag654" name="footnotetag654"></a><a href="#footnote654" title="Lien vers la note 654"><span class="small">[654]</span></a>. Dans les vallées basses, le long des rivières, sont
+les ruines historiques. Là s'étend la ligne fameuse des abbayes de Melrose,
+<span class="pagenum"><a id="page257" name="page257"></a>(p. 257)</span> de Kelso, de Jedburgh, de Dryburgh; là sont les vieux châteaux
+comme Roxburgh; les vieilles villes comme Berwick, Coldstream,
+Kelso, Jedburgh, Melrose, Selkirk, Peebles, célèbres dans l'histoire et
+dans la poésie écossaises. Mais surtout le pays est plein de la mémoire
+des luttes des Borders. Un des traits du paysage sont ces hautes tours
+carrées, désignées par le nom de <span class="italic" lang="en">peels</span>, qui servaient de refuge et de
+repaire aux barons maraudeurs de cette frontière. Avec leur air menaçant,
+leurs murs massifs et nus, leurs étroites ouvertures, leurs meurtrières,
+leurs mâchicoulis, leur corbeille de fer fixée tout en haut du toit,
+dans laquelle on entassait de la tourbe et de la poix pour allumer la
+flamme d'alarme, le <span class="italic" lang="en">bale-fire</span>, qui parcourait toute la contrée en une nuit,</p>
+
+<p class="poem-ctr">Un drap de flamme, de la tour haute,<br>
+Flottait sur le ciel comme un drapeau sanglant,<br>
+Tout flamboyant et déchiré<a id="footnotetag655" name="footnotetag655"></a><a href="#footnote655" title="Lien vers la note 655"><span class="small">[655]</span></a>,</p>
+
+<p class="noindent">les unes toujours intactes et fières, les autres fendues, croulantes, encore
+marquées de la trace noire des incendies, elles se dressent de toutes
+parts. Elles se sont emparées de tous les points propices. Il n'y a pas une
+crête, un promontoire de colline dans les vallées, un passage de route
+ou de sentier, qu'elles ne s'y soient installées; quelques-unes sont juchées
+sur des pics sans accès; d'autres cramponnées au bord des précipices,
+au-dessus de torrents; d'autres dissimulées dans des bois, ou sinistrement
+isolées au centre de marécages et de fondrières. Ces forteresses étaient
+habitées par d'étranges maîtres, en partie brigands, en partie soldats, en
+partie seigneurs. C'étaient les Elliots, les Armstrongs, les Turnbulls,
+les Rutherfords, les Scotts, les Homes, les Kerrs, race d'hommes
+désespérés, hardis, toujours en guerre avec les Anglais ou entre eux,
+toujours en coups de force, en alarmes. Leurs exploits étaient de partir
+le soir, de passer la frontière inaperçus, et de tomber, à dix, quinze
+lieues de là, sur une ferme, un hameau, dont ils enlevaient les bestiaux.
+La nuit était leur complice; c'est pourquoi la plupart avaient dans
+leurs armes des étoiles et la lune<a id="footnotetag656" name="footnotetag656"></a><a href="#footnote656" title="Lien vers la note 656"><span class="small">[656]</span></a>. Quand le butin était fini et qu'il
+n'y avait plus rien au logis, un beau soir, en découvrant le plat, on
+y trouvait une paire d'éperons. On savait ce que cela voulait dire et
+<span class="pagenum"><a id="page258" name="page258"></a>(p. 258)</span> on repartait en expédition. Ces hommes durs, presque aussi cruels
+que des Peaux-Rouges<a id="footnotetag657" name="footnotetag657"></a><a href="#footnote657" title="Lien vers la note 657"><span class="small">[657]</span></a>, vivaient dans la continuelle tension d'énergie,
+dans la force, la hâte et l'exigence impérieuse de sentiments, et
+aussi dans la suprématie d'âme, que développe, après tout, le risque même
+grossier mais continuel de la vie. C'étaient des existences sans poésie,
+mais où il y avait des heures intenses et poétiques. On voit ce qu'une
+pareille condition entraîne d'aventures, de traits de courage, de dangers,
+de querelles, de luttes entre familles, de vengeances longtemps poursuivies.
+Ces querelles, qui tenaient du duel, de l'escarmouche et de l'assassinat,
+n'étaient pas assez importantes pour créer un événement historique.
+Mais, de temps en temps, il sortait d'elles une de ces tragédies mémorables
+qui vont au fond des c&oelig;urs les plus durs y remuer la pitié.</p>
+
+<p>Aussi une quantité incroyable de poésie est née de ces horizons pensifs
+et de ces événements romanesques. C'est le district poétique de l'Écosse,
+à un titre bien plus vrai que le district des lacs ne l'est pour l'Angleterre.
+Car ici c'est une profusion de poésie anonyme, autochtone, sortie des
+entrailles mêmes de la terre. Elle a été créée par des centaines de poètes
+inconnus, enrichie par des milliers de récitations. Elle est vraiment
+populaire et collective, car, par cette séculaire et innombrable collaboration,
+elle contient l'émotion accumulée de ceux qui l'ont écrite et
+de ceux qui l'ont chantée. Sur tout le pays, elle est répandue. On a
+dit qu'il n'y a pas, dans cette partie de l'Écosse, un ruisseau ou une
+colline qui n'ait sa ballade ou sa chanson; et cela est vrai à la lettre.
+Toutes ces rivières, la Tweed, la Gala, la Teviot, la Jed, l'Ettrick,
+la Yarrow, dont le bruit clair emplit le pays, chantent également dans
+cette poésie. Chaque vallée, avec son caractère propre, possède sa poésie
+particulière: la molle et verte vallée de la Tweed a les chansons d'amour
+caressantes, doucement pastorales et pures; les gorges sauvages autour
+des sources de la Teviot et de la Reed, les sombres solitudes moussues
+de la Tarras et de la Liddell sont la scène des plus puissantes et des
+plus terribles ballades historiques; les retraites rêveuses de la vallée
+d'Ettrick ont des chants mystérieux et surnaturels<a id="footnotetag658" name="footnotetag658"></a><a href="#footnote658" title="Lien vers la note 658"><span class="small">[658]</span></a>. Mais la poésie de
+toutes ces vallées semble se réunir dans la plus poétique d'elles toutes,
+dans l'harmonieuse, la triste, la douce, la tendre, la sévère Yarrow.
+Elle est le sanctuaire de cette région. Et qu'elle est digne de l'être!
+Elle a toutes les beautés, le charme méditatif de ses plus faibles pentes,
+l'austérité de ses deux lacs solitaires, où le ciel et les collines se reflètent
+comme en un métal poli<a id="footnotetag659" name="footnotetag659"></a><a href="#footnote659" title="Lien vers la note 659"><span class="small">[659]</span></a>, la terreur des hautes passes qui la séparent
+<span class="pagenum"><a id="page259" name="page259"></a>(p. 259)</span> de la vallée de la Moffat, où «la queue de la jument grise», tombant
+perpendiculairement de plus de trois cents pieds, se brise, gronde et
+gémit dans un enfer de rocs. Elle est pleine d'une poésie pathétique et
+tragique<a id="footnotetag660" name="footnotetag660"></a><a href="#footnote660" title="Lien vers la note 660"><span class="small">[660]</span></a>. Il n'y a presque pas une pierre, pas un tertre qui n'en ait reçu
+une sorte de consécration. <span class="italic">Le gai Faucon</span>, <span class="italic">Murray l'outlaw</span>, <span class="italic">Willie est rare
+et Willie est beau</span>, la <span class="italic">Tragédie de Douglas</span>, les <span class="italic">Tristes vallons de Yarrow</span>,
+la <span class="italic">Lamentation de la veuve des Borders</span>, à ne prendre que les pièces capitales,
+ont leur scène dans ce petit val, sans parler de moindres
+chansons et d'imitations sans nombre. D'autres vallées sont presque
+aussi riches. On se rend compte de ce qu'il a dû fleurir, disparaître,
+renaître de poésie dans cet extraordinaire district, lorsqu'on a parcouru
+la <span class="italic">Minstrelsy des <span lang="en">Borders</span> Écossais</span>; surtout si l'on réfléchit que ce
+recueil a laissé à glaner, qu'il a été fait bien tard, que plusieurs de
+ces chansons ou ballades et des plus belles, lorsqu'elles furent trouvées,
+ne palpitaient plus que pour peu de jours sur les lèvres de quelque
+vieille femme cassée, toutes prêtes à mourir avec elle. Combien ont
+disparu de la sorte, avec la dernière âme qu'elles avaient charmée!</p>
+
+<p>Sans doute cette poésie n'avait pas encore reçu sa large consécration
+littéraire; elle n'avait pas pris rang dans les bibliothèques comme une des
+plus originales anthologies populaires qu'il y ait. Elle était cependant
+bien connue en Écosse; et même elle était à la mode. La preuve en est
+dans les nombreuses imitations que le <span class="smcap85">XVIII</span><sup>e</sup> siècle en avait faites, bien
+avant le moment où Burns voyageait dans les Borders. Allan Ramsay
+avait donné l'exemple de ces imitations, bien que les siennes fussent
+froides et maniérées. Toute une série de menus poètes, Robert Crawford,
+Hamilton de Bangour, Julius Mickle, John Logan, avaient retrouvé,
+parfois dans quelques pièces seulement, parfois dans une seule, l'accent
+et la mélodie des vieilles ballades<a id="footnotetag661" name="footnotetag661"></a><a href="#footnote661" title="Lien vers la note 661"><span class="small">[661]</span></a>. Ne sait-on pas que deux versions
+célèbres d'une ancienne ballade, les <span class="italic">Fleurs de la Forêt</span>, sont dues à
+deux jeunes filles, l'une Miss Jane Elliot et l'autre Miss Alison
+Rutherford, plus tard M<sup>rs</sup> Cockburn, que nous avons vue, déjà âgée,
+accueillir Burns à Édimbourg? Elles avaient toutes deux, sans s'en
+douter, émues un jour par un refrain plaintif, donné deux chefs-d'&oelig;uvre
+de sentiment simple, et enrichi de deux perles la poésie de leur pays<a id="footnotetag662" name="footnotetag662"></a><a href="#footnote662" title="Lien vers la note 662"><span class="small">[662]</span></a>.
+Elles ne composèrent jamais rien d'autre. Ces deux charmantes pièces
+avaient, en réalité, été produites par le pur procédé de collaboration
+<span class="pagenum"><a id="page260" name="page260"></a>(p. 260)</span> populaire: l'émotion de chanteurs successifs s'ajoutant à l'inspiration de
+l'auteur primitif. La seule différence est qu'ici le résultat fut imprimé au
+lieu d'être chanté, et que les collaborateurs furent découverts par la seule
+curiosité littéraire des temps, car Miss Rutherford et Miss Elliot avaient
+essayé de s'en cacher. Enfin la célèbre tragédie de <span class="italic">Douglas</span> de John
+Home, que Burns, comme tous les Écossais, connaissait bien, était fondée
+sur une de ces ballades<a id="footnotetag663" name="footnotetag663"></a><a href="#footnote663" title="Lien vers la note 663"><span class="small">[663]</span></a>. Cette poésie était donc répandue et appréciée.
+Bien plus, elle était si active, si pleine de sève, si maîtresse des imaginations
+que, parmi des milliers d'autres, elle était en train de former,
+à ce moment précis, trois âmes qui devaient être entre les plus robustes et
+les plus riches de leur contrée.</p>
+
+<p>C'est par la poésie et le paysage des Borders que ce grand garçon,
+déjà savant, à qui Burns avait prédit un avenir d'homme, avait senti
+s'éveiller en lui le goût des choses d'autrefois. Il avait été élevé au pied
+d'un de ces vieux peels romantiques, bercé par les vieilles ballades.
+Et lui-même a raconté l'influence de ces spectacles et de ces récits sur
+son âme, dans des vers tout bondissants d'émotions enfantines.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Oui, l'impulsion poétique me fut donnée<br>
+Par la colline verte et le clair ciel bleu.<br>
+C'était une scène nue et sauvage,<br>
+Où des escarpements nus étaient empilés rudement;<br>
+Mais, ici et là, dans les intervalles,<br>
+Reposaient des touffes veloutées d'un vert adorable;<br>
+Et l'enfant solitaire connaissait bien<br>
+Les retraites où le murailler poussait,<br>
+Où le chèvrefeuille aimait à ramper<br>
+Sur le rocher bas et le mur ruiné.<br>
+Je pensais que ces recoins étaient le plus doux abri<br>
+Que le soleil vit dans tout son cours<a id="footnotetag664" name="footnotetag664"></a><a href="#footnote664" title="Lien vers la note 664"><span class="small">[664]</span></a>.</p>
+
+<p>Et en même temps il retrace les premières émotions que ce vieux
+<span class="italic" lang="en">peel</span>, avec tous ses souvenirs guerriers, faisait naître en lui et qui peut-être
+ont déterminé le tour historique et romanesque de son génie.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Sans cesse, je considérais cette tour démantelée<br>
+Comme le plus puissant ouvrage de la force humaine,<br>
+Et je m'émerveillais, quand le vieux paysan<br>
+Enchantait mon esprit, par quelque conte<br>
+De maraudeurs qui, au grand galop,<br>
+Sortant du château éperonnaient leurs chevaux,<br>
+Pour renouveler dans le sud leurs rapines,<br>
+Bien loin, dans les lointaines Cheviot bleues.<br>
+Ils me semblait que les trompettes, les pas des chevaux<br>
+<span class="pagenum"><a id="page261" name="page261"></a>(p. 261)</span> Faisaient encore retentir les arches brisées de l'entrée,<br>
+Que des visages farouches, cousus de cicatrices,<br>
+Regardaient par les barreaux rouilles des fenêtres;<br>
+Et sans cesse, au foyer d'hiver,<br>
+J'écoutais de vieilles histoires de joie et de peine,<br>
+Les détours des amants, la beauté des dames,<br>
+Les charmes des sorcières, les armes des guerriers<a id="footnotetag665" name="footnotetag665"></a><a href="#footnote665" title="Lien vers la note 665"><span class="small">[665]</span></a>.</p>
+
+<p>L'enfant qui écoutait toutes ces choses était, on le sait, Walter Scott,
+et on comprend pourquoi il devait surtout rendre le côté historique et
+dramatique de cette poésie, dans ses longs poèmes, qui sont comme des
+ballades amplifiées et tournées au récit.</p>
+
+<p>Au moment même où Burns passait dans la vallée d'Ettrick, il y
+avait, parmi les bergers qui y gardaient les troupeaux, un garçon de dix-sept
+ans, aux yeux bleus clairs scandinaves, aux longs cheveux, gauche,
+rêveur, sauvage, presque farouche, en qui opérait également le charme
+de ces mêmes montagnes et de ces mêmes chansons. Sa vie, moins variée
+que celle de Burns, est peut-être plus étrange. Il n'avait été à l'école que
+jusqu'à apprendre à lire et à écrire en grosses lettres d'un demi-pouce,
+qui étaient plutôt de lourds dessins; mais il avait entendu raconter des
+aventures de fées, de lutins et d'elfes. Toute une mythologie légère
+avait pris demeure en sa tête, pendant ses longs isolements de pasteur.
+Les nuits immenses, tantôt calmes et mystérieusement bleuâtres, tantôt
+pleines des hurlements de l'orage et de la danse des éclairs; les crépuscules
+du matin et du soir, dans ce pays où les brouillards mêlés de
+lumières dissolvent le paysage, le font ondoyer et, au moindre coup de
+vent, le remuent, le déplacent, le rapprochent ou l'éloignent, le
+transforment, en changent les lignes, les nuances, en font un nuage
+féerique, une vision impalpable, un rêve; tout avait donné à ces histoires
+un royaume fait pour elles. Et dans cette atmosphère rêvait et se formait
+celui qui allait être le plus grand poète paysan que l'Écosse ait produit,
+après Burns. Car lui aussi a avoué qu'il devait sa poésie à cette influence.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Ô aimez le savoir mystique et sublime<br>
+Des histoires féeriques des anciens temps!<br>
+Je les ai apprises dans la glen solitaire,<br>
+Aux demeures les plus reculées des hommes,<br>
+Où jamais ne passait un étranger,<br>
+Par les nuits d'été et les jours d'hiver.<br>
+Pas un paysan, pas une chaumine;<br>
+Nous n'avions causerie qu'avec le ciel,<br>
+Avec les voix qui chantaient à travers les nuages,<br>
+Et les orages naissants autour de nous suspendus.<br>
+Oh, lady! Jugez si vous le pouvez,<br>
+<span class="pagenum"><a id="page262" name="page262"></a>(p. 262)</span> Combien austère et vaste était le pouvoir<br>
+De thèmes comme ceux-là, quand les ténèbres tombaient,<br>
+Et que les vieillards à cheveux gris disaient leurs contes,<br>
+Quand les portes étaient barrées, que la vieille femme<br>
+S'occupait auprès de la flamme,<br>
+Qui, dans la fumée et l'obscurité, brillait<br>
+Sur des visages obscurs et perdus dans l'ombre.<br>
+Le bêlement de la chèvre de montagne, là-bas,<br>
+Qui tremblotant arrivait des rochers,<br>
+Les échos du roc, le ruisseau fougueux,<br>
+La cataracte gonflée, le bois gémissant,<br>
+Le murmure vague et mêlé,<br>
+Voix du désert qui n'est jamais muette,<br>
+Tout cela a laissé dans ce c&oelig;ur<br>
+Un sentiment que la langue ne peut rendre,<br>
+Une flamme étrange et non terrestre,<br>
+Quelque chose qui n'a pas de nom<a id="footnotetag666" name="footnotetag666"></a><a href="#footnote666" title="Lien vers la note 666"><span class="small">[666]</span></a>.</p>
+
+<p>Ce jeune berger, à qui Burns aurait pu parler, était James Hogg, le
+berger d'Ettrick. Et on comprend également pourquoi celui-ci devait
+rendre mieux qu'aucun autre poète, avec une grâce, une force de vue
+fantastique tout à fait supérieures, la partie magique et merveilleuse de
+cette poésie. Sa <span class="italic">Veillée de la Reine</span>, avec ses exquises histoires de
+<span class="italic">Kilmeny</span>, de la <span class="italic">Sorcière de Fife</span>, de <span class="italic">l'Abbé de Mac Kinnon</span> sont aux
+ballades surnaturelles des Borders ce que les poèmes de Walter Scott
+sont aux ballades romanesques.</p>
+
+<p>En même temps, dans une petite paroisse de la vallée de la Teviot, un
+gamin d'une douzaine d'années ressentait la beauté de ce pays. C'était
+John Leyden, l'ami de Walter Scott, un esprit puissant et singulier qui
+absorbait toutes les sciences, et qui devait mourir à Java, à l'âge de trente-six
+ans, au moment où il devenait un grand orientaliste. «Cet homme
+extraordinaire, né dans une chaumine de berger, dans une des plus sauvages
+vallées du Roxburgshire et, bien entendu, presque entièrement instruit
+par lui-même, avait, avant d'avoir atteint sa dix-neuvième année,
+confondu les docteurs d'Édimbourg par son épouvantable masse de savoir
+dans presque tous les départements de la science. Il se moquait de la plus
+extrême pénurie ou plutôt il n'avait jamais eu conscience qu'elle pût
+être un obstacle; car du pain et de l'eau, l'accès aux livres et aux cours,
+comprenaient tout ce que renfermaient ses souhaits; et ainsi, il travaillait
+et frappait aux portes d'une science après une autre, jusqu'à ce que son
+indomptable persévérance emportât tout devant lui. Et cependant avec
+cette sobriété monacale, cette dureté de fer du vouloir, tout en déroutant
+ceux qui l'entouraient par des façons et des habitudes dont il était difficile
+de dire si elles étaient celles d'un maraudeur de frontière ou d'un écolier
+<span class="pagenum"><a id="page263" name="page263"></a>(p. 263)</span> du temps jadis, il avait le c&oelig;ur d'un poète<a id="footnotetag667" name="footnotetag667"></a><a href="#footnote667" title="Lien vers la note 667"><span class="small">[667]</span></a>». Et ce c&oelig;ur de poète s'était
+formé au commerce de ces vallons et des vallées. Lui-même le dit dans
+un passage d'une délicatesse achevée, tout tremblant d'une brise de
+poésie gracieuse, comme un des peupliers dont il parle.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Vous aimables vallées, qui avez eu mes premiers regards!<br>
+Comme votre sourire était doux quand les charmes de la nature renaissaient,<br>
+Vert était son vêtement, brillant, frais et tiède...<br>
+Quand je songe, ma première vie me revient,<br>
+La première ardeur de la jeunesse bat dans mon sein.<br>
+Comme une musique fondue dans un rêve d'amant,<br>
+J'entends la chanson murmurante de la rivière Teviot;<br>
+Les rayons plissés étendus sur les eaux<br>
+Peignent une lune plus pâle, un ciel plus faible;<br>
+Tandis qu'à travers les rameaux renversés des aunes<br>
+Scintillantes les étoiles brillent d'un éclat verdâtre.</p>
+
+<p>Sur ces belles rives, tes anciens bardes,<br>
+Ô enchanteresse rivière! ne versent plus leurs chants émus;<br>
+Mais leurs harpes invisibles, suspendues aux peupliers,<br>
+Soupirent encore les doux airs qu'elles apprirent jadis,<br>
+Et celui qui foule d'un pied religieux le sol,<br>
+Vers minuit solitaire, entend leur son argentin,<br>
+Quand les brises de la rivière agitent leurs ailes cotonneuses<br>
+Et éventent légèrement leurs cordes sauvages et enchantées.</p>
+
+<p>Celui qui d'une main terrestre aspire, confiant et hardi,<br>
+À tenir la harpe aérienne des anciens bardes,<br>
+À couronner son front de la couronne sacrée de lierre,<br>
+Et à mener le ch&oelig;ur plaintif des morts,<br>
+Que celui-là, au pied des peupliers, éparpille chaque nuit<br>
+Les feuilles pointues du saule d'un glauque pâle,<br>
+Qu'il évite de lever les yeux, obstinément détournés,<br>
+Quand autour de lui s'épaississent les soupirs de fantômes invisibles<br>
+Et que sur sa tête solitaire, comme des abeilles en été,<br>
+Les feuilles mues d'elles-mêmes tremblent sur les arbres.<br>
+Quand les premiers rais du matin tombent tremblants sur la rive,<br>
+Alors c'est le moment d'étendre sa main audacieuse,<br>
+Et d'arracher au pâle peuplier incliné<br>
+La harpe magique de l'ancienne vallée de la Teviot<a id="footnotetag668" name="footnotetag668"></a><a href="#footnote668" title="Lien vers la note 668"><span class="small">[668]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Avant de partir pour les Indes, il publia un volume de vers, <span class="italic">Scènes
+d'Enfance</span>, consacré à ce pays des Borders. Il avait surtout été frappé
+par le paysage, là où il est plus souriant et plus plaisant; sa note particulière
+est de l'avoir rendu, dans une suite de tableaux, avec un mélange
+d'exactitude familière et d'anoblissement, qui fait penser en même temps
+à Cowper et à Thomson.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page264" name="page264"></a>(p. 264)</span> Ainsi, au moment même où Burns visitait les Borders, il y avait là une
+masse de poésie agissante, vivante, non seulement capable de réjouir, de
+consoler des milliers d'âmes simples et de mettre des instants de beauté
+ou de pitié dans des bergers, des filles de ferme, des gardeurs de vaches,
+des laboureurs, mais encore elle était occupée à former la chaîne et la
+trame d'âmes d'élite, qui déclarèrent ensuite qu'elles n'avaient rien en
+elles de meilleur que ces premiers souvenirs. Cette poésie personne
+encore ne l'avait recueillie. Une douzaine d'années plus tard, on allait
+voir un homme infatigable, tantôt à cheval, tantôt dans un phaéton
+construit exprès pour pénétrer dans des endroits qui n'avaient jamais vu
+de voiture<a id="footnotetag669" name="footnotetag669"></a><a href="#footnote669" title="Lien vers la note 669"><span class="small">[669]</span></a>, on allait voir cet étrange voyageur parcourir le pays en tous
+sens, s'enfoncer au fond des vallées invisitées, faire chanter les fermiers
+à la fin de repas où il leur tenait tête, demander aux vieilles gens
+décrépites un effort de mémoire et de faire revivre un instant les chansons
+qui les avaient bercées jadis, aller trouver les bergers, réunir de
+tous côtés des strophes, des fragments, des ballades, des chansons, et
+faire un trésor de cette poésie répandue et anonyme. C'était Walter Scott.
+Les deux premiers volumes de la <span class="italic">Poésie populaire des Borders</span> furent
+publiés en 1802.</p>
+
+<p>Burns était parti en disant qu'il allait faire «un pélerinage au sol
+classique» de la poésie écossaise. Ces mots pouvaient faire croire qu'il
+allait pénétrer dans cette région, sinon préparé à en ressentir tout le
+charme pittoresque, du moins désireux de le découvrir et disposé à en
+étudier les souvenirs poétiques. Dès qu'on ouvre le journal qu'il a tenu
+de son voyage, la déception est grande. Il semble que le paysage qui
+devait fournir à Wordsworth de si profondes et si divines contemplations
+n'ait pas été aperçu. À peine quelques notations fugitives et sommaires,
+qui ne dépassent pas les impressions d'un voyageur quelconque<a id="footnotetag670" name="footnotetag670"></a><a href="#footnote670" title="Lien vers la note 670"><span class="small">[670]</span></a>. «Les
+collines de Lammermoor misérablement désolées, mais par moments très
+pittoresques<a id="footnotetag671" name="footnotetag671"></a><a href="#footnote671" title="Lien vers la note 671"><span class="small">[671]</span></a>».&mdash;«Superbe rivière la Tweed, claire et majestueuse, beau
+pont<a id="footnotetag672" name="footnotetag672"></a><a href="#footnote672" title="Lien vers la note 672"><span class="small">[672]</span></a>». Il remonte jusqu'à Selkirk, cette rêveuse et attirante vallée de
+l'Ettrick où James Hogg se formait dans des visions de paysage féeriques;
+et ces rives, sur lesquelles soupire l'âme même des Borders, ne lui inspirent
+que ces mots: «toute la contrée aux alentours, sur la Tweed comme sur
+l'Ettrick, remarquablement pierreuse<a id="footnotetag673" name="footnotetag673"></a><a href="#footnote673" title="Lien vers la note 673"><span class="small">[673]</span></a>.» Tant de vieilles villes, si jolies
+de situation, si pittoresquement étalées au bout de leur pont, autour
+de ruines si vénérablement historiques: Kelso, au pied de sa vieille
+<span class="pagenum"><a id="page265" name="page265"></a>(p. 265)</span> tour, Berwick avec son air de forteresse, Melrose où la vallée de la
+Tweed s'élargit, et Jedburgh sur sa basse éminence dominée par sa
+tour conventuelle, passent presque inaperçues. «Déjeuné à Kelso,
+charmante situation de Kelso, beau pont sur la Tweed, vue et perspectives
+enchanteresses des deux côtés de la rivière, particulièrement du côté
+écossais<a id="footnotetag674" name="footnotetag674"></a><a href="#footnote674" title="Lien vers la note 674"><span class="small">[674]</span></a>».&mdash;«Charmante situation romantique de Jedburgh, avec des
+jardins, des vergers, mélangés aux maisons, belles vieilles ruines, une
+cathédrale jadis magnifique et un château-fort. Toutes les villes ici ont
+une apparence de vieille et rude grandeur, mais les habitants sont
+extrêmement paresseux<a id="footnotetag675" name="footnotetag675"></a><a href="#footnote675" title="Lien vers la note 675"><span class="small">[675]</span></a>.» Ce passage est de beaucoup le plus explicite
+et il a de la justesse de coup d'&oelig;il. On sent que le souci d'observer et
+l'attention seuls ont fait défaut. À quelques milles de là, il visite ce coin
+renommé de pays où, dans des paysages éclatants alors des frondaisons
+de mai, se trouvent les vieilles abbayes du roi David; la massive abbaye
+de Dryburgh, si calme dans sa péninsule boisée, et cette merveilleuse
+abbaye de Melrose, si exquise, si fine, si parfaite et d'un travail si achevé
+dans sa pierre d'un rouge pâle. C'est elle qui devait, à quelques années de
+là, faire écrire à Walter Scott ses plus beaux vers<a id="footnotetag676" name="footnotetag676"></a><a href="#footnote676" title="Lien vers la note 676"><span class="small">[676]</span></a>. Voici tout ce que ces
+nobles architectures inspirent à Burns: «visité Dryburgh, une ancienne
+belle abbaye ruinée, traversé la Leader et remonté la Tweed jusqu'à
+Melrose, y dîne et visite cette ruine glorieuse et au loin renommée<a id="footnotetag677" name="footnotetag677"></a><a href="#footnote677" title="Lien vers la note 677"><span class="small">[677]</span></a>».
+Les endroits rendus célèbres par les ballades et les chansons ne ressortent
+guère davantage. Rien de ce qui est spécial à cette région, rien du
+charme des sites ou des souvenirs n'y apparaît.</p>
+
+<p>En revanche on y trouve, pressés les uns contre les autres, une quantité
+de coups de crayons, de petits croquis, de portraits en une ligne,
+rendus par une épithète ou deux, de toutes les personnes avec lesquelles
+il se trouva en rapports pendant ces quelques semaines. C'est un point
+intéressant et nous verrons les indications qu'on peut en tirer sur les
+préférences et les préoccupations de l'esprit de Burns. Mais ces observations
+humaines eussent pu être faites aussi bien à Édimbourg ou partout
+ailleurs; elles ne rentraient pas dans l'objet de son voyage.</p>
+
+<p>De beaucoup la plus large place en ces pages est prise par de vulgaires
+récits d'amourettes, pas même d'amourettes, d'intrigues ébauchées, de
+flirtages d'une demi-journée. C'est presque uniquement un jeu égoïste
+qui s'amuse, pour la distraction d'un soir, à jeter un peu de trouble dans
+le c&oelig;ur et le souvenir de petites provinciales éblouies. Il sait qu'il ne les
+<span class="pagenum"><a id="page266" name="page266"></a>(p. 266)</span> reverra plus le lendemain. Qu'importe? Il ne résiste pas à la tentation.
+On dirait qu'après la contrainte d'Édimbourg, son c&oelig;ur, heureux de se
+sentir les coudées franches, ait eu besoin de prendre à tort et à travers
+ses ébats. «Mon c&oelig;ur se dégèle et se fond en plaisir, après avoir été
+si longtemps gelé dans la baie de Groenland de l'indifférence, au
+milieu du bruit et de la sottise d'Édimbourg<a id="footnotetag678" name="footnotetag678"></a><a href="#footnote678" title="Lien vers la note 678"><span class="small">[678]</span></a>». Il se trouvait au milieu
+de demoiselles, de bourgeoises de petites villes, de filles de gros
+fermiers, avec lesquels sa situation nouvelle le mettait de plain-pied.
+Il se sentait à l'aise, reprenait son assurance, ses procédés habituels de
+galanterie, retrouvait presque ses succès de village. Dès qu'il touche à
+cette veine il est intarissable.</p>
+
+<p class="quote">«Miss Lindsay, une aimable fille de belle humeur: un peu courte et de l'<span class="italic">embonpoint</span><a id="footnotetag679" name="footnotetag679"></a><a href="#footnote679" title="Lien vers la note 679"><span class="small">[679]</span></a>
+mais belle et extrêmement gracieuse, de beaux yeux noisette, pleins de vivacité et
+étincelants d'une délicieuse humidité, un visage attrayant, un <span class="italic">tout ensemble</span><a href="#footnote679" title="Lien vers la note 679"><span class="small">[679]</span></a> qui
+déclare qu'elle appartient au premier rang des esprits féminins.... Après plusieurs
+efforts malheureux, je parviens à secouer Mrs et Miss&mdash;, à me dégager d'elles et je
+trouve le moyen de prendre le bras de Miss Lindsay. Miss semble satisfaite que ma
+barderie l'ait distinguée et, après quelques légers scrupules que je pouvais suivre
+aisément, elle se rit du bavardage autour de nous et aimablement me permet de
+garder ce que j'ai pris; puis, quand la cérémonie de ma présentation au D<sup>r</sup> Sommerville
+nous eut séparés, elle fit la moitié du chemin pour que je reprisse ma situation.&mdash;<span class="italic" lang="la">Nota
+Bene.</span> Le poète est à deux doigts d'être infernalement amoureux; je
+crains bien que mon c&oelig;ur soit presque autant en amadou que jamais<a id="footnotetag680" name="footnotetag680"></a><a href="#footnote680" title="Lien vers la note 680"><span class="small">[680]</span></a>.»</p>
+
+<p>Quand, au bout de deux jours, il est forcé de partir, il se répand en
+regrets. «Douce Isabella Lindsay, puisse la paix habiter votre c&oelig;ur,
+interrompue seulement par les battements tumultueux de l'amour extasié!
+Cet &oelig;il qui allume l'amour doit rayonner pour un autre, et ce corps
+gracieux doit mettre le bonheur dans d'autres bras et non dans les miens<a id="footnotetag681" name="footnotetag681"></a><a href="#footnote681" title="Lien vers la note 681"><span class="small">[681]</span></a>».
+Mais à quelques jours de là, il a tout oublié: «Les Miss Grieves, très
+excellentes filles. Mon c&oelig;ur de barde a reçu un coup de brosse de Miss
+Betsey<a id="footnotetag682" name="footnotetag682"></a><a href="#footnote682" title="Lien vers la note 682"><span class="small">[682]</span></a>». Deux jours après: «Trouvé Miss Ainslie, l'aimable, la judicieuse,
+la gaie, la douce Miss Ainslie, toute seule à Berrywell. Pouvoirs célestes,
+qui connaissez la faiblesse des c&oelig;urs humains, soutenez le mien! Quel
+bonheur il faut que je voie pour me rappeler seulement que je ne dois pas
+le goûter<a id="footnotetag683" name="footnotetag683"></a><a href="#footnote683" title="Lien vers la note 683"><span class="small">[683]</span></a>!». Ailleurs, il est invité à dîner chez un clergyman, et voici
+les réflexions qu'il emporte du repas: «M<sup>r</sup> Burnside, le clergyman,
+est un homme dont je me souviendrai toujours avec reconnaissance;
+<span class="pagenum"><a id="page267" name="page267"></a>(p. 267)</span> et sa femme, Dieu me pardonne! j'ai presque enfreint le dixième commandement,
+à cause d'elle. Simplicité, élégance, bon sens, douceur
+de caractère, bonne humeur, bienveillante hospitalité, tels sont les
+éléments de ses façons et de son c&oelig;ur; bref...mais si je dis un mot de
+plus sur elle, je vais en tomber aussitôt amoureux<a id="footnotetag684" name="footnotetag684"></a><a href="#footnote684" title="Lien vers la note 684"><span class="small">[684]</span></a>». Ailleurs, il écrit à
+un ami. «J'ai rencontré deux belles filles; en particulier l'une d'elles,
+une belle fille, étoffée, l'air confortable, bien habillée et jolie, l'autre
+un beau brin de fille à la jambe fine, droite, bien prise, d'un visage
+agréable, aussi gaie qu'un linot sur une épine fleurie, aussi douce et modeste
+qu'une violette fraîche éclose dans un bois de noisetiers. Elles ont
+fait en moi un tel diable de ravage que, si on retournait mes viscères,
+on trouverait deux encoches dans mon c&oelig;ur, comme la marque d'un couteau
+sur une tige de chou<a id="footnotetag685" name="footnotetag685"></a><a href="#footnote685" title="Lien vers la note 685"><span class="small">[685]</span></a>». D'autres fois, ce sont des aventures plus
+grossières, des rencontres de grand'route, des acoquinements d'auberge,
+entamés et menés en peu d'heures, des intrigues au gros sel, où le casse-c&oelig;urs
+de village apparaît, avec je ne sais quelle entreprise rusée et quelle
+vulgarité de paysan allumé par la boisson.</p>
+
+<p class="quote">Rencontré en chemin une aventure assez étrange et romanesque, avec une fille et
+sa s&oelig;ur mariée. La fille, après quelques ouvertures de galanterie de ma part, me voit
+un peu pris de la bouteille et offre de me piper dans quelque affaire de Gretna-Green.
+Moi, qui ne suis pas aussi niais qu'elle l'imagine, je prends rendez-vous avec
+elle, en manière de <span class="italic">vive la bagatelle</span><a id="footnotetag686" name="footnotetag686"></a><a href="#footnote686" title="Lien vers la note 686"><span class="small">[686]</span></a>, pour nous entendre à ce sujet quand nous
+arriverons à la ville. Je l'y retrouve et je lui donne un coup de brosse de caresses et
+une bouteille de cidre; mais trouvant qu'elle s'est <span class="italic">un peu trompée</span><a href="#footnote686" title="Lien vers la note 686"><span class="small">[686]</span></a> sur l'individu,
+elle file<a id="footnotetag687" name="footnotetag687"></a><a href="#footnote687" title="Lien vers la note 687"><span class="small">[687]</span></a>.»</p>
+
+<p>Il était alors en effet à peu de distance de Gretna-Green, le village
+fameux par ses mariages clandestins. C'était, en venant d'Angleterre, le
+premier endroit de halte après avoir franchi la frontière. En Angleterre, les
+mariages exigeaient le consentement des parents ou tuteurs, la publication
+de bans, la présence d'un prêtre, une publicité, toutes sortes d'obstacles et
+de retards. La loi écossaise, plus large, ne demandait qu'une déclaration
+mutuelle de mariage échangée en présence de témoins, ou un engagement
+écrit; c'est, on s'en souvient, ce dernier mode qui avait, pendant
+quelques jours, uni Burns à Jane Armour et que le père de celle-ci avait
+détruit. Les gens de Gretna-Green avaient su se faire une industrie profitable
+de mariages improvisés. Les couples arrivaient et trouvaient tout ce qu'il
+fallait pour une union immédiate, car ils étaient parfois poursuivis de
+très près. L'industrie était très florissante dans la seconde moitié du
+dernier siècle. Pennant, le voyageur, qui avait visité le village un peu
+<span class="pagenum"><a id="page268" name="page268"></a>(p. 268)</span> avant l'époque du voyage de Burns, en a laissé une amusante description:
+«Entrons de nouveau en Écosse par un petit pont sur la Sark, et peu
+après nous nous arrêtons au petit village de Gretna, si bien connu des
+aventuriers matrimoniaux. Ici le jeune couple peut être instantanément
+uni, par un pêcheur, un menuisier, un forgeron, qui accomplissent la
+cérémonie pour une rémunération qui va de deux guinées à un verre de
+whisky; mais le prix est généralement fixé d'après les renseignements
+donnés par les postillons de Carlisle, qui sont payés par l'un ou l'autre
+des dignitaires sus-mentionnés. Si la poursuite des parents est trop
+ardente, on conseille au couple effarouché de se glisser dans un lit et,
+dans cette situation, on les montre aux poursuivants, qui n'insistent plus...
+L'endroit se distingue de loin par un groupe de sapins, le bosquet
+de Cythère du lieu. J'eus la curiosité de voir le grand-prêtre qui
+m'apparut sous la forme d'un pêcheur, en surtout bleu, avec une grosse
+chique de tabac dans la bouche. L'un d'entre nous feignit d'être venu pour
+reconnaître la place, et lui demanda son prix; après nous avoir considérés
+attentivement, il le laissa à notre générosité<a id="footnotetag688" name="footnotetag688"></a><a href="#footnote688" title="Lien vers la note 688"><span class="small">[688]</span></a>». Quelle fin c'eût été pour le
+pélerinage poétique! Ce sont là des enfantillages sans portée et sans
+gravité. Ils n'ont d'intérêt qu'autant qu'ils marquent l'absence de préoccupations
+sérieuses, et dignes de ce voyage que d'autres poètes devaient
+faire avec tant de gravité, de vénération et de profit. À coup sûr, la
+relation de ces plates aventures occupe matériellement plus de place
+dans le journal de Burns que les notes sur les sites ou les poèmes. Sans
+entrer dans des détails Lockhart dit: «Le D<sup>r</sup> Currie a publié quelques
+extraits du <span class="italic">Journal</span> tenu par Burns pendant cette excursion, mais ils sont
+pour la plupart très triviaux<a id="footnotetag689" name="footnotetag689"></a><a href="#footnote689" title="Lien vers la note 689"><span class="small">[689]</span></a>.»</p>
+
+<p class="p2">Il convient de dire que ce tour fut fait dans de détestables conditions.
+Ce fut un triomphe, mais une espèce de triomphe provincial.
+L'ivresse en était bruyante et épaisse. Burns avait débuté par les gens
+qui l'admiraient pour ses &oelig;uvres, et dont l'admiration contenait cette
+part de critique exacte qui en fait le titre; il était maintenant au milieu
+de gens qui l'admiraient sur sa réputation et le flattaient sans discernement.
+Quand on passe de ceux qui font la renommée à ceux qui l'acclament, on
+peut être plus étourdi mais on goûte un plaisir moins délicat. Il avait
+touché à Édimbourg le plus précieux de sa gloire, en quelques pièces
+d'or sans alliage et en une quantité de fines pièces d'argent; ce qu'il en
+recevait maintenant n'en était que l'appoint en monnaie de billon.
+Hormis quelques hommes distingués, comme Brydone, le voyageur, dont
+la femme, très accomplie, était la fille du D<sup>r</sup> Robertson<a id="footnotetag690" name="footnotetag690"></a><a href="#footnote690" title="Lien vers la note 690"><span class="small">[690]</span></a>, ou encore le
+<span class="pagenum"><a id="page269" name="page269"></a>(p. 269)</span> D<sup>r</sup> Sommerville, l'historien et pasteur à Jedburgh<a id="footnotetag691" name="footnotetag691"></a><a href="#footnote691" title="Lien vers la note 691"><span class="small">[691]</span></a>, il ne se trouva mêlé qu'à
+une classe de braves gens, francs, bons vivants, heureux de le fêter à leur
+guise, mais dont l'enthousiasme se manifestait surtout par des réjouissances
+matérielles. Ce fut une bousculade de réceptions, de présentations,
+de toasts, d'exhibitions, toutes les corvées de la réputation. À Jedburgh,
+les magistrats lui présentent le droit de bourgeoisie, et il veut payer, en
+dépit de tout, le vin d'honneur<a id="footnotetag692" name="footnotetag692"></a><a href="#footnote692" title="Lien vers la note 692"><span class="small">[692]</span></a>. À Eyemouth, la loge maçonnique le
+nomme grand-maçon<a id="footnotetag693" name="footnotetag693"></a><a href="#footnote693" title="Lien vers la note 693"><span class="small">[693]</span></a>. À Dunbar, il est reçu par le prévôt de la
+ville<a id="footnotetag694" name="footnotetag694"></a><a href="#footnote694" title="Lien vers la note 694"><span class="small">[694]</span></a>. Partout où il arrive, on rassemble vivement les notabilités, le
+clergyman, le notaire, le médecin, les gros bonnets, les capitaines
+retraités, des lieutenants en congé, les riches propriétaires des alentours.
+On le conduit en voiture voir les sites des environs<a id="footnotetag695" name="footnotetag695"></a><a href="#footnote695" title="Lien vers la note 695"><span class="small">[695]</span></a>. On lui montre,
+pour lui faire honneur, les curiosités du pays. «Miss Lindsay et
+moi, allons voir Esther, une femme très extraordinaire pour réciter de la
+poésie de tout genre et qui parfois fait elle-même des rimailles écossaises.
+Elle peut répéter par c&oelig;ur presque tout ce qu'elle a lu, en particulier
+l'Homère de Pope d'un bout à l'autre, a étudié Euclide toute seule et,
+en un mot, est une femme d'une intelligence extraordinaire. En causant
+avec elle, je la trouve tout à fait égale au portrait qu'on m'en avait fait.
+Elle est très flattée que je l'aie fait demander et de voir un poète qui a
+publié un livre, comme elle dit<a id="footnotetag696" name="footnotetag696"></a><a href="#footnote696" title="Lien vers la note 696"><span class="small">[696]</span></a>.» Les curiosités sont très hétéroclites,
+il faut tout voir. «Vais à Dunse voir un fameux couteau fabriqué par un
+coutelier d'ici pour être offert à un prince italien<a id="footnotetag697" name="footnotetag697"></a><a href="#footnote697" title="Lien vers la note 697"><span class="small">[697]</span></a>.» Lui-même, on le
+montre comme un objet de curiosité; «Il (son hôte) me mène faire visite à
+Miss Clarke, demoiselle, selon l'expression écossaise, passable encore,
+mais pas battant neuf, femme intelligente, avec des prétentions supportables
+à l'observation et à l'esprit; l'âge a fait fleurir le bourgeon
+rougissant de la timide modestie en une fleur de tranquille assurance.
+Elle désirait voir quelle espèce de <span class="italic">rare spectacle</span> est un auteur et en
+même temps lui faire savoir que Dunbar, quoique petite ville, n'est pas
+dépourvue de personnes d'esprit<a id="footnotetag698" name="footnotetag698"></a><a href="#footnote698" title="Lien vers la note 698"><span class="small">[698]</span></a>». Quoi encore? De vieilles demoiselles
+font cercle autour de lui et l'accaparent. Il inspire des passions, il fait
+des ravages, il surexcite des Dulcinées.</p>
+
+<p class="quote">Miss &mdash;&mdash; veut m'accompagner à Dunbar, afin de faire parade de moi comme de son
+amoureux, chez ses parents. Elle monte un vieux cheval de chariot, aussi immense
+<span class="pagenum"><a id="page270" name="page270"></a>(p. 270)</span> et maigre qu'une maison; une vieille selle de femme, toute rouillée, sans sous-ventrière
+et sans étrier, mais attachée avec une vieille sangle de torche; elle-même
+aussi belle que ses mains ont pu la faire, en amazone couleur crème, chapeau et
+plume, etc. Moi, confus de ma situation, je galope comme le diable et je la mets
+presque en pièces en la faisant secouer par son vieux pur sang; je me débarrasse
+d'elle en refusant d'aller voir son oncle avec elle<a id="footnotetag699" name="footnotetag699"></a><a href="#footnote699" title="Lien vers la note 699"><span class="small">[699]</span></a>.</p>
+
+<p>Pauvre Burns! la galante chevauchée! poursuivi par une amazone
+fagotée en crème, et qui grimace, horriblement secouée et houspillée sur
+sa haridelle, il court à lui disloquer les os ou à lui rompre le col,
+ventre à terre, mâchonnant des jurons dans la crinière de Jenny Geddes.
+Mais l'inexorable apparition est toujours derrière lui, avec un cliquetis
+de ferraille, de grands fouettements de plis jaunâtres et l'agitation du
+panache; il sent planer sur son dos cette Euménide ensafranée! C'est un
+spectacle presque aussi excellent que celui de la fuite de Tam de Shanter.</p>
+
+<p>Encore si tous ces tiraillements ne représentaient qu'un peu d'ennui et
+pas mal de temps perdu. Le plus grave était une suite de repas, un
+tourbillon de déjeuners, de dîners, de festins, dans une cohue d'amphitryons
+qui changeaient jusqu'à trois fois par jour. À Kelso, à Dunse, le club
+des fermiers lui offre un banquet<a id="footnotetag700" name="footnotetag700"></a><a href="#footnote700" title="Lien vers la note 700"><span class="small">[700]</span></a>; on imagine, d'après ce qu'on sait des
+dîners de professeurs et de clergymen, ce que devaient être ceux de
+fermiers riches, de gentilshommes campagnards. Walter Scott, qui avait
+pourtant une tête de fer, en sut quelque chose plus tard, quand il parcourut
+ce pays pour y faire ses recherches. Que dans ces agapes plantureuses
+Burns se soit laissé aller, que les fêtes lui aient monté à la tête,
+c'est une chose manifeste. Eh dehors de son journal, on n'a guère de lui,
+pendant ces jours-là, que deux ou trois billets et une seule lettre; on
+comprend qu'il n'avait pas le temps d'écrire. Dans un de ces billets écrit
+le 17 mai, un jour qui, si on se reporte à son journal, semble avoir été
+des plus calmes, il dit: «Je vous écris ceci, étant complètement gris, par
+conséquent ce doit être les sentiments de mon c&oelig;ur<a id="footnotetag701" name="footnotetag701"></a><a href="#footnote701" title="Lien vers la note 701"><span class="small">[701]</span></a>»; et dans la lettre
+écrite le 31 mai, à son arrivée à Carlisle: «J'avais commencé à vous
+écrire une longue lettre, mais Dieu me pardonne, je me suis si notoirement
+encrapulé aujourd'hui après dîner, que je peux à peine me traîner
+ça et là<a id="footnotetag702" name="footnotetag702"></a><a href="#footnote702" title="Lien vers la note 702"><span class="small">[702]</span></a>.» Il faut noter avec tristesse ces confessions; ce sont les premiers
+parmi ces aveux d'ivresse qui deviendront plus fréquents. Hélas!</p>
+
+<p class="p2">Combien cependant il était souhaitable que ce voyage exerçât sur
+lui une influence! Il avait besoin, précisément à cette passe de sa vie,
+de quelque chose qui modifiât sa condition intérieure, d'un de ces changements,
+<span class="pagenum"><a id="page271" name="page271"></a>(p. 271)</span> secousse ou inertie, qui rompent ou relâchent une suite mal
+engagée de sentiments. Il était parti d'Édimbourg dans un mauvais état
+moral: aigri, mécontent et, sans qu'il sût très nettement à quel propos,
+portant en lui un amas de colère. Il n'y a pas de meilleur remède, à ces
+maladies d'un c&oelig;ur enfermé en soi-même, qu'un de ces voyages qui
+aèrent l'esprit et en renouvellent l'atmosphère. Quelques semaines
+de solitude dans la souveraine tranquillité des choses, quelques-unes de
+ces journées qui font descendre en nous une paix fraîche&mdash;et il avait
+connu de ces journées-là&mdash;lui auraient été doublement salutaires. Car
+leur bienfait est double: tandis que la grandeur des spectacles, en se
+développant autour de nous, rapetisse les plus vastes aventures humaines,
+et réduit nos propres agitations à un frémissement de bouleau; cette
+inévitable pacification se fait à travers un calme physique ou plutôt
+commence par lui et gagne le dedans; et le corps de Burns, surmené par
+un hiver d'excès, avait autant besoin de repos que son esprit. Que si le
+loisir lui avait fait défaut pour un refuge prolongé dans la Nature, un
+peu de curiosité pour cette ancienne poésie partout semée, le fait de vivre
+parmi des drames, d'écouter des accents d'autrefois, lui auraient permis
+de se déposséder de son propre c&oelig;ur pendant quelques jours, lui
+auraient procuré, selon l'expression théologique, cette désoccupation de
+soi-même qui lui était devenue nécessaire. Il aurait apporté une âme
+disposée à recevoir d'autres impressions, sur un fond sinon renouvelé,
+du moins déplacé. Il y aurait eu interruption entre les anciennes blessures
+et les nouvelles, s'il devait en subir; de façon à ce que les souffrances ne
+se posassent pas aux mêmes endroits. Faute de cet intervalle, il va
+rentrer chez lui avec un c&oelig;ur exaspéré, disposé à croire au mal, exercé
+à le découvrir, et il est à craindre que certaines vulgarités ne froissent
+des places encore endolories et ne les enflamment.</p>
+
+<p>Après avoir parcouru le pays des Borders, il se dirigea vers l'ouest
+en suivant la frontière sur le sol anglais, il traversa Carlisle et arriva à
+Dumfries, où il rencontra son futur propriétaire. Il visita plusieurs fermes
+sans prendre de résolution. «J'ai été avec M. Miller à Dalswinton et je
+dois le revoir en août. D'après ce que j'ai vu des terres et la façon dont
+il m'a reçu, mes espérances de ce côté sont plutôt améliorées; mais
+elles ne sont encore que bien minces<a id="footnotetag703" name="footnotetag703"></a><a href="#footnote703" title="Lien vers la note 703"><span class="small">[703]</span></a>.» Les résultats pratiques du
+voyage n'étaient pas beaucoup meilleurs que les résultats poétiques.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section">RENTRÉE ET SÉJOUR À MOSSGIEL. &mdash; RETOUR À ÉDIMBOURG.</p>
+
+<p>En quittant Dumfries, il tira pays du côté du Nord, vers l'Ayrshire.
+La route qui remonte la vallée de la Nith, par Sanquhar, suit la déchirure
+<span class="pagenum"><a id="page272" name="page272"></a>(p. 272)</span> par laquelle le dur et granitique Galloway<a id="footnotetag704" name="footnotetag704"></a><a href="#footnote704" title="Lien vers la note 704"><span class="small">[704]</span></a> est séparé de la tête du
+système montagneux des Borders. Elle traverse une contrée triste et
+délaissée. À gauche, s'allongent des solitudes jonchées de moraines,
+de détritus de glaciers, d'amas d'argile, de graviers et de galets, parsemées
+de mares, de petits lacs innombrables, frappées de l'antique dévastation
+glaciaire<a id="footnotetag705" name="footnotetag705"></a><a href="#footnote705" title="Lien vers la note 705"><span class="small">[705]</span></a>. À droite, se dresse l'âpre massif et le n&oelig;ud de montagnes
+où les longues lignes coulantes des Borders se rapprochent, se rencontrent,
+se ramassent, se relèvent, se heurtent et se déchirent; au lieu
+de pentes gazonnées, ce ne sont que des cassures à pic, des rochers nus et
+bouleversés et d'étroits défilés<a id="footnotetag706" name="footnotetag706"></a><a href="#footnote706" title="Lien vers la note 706"><span class="small">[706]</span></a>. Vers le haut de la vallée, on entre dans
+un district de mines et de minerais, sur lequel pèse une stérilité métallique.
+«La contrée environnante est la plus infertile qui se puisse
+concevoir. On n'aperçoit ni arbre, ni buisson, ni verdure. Les mineurs et
+leurs familles sont une communauté isolée, tous plus ou moins parents
+par mariages<a id="footnotetag707" name="footnotetag707"></a><a href="#footnote707" title="Lien vers la note 707"><span class="small">[707]</span></a>.» C'est par ce désert, dont l'aridité est plus morne encore
+dans la lumière de juin, que Burns s'en retournait vers Mauchline.</p>
+
+<p>Le voyageur n'était pas sans ressemblance avec la route. Sa pensée
+n'était qu'un désordre de projets confus, nés de la visite aux fermes de
+Dumfries; ses résolutions se heurtaient les unes contre les autres, juste
+assez fortes pour s'entre-détruire et ne laisser à son esprit que l'inquiétude
+de leurs bris successifs. Il n'avait en lui que du chaos et des
+décombres. De plus, pour la première fois après l'étourdissement du
+voyage, il était livré à lui-même. Il était impossible qu'il n'éprouvât
+point de la lassitude et l'éc&oelig;urement de ces temps derniers; cependant
+cet isolement brusque et le manque de l'agitation dont il avait pris
+l'habitude, mettaient en lui un malaise. Cette inquiétude se mélangeait
+à la joie de revoir les siens, de sentir qu'il approchait d'eux, jusqu'au
+moment où il traversa les premiers villages familiers qui marquaient les
+limites de sa vie d'autrefois. Enfin, voilà les maisons basses et la vieille
+église de Mauchline! Il traverse la bourgade sans s'arrêter, peut-être
+salué par des connaissances, car c'est l'été et il fait jour jusqu'au delà
+de neuf heures. Il est sur le bout de la grande route si souvent parcouru,
+et voici là-bas le toit de la ferme où ils sont tous, la vieille mère, Gilbert,
+les s&oelig;urs et les deux marmots!</p>
+
+<p>«Il arriva sans être annoncé,» dit Mrs Begg<a id="footnotetag708" name="footnotetag708"></a><a href="#footnote708" title="Lien vers la note 708"><span class="small">[708]</span></a>. On aime à évoquer
+la scène, quand le cri que Robert était arrivé éclata dans le logis. On
+raconte que la vieille mère se jeta à son cou sans pouvoir dire autre
+<span class="pagenum"><a id="page273" name="page273"></a>(p. 273)</span> chose que «oh! Robert!»<a id="footnotetag709" name="footnotetag709"></a><a href="#footnote709" title="Lien vers la note 709"><span class="small">[709]</span></a> Et c'est un trait de nature vraie. Le nom
+d'un enfant est le seul mot par lequel les mères sont capables d'exprimer
+certaines émotions, car il est le résumé des dévouements, des anxiétés,
+des tendresses innombrables, dont l'enfant est l'&oelig;uvre. On devine, après
+ce cri, un de ces étroits baisers dans lesquels un c&oelig;ur se soulage de
+longues angoisses. Après cette première minute réservée à la mère, on
+se représente l'accueil ferme et grave de Gilbert, celui des s&oelig;urs empressées,
+la petite Bess riant à son père, car elle était assez grande pour le
+reconnaître; tandis que l'autre bébé regardait tout effrayé cet homme
+inconnu et que, derrière tout le monde, les petits domestiques de la
+ferme, ouvrant de grands yeux, attendaient leur mot de salut familier
+qui ne leur manqua point. Comment la demeure n'aurait-elle pas tressailli
+de réjouissance? C'était l'enfant prodigue qui revenait, mais roi
+et maître des c&oelig;urs humains! Il chassait de la maison la misère, opiniâtre
+hôtesse; avec lui entrait l'espoir. On sait cependant que cette scène fut
+calme, réservée; presque silencieuse<a id="footnotetag710" name="footnotetag710"></a><a href="#footnote710" title="Lien vers la note 710"><span class="small">[710]</span></a>. Les paysans expriment leurs plus
+forts sentiments avec des paroles imparfaites et rudimentaires comme
+leurs attitudes, et les Burns étaient une race peu expansive. Ce fut une
+de ces entrevues où l'on dit peu mais où tous les yeux rougissent. Quant
+à Robert lui-même, il ne pouvait rentrer sous ce toit sans être remué. Un
+coup de joie profonde le pénétra. Les mois d'Édimbourg, leurs ivresses,
+leurs déboires, tout cet intervalle qui le séparait du départ en fut bouleversé,
+balayé, s'écroula, disparut. Il ne vit plus, dans une illumination
+soudaine, que le contraste de ces jours attristés et de celui-ci, dont
+l'orgueil éclatait dans les yeux des siens. Pendant un moment son c&oelig;ur
+se réjouit.</p>
+
+<p>On se figure aussi les jours suivants: les visites, les accueils cordiaux,
+les rencontres dans la rue, les poignées de main, les félicitations, les
+interrogations, tout l'accompagnement des retours heureux au pays. Il
+prolongea avec plaisir les causeries avec les amis de la première heure,
+Gavin Hamilton, Aiken, le D<sup>r</sup> Mackenzie; c'étaient des hommes intelligents;
+leurs compliments tombaient juste et ne détonnaient pas avec
+ceux auxquels il avait été habitué à Édimbourg. À côté de cela, les
+abords banals, les compliments maladroits qui insistent sur quelque
+point vulgaire et bas du succès, les témoignages de sympathie presque
+pénibles tant ils portent à faux et mettent de l'impatience dans les
+remerciements qu'on en fait, les curiosités indiscrètes, lourdes, interminables,
+les questions insipides, durent quelquefois l'agacer. Par
+moments, sa bienvenue à Mauchline ne devait pas différer beaucoup de
+celle qui fête le soldat ou le marin, lorsqu'ils rentrent gradés dans leur
+<span class="pagenum"><a id="page274" name="page274"></a>(p. 274)</span> village. Et quand le bruit de son arrivée se fut répandu, les amis lui
+vinrent de tout le pays, d'Ayr, de Kilmarnock, de Tarbolton, d'Irvine,
+de Maybole, des fermes et des moulins, de toutes parts. Les voitures et
+les chevaux se pressaient sur la route de Mossgiel. On affirmerait
+presque sans hésitation que ces jours-là furent heureux pour Burns. Mais
+que c'est une &oelig;uvre périlleuse de vouloir reconstruire des caractères et
+qu'il y a dans les c&oelig;urs de replis qui déjouent toutes les vraisemblances!</p>
+
+<p class="p2">Dès son arrivée, Burns se rendit chez les Armour. Le prétexte ou le
+motif fut d'aller voir sa fillette qui, selon le partage des jumeaux, était
+restée avec la mère. Il se retrouva en face du père fanatique qui l'avait
+presque chassé du pays et de la femme qui l'avait abandonné. Il avait
+beaucoup souffert par eux deux; eux aussi, sans doute, avaient souffert
+par lui. L'entrevue ne laissait pas d'être gênante pour tous. On
+comprend que Jane, en lui apportant l'enfant, ait tourné ses yeux noirs
+vers lui d'un air contrit; mais on comprendrait aussi que le vieux
+maître maçon fût resté ce qu'il s'était montré, austère et intraitable; cela
+du moins lui eût fait un caractère. Il n'en fut rien. Burns trouva toute
+la famille humble, obséquieuse. Il en fut révolté; cela n'a rien de surprenant.
+Mais en même temps, cette montée de colère amenait à la
+surface bien d'autres choses qui étaient dans son âme. Et voici ce qu'il
+écrivait:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Si quelque chose avait manqué pour me dégoûter de la famille Armour, leur
+basse, servile soumission y aurait suffi.</p>
+
+<p>Donnez-moi une âme comme mon héros favori, le Satan de Milton.</p>
+
+<p class="poem20">
+<span class="add8em">Salut, horreurs! salut,</span><br>
+Monde infernal! et toi très profond enfer,<br>
+Reçois ton nouveau possesseur! un être qui apporte<br>
+Une âme que ne peuvent changer ni <span class="italic">lieu</span>, ni <span class="italic">moment</span>.</p>
+
+<p>Je ne puis asseoir mon esprit. Le fermage est la seule chose dont je sache quelque
+chose, et le ciel là-haut sait que je n'y entends pas grand'chose; je ne puis, je n'ose
+m'aventurer dans des fermes telles qu'elles sont. Si je ne me fixe pas, je partirai pour
+la Jamaïque. Si je restais à la maison, dans cette situation indécise, je ne réussirais
+qu'à dissiper ma petite fortune et à dilapider ce qui, dans ma pensée, doit être pour
+mes enfants la compensation de la tache que j'ai mise sur leur nom<a id="footnotetag711" name="footnotetag711"></a><a href="#footnote711" title="Lien vers la note 711"><span class="small">[711]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>Et une semaine plus tard il écrivait, en des termes plus véhéments
+encore, une autre lettre, dans laquelle les pénibles pensées de la première
+se déploient et s'exaspèrent. C'est une véritable profession de misanthropie.</p>
+
+<p class="quote">«Je n'avais jamais, mon ami, considéré le genre humain comme très capable de
+quelque chose de généreux; mais la morgue des patriciens d'Édimbourg et la servilité
+<span class="pagenum"><a id="page275" name="page275"></a>(p. 275)</span> de mes frères plébéiens (qui peut-être me regardaient de travers, il y a quelque
+temps) depuis que je suis revenu chez moi, m'ont presque complètement fait prendre
+mon espèce en dégoût. J'ai acheté un Milton de poche et je le porte continuellement
+avec moi, afin d'étudier les sentiments, l'indomptable magnanimité, l'intrépide,
+inflexible indépendance, l'audace désespérée et le noble défi à la souffrance de ce
+grand personnage, Satan. Il est vrai que j'ai, pour le moment, un peu d'argent comptant;
+mais j'ai peur que l'étoile qui a jusqu'ici versé ses rayons malins et destructeurs
+de tout dessein, en plein sur mon zénith, j'ai peur, dis-je, que cette funeste planète,
+dont l'influence est si redoutable pour la tribu des rimeurs, ne soit pas encore sous
+mon horizon. Le malheur épie le sentier de la vie humaine; l'âme poétique se
+trouve misérablement déplacée et incapable dans la voie des affaires. Ajoutez à cela
+que d'imprévoyantes folies, de fous caprices, comme autant d'<span class="italic" lang="la">ignes fatui</span> m'entraînant
+sans cesse hors de la droite ligne du calme et de la mesure, font flotter leurs
+lueurs trompeuses devant les yeux du pauvre barde fixés en l'air, jusqu'à ce que,
+crac! «il tombe comme Satan, hors de toute espérance». Dieu fasse que ceci puisse
+être une fausse peinture en ce qui me concerne; mais si cela n'était pas, je compterais
+peu sur le genre humain. Je veux clore ma lettre par le tribut que mon c&oelig;ur me
+conseille de vous donner. Les nombreux liens de relations et d'amitié que j'ai ou
+crois avoir dans la vie, je les ai tâtés d'un bout à l'autre, et, maudits soient-ils, ils
+sont presque tous d'une contexture si fragile que je suis presque sûr qu'ils ne résisteraient
+pas au souffle de la moindre brise de fortune adverse<a id="footnotetag712" name="footnotetag712"></a><a href="#footnote712" title="Lien vers la note 712"><span class="small">[712]</span></a>.»</p>
+
+<p>Quel langage est-ce là? Qu'il sonne étrangement! Byron n'a rien de
+plus byronien, rien de plus arrogant et ténébreux. Au point de vue
+littéraire, cette page est même une curiosité: on dirait un avant-coureur
+de la littérature sulfureuse, du ricanement sardonique et satanique. Mais
+ce n'est pas ce côté extérieur qui importe ici. Eh quoi! Pas un mot de
+la joie du retour, pas un signe d'attendrissement pour les siens, les
+amis retrouvés, les lieux mêmes revisités? Rien que de la dureté et du
+dénigrement! Et pour quelle cause cette attitude d'archange foudroyé,
+pourquoi tout ce fracas de révolte? Parce que quelques paysans, éblouis
+par sa gloire, lui ont montré trop de prévenance? Futile, ridicule,
+presque haïssable excuse! Qu'est-ce que cette nouvelle façon de se
+ravilir à la mesure d'autrui? À quelle faiblesse est abandonné le c&oelig;ur
+qui dépend de la conduite des autres et qui attend leur bonté pour avoir
+la sienne? Burns n'était pas habitué jusqu'à présent à prendre son mot
+d'ordre ailleurs qu'en lui-même. Combien valaient mieux les affolements
+de l'année dernière! Il était malheureux alors; sa colère du moins s'en
+prenait à des faits, ses imprécations s'adressaient à la cruauté du destin.
+Ah! Pauvre Robert Burns! Pauvre ami! quel chemin tu as fait vers le
+découragement, vers l'aridité du c&oelig;ur! Tu produis l'amertume dont tu
+es empoisonné; cette ivraie de haine et de mépris sort de toi. Ce
+mécontentement des autres est le mécontentement de toi-même. «Tu
+bois l'eau de ta citerne» dit la Bible. Ton âme naguère était plus mâle
+<span class="pagenum"><a id="page276" name="page276"></a>(p. 276)</span> et plus saine, elle est malade maintenant et presque méchante. Tu vois
+bien, tu vois qu'il y a souvent des bienfaits dans la pauvreté, qu'il ne
+fallait pas regretter les jours misérables, que la <span class="italic">Vision</span> avait raison!
+Tu es monté en honneurs, en biens; tu es un des hommes célèbres de
+ton pays et voilà ce que contient ton c&oelig;ur! Hélas! Que la fortune fausse
+d'âmes en y tombant! Que de vases se fendent quand des pièces d'or y
+sont jetées!</p>
+
+<p>Cette explosion a stupéfié et déconcerté les biographes de Burns.
+Quelques-uns n'en parlent pas. Carlyle, si pénétrant d'ordinaire et si
+ferme à saisir les instants révélateurs, n'en fait pas mention. D'autres s'y
+arrêtent, s'en étonnent et avouent leur impuissance à l'expliquer, «À ce
+moment précis, dit Alexandre Smith, il est assez difficile de comprendre
+d'où venait cette amertume qui monte et sourd dans presque
+chaque lettre que Burns écrivait<a id="footnotetag713" name="footnotetag713"></a><a href="#footnote713" title="Lien vers la note 713"><span class="small">[713]</span></a>.»&mdash;«Il y a peu de lettres, dit
+Lockhart, où plus des endroits obscurs de son caractère apparaissent<a id="footnotetag714" name="footnotetag714"></a><a href="#footnote714" title="Lien vers la note 714"><span class="small">[714]</span></a>.»
+Et Chambers, en désespoir de cause, s'embarrasse en une explication
+vide, énoncée dans la phraséologie un peu prud'hommesque qui lui est
+familière; car c'était un très digne homme: «mais on aurait peut-être
+tort de discuter cette lettre, comme autre chose que l'effusion d'une
+colère transitoire d'âme, provenant de circonstances accidentelles et
+passagères<a id="footnotetag715" name="footnotetag715"></a><a href="#footnote715" title="Lien vers la note 715"><span class="small">[715]</span></a>.» Il oublie qu'il n'y a pas une, mais deux lettres, écrites à
+deux personnes, à assez long intervalle, qu'il y a dans chacune d'elles
+un accent qui suffirait, et que d'ailleurs le fait d'avoir acheté et de porter
+avec soi le Milton indique bien une situation d'esprit persistante. C'est
+précisément ce fait qui donne à ces lettres leur gravité et empêche
+qu'elles ne soient prises pour des boutades. Seul, Gilfillan, dont la vue
+psychologique a quelquefois une franchise et une décision particulières,
+a entrevu l'importance de ce moment et a essayé d'en deviner les causes.
+Ce n'est pas le seul cas, dans la biographie de Burns, où il se trouve
+presque seul à toucher courageusement un endroit douloureux<a id="footnotetag716" name="footnotetag716"></a><a href="#footnote716" title="Lien vers la note 716"><span class="small">[716]</span></a>.</p>
+
+<p>Il n'est pourtant pas difficile de comprendre que le retour à Mauchline
+n'était que le choc qui révélait une longue altération, et que cette âme
+avait été profondément détériorée par son séjour à Édimbourg. Pendant
+une demi-année, il avait vécu d'une vie oisive et usante à la fois. Il avait
+voulu paraître tout ce qu'il était, à heures fixes et presque sans repos.
+Sous cet effort, il avait trouvé la fatigue, la satiété, le mécontentement
+de soi-même et des autres, parce qu'il avait rencontré ce grand chagrin
+très funeste, d'être dissatisfait et humilié de sa situation. Pendant ces
+<span class="pagenum"><a id="page277" name="page277"></a>(p. 277)</span> six mois, quel mouvement fécond ou généreux, quel travail, quel essai
+avait traversé son esprit? Rien, que des sentiments amers, nés de l'ivresse
+malfaisante des éloges. Il s'était fait lentement en lui un sourd travail
+de déséquilibre, de désaccord avec la vie, qui peu à peu avait faussé son
+âme. Il lui aurait fallu, à sa sortie d'Édimbourg, une influence salubre,
+et on a vu qu'elle lui avait manqué. Quand il rentra chez lui et qu'il
+s'agit de redevenir son ancien lui-même, l'écart se révéla tout à coup. Il
+ne s'ajustait plus à sa vie antérieure; et comme cette altération s'était
+produite, non par une marche vers le mieux et un progrès sur lui-même,
+mais par une déformation, une perversion, ce désaccord était douloureux.
+Dans le premier cas, son existence passée serait restée le fondement
+et le soutien de sa personnalité accrue; c'était un développement
+organique. Mais il n'y avait ici rien de semblable; il portait à faux sur
+son ancienne vie. C'est pourquoi ce retour le faisait souffrir, et cette
+souffrance faisait crier toutes les irritations accumulées à Édimbourg.
+Son corps, enflammé par les excès du voyage et probablement par les
+réceptions de sa rentrée à Mauchline, ajoutait sa brûlure et sa fièvre à
+cette aigreur de l'esprit. Tout conspirait, par la faute de Burns comme
+par celle des circonstances, à former cette détestable condition d'âme.</p>
+
+<p>Il y a, à travers tout cela, des révélations qui jettent un jour cruel
+dans l'âme de Burns, disons plutôt dans l'âme de Burns telle qu'elle
+était alors. Cette crise, à y regarder de près, est moins pénible par elle-même
+que par l'absence ou l'insuffisance de certaines choses, qu'elle
+implique. Elle n'a été possible que parce qu'en retrouvant la vieille
+maison, la vieille mère, Burns n'a point ressenti la commotion puissante
+de joie et d'attendrissement, qui eût chassé les mauvais démons. Tout
+au moins ce qu'il en éprouva ne fut pas assez doux et assez fort pour
+remplir son âme et la garder des sentiments acerbes. Si en ces jours-là, il
+a appartenu à l'amertume et s'il a été appréhendé par des passions
+périlleuses, c'est qu'il n'avait pas donné assez de lui-même à la tendresse,
+là où elle était légitime, et où elle était due. Oui! on souhaiterait
+que, pendant un instant, il ait tout oublié et se soit livré entièrement
+aux bonnes joies du retour. Et ce n'est pas une excuse que l'attitude
+de ses ennemis. S'ils étaient maintenant obséquieux, les estimait-il donc
+auparavant pour que ce changement de conduite lui inspirât autre
+chose qu'une différence de mépris? Sûrement, il a manqué ici je ne sais
+quoi d'insaisissable. Ce n'est pas qu'il ait failli à agir comme il devait
+le faire envers sa famille. C'est quelque chose d'intérieur qui a fait
+défaut. Il n'a pas eu assez chaud au c&oelig;ur.</p>
+
+<p>La malfaisance de ce moment trouble n'est pas épuisée. Certains états
+d'âme renferment le germe d'actes irréparables qui en paraissent éloignés
+et pourtant en dépendent; ils nous préparent presque inévitablement à
+des fautes qui eu sont à la fois la conséquence et la punition. C'est ce
+<span class="pagenum"><a id="page278" name="page278"></a>(p. 278)</span> qui arriva à Burns. Pendant ces jours désemparés, il revit Jane Armour.
+Ce qu'elle fut envers lui, il n'est peut-être pas difficile de l'imaginer:
+à moitié confuse de sa conduite, un peu froide, avec cette réserve engageante
+que les plus simples savent trouver, et surtout avec ces aveux, cette
+reconnaissance de ses torts, ces accusations de soi-même, qui prennent
+les devants sur les reproches et les laissent désarmés, gauches, presque
+gênés. Du côté de Burns, il pouvait y avoir quelques traces de la première
+affection et, sous des frémissements de l'ancienne colère, l'attrait
+mal détruit des rencontres d'autrefois, je ne sais quelles obscures et profondes
+réminiscences des sens, qui coulent mélangées au sang lui-même.
+Mais que de motifs il avait pour écraser ces sollicitations du passé! Il
+avait été abandonné par cette femme; il devait la trouver moins séduisante,
+car son idéal féminin s'était modifié; il était incertain du lendemain
+puisqu'il parlait encore de la Jamaïque<a id="footnotetag717" name="footnotetag717"></a><a href="#footnote717" title="Lien vers la note 717"><span class="small">[717]</span></a>; il avait besoin de toute
+sa liberté. Il eût vaincu peut-être les tentations d'un moment, s'il les
+avait rencontrées l'âme saine et nette. Mais il portait en lui un
+esprit de défi et d'insouciance, je ne sais quelle hardiesse désespérée,
+un besoin de tout braver, de tout risquer, avec un «Bah! qu'importe!»,
+peut-être même la pensée mauvaise d'une revanche et le désir d'avoir
+le dernier mot. Les rencontres d'autrefois recommencèrent, sans la
+sincérité de la passion d'un côté, sans l'excuse de l'ignorance de l'autre,
+et des amours reprirent, diminuées, avec les arrière-pensées, les gênes
+soudaines, les souvenirs qu'on voudrait chasser, les paroles arrêtées au
+bord des lèvres et trop comprises sans avoir été dites, les réticences, et
+l'intolérable sentiment d'un passé meilleur, toutes les misères des passions
+déchues.</p>
+
+<p>Il est hors de doute que ses nouvelles relations avec sa maîtresse
+n'étaient qu'une &oelig;uvre de légèreté, d'oisiveté ou de jeu dangereux.
+Juste en même temps, il s'amusait à une autre intrigue dont il parlait
+d'un ton presque grossier et cynique.</p>
+
+<p class="quote">J'ai peur d'avoir détruit une des sources, à dire vrai, la principale source de mon
+bonheur ancien, à savoir cette éternelle propensité, que j'ai toujours eue, à tomber
+amoureux. Mon c&oelig;ur n'est plus embrasé d'extases fiévreuses, je n'ai plus d'entrevues
+du soir dignes du paradis, dérobées aux soins continuels et à la curiosité des habitants
+de ce bas monde plein de lassitude. J'ai seulement... Cette dernière, qui est une de
+vos connaissances éloignées, a une jolie tournure et des manières élégantes, et, en
+accompagnant des personnes de haut ton que vous connaissez, a vu les parties les
+plus policées de l'Europe. J'ai pour elle assez d'affection, mais ce qui m'a piqué est sa
+conduite au commencement de nos relations. Je lui faisais souvent visite lorsque j'étais
+à (Édimbourg) et, après avoir franchi régulièrement tous les degrés intermédiaires
+entre la salutation lointaine et cérémonieuse et l'étreinte familière autour de la taille,
+je me risquai, selon ma manière insouciante, à parler d'amitié en termes assez
+<span class="pagenum"><a id="page279" name="page279"></a>(p. 279)</span> ambigus et après son retour à (Harvieston) je lui écrivis dans le même style.
+Mademoiselle, interprétant mes mots au delà même de mon intention, s'échappa par
+une tangente de dignité et de réserve féminines, comme une alouette qui monte dans
+un matin d'avril, et elle m'écrivit une réponse qui me disait nettement mon fait. Quel
+immense chemin j'avais à marcher avant d'arriver aux régions de sa faveur. Mais je
+suis un vieil épervier à ce jeu-là et je lui écrivis une réponse si froide, si mesurée et
+si prudente, que cela me fit tomber mon oiseau de ses hauteurs aériennes, crac! à
+mes pieds, comme le chapeau du caporal Trim<a id="footnotetag718" name="footnotetag718"></a><a href="#footnote718" title="Lien vers la note 718"><span class="small">[718]</span></a>.</p>
+
+<p>Ces deux intrigues étaient tellement mêlées que les quelques lignes,
+dans lesquelles il avoue ne plus trouver le même plaisir aux entrevues
+furtives du soir, ne peuvent se rapporter qu'à Jane Armour. Elles
+confessent l'indicible désenchantement, l'indicible détresse des amants
+qui essayent de ranimer un ancien amour et s'aperçoivent qu'il est mort,
+que leurs c&oelig;urs sont des vases pleins de cendre et de tiges flétries.</p>
+
+<p>Il n'est pas étonnant que ces aventures n'aient pas suffi à l'occuper.
+Malgré le lien qu'il s'est créé par sa récente imprudence, il ne peut
+rester en place. Il est inquiet, incapable de goûter paisiblement les
+semaines de famille. La tranquillité de la maison, les promenades le
+long des blés verts en cette saison, ces jours de loisir où il pourrait écrire,
+faire une suite à <span class="italic">la Sainte Foire</span> ou aux <span class="italic">Joyeux Mendiants</span>, lui semblent
+fades et vides. Il est pris d'un besoin de déplacement. Il faut qu'il aille
+plus loin, qu'il pousse sa jument à travers pays, comme s'il cherchait à
+s'étourdir et à se fuir.</p>
+
+<p class="p2">Brusquement, il part vers le nord. Il y a là un voyage ou plutôt une
+rapide excursion dans les Hautes-Terres de l'ouest, dont le motif n'est
+pas éclairci. Chambers et Scott Douglas pensent qu'il voulut revoir les
+endroits où avait vécu la douce Mary Campbell<a id="footnotetag719" name="footnotetag719"></a><a href="#footnote719" title="Lien vers la note 719"><span class="small">[719]</span></a>. Cela est vraisemblable.
+Dans cet obscurcissement de lui-même dont il était comme effrayé, au
+milieu de cette chute des souvenirs d'autrefois, il dut se retourner
+éperdument, avec un élan de c&oelig;ur et un besoin de consolation, vers la
+plus douce, la plus pure des images passées. Elle l'avait consolé déjà;
+ne le consolerait-elle pas encore, bien que disparue? C'était le dernier
+refuge; souvent ce sont les plus douloureux de nos souvenirs qui nous
+recueillent en fin de compte; ils changent moins que les autres. C'était
+le dernier buisson vers lequel il allait, pour voir si les fleurs du jardin
+abandonné de sa jeunesse étaient toutes fanées.</p>
+
+<p>Ce que furent les incidents de ce voyage, si Burns visita à Greenock
+la tombe où dormait Mary, s'il essaya de voir ses parents et les lieux
+où elle avait grandi, tout cela est ignoré. Ce que furent ses sentiments
+<span class="pagenum"><a id="page280" name="page280"></a>(p. 280)</span> reste une chose également mystérieuse. On a trouvé dans ses
+papiers une pièce de vers écrite tout entière de sa main et intitulée
+<span class="italic">Élégie sur «Stella»</span>. Elle était accompagnée de ces mots: «Le poème
+suivant est l'&oelig;uvre d'un infortuné fils des Muses qui méritait un meilleur
+destin. Il y a beaucoup de «la voix de Cona» dans ses notes solitaires et
+tristes; et si les sentiments avaient été revêtus du langage de Shenstone,
+ils n'auraient pas fait tort même à cet élégant poète<a id="footnotetag720" name="footnotetag720"></a><a href="#footnote720" title="Lien vers la note 720"><span class="small">[720]</span></a>». Les détails
+s'appliquent si parfaitement à son amour avec Mary, à l'endroit où
+elle était enterrée, aux circonstances de ce voyage, qu'on peut avec
+toute vraisemblance rattacher cette production à ce moment-ci. Si on se
+rappelle avec quel soin il a toujours dissimulé ce passage de sa vie, on
+peut voir, dans la façon ambiguë dont il parle de l'auteur, une preuve de
+plus que ce poème y avait trait.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Uni est l'endroit et verte la terre<br>
+D'où mes chagrins découlent;<br>
+Et profondément dort la toujours chère<br>
+Habitante, là dessous.</p>
+
+<p>Pardonne mes transports, douce ombre,<br>
+Tandis que je m'incline sur ce gazon;<br>
+Ta demeure terrestre est étroite<br>
+Et solitaire maintenant.</p>
+
+<p>Pas une pauvre pierre pour dire ton nom,<br>
+Et faire connaître tes vertus;<br>
+Mais qu'importé à moi, à toi,<br>
+La sculpture d'une pierre?...</p>
+
+<p>Aux extrêmes limites de notre île,<br>
+Baignées par la vague de l'ouest,<br>
+Touché de ton destin, un poète songeur<br>
+Est assis seul près de ta tombe.</p>
+
+<p>Pensif, il voit s'étendre devant lui<br>
+La mer vaste, illimitée;<br>
+Ses mots de deuil sont emportés<br>
+Sur la rapide brise.</p>
+
+<p>Lui aussi, la dure poussée du Destin<br>
+Irrésistiblement l'emporte;<br>
+Et le même flux rapide submergera<br>
+Le poète et sa chanson.</p>
+
+<p>La larme de pitié qu'il répand<br>
+Il ne la réclame pas pour lui;<br>
+Que ses pauvres restes soient seulement couchés<br>
+Dans une tombe obscure.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page281" name="page281"></a>(p. 281)</span> Son c&oelig;ur usé de chagrin, avec une joie vraie,<br>
+Recevra le coup bien venu;<br>
+Sa harpe aérienne reposera relâchée<br>
+Et muette comme le roc.</p>
+
+<p>Ô ma chère vierge, ma Stella, quand<br>
+Cette vie malade se clora-t-elle;<br>
+Quand conduira-t-elle le barde solitaire<br>
+À son repos désiré?<a id="footnotetag721" name="footnotetag721"></a><a href="#footnote721" title="Lien vers la note 721"><span class="small">[721]</span></a></p>
+</div>
+
+<p>Ce qu'il y a de certain, c'est que, s'il rencontra dans ce pèlerinage de
+déchirantes émotions, il n'y apporta point le recueillement et le retour
+sur soi-même, qui l'auraient rendu salutaire et touchant. Jamais son
+âme n'avait été plus désemparée. On a peu de renseignements sur lui,
+pendant ces quelques semaines, et il n'y en a pas un qui ne rapporte un
+acte de colère, d'excès, presque de folie. Il écrit à son ami Robert
+Ainslie, qu'il fait un tour à travers «un pays où des ruisseaux sauvages
+trébuchent sur des montagnes sauvages, faiblement garnies de troupeaux
+sauvages, qui nourrissent maigrement des habitants aussi sauvages»<a id="footnotetag722" name="footnotetag722"></a><a href="#footnote722" title="Lien vers la note 722"><span class="small">[722]</span></a>.
+Dans la bourgade d'Inverary, trouvant l'auberge occupée par des hôtes
+du duc d'Argyle, il entre en fureur et écrit, avec un diamant qu'il portait
+au doigt, une épigramme sur les vitres de l'auberge.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Il n'y a rien ici qu'orgueil des Hautes-Terres,<br>
+Et saleté et famine des Hautes-Terres;<br>
+Si la Providence m'a envoyé ici,<br>
+C'était qu'elle m'en voulait à coup sûr<a id="footnotetag723" name="footnotetag723"></a><a href="#footnote723" title="Lien vers la note 723"><span class="small">[723]</span></a>.</p>
+
+<p>Il est vrai qu'Inverary, à en juger d'après son état actuel, devait être
+un triste trou. Et même c'en était un sûrement; Smollett disait: «Inverary
+n'est qu'une misérable ville, bien qu'elle soit immédiatement sous la
+protection du duc d'Argyle qui est un puissant prince dans cette partie
+de l'Écosse»<a id="footnotetag724" name="footnotetag724"></a><a href="#footnote724" title="Lien vers la note 724"><span class="small">[724]</span></a>. Elle avait, plus encore qu'aujourd'hui, l'air d'une dépendance
+du château.</p>
+
+<p>À quelques jours de là, on tombe sur une scène qui est un échantillon
+des réceptions par lesquelles on fêtait le passage du poète. C'est une
+partie d'ivrognerie générale, à la mode du temps. Elle est complète,
+avec ce symptôme caractéristique qui saisit les ivrognes de tous pays,
+à une certaine heure: un inexplicable et irrésistible besoin d'aller voir
+lever le soleil, le verre à la main, et de boire à sa santé. Ces gens-là
+n'y allaient pas de main morte; c'est encore Smollett qui dit: «Les
+<span class="pagenum"><a id="page282" name="page282"></a>(p. 282)</span> gentlemen sont si aimables envers les étrangers qu'un homme court
+risque de la vie, à cause de leur hospitalité<a id="footnotetag725" name="footnotetag725"></a><a href="#footnote725" title="Lien vers la note 725"><span class="small">[725]</span></a>.»</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«À notre retour, dans la demeure hospitalière d'un gentilhomme des Hautes-Terres,
+nous tombâmes en joyeuse compagnie et dansâmes jusqu'à ce que les dames nous
+quittassent, à trois heures du matin. Nos danses n'étaient point de ces mouvements
+insipides et cérémonieux de France ou d'Angleterre; les dames chantaient,
+comme des anges, des chansons écossaises, par intervalles; puis nous voilà partis à
+danser <span class="italic">Bob sur le traversin</span>, <span class="italic">Tullochgorum</span>, <span class="italic">Loch Erroch-side</span>, etc., tout comme des
+mites qui se jouent ainsi qu'une poussière dans le soleil, ou des corneilles qui
+annoncent l'orage un jour de moisson. Quand les chères fillettes nous eurent quittés,
+nous fîmes cercle autour du bol, jusqu'à cette brave heure de six heures du matin,
+sauf pendant quelques minutes où nous sortîmes pour offrir nos dévotions à la glorieuse
+lampe du jour apparaissant au-dessus du haut sommet de Ben Lomond. Nous
+nous mîmes tous à genoux, le fils de notre digne hôte tenait le bol, chacun de nous
+avait un verre plein à la main, et moi, faisant office de prêtre, je répétai quelques
+folies rimées, dans le genre des prophéties de Thomas le Rimeur, je suppose.</p>
+
+<p>Après un court rafraîchissement procuré par les dons de Somnus, nous passâmes
+la journée sur le Loch-Lomond et arrivâmes à Dumbarton dans la soirée. Nous dînâmes
+chez un autre brave homme et, par conséquent, nous poussâmes la bouteille: quand
+nous sortîmes pour remonter sur nos chevaux, nous nous trouvâmes «non pas très
+gris mais un peu gais tout de même».</p>
+</div>
+
+<p>Une scène d'ivrognerie? En voilà deux bien comptées, à moins qu'on
+ne trouve que c'est la même qui se continue; ce serait peut-être la
+vérité.</p>
+
+<p>Ces coups de boisson entraînaient avec eux d'autres extravagances de
+toute espèce. Il apportait dans cette surexcitation le même besoin de
+s'étourdir et cette fureur de défi qui l'agitaient depuis quelque temps.
+En sortant de cette seconde séance, à demi-gris, il voit passer sur son
+chemin un highlander monté sur son bidet. Sans aucune provocation
+et uniquement pour le principe de n'être pas dépassé par un highlander,
+il lance sa Jenny Geddes. Voilà une course endiablée qui commence
+entre cet ivrogne et le têtu que semble avoir été ce montagnard. À
+travers des chemins dégringolants et caillouteux, les deux fous se
+poursuivent, se pressent, se bousculent, l'un tapant sa jument avec son
+fouet, l'autre son cheval avec son licol; si bien que tout à coup le
+highlander et son bidet, Burns et sa rosse s'abattent, culbutent tous
+ensemble et roulent les uns sur les autres. Heureusement ils s'en
+relevèrent sans rien de brisé, protégés par la faveur de la divinité spéciale
+à ces sortes d'aventures.</p>
+
+<p class="quote">«Mes deux amis et moi-même chevauchions paisiblement le long du Loch quand
+passa au galop un homme des Hautes-Terres, sur un cheval assez bon, mais qui n'avait
+jamais connu les ornements du cuir ou du fer. Nous fûmes indignés d'être dépassés
+<span class="pagenum"><a id="page283" name="page283"></a>(p. 283)</span> par un homme des Hautes-Terres et nous voilà partis du fouet et de l'éperon. Mes
+compagnons, bien qu'ils eussent l'air assez bien montés, restèrent tristement en
+arrière: mais ma vieille jument, Jenny Geddes, une de la famille de Rossinante,
+s'acharna à dépasser le highlander, en dépit de tous les efforts qu'il faisait avec son
+licol de crin. Juste au moment où j'allais le dépasser, Donald détourna son cheval
+comme pour traverser devant moi et m'empêcher de passer; à ce moment son cheval
+s'abattit et lança le derrière sans culottes de son cavalier dans une haie émondée;
+Jenny Geddes tomba par dessus tout, et moi-même, le poète, entre elle et le cheval du
+highlander. Jenny Geddes passa sur moi avec tant de respect et de précautions que
+les choses ne tournèrent pas aussi mal qu'on aurait pu s'y attendre. J'en sortis avec
+quelques coupures et meurtrissures et une parfaite résolution d'être un modèle de
+sobriété à l'avenir<a id="footnotetag726" name="footnotetag726"></a><a href="#footnote726" title="Lien vers la note 726"><span class="small">[726]</span></a>.»</p>
+
+<p>Voilà un spécimen de ces journées de voyage. Comment résister à
+cette vie-là? Semaines infernales, désastreuses pour cette nature emportée,
+elles brûlaient et gaspillaient ses meilleurs jours, ses meilleures
+forces, dans des scènes de soûlerie grotesque et presque répugnante,
+surchauffant une constitution déjà dévorée par sa propre violence. Il
+sort de tout ceci la peine qu'on éprouve lorsqu'on aperçoit, dans la
+vie d'un ami, les excès passagers et espacés se rapprocher, se joindre,
+prendre peu à peu la continuité, la stabilité d'un vice. Il rentra à
+Mauchline, écloppé, couvert de contusions et de déchirures par tout le
+corps, tirant l'aile et traînant le pied. C'était le seul résultat de ce voyage,
+qui pouvait être si poétique et si fécond. Il avait été indigne du pur
+souvenir de sa jeunesse qu'il avait été chercher.</p>
+
+<p class="p2">Les avaries avaient été plus graves qu'il ne lui avait plu de le dire
+sur le coup. «J'ai la peau si remplie de meurtrissures et de blessures
+que je serai au moins quatre semaines avant d'oser m'aventurer dans
+un voyage à Édimbourg<a id="footnotetag727" name="footnotetag727"></a><a href="#footnote727" title="Lien vers la note 727"><span class="small">[727]</span></a>.» Il passa ce temps à Mauchline, dans l'oisiveté,
+l'ennui et l'incertitude, car tout cela se lit dans ses aveux.</p>
+
+<p class="quote">Je n'ai encore rien arrêté en ce qui concerne les choses sérieuses de la vie. Je suis,
+exactement comme d'habitude, un pauvre diable qui rimaille, va à la loge maçonnique,
+tâtonne, est sans but et oisif. Cependant je prendrai bientôt une ferme quelque part.
+J'allais dire: «et une femme aussi»; mais cela ne sera jamais mon heureux sort. Je ne
+suis qu'un cadet du Parnasse et, comme les autres cadets des grandes familles, j'ai le
+droit d'avoir des intrigues si je consens à courir tous les risques, mais il ne faut pas
+que je me marie<a id="footnotetag728" name="footnotetag728"></a><a href="#footnote728" title="Lien vers la note 728"><span class="small">[728]</span></a>.</p>
+
+<p>Ainsi il ressort de tous côtés combien il valait moins à ce retour à
+Mauchline que lors de son départ. Et toute cette analyse, si pénible, d'un
+moment mal élucidé de sa vie et capital par ses révélations se défend
+<span class="pagenum"><a id="page284" name="page284"></a>(p. 284)</span> d'être un jugement et un blâme de l'homme. Elle ne veut être autre chose
+qu'un examen et une notation rigoureux d'états déterminés dans une
+âme par des circonstances inéluctables. Ce furent là de mauvais moments
+d'une vie qui a été bonne, en somme, les vacillements d'une nature
+généreuse, les faiblesses, disons mieux, les souffrances d'un c&oelig;ur au-dessus
+de la plupart des c&oelig;urs humains. Mais il n'avait pas, par religion
+ou par stoïcisme, le mur d'airain et de diamant qui met à l'abri des dégâts
+et des détériorations de la vie.</p>
+
+<p>Il flâna de la sorte, à Mauchline, pendant près d'un mois, sans guère
+produire rien que la longue lettre autobiographique au D<sup>r</sup> Moore, qui est
+un document précieux pour l'histoire de ses premières années. À la fin de
+Juillet, il repartit pour retourner à Édimbourg. Sans doute, son départ
+fut triste, d'une tristesse qui n'était pas uniquement celle des séparations.
+Les siens, Gilbert surtout, et peut-être aussi la vieille mère, avaient
+dû s'apercevoir de l'amertume et de la détresse, qui s'étaient abattues en
+lui. Ils n'en devinaient pas les causes; mais ce n'était plus là leur Robert
+d'autrefois; il était plus sombre, plus âpre, plus brusque. Qu'avait-il
+donc? La joie de sa renommée n'était plus pour eux aussi pure; quelque
+chose la gâtait, dans ces c&oelig;urs qui l'aimaient. La confiance en l'avenir
+n'était plus paisible; des appréhensions la traversaient. Quant à lui, il
+emportait son amertume encore accrue. Il partait de ce séjour, qui
+aurait dû le vivifier et le retremper, las et mécontent de lui-même,
+gardant de ces lourdes équipées un esprit encrassé de grossièreté et de
+dégoût, un corps harassé d'excès et miné de fatigue intérieure. Sûrement,
+il avait sujet d'être affecté! S'il était donné aux hommes de vanner les
+jours passés et de voir clairement ce qui leur en reste, il n'aurait trouvé
+que peu de bon grain laissé de ce voyage dont il se promettait tant.
+Pas une pièce de vers, pas d'impression et, ce qui est plus profond, pas
+même un peu de vie sincère et saine! Tout parti au vent, dispersé
+en paille folle et en poussière! Et s'il avait pu pénétrer les jours
+futurs, qu'il eût été plus triste encore! Il avait été boire aux sources
+vives de sa jeunesse, d'une bouche desséchée qui n'en pouvait plus
+goûter la fraîcheur. À jamais elles étaient éteintes en lui la gaîté, la
+clarté d'autrefois! À moins d'une influence bienfaisante qui apporte le
+salut, il n'aura jamais plus la même âme; il n'aura plus que des moments
+de son âme ancienne.</p>
+
+<p class="p2">Il arriva à Édimbourg le 7 août 1787. Sa rentrée fut peu gaie. La
+ville était déserte; toute cette population de professeurs, de juges,
+d'avocats, était partie en vacances. En outre, il était attendu par des
+embarras dont la pensée n'avait pas été sans influence sur son humeur
+morose de ces derniers temps. Une fille du marché aux herbes, nommée
+Jenny Clowe, enceinte de lui, avait obtenu contre lui un mandat
+<span class="pagenum"><a id="page285" name="page285"></a>(p. 285)</span> de prise de corps, désigné sous le titre de <span class="italic" lang="la">in meditatione fugæ</span><a id="footnotetag729" name="footnotetag729"></a><a href="#footnote729" title="Lien vers la note 729"><span class="small">[729]</span></a>. Une
+semaine après son arrivée, on le voit acculé dans cette impasse, livré
+à lui-même dans cette solitude, découragé, désorienté, désemparé et
+réduit à s'abrutir en buvant.</p>
+
+<p class="quote">Cher Monsieur&mdash;me voici&mdash;c'est tout ce que je puis vous dire d'un être inexplicable
+comme moi. Ce que je fais, aucun mortel ne peut le dire; ce que je pense en ce
+moment, moi-même je ne saurais le dire; ce que je dis d'habitude ne vaut pas la peine
+d'être répété. L'horloge sonne justement: un, deux, trois, quatre... douze avant midi,
+et me voici assis ici, dans l'attique <span class="italic">alias</span> galetas, avec un ami à la droite de mon
+encrier&mdash;un ami dont je vais mettre la bonté à l'épreuve, à la fin de cette ligne&mdash;là!&mdash;merci!&mdash;un
+ami, mon cher M<sup>r</sup> Laurie, dont la bonté me fait souvent rougir;
+un ami qui a plus du lait de la tendresse humaine que toute la race humaine mise
+ensemble et, ce qui est hautement en son honneur, qui est particulièrement l'ami des
+malheureux dénués d'amis, aussi souvent qu'ils se trouvent sur son chemin; en un
+mot, Monsieur, il est, sans alliage, un philanthrope universel et son nom bien-aimé
+est&mdash;une bouteille de bon vieux porto<a id="footnotetag730" name="footnotetag730"></a><a href="#footnote730" title="Lien vers la note 730"><span class="small">[730]</span></a>.</p>
+
+<p>Ce galetas, avec cette bouteille de porto sur la table et ce pauvre poète
+accablé, ricanant et buvant, est une chose navrante. Ce bout de lettre est
+tout un tableau cruel qu'on dirait fait pour fournir un sujet à Hogarth.
+Il se tira d'affaire cette fois, probablement en donnant caution ou en
+versant une somme d'argent. On a retrouvé le papier qui le libérait de ce
+mandat ainsi racheté; il est daté du lendemain de la lettre précédente.
+Burns le porta longtemps sur lui à en juger par l'usure; il y avait écrit au
+crayon deux vers obscènes, refrain d'une vieille chanson<a id="footnotetag731" name="footnotetag731"></a><a href="#footnote731" title="Lien vers la note 731"><span class="small">[731]</span></a>. C'était, avec des
+détails plus communs, la même aventure que celle qui avait failli l'envoyer
+en prison un an auparavant. Ce n'était pas la seule qui pût l'inquiéter à
+Édimbourg, car il avoua plus tard avoir connu «dans la Cowgate une
+garce des Hautes-Terres qui lui a donné trois bâtards d'un coup<a id="footnotetag732" name="footnotetag732"></a><a href="#footnote732" title="Lien vers la note 732"><span class="small">[732]</span></a>.»
+Malheureusement pour lui ce n'était pas le dernier de ces épisodes.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section">VOYAGE DANS LES HIGHLANDS, IMPRESSIONS HISTORIQUES ET PATRIOTIQUES.</p>
+
+<p>Aussitôt dégagé de ces embarras, il entreprit un voyage dans les
+Hautes-Terres. Dans l'état d'esprit où il était, tout valait mieux que de
+demeurer à Édimbourg, en face de lui-même. Il était à ce stade de
+prostration, d'abandon et d'indifférence de soi-même, où une secousse
+est nécessaire.</p>
+
+<p>Il devait partir en compagnie d'un de ses amis de l'hiver précédent,
+William Nicol, maître de latin à la High School d'Édimbourg, l'école où
+<span class="pagenum"><a id="page286" name="page286"></a>(p. 286)</span> presque tous les garçons de la ville commençaient leur éducation avant
+d'entrer à l'Université. Ce Nicol était un singulier compagnon avec qui se
+mettre en route<a id="footnotetag733" name="footnotetag733"></a><a href="#footnote733" title="Lien vers la note 733"><span class="small">[733]</span></a>. Ce n'est pas qu'il manquât de qualités. Sa vie était sortie
+d'un rude vouloir. Fils d'une pauvre paysanne veuve, il avait reçu sa première
+éducation et les éléments du latin d'un maître d'école ambulant,
+nommé John Orr, qui s'était instruit tout seul et, incapable de se
+fixer nulle part, menait une vie de pédagogue nomade. Encore gamin,
+Nicol avait ouvert une école dans la chaumière de sa mère; mais il fallait
+que celle-ci fût toujours là; quand elle avait le dos tourné, maître et
+élèves pillaient l'armoire. De ces débuts, si caractéristiques encore de
+l'éducation écossaise, il était arrivé à suivre les cours de l'Université
+d'Édimbourg et à se distinguer. Il était devenu un latiniste remarquable.
+C'était un esprit solide, âpre, fort, rétentif, semble-t-il. Il avait un c&oelig;ur
+chaud et emporté. «Il eût été n'importe où pour aider les vues et les
+désirs d'un ami, mais quand la basse jalousie, la ruse ou la tricherie
+égoïste se montraient, son esprit s'enflammait jusqu'à la fureur et la
+démence<a id="footnotetag734" name="footnotetag734"></a><a href="#footnote734" title="Lien vers la note 734"><span class="small">[734]</span></a>.» Avec ces qualités, il était grossier, vaniteux, brutal,
+cynique, colérique et ivrogne. Il était resté un paysan inculte et rugueux;
+son cerveau avait acquis des connaissances sans en être modifié. C'était
+un de ces pédants en qui le savoir se tourne en orgueil et cet orgueil en
+cynisme. C'était un cuistre dans un rustre. Il avait des colères de taureau.
+Il malmenait et battait ses élèves. C'est lui qui faisait mettre en rang
+des élèves qu'il avait à fouetter, quelquefois une douzaine. Quand tout
+était prêt, il envoyait un message aimable à son collègue M<sup>r</sup> Cruikshank
+pour l'inviter «à venir entendre son orgue». Cruikshank présent, il
+commençait à administrer une flagellation rapide, en montant et en
+descendant ce singulier clavier, «il tirait des patients, dit Chambers,
+une variété de notes que, s'il avait été un musicien plus savant, il aurait
+probablement appelée une <span class="italic">bravura</span>». Il faut dire que c'étaient les habitudes
+scolaires et que, à l'occasion, Cruikshank lui rendait la pareille<a id="footnotetag735" name="footnotetag735"></a><a href="#footnote735" title="Lien vers la note 735"><span class="small">[735]</span></a>.
+Un jour Nicol frappa le recteur de l'école. Celui-ci était alors le
+docteur Adam, homme excellent, respecté, «si consciencieux, si patient,
+si aimable, si candide<a id="footnotetag736" name="footnotetag736"></a><a href="#footnote736" title="Lien vers la note 736"><span class="small">[736]</span></a>,» dont ses élèves conservaient tous un souvenir
+attendri. C'est lui qui sur le point d'expirer, n'ayant pas perdu le goût de
+ses classes, dit: «Il commence à faire noir, mes enfants, nous finirons
+l'explication demain<a id="footnotetag737" name="footnotetag737"></a><a href="#footnote737" title="Lien vers la note 737"><span class="small">[737]</span></a>.» C'était la nuit de la mort. Il fallait être une brute
+<span class="pagenum"><a id="page287" name="page287"></a>(p. 287)</span> furibonde pour lever la main sur cet être inoffensif. Dans sa tranquille
+mansuétude, le docteur Adam était prêt à pardonner à Nicol; il lui
+écrivit pour lui rendre des excuses faciles<a id="footnotetag738" name="footnotetag738"></a><a href="#footnote738" title="Lien vers la note 738"><span class="small">[738]</span></a>. Buté dans sa dure opiniâtreté,
+Nicol refusa et dut quitter l'École. Il gagna sa vie à donner des leçons de
+latin et à traduire en latin les thèses des étudiants en médecine. Il mourut
+en 1797 des suites de son intempérance habituelle. Tel était le compagnon
+de voyage de Burns. «Qu'un homme se garde de tenir compagnie avec
+des personnes colériques et querelleuses, car elles l'engageront dans
+leurs propres querelles» dit Bacon dans son <span class="italic">Essai sur les Voyages</span>.
+Burns était mal tombé; il se comparait lui-même, avec Nicol à ses côtés,
+à un homme qui voyagerait avec un tromblon chargé et armé<a id="footnotetag739" name="footnotetag739"></a><a href="#footnote739" title="Lien vers la note 739"><span class="small">[739]</span></a>. Nicol,
+avec l'amour du paradoxe, le dénigrement et le mécontentement qui se
+trouvent chez les gens de son espèce et qui ne sont que les diverses
+provenances d'un orgueil aigri, était un jacobite fougueux<a id="footnotetag740" name="footnotetag740"></a><a href="#footnote740" title="Lien vers la note 740"><span class="small">[740]</span></a>. C'est un
+point à noter, car il contribua peut-être à la physionomie et aux résultats
+du voyage.</p>
+
+<p class="p2">Les voyageurs se mirent en route le samedi 25 août 1787. Ils partirent
+dans une chaise de poste qu'ils avaient louée. C'était une mauvaise
+condition pour un voyage de ce genre; mais il est probable que le
+professeur Nicol n'était pas un cavalier fort habile. L'itinéraire, qui s'en
+allait vers le Nord par Stirling, Crieff, Kenmore, Blair-Athole, remontait
+jusqu'à Inverness, puis, tournant par Elgin, Macduff et Aberdeen,
+redescendait le long de la côte de la mer du Nord par Stonehaven,
+Montrose, Arbroath et Dundee, prenait par Perth et Kinross et rentrait à
+Édimbourg en traversant le Forth. Il est inutile de suivre Burns à
+travers tous les détails de son voyage, bien que le journal qu'il en a
+tenu permette de le faire. Il suffit d'en dégager les impressions qu'il y a
+rencontrées, celles qui ont pu être des acquisitions pour son esprit, de
+voir ce qu'il en a rapporté de poésie.</p>
+
+<p>À sa sortie d'Édimbourg, la route que les deux voyageurs suivaient
+entre dans une région semée de souvenirs historiques. Burns en fut dès
+les premiers pas saisi. Quelques heures seulement après le départ, il aperçut
+les ruines du château de Linlithgow, l'ancienne résidence de la royauté
+écossaise. Avec ses tours démolies, ses pignons ébréchés, ses murailles
+sans toiture et trouées de baies vides, sa fontaine délabrée au milieu du
+quadrangle envahi par l'herbe, son air d'écroulement et sa situation
+sur le promontoire d'un petit lac solitaire assombri par des bois, il est
+d'une imposante mélancolie. Burns s'y arrêta. Il voulut voir la grande
+<span class="pagenum"><a id="page288" name="page288"></a>(p. 288)</span> chambre, ouverte aux vents, où naquit Marie Stuart. Il nota ce mélange
+de grâce et de gravité qu'offrent ces ruines dans ce paysage délicat.
+«Linlithgow, un air de grandeur rude, déchue et oisive, une situation
+d'un charme rural et retiré. Le vieux palais grossier, une ruine assez
+belle mais mélancolique, joliment située sur une petite élévation près
+de la berge du lac<a id="footnotetag741" name="footnotetag741"></a><a href="#footnote741" title="Lien vers la note 741"><span class="small">[741]</span></a>.» À côté du palais, se trouve une église dédiée à Saint
+Michel, patron du bourg, un des meilleurs spécimens de la primitive
+architecture gothique en Écosse. Il la visita aussi et y retrouva un
+ancien ennemi. «Une assez bonne vieille église gothique, l'infâme
+escabeau de pénitence établi, à la vieille mode romaine, dans une
+situation élevée. Quelle pauvre mesquine chose est un endroit de culte
+presbytérien, sale, étroit, squalide, blotti dans un coin d'une vieille
+grande construction papiste comme Linlithgow ou mieux encore Melrose.
+Les cérémonies et l'apparat, si on les introduit judicieusement, sont
+absolument nécessaires pour la masse du genre humain, aussi bien dans
+les affaires civiles que religieuses<a href="#footnote741" title="Lien vers la note 741"><span class="small">[741]</span></a>.» Ces réflexions ont leur intérêt.
+Elles montrent que Burns pressentait un mouvement qui s'est produit
+plus tard, qui opère encore aujourd'hui, dans l'église écossaise et peu
+à peu ramène des cérémonies, des costumes et de la musique dans la
+nudité et la sécheresse du culte presbytérien. Elles montrent aussi, et
+ce point n'est pas sans importance, qu'une certaine réflexion s'alliait
+à ses goûts d'artiste, pour lui faire regretter la pompe, le déploiement
+de fêtes et de représentations, inséparables, dans sa pensée, de la
+race royale et fastueuse dont le départ avait appauvri et décoloré la vie
+écossaise.</p>
+
+<p>Le lendemain, dès le matin, les deux voyageurs traversèrent le Moor
+de Falkirk, célèbre par ses deux batailles. C'est là que Charles-Édouard
+remporta en 1746 sur le général Hawley le dernier de ses succès.
+C'est là surtout que William Wallace fut en 1298 défait par Édouard I,
+dans un désastre qui étendit sur cette bruyère quinze mille corps écossais.
+Dans le cimetière de Falkirk sont les tombes de deux de ses fidèles
+compagnons: sir John Graham et sir John Stewart, tués tous deux dans
+la bataille. Burns alla y porter un hommage qui avait quelque chose
+d'une prière. «Ce matin je me suis mis à genoux à la tombe de sir
+John Graham, le vaillant ami de l'immortel Wallace<a id="footnotetag742" name="footnotetag742"></a><a href="#footnote742" title="Lien vers la note 742"><span class="small">[742]</span></a>.»</p>
+
+<p>Quelques heures après, il arriva dans la plaine héroïque où Bruce
+livra, le 23 juin 1314, la fameuse bataille de Bannockburn et sauva son
+pays. On l'a appelée le Marathon de l'Écosse. C'est un de ces noms glorieux
+par qui se fait la cohésion d'une race, qui lui donnent un c&oelig;ur
+commun, un de ces souvenirs qui, seule chose persistante dans l'écoulement
+<span class="pagenum"><a id="page289" name="page289"></a>(p. 289)</span> des générations, font à un peuple une conscience et une âme;
+avec une demi-douzaine de mots pareils, on crée une patrie. Burns
+avait pour cette bataille une admiration singulière.</p>
+
+<p class="quote">«Indépendamment de mon enthousiasme comme Écossais, j'ai rarement rencontré
+dans l'histoire quelque chose qui intéresse mes sentiments d'homme autant que
+l'histoire de Bannockburn. D'un côté, un usurpateur cruel, mais habile, conduisant la
+plus belle armée de l'Europe pour éteindre la dernière étincelle de liberté chez un
+peuple grandement courageux et grandement opprimé; de l'autre côté, les restes
+désespérés d'une nation vaillante, se dévouant pour sauver leur patrie saignante ou
+périr avec elle. Liberté! tu es d'un grand prix en vérité et inestimable sûrement, car
+jamais tu ne peux être trop chèrement achetée!<a id="footnotetag743" name="footnotetag743"></a><a href="#footnote743" title="Lien vers la note 743"><span class="small">[743]</span></a>».</p>
+
+<p>On imagine avec quels sentiments il parcourut le champ de bataille,
+et suivit sur le terrain toutes les péripéties de la journée. Il vit l'endroit
+où était campée l'armée qu'Édouard II amenait lui-même, forte de cent
+mille hommes, une des plus belles du moyen-âge et qui semblait
+toute d'acier. C'est sur la rive droite du ruisseau du Bannock, par lequel
+les deux armées étaient séparées<a id="footnotetag744" name="footnotetag744"></a><a href="#footnote744" title="Lien vers la note 744"><span class="small">[744]</span></a>. Sur les pentes de l'autre bord, s'étalaient
+les troupes écossaises, qui ne comptaient pas plus de trente mille
+hommes. Le ruisseau franchi, on foule le site même de la bataille. Voici
+la tourbière de Milton, sur laquelle Bruce comptait pour défendre son
+aile gauche. Voici, sur sa droite, le champ qu'il avait fait creuser de
+trous recouverts de feuillages et semer de chausse-trapes<a id="footnotetag745" name="footnotetag745"></a><a href="#footnote745" title="Lien vers la note 745"><span class="small">[745]</span></a>. Voici
+l'endroit où le chevalier anglais Henri de Bohun, le reconnaissant au
+cercle d'or qui ornait son casque, tandis qu'il parcourait les rangs sur
+un petit poney, vint le provoquer à un combat singulier. Bruce accepta,
+quoiqu'il eût entre les jambes une monture frêle et à la main une hache
+de guerre seulement. Quand de Bohun arriva sur lui, lance baissée, de
+tout le poids de son lourd coursier de guerre, il l'évita en faisant tourner
+son petit cheval, et se dressant sur ses étriers asséna un coup qui brisa le
+casque de son ennemi «comme une noisette<a id="footnotetag746" name="footnotetag746"></a><a href="#footnote746" title="Lien vers la note 746"><span class="small">[746]</span></a>» et fit éclater le manche de
+sa bonne hache dans son gantelet de fer. C'était de bon augure.
+Voici le lieu où les terribles archers anglais, qui savaient envoyer leurs
+flèches aux défauts des plus fines cottes de mailles de Milan<a id="footnotetag747" name="footnotetag747"></a><a href="#footnote747" title="Lien vers la note 747"><span class="small">[747]</span></a> et
+avaient gagné tant de batailles, furent culbutés par la petite cavalerie
+de Bruce. Voici l'espace où les fantassins écossais, formés en groupes
+compacts et hérissés de lances, selon l'exemple récemment donné par
+<span class="pagenum"><a id="page290" name="page290"></a>(p. 290)</span> les Flamands à Courtrai, brisèrent l'effort de la chevalerie anglaise<a id="footnotetag748" name="footnotetag748"></a><a href="#footnote748" title="Lien vers la note 748"><span class="small">[748]</span></a>. C'est
+ici que les claymores et les haches de Lochaber besognèrent rudement.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Là on put voir, de mainte façon,<br>
+De braves faits accomplis puissamment;<br>
+Et maints, qui étaient agiles et forts,<br>
+Bientôt furent gisants sous les pieds, tout morts;<br>
+Là où tout le champ était rouge de sang!<br>
+Les armes et les habits qu'ils portaient<br>
+De sang étaient si fort souillés<br>
+Qu'on ne pouvait les reconnaître<a id="footnotetag749" name="footnotetag749"></a><a href="#footnote749" title="Lien vers la note 749"><span class="small">[749]</span></a>.</p>
+
+<p>Voilà à gauche, un peu en arrière, <span class="italic" lang="en">Gillies' hill</span>, la colline des valets,
+derrière laquelle Bruce avait fait placer les bagages et la valetaille. Au
+milieu de la bataille, cette tourbe vint couronner la hauteur pour regarder
+de loin. Quand les Anglais, déjà ébranlés, virent paraître cette multitude
+sur la ligne du ciel<a id="footnotetag750" name="footnotetag750"></a><a href="#footnote750" title="Lien vers la note 750"><span class="small">[750]</span></a>, ils crurent que c'étaient des secours et se débandèrent.
+Ce fut une des plus cruelles déroutes qui aient frappé l'orgueil
+anglais. Et où est la pierre dans laquelle Bruce planta son étendard où le
+lion d'Écosse frémissait dans des plis écarlates? C'est là! C'est ce bloc
+bleuâtre encore percé d'un trou, <span class="italic" lang="en">the bored stone</span>. Elle est consacrée par
+la piété des Écossais, et on a dû depuis l'entourer d'une cage de fer,
+pour empêcher qu'elle ne disparût en reliques.</p>
+
+<p>Tous les détails de cette journée étaient connus de Burns, car le
+poème épique que le vieux John Barbour a écrit sur Bruce était, dans
+des versions modernisées, un des livres répandus parmi les paysans.
+Pendant cette visite, une émotion puissante le transporta. Elle vit encore
+dans son journal et en soulève les notes rapides jusqu'à un ton lyrique.</p>
+
+<p class="quote">«Le champ de Bannockburn&mdash;le trou où le glorieux Bruce a planté son étendard. Ici
+nul Écossais ne peut passer indifférent. Je m'imagine voir mes vaillants, mes héroïques
+compatriotes paraître sur la colline et descendre sur les dévastateurs de leur contrée,
+les meurtriers de leurs pères et&mdash;la moindre veine enflammée de noble vengeance
+et de juste haine&mdash;avancer à grands pas, avec plus d'ardeur, à mesure qu'ils approchent
+de l'ennemi cruel, insultant, altéré de sang. Je les vois se réunir et se féliciter
+dans ce glorieux triomphe sur le champ de victoire, se réjouissant de leur chef
+héroïque et royal, de leur liberté et de leur indépendance sauvées<a id="footnotetag751" name="footnotetag751"></a><a href="#footnote751" title="Lien vers la note 751"><span class="small">[751]</span></a>.»</p>
+
+<p>Quand il arriva auprès de la pierre sacrée, il implora le ciel pour son
+pays. «Il y a deux heures, j'ai dit une fervente prière pour la vieille
+<span class="pagenum"><a id="page291" name="page291"></a>(p. 291)</span> Calédonie au-dessus du trou dans la pierre de schiste bleu où Robert Bruce
+fixa son étendard royal sur les bords du ruisseau de Bannockburn.<a id="footnotetag752" name="footnotetag752"></a><a href="#footnote752" title="Lien vers la note 752"><span class="small">[752]</span></a>»
+Toute cette journée est chaude et enthousiaste. Les jeunes cordes de son
+c&oelig;ur se sont remises à vibrer. Ces heures passées sur le champ de Bannockburn
+ne furent point perdues. Il n'en sortit rien sur les lieux mêmes.
+Mais elles demeurèrent dans son âme, se mêlèrent à elle, attendirent dans
+une fécondation latente. Plus tard, le moindre choc, une minute propice,
+un rien, les réveilla et elles donnèrent l'admirable <span class="italic">Ode de Bruce</span> à ses
+soldats. John Barbour raconte que, avant la bataille, Bruce fit proclamer
+que, si quelques-uns n'étaient pas résolus à vaincre ou à mourir avec
+honneur, ils avaient liberté de quitter l'armée. Mais les soldats poussèrent
+un grand cri et répondirent d'une voix qu'ils voulaient attendre
+l'ennemi<a id="footnotetag753" name="footnotetag753"></a><a href="#footnote753" title="Lien vers la note 753"><span class="small">[753]</span></a>. Ce moment frappa Burns et lui inspira une ode qui restera
+comme l'expression lyrique de cette victoire.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Écossais, qui avec Wallace avez versé votre sang,<br>
+Écossais, que Bruce a souvent conduits,<br>
+Venez! voici votre lit sanglant<br>
+Ou la victoire!</p>
+
+<p>Voici le jour et voici l'heure!<br>
+Voyez le front de bataille s'assombrir,<br>
+Voyez approcher l'armée du fier Édouard,<br>
+Les chaînes, l'esclavage!</p>
+
+<p>Qui veut être un valet et un traître?<br>
+Qui peut remplir la fosse d'un lâche?<br>
+Qui est si vil que d'être esclave?<br>
+Qu'il tourne et se sauve!</p>
+
+<p>Qui, pour le roi et la loi d'Écosse,<br>
+Veut tirer bravement l'épée de la Liberté,<br>
+En homme libre vivre, ou en homme libre tomber,<br>
+Qu'il vienne avec moi!</p>
+
+<p>Par les malheurs et les peines de l'oppression!<br>
+Par vos fils dans des chaînes serviles!<br>
+Nous épuiserons nos plus profondes veines,<br>
+Mais eux seront libres!</p>
+
+<p>Abattez le fier usurpateur!<br>
+Un tyran tombe dans chaque ennemi!<br>
+Dans chaque coup est la Liberté!<br>
+Accomplissons ou mourons!<a id="footnotetag754" name="footnotetag754"></a><a href="#footnote754" title="Lien vers la note 754"><span class="small">[754]</span></a></p>
+</div>
+
+<p>La traduction ne peut rendre l'énergie brève, concentrée, la sensation
+d'action qui sont dans ces vers, dont l'accompagnement serait une épée
+<span class="pagenum"><a id="page292" name="page292"></a>(p. 292)</span> frappant un bouclier. C'est un fragment de Tyrtée. Cette pièce est
+devenue pour les Écossais une sorte de <span class="italic">Marseillaise</span>.</p>
+
+<p>En sortant du champ de bataille de Bannockburn, Burns arriva à
+Stirling, dans l'après-midi de la même journée, tout vibrant de patriotisme.
+Aucun lieu n'était plus propre à augmenter ces dispositions, car
+aucun ne fait revivre davantage l'ancienne Écosse, dans ses annales
+guerrières et son existence nationale. Stirling est une réduction d'Édimbourg,
+ou plutôt c'est Édimbourg elle-même dans ses commencements.
+Elle est formée de la même manière exactement: un château-fort bâti
+sur un roc énorme, isolé dans la plaine, à pic de trois côtés, et, sur un
+dos de terrain descendant du rocher, une longue rue qui se répand et
+s'accroche aux deux pentes. Elle n'a pas l'apparence gigantesque et
+dominatrice de sa grande s&oelig;ur de l'embouchure du Forth; mais elle est
+d'un pittoresque très fier et très martial. Au lieu de remplir et d'écraser
+tout l'horizon, elle y figure seulement et l'élargit plutôt; ce n'est pas
+la reine imposante «sur son trône de rochers», mais un chevalier errant
+qui, dans les lignes brusques et heurtées de son armure, traverse la plaine.</p>
+
+<p>Ses annales n'ont pas la profondeur de vie religieuse et littéraire
+d'Édimbourg. Elles n'émanent pas d'elle-même, comme dans cette grande
+ville où, de la fournaise d'une population ardente, sortaient les événements
+et coulait l'histoire. Elles proviennent de sa situation, car elle
+est la clef des Hautes-Terres; les faits dont elle garde la mémoire se
+sont passés plutôt à propos d'elle et autour d'elle que par elle. Mais
+elles ont un caractère particulier, et si elles sont moins populaires,
+elles ont un tour plus chevaleresque et plus royal. Stirling fut pendant
+longtemps le siège de la royauté. Alexandre I y mourut en 1124, et
+Guillaume le Lion en 1214. Surtout elle fut la ville des Stuarts.
+C'est là que vécut Jacques I, le roi-poète, l'élève de Chaucer; Jacques II
+y naquit; Jacques III en fit sa résidence favorite; Jacques IV, qui devait
+périr avec la fleur d'Écosse sur le fatal champ de Flodden, y naquit
+en 1474; Jacques V, le père de Marie Stuart, y passa presque toute sa
+vie; Marie Stuart y fut couronnée; c'est là que Darnley lui fit sa cour;
+et c'est là aussi que Jacques VI, leur fils, fut proclamé roi à l'âge de
+treize mois, puis élevé sous la rude discipline du célèbre Robert
+Buchanan, tandis que sa mère songeait à lui dans sa prison. C'est
+à Stirling que les Stuarts ont laissé le plus de traces de leurs goûts
+artistiques, et placé les quelques édifices que les troubles de leurs règnes
+et la pénurie de leurs coffres leur permirent de bâtir. Jacques III y fit construire
+la salle du Parlement et une chapelle royale, qui fut reconstruite
+par Jacques VI. Ce palais, d'une richesse excessive et barbare, est l'&oelig;uvre
+de Jacques V.<a id="footnotetag755" name="footnotetag755"></a><a href="#footnote755" title="Lien vers la note 755"><span class="small">[755]</span></a> Il avait épousé deux françaises: Madeleine, fille de François I,
+<span class="pagenum"><a id="page293" name="page293"></a>(p. 293)</span> puis Marie de Guise; il avait pris dans son séjour en France le
+goût des constructions, qui fut un des traits de la Renaissance française.
+Celte ornementation massive, surchargée et grossièrement luxuriante,
+cette sculpture tourmentée, déréglée jusqu'au grotesque, abondante en
+postures forcenées, en contorsions, en lourds caprices, cet encombrement
+de figures où foisonnent les personnages de la mythologie, de l'antiquité
+et de la vie contemporaine, où Omphale, Persée, Diane, Vénus se coudoient,
+où Cléopâtre avec son aspic a sa niche, le roi Jacques et sa reine
+leur portrait, l'échanson et les officiers de la cour leur statuette, pêle-mêle
+dans un grouillement de créatures et d'animaux innomés, ce travail rude
+de la pierre, la luxure non pas élégante mais bestiale de certains sujets,
+tout cela est bien la Renaissance dans des esprits mal dégrossis et brutalement
+épris du beau. C'est bien l'image des Stuarts: des âmes d'un
+fond encore barbare et inculte, touchées et en partie gâtées par la corruption
+affinée du continent. Des légendes de toute espèce habitent ces
+vieilles murailles. C'est par cette fenêtre que Jacques II, après avoir
+dans une discussion frappé de deux coups de dague le comte de
+Douglas à qui il avait envoyé un sauf-conduit sous le sceau royal, fit
+jeter son cadavre dans la cour. Par ce sentier qui descend derrière le
+château, Jacques V s'échappait, sous des déguisements divers, pour
+s'informer des doléances de ses sujets et surtout pour courir les aventures
+d'amour. C'était un roi galant. Quand, dans ses expéditions,
+il arrivait qu'on lui demandât son nom, il disait qu'il était «le fermier
+de Ballengeich», d'après le nom du sentier. Il rencontrait ainsi
+toutes sortes de chances ou de mauvais pas<a id="footnotetag756" name="footnotetag756"></a><a href="#footnote756" title="Lien vers la note 756"><span class="small">[756]</span></a>. Sa mémoire est restée
+populaire un peu à la façon de celle de notre Henri IV, et dans les recueils
+de chansons écossaises, il y en a quelques-unes qu'on lui attribue et
+qui célèbrent ses exploits galants. C'est ainsi que, dans ce cadre plus
+fait à leur taille, les Stuarts ont laissé des souvenirs en quelque sorte
+plus intimes et plus familiers. Leurs qualités revivent là mieux qu'ailleurs:
+leur bravoure, leur don héréditaire de poésie, leur spontanéité de c&oelig;ur,
+leur remarquable effort pour établir un peu de justice en abaissant les
+nobles, et là aussi revivent leurs faiblesses. En visitant le château,
+Burns avait devant lui toute cette race fameuse, dans un tableau de somptuosités,
+de galanteries, de faits d'audace, de vues politiques, ramassés les
+uns contre les autres par la perspective du passé. Cet éloignement, où
+tout ce qui fut ordinaire était effacé, lui faisait paraître plus brillantes
+ces époques disparues.</p>
+
+<p>Mais la beauté de Stirling, c'est l'incomparable panorama qu'on
+découvre de la terrasse du château. Devant une rangée de montagnes qui
+<span class="pagenum"><a id="page294" name="page294"></a>(p. 294)</span> barre l'horizon du côté du Nord, une vaste plaine s'étend, unie et riche,
+au milieu de laquelle le Forth coule avec de grands méandres lumineux,
+formant une suite de péninsules vertes qui entrent les unes dans les
+autres et alternent de chaque côté du fleuve. Au dire des voyageurs, c'est
+un des plus beaux paysages qu'il y ait en Europe; c'est sûrement un des
+plus nobles qu'il soit possible de concevoir. Les lignes en sont si calmes
+et si imposantes, les sinuosités du fleuve sont si majestueuses, les
+montagnes, dans leur contour ample et sérieux et leur couleur d'un azur
+foncé admirable, sont si solennelles, qu'on dirait un grand paysage historique,
+dessiné par un maître aussi fier et grave que Poussin et plus puissant
+que lui, pour servir de théâtre à de grandes actions humaines. Et en
+vérité c'est ici le sol épique et héroïque de l'Écosse. Sans parler de Bannockburn,
+voilà l'endroit où fut le vieux pont de bois près duquel Wallace
+écrasa l'armée anglaise et sauva son pays. Les noms des deux grands
+défenseurs de l'Écosse sont là réunis. Qu'on se rappelle les lectures
+d'enfance de Burns, et ce qu'il en dit: «la vie de Wallace versa dans mes
+veines une passion écossaise qui y bouillonnera jusqu'à ce que les
+écluses de la vie se ferment dans le repos éternel,» et qu'on imagine
+son enthousiasme, lorsqu'il salua ces lieux pleins de la mémoire de son
+héros<a id="footnotetag757" name="footnotetag757"></a><a href="#footnote757" title="Lien vers la note 757"><span class="small">[757]</span></a>. Il contemplait ce tableau admirable, au moment du jour où il
+prend toute sa majesté, sous un de ces couchers de soleil qui sont la
+magnificence de l'Écosse. Quand une lumière incarnate, en même temps
+légère et profonde, s'épanche du ciel et, tout en laissant aux objets leur
+fond de couleur, les rassemble dans une même nuance et en simplifie les
+lignes agrandies, le merveilleux paysage s'harmonise encore davantage
+et reçoit une beauté auguste. Il revêt alors, tant il se spiritualise en
+un accord et une unité supérieurs, une expression presque uniquement
+morale, une noblesse, un prestige, qui inspirent une sorte de respect.
+Ce n'est plus une suite de montagnes et de terrains, c'est le décor
+solennel et l'apothéose des souvenirs qui s'élèvent de cette plaine.
+C'est un moment inoubliable, et il est certain que Burns y assista: «Je
+reviens juste à l'instant du château de Stirling, j'ai vu, par le soleil
+couchant, la perspective magnifique des détours du Forth qui traverse
+la riche plaine de Stirling et borde la plaine de Falkirk également riche<a id="footnotetag758" name="footnotetag758"></a><a href="#footnote758" title="Lien vers la note 758"><span class="small">[758]</span></a>.»
+Bien qu'il n'ait pas pu lire ce spectacle avec la précision de notation
+que nous, de ce temps-ci, y apportons, il est impossible, dans l'état
+d'esprit où il était, qu'il n'en ait pas ressenti la grandeur.</p>
+
+<p>Cette journée, avec Bannockburn le matin et Stirling le soir, était
+trop pour lui. Il redescendit du château, ivre de ce singulier patriotisme
+<span class="pagenum"><a id="page295" name="page295"></a>(p. 295)</span> historique, la tête pleine des visions de la royauté d'autrefois, qui
+hantent le vieux palais<a id="footnotetag759" name="footnotetag759"></a><a href="#footnote759" title="Lien vers la note 759"><span class="small">[759]</span></a>. Il était dans un état d'excitation très grand.
+Lorsqu'il fut rentré à l'auberge, il n'y tint plus et, selon la singulière
+habitude qu'il avait prise depuis quelque temps d'écrire sur les vitres
+avec le diamant qu'il avait au doigt, il traça les vers suivants:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Ici, jadis, les Stuarts régnèrent glorieux,<br>
+Et ordonnèrent les lois pour le bien de l'Écosse;<br>
+Mais maintenant, sans toit, leur palais subsiste,<br>
+Leur sceptre est tenu par d'autres mains;<br>
+Il est tombé, en vérité, tombé jusqu'à terre,<br>
+Où les reptiles rampants prennent naissance.<br>
+La lignée malheureuse des Stuarts est partie;<br>
+Une race étrangère occupe leur trône,<br>
+Une race idiote, perdue d'honneur;<br>
+Qui la connaît le mieux la méprise le plus<a id="footnotetag760" name="footnotetag760"></a><a href="#footnote760" title="Lien vers la note 760"><span class="small">[760]</span></a>.</p>
+
+<p>C'était une insulte bien gratuite à la famille régnante. C'était en
+même temps une grosse imprudence. Ces vers firent plus de bruit
+que Burns probablement ne s'y attendait. Ils furent copiés, reproduits
+et attaqués dans des journaux. Quelques mois après, quand il fit des
+démarches pour entrer dans l'excise, on les lui rappela: «J'ai été
+interrogé comme un enfant sur mes affaires, et blâmé et tancé pour mon
+inscription sur la fenêtre de Stirling<a id="footnotetag761" name="footnotetag761"></a><a href="#footnote761" title="Lien vers la note 761"><span class="small">[761]</span></a>.» Qui sait même le mal qu'ils lui
+firent? Bien qu'il soit difficile de déterminer les possibilités manquées,
+on ne peut s'empêcher de penser que, sans cet outrage, il eût pu avoir
+du gouvernement une de ces pensions données alors aux hommes de
+lettres, à laquelle personne n'avait plus droit que lui, qu'il n'obtint
+jamais et qui eût changé sa vie. Mais pour le moment il ne s'inquiétait
+pas de ces choses futures, et il continua sa route, tout entier aux choses
+du passé.</p>
+
+<p>Cette ardeur patriotique persista pendant la plus grande partie du
+voyage; elle en est même la note caractéristique. De chacun des champs de
+bataille qu'il visita, et ils ne manquent point sur cette route qui pénètre
+dans les Hautes-Terres, Burns semble avoir rapporté de durables impressions.
+Elles ne se manifestèrent pas à l'endroit et au moment mêmes;
+ainsi que l'ode de Bruce, elles attendirent leur heure d'inspiration. Mais
+dans ses chansons reparaissent presque tous les noms de ces combats.</p>
+
+<p>En sortant de Stirling, près de la petite ville de Dunblane, il rencontra
+l'endroit où, lors de la première révolte jacobite de 1715, fut livrée la
+bataille de Sheriffmuir. Ce fut une singulière bataille. L'armée jacobite
+<span class="pagenum"><a id="page296" name="page296"></a>(p. 296)</span> commandée par le comte de Mar, et l'armée royaliste sous les ordres du
+duc d'Argyle, étaient séparées par un renflement de terrain qui a la
+forme d'une calotte sphérique très régulière, en sorte que, en quelque
+point qu'on se trouve de la base, la vue est coupée par une courbe qui
+semble toujours la même. Il advint que les deux armées, invisibles l'une à
+l'autre, n'arrivèrent pas à se rencontrer de front, et que chacune, cherchant
+l'ennemi à droite, déborda la gauche de l'autre<a id="footnotetag762" name="footnotetag762"></a><a href="#footnote762" title="Lien vers la note 762"><span class="small">[762]</span></a>. Il en résulta deux
+victoires et deux défaites: la droite de Mar ayant enfoncé la gauche
+d'Argyle, et la droite d'Argyle ayant dispersé la gauche de Mar; si
+bien qu'à la fin les deux adversaires restèrent l'un en face de l'autre,
+surpris d'être vainqueurs et vaincus en même temps. Ils revendiquèrent
+tous deux la journée. En réalité l'avantage était resté à Argyle. Ce
+dénoûment bizarre avait été célébré par une ancienne chanson, dont
+le refrain rendait bien la stupéfaction des deux partis:</p>
+
+<p class="poem-ctr">D'aucuns disent que nous gagnâmes,<br>
+D'aucuns disent qu'ils gagnèrent,<br>
+Et d'aucuns disent que personne n'a gagné du tout, homme:<br>
+Mais d'une chose je suis sûr,<br>
+C'est qu'à Sheriffmuir<br>
+Il y eut une bataille que j'ai vue, homme:<br>
+Et nous nous sauvâmes et ils se sauvèrent,<br>
+Et ils se sauvèrent et nous nous sauvâmes,<br>
+Et nous nous sauvâmes et ils se sauvèrent bien loin, homme<a id="footnotetag763" name="footnotetag763"></a><a href="#footnote763" title="Lien vers la note 763"><span class="small">[763]</span></a>.</p>
+
+<p>Tout en conservant un peu de la raillerie du vieux couplet, Burns
+évoqua un tableau plus tragique. Ce qui semble l'avoir frappé c'est la
+fureur de ces chocs, où les Highlanders, après avoir enfoncé leurs
+bonnets bleus sur leurs yeux, partaient en courant, déchargeaient leurs
+fusils et leurs pistolets, les jetaient et, se ruant sur l'ennemi, tailladaient
+à grands coups de claymore. Il eut comme la sensation de la rapidité,
+du halètement et du cliquetis de ces rencontres sans fumée, muettes,
+blêmes et farouches comme toutes les mêlées à l'arme blanche, dont
+les morts ont une expression haineuse et montrent leurs dents serrées.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>«Ô venez-vous ici pour fuir la bataille<br>
+Ou garder les moutons avec moi, homme?<br>
+Ou bien étiez-vous à Sherra-Moor,<br>
+Et vîtes-vous la bataille, homme?»&mdash;<br>
+«J'ai vu la bataille, rade et drue,<br>
+Et maint fossé coulait rouge et fumant;<br>
+De crainte mon c&oelig;ur battait<br>
+<span class="pagenum"><a id="page297" name="page297"></a>(p. 297)</span> D'entendre les coups, de voir par nuées<br>
+Les clans sortir des bois, en haillons de tartans,<br>
+Qui voulaient saisir les trois royaumes, homme.</p>
+
+<p>Les gars en habits rouges, avec les cocardes noires,<br>
+Ne furent pas lents à les rencontrer, homme;<br>
+Ils s'élancèrent et poussèrent, et le sang jaillit,<br>
+Et maint corps tomba, homme.<br>
+Le grand Argyle conduisait ses files,<br>
+Je crois qu'elles brillaient à vingt milles;<br>
+Ils frappèrent dans les clans comme dans des jeux de quilles,<br>
+Ils coupaient, tailladaient, les claymores tintaient,<br>
+Et à travers tout ils fonçaient et hachaient et brisaient,<br>
+Si bien que ceux qui devaient mourir, moururent, homme.</p>
+
+<p>Mais si vous aviez vu les gare en kilts<br>
+Et en culottes de tartan bigarré,<br>
+Quand, face à face, ils défièrent mes whigs<br>
+Et les fidèles du covenant.<br>
+En lignes étendues en long et en large,<br>
+Quand les bayonnettes rencontrèrent les boucliers,<br>
+Et que des milliers se ruaient à la charge,<br>
+Avec la fureur des Hautes-Terres, hors des fourreaux<br>
+Ils tirèrent leurs lames mortelles, si bien que hors d'haleine<br>
+Les nôtres s'enfuirent comme des colombes effrayées, homme.</p>
+
+<p>Ils ont perdu quelques vaillants gentilshommes,<br>
+Parmi les clans des Hautes-Terres, homme!<br>
+Je crains que mylord Panmure ne soit tué<br>
+Ou aux mains de ses ennemis, homme.<br>
+Maintenant si tu veux chanter cette double fuite;<br>
+Les uns tombèrent pour l'injustice, les autres pour le droit;<br>
+Mais beaucoup dirent bonne nuit au monde;<br>
+Dis comment, pêle-mêle, au bruit des mousquets,<br>
+Les Tories tombèrent et les Whigs vers l'enfer<br>
+S'enfuirent en troupes épouvantées, homme<a id="footnotetag764" name="footnotetag764"></a><a href="#footnote764" title="Lien vers la note 764"><span class="small">[764]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Un peu plus haut, il rencontra le site de la bataille de Killiecrankie.
+C'est une des plus populaires de l'histoire écossaise, non pas autant par
+l'importance des forces qui y furent engagées ou des événements qui y
+furent décidés, que par le cadre formidable du paysage, par les circonstances
+qui sont caractéristiques des rencontres entre highlanders et
+réguliers, et par le trépas de Claverhouse, vicomte de Dundee, le chef
+du parti royaliste. La passe de Killiecrankie, étroite et noire, pénètre
+tortueusement entre deux murailles de rochers souvent à pic, dressées
+l'une contre l'autre. À leurs pieds, un torrent bondit, rugit et écume
+en chutes et cataractes, ou file d'un trait, sombre, sourd, lisse et luisant
+comme une coulée de métal, avec un air plus dangereux encore. On
+<span class="pagenum"><a id="page298" name="page298"></a>(p. 298)</span> pense à ces redoutables défilés faits pour l'égorgement d'une armée. C'est
+au haut de cette passe que Mackay, le général anglais, avait rangé son
+armée sur un plateau étroit, entre cette gorge qu'il venait de traverser et
+des pentes escarpées de montagnes<a id="footnotetag765" name="footnotetag765"></a><a href="#footnote765" title="Lien vers la note 765"><span class="small">[765]</span></a>. Celles-ci étaient occupées par
+Dundee et ses highlanders Jacobites. Se lançant sur la déclivité du terrain,
+ils se ruèrent sur l'armée anglaise, avec une force d'avalanche, et la
+précipitèrent dans la passe, où ils se jetèrent pêle-mêle avec elle. Ils
+massacrèrent leurs adversaires jusque parmi les rocs du torrent<a id="footnotetag766" name="footnotetag766"></a><a href="#footnote766" title="Lien vers la note 766"><span class="small">[766]</span></a>. On
+montre encore <span class="italic">le saut du soldat</span>, où un des vaincus, sentant au-dessus de
+ses épaules la claymore d'un highlander, franchit un des bras du torrent
+d'un bond désespéré. En quelques instants 2000 hommes furent sabrés
+ou noyés dans ce gouffre. Mais le général vainqueur tomba atteint dans
+le geste même de la victoire; au moment où, le bras levé, il agitait son
+chapeau, une balle le frappa au défaut de la cuirasse, près de l'aisselle<a id="footnotetag767" name="footnotetag767"></a><a href="#footnote767" title="Lien vers la note 767"><span class="small">[767]</span></a>.
+Avec l'ambitieux et habile Claverhouse, tombèrent les dernières espérances
+de Jacques II. Ces choses se passèrent le 24 Juin 1689.</p>
+
+<p>Il était peu probable que Burns parcourrait ces lieux célèbres sans
+en recevoir une émotion. Et en effet on a de lui une bataille de Killiecrankie,
+comme on avait eu une bataille de Sheriffmuir.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>«D'où venez-vous si brave, garçon,<br>
+D'où venez-vous si faraud, Ô?<br>
+D'où venez-vous si brave, garçon?<br>
+Avez-vous passé par Killiecrankie, Ô?</p>
+
+<p>Si vous aviez été où j'ai été,<br>
+Vous ne seriez pas si fringant, Ô;<br>
+Et si vous aviez vu ce que j'ai vu,<br>
+Sur les pentes de Killiecrankie, Ô.</p>
+
+<p>Je me suis battu sur terre et battu sur mer,<br>
+Et battu à la maison avec ma vieille tante, Ô;<br>
+Mais j'ai rencontré le démon et Dundee,<br>
+Sur les pentes de Killiecrankie, Ô.</p>
+
+<p>Le hardi Pitcur tomba dans un sillon,<br>
+Et Claverhouse reçut un mauvais coup, Ô;<br>
+Sans quoi, j'aurais repu un épervier d'Athole,<br>
+Sur les pentes de Killiecrankie, Ô.<a id="footnotetag768" name="footnotetag768"></a><a href="#footnote768" title="Lien vers la note 768"><span class="small">[768]</span></a></p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page299" name="page299"></a>(p. 299)</span> D'après le ton même de ces pièces, on voit que Burns reflétait avec
+justesse le sentiment écossais, que ce fût le haut enthousiasme d'une
+grande action nationale comme à Bannockburn ou le défi railleur et
+goguenard de rencontres moins décisives.</p>
+
+<p>Il n'est pas surprenant qu'en arrivant sur le champ de bataille de
+Culloden, il ait éprouvé une émotion très poignante. C'est pour les
+voyageurs les plus indifférents une promenade attristante que de traverser
+cette lande marécageuse, plate et sombre. Sauf une petite colline
+noirâtre, couronnée de sapins funèbres qui lui donnent un air de cimetière,
+la monotone étendue brune des bruyères s'allonge de toutes parts,
+a peine tachetée de quelques plaques vertes, aux endroits où les morts
+furent enterrés<a id="footnotetag769" name="footnotetag769"></a><a href="#footnote769" title="Lien vers la note 769"><span class="small">[769]</span></a>. Pour un Écossais qui sait les détails et les conséquences
+de la bataille, cette tristesse du lieu s'accroît et se précise de souvenirs
+et de regrets. Que de fautes commises, dont une seule évitée eût pu
+changer la face et la suite des choses! Cette vaste plaine, unie comme
+un champ de man&oelig;uvres pour l'artillerie et la cavalerie, était le pire
+terrain qu'on pût choisir pour les malheureux highlanders. «Il est
+impossible, dit Hill Burton, de regarder ce désert, sans un sentiment
+de compassion, pour l'impuissance d'une armée de highlanders en un
+pareil endroit<a id="footnotetag770" name="footnotetag770"></a><a href="#footnote770" title="Lien vers la note 770"><span class="small">[770]</span></a>.» Au dernier moment, lord George Murray avait proposé
+de se retirer derrière la petite rivière de la Nairn et d'y attendre des
+renforts. Si on l'avait écouté, rien peut-être n'était perdu. Et si du
+moins ces malheureux avaient combattu dans des conditions ordinaires,
+mais non! Toute la nuit on les a surmenés, dans une marche pour
+surprendre le camp ennemi. Ils sont arrivés en vue des tentes, quand
+l'aurore paraissait et que les tambours battaient le réveil<a id="footnotetag771" name="footnotetag771"></a><a href="#footnote771" title="Lien vers la note 771"><span class="small">[771]</span></a>. Le coup est
+manqué; il faut regagner les positions. Au moment où l'ennemi arrive,
+ils sont tellement harassés de fatigue, minés par la faim, exténués de
+sommeil et d'épuisement, qu'on est obligé de les secouer pour les réveiller<a id="footnotetag772" name="footnotetag772"></a><a href="#footnote772" title="Lien vers la note 772"><span class="small">[772]</span></a>.
+Quand ils sont rangés en bataille, les boulets ennemis «font des
+sentiers» dans leurs rangs; ils sont sans cavalerie, et ont quelques
+canons dont les artilleurs sont absents. Ils demandent avec rage la
+permission de courir en avant; des ordres tardifs et mal donnés les
+lancent par fragments, une aile avant l'autre; des tiraillements d'amour-propre
+entre les clans brisent l'unité et l'impétuosité de l'élan. Les
+highlanders se jettent en désordre dans la fusillade, sur les baïonnettes
+des Anglais, et tombent par tas<a id="footnotetag773" name="footnotetag773"></a><a href="#footnote773" title="Lien vers la note 773"><span class="small">[773]</span></a>. La déroute est rapide et irrémédiable;
+<span class="pagenum"><a id="page300" name="page300"></a>(p. 300)</span> c'est la fin du bref et brillant roman de Charles-Édouard, la dernière
+des batailles où ait palpité le c&oelig;ur de l'Écosse. Et rien pour éclairer ce
+désastre. Sur cette lande funeste, funèbre et farouche, pèse encore la
+cruauté des vainqueurs. Des moribonds égorgés, des prisonniers fusillés
+ou assommés à coups de crosse; ces masures, où des bergers avaient
+recueilli des blessés, mises en flammes, les portes fermées, et croulant
+sur des clameurs désespérées; ces fuyards hachés à coups de sabre, toutes
+les horreurs s'ajoutent à l'horreur de cette plaine maudite<a id="footnotetag774" name="footnotetag774"></a><a href="#footnote774" title="Lien vers la note 774"><span class="small">[774]</span></a>.</p>
+
+<p>Ces désastres, ces forfaits étaient encore récents, à l'époque où Burns
+visita le champ de bataille. Il y apportait la pensée de la part prise
+par son père à cette révolte «de 45», et il était particulièrement disposé à
+ressentir tout ce qui s'y rattachait. Dans son journal, il a noté cette
+visite en quelques mots mais qui semblent contenir bien des choses
+qu'il ne se souciait pas d'écrire: «Traversé le moor de Culloden,
+réflexions sur le champ de bataille». Ces réflexions portaient sans
+doute sur ces désespoirs causés par tant de vies fauchées.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>La jolie fille d'Inverness<br>
+Ne peut plus connaître ni joie, ni plaisir;<br>
+Car, le soir et le matin, elle dit: hélas!<br>
+Et toujours les pleurs amers aveuglent ses yeux.<br>
+Moor de Drumossie&mdash;jour de Drumossie:<br>
+Ce fut un affreux jour pour moi!<br>
+Car là j'ai perdu mon père aimé,<br>
+Mon père aimé et trois frères.</p>
+
+<p>Leur linceul fut l'argile sanglante,<br>
+Leurs tombes, on les voit verdir:<br>
+Et près d'eux gît le plus cher gars<br>
+Qu'ait jamais béni le regard d'une femme!<br>
+Maintenant malheur sur toi, ô cruel seigneur,<br>
+Homme de sang, je crois que tu l'es,<br>
+Car tu as rendu désespéré maint c&oelig;ur<br>
+Qui jamais ne blessa ni les tiens ni toi<a id="footnotetag775" name="footnotetag775"></a><a href="#footnote775" title="Lien vers la note 775"><span class="small">[775]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Et des morts de Culloden sortit aussi cette plainte plus touchante
+encore, la <span class="italic">Lamentation de la veuve des Hautes-Terres</span>.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Oh! je suis venue dans les basses terres,<br>
+Ochon, ochon, ochrie!<br>
+Sans un penny dans ma bourse,<br>
+Pour m'acheter un repas.</p>
+
+<p>Ce n'était pas ainsi dans les collines des Hautes-Terres,<br>
+Ochon, ochon, ochrie!<br>
+<span class="pagenum"><a id="page301" name="page301"></a>(p. 301)</span> Pas une femme dans la vaste contrée<br>
+N'était aussi heureuse que moi.</p>
+
+<p>Car alors je possédais vingt vaches,<br>
+Ochon, ochon, ochrie!<br>
+Qui paissaient là-bas sur la haute colline<br>
+Et me donnaient du lait.</p>
+
+<p>Et là-bas j'avais trois-vingts brebis,<br>
+Ochon, ochon, ochrie!<br>
+Qui bondissaient sur les jolies collines<br>
+Et me donnaient de la laine.</p>
+
+<p>J'étais la plus heureuse de tout le clan;<br>
+Tristement, tristement je puis gémir,<br>
+Car Donald était l'homme le plus beau,<br>
+Et Donald était à moi.</p>
+
+<p>Lorsque Charlie Stuart arriva enfin,<br>
+Si loin, pour nous rendre libres,<br>
+Le bras de mon Donald était nécessaire<br>
+À l'Écosse et à moi.</p>
+
+<p>Leur triste sort, qu'ai-je besoin de le dire?<br>
+Le droit dut céder à l'injustice;<br>
+Mon Donald et sa contrée tombèrent<br>
+Sur le champ de Culloden.</p>
+
+<p>Ochon! ô Donald, oh!<br>
+Ochon, ochon, ochrie!<br>
+Pas une femme dans le vaste monde<br>
+Aussi misérable maintenant que moi<a id="footnotetag776" name="footnotetag776"></a><a href="#footnote776" title="Lien vers la note 776"><span class="small">[776]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Mais, outre celles-là, Burns semble avoir recueilli d'autres impressions,
+éparses par tout le pays. La répression, après la victoire de Culloden,
+fut une des plus atroces et implacables qui aient jamais éteint dans le
+sang les cendres d'une rébellion. Elle a laissé sur le duc de Cumberland
+une marque indélébile; il porte dans l'histoire le nom de boucher. Le
+pays entier fut saccagé de fond en comble; «on pouvait voyager des
+journées à travers les vallées dépeuplées, sans voir une cheminée fumer
+ou entendre un coq chanter<a id="footnotetag777" name="footnotetag777"></a><a href="#footnote777" title="Lien vers la note 777"><span class="small">[777]</span></a>.» Les hommes furent traqués et abattus à
+coups de fusils comme, des loups, les châteaux démolis, les chaumières
+incendiées, les troupeaux enlevés, les femmes et les enfants jetés nus,
+grelottants dans la nuit et les solitudes glaciales des monts<a id="footnotetag778" name="footnotetag778"></a><a href="#footnote778" title="Lien vers la note 778"><span class="small">[778]</span></a>. On en
+voyait qui se traînaient derrière les pillards et imploraient un peu de
+sang ou les entrailles de leurs propres troupeaux. Ils périssaient de
+<span class="pagenum"><a id="page302" name="page302"></a>(p. 302)</span> froid et de faim<a id="footnotetag779" name="footnotetag779"></a><a href="#footnote779" title="Lien vers la note 779"><span class="small">[779]</span></a>. La sauvagerie des soldats était parfois plus hideuse,
+«ils furent coupables de toutes sortes d'outrages envers les femmes,
+la vieillesse et l'enfance<a id="footnotetag780" name="footnotetag780"></a><a href="#footnote780" title="Lien vers la note 780"><span class="small">[780]</span></a>.» Une mare de sang auprès de décombres
+calcinés était le tableau de tout le pays. Heureux lorsque les hommes
+pouvaient s'échapper, fuir à l'étranger pour un exil sans terme. On
+peut imaginer ce que des temps pareils voient de douleurs, de séparations,
+de déchirements, temps exécrés où toutes les figures ont des
+larmes. Une immense malédiction, faite de milliers de sanglots, de
+gémissements, d'adieux et de râles, monta de partout, des vallées, de la
+plaine, des collines, des monts, comme le cri de l'Écosse. Il sembla que
+le vent qui passait sur les bruyères portait des plaintes humaines et disait
+au ciel des choses douloureuses.</p>
+
+<p>Dans une ode admirable de colère et de courage qu'il a appelée <span class="italic">Les
+Larmes de l'Écosse</span>, et qui le fera vivre comme poète, Smollett avait
+exprimé cette suprême affliction de sa patrie.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>«Gémis, malheureuse Calédonie, gémis<br>
+Sur ta paix bannie, tes lauriers déchirés!<br>
+Tes fils, longtemps fameux pour leur valeur,<br>
+Sont étendus égorgés sur leur sol natal;<br>
+Tes toits hospitaliers<br>
+N'invitent plus l'étranger vers la porte;<br>
+Effondrés en ruines fumantes, ils gisent,<br>
+Monuments de la cruauté.</p>
+
+<p>Oh! cause funeste, oh! matin fatal<br>
+Que les âges à venir maudiront!<br>
+Les fils se tenaient contre leur père,<br>
+Le père versait le sang de ses enfants.<br>
+Cependant, quand la rage de la bataille cessa,<br>
+L'âme du vainqueur ne fut pas apaisée;<br>
+Les abandonnés, les nus durent sentir<br>
+Les flammes dévorantes et l'acier meurtrier.</p>
+
+<p>La pieuse mère, vouée à la mort,<br>
+Abandonnée, erre sur la bruyère;<br>
+L'aigre vent siffle autour de sa tête;<br>
+Ses orphelins sans force pleurent pour avoir du pain;<br>
+Dépourvue d'abri, de nourriture, d'amis,<br>
+Elle regarde les ombres de la nuit descendre,<br>
+Et, étendue sous les cieux incléments,<br>
+Sanglote sur ses pauvres bébés et meurt.</p>
+
+<p>Tant que du sang chaud mouillera mes veines,<br>
+Et que le souvenir en moi régnera non affaibli,<br>
+Le ressentiment du destin de ma patrie<br>
+Battra dans ma poitrine filiale;<br>
+<span class="pagenum"><a id="page303" name="page303"></a>(p. 303)</span> Et, en dépit de son ennemi insultant,<br>
+Mon vers sympathisant coulera:<br>
+«Gémis, malheureuse Calédonie, gémis<br>
+Sur ta paix bannie et tes lauriers déchirés<a id="footnotetag781" name="footnotetag781"></a><a href="#footnote781" title="Lien vers la note 781"><span class="small">[781]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>Lors du passage de Burns dans ces régions, les traces de ces sauvageries
+n'étaient pas encore recouvertes. Il put apercevoir les ruines de
+plus d'un château et s'arrêter, dans mainte vallée déserte, devant des
+décombres de hameaux brûlés. Des c&oelig;urs saignaient encore. Il rencontra
+des visages qui portaient toujours l'expression de ces temps-là. Il connut
+des veuves, des orphelins, de vieilles filles restées fidèles à un mort ou
+à un proscrit. Il glana ces douleurs. Avec une résonnance d'âme très belle,
+il fut ému de ces chagrins. Il sentit vivre encore, dans les allusions, dans
+les causeries, dans les refrains, l'indestructible dévoûment aux Stuarts;
+il admira les fidélités indomptables qui s'obstinaient dans ces âmes de
+granit. Les tenaces bruyères, attachées à leurs rocs, sont ainsi tordues
+par les rafales et leur résistent. C'est son honneur d'avoir éprouvé ce qui
+survivait de ces jours de calamité et d'angoisse. Avec moins d'emportement
+que Smollett, avec plus de poésie et un sentiment plus humain
+des afflictions particulières, il recueillit les dernières larmes de l'Écosse.</p>
+
+<p>Il y a toute une suite de pièces qui se rassemblent autour de ce sujet.
+Tantôt c'est un fugitif qui, caché parmi des rochers, attendant de pouvoir
+passer à l'étranger, écoute l'ouragan gronder et répondre au tumulte
+de son c&oelig;ur. Cette pièce s'appelle la <span class="italic">Lamentation de Strathallan</span>; elle
+est placée dans la bouche de James Drummond, vicomte de Strathallan,
+qui, après la mort de son père tué à Culloden, parvint avec quelques-uns
+de ses compagnons à fuir en France, où il mourut.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Nuit très épaisse, entoure mon abri,<br>
+Tempêtes hurlantes, mugissez sur ma tête,<br>
+Torrents troublés, gonflés par l'hiver,<br>
+Rugissez près de ma caverne solitaire.<br>
+Les ruisseaux de cristal au cours paisible,<br>
+Les séjours bruyants du vil genre humain,<br>
+Les brises d'ouest au souffle léger,<br>
+Ne conviennent pas à mon âme désespérée.</p>
+
+<p>Engagés dans la cause du Droit,<br>
+Pour redresser des torts injustes,<br>
+Nous avons mené fortement la guerre de l'Honneur,<br>
+Mais le ciel nous refusa le succès.<br>
+La roue de la ruine a passé sur nous;<br>
+Pas un espoir n'ose nous accompagner;<br>
+Le vaste monde entier est devant nous,<br>
+Mais un monde sans un ami<a id="footnotetag782" name="footnotetag782"></a><a href="#footnote782" title="Lien vers la note 782"><span class="small">[782]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page304" name="page304"></a>(p. 304)</span> Ailleurs ce sont deux amants qui se quittent en se disant adieu. Ils
+ont pu passer d'Écosse en Irlande, d'où la fuite en France était plus
+facile. Elle l'a accompagné jusque-là; elle doit le quitter et tout ce
+drame tient en une petite pièce pleine de mouvement, de vaillance,
+d'ineffable tristesse, qui a, ce qui est rare chez Burns, l'accent et
+le tour romanesque des anciennes ballades. Le refrain en est indiciblement
+mélancolique. Que de c&oelig;urs l'avaient confusément senti en
+tristesse inarticulée!</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>«C'était pour notre roi légitime<br>
+Que nous avons quitté la grève de la douce Écosse;<br>
+C'était pour notre roi légitime<br>
+Que nous avons vu la terre irlandaise, ma chérie,<br>
+Que nous avons vu la terre irlandaise.</p>
+
+<p>Maintenant tout ce qu'on pouvait humainement a été fait,<br>
+Et tout a été fait en vain;<br>
+Mon amour et ma terre natale, adieu,<br>
+Car il me faut traverser la mer, ma chérie,<br>
+Car il me faut traverser la mer.»</p>
+
+<p>Il se détourna, il se détourna,<br>
+Sur la rive irlandaise;<br>
+Il donna aux rênes de sa bride une secousse,<br>
+Avec: «Adieu pour jamais, ma chérie,<br>
+Et adieu pour jamais.»</p>
+
+<p>Le soldat revient des guerres,<br>
+Le matelot de la mer,<br>
+Mais moi j'ai quitté mon bien-aimé<br>
+Pour ne jamais nous revoir, mon chéri,<br>
+Pour ne jamais nous revoir.</p>
+
+<p>Quand le jour est parti et la nuit venue,<br>
+Et que tout le monde est captif du sommeil;<br>
+Je pense à celui qui est au loin,<br>
+Pendant toute la nuit et je pleure, mon chéri,<br>
+Pendant toute la nuit, et je pleure<a id="footnotetag783" name="footnotetag783"></a><a href="#footnote783" title="Lien vers la note 783"><span class="small">[783]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Ailleurs c'est la voix d'un banni qui arrive de par delà les mers, elle
+dit les douleurs de l'exil qui décolorent les cieux les plus brillants, et
+cette pensée de retour et de vengeance qui met des flammes dans les
+yeux des proscrits et entretient leur vie par la haine.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Loin des amis et de la terre que j'aime,<br>
+Chassé par la cruelle haine de la fortune,<br>
+Loin de ma bien-aimée, j'erre;<br>
+Jamais plus je ne goûterai le bonheur,<br>
+<span class="pagenum"><a id="page305" name="page305"></a>(p. 305)</span> Jamais plus je ne dois espérer trouver<br>
+Aise à mon labeur, confort à mon souci;<br>
+Quand le souvenir torture l'esprit,<br>
+Les plaisirs ne font que lever le voile du désespoir.</p>
+
+<p>Les plus brillants climats me paraîtront mornes,<br>
+Les rivages fleuris me paraîtront déserts,<br>
+Jusqu'à ce que les destins, cessant d'être sévères,<br>
+Rendent l'Amitié, l'Amour et la Paix.<br>
+Jusqu'à ce que la Vengeance, au front lauré,<br>
+Ramène les proscrits au pays;<br>
+Et que chaque gars loyal et brave<br>
+Traverse les mers et retrouvé sa bien-aimée<a id="footnotetag784" name="footnotetag784"></a><a href="#footnote784" title="Lien vers la note 784"><span class="small">[784]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Parfois ce sont des notes plus légères mais presque aussi touchantes
+et aussi justes. On y sent ces souvenirs royalistes, qui persistèrent si
+longtemps et la façon dont ils persistaient. Ils se montraient dans des
+chansons légères, un peu railleuses, le plus souvent chantées par les
+femmes. Personne n'égale celles-ci pour faire entendre dans des refrains,
+où vont leurs espoirs, au moyen de finesses, de sourires, d'allusions qui
+sont toutes dans la voix et insaisissables. Qu'on imagine cette jolie
+chanson si pimpante, si provocante, chantée par une jolie et vaillante
+fille, à la barbe d'un officier hanovrien. Comment essayer sans ridicule
+de mettre le doigt sur l'impertinence et là charmante fidélité qui s'y
+jouent?</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>C'était un lundi matin,<br>
+Et très tôt dans l'année,<br>
+Que Charlie entra dans notre ville,<br>
+Le jeune chevalier.</p>
+
+<p>Et Charlie est mon préféré,<br>
+Mon préféré, mon préféré,<br>
+Charlie est mon préféré,<br>
+Le jeune chevalier.</p>
+
+<p>Comme il montait à pied la rue<br>
+Pour examiner la cité,<br>
+Oh! il aperçut une jolie fille<br>
+Qui regardait par la fenêtre.</p>
+
+<p>Légèrement, il monta d'un bond l'escalier,<br>
+Et frappa à la porte,<br>
+Et la jolie fille se trouva toute prête<br>
+À laisser entrer le gars.</p>
+
+<p>Il mit sa Jenny sur son genou,<br>
+Dans son costume des Hautes-Terres,<br>
+Car fièrement il savait la façon<br>
+De plaire à une jolie fille.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page306" name="page306"></a>(p. 306)</span> C'est sur cette montagne couverte de bruyères,<br>
+Et dans cette vallée pleine de taillis,<br>
+Nous n'osons pas aller traire les vaches<br>
+À cause de Charlie et de ses hommes.</p>
+
+<p>Et Charlie est mon préféré,<br>
+Mon préféré, mon préféré,<br>
+Charlie est mon préféré,<br>
+Le jeune chevalier<a id="footnotetag785" name="footnotetag785"></a><a href="#footnote785" title="Lien vers la note 785"><span class="small">[785]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Ou celle-ci encore, un peu plus populaire:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Galettes de farine d'orge,<br>
+Galettes d'orge,<br>
+À la santé, ô gars des Hautes-Terres,<br>
+Des galettes d'orge.</p>
+
+<p>Qui le premier dans un combat<br>
+Criera le premier «pourparler»?<br>
+Jamais les gars avec<br>
+Les galettes d'orge,<br>
+Les galettes de farine d'orge.</p>
+
+<p>Qui, dans ses jours malheureux,<br>
+Fut loyal à Charlie?<br>
+Qui, sinon les gars avec<br>
+Les galettes d'orge,<br>
+Les galettes de farine d'orge<a id="footnotetag786" name="footnotetag786"></a><a href="#footnote786" title="Lien vers la note 786"><span class="small">[786]</span></a>!</p>
+</div>
+
+<p>Quelquefois les souvenirs de fidélité remontaient plus haut, prenaient
+un air historique comme dans cette complainte très belle:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Près du mur de ce château, quand le jour se clôt,<br>
+J'ai entendu un homme chanter, bien que sa tête fût grise;<br>
+Et, comme il chantait, ses larmes tombaient:<br>
+Il n'y aura jamais de paix jusqu'à ce que Jacques revienne.</p>
+
+<p>L'Église est en ruines, l'État est en discorde,<br>
+Tromperies, oppressions et guerres meurtrières,<br>
+Nous n'osons pas le dire, mais nous savons qui est à blâmer:<br>
+Il n'y aura jamais de paix jusqu'à ce que Jacques revienne.</p>
+
+<p>Mes sept beaux garçons pour Jacques ont tiré l'épée,<br>
+Maintenant je pleure autour de leurs lits verts dans le cimetière,<br>
+J'ai brisé le doux c&oelig;ur de ma fidèle vieille femme:<br>
+Il n'y aura jamais de paix jusqu'à ce que Jacques revienne.</p>
+
+<p>Maintenant la vie est un fardeau qui me courbe,<br>
+Car j'ai perdu mes fils et lui a perdu sa couronne;<br>
+Mais jusqu'à mes derniers moments mes mots sont les mêmes:<br>
+Il n'y aura pas de paix jusqu'à ce que Jacques revienne<a id="footnotetag787" name="footnotetag787"></a><a href="#footnote787" title="Lien vers la note 787"><span class="small">[787]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page307" name="page307"></a>(p. 307)</span> Encore une fois, toutes ces pièces n'éclatèrent pas sur les lieux mêmes;
+mais les impressions d'où elles naquirent, y furent ressenties. Elles tombèrent
+alors dans l'âme du poète, puis, comme si le temps n'existait
+pas dans certaines profondeurs intellectuelles, frémirent un jour aussi
+vives, et trouvèrent, dans l'esprit du moment, des paroles et un rhythme.
+Des heures comme celles qu'il passa sur les pentes de Bannockburn et,
+à un moindre degré, sur la bruyère de Culloden, peuvent prendre
+place avec l'après-midi où il écrasa le nid de souris. En ces instants-là,
+dans l'âme ouverte par l'influence des souvenirs, de la nature, ou de la
+compassion humaine, une main divine jette des germes inaperçus qui
+seront un jour la richesse d'une vie et les fleurs d'un génie. Il avait
+raison de dire: «Mon voyage à travers les Hautes-Terres m'a véritablement
+inspiré et j'espère avoir amassé une bonne provision d'idées poétiques
+nouvelles<a id="footnotetag788" name="footnotetag788"></a><a href="#footnote788" title="Lien vers la note 788"><span class="small">[788]</span></a>».</p>
+
+<p>Toute cette partie historique du voyage fut pour Burns féconde et
+bienfaisante. Il vécut hors de lui-même et il en avait besoin. Même la
+compagnie de Nichol, jacobite enragé, ne lui fut pas ici mauvaise; elle
+entretint en lui un loyalisme un peu factice, et s'il eut à s'en repentir
+plus tard, il n'importe. Il fut remué par des émotions, dont quelques-unes
+étaient nobles et ajoutèrent leur noblesse à son âme.</p>
+
+<p class="p2">Si les impressions de nature avaient été aussi abondantes et aussi
+riches que les impressions historiques, ce voyage eût été fécond de tous
+points. Il ne paraît pas que cela fût impossible. Par ses formes plus
+vastes, ses mouvements plus marqués, ses accidents de terrain plus
+variés et plus dramatiques, la contrée des Hautes-Terres est mieux
+faite pour frapper le voyageur qui la traverse que les régions moyennes
+des Borders. Elle peut plutôt prendre par surprise et transporter du
+premier coup. Et justement la route que suivait Burns est une de celles
+où se manifestent le mieux les caractères différents du pays.</p>
+
+<p>Il suffit d'aller de Crieff à Kenmore, par l'hôtellerie d'Amulrie, en
+traversant l'admirable glen Almond et en remontant la rude Glen
+Quoich par le lac Frenchie, pour avoir une des plus parfaites vues de
+vallées que renferment les Highlands. «Certainement, dit Geikie, la plus
+large région du plus sauvage paysage qui soit dans la Grande-Bretagne,
+est comprise dans les cent milles carrés de montagnes et de ravins désolés
+compris entre Glen Feshie et Gleen Quoich<a id="footnotetag789" name="footnotetag789"></a><a href="#footnote789" title="Lien vers la note 789"><span class="small">[789]</span></a>.» On est au bord de ce
+district, à l'endroit où de la grâce se mêle à la grandeur. On suit la
+base de montagnes d'un dessin imposant et tranquille, d'une couleur
+grave, riche et tendre. Elles sont recouvertes, à la saison où Burns les
+<span class="pagenum"><a id="page308" name="page308"></a>(p. 308)</span> parcourait, de bruyères violettes et de mousses roussies ou bronzées.
+Une lumière fine qui les baigne, adoucit tellement les teintes que ces
+nobles montagnes ont l'air de traîner des manteaux de vieux velours usé,
+pourpres et mordorés. Elles sont, ainsi revêtues, pleines de douceur et
+de majesté. En même temps elles ont une mélancolie si large et si
+attirante. Ce n'est pas une mélancolie immobile. Toujours le paysage
+vit et continuellement se passionne en grands mouvements de lumière,
+qui parfois ressemblent à des élans. Et je ne veux pas parler des changements
+de ciel, des orages, mais d'incessantes et délicates émotions de
+couleur, qui font palpiter le paysage et ne sont possibles qu'avec les
+nuances particulières aux pentes écossaises. Quand nous y passâmes,
+par un jour pur où erraient quelques nuages, lorsque le soleil donnait,
+des taches vertes et gaies s'éveillaient, de toutes parts et tout riait;
+lorsqu'une ombre passait, elles s'éteignaient, et soudain tous les rochers
+gris ressortaient et s'emparaient de la montagne morose; elle était tout
+en mouvement comme un c&oelig;ur partagé entre l'espoir et le chagrin.</p>
+
+<p>Il suffit d'aller de Kenmore à Blair Athole, de visiter les chûtes
+d'Aberfeldy, le parc de Killiecrankie, les cascades de Bruar et du Tummel,
+pour voir rassemblés les accidents et les dislocations les plus violents,
+les sites déchirés, les aspects torturés du pays écossais; pour contempler
+l'étreinte des rochers et des torrents, et leur fureur éternelle. On a,
+dans toute sa variété, avec ses efforts, ses rages, ses souffrances, ses
+sanglots désespérés, ses hurlements furieux, le combat de l'eau et de la
+montagne. On peut assister, dans des rencontres particulières, aux prises
+des deux adversaires. On a là une suite d'épisodes détachés, circonscrits,
+individuels, pour ainsi dire, plus frappants, à première vue, que les
+paysages d'ensemble, mais moins profonds. On peut y rencontrer ces
+secousses d'étonnement et d'épouvante, qui touchent certaines âmes fermées
+aux impressions plus élevées et d'un sens plus large que contiennent
+les étendues harmoniques.</p>
+
+<p>Et surtout il suffit d'aller de Blair Athole à Kingussie, de traverser le
+dos des Grampiens, pour éprouver ce que l'Écosse peut inspirer de plus
+grandiose, si l'on excepte peut-être la poésie redoutable des îles de la
+côte ouest. On est sur un plateau, au niveau des hauts sommets, au milieu
+d'un océan de vastes croupes arrondies et douces, toutes d'égale hauteur,
+qui s'en vont dans tous les sens, innombrables. Cet épanchement colossal
+semble sans direction et sans bornes; on est n'importe où d'un monde
+de solitude. Comme les cimes sont semblables de forme et d'élévation,
+l'&oelig;il n'en choisit aucune et l'effet se répand sur toute la masse. Le calme
+des ondulations donne à ce spectacle quelque chose de définitif, qui est
+plus près de l'éternité que l'effort violent des montagnes escarpées. Le
+silence et l'abandon sont absolus. De temps en temps, un torrent qui
+mugit, un lac aux bords inhabités qui ne luit que pour le ciel, resserrant
+<span class="pagenum"><a id="page309" name="page309"></a>(p. 309)</span> l'attention sur des objets séparés, donnent, pendant un instant, des
+proportions humaines à ce sentiment immense, indéterminé, amorphe
+de solitude cosmique. Mais bientôt ces détails disparaissent; l'on est
+perdu de nouveau dans les vagues illimitées de cette mer couverte d'une
+écume de bruyères et de rochers, spectacle d'une grandeur, d'une
+tristesse, d'une solennité inexprimables. C'est d'une sublimité paisible.
+À cause de la lenteur des lignes, il n'y a rien d'âpre, de menaçant, mais
+plutôt une douceur majestueuse. On dirait la rêverie affligée d'un dieu
+très bon. Tandis que les vallées sont encore faites pour les chagrins
+humains, c'est ici comme une mélancolie primitive, démesurée, uniforme,
+vague, élémentaire, qui n'a pas encore pris la variété et la précision de
+la vie plus récente. Souvent, quand le soleil embrase l'ouest, le ciel
+cramoisi, la pourpre illimitée des bruyères enflammées jusqu'au fond des
+horizons, et les rochers eux-mêmes devenus ardents, forment une scène
+d'une splendeur et d'un deuil surhumains; on ne sait quelle pompe
+immense et sépulcrale, comme pour les funérailles de Saturne, antique
+père des Dieux et des Hommes.</p>
+
+<p>Sans doute ces aspects du paysage écossais changent chaque jour et
+on ne les retrouve pas deux fois les mêmes. Mais leurs variations se
+modulent sur un fond permanent, et chaque voyageur qui passe y peut
+entendre une phrase différente de la même symphonie austère et puissante.
+Or, Burns a été de Crieff à Kenmore; il a été de Kenmore à Blair
+Athole, et de Blair Athole à Inverness, sans qu'aucune émotion de nature,
+semble l'avoir touché, sans qu'aucune, du moins, apparaisse dans son
+journal de voyage ou dans ses poésies. La grandiose procession de
+montagnes s'est déroulée devant lui sans lui rien inspirer. Les seuls vers
+qui s'y rapportent sont un fragment, écrit en apercevant le village et le
+château de Kenmore dans le district de Breadalbane. La pièce a de jolis
+traits et la description est exacte. Mais il est facile de sentir que ce petit
+tableau d'un coin de pays habité, et la déclamation vague qui le suit,
+sont bien loin des grandes scènes de nature et de leurs pensées profondes.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Admirant la nature dans sa grâce la plus inculte,<br>
+Je parcours, d'un pas lassé, ces scènes du nord;<br>
+Par mainte vallée sinueuse, mainte pente ardue,<br>
+Séjours des nichées de grouse et des moutons craintifs,<br>
+Je poursuis, curieux, mon voyage solitaire.<br>
+Tout à coup, le fameux Breadalbane s'ouvre à ma vue,<br>
+Les escarpements qui se touchent sont séparés par de profondes gorges,<br>
+Les bois, sauvagement épars, revêtent leurs vastes flancs;<br>
+Le lac qui s'élargit au sein de collines<br>
+Remplit mes yeux de surprise et d'émerveillement;<br>
+La Tay doucement sinueuse dans son orgueil enfantin,<br>
+Le palais qui s'élève sur sa rive verdoyante,<br>
+Les pelouses frangées de bois, selon le goût natif de la nature,<br>
+<span class="pagenum"><a id="page310" name="page310"></a>(p. 310)</span> Les monticules qu'elle a semés en hâte et sans soin,<br>
+Les arches du pont qui franchit la jeune rivière,<br>
+Le village scintillant dans le rayon d'après midi...</p>
+
+<p>Des ardeurs poétiques gonflent mon sein,<br>
+Quand j'erre près de la hutte moussue de l'ermite,<br>
+Dans un vaste théâtre de bois suspendus,<br>
+Au rugissement incessant de ruisseaux qui trébuchent follement...</p>
+
+<p>Ici la Poésie peut éveiller sa lyre célestement inspirée,<br>
+Et, avec une ardeur créatrice, regarder dans la nature;<br>
+Ici, à moitié réconcilié avec les injustices du sort,<br>
+Le Malheur, d'un pas plus léger, peut errer sauvagement,<br>
+Et la Désillusion, dans ces limites solitaires,<br>
+Trouver un baume qui adoucisse ses amères blessures;<br>
+Ici le Chagrin, frappé au c&oelig;ur, peut vers le ciel tourner ses yeux,<br>
+Et la Vertu calomniée oublier et pardonner aux hommes<a id="footnotetag790" name="footnotetag790"></a><a href="#footnote790" title="Lien vers la note 790"><span class="small">[790]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Il n'a donc pas compris les paysages à aspects généraux. Si quelque partie
+l'a frappé, c'est la partie moyenne de la route, le district tourmenté de
+Kenmore à Blair Athole, un paysage à accidents séparés, à épisodes
+bruyants et un peu mélodramatiques, comme les chutes d'eau, les cascades.
+Et l'on en discerne bien les raisons; son âme n'était pas une de ces âmes
+à rêveries prolongées, qui se nourrissent de contemplations uniformes;
+c'était une âme à émotions brusques, à secousses vives, que devaient
+prendre bien plutôt des sites saisissants. Cette préférence même indique
+un esprit peu pénétré des influences profondes de la nature. C'est le
+goût ordinaire des touristes. Mais même sur ce point-là, il est facile de
+voir quelle appréciation étroite il avait de ce genre de beautés. On a de
+lui des pièces inspirées par quelques-uns de ces sites. Il suffit d'aller les
+lire sur les lieux mêmes pour comprendre le peu de rapport qu'elles ont
+avec eux.</p>
+
+<p>Un des endroits qu'on visite, lorsqu'on descend du loch Tay dans la
+direction de Dunkeld, sont les fameuses chûtes de Moness ou d'Aberfeldy.
+Elles tombent par une gorge rocheuse, longue de plus de deux milles.
+Au fond de hautes parois à pic, bondissent, blanchissent et bruissent
+les eaux. Mais ce ne sont pas elles qui font la propre beauté de ces lieux;
+c'est la végétation qui enferme ces chûtes sous une voûte continue et
+épaisse. Un monde d'arbres et d'arbustes, de sapins, de frênes, de noisetiers,
+de bouleaux, s'est emparé des deux bords et s'est logé dans toutes les
+fissures. Ils se penchent, se touchent et se croisent au-dessus de l'abîme,
+en sorte que les cascades supérieures coulent derrière des voiles de
+branches. Des mousses, des lierres, des plantes traînantes, tapissent les
+côtés, y pendent en plis touffus; les parois sont creusées de mille petites
+<span class="pagenum"><a id="page311" name="page311"></a>(p. 311)</span> grottes, pleines de fins feuillages d'une fraîcheur et d'une délicatesse
+féeriques. Ce berceau, qui empêche le soleil de pénétrer autrement que
+par flèches et l'humidité de s'évaporer, entretient une ombre et une
+tiédeur. Des filets clairs, qui suintent ou jaillissent de tous les rochers,
+brillent dans les feuillages; une brume d'eau, une poussière d'argent
+s'élève; toutes les branches, les brins d'herbe scintillent de gouttelettes,
+et la dentelle des ramures est surbrodée d'une dentelle de cristal qui tremble
+avec elle et, en tremblant, laisse tomber des perles, aussitôt reformées.
+Il règne là un crépuscule somptueusement et mystérieusement verdâtre,
+plus sombre sous les sapins, plus pâle sous les hêtres et les bouleaux,
+dans les profondeurs duquel éclatent des ors et des émeraudes, souvent
+en des endroits si reculés qu'on dirait qu'ils s'y allument d'eux-mêmes.
+C'est un palais tendu de velours vert, où s'alanguit une moiteur
+voluptueuse, une retraite pleine d'alcôves pour les Oréades. On ne peut
+s'y attarder sans penser à la rêverie merveilleuse, à la grotte aérienne
+et irisée, où Shelley eût placé une des pauses de son Alastor; ou mieux
+encore à la riche apparition forestière, luisante, profonde, frissonnante de
+lumière, où Keats eût placé un des sommeils de son Endymion.</p>
+
+<p>Lorsqu'après avoir ainsi contemplé ce paysage, on ouvre son Burns,
+curieux de voir ce qu'il en a saisi, on est tout dépaysé. Il n'y a trouvé
+qu'un lieu de rendez-vous et matière à une petite chanson:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Jolie fillette, voulez-vous venir<br>
+Voulez-vous venir, voulez-vous venir,<br>
+Jolie fillette, voulez-vous venir<br>
+Vers les bouleaux d'Aberfeldy?</p>
+
+<p>Maintenant l'été brille sur les pentes fleuries,<br>
+Et joue sur les ruisselets de cristal;<br>
+Venez, allons passer les jours clairs<br>
+Sous les bouleaux d'Aberfeldy.</p>
+
+<p>Les petits oiselets chantent joyeusement,<br>
+Tandis qu'au-dessus d'eux les noisetiers pendent,<br>
+Ou ils volètent légèrement d'une aile folâtre,<br>
+Dans les bouleaux d'Aberfeldy.</p>
+
+<p>Les parois se dressent comme de hauts murs,<br>
+Le ruisseau écumant, rugissant, profondément tombe,<br>
+Sous une voûte de verdures penchées et odorantes,<br>
+Sous les bouleaux d'Aberfeldy.</p>
+
+<p>Les âpres escarpements sont couronnés de fleurs,<br>
+Tout blanc le ruisseau se verse en cataractes,<br>
+Et, remontant mouille, d'averses de brouillard,<br>
+Les bouleaux d'Aberfeldy.</p>
+
+<p>Que les dons de la Fortune volent au hasard,<br>
+Ils n'obtiendront jamais un souhait de moi;<br>
+<span class="pagenum"><a id="page312" name="page312"></a>(p. 312)</span> Suprêmement heureux avec l'amour et toi,<br>
+Dans les bouleaux d'Aberfeldy.</p>
+
+<p>Jolie fillette voulez-vous venir,<br>
+Voulez-vous venir, voulez-vous venir<br>
+Jolie fillette, voulez-vous venir<br>
+Vers les bouleaux d'Aberfeldy<a id="footnotetag791" name="footnotetag791"></a><a href="#footnote791" title="Lien vers la note 791"><span class="small">[791]</span></a>?</p>
+</div>
+
+<p>Burns avait l'&oelig;il si juste qu'il ne pouvait pas ne pas saisir quelques-uns
+des traits constitutifs de ce site. Il a aussi, on le voit, éprouvé que ce
+séjour étrange semble fait pour des caresses. Mais le fond mystérieux
+et les larges proportions ont échappé à son esprit précis et moyen.
+Il n'est pas à l'échelle de la nature, il a tout rapetissé, réduit; et, par
+là même, laissé en dehors l'expression du paysage.</p>
+
+<p>Il en est de même pour la pièce écrite sur les cascades de Bruar.
+Celles-ci ont un caractère tout opposé aux chutes d'Aberfeldy. Une
+montagne de granit fendue en deux; dans cette cassure, un torrent
+déroule. Tout est nu; pas d'arbres, pas un arbuste, rien que des rocs
+gris et rouges, des cascades, et du ciel. C'est une stérilité puissante; on
+dirait la désolation inexorable et définitive d'un cataclysme qui a, sur ce
+point, vaincu à jamais la vie. Le paysage, déchiré par un spasme gigantesque,
+âpre, farouche, brûlé, ressemble à un champ de bataille de Titans;
+un chaos de pierres, des entassements, des écroulements de rocs, entre de
+monstrueux escarpements tourmentés, hérissés de brisures et de saillies
+qui semblent, tant elles sont violentes et incohérentes, produites par un
+craquement subit. Elles ont l'air d'un arrêt dans un effondrement. Une
+lutte affreuse se poursuit; les rocs sont rongés et tordus par l'eau qu'ils
+brisent et tordent à leur tour, une convulsion démesurée continue à
+rouler dans ce paysage tourmenté par tant de convulsions. La clameur
+du torrent, que rien ne brise ou n'assourdit, monte des gouffres, rauque et
+brutale. Les chutes puissantes s'étagent en une suite de gradins énormes
+et disloqués. De vieux ponts de pierre, qui traversent le ciel, tout en haut,
+semblent faire partie de la montagne et y mettent une sorte de chemin
+dantesque. En été, il n'y a sur ce sol d'autres ombres que les ombres
+raides, inanimées et noires des rochers; leurs cassures brusques, leurs
+pans durement déchiquetés et leur couleur sombre bouleversent encore
+davantage ce sol désordonné. On se demande entre les mains de quel
+poète cette puissante révélation aurait toute sa force. On pense à un
+Byron d'une étreinte plus précise, ou plutôt encore à un Milton qui aurait
+cherché sur la terre les places de malédiction.</p>
+
+<p>Qu'y a découvert Burns? Ici encore il a trouvé un coin de vérité. Il a
+bien senti que l'impression dominante de ce lieu était la disparition ou
+<span class="pagenum"><a id="page313" name="page313"></a>(p. 313)</span> l'impossibilité de la vie. Mais, au lieu de laisser ce sentiment dans le
+paysage en conservant à celui-ci sa grandeur, il l'en a extrait, l'a encore
+rapetissé en l'appliquant à un détail. Il imagine que ces cascades de
+Bruar, fâchées d'être appauvries par le soleil, demandent à leur propriétaire,
+le duc d'Athole, de planter leurs rives d'arbres, afin que les
+poissons ne meurent pas sur les pierres desséchées, que les oiseaux
+y trouvent un abri, le lièvre une cachette, les amoureux de l'ombre et
+le poète un endroit où il puisse rêver.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>My lord, je le sais, votre noble oreille<br>
+Ne résiste pas à la souffrance;<br>
+Enhardi ainsi, je vous prie d'écouter<br>
+La plainte de votre humble serviteur:<br>
+Comment les rayons brûlants du hardi Phébus,<br>
+Flamboyants d'orgueil estival;<br>
+Séchant, flétrissant tout, épuisent mes ruisseaux écumants,<br>
+Et boivent mon flot de cristal...</p>
+
+<p>Hier je pleurai presque de dépit et de rage<br>
+Quand le poète Burns arriva,<br>
+De ce que je me faisais voir à un barde<br>
+Avec mon canal à demi sec;<br>
+Je le sais, un panégyrique en rimes<br>
+Me fut promis, tel que j'étais;<br>
+Mais, si j'avais été dans ma splendeur,<br>
+C'est à genoux qu'il m'eût adoré.</p>
+
+<p>Ici, écumant, tombant de rocs fendus,<br>
+Je cours en détours puissants;<br>
+Là, mon torrent bouillonnant jette une haute fumée,<br>
+Mugissant sauvagement en une cascade;<br>
+Quand je reçois toutes les sources et les fontaines<br>
+Telles que la Nature me les a données,<br>
+Je vaux, bien que je le dise moi-même,<br>
+La peine qu'on fasse un mille pour me venir voir.</p>
+
+<p>Si donc mon noble maître voulait<br>
+Combler mes plus hauts souhaits,<br>
+Il ombragerait mes rives de hauts arbres,<br>
+Et de jolis buissons épandus.<br>
+Alors, avec un double plaisir, my lord,<br>
+Vous errerez sur mes rives,<br>
+Et écouterez maint oiseau reconnaissant<br>
+Vous dire des chansons de gratitude.</p>
+
+<p>La grise alouette, gazouillant follement,<br>
+S'élèvera vers les cieux;<br>
+Le chardonneret, le plus gai des enfants de la musique,<br>
+Se joindra doucement au ch&oelig;ur,<br>
+Au merle fort, à la grive claire,<br>
+Au mauvis doux et moelleux;<br>
+<span class="pagenum"><a id="page314" name="page314"></a>(p. 314)</span> Le rouge-gorge égayera l'Automne pensif<br>
+Sous sa chevelure jaune.</p>
+
+<p>Ceci aussi leur assurera un abri,<br>
+Pour les protéger contre l'orage;<br>
+Et le timide lièvre dormira en sûreté,<br>
+Aplati dans son gîte herbeux;<br>
+Ici le berger viendra s'asseoir,<br>
+Pour tresser sa couronne de fleurs,<br>
+Ou trouver une retraite, un abri sûr<br>
+Contre les averses vite descendues.</p>
+
+<p>Et ici, se glissant doucement, tendrement,<br>
+Le couple amoureux se rejoindra,<br>
+Méprisant les mondes avec toute leur richesse,<br>
+Comme un soin vide et vain.<br>
+Les fleurs donneront à l'envi leurs charmes,<br>
+Pour embellir l'heure céleste,<br>
+Et les bouleaux étendront leurs bras embaumés,<br>
+Pour cacher les tendres embrassements.</p>
+
+<p>Peut-être ici aussi, au printemps, à l'aurore,<br>
+Un barde pensif pourra errer,<br>
+Et voir l'herbe fumante, humide de rosée,<br>
+Et la montagne grise de brouillard;<br>
+Ou bien, vers la moisson, sous les rayons nocturnes<br>
+Doucement parsemés dans les arbres,<br>
+Délirer en face de mon flot sombre et rapide,<br>
+Dont la voix rauque s'enfle avec la brise.</p>
+
+<p>Que les hauts sapins, les frênes frais,<br>
+Recouvrent mes bords plus bas,<br>
+Et voient, penchés sur les bassins,<br>
+Leur ombre dans un lit humide;<br>
+Que les bouleaux parfumés, parés de chèvrefeuilles,<br>
+Ornent mes hauteurs rocheuses,<br>
+Et que, pour le nid du petit chanteur,<br>
+L'épine offre un abri bien fermé<a id="footnotetag792" name="footnotetag792"></a><a href="#footnote792" title="Lien vers la note 792"><span class="small">[792]</span></a>!</p>
+</div>
+
+<p>Le duc d'Athole fit droit à la pétition présentée par Burns et couvrit
+la montagne de plantations. Elles commençaient à grandir quand
+Wordsworth visita les chutes. «Nous marchâmes en remontant au moins
+pendant trois quarts d'heure, sous un soleil ardent, avec le ruisseau
+à notre droite, dont les deux bords sont plantés de sapins et de mélèzes
+mélangés&mdash;fils de la chanson du pauvre Burns<a id="footnotetag793" name="footnotetag793"></a><a href="#footnote793" title="Lien vers la note 793"><span class="small">[793]</span></a>.» Après un siècle, ces
+arbres étaient devenus une véritable forêt qui cachait la montagne et
+abritait le torrent. Par un singulier hasard, il nous a été donné de voir
+ce site tel qu'il avait apparu à Burns. Un formidable ouragan avait
+<span class="pagenum"><a id="page315" name="page315"></a>(p. 315)</span> dévasté l'Écosse de part en part, abattant sur son passage des forêts
+comme des champs de blé; il avait d'un coup renversé tous ces bois et
+dénudé la montagne qui reparaissait dans son ancienne âpreté.</p>
+
+<p>Ce que Burns a écrit pendant ce voyage qui se rapproche le plus du
+caractère du site est le fragment sur les fameuses chutes de Foyers, près
+d'Inverness. C'est encore, remarquons-le, une vue particulière et dramatique.
+Cette cataracte de Foyers est d'une grandeur redoutable, elle se
+précipite perpendiculairement, d'une hauteur de deux cents pieds, dans
+un bassin de rochers énormes, avec un grondement d'orage, en envoyant
+en l'air une telle colonne de buée et de poussière d'eau qu'on l'a appelée
+la «chute de la fumée».</p>
+
+<p class="poem-ctr">Parmi des collines vêtues de bruyères et d'âpres bois,<br>
+La rugissante Foyers verse ses flots aux bords moussus;<br>
+Jusqu'à ce qu'elle se lance sur les amas de rocs,<br>
+Où, à travers une brèche informe, son cours retentit.<br>
+Haut en l'air, forçant leur chemin, les torrents tombent,<br>
+En bas, se creusant d'une profondeur égale, une houle écume,<br>
+La nappe blanchissante descend rapide sur le roc,<br>
+Et déchire l'oreille étonnée de l'Écho invisible.<br>
+Obscurément aperçue, à travers un brouillard qui monte et d'incessantes averses,<br>
+La hideuse caverne assombrit son vaste cercle;<br>
+Et toujours, à travers la brèche, la rivière peine douloureusement,<br>
+Et toujours, au-dessous, bouillonne le chaudron horrible...</p>
+
+<p>Bien qu'il y ait une certaine énergie descriptive dans ces vers, elle ne
+rend pas la formidable puissance de cette cataracte. Il est vrai que rien
+n'est plus impossible à peindre que ces déluges. Ils se composent de tant
+de choses de vision et de bruit, et si rapides; ils consistent si essentiellement
+en une succession vertigineuse d'éclairs, de lueurs et de tonnerres
+simultanés, que le tableau, s'il veut être exact, est trop étendu et est trop
+lent. Il ne représente que des fragments et des instants séparés d'un
+ensemble dont la force est d'être un amalgame, un tourbillon, aussitôt
+disparu, de tout cela. Même la prose n'y suffit pas. Les descriptions des
+grandes chutes d'eau par les plus robustes maîtres, celle du Niagara par
+Chateaubriand<a id="footnotetag794" name="footnotetag794"></a><a href="#footnote794" title="Lien vers la note 794"><span class="small">[794]</span></a>, celles de la chute du Rhin par Ruskin ou Victor Hugo<a id="footnotetag795" name="footnotetag795"></a><a href="#footnote795" title="Lien vers la note 795"><span class="small">[795]</span></a>,
+sont inefficaces. Les mots ne peuvent exprimer cette stupeur qui intimide
+la pensée et retient toute la vie en une sorte d'épouvante immobile.</p>
+
+<p>À tout prendre, on peut affirmer que Burns n'a pas été ému par le
+spectacle de cette nature comme on aurait pu s'y attendre, et que ses
+impressions de paysage ont été bien inférieures à ses impressions historiques.
+C'est l'avis de ceux qui ont voyagé avec lui. Le D<sup>r</sup> Adair, qui eut
+<span class="pagenum"><a id="page316" name="page316"></a>(p. 316)</span> l'occasion de faire, peu de semaines après, un tour de quelques jours
+avec lui, dit: «Pendant une résidence d'environ dix jours à Harvieston,
+nous fîmes des excursions pour visiter différentes parties du paysage
+environnant, qui n'est inférieur à aucun autre en Écosse, en beauté, en sublimité
+et en intérêt romanesque, particulièrement le château de Campbell,
+ancienne résidence de la famille Argyle, la fameuse cataracte du Devon,
+appelée le bassin du Chaudron, et le Pont grondant, une seule arche large,
+jetée par le diable, si on en croit la tradition, à travers la rivière à environ
+cent pieds au-dessus de son lit. Je suis surpris qu'aucune de ces scènes
+n'ait évoqué un effort de la muse de Burns. Mais je doute qu'il ait eu un
+grand goût pour le pittoresque. Je me rappelle bien que les dames
+d'Harvieston, qui nous accompagnèrent dans cette promenade, montrèrent
+leur désappointement de ce qu'il n'ait pas exprimé en langage plus ardent
+et plus brillant ses impressions de la scène du bassin du Chaudron qui
+certainement est hautement sublime et presque terrible<a id="footnotetag796" name="footnotetag796"></a><a href="#footnote796" title="Lien vers la note 796"><span class="small">[796]</span></a>.» On peut à la
+vérité, opposer à cette déposition un passage de Walker qui a l'air de le
+contredire. «J'avais souvent, comme d'autres, éprouvé les plaisirs qui
+naissent d'un paysage sublime ou élégant, mais je n'avais jamais vu ces
+sentiments aussi intenses que chez Burns. Quand nous atteignîmes une
+hutte rustique sur la rivière de la Tilt, là où celle-ci est surplombée par un
+escarpement boisé d'où tombe une belle cascade, il se jeta sur un talus
+de bruyère et s'abandonna à un enthousiasme d'imagination tendre,
+perdu et voluptueux. Je ne puis m'empêcher de penser que c'est là peut-être
+qu'il a conçu l'idée des lignes suivantes, qu'il plaça plus tard dans
+son poème sur les <span class="italic">Chutes de Bruar</span>, lorsqu'il imaginait une combinaison
+d'objets semblable à celle qu'il avait maintenant sous les yeux.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Où, vers la moisson, sous les rayons nocturnes<br>
+Doucement parsemés à travers les arbres,<br>
+Il viendra délirer devant mon flot sombre et rapide<br>
+Dont le cri rauque s'enfle avec la brise.</p>
+
+<p>C'est avec peine que je parvins à lui faire quitter cet endroit et à
+l'emmener en temps pour le souper<a id="footnotetag797" name="footnotetag797"></a><a href="#footnote797" title="Lien vers la note 797"><span class="small">[797]</span></a>.» Mais si l'on se rappelle que les
+vers cités sont parmi les plus expressifs de la pièce sur la chute de
+Bruar, on n'a pas de peine à constater que l'enthousiasme de Burns,
+excité peut-être par le paysage, ne s'appliquait pas au paysage lui-même
+et poursuivait quelque sentiment particulier. Ce n'est pas à dire qu'il ne
+ressentait pas la nature. On a pu voir le contraire. Il ne ressentait pas la
+nature gigantesque, qui écrase l'homme; son âme toujours en passion
+humaine ne s'ouvrait pas à ces vastes impressions; il ne pouvait que
+<span class="pagenum"><a id="page317" name="page317"></a>(p. 317)</span> choisir, dans cet ensemble qu'il était incapable d'embrasser, un détail
+dans lequel il mettait une anecdote. Son âme n'était pas faite pour la
+majestueuse épopée des montagnes. Si l'on veut voir avec quelles aptitudes
+diverses des âmes différentes abordent les mêmes objets, on n'a qu'à lire,
+après le journal de Burns, celui que Keats a écrit pendant un court
+voyage dans les Hautes-Terres. Ce fut chez lui, du premier coup d'&oelig;il,
+une merveilleuse intelligence de ce que cette contrée a de plus haute
+poésie.</p>
+
+<p>Il faut dire cependant que ce voyage de Burns fut fait dans les conditions
+les plus défavorables. Ce n'est pas une façon de visiter les Highlands
+que de les traverser au galop, enfermé, en compagnie de Nicol, dans
+une chaise de poste, qui ne laisse voir qu'un carré de paysage toujours
+fuyant. Si Burns avait parcouru le pays à pied ou sur Jenny Geddes,
+s'il avait eu la tête en plein paysage, le regard libre, et ces arrêts faciles
+qu'on fait en s'appuyant sur son bâton, ou en retenant la bride de son
+cheval, s'il avait eu de ces journées entières où il semble qu'en marchant
+on emporte avec soi des horizons, l'influence morale d'un paysage, qui
+souvent commence par une sensation physique d'air frais ou de lumière,
+serait peut-être entrée en lui. Mais il voyagea dans une boîte avec un
+butor.</p>
+
+<p class="p2">Ce fâcheux compagnon lui fut une entrave de plus d'une manière.
+La réception de Burns pendant ce tour ne ressemblait en rien à celle
+qu'il avait eue pendant son tour des Borders. Dans ces pays incultes, on
+ne rencontrait plus la classe de gros fermiers qui habite les Basses-Terres.
+Il n'y avait, surtout alors, que des seigneurs et des paysans, des châteaux
+et de pauvres chaumières<a id="footnotetag798" name="footnotetag798"></a><a href="#footnote798" title="Lien vers la note 798"><span class="small">[798]</span></a>. Burns fut accueilli comme un personnage
+célèbre dans toutes ces grandes demeures; dès qu'il arrivait on l'invitait.
+Nicol, trop bourru pour se montrer, restait à l'auberge et rageait. À Blair
+Athole, où Burns fut reçu par le duc d'Athole, Walker fit prendre patience
+au malotru en lui donnant des cannes à pêche et en l'envoyant pêcher à la
+ligne. À la suite de cette visite, on désirait garder le poète un peu plus
+longtemps, mais Nicol dépité voulut partir absolument. Les dames
+envoyèrent un domestique à l'auberge pour corrompre le postillon et
+lui faire enlever un fer à un des chevaux. Ce postillon se trouva incorruptible.
+Il fallut se remettre en route<a id="footnotetag799" name="footnotetag799"></a><a href="#footnote799" title="Lien vers la note 799"><span class="small">[799]</span></a>. Ce fut peut-être un malheur pour
+Burns; on attendait comme hôte M. Dundas, dont le patronage était
+tout puissant et qui était le grand distributeur de faveurs pour l'Écosse.
+Cette rencontre aurait pu changer l'avenir de Burns. Cette scène se
+renouvela plus loin. Il fut invité au château de Gordon par le duc et la
+<span class="pagenum"><a id="page318" name="page318"></a>(p. 318)</span> duchesse que nous avons vue reine de la société d'Édimbourg. Comme on
+le pressait de rester il s'en défendit en disant qu'il avait un compagnon,
+«son hôte offrit d'envoyer un domestique pour ramener M. Nicol au
+château; Burns voulut s'acquitter lui-même de cette commission. Toutefois,
+un gentleman, ami particulier du duc, l'accompagna, qui transmit
+l'invitation avec toutes les formes de la politesse. L'invitation arrivait
+trop tard; l'orgueil de Nicol s'était enflammé jusqu'à un haut degré de
+colère, par suite de la négligence dont il croyait être victime. Il avait
+ordonné qu'on mît les chevaux à la voiture, résolu à continuer le voyage
+tout seul, et ils le trouvèrent paradant dans les rues de Forchabers, devant
+la porte de l'auberge, exhalant sa colère contre le postillon, pour la
+lenteur avec laquelle il accomplissait ses ordres. Aucune explication,
+aucune prière ne purent changer sa décision. Notre poète fut réduit à
+la nécessité de se séparer de lui tout à fait, ou de continuer incontinent
+son voyage. Il choisit cette dernière alternative et, prenant place à côté
+de Nicol dans la chaise de poste, avec dépit et regret, il tourna le dos
+au château de Gordon où il s'était promis de passer quelques jours
+heureux<a id="footnotetag800" name="footnotetag800"></a><a href="#footnote800" title="Lien vers la note 800"><span class="small">[800]</span></a>.» Aussi Walker est-il très sévère pour Nicol. «Pendant ces
+visites, dit-il, Burns fut amené à découvrir qu'il avait fait un choix peu
+judicieux dans son compagnon de voyage, dont la présence le gênait
+et le harassait. Le mauvais caractère et les mauvaises manières de
+M. Nicol empêchaient Burns de l'introduire dans des cercles où la
+délicatesse et le tact étaient nécessaires.» Et parlant des visites écourtées
+de Burns il ajoute: «Ceci n'était pas seulement un ennui et un désappointement,
+ce fut, selon toute probabilité, un sérieux malheur pour
+Burns, car une résidence plus longue avec des personnes d'une telle
+influence aurait pu engendrer une intimité durable, et de leur part,
+un intérêt actif pour son avancement futur<a id="footnotetag801" name="footnotetag801"></a><a href="#footnote801" title="Lien vers la note 801"><span class="small">[801]</span></a>.»</p>
+
+<p>Une fois Burns arrivé à Inverness, il considéra son voyage poétique
+comme terminé. Il redescendit rapidement par Aberdeen, Montrose et la
+côte Est, sans beaucoup regarder autour de lui. «Le reste de mes étapes
+ne vaut pas la peine d'être raconté; tout récemment sorti d'avoir visité le
+pays d'Ossian, où j'avais vu sa tombe, que m'importaient des villes de
+pêcheurs et des champs fertiles.» Il vit Montrose et, dans les environs, les
+parents de son père, «tantes Jane et Isabel toujours vivantes, de solides
+vieilles femmes»; et John Caird, probablement un camarade d'enfance de
+William Burns, «bien que né la même année que notre père, il marche
+aussi vigoureusement que moi<a id="footnotetag802" name="footnotetag802"></a><a href="#footnote802" title="Lien vers la note 802"><span class="small">[802]</span></a>.» Il redescendit par Perth et Queensferry,
+et rentra à Édimbourg le 16 septembre.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page319" name="page319"></a>(p. 319)</span> Au cours du voyage il avait fait visite à Harvieston, à des parents de
+son ami Gavin Hamilton de Mauchline. Il y avait rencontré une jeune
+fille, aimable et intelligente, nommée Margaret Chalmers, avec laquelle il
+entretint pendant quelque temps une correspondance amicale. Mais le
+sentiment qui aurait pu naître de ces rapports n'aboutit point et Miss
+Chalmers ne reste dans l'histoire de Burns que comme un des correspondants
+à qui il a adressé quelques-unes de ses lettres les plus intéressantes.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section">III.<br>
+L'HIVER DE 1787-1788.<br>
+INCERTITUDES. &mdash; L'ÉPISODE DE CLARINDA. &mdash; DÉPART DÉFINITIF
+D'ÉDIMBOURG. &mdash; LE MARIAGE.</p>
+
+<p>Au commencement d'octobre, Burns comptait ne plus rester à Édimbourg
+que fort peu de temps. Il pensait régler ses comptes avec son
+libraire Creech, et s'éloigner d'une ville où il n'avait plus rien à faire.
+Il prévoyait bien que ce règlement présenterait quelques difficultés.
+«Je suis déterminé à ne pas quitter Édimbourg jusqu'à ce que j'aie
+terminé mes affaires avec M<sup>r</sup> Creech, ce qui, j'en ai peur, sera une
+chose ennuyeuse<a id="footnotetag803" name="footnotetag803"></a><a href="#footnote803" title="Lien vers la note 803"><span class="small">[803]</span></a>.» Mais il ne pensait pas être retenu au delà de
+quelques semaines. Dans les lettres qu'il écrit, il marque la première
+partie de novembre comme la date de son départ<a id="footnotetag804" name="footnotetag804"></a><a href="#footnote804" title="Lien vers la note 804"><span class="small">[804]</span></a>.</p>
+
+<p>Cependant il ne semble nullement fixé sur le lendemain. Cette question
+devait le préoccuper avant tout. Lorsqu'il aurait touché les quelques
+centaines de livres sur lesquelles il pouvait compter, qu'allait-il faire?
+Il fallait trouver à vivre. Son intention très sage, étant données toutes
+circonstances, était de se remettre fermier. Mais où trouver une ferme?
+Il songeait bien à celles que M<sup>r</sup> Miller lui avait offertes et qu'il avait
+vues près de Dumfries. Le pays lui plaisait; c'était une grande considération
+pour lui. Il s'imaginait une jolie existence de fermier poète, qui
+après tout ne semble pas irréalisable. Il en parlait avec beaucoup de
+bonne grâce et de raison. Ce qu'il demandait ne semble pas excessif
+et on aime à se figurer qu'il eût pu l'obtenir.</p>
+
+<p class="quote">Je désire vous expliquer mon idée d'être votre tenancier. Je désire être fermier,
+dans une petite ferme qui occupe à peu près une charrue, dans un pays agréable, sous
+<span class="pagenum"><a id="page320" name="page320"></a>(p. 320)</span> les auspices d'an bon propriétaire. Je n'ai aucunement la sotte idée d'être locataire
+à meilleurs termes qu'un autre. Trouver une ferme où l'on puisse vivre à peu près
+n'est pas facile. Je veux dire vivre simplement, en toute sobriété, comme un fermier
+du vieux style, en employant mon travail personnel. Les rives de la Nith sont un pays
+aussi doux et aussi poétique qu'aucun que j'aie jamais vu, et en outre, Monsieur, c'est
+simplement satisfaire les sentiments de mon propre c&oelig;ur et l'opinion de mes meilleurs
+amis de dire que je voudrais vous appeler mon propriétaire de préférence à
+tout autre gentleman terrien de ma connaissance. Voilà mes vues et mes v&oelig;ux, et,
+de quelque façon que vous jugiez convenable de disposer de vos fermes, je serai
+heureux d'en prendre une à bail<a id="footnotetag805" name="footnotetag805"></a><a href="#footnote805" title="Lien vers la note 805"><span class="small">[805]</span></a>.</p>
+
+<p>Mais les négociations avec M<sup>r</sup> Miller n'avançaient pas vite. Celui-ci
+ne semblait pas savoir très bien ce qu'il voulait, s'il désirait louer ses
+fermes et à quelles conditions. «On me dit, lui écrit Burns le 28 septembre,
+que vous ne reviendrez pas en ville avant un mois; pendant ce
+temps j'irai sûrement vous voir, car je suppose que d'ici là, vous aurez
+arrêté vos projets par rapport à vos fermes<a id="footnotetag806" name="footnotetag806"></a><a href="#footnote806" title="Lien vers la note 806"><span class="small">[806]</span></a>.» Un mois après, il court à
+Dumfries comme il l'a annoncé à son futur propriétaire. Il en revient
+sans rien de décidé. Tout, au contraire, semble remis en question. Il
+forme aussitôt un autre rêve de vie; c'est de retourner près de Gilbert,
+de prendre ensemble une autre ferme et de vivre à deux, un peu plus
+largement, un peu plus heureusement, comme ils ont vécu à Mossgiel.</p>
+
+<p class="quote">J'ai été à Dumfries, et après une seconde visite, je serai décidé au sujet d'une ferme
+dans ce pays. Je n'ai pas beaucoup d'espoir, mais comme mon frère est un excellent
+fermier et est en outre un homme excessivement prudent et calme (qualités qui dans
+notre famille ne sont le partage que du frère cadet), je suis déterminé, si mon affaire
+de Dumfries échoue, à retourner en société avec lui et, en choisissant notre temps,
+à prendre une autre ferme dans le voisinage. Je vous assure que je m'attends à de
+grands compliments pour ce très prudent exemple de mon insondable, incompréhensible
+sagesse<a id="footnotetag807" name="footnotetag807"></a><a href="#footnote807" title="Lien vers la note 807"><span class="small">[807]</span></a>.»</p>
+
+<p>Il est vraisemblable que cet arrangement eût été la chose la plus
+heureuse pour lui. Matériellement, la direction de la ferme eût gagné à
+être entre les mains d'un homme doué des qualités de vigilance et d'assiduité
+qui faisaient défaut à Burns. Et ce qui est plus important encore,
+celui-ci aurait eu près de lui un soutien moral et un exemple. Il aurait
+retrouvé dans Gilbert le frère des jeunes années, l'ami, le confident, le
+conseiller grave et cher, dont le silence devait être parfois un reproche
+et dont le dévouement était une force. Quelque chose de l'ancienne vie,
+de ces glorieuses années de Mossgiel, aurait survécu dans cette association
+des deux frères. Il y avait tant de liens et de tendresse entre ces
+deux c&oelig;urs si différents, l'ardeur de l'un eût été tempérée par la sagesse
+<span class="pagenum"><a id="page321" name="page321"></a>(p. 321)</span> de l'autre. Gilbert prenant la responsabilité, Robert aurait donné son
+travail et gardé sa liberté d'esprit. On aurait peut-être revu des mois
+comme ces mois extraordinaires de la fin de 1785. Malheureusement la
+combinaison de Dumfries ne devait pas échouer.</p>
+
+<p class="p2">Ces incertitudes allaient et venaient sur un mauvais état d'esprit,
+qu'elles contribuaient à entretenir. Il semble que les succès et les
+triomphes de l'année précédente ne se soient pas renouvelés. La curiosité
+était satisfaite, l'intérêt amorti, l'enthousiasme tombé. On n'entend
+plus parler de réceptions, d'invitations, de salons. Une froideur, un
+éloignement sont intervenus entre le poète et la haute société. Il ne
+fréquente guère plus que des hommes de position sociale moyenne
+comme Nicol, Ainslie, Cruikshank un collègue de Nicol. Où est le temps
+où il faisait tourner toutes les têtes et augmenter le prix des bonnets
+de gaze? On peut tenir pour certain que son amour-propre souffrit de cet
+abandon. On sent percer cette blessure a la façon dont il parle de la
+difficulté qu'il y a pour les grands à rester les amis d'hommes d'un
+rang plus humble.</p>
+
+<p class="quote">«Il faut un rare effort de bon sens et de philosophie, chez les personnes d'un rang
+élevé, pour conserver vivante une amitié avec un homme qui est de beaucoup leur
+inférieur. Les dehors, des choses tout à fait étrangères à l'homme, pénètrent lentement
+dans les c&oelig;urs et les jugements de presque tous les hommes, sinon de tous. Je
+ne connais qu'un seul exemple d'un homme qui pleinement et vraiment regarde
+«tout le monde comme un théâtre, et tous les hommes et les femmes comme de
+simples acteurs<a id="footnotetag808" name="footnotetag808"></a><a href="#footnote808" title="Lien vers la note 808"><span class="small">[808]</span></a>,» et qui, (en mettant de côté les saluts du cours de danse), n'estime
+ces acteurs, les <span class="italic" lang="la">dramatis personæ</span>, qu'ils bâtissent des cités ou plantent des haies,
+qu'ils gouvernent des provinces ou dirigent un troupeau, qu'en tant qu'ils <span class="italic">remplissent
+leurs rôles.</span> Pour l'honneur de l'Ayrshire, cet homme est le Professeur Dugald Stewart
+de Catrine<a id="footnotetag809" name="footnotetag809"></a><a href="#footnote809" title="Lien vers la note 809"><span class="small">[809]</span></a>.»</p>
+
+<p>Lorsqu'elle vient s'ajouter à l'incertitude de la vie matérielle, rien
+n'est plus propre que cette sensation d'abandon, pour engendrer la
+défiance de soi, la méfiance de l'avenir, une détresse qui pénètre tout
+l'être. Cette souffrance se complique lorsqu'un homme poursuit, comme
+Burns, deux existences presque contradictoires. Celui qui resserre ses
+efforts à maîtriser les conditions matérielles de la vie peut se sentir
+hardi; il applique un vouloir unique à un but unique; il peut espérer
+les joies du travail et du succès s'activant l'une l'autre; s'il a de la
+volonté et de la santé, il a toutes chances, plus ou moins brillamment, de
+gagner la partie. Mais lorsqu'un homme veut vivre de deux vies superposées,
+lorsqu'il a dessein de n'établir la vie ordinaire que pour mener
+<span class="pagenum"><a id="page322" name="page322"></a>(p. 322)</span> en dehors et au-dessus d'elle une vie désintéressée, lorsqu'il estime sa
+réussite, non d'après ce que la première lui donnera mais d'après ce
+qu'il obtiendra de la seconde, celui-là peut bien être troublé. La chose
+qu'il entreprend est difficile, presque irréalisable. D'abord, parce qu'il
+est peu probable qu'il soit doué pour deux genres d'effort si différents.
+Puis, le temps et l'énergie qu'il portera d'un côté, il souffrira de l'enlever
+à l'autre; la victoire même ne tardera pas à lui sembler vaine et achetée
+trop chèrement. Ou bien il sera négligent ouvrier de la vie pratique;
+la misère arrivera, les ronces et l'herbe envahiront sa maison, tandis
+qu'il cultivera ses lis; ou bien, s'il construit solidement son existence,
+il s'apercevra qu'il s'est dépensé à une besogne inférieure, et que, comme
+un fondeur imprudent, il a usé son feu et son bronze pour un piédestal
+tandis qu'il n'en reste plus pour la statue. Burns sentait confusément
+qu'il entreprenait une chose impossible, car il n'y a guère de besogne
+qui ne demande les deux mains. Il comprenait ce qu'il y avait d'incompatible
+entre ses deux désirs; ce manque de décision faisait naître
+l'inquiétude, et il en souffrait, se sentant très seul.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Vous et Charlotte, vous êtes deux places de repos favorites pour mon âme, dans sa
+marche errante à travers le désert fatigant, plein d'épines de ce monde. Dieu sait
+que je ne suis pas fait pour la lutte: je m'enorgueillis d'être un poète et j'ai besoin
+qu'on me juge un homme sage; j'aimerais à être généreux et je désire être riche.
+Après tout, j'ai bien peur d'être un homme perdu. «Il y a des gens qui ont un tas
+de défauts, et je ne suis qu'un pauvre mal-chanceux».</p>
+
+<p>Pour clore les mélancoliques réflexions qui sont au bas de la feuille précédente, j'y
+ajouterai un morceau de dévotion, communément connu dans le Carrick sous le titre
+de «les grâces du Tisserand».</p>
+
+<p class="poem20">D'aucuns disent que nous sommes voleurs, et tels sommes-nous!<br>
+D'aucuns disent que nous mentons et ainsi faisons-nous!<br>
+Dieu nous pardonne, et ainsi fera-t-il j'espère!<br>
+<span class="add3em">Debout et à nos métiers, mes gars<a id="footnotetag810" name="footnotetag810"></a><a href="#footnote810" title="Lien vers la note 810"><span class="small">[810]</span></a>.</span></p>
+</div>
+
+<p>La misanthropie que nous avons vue éclater à Mauchline et qui semblait
+s'être dissipée un peu aux agitations du voyage, l'a repris et lui
+murmure de nouveau des choses amères. Quelques jours avant cette
+lettre, il citait deux vers qu'on croirait écrits par Swift.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Mes affaires me ressemblent, elles ne sont pas ce qu'elles devraient être, cependant
+elles sont meilleures que ce qu'elles paraissent être.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Que le Souverain du ciel épargne à tous les êtres, sauf à Lui-même,<br>
+Ce spectacle hideux, un c&oelig;ur humain à nu<a id="footnotetag811" name="footnotetag811"></a><a href="#footnote811" title="Lien vers la note 811"><span class="small">[811]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>On voit comme ces moments d'amertume commencent à faire une
+<span class="pagenum"><a id="page323" name="page323"></a>(p. 323)</span> chaîne continue sous les dehors de la vie. Il est probable qu'il cherchait
+à s'étourdir, par les mêmes moyens que nous l'avons déjà vu employer.
+«Si j'étais hors de cette scène d'affairement et de dissipation, écrit-il à
+un ami, je me promets le plaisir de renouveler une correspondance si
+longtemps interrompue. À présent je n'ai de temps pour rien. La dissipation
+et les affaires absorbent tous mes moments<a id="footnotetag812" name="footnotetag812"></a><a href="#footnote812" title="Lien vers la note 812"><span class="small">[812]</span></a>.» Ces anxiétés, ces
+excès, agissaient sur sa santé et sur son humeur. On le sent irritable,
+sombre, brusque, jusqu'au point de heurter parfois ses meilleurs amis.
+Ce mélange triste apparaît dans un billet qu'il écrivait à Robert Ainslie,
+le jeune homme en compagnie de qui il avait commencé son tour des
+Borders. La seconde partie de ce billet contient une allusion à quelque
+rudesse de manières, pour laquelle il s'excuse.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Je vous prie, cher Monsieur, de ne faire aucun arrangement pour que nous allions
+chez M<sup>r</sup> Ainslie (un parent du jeune homme) ce soir. En examinant mes engagements,
+ma constitution, le présent état de ma santé, quelques menus chagrins d'âme, etc.,
+je trouve que je ne puis souper en ville ce soir.</p>
+
+<p>Vous penserez peut-être romanesque que je vous dise que je trouve l'idée de votre
+amitié presque indispensable à mon existence. Vous prenez la longueur de figure
+qu'il convient, dans mes heures de papillons noirs; et vous riez juste autant que
+je puis le souhaiter, à mes bons mots. Je ne sais pas, après tout, si vous êtes un des
+premiers dans le monde de Dieu, mais vous l'êtes pour moi. Je vous dis ceci, en ce
+moment, dans la conviction que quelques inégalités dans mon caractère et mes
+manières peuvent quelquefois vous faire soupçonner que je ne suis pas aussi chaudement
+votre ami que je dois l'être<a id="footnotetag813" name="footnotetag813"></a><a href="#footnote813" title="Lien vers la note 813"><span class="small">[813]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>On voit dans quel triste état d'esprit il se trouvait et combien peu ce
+séjour ressemblait à celui de l'année dernière. L'enthousiasme qui
+l'avait attendu et les espérances qu'il avait apportées étaient choses du
+passé.</p>
+
+<p class="p2">Ce fut au moment même où il pensait quitter Édimbourg qu'il se trouva,
+pour la première fois, avec celle qui allait devenir célèbre sous le nom de
+Clarinda. Cette jeune femme s'appelait Agnes Craig. Elle était d'une
+famille cultivée. Son père, Andrew Craig, était un chirurgien estimé à
+Glascow; son oncle, le Rev. William Craig, était un des ministres et des
+prédicateurs de la même ville. Sa descendance était plus intellectuelle
+encore du côté de sa mère, qui était fille du Rev. John Mac Laurin, «un
+homme d'éloquence et de piété», et nièce de Colin Mac Laurin, le célèbre
+mathématicien, et l'ami de Newton<a id="footnotetag814" name="footnotetag814"></a><a href="#footnote814" title="Lien vers la note 814"><span class="small">[814]</span></a>.</p>
+
+<p>Elle avait perdu de bonne heure sa mère et avait été élevée, mais
+<span class="pagenum"><a id="page324" name="page324"></a>(p. 324)</span> jusqu'à treize ans seulement, par une s&oelig;ur aînée. Elle avait été précocement
+formée et jolie; à l'âge de quinze ans elle était connue comme une
+des beautés de Glascow et avait inspiré une passion à un jeune homme
+de quelques années son aîné, nommé M. Mac Lehose. Il était fortement
+épris d'elle et la façon dont il lui avait parlé est assez romanesque. Il
+avait retenu toutes les places de la diligence par laquelle elle devait aller
+de Glascow à Édimbourg, afin de se trouver une journée avec elle. Deux
+ans plus tard, à l'âge de dix-sept ans, elle l'avait épousé. Mais ce mariage
+d'amour avait tristement tourné. C'est l'histoire de tant de mariages mal
+assortis, où des esprits encore enfants et des caractères qui ne sont pas
+formés s'engagent en un serment irréparable. M. Mac Lehose était un
+homme agréable, insinuant de manières, beau parleur, phraseur<a id="footnotetag815" name="footnotetag815"></a><a href="#footnote815" title="Lien vers la note 815"><span class="small">[815]</span></a>. Ce
+qu'on a de ses lettres est emphatique, plein de protestations et de belles
+promesses. Mais autant en emportait le vent. Il était faux, égoïste, brutal,
+et d'une grande frivolité d'esprit. De son côté, elle qui était encore
+une enfant, fut sans doute un peu légère, étourdie, avide de société,
+d'attentions, de petits triomphes mondains, qui déplaisaient à son mari.
+Presque aussitôt la différence, le désaccord des caractères s'étaient
+montrés, et peu à peu avait agi ce terrible éloignement muet qui écarte,
+sans que rien en paraisse d'abord, deux êtres liés ensemble. Alors
+commença la vie terrible des ménages qui s'aigrissent, se désunissent,
+se disloquent, se détachent. D'un côté, ces blessures, ces froissements,
+ces défiances, ces premiers doutes rapides et affreux sur la valeur morale
+de l'homme auquel on appartient, cette inquiétude qui devient l'épouvantable
+détresse de se sentir liée à qui on n'aime plus. De l'autre côté,
+avec l'éloignement perçu, étaient nés les soupçons, la jalousie qui torture
+ce qui reste d'amour et l'empêche de mourir tout à fait, et, avec eux,
+la brutalité, la dureté, l'inconvenance. Ils avaient connu le poids de la vie
+commune, les jours boudeurs, sombrement muets, les querelles, et ce
+moment où des paroles irréparables éclatent et mettent soudainement à
+nu le travail des ulcères cachés. Terrible vie! renouée de temps en temps
+par des réconciliations amères, où l'on ne goûte plus que l'image
+déformée du bonheur d'autrefois, pauvre imitation rendue plus pénible
+parce qu'elle réveille des souvenirs meilleurs qu'elle! Tout ce drame
+intime, qui désole tant et tant d'existences féminines, qui se déroule à
+travers tant et tant de semaines de désespérance, est contenu dans ces
+quelques lignes: «Un temps très court s'écoula seulement avant que je
+m'aperçusse avec un inexprimable regret que nos dispositions, nos
+caractères et nos sentiments étaient si entièrement différents que tout
+espoir de bonheur était banni. Nos différends en vinrent à un tel degré et
+la façon dont mon mari me traita fut si dure que mes amis considérèrent
+<span class="pagenum"><a id="page325" name="page325"></a>(p. 325)</span> comme prudent qu'une séparation intervînt<a id="footnotetag816" name="footnotetag816"></a><a href="#footnote816" title="Lien vers la note 816"><span class="small">[816]</span></a>». Comme ces histoires dû
+c&oelig;ur se ressemblent au fond! Ce sont, presque dans les mêmes mots, les
+mêmes phases douloureuses de désabusement que raconte une femme
+qui en souffrit et en a noté les crises avec franchise. Depuis la
+première parole inquiète: «il est bien dommage que sur certaines choses,
+mon mari et moi nous pensions si différemment<a id="footnotetag817" name="footnotetag817"></a><a href="#footnote817" title="Lien vers la note 817"><span class="small">[817]</span></a>», jusqu'au dernier cri:
+«toute illusion est détruite, le bandeau est déchiré<a id="footnotetag818" name="footnotetag818"></a><a href="#footnote818" title="Lien vers la note 818"><span class="small">[818]</span></a>» ce sont les angoisses
+que traversa M<sup>me</sup> d'Épinay. Il est probable que les deux époux eurent des
+torts, comme il arrive généralement. Mais les fautes d'Agnes Craig
+provenaient d'un manque d'expérience, et celles de son mari d'un défaut
+de nature. Lui-même semble avoir reconnu qu'il avait été coupable; il
+lui écrivait plus tard: «je regrette sincèrement ces incidents de ma
+conduite envers vous qui ont causé notre séparation. S'il était possible
+de les effacer, ils ne se renouvelleraient jamais<a id="footnotetag819" name="footnotetag819"></a><a href="#footnote819" title="Lien vers la note 819"><span class="small">[819]</span></a>».</p>
+
+<p>La séparation était venue avec ses émotions, ses anxiétés, ses lenteurs
+et ces scènes cruelles, ces tentatives du mari qui, par instants, est mordu
+du regret d'un bonheur gaspillé, se retourne vers des souvenirs chers,
+voit ce qu'il a perdu et, sous les colères et les emportements, est ressaisi
+par des liens profonds, des joies, des impressions, qui ne veulent pas
+mourir. Ce sont alors des supplications pour obtenir une entrevue qui
+doit être la dernière et dont on espère qu'elle en amènera d'autres.
+«Demain matin, je quitte ce pays pour toujours, c'est pourquoi, je
+souhaite beaucoup être un quart d'heure avec vous, ma très chère
+Nancy, c'est la dernière soirée probablement où vous aurez jamais une
+occasion de me voir dans ce monde<a href="#footnote819" title="Lien vers la note 819"><span class="small">[819]</span></a>.» Ce sont ces appels à la pitié dans
+la forme tragique qu'ils prennent volontiers, et le retour de ces appellations
+caressantes et familières qui veulent faire plaider le passé. Et ce
+sont encore les refus de la femme, émue malgré tout par cette évocation
+des premières tendresses et des jours où elle crut être heureuse, prise de
+compassion, troublée par ces cris qui peuvent être sincères, hésitante.
+«Je consultai mes amis; ils me déconseillèrent de le voir, et comme je
+pensais qu'il n'en pouvait sortir aucun bien, je déclinai cette entrevue<a href="#footnote819" title="Lien vers la note 819"><span class="small">[819]</span></a>.»
+Le plus poignant épisode peut-être des séparations, la lutte pour les
+enfants, n'avait pas fait défaut. M. Mac Lehose, croyant ainsi réduire
+leur mère, les lui avait enlevés; il comptait que pour les ravoir elle
+céderait et reviendrait à lui. Elle avait tenu bon. Et lui, vaincu sur ce
+point et incapable de les élever, les lui avait rendus. Mais qui peut dire
+les transes et les déchirements de pareilles épreuves? Après la séparation,
+<span class="pagenum"><a id="page326" name="page326"></a>(p. 326)</span> qui avait eu lieu à la fin de 1780, M. Mac Lehose était resté en Écosse pour
+cette bataille désespérée. Il en était parti en 1782 pour Londres où, après
+avoir vécu dans toute sorte de désordre, il avait fini par être mis en prison
+pour dettes. Les siens ne l'en avaient retiré qu'à la condition qu'il
+s'expatrierait. Il était parti en 1784 pour la Jamaïque, où l'on disait qu'il
+était en train de prospérer; il s'était établi comme homme de loi et y
+faisait fortune. Quant à M<sup>rs</sup> Mac Lehose, elle s'était établie à Édimbourg
+depuis 1782.</p>
+
+<p>On ne peut s'empêcher de vouloir reconstituer la figure de la plus
+célèbre peut-être des héroïnes de Burns. Les renseignements ne sont
+ni très précis ni très abondants. Tout ce qu'on possède sont quelques
+détails de biographie ou de caractère, clairsemés dans le mémoire que son
+petit-fils écrivit sur elle en 1843, lorsqu'il rendit publique sa correspondance
+avec Burns, quelques aveux et quelques jugements sur elle-même
+contenus dans ces lettres, et un portrait singulier tracé d'elle par
+R. Chambers qui l'avait connue. Le voici: «D'un style de beauté quelque
+peu voluptueux, de façons vives et aisées et d'une construction d'esprit
+poétique, avec quelque esprit et un degré de raffinement et de délicatesse
+qui n'était pas excessif, M<sup>rs</sup> Mac Lehose était exactement le genre de femme
+qui devait fasciner Burns. On peut, en vérité, la décrire en disant qu'elle
+était, dame et élevée à la ville, l'analogue des jeunes filles de campagne
+qui avaient exercé le plus grand pouvoir sur lui dans ses jeunes années<a id="footnotetag820" name="footnotetag820"></a><a href="#footnote820" title="Lien vers la note 820"><span class="small">[820]</span></a>.»
+On ne peut pas dire que ce soit là un portrait délicatement touché. Le
+bon R. Chambers n'était point peintre de pastels féminins. Ce n'était
+point là son fait. Il semble pourtant qu'avec les détails qu'on a sur elle,
+il ne soit pas impossible de se faire une idée plus précise de ce qu'elle
+était, et même de l'état moral où elle se trouvait, quand cette crise éclata
+dans sa vie.</p>
+
+<p>C'était, de l'aveu de tous, une femme remarquablement intelligente,
+non pas d'une intelligence de haut vol ou de très rare qualité, mais
+vive, facile, ouverte et avide. Elle avait de l'imagination, mais probablement
+de l'imagination de lecture et sortie de la mémoire. Elle avait un
+goût qui semble avoir été sincère pour les choses de l'esprit et le désir
+d'accroître sa culture intellectuelle. Elle avait reçu l'éducation de la
+plupart des jeunes filles de son temps, laquelle était ordinaire. «Elle
+comprit plus tard pleinement les désavantages d'une pareille éducation
+et y porta partiellement remède, à une époque de la vie où
+beaucoup de femmes négligent ce qu'elles ont appris et où bien peu
+persévèrent dans l'acquisition de nouvelles connaissances<a id="footnotetag821" name="footnotetag821"></a><a href="#footnote821" title="Lien vers la note 821"><span class="small">[821]</span></a>.» Elle lisait
+beaucoup. Saint-Simon fait cet éloge d'une dame: «qu'elle avait de la
+<span class="pagenum"><a id="page327" name="page327"></a>(p. 327)</span> mémoire et le jugement de n'en pas montrer.» M<sup>rs</sup> Mac Lehose avait de
+la mémoire mais sans ce jugement-là. Elle aimait à faire montre de ses
+lectures. «Elle améliora son goût par la lecture des meilleurs auteurs
+anglais. Douée d'une mémoire très rétentive, elle citait souvent à propos
+ces auteurs, à la fois dans sa conversation et dans sa correspondance<a id="footnotetag822" name="footnotetag822"></a><a href="#footnote822" title="Lien vers la note 822"><span class="small">[822]</span></a>.»
+Elle se piquait de bien écrire et s'y appliquait. Il y avait bien un peu de
+pédantisme dans son cas. Elle avait une conversation qu'on regardait
+comme brillante, et dont la qualité était probablement l'assurance et la
+facilité de parole, qui souvent suffisent pour une réputation de ce genre.
+Il ne semble pas, d'après ses lettres, que cette causerie courante et décidée
+dépassât beaucoup les lieux communs, les réflexions générales. Il se peut
+qu'elle tombât quelquefois sur des rencontres de mots qui ont plus de
+succès qu'elles ne valent. Ce devait être l'exception. On ne trouve guère
+dans sa correspondance aucune de ces saillies, de ces tours imprévus, de ces
+aperçus personnels, même sur de menus points, qui marquent l'originalité
+d'un esprit. Ses lettres ont plutôt une tendance au développement noble,
+un peu déclamatoire et étalé. On y chercherait inutilement ce léger
+clapotis d'idées, fût-il même un peu brouillon, ces sauts soudains d'un
+sujet à un autre, l'aisance familière, la grâce abandonnée de certaines
+correspondances féminines. La sienne a quelque chose d'un peu trop
+littéraire. C'était, d'ailleurs, le ton de l'époque et de l'endroit. Avec cela
+elle avait du bon sens, de la pénétration, un coup d'&oelig;il ferme en soi et
+dans les autres, de la justesse et de la solidité. Elle avait un fonds
+d'esprit plutôt sérieux, auquel son imagination et sa ferveur intellectuelle,
+et peut-être aussi une imitation littéraire, donnaient un certain mouvement
+général.</p>
+
+<p>Elle était peut-être plus vive de c&oelig;ur, lequel demeure plus personnel
+que l'esprit. Elle était de premier mouvement: «Vous vous trompez beaucoup
+quand vous énumérez la force d'âme parmi mes qualités. Je n'en ai
+même pas une part ordinaire; chaque passion fait de moi ce qu'elle veut
+et toute ma vie j'ai été guidée par l'impulsion du moment, mobile et
+faible<a id="footnotetag823" name="footnotetag823"></a><a href="#footnote823" title="Lien vers la note 823"><span class="small">[823]</span></a>.» Elle était portée à se donner tout entière et ardemment à ce
+qui l'occupait, apportant dans ses préférences une sorte de fougue.
+«Comme vous-même, je suis un peu enthousiaste. En religion et en amitié
+je suis tout à fait fanatique&mdash;peut-être pourrais-je l'être aussi en amour,
+n'était que tout ce qui m'est cher dans le ciel et sur terre me l'interdit<a id="footnotetag824" name="footnotetag824"></a><a href="#footnote824" title="Lien vers la note 824"><span class="small">[824]</span></a>.»
+Elle était très susceptible, prompte à ressentir très fortement et pour
+longtemps les intentions bonnes ou mauvaises. «Mes ressentiments sont
+vifs comme tous mes autres sentiments. Je sens très vivement la bonté
+<span class="pagenum"><a id="page328" name="page328"></a>(p. 328)</span> et le mauvais vouloir. Le premier me lie à jamais. Mais je n'ai rien de
+l'épagneul dans ma nature; et le second me guérirait bientôt lors même
+que j'aimerais jusqu'à la folie<a id="footnotetag825" name="footnotetag825"></a><a href="#footnote825" title="Lien vers la note 825"><span class="small">[825]</span></a>.» Cela tenait sans doute à beaucoup
+d'amour-propre.</p>
+
+<p>Elle était franche et assez pour avouer que cette franchise venait d'un
+manque de contrôle sur ses impressions. Par là, elle disait avec raison
+qu'elle ressemblait à Burns. «Si j'avais été homme, j'aurais été comme
+vous. Je ne suis pas assez vaine pour me croire votre égale en capacités;
+mais je suis formée avec une vivacité d'imagination et une force de
+passion peu inférieures.... Tous deux nous sommes incapables de tromperie
+parce que nous manquons de sang-froid et de pouvoir sur nos sentiments.
+La dissimulation est ce que je n'ai jamais pu atteindre, même dans des
+situations où il eût été prudent d'en avoir un peu<a id="footnotetag826" name="footnotetag826"></a><a href="#footnote826" title="Lien vers la note 826"><span class="small">[826]</span></a>.» Cependant ses
+malheurs, l'observance d'une vie surveillée par mille regards et nécessairement
+timide, avaient refoulé, et pour les points importants, ce
+naturel impétueux. «Les situations et les circonstances ont, cependant,
+eu sur chacun de nous les effets qu'on pouvait attendre. L'infortune a
+merveilleusement contribué à maîtriser la vivacité de mes passions,
+tandis que le succès et l'adulation ont servi à nourrir et à enflammer
+les vôtres<a href="#footnote826" title="Lien vers la note 826"><span class="small">[826]</span></a>.» Cependant cette imprudence de nature se décelait en
+certains petits traits de conduite. Il y avait désaccord entre son esprit
+qui était juste et son tempérament toujours disposé à partir droit devant
+lui. Il en résultait de petites incartades de manières ou de paroles.
+Elle manquait un peu du don de propriété; elle allait à l'étourdie.
+«La nature a été indulgente envers moi à plusieurs égards; mais
+elle m'a refusé absolument une chose essentielle: c'est cette perception
+instantanée de ce qui est convenable ou qui ne l'est pas, qui est si utile
+dans la conduite de la vie. Personne ne peut discerner, avec plus de
+justesse, <span class="italic">après</span>, que Clarinda. Mais quand son c&oelig;ur est épanoui sous
+l'influence de la bonté, elle perd tout pouvoir sur lui et souvent elle
+souffre durement au souvenir de son imprudence<a id="footnotetag827" name="footnotetag827"></a><a href="#footnote827" title="Lien vers la note 827"><span class="small">[827]</span></a>.» On sent là un
+manque de mesure, de réserve, une familiarité un peu excessive ou trop
+prompte de manières et de langage, qu'elle sauvait sans doute par de la
+bonne humeur. Cela devait se traduire parfois par une certaine hardiesse
+et une certaine désinvolture de langage. C'est à quoi sans doute fait
+allusion Chambers lorsqu'il dit qu'elle avait «un degré de raffinement et
+de délicatesse qui n'était pas excessif.» Cette liberté de mots, qui offensait
+dans un milieu calviniste, aurait pu être ailleurs de la verve et de la
+verdeur. On voit que cette disposition à l'excitabilité s'emportait parfois,
+<span class="pagenum"><a id="page329" name="page329"></a>(p. 329)</span> surtout quand elle était aiguillonnée par un peu de vanité ou de bruit.
+«En lisant ce que vous me dites de votre penchant pour les plaisirs de
+la société, j'ai souri de sa ressemblance avec le mien. Si vous m'aperceviez
+dans une réunion de plaisir, vous penseriez que je ne suis rien
+qu'une fanatique d'amusement; mais maintenant j'évite les réunions.
+Mes esprits s'affaissent ensuite pendant des journées et, ce qui est pire,
+il y a parfois des esprits stupides ou malveillants, qui me blâment bien
+haut pour ce que leurs natures pesantes ne peuvent comprendre. Si
+j'avais une fortune indépendante, je dédaignerais leurs pitoyables
+remarques; mais dans ma position tout me rend la prudence nécessaire<a id="footnotetag828" name="footnotetag828"></a><a href="#footnote828" title="Lien vers la note 828"><span class="small">[828]</span></a>.»
+Cette disposition n'avait pas été sans lui attirer quelques critiques et
+quelques attaques. On voit aussi, à la réaction qui la suivait, que sa gaîté,
+quand elle était excessive, était factice, comme il arrive aux personnes
+dont l'esprit est sérieux. Peut-être aussi y avait-il, dans ces accès de
+gaîté, un peu de désir de s'étourdir, cette sorte d'ivresse qui laisse,
+comme l'autre, son abattement.</p>
+
+<p>Avec cela, Agnes Craig avait de sérieuses qualités de caractère
+et de c&oelig;ur. Elle avait, ce qui est une grande marque de santé
+d'esprit, une sorte d'optimisme, une disposition à être contente de son
+sort et à voir les choses par leur bon côté. «Je ne suis pas, comme
+vous le supposez, malheureuse. J'ai de beaux enfants, de l'aisance,
+une bonne renommée, des amis bons et attentifs, quel monstre
+d'ingratitude je serais aux yeux du ciel si je me disais malheureuse.
+Il est vrai, j'ai rencontré des scènes horribles à se rappeler même
+à six années de distance; mais l'adversité, mon ami, est reconnue
+comme l'école de la vertu. Elle confère souvent cette douceur soumise
+qui est inconnue parmi les favoris de la fortune<a id="footnotetag829" name="footnotetag829"></a><a href="#footnote829" title="Lien vers la note 829"><span class="small">[829]</span></a>.» Et ailleurs elle revient
+sur la même idée que ses malheurs ont été pour elle une heureuse leçon,
+avec une simplicité et une franchise qui ne sont pas vulgaires. «Aucun
+démon malveillant n'a eu la permission «de verser du chagrin dans ma
+coupe» comme vous le supposez; c'était la bonté d'un père sage et
+tendre qui prévoyait que j'avais besoin d'être châtiée pour être ramenée
+à lui. Ah, mon ami, la Religion convertit en bénédictions nos plus
+lourdes infortunes! Je sens que c'est ainsi. Ces passions naturellement
+trop violentes pour ma paix ont été brisées et modérées par l'adversité;
+et, si l'adversité même n'a pas suffi à vaincre ma vivacité, jusqu'où
+n'aurais-je pas été si j'avais été libre de glisser plus loin, dans le plein
+soleil de la prospérité. J'aurais oublié ma destinée future et fixé mon
+bonheur sur les ombres fuyantes d'ici-bas<a id="footnotetag830" name="footnotetag830"></a><a href="#footnote830" title="Lien vers la note 830"><span class="small">[830]</span></a>.» Ce ne sont ni les pensées
+<span class="pagenum"><a id="page330" name="page330"></a>(p. 330)</span> ni les paroles d'une âme commune. Elle était bonne: «Ma main n'a pas
+obtenu la joie de donner, mais le ciel accepte mon désir de donner»;
+elle était mère excellente; elle avait un fonds solide de religion et
+d'honnêteté qui fut longtemps son soutien dans la crise qu'elle allait
+traverser. Elle était, quand il le fallait, décidée et vaillante.</p>
+
+<p>Tout cela formait, en somme, une nature assez riche et assez bien
+équilibrée, une physionomie aimable de petite bourgeoise intelligente,
+animée, capable de passion plutôt que passionnée, sans très haute
+distinction, avec plus de vivacité que de profondeur et plus d'attrait que
+de charme. Il lui manquait la séduction suprême, je ne sais quelle suavité
+victorieuse par dessus tout. Elle le savait et elle l'avouait avec la
+franchise et la justesse qui étaient de ses qualités et avaient leur bonne
+grâce. En parlant d'une petite pièce de vers qu'elle avait faite, elle
+disait: «Elle n'a pas de mérite poétique, mais elle donne des indices
+d'une délicate âme féminine, une âme comme je voudrais que la mienne
+fût; mais ma vivacité me prive de cette douceur qui est, dans mon
+opinion, le premier ornement d'une femme<a id="footnotetag831" name="footnotetag831"></a><a href="#footnote831" title="Lien vers la note 831"><span class="small">[831]</span></a>». Cet arôme subtil, la fleur
+parfumée qui rend certaines vies suaves ou troublantes, lui faisait
+défaut. La sienne appartenait à la famille des plantes brillantes et sans
+parfum. C'était une nature facile, bien douée, avec un certain éclat, mais
+sans cette marque de personnalité qui, placée ici ou là, met un être à
+part. Elle avait cependant quelque chose d'attachant, car elle conserva
+un cercle d'amis très fidèles qui ne la quittèrent, les uns après les autres,
+que lorsque la mort les appela.</p>
+
+<p>Ce qu'on sait de son apparence physique concorde bien avec cette
+physionomie morale. C'était une femme de petite taille, bien prise, avec
+plus de vivacité, de mouvement que de véritable grâce, comme il arrive
+aux personnes un peu courtes et destinées à prendre de l'embonpoint.
+Quelqu'un qui la vit, dix ans après cette époque, lui appliquait les mots
+de Byron «fair, fat and forty<a id="footnotetag832" name="footnotetag832"></a><a href="#footnote832" title="Lien vers la note 832"><span class="small">[832]</span></a>». Ses extrémités étaient petites, ce qui va
+presque toujours avec une démarche alerte. Il reste d'elle une de ces
+silhouettes noires découpées qui étaient alors à la mode; le profil sans
+être très distingué est agréable, le front droit et bien assis, le nez
+retroussé, la bouche assez forte et ferme; une physionomie pas très raffinée
+mais plaisante et drue. C'est probablement ce qui a fait dire à Chambers
+qui manquait de nuances: «Elle était d'un genre de beauté un peu
+voluptueux.»</p>
+
+<p>En réalité et en regardant de plus près, on sent, au-dessous d'une
+sentimentalité un peu factice entretenue par des lectures, on sent une
+femme fort raisonnable, fort pratique, à qui il n'a manqué qu'un foyer
+<span class="pagenum"><a id="page331" name="page331"></a>(p. 331)</span> pour être une excellente épouse, faite pour une vie régulière et un bonheur
+tranquille. Elle était née pour être heureuse et rendre heureux, si elle
+avait été placée dans des conditions normales. Mais quand certains
+sentiments capitaux ne reçoivent pas un minimum de satisfaction, ils
+s'exaspèrent; ils deviennent des révoltés. Cette disette les pousse plus
+loin qu'ils n'auraient jamais rêvé d'aller, et des natures qu'un peu de
+contentement eût gardées paisibles, deviennent capables de violence. La
+moitié des excès de passion est produite par le manque d'un peu de
+bonheur, à l'heure voulue.</p>
+
+<p class="p2">Au moment où nous la rencontrons, elle vivait à Édimbourg dans une
+situation assez délicate et assez difficile. Sa jeunesse et sa beauté rendaient
+plus dangereuse cette vie de femme isolée. Elle était pauvre en même
+temps. Ses faibles revenus ne lui suffisaient pas pour élever ses enfants. Elle
+avait reçu, pendant quelque temps, huit livres de la corporation des chirurgiens
+de Glasgow, probablement en souvenir de son père, et dix livres de
+celle des gens de loi, à laquelle avait appartenu son mari. Mais ces secours
+lui avaient été retirés parce que M<sup>r</sup> Mac Lehose, prospérant à la Jamaïque,
+était en état d'élever ses enfants. M<sup>r</sup> Mac Lehose n'y songeait guère et sa
+femme se trouvait au bord de la gêne. Heureusement elle avait un ami
+dévoué. Son cousin Craig, avocat, homme instruit et distingué, un des
+collaborateurs de Mackenzie au <span class="italic">Miroir</span>, lui venait en aide, avec une
+délicatesse presque touchante. Il en était silencieusement épris, il
+continua à l'aimer et à veiller sur elle toute sa vie, sans être aimé en
+retour. Ce fut l'ami dévoué et sacrifié qui se trouve dans la vie de tant
+de femmes. Il passe, dans un coin de cette histoire, comme une figure
+sympathique.</p>
+
+<p>En même temps, elle traversait, depuis longtemps déjà, une crise
+intérieure, d'ailleurs inévitable. À la suite de sa séparation, la nouveauté
+du malheur, le besoin de repos qui suit des scènes cruelles, les difficultés
+matérielles de l'existence l'avaient d'abord absorbée. Mais elle avait
+vingt-quatre ans. La vivacité de ses sentiments s'était réveillée peu à
+peu. Son c&oelig;ur avait senti un vide, une tristesse. Bien qu'elle ne fût
+pas d'une nature très poétique, elle s'était tournée vers la poésie. Elle
+essayait de se tromper avec des vers, comme on le fait avec la musique
+qui, devenue plus riche, plus expressive et plus précise, a pris, de
+nos jours, pour beaucoup d'âmes souffrantes, la placé de la poésie. Ce
+besoin d'aimer ne trouvant pas d'issue, était retombé en mélancolie. Le
+dés&oelig;uvrement de son c&oelig;ur laissait place à des rêveries. Elle se disait,
+dans ses promenades écartées, qu'il est cruel de ne pas aimer, ce qui est
+bien près de se dire qu'il est doux d'aimer. «Sa première composition,
+était «des paroles à un merle» qu'elle avait entendu chanter, sur un
+arbre, près de l'endroit où le couvent de Ste-Marguerite a été depuis
+<span class="pagenum"><a id="page332" name="page332"></a>(p. 332)</span> établi. Les vers, qui ont une douceur plaintive, disent assez quelles
+étaient ses pensées.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Continue, doux oiseau, et berce mes soucis,<br>
+Tes notes joyeuses apaiseront ma désespérance,<br>
+Tes harmonieux gazouillements, innocents,<br>
+Résonnent doucement dans mon c&oelig;ur souffrant.<br>
+Choisis ta compagne et aime tendrement,<br>
+Éprouve tous les transports charmants,<br>
+Goûte toutes ces douces émotions;<br>
+Qu'aimer et chanter emploient toutes tes heures;<br>
+Tandis que moi, exilée de l'amour, délaissée, je vis<br>
+Sans donner ni recevoir de bonheur.<br>
+Chante encore, doux oiseau, et berce mes soucis,<br>
+Tes notes joyeuses apaiseront ma désespérance<a id="footnotetag833" name="footnotetag833"></a><a href="#footnote833" title="Lien vers la note 833"><span class="small">[833]</span></a>.</p>
+
+<p>«Ces vers, dit-elle, ont été écrits pour apaiser un c&oelig;ur endolori. Je
+souffrais alors d'une cruelle angoisse d'âme que je ne puis vous dire<a id="footnotetag834" name="footnotetag834"></a><a href="#footnote834" title="Lien vers la note 834"><span class="small">[834]</span></a>.»
+Elle avait des moments amers, surtout quand des jours de fête, le commencement
+de l'année, lui faisaient sentir davantage son isolement,
+«En cette saison quand les autres sont joyeux, je suis tout l'opposé. Je
+n'ai pas de <span class="italic">proches</span> parents et tandis que les autres sont avec les leurs,
+je suis assise seule, pensant à plusieurs des miens avec qui j'avais
+l'habitude d'être, maintenant partis pour la terre de l'oubli<a id="footnotetag835" name="footnotetag835"></a><a href="#footnote835" title="Lien vers la note 835"><span class="small">[835]</span></a>.» Ces heures
+glaciales devaient être affreuses pour elle. Peu à peu, par cette ascension
+insensible qui mène toute chose à la vie, ces songeries du passé, ces
+regrets, étaient devenus des rêves tournés vers l'avenir, de vagues
+espérances, pas assez précises pour l'effrayer et assez séduisantes pour la
+charmer. L'insinuante et dangereuse cajolerie de ces chimères la gagnait.
+Elle souhaitait innocemment un ami dont la présence remplirait sa
+vie. «Pendant bien des années, j'ai cherché un ami, doué de sentiments
+comme les vôtres; un ami capable de m'aimer avec une tendresse pure
+d'égoïsme, capable d'être mon ami, mon compagnon, mon protecteur,
+et qui serait mort plutôt que de me faire tort. J'ai cherché, mais j'ai
+cherché en vain<a id="footnotetag836" name="footnotetag836"></a><a href="#footnote836" title="Lien vers la note 836"><span class="small">[836]</span></a>.» Souhait si humain, si légitime après tout! Elle
+l'avait près d'elle, le véritable ami de sa situation. Mais elle ne l'aimait
+pas. Elle poursuivait ce rêve, par lequel commence le roman de presque
+toutes les femmes, ce rêve d'affection désintéressée et pourtant ardente
+d'un ami ému comme un amant. Elle se laissait aller à cette aspiration
+d'avoir toutes les douceurs, les troubles mêmes de la passion et la
+sécurité de la conscience. Elle ne s'apercevait pas qu'il est irréalisable,
+<span class="pagenum"><a id="page333" name="page333"></a>(p. 333)</span> et que l'amitié est un vase que l'amour fait éclater. Mais elle flattait de
+cette fantaisie ses heures oisives et inquiètes. Elle était arrivée à ce
+moment où une femme est toute prête à se laisser aimer parce qu'elle est
+toute prête à aimer.</p>
+
+<p>Quant à Burns, il était aussi dans un singulier état d'esprit, mais en sens
+inverse. Il traversait lui-même une crise non d'aspiration mais de décroissement.
+Il était venu à un point où un homme tel que lui commence à
+sentir décroître le pouvoir qu'il a eu sur les femmes. Quelque chose l'a
+averti que l'assurance et l'entreprenante familiarité de la jeunesse ne lui
+siéent plus, parce qu'il n'a plus la gaîté et la souplesse qui les rachètent si
+elles échouent. Ce qu'il dit a maintenant trop de poids, ne se prend plus
+en jeu. Il s'aperçoit vaguement qu'un intervalle s'est établi entre lui et la
+beauté riante, et qu'il lui semble grave. Il en conçoit une sorte de timidité,
+de défiance de soi-même et de dépit, qui mènent à l'ironie. Tout cela est
+bien avoué dans ce qu'il disait de lui-même:</p>
+
+<p class="quote">Ma rhétorique semble avoir tout à fait perdu son effet sur l'aimable moitié du genre
+humain. J'ai connu le temps où... mais cela est une «histoire du temps jadis». En
+conscience, je crois que mon c&oelig;ur a été si souvent en feu qu'il est absolument vitrifié.
+Je contemple le sexe, avec quelque chose qui ressemble à l'admiration avec laquelle
+je regarde le ciel étoilé par une glaciale nuit de Décembre. J'admire la beauté de
+l'&oelig;uvre du Créateur; je suis séduit par l'étrange et gracieuse excentricité de leurs
+mouvements et&mdash;je leur souhaite bonne nuit. Je parle ainsi par rapport à <span class="italic">une
+certaine passion dont j'ai eu l'honneur d'être un misérable esclave</span><a id="footnotetag837" name="footnotetag837"></a><a href="#footnote837" title="Lien vers la note 837"><span class="small">[837]</span></a>.</p>
+
+<p>Il avait abusé de son c&oelig;ur et avait usé certaines façons d'aimer. Mais
+il ne les avait pas épuisées toutes. Il devait renoncer à l'amour qui a la
+grâce des années légères. Il était trop triste désormais pour le goûter, et
+trop inquiétant pour l'inspirer. Mais il pouvait connaître celui des âmes
+endolories et expérimentées, qui se recherchent pour panser réciproquement
+leurs souffrances; l'amour sans allégresse, qui souffre de la perspicacité
+que lui a apprise la vie, mais qui connaît l'âpre orgueil ou la joie
+très douce de vaincre ou de guérir le passé, dans un c&oelig;ur où le passé a
+laissé des trophées ou des blessures. Il faut, pour posséder tout le triomphe
+ou toute la mansuétude de cette forme tardive de l'amour, une âme d'une
+combativité impérieuse qui touche à la dureté, ou d'une noble indulgence
+qui va presque à la sagesse. Il est peu probable que l'une ou l'autre se
+rencontrent chez Burns, mais il est intéressant de voir comment il traversera
+cette phase de passion, qui forcément devait se trouver sur son
+chemin.</p>
+
+<p>Ces amours commencent volontiers par des impressions intellectuelles
+et ils en vivent en partie, car ils appartiennent à une période où le corps
+n'a plus toute sa beauté et où, par contre, l'esprit a toute sa force. Il y
+<span class="pagenum"><a id="page334" name="page334"></a>(p. 334)</span> avait donc bien des affinités entre Burns et M<sup>rs</sup> Mac Lehose. Il trouvait en
+elle une femme plus instruite, plus distinguée, plus dame, que celles qu'il
+avait connues. Il était inévitable qu'elle serait attirée par son génie. Ce
+fait même qu'elle n'avait pas une très haute distinction la rendait plus
+accessible. Elle n'avait pas autour d'elle ces délicatesses excessives et
+factices qu'eût froissées ce qu'il y avait nécessairement de fruste et de
+rude en lui. Elle touchait directement sa force et son intelligence. Il
+n'y avait pas même entre eux ce léger grillage de raffinements de
+manières qui parfois se dresse entre un homme supérieur et une femme
+très élégante.</p>
+
+<p>Elle s'était enthousiasmée pour le poète et, depuis quelque temps, elle
+pressait une de ses amies, vieille fille, Miss Nimmo, liée avec Miss Chalmers,
+de le lui faire connaître. Vers les premiers jours de décembre, Miss Nimmo
+cédant à ses sollicitations, l'invita à passer une soirée avec Burns. Elle
+fut sans doute éblouie et charmée par sa parole. L'entrevue se termina
+par une invitation à venir prendre le thé chez elle, le jeudi suivant, qui
+était le 6 décembre. Quelque chose survint qui fit remettre la réunion au
+samedi. Burns avait alors l'intention de s'éloigner d'Édimbourg, la
+semaine suivante, comme il résulte de la lettre qu'il écrivit pour accepter
+le changement de jour:</p>
+
+<p class="quote">Madame, j'attachais beaucoup de prix au thé de ce soir, et je n'ai pas été souvent
+aussi désappointé. Samedi soir, je saisirai l'occasion avec le plus grand plaisir. Je
+quitte cette ville aujourd'hui en huit, et probablement pour une couple d'années. Je
+regretterai toujours d'avoir fait si tard la connaissance d'une personne que j'estimerai
+toujours hautement et au bonheur de laquelle je m'intéresserai toujours
+chaudement<a id="footnotetag838" name="footnotetag838"></a><a href="#footnote838" title="Lien vers la note 838"><span class="small">[838]</span></a>.</p>
+
+<p>Si les choses s'étaient passées ainsi, cette rencontre ne se fût pas
+distinguée de tant d'autres. C'eût été une soirée d'admiration de plus. Ce
+fut un accident matériel qui, en retenant Burns à Édimbourg plus
+longtemps qu'il ne le pensait, donna à ces relations le temps de se
+développer et d'entamer leurs deux vies.</p>
+
+<p>Le lendemain de cette lettre, la veille même du jour attendu, une
+voiture, dans laquelle il se trouvait, fut renversée par la faute du cocher
+ivre. Il fut rapporté chez lui, avec un genou fortement contusionné, qui
+devait le garder à la chambre pendant six semaines. Sans cet accident,
+il est probable que ses rapports avec Mrs Mac Lehose auraient été coupés
+court, par son départ prochain. Il lui écrivit, pour s'excuser, une lettre
+dans laquelle il y a déjà une pointe de ferveur:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Je puis dire avec vérité, Madame, que je n'ai jamais rencontré dans ma vie de
+personne que j'aie plus anxieusement souhaité de revoir que vous. C'est ce soir que
+<span class="pagenum"><a id="page335" name="page335"></a>(p. 335)</span> j'allais avoir ce très grand plaisir dont la pensée me grisait; mais une malheureuse
+chute de voiture m'a tellement contusionné au genou que je ne puis bouger la
+jambe du coussin. Ainsi, si je ne vous revois plus, je ne reposerai pas dans mon
+tombeau, de chagrin. J'étais vexé jusqu'à l'âme de ne pas vous avoir rencontrée
+plus tôt. J'avais pris la résolution de cultiver votre amitié, avec l'enthousiasme de
+la religion; mais c'est ainsi que la Fortune m'a toujours servi. Je ne puis supporter
+l'idée de quitter Édimbourg sans vous voir. Je ne sais pas comment expliquer cela:
+je m'éprends étrangement de certaines personnes et je me trompe rarement.</p>
+
+<p>Vous m'êtes une étrangère, mais je suis un être singulier. Des sentiments encore
+innommés, des choses qui ne sont pas des principes, mais qui sont mieux que des
+fantaisies, me portent plus avant que la raison tant vantée n'a jamais conduit un
+philosophe.&mdash;Adieu! tous bonheurs soient vôtres<a id="footnotetag839" name="footnotetag839"></a><a href="#footnote839" title="Lien vers la note 839"><span class="small">[839]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>À cette lettre un peu bien expansive, Clarinda fit une réponse du
+même ton. Quelque accoutumée qu'elle soit aux déceptions, elle n'en a
+jamais ressenti une de même nature à laquelle elle ait été plus sensible,
+que dit-elle? à moitié aussi sensible qu'à celle-ci. L'accident cruel qui
+l'a causée augmente ses regrets. Si sa sympathie, son amitié étaient
+capables de le soulager dans sa peine, il pouvait être assuré qu'il les
+possédait. Elle se laissait aller à parler de ces sentiments vagues que
+Burns avait habilement mis en avant, à user ces mots doux et d'air innocent,
+les préludes de la flûte séductrice, qui ne disent rien, mais qui préparent
+à écouter et auxquels les femmes devraient fermer leurs oreilles, car ils
+sont perfides. «Nous sommes, en vérité, <span class="italic">étrangers</span> en un sens, mais
+nous avons une proche parenté à beaucoup d'égards: ces <span class="italic">sentiments
+innommés</span> je les comprends parfaitement, quoique la plume d'un Locke
+n'ait pu les définir. Peut-être le mot <span class="italic">instincts</span> approche-t-il plus de leur
+définition que <span class="italic">Principes</span> ou <span class="italic">Caprices</span>. Pensez-vous, ajoutait-elle, en
+lui citant avec un peu de flatterie un de ses vers, qu'ils aient quelque
+rapport avec <span class="italic">cette lumière céleste qui nous égare</span>?<a id="footnotetag840" name="footnotetag840"></a><a href="#footnote840" title="Lien vers la note 840"><span class="small">[840]</span></a> Je sais une chose,
+c'est qu'ils ont un puissant effet sur moi et qu'ils sont délicieux lorsqu'ils
+demeurent sous le contrôle de la <span class="italic">raison</span> et de la <span class="italic">religion</span><a id="footnotetag841" name="footnotetag841"></a><a href="#footnote841" title="Lien vers la note 841"><span class="small">[841]</span></a>». Il y a bien
+un peu de coquetterie et d'attirance dans ces mots. Cependant elle
+touchait, dès le premier jour, le point sur lequel allait porter la lutte
+entre elle et Burns. Comme toute femme qui marche vers une faute par
+des perspectives honnêtes, elle voudra rester dans les limites marquées
+par ces deux mots; et lui essayera de l'entraîner au-delà, au moyen de
+tous les sophismes et les déclamations que nous murmure le Méphistophélès
+invisible, plein de conseils et d'habiletés, qui assiste caché derrière
+le buisson, au débat de tout homme et de toute femme. Burns avait un
+allié, dans ces premiers moments, c'était son accident: «Si j'étais votre
+s&oelig;ur j'irais vous voir, mais ce monde est plein de censure<a href="#footnote841" title="Lien vers la note 841"><span class="small">[841]</span></a>.»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page336" name="page336"></a>(p. 336)</span> Burns était trop expert joueur pour ne pas saisir cet avantage et ne pas
+pousser plus avant. Il fit aussitôt le mouvement qui amenait les relations
+sur le terrain de l'amour, et il le faisait d'une façon très habile, sans se
+compromettre, par un regret vague, un soupir arraché comme malgré lui.
+«Votre amitié, madame! Par les cieux, je n'avais jamais connu ce que
+c'est que l'orgueil!» et il ajoute que de son côté c'est une amitié
+«qui, si j'avais eu le bonheur de vous rencontrer <span class="italic">à temps</span>, aurait pu me
+conduire... le dieu de l'amour seul sait jusqu'où<a id="footnotetag842" name="footnotetag842"></a><a href="#footnote842" title="Lien vers la note 842"><span class="small">[842]</span></a>». Sous cette forme de
+prétérition, la chose est insinuée, le mot est glissé. On ne peut se défendre
+d'un étonnement presque pénible à voir ce qu'il y avait de finesse et de
+rouerie en lui. Toute cette nouvelle aventure, qui n'a en soi rien d'extraordinaire,
+est curieuse pourtant parce qu'elle nous le montre à l'&oelig;uvre de
+près et permet de juger jusqu'où il était capable d'aller dans un certain
+sens. Elle est curieuse aussi parce qu'elle présente, avec une singulière
+clarté et dans ses degrés successifs, l'éternel conflit des désirs d'un homme
+et des scrupules d'une femme, avec son éternelle issue.</p>
+
+<p>Voyez avec quelle rapidité les choses prennent forme et avec quelle
+précision la question se pose dès le début. Un peu alarmée par cette
+lettre, M<sup>rs</sup> Mac Lehose veut le ramener à leur point d'entente. Ses
+paroles ne manquent ni de justesse ni de dignité. Mais elle ne
+s'aperçoit pas que cette défense ne fait que donner plus de passion
+à l'attaque, et qu'il y a des cas où le seul moyen est de ne pas
+comprendre. Combien de femmes ont écrit ceci, ou à peu près, et de
+bonne foi!</p>
+
+<p class="quote">Quand je vous verrai, il faudra que je vous gronde pour m'écrire d'une façon
+romanesque. Vous souvenez-vous que celle à qui vous parlez est une femme mariée,
+ou bien&mdash;comme Jacob,&mdash;voudriez-vous attendre sept années et, peut-être alors même,
+être déçu comme lui? Non! J'ai meilleure opinion de vous: vous avez trop de cette
+impétuosité qui accompagne généralement les nobles esprits. Pour parler sérieusement,
+on croirait, d'après votre style, que vous écrivez à quelque femme vaine et
+sotte, pour vous moquer d'elle&mdash;ou pis encore. J'ai trop de vanité pour l'attribuer au
+premier motif, et trop de charité pour admettre la pensée du second. Je le considère
+comme l'effusion d'un c&oelig;ur bienveillant qui en rencontre un autre pareil à lui;
+je vous ai promis mon amitié: ce sera votre faute si jamais j'ai à la retirer<a id="footnotetag843" name="footnotetag843"></a><a href="#footnote843" title="Lien vers la note 843"><span class="small">[843]</span></a>.</p>
+
+<p>Il faut entendre avec quelle indignation Burns se défend! Il est resté
+immobile et stupéfait, comme les amis de Job quand ils l'aperçurent!
+Quoi! «s'adresser à une femme mariée!» Il a tressailli comme s'il avait
+vu le spectre de celui qu'il aurait offensé. Il se rappelle ses expressions.
+Quelques-unes, il est vrai, sont discutables, mais c'est par habitude et
+bien malgré lui. Son c&oelig;ur, s'il a péché, c'est bien peu.</p>
+
+<p class="quote"><span class="pagenum"><a id="page337" name="page337"></a>(p. 337)</span> «Je ne saurais pas vous dire, Madame, si mon c&oelig;ur n'a pas pu s'égarer un peu;
+mais je puis déclarer, sur l'honneur d'un poète, que le vagabond a fait l'école buissonnière
+à mon insu. J'ai, à mon compte, une assez belle troupe de défauts; comme
+ceux de la plupart des gens, ce sont des gredins indisciplinés, mais les infortunés
+coquins ont en eux un peu d'honneur et ils ne voudraient pas faire une chose malhonnête.... Un
+homme rencontre une femme malheureuse, aimable et jeune, abandonnée
+et délaissée par ceux qui étaient tenus, par tous les liens du devoir, de la
+nature et de la gratitude à la protéger, à la consoler et à la chérir; cette femme unit
+la beauté du corps à la noblesse de l'esprit&mdash;d'un esprit qui va à votre goût comme
+les joies du ciel à un saint; si une pauvre petite idée, fille naturelle de l'imagination,
+vient pensivement regarder par-dessus la palissade,&mdash;supposez mon amie que
+vous ayiez à la juger et que cette pauvre petite brebis errante, toute tremblante,
+toute contrite, les yeux innocents, pleins de larmes, de regrets et implorant son juge
+du regard, soit amenée devant vous, pouvez-vous la condamner impitoyablement<a id="footnotetag844" name="footnotetag844"></a><a href="#footnote844" title="Lien vers la note 844"><span class="small">[844]</span></a>.</p>
+
+<p>Le plaidoyer est habile, avec ce qu'il faut de bonne humeur pour
+diminuer ce qu'on a dit, avec ce qu'il faut d'aveu pour le maintenir, et ce
+qu'il faut de flatterie pour en faire entendre davantage.</p>
+
+<p>M<sup>rs</sup> Mac Lehose fut-elle facilement dupe de ces belles protestations?
+Sans doute quelque chose en elle voulait être persuadé. Elle envoya à
+Burns quelques vers assez bien tournés qu'elle signa, selon le goût du
+temps pour les noms supposés, du nom de Clarinda. Désormais Burns,
+pour se mettre à l'unisson, lui écrivit sous celui de Sylvander, et à partir
+de ce moment ils ne s'appellent plus autrement dans la suite de cette
+correspondance.</p>
+
+<p>L'indignation de Burns n'était, on le suppose bien, qu'un feu de paille.
+À quelques jours de là, il écrit une longue lettre où toutes les déclamations,
+les sympathies, infaillibles en pareil cas, sont mises en jeu. Pourquoi
+est-elle malheureuse? Pourquoi l'a-t-il connue si tard?</p>
+
+<p class="quote">«Vous avez une main bienveillante et disposée à donner; pourquoi ce bonheur
+vous fut-il refusé? Vous avez un c&oelig;ur formé, noblement formé, pour les joies les
+plus raffinées de l'amour; pourquoi ce c&oelig;ur fut-il jamais meurtri?... Pourquoi
+suis-je né pour voir un malheur que je ne puis secourir, et rencontrer des amis dont
+je ne puis jouir? Je regarde en arrière, avec la détresse d'un regret inutile, en voyant
+ma perte de ne pas vous avoir connue plus tôt, tout l'hiver dernier, ces trois mois-ci
+passés! quel commerce heureux n'ai-je pas perdu! Peut-être cependant cela vaut-il
+mieux pour ma paix.<a id="footnotetag845" name="footnotetag845"></a><a href="#footnote845" title="Lien vers la note 845"><span class="small">[845]</span></a>»</p>
+
+<p>On voit avec quelle habileté et quel enthousiasme apparent, peut-être
+avec quelle inconscience, le séducteur poursuit son chemin. Il y a un
+passage bien perfide, mais bien joli et bien séduisant:</p>
+
+<p class="quote">Je crois qu'il n'est pas possible de maintenir des rapports ou d'entretenir une
+correspondance avec une femme aimable, encore moins avec une <span class="italic">femme merveilleusement
+<span class="pagenum"><a id="page338" name="page338"></a>(p. 338)</span> aimable et belle</span>, sans quelque mélange de cette délicieuse passion dont j'ai eu
+plus d'une fois l'honneur d'être l'esclave très dévoué. Mais pourquoi s'en sentir
+blessée? Est-ce qu'un honnête homme ne peut pas avoir une faiblesse pour une
+femme charmante, sans courir tête baissée dans une intrigue? Prenez un peu de la
+tendre sorcellerie de l'amour, ajoutez-la aux généreux et honorables sentiments
+d'une amitié virile, et je ne connais qu'un <span class="italic">seul</span> mets qui soit plus délicieux, et que peu,
+très peu d'êtres, à quelque rang qu'ils appartiennent, goûtent jamais. Un pareil
+mélange est comme d'ajouter de la crème à des fraises; non seulement elle donne
+aux fruits une richesse plus délicate, mais encore elle est délicieuse elle-même<a id="footnotetag846" name="footnotetag846"></a><a href="#footnote846" title="Lien vers la note 846"><span class="small">[846]</span></a>.</p>
+
+<p>La chose est dite, mais de quelle façon légère et caressante. Cette
+dernière phrase est, dans le texte, d'un coloris et d'une saveur tout à fait
+exquis. La première tentation ne se servit pas avec plus de sophisme et
+de sensualité du parfum d'un fruit. Cela devient presque de la poésie.</p>
+
+<p>La pauvre Clarinda a beau faire, elle a beau roidir sa réponse, y mettre
+des raisonnements, rectifier les mots, marquer des bornes, se faire raisonnable
+et raisonneuse, elle est gagnée.</p>
+
+<p class="quote">«Vous dites «qu'il n'est pas possible de correspondre avec une femme aimable
+sans un mélange de la tendre passion.» Je crois qu'il n'y a pas d'amitié entre des
+personnes sensibles de sexe différent, sans un peu de <span class="italic">douceur</span>; mais lorsqu'elle est
+maintenue dans des limites convenables, elle ne fait que donner une plus haute
+saveur à ce commerce. L'amour et l'amitié sont des mots qui se trouvent sur les lèvres
+de tous, mais peu, extrêmement peu, en comprennent la signification. L'amour
+(ou l'affection) ne peut pas être sincère, s'il hésite un moment à sacrifier toutes ses
+satisfactions égoïstes au bonheur de son objet. Au contraire, si on veut acheter les
+<span class="italic">premières</span> aux dépens du <span class="italic">second</span>, il mérite d'être appelé, non plus amour, mais d'un nom
+trop grossier pour être mentionné. C'est pourquoi je soutiens qu'un honnête homme
+peut avoir une faiblesse amicale pour une femme, qui dans son âme abhorrerait l'idée
+d'une intrigue avec elle. Voilà mes sentiments sur ce sujet: j'espère qu'ils correspondent
+aux vôtres<a id="footnotetag847" name="footnotetag847"></a><a href="#footnote847" title="Lien vers la note 847"><span class="small">[847]</span></a>.»</p>
+
+<p>En dépit d'elle, le poison a pénétré ses précautions, ses restrictions,
+sa froideur même. Il y a dans ces lignes qui veulent être rigides, un
+consentement. Le premier pas est fait dans le sentier périlleux; la première,
+l'imperceptible concession qui en contient tant d'autres; l'initiale
+minute de faiblesse d'où sortira un avenir chargé de souffrances, par cette
+sorte de logique et de déduction effrayante des choses dont George Eliot
+a si vigoureusement marqué la marche, les exigences et la cruauté.</p>
+
+<p>Il est clair qu'une correspondance, engagée sur ce ton, doit conduire à
+des entrevues. Aussitôt que Burns fut capable de sortir dans une chaise
+à porteurs, il alla rendre visite à Clarinda. Il raconta sa vie, ses fautes et
+<span class="pagenum"><a id="page339" name="page339"></a>(p. 339)</span> ses folies, avec son éloquence enflammée et des élans de regret. On
+imagine ce que pouvait être sur ses lèvres le tableau de son enfance, des
+sombres jours de son père, sauvé de la prison par la mort «le dernier et
+souvent le meilleur ami du pauvre<a id="footnotetag848" name="footnotetag848"></a><a href="#footnote848" title="Lien vers la note 848"><span class="small">[848]</span></a>», et la flamme qui devait sortir du
+récit de ses propres passions. On voit la pauvre Clarinda, éblouie par ces
+regards éclatants, suspendue à cette navrante histoire, prise du désir de
+guérir ces regrets. Le lendemain, pour compléter ce qu'il avait dit la
+veille, il lui envoya sa lettre au D<sup>r</sup> Moore. Elle la lut, et, avec un vrai
+instinct féminin, elle s'appliqua la scène éternelle où la pitié fait naître
+l'amour. Elle songea aussitôt à Desdemona troublée du récit des souffrances
+et des dangers d'Othello. Elle y songea parce que son c&oelig;ur lui
+disait les mêmes choses qui sont exprimées dans ce passage d'une
+humanité si profonde. Et la ressemblance n'était pas déjà si lointaine.
+Il y avait quelque chose de la rudesse, de l'origine vulgaire et presque de
+l'aspect du maure, dans cet homme au teint brun et aux yeux noirs
+flamboyants, qui répandait son récit d'épreuves et d'aventures. C'est le
+prix de ceux qui les ont traversées qui fait le prix de ces péripéties. Les
+exploits du guerrier noir ne sont après tout que le fait de maint soldat,
+mais la fille du sénateur eut raison d'en être éblouie. La vie de Burns
+sembla justement, à celle qui l'écoutait ainsi, douloureuse et presque
+également héroïque: à coup sûr elle avait eu une endurance et une
+vaillance égales. Clarinda avait senti juste en allant droit à cette scène.
+Elle avait touché ce que les sentiments ont de commun, sous les diversités
+de situations, de langage et de ciel. Sa tendre compassion était bien
+s&oelig;ur de celle de Desdemona. C'est sûrement un des points curieux et
+touchants de cette correspondance.</p>
+
+<p class="quote">Deux fois, je l'ai lue avec une grande attention. Quelques parties m'ont «dérobé
+mes larmes.» Avec Desdemona j'ai ressenti que «c'était pitoyable, que c'était merveilleusement
+pitoyable». Quand j'arrivai au paragraphe où il est question de lord
+Glencairn, j'éclatai en larmes. C'était ce délicieux trop plein du c&oelig;ur, qui sort d'une
+combinaison des sentiments les plus doux. Rien ne lie davantage un esprit généreux
+que de lui témoigner de la confiance. Je l'ai toujours éprouvé. Vous semblez avoir eu
+l'intuition de ce trait de mon caractère, et c'est pourquoi vous m'avez confié vos
+fautes et vos folies. La description de votre première scène d'amour m'a ravie. Elle
+m'a rappelé l'idée de quelques circonstances tendres qui m'arrivèrent à la même
+période de la vie. Seulement, les miennes n'allèrent pas si loin. Peut-être, en retour,
+vous raconterai-je les détails quand nous nous verrons. Ah! mon ami, les premières
+émotions d'amour sont assurément les plus exquises. Dans les années plus mûres,
+nous pouvons acquérir plus de connaissances, de sentiment; mais rien de ceci ne
+peut donner les mêmes ravissements que les chères illusions de la jeunesse qui font
+battre le c&oelig;ur. Comme la vôtre, la mienne était une scène rurale, ce qui ajoute
+encore à la tendre rencontre. Mais assez de ces souvenirs<a id="footnotetag849" name="footnotetag849"></a><a href="#footnote849" title="Lien vers la note 849"><span class="small">[849]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page340" name="page340"></a>(p. 340)</span> Pendant qu'elle suivait la vie antérieure de l'homme qui pénétrait
+dans la sienne, elle était aux prises avec une préoccupation intime où
+est la preuve qu'elle était sincère dans son rêve d'une amitié paisible.
+Elle se demandait s'il en était capable, et elle s'alarmait de n'en pas
+trouver de traces ou de germe, dans cette existence, où tant de sentiments
+avaient pris place. Cette inquiétude lui donnait une perspicacité très
+aiguë, comme lorsqu'un intérêt majeur avive l'esprit, l'aiguise sur un
+point unique. Elle avait mis le doigt sur l'incapacité, où sont des natures
+comme Burns, d'éprouver vis-à-vis d'une femme un sentiment désintéressé.
+Elle devinait la fragilité de son rêve.</p>
+
+<p class="quote">«Il y a une chose qui m'effraie, c'est qu'il n'y a pas de trace d'amitié envers
+une femme; or, dans le cas de Clarinda, c'est la seule «chose à souhaiter avec
+ferveur».... Vous m'avez dit que vous n'avez jamais rencontré une femme capable
+d'aimer aussi ardemment que vous-même. Je le crois, et je vous conseillerais de
+ne pas vous lier jusqu'à ce que vous en rencontriez une. Hélas! vous en trouverez
+beaucoup qui ne le <span class="italic">peuvent</span> pas, et quelques-unes qui ne le <span class="italic">doivent</span> pas; mais être
+unie à une des premières vous rendrait misérable. Je crois que vous auriez presque
+raison de ne pas penser an mariage, car, à moins qu'une femme ne puisse être
+un compagnon, un ami et une maîtresse, elle ne pourrait vous aller. Cette dernière
+pourrait gagner Sylvander, mais les deux autres seules pourraient le conserver<a id="footnotetag850" name="footnotetag850"></a><a href="#footnote850" title="Lien vers la note 850"><span class="small">[850]</span></a>.</p>
+
+<p>Quant à Burns, tout entier à lui-même, comme presque toujours
+lorsque ses habitudes de c&oelig;ur étaient en jeu, ayant moins souci de
+connaître que d'entraîner, il semble n'avoir rapporté de cette entrevue
+que la satisfaction de quelques instants aimables.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Certains jours, certaines nuits, que dis-je, certaines heures comme «les dix justes
+de Sodome» sauvent le reste des insipides, ennuyeux et misérables mois et ans de la
+vie. C'est une de ces heures que ma chère Clarinda m'a accordée hier soir.</p>
+
+<p class="poem20">
+<span class="add4em">Une heure bien passée</span><br>
+En de si tendres circonstances, pour des amis<br>
+Vaut mieux qu'un siècle de temps commun.»</p>
+</div>
+
+<p>La remarque qui précède s'étend à toute la correspondance. Il y a bien
+plus de fines et pénétrantes observations de Clarinda sur lui, que de lui
+sur elle. Elle lui a dit des choses qui, pour la justesse, et la pénétration
+n'ont été égalées, sur certains points, par aucun autre témoignage. On
+pourrait à peu près recomposer le caractère de Burns avec les traits
+qu'elle a soulignés. Par lui, on ne sait rien d'elle. C'est qu'elle s'occupait
+de lui et l'étudiait anxieusement, et que lui ne s'occupait que d'aimer.</p>
+
+<p>Les lettres de Burns qui suivirent cette première entrevue sont de
+grandes déclamations à froid, pleines d'apostrophes, de déclarations
+voilées. Clarinda, qui ne manque pas de finesse, le raille un peu sur la
+<span class="pagenum"><a id="page341" name="page341"></a>(p. 341)</span> durée de ses désespoirs. «Conservez bon espoir, Sylvander; l'éternité de
+vos souffrances d'amour sera terminée avant six semaines. Ce sont là des
+parjures «que les dieux permettent en souriant<a id="footnotetag851" name="footnotetag851"></a><a href="#footnote851" title="Lien vers la note 851"><span class="small">[851]</span></a>.» Elle lui parle avec
+beaucoup de sagesse et de raison. «Une partie de l'intérêt que vous
+prenez à moi est due à la pure nouveauté. Vous serez fatigué de notre
+correspondance avant de quitter la ville et vous ne prendrez pas la peine
+de m'écrire de la campagne. Sylvander, je voudrais que vous soyez marié
+heureusement, vous ne pouvez être heureux sans un tendre attachement.
+Le ciel vous dirige!<a id="footnotetag852" name="footnotetag852"></a><a href="#footnote852" title="Lien vers la note 852"><span class="small">[852]</span></a>» Ce sont là de sages paroles et de bons conseils. Et
+comme les allusions de Sylvander ont été trop vives et trop claires, elle
+le rappelle à l'ordre d'un ton presque sec: «Je ne puis et peut-être je ne
+devrais pas comprendre vos extravagances d'hier soir et vos remarques
+ambiguës à leur propos. Je suis votre amie, Sylvander, prenez garde
+que la vertu ne réclame le sacrifice même de l'amitié. Vous n'avez pas
+besoin de maudire le lien des lois humaines, quel est le bonheur que
+Clarinda goûterait à en être libérée?<a id="footnotetag853" name="footnotetag853"></a><a href="#footnote853" title="Lien vers la note 853"><span class="small">[853]</span></a>» Il est clair que le trouble qui
+commence en son c&oelig;ur n'a pas encore gagné la tête, et qu'elle reste
+encore la personne ferme et sensée qu'elle semble avoir été.</p>
+
+<p class="p2">Une seconde entrevue plus longue eut lieu le samedi 12 janvier. Cette
+fois-ci, ce fut Clarinda qui, à son tour, raconta son histoire et dévoila son
+caractère. Elle semble avoir fait l'aveu d'erreurs et de défauts. «Sylvander,
+vous avez vu, hier soir, Clarinda derrière la scène! Maintenant vous
+êtes convaincu qu'elle a des défauts. Si elle se connaît bien, son intention
+est toujours bonne, mais elle est souvent la victime de sa sensibilité et c'est
+pourquoi elle est rarement contente d'elle-même<a href="#footnote853" title="Lien vers la note 853"><span class="small">[853]</span></a>». Sans doute, Burns
+ému, comme il est si aisé de l'être, par le récit d'infortunes pareilles,
+l'écouta avec une sympathie recueillie et avec réserve. Il se montra ce
+que Clarinda espérait qu'il serait toujours. «Oh! mon ami, je souhaite
+ardemment conserver votre estime. Notre dernière entrevue vous a élevé
+très haut dans la mienne. J'ai en vérité rencontré peu de personnes de
+votre sexe capables de comprendre la délicatesse en pareilles circonstances;
+et cependant c'est elle seule qui donne leur saveur à des rapports si
+heureux<a id="footnotetag854" name="footnotetag854"></a><a href="#footnote854" title="Lien vers la note 854"><span class="small">[854]</span></a>.» Néanmoins il lui venait de confuses inquiétudes sur ce qu'elle
+faisait. Même dans la joie d'une entrevue innocente propre à la rassurer,
+apparaissaient des remords encore faibles et pâles, qui n'avaient pas
+d'acte auquel ils pussent se prendre, mais éveillés par un état général.</p>
+
+<p class="quote">Je ne nierai pas, Sylvander, que la soirée d'hier ait été une des plus délicieuses que
+<span class="pagenum"><a id="page342" name="page342"></a>(p. 342)</span> j'aie jamais connues. Peu d'instants pareils tombent en lot aux mortels. Peu de ceux-ci,
+extrêmement peu, sont faits pour goûter un plaisir si raffiné. Mais, bien que notre
+plaisir ne nous ait pas conduits au-delà des limites de la vertu, mes réflexions
+d'aujourd'hui n'ont pas été sans un mélange de regret. L'idée de la peine que cette
+entrevue, si elle était connue, aurait causée à un ami auquel je suis liée par les liens
+sacrés de la reconnaissance (d'elle seule); l'opinion que Sylvander a pu se former de
+mon manque de réserve; et, par dessus tout, quelques craintes que le ciel peut ne pas
+m'approuver dans la situation où je suis... tout cela m'a causé une nuit sans sommeil;
+et bien que j'aie été à l'église, je ne suis nullement bien.</p>
+
+<p>C'étaient ces premiers scrupules qui, à l'origine d'une erreur, flottent
+dans les âmes, à peine discernés de la manière d'être, semblables à ces
+organismes amorphes, transparents, confondus avec l'eau, et qui plus tard
+feront place à des monstres compliqués, armés de tout ce qui déchire et
+torture. Ces remords en formation sont un indice qu'un travail intérieur
+se poursuivait en elle, et qu'elle avait plus lieu de s'alarmer qu'il n'apparaissait
+au dehors. Il y a, dans ces histoires de c&oelig;ur qui avancent par
+mines et secrets couloirs de taupes, des mouvements inattendus qui
+révèlent la marche souterraine.</p>
+
+<p>Quant à Burns il essayait de rassurer Clarinda de la façon suivante, un
+peu trop simple:</p>
+
+<p class="quote">«Que vous ayez des défauts, ma Clarinda, je n'en ai jamais douté; mais je ne
+connaissais pas l'endroit où ils existent, et, depuis samedi soir, je suis plus dans
+les ténèbres que jamais. Ô Clarinda! pourquoi blesser mon âme en supposant que
+«la soirée dernière doit avoir diminué mon opinion de vous.» Il est vrai, j'étais
+«derrière la scène avec vous», mais qu'y ai-je vu? Un c&oelig;ur brillant d'honneur et
+de bienveillance, un esprit ennobli par le génie, instruit et raffiné par l'éducation et
+la réflexion, élevé par une religion native, sincère comme dans les climats du ciel,
+un c&oelig;ur formé pour les glorieux attendrissements de l'amitié, de l'amour et de la
+pitié. Voilà ce que j'ai vu. J'ai vu la plus noble âme immortelle que la création m'ait
+jamais montrée<a id="footnotetag855" name="footnotetag855"></a><a href="#footnote855" title="Lien vers la note 855"><span class="small">[855]</span></a>.</p>
+
+<p>S'il suffit de frapper fort pour toucher juste, voilà qui devait réussir.</p>
+
+<p class="p2">Une troisième entrevue eut lieu, le vendredi 18, pour laquelle elle lui
+recommande de venir à pied, quitte à s'en retourner en chaise à porteurs,
+parce que celles-ci sont si rares dans le voisinage que l'une d'elles exciterait
+l'attention, tandis que vers dix heures du soir tout le voisinage est endormi
+et qu'elle peut venir sans inconvénient<a id="footnotetag856" name="footnotetag856"></a><a href="#footnote856" title="Lien vers la note 856"><span class="small">[856]</span></a>. C'est un coin de petite ville. Il
+semble que cette entrevue ait été celle des aveux. Les deux précédentes,
+avec quelques douceurs buissonnières, n'avaient été, pour l'un et pour
+l'autre des deux amants, qu'un voyage à travers le passé. Ils s'étaient
+raconté réciproquement leur histoire. C'étaient des heures rétrospectives,
+<span class="pagenum"><a id="page343" name="page343"></a>(p. 343)</span> mêlées à des regrets de ne s'être pas rencontrés plus tôt. Ils arrivaient
+maintenant au présent, qui les réunissait gagnés l'un à l'autre par ce
+qu'ils avaient trouvé de commun dans leurs destinées antérieures.
+Clarinda lui a confié son long rêve d'une amitié masculine, faite de
+tendresse et de réserve. Elle a imprudemment peut-être ouvert son c&oelig;ur.
+«Si elle osait en disposer&mdash;la soirée d'hier ne peut vous laisser embarrassé
+de deviner quel est l'homme à qui elle le donnerait<a id="footnotetag857" name="footnotetag857"></a><a href="#footnote857" title="Lien vers la note 857"><span class="small">[857]</span></a>.» Le lendemain,
+elle craint d'avoir été trop loin, d'avoir trop clairement parlé. «Je ne
+puis me rappeler quelques-unes des choses que j'ai dites sans un peu de
+peine<a href="#footnote857" title="Lien vers la note 857"><span class="small">[857]</span></a>.» Elle se sent isolée, elle voudrait voir de la société, elle est
+stupide, son c&oelig;ur est endolori. Elle essaye de bannir ce malaise en se
+lançant dans de longues dissertations religieuses. On dirait qu'elle a
+besoin de sentir que son refuge et son soutien n'est pas loin et qu'elle
+veuille, en en parlant, le sentir plus près d'elle.</p>
+
+<p>Il écrivait, de son côté, une lettre qui donne l'idée de la déclamation
+insipide et de l'orgueil puéril de certaines parties de cette correspondance.</p>
+
+<div class="quote">
+<p class="right">Samedi soir, 10 heures &frac12;.</p>
+
+<p>«Quelle délicatesse de bonheur je savourais hier à ce moment-ci! Ma toujours très
+chère Clarinda, vous avez dérobé mon âme; mais vous l'avez affinée et élevée: vous
+lui avez donné un sens plus fort de la vertu et un goût plus fort pour la piété. Clarinda,
+première de votre sexe, si jamais votre aimable image s'efface de mon âme,</p>
+
+<p class="poem-ctr">Puisse-je être perdu sans un &oelig;il pour pleurer,<br>
+Et ne pas trouver de terre vile assez pour m'ensevelir.</p>
+
+<p>Quelle sotte bagatelle est la tendresse enfantine des vulgaires enfants du monde!
+C'est le jeu insignifiant des jeunes animaux des champs et des forêts; mais quand le
+sentiment et l'imagination unissent leurs douceurs, quand le goût et la délicatesse les
+raffinent, quand l'esprit ajoute le bouquet et que le bon sens donne la force et du
+courage à l'ensemble, quel breuvage délicieux est l'heure de la tendre affection! La
+Beauté et la Grâce, dans les bras de la Vérité et de l'Honneur, dans toute la splendeur
+de l'amour mutuel!... Clarinda, quand un poète et une poétesse créés par la
+nature, deux des plus nobles productions de la nature, quand ils boivent ensemble à
+la même coupe de l'amour et du bonheur, n'essayez pas, vous, matériaux plus
+grossiers de la nature humaine, de mesurer, en le profanant, un bonheur que vous
+ne pouvez jamais connaître<a id="footnotetag858" name="footnotetag858"></a><a href="#footnote858" title="Lien vers la note 858"><span class="small">[858]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Toute cette partie de leur correspondance ne se lit qu'avec un sentiment
+pénible, qui tient de la pitié et de l'irritation, tant on est incertain de
+savoir si l'homme qui l'a écrite était sincère ou impudent dans ses
+déclamations. C'est un mélange éc&oelig;urant de protestations de fidélité et
+d'apostrophes à la Divinité, qui affectent la forme de prières. On dirait
+que, volontairement, Burns a choisi cette phraséologie d'église pour
+<span class="pagenum"><a id="page344" name="page344"></a>(p. 344)</span> endormir les scrupules religieux de Clarinda et donner à ses déclarations
+un air de dévotion.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Clarinda, puis-je compter sur votre amitié pour la vie? Je pense que je le puis!
+Toi, Sauveur tout puissant des hommes! J'ai jusqu'à présent trop négligé ton amitié;
+me l'assurer sera mon souci constant, pendant tous les jours et les nuits futurs de ma
+vie. L'idée de ma Clarinda s'ensuit:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Cache-la, mon c&oelig;ur, dans ce vêtement secret,<br>
+Où, mêlée à celle de Dieu, sa chère pensée repose.</p>
+
+<p>Mais je redoute l'inconstance, imperfection qui résulte de la faiblesse humaine.
+Rencontrerai-je une amitié qui défie les années d'absence, et les chances, et les changements
+de la fortune? Peut-être «ces choses-là existent-elles». Il y a un seul honnête
+homme, de qui j'espérerais une telle chose; mais qui, excepté un écrivain de romans,
+pourrait croire à un amour qui promettrait pour toute la vie, en dépit de la distance,
+de l'absence, des chances, des changements, et cela, avec de frêles espérances
+de possession?</p>
+
+<p>Pour ma part, je puis me répondre moi-même à ces deux exigences: «Tu es cet
+homme-là.» J'ose, avec une froide résolution, j'ose déclarer que je suis cet ami et
+cet amant. Si le sexe féminin est capable de telles choses, Clarinda l'est. Je croîs
+qu'elle l'est, et je sens que je serai misérable, si elle ne l'est pas. Il n'y a pas une des
+vertus qui donnent de la valeur, ou des sentiments qui font honneur au sexe, qu'elle
+ne possède à un degré supérieur à toutes les femmes que j'ai jamais vues: son esprit
+exalté, aidé un peu peut-être par la situation où elle se trouve, est, je le pense,
+capable de cet enthousiasme d'amour noblement romanesque. Puis-je vous revoir
+mercredi soir? Le mercredi, qui viendra ensuite, sera, je le prévois, un jour haï de
+nous deux.... Trois soirées, trois soirées au vol rapide, avec des ailes de duvet, sont
+tout le passé; je n'ose pas calculer le futur....</p>
+</div>
+
+<p>La quatrième de ces soirées aux ailes rapides, celle du mercredi
+23 janvier, fut un pas de plus dans ce sentier que Shakspeare appelle:
+«the primrose way to the everlasting bonfire<a id="footnotetag859" name="footnotetag859"></a><a href="#footnote859" title="Lien vers la note 859"><span class="small">[859]</span></a>». Si la précédente avait été
+l'entrevue des aveux, celle-ci semble avoir été celle des caresses. On
+devine qu'elle fut plus ardente de la part de Burns et pour Clarinda plus
+périlleuse. Chambers, qui suit cette histoire de passion avec dignité et
+convenance et en note les phases avec une ponctualité grave, le constate
+dans son langage: «Dans cette rencontre, il semblerait que les communications
+des deux amants furent d'une nature plus fervente et moins
+réservée que jusqu'alors, à ce point de vue qu'elles laissèrent dans le sein
+de Clarinda, des réflexions où elle s'accusait elle-même<a id="footnotetag860" name="footnotetag860"></a><a href="#footnote860" title="Lien vers la note 860"><span class="small">[860]</span></a>.»</p>
+
+<p>Le lendemain matin, les deux amants s'écrivirent chacun une lettre
+dans laquelle s'exprime l'état d'âme où ils se trouvaient. Celle de Burns
+est une fantaisie travaillée, sans beaucoup d'esprit et sans l'ombre de
+passion. Il prend un thème sur lequel il brode quelques variations. Ce
+n'est qu'une interminable et froide conjecture, où il imagine que la
+<span class="pagenum"><a id="page345" name="page345"></a>(p. 345)</span> Fortune, qui a joué tant de mauvais tours à un pauvre poète écervelé,
+s'est avisée de lui donner le plus magnifique présent qu'elle ait jamais
+eu en sa possession, uniquement «afin de voir comment sa sotte tête et
+son sot c&oelig;ur y résisteraient». Ou bien elle s'est dit peut-être qu'elle a
+fait un chef-d'&oelig;uvre et elle le lui a amené «pour lui donner cette
+immortalité qu'aucune femme d'aucun temps ne mérita davantage et que
+peu de rumeurs de ce temps-ci sont plus capables de conférer<a id="footnotetag861" name="footnotetag861"></a><a href="#footnote861" title="Lien vers la note 861"><span class="small">[861]</span></a>». C'est
+insipide! Pas un mot qui ait un peu d'accent, pas un reflet de flamme.</p>
+
+<p>La lettre, incompréhensible, était complétée par un post-scriptum
+singulier qui l'explique peut-être et qui révèle certains côtés de la vie de
+Burns, à cette époque. Rentrant le soir, gris, après les potations qui
+avaient suivi le dîner, lequel commençait alors à trois heures, il ajoutait
+ces paroles comme excuse:</p>
+
+<p class="quote">«Me voici... absolument impropre à finir ma lettre, tout jovial après un bol qu'on
+a fait circuler constamment depuis le dîner jusqu'à présent. Je n'ai pas d'idées
+distinctes de rien, sinon que j'ai bu deux fois votre santé, ce soir, et que vous êtes
+tout ce que mon âme estime de cher en ce monde<a href="#footnote861" title="Lien vers la note 861"><span class="small">[861]</span></a>.»</p>
+
+<p>Dans la même matinée où il écrivait cette lettre ingénieuse et
+recherchée, Clarinda lui en adressait une, d'un sentiment plus réel et
+touchante. Le début sent encore la prétention d'une correspondance
+littéraire, l'effort et l'arrangement; c'est une longue allégorie où Clarinda
+comparaît à la barre de la Raison, devant la Religion et la Réputation, et
+où elle est défendue par l'Amour revêtu d'un voile emprunté à l'Amitié.
+Mais aussitôt après la simplicité revient, les accents sincères se font
+jour; bientôt arrivent et sortent les paroles vraies, le cri d'alarme et
+d'amour, poussé par tant d'âmes faiblissantes, partagées entre la crainte et
+l'attrait de la faute. Cette lettre est vraiment, par endroits, touchante. On
+y sent le remords des faiblesses accomplies, la terreur de celles qui restent
+à commettre, ce mouvement naturel et toujours déçu de la femme qui, se
+trouvant épuisée de résistance, implore d'être épargnée et ne pose plus
+d'espoir que dans celui même qu'elle redoute, enfin, cet aveu de
+lassitude qui est presque un abandonnement. Au-dessus de ce tumulte,
+règne un sentiment d'honnêteté et de devoir qui s'exprime, non sans
+éloquence. Ce n'est pas la seule fois où Clarinda a l'avantage sur
+Sylvander.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Sylvander, laissons tomber ma métaphore. Je ne suis ni bien, ni heureuse
+aujourd'hui; mon c&oelig;ur me fait des reproches d'hier soir; si vous désirez que Clarinda
+recouvre son repos, repoussez tout ce qui n'est pas permis par la plus stricte
+délicatesse.</p>
+
+<p>Je ne vous blâme pas, mais moi-même. Je ne dois pas vous revoir samedi, à
+<span class="pagenum"><a id="page346" name="page346"></a>(p. 346)</span> moins que je ne trouve que je puis me fier à moi-même, pour agir autrement. C'est
+la Délicatesse, vous le savez, qui m'a attirée vers vous subitement: prenez garde de
+relâcher ce lien le plus cher et le plus sacré qui nous unit. Souvenez-vous que le
+bonheur présent et éternel de Clarinda dépend de sa fidélité étroite à la vertu.
+Heureux Sylvander! qui peut rester attaché au ciel et à Clarinda en même temps.
+Hélas! je sens que je ne puis servir deux maîtres! Que Dieu ait pitié de moi!</p>
+
+<p class="right">Jeudi soir.</p>
+
+<p>Pourquoi n'ai-je pas eu de vos nouvelles, Sylvander? Tout, dans la nature, me
+paraît aujourd'hui porter une teinte sombre. Ah! Sylvander!</p>
+
+<p class="poem30">Le c&oelig;ur est ce qui, toujours,<br>
+Nous rend heureux ou malheureux!</p>
+
+<p>Avec quelle force ces vers me sont revenus à la pensée! Ne vous ai-je pas dit
+quelle misérable l'amour a fait de moi? Je suis capable d'affection au plus haut
+point pour un homme du mérite de Sylvander, si elle ne devait pas me mener à des
+folies et à des faiblesses que mon c&oelig;ur condamne absolument. Je suis convaincue
+que, sans l'approbation du ciel et de ma propre conscience, l'existence me serait une
+lourde malédiction. Sylvander, pourquoi les légèretés trop répétées de votre
+Clarinda ne vous ont-elles pas guéri de la tendresse trop passionnée que vous
+exprimez pour elle? Peut-être ont-elles diminué votre estime pour elle? Mais je
+n'ose pas toucher cette corde; cela remplirait la coupe de ma misère présente.
+Ô Sylvander! Puisse l'amitié de Dieu, que vous et moi avons trop négligée, être,
+à partir d'aujourd'hui, notre principale étude, notre délice! Je ne puis vivre sans
+la conscience de cette faveur. J'ai ressenti, tout aujourd'hui, quelque chose de cet
+état épouvantable. Que dis-je? Quand j'ai approché Dieu avec mes lèvres, mon c&oelig;ur
+n'y était pas vraiment!</p>
+
+<p>.... Ne soyez pas fâché, si je vous dis que je désire que notre séparation soit
+passée. À distance, nous conserverons la même affection de c&oelig;ur, le même intérêt
+dans la vie l'un de l'autre; mais l'absence adoucira et restreindra ces violentes
+agitations du c&oelig;ur qui, si elles continuaient longtemps encore, retireraient mon
+âme de ses gonds et me rendraient impropre aux devoirs de la vie.</p>
+
+<p>Vous et moi, nous sommes capables de cette ardeur d'amour pour laquelle la
+vaste création n'offre pas d'objet suffisant. Cherchons à la reposer dans le sein de
+notre Dieu. Donnons ensuite une place à ceux qui sont les plus chers sur la terre,
+aux tendres affections de parents, de s&oelig;urs, d'enfants!... Je vous dis: «au revoir»,
+avec cette courte prière de Thomson:</p>
+
+<p class="poem-ctr">«Père de Lumière et de vie, toi bien suprême,<br>
+Ô enseigne-nous ce qui est bon, enseigne-nous ce que tu es toi-même,<br>
+Sauve-nous de la folie, de la vanité et du vice<a id="footnotetag862" name="footnotetag862"></a><a href="#footnote862" title="Lien vers la note 862"><span class="small">[862]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>À ces confidences, dont le chagrin et la franchise auraient pu le toucher,
+Burns répondait par des protestations emportées bien plus que sincères.
+Elles n'ont pas d'émotion, mais une certaine fureur de promesses qui
+éblouit plutôt qu'elle ne rassure.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Clarinda, ma vie, vous avez blessé mon âme. Puis-je penser que vous êtes malheureuse,
+même quand votre chagrin n'est pas décrit dans votre pathétique élégance de
+<span class="pagenum"><a id="page347" name="page347"></a>(p. 347)</span> langage, sans être misérable? Clarinda, puis-je supporter de m'entendre dire par vous
+que «vous ne voulez pas me voir demain soir&mdash;que vous désirez que notre heure de
+séparation soit venue?» Ne nous en laissons pas imposer par des mots. Si, dans un
+moment de chère amitié et de tendre jeu, j'ai peut-être franchi <span class="italic">la lettre</span> de la loi du
+décorum, j'en appelle à vous-même, ai-je jamais péché, au moindre degré, contre
+l'esprit de ses statuts les plus stricts? Mais pourquoi, mon amour, me parler en
+termes si durs, dont chaque mot me perce jusqu'au fond de l'âme? Vous savez qu'une
+allusion, la plus légère expression de vos souhaits, est pour moi un commandement
+sacré.</p>
+
+<p>Réconciliez-vous, mon ange, avec votre Dieu, avec vous-même et avec moi, et
+j'engage l'honneur de Sylvander&mdash;serment, j'ose le dire, auquel vous vous fierez
+sans réserve&mdash;que vous n'aurez jamais plus raison de vous plaindre de sa conduite.
+Maintenant, mon amour, ne blessez pas notre prochaine entrevue par des regards
+détournés ou des caresses restreintes. J'ai marqué la ligne de conduite&mdash;une ligne,
+je le sais, exactement à votre goût&mdash;et je l'observerai inviolablement. Mais ne montrez
+pas la moindre inclination à fixer des bornes. Une méfiance apparente là où vous
+savez que vous pouvez avoir confiance est un cruel péché contre la sensibilité....</p>
+
+<p>Ô Amour et Sensibilité, vous avez conspiré contre ma Paix! J'aime jusqu'à la folie
+et je ressens jusqu'à la torture! Clarinda, comment puis-je me pardonner d'avoir
+touché de chagrin une seule corde de votre c&oelig;ur! Ai-je pu le faire volontairement?
+Aucune considération, aucun bonheur pourraient-ils me le faire faire? Oh, si
+vous aimiez comme moi, vous ne voudriez pas, vous ne pourriez pas refuser ou reculer
+une rencontre avec l'homme qui vous adore&mdash;qui mourrait mille morts avant de vous
+porter tort; et qui doit bientôt vous dire un long adieu!</p>
+
+<p>Que j'aie de vos nouvelles, cette après-midi, au nom de la Pitié! Car jusqu'à ce que
+j'en aie, je serai misérable. Ô Clarinda, le lien qui me lie à toi est tissé, ne fait qu'un
+avec les plus chers fils de ma vie<a id="footnotetag863" name="footnotetag863"></a><a href="#footnote863" title="Lien vers la note 863"><span class="small">[863]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Tout ce fracas de serments est bien extérieur et bien vide. Ce sont des
+banalités fouettées d'exclamations. Ce qu'il y a de plus sincère là dedans,
+ce qui y tremble, c'est un des mauvais éléments de Burns; ce n'est pas
+autre chose que son ombrageuse susceptibilité, sa jalousie folle de tout
+ce qui ressemble à un reproche, à un blâme ou à une précaution vis-à-vis
+de lui. Ce qu'il éprouve est bien plus près de la colère que de la
+compassion. On dirait que la méfiance de la pauvre femme, qui s'adresse
+à elle-même autant qu'à lui et contient un aveu autant qu'une défense, est
+une insulte. Ce qu'il appelait sa dignité, dont il faisait un peu parade et
+qui était vraiment du courage et de la force en certaines circonstances,
+était, par moments, puéril et déplacé. Dans cette correspondance, où il y
+aurait eu si souvent lieu à de la bonté, à des paroles cordiales, c'est elle
+seule qui donne à ses lettres un peu de sincérité. Il s'en trouve plusieurs
+parmi elles dont on voit qu'elles ont pu jeter du trouble dans l'esprit de
+Clarinda, pas une qui ait pu lui amener de l'adoucissement. Qu'on relise
+avec soin celle qui vient d'être citée, on n'y découvrira pas un mot de
+réconfort; il n'y a qu'une revendication égoïste pour lui-même, âpre,
+impérieuse et presque courroucée.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page348" name="page348"></a>(p. 348)</span> On comprend cependant que cette violence, dont les racines profondes
+n'étaient pas dans les parties désintéressées du c&oelig;ur, aient fait illusion à
+Clarinda, et qu'elle l'ait attribuée au sentiment dont elle était agitée
+elle-même. Que pouvaient ses hésitations et ses scrupules contre ces
+promesses solennelles et ces insistances passionnées, et aussi contre la
+voix qui, plus bas mais constamment, plaidait la même cause en elle-même?</p>
+
+<p>Les entrevues se firent plus fréquentes, se pressèrent, devinrent presque
+quotidiennes. Ce qu'elles étaient, se laisse deviner dans les lettres de
+Burns, écrites quand leur trouble n'était pas encore apaisé: des soirées
+enivrantes et dangereuses, passées dans un compromis, sur une sorte de
+terrain débattu qui devenait chaque jour plus étroit et plus resserré.</p>
+
+<p>Parfois, il semble que la frontière ait été franchie ou bien près de
+l'être. À la suite d'une de ces entrevues, Burns écrit:</p>
+
+<p class="quote">«Je souffrirais le fouet de la misère pendant onze mois de l'année, si le douzième
+était composé d'heures comme hier soir. Vous êtes l'âme de ma joie; tout le reste est
+de la matière dont sont faites les souches et les pierres.<a id="footnotetag864" name="footnotetag864"></a><a href="#footnote864" title="Lien vers la note 864"><span class="small">[864]</span></a>»</p>
+
+<p>Et Clarinda, avec un babillage féminin, plus prolixe, un peu naïf, par
+moments, et cependant aimable, lui écrit de son côté, à propos de la
+même entrevue:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Sylvander, quand je pense à vous, comme à mon ami le plus attaché, je suis
+heureuse; mais quand vous vous présentez à mon esprit comme <span class="italic">amant</span>, quelque
+chose en moi me donne un <span class="italic">aiguillon</span> qui ressemble à celui de la culpabilité. Dites-moi
+comment cela se fait? Cela doit venir de l'idée que j'appartiens à un autre. Quoi! La
+femme d'un autre! Ô cruel destin! Je suis en vérité, enchaînée dans une «chaîne de
+fer». Pardonnez-moi, si je vous fais de la peine. Vous savez qu'il faut (j'ai dit: <span class="italic">il faut</span>)
+que je vous dise mes sentiments vrais ou que je me taise. Hier soir, nous fûmes
+heureux, au delà de ce que la masse du genre humain peut concevoir! Peut-être
+la «ligne» que vous aviez marquée a-t-elle été <span class="italic">un peu</span> outrepassée&mdash;vraiment, elle
+l'a été; mais, bien que je le <span class="italic">désapprouve</span>, je n'en ai pas été <span class="italic">malheureuse</span>. Je ne suis
+pas moins convaincue de votre <span class="italic">discernement</span> que de votre <span class="italic">désir</span> de rendre Clarinda
+heureuse. Je vous sais <span class="italic">sincère</span> quand vous professez l'horreur à l'idée de ce qui la
+rendrait misérable à jamais. Mais il faut nous garder d'aller au <span class="italic">bord</span> du danger. Ah!
+mon ami, grand besoin aurions-nous de «veiller et de prier!» Puissent ces esprits
+bienveillants, dont l'office est de «prévenir la chute de la vertu luttant sur le bord du
+vice», être toujours présents pour nous protéger et nous guider dans les droits
+sentiers......</p>
+
+<p>Sylvander, je voudrais que vos tendres sentiments fussent plus modérés. Pourquoi
+vouloir fixer son c&oelig;ur sur des <span class="italic">impossibilités</span>? Prenez-moi simplement comme votre
+amie (hélas! c'est tout ce que je dois être) croyez-moi, vous me trouverez très
+raisonnable. Si vous vouliez chérir «l'intelligence mentale» comme vous faites le
+corps, en vérité, Sylvander, vous feriez de moi un philosophe».</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page349" name="page349"></a>(p. 349)</span> Et plus loin:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Ah! Sylvander! il faut que mon repos souffre; le vôtre ne le peut pas. Vous
+pensez que vous avez raison d'aimer Clarinda; toute l'éloquence de Sylvander ne
+peut me persuader qu'il en est ainsi. Si seulement j'étais libre..., oh! comme je
+m'abandonnerais à tous les délices de l'amour <span class="italic">innocent</span>. Il est, je le crains, trop tard
+pour parler ainsi, après nous être tellement abandonnés, mais si Sylvander voulait
+abriter son amour sous le costume permis de l'amitié, Clarinda serait beaucoup
+plus heureuse!</p>
+
+<p>Demain, as-tu dit? Le temps est court, <span class="italic">désormais</span>; n'est-ce pas trop souvent?
+Est-ce que les douceurs les plus délicates ne lassent pas le plus vite<a id="footnotetag865" name="footnotetag865"></a><a href="#footnote865" title="Lien vers la note 865"><span class="small">[865]</span></a>?»</p>
+</div>
+
+<p>À lire ces singuliers aveux, exprimés avec une naïveté qui n'est ni sans
+grâce, ni sans innocence, et qui touchent en faisant un peu sourire, on
+est tenté d'aller trop rapidement à une conclusion qui paraît inévitable.
+Mais il y a dans des lettres postérieures des passages qui précisent et
+limitent la portée qu'il convient d'y attacher et surtout qui mitigent les
+conséquences qu'on pourrait témérairement en tirer.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Hier j'étais heureux d'un bonheur «que le monde ne saurait donner». Ce
+souvenir m'embrase, mais c'est une flamme que «l'Innocence contemple avec un
+sourire,» tandis que l'Honneur se tient à côté comme une sentinelle sacrée. Votre
+c&oelig;ur, vos désirs les plus chers, vos souhaits les plus tendres, tout cela vous
+appartient, vous pouvez en disposer: votre personne est inapprochable, par les lois de
+votre pays, et il ne vous aime pas comme je le fais, celui qui vous rendrait malheureuse.</p>
+
+<p>Vous êtes un ange, Clarinda, vous n'êtes assurément pas un être mortel «que la
+terre possède». Embrasser votre main, vivre de votre sourire, est pour moi un
+bonheur plus exquis que les faveurs les plus chères que les plus belles du sexe, vous
+exceptée, peuvent accorder<a id="footnotetag866" name="footnotetag866"></a><a href="#footnote866" title="Lien vers la note 866"><span class="small">[866]</span></a>».</p>
+</div>
+
+<p>Ce n'est pas là sûrement, le langage d'un amant à sa maîtresse.
+Quelque difficile qu'ait été la lutte, Clarinda en sortit donc, pour le
+moment, victorieuse. Elle fut capable du douloureux effort de résister à
+une des paroles les plus éloquentes qui aient jamais assailli le c&oelig;ur
+féminin, et de l'énergie plus profonde encore de faire taire en elle-même
+des désirs complices. Elle fit davantage. Elle parvint, jusqu'à un certain
+degré et pendant un certain temps, à amener Burns à cette façon d'amour
+platonique, bien qu'il protestât de toutes ses forces qu'il était anti-platonique,
+et il l'était.</p>
+
+<p class="p2">Cette situation ne pouvait durer. Il est imprudent de vivre dans
+le vertige, toujours au bord du précipice, à deux doigts de la chute.
+Un rien suffit pour que la tête tourne ou que le pied glisse. Clarinda,
+à qui le bon sens ne manquait pas, s'en rendait compte. Constamment,
+<span class="pagenum"><a id="page350" name="page350"></a>(p. 350)</span> elle revient sur le même sujet, essayant de ramener des transports
+qu'elle avait à réprimer aux allures de l'amitié qui se modèrent d'elles-mêmes,
+comme si on pouvait arrêter dans sa marche une passion qu'on
+n'a pas su anéantir à son début. Les forces pour la combattre ont diminué
+de toutes celles qu'elle a prises; lorsqu'on s'aperçoit qu'elle est devenue
+dangereuse, on est devenu impuissant. Il semble que Clarinda fut lentement
+gagnée, lentement vaincue, par cette insensible et irrésistible
+faiblesse. Vers la fin de la correspondance, ses objections, qui restent
+les mêmes, sont faites d'une voix moins ferme, sur un ton qui devient
+soumis et comme plaintif. La pauvre et vaillante femme parle comme
+ces personnes de qui la force se retire, et qui répètent avec douceur ce
+qu'elles disaient tout à l'heure avec énergie.</p>
+
+<p class="quote">Il n'y a pas un sentiment dans votre chère dernière lettre qui ne doive rencontrer
+l'approbation de tous les esprits justes, sauf un seul, «que je peux disposer de mon
+c&oelig;ur, de mes plus tendres désirs». Il est vrai qu'ils ne sont pas, qu'ils ne sauraient
+être placés sur celui qui aurait dû les posséder, mais dont la conduite (je n'ose pas
+en dire davantage contre lui) les lui a justement fait perdre. Mais n'est-ce pas être
+trop près d'enfreindre les obligations sacrées du mariage que d'accorder son c&oelig;ur,
+ses souhaits et ses pensées à un autre? Quelque chose, dans mon âme, me murmure
+que cela approche du crime. J'obéis à cette voix. Laissez-moi mettre tous les
+sentiments affectueux dans le lien permis de l'Amitié. S'ils sont accompagnés
+d'une ombre de sentiment plus tendre, qu'ils soient versés dans le sein d'un Dieu
+miséricordieux! Si l'aveu de mon amitié la plus ardente, la plus sincère, ne vous
+satisfait pas, le devoir défend à Clarinda de faire davantage! Sylvander, je ne
+m'attends pas à être jamais heureuse ici-bas! Pourquoi ai-je été formée si susceptible
+d'émotions auxquelles je n'ose pas céder?<a id="footnotetag867" name="footnotetag867"></a><a href="#footnote867" title="Lien vers la note 867"><span class="small">[867]</span></a></p>
+
+<p>Plus loin, dans un passage singulier, qui n'est pas sans une sorte de
+beauté ni sans force et sincérité de sentiment, quoique un peu artificiel
+de forme, elle s'écrie:</p>
+
+<p class="quote">«Sylvander, je crois que notre amitié sera durable; sa base a été la vertu, une
+similitude de goûts, d'émotions et de sentiments. Hélas! l'idée de cent milles
+d'éloignement me fait trembler. À peine m'écrirez-vous une fois par mois, et d'autres
+objets affaibliront votre affection pour Clarinda! Cependant je ne puis le croire.
+Oh! que les scènes de la nature vous rappellent Clarinda! En hiver, rappelez-vous
+les ombres noires de sa destinée; en été, l'ardeur, la cordiale ardeur de son amitié;
+en automne, ses riches désirs que tous aient l'abondance; et que le printemps vous
+mette dans l'esprit l'espérance que votre amie puisse vivre assez pour traverser les
+rafales froides de la vie et revivre pour goûter un renouveau de bonheur! Après tout,
+Sylvander, les orages de la vie «passeront rapidement et un printemps sans fin
+enveloppera tout.» Là, Sylvander, je crois que nous nous retrouverons. L'amour <span class="italic">là</span>
+n'est pas un crime. Je vous y donne rendez-vous. Ô Dieu!&mdash;je ne puis plus tenir
+ma plume<a href="#footnote867" title="Lien vers la note 867"><span class="small">[867]</span></a>.»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page351" name="page351"></a>(p. 351)</span> Ainsi, peu à peu, Clarinda avait mis davantage de sa vie dans cette
+aventure. Elle s'était laissé gagner par cette troublante parole. Il se peut
+qu'elle ait commencé par de la coquetterie, de l'attrait superficiel, de la
+curiosité, peut-être même par la vanité d'être distinguée par un poète.
+Mais c'était un jeu périlleux dans l'état d'âme où elle était. Ce besoin
+d'aimer, qu'elle portait en elle vague et inappliqué, a pris corps; il a
+envahi les profondeurs de son être. Et maintenant la malheureuse femme
+en est arrivée à la vraie tendresse et à la vraie affliction. Elle est déchirée
+en elle-même, entre l'appel que l'amour fait à toute sa nature et les
+admonestations de sa conscience. Et aussi, elle souffre de la suprême
+détresse des c&oelig;urs qui nourrissent la pensée de la séparation. À mesure
+que le jour en approche, l'inévitable jour, le jour haï, elle sent qu'il lui
+enlèvera davantage. Elle en détourne les yeux. Elle connaît maintenant
+la souffrance de voir s'écouler, sans pouvoir les retenir, les dernières
+minutes qui vident notre bonheur. «Est-ce que vendredi sera notre
+dernier jour? Je voudrais, Sylvander, que vous partiez à la dérobée,&mdash;je
+ne puis supporter l'adieu! Je puis à peine chérir la pensée de
+nous revoir&mdash;car cette pensée<a id="footnotetag868" name="footnotetag868"></a><a href="#footnote868" title="Lien vers la note 868"><span class="small">[868]</span></a>...!» Même dans ces extrémités d'amertumes,
+elle murmure encore la recommandation dans laquelle elle a
+placé tout le repos de sa vie et qui a été son soutien pendant cette crise.
+«Ô Sylvander, si vous désirez ma paix, que <span class="italic">l'Amitié</span> soit le seul mot
+entre nous: plus me fait trembler. «Ne parlez pas d'Amour<a href="#footnote868" title="Lien vers la note 868"><span class="small">[868]</span></a>.» À quoi
+bon? Les mots ne changent rien aux sentiments. Et d'ailleurs c'est à
+elle-même que cette recommandation devrait s'appliquer, car c'est elle
+seule qui aime d'amour.</p>
+
+<p class="p2">Ces chagrins intimes n'étaient pas le seul dommage que la rencontre
+de Burns devait porter dans la vie de Clarinda. Ces imprudences
+de sentiments ont fréquemment leur contre-coup extérieur.</p>
+
+<p>Autour d'une jeune femme, veuve ou séparée, il rôde presque toujours
+quelques amitiés masculines, toutes disposées à prendre un autre nom. Cela
+était arrivé pour Clarinda. On a vu qu'elle avait auprès d'elle un de ses
+cousins, Lord Craig, qui lui était véritablement dévoué. Il semble avoir
+été un homme délicat et bon<a id="footnotetag869" name="footnotetag869"></a><a href="#footnote869" title="Lien vers la note 869"><span class="small">[869]</span></a>. Il avait été son principal protecteur, lorsque,
+seule et malheureuse, elle était arrivée à Édimbourg; il l'avait soutenue
+dans ses épreuves et l'aidait dans sa gêne actuelle. Il avait conçu pour elle
+une de ces affections silencieuses, qui se résignent à ne rien obtenir, et
+vivent de la pensée qu'aucune autre ne leur est préférée. Clarinda avait
+failli l'aimer; un rien, à un moment décisif, avait sans doute arrêté la
+cristallisation, pour employer le mot de Stendhal. Elle n'avait conservé
+<span class="pagenum"><a id="page352" name="page352"></a>(p. 352)</span> pour lui que de l'estime et de la reconnaissance. Elle se trouvait partagée
+entre le scrupule de le tromper en lui dissimulant son sentiment nouveau,
+et la crainte de l'affliger en le lui révélant. Elle-même, gentiment et
+d'une touche légère, esquisse ce timide commencement de roman et met
+Burns au courant de ses incertitudes:</p>
+
+<p class="quote">«Je vous ai parlé de cet ami particulier; il a été, pendant quatre ans, celui à qui
+je me suis confiée. Il est très digne et répond exactement à votre description dans
+«l'épître à J. S.<a id="footnotetag870" name="footnotetag870"></a><a href="#footnote870" title="Lien vers la note 870"><span class="small">[870]</span></a>» Alors que j'avais à peine un ami qui se souciât de moi à Édimbourg,
+il m'accueillit. Je vis, trop tôt, que c'était chez lui un sentiment plus ardent; peut-être
+une légère contagion en fut-elle le résultat naturel. Je vous ai raconté la circonstance
+qui contribua à effacer en moi cette tendre impression; mais je m'aperçois (bien
+qu'il ne m'en parle jamais) je vois à toute occasion que, de son côté, sa faiblesse
+persiste encore. Je l'estime comme un ami fidèle; mais je ne saurais ressentir
+davantage pour lui. Je crains qu'il n'en soit pas convaincu. Il ne voit aucun autre
+homme qui soit à moitié aussi souvent avec moi que lui-même, et en tout cas il croit
+que je n'ai de partialité pour personne. Je ne puis supporter de tromper quelqu'un
+sur un point si délicat, et je suis chagrinée qu'il donne asile à un attachement que
+je ne pourrai jamais payer de retour. J'ai la pensée de lui avouer mon intimité avec
+Sylvander; mais mille choses m'en empêchent. Je serais poursuivie par la jalousie
+«ce monstre aux yeux verts», et je crains en outre que cela ne blesse son repos.
+C'est une affaire délicate. Ô Sylvander, je ne puis supporter de faire de la peine à qui
+que ce soit, encore moins à un homme qui m'entoure des attentions d'un frère<a id="footnotetag871" name="footnotetag871"></a><a href="#footnote871" title="Lien vers la note 871"><span class="small">[871]</span></a>.»</p>
+
+<p>Peut-être y avait-il dans ces hésitations un peu plus qu'elle ne se
+l'avouait à elle-même: un peu de cette subtilité et duplicité dont les
+femmes n'ont pas conscience, un peu de cette répugnance qu'elles ont
+à détruire leur pensée, même dans des c&oelig;urs qui leur sont indifférents;
+elles n'aiment pas à casser les miroirs où leur image se reflète. Quant à
+Lord Craig, il semble avoir été un parfait galant homme. À côté de lui,
+on aperçoit un personnage, assez ordinaire en pareil cas, un directeur
+spirituel, un Révérend Kemp, ministre de la chapelle de la Prison
+d'Édimbourg, homme de façons graves, de piété notable et de quelque
+éloquence ecclésiastique. Clarinda avait en lui beaucoup de confiance.
+Quand elle a le c&oelig;ur trop chargé du secret récemment entré dans sa vie,
+elle l'appelle et, tout en larmes, lui confie qu'elle aime quelqu'un et lui
+demande si c'est pour elle un devoir d'en informer son cousin. Il l'en
+dissuade, regrette qu'elle ait donné son c&oelig;ur, il aurait voulu qu'elle
+s'en tînt à l'amitié et lui parle comme un parent anxieux de son bonheur<a id="footnotetag872" name="footnotetag872"></a><a href="#footnote872" title="Lien vers la note 872"><span class="small">[872]</span></a>.
+D'autres jours, il vient la visiter le soir et «tremble pour sa paix<a id="footnotetag873" name="footnotetag873"></a><a href="#footnote873" title="Lien vers la note 873"><span class="small">[873]</span></a>.»
+Il semble que ce révérend ait été une espèce de Tartufe puritain, car,
+<span class="pagenum"><a id="page353" name="page353"></a>(p. 353)</span> après avoir été marié trois fois, il fut, plus tard, poursuivi en adultère par
+l'homme dont la fille avait épousé son fils<a id="footnotetag874" name="footnotetag874"></a><a href="#footnote874" title="Lien vers la note 874"><span class="small">[874]</span></a>.</p>
+
+<p>Quand ces deux hommes eurent connaissance que Clarinda avait une
+intrigue, ils intervinrent. Ils firent des représentations; l'un, sans doute,
+avec des conseils graves et des exhortations; l'autre, cruellement blessé,
+alla peut-être aux reproches et aux récriminations. L'un d'eux même
+lui en écrivit durement<a id="footnotetag875" name="footnotetag875"></a><a href="#footnote875" title="Lien vers la note 875"><span class="small">[875]</span></a>. Il y a lieu de croire qu'ils eurent des soupçons
+sur Burns, sans avoir de certitude. Tremblante de voir irritées les seules
+amitiés qu'elle eût, et consternée à l'idée qu'elles pourraient l'abandonner,
+affligée d'avoir blessé et peut-être éloigné un dévoûment éprouvé, elle
+raconta ses troubles à celui qui en était le motif et lui envoya les lettres
+qu'elle avait reçues à ce sujet. On a perdu les lettres qu'elle écrivit à
+Burns; mais il semble qu'elle lui demandait de renoncer à elle, en lui
+faisant voir les dangers auxquels elle était exposée.</p>
+
+<p>Ce fut simplement, pour lui, comme un coup de fouet. Sa nature ombrageuse
+se cabra. Quelque chose de sa vieille colère contre les faiseurs de
+morale le ressaisit. Quand on lui apporta ces nouvelles, il allait dîner;
+il écrit sur-le-champ quelques lignes furieuses qui partent comme une
+invective et vont presque jusqu'aux gros mots:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Ma toujours très chère Clarinda, je fais attendre pour dîner une nombreuse
+compagnie, pendant que je lis votre lettre et que j'écris ceci. Ne me demandez pas de
+cesser de vous aimer, de vous adorer, dans mon âme; cela m'est impossible: votre
+repos et votre bonheur me sont plus chers que mon âme. Fixez les conditions selon
+lesquelles vous désirez que je vous voie; que je corresponde avec vous, et vous les
+avez. Je ne puis m'empêcher de vous aimer, de m'affliger, de pleurer, de vous
+adorer en secret: vous ne devez pas me refuser cela. Vous me serez toujours</p>
+
+<p class="poem-ctr">Chère comme la lumière qui visite ces yeux attristés,<br>
+Chère comme les gouttes pourpres qui échauffent mon c&oelig;ur<a id="footnotetag876" name="footnotetag876"></a><a href="#footnote876" title="Lien vers la note 876"><span class="small">[876]</span></a>.</p>
+
+<p>Je n'ai pas la patience de lire ce griffonnage de puritain. Maudite sophisterie! Vous,
+Cieux, toi, Dieu de la nature, toi, Sauveur du genre humain, vous contemplez d'en
+haut, avec des yeux approbateurs, une passion inspirée par la flamme la plus pure,
+surveillée par la délicatesse et l'honneur; mais l'âme, haute d'un demi-pouce, d'un
+pitoyable bigot, presbytérien misérable et froid, ne peut rien pardonner qui soit
+au-dessus de son c&oelig;ur de basse fosse et de son cerveau ténébreux.</p>
+
+<p>Adieu, je serai avec vous, demain soir! que votre esprit se tranquillise. Je vous
+appartiendrai de la façon qui vous semblera la meilleure pour votre bonheur. Je n'ose
+pas continuer. Je vous aime et je vous aimerai, et, plein d'une confiance joyeuse, je
+m'approcherai du trône du Juge Tout Puissant des hommes, dédaignant l'écume de
+la sentimentalité et le brouillard de la sophisterie<a id="footnotetag877" name="footnotetag877"></a><a href="#footnote877" title="Lien vers la note 877"><span class="small">[877]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page354" name="page354"></a>(p. 354)</span> On devine ce que put être pour lui le dîner qui l'attendait, pendant
+qu'il traçait ces lignes courroucées. En rentrant à minuit, il écrit de
+nouveau, essayant, cette fois, de convaincre Clarinda de la légitimité
+de leurs relations. La lettre, qui commence avec une sorte de solennité, se
+poursuit sous une forme de raisonnement assez singulière en ce cas, mais
+pressante et vive, et qui monte vers l'éloquence. Elle est malheureusement
+incomplète. Ce dut être une des plus intéressantes et des plus sincères de
+cette correspondance.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Madame, après une journée misérable, je me prépare à une nuit d'insomnie. Je
+vais m'adresser au Témoin tout puissant de mes actions, qui sera un jour, peut-être
+bientôt, mon Tout-puissant Juge. Je ne serai pas l'avocat de la passion. Sois mon
+inspirateur et mon témoin, ô Dieu, tandis que je plaide la cause de la vérité.</p>
+
+<p>J'ai lu la lettre hautaine et impérieuse de votre ami: en pareille matière, vous
+n'êtes responsable que devant votre Dieu. Qui a donné à un de vos semblables, (un
+de vos semblables, incapable d'être votre juge, parce qu'il n'est pas votre égal) le
+droit de vous catéchiser, de vous admonester, de vous ravaler, de vous outrager,
+de vous insulter ainsi, avec cette insouciance et cette cruauté? Je ne désire pas,
+non, je ne <span class="italic">désire</span> pas même vous tromper, Madame. Celui qui voit les c&oelig;urs
+m'est témoin combien vous m'êtes chère; mais même s'il était possible que
+vous me fussiez plus chère encore, je ne consentirais pas à baiser votre main aux
+dépens de votre conscience. Pas de déclamation! Appelons-en à la barre du sens
+commun. Ce n'est pas en pérorant avec emphase des choses sacrées, ce n'est pas
+avec de vagues assertions déclamatoires, ce n'est pas en prenant, en prenant
+hautainement et insolemment le langage dictatorial d'un pontife romain, qu'on
+dissoudra une union comme la nôtre. Dites-moi, Madame, y a-t-il pour vous la plus
+légère ombre d'obligation à accorder votre amour, votre tendresse, vos caresses, vos
+affections, votre c&oelig;ur et votre âme à Mr. Mac Lehose, l'homme qui a continuellement,
+habituellement, barbarement passé à travers les liens du devoir, de la nature ou
+de là reconnaissance envers vous? Il est vrai, les lois de votre pays, pour les plus
+utiles raisons de politique et de sain gouvernement, ont rendu votre personne inviolable;
+mais est-ce que votre c&oelig;ur et vos affections sont liées à un homme qui ne
+vous paie de retour ni pour les unes, ni pour l'autre?</p>
+
+<p>Vous ne pouvez pas faire cela; il n'est pas dans la nature des choses que vous
+soyez obligée à le faire; les sentiments les plus communs de l'humanité l'interdisent.
+Est-il donc vrai que vous possédiez un c&oelig;ur, des affections, sur lesquels aucun
+homme n'a de droit? Cela est vrai, alors dites-moi, au nom du sens commun, peut-il
+être, est-il compatible avec les plus simples notions du bien et du mal de supposer
+qu'il soit blâmable d'accorder à un autre ce c&oelig;ur et ces affections, quand, en les
+accordant, vous ne blessez à aucun degré votre devoir envers Dieu, envers vos
+enfants, envers vous-même, envers la société, en général?<a id="footnotetag878" name="footnotetag878"></a><a href="#footnote878" title="Lien vers la note 878"><span class="small">[878]</span></a></p>
+</div>
+
+<p>S'il était entré, dans la conduite de Burns envers Clarinda, un peu
+d'affection vraie et de désintéressement, cette complication eut dû le
+faire réfléchir, par dessus toutes choses. Il pouvait porter aux intérêts
+matériels de cette femme une atteinte sensible, diminuer son bien-être et
+<span class="pagenum"><a id="page355" name="page355"></a>(p. 355)</span> celui de ses enfants, et la ramener vers le dénûment, en la privant des
+amitiés auxquelles elle devait l'aisance. N'était-ce pas là une responsabilité
+faite pour troubler un honnête homme? Fallait-il risquer l'avenir
+de cette existence? De si aventureux coups de résolution peuvent
+s'excuser, quand on donne vie pour vie, et que chacun paie de tout soi
+les sacrifices que l'autre fait. Était-ce le cas pour lui? N'y avait-il pas
+lieu d'hésiter, de s'arrêter? N'était-ce pas son devoir de penser, lui qui
+n'exposait rien, de penser avant tout à cette femme qui allait perdre
+beaucoup pour lui? N'était-ce pas à lui qu'il revenait de prendre une
+décision de prudence et de donner tendrement un amer avis de sagesse?
+N'y devait-il pas songer, tout au moins? Il n'y songea pas un instant.
+Il ne semble même pas avoir eu la notion qu'il y avait autre chose en
+cause que l'intérêt passager de ce qu'il appelait sa passion et les susceptibilités
+irascibles de son orgueil. Il n'avait trouvé qu'un sophisme, enlevé
+dans une colère presque éloquente par sa violence.</p>
+
+<p>Mais ce n'est là qu'un côté de la situation. Quand on s'est emporté
+contre les jaloux ou les intrus qui nous gênent de leurs soupçons ou de
+leur zèle, on n'a pas fini. On demeure avec une responsabilité. C'est fort
+bien de chasser d'auprès d'une femme les amitiés qui l'entouraient, pourvu
+qu'on les remplace par une affection aussi efficace qu'elles l'étaient, et
+aussi durable qu'elles promettaient de l'être. Il faut que la protection qu'on
+lui apporte vaille celle dont on la prive. Mais si on la laisse désertée par
+ses relations, perdue dans le délaissement et la froideur qu'elle a encourus
+pour nous, on se ménage le remords qu'on mérite chaque fois qu'on a
+sacrifié à un caprice le repos d'une créature humaine. Et Burns le sentait
+bien! Le lendemain de cette lettre toute de revendication, il en écrit une
+autre qui est bien plus près de la vérité; celle-ci, toute de contrition,
+toute de repentir, et portant dans chacune de ses lignes, le sens et le
+chagrin du tort fait à la pauvre femme dont il était aimé.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Votre lettre, Clarinda, m'a causé de la peine. Mon âme s'est réveillée à cette
+triste lecture: j'ai eu peur d'avoir mal agi. Si je vous ai privée d'un ami, que Dieu
+me le pardonne! Mais consolez-vous, Clarinda; élevons le ton de nos sentiments
+un peu plus haut, un peu plus hardiment. Celui de nos semblables qui nous
+abandonne, qui nous méprise, sans juste motif,&mdash;qu'un peu d'orgueil honnête
+nous soutienne!&mdash;laissons-le partir! Comment vous consolerai-je, moi qui vous
+ai causé ce tort? Puis-je souhaiter de ne vous avoir jamais vue? ne jamais vous
+avoir rencontrée? Non, jamais! Mais vous ai-je donc réduite à être sans amis? La
+folie est presque dans cette pensée. Père des miséricordes! contre toi, j'ai souvent
+péché; par ta grâce, j'essayerai de ne plus le faire. Quant à celle qui, tu le sais, m'est
+plus chère que moi-même, verse dans ses blessures passées, le baume de la paix,
+entoure-la, protège-la de ton soin spécial, dans tous ses jours, dans toutes ses nuits
+futures. Fortifie son tendre, son noble esprit, afin qu'elle souffre avec fermeté et
+endure avec grandeur. Rends-moi digne de cette amitié, de cet amour dont elle
+m'honore. Que mon attachement pour elle soit pur comme le dévouement, et durable
+comme la vie immortelle. Ô bonté toute puissante! Écoute-moi! sois-lui, à tous les
+<span class="pagenum"><a id="page356" name="page356"></a>(p. 356)</span> instants et surtout à l'heure de l'angoisse et de l'épreuve, un ami cher, un consolateur,
+un guide et un gardien.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Que tes serviteurs sont bénis, ô Dieu,<br>
+Que leur défense est sûre!<br>
+Ils ont pour guide la sagesse éternelle,<br>
+Pour appui, la Puissance infinie.</p>
+
+<p>Pardonnez-moi, Clarinda, le tort que je vous ai fait. Ce soir, je vous verrai, car
+je n'aurai pas de repos, avant de vous voir<a id="footnotetag879" name="footnotetag879"></a><a href="#footnote879" title="Lien vers la note 879"><span class="small">[879]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Mais peut-on rester sur ces aveux d'imprudence et sur ces demandes
+de pardon? Tout naturellement, il vient au c&oelig;ur et aux lèvres des
+promesses de réparation, des serments de fidélité éternelle, des engagements
+de compenser tout ce qu'on a fait perdre. On veut effacer le
+dommage qu'on a causé. On croit soi-même qu'on ne faillira pas à le
+faire. C'est ce que fait Burns.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Je viens de recevoir votre première lettre d'hier, par suite de la négligence de la
+poste. Clarinda, les choses sont devenues très sérieuses pour nous. Écoutez-moi
+donc sérieusement, et écoute-moi, ô Ciel!</p>
+
+<p>Je vous ai rencontrée, ma chère Clarinda, de beaucoup la première des femmes,
+du moins pour moi. Je vous estimai, je vous aimai à première vue; et vous m'avez
+fait l'honneur de me rendre ces deux attachements. Plus je vous connais, plus je
+découvre en vous de charme inné et de mérite. Vous avez souffert une perte, je le
+confesse, à cause de moi; mais si l'amitié la plus ferme, la plus sûre, la plus ardente;
+si tous les efforts pour être digne de la vôtre; si un amour fort comme les liens de la
+nature et saint comme les devoirs de la religion; si toutes ces choses peuvent ressembler
+de loin à une compensation pour le mal que je vous ai occasionné; si elles sont
+dignes d'être acceptées par vous ou peuvent au moindre degré ajouter à vos joies&mdash;puissiez-vous,
+pouvoirs célestes, secourir Sylvander à son heure de détresse comme il
+offre tout cela prodiguement à Clarinda!</p>
+
+<p>Je vous estime, je vous aime comme amie; je vous admire, je vous aime comme
+femme, au-delà d'aucune autre dans le cercle de la création. Je sais que je continuerai
+à vous estimer, à vous aimer, à prier pour vous, que dis-je? à prier pour moi-même
+par amour pour vous<a href="#footnote879" title="Lien vers la note 879"><span class="small">[879]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Et le lendemain il écrivait en termes aussi forts et aussi engageants:</p>
+
+<p class="quote">Je suis à vous, Clarinda, pour la vie. Que tout ceci ne vous décourage pas. Regardez
+en avant; dans quelques semaines je serai, dans un endroit ou dans un autre, hors
+de la possibilité de vous voir: jusque-là je vous écrirai souvent mais j'irai rarement
+vous faire visite. Votre renommée, votre bien-être, votre bonheur me sont plus chers
+que toutes les joies. Consolez-vous, mon aimée! le moment présent est le plus dur;
+la bienfaisante main du temps est occupée, chaque jour, chaque heure, soit à alléger
+le fardeau, soit à nous rendre insensibles à son poids. Aucun de ces amis, je veux dire
+M<sup>r</sup> &mdash;&mdash; et les autres messieurs, ne peut nuire à vos ressources; et quant à leur amitié,
+peu de temps vous apprendra à être tranquille et, peu après, à être heureuse sans
+elle. De décents moyens de vivre dans le monde, un Dieu qui vous approuve, une
+<span class="pagenum"><a id="page357" name="page357"></a>(p. 357)</span> conscience en paix et un ami ferme et fidèle&mdash;est-ce qu'on peut dire que celui qui
+possède ces choses est malheureux? Vous les possédez<a id="footnotetag880" name="footnotetag880"></a><a href="#footnote880" title="Lien vers la note 880"><span class="small">[880]</span></a>.</p>
+
+<p>Peu à peu, la rumeur publique l'avait désigné comme l'inconnu qui
+troublait la tranquillité de la vie de Clarinda, car il ajoutait: «Cependant
+si quelqu'un de ces intempestifs amis vous questionnait à mon propos et
+vous demandait si je suis <span class="italic">Lui</span>, je ne pense pas qu'ils aient droit à une
+réponse. Quant à leur jalousie et à leur espionnage, je les méprise<a href="#footnote880" title="Lien vers la note 880"><span class="small">[880]</span></a>.»</p>
+
+<p>C'est dans ces pénibles circonstances qu'eut lieu, le samedi 16 février
+1788, la dernière rencontre des deux amants, avant le départ de Burns.
+À la tristesse de la séparation, s'ajoutaient, pour Clarinda, l'anxiété des
+jours précédents, peut-être la lassitude de scènes de reproches, l'inquiétude
+de sa réputation compromise, le regret d'avoir blessé son bienfaiteur et
+le déchirement que cause une amitié qui se détache. Et c'était au moment
+où les affections éprouvées l'abandonnaient, que le nouvel amour qui les
+éloignait s'en allait aussi. Elle devait être brisée. Avec un mélange de
+tendresse et de dévotion, elle fit promettre à Burns que, tous les dimanches
+à huit heures, au service du soir, à l'église, il penserait à elle. Elle se
+rappelait peut-être les vers adorables de Shakspeare où une amante se
+propose d'engager son amant à la rencontrer dans son oraison, à la
+sixième heure du jour, à midi et à minuit, parce qu'alors «elle est au ciel
+pour lui<a id="footnotetag881" name="footnotetag881"></a><a href="#footnote881" title="Lien vers la note 881"><span class="small">[881]</span></a>.» Leur liaison, si littéraire, s'achevait sur un souvenir de <span class="italic">Cymbeline</span>
+comme elle avait commencé par une citation d'<span class="italic">Othello</span>. Enfantillages
+bienfaisants qui distraient l'amertume des dernières entrevues et conduisent
+peu à peu de la crise de la séparation à l'habitude de l'absence! La
+pauvre Clarinda s'y rattachait dans sa solitude. Sans doute, Burns lui fit
+des adieux éloquents et répandit des promesses solennelles. Sans doute
+encore, il était sincère, et quand il lui prodiguait des serments dont le ton
+se devine à celui de ses lettres, que pouvait-elle faire, sinon le croire,
+laisser, comme un baume, cette parole tomber sur tant de chagrins. Mais
+quand il ne fut plus là, dans quel délaissement elle dut se sentir!
+Quelques jours après son cousin vint la voir. Comme elle le remerciait
+de sa visite, il lui répondit que «c'était seulement pour cacher au monde,
+le changement survenu dans son amitié.» Elle eut peine à se retenir de
+pleurer. «J'ai fait mon choix, écrivait-elle à Burns en lui racontant cette
+scène, et vous seul pourrez m'en faire repentir. Cependant, tant que je
+vivrai, je regretterai d'avoir perdu l'amitié d'un tel homme<a id="footnotetag882" name="footnotetag882"></a><a href="#footnote882" title="Lien vers la note 882"><span class="small">[882]</span></a>.»</p>
+
+<p class="p2">En Burns, ce roman se déroulait sur une détresse de c&oelig;ur dont les fluctuations
+se mêlent avec lui. Elles se combinent avec les mouvements de sa
+<span class="pagenum"><a id="page358" name="page358"></a>(p. 358)</span> passion pour s'en exaspérer ou pour s'y amortir. On pense à ces coups
+de vent qui courent sur une mer agitée: tantôt la rafale coïncide avec la
+houle et la soulève encore davantage et tantôt, quand leurs ondes se
+contrarient, la rabat et la ralentit. Mais sous ces vicissitudes superficielles,
+on voit un abîme de trouble. Au commencement de Décembre, aussitôt
+après sa chute et avant que ses relations avec Clarinda fussent vraiment
+engagées, il écrivait à Miss Chalmers:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Je suis ici, aux soins d'un chirurgien, avec un membre meurtri étendu sur
+un coussin; les teintes de mon esprit rivalisent avec la livide horreur qui précède un
+orage de minuit. Un cocher ivre est la cause du premier de ces deux maux et du plus
+léger incomparablement; le malheur, ma constitution physique, l'enfer et moi-même
+avons formé une «quadruple alliance» pour assurer le second...</p>
+
+<p>Je donnerais ma meilleure chanson à mon pire ennemi, je veux dire le mérite de
+l'avoir faite, pour vous avoir, vous et Charlotte, auprès de moi. Vous êtes d'angéliques
+créatures et vous verseriez l'huile et le vin dans mon âme blessée<a id="footnotetag883" name="footnotetag883"></a><a href="#footnote883" title="Lien vers la note 883"><span class="small">[883]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>On comprend que cet accident, avec tous les inconvénients matériels
+qu'il entraînait et peut-être des souffrances, lui ait arraché des plaintes.
+Mais il ne suffit pas à les expliquer toutes. Dans une lettre du 19 Décembre
+adressée encore à Miss Chalmers, au moment où il en était à ses déclarations
+à Clarinda et appartenait tout entier à ce commencement d'intrigue,
+elles reparaissent sous une légère éclaircie. «Il y a, dit La Rochefoucauld,
+une première fleur d'agrément et de vivacité dans l'amour qui passe
+insensiblement comme celle des fruits<a id="footnotetag884" name="footnotetag884"></a><a href="#footnote884" title="Lien vers la note 884"><span class="small">[884]</span></a>.» Burns était en train de jouer
+avec cette fleur et la passagère ivresse de ce parfum affranchissait,
+pendant quelques instants, son esprit de ses préoccupations.</p>
+
+<p class="quote">L'atmosphère de mon âme est beaucoup plus claire que lorsque je vous ai écrit la
+dernière fois. Pour la première fois, hier, j'ai traversé ma chambre sur des béquilles.
+Cela vous aurait réjoui le c&oelig;ur de voir ma barderie, non sur des échasses poétiques,
+mais sur des échasses de chêne; lançant ma bonne jambe avec une fierté! et avec
+autant de joyeuseté dans ma démarche et mon air, qu'une grenouille en mai, qui
+saute à travers le sillon nouvellement hersé, et goûte la senteur de la terre rafraîchie
+après l'averse longtemps attendue<a id="footnotetag885" name="footnotetag885"></a><a href="#footnote885" title="Lien vers la note 885"><span class="small">[885]</span></a>.</p>
+
+<p>Mais les dessous restaient bouleversés et l'horizon assombri. Dans cette
+même lettre il en marquait les causes, presque irrémédiables. L'une était
+extérieure; c'était toujours l'appréhension de l'avenir:</p>
+
+<p class="quote">Je ne puis dire que je sois tout à fait à mon aise quand j'aperçois n'importe où, sur
+mon chemin, ce spectre maigre, squalide, à face de famine, la Pauvreté, accompagnée
+comme elle l'est toujours, par l'Oppression au poing de fer et le Mépris ricaneur, mais
+<span class="pagenum"><a id="page359" name="page359"></a>(p. 359)</span> j'ai obstinément résisté à leurs attaques pendant bien des jours de dur labeur et
+toujours ma devise est «<span class="italic">je défie</span>».<a id="footnotetag886" name="footnotetag886"></a><a href="#footnote886" title="Lien vers la note 886"><span class="small">[886]</span></a></p>
+
+<p>L'autre cause était plus intime et peut-être plus loin de tout remède ou
+de toute chance heureuse. C'était la conscience de son incapacité à se
+diriger, qui, en s'unissant à sa situation difficile, lui donnait un âpre
+mécontentement de son sort.</p>
+
+<p class="quote">Mon pire ennemi est <span class="italic">moi-même</span><a id="footnotetag887" name="footnotetag887"></a><a href="#footnote887" title="Lien vers la note 887"><span class="small">[887]</span></a>. Je suis si misérablement ouvert aux attaques et aux
+incursions d'une troupe de bandits malfaisants, armés à la légère et bien montés,
+sous les bannières de l'Imagination, de la Fantaisie et du Caprice; et les vétérans
+réguliers, lourdement armés, de la Sagesse, de la Prudence et de la Prévoyance, se
+meuvent si lentement, si lentement, que je suis dans un état de guerre presque perpétuelle
+et, hélas! de défaite fréquente. Il y a juste deux créatures que j'envierais: un
+cheval sauvage traversant les forêts d'Asie, ou une huître sur quelque grève déserte de
+l'Europe. Le premier n'a pas un désir sans sa jouissance; la seconde n'a ni désir ni
+crainte.</p>
+
+<p>Vers la fin de Janvier, dans les jours qui précèdent sa quatrième
+entrevue avec Clarinda, une véritable explosion d'amertume éclate en
+lui. Ni Chateaubriand, ni Byron, n'ont exprimé la lassitude et le dégoût
+de vivre avec plus d'énergie. Henri Heine lui-même n'a pas trouvé
+d'image plus cruelle, plus nette, plus incisive, pour rendre le souhait d'être
+délivré de cette fatigue, que celle qui semble avoir pris possession de son
+esprit, car elle revient dans des lettres à des personnes différentes:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Après une réclusion de six semaines, je commence à marcher dans ma chambre.
+Ce furent six horribles semaines; l'angoisse et le découragement me rendaient
+impropre à lire, à écrire ou penser.</p>
+
+<p>J'ai cent fois souhaité qu'on pût résigner sa vie, comme un officier résigne sa
+commission, car je ne voudrais pas duper un pauvre malheureux ignorant en la lui
+revendant. Naguère, j'étais un simple soldat à douze sous de paie et, Dieu le sait,
+un soldat assez misérable; maintenant je vais entrer en campagne comme un cadet
+meurt-de-faim,&mdash;dont la pénurie est un peu plus manifeste.</p>
+
+<p>J'ai honte de tout ceci; car bien que je ne manque pas de bravoure dans le combat
+de la vie, je voudrais, comme tant d'autres soldats, avoir assez de force d'âme pour
+simuler le courage ou de ruse pour cacher ma lâcheté<a id="footnotetag888" name="footnotetag888"></a><a href="#footnote888" title="Lien vers la note 888"><span class="small">[888]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Cette lettre est du 21 Janvier. Le 22 il en écrivait une autre à Miss
+Chalmers plus découragée et plus inquiétante encore.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Maintenant parlons de cet être imprudent, infortuné, <span class="italic">moi-même</span>. Dieu ait pitié de
+moi! pauvre sot maudit, étourdi, dupé, malheureux! le jeu, la misérable victime d'un
+orgueil révolté, d'une imagination hypocondriaque, d'une sensibilité torturée et de
+passions dignes de Bedlam!</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page360" name="page360"></a>(p. 360)</span> «Je voudrais être mort, mais il est peu probable que je meure.» Je viens récemment
+«d'échapper de l'épaisseur d'un cheveu sur la brèche mortelle et dangereuse<a id="footnotetag889" name="footnotetag889"></a><a href="#footnote889" title="Lien vers la note 889"><span class="small">[889]</span></a>»
+de l'amour. Grâce à mon étoile, j'en suis sorti le c&oelig;ur entier «avec plus de peur
+que de mal<a id="footnotetag890" name="footnotetag890"></a><a href="#footnote890" title="Lien vers la note 890"><span class="small">[890]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>Il est nécessaire de remarquer que cette allusion, qui ne peut se rapporter
+qu'à Clarinda, est écrite avant ses plus chaleureuses et ses plus
+solennelles protestations envers elle. En sorte qu'il est manifeste qu'il
+avait conscience du peu de racines que cette prétendue passion avait en
+lui, au moment même où il en affirmait l'indestructible puissance. Cette
+lettre était tout à coup interrompue sur ces derniers mots par des nouvelles
+qui devaient être terribles, car elle reprenait, toute bouleversée, dans une
+agitation de désespoir.</p>
+
+<p class="quote">Je viens juste à l'instant d'être informé... je redoute d'être à peu près... ruiné;
+mais j'espère pour le mieux. Viens, Orgueil obstiné et inflexible Résolution, accompagne-moi
+à travers ce monde, pour moi un misérable monde! Il ne faut pas que vous
+m'abandonniez. Je pense que je puis compter sur votre amitié, alors même que je
+daterais mes lettres d'un régiment de ligne. Dans ma jeunesse et pendant toute ma
+vie, j'ai considéré le tambour du recrutement comme mon dernier enjeu. Sérieusement,
+la vie ne me présente qu'un sentier mélancolique: mais... ma jambe sera bientôt
+guérie et je lutterai encore<a href="#footnote890" title="Lien vers la note 890"><span class="small">[890]</span></a>.</p>
+
+<p>Qu'était-ce donc que la mystérieuse nouvelle qui lui apportait un tel
+émoi? Quelle menace soudaine de sa destinée le réduisait à cette
+ressource de partir soldat, la dernière avant le suicide, qu'il n'avait
+envisagée qu'aux instants les plus désespérés de sa jeunesse? Hélas!
+c'étaient les mauvais jours, c'était la mauvaise action de Mauchline qui
+le rejoignait. Il avait cru la laisser derrière lui, l'avait oubliée peut-être.
+Mais elle avait obstinément cheminé sur ses traces, marchant, malgré tout,
+plus vite que sa vie. Et voici qu'elle venait d'entrer chez lui, qu'elle était
+là, qu'elle lui réclamait les lourds intérêts d'une heure coupable. Et dans
+quel moment apparaissait la redoutable créancière? Juste quand il
+s'engageait dans une nouvelle folie et peut-être une nouvelle faute. Et
+telle était son impuissance à résister aux amorces du moment, que cette
+apparition ne l'arrêtait point et qu'il continuait, comme un fou incorrigible,
+à se préparer d'autres difficultés, d'autres regrets, d'autres remords.</p>
+
+<p class="p2">Il faut remarquer que presque toutes les confidences de Burns, dès ce
+moment, sont faites à des femmes, jeunes ou vieilles. Les amitiés féminines
+ont imperceptiblement remplacé dans sa vie les amitiés mâles. C'est un
+fait grave, en ce qu'il indique un mouvement important de vie intérieure.
+Il est l'indice d'un isolement qui provient, soit de l'orgueil, soit d'une
+<span class="pagenum"><a id="page361" name="page361"></a>(p. 361)</span> fatigue des plus hautes énergies. Quand chez un homme le c&oelig;ur est
+devenu trop endolori pour souffrir, ou trop altier pour supporter des avis
+fermes, il se détourne des amitiés viriles. Les causes en sont apparentes.
+D'homme à homme on est deux: aussi inférieur que soit l'ami, s'il est
+véritablement un homme, on est avec un pair et avec un juge; une
+confidence est un effort quelquefois courageux qui suppose la résolution
+d'accepter un blâme ou un conseil. D'homme à femme on n'est que soi;
+aussi intelligente que soit l'amie, elle n'est le plus souvent qu'une
+admiratrice; si elle est véritablement femme, elle juge peu, et, lorsqu'elle
+désapprouve c'est plutôt un chagrin silencieux pour elle qu'un blâme
+exprimé. Il y a dans ces relations une acceptation plus docile, une sorte
+de réceptivité passive, qui fait d'une confession un soulagement. Aussi
+les âmes blessées et celles qui, par orgueil excessif, s'écartent du commerce
+des autres hommes, se portent insensiblement vers celui des femmes.
+N'est-il pas remarquable que Rousseau, dont le c&oelig;ur présomptueux et
+ulcéré est le type de ces isolements et dont la vie entière fut faite de
+cette maladie, n'eut jamais que des intimités féminines? Il y avait, vers
+cette époque-ci, chez Burns, quelque chose de semblable. Aucune de ses
+confidences profondes ne va à un ami, ni aux anciens comme Gavin
+Hamilton, Aiken, Smith ou Richmond, ni aux nouveaux comme Nicol ou
+Ainslie. On dira peut-être que ce n'était pas entièrement de sa faute,
+qu'il lui était peut-être impossible de trouver, au rang intellectuel où il
+était parvenu, un véritable ami; que les gens de valeur, avocats, médecins
+ou professeurs, avec lesquels il eût pu se lier, différaient trop de lui;
+qu'enfermés dans leurs principes de morale et dans leur régularité sociale,
+ils ne le comprenaient point; qu'il ne pouvait en réalité avoir d'autres
+amis que ses anciens camarades de Mauchline comme Smith et Richmond,
+mais que de ce côté l'intervalle s'était établi en sens inverse, que sa
+renommée leur en imposait, qu'ils avaient perdu la familiarité nécessaire;
+on dira enfin que, si des hommes comme Gavin Hamilton et Aiken pouvaient
+recevoir ses confidences, il était naturel qu'il hésitât à leur avouer
+que leurs espoirs pour lui avaient abouti à ces lamentables révélations.
+Mais ce ne sont là que de vaines excuses. La vérité est que son esprit,
+toujours susceptible, était devenu si morbidement ombrageux qu'il ne
+pouvait supporter la plus légère censure, même d'une femme. «Si vos
+vers, écrivait-il à Clarinda, comme vous semblez l'indiquer, contiennent
+une critique, ne les envoyez pas, à moins que vous ne cherchiez une
+occasion de rompre avec moi. J'ai une légère infirmité dans ma nature,
+c'est que, là où j'aime tendrement et où j'estime hautement, je ne puis
+supporter de reproche<a id="footnotetag891" name="footnotetag891"></a><a href="#footnote891" title="Lien vers la note 891"><span class="small">[891]</span></a>.» On pense s'il les supportait davantage là où il
+n'avait ni amour ni estime. S'il parlait de la sorte à une pauvre femme
+<span class="pagenum"><a id="page362" name="page362"></a>(p. 362)</span> qu'il prétendait aimer et à propos d'une réserve timide, on peut juger
+dans quel état l'eût mis le blâme plus rude d'un homme. Et là est la vraie
+raison de ces confidences féminines. Ce fut grand dommage pour lui.
+L'esprit d'un ami sûr et indulgent est le seul vase de bronze où verser
+ses faiblesses et ses remords. Lui seul a l'austérité qui convient à certains
+secrets; il ressemble davantage à ces urnes où l'on met ce qui est mort
+ou ce qu'on croit mort. Et encore, il rend, quand on l'interroge, un son
+plus grave, plus sévère et de lui sortent parfois des oracles virils. C'est
+un malheur pour un homme quand ces graves dépositaires disparaissent
+de sa vie, et qu'il choisit de répandre son c&oelig;ur dans de fragiles
+porcelaines.</p>
+
+<p class="p2">Il y avait un double motif au départ de Burns. Il devait aller, dans le
+Dumfriesshire, visiter la ferme qu'on lui offrait; avant de signer le
+contrat, il tenait à se rendre compte de la nature des terres et des chances
+qu'il aurait d'y gagner sa vie «à la queue de la charrue». Mais il y
+avait, on peut le pressentir, une autre raison, la plus secrète et la plus
+grave. À la suite de la réconciliation, lors du premier retour de Burns à
+Mauchline, Jane Armour était devenue enceinte de nouveau. Lorsqu'il
+avait connu cette seconde faute, le père, qui avait eu tant de peine à
+pardonner la première, avait été sans pitié. Il avait chassé de son toit
+celle qui, à ses yeux, y ramenait le déshonneur. C'était au milieu de
+l'hiver, dans la saison inclémente où il semble impossible, quelle qu'ait
+été son erreur, de refermer sur un enfant la porte de la maison, de
+l'abandonner aux routes glaciales. Le vieux maître maçon fut inexorable.
+La malheureuse fille se trouva sans asile, comme une mendiante.
+L'héroïne d'une des chansons de Burns, composée peut-être sur le
+souvenir de cet incident, chante:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>«Ce n'est pas le froid vent d'hiver,<br>
+Ce n'est pas la neige chassée<br>
+Qui font venir les larmes à mes yeux.<br>
+C'est de penser à celui qui est au loin,</p>
+
+<p>Mon père m'a repoussée de sa porte,<br>
+Mes amis m'ont reniée;<br>
+Mais j'ai quelqu'un qui me défendra,<br>
+Le cher gars qui est au loin»<a id="footnotetag892" name="footnotetag892"></a><a href="#footnote892" title="Lien vers la note 892"><span class="small">[892]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>La pauvre Jane n'avait pas même cette consolation; le père de l'enfant
+qu'elle portait en elle était en train de prodiguer à une autre des déclarations
+d'amour éternel; elle devait se croire oubliée même de lui. En
+apprenant ces nouvelles, Burns avait prié la femme d'un de ses amis,
+<span class="pagenum"><a id="page363" name="page363"></a>(p. 363)</span> fermier à Tarbolton, de la recueillir pour quelques jours. C'était en partie
+pour venir au secours de Jane, dont le terme de grossesse approchait, qu'il
+quittait Clarinda.</p>
+
+<p>Il arriva à Mauchline le 23 février, un samedi. Son premier soin fut de
+louer une chambre et d'acheter un lit pour Jane. Il parvint même à la
+réconcilier assez avec sa mère pour que celle-ci consentît à venir lui
+donner des soins. On croirait qu'il ne put se défendre d'un retour de
+tendresse, en retrouvant, dans la souffrance et la disgrâce, celle qu'il avait
+si violemment aimée et qu'il avait considérée comme sa femme. Quelque
+chose des jours passés devait, semble-t-il, lui revenir au c&oelig;ur, ne fût-ce
+qu'un écho lointain des chants d'alors:</p>
+
+<p class="poem-ctr">«Ô toi, reine brillante qui, au-dessus de la plaine,<br>
+Règnes au haut du ciel dans ta puissance infinie,<br>
+Souvent ton regard silencieux<br>
+Nous a vus errer dans nos promenades amoureuses;<br>
+Le temps inaperçu s'enfuyait,<br>
+Tandis que le pouls luxurieux de l'amour battait fort,<br>
+Sous ton rayon aux reflets d'argent,<br>
+De voir nos regards s'allumer l'un l'autre<a id="footnotetag893" name="footnotetag893"></a><a href="#footnote893" title="Lien vers la note 893"><span class="small">[893]</span></a>».</p>
+
+<p>Rien de cela ne paraît, pas un tressaillement. Il eut pour elle une
+sorte de commisération extérieure par laquelle il la réconforta un peu.
+Mais le c&oelig;ur resta insensible. Il arrivait l'âme pleine de l'idée d'une
+autre femme, cultivée, élégante et encore aimée; le contraste avec cette
+paysanne pauvre, dont il se croyait délivré, lui fut pénible jusqu'à lui
+sembler odieux. Il prévoyait aussi de nouveaux ennuis et essaya de
+se prémunir contre eux. Il eut un mouvement de dépit et de colère. On
+aurait quelque peine à le croire, s'il n'y avait à ce sujet deux lettres
+accablantes, que les éditeurs précédents avaient jusqu'ici dissimulées ou
+tronquées, et que M<sup>r</sup> Scott Douglas seul a eu la franchise et le courage
+de publier.</p>
+
+<p>Le jour même de son arrivée et de sa visite à Jane, il écrivait à
+Clarinda:</p>
+
+<p class="quote">«Maintenant, quelques nouvelles qui vous feront plaisir. En arrivant ce matin, je
+suis allé voir certaine femme. J'ai du dégoût pour elle&mdash;je ne puis la souffrir! Tandis
+que mon c&oelig;ur me reprochait cette profanation, j'ai essayé de la comparer avec ma
+Clarinda: c'était mettre la lueur expirante d'une chandelle d'un liard à côté de
+l'éclat sans nuages du soleil à midi. <span class="italic">Ici</span>, une fadeur insipide, la vulgarité d'âme, des
+flatteries mercenaires; <span class="italic">là</span>, le bon sens poli, un génie donné par le ciel et la plus
+généreuse, la plus délicate, la plus tendre passion. J'en ai fini avec elle et elle avec
+moi.<a id="footnotetag894" name="footnotetag894"></a><a href="#footnote894" title="Lien vers la note 894"><span class="small">[894]</span></a>»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page364" name="page364"></a>(p. 364)</span> Et quelques jours après, il écrivait à son ami Robert Ainslie à
+Édimbourg:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Depuis que je suis venu dans ce pays, j'ai traversé de cruelles tribulations et j'ai
+été en butte aux coups du Méchant. J'ai trouvé Jane, bannie comme une martyre,
+délaissée, pauvre, sans amis, tout cela pour la bonne vieille cause.</p>
+
+<p>Je l'ai réconciliée à son sort; je l'ai réconciliée avec sa mère; je l'ai menée dans
+une chambre; je l'ai prise dans mes bras; je lui ai donné un lit d'acajou; je lui ai
+donné une guinée; et je l'ai embrassée jusqu'à ce qu'elle se réjouît dans une joie
+ineffable et radieuse. Mais,&mdash;comme cela m'arrive dans toutes les occasions,&mdash;j'ai
+été prudent et avisé à un degré étonnant. Je lui ai fait jurer, en particulier et solennellement,
+de ne jamais essayer de me revendiquer comme son époux, quand bien
+même on lui persuaderait qu'elle en a le droit, ce qui n'est pas&mdash;ni pendant ma
+vie, ni après ma mort. Elle a obéi comme une bonne fille<a id="footnotetag895" name="footnotetag895"></a><a href="#footnote895" title="Lien vers la note 895"><span class="small">[895]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Ces lettres sont cruelles, la première surtout. Sans doute il n'eut pas
+la brutalité de laisser paraître les sentiments qu'elle traduit. Il était bon
+et dissimula sa froideur sous des caresses. Mais la promesse qu'il exigeait
+était assez pour assombrir les pensées que les femmes qui portent un
+enfant tournent naturellement vers l'avenir. C'est un dur moment pour
+s'engager à ne pas être épouse que celui où l'on va devenir mère. Les
+paysannes, comme les autres, sentent ces choses, et Jane dut en souffrir.
+Mais Burns était encore sous le charme d'Édimbourg; il avait l'égoïsme
+des gens épris. Ce fut là un des moments troubles et mauvais de sa vie.
+Ces deux lettres sont une vilaine action. Il n'y a pas à essayer de l'en
+défendre. C'est peut-être ce qu'il a fait de plus mal en sa vie.</p>
+
+<p class="p2">Il ne séjourna pas à Mauchline et, prenant avec lui un vieux fermier
+dans l'expérience de qui il avait confiance, il partit pour le Dumfriesshire
+afin d'examiner les différentes fermes, situées à peu de distance de
+Dumfries, entre lesquelles il avait le choix<a id="footnotetag896" name="footnotetag896"></a><a href="#footnote896" title="Lien vers la note 896"><span class="small">[896]</span></a>. Il y allait sans beaucoup
+d'ardeur, un peu pour la forme, par politesse pour l'offre qu'on lui avait
+faite. La visite cependant fut plus favorable qu'il ne s'y attendait. Son
+compagnon se montra satisfait des terres qu'ils virent et fut d'avis qu'il
+pourrait accepter. La ferme qui leur plut davantage s'appelait Ellisland.
+Après une huitaine d'absence, Burns revint avec l'intention de la prendre
+si ses conditions pouvaient s'accorder avec celles du propriétaire.</p>
+
+<p>À son retour de Dumfries, il passa à Mauchline environ une semaine,
+qui fut surtout consacrée à Jane Armour, dont la position réclamait de
+plus en plus de soins. Il semble que ce rapprochement prolongé ait
+cette fois réveillé quelques restes de l'ancienne tendresse. L'influence
+factice et étourdissante de Clarinda s'était un peu dissipée au grand air.
+<span class="pagenum"><a id="page365" name="page365"></a>(p. 365)</span> Il avait eu le temps de se rajuster au milieu dans lequel Jane reprenait
+ses attraits et toute sa grâce villageoise. Il écrivait en effet, à son ami
+Brown, une lettre qui contraste avec celles qu'il avait écrites quelques
+jours auparavant. Il faut passer par-dessus ce que la forme peut avoir
+d'un peu choquant, dans ses comparaisons maritimes et en dégager le
+sentiment qui s'y dissimule:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«J'ai trouvé Jane avec sa cargaison bien arrimée; mais, malheureusement, dans un
+mouillage presque à la merci du vent et de la marée. Je l'ai remorquée dans un port
+commode où elle peut rester tranquillement à l'ancre, jusqu'à ce qu'elle opère son
+déchargement. J'en ai pris le commandement, pas ostensiblement, mais en secret pour
+quelque temps. Je vous suis reconnaissant de la bonté avec laquelle vous vous informez
+d'elle, car après tout, je puis dire avec Othello:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Excellente malheureuse,<br>
+La perdition saisisse mon âme, mais je t'aime<a id="footnotetag897" name="footnotetag897"></a><a href="#footnote897" title="Lien vers la note 897"><span class="small">[897]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Pendant ce temps la correspondance avec Clarinda, au début très
+fréquente, s'était un peu relâchée. Burns était resté une semaine sans
+donner de ses nouvelles. Clarinda froissée s'en plaint, non sans un peu
+de tristesse.</p>
+
+<p class="quote">«J'ai reçu votre lettre de Cumnock, il y a une heure, et afin de vous montrer mon
+bon caractère, je m'assieds pour vous écrire aussitôt. Je crains, Sylvander, que vous
+n'exagériez ma générosité, car, croyez-moi, il s'écoulera quelque temps avant que je
+puisse cordialement vous pardonner la peine que votre silence m'a causé! Avez-vous
+ressenti quelquefois cette douleur de c&oelig;ur qui provient d'une espérance différée?
+Cette peine, la plus cruelle de toutes, vous me l'avez infligée pendant les huit jours
+qui viennent de passer. Je crois pouvoir tenir raisonnablement compte de la hâte des
+affaires et des distractions. Cependant, quelque prise que j'eusse été, j'aurais trouvé
+une heure sur vingt-quatre pour vous écrire. N'en parlons plus. J'accepte vos excuses,
+mais je suis blessée qu'il en ait fallu entre nous dans une occasion aussi tendre.<a id="footnotetag898" name="footnotetag898"></a><a href="#footnote898" title="Lien vers la note 898"><span class="small">[898]</span></a>»</p>
+
+<p>Pour s'excuser, Burns rejette la faute sur les occupations dont il est
+accablé et sur le formidable accueil qu'il a reçu dans le pays:</p>
+
+<p class="quote">«J'ai toujours quelque idée de ne pas m'asseoir pour écrire une lettre, à moins que
+je n'aie assez de temps et de possession de mes facultés pour faire honneur à une
+lettre, ce qui à présent est rarement ma situation. Par exemple hier, j'ai dîné chez un
+ami à quelque distance; l'hospitalité sauvage de ce pays m'a fait passer la plus grande
+partie de ma nuit en face du breuvage éc&oelig;urant du bowl. Aujourd'hui, nausées,
+migraine, tristesse misérable, jeûne, excepté un coup d'eau ou de petite bière.
+Maintenant, huit heures du soir, à peine capable de me traîner à dix minutes de marche
+à Mauchline, pour attendre la poste, dans la douce espérance d'avoir des nouvelles de
+la maîtresse de mon âme.<a id="footnotetag899" name="footnotetag899"></a><a href="#footnote899" title="Lien vers la note 899"><span class="small">[899]</span></a>»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page366" name="page366"></a>(p. 366)</span> À ces excuses, Clarinda répond, avec raison, qu'il ne doit pas reculer
+une lettre parce qu'il n'a pas le temps de la soigner. Elle sait assez ce
+dont il est capable et deux lignes lui «auraient épargné des jours et des
+nuits d'inquiétude<a id="footnotetag900" name="footnotetag900"></a><a href="#footnote900" title="Lien vers la note 900"><span class="small">[900]</span></a>.» Ses lettres à elle sont, au contraire, pleines d'un
+sentiment vrai. Elles deviennent plus simples. Elle lui raconte la tristesse
+qui est tombée sur sa vie depuis qu'il est parti. Elle s'est retirée dans
+l'isolement, où l'on est bien avec une chère pensée. «J'ai été solitaire
+depuis notre tendre adieu jusqu'à ce soir<a id="footnotetag901" name="footnotetag901"></a><a href="#footnote901" title="Lien vers la note 901"><span class="small">[901]</span></a>.» Tout lui semble délaissé.
+«Je pense que les rues ont un air tout désert depuis lundi; et il y a une
+certaine insipidité dans de bonnes gens, dont la société me plaisait
+naguère<a id="footnotetag902" name="footnotetag902"></a><a href="#footnote902" title="Lien vers la note 902"><span class="small">[902]</span></a>.» Elle cherche les occasions de parler ou d'entendre parler
+de lui. «Hier, je pensais à vous et je suis allé chez Miss Nimmo pour
+avoir la douceur de parler de vous<a href="#footnote902" title="Lien vers la note 902"><span class="small">[902]</span></a>.» Elle s'inquiète de le savoir en
+proie aux hospitalités dont il lui fait le tableau<a id="footnotetag903" name="footnotetag903"></a><a href="#footnote903" title="Lien vers la note 903"><span class="small">[903]</span></a>. Elle n'est pas sans
+appréhensions et sans jalousies. «Quand vous verrez de jeunes beautés,
+pensez à l'affection de Clarinda et combien son bonheur dépend de
+vous<a href="#footnote903" title="Lien vers la note 903"><span class="small">[903]</span></a>.» Elle a, quand elle pense à lui, des coups subits d'émotion.
+«Hier matin, il m'arriva de penser à vous. Je me chantai: <span class="italic">ma jolie
+Lizzie Baillie</span> et je me mis à rire; mais je sentis mon c&oelig;ur se gonfler
+délicieusement et mes yeux furent noyés de larmes. Je ne sais si votre
+sexe ressent quelquefois cette explosion d'affection. C'est une émotion
+indescriptible. Vous voyez que je suis devenue sotte depuis que vous
+m'avez quittée. Vous savez que j'étais raisonnable quand vous m'avez
+connue d'abord; mais je deviens toujours plus extravagante plus je suis
+loin de ceux que j'aime. Bientôt je suppose que je perdrai tout à fait la
+tête<a href="#footnote903" title="Lien vers la note 903"><span class="small">[903]</span></a>.» Toute la mouvante psychologie des femmes dont le c&oelig;ur est
+préoccupé de l'absent et tour à tour se travaille d'inquiétudes et se
+nourrit de souvenirs, est là, gentiment, franchement et simplement
+exprimé. Au-dessus de ces sentiments qui n'ont rien d'extraordinaire,
+on trouve un aveu qui est peut-être la chose la plus profonde et la plus
+sincère de cette correspondance. Cet amour lui a fait prendre une plus
+haute idée et un plus grand soin d'elle-même. Il semble qu'il y ait eu
+en elle un peu de coquetterie ou de laisser-aller. Elle l'avoue, et aussi
+elle dit qu'elle en est guérie. «Je crois vraiment que vous m'avez
+enseigné la dignité; en partie par bonté de nature, en partie par suite
+de mes malheurs, je l'avais trop négligée. Je ne m'en départirai maintenant
+jamais plus. Pourquoi ne la maintiendrais-je pas droite, moi qui suis
+admirée, estimée, aimée par un des premiers entre les hommes<a href="#footnote903" title="Lien vers la note 903"><span class="small">[903]</span></a>.» Il y
+<span class="pagenum"><a id="page367" name="page367"></a>(p. 367)</span> a dans ce surcroît de dignité, dans ce plus de prix ajouté à elle-même à
+cause de lui, quelque chose qui ne manque pas d'une certaine élévation.
+Cela montre que cet amour se développait en elle selon sa loi d'anoblissement.
+Ce pouvoir rehaussant d'une vraie affection, cet effort pour
+faire de soi une demeure digne de celui qu'on aime est humain. C'est à
+des trouvailles comme celle-là qu'on reconnaît la sincérité d'un sentiment.
+C'est la dernière chose que Clarinda ait écrite à Burns à cette époque-là;
+elle marque combien, depuis les coquetteries des premières lettres, avait
+grandi son affection pour son poète.</p>
+
+<p class="p2">Vers le 10 mars, Burns retourna à Édimbourg, afin d'y faire ses préparatifs
+pour s'en éloigner définitivement. Il y resta seulement une quinzaine
+de jours, qu'il employa, avec une grande activité, à arranger plusieurs
+affaires importantes pour lui. La principale était le règlement définitif de
+son compte avec son libraire Creech. Après quelques lenteurs de la part
+de celui-ci, Burns reçut enfin presque tout ce qui lui revenait de la
+publication de ses poèmes. Il y a quelques divergences dans l'estimation
+de la somme qui lui revenait ainsi. Burns lui-même écrivait au D<sup>r</sup> Moore:
+«Je crois qu'en y comprenant 100 livres de droit d'auteur, je réaliserai
+environ 400 livres et quelque chose en plus; et même une partie de ceci
+dépend de ce que le gentleman (Creech) a encore à régler avec moi<a id="footnotetag904" name="footnotetag904"></a><a href="#footnote904" title="Lien vers la note 904"><span class="small">[904]</span></a>».
+William Nicol racontait plus tard que Burns lui avait dit qu'il avait reçu
+600 livres pour sa première édition d'Édimbourg, plus 100 livres de droit
+d'auteur<a id="footnotetag905" name="footnotetag905"></a><a href="#footnote905" title="Lien vers la note 905"><span class="small">[905]</span></a>. Currie, d'après Gilbert, évaluait les profits à 500 livres. Pour
+rapprocher ces sommes, assez peu différentes après tout, il suffit de
+penser qu'en employant le mot «réaliser», il avait défalqué les dépenses
+faites pendant ses séjours à Édimbourg et ses voyages. On peut,
+avec vraisemblance, estimer à 380 ou 400 livres, la somme qu'il
+retirait de ses poèmes. C'est avec ces ressources qu'il devait commencer
+sa vie. Une autre affaire fut la signature du contrat de sa ferme. Il
+choisissait décidément la ferme d'Ellisland. M<sup>r</sup> Miller, le propriétaire, lui
+accordait un bail de 76 ans, moyennant une rente annuelle de 50 livres
+pendant les trois premières années, et de 70 livres pour les suivantes.
+Toutes ces occupations remplirent la quinzaine pendant laquelle il resta
+à Édimbourg. Dans cet affairement il dut, dit Chambers, recevoir de chez
+lui une série de lettres lui annonçant d'abord que Jane Armour venait
+d'accoucher de deux jumeaux, puis que les deux petits êtres étaient
+morts presque aussitôt<a id="footnotetag906" name="footnotetag906"></a><a href="#footnote906" title="Lien vers la note 906"><span class="small">[906]</span></a>.</p>
+
+<p class="p2">Par dessous ces occupations et ces arrangements, sa liaison avec
+<span class="pagenum"><a id="page368" name="page368"></a>(p. 368)</span> Clarinda avait repris. Mais il est évident que la flamme n'était plus ce
+qu'elle avait été et faiblissait. Les entrevues continuaient, bien que parfois
+écourtées ou différées par les démarches multiples qui absorbaient ses
+journées. Les lettres sont pressées et contiennent plus de renseignements
+sur ses préoccupations d'affaires que de sentiment. La dernière seule,
+écrite le vendredi 21 mars, se ranime et retrouve un peu du ton des
+anciennes lettres.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Je viens de rentrer et j'ai lu votre lettre. La première chose que j'ai faite a été de
+remercier le Divin Ordonnateur des événements de m'avoir réservé le bonheur de vous
+connaître. La vie, ma Clarinda, est un sentier nu et triste; malheur à celui ou à celle
+qui s'y aventure seul! Pour moi, j'ai ma très chère compagne de mon âme: Clarinda
+et moi ferons notre pèlerinage ensemble. Partout où je serai, je lui ferai savoir ce qui
+m'arrive, ce que j'observe dans le monde qui m'entoure et quelles aventures je rencontre.
+Cela vous plairait-il, mon amour, de recevoir toutes les semaines ou, du moins,
+tous les quinze jours, un paquet, deux ou trois feuilles pleines de remarques, de folies,
+de nouvelles, de rimes et de vieilles chansons.</p>
+
+<p>Ouvrirez-vous avec satisfaction et bonheur la lettre d'un homme qui vous aime, qui
+vous a aimée et qui vous aimera jusqu'à la mort, à travers la mort et pour jamais?
+Ô Clarinda, que ne dois-je pas au ciel pour m'avoir donné une perfection comme
+vous! Je pense à vous comme un avare compte et recompte son trésor! Dites-moi,
+vous étiez-vous étudiée à me plaire hier soir? Sûrement vous m'avez charmé jusqu'au
+ravissement. Combien je suis riche, moi qui ai un trésor tel que vous! Vous me
+connaissez; vous savez comment me rendre heureux, et vous y réussissez, Dieu vous
+accorde</p>
+
+<p class="poem-ctr">longue vie, longue jeunesse, long plaisir et un ami.</p>
+
+<p>Demain soir, selon votre indication, je guetterai la fenêtre: c'est l'étoile qui me
+guide vers le paradis. La plus grande saveur de tout est que l'Honneur, que l'Innocence,
+que la Religion sont les témoins et les protecteurs de notre bonheur. «Le
+Seigneur Dieu sait» et peut-être «Israël connaîtra» mon amour et votre mérite.
+Adieu, Clarinda! Je vais me souvenir de vous dans mes prières.</p>
+</div>
+
+<p>Même dans cette déclaration suprême, le caractère littéraire de
+son amour reparaît dans l'offre de cet envoi hebdomadaire ou bi-mensuel
+d'une revue, qui transforme une maîtresse en lectrice et fait d'une
+correspondance d'amour une sorte d'abonnement à un magazine.
+Clarinda sans doute aurait mieux aimé une parole de tendresse pour elle
+que des feuilles de remarques sur le monde.</p>
+
+<p>L'entrevue fixée dans la lettre eut lieu le 22 mars, dans la maison de
+Clarinda. Ce fut probablement la dernière rencontre des deux amants,
+«Il faut en croire le poète, dit ironiquement Scott Douglas<a id="footnotetag907" name="footnotetag907"></a><a href="#footnote907" title="Lien vers la note 907"><span class="small">[907]</span></a>, quand il dit
+que l'Honneur, l'Innocence et la Religion furent les témoins et les
+protecteurs de leur bonheur». L'ironie est injuste. Il est étonnant que ce
+chercheur si soigneux et si sagace ne se soit pas rappelé le passage d'une
+<span class="pagenum"><a id="page369" name="page369"></a>(p. 369)</span> lettre qu'on verra plus tard, écrite par Burns à Clarinda, et qui prouve
+que celle-ci sut imposer jusqu'au dernier moment, à cet homme emporté,
+la réserve et le respect<a id="footnotetag908" name="footnotetag908"></a><a href="#footnote908" title="Lien vers la note 908"><span class="small">[908]</span></a>. Ces adieux remuèrent profondément Burns.
+«Pendant ces huit derniers jours, écrivait-il le lendemain de son départ,
+j'ai eu positivement la tête égarée<a id="footnotetag909" name="footnotetag909"></a><a href="#footnote909" title="Lien vers la note 909"><span class="small">[909]</span></a>». Malgré d'éloquentes promesses de
+constance, cet éloignement était triste parce qu'il était difficile qu'il ne
+fût pas définitif. Au milieu de leur volonté et de leur espérance de rester
+l'un à l'autre, les deux amants pouvaient-ils ne pas sentir que la vie les
+reprenait, les séparait, les entraînait loin l'un de l'autre?</p>
+
+<p>On est ici au point pour juger cette étrange correspondance qui n'aura
+plus que quelques lettres. À dire vrai, celle de Burns est de la pure
+déclamation. La forme constamment oratoire, les apostrophes incessantes
+à Dieu et à la nature, la phrase pompeuse, l'enflure du ton, la rendent
+insupportable. Ces lettres ont l'air de péroraisons. Lui dont les autres
+productions doivent d'être si fortes à la réalité dont elles sont pleines, est ici
+en dehors de la réalité; les faits n'apparaissent presque pas, à peine comme
+prétexte à des variations ou à des lieux communs. Sans doute il y a des
+passages mouvementés, lancés par une main robuste, et c'est peut-être
+par eux qu'on peut le mieux entrevoir l'orateur qu'il y avait en lui. Mais
+ce sont des traces de talent égarées dans la prétention et l'emphase. Et
+comment en arriva-t-il là? Mr Hately Waddell, dont l'admiration pour cette
+correspondance nous semble excessive, a une remarque qui va au vrai des
+choses. Il dit qu'elle est faite de rivalité et il en explique l'exagération par
+l'emportement de gens qui jouent l'un contre l'autre et s'animent<a id="footnotetag910" name="footnotetag910"></a><a href="#footnote910" title="Lien vers la note 910"><span class="small">[910]</span></a>. Cela est
+vrai pour Burns. Il y a de sa part un effort pour éblouir sa correspondante,
+pour avoir le dessus dans un exercice littéraire. Il se mit dès le premier jour
+dans le faux en faisant d'une affaire d'amour une question d'amour-propre.
+Aussi ne réussit-il pas. La correspondance de Clarinda est de beaucoup
+supérieure à la sienne. Si on la débarrasse de quelques développements
+à la mode, dont quelques-uns sont après tout fort jolis, elle reste autrement
+naturelle et sincère. Autant les lettres de Burns sont vagues et
+monotones, autant celles-ci sont précises, variées, pleines de ceux qui
+s'écrivent, pleines de ces petits faits qui sont la vie et ne semblent pas
+méprisables à ceux qui les vivent. C'est par elles qu'on peut suivre les
+péripéties et pénétrer dans les seconds plans de cette aventure. Elles ont la
+variété naturelle d'une conversation. À chaque instant, il s'y rencontre
+de fines remarques, des coins délicats de coquetterie ou de sensibilité
+féminines; parfois aussi de sages et prudents conseils, tout solides de bon
+sens. Il y a surtout de la sincérité et des passages véritablement dramatiques
+<span class="pagenum"><a id="page370" name="page370"></a>(p. 370)</span> où l'on sent bien le trouble et le tumulte d'une âme qui, somme toute,
+n'était pas vulgaire. Il y a bien un peu d'affectation littéraire, généralement
+au début des lettres, mais qui ne dure pas, qui ne tient pas, et fond, dès
+que le sentiment vrai se montre, comme le givre répandu sur le bord
+matinal du jour disparaît au premier soleil. La correspondance de Burns
+ne vaut pas mieux que la plupart des lettres d'amour écrites par des
+hommes; celle de Clarinda aura sa place dans la collection charmante
+de lettres écrites par les femmes, sous la dictée de leur c&oelig;ur.</p>
+
+<p>C'est qu'au fond Burns n'aima pas Clarinda et qu'elle l'aima; ou plutôt
+ils s'aimèrent de façon différente. Lui fut attiré vers elle par l'élégance
+extérieure, par un raffinement auquel il n'était pas habitué, et qui lui
+sembla délicieux. Il n'aima d'elle que la culture, le brillant du dehors,
+les ornements et, pour ainsi dire, la toilette de l'âme. Il ne pénétra pas
+jusqu'à cette âme elle-même, qui était saine, heureuse et constante.
+Clarinda, au contraire, par une de ces intuitions pénétrantes dont son sexe
+est capable, laissant de côté toutes les conditions extérieures, alla jusqu'au
+fond même de sa nature et l'aima pour ce qu'il avait en lui de génie, de
+flamme et de générosité. Quelles que fussent les différences de rang et de
+façons, elle vit que cet homme était plus grand que les autres, fait d'une
+plus forte étoffe. Elle conçut un sentiment profond qui ne se démentit pas
+et qui malgré les déboires, l'absence et les années d'une longue vieillesse
+resta entier. Ce ne fut dans la vie de Burns qu'un épisode qui ne lui fait
+pas honneur; ce fut dans l'existence de Clarinda un événement unique,
+souverain, qui la domina à partir de ce jour. Ce ne fut pour lui qu'un
+souvenir; ce fut pour elle pendant longtemps une tristesse, et, quand
+l'âge eut mis en elle sa sérénité, un culte.</p>
+
+<p class="p2">Le 24 mars 1788, Burns quitta Édimbourg définitivement. Il s'éloignait
+sans que son départ fût remarqué, désabusé, des lieux où, dix-huit mois
+auparavant, il était arrivé le c&oelig;ur jeune, bondissant d'espérance et où
+il avait été accueilli par un tel enthousiasme. Il n'avait pas lieu d'être
+reconnaissant à la grande ville. Elle n'avait pas tenu ses promesses.
+Elle lui avait versé pendant quelques mois l'admiration et les flatteries,
+comme une ivresse. Mais cela était fini depuis longtemps; la faveur, la
+vogue étaient tombées, comme des voiles un instant gonflées par le vent;
+l'attention même avait disparu. Il ne restait rien que la fatigue et
+l'irritation de cette représentation inutile. S'il avait, en ce moment, une
+claire conscience de lui-même, il pouvait même en vouloir à la cité. Ce
+séjour l'avait plus vieilli que plusieurs années de travail ingrat. Cette
+ville l'avait détérioré. Par en haut, elle lui avait imprudemment montré
+une existence brillante, inaccessible pour lui; elle lui avait fait prendre
+goût à ce qu'elle ne pouvait lui donner, plus encore! à ce qu'il ne
+pouvait atteindre; elle lui avait fait connaître, non pas l'admiration brève
+<span class="pagenum"><a id="page371" name="page371"></a>(p. 371)</span> des amis qui se mélange à l'effort et l'aiguillonne, mais l'admiration des
+salons qui le suit, le gêne et l'entrave. Il en emportait le mécontentement
+de sa destinée, une colère sourde contre les répartitions de la fortune et
+du rang, de la rancune contre ces classes élégantes où il était resté
+dépaysé. Par en bas, elle lui avait communiqué des habitudes de
+taverne, de boissonnements quotidiens et de bamboches nocturnes qui
+l'avaient fatigué. Chose plus grave! elle lui avait fait perdre l'habitude
+du travail, elle l'avait immobilisé dans un dés&oelig;uvrement physique et
+intellectuel qui avait amolli son corps et son esprit. Il le savait bien.
+«J'ai pris un si vicieux pli de paresse, qu'il faudra un effort peu ordinaire
+pour amener convenablement mon esprit à la routine des affaires<a id="footnotetag911" name="footnotetag911"></a><a href="#footnote911" title="Lien vers la note 911"><span class="small">[911]</span></a>.»
+Et ailleurs «comme jusqu'à ces dix-huit derniers mois, ma richesse n'a
+jamais été jusqu'à posséder dix guinées, j'ai à apprendre la connaissance
+des affaires; ajoutez à cela que mes scènes récentes de paresse et de
+dissipation ont énervé mon esprit à un degré alarmant<a id="footnotetag912" name="footnotetag912"></a><a href="#footnote912" title="Lien vers la note 912"><span class="small">[912]</span></a>». Il sentait bien
+le mal que lui avait fait Édimbourg. Il partait de là, avec quelques
+centaines de livres dans sa poche, un peu moins pauvre que lorsqu'il
+était arrivé, mais aussi indécis, aussi incertain de l'avenir et moins
+propre à l'aborder. Il s'éloignait le c&oelig;ur alourdi de lassitude, de soucis.
+Il était entré dans cette ville avec la confiance, il en sortait avec la
+défiance de la vie. Où était-il le refrain de la vieille chanson?</p>
+
+<p class="poem-ctr">En passant près de Glenap,<br>
+Je vis une vieille femme;<br>
+Elle me dit: «Prends courage,<br>
+Tes meilleurs jours vont venir.»</p>
+
+<p>Hélas! peut-être étaient-ils passés! ceux qu'il apercevait devant
+lui étaient indécis et obscurs. À tout prendre, il aurait mieux valu
+continuer à Mossgiel cette vie où le travail était aux prises avec la
+pauvreté, mais où éclataient des moments d'allégresse intérieure et
+qu'illuminaient les visites de la <span class="italic">Vision</span>. C'était là peut-être qu'étaient les
+meilleurs jours.</p>
+
+<p class="p2">De graves difficultés l'attendaient, tellement graves qu'elles allaient
+brusquement changer le cours de sa vie. Quand il rentra à Mauchline,
+il trouva Jane Armour dans le déchirement de sa maternité, dans le
+deuil de ces deux petites vies tombées mortes d'elle, dans le désespoir de
+l'abandon des siens, dans l'isolement et le scandale de sa faute. Et c'était
+là son ouvrage, l'ouvrage de quelques mauvaises heures de désir ou de
+revanche! Qu'allait-il faire maintenant? Abandonnerait-il cette fille qu'il
+<span class="pagenum"><a id="page372" name="page372"></a>(p. 372)</span> avait arrachée à la maison paternelle, à la possibilité d'un mariage, pour
+l'amener dans cette chambre d'auberge, sur ce lit? Mais que deviendrait-elle?
+Où irait-elle? Comment vivrait-elle? Elle n'avait de ressource
+que de se faire servante ou de mendier. À quel degré de misère serait-elle
+réduite, à quel degré d'abaissement la misère la réduirait-elle? Cette
+vie entière dépendait de lui. S'il la laissait tomber, où roulerait-elle?
+«J'avais entre mes mains le bonheur ou la misère d'une créature
+humaine que j'avais longtemps et beaucoup aimée, et qui oserait jouer
+avec un tel dépôt<a id="footnotetag913" name="footnotetag913"></a><a href="#footnote913" title="Lien vers la note 913"><span class="small">[913]</span></a>?» S'il passait outre, quelle durée de remords il se
+préparait! La pensée, intolérable, persistant jusque dans les dernières
+lueurs de la mémoire et les empoisonnant, d'avoir disgracié, dégradé,
+détruit une existence. «Vous avez raison, la condition de célibataire
+m'aurait assuré plus d'amis, mais, pour une cause que vous devinerez
+facilement, une conscience tranquille dans la jouissance de mon propre
+esprit, une confiance assurée pour l'heure où je comparaîtrai devant Dieu,
+auraient rarement été du nombre<a id="footnotetag914" name="footnotetag914"></a><a href="#footnote914" title="Lien vers la note 914"><span class="small">[914]</span></a>.» Non! Il ne pouvait pas l'abandonner.</p>
+
+<p>Mais alors, c'était le sacrifice de tout un avenir, juste entrevu pour être
+regretté! C'était perdre la femme élégante, spirituelle, instruite, qui lui
+avait fait comprendre le charme et le bienfait d'une existence vraiment
+partagée, celle qu'il croyait aimer, qu'il aimait peut-être et qui avait
+encore tout le mystère de la non-possession. C'était déchirer le plus
+brillant rêve qu'il eût fait, mettre en lambeaux une vague et indéfinie
+évocation de bonheur. C'était entraver l'indépendance d'allures, la
+fantaisie de travail, les changements de résidence, l'humeur capricieuse,
+utiles à la production; c'était passer le licol à sa liberté, attacher sa
+vie pour toujours, dans le même pré, au même poteau. Il fallait redescendre
+au lot commun, reprendre une fille ignorante, dénuée de la grâce
+et des raffinements dont il était désormais épris, une fille qu'il avait
+possédée, qui l'avait délaissé, qu'il avait frappée de reproches et
+d'outrages; il fallait rentrer dans ce commerce vulgaire et borné et, à
+cause de ce fardeau, s'emprisonner dans l'inexorable et irrévocable labeur
+de la glèbe. Une fatalité sortie de lui, quelque chose qui n'aurait pas
+existé s'il ne l'avait voulu, lui fermait la porte par laquelle il pensait
+pénétrer dans une existence nouvelle, et brutalement le repoussait dans
+le sort ancien, si sombre, si lourd.</p>
+
+<p>Encore s'il ne s'était agi que de lui, si la ruine de ses propres souhaits
+avaient suffi à satisfaire le passé! Mais il fallait faire saigner un c&oelig;ur qui
+s'était attaché à lui; il fallait désabuser cette femme, encore émue et
+<span class="pagenum"><a id="page373" name="page373"></a>(p. 373)</span> heureuse, lui dire que les promesses où elle se reposait était vaines,
+vides, vulgaires, déjà violées et évanouies, frapper d'une douleur nouvelle
+cette âme tant endolorie, changer cet amour en amertume, cette tendresse
+en détresse, faire de ces espérances qui commençaient à la consoler un
+désespoir plus accablant que tous ses chagrins passés! Et pourtant il fallait
+prendre un parti: ou désoler une âme ou détruire une existence! Quelle
+situation! Il était pris entre deux mauvaises actions. Il était dans un de ces
+moments où un homme, ayant agi dans des sens différents, comme s'il
+était plusieurs hommes, ses actes grandis le réclament de côtés opposés,
+se disputent sa vie. Ils essayent tous de s'emparer de lui, et chacun
+d'eux assailli, mutilé par les autres, le jonche de débris. Celui qui finit
+par être le maître sort maltraité de cette lutte, reste entamé, affaibli. Il
+remplace mal alors un seul acte qui se serait droitement développé et
+aurait porté ses fruits paisiblement. Ainsi les actes inconsidérés de Burns
+revendiquaient sa vie. Quelle que fût la décision qu'il prît, elle resterait
+ébranlée par l'effort de la décision contraire, et, dans le choix qu'il ferait,
+vivrait l'appel et les doléances d'un autre choix qu'il aurait pu et peut-être
+dû faire.</p>
+
+<p>Le débat fut vif en lui. Outre ce qui, dans sa poitrine, criait d'être
+sacrifié, ses anciens ressentiments parlaient contre Jane. Il ne pouvait
+lui pardonner son abandon; il lui en gardait encore rancune, et c'est ce
+qui rend probable qu'il y avait de la revanche dans la reprise de ses
+relations avec elle.</p>
+
+<p class="quote">«Quoique l'Orgueil et une Justice apparente fussent un terrible Ministère Public,
+cependant l'Humanité, la Générosité et le Pardon furent, d'autre part, des avocats si
+puissants et si irrésistibles, qu'un jury de toutes les Tendresses et de nouveaux
+Attachements rendit unanimement le verdict: «Non coupable». Qu'il soit donc connu
+de tous ceux que cela concerne, que le Prévenu est installé et établi dans tous les
+droits, privilèges, immunités, franchises, services et paraphernaux qui, pour le présent,
+appartiennent et, dans l'avenir, peuvent appartenir, au nom, titre et désignation<a id="footnotetag915" name="footnotetag915"></a><a href="#footnote915" title="Lien vers la note 915"><span class="small">[915]</span></a>.»</p>
+
+<p>Le tableau qu'il traçait eût été plus exact s'il s'était agi de reprendre
+Jane après la rupture causée par elle. À présent, c'était trop représenter
+les circonstances à son avantage. Il avait lui-même renversé les situations.
+En réalité, c'était lui l'accusé, qui comparaissait devant les conséquences
+de son acte. Il n'avait qu'à écouter sa sentence. Matériellement,
+il pouvait y échapper et devenir contumace. Moralement, il ne le
+pouvait pas. C'était un devoir inflexible qu'il s'était forgé pour lui-même.
+La nécessité le tenait. Nos actes louches sont comme des sbires que
+nous pensons avoir laissés derrière nous, qui prennent au court et
+nous attendent embusqués plus loin. Ils nous sautent à la gorge et nous
+<span class="pagenum"><a id="page374" name="page374"></a>(p. 374)</span> entraînent hors du chemin que nous voulions suivre. Nous sommes leurs
+prisonniers parfois pour la vie. Ces quelques heures du retour à Mossgiel
+mettaient la main sur Burns et l'emmenaient.</p>
+
+<p>Il est certain aussi que les côtés bons et droits de sa nature se mêlèrent
+de cette affaire. C'eût été une lâcheté que d'abandonner cette fille, et il
+en était incapable. Sans doute encore se mêla-t-il, à ces raisonnements et
+à ces injonctions de sa conscience, des mouvements de pitié pour une fille
+vaincue maintenant, ce coup de tendresse profonde et instinctive qui
+remue l'homme quand il regarde, brisée, la femme mère par lui, cette
+commisération et cette reconnaissance qui font défaillir les plus dures
+résolutions. La vue de la pâleur et des larmes et celle, plus émouvante
+encore, d'une expression silencieuse de désespoir ou de supplication,
+établie comme à demeure sur un visage altéré, sont puissantes à ébranler
+des c&oelig;urs bons et impulsifs comme celui de Burns. Il avait sous les yeux
+le mal qu'il avait fait et, presque aussi clairement, le mal qu'il allait
+faire encore s'il abandonnait cette malheureuse. Non! il ne pouvait se
+désintéresser d'elle. Il fut vaincu. Coûte que coûte, il prendrait sur lui
+le fardeau de cette vie! Chassant tous les rêves, assumant sa destinée
+en quelques jours, peut-être en quelques heures, il décida qu'il épouserait
+Jane Armour.</p>
+
+<p>Il est en effet certain que cette résolution fut prise subitement et que
+Burns n'y pensait pas en quittant Édimbourg. «C'est un acte dont je
+n'avais pas l'idée quand vous et moi nous trouvâmes ensemble<a id="footnotetag916" name="footnotetag916"></a><a href="#footnote916" title="Lien vers la note 916"><span class="small">[916]</span></a>», écrivait-il
+à Alexander Cunningham. Cependant, lorsqu'il était parti d'Édimbourg,
+il connaissait la situation, il pouvait en prévoir les conséquences et
+les devoirs. Il faut donc qu'immédiatement après son retour à Mauchline,
+il soit intervenu des faits nouveaux et ignorés; ou bien qu'il se soit produit
+en lui une révulsion de sentiments. Avait-il supposé jusqu'au dernier
+moment que le vieil Armour reprendrait sa fille et le trouva-t-il
+inflexible? Il est plus probable que le spectacle du chagrin de Jane, peut-être
+des conseils et des exhortations d'amis, changèrent sa volonté. Peut-être
+aussi s'ajouta-t-il des considérations pratiques, qui prenaient de la
+force à mesure qu'il approchait du moment de s'établir. Il ne pouvait
+espérer qu'une femme d'éducation élevée l'aiderait dans son travail ou
+même consentirait à partager sa condition. Il fallait une fermière à la
+ferme qu'il venait de prendre. Clarinda fut sacrifiée.</p>
+
+<p class="p2">Avant la fin du mois d'avril, Burns s'était irrévocablement engagé à
+Jane Armour. «Cela n'implique pas la cérémonie du mariage, mais
+seulement tout au plus cette reconnaissance verbale, quelque privée
+qu'elle soit, par laquelle on reconnaît une femme comme épouse, et qui
+<span class="pagenum"><a id="page375" name="page375"></a>(p. 375)</span> en Écosse lie l'homme à la femme, pour toutes fins légales<a id="footnotetag917" name="footnotetag917"></a><a href="#footnote917" title="Lien vers la note 917"><span class="small">[917]</span></a>.» Burns tint
+pendant quelque temps cet engagement secret. Le 28 avril, il écrit à son
+vieil ami James Smith, qui s'était établi marchand, de lui envoyer un
+châle pour sa femme. «J'ai l'intention d'offrir à M<sup>rs</sup> Burns un châle
+imprimé: c'est un article dont vous devez sûrement avoir un grand choix.
+C'est le premier cadeau que je lui fais depuis que je l'ai appelée mienne
+irrévocablement, et j'ai une sorte de fantaisie et de désir que ce premier
+cadeau me vienne d'un vieil ami estimé.» Et il ajoute: «M<sup>rs</sup> Burns
+(c'est seulement sa désignation privée), me charge de vous faire ses
+meilleurs compliments.» On se souvient que James Smith était à
+Mauchline au moment des premières amours et était au courant de toute
+l'ancienne histoire. La fille aînée de Gavin Hamilton se rappelait la
+première fois où Burns avait révélé sa situation nouvelle<a href="#footnote917" title="Lien vers la note 917"><span class="small">[917]</span></a>. C'était chez
+son père, au déjeuner, auquel prenait part John Aiken. M<sup>rs</sup> Hamilton
+ayant exprimé le regret de ne pouvoir servir un &oelig;uf à Aiken, le poète
+dit que si elle voulait envoyer de l'autre côté de la route chez M<sup>rs</sup> Burns,
+celle-ci en aurait peut-être. Au mois de mai, il signa chez Gavin
+Hamilton une formule légale<a id="footnotetag918" name="footnotetag918"></a><a href="#footnote918" title="Lien vers la note 918"><span class="small">[918]</span></a> qui donna à Jane Armour le droit de
+porter publiquement son nom. Mais le mariage régulier ne se fit qu'un
+peu plus tard.</p>
+
+<p>En même temps et comme pour se mettre en règle de tous côtés, il
+partagea avec Gilbert ce qui lui restait de son édition d'Édimbourg.
+Gilbert luttait désespérément contre la ruine. «Je m'interposai entre
+mon frère et le sort qui le menaçait<a id="footnotetag919" name="footnotetag919"></a><a href="#footnote919" title="Lien vers la note 919"><span class="small">[919]</span></a>.» Il lui donna une somme de
+180 livres. C'était, dit Chambers<a id="footnotetag920" name="footnotetag920"></a><a href="#footnote920" title="Lien vers la note 920"><span class="small">[920]</span></a>, «à peu près la moitié du capital qu'il
+possédait lui-même et que, selon toute vraisemblance, il devait jamais
+posséder.» Il fit cela simplement et franchement. «Je ne m'en fais
+aucun mérite, car c'était pur égoïsme de ma part. J'avais conscience que
+le mauvais plateau de la balance était lourdement chargé, et je pensais
+que mettre dans l'autre plateau, en ma faveur, un peu de piété filiale
+et d'affection fraternelle pourrait aider à arranger les choses le jour de
+la grande reddition de comptes<a id="footnotetag921" name="footnotetag921"></a><a href="#footnote921" title="Lien vers la note 921"><span class="small">[921]</span></a>.» Il fut entendu que c'était un prêt
+sans intérêt, qui équivalait à un don. Et en effet la somme ne fut remboursée
+par Gilbert aux enfants de son frère que vingt-quatre ans après
+la mort du poète<a id="footnotetag922" name="footnotetag922"></a><a href="#footnote922" title="Lien vers la note 922"><span class="small">[922]</span></a>.</p>
+
+<p>On se rappelle qu'au moment où Burns avait publié ses poèmes, il
+<span class="pagenum"><a id="page376" name="page376"></a>(p. 376)</span> avait été question parmi ses amis de Mauchline de lui trouver une
+situation dans l'Excise. Pendant ses incertitudes d'avenir à Édimbourg,
+cette idée s'était peu à peu établie dans son esprit. Ne sachant s'il trouverait
+une ferme, il avait formé une demande pour être admis dans cette
+administration. Au mois de janvier, il écrivait au comte de Glencairn:
+«Je désire entrer dans l'Excise: on me dit que l'influence de votre
+Seigneurie me procurerait facilement une nomination des commissaires.
+La protection et la bonté de votre Seigneurie qui m'ont déjà sauvé de
+l'obscurité, de la misère et de l'exil, m'encouragent à demander cet
+appui<a id="footnotetag923" name="footnotetag923"></a><a href="#footnote923" title="Lien vers la note 923"><span class="small">[923]</span></a>.» Et à quelques jours de là, on a une autre lettre de lui à
+Robert Graham de Fintry, un des commissaires de l'Excise. «Vous savez
+que j'ai récemment adressé une demande à votre Conseil, pour être admis
+comme employé de l'Excise. J'ai, selon la règle, été examiné par un
+Inspecteur et aujourd'hui j'envoie son certificat, avec une demande à
+l'effet d'être autorisé à recevoir mes instructions. J'ai bien peur, si je
+réussis dans cette affaire, d'avoir besoin de la protection d'un ami. Je ne
+crains pas de promettre la bienséance de conduite comme homme, la
+fidélité et l'attention comme employé, mais en fait d'affaires, en dehors
+du travail manuel, je ne sais rien<a id="footnotetag924" name="footnotetag924"></a><a href="#footnote924" title="Lien vers la note 924"><span class="small">[924]</span></a>.» C'est probablement à propos de
+l'examen dont il parle qu'il avait été question de l'inscription sur la
+fenêtre de Stirling. Néanmoins, grâce à la protection de ses patrons et
+du chirurgien M<sup>r</sup> Wood, qui soignait son genou, il avait été inscrit sur la
+liste des surnuméraires, de ceux à qui on donnait l'instruction nécessaire,
+et qui attendaient ensuite leur nomination à un poste. Lorsque son bail
+avec M<sup>r</sup> Miller l'eut engagé dans une autre voie, il ne renonça pas pour
+cela à toute idée d'entrer dans l'Excise, ou tout au moins de se mettre en
+état d'y entrer, s'il ne réussissait pas dans sa ferme. Il résolut donc de
+prendre ses instructions. Le 31 mars, l'employé d'Excise de Tarbolton
+reçut l'ordre «d'instruire le porteur, M<sup>r</sup> Robert Burns, dans l'art de jauger,
+et de le mettre en état de contrôler les marchands de vivres, distillateurs,
+fabricants de chandelles, tanneurs, mégissiers, malteurs, etc.» Cette
+éducation durait six semaines. Elle lui donnait le droit d'être nommé
+employé dans l'Excise. Il n'avait pas pour le moment l'intention d'exercer.
+Il avait, pour ainsi dire, sa nomination en poche; il se réservait de la
+retirer si jamais le besoin en venait, à la façon de ceux qui passent un
+examen et obtiennent un diplôme comme une ressource contre les
+mauvais jours<a id="footnotetag925" name="footnotetag925"></a><a href="#footnote925" title="Lien vers la note 925"><span class="small">[925]</span></a>.</p>
+
+<p>En même temps, il s'occupait de son installation et cherchait des
+domestiques. «J'ai couru par tout le pays, louant des domestiques et
+<span class="pagenum"><a id="page377" name="page377"></a>(p. 377)</span> préparant tout<a id="footnotetag926" name="footnotetag926"></a><a href="#footnote926" title="Lien vers la note 926"><span class="small">[926]</span></a>.» «J'ai pris une ferme sur les bords de la Nith, et à
+l'exemple des vieux patriarches, je me procure des serviteurs, hommes et
+femmes, des troupeaux de bétail, petit et gros<a id="footnotetag927" name="footnotetag927"></a><a href="#footnote927" title="Lien vers la note 927"><span class="small">[927]</span></a>.» Enfin le moment de
+prendre possession de sa ferme arriva. Le 25 mai, il écrivait: «Demain
+je commence mon métier de fermier. Dieu protège la charrue!<a id="footnotetag928" name="footnotetag928"></a><a href="#footnote928" title="Lien vers la note 928"><span class="small">[928]</span></a>»<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page378" name="page378"></a>(p. 378)</span> CHAPITRE V.</h2>
+
+<p class="chapter">ELLISLAND.<br>
+<span class="smcap">Juin 1788&mdash;Novembre 1791.</span></p>
+
+<p>«M. Burns, vous avez fait un choix de poète et non de fermier», lui
+dit le père d'Allan Cunningham, en apprenant qu'il s'était décidé pour
+Ellisland, la plus jolie et la plus ingrate des trois fermes qui lui avaient
+été offertes<a id="footnotetag929" name="footnotetag929"></a><a href="#footnote929" title="Lien vers la note 929"><span class="small">[929]</span></a>. Ellisland est, en effet, dans une position charmante sur la
+côte méridionale de la Nith. «La ferme, disait Burns lui-même, est admirablement
+située sur les bords de la Nith, large cours d'eau qui passe par
+Dumfries et se jette dans le Solway-Frith<a id="footnotetag930" name="footnotetag930"></a><a href="#footnote930" title="Lien vers la note 930"><span class="small">[930]</span></a>.» À cet endroit, la Nith est
+une sinueuse rivière, limpide et rapide, dont l'épaisseur ne suffît pas
+à recouvrir les bancs de galets qui la coupent, et sur lesquels sa frêle
+nappe claire se plisse et se déchire en maintes longues rayures obliques.
+Ce fond de galets produit un joli murmure incessant, où se mêlent celui
+plus léger et inconstant des feuillages et, de temps en temps, des bêlements
+ou des beuglements lointains. À cause de ses détours, la rivière
+semble, en amont et en aval, sortir de dessous des verdures. La rive gauche,
+comprise dans une large boucle de la Nith et bordée d'un lais gris de
+cailloux, est basse et plate. Elle se prolonge en prairies humides et grasses,
+parfois inondées par les crues; des groupes de grands arbres séculaires,
+aux dômes ronds et réguliers, leur donnent un air de parc. La rive droite,
+creusée par une échancrure qui correspond à la convexité de l'autre
+bord, est escarpée. C'est là qu'est placée la ferme, sur une sorte de petite
+falaise à pic, ouverte par une déchirure de terre rougeâtre. À quelques
+pas de la ferme, un affaissement du terrain mène doucement à une
+petite anse où la rivière coule à fleur de rive. Le soir, les vaches
+y viennent boire, dans l'eau jusqu'à mi-jambe, au milieu de leurs reflets,
+et font un joli tableau rustique. Plus loin que cette crique, la berge,
+se redressant un peu, présente, entre les champs qui s'élèvent en talus au-dessus
+<span class="pagenum"><a id="page379" name="page379"></a>(p. 379)</span> d'elle et la rivière qui coule au-dessous, une plate-forme sablonneuse,
+d'un gazon très fin, bordée du côté de l'eau par un rideau d'arbustes,
+et longée par un sentier. C'était la promenade favorite de Burns; c'est ici
+qu'il venait quand il désirait être seul; c'est ici que, tout en marchant de
+long en large, il composa en une après-midi son célèbre <span class="italic">Tam de Shanter</span>.
+De son temps, tout le pays était envahi de genêts. «Je sortis, dit-il, et
+allai me promener sur les bords couverts de genêts de la Nith<a id="footnotetag931" name="footnotetag931"></a><a href="#footnote931" title="Lien vers la note 931"><span class="small">[931]</span></a>». «On a
+arraché tant d'ajoncs et de genêts, dit Dorothée Wordsworth, qu'on se
+demande pourquoi tout n'a pas disparu, et cependant il semble qu'il y ait
+presque autant d'ajoncs et de genêts que de blé; ils poussent l'un parmi
+l'autre, on ne comprend pas comment<a id="footnotetag932" name="footnotetag932"></a><a href="#footnote932" title="Lien vers la note 932"><span class="small">[932]</span></a>.» Maintenant encore des plaques
+d'or clair éclatent et luisent de toutes parts.</p>
+
+<p>La vue n'est pas très étendue: des deux côtés de la rivière, elle
+est bornée par les collines uniformes qui renferment la vallée, et elle est
+arrêtée, dans le sens de la longueur, par les sinuosités des rives. C'est un
+endroit qui est loin d'avoir la grande et puissante allure de Mont-Oliphant
+ou de Mossgiel; il n'a pas le caractère dur mais énergique de Lochlea.
+C'est un site gracieux, paisible et discret, un lieu d'ombrages et de
+murmures, de sensations plutôt que de spectacles, pensif sans aller jusqu'à
+la tristesse. Il ne possède aucun de ces points de vue d'où l'&oelig;il s'élance
+dans un monde de ciel et d'horizons, mais des recoins qu'on croirait
+artificiels et arrangés. Il a un charme plus anglais qu'écossais. C'est un
+peu un paysage de vignette.</p>
+
+<p class="poem20">Combien aimables, ô Nith, tes fertiles vallées,<br>
+Où les aubépines épandues fleurissent gaîment.<br>
+Combien doucement sinuent tes vallons en pente,<br>
+Où les agnelets jouent dans les genêts<a id="footnotetag933" name="footnotetag933"></a><a href="#footnote933" title="Lien vers la note 933"><span class="small">[933]</span></a>.</p>
+
+<p>Ce n'est pas un paysage d'envolées d'âme, mais de retour sur soi-même
+ou de séjour en soi-même. Il est fait à souhait pour les rêveries douces et
+tranquilles, les méditations du déclin de la vie, quand les passions sont
+apaisées et que les voyages de l'esprit ne se mesurent plus aux
+horizons des espoirs, mais à des souvenirs. C'est une jolie retraite de
+solitude et de loisirs studieux, un abri dans le goût du romantisme
+un peu passé du <span class="smcap85">XVIII</span><sup>e</sup> siècle; on y lirait volontiers du Gray ou du
+Collins. C'eût été parfait pour Burns, s'il eût pu se consacrer uniquement
+à la poésie.</p>
+
+<p>Malheureusement il était fermier, et ce site qui l'avait séduit lui
+ménageait des déboires. Le sol, surtout à cette époque de mauvaise culture,
+<span class="pagenum"><a id="page380" name="page380"></a>(p. 380)</span> était maigre et difficile. L'exploitation consistait, partie en terres qui
+s'étendent entre une rivière et les collines et que les Écossais appellent
+<span class="italic" lang="en">holms</span>, et partie en terres de qualité supérieure qu'ils nomment <span class="italic" lang="en">croft land</span>,
+et qu'ils fatiguaient alors par des moissons uniformes, sans les réconforter
+d'engrais ou de fumiers qu'à de longs intervalles. Les premières étaient
+de marne profonde et donnant du blé; les secondes, de marne et de
+pierre sur un fond de gravier<a id="footnotetag934" name="footnotetag934"></a><a href="#footnote934" title="Lien vers la note 934"><span class="small">[934]</span></a>. Les améliorations successives par lesquelles
+l'agriculture s'est transformée, les grands travaux de drainage, ont modifié
+ces terres. Le fermier actuel paie 230 livres là où Burns en payait 50<a id="footnotetag935" name="footnotetag935"></a><a href="#footnote935" title="Lien vers la note 935"><span class="small">[935]</span></a>.
+Mais tout, alors, était à faire. Le propriétaire disait plus tard: «Quand
+j'achetai ces terres il y a vingt-cinq ans, je ne les avais pas vues. Elles étaient
+dans le plus misérable état d'épuisement et tous les locataires étaient
+dans la pauvreté. Vous jugerez du premier de ces faits quand je vous dirai
+que les avoines, prêtes à couper, étaient vendues 25 shellings l'acre
+sur les <span class="italic" lang="en">holms</span>. Quand je vins voir mon achat, j'en fus tellement dégoûté
+pendant huit ou dix jours que j'avais fait le projet de ne plus revenir dans
+le pays<a id="footnotetag936" name="footnotetag936"></a><a href="#footnote936" title="Lien vers la note 936"><span class="small">[936]</span></a>.» Burns, lui-même, un jour que la pluie avait lavé un champ
+d'orge nouvellement semé et passé au rouleau, le comparait à une rue
+pavée<a id="footnotetag937" name="footnotetag937"></a><a href="#footnote937" title="Lien vers la note 937"><span class="small">[937]</span></a>.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section">I.<br>
+INSTALLATION À ELLISLAND. &mdash; BONNES RÉSOLUTIONS.</p>
+
+<p>Comme les bâtiments tombaient en ruines, il fut convenu qu'on en
+construirait de nouveaux. Burns obtenait de M. Miller, 300 livres, pour
+bâtir une ferme complète, consistant en un corps d'habitation, une
+grange, une étable pour les vaches, une écurie et des hangars<a id="footnotetag938" name="footnotetag938"></a><a href="#footnote938" title="Lien vers la note 938"><span class="small">[938]</span></a>. Ces
+constructions prendraient la fin de l'année. Le résultat de cette situation
+était qu'il devait s'établir seul dans le pays, en attendant que la demeure
+fût prête pour y amener Jane. Celle-ci restait à Mossgiel, chez la mère de
+Burns, où elle apprenait son futur métier de fermière.</p>
+
+<p>Il apportait au commencement de sa nouvelle entreprise, une âme
+pleine d'appréhension et de lassitude. Il était cependant encore dans
+toute sa vigueur et capable de battre, à qui soulèverait le poids le plus
+lourd, tous les ouvriers qui travaillaient pour lui<a id="footnotetag939" name="footnotetag939"></a><a href="#footnote939" title="Lien vers la note 939"><span class="small">[939]</span></a>. Mais son visage
+<span class="pagenum"><a id="page381" name="page381"></a>(p. 381)</span> assombri, marqué d'une mélancolie profonde, le faisait paraître de dix
+ans plus âgé qu'il ne l'était. Comme Byron, il eut de bonne heure l'air
+vieilli. L'amitié et l'éloquence avaient encore le pouvoir de transfigurer
+merveilleusement ses traits fatigués: il était méconnaissable quand ses
+regards s'enflammaient et qu'il s'illuminait d'enthousiasme. Mais une
+expression soucieuse et triste était définitivement sur cette face; la gaîté,
+même factice, devait y faire de plus rares visites; et la mort, l'absence ou
+les froissements devaient rendre plus clairsemées les rencontres de
+l'amitié.</p>
+
+<p>Devant cette vie à recommencer tout entière, avec de nouvelles
+responsabilités, il se sentait découragé et défiant. Le lendemain même
+de son arrivée dans le pays, il écrivait à Mrs Dunlop:</p>
+
+<p class="quote">«Voici le second jour, mon honorée amie, que je suis sur ma ferme. Je suis l'habitant
+solitaire d'une vieille chambre enfumée, loin de tout ce que j'aime et qui m'aime;
+sans connaissance qui date de plus loin qu'hier, excepté Jenny Geddes, la vieille
+jument sur laquelle je chevauche. En même temps, des préoccupations inaccoutumées
+et des plans nouveaux font à chaque instant honte à ma grande ignorance et à mon
+inexpérience. Aux heures soucieuses, il y a une atmosphère de brume qui est naturelle
+à mon âme; par suite de laquelle les objets attristants semblent plus grands que
+nature. Une sensibilité excessive, qu'une série de malheurs et de déboires a irritée et
+portée à voir le côté sombre des choses, à cette période où l'âme embarque sa cargaison
+d'idées pour le voyage de la vie, est, je le crois, la cause principale de cette
+malheureuse disposition d'esprit<a id="footnotetag940" name="footnotetag940"></a><a href="#footnote940" title="Lien vers la note 940"><span class="small">[940]</span></a>.</p>
+
+<p>Et le troisième jour, il jetait sur son journal ces lignes où sa pensée,
+dans toute sa sincérité intime, s'exhale comme un soupir de lassitude, et,
+par instants, comme un soupir de regret.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Voici le troisième jour que je suis dans ce pays. «Seigneur! qu'est-ce que
+l'homme?» Quel petit faisceau affairé de passions, d'appétits, d'idées et de fantaisies!
+Et quel fantasque genre d'existence il a ici-bas!... Il y a, à la vérité, un ailleurs, où,
+comme le dit Thomson, «la vertu seule survit.»</p>
+
+<p class="poem20">
+<span class="add12em">Dites-nous, ô morts,</span><br>
+Aucun de vous ne voudra-t-il, par pitié, nous révéler le secret<br>
+De ce que vous êtes et ce que nous serons bientôt!<br>
+<span class="add10em">Un peu de temps</span><br>
+Nous rendra aussi savants que vous et aussi muets.</p>
+
+<p>Je suis si lâche dans la vie, si fatigué du service, que, comme l'Adam de Milton, il
+n'y a presque pas de moment où je ne souhaite «me coucher avec joie dans le giron
+de ma mère et être en paix.»</p>
+
+<p>Mais une femme et des enfants m'obligent à lutter avec le courant, jusqu'à ce que
+quelque rafale soudaine renverse la pauvre barque, ou que, dans l'indifférent retour
+des années, sa propre caducité la réduise à n'être qu'une épave<a id="footnotetag941" name="footnotetag941"></a><a href="#footnote941" title="Lien vers la note 941"><span class="small">[941]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page382" name="page382"></a>(p. 382)</span> La vie qu'il allait mener pendant quelques mois n'était pas pour chasser
+ces sombres humeurs. Afin de surveiller les travaux, il avait voulu se
+loger près de sa future ferme. Il n'avait trouvé qu'une misérable chaumière
+enfumée et délabrée. «Je me souviens bien de la maison, dit Allan
+Cunningham, le plancher était d'argile, les chevrons couverts de suie;
+la fumée du foyer sortait épaisse par la porte et la fenêtre, tandis que le
+soleil, qui faisait effort pour pénétrer par ces ouvertures, produisait une
+sorte de crépuscule. C'est là que tous ceux qui avaient la curiosité ou le
+goût de le voir, le trouvaient avec une table, des livres, des plans devant
+lui, tantôt en train d'écrire des lettres sur la contrée et les gens, parmi
+lesquels il était tombé comme une pierre lancée par une fronde; tantôt
+donnant audience aux ouvriers qui étaient occupés à creuser les fossés
+ou les fondations; et quelquefois aussi en train de donner un coup de
+brosse à une vieille chanson<a id="footnotetag942" name="footnotetag942"></a><a href="#footnote942" title="Lien vers la note 942"><span class="small">[942]</span></a>.» «La cabane où je m'abrite, écrivait-il
+lui-même, est ouverte à toutes les rafales qui soufflent et à toutes les
+averses qui tombent; je ne puis m'y défendre de mourir de froid qu'en
+étant suffoqué de fumée<a id="footnotetag943" name="footnotetag943"></a><a href="#footnote943" title="Lien vers la note 943"><span class="small">[943]</span></a>.»</p>
+
+<p>Les journées passaient encore, prises par les occupations. Comme il
+arrive pour ces petits travaux exécutés par des maçons et des charpentiers
+de village, Burns devait être son propre architecte; tout le soin de
+la surveillance et de la direction lui revenait. Pendant ces besognes, sa
+faculté de causerie et sa familiarité trouvaient à s'exercer; le mouvement
+l'occupait. Mais quand, à la nuit tombante, les ouvriers s'éloignaient, un
+sentiment de solitude et de tristesse le reprenait. Les soirées étaient
+longues et sombres dans la chaumière; il avait la sensation d'être exilé,
+bien loin, hors de la vie.</p>
+
+<div class="poem10">
+<p><span class="add2em">Dans cette terre étrangère, ce pays sauvage,</span><br>
+<span class="add2em">Terre inconnue à la prose et aux vers,</span><br>
+Où les mots n'ont jamais été étirés sur le peigne de la Muse,<br>
+<span class="add2em">Ni sautillé dans les entraves de la poésie;</span><br>
+<span class="add2em">Une terre que la Prose n'a jamais visitée,</span><br>
+Sauf quand il lui arrive d'y trébucher, les jours où elle est soûle;<br>
+<span class="add2em">Ici donc, embusqué dans un côté de la cheminée,</span><br>
+<span class="add2em">Caché dans une atmosphère de fumée,</span><br>
+<span class="add2em">J'entends un rouet bruire dans le coin,</span><br>
+<span class="add2em">Je l'entends.&mdash;car c'est en vain que je regarde.</span><br>
+<span class="add2em">La tourbe rouge luit, noyau de flamme</span><br>
+<span class="add2em">Dans une cosse de brouillard infernal:</span><br>
+<span class="add2em">Ici, au lieu de mes ravissements poétiques,</span><br>
+<span class="add2em">Me voici assis à compter mes péchés par chapitres;</span><br>
+<span class="add2em">Au lieu d'être vivant et vif comme les autres chrétiens,</span><br>
+<span class="add2em">Je suis recroquevillé, réduit à exister simplement,</span><br>
+<span class="pagenum"><a id="page383" name="page383"></a>(p. 383)</span> <span class="add2em">Sans société que les indigènes du Galloway,</span><br>
+<span class="add2em">Sans figure de connaissance que Jenny Geddes;</span><br>
+<span class="add2em">Jenny, mon orgueil, mon Pégase!</span><br>
+<span class="add2em">Toute morne, elle trotte le long de la Nith,</span><br>
+<span class="add2em">Et sans cesse elle tourne ses yeux du côté de l'ouest,</span><br>
+<span class="add2em">Tandis que des larmes coulent sur ses vieux naseaux bruns!</span><br>
+<span class="add2em">Était-ce pour ceci, qu'avec tant de soin,</span><br>
+<span class="add2em">Tu as porté le Barde à travers maint comté?</span></p>
+
+<p><span class="add2em">Avec tout ce souci et tout ce chagrin,</span><br>
+<span class="add2em">Et peu, bien peu d'espoir de soulagement,</span><br>
+<span class="add2em">Et rien que de la fumée de tourbe dans ma tête,</span><br>
+<span class="add2em">Comment puis-je écrire quelque chose que vous puissiez lire<a id="footnotetag944" name="footnotetag944"></a><a href="#footnote944" title="Lien vers la note 944"><span class="small">[944]</span></a>?</span></p>
+</div>
+
+<p>La construction de sa ferme ne tarda pas à l'absorber. Il en fit lui-même
+les plans et il en traça les fondations. Lorsqu'il posa la première
+pierre, il se découvrit, et pria que la maison qui devait abriter ses jours
+futurs fût bénie<a id="footnotetag945" name="footnotetag945"></a><a href="#footnote945" title="Lien vers la note 945"><span class="small">[945]</span></a>. Peut-être des visions de contentement et de paix
+domestiques s'offrirent-elles à lui, et rêva-t-il, pour le foyer qui allait
+s'édifier, des samedis soirs pareils à celui qu'il avait chanté. Il surveilla
+lui-même les travaux, aidant à rassembler les pierres, à chercher le sable,
+à voiturer la chaux, donnant parfois un coup de main ou un coup d'épaule
+aux ouvriers. «Quand il voyait que nous ne pouvions pas venir à bout
+d'une grosse pierre, disait l'un d'eux, il criait: «Attendez un peu!» et il
+accourait. Nous nous apercevions bientôt qu'il était là. Je n'ai jamais vu
+son pareil pour soulever un poids<a href="#footnote945" title="Lien vers la note 945"><span class="small">[945]</span></a>.» La maison arrivée à hauteur des
+fenêtres, il envoya à Dumfries chercher du bois pour les linteaux. Tous
+les charpentiers se pressèrent autour du messager pour voir l'écriture du
+poète. «C'est par de pareilles touches, dit Allan Cunningham, que se
+traduit l'admiration d'un pays<a href="#footnote945" title="Lien vers la note 945"><span class="small">[945]</span></a>.»</p>
+
+<p class="p2">En s'engageant dans cet avenir nouveau, il s'évertuait à prendre de
+bonnes résolutions. Il faisait projet d'assagir sa vie, de lui donner
+l'assiette des vies bien établies. Il était à un de ces changements matériels
+qui rendent plus facile d'abandonner le passé, parce qu'ils en interrompent
+les habitudes. D'ailleurs, il avait de nouveaux devoirs, une
+responsabilité. Ses résolutions étaient ferventes. Il laissait à jamais
+derrière lui le fardeau de ses fautes et de ses folies; comme un homme
+soulagé d'avoir jeté le sac où il porterait toutes les pierres qui l'ont fait
+trébucher, il reprenait sa route plus droit et plus preste.</p>
+
+<p class="quote">Adieu maintenant à ces folies étourdies, ces vices vernis qui, bien qu'à moitié
+sanctifiés par la légèreté charmante de l'esprit et de la gaîté, ne sont après tout
+qu'une façon de dissiper vainement le précieux courant de l'existence, que dis-je?
+<span class="pagenum"><a id="page384" name="page384"></a>(p. 384)</span> de l'empoisonner tout entière, en sorte que, comme dans les plaines de Jéricho, «les
+eaux y sont très mauvaises et la terre stérile» et qu'il faudrait les dons surnaturels
+d'Élisée pour guérir le mal<a id="footnotetag946" name="footnotetag946"></a><a href="#footnote946" title="Lien vers la note 946"><span class="small">[946]</span></a>.</p>
+
+<p>Et en même temps il écrivait à un ami:</p>
+
+<p class="quote">J'ai, jusqu'à présent, dans le guerroyement de la vie, été formé aux armes, dans la
+cavalerie légère et les éclaireurs de la fantaisie: une manière de hussards et de highlanders
+de la cervelle. Mais j'ai pris la ferme résolution de céder mon grade dans ces
+bataillons d'étourdis, qui n'ont d'autre idée d'une bataille que de rencontrer l'ennemi,
+et d'autre idée d'un siège que de donner l'assaut à la ville. Il en coûtera ce qu'il
+voudra; je suis déterminé à entrer dans les graves escadrons, lourdement armés, de la
+Prudence et dans le corps d'artillerie de l'artificieuse Opiniâtreté<a id="footnotetag947" name="footnotetag947"></a><a href="#footnote947" title="Lien vers la note 947"><span class="small">[947]</span></a>.</p>
+
+<p>Il n'est pas possible d'avoir de meilleures intentions. Il y entrait avec
+tant d'impétuosité qu'il allait un peu vite. Il avait pour son propre passé,
+qui lui tenait encore aux épaules, des réprobations indignées; il en parlait
+avec une admirable sévérité; il le fustigeait avec une bonne foi
+amusante.</p>
+
+<p class="quote">Une importante et récente décision dans ma vie m'a mis hors de la voie de ces disgracieuses
+iniquités qui, bien que la licence à la mode ferme les yeux sur elles, et
+que les phrases à la mode les couvrent d'un vernis, ne sont en réalité que des nuances
+plus ou moins légères ou sombres de <span class="italic">scélératesse</span><a id="footnotetag948" name="footnotetag948"></a><a href="#footnote948" title="Lien vers la note 948"><span class="small">[948]</span></a>.</p>
+
+<p>Il souligne lui-même ce gros mot qui retombe sur un passé à peine
+détaché de lui. Il avait cet oubli des fautes de la veille, et ce défaut
+d'appréhension de celles du lendemain, qu'ont souvent les femmes et les
+poètes, pour ne pas ajouter quelques orateurs, et qui leur permet une
+indignation véritable, non pas contre eux-mêmes, mais contre des erreurs
+déposées pour un instant. Ils n'abjurent pas leurs faiblesses, ils les
+dénoncent; et là où on attendrait de l'humilité et de la contrition, on
+trouve, avec étonnement, l'assurance et une colère de moraliste. Il semblait
+à Burns que cette scélératesse, qu'il stigmatisait, était à grande
+distance de lui. Il eût peut-être été moins dur pour elle s'il avait su
+qu'elle l'attendait non loin de là.</p>
+
+<p>Mais il n'y avait pas uniquement là une modification de conduite; il y
+avait, jusqu'à un certain degré, une transformation dans la manière
+d'envisager la vie. Et ce changement sortait d'une altération de l'homme
+lui-même, effet de l'imperceptible mais irrésistible travail de l'âge. Burns
+arrivait à ce point de la trentaine, où les pieds commencent à tenir davantage
+au sol. Les espoirs sont moins frémissants, pour avoir été souvent
+déçus; et les désirs le sont moins, pour avoir été quelquefois satisfaits.
+<span class="pagenum"><a id="page385" name="page385"></a>(p. 385)</span> Il se fait une mue où bien des plumes brillantes de la fantaisie
+tombent; l'oiseau a les ailes écourtées, le plumage plus sombre et le vol
+plus bas. Un assagissement, un assoupissement entre dans le sang. On
+commence à introduire de la mesure et du calcul dans ses actes; on est
+disposé à faire une part plus grande à la pratique, à compter avec les
+nécessités et les conditions matérielles, le bien-être, la considération. On
+ne rompt plus en visière à la vie; on confère plus humblement avec elle,
+on en vient à des termes et à une transaction. C'est généralement à cette
+époque que meurent dans les hommes les révoltes et les intransigeances
+contre les formes sociales, et que s'entame une lente capitulation qui
+aboutit à un <span class="italic" lang="la">modus vivendi</span> avec l'existence. C'est souvent une crise douloureuse.
+Les plus terre à terre ne sentent pas sans un certain malaise périr
+en eux leur parcelle idéale; et d'autres, en qui plus d'eux-mêmes meurt, en
+éprouvent une affliction. C'est ainsi qu'on s'achemine vers le scepticisme
+ou la résignation. Quelques-uns sont seuls exempts de cette transformation
+et se maintiennent; soit à cause d'une grande vitalité d'idéalisme, qu'ils
+possèdent en don spécial; soit par le dédain des intérêts, vers quoi la vie
+veut les plier; soit par une insouciance de conduite ou une impétuosité
+de passions, qui les rendent indifférents au lendemain ou incapables de se
+contraindre. C'était ce changement qui se produisait dans l'esprit de
+Burns. Il faisait des concessions, il reconnaissait plus de prix à ce dont il
+avait longtemps fait peu de cas.</p>
+
+<p class="quote">J'ai toute la révérence possible pour le monde d'outre-tombe dont on parle tant, et
+je souhaite que ce que la piété croit et la pitié mérite, existe réellement. Mais, dans les
+choses qui appartiennent à cette scène actuelle de l'existence et qui s'y terminent,
+l'homme a des intérêts sérieux et immédiats. De savoir si un homme sera accueilli par
+des mains tendues, dans une situation élevée, distinguée et respectable, ou se dérobera
+au mépris dans un coin abject d'une vie obscure; de savoir s'il s'épanouira sous les
+tropiques de l'abondance, s'il se réjouira tout au moins sous les latitudes confortables
+d'une aisance convenable, ou s'il souffrira de la faim dans le cercle arctique de la noire
+pauvreté; de savoir s'il s'élèvera dans la conscience virile d'un esprit satisfait de lui-même,
+ou s'il s'affaissera sous un douloureux fardeau de regret et de remords; ce
+sont là des alternatives de la dernière importance<a id="footnotetag949" name="footnotetag949"></a><a href="#footnote949" title="Lien vers la note 949"><span class="small">[949]</span></a>.</p>
+
+<p>Et un peu plus tard il dira:</p>
+
+<p class="quote">Il n'y a pas de doute que la santé, les talents, une bonne réputation, une aisance
+décente, des amis respectables, ne soient des bonheurs réels et substantiels<a id="footnotetag950" name="footnotetag950"></a><a href="#footnote950" title="Lien vers la note 950"><span class="small">[950]</span></a>.</p>
+
+<p>C'étaient là des paroles qui ne lui seraient pas venues quelques années
+auparavant. Nous voilà loin des strophes de l'épître à Davie, de la
+louange de la vie de vagabonds et des sommeils à la belle étoile.</p>
+
+<p class="poem20"><span class="pagenum"><a id="page386" name="page386"></a>(p. 386)</span> Qu'importe si, comme le peuple des airs,<br>
+Nous errons dehors sans savoir où,<br>
+<span class="add8em">Sans maison ni abri?</span><br>
+Qu'importe! les charmes de la nature, les collines et les bois,<br>
+Les vallons tortueux et les cours d'eau écumants<br>
+<span class="add8em">Sont ouverts à tous.</span></p>
+
+<p>Ce n'est pas que tout fût gain dans cette altération obscure dont les
+indices perçaient ainsi ça et là. C'était en lui, comme chez tant d'autres,
+le signe d'un tassement intérieur, d'un affaissement de l'imagination, en
+tant qu'elle est un des facteurs de la vie journalière. Il y a des instants
+de la jeunesse pendant lesquels, on peut le dire, l'existence réelle est
+incorporée avec l'existence idéale; elle n'existe pas à part, elle dérive de
+l'autre son prix et ses peines. Cette période avait été très marquée chez
+Burns, à Lochlea et à Mauchline. Durant ces années, les plus ferventes et
+partant les plus fécondes, il avait véritablement vécu en dehors, au-dessus
+de sa condition extérieure; non pas même en lutte avec elle, car sa vie
+intime la remplissait, la transformait et en faisait son cadre naturel et son
+réceptacle. Aussi puisait-il sa poésie dans les faits de chaque jour. C'est
+cette primauté, cette souveraineté de l'imagination qui semblait s'affaiblir
+en lui. Il ne remplissait plus, n'envahissait plus les choses extérieures de
+lui-même; c'est qu'elles commençaient à pénétrer en lui sans se déformer;
+sa flamme ne les fondait plus; elles restaient indépendantes et intactes, ce
+qui est le train pour qu'elles deviennent indispensables. C'était une
+descente vers la terre. Elle n'était pas ressentie, et ne devait jamais l'être,
+dans les hautes parties de l'entendement, où demeurent les efforts intellectuels
+et les jugements généraux. Celles-ci sont d'ailleurs les dernières
+atteintes; la mort arrive souvent plus vite que leur obscurcissement et
+elles subsistent claires au-dessus des diminutions de l'action. C'était la
+manière d'être quotidienne qui se modifiait, d'où sortent plus tard les
+sentiments et les aspirations intellectuelles. On peut encore continuer à
+mettre en &oelig;uvre les produits de la vie antérieure; mais si on avait toujours
+mené la vie actuelle, on n'aurait pas les éléments de ce travail. C'est ce
+qui arrivera pour Burns. Désormais sa vie sortira moins de lui-même.
+Elle ne lui fournira plus les thèmes de sa poésie. Il sera obligé de les
+emprunter à son existence passée, comme pour <span class="italic">Tam de Shanter</span>; ou à
+des existences autres, comme pour ses chansons.</p>
+
+<p>Toutefois, en dépit de leur sincérité, ces répudiations du passé et ces
+projets de réforme n'étaient chez lui que superficiels. Ces résolutions,
+faites de bonne volonté et d'une légère décroissance d'idéalité, n'avaient
+pas de racines. Il les croyait durables, elle ne l'étaient pas. Elles indiquaient
+qu'il était arrivé au moment de la vie où généralement les
+hommes deviennent sages et plus empiriques; mais ce moment ne devait
+pas se développer en lui. Elles ressemblaient à ces organes atrophiés qui
+<span class="pagenum"><a id="page387" name="page387"></a>(p. 387)</span> font quelques tentatives pour exister et qui, incapables de remplir leur
+fonction, en marquent seulement le moment et le besoin. Il arrivait à Burns
+ce qui arrive à certains organismes où des phases importantes de l'évolution
+n'apparaissent qu'à l'état embryonnaire. La phase de sagesse devait
+rester chez lui indécise et mal ébauchée. Son imagination et son tempérament,
+ses qualités et ses défauts, devaient l'empêcher d'y prendre
+assiette et l'entraîner. D'ailleurs, eût-il possédé les conditions intérieures
+d'une véritable transformation, les circonstances extérieures les auraient
+rendues vaines. Pour que des décisions de ce genre, si malaisées à
+fixer, soient solides, il faut qu'elles s'établissent sur un fondement de
+confiance dans le lendemain. Celles-ci se formaient sur un fond mouvant
+d'incertitudes et de craintes, suffisantes par elles-mêmes pour ébranler une
+volonté assurée et décourager une volonté moyenne. Un esprit persévérant
+en eût été éprouvé. Celui de Burns n'y pouvait résister. Cela fit
+que cette réforme, comme beaucoup de ses sentiments, beaucoup de
+de ses résolutions, devait rester imaginaire. C'était un côté de sa vie
+qu'il devait vivre en rêve, ainsi qu'il arrive à beaucoup de poètes: c'est
+ce qui leur permet d'avoir des conduites si folles et des têtes si sages.</p>
+
+<p class="p2">Dès que sa maison fut en train, il partagea son temps entre Ellisland
+et Mauchline, passant alternativement huit ou dix jours dans chaque endroit.
+Jane Armour était alors à Mossgiel, chez la mère de Burns, dont elle
+s'était faite l'apprentie pour la laiterie et les autres occupations rustiques.
+La route était longue de «sa ferme à sa femme», car d'Ellisland en
+Nithsdale à Mauchline en Kyle, il y a 45 milles<a id="footnotetag951" name="footnotetag951"></a><a href="#footnote951" title="Lien vers la note 951"><span class="small">[951]</span></a>, et les chemins d'alors la
+rendaient rude. Parfois il la faisait d'une traite, sellant à trois heures du
+matin, sa vieille jument, Jenny Geddes, et partant dans l'obscurité.
+Parfois il coupait la route eu deux et passait la nuit dans une auberge<a id="footnotetag952" name="footnotetag952"></a><a href="#footnote952" title="Lien vers la note 952"><span class="small">[952]</span></a>.
+D'après Currie, ces voyages auraient eu une influence considérable et
+pernicieuse sur sa vie, parce que, dans ces arrêts, il rencontrait de la
+compagnie avec laquelle il oubliait ses résolutions de sobriété<a href="#footnote952" title="Lien vers la note 952"><span class="small">[952]</span></a>. C'est
+exagérer. Il eût été sans doute désirable qu'il s'installât dès son arrivée
+dans sa nouvelle existence, car les bonnes résolutions demandent à être
+appliquées aussitôt; il faut les mettre au travail tout de suite; elles
+s'affaiblissent si on leur laisse le temps de flâner. Il y aurait surtout
+gagné d'éviter six mois de solitude et de découragement. Mais le cours
+ultérieur de sa vie fut dirigé par des causes plus profondes que quelques
+soirées passées autour du bol à whiskey, même si ces soirées empruntaient
+quelque chose au lendemain.</p>
+
+<p>Ces semaines de Mauchline étaient les seules éclaircies dans l'assombrissement
+<span class="pagenum"><a id="page388" name="page388"></a>(p. 388)</span> de sa vie. Lorsqu'il était de retour à Ellisland, dans sa
+chaumière provisoire, il prétendait que Jenny Geddes avait toujours l'&oelig;il
+tourné à l'ouest, vers le pays qu'ils venaient de quitter. Quant à lui, sa
+pensée y aspirait sans cesse, et il l'envoyait à sa jeune femme toute
+rhythmée et rimée, toute prête pour sa voix «aux claires notes agrestes».</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>De tous les points d'où le vent peut souffler,<br>
+J'aime chèrement l'ouest;<br>
+Car c'est là que la jolie fillette vit,<br>
+La fillette que j'aime le mieux;<br>
+Des bois sauvages croissent, des rivières coulent,<br>
+Mainte colline est entre nous deux;<br>
+Mais, jour et nuit, ma pensée envolée<br>
+Est sans cesse avec ma Jane.</p>
+
+<p>Je la vois dans les fleurs fraîches de rosée,<br>
+Je la vois douce et belle;<br>
+Je l'entends dans la chanson des oiseaux,<br>
+Je l'entends charmer l'air.<br>
+Il n'y a pas une jolie fleur qui pousse,<br>
+Près d'une fontaine, d'un bois ou d'une pelouse;<br>
+Il n'y a pas un joli oiseau qui chante,<br>
+Qui ne me fasse penser à ma Jane<a id="footnotetag953" name="footnotetag953"></a><a href="#footnote953" title="Lien vers la note 953"><span class="small">[953]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>C'est qu'en effet, avec sa versatilité de poète, il s'était repris d'amour
+pour elle. Ce qui pourrait sembler incroyable après tant de choses
+passées, ce mariage avait sa lune de miel. C'était du reste un regain de
+l'ancienne passion, à laquelle rien de nouveau, rien de plus profond ne
+s'était ajouté; il avait le même caractère purement extérieur et presque
+lascif. Ce qui frappe Burns dans celle qu'il a prise pour compagne
+irrévocablement, c'est toujours un corps bien tourné, une démarche
+souple et l'&oelig;il noir et vif qui jadis l'avait atteint. Les pièces qu'il lui
+adresse ont un riche coloris de désir, et, pour ainsi parler, de luxure
+conjugale; mais il n'y a pas un mot de sentiments plus graves, et les
+heures d'intimité sérieuse que suppose l'union complète de deux êtres
+n'y sont point représentées.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Oh! si j'étais sur les collines du Parnasse,<br>
+Si je pouvais puiser à l'Hélicon,<br>
+Afin d'atteindre l'habileté poétique<br>
+Pour chanter combien chèrement je t'aime!<br>
+Mais il faut que la Nith soit la fontaine de ma Muse,<br>
+Il faut que ma Muse soit ton joli toi-même,<br>
+Sur le Corsicon le regard perdu, je chanterai,<br>
+Et j'écrirai combien chèrement je t'aime.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page389" name="page389"></a>(p. 389)</span> Viens donc, douce Muse, inspire ma chanson!<br>
+Car pendant tout un long jour d'été<br>
+Je ne pourrais chanter, je ne pourrais dire<br>
+Combien, combien chèrement je t'aime.<br>
+Je te vois danser sur la pelouse!<br>
+Ta taille si souple, tes membres si bien pris,<br>
+Tes lèvres tentantes, les yeux fripons,<br>
+Par le ciel et la terre&mdash;je t'aime!</p>
+
+<p>Le jour, la nuit, aux champs, à la maison,<br>
+Ta pensée enflamme ma poitrine,<br>
+Et sans cesse je redis et chante ton nom,<br>
+Je vis seulement pour t'aimer.<br>
+Quand je serais condamné à errer<br>
+Au delà de la mer et du soleil couchant,<br>
+Jusqu'à ce que mon dernier sable soit écoulé,<br>
+Jusqu'alors, alors même, je t'aimerais!<a id="footnotetag954" name="footnotetag954"></a><a href="#footnote954" title="Lien vers la note 954"><span class="small">[954]</span></a></p>
+</div>
+
+<p>Ce sont là de brûlantes paroles. Mais, après cette gerbe de chansons
+amoureuses, on ne trouve plus de vers pour Jane Armour. À l'exception
+d'une petite pièce de fantaisie, dont les termes plutôt que le sentiment
+s'opposent à cette supposition, si on ne la connaissait que d'après l'&oelig;uvre
+de son mari, on la prendrait pour une maîtresse plutôt que pour l'épouse.
+Pas une seule fois, elle n'apparaît dans son cadre véritable: la famille;
+elle ne lui a pas inspiré le pendant de la pièce où il a représenté le
+ménage de son père et de sa mère. Des affections successives que
+traverse la vie à deux et qui aboutissent à la touchante tendresse des
+vieux époux, qu'il a si délicieusement rendue dans <span class="italic">John Anderson</span>,
+il semble qu'il n'en ait ressenti aucune. Entre Jane et lui, il n'y eut
+jamais de communauté intellectuelle; ils vécurent ensemble, mais à
+part. La distance était trop grande. Mais, de quelque façon qu'il s'y fût
+pris, c'est un malheur auquel il ne pouvait échapper. La disproportion
+qui existait entre sa position et sa valeur intellectuelle devait le poursuivre
+dans le mariage. S'il avait choisi, comme il le disait très bien à M<sup>rs</sup> Dunlop,
+une femme «qui eût pu entrer dans ses études favorites et apprécier ses
+auteurs favoris<a id="footnotetag955" name="footnotetag955"></a><a href="#footnote955" title="Lien vers la note 955"><span class="small">[955]</span></a>»; elle n'aurait pu s'abaisser à son genre de vie. S'il
+prenait une femme capable de vivre en fermière, il était probable qu'elle
+ne saurait se hausser à son esprit.</p>
+
+<p>Pendant un de ses séjours à Mauchline, Burns se réconcilia avec
+l'Église. Son mariage avec Jane Armour avait été purement civil. Les
+formalités religieuses n'avaient pas été remplies: les annonces, selon
+l'expression calviniste, n'avaient pas été proclamées, pendant trois
+dimanches consécutifs, dans les deux paroisses où vivaient les futurs; le
+<span class="pagenum"><a id="page390" name="page390"></a>(p. 390)</span> ministre ne leur avait pas fait joindre les mains, et la promesse simple et
+grave du mariage écossais n'avait pas été prononcée d'être l'un pour
+l'autre un époux aimant et fidèle et une épouse aimante, fidèle et soumise,
+«jusqu'à ce que Dieu nous sépare par la mort<a id="footnotetag956" name="footnotetag956"></a><a href="#footnote956" title="Lien vers la note 956"><span class="small">[956]</span></a>.» La situation du jeune
+ménage était donc irrégulière, vis-à-vis de l'Église. Cependant la
+communion annuelle, qui était administrée à Mauchline, au commencement
+d'Août, approchait. C'est dans les paroisses écossaises un
+événement entouré de solennité. Quelque temps auparavant, le
+ministre, en chaire, donne notice à la congrégation que «le souper du
+Seigneur» sera administré tel jour. Durant la semaine qui précède, le
+Consistoire se réunit et dresse une liste de tous les communiants de la
+paroisse, conformément au livre d'exercices du ministre et au témoignage
+des anciens et des diacres. D'après cette liste, des billets sont remis aux
+anciens pour les distribuer aux fidèles. Le jour de la Cène, en face des
+tables recouvertes d'une nappe blanche et portant les deux espèces, le
+vin dans le calice et le pain dans la corbeille, le ministre défend aux
+indignes d'approcher. Les communiants ne peuvent prendre place aux
+sièges déposés de chaque côté des tables qu'en présentant les billets
+délivrés par les anciens. Il y a là un moyen efficace de discipline et qui
+sert de sanction aux arrêts du Consistoire, car être exclu de la participation
+au sacrement emporte une idée de déconsidération et de scandale.
+Aussi, un peu avant l'époque de cette cérémonie, les registres des
+paroisses sont-ils remplis de notices de gens qui font amende honorable.
+Burns fit comme les autres, plus sans doute pour sa jeune femme et sa
+famille que pour lui-même. On trouve dans les registres de Mauchline,
+le passage suivant:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>1788.&mdash;Août 5.&mdash;Ont comparu Robert Burns, avec Jane Armour, son épouse
+prétendue. Ils reconnaissent tous deux leur mariage irrégulier, leur chagrin de cette
+irrégularité, et leur désir que la session prenne les mesures qui lui sembleront
+nécessaires en vue de la confirmation solennelle du dit mariage. La session, prenant
+cette affaire en considération, décide qu'ils seront tous deux blâmés pour l'irrégularité
+qu'ils reconnaissent, et qu'ils seront solennellement engagés à rester fidèlement unis
+à l'un à l'autre, comme mari et femme, tous les jours de leur vie.</p>
+
+<p>La session a, par loi, droit à une amende en faveur des pauvres, elle s'en rapporte
+à la générosité de M. Burns.</p>
+
+<p>La sentence précitée a été conformément exécutée et la session absout les deux
+personnes susdites de tout scandale de ce chef<a id="footnotetag957" name="footnotetag957"></a><a href="#footnote957" title="Lien vers la note 957"><span class="small">[957]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>À la suite, vient la signature du ministre et celle de Burns. Celui-ci
+<span class="pagenum"><a id="page391" name="page391"></a>(p. 391)</span> avait aussi signé pour sa femme, ce qui porte à croire ou qu'elle était
+trop émue pour tenir une plume ou que, à cette époque, elle ne savait
+pas encore écrire. Au-dessous se trouve cette ligne: «M. Burns a donné
+un billet d'une guinée pour les pauvres.» C'était la fin de la fameuse lutte
+de Burns contre l'Église.</p>
+
+<p class="p2">Cette union enfin conclue, on se demande ce qu'elle était, et surtout ce
+qu'elle allait être. Pour le moment, elle vivait d'un besoin de repos et
+d'un reste de passion. Mais cela ne peut aller bien loin; ce sont comme
+ces premières provisions avec lesquelles on se met en ménage, et qui
+permettent d'attendre le pain de tous les jours. Comment la vie
+commune allait-elle définitivement s'établir? Les deux êtres qu'elle
+réunissait avaient connu les ivresses, les délaissements, les colères, les
+déchirements, les rapiècements et, pour employer l'expression de
+Montaigne, «l'herbe, les fleurs, le fruit<a id="footnotetag958" name="footnotetag958"></a><a href="#footnote958" title="Lien vers la note 958"><span class="small">[958]</span></a>» et le regain de l'amour. Ils se
+hasardaient maintenant à être paisiblement heureux ensemble. Ne leur
+serait-il pas plus difficile de l'être l'un avec l'autre qu'avec n'importe qui?
+Pouvaient-ils passer de leur liaison tourmentée au commerce uni et
+reposant que veut le ménage?</p>
+
+<p>Pour Jane Armour, il semble que cette transition fût facile. Dans
+les aventures du passé sa part avait été plutôt de faiblesse et de
+laisser aller. Il paraît clair qu'elle était heureuse de trouver le repos,
+de retrouver l'amitié des siens; elle était fière d'être la femme de
+Robert Burns, d'une fierté mal démêlée et bornée, qui ne comprenait pas
+toute la valeur de son mari; elle était disposée à se trouver bien partagée,
+à espérer, comme un gros bonheur, une ferme prospère et une vie de
+petite aisance.</p>
+
+<p>Mais lui où en était-il? Que pensait-il? ou plutôt que ressentait-il,
+non pas sur le devant mais dans l'arrière-chambre de son âme, en
+remuements confus de pensées et en vagues retours sur soi-même? Il
+avait été mené à ce mariage, brusquement saisi par une de ses propres
+fautes, et lié à une destinée qu'il ne prévoyait pas. Maintenant qu'il se
+remettait, comment jugeait-il sa condition nouvelle?</p>
+
+<p>Il était impossible qu'il trouvât, impossible qu'il ait cru trouver dans
+ce mariage la haute union de deux esprits, la joie de deux natures
+associées par leurs qualités intellectuelles les plus élevées, en une communion
+d'intelligence. Avec Clarinda, avec Margaret Chalmers, il eût
+peut-être pu goûter cette douceur suprême de la vie; avec Jane Armour,
+il devait y renoncer. La plus rare partie de lui-même n'aurait jamais de
+foyer; il serait obligé, sur ce point, de vivre avec des étrangers ou de
+vivre dans sa solitude. Il le disait bien lui-même dans un passage où il
+<span class="pagenum"><a id="page392" name="page392"></a>(p. 392)</span> s'efforce un peu trop de chasser ce v&oelig;u d'une femme intelligente et
+instruite.</p>
+
+<p class="quote">«Dans les circonstances où je suis, je n'aurais jamais pu avoir de compagne pour
+la vie, capable de pénétrer dans mes études favorites, de goûter mes auteurs favoris,
+etc, sans qu'elle m'imposât en même temps une vie coûteuse, des fantaisies capricieuses,
+peut-être des singeries de l'affectation, avec tous ces beaux talents de pensionnat,
+qui (<span class="italic">pardonnez-moi, Madame</span><a id="footnotetag959" name="footnotetag959"></a><a href="#footnote959" title="Lien vers la note 959"><span class="small">[959]</span></a>) se rencontrent quelquefois parmi les femmes
+de haut rang, et qui pénètrent presque universellement les demoiselles des classes qui
+ont des prétentions à la Gentry<a id="footnotetag960" name="footnotetag960"></a><a href="#footnote960" title="Lien vers la note 960"><span class="small">[960]</span></a>.»</p>
+
+<p>À défaut de cette félicité, si rarement accordée du reste aux hommes
+supérieurs, parce que leur supériorité même les place hors des chances
+d'appariement, ne pouvait-il pas du moins rencontrer le bonheur qui
+vient juste au-dessous, un bonheur moyen, fait d'habitudes et de bon
+accueil, de repos intime sous un toit qui devient plus cher, de tendresse
+active et vigilante autour des choses pratiques, et du déploiement de la
+famille dans une âme paternelle? Ne pouvait-il connaître ce refuge où
+les ennuis et les tribulations ne pénètrent pas, qui garde un coin de
+lumière argentée et paisible même aux jours sombres? Il entre beaucoup
+de bien-être d'âme et de corps dans ce bonheur-là. Il est plus terrestre
+que le premier, mais il est bien humain. C'est par lui que se disent
+heureux la plupart des quelques-uns qui se félicitent d'être nés. Burns
+ne pouvait-il le goûter? Pendant quelques mois, il crut en toute sincérité
+qu'il le possédait; bien plus, il crut qu'il s'en contenterait. On eût dit
+qu'il avait guéri ses v&oelig;ux et ses rêves de leur inquiétude, qu'il leur avait
+enseigné à se borner au même arpent de terre et de tendresse. Il
+semblait qu'il eût pris pour lui le contentement modique et constant dont
+son frère, le poète latin, a donné la jolie formule:</p>
+
+<p class="poem30">
+<span class="add6em">tellus</span><br>
+Et domus et placens uxor<a id="footnotetag961" name="footnotetag961"></a><a href="#footnote961" title="Lien vers la note 961"><span class="small">[961]</span></a>.</p>
+
+<p>Il annonce de toutes parts qu'il est heureux, qu'il est satisfait de son
+mariage; il parle du bon effet que celui-ci a sur sa vie.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«... N'étaient les terreurs de ma situation incertaine en ce qui concerne l'entretien
+d'une famille d'enfants, je suis décidément d'opinion que le parti que j'ai pris est
+grandement en faveur de mon bonheur<a id="footnotetag962" name="footnotetag962"></a><a href="#footnote962" title="Lien vers la note 962"><span class="small">[962]</span></a>.»</p>
+
+<p>«... Je suis doublement satisfait de ma conduite. J'ai la conscience d'avoir agi
+conformément à ces principes de générosité que mon désir est qu'on m'attribue, et je
+suis réellement de plus en plus content de mon choix<a id="footnotetag963" name="footnotetag963"></a><a href="#footnote963" title="Lien vers la note 963"><span class="small">[963]</span></a>.»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page393" name="page393"></a>(p. 393)</span> «... Vous ne me dites pas si vous allez vous marier. Croyez-moi, si vous ne faites
+pas quelque choix maladroit, cela améliorera beaucoup le mets de la vie. Je puis en
+parler par expérience, bien que, Dieu le sait, mon choix ait été fait aussi au hasard
+qu'au jeu de Colin Maillard<a id="footnotetag964" name="footnotetag964"></a><a href="#footnote964" title="Lien vers la note 964"><span class="small">[964]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>Et huit mois plus tard il écrit encore:</p>
+
+<p class="quote">«Pour vous donner en raccourci le reste de mon histoire: j'ai épousé ma Jane et
+pris une femme. Du premier de ces actes, j'ai chaque jour plus en plus de raison
+d'être satisfait<a id="footnotetag965" name="footnotetag965"></a><a href="#footnote965" title="Lien vers la note 965"><span class="small">[965]</span></a>.»</p>
+
+<p>Néanmoins, à y regarder de plus près, les choses n'étaient pas aussi
+assurées qu'elles le paraissaient. Quelques signes subtils, perceptibles à
+peine dans cette satisfaction, auraient pu en révéler la faiblesse. Personne
+ne les vit; Burns ne les soupçonna point. Ils existaient pourtant dès alors.
+Avec un peu d'attention il n'est pas impossible de les découvrir dans ce
+qui nous reste de ses sentiments à cette époque. Ce sont quelques pages
+à peine, quelques instants de son c&oelig;ur; mais quelques parcelles d'un
+corps suffisent à une chimie un peu soigneuse pour déceler les moindres
+traces dans sa composition.</p>
+
+<p>Les sentiments qu'il avait pour sa femme étaient affectueux. Il discernait
+bien les mérites qu'elle avait. Il les discernait trop bien. Le trait par
+lequel il les enserrait était si net, si précis, qu'il servait presque autant à
+marquer les qualités dont elle était privée que celles qu'elle possédait,
+et qu'il était difficile de dire pour quel côté la ligne avait été tracée, pour
+ce qu'elle renfermait ou pour ce qu'elle excluait. On n'y sent pas ce
+tremblement et ce léger refus de la main à marquer les limites de ce qui
+nous est cher. Il ne laissait pas même à certains contours du caractère ce
+quelque chose d'indécis, ce bord flottant, dont on accorde le bénéfice à la
+personne aimée, où il y a place pour un acte de foi et de confiance, sans
+lequel un amour manque d'un élément précieux, c'est-à-dire de ce qu'il
+donne. Il y a là aussi, dans ce petit intervalle, une réserve pour l'admiration,
+une ressource contre les déceptions, un peu de mystère, de possible
+au delà de ce que nous avons mesuré, qui répond à ce besoin d'illimité
+qu'ont les vraies affections. Cette pénombre de faveur n'existe pas dans
+la manière dont Burns apprécie sa femme. Il lui fait sa part d'un trait
+arrêté sans hésitation: voici ce qu'elle possède, voici ce qui lui manque;
+elle a sa juste mesure, mais tout juste. C'est peu et c'est beaucoup ce
+simple fil tremblant autour d'un portrait. Il manque ici.</p>
+
+<p class="quote">Je puis facilement <span class="italic">imaginer</span> une plus agréable compagne pour mon voyage de la vie,
+mais, sur mon honneur, je n'ai jamais <span class="italic">vu</span> la personne qui la représenterait. Dans les
+affaires domestiques, elle possède, à un degré éminent, l'aptitude à apprendre et
+<span class="pagenum"><a id="page394" name="page394"></a>(p. 394)</span> l'activité à exécuter, et, pendant mon absence dans la vallée de la Nith, elle s'est faite
+l'apprentie régulière et constante de ma mère et de mes s&oelig;urs, dans leur laiterie et
+autres occupations rustiques<a id="footnotetag966" name="footnotetag966"></a><a href="#footnote966" title="Lien vers la note 966"><span class="small">[966]</span></a>.</p>
+
+<p>Et ailleurs:</p>
+
+<p class="quote">Je n'ai pas de motif de m'en repentir (de son mariage). Si je ne possède pas le
+bavardage poli, les façons maniérées et la toilette à la mode; je ne suis pas éc&oelig;uré et
+dégoûté par les mille fléaux de l'affectation apprise au pensionnat, et j'ai le plus beau
+corps, le plus doux caractère, la plus saine constitution et le meilleur c&oelig;ur du pays.
+Mrs Burns croit, aussi ferme que sa foi, que je suis <span class="italic">le plus bel esprit et le plus honnête
+homme</span><a id="footnotetag967" name="footnotetag967"></a><a href="#footnote967" title="Lien vers la note 967"><span class="small">[967]</span></a> de l'univers; bien que c'est à peine s'il lui est arrivé une fois en sa vie de
+s'occuper, pendant cinq minutes, d'un trait de prose ou de vers, sauf pour les Écritures
+de l'ancien et du nouveau Testament, et les Psaumes de David versifiés. Pour ce qui
+est des vers, je dois aussi faire exception pour une récente publication de Poèmes
+Écossais, qu'elle a lus très religieusement, et pour toutes les ballades de la contrée, car
+elle a (ô l'amoureux partial! vous écrierez-vous!) la plus jolie «voix d'oiseau sauvage
+des bois» que j'ai jamais entendue<a id="footnotetag968" name="footnotetag968"></a><a href="#footnote968" title="Lien vers la note 968"><span class="small">[968]</span></a>.</p>
+
+<p>Et encore ce jugement-ci qui, sous sa satisfaction apparente, est plus
+dur que le reste:</p>
+
+<p class="quote">«Je ne puis conclure sans vous dire que je suis de plus en plus satisfait de la
+résolution que j'ai prise vis à vis de «ma Jane». Il y a deux choses que, d'après mon
+heureuse expérience, j'établis comme des apophthegmes dans la vie: «La tête d'une
+femme n'a pas d'importance, en comparaison de son c&oelig;ur», et «les voies de la vertu
+(quant à la sagesse quel poète y prétendrait?) sont des voies de contentement, et dans
+ses sentiers est la paix<a id="footnotetag969" name="footnotetag969"></a><a href="#footnote969" title="Lien vers la note 969"><span class="small">[969]</span></a>.»</p>
+
+<p>Qui ne sent l'accent un peu ironique, avec lequel il parle de l'attachement
+naïf et touchant que sa femme a pour lui; il le traite comme quelque
+chose d'un peu simple et d'enfantin. Qui ne sent surtout ce que ces
+louanges ont de purement pratique et presque de matériel? On dirait
+qu'elles s'appliquent à une bonne servante. Ailleurs, on croirait presque
+un examen des qualités physiques de la femme, en quoi elles restent
+bien dans le ton général de son amour pour elle. Mais ce ton devient ici
+pénible; au lieu d'être une célébration passionnelle, cela devient presque
+une évaluation utilitaire. À tous égards, ce témoignage est étroit; il ne
+couvre qu'une petite portion de la vie commune; il est d'un ordre trop
+rabaissé; il n'atteint pas à ce qui fait la dignité d'une existence vraiment
+partagée. Il manque quelque chose pour faire de cet éloge de ménagère
+un éloge d'épouse. Et, si l'on veut s'en convaincre, qu'on se demande
+quelle femme voudrait être louée ainsi, et se contenterait de la part de
+vie qui lui serait assignée de la sorte.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page395" name="page395"></a>(p. 395)</span> Il y avait quelque chose de plus grave encore, quoique ce fût moins
+apparent, plus profondément enfoui en lui-même. Il se poursuivait en lui
+de ces sourds débats, qui s'établissent en nous, en dépit de nous, presque
+sans nous, et qui portent sur nos actes les plus déterminés; cette discussion
+machinale, involontaire, qui travaille confusément mais continûment
+dans nos derniers replis de conscience, et détruit, à mesure que nous
+nous en satisfaisons, nos propres raisonnements sur notre propre conduite.
+Il en souffrait. Il était trop souvent occupé à se persuader qu'il avait agi
+pour le mieux: «Sûrement il avait bien fait, et d'ailleurs il ne pouvait pas
+faire autrement!» Voici ce qu'il écrivait pour lui seul, dans son journal
+intime, dès ses premières journées d'Ellisland; on dirait qu'il cherche à
+refouler, à accabler cette obscure, cette obstinée contradiction qui monte
+de lui-même.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Le mariage&mdash;la circonstance qui m'enchaîne le plus étroitement à la prudence si
+la vertu et la religion doivent être pour moi autre chose que des mots&mdash;le mariage
+est ce à quoi j'aurais, dans quelques années, dû me décider. Dans ma situation
+présente, il était absolument nécessaire. L'humanité, la générosité, un honnête orgueil
+de ma réputation, les droits de mon bonheur dans l'avenir, en tant qu'il dépendra
+(et il en dépendra beaucoup) de la paix de ma conscience, tous ces motifs ont joint
+leurs plus ardents suffrages, leurs plus puissantes sollicitations, avec une affection
+enracinée, pour me pousser à l'acte que j'ai accompli. Et je n'ai, de la part de ma
+femme, aucun sujet de m'en repentir. Je puis bien me figurer comment, mais je n'ai
+jamais vu où j'aurais pu faire un meilleur choix. Allons! que j'agisse, selon ma
+devise favorite, ce magnifique passage de Young.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Sur la Raison bâtis la Résolution,<br>
+Ce pilier de la vraie majesté dans l'homme<a id="footnotetag970" name="footnotetag970"></a><a href="#footnote970" title="Lien vers la note 970"><span class="small">[970]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>C'est là un étrange langage. Quand on est simplement heureux, il n'y
+a pas besoin de faire appel à l'énergie et au stoïcisme. Comme s'il
+n'était jamais bien convaincu, il revient sans cesse sur ce point et recommence
+sa démonstration. Quand il écrit à des étrangers, il répond à des
+objections qu'on ne lui fait pas et la même formule de raisonnement
+revient: Je ne pouvais pas agir autrement. «Il n'est plus temps de
+regimber quand on s'est laissé entraîner» disait Montaigne<a id="footnotetag971" name="footnotetag971"></a><a href="#footnote971" title="Lien vers la note 971"><span class="small">[971]</span></a>.</p>
+
+<p>Cette situation, ou plutôt les résultats qu'elle pouvait amener, n'ont
+pas échappé à quelques-uns de ses contemporains. Walker dont la
+sympathie pour Burns nous est connue depuis Édimbourg, l'avait notée
+avec mesure et fermeté:</p>
+
+<p class="quote">Un lecteur perspicace s'apercevra que les lettres dans lesquelles il annonce son
+mariage à quelques-uns de ses correspondants les plus respectés, sont écrites dans
+cet état où l'esprit souffre de réfléchir à une décision pénible, et trouve un soulagement
+en cherchant des arguments pour justifier l'action et diminuer ses désavantages dans
+<span class="pagenum"><a id="page396" name="page396"></a>(p. 396)</span> l'opinion des autres.... Un mariage imposé par un sentiment de devoir peut être rendu
+indispensable par les circonstances; cependant, comme c'est entreprendre un devoir
+qui ne peut s'accomplir par un effort temporaire quelque puissant qu'il soit, mais qui
+réclame un renouvellement d'effort chaque année, chaque jour et chaque heure, c'est
+soumettre la force et la constance de nos principes à l'épreuve la plus dure et la plus
+hasardeuse<a id="footnotetag972" name="footnotetag972"></a><a href="#footnote972" title="Lien vers la note 972"><span class="small">[972]</span></a>.</p>
+
+<p>Il y avait donc des dangers latents. Mais il les ignorait, quoiqu'il les
+portât en lui-même. Il était, comme toujours, confiant en soi, se donnant
+si bien tout entier à ce qu'il éprouvait qu'il ne réservait rien de lui pour
+s'en défier. Il allait être un modèle de fidélité et de confiance; il était
+bien sûr de posséder ces deux qualités essentielles d'un mari; il les
+sentait en lui. C'est d'une entière bonne foi qu'il écrivait à M<sup>rs</sup> Dunlop:</p>
+
+<p class="quote">«À la jalousie et à l'infidélité je suis également étranger. Mon préservatif contre
+la première est la conviction complète de ses sentiments d'honneur et de son
+attachement pour moi; mon antidote contre la seconde est ma longue et profondément
+enracinée affection pour elle<a id="footnotetag973" name="footnotetag973"></a><a href="#footnote973" title="Lien vers la note 973"><span class="small">[973]</span></a>.»</p>
+
+<p>À coup sûr, il était victime de l'illusion commune. Combien souvent il
+arrive qu'on prenne la conception d'un devoir pour la volonté de le
+remplir, et qu'à travers cette erreur on se trouve presque le mérite de
+l'avoir accompli! Ces bonnes résolutions étaient des gelées blanches. Mais
+il croyait à leur durée. «Tout licencieux qu'on me tient, dit carrément
+Montaigne, j'ay en vérité plus sévèrement observé les lois de mariage que
+je n'avais n'y promis n'y espéré<a id="footnotetag974" name="footnotetag974"></a><a href="#footnote974" title="Lien vers la note 974"><span class="small">[974]</span></a>.» Du moins, avec lui, on avait su à quoi
+s'en tenir. C'est le dire d'un sage: il s'engageait à peu, il tenait un peu
+plus, et s'estimait dans l'humaine mesure. Mais Burns était un emporté;
+il voulait aller en tout à l'extrémité des choses. Le malheur est qu'il n'y
+restait pas longtemps; et c'est un défaut quand il s'agit justement de
+constance.</p>
+
+<p class="p2">Presque aussitôt après son mariage, Burns fut obligé de repartir pour
+faire la moisson à Ellisland. Il se remit au travail de la terre abandonné
+depuis deux ans, parfois maniant la faux, ou plus souvent liant les gerbes
+derrière ses faucheurs. C'était toujours un rude ouvrier et il dut retrouver
+ces fortes occupations de jadis avec une sorte de joie et de bien-être.</p>
+
+<p>Malheureusement les inquiétudes l'attendaient. Lorsqu'il était arrivé
+sur sa ferme, les grains étaient jeunes; l'été, qui parfois met tant de
+différence entre les épis verts et les épis mûrs, n'avait pas encore passé
+sur eux. Il pouvait espérer. La construction de la maison et ses voyages
+à Mauchline avaient ensuite distrait sa pensée. Maintenant que l'ouvrage
+<span class="pagenum"><a id="page397" name="page397"></a>(p. 397)</span> fixait son esprit sur cette glèbe et qu'il voyait les résultats de la saison,
+il se sentait des inquiétudes sur le marché qu'il avait fait en prenant la
+ferme. Les récoltes, à mesure qu'elles tombaient, semblaient plus maigres;
+la terre apparaissait dure, pétrie de cailloux. Avec ce sein ingrat, donnerait-elle
+jamais plus que ces chétifs épis? Il n'y avait pas là de quoi payer
+le loyer. Il prévit le pire et, du même coup, songea à sa place de l'Excise,
+comme une aide s'il parvenait à continuer sa vie de fermier, comme
+une ressource s'il était forcé d'y renoncer. L'impression du danger fut si
+vive et si poignante que, dès le commencement de septembre, dès le
+10 septembre, il écrivait à M. Robert Graham, un des commissaires
+de l'Excise, pour lui demander un emploi.</p>
+
+<p class="quote">«Il y a quelque temps, votre honorable Comité m'a donné ma commission dans
+l'Excise, que je regarde comme mon ancre de salut dans la vie. Ma ferme,
+maintenant que je l'ai essayée un peu, bien que je pense qu'elle deviendra avec le
+temps un marché où je ne perdrai pas, n'est cependant pas l'affaire avantageuse qu'on
+m'avait fait espérer. Elle est au dernier point d'épuisement et de pauvreté, et il faudra
+quelque temps avant qu'elle puisse payer la rente.... Mais je suis maintenant
+embarqué dans la ferme. Je suis marié et je suis déterminé à tenir bon sur mon bail,
+jusqu'à ce qu'une nécessité irrésistible me contraigne à abandonner le terrain<a id="footnotetag975" name="footnotetag975"></a><a href="#footnote975" title="Lien vers la note 975"><span class="small">[975]</span></a>.»</p>
+
+<p>Au milieu de septembre, il avouait à Miss Chalmers, dans les mêmes
+termes:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Je ne trouve pas que ma ferme soit le marché avantageux qu'on m'avait fait
+espérer; mais je crois qu'avec le temps elle pourra devenir un marché auquel je ne
+perdrai pas....</p>
+
+<p>Pour me sauver de cette horrible situation d'être entraîné, par une ferme qui vous
+ruine, jusqu'à la misère, j'ai pris mes instructions dans l'Excise et j'ai ma commission
+dans ma poche à tout événement<a id="footnotetag976" name="footnotetag976"></a><a href="#footnote976" title="Lien vers la note 976"><span class="small">[976]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>Enfin, vers les derniers jours du même mois, il écrivait à M. Graham
+qui, en réponse à sa demande, lui avait promis son patronage et sa
+protection, avec une effusion de reconnaissance qui donne la mesure de
+ses craintes:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Si vous saviez, Monsieur, de quelles craintes et anxiétés l'assurance amicale de
+votre patronage et de votre protection m'a délivré, cela serait une récompense de
+votre bonté.</p>
+
+<p>Je suis affligé d'une prescience mélancolique, qui fait de moi un vrai lâche dans la
+vie. Il n'y a pas d'effort que je ne tente plutôt que de me trouver dans cette horrible
+situation, d'être prêt à implorer les montagnes de s'écrouler sur moi, et les collines
+de me dérober à la présence d'un propriétaire hautain ou de son employé encore plus
+hautain à qui je devrais ce que je ne pourrais payer....</p>
+
+<p>Ma ferme, je crois que j'en puis être certain, sera par la suite quelque chose pour
+moi, et, comme je la loue, pendant les trois premières années, un peu au-dessous de
+sa valeur, je pourrai avoir un an et peut-être plus d'avance sur la mauvaise période<a id="footnotetag977" name="footnotetag977"></a><a href="#footnote977" title="Lien vers la note 977"><span class="small">[977]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page398" name="page398"></a>(p. 398)</span> Ainsi, à mesure que les tas de gerbes lui laissaient mieux voir ce
+que chaque champ rendait, ses appréhensions devenaient plus vives.
+Lorsqu'après la dernière javelle, les moissonneurs, rassemblés sur
+l'éminence la plus proche, proclamèrent par trois hourrahs que la
+moisson était terminée, et jetèrent leurs faucilles en l'air, il ne lui restait
+plus guère d'illusion. Pauvre Burns! Il dut porter un c&oelig;ur soucieux à la
+fête de la rentrée des grains, au <span class="italic">Kirn</span> jovial, et bruyant de ses propres
+chansons. C'est qu'il se rappelait les visites de l'intendant, les terreurs
+de la prison et les angoisses qui remplissaient jadis la maison. Ces scènes
+sombres, qui avaient bouleversé son esprit d'enfant et l'avaient laissé plein
+d'épouvantes, voici qu'il en entrevoyait de semblables pour lui-même!
+Elles lui inspiraient d'autant plus de terreur que, désormais, elles ne le
+menaçaient plus seul.</p>
+
+<p class="quote">«Mes soucis croissants dans celle contrée qui m'est encore étrangère, des conjectures
+sombres dans la noire perspective de l'avenir, la conscience de mon inaptitude
+au combat du monde, la cible plus large que je présente au malheur avec une
+femme et des enfants... je pourrais m'abandonner à ces réflexions, jusqu'à ce que
+mon humeur fermente, et se tourne en un chagrin acide qui corroderait le fil même
+de la vie<a id="footnotetag978" name="footnotetag978"></a><a href="#footnote978" title="Lien vers la note 978"><span class="small">[978]</span></a>.»</p>
+
+<p>Heureusement, la moisson une fois terminée et rentrée, Jane Armour
+vint enfin le rejoindre vers le commencement de Décembre. Elle lui
+apporta un peu d'affection et de bien-être, dont il avait grand besoin. La
+ferme n'était pas encore aménagée pour les recevoir. Ils se logèrent, en
+attendant, dans un bâtiment situé au pied d'une vieille tour démantelée,
+sur un terrain entouré d'un côté par la Nith, de l'autre par une tranchée,
+et que, pour cette raison, on appelait l'Île<a id="footnotetag979" name="footnotetag979"></a><a href="#footnote979" title="Lien vers la note 979"><span class="small">[979]</span></a>. Il accueillit la venue de sa
+femme par une petite chanson alerte, un peu effrontée, mais pleine de
+crânerie et de belle humeur et qui fait plaisir après tant de confidences
+découragées.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>J'ai une femme pour moi seul,<br>
+Je ne partagerai avec personne;<br>
+Personne ne me fera cocu,<br>
+Je ne ferai cocu personne.</p>
+
+<p>J'ai un penny à dépenser,<br>
+Là&mdash;qui ne doit rien à personne!<br>
+Je n'ai rien à prêter,<br>
+Je n'emprunterai à personne.</p>
+
+<p>Je serai gai et libre,<br>
+Je ne serai triste pour personne;<br>
+Personne n'a souci de moi,<br>
+Je n'ai souci de personne<a id="footnotetag980" name="footnotetag980"></a><a href="#footnote980" title="Lien vers la note 980"><span class="small">[980]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page399" name="page399"></a>(p. 399)</span> Ces mois de l'hiver 1788-89 furent probablement les meilleurs de la
+seconde partie de sa vie. Le contraste les lui faisait mieux goûter. Après
+tant de vicissitudes, après les derniers six mois si délaissés et si pénibles
+dans son taudis enfumé ou sur les grand'routes, il retrouvait un foyer, et
+ce foyer égayé par un pas léger et une voix joyeuse. Il en éprouva comme
+un bien-être qui lui pénétra jusqu'au c&oelig;ur. La présence de sa femme
+sembla le rassurer, chasser les idées noires nées de sa solitude, lui rendre
+bon espoir et bon courage.</p>
+
+<p>Elle lui était arrivée aussi au bon moment, non pas au temps des
+labours et des récoltes, alors que le cultivateur ne connaît que les rentrées
+rapides pour les repas, et les rentrées lasses du soir. Elle était venue avec
+les mois d'hiver, quand il est plus souvent à la maison. La ferme a pris
+cette intimité dont Virgile a fait un exquis tableau flamand:</p>
+
+<p class="poem30" lang="la">Et quidam seros hiberni ad luminis ignes<br>
+Pervigilat, ferroque faces inspicat acuto:<br>
+Interea, longum cantu solata laborem,<br>
+Arguto conjux percurrit pectine telas,<br>
+Aut dulcis musti Vulcano decoquit humorem<br>
+Et foliis undam trepidi despumat aheni<a id="footnotetag981" name="footnotetag981"></a><a href="#footnote981" title="Lien vers la note 981"><span class="small">[981]</span></a>.</p>
+
+<p>C'est aussi le moment où le fermier connaît le délassement d'esprit
+et de corps. Dehors, les champs se reposent; sous la neige, silencieusement
+et sûrement, la terre travaille à préparer les graines pour la vie.
+L'homme, confiant en elle, oublie les anxiétés qui lui viennent de l'air et
+qui le ressaisiront dès que les pointes vertes poindront hors du sein
+maternel des plaines. Il goûte sans arrière-pensée, dans la routine des
+occupations décrues, la monotone douceur des courtes journées et des
+longues soirées d'hiver. Toutes ces conditions s'étaient réunies à souhait
+pour donner à Burns l'illusion du bonheur. On aime à s'arrêter sur ces
+quelques mois. On imagine le poète écrivant une pièce, le pendant du
+<span class="italic">Samedi soir</span>, représentant, dans un tableau moins patriarcal, le bonheur
+simple, sain et vigoureux d'un couple dans sa maturité jeune. On a un
+aperçu de ce qu'aurait pu être sa vie si ses rêves s'étaient réalisés.</p>
+
+<p>C'est dans ces dispositions qu'il acheva l'année 1788 et commença
+l'année 1789. La plus belle manifestation de ce rassérènement eut
+lieu le 1<sup>er</sup> Janvier 1789. Parmi les quelques jours splendides et surprenants,
+qui éclatent ça et là dans la vie de cet homme, il n'y en a peut-être
+pas qui rayonne plus que celui-ci. Les souhaits faits autour de lui, Burns
+pensa à sa vieille amie, M<sup>rs</sup> Dunlop; il lui écrivit une lettre admirable,
+baignée d'une lumière harmonieuse, sereine, pure, chaste et d'une large
+tendresse. C'est un morceau de prose comparable aux plus beaux de la
+littérature anglaise.</p>
+
+<div class="quote">
+<p><span class="pagenum"><a id="page400" name="page400"></a>(p. 400)</span> Ce matin-ci, chère Madame, est un matin de souhaits, et plût à Dieu que je répondisse
+à la description de l'apôtre Jacques: «La prière sincère, fervente d'un homme juste a
+grand pouvoir!» En ce cas, Madame, vous accueilleriez une année pleine de bénédictions;
+tout ce qui obstrue ou trouble la tranquillité et la joie intérieure serait écarté,
+et tous les plaisirs que la frêle humanité peut goûter vous appartiendraient. J'avoue
+que je suis tellement peu Presbytérien que j'approuve qu'on fixe des moments et des
+saisons pour des actes extraordinaires de dévotion, afin de briser cette routine coutumière
+de vie et de pensée, qui est si apte à réduire notre existence à une sorte
+d'instinct, ou même quelquefois, chez quelques esprits, à un état peu supérieur à celui
+de pure machine.</p>
+
+<p>Ce jour-ci, le premier dimanche de mai, un midi avec une brise légère et un ciel
+bleu vers le commencement de l'automne, un matin blanchâtre et un calme jour
+soleillé vers la fin de la même saison, ont toujours été pour moi, aussi loin que je me
+rappelle, une sorte de fête. Non pas pour prendre la physionomie sacramentelle, dure
+comme celle d'un bourreau, des communions de Kilmarnock; mais pour rire ou
+pleurer, être joyeux ou pensif, moral ou religieux, selon l'humeur et la tournure de la
+saison et de moi-même. Je crois que je dois cela à ce magnifique article du <span class="italic" lang="en">Spectator</span>
+«la Vision de Mirza», ce morceau qui frappa ma jeune imagination, avant que je fusse
+capable de fixer une idée sur un mot de trois syllabes. «Le cinquième jour de la lune,
+que, selon la coutume de mes ancêtres, j'observe comme un jour saint, après m'être
+lavé et avoir élevé vers le ciel mes dévotions du matin, je montai la haute colline de
+Bagdad, pour passer le reste du jour en méditation et en prière<a id="footnotetag982" name="footnotetag982"></a><a href="#footnote982" title="Lien vers la note 982"><span class="small">[982]</span></a>.»</p>
+
+<p>Nous ne connaissons rien, ou à peu près rien, de la substance ou de la structure de
+nos âmes. C'est pourquoi nous ne pouvons expliquer leurs caprices apparents, pourquoi
+telle d'entre elles est particulièrement charmée de cette chose-ci, ou frappée de
+cette autre, qui, sur des esprits d'un tour différent, ne font pas d'impression extraordinaire.
+J'ai des fleurs favorites parmi lesquelles sont la pâquerette des montagnes, la
+campanule, la digitale, la rose de l'églantier, le bouleau en bourgeons et l'aubépine
+blanche; je les contemple, je m'attarde près d'elles avec un délice particulier. Je
+n'entends jamais le sifflement aigu, solitaire, du courlis, par un midi d'été, ou la cadence
+sauvage, confuse d'une bande de pluviers gris, par un matin d'automne, sans ressentir
+une élévation d'âme qui ressemble à l'enthousiasme de la Dévotion ou de la Poésie.
+Dites-moi, ma chère amie, à quoi cela peut-il être dû? Sommes-nous une simple
+machine passive qui, comme la harpe éolienne, prend l'impression de l'accident qui
+passe? Ou bien ces mouvements sont-ils la preuve de quelque chose en nous au-dessus
+de la vile argile? J'avoue que j'ai une faiblesse pour ce genre de preuves de redoutables
+et importantes réalités: un Dieu qui a fait toutes choses&mdash;la nature immatérielle
+et immortelle de l'homme, et un monde de félicité ou de malheur par delà la
+mort et la tombe&mdash;je veux dire ces preuves que nous déduisons au moyen de nos propres
+pouvoirs d'observation. Bien que des individus respectables aient existé dans tous les
+âges, j'ai toujours considéré que le genre humain en bloc ne vaut guère mieux qu'une
+plèbe sotte, entêtée, crédule, irréfléchie; sa croyance universelle a très peu de
+poids pour moi. Néanmoins je suis un très sincère croyant en la Bible; mais j'y suis
+attiré par la conviction d'un homme et non par le licol d'un âne<a id="footnotetag983" name="footnotetag983"></a><a href="#footnote983" title="Lien vers la note 983"><span class="small">[983]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Et veut-on voir quel était le ton moral de cette famille? Au moment
+même où Burns écrivait cette page, là-bas, dans la vieille maison de
+Mossgiel, Gilbert envoyait à son aîné une lettre de souhaits, qui avait
+<span class="pagenum"><a id="page401" name="page401"></a>(p. 401)</span> aussi sa beauté. Elle était grave, nue, austère comme lui. Elle fait contraste
+avec les interrogations éloquentes qui partaient d'Ellisland; elle
+est forte d'une confiance et d'un repos en Dieu, qui sont pareillement très
+élevés. Elle contient aussi, dans sa rigidité de forme, la souvenance émue
+des jours d'autrefois, de ces beaux jours fraternels de Mossgiel, déjà, déjà
+si loin.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Cher Frère.&mdash;Je viens de terminer le déjeuner du jour de l'An, dans les formes
+usuelles, et cela rappelle à mon esprit les jours des années passées et l'intimité dans
+laquelle nous avions coutume de les commencer. Quand je contemple les vicissitudes
+de notre famille, «à travers la sombre poterne des temps écoulés», je ne puis m'empêcher
+de vous faire remarquer, mon cher frère, combien le Dieu des saisons est bon
+pour nous; et que, encore que quelques nuages semblent assombrir la portion de
+temps qui est devant nous, nous avons bonne raison d'espérer que tout tournera bien.</p>
+
+<p>Votre mère et vos s&oelig;urs, avec le petit Robert, se joignent à moi pour vous envoyer
+les souhaits de la saison ainsi qu'à M<sup>rs</sup> Burns, et vous prient de les rappeler, de
+même façon, au souvenir de William, la prochaine fois que vous le verrez<a id="footnotetag984" name="footnotetag984"></a><a href="#footnote984" title="Lien vers la note 984"><span class="small">[984]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Le calme de cet état d'âme et les loisirs de la saison, ce quelque chose
+de confiant que communique une vie assise, l'amenaient à des rêves de
+production. Il était bien résolu à ne pas se confiner dans sa besogne de
+fermier. Celle-ci était à ses yeux une nécessité inférieure. Il n'aimait plus
+beaucoup son métier qui, du reste, ne lui fournira plus guère d'inspirations
+comme autrefois. Il en parle avec une sorte de dégoût.</p>
+
+<p class="quote">«Quoi qu'il en soit, le c&oelig;ur de l'homme et la fantaisie du poète sont les deux grandes
+considérations pour lesquelles je vis. Si des sillons boueux ou de sales fumiers doivent
+absorber la meilleure partie des fonctions de mon âme immortelle, j'aurais mieux fait
+d'être tout de suite une corneille ou une pie; car alors je n'aurais pas eu de plus
+hautes idées que de briser des mottes de terre et de ramasser des vers. Je ne parle
+pas des coqs sur les portes de granges ou des canards sauvages, créatures avec
+lesquelles je changerais de vie à n'importe quel moment<a id="footnotetag985" name="footnotetag985"></a><a href="#footnote985" title="Lien vers la note 985"><span class="small">[985]</span></a>.»</p>
+
+<p>Il espérait confusément, comme lorsqu'on espère parce qu'on est
+disposé à l'espérance. Quelquefois il se figurait que son existence de
+fermier lui laisserait du temps; plus souvent il se tournait vers la place
+qu'il comptait obtenir dans l'Excise.</p>
+
+<p class="quote">En ce qui concerne les moyens d'existence, je me crois à peu près en sûreté: j'ai
+bon espoir de ma ferme; et s'il manquait, j'ai une commission dans l'Excise qui, à
+n'importe quel moment, me procurera du pain<a id="footnotetag986" name="footnotetag986"></a><a href="#footnote986" title="Lien vers la note 986"><span class="small">[986]</span></a>.</p>
+
+<p>Certains jours, quand il était particulièrement bien disposé, il voyait
+cette perspective de l'Excise s'élargir, aboutir à une vie d'aisance et où
+il pourrait se donner entièrement à la poésie.</p>
+
+<p class="quote"><span class="pagenum"><a id="page402" name="page402"></a>(p. 402)</span> Il y a encore une chose qui peut rendre ma condition plus aisée: j'ai une commission
+d'employé dans l'Excise et je vis au milieu d'une circonscription de campagne. Ma
+demande à M. Graham, qui est un des commissaires de l'Excise, était, si cela est en
+son pouvoir, qu'il me procure ce district-ci. Si j'étais très confiant, je pourrais espérer
+qu'un de mes hauts patrons pourra me procurer une nomination de la Trésorerie
+comme surveillant, inspecteur général, etc. Alors, sûr de mon existence, «à toi douce
+poésie, délicieuse vierge», je consacrerais mes jours futurs<a id="footnotetag987" name="footnotetag987"></a><a href="#footnote987" title="Lien vers la note 987"><span class="small">[987]</span></a>.</p>
+
+<p>Il fallait que l'espérance fût très montée en lui, car il allait jusqu'à se
+figurer une vie très sage qu'il caractérisait en termes excellents.</p>
+
+<p class="quote">Aussi, avec un but et une méthode rationnels de vie, vous pouvez facilement
+deviner, mon vénéré et très honoré ami, que mon métier propre n'est pas oublié;
+je suis, si cela est possible, plus enthousiaste des muses que jamais<a id="footnotetag988" name="footnotetag988"></a><a href="#footnote988" title="Lien vers la note 988"><span class="small">[988]</span></a>.</p>
+
+<p>Il formait des projets de longs poèmes:</p>
+
+<p class="quote">Vous verrez que j'ai accordé ma lyre sur les bords de la Nith. Je vous communiquerai,
+quand j'aurai le plaisir de vous voir, quelques plans poétiques plus grands
+qui flottent dans mon imagination<a href="#footnote988" title="Lien vers la note 988"><span class="small">[988]</span></a>.</p>
+
+<p>Parmi ces projets s'en trouvait un qu'il appelait <span class="italic">le Progrès du Poète</span>.
+C'eût été une sorte d'autobiographie en vers, une &oelig;uvre considérable, où
+se seraient trouvés, outre ses confessions, les portraits des hommes
+qu'il avait connus<a id="footnotetag989" name="footnotetag989"></a><a href="#footnote989" title="Lien vers la note 989"><span class="small">[989]</span></a>. Il en parle à propos du portrait peu flatté de Creech.
+En attendant il réunissait et retouchait de vieilles chansons pour <span class="italic">le Musée
+musical de Johnson</span>.</p>
+
+<p class="quote">Je suis toujours à chercher des provisions pour la publication de Johnson, et, entre
+autres, j'ai donné un léger coup de brosse à la vieille chanson favorite, je n'ai changé
+qu'un mot ici et là, mais si son humour vous plaît, nous penserons à y ajouter une
+strophe ou deux<a id="footnotetag990" name="footnotetag990"></a><a href="#footnote990" title="Lien vers la note 990"><span class="small">[990]</span></a>.</p>
+
+<p>Tous ces extraits se trouvent dans les lettres écrites pendant décembre
+1788 et janvier et février 1789. Ces mois furent le centre de cette accalmie
+dont, au-delà, les bords sont déjà émus de trouble.</p>
+
+<p>Cette tranquillité intérieure ne fut effleurée que par un bref incident,
+écho du passé, qui pour tous passa inaperçu. Vers la fin de février, Burns
+fut forcé d'aller à Édimbourg, pour y régler définitivement ses comptes
+avec Creech, règlement qui d'ailleurs eut lieu à sa satisfaction. «J'ai réglé
+finalement avec Creech, et je dois reconnaître que, à la fin, il a été aimable
+et juste envers moi<a id="footnotetag991" name="footnotetag991"></a><a href="#footnote991" title="Lien vers la note 991"><span class="small">[991]</span></a>». La nouvelle de son arrivée dut courir parmi ses
+<span class="pagenum"><a id="page403" name="page403"></a>(p. 403)</span> amis et atteindre un c&oelig;ur récemment blessé. On devine ce que Clarinda
+avait pu ressentir en apprenant le brusque mariage de Burns. Elle lui
+avait tout sacrifié; il l'abandonnait dans l'isolement qu'il l'avait poussée
+à accepter. Elle avait profondément souffert. Sous le coup de la colère et
+de l'indignation, elle lui écrivit chez son ami Heron une lettre à laquelle
+il ne répondit rien. Cette lettre n'a pas été conservée. Il est probable,
+dit Scott Douglas, que Burns la déchira sur l'instant de colère<a id="footnotetag992" name="footnotetag992"></a><a href="#footnote992" title="Lien vers la note 992"><span class="small">[992]</span></a>. Quand
+elle fut prévenue par Ainslie qu'il était sur le point de faire une courte
+visite à Édimbourg, elle répondit qu'elle éviterait ce jour-là de regarder
+par les fenêtres. Pauvre Clarinda! Peut-être espérait-elle que cette
+défense ne serait pas écoutée et peut-être, le c&oelig;ur serré, passa-t-elle la
+journée à attendre l'ingrat. Il ne vint pas. Il semble que, dans une de ces
+contradictions si sincères et parfois si touchantes chez les femmes, elle lui
+en fit parvenir le reproche, car on a la lettre curieuse, à la fois ferme et
+adroite, par laquelle il se défend.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Madame.&mdash;La lettre que vous m'avez écrite chez Heron portait sa réponse en
+elle-même; vous me défendiez de vous écrire, à moins que je ne fusse prêt plaider
+coupable devant une certaine accusation que vous portiez contre moi. Comme je suis
+convaincu de mon innocence; comme je puis, bien que j'aie conscience de ma haute
+imprudence et de mon insigne folie, mettre la main sur ma poitrine et attester la
+rectitude de mon c&oelig;ur, vous me pardonnerez, Madame, si je ne pousse pas la complaisance
+jusqu'à souscrire humblement au nom de «misérable», uniquement par
+déférence pour votre opinion, quelque estime que j'aie pour votre jugement et quelque
+ardent respect que j'aie pour votre mérite!</p>
+
+<p>Je vous ai déjà dit et je l'affirme de nouveau que, à l'époque à laquelle vous faites
+allusion, je n'avais pas le moindre lien moral envers M<sup>rs</sup> Burns; je ne connaissais pas,
+je ne pouvais pas connaître les circonstances puissantes que l'irrésistible nécessité était
+occupée à embusquer contre moi. Si vous vous rappelez les scènes qui ont eu lieu
+entre nous, vous apercevrez la conduite d'un honnête homme, luttant victorieusement
+contre des tentations, les plus puissantes qui aient jamais assailli un homme, et conservant
+sans tache l'honneur, dans des situations où la vertu la plus austère aurait
+pardonné une chute. Ces situations, j'ose le dire, pas un de ses semblables, avec la
+moitié de sa sensibilité et de sa passion, n'aurait pu les affronter sans succomber. Je
+vous laisse à penser, Madame, s'il est vraisemblable que cet homme accepte une
+accusation de «perfide trahison».</p>
+
+<p>Étais-je à blâmer, Madame, quand je fus la victime éperdue de charmes, dont, je
+l'affirme, aucun homme n'approcha jamais avec impunité? Si j'avais entrevu la
+moindre lueur d'espérance que ces charmes pussent jamais être à moi; si même la
+nécessité de fer...... mais ce sont là des paroles inutiles. Je serais allé vous voir
+quand j'étais en ville; en vérité, je n'aurais pu m'en empêcher, si ce n'est que
+M. Ainslie m'a dit que vous étiez déterminée à éviter vos fenêtres, pendant que je serais
+en ville, de peur de m'entrevoir dans la rue.</p>
+
+<p>Quand j'aurai regagné votre bonne opinion, peut-être oserai-je solliciter votre
+amitié; mais, quoi qu'il en soit, celle qui, pour moi, est la première de son sexe, sera
+toujours l'objet de mes meilleurs et de mes plus ardents souhaits<a id="footnotetag993" name="footnotetag993"></a><a href="#footnote993" title="Lien vers la note 993"><span class="small">[993]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page404" name="page404"></a>(p. 404)</span> Ces quelques jours à Édimbourg lui furent pénibles. Il se retrouvait
+obscur, isolé, négligé, dans cette cité que pendant un hiver il avait remplie
+du bruit de sa renommée. Dans ces rues où naguère on se retournait sur
+lui, où on le montrait du doigt, personne ne le remarquait. Il en conçut
+une sorte de courroux et il se hâta de repartir. En rentrant à Ellisland,
+il écrivait:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Me voici, mon honorée amie, revenu sain et sauf de la capitale. Pour un homme
+qui a un foyer, tout humble ou écarté qu'il soit, (si ce foyer est comme le mien la
+scène du confort domestique), l'affairement d'Édimbourg deviendra bientôt un objet
+de fatigue et de dégoût.</p>
+
+<p class="poem-ctr">«Vaine pompe et gloire de ce monde, je vous hais<a id="footnotetag994" name="footnotetag994"></a><a href="#footnote994" title="Lien vers la note 994"><span class="small">[994]</span></a>!»</p>
+</div>
+
+<p>À part ce nuage et cet éclair d'une passion qui semblait éloignée
+pour jamais, rien ne troubla la paix de ces quelques mois. Les biographes
+de Burns se plaisent à se l'imaginer continuant à vivre ainsi. Ils le voient
+occupé et non absorbé par ses travaux agricoles, conversant avec la
+nature, dans un des endroits de son pays où elle est le plus aimable,
+ajoutant de temps en temps à ses productions immortelles, avançant en
+années et en gloire, heureux, vénéré, glorifiant les champs qui auraient
+été la scène d'une pareille vie. «La plaine de Bannockburn, s'écrie
+Lockhart, n'aurait pas été un sol plus sacré<a id="footnotetag995" name="footnotetag995"></a><a href="#footnote995" title="Lien vers la note 995"><span class="small">[995]</span></a>!» Rêves vains! Pouvait-il
+changer sa nature, et son passé et les circonstances? Il avait en lui sa
+destinée, et ce moment de bonheur n'est qu'un arrêt sur le bord de jours,
+de nouveau tourmentés et plus sombres.</p>
+
+<p class="p2">Au mois d'août de 1789, la maison fut prête. Elle n'était pas très
+grande, mais elle était pittoresquement située, si près du bord que, dans
+l'après-midi, son ombre, traversant la rivière, s'allongeait dans les
+champs de l'autre rive. Les fenêtres donnaient sur l'eau; le jardin était à
+une petite distance de la maison; un joli sentier suivait la berge, et, à mi-chemin
+de la descente, une source fournissait une eau claire et fraîche.
+Burns, qui aimait les vieilles coutumes, fit son entrée dans sa demeure
+selon le cérémonial d'usage: il fit prendre à sa jeune servante la grosse
+Bible familiale et une coupe pleine de sel, lui dit de les poser l'une sur
+l'autre, et lui ordonna d'entrer ainsi sous le nouveau toit, afin de porter
+bonheur à ceux qui l'habiteraient. Lui-même, sa femme à son bras,
+suivit la petite Betty, la Bible et le bol de sel. Quoiqu'il fit cela en
+souriant, ces anciennes superstitions le prenaient par ses souvenirs
+d'enfance et son imagination<a id="footnotetag996" name="footnotetag996"></a><a href="#footnote996" title="Lien vers la note 996"><span class="small">[996]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page405" name="page405"></a>(p. 405)</span> La condition d'un fermier écossais, à cette époque, était loin d'être ce
+qu'elle devint un peu plus tard. La guerre, qui éclata quelques années
+après, en réclamant pour les armées et la marine d'immenses approvisionnements,
+haussa le prix des denrées. Les progrès de l'agriculture,
+en étendant la surface productive du sol et en augmentant le produit de
+la même surface, continuèrent la prospérité ainsi commencée. Le bien-être
+et même le luxe entrèrent dans les fermes, et le fermier, cessant
+d'être un paysan, devint une sorte de gentilhomme campagnard. «Sa
+maison, dit Allan Cunningham, eut un toit d'ardoises et des fenêtres à
+guillotine; des tapis furent étendus sur le plancher, des instruments de
+musique placés dans le salon. Il cessa de porter un habit de drap fait
+à la maison, de s'asseoir à ses repas avec ses domestiques; les dévotions
+de famille furent abandonnées comme une chose hors de mode;
+il devint une espèce de gentilhomme campagnard, qui montait un
+cheval de sang et s'en revenait chez lui, les soirs de marché, au grand
+galop, au péril de son cou et à la terreur des humbles piétons. Ses fils
+furent élevés au collège et entrèrent au barreau ou achetèrent des commissions
+dans l'armée; ses filles changèrent leurs robes de tiretaine
+pour des robes de soie<a id="footnotetag997" name="footnotetag997"></a><a href="#footnote997" title="Lien vers la note 997"><span class="small">[997]</span></a>.» Burns venait quelques années trop tôt pour
+profiter de ce revirement et pour être soutenu par ce flot subit de
+richesse. À l'époque de son arrivée à Ellisland, le cultivateur était
+un paysan comme ses ouvriers. Sa maison, couverte de chaume,
+avait un plancher d'argile; ses meubles étaient fabriqués par le charpentier
+ou le charron du village. Il prenait ses repas avec ses domestiques<a href="#footnote997" title="Lien vers la note 997"><span class="small">[997]</span></a>;
+quelquefois une ligne à la craie tracée sur le bois, quelquefois
+la lourde salière, marquaient la séparation entre le haut et le bas de la
+table<a id="footnotetag998" name="footnotetag998"></a><a href="#footnote998" title="Lien vers la note 998"><span class="small">[998]</span></a>. La nourriture était simple et presque grossière. Elle consistait
+presque uniquement en farine d'avoine, qui reparaissait sous toutes les
+formes. On l'appelle <span class="italic" lang="en">porridge</span>, quand elle est bouillie dans de l'eau, sur
+le feu, jusqu'à prendre une certaine consistance; et <span class="italic" lang="en">brose</span>, quand elle est
+mélangée; dans le plat même où on la mange, avec un peu d'eau chaude
+et de beurre. Les repas du matin et du soir consistaient en <span class="italic" lang="en">porridge</span> et en
+<span class="italic" lang="en">brose</span>. Celui du midi consistait en <span class="italic" lang="en">kail</span>, c'est-à-dire une soupe aux choux<a id="footnotetag999" name="footnotetag999"></a><a href="#footnote999" title="Lien vers la note 999"><span class="small">[999]</span></a>.
+«On ne cultivait aucun légume, dit M. Léonce de Lavergne, à l'exception
+de quelques choux d'Écosse, qui formaient avec du lard et de
+la farine d'avoine toute la nourriture de la population<a id="footnotetag1000" name="footnotetag1000"></a><a href="#footnote1000" title="Lien vers la note 1000"><span class="small">[1000]</span></a>.» Des gâteaux
+d'orge et du fromage complétaient la nourriture. On buvait de la bière
+brassée à la maison, <span class="italic" lang="en">home brewed ale</span>. La viande de boucherie paraissait
+<span class="pagenum"><a id="page406" name="page406"></a>(p. 406)</span> rarement. On mangeait avec des cuillers de corne dans des écuelles de
+bois ou d'étain<a id="footnotetag1001" name="footnotetag1001"></a><a href="#footnote1001" title="Lien vers la note 1001"><span class="small">[1001]</span></a>.</p>
+
+<p>Cette existence chétive n'avait rien de surprenant. On obtenait à
+peine de quoi vivre, d'une terre stérile et mal cultivée. Le sol était mauvais;
+il était à peu près à l'état sauvage. «Le pays tout entier, sauf
+quelques exceptions négligeables, était sans clôture; il n'y avait pas de
+drainage artificiel; ce qu'il y avait de labourage était restreint à ce qu'il y
+avait de terrain naturellement sec; les parties creuses étaient pleines de
+marais, de marécages et d'étangs stagnants<a id="footnotetag1002" name="footnotetag1002"></a><a href="#footnote1002" title="Lien vers la note 1002"><span class="small">[1002]</span></a>».&mdash;«Les prairies étaient des
+marécages où de mauvaises herbes poussaient naturellement, mêlées à des
+roseaux et d'autres plantes aquatiques, et ce terrain revêche et humide
+non-seulement restait sans être drainé, mais semblait avoir plus de
+valeur d'après l'abondance avec laquelle il fournissait ce fourrage grossier<a id="footnotetag1003" name="footnotetag1003"></a><a href="#footnote1003" title="Lien vers la note 1003"><span class="small">[1003]</span></a>.»
+Les terres arables s'étendaient en tranches étroites, séparées par
+des espaces pierreux, semblables aux moraines des glaciers<a id="footnotetag1004" name="footnotetag1004"></a><a href="#footnote1004" title="Lien vers la note 1004"><span class="small">[1004]</span></a>. La culture
+était pire que le sol. Les terres d'une ferme étaient partagées en deux
+parties: l'<span class="italic" lang="en">infield</span> et l'<span class="italic" lang="en">outfield<a id="footnotetag1005" name="footnotetag1005"></a><a href="#footnote1005" title="Lien vers la note 1005"><span class="small">[1005]</span></a></span>. La première comprenait les moins mauvais
+terrains, grossièrement cultivés; on y jetait le fumier de la ferme, sans les
+purger des mauvaises herbes qui absorbaient l'engrais et n'en pullulaient
+qu'avec plus d'aise<a id="footnotetag1006" name="footnotetag1006"></a><a href="#footnote1006" title="Lien vers la note 1006"><span class="small">[1006]</span></a>; on y semait sans repos de l'avoine et de l'orge tant
+qu'ils pouvaient rendre un peu plus que les semailles. L'assolement ou,
+pour employer l'expression anglaise, la rotation des moissons, était
+inconnue. Quand la terre épuisée refusait de rien porter, on la laissait
+reposer en jachère, c'est-à-dire se couvrir de mauvaises herbes<a id="footnotetag1007" name="footnotetag1007"></a><a href="#footnote1007" title="Lien vers la note 1007"><span class="small">[1007]</span></a>. «On
+demandait au même champ des récoltes successives d'avoine sur avoine,
+tant qu'il pouvait fournir un excédent sur la semence; après quoi, il restait
+dans un état absolu de stérilité, jusqu'à ce qu'il revînt de nouveau en
+état de donner une misérable récolte<a id="footnotetag1008" name="footnotetag1008"></a><a href="#footnote1008" title="Lien vers la note 1008"><span class="small">[1008]</span></a>.» La seconde partie, l'<span class="italic" lang="en">outfield</span>,
+n'était guère que des terrains sauvages où les troupeaux paissaient. Les
+instruments étaient primitifs: la charrue était encore sur le vieux modèle
+écossais, il fallait plusieurs paires de b&oelig;ufs pour la traîner; les herses
+<span class="pagenum"><a id="page407" name="page407"></a>(p. 407)</span> étaient garnies de dents de bois, les chariots étaient lourds et bas de
+roues; on vannait le blé à l'aide du vent entre les deux portes de la
+grange<a id="footnotetag1009" name="footnotetag1009"></a><a href="#footnote1009" title="Lien vers la note 1009"><span class="small">[1009]</span></a>. Avec cela, de mauvaises routes et guère de chemins<a id="footnotetag1010" name="footnotetag1010"></a><a href="#footnote1010" title="Lien vers la note 1010"><span class="small">[1010]</span></a>. Les fermiers
+étaient trop ignorants pour songer à améliorer leur mode de culture et
+trop pauvres pour l'essayer. «Aucun fermier ne possédait l'argent nécessaire
+pour améliorer cet état de choses<a id="footnotetag1011" name="footnotetag1011"></a><a href="#footnote1011" title="Lien vers la note 1011"><span class="small">[1011]</span></a>.» Aussi ils parvenaient péniblement
+à contraindre la terre à payer sa rente. Leur vie était aussi précaire
+que misérable. Une seule mauvaise saison suffisait pour les mettre en
+retard. Alors commençait, contre la descente graduelle vers la misère et
+la ruine, la lutte désespérée, dans laquelle avait succombé le père de
+Burns, dans laquelle Gilbert venait d'être sauvé par son frère, dans
+laquelle celui-ci allait être vaincu à son tour. Telle était, du moins, dans
+ses conditions matérielles, l'existence que Burns pouvait mener.</p>
+
+<p>C'est une question qui n'est pas sans intérêt, de savoir quelle sorte de
+fermier était Burns et comment il gouvernait sa maison. Il avait deux
+domestiques mâles et deux filles de ferme. Son bétail comptait neuf ou
+dix vaches à lait, quelques veaux, quatre chevaux, et des brebis dont
+quelques-unes étaient ses favorites. C'était un bon maître et indulgent
+pour ses serviteurs. Il était familier et amical avec eux. Quand quelque
+chose le fâchait, il était un peu vif, mais l'orage était vite passé. Un
+vieillard, qui avait été garçon de ferme chez lui, disait qu'il ne l'avait vu
+réellement en colère qu'une fois, lorsqu'une des filles avait donné, sans
+les couper en assez petits morceaux, des pommes de terre à une vache
+qui étouffait. Ses regards, ses gestes, sa voix étaient terribles;
+il avait hérité ces colères de son père. C'était un bon laboureur.
+Souvent aussi, passant sur ses épaules le drap plein de grain, il
+semait le matin le champ que ses ouvriers devaient herser dans la
+journée<a id="footnotetag1012" name="footnotetag1012"></a><a href="#footnote1012" title="Lien vers la note 1012"><span class="small">[1012]</span></a>. Il est probable que son intérieur était un peu plus soigné que
+celui de la plupart des autres fermiers. Si on se le représente vaquant à
+ces occupations dans le costume ordinaire: le large béret bleu écossais,
+un habit à longs pans de drap bleu ou marron, des culottes de velours
+de coton à côtes, des bas bleu foncé<a id="footnotetag1013" name="footnotetag1013"></a><a href="#footnote1013" title="Lien vers la note 1013"><span class="small">[1013]</span></a>, et, pendant les froids, un plaid blanc
+et noir autour des épaules, on aura complété cet aperçu de la routine
+de vie, sur laquelle éclataient ses instants de génie. C'est un tableau qui
+ne manque pas de dignité.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page408" name="page408"></a>(p. 408)</span> Malgré ses accès de courage, malgré son intelligence, il ne semble
+pas qu'il eût les qualités nécessaires pour réussir, dans les conditions
+difficiles où il était. Quelques-uns de ses biographes essaient de soutenir
+qu'il était aussi bon fermier qu'un autre. C'est aller contre les témoignages
+des gens du métier et, on peut le dire, contre la vraisemblance.
+Un vieux fermier sagace, dont les terres touchaient à celles
+d'Ellisland, disait: «Sur ma foi, comment pouvait-il ne pas échouer,
+quand les domestiques mangeaient le pain aussi vite qu'il cuisait? Je ne
+parle pas figurativement, mais à la lettre. Considérez un peu. À cette
+époque, une étroite économie était nécessaire pour réaliser un bénéfice
+de 20 livres par an, sur Ellisland. Or, il ne pouvait être question du
+propre travail de Burns; il ne labourait, ni ne semait, ni ne moissonnait;
+pas, du moins, comme un fermier attaché à sa besogne. En outre, il avait
+une ribambelle de domestiques qu'il avait amenés d'Ayrshire. Les filles
+ne faisaient rien que cuire le pain, et les gars étaient assis près du feu
+et le mangeaient tout chaud avec de l'ale. La perte de temps et le gaspillage
+de nourritures atteignaient bien vite 20 livres par an<a id="footnotetag1014" name="footnotetag1014"></a><a href="#footnote1014" title="Lien vers la note 1014"><span class="small">[1014]</span></a>». Il y a peut-être
+un peu d'exagération et de sévérité, dans ce jugement d'un homme
+qui ne semble pas avoir permis à ses domestiques de manger le pain
+aussi chaud; mais il y a sans doute quelque chose de vrai. Avec un
+maître comme Burns, souvent absent et préoccupé, et une maîtresse qui
+n'avait pas été élevée dans les choses d'une ferme, la surveillance devait
+être parfois négligée ou inefficace. Le père d'Allan Cunningham lui
+racontait que Burns avait l'air d'un homme inquiet et sans but précis.
+«Il était toujours en mouvement, soit à pied, soit à cheval. Dans la même
+journée, on pouvait le voir tenir la charrue, pêcher dans la rivière, flâner,
+les mains derrière le dos, sur la rive, contempler l'eau fuyante, à quoi il
+prenait grand plaisir, se promener autour de ses bâtiments ou dans ses
+champs, et, si on le perdait de vue pendant une heure, on le voyait
+revenir de Friars-Carse ou pousser son cheval à travers la Nith pour aller
+passer la soirée avec quelques amis éloignés<a id="footnotetag1015" name="footnotetag1015"></a><a href="#footnote1015" title="Lien vers la note 1015"><span class="small">[1015]</span></a>.» Il est difficile de tout
+détruire dans ces témoignages de gens qui l'ont bien connu et qui l'ont
+aimé. Était-il possible qu'il en fût autrement? Était-il possible que
+Burns, avec sa largeur de nature et les absences poétiques de son esprit,
+fût capable de cette attention serrée aux moindres choses, de cette surveillance
+inquiète de toutes les minutes, de cette parcimonie, presque de
+cette avarice, qui sont nécessaires, même dans les fermes en meilleure
+condition que n'était la sienne. Si la marge des bénéfices avait été plus
+large, il aurait pu tenir: il aurait mis quelques livres de côté en moins
+à la fin de l'année, et ceux qui travaillaient avec lui auraient été plus
+<span class="pagenum"><a id="page409" name="page409"></a>(p. 409)</span> heureux. Mais, avec un écart aussi faible entre la réussite et la ruine, la
+partie était bien compromise. Et puis, son c&oelig;ur n'était plus à cette
+besogne, ou n'y était plus que par moments<a id="footnotetag1016" name="footnotetag1016"></a><a href="#footnote1016" title="Lien vers la note 1016"><span class="small">[1016]</span></a>.</p>
+
+<p class="p2">Cette vie de fermier n'allait pas sans ses excès. Ceux-ci en étaient alors
+une partie obligée. Burns y était plus entraîné que d'autres, étant
+recherché non-seulement par les fermiers, mais par les propriétaires
+et les nobles des environs. On a, pendant cette année de 1789, deux
+exemples des coups de boisson qui prenaient place, le plus naturellement
+du monde, dans cette existence. Le premier est une chanson qui fut composée
+dans des circonstances que Burns rapporte lui-même: «L'air est de
+Allan Masterton, la chanson est de moi. L'occasion qui la fit naître est
+celle-ci: M. William Nicol, de la High-School d'Édimbourg, étant à
+Moffat pendant ses vacances d'été, l'honnête Allan, qui était en ce
+moment en visite à Dalswinton, et moi, allâmes le voir. Nous eûmes une
+si joyeuse réunion, que M. Masterton et moi convînmes, chacun sur notre
+terrain, de célébrer l'affaire<a id="footnotetag1017" name="footnotetag1017"></a><a href="#footnote1017" title="Lien vers la note 1017"><span class="small">[1017]</span></a>.» Or, voici ce qu'était cette affaire:</p>
+
+<div class="poem20">
+<p>Ô! Willie a brassé un demi boisseau de malt,<br>
+<span class="add2em">Et Rob et Allan vinrent le goûter:</span><br>
+Pendant toute cette nuit, trois c&oelig;urs plus joyeux<br>
+Vous ne les auriez pas trouvés dans la chrétienté.</p>
+
+<p>Nous n'étions pas gris, nous n'étions pas très gris,<br>
+<span class="add2em">Nous avions juste une petite goutte dans l'&oelig;il;</span><br>
+Le coq peut chanter, le jour peut se montrer,<br>
+<span class="add2em">Toujours nous goûtons la liqueur d'orge.</span></p>
+
+<p>Nous voici réunis, trois joyeux gars,<br>
+<span class="add2em">Trois joyeux gars sommes-nous;</span><br>
+Et mainte nuit nous avons été gais,<br>
+<span class="add2em">Et mainte encore nous espérons l'être.</span></p>
+
+<p>C'est la lune, je reconnais sa corne,<br>
+<span class="add2em">Qui luit là-haut dans le ciel;</span><br>
+Elle brille si clair pour nous conduire chez nous;<br>
+<span class="add2em">Mais, ma parole, elle attendra un peu!</span></p>
+
+<p>Celui qui se lève le premier pour s'en aller,<br>
+<span class="add2em">C'est un cocu, un lâche, un maroufle!</span><br>
+Celui qui le premier tombera près de sa chaise<br>
+<span class="add2em">Celui-là est le roi de nous trois!</span></p>
+
+<p>Nous n'étions pas gris, nous n'étions pas très gris,<br>
+<span class="add2em">Nous avions juste une petite goutte dans l'&oelig;il;</span><br>
+Le coq peut chanter, le jour peut se montrer,<br>
+<span class="add2em">Toujours nous goûtons la liqueur d'orge<a id="footnotetag1018" name="footnotetag1018"></a><a href="#footnote1018" title="Lien vers la note 1018"><span class="small">[1018]</span></a>.</span></p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page410" name="page410"></a>(p. 410)</span> En publiant cette chanson, dix ans plus tard, Currie mit en note ces
+simples mots: «Ces trois honnêtes garçons&mdash;tous les trois hommes de
+talents remarquables&mdash;sont maintenant tous les trois <span class="italic">sous le gazon</span><a id="footnotetag1019" name="footnotetag1019"></a><a href="#footnote1019" title="Lien vers la note 1019"><span class="small">[1019]</span></a>.»</p>
+
+<p>La seconde histoire est plus originale. Si elle ne s'applique pas aussi
+directement à un acte de Burns lui-même, elle est plus caractéristique
+de la vie qui se menait autour de lui et dans laquelle il ne pouvait manquer
+d'être emporté. Burns était lié avec un gentleman du voisinage,
+Robert Riddel. Ce gentleman possédait un sifflet, <span class="italic" lang="en">and thereby hangs a tale</span>,
+comme dit Shakspeare<a id="footnotetag1020" name="footnotetag1020"></a><a href="#footnote1020" title="Lien vers la note 1020"><span class="small">[1020]</span></a>. C'était un sifflet illustre, autour duquel il
+s'est fait plus de bruit qu'il n'a jamais pu en sortir de lui. Le poète s'est
+fait l'historiographe de ce précieux objet. «Dans la suite d'Anne
+de Danemark, lorsqu'elle vint en Écosse, avec notre James VI, se
+trouvait un gentilhomme danois, de stature gigantesque, de grande
+prouesse, champion sans égal de Bacchus. Il avait un petit sifflet d'ébène
+qu'il plaçait sur la table au commencement des orgies. Celui qui serait
+capable de le faire siffler, quand tout le monde serait désemparé par la
+puissance de la bouteille, devait l'emporter comme trophée de sa victoire.
+Le Danois exhibait des témoignages de ses triomphes, sans une seule
+défaite, aux cours de Copenhague, de Stockholm, de Moscou, de Varsovie
+et à diverses des petites cours d'Allemagne. Il défia les buveurs écossais
+et les réduisit à l'alternative de reconnaître ses exploits ou de confesser
+leur infériorité. Maints Écossais furent vaincus. Enfin le Danois se rencontra
+avec sir Robert Laurie de Maxwelton, ancêtre du digne baronnet
+actuel de ce nom, qui, après une rude lutte de trois jours et de trois
+nuits, laissa le Scandinave sous la table,</p>
+
+<p class="poem-ctr">Et siffla sur le sifflet son requiem aigu.</p>
+
+<p>Sir Walter, fils du susdit sir Robert, perdit plus tard le sifflet contre
+Walter Riddel de Glenriddel qui avait épousé une s&oelig;ur de sir Walter<a id="footnotetag1021" name="footnotetag1021"></a><a href="#footnote1021" title="Lien vers la note 1021"><span class="small">[1021]</span></a>».
+Ce sifflet était maintenant en la possession du voisin de Burns. Il fut
+convenu entre lui et deux autres descendants de l'ancêtre glorieux:
+Ferguson de Craigdarroch et sir Robert Laurie de Maxwelton, alors
+membre du Parlement pour Dumfries, qu'il y avait lieu de recourir à
+un nouveau tournoi, pour savoir à qui reviendrait le sifflet d'ébène, le
+sifflet du géant danois. L'endroit et le jour furent fixés: c'était à Friars-Carse,
+résidence de Robert Riddel, le seizième jour du mois d'octobre de
+l'an 1789, que la rencontre devait avoir lieu. Des juges de camp et des
+arbitres furent désignés, et Robert Burns devait célébrer le vainqueur
+par une ode triomphale.</p>
+
+<p class="poem30">
+<span class="add1em"><span class="pagenum"><a id="page411" name="page411"></a>(p. 411)</span> Un barde fut choisi pour assister au combat,</span><br>
+Et dire aux âges futurs les exploits de cette journée;<br>
+<span class="add1em">Un barde gui détestait la tristesse et l'ennui</span><br>
+<span class="add1em">Et souhaitait que le Parnasse fût un vignoble.</span></p>
+
+<p>Enfin, le jour solennel arriva. «Plein de la pensée de ce jour important
+pour Friars-Carse, j'ai guetté les éléments et les deux, dans la
+pleine persuasion qu'ils l'annonceraient, au monde étonné, par des phénomènes
+d'une terrible signification. Hier soir, jusqu'à une heure très
+tardive, j'ai attendu, avec une horreur anxieuse, l'apparition de quelque
+comète enflammant la moitié du ciel, ou d'armées aériennes de scandinaves
+sanguinaires, traversant les cieux épouvantés, rapides comme
+l'éclair fourchu, et terribles comme ces convulsions de la nature qui
+ensevelissent les nations. Les éléments, cependant, semblent prendre
+la chose très tranquillement; ils n'ont pas même introduit ce matin-ci
+avec un triple soleil et une pluie de sang, symboles des trois puissants
+héros et du grand épanchement de vin d'aujourd'hui<a id="footnotetag1022" name="footnotetag1022"></a><a href="#footnote1022" title="Lien vers la note 1022"><span class="small">[1022]</span></a>.»</p>
+
+<p>Le dîner préliminaire achevé, les adversaires en vinrent aux mains.
+Ils s'installèrent et se mirent au claret. Le gai Plaisir s'excitait, s'affolait,
+à mesure que les verres passaient. Le brillant Ph&oelig;bus, qui n'avait pas
+depuis longtemps assisté à une scène si digne du travail de ses rayons,
+était triste de les quitter; mais Cynthie lui dit à l'oreille qu'il les retrouverait
+le lendemain matin.</p>
+
+<p class="poem20">
+<p>Six bouteilles chacun avaient à peu près épuisé la nuit,<br>
+<span class="add1em">Quand le vaillant sir Robert, pour finir le combat,</span><br>
+<span class="add1em">Vida en une seule rasade une bouteille de vin rouge,</span><br>
+Et jura que c'était ainsi que faisaient leurs ancêtres.</p>
+
+<p>À ce point-là, Glenriddel, «prudent et sage», jugea que c'était assez,
+et se retira du combat. Les deux autres continuèrent.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Le vaillant sir Robert lutta dur jusqu'à la fin;<br>
+Mais qui peut résister au destin et à des rasades d'une bouteille?<br>
+Cependant le Destin a dit: «un héros doit tomber à la lumière»;<br>
+Donc, le brillant Ph&oelig;bus se leva, et le chevalier s'abattit.</p>
+
+<p>Alors se leva notre barde, comme un prophète de beuverie:<br>
+«Craigdarroch, tu planeras quand la création s'écroulera!<br>
+Mais, si tu veux fleurir immortellement dans mes vers<br>
+Allons, une bouteille encore, et sois sublime!</p>
+
+<p>«Ta lignée, qui a lutté pour la Liberté avec Bruce,<br>
+Produira à jamais des héros et des patriotes!<br>
+Ainsi, à toi soit le laurier, et à moi soit la baie;<br>
+Tu as gagné la journée, par le brillant dieu du jour qui point là-bas!»</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page412" name="page412"></a>(p. 412)</span> Le vainqueur était donc sir Robert Laurie. Chambers ajoute: «J'ai
+appris par un parent de sir Robert Laurie qu'il ne se remit jamais complètement
+des suites de cette joute extraordinaire décrite par Burns, bien
+qu'il ait pu, quelques années après, prendre une part active aux guerres
+de la Révolution française, et qu'il ait survécu jusqu'en 1804<a id="footnotetag1023" name="footnotetag1023"></a><a href="#footnote1023" title="Lien vers la note 1023"><span class="small">[1023]</span></a>.» Cette
+scène est propre à marquer les habitudes des gentilshommes campagnards
+dont les résidences entouraient la ferme de Burns.</p>
+
+<p class="p2">Mais quelles fluctuations il y a dans ces âmes de poètes! On les croit
+ici, et, d'un coup d'aile, elles sont là-bas, au loin, bien haut. Fort peu
+de jours après cette olympique de la bouteille, Burns composa une pièce
+qui tient dans son &oelig;uvre et dans sa vie une autre place.</p>
+
+<p>En sortant d'être le Pindare de cette burlesque victoire, il entra dans
+un état d'âme grave et presque religieux. On a remarqué que, depuis
+1786, à l'époque où, selon ses propres expressions, «l'Automne passe à
+l'Hiver, la pâle année,» quand les forêts sont sans feuilles et les prairies
+sont brunes, une mélancolie tombait sur lui, comme au retour d'un anniversaire
+douloureux et secret. C'était vers la fin de la moisson, au temps
+où Mary Campbell était morte. Cette année-ci, dans le vide de sa vie, le
+souvenir de la douce fille disparue lui revint avec plus de netteté. Depuis
+le moment où la nouvelle funeste était arrivée à la ferme de Mossgiel,
+depuis trois pleines années déjà, c'était le premier automne où il vivait
+hors du bruit, dans la solitude qui plaît aux souvenirs, et dans l'amertume
+du c&oelig;ur où l'on comprend tout le prix des affections passées. Un jour,
+vers le milieu d'octobre, après avoir travaillé comme à l'ordinaire à la
+moisson, il parut, lorsque tomba le crépuscule, avoir quelque chose qui
+le rendait triste. Il sortit et erra dans la cour de la grange où sa femme,
+qui craignait pour sa santé, le suivit, lui faisant remarquer que la gelée
+était venue et lui demandant de rentrer. Il le lui promit, mais continua
+à se promener lentement de long en large, contemplant le ciel qui était
+singulièrement clair et étoilé. Il resta dehors presque toute la nuit<a id="footnotetag1024" name="footnotetag1024"></a><a href="#footnote1024" title="Lien vers la note 1024"><span class="small">[1024]</span></a>.
+À la fin, Mrs Burns revint de nouveau vers lui. Il était étendu sur un
+tas de paille, les yeux fixés sur une belle planète «qui brillait comme
+une autre lune<a id="footnotetag1025" name="footnotetag1025"></a><a href="#footnote1025" title="Lien vers la note 1025"><span class="small">[1025]</span></a>.» Elle obtint de lui qu'il rentrât. Aussitôt dans la
+maison, il demanda son pupitre et écrivit d'un trait les touchantes et
+pures strophes <span class="italic">à Mary dans le Ciel</span>.</p>
+
+<div class="poem20">
+<p>Ô étoile tardive, qui d'un rayon diminué<br>
+<span class="add2em">Aimes à saluer la première aube,</span><br>
+<span class="add2em"><span class="pagenum"><a id="page413" name="page413"></a>(p. 413)</span> Voici que tu ramènes le jour</span><br>
+<span class="add2em">Où ma Mary fut arrachée à mon âme.</span><br>
+<span class="add2em">Ô Mary, chère ombre disparue!</span><br>
+<span class="add2em">Où est ta place de repos bienheureux?</span><br>
+<span class="add2em">Vois-tu ton amant ici-bas prosterné?</span><br>
+Entends-tu les gémissements qui déchirent sa poitrine?</p>
+
+<p><span class="add2em">Puis-je oublier cette heure sacrée,</span><br>
+<span class="add2em">Puis-je oublier ce bosquet sanctifié,</span><br>
+Où, sur les bords de l'Ayr sinueux, nous nous rencontrâmes,<br>
+<span class="add2em">Pour vivre un jour d'adieux et d'amour!</span><br>
+<span class="add4em">L'éternité n'effacera pas</span><br>
+<span class="add2em">La chère souvenance des transports passés,</span><br>
+<span class="add3em">Ni ton image dans notre dernière étreinte,</span><br>
+<span class="add2em">Ah! nous pensions peu que c'était la dernière!</span></p>
+
+<p><span class="add3em">L'Ayr, murmurant, baisait sa rive caillouteuse,</span><br>
+Sur lui se penchaient des bois sauvages, des verdures épaisses:<br>
+<span class="add3em">Le bouleau parfumé et l'aubépine blanche</span><br>
+S'enlaçaient amoureusement autour de cette scène de ravissement<br>
+<span class="add2em">Les fleurs jaillissaient désireuses d'être pressées,</span><br>
+<span class="add2em">Les oiseaux chantaient l'amour sur chaque rameau,</span><br>
+<span class="add2em">Jusqu'à ce que trop, trop tôt, l'ouest en feu</span><br>
+<span class="add6em">Proclama la fuite du jour ailé.</span></p>
+
+<p><span class="add2em">Sur ces scènes ma mémoire reste éveillée,</span><br>
+<span class="add2em">Et les chérit tendrement avec un soin avare;</span><br>
+<span class="add2em">Le Temps n'en rend que plus forte l'empreinte,</span><br>
+<span class="add2em">Comme les ruisseaux creusent plus profond leur lit.</span><br>
+<span class="add5em">Mary, chère ombre disparue!</span><br>
+<span class="add2em">Où est la place de repos bienheureux?</span><br>
+<span class="add2em">Vois-tu ton amant ici-bas prosterné?</span><br>
+<span class="add2em">Entends-tu les gémissements qui déchirent sa poitrine?<a id="footnotetag1026" name="footnotetag1026"></a><a href="#footnote1026" title="Lien vers la note 1026"><span class="small">[1026]</span></a></span></p>
+</div>
+
+<p>Ainsi, après trois années, et quelles années, l'image de Mary Campbell
+sortait du passé où elle semblait effacée et perdue. Tout revivait;
+tous les détails de ce second dimanche de mai, avec sa lumière tranquille,
+sa solennité et ses adieux; le paysage resplendissait et embaumait comme
+alors, plein d'amour lui-même. Et la douce apparition revenait avec sa
+grâce sérieuse et son regard plein de reproches. Car, dans les sanglots
+de Burns, il n'y avait pas que des regrets, et dans cet appel passionné à
+la chère ombre disparue, il y a comme une douloureuse et fervente
+demande de pardon. Elle revenait prendre possession d'un c&oelig;ur, où
+d'autres avaient passé, mais où elle seule devait rester comme la plus
+pure et la plus aimée. Et ce retour ne fut pas une de ces crises de souvenir
+violentes et passagères, dont l'âme est parfois saisie. Ce fut quelque
+chose de profond et de durable, qui s'associa aux suprêmes espérances de
+<span class="pagenum"><a id="page414" name="page414"></a>(p. 414)</span> Burns et qui, peut-être, les fit naître. À partir de ce moment, l'idée de
+retrouver, dans un autre monde, sa chère et mélancolique Marie des
+Hautes-Terres, fut pour lui une consolation, une pensée de refuge, un
+degré de religion. C'est ce souvenir qui le conduisit le plus près du ciel.
+Deux mois après cette mémorable soirée, il écrivait à Mrs Dunlop:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Là, je retrouverais un père âgé, maintenant à l'abri des coups d'un monde mauvais,
+contre lequel il a si longtemps et si bravement lutté. Là, je retrouverais l'ami, l'ami
+désintéressé de ma jeune vie, l'homme qui se réjouissait de me voir parce qu'il m'aimait
+et pouvait m'être utile. Ô Muir! tes faiblesses étaient les erreurs de la nature humaine,
+mais ton c&oelig;ur brillait de tout ce qui est généreux, viril et noble; et si jamais une
+émanation de l'Être tout Bon a dessiné une forme humaine, ce fut la tienne! Là,
+avec une angoisse muette d'extase, je reconnaîtrais ma Mary perdue, ma toujours
+chère Mary, dont le c&oelig;ur était chargé de vérité, d'honneur, de constance et d'amour.</p>
+
+<p class="poem20">
+<span class="add3em">Ma Mary, chère ombre disparue!</span><br>
+<span class="add3em">Où est ta place de repos céleste?</span><br>
+<span class="add3em">Vois-tu ton amant ici-bas prosterné?</span><br>
+Entends-tu les gémissements qui déchirent sa poitrine<a id="footnotetag1027" name="footnotetag1027"></a><a href="#footnote1027" title="Lien vers la note 1027"><span class="small">[1027]</span></a>?</p>
+</div>
+
+<p>Et Jane Armour? On peut dire qu'elle est oubliée et quittée! On voit
+maintenant combien était périssable la passion qu'elle avait inspirée. Ce
+n'est pas elle que son mari souhaite revoir, quand les relations temporaires
+de cette vie seront dénouées et remplacées par des unions éternelles.
+Il l'a prise et il la laisse ici-bas. Cet amour, tout d'attrait physique,
+ardent et passager comme la jeunesse, devait mourir avec elle et
+s'éloigner devant un amour plus spiritualisé. La pauvre Mary a pris sa
+revanche de celle à qui jadis elle fut sacrifiée.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section">II.<br>
+L'EXCISE. &mdash; LE SACRIFICE. &mdash; LES FATIGUES.</p>
+
+<p>Au commencement d'août 1789, Burns reçut l'avis officiel qu'il était
+nommé employé de l'Excise, dans la division rurale au centre de laquelle
+se trouvait sa ferme. C'était ce qu'il avait demandé. Il croyait pouvoir ainsi
+combiner ses deux métiers d'employé et de fermier. Il écrivit à sir Robert
+Graham, à qui il devait cette nomination, un sonnet de fervente
+gratitude.</p>
+
+<p class="poem30">Toi astre du jour! toi autre lumière plus pâle!<br>
+Et vous, nombreuses étoiles brillantes de la nuit!<br>
+Si jamais rien efface de ma pensée le bienfaiteur,<br>
+<span class="add2em">Ou si je fais jamais honte à son bienfait,</span><br>
+<span class="add2em">Ne roulez plus dans vos sphères errantes</span><br>
+<span class="pagenum"><a id="page415" name="page415"></a>(p. 415)</span> Que pour me compter les années d'un misérable!<br>
+<span class="add2em">Je pose ma main sur ma poitrine gonflée,</span><br>
+Et je voudrais, mais je ne sais pas, exprimer le reste<a id="footnotetag1028" name="footnotetag1028"></a><a href="#footnote1028" title="Lien vers la note 1028"><span class="small">[1028]</span></a>.</p>
+
+<p>Toutefois, sous cette explosion de reconnaissance, s'agitaient d'autres
+sentiments. S'il remerciait avec sincérité celui qui lui assurait du pain,
+ce pain ne laissait pas de lui être amer. Tant que cet emploi avait été
+distant, il n'en avait aperçu que les avantages. Maintenant que la nomination
+était là, sur sa table; que la besogne allait être là, entre ses mains,
+il éprouvait une humiliation. Son c&oelig;ur se soulevait; et, en même temps
+qu'il adressait à son protecteur ces vers exaltés, il composait, pour son
+propre usage, un impromptu d'un autre ton:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Fouiller des barils de vieilles femmes!<br>
+Hélas! faut-il! hélas!<br>
+Que de la sale levure souille mes lauriers?<br>
+Mais... que dire?<br>
+Ces choses touchantes appelées femme et bébés<br>
+Émouvraient des c&oelig;urs de pierre!<a id="footnotetag1029" name="footnotetag1029"></a><a href="#footnote1029" title="Lien vers la note 1029"><span class="small">[1029]</span></a></p>
+
+<p>Il est clair qu'une défaveur frappait le métier dans lequel il allait
+s'engager. «Il y a une certaine flétrissure attachée à la profession
+d'officier de l'Excise, mais je n'ai pas dessein de recevoir honneur de ma
+profession; et, bien que le salaire soit comparativement petit, c'est du luxe
+comparé à tout ce que la première partie de ma vie m'avait appris
+à espérer<a id="footnotetag1030" name="footnotetag1030"></a><a href="#footnote1030" title="Lien vers la note 1030"><span class="small">[1030]</span></a>.» Ailleurs il en parle avec plus de franchise encore: «Quant à
+l'ignominie de la profession, j'ai l'encouragement que j'entendis un jour
+un sergent de recrutement donner à une nombreuse, sinon respectable,
+audience, dans les rues de Kilmarnock: «Messieurs, pour vous encourager
+encore mieux, je puis vous assurer que notre régiment est le corps le plus
+canaille qui appartienne à la couronne, et, par conséquent, chez nous, un
+honnête garçon a les chances les plus sûres d'avancement<a id="footnotetag1031" name="footnotetag1031"></a><a href="#footnote1031" title="Lien vers la note 1031"><span class="small">[1031]</span></a>.» Et il n'y
+avait pas à hausser les épaules, à prétendre que c'était là un avis de sots,
+un dire d'imbéciles. N'était-ce pas lui-même qui, au temps où il en parlait
+à son aise, avait écrit ces vers?</p>
+
+<p class="poem30">Ces maudites sangsues de l'Excise,<br>
+Qui saisissent les alambics à whiskey,<br>
+Lève la main, démon! un, deux, trois!<br>
+<span class="add3em">Va, saisis cette racaille,</span><br>
+Et cuis-les dans des pâtés de soufre<br>
+Pour les pauvres buveurs damnés<a id="footnotetag1032" name="footnotetag1032"></a><a href="#footnote1032" title="Lien vers la note 1032"><span class="small">[1032]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page416" name="page416"></a>(p. 416)</span> On peut imaginer combien il devait être sensible à cette animadversion.
+Sa fierté si chatouilleuse frémissait à la pensée de ce discrédit. De plus,
+lui qui était accoutumé à être accueilli par des rires et de la belle humeur,
+souffrait à l'idée d'être un objet de défiance, de voir les visages s'assombrir
+à son approche. Quand il serait dans un marché, dans une auberge,
+on ne rirait plus de si franche façon. Il serait le publicain suspect.
+Cela blessait son sentiment de cordialité.</p>
+
+<p>Et puis, que d'autres choses pénibles dont les parties généreuses de
+son c&oelig;ur se détournaient! Tracasser, pourchasser, traquer de pauvres
+diables, les surprendre, les saisir! Le laid métier! Voir leurs larmes,
+entendre leurs lamentations! Quelquefois, frapper, sévir, quand, à côté
+des conditions d'évidence réglementaires et imposées, il y a place pour
+des doutes ou pour des excuses, dont on n'a pas le droit de tenir compte!
+La cruelle contrainte! Être inexorable, se boucher les oreilles, se durcir
+le c&oelig;ur, cacher la pitié qui va vers ces chétifs, feindre la colère, l'impatience,
+l'inflexibilité! Assister tous les jours au spectacle douloureux des
+écrasements, que les lourdes roues de la machine politique accomplissent
+sur les fonds de la société, frapper ces misérables éperdus pour qui un
+peu de fraude, un peu d'esprit distillé est la ressource, qui ne comprennent
+pas les impôts et maudissent ces mains infatigables et insatiables qui leur
+arrachent le prix d'un pain ou d'un vêtement! La haïssable besogne! Il
+faut, semble-t-il, de la coercition pour faire aller le monde; mais il est
+odieux d'en être l'instrument. On a la preuve que, dans l'exercice de ses
+fonctions, Burns éprouva toutes ces révoltes; il était trop clairvoyant
+pour ne pas prévoir qu'il les éprouverait. Et quel homme, un peu actif de
+c&oelig;ur, ne se tourmenterait pas ainsi?</p>
+
+<p>Enfin, une inquiétude qui lui était particulière, pesait sur sa résolution.
+Il craignait que ce nouveau métier ne fût défavorable à sa vie poétique.
+Si, à la vérité, il n'y a pas grande différence apparente entre décharger
+une charretée de paille et visiter des barils de brasseurs, il y a une grande
+différence intérieure. Le fermier qui envoie ses fourchées est libre d'esprit,
+et, tandis que ses bras travaillent, sa pensée peut se reposer sur des objets
+beaux et nobles. Mais l'employé, pour atteindre la fraude, est obligé d'exercer
+et de plier son esprit au même travail que celui du fraudeur; il faut
+qu'il dépiste les ruses, débrouille les détours, suive les manèges, évente
+les supercheries; il faut qu'il joue au plus fin, se fasse astucieux et serre de
+près toutes les man&oelig;uvres subreptices. Ce peut être un métier attrayant et
+instructif pour des esprits positifs et fureteurs; un sentiment de discipline
+sociale et de devoir professionnel peut, comme il arrive souvent, le rehausser.
+Mais cette préoccupation, qui toujours en quête des bassesses d'autrui
+va flairant, le nez sur des roueries, n'est pas propice à la poésie, laquelle
+veut être libre et vit d'air pur. Et puis, il y a, dans ces métiers élémentaires
+de laboureur et de matelot, une largeur et une simplicité, un
+<span class="pagenum"><a id="page417" name="page417"></a>(p. 417)</span> commerce avec la nature, un éloignement des mesquineries, une absence
+de mal, un caractère de bienfait, qui donnent à l'âme de la hauteur, du
+repos et de la beauté. Il semblait à Burns qu'il était sur le bord d'une
+déchéance et d'un péril, que c'était une chute que de tomber, de son
+noble et franc métier, à ce métier décrié et sournois de rat de cave, de
+maltôtier. Toutes ces pensées fermentaient en lui et empoisonnaient sa
+joie.</p>
+
+<p>Ces amertumes faisaient précisément le mérite du sacrifice qu'il accomplissait.
+Il prit son parti hardiment comme il faisait toute chose. Il n'essaya
+pas de dissimuler aux amis auxquels il pouvait s'ouvrir, ses répugnances
+et ses craintes. Il leur exposait, en même temps, quels motifs pressants et
+quels devoirs le déterminaient à une résolution qui devait les étonner.
+Ces confidences sont les échos de ses débats et de sa victoire intimes. Il
+fallait pourvoir à la famille; elle allait encore augmenter. «Je sais,
+écrivait-il, comment le mot d'employé d'Excise, ou celui encore plus
+outrageant de «jaugeur» sonneront à vos oreilles. Moi aussi j'ai vu le
+jour où mes nerfs auditifs auraient été très sensibles et très susceptibles
+à ce sujet; mais une femme et des enfants sont merveilleusement puissants
+pour émousser ce genre de sensation<a id="footnotetag1033" name="footnotetag1033"></a><a href="#footnote1033" title="Lien vers la note 1033"><span class="small">[1033]</span></a>.» Dans une épître au D<sup>r</sup> Blacklock,
+il révèle comment cette même considération a triomphé d'angoisses plus
+profondes et plus secrètes: celles qui portaient sur le sort de son inspiration
+poétique. La façon dont il supplie ses anciennes amies les Muses de lui
+pardonner montre combien il craignait que les fières déesses ne l'abandonnassent:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Que dites-vous, mon fidèle ami,<br>
+Me voici devenu jaugeur.&mdash;La Paix là dessus!<br>
+Fillettes du Parnasse, je crains, je crains,<br>
+Que vous ne me dédaigniez maintenant!<br>
+Et alors mes cinquante livres par an<br>
+Me seront faible gain.</p>
+
+<p>Vous, folâtres, joyeuses, délicates demoiselles,<br>
+Qui, près des rivulets sinueux de Castalie,<br>
+Sautez, chantez et lavez vos membres jolis,<br>
+Vous savez, vous savez<br>
+Que la forte nécessité est suprême<br>
+Parmi les fils des hommes.</p>
+
+<p>J'ai une femme et deux petits garçonnets;<br>
+Il faut qu'ils aient de la soupe et des guenilles;<br>
+Vous savez vous-mêmes combien mon c&oelig;ur est fier,<br>
+Je n'ai pas besoin de me vanter;<br>
+Mais je couperai des balais, je tresserai des corbeilles de saule,<br>
+Plutôt qu'il leur manque quelque chose.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page418" name="page418"></a>(p. 418)</span> Le Seigneur m'aide à travers ce monde de soucis!<br>
+J'en ai lassitude et dégoût, soir et matin!<br>
+Non que je n'aie une part plus riche<br>
+Que maint autre;<br>
+Mais pourquoi un homme a-t-il meilleure chère,<br>
+Quand tous les hommes sont frères?</p>
+
+<p>Viens, ferme volonté, prends l'avant-garde,<br>
+Toi tige de lin mâle dans l'homme!<br>
+Songeons que faible c&oelig;ur jamais ne gagna<br>
+Belle dame:<br>
+Qui fait le plus qu'il peut<br>
+Un jour fera davantage.</p>
+
+<p>Mais pour conclure ma pauvre rime,<br>
+(J'ai peu de vers et peu de temps),<br>
+Faire une heureuse atmosphère de foyer,<br>
+Pour les petits et pour la femme,<br>
+Là est la vérité pathétique et sublime<br>
+De la vie humaine<a id="footnotetag1034" name="footnotetag1034"></a><a href="#footnote1034" title="Lien vers la note 1034"><span class="small">[1034]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>C'est noblement exprimé et virilement. Ces strophes sont belles: elles
+ont des entrailles. Elles contiennent l'essence de tous ces dévoûments
+secrets, par lesquels tant d'hommes font l'oblation de leur espérance et de
+leur talent, offrent le meilleur de ce qu'ils portent en eux et le meilleur de ce
+qu'ils attendaient de la vie, pour faire la maison moins froide. C'est peut-être
+l'acte dans lequel Burns s'est le plus rapproché de ce qui lui faisait
+défaut: l'effacement, le sacrifice de soi-même. Ce n'était que le devoir,
+mais le devoir accepté en homme de c&oelig;ur. Il avait le droit d'écrire cette
+phrase fière, qui est la vérité sur sa présence dans l'Excise:</p>
+
+<p class="quote">Les gens peuvent dire ce qu'ils veulent de l'ignominie de l'Excise, cinquante livres
+par an nourriront ma femme et mes enfants et me rendront indépendant du monde;
+j'aime beaucoup mieux qu'on dise que ma profession reçoit du crédit de moi que moi
+de ma profession<a id="footnotetag1035" name="footnotetag1035"></a><a href="#footnote1035" title="Lien vers la note 1035"><span class="small">[1035]</span></a>.</p>
+
+<p>Il se mit courageusement à la besogne. Il semble avoir été, du premier
+coup, un employé excellent: actif, énergique, sachant la juste mesure
+entre la sévérité et la bonté. Il y avait chez lui des qualités qui eussent
+été à la hauteur des premières charges du pays, quoi d'étonnant qu'il
+ait pu faire un commis des droits réunis? Dès sa première année, il accrut
+le nombre des contraventions dans des proportions assez considérables
+pour doubler presque son traitement.</p>
+
+<p>Du reste, il sut trouver la véritable ligne de conduite. Avec les fraudeurs
+de profession, il était sévère et inflexible. Avec les autres, au contraire,
+<span class="pagenum"><a id="page419" name="page419"></a>(p. 419)</span> avec les pauvres débitants qui distillaient un peu de whiskey, avec les
+pauvres femmes qui cachaient un peu de tabac, avec tout ce chétif monde
+qu'une amende aurait ruiné, il savait fermer les yeux, parfois même,
+prévenir d'un mot les coupables. Les anecdotes, à ce sujet, ne manquent
+pas. Un jour, avec un de ses compagnons d'Excise nommé Lewars, il
+entre dans la boutique d'une veuve et fait saisie de tabac de contrebande:
+«Jenny, lui dit-il, je pensais bien que cela finirait ainsi. Venez, Lewars,
+notez le nombre des rouleaux pendant que je les compterai.» Et l'appelant
+par la forme familière et amicale de son prénom: «Dites-moi, Jock, avez-vous
+jamais entendu les vieilles femmes compter leurs fils, avant que les
+bobines à arrêt fussent inventées?» «Tu comptes, comptes pas; tu comptes,
+comptes pas.» Et poursuivant sa plaisanterie, de deux paquets il en
+jetait l'un dans le giron de la pauvre femme, lui sauvant ainsi la moitié
+de sa prise<a id="footnotetag1036" name="footnotetag1036"></a><a href="#footnote1036" title="Lien vers la note 1036"><span class="small">[1036]</span></a>. Le professeur Gillespie, qui enseigna à l'Université de St.-Andrews,
+retrouve dans ses souvenirs de gamin l'histoire suivante, qui
+montre Burns dans une situation analogue et indique, en même temps,
+de quelle curiosité il était l'objet partout où il allait.</p>
+
+<p class="quote">«On peut deviner avec quel intérêt j'entendis dire, un jour de foire à Thornhill,
+que Burns allait visiter le marché! Tout gamin que j'étais, l'intérêt qu'éveillait en moi
+cet homme extraordinaire fut suffisant, ajouté aux attractions ordinaires d'une foire
+de village, pour me faire aller au marché. Burns entra dans la foire, vers midi; et
+hommes, femmes et filles, tous étaient en émoi pour apercevoir le laboureur
+d'Ayrshire. Je le suivis comme un chien, de baraque en baraque et de porte en porte.
+On avait dénoncé une pauvre veuve du nom de Kate Watson, qui s'était risquée à
+donner, à quelques-uns de ses vieux amis de la campagne, un coup d'ale sans licence,
+et un filet de whiskey, à l'occasion de la fête de village. Je le vis entrer à sa porte; et
+je ne m'attendais à rien moins qu'à la saisie immédiate d'une certaine jarre de terre et
+d'un baril qui, à ma connaissance, contenaient les objets de contrebande, à la
+recherche desquels était le barde. Un signe de tête, accompagné d'un geste de l'index,
+fit arriver Kate à l'entrée; j'étais assez près pour entendre distinctement les mots
+suivants: «Kate, êtes-vous folle? Savez-vous que le contrôleur et moi nous allons
+vous arriver dans quarante minutes? au revoir, pour à présent.» Burns fut dans la
+rue, au milieu de la foule, en un moment; et j'appris que son avis n'avait pas été
+négligé. Il avait épargné à une pauvre veuve délaissée une amende de plusieurs
+livres<a id="footnotetag1037" name="footnotetag1037"></a><a href="#footnote1037" title="Lien vers la note 1037"><span class="small">[1037]</span></a>.</p>
+
+<p>Lorsqu'il fallait absolument saisir ces malheureux, il ne les abandonnait
+pas. Devant les juges, il les excusait; il priait la cour de réserver sa
+sévérité pour les coupables endurcis.</p>
+
+<p class="quote">J'ai pris, je l'imagine, une façon assez nouvelle de traiter mes fraudes. Je verbalisais
+contre tous les délinquants, mais, devant la cour, j'implorais moi-même la grâce des
+pauvres gens incapables de payer. Cette apparence d'impartialité m'a donné tant de
+<span class="pagenum"><a id="page420" name="page420"></a>(p. 420)</span> crédit près du Tribunal que, avec de grandes félicitations, ils m'ont si bien accordé
+ample revanche sur le reste que mon droit d'amendes est double de ce à quoi il monte
+dans n'importe quelle division du district<a id="footnotetag1038" name="footnotetag1038"></a><a href="#footnote1038" title="Lien vers la note 1038"><span class="small">[1038]</span></a>.</p>
+
+<p>Il semble donc qu'il ait eu auprès de la cour une influence particulière.
+C'était peu étonnant d'ailleurs. Il est vraisemblable que quelques-uns de
+ces plaidoyers ou de ces réquisitoires d'employé subalterne prenaient,
+quand il parlait, des allures de discours éloquents, forts d'énergie et
+d'émotion. On aurait pu compter sur les doigts les avocats du barreau
+écossais dont la parole n'eût pas été éclipsée et éteinte par la sienne.</p>
+
+<p class="p2">Cependant, quels qu'aient été les mérites moraux de sa décision, il est
+impossible de ne pas regarder l'entrée de Burns dans l'Excise comme un
+malheur. Qu'on laisse de côté les amertumes intimes et ce sentiment de
+vie abaissée, dont les dégâts dans un homme sont incalculables, il venait
+d'entreprendre une besogne à laquelle une santé robuste aurait eu peine
+à résister.</p>
+
+<p>Rien que les fatigues et les tracas de ses fonctions nouvelles suffisaient
+pour occuper les forces d'un homme. C'était, en vérité, un dur métier.
+La division à laquelle il avait été nommé était très considérable; elle
+couvrait dix paroisses fort éloignées les unes des autres, dans ce temps de
+population clairsemée. «La pire circonstance est que la division d'Excise
+qui m'est tombée en lot, est si étendue... pas moins de dix paroisses, à
+travers lesquelles il faut chevaucher; elle abonde, en outre, en tant
+d'affaires, que je puis à peine dérober un instant<a id="footnotetag1039" name="footnotetag1039"></a><a href="#footnote1039" title="Lien vers la note 1039"><span class="small">[1039]</span></a>.» Il fallait les visiter
+chaque semaine, par tous les temps, par tous les chemins. C'était, au bas
+mot, deux cents milles à faire à cheval; «outre les affaires de ma ferme,
+je fais à cheval, pour mes affaires de l'Excise, au moins deux cents milles
+chaque semaine<a id="footnotetag1040" name="footnotetag1040"></a><a href="#footnote1040" title="Lien vers la note 1040"><span class="small">[1040]</span></a>.» Longues courses désolées, dans les pluies si fréquentes
+sur la vallée supérieure de la Nith, dans les pénétrants brouillards écossais,
+dans la neige, à travers les plaines semées de fondrières et de
+tourbières, les bruyères marécageuses et les ruisseaux qu'on passait alors
+à gué, faute de ponts. Il arrivait dans des endroits perdus, ruisselant
+d'eau, percé jusqu'aux moelles. «Maintefois, j'ai vu Burns entrer dans la
+maison de mon père, par une nuit froide et pluvieuse, après une longue
+course à cheval à travers nos tristes moors. En ces occasions-là, quelqu'un
+de la famille prêtait la main pour le débarrasser de son caban et de ses
+bottes, tandis que les autres lui apportaient une paire de pantoufles et
+lui faisaient une tasse de thé chaud<a id="footnotetag1041" name="footnotetag1041"></a><a href="#footnote1041" title="Lien vers la note 1041"><span class="small">[1041]</span></a>.» Mais ces réceptions n'étaient pas
+<span class="pagenum"><a id="page421" name="page421"></a>(p. 421)</span> communes. Il devait le plus souvent se contenter de l'abri d'une auberge
+de village et faire sécher sur son corps ses vêtements mouillés.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Tandis que je suis assis ici, triste et solitaire, près du feu, dans une petite auberge
+de campagne, en train de faire sécher mes vêtements mouillés, entre un pauvre diable
+de soldat qui me dit qu'il s'en va à Ayr. Par les cieux, me dis-je, avec un flux de joie
+que la magie de ce son «la vieille ville d'Ayr» a fait monter en moi, je vais envoyer
+ma dernière chanson à M. Ballantine. La voici:</p>
+
+<p class="poem-ctr">
+Ô rives fleuries du joli Doon,<br>
+Comment pouvez-vous fleurir si joliment?<br>
+Comment pouvez-vous chanter, petits oiseaux,<br>
+Quand je suis si plein de soucis?<a id="footnotetag1042" name="footnotetag1042"></a><a href="#footnote1042" title="Lien vers la note 1042"><span class="small">[1042]</span></a>»</p>
+</div>
+
+<p>Il fallait arriver à toute heure, à l'improviste, mesurer les tonneaux,
+visiter les caves, découvrir les cachettes de tabac, surprendre le moment
+où clandestinement on distillait du whiskey. Il tombait précisément
+dans un des districts et à une époque où la contrebande était le plus
+active. Toute cette contrée de l'ouest était inondée de marchandises
+prohibées, jetées sur la côte par les smugglers, dont le refuge était l'île
+de Man, alors un véritable repaire. D'un autre côté, l'augmentation
+récente des droits sur les liqueurs fermentées avait développé dans de
+grandes proportions la fabrication illicite de la bière et la distillation
+du whiskey<a id="footnotetag1043" name="footnotetag1043"></a><a href="#footnote1043" title="Lien vers la note 1043"><span class="small">[1043]</span></a>.</p>
+
+<p>À cette surveillance s'ajoutaient les cent petites besognes qui en dépendaient:
+les rapports, les procès-verbaux, toute une correspondance. Il
+fallait se rendre, les jours de versement, au bureau à Dumfries. C'étaient
+des journées affairées où il trouvait à peine quelques bribes de repos.
+On en a un aperçu dans une lettre qu'il écrivait au D<sup>r</sup> Moore.</p>
+
+<p class="p2">«En venant dans cette ville ce matin, pour remplir mes fonctions dans ce bureau,
+aujourd'hui étant jour de collecte, j'ai rencontré un gentleman qui me dit qu'il est en
+route pour Londres; je saisis l'occasion de vous écrire. J'aurai quelques lambeaux de
+loisir dans la journée, au milieu de notre horrible affairement et de notre agitation,
+et je tâcherai de les élargir, mais si ma lettre est aussi stupide que..., aussi
+bigarrée qu'un journal, aussi brève que les grâces d'un homme affamé avant le repas,
+ou aussi longue qu'un dossier du procès Douglas, aussi mal épelée que le billet doux
+d'un John campagnard, aussi affreusement écrite que la réponse qu'y fait Betty traie-vache,
+j'espère que, eu égard aux circonstances, vous me pardonnerez<a id="footnotetag1044" name="footnotetag1044"></a><a href="#footnote1044" title="Lien vers la note 1044"><span class="small">[1044]</span></a>.»</p>
+
+<p>À d'autres moments c'était la cour de justice qui, faisant son circuit,
+arrivait. Ces journées-là ne valaient pas mieux. Il fallait se présenter
+devant le tribunal, faire office de ministère public, comme le font encore
+<span class="pagenum"><a id="page422" name="page422"></a>(p. 422)</span> nos officiers des eaux et forêts, exposer les circonstances des cas jugés,
+insister pour ou contre.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«La très bonne lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire m'est arrivée,
+juste comme je me plongeais dans le gouffre d'une Cour pour fraudes d'Excise.
+J'émerge à l'instant du tourbillon et, Dieu le sait, dans une condition peu propre à
+rendre convenablement les mouvements de mon c&oelig;ur quand je m'assieds pour
+écrire à</p>
+
+<p class="poem-ctr">l'ami de ma vie, le vrai protecteur de mes vers<a id="footnotetag1045" name="footnotetag1045"></a><a href="#footnote1045" title="Lien vers la note 1045"><span class="small">[1045]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>Une complicité générale s'étendait sur tout le pays, protégeait les
+délinquants contre les recherches ou les défendait contre les poursuites.
+Les paysans favorisaient les contrebandiers; les propriétaires usaient de
+leur influence en faveur des paysans pris à distiller le whiskey. C'étaient
+alors des tracas, des démarches pour déjouer les recommandations et les
+influences. La lettre suivante donne une idée, non seulement des fatigues,
+mais des difficultés du métier de Burns, et de la façon dont il le comprenait
+et le pratiquait. Elle est adressée à son supérieur, le collecteur
+Mitchell:</p>
+
+<p class="quote">«Monsieur, je ne manquerai pas d'aller voir le capitaine Riddell ce soir. Je désire
+et je prie que la déesse de la justice en personne puisse apparaître parmi nos honorables
+juges, simplement pour leur dire un mot à l'oreille: que la compassion pour le voleur
+est une injustice envers l'honnête homme. Je trouve que chaque délinquant a tant de
+gros personnages pour prendre son parti, que je ne serais pas surpris si demain j'étais
+enfermé dans les donjons de la loi, pour insolence envers les chers amis des
+gentilshommes du pays<a id="footnotetag1046" name="footnotetag1046"></a><a href="#footnote1046" title="Lien vers la note 1046"><span class="small">[1046]</span></a>.»</p>
+
+<p>Oui! Un dur et ingrat métier! Et la besogne était d'autant plus difficile
+que la division avait été pendant longtemps négligée!<a id="footnotetag1047" name="footnotetag1047"></a><a href="#footnote1047" title="Lien vers la note 1047"><span class="small">[1047]</span></a> À ces fatigues, à ces
+tracas plus incompatibles encore avec sa nature, qu'on ajoute ses fatigues
+et ses tracas de fermier, la direction du travail, les ventes, les cassements
+de tête de tout genre. Il est douteux qu'il y eût suffi, même si, après ses
+courses et en dehors de son travail, il avait trouvé le repos d'esprit complet
+et immédiat. Sous cette existence harassante s'agitaient et se heurtaient
+encore ses préoccupations poétiques, l'impatience, la colère, le découragement
+de ne pas avoir de loisirs.</p>
+
+<p>Il était exténué par tout cela. Dès ses débuts dans l'Excise, dès les
+premiers jours, il se plaint d'être épuisé par ce terrible métier. Ses lettres
+deviennent la lamentable litanie d'une irrémédiable lassitude. On sent
+un homme, qui, entassant fatigue sur fatigue, sans que jamais un repos lui
+permette de s'en défaire, va grevant sa force de résistance, et fait chaque
+jour des emprunts d'énergie. C'est l'angoisse, l'indicible, l'incurable
+<span class="pagenum"><a id="page423" name="page423"></a>(p. 423)</span> angoisse de tant de pauvres hommes, employés, ouvriers, qui sentent leur
+réserve d'action décroître, qui traînent, avec des forces diminuées, une
+vie plus pesante, qui sentent expirer en eux l'espoir, la pensée même de
+sortir d'une pareille lassitude, et qui marchent toujours. C'est une des
+plus épouvantables tristesses qui puissent ronger l'âme humaine, une des
+plus injustes, des plus odieuses, des plus criminelles, des plus exécrables
+cruautés de la vie, une des infamies du destin.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Je vous aurais écrit plus tôt, mais je suis tellement bousculé et fatigué par mes
+affaires de l'Excise que je puis à peine rassembler assez de résolution pour faire l'effort
+d'écrire à qui que ce soit<a id="footnotetag1048" name="footnotetag1048"></a><a href="#footnote1048" title="Lien vers la note 1048"><span class="small">[1048]</span></a>.»</p>
+
+<p>«Je suis harassé de fatigue à en mourir. Ces deux on trois derniers mois je n'ai pas
+fait moins de 200 milles à cheval par semaine en moyenne. J'ai fait peu de chose en
+fait de poésie<a id="footnotetag1049" name="footnotetag1049"></a><a href="#footnote1049" title="Lien vers la note 1049"><span class="small">[1049]</span></a>.»</p>
+
+<p>«Non! je ne dirai pas un mot d'apologie ou d'excuse pour ne pas vous avoir écrit.
+Je suis un pauvre diable de jaugeur, misérable et maudit, condamné à galoper au
+moins 200 milles toutes les semaines, à inspecter de sales réservoirs et des barils
+couverts d'écume. Où trouverais-je le temps d'écrire et le moyen d'intéresser qui que
+ce soit<a id="footnotetag1050" name="footnotetag1050"></a><a href="#footnote1050" title="Lien vers la note 1050"><span class="small">[1050]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>Les mêmes allusions reviennent constamment et se continuent.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«C'est à cause de la presse sans trêve de mes occupations que je ne vous ai pas
+écrit, Madame, depuis longtemps....<a id="footnotetag1051" name="footnotetag1051"></a><a href="#footnote1051" title="Lien vers la note 1051"><span class="small">[1051]</span></a>»</p>
+
+<p>«Après une longue journée de labeur, de tourment et de souci je m'assieds pour
+vous écrire<a id="footnotetag1052" name="footnotetag1052"></a><a href="#footnote1052" title="Lien vers la note 1052"><span class="small">[1052]</span></a>.»</p>
+
+<p>«Pardonnez-moi, mon jadis cher et toujours cher ami, mon semblant de négligence.
+Vous ne pouvez pas, assis chez vous, vous imaginer la vie affairée que je mène....
+J'ai déposé ma plume d'oie et battu ma cervelle pour y trouver une comparaison;
+j'ai pensé à une commère de campagne, un jour de baptême; à une promise, le jour de
+marché qui précède son mariage; à un clergyman orthodoxe, le jour de la communion
+de Paisley; à une putain d'Édimbourg, un samedi soir; à un tavernier, le jour d'un dîner
+d'élection, etc., etc., mais la comparaison qui flatte le plus ma fantaisie est celle de ce
+gredin, de ce chenapan de Satan qui, comme nous dit l'Écriture-Sainte, circule ça et là
+comme un lion rugissant, cherchant, guettant qui il dévorera<a id="footnotetag1053" name="footnotetag1053"></a><a href="#footnote1053" title="Lien vers la note 1053"><span class="small">[1053]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>Ce qu'il y avait de plus redoutable pour lui n'étaient pas les fatigues
+et les tracas qu'il rencontrait dans ses fonctions. On sait à quelles prévenances
+et sollicitations sont exposés, surtout dans les campagnes, les
+employés des services publics. Les compagnons d'Excise, avec lesquels
+Burns faisait souvent ses tournées, étaient des hommes qui, pour la
+plupart, avaient la grossière capacité de boisson de l'époque. Quand ils
+arrivaient le soir à l'auberge, fatigués et mouillés, on ne connaissait pas
+<span class="pagenum"><a id="page424" name="page424"></a>(p. 424)</span> de meilleur remède pour chasser le brouillard que les vapeurs d'un grog
+de whiskey. Burns eût sans doute pu résister à cet entraînement du métier,
+s'il avait été un employé ordinaire. Mais, partout où il arrivait, il était
+attendu, accueilli et fêté. On l'arrêtait au passage. «Du château au
+cottage, dit un de ceux qui l'accompagnèrent souvent dans ses excursions,
+chaque porte s'ouvrait à son approche, et le vieux système d'hospitalité à
+outrance, qui prévalait alors, rendait presque impossible à un invité, aussi
+sobrement qu'il fût disposé, de se lever de table dans le même état qu'il
+s'y était assis. Si Burns passait sur une grand'route, le fermier abandonnait
+ses moissonneurs et trottait à côté de Jenny Geddes, jusqu'à ce qu'il
+eût persuadé au poète que le jour était assez chaud pour demander
+quelque rafraîchissement. S'il arrivait dans une auberge à minuit quand
+tout le monde était couché, la nouvelle de son arrivée circulait de la
+cave au grenier et, en moins de dix minutes, l'aubergiste et ses hôtes
+étaient assemblés autour du feu, on apportait le plus large bol et on
+chantait:</p>
+
+<p class="poem-ctr">«Que cette nuit soit à nous, qui sait ce qui vient demain<a id="footnotetag1054" name="footnotetag1054"></a><a href="#footnote1054" title="Lien vers la note 1054"><span class="small">[1054]</span></a>!»</p>
+
+<p>En même temps, de toutes parts, de tous les coins de sa vie, sortaient
+des embarras et des tristesses qui le dévoraient. Ses appréhensions à
+propos de sa ferme étaient devenues une certitude. «J'ai fait mention à
+my lord de mes craintes concernant ma ferme. Ces craintes étaient en
+vérité trop réelles; c'est un marché qui m'aurait ruiné sans cette heureuse
+circonstance que j'ai obtenu un poste dans l'Excise<a id="footnotetag1055" name="footnotetag1055"></a><a href="#footnote1055" title="Lien vers la note 1055"><span class="small">[1055]</span></a>.» Il n'y avait plus à
+douter, plus à espérer. C'était de ce côté-là une partie perdue. Et comment
+aurait-il pu en être autrement? Même quand il se donnait tout entier à
+ses devoirs de fermier, l'entreprise ne prospérait guère. Depuis que son
+emploi nouveau l'emmenait tous les jours loin de chez lui, les choses
+allaient à l'abandon. Qu'est-ce qu'une ferme sans l'&oelig;il du maître, et d'un
+maître vigilant? Jane n'était pas femme à faire marcher la maison, en
+l'absence de son mari. «Sa ferme, dit Currie, fut en grande partie abandonnée
+aux domestiques. On pouvait, à la vérité, le voir pendant le
+printemps conduire la charrue, travail auquel il excellait, ou avec un drap
+blanc, contenant ses semences de blé, passé sur l'épaule, marcher à pas
+longs et mesurés le long de ses sillons ouverts et répandre le grain dans
+la terre. Mais sa ferme avait cessé d'occuper la plus grande partie de ses
+soins ou de ses pensées. Ce n'était plus à Ellisland qu'on pouvait généralement
+le trouver<a id="footnotetag1056" name="footnotetag1056"></a><a href="#footnote1056" title="Lien vers la note 1056"><span class="small">[1056]</span></a>.» Il perdait ainsi d'un côté une grande partie de ce
+qu'il gagnait de l'autre. De cette ferme, d'où ne sortait plus de joie et où
+n'était plus son travail, venaient des tracas et des tourments.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section"><span class="pagenum"><a id="page425" name="page425"></a>(p. 425)</span> III.<br>
+MISÈRE, TRISTESSE, FAUTES.</p>
+
+<p>Naturellement la gêne arrivait. Il y avait quelque temps qu'elle
+rôdait autour de la maison. De sa main décharnée elle ouvrit la porte
+et entra. Hélas! elle ne devait plus ressortir. Déjà au commencement
+de l'année, il disait à un de ses amis, pour s'excuser de lui écrire sur
+du papier grossier: «Quand je serai plus riche, je vous écrirai sur du
+papier à tranches dorées, pour racheter cette feuille-ci. Pour le moment
+chaque guinée doit faire la besogne de cinq chez votre fidèle, pauvre,
+mais honnête ami<a id="footnotetag1057" name="footnotetag1057"></a><a href="#footnote1057" title="Lien vers la note 1057"><span class="small">[1057]</span></a>.» Maintenant les embarras d'argent devenaient plus
+fréquents, plus pressants. Alors commence cette sourde lutte, la lutte quotidienne,
+incessante, odieuse, qui use l'esprit par des préoccupations, des
+exaspérations sans trêve; les discussions avec les besoins, les marchandages
+pied à pied avec chaque dépense, les débats avec les nécessités
+journalières auxquelles il faut faire prendre patience, les emportements
+contre les nécessités brutales qui se montrent au dépourvu, une attention
+énervante à déjouer la fuite sournoise de l'argent, les agacements à
+propos des petites privations, les colères contre les grosses, la maussaderie
+des semaines besoigneuses, l'attente fiévreuse du jour de traitement,
+la contrainte, l'irritabilité d'une parcimonie constante, toutes les difficultés,
+les humeurs, les acrimonies que la pauvreté apporte dans son maigre
+giron. S'il y avait un homme à qui ces tiraillements dussent être intolérables,
+c'était à Burns. Il s'y ronge et s'y dévore.</p>
+
+<p class="quote">Je pourrais vous écrire à propos de fermage, de constructions, de marchés, mais
+mon pauvre esprit perdu est si déchiré, si harassé, si torturé, si excédé, par cette
+tâche des superlativement damnés de faire faire à <span class="italic">une guinée l'ouvrage de trois</span>, que je
+déteste, que j'abhorre le seul mot «d'affaires». Il me donne des attaques de nerfs<a id="footnotetag1058" name="footnotetag1058"></a><a href="#footnote1058" title="Lien vers la note 1058"><span class="small">[1058]</span></a>.</p>
+
+<p>Parfois l'humiliation plus lourde d'une dette le met dans un état
+terrible. Il s'exaspère, il s'emporte et exhale sa fureur en imprécations
+qui s'en prennent à l'ordre social.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Prenez ces trois guinées-ci et mettez-les en face de ce maudit compte que j'ai chez
+vous, et qui, depuis cinq ou six mois, me bâillonne la bouche. Il m'est aussi difficile
+d'écrire un chef-d'&oelig;uvre que d'écrire des excuses à un homme à qui je dois de l'argent.
+Ô la suprême malédiction de forcer trois guinées à faire l'office de cinq! Non! tous les
+travaux d'Hercule, non! les trois siècles de servitude des Hébreux en Égypte, n'étaient
+pas une chose aussi insurmontable, une tâche aussi infernale.</p>
+
+<p>Pauvreté! toi demi-s&oelig;ur de la Mort, toi cousine germaine de l'Enfer! Où trouverai-je
+<span class="pagenum"><a id="page426" name="page426"></a>(p. 426)</span> une énergie d'exécration égale à tes démérites? À cause de toi, le vieillard vénérable,
+quoique dans cette perfide obscurité il ait blanchi dans la pratique de toutes les
+vertus qu'enveloppent les cieux, maintenant chargé d'ans et de misère, implore un peu
+d'aide pour soutenir son existence, auprès d'un fils de Mammon, au c&oelig;ur de pierre,
+dont la prospérité a été un soleil sans nuage; et il ne trouve que refus et anxiété. À cause
+de toi, l'homme sensible, dont le c&oelig;ur est ardent d'indépendance et tendre de sensibilité,
+languit intérieurement d'être négligé, ou se tord, dans l'amertume de son âme, sous le
+mépris de la richesse arrogante et dure. À cause de toi, l'homme de génie, que sa
+mauvaise étoile et son ambition font asseoir à la table des gens distingués et relevés,
+doit voir, dans un silence douloureux, ses observations négligées, sa personne dédaignée,
+tandis que la grandeur imbécile, dans ses essais idiots pour faire de l'esprit,
+trouve la faveur et l'applaudissement<a id="footnotetag1059" name="footnotetag1059"></a><a href="#footnote1059" title="Lien vers la note 1059"><span class="small">[1059]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Avec cette défiance et presque cette pusillanimité que la pauvreté finit
+par jeter dans les âmes les plus robustes, la vie lui semblait perfide et
+dangereuse. Jugeant d'après lui-même, il songeait tristement à ce que
+serait la vie de ses enfants et cette pensée accroissait encore sa détresse.</p>
+
+<p class="quote">Quel chaos d'agitation, de changements et de hasards est ce monde-ci, quand on y
+réfléchit de sang-froid. Pour un père, qui connaît lui-même le monde, la pensée qu'il
+aura des fils à y laisser doit le remplir de terreur; mais s'il a des filles, cette perspective,
+dans ces moments pensifs, est capable de le frapper d'épouvante<a id="footnotetag1060" name="footnotetag1060"></a><a href="#footnote1060" title="Lien vers la note 1060"><span class="small">[1060]</span></a>.</p>
+
+<p>Ainsi il voyait tout sombre autour de lui et devant lui.</p>
+
+<p class="p2">Les fatigues excessives qu'il subissait ne tardèrent pas à disloquer sa
+santé. Il semble qu'il ait été pris d'un grand épuisement, d'un abattement,
+où son système nerveux, trop surmené, se vengeait et le torturait. Dès le
+milieu de décembre 1789, il écrivait à M<sup>rs</sup> Dunlop une lettre pleine de ses
+souffrances.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Je pousse des gémissements dans les souffrances d'un système nerveux délabré...;
+depuis près de trois semaines, je suis si malade d'une migraine nerveuse, que j'ai été
+obligé de renoncer à mes livres de l'Excise, étant à peine capable de soulever la tête,
+encore moins de parcourir à cheval, une fois par semaine, dix paroisses perdues dans
+des moors. Qu'est-ce donc que l'homme? Aujourd'hui, dans une santé luxuriante,
+s'enivrant de la jouissance de la vie; dans quelques jours, peut-être dans quelques
+heures, accablé sous le pénible sentiment d'exister, comptant les pas lents des moments
+pesants par des répercussions d'angoisse, sans vouloir accepter ou sans pouvoir obtenir
+quelqu'un qui le console. Le jour succède à la nuit, et la nuit au jour, lui ramenant,
+comme une malédiction, cette vie qui ne lui donne aucun plaisir; et cependant le terme
+terrible et sombre de cette vie est quelque chose devant quoi il recule.</p>
+
+<p class="poem30">
+<span class="add10em">Dites-nous, ô morts!</span><br>
+Est-ce qu'aucun de vous, par pitié, ne révélera le secret<br>
+<span class="add1em">De ce que vous êtes, de ce que nous serons bientôt?</span><br>
+<span class="add8em">Il n'importe!&mdash;un temps court</span><br>
+<span class="add2em">Nous fera aussi savants que vous et aussi muets<a id="footnotetag1061" name="footnotetag1061"></a><a href="#footnote1061" title="Lien vers la note 1061"><span class="small">[1061]</span></a>.</span></p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page427" name="page427"></a>(p. 427)</span> Et un peu plus loin dans la même lettre:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Je suis assez enclin à penser comme ceux qui soutiennent que ce qu'on appelle des
+affections nerveuses sont en réalité des maladies de l'esprit. Je suis incapable de raisonner,
+incapable de penser et, sauf à vous, je n'oserais rien écrire qui dépasse une
+commande à un savetier. Vous avez trop éprouvé des maux de la vie pour ne pas avoir
+de sympathie avec un misérable malade, qui est privé de plus de la moitié des facultés
+qu'il possédait. Votre bonté excusera ce griffonnage incohérent, que l'écrivain ose à
+peine relire et qu'il jetterait dans le feu, s'il était capable d'écrire quelque chose de
+mieux, ou même d'écrire quoi que ce soit.</p>
+
+<p>Si vous avez une minute de loisir, prenez votre plume, par pitié pour <span class="italic">le pauvre
+misérable</span><a id="footnotetag1062" name="footnotetag1062"></a><a href="#footnote1062" title="Lien vers la note 1062"><span class="small">[1062]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>À une autre correspondante, lady Glencairn, il écrivait, vers la même
+époque, ces lignes si tristes:</p>
+
+<p class="quote">«L'honneur que vous avez fait à votre pauvre poète en lui écrivant une lettre si
+obligeante, et le plaisir que les beaux vers qu'elle renfermait lui ont causé, sont venus
+bien à propos à son aide, dans le triste assombrissement et le découragement profond
+de nerfs malades et d'un temps de Décembre<a id="footnotetag1063" name="footnotetag1063"></a><a href="#footnote1063" title="Lien vers la note 1063"><span class="small">[1063]</span></a>.»</p>
+
+<p>Cet hiver de 1789-90 fut véritablement lugubre. Ces jours étreints par
+les ténèbres, ces jours où une pâle lumière souffrante ne sert qu'à marquer
+les progrès des ombres, étaient l'emblème de sa vie intérieure. Il y avait en
+lui quelque chose qui répondait aux désolations, aux lamentations des
+vents. La neige qui couvrait la campagne ne tombait pas en flocons plus
+mornes que les lourds désespoirs qui étouffaient son âme. Les premiers
+jours de Janvier 1790, au moment où l'année nouvelle apporte aux plus découragés
+un instant d'espérance, il écrivait à Gilbert ces aveux navrants:</p>
+
+<p class="quote">«Cher frère, je veux profiter de l'affranchissement du port, bien que, dans mon
+présent état d'esprit, je n'aie pas grand goût pour faire l'effort d'écrire. Mes nerfs sont
+dans un état maudit; je sens cette horrible hypocondrie prendre chaque atome de mon
+corps et de mon âme. Cette ferme a détruit tout plaisir en moi. C'est, à tous les points
+de vue, une affaire ruineuse. Mais qu'elle aille à l'enfer! Je tiendrai bon et je lutterai
+jusqu'au bout<a id="footnotetag1064" name="footnotetag1064"></a><a href="#footnote1064" title="Lien vers la note 1064"><span class="small">[1064]</span></a>.»</p>
+
+<p>Et après avoir essayé d'écrire quelques lignes de nouvelles banales,
+il interrompt brusquement sa lettre et jette sa plume avec un geste de
+découragement.</p>
+
+<p class="quote">Je n'en puis plus.... Si seulement j'étais délivré de cette ferme maudite, je respirerais
+plus à l'aise<a href="#footnote1064" title="Lien vers la note 1064"><span class="small">[1064]</span></a>.</p>
+
+<p>Un an, juste un an, et déjà si loin! si loin de cette journée confiante
+par laquelle s'était ouverte l'année! si loin de cette belle lettre radieuse et
+<span class="pagenum"><a id="page428" name="page428"></a>(p. 428)</span> bonne qui l'avait comme illuminée! Quelle descente rapide! Dans quel
+lieu sombre, humide et douloureux sommes-nous donc? Les rayons
+nous ont-ils si vite abandonnés?</p>
+
+<p class="p2">Cette tristesse opérait en lui un désastreux travail. Tout se désorganisait
+de ce qui tient une âme ensemble: l'espérance, l'ambition, les motifs
+d'efforts. De l'espérance, il n'en était plus guère question. Mais l'ambition
+est encore un des ressorts de la vie à sa maturité, dans les âmes
+où le dévouement ne réside pas. Lorsque l'allégresse et la spontanéité de
+la jeunesse ont cessé et que la vie est pour ainsi dire étale, une ambition
+haute est une lumière qui conduit l'homme jusqu'au terme. Burns pouvait
+en avoir une. Elle eût été une force. Il semblait en avoir le dégoût.</p>
+
+<p class="quote">Je crois qu'une grande source de cette erreur de conduite est due à un certain aiguillon
+que nous portons en nous, appelé l'ambition, qui nous pique et nous fait gravir la colline
+de la vie, non pas comme nous gravissons d'autres éminences, pour la louable curiosité
+d'apercevoir un paysage plus étendu, mais plutôt pour l'orgueil malhonnête de
+regarder en bas vers nos semblables et de les apercevoir diminués, dans une situation
+plus humble<a id="footnotetag1065" name="footnotetag1065"></a><a href="#footnote1065" title="Lien vers la note 1065"><span class="small">[1065]</span></a>.»</p>
+
+<p>La vie tout entière lui paraissait mal faite, mal combinée. C'est une
+idée qui revient, dès lors, à mainte reprise, que ceux qui sont trop sensibles,
+trop honnêtes ou doués d'une intelligence trop fine sont mal
+pourvus pour être aux prises avec elle. Cela ne sert à rien qu'à être pour
+eux une cause d'infériorité et de souffrance.</p>
+
+<p class="quote">Ne pensez-vous pas, Madame, que, chez les quelques-uns qui ont été favorisés du
+ciel dans la structure de leur esprit, (car il y en a certainement), il peut y avoir une
+pureté, une tendresse, une dignité, une élégance d'âme, qui ne sont d'aucune utilité,
+bien plus! qui rendent un homme incapable de cette affaire véritablement importante
+de faire son chemin dans la vie?<a id="footnotetag1066" name="footnotetag1066"></a><a href="#footnote1066" title="Lien vers la note 1066"><span class="small">[1066]</span></a></p>
+
+<p>Il dit encore avec plus de force:</p>
+
+<p class="quote">Cependant il faut reconnaître que, si vous enlevez à l'homme l'idée d'une existence
+au-delà du tombeau, alors la véritable mesure de la conduite humaine est: le <span class="italic">convenable</span>
+et le <span class="italic">malséant</span>. La vertu et le vice, en tant que dispositions du c&oelig;ur, ont, en
+ce cas, à peine la même conséquence et la même valeur pour le monde en général,
+que l'harmonie et la dissonance dans les modifications du son. Un sens délicat de
+l'honneur, comme une oreille délicate pour la musique, peuvent quelquefois procurer
+à qui les possède des délices inconnues aux organes plus grossiers de la multitude.
+Cependant si on considère les âpres grincements et les inharmoniques discordances
+de celte existence mal accordée, il y a beaucoup à parier que cet individu serait aussi
+heureux et qu'il serait assurément aussi respecté par les vrais juges de la société telle
+qu'elle serait alors, sans une oreille juste ou un bon c&oelig;ur<a href="#footnote1066" title="Lien vers la note 1066"><span class="small">[1066]</span></a>.»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page429" name="page429"></a>(p. 429)</span> Il en était donc à ce degré de découragement de ne plus considérer sa
+supériorité comme un moyen de lutte, mais comme une cause de souffrance.
+C'est une défaite douloureuse lorsqu'on fait ainsi de ses propres
+qualités, non des instruments d'effort, mais des armes qu'on retourne
+contre soi et dont on se blesse. Quel abandon n'est-ce pas quand on sait
+mauvais gré au destin des avantages qu'il nous a départis? C'est s'avouer
+vaincu, passer de l'état d'entreprise à celui de résignation. On sent, par
+le même fait, qu'il perd peu à peu la position vraie et si virile qu'il avait
+prise, d'affirmer qu'un homme est ce qu'il vaut en dedans, que faire son
+chemin dans la vie est peu de chose, à condition qu'on progresse en soi.
+C'est presque le contre-pied des conseils de la <span class="italic">Vision</span>.</p>
+
+<p>Il en arrivait à se demander, lui qui avait jusque-là conduit ses passions
+comme une charge furibonde à travers tout, s'il ne fallait pas
+traiter la vie empiriquement, y appliquer une méthode pratique et, par
+un tour de main habile, en tirer ce qu'elle peut offrir de bon.</p>
+
+<p class="quote">Quels étranges êtres nous sommes! Puisque nous avons une portion d'existence
+consciente, également capable de goûter le plaisir, le bonheur et l'enthousiasme, ou de
+souffrir la douleur, le chagrin et la misère, il vaut sûrement la peine de rechercher
+s'il n'y a pas quelque chose comme une science de la vie, s'il n'y a pas une méthode,
+une économie et une fertilité d'expédients applicables à la jouissance, ou s'il n'y a pas
+un manque de dextérité dans le plaisir, qui diminue encore notre petit lot de bonheur,
+et un excès, une ivresse de félicité qui mènent à la satiété, au dégoût et à la haine de
+soi-même<a id="footnotetag1067" name="footnotetag1067"></a><a href="#footnote1067" title="Lien vers la note 1067"><span class="small">[1067]</span></a>.</p>
+
+<p>Il y a, dans ces quelques lignes, des mots bien forts. Nous ne pensons
+pas qu'on ait jamais caractérisé par des termes plus décisifs cette manipulation
+adroite de la vie. La sagesse des philosophes pratiques, des plus
+fins connaisseurs, des amateurs les plus délicats, les plus raffinés et les
+plus sceptiques de l'existence, n'a pas trouvé de formule plus heureuse.
+Ne croirait-on pas entendre Montaigne quand il expose qu'il n'est
+«science si ardue que de bien savoir vivre cette vie»; qu'il faut puiser
+à la volupté «par soif, mais non jusqu'à l'ivresse»; que «la mesure de
+la jouissance dépend du plus ou moins d'application que nous y mettons»;
+qu'il y a «mesurage à jouir» la vie et «si la faut-il étudier, savourer et
+ruminer<a id="footnotetag1068" name="footnotetag1068"></a><a href="#footnote1068" title="Lien vers la note 1068"><span class="small">[1068]</span></a>»? Ce sont presque les mêmes expressions. Mais cette mesure et
+les calculs, naturels en un modéré comme Montaigne, sont nouveaux
+chez un fougueux comme Burns. Ils indiquent un abaissement de vitalité
+qui fait regarder du côté de la sagesse. Et c'était encore une autre façon
+de revenir à cette idée qui s'établissait en lui, que la vie est indépendante
+de nous, en dehors de notre création intérieure, que c'est quelque chose
+avec quoi il faut compter, dont il faut être bon ménager, à quoi il faut,
+en quelque manière, se soumettre.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page430" name="page430"></a>(p. 430)</span> Tous ces traits, sur lesquels on n'a peut-être pas jeté assez de lumière,
+sont importants. Ils marquent la lente désorganisation d'une âme, la
+fatigue, l'abaissement, qui prennent peu à peu possession, non pas d'elle
+tout entière, mais de certaines parties précieuses, un découragement par
+lequel s'expliquent bien des abandons, des insouciances et des fautes, le
+laisser-aller d'un homme qui n'a plus rien à perdre et se livre à la
+dérive. Ils marquent encore ce changement important dans les relations
+d'une âme avec l'existence, l'instant où cette figure fragile «du monde
+qui passe», souple et malléable tant que notre force idéale a été intense,
+durcit son écorce et agit plus sur nous, à mesure que la flamme intérieure
+qui la pénétrait se ralentit et se perd en nous-mêmes.</p>
+
+<p>Par instants, il regimbait contre cette pression des choses. Il se
+redressait; il rejetait ces pensées de sagesse; il voulait rester ce qu'il
+avait été, l'être généreux et imprudent. Il lui semblait qu'il aurait perdu
+quelque chose à cesser de l'être; et il avait raison.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>J'ai perdu toute patience avec ce vil monde, à cause d'une chose. Les hommes sont
+par nature des créatures bienveillantes, sauf quelques exemples secondaires. Je ne
+pense pas que notre avarice des biens que nous nous trouvons posséder soit née avec
+nous; mais nous sommes placés ici au milieu de tant de nudité et de faim, de pauvreté
+et de besoin, que nous sommes réduits à la maudite nécessité d'étudier l'égoïsme afin
+de pouvoir <span class="italic">exister</span>.</p>
+
+<p>Cependant, il y a dans tout siècle, quelques âmes que tous les besoins et les maux
+de la vie ne peuvent abaisser jusqu'à l'égoïsme, auxquelles ils ne peuvent même
+donner l'alliage nécessaire de précaution et de prudence. Si jamais je suis en danger
+de vanité, c'est lorsque je me regarde du côté de cette disposition de caractère<a id="footnotetag1069" name="footnotetag1069"></a><a href="#footnote1069" title="Lien vers la note 1069"><span class="small">[1069]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Mais c'étaient là des révoltes qui révélaient le poids contre lequel
+elles se redressaient. Il ne tirait plus ni confiance, ni joie de ces qualités
+qu'il se promettait de conserver. Il les gardait par respect pour l'homme
+qu'il avait été jusqu'ici et qu'il ne consentait pas à cesser d'être.</p>
+
+<p>Dans cet accablement dont nous abat la maladie, souvent naît un profond
+besoin de soutien et de tendresse. La dépendance où l'on est des autres
+amortit la personnalité et mate cet égoïsme, ce quelque chose d'absolu, qui
+fréquemment tient à la vigueur de la nature. Parfois même, tout l'être se
+complaît à une sorte de soumission; les caractères autoritaires y trouvent
+un baume, un délassement. Dans cette rémission de l'individualité, les
+aspérités s'effacent; les petites obstinations d'amour-propre, les susceptibilités,
+les rancunes, toute la mauvaise poussière dont la vie ternit l'âme,
+tombent. Les anciennes affections reparaissent. Souvent c'est l'instant des
+pardons et des réconciliations. Le c&oelig;ur, travaillé de supplications silencieuses,
+se tourne vers ceux qui nous ont aimés et, de préférence, vers ceux
+qui nous ont aimés dans notre force: un peu de leur affection semble
+<span class="pagenum"><a id="page431" name="page431"></a>(p. 431)</span> nous rendre un peu de notre ancien nous-même; ce que nous étions
+continue à vivre en eux. C'est ainsi que les malades prennent douceur à
+contempler, par les fenêtres, les paysages lointains qu'ils ont parcourus.
+Il faut songer à ces altérations intérieures pour comprendre une
+lettre de Burns à Clarinda écrite à cette époque. Si on la compare à celle
+qu'il lui écrivait sur le même sujet, juste un an auparavant, on est étonné
+du changement de ton. Ce n'est plus la défense cassante, impatiente et
+irritée, la justification presque impérieuse de sa conduite. Celle-ci est
+douce, soumise, presque humble et contrite. Il y confesse qu'il a eu tort;
+il laisse entendre qu'il s'en repent, et ces aveux, qui tiennent du remords
+et du regret, ont quelque chose qui demande le pardon. Cette lettre fut
+en effet un pas vers la réconciliation des deux amants.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>J'ai été en réalité malade, Madame, pendant tout l'hiver. Un mal de tête incessant,
+un abattement, toutes les conséquences véritablement misérables d'un système
+nerveux détraqué, ont fait un terrible carnage de ma santé et de ma paix. Ajoutez à
+tout cela qu'une carrière nouvelle, dans laquelle je suis récemment entré, m'oblige
+à faire à cheval, en moyenne, deux cents milles par semaine. Cependant, grâce au
+ciel, je suis maintenant en meilleure santé.</p>
+
+<p>Il m'était impossible de répondre à votre avant-dernière lettre. Quand vous dites à
+un homme que vous considérez ses lettres avec un sourire de mépris, dans quel
+langage, Madame, peut-il vous répondre? Quand bien même j'aurais conscience d'avoir
+eu tort&mdash;et j'ai conscience d'avoir eu tort&mdash;cependant je ne pouvais accepter d'être
+amené au repentir par des insultes.</p>
+
+<p>Je ne puis pas, je ne veux pas plaider les circonstances atténuantes; je pourrais
+vous montrer comment ma conduite imprudente, fougueuse, irréfléchie, s'est jointe
+à une conjoncture d'événements malheureux, pour me jeter hors de la possibilité de
+garder le sentier de la rectitude, pour m'affliger d'une guerre irréconciliable entre
+mon devoir et mes souhaits les plus chers, et pour me condamner à n'avoir de choix
+qu'entre différentes espèces d'erreur et de culpabilité.</p>
+
+<p>Je n'ose pas m'abandonner plus longtemps à ce sujet<a id="footnotetag1070" name="footnotetag1070"></a><a href="#footnote1070" title="Lien vers la note 1070"><span class="small">[1070]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>N'est-il pas clair que l'âme orgueilleuse de Burns devait être bien
+abattue pour être devenue si soumise? Son amour-propre, si fou à
+s'enflammer, était presque mort en lui. Qui n'a pas vu des hommes
+indomptables, réduits par la faiblesse, s'attendrir et devenir doucement
+implorants, ne sentira pas combien cette lettre est touchante et que de
+tristesse elle révèle. Chose singulière, il joignait à cette lettre la pièce
+qu'il avait composée sur Mary Campbell. Il n'est pas jusqu'à ce souvenir
+de Mary qui ne raconte aussi ces retours vers le passé d'une âme qui a
+pris le présent en dégoût.</p>
+
+<p class="p2">Au commencement de l'année 1791, apparaît dans ses lettres une
+poussée d'amertume plus âpre que jamais. Tantôt ce sont des traces de
+dissatisfaction contre lui-même.</p>
+
+<p class="quote"><span class="pagenum"><a id="page432" name="page432"></a>(p. 432)</span> «J'ai une telle armée de peccadilles, de fautes, de folies, de chutes, (tout autre
+que moi pourrait peut-être leur donner un nom plus dur) qu'afin de rétablir un peu
+la balance, si peu que ce soit, je suis disposé à faire à l'égard d'un semblable le peu
+de bien qui est en mon faible pouvoir, dans le but égoïste d'éclaircir un peu la perspective
+quand je jette mes regards en arrière<a id="footnotetag1071" name="footnotetag1071"></a><a href="#footnote1071" title="Lien vers la note 1071"><span class="small">[1071]</span></a>.»</p>
+
+<p>Tantôt ce sont, contre la société et ses jugements injustes, des emportements
+qui tiennent de la frénésie; s'attaquant à la Pauvreté, il éclate
+tout à coup:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Et ce n'est pas seulement la race des Vertueux qui a motif de se plaindre de toi: les
+enfants de la Folie et du Vice, bien qu'ils soient comme toi les fils du Mal, gémissent
+aussi sous ta baguette. À cause de toi, l'homme de dispositions malheureuses et d'une
+éducation négligée est condamné, jugé comme un sot pour ses dissipations, méprisé
+et repoussé comme un misérable indigent, quand ses folies, comme d'habitude,
+l'ont conduit à la ruine; et quand, perdant tout principe, ses besoins le poussent
+à des pratiques déshonnêtes, il est abhorré comme un manant et périt par la justice
+de son pays.</p>
+
+<p>Tout différent est le sort de l'homme de famille et de fortune. <span class="italic">Pour lui</span>, ses jeunes
+extravagances et ses folies sont de la flamme et du tempérament; <span class="italic">pour lui</span>, les besoins
+qui en résultent sont les embarras d'un brave garçon; et quand, pour raccommoder
+ses affaires, il part avec une commission légale qui lui permet de piller des provinces
+lointaines et de massacrer des nations paisibles, quand il revient chargé des dépouilles
+de la rapine et du meurtre, il vit méchant et respecté; il meurt, scélérat et lord.
+Bien plus! chose pire que toutes! malheur à la femme sans ressources! la pauvre
+malheureuse, qui grelotte au coin d'une rue, attendant pour gagner les gages de la
+prostitution passagère, est écrasée par les roues de la voiture qui emporte à un
+rendez-vous adultère la catin à blason, celle qui sans pouvoir invoquer les mêmes
+nécessités, se livre toutes les nuits au même commerce coupable!!!</p>
+
+<p>Allons! les curés peuvent en dire ce qu'ils veulent, mais je soutiens qu'une bonne
+bouffée d'exécration est à l'esprit ce que l'ouverture d'une veine est au corps: dans
+l'un et l'autre les écluses trop chargées sont merveilleusement soulagées par leurs
+évacuations respectives. Je me sens bien plus à l'aise que lorsque j'ai commencé ma
+lettre et je puis maintenant me mettre au travail<a id="footnotetag1072" name="footnotetag1072"></a><a href="#footnote1072" title="Lien vers la note 1072"><span class="small">[1072]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Quelle acrimonie s'amassait donc en son c&oelig;ur pour qu'il fallût de
+pareilles débâcles avant qu'il se sentit soulagé? De quelle plaie secrète
+venait ce fiel? Ce n'était pas là le ton ordinaire d'une critique de la société,
+c'était un cri de souffrance et presque de haine.</p>
+
+<p>C'est qu'un drame, plus terrible, plus accablant que tous les autres, se
+prépare lentement. C'est un drame qui va saccager son existence et celles
+qui l'entourent. L'instant où il doit éclater peut être prévu; chaque jour
+le rapproche. Hélas! les germes de destruction, cachés aux débuts de son
+mariage, ont fait leur &oelig;uvre. L'entente profonde et bienfaisante, l'accord
+tutélaire qui protège des faiblesses ne s'est pas établi. L'âme de l'existence
+<span class="pagenum"><a id="page433" name="page433"></a>(p. 433)</span> commune s'en est allée. Cette union, à laquelle ne restait plus que la
+routine des intérêts quotidiens et du commerce subalterne des corps, est
+désagrégée. Cette maintenance dans le devoir par le bonheur manquant,
+tout du même coup manquait à Burns. Les bonnes résolutions avaient
+disparu comme des bornes enlevées par des malfaiteurs nocturnes. Un
+jour il s'était trouvé sans défense et prêt pour la faute. Quand nous en
+sommes là, nous ne durons pas longtemps. Il passe constamment autour
+de nous mille fautes comme mille maladies inaperçues. C'est notre santé
+qui les écarte. Dès que nous sommes délabrés, la première qui se présente
+nous prend. Cela arriva à Burns.</p>
+
+<p>Cette vie, qui l'éloignait de chez lui, offrait des occasions de dissipations.
+Son «repaire» favori, lorsqu'il allait à Dumfries, était une petite
+auberge qu'on appelait le <span class="italic">Globe</span>. Une nièce de l'aubergiste, nommée
+Anna Park, y servait les clients. Il ne tarda pas à avoir des relations avec
+elle. Il ne semble pas qu'elle eût rien de remarquable, ni qu'elle fût
+au-dessus d'une servante ordinaire. «Elle était considérée comme jolie
+par les clients de l'auberge, dit Allan Cunningham, quand le vin les rendait
+tolérants en matière de goût; et, comme on peut le supposer d'après la
+chanson, elle avait d'autres jolies façons de se rendre agréable aux clients
+qu'en leur servant du vin<a id="footnotetag1073" name="footnotetag1073"></a><a href="#footnote1073" title="Lien vers la note 1073"><span class="small">[1073]</span></a>.» Mais la faculté de découvrir chez les femmes
+des charmes invisibles aux autres, qui à Lochlea déjà étonnait le froid
+Gilbert, n'avait pas vieilli en Burns. Et puis, car il faut aller jusqu'au
+bout et ne rien dissimuler, il menait un genre de vie dans laquelle on
+finit par prendre goût aux aventures d'auberge. Il descendait dans la
+nature et le choix de ses passions. La délicate idéalisation, qui n'exclut
+rien mais qui embellit tout et rend un amour complet, s'épaississait et
+s'affaissait jusqu'à toucher l'élément inférieur et grossier. Ce dernier était
+ici presque seul au jeu; il ne restait plus dans le fond du verre que le
+fond de l'ivresse. Burns allait la même voie que Musset.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Hier j'ai bu une pinte de vin,<br>
+Là où personne ne m'a vu;<br>
+Hier, ici, sur ma poitrine, reposaient<br>
+Les boucles d'or d'Anna.</p>
+
+<p>Le juif affamé dans le désert<br>
+Goûtant avec joie sa manne,<br>
+Ce n'était rien près du miel de bonheur<br>
+Que je goûtais sur les lèvres d'Anna.</p>
+
+<p>Vous autres, monarques, prenez l'Est et l'Ouest,<br>
+De l'Indus à la Savane,<br>
+Donnez-moi, dans mon étreinte serrée,<br>
+Le beau corps souple d'Anna.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page434" name="page434"></a>(p. 434)</span> Alors je mépriserai tes charmes impérieux,<br>
+Impératrice ou sultane,<br>
+Près des extases mourantes que dans ses bras<br>
+Je donne et je reçois, avec Anna.</p>
+
+<p>Va-t-en, toi éclatant Dieu du jour,<br>
+Va-t-en, toi pâle Diane,<br>
+Vous toutes étoiles, allez cacher vos rais scintillants,<br>
+Quand je dois retrouver mon Anna!</p>
+
+<p>Viens, dans ton plumage de corbeau, ô nuit,<br>
+(Soleil, Lune, Étoiles, retirez-vous tous)<br>
+Et apporte-moi une plume d'ange pour écrire<br>
+Mes transports avec Anna.</p>
+
+<p class="p2">Post-scriptum.</p>
+
+<p>L'Église et l'État peuvent s'unir pour dire<br>
+Que je ne dois pas faire ces choses-là;<br>
+L'Église et l'État peuvent aller au diable,<br>
+Et moi, j'irai à mon Anna.</p>
+
+<p>Elle est la lumière de mon &oelig;il,<br>
+Vivre sans elle, je ne le puis;<br>
+N'aurais-je sur terre que trois souhaits,<br>
+Le premier serait mon Anna<a id="footnotetag1074" name="footnotetag1074"></a><a href="#footnote1074" title="Lien vers la note 1074"><span class="small">[1074]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Qui ne sent, dans ces dernières strophes, le défi, la bravade agressive de
+l'homme qui essaie de prendre les devants et de bafouer ce qu'il redoute:
+le blâme qui se prépare contre lui? Et tout le reste de la pièce, avec son
+âcre et brutale luxure, sans un mot qui ne relève des sens, n'est-il pas
+un témoignage de cette dégradation d'amour qui s'était faite en lui? Plus
+encore! on y sent ce besoin vengeur de s'enfermer dans sa faute et d'y
+chercher les voluptés qui engourdissent le malaise qu'elle fait naître. Il
+en était à ce point où l'on s'enivre pour abolir le dégoût de l'ivresse, et où
+on cherche à étouffer, par l'assouvissement d'un vice, l'angoisse de ce vice
+même. Redoutable empirance où le soulagement d'un instant se transforme
+en souffrance, qui exige à son tour pour être pansée une blessure plus
+profonde, jusqu'à ce que le mal ronge et pénètre au fond de l'être. Que
+de poètes ont ainsi souffert!</p>
+
+<p>Faut-il se demander comment il en était venu là? Par quel besoin
+intellectuel de roman s'était-il laissé attirer? Par quelle surprise de désir,
+peut-être par quelle poussée de sang échauffé par la boisson&mdash;car il
+faut descendre à tout&mdash;y avait-il été brutalement jeté? Par quelle suite
+de prétextes, par quels degrés de dialectique pernicieuse et perverse
+avait-il accoutumé son esprit à cette pensée? Quelle habitude invétérée
+de jouer avec un c&oelig;ur de femme, fût-il d'argile grossière? Quel don de
+<span class="pagenum"><a id="page435" name="page435"></a>(p. 435)</span> poésie capable de suspendre des rêveries à une aventure banale et qui
+explique la vulgarité de tant de délicates amours de poètes? Quelle
+lassitude de joug et de régularité? Quel besoin d'oublier les laideurs
+de la vie qu'il menait? Quel égarement irrésistible, quelle lente
+approche, quel consentement libre l'y avaient conduit? Peut-être y
+avait-il un peu de tout cela dans la minute irréparable qui livrait sa
+vie au désordre.</p>
+
+<p>Il est probable qu'il eut avec lui des débats, qu'il se plaida des circonstances
+atténuantes. On a de lui une lettre bien curieuse, qui, d'après un
+rapprochement facile de dates, doit coïncider avec les débuts de cette
+aventure: elle est du mois d'août 1790. Il est impossible de ne pas
+remarquer avec quel sophisme subtil il confond les désavantages de la
+poésie avec ceux des faiblesses, et avec quelle adresse il les fait sortir
+tous du tempérament poétique.</p>
+
+<p class="quote">Il n'y a pas, parmi tous les martyrologes qui furent jamais écrits, une histoire aussi
+lamentable que les vies des poètes. Lorsqu'on compare entre eux les misérables, le
+criterium n'est pas ce qu'ils sont condamnés à souffrir, mais comme ils sont formés
+pour supporter. Prenez un être de notre espèce; donnez-lui une imagination plus
+forte et une sensibilité plus délicate qui, à elles deux, engendreront une lignée plus
+ingouvernable de passions que celles qui sont d'ordinaire le lot de l'homme; implantez
+en lui une impulsion irrésistible vers de vaines fantaisies, telles que d'arranger les
+fleurs sauvages en bizarres bouquets, découvrir la cachette du grillon, au moyen de
+sa chanson bruissante, guetter les jeux des petits vairons dans l'étang ensoleillé, ou
+poursuivre les intrigues des capricieux papillons; en un mot, envoyez-le à la dérive
+après quelque poursuite qui le détournera éternellement des voies du gain;&mdash;et
+cependant donnez-lui, comme malédiction, un goût plus vif qu'à tout autre homme
+pour les plaisirs que le gain peut acheter; enfin remplissez la mesure de ses maux en
+lui inspirant un sentiment hautain de sa propre dignité; vous aurez ainsi créé un être
+presque aussi misérable qu'un poète. Ce n'est pas à vous, Madame, que j'ai besoin
+d'énumérer les plaisirs féeriques que la muse accorde pour contrebalancer ce catalogue
+d'infortunes. La séduisante poésie est comme la séduisante femme; elle a été de tous
+temps accusée d'égarer les hommes loin des avis des sages et des sentiers de la
+prudence, de les entraîner dans les difficultés, de les tourmenter par la pauvreté, de
+les marquer d'infamie, de les plonger dans le tourbillon dévorant de la ruine. Cependant
+où est l'homme qui n'est pas obligé d'avouer que tout notre bonheur sur la terre
+ne mérite pas ce nom,&mdash;que même la perspective solitaire d'une félicité paradisiaque
+qui hante le saint hermite n'est que la lueur d'un soleil septentrional se levant sur
+des régions glacées, en comparaison des nombreux plaisirs, des extases indicibles
+que nous devons à l'aimable Reine du c&oelig;ur de l'Homme<a id="footnotetag1075" name="footnotetag1075"></a><a href="#footnote1075" title="Lien vers la note 1075"><span class="small">[1075]</span></a>.</p>
+
+<p>Ces lourdes voluptés furent secouées par un cruel réveil. Quel
+déchaînement de remords et de terreurs hurla tout à coup en lui le jour
+où il apprit qu'Anna Park était enceinte! Il le connaissait ce drame-là.
+Cette fois il le voyait plus redoutable encore. Les parents d'Anna
+n'étaient peut-être pas très difficiles à apaiser, car Burns continua à
+<span class="pagenum"><a id="page436" name="page436"></a>(p. 436)</span> fréquenter l'auberge et à y être bien reçu. Le barde y amenait des amis,
+et quand il était là, la dépense roulait. Mais si la chose était divulguée!
+Il était marié; il était fonctionnaire. Quel scandale! C'était la ruine! Il
+fallait à tout prix que l'accouchement fût secret, si l'on voulait éviter la
+censure ecclésiastique. Anna Park partit pour Édimbourg, où elle fut reçue
+chez une s&oelig;ur mariée<a id="footnotetag1076" name="footnotetag1076"></a><a href="#footnote1076" title="Lien vers la note 1076"><span class="small">[1076]</span></a>. Le 31 mars 1791, elle y accoucha d'une fille.
+Comment élever l'enfant, soutenir la mère, détourner l'argent des maigres
+revenus? Quels tracas, et que les heures de l'auberge du <span class="italic">Globe</span> coûtaient
+cher! Mais les coups se succédaient rapidement, terribles! Il paraît
+prouvé qu'Anna Park mourut en donnant le jour à son enfant. Que
+faire, que faire de cette orpheline? Le vieux toit de Mauchline fut encore
+le refuge; la vieille mère dut recevoir encore les confidences de Robert,
+et verser des larmes plus amères que toutes celles d'avant. Le bébé y fut
+soigné pendant quelques jours. Chose affreuse et faite comme à dessein
+pour donner à ce drame toute sa cruauté! Jane Armour était elle-même
+au terme d'une grossesse. Elle accoucha le 9 avril, dix jours après, d'un
+fils. Attendit-on, pour lui causer cette souffrance, que la crise fût passée,
+et la joie d'un fils né d'elle fut-elle empoisonnée par cette nouvelle? ou
+bien savait-elle tout auparavant et dut-elle traverser les douleurs de
+l'enfantement avec une âme saignante?</p>
+
+<p>Jane Armour fut admirable. Elle agit comme une femme d'un grand
+c&oelig;ur. Elle se fit apporter la fille, et sur la même poitrine, du même lait,
+nourrit les deux enfants. Lorsque son père, qui était venu la voir, lui
+demanda, en les apercevant dans le même berceau, si elle avait encore
+des jumeaux, elle lui répondit qu'elle soignait l'enfant d'une amie malade.
+Elle éleva la fille d'Anna Park, au milieu de ses fils, avec des soins
+maternels, jusqu'au moment où le mariage l'éloigna de la maison. Par ce
+trait de clémence héroïque et dévouée, sa mémoire demeure adorable.
+Quelles qu'aient été ses défaillances dans les commencements de sa
+liaison avec Burns, tout disparaît dans la beauté, dans la splendeur, dans
+la grâce de ce pardon<a id="footnotetag1077" name="footnotetag1077"></a><a href="#footnote1077" title="Lien vers la note 1077"><span class="small">[1077]</span></a>.</p>
+
+<p>Jane Armour ne fut pas sans sa récompense. Burns, éclairé par cette
+générosité, eut vers elle, vers cette âme qu'il n'avait pas connue tout
+entière jusque-là, un élan de vraie et haute tendresse. On a de lui une
+lettre écrite le 11 avril, à M<sup>rs</sup> Dunlop, dans laquelle il exprime pour sa
+femme des sentiments presque nouveaux. Il avait parlé d'elle avec plus
+de passion; jamais encore avec cette affection, cette place accordée aux
+qualités morales et cette sorte de respect. La reconnaissance y perce pour
+«la simplicité d'âme» et «la douceur toujours prête à céder», qui semblent
+avoir été les principes de la belle action de Jane. Cet éloge a comme
+<span class="pagenum"><a id="page437" name="page437"></a>(p. 437)</span> un enthousiasme contenu. Ce n'était plus la femme qu'il adorait mais ce
+c&oelig;ur modeste, dont il venait, à sa confusion, d'avoir la révélation.</p>
+
+<p class="quote">Samedi dernier, au matin, M<sup>rs</sup> Burns m'a fait présent d'un beau garçon, plutôt plus
+gros mais pas si joli que votre filleul l'était au même moment de sa vie.... M<sup>rs</sup> Burns
+reprend des forces et s'est mise aujourd'hui à son déjeuner, comme un moissonneur
+qui revient des champs. C'est le privilège particulier et le bonheur de nos filles saines
+et vivaces, qui sont nourries parmi <span class="italic">les foins et les bruyères</span>. Nous ne pouvons pas
+espérer cet esprit hautement poli, cette charmante délicatesse d'âme, qu'on trouve dans
+le monde féminin, parmi les rangs plus élevés de la vie, et qui est certainement et de
+beaucoup le charme le plus captivant de la fameuse ceinture de Vénus. C'est véritablement
+un trésor si inestimable que, lorsqu'on peut le posséder dans sa céleste pureté
+native, sans la tache de quelqu'une des maintes nuances d'affectation, sans l'alliage de
+quelqu'une des maintes sortes de caprice, je le déclare devant le ciel, je pense que ce
+trésor serait acheté bon marché au prix de tous les autres biens terrestres. Mais comme
+cette créature angélique est, j'en ai peur, extrêmement rare dans toutes les conditions
+et rangs de la vie, et qu'elle est tout à fait refusée aux miens, nous autres chétifs
+mortels devons nous contenter de ce qui vient immédiatement après dans l'excellence
+féminine. Nous pouvons fournir un corps et un visage aussi beaux que n'importe quel
+rang de vie, une grâce rustique et naturelle, une modestie sans affectation et une
+pureté sans souillure, un esprit naturel et les rudiments du goût, une simplicité d'âme
+qui ne soupçonne pas, parce qu'elle ne les connaît pas, les voies obliques d'un monde
+égoïste, intéressé et fourbe, et le plus grand charme de tout, une douceur de caractère
+toujours prête à céder et une généreuse chaleur de c&oelig;ur, reconnaissante de l'amour
+que nous donnons et, en retour, brûlant d'une ardeur plus qu'égale; toutes ces qualités
+avec un corps sain, une constitution solide et vigoureuse, tels que vos rangs élevés
+peuvent à peine espérer l'avoir, sont les charmes adorables de la femme dans mon
+humble sphère de vie<a id="footnotetag1078" name="footnotetag1078"></a><a href="#footnote1078" title="Lien vers la note 1078"><span class="small">[1078]</span></a>.</p>
+
+<p>On aime à imaginer que ces mots ne sont que l'écho affaibli d'autres
+mots qu'il versa devant elle, avec ferveur et avec larmes, avec de solennelles
+promesses. Si jamais elle fut près d'être aimée par lui d'un amour de
+c&oelig;ur, ce fut alors. La pauvre fille, ordinaire et faible, s'était développée en
+une noble femme. Elle n'avait pas les dons de surface et ces localisations
+partielles et rapides d'individualité qui font l'intelligence, l'esprit, tout
+ce qui saisit les choses par un point précis. Mais elle avait un fond de
+bonté élémentaire, instinctive, ingénue, qui est plus profonde que
+cela et supporte la vie entière. Au contact de cet homme supérieur
+qu'elle aimait à sa manière, d'une manière superbe, avec soumission,
+avec acceptation, avec abandon et oubli d'elle-même; par les souffrances
+mêmes qu'elle avait reçues de lui, elle s'était ennoblie. Elle avait mérité
+de lui cet hommage qui restera sa couronne. Elle était désormais son
+égale. C'est trop peu dire! Sa générosité la plaçait au-dessus de lui;
+c'était à lui maintenant à faire effort pour atteindre jusqu'à elle. Pauvre
+Burns! Que le génie lui-même est peu de chose en face de la bonté!
+Celle-ci est plus divine que tout.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page438" name="page438"></a>(p. 438)</span> Malgré ce rayon, cette lamentable histoire n'en était pas moins une
+calamité dans l'existence des deux époux. Pour Jane c'était le renversement
+de son modeste rêve; c'était la foi mutuelle rompue, la confiance
+perdue, et ce je ne sais quoi d'étranger d'introduit dans le mystère du
+foyer, qui ressemble à une souillure. Il n'y avait pas jusqu'à la simultanéité
+de deux naissances qui ne dût lui être une pensée affreuse. Si elle
+tentait de la chasser, les deux bébés sur sa poitrine la lui rappelaient
+sans cesse. Son chagrin s'alimentait à son dévoûment même. Cependant
+il est probable qu'elle fut encore la moins à plaindre des deux. Peut-être
+lui arriva-t-il ce qui arrive aux âmes d'une bonté parfaite: leur douceur
+gagne jusqu'aux douleurs qui les pénètrent. Le pardon commence son
+bienfait en celui qui pardonne. La naïve mansuétude de Jane mit son
+baume aux blessures mêmes par lesquelles elle coulait.</p>
+
+<p>Les plus désastreux effets se produisirent dans Burns. Son âme
+entière était un chaos de remords, de honte et de colère. Il était bon et
+le mal qu'il causait devait le torturer. Par sa faute, les larmes étaient
+entrées dans la maison; un surcroît de gêne s'ajoutait à celle dont ils
+souffraient déjà. Il portait en lui l'expression résignée de Jane; l'enfant
+dont elle avait soin lui était un reproche continuel. Et quelle horreur
+plus affreuse devait l'envahir, quand il pensait à la pauvre fille enterrée à
+Édimbourg! Quelles agonies de remords, quels déchirements lui torturaient
+le c&oelig;ur, quand il songeait à ce malheur, presque égal à un crime, si les
+fautes se mesurent aux souffrances qu'elles répandent! Sans relâche, il
+devait être poursuivi par cette idée. Elle est redoutable et vengeresse.
+Ce n'était peut-être là que la meilleure partie de sa souffrance. Il
+était impossible que des désordres plus pernicieux ne minassent pas sa
+personnalité. C'est une fatigue accablante que cette réprobation intérieure
+qui sourd de nous-même. Elle empoisonne nos meilleurs moments; elle
+lasse la pensée par un bourdonnement incessant. Nous essayons d'étouffer
+cette petite voix; nous nous emportons; mais, quand nos emportements
+fatigués baissent, elle redit les mêmes choses. Après quelque temps une
+âme en est excédée. À cette fatigue s'ajoute celle d'un travail continuel
+et vain, toujours repris comme celui d'un problème insoluble qui s'est
+emparé de nous, l'obsédante fatigue de se forger des excuses, et la perplexité,
+le harassant vacillement de l'esprit entre ses sophismes et ses reproches.
+Et puis encore&mdash;et c'était peut-être le dernier cercle de l'enfer
+qu'il portait en lui&mdash;il y avait l'humiliation qu'il ne pouvait manquer
+d'éprouver. Si bonne que fût Jane, bien plus, à cause de cette bonté
+même, il devait courber le front. Il était amoindri chez lui, à son propre
+foyer. Peut-être jamais un mot n'exprima cette confusion. Le silence
+même la rendait plus écrasante. Entre toutes les douleurs c'était celle-là
+dont son esprit souffrait le plus. Toutes ces choses fermentaient en lui,
+aigrissaient son orgueil, mordaient son énergie, épuisaient et délabraient
+son âme, poussaient en tous sens de profonds ravages.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page439" name="page439"></a>(p. 439)</span> Par instants, quand il y tombait du dehors un reproche, une allusion,
+toutes ces ranc&oelig;urs entraient en effervescence, bouillonnaient, remplissaient
+son âme de vapeurs noires et âcres, et débordaient en colères, en
+imprécations, et, terme terrible, en une sorte de haine farouche.</p>
+
+<p class="quote">Dieu aide les fils de la Pauvreté! Haïs et persécutés par leurs ennemis, et trop souvent
+(hélas! presque sans exception toujours) reçus par leurs amis avec un manque de
+respect insultant et des reproches qui percent le c&oelig;ur, sous le mince déguisement d'une
+froide politesse et de conseils humiliants. Oh! être un vigoureux sauvage traversant,
+dans l'orgueil de son indépendance, les solitudes sauvages de ses déserts, plutôt que
+d'être dans la vie civilisée et d'attendre en tremblant une subsistance, précaire comme
+le caprice d'un semblable! Chaque homme a ses vertus, et pas un homme n'est sans
+fautes. Maudits soient le privilège et la franchise de l'amitié qui, à l'heure de ma calamité,
+ne peut me tendre une main secourable sans désigner en même temps mes fautes
+et assigner leur part dans ma détresse présente. Mes amis, car c'est ainsi que le monde
+vous nomme, et c'est ce que vous-mêmes pensez être, omettez mes vertus, si cela vous
+plaît, mais aussi épargnez mes folies: les premières porteront dans mon sein témoignage
+d'elles-mêmes; les secondes tortureront assez un c&oelig;ur sincère, sans vous.
+Puisque dévier plus ou moins des sentiers de la convenance et de la droiture est fatalement
+une chose inhérente à la nature humaine, ô Fortune, mets en mon pouvoir de
+payer toujours de ma propre poche, la pénalité de mes erreurs! Je n'ai pas besoin
+d'être indépendant afin de pécher; mais je veux être indépendant dans mon péché<a id="footnotetag1079" name="footnotetag1079"></a><a href="#footnote1079" title="Lien vers la note 1079"><span class="small">[1079]</span></a>.</p>
+
+<p>En même temps sa haine pour son métier allait s'accroissant. Il
+s'exaspérait contre ce que ses fonctions avaient de cruel. Il les accomplissait,
+malgré lui, avec répugnance. Le dégoût qu'il avait prévu était
+bien là. Il écrivait des lettres comme celle-ci qui, avec son épigraphe,
+montre la part que son bon c&oelig;ur avait dans l'horreur qu'il éprouvait
+pour ses fonctions.</p>
+
+<div class="quote">
+
+<p class="poem30">
+Béni celui qui avec bonté<br>
+Considère le cas du pauvre.</p>
+
+<p>Je vous ai cherché par toute la ville, bon Monsieur, pour savoir ce que vous avez
+fait ou ce qui peut être fait pour le pauvre Robie Gordon. L'heure est venue où il me
+faut assumer l'exécrable office de rabatteur vers les limiers de la Justice et lâcher
+les fils de charogne... sur le pauvre Robie. Je pense que vous pouvez faire quelque
+chose pour sauver le malheureux et je suis sûr que si vous le pouvez vous le voudrez<a id="footnotetag1080" name="footnotetag1080"></a><a href="#footnote1080" title="Lien vers la note 1080"><span class="small">[1080]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Et encore cette autre imprécation:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Je suis un misérable diable, harassé, usé jusqu'à la moelle par le frottement de tenir
+les nez des pauvres cabaretiers sur la meule de l'Excise. Comme le Satan de Milton,
+pour des raisons particulières, je suis forcé</p>
+
+<p class="poem-ctr">De faire ce que, bien que damné, j'abhorrerais<a id="footnotetag1081" name="footnotetag1081"></a><a href="#footnote1081" title="Lien vers la note 1081"><span class="small">[1081]</span></a>,</p>
+
+<p class="noindent">et n'était qu'un couplet ou deux d'honnête exécration....</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page440" name="page440"></a>(p. 440)</span> Par là encore sa vie était en désarroi et désajustée. Des accidents
+corporels vinrent mettre la dernière main à cette cruelle situation. Toute
+l'année 1791 ne fut pour le pauvre poète qu'une suite de chutes de
+cheval, de membres meurtris ou brisés. Au mois de janvier, il tomba une
+première fois; il écrit à M<sup>rs</sup> Dunlop, le 7 février:</p>
+
+<p class="quote">Quand je vous aurai dit, Madame, que par suite d'une chute, non de mon cheval,
+mais avec mon cheval, j'ai été estropié quelque temps et que c'est aujourd'hui la
+première fois que je puis me servir de mon bras et de ma main pour écrire, vous conviendrez
+que c'est une trop valable excuse pour un silence qui semblait de l'ingratitude.
+Je commence maintenant à aller mieux et je suis capable de rimer un peu, ce
+qui implique un peu d'aise et de soulagement, car je ne puis penser que l'esprit le
+plus poétique soit capable de composer sur le chevalet<a id="footnotetag1082" name="footnotetag1082"></a><a href="#footnote1082" title="Lien vers la note 1082"><span class="small">[1082]</span></a>.</p>
+
+<p>Vers la fin de mars, il fit une nouvelle chute et cette fois se cassa le
+bras. Il écrit en avril:</p>
+
+<p class="quote">Un jour ou deux après avoir reçu votre lettre, mon cheval tomba avec moi et me
+fractura le bras droit. Comme ceci est le premier service que mon bras me rend
+depuis mon accident, je suis incapable de vous remercier de votre protection et de
+votre amitié autrement qu'en termes généraux<a id="footnotetag1083" name="footnotetag1083"></a><a href="#footnote1083" title="Lien vers la note 1083"><span class="small">[1083]</span></a>.</p>
+
+<p>Vers la fin de l'été ou le commencement de l'automne, il tomba de
+nouveau et se meurtrit la jambe. Il semble avoir souffert beaucoup de ce
+dernier accident. Il disait à Peter Hill, le libraire:</p>
+
+<p class="quote">Je n'ai jamais été plus incapable d'écrire. Un pauvre diable, cloué sur un fauteuil,
+qui se tord dans la souffrance, avec une jambe meurtrie sur un escabeau devant
+lui, est vraiment en bonne situation pour dire des choses brillantes<a id="footnotetag1084" name="footnotetag1084"></a><a href="#footnote1084" title="Lien vers la note 1084"><span class="small">[1084]</span></a>.</p>
+
+<p>Et à un autre correspondant il envoyait à propos de la même blessure
+«plein ma feuille de gémissements qui me sont arrachés dans mon
+fauteuil<a id="footnotetag1085" name="footnotetag1085"></a><a href="#footnote1085" title="Lien vers la note 1085"><span class="small">[1085]</span></a>».</p>
+
+<p>On croirait qu'il faisait des courses furibondes, qu'il poussait sa monture
+comme un forcené. Presque toutes ces chutes sont, en effet, faites avec
+le cheval. La pauvre bête surmenée galopait tant qu'elle tombât. Encore
+ne sont-ce là que les chutes qui marquaient. Il lui en arrivait d'autres
+à chaque instant.</p>
+
+<p class="quote">Pour ma part, j'ai galopé sur mes dix paroisses, pendant les quatre derniers jours,
+jusqu'à ce moment, où je viens de descendre de cheval, ou plutôt, où mon pauvre
+squelette d'âne de cheval vient de me déposer à terre, car le pauvre diable s'est mis
+une dizaine de fois à genoux, pendant les vingt derniers milles, me disant à sa façon:
+«Vois, ne suis-je pas ta fidèle rosse de cheval, sur lequel tu as chevauché tant
+<span class="pagenum"><a id="page441" name="page441"></a>(p. 441)</span> d'années....» Bref, Monsieur, j'ai fourbu mon cheval et je me suis presque rompu le
+cou, sans compter quelques dommages à une partie que je ne nommerai pas, grâce à
+une selle qui a le c&oelig;ur dur comme une pierre<a id="footnotetag1086" name="footnotetag1086"></a><a href="#footnote1086" title="Lien vers la note 1086"><span class="small">[1086]</span></a>.</p>
+
+<p>Il galopait à se rompre le cou. Était-ce la nécessité de faire vite sa
+besogne? Était-ce cet âpre besoin de mouvement et d'étourdissement par
+lequel on espère fuir ces soucis sombres qui sont assis derrière le cavalier?
+Étaient-ce de ces furieuses chevauchées d'ivresse, comme celle qui avait
+failli lui être funeste dans les Hautes-Terres?</p>
+
+<p class="p2">Enfin, pour compléter ce chaos, vers le milieu de cette même année,
+au mois d'août 1791, on trouve une lettre à Clarinda qui, à la suite de
+leur demi réconciliation, lui avait envoyé des vers sur <span class="italic">La Sympathie</span>. Il
+lui disait:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>J'ai lu votre très beau mais très pathétique poème&mdash;ne me demandez pas combien
+de fois et avec quelles émotions. Vous savez que «j'ose <span class="italic">pécher</span> mais non pas <span class="italic">mentir</span>!»
+Vos vers arrachent cette confession du plus profond de mon âme&mdash;je le dirai, répétez-le
+si vous le voulez&mdash;que j'ai plus d'une fois été la victime d'une conjoncture maudite
+de circonstances et que pour moi vous devez être à jamais</p>
+
+<p class="poem-ctr">Chère comme la lumière qui visite ces tristes yeux<a id="footnotetag1087" name="footnotetag1087"></a><a href="#footnote1087" title="Lien vers la note 1087"><span class="small">[1087]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Il lui envoyait sa pièce sur Marie Stuart et il y ajoutait ces mots qui
+étaient redevenus de tendresse.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Telles furent, ma chère Nancy, les paroles de l'aimable mais malheureuse Mary.
+L'infortune semble prendre un plaisir particulier à darder ses flèches contre «les
+honnêtes hommes et les jolies fillettes». De cela vous aussi vous n'êtes que trop la
+preuve; puisse votre destinée future faire une brillante exception à cette remarque!
+Dans les mots d'Hamlet:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Adieu, adieu, adieu! Souviens-toi de moi!<a id="footnotetag1088" name="footnotetag1088"></a><a href="#footnote1088" title="Lien vers la note 1088"><span class="small">[1088]</span></a><a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+</div>
+
+<p class="section">IV.<br>
+LA VIE PROFONDE, LA PRODUCTION.</p>
+
+<p>Lorsqu'on suit les phases attristantes de l'histoire de Burns, c'est un
+devoir de se souvenir que, devant nos jugements sociaux, quelques
+instants de faiblesse ruinent tout un fonds d'honnêteté, de travail, de
+bonté. Quelques écueils suffisent au mauvais renom d'une mer. Cependant
+elle remplit ses fonctions dans le jeu universel: elle contribue au
+flux; elle fournit aux nuées sa part d'averses fécondantes; elle nourrit
+des milliers d'êtres qui grandissent dans son sein, s'accouplent, se
+<span class="pagenum"><a id="page442" name="page442"></a>(p. 442)</span> reproduisent, perpétuent et modifient les espèces; elle forme des dépôts
+qui seront plus tard des continents propres à des plantes nouvelles; elle
+a mille utilités plus profondes et encore indiscernées; ses bienfaits sont
+nombreux. Mais elle a deux ou trois récifs sur lesquels se sont brisées
+des galères, peut-être chargées de soldats; elle a quelques bas-fonds où
+s'est enlisé un navire qui portait peut-être de l'alcool ou de l'opium;
+quelquefois elle a des tempêtes. Alors, au jugement court des hommes,
+elle devient une mer malfaisante et redoutée. Ils ne pénètrent pas dans
+son &oelig;uvre continue; ils ignorent qu'il sort d'elle plus d'avantages que de
+désastres, même pour eux; et ils oublient que d'ailleurs leur mesure des
+choses est à leur taille. Hélas! il en est de même des vies humaines.
+Quelques fautes, quelques heures d'oubli, de faiblesse, de colère ou de
+passion, qui sont comme des écueils à la surface, gâtent une existence
+entière. Cependant, elle aussi accomplit ses fonctions profondes: elle
+est composée dans son ensemble de bonté, d'efforts, d'aspirations vers
+le mieux; elle a, même en ses erreurs, des désirs de bien, à ce point que
+parfois&mdash;mystère fait pour troubler!&mdash;le désir du bien a été la cause
+de l'erreur; elle contient de l'amour, du sacrifice, des dévoûments; elle
+contribue à la continuation physique et au progrès intellectuel du monde.
+Et tous ces services sont oubliés ou ignorés ou méconnus, à cause des
+quelques désordres à la superficie, des quelques remous où l'eau est
+trouble. Sous d'inexcusables torts la vie de Burns était une vie de droiture,
+de travail et de bonté. Il accomplissait mieux que la plupart, mieux
+que beaucoup qui se sont tenus purs de faiblesses, il accomplissait avec
+une rare efficacité les tâches essentielles par lesquelles l'homme vaut ici-bas.
+Et c'est une question qui est encore à décider de savoir si les
+insuffisances d'action n'égalent pas les excès de passion, et si, tout compte
+fait, ceux qui ont commis quelque mal mais travaillé au bien avec énergie,
+ne valent pas mieux que ceux qui n'ont fait ni mal, ni bien.</p>
+
+<p>Il avait un vrai c&oelig;ur de père. C'est plaisir, dans sa correspondance, de
+l'entendre parler de ses enfants, de voir ses jolis croquis de bébés, pleins
+de complaisance et de tendresse paternelles, mais aussi de perspicacité.
+Il avait, de Jane Armour, trois fils. L'aîné Robert avait environ cinq ans;
+le second François Wallace, le filleul de M<sup>rs</sup> Dunlop, était né le 24 août
+1789; et le troisième William Nicol, nommé d'après le compagnon du
+voyage des Hautes-Terres, était venu au monde le 9 avril 1791. Il les
+contemplait, les étudiait; ces petits êtres, encore si indécis, prennent
+sous son regard pénétrant une personnalité. De son aîné, il disait:</p>
+
+<p class="quote">«J'ai l'intention de l'élever pour l'église et, d'après une dextérité innée qu'il a pour
+faire le mal et une certaine gravité hypocrite avec laquelle il en considère les conséquences,
+j'ai de belles espérances à son sujet, dans la carrière épiscopale<a id="footnotetag1089" name="footnotetag1089"></a><a href="#footnote1089" title="Lien vers la note 1089"><span class="small">[1089]</span></a>.»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page443" name="page443"></a>(p. 443)</span> De son dernier, William Nicol, il disait:</p>
+
+<p class="quote">«J'ai ramassé un petit gars que, pour la force, la grosseur, la forme, et la hauteur
+de la voix, je mettrais en regard de n'importe quel gamin de Nithsdale, d'Annandale
+ou n'importe quel autre dale<a id="footnotetag1090" name="footnotetag1090"></a><a href="#footnote1090" title="Lien vers la note 1090"><span class="small">[1090]</span></a>».</p>
+
+<p>Celui dont il semblait le plus satisfait était le petit Frank, le filleul de
+M<sup>rs</sup> Dunlop. Il le représente toujours comme un petit gaillard solide.</p>
+
+<p class="quote">«Je compte qu'il ne discréditera pas le glorieux nom de Wallace, car il a une jolie
+figure mâle et un corps qui ferait honneur à un garçonnet de deux mois; il a
+aussi un très bon caractère, bien qu'il ait, lorsque cela lui plaît, un flageolet à peine
+moins sonore que le cor dont son immortel homonyme sonna pour donner le signal
+d'enlever le boulon du pont de Sterling<a id="footnotetag1091" name="footnotetag1091"></a><a href="#footnote1091" title="Lien vers la note 1091"><span class="small">[1091]</span></a>.»</p>
+
+<p>Ce petit Frank apparaît vraiment comme un beau bébé et qui donnait
+à son père des moments d'orgueil.</p>
+
+<p class="quote">«Je ne puis m'empêcher de vous féliciter sur sa bonne mine et sa vitalité. Tous ceux
+qui le voient conviennent que c'est le plus joli, le plus bel enfant qu'ils ont jamais vu.
+Moi-même je suis enchanté du bombement viril de sa petite poitrine et d'une certaine
+dignité en miniature, qu'il a dans le port de la tête et dans le regard de son bel &oelig;il
+noir; cela promet le courage indomptable d'une âme indépendante.<a id="footnotetag1092" name="footnotetag1092"></a><a href="#footnote1092" title="Lien vers la note 1092"><span class="small">[1092]</span></a>»</p>
+
+<p>Et ailleurs encore:</p>
+
+<p class="quote">«En vérité, je considère que votre petit filleul est mon <span class="italic">chef-d'&oelig;uvre</span> dans ce genre
+de manufacture, comme je crois que <span class="italic">Tam de Shanter</span> est ma meilleure production en
+fait de poésie. Il est vrai que l'un aussi bien que l'autre trahissent un assaisonnement
+de friponnerie malicieuse dont on aurait bien pu se passer peut-être; mais aussi
+ils montrent, selon moi, une force d'originalité, un fini et un poli que je désespère de
+surpasser.<a id="footnotetag1093" name="footnotetag1093"></a><a href="#footnote1093" title="Lien vers la note 1093"><span class="small">[1093]</span></a>»</p>
+
+<p>La clairvoyance avec laquelle Burns discernait ces caractères encore
+en embryon est curieuse. Ce petit Frank était bien ce qu'il avait deviné,
+un petit gars dur, énergique. Il n'avait pas deux ans qu'il avait réduit son
+aîné en servitude, car à dix-huit mois de là son père écrivait à son sujet:</p>
+
+<p class="quote">À propos, votre petit filleul pousse d'une façon charmante, mais c'est un vrai diable.
+Bien qu'il soit de deux ans plus jeune, il a complètement maîtrisé son frère. Robert
+est à la vérité la plus douce et la plus tranquille créature que j'ai jamais vu. Il a une
+mémoire très surprenante et il est tout à fait l'orgueil de son maître<a id="footnotetag1094" name="footnotetag1094"></a><a href="#footnote1094" title="Lien vers la note 1094"><span class="small">[1094]</span></a>.</p>
+
+<p>Son pronostic du caractère de Robert n'était pas moins juste, ainsi que
+la vie de celui-ci le montra. N'est-il pas vrai qu'on sent bien dans ces
+<span class="pagenum"><a id="page444" name="page444"></a>(p. 444)</span> passages les longues contemplations de petits corps nus, les longs aguets
+pour voir s'ébaucher les premiers sourires de la bouche ou des yeux; et
+aussi ces secrètes satisfactions paternelles qui éclatent au fond du c&oelig;ur
+et l'inondent pendant un instant d'un délice adorable qu'on ne révèle
+jamais entier?</p>
+
+<p class="p2">D'autres fois il se laissait aller à ces flatteuses imaginations où les
+pères, même fatigués et déçus par la vie, revivent, pour leurs enfants,
+leurs meilleurs et leurs plus magnifiques états d'âme. Ils redeviennent
+purs et confiants en ces jeunes âmes, et l'on peut dire que c'est une des
+vertus salutaires de la paternité que ces moments d'innocence restitués à
+des esprits qui autrement ne les auraient jamais plus connus. Ce sentiment
+apparaît dans la très belle lettre suivante:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Je ne me rappelle pas, mon cher Cunningham, que vous et moi ayons jamais causé
+sur le sujet de la Religion. J'en connais plusieurs qui en rient comme d'une duperie
+par laquelle les <span class="italic">Quelques-uns</span> rusés mènent l'ignorante <span class="italic">Multitude</span>; ou qui tout au plus
+la considèrent comme une obscurité incertaine dont les hommes ne peuvent jamais
+rien savoir et dont ils seraient sots de s'occuper beaucoup. Je ne voudrais pas chercher
+querelle à un homme pour son irréligion, pas plus que pour un manque d'oreille
+musicale. Je regretterais qu'il soit exclu de ce qui, pour moi et pour d'autres, a été
+des sources supérieures de jouissance. C'est à ce point de vue et pour cette raison que
+je veillerai à ce que l'âme de tous mes enfants soit imbue de Religion. Si mon fils est
+un homme de sentiment, de sensibilité et de goût, j'augmenterai ainsi beaucoup ses
+joies. Laissez-moi me flatter de la pensée que ce doux petit être qui, en ce moment,
+est en train de courir çà et là autour de mon pupitre, sera un homme d'un c&oelig;ur
+tendre, ardent et brûlant, d'une imagination qui goûtera des délices avec les peintres
+et des ravissements avec les poètes. Laissez-moi me le figurer errant dans la campagne,
+dans la douceur du crépuscule, pour aspirer la brise embaumée et jouir de la poussée
+luxuriante du printemps, pendant que lui-même est dans la jeunesse fleurissante de
+la vie. Il jette ses regards sur toute la nature et à travers la nature, plus haut, vers
+le Dieu de la nature; son âme, par de rapides gradations de délices, est entraînée au-dessus
+de cette sphère terrestre, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus rester silencieux et
+qu'il éclate dans le glorieux enthousiasme de Thomson:</p>
+
+<p class="poem20">Les choses, dans leurs changements, ô Père Tout Puissant, ces choses<br>
+Ne sont que des aspects de Dieu, l'année qui se déroule<br>
+Est pleine de Toi.</p>
+
+<p class="noindent">et ainsi de suite dans toute l'ardeur et l'enthousiasme de cet hymne charmant.</p>
+
+<p>Ce ne sont pas là des plaisirs imaginaires, ce sont des joies réelles, et je demande
+quelles joies parmi les fils des hommes sont supérieures à celles-là. Et elles ont ce
+surcroît immense et précieux que la vertu, consciente d'elle-même, les réclame pour
+siennes, et s'en saisit pour paraître en la présence d'un Dieu qui voit, juge et
+approuve<a id="footnotetag1095" name="footnotetag1095"></a><a href="#footnote1095" title="Lien vers la note 1095"><span class="small">[1095]</span></a>».</p>
+</div>
+
+<p>C'est, presque dans les mêmes termes, le rêve que faisait Coleridge,
+sur le berceau de son fils, lorsque par cette nuit de gel silencieux, et si
+<span class="pagenum"><a id="page445" name="page445"></a>(p. 445)</span> calme que la mince flamme bleue ne tremblait pas sur le feu, il voyait
+aussi «le cher bébé» «errer comme une brise» près des lacs, sur les
+grèves sablonneuses et sous les rocs d'antiques montagnes.</p>
+
+<p class="poem10">
+<span class="add17em">Ainsi tu verras et entendras</span><br>
+Les formes belles et les sons intelligibles de cet éternel langage que ton Dieu<br>
+<span class="add3em">Profère, qui, depuis toute éternité, enseigne</span><br>
+<span class="add3em">Lui-même en tout, et toutes choses en lui-même<a id="footnotetag1096" name="footnotetag1096"></a><a href="#footnote1096" title="Lien vers la note 1096"><span class="small">[1096]</span></a>.</span></p>
+
+<p>C'est la poésie et le roman des pères.</p>
+
+<p class="p2">À côté de ces fiertés on voit passer les tortures dont les maladies des
+enfants font trembler l'âme des parents.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«J'attends chaque jour le docteur qui doit inoculer la petite vérole à votre petit
+filleul. Elle règne beaucoup cette année et je tremble pour sa vie...<a id="footnotetag1097" name="footnotetag1097"></a><a href="#footnote1097" title="Lien vers la note 1097"><span class="small">[1097]</span></a></p>
+
+<p>Le pauvre petit Frank est maintenant au plus fort de la petite vérole. Je l'ai fait
+inoculer et j'espère qu'elle est en bonne voie<a id="footnotetag1098" name="footnotetag1098"></a><a href="#footnote1098" title="Lien vers la note 1098"><span class="small">[1098]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>Il connaissait les angoisses dont, même dans des circonstances favorables,
+un esprit réfléchi doit souffrir, lorsqu'il prévoit les épreuves réservées
+à ces chers êtres ignorants. Quel père n'a pas essayé de pénétrer les
+temps qui arrivent, et même de démêler les événements historiques, les
+guerres, les fluctuations sociales qui se préparent, le front penché sur un
+berceau? Lequel, faisant retour sur lui-même, n'a redouté les périls, les
+embûches, les chocs, dont il lui semble que seule sa bonne étoile l'a
+sauvé? Ces pensées-là sont la rançon des joies paternelles.</p>
+
+<p class="quote">De petits enfants qui attendent de vous une protection paternelle sont une lourde
+charge. J'ai déjà deux beaux gaillards, bien venants et forts; je voudrais les mettre
+en bonne lumière. J'ai mille rêveries et mille plans à propos d'eux et de leur destinée
+future. Ce n'est pas que je sois un utopiste dans mes projets en ces matières; je suis
+résolu à ne jamais destiner un de mes fils aux professions libérales. Je connais la
+valeur de l'indépendance; puisque je ne puis donner à mes fils une fortune indépendante,
+je leur donnerai sûrement une ligne de vie indépendante. Quel chaos de
+tumulte, de hasard et de vicissitudes est ce monde, lorsqu'on se met à y réfléchir
+sérieusement! Pour un père qui connaît lui-même le monde, la pensée des fils qu'il
+aura à y laisser doit le remplir de crainte; mais s'il a des filles, cette perspective,
+dans ces moments pensifs, est capable de le frapper d'épouvante<a id="footnotetag1099" name="footnotetag1099"></a><a href="#footnote1099" title="Lien vers la note 1099"><span class="small">[1099]</span></a>.</p>
+
+<p>Ces angoisses étaient pour lui plus vives que pour la plupart. Sa
+vie et celle des siens l'avaient rendu défiant; l'avenir était un sol maigre et
+désolé. Il y avait, entre ses chétives ressources et les ambitions que sa
+richesse cérébrale devait naturellement lui inspirer pour ses fils, une telle
+<span class="pagenum"><a id="page446" name="page446"></a>(p. 446)</span> distance! C'est un plus lourd chagrin pour un homme distingué d'esprit
+de penser que l'éducation de ses enfants sera insuffisante que de savoir
+qu'ils seront pauvres.</p>
+
+<p class="quote">Malgré tout, grâce au ciel, je puis vivre et rimer tel que je suis; quant à mes
+garçons, pauvres petits gars! puisque je ne puis les placer à un degré aussi élevé de la
+vie que je voudrais, je les établirai, si l'ordonnateur des événements m'accorde la faveur
+de voir cette époque-là, sur une base aussi large et aussi indépendante que possible.
+Parmi les nombreux sages proverbes qui ont été recueillis par nos ancêtres écossais, un
+des meilleurs est celui-ci: «<span class="italic">Mieux vaut la tête de la roture que la queue de la gentry</span>»<a id="footnotetag1100" name="footnotetag1100"></a><a href="#footnote1100" title="Lien vers la note 1100"><span class="small">[1100]</span></a>.</p>
+
+<p>Il était également bon frère. On a vu qu'il avait partagé avec Gilbert
+les profits de son volume. Carlyle l'en loue beaucoup. Ce qu'on n'a pas
+assez indiqué c'est que ce sacrifice fut probablement la cause de son
+entrée dans l'Excise. Cet argent lui aurait permis de franchir les
+premières mauvaises années, les années des vaches maigres, et d'attendre
+que le vent tournât. Ce serait lui faire injure que de croire un instant
+qu'il fut capable de songer à le réclamer.</p>
+
+<p class="quote">J'aurais pu avoir de l'argent pour suppléer au déficit de ces années maigres, mais
+j'ai, dans une ferme en Ayrshire, un frère plus jeune et trois s&oelig;urs. Tout le surplus de
+ce que j'estimais nécessaire pour mon capital de fermage a été pris pour sauver,
+d'une ruine imminente, non seulement le confort mais l'existence même de ce foyer.
+Ceci était fait avant que je prisse cette ferme-ci; plutôt que d'enlever mon argent à mon
+frère&mdash;ce qui le ruinerait&mdash;j'abandonnerai ma ferme et j'entrerai immédiatement
+au service de vos Honneurs<a id="footnotetag1101" name="footnotetag1101"></a><a href="#footnote1101" title="Lien vers la note 1101"><span class="small">[1101]</span></a>.</p>
+
+<p>Son plus jeune frère, Williams Burns, découragé sans doute de
+se faire fermier, par l'exemple de ses deux aînés, avait appris le métier de
+sellier. Il s'était mis en route pour trouver du travail. Cela ne semble pas
+avoir été chose facile. Après avoir erré en plusieurs endroits, il s'était
+installé à Newcastle. Pendant toutes ses pérégrinations, Robert le suit
+avec une sollicitude paternelle; il lui donne des conseils, lui écrit
+des lettres pleines de sages avis pratiques, l'encourage, le soutient. Tout
+cela en paroles cordiales et dignes.</p>
+
+<p class="quote">Si mes conseils peuvent vous être utiles (c'est-à-dire si vous pouvez vous résoudre
+à prendre l'habitude non seulement d'examiner votre conduite, vos façons, etc., mais
+aussi celle de mettre en pratique les résolutions que cet examen fera naître d'améliorer
+vos défauts), mes petites connaissances et mon expérience du monde sont cordialement
+à votre service. J'avais l'intention de vous écrire plein une feuille de conseils,
+mais quelque affaire m'en a empêché. En un mot, apprenez la <span class="italic">Taciturnité</span>. Que cela
+soit votre devise. Quand vous auriez la sagesse de Newton ou l'esprit de Swift, le
+bavardage vous rabaisserait aux yeux de vos semblables<a id="footnotetag1102" name="footnotetag1102"></a><a href="#footnote1102" title="Lien vers la note 1102"><span class="small">[1102]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page447" name="page447"></a>(p. 447)</span> Toutes ses lettres contiennent des conseils bien choisis:</p>
+
+<p class="quote">Vous êtes au moment de la vie où l'on prend des habitudes; vous ne pouvez éviter
+cela, quand vous le voudriez, et ces habitudes vous demeureront attachées jusqu'à
+la fin de votre sablier. Plus tard, même lorsqu'on est aussi peu avancé en années
+que moi, on peut avoir une vue très pénétrante de ses défauts et de ses faiblesses
+habituelles, mais les arracher ou même les amender est tout autre chose. Acquis
+d'abord par accident, ils commencent bientôt à devenir commodes, et avec le temps
+ils deviennent une portion <span class="italic">nécessaire</span> de notre existence<a id="footnotetag1103" name="footnotetag1103"></a><a href="#footnote1103" title="Lien vers la note 1103"><span class="small">[1103]</span></a>.</p>
+
+<p>Il lui envoie de l'argent:</p>
+
+<p class="quote">Je mets deux billets d'une guinée de la banque d'Écosse qui, j'espère, viendront à
+propos. Il ne m'est pas tout à fait aussi commode que naguère de distraire un peu
+d'argent, mais je connais votre situation et, je puis le dire, à quelques égards votre
+mérite<a id="footnotetag1104" name="footnotetag1104"></a><a href="#footnote1104" title="Lien vers la note 1104"><span class="small">[1104]</span></a>.</p>
+
+<p>Il lui répète sans cesse de ne pas se décourager et s'il ne réussit
+pas, de songer au toit de son frère.</p>
+
+<p class="quote">Si vous ne réussissez pas dans vos pérégrinations, ne vous découragez pas, ne faites
+pas de coup de tête, revenez vers nous en ce cas et nous attendrons une meilleure
+humeur de la Fortune. Rappelez-vous ceci, je vous en prie<a id="footnotetag1105" name="footnotetag1105"></a><a href="#footnote1105" title="Lien vers la note 1105"><span class="small">[1105]</span></a>.</p>
+
+<p>Et ailleurs encore:</p>
+
+<p class="quote">Ma maison sera la maison où vous serez le bienvenu et comme je connais votre
+prudence (plût au ciel que votre <span class="italic">résolution</span> fût égale à votre <span class="italic">prudence</span>) si, quelque
+part loin de vos amis, vous étiez en besoin d'argent, vous avez mon adresse par la
+poste<a id="footnotetag1106" name="footnotetag1106"></a><a href="#footnote1106" title="Lien vers la note 1106"><span class="small">[1106]</span></a>.</p>
+
+<p>Williams semble avoir été un garçon timide et doux; ses lettres à son
+frère, fort bien écrites du reste, sont touchantes par quelque chose de
+triste et de modeste. Il n'avait pas la virilité de ses deux aînés. Cependant
+il se hasarda à pousser jusqu'à Londres, espérant y trouver du travail.
+Au moment où il va partir, Robert lui donne de ces clairs avis qu'un
+père ne doit pas hésiter de donner à son fils, lorsque celui-ci va se
+risquer dans la fournaise d'une grande ville. Et il ajoute:</p>
+
+<p class="quote">Écrivez-moi avant de quitter Newcastle et aussitôt que vous arriverez à Londres. En
+un mot, si jamais vous vous trouvez, comme peut-être vous pourrez l'être, en peine
+pour un peu d'argent, vous savez où je suis. Il ne sera pas dit que je vous verrai
+vaincu, tant que vous lutterez comme un homme. Adieu! Dieu vous bénisse!<a id="footnotetag1107" name="footnotetag1107"></a><a href="#footnote1107" title="Lien vers la note 1107"><span class="small">[1107]</span></a></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page448" name="page448"></a>(p. 448)</span> En même temps, il écrivit à son vieil ami Murdoch, qui était établi à
+Londres, pour lui recommander son frère. Le pauvre Williams commença
+dans la grande ville l'existence d'un ouvrier qui cherche de la besogne
+et obtient, tantôt ici, tantôt là, quelques jours d'occupation. On le voit
+errant d'atelier en atelier. Il le raconte à son frère sur le ton doux et
+résigné qui lui est propre.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>J'ai trouvé du travail le vendredi après mon arrivée dans la ville; je n'y ai travaillé
+que huit jours, leur entreprise étant terminée. J'ai retrouvé du travail dans une
+boutique du Strand, le lendemain du jour où j'ai quitté mon premier maître. Ce n'est
+qu'une place temporaire, mais j'espère être bientôt fixé dans une boutique à mon gré,
+bien que ce soit une affaire plus difficile que je ne l'imaginais, car il y a de tels
+essaims de nouveaux ouvriers arrivés récemment de la campagne que la ville en est
+remplie, et que, je le crains, à moins d'être particulièrement un bon ouvrier, (ce
+que vous savez je ne suis pas et ne serai jamais), il est dur de trouver une place.
+Cependant je ne désespère pas de redresser ma dérive et de pincer le vent.</p>
+
+<p>L'encouragement ici n'est pas ce que j'attendais, les gages étant fort bas en proportion
+des dépenses de la vie. Cependant, si je mets de côté l'argent que les autres
+dépensent en dissipation et en débauche, j'espère bientôt vous renvoyer celui que
+je vous ai emprunté et vivre en outre confortablement<a id="footnotetag1108" name="footnotetag1108"></a><a href="#footnote1108" title="Lien vers la note 1108"><span class="small">[1108]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Le brave garçon ne devait pas lutter longtemps. Il fut pris, quatre mois
+après son arrivée à Londres, d'une fièvre maligne et, seul dans l'immense
+foule, pensant peut-être à la ferme d'Ayrshire, mourut le 24 juillet 1790,
+sans que Murdoch fût prévenu<a id="footnotetag1109" name="footnotetag1109"></a><a href="#footnote1109" title="Lien vers la note 1109"><span class="small">[1109]</span></a>. Robert prit pour lui les frais des funérailles.
+Il avait dignement remplacé le vieux père.</p>
+
+<p class="p2">D'autres sentiments de noble race circulaient constamment dans sa
+vie: l'amitié, la reconnaissance. Un de ses premiers protecteurs à Édimbourg
+avait été le comte de Glencairn. C'est de tous les hommes celui
+qu'il paraît avoir le plus vénéré. Il l'admirait sans réserve, et il fallait
+qu'un caractère fût vraiment d'or fin pour résister à la pierre de touche
+de sa perspicacité. «Mon attachement reconnaissant était en vérité si
+fort qu'il remplissait toute mon âme et était tressé avec le fil de mon
+existence.<a id="footnotetag1110" name="footnotetag1110"></a><a href="#footnote1110" title="Lien vers la note 1110"><span class="small">[1110]</span></a>» Le comte mourut à la fin de janvier 1791, dans sa 42<sup>e</sup> année,
+au retour d'un séjour d'hiver à Lisbonne. Ce fut pour Burns une douleur
+immense, il prit le deuil<a id="footnotetag1111" name="footnotetag1111"></a><a href="#footnote1111" title="Lien vers la note 1111"><span class="small">[1111]</span></a>. Il écrivit à la mémoire de son protecteur une
+élégie qu'il envoya à un des amis de Glencairn avec les vers suivants:</p>
+
+<p class="poem-ctr">
+Je t'adresse cette offrande votive,<br>
+Le tribut de larmes d'un c&oelig;ur brisé,<br>
+Tu estimais l'<span class="italic">ami</span>; moi, j'aimais le <span class="italic">bienfaiteur</span>;<br>
+<span class="pagenum"><a id="page449" name="page449"></a>(p. 449)</span> Son mérite, son honneur étaient de tous loués;<br>
+ Nous le pleurerons, jusqu'à ce que nous partions comme il est parti,<br>
+Et que nous suivions le sentier spectral vers ce sombre monde inconnu<a id="footnotetag1112" name="footnotetag1112"></a><a href="#footnote1112" title="Lien vers la note 1112"><span class="small">[1112]</span></a>.</p>
+
+<p>Cette élégie est d'un accent déchirant. Elle mérite de prendre place
+parmi la belle suite de poèmes que les plus grands des poètes anglais
+ont écrits à la mémoire d'amis disparus. On peut même dire que ni le
+<span class="italic">Lycidas</span> de Milton, ni l'<span class="italic">Astrophel</span> de Spencer, ni l'<span class="italic">Adonaïs</span> de Shelley
+n'ont le sanglot qui secoue ces strophes.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Le vent soufflait rauque des collines,<br>
+Par intervalles, le rayon mourant du soleil<br>
+Jetait un regard sur les bois jaunes et flétris<br>
+Qui ondulaient au-dessus du cours sinueux du Lugar:<br>
+Sous un escarpement rocheux, un Barde,<br>
+Chargé d'années et de lourde peine,<br>
+En haute lamentation, pleurait son seigneur<br>
+Que le Trépas avait pris bien avant l'heure.</p>
+
+<p>Il s'était appuyé contre un chêne antique,<br>
+Dont le tronc s'effritait par les ans;<br>
+Ses cheveux étaient blanchis par le temps,<br>
+Sa joue ridée était mouillée de larmes;<br>
+Et comme il touchait sa harpe tremblante,<br>
+Et comme il chantait son chant douloureux,<br>
+Les vents, se lamentant dans leurs cavernes,<br>
+Vers l'Écho en emportaient les notes:</p>
+
+<p>«Vous, oiseaux dispersés qui chantez faiblement,<br>
+Débris du ch&oelig;ur printanier!<br>
+Vous, bois qui répandez à tous les vents<br>
+Les ornements de l'année déclinante!<br>
+Quelques brefs mois et, joyeux et gais,<br>
+Vous charmerez de nouveau l'oreille et le regard;<br>
+Mais rien dans les cycles du temps<br>
+Ne peut à moi me ramener la joie.</p>
+
+<p>«Je suis un vieil arbre courbé,<br>
+Qui longtemps résista au vent et à la pluie;<br>
+Mais maintenant est venu une cruelle rafale,<br>
+Et c'en est fait de ma dernière attache à la terre;<br>
+Mes feuilles ne salueront plus le printemps,<br>
+Le soleil d'été n'exaltera plus ma floraison;<br>
+Il faut que je gise devant l'orage<br>
+Et que d'autres poussent à ma place.</p>
+
+<p>«J'ai vu mainte année changeante,<br>
+Je suis devenu un étranger sur terre;<br>
+J'erre au hasard dans les chemins des hommes,<br>
+Je ne les connais plus, je leur suis inconnu;<br>
+<span class="pagenum"><a id="page450" name="page450"></a>(p. 450)</span> Sans écho, sans pitié, sans secours,<br>
+Je porte seul mon fardeau de soucis,<br>
+Car silencieux, bien bas, sur des lits de poussière,<br>
+Dorment tous ceux qui partageraient mes chagrins.</p>
+
+<p>«Enfin (comble de toutes mes douleurs!)<br>
+Mon noble maître est couché dans l'argile;<br>
+La fleur de tous nos hardis barons,<br>
+L'orgueil de sa contrée, le soutien de sa contrée!<br>
+Je languis maintenant dans une lasse existence,<br>
+Car toute la vie de la vie est morte,<br>
+Et l'espérance a fui mon regard vieilli,<br>
+Sur ses ailes rapides à jamais envolée.</p>
+
+<p>«Éveille, pour la dernière fois, ta triste voix, ma harpe,<br>
+Une voix de détresse et de farouche désespoir;<br>
+Éveille-toi, fais résonner ton dernier lai,<br>
+Puis dors dans le silence pour toujours;<br>
+Et toi, mon dernier, mon meilleur, mon seul ami,<br>
+Qui remplis une tombe prématurée,<br>
+Accepte ce tribut du Barde<br>
+Que tu as retiré des plus noires ténèbres de la Fortune.</p>
+
+<p>«Dans le vallon bas et nu de la Pauvreté,<br>
+D'épais brouillards obscurs m'enveloppaient;<br>
+Quoique je levasse souvent un &oelig;il anxieux,<br>
+Aucun rayon de renommée n'apparaissait;<br>
+Tu m'as trouvé comme le soleil matinal<br>
+Qui fond les brouillards en air limpide;<br>
+Le Barde sans ami et sa chanson rustique<br>
+Devinrent tous deux ton cher souci.</p>
+
+<p>«Ô! pourquoi la vertu a-t-elle des jours si courts,<br>
+Tandis que les gredins ont du temps pour mûrir, devenir gris?<br>
+Faut-il que toi le noble, le généreux, le grand,<br>
+Tu tombes dans la forte fleur de la hardie virilité!<br>
+Pourquoi ai-je vécu pour voir ce jour-là,<br>
+Un jour pour moi plein de détresse?<br>
+Ô! que n'ai-je rencontré la flèche mortelle<br>
+Qui a abattu mon bienfaiteur!</p>
+
+<p>«Le fiancé peut oublier la fiancée<br>
+Dont il a fait hier son épouse, sa femme;<br>
+Le monarque peut oublier la couronne<br>
+Qui est sur son front depuis une heure;<br>
+La mère peut oublier l'enfant<br>
+Qui sourit si doucement sur ses genoux;<br>
+Mais je me souviendrai de toi, Glencairn,<br>
+Et de tout ce que tu as fait pour moi.»</p>
+</div>
+
+<p>Toute la pièce est belle; il y règne un indicible accent de douleur
+inconsolable; surtout la dernière strophe est admirable de simplicité et
+<span class="pagenum"><a id="page451" name="page451"></a>(p. 451)</span> d'émotion. C'est un chagrin qui avait vraiment pénétré au plus profond
+de sa vie. Il disait:</p>
+
+<p class="quote">«Le deuil, que je me suis fait à moi-même l'honneur de porter en mémoire de sa
+seigneurie, n'a pas été «une contrefaçon de douleur». Et ma gratitude ne périra pas
+avec moi! Si parmi mes enfants, j'ai un fils qui ait du c&oelig;ur, il transmettra à son
+enfant, comme une fierté de famille et une dette de famille, que je dois ce qui m'a été
+le plus cher dans l'existence à la noble maison de Glencairn<a id="footnotetag1113" name="footnotetag1113"></a><a href="#footnote1113" title="Lien vers la note 1113"><span class="small">[1113]</span></a>.»</p>
+
+<p>Près de quatre ans après, lorsqu'il lui vint un fils, il lui donna le nom
+de James Glencairn.</p>
+
+<p class="p2">Sa générosité, qui était un des traits, disons mieux, un des éléments
+de son caractère, était toujours en éveil, toujours prête et prompte à agir,
+sans une seconde d'hésitation, par élan prime-sautier. Un délicat poète
+écossais, Michael Bruce, était mort à vingt-et-un ans<a id="footnotetag1114" name="footnotetag1114"></a><a href="#footnote1114" title="Lien vers la note 1114"><span class="small">[1114]</span></a>. Ses amis résolurent
+de publier ses &oelig;uvres, au bénéfice de sa vieille mère qui était dans la
+pauvreté. L'un d'eux, un jeune clergyman nommé Baird, qui devint professeur
+de langues orientales à l'Université d'Édimbourg et plus tard
+principal de l'Université, demanda à Burns l'appui de son nom et de sa
+plume. «Puis-je vous demander si vous voudrez prendre la peine de parcourir
+les manuscrits non publiés de Bruce qui sont en ma possession, de
+donner votre opinion et de suggérer les coupures, les changements ou
+les modifications qui vous sembleraient désirables? Et voulez-vous nous
+permettre de faire savoir que quelques lignes de vous seront ajoutées au
+volume?<a id="footnotetag1115" name="footnotetag1115"></a><a href="#footnote1115" title="Lien vers la note 1115"><span class="small">[1115]</span></a>» Voici la lettre qu'il reçut en réponse:</p>
+
+<p class="quote">Pourquoi m'avez-vous, cher Monsieur, écrit ces termes si hésitants à propos de
+l'affaire du pauvre Bruce? Ne connais-je pas et n'ai-je pas éprouvé les maux nombreux,
+les maux particuliers, qui sont le patrimoine de toute chair poétique? Vous
+pourrez faire votre choix de tous les poèmes inédits que je possède; et si votre lettre
+m'avait été adressée de façon à m'arriver plus tôt (je viens de la recevoir il y a un
+moment), je vous aurais aussitôt délivré de toute incertitude à ce sujet. Je vous
+demande seulement que quelque avertissement, dans la préface du livre, aussi bien
+que les feuilles de souscription, porte que la publication est uniquement pour le
+bénéfice de la mère de Bruce. Je ne veux pas que l'ignorance puisse supposer, ou
+la malignité insinuer que je me suis dévoué à cette &oelig;uvre pour des motifs mercenaires.
+Et vous ne devez pas, pour ma participation à cette affaire, me faire honneur d'aucune
+générosité remarquable. J'ai une telle armée de peccadilles, de fautes, de folies et de
+chutes (tout autre que moi pourrait donner à quelques-unes d'entre elles un nom plus
+sévère), qu'afin de rétablir un peu, quoique bien légèrement, la balance pour mon
+compte, je suis disposé à faire envers un semblable tout bien qui se trouve en mon
+très humble pouvoir, rien que dans le but égoïste d'éclaircir un peu la perspective
+du passé<a id="footnotetag1116" name="footnotetag1116"></a><a href="#footnote1116" title="Lien vers la note 1116"><span class="small">[1116]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page452" name="page452"></a>(p. 452)</span> Cette lettre à elle seule eût fait l'ornement du volume. Mais Burns offrait
+bien plus; il présentait à pleines mains tout ce qu'il possédait, et là
+dedans est son <span class="italic">Tam de Shanter</span> qu'il venait d'achever. C'était tous ses
+trésors; il les donnait sans une pensée pour lui-même. Nous comprenons
+la phrase qui termine cette lettre; noue savons quel aveu elle contient
+et à quelle faute il est probable qu'elle s'adressait. Elle est ici à sa vraie
+place, à côté de ce qui la rectifie. Les sentiments où elle est enclavée
+rétablissent l'équilibre; l'occasion même qui la fit écrire montre combien
+de qualités se mêlaient aux faiblesses de l'écrivain.</p>
+
+<p>Pour tous ceux qui avaient recours à lui, il était prodigue de son
+temps, de ses démarches, toujours prêt à écrire, à mettre sa puissante
+rhétorique au service d'un pauvre diable dans l'embarras. La moindre
+injustice dont il voyait souffrir quelqu'un autour de lui le révoltait, le
+mettait en état d'éloquence. Un maître d'école de ses connaissances, de
+Moffat, nommé Clarke, avait eu des démêlés avec ses supérieurs. On lui
+faisait, semble-t-il, des reproches injustes. Aussitôt Burns rédige pour
+lui un plaidoyer habile et digne, adressé au lord prévost d'Édimbourg.
+Il écrit à un personnage influent pour le prier d'intervenir, en faveur de
+son protégé, auprès des magistrats et du conseil municipal de la cité, qui
+avaient en mains le patronage de l'école de Moffat. Sa recommandation
+est ardente.</p>
+
+<p class="quote">Il est vrai, Monsieur, et je sens la force de cette observation, qu'un homme dans ma
+situation humble et chétive se méprend beaucoup sur lui-même et se méprend
+beaucoup sur les voies du monde, lorsqu'il a la présomption d'offrir son influence
+auprès d'un corps aussi hautement respectable que les patrons que j'ai mentionnés. À
+cela... que pouvais-je faire? Un homme de capacités, un homme de talent, un homme
+de vertu et mon ami... plutôt que de me tenir tranquille et silencieux et de le voir
+périr ainsi, je serais allé sur mes genoux vers les rochers et les montagnes pour les
+implorer de tomber sur ses persécuteurs et de les écraser, eux et leur méchanceté,
+dans une destruction méritée. Croyez-moi, Monsieur, c'est un homme envers qui on est
+grandement injuste<a id="footnotetag1117" name="footnotetag1117"></a><a href="#footnote1117" title="Lien vers la note 1117"><span class="small">[1117]</span></a>.</p>
+
+<p>Son désir d'être utile ne se confinait pas à ses relations particulières.
+Il avait une bonne volonté plus générale. Elle s'était traduite par une
+entreprise bien curieuse pour cette époque. Avec un propriétaire voisin,
+le capitaine Riddell, l'héritier du sifflet, il avait créé, en pleine campagne
+et il y a cent ans, ce qui commence seulement à fonctionner chez nous:
+une bibliothèque populaire circulante<a id="footnotetag1118" name="footnotetag1118"></a><a href="#footnote1118" title="Lien vers la note 1118"><span class="small">[1118]</span></a>. Il s'y était donné tout entier et il
+en était la cheville ouvrière. «M<sup>r</sup> Burns a été assez bon pour prendre
+sur lui toute la charge de cette petite affaire. Il était le trésorier, le
+bibliothécaire et le censeur de cette petite société qui conservera
+<span class="pagenum"><a id="page453" name="page453"></a>(p. 453)</span> longtemps le souvenir reconnaissant de son dévoûment public et de
+ses efforts pour ses progrès et son instruction<a id="footnotetag1119" name="footnotetag1119"></a><a href="#footnote1119" title="Lien vers la note 1119"><span class="small">[1119]</span></a>.» Lorsque sir John
+Sinclair entreprit son grand travail du <span class="italic" lang="en">Statistical Account of Scotland</span>,
+Burns lui-même lui envoya un compte rendu de cette louable tentative.
+Il en ressort nettement que l'idée de la bibliothèque était inconnue
+et qu'il s'agissait bien d'une innovation. C'est d'ailleurs une belle lettre,
+claire, pratique, et par endroits éloquente. La haute intelligence de
+Burns avait anticipé un des moyens les plus actifs de l'éducation
+populaire; il en expose les avantages, sans déclamation, dans des
+termes dont la modération et la justesse ne sont pas moins remarquables
+que la hauteur. Sûrement, on ne dit pas mieux aujourd'hui sur ce sujet.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Monsieur, la circonstance suivante a, je crois, été omise dans l'exposé statistique
+qui vous a été transmis de la paroisse de Dunscore en Nithsdale. Je vous demande la
+permission de vous l'envoyer, parce qu'elle est nouvelle et parce qu'elle peut être
+utile. Jusqu'à quel point elle mérite une place dans votre patriotique publication, vous
+en êtes le meilleur juge.</p>
+
+<p>Garnir les esprits des classes inférieures de connaissances utiles est certainement
+d'une très grande importance, à la fois pour les individus qui les constituent et pour
+la société entière. Leur donner un goût pour la lecture et la réflexion, c'est leur
+donner une source d'amusement innocent et louable; et c'est en outre les élever à un
+degré de dignité plus haut dans l'échelle des êtres raisonnables. Frappé de cette idée,
+un gentleman de cette paroisse, Robert Riddell Esq. de Glenriddell, a établi une sorte
+de bibliothèque circulante, sur un plan si simple qu'il est pratiquable dans n'importe
+quel coin du pays, et si utile qu'il mérite l'intérêt de tout gentleman de campagne qui
+pense que l'amélioration de cette portion de son espèce, que le hasard a placée à
+l'humble rang de paysan et d'artisan, est un objet digne d'attention.</p>
+
+<p>M<sup>r</sup> Riddell persuada à un certain nombre de ses propres tenanciers et de fermiers
+voisins de former entre eux une société, dans le but d'avoir une bibliothèque
+commune. Ils prirent un engagement légal d'y rester pendant trois années, avec une
+ou deux clauses de résiliation, en cas d'éloignement ou de mort. Chaque membre, à son
+entrée, payait cinq shellings; et à chacune des réunions, qui avaient lieu le quatrième
+samedi de chaque mois, on ajoutait une somme de six pence. Avec cette première
+mise de fonds et le crédit qu'ils obtinrent, sous la garantie de leurs fonds futurs, ils
+établirent dès le début une provision fort passable de livres. Les auteurs qu'on devait
+acheter étaient toujours décidés par la majorité. À chaque réunion, tous les livres,
+sous peine d'amende ou de déchéance, en guise de sanction, devaient être produits.
+Les membres avaient choix, des volumes selon un roulement: celui dont le nom était
+le premier sur la liste, pour ce soir-là, pouvait choisir le volume qu'il voulait dans
+toute la collection; le second choisissait après le premier; le troisième après le
+second et ainsi de suite, jusqu'au dernier. À la réunion suivante, celui dont le nom
+avait été le premier sur la liste à la séance précédente, était le dernier; celui qui
+avait été le second était le premier, et ainsi successivement pendant les trois années.
+À l'expiration de l'engagement, les livres furent vendus aux enchères, mais seulement
+entre les membres de la société, et chacun d'eux eut sa part du fonds commun, en
+argent ou en livres, selon qu'il lui plut d'être acheteur ou non.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page454" name="page454"></a>(p. 454)</span> Lors de la dissolution de cette petite société, qui s'était formée sons le patronage
+de M<sup>r</sup> Riddell, soit par les dons de livres qu'on avait reçus de lui, soit par les achats,
+on avait rassemblé plus de 150 volumes. On pense bien qu'on avait acheté pas mal de
+choses sans valeur. Cependant parmi les livres de cette petite bibliothèque se trouvaient:
+<span class="italic">Les Sermons de Blair</span>, <span class="italic">l'Histoire d'Écosse de Robertson</span>, <span class="italic">l'Histoire des Stuarts</span>
+de Hume, <span class="italic">Le Spectateur</span>, <span class="italic">L'Oisif</span>, <span class="italic">L'Aventurier</span>, <span class="italic">Le Miroir</span>, <span class="italic">Le Flâneur</span>, <span class="italic">L'Observateur</span>,
+<span class="italic">L'Homme sensible</span>, <span class="italic">L'Homme du Monde</span>, <span class="italic">Chrysal</span>, <span class="italic">Don Quichotte</span>, <span class="italic">Joseph Andrews</span>, <span class="italic">etc.</span>
+Un paysan qui peut lire et goûter de pareils livres est certainement un être au-dessus
+de son voisin qui chemine à côté de son attelage, très peu différent, si ce n'est pour la
+forme, des brutes qu'il conduit.</p>
+
+<p>Souhaitant à vos efforts patriotiques le succès qu'ils méritent si bien, je suis,
+Monsieur, votre humble serviteur.</p>
+
+<p class="left50">Un Paysan.<a id="footnotetag1120" name="footnotetag1120"></a><a href="#footnote1120" title="Lien vers la note 1120"><span class="small">[1120]</span></a></p>
+</div>
+
+<p>La portée d'intelligence dont cette lettre fait preuve n'est pas ce
+qui nous intéresse le plus en ce moment. Ce qu'il importe de retenir
+c'est qu'elle représente trois années d'actes louables, d'activité, d'assiduité,
+de surveillance, en un mot de dévoûment, mis au service d'une
+&oelig;uvre qu'il estimait utile. Elle lui fait honneur aussi à cause de sa
+simplicité et de sa modestie. Qui imaginerait que l'anonyme qui parlait
+ainsi du mérite des autres était celui qui avait le plus contribué de son
+temps et de ses démarches à établir ce fragment de progrès?</p>
+
+<p>Enfin, il y avait en lui de grandes ressources de bienveillance pour
+tous, un désir sincère et sans cesse en émoi que le malheur dont est
+pétrie la condition humaine diminuât, un état toujours ardent de souhait
+qu'un peu plus de bonheur fût répandu.</p>
+
+<p class="quote">«Dieu sait que je ne suis pas un saint; j'ai une armée de folies et de péchés dont
+j'aurai à répondre; mais si je pouvais (et je crois que je le fais autant que je le peux),
+je voudrais «essuyer les larmes sur tous les yeux». Même les gredins qui m'ont fait
+tort, je voudrais les obliger; quoique, pour dire la vérité, ce serait plutôt par vengeance,
+pour leur montrer que je suis indépendant d'eux et au-dessus d'eux, plus que par un
+trop plein de bienveillance<a id="footnotetag1121" name="footnotetag1121"></a><a href="#footnote1121" title="Lien vers la note 1121"><span class="small">[1121]</span></a>.»</p>
+
+<p>Sans doute, ces sentiments n'ont rien d'extraordinaire. Tout homme
+les éprouve; ils sont le pain quotidien de la vie. Mais ce pain est fait ici
+d'un froment riche et savoureux. Sans doute encore, ces actions n'ont rien
+d'héroïque; elles sont de bonne humanité courante. Mais elles ont ici
+une énergie et une chaleur singulières, une force de contagion. Il est
+indéniable que tout cela constitue les éléments d'une brave vie, respirant
+la droiture, animée de cordialité, accomplissant toutes ses fonctions familiales
+ou sociales, avec une franchise d'attaque et un bon vouloir constants.
+Et il convient de ne pas oublier que quelques passages de lettres ne sont
+que des révélations éparses et accidentelles d'un long déroulement.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page455" name="page455"></a>(p. 455)</span> Ne sont-ce pas là des déchirures par lesquelles se découvre toute une
+profondeur d'existence faite d'aspirations et d'actes méritoires? Il y
+pénètre un rayon de lumière qui, pendant une minute, en révèle la réelle
+substance, l'état continu et normal. Les fautes qui la tachent sont à coup
+sûr haïssables, puisqu'elles furent des sources de souffrance pour autrui;
+socialement, elles sont inexorables, chargées de reproches, de remords,
+de suites cruelles. Il est juste de les noter, d'abord parce qu'elles
+existent, et à cause de leurs dégâts. Mais il est équitable également
+de se rappeler qu'un instant suffit à une faiblesse, que celles-ci peuvent
+apparaître dans une nature saine et noble par ailleurs, et qu'il y avait
+en Burns un fonds et une permanence de bon travail et d'&oelig;uvre utile,
+sur lesquels les fautes et, si l'on y tient, les scandales de sa vie ne sont
+rien davantage que des flocons d'écume passagers. C'est à cette condition
+seulement que notre jugement sera impartial, parce qu'il aura du moins
+fait un effort pour être complet.</p>
+
+<p class="p2">Ce qu'il y a de merveilleux, c'est qu'à travers ces labeurs et ces tourments,
+qui auraient usé ou amorti tout ressort dans la plupart des hommes,
+son activité et sa fraîcheur intellectuelles restaient intactes. Il trouvait du
+temps pour des lectures nombreuses et sérieuses. On le voit lire Smollett,
+Otway, Ben Jonson, Molière, Corneille, Racine et «Voltaire aussi<a id="footnotetag1122" name="footnotetag1122"></a><a href="#footnote1122" title="Lien vers la note 1122"><span class="small">[1122]</span></a>». Il
+lit et relit le livre d'Adam Smith<a id="footnotetag1123" name="footnotetag1123"></a><a href="#footnote1123" title="Lien vers la note 1123"><span class="small">[1123]</span></a>; les philosophes: Dugald Steward, Reid
+Alison<a id="footnotetag1124" name="footnotetag1124"></a><a href="#footnote1124" title="Lien vers la note 1124"><span class="small">[1124]</span></a>.</p>
+
+<p class="poem30">Je vous envoie ici, par Johnnie Simpson,<br>
+Deux sages philosophes à parcourir!<br>
+Smith, avec sa sympathie de sentiment,<br>
+Et Reid qui en appelle au sens commun.<br>
+Les Philosophes ont lutté et combattu,<br>
+Écrasé beaucoup de Latin et de Grec,<br>
+Jusqu'à ce que fatigués de leur jargon de logique<br>
+Et embourbés dans la profondeur de leur science,<br>
+Ils en appellent maintenant au sens commun,<br>
+À ce que les femmes et les tisserands voient et sentent.<br>
+Mais écoutez, ami, je vous en prie strictement,<br>
+Parcourez-les et renvoyez-les vitement<a id="footnotetag1125" name="footnotetag1125"></a><a href="#footnote1125" title="Lien vers la note 1125"><span class="small">[1125]</span></a>.</p>
+
+<p>N'est-ce pas là une jolie et pénétrante définition de l'école écossaise?
+Sa correspondance était devenue très étendue. Il y mettait beaucoup de
+soin. Elle prenait parfois le ton et l'importance de véritables consultations,
+de critique, car de tous côtés on lui soumettait des poèmes, on lui
+demandait son avis.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page456" name="page456"></a>(p. 456)</span> Mais surtout sa production poétique demeure légère et vive. Il y avait
+en lui une alouette qui chantait bien au-dessus des sillons, des soucis et
+des souillures. Cependant sa direction poétique, pendant un instant, courut
+des dangers, et, sur quelques points, subit des modifications dont il
+convient de signaler les causes et la portée.</p>
+
+<p>Édimbourg faillit avoir sur lui une aussi pernicieuse influence au point
+de vue littéraire qu'au point de vue moral. Ce long contact avec des
+esprits abstraits et généralisateurs, avec des &oelig;uvres distinguées mais
+presque toutes froides et correctes, purs efforts d'intelligence dépouillée
+d'imagination et de passion, semble lui avoir fait concevoir un idéal
+littéraire situé à l'opposé de celui qu'impliquaient ses premières productions.
+Lui qui était si original, si concret, et qui n'avait eu d'autre
+maître que l'observation directe et la nature, il fut gagné et comme intimidé,
+par le bel appareil régulier et classique en faveur dans cette société
+de professeurs et de théologiens. Il se sentait porté vers l'imitation de ces
+ordonnances méthodiques.</p>
+
+<p>D'autre part, il était éloigné de sa première manière par des considérations
+un peu futiles. Son éblouissant succès avait fait naître une quantité
+d'imitations inférieures. Il n'était rimeur de bourgade ou de village
+qui ne se mît en tête qu'il était un Burns. Ce fut probablement pour beaucoup
+d'eux leur plus bel effort d'imagination. De toutes parts, des listes
+de souscription circulaient annonçant des poèmes en dialecte écossais:
+il s'était imaginé que ce nom était en discrédit auprès du public.</p>
+
+<p class="quote">Mon succès a encouragé un tel banc de mauvais fretin, de monstres, à se produire
+devant l'attention publique sous le titre de poètes écossais, que le seul terme de poésie
+écossaise touche au ridicule<a id="footnotetag1126" name="footnotetag1126"></a><a href="#footnote1126" title="Lien vers la note 1126"><span class="small">[1126]</span></a>.</p>
+
+<p>Il en était tellement convaincu qu'il conseillait aux amis d'un pauvre
+poète écossais nommé Mylne, qui avaient entrepris de publier ses &oelig;uvres,
+d'éviter de donner des poèmes en dialecte écossais.</p>
+
+<p class="quote">Mon succès, où il entrait peut-être autant d'accident que de mérite, a amené une
+inondation de sottise sous le nom de Poésie écossaise. Les listes de souscription pour
+des poèmes écossais ont tellement assommé et ne cessent journellement de tant
+assommer le public, que le nom est en danger de mépris. Pour ces raisons, s'il est
+opportun de publier quelques-uns des poèmes de M. Mylne dans un magazine, ce ne
+doit pas, dans mon opinion, être un poème écossais<a id="footnotetag1127" name="footnotetag1127"></a><a href="#footnote1127" title="Lien vers la note 1127"><span class="small">[1127]</span></a>.</p>
+
+<p>Il répudiait presque ce qui l'avait fait célèbre. Il y a là sans doute une
+explication partielle de son éloignement momentané de la poésie de
+son premier volume. Il oubliait qu'un artiste crée souvent le goût public,
+<span class="pagenum"><a id="page457" name="page457"></a>(p. 457)</span> et que c'était lui-même qui avait enfanté cette passion pour la poésie
+écossaise dont il trouvait qu'on abusait maintenant.</p>
+
+<p>C'était en lui une autre idée fausse, provenant des mêmes parages, que
+s'il donnait des &oelig;uvres analogues à ses premières, elles seraient moins
+bien reçues.</p>
+
+<p class="quote">Je sais bien que, lors même que je donnerais au monde des &oelig;uvres supérieures à
+mes premiers ouvrages, si elles étaient du même genre que ceux-là, la comparaison
+des deux accueils me mortifierait<a id="footnotetag1128" name="footnotetag1128"></a><a href="#footnote1128" title="Lien vers la note 1128"><span class="small">[1128]</span></a>.</p>
+
+<p>Il était certain qu'un nouveau volume de poèmes par Burns ne produirait
+plus, ne pouvait plus produire le coup d'étonnement du premier, et
+que l'acclamation, qui avait salué la publication de Kilmarnock, ne se
+renouvellerait pas. C'était cependant là, il faut le dire, une préoccupation
+infime, indigne du poète. Il ne s'occupait pas de la réception que le
+public ferait à ses vers, le jour où il écrivait ses strophes à <span class="italic">la Souris</span>, ou la
+<span class="italic">Sainte Foire</span>, ou la <span class="italic">Vision</span>. Il écrivait pour lui-même, par besoin d'exprimer
+un sentiment; ces jours-là il avait vécu, si on peut le dire, des
+heures d'admirable égoïsme. Ce souci du public est un des dangers du
+succès. Ce qu'on risque de perdre gêne la production.</p>
+
+<p>Enfin, il était impossible que les changements moraux et intellectuels,
+produits par l'entrée dans l'âge mûr, n'eussent point de retentissement
+dans sa production. Là était peut-être le danger le plus réel, parce qu'il
+tenait à l'être lui-même. Burns pénétrait dans une période de vie moins
+spontanée, plus réfléchie, où l'on ressent moins, où l'on examine et analyse
+davantage. Il laissait moins travailler en lui l'inconscient. Cette belle
+production de Mauchline, si rapide qu'il l'oubliait presque, tendait à faire
+place à un labeur plus méthodique, à une préparation, à une possession
+plus consciente des moyens. Lui qui devait dire avec justesse de lui-même:
+«J'ai, deux ou trois fois dans ma vie, composé par volonté plutôt
+que par impulsion, mais je n'ai jamais réussi à faire rien de bon<a id="footnotetag1129" name="footnotetag1129"></a><a href="#footnote1129" title="Lien vers la note 1129"><span class="small">[1129]</span></a>», il
+parlait de travail, d'application.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Je n'ai pas grande foi dans les prétentions vaniteuses à une justesse par intuition et
+à une élégance sans travail. Les matériaux frustes du talent d'écrire sont certainement
+le don du génie, mais je crois aussi fermement que l'habileté est due à l'effort
+réuni du travail, de l'attention et d'essais répétés<a id="footnotetag1130" name="footnotetag1130"></a><a href="#footnote1130" title="Lien vers la note 1130"><span class="small">[1130]</span></a>.</p>
+
+<p>Le caractère et l'emploi de poète étaient jadis mon plaisir, mais ils sont maintenant
+mon orgueil. Je sais qu'une grande part de mon éclat de naguère était dû à la singularité
+de ma situation et à un honorable préjugé des Écossais; mais, malgré tout,
+comme je l'ai dit dans la préface de ma première édition, je me considère comme
+tenant de la nature quelques prétentions au titre de poète. Je ne doute pas que le don,
+<span class="pagenum"><a id="page458" name="page458"></a>(p. 458)</span> l'aptitude à apprendre le métier des muses ne soit un présent de celui qui «forme les
+secrets penchants de l'âme», mais je crois tout aussi fermement que <span class="italic">l'excellence</span> dans
+la profession est le fruit de l'activité, du travail, de l'attention, de la peine. Du moins
+je suis résolu à soumettre ma doctrine à l'épreuve de l'expérience. Je diffère une
+seconde apparition imprimée jusqu'à un jour très lointain, un jour qui peut ne jamais
+arriver. Mais je suis déterminé à poursuivre la poésie de toute ma vigueur<a id="footnotetag1131" name="footnotetag1131"></a><a href="#footnote1131" title="Lien vers la note 1131"><span class="small">[1131]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Ces considérations sont justes. Il n'y a rien à y reprendre, sinon
+qu'elles indiquent un état d'esprit plus critique, l'introduction de plus de
+sang-froid dans le travail, une façon plus raisonnée et plus volontaire
+de produire.</p>
+
+<p>Toutes ces choses conspiraient à éloigner Burns de sa manière native
+et naturelle; elles le poussaient à l'imitation anglaise. Si, du moins, il
+s'était tourné vers les fruits récents. Déjà, depuis dix ans, Cowper avait
+émancipé la poésie, reconquis le naturel, donné des modèles délicieux
+de sincérité dans le sentiment et de liberté dans le vers. Burns le
+connaissait et c'est même un trait assez touchant que ce grand poète
+hésitant, faute de quelques shellings, à acheter les &oelig;uvres du poète
+anglais. «J'oublie le prix des poèmes de Cowper, mais je crois qu'il faut
+que je les aie<a id="footnotetag1132" name="footnotetag1132"></a><a href="#footnote1132" title="Lien vers la note 1132"><span class="small">[1132]</span></a>.» À la rigueur, il aurait pu trouver de ce côté une forme
+souple, compatible avec son génie. Mais c'était un provincial. Il retardait
+et de presque un demi-siècle. On est étonné de le voir, passant par-dessus
+les efforts de Goldsmith et de Gray, remonter jusqu'à Pope, jusqu'à ce
+qu'il y a de plus froidement, de plus ingénieusement compassé dans la
+littérature anglaise. Naturellement cette imitation entraînait l'abandon de
+son dialecte natal, si savoureux, si preste, si pittoresque et plein d'effets
+inattendus. Il lui faut écrire en anglais pur, en anglais classique du <span class="smcap85">XVIII</span><sup>e</sup>
+siècle, pas celui de Fielding ou de Smollett, mais l'anglais le plus roide,
+le plus symétrique, le plus factice. Il lui faut aller tout droit aux défauts
+exactement opposés aux qualités qu'il possédait. On découvre là tout un
+nid de pièces dans le plus pur goût de 1740: <span class="italic">Épître à Robert Graham</span>,
+<span class="italic" lang="la">Sappho Rediviva</span>, l'<span class="italic">Esquisse en vers</span> dédiée à Fox, les <span class="italic">Prologues</span> pour le
+théâtre de Dumfries, l'<span class="italic">Épître d'Ésope à Maria</span>, et jusqu'à un sonnet et une
+<span class="italic">Ode sur le Bill de Régence</span>, à propos de la maladie du roi. «J'ai fini une pièce
+dans la manière des <span class="italic">Épîtres morales</span>, de Pope», disait-il en parlant de son
+épître à Robert Graham<a id="footnotetag1133" name="footnotetag1133"></a><a href="#footnote1133" title="Lien vers la note 1133"><span class="small">[1133]</span></a>. Il avait l'intention d'en écrire d'autres. «La
+pièce adressée à M. Graham est mon premier essai dans ce genre épistolaire
+et didactique<a id="footnotetag1134" name="footnotetag1134"></a><a href="#footnote1134" title="Lien vers la note 1134"><span class="small">[1134]</span></a>». Et encore: «J'ai récemment, c'est-à-dire depuis que
+la moisson a commencé, écrit un poème non pas en imitation mais dans
+la manière des Épîtres morales de Pope. Ce n'est qu'un court essai, juste
+<span class="pagenum"><a id="page459" name="page459"></a>(p. 459)</span> pour essayer la force des ailes de ma muse dans cette direction<a id="footnotetag1135" name="footnotetag1135"></a><a href="#footnote1135" title="Lien vers la note 1135"><span class="small">[1135]</span></a>». Imagine-t-on
+l'auteur des épîtres de Mossgiel, ces petits chefs-d'&oelig;uvre bondissants
+de vivacité, de vie et de fantaisie, s'emprisonnant dans les roides brancards
+du lent et pompeux carrosse de Pope? Cette aberration menaçait de
+pénétrer bien loin et de gâter ses inspirations les plus intéressantes. Il
+avait projeté un poème autobiographique intitulé <span class="italic" lang="en">The Poet's Progress</span>. On
+se représente sans peine quelle admirable confession, quel récit touchant,
+audacieux et comique, quel tableau de la vie écossaise, quelle
+galerie de portraits d'hommes et de femmes, eût été ce poème écrit
+comme ses premières &oelig;uvres. C'eût été un livre unique, plus curieux
+encore peut-être et à coup sûr plus varié que le <span class="italic">Prélude</span> de Wordsworth.
+Malheureusement il s'était mis dans l'esprit de l'écrire dans le même
+style que l'<span class="italic">Épître</span> à Robert Graham. «Ce poème est une espèce de composition
+nouvelle pour moi, mais je n'ai pas l'intention que ce soit mon
+dernier essai de ce genre, comme vous le verrez par le <span class="italic" lang="en">Poet's Progress</span>.
+Ces fragments, si mon projet réussit, ne sont qu'une petite partie du tout
+projeté. Ce sera, dans ma pensée, l'&oelig;uvre de mes plus grands efforts
+mûris par les années<a id="footnotetag1136" name="footnotetag1136"></a><a href="#footnote1136" title="Lien vers la note 1136"><span class="small">[1136]</span></a>». On a quelques fragments de ce poème. Ce sont
+principalement deux portraits de Creech et de Smellie. Ils ressemblent
+aux portraits semés dans les &oelig;uvres satiriques de Dryden et de Pope.
+Hormis l'intérêt biographique, on regrette peu que ce poème n'ait pas
+été achevé.</p>
+
+<p>Outre ces imitations de poésie didactique, il y a, de ci de là, des traces
+d'autres influences purement littéraires: ses lignes sur l'<span class="italic">Hermitage de
+Friar's Carse</span> se rattachent à l'<span class="italic">Hermite</span> de Parnell, à l'<span class="italic">Edwin et Angelina</span> de
+Goldsmith, et aux vers sur l'<span class="italic">Hermite</span> de Beattie. Ses strophes au <span class="italic">Hibou</span>
+tiennent de la même origine. Dans bien des pièces, où l'on trouve des
+ruines, des apparitions fantastiques, des décors démodés, on sent le faux
+romantisme du <span class="smcap85">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, et cela contraste avec le vigoureux réalisme
+de ses premières &oelig;uvres. Parfois il pousse des tentatives assez hardies
+dans d'autres directions: ses vers sur <span class="italic">Les ruines de l'abbaye de Lincluden
+vues le soir</span>, ne sont pas déjà si loin du célèbre morceau de Walter Scott
+sur les ruines de l'abbaye de Melrose.</p>
+
+<p>Il y eut donc un moment où son génie hésita entre deux directions et
+où l'on aurait pu craindre qu'il ne prît une fausse voie.</p>
+
+<p>Sans doute, il était trop foncièrement sincère pour s'accommoder longtemps
+de cette contrainte. Sa personnalité était trop forte pour que la
+condition subalterne qu'impliqué l'imitation fût durable. Un jour ou
+l'autre cette écorce devait craquer et tomber. C'est ce qui arriva en effet.
+Cependant il conserva de cette crise un emploi plus fréquent de l'anglais
+<span class="pagenum"><a id="page460" name="page460"></a>(p. 460)</span> pur. Beaucoup de ses pièces qui, pour l'inspiration, le sujet, les images,
+sont écossaises et se rapprochent de ses anciennes productions, sont
+écrites en langue littéraire. De ce nombre sont: la <span class="italic">Lamentation de Marie,
+reine d'Écosse</span>; l'<span class="italic">Élégie sur miss Burnet</span>, la charmante fille de lord Monboddo
+morte de phthisie, la <span class="italic">Lamentation</span> sur son protecteur James Glencairn,
+ses vers à <span class="italic">Marie dans le ciel</span>. Son maniement de l'anglais est parfait et
+quelques-uns de ses morceaux sont des chefs-d'&oelig;uvre. Cependant si l'on
+veut voir ce que sa pensée perd quelquefois à abandonner sa langue
+natale, on peut comparer sa pièce sur <span class="italic">Un Lièvre blessé</span>, écrite en anglais,
+avec la pièce <span class="italic">À la Souris</span>. Malgré la beauté de certaines strophes de la
+première, il y a plus d'accent et de détail de vie dans la seconde.</p>
+
+<p>Heureusement une circonstance le maintint dans l'emploi de sa langue
+maternelle. Pendant son séjour à Édimbourg, il avait fait la connaissance
+d'un graveur nommé James Johnson. Celui-ci avait formé le projet de
+publier une collection des chansons écossaises, en y joignant les airs avec
+accompagnement sur le piano. Burns, dévoué à l'ancienne poésie de
+son pays, lui promit son aide, soit pour réunir les chansons, soit pour
+les modifier de façon à les rendre présentables, soit pour en fournir de lui-même.
+Il se passionna pour cette entreprise et s'y donna tout entier, à
+ce point que le recueil de Johnson, dont les volumes paraissaient à
+intervalles éloignés, ne comprend pas moins de 180 chansons composées
+ou retouchées par lui. Jamais&mdash;et c'était une des formes les plus fières
+de son désintéressement&mdash;il ne voulut entendre parler de rémunération
+pécuniaire. Il se contenta de demander quelques exemplaires de chaque
+volume pour offrir à ses amis. Pendant son séjour à Ellisland, il est à
+chaque instant occupé à envoyer des chansons à Johnson. Elles comprennent
+quelques-unes de ses plus fameuses: <span class="italic">Le Temps jadis</span>, <span class="italic">John
+Andersen</span>, <span class="italic">Eppie Adair</span>, tout un groupe de chansons patriotiques et historiques
+comme la <span class="italic">Bataille de Sherramuir</span>, les <span class="italic">Hauteurs de Killiecrankie</span>, et
+une quantité considérable de chansons populaires, familières, narquoises,
+moitié comiques, moitié attendries, où il versa désormais, par gouttelettes,
+son humour et son observation de la vie. Cette contribution au
+recueil de Johnson marque un changement complet dans la production
+de Burns. On a vu que le volume de Kilmarnock ne comprenait, pour
+ainsi dire, que de petits poèmes populaires et pas de chansons. Désormais,
+Burns n'écrira plus guère que des chansons; elles seront presque
+exclusivement le produit de la seconde moitié de sa vie.</p>
+
+<p>Il y eut pourtant à Ellisland, une exception, un moment qui rappelle
+ceux de Mossgiel, qui, en réalité, est un des moments de Mossgiel vécu en
+arrière. Ce fut celui où il composa son inimitable <span class="italic">Tam de Shanter</span>, son
+plus puissant éclat de rire, son chef-d'&oelig;uvre au gré de tant de bons juges.
+C'était dans l'automne de 1790. Il passa une partie de la journée à se
+promener de long en large sur son sentier favori au bord de la rivière.
+<span class="pagenum"><a id="page461" name="page461"></a>(p. 461)</span> Sa femme l'observait de loin: il gesticulait, il semblait se murmurer des
+paroles, il était pris par instants d'accès de fou rire<a id="footnotetag1137" name="footnotetag1137"></a><a href="#footnote1137" title="Lien vers la note 1137"><span class="small">[1137]</span></a>. Il rentra le soir
+avec son étonnant poème, mais en réalité il venait de revivre une de ses
+journées d'Ayrshire: le sujet, les personnages, le paysage, tout était de
+là-bas.</p>
+
+<p>C'est qu'en réalité la terre d'Ellisland n'a jamais complètement pris
+Burns. Il n'a rien tiré d'elle directement: ni le paysage d'alentour, ni la
+vie rurale de cet endroit ne lui ont rien inspiré de bien considérable, de
+bien savoureux. Elle lui a été utile parce qu'elle l'a remis en face de la
+nature et dans son élément de production. Mais ce qu'il y a produit de
+plus fort était le fruit du terroir natal: <span class="italic">Tam de Shanter</span> est un moment
+de Mossgiel transplanté. Ellisland a donné à sa poésie un regain d'activité,
+elle ne lui a pas fait porter ses propres dons. Il ressemblait à un
+arbre dont la sève est déjà condensée en boutons et en fleurs, déjà nouée
+en fruits; un nouveau sol lui fournit ce qu'il faut de nourriture et d'air
+pour faire sortir ces fruits cachés; mais ils viennent de là-bas, ils ont la
+saveur du sol ancien.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section">V.<br>
+LE DÉPART DE LA FERME.</p>
+
+<p>Cependant il était depuis longtemps évident aux yeux de Burns qu'il
+était urgent de se débarrasser de cette ferme malheureuse. Dès le mois
+de septembre 1790, il écrivait qu'il voulait en sortir à tout prix:</p>
+
+<p class="quote">Je vais ou renoncer à ma ferme ou la sous-louer, le plus vite possible. Je n'ai pas
+le droit de la sous-louer; mais si mon propriétaire consent à me l'accorder, j'ai
+l'intention de la céder, aux termes où je la tiens moi-même, à un homme courageux,
+un de mes proches parents. Le fermage, dans le pays où je suis, serait juste un moyen
+de gagner sa vie pour un homme qui trimerait lui et sa famille; ce n'est donc pas la
+peine. Et vivre ici m'empêche d'acquérir ces connaissances dans l'Excise qu'il est
+absolument nécessaire pour moi de posséder<a id="footnotetag1138" name="footnotetag1138"></a><a href="#footnote1138" title="Lien vers la note 1138"><span class="small">[1138]</span></a>.</p>
+
+<p>Par bonheur il put s'entendre avec son propriétaire, M. Miller. En
+effet celui-ci trouva un acquéreur qui lui offrit 2000 livres pour ces
+terres dont Burns avait peine à retirer ses 70 livres de loyer<a id="footnotetag1139" name="footnotetag1139"></a><a href="#footnote1139" title="Lien vers la note 1139"><span class="small">[1139]</span></a>. Il fut
+décidé qu'il ne ferait pas la moisson des semailles de 1791. Le personnel
+de la ferme fut renvoyé. Jane Armour s'en alla avec ses enfants passer
+en Ayrshire, peut-être à Mossgiel, peut-être chez son père, une partie de
+<span class="pagenum"><a id="page462" name="page462"></a>(p. 462)</span> l'été<a id="footnotetag1140" name="footnotetag1140"></a><a href="#footnote1140" title="Lien vers la note 1140"><span class="small">[1140]</span></a>. Burns resta seul dans la maison abandonnée et triste. Le rite du
+bol de sel et la Bible n'avait pas porté bonheur aux premiers habitants;
+ces cérémonies-là ne réussissent que si nous y mettons un peu du nôtre.
+Lorsque les grains furent mûris, dans la dernière semaine d'août 1791,
+Burns vendit ses moissons sur pied, aux enchères. Une lettre de lui donne
+le tableau de la fin de cette journée, qui ajoute encore à ce qu'on a vu
+des m&oelig;urs de ce temps. Cette vente fut suivie d'une soûlerie générale
+qui dégénéra en bagarre.</p>
+
+<p class="quote">J'ai vendu ma récolte, il y a en aujourd'hui une semaine et je l'ai bien vendue:
+une guinée l'acre, en moyenne, au-dessus de la valeur. Mais cette contrée n'avait
+guère jamais vu une pareille scène d'ivrognerie. Après que la vente fut terminée,
+environ trente individus se mirent à se battre, chacun pour soi, et ils se battirent
+pendant trois heures. La scène dans l'intérieur de la maison ne valait guère mieux.
+Pas de bataille, il est vrai, mais des gens étendus ivres sur le plancher et vomissant,
+si bien que nos chiens se grisèrent tellement en circulant parmi eux qu'ils ne pouvaient
+plus se tenir. Vous devinez aisément comment j'ai goûté la scène; car je n'étais pas
+plus parti que vous n'aviez l'habitude de me voir<a id="footnotetag1141" name="footnotetag1141"></a><a href="#footnote1141" title="Lien vers la note 1141"><span class="small">[1141]</span></a>.</p>
+
+<p>Un peu plus tard, à la Saint-Martin, eut lieu la vente à la criée des
+outils et du matériel de la ferme. Dans son voyage des Borders, il avait
+assisté à un de ces encans qui sont le naufrage d'une famille, où les objets,
+arrachés à leur travail, ont un air désastreux d'épaves. Ce spectacle lui avait
+produit une telle impression qu'il l'avait notée: «Vais avec M. Hood,
+voir la vente d'un malheureux fermier. Préservez-moi, rigide économie
+et respectable activité, préservez-moi d'être le principal <span class="italic" lang="la">dramatis persona</span>
+dans une telle scène d'horreur<a id="footnotetag1142" name="footnotetag1142"></a><a href="#footnote1142" title="Lien vers la note 1142"><span class="small">[1142]</span></a>.» Voici qu'un jour pareil était venu pour
+lui. Sans doute il avait refuge dans un autre état: mais, tout de même,
+c'était son vieux métier de fermier qui était brisé, dont les débris gisaient
+épars. Un profond chagrin dut saisir tout ce qui, en lui, venait du passé,
+quand il vit dans la cour ses instruments, sa charrue, la compagne de
+tant de rêveries, les faulx, ses vaillantes faulx qui menaient si rudement
+la moisson, le fléau qui rompait ses bras mais laissait son esprit alerte;</p>
+
+<p class="poem-ctr">
+ Le fléau monotone du batteur<br>
+pendant toute la journée m'avait fatigué,</p>
+
+<p class="noindent">avait-il dit en rentrant le soir où il composa la <span class="italic">Vision</span>. Ils étaient
+exposés, oisifs, ayant déjà perdu leur bon air de familiarité avec la main
+humaine, de collaboration, qu'ont les outils en train. Et ses bêtes
+auxquelles il était attaché, ses chevaux, ses brebis, ses vaches, celles
+que lui avait données M<sup>rs</sup> Dunlop pour son mariage, ces animaux auxquels
+il parlait comme à des personnes; étonnés, effarés de ce remuement
+<span class="pagenum"><a id="page463" name="page463"></a>(p. 463)</span> insolite, ils suivaient leur maître ou le cherchaient du regard<a id="footnotetag1143" name="footnotetag1143"></a><a href="#footnote1143" title="Lien vers la note 1143"><span class="small">[1143]</span></a>. Comme
+on les aimait et qu'ils étaient bien traités, ils rapportèrent un bon
+prix, «Les vaches étaient belles et se vendirent très cher à la vente»
+racontait M<sup>rs</sup> Burns<a id="footnotetag1144" name="footnotetag1144"></a><a href="#footnote1144" title="Lien vers la note 1144"><span class="small">[1144]</span></a>. Mais que sont quelques pièces d'or à côté de
+la peine de perdre ces braves bêtes, de l'inquiétude de savoir entre
+quelles mains elles vont s'en aller? Il y avait pour la charrue un
+attelage de deux chevaux habitués l'un à l'autre. Ce fut un chagrin dans
+la famille de penser que ces deux compagnons allaient être séparés.
+Lui, qui avait écrit les vers à <span class="italic">la pauvre Mailie</span> et à <span class="italic">la vieille Jument</span>, ne put
+à coup sûr les voir partir, sans quelque chose dans ses yeux qui ressemblait
+à des larmes.</p>
+
+<p>Et quelle tristesse suprême quand il chargea sur une charrette son
+pauvre mobilier, qu'il fallut s'éloigner de la maison qui lui avait donné
+la sensation d'un foyer, où il avait pensé être heureux! Il ne se
+peut que ce moment n'ait été pour lui d'une mélancolie presque solennelle.
+Il disait pour toujours adieu à la terre. Elle avait été dure pour lui:
+depuis son enfance, elle avait pris sa sueur pour une maigre récompense;
+elle lui avait accordé des gerbes chétives et un pain gagné péniblement;
+elle avait été pour lui et les siens fertile en épines et en ronces, en soucis,
+en peines, en détresses de toute sorte. Mais elle lui avait versé prodiguement
+des dons plus magnifiques: la senteur de ses blés verts, l'éclat de
+ses moissons plus précieux que les moissons elles-mêmes, ses mille
+spectacles, ses clartés; elle avait nourri son esprit de rêveries, de beauté,
+de mélancolie; elle lui avait inspiré ses moments les plus hauts de contemplation,
+de pitié, de tendresse, d'enthousiasme; elle lui avait donné
+rien que dans une petite fleur brisée plus que des récoltes qui eussent fait
+plier ses greniers. Adieu donc, ô Terre, non point marâtre mais maternelle
+et bienfaisante, douce parente des solitudes où l'âme s'élargit, et
+s'élève et s'épure, qui tiens dans ton giron les salubres endurances, les
+efforts salutaires et les gaîtés robustes! Ton fils, le poète que plus que
+tout autre tu as formé, ton fils te quitte pour aller vers les mesquines
+demeures des hommes. Il tourne son visage aux cités. Il va trouver là-bas
+une vie qui ne se présente plus par les aspects universels, mais par des
+fièvres changeantes, les petitesses, les vilenies humaines. Tandis qu'il
+s'éloigne, peut-être à son c&oelig;ur confusément alarmé reviennent ces
+strophes d'autrefois qui lui disent toute sa perte:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Ô Nature! tous tes aspects, tes formes,<br>
+Pour les c&oelig;urs sensibles, pensifs, ont des charmes!<br>
+<span class="pagenum"><a id="page464" name="page464"></a>(p. 464)</span> Soit que le bon été réchauffe tout<br>
+De vie et de lumière,<br>
+Ou que l'hiver hurle en rafales orageuses,<br>
+Toute la longue et sombre nuit.</p>
+
+<p>La Muse, nul poète ne la trouva jamais,<br>
+Tant qu'il n'apprit pas à errer seul,<br>
+Le long des méandres d'un ruisseau trottant,<br>
+Sans trouver longues les heures;<br>
+Oh! il est doux de vaguer, de rêver, de méditer<br>
+Une chanson que le c&oelig;ur ressent!<a id="footnotetag1145" name="footnotetag1145"></a><a href="#footnote1145" title="Lien vers la note 1145"><span class="small">[1145]</span></a><a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+</div>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page465" name="page465"></a>(p. 465)</span> CHAPITRE VI.</h2>
+
+<p class="chapter">DUMFRIES.<br>
+<span class="smcap">Décembre 1791&mdash;Juillet 1796.</span></p>
+
+<p>Dumfries est située sur la rive gauche de la Nith, à huit milles au-dessus
+de l'endroit où cette rivière se jette dans le Solway-Frith. Elle est
+dans une plaine ovale, qui s'étend dans un amphithéâtre de collines
+boisées, derrière lesquelles se dressent plus au loin des montagnes. Ses
+constructions en grès rougeâtre se marient heureusement aux riches
+verdures dont elle est entourée et par endroits envahie. Un grand
+nombre de châteaux et de maisons de campagne parsèment ses alentours.
+Si l'on efface quelques améliorations; si l'on enlève quelques rues, deux
+ponts nouveaux, on peut se représenter ce qu'elle était au dernier siècle.</p>
+
+<p>C'était une petite ville provinciale assez bien bâtie, pittoresquement
+étalée le long de sa rivière, avec son vieux pont unique de neuf arches «si
+large que deux carrosses peuvent y avancer de front<a id="footnotetag1146" name="footnotetag1146"></a><a href="#footnote1146" title="Lien vers la note 1146"><span class="small">[1146]</span></a>». Elle en était fière
+parce qu'il a été construit par Devorgilla, mère de John Baliol, le fondateur
+de Baliol Collège à Oxford. Malgré qu'il ait été fait de belle pierre,
+il commençait cependant à être décrépit; on commençait à en bâtir un
+second, qui fut inauguré en 1795<a id="footnotetag1147" name="footnotetag1147"></a><a href="#footnote1147" title="Lien vers la note 1147"><span class="small">[1147]</span></a>. Elle comptait environ cinq mille âmes,
+et elle avait un air d'aisance et de propreté que tous les voyageurs ne
+manquaient pas de remarquer. «Nous arrivons à Dumfries, dit Pennant,
+ville élégante et bien bâtie<a id="footnotetag1148" name="footnotetag1148"></a><a href="#footnote1148" title="Lien vers la note 1148"><span class="small">[1148]</span></a>.»</p>
+
+<p>C'est qu'elle était vivante. Comme elle est située à l'endroit où la
+Nith commence à être navigable, elle avait son mouvement de navires. Les
+chemins de fer, en permettant de transporter facilement par tout le
+pays, les arrivages des contrées étrangères, ne les avaient pas encore
+centralisés dans quelques immenses métropoles de débarquement. Il fallait
+<span class="pagenum"><a id="page466" name="page466"></a>(p. 466)</span> amener les denrées et les matériaux d'outre-mer le plus près des endroits
+où ils devaient être employés. Les arrivées se reparaissaient le long des
+côtes; les petits ports d'embouchure desservaient pour l'entrée et la sortie
+toute la région environnante. Oisifs et délaissés aujourd'hui, ils avaient
+alors leur activité. Dumfries avait la sienne. Il lui venait des navires
+d'Amérique, des Antilles, non pas en grand nombre, mais suffisants pour
+entretenir un peu de trafic. Elle avait, en outre, une fois par semaine, un
+important marché de bestiaux. «Ses marchés hebdomadaires de bétail
+noir sont d'un grand avantage»<a id="footnotetag1149" name="footnotetag1149"></a><a href="#footnote1149" title="Lien vers la note 1149"><span class="small">[1149]</span></a>, dit Pennant. Pendant longtemps il
+avait eu lieu le lundi. En 1659, pour empêcher le scandale d'y amener
+les bêtes le jour du sabbat, un acte du Parlement l'avait transféré au
+mercredi. Il y descendait surtout le bétail de Galloway, qui partait
+ensuite pour le Sud. Ce jour attirait une grande affluence de monde.
+«Arrivés à Dumfries, vers neuf heures, dit Dorothée Wordsworth, jour
+de marché, rencontré des foules de gens sur la route.... Nous fûmes heureux
+de quitter Dumfries, ce qui n'est guère un endroit agréable pour ceux qui
+n'aiment pas le bruit d'une ville, qui semble prospérer et devenir riche<a id="footnotetag1150" name="footnotetag1150"></a><a href="#footnote1150" title="Lien vers la note 1150"><span class="small">[1150]</span></a>.»</p>
+
+<p>Ce n'était là qu'une partie de l'animation de Dumfries. Elle était en
+même temps une ville de plaisance et de plaisir. C'était la seule cité importante
+dans ce parage, et, en vertu du titre qui fait la royauté des borgnes,
+elle s'appelait «la reine du sud». C'était un lieu de résidence d'hiver
+pour la noblesse des environs. Il y avait des courses en octobre. Les clubs
+de chasseurs à courre, qu'on nomme des <span class="italic" lang="en">Hunts</span>, s'y donnaient rendez-vous.
+Le <span class="italic" lang="en">Caledonian Hunt</span> lui-même y venait d'Édimbourg. C'était une
+époque de chasses, de courses, de banquets, de bals, d'assemblées, de
+représentations théâtrales, de fêtes de tous genres et plantureuses.
+«Outre les banquets quotidiens dans les hôtels, le <span class="italic" lang="en">Caledonian Hunt</span> et le
+<span class="italic" lang="en">Dumfries Hunt</span> ont donné chacun un bal et un souper qui, pour le nombre
+et le rang distingué des invités, la splendeur des toilettes, l'élégance et la
+somptuosité de la réception, la richesse et les variétés des vins ont surpassé
+tout ce qu'on a jamais vu en ce genre.<a id="footnotetag1151" name="footnotetag1151"></a><a href="#footnote1151" title="Lien vers la note 1151"><span class="small">[1151]</span></a>» Un voyageur, R. Heron,
+a conservé l'aspect de ces semaines de réjouissance dans un tableau plein
+de mouvement. «En ces occasions, tous les hôtels et les auberges
+regorgeaient de monde. Dans la matinée, les rues n'offraient qu'une
+scène affairée de coiffeurs, d'apprenties modistes, de grooms, de
+valets, de voitures, allant, se pressant de toutes parts. Dans l'après-midi,
+tout le monde, jeunes et vieux, riches et pauvres, maîtres et
+domestiques, était dehors à suivre les chiens ou à regarder les courses.
+<span class="pagenum"><a id="page467" name="page467"></a>(p. 467)</span> Quand la foule rentrait, on s'occupait avec le même affairement et la
+même animation ardente des intérêts de l'appétit. La bouteille, la chanson,
+la danse et la table à cartes occupaient la soirée, et donnaient au
+commerce social le pouvoir de retenir et de charmer jusqu'au retour du
+matin. Dumfries, par elle-même, ne pouvait offrir assez d'artisans de
+plaisir pour une si grande occasion. Il y arrivait des domestiques, des
+entremetteurs, des porteurs de chaises, des coiffeurs, des dames, les
+prêtres et les prêtresses de tous les séjours favoris où le Plaisir tient sa
+cour.... Naturellement les personnes gaies d'un sexe attiraient les personnes
+gaies et élégantes de l'autre<a id="footnotetag1152" name="footnotetag1152"></a><a href="#footnote1152" title="Lien vers la note 1152"><span class="small">[1152]</span></a>». C'était donc une ville de dissipation.
+«C'est peut-être, disait encore Heron, une ville de plus de gaieté
+et d'élégance que n'importe quelle autre ville de même grandeur en
+Écosse<a href="#footnote1152" title="Lien vers la note 1152"><span class="small">[1152]</span></a>». Il semble que Dumfries, par suite de son voisinage de la frontière,
+ressemblait davantage à une ville anglaise. La morosité presbytérienne
+y était tenue en échec par toutes ces distractions. Il y faisait meilleur
+vivre qu'en beaucoup d'autres endroits. C'était bien l'avis de
+Smollett: «Nous poursuivîmes notre voyage jusqu'à Dumfries, ville de
+commerce très élégante, près de la frontière anglaise. Nous y trouvâmes
+une abondance de bonnes provisions et d'excellent vin, à des prix très
+raisonnables, et une installation aussi bonne à tous égards que dans
+n'importe quelle partie du sud de l'Angleterre. Si j'étais confiné en Écosse a
+perpétuité, je choisirais Dumfries pour ma place de résidence.<a id="footnotetag1153" name="footnotetag1153"></a><a href="#footnote1153" title="Lien vers la note 1153"><span class="small">[1153]</span></a></p>
+
+<p>Entre ces moments de fièvre, Dumfries retombait dans l'oisiveté et la
+torpeur des petites villes, surtout à une époque de rares et lentes communications.
+Ce dés&oelig;uvrement n'était coupé que par la routine des fréquentations
+et des conversations de tavernes. Chambers, qui avait connu cette
+vie, en fait le tableau suivant; c'est le pendant de celui qui précède.
+«Le fléau des villes de province est la paresse partielle ou complète
+d'une grande partie des habitants. Il y a toujours un noyau de
+personnes qui vivent de leurs rentes, et un nombre plus considérable
+de commerçants à qui leur boutique ne prend pas la moitié de leur temps.
+Jusqu'à une période très récente, la dissipation, plus ou moins intense,
+était la règle et non l'exception parmi ces hommes-là, et, à Dumfries,
+il y a soixante ans, cette règle était en vigueur. En ce temps-là,
+les plaisirs de taverne étaient en vogue parmi des personnes qui,
+aujourd'hui, ne rentrent pas dans un endroit public de plaisir une fois par
+an. Le monotone gaspillage de vitalité et d'énergie dans ces réunions
+boissonnantes du soir était déplorable. Des toasts insipides, des railleries
+mesquines, du bavardage vide sur des incidents futiles, des discussions
+<span class="pagenum"><a id="page468" name="page468"></a>(p. 468)</span> interminables sur des petites questions de faits, là où un almanach ou un
+dictionnaire auraient tranché la question, tout cela relevé par une chanson
+quand on pouvait en avoir une, formait le fond de la vie conviviale telle
+que je me rappelle l'avoir vue dans ces villes, pendant ma jeunesse.
+C'était une vie sans progrès, ni profit, ni la moindre lueur d'une tendance
+vers l'élévation morale<a id="footnotetag1154" name="footnotetag1154"></a><a href="#footnote1154" title="Lien vers la note 1154"><span class="small">[1154]</span></a>.»</p>
+
+<p>Tel était le milieu, bruyant ou torpide, mais toujours également grossier
+dans lequel Burns était transporté. C'était un séjour dangereux pour lui.
+Le plus évident péril était que cette ville de plaisirs fourmillait d'entraînements
+de tout genre auxquels il ne saurait pas résister. Un second était
+qu'il allait se trouver en contact avec l'aristocratie d'argent ou de
+naissance, dans les moments où elle déploie son luxe le plus offensant, et
+dans les jeux où elle fait parade de brutalité. Lui, si susceptible vis-à-vis
+de la véritable aristocratie du talent, devait se heurter à ce faste avec une
+sorte d'irritation. Les sentiments démocratiques latents en lui allaient en
+être excités. Il serait poussé à prendre une attitude irritée et agressive
+contre la société. Ce n'est pas que ces sentiments ne fussent naturels, ni
+même qu'ils fussent injustes. Mais la poésie ne vit pas bien de rancunes.</p>
+
+<p class="p2">L'installation à Dumfries fut triste. L'appartement qu'ils occupaient était
+au premier étage d'une petite maison sise dans une des venelles qui descendent
+vers la rivière. Il consistait en trois étroites pièces, chacune avec une
+fenêtre sur la rue, et peut-être une cuisine en marteau. La chambre du
+milieu, environ de la grandeur d'une alcôve, était le seul endroit où Burns
+pouvait se retirer pour travailler. Au-dessous, au rez-de-chaussée, se
+trouvait le bureau du timbre, dont le distributeur, John Syme, était
+un ami de Burns; au-dessus habitait un honnête forgeron<a id="footnotetag1155" name="footnotetag1155"></a><a href="#footnote1155" title="Lien vers la note 1155"><span class="small">[1155]</span></a>. Ce dut être,
+comme le remarque très bien Chambers, un dur changement pour
+la famille<a id="footnotetag1156" name="footnotetag1156"></a><a href="#footnote1156" title="Lien vers la note 1156"><span class="small">[1156]</span></a>. Au lieu du logement primitif mais spacieux d'Ellisland,
+de la porte toujours ouverte par où les enfants vont jouer dehors, il
+fallait se loger au haut d'un escalier sombre, s'entasser dans quelques
+pièces étriquées, garder les enfants à la maison. Au lieu de l'abondance
+fruste des produits d'une ferme, il fallait acheter le pain, le lait, le beurre
+que les bonnes vaches fournissaient copieusement. Tous devaient ressentir
+cette sensation de gêne et presque d'oppression physique, qu'éprouvent les
+campagnards quand ils viennent demeurer à la ville.</p>
+
+<p>Pour Burns, la tristesse allait encore plus avant. Il sentait tout ce qu'il
+venait d'abandonner sans retour; son âme en était indiciblement affligée.
+Il entrait avec découragement dans cette vie mesquine et subordonnée de
+<span class="pagenum"><a id="page469" name="page469"></a>(p. 469)</span> commis et de fonctionnaire. Il semble que, dès son arrivée, il ait demandé
+à la boisson l'oubli ou l'étourdissement. La première lettre qu'il ait écrite
+de Dumfries est lamentable.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Mon cher Ainslie, pouvez-vous secourir un esprit malade? Pouvez-vous, parmi les
+horreurs de la pénitence, du regret, du remords, de la migraine, de la nausée et de
+tous les autres chiens d'enfer acharnés après un pauvre malheureux qui a été coupable
+du péché d'ivresse;&mdash;pouvez-vous dire des mots calmants à une âme troublée?</p>
+
+<p><span class="italic">Misérable perdu</span><a id="footnotetag1157" name="footnotetag1157"></a><a href="#footnote1157" title="Lien vers la note 1157"><span class="small">[1157]</span></a> que je suis! J'ai essayé, tout ce qui d'habitude m'amusait, mais en
+vain. Il faut que je reste assis ici, comme un monument de la vengeance réservée aux
+méchants; me voici comptant chaque tic-tac de l'horloge, pendant que lentement, lentement,
+elle compte ces fainéantes coquines d'heures qui (maudites soient-elles!) s'étendent
+devant moi, chacune derrière sa voisine et chacune avec un fardeau d'angoisse sur
+le dos pour le déverser sur ma tête désignée. Et il n'y a personne pour me prendre
+eu pitié; ma femme me gourmande, mon métier me harasse et mes péchés viennent
+me regarder en plein visage, chacun d'eux racontant une histoire plus amère que son
+compagnon! Quand je vous dis que même (ici il y avait probablement un mot grossier
+qui a été supprimé) a perdu son pouvoir de me distraire, vous devinez quelque
+chose de l'enfer que j'ai en moi et tout autour de moi<a id="footnotetag1158" name="footnotetag1158"></a><a href="#footnote1158" title="Lien vers la note 1158"><span class="small">[1158]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Cette lettre terrible est le prélude qui convient au dernier acte de cette
+destinée qui s'en va vers le pire. Entre ce moment-là et celui qui arrêtera
+sous son sceau funèbre toutes les agitations de ce c&oelig;ur, quatre années
+et demi s'étendent. Années sans clartés, années de détresse, de désespoir,
+de débâcle, années de dilapidation physique, et, puisqu'il faut dire le
+mot, de déchéance morale. Toutes les tristesses d'une vie qui, au sommet
+de la colline, n'a pas su choisir, et qui descend vers son terme par les
+versants mauvais.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section">I.<br>
+FIN DE L'ÉPISODE DE CLARINDA.</p>
+
+<p>Quelques semaines après l'arrivée de Burns à Dumfries, Clarinda
+rentra dans sa vie, pour un peu de temps, d'une façon inattendue. Il
+reçut d'elle, au mois de novembre, une lettre dont le contenu était cruel.
+C'était une de ses anciennes aventures, celle avec la fille de la Cowgate,
+qu'il pouvait croire engloutie dans le passé, et qui, par une voie détournée,
+le ressaisissait. La lettre de Clarinda lui parlait avec une amertume ironique
+qui perçait à travers la froideur affectée de la forme.</p>
+
+<p class="quote">Je prends la liberté de vous adresser quelques lignes, en faveur de votre ancienne
+connaissance, Jenny Clow qui, selon toute apparence, est en ce moment mourante.
+Obligée, par tous les symptômes d'un dépérissement rapide, de quitter son service,
+<span class="pagenum"><a id="page470" name="page470"></a>(p. 470)</span> elle a pris une chambre dépourvue des objets de nécessité commune; sans personne
+qui la soigne et la pleure. Dans des circonstances si affligeantes, vers qui peut-elle se
+tourner plus naturellement, pour implorer un peu d'aide, que vers le père de son
+enfant, vers l'homme pour l'amour de qui elle a souffert mainte nuit triste et anxieuse,
+séparée du monde, sans autre compagnon que le Péché et la Solitude? Vous avez
+maintenant une occasion de prouver que vous possédez réellement ces beaux sentiments
+que vous avez dépeints de façon à acquérir la juste admiration de votre pays.
+Je suis convaincue que je n'ai besoin de rien ajouter de plus pour vous persuader
+d'agir comme toutes les considérations d'humanité et de gratitude doivent le dicter.
+Je vous fais, Monsieur, mes sincères souhaits<a id="footnotetag1159" name="footnotetag1159"></a><a href="#footnote1159" title="Lien vers la note 1159"><span class="small">[1159]</span></a>.</p>
+
+<p>C'était là un de ces péchés qui sortaient du passé pour venir le regarder
+en plein visage et dont chacun racontait une histoire plus amère que son
+voisin. Il répondit à Clarinda que «l'histoire de la détresse de cette pauvre
+fille faisait pleurer du sang à son c&oelig;ur». Il la priait d'envoyer à la mourante
+quelques secours, en attendant qu'il arrivât lui-même à Édimbourg où il
+devait aller pour affaires avec Creech. «Je n'aurai pas été deux heures
+dans la ville, que j'aurai vu la pauvre fille et essayé ce qu'on peut faire
+pour la soulager. Il y a longtemps que j'aurais pris mon fils avec moi,
+mais elle n'a jamais voulu y consentir». Il ajoutait qu'il irait voir
+Clarinda pour lui rembourser les avances qu'elle aurait faites<a id="footnotetag1160" name="footnotetag1160"></a><a href="#footnote1160" title="Lien vers la note 1160"><span class="small">[1160]</span></a>.</p>
+
+<p>Au moment où Burns lui annonçait sa prochaine arrivée à Édimbourg,
+Clarinda se trouvait justement à une crise importante de sa vie. Elle avait
+pris la résolution d'aller aux Indes occidentales rejoindre son mari. Au
+mois d'août 1790, elle avait perdu le plus jeune de ses fils; il ne lui en
+restait plus qu'un, dont l'éducation la tourmentait, car ses ressources
+étaient faibles<a id="footnotetag1161" name="footnotetag1161"></a><a href="#footnote1161" title="Lien vers la note 1161"><span class="small">[1161]</span></a>. Au mois d'août 1791, elle avait été surprise de recevoir
+une lettre de son mari, où il la chargeait de faire donner à leur fils la
+meilleure éducation, et où il l'invitait à venir le retrouver à la Jamaïque.
+Il ajoutait que, si elle s'y refusait, il donnerait aussitôt des ordres pour que
+son garçon fût envoyé à ses correspondants à Londres et reçût le reste de
+son éducation à l'École de Westminster ou au collège de l'Eton. C'était la
+séparation de la mère et de l'enfant<a id="footnotetag1162" name="footnotetag1162"></a><a href="#footnote1162" title="Lien vers la note 1162"><span class="small">[1162]</span></a>. La pauvre Clarinda hésita. Son hésitation
+était naturelle. Il lui en coûtait d'aller reprendre, au bout du
+monde, la vie commune avec un homme qu'elle n'aimait pas. D'un autre
+côté, l'éducation de son fils dépendait de la bonne volonté du père; si
+une réconciliation se faisait, c'était l'enfant qui en profiterait. «Si je
+pars, j'ai la terreur de la mer et celle non moindre du climat; par dessus
+tout, l'horreur de retomber dans la misère, au milieu d'étrangers, et
+presque sans remède. Si je refuse, je dois dire à mon seul enfant (en qui
+<span class="pagenum"><a id="page471" name="page471"></a>(p. 471)</span> toutes mes affections et mes espérances sont entièrement concentrées) adieu
+pour toujours; lutter seule et sans protection contre la pauvreté et la
+censure du monde<a id="footnotetag1163" name="footnotetag1163"></a><a href="#footnote1163" title="Lien vers la note 1163"><span class="small">[1163]</span></a>». Elle espérait toutefois que le caractère jaloux de son
+mari était calmé par une plus grande connaissance du monde; elle disait,
+non sans mélancolie, «que le temps et ses malheurs, en altérant sa personne
+et sa vivacité, rendaient moins probable qu'elle serait exposée à ses soupçons<a href="#footnote1163" title="Lien vers la note 1163"><span class="small">[1163]</span></a>».
+Elle prit finalement la résolution d'aller à la Jamaïque. Il est
+vraisemblable que, en dehors des considérations qu'elle exposait à ses
+amis, d'autres sentiments plus secrets avaient préparé son esprit à ce
+rapprochement. L'amour et l'abandon de Burns devaient y être pour quelque
+chose. Cet amour, en portant atteinte aux amitiés qui l'entouraient,
+l'avait plus isolée; cet abandon, avec sa dure leçon, l'avait assagie. Il
+n'est pas rare que l'amant, en tuant les illusions dans le c&oelig;ur d'une
+femme, enlève l'obstacle qui empêchait celle-ci de vivre tranquillement
+avec son mari. La chute du rêve qui souvent éloigne les femmes de la
+réalité, les y ramène; les déceptions les réconcilient avec leur vie; elles
+la recommencent ayant perdu les prétentions qui la leur faisaient
+paraître odieuse; elles finissent par y prendre goût et y trouver quelque
+douceur. Il se produisait quelque chose de cet accommodement dans la
+nature pratique de Clarinda. Cette phrase-ci n'en a-t-elle pas le ton résigné:
+«Ceci me semble le choix préférable; c'est sûrement le sentier du
+devoir et, par conséquent, je puis espérer que la bénédiction de Dieu
+accompagnera mes efforts pour être heureuse avec celui qui a été l'époux
+de mon choix et le père de mes enfants?<a id="footnotetag1164" name="footnotetag1164"></a><a href="#footnote1164" title="Lien vers la note 1164"><span class="small">[1164]</span></a>». Au mois d'octobre 1791, un
+peu avant la lettre à Burns, elle avait répondu à son mari qu'elle irait le
+rejoindre. Mais le navire qui devait l'emmener ne partait qu'au printemps<a id="footnotetag1165" name="footnotetag1165"></a><a href="#footnote1165" title="Lien vers la note 1165"><span class="small">[1165]</span></a>.
+Elle était donc au moment des adieux quand Burns lui annonça qu'il
+allait arriver à Édimbourg. Elle ne put obtenir de son propre c&oelig;ur le
+refus de le voir.</p>
+
+<p>Le 29 novembre 1791, pour la dernière fois de sa vie, Burns alla à
+Édimbourg, et les deux amants se retrouvèrent. Près de quatre années
+s'étaient écoulées depuis leur séparation, pendant lesquelles l'affection de
+Clarinda n'avait cessé d'errer autour de l'ingrat. Il avait vieilli: les fatigues
+et les excès avaient fatigué ses traits. Mais quand il reparut, obscur dans
+cette ville jadis émue de lui, il sembla à sa maîtresse qu'elle revivait dans la
+splendeur de ces mois anciens. Lui retrouva sans doute ses regards d'autrefois,
+ces mots qui savent rendre irrésistibles les excuses et charment les
+jalousies. Tout fut oublié jusqu'aux paroles amères qu'elle lui avait écrites.
+N'étaient-elles pas une preuve qu'elle avait souffert? L'ancienne passion,
+<span class="pagenum"><a id="page472" name="page472"></a>(p. 472)</span> si longtemps contenue, monta comme un vin furieux. Il semble que la
+volonté de Clarinda en fut troublée et vaincue. Les c&oelig;urs longtemps
+sevrés de la tendresse qu'ils portent en eux et privés d'amour en proportion
+de l'amour qu'ils nourrissent, sont saisis de vertige lorsque, l'obstacle
+disparu, cette détresse s'assouvit de cette plénitude. Ils se précipitent
+vers leur rêve, avec un oubli et par suite avec un don entier d'eux-mêmes,
+et les dernières consommations de l'amour naissent souvent des premiers
+transports de ces surprises. Les deux amants restèrent ensemble une
+semaine, pendant laquelle ils se virent en secret.</p>
+
+<p class="poem30">
+Ô mai, ton matin jamais ne fut si doux<br>
+<span class="add1em">Que la sombre nuit de décembre,</span><br>
+<span class="add1em">Car étincelant était le vin rosé</span><br>
+<span class="add1em">Et secrète était la chambre,</span><br>
+<span class="add1em">Et chère était celle que je n'ose nommer</span><br>
+<span class="add1em">Mais dont toujours je me souviendrai<a id="footnotetag1166" name="footnotetag1166"></a><a href="#footnote1166" title="Lien vers la note 1166"><span class="small">[1166]</span></a>.</span></p>
+
+<p>Ce fut une semaine de bonheur âpre et poignant, comme celui qu'on
+goûte à la veille des séparations, où deux c&oelig;urs sentent combien ils
+tiennent l'un à l'autre, par leur déchirement même. Ils s'efforcent de
+ramasser toutes les dernières joies mais prennent du même coup le commencement
+de la souffrance, et ils s'enivrent de délices navrées. La séparation se
+fit dans les larmes. Celles de Clarinda étaient sincères, quoique peut-être
+elle en eût versé de plus amères encore aux heures de son délaissement.
+Celles de Burns l'étaient aussi. Sa faculté d'éprouver des sentiments passagers,
+avec autant de violence que s'ils étaient durables, était surexcitée.
+Dans le moment, il souffrit peut-être autant que la pauvre femme. De cet
+arrachement sortit une admirable pièce, simple et émouvante comme ces
+paroles d'adieu, ordinaires par le sens mais palpitantes de soupirs et de
+sanglots.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Un tendre baiser et nous nous séparons;<br>
+Un adieu et puis c'est pour toujours!<br>
+Je boirai à toi, avec les larmes de mon c&oelig;ur,<br>
+Mon gage sera le combat de mes soupirs et de mes sanglots!<br>
+Qui peut dire que la Fortune l'afflige<br>
+Tant qu'elle lui laisse l'étoile de l'espérance?<br>
+Pour moi, aucun scintillement joyeux ne m'éclaire;<br>
+Le sombre désespoir m'enveloppe tout autour.</p>
+
+<p>Je ne blâmerai jamais ma faiblesse et mon amour,<br>
+Rien ne pouvait résister à ma Nancy;<br>
+Rien que la voir c'était l'aimer,<br>
+N'aimer qu'elle et l'aimer à toujours.<br>
+Si nous n'avions jamais aimé si passionnément,<br>
+Si nous n'avions jamais aimé si aveuglément,<br>
+<span class="pagenum"><a id="page473" name="page473"></a>(p. 473)</span> Si nous ne nous étions jamais vus ou jamais quittés,<br>
+Nous n'aurions jamais eu nos c&oelig;urs brisés.</p>
+
+<p>Adieu donc, toi la première et la plus belle!<br>
+Adieu donc, toi la meilleure et la plus chère!<br>
+À toi soient toutes les joies, tous les trésors,<br>
+La Paix, le Contentement, l'Amour et le Plaisir!<br>
+Un tendre baiser et nous nous séparons!<br>
+Un adieu, hélas! et c'est pour toujours!<br>
+Je boirai a toi dans les larmes de mon c&oelig;ur!<br>
+Mon gage sera le combat de mes soupirs et de mes sanglots!<a id="footnotetag1167" name="footnotetag1167"></a><a href="#footnote1167" title="Lien vers la note 1167"><span class="small">[1167]</span></a></p>
+</div>
+
+<p>Avec ces désespoirs, les deux amants s'arrachèrent aux bras l'un de
+l'autre. Burns rentra à Dumfries, dans le calme de sa maison et la routine
+de sa vie. Il resta quelque temps troublé de ces émotions. Dès le
+15 du mois de décembre, on voit qu'il avait déjà écrit six lettres à
+Clarinda; presque une par jour<a id="footnotetag1168" name="footnotetag1168"></a><a href="#footnote1168" title="Lien vers la note 1168"><span class="small">[1168]</span></a>. Ces lettres, comme la plupart de celles
+de cette époque, ont été perdues ou détruites. Son c&oelig;ur s'en retournait à
+Édimbourg. Tantôt il voyait arriver le navire qui allait emporter son amie.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Voici l'heure, le navire arrive!<br>
+Ma bien-aimée Nancy, ô adieu!<br>
+Séparé de toi, puis-je survivre?<br>
+De toi que j'ai si bien aimée?</p>
+
+<p>Sans fin et profonde sera ma douleur;<br>
+Je ne verrai pas un rayon d'espoir,<br>
+Sinon cette précieuse et chère croyance<br>
+Que tu te souviendras toujours de moi.</p>
+
+<p>Le long du rivage solitaire,<br>
+Où les rapides oiseaux de mer crient autour de moi,<br>
+Par-delà les flots roulants, bondissants, mugissants,<br>
+Je tournerai vers l'ouest mon &oelig;il pensif.</p>
+
+<p>Heureux bosquets indiens, dirai-je,<br>
+Où est le sentier de ma Nancy!<br>
+Tandis qu'à travers vos parfums, elle passe,<br>
+Ô dites-moi, songe-t-elle à moi?</p>
+</div>
+
+<p>Tantôt il saluait le mois dont le retour lui rappellera la scène des adieux.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Une fois de plus, je te salue, ô funèbre décembre,<br>
+Une fois de plus, je te salue avec chagrin et souci;<br>
+Triste était l'adieu que tu me rappelles,<br>
+L'adieu avec Nancy, oh! pour ne plus nous revoir.</p>
+
+<p>L'au revoir des amants épris est un plaisir doux et pénible,<br>
+Car l'espoir brille doucement sur la tendre heure du départ;<br>
+<span class="pagenum"><a id="page474" name="page474"></a>(p. 474)</span> Mais, oh! le sentiment cruel que l'adieu pour toujours!<br>
+Angoisse sans mélange et pure agonie!</p>
+
+<p>Farouche comme l'hiver qui maintenant déchire la forêt,<br>
+Jusqu'à ce que la dernière feuille de l'été soit envolée,<br>
+Telle est la tempête qui a secoué mon sein,<br>
+Jusqu'à ce que mon dernier espoir, mon dernier confort fussent partis.</p>
+
+<p>Cependant comme je te salue, ô funèbre décembre,<br>
+Ainsi je te saluerai toujours avec chagrin et souci,<br>
+Car triste était l'adieu que tu me rappelles,<br>
+L'adieu avec Nancy, oh! pour ne plus nous revoir.</p>
+</div>
+
+<p>On peut, sans forcer les choses, présumer que Jane Armour sentait
+entre elle et son mari de nouvelles influences inconnues mais devinées,
+qui la lui rendaient de plus en plus étrangère. Sans savoir précisément où
+ses préoccupations allaient, il était impossible qu'elle ne sentît point qu'il
+n'était pas avec elle et que ce n'était plus jamais «de l'ouest» que venait
+maintenant la brise qu'il préférait.</p>
+
+<p>Clarinda s'embarqua, vers les derniers jours de janvier 1792, sur la
+Roselle, le même navire qui avait dû emporter Burns aux Indes occidentales.
+Avant de partir, elle lui écrivit afin de lui donner les derniers avis
+de celle «qui aurait pu vivre ou mourir avec lui<a id="footnotetag1169" name="footnotetag1169"></a><a href="#footnote1169" title="Lien vers la note 1169"><span class="small">[1169]</span></a>». Devant l'inconnu
+solennel d'un long voyage, elle reprenait son ton de prédication religieuse;
+sa lettre a l'air d'un petit sermon parsemé de citations bibliques.
+On croirait à un retour d'influence du révérend... «Cherchez la faveur de
+Dieu, gardez ses commandements, soyez soucieux de vous préparer pour
+une éternité heureuse. Là, j'en ai l'espoir, nous serons réunis dans une
+félicité parfaite et éternelle<a href="#footnote1169" title="Lien vers la note 1169"><span class="small">[1169]</span></a>». Son amour, qui avait épuisé les désenchantements
+terrestres, reportait ses espérances à un séjour futur d'où les
+larmes sont bannies. En attendant, elle se préparait à accepter de la vie
+le bonheur moyen, le seul dont celle-ci dispose. «Je suis sûre que vous
+serez heureux d'apprendre mon bonheur. Je compte que ce sera bientôt<a href="#footnote1169" title="Lien vers la note 1169"><span class="small">[1169]</span></a>».</p>
+
+<p>Mais, de ce côté-là encore, la pauvre Clarinda devait rencontrer des
+déceptions. Quand elle arriva à la Jamaïque, son mari, qui lui avait peut-être
+imposé cette terrible épreuve dans l'espoir qu'elle se mettrait dans
+son tort en refusant, la reçut avec froideur. Sur le pont même du navire,
+il fit usage envers elle d'expressions rudes. La malheureuse femme épuisée
+par le voyage put à peine supporter ce nouveau coup. «La réception
+très froide que je reçus de M. Mac Lehose me donna un choc qui, joint
+au climat, dérangea mon esprit à tel point que je cessai d'être responsable
+de ce que je disais et faisais<a id="footnotetag1170" name="footnotetag1170"></a><a href="#footnote1170" title="Lien vers la note 1170"><span class="small">[1170]</span></a>.» Elle crut qu'elle allait perdre la raison.
+«La bienveillance que mon mari me montra ensuite ne put pas dissiper
+<span class="pagenum"><a id="page475" name="page475"></a>(p. 475)</span> la complication de désordres nerveux qui me saisirent alors<a id="footnotetag1171" name="footnotetag1171"></a><a href="#footnote1171" title="Lien vers la note 1171"><span class="small">[1171]</span></a>.» Elle ne
+tarda pas à découvrir que M. Mac Lehose «comme la plupart des planteurs
+des Indes occidentales» avait toute une famille d'une maîtresse de couleur.
+Elle fut, selon le langage toujours convenable de Chambers «mortifiée de
+voir combien il lui avait été grossièrement infidèle pendant la période de
+leur séparation<a id="footnotetag1172" name="footnotetag1172"></a><a href="#footnote1172" title="Lien vers la note 1172"><span class="small">[1172]</span></a>.» C'était un brutal et violent qui se plaisait à battre et à
+injurier ses esclaves devant elle, quand il était saisi de ses fureurs. Perdue,
+isolée, révoltée de ces scènes, la malheureuse femme fut prise d'un
+désespoir, dont le souvenir hanta sa mémoire. «Je me rappelle que
+j'arrivai à la Jamaïque il y a aujourd'hui vingt-deux ans. Ce que j'ai souffert
+pendant les trois mois que je restai là! Dieu, donnez-moi de la gratitude
+pour la bonté que vous avez eue de me ramener à mon pays natal<a id="footnotetag1173" name="footnotetag1173"></a><a href="#footnote1173" title="Lien vers la note 1173"><span class="small">[1173]</span></a>.» Le
+médecin la prévint que, si elle ne s'en retournait, sa vie était en danger.
+Au mois de juin, elle quitta de nouveau son mari. «Notre séparation fut très
+affectueuse. De ma part ce fut avec un sincère regret que ma santé m'obligea
+à l'abandonner. De la sienne, il en fut de même, selon toute apparence. Nous
+nous séparâmes avec des promesses mutuelles de constance et de maintenir
+une correspondance régulière<a id="footnotetag1174" name="footnotetag1174"></a><a href="#footnote1174" title="Lien vers la note 1174"><span class="small">[1174]</span></a>.» Elle remonta sur le même navire
+qui l'avait amenée et rentra en Écosse vers la fin d'août 1792, six mois
+environ après en être partie. Il convient d'ajouter que son mari ne tint
+aucune des belles promesses qu'il avait faites à propos de l'éducation de son
+fils, pour l'avenir duquel elle avait affronté ce long voyage et s'était imposé
+le plus cruel des sacrifices, celui de retourner près de cet homme et peut-être
+celui de subir jusqu'au bout sa comédie odieuse.</p>
+
+<p>Tandis que Clarinda voyageait ainsi, le chagrin de Burns, dans les
+heures où il pensait à elle, avait pris la forme d'une mélancolie pensive.
+On en peut suivre l'écho dans une chanson, composée plus tard, mais dont
+on a rattaché, avec vraisemblance, l'inspiration à cet épisode de sa vie.
+On y trouve une adaptation poétique d'un joli passage de la correspondance
+de Clarinda, dont il lui avait dit qu'il s'emparerait quelque jour.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Maintenant, de son manteau vert, la gaie Nature s'habille,<br>
+Et écoute les agnelets qui bêlent sur les collines,<br>
+Tandis que les oiseaux gazouillent des bienvenues dans tous les bois verts.<br>
+Mais pour moi cela est sans délices,&mdash;ma Nannie est au loin.</p>
+
+<p>Le perce-neige et la primevère parent nos bois,<br>
+Et les violettes baignent dans la rosée du matin;<br>
+Ils font peine à mon triste c&oelig;ur, tant doucement ils fleurissent,<br>
+Ils me font penser à Nanie et Nanie est au loin.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page476" name="page476"></a>(p. 476)</span> Alouette, toi qui t'élances des rosées des prairies,<br>
+Pour avertir le berger de la ligne grise de l'aurore,<br>
+Et toi moelleux mauvis qui salues la descente de la nuit,<br>
+Cessez, par pitié,&mdash;ma Nanie est au loin.</p>
+
+<p>Viens, Automne, si pensif, en jaune et en gris,<br>
+Et apaise-moi en m'annonçant le déclin de la Nature;<br>
+Le noir, le lugubre Hiver et la neige farouchement chassée<br>
+Peuvent seuls me charmer,&mdash;maintenant que Nanie est au loin<a id="footnotetag1175" name="footnotetag1175"></a><a href="#footnote1175" title="Lien vers la note 1175"><span class="small">[1175]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Après son retour à Édimbourg, il est probable que Clarinda, épuisée
+par sa double traversée et ses pénibles commotions, resta pendant longtemps
+trop souffrante pour lui écrire. Peut-être aussi considérait-elle
+leurs adieux comme le scellement mis sur un amour, qui, pour être respecté,
+ne devait plus être rouvert; et sa courte réconciliation avec son
+mari comme une terre qui le recouvrait à jamais. Au mois de décembre
+1792, six mois après le retour de Clarinda et juste un an après leur séparation,
+il ignorait qu'elle fût rentrée, ainsi que le prouve le billet qu'il
+écrivait à une des amies de sa maîtresse, à Édimbourg.</p>
+
+<p class="quote">Chère Madame, je vous ai écrit si souvent sans recevoir de réponse que j'avais pris
+la résolution de ne plus lever ma plume vers vous; mais ce jour mémorable, le
+<span class="italic">six décembre</span>, ramène à ma mémoire une telle scène! Ciel et terre! Quand je me
+rappelle une personne exilée au loin! mais pas un mot de plus à ce sujet, jusqu'à ce
+que j'apprenne de vous votre véritable adresse, et pourquoi mes lettres sont restées
+sans réponse, car celle-ci est la troisième que je vous envoie<a id="footnotetag1176" name="footnotetag1176"></a><a href="#footnote1176" title="Lien vers la note 1176"><span class="small">[1176]</span></a>.</p>
+
+<p>Il n'apprit qu'au commencement de l'année suivante que Clarinda
+était en Europe depuis plus de six mois. Sa colère éclata dans une lettre
+écrite probablement sous le coup de cette nouvelle et qui semble incohérente
+à force de violence. Elle est datée du mois de mars 1793.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Je suppose, ma chère Madame, qu'en négligeant de m'informer de votre arrivée en
+Europe&mdash;circonstance qui ne pouvait pas m'être indifférente, comme à vrai dire
+rien de ce qui vous concerne&mdash;je suppose que vous avez voulu me laisser deviner et
+voir qu'une correspondance, que j'eus naguère l'honneur et la félicité de goûter, ne
+doit plus jamais être. Hélas! quels sons lourds, écrasants sont ces mots: «jamais
+plus!» Le malheureux qui n'a jamais goûté le plaisir n'a jamais connu la détresse;
+ce qui pousse l'âme à la folie c'est le souvenir de joies qui ne seront «jamais plus».
+Ceci n'est pas le langage qu'il faut parler au monde; il ne le comprend pas. Mais
+vous autres, venez, les quelques-uns&mdash;les fils du Sentiment et de la Passion! vous
+dont les cordes du c&oelig;ur tremblent et gémissent d'une angoisse indicible, quand le
+souvenir se précipite dans votre c&oelig;ur!&mdash;vous qui êtes capables d'un attachement
+pénétrant comme la flèche de la mort, et puissant comme la vigueur de l'Être
+immortel&mdash;venez, et vos oreilles vont s'abreuver d'une histoire... mais, silence! Je
+ne dois pas, je ne puis pas la dire: une agonie est dans ce souvenir, la démence est
+dans ce récit!</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page477" name="page477"></a>(p. 477)</span> Mais, Madame, laissons les sentiers qui mènent à la folie. Je félicite vos amis de
+votre retour, et j'espère que la précieuse santé qui, d'après ce que me dit Miss Peacock,
+a été si ébranlée, est rétablie ou en train de se rétablir....</p>
+
+<p>Je vous présente un livre (c'était la dernière édition de ses poèmes), puis-je espérer
+que vous l'accepterez? Aurai-je de vos nouvelles? Mais d'abord, écoutez-moi. Pas de
+froid langage, pas d'avertissements de prudence; je méprise les conseils et dédaigne
+tout contrôle. Si vous ne devez pas m'écrire dans le langage, si vous ne devez pas
+m'exprimer les sentiments, que vous savez que je désire recevoir, et que je serai heureux
+de recevoir, je vous en conjure, par l'orgueil blessé! par la paix ruinée! par la
+passion frénétique et déçue! par tous ces maux nombreux qui composent cette
+suprême douleur humaine, un c&oelig;ur brisé!! restez pour moi silencieuse à jamais.
+Si jamais vous m'insultez par les apophthegmes insensibles du sang-froid et de la
+prudence, puissent tous... mais assez! un démon ne pourrait exhaler un souhait
+malveillant sur la tête de mon ange! Rappelez-vous bien ce que je vous demande. Si
+vous m'envoyez une page baptisée aux fonds d'une sanctimonieuse prudence, par le
+ciel, la terre et l'enfer! je la déchire en atomes! Adieu! puissent toutes choses heureuses
+vous accompagner!<a id="footnotetag1177" name="footnotetag1177"></a><a href="#footnote1177" title="Lien vers la note 1177"><span class="small">[1177]</span></a></p>
+</div>
+
+<p>C'est la lettre d'un frénétique. À certains endroits, on croirait presque
+que c'est la lettre d'un homme excité de boisson, tant cela est en dehors
+de toutes bornes de raison.</p>
+
+<p>Après cette lettre, une pleine année s'écoule sans trace de correspondance
+entre les deux amants. Il est probable, il est certain même qu'ils
+s'écrivirent: ils se comprenaient de moins en moins. Clarinda, ébranlée
+par ses dernières épreuves, fatiguée de corps et de c&oelig;ur, gagnée d'ailleurs
+par l'âge, entrait dans une période plus apaisée. Comme son amour faisait
+réellement partie de sa vie, il se modifiait avec elle; il devenait plus
+calme parce qu'il était sincère et qu'il tenait à son âme. Elle comprenait
+de plus en plus leur liaison comme une amitié dévouée. Burns, en qui cet
+amour était uniquement une excitation d'imagination ou de sens, ne
+voulait pas comprendre qu'il pût changer. En sorte que c'était, ce qui
+arrive souvent, l'amour vrai qui devenait paisible et l'amour factice qui
+restait violent. Elle lui avait écrit pour lui parler d'amitié; il ne lui avait
+pas répondu; elle lui écrivit de nouveau et cette fois on a sa réponse,
+datée du 25 juin 1794. Cette lettre&mdash;la dernière&mdash;est écrite pendant
+une tournée d'Excise, sur une table d'auberge, en face d'une bouteille de
+vin. Il s'en échappe d'abord une tendresse d'anciens souvenirs. C'en est
+la meilleure partie. Mais que le reste est pénible! un accès de plaisanterie
+forcée, et quelque chose comme un souvenir d'ancienne bonne fortune,
+traîné dans des fins de dîners copieux et bruyants, je ne sais quelle
+fanfaronnade d'amour inconvenante.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Avant de me demander pourquoi je ne vous ai pas écrit, informez-moi d'abord
+<span class="italic">comment</span> je dois vous écrire. «En amitié», dites-vous. J'ai maintes fois pris la plume
+pour essayer de vous écrire une lettre «d'amitié». Mais c'est impossible; c'est
+<span class="pagenum"><a id="page478" name="page478"></a>(p. 478)</span> Jupiter saisissant une sarbacane d'enfant après avoir manié le tonnerre. Quand je
+prends la plume, la souvenance m'accable. Ah! ma toujours très chère Clarinda!
+Clarinda! Quelle foule des plus tendres souvenirs se presse dans ma pensée, à ce mot!
+Mais je ne dois pas m'abandonner à ce sujet. Vous l'avez interdit.</p>
+
+<p>Je suis extrêmement heureux d'apprendre que votre santé est rétablie, et que vous
+êtes de nouveau en état de goûter cette satisfaction en l'existence, que la santé seule
+peut nous donner.... Vous ririez si vous m'aperceviez où je suis en ce moment.
+Plût au ciel que vous fussiez ici pour rire avec moi, quoique, je le crains, notre
+première occupation serait de pleurer. Me voici établi ici, ermite solitaire, dans
+la salle solitaire d'une auberge solitaire, avec une solitaire bouteille de vin près de
+moi, aussi grave et stupide qu'un hibou, mais comme un hibou toujours fidèle à ma
+chanson. En preuve de quoi, ma chère M<sup>rs</sup> Mac, voici à votre santé! Puissent les bénédictions
+les plus choisies du ciel bénir votre doux visage; et si un misérable regarde
+de travers votre bonheur, puisse le vieux chaudronnier de l'enfer l'empoigner pour
+marteler son c&oelig;ur pourri! Amen.</p>
+
+<p>Il faut que vous sachiez, ma très chère Madame, que, depuis bien des années, en
+quelque endroit, en quelque compagnie que je me trouve, chaque fois qu'on propose la
+santé d'une dame mariée, je propose toujours la vôtre. Mais comme votre nom n'a
+jamais franchi mes lèvres, même pour mon ami le plus intime, je propose votre santé
+sous le nom de «M<sup>rs</sup> Mac». Cela est si bien connu parmi mes relations que, lorsqu'on
+propose une dame mariée, le directeur des toasts dit souvent: «Oh! nous n'avons pas
+besoin de lui demander a qui il boit: à la santé de M<sup>rs</sup> Mac». J'ai aussi, parmi mes
+compagnons de réunions joyeuses, établi un tour de santés que j'appelle le tour des
+Bergères d'Arcadie, ce sont les santés de dames préférées qu'on porte sous des noms
+féminins célébrés dans les chansons anciennes; en ces occasions vous êtes ma
+«Clarinda». Donc, madame Clarinda, je consacre ce verre de vin au plus ardent
+souhait pour votre bonheur!<a id="footnotetag1178" name="footnotetag1178"></a><a href="#footnote1178" title="Lien vers la note 1178"><span class="small">[1178]</span></a></p>
+</div>
+
+<p>Ainsi finit la correspondance de Sylvander et de Clarinda. Les protestations
+ardentes, les promesses éternelles, les rêves de réunion future,
+les appels à la divinité, cette magnifique rhétorique aboutit à cette rasade,
+bue à la santé de «M<sup>rs</sup> Mac», avec une familiarité alourdie et un rire
+forcé. Il sort de cette lettre une odeur de trivialité. C'est l'abaissement
+d'une passion qui avait eu de hauts coups d'aile. À quelques mois de là
+il écrivait:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Il y a dans le <span class="italic">Museum</span>, une chanson par une de mes <span class="italic">ci-devant</span> déesses qui
+n'est pas indigne de cet air! Elle commence ainsi:</p>
+
+<p class="poem-ctr">«Ne parle pas d'amour, cela me fait souffrir»<a id="footnotetag1179" name="footnotetag1179"></a><a href="#footnote1179" title="Lien vers la note 1179"><span class="small">[1179]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Il employait, en français, cette locution souillée qui avait traîné par les
+rues de Paris et qui contient je ne sais quelle goguenardise populacière
+et cruelle. La chanson dont il parlait était les jolis vers que Clarinda lui
+avait envoyés au début de leur liaison, quand il avait pour la première fois
+parlé d'amour<a id="footnotetag1180" name="footnotetag1180"></a><a href="#footnote1180" title="Lien vers la note 1180"><span class="small">[1180]</span></a>. Il y a quelque chose de laid dans ce manque de respect
+<span class="pagenum"><a id="page479" name="page479"></a>(p. 479)</span> pour un souvenir dont il aurait convenu de parler avec plus de réserve. Il
+pouvait du moins se taire. C'était la fin, on dirait presque la lie, de cet
+amour dans cette âme troublée.</p>
+
+<p>Dans un des deux c&oelig;urs, heureusement, les beaux rêves d'autrefois
+se gardèrent respectés et inviolables. Clarinda survécut à Burns près
+d'un demi-siècle; elle mourut en 1841. Sa nature calme et saine
+reprit son équilibre; elle devint une vieille femme aimable et réconciliée
+avec la vie. On a d'elle un léger crayon qui la représente à l'âge
+de quatre-vingts ans, dans son salon où était suspendu un portrait
+du poète, toujours souriante et accueillant avec affabilité ses visiteurs.
+Elle demeura fidèle au souvenir de celui qu'elle avait aimée. Vingt ans
+après la mort de Burns elle écrivait dans son journal: «25 janvier 1815.
+Jour de naissance de Burns. Un grand banquet chez Oman. J'aimerais
+être là, invisible, pour entendre tout ce qu'on dira de ce grand génie<a id="footnotetag1181" name="footnotetag1181"></a><a href="#footnote1181" title="Lien vers la note 1181"><span class="small">[1181]</span></a>».
+Et quarante ans après la semaine des adieux, quand elle était tout à
+l'extrémité de la vie, elle écrivait encore: «6 décembre 1831. Je ne
+pourrai jamais oublier ce jour-ci. Séparée de Burns en l'année 1791,
+pour ne jamais nous retrouver dans ce monde. Oh! puissions-nous nous
+retrouver dans le ciel<a href="#footnote1181" title="Lien vers la note 1181"><span class="small">[1181]</span></a>». Il y a quelque chose de touchant dans ce souhait
+constant après tant d'années. Clarinda resta jusqu'au bout supérieure
+à Burns. Elle vivra parmi celles qui furent aimées par les poètes: non
+point parmi les cruelles et les décevantes qui les torturèrent, ni non plus
+parmi les sacrifiées qui languirent et moururent de leur chagrin; mais&mdash;et
+c'est là son originalité&mdash;comme une vaillante femme qui souffrit et
+sut vivre.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section">II.<br>
+OPINIONS POLITIQUES, TRACAS.</p>
+
+<p>C'est à Dumfries que Burns se trouva, pour la première fois, mêlé aux
+agitations de la politique. Jusque-là il avait vécu dans son isolement
+campagnard; l'écho des événements arrivait à lui comme ces roulements
+de tonnerre affaiblis, qui révèlent de très lointains orages. Il avait, dans
+ses vers et par quelques-uns de ses actes, fait preuve de Jacobitisme.
+Mais c'était là un sentiment romanesque, presque historique, qui ne tirait
+pas à conséquence et ne portait sur aucun intérêt présent. Il arriva dans
+les villes au moment où le puissant émoi de la Révolution Française
+agitait tous les esprits et excitait de toutes parts des enthousiasmes ou
+des colères. L'ébranlement du cataclysme gigantesque soulevait, en tous
+pays, des désirs, des projets, des tentatives de réforme ou de révolution;
+<span class="pagenum"><a id="page480" name="page480"></a>(p. 480)</span> et aussi des résistances, des alarmes, des indignations. En sorte que les
+luttes particulières prenaient quelque chose de la gravité du drame de
+France, et que les discussions à son propos avaient l'âpreté de luttes
+immédiates. Les moindres remous dans la plus lointaine baie portaient le
+reflet au grand navire qui sombrait dans son incendie, et recevaient de
+lui un caractère tragique. Les passions publiques étaient exaltées, presque
+à leur paroxysme; la somme de haine que les hommes ont toujours à la
+disposition de leurs opinions, cessant d'être employée aux croyances
+religieuses, s'était précipitée dans les convictions politiques. Il fallait
+prendre parti pour ou contre la Révolution. Par ses origines plébéiennes,
+son éducation, son impatience de toute supériorité, sa colère contre les
+distinctions sociales, Burns devait fatalement aller au parti dont les
+tendances étaient démocratiques. Dans ces temps où il était dangereux,
+surtout pour un agent du Gouvernement, de manifester ses préférences,
+un autre aurait tenu les siennes secrètes ou ne les aurait manifestées qu'à
+bon escient. Mais il n'était pas homme à garder en lui ce qu'il ressentait.
+Les convictions prudentes et taciturnes n'étaient pas son fait. Par suite de
+sa nature, il était impossible que ses opinions n'éclatassent pas au dehors,
+et par suite de son génie, qu'elles le fissent sans quelque chose de frappant.
+Il était certain qu'un acte audacieux, quelque parole coupante
+de sarcasme ou brillante d'éloquence, attireraient l'attention sur lui. Il y
+a des hommes dont les discours sont éclatants comme des glaives. Cela
+ne tarda pas à arriver.</p>
+
+<p>Un jour de la fin de février 1792, un brick aux allures suspectes fut
+signalé dans le Solway-Frith. Burns était un des employés qui furent
+envoyés pour surveiller ses mouvements. Le lendemain, le brick échoua
+sur un banc de sable et on put apercevoir que l'équipage était nombreux,
+bien armé, décidé à ne pas se rendre sans lutte. On dépêcha aussitôt
+un des excisemen, Lewars, à Dumfries, et un autre à Ecclefechan, pour en
+ramener un peloton de dragons. Burns fut laissé avec quelques hommes
+pour surveiller le navire et empêcher que la marchandise ne fût débarquée.
+Pendant qu'il se promenait de long en large sur les galets et les
+roseaux du rivage, «de méchante humeur que les renforts tardassent à
+venir», il composa une de ses amusantes chansons: <span class="italic">Le diable a
+emporté l'exciseman.</span> Quand Lewars revint avec les soldats, Burns se
+mettant à leur tête, l'épée à la main, marcha à travers l'eau et fut le premier
+à aborder le brick. L'équipage perdit courage bien que plus
+nombreux et se rendit. Le vaisseau fut saisi et vendu aux enchères,
+le lendemain, à Dumfries, avec toutes ses armes et toute sa cargaison.
+À cette vente, Burns dont la conduite avait été fort louée, acheta quatre
+caronades. C'est une emplette qui, à première vue, semble étrange.
+On en a l'explication lorsqu'on sait qu'il les envoya, selon Lockhart, à la
+<span class="italic">Convention</span>, avec une lettre où il priait cette assemblée de les accepter
+<span class="pagenum"><a id="page481" name="page481"></a>(p. 481)</span> comme un témoignage de son admiration et de son estime. Le cadeau
+et l'envoi furent arrêtés à la douane de Douvres<a id="footnotetag1182" name="footnotetag1182"></a><a href="#footnote1182" title="Lien vers la note 1182"><span class="small">[1182]</span></a>.</p>
+
+<p>Lockhart, qui fut avec persistance un tory étroit, condamne lourdement
+cet acte de Burns, bien qu'il soit forcé de reconnaître que l'Angleterre
+n'était pas alors en guerre avec la France, «mais, dit-il, chacun sentait
+qu'elle ne tarderait pas à l'être<a href="#footnote1182" title="Lien vers la note 1182"><span class="small">[1182]</span></a>». Chambers, qui a étudié de plus près
+cette question et qui a pris la peine de parcourir les journaux de l'époque,
+fait rentrer les faits dans de plus justes proportions. Il remarque que la
+Convention n'existait pas encore à la fin de Février 92; que, moins d'un
+mois auparavant, Georges III avait ouvert le parlement dans des termes
+où il se félicitait de la paix et de la prospérité du pays; que le trois pour
+cent était à 96; que l'ambassadeur anglais ne fut rappelé qu'au mois
+d'août; que la guerre ne fut déclarée qu'au mois de janvier suivant, et
+qu'une démonstration de sympathie envers le gouvernement français
+n'était nullement un acte d'hostilité contre le gouvernement anglais. Bien
+plus, les journaux et l'opinion de la contrée étaient favorables à la Révolution
+française, au point qu'à la fin de 1792, une souscription était
+ouverte à Glascow «pour aider les Français à continuer la guerre contre
+les princes émigrés et les pouvoirs étrangers, par qui ils pourraient être
+attaqués», et le journal annonçait que la souscription s'élevait déjà à
+1200 livres sterling<a id="footnotetag1183" name="footnotetag1183"></a><a href="#footnote1183" title="Lien vers la note 1183"><span class="small">[1183]</span></a>. Il est possible cependant que, par suite des délais
+de l'envoi et des lenteurs du trajet, les canons soient arrivés à Douvres
+seulement vers la fin d'avril, quand la guerre avait éclaté entre la France
+et l'Empereur; et que les autorités anglaises aient cru devoir intercepter
+un envoi d'armes, fait par un particulier à une nation en hostilité contre
+un souverain allié. C'était de la part de Burns un acte original, mais
+nullement irrégulier, et il est peu probable qu'il faille attribuer à cela
+les ennuis qui ne tardèrent pas à l'assaillir.</p>
+
+<p class="p2">Ils devaient être causés par des actes, plus hardis et plus significatifs
+en eux-mêmes, mais dont la gravité tint aussi au changement qui
+s'était produit dans l'opinion publique et dans l'attitude du gouvernement.
+La première avait été affectée par l'emprisonnement de Louis XVI
+et les massacres de septembre; la seconde, par le sentiment réel ou feint
+de la contagion révolutionnaire qui le menaçait. En effet, entre les
+premiers mois de 1792 et les derniers, des événements importants
+avaient eu lieu dans le pays. C'est l'année qui est marquée par la
+naissance et le développement des sociétés révolutionnaires anglaises et
+par une puissante fermentation des esprits.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page482" name="page482"></a>(p. 482)</span> Il existait bien, depuis 1780, des sociétés et des clubs, formés en vue
+d'obtenir une réforme parlementaire, jugée dès lors nécessaire et qui ne
+fut accomplie qu'en 1832<a id="footnotetag1184" name="footnotetag1184"></a><a href="#footnote1184" title="Lien vers la note 1184"><span class="small">[1184]</span></a>. En 1780, une société d'<span class="italic">Information Constitutionnelle</span>
+avait été créée et avait répandu des quantités de pamphlets sur
+cette question. En 1782 et en 1785, Pitt lui-même avait proposé à la
+Chambre des Communes des motions ayant pour objet de modifier le
+système d'élection. En 1789, la réunion d'un club de whigs, connu sous le
+nom de <span class="italic">Société de la Révolution</span><a id="footnotetag1185" name="footnotetag1185"></a><a href="#footnote1185" title="Lien vers la note 1185"><span class="small">[1185]</span></a>, et le célèbre sermon du D<sup>r</sup> Price avaient
+motivé les fameuses <span class="italic">Réflexions</span> de Burke sur la Révolution française<a id="footnotetag1186" name="footnotetag1186"></a><a href="#footnote1186" title="Lien vers la note 1186"><span class="small">[1186]</span></a>;
+celles-ci avaient fait sortir du sol toute une littérature de réponses, parmi
+lesquelles se distinguaient les <span class="italic">Droits de l'Homme</span> de Thomas Paine<a id="footnotetag1187" name="footnotetag1187"></a><a href="#footnote1187" title="Lien vers la note 1187"><span class="small">[1187]</span></a>. Mais
+ces associations étaient isolées, avaient peu d'influence; leur programme
+se bornait à une réforme contenue dans les limites constitutionnelles; et
+les discussions sur la Révolution française semblaient porter sur une
+question étrangère aux pays et presque historique. Vers le commencement
+de 1792, les germes d'opposition, cachés jusque-là, se manifestèrent et se
+répandirent avec une singulière rapidité. Des sociétés politiques pullulèrent
+sur toute l'étendue du royaume. Le 25 de janvier, un cordonnier,
+nommé Thomas Hardy, écossais de naissance, établi à Londres, fonda,
+avec neuf amis, une association sous le nom de <span class="italic">Société Correspondante de
+Londres</span>. Son titre indique où était sa force. Elle devait se mettre en rapport
+avec les autres réunions analogues. Elle était habilement organisée en
+divisions de quarante-cinq membres, qui se constituaient au fur et à
+mesure que le nombre des membres augmentait; elles envoyaient un
+délégué au Comité central, lequel se réunissait tous les jeudis soir. Les
+affiliations se présentèrent bientôt en quantités considérables et, avant la
+fin de l'année, Hardy estimait qu'elles atteignaient vingt mille, «nombre
+qui dépasse de beaucoup le corps entier d'électeurs dont dépend une
+majorité à la Chambre des Communes<a id="footnotetag1188" name="footnotetag1188"></a><a href="#footnote1188" title="Lien vers la note 1188"><span class="small">[1188]</span></a>». À la fin de mars, il se fonda
+<span class="italic">la Société des Amis du Peuple</span> composée des hommes du parti whig éminents
+par leur rang, leurs talents ou leur ascendant; Lord Daer, l'ancien protecteur
+de Burns, Thomas Erskine le célèbre avocat, plusieurs membres du
+Parlement en faisaient partie. De tous côtés, dans les comtés, en Irlande,
+et surtout en Écosse, des sociétés se formèrent sous ce dernier titre. En
+Février, Thomas Paine avait publié la seconde partie de ses <span class="italic">Droits de
+l'Homme</span> dont la vente fut si considérable que, dès l'été, il offrit, avec les
+<span class="pagenum"><a id="page483" name="page483"></a>(p. 483)</span> profits, la somme de 25,000 francs à la <span class="italic">Société d'Information Constitutionnelle</span><a id="footnotetag1189" name="footnotetag1189"></a><a href="#footnote1189" title="Lien vers la note 1189"><span class="small">[1189]</span></a>.
+Après avoir demandé la réforme d'abus indéniables, le
+Programme de ces sociétés s'était accentué et réclamait le suffrage universel
+et des parlements annuels.</p>
+
+<p>Au mois de novembre, la <span class="italic">Société Correspondante de Londres</span>, indignée du
+manifeste du Duc de Brunswick, avait, de concert avec d'autres sociétés,
+envoyé une adresse à la Convention, qui l'avait reçue et l'avait fait lire
+aux armées. On y trouvait des passages écrits dans le style de l'époque:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Bien que menacés par un oppressif système de contrôle, dont les empiétements
+graduels mais continus ont privé cette nation de presque toute la liberté dont elle
+était fière et nous a presque réduits à l'abject esclavage d'où vous venez de sortir,
+cinq mille citoyens anglais, dans leur indignation, se mettent virilement en avant,
+pour sauver leur pays de l'opprobre attiré sur lui par la conduite indolente de ceux
+qui sont au pouvoir. Ils considèrent que c'est le devoir des Bretons d'encourager et
+d'aider, autant qu'il est en leur pouvoir, les champions du bonheur humain, et de jurer
+a une nation, qui poursuit le plan que vous avez adopté, une amitié inviolable. Que
+cette amitié soit désormais sacrée entre nous! Puisse une vengeance terrible saisir
+l'homme qui essayerait d'en causer la rupture.</p>
+
+<p>Bien que nous paraissions être si peu à présent, soyez assurés, Français, que notre
+nombre augmente journellement. Il est vrai que le bras menaçant et levé de l'autorité
+tient à présent les timides à l'écart&mdash;que des imposteurs actifs et partout répandus
+trompent constamment les crédules&mdash;et que l'intimité de la Cour avec des traîtres
+reconnus a quelque effet sur les naïfs et les ambitieux. Mais nous pouvons vous
+apprendre avec certitude, Amis et Hommes Libres, que la lumière a fait des progrès
+rapides parmi nous. La curiosité a pris possession de l'esprit public, le règne uni de
+l'Ignorance et du Despotisme disparaît. Les hommes maintenant se demandent entre
+eux: «Qu'est-ce que la Liberté? Quels sont nos Droits?» Français, vous êtes déjà
+libres, et les Anglais se préparent à le devenir<a id="footnotetag1190" name="footnotetag1190"></a><a href="#footnote1190" title="Lien vers la note 1190"><span class="small">[1190]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>On trouvait dans ce même document, qui fut un peu plus tard publié
+par les journaux anglais, les phrases suivantes, dans lesquelles Georges III
+était directement visé:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Que les despotes allemands agissent comme il leur plaît. Nous nous réjouirons de
+leur chute, en ayant compassion, cependant, de leurs sujets esclaves. Nous espérons
+que cette tyrannie de leurs maîtres deviendra le moyen de rétablir dans la pleine
+jouissance de leurs Droits et de leurs Libertés des millions de nos semblables.</p>
+
+<p>C'est donc avec indifférence que nous voyons l'électeur du Hanovre joindre ses
+troupes aux traîtres et aux brigands; mais le Roi de la Grande-Bretagne fera bien de
+se rappeler que ce pays-ci n'est pas le Hanovre. S'il oubliait cette distinction, nous ne
+l'oublierions pas<a href="#footnote1190" title="Lien vers la note 1190"><span class="small">[1190]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Au même moment, la <span class="italic">Société Constitutionnelle</span> avait envoyé à la
+Convention deux délégués qui avaient échangé avec le président le baiser
+<span class="pagenum"><a id="page484" name="page484"></a>(p. 484)</span> de la fraternité. Dans leur adresse, à la barre de l'Assemblée, ils
+annonçaient que «d'innombrables sociétés semblables à la leur, se
+formaient dans toutes les parties de l'Angleterre, de l'Écosse et de
+l'Irlande et qu'elles y éveillaient un esprit de recherche universelle
+dans les abus compliqués du gouvernement et s'enquéraient des moyens
+simples de réforme<a id="footnotetag1191" name="footnotetag1191"></a><a href="#footnote1191" title="Lien vers la note 1191"><span class="small">[1191]</span></a>».</p>
+
+<p>Cependant le roi, les ministres, particulièrement Pitt et Dundas qui
+était secrétaire pour l'Écosse, la majorité du parlement, les tories, ceux
+qu'on appelait les whigs alarmistes, s'étaient émus de cette agitation. Dès
+le mois de mars, Georges III l'avait visée dans une proclamation royale.
+En novembre, un magistrat nommé John Reeves forma une <span class="italic">Association
+pour défendre la Liberté et la Propriété contre les Républicains et les
+Niveleurs</span><a id="footnotetag1192" name="footnotetag1192"></a><a href="#footnote1192" title="Lien vers la note 1192"><span class="small">[1192]</span></a>. Des associations «loyales» se créèrent en face des associations
+révolutionnaires ou réformatrices. Tout ce qui, en Angleterre,
+était alarmé de l'avenir et satisfait du présent, y appartint ou les appuya.
+Le soutien du gouvernement leur donna de la force. On répandit des
+bruits de conspiration, d'anarchie, de pillage. On menaça les tavernes qui
+prêtaient leurs salles aux sociétés jacobines, de leur retirer leur licence;
+on inquiéta les vendeurs de journaux; on condamna les colleurs d'affiches<a id="footnotetag1193" name="footnotetag1193"></a><a href="#footnote1193" title="Lien vers la note 1193"><span class="small">[1193]</span></a>.
+On sévit contre les moindres paroles. Un ministre dissident de Plymouth,
+le Rev. William Winterbotham, ayant dit dans un sermon que sa
+«majesté était placée sur le trône à condition d'observer certaines lois et
+règles et que, si elle ne les observait pas, elle n'avait pas plus de droits à
+la couronne que les Stuarts», était condamné à quatre années d'emprisonnement
+à Newgate<a id="footnotetag1194" name="footnotetag1194"></a><a href="#footnote1194" title="Lien vers la note 1194"><span class="small">[1194]</span></a>. John Frost, avoué riche et estimé, ancien ami
+politique de Pitt, ami de Sheridan, fut accusé, d'après le témoignage d'un
+individu quelconque, d'avoir dit dans un café quelque chose sur «ce que
+l'égalité était un droit naturel de l'homme et sur ce qu'il avait une prédilection
+pour le républicanisme.» Il fut condamné à six mois de prison,
+une heure de pilori, à déposer caution de bonne conduite pour cinq
+années et fut rayé du rôle des attorneys<a href="#footnote1194" title="Lien vers la note 1194"><span class="small">[1194]</span></a>. Lorsque, l'année suivante, le
+moment de lui appliquer la peine du pilori fut fixée, toute la ville fut en
+quelques instants couverte de petits placards annonçant le jour et l'heure
+de l'exécution. Le pilori fut immédiatement démoli par la foule et Frost
+libéré; mais il prit froidement le bras de Horne Tooke qu'il rencontra par
+hasard et s'en retourna à la prison<a id="footnotetag1195" name="footnotetag1195"></a><a href="#footnote1195" title="Lien vers la note 1195"><span class="small">[1195]</span></a>. On condamna Thomas Paine qui était
+alors en France et ne revint jamais en Angleterre, malgré un admirable
+<span class="pagenum"><a id="page485" name="page485"></a>(p. 485)</span> plaidoyer de Thomas Erskine, le frère du protecteur de Burns. Lorsque
+George III apprit que Thomas Erskine se chargeait de la défense de
+Paine, il contraignit le prince de Galles à écrire à l'illustre avocat une
+lettre qui amena sa démission immédiate comme attorney général près du
+Prince<a id="footnotetag1196" name="footnotetag1196"></a><a href="#footnote1196" title="Lien vers la note 1196"><span class="small">[1196]</span></a>. Le lendemain du jugement de Paine, une nouvelle société fut
+créée sous la présidence d'Erskine: <span class="italic">Les Amis de la Liberté de la Presse</span>.
+Le 13 décembre, le parlement fut prématurément convoqué pour entendre
+un discours du trône, dans lequel il était parlé d'un dessein de tenter la
+destruction de la Constitution et la subversion de tout ordre et de tout
+gouvernement.</p>
+
+<p>En sorte que tout le pays était travaillé d'une formidable effervescence;
+la bataille faisait rage entre les sociétés libérales ou révolutionnaires d'un
+côté et les sociétés réactionnaires ou conservatrices de l'autre. Celles-ci
+employaient tous les moyens d'intimidation, jusqu'à la dénonciation. Le
+gouvernement avait pris parti dans la lutte et se considérait comme attaqué
+par les propositions de réforme. On voit combien la situation était, à la
+fin de 1792, changée de ce qu'elle avait été au commencement, et
+combien les mêmes actes qui, au mois de février, étaient simplement
+indifférents, seraient devenus significatifs au mois de novembre.</p>
+
+<p class="p2">Ce double mouvement s'était produit en Écosse, mais avec plus de
+force dans chaque sens, et par conséquent plus de violence dans le choc.
+Les principes nouveaux trouvaient dans l'organisation essentiellement
+démocratique de l'Église calviniste un terrain favorable. Les sociétés se
+multiplièrent. Lorsqu'en 1793 on proposa un congrès des sociétés de
+Londres et des Provinces, ce fut à Édimbourg qu'il eut lieu<a id="footnotetag1197" name="footnotetag1197"></a><a href="#footnote1197" title="Lien vers la note 1197"><span class="small">[1197]</span></a>; quarante-cinq
+sociétés écossaises y envoyèrent des délégués<a id="footnotetag1198" name="footnotetag1198"></a><a href="#footnote1198" title="Lien vers la note 1198"><span class="small">[1198]</span></a>. D'un autre côté, le
+parti tory était là plus nombreux et plus puissant, en même temps que plus
+étroit et plus fanatique qu'ailleurs. Il comprenait presque entièrement
+«la richesse, le rang, l'administration du pays et les trois quarts de la
+population<a id="footnotetag1199" name="footnotetag1199"></a><a href="#footnote1199" title="Lien vers la note 1199"><span class="small">[1199]</span></a>.» L'impiété de la Révolution française assurait à cette
+réaction tout ce qui était pieux, ses excès tout ce qui était timide; tandis
+que la distribution des emplois achetait tout ce qui était vénal<a id="footnotetag1200" name="footnotetag1200"></a><a href="#footnote1200" title="Lien vers la note 1200"><span class="small">[1200]</span></a>. Les
+conseils municipaux, qui étaient les principaux électeurs du Parlement,
+nommaient leurs successeurs, et par conséquent se renommaient indéfiniment
+eux-mêmes. Les personnes qui étaient envoyées comme jurés aux
+<span class="pagenum"><a id="page486" name="page486"></a>(p. 486)</span> cours criminelles, étaient choisies par le shérif du comté et, lorsqu'elles
+étaient arrivées, subissaient un nouveau choix de la part des juges<a id="footnotetag1201" name="footnotetag1201"></a><a href="#footnote1201" title="Lien vers la note 1201"><span class="small">[1201]</span></a>. Il n'y
+avait pas de libres institutions politiques, car le gouvernement parlementaire
+n'avait jamais fonctionné en Écosse. Le parti tory, maître des
+emplois, des tribunaux, des collèges, de l'Église, affectait de considérer
+les opposants comme des ennemis de toutes les institutions. Ce fut une
+véritable persécution. Pendant cette année de 1792, un jeune avocat de
+talent, nommé Thomas Muir, avait pris part, à Glascow, à la création
+d'une société nommée <span class="italic">Les Amis de la Constitution et du Peuple</span>; et un
+clergyman, le Rév. Thomas Palmer, fellow de Queen's collège à Cambridge,
+avait, à Dundee, aidé à la fondation d'une société semblable, <span class="italic">La
+Société des Amis de la Liberté</span><a id="footnotetag1202" name="footnotetag1202"></a><a href="#footnote1202" title="Lien vers la note 1202"><span class="small">[1202]</span></a>. Tous deux, accusés de sédition, furent
+déclarés coupables par des jurés influencés par l'opinion des juges.
+Lorsque les verdicts furent rendus, «la Cour avait à exercer son pouvoir
+discrétionnaire de fixer la sentence, qui pouvait aller d'une heure
+d'emprisonnement à la transportation à vie.<a id="footnotetag1203" name="footnotetag1203"></a><a href="#footnote1203" title="Lien vers la note 1203"><span class="small">[1203]</span></a>». Cette dernière peine
+n'était pas et «n'avait jamais été employée en Angleterre pour le crime
+de sédition. C'était alors un châtiment terrible, impliquant un voyage de
+plusieurs mois, la misère dans une colonie nouvelle, plus de communication
+avec la terre natale et ceux qu'on y laissait, et de telles difficultés
+de retour qu'un homme transporté était considéré comme un homme
+qu'on ne reverrait plus<a href="#footnote1203" title="Lien vers la note 1203"><span class="small">[1203]</span></a>». Muir fut condamné à quatorze années de transportation;
+Palmer à la même peine. Jeffrey, alors jeune homme, assistait
+au jugement avec sir Samuel Romilly. «Ni l'un ni l'autre, dit lord
+Cockburn, ne l'oublia jamais. Jeffrey n'en parlait jamais sans horreur<a id="footnotetag1204" name="footnotetag1204"></a><a href="#footnote1204" title="Lien vers la note 1204"><span class="small">[1204]</span></a>.»
+Lorsque, en 1793, le congrès des sociétés de réforme eut lieu à Édimbourg,
+sans le moindre trouble, les deux délégués de <span class="italic">la Société Correspondante de
+Londres</span>, Margarot et Gerrald, qui étaient étrangers, et le secrétaire général
+du congrès, Skirving, furent arrêtés, jugés, il est presque impossible de
+dire sur quelle accusation, et condamnés également à quatorze années de
+transportation. Le sort de ces victimes fut lamentable: Gerrald et Skirving
+moururent en arrivant à Botany-Bay; Palmer mourut en revenant à
+l'expiration de sa peine; Muir s'échappa, mais fut blessé et vint mourir à
+Chantilly; Margarot seul revint en Angleterre, âgé, brisé, et traîna
+quelque temps encore, grâce aux secours de ceux de ses anciens amis qui
+survivaient<a id="footnotetag1205" name="footnotetag1205"></a><a href="#footnote1205" title="Lien vers la note 1205"><span class="small">[1205]</span></a>. «Pour retrouver l'esprit judiciaire de cette cour, dit
+Cockburn, il faut remonter aux jours de Lauderdale et de Dalzell.<a id="footnotetag1206" name="footnotetag1206"></a><a href="#footnote1206" title="Lien vers la note 1206"><span class="small">[1206]</span></a>»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page487" name="page487"></a>(p. 487)</span> Dans la société, la haine des tories contre toute tendance libérale
+se faisait sentir d'une façon plus violente encore qu'en Angleterre.
+Comme toutes les places et toute l'influence étaient entre leurs mains, ils
+frappaient de proscription ceux qui étaient connus pour leurs principes
+whigs ou qui étaient soupçonnés d'en avoir. Les jeunes gens qui entraient
+au barreau marqués de cette tache voyaient toutes les portes
+officielles se fermer devant eux; les juges leur étaient hostiles; les
+affaires s'éloignaient d'eux<a id="footnotetag1207" name="footnotetag1207"></a><a href="#footnote1207" title="Lien vers la note 1207"><span class="small">[1207]</span></a>. Plusieurs furent contraints de s'exiler
+d'Édimbourg et d'aller à Londres. Même autour des avocats connus, le
+vide se faisait.</p>
+
+<p class="quote">«Le pays, dit Mrs. Fletcher dans son autobiographie, devint alarmé à un point
+extrême, et les atrocités commises en France par une faction sans principes, les pires
+ennemis de la liberté, produisirent une telle horreur en Écosse, spécialement dans les
+classes élevées, que tout homme était considéré comme un rebelle qui ne soutenait
+pas les mesures tory du gouvernement. Mr Fletcher néanmoins resta fidèle à ses
+principes whig.... À cette époque, et pendant plusieurs années plus tard, telle était
+en Écosse la terreur des principes libéraux, qu'aucun membre du barreau qui les
+professait ne pouvait espérer une clientèle. Comme il n'y avait pas de jury dans les
+affaires civiles, on croyait que les juges ne décideraient pas en faveur d'un plaideur
+qui aurait employé un conseil whig.... Nous fûmes souvent, à cette époque, réduits à
+notre dernière guinée; mais telle était ma sympathie pour les sentiments publics de
+mon mari, que je ne me rappelle aucune période de ma vie mariée qui ait été plus
+heureuse que celle où nous souffrions à cause de notre conscience.<a id="footnotetag1208" name="footnotetag1208"></a><a href="#footnote1208" title="Lien vers la note 1208"><span class="small">[1208]</span></a>»</p>
+
+<p>Il fallait, pour résister à cette conspiration, la vaillance et la gaîté de
+cette charmante femme. Un petit fait qui revient à sa mémoire indique
+jusqu'à quel point cette haine des Tories portait le trouble dans les
+existences particulières.</p>
+
+<p class="quote">«Au printemps de 1795, nos amis, Mr et Mrs Millar, partirent pour l'Amérique,
+bannis par le flot puissant de la rancune tory qui assaillait si sauvagement Mr. Millar.
+Il avait fait partie de la Société des <span class="italic">Amis du Peuple</span>. Il perdit son occupation professionnelle,
+bien que ce fût un homme très capable et très honorable; il éprouva un tel
+dégoût de l'état des affaires en Écosse qu'il prit la résolution d'aller chercher la paix
+et la liberté aux États-Unis d'Amérique. Je ressentis le départ de Mrs Millar comme
+une grave perte. Deux ans plus tard elle revint, veuve; et notre amitié dura jusqu'à
+sa mort.<a id="footnotetag1209" name="footnotetag1209"></a><a href="#footnote1209" title="Lien vers la note 1209"><span class="small">[1209]</span></a>»</p>
+
+<p>On n'imagine qu'à peine jusqu'où allait cette haine. «Le grand objet
+des Tories, dit Cockburn, était d'injurier tout le monde excepté eux-mêmes,
+et en particulier d'attribuer une soif de sang et d'anarchie, non seulement
+à leurs adversaires publics déclarés, mais à l'ensemble du peuple<a id="footnotetag1210" name="footnotetag1210"></a><a href="#footnote1210" title="Lien vers la note 1210"><span class="small">[1210]</span></a>.» Une
+<span class="pagenum"><a id="page488" name="page488"></a>(p. 488)</span> sorte de réprobation s'attachait aux libéraux, à ce point que les enfants
+les regardaient avec terreur.</p>
+
+<p class="quote">«Je puis mentionner ici que le signe distinctif de tous ceux qui soutenaient ces
+principes (les principes libéraux) était d'avoir les cheveux <span class="italic">coupés courts</span> et de donner
+ainsi <span class="italic">le coup de grâce</span> à la poudre et à la chevelure arrangée avec boucles et queue,
+laquelle était alors si universellement adoptée qu'aucune personne, occupant le rang
+de gentleman, ne pouvait paraître sans. Parmi les partisans les plus ardents et les plus
+en vue du citoyennat et du républicanisme était un noble lord de talent distingué.
+Je me souviens très bien, avec plusieurs de mes camarades, avoir regardé le citoyen
+comte, avec crainte et curiosité, pendant qu'il passait dans George Street habillé ou
+je devrais plutôt dire déshabillé dans un surtout grossier, fait de drap qu'on
+appelait «Gratte Canaille». Sa physionomie brune et sombre, pendant que nous
+avions les yeux fixés sur lui, fit que nos voix généralement bruyantes tombèrent à un
+murmure; nous nous dîmes (<span class="italic" lang="la">sotto voce</span>): «Oh! comme il a l'air effrayant, on dit qu'il
+veut qu'on coupe la tête du roi.» Il s'appuyait sur le bras de l'honorable Harry
+Erskine, fameux pour son esprit, son talent et ses principes <span class="italic" lang="en">whiggistes</span>, qui était le
+frère de l'avocat non moins célèbre et plus tard chancelier, Tom Erskine.»</p>
+
+<p>Ce souvenir d'un enfant qui avait alors une dizaine d'années n'est-il
+pas bien probant et ne rend-il pas d'une façon saisissante le vide qui se
+faisait autour des hommes soupçonnés de libéralisme. Ce ne devait pas
+être un sectaire bien farouche pourtant que celui qui se promenait si
+familièrement avec Harry Erskine<a id="footnotetag1211" name="footnotetag1211"></a><a href="#footnote1211" title="Lien vers la note 1211"><span class="small">[1211]</span></a>.</p>
+
+<p class="p2">Quelques avocats comme Henri Erskine et Archibald Fletcher; Malcolm
+Laing, l'historien; James Graham, l'auteur du poème écossais <span class="italic">Le
+Sabbath</span>; quelques médecins comme John Allen et John Thompson;
+quelques professeurs de l'Université comme Playfair, le mathématicien,
+Andrew Dalzel, l'humaniste, et Dugald Stewart, formaient un petit noyau
+d'opinion libérale<a id="footnotetag1212" name="footnotetag1212"></a><a href="#footnote1212" title="Lien vers la note 1212"><span class="small">[1212]</span></a>. Est-il besoin de dire que ces hommes, en qui la vertu
+et la sagesse étaient égales et, chez quelques-uns, supérieures au talent,
+n'étaient point des révolutionnaires. C'était à coup sûr la fleur et le sel
+du pays. Et cependant, ils étaient soupçonnés, tenus à l'écart, entourés
+de méfiance, surveillés. Même Dugald Stewart, dont la vie et l'esprit
+étaient si purs, dont la parole était si exquise et si mesurée, dont l'enseignement
+était un charme et qui, selon l'expression de Mackintosh, avait
+inspiré l'amour de la vertu à des générations d'élèves, Dugald Stewart
+souffrit de cette implacable et stupide défiance des conservateurs.</p>
+
+<p>Si les choses en étaient là à Édimbourg, foyer intellectuel du pays, où le
+nombre relatif et le talent supérieur des libéraux les rendaient plus
+difficiles à attaquer, que devaient-elles être dans les petites villes de province
+<span class="pagenum"><a id="page489" name="page489"></a>(p. 489)</span> et dans la campagne? «Un gentilhomme campagnard, avec n'importe
+quel autre principe que le dévouement à Henry Dundas, était regardé
+comme une merveille ou plutôt une monstruosité<a id="footnotetag1213" name="footnotetag1213"></a><a href="#footnote1213" title="Lien vers la note 1213"><span class="small">[1213]</span></a>.» C'était aussi la
+croyance de presque tous les marchands, tous les employés amovibles,
+toutes les corporations publiques. Les conservateurs exerçaient un
+odieux despotisme social, et les hommes marqués de libéralisme, trop
+peu nombreux pour former une société entre eux, et trop humbles pour
+opposer l'autorité d'un nom, vivaient sous le coup d'une véritable excommunication.
+Lord Cockburn a dit avec raison:</p>
+
+<p class="quote">«Les choses étaient assez mauvaises dans la capitale, mais bien plus terribles dans
+les petites localités qui étaient exposées sans ressource à la persécution. Si Dugald
+Stewart fut, pendant plusieurs années, reçu sans cordialité, dans une ville dont il était
+l'ornement, quelle dut être la position d'un homme ordinaire qui professait des
+opinions libérales, dans la campagne ou dans une petite ville, exposé à tous les
+opprobres et à tous les obstacles que l'insolence locale pouvait imaginer, et prive
+probablement du soutien d'amis partageant ses pensées? Il y avait partout des
+hommes de ce genre, mais ils étaient tous de position humble. Leur mérite était grand,
+par conséquent. Sous l'insulte, la froideur, la malveillance, des pertes personnelles
+constantes, ils restèrent fidèles à ce qu'ils croyaient juste durant maintes sombres
+années<a id="footnotetag1214" name="footnotetag1214"></a><a href="#footnote1214" title="Lien vers la note 1214"><span class="small">[1214]</span></a>.»</p>
+
+<p>Et qu'on ne croie pas que ce soit là un des aspects de la situation,
+coloré et assombri par le ressentiment d'un de ceux qui en souffrirent et
+aidèrent à la détruire. Lockhart était conservateur, peut-être plus encore
+que Lord Cockburn n'était libéral, et il parle de l'épouvantable animosité
+de la vie quotidienne, dans des termes qui conservent plus encore
+l'horreur de ce temps de malveillance et de désaccord.</p>
+
+<p class="quote">«Des scènes, plus pénibles à l'époque et plus pénibles dans le souvenir qui nous en
+reste que celles qui avaient, pendant des générations, affligé l'Écosse, furent le
+résultat de la violence et de la fermentation des sentiments de parti, des deux côtés.
+De vieux et chers liens d'amitié furent rompus, et la société fut, pendant un moment,
+ébranlée jusqu'à son centre. Dans les rêves les plus extravagants des Jacobites, il y
+avait beaucoup à respecter: un haut dévouement chevaleresque, le respect des
+vieilles affections, la loyauté héréditaire, une générosité romanesque. Dans cette
+nouvelle sorte d'hostilité, tout semblait vil autant que périlleux; elle excitait le mépris
+encore plus que la haine. Le nom seul suffisait à salir ce qui en approchait; des
+hommes qui s'étaient connus et aimés depuis l'enfance, se tenaient à distance, et cette
+influence se glissait entre eux comme si ç'avait été quelque hideuse pestilence<a id="footnotetag1215" name="footnotetag1215"></a><a href="#footnote1215" title="Lien vers la note 1215"><span class="small">[1215]</span></a>.»</p>
+
+<p>Il n'y a rien d'exagéré dans ces mots. Ils sont même instructifs parce
+qu'il y perce un écho de l'ancienne haine tory, qui laisse deviner ce
+qu'avait dû être le langage d'autrefois.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page490" name="page490"></a>(p. 490)</span> Il est nécessaire de connaître ces détails et il est utile aussi de savoir
+que, parmi les petites villes provinciales, Dumfries était une de celles où
+l'influence des tories était le plus forte<a id="footnotetag1216" name="footnotetag1216"></a><a href="#footnote1216" title="Lien vers la note 1216"><span class="small">[1216]</span></a>. C'était la résidence d'hiver d'un
+grand nombre de familles nobles du sud de l'Écosse. Elles y apportaient
+leurs préjugés et une influence de richesse et de nom qui les rendait
+dangereux. Lorsqu'un cri s'éleva en faveur d'une réforme parlementaire,
+le conseil municipal vota des adresses au Roi pour le prier de s'y opposer<a id="footnotetag1217" name="footnotetag1217"></a><a href="#footnote1217" title="Lien vers la note 1217"><span class="small">[1217]</span></a>.
+Dès le commencement de 1793, il se forma une de ces tyranniques
+associations conservatives, le <span class="italic"><span lang="en">Loyal Native Club</span>, pour préserver la Paix, la
+Liberté et la Propriété, et pour soutenir les Lois et la Constitution du Pays</span>.
+Elle comprenait les habitants les plus importants de la ville. Le <span class="italic">Journal de
+Dumfries</span>, rendant compte de la façon dont on célébrait la fête du Roi,
+permet de comprendre l'animosité qui là, comme ailleurs, se mêlait au
+sentiment tory.</p>
+
+<p class="quote">Mardi le 4 Juin 1793 (jour de naissance du roi Georges III) un déploiement inaccoutumé
+de loyalisme s'est manifesté très clairement dans tous les rangs des habitants de
+cette ville. En outre de ce que nous avons remarqué la semaine dernière, ce n'est que
+justice de noter le loyalisme ardent de nos jeunes gens. S'étant procuré deux effigies
+de Tom Paine, ils les ont promenées par les principales rues de notre cité et, à six
+heures du soir les ont jetées dans des feux de joie, aux applaudissements patriotiques
+de la foule qui les entourait<a id="footnotetag1218" name="footnotetag1218"></a><a href="#footnote1218" title="Lien vers la note 1218"><span class="small">[1218]</span></a>.</p>
+
+<p>Le matin de cette belle journée, des dames avaient apporté au président
+de l'association des écharpes de satin bleu sur lesquelles elles avaient
+brodé les mots: «Dieu sauve le Roi». Les membres du club, à qui ces
+insignes furent remis, les portèrent toute la journée autour de leurs
+chapeaux. Il y eut un banquet, avec quatorze toasts bien adaptés, et le
+quinzième fut «<span class="italic">Dieu bénisse toutes les branches de la famille royale</span>». Après
+quoi les membres de l'association, avec leurs bandes bleues, qu'ils portaient
+maintenant en écharpe depuis qu'ils avaient ôté leurs chapeaux,
+s'en allèrent à l'assemblée<a href="#footnote1218" title="Lien vers la note 1218"><span class="small">[1218]</span></a>. Cette description de fête ne serait qu'un peu
+ridicule, si on ne savait ce que cette organisation cachait de rancunes, de
+haines, de dénonciations, de mises à l'index, deux fois intolérables et
+dangereuses dans cette vie étroite de petite ville.</p>
+
+<p class="p2">L'attitude de Burns au milieu de ce conflit ne pouvait passer inaperçue;
+il était plus que personne exposé aux regards. Sa célébrité, son don
+puissant de familiarité, la vigueur de sa déclamation ou de son sarcasme,
+le rendaient, aux yeux du parti ennemi, un des agents les plus dangereux
+des nouvelles doctrines. D'autre part, il suffisait qu'il y eût la moindre
+<span class="pagenum"><a id="page491" name="page491"></a>(p. 491)</span> apparence de péril ou de menace pour qu'il se portât aussitôt du côté d'où
+ils venaient et commît quelque imprudence. Il ne tarda pas à être noté
+parmi les suspects, en compagnie de quelques-uns de ses amis. Les <span class="italic" lang="en">Loyal
+Natives</span> firent circuler contre eux quatre misérables vers:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Vous, fils de la Sédition, prêtez l'oreille à ma chanson,<br>
+Laissez Syme, Burns et Maxwell se mêler à la foule,<br>
+Avec Cracken l'attorney et Mundell le charlatan,<br>
+Envoyez Willie, le marchand, en enfer à coups de fouet<a id="footnotetag1219" name="footnotetag1219"></a><a href="#footnote1219" title="Lien vers la note 1219"><span class="small">[1219]</span></a>.</p>
+
+<p>À quoi Burns répondait quand ces vers lui furent communiqués:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Vous, vrais «Loyal Natives» écoutez ma chanson,<br>
+En tapage et en débauche ébaudissez-vous toute la nuit;<br>
+Votre bande est à l'abri de l'Envie et de la Haine,<br>
+Mais où est votre bouclier contre les traits du mépris?</p>
+
+<p>Voilà la note des rapports entre les deux partis. Il faut se rappeler
+cette animosité d'une classe de la population contre les partisans des
+nouvelles doctrines pour comprendre certains passages de la vie du poète
+à Dumfries.</p>
+
+<p>Il ne semble pas que Burns ait appartenu à aucune des sociétés libérales
+qui se formèrent, pendant ces années, en Écosse<a id="footnotetag1220" name="footnotetag1220"></a><a href="#footnote1220" title="Lien vers la note 1220"><span class="small">[1220]</span></a>. Mais il commit d'autres
+imprudences. Un certain capitaine Johnstone avait créé un journal
+nommé <span class="italic">Le Gazetier d'Édimbourg</span>, dans le dessein de défendre la cause
+de la réforme. C'était un révolutionnaire déclaré. Il fut emprisonné
+quelques mois après; son successeur à la rédaction le fut également;
+et l'imprimeur, qui était un honnête Jacobite, racontait à Chambers
+que, par le fait d'avoir appartenue à ce journal pestiféré, son crédit fut
+arrêté dans les banques et lui-même regardé pendant longtemps comme
+un homme taré<a id="footnotetag1221" name="footnotetag1221"></a><a href="#footnote1221" title="Lien vers la note 1221"><span class="small">[1221]</span></a>. Burns écrivait, au mois de novembre 1792, la lettre suivante
+au capitaine Johnstone:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Monsieur, je viens de lire votre prospectus du <span class="italic">Gazetier d'Édimbourg</span>. Si vous continuez,
+dans votre journal, avec le même courage, ce sera, sans aucune comparaison,
+la première publication de ce genre, en Europe. Je vous prie de m'inscrire comme
+souscripteur et, si vous avez déjà publié quelques numéros, veuillez me les envoyer à
+partir du commencement. Indiquez-moi votre façon de régler les paiements dans notre
+ville, ou bien je m'acquitterai envers vous par mon ami Peter Hill, libraire à
+Édimbourg.</p>
+
+<p>Continuez, Monsieur! Découvrez, avec un c&oelig;ur indompté et d'une main ferme,
+cette horrible masse de corruption qu'on appelle la politique et la science de gouvernement.
+Osez peindre, avec leurs couleurs naturelles, «ces misérables aux calmes
+pensées, qu'aucune foi ne peut enflammer», quel que soit le shibboleth du parti
+<span class="pagenum"><a id="page492" name="page492"></a>(p. 492)</span> auquel ils prétendent appartenir. L'adresse à Dumfries trouvera, Monsieur, votre très
+humble serviteur. R. B.<a id="footnotetag1222" name="footnotetag1222"></a><a href="#footnote1222" title="Lien vers la note 1222"><span class="small">[1222]</span></a></p>
+</div>
+
+<p>Lorsqu'on sait que vingt-cinq ans plus tard, en 1817, les noms des
+souscripteurs du premier journal libéral qui ait pu paraître à Édimbourg
+depuis la disparition du <span class="italic">Gazetier</span>, furent recherchés par un émissaire du
+Lord Avocat<a id="footnotetag1223" name="footnotetag1223"></a><a href="#footnote1223" title="Lien vers la note 1223"><span class="small">[1223]</span></a>, on pense si, en 1792, à Dumfries, l'arrivée d'un journal
+radical devait être surveillée et les abonnés désignés.</p>
+
+<p>En même temps, Burns composait et chantait des chansons comme
+celle-ci, dans laquelle «ceux qui sont au loin» désigne les représentants
+libéraux de l'Écosse, ennemis du ministère; où Charlie et Tammie
+désignent Charles Fox lui-même, et Thomas Erskine le défenseur de
+Thomas Paine. On sait que le chamois et le bleu étaient les couleurs de
+Fox et celles du parti whig.</p>
+
+<div class="poem20">
+<p>À la santé de ceux qui sont au loin,<br>
+À la santé de ceux qui sont au loin;<br>
+Qui ne veut pas souhaiter bonne chance à notre cause<br>
+Puisse-t-il n'avoir jamais bonne chance!<br>
+Il est bon d'être joyeux et sage,<br>
+Il est bon d'être honnête et ferme;<br>
+Il est bon de soutenir la cause de la Calédonie,<br>
+Et de rester fidèle au chamois et au bleu.</p>
+
+<p>À la santé de ceux qui sont au loin,<br>
+À la santé de ceux qui sont au loin;<br>
+À la santé de Charlie, le chef du clan,<br>
+Bien que sa troupe soit peu nombreuse!<br>
+Puisse la Liberté rencontrer le succès!<br>
+Puisse la Providence la défendre du mal!<br>
+Puissent les tyrans et la tyrannie se perdre dans le brouillard,<br>
+S'égarer en route, et aller au diable.</p>
+
+<p>À la santé de ceux qui sont au loin,<br>
+À la santé de ceux qui sont au loin;<br>
+À la santé de Tammie, notre gars du Nord,<br>
+Qui vit dans le giron de la loi!<br>
+À la liberté de ceux qui veulent lire,<br>
+À la liberté de ceux qui veulent écrire,<br>
+Personne n'a jamais craint la vérité<br>
+Que ceux que la vérité accuserait<a id="footnotetag1224" name="footnotetag1224"></a><a href="#footnote1224" title="Lien vers la note 1224"><span class="small">[1224]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>C'étaient là, en somme, des indices d'opinions qu'il fallait aller chercher
+dans sa vie pour les connaître. Mais il ne s'en tint pas là, et
+à maintes reprises il fit des manifestations publiques de ses sentiments.
+<span class="pagenum"><a id="page493" name="page493"></a>(p. 493)</span> Un jour, à un dîner, au moment où l'on propose la santé de Pitt, il se
+lève et demande la permission de boire à un plus grand et à un meilleur
+homme, le général Washington<a id="footnotetag1225" name="footnotetag1225"></a><a href="#footnote1225" title="Lien vers la note 1225"><span class="small">[1225]</span></a>. Une autre fois, il porte un toast «au
+dernier verset du dernier chapitre du dernier Livre des Rois»<a id="footnotetag1226" name="footnotetag1226"></a><a href="#footnote1226" title="Lien vers la note 1226"><span class="small">[1226]</span></a>. En octobre
+1792, au théâtre de Dumfries, à la fin d'une représentation d'apparat, l'auditoire
+demande: «God save the king», et tous, selon la coutume anglaise,
+se tiennent debout et découverts. Au milieu de cette manifestation de
+loyauté, il reste assis, le chapeau sur la tête. Un grand tumulte s'ensuit;
+on crie: «À la porte!» Il fut ou mis dehors ou forcé de retirer son chapeau.
+On l'accusa même d'avoir demandé: «Ça ira!»<a id="footnotetag1227" name="footnotetag1227"></a><a href="#footnote1227" title="Lien vers la note 1227"><span class="small">[1227]</span></a> Il est probable
+qu'il était gris ce soir-là. Mais on comprend que cet incident fut, le
+lendemain, le sujet des conversations de toute la ville. Et ce ne sont là
+que quelques faits saillants sauvés et recueillis par hasard. Ses conversations,
+ses toasts, lorsqu'il était animé par le vin, devaient être pleins
+de mots qu'on colportait avec une malveillance ou une admiration qui
+lui étaient également funestes.</p>
+
+<p>Dans l'état d'exaspération politique où vivait toute la ville, cela devait
+mal finir. Cela finit en effet par une dénonciation au Conseil de l'Excise.
+«Quelque démon méchant a soulevé des soupçons sur mes principes
+politiques» dit-il dans une lettre à M<sup>rs</sup> Dunlop, et un peu plus loin il
+parle «du chenapan qui peut de propos délibéré comploter la destruction
+d'un honnête homme qui ne l'a jamais offensé et, avec un ricanement de
+satisfaction, voir le malheureux, sa fidèle femme et ses enfants bégayants,
+livrés à la mendicité et à la ruine»<a id="footnotetag1228" name="footnotetag1228"></a><a href="#footnote1228" title="Lien vers la note 1228"><span class="small">[1228]</span></a>. On ne sut jamais, bien entendu,
+l'auteur de cette dénonciation. Le Conseil de l'Excise prescrivit une
+enquête. Ce coup de tonnerre éclata sur Burns sans qu'il s'y attendît. Il
+se vit perdu et écrivit à M<sup>r</sup> Graham, un des commissaires de l'Excise et un
+de ses meilleurs protecteurs, une lettre affolée de terreur. C'était au
+commencement de décembre 1792.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Monsieur, j'ai été surpris, confondu et éperdu lorsque M. Mitchell, le collecteur,
+m'a dit qu'il avait reçu l'ordre du Conseil de faire une enquête sur ma conduite politique
+et m'a blâmé d'être une personne hostile au gouvernement.</p>
+
+<p>Monsieur, vous êtes époux et père. Vous savez ce que vous ressentiriez si vous
+deviez voir la femme bien aimée de votre c&oelig;ur, et vos pauvres petits, dépourvus,
+parlant à peine, jetés à l'abandon dans le monde, déchus, tombés d'une situation dans
+laquelle ils étaient respectables et respectés, laissés presque sans le soutien
+nécessaire d'une misérable existence. Hélas, Monsieur, dois-je croire que ce sera
+bientôt mon sort? et cela à cause des maudites et noires insinuations de l'infernale et
+injuste Envie. Je crois, Monsieur, pouvoir affirmer, sous le regard de l'Omniscience,
+<span class="pagenum"><a id="page494" name="page494"></a>(p. 494)</span> que je ne voudrais pas dire délibérément une fausseté, non! quand bien même des
+horreurs pires encore, s'il en existe, que celles que j'ai mentionnées, seraient
+suspendues sur ma tête, et je dis que cette allégation, quel que soit le misérable qui
+l'a faite, est un mensonge! La Constitution anglaise, sur les principes de la Révolution,
+est ce à quoi, après Dieu, je suis attaché avec le plus de dévoûment. Vous avez été,
+Monsieur, vraiment et généreusement mon ami. Le ciel sait avec quelle ardeur j'ai
+ressenti mon obligation et avec quelle reconnaissance je vous en ai remercié. La Fortune,
+Monsieur, vous a fait puissant et moi faible, elle vous a donné la protection et à moi la
+dépendance. Je ne voudrais pas, s'il ne s'agissait que de moi-même, faire appel à
+votre humanité; si j'étais seul et sans liens, je mépriserais la larme qui se forme
+dans mon &oelig;il; je saurais braver le malheur, je saurais affronter la ruine; car après
+tout, «les mille portes de la mort sont ouvertes». Mais, ô Dieu bon! les tendres
+intérêts que j'ai mentionnés, les droits et les liens que je vois en ce moment, que je
+sens autour de moi, combien ils énervent le courage et affaiblissent la résolution! Vous
+m'avez accordé un titre à votre patronage, comme à un homme de quelque mérite; et
+votre estime, en tant qu'honnête homme, est, je le sais, mon droit. Permettez-moi,
+Monsieur, d'en appeler à ces deux sentiments; je vous adjure de me sauver de la
+misère qui menace de me détruire et que, je le dirai jusqu'à mon dernier soupir, je
+n'ai pas méritée<a id="footnotetag1229" name="footnotetag1229"></a><a href="#footnote1229" title="Lien vers la note 1229"><span class="small">[1229]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>Quelques-uns de ses plus sincères admirateurs ont blâmé cette lettre.
+Ils ont trouvé qu'elle manquait de dignité<a id="footnotetag1230" name="footnotetag1230"></a><a href="#footnote1230" title="Lien vers la note 1230"><span class="small">[1230]</span></a>. Elle ne manque à nos yeux ni
+de fierté, ni d'éloquence. C'est le mouvement et le cri d'un homme dont
+la famille peut être le lendemain en face de la faim. C'est une lettre particulière,
+à celui qui s'était toujours montré son protecteur et son ami. Des
+situations à cette extrémité ne se mesurent pas par des formules de correspondance
+ordinaire. Trouve-t-on qu'un homme manque de dignité
+parce que sa voix tremble et que ses yeux se remplissent de larmes
+lorsqu'il voit souffrir les siens?</p>
+
+<p>D'ailleurs la lettre qui suit montre bien quelle fut son attitude dans
+cette malheureuse affaire. Il est facile de voir que M. Graham lui avait
+répondu pour le rassurer un peu et lui dire d'exposer sa défense
+dans une lettre qui serait transmise au Conseil. Burns lui renvoya, avec
+ses remercîments, l'exposé des faits et des opinions dont il était accusé.
+Il n'est guère possible de demander plus de franchise dans l'aveu de ses
+actes, plus de fermeté dans le maintien de ses opinions, plus de netteté
+et de dignité à la fois. Il écrivait le 5 janvier 1793:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Monsieur, je suis à l'instant même honoré de votre lettre. Je n'essaierai pas de
+décrire les sentiments avec lesquels j'ai reçu cette nouvelle preuve de votre bonté.</p>
+
+<p>J'arrive aux accusations que la malveillance et la calomnie ont portées contre moi.
+On a dit, semble-t-il, que non-seulement j'appartiens à un parti désaffectionné dans
+cette ville, mais encore que je suis à sa tête. Je n'ai connaissance ici d'aucun parti, ni
+républicain, ni réformiste, excepté d'un ancien parti en vue de la réforme des bourgs,
+avec lequel je n'ai jamais rien eu à faire. Des individus, républicains et réformistes,
+<span class="pagenum"><a id="page495" name="page495"></a>(p. 495)</span> nous en avons ici, bien qu'en petit nombre, des deux côtés. Mais, s'ils se sont associés,
+c'est plus que je n'en sais; et s'il existe une association de ce genre, elle doit se composer
+d'individus si obscurs et si ignorés qu'il n'y a aucune possibilité que je leur sois
+connu, ou eux à moi.</p>
+
+<p>J'étais au théâtre, un soir, quand on réclama: «Ça ira». J'étais au milieu du parterre
+et c'est du parterre que la clameur s'éleva. Un ou deux individus, avec lesquels
+je me trouve occasionnellement, faisaient partie du groupe; mais je n'ai pas eu connaissance
+de leur projet, je n'y ai pas pris part, je n'ai jamais ouvert les lèvres pour
+siffler ou acclamer ni celte chanson, ni aucune autre chanson politique. Je me suis
+considéré comme un homme beaucoup trop obscur pour avoir quelque poids dans la
+répression d'un désordre, et en même temps comme un homme trop respectable pour
+hurler aux clameurs d'une populace. Ce fut la conduite des premières personnes de la
+ville; et ces personnes savent et déclareront que ce fut aussi la mienne.</p>
+
+<p>Je n'ai jamais prononcé d'invectives contre le roi. Sa valeur privée, il est absolument
+impossible qu'un homme tel que moi puisse l'apprécier. Mais, en sa capacité
+publique, c'est avec le plus solide loyalisme que j'ai toujours révéré et je révérerai
+toujours le monarque de la Grande-Bretagne, comme la clef de voûte sacrée de notre
+royale Constitution (pour parler maçonniquement).</p>
+
+<p>Quant aux principes de Réforme, je considère la Constitution britannique, telle
+qu'elle a été fixée par la Révolution, comme la plus glorieuse Constitution qui existe,
+ou que peut-être l'esprit de l'homme puisse concevoir. En même temps, je pense, et
+vous savez quels hauts et remarquables personnages ont depuis quelque temps la
+même opinion, que nous avons considérablement dévié des principes originels de la
+Constitution, et particulièrement qu'un alarmant système de corruption a pénétré dans
+les rapports entre le Pouvoir Exécutif et la Chambre des Communes. Voilà la vérité et
+toute la vérité sur mes opinions réformistes, avec lesquelles j'ai joué imprudemment
+avant de connaître l'humeur de ces temps d'innovation. Je le vois maintenant, et à
+l'avenir je scellerai mes lèvres. Cependant je n'ai jamais eu aucune autorité dans
+aucune association politique, aucune correspondance, aucun rapport avec elles. Sauf
+ceci, lorsque les magistrats et les principaux habitants de cette ville s'assemblèrent
+pour déclarer leur attachement à la Constitution et leur horreur des émeutes, déclaration
+que vous pourriez trouver dans les journaux, je crus qu'il était de mon devoir,
+comme sujet du pays et comme citoyen de la ville, de souscrire à cette déclaration.</p>
+
+<p>De Johnstone, l'éditeur du <span class="italic">Gazetier d'Édimbourg</span>, je ne sais rien. Un soir, en compagnie
+de cinq ou six amis, son prospectus nous tomba sous la main; il nous sembla
+viril et indépendant. Je lui écrivis de nous envoyer son journal. Si vous croyez qu'il y
+a quelque impropriété à ce que la publication arrive ici adressée à mon nom, je la
+décommanderai aussitôt. Jamais, j'en prends Dieu pour juge, je n'ai écrit de ma main
+une ligne de prose pour le <span class="italic">Gazetier</span>. Je lui ai envoyé une pièce de circonstance, dite
+par Miss Fontenelle, le soir de son bénéfice, intitulée <span class="italic">Les Droits de la Femme</span>, et
+quelques strophes improvisées sur la commémoration de Thompson. Je vous les envoie
+toutes deux pour que vous les lisiez. Vous verrez qu'ils n'ont absolument rien qui
+touche à la politique. Quand j'ai envoyé à Johnstone un de ces poèmes (j'oublie lequel
+des deux), j'y ai joint, à la demande de mon excellent et digne ami, Robert Riddell
+Esq., de Glenriddell, un essai en prose, signé Caton, écrit par lui et adressé aux
+délégués pour la Réforme des Comtés. Il est lui-même un de ces délégués pour ce
+Comté-ci. Avec les mérites et les démérites de cet essai, je n'ai rien eu à faire que de le
+transmettre sous la même enveloppe affranchie,&mdash;enveloppe qu'il m'avait procurée.</p>
+
+<p>Pour la France, j'ai été son partisan enthousiaste au commencement des affaires.
+Lorsqu'elle en vint à montrer son ancienne avidité pour les conquêtes, en annexant
+la Savoie et en envahissant la Hollande, j'ai changé de sentiment. J'ai fait, sur la
+<span class="pagenum"><a id="page496" name="page496"></a>(p. 496)</span> retraite du Prince de Brunswick, une ballade à chanter après boire. Je l'ai chantée à
+une soirée joyeuse. Je vous l'enverrai également, cachetée, parce qu'elle n'est pas
+faite pour être lue par tout le monde. Elle est indigne de votre attention, mais dans le
+cas où M<sup>me</sup> la Renommée, ainsi qu'elle l'a déjà fait, userait ou abuserait de son vieux
+privilège de mentir, vous aurez en main le pour et le contre de mes écrits et de ma
+conduite politique.</p>
+
+<p>Mon honoré Patron, ceci est tout. Je défie tout démenti de cet exposé. Des préjugés
+erronés ou la passion imprudente peuvent m'égarer et m'ont souvent égaré; mais
+lorsqu'on me demande de répondre de mes fautes, bien que, j'ose le dire, aucun
+homme ne ressente de plus perçante componction de ses erreurs, cependant, je crois
+que personne ne peut être plus que moi au-dessus d'un échappatoire ou d'une dissimulation<a id="footnotetag1231" name="footnotetag1231"></a><a href="#footnote1231" title="Lien vers la note 1231"><span class="small">[1231]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>C'est une fort belle lettre, où il s'excuse avec beaucoup d'habileté, sans
+rien abandonner de ses convictions. Son passage sur le roi est suffisamment
+transparent, et celui sur la nécessité d'une Réforme si net qu'il
+faillit avoir à s'en repentir. Sa défense manqua de lui être plus funeste
+que le reste. Le Conseil fut blessé de ses remarques sur la Constitution
+et chargea un des surveillants généraux, M. Corbet, de s'informer, sur les
+lieux, de sa conduite, et de lui faire savoir, selon ses propres termes «que
+mon affaire était d'agir et non de penser et que, quels que fussent les
+hommes ou les mesures, mon devoir était d'être silencieux et obéissant<a id="footnotetag1232" name="footnotetag1232"></a><a href="#footnote1232" title="Lien vers la note 1232"><span class="small">[1232]</span></a>.»</p>
+
+<p>On a essayé de diminuer le danger qui le menaça à ce moment, et
+on a prétendu qu'il se l'était exagéré,</p>
+
+<p class="poem-ctr">Ses hérésies sur l'Église et sur l'État<br>
+Pourraient bien lui valoir le sort de Muir et de Palmer<a id="footnotetag1233" name="footnotetag1233"></a><a href="#footnote1233" title="Lien vers la note 1233"><span class="small">[1233]</span></a>.</p>
+
+<p>Tout va à prouver, au contraire, que ce danger était sérieux. Le bruit
+s'était même répandu à Édimbourg qu'il avait été congédié de l'Excise, et
+John Erskine, comte de Mar, avait eu la pensée d'ouvrir, parmi les amis de
+la Liberté, une souscription qui aurait dédommagé le poète d'avoir souffert
+pour elle. Cette généreuse initiative lui valut de Burns une lettre aussi
+belle que celle qui précède, éloquente, et pleine des sentiments de liberté
+qui appartiennent aux citoyens d'un pays libre. Il faut la lire aussi, car
+elle complète l'étude des vrais principes politiques de Burns et elle le
+montre sous un de ses meilleurs aspects:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«La partialité de mes compatriotes m'a mis en évidence, comme un homme de
+quelque génie, et m'a donné un nom à maintenir. Comme poète, j'ai proclamé des
+sentiments virils et indépendants qui, je l'espère, se retrouveront dans l'homme. Des
+raisons d'un haut poids, qui n'étaient autres que le soutien d'une femme et d'enfants,
+m'ont désigné ma situation actuelle comme avantageuse, comme la seule que je pusse
+<span class="pagenum"><a id="page497" name="page497"></a>(p. 497)</span> choisir. Néanmoins mon honnête renommée est ce qui m'est le plus cher, et mille fois
+j'ai tremblé à l'idée des épithètes dégradantes que la calomnie et la malveillance pourront
+attacher à mon nom. J'ai souvent, anticipant cruellement l'avenir, entendu
+quelque futur écrivailleur de magazine vénal, avec la lourde méchanceté d'une stupidité
+sauvage, déclarer avec joie, dans ses paragraphes payés, que «Burns, malgré la
+parade d'indépendance qui se trouve dans ses écrits et après avoir été produit au regard
+et à l'estime publics comme un homme de quelque talent, n'ayant pas en lui-même les
+ressources nécessaires pour supporter cette dignité empruntée, tomba à être un pauvre
+exciseman et passa humblement le reste de son insignifiante existence dans les
+occupations les plus communes, avec la plus vile classe du genre humain.»</p>
+
+<p>Monsieur, permettez-moi de déposer entre vos mains illustres mon démenti le plus
+énergique, ma protestation contre ces calomnieuses faussetés. Burns fut un homme
+pauvre depuis sa naissance et devint exciseman par nécessité. Mais, je le dirai! la pauvreté
+n'a pu altérer la pureté de son honnêteté et l'indépendance britannique de son
+esprit. L'oppression a pu la plier, mais non la dompter. N'ai-je pas, dans la prospérité
+de ma contrée, un intérêt qui m'est plus précieux que le plus riche duché qu'elle
+contient? J'ai une nombreuse famille et la probabilité qu'elle s'accroîtra encore. J'ai
+trois fils qui, je le vois déjà, ont apporté dans ce monde des âmes peu faites pour
+habiter des corps d'esclaves.&mdash;Puis-je regarder tranquillement et contempler les
+machinations qui enlèveraient leurs droits à mes garçons? à ces petits Bretons libres,
+dans les veines de qui court mon propre sang? Non! je ne le saurais! Quand même
+le sang de mon c&oelig;ur devrait ruisseler autour de mon effort pour l'empêcher.</p>
+
+<p>Si quelqu'un me dit que mes faibles efforts ne sauraient être utiles et qu'il n'appartient
+pas à mon humble position de se mêler des intérêts d'un peuple, je lui répondrai
+que c'est sur des hommes comme moi qu'un pays se repose, pour trouver les mains
+qui soutiennent et les yeux qui comprennent. La multitude ignorante peut enfler la
+masse d'une nation; la foule clinquante, titrée et courtisane, peut lui servir de panache
+et d'ornement. Mais le nombre de ceux qui sont assez élevés dans la vie pour raisonner
+et réfléchir, et assez bas pour être à l'abri de la contagion vénale des cours, voilà où
+est la force d'une nation.</p>
+
+<p>Une dernière requête. Quand vous aurez honoré cette lettre en la lisant, je vous
+prie de la jeter aux flammes. Burns, en faveur de qui vous vous êtes si généreusement
+intéressé, vient d'être peint par moi, en couleurs naturelles; mais si quelqu'une des
+personnes qui tiennent entre leurs mains le pain qu'il mange, venait à avoir quelque
+connaissance de ce portrait, cela ruinerait le pauvre barde pour toujours<a id="footnotetag1234" name="footnotetag1234"></a><a href="#footnote1234" title="Lien vers la note 1234"><span class="small">[1234]</span></a>!...</p>
+</div>
+
+<p>Comme on sent, lorsqu'il parle des jugements futurs qu'on portera sur
+sa vie, l'amertume et l'humiliation qu'il ressentait de sa position dans
+l'Excise. Il ne s'y réconcilia jamais: et dans le reste de la lettre bouillonne
+un esprit altier contre sa situation subalterne et contre un ordre de
+silence qu'il n'acceptait qu'en frémissant.</p>
+
+<p>Grâce à l'amitié de Corbet et de Graham, l'orage qui l'avait menacé
+passa sans éclater. Il en garda cependant assez longtemps la pensée qu'il
+fallait renoncer à tout espoir d'avancement. Lockhart attribue au découragement
+que lui causa cette pensée sa fuite vers des excès qui abrégèrent
+sa vie<a id="footnotetag1235" name="footnotetag1235"></a><a href="#footnote1235" title="Lien vers la note 1235"><span class="small">[1235]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page498" name="page498"></a>(p. 498)</span> Par une assez curieuse revanche, ce fut le nom de Burns qui, vingt-cinq
+ans plus tard, servit à réveiller l'opinion libérale et rompit le silence dont
+les whigs avaient été jusque-là accablés.</p>
+
+<p class="quote">«Le printemps suivant, dit lord Cockburn, s'ouvrit par un dîner public en l'honneur
+de Burns, (22 Février 1819). Deux ou trois cents personnes y assistaient. John
+A. Murray présidait. De beaucoup la partie la plus intéressante de cette réunion fut
+les quelques mots dits par Henry Mackenzie, qui avait accueilli le poète avec bonté
+lors de la première visite de celui-ci à Édimbourg, environ trente ans auparavant, et
+qui avait été souvent récompensé en assistant à la gloire du génie qu'il avait si vite
+discerné et aidé. Ce dîner laissa un long souvenir, comme le premier dîner public
+auquel un des whigs d'Édimbourg ait pris la parole. Ce fut le premier qui leur montra
+quelle utilité on pouvait tirer de ces réunions, et ce fut la cause immédiate de dîners
+politiques qui bientôt après firent une si grande impression<a id="footnotetag1236" name="footnotetag1236"></a><a href="#footnote1236" title="Lien vers la note 1236"><span class="small">[1236]</span></a>».</p>
+
+<p>Au moment de cette alerte, Burns s'était promis de sceller ses lèvres à
+propos de politique<a id="footnotetag1237" name="footnotetag1237"></a><a href="#footnote1237" title="Lien vers la note 1237"><span class="small">[1237]</span></a>. Selon son habitude d'écrire sur les vitres, il avait
+même tracé cette épigramme sur une des fenêtres de sa taverne du
+Globe:</p>
+
+<p class="poem30">
+Et si tu veux te mêler de Politique,<br>
+Et si ta fortune est humble,<br>
+Porte bien ceci dans l'esprit, sois sourd et aveugle,<br>
+Laisse les grands entendre et voir<a id="footnotetag1238" name="footnotetag1238"></a><a href="#footnote1238" title="Lien vers la note 1238"><span class="small">[1238]</span></a>.</p>
+
+<p>Il lui fut impossible de se tenir longtemps; la vitre dura plus que ses
+résolutions. Il recommença bientôt ses discours et ses épigrammes. Il
+devenait du reste de plus en plus difficile, à un homme qui avait en lui
+le sang de Burns, de rester indifférent et silencieux. L'année de 1792
+avait été, pour ainsi parler, une année d'agitation théorique et c'étaient
+des principes abstraits qu'on discutait. L'année de 1793 mit les plus
+humbles en contact avec les faits eux-mêmes et en amena le contre-coup
+à tous les foyers.</p>
+
+<p>Les événements étaient devenus tragiques et se précipitaient. Dès le
+mois de janvier, l'exécution de Louis XVI avait répandu une stupeur
+qui avait pénétré partout. Le 24 janvier, Chauvelin, l'ambassadeur
+français, avait reçu l'ordre de quitter le pays avant huit jours. Le 27, la
+cour avait pris le deuil pour Louis XVI. Le 28, un message royal, délivré
+au Parlement, l'avait informé que le roi avait résolu d'augmenter ses
+forces «pour soutenir ses alliés et s'opposer aux vues d'agrandissement
+et d'ambition de la part des Français, vues toujours dangereuses pour les
+intérêts de l'Europe, mais plus encore lorsqu'elles étaient liées à la
+propagation de principes subversifs de la paix et de l'ordre de toute
+<span class="pagenum"><a id="page499" name="page499"></a>(p. 499)</span> société civile». Le 1<sup>er</sup> février, la Convention avait déclaré la guerre à
+l'Angleterre. Le commerce était arrêté; les fortunes et encore plus les
+industries s'écroulaient de tous côtés; les ruines s'accumulaient; le
+nombre des banqueroutes avait quadruplé en Écosse<a id="footnotetag1239" name="footnotetag1239"></a><a href="#footnote1239" title="Lien vers la note 1239"><span class="small">[1239]</span></a>. Burns écrivait à
+son ami Peter Hill, le libraire d'Édimbourg:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«J'espère, j'ai confiance que cette rafale de désastres, par laquelle ont été renversés
+tant et tant de dignes personnages qui, il y a quelques mois, prévoyaient peu une
+pareille chose, épargnera mon ami.</p>
+
+<p>Ah! puissent la colère et la malédiction du genre humain hanter et harceler ces
+mécréants turbulents et sans principe, qui ont entraîné un peuple dans cette ruineuse
+aventure.<a id="footnotetag1240" name="footnotetag1240"></a><a href="#footnote1240" title="Lien vers la note 1240"><span class="small">[1240]</span></a>»</p>
+</div>
+
+<p>Lui-même souffrait de la difficulté des temps. La guerre avait arrêté
+l'importation et supprimé le surcroît de traitement qu'il en retirait. Il
+était obligé d'écrire une lettre comme celle-ci pour emprunter un peu
+d'argent:</p>
+
+<p class="quote">«Ceci est une lettre pénible et désagréable, la première de ce genre que j'aie
+jamais écrite. Je suis vraiment en une sérieuse détresse faute de trois ou quatre guinées.
+Pouvez-vous, cher Monsieur, me les prêter? Ces moments maudits, en arrêtant
+l'importation, ont, pour cette année, du moins, retranché un gros tiers de mon
+revenu, et avec ma nombreuse famille, c'est pour moi une affaire malheureuse<a id="footnotetag1241" name="footnotetag1241"></a><a href="#footnote1241" title="Lien vers la note 1241"><span class="small">[1241]</span></a>.»</p>
+
+<p>À ces causes toutes locales et personnelles s'ajoutaient l'agitation universelle,
+la fièvre que les échos et les grondements de catastrophes lointaines
+excitaient en tous, des tressaillements continuels que causaient
+des nouvelles grandioses et terribles, une sorte de tumulte qui s'était
+emparé de toutes les âmes et qui rendait possibles partout toutes les
+folies et tous les héroïsmes. Ce n'étaient pas des temps ordinaires; les
+esprits étaient hors de leurs gonds, un trouble puissant était dans l'air,
+et Burns, plus que tout autre, le ressentait. Aussi, malgré les avertissements
+qu'il avait reçus et le danger qui l'avait menacé, ne pouvait-il
+s'empêcher de laisser échapper des imprudences qu'il essayait de
+rattraper ensuite. Un jour, il offre à la bibliothèque populaire qu'il avait
+fondée, le livre de de Lolme sur la Constitution anglaise. Le lendemain
+matin, il accourt chez le prévost Thomson pour lui redemander à voir le
+livre, parce qu'il avait écrit quelque chose qui pourrait lui amener des
+ennuis; et il efface la phrase suivante: «M. Burns présente ce livre aux
+membres de la Bibliothèque et les prie de l'accepter comme une charte
+de la liberté anglaise, jusqu'à ce qu'ils en trouvent une meilleure<a id="footnotetag1242" name="footnotetag1242"></a><a href="#footnote1242" title="Lien vers la note 1242"><span class="small">[1242]</span></a>». Un
+<span class="pagenum"><a id="page500" name="page500"></a>(p. 500)</span> autre jour, pendant le révoltant procès de Thomas Muir, qui était poursuivi
+pour avoir acheté et distribué des copies des <span class="italic">Droits de l'Homme</span>
+de Paine, il est forcé de prier un brave forgeron de ses voisins de garder
+chez lui un exemplaire de l'ouvrage proscrit, parce que ce serait la ruine
+pour lui si on le savait en sa possession<a id="footnotetag1243" name="footnotetag1243"></a><a href="#footnote1243" title="Lien vers la note 1243"><span class="small">[1243]</span></a>. Parfois, il rapportait de promenades
+solitaires parmi les ruines pittoresques de l'Abbaye de Lincluden,
+des pensées qu'il n'osait confier à ses vers, comme dans la pièce admirable
+qu'il nomme <span class="italic">Une Vision</span>.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Comme j'étais debout près de cette tour sans toiture,<br>
+Où la giroflée parfume l'air plein de rosée,<br>
+Où la hulotte gémit dans sa chambre de lierre<br>
+Et dit à la lune de minuit son souci;</p>
+
+<p>Les vents étaient tombés et l'air était paisible,<br>
+Des étoiles filantes traversaient le ciel;<br>
+Le renard hurlait sur la colline,<br>
+Et les échos lointains des gorges répondaient.</p>
+
+<p>Le ruisseau, dans son sentier couvert de noisetiers,<br>
+Se hâtait près des murs en ruines,<br>
+Pour rejoindre, là-bas, dans la vallée, la rivière<br>
+Dont le bruit distant monte et retombe.</p>
+
+<p>Du nord froid et bleuâtre ruisselaient<br>
+Des lueurs, avec un bruit sifflant, étrange;<br>
+À travers le firmament elles jaillissaient et changeaient,<br>
+Comme les faveurs de la Fortune, perdues aussitôt que gagnées.</p>
+
+<p>Par hasard, je tournai insouciamment mes yeux,<br>
+Et, dans le rayon de lune, je tremblai en voyant<br>
+Se lever, un spectre austère et puissant,<br>
+Vêtu comme jadis l'étaient les ménestrels.</p>
+
+<p>Eussé-je été une statue de pierre,<br>
+Son aspect m'aurait fait frissonner;<br>
+Et sur son bonnet était gravée clairement<br>
+La devise sacrée: «Liberté».</p>
+
+<p>Et de sa harpe coulaient des chants<br>
+Qui auraient réveillé les morts endormis;<br>
+Et, oh! c'était une histoire de détresse,<br>
+Comme jamais l'oreille d'un anglais n'en connut de plus grande.</p>
+
+<p>Avec joie, il chantait ses jours d'autrefois,<br>
+Avec des pleurs, il gémissait sur les temps récents;<br>
+Mais ce qu'il disait, ce n'était pas un jeu,<br>
+Je ne le risquerai pas dans mes rimes<a id="footnotetag1244" name="footnotetag1244"></a><a href="#footnote1244" title="Lien vers la note 1244"><span class="small">[1244]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page501" name="page501"></a>(p. 501)</span> Cependant les destinées de la Révolution française tenaient le monde
+en suspens. En Angleterre, malgré la déclaration de guerre, un grand
+nombre d'âmes généreuses faisaient des v&oelig;ux pour le peuple qui défendait
+sa liberté. Du premier coup, Burns se trouva parmi ceux qui prenaient
+parti contre leur propre patrie. Il ne s'en cachait pas. Il composait une
+épigramme contre une victoire de l'armée anglaise. Lorsque Dumourier
+passa à l'ennemi, il écrivit contre lui son <span class="italic">Impromptu sur la Désertion du
+général Dumourier</span>. Dans une <span class="italic">Ode pour le jour de naissance du général
+Washington</span>, il s'écriait:</p>
+
+<p class="poem-ctr">Les nations opprimées forment-elles le haut dessein<br>
+De faire saigner les tyrans détestés?<br>
+Ton Angleterre prend en haine cet exploit glorieux!<br>
+Sous les plis de ses bannières hostiles,<br>
+Bravant les reproches de l'honneur,<br>
+L'Angleterre tonne et s'écrie: «La cause du tyran est la mienne!»<br>
+À cette heure maudite, les démons se sont réjouis,<br>
+L'enfer, dans son étendue, poussa un cri de triomphe,<br>
+À cette heure qui vit le nom généreux de l'Angleterre<br>
+Associé à des actes maudits frappés de honte éternelle<a id="footnotetag1245" name="footnotetag1245"></a><a href="#footnote1245" title="Lien vers la note 1245"><span class="small">[1245]</span></a>.</p>
+
+<p>Chose remarquable! Là encore, ce paysan sans culture, perdu dans des
+fonctions infimes, au fond de l'Écosse, était à l'unisson avec les plus hauts
+esprits de son époque. Il avait le don suprême des poètes de sentir où est
+la parcelle de justice éternelle qui roule dans le désordre humain. Il
+l'avait deviné, comme ses frères en poésie, l'ardent Coleridge et le noble
+Wordsworth. Eux aussi avaient eu l'âme déchirée de ce conflit entre leur
+amour pour la contrée natale et leur enthousiasme pour la cause de l'humanité.
+Ils avaient eux aussi sacrifié le moindre de ces sentiments au plus
+grand. À ce moment, Coleridge, malgré ses amitiés et ses jeunes amours
+qui étaient du côté patriotique, prédisait la défaite à tous ceux qui bravaient
+la lance destructrice des tyrans, et bénissait «les pæans de la France
+délivrée», en courbant la tête et en pleurant au seul nom de l'Angleterre<a id="footnotetag1246" name="footnotetag1246"></a><a href="#footnote1246" title="Lien vers la note 1246"><span class="small">[1246]</span></a>.
+À ce même moment, lorsqu'il entrait dans une église où l'on offrait des
+prières ou des actions de grâces pour les victoires de son pays, Wordsworth
+restait silencieux, «comme un hôte qu'on n'a pas invité»; et
+quand, sur le rivage paisible, à l'heure où le soleil descend dans la tranquillité
+de la nature, il voyait la flotte orgueilleuse «qui porte le pavillon
+à croix rouge et entendait le canon du soir», son c&oelig;ur était plein de
+chagrin pour le genre humain<a id="footnotetag1247" name="footnotetag1247"></a><a href="#footnote1247" title="Lien vers la note 1247"><span class="small">[1247]</span></a>.</p>
+
+<p>Chez Burns, cette souffrance ne pouvait pas prendre une forme
+<span class="pagenum"><a id="page502" name="page502"></a>(p. 502)</span> purement intellectuelle, s'accumuler en profonde tristesse méditative
+comme chez Wordsworth, ou s'exhaler en emportement lyrique comme
+chez Coleridge. Les gens cultivés se font de leur esprit un sanctuaire
+reculé dont les joies et les colères sont plus loin de la vie, où ils se retirent
+parfois pour goûter leurs fiertés ou cacher leurs dégoûts. Burns
+n'avait pas ce refuge. La vie réelle était trop près de son esprit, il ne
+pouvait s'en éloigner et ses idées passaient aussitôt dans ses actes. Ce
+conflit ne produisit pas en lui, comme dans Wordsworth, un ébranlement
+moral, douloureux sans doute, mais qui restait restreint dans la vue
+spéculative des choses. Il causa en lui une irritabilité de chaque jour. Il
+avait pris en haine les officiers au point qu'il ne pouvait en supporter la
+présence. Il écrivait à Mrs Riddell qu'il avait vue la veille au théâtre:
+«J'avais l'intention de vous faire visite hier soir, mais, en approchant
+de la porte de votre loge, le premier objet qui frappa ma vue fut un de
+ces faquins habillés en homards, assis et gardant, comme un autre dragon,
+le fruit du jardin des Hespérides<a id="footnotetag1248" name="footnotetag1248"></a><a href="#footnote1248" title="Lien vers la note 1248"><span class="small">[1248]</span></a>.» Rencontrant un jour M<sup>rs</sup> Basil
+Montague, qui lui demande de l'accompagner: «Volontiers, Madame,
+dit-il, mais je ne descendrai pas par le trottoir, de peur d'avoir à
+partager votre société avec un de ces faquins à épaulettes dont la rue est
+pleine<a id="footnotetag1249" name="footnotetag1249"></a><a href="#footnote1249" title="Lien vers la note 1249"><span class="small">[1249]</span></a>.» Cette antipathie s'étendait aux nobles et aux riches. Dans une
+excursion de quelques jours qu'il fit avec un de ses compagnons de
+l'Excise, il regardait, avec une sorte d'humeur farouche, le charmant
+paysage de l'Isle de Saint-Mary, parce que c'était la propriété d'un lord,
+et ce lord était le père de lord Daer, le libéral<a id="footnotetag1250" name="footnotetag1250"></a><a href="#footnote1250" title="Lien vers la note 1250"><span class="small">[1250]</span></a>. Il est probable que
+son mécontentement politique, la sensation pénible d'être toujours surveillé,
+l'effort encore plus pénible pour lui de se contenir, l'espèce
+d'humiliation qu'il en ressentait, avaient aigri son caractère. Il était
+devenu plus sombre, plus amer. Il avait toujours dans ses vers revendiqué
+l'égalité des hommes, mais, maintenant il y apportait de l'âpreté et une
+sorte de dureté farouche. On verra ailleurs avec plus de détails quels
+furent ses sentiments vis-à-vis de la Révolution française. Il suffisait de
+les noter ici, en tant qu'ils eurent une influence matérielle ou morale sur
+sa vie.</p>
+
+<p>Il est hors de doute que cette fièvre de discussions, de petites nouvelles,
+par lesquelles les grands aspects des faits sont cachés, de récriminations,
+de déclarations vaines, que cette folie de colères, de querelles, de haine,
+qui énervait et exaspérait toute l'Angleterre et sévissait fortement à
+Dumfries, furent pour le poète de mauvaises conditions de vie et de
+travail. Il eût mieux valu ressentir les nobles souffles qui passaient sur le
+<span class="pagenum"><a id="page503" name="page503"></a>(p. 503)</span> monde dans le calme de la campagne et les recevoir purifiés de la paille
+et de la poussière des acrimonies humaines.</p>
+
+<p class="p2">À travers toutes ces péripéties, il continuait son métier d'exciseman. Il
+le faisait sans goût, mais avec exactitude. Si on excepte l'admonestation
+relative à ses déclarations politiques, laquelle est tout à fait à part, on
+ne trouve, dans sa correspondance et dans le minutieux journal de son
+surveillant Findlater, que trois ou quatre allusions à des observations
+pour des faits de service. Elles portent sur des négligences futiles et, selon
+les expressions mêmes du rapport, sur des «inadvertances triviales<a id="footnotetag1251" name="footnotetag1251"></a><a href="#footnote1251" title="Lien vers la note 1251"><span class="small">[1251]</span></a>».
+Dans les cas où on a ses explications, celles-ci paraissent probantes<a id="footnotetag1252" name="footnotetag1252"></a><a href="#footnote1252" title="Lien vers la note 1252"><span class="small">[1252]</span></a>.
+Deux lettres, en forme de mémoire, adressées, l'une à David Staig<a id="footnotetag1253" name="footnotetag1253"></a><a href="#footnote1253" title="Lien vers la note 1253"><span class="small">[1253]</span></a>,
+prévost de Dumfries, l'autre à Mr Graham de Fintry<a id="footnotetag1254" name="footnotetag1254"></a><a href="#footnote1254" title="Lien vers la note 1254"><span class="small">[1254]</span></a>, dans lesquelles il
+propose des améliorations qui doivent conduire à une perception plus
+exacte de l'impôt ou à des économies, montrent qu'il s'occupait de son
+administration, en dehors de la routine de son service, et qu'il en connaissait
+bien le fonctionnement. Ce sont des exposés très courts mais très
+nets et, il semble, très justes, de points de détails. Ils marquent le jugement
+qu'il y avait en lui, et ce qu'il aurait pu faire, si sa position avait été
+plus élevée. Au point de vue strictement professionnel, il est certain que
+l'Excise ne devait pas compter beaucoup d'employés tels que lui, aussi
+actifs, aussi intelligents, aussi capables de tact et de fermeté. Il avait
+d'autant plus de mérite à apporter dans ses fonctions une régularité qui
+n'était pas dans sa nature, qu'elles lui étaient pénibles et odieuses. De
+temps en temps, quelques paroles échappées indiquent qu'il continuait à
+les subir, à son corps défendant, et laissent deviner la discordance qu'il
+y avait entre cette vie et ses désirs.</p>
+
+<p class="quote">«Dimanche clôt une période de notre maudite affaire du revenu. Il se peut que je
+sois tenu, occupé à écrire, jusqu'à midi. Jolie occupation pour la plume d'un poète! Il
+y a une partie du genre humain que j'appelle la <span class="italic">classe des chevaux de manège</span>. Quels
+animaux enviables ce sont! Ils tournent, ils tournent et ils tournent&mdash;le b&oelig;uf de Mundell,
+qui fait aller son moulin à coton, est leur prototype exact&mdash;sans une idée ou un
+désir au-delà de leur cercle, gras, luisants, stupides, patients, tranquilles et satisfaits;
+tandis que me voici assis tout novembreux, damné mélange de mauvaise humeur et
+de mélancolie, sans assez de la première pour m'emporter jusqu'à la colère, ni de la
+seconde pour me reposer dans la torpeur; mon âme se démenant et voletant autour
+de sa prison, comme un bouvreuil attrapé pendant les horreurs de l'hiver et nouvellement
+enfermé dans une cage. Je suis persuadé que c'est de moi que le sage Hébreu
+a prophétisé quand il a dit: «Et voyez, quelque chose à quoi cet homme applique son
+<span class="pagenum"><a id="page504" name="page504"></a>(p. 504)</span> désir, elle ne prospérera pas.» Si mon ressentiment est éveillé, il est certain que c'est
+d'un côté où il n'ose pas piailler; et si.... Priez que la Sagesse et le Bonheur soient de
+plus fréquents visiteurs de R. B<a id="footnotetag1255" name="footnotetag1255"></a><a href="#footnote1255" title="Lien vers la note 1255"><span class="small">[1255]</span></a>.»</p>
+
+<p>Ces aveux sont rares. Il supporta jusqu'au bout, en se taisant, cette
+existence si peu faite pour lui, dans laquelle il voyait le soutien de sa
+famille.</p>
+
+<p class="p2">Ce fut dans ces moments de trouble et d'irritation, vers la fin de l'année
+1792, que passa dans son souvenir, pour la dernière fois, la chaste figure
+de Mary des Hautes-Terres. La même saison, la saison d'automne, l'évoqua
+encore. Elle semble revenir à intervalles égaux, trois ans après sa dernière
+apparition à Ellisland. Elle se tient sur le seuil des derniers jours, qui
+descendent, en s'assombrissant, vers un fond de vie où elle ne peut le
+suivre. Elle vient lui donner un adieu. On dirait que les nuages s'ouvrent
+un moment derrière elle, et laissent arriver jusqu'à lui, par cette échappée,
+le parfum des aubépines de l'Ayr, un rayon de ces dimanches de mai
+comme les années ne lui en apportent plus, des clartés d'autrefois. Il la
+salua d'adorables et tendres paroles dans lesquelles revit toute sa douleur.
+La douce Mary Campbell resta jusqu'au bout la maîtresse de ce c&oelig;ur
+tourmenté. «Le sujet de cette chanson, écrivait-il à Thompson en la lui
+envoyant, est un des plus intéressants passages de mes jeunes jours;
+j'avoue que je serais heureux de voir les vers adaptés à un air qui leur
+assurerait la célébrité. Peut-être, après tout, est-ce la passion encore
+ardente de mon c&oelig;ur qui jette un lustre emprunté sur les mérites de cette
+composition<a id="footnotetag1256" name="footnotetag1256"></a><a href="#footnote1256" title="Lien vers la note 1256"><span class="small">[1256]</span></a>.» Il se trompait. La pièce qu'il envoyait était, comme toutes
+celles que lui inspira Mary Campbell, parmi ses plus parfaites.</p>
+
+<div class="poem20">
+<p>Ô berges, rives et ruisseaux autour<br>
+<span class="add2em">Du château de Montgomery,</span><br>
+Verts soient vos bois, belles vos fleurs,<br>
+<span class="add2em">Et vos ondes jamais troublées.</span><br>
+Que là, l'Été déplie d'abord ses robes,<br>
+<span class="add2em">Que là, il reste plus longtemps,</span><br>
+Car là, je pris mon dernier adieu<br>
+<span class="add2em">De ma douce Mary des Hautes-Terres.</span></p>
+
+<p>Comme doucement fleurissait le bouleau vert et gai,<br>
+Comme la floraison d'aubépine était riche,<br>
+Quand sous leur ombrage parfumé<br>
+<span class="add2em">Je la serrais sur ma poitrine!</span><br>
+Les heures d'or, sur des ailes d'anges,<br>
+<span class="add2em">Volaient par-dessus moi et ma chérie,</span><br>
+Car chère, autant que la lumière et la vie,<br>
+<span class="add2em">M'était ma douce Mary des Hautes-Terres.</span></p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page505" name="page505"></a>(p. 505)</span> Avec maints v&oelig;ux et maints étroits embrassements,<br>
+<span class="add2em">Nos adieux furent pleins de tendresse;</span><br>
+Et nous jurant souvent de nous revoir<br>
+<span class="add2em">Nous nous arrachâmes l'un à l'autre.</span><br>
+Mais hélas, le gel de la mort arriva<br>
+<span class="add2em">Qui tua ma fleur si hâtivement!</span><br>
+Maintenant vert est le gazon et froide l'argile<br>
+Qui enveloppent ma Mary des Hautes-Terres.</p>
+
+<p>Ô pâles, pâles maintenant, ces lèvres roses,<br>
+<span class="add2em">Que j'embrassai souvent si tendrement!</span><br>
+Et fermé à jamais, ce regard brillant<br>
+<span class="add2em">Qui s'arrêtait sur moi si doucement!</span><br>
+Et retombé maintenant, en poussière silencieuse,<br>
+<span class="add2em">Ce c&oelig;ur qui m'aimait si chèrement!</span><br>
+Mais toujours au fond de ma poitrine<br>
+<span class="add2em">Vivra ma Mary des Hautes-Terres<a id="footnotetag1257" name="footnotetag1257"></a><a href="#footnote1257" title="Lien vers la note 1257"><span class="small">[1257]</span></a>.</span></p>
+</div>
+
+<p>La souffrance est aussi récente que dans les vers composés trois ans
+auparavant; ceux-ci ont une tristesse de plus. Il semble que la pensée
+d'une existence future se soit éloignée; la dissolution est l'idée maîtresse de
+cette pièce comme la survivance l'était de la précédente. Ce n'est plus à
+la Mary veillant dans le ciel qu'il s'adresse; mais à la Mary disparue sous
+la terre, pour jamais. Le sentiment de la séparation définitive a remplacé
+celui d'une réunion attendue; ses yeux ne la cherchent plus du côté
+des étoiles. Du reste, ce rêve d'une rencontre avec les êtres aimés, qui
+avait été pendant quelque temps sa croyance, ne reparaît plus dans sa
+correspondance. Pas même aux derniers moments, lorsque la pensée de
+la mort prochaine lui reviendra souvent, il ne s'en ressouviendra. Il y a
+une autre réflexion mélancolique dont il est impossible de se défendre en
+relisant ces vers. Certes l'homme qui les a écrits est aussi capable de
+poésie que jamais. Cependant c'est de plus en plus à des souvenirs que
+son génie s'applique; la vie présente ne lui fournit plus de ces émotions;
+il retravaille à celles du passé; il retourne à ce qu'il a ressenti. Quelle
+amertume ont ces divins moments d'autrefois, quand ils reviennent dans
+une âme qui ne saurait plus les éprouver et qui, peut-être, en a
+conscience!<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section">III.<br>
+LES EXCÈS AUGMENTENT. &mdash; MAUVAIS RENOM.</p>
+
+<p>Dans cette vie de discussions âpres et de déclamations de cabaret, dans
+la routine d'un métier haï, dans le commerce de gentilshommes viveurs
+<span class="pagenum"><a id="page506" name="page506"></a>(p. 506)</span> ou de bourgeois godailleurs, ses excès de boisson se rapprochent et
+s'alourdissent. Jusque-là ils avaient été intermittents et ils avaient eu
+comme contrepoids le travail corporel et le grand air de la campagne.
+Maintenant le danger devient quotidien et plus grave. Il était assailli
+constamment et de tous côtés. «À Dumfries, dit Heron, sa dissipation
+devint plus profonde et plus habituelle; il était plus exposé que dans la
+campagne à ce qu'on le sollicitât de partager la débauche des dissolus et
+des oisifs; de sots jeunes gens, tels que des clercs d'hommes de loi, de
+jeunes médecins, des commis de marchands et ses confrères de l'Excise, se
+pressaient avidement autour de lui et de temps en temps le poussaient à
+boire avec eux, afin de pouvoir jouir de son audacieux esprit»<a id="footnotetag1258" name="footnotetag1258"></a><a href="#footnote1258" title="Lien vers la note 1258"><span class="small">[1258]</span></a>. D'un
+autre côté, lorsque les «Hunts» se réunissaient à Dumfries, «le poète était
+invité à partager leurs réunions et il n'hésitait pas à accepter l'invitation»<a id="footnotetag1259" name="footnotetag1259"></a><a href="#footnote1259" title="Lien vers la note 1259"><span class="small">[1259]</span></a>.
+La flânerie des heures inoccupées par ses fonctions, le besoin de bavardage
+dont on tue le dés&oelig;uvrement d'une petite ville, les rencontres sur la place
+ou le long du quai, produisaient des occasions continuelles. La colère et
+l'emportement que la politique déchaînait en lui, comme chez les hommes
+du peuple qui n'ont pas appris de l'histoire à être calmes envers leur
+temps, les inquiétudes et les rages d'être observé ou réprimandé, étaient
+des excitations à boire et rendaient plus âpres les fumées de la boisson. Une
+vie sédentaire, mauvaise pour lui, empêchait sa constitution de se débarrasser
+de ces ivresses et les y accumulait lentement. Avec un peu de soin on
+assiste à l'envahissement et aux progrès de cette funeste faiblesse. On peut
+la suivre comme un mauvais filon dans sa correspondance.</p>
+
+<p>Vers la fin de 1792, on entrevoit un coin de cette existence fiévreuse.
+Il s'excuse à Cunningham de ne lui avoir pas répondu.</p>
+
+<p class="quote">Non! je ne tenterai pas de m'excuser! Au milieu de la bousculade de mon métier,
+écraser les visages des cabaretiers et des pécheurs sur les roues impitoyables de
+l'Excise, faire des ballades, puis boire et les chanter en buvant... j'aurais pu trouver
+cinq minutes à consacrer à un des premiers parmi mes amis et de mes semblables.
+J'aurais pu faire ce que je fais à présent, prendre une heure sur le bord «du temps ensorcelé
+de la nuit» et griffonner une page ou deux.... Eh bien donc voici à votre bonne
+santé! car j'ai mis une pinte de grog près de moi, en guise de charme pour tenir
+écarté le grand diable ou ses suppôts subalternes qui peuvent être en train de faire
+leurs rondes nocturnes<a id="footnotetag1260" name="footnotetag1260"></a><a href="#footnote1260" title="Lien vers la note 1260"><span class="small">[1260]</span></a>.</p>
+
+<p>Et plus loin, après deux pages de déclamations assez vagues:</p>
+
+<p class="quote">Mais, un instant. (Voici encore à votre santé!) Ce rhum est du diablement bon
+Antigua, il ne faut donc pas le faire servir à délier la langue pour des médisances<a href="#footnote1260" title="Lien vers la note 1260"><span class="small">[1260]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page507" name="page507"></a>(p. 507)</span> Au mois de janvier de 1793, on trouve un autre aveu du même genre
+dans une lettre à M<sup>rs</sup> Dunlop. On a là aussi un coup d'&oelig;il attristant dans
+la vie qu'il menait.</p>
+
+<p class="quote">Quant à moi, je suis mieux, bien que pas tout à fait délivré de ma maladie. Il ne
+faut pas penser, comme vous semblez l'insinuer, que dans ma façon de vivre je
+manque d'exercice. J'en ai bien assez. Mais ce qui, par moments, est le diable pour
+moi, c'est de boire trop dur. J'ai contre ce défaut mainte et mainte fois tourné ma
+résolution, et j'ai en grande partie réussi. J'ai complètement abandonné les cabarets; ce
+sont les réunions particulières, en famille, parmi les gentilshommes de ce pays-ci, rudes
+buveurs, qui me font le plus de mal,&mdash;mais même cela, j'y ai plus qu'à moitié renoncé<a id="footnotetag1261" name="footnotetag1261"></a><a href="#footnote1261" title="Lien vers la note 1261"><span class="small">[1261]</span></a>.</p>
+
+<p>C'étaient des résolutions et des espérances qui ne pouvaient pas tenir.
+Il y a, probablement à l'occasion des réunions dont il parle, un mot bien
+triste de lui, rapporté par Robert Bloomfield, le poète. À une dame
+qui lui faisait des remontrances sur le danger qui résultait de la boisson
+et des habitudes des gens qu'il fréquentait, il répondit: «Madame, ils ne
+me sauraient pas gré de ma compagnie, si je ne buvais pas avec eux. Il <span class="italic">faut</span>
+que je leur donne une tranche de ma constitution»<a id="footnotetag1262" name="footnotetag1262"></a><a href="#footnote1262" title="Lien vers la note 1262"><span class="small">[1262]</span></a>. Il semble que, pendant
+l'année 1793, ce défaut ait redoutablement augmenté chez lui. À la
+fin de cette année et au commencement de la suivante, on trouve dans
+l'espace de moins de deux mois, une série de lettres qui sont une des
+choses les plus affligeantes qu'on puisse lire. Chacune d'elles commence
+par l'aveu d'excès de la veille et est écrite pour réparer quelque parole
+inconsidérée, prononcée dans l'inconscience de l'ivresse. Le 5 décembre,
+il écrivait:</p>
+
+<p class="quote">«Monsieur, échauffé par le vin comme je l'étais hier soir, j'ai pu paraître importun
+dans mon vif désir d'avoir l'honneur de votre connaissance. Vous me pardonnerez:
+c'était sous l'impulsion d'un respect sincère<a id="footnotetag1263" name="footnotetag1263"></a><a href="#footnote1263" title="Lien vers la note 1263"><span class="small">[1263]</span></a>.»</p>
+
+<p>Au mois de janvier 1794, il y a une autre lettre qui commence par ces
+mots:</p>
+
+<p class="quote">«Mon cher Monsieur, je me rappelle quelque chose d'une promesse d'homme gris,
+faite hier soir, de déjeuner avec vous ce matin. J'ai grand regret que cela soit
+impossible. Je me souviens aussi que vous avez eu l'obligeance de me dire quelque chose
+sur votre intimité avec M. Corbet, notre Inspecteur général. Quelques-uns des membres
+du Conseil de l'Excise à Édimbourg avaient et ont peut-être encore une opinion
+défavorable sur moi, comme sur un individu adonné à l'ivresse et à la dissipation. Je
+pourrais être tout cela, vous le savez, et cependant être un honnête homme; mais
+vous savez que je suis un honnête homme et ne suis rien de tout cela<a id="footnotetag1264" name="footnotetag1264"></a><a href="#footnote1264" title="Lien vers la note 1264"><span class="small">[1264]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page508" name="page508"></a>(p. 508)</span> Cette lettre contient la preuve qu'il commençait à se faire autour de
+lui une réputation de buveur et même de quelque chose d'autre. Mais,
+c'est là peu de chose encore. Chez lui, l'ivresse devait entraîner des
+violences de parole ou d'action, en face desquelles il se retrouvait le
+lendemain avec un sentiment d'humiliation. Il y a des scènes qui sont
+réellement pénibles à retracer. Un soir, dans une compagnie où se trouvait
+un officier, un certain capitaine Dods, Burns, emporté par la boisson,
+lance le toast suivant dont le sens était facile à dégager, étant connues
+ses opinions, et dont sa voix devait accentuer le sarcasme: «Puisse notre
+succès dans la guerre être égal à la justice de notre cause.» C'étaient ses
+sentiments sur la Révolution française qui éclataient. Le capitaine Dods
+qui, peut-être, était ivre aussi, releva ces paroles comme une insulte; et
+il était en effet dur pour un officier de les entendre en face. Il s'ensuivit
+des mots trop vifs. Et le lendemain Burns, on peut deviner avec quel frémissement
+de honte et de colère, était obligé d'écrire la lettre qui suit:</p>
+
+<p class="quote">«Cher Monsieur, j'étais, je le sais, ivre hier soir; mais je suis sobre ce matin.
+Après les expressions dont le capitaine Dods s'est servi envers moi, si je n'avais le
+souci de personne que de moi-même, nous en serions certainement venus, selon les
+règles du monde, à la nécessité de nous tuer pour cette affaire. Ces mots étaient de
+ceux qui, je crois, se terminent généralement par une paire de pistolets; mais j'ai la
+satisfaction de penser que je n'ai pas détruit la paix et le bien-être de ma femme et
+de ma famille d'enfants dans une bagarre de boisson. Vous savez, de plus, que des
+rapports qui m'attribuaient certaines opinions politiques m'ont une fois déjà conduit
+au bord de la ruine. Je crains que l'affaire de la nuit dernière ne puisse être mal
+représentée de la même façon. Je vous prie de prendre le soin de l'empêcher.
+Je m'adresse à votre désir de voir Mrs Burns heureuse, pour vous faire accepter la
+tâche d'aller voir, aussitôt que possible, chacun des messieurs qui étaient présents.
+Vous leur expliquerez ceci, ou si vous le désirez, vous leur montrerez cette lettre.
+Qu'était-ce, après tout, que ce toast si blâmable? «Puisse notre succès dans la guerre
+être égal a la justice de notre cause». C'est un toast auquel le loyalisme le plus rigoureux
+et le plus fanatique ne peut rien objecter. Je vous demande et vous prie de vouloir
+bien ce matin voir les personnes qui étaient présentes à cette sotte querelle.
+J'ajouterai seulement que je suis fâché qu'un homme que j'estimais aussi hautement
+que M. Dods m'ait traité de la façon dont je suppose qu'il l'a fait la nuit dernière.<a id="footnotetag1265" name="footnotetag1265"></a><a href="#footnote1265" title="Lien vers la note 1265"><span class="small">[1265]</span></a>»</p>
+
+<p>Cette lettre est de janvier 1794; avant que le mois fût achevé, une
+aventure plus pénible encore lui était arrivée. On peut refaire le tableau,
+car il est caractéristique des m&oelig;urs de l'époque. C'était chez M. Walter
+Riddell, un gentilhomme du voisinage, frère du capitaine Robert Riddell,
+à un de ces dîners écossais du <span class="smcap85">XVIII</span><sup>e</sup> siècle qui s'achevaient dans une
+ivresse générale. On croirait à peine avec quelle régularité fonctionnait
+un système implacable et compliqué de santés et de toasts, qui devait être
+un supplice pour les faibles et venir à bout des plus solides. Pendant le
+<span class="pagenum"><a id="page509" name="page509"></a>(p. 509)</span> dîner, on ne pouvait boire un verre de vin à soi seul; il fallait désigner
+à haute voix une des personnes de la table, à la santé de qui on buvait et
+qui buvait à la vôtre. Après toutes ces gracieusetés particulières, quand
+la table était déblayée, l'hôte portait une santé à chacun des convives, et
+chacun de ceux-ci à chacun des autres convives et à l'hôte; «en sorte que
+là où il y avait dix personnes, il y avait quatre-vingt-dix santés de bues»<a id="footnotetag1266" name="footnotetag1266"></a><a href="#footnote1266" title="Lien vers la note 1266"><span class="small">[1266]</span></a>.
+Ce supplice du dîner était déjà horrible; ce n'était rien auprès de ce
+qui suivait. Après le dîner et avant que les dames se retirassent, venaient
+«les rounds» de toasts, et les «sentiments». Dans les premiers, chaque
+gentleman nommait une dame absente et chaque dame, un gentleman
+absent<a href="#footnote1266" title="Lien vers la note 1266"><span class="small">[1266]</span></a>. C'est à cette coutume que Burns fait allusion quand il écrit à
+Clarinda, dans la dernière et singulière lettre qui soit allée de lui à elle:
+«que chaque fois qu'on lui demandait la santé d'une dame mariée, il
+proposait Mrs Mac.» Les verres devaient être vidés et retournés en signe
+d'enthousiasme. Les «sentiments» étaient de courtes phrases épigrammatiques,
+des sortes de devises, qui exprimaient des sentiments moraux ou
+quelque pensée élégante. Les verres remplis, on demandait à un des
+convives un «sentiment»<a id="footnotetag1267" name="footnotetag1267"></a><a href="#footnote1267" title="Lien vers la note 1267"><span class="small">[1267]</span></a>. Les sentiments favoris étaient dans le genre
+de ceux-ci: «Puissent les plaisirs du soir supporter les réflexions du
+matin» ou: «Puissent les amis de notre jeunesse être les compagnons de
+notre vieillesse» ou: «Délicats plaisirs aux âmes susceptibles». Personne
+n'échappait à l'obligation de donner son sentiment; et c'est ainsi qu'un
+pauvre pasteur, tout empêtré, ne sachant que dire, ayant beaucoup
+réfléchi, proposa un jour: «Le reflet de la lune sur la calme surface du
+lac»<a id="footnotetag1268" name="footnotetag1268"></a><a href="#footnote1268" title="Lien vers la note 1268"><span class="small">[1268]</span></a>. On vendait des collections de «sentiments» tout faits; mais les
+gens d'esprit en improvisaient d'adaptés aux circonstances<a id="footnotetag1269" name="footnotetag1269"></a><a href="#footnote1269" title="Lien vers la note 1269"><span class="small">[1269]</span></a>. On peut croire
+que ce devait être là un des succès de Burns, et que, malheureusement, on
+devait trop souvent lui en demander. Encore tout cela se passait-il quand
+les dames étaient là. Après qu'elles s'étaient retirées, les santés et les conversations
+continuaient. On voit où les choses en arrivaient. «La situation
+des dames, remarque le doyen Ramsay, devait fréquemment être très
+désagréable lorsque, par exemple, les messieurs remontaient dans un
+état peu fait pour une société féminine<a id="footnotetag1270" name="footnotetag1270"></a><a href="#footnote1270" title="Lien vers la note 1270"><span class="small">[1270]</span></a>.» À la fin du dîner, chez
+M. Riddell, une scène de ce genre se passa. Les hommes, excités par
+l'ivresse, firent irruption dans le salon où étaient les dames<a id="footnotetag1271" name="footnotetag1271"></a><a href="#footnote1271" title="Lien vers la note 1271"><span class="small">[1271]</span></a>, et, croyant
+<span class="pagenum"><a id="page510" name="page510"></a>(p. 510)</span> faire une heureuse plaisanterie, donnèrent une représentation de l'enlèvement
+des Sabines. Burns saisit M<sup>rs</sup> Riddell et l'embrassa. Il ne semble
+pas qu'il fut plus coupable que les autres; peut-être, emporté par son
+tempérament, alla-t-il plus loin encore. On devine l'effet produit par
+ce scandale. Le lendemain, le pauvre Burns écrivait encore une lettre
+d'excuses désespérée.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Madame, j'ose dire que cette lettre est la première que vous ayiez jamais reçue du
+monde souterrain. Je vous écris des régions de l'enfer, parmi les horreurs des
+damnés. Quand et comment j'ai quitté votre terre, je ne le sais pas exactement, car
+je suis parti dans la chaleur d'une fièvre d'ivresse, contractée à votre trop hospitalière
+maison. Mais, en arrivant ici, j'ai été justement jugé et condamné à souffrir les tortures
+expiatoires de ce séjour infernal pendant l'espace de 99 ans 11 mois et 29 jours;
+tout cela à cause de l'inconvenance de ma conduite, hier soir, sous votre toit. Me voici
+étendu sur un lit d'impitoyables genêts, ma tête endolorie appuyée sur un oreiller de
+perçantes épines, tandis qu'un bourreau infernal, ridé et vieux et cruel, je crois que
+c'est le <span class="italic">Souvenir</span>, avec un fouet de scorpions, empêche la paix et le repos d'approcher
+de moi et tient mon angoisse sans cesse éveillée. Cependant, Madame, si je pouvais,
+en quelque mesure, reprendre ma place dans la bonne opinion du cercle aimable
+que ma conduite a tellement outragé, la nuit dernière, je crois que ce serait un soulagement
+à mes peines. C'est pour cette raison que je vous importune de cette lettre.
+Aux hommes de la société, je n'ai pas d'excuses à faire. Votre mari, qui a insisté pour
+me faire boire plus que je ne le voulais, n'a pas le droit de me blâmer, et les autres
+ont pris part à ma culpabilité. Mais à vous, Madame, j'ai beaucoup d'excuses à faire.
+J'estimais votre bonne opinion comme une des choses les plus précieuses que j'eusse
+sur la terre, et je fus vraiment une brute de la perdre. Il y avait aussi Miss J., une
+personne d'un délicat esprit, de douces et simples manières. Je vous en prie, faites-lui
+les meilleures excuses d'un maudit, malheureux, misérable. Une Mrs G., une
+dame charmante, m'a fait l'honneur d'être disposée en ma faveur: ceci me fait espérer
+que je ne l'ai pas outragée au-delà de tout pardon. À toutes les autres dames, présentez
+ma plus humble contrition et ma demande de leur gracieux pardon. Ô vous, Puissances
+de la Décence et de la Convenance, dites-leur que mes erreurs, bien que graves, étaient
+involontaires; qu'un homme ivre est la plus vile des bêtes; que ce n'était pas dans ma
+nature d'être brutal envers qui que ce soit; qu'être grossier envers une femme,
+quand j'étais dans mes sens, m'était impossible, mais....</p>
+
+<p>Regret, Remords, Honte, vous trois chiens d'enfer qui suivez mes pas et aboyez à
+mes talons, épargnez-moi! épargnez-moi!</p>
+
+<p>Pardonnez les offenses et plaignez le malheur, Madame, de votre humble esclave<a id="footnotetag1272" name="footnotetag1272"></a><a href="#footnote1272" title="Lien vers la note 1272"><span class="small">[1272]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Mrs Riddell ne se laissa pas fléchir. Sous le coup du dépit, l'orgueil du
+poète le conseilla mal. Il écrivit contre cette jeune femme des satires, des
+épigrammes, indignes de lui et offensantes pour elle, qu'il laissa circuler<a id="footnotetag1273" name="footnotetag1273"></a><a href="#footnote1273" title="Lien vers la note 1273"><span class="small">[1273]</span></a>.
+Les amis de la famille Riddell prirent justement parti contre lui. On a
+parfois regretté qu'il ait écrit des vers trop libres et grossiers. Si un
+véritable ami de Burns en avait le choix, ce ne sont pas ces vers-là qu'il
+<span class="pagenum"><a id="page511" name="page511"></a>(p. 511)</span> supprimerait, mais ces méchancetés et ces insultes contre une femme
+qu'il avait offensée. Cependant une réconciliation eut lieu plus tard et par
+personne sa mémoire n'a été défendue avec plus de foi que par Mrs Riddell.</p>
+
+<p>Ce ne sont plus là des excès accidentels, c'est l'habitude de l'ivresse.
+Par ces extraits, on sent qu'elle devient, non-seulement plus fréquente,
+mais plus brutale, plus lourde, plus agressive. Elle a encore des éclats
+d'esprit, mais d'un esprit plus rude et plus sombre, et elle n'a plus
+la gaîté. Quelquefois, un éclair revenait de l'ancienne belle humeur,
+de l'ancienne insouciance, de la sociabilité charmante de jadis. Mais
+ces moments d'ivresse claire et joyeuse étaient rares, maintenant;
+ce n'étaient plus les soirs de Mauchline, ni même ceux d'Édimbourg. Une
+sorte d'épaississement et d'alourdissement se sent sous ces excès. L'ivresse
+s'attristait en lui, symptôme grave; le lendemain de ces nuits trop
+fréquentes, arrivait le cortège des regrets, des remords, des dégoûts, des
+hontes, comme celles qu'on a vues, le mécontentement de lui-même,
+l'affaissement physique. Un matin d'été, en rentrant chez lui, il rencontre
+son voisin le forgeron qui s'était levé de meilleure heure que d'habitude.
+Quoique encore troublé par la boisson, il fut frappé du contraste:
+«Ô Georges, lui dit-il, vous êtes un homme heureux, vous venez de vous
+lever d'un sommeil rafraîchissant et vous avez quitté une femme et des
+enfants heureux, tandis que je retourne vers les miens, comme un
+misérable condamné par lui-même<a id="footnotetag1274" name="footnotetag1274"></a><a href="#footnote1274" title="Lien vers la note 1274"><span class="small">[1274]</span></a>.»</p>
+
+<p>À la suite de sa scène chez M. Riddell, il fut pendant plusieurs semaines
+dans un état véritablement digne de compassion. Le chagrin qu'il ressentait
+de cette rupture, le scandale, la peine d'être abandonné par de
+fidèles amis, alors que tant d'autres le désertaient, la sensation du blâme
+silencieux qui l'environnait, d'autres causes qu'il indique, tout cela tendait
+son esprit jusqu'aux limites dernières du désespoir. Il écrivait le
+25 février 1794, à Alexandre Cunningham:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Peux-tu secourir un esprit malade? Ta parole peut-elle rendre la paix et le calme
+à une âme ballottée sur une mer de troubles, sans une étoile amicale pour guider sa
+course, et redoutant que la vague prochaine ne l'engloutisse? Peux-tu donner, à un
+être tremblant sous les tortures de l'incertitude, la stabilité et la dureté du roc qui
+brave la rafale? Si tu es impuissant de la moindre de ces choses, pourquoi viens-tu
+me troubler dans ma misère en l'informant de moi?...</p>
+
+<p>Depuis deux mois, je suis incapable de soulever une plume. Ma constitution et mon
+corps ont été <span class="italic" lang="la">ab origine</span> affligés d'une profonde et incurable infection d'hypocondrie,
+qui empoisonne mon existence. Dernièrement des ennuis domestiques, et une part
+pécuniaire dans la ruine de ces temps maudits, des pertes qui, bien que modiques,
+m'étaient cependant pénibles à subir, m'ont tellement irrité, que, par instants, le seul
+être qui puisse envier mes sentiments serait un esprit réprouvé entendant la sentence
+qui le condamne à la perdition.</p>
+
+<p>Es-tu versé dans le langage de la consolation? J'ai épuisé, dans mes réflexions, tous
+<span class="pagenum"><a id="page512" name="page512"></a>(p. 512)</span> les arguments qui peuvent réconforter. <span class="italic">Un c&oelig;ur à l'aise</span> aurait été charmé de mes
+sentiments, de mes raisonnements; mais, vis-à-vis de moi-même, j'étais comme Judas
+Iscariot, prêchant l'Évangile; il pouvait fondre et façonner les c&oelig;urs de ceux qui
+l'entouraient; mais le sien conservait son incorrigibilité native<a id="footnotetag1275" name="footnotetag1275"></a><a href="#footnote1275" title="Lien vers la note 1275"><span class="small">[1275]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>De pareilles heures étaient impuissantes à tenir à l'écart celles qui les
+amenaient. Peut-être était-il dans ce cercle vicieux où, l'homme étant
+d'une nature trop élevée pour prendre son parti de ses fautes et trop faible
+pour s'en défaire, les remords n'ont d'autres résultats que de le pousser à
+les oublier, et le sentiment de ses faiblesses ne sert qu'à en préparer de
+nouvelles.</p>
+
+<p>À ces excès s'ajoutèrent des erreurs d'un autre genre. Ses biographes
+n'en parlent qu'avec discrétion; mais leurs allusions en laissent deviner
+assez. On voit que, peu à peu, aux délicates amours où l'élément sentimental
+était prédominant, se substituaient des intrigues grossières où
+l'élément sensuel régnait seul. Dumfries, avec ses réunions de courses et
+de chasses, l'affluence de monde interlope qui, en tout pays, en est
+l'accompagnement, était de ce côté encore un endroit plein de péril pour
+lui. Il n'y sut pas résister. «Les m&oelig;urs de la ville, dit Heron, étaient
+déplorablement corrompues, en conséquence de ce qu'elle était un lieu
+d'amusement public; quoiqu'il fût époux et père, Burns n'évita point
+de souffrir de la contamination générale, d'une façon que je m'abstiens
+de décrire<a id="footnotetag1276" name="footnotetag1276"></a><a href="#footnote1276" title="Lien vers la note 1276"><span class="small">[1276]</span></a>.» Là encore, quelque chose de plus bas et de plus matériel
+l'envahissait. Les tumultes violents, orageux, déréglés, mais poétiques,
+que la passion avait si souvent déchaînés dans sa poitrine, ces élans de
+souffrance ou de joie qui lui avaient arraché ses cris les plus beaux,
+s'apaisaient. Une sorte de routine de sensualité vulgaire s'établissait en
+lui. C'était une descente. Des âmes comme la sienne, faites pour l'agitation,
+ont une beauté toute dramatique. Elles valent par leur emportement.
+Elles deviennent ordinaires dès qu'elles cessent d'être excessives. Le
+devoir seul supporte la régularité; la passion, comme l'orage, n'est
+belle que par ses violences. C'est pourquoi les poètes comme Burns,
+comme Byron et Musset, sont condamnés à mourir jeunes ou à se survivre;
+et il semble que Burns fût sur le chemin où Musset eut le temps d'aller
+plus loin que lui, et d'où il n'était guère possible qu'une aventure héroïque
+le sauvât comme Byron.</p>
+
+<p class="p2">En même temps, l'isolement se faisait autour de lui. À un moment où,
+selon l'expression de Chambers, tout homme qui ne voyait pas la perfection
+dans la Constitution britannique était traité comme quelque chose
+<span class="pagenum"><a id="page513" name="page513"></a>(p. 513)</span> qui valait à peine mieux qu'un chien enragé, il n'est pas surprenant que
+les nobles tories de Dumfries et du Comté aient tenu à l'écart le plus
+éloquent et le plus sarcastique de leurs ennemis. Mais cela n'expliquerait
+pas qu'il se soit trouvé peu à peu abandonné de toutes parts. Une mauvaise
+réputation s'était formée autour de lui. La haine politique n'y était
+pas étrangère, sans doute, mais sa vie non plus. On le représentait
+comme un homme perdu, dangereux pour les jeunes gens, sans croyance
+et sans moralité. Un gentleman racontait à Allan Cunningham que, lorsqu'il
+était arrivé à Dumfries, plusieurs des habitants principaux du Comté
+l'avaient averti d'éviter la société de Burns<a id="footnotetag1277" name="footnotetag1277"></a><a href="#footnote1277" title="Lien vers la note 1277"><span class="small">[1277]</span></a>. Un vieillard de quatre-vingts
+ans racontait au principal Shairp que son père lui avait défendu, ainsi
+qu'à ses frères, d'avoir rien à faire avec «Robbie Burns» dont le perçant
+&oelig;il noir était resté dans sa mémoire<a id="footnotetag1278" name="footnotetag1278"></a><a href="#footnote1278" title="Lien vers la note 1278"><span class="small">[1278]</span></a>. Cette réputation s'était si bien
+attachée à son nom et l'accompagnait si fidèlement partout, qu'elle
+pénétrait avec lui de l'autre côté du pays. Quand il mourut, les plus
+respectables des journaux d'Édimbourg s'en firent les interprètes. «Le
+public, à l'amusement de qui il a si largement contribué, apprendra avec
+regret que ses facultés extraordinaires étaient accompagnées de faiblesses
+qui les ont rendues inutiles pour lui et pour sa famille<a id="footnotetag1279" name="footnotetag1279"></a><a href="#footnote1279" title="Lien vers la note 1279"><span class="small">[1279]</span></a>.» Une sorte de
+discrédit l'entourait.</p>
+
+<p>Chose plus étrange et plus grave, ses anciennes amitiés se retiraient
+de lui. Son ami d'autrefois, Ainslie, son fidèle compagnon d'Édimbourg, le
+confident de ses amours avec Clarinda, le traitait avec une telle froideur
+que leurs relations en restèrent là. Ce n'était pas sans une douleur contenue
+qu'il écrivait:</p>
+
+<p class="quote">Mon vieil ami Ainslie a été bon pour vous. J'ai eu une lettre de lui, il y a quelque
+temps; mais elle était si sèche, si réservée, si semblable à une carte à un de ses
+clients, que j'ai à peine le courage de la lire et que je ne lui ai pas encore répondu.
+C'est un bon et honnête garçon et il sait écrire une lettre amicale, capable de faire
+également honneur à sa tête et à son c&oelig;ur, comme le témoigne tout un paquet de lettres
+que j'ai chez moi. Bien que la Renommée ne souffle plus dans sa trompette à mon
+approche, <span class="italic">maintenant</span>, comme elle le faisait <span class="italic">alors</span>, quand il m'honora d'abord de son
+amitié, cependant je suis aussi fier que jamais et, quand on me couchera dans ma
+tombe, je désire être étendu de toute ma longueur, afin que j'occupe chaque pouce de
+sol auquel j'ai droit<a id="footnotetag1280" name="footnotetag1280"></a><a href="#footnote1280" title="Lien vers la note 1280"><span class="small">[1280]</span></a>.»</p>
+
+<p>Quant à sa vieille amie Mrs Dunlop, elle avait cessé toute correspondance.
+Ce dut être pour lui une des pires amertumes. Une de ses dernières
+et plus touchantes lettres sera pour lui dire adieu, malgré le long
+silence dont elle l'avait affligé.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page514" name="page514"></a>(p. 514)</span> Un fait révèle dans toute sa tristesse ce délaissement du poète. Un
+M<sup>r</sup> Mac Culloch racontait à Lockhart qu'il avait rarement été plus peiné
+qu'un jour où, arrivant à cheval à Dumfries, par une belle soirée d'été, pour
+assister à un bal, il avait aperçu Burns. Celui-ci se promenait seul dans la
+principale rue, du côté qui était dans l'ombre, tandis que, sur le trottoir
+opposé, dans la lumière, passaient des groupes brillants d'hommes et de
+dames, dont pas un ne semblait le reconnaître. Mac Culloch mit pied à
+terre et rejoignit Burns qui, lorsqu'il lui proposa de traverser la rue, lui
+dit: «Non, non! mon jeune ami, tout cela est passé maintenant». Et
+après un moment de silence, il récita ces strophes d'une touchante ballade
+de Lady Grizel Baillie:</p>
+
+<div class="poem20">
+<p>Son bonnet se tenait jadis tout fier sur son front,<br>
+Et son vieux bonnet avait meilleur air que maint bonnet neuf.<br>
+Maintenant, il le laisse pendre au hasard,<br>
+Et il se laisse choir sur les gerbes de blé.</p>
+
+<p>Oh! si nous étions jeunes comme nous le fûmes jadis,<br>
+Nous serions à galoper sur ce gazon,<br>
+Et à courir sur la pelouse que blanchissent les lis,<br>
+<span class="italic">Et si mon c&oelig;ur n'était pas léger, je mourrais</span>.</p>
+</div>
+
+<p>Lockhart remarque qu'il n'était pas dans le caractère de Burns de
+laisser ainsi échapper ses sentiments sur certains sujets. Aussitôt après
+avoir cité ces vers, il reprit un air de gaîté et, emmenant chez lui son
+jeune ami, il le garda jusqu'à l'heure du bal, en lui offrant un bol de son
+breuvage favori et en lui faisant chanter par sa femme des vers qu'il avait
+récemment composés<a id="footnotetag1281" name="footnotetag1281"></a><a href="#footnote1281" title="Lien vers la note 1281"><span class="small">[1281]</span></a>.</p>
+
+<p>On se demande avec étonnement d'où pouvait venir un pareil
+interdit? Quelque chute qu'il y eût pour un homme tel que lui
+à vivre comme il le faisait, il était au moins au niveau de ceux
+qui le tenaient à l'écart. Cette société de Dumfries, surtout la gentilhommerie
+campagnarde qui était la plus conservatrice, n'avait pas le droit de
+se montrer délicate. Les dissipations d'aucun genre n'étaient faites pour
+l'effaroucher. Il fallait donc qu'il y eût dans le cas de Burns quelques circonstances
+particulières. En réalité, c'était la forme plutôt que la nature
+même de ses excès qui froissait l'opinion. On les lui eût pardonnes s'il
+les avait dissimulés. Mais il les commettait ouvertement, peut-être même
+avec une sorte d'affectation, de hardiesse. Il avait toujours été dans sa
+nature de ne pas cacher ses fautes. À cette époque, avec son irascibilité
+contre la société, il exagérait sa franchise; ses façons prenaient une
+attitude de forfanterie et l'aspect agressif d'un défi. Il était disposé à
+faire étalage et parade de ses désordres, avec une insistance qui devait
+<span class="pagenum"><a id="page515" name="page515"></a>(p. 515)</span> paraître de la provocation et du cynisme. Ce sentiment de répugnance à
+l'hypocrisie, qui se tourne en rébellion, est naturel et estimable; mais le
+monde ne le tolère pas; il n'aime guère ceux qui bravent les conventions
+dont il croit qu'il vit. La société, qui pardonne, à ceux qui dissimulent,
+les fautes qu'elle sait qu'ils commettent, mais qui s'effarouche et
+se fâche, surtout une société provinciale et étroite, dès qu'on s'insurge
+contre le grand complot d'hypocrisie dont elle se dupe elle-même, se
+montrait implacable pour ce paysan, qui ne consentait pas à respecter
+la vertu en masquant ses vices d'un vice de surcroît. Un autre aspect de
+la même question est celui-ci: Il importe souvent moins, devant l'opinion,
+de savoir quelles fautes on commet, que en quelle compagnie. Si Burns
+s'était borné à prendre part aux excès des gentilshommes des environs,
+qui ne différaient guère de ceux du peuple, il aurait vécu dans la respectabilité.
+Mais, par son passé, par le sans-gêne de ses façons, par un désir
+aussi d'être le maître absolu, par l'impatience de toute contrainte et de
+toute supériorité, par sympathie de classe, il se sentait plus à l'aise avec
+les gens du peuple. Et parmi eux, il préférait ces irréguliers qui vivent
+dans l'inattendu, sur les frontières de la bohême. C'était un faible qui
+datait de longtemps. Il était encore à Lochlea quand il écrivait:</p>
+
+<p class="quote">«J'ai souvent recherché la connaissance de cette partie du genre humain, ordinairement
+désignée sous le terme commun de vauriens, quelquefois plus que cela n'était
+compatible avec la sûreté de ma réputation; de ceux qui, par une insouciante prodigalité
+ou des passions emportées, ont été poussés à la misère. Quoiqu'ils soient avilis par des
+folies et quelquefois souillés par le crime, j'ai trouvé souvent parmi eux quelques-unes
+des plus nobles vertus: la Magnanimité, la Générosité, le Désintéressement de
+l'amitié et même la Modestie, à leur plus haut degré.<a id="footnotetag1282" name="footnotetag1282"></a><a href="#footnote1282" title="Lien vers la note 1282"><span class="small">[1282]</span></a>»</p>
+
+<p>Il y avait beaux jours qu'il avait frayé pour la première fois avec <span class="italic">Les
+Joyeux Mendiants</span>. Cette population était nombreuse, et, ce qui était pis,
+permanente à Dumfries. Burns en fit de plus en plus sa fréquentation.
+«Il essayait d'échapper à lui-même, dit Currie, dans une société souvent
+du genre le plus bas<a id="footnotetag1283" name="footnotetag1283"></a><a href="#footnote1283" title="Lien vers la note 1283"><span class="small">[1283]</span></a>»; et Chambers, dont l'admiration pour lui n'est pas
+suspecte: «Burns arriva nécessairement en contact avec des personnes
+des deux sexes entièrement indignes de sa compagnie, et, en dernier
+lieu, il s'associa à des individus d'une telle espèce, que les admirateurs
+de son génie seraient étonnés si tout était révélé<a id="footnotetag1284" name="footnotetag1284"></a><a href="#footnote1284" title="Lien vers la note 1284"><span class="small">[1284]</span></a>.» Dans une petite
+ville comme Dumfries, on comprend le scandale que des fréquentations
+de ce genre devaient causer. Aux yeux de beaucoup, Burns était un
+homme qui se dégradait et s'encanaillait. Il se mêlait à la lie du peuple.
+Il devenait compromettant de se montrer avec lui. Et voilà comment, un
+<span class="pagenum"><a id="page516" name="page516"></a>(p. 516)</span> jour de fête, les uns, par haine politique, les autres par pruderie, les
+autres par lâcheté, passaient près du pauvre poète, sans le reconnaître,
+sans que personne eût le courage de traverser la rue pour lui serrer la
+main. Sans aucun doute, il souffrit beaucoup, mais silencieusement, de
+cette stupide et cruelle condamnation. Il en conçut une humeur plus
+sombre et un surcroît de misanthropie.</p>
+
+<p>Dans ce ramas de mauvais malaises qui s'accumulaient en lui, ce
+résidu de rancunes, de remords et de dégoûts, que laissent les débauches
+et qui peu à peu encrassent l'âme, passaient des angoisses de plus pure
+origine. Il songeait avec désespoir au dénûment des siens, s'il venait à
+leur manquer. Il devait y penser d'autant plus que tous ces excès
+n'allaient pas sans une sourde détérioration de santé, et que, par là, cette
+terreur tenait du remords. Il travaillait lui-même à rendre possible le
+malheur dont l'idée l'affolait.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Je suis dans une complète humeur de Décembre, ténébreuse, morne, stupide, telle
+que la divinité de la Sottise elle-même pourrait la souhaiter. Je ne veux pas allonger
+encore une lettre pesante par un grand nombre d'excuses plus pesantes de mon
+silence. Je n'en mentionne qu'une seule parce que je sais qu'elle aura votre sympathie:
+depuis quatre mois, une chère petite fille, mon plus jeune enfant, a été si
+malade que, chaque jour, il semblait qu'elle n'eût plus à vivre qu'une semaine. Il
+faut bien qu'il y ait de nombreuses douceurs attachées aux états d'époux et de père,
+car Dieu sait qu'ils possèdent en propre de nombreux tourments. Je ne puis vous
+décrire les heures anxieuses, sans sommeil, que ces liens m'ont souvent causées. Je
+vois une lignée de petits êtres; moi et mon travail leur seul soutien; et à quel fil
+fragile la vie de l'homme est suspendue! Si un ordre du destin m'enlève&mdash;et ces
+choses-là arrivent chaque jour&mdash;même dans la vigueur de la maturité où je me
+trouve&mdash;Dieu du ciel! que deviendra mon petit troupeau! C'est ici que j'envie vos
+gens de fortune. Un père, sur son lit de mort, disant un éternel adieu à ses enfants,
+éprouve, à la vérité, assez d'angoisse; mais l'homme dans l'aisance laisse à ses fils et
+filles l'indépendance et des amis; tandis que moi... mais je perdrai la raison si je
+réfléchis plus longtemps à ce sujet!</p>
+
+<p>Pour cesser de parler si gravement de cette matière, je chanterai avec la vieille
+ballade écossaise.</p>
+
+<p class="poem-ctr">Ô si je ne m'étais pas marié,<br>
+Je n'aurais jamais eu de soucis;<br>
+À présent j'ai une femme et des marmots<br>
+Et ils crient toujours «à manger»<br>
+À manger une fois, à manger deux fois,<br>
+À manger trois fois par jour;<br>
+Si vous continuez à manger,<br>
+Vous allez manger toute ma farine<a id="footnotetag1285" name="footnotetag1285"></a><a href="#footnote1285" title="Lien vers la note 1285"><span class="small">[1285]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Dans une âme en qui les énergies sont intactes, les ressorts nets, ce
+sont là des angoisses dont l'effet est salutaire, des aiguillons d'effort qui,
+au lieu de l'énerver, activent la volonté. Mais elles perdaient leur vertu
+<span class="pagenum"><a id="page517" name="page517"></a>(p. 517)</span> en s'enfonçant parmi tant d'amertumes malsaines, de découragement.
+Elles ne faisaient qu'augmenter le trouble de cet esprit; éveillaient le
+regret que les choses fussent ainsi; elles aboutissaient au souhait dont
+sont harcelés les hommes incapables d'accepter, avec ses joies et ses
+tourments, la vie qu'ils ont choisie, le souhait que leur destinée ait été
+différente, encore qu'ils l'aient façonnée eux-mêmes.</p>
+
+<p class="p2">Est-il besoin de remarquer que, au milieu de ces désordres, la pauvre
+Jane Armour disparaît de plus en plus? Dans ces dernières années, il
+n'en reste plus qu'une impression voilée d'acceptation, d'indulgence
+silencieuse. «Au milieu de toutes ses erreurs, dit Currie, Burns ne trouva
+dans son cercle domestique que douceur et pardon, sauf les morsures
+de sa propre conscience. Il avouait ses transgressions à la femme de
+son c&oelig;ur, promettait de se corriger et recevait sans cesse le pardon de
+ses offenses. Mais, au fur et à mesure que ses forces physiques diminuaient,
+sa volonté devint plus faible et l'habitude prit une force prédominante<a id="footnotetag1286" name="footnotetag1286"></a><a href="#footnote1286" title="Lien vers la note 1286"><span class="small">[1286]</span></a>».
+Heron rend à Jane le même témoignage: «Dans les intervalles
+entre ses différents accès d'intempérance, il souffrait sans trêve des
+angoisses les plus aiguës du remords et de pressentiments horriblement
+affligeants. Sa Jane se conduisait avec un degré de tendresse et de prudence
+maternelles et conjugales, qui faisaient qu'il ressentait plus amèrement
+la malfaisance de sa conduite, quoiqu'elles fussent incapables de le
+sauver<a id="footnotetag1287" name="footnotetag1287"></a><a href="#footnote1287" title="Lien vers la note 1287"><span class="small">[1287]</span></a>.» Ainsi, dans l'ombre où elle est rejetée, on voit la vaillante et
+bonne femme persévérer dans son &oelig;uvre de douceur. Elle continue à
+grandir, sans le savoir. Elle soutient par un long dévoûment son action
+héroïque. Les chagrins de la vie révélaient jusqu'au bout la haute qualité
+de son âme.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section">IV.<br>
+DERNIERS JEUX DU C&OElig;UR. &mdash; LES CHANSONS.</p>
+
+<p>Il ne faut pas oublier que, sous les scories qui s'épaississent et menacent
+de l'ensevelir, persiste une vie intérieure, vivace et généreuse. De plus
+en plus recouverte par la pluie de cendres, elle fait toujours paraître,
+ça et là, des endroits verts et frais; ses sources d'inspiration ne furent
+jamais étouffées. L'ancienne éloquence est toujours là, l'indignation
+contre tout ce qui est vil, le sentiment d'indépendance, toute une poussée
+de nobles aspirations et de nobles haines. Les moments où elles éclatent
+<span class="pagenum"><a id="page518" name="page518"></a>(p. 518)</span> sont plus rares, mais aussi flamboyants. Alors elles percent tout, la
+fatigue, la lassitude, l'ivresse même, de leurs éblouissantes clartés.
+L'alourdissement, qui commence à se former sur ce visage et à appesantir
+les traits, disparaît comme dans un coup de vent. L'ancienne face reparaît
+transfigurée, mobile, remuée par le passage de toutes les émotions.
+Ceux qui la voyaient une fois ne l'oubliaient plus. Longtemps après, en
+1829, M. Syme écrivait:</p>
+
+<p class="quote">«L'expression du poète variait continuellement selon l'idée qui prédominait dans
+son esprit, et il était beau de remarquer combien le jeu de ses lèvres indiquait bien le
+sentiment qu'il allait énoncer. Ses yeux et ses lèvres, les premiers remarquables pour
+leur feu, et les secondes pour leur flexibilité, formaient à n'importe quel moment un
+indice de son esprit, et, selon que le soleil ou l'ombre dominait sur ses traits, vous
+auriez pu dire, à priori, si la société serait favorisée d'une scintillation d'esprit, ou
+d'un sentiment de bienveillance, ou d'une explosion de brûlante indignation. Je suis
+cordialement d'accord avec ce que Sir Walter Scott dit des yeux du poète. Dans ses
+moments animés, et particulièrement lorsque sa colère était éveillée par des exemples
+de tergiversation, de bassesse ou de tyrannie, ils ressemblaient réellement à des
+charbons de feu vivant<a id="footnotetag1288" name="footnotetag1288"></a><a href="#footnote1288" title="Lien vers la note 1288"><span class="small">[1288]</span></a>.»</p>
+
+<p>Dans ce coin du c&oelig;ur où, paraît-il, l'on a toujours vingt ans et qui
+chez lui tenait presque toute la place, la faculté d'adorer la femme restait
+toujours fraîche et active. Jamais il ne lui arriva comme au fabuliste,
+dont le c&oelig;ur plus paisible fut également insatiable, de se demander:
+«Ai-je passé le temps d'aimer?» Il avait conservé ce don de la jeunesse
+d'être émerveillé et séduit, de bâtir aussitôt des rêves sur ses admirations.
+L'amour continua à être l'atmosphère dans laquelle son esprit
+vivait. Elle était nécessaire à sa production poétique. Son imagination
+avait besoin, pour se mettre en mouvement, de cette chiquenaude que
+donne un sourire ou un regard féminins. Elle y resta délicatement
+sensible. Sans doute il n'était plus capable des désespoirs de Mauchline
+et son âme fatiguée était moins violemment remuée. Mais, si elle avait
+perdu la profondeur, elle avait conservé la facilité et la fraîcheur d'émotions
+qui lui étaient aussi indispensables pour chanter que le choc de la
+main à la harpe.</p>
+
+<p>Pendant ces années de 1794 et 1795, c'est-à-dire pendant la période
+où sa vie est toute en proie aux chagrins et aux désordres, son culte pour
+la fille d'un fermier des environs de Dumfries, nommée Jane Lorimer,
+montre combien le pouvoir de s'éprendre s'était conservé intact en lui.
+Elle était la fille d'un homme qui vivait à Kemmishall, à deux milles
+de Dumfries, moitié fermier, moitié fraudeur, que, dès son entrée dans
+l'Excise, Burns avait eu à surveiller. C'était un paysan matois et
+retors, dont «la conduite, comme la grâce de Dieu, dépasse toute
+<span class="pagenum"><a id="page519" name="page519"></a>(p. 519)</span> intelligence<a id="footnotetag1289" name="footnotetag1289"></a><a href="#footnote1289" title="Lien vers la note 1289"><span class="small">[1289]</span></a>». La mère était une abominable ivrognesse<a id="footnotetag1290" name="footnotetag1290"></a><a href="#footnote1290" title="Lien vers la note 1290"><span class="small">[1290]</span></a> qui se grisait à
+«réjouir tout l'enfer». La famille finit par la banqueroute. Dans l'aisance
+du moment, fleurissait et s'épanouissait précocement en femme, une
+fillette d'une grande beauté. C'était une enfant; elle avait seize ans quand
+Burns l'avait vue pour la première fois. Un de ses confrères, John
+Gillespie, s'était épris d'elle, peut-être en la rencontrant à Ellisland, et
+avait prié le poète de plaider sa cause. Celui-ci l'avait fait dans une
+petite pièce d'une très jolie insistance, mais un peu pressante et ardente
+pour être offerte à une aussi jeune fille.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Doucement se clôt le soir sur le bois de Craigieburn,<br>
+Et joyeusement s'y éveille le matin;<br>
+Mais la pompe du printemps sur le bois de Craigieburn<br>
+Ne m'inspire rien que du chagrin.</p>
+
+<p><span class="italic">Chorus.</span>&mdash;Près de toi, chérie, près de toi, chérie,<br>
+Ô être couché près de toi!<br>
+Ô doucement, profondément heureux doit dormir,<br>
+Celui qui est couché dans le lit près de toi!</p>
+
+<p>Je vois les feuilles et les fleurs s'ouvrir,<br>
+J'entends les oiseaux chanter;<br>
+Mais ils n'ont aucun plaisir pour moi,<br>
+Car le souci déchire mon c&oelig;ur.</p>
+
+<p>Je ne puis parler, je ne dois pas parler,<br>
+Je n'ose pas de peur de vous fâcher;<br>
+Mais l'amour secret brisera mon c&oelig;ur,<br>
+Si je le cèle plus longtemps.</p>
+
+<p>Je te vois gracieuse, grande et droite,<br>
+Je te vois douce et jolie;<br>
+Mais, oh! que sera mon tourment,<br>
+Si tu refuses ton Johnie!</p>
+
+<p>Te voir dans les bras d'un autre,<br>
+Vivre et languir dans l'amour,<br>
+Serait ma mort, cela est certain,<br>
+Et mon c&oelig;ur éclaterait d'angoisse.</p>
+
+<p>Mais, Jane, dis que tu seras à moi,<br>
+Dis que tu n'aimes personne avant moi,<br>
+Et tous les jours de ma vie future<br>
+Avec reconnaissance, je t'adorerai!</p>
+
+<p>Près de toi, chérie, près de toi, chérie,<br>
+Ô être couché près de toi!<br>
+Ô doucement, profondément heureux doit dormir,<br>
+Celui qui est couché dans le lit près de toi!<a id="footnotetag1291" name="footnotetag1291"></a><a href="#footnote1291" title="Lien vers la note 1291"><span class="small">[1291]</span></a></p>
+</div>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page520" name="page520"></a>(p. 520)</span> Il faut espérer que Gillespie garda ces vers pour lui. C'est peut-être
+pourquoi sa cour fut sans succès. Quelque temps après, au commencement
+de 1793, selon Chambers, Jane Lorimer fut courtisée par un jeune
+gentilhomme fermier des environs, nommé Whelpdale, qui lui déclara
+qu'il se livrerait sur lui-même à quelque violence extrême si elle refusait
+de le suivre. Elle y consentit, après avoir longtemps hésité, poussée par
+la pitié, le goût du romanesque, et peut-être le besoin d'échapper à son
+entourage. Ils allèrent se marier à Gretna-Green. Quelques mois après,
+M. Whelpdale fut obligé, par ses dettes, de se sauver d'Écosse. Il abandonna
+sa jeune femme qui n'eut d'autre ressource que de revenir chez ses
+parents<a id="footnotetag1292" name="footnotetag1292"></a><a href="#footnote1292" title="Lien vers la note 1292"><span class="small">[1292]</span></a>.</p>
+
+<p>C'est alors que Burns semble s'être épris d'elle pour son propre compte.
+Ce n'est pas une de ses grandes héroïnes, dont la liste, sauf une attendrissante
+exception, est close maintenant. Elle n'apparaît qu'au second
+plan de sa vie et pour un moment; le sentiment qu'elle lui inspira était
+superficiel. Cependant cette aventure est intéressante, parce qu'elle
+montre comment il avait fait de l'amour un procédé littéraire, une sorte
+d'ivresse passagère et volontaire, qu'il se donnait pour s'inspirer. Ses
+révélations à ce sujet sont des plus curieuses et bien caractéristiques de
+l'homme. En envoyant à Thomson la pièce qu'il avait jadis écrite pour
+Gillespie, il lui écrivait:</p>
+
+<p class="quote">«J'espère qu'il (un de ses amis) accomplira une chose qui me donnera haute
+satisfaction. C'est de vous persuader d'introduire <span class="italic">Le bois de Craigieburn</span> dans votre
+recueil; c'est une chanson favorite, pour lui et pour moi. La dame pour laquelle elle a
+été composée est une des plus jolies femmes d'Écosse, et, en réalité, (entre nous) elle
+m'est, en quelque manière, ce que l'Eliza de Sterne lui était, une maîtresse ou un ami,
+ou ce que vous voudrez, dans l'innocente simplicité de l'amour platonique. (Tâchez de
+ne faire à ce sujet aucune de vos méchantes suppositions et de ne faire aucun
+bavardage à ce propos, parmi vos connaissances.) Je vous assure que vous êtes
+redevable à ma charmante amie de mainte des meilleures chansons que vous avez
+reçues de moi. Pensez-vous que la tranquille routine de l'existence, dans son même
+manège, pourrait inspirer à un homme la vie, et l'amour, et la joie; pourrait l'enflammer
+d'enthousiasme, ou l'attendrir d'une émotion à la hauteur du mérite de votre livre? Non,
+non! Chaque fois que je désire m'élever dans mes chansons au-dessus de l'ordinaire,
+être en quelque degré digne des plus divins de vos airs, vous imaginez-vous que je jeûne
+et que j'implore par la prière une Visitation céleste? <span class="italic">Tout au contraire!</span><a id="footnotetag1293" name="footnotetag1293"></a><a href="#footnote1293" title="Lien vers la note 1293"><span class="small">[1293]</span></a> J'ai une
+merveilleuse recette, celle-là même que le Dieu des Guérisons et de la Poésie avait
+inventée pour son propre usage, quand jadis il jouait de la flûte aux troupeaux
+d'Admète. Je me mets au régime d'admirer une jolie femme, et plus ses charmes sont
+adorables, plus vous trouvez de plaisir à mes vers. L'éclair de ses yeux est le Dieu du
+Parnasse et le charme de son sourire la divinité de l'Hélicon<a id="footnotetag1294" name="footnotetag1294"></a><a href="#footnote1294" title="Lien vers la note 1294"><span class="small">[1294]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page521" name="page521"></a>(p. 521)</span> À quoi Thomson, entrant complaisamment dans les vues de Burns, lui
+répondait avec tranquillité et non sans esprit:</p>
+
+<p class="quote">«Je n'ignore pas, mon cher ami, qu'un vrai poète ne peut pas davantage vivre
+sans maîtresse que sans viande. Je voudrais connaître l'adorable Elle, dont les yeux
+brillants et les sourires charmeurs ont si vivement transporté le barde écossais, afin
+de pouvoir boire sa douce santé, quand le toast fait son tour. Puisque c'est elle qui est
+le sujet de la chanson, <span class="italic">Le bois de Craigieburn</span> sera adopté dans ma famille. Mais,
+au nom de la décence, il faut que je vous demande un autre refrain. «Oh! être couché
+près de toi, chérie!» est peut-être une chose souhaitable, mais ne peut pas aller pour
+être chanté dans la société des dames<a id="footnotetag1295" name="footnotetag1295"></a><a href="#footnote1295" title="Lien vers la note 1295"><span class="small">[1295]</span></a>.»</p>
+
+<p>Cette bonhomie de Thomson lui valait de nouveaux détails sur le
+même sujet:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Je vous aime de prendre intérêt, avec tant de franchise et de bienveillance, à
+l'histoire de <span class="italic">ma chère amie</span><a id="footnotetag1296" name="footnotetag1296"></a><a href="#footnote1296" title="Lien vers la note 1296"><span class="small">[1296]</span></a>. Je vous assure que je n'ai jamais été plus sérieux de
+ma vie que dans le récit de cette affaire que je vous envoyai dans ma dernière lettre.
+L'amour conjugal est une passion que je ressens profondément et que je vénère hautement;
+mais, je ne sais comment, il ne fait pas aussi bonne figure en poésie que cette
+autre espèce d'amour,</p>
+
+<p class="poem-ctr">où l'amour est liberté, et la nature, la loi.</p>
+
+<p>Pour parler en musicien, le premier est un instrument dont la gamme est pauvre
+et bornée, mais dont les tons sont ineffablement doux, tandis que le second a une
+étendue égale à la modulation intellectuelle tout entière de l'âme humaine. Néanmoins,
+je reste poète au milieu même de l'enthousiasme de ma passion. La tranquillité et le
+bonheur de la personne aimée est le <span class="italic">premier</span> et <span class="italic">inviolable</span> sentiment qui pénètre mon
+âme; quels que soient les plaisirs que je puisse désirer et quels que soient les transports
+qu'ils puissent me donner, s'ils doivent s'opposer et se heurter à ce principe qui passe
+avant tout, je trouve que c'est avoir ces plaisirs à un prix déshonnête; la Justice
+défend ce marché, de même que la Générosité le dédaigne. En ce qui concerne la foule
+du sexe qui n'est pas bonne à grand'chose d'autre ou qui n'est bonne qu'à cela, je n'ai
+pas pris d'engagement de ce genre vis-à-vis de moi-même. Mais là où la Passion est la
+vraie Divinité de l'amour, et lorsque les personnes sont capables de la ressentir,
+l'homme qui peut agir autrement est un gredin<a id="footnotetag1297" name="footnotetag1297"></a><a href="#footnote1297" title="Lien vers la note 1297"><span class="small">[1297]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>On se demande ce qu'on doit penser de celle qui inspirait ce nouvel
+amour. C'était une fille remarquablement belle. Tous ceux qui l'ont
+vue ou entendu parler d'elle sont d'accord sur ce point. Elle avait des
+cheveux blonds, des yeux bleus, et surtout un corps d'une grâce achevée.
+«Sa forme était la symétrie même», dit le grave Chambers<a id="footnotetag1298" name="footnotetag1298"></a><a href="#footnote1298" title="Lien vers la note 1298"><span class="small">[1298]</span></a>. «Elle était
+proportionnée comme une des plus parfaites productions d'un statuaire
+antique», dit Allan Cunningham, qui avait fait de la sculpture. Il ajoute,
+non sans quelque plaisir à s'arrêter sur ce sujet: «Ses cheveux, qu'elle
+<span class="pagenum"><a id="page522" name="page522"></a>(p. 522)</span> portait longs et abondants, tombaient presque par brassées sur son cou
+rond et ses épaules blanches; ils étaient plutôt onduleux que frisés et
+d'une nuance plus foncée que l'épithète «couleur de lin» ne semble
+l'indiquer. Elle dansait et elle chantait avec beaucoup de grâce et de douceur.
+Cette minutie de détails, dit-il, sera pardonnée par ceux qui réfléchiront
+que nous devons à ses charmes quelques-unes des plus délicates
+poésies lyriques de notre langue<a id="footnotetag1299" name="footnotetag1299"></a><a href="#footnote1299" title="Lien vers la note 1299"><span class="small">[1299]</span></a>». L'attrait singulier de son visage était
+formé par le contraste d'un regard gai et riant et d'un sourire de douceur
+lente. «Elle avait, dit encore Cunningham, une rare suavité dans son
+sourire et de la joyeuseté dans le regard vif de ses yeux<a id="footnotetag1300" name="footnotetag1300"></a><a href="#footnote1300" title="Lien vers la note 1300"><span class="small">[1300]</span></a>», et ailleurs il
+marque mieux encore cette opposition: «Ses yeux étaient grands et brillants
+et riaient plus que ses lèvres lorsqu'elle prenait plaisir à quelque
+chose<a id="footnotetag1301" name="footnotetag1301"></a><a href="#footnote1301" title="Lien vers la note 1301"><span class="small">[1301]</span></a>»; double expression dont le charme est puissant, parce qu'il
+possède ce qui frappe et ce qui retient. Burns a rendu ce trait dans le
+portrait qu'il a fait d'elle, portrait d'une précision charmante; il a aussi
+rendu cette grâce de démarche à laquelle il avait toujours été très
+sensible.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Ses cheveux bouclés étaient couleur de lin;<br>
+Ses sourcils, d'une nuance plus sombre,<br>
+S'arquaient d'un air ensorcelant au-dessus<br>
+De deux yeux rieurs d'un bleu joli;<br>
+Son sourire si enjôleur<br>
+Aurait fait oublier à un malheureux son malheur;<br>
+Quel plaisir, quel trésor<br>
+De s'attacher à ces lèvres rosés!<br>
+Telle était la jolie figure de ma Chloris<br>
+Quand, pour la première fois, je vis sa jolie figure;</p>
+
+<p>Comme une harmonie sont ses mouvements,<br>
+Sa jolie cheville est un traître<br>
+Et révèle une belle proportion<br>
+Qui ferait oublier à un saint le ciel;<br>
+Si enflammante, si charmante<br>
+Sa forme impeccable et son air gracieux;<br>
+Chaque trait,&mdash;la vieille Nature<br>
+A déclaré qu'elle ne pouvait faire plus;<br>
+À elle sont les charmes volontaires de l'amour,<br>
+Par la loi souveraine de la Beauté conquérante<a id="footnotetag1302" name="footnotetag1302"></a><a href="#footnote1302" title="Lien vers la note 1302"><span class="small">[1302]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Ce dernier cri, qui est comme un salut à la force dominatrice et irrésistible
+de la Beauté en soi, est caractéristique de cet amour.</p>
+
+<p>Il semble que l'expression, curieusement séduisante, de Jane Lorimer
+<span class="pagenum"><a id="page523" name="page523"></a>(p. 523)</span> était une pure beauté physique, une heureuse réussite des traits. La
+femme elle-même était une âme ordinaire, bonne, non sans un peu
+de fadeur, se laissant vivre avec nonchalance dans sa beauté. Elle
+était moins dirigée par ses propres mouvements que par une absence
+de résistance, une sorte d'indifférence et de laisser-aller. Par faiblesse
+plutôt que par amour, elle avait suivi Whelpdale; quand il l'eut
+abandonnée, elle n'eut pas la force de le haïr. Elle ne paraît pas
+prendre grande part aux sentiments qu'elle inspire, se laissant aimer
+plutôt qu'aimant, enveloppée d'un attrait inconscient, qui est le fait de
+son corps plutôt que d'un désir ou d'un effort de son esprit. «Sa légèreté
+était au moins égale à sa beauté<a id="footnotetag1303" name="footnotetag1303"></a><a href="#footnote1303" title="Lien vers la note 1303"><span class="small">[1303]</span></a>», dit Allan Cunningham, et c'est une
+note presque fausse. Le même Cunningham dit bien plus exactement:
+«Chloris était une de celles qui croient au pouvoir qu'a la beauté de se
+donner et que l'amour ne doit subir aucune contrainte. Burns pensait
+quelquefois de la même façon, et il n'est pas étonnant que le poète
+ait célébré les charmes d'une beauté généreuse qui était disposée à
+récompenser ses chants et qui lui donnait mainte occasion de s'inspirer
+de sa présence<a id="footnotetag1304" name="footnotetag1304"></a><a href="#footnote1304" title="Lien vers la note 1304"><span class="small">[1304]</span></a>». Ceci est plus pénétrant. C'était une nature de
+grande courtisane, calme et d'accueil indifférent, parce qu'elle est
+certaine de son triomphe. Cependant Cunningham, qui parle d'elle
+d'après ce qu'elle devint plus tard, est trop sévère pour elle, à cette
+époque-ci de sa vie. Il oublie qu'elle avait dix-neuf ans et que Burns en
+avait trente-six.</p>
+
+<p>La liaison entre Jane Lorimer et le poète est difficile et délicate à définir.
+Il est cependant de quelque conséquence qu'elle le soit, car elle complète
+les situations dans lesquelles Burns s'est placé vis-à-vis de la
+Femme. Ce qui accroît l'intérêt de cette question, c'est qu'il n'était plus
+alors dans l'ignorance de la vie comme à Mauchline; ou en face d'une
+femme, son égale par l'âge et les vicissitudes traversées, comme à Édimbourg;
+mais qu'il possédait l'expérience et la responsabilité des années
+mûres, et qu'il avait devant lui presque une enfant, ignorante de l'existence
+et plus étourdie qu'instruite par ses malheurs.</p>
+
+<p>Il est clair qu'il y a eu d'un côté de la vanité flattée par les hommages
+d'un homme célèbre. «La dame n'est pas peu fière de figurer d'une façon
+si distinguée dans votre recueil, et je ne suis pas peu fier de pouvoir lui
+faire ce plaisir<a id="footnotetag1305" name="footnotetag1305"></a><a href="#footnote1305" title="Lien vers la note 1305"><span class="small">[1305]</span></a>». De l'autre, se trouvait avec l'habitude d'aimer, l'admiration
+de cet épanouissement de splendide jeunesse. Mais ce sont là les
+éléments plutôt que les limites de ces rapports. Si l'on s'en rapportait à sa
+profession de foi à Thomson, que l'homme capable de jouer avec une
+<span class="pagenum"><a id="page524" name="page524"></a>(p. 524)</span> passion sérieuse commet un acte méchant, la question ne supporterait
+pas de doute. Mais dans cette nature, si faible de contrôle sur elle-même,
+les meilleures résolutions étaient à deux pas des remords. Les cas ne sont
+pas rares où ses indignations reviennent le frapper, comme un fouet
+maladroitement manié. On peut cependant faire valoir en faveur de
+l'interprétation la plus indulgente de cet amour, un argument de plus
+de poids. Il donna à Jane Lorimer un exemplaire de la seconde édition
+de ses poèmes, avec une dédicace pleine de sages conseils d'amitié. Il
+aimait assez à moraliser auprès des femmes. Il envoya même une
+copie de cette dédicace à son ami Alexander Cunningham, avec ces lignes
+qui ont un peu trop la prétention d'écarter tout soupçon: «Écrite sur une
+feuille blanche d'un exemplaire de la dernière édition de mes poèmes,
+offert à la dame que, dans de si nombreuses rêveries imaginaires de
+passion, mais avec les plus ardents sentiments de réelle amitié, j'ai si
+souvent chantée sous le nom de «Chloris»<a id="footnotetag1306" name="footnotetag1306"></a><a href="#footnote1306" title="Lien vers la note 1306"><span class="small">[1306]</span></a>. Voici ces vers assez faibles,
+du reste:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Ceci est le gage de l'amitié, ma jeune, belle amie,<br>
+Ne refuse pas ce don,<br>
+Et n'écoute pas d'une oreille inattentive<br>
+La muse qui moralise.</p>
+
+<p>Puisque, assombrissant ton gai matin de vie,<br>
+L'obscurité froide de la tempête est venue,<br>
+(Et jamais le vent d'Est du malheur<br>
+N'a brûlé plus belle fleur);</p>
+
+<p>Puisque les scènes gaies de la vie ne peuvent plus te charmer,<br>
+Cependant il te reste beaucoup,<br>
+Tu as en réserve une plus noble richesse:<br>
+Les <span class="italic">consolations de l'esprit</span>!</p>
+
+<p>Tu as la claire approbation de toi-même,<br>
+Dans le rôle conscient de l'Honneur;<br>
+Et (le plus précieux don du ciel ici-bas)<br>
+Le c&oelig;ur fidèle de ton amitié.</p>
+
+<p>Les joies raffinées de la Raison et du Goût,<br>
+Pour errer avec toutes les Muses;<br>
+Et doublement heureux serait le Poète<br>
+S'il pouvait augmenter ces joies<a id="footnotetag1307" name="footnotetag1307"></a><a href="#footnote1307" title="Lien vers la note 1307"><span class="small">[1307]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Mais en réalité ce sont là des vers qui ne prouvent pas grand'chose.
+Ils étaient écrits sur un volume destiné à être vu et manié dans la famille.
+Les lignes à Cunningham n'ont pas beaucoup plus de valeur. Burns n'allait
+pas écrire à un ami d'autrefois, raisonnable et récemment marié, le dernier
+<span class="pagenum"><a id="page525" name="page525"></a>(p. 525)</span> mot de ses folies. Tout au contraire faut-il plutôt y voir une façon d'expliquer
+et d'excuser les pièces à Chloris.</p>
+
+<p>Il y a, d'autre part, des probabilités bien lourdes. On comprend que le
+poète se figure des rencontres, des situations, des dénouements, et brode
+sur un rien de flatteuses erreurs. Tous les hommes en sont là, dit-on;
+autant les sages que les fous. La seule différence qu'il y ait entre la
+multitude et lui, est qu'il crée pour ses songes une forme que les autres
+lui empruntent pour exprimer les leurs. Mais on comprend moins que la
+femme qui inspire ses fantaisies les accepte; si elle les approuve, elle est
+en quelque sorte sa complice. On n'est pas étonné de voir Burns s'imaginer
+des tableaux comme celui-ci:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Viens, laisse-moi te prendre sur mon c&oelig;ur,<br>
+Et dis que nous ne nous quitterons jamais;<br>
+Et je mépriserai, comme une vile poussière,<br>
+La richesse et les grandeurs du monde.<br>
+Et si j'entends ma Jeanie avouer<br>
+Que des transports semblables l'agitent,<br>
+Je ne désire le bienfait de la vie<br>
+Que pour vivre afin de l'aimer.</p>
+
+<p>Ainsi dans mes bras, avec tous ses charmes,<br>
+Je serre mon précieux trésor;<br>
+Je ne demande, pour ma part du ciel,<br>
+Que les délices d'un pareil moment.<br>
+Et par tes yeux, si doux et bleus,<br>
+Je jure que je suis tien pour toujours!<br>
+Et sur tes lèvres je scelle mon v&oelig;u<br>
+Et jamais je ne le briserai<a id="footnotetag1308" name="footnotetag1308"></a><a href="#footnote1308" title="Lien vers la note 1308"><span class="small">[1308]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>On est surpris qu'une jeune femme ait accepté un pareil emploi,
+même poétique, de sa personne et s'en soit trouvée flattée. Or, il
+y a la preuve que ces pièces, qui ne laissent pas d'être un peu vives, lui
+étaient offertes, et que parfois elle insistait pour que l'introduction de son
+nom marquât bien que c'était d'elle qu'il s'agissait. À propos d'une de
+ces chansons, Burns écrit à Thomson le passage suivant qui est très
+clair:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Dans <span class="italic">Siffles et je viendrai à vous, mon gars</span>, la répétition de ce vers est
+fatigante pour l'oreille. Voici les quatre premières lignes de chaque strophe, telles
+qu'elles étaient primitivement, et ensuite ce qui à mes yeux est une amélioration:</p>
+
+<p class="poem-ctr">
+Ô sifflez, et je viendrai à vous, mon gars;<br>
+Ô sifflez, et je viendrai à vous, mon gars;<br>
+Quand même père et mère et tous en seraient furieux;<br>
+Ô sifflez, et je viendrai à vous, mon gars.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page526" name="page526"></a>(p. 526)</span> À changer en:</p>
+
+<p class="poem-ctr">
+Ô sifflez, et je viendrai à vous, mon gars,<br>
+Ô sifflez, et je viendrai à vous, mon gars,<br>
+Quand même père et mère et tous en seraient furieux;<br>
+Ta Janie se risquera avec toi, mon gars.</p>
+
+<p>De fait, une belle dame, à l'autel de laquelle, moi, le Prêtre des Neuf S&oelig;urs,
+j'offre l'encens du Parnasse; une dame que les Grâces ont revêtue d'enchantement
+et que les Amours ont armée de l'éclair; une Belle, l'héroïne même de la chanson,
+insiste pour ce changement; refusez un peu ses ordres si vous l'osez<a id="footnotetag1309" name="footnotetag1309"></a><a href="#footnote1309" title="Lien vers la note 1309"><span class="small">[1309]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Un autre indice, fort ténu à démêler, prend de l'importance lorsqu'on l'a
+dégagé. À travers ces pièces à Chloris reviennent, à plusieurs reprises,
+des allusions aux précautions qu'il faut prendre, à la crainte qu'elle a
+d'être compromise. Cela est curieux, parce qu'on saisit là un trait qui n'est
+pas de sentiment mais qui naît des circonstances. On sent quelque
+chose de la réalité, qui fait saillie sous ce qu'il peut y avoir d'imaginaire
+dans le reste. C'est un petit fait particulier qui perce la généralité du
+développement littéraire; il trahit un détail de situation, qui n'a pas été
+inventé mais qui exista. Une des chansons dit:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Ses yeux, d'un si doux bleu, trahissent<br>
+Combien elle me rend ma passion;<br>
+Mais la prudence est toujours son refrain,<br>
+Elle parle de rang et de convenance.</p>
+
+<p>Ô qui peut penser à la prudence<br>
+Avec une telle fille près de lui;<br>
+Ô qui peut penser à la prudence<br>
+En aimant comme j'aime<a id="footnotetag1310" name="footnotetag1310"></a><a href="#footnote1310" title="Lien vers la note 1310"><span class="small">[1310]</span></a>?</p>
+</div>
+
+<p>Et la chanson dont il changeait le refrain pour satisfaire une exigence
+de Chloris, roule toute entière sur la nécessité de ne pas se trahir.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Faites bien attention quand vous venez me faire la cour,<br>
+Et ne venez que si la porte de derrière est entr'ouverte,<br>
+Puis par-dessus le sautoir, et que personne ne vous voie,<br>
+Venez comme si vous ne veniez pas vers moi,<br>
+Venez comme si vous ne veniez pas vers moi.</p>
+
+<p>À l'église, au marché, partout où vous me rencontrez,<br>
+Passez près de moi comme si vous vous en souciez moins que d'une mouche;<br>
+Mais glissez-moi un regard de votre doux &oelig;il noir;<br>
+Cependant regardez comme si vous ne me regardiez pas,<br>
+Cependant regardez comme si vous ne me regardiez pas.</p>
+
+<p>Sans cesse dites et protestez que vous ne vous souciez pas de moi,<br>
+<span class="pagenum"><a id="page527" name="page527"></a>(p. 527)</span> Et quelquefois je vous permets de déprécier ma beauté un peu.<br>
+Mais n'en courtisez pas d'autre, quoique en riant,<br>
+De peur qu'elle ne détache votre pensée de moi.<br>
+De peur qu'elle ne détache votre pensée de moi<a id="footnotetag1311" name="footnotetag1311"></a><a href="#footnote1311" title="Lien vers la note 1311"><span class="small">[1311]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Ne semble-t-il pas qu'il y ait eu entre eux une entente et presque
+une dissimulation? Que signifient ces paroles furtives et ces entrevues
+dérobées? Aussi innocentes que fussent ces relations, ce mystère
+seul suffirait pour leur donner l'apparence d'une faute. Il leur donnait
+même ce qu'il y a de culpabilité réelle dans une tromperie. C'était
+trop. Vis-à-vis d'une jeune fille comme Chloris et de la part d'un
+homme qui avait le double de son âge, c'était un jeu imprudent et blâmable,
+tel que peu de pères, j'imagine, le toléreraient. Ce n'était pas un
+sentiment assez pur pour ne pas prendre de précautions; encore moins
+l'était-il assez pour ignorer qu'il y a des précautions à prendre. Ce fut un
+marivaudage équivoque où il entra de la coquetterie d'un côté, de la
+convoitise de l'autre, et dans lequel Burns n'est pas aussi éloigné
+qu'il le pensait d'être atteint par sa propre condamnation. Il a d'ailleurs
+été frappé, sur ce point, par celle des autres. Allan Cunningham, qui
+parle de tout cet épisode avec sévérité, dit: «La beauté de Chloris a
+ajouté de nombreux charmes à la chanson écossaise, mais ce qui a accru
+la réputation du poète a diminué celle de l'homme». C'est une parole
+très dure.</p>
+
+<p>Quoique, dans le tas d'autres caprices grossiers et anonymes, cette fantaisie
+fût une fleur encore embaumée de poésie, elle était bien au-dessous
+de ses précédentes aventures de c&oelig;ur. Elle marquait un instant où inévitablement
+arrivent les hommes qui continuent à aimer par delà l'âge de
+l'amour. C'était un émoi uniquement fait de délectation, de désir, en
+face d'une éclosion de jeunesse, savoureuse dans sa grâce continue de
+mouvements et sa fraîcheur de carnation. C'est le goût d'un amateur
+friand devant un beau fruit luisant, velouté, rose, rougissant, virginalement
+somptueux, dans son lustre et son éclat premiers. Tandis que dans
+ses pièces à Clarinda, où l'amour est surtout d'imagination, tandis que dans
+ses pièces à Mary Campbell, où il fut surtout de sentiment, on ne trouve
+pas un seul trait qui puisse servir à reconstituer la physionomie de ces deux
+héroïnes, ses pièces à Jane Lorimer nous donnent son portrait avec une
+précision matérielle et un détail qui permettraient presque à un peintre
+de le rendre. Elles font un peu penser aux premières pièces à Jane Armour,
+mais elles sont plus matérielles encore; elles n'en ont pas l'emportement;
+elles ont plus d'analyse et de dilettantisme dans la contemplation. Elles
+sont toutes d'un coloris chaud, et chargées de termes de beauté physique
+et de caresses.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p><span class="pagenum"><a id="page528" name="page528"></a>(p. 528)</span> Ô Joli était cet églantier rosé,<br>
+Qui fleurit si loin des maisons des hommes,<br>
+Et jolie était celle, et oh! combien chère,<br>
+Qu'il abritait du soleil couchant!</p>
+
+<p>Ces boutons de roses, dans la rosée matinale,<br>
+Combien ils sont purs, parmi les feuilles si vertes;<br>
+Mais plus pur était le v&oelig;u de l'amant<br>
+Qu'ils entendirent hier sous leur ombrage.</p>
+
+<p>Dans son bocage rude et épineux,<br>
+Qu'elle est douce et belle cette rosé cramoisie;<br>
+Mais l'amour est une fleur bien plus douce,<br>
+Dans le sentier épineux et tortueux de la vie.</p>
+
+<p>Qu'une solitude sans chemin, un ruisseau sinueux,<br>
+Et Chloris dans mes bras, soient à moi;<br>
+Et je ne souhaite ni ne méprise le monde,<br>
+Résignant également ses joies et ses chagrins<a id="footnotetag1312" name="footnotetag1312"></a><a href="#footnote1312" title="Lien vers la note 1312"><span class="small">[1312]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Il ne s'agit plus là de passion avec sa dépense d'énergie, l'exaltation
+de tout l'être et son élévation à un plus haut frémissement intellectuel
+et sensible. C'est quelque chose de beaucoup plus restreint, de plus
+matériel, et à coup sûr d'inférieur, la simple adoration, la simple possession
+d'une forme jeune et charmante. En réalité, c'était le goût, fréquent,
+dit-on, chez les hommes mûrs ou qui mûrissent, pour la beauté dans sa
+première fleur. C'était le commencement de ces amours inégaux, où
+l'homme, dépouillé des qualités de l'amant, désire plus qu'il n'inspire,
+implore et n'impose plus; où son v&oelig;u n'est pas d'être aimé, mais qu'on
+lui permette d'aimer; où il n'existe plus de réciprocité complète, mais, de
+sa part, une gratitude soumise qui mène vite aux dernières soumissions.
+Les hommes qui entrent dans cette faiblesse sont voués à un long supplice
+d'inquiétude et de vaines jalousies, à la torture de sentir qu'ils doivent leur
+instable joie, ou à la pitié, ou à l'intérêt, ou à l'amour-propre, ou à la vanité,
+ou à la crainte, ou même à l'admiration et à la reconnaissance, à tout, sauf
+au vrai amour. Burns n'en était pas encore là. Mais c'était un commencement.
+Chloris n'avait guère de passion pour lui. C'était une distraction
+de fille complaisante et coquette, dont la manière habile et maîtresse de soi
+apparaît bien dans ces strophes:</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Elle est jolie, verdissante, droite et grande,<br>
+Et depuis longtemps tient mon c&oelig;ur en servage;<br>
+Et toujours il charme le fond de mon âme<br>
+Le tendre amour qui est dans son &oelig;il.</p>
+
+<p>Elle est friponne et maligne ma Jane,<br>
+Pour dérober un regard invisible à tous;<br>
+<span class="pagenum"><a id="page529" name="page529"></a>(p. 529)</span> Mais prompts comme l'éclair sont les regards des amants,<br>
+Lorsque le tendre amour est dans leur &oelig;il.</p>
+
+<p>Cela peut échapper aux petits maîtres de la cour,<br>
+Cela peut échapper aux clercs très savants,<br>
+Mais l'amoureux aux aguets remarque bien<br>
+Le tendre amour qui est dans son &oelig;il<a id="footnotetag1313" name="footnotetag1313"></a><a href="#footnote1313" title="Lien vers la note 1313"><span class="small">[1313]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Le poète était encore assez jeune pour jouer le même jeu. Ces passions
+d'homme âgé n'eurent pas le temps de pénétrer bien avant. Il évita ainsi
+les souffrances du drame qui a arraché à Shakspeare ses cris les plus
+cruels.</p>
+
+<p>Le règne de Chloris dura du commencement de 1793 à la fin de 1795,
+à peu près. Il se termine brusquement, par un trait de plume irrité du poète,
+qui voudrait biffer ce nom des chansons où il l'a célébré. Au commencement
+de 1796, il écrit à Thomson:</p>
+
+<p class="quote">«Dans mes chansons passées, il y a une chose qui me déplaît: c'est le nom de
+Chloris. Je l'avais employé comme le nom fictif d'une certaine dame; mais, en y réfléchissant,
+c'est une haute incongruité d'avoir une appellation grecque dans une
+ballade pastorale écossaise. J'ai d'autres modifications à vous proposer. Ce que vous
+m'avez dit de «boucles couleur de lin» est juste. Cela ne peut entrer dans une description
+élégante de beauté<a id="footnotetag1314" name="footnotetag1314"></a><a href="#footnote1314" title="Lien vers la note 1314"><span class="small">[1314]</span></a>».</p>
+
+<p>L'exécution était complète, non sans une colère secrète. Il semble qu'il
+y ait eu là comme le germe de la souffrance inévitablement attachée à ces
+amours disparates.</p>
+
+<p>L'histoire de la pauvre Jane Lorimer est lamentable. Quelques années
+après ce moment de splendeur, où elle était rayonnante de beauté et
+fêtée dans les chansons du premier poète de son pays, son père fut ruiné.
+Son mari avait disparu. Elle fut obligée d'entrer dans une famille comme
+gouvernante. Elle vécut dans cette situation et d'autres analogues, pendant
+plusieurs années. Longtemps après, en 1816, elle apprit que son
+mari était à Brampton, où il mangeait sa quatrième ou cinquième fortune,
+héritée d'un parent. Elle le manqua de quelques heures. Peu après, elle
+fut informée qu'il était en prison pour dettes, à Carlisle. Elle désira le
+voir. Lorsqu'elle arriva, on lui montra le logement de Whelpdale, de
+l'autre côté d'un quadrangle entouré d'un cloître. En y allant, elle
+dépassa un homme, alourdi, légèrement paralysé et dont la marche était
+traînante. Au moment où elle approchait de la porte, elle entendit que
+cet homme prononçait son nom. «Jane», dit-il, et se reprenant aussitôt,
+avec un ton plus cérémonieux, «M<sup>rs</sup> Whelpdale». C'était son époux de
+quelques mois, changé en cet homme caduc, brisé. Il y avait de la bonté
+<span class="pagenum"><a id="page530" name="page530"></a>(p. 530)</span> dans Jane. Elle resta un mois à Carlisle, allant chaque jour à la prison
+rendre visite à son mari. Puis elle retourna en Écosse. Quelques mois
+après, il fut libéré, elle revint près de lui. Mais c'était un homme tellement
+perdu qu'une vie commune était impossible. Elle fut forcée de le
+quitter de nouveau et ne le revit plus. «Il est connu, dit Chambers,
+auquel ces détails sont empruntés, que cette pauvre femme sans appui
+fut enfin entraînée dans une faute qui lui perdit le respect de la société<a id="footnotetag1315" name="footnotetag1315"></a><a href="#footnote1315" title="Lien vers la note 1315"><span class="small">[1315]</span></a>.»
+Elle mena pendant quelque temps une sorte de vie errante, sur les frontières
+de la mendicité, ne parvenant pas à s'élever au-dessus de la position
+de domestique. Elle ne cessa jamais d'être élégante de tournure et
+belle de visage. Vers 1825, un gentleman charitable, à qui elle avait
+fait connaître sa détresse, s'occupa d'elle et parla d'elle dans les journaux,
+dans le but de lui procurer quelques secours. La dame de ce gentleman
+lui ayant envoyé les coupures des journaux où il était question d'elle,
+reçut ce billet, «dans lequel, dit Chambers, nous ne pouvons nous empêcher
+de penser qu'il y a quelque chose qui n'est pas indigne d'une héroïne
+poétique»:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«La Chloris de Burns est infiniment obligée à M<sup>rs</sup>.... pour l'aimable attention
+qu'elle a eue de lui envoyer les extraits de journaux; elle est heureuse et flattée
+qu'on dise et qu'on fasse tant pour elle.</p>
+
+<p>Ruth fut traitée par Booz avec bonté et générosité; peut-être la Chloris de Burns
+pourra-t-elle avoir un bonheur semblable dans le champ des hommes de talent et de
+vertu<a id="footnotetag1316" name="footnotetag1316"></a><a href="#footnote1316" title="Lien vers la note 1316"><span class="small">[1316]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>La dame la vit plusieurs fois et prit plaisir à sa conversation qui indiquait
+une pénétration naturelle d'intelligence et un jeu séduisant d'esprit.
+Plus tard, Jane Lorimer trouva une situation comme gouvernante. Elle
+eut quelques années paisibles. Mais une affection de la poitrine ruina sa
+santé. Elle fut obligée de se retirer dans un pauvre logement, dans une des
+vieilles rues d'Édimbourg. Elle languit quelque temps, vivant d'un peu
+de secours que lui donnait son dernier maître. Elle mourut en 1831,
+misérable, délaissée, ignorée. Hélas! pauvre Chloris!</p>
+
+<p class="p2">À travers ces tracas, ces débauches et ces remords, la production poétique
+de Burns continuait. Chose surprenante, dans les interstices de
+cette vie délabrée et en ruines, partout jaillissaient des fleurs. Pendant
+ces quatre années de Dumfries, il a écrit plus de deux cents morceaux
+dont cent cinquante sont précieux. Il ne s'y trouve plus de pièces capitales
+comme <span class="italic">Tam de Shanter</span>; plus même rien qui ressemble à la <span class="italic">Sainte-Foire</span>
+ou à la <span class="italic">Vision</span>; plus même de ces jolies épîtres comme à Mossgiel. Ce
+sont de courts morceaux, le plus souvent de petites chansons de quelques
+<span class="pagenum"><a id="page531" name="page531"></a>(p. 531)</span> strophes seulement, ce qu'il pouvait composer dans les quarts d'heure de
+recueillement qui lui restaient au milieu de ce gaspillage de lui-même.
+Elles naissaient sans interruption, les unes sur les autres; elles étaient
+variées à l'infini, sentimentales, touchantes, malignes ou railleuses. Il n'y
+avait guère de semaine où il ne lui vint entre les mains un brin de poésie,
+un brin menu et léger de plantes du pays, une brindille de bruyère
+ou de thym, une fleur de chardon, quelques feuilles de houx piquant,
+et quelquefois, aux jours favorisés, un rameau d'églantier. Mais tous ces
+riens frais, verts et parfumés, forment, réunis ensemble, un gros bouquet
+et une part essentielle de son &oelig;uvre.</p>
+
+<p>Peut-être aurait-il moins produit, s'il avait été, comme à Mauchline,
+laissé à lui-même. L'impulsion intérieure était moins impérieuse; la montée
+de poésie moins débordante; ou tout au moins les conditions étaient moins
+favorables; le loisir manquait et la concentration. Il n'était plus dans cet
+isolement indéfini où le travail de l'inspiration a le temps de se faire, où
+rien ne le dérange, ne le distrait, où, dans le poète renfermé en lui-même, la
+tension poétique augmente jusqu'à ce qu'elle s'échappe irrésistiblement.
+Maintenant son corps était fatigué, son âme dispersée, son temps tiraillé
+et déchiré. Heureusement il vint du dehors des excitations qui ne le
+laissèrent pas s'oublier. Il continua sa collaboration au recueil de Johnson,
+lequel avançait lentement; mais surtout il se trouva engagé dans une autre
+entreprise du même genre qui réclama de lui plus d'activité. Au mois de
+septembre 1792, un nommé George Thomson, qui était commis près du
+Conseil de la Société pour l'Encouragement des Manufactures en Écosse,
+lui écrivit que, d'accord avec quelques amis comme lui épris de musique,
+il avait commencé à choisir et à collectionner les mélodies populaires,
+dans le but de les conserver et de les publier<a id="footnotetag1317" name="footnotetag1317"></a><a href="#footnote1317" title="Lien vers la note 1317"><span class="small">[1317]</span></a>. Ils avaient engagé Pleyel
+«le plus agréable des compositeurs actuels», pour mettre des accompagnements
+à ces vieux thèmes, et pour composer, à chacun d'eux, un
+prélude et une conclusion, de façon à les rendre plus propres à être
+chantés dans les concerts. C'était donc, à la différence d'autres recueils,
+une entreprise avant tout musicale, une collection d'airs plutôt que de
+chansons. Mais certains de ces motifs n'avaient pas de paroles; d'autres
+en avaient d'insignifiantes, ou de grossières, ou d'indécentes. Il fallait
+retoucher les anciens vers ou en composer de nouveaux, là où cela était
+nécessaire. Thomson demandait à Burns de se charger de ce travail et de
+lui fournir de la poésie pour cette vieille musique<a id="footnotetag1318" name="footnotetag1318"></a><a href="#footnote1318" title="Lien vers la note 1318"><span class="small">[1318]</span></a>. Burns accepta avec
+enthousiasme. Il se mit à l'&oelig;uvre aussitôt et reprit, mais avec plus d'activité
+et de fécondité, le travail qu'il avait commencé pour Johnson. La
+nécessité de fournir aux demandes de Thomson lui servit d'aiguillon; sa
+<span class="pagenum"><a id="page532" name="page532"></a>(p. 532)</span> collaboration a fait de ce recueil un des livres de la littérature écossaise.</p>
+
+<p>Pendant tout ce travail il fit preuve d'un désintéressement qui, dans
+les circonstances où il se trouvait, avait d'autant plus de mérite. Il était
+pauvre; quelques livres auraient fait une différence dans son budget et
+allongé les bouts pour leur permettre de se joindre. Il ne voulut cependant
+jamais entendre parler de rémunération. Il fut sur ce point inflexible. Dans
+la lettre où il lui demandait son concours, Thomson lui avait dit:</p>
+
+<p class="quote">«Nous regarderons votre concours poétique comme une faveur particulière, outre
+que nous paierons n'importe quel prix raisonnable que vous demanderez pour nous le
+prêter. Le profit est pour nous une considération secondaire, et nous sommes résolus
+à n'épargner ni peines ni dépenses pour notre publication<a id="footnotetag1319" name="footnotetag1319"></a><a href="#footnote1319" title="Lien vers la note 1319"><span class="small">[1319]</span></a>.</p>
+
+<p>Dans l'acceptation de Burns, cette offre avait pour réponse la phrase
+suivante:</p>
+
+<p class="quote">Quant à une rémunération, vous êtes libre de regarder mes chansons comme au-dessus
+ou au-dessous de tout prix; car elles seront absolument l'un ou l'autre. Dans
+l'honnête enthousiasme avec lequel je m'embarque dans votre entreprise, parler
+d'argent, de gages, d'émoluments, de salaire, etc., serait une véritable prostitution
+d'esprit<a id="footnotetag1320" name="footnotetag1320"></a><a href="#footnote1320" title="Lien vers la note 1320"><span class="small">[1320]</span></a>.</p>
+
+<p>Les choses en restèrent là pour le moment. Burns prit en main la partie
+littéraire, fournit chansons sur chansons, n'épargna ni ses peines, ni ses
+recherches, ni ses dérangements, sans compter l'inestimable contribution
+de son génie. La publication, grâce à lui surtout, prenait bien. Thomson
+voulut lui donner, non pas une rétribution, mais comme une part dans les
+bénéfices qui pouvaient provenir d'une &oelig;uvre dont ses vers faisaient le
+succès. Il le lui proposa en des termes qu'il faut citer, pour montrer
+combien ils avaient de tact et étaient incapables d'offenser la susceptibilité
+la plus prompte.</p>
+
+<p class="quote">L'affaire ne dépend plus maintenant que de moi seul, les messieurs, qui au début
+s'étaient entendus pour avoir une part dans la publication, ayant demandé à s'en
+désister. Cela importe peu; il est impossible que j'y perde. Le mérite supérieur de
+l'&oelig;uvre fera naître une demande générale, aussitôt qu'elle sera suffisamment connue.
+Et quand bien même la vente en serait plus lente qu'elle ne promet de l'être, je trouverai
+une compensation à mon travail dans le plaisir que j'aurai pris à la musique. Je
+ne puis vous exprimer combien je vous suis obligé pour les exquises chansons nouvelles
+que vous m'envoyez; mais les remerciements, mon ami, sont un faible retour
+pour ce que vous avez fait. Comme je recueillerai les bénéfices de la publication, il
+faut que vous me permettiez de vous envoyer une légère marque de ma reconnaissance,
+et de la renouveler plus tard quand je le trouverai opportun. Ne me la renvoyez
+pas, par le Ciel! Si vous le faites, notre correspondance est finie. Cela, sans doute, ne
+serait pas une perte pour vous, mais cela ruinerait la publication qui, sous vos
+auspices, ne peut manquer d'être respectable et intéressante<a id="footnotetag1321" name="footnotetag1321"></a><a href="#footnote1321" title="Lien vers la note 1321"><span class="small">[1321]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page533" name="page533"></a>(p. 533)</span> Dans la lettre, Thomson avait mis une somme de cinq livres. À coup
+sûr on ne pouvait offrir d'une manière plus délicate. Il reçut une réponse
+presque courroucée, où Burns lui déclarait péremptoirement qu'il ne
+voulait pas entendre parler d'argent.</p>
+
+<p class="quote">Je vous assure, mon cher Monsieur, que vous m'avez vraiment blessé avec votre
+envoi d'argent. Cela me dégrade à mes propres yeux. Toutefois, le retourner sentirait
+la pose et l'affectation; mais quant à continuer ce genre de trafic de débiteur à
+créancier, je vous le jure par l'<span class="smcap">Honneur</span> qui couronne la statue droite de l'<span class="smcap">Intégrité</span>
+de <span class="smcap">Robert Burns, </span>au moindre mot à ce sujet, je repousserai avec indignation toutes
+nos relations passées, et je deviendrai, à partir de ce moment, un parfait étranger
+pour vous! La réputation de Burns pour la générosité de sentiment et l'indépendance
+d'esprit survivra, j'en ai confiance, à tous les besoins que le froid et dur métal peut
+satisfaire; du moins, je ferai tout pour qu'il mérite cette réputation<a id="footnotetag1322" name="footnotetag1322"></a><a href="#footnote1322" title="Lien vers la note 1322"><span class="small">[1322]</span></a>.</p>
+
+<p>On s'est étonné de ces refus de Burns; il semble naturel qu'il participât
+aux bénéfices que pouvait rapporter cette publication. On a fait remarquer,
+non sans justesse, qu'il n'y a pas de différence entre recevoir l'argent
+de Thomson et recevoir des souscriptions pour ses poèmes<a id="footnotetag1323" name="footnotetag1323"></a><a href="#footnote1323" title="Lien vers la note 1323"><span class="small">[1323]</span></a>. Il serait
+plus exact de dire qu'il n'y a pas grande différence. Il y en a une légère.
+Ce n'est pas une même chose d'éditer, pour son propre compte, à ses
+périls, ses propres &oelig;uvres, et de tirer profit de poèmes composés sans idée
+de gain; ou de recevoir un salaire pour les pièces qu'on apporte, et d'être
+payé comme un artisan en poésie. Il n'y a sans doute là rien de très éloigné
+du peintre qui vend son tableau, ou du sculpteur sa statue. Mais Burns
+n'avait pas l'idée de la carrière de l'homme de lettres. Il avait toujours
+composé pour lui-même, par impulsion; il lui semblait que c'était, comme
+il le dit, «prostituer» son génie que de s'en servir pour battre monnaie.
+Et ce sentiment était d'autant plus susceptible que, l'élan de production
+ayant un peu baissé en lui et ayant besoin d'être excité par le dehors, il
+fallait absolument que ce mobile fût désintéressé, pour ne pas ressembler à
+un mobile d'argent. Sa poésie c'était son âme qui s'envolait, il la donnait,
+il ne la vendait pas, pas plus qu'il n'eût songé à vendre son rire ou son
+éloquence. Et il y avait encore une autre raison qui lui fait honneur
+également. Il considérait l'entreprise de Thomson comme une &oelig;uvre
+patriotique, désintéressée, destinée à préserver le trésor musical de
+l'Écosse. Il lui paraissait presque sacrilège de tirer profit de ce dévoûment
+à une des gloires de la patrie calédonienne. C'est comme si on voulait
+payer à un patriote son patriotisme, et estimer en espèces ses soins, ses
+démarches, ses discours, pour l'honneur du pays. C'était après tout une
+noble susceptibilité.</p>
+
+<p>La qualité de cette production était toujours la même; on est surpris
+<span class="pagenum"><a id="page534" name="page534"></a>(p. 534)</span> de la fraîcheur que les visions conservaient dans cette âme ternie par les
+chagrins et où les excès laissaient si souvent leurs dégoûts. Jamais sa
+poésie n'a eu plus d'éclat. Sa main d'ouvrier était alors d'une justesse et
+d'une précision achevées. À cette période appartiennent les dernières
+pièces à Clarinda, le groupe des pièces à Chloris, l'ode de <span class="italic">Bruce à Bannockburn</span>,
+le <span class="italic">Retour du soldat</span>, et tant de chansons qui sont de brefs chefs-d'&oelig;uvre.
+Il n'a rien écrit de plus délicat. S'il a produit des pièces de plus
+grande force et de plus large allure, il n'en a pas d'un travail plus fini et
+d'un sentiment artistique plus sûr. Sans doute ce n'était plus la trombe
+de poésie de Mossgiel, avec son mouvement et son puissant enlèvement
+des choses; c'était la fin d'une pluie, éparse et calme, quand la lenteur de
+leur chute donne aux gouttes une forme parfaite et que, par leur dispersion
+même, elles sont plus pénétrées de lumière, irisées, diamantées, étincelantes.</p>
+
+<p class="p2">Cependant sa renommée continuait à grandir d'un double mouvement:
+à monter vers les plus hauts esprits et à pénétrer jusqu'aux plus humbles.
+Dans les rues, non seulement on chantait ses chansons, mais on mettait
+son nom à des chansons qui n'étaient pas de lui, pour les vendre. «J'ai
+vu même chanter, par les rues de Dumfries, une couple de ballades qui
+portaient mon nom en tête comme leur auteur, bien que ce fût la première
+fois que je les voyais<a id="footnotetag1324" name="footnotetag1324"></a><a href="#footnote1324" title="Lien vers la note 1324"><span class="small">[1324]</span></a>». Sa gloire avait gagné les sommets intellectuels
+du pays. Son nom retentissait au Parlement, dans la bouche
+d'hommes qui étaient l'honneur de leur temps, comme celui d'un homme
+qui était l'honneur de son pays. En 1793, Curran, le grand orateur
+irlandais, s'écriait en parlant de l'Écosse «qu'elle était couronnée des
+dépouilles de tous les arts et parée de la richesse de toutes les muses,
+depuis les profondes et pénétrantes recherches de son Hume jusqu'à la
+moralité douce et plus simple, mais non moins sublime et pathétique de
+son Burns<a id="footnotetag1325" name="footnotetag1325"></a><a href="#footnote1325" title="Lien vers la note 1325"><span class="small">[1325]</span></a>». Cet hommage, que nous n'avons vu relever dans aucune
+biographie de Burns, indique quel rang il avait insensiblement pris
+parmi les grands noms de son pays. Lockhart raconte qu'un peu plus
+tard, trop tard puisque Burns venait de mourir, Pitt disait à la table
+de lord Liverpool: «Je ne vois pas de vers, depuis Shakspeare, qui aient
+autant l'air de sortir doucement de la nature<a id="footnotetag1326" name="footnotetag1326"></a><a href="#footnote1326" title="Lien vers la note 1326"><span class="small">[1326]</span></a>». Au moment où des
+pensions étaient accordées à des hommes de lettres, de talent moyen, on
+pouvait espérer que quelque chose se ferait pour un des plus surprenants
+génies de son époque. Quelques-uns de ses admirateurs s'y employèrent.
+Ce fut en vain. Allan Cunningham raconte que M. Addington rappela à
+<span class="pagenum"><a id="page535" name="page535"></a>(p. 535)</span> Pitt les mérites de Burns; mais Pitt «passa la bouteille à lord Melville et
+ne fit rien<a id="footnotetag1327" name="footnotetag1327"></a><a href="#footnote1327" title="Lien vers la note 1327"><span class="small">[1327]</span></a>». Pendant ce temps le poète se débattait contre sa pauvreté;
+sa production était gênée par l'inquiétude, faute d'un peu d'argent.</p>
+
+<p>On dira que les opinions de Burns et la façon dont il les exprimait
+n'étaient pas pour lui concilier les bonnes grâces du Ministère. Cela
+serait vrai si la mesure envers lui avait eu besoin d'un appoint de faveur.
+Mais il avait un mérite qui dépassait les autres, indiscutable; les circonstances
+de sa vie l'augmentaient encore. Pour faire de son succès un
+exemple, il ne manquait que la récompense. Ses erreurs politiques, à les
+juger telles, disparaissaient à côté des indiscutables leçons plus hautes
+qu'il répandait. Il était incontestablement de ces hommes envers qui une
+nation est redevable, et que, par intérêt autant que par amour-propre, elle
+doit soutenir. Mais les ministères se ressemblent beaucoup, en tous temps,
+en tous lieux, parce que les hommes sont partout et toujours les mêmes,
+«Si Burns avait publié dans un journal quelques libelles sur Lepaux ou
+Carnot, ou un pamphlet vif «Sur l'État du Pays», on se serait peut-être
+plus occupé de lui pendant sa vie<a id="footnotetag1328" name="footnotetag1328"></a><a href="#footnote1328" title="Lien vers la note 1328"><span class="small">[1328]</span></a>». Les hommes d'État qui n'ont pas su
+l'aider ont privé leur race d'&oelig;uvres plus glorieuses et plus durables
+qu'une bataille gagnée ou une île conquise. Ils ont failli à leurs devoirs
+de bons ménagers des ressources de leur patrie. C'est avec raison que,
+lorsque le droit de propriété des &oelig;uvres de Burns vint en discussion à la
+Chambre des Lords, en 1812, Earl Grey insista sur la faute d'avoir négligé
+un pareil génie et reprocha à lord Melville sa part dans le dénûment du
+poète<a id="footnotetag1329" name="footnotetag1329"></a><a href="#footnote1329" title="Lien vers la note 1329"><span class="small">[1329]</span></a>.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="section">V.<br>
+LES DERNIERS CHAGRINS, LES DERNIERS EXCÈS, LES DERNIÈRES LUEURS.<br>
+LA FIN.</p>
+
+<p>Le dénouement n'est pas loin maintenant. Nous touchons à la fin
+de ce jour tourmenté, clos aux premières heures de l'après-midi, sans
+avoir connu les sérénités du soir qui apportent l'apaisement, ni l'élargissement
+étoilé de la nuit, qui ouvre des espaces à l'espoir. Burns finit en
+pleine amertume, au plus fort de ses regrets, de ses remords, et de ses
+angoisses pour sa famille. Si, du moins, il avait résisté un peu plus
+longtemps, la vie, qui souvent est charitable et se charge des petits
+enfants, lui aurait peut-être montré les siens, élevés et capables de
+porter leur nom. Elle s'en chargea bien quand ils furent orphelins. Cela
+<span class="pagenum"><a id="page536" name="page536"></a>(p. 536)</span> l'aurait consolé, rassuré, réconcilié un peu avec lui-même. Mais le
+temps lui en fut refusé. Il fut implacablement frappé au moment le
+plus affreux que son esprit ait connu. Dans ses derniers mois, il
+n'existe pas de lui une parole plus gaie et plus légère, un mot moins
+découragé que les autres; tout y est d'une tristesse uniforme. Une
+même teinte morne assombrit chacun de ses instants. Et dans ses heures
+suprêmes, on ne trouve pas de signe d'une de ces lueurs qui éclairent
+parfois les fronts mourants et qui, vraies ou fausses, adoucissent les agonies.
+Il mourut enfermé dans l'étroite et ténébreuse prison de son désespoir.
+Jusqu'au dernier moment, la troupe impitoyable des soucis
+empêcha d'arriver jusqu'à lui une de ces visites d'anges qui, dans sa vie
+plus que dans toute autre, avaient été si rares et distantes entre elles, et
+dont sa pauvre âme avait tant besoin. C'est une navrante histoire que
+celle de ses dernières années.</p>
+
+<p>Ce qu'il y a de plus triste encore, c'est de penser que, par sa faute, la
+mort était la plus heureuse issue, peut-être la seule, hors de cette
+impasse où il avait conduit sa vie. Carlyle l'avait bien vu et l'a dit avec
+sa pénétration morale et sa saisissante éloquence: «Nous sommes ici
+arrivés à la crise de la vie de Burns; car les choses avaient pris pour lui
+une telle tournure qu'elles ne pouvaient pas durer longtemps. Si l'on ne
+devait pas espérer d'amélioration, la nature ne pouvait plus, que pour un
+temps limité, continuer cette lutte sombre et affolante contre le monde
+et contre elle-même. Nous n'avons pas de renseignements médicaux pour
+savoir si une continuation de vie était à cette époque, probable pour
+Burns, et si sa mort doit être considérée comme un événement en partie
+accidentel, ou seulement comme la conséquence naturelle d'une longue
+série d'événements qui l'avaient précédée. Cette dernière opinion paraît
+la plus vraisemblable, bien qu'elle ne soit nullement certaine. En tous
+cas, comme nous le disions, un changement ne pouvait pas être éloigné.
+Trois portes de délivrance, nous semble-t-il, étaient ouvertes à Burns:
+une claire activité poétique, la folie ou la mort. La première, avec une
+vie plus longue, était encore possible, bien qu'elle ne fût pas probable;
+car des causes physiques commençaient à agir; et cependant Burns avait
+une résolution de fer, si seulement il avait pu voir et sentir que non seulement
+sa plus haute gloire, mais son premier devoir et le vrai remède de
+tous ses chagrins se trouvaient là. La seconde était encore moins probable,
+car son esprit fut toujours parmi les plus clairs et les plus fermes.
+Ainsi la troisième porte, plus douce, s'ouvrait pour lui, et il passa, non
+pas doucement, cependant, rapidement, dans cette contrée tranquille, où
+les averses de grêle et les orages de feu n'arrivent pas, et où le voyageur
+le plus lourdement chargé dépose enfin son fardeau<a id="footnotetag1330" name="footnotetag1330"></a><a href="#footnote1330" title="Lien vers la note 1330"><span class="small">[1330]</span></a>.»</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page537" name="page537"></a>(p. 537)</span> Depuis longtemps déjà sa santé était ébranlée. Les privations de son
+enfance, ses fatigues de travail et d'amour, la continuité d'émotions
+d'une véhémence inouïe qui, sans merci, secouaient sa machine, avaient
+affaibli son corps d'une constitution robuste mais de fonctions désordonnées.
+Ses courses d'Excise par les nuits pluvieuses, ses tracas, ses
+excès de boissons, l'irritation sombre et ardente qui le dévorait, achevèrent
+de le délabrer. Dès le mois de juin 1794, il écrivait à Mrs Dunlop:</p>
+
+<p class="quote">«J'ai bien peur d'être sur le point de souffrir des folies de ma jeunesse. Mes amis
+médecins me menacent d'une goutte volante, mais j'espère qu'ils se trompent<a id="footnotetag1331" name="footnotetag1331"></a><a href="#footnote1331" title="Lien vers la note 1331"><span class="small">[1331]</span></a>.»</p>
+
+<p>Et six mois après, au commencement de 1795, il lui disait encore:</p>
+
+<p class="quote">«Quelle chose pauvre est la vie! Tout récemment j'étais un enfant; l'autre jour
+encore, j'étais un jeune homme, et déjà je commence à sentir la fibre rigide et les
+jointures raides de l'âge s'emparer rapidement de mon corps<a id="footnotetag1332" name="footnotetag1332"></a><a href="#footnote1332" title="Lien vers la note 1332"><span class="small">[1332]</span></a>.»</p>
+
+<p>Il n'avait que 36 ans! C'était la vieillesse anticipée, ou plutôt, c'étaient
+les symptômes de la maladie.</p>
+
+<p>À l'assombrissement que cause chez l'homme la découverte des premiers
+signes de la décadence physique, s'ajouta, vers la fin de 1795, un
+grand chagrin. Il perdit une petite fille de trois ans qu'il aimait de toute
+la tendresse que les pères poètes ressentent pour leurs filles. L'enfant
+était chétive; on l'avait envoyée chez ses grands-parents, les Armour,
+pour changer d'air; à l'automne, elle y était morte. On l'avait enterrée
+dans le cimetière de là-bas, sans que son père pût l'embrasser. Ce fut
+pour lui un choc douloureux qui l'ébranla encore. Il écrivait à M<sup>rs</sup> Dunlop
+dont le silence prolongé l'attristait:</p>
+
+<p class="quote">«Hélas! Madame, je n'ai pas le moyen, en ce moment, qu'on me prive d'aucun des
+faibles restes de mes plaisirs. Je viens de boire profondément à la coupe de l'affliction.
+L'automne m'a enlevé ma seule fille et mon enfant chérie, et cela à une telle distance
+et en si peu de temps qu'il m'a été impossible de lui rendre les derniers devoirs<a id="footnotetag1333" name="footnotetag1333"></a><a href="#footnote1333" title="Lien vers la note 1333"><span class="small">[1333]</span></a>.»</p>
+
+<p>Son chagrin paraît dans toutes ses lettres. La petite Elisabeth fait
+penser à l'Adda de Byron, à la Julia de Lamartine et à la Léopoldine de
+Victor Hugo. Il semble que cette douleur ait été réservée aux grands
+poètes de notre temps.</p>
+
+<p>Vers le mois d'octobre 1795, une maladie, demeurée assez mystérieuse,
+s'abattit sur lui. Lui-même en parle comme d'une forte fièvre rhumatismale.
+Currie qui, par ses études médicales, était plus à même de
+pénétrer dans cette partie de sa vie, et qui avait reçu les confidences du
+<span class="pagenum"><a id="page538" name="page538"></a>(p. 538)</span> D<sup>r</sup> Maxwell, par qui Burns avait été soigné, laisse entendre que le mal
+était d'une autre nature. Voici du reste sa déposition technique, dans
+toute sa précision et sa gravité. C'est en même temps ce qu'on sait de
+plus clair sur l'état physique de Burns.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Quoique naturellement d'une forme athlétique, Burns avait dans sa constitution les
+particularités et les délicatesses qui appartiennent au tempérament du génie. Il était
+exposé, depuis une période très jeune de sa vie, à cet arrêt dans le progrès de la
+digestion qui résulte d'une pensée profonde et anxieuse, et qui est quelquefois l'effet
+et quelquefois la cause d'une dépression de vitalité. Lié à ce désordre de l'estomac, il
+avait une disposition aux migraines, qui affectait plus spécialement les tempes et le
+globe de l'&oelig;il et qui était fréquemment accompagnée de mouvements du c&oelig;ur violents
+et irréguliers. Doué par la nature d'une grande sensibilité de nerfs, Burns était, dans
+son système corporel aussi bien que mental, exposé à des impressions déréglées,&mdash;à
+la fièvre du corps aussi bien qu'à celle de l'esprit. Cette prédisposition à la maladie,
+qu'une stricte tempérance dans la diète, un exercice régulier, un sommeil solide
+auraient pu vaincre, fut fortifiée et enflammée par des habitudes d'une nature toute
+différente. Perpétuellement stimulée par l'alcool, sous l'une ou sous l'autre de ses
+diverses formes, l'action désordonnée du système circulatoire devint à la fin habituelle,
+le travail de nutrition fut incapable de pourvoir à la déperdition, et les pouvoirs vitaux
+commencèrent à faiblir.</p>
+
+<p>Plus d'une année avant sa mort, il y avait un déclin évident dans l'apparence
+personnelle de notre poète, et quoique son appétit se maintint, il sentait lui-même que
+sa constitution s'abaissait. Dans ses moments de pensée, il réfléchissait avec le regret
+le plus profond à son fatal acheminement, prévoyant clairement la fin vers laquelle il
+se hâtait, sans avoir la force de volonté nécessaire pour arrêter ou même ralentir sa
+course. Son caractère devint plus irritable et plus sombre; il se sauvait de lui-même
+dans des sociétés, souvent de l'espèce la plus basse. Et dans cette compagnie, on franchissait
+vite ce moment des réunions joyeuses où le vin augmente la sensibilité et
+excite la bienveillance, pour arriver au moment qui est au delà et sur lequel régnait
+généralement la passion sans contrôle et sans frein. Celui qui souffre la pollution de
+l'ivresse, comment échappera-t-il à une autre pollution? Abstenons-nous de mentionner
+des erreurs sur lesquelles la délicatesse et l'humanité tirent un voile<a id="footnotetag1334" name="footnotetag1334"></a><a href="#footnote1334" title="Lien vers la note 1334"><span class="small">[1334]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>On a blâmé Currie d'avoir parlé. C'est à tort, puisque c'était la vérité.
+Personne ne peut le soupçonner de n'avoir pas aimé le pauvre poète.
+S'il a mentionné ce point délicat, avec la conscience de sa profession,
+il l'a, selon sa propre expression, «touché avec tendresse<a id="footnotetag1335" name="footnotetag1335"></a><a href="#footnote1335" title="Lien vers la note 1335"><span class="small">[1335]</span></a>».Il a fait
+acte d'honnêteté et de pitié, comme un médecin qui connaît et plaint les
+misères humaines. C'est surtout dans une biographie comme celle de
+Burns, qu'il faut de la franchise; ceux qui, par des réticences ou des
+oublis, la défigurent, la mutilent ou la masquent, lui retirent une partie
+de son intérêt et de son enseignement. Ils appliquent le mensonge à la
+mémoire d'un homme qui le détesta et le méprisa par-dessus tout, et qui,
+avec toutes ses fautes, eut du moins la fierté de ne pas les dissimuler et le
+<span class="pagenum"><a id="page539" name="page539"></a>(p. 539)</span> courage de les reconnaître. C'est une hypocrisie indigne de ce sincère
+esprit<a id="footnotetag1336" name="footnotetag1336"></a><a href="#footnote1336" title="Lien vers la note 1336"><span class="small">[1336]</span></a>.</p>
+
+<p>Quoi qu'il en soit de ce mal, qu'accompagna en effet une fièvre rhumatismale,
+ses ravages furent terribles. Pendant les derniers mois de
+1795, la correspondance et les travaux de Burns furent interrompus. Il
+resta confiné à la chambre tout l'hiver et se releva brisé et vieilli. Au
+commencement de janvier 1796, il commençait à marcher un peu;
+il écrit:</p>
+
+<p class="quote">Je commençais à peine à me remettre de la perte d'une fille unique, d'une enfant
+chérie, quand je suis devenu moi-même la victime d'une fièvre rhumatismale qui m'a
+amené sur les frontières de la tombe. Après maintes semaines de lit et de maladie, je
+commence seulement à me traîner ça et là<a id="footnotetag1337" name="footnotetag1337"></a><a href="#footnote1337" title="Lien vers la note 1337"><span class="small">[1337]</span></a>.</p>
+
+<p>Et le 31 janvier, il écrivait à M<sup>rs</sup> Dunlop, à peu près dans les mêmes
+termes:</p>
+
+<p class="quote">Longtemps le dé a roulé indécis; enfin, après bien des semaines sur un lit de
+maladie, il semble avoir «tourné vie», et je commence à me traîner à travers
+ma chambre. Une fois même, j'ai été devant ma porte dans la rue<a id="footnotetag1338" name="footnotetag1338"></a><a href="#footnote1338" title="Lien vers la note 1338"><span class="small">[1338]</span></a>.</p>
+
+<p>Ces heures de confiance n'étaient pas bien solides; c'était l'espèce de
+confiance qu'on montre aux autres, pendant quelque temps encore après
+qu'elle est à peu près morte en soi-même; par moments, il désespérait
+de jamais se remettre complètement:</p>
+
+<p class="quote">La santé que vous me souhaitez dans votre carte de ce matin, est, je le pense,
+envolée de moi pour toujours<a id="footnotetag1339" name="footnotetag1339"></a><a href="#footnote1339" title="Lien vers la note 1339"><span class="small">[1339]</span></a>.</p>
+
+<p>Et quelques jours après il écrivait à M<sup>rs</sup> Riddel:</p>
+
+<p class="quote">Je suis si malade que j'ai à peine la force de tenir cette misérable plume sur ce
+misérable papier.</p>
+
+<p>On a retrouvé de lui, à cette époque, un portrait qui apporte à tous
+ces détails un saisissant commentaire. Quel changement avec celui
+d'Édimbourg; vingt années d'excès et de remords auraient-elles pu produire
+un tel contraste? Où est le visage ouvert, jeune et confiant, qui se
+détachait sur des verdures, des collines lointaines et un ciel pur? Par une
+sorte d'intuition, l'artiste à qui l'on doit cette seconde ressemblance,
+au lieu de ce riant horizon, a choisi un voile de nuages menaçants et
+rapprochés; sur ce fond funèbre, une face vieillie, épuisée, dure, amère,
+<span class="pagenum"><a id="page540" name="page540"></a>(p. 540)</span> avec une expression ombrageuse et farouche dans les traits, tandis que le
+regard conserve dans sa tristesse un fond de douceur. Sur cet ensemble
+flotte un air de défiance et d'inquiétude, comme de quelqu'un qui se croit
+toujours menacé. L'expression de cette tête douloureuse est ineffaçable;
+elle vous hante impérieusement et chasse de l'esprit la figure charmante
+du premier portrait<a id="footnotetag1340" name="footnotetag1340"></a><a href="#footnote1340" title="Lien vers la note 1340"><span class="small">[1340]</span></a>.</p>
+
+<p>À la maladie, venait s'ajouter la gêne: ses souffrances se compliquaient
+de soucis. Vers la fin de 1795, il était obligé d'écrire au collecteur Mitchell
+une épître en vers, dont le manuscrit se vendrait aujourd'hui une
+somme considérable, pour lui emprunter une guinée.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Ami éprouvé et loyal du Poète<br>
+Qui, sans toi, pourrait mendier ou voler,<br>
+Hélas! hélas! le grand diable<br>
+Et toutes ses sorcières<br>
+Sont en train de danser gigues et reels<br>
+Dans mes pauvres poches.</p>
+
+<p>Je voudrais insinuer modestement<br>
+Que j'ai cruellement besoin d'une guinée;<br>
+Si vous voulez l'envoyer par la fillette,<br>
+Ce serait très bon;<br>
+Et tant que mon c&oelig;ur battra de sang vivant,<br>
+Je m'en souviendrai.</p>
+
+<p>Puisse la vieille année s'éloigner, en maugréant<br>
+De voir la nouvelle arriver gémissante<br>
+Sous une double abondance de provisions,<br>
+Pour toi et les tiens;<br>
+Tandis que la paix et les joies domestiques couronnent<br>
+Tout ce tableau.</p>
+
+<p class="p2">POST-SCRIPTUM.</p>
+
+<p>Vous avez appris comme j'ai été malmené,<br>
+Et par la méchante mort presque emporté;<br>
+Horrible mégère! elle m'avait pris par la ceinture<br>
+Et m'a durement secoué;<br>
+Mais par bonheur j'ai sauté un sautoir,<br>
+Et tourné un coin.</p>
+
+<p>Mais par cette santé, dont j'ai encore une part,<br>
+Et par cette vie, dont on me promet encore un bout,<br>
+De me tenir sain et entier j'aurai soin<br>
+Un peu plus prudemment;<br>
+Donc adieu folie, peau et poil,<br>
+Une bonne fois et à toujours!<a id="footnotetag1341" name="footnotetag1341"></a><a href="#footnote1341" title="Lien vers la note 1341"><span class="small">[1341]</span></a></p>
+</div>
+
+<p class="quote"><span class="pagenum"><a id="page541" name="page541"></a>(p. 541)</span> Hélas! les promesses! Il était donc perdu irrévocablement pour être,
+après une telle leçon, incapable de les tenir! Il en était donc au point où la
+volonté cesse d'agir et où, l'instrument de toute résolution étant lui-même
+atteint, la dernière ressource est brisée. C'est alors la fin d'un homme!
+Était-ce donc la fin du poète?</p>
+
+<p>Il semble qu'il en était là. Il avait paru éprouver un mieux pendant
+les derniers jours de janvier 1796. Une de ses premières visites fut à son
+endroit favori, la Taverne du Globe. Il en ressortit vers trois heures du
+matin, en état d'ivresse<a id="footnotetag1342" name="footnotetag1342"></a><a href="#footnote1342" title="Lien vers la note 1342"><span class="small">[1342]</span></a>. Le froid était intense; l'air glacial le saisit et
+l'étourdit. Il tomba sous un passage voûté qu'on montre encore, et s'y
+endormit. L'humidité de l'aube le surprit dans cet engourdissement où
+le corps n'a même plus la réaction involontaire de la souffrance, et le
+pénétra. Cet accident fut suivi d'une attaque de rhumatisme qui le retint
+au lit environ une semaine; après cette rechute, sa maladie renouvelée
+fit des progrès rapides. «Alors, dit Currie, son appétit commença à
+décliner, sa main trembla et sa voix faiblit à la moindre émotion ou au
+moindre effort. Son pouls devint plus faible et plus rapide, et des douleurs
+dans les articulations et dans les pieds et les mains le privèrent de
+goûter le rafraîchissant sommeil. Trop découragé et trop au courant de
+sa situation réelle pour nourrir quelque espérance de guérison, il songeait
+sans cesse à la désolation prochaine de sa famille, et son esprit
+tomba dans une continuelle tristesse.» Rien n'est pénible comme de
+suivre, dans les rares et courtes lettres de cette période, l'envahissement
+de cette pensée d'une fin inévitable et prochaine. Au mois d'avril, il
+écrivait à Thomson:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Hélas! mon cher Thomson, je crains qu'il ne s'écoule quelque temps avant que
+je n'accorde ma lyre de nouveau! «Près des fleuves de Babylone etc.» Presque sans
+cesse depuis ma dernière lettre, je n'ai connu l'existence que par la pression de la
+lourde main de la maladie, et j'ai compté le temps par les répercussions de la souffrance.
+Le rhumatisme, le froid et la fièvre ont formé pour moi une terrible Trinité
+dans l'Unité, qui fait que je ferme les yeux dans l'angoisse et que je les ouvre sans
+espérance. Je regarde ces jours printaniers et je dis avec le pauvre Fergusson:</p>
+
+<p class="poem20">
+«Dites pourquoi un ciel indulgent a-t-il donné<br>
+La lumière aux désolés et aux malheureux?<a id="footnotetag1343" name="footnotetag1343"></a><a href="#footnote1343" title="Lien vers la note 1343"><span class="small">[1343]</span></a>»</p>
+</div>
+
+<p>Vers le milieu de mai, il écrivait à Johnson:</p>
+
+<p class="quote">«Vous devez probablement penser que, depuis quelque temps, je vous ai négligés
+vous et votre recueil, mais, hélas, la main de la souffrance, du chagrin et du souci
+s'est, pendant ces derniers mois, posée lourdement sur moi. L'affliction dans ma personne
+et dans ma famille a presque entièrement banni cette allégresse et cette vie
+<span class="pagenum"><a id="page542" name="page542"></a>(p. 542)</span> avec lesquelles je courtisais jadis la muse rustique de l'Écosse.... Cette lente, longue et
+usante maladie, qui reste suspendue sur moi, j'en ai peur, mon toujours cher ami,
+arrêtera mon soleil avant qu'il ait atteint le milieu de sa carrière et fera passer le
+Poète à des sujets bien autres et plus importants que d'étudier l'éclat brillant de
+l'esprit et le pathétique du sentiment. Cependant, l'Espérance est le cordial du c&oelig;ur
+humain et j'essaye de l'entretenir du mieux que je puis<a id="footnotetag1344" name="footnotetag1344"></a><a href="#footnote1344" title="Lien vers la note 1344"><span class="small">[1344]</span></a>.»</p>
+
+<p>Il avait encore à cette époque des moments de confiance et, vers la
+même date il écrivait à Thomson qu'il avait l'espérance que la vivifiante
+influence de l'été qui approchait le remettrait. Mais un peu plus
+tard, la conscience de sa situation grandit en lui. Le 4 juin, il écrivait à
+Mrs Riddel, qui lui avait conseillé d'assister à un bal donné en l'honneur
+du jour de naissance du roi, pour montrer son loyalisme:</p>
+
+<p class="quote">«Je suis dans un si misérable état de santé que je suis incapable de montrer mon
+loyalisme, en aucune manière. Torturé, comme je le suis, de rhumatismes, j'aborde
+tous les visages avec une salutation semblable à celle de Balak à Balaam: «Viens
+maudire Jacob! Viens détester Israël!<a id="footnotetag1345" name="footnotetag1345"></a><a href="#footnote1345" title="Lien vers la note 1345"><span class="small">[1345]</span></a>» Ainsi dirais-je: «Viens maudire ce vent
+d'est, viens détester ce vent du nord!» Je vous verrai peut-être samedi, mais je ne
+serai pas au bal. Pourquoi irais-je? «L'homme ne me plaît plus, ni la femme non plus<a id="footnotetag1346" name="footnotetag1346"></a><a href="#footnote1346" title="Lien vers la note 1346"><span class="small">[1346]</span></a>.»
+Pouvez-vous me procurer la chanson: <span class="italic">Soyons tous malheureux ensemble?</span> Si vous
+le pouvez, faites-le, et obligez <span class="italic">le pauvre misérable</span><a id="footnotetag1347" name="footnotetag1347"></a><a href="#footnote1347" title="Lien vers la note 1347"><span class="small">[1347]</span></a>.</p>
+
+<p>Le 26 juin, à la fin du mois, il écrivait à son ami Clarke une des lettres
+les plus navrantes qu'il ait écrites et qu'il soit possible de lire:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Mon cher Clarke,&mdash;toujours, toujours la victime de l'affliction! Si vous voyiez le
+corps émacié qui maintenant tient cette plume pour vous écrire, vous ne reconnaîtriez
+plus votre vieil ami. Si je dois jamais me rétablir, c'est le secret de Lui, le Grand
+Inconnu dont je suis la créature. Hélas! Clarke, je commence à redouter le pire. Pour
+moi-même, je suis tranquille,&mdash;je me mépriserais si je ne l'étais pas. Mais la pauvre
+veuve de Burns, mais cette demi-douzaine de chers petits orphelins abandonnés! Me
+voici faible comme une larme de femme! Assez de ceci! c'est la moitié de mon mal!</p>
+
+<p>J'ai reçu votre dernière lettre contenant le billet de banque. Il arriva bien à point
+et je vous suis extrêmement obligé pour votre ponctualité. Il faut que je vous demande
+une seconde fois la même obligeance. Soyez assez bon pour m'envoyer un second
+billet <span class="italic">par retour du courrier</span>. J'espère que je puis vous le demander sans que vous en
+soyez gêné et cela m'obligera sérieusement. S'il faut que je m'en aille, je laisserai derrière
+moi quelques amis que je regretterai tant que la conscience me restera. Je sais
+que je vivrai dans leur souvenir.</p>
+
+<p>Adieu, cher Clarke! Que je vous revoie jamais est, je le crains, hautement improbable<a id="footnotetag1348" name="footnotetag1348"></a><a href="#footnote1348" title="Lien vers la note 1348"><span class="small">[1348]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>On voit, d'après cette lettre, que la gêne n'était pas loin, puisqu'il n'y
+<span class="pagenum"><a id="page543" name="page543"></a>(p. 543)</span> avait entre elle et la maison qu'une aussi faible somme. Par une règle
+cynique et barbare de l'Excise, le traitement des employés incapables
+de continuer le service était réduit de moitié<a id="footnotetag1349" name="footnotetag1349"></a><a href="#footnote1349" title="Lien vers la note 1349"><span class="small">[1349]</span></a>. Burns ne devait plus
+maintenant avoir que 35 livres par an, au moment où sa maladie réclamait
+plus de dépenses. Pour achever le désarroi, sa femme se trouvait
+enceinte, sur le point de s'aliter, incapable de le soigner. Et cinq enfants
+dans cette maison, à travers laquelle se traînait le spectre voûté du
+poète. Quel tableau et comme on comprend ses cris d'angoisse!</p>
+
+<p class="p2">Dans cette misère, va et vient, attentive, active et silencieuse, une
+aimable figure, la dernière des figures de femmes que son souvenir évoquera.
+C'est une jeune fille de dix-huit ans, une orpheline, la s&oelig;ur d'un
+des jeunes confrères de Burns<a id="footnotetag1350" name="footnotetag1350"></a><a href="#footnote1350" title="Lien vers la note 1350"><span class="small">[1350]</span></a>. Elle s'appelait Jessy Lewars et son nom
+restera doucement harmonieux dans le langage écossais. Elle habitait
+presque en face, et voyant l'abandon de cette pauvre demeure, elle traversa
+la rue. Pendant tous ces longs mois, elle fut l'Ange de la maison.
+Elle soigna tout le monde avec un dévouement infatigable. Elle fut pour
+les enfants une s&oelig;ur aînée, et pour la mère, une jeune s&oelig;ur. Quant au
+poète lui-même, elle fut sa dernière vision de grâce et de jeunesse, une
+présence bienfaisante et consolatrice. Grâce à elle, les nuages menaçants
+qui l'enveloppaient de toutes parts, ne furent pas sans leur bordure
+argentée. Un biographe anglais l'a heureusement comparée à la petite
+fée «qui porta au lit également lamentable de Henri Heine quelques
+heures d'apaisement.»</p>
+
+<p>Et lui, dans sa gratitude, reprit sa plume que sa main avait peine à
+tenir et composa en son honneur ses dernières pièces, presque les seules
+de cette période. Mais, même pour cette pure enfant, son c&oelig;ur ne sut pas
+perdre sa longue accoutumance de revêtir ses pensées de mots d'amour,
+et sa reconnaissance prit la forme d'une déclaration. On dirait qu'il ne
+connaissait pas d'autre façon d'enchaîner dans des vers un nom féminin.
+Il la prit pour rendre immortel celui de la jeune fille qui le soignait. Il
+faut se rendre compte de cette fiction poétique et dégager le sentiment
+de sa forme convenue, pour qu'en lisant ces pièces charmantes l'étonnement
+n'interrompe pas l'admiration.</p>
+
+<div class="poem30">
+<p>Voici la santé de qui j'aime chèrement;<br>
+Voici la santé de qui j'aime chèrement;<br>
+<span class="min3em">Tu es douce comme le sourire de rencontre des amoureux,</span><br>
+<span class="min2em">Et tendre comme leur larme d'adieu, Jessy!</span></p>
+
+<p>Bien que tu ne doives jamais être à moi,<br>
+Bien que l'espoir même me soit refusé,<br>
+<span class="add1em"><span class="pagenum"><a id="page544" name="page544"></a>(p. 544)</span> Désespérer pour toi est plus doux</span><br>
+Que tout le reste au monde,&mdash;Jessy.</p>
+
+<p>Je suis triste dans ce jour gai et brillant,<br>
+Car sans espoir, je songe à tes charmes;<br>
+Mais bienvenu soit le rêve du doux sommeil,<br>
+Car, alors, je suis bercé dans tes bras,&mdash;Jessy.</p>
+
+<p>Je devine, par ton cher sourire angélique,<br>
+Je devine par tes yeux où passe l'amour;<br>
+Mais pourquoi exiger le tendre aveu<br>
+Contre le dur, le cruel décret de la Fortune,&mdash;Jessy.</p>
+
+<p>Voici la santé de qui j'aime chèrement!<br>
+Voici la santé de qui j'aime chèrement!<br>
+<span class="min3em">Tu es douce comme le sourire de rencontre des amoureux,</span><br>
+<span class="min2em">Et tendre comme leur larme d'adieu,&mdash;Jessy<a id="footnotetag1351" name="footnotetag1351"></a><a href="#footnote1351" title="Lien vers la note 1351"><span class="small">[1351]</span></a>.</span></p>
+</div>
+
+<p>Un matin, il lui dit que, si elle voulait lui jouer l'air qu'elle préférait, il
+lui mettrait des paroles. Elle s'assit à l'épinette et joua plusieurs fois un
+air de vieille chanson. Il l'écouta jusqu'à ce que son oreille en fut bien
+pénétrée, et quelques instants après il donna à Jessy les vers suivants.
+C'était une pensée délicate d'envelopper de mots grâce auxquels elle
+deviendrait immortelle, l'air naïf auquel son âme candide avait pris le
+plus souvent plaisir.</p>
+
+<div class="poem30">
+<p>Si tu étais dans le vent froid,<br>
+Sur cette plaine, sur cette plaine,<br>
+Mon plaid contre l'air irrité<br>
+T'abriterait, t'abriterait;<br>
+Ou si le dur vent du malheur<br>
+Soufflait sur toi, soufflait sur toi,<br>
+Ton abri serait sur mon sein,<br>
+Tout à toi seule, tout à toi seule.</p>
+
+<p>Si j'étais dans la plus sauvage solitude,<br>
+Si noire et nue, si noire et nue,<br>
+Le désert serait un Paradis<br>
+Si je t'avais, si je t'avais;<br>
+Ou si j'étais monarque du globe,<br>
+Roi près de toi, roi près de toi,<br>
+Le plus pur joyau de ma couronne<br>
+Serait ma reine, serait ma reine<a id="footnotetag1352" name="footnotetag1352"></a><a href="#footnote1352" title="Lien vers la note 1352"><span class="small">[1352]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Avant de mourir, il voulut lui laisser un souvenir. À la fin de juin, il
+écrivit à Johnson pour lui demander les quatre volumes de sa collection.
+«Voulez-vous être assez obligeant pour me les faire parvenir par la
+<span class="pagenum"><a id="page545" name="page545"></a>(p. 545)</span> première voiture, car je suis anxieux de les avoir bientôt!» Il les lui
+offrit avec ces vers:</p>
+
+<p class="poem30">
+Ils sont à toi ces volumes, douce Jessy,<br>
+Et avec eux prends la prière du poète,<br>
+Que le destin, sur sa plus belle page,<br>
+Avec ses bienveillants et ses meilleurs présages<br>
+D'avenir heureux, inscrive ton nom.<br>
+Avec la bonté native, un nom sans tache,<br>
+Un peu de défiance qui veille et qui n'ignore pas<br>
+Que le mal existe et que l'homme est trompeur,<br>
+Nous trouvons ici-bas toutes les joies innocentes,<br>
+Et tous les trésors de l'esprit;<br>
+Que ce soit là ta protection et ta récompense;<br>
+Ainsi prie ton fidèle ami, le barde<a id="footnotetag1353" name="footnotetag1353"></a><a href="#footnote1353" title="Lien vers la note 1353"><span class="small">[1353]</span></a>.</p>
+
+<p>Jessy Lewars vécut jusqu'en 1855. Elle fut honorée à cause de sa bonté
+pour Burns. Quand elle mourut, elle fut enterrée tout auprès de lui et à
+l'ombre de son monument. Un voyageur qui visitait le cimetière de
+Dumfries, un jour de pluie, voyant toutes les tombes mouillées, excepté
+celle de Jessy Lewars que le mausolée du poète abritait, se rappela la
+strophe où il lui promettait de la protéger contre l'air irrité.</p>
+
+<p class="p2">Ses amis rattachaient leur dernier espoir à un changement d'air. On
+lui conseilla les bains de mer, l'exercice dans la campagne. Il partit
+le 4 juillet pour Brow, hameau d'une douzaine de chaumières, sur les
+bords solitaires de l'estuaire de la Solway<a id="footnotetag1354" name="footnotetag1354"></a><a href="#footnote1354" title="Lien vers la note 1354"><span class="small">[1354]</span></a>. On lui trouva une chambre
+dans la seule auberge du pays<a id="footnotetag1355" name="footnotetag1355"></a><a href="#footnote1355" title="Lien vers la note 1355"><span class="small">[1355]</span></a>, fréquentée surtout par les conducteurs de
+troupeaux qui descendent vers le sud. L'endroit est triste et écarté, au
+bord de longues grèves désertes, lavées par des marées troubles et jaunâtres.
+À l'autre extrémité de la vie, il revoyait cette mélancolie des
+embouchures de rivières qu'il avait connue à Irvine. Mais cette fois il n'y
+avait plus de révolte en lui contre la désolation des choses; sa propre
+tristesse était au delà de toutes celles que la nature peut présenter.</p>
+
+<p>Il se trouva que Mrs Riddel était dans les environs, pour raison de
+santé. Le lendemain de son arrivée, elle le pria de venir dîner avec elle.
+Elle lui envoya sa voiture, car il était incapable de marcher. Elle a laissé,
+dans une lettre citée par Currie, les impressions de cette dernière
+entrevue.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Son aspect me frappa quand il entra dans la chambre. L'empreinte de la mort
+était marquée sur ses traits. Il semblait déjà toucher au bord de l'éternité. Son premier
+<span class="pagenum"><a id="page546" name="page546"></a>(p. 546)</span> salut fut: «Eh bien, Madame, avez-vous quelque commission pour l'autre monde?»
+Je lui répondis que je ne savais lequel de nous deux y serait le plus tôt et que j'espérais
+qu'il vivrait encore pour écrire mon épitaphe, (j'étais alors dans un très faible état
+de santé). Il me regarda en face avec un air de grande bonté et exprima ce qu'il ressentait
+à me voir si malade, avec sa sensibilité habituelle. À table, il mangea peu ou
+rien et se plaignit que son estomac fût entièrement délabré. Nous eûmes une longue
+et sérieuse conversation sur sa situation présente et sur le terme prochain de toutes
+ses inquiétudes terrestres. Il parla de sa mort sans la moindre ostentation de philosophie,
+mais avec fermeté et émotion, comme d'un événement qui devait arriver très
+rapidement, et qui le préoccupait surtout parce qu'il laissait ses quatre jeunes enfants
+sans protection, abandonnés, et sa femme dans une situation si intéressante&mdash;elle
+s'attendait de jour en jour à accoucher du cinquième. Il mentionna, avec une fierté
+et une satisfaction visibles, les promesses de génie de son fils aîné et les marques flatteuses
+d'approbation qu'il avait reçues de ses maîtres. Il insista particulièrement sur
+les espérances qu'il concevait de la conduite et du mérite futurs de ce garçon. Son
+anxiété pour sa famille semblait peser lourdement sur lui. Elle était peut-être augmentée
+par la réflexion qu'il n'avait pas fait pour elle tout ce qu'il lui aurait été facile
+de faire.</p>
+
+<p>Abandonnant ce sujet, il témoigna un grand souci de sa renommée littéraire et
+particulièrement de la publication de ses &oelig;uvres posthumes. Il dit qu'il savait bien
+que sa mort ferait quelque bruit, et que le moindre fragment de ses écrits serait remis
+à la lumière, contre lui, au détriment de sa réputation future; que des lettres et des
+vers, écrits avec une liberté excessive et malséante et qu'il désirerait sérieusement voir
+ensevelis dans l'oubli, seraient passés de main en main, par une sotte vanité ou la malveillance,
+lorsque la crainte de son ressentiment ne serait plus là pour les retenir,
+pour empêcher les censures de la malignité ou les sarcasmes de l'envie de répandre
+leur poison sur son nom. Il regretta d'avoir écrit mainte épigramme sur des personnes
+contre lesquelles il ne nourrissait aucune inimitié et dont il serait affligé de blesser la
+réputation; et maintes pièces poétiques sans mérite qui, craignait-il, seraient lancées
+dans le monde, chargées de toutes leurs imperfections. À ce point de vue, il regretta
+d'avoir différé de mettre ses papiers en ordre. C'était maintenant un effort dont il
+était incapable.</p>
+
+<p>Il soutint la conversation avec beaucoup de suite et d'animation. J'avais rarement
+vu son esprit plus puissant et plus calme. Il y avait fréquemment une vivacité considérable
+dans ses saillies, et il y en aurait eu davantage encore si l'inquiétude et la tristesse
+que je ne pouvais dissimuler n'avaient refroidi la veine de plaisanterie qu'il
+semblait disposé à suivre.</p>
+
+<p>Nous nous quittâmes vers le coucher du soleil, le soir de cette journée (5 juillet). Je
+le revis le lendemain, et nous nous séparâmes pour ne plus nous rencontrer<a id="footnotetag1356" name="footnotetag1356"></a><a href="#footnote1356" title="Lien vers la note 1356"><span class="small">[1356]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>La misère le poursuivait dans cette dernière retraite de ses embarras
+et de ses humiliations. La seule nourriture qu'il supportât encore était
+une sorte de bouillie de farine d'avoine avec laquelle on lui faisait prendre
+du vin de Porto pour le soutenir. Sa provision de vin s'épuisa; l'aubergiste
+chez lequel il restait n'en vendait pas. Bien que marchant avec peine, il alla
+jusqu'à l'auberge du village voisin, et, posant une bouteille vide sur le
+comptoir, il en demanda une pleine. Quand on la lui eut apportée,
+il murmura à voix basse à l'hôtelier que «le diable était entré dans sa
+<span class="pagenum"><a id="page547" name="page547"></a>(p. 547)</span> bourse et qu'il en était le seul locataire<a id="footnotetag1357" name="footnotetag1357"></a><a href="#footnote1357" title="Lien vers la note 1357"><span class="small">[1357]</span></a>.» Puis prenant le cachet de sa
+montre, il voulut le donner en gage. Le cachet vaudrait maintenant une
+fortune. Il l'avait fait faire exprès et sur ses indications, c'était un cachet
+de poète: sur un champ d'azur, un buisson de houx avec les pipeaux et la
+houlette de berger en sautoir. Une alouette des bois chantait au-dessus,
+perchée sur un rameau de laurier. Il y avait deux devises: l'une en chef:
+<span class="italic">Notes agrestes des bois</span>; l'autre, en base: <span class="italic">Mieux vaut humble buisson que pas
+d'abri</span>. C'était son blason de noblesse poétique et sa façon de dire qu'il
+buvait dans son verre<a id="footnotetag1358" name="footnotetag1358"></a><a href="#footnote1358" title="Lien vers la note 1358"><span class="small">[1358]</span></a>. L'hôtelière, voyant qu'il se préparait à le détacher,
+frappa du pied avec indignation pour l'en empêcher, et le mari, entrant
+dans son sentiment de générosité, poussa avec douceur le pauvre poète
+vers la porte. De plus en plus, il voyait le dénûment s'approcher de lui.
+Il écrivait à son ami Cunningham:</p>
+
+<p class="quote">Hélas! mon ami, j'ai peur qu'avant peu la voix du barde ne soit plus entendue
+parmi vous! Ces huit ou dix derniers mois, j'ai été souffrant, quelquefois couché,
+quelquefois debout; mais pendant ces trois derniers mois, j'ai été torturé par un horrible
+rhumatisme qui m'a réduit presque à la dernière extrémité. Vous ne me reconnaîtriez
+pas si vous me voyiez maintenant. Pâle, émacié et si faible qu'il me faut parfois
+une aide pour me lever de ma chaise;... ma gaîté, partie! partie!... Mais je n'ai
+pas le courage de parler davantage à ce sujet. Les médecins me disent que ma dernière
+et ma seule chance est de prendre des bains de mer, la campagne et le cheval.
+Le diable de l'affaire est ceci: quand un employé de l'Excise est en inactivité, son
+salaire est réduit à 35 livres au lieu de 50. De quelle façon, au nom de l'économie,
+pourrais-je, avec 35 livres, me nourrir moi-même, et nourrir un cheval à la campagne
+avec une femme et cinq enfants à la maison? Je vous mentionne ceci parce que je
+voulais vous demander d'employer votre influence et celle de tous les amis que vous
+pourrez rassembler, afin d'obtenir des Commissaires de l'Excise qu'ils m'accordent
+mon traitement intégral. Je pense que vous les connaissez tous personnellement. S'ils
+ne m'accordent pas cela, il faudra que je dépose mes comptes et que je m'en aille véritablement
+en <span class="italic">poète</span><a id="footnotetag1359" name="footnotetag1359"></a><a href="#footnote1359" title="Lien vers la note 1359"><span class="small">[1359]</span></a>. Si je ne meurs pas de maladie, il faudra que je périsse de faim<a id="footnotetag1360" name="footnotetag1360"></a><a href="#footnote1360" title="Lien vers la note 1360"><span class="small">[1360]</span></a>.</p>
+
+<p>Le Conseil de l'Excise décida que le poète conserverait son traitement
+intégral, mais il n'en fut pas informé à temps et cette angoisse ne lui fut
+pas épargnée<a id="footnotetag1361" name="footnotetag1361"></a><a href="#footnote1361" title="Lien vers la note 1361"><span class="small">[1361]</span></a>.</p>
+
+<p>Les bains de mer apportèrent quelque soulagement à ses souffrances;
+il ne paraît pas cependant en avoir conçu grand espoir; les quelques
+lettres qui restent de lui sont de courts adieux ou quelques recommandations
+dernières. Le 10 juillet, il écrivait à son frère:</p>
+
+<p class="quote">«Cher frère, ce sera une triste nouvelle pour vous d'apprendre que je suis
+<span class="pagenum"><a id="page548" name="page548"></a>(p. 548)</span> dangereusement malade et qu'il n'est pas vraisemblable que j'aille mieux. Un rhumatisme
+invétéré m'a réduit à un tel état de faiblesse, et mon appétit est si complètement
+disparu, que je puis à peine me tenir sur mes jambes. Je suis depuis une semaine aux
+bains de mer et je resterai ici ou chez un ami à la campagne, pendant tout l'été. Que
+Dieu garde ma femme et mes enfants; si je leur suis enlevé, ils seront pauvres, en
+vérité. J'ai contracté une ou deux dettes sérieuses, en partie par suite de ma maladie
+qui dure depuis bien des mois, en partie par suite de dépenses irréfléchies, quand je
+suis venu en ville; cela leur enlèvera trop du peu que je leur laisse entre vos
+mains. Rappelez-moi à ma mère<a id="footnotetag1362" name="footnotetag1362"></a><a href="#footnote1362" title="Lien vers la note 1362"><span class="small">[1362]</span></a>.»</p>
+
+<p>C'était son dernier baiser à la pauvre vieille mère qui avait par lui
+connu de grands chagrins et une grande fierté. C'était son dernier adieu
+au bon Gilbert, au compagnon, au confident, au vrai ami de jadis. De
+ces deux frères qui s'étaient tant aimés, l'un d'eux, homme de génie, se
+mourait dans le dénûment; l'autre, homme d'honnêteté et de travail,
+luttait contre le besoin.</p>
+
+<p>Il se préoccupait de la position de sa femme abandonnée à Dumfries et,
+le même jour, il écrivait à son beau-père, le maître-maçon de Mauchline:</p>
+
+<div class="quote">
+<p>«Au nom du ciel, si vous avez souci de la santé de votre fille et de ma femme, je vous
+en conjure, très cher Monsieur, écrivez à Fife, à Mrs Amour, de venir, si elle le peut;
+ma femme pense qu'elle a encore une quinzaine devant elle. Les médecins m'ordonnent,
+<span class="italic">si je tiens à la vie</span>, d'avoir recours aux bains de mer et au séjour à la campagne;
+il y a dix mille chances pour une que je serai à plus de douze milles d'elle quand
+l'heure viendra. Quelle situation pour elle, la pauvre fille, sans un ami près d'elle à un
+moment si sérieux.</p>
+
+<p>Je suis depuis une semaine à la mer, et bien que je croie en avoir tiré quelque bien,
+j'ai cependant des craintes sérieuses que cette affaire sera dangereuse sinon fatale<a id="footnotetag1363" name="footnotetag1363"></a><a href="#footnote1363" title="Lien vers la note 1363"><span class="small">[1363]</span></a>.»</p>
+</div>
+
+<p>Le 12, il écrivait à Mrs Dunlop, qui laissait maintenant ses lettres sans
+réponse, ces quelques lignes d'adieu, touchantes, sans amertume, sans
+un reproche et toutes pleines du souvenir d'une longue amitié:</p>
+
+<p class="quote">«Madame, je vous ai écrit si souvent sans recevoir de réponse, que je ne vous
+dérangerais plus, sans les circonstances dans lesquelles je me trouve. Une maladie qui
+a longtemps pesé sur moi, en toute probabilité, va bientôt m'envoyer au-delà «de
+cette frontière d'où aucun voyageur ne revient<a id="footnotetag1364" name="footnotetag1364"></a><a href="#footnote1364" title="Lien vers la note 1364"><span class="small">[1364]</span></a>.» L'amitié dont vous m'avez pendant
+de nombreuses années honoré était une amitié très chère à mon âme. Votre conversation
+et spécialement votre correspondance étaient pour moi hautement intéressantes et
+instructives. Avec quel plaisir j'avais coutume de déchirer le cachet! Ce souvenir
+ajoute une pulsation de plus à mon pauvre c&oelig;ur palpitant!... Adieu!!!<a id="footnotetag1365" name="footnotetag1365"></a><a href="#footnote1365" title="Lien vers la note 1365"><span class="small">[1365]</span></a>»</p>
+
+<p>Il laissait paraître par des réflexions mélancoliques, mais très calmes,
+qu'il n'ignorait pas où il en était. Il était allé prendre le thé chez la veuve du
+<span class="pagenum"><a id="page549" name="page549"></a>(p. 549)</span> ministre d'une paroisse voisine. Son aspect altéré avait produit un silence
+sympathique. Le soir était radieux, et, par la fenêtre, le soleil couchant
+entrait dans sa chambre. La fille du ministre, qui était grande admiratrice
+de Burns, craignant que cette lumière ne fût trop forte pour lui, se
+leva pour baisser les stores. Il devina ce qu'elle allait faire et, la regardant
+avec un air de grande douceur, il la remercia en ajoutant: «Oh!
+laissez-le briller, il ne brillera plus longtemps pour moi.»</p>
+
+<p class="p2">Ce séjour dans cette solitude, sur une grève immense et nue, fut
+pour le poète comme une retraite, une préparation, avant la mort. Il
+savait que son arrêt était prononcé, que son heure était marquée et
+prochaine.</p>
+
+<p>Il entrait dans ces jours solennels, pleins déjà d'éternité, qui relèvent
+plus de la mort que de la vie. Que celle-ci semble brève alors! C'était hier
+la maison du mont Oliphant et la dure jeunesse, le séjour à Irvine et la
+rencontre de Brown, les années d'apprentissage de Lochlea, les premières
+amours, les premières chansons, et Tarbolton avec ses réunions maçonniques!
+C'était hier Mossgiel, et ses mois lumineux, pour lesquels une
+reconnaissance vit au fond de son c&oelig;ur, l'orage de Jane Armour et la
+fuite préparée, et le coup de soleil de gloire. C'était hier l'apothéose
+d'Édimbourg, la ville affolée de lui, la rencontre de Clarinda; puis une
+période pénible dont il ne se rend pas bien compte, mais où il sent que
+quelque chose aurait pu mieux tourner. C'est plus près encore, Ellisland,
+les revers, les joies et les tourments des nouveau-nés, les années amères
+de Dumfries. Et déjà le terme! Que tout cela tient peu de place! Cette
+vie qui, à l'autre extrémité, comme une tapisserie tendue, semblait
+si longue et si belle avec sa décoration de désirs et d'espoirs, est
+maintenant comme une tapisserie repliée, un tas petit et confus, sans
+signification, toutes ses scènes réduites et déformées, prêt à être
+enlevé. Oui, c'est déjà le terme! Avec cette promptitude, la nécessité
+désespérante de mourir est venue. Et pourtant il n'est qu'au bord de la
+maturité! Il n'a que 37 ans! Il aurait besoin de vivre pour les siens! Il
+porte encore tant de poésie en soi! Hélas! voici déjà les épaisses ténèbres,
+l'ombre de la mort est sur ses paupières, et le monde n'apparaît plus
+que comme un paysage qui blêmit et se fond dans un crépuscule.</p>
+
+<p>Il est possible de pénétrer plus avant dans les méditations de ces
+dernières journées. Presque tous les hommes ont les mêmes pensées
+en ces suprêmes instants. Dans l'évanouissement de la vie, tant de
+choses jadis importantes et souhaitables sont à présent chétives, indifférentes.
+Tous ces désirs, ces inquiétudes, ces intérêts, ces entreprises,
+ces jouissances, ces attachements, ces ambitions, pour lesquels nous
+nous sommes montrés si diligents, tout ce tumulte, que cela est
+insignifiant! Nos passions, si ardentes jadis, sont comme les cendres
+<span class="pagenum"><a id="page550" name="page550"></a>(p. 550)</span> de campements quittés, et leur suite ne sert plus qu'à marquer notre
+chemin vers cet endroit d'où elles semblent vaines. Tout a pâli, tout est
+décoloré, tout s'en va, tout est ombre et vanité! Et néanmoins, dans cette
+disparition, un sentiment longtemps subordonné sort de ce simulacre de
+notre existence, et prend de la force à mesure qu'elle s'efface, une inquiétude
+grandissante et forte, comment cette vanité a été employée. Ce
+doute finit par absorber la vie elle-même; il ne subsiste plus d'elle
+que cette anxiété. Étrange contradiction! L'usage de ce rien oblitéré
+nous devient redoutable. Ce qui faisait la vie est dissipé en fumée,
+en air invisible; mais le regret des actions mauvaises, le repentir des
+souffrances infligées, le douloureux étonnement d'avoir torturé d'autres
+âmes pour si peu, se lèvent. La substance de nos jours a disparu; il n'en
+existe plus que l'intention; elle seule semble constituer tout notre passé.</p>
+
+<p>Son âme était bien faite pour éprouver fortement ces impressions.
+L'inanité de ce monde est le thème de la doctrine presbytérienne dont il
+avait, malgré tout, été nourri; et son robuste esprit, capable de s'emparer
+des choses, l'était aussi de les mesurer. Dans les instants où il ne s'enivrait
+pas d'elle, il avait toujours considéré la vie comme peu. Il y avait
+longtemps qu'il avait comparé l'homme à un petit faisceau de passions,
+d'appétits et de caprices<a id="footnotetag1366" name="footnotetag1366"></a><a href="#footnote1366" title="Lien vers la note 1366"><span class="small">[1366]</span></a>. Le lien qui les retenait ensemble en lui
+allait se dénouer. Il n'en était pas davantage. D'ailleurs les joies sont si
+rapides! Il y avait longtemps aussi qu'il avait dit:</p>
+
+<p class="quote">Hélas! qui peut désirer de nombreuses années! qu'est-ce sinon traîner l'existence
+jusqu'à ce que nos joies expirent graduellement et nous laissent dans une nuit de
+détresse; comme les ténèbres qui effacent l'une après l'autre les étoiles, de la face de
+la nuit, et nous abandonnent, sans un rayon de consolation, dans le désert hurlant<a id="footnotetag1367" name="footnotetag1367"></a><a href="#footnote1367" title="Lien vers la note 1367"><span class="small">[1367]</span></a>.</p>
+
+<p>S'il avait tout ce qu'il faut pour trouver méprisable l'affairement
+de nos quelques ans, il avait en même temps une sagacité et une susceptibilité
+morales qui devaient lui rendre cruel l'examen du passé. Il
+avait toujours eu, probablement par suite de l'éducation paternelle, un
+vif sentiment de ses fautes. Les cris de repentir éclatent à chaque
+instant dans ses lettres et sont déchirants. Sa conscience avait toujours
+été pour lui une torture.</p>
+
+<p class="quote">Il n'y a rien, dans la fabrique de l'homme, qui semble aussi inexplicable que cette
+chose appelée conscience. Si ce chien, dont les glapissements sont si gênants, avait le
+pouvoir d'empêcher le mal, il pourrait être utile; mais, au début de l'acte, ses faibles
+efforts sont aux bouillonnements de la passion ce que les jeunes gelées d'un matin
+d'automne sont à l'ardeur sans nuage du soleil levant. Et les mouvements tumultueux
+de la mauvaise action ne sont pas plutôt passés, que, parmi les amères conséquences
+<span class="pagenum"><a id="page551" name="page551"></a>(p. 551)</span> de notre folie, dans le tourbillon même de notre horreur, se dresse la conscience
+qui nous déchire avec les sentiments des maudits<a id="footnotetag1368" name="footnotetag1368"></a><a href="#footnote1368" title="Lien vers la note 1368"><span class="small">[1368]</span></a>.</p>
+
+<p>Ces regrets, dont sa correspondance est semée, pour sincères qu'ils
+fussent, manquaient de quelque chose; ils étaient trop personnels. Il
+paraissait regretter ses égarements, pour lui plus que pour les autres.
+Mais les approches de la mort ne sont pas égoïstes. Dans le dépouillement
+progressif de notre individualité, la considération d'autrui prend du
+relief et s'avance vers nous. Burns put avoir alors le plein discernement
+des douleurs qu'il avait causées. Hélas! elles étaient nombreuses: les
+regards attristés de son père expirant, les larmes, à plusieurs reprises
+renouvelées, de sa mère, le chagrin installé à son propre foyer, des c&oelig;urs
+déchirés, des vies compromises ou perdues, Jenny Clow mourante dans
+une mansarde, Anna Clark chez sa s&oelig;ur; par dessus tout l'image de la
+douce fille des Hautes-Terres, dont il n'avait eu le courage de confier
+l'histoire à personne. Ce secret surtout était sa blessure profonde. Était-il
+possible qu'il eût créé tant de douleurs! Est-ce lui qui avait causé
+ces afflictions? C'est l'instant où nous reviennent les amertumes que nous
+avons versées aux autres. C'est la défaite de l'homme par sa conscience.
+Dans la dissolution de son être, il sent clairement la méprise de la personnalité;
+il est plus près de l'existence commune; elle pénètre et gémit
+en lui, en sorte qu'il souffre des souffrances qu'il lui a faites. Lamentable
+aveuglement! C'est donc pour cette figure creuse et fugitive qu'il a
+infligé ces sacrifices! Et rien, ô c&oelig;ur désabusé, ô c&oelig;ur qui s'élargit dans
+la diminution de sa vie, rien pour compenser ces blessures et ces pleurs,
+que la poussière d'une bienveillance générale et des souhaits ineffectifs de
+bonheur universel!</p>
+
+<p>Ses réflexions ne s'attardaient pas dans le passé; elles se tournaient vers
+le futur immédiat. Dans cette calme crainte, qui est en face de la mort
+la seule contenance d'une âme courageuse et réfléchie, qui peut empêcher
+sa pensée de prendre les devants, de le précéder vers ces ombres? Même
+dans les esprits les plus obscurs et les plus grossiers, même en ceux qui
+ne se sont jusque-là nourris que de bas réel, il se fait un effort pour rassembler
+un peu de clarté et de confiance. Ils éprouvent le besoin d'un
+viatique pour la ténébreuse aventure. Nul doute que, pendant les méditations
+de ces journées solennelles, Burns n'ait essayé de rassembler ce
+qu'il pouvait y avoir en lui de croyance éparse et d'en tirer une lumière.
+Eut-il, avant d'être entraîné, une conviction sur laquelle appuyer son
+départ de toute chose? Ces heures suprêmes que continrent-elles? la
+foi? ou une espérance plus vague, un peut-être optimiste? ou les troubles
+de l'anxiété? ou l'arrêt d'une négation?</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page552" name="page552"></a>(p. 552)</span> Il avait, il le dit lui-même, été très loin dans le doute. Ensuite
+il s'était rapproché d'un sentiment religieux, qui néanmoins n'était pas
+la foi. Il ne semble pas avoir cru à la Révélation. Il parle du Christ
+avec révérence, mais sans adoration. Il le considère comme un intermédiaire
+d'origine divine. Il n'est pas très aisé de définir clairement
+comment il le concevait. C'est d'ailleurs une confusion qui existe
+chez tous ceux qui, sans trancher nettement pour l'humanité ou la
+divinité, essayent un compromis entre les deux et, substituant au
+mélange des deux natures, un mélange incompréhensible de termes
+divins et humains, remplacent la foi par du mysticisme philosophique.
+Ce n'était pas le cas chez Burns: son esprit était plus simple et moins
+exercé aux extases. Il est vraisemblable qu'il hésitait à aller jusqu'au
+bout. Il n'avait pas, du reste, les données du problème. La figure du
+Christ restait pour lui inexplicable, quoiqu'il lui reconnût quelque
+chose de surhumain.</p>
+
+<p class="quote">L'Être suprême a placé l'administration immédiate de toutes ces choses, pour des fins
+sages et bonnes, connues de lui seul, entre les mains de Jésus-Christ, un grand personnage,
+dont nous ne pouvons comprendre la position envers lui, mais dont le
+rapport envers nous est celui d'un guide et d'un sauveur, et qui, si notre endurcissement
+et nos fautes n'y font obstacle, nous conduira tous, à la fin, par des voies diverses
+et des moyens divers, à la félicité<a id="footnotetag1369" name="footnotetag1369"></a><a href="#footnote1369" title="Lien vers la note 1369"><span class="small">[1369]</span></a>.</p>
+
+<p>Et ailleurs il disait:</p>
+
+<p class="quote">Jésus-Christ, toi le plus aimable des personnages! J'ai confiance que tu n'es pas un
+imposteur et que ta révélation de scènes heureuses d'existence, au-delà de la mort et
+de la tombe, n'est pas une des nombreuses duperies qui, coup sur coup, ont été pratiquées
+sur le crédule genre humain. J'ai confiance que, en toi, «toutes les familles de
+la terre seront bénies» parce qu'elles seront réunies dans un meilleur monde, dans
+lequel tous les liens qui ont attaché les c&oelig;urs entre eux, dans cet état présent d'existence,
+nous seront bien plus chers, chers au-delà de ce que nous pouvons concevoir<a id="footnotetag1370" name="footnotetag1370"></a><a href="#footnote1370" title="Lien vers la note 1370"><span class="small">[1370]</span></a>.</p>
+
+<p>Et encore ceci qui est peut-être plus probant:</p>
+
+<p class="quote">J'irai plus loin et j'affirmerai que, d'après la sublimité, l'excellence, la pureté de sa
+doctrine et de ses préceptes, avec lesquels toute la sagesse et la science accumulées de
+nombreux siècles antérieurs ne sauraient entrer en parallèle, quoique, <span class="italic">en apparence</span>,
+il fut lui-même le plus obscur et le plus illettré de notre espèce, à cause de cette
+raison, Jésus-Christ émanait de Dieu<a id="footnotetag1371" name="footnotetag1371"></a><a href="#footnote1371" title="Lien vers la note 1371"><span class="small">[1371]</span></a>.</p>
+
+<p>Manifestement ce ne sont pas là des paroles de croyant. Ce n'est pas
+ainsi qu'on approche le double mystère de la Trinité et de l'Incarnation,
+ces ineffables tabernacles de la Foi. Pour les fidèles, la relation du
+<span class="pagenum"><a id="page553" name="page553"></a>(p. 553)</span> Christ, vis-à-vis du Dieu-Père, est définie, indiscutable comme une
+lumière, encore que l'intelligence ne comprenne pas comment cette
+lumière s'est produite. L'homme qui s'exprime ainsi sur Jésus-Christ
+n'est pas enveloppé du respect terrifiant du dogme; il ne se sent pas en
+présence du Fils de Dieu, du Sauveur prédit, du Médiateur, de la
+Victime céleste, de l'Agneau divin; il n'est pas en posture d'adoration.
+Encore est-il utile de remarquer que ces passages sont écrits à des
+femmes pieuses, dont il ne voulait pas offenser ouvertement la croyance:
+le premier à Clarinda, les deux autres à M<sup>rs</sup> Dunlop. Ce sont les seuls
+passages où paraisse le nom du Christ, et ils datent de plusieurs années
+avant sa mort.</p>
+
+<p>À défaut d'une foi assurée et précise, il s'était fait une religion à son
+usage. Il y avait été amené par des considérations à peu près exclusivement
+humaines, par l'autorité du consentement universel et l'unanimité
+de la race à imaginer un au-delà.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>La Religion, ma chère Amie, est la vraie consolation! une solide croyance en un
+état futur d'existence; proposition si manifestement probable, que, en mettant la
+révélation de côté, toutes les nations et tous les peuples, aussi loin que les recherches
+ont pénétré, y ont cru fermement, d'une façon ou d'une autre, depuis 4000 ans.</p>
+
+<p>En vain voudrions-nous raisonner et prétendre que nous doutons. Je l'ai fait moi-même
+jusqu'à un point très audacieux. Mais quand j'eus réfléchi que j'étais en opposition
+avec les plus ardents souhaits et les plus chères espérances des hommes bons, et
+que je rompais en visière avec la croyance humaine de tous les siècles, je fus honteux
+de ma propre conduite<a id="footnotetag1372" name="footnotetag1372"></a><a href="#footnote1372" title="Lien vers la note 1372"><span class="small">[1372]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Et autre part, il semble moins être frappé de la vérité de la Religion
+que de son utilité. On dirait qu'il la considère surtout comme une façon
+de traverser la vie.</p>
+
+<p class="quote">Cependant je suis tellement convaincu qu'une foi inébranlable dans les doctrines de
+la religion est nécessaire, non seulement en ce qu'elle fait de nous des hommes meilleurs,
+mais encore en ce qu'elle a fait des hommes plus heureux, que je prendrai bon
+soin que votre petit filleul et toutes les petites créatures qui me nommeront père les
+apprennent<a id="footnotetag1373" name="footnotetag1373"></a><a href="#footnote1373" title="Lien vers la note 1373"><span class="small">[1373]</span></a>.</p>
+
+<p>De ces motifs s'était formée en lui une croyance vague, conjecturale,
+née d'aspirations plutôt que de raisonnements. C'était un déisme optimiste,
+à la façon de celui de Rousseau, moins solide pourtant. Il ne s'était
+pas organisé en lui: il n'était pas établi sur une analyse psychologique
+et édifié par une suite de déductions, comme la <span class="italic">Profession de foi du
+Vicaire Savoyard</span>. C'était quelque chose de moins logique, de moins
+cohérent, de mouvant. C'était un souhait qu'il prenait pour une conviction,
+sans y apporter de preuves, sans l'essayer même, et autour duquel
+<span class="pagenum"><a id="page554" name="page554"></a>(p. 554)</span> flottaient par instants comme des lambeaux de la foi de son enfance. Le
+passage suivant, de beaucoup le plus explicite et le plus complet qu'il ait
+écrit sur ce sujet, peut être considéré comme l'exposé théorique de sa
+conception religieuse.</p>
+
+<p class="quote">La Religion, mon honorée amie, est sûrement une chose simple, puisqu'elle concerne
+également les ignorants et les savants, les pauvres et les riches. Qu'il existe un Être
+suprême, incompréhensible, auquel je dois mon existence; que cet Être doive
+connaître intimement les opérations et le développement des ressorts intérieurs et
+la conduite extérieure, qui en est la conséquence, de cette Créature qu'il a faite, ce
+sont là, je pense, des propositions évidentes par elles-mêmes. Qu'il y ait une distinction
+réelle et éternelle entre le vice et la vertu, et partant que je sois une créature
+responsable, que, d'après la nature apparente de l'âme humaine aussi bien que
+d'après l'imperfection évidente, que dis-je? l'injustice certaine de l'administration des
+choses, à la fois dans le monde moral et matériel, il doive y avoir une scène d'existence
+rétributive au-delà de la tombe, ce sont là des vérités qui doivent, je pense,
+être reconnues par tous ceux qui se donnent un instant de réflexion<a id="footnotetag1374" name="footnotetag1374"></a><a href="#footnote1374" title="Lien vers la note 1374"><span class="small">[1374]</span></a>.</p>
+
+<p>C'est, à première vue, une profession de foi suffisante pour guider dans
+la vie et soutenir devant la mort. En effet des hommes ont vécu et
+sont morts fortement avec ce credo. Mais une simple formule ne suffit
+pas; elle ne prend de consistance que par l'effort de démonstration,
+et d'étendue que par l'effort d'analyse, auxquels nous la soumettons; elle
+n'a d'action que par les convictions partielles et les applications quotidiennes
+que nous en tirons, par les combinaisons que nous en faisons
+avec les actes de notre vie. Une croyance ainsi obtenue peut avoir des
+soubassements défectueux; comme ils reposent sur la nature même de
+celui qui l'a édifiée, elle est pour lui irréfutable, et possède l'autorité et
+l'effet de la vérité. C'est ainsi qu'une vie peut s'appuyer sur une doctrine
+incomplète ou fausse et en recevoir son harmonie.</p>
+
+<p>Mais la déclaration religieuse de Burns était loin de remplir ces conditions;
+elle n'était réellement qu'une formule. Elle manquait de solidité et
+de cohésion intellectuelles, car elle n'avait été l'objet d'aucun effort, elle
+n'était étayée sur aucune critique préalable, et soutenue par aucun raisonnement
+latéral. C'était en somme une idée acceptée par un procédé
+analogue à celui de la foi, de laquelle il avait élagué ce qui blessait sa raison
+ou gênait sa passion. Elle manquait d'efficacité morale, et c'était un autre
+effet de la même cause. N'ayant pas été détaillée, subdivisée, n'ayant
+subi aucun examen, ni personnel comme celui de certains philosophes,
+ni collectif et traditionnel comme celui d'une Église, elle restait à l'état
+nébuleux; elle n'était pas réglementée, pas codifiée; il n'en sortait rien
+de défini, rien d'impératif, pas un précepte positif, applicable. Elle ne fut
+jamais pour lui une source d'énergie morale, un livre de discipline, elle
+<span class="pagenum"><a id="page555" name="page555"></a>(p. 555)</span> fut sans action sur sa vie. À aucune des crises où un contrôle supérieur
+peut nous soutenir ou nous réprimer, on ne la voit paraître. Elle ne
+semble pas avoir comporté à ses yeux de sanction bien nette. La
+sanction du châtiment n'y figure pas. La seule qu'il y introduise est une
+récompense, tenue en réserve pour ceux qui possédèrent pendant leur
+vie une bonté généreuse et une certaine disposition bienveillante envers
+toutes les créatures, quelles qu'aient d'ailleurs été les fautes qu'ils aient
+commises.</p>
+
+<p class="quote">Pauvre Fergusson! s'il y a une vie au-delà de la tombe, ce qui existe, j'en ai la
+confiance, et s'il y a un Dieu qui gouverne toute la Nature, ce qui existe, j'en suis sûr,
+tu goûtes maintenant l'existence dans le monde glorieux, où le seul mérite du c&oelig;ur
+est ce qui distingue l'homme; où les richesses, privées de leur puissance d'acheter le
+plaisir, retournent à la matière sordide d'où elles sont nées; où les titres et les honneurs
+ne sont plus que les rêveries abandonnées d'un songe vain; et où cette lourde vertu,
+qui est l'effet tout négatif d'une stupidité paisible, et ces folies imprudentes, quoique
+souvent désastreuses, qui sont les aberrations inévitables de la frêle nature humaine,
+seront jetées également dans l'oubli comme si elles n'avaient jamais existé<a id="footnotetag1375" name="footnotetag1375"></a><a href="#footnote1375" title="Lien vers la note 1375"><span class="small">[1375]</span></a>.</p>
+
+<p>En réalité, c'était simplement une religion d'imagination, moins encore,
+une aspiration, un souhait. Il n'a fait que demander à un état futur la
+continuation de la vie présente, de ce mode de vie qui était tout pour
+lui: l'amour, et après celui-ci, l'amitié. Il avait besoin de croire que les
+tendresses et les affections d'ici-bas ne périraient pas, et, de ce rêve, il
+avait fait une religion, ou il avait créé une religion pour réaliser ce
+rêve. Le dogme principal et on peut dire le dogme unique était cette
+espérance dans une réunion céleste. Le passage suivant manifeste bien
+l'origine sentimentale et le champ très limité de cette foi:</p>
+
+<p class="quote">Comme presque toutes mes opinions religieuses viennent de mon c&oelig;ur, je suis merveilleusement
+séduit par l'idée que je pourrai conserver un tendre commerce avec l'ami
+chèrement aimé, et avec la maîtresse encore plus chèrement aimée qui s'en est allée
+pour le monde de l'esprit<a id="footnotetag1376" name="footnotetag1376"></a><a href="#footnote1376" title="Lien vers la note 1376"><span class="small">[1376]</span></a>.</p>
+
+<p>Ce n'était guère qu'une façon de prolonger la vie actuelle, la vie terrestre
+qu'il vivait avec tant d'intensité. On a vu à propos de Mary
+Campbell combien cette rêverie lui était familière.</p>
+
+<p>Il est trop évident qu'au moment des détresses, une religion de cette
+sorte ne pouvait être d'aucune utilité. Elle manquait trop de précision et
+de certitude; elle était trop distante et trop vague. Tant que les maux
+sont éloignés de nous, une foi flottante semble un remède suffisant:
+l'idée de la foi contrebalance l'idée du mal. Mais quand le mal prend
+corps, se manifeste en maux particuliers qui nous étreignent, il faut,
+pour qu'il naisse un soulagement, que cette foi s'exprime elle aussi en
+<span class="pagenum"><a id="page556" name="page556"></a>(p. 556)</span> actes individuels, et qu'une suite de combats singuliers s'engage entre ses
+secours et nos souffrances. Cela est à ce point qu'on ne conçoit guère une
+religion protectrice, sans rite et sans prière. Une âme ne s'appuie pas sur
+de l'abstrait: elle a besoin d'invoquer quelqu'un. Il faut qu'à ses gémissements
+une voix réponde, et un écho, fût-il celui d'un monde, ne lui
+suffira jamais. Et, par ailleurs, il manquait à cette foi plus encore. Elle
+n'avait jamais eu d'exigence. Pour qu'une croyance fasse quelque chose
+pour nous, il faut que nous ayons fait quelque chose pour elle. C'est en
+nous contraignant à ses préceptes que nous avons pris conscience de sa
+puissance; plus nous lui avons offert, plus elle nous rassure; elle est
+forte de ce qu'elle a obtenu de nous, et elle nous rend en soutien ce que
+nous lui avons donné en sacrifice. La croyance de Burns ne lui avait
+imposé aucun devoir, elle ne pouvait lui fournir aucun refuge.</p>
+
+<p>Encore si cette foi, telle quelle, avait été fixe, invariable. Mais elle
+était brisée par des fluctuations de doute. C'était une surface, une glace,
+qui se rompait par moments, quitte à se reformer ensuite.</p>
+
+<p class="quote">J'ai tout le respect possible pour le monde d'outre-tombe dont on parle tant, et je
+souhaite que ce que la piété croit et la vertu mérite puisse être une réalité<a id="footnotetag1377" name="footnotetag1377"></a><a href="#footnote1377" title="Lien vers la note 1377"><span class="small">[1377]</span></a>.</p>
+
+<p>Et ailleurs:</p>
+
+<p class="quote">Peut-il être possible que, lorsque je me démettrai de cet être frêle et fiévreux, je me
+trouve encore dans un état d'existence consciente! Quand le dernier hoquet de l'agonie
+aura annoncé que je ne suis plus, à ceux qui m'ont connu et aux quelques-uns qui m'ont
+aimé; quand le cadavre froid, roide, inconscient, affreux, sera rendu à la terre pour
+être la proie de reptiles immondes et pour devenir avec le temps le sol qu'on foule
+aux pieds; serai-je encore tiède de vie, voyant et vu, chérissant et chéri? Ô vous,
+vénérables sages, et saints Flamines, y a-t-il de la probabilité dans vos conjectures, de
+la vérité dans vos histoires d'un autre monde au-delà de la mort; ou bien sont-elles
+toutes également des visions sans fondement et des fables fabriquées? S'il y a une
+autre vie, elle ne doit être que pour ceux qui furent justes, bienveillants, aimables,
+humains; quelle pensée flatteuse, alors, est un monde à venir! Plut à Dieu que
+je le crusse aussi fermement que je le souhaite ardemment!<a id="footnotetag1378" name="footnotetag1378"></a><a href="#footnote1378" title="Lien vers la note 1378"><span class="small">[1378]</span></a></p>
+
+<p>N'est-ce pas là, à proprement parler, le doute? Quand l'affirmation
+n'est pas absolue, elle perd sa vertu de sécurité. Carlyle a dit: «Il n'a
+pas de Religion.... Son c&oelig;ur, à la vérité, est animé d'un tremblement
+d'adoration, mais il n'y a pas de temple dans son entendement. Il vit dans
+l'obscurité et dans l'ombre du doute. Sa Religion, aux meilleurs moments,
+est un souhait anxieux; comme celle de Rabelais, «un grand Peut-être<a id="footnotetag1379" name="footnotetag1379"></a><a href="#footnote1379" title="Lien vers la note 1379"><span class="small">[1379]</span></a>».
+À son dernier moment, il pouvait répéter avec la même angoisse son cri
+d'interrogation qui lui revenait souvent:</p>
+
+<div class="quote">
+<p class="poem-ctr">
+<span class="pagenum"><a id="page557" name="page557"></a>(p. 557)</span> Dites-nous, ô morts,<br>
+Aucun de vous, par pitié, ne trahira-t-il le secret<br>
+De ce que vous êtes, de ce que nous serons bientôt?</p>
+
+<p>Mille fois j'ai adressé cette apostrophe aux fils disparus des hommes, mais pas un
+seul n'a jugé convenable de répondre à la question. «Ô si quelque spectre courtois
+voulait parler!» Mais cela ne se peut: vous et moi, mon amie, devons faire l'expérience
+par nous-mêmes<a id="footnotetag1380" name="footnotetag1380"></a><a href="#footnote1380" title="Lien vers la note 1380"><span class="small">[1380]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Ainsi il ne pouvait attendre de ce qu'il avait de sentiments religieux
+ni consolation, ni révélation. Le mystère restait pour lui impénétrable;
+aucune voix ne lui avait révélé ce qui se cache de l'autre côté du voile
+obscur derrière lequel s'engouffrent tous les hommes. En face de la
+redoutable épreuve, il arrivait avec les seules ressources de la raison et de
+l'énergie humaine. Il se présentait stoïquement, avec ce dilemme, qui est
+comme un pis aller, et qui est le dernier mot de notre intelligence quand
+nous lui demandons de l'assurance pour nous offrir à la dissolution.</p>
+
+<div class="quote">
+<p>Vous et moi sommes souvent tombés d'accord que la vie en somme n'est pas un
+grand bienfait. La fin de la vie, aux yeux du raisonnement, est</p>
+
+<p class="poem20">
+Sombre comme fut le chaos, avant que le jeune soleil<br>
+N'ait été ramassé en globe, ou avant qu'il ait essayé ses rayons<br>
+À travers l'obscurité profonde.</p>
+
+<p>Mais un honnête homme n'a rien à craindre. Si nous gisons dans la tombe, l'homme
+tout entier comme un morceau de mécanisme brisé, pour y pourrir avec les mottes de
+terre de la vallée, c'est bien; du moins c'est la fin de la peine, du souci, de l'angoisse
+et des besoins. Si cette partie de nous qu'on appelle l'Esprit survit à la destruction
+apparente de l'homme&mdash;loin de nous les préjugés et les contes de vieilles femmes!
+Chaque siècle et chaque nation a une collection différente d'histoires; et comme la
+multitude est toujours faible, elle a souvent, peut-être toujours, été trompée. Un
+homme qui a conscience d'avoir rempli un rôle honnête parmi ses semblables&mdash;même
+en admettant qu'il ait pu être par moments le jouet des passions et des instincts&mdash;cet
+homme s'en va vers un grand Être inconnu, qui n'a pu avoir d'autre dessein,
+en lui communiquant l'existence, que de le rendre heureux; qui lui a donné ces
+passions et ces instincts et qui en connaît bien la force<a id="footnotetag1381" name="footnotetag1381"></a><a href="#footnote1381" title="Lien vers la note 1381"><span class="small">[1381]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Cette impression se confirme encore lorsque, en lisant ses dernières
+lettres, on remarque qu'elles sont toutes tournées du côté de la terre,
+qu'elles ne contiennent que des adieux et pas une lueur d'espérance. On dit
+qu'il avait emporté une Bible dans cette solitude. S'il l'ouvrit, son esprit
+ne porta pas vers les chapitres d'une tendre lumière où il est parlé du
+royaume des cieux; il s'arrêta plutôt au livre douloureux où Job
+entrevoit:</p>
+
+<p class="poem-ctr">
+Le pays des ténèbres et de l'ombre de la mort,<br>
+Pays d'une obscurité profonde,<br>
+<span class="pagenum"><a id="page558" name="page558"></a>(p. 558)</span> Où règnent l'ombre de la mort et la confusion,<br>
+Et où la lumière est semblable aux ténèbres<a id="footnotetag1382" name="footnotetag1382"></a><a href="#footnote1382" title="Lien vers la note 1382"><span class="small">[1382]</span></a>.</p>
+
+<p>Et ces derniers jours furent d'une infinie tristesse, devant ce vaste
+estuaire, où cette rivière, qui a été un ruisseau clair et bondissant, se
+meurt, lente et trouble, dans les vases et les sables, et disparaît dans
+l'immense océan, sur le sein duquel les soleils s'éteignent.</p>
+
+<p class="p2">Cependant, sans autre soutien que le sentiment de sa dignité, on a vu
+qu'en présence de la mort, il fut vraiment, bravement et noblement un
+homme. Toute cette partie de sa vie, si elle est douloureuse à ce point qu'on
+ne peut la retracer sans émotion, est belle, en vérité. Ce qui frappe
+dans les souvenirs de ceux qui l'ont connu en ses derniers temps, c'est
+l'air de bonté avec lequel il regarde ces gens qui vont continuer à vivre.
+Il semble qu'une grande douceur fût descendue en lui, et que sa sympathie,
+qui avait toujours en quelque chose de fougueux et de capricieux,
+fût devenue plus calme et plus régulière. Et dans toutes ses lettres
+d'adieu, quelle noble et simple façon de prendre congé de la vie! Rien
+d'exagéré. Il ne dissimule pas la tristesse naturelle à l'homme qui voit
+arriver sa destruction. Mais la résignation et la fermeté à travers lesquelles
+elle se fait jour la rendent presque sereine. On voit ici ce qu'il
+avait de meilleur, le fond de haute humanité qui existait en lui. La
+souffrance l'avait épuré; la maladie, dépouillé de ses passions; le voisinage
+de la mort lui donnait un apaisement précurseur du grand repos; il
+était dans une de ces ombres que projettent devant eux les événements
+qui approchent. Même les aveux de ses fautes passées deviennent paisibles,
+comme s'il avait eu confiance dans la mesure qui se ferait entre
+ses erreurs, d'un côté, et de l'autre les efforts qu'il avait faits pour les
+éviter et les regrets qu'il avait ressentis de les avoir commises. La seule
+partie encore tourmentée dans son esprit était l'anxiété pour sa famille.</p>
+
+<p>Sa vie se serait achevée dans cette tranquillité relative si un dernier
+accident n'en avait surexcité la fin. Il reçut d'un homme de loi de
+Dumfries une lettre réclamant le paiement de sept livres dix shellings
+qu'il devait à un marchand de draps pour son uniforme de volontaire.
+Il ne semble pas qu'elle contînt aucune menace de poursuites légales;
+on l'a du moins prétendu depuis. Mais, en Écosse, une lettre de ce
+genre est généralement considérée comme un commencement d'exécution
+de la part d'un créancier. Burns en fut extraordinairement
+affecté. La tristesse de son esprit, le sens d'impuissance que donne
+la maladie, la souffrance du dénûment dans lequel il se trouvait, tous
+les cauchemars de la misère, furent exaspérés par cette malheureuse
+communication. Son esprit malade se peupla de chimères encore plus
+<span class="pagenum"><a id="page559" name="page559"></a>(p. 559)</span> noires que la réalité. Il perdit la tête, se vit saisi, emprisonné. Les deux
+lettres qu'il écrivit le même jour témoignent de son affolement. Il écrivait
+à Thomson:</p>
+
+<p class="quote">«Après toutes mes fanfaronnades d'indépendance, la maudite nécessité m'oblige à
+implorer de vous la somme de cinq livres. Un cruel gredin de drapier, à qui je dois un
+compte, ayant mis dans sa tête que je suis mourant, a commencé une procédure et
+m'enverra infailliblement en prison. Envoyez-moi, au nom de Dieu! envoyez-moi
+cette somme, et cela, par le retour du courrier. Pardonnez-moi cette insistance, mais
+les horreurs de la prison me rendent à moitié fou. Je ne vous demande pas cela gratuitement,
+car lorsque la santé me reviendra, je vous fais la promesse et je prends
+l'engagement de vous fournir pour quinze livres du plus fin genre de chansons que
+vous ayez vu.... Pardonnez-moi! Pardonnez-moi!...<a id="footnotetag1383" name="footnotetag1383"></a><a href="#footnote1383" title="Lien vers la note 1383"><span class="small">[1383]</span></a></p>
+
+<p>Et à son cousin James Burness de Montrose, il envoyait le même appel
+pathétique:</p>
+
+<p class="quote">«Mon cher cousin, quand vous m'offrîtes une aide d'argent, je pensais peu que j'en
+aurais si tôt besoin. Un gredin de drapier, à qui je dois une note considérable, se
+mettant en tête que je suis mourant, a commencé une procédure contre moi et enverra
+infailliblement en prison mon corps émacié. Voulez-vous être assez bon pour me
+prêter, et cela par retour du courrier, dix livres? Ô James, si vous connaissiez la fierté
+de mon c&oelig;ur, vous me plaindriez doublement. Hélas! je ne suis pas accoutumé à
+mendier! Le pire est que ma santé s'améliorait bien et le médecin m'assure que la
+tristesse et le découragement sont la moitié de mon mal. Devinez mes terreurs quand
+cette affaire est venue! Si elle était réglée, je serais, je le pense, aussi bien que possible.
+Quel langage emploierai-je avec vous? oh! ne me faites pas défaut! Mais l'ordre maudit
+de la puissante nécessité.... Pardonnez-moi de vous le rappeler encore une fois&mdash;par
+retour du courrier. Sauvez-moi des horreurs de la prison!... Je ne sais pas ce que j'ai
+écrit. Le sujet est trop horrible; je n'ose pas y jeter les yeux de nouveau.&mdash;Adieu!<a id="footnotetag1384" name="footnotetag1384"></a><a href="#footnote1384" title="Lien vers la note 1384"><span class="small">[1384]</span></a></p>
+
+<p>Ainsi, jusqu'au dernier moment, ces mots: «les horreurs de la prison»
+qui avaient si douloureusement résonné dans toute sa vie, le hantaient. Ils
+l'avaient terrifié à Lochlea; ils l'avaient poursuivi à Mossgiel; ils avaient
+résonné à Ellisland, et voici qu'ils le ressaisissaient jusque sous l'aile
+de la mort. Il fut tué par eux comme son père. Le choc de cette nouvelle
+détermina une recrudescence de fièvre, et, comme s'il renonçait à tout
+espoir de guérison, il voulut retourner à Dumfries. Il convient d'ajouter
+que son cousin James Burness et Thomson envoyèrent immédiatement les
+sommes qu'il demandait. Mais, quand l'argent arriva, il était au-delà de
+toutes les tribulations de ce monde, là où, enfin, «les méchants ne tourmentent
+plus personne et où les fatigués trouvent le repos<a id="footnotetag1385" name="footnotetag1385"></a><a href="#footnote1385" title="Lien vers la note 1385"><span class="small">[1385]</span></a>.»</p>
+
+<p class="p2">Il quitta Brow le lundi 18 juillet, dans une voiture qu'on lui avait
+prêtée. Quand il en descendit, à Dumfries, il fallut le soutenir pour qu'il
+<span class="pagenum"><a id="page560" name="page560"></a>(p. 560)</span> pût faire le court chemin qui le séparait de sa maison<a id="footnotetag1386" name="footnotetag1386"></a><a href="#footnote1386" title="Lien vers la note 1386"><span class="small">[1386]</span></a>. Sa femme fut tellement
+frappée du changement survenu en lui qu'elle demeura sans parole<a id="footnotetag1387" name="footnotetag1387"></a><a href="#footnote1387" title="Lien vers la note 1387"><span class="small">[1387]</span></a>.
+Dans la ville, l'émotion était grande. Cunningham dit que Dumfries avait
+l'aspect d'une ville assiégée. On savait que le poète national était mourant,
+et l'anxiété, non seulement des riches et des gens instruits, mais
+encore celle des ouvriers et des paysans dépassait toute croyance. Quand
+deux ou trois personnes étaient réunies, la conversation n'était que de
+lui. On ne se souvenait plus que de ses qualités et de son génie<a href="#footnote1387" title="Lien vers la note 1387"><span class="small">[1387]</span></a>.</p>
+
+<p>Le jour de son retour, il eut encore le courage d'écrire à son beau-père,
+M<sup>r</sup> Armour, un pressant appel:</p>
+
+<p class="quote">«Cher Monsieur, au nom du ciel! envoyez Mrs Armour immédiatement ici. Ma
+femme s'attend d'heure en heure à s'aliter. Dieu bon! Quelle situation pour elle,
+pauvre fille, sans un ami! Je suis revenu des bains de mer aujourd'hui, et mes amis
+médecins voudraient presque me persuader que je vais mieux; mais, je pense et je
+sens que ma force est partie, que la maladie me sera fatale!<a id="footnotetag1388" name="footnotetag1388"></a><a href="#footnote1388" title="Lien vers la note 1388"><span class="small">[1388]</span></a>»</p>
+
+<p>Ce sont les derniers mots qu'il ait écrits. Il n'avait plus que quatre
+jours à souffrir. Un tremblement l'avait saisi; sa langue était desséchée;
+il tomba dans le délire<a id="footnotetag1389" name="footnotetag1389"></a><a href="#footnote1389" title="Lien vers la note 1389"><span class="small">[1389]</span></a>. «Il avait conscience de cette infirmité, dit sa
+femme, et il me demanda de le rappeler à lui quand il divaguait<a id="footnotetag1390" name="footnotetag1390"></a><a href="#footnote1390" title="Lien vers la note 1390"><span class="small">[1390]</span></a>.» Pour
+assurer le repos nécessaire dans la maison, on avait envoyé les enfants
+chez M<sup>r</sup> Lewars, en face. Jessy Lewars avait repris son poste de dévouement
+et de double charité. Quelques voisins, ses compagnons de l'Excise,
+le venaient voir. Le second jour, la fièvre augmenta. Le troisième, il
+appela son frère, et cria d'une voix forte et rapide: «Gilbert! Gilbert!»<a href="#footnote1390" title="Lien vers la note 1390"><span class="small">[1390]</span></a>
+Le matin du jeudi 21 juillet, il devint visible qu'il touchait à sa fin. Le
+docteur Maxwell, qui fut admirable de dévouement, avait veillé une
+partie de la nuit et était parti. Il ne restait dans la chambre que deux
+voisins. On envoya chercher les enfants pour voir une dernière fois leur
+père. Les pauvres petits se tenaient rangés autour de son lit. L'aîné
+de ses fils conserva un souvenir distinct de cette scène, et il racontait
+que les derniers mots de son père avaient été une exécration murmurée
+contre l'homme de loi dont la lettre avait été, pour ses derniers moments,
+l'éponge trempée de fiel et de vinaigre<a id="footnotetag1391" name="footnotetag1391"></a><a href="#footnote1391" title="Lien vers la note 1391"><span class="small">[1391]</span></a>. Puis graduellement et avec
+calme, il descendit dans son dernier repos.</p>
+
+<p>Quand la nouvelle se répandit dans la ville, le deuil fut public<a id="footnotetag1392" name="footnotetag1392"></a><a href="#footnote1392" title="Lien vers la note 1392"><span class="small">[1392]</span></a>. Les
+<span class="pagenum"><a id="page561" name="page561"></a>(p. 561)</span> volontaires de Dumfries décidèrent qu'ils enterreraient leur illustre
+camarade avec les honneurs militaires. Le régiment de milice du comté
+d'Angus et le régiment de cavalerie des Cinque Ports, alors en garnison
+à Dumfries, offrirent leur coopération pour rendre le service plus solennel
+et plus imposant. Les principaux habitants de la cité et des environs
+résolurent de former une procession funèbre. Un vaste concours de
+peuple s'assembla, quelques-uns de très loin, pour assister aux obsèques
+du poète national<a id="footnotetag1393" name="footnotetag1393"></a><a href="#footnote1393" title="Lien vers la note 1393"><span class="small">[1393]</span></a>.</p>
+
+<p>Le corps resta exposé dans son cercueil dans la petite chambre où il
+avait rendu le dernier soupir. La maladie l'avait amaigri; mais la mort
+l'avait peu changé. Son front large et ouvert était pâle et serein; ses cheveux
+noirs étaient légèrement teintés de gris. On avait répandu autour de
+lui des herbes et des fleurs<a id="footnotetag1394" name="footnotetag1394"></a><a href="#footnote1394" title="Lien vers la note 1394"><span class="small">[1394]</span></a>. Le dimanche soir, 24 juillet, le cercueil fut
+transporté à l'Hôtel-de-Ville. Le lendemain à midi, par un temps mêlé,
+comme la vie humaine, d'averses et de soleil<a id="footnotetag1395" name="footnotetag1395"></a><a href="#footnote1395" title="Lien vers la note 1395"><span class="small">[1395]</span></a>, le convoi funèbre se dirigea
+du côté du cimetière de Saint-Michel. Les rues étaient garnies de troupes,
+et les grosses cloches des églises tintaient par intervalles, pendant que
+la procession s'avançait. Elle était conduite par un peloton de vingt
+volontaires de la compagnie du poète, en grand uniforme et les armes
+renversées. Le cercueil était porté et entouré par des soldats de la même
+compagnie, un crêpe au bras gauche. Ensuite venaient les parents du
+poète et les notables de la ville et du Comté. Enfin, arrivaient le reste
+des volontaires et une escorte militaire. Le convoi avançait lentement aux
+sons majestueux de la marche funèbre de Saül. Quand on arriva à la porte
+du cimetière, le peloton d'honneur, selon l'ordonnance, forma la haie, la
+tête appuyée sur les fusils renversés. À travers cette double rangée, le
+cercueil fut porté. Quand il fut dans la terre, le peloton d'honneur se
+rangea le long de la fosse et tira trois volées. Toute la cérémonie fut
+grande et solennelle<a id="footnotetag1396" name="footnotetag1396"></a><a href="#footnote1396" title="Lien vers la note 1396"><span class="small">[1396]</span></a>.</p>
+
+<p>Pendant que le service funèbre emplissait la ville de sa tristesse et que
+les cloches tintaient pour l'enterrement de son époux, Jane Armour
+mettait au monde un fils qui, usé avant de naître par les émotions de sa
+mère, mourut en bas-âge<a id="footnotetag1397" name="footnotetag1397"></a><a href="#footnote1397" title="Lien vers la note 1397"><span class="small">[1397]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page562" name="page562"></a>(p. 562)</span> Ainsi le tumulte de ces jours tourmentés était abattu, et ce c&oelig;ur agité
+en repos, pour toujours. Mais ce paysan était une figure qui devait vivre
+dans la mémoire des hommes, et sa vie reste un sujet d'étonnement et de
+réflexions. Elle est souvent mal jugée pour des motifs opposés: par excès
+d'indulgence ou excès de sévérité.</p>
+
+<p>Certains biographes, soit par candeur naturelle, soit par préjugé
+national, soit par besoin de prédication, ont tenté de faire de Burns une
+créature inoffensive et sans souillure. Ils ignorent ou ils cachent ses
+mauvaises actions. Ils créent un homme vertueux et parfait dont la carrière
+est exemplaire. Comment n'a-t-on pas vu qu'on enlève ainsi au drame de
+sa vie sa tragique beauté, son intérêt, sa leçon et une partie de son
+mérite? Les candides qui veulent ainsi, en dépit de tout, innocenter ceux
+qu'ils admirent feront bien de ne pas s'approcher de cette existence.
+Dans un sentiment louable, ils la défigurent et la faussent. Ils se rendent
+coupables eux-mêmes d'une altération de la vérité.</p>
+
+<p>Mais que d'autres s'en approchent encore moins; les rigoureux, les
+stricts, les sévères, les vigilants, les inflexibles, les indignés, les inexorables,
+les impeccables, les extérieurement exacts, les contrits, les irrépréhensibles,
+les partisans de la voie étroite, ceux qui «nettoient le
+dehors de la coupe et du plat, mais dont l'intérieur est plein de méchanceté<a id="footnotetag1398" name="footnotetag1398"></a><a href="#footnote1398" title="Lien vers la note 1398"><span class="small">[1398]</span></a>»,
+toute la race des pharisiens, les <span class="italic" lang="en">unco' good</span>,</p>
+
+<p class="poem-ctr">
+Ô vous qui êtes si bons vous-mêmes,<br>
+Si pieux, et si saints,<br>
+Vous n'avez rien à faire qu'à noter et raconter<br>
+Les fautes et la folie de votre voisin<a id="footnotetag1399" name="footnotetag1399"></a><a href="#footnote1399" title="Lien vers la note 1399"><span class="small">[1399]</span></a>.</p>
+
+<p>Comment pourraient-ils parler d'une existence comme celle-ci, pleine
+de défaillances, mais rachetées par des clartés qu'ils ne perçoivent pas?
+Elle ne saurait être pour les violents d'entre eux qu'une occasion de
+scandale, de réprobation et d'anathème; et pour les sournois qu'une
+occasion de fausse commisération et de fiel doucereux. D'ailleurs, à
+quelle vie humaine peuvent-ils toucher, puisqu'aucune n'est exempte
+de faute et qu'une faute aux yeux de ces purs suffit à gâter une vie? À
+quelle vie peuvent-ils toucher, puisqu'ils ne comprennent pas que le
+repentir efface et renouvelle tout, comme le printemps change en
+bourgeons les feuilles mortes amassées au pied des arbres? En vérité, ils
+ne peuvent parler de rien d'humain; car ce ne sont pas des hommes:</p>
+
+<p class="poem30">
+Celui qui n'est pas apaisé par le repentir,<br>
+N'est ni du Ciel ni de la Terre<a id="footnotetag1400" name="footnotetag1400"></a><a href="#footnote1400" title="Lien vers la note 1400"><span class="small">[1400]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page563" name="page563"></a>(p. 563)</span> Qu'elles restent donc à l'écart ces âmes honorables qui font profession
+de n'excuser rien; ces âmes rigoureuses qui ont regardé partout, sauf en
+elles-mêmes, où elles auraient appris à redouter leur propre jugement;
+ces âmes gâtées de malveillance qui vont dans la vie, ramassant le mal
+d'autrui, pareilles à ces misérables courbés qui ne voient du travail et
+de l'activité des grand'routes que les ordures qu'ils emportent en leur
+panier! Qu'elles restent à l'écart ces âmes assez déchues pour ne jamais
+accueillir la Bonté, ou plutôt dont la Bonté se détourne! Leur châtiment,
+parce qu'elles ont fait du mal leur unique préoccupation et leur aliment,
+est que le mal devient leur substance, qu'elles meurent dans un
+empoisonnement, une décomposition morale, comme finiraient des
+êtres qui ne se seraient jamais repus que de pourritures. C'est pourquoi
+il a été dit qu'elles ressemblent à «des sépulcres blanchis qui paraissent
+beaux au dehors et au dedans sont pleins d'ossements de morts et
+de toute espèce d'impuretés<a id="footnotetag1401" name="footnotetag1401"></a><a href="#footnote1401" title="Lien vers la note 1401"><span class="small">[1401]</span></a>». Et si ces paroles semblent trop vives,
+qu'on se souvienne que celui qui a été, pour notre occident, le créateur
+et le divin poète de la charité, a oublié sa mansuétude et pris un esprit
+de colère, pour parler de la race des hypocrites qui paient la dîme de la
+menthe, de l'aneth et du cumin et laissent ce qui est le plus important
+dans la loi: la justice, la miséricorde et la fidélité. Et qu'on se rappelle
+également qu'il trouvait leur crime plus abominable que tous les autres,
+et qu'il fit toujours paraître «plus d'indignation et un zèle plus amer
+contre cette prétendue sévérité pharisaïque que contre les désordres les
+plus énormes des publicains et des femmes prostituées de Jérusalem<a id="footnotetag1402" name="footnotetag1402"></a><a href="#footnote1402" title="Lien vers la note 1402"><span class="small">[1402]</span></a>».
+Qu'ils restent donc à l'écart! Ils sont inaptes à juger le poète. Il les
+a abhorrés par dessus tout; il a été un de ceux qui les ont châtiés des
+lanières les plus coupantes. Sa poussière doit frémir de colère quand ils
+s'entretiennent de lui.</p>
+
+<p>C'est dans d'autres conditions d'esprit qu'il faut apprécier une vie
+comme celle de Burns et, on peut le dire, toutes les vies. Il est nécessaire
+d'établir premièrement en soi cette conviction que l'histoire d'un caractère,
+comme celle d'un organisme ou celle d'un monde, n'est pas une
+page blanche, un repos de pureté, mais un équilibre oscillant de vie et de
+mort, un combat de bien et de mal, le pénible dégagement d'un peu de
+mieux hors de beaucoup de désordre, le mélange d'ombre et de rayons
+dont sont faites les années et où roule l'univers. Aucune vie, pas plus
+qu'aucune époque, ne réalise le bien. Elles ont rempli leur office lorsqu'elles
+ont conquis et légué quelque progrès; ce qui les juge n'est
+pas l'endroit où elles s'arrêtent, mais ce qu'elles ont fait de chemin. Le
+vrai jugement sur tout homme, c'est donc que le bien atténue et compense
+<span class="pagenum"><a id="page564" name="page564"></a>(p. 564)</span> le mal; qu'une faute, plusieurs, ne ruinent pas une âme où les bons
+efforts dominent; qu'une vie est un ensemble dont il faut prendre l'effet
+général, l'intention et pour ainsi dire la moyenne.</p>
+
+<p>Au-dessus de cette pensée, il est prudent d'asseoir encore cette réserve
+qu'une seule action est infinie et le n&oelig;ud d'une multitude de choses
+tandis que notre vision est un pauvre instrument, une pince étroite et
+maladroite, qui accroche à peine deux ou trois fibres, dans cet écheveau,
+où par milliers se croisent et se mêlent les motifs, les intentions, les
+illusions, les ignorances, les aspirations, les insuffisances et les fatalités.
+Nous ignorons les profondeurs d'un acte, ignorées de celui même qui
+l'accomplit; à plus forte raison, les profondeurs d'une vie. Burns avait
+compris tout ce qui nous échappe dans la conduite des autres.</p>
+
+<div class="poem30">
+<p>Jugez doucement votre frère, l'homme,<br>
+Plus doucement encore la femme, votre s&oelig;ur;<br>
+<span class="add1em">Encore qu'ils puissent errer un peu,</span><br>
+<span class="add1em">Se dévoyer est chose humaine;</span><br>
+<span class="add1em">Un point reste toujours obscur:</span><br>
+<span class="add1em">Le motif <span class="italic">pourquoi</span> ils ont agi;</span><br>
+Et tout aussi impuissante êtes-vous à savoir<br>
+Combien peut-être ils le regrettent.</p>
+
+<p>Celui qui a fait le c&oelig;ur, c'est lui seul<br>
+Qui, définitivement, peut nous juger;<br>
+<span class="min2em">Il connaît toutes les cordes&mdash;leurs sons divers,</span><br>
+<span class="min1em">Tous les ressorts,&mdash;leurs poussées diverses.</span><br>
+Soyons donc muets devant la balance,<br>
+Nous ne pourrons jamais l'ajuster;<br>
+<span class="min3em">Ce qui a été accompli, nous pouvons en partie le peser:</span><br>
+Nous ne savons pas ce qui a été réprimé<a id="footnotetag1403" name="footnotetag1403"></a><a href="#footnote1403" title="Lien vers la note 1403"><span class="small">[1403]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>Il est obligatoire d'apporter, devant un fait moral, au moins les mêmes
+précautions et les mêmes défiances que devant un fait physique. Dans le
+plus minuscule de ceux-ci, les dessous sont inscrutables, les racines
+innombrables. Ce sera peut-être un jour le bienfait spirituel de la science,
+et sa plus solide contribution à la morale, que d'enseigner au monde
+social les conditions d'évidence et la timidité d'affirmation.</p>
+
+<p>Et après qu'on aura réfléchi de cette manière et placé son intelligence
+au véritable point d'où il est permis de considérer son semblable, il est
+encore au-dessus de tout cela de comprendre que l'indulgence est non-seulement
+notre plus sage maintien parce qu'il est le plus modeste; mais
+qu'elle est encore la plus haute position intellectuelle, parce qu'elle est la
+plus vaste, et que voir une faute dans un horizon de pardon, c'est respecter
+doublement la vérité, car c'est placer ce que nous savons dans sa
+relation avec ce qui s'étend ignoré de nous. Heureux et plus clairvoyants
+<span class="pagenum"><a id="page565" name="page565"></a>(p. 565)</span> encore, et en réalité plus généralisateurs et plus synthétiques, sont ceux
+qui voient naturellement avec bonté, qui ont reçu la bienveillance comme
+un génie et une façon d'être, ainsi qu'à d'autres est échue la beauté!
+Ceux-là seuls sont proches de la vie, et leur discours de pardon est, au-dessus
+même de la prière, le plus noble des bruits humains actuels. C'est
+avec une telle préparation qu'il faut juger autrui, à moins d'être un
+méchant.</p>
+
+<p>Celui qui reposait dans le cimetière de Dumfries avait été un homme
+dans le sens entier du mot, avec tout ce qu'il entraîne de qualités et de
+faiblesses. C'était une nature fougueuse, qui se précipitait dans le mal
+comme dans le bien, par générosité d'âme ou exigence d'instincts. Il
+avait une personnalité violente et impérieuse, dont le sentiment a eu la
+primauté sur toute sa vie. Elle se manifestait par deux traits caractéristiques,
+qu'il avait bien saisis lui-même en lui-même: l'orgueil et les passions,
+lesquelles furent les maîtresses et les conductrices de sa vie.</p>
+
+<p class="quote">«Je suis, comme la plupart des gens de mon métier, un être étrangement capricieux
+comme un feu-follet; la victime, trop fréquemment, de beaucoup d'imprudence
+et de beaucoup de folies. Mes deux éléments sont l'<span class="italic">orgueil</span> et la <span class="italic">passion</span>. J'ai essayé
+d'humaniser le premier et de le changer en intégrité et en honneur; la seconde fait
+de moi, jusqu'au plus ardent degré d'enthousiasme, un fanatique en amour, en religion,
+en amitié&mdash;séparément ou tous ensemble selon l'inspiration<a id="footnotetag1404" name="footnotetag1404"></a><a href="#footnote1404" title="Lien vers la note 1404"><span class="small">[1404]</span></a>.»</p>
+
+<p>Cet orgueil fut la source en lui de beaucoup de bonnes et de mauvaises
+choses. Il lui inspira l'idée de sa force, une attitude noble en face du
+succès aussi bien que de la misère, le sentiment, par lui virilement
+chanté, qu'un homme ne vaut que sa valeur propre, une dignité et une
+fierté qui le sauvegardèrent toujours. D'un autre côté, comme il était
+frémissant et ombrageux, il le rendit péniblement sensible à une quantité
+de petits froissements, à de petites négligences, à de petites inégalités
+extérieures, qu'il eut dû dédaigner. En l'exaspérant sur ces riens, en lui
+faisant regarder la vie comme mal répartie, il le poussa à la dénigrer,
+à se placer en dehors d'elle, à la braver, à devenir mécontent et cynique.
+Quant à l'élément de passion, il était fait des emportements d'un tempérament
+ardent et des rêves d'une belle imagination. Il naissait de son
+corps et de son esprit. Quelques-uns de ses biographes le représentent
+comme conduit par ses sens et expliquent ses fautes par un conflit entre
+ses dons spirituels et une constitution charnelle et terrestre<a id="footnotetag1405" name="footnotetag1405"></a><a href="#footnote1405" title="Lien vers la note 1405"><span class="small">[1405]</span></a>. C'est mal
+savoir de quoi sont faites les amours de poètes. Il y eut bien autre chose
+dans les passions de Burns; il y avait de la poésie et des jeux du c&oelig;ur
+dans les aventures qui ont été les plus funestes à sa vie et qui sont les
+plus lourdes à son nom. Il était d'ailleurs violent et excessif en tout. Ses
+<span class="pagenum"><a id="page566" name="page566"></a>(p. 566)</span> colères étaient terribles. Cette force d'impulsion le mena par saccades,
+devançant les réflexions, et précédant les remords. Mais il lui doit ce
+mérite qu'il fut toujours sincère et franc. C'est une qualité que ses ennemis
+même lui reconnaissaient et que lui reconnaissent encore ceux de ses
+biographes qui sont le moins disposés à l'indulgence envers lui. Avec ce
+mélange dangereux de qualités et de défauts, on pourrait lui appliquer
+les vers qu'il avait écrits sur un homme dont la nature n'était pas, à
+certains égards, sans ressemblance avec la sienne, sur Charles Fox:</p>
+
+<p class="poem20">
+Doué d'un savoir si vaste et d'un jugement si ferme,<br>
+Qu'aucun homme, avec la moitié, ne pourrait aller de travers;<br>
+Doué de passions si puissantes et de caprices si brillants,<br>
+Qu'aucun homme, avec la moitié, ne pourrait aller droit<a id="footnotetag1406" name="footnotetag1406"></a><a href="#footnote1406" title="Lien vers la note 1406"><span class="small">[1406]</span></a>.</p>
+
+<p>Pour modérer et diriger ces violences, il aurait fallu une solide discipline
+morale. Elle lui fit défaut entièrement: il n'eut pas de doctrine et il
+n'avait pas de volonté. Il fut constamment le jouet de ses passions. Il ne
+s'est pas une fois retourné contre elles, pour leur tenir tête. Il n'a jamais
+eu de consolidation de caractère. Il a été, en somme, une nature de
+réceptivité, avec des réactions très énergiques. Son c&oelig;ur a été un carrefour
+où les vents de tous les horizons ont passé, se sont rencontrés et combattus.
+La ligne de sa vie est le tracé brisé d'une suite de hasards et d'accidents.
+La vivacité incomparable de la sensation actuelle, qui est la grande
+qualité de sa production littéraire, fut le grand vice de sa conduite.
+Il était saisi, entraîné par elle irrésistiblement. Les émotions, en passant
+par lui, l'emportaient. Il appartenait toujours tout entier au présent, sans
+souci de l'avenir et, quelquefois, sans assez de souvenir du passé. De
+là des moments où il semble qu'il ait eu l'oubli trop facile, des revirements
+brusques qui ont un air d'ingratitude, comme dans ses vers
+contre Mrs Riddell. Sa générosité elle-même n'existait que dans ce
+qu'elle a de spontané et d'impulsif. La générosité prolongée et réfléchie,
+le sacrifice, n'apparaît pas en lui. À peine peut-on dire qu'elle se fait jour
+dans son mariage avec Jane Armour. Encore fut-ce là un acte si soudain
+qu'il peut être considéré comme une impulsion: on sait d'ailleurs ce qu'il
+dura. Il a été comme un arbre qui jette son feuillage à toutes les rafales,
+faisant naître de lui-même des tourbillons, dans lesquels il est perdu et
+qui lui dérobent le ciel.</p>
+
+<p>Comme sa personnalité était forte et dominatrice, cette soumission
+aux exigences des instincts ou des imaginations l'a souvent conduit
+dans ce qui fut le défaut de sa vie: l'égoïsme. C'était un généreux égoïste,
+un homme à tendances dévouées mais à conduite personnelle. Il lui a
+manqué l'oubli de soi-même, le sens, nous ne disons pas du dévouement,
+<span class="pagenum"><a id="page567" name="page567"></a>(p. 567)</span> ni même de l'effacement, mais de la subordination de soi. Il n'a jamais su
+faire céder ses désirs, même légers et passagers, aux intérêts vitaux et
+durables des autres. Il n'a pas eu entre eux et lui de commune mesure.
+Et cette absence de préoccupation d'autrui est la cause de ce qui pèse le
+plus sur sa mémoire: des souffrances infligées. Un ermite, un stylite peuvent
+se désintéresser du prochain, isolés dans leur grotte ou sur leur
+colonne. Un homme plongé dans la vie ne le peut; Burns le pouvait
+moins que tout autre, à cause de l'ascendant qu'il exerçait sur ceux qui
+l'approchaient. Lui qui avait tant d'extériorité dans l'esprit, au point de
+créer des êtres, n'en avait pas dans le c&oelig;ur; en certains cas décisifs, il
+n'eut pas assez conscience des existences en dehors de lui. Il vécut trop en
+lui-même et pour lui-même. Il a, il faut le dire, offert les tristesses et les
+angoisses d'autrui à son besoin de poésie, et nourri de pleurs humains les
+rêves dont il a fait ses &oelig;uvres. Peu de poètes, à y regarder, furent
+exempts de cette cruauté; peut-être peu d'hommes le sont-ils. Et ceux-ci
+ne tournent pas à si rare usage les douleurs qu'ils créent, et ne changent
+point les larmes qu'ils font couler en perles à jamais pures, qu'ils mettent
+ensuite comme des colliers ou des diadèmes à celles qui les ont répandues.
+Il fut le premier de cette lignée de poètes modernes qui ont fait de
+l'amour l'occupation unique de leur vie. Il a été aussi le premier à faire
+de la passion l'excuse de ses mauvaises actions; et nous ne parlons pas
+ici d'influence ni même d'inspiration littéraires, mais seulement d'état
+moral. Là encore, il a devancé Byron et l'école de poètes continentaux
+sortis de celui-ci jusqu'à Musset et George Sand. On a vu, dans un
+passage cité à propos de la plus meurtrière de ses fautes, avec quelle
+subtilité il cherchait à rendre son don poétique solidaire de ses passions,
+et par conséquent à mettre ses erreurs à l'abri de ses &oelig;uvres; à faire de ses
+fautes une condition de sa gloire et de sa gloire l'absolution de ses fautes.</p>
+
+<p>Sa vie, c'est-à-dire la manifestation extérieure de sa nature aux prises
+avec les circonstances, en y comprenant cette lisière de terrain commun
+où les circonstances contribuent à former la nature, et la nature à créer
+les circonstances, sa vie fut le produit de cette âme tourmentée. Elle fut
+moralement livrée au hasard, on a vu avec quels résultats; il est inutile
+d'y revenir. Ce qui est douloureux, c'est qu'au point de vue de l'emploi
+de son génie et de sa gloire, il en alla de même façon. Elle est incomplète,
+irrégulière, interrompue et sans ensemble. Ce n'est pas assez de
+dire qu'il lui a manqué la régularité et la continuité du travail. Cette
+contrainte était incompatible avec sa fougue; il faut en prendre son parti.
+Il lui a manqué bien davantage. On n'y trouve pas même de moments de
+groupement, un dessein qui ait ramassé et concentré, pendant un peu de
+temps, en un effort un peu tenu, les énergies et les ressources d'un
+pareil esprit. Sa production n'a pas eu de direction, pas de persévérance;
+elle a vécu au jour le jour. Il n'y a presque rien dans son &oelig;uvre
+<span class="pagenum"><a id="page568" name="page568"></a>(p. 568)</span> qui lui ait demandé plus d'une demi-journée de travail. <span class="italic">Tam de Shanter</span>
+fut écrit en une après-midi; les <span class="italic">Joyeux mendiants</span>, en une soirée; il a
+lâché, avec ses chansons, une volière de pinsons et de fauvettes, de rossignols
+et de merles, dont le gazouillis est à jamais charmant, mais il lui
+suffisait d'ouvrir la cage. Ce n'est pas que ce qu'il a fourni ainsi ne soit
+de haute valeur et, en quelques points, de premier ordre. Mais on conçoit
+qu'avec un peu de concentration de travail, il eût pu produire de telle
+façon que ce qui le fait immortel n'eût été qu'un détail, un portail latéral
+de son &oelig;uvre. Sans parler d'ouvrages de plus grande taille, de plus
+longue baleine et de plus haute visée, et à étendre seulement sa production
+telle qu'elle existe, quelle ne serait pas, dans la littérature anglaise, la
+place d'un homme qui aurait apporté un volume de contes comme <span class="italic">Tam
+de Shanter</span>, et un autre de scènes comme les <span class="italic">Joyeux mendiants</span> ou de
+tableaux comme la <span class="italic">Foire sainte</span>? Par manque de vouloir, il lui est arrivé,
+comme à Coleridge, que sa gloire n'est pas ce qu'elle aurait pu être. Que
+cette vie est loin de la belle architecture des vies de Milton, de G&oelig;the ou
+d'Hugo, où la voûte s'achève et dont l'arcade est parfaite! Lui-même en
+avait conscience, et il l'a dit dans des termes frappants de vigueur et de
+beauté. «Ma vie m'a fait penser à un temple ruiné: quelle force, quelles
+proportions dans quelques parties; quelles brèches misérables, quelles
+ruines éparses dans d'autres!<a id="footnotetag1407" name="footnotetag1407"></a><a href="#footnote1407" title="Lien vers la note 1407"><span class="small">[1407]</span></a>» Hélas! ce n'était pas un temple ruiné;
+c'était un temple inachevé.</p>
+
+<p>Il s'était bien jugé lui-même. Dans une prière qu'il a intitulée
+l'<span class="italic">Épitaphe d'un Poète</span>, il a proclamé, avec sa franchise ordinaire, ses torts
+et ses égarements. C'est un résumé admirablement exact et, par là,
+touchant de sa destinée.</p>
+
+<div class="poem-ctr">
+<p>Existe-t-il un niais mené par des caprices,<br>
+Trop vif pour réfléchir, trop ardent pour obéir,<br>
+Trop timide pour chercher, trop fier pour flatter?<br>
+Qu'il approche d'ici,<br>
+Et que, sur ce tertre herbeux, il chante dolemment<br>
+Et verse une larme.</p>
+
+<p>Existe-t-il un poète de chanson rustique,<br>
+Qui passe obscur dans la foule,<br>
+Dont chaque semaine s'emplit ce cimetière?<br>
+Oh! qu'il ne passe pas outre,<br>
+Mais qu'avec un sentiment fort et fraternel,<br>
+Il pousse ici un soupir.</p>
+
+<p>Existe-t-il un homme dont le clair jugement<br>
+Peut enseigner aux autres à diriger leur course,<br>
+Et qui, lui-même, court follement la carrière de la vie,<br>
+Effréné comme une vague?<br>
+<span class="pagenum"><a id="page569" name="page569"></a>(p. 569)</span> Qu'il s'arrête ici, et, à travers une larme naissante,<br>
+Contemple cette tombe.</p>
+
+<p>Le pauvre habitant ci-dessous<br>
+Fut prompt à apprendre, sage pour connaître,<br>
+Et profondément ressentit l'ardeur de l'amitié<br>
+Et l'autre flamme plus douce;<br>
+Mais d'imprudentes folies le ruinèrent<br>
+Et souillèrent son nom.</p>
+
+<p>Lecteur, écoute:&mdash;Soit que ton âme<br>
+S'élance, du vol de la fantaisie, par delà le pôle,<br>
+Ou défriche obscurément ce trou terrestre<br>
+Dans de bas soucis;<br>
+Sache que le contrôle sur soi-même, prudent et avisé.<br>
+Est la racine de la sagesse<a id="footnotetag1408" name="footnotetag1408"></a><a href="#footnote1408" title="Lien vers la note 1408"><span class="small">[1408]</span></a>.</p>
+</div>
+
+<p>On ne peut mieux dire et plus juste. C'est un humble et noble aveu,
+mais dont l'humilité et le courage contiennent le plus éloquent des
+plaidoyers. Ces vers devraient être gravés sur sa tombe.</p>
+
+<p>Toutefois ce n'est pas là une justice suffisante. Il lui revient davantage.
+Tous ses défauts, toutes ses fautes pesés, aussi lourdement pesés qu'on
+voudra, le plateau où est l'or pur l'emporte de beaucoup sur celui où est
+le plomb vil. L'admiration grandit à mesure qu'on examine ses qualités.
+Quand on songe à sa sincérité, à sa droiture, à sa bonté envers les gens et
+les bêtes, à son dédain pour toute bassesse, à sa haine pour les fourberies,
+qui, à elle seule, serait un honneur, à son désintéressement, à tant de
+beaux élans de c&oelig;ur, de hautes inspirations d'esprit, à l'intensité
+d'idéalité qu'il lui a fallu pour maintenir son âme au-dessus de sa
+destinée; quand on songe que tous ces généreux sentiments, il les a
+éprouvés au point qu'ils ont été sa vie intellectuelle, qu'ils sont sortis de
+lui en joyaux, tant il les ressentait avec flamme et tant son âme était
+une fournaise où bouillonnaient des métaux précieux; on se dit que ce
+fut un homme de la plus noble élite humaine et de grande bonté. Quand
+on se rappelle ce qu'il a souffert, ce qu'il a surmonté et ce qu'il a
+accompli, contre quelle misère son génie s'est débattu pour naître et
+pour vivre, la persévérance de ses années d'apprentissage, ses exploits
+intellectuels, et après tout, sa gloire; on se dit que ce qu'il n'a pas réussi
+ou pas entrepris n'est rien à côté de ce qu'il a achevé, et que ce fut
+un homme de grand effort. Et que reste-t-il à penser sinon que l'argile
+dont il était fait était pétrie de diamants et que sa vie a été une des plus
+vaillantes et des plus fières qu'un poète ait vécues?</p>
+
+<p>Enfin qui dira s'il n'y a pas, dans l'existence d'hommes tels que
+Burns, comme dans celles de Rousseau, de Byron, de Musset, de George
+<span class="pagenum"><a id="page570" name="page570"></a>(p. 570)</span> Sand, et vraisemblablement, si nous les connaissions davantage, dans
+celle de Shakspeare et de Molière, une utilité profonde qui sort de leurs
+faiblesses? Elles remplissent une autre fonction qui est non moins indispensable
+que celles de Dante, de Milton et de Corneille. De celles-ci
+naissent un exemple austère et le noble plaidoyer du devoir. Mais des
+autres naissent peut-être des sentiments plus humains: la connaissance des
+misères des meilleurs d'entre nous, l'impuissance à leur refuser le pardon,
+et, par suite, la pratique de la pitié. Que ne perdrait point l'âme du
+genre humain, non pas en beauté et en délice d'art, mais en nécessaire
+bonté, si ces hommes ne lui avaient fait sentir, par leur séduction, la
+compassion pour leurs souffrances! Et comment l'auraient-ils fait pleinement,
+s'ils n'avaient pas, par les plus cruelles souffrances, c'est-à-dire
+celles qui résultent des fautes, inspiré la plus noble générosité, c'est-à-dire
+celle qui triomphe d'un blâme. Ce sont eux qui ont en partie donné un
+c&oelig;ur miséricordieux à l'humanité. Par un métamorphisme mystérieux,
+admirable, leurs fautes, leurs souillures même se transforment en clémence,
+en un baume qui parfume le monde. Les orages particuliers qui ont
+ravagé leurs âmes retombent en rosée universelle, et c'est la rosée de la
+compassion. Personne ne fut plus fait que Burns pour contribuer à ce
+travail sacré. Aussi, malgré la sévérité qui atteint certains de ses
+actes, le jugement des hommes sera clément pour lui.</p>
+
+<p>Quant à nous, après avoir vécu avec lui, pendant plusieurs années, après
+avoir suivi ses tracas, ses traverses, ses tourments et ses travaux, assisté
+à ses crises, sondé son c&oelig;ur d'une main impartiale si elle est charitable,
+réfléchi à ses fautes, et pesé avec leurs conséquences leurs causes et leurs
+excuses, nous avons conçu pour lui une affection compatissante. Notre
+espoir, au bout de ce long effort pour faire revivre cette âme comme il
+nous semble qu'elle a vécu, est d'inspirer à ceux qui liront ce livre un
+peu de ces sentiments pour ce frère si véritablement humain.</p>
+
+<p class="p2">Il est impossible d'abandonner l'histoire de Burns sans s'inquiéter de
+ce que devinrent ceux qui avaient vécu avec lui et les enfants pour lesquels
+il avait souffert tant d'anxiétés<a id="footnotetag1409" name="footnotetag1409"></a><a href="#footnote1409" title="Lien vers la note 1409"><span class="small">[1409]</span></a>.</p>
+
+<p>Sa vieille mère continua à résider avec Gilbert dont elle suivit la
+fortune et mourut en 1820, dans sa quatre-vingt-huitième année.</p>
+
+<p>Gilbert resta sur la ferme de Mossgiel jusqu'en 1798. En 1791, il avait
+épousé une jeune fille de Kilmarnock dont il eut six fils et cinq filles. En
+<span class="pagenum"><a id="page571" name="page571"></a>(p. 571)</span> quittant Mossgiel, il prit la ferme de Dinning dans la vallée de la Nith,
+où il resta jusqu'en 1804. Il devint à cette date agent des propriétés de
+lord Blantyre dans East-Lothian. Ce fut alors seulement qu'il connut un
+peu d'aisance et de tranquillité. Il avait aidé Currie dans sa biographie et
+son édition de Burns. En 1820, il revit lui-même cette édition. Il mourut
+en 1827, après avoir vu partir avant lui cinq de ses enfants.</p>
+
+<p>Des trois s&oelig;urs de Burns, l'une, Agnes Burns, mourut en 1834; la
+seconde, Annabella, en 1832, et la troisième, Isabella, plus connue sous
+le nom de Mrs Begg et qui a donné quelques détails intéressants sur son
+frère, mourut en 1858, au milieu des préparatifs faits pour célébrer le
+centenaire de la naissance de son frère et fut enterrée dans le tombeau de
+son père, à l'ombre de l'église d'Alloway. Agnes et Isabella épousèrent
+des nommes qui devinrent gérants de propriétés. Annabella demeura fille
+et continua de vivre chez Gilbert avec sa vieille mère.</p>
+
+<p>Burns laissait sa famille dans le dénûment. Aussitôt après sa mort,
+ses amis, John Syme, le distributeur du Timbre, et le D<sup>r</sup> Maxwell qui l'avait
+soigné, auxquels se joignit Alexander Cunningham d'Édimbourg, prirent
+l'initiative d'une souscription en faveur de la femme et des enfants du
+poète. Cette souscription rapporta assez lentement 700 livres<a id="footnotetag1410" name="footnotetag1410"></a><a href="#footnote1410" title="Lien vers la note 1410"><span class="small">[1410]</span></a>. On subvint
+ainsi aux premières nécessités. Pendant ce temps, il fut résolu qu'on
+publierait une édition des &oelig;uvres complètes de Burns avec sa correspondance.
+C'était un travail considérable; il fallait réunir les poèmes,
+retrouver et rassembler les lettres. On pensa à Dugald Stewart, puis à
+Mrs Walter Riddell. Enfin le D<sup>r</sup> Currie, alors médecin à Liverpool, grand
+admirateur de Burns, qui s'était employé activement pour la souscription,
+fut chargé de cette tâche. Il s'en acquitta admirablement, avec un
+soin, une générosité, une affection et un talent dignes de tous les éloges.
+Cette bonne &oelig;uvre sauvegardera son nom. <span class="italic">Les &OElig;uvres de Robert Burns
+avec un Récit de sa Vie et une Critique de ses Écrits, par James Currie, M. D.</span>
+parurent en Mai 1800. Le succès de cette publication fut grand. Quatre
+éditions, de 2000 exemplaires chaque, se vendirent en quatre ans. Les
+profits montèrent à 1400 livres. Cela permit à Jane Armour de vivre et de
+faire donner à ses enfants une éducation respectable. Le D<sup>r</sup> Currie alla la
+voir en 1804. «Tout, autour d'elle, annonçait une aisance convenable et
+même le confort. Elle me montra la salle de travail et la petite bibliothèque
+de son mari, à peu près telles qu'ils les avait laissées. D'après
+tout ce que j'entends dire, elle se conduit irréprochablement<a id="footnotetag1411" name="footnotetag1411"></a><a href="#footnote1411" title="Lien vers la note 1411"><span class="small">[1411]</span></a>».</p>
+
+<p>Jane Armour, restée veuve à trente-et-un ans, fut fidèle à la mémoire
+de son mari. Elle supporta son veuvage, dont la célébrité de son nom et
+la curiosité dont elle était entourée faisaient une situation plus difficile,
+<span class="pagenum"><a id="page572" name="page572"></a>(p. 572)</span> avec une dignité qui lui valut l'estime et l'affection de tous. Son esprit
+s'était formé et assis. Son bon sens et un grand sentiment de tact frappaient
+ceux qui l'approchaient. Elle avait pris, en vivant près de son
+poète et en admirant ses &oelig;uvres, un goût de choses délicates et brillantes.</p>
+
+<p class="quote">Son esprit était un de ces esprits bien pondérés qui s'attachent instinctivement au
+convenable et à la mesure, en toutes choses. Ceux qui l'ont connue, au commencement
+comme à la fin de sa vie, n'ont jamais remarqué de changement dans ses façons
+et ses habitudes, sauf peut-être plus d'attention à sa mise et plus de raffinements dans
+ses manières, qu'elle avait acquis insensiblement par de fréquents rapports avec des
+familles de la plus haute respectabilité. Dans ses goûts, elle était frugale, simple et
+pure; elle prenait grand plaisir à la musique, à la peinture et aux fleurs. Pendant le
+printemps et l'été, il était impossible de passer devant ses fenêtres sans être frappé
+de la beauté et de la richesse des fleurs qu'elles contenaient; si elle était capable
+d'extravagance excessive, c'était pour les racines et les plantes des plus belles espèces.
+Aimant beaucoup la société de la jeunesse, elle se mêlait volontiers à leurs plaisirs
+innocents et remplissait joyeusement pour eux «la coupe qui égaie et n'enivre pas».
+Bien qu'elle ne fût ni sentimentale ni «bas bleu», c'était une femme intelligente;
+elle avait une grande pénétration, discernait admirablement les caractères et faisait
+souvent des remarques pleines de sens<a id="footnotetag1412" name="footnotetag1412"></a><a href="#footnote1412" title="Lien vers la note 1412"><span class="small">[1412]</span></a>.</p>
+
+<p>Cette Jane Armour n'est pas tout à fait celle que nous avons vue. C'est
+celle que la vie bien vécue avait fini par faire. Le haut esprit, qu'elle avait
+compris, en l'aimant, avait, en récompense, rempli cet amour d'intelligence.
+Elle avait, par la vertu de sa sympathie, mis sa nature à l'unisson
+avec la sienne, et elle était devenue apte à recevoir toutes choses justes
+et fines. Elle prit naturellement les délicatesses. Mais cela était comme le
+fruit lointain de sa bonté et de son pouvoir d'affection. Elle ne quitta
+jamais la maison où son mari était mort. Son soin était de la tenir en
+grande propreté et de l'embellir autant que ses strictes ressources le lui
+permettaient. Là, pendant plus de trente ans, elle reçut, par milliers et
+milliers, tous ceux, pauvres et riches, qui venaient visiter la demeure du
+poète. Parfois, pendant les mois d'été, elle était fatiguée de ce défilé
+incessant. Elle le supportait avec patience. Il lui semblait qu'elle remplissait
+un devoir en tenant sa maison ouverte et en accueillant ceux qu'avait
+attirés la gloire de Burns<a href="#footnote1412" title="Lien vers la note 1412"><span class="small">[1412]</span></a>. Elle conserva très longtemps son élégance de
+corps, sa démarche gracieuse, un pas léger, des yeux noirs comme le
+jais, clairs et brillants, et la voix souple et juste dont Burns était fier.
+Elle mourut le 26 mars 1834.</p>
+
+<p>Au moment de sa mort, Burns avait six enfants vivants, quatre légitimes
+de Jane Armour, quatre fils; et deux illégitimes, deux filles: l'une
+Elisabeth, l'aînée de tous ses enfants, la fille d'Elisabeth Paton, née en
+<span class="pagenum"><a id="page573" name="page573"></a>(p. 573)</span> 1784, qui était élevée à Mossgiel, et la seconde, nommée aussi Elisabeth,
+la fille d'Anna Park, que Jane Armour avait si généreusement recueillie.</p>
+
+<p>L'aîné des fils, nommé Robert comme son père, après avoir commencé
+son éducation à la Grammar-School de Dumfries, suivit des cours à
+l'Université d'Édimbourg et à celle de Glascow. Son éducation faite, il
+obtint un modeste emploi à l'Administration du Timbre à Londres. Il mena
+une vie de petit employé, augmentant ses ressources en donnant des
+leçons de mathématiques et de langues classiques. Il était d'une grande
+intelligence, avec un don de parole remarquable. Il composa quelques
+poésies auxquelles le mérite ne manque pas. Il semble, par certains côtés
+de conduite, avoir ressemblé à son père, mais il n'avait pas son énergie.
+Ce que Burns avait diagnostiqué de lui se trouva vrai; il était fait pour
+une vie de prélature, nonchalante et aisée. En 1833, il prit sa retraite,
+avec une petite pension, et vécut à Dumfries où il mourut en 1857. Il
+avait eu en 1812 une fille, Eliza Burns, qui épousa en 1834 le chirurgien
+Everitt. De cette union naquit une fille, Martha Burns-Everitt qui ne se
+maria pas.</p>
+
+<p>Le second, Francis-Wallace, le filleul de Mrs Dunlop, celui dont son
+père était si orgueilleux, mourut en 1803, à l'âge de quatorze ans.</p>
+
+<p>La destinée des deux derniers est plus intéressante. William-Nicol
+Burns, nommé d'après le Nicol d'Édimbourg, après avoir reçu son éducation
+à la Grammar-School de Dumfries, s'embarqua pour les Indes à l'âge
+de quinze ans, en qualité de midshipman. En 1811, il reçut une commission
+de cadet. Après trente-trois années de service comme officier dans
+le 7<sup>e</sup> régiment d'infanterie de Madras, dont il devint lieutenant-colonel,
+il prit sa retraite et revint en Angleterre en 1843. Il alla habiter la petite
+ville paisible de Cheltenham et y mourut presque de nos jours, le
+21 février 1872. Il mourut sans enfants.</p>
+
+<p>Le quatrième fils, James-Glencairn, nommé d'après le bienfaiteur de
+Burns, eut une carrière presque semblable. En 1811, il fut nommé cadet
+au service de la Compagnie des Indes-Orientales. Il rejoignit à Calcutta
+le 15<sup>e</sup> régiment d'infanterie indigène du Bengale. Lorsqu'il vint faire un
+séjour en Angleterre, en 1831, il fut l'hôte de Walter Scott à Abbotsford.
+À son retour dans les Indes, en 1833, il fut nommé Juge et Percepteur
+à Cachar. Il revint définitivement en 1839 avec le grade de major. Puis il
+alla vivre avec son frère à Cheltenham où il mourut en 1865. Il eut deux
+filles de deux mariages. La seconde, Anne-Becket Burns, qui ne s'est pas
+mariée, vivait encore à Cheltenham en 1883. L'aînée, Sarah Burns,
+épousa un docteur Hutchinson de qui elle eut un fils, Robert Burns-Hutchinson,
+et trois filles: Annie, Violet et Margaret. Robert Burns-Hutchinson
+est donc le seul descendant mâle légitime du poète. En 1877,
+il est parti pour Assam afin de se faire planteur de thé.</p>
+
+<p>Des deux filles naturelles de Burns, l'aînée «la petite Bess» resta à
+<span class="pagenum"><a id="page574" name="page574"></a>(p. 574)</span> Mossgiel avec Gilbert et la vieille mère jusqu'à l'âge de sa majorité. Elle
+reçut alors une dot de deux cents livres obtenues par une souscription
+publique. Elle épousa un nommé John Bishop et mourut à l'âge de trente-deux
+ans. La seconde continua à être élevée par Jane Armour avec ses
+propres enfants. À sa majorité, elle reçut également une somme de deux
+cents livres qui provenait de la même souscription. Elle épousa un
+nommé John Thomson, soldat retraité, qui travaillait près de Glascow à
+son métier de tisserand. En 1859, une nouvelle souscription lui assura
+trente livres de rente viagère. Elle mourut le 13 juin 1873.</p>
+
+<p>Ainsi, plus ou moins largement, la gloire de Burns procura aux siens
+ce que sa prévoyance ne leur avait pas assuré. S'il avait pu le deviner, sa
+fin eût été moins cruelle.<a href="#toc"><span class="small">[Lien vers la Table des matières.]</span></a></p>
+
+<p class="center p2">FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE</p>
+
+<a id="toc" name="toc"></a>
+<h2><span class="pagenum"><a id="page575" name="page575"></a>(p. 575)</span> TABLE DES MATIÈRES</h2>
+
+
+<ul class="none p2">
+<li>&nbsp;<span class="ralign">Pages</span></li>
+<li><span class="smcap">Dédicace</span><span class="ralign"><a href="#pageiii">III</a></span></li>
+<li><span class="smcap">Préface</span><span class="ralign"><a href="#pagev">V</a></span></li>
+</ul>
+
+<p class="chapter">PREMIÈRE PARTIE.<br>
+LA VIE.</p>
+
+<p class="section"><span class="smcap">Chapitre I.</span><br>
+ALLOWAY ET MONT-OLIPHANT.<br>
+1759&mdash;1777</p>
+
+<ul class="roman">
+<li>Alloway. L'Enfance <span class="ralign"><a href="#page003">3</a></span></li>
+
+<li>Mont-Oliphant. L'Éducation. L'Adolescence <span class="ralign"><a href="#page010">10</a></span></li>
+</ul>
+
+<p class="section"><span class="smcap">Chapitre II.</span><br>
+LOCHLEA<br>
+1777&mdash;1784.</p>
+
+<ul class="roman">
+<li>La Jeunesse. Les premières amours <span class="ralign"><a href="#page034">34</a></span></li>
+<li>Le séjour à Irvine <span class="ralign"><a href="#page050">50</a></span></li>
+<li>Les années d'apprentissage. Les premières fautes.
+ La mort du père. <span class="ralign"><a href="#page055">55</a></span></li>
+</ul>
+
+<p class="section"><span class="pagenum"><a id="page576" name="page576"></a>(p. 576)</span> <span class="smcap">Chapitre III.</span><br>
+MOSSGIEL ET MAUCHLINE.<br>
+Mars 1784&mdash;Novembre 1786.</p>
+
+<ul class="roman">
+<li>La lutte contre le clergé <span class="ralign"><a href="#page077">77</a></span></li>
+<li>Le flot de poésie.&mdash;La Vision <span class="ralign"><a href="#page109">109</a></span></li>
+<li>Les orages du c&oelig;ur.&mdash;Jane Armour.&mdash;Mary Campbell <span class="ralign"><a href="#page125">125</a></span></li>
+<li>La renommée soudaine.&mdash;Le départ pour Édimbourg <span class="ralign"><a href="#page162">162</a></span></li>
+</ul>
+
+<p class="section"><span class="smcap">Chapitre IV.</span><br>
+ÉDIMBOURG.<br>
+Novembre 1786&mdash;Février 1788.</p>
+
+<ul class="none">
+<li>Édimbourg en 1786 <span class="ralign"><a href="#page174">174</a></span></li>
+</ul>
+<ul class="roman">
+<li>L'hiver de 1786-87:
+<ul class="none">
+<li>Burns dans la société d'Édimbourg <span class="ralign"><a href="#page195">195</a></span></li>
+<li>Le triomphe <span class="ralign"><a href="#page210">210</a></span></li>
+<li>Le désaccord <span class="ralign"><a href="#page234">234</a></span></li>
+<li>Les tavernes d'Édimbourg <span class="ralign"><a href="#page241">241</a></span></li>
+</ul></li>
+
+<li>L'été de 1787:
+<ul class="none">
+<li>Le voyage des Borders <span class="ralign"><a href="#page254">254</a></span></li>
+<li>Rentrée et séjour à Mossgiel.&mdash;Retour à Édimbourg <span class="ralign"><a href="#page271">271</a></span></li>
+<li>Voyage dans les Highlands.&mdash;Impressions historiques
+ et patriotiques <span class="ralign"><a href="#page285">285</a></span></li>
+</ul></li>
+
+<li>L'hiver de 1787-88:
+<ul class="none">
+<li>Incertitudes <span class="ralign"><a href="#page319">319</a></span></li>
+<li>L'épisode de Clarinda <span class="ralign"><a href="#page323">323</a></span></li>
+<li>Départ définitif d'Édimbourg <span class="ralign"><a href="#page370">370</a></span></li>
+<li>Le mariage <span class="ralign"><a href="#page371">371</a></span></li>
+</ul></li>
+</ul>
+
+<p class="section"><span class="smcap">Chapitre V.</span><br>
+ELLISLAND.<br>
+Juin 1788&mdash;Novembre 1791.</p>
+
+<ul class="roman">
+<li>Installation à Ellisland.&mdash;Bonnes résolutions <span class="ralign"><a href="#page380">380</a></span></li>
+<li>L'Excise. Le sacrifice. Les fatigues <span class="ralign"><a href="#page414">414</a></span></li>
+<li>Misère,&mdash;Tristesse,&mdash;Fautes <span class="ralign"><a href="#page425">425</a></span></li>
+<li>La vie profonde, la production <span class="ralign"><a href="#page441">441</a></span></li>
+<li>Le départ de la ferme <span class="ralign"><a href="#page461">461</a></span></li>
+</ul>
+
+<p class="section"><span class="pagenum"><a id="page577" name="page577"></a>(p. 577)</span> <span class="smcap">Chapitre VI.</span><br>
+DUMFRIES.<br>
+Décembre 1791&mdash;Juillet 1796.</p>
+
+<ul class="roman">
+<li>Fin de l'épisode de Clarinda <span class="ralign"><a href="#page469">469</a></span></li>
+<li>Opinions politiques.&mdash;Tracas <span class="ralign"><a href="#page479">479</a></span></li>
+<li>Les excès augmentent.&mdash;Mauvais renom <span class="ralign"><a href="#page505">505</a></span></li>
+<li>Derniers jeux du c&oelig;ur.&mdash;Les chansons <span class="ralign"><a href="#page517">517</a></span></li>
+<li>Les derniers chagrins, les derniers excès, les
+ dernières lueurs. La fin <span class="ralign"><a href="#page535">535</a></span></li>
+</ul>
+
+
+<p class="p4"><a id="footnote1" name="footnote1"></a>
+<strong>Note 1:</strong> <span class="italic" lang="en">Narrative by Gilbert Burns of his Brother's Life.</span>
+Scott Douglas. Vol. IV. Appendix C.<a href="#footnotetag1"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote2" name="footnote2"></a>
+<strong>Note 2:</strong> <span class="italic">Lettre
+autobiographique de Robert Burns au D<sup>r</sup> Moore, datée de
+Mauchline 2 Août 1787.</span> Cette lettre est un document capital pour la
+première partie de la vie de Burns.&mdash;Tous les renvois aux
+&oelig;uvres de Burns, soit en vers soit en prose, sont faits,
+lorsqu'il n'y aura pas d'autre indication, sur la belle édition de W.
+Scott Douglas: <span class="italic" lang="en">The complete Works of Robert Burns.</span> Edinburgh. William
+Paterson, 6 vol. in-8<sup>o</sup>. C'est pour longtemps sans doute l'édition
+définitive.<a href="#footnotetag2"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote3" name="footnote3"></a>
+<strong>Note 3:</strong> John Murdoch's. <span class="italic" lang="en">Narrative of the Household of William Burnes.</span>
+V. Scott Douglas. Vol. IV. Appendix B.<a href="#footnotetag3"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote4" name="footnote4"></a>
+<strong>Note 4:</strong> Skene. <span class="italic" lang="en">Celtic Scotland.</span> Vol. I, p. 202-203.&mdash;Voir aussi
+Hill Burton. <span class="italic" lang="en">History of Scotland.</span> Vol. I, p. 278. Vol. II, p. 16 et
+61.&mdash;Voir aussi Veitch. <span class="italic" lang="en">The History and Poetry of the Scottish
+Border.</span> Chapitre <span class="smcap85">III</span>.<a href="#footnotetag4"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote5" name="footnote5"></a>
+<strong>Note 5:</strong> Skene. <span class="italic" lang="en">Celtic Scotland.</span> Vol. III, p. 70.<a href="#footnotetag5"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote6" name="footnote6"></a>
+<strong>Note 6:</strong> Matthew Arnold. <span class="italic" lang="en">Of the study of Celtic
+Literature.</span><a href="#footnotetag6"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote7" name="footnote7"></a>
+<strong>Note 7:</strong> R. Burns. <span class="italic" lang="en">Rantin' roving Robin.</span><a href="#footnotetag7"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote8" name="footnote8"></a>
+<strong>Note 8:</strong> <span class="italic" lang="en">Letter of Gilbert Burns to D<sup>r</sup> Currie.</span><a href="#footnotetag8"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote9" name="footnote9"></a>
+<strong>Note 9:</strong> Shairp. <span class="italic">Robert Burns.</span> Chap. <span class="smcap85">I</span>.<a href="#footnotetag9"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote10" name="footnote10"></a>
+<strong>Note 10:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag10"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote11" name="footnote11"></a>
+<strong>Note 11:</strong> <span class="italic" lang="en">The Vision.</span><a href="#footnotetag11"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote12" name="footnote12"></a>
+<strong>Note 12:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag12"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote13" name="footnote13"></a>
+<strong>Note 13:</strong> <span class="italic" lang="en">Gilbert's Narrative.</span><a href="#footnotetag13"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote14" name="footnote14"></a>
+<strong>Note 14:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag14"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote15" name="footnote15"></a>
+<strong>Note 15:</strong> <span class="italic" lang="en">Gilbert's Narrative.</span><a href="#footnotetag15"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote16" name="footnote16"></a>
+<strong>Note 16:</strong> J. Hill Burton. <span class="italic" lang="en">The History of Scotland</span>, tome III, p.
+899.<a href="#footnotetag16"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote17" name="footnote17"></a>
+<strong>Note 17:</strong> John Mackintosh. <span class="italic" lang="en">The History of Civilisation in
+Scotland</span>, chapitre <span class="smcap85">U</span>, tome II, page 140.&mdash;Tytler. <span class="italic" lang="en">History of
+Scotland</span>, tome III, p. 131.&mdash;Chambers. <span class="italic" lang="en">Domestic Annals of Scotland</span>,
+vol. III, p. 151.<a href="#footnotetag17"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote18" name="footnote18"></a>
+<strong>Note 18:</strong> Chambers. <span class="italic">Id.</span> tome I, p 479. Voir aussi tome II, p.
+138.<a href="#footnotetag18"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote19" name="footnote19"></a>
+<strong>Note 19:</strong> Hill Burton. <span class="italic" lang="en">The History of Scotland</span>, chap. <span class="smcap85">LXXXV</span>,
+tome VIII, page 72.<a href="#footnotetag19"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote20" name="footnote20"></a>
+<strong>Note 20:</strong> <span lang="en"><span class="italic">Recollections of a Tour Made in Scotland, A D 1803</span>, by</span>
+Dorothy Wordsworth.&mdash;<span lang="en">First week.</span><a href="#footnotetag20"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote21" name="footnote21"></a>
+<strong>Note 21:</strong> Froude. <span lang="en"><span class="italic">The Early Life of Thomas Carlyle. The
+nineteenth Century.</span> July</span> 1881.<a href="#footnotetag21"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote22" name="footnote22"></a>
+<strong>Note 22:</strong> Boswell. <span lang="en"><span class="italic">The Journal of a Tour to the Hebrides with
+Samuel Johnson, L L D.</span> October</span> 8.<a href="#footnotetag22"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote23" name="footnote23"></a>
+<strong>Note 23:</strong> Froude. <span class="italic" lang="en">The Early Life of Thomas Carlyle.</span> Id.<a href="#footnotetag23"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote24" name="footnote24"></a>
+<strong>Note 24:</strong> <span class="italic" lang="en">John Murdoch's Narrative of the Household of William
+Burnes.</span> Scott Douglas, tom. IV, Appendix B.<a href="#footnotetag24"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote25" name="footnote25"></a>
+<strong>Note 25:</strong> C'est le dernier vers de <span class="italic">l'Allegro</span> de Milton.<a href="#footnotetag25"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote26" name="footnote26"></a>
+<strong>Note 26:</strong> <span class="italic" lang="en">John Murdoch's Narrative.</span><a href="#footnotetag26"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote27" name="footnote27"></a>
+<strong>Note 27:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag27"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote28" name="footnote28"></a>
+<strong>Note 28:</strong> <span class="italic" lang="en">Gilbert's Narrative.</span><a href="#footnotetag28"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote29" name="footnote29"></a>
+<strong>Note 29:</strong> <span class="italic" lang="en">Gilbert's Narrative.</span><a href="#footnotetag29"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote30" name="footnote30"></a>
+<strong>Note 30:</strong> <span class="italic" lang="en">Murdoch's Narrative.</span><a href="#footnotetag30"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote31" name="footnote31"></a>
+<strong>Note 31:</strong> <span class="italic" lang="en">Gilbert's Narrative.</span><a href="#footnotetag31"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote32" name="footnote32"></a>
+<strong>Note 32:</strong> <span class="italic" lang="en">Gilbert's Narrative.</span><a href="#footnotetag32"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote33" name="footnote33"></a>
+<strong>Note 33:</strong> <span class="italic" lang="en">The Spectator</span>, N<sup>o</sup> 159, <span lang="en">Saturday, September 1<sup>st</sup></span>
+1711.<a href="#footnotetag33"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote34" name="footnote34"></a>
+<strong>Note 34:</strong> <span class="italic" lang="en">Gilbert's Narrative.</span><a href="#footnotetag34"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote35" name="footnote35"></a>
+<strong>Note 35:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag35"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote36" name="footnote36"></a>
+<strong>Note 36:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag36"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote37" name="footnote37"></a>
+<strong>Note 37:</strong> Chambers. <span class="italic" lang="en">Life of Burns.</span> Tome I, p. 23.<a href="#footnotetag37"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote38" name="footnote38"></a>
+<strong>Note 38:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag38"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote39" name="footnote39"></a>
+<strong>Note 39:</strong> <span class="italic"><span lang="en">Common-place Book</span>, Aug 1783.</span><a href="#footnotetag39"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote40" name="footnote40"></a>
+<strong>Note 40:</strong> <span class="italic" lang="en">Handsome Nell: O Once I loved a bonie
+lass.</span><a href="#footnotetag40"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote41" name="footnote41"></a>
+<strong>Note 41:</strong> <span class="italic"><span lang="en">Common-place Book.</span> Aug 1783.</span><a href="#footnotetag41"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote42" name="footnote42"></a>
+<strong>Note 42:</strong> <span class="italic" lang="en">Epistle to M<sup>rs</sup> Scott.</span><a href="#footnotetag42"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote43" name="footnote43"></a>
+<strong>Note 43:</strong> <span class="italic" lang="en">Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag43"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote44" name="footnote44"></a>
+<strong>Note 44:</strong> Chambers. <span class="italic" lang="en">Domestic Annals of Scotland.</span> Tome II, p.
+338.<a href="#footnotetag44"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote45" name="footnote45"></a>
+<strong>Note 45:</strong> Voir pour les détails caractéristiques: Chambers,
+<span class="italic" lang="en">Domestic Annals of Scotland</span>, Tome III, p. 480.&mdash;Allan Ramsay, <span class="italic" lang="en">The
+Fair Assembly, a Poem</span>, avec la dédicace en prose: <span class="italic" lang="en">To the Managers.</span><a href="#footnotetag45"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote46" name="footnote46"></a>
+<strong>Note 46:</strong> John Galt. <span class="italic" lang="en">The Annals of the Parish.</span> Chap. <span class="smcap85">II</span>.<a href="#footnotetag46"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote47" name="footnote47"></a>
+<strong>Note 47:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag47"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote48" name="footnote48"></a>
+<strong>Note 48:</strong> John Galt. <span class="italic" lang="en">The Annals of the Parish.</span> Chap. <span class="smcap85">II</span>. <span class="italic" lang="en">Year
+1761</span>.<a href="#footnotetag48"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote49" name="footnote49"></a>
+<strong>Note 49:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag49"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote50" name="footnote50"></a>
+<strong>Note 50:</strong> <span class="italic">Le Festin de Pierre.</span> Acte <span class="smcap85">I</span>, scène <span class="smcap85">II</span>.<a href="#footnotetag50"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote51" name="footnote51"></a>
+<strong>Note 51:</strong> <span class="italic" lang="en">Now westlin winds and slaught'ring guns.</span><a href="#footnotetag51"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote52" name="footnote52"></a>
+<strong>Note 52:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag52"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote53" name="footnote53"></a>
+<strong>Note 53:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag53"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote54" name="footnote54"></a>
+<strong>Note 54:</strong> <span class="italic" lang="en">The Twa Dogs.</span><a href="#footnotetag54"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote55" name="footnote55"></a>
+<strong>Note 55:</strong> <span class="italic" lang="en">Song, In the character of a Ruined Farmer.</span><a href="#footnotetag55"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote56" name="footnote56"></a>
+<strong>Note 56:</strong> <span class="italic" lang="en">Gilbert's Narrative.</span><a href="#footnotetag56"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote57" name="footnote57"></a>
+<strong>Note 57:</strong> <span lang="en"><span class="italic">Rambles through the Land of Burns</span>, by</span> Adamson, chap.
+<span class="smcap85">XI</span>.<a href="#footnotetag57"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote58" name="footnote58"></a>
+<strong>Note 58:</strong> <span class="italic" lang="en">Gilbert's Narrative.</span><a href="#footnotetag58"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote59" name="footnote59"></a>
+<strong>Note 59:</strong> <span class="italic" lang="en">Gilbert's Narrative.</span><a href="#footnotetag59"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote60" name="footnote60"></a>
+<strong>Note 60:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag60"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote61" name="footnote61"></a>
+<strong>Note 61:</strong> <span class="italic" lang="en">Description of Burns compiled by D<sup>r</sup> Currie from
+Accounts by the Associates of the Poet.</span> Scott Douglas, tome IV, p.
+388.<a href="#footnotetag61"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote62" name="footnote62"></a>
+<strong>Note 62:</strong> David Sillar. <span class="italic" lang="en">Reminiscences, from Walker's memoir of
+Burns, 1811.</span><a href="#footnotetag62"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote63" name="footnote63"></a>
+<strong>Note 63:</strong> Stevenson. <span class="italic" lang="en">Familiar studies of Men and Books. Some
+Aspects of Robert Burns</span>, p. 44.<a href="#footnotetag63"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote64" name="footnote64"></a>
+<strong>Note 64:</strong> <span class="italic" lang="en">Reminiscences of William Burnes by D<sup>r</sup> John Mackenzie
+of Mauchline.</span> (<span class="italic">Walker's Memoir of Burns.</span>)<a href="#footnotetag64"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote65" name="footnote65"></a>
+<strong>Note 65:</strong> <span class="italic" lang="en">The Highland Note-Book</span>, by R. Carruthers, Inverness,
+cité par Chambers. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, tom. I, p. 86.<a href="#footnotetag65"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote66" name="footnote66"></a>
+<strong>Note 66:</strong> Chambers, tom. I, pag. 86.<a href="#footnotetag66"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote67" name="footnote67"></a>
+<strong>Note 67:</strong> Hately Waddell.&mdash;<span class="italic" lang="en">Life and Works of R. Burns. Appendix,
+Reminiscences original. Part. I.</span><a href="#footnotetag67"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote68" name="footnote68"></a>
+<strong>Note 68:</strong> <span class="italic" lang="en">Reminiscences by D<sup>r</sup> Mackenzie.</span><a href="#footnotetag68"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote69" name="footnote69"></a>
+<strong>Note 69:</strong> R. Chambers, tome I, p. 36.<a href="#footnotetag69"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote70" name="footnote70"></a>
+<strong>Note 70:</strong> Voir sur ce curieux Club: <span class="italic" lang="en">Rules and Regulations to be
+observed in the Bachelors' Club</span>, Currie;&mdash;et <span class="italic" lang="en">History of the Rise,
+Proceedings and Regulations of the Bachelors' Club</span>. R. Chambers, tome
+I.<a href="#footnotetag70"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote71" name="footnote71"></a>
+<strong>Note 71:</strong> <span class="italic" lang="en">Gilbert's Narrative.</span><a href="#footnotetag71"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote72" name="footnote72"></a>
+<strong>Note 72:</strong> Hately Waddell. <span class="italic" lang="en">Life of Burns.</span> Part. I, p.
+<span class="smcap85">XIX</span>.<a href="#footnotetag72"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote73" name="footnote73"></a>
+<strong>Note 73:</strong> Carlyle. <span class="italic" lang="en">Essay on Burns.</span><a href="#footnotetag73"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote74" name="footnote74"></a>
+<strong>Note 74:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag74"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote75" name="footnote75"></a>
+<strong>Note 75:</strong> D. Sillar's. <span class="italic" lang="en">Account, etc.</span> Walker, tome II.
+Appendix.<a href="#footnotetag75"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote76" name="footnote76"></a>
+<strong>Note 76:</strong> En français dans le texte.<a href="#footnotetag76"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote77" name="footnote77"></a>
+<strong>Note 77:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag77"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote78" name="footnote78"></a>
+<strong>Note 78:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns.</span> Chap. <span class="smcap85">II</span>.<a href="#footnotetag78"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote79" name="footnote79"></a>
+<strong>Note 79:</strong> <span class="italic" lang="en">My Nannie O.</span><a href="#footnotetag79"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote80" name="footnote80"></a>
+<strong>Note 80:</strong> Sterne. <span class="italic" lang="en">A Sentimental Journey.</span> Calais.<a href="#footnotetag80"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote81" name="footnote81"></a>
+<strong>Note 81:</strong> <span class="italic" lang="en">Gilbert's Narrative.</span><a href="#footnotetag81"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote82" name="footnote82"></a>
+<strong>Note 82:</strong> <span class="italic" lang="en">Gilbert's Narrative.</span><a href="#footnotetag82"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote83" name="footnote83"></a>
+<strong>Note 83:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag83"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote84" name="footnote84"></a>
+<strong>Note 84:</strong> <span class="italic" lang="en">Gilbert's Narrative.</span><a href="#footnotetag84"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote85" name="footnote85"></a>
+<strong>Note 85:</strong> <span class="italic" lang="en">On Cessnock Banks.</span><a href="#footnotetag85"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote86" name="footnote86"></a>
+<strong>Note 86:</strong> Chambers, tome I, p. 48.<a href="#footnotetag86"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote87" name="footnote87"></a>
+<strong>Note 87:</strong> <span class="italic" lang="en">To Ellison Begbie.</span> Lettre 1.<a href="#footnotetag87"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote88" name="footnote88"></a>
+<strong>Note 88:</strong> <span class="italic" lang="en">To Ellison Begbie.</span> Lettre 2.<a href="#footnotetag88"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote89" name="footnote89"></a>
+<strong>Note 89:</strong> <span class="italic" lang="en">To Ellison Begbie.</span> Lettre 3.<a href="#footnotetag89"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote90" name="footnote90"></a>
+<strong>Note 90:</strong> <span class="italic">Idem.</span> Lettre 5.<a href="#footnotetag90"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote91" name="footnote91"></a>
+<strong>Note 91:</strong> Voir l'Appendix B ajouté par Scott Douglas et son
+édition de la <span class="italic">Vie de Burns</span> de Lockhart.<a href="#footnotetag91"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote92" name="footnote92"></a>
+<strong>Note 92:</strong> Scott Douglas. Tome I, p. 23, note.<a href="#footnotetag92"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote93" name="footnote93"></a>
+<strong>Note 93:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag93"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote94" name="footnote94"></a>
+<strong>Note 94:</strong> Cromek. <span class="italic" lang="en">Reliques of Robert Burns</span>, p. 442.<a href="#footnotetag94"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote95" name="footnote95"></a>
+<strong>Note 95:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag95"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote96" name="footnote96"></a>
+<strong>Note 96:</strong> R. Chambers, tome I, p. 55.<a href="#footnotetag96"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote97" name="footnote97"></a>
+<strong>Note 97:</strong> <span class="italic" lang="en">To His Father. Irvine, Dec 27, 1761.</span><a href="#footnotetag97"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote98" name="footnote98"></a>
+<strong>Note 98:</strong> <span class="italic"><span lang="en">Common-place Book. Marc</span>h 84.</span><a href="#footnotetag98"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote99" name="footnote99"></a>
+<strong>Note 99:</strong> <span class="italic" lang="en">Gilbert's Narrative.</span><a href="#footnotetag99"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote100" name="footnote100"></a>
+<strong>Note 100:</strong> Carlyle. <span class="italic" lang="en">Essay on Burns.</span><a href="#footnotetag100"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote101" name="footnote101"></a>
+<strong>Note 101:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag101"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote102" name="footnote102"></a>
+<strong>Note 102:</strong> <span class="italic" lang="en">To Richard Brown, Edinburgh, Dec 30,
+1787.</span><a href="#footnotetag102"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote103" name="footnote103"></a>
+<strong>Note 103:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag103"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote104" name="footnote104"></a>
+<strong>Note 104:</strong> <span class="italic" lang="en">To John Murdoch. Lochlea, January 15,
+1783.</span><a href="#footnotetag104"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote105" name="footnote105"></a>
+<strong>Note 105:</strong> <span class="italic" lang="en">To Miss Margaret Chalmers</span>, 22<sup>nd</sup> Jan
+1788.<a href="#footnotetag105"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote106" name="footnote106"></a>
+<strong>Note 106:</strong> <span class="italic" lang="en">I'll go and be a Sodger.</span><a href="#footnotetag106"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote107" name="footnote107"></a>
+<strong>Note 107:</strong> <span class="italic" lang="en">My Father was a Farmer.</span><a href="#footnotetag107"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote108" name="footnote108"></a>
+<strong>Note 108:</strong> <span class="italic"><span lang="en">Common-place Book. April</span> 1784.</span><a href="#footnotetag108"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote109" name="footnote109"></a>
+<strong>Note 109:</strong> Carlyle. <span class="italic" lang="en">Essay on Burns.</span><a href="#footnotetag109"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote110" name="footnote110"></a>
+<strong>Note 110:</strong> <span class="italic" lang="en">To John Murdoch. Lochlea, January 15, 1783.</span><a href="#footnotetag110"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote111" name="footnote111"></a>
+<strong>Note 111:</strong> <span class="italic" lang="en">To John Murdoch, Lochlea, Jan. 15, 1783.</span><a href="#footnotetag111"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote112" name="footnote112"></a>
+<strong>Note 112:</strong> <span class="italic"><span lang="en">Common-place Book, April</span>, 1783.</span><a href="#footnotetag112"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote113" name="footnote113"></a>
+<strong>Note 113:</strong> <span class="italic" lang="en">Winter, a Dirge.</span><a href="#footnotetag113"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote114" name="footnote114"></a>
+<strong>Note 114:</strong> Ossian.<a href="#footnotetag114"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote115" name="footnote115"></a>
+<strong>Note 115:</strong> Chateaubriand. <span class="italic">René.</span><a href="#footnotetag115"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote116" name="footnote116"></a>
+<strong>Note 116:</strong> Lamartine.<a href="#footnotetag116"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote117" name="footnote117"></a>
+<strong>Note 117:</strong> <span class="italic" lang="en">To Murdoch, Lochlie, January 15, 1783.</span><a href="#footnotetag117"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote118" name="footnote118"></a>
+<strong>Note 118:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag118"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote119" name="footnote119"></a>
+<strong>Note 119:</strong> <span class="italic" lang="en">Verses under the Portrait of Fergusson.</span><a href="#footnotetag119"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote120" name="footnote120"></a>
+<strong>Note 120:</strong> <span class="italic"><span lang="en">Common-place Book.</span> Le début.</span><a href="#footnotetag120"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote121" name="footnote121"></a>
+<strong>Note 121:</strong> <span class="italic"><span lang="en">Common-place Book. Sept.</span> 1785.</span><a href="#footnotetag121"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote122" name="footnote122"></a>
+<strong>Note 122:</strong> R. Chambers dit que ce détail a été donné par M<sup>rs</sup>
+Begg. Tome I, p. 70.<a href="#footnotetag122"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote123" name="footnote123"></a>
+<strong>Note 123:</strong> <span class="italic" lang="en">The Rigs of Barley.</span><a href="#footnotetag123"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote124" name="footnote124"></a>
+<strong>Note 124:</strong> <span class="italic" lang="en">Remorse, a fragment.</span><a href="#footnotetag124"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote125" name="footnote125"></a>
+<strong>Note 125:</strong> <span class="italic"><span lang="en">Common place Book, March</span> 1784.</span><a href="#footnotetag125"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote126" name="footnote126"></a>
+<strong>Note 126:</strong> Gilbert Burns, <span class="italic" lang="en">Narrative</span>, et Robert
+Burns, <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore</span>.<a href="#footnotetag126"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote127" name="footnote127"></a>
+<strong>Note 127:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag127"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote128" name="footnote128"></a>
+<strong>Note 128:</strong> R. Chambers, tome I, p. 80.<a href="#footnotetag128"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote129" name="footnote129"></a>
+<strong>Note 129:</strong> <span class="italic" lang="en">To James Burness, June 21, 1783.</span><a href="#footnotetag129"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote130" name="footnote130"></a>
+<strong>Note 130:</strong> R. Chambers, tom. I, p. 80.<a href="#footnotetag130"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote131" name="footnote131"></a>
+<strong>Note 131:</strong> <span class="italic" lang="en">Epitaph on my ever honoured Father.</span> Le
+dernier vers est une citation de Goldsmith.<a href="#footnotetag131"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote132" name="footnote132"></a>
+<strong>Note 132:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag132"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote133" name="footnote133"></a>
+<strong>Note 133:</strong> R. Chambers. Tom. I, p. 82.<a href="#footnotetag133"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote134" name="footnote134"></a>
+<strong>Note 134:</strong> <span class="italic" lang="en">To James Burness. February 17, 1784.</span><a href="#footnotetag134"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote135" name="footnote135"></a>
+<strong>Note 135:</strong> Gilbert Burns. <span class="italic" lang="en">Narrative.</span><a href="#footnotetag135"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote136" name="footnote136"></a>
+<strong>Note 136:</strong> <span lang="en">Archibald Mac Kay. <span class="italic">History of Kilmarnock</span>, chapter</span>
+<span class="smcap85">X</span>.&mdash;Voir aussi <span class="italic" lang="en">Rambles round Kilmarnock</span>, par
+A. R. Adamson, chap. <span class="smcap85">I</span>.<a href="#footnotetag136"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote137" name="footnote137"></a>
+<strong>Note 137:</strong> Sur Mauchline, voir R. Chambers, tom. I, p.
+170.&mdash;<span lang="en"><span class="italic">Robert Burns at Mossgiel</span> by William Jolly, chapters</span> <span class="smcap85">IV</span>, <span class="smcap85">V</span>,
+<span class="smcap85">VI</span>&mdash;<span lang="en"><span class="italic">Rambles through the Land of Burns</span>, by</span> A. R. Adamson,
+chap. <span class="smcap85">XV</span>.<a href="#footnotetag137"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote138" name="footnote138"></a>
+<strong>Note 138:</strong> Chambers, tom. I, p. 145,&mdash;William Jolly, chap.
+<span class="smcap85">II</span>.&mdash;Adamson, chap. <span class="smcap85">XIV</span>.<a href="#footnotetag138"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote139" name="footnote139"></a>
+<strong>Note 139:</strong> Gilbert Burns. <span class="italic" lang="en">Narrative.</span><a href="#footnotetag139"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote140" name="footnote140"></a>
+<strong>Note 140:</strong> <span class="italic" lang="en">The Inventory.</span><a href="#footnotetag140"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote141" name="footnote141"></a>
+<strong>Note 141:</strong> Chambers, tom. I, p. 160.<a href="#footnotetag141"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote142" name="footnote142"></a>
+<strong>Note 142:</strong> <span class="italic" lang="en">The Inventory.</span><a href="#footnotetag142"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote143" name="footnote143"></a>
+<strong>Note 143:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag143"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote144" name="footnote144"></a>
+<strong>Note 144:</strong> Gilbert Burns. <span class="italic" lang="en">Narrative.</span><a href="#footnotetag144"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote145" name="footnote145"></a>
+<strong>Note 145:</strong> Robertson. <span class="italic" lang="en">History of Scotland</span>, <span lang="en">Book</span> I, au
+commencement.<a href="#footnotetag145"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote146" name="footnote146"></a>
+<strong>Note 146:</strong> Robertson. <span class="italic" lang="en">History of Scotland</span>, <span lang="en">Book</span> I. Voir le
+commencement du règne de Jacques V.&mdash;Hill Burton. <span class="italic" lang="en">History of
+Scotland</span>, tom. III, chapitre <span class="smcap85">XXXVIII</span>; <span class="italic" lang="en">Power of the Clergy</span>.&mdash;Buckle.
+<span class="italic" lang="en">History of Civilisation in England</span>, tom. III, chap. <span class="smcap85">II</span>; les
+cinquante premières pages.&mdash;Merle d'Aubigné. <span class="italic">Histoire de la
+Réformation en Europe</span>, etc. <span class="italic">Écosse</span>, chapitre <span class="smcap85">I</span>: <span class="italic">Lutte entre la
+Royauté et la Noblesse.</span>&mdash;Mackintosh. <span class="italic" lang="en">History of Civilisation in
+Scotland</span>, chap. <span class="smcap85">XIII</span>, sect. <span class="smcap85">II.</span> pag. 60-65.&mdash;Mignet. <span class="italic">Marie Stuart</span>,
+tom. I, p. 14 et 15 et 66-67.<a href="#footnotetag146"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote147" name="footnote147"></a>
+<strong>Note 147:</strong> Buckle, tome III, chap. <span class="smcap85">II</span>, p. 58-68.&mdash;Hill Burton,
+tom. III, chap. <span class="smcap85">XXXVIII</span>, <span class="italic" lang="en">The Lords of the Congregation</span>.&mdash;Robertson,
+<span lang="en">Book</span> III. Année 1560.<a href="#footnotetag147"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote148" name="footnote148"></a>
+<strong>Note 148:</strong> Robertson. <span lang="en">Book</span> III, année 1560. Bien que l'histoire de
+Robertson soit sans doute moins nourrie de documents que des histoires
+plus récentes, la vigueur et la portée philosophique de ce remarquable
+esprit lui fournissent parfois des résumés ou des explications de
+faits clairs et pénétrants.&mdash;Mac Crie. <span class="italic" lang="en">Life of John Knox.</span> Period <span class="smcap85">V</span>,
+commencement.<a href="#footnotetag148"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote149" name="footnote149"></a>
+<strong>Note 149:</strong> Tytler. <span class="italic" lang="en">History of Scotland</span>, vol. III, p.
+131.&mdash;Mackintosh. <span class="italic" lang="en">History of Civilization in Scotland</span>, chap. <span class="smcap85">XV</span>,
+vol. II, p. 137.<a href="#footnotetag149"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote150" name="footnote150"></a>
+<strong>Note 150:</strong> Voir sur cette importante rupture, Robertson, p. 64, 68
+et 75-76. Robertson, qui fut longtemps Modérateur de l'Assemblée
+Générale, possédait ces questions comme historien et comme
+ecclésiastique.&mdash;Hill Burton. <span class="italic" lang="en">History</span>, vol. III, chap. <span class="smcap85">XLI</span>, pp. 36
+et suiv. <span class="italic" lang="en">Disposal of Ecclesiastical Revenues</span>.<a href="#footnotetag150"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote151" name="footnote151"></a>
+<strong>Note 151:</strong> Buckle. <span class="italic" lang="en">History of Civilisation in England</span>, vol. III,
+chap. <span class="smcap85">II</span>, p. 99.<a href="#footnotetag151"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote152" name="footnote152"></a>
+<strong>Note 152:</strong> On trouve un exposé clair de cette organisation
+ecclésiastique de l'Écosse, avec le nombre des paroisses, presbytères,
+synodes, etc. au <span class="smcap85">XVIII</span><sup>e</sup> siècle, dans la <span class="italic"><span lang="la">Magnæ Britanniæ notitia</span> <span lang="en">or
+Present State of Great Britain</span></span> by John Chamberlayne. L'édition que
+nous avons est de MDCCLV, vers la date de la naissance de Burns.<a href="#footnotetag152"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote153" name="footnote153"></a>
+<strong>Note 153:</strong> <span lang="en"><span class="italic">Scotland Social and Domestic</span>, by</span> Rev. Charles Rogers.
+Introduction, p. 19.<a href="#footnotetag153"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote154" name="footnote154"></a>
+<strong>Note 154:</strong> Voir d'amusantes anecdotes et remarques à ce sujet dans
+les <span lang="en"><span class="italic">Reminiscences of Scottish Life and Character</span>, by</span> Dean Ramsay,
+chap. <span class="smcap85">II</span>, p. 11 et suiv.<a href="#footnotetag154"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote155" name="footnote155"></a>
+<strong>Note 155:</strong> Voir, au sujet de cette question de l'orgue dans les
+églises: <span lang="en"><span class="italic">Scotland Social and Domestic</span>, by</span> Rev. Charles Rogers.
+Introduction, p. 28.<a href="#footnotetag155"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote156" name="footnote156"></a>
+<strong>Note 156:</strong> <span class="italic">Id.</span>, p. 24.<a href="#footnotetag156"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote157" name="footnote157"></a>
+<strong>Note 157:</strong> Chambers. <span class="italic" lang="en">Domestic Annals of Scotland</span>, vol. III, p.
+271.&mdash;Voir Ch. Rogers, <span class="italic" lang="en">Scotland</span>, etc., p. 24.<a href="#footnotetag157"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote158" name="footnote158"></a>
+<strong>Note 158:</strong> Buckle. <span class="italic" lang="en">History of Civilization in England</span>, vol. III,
+p. 203 et suivantes.<a href="#footnotetag158"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote159" name="footnote159"></a>
+<strong>Note 159:</strong> Dean Ramsay. <span class="italic" lang="en">Reminiscences</span>, p. 29.<a href="#footnotetag159"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote160" name="footnote160"></a>
+<strong>Note 160:</strong> Buckle. <span class="italic">Id.</span>, pag. 289.&mdash;Voir aussi dans Dean Ramsay,
+p. 207, l'anecdote des deux sacristains qui discutent les mérites de
+leurs ministres; et page 208.<a href="#footnotetag160"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote161" name="footnote161"></a>
+<strong>Note 161:</strong> Buckle. <span class="italic">Id.</span>, tom. III, p. 238.&mdash;Voir aussi les
+exemples qu'il donne dans les notes.<a href="#footnotetag161"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote162" name="footnote162"></a>
+<strong>Note 162:</strong> Bossuet.<a href="#footnotetag162"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote163" name="footnote163"></a>
+<strong>Note 163:</strong> Dean Stanley. <span class="italic" lang="en">Lectures on the History of the Church of
+Scotland.</span> Lecture <span class="smcap85">II</span>, p. 83.<a href="#footnotetag163"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote164" name="footnote164"></a>
+<strong>Note 164:</strong> Cowper. <span class="italic" lang="en">The Task.</span> <span lang="en">Book</span> II, vers 150 et suivants.<a href="#footnotetag164"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote165" name="footnote165"></a>
+<strong>Note 165:</strong> <span class="italic" lang="en">Address to the Deil.</span><a href="#footnotetag165"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote166" name="footnote166"></a>
+<strong>Note 166:</strong> Buckle, tome III, p. 240.<a href="#footnotetag166"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote167" name="footnote167"></a>
+<strong>Note 167:</strong> Id., p. 242.&mdash;Lire pour avoir la collection de ces
+horreurs, dans l'ouvrage fameux de Th. Boston, <span class="italic" lang="en">Human Nature in its
+Fourfold State</span>, le dernier chapitre, <span class="italic" lang="en">Hell</span>. C'est un cauchemar. Ce
+fut un des livres les plus populaires en Écosse au <span class="smcap85">XVIII</span><sup>e</sup> siècle.<a href="#footnotetag167"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote168" name="footnote168"></a>
+<strong>Note 168:</strong> <span class="italic" lang="en">Chambers's Encyclopædia</span>, au mot <span class="italic" lang="en">Elders</span>.<a href="#footnotetag168"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote169" name="footnote169"></a>
+<strong>Note 169:</strong> Buckle, tome III, p. 208.&mdash;Ch. Rogers, <span class="italic" lang="en">Scotland Social
+and Domestic</span>, p. 347.<a href="#footnotetag169"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote170" name="footnote170"></a>
+<strong>Note 170:</strong> Ch. Rogers, p. 367.<a href="#footnotetag170"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote171" name="footnote171"></a>
+<strong>Note 171:</strong> Chamberlayne. <span class="italic" lang="la">Magnæ Britanniæ Notitia</span>, Part <span class="smcap85">II</span>, Book
+<span class="smcap85">II</span>, chap. <span class="smcap85">III</span>.<a href="#footnotetag171"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote172" name="footnote172"></a>
+<strong>Note 172:</strong> <span class="italic" lang="en">Chambers's Encyclopædia; Kirk-sessions.</span><a href="#footnotetag172"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote173" name="footnote173"></a>
+<strong>Note 173:</strong> Ch. Rogers, <span class="italic" lang="en">Scotland etc.</span>, p. 28.<a href="#footnotetag173"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote174" name="footnote174"></a>
+<strong>Note 174:</strong> <span lang="en"><span class="italic">The Worship and Offices of the Church of Scotland</span> by</span>,
+G. W. Sprott, p. 222 et suivantes.<a href="#footnotetag174"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote175" name="footnote175"></a>
+<strong>Note 175:</strong> Ch. Rogers, p. 38 et 358.<a href="#footnotetag175"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote176" name="footnote176"></a>
+<strong>Note 176:</strong> G. W. Sprott, p. 222.<a href="#footnotetag176"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote177" name="footnote177"></a>
+<strong>Note 177:</strong> Chamberlayne, <span class="italic">Id.</span><a href="#footnotetag177"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote178" name="footnote178"></a>
+<strong>Note 178:</strong> G. W. Sprott, p. 222.<a href="#footnotetag178"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote179" name="footnote179"></a>
+<strong>Note 179:</strong> Voir dans Ch. Rogers 'énumération des cas', p. 355 à
+370.<a href="#footnotetag179"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote180" name="footnote180"></a>
+<strong>Note 180:</strong> Mackintosh, <span class="italic" lang="en">History of Civilisation in Scotland</span>, p.
+141.<a href="#footnotetag180"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote181" name="footnote181"></a>
+<strong>Note 181:</strong> Id., p. 310.<a href="#footnotetag181"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote182" name="footnote182"></a>
+<strong>Note 182:</strong> Ch. Rogers, p. 29.<a href="#footnotetag182"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote183" name="footnote183"></a>
+<strong>Note 183:</strong> Chamberlayne, <span class="italic">Id.</span><a href="#footnotetag183"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote184" name="footnote184"></a>
+<strong>Note 184:</strong> Toute cette organisation est expliquée jusque dans les
+moindres détails et avec une grande clarté dans le livre de
+Chamberlayne. Les procédures y sont indiquées très minutieusement. Il
+faut lire tout le chapitre intitulé: <span class="italic" lang="en">Method of Discipline.</span><a href="#footnotetag184"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote185" name="footnote185"></a>
+<strong>Note 185:</strong> Ch. Rogers, <span class="italic" lang="en">Scotland</span>, p. 351.&mdash;R. Chambers, <span class="italic" lang="en">Domestic
+Annals</span>, tom. I, p. 335.<a href="#footnotetag185"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote186" name="footnote186"></a>
+<strong>Note 186:</strong> Buckle, tome III, p. 231, 247 et 252.&mdash;Voir la même
+pensée exprimée plus timidement dans R. Chambers, <span class="italic" lang="en">Domestic Annals</span>,
+tome I, p. 337.<a href="#footnotetag186"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote187" name="footnote187"></a>
+<strong>Note 187:</strong> Lecky. <span class="italic" lang="en">History of England in the XVIII<sup>th</sup> century</span>,
+tome II, p. 539.<a href="#footnotetag187"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote188" name="footnote188"></a>
+<strong>Note 188:</strong> Hill Burton, tome VIII, chap. <span class="smcap85">XCI</span>, p. 390.<a href="#footnotetag188"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote189" name="footnote189"></a>
+<strong>Note 189:</strong> Dean Stanley, <span class="italic" lang="en">Church Scotland</span>, p. 64.<a href="#footnotetag189"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote190" name="footnote190"></a>
+<strong>Note 190:</strong> Hill Burton, tome VIII, chap. <span class="smcap85">XCI</span>, p. 390.<a href="#footnotetag190"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote191" name="footnote191"></a>
+<strong>Note 191:</strong> Buckle, tome III, p. 4.&mdash;Lecky, tome II, p.
+85.<a href="#footnotetag191"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote192" name="footnote192"></a>
+<strong>Note 192:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiography of D<sup>r</sup> Alexander Carlyle of Inveresk</span>,
+chap. <span class="smcap85">III</span>, p. 82.&mdash;Lecky, tome II, p. 538.<a href="#footnotetag192"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote193" name="footnote193"></a>
+<strong>Note 193:</strong> Hill Burton, tome VIII, p. 399.&mdash;Voir dans les
+<span class="italic" lang="en">St.-Giles' Lectures</span> (1<sup>re</sup> série) la lecture <span class="smcap85">IX</span>, <span class="italic" lang="en">The Church in the
+Eighteenth Century</span>, par Rev. John Tulloch.<a href="#footnotetag193"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote194" name="footnote194"></a>
+<strong>Note 194:</strong> Lecky, tome II, p. 538.&mdash;Hill Burton, tome VIII, p.
+400.<a href="#footnotetag194"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote195" name="footnote195"></a>
+<strong>Note 195:</strong> Buckle, tome III, p. 295.<a href="#footnotetag195"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote196" name="footnote196"></a>
+<strong>Note 196:</strong> Buckle, tome III, p. 293.<a href="#footnotetag196"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote197" name="footnote197"></a>
+<strong>Note 197:</strong> Lecky. <span class="italic">Id.</span><a href="#footnotetag197"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote198" name="footnote198"></a>
+<strong>Note 198:</strong> Voir aussi, sur ces premiers mouvements de l'esprit
+philosophique, M. A. Espinas, <span class="italic">La Philosophie en Écosse au XVIII<sup>e</sup>
+siècle</span>, dans <span class="italic">La Revue Philosophique</span>, février 1881.<a href="#footnotetag198"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote199" name="footnote199"></a>
+<strong>Note 199:</strong> Buckle, tome III, p. 465 et suivantes.<a href="#footnotetag199"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote200" name="footnote200"></a>
+<strong>Note 200:</strong> Voir <span class="italic"><span lang="en">Sermons by</span> William Leechman</span>, D.D. publiés avec
+une vie par James Wodrow. Les titres et les textes de ces sermons
+suffisent à marquer la différence avec les prédications d'alors et le
+livre de Boston: <span class="italic" lang="en">Sermon <span class="smcap85">VIII</span>; The Excellency of the spirit of
+Christianity</span>, 2 Timothy. <span lang="en">For God hath not given us the spirit of
+fear, but of power and of love and of a sound mind.</span> <span class="italic" lang="en">Sermon <span class="smcap85">XIII</span></span>; <span class="italic">On
+the Propriety and Usefulness of Religious gratitude</span>, Psalm <span class="smcap85">CVII</span>, 8:
+<span lang="en">Oh, that men would praise the Lord for his goodness and for his
+wonderful works to the children of men.</span> <span class="italic" lang="en">Sermon <span class="smcap85">XVII</span>; Jesus Christ
+full of grace</span> etc. On voit le contraste avec les sermons de
+damnation. Ces sermons sont du reste ternes et minces.&mdash;Voir aussi D<sup>r</sup>
+Alex. Carlyle, chap. <span class="smcap85">III</span>. Leechman fut aussi persécuté malgré ses
+talents et son caractère.&mdash;Voir John Tulloch. <span class="italic" lang="en">The Church of the
+Eighteenth Century</span>, p. 273-75, <span class="italic">(St.-Giles' Lectures)</span>.<a href="#footnotetag200"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote201" name="footnote201"></a>
+<strong>Note 201:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiography of D<sup>r</sup> Alex. Carlyle</span>, chap. <span class="smcap85">III</span>, p.
+84.<a href="#footnotetag201"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote202" name="footnote202"></a>
+<strong>Note 202:</strong> R. Chambers, tome I, p. 122.<a href="#footnotetag202"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote203" name="footnote203"></a>
+<strong>Note 203:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 59.<a href="#footnotetag203"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote204" name="footnote204"></a>
+<strong>Note 204:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag204"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote205" name="footnote205"></a>
+<strong>Note 205:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 57.<a href="#footnotetag205"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote206" name="footnote206"></a>
+<strong>Note 206:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 56.<a href="#footnotetag206"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote207" name="footnote207"></a>
+<strong>Note 207:</strong> <span class="italic" lang="en">Reply to an announcement by J. Rankine.</span><a href="#footnotetag207"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote208" name="footnote208"></a>
+<strong>Note 208:</strong> Chamberlayne. <span class="italic" lang="la">Magnæ Britanniæ Notitia</span>, Part <span class="smcap85">II</span>, Book
+<span class="smcap85">II</span>, <span class="italic" lang="en">Method of Discipline</span>.<a href="#footnotetag208"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote209" name="footnote209"></a>
+<strong>Note 209:</strong> Voir la note de Scott Douglas dans son édition de la
+vie de Burns de Lockhart, p. 55.<a href="#footnotetag209"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote210" name="footnote210"></a>
+<strong>Note 210:</strong> Ch. Rogers. <span class="italic" lang="en">Scotland Social and Domestic</span>, p.
+352.<a href="#footnotetag210"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote211" name="footnote211"></a>
+<strong>Note 211:</strong> Scott Douglas, vol. I, p. 71.<a href="#footnotetag211"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote212" name="footnote212"></a>
+<strong>Note 212:</strong> <span class="italic" lang="en">Epistle to John Rankine.</span><a href="#footnotetag212"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote213" name="footnote213"></a>
+<strong>Note 213:</strong> <span class="italic" lang="en">Epistle to John Rankine.</span><a href="#footnotetag213"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote214" name="footnote214"></a>
+<strong>Note 214:</strong> <span class="italic" lang="en">Annals of the Parish</span> , chap. <span class="smcap85">V</span>, A D,
+1764.<a href="#footnotetag214"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote215" name="footnote215"></a>
+<strong>Note 215:</strong> <span class="italic" lang="en">A poet's Welcome to his love begotten
+Daughter.</span><a href="#footnotetag215"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote216" name="footnote216"></a>
+<strong>Note 216:</strong> <span class="italic" lang="en">A Poet's Welcome.</span><a href="#footnotetag216"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote217" name="footnote217"></a>
+<strong>Note 217:</strong> <span class="italic" lang="en">The Inventory.</span><a href="#footnotetag217"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote218" name="footnote218"></a>
+<strong>Note 218:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 60.<a href="#footnotetag218"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote219" name="footnote219"></a>
+<strong>Note 219:</strong> <span class="italic" lang="en">The Twa Herds or The Holy Tulzie.</span><a href="#footnotetag219"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote220" name="footnote220"></a>
+<strong>Note 220:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag220"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote221" name="footnote221"></a>
+<strong>Note 221:</strong> R. Chambers, tome I, p. 135.<a href="#footnotetag221"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote222" name="footnote222"></a>
+<strong>Note 222:</strong> Voir l'argument par Burns lui-même, publié pour la
+première fois par Scott Douglas, tom. I, p. 96.<a href="#footnotetag222"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote223" name="footnote223"></a>
+<strong>Note 223:</strong> <span class="italic" lang="en">Holy Willie's Prayer.</span><a href="#footnotetag223"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote224" name="footnote224"></a>
+<strong>Note 224:</strong> <span class="italic" lang="en">Holy Willie's Prayer.</span><a href="#footnotetag224"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote225" name="footnote225"></a>
+<strong>Note 225:</strong> Scott Douglas, tom. I, p. 102.<a href="#footnotetag225"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote226" name="footnote226"></a>
+<strong>Note 226:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag226"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote227" name="footnote227"></a>
+<strong>Note 227:</strong> Buckle, tom. III, p. 288 et suivantes.<a href="#footnotetag227"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote228" name="footnote228"></a>
+<strong>Note 228:</strong> <span class="italic" lang="en">Address to the Deil.</span><a href="#footnotetag228"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote229" name="footnote229"></a>
+<strong>Note 229:</strong> <span class="italic" lang="en">Address to the unco Guid.</span><a href="#footnotetag229"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote230" name="footnote230"></a>
+<strong>Note 230:</strong> Chambers, tome I, p. 139.<a href="#footnotetag230"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote231" name="footnote231"></a>
+<strong>Note 231:</strong> <span class="italic" lang="en">Epistle to the Rev. John Mac Math.</span><a href="#footnotetag231"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote232" name="footnote232"></a>
+<strong>Note 232:</strong> <span class="italic" lang="en">Second Epistle to Davie.</span><a href="#footnotetag232"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote233" name="footnote233"></a>
+<strong>Note 233:</strong> <span class="italic" lang="en">Epistle to James Smith.</span><a href="#footnotetag233"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote234" name="footnote234"></a>
+<strong>Note 234:</strong> Gilbert. <span class="italic" lang="en">Letter to D<sup>r</sup> Currie, respecting the
+composition of his Brother's Poems.</span><a href="#footnotetag234"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote235" name="footnote235"></a>
+<strong>Note 235:</strong> Chambers, tome I, p. 182-83.<a href="#footnotetag235"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote236" name="footnote236"></a>
+<strong>Note 236:</strong> <span class="italic" lang="en">Second Epistle to Lapraik.</span><a href="#footnotetag236"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote237" name="footnote237"></a>
+<strong>Note 237:</strong> <span class="italic" lang="en">Third Epistle to Lapraik.</span><a href="#footnotetag237"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote238" name="footnote238"></a>
+<strong>Note 238:</strong> <span class="italic" lang="en">Epistle to the Rev. John Mac Math.</span><a href="#footnotetag238"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote239" name="footnote239"></a>
+<strong>Note 239:</strong> Gilbert. <span class="italic" lang="en">Letter to D<sup>r</sup> Currie, respecting the
+composition of his Brother's Poems.</span><a href="#footnotetag239"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote240" name="footnote240"></a>
+<strong>Note 240:</strong> Chambers, tome I, p. 147.<a href="#footnotetag240"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote241" name="footnote241"></a>
+<strong>Note 241:</strong> Gilbert. <span class="italic" lang="en">Letter to D<sup>r</sup> Currie.</span><a href="#footnotetag241"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote242" name="footnote242"></a>
+<strong>Note 242:</strong> Chambers, tome I, p. 145.<a href="#footnotetag242"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote243" name="footnote243"></a>
+<strong>Note 243:</strong> Gilbert. <span class="italic">Id.</span><a href="#footnotetag243"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote244" name="footnote244"></a>
+<strong>Note 244:</strong> Keats. <span class="italic">Odes.</span> <span class="italic">Fragment.</span> <span class="italic" lang="en">To Reynolds.</span><a href="#footnotetag244"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote245" name="footnote245"></a>
+<strong>Note 245:</strong> <span class="italic" lang="en">Common-place Book.</span><a href="#footnotetag245"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote246" name="footnote246"></a>
+<strong>Note 246:</strong> <span class="italic" lang="en">Epistle to J. Lapraik.</span><a href="#footnotetag246"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote247" name="footnote247"></a>
+<strong>Note 247:</strong> <span class="italic" lang="en">Epistle to W. Simson.</span><a href="#footnotetag247"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote248" name="footnote248"></a>
+<strong>Note 248:</strong> <span class="italic" lang="en">Epistle to W. Simson.</span><a href="#footnotetag248"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote249" name="footnote249"></a>
+<strong>Note 249:</strong> <span class="italic" lang="en">Epistle to James Smith.</span><a href="#footnotetag249"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote250" name="footnote250"></a>
+<strong>Note 250:</strong> <span class="italic" lang="en">The Vision.</span><a href="#footnotetag250"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote251" name="footnote251"></a>
+<strong>Note 251:</strong> Villon. <span class="italic">Grand Testament, <span class="smcap85">XXVI</span>.</span><a href="#footnotetag251"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote252" name="footnote252"></a>
+<strong>Note 252:</strong> Id. Ballade intitulée: <span class="italic">Les Contredits de
+Franc-Gontier.</span><a href="#footnotetag252"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote253" name="footnote253"></a>
+<strong>Note 253:</strong> Chambers, <span class="italic" lang="en">Domestic Annals</span>, tom. III, p.
+454.<a href="#footnotetag253"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote254" name="footnote254"></a>
+<strong>Note 254:</strong> Chambers, tom. I, p. 97,&mdash;et aussi les <span class="italic">Souvenirs de
+M<sup>rs</sup> Burns à M<sup>r</sup> John Mac Diarmid</span>, dans Hately Waddell, avec quelques
+divergences de détail peu importantes.<a href="#footnotetag254"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote255" name="footnote255"></a>
+<strong>Note 255:</strong> Voir <span class="italic" lang="en">Burns at Mossgiel</span>, p. 50, et le petit plan de
+l'ancien Mauchline qui s'y trouve.<a href="#footnotetag255"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote256" name="footnote256"></a>
+<strong>Note 256:</strong> <span class="italic" lang="en">The Belles of Mauchline.</span><a href="#footnotetag256"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote257" name="footnote257"></a>
+<strong>Note 257:</strong> <span class="italic" lang="en">Epistle to Davie.</span><a href="#footnotetag257"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote258" name="footnote258"></a>
+<strong>Note 258:</strong> <span class="italic" lang="en">Address to The Deil.</span><a href="#footnotetag258"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote259" name="footnote259"></a>
+<strong>Note 259:</strong> <span class="italic" lang="en">To John Richmond</span>, 17 February 1786.<a href="#footnotetag259"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote260" name="footnote260"></a>
+<strong>Note 260:</strong> <span class="italic" lang="en">To James Smith, Mauchline.</span><a href="#footnotetag260"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote261" name="footnote261"></a>
+<strong>Note 261:</strong> Lockhart, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 82.<a href="#footnotetag261"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote262" name="footnote262"></a>
+<strong>Note 262:</strong> R. Chambers, tom. I, p. 237.<a href="#footnotetag262"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote263" name="footnote263"></a>
+<strong>Note 263:</strong> Walker. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. <span class="smcap85">LVII</span>.<a href="#footnotetag263"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote264" name="footnote264"></a>
+<strong>Note 264:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 83.<a href="#footnotetag264"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote265" name="footnote265"></a>
+<strong>Note 265:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 83.<a href="#footnotetag265"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote266" name="footnote266"></a>
+<strong>Note 266:</strong> <span class="italic" lang="en">To John Ballantine</span>, April 1786.<a href="#footnotetag266"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote267" name="footnote267"></a>
+<strong>Note 267:</strong> R. Chambers, tom. I, p. 237-38.<a href="#footnotetag267"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote268" name="footnote268"></a>
+<strong>Note 268:</strong> R. Chambers, vol. I, p. 140.&mdash;Scott Douglas, tom. I, p.
+293.<a href="#footnotetag268"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote269" name="footnote269"></a>
+<strong>Note 269:</strong> Chambers, vol. I, p. 259.<a href="#footnotetag269"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote270" name="footnote270"></a>
+<strong>Note 270:</strong> <span class="italic">Samuel</span>, liv. I, chap. <span class="smcap85">XVII</span>, 28.<a href="#footnotetag270"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote271" name="footnote271"></a>
+<strong>Note 271:</strong> <span class="italic">Samuel</span>, liv. II, chap. <span class="smcap85">I</span>, 20.<a href="#footnotetag271"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote272" name="footnote272"></a>
+<strong>Note 272:</strong> Nous n'avons pas trouvé cette citation exacte dans la
+<span class="italic" lang="en">Cruden's Concordance</span>; il y a d'ailleurs dans la Bible des
+expressions analogues qui reviennent à plusieurs reprisés. Deut. 28,
+29, Ps. <span class="smcap85">I</span>, 3.<a href="#footnotetag272"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote273" name="footnote273"></a>
+<strong>Note 273:</strong> <span class="italic" lang="en">To John Arnot of Dalquatswood</span>, April
+1786.<a href="#footnotetag273"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote274" name="footnote274"></a>
+<strong>Note 274:</strong> Ce sont les vers fameux de Wolsey.
+Shakspeare, <span class="italic">Henri VIII</span>, acte <span class="smcap85">III</span>, scène <span class="smcap85">II</span>.<a href="#footnotetag274"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote275" name="footnote275"></a>
+<strong>Note 275:</strong> <span class="italic">Job</span>, <span class="smcap85">XXX</span>, 26. Les citations de Burns ne sont pas
+toujours très fidèles. La phrase qui se trouve dans son texte est
+<span lang="en">«And it came to pass that when I looked for sweet behold
+darkness».</span> Le texte de la traduction anglaise est<span lang="en"> «When I
+looked for good, then evil came <span class="italic">unto me</span>, and when I waited for
+light, there came darkness».</span><a href="#footnotetag275"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote276" name="footnote276"></a>
+<strong>Note 276:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag276"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote277" name="footnote277"></a>
+<strong>Note 277:</strong> <span class="italic" lang="en">To M<sup>r</sup> Mac Whinnie</span>, 17<sup>th</sup> April, 1786.<a href="#footnotetag277"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote278" name="footnote278"></a>
+<strong>Note 278:</strong> <span class="italic" lang="en">To M<sup>r</sup> John Kennedy</span>, 20 April 1786.
+L'expression se trouve à la fin de l'<span class="italic" lang="en">Elegy written in a
+Country Churchyard</span>.<a href="#footnotetag278"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote279" name="footnote279"></a>
+<strong>Note 279:</strong> <span class="italic" lang="en">To a Mountain Daisy.</span><a href="#footnotetag279"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote280" name="footnote280"></a>
+<strong>Note 280:</strong> <span class="italic" lang="en">Song, composed in Spring.</span><a href="#footnotetag280"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote281" name="footnote281"></a>
+<strong>Note 281:</strong> <span class="italic" lang="en">The Lament, occasioned by the unfortunate issue of a
+friend's Amour.</span><a href="#footnotetag281"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote282" name="footnote282"></a>
+<strong>Note 282:</strong> <span class="italic" lang="en">Despondency, an ode.</span><a href="#footnotetag282"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote283" name="footnote283"></a>
+<strong>Note 283:</strong> <span class="italic" lang="en">To Ruin.</span><a href="#footnotetag283"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote284" name="footnote284"></a>
+<strong>Note 284:</strong> <span class="italic" lang="en">Gilbert's Narrative.</span><a href="#footnotetag284"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote285" name="footnote285"></a>
+<strong>Note 285:</strong> <span class="italic" lang="en">Scotch Drink.</span><a href="#footnotetag285"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote286" name="footnote286"></a>
+<strong>Note 286:</strong> <span class="italic" lang="en">Second Epistle to John Lapraik.</span><a href="#footnotetag286"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote287" name="footnote287"></a>
+<strong>Note 287:</strong> <span class="italic" lang="en">To M<sup>r</sup> David Brice</span>, 12<sup>th</sup> June, 1786.<a href="#footnotetag287"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote288" name="footnote288"></a>
+<strong>Note 288:</strong> <span class="italic" lang="en">The Lament.</span><a href="#footnotetag288"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote289" name="footnote289"></a>
+<strong>Note 289:</strong> <span class="italic" lang="en">The Vision.</span><a href="#footnotetag289"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote290" name="footnote290"></a>
+<strong>Note 290:</strong> <span class="italic" lang="en">The Lament.</span><a href="#footnotetag290"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote291" name="footnote291"></a>
+<strong>Note 291:</strong> <span class="italic" lang="en">The Lament.</span><a href="#footnotetag291"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote292" name="footnote292"></a>
+<strong>Note 292:</strong> <span class="italic" lang="en">To M<sup>r</sup> David Brice.</span> 12<sup>th</sup> June, 1786.<a href="#footnotetag292"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote293" name="footnote293"></a>
+<strong>Note 293:</strong> <span class="italic" lang="en">To Gavin Hamilton.</span> 7<sup>th</sup> Jan, 1787.<a href="#footnotetag293"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote294" name="footnote294"></a>
+<strong>Note 294:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag294"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote295" name="footnote295"></a>
+<strong>Note 295:</strong> Scott Douglas, vol. <span class="smcap85">IV</span>, p. 141.<a href="#footnotetag295"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote296" name="footnote296"></a>
+<strong>Note 296:</strong> <span class="italic" lang="en">Gilbert's Narrative.</span><a href="#footnotetag296"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote297" name="footnote297"></a>
+<strong>Note 297:</strong> Scott Douglas, tom. I, p. 113.<a href="#footnotetag297"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote298" name="footnote298"></a>
+<strong>Note 298:</strong> <span class="italic" lang="en">Letters: to Robert Aiken.</span> 3<sup>rd</sup>
+April 1786; <span class="italic" lang="en">to John Ballantine</span> 14<sup>th</sup> April; <span class="italic" lang="en">to
+M<sup>r</sup> Mac Whinnie.</span> 17<sup>th</sup> April 1786; <span class="italic" lang="en">to M<sup>r</sup> John Kennedy</span> 30<sup>th</sup>
+April.<a href="#footnotetag298"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote299" name="footnote299"></a>
+<strong>Note 299:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag299"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote300" name="footnote300"></a>
+<strong>Note 300:</strong> <span class="italic" lang="en">Letter to Thomson.</span> 14<sup>th</sup> Nov, 1792.<a href="#footnotetag300"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote301" name="footnote301"></a>
+<strong>Note 301:</strong> <span class="italic" lang="en">Remarks in an interleaved copy of Johnson's museum.</span><a href="#footnotetag301"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote302" name="footnote302"></a>
+<strong>Note 302:</strong> Currie. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 30.<a href="#footnotetag302"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote303" name="footnote303"></a>
+<strong>Note 303:</strong> Voir dans Scott Douglas, vol. IV, p. 120-130, et dans
+son édition de Lockhart, p. 336-339, la suite de faits et de
+raisonnements par lesquels il a établi irréfutablement ce fait. Cette
+vague aventure flottait quelque part dans la jeunesse de Burns. Il l'a
+saisie et fixée à sa véritable date et dans ses vraies circonstances.
+Dans l'édition de Currie, que nous possédons et qui lui a appartenu,
+se trouve le premier soupçon de cette histoire et le cri de surprise
+qu'il lui arracha. Au bas de la colonne (p. 31) où se trouvent les
+vagues allusions de Currie, il a écrit: <span lang="en">«Who can tell the date?&mdash;Can
+it be possible that 1786 was the year? When he was under vows to Miss
+Armour? Else what can be the meaning of «<span class="italic">Will ye go to the Indies
+Mary?!!!</span>»</span> Évidemment, on saisit là la minute où, pour la
+première fois, la pensée qu'une pareille chose était possible traversa
+le cerveau de Scott Douglas. On verra l'importance de cette
+découverte, à travers toute la vie de Burns.<a href="#footnotetag303"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote304" name="footnote304"></a>
+<strong>Note 304:</strong> Chambers, tom. I, p. 252.<a href="#footnotetag304"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote305" name="footnote305"></a>
+<strong>Note 305:</strong> <span class="italic" lang="en">Remarks in an interleaved copy of Johnson's museum.</span><a href="#footnotetag305"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote306" name="footnote306"></a>
+<strong>Note 306:</strong> Cromek. <span class="italic" lang="en">Reliques of Burns.</span><a href="#footnotetag306"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote307" name="footnote307"></a>
+<strong>Note 307:</strong> Les deux volumes se trouvent dans le monument de Burns
+près d'Ayr.<a href="#footnotetag307"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote308" name="footnote308"></a>
+<strong>Note 308:</strong> <span class="italic" lang="en">Will ye go to the Indies, my Mary?</span><a href="#footnotetag308"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote309" name="footnote309"></a>
+<strong>Note 309:</strong> <span class="italic" lang="en">To David Brice.</span> 12<sup>th</sup> June, 1786.<a href="#footnotetag309"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote310" name="footnote310"></a>
+<strong>Note 310:</strong> <span class="italic" lang="en">To John Richmond.</span> 9<sup>th</sup> July, 1786.<a href="#footnotetag310"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote311" name="footnote311"></a>
+<strong>Note 311:</strong> <span class="italic" lang="en">To David Brice.</span> 17<sup>th</sup> July, 1786.<a href="#footnotetag311"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote312" name="footnote312"></a>
+<strong>Note 312:</strong> Ces procès-verbaux ont été également copiés par nous
+sur les registres de la <span lang="en">Kirk-Session</span> de Mauchline.<a href="#footnotetag312"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote313" name="footnote313"></a>
+<strong>Note 313:</strong> <span class="italic" lang="en">To David Brice.</span> 17<sup>th</sup> July, 1786.<a href="#footnotetag313"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote314" name="footnote314"></a>
+<strong>Note 314:</strong> R. Chambers, tom. I, p. 277.<a href="#footnotetag314"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote315" name="footnote315"></a>
+<strong>Note 315:</strong> <span class="italic" lang="en">On a Scotch Bard gone to the west Indies.</span><a href="#footnotetag315"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+
+<p><a id="footnote316" name="footnote316"></a>
+<strong>Note 316:</strong> <span class="italic" lang="en">Farewell to Ballochmyle.</span><a href="#footnotetag316"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote317" name="footnote317"></a>
+<strong>Note 317:</strong> <span class="italic" lang="en">To Miss Wilhelmina Alexander, enclosing a song
+inspired by her charms</span>, Mossgiel 18<sup>th</sup> Nov. 1786.<a href="#footnotetag317"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote318" name="footnote318"></a>
+<strong>Note 318:</strong> <span class="italic" lang="en">The Lass of Ballochmyle.</span><a href="#footnotetag318"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote319" name="footnote319"></a>
+<strong>Note 319:</strong> Scott Douglas, tom. I, p. 161.<a href="#footnotetag319"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote320" name="footnote320"></a>
+<strong>Note 320:</strong> Currie. <span class="italic">Life of Burns.</span><a href="#footnotetag320"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote321" name="footnote321"></a>
+<strong>Note 321:</strong> Voir dans Hately Waddell <span class="italic" lang="en">Héroïnes of Burns</span>,
+ses souvenirs personnels sur Miss Alexander.&mdash;Et Chambers, tom. I, p.
+289.<a href="#footnotetag321"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote322" name="footnote322"></a>
+<strong>Note 322:</strong> Chambers, tom. I, p. 289.<a href="#footnotetag322"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote323" name="footnote323"></a>
+<strong>Note 323:</strong> Nous remercions ici le colonel Alexander de la bonne
+grâce avec laquelle il nous a permis de visiter Ballochmyle et les
+souvenirs de Burns.<a href="#footnotetag323"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote324" name="footnote324"></a>
+<strong>Note 324:</strong> <span class="italic" lang="en">Burns and his Kilmarnock Friends.</span> Appendix <span class="smcap85">I</span>.<a href="#footnotetag324"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote325" name="footnote325"></a>
+<strong>Note 325:</strong> <span class="italic" lang="en">To David Brice</span>, 12<sup>th</sup> June 1786.<a href="#footnotetag325"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote326" name="footnote326"></a>
+<strong>Note 326:</strong> En français.<a href="#footnotetag326"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote327" name="footnote327"></a>
+<strong>Note 327:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag327"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote328" name="footnote328"></a>
+<strong>Note 328:</strong> <span lang="en"><span class="italic">Deed of Assignment in favour of his brother Gilbert</span>,
+of «all and Sundry Goods, Gear, Corns, Cattle, Horses, Nolt, Sheep,
+Household furniture, and all other movable effects of whatever kind
+that I shall leave behind on my departure from the Kingdom, etc.»
+Mossgiel, 22<sup>nd</sup> July</span> 1786.<a href="#footnotetag328"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote329" name="footnote329"></a>
+<strong>Note 329:</strong> R. Chambers, tom. I, p. 290.<a href="#footnotetag329"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote330" name="footnote330"></a>
+<strong>Note 330:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag330"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote331" name="footnote331"></a>
+<strong>Note 331:</strong> <span class="italic" lang="en">To John Richmond</span>, 30<sup>th</sup> July 1786.<a href="#footnotetag331"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote332" name="footnote332"></a>
+<strong>Note 332:</strong> Shenstone.<a href="#footnotetag332"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote333" name="footnote333"></a>
+<strong>Note 333:</strong> R. Chambers, tom. I, p. 861. Appendix 10: <span class="italic" lang="en">Sale of the
+Kilmarnock edition.</span><a href="#footnotetag333"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote334" name="footnote334"></a>
+<strong>Note 334:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag334"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote335" name="footnote335"></a>
+<strong>Note 335:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To James Smith</span>, Monday Morning, 14<sup>th</sup> Aug</span>
+1786.<a href="#footnotetag335"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote336" name="footnote336"></a>
+<strong>Note 336:</strong> R. Chambers, tom. I, p. 297-98.<a href="#footnotetag336"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote337" name="footnote337"></a>
+<strong>Note 337:</strong> R. Chambers, tom. I, p. 298.<a href="#footnotetag337"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote338" name="footnote338"></a>
+<strong>Note 338:</strong> <span class="italic" lang="en">To John Richmond.</span> Sunday 3<sup>rd</sup> Sep. 1786.<a href="#footnotetag338"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote339" name="footnote339"></a>
+<strong>Note 339:</strong> <span class="italic" lang="en">To Robert Muir</span>, 8 Sep. 1786.<a href="#footnotetag339"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote340" name="footnote340"></a>
+<strong>Note 340:</strong> R. Chambers, tom. I, p. 298.<a href="#footnotetag340"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote341" name="footnote341"></a>
+<strong>Note 341:</strong> R. Chambers, tom. I, p. 321-324.</p>
+
+<p><a id="footnote342" name="footnote342"></a>
+<strong>Note 342:</strong> R. Chambers, tom. I, p. 324.<a href="#footnotetag342"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote343" name="footnote343"></a>
+<strong>Note 343:</strong> <span class="italic" lang="en">Remarks in an interleaved copy of Johnson's
+museum.</span><a href="#footnotetag343"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote344" name="footnote344"></a>
+<strong>Note 344:</strong> Voir, à défaut des volumes, le fac-simile des
+inscriptions donné par Scott Douglas, tom. I, p. 298-99.<a href="#footnotetag344"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote345" name="footnote345"></a>
+<strong>Note 345:</strong> R. Chambers, tom. I, p. 325.<a href="#footnotetag345"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote346" name="footnote346"></a>
+<strong>Note 346:</strong> <span class="italic" lang="en">To Robert Aiken</span>, About 8<sup>th</sup> October 1786.<a href="#footnotetag346"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote347" name="footnote347"></a>
+<strong>Note 347:</strong> <span class="italic" lang="en">My Highland Lassie, O.</span><a href="#footnotetag347"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote348" name="footnote348"></a>
+<strong>Note 348:</strong> Scott Douglas, tome IV, p. 139.<a href="#footnotetag348"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote349" name="footnote349"></a>
+<strong>Note 349:</strong> Allan Cunningham, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 86.<a href="#footnotetag349"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote350" name="footnote350"></a>
+<strong>Note 350:</strong> Robert Heron, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 433.<a href="#footnotetag350"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote351" name="footnote351"></a>
+<strong>Note 351:</strong> Walker. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. <span class="smcap85">LXVIII</span>.<a href="#footnotetag351"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote352" name="footnote352"></a>
+<strong>Note 352:</strong> <span class="italic" lang="en">Gilbert's Narrative.</span>&mdash;R. Chambers, tom. I, p.
+839.<a href="#footnotetag352"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote353" name="footnote353"></a>
+<strong>Note 353:</strong> R. Chambers, tom. I, p. 329.<a href="#footnotetag353"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote354" name="footnote354"></a>
+<strong>Note 354:</strong> <span class="italic" lang="en">Lines on meeting with lord Daer.</span><a href="#footnotetag354"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote355" name="footnote355"></a>
+<strong>Note 355:</strong> <span class="italic" lang="en">Dugald Stewart's Letter respecting Burns</span>, donnée par
+Currie, p. 33.<a href="#footnotetag355"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote356" name="footnote356"></a>
+<strong>Note 356:</strong> R. Chambers, t. I, p. 313.<a href="#footnotetag356"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote357" name="footnote357"></a>
+<strong>Note 357:</strong> <span class="italic" lang="en">To Robert Aiken</span>, 8<sup>th</sup> October 1786.<a href="#footnotetag357"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote358" name="footnote358"></a>
+<strong>Note 358:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiographical Letter to D<sup>r</sup> Moore.</span><a href="#footnotetag358"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote359" name="footnote359"></a>
+<strong>Note 359:</strong> Walker, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. <span class="smcap85">LX</span>.<a href="#footnotetag359"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote360" name="footnote360"></a>
+<strong>Note 360:</strong> Heron. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 433.<a href="#footnotetag360"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote361" name="footnote361"></a>
+<strong>Note 361:</strong> Voir sur le D<sup>r</sup> Blacklock la notice dans
+<span class="italic" lang="en">Biographical Dictionary of Eminent Scotsmen</span>.<a href="#footnotetag361"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote362" name="footnote362"></a>
+<strong>Note 362:</strong> <span class="italic" lang="en">To M<sup>r</sup> George Lawrie</span> V. D. M. Sept. 4,
+1786, donnée par Chambers, tom. I, p. 311.<a href="#footnotetag362"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote363" name="footnote363"></a>
+<strong>Note 363:</strong> <span class="italic" lang="en">To Robert Aiken</span>, 8<sup>th</sup> October 1786.<a href="#footnotetag363"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote364" name="footnote364"></a>
+<strong>Note 364:</strong> Walker, p. <span class="smcap85">LXXII</span>.<a href="#footnotetag364"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote365" name="footnote365"></a>
+<strong>Note 365:</strong> <span class="italic" lang="en">The Gloomy Night is gathering fast.</span><a href="#footnotetag365"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote366" name="footnote366"></a>
+<strong>Note 366:</strong> <span class="italic" lang="en">The Edinburgh Magazine for October</span>, cité
+par Chambers, tom. I, p. 336.<a href="#footnotetag366"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote367" name="footnote367"></a>
+<strong>Note 367:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 103.<a href="#footnotetag367"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote368" name="footnote368"></a>
+<strong>Note 368:</strong> <span class="italic" lang="en">Letter of M<sup>r</sup> Archibald Prentice.</span>
+C'était le fils de l'hôte de Burns. Chambers, tom. II, p. 1 et 2.<a href="#footnotetag368"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote369" name="footnote369"></a>
+<strong>Note 369:</strong> R. Chambers. <span class="italic" lang="en">Traditions of Edinburgh</span>, p.
+17.&mdash;Voir aussi les souvenirs de l'auteur de <span class="italic" lang="en">Modern Edinburgh</span>, chap.
+<span class="smcap85">V</span>, p. 65.<a href="#footnotetag369"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote370" name="footnote370"></a>
+<strong>Note 370:</strong> R. Chambers. <span class="italic" lang="en">Traditions of Edinburgh</span>, p. 18.<a href="#footnotetag370"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote371" name="footnote371"></a>
+<strong>Note 371:</strong> <span class="italic" lang="en">Memorials of His Time</span>, by lord Cockburn, p. 3.<a href="#footnotetag371"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote372" name="footnote372"></a>
+<strong>Note 372:</strong> James Grant. <span class="italic" lang="en">Old and New Edinburgh</span>, tom.
+II, chap. <span class="smcap85">XVI</span>.<a href="#footnotetag372"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote373" name="footnote373"></a>
+<strong>Note 373:</strong> <span lang="en"><span class="italic">Tour through the Island of Great Britain</span>, originally
+begun by the celebrated Daniel de Foe, continued by the late M<sup>r</sup>
+Richardson author of <span class="italic">Clarissa</span>, and brought down to the Present Time
+by Gentlemen of Eminence in the Literary World,</span> 1778.
+Tom. IV, p. 78.<a href="#footnotetag373"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote374" name="footnote374"></a>
+<strong>Note 374:</strong> Wilson. <span class="italic" lang="en">Reminiscences of Old Edinburgh</span>, vol. I, p.
+61.&mdash;Voir aussi les gravures dans les ouvrages illustrés.<a href="#footnotetag374"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote375" name="footnote375"></a>
+<strong>Note 375:</strong> Ballingal's. <span class="italic" lang="en">Edinburgh Past and Present.</span>
+Chap. <span class="smcap85">I</span>, par John Gilfillan.<a href="#footnotetag375"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote376" name="footnote376"></a>
+<strong>Note 376:</strong> Cité par Gilfillan, dans <span class="italic" lang="en">Edinburgh Past and Present</span>,
+chap. <span class="smcap85">I</span>.<a href="#footnotetag376"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote377" name="footnote377"></a>
+<strong>Note 377:</strong> Ruskin. <span class="italic" lang="en">Lectures on architecture and painting.</span> Lecture <span class="smcap85">I</span>, au début.<a href="#footnotetag377"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote378" name="footnote378"></a>
+<strong>Note 378:</strong> Walter Scott. <span lang="en"><span class="italic">Provincial antiquities of Scotland</span>;
+General account of Edinburgh.</span><a href="#footnotetag378"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote379" name="footnote379"></a>
+<strong>Note 379:</strong> La pierre est du diorite basaltique. Voir Hugh Miller.
+<span class="italic" lang="en">Edinburgh and its Neighbourhood.</span> Lecture <span class="smcap85">II</span>, p. 55.<a href="#footnotetag379"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote380" name="footnote380"></a>
+<strong>Note 380:</strong> <span lang="en"><span class="italic">Old and New Edinburgh</span>, by</span> James Grant,
+tom. I, chap. <span class="smcap85">IX</span>.&mdash;Chambers. <span class="italic" lang="en">Traditions of Edinburgh</span>,
+p. 29 et 32.<a href="#footnotetag380"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote381" name="footnote381"></a>
+<strong>Note 381:</strong> <span class="italic" lang="en">Chambers Memorials</span>, p. 95.<a href="#footnotetag381"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote382" name="footnote382"></a>
+<strong>Note 382:</strong> <span lang="en"><span class="italic">Old and New Edinburgh</span>, by</span> James Grant,
+tom. I, chap. <span class="smcap85">XIV</span>.<a href="#footnotetag382"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote383" name="footnote383"></a>
+<strong>Note 383:</strong> Hill Burton. <span class="italic" lang="en">History of Scotland</span>, tom.
+IV, p. 18.<a href="#footnotetag383"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote384" name="footnote384"></a>
+<strong>Note 384:</strong> Hill Burton, tom. VI, p. 150-53.<a href="#footnotetag384"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote385" name="footnote385"></a>
+<strong>Note 385:</strong> Hill Burton, tom. VI, p. 184.<a href="#footnotetag385"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote386" name="footnote386"></a>
+<strong>Note 386:</strong> R. Chambers. <span class="italic" lang="en">Traditions of Edinburgh</span>, p.
+311<a href="#footnotetag386"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote387" name="footnote387"></a>
+<strong>Note 387:</strong> <span class="italic" lang="en">Old and New Edinburgh</span>, tom. I, p. 164.<a href="#footnotetag387"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote388" name="footnote388"></a>
+<strong>Note 388:</strong> Wilson. <span class="italic" lang="en">Reminiscences of Old Edinburgh</span>,
+tom. I, chap. <span class="smcap85">VI</span>, p. 154.<a href="#footnotetag388"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote389" name="footnote389"></a>
+<strong>Note 389:</strong> Il faut lire ces scènes dans le récit de Knox lui-même.
+<span class="italic" lang="en">History of the Reformation of Religion in Scotland</span>,
+<span lang="en">Book</span> <span class="smcap85">IV</span>, p. 290-91.<a href="#footnotetag389"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote390" name="footnote390"></a>
+<strong>Note 390:</strong> James Grant. <span class="italic" lang="en">Old and New Edinburgh</span>, tom.
+I, p. 6.<a href="#footnotetag390"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote391" name="footnote391"></a>
+<strong>Note 391:</strong> Mac Crie. <span class="italic" lang="en">Life of Knox</span>, Period <span class="smcap85">VIII</span>, p.
+217, la note <span class="smcap85">HHH</span>, à la fin du volume, p. 394, et la note <span class="smcap85">IX</span>, p.
+472.&mdash;James Grant. <span class="italic" lang="en">Old and New Edinburgh</span>, tom. I, ch.
+<span class="smcap85">XXIV</span>.<a href="#footnotetag391"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote392" name="footnote392"></a>
+<strong>Note 392:</strong> Hill Burton, tom. V, chap. <span class="smcap85">LIV</span>, p. 87.<a href="#footnotetag392"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote393" name="footnote393"></a>
+<strong>Note 393:</strong> Walter Scott. <span class="italic" lang="en">Tales of a Grand Father</span>, chap. <span class="smcap85">XLVI</span>.<a href="#footnotetag393"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+
+<p><a id="footnote394" name="footnote394"></a>
+<strong>Note 394:</strong> Voir les extraits des <span class="italic" lang="en">Wigton papers</span>, dans
+Aytoun <span class="italic" lang="en">Lays of the Scottish Cavaliers</span>.<a href="#footnotetag394"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote395" name="footnote395"></a>
+<strong>Note 395:</strong> Voir l'extrait de <span class="italic" lang="en">Nichol's Diary</span>, donné
+par Aytoun dans ses <span class="italic" lang="en">Lays of the Scottish Cavaliers</span>; et la
+note de Wishart, donnée par Walter Scott, à l'endroit déjà cité.<a href="#footnotetag395"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote396" name="footnote396"></a>
+<strong>Note 396:</strong> Hill Burton, tom. VII, p. 8.<a href="#footnotetag396"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote397" name="footnote397"></a>
+<strong>Note 397:</strong> Walter Scott. <span class="italic" lang="en">Tales of a Grand Father</span>, chap. <span class="smcap85">XLVI</span>,
+d'après les <span class="italic" lang="en">Wigton Papers</span>.<a href="#footnotetag397"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote398" name="footnote398"></a>
+<strong>Note 398:</strong> Wilson. <span class="italic" lang="en">Reminiscences of Old Edinburgh</span>,
+tom. II, p. 112;&mdash;et Aytoun, l'introduction en prose au poème sur
+Montrose.<a href="#footnotetag398"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote399" name="footnote399"></a>
+<strong>Note 399:</strong> James Grant. <span class="italic" lang="en">Old and New Edinburg</span>, tome 1, p.
+4.<a href="#footnotetag399"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote400" name="footnote400"></a>
+<strong>Note 400:</strong> Mignet. <span class="italic">Marie Stuart</span>, tom. II, p. 416.<a href="#footnotetag400"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote401" name="footnote401"></a>
+<strong>Note 401:</strong> <span lang="en"><span class="italic">The Abbey and Palace of Holyrood</span>, by D. Anderson,
+Keeper of the Chapel Royal.</span><a href="#footnotetag401"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote402" name="footnote402"></a>
+<strong>Note 402:</strong> Mignet, <span class="italic">Marie Stuart</span>, tome I, chap. <span class="smcap85">I</span>, p. 22.<a href="#footnotetag402"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote403" name="footnote403"></a>
+<strong>Note 403:</strong> Brantôme. <span class="italic">Vie des Dames Illustres. Marie Stuart, Reyne
+d'Écosse.</span><a href="#footnotetag403"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote404" name="footnote404"></a>
+<strong>Note 404:</strong> Mignet. <span class="italic">Marie Stuart</span>, tome I, chap. <span class="smcap85">III</span>, p.
+161.&mdash;Hill Burton, tome IV, chap. <span class="smcap85">XLIII</span>, p. 105.<a href="#footnotetag404"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote405" name="footnote405"></a>
+<strong>Note 405:</strong> <span class="italic" lang="en">Old and New Edinburgh</span>, tome II, chap. <span class="smcap85">X</span>, p. 66.<a href="#footnotetag405"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote406" name="footnote406"></a>
+<strong>Note 406:</strong> Mignet. <span class="italic">Marie Stuart</span>, chap. <span class="smcap85">IV</span> à la fin.&mdash;Hill
+Burton, tome IV, chap. <span class="smcap85">XLIII</span>, p. 145 et suivantes.<a href="#footnotetag406"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote407" name="footnote407"></a>
+<strong>Note 407:</strong> Voir l'admirable et poignant récit de cette scène, par
+Mignet. <span class="italic">Marie Stuart</span>, chap. <span class="smcap85">X</span>.<a href="#footnotetag407"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote408" name="footnote408"></a>
+<strong>Note 408:</strong> L'histoire de Robertson est de 1759, une seconde
+édition avec additions et corrections allait paraître en 1787; celle
+de Hume parut pendant les années 1754, 56, 59 et 61.<a href="#footnotetag408"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote409" name="footnote409"></a>
+<strong>Note 409:</strong> Pennant. <span class="italic" lang="en">First Tour in Scotland. Performed in the year
+1769.&mdash;Tour Through different parts of England Scotland and Wales.
+Performed in 1778</span>, by Richard Joseph Sulivan.&mdash;<span class="italic" lang="en">Tour in England and
+Scotland performed in 1785</span>, by Thomas Newte.<a href="#footnotetag409"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote410" name="footnote410"></a>
+<strong>Note 410:</strong> Boswell. <span class="italic" lang="en">Journal of a Tour to the Hebrides</span>, Monday
+August 16.<a href="#footnotetag410"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote411" name="footnote411"></a>
+<strong>Note 411:</strong> <span class="italic" lang="en">Address to Edinburgh.</span><a href="#footnotetag411"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote412" name="footnote412"></a>
+<strong>Note 412:</strong> <span class="italic" lang="en">The Kirk's Alarm.</span><a href="#footnotetag412"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote413" name="footnote413"></a>
+<strong>Note 413:</strong> <span class="italic" lang="en">Address to Edinburgh.</span><a href="#footnotetag413"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote414" name="footnote414"></a>
+<strong>Note 414:</strong> Ronsard. <span class="italic">Regret, à Marie Stuart.</span><a href="#footnotetag414"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote415" name="footnote415"></a>
+<strong>Note 415:</strong> Brantôme. <span class="italic">Marie Stuart.</span><a href="#footnotetag415"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote416" name="footnote416"></a>
+<strong>Note 416:</strong> <span class="italic" lang="en">Journal of the Highland Tour</span>, 25<sup>th</sup> Aug 1787.<a href="#footnotetag416"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote417" name="footnote417"></a>
+<strong>Note 417:</strong> <span class="italic" lang="en">To Lady Winifred Maxwell Constable</span>, April
+1791.<a href="#footnotetag417"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote418" name="footnote418"></a>
+<strong>Note 418:</strong> <span class="italic" lang="en">To William Patrick Fraser.</span><a href="#footnotetag418"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote419" name="footnote419"></a>
+<strong>Note 419:</strong> <span class="italic" lang="en">Prologue, for M<sup>r</sup> Sutherland's Benefit
+Night.</span><a href="#footnotetag419"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote420" name="footnote420"></a>
+<strong>Note 420:</strong> <span class="italic" lang="en">To M<sup>rs</sup> Graham of Fintry.</span> February 1791.<a href="#footnotetag420"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote421" name="footnote421"></a>
+<strong>Note 421:</strong> Brantôme. <span class="italic">Marie Stuart.</span><a href="#footnotetag421"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote422" name="footnote422"></a>
+<strong>Note 422:</strong> <span class="italic" lang="en">Lament of Mary queen of Scots.</span><a href="#footnotetag422"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote423" name="footnote423"></a>
+<strong>Note 423:</strong> Ronsard. <span class="italic">Regret, à Marie Stuart.</span><a href="#footnotetag423"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote424" name="footnote424"></a>
+<strong>Note 424:</strong> Wilson. <span class="italic" lang="en">Reminiscences of Old Edinburgh</span>, tome I, p. 78
+et tome II, p. 304.<a href="#footnotetag424"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote425" name="footnote425"></a>
+<strong>Note 425:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials of his Times</span>, p. 94.<a href="#footnotetag425"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote426" name="footnote426"></a>
+<strong>Note 426:</strong> Smollett. <span class="italic" lang="en">Humphry Clinker.</span> J. Melford, July 18.<a href="#footnotetag426"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote427" name="footnote427"></a>
+<strong>Note 427:</strong> Boswell. <span class="italic" lang="en">Journal of a Tour to the Hebrides</span>, Monday,
+August 16.<a href="#footnotetag427"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote428" name="footnote428"></a>
+<strong>Note 428:</strong> <span lang="en">Walter Scott. <span class="italic">Provincial antiquities of Scotland</span>
+General account of Edinburgh.</span><a href="#footnotetag428"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote429" name="footnote429"></a>
+<strong>Note 429:</strong> Topham. <span class="italic" lang="en">Letters from Edinburgh 1774</span>, cité dans <span lang="en">Modern
+Edinburgh</span>, p. 9.<a href="#footnotetag429"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote430" name="footnote430"></a>
+<strong>Note 430:</strong> Smollett. <span class="italic" lang="en">Humphry Clinker</span>, Matt Bramble. Edinb. July
+18.<a href="#footnotetag430"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote431" name="footnote431"></a>
+<strong>Note 431:</strong> Topham. <span class="italic">Id.</span><a href="#footnotetag431"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote432" name="footnote432"></a>
+<strong>Note 432:</strong> <span lang="en">Walter Scott. <span class="italic">General account of Edinburgh</span>.</span><a href="#footnotetag432"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote433" name="footnote433"></a>
+<strong>Note 433:</strong> Walter Scott. <span class="italic">Id.</span><a href="#footnotetag433"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote434" name="footnote434"></a>
+<strong>Note 434:</strong> Walter Scott. <span class="italic">Id.</span>&mdash;Smollett, <span class="italic" lang="en">Humphry Clinker</span>, Matt
+Bramble, July 18.<a href="#footnotetag434"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote435" name="footnote435"></a>
+<strong>Note 435:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 12.<a href="#footnotetag435"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote436" name="footnote436"></a>
+<strong>Note 436:</strong> J. Grant. <span class="italic" lang="en">Old and New Edinburgh</span>, tome I, chap. <span class="smcap85">X</span>, p.
+94.&mdash;Wilson. <span class="italic" lang="en">Reminiscences</span>, tom. I, p. 220.<a href="#footnotetag436"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote437" name="footnote437"></a>
+<strong>Note 437:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 96.<a href="#footnotetag437"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote438" name="footnote438"></a>
+<strong>Note 438:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic">Memorials</span>, p. 292 et R. Chambers.
+<span class="italic">Traditions</span>, p. 196-200.&mdash;Voir sur l'abolition de ce corps: Walter
+Scott, <span class="italic" lang="en">Heart of Midlothian</span>.<a href="#footnotetag438"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote439" name="footnote439"></a>
+<strong>Note 439:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 293.<a href="#footnotetag439"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote440" name="footnote440"></a>
+<strong>Note 440:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 105-107.&mdash;James Grant.
+<span class="italic" lang="en">Old and New Edinburgh</span>, tom. I, p. 115.<a href="#footnotetag440"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote441" name="footnote441"></a>
+<strong>Note 441:</strong> Walter Scott. <span class="italic" lang="en">Heart of Midlothian.</span><a href="#footnotetag441"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote442" name="footnote442"></a>
+<strong>Note 442:</strong> James Grant. <span class="italic" lang="en">Old and New Edinburg</span>, tome I, chap. <span class="smcap85">XIV</span>,
+p. 134.<a href="#footnotetag442"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote443" name="footnote443"></a>
+<strong>Note 443:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 109.&mdash;Smollett. <span class="italic" lang="en">Humphry
+Clinker.</span> Matt Bramble, Edinb. July 18.<a href="#footnotetag443"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote444" name="footnote444"></a>
+<strong>Note 444:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 116-17.<a href="#footnotetag444"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote445" name="footnote445"></a>
+<strong>Note 445:</strong> <span class="italic" lang="en">Henry Erskine and his Times</span>, by Lieut-Colonel Alex.
+Fergusson, chap. <span class="smcap85">II</span>, p. 109.<a href="#footnotetag445"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote446" name="footnote446"></a>
+<strong>Note 446:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 109.&mdash;Lord Cockburn,
+<span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 95.<a href="#footnotetag446"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote447" name="footnote447"></a>
+<strong>Note 447:</strong> Wilson's. <span class="italic" lang="en">Reminiscences</span>, tome I, p. 221.<a href="#footnotetag447"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote448" name="footnote448"></a>
+<strong>Note 448:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 118.<a href="#footnotetag448"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote449" name="footnote449"></a>
+<strong>Note 449:</strong> Allan Cunningham. <span class="italic" lang="en">Life of Burns.</span><a href="#footnotetag449"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote450" name="footnote450"></a>
+<strong>Note 450:</strong> Wilson. <span class="italic" lang="en">Reminiscences</span>, tom. I, p. 220.&mdash;Voir Walter
+Scott. <span class="italic">Guy Mannering.</span><a href="#footnotetag450"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote451" name="footnote451"></a>
+<strong>Note 451:</strong> Voir les curieuses <span class="italic" lang="en">Letters of Theophrastus</span>, données
+en appendice à la suite de l'Histoire d'Edinburgh de Hugo Arnot.
+Lettres <span class="smcap85">I</span> et <span class="smcap85">III</span>, p. 512 et 522.<a href="#footnotetag451"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote452" name="footnote452"></a>
+<strong>Note 452:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 110.<a href="#footnotetag452"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote453" name="footnote453"></a>
+<strong>Note 453:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 124.<a href="#footnotetag453"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote454" name="footnote454"></a>
+<strong>Note 454:</strong> <span class="italic" lang="en">Theophrastus' Letters.</span> Lettre <span class="smcap85">III</span>, p.
+523.<a href="#footnotetag454"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote455" name="footnote455"></a>
+<strong>Note 455:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 14.<a href="#footnotetag455"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote456" name="footnote456"></a>
+<strong>Note 456:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 305.<a href="#footnotetag456"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote457" name="footnote457"></a>
+<strong>Note 457:</strong> Smollett. <span class="italic" lang="en">Humphry Clinker.</span> Matt. Bramble, July 18.<a href="#footnotetag457"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote458" name="footnote458"></a>
+<strong>Note 458:</strong> Voir sur ces Caddies: R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p.
+192-94.<a href="#footnotetag458"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote459" name="footnote459"></a>
+<strong>Note 459:</strong> Smollett. <span class="italic" lang="en">Humphry Clinker.</span> J. Melford, Aug. 8.<a href="#footnotetag459"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote460" name="footnote460"></a>
+<strong>Note 460:</strong> <span class="italic" lang="en">Old and New Edinburgh</span>, tom. I, p. 155.<a href="#footnotetag460"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote461" name="footnote461"></a>
+<strong>Note 461:</strong> Fergusson. <span class="italic" lang="en">Auld Reekie.</span><a href="#footnotetag461"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote462" name="footnote462"></a>
+<strong>Note 462:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 163.<a href="#footnotetag462"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote463" name="footnote463"></a>
+<strong>Note 463:</strong> Smollett. <span class="italic" lang="en">Humphry Clinker</span>, Matt. Bramble, July 18.<a href="#footnotetag463"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote464" name="footnote464"></a>
+<strong>Note 464:</strong> Wilson. <span class="italic" lang="en">Reminiscences</span>, tom. I, p. 227-28.<a href="#footnotetag464"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote465" name="footnote465"></a>
+<strong>Note 465:</strong> Smollett. <span class="italic" lang="en">Humphry Clinker.</span> Matt. Bramble, July 18.<a href="#footnotetag465"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote466" name="footnote466"></a>
+<strong>Note 466:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 218. <span class="italic" lang="en">Female Dresses of
+Last Century</span>, passim.<a href="#footnotetag466"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote467" name="footnote467"></a>
+<strong>Note 467:</strong> <span class="italic">Id.</span>, p. 219.<a href="#footnotetag467"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote468" name="footnote468"></a>
+<strong>Note 468:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 194.<a href="#footnotetag468"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote469" name="footnote469"></a>
+<strong>Note 469:</strong> Wilson. <span lang="en">Reminiscences</span>, tom. I, p. 22.<a href="#footnotetag469"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote470" name="footnote470"></a>
+<strong>Note 470:</strong> Hugo Arnot. <span class="italic" lang="en">History of Edinburgh</span>, p. 298.<a href="#footnotetag470"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote471" name="footnote471"></a>
+<strong>Note 471:</strong> Voir pour les règlements de ces réunions: Hugo Arnot.
+<span class="italic" lang="en">History of Edinburgh</span>, p. 292.&mdash;Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p.
+52.&mdash;Wilson. <span class="italic" lang="en">Reminiscences</span>, tom. I, p. 62 et suivantes.&mdash;<span class="italic" lang="en">Erskine
+and His Times</span>, p. 112-13,&mdash;et surtout l'amusante description de lord
+Cockburn, dans ses <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 26.<a href="#footnotetag471"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote472" name="footnote472"></a>
+<strong>Note 472:</strong> Voir Forster. <span class="italic" lang="en">Life of Goldsmith.</span><a href="#footnotetag472"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote473" name="footnote473"></a>
+<strong>Note 473:</strong> <span class="italic" lang="en">Theophrastus' Letters.</span> Lettre <span class="smcap85">III</span>.<a href="#footnotetag473"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote474" name="footnote474"></a>
+<strong>Note 474:</strong> Hugo Arnot. <span class="italic" lang="en">History of Edinburgh</span>, <span lang="en">Book</span> <span class="smcap85">III</span>, chap. <span class="smcap85">II</span>,
+p. 271.<a href="#footnotetag474"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote475" name="footnote475"></a>
+<strong>Note 475:</strong> <span class="italic" lang="en">Theophrastus' Letters.</span> Letter <span class="smcap85">I</span>&mdash;et Hugo Arnot, p.
+272.<a href="#footnotetag475"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote476" name="footnote476"></a>
+<strong>Note 476:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 160.<a href="#footnotetag476"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote477" name="footnote477"></a>
+<strong>Note 477:</strong> Smollett. <span class="italic" lang="en">Humphry Clinker.</span> J. Melford, Aug. 8.<a href="#footnotetag477"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote478" name="footnote478"></a>
+<strong>Note 478:</strong> <span class="italic" lang="en">Henry Erskine and His Times</span> by Lieut.-Colonel
+Fergusson, p. 118.<a href="#footnotetag478"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote479" name="footnote479"></a>
+<strong>Note 479:</strong> Fergusson. <span class="italic" lang="en">Auld Reekie.</span>&mdash;Voir, sur l'augmentation de
+la prostitution à Édimbourg à cette époque, la lettre <span class="smcap85">II</span> de
+<span class="italic">Theophrastus</span>.<a href="#footnotetag479"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote480" name="footnote480"></a>
+<strong>Note 480:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 164.<a href="#footnotetag480"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote481" name="footnote481"></a>
+<strong>Note 481:</strong> Smollett. <span class="italic" lang="en">Humphry Clinker</span>, Matt Bramble, July 8.<a href="#footnotetag481"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote482" name="footnote482"></a>
+<strong>Note 482:</strong> Walter Scott. <span class="italic" lang="en">General Account of Edinburgh</span>, dans les
+<span class="italic" lang="en">Provincial Antiquities of Scotland</span>.<a href="#footnotetag482"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote483" name="footnote483"></a>
+<strong>Note 483:</strong> <span class="italic" lang="en">Henry Erskine and His Times</span>, p. 111.<a href="#footnotetag483"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote484" name="footnote484"></a>
+<strong>Note 484:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To John Ballantine</span>, 13<sup>th</sup> Dec</span> 1786.<a href="#footnotetag484"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote485" name="footnote485"></a>
+<strong>Note 485:</strong> <span lang="en"><span class="italic" lang="en">To Gavin Hamilton</span>, Dec 7<sup>th</sup></span> 1786.<a href="#footnotetag485"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote486" name="footnote486"></a>
+<strong>Note 486:</strong> <span lang="en"><span class="italic" lang="en">To James Dalrymple</span>, 30<sup>th</sup> Nov.</span> 1786.<a href="#footnotetag486"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote487" name="footnote487"></a>
+<strong>Note 487:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To John Ballantine</span>, 13<sup>th</sup> Dec.</span> 1786.<a href="#footnotetag487"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote488" name="footnote488"></a>
+<strong>Note 488:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Gavin Hamilton</span>, Dec. 7<sup>th</sup></span> 1786.<a href="#footnotetag488"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote489" name="footnote489"></a>
+<strong>Note 489:</strong> L'article de Mackenzie a pour titre: <span class="italic" lang="en">Extraordinary
+Account of Robert Burns, the Ayrshire Ploughman, with Extracts from
+his Poems</span>.<a href="#footnotetag489"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote490" name="footnote490"></a>
+<strong>Note 490:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 105.&mdash;Voir aussi sur la
+conduite de Mackenzie quelques lignes justes de Gilfillan. <span class="italic" lang="en">Life of
+Burns,</span> p. <span class="smcap85">XXXV</span>.<a href="#footnotetag490"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote491" name="footnote491"></a>
+<strong>Note 491:</strong> Pour l'ensemble de ce tableau de la société
+intellectuelle d'Édimbourg, nous avons consulté, <span class="italic" lang="en">The Biographical
+Dictionary of Eminent Scotsmen</span>, publié par Blackie;&mdash;<span class="italic" lang="en">The Book of
+Eminent Scotsmen</span> par Joseph Irving.&mdash;Voir aussi les notices qui
+forment la seconde partie du volume intitulé: <span class="italic" lang="en">A Winter with
+Burns.</span>&mdash;Pour les différents détails, nous avons consulté les ouvrages
+particuliers qu'on trouvera indiqués à leur place.<a href="#footnotetag491"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote492" name="footnote492"></a>
+<strong>Note 492:</strong> Huxley. <span class="italic">David Hume</span>&mdash;et le <span class="italic" lang="en">Biographical Dictionary of
+Eminent Scotsmen</span>.<a href="#footnotetag492"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote493" name="footnote493"></a>
+<strong>Note 493:</strong> Sir Alexander Grant. <span class="italic" lang="en">The Story of the University of
+Edinburgh</span>, tom. I, p. 310.<a href="#footnotetag493"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote494" name="footnote494"></a>
+<strong>Note 494:</strong> <span class="italic" lang="en">Lord Erskine</span>, par H. Duméril.<a href="#footnotetag494"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote495" name="footnote495"></a>
+<strong>Note 495:</strong> Buckle. <span class="italic" lang="en">History of Civilization in England</span>, tom. III,
+p. 429.<a href="#footnotetag495"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote496" name="footnote496"></a>
+<strong>Note 496:</strong> Pour l'Université voir <span class="italic" lang="en">The History of Edinburgh</span>, de
+Hugo Arnot, <span lang="en">Book</span> <span class="smcap85">III</span>, chap. <span class="smcap85">III</span>.&mdash;<span class="italic" lang="en">The Story of the University of
+Edinburgh</span>, by Sir Alexander Grant.&mdash;<span class="italic" lang="en">Edinburgh University, a sketch
+of its Life for 300 years</span>, publié par James Gemmell.&mdash;<span class="italic" lang="en">The University
+of Edinburgh</span>, <span lang="en">by the late Principal</span> Lee&mdash;et un petit livre intitulé:
+<span class="italic" lang="la">Viri Illustres</span> <span class="smcap">ACAD. JACOB. SEXT. SCOT. REG. ANNO CCCMD</span>, publié en
+1884.<a href="#footnotetag496"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote497" name="footnote497"></a>
+<strong>Note 497:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 22.<a href="#footnotetag497"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote498" name="footnote498"></a>
+<strong>Note 498:</strong> <span class="italic">Id.</span> p. 23.<a href="#footnotetag498"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote499" name="footnote499"></a>
+<strong>Note 499:</strong> <span class="italic" lang="en">Life of Francis Jeffrey</span>, by lord Cockburn, p.
+49.<a href="#footnotetag499"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote500" name="footnote500"></a>
+<strong>Note 500:</strong> Lord Cockburn, <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 42.<a href="#footnotetag500"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote501" name="footnote501"></a>
+<strong>Note 501:</strong> D<sup>r</sup> Alex Carlyle. <span class="italic" lang="en">Autobiography</span>, p.
+289.<a href="#footnotetag501"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote502" name="footnote502"></a>
+<strong>Note 502:</strong> Voir, sur Andrew Dalzel et Finlayson, les
+reconnaissants souvenirs de lord Cockburn, <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p.
+16-19.<a href="#footnotetag502"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote503" name="footnote503"></a>
+<strong>Note 503:</strong> Buckle, tome III, p. 413.<a href="#footnotetag503"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote504" name="footnote504"></a>
+<strong>Note 504:</strong> Buckle, tome III, p. 369.<a href="#footnotetag504"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote505" name="footnote505"></a>
+<strong>Note 505:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 137.<a href="#footnotetag505"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote506" name="footnote506"></a>
+<strong>Note 506:</strong> <span class="italic" lang="en">Edinburgh Review.</span> N<sup>o</sup> 231 <span lang="en">January</span> 1883, p.
+238.<a href="#footnotetag506"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote507" name="footnote507"></a>
+<strong>Note 507:</strong> Lord Cockburn, <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 29.<a href="#footnotetag507"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote508" name="footnote508"></a>
+<strong>Note 508:</strong> Lord Cockburn, <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 36.<a href="#footnotetag508"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote509" name="footnote509"></a>
+<strong>Note 509:</strong> <span class="italic" lang="en">Erskine and his Times</span>, by Lieut.-Colonel Alex.
+Fergusson, p. 281.<a href="#footnotetag509"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote510" name="footnote510"></a>
+<strong>Note 510:</strong> <span class="italic" lang="en">Biographical Dictionary of Eminent
+Scotsmen.</span><a href="#footnotetag510"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote511" name="footnote511"></a>
+<strong>Note 511:</strong> <span class="italic" lang="en">Edinburgh Review</span>, N<sup>o</sup> 321, <span lang="en">January</span> 1883, p.
+231.<a href="#footnotetag511"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote512" name="footnote512"></a>
+<strong>Note 512:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 141.<a href="#footnotetag512"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote513" name="footnote513"></a>
+<strong>Note 513:</strong> <span class="italic" lang="en">Edinburgh Review</span>, N<sup>o</sup> 321, p. 240.<a href="#footnotetag513"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote514" name="footnote514"></a>
+<strong>Note 514:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 124.<a href="#footnotetag514"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote515" name="footnote515"></a>
+<strong>Note 515:</strong> <span class="italic" lang="en">Edinburgh Review</span>, N<sup>o</sup> 321, p. 240.<a href="#footnotetag515"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote516" name="footnote516"></a>
+<strong>Note 516:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 81.<a href="#footnotetag516"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote517" name="footnote517"></a>
+<strong>Note 517:</strong> À voir l'extrait de Jeffrey, dans le <span class="italic" lang="en">Biographical
+Dictionary of Eminent Scotsmen</span>.<a href="#footnotetag517"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote518" name="footnote518"></a>
+<strong>Note 518:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Life of Jeffrey</span>, p. 88.<a href="#footnotetag518"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote519" name="footnote519"></a>
+<strong>Note 519:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 149.<a href="#footnotetag519"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote520" name="footnote520"></a>
+<strong>Note 520:</strong> <span class="italic" lang="en">Henry Erskine and His Times</span> by Lieut.-Colonel Alex.
+Fergusson, p. 130.<a href="#footnotetag520"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote521" name="footnote521"></a>
+<strong>Note 521:</strong> Id., p. 275.<a href="#footnotetag521"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote522" name="footnote522"></a>
+<strong>Note 522:</strong> Voir l'éloge de H. Erskine dans <span class="italic" lang="en">The Life of Jeffrey</span>
+de lord Cockburn, p. 90.<a href="#footnotetag522"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote523" name="footnote523"></a>
+<strong>Note 523:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 11.<a href="#footnotetag523"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote524" name="footnote524"></a>
+<strong>Note 524:</strong> Amédée Pichot. <span class="italic" lang="en">Sir Charles Bell</span>, p. 15.<a href="#footnotetag524"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote525" name="footnote525"></a>
+<strong>Note 525:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 159.&mdash;Voir aussi p.
+181-82.<a href="#footnotetag525"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote526" name="footnote526"></a>
+<strong>Note 526:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 49-50.<a href="#footnotetag526"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote527" name="footnote527"></a>
+<strong>Note 527:</strong> D<sup>r</sup> Alex Carlyle. <span class="italic" lang="en">Autobiography</span>, p. 275.<a href="#footnotetag527"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote528" name="footnote528"></a>
+<strong>Note 528:</strong> <span class="italic" lang="en">Old and New Edinburgh</span>, by J. Grant, tom. I, p. 98.<a href="#footnotetag528"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote529" name="footnote529"></a>
+<strong>Note 529:</strong> Extrait d'un article de Jeffrey sur Playfair,
+1819&mdash;cité dans l'<span class="italic" lang="en">Edinburgh Review</span>, N<sup>o</sup> 321.<a href="#footnotetag529"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote530" name="footnote530"></a>
+<strong>Note 530:</strong> Walter Scott. <span class="italic" lang="en">Provincial Antiquities of Scotland;
+General account of Edinburgh.</span><a href="#footnotetag530"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote531" name="footnote531"></a>
+<strong>Note 531:</strong> <span class="italic" lang="en">H. Erskine and His Times</span>, by Lieut-Colonel Alex
+Fergusson, p. 128.<a href="#footnotetag531"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote532" name="footnote532"></a>
+<strong>Note 532:</strong> Walter Scott. <span class="italic" lang="en">Provincial Antiquities of Scotland.</span>
+Id.<a href="#footnotetag532"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote533" name="footnote533"></a>
+<strong>Note 533:</strong> Allan Cunningham. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 44.<a href="#footnotetag533"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote534" name="footnote534"></a>
+<strong>Note 534:</strong> Allan Cunningham. <span class="italic">Id.</span>&mdash;et Chambers, tom. II, p. 14.<a href="#footnotetag534"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote535" name="footnote535"></a>
+<strong>Note 535:</strong> Walker. <span class="italic" lang="en">Life of Robert Burns</span>, p. <span class="smcap85">LXXII</span>.<a href="#footnotetag535"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote536" name="footnote536"></a>
+<strong>Note 536:</strong> <span lang="en"><span class="italic" lang="en">Account of Burns</span>, by Professer Dugald Stewart,
+Currie.</span><a href="#footnotetag536"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote537" name="footnote537"></a>
+<strong>Note 537:</strong> Walker. <span class="italic">Id.</span> p. <span class="smcap85">LXXII</span>.</p>
+
+<p><a id="footnote538" name="footnote538"></a>
+<strong>Note 538:</strong> Walker. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. <span class="smcap85">LXXI</span>.<a href="#footnotetag538"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote539" name="footnote539"></a>
+<strong>Note 539:</strong> Walter Scott. <span class="italic" lang="en">Reminiscences of Burns</span>, cité par
+Lockhart.<a href="#footnotetag539"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote540" name="footnote540"></a>
+<strong>Note 540:</strong> Voir Carlyle, <span class="italic" lang="en">Essay on Burns</span>.<a href="#footnotetag540"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote541" name="footnote541"></a>
+<strong>Note 541:</strong> R. Heron. <span class="italic" lang="en">Life of Burns.</span><a href="#footnotetag541"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote542" name="footnote542"></a>
+<strong>Note 542:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 118-19.<a href="#footnotetag542"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote543" name="footnote543"></a>
+<strong>Note 543:</strong> R. Chambers, tome I, p. 14.<a href="#footnotetag543"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote544" name="footnote544"></a>
+<strong>Note 544:</strong> Gilfillan a aperçu une de ces supériorités de la parole
+de Burns. C'est le côté sentiment qu'il nomme <span class="italic" lang="en">feeling</span>.&mdash;Voir <span class="italic" lang="en">Life
+of Burns</span>, p. <span class="smcap85">XXXVII</span>.<a href="#footnotetag544"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote545" name="footnote545"></a>
+<strong>Note 545:</strong> Allan Cunningham. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 41.<a href="#footnotetag545"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote546" name="footnote546"></a>
+<strong>Note 546:</strong> Voir plus bas les souvenirs de Walter Scott sur Burns.<a href="#footnotetag546"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote547" name="footnote547"></a>
+<strong>Note 547:</strong> Lord Cockburn, <span class="italic" lang="en">Life of Jeffrey</span>, p. 7.<a href="#footnotetag547"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote548" name="footnote548"></a>
+<strong>Note 548:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To John Ballantine</span>, 13<sup>th</sup> Dec.</span> 1786.<a href="#footnotetag548"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote549" name="footnote549"></a>
+<strong>Note 549:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To John Ballantine</span>, 13<sup>th</sup> Jan.</span> 1786.&mdash;Voir aussi <span class="italic" lang="en">A
+Winter with Burns</span>, avec le curieux dessin qui représente
+<span class="italic">l'Installation de Robert Burns comme poète lauréat de la
+loge</span>.<a href="#footnotetag549"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote550" name="footnote550"></a>
+<strong>Note 550:</strong> <span class="italic" lang="en">The Songstresses of Scotland</span>, by Sarah Tytler and J.
+L. Watson, tom. II, p. 180.<a href="#footnotetag550"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote551" name="footnote551"></a>
+<strong>Note 551:</strong> <span class="italic" lang="en">Letter from Peter Stuart</span>, éditeur du journal <span class="italic" lang="en">The
+Star</span>, à Londres, dans Chambers, tom. II, p. 36.<a href="#footnotetag551"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote552" name="footnote552"></a>
+<strong>Note 552:</strong> <span lang="en"><span class="italic">Letter from D<sup>r</sup> Moore</span>, January, 23<sup>th</sup></span> 1787, citée par
+Currie, tom. II, p. 18.<a href="#footnotetag552"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote553" name="footnote553"></a>
+<strong>Note 553:</strong> <span lang="en"><span class="italic">Letter from D<sup>r</sup> Moore</span>, 28<sup>th</sup> Feb.</span> 1787, Currie, tom.
+II, p. 19.<a href="#footnotetag553"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote554" name="footnote554"></a>
+<strong>Note 554:</strong> <span lang="en"><span class="italic">Letter of D<sup>r</sup> Lawrie</span>, 22<sup>nd</sup> Dec.</span>, dans Scott Douglas,
+tom. IV, p. 180.<a href="#footnotetag554"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote555" name="footnote555"></a>
+<strong>Note 555:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Aiken</span>, 16<sup>th</sup> Dec.</span> 1786.<a href="#footnotetag555"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote556" name="footnote556"></a>
+<strong>Note 556:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To D<sup>r</sup> Moore</span>, 15<sup>th</sup> Feb.</span> 1787.<a href="#footnotetag556"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote557" name="footnote557"></a>
+<strong>Note 557:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Mrs Dunlop</span>, 15<sup>th</sup> Jan.</span> 1787.<a href="#footnotetag557"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote558" name="footnote558"></a>
+<strong>Note 558:</strong> En français.<a href="#footnotetag558"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote559" name="footnote559"></a>
+<strong>Note 559:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To the Rev. G. Lawrie.</span> 5<sup>th</sup> Feb.</span> 1787.<a href="#footnotetag559"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote560" name="footnote560"></a>
+<strong>Note 560:</strong> Voir Gilfillan, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. <span class="smcap85">XXIX</span>.
+Gilfillan avait été élève de Walker à l'Université de Glasgow.<a href="#footnotetag560"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote561" name="footnote561"></a>
+<strong>Note 561:</strong> Walker. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. <span class="smcap85">LXIV, LXXII</span>.<a href="#footnotetag561"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote562" name="footnote562"></a>
+<strong>Note 562:</strong> <span class="italic" lang="en">Dugald Stewart's Letter respecting Burns.</span> Currie, p.
+33.<a href="#footnotetag562"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote563" name="footnote563"></a>
+<strong>Note 563:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 20.<a href="#footnotetag563"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote564" name="footnote564"></a>
+<strong>Note 564:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 19.<a href="#footnotetag564"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote565" name="footnote565"></a>
+<strong>Note 565:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Memoirs of the Life of Walter Scott</span>, chap.
+<span class="smcap85">V</span>.<a href="#footnotetag565"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote566" name="footnote566"></a>
+<strong>Note 566:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 111-13.<a href="#footnotetag566"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote567" name="footnote567"></a>
+<strong>Note 567:</strong> R. Chambers, tom. II, p. 58.<a href="#footnotetag567"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote568" name="footnote568"></a>
+<strong>Note 568:</strong> Walker. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. <span class="smcap85">LXXV</span>.<a href="#footnotetag568"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote569" name="footnote569"></a>
+<strong>Note 569:</strong> Rousseau. <span class="italic">Confessions</span>, Livre <span class="smcap85">III</span>, p. 187.<a href="#footnotetag569"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote570" name="footnote570"></a>
+<strong>Note 570:</strong> Cromek. <span class="italic" lang="en">Reliques of Burns</span>, p. 80.<a href="#footnotetag570"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote571" name="footnote571"></a>
+<strong>Note 571:</strong> J.-J. Rousseau. <span class="italic">Confessions.</span> Livre <span class="smcap85">VIII</span> (1750-1752).<a href="#footnotetag571"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote572" name="footnote572"></a>
+<strong>Note 572:</strong> Cromek. <span class="italic" lang="en">Reliques of Burns</span>, p. 68.<a href="#footnotetag572"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote573" name="footnote573"></a>
+<strong>Note 573:</strong> <span class="italic" lang="en">To William Chalmers.</span> Dec. 27, 1786.<a href="#footnotetag573"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote574" name="footnote574"></a>
+<strong>Note 574:</strong> <span class="italic" lang="en">The Songstresses of Scotland</span>, by Sarah Tytler and
+J.-L. Watson, tom. I, p. 180.<a href="#footnotetag574"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote575" name="footnote575"></a>
+<strong>Note 575:</strong> Ce portrait se trouve dans la <span class="italic">Galerie nationale</span>
+d'Édimbourg.<a href="#footnotetag575"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote576" name="footnote576"></a>
+<strong>Note 576:</strong> Voir ses beaux portraits de M<sup>r</sup> Alex. Adam,
+lady Miller, M<sup>rs</sup> Scott Montcriff, M<sup>rs</sup> Kennedy à la
+<span class="italic">Galerie nationale</span> d'Édimbourg.<a href="#footnotetag576"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote577" name="footnote577"></a>
+<strong>Note 577:</strong> Voir le passage de Walter Scott cité plus haut.<a href="#footnotetag577"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote578" name="footnote578"></a>
+<strong>Note 578:</strong> Chambers, tom. II, p. 32, d'après une communication de
+James Nasmyth, le fils du peintre.<a href="#footnotetag578"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote579" name="footnote579"></a>
+<strong>Note 579:</strong> <span class="italic" lang="en">Verses under the Portrait of Fergusson.</span><a href="#footnotetag579"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote580" name="footnote580"></a>
+<strong>Note 580:</strong> Voir Scott Douglas, tom. IV, p. 202.<a href="#footnotetag580"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote581" name="footnote581"></a>
+<strong>Note 581:</strong> Ces deux premiers vers sont empruntés à l'<span class="italic">Élégie</span> de
+Gray.<a href="#footnotetag581"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote582" name="footnote582"></a>
+<strong>Note 582:</strong> Voir Scott Douglas, tom. IV, p. 178.<a href="#footnotetag582"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote583" name="footnote583"></a>
+<strong>Note 583:</strong> Voir Scott Douglas, tom. I, p. 272.<a href="#footnotetag583"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote584" name="footnote584"></a>
+<strong>Note 584:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, 15<sup>th</sup> Jan.</span> 1787.<a href="#footnotetag584"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote585" name="footnote585"></a>
+<strong>Note 585:</strong> <span class="italic" lang="en">To the Hon. Henry Erskine</span>, Lettre <span class="smcap85">I</span>&mdash;<span class="italic" lang="en">to M<sup>rs</sup>
+Dunlop</span>, 22<sup>nd</sup> March 1787.<a href="#footnotetag585"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote586" name="footnote586"></a>
+<strong>Note 586:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, 22<sup>nd</sup> March</span> 1787.<a href="#footnotetag586"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote587" name="footnote587"></a>
+<strong>Note 587:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Gavin Hamilton</span>, 8<sup>th</sup> March</span> 1787.<a href="#footnotetag587"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote588" name="footnote588"></a>
+<strong>Note 588:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 129-30.<a href="#footnotetag588"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote589" name="footnote589"></a>
+<strong>Note 589:</strong> Walker. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. <span class="smcap85">LXXIV</span>.<a href="#footnotetag589"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote590" name="footnote590"></a>
+<strong>Note 590:</strong> D<sup>r</sup> Alex. Carlyle. <span class="italic" lang="en">Autobiography</span>, p. 292.<a href="#footnotetag590"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote591" name="footnote591"></a>
+<strong>Note 591:</strong> Voir le <span class="italic">Compagnon du Tour de France</span>, de G. Sand;
+<span class="italic">Alton Locke</span>, de Charles Kingsley, encore que le héros ne soit pas
+aimé; <span class="italic">Félix Holt</span>, de George Eliot.<a href="#footnotetag591"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote592" name="footnote592"></a>
+<strong>Note 592:</strong> Alexandre Smith a deviné un peu de ces sentiments
+confus, voir sa vie de Burns, <span class="italic" lang="en">Globe Edition</span>, p. 20.<a href="#footnotetag592"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote593" name="footnote593"></a>
+<strong>Note 593:</strong> Ce journal a été publié pour la première fois dans le
+<span class="italic" lang="en">Macmillan Magazine</span> de Mars, Avril, Mai, Juin et Juillet 1879.<a href="#footnotetag593"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote594" name="footnote594"></a>
+<strong>Note 594:</strong> En français.<a href="#footnotetag594"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote595" name="footnote595"></a>
+<strong>Note 595:</strong> Psaume <span class="smcap85">CII</span>. 7.<a href="#footnotetag595"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote596" name="footnote596"></a>
+<strong>Note 596:</strong> <span class="italic" lang="en">Edinburgh Journal.</span> Début.<a href="#footnotetag596"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote597" name="footnote597"></a>
+<strong>Note 597:</strong> <span class="italic" lang="en">Edinburgh Journal.</span><a href="#footnotetag597"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote598" name="footnote598"></a>
+<strong>Note 598:</strong> Dean Ramsay, <span class="italic" lang="en">Reminiscences of Scottish Life and
+Character</span>, p. 47.<a href="#footnotetag598"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote599" name="footnote599"></a>
+<strong>Note 599:</strong> Lord Cockburn, <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 28.<a href="#footnotetag599"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote600" name="footnote600"></a>
+<strong>Note 600:</strong> R. Chambers, <span class="italic" lang="en">Traditions of Edinburgh</span>, p.
+152.<a href="#footnotetag600"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote601" name="footnote601"></a>
+<strong>Note 601:</strong> Ch. Rogers, <span class="italic" lang="en">Scotland Social and Domestic</span>, p.
+35.<a href="#footnotetag601"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote602" name="footnote602"></a>
+<strong>Note 602:</strong> Ch. Rogers, <span class="italic">Id.</span>, p. 35.<a href="#footnotetag602"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote603" name="footnote603"></a>
+<strong>Note 603:</strong> Ch. Rogers, <span class="italic" lang="en">Traits and Stories of the Scottish
+People</span>, p. <span class="smcap85">VI</span>.<a href="#footnotetag603"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote604" name="footnote604"></a>
+<strong>Note 604:</strong> Dean Ramsay. <span class="italic" lang="en">Reminiscences</span>, p. 48.<a href="#footnotetag604"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote605" name="footnote605"></a>
+<strong>Note 605:</strong> Ch. Rogers, <span class="italic" lang="en">Scotland Social and Domestic</span>, p.
+36;&mdash;<span class="italic" lang="en">Traits and Stories, etc.</span>, p. <span class="smcap85">VI</span>.<a href="#footnotetag605"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote606" name="footnote606"></a>
+<strong>Note 606:</strong> Dean Ramsay. <span class="italic">Id.</span>, p. 62.<a href="#footnotetag606"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote607" name="footnote607"></a>
+<strong>Note 607:</strong> Dean Ramsay. <span class="italic" lang="en">Reminiscences</span>, p. 54.<a href="#footnotetag607"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote608" name="footnote608"></a>
+<strong>Note 608:</strong> Ch. Rogers, <span class="italic" lang="en">Scotland Social and Domestic</span>, p.
+34.&mdash;Dean Ramsay, p. 54-55.<a href="#footnotetag608"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote609" name="footnote609"></a>
+<strong>Note 609:</strong> Ch. Rogers, <span class="italic" lang="en">Traits and Stories of the Scottish
+People</span>, p. <span class="smcap85">VII</span>.<a href="#footnotetag609"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote610" name="footnote610"></a>
+<strong>Note 610:</strong> Lord Cockburn, <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 297.<a href="#footnotetag610"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote611" name="footnote611"></a>
+<strong>Note 611:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 123.<a href="#footnotetag611"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote612" name="footnote612"></a>
+<strong>Note 612:</strong> Dean Ramsay. <span class="italic" lang="en">Reminiscences</span>, p. 52.<a href="#footnotetag612"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote613" name="footnote613"></a>
+<strong>Note 613:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 115-18.<a href="#footnotetag613"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote614" name="footnote614"></a>
+<strong>Note 614:</strong> D<sup>r</sup> Alex. Carlyle. <span class="italic" lang="en">Autobiography</span>, p.
+240.<a href="#footnotetag614"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote615" name="footnote615"></a>
+<strong>Note 615:</strong> D<sup>r</sup> Alex. Carlyle. <span class="italic" lang="en">Autobiography</span>, p.
+257.<a href="#footnotetag615"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote616" name="footnote616"></a>
+<strong>Note 616:</strong> Pour les désignations de ces clubs voir R. Chambers.
+<span class="italic" lang="en">Traditions of Edinburgh</span>, le chapitre intitulé
+<span class="italic" lang="la">Convivialia</span>.<a href="#footnotetag616"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote617" name="footnote617"></a>
+<strong>Note 617:</strong> Ch. Rogers. <span class="italic" lang="en">Scotland Social and Domestic</span>, p.
+36.<a href="#footnotetag617"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote618" name="footnote618"></a>
+<strong>Note 618:</strong> Voir les détails sur la fondation de ce fameux club et
+son organisation, dans l'<span class="italic" lang="en">Autobiography</span> du D<sup>r</sup> Alex. Carlyle, p.
+419-23.<a href="#footnotetag618"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote619" name="footnote619"></a>
+<strong>Note 619:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 174, et aussi la
+description de la taverne dans <span class="italic">Guy Mannering</span>.<a href="#footnotetag619"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote620" name="footnote620"></a>
+<strong>Note 620:</strong> <span class="italic" lang="en">Henry Erskine and His Times</span>, by lieut.-col. Alex.
+Fergusson, p. 161; et Ch. Rogers, <span class="italic" lang="en">Scotland Social and Domestic</span>, p.
+36.<a href="#footnotetag620"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote621" name="footnote621"></a>
+<strong>Note 621:</strong> Voir l'ouvrage plein de curieux renseignements:
+<span class="italic" lang="en">Notices and Anecdotes illustrative of Sir Walter Scott's Novels</span>,
+chapitre sur <span class="italic">Guy Mannering</span>.<a href="#footnotetag621"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote622" name="footnote622"></a>
+<strong>Note 622:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 184.&mdash;Voir aussi sur
+cette forte bière, <span class="italic" lang="en">Erskine and his Times</span>, p. 161.<a href="#footnotetag622"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote623" name="footnote623"></a>
+<strong>Note 623:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 158.<a href="#footnotetag623"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote624" name="footnote624"></a>
+<strong>Note 624:</strong> Voir sur l'ivrognerie chez les dames: Hill Burton,
+<span class="italic" lang="en">History of Scotland</span>, tom. VII. p. 93.<a href="#footnotetag624"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote625" name="footnote625"></a>
+<strong>Note 625:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 159.<a href="#footnotetag625"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote626" name="footnote626"></a>
+<strong>Note 626:</strong> Voir sur ce singulier personnage: Wilson,
+<span class="italic" lang="en">Reminiscences of Old Edinburgh</span>, tom. I, p. 14-15.<a href="#footnotetag626"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote627" name="footnote627"></a>
+<strong>Note 627:</strong> Wilson. <span class="italic" lang="en">Reminiscences of Old Edinburgh</span>, tom. I, p.
+222.<a href="#footnotetag627"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote628" name="footnote628"></a>
+<strong>Note 628:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 160.<a href="#footnotetag628"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote629" name="footnote629"></a>
+<strong>Note 629:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 161, en note.<a href="#footnotetag629"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote630" name="footnote630"></a>
+<strong>Note 630:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Id.</span>, p. 161.<a href="#footnotetag630"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote631" name="footnote631"></a>
+<strong>Note 631:</strong> Voir sur ce point le poème de Fergusson, <span class="italic" lang="en">Auld
+Reekie</span>.<a href="#footnotetag631"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote632" name="footnote632"></a>
+<strong>Note 632:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 174, 183.<a href="#footnotetag632"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote633" name="footnote633"></a>
+<strong>Note 633:</strong> R. Chambers. <span class="italic">Traditions</span>, p. 30.<a href="#footnotetag633"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote634" name="footnote634"></a>
+<strong>Note 634:</strong> Ch. Rogers. <span class="italic" lang="en">Scotland Social and Domestic</span>, p.
+36.<a href="#footnotetag634"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote635" name="footnote635"></a>
+<strong>Note 635:</strong> R. Chambers. <span class="italic" lang="en">Traditions of Edinburgh</span>, p.
+153.<a href="#footnotetag635"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote636" name="footnote636"></a>
+<strong>Note 636:</strong> <span class="italic" lang="en">Henry Erskine and his Times</span>, by lieut.-col. Alex.
+Fergusson, p. 162.<a href="#footnotetag636"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote637" name="footnote637"></a>
+<strong>Note 637:</strong> Id.<a href="#footnotetag637"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote638" name="footnote638"></a>
+<strong>Note 638:</strong> R. Chambers. <span class="italic" lang="en">Traditions of Edinburgh</span>, p.
+154.<a href="#footnotetag638"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote639" name="footnote639"></a>
+<strong>Note 639:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 118.<a href="#footnotetag639"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote640" name="footnote640"></a>
+<strong>Note 640:</strong> R. Chambers. <span class="italic" lang="en">Traditions of Edinburgh</span> p. 157.&mdash;Voir
+aussi Dean Ramsay, <span class="italic" lang="en">Reminiscences</span>, p. 52.<a href="#footnotetag640"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote641" name="footnote641"></a>
+<strong>Note 641:</strong> <span class="italic">Theophrastus' Letters.</span> Letter <span class="smcap85">II</span>.<a href="#footnotetag641"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote642" name="footnote642"></a>
+<strong>Note 642:</strong> R. Heron. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 435.<a href="#footnotetag642"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote643" name="footnote643"></a>
+<strong>Note 643:</strong> R. Heron. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 436.<a href="#footnotetag643"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote644" name="footnote644"></a>
+<strong>Note 644:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To John Ballantine</span>, 14<sup>th</sup> Jan.</span> 1787.<a href="#footnotetag644"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote645" name="footnote645"></a>
+<strong>Note 645:</strong> <span class="italic" lang="en">To the Earl of Glencairn</span>, Feb. 1787.<a href="#footnotetag645"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote646" name="footnote646"></a>
+<strong>Note 646:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To the Earl of Buchan</span>, 3<sup>rd</sup> Feb.</span> 1787.<a href="#footnotetag646"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote647" name="footnote647"></a>
+<strong>Note 647:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, 22<sup>nd</sup> March</span> 1787.<a href="#footnotetag647"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote648" name="footnote648"></a>
+<strong>Note 648:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To D<sup>r</sup> John Moore</span>, 23<sup>rd</sup> April</span> 1787.<a href="#footnotetag648"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote649" name="footnote649"></a>
+<strong>Note 649:</strong> Pour le caractère général du paysage des Borders, nous
+avons contrôlé et éclairé nos impressions personnelles par celles
+d'écrivains qui ont parlé magistralement de ce pays. Il faut
+lire,&mdash;pour la partie physique, l'admirable livre de Archibald Geikie:
+<span class="italic" lang="en">The Scenery of Scotland, viewed in Connection with its physical
+Geology</span>, où les qualités de l'écrivain égalent celles du
+savant;&mdash;pour la partie littéraire et poétique, le très beau livre de
+John Veitch: <span class="italic" lang="en">The History and Poetry of the Scottish Border, their
+main features and relations</span>, où il y a des pages d'un
+véritable amant et connaisseur de la nature.&mdash;Il y a, dans les
+<span class="italic" lang="en">Recollections of a Tour made in Scotland, AD. 1803</span>, de
+Dorothy Wordsworth, des pages d'un sentiment exquis.&mdash;Relire en même
+temps les poèmes écossais de Wordsworth, et, bien entendu, noter les
+traits descriptifs des vieilles ballades qui sont toujours d'une
+grande justesse et d'une grande force résumante.<a href="#footnotetag649"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote650" name="footnote650"></a>
+<strong>Note 650:</strong> Voir sur ces traits géologiques, A. Geikie. <span class="italic" lang="en">Scenery of
+Scotland</span>, chap. <span class="smcap85">XIII</span>.<a href="#footnotetag650"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote651" name="footnote651"></a>
+<strong>Note 651:</strong> A. Geikie. <span class="italic" lang="en">Scenery of Scotland</span>, p. 296.<a href="#footnotetag651"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote652" name="footnote652"></a>
+<strong>Note 652:</strong> J. Veitch. <span class="italic" lang="en">History and Poetry of the Scottish Border</span>,
+p. 11.<a href="#footnotetag652"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote653" name="footnote653"></a>
+<strong>Note 653:</strong> Lucrèce. Liv. II, 318.<a href="#footnotetag653"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote654" name="footnote654"></a>
+<strong>Note 654:</strong> Pour les souvenirs historiques ou légendaires et pour
+les m&oelig;urs violentes des Borders voir l'<span class="italic">Introduction</span> de Walter
+Scott: <span class="italic" lang="en">Minstrelsy of the Scottish Border</span>.&mdash;Les passages
+sur les Borders, dans les <span class="italic" lang="en">Notices and Anecdotes illustrative of Sir
+Walter Scott's novels</span>.&mdash;Le petit opuscule intitulé: <span class="italic" lang="en">An
+Account of the Borders</span> dans le <span class="italic" lang="en">Chambers's
+Miscellany</span>.&mdash;Le chapitre <span class="smcap85">ix</span> du livre de Veitch: <span class="italic" lang="en">Features
+of Border Life and Character</span>.&mdash;Un article de <span class="italic" lang="en">l'Edinburgh
+Review</span>, de Juillet 1887: <span class="italic" lang="en">Ettrick Forest and the
+Yarrow</span>.&mdash;Gunnyon: <span class="italic" lang="en">Scottish Life and History in Song and
+Ballad</span>. Chap. <span class="smcap85">IV.</span>&mdash;J. Clark Murray: <span class="italic" lang="en">The Ballads and Songs
+of Scotland, in view of their influence on the Character of the
+People.</span> Chap. <span class="smcap85">IV</span>: <span class="italic" lang="en">The Border Feuds.</span>&mdash;Mais
+rien ne vaut l'impression produite par la lecture des Ballades
+elles-mêmes, avec les notes historiques qui indiquent les événements
+qu'elles rappellent.<a href="#footnotetag654"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote655" name="footnote655"></a>
+<strong>Note 655:</strong> <span class="italic" lang="en">The Lay of the Last Minstrel.</span> Canto <span class="smcap85">III</span>.<a href="#footnotetag655"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote656" name="footnote656"></a>
+<strong>Note 656:</strong> Chambers. <span class="italic" lang="en">Account of the Border</span>, p. 21.<a href="#footnotetag656"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote657" name="footnote657"></a>
+<strong>Note 657:</strong> Prescott. <span class="italic">Essais de Biographie et de Critique, les
+chants de l'Écosse</span>, tom. II, p. 64.<a href="#footnotetag657"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote658" name="footnote658"></a>
+<strong>Note 658:</strong> Voir sur les inspirations différentes selon le
+caractère des vallées, le chap. <span class="smcap85">XII</span> du livre de Veitch,
+particulièrement les pages 423-33.<a href="#footnotetag658"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote659" name="footnote659"></a>
+<strong>Note 659:</strong> Voir une jolie description du lac St.-Mary, dans
+l'Introduction au Chant <span class="smcap85">II</span> de <span class="italic">Marmion</span>.<a href="#footnotetag659"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote660" name="footnote660"></a>
+<strong>Note 660:</strong> Voir, sur les charmes différents, un délicat et juste
+passage dans les <span class="italic" lang="en">Notices and Anecdotes illustrative of Sir Walter
+Scott</span>, p. 151.&mdash;Veitch, p. 425-26.&mdash;La lecture de Principal Shairp
+<span class="italic">The Three Yarrows</span> dans ses <span class="italic" lang="en">Aspects of Poetry</span>&mdash;et l'exquis poème de
+Wordsworth, <span class="italic" lang="en">Yarrow visited</span>, qui pénètre plus que tout ce qui a été
+écrit sur la Yarrow.<a href="#footnotetag660"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote661" name="footnote661"></a>
+<strong>Note 661:</strong> Lire dans le chapitre <span class="smcap85">XIII</span> de Veitch: <span class="italic" lang="en">Border Poetry,
+Eighteenth Century</span>, le travail d'imitation des anciennes ballades qui
+s'est fait pendant le siècle dernier.<a href="#footnotetag661"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote662" name="footnote662"></a>
+<strong>Note 662:</strong> Voir dans quelles circonstances ces chansons furent
+composées: <span class="italic" lang="en">Songstresses of Scotland</span>; tom. I: pour M<sup>rs</sup> Cockburn, p.
+70-71, pour Miss Jane Eliot, p. 205-07.<a href="#footnotetag662"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote663" name="footnote663"></a>
+<strong>Note 663:</strong> Alex. Carlyle. <span class="italic" lang="en">Autobiography</span>, p. 233.<a href="#footnotetag663"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote664" name="footnote664"></a>
+<strong>Note 664:</strong> Walter Scott, <span class="italic">Marmion</span>. <span lang="en">Introduction to Canto</span> <span class="smcap85">III</span>, <span class="italic">to
+William Erskine</span>.<a href="#footnotetag664"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote665" name="footnote665"></a>
+<strong>Note 665:</strong> Walter Scott, <span class="italic">Marmion</span>. <span lang="en">Introduction to Canto</span>
+<span class="smcap85">III</span>.<a href="#footnotetag665"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote666" name="footnote666"></a>
+<strong>Note 666:</strong> James Hogg. <span class="italic" lang="en">The Queen's Wake.</span><a href="#footnotetag666"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote667" name="footnote667"></a>
+<strong>Note 667:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Sir Walter Scott</span>, chap. <span class="smcap85">X</span>: <span class="italic">John
+Leyden.</span>&mdash;Voir aussi le <span class="italic" lang="en">Memoir of John Leyden</span> par Walter
+Scott.<a href="#footnotetag667"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote668" name="footnote668"></a>
+<strong>Note 668:</strong> John Leyden. <span class="italic" lang="en">Scenes of Infancy</span>, part. <span class="smcap85">I</span>.<a href="#footnotetag668"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote669" name="footnote669"></a>
+<strong>Note 669:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Sir Walter Scott</span>, chap. <span class="smcap85">X</span>.<a href="#footnotetag669"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote670" name="footnote670"></a>
+<strong>Note 670:</strong> Les extraits qui suivent, sont tirés du <span class="italic">Journal</span> tenu
+par Burns pendant ce voyage. Nous y renvoyons une fois pour toutes.<a href="#footnotetag670"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote671" name="footnote671"></a>
+<strong>Note 671:</strong> May 5, 1787.<a href="#footnotetag671"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote672" name="footnote672"></a>
+<strong>Note 672:</strong> <span lang="en">Monday 7<sup>th</sup></span>.<a href="#footnotetag672"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote673" name="footnote673"></a>
+<strong>Note 673:</strong> <span lang="en">Sunday 18<sup>th</sup></span>.<a href="#footnotetag673"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote674" name="footnote674"></a>
+<strong>Note 674:</strong> <span lang="en">Tuesday 8<sup>th</sup> May.</span><a href="#footnotetag674"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote675" name="footnote675"></a>
+<strong>Note 675:</strong> <span lang="en">Wednesday 9<sup>th</sup>.</span><a href="#footnotetag675"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote676" name="footnote676"></a>
+<strong>Note 676:</strong> On connaît le passage célèbre de Walter Scott sur
+Melrose, au début du chant <span class="smcap85">II</span> du <span class="italic" lang="en">Lay of the Last
+Minstrel</span>.<a href="#footnotetag676"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote677" name="footnote677"></a>
+<strong>Note 677:</strong> <span lang="en">Sunday 18<sup>th</sup>.</span><a href="#footnotetag677"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote678" name="footnote678"></a>
+<strong>Note 678:</strong> <span lang="en">Wednesday 9<sup>th</sup> May.</span><a href="#footnotetag678"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote679" name="footnote679"></a>
+<strong>Note 679:</strong> En français.<a href="#footnotetag679"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote680" name="footnote680"></a>
+<strong>Note 680:</strong> <span lang="en">Wednesday 9<sup>th</sup>.</span><a href="#footnotetag680"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote681" name="footnote681"></a>
+<strong>Note 681:</strong> <span lang="en">Friday 11<sup>th</sup>.</span><a href="#footnotetag681"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote682" name="footnote682"></a>
+<strong>Note 682:</strong> <span lang="en">Sunday 20<sup>th</sup>.</span><a href="#footnotetag682"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote683" name="footnote683"></a>
+<strong>Note 683:</strong> <span lang="en">Tuesday 22<sup>nd</sup>.</span><a href="#footnotetag683"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote684" name="footnote684"></a>
+<strong>Note 684:</strong> Ceci est d'une lettre <span lang="en"><span class="italic">To William Nicol</span>, 18<sup>th</sup></span> juin
+1787.<a href="#footnotetag684"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote685" name="footnote685"></a>
+<strong>Note 685:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To William Nicol</span>, 31<sup>st</sup> May</span> 1787.<a href="#footnotetag685"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote686" name="footnote686"></a>
+<strong>Note 686:</strong> En français.<a href="#footnotetag686"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote687" name="footnote687"></a>
+<strong>Note 687:</strong> <span lang="en">Tuesday. 31<sup>st</sup> May.</span><a href="#footnotetag687"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote688" name="footnote688"></a>
+<strong>Note 688:</strong> Pennant. <span class="italic" lang="en">Second Tour in Scotland, Performed in the
+Year, 1772.</span><a href="#footnotetag688"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote689" name="footnote689"></a>
+<strong>Note 689:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 146.<a href="#footnotetag689"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote690" name="footnote690"></a>
+<strong>Note 690:</strong> <span lang="en">Monday 7<sup>th</sup>, May.</span><a href="#footnotetag690"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote691" name="footnote691"></a>
+<strong>Note 691:</strong> <span lang="en">Wednesday, May 9<sup>th</sup>.</span><a href="#footnotetag691"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote692" name="footnote692"></a>
+<strong>Note 692:</strong> <span lang="en">Friday 11<sup>th</sup>.</span><a href="#footnotetag692"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote693" name="footnote693"></a>
+<strong>Note 693:</strong> <span lang="en">9<sup>th</sup> May.</span> Voir la délibération de la Loge dans
+Chambers, tom. II, p. 83.<a href="#footnotetag693"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote694" name="footnote694"></a>
+<strong>Note 694:</strong> <span lang="en">Sunday 20<sup>th</sup>.</span><a href="#footnotetag694"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote695" name="footnote695"></a>
+<strong>Note 695:</strong> <span lang="en">Tuesday 15<sup>th</sup>.</span><a href="#footnotetag695"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote696" name="footnote696"></a>
+<strong>Note 696:</strong> <span lang="en">Friday 11<sup>th</sup>.</span><a href="#footnotetag696"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote697" name="footnote697"></a>
+<strong>Note 697:</strong> <span lang="en">Thursday 17<sup>th</sup>.</span><a href="#footnotetag697"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote698" name="footnote698"></a>
+<strong>Note 698:</strong> <span lang="en">Sunday 20<sup>th</sup>.</span><a href="#footnotetag698"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote699" name="footnote699"></a>
+<strong>Note 699:</strong> <span lang="en">Sunday 20<sup>th</sup>.</span><a href="#footnotetag699"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote700" name="footnote700"></a>
+<strong>Note 700:</strong> <span lang="en">Friday 11<sup>th</sup>.</span><a href="#footnotetag700"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote701" name="footnote701"></a>
+<strong>Note 701:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Peter Hill.</span> May 17<sup>th</sup></span> 1787.<a href="#footnotetag701"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote702" name="footnote702"></a>
+<strong>Note 702:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To William Nicol</span>, 31<sup>st</sup> May</span> 1787.<a href="#footnotetag702"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote703" name="footnote703"></a>
+<strong>Note 703:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To William Nicol</span>, 18<sup>th</sup> June</span> 1787.<a href="#footnotetag703"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote704" name="footnote704"></a>
+<strong>Note 704:</strong> A. Geikie. <span class="italic" lang="en">Scenery of Scotland</span>, p. 309 et
+314.<a href="#footnotetag704"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote705" name="footnote705"></a>
+<strong>Note 705:</strong> Id. p. 318.<a href="#footnotetag705"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote706" name="footnote706"></a>
+<strong>Note 706:</strong> Id. p. 289.<a href="#footnotetag706"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote707" name="footnote707"></a>
+<strong>Note 707:</strong> <span class="italic" lang="en">Oliver and Boyd's Scottish Tourist.</span><a href="#footnotetag707"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote708" name="footnote708"></a>
+<strong>Note 708:</strong> R. Chambers, tom. II, p. 89.<a href="#footnotetag708"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote709" name="footnote709"></a>
+<strong>Note 709:</strong> Allan Cunningham. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 58.<a href="#footnotetag709"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote710" name="footnote710"></a>
+<strong>Note 710:</strong> R. Chambers, tom. II, p. 88.<a href="#footnotetag710"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote711" name="footnote711"></a>
+<strong>Note 711:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To James Smith</span>, 14<sup>th</sup> June,</span> 1787.<a href="#footnotetag711"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote712" name="footnote712"></a>
+<strong>Note 712:</strong> <span class="italic">To William Nicol</span>, 18<sup>th</sup> June, 1787.<a href="#footnotetag712"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote713" name="footnote713"></a>
+<strong>Note 713:</strong> Alexander Smith, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 20.<a href="#footnotetag713"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote714" name="footnote714"></a>
+<strong>Note 714:</strong> Lockhart, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 149.<a href="#footnotetag714"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote715" name="footnote715"></a>
+<strong>Note 715:</strong> R. Chambers, tome II, p. 92.<a href="#footnotetag715"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote716" name="footnote716"></a>
+<strong>Note 716:</strong> Gilfillan, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. <span class="smcap85">XLVI</span>.<a href="#footnotetag716"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote717" name="footnote717"></a>
+<strong>Note 717:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To James Smith</span>, 11<sup>th</sup> June</span>, 1787.<a href="#footnotetag717"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote718" name="footnote718"></a>
+<strong>Note 718:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To James Smith</span>, June 30<sup>th</sup></span> 1787.<a href="#footnotetag718"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote719" name="footnote719"></a>
+<strong>Note 719:</strong> R. Chambers, t. II, p. 92-93.<a href="#footnotetag719"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote720" name="footnote720"></a>
+<strong>Note 720:</strong> Note de Burns en tête de l'Élégie.<a href="#footnotetag720"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote721" name="footnote721"></a>
+<strong>Note 721:</strong> <span class="italic" lang="en">Elegy on Stella.</span><a href="#footnotetag721"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote722" name="footnote722"></a>
+<strong>Note 722:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Ainslie</span>, June 28<sup>th</sup></span> 1787.<a href="#footnotetag722"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote723" name="footnote723"></a>
+<strong>Note 723:</strong> <span class="italic" lang="en">The Bard at Inverary.</span><a href="#footnotetag723"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote724" name="footnote724"></a>
+<strong>Note 724:</strong> Smollett, <span class="italic" lang="en">Humphry Clinker</span>, J. Melford, Sept. 3.<a href="#footnotetag724"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote725" name="footnote725"></a>
+<strong>Note 725:</strong> Smollett. <span class="italic" lang="en">Humphry Clinker</span>, J. Melford, Sept. 3.<a href="#footnotetag725"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote726" name="footnote726"></a>
+<strong>Note 726:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To James Smith</span>, June 30<sup>th</sup></span> 1787.<a href="#footnotetag726"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote727" name="footnote727"></a>
+<strong>Note 727:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To John Richmond</span>, 7<sup>th</sup> July</span> 1787.<a href="#footnotetag727"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote728" name="footnote728"></a>
+<strong>Note 728:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To James Smith</span>, June 30<sup>th</sup></span> 1787.<a href="#footnotetag728"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote729" name="footnote729"></a>
+<strong>Note 729:</strong> R. Chambers, t. II, p. 105.<a href="#footnotetag729"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote730" name="footnote730"></a>
+<strong>Note 730:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Archibald Laurie</span>, 14<sup>th</sup> August</span> 1787.<a href="#footnotetag730"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote731" name="footnote731"></a>
+<strong>Note 731:</strong> Scott Douglas, tom. IV, p. 261.<a href="#footnotetag731"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote732" name="footnote732"></a>
+<strong>Note 732:</strong> <span class="italic" lang="en">To George Thomson.</span> Lettre <span class="smcap85">XXV</span>.<a href="#footnotetag732"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote733" name="footnote733"></a>
+<strong>Note 733:</strong> Voir sur ce Nicol, le portrait qu'en trace Currie,
+<span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 41-42.&mdash;Pour les détails biographiques voir <span class="italic" lang="en">The
+History of the High School of Edinburgh</span>, by William Steven. D. D.,
+appendix <span class="smcap85">VI</span>, p. 94.<a href="#footnotetag733"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote734" name="footnote734"></a>
+<strong>Note 734:</strong> W. Steven. <span class="italic" lang="en">History of the High School.</span><a href="#footnotetag734"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote735" name="footnote735"></a>
+<strong>Note 735:</strong> R. Chambers. <span class="italic" lang="en">Domestic Annals Scotland</span>, tom. III, p.
+223.<a href="#footnotetag735"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote736" name="footnote736"></a>
+<strong>Note 736:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 4.<a href="#footnotetag736"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote737" name="footnote737"></a>
+<strong>Note 737:</strong> Id., p. 213.<a href="#footnotetag737"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote738" name="footnote738"></a>
+<strong>Note 738:</strong> R. Chambers, tom. II, p. 207, en note.<a href="#footnotetag738"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote739" name="footnote739"></a>
+<strong>Note 739:</strong> R. Chambers, tom. II, p. 207.<a href="#footnotetag739"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote740" name="footnote740"></a>
+<strong>Note 740:</strong> <span class="italic">Lettre du D<sup>r</sup> Adair à Currie.</span><a href="#footnotetag740"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote741" name="footnote741"></a>
+<strong>Note 741:</strong> <span lang="en"><span class="italic">Journal of the Highland Tour</span>, Saturday 6<sup>th</sup></span>
+1787.<a href="#footnotetag741"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote742" name="footnote742"></a>
+<strong>Note 742:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Muir</span>, 26<sup>th</sup> August</span> 1787.<a href="#footnotetag742"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote743" name="footnote743"></a>
+<strong>Note 743:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To lord Buchan</span>, 12<sup>th</sup> Jan</span> 1794.<a href="#footnotetag743"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote744" name="footnote744"></a>
+<strong>Note 744:</strong> Pour la visite du champ de bataille, voir <span class="italic" lang="en">Shearer's
+Guide to Stirling</span>, avec le plan.<a href="#footnotetag744"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote745" name="footnote745"></a>
+<strong>Note 745:</strong> Tytler. <span class="italic" lang="en">History of Scotland</span>, tom. I, chap.
+<span class="smcap85">III</span>, p. 115.<a href="#footnotetag745"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote746" name="footnote746"></a>
+<strong>Note 746:</strong> Walter Scott. <span class="italic" lang="en">Lord of the Isles.</span> Canto VI. 15.&mdash;Voir
+aussi son récit dans ses <span class="italic" lang="en">Tales of a Grand Father</span>, chap.
+<span class="smcap85">X</span>.<a href="#footnotetag746"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote747" name="footnote747"></a>
+<strong>Note 747:</strong> Hill Burton. <span class="italic" lang="en">History of Scotland</span>, tom. II, p.
+267.<a href="#footnotetag747"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote748" name="footnote748"></a>
+<strong>Note 748:</strong> Hill Burton. <span class="italic" lang="en">History of Scotland</span>, tom. II, p.
+265.<a href="#footnotetag748"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote749" name="footnote749"></a>
+<strong>Note 749:</strong> John Barbour. Presque tous les détails de la bataille
+sont à l'origine fournis par le poème épique du vieux poète sur Robert
+Bruce. On en trouvera des extraits, qui permettent de reconstituer la
+scène de Bannockburn, dans <span class="italic" lang="en">Poets and Poetry of Scotland</span> de James
+Grant-Wilson, et surtout dans le <span class="italic" lang="en">Book of Scottish Poems</span> de J.
+Ross.<a href="#footnotetag749"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote750" name="footnote750"></a>
+<strong>Note 750:</strong> Hill Burton, tom. II, p. 268.<a href="#footnotetag750"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote751" name="footnote751"></a>
+<strong>Note 751:</strong> <span lang="en"><span class="italic">Journal of the Highland Tour</span>, 26<sup>th</sup> August</span>
+1787.<a href="#footnotetag751"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote752" name="footnote752"></a>
+<strong>Note 752:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Muir</span>, 26<sup>th</sup> August</span> 1787.<a href="#footnotetag752"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote753" name="footnote753"></a>
+<strong>Note 753:</strong> John Barbour. <span class="italic" lang="en">The Bruce.</span><a href="#footnotetag753"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote754" name="footnote754"></a>
+<strong>Note 754:</strong> <span class="italic" lang="en">Robert Bruce's march to Bannockburn.</span><a href="#footnotetag754"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote755" name="footnote755"></a>
+<strong>Note 755:</strong> Sur les souvenirs historiques de Stirling et les
+constructions, voir <span class="italic" lang="en">Shearer's Guide to Stirling</span>.<a href="#footnotetag755"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote756" name="footnote756"></a>
+<strong>Note 756:</strong> Voir les aventures de Jacques V, dans les <span class="italic" lang="en">Tales of a
+Grand Father</span> de Walter Scott, qui excellait dans ce genre
+anecdotique, le chap. <span class="smcap85">XXVII</span>.<a href="#footnotetag756"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote757" name="footnote757"></a>
+<strong>Note 757:</strong> Il avait songé et songeait peut-être encore à écrire un
+poème sur Wallace. Voir la lettre <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, 15<sup>th</sup> Jan.</span>
+1787.<a href="#footnotetag757"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote758" name="footnote758"></a>
+<strong>Note 758:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Muir</span>, 26<sup>th</sup> Aug.</span> 1787.<a href="#footnotetag758"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote759" name="footnote759"></a>
+<strong>Note 759:</strong> Voir la lettre du D<sup>r</sup> Adams à Currie. <span class="italic" lang="en">Life of
+Burns</span>, p. 40.<a href="#footnotetag759"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote760" name="footnote760"></a>
+<strong>Note 760:</strong> <span class="italic" lang="en">Written by Somebody on the Window of an Inn at
+Stirling, on seeing the Royal Palace in Ruins.</span><a href="#footnotetag760"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote761" name="footnote761"></a>
+<strong>Note 761:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Clarinda</span>, 27<sup>th</sup> Jan.</span> 1788.<a href="#footnotetag761"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote762" name="footnote762"></a>
+<strong>Note 762:</strong> Cette situation est très bien expliquée par Hill
+Burton, <span class="italic" lang="en">History of Scotland</span>, t. VIII, p. 316-20.<a href="#footnotetag762"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote763" name="footnote763"></a>
+<strong>Note 763:</strong> On trouvera cette vieille chanson, <span class="italic" lang="en">The Battle of
+Sheriff-Muir</span>, dans toutes les collections de chansons écossaises;
+nous la prenons dans le recueil de Whitelaw.<a href="#footnotetag763"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote764" name="footnote764"></a>
+<strong>Note 764:</strong> <span class="italic" lang="en">The Battle of Sheriff-Muir.</span><a href="#footnotetag764"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote765" name="footnote765"></a>
+<strong>Note 765:</strong> Lire, sur cette marche à travers la passe, Macaulay,
+<span class="italic" lang="en">History of England</span>, ch. <span class="smcap85">XIII</span>.<a href="#footnotetag765"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote766" name="footnote766"></a>
+<strong>Note 766:</strong> Voir une très claire description dans Hill Burton,
+<span class="italic" lang="en">History of Scotland</span>, tome VII, p. 375-83.&mdash;Un tableau très
+pittoresque de la <span class="italic">furia</span> des Highlanders dans Walter Scott, <span class="italic" lang="en">Tales of
+a grand Father</span>, chap. <span class="smcap85">LVI</span>,&mdash;et le récit de Macaulay, <span class="italic" lang="en">History of
+England</span>, chap. <span class="smcap85">XIII</span>.<a href="#footnotetag766"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote767" name="footnote767"></a>
+<strong>Note 767:</strong> Walter Scott, <span class="italic" lang="en">Tales of a grand Father</span>, chap.
+<span class="smcap85">LVI</span>.<a href="#footnotetag767"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote768" name="footnote768"></a>
+<strong>Note 768:</strong> <span class="italic" lang="en">The Battle of Killiecrankie.</span><a href="#footnotetag768"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote769" name="footnote769"></a>
+<strong>Note 769:</strong> Voir le <span class="italic" lang="en">Guide to Culloden Moor</span>, by Peter Anderson of
+Inverness, avec le plan.<a href="#footnotetag769"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote770" name="footnote770"></a>
+<strong>Note 770:</strong> Hill Burton, <span class="italic" lang="en">History of Scotland</span>, tome <span class="smcap85">VIII</span>, p.
+488.<a href="#footnotetag770"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote771" name="footnote771"></a>
+<strong>Note 771:</strong> Hill Burton, <span class="italic">Id.</span><a href="#footnotetag771"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote772" name="footnote772"></a>
+<strong>Note 772:</strong> Walter Scott, <span class="italic" lang="en">Tales of a grand Father</span>, chap.
+<span class="smcap85">LXXXIII</span>.<a href="#footnotetag772"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote773" name="footnote773"></a>
+<strong>Note 773:</strong> Il y a une très complète description de la bataille
+dans le <span class="italic">Guide</span> de Peter Anderson; voir aussi le récit de Walter
+Scott, chap. <span class="smcap85">LXXXIII</span> et les pages d'Amédée Pichot dans son <span class="italic">Histoire
+de Charles-Édouard</span>, chap. <span class="smcap85">XXXI</span> et <span class="smcap85">XXXII</span>.<a href="#footnotetag773"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote774" name="footnote774"></a>
+<strong>Note 774:</strong> Voir les extraits des <span class="italic" lang="en">Jacobite memoirs of the
+Rebellion of 1745</span>, de Robert Chambers, donnés par Peter
+Andersen.<a href="#footnotetag774"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote775" name="footnote775"></a>
+<strong>Note 775:</strong> <span class="italic" lang="en">The Lovely Lass of Inverness.</span><a href="#footnotetag775"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote776" name="footnote776"></a>
+<strong>Note 776:</strong> <span class="italic" lang="en">The Highland Widow's Lament.</span><a href="#footnotetag776"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote777" name="footnote777"></a>
+<strong>Note 777:</strong> R. Chambers, cité par Peter Anderson, p. 103.<a href="#footnotetag777"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote778" name="footnote778"></a>
+<strong>Note 778:</strong> Smollett, cité par Peter Anderson, p. 103.<a href="#footnotetag778"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote779" name="footnote779"></a>
+<strong>Note 779:</strong> Lord Mahon, <span class="italic" lang="en">History of England</span>.<a href="#footnotetag779"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote780" name="footnote780"></a>
+<strong>Note 780:</strong> Walter Scott, <span class="italic" lang="en">Tales of a grand Father</span>, chap.
+<span class="smcap85">LXXXIV</span>.&mdash;Voir aussi ces horreurs dans Amédée Pichot, chap. <span class="smcap85">XXXIII</span>.<a href="#footnotetag780"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote781" name="footnote781"></a>
+<strong>Note 781:</strong> Smollett, <span class="italic" lang="en">The tears of Scotland</span>.<a href="#footnotetag781"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote782" name="footnote782"></a>
+<strong>Note 782:</strong> <span class="italic" lang="en">Strathallan's Lament.</span><a href="#footnotetag782"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote783" name="footnote783"></a>
+<strong>Note 783:</strong> <span class="italic" lang="en">It was a' for our rightfu' King.</span><a href="#footnotetag783"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote784" name="footnote784"></a>
+<strong>Note 784:</strong> <span class="italic" lang="en">Frae the Friend and Land I love.</span><a href="#footnotetag784"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote785" name="footnote785"></a>
+<strong>Note 785:</strong> <span class="italic" lang="en">Charlie, he's my darling.</span><a href="#footnotetag785"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote786" name="footnote786"></a>
+<strong>Note 786:</strong> <span class="italic" lang="en">Bannocks o' bearmeal.</span><a href="#footnotetag786"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote787" name="footnote787"></a>
+<strong>Note 787:</strong> <span class="italic" lang="en">There'll never be Peace till Jamie comes
+hame.</span><a href="#footnotetag787"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote788" name="footnote788"></a>
+<strong>Note 788:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Patrick Miller</span>, 28<sup>th</sup> Sept.</span> 1787.<a href="#footnotetag788"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote789" name="footnote789"></a>
+<strong>Note 789:</strong> A. Geikie, <span class="italic" lang="en">Scenery of Scotland</span>, p. 218.<a href="#footnotetag789"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote790" name="footnote790"></a>
+<strong>Note 790:</strong> <span class="italic" lang="en">Verses written with in Pencil over the chimney-piece,
+in the Parlour of the Inn at Kenmore, Taymouth.</span><a href="#footnotetag790"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote791" name="footnote791"></a>
+<strong>Note 791:</strong> <span class="italic" lang="en">The Birks of Aberfeldy.</span><a href="#footnotetag791"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote792" name="footnote792"></a>
+<strong>Note 792:</strong> <span class="italic" lang="en">The humble Petition of Bruar Water to the noble Duke
+of Athole.</span><a href="#footnotetag792"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote793" name="footnote793"></a>
+<strong>Note 793:</strong> <span class="italic" lang="en">Recollections of a Tour made in Scotland</span>, by Dorothy
+Wordsworth, p. 201.<a href="#footnotetag793"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote794" name="footnote794"></a>
+<strong>Note 794:</strong> Chateaubriand. <span class="italic">Atala.</span><a href="#footnotetag794"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote795" name="footnote795"></a>
+<strong>Note 795:</strong> Ruskin. <span class="italic" lang="en">Modern Painters I</span>, part. <span class="smcap85">II</span>, sect. 5, chap.
+<span class="smcap85">II</span>.&mdash;Victor Hugo. <span class="italic">Le Rhin.</span><a href="#footnotetag795"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote796" name="footnote796"></a>
+<strong>Note 796:</strong> Currie. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 40.<a href="#footnotetag796"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote797" name="footnote797"></a>
+<strong>Note 797:</strong> Currie. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 42. Extrait d'une lettre de
+Walker à Currie.<a href="#footnotetag797"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote798" name="footnote798"></a>
+<strong>Note 798:</strong> Voir, sur l'état des villages des Hautes-Terres, à
+cette époque et presque à cette année, <span class="italic" lang="en">The Cottagers of Glenburnie</span>,
+par Élizabeth Hamilton.<a href="#footnotetag798"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote799" name="footnote799"></a>
+<strong>Note 799:</strong> R. Chambers, tom. II, p. 131, d'après Walker.<a href="#footnotetag799"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote800" name="footnote800"></a>
+<strong>Note 800:</strong> Currie. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 43.<a href="#footnotetag800"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote801" name="footnote801"></a>
+<strong>Note 801:</strong> Walker. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. <span class="smcap85">LXXVIII</span>.<a href="#footnotetag801"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote802" name="footnote802"></a>
+<strong>Note 802:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Gilbert Burns</span>, 17<sup>th</sup> Sep.</span> 1787.<a href="#footnotetag802"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote803" name="footnote803"></a>
+<strong>Note 803:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Patrick Miller</span>, 28<sup>th</sup> Sep.</span> 1787.<a href="#footnotetag803"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote804" name="footnote804"></a>
+<strong>Note 804:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Rev. J. Skinner</span>, 25<sup>th</sup> Oct.</span> 1787.<a href="#footnotetag804"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote805" name="footnote805"></a>
+<strong>Note 805:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Patrick Miller</span>, 20<sup>th</sup> Oct.</span> 1787.<a href="#footnotetag805"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote806" name="footnote806"></a>
+<strong>Note 806:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Patrick Miller</span>, 28<sup>th</sup> Sep.</span> 1787.<a href="#footnotetag806"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote807" name="footnote807"></a>
+<strong>Note 807:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Miss Chalmers</span>, Nov. 18,</span> 1787.<a href="#footnotetag807"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote808" name="footnote808"></a>
+<strong>Note 808:</strong> <span lang="en">Shakspeare, <span class="italic" lang="en">As you Like it</span>.</span> Act. <span class="smcap85">II</span>, sc.
+5.<a href="#footnotetag808"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote809" name="footnote809"></a>
+<strong>Note 809:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, 4<sup>th</sup> Nov.</span> 1787.<a href="#footnotetag809"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote810" name="footnote810"></a>
+<strong>Note 810:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Miss Chalmers</span>, 21<sup>st</sup> Nov.</span> 1787.<a href="#footnotetag810"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote811" name="footnote811"></a>
+<strong>Note 811:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Miss Chalmers</span>, 6<sup>th</sup> Nov.</span> 1787.<a href="#footnotetag811"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote812" name="footnote812"></a>
+<strong>Note 812:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To James Candlish</span>, Nov.</span> 1787.<a href="#footnotetag812"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote813" name="footnote813"></a>
+<strong>Note 813:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Ainslie</span>, Nov. 25<sup>th</sup>,</span> 1787.<a href="#footnotetag813"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote814" name="footnote814"></a>
+<strong>Note 814:</strong> Les détails biographiques sur Clarinda sont empruntés
+au <span class="italic" lang="en">Memoir of M<sup>rs</sup> Mac Lehose</span>, publié, avec la correspondance entre
+Burns et Clarinda, par son petit-fils, W.-C. Mac Lehose, en 1843.<a href="#footnotetag814"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote815" name="footnote815"></a>
+<strong>Note 815:</strong> <span class="italic" lang="en">Memoir of M<sup>rs</sup> Mac Lehose</span>, p. 16.<a href="#footnotetag815"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote816" name="footnote816"></a>
+<strong>Note 816:</strong> <span class="italic" lang="en">Memoir of M<sup>rs</sup> Mac Lehose</span>, p. 17-18.<a href="#footnotetag816"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote817" name="footnote817"></a>
+<strong>Note 817:</strong> <span class="italic">Mémoires de M<sup>me</sup> d'Épinay</span>, t. I, p. 66.<a href="#footnotetag817"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote818" name="footnote818"></a>
+<strong>Note 818:</strong> <span class="italic">Id.</span>, t. I, p. 91.<a href="#footnotetag818"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote819" name="footnote819"></a>
+<strong>Note 819:</strong> <span class="italic" lang="en">Memoir of M<sup>rs</sup> Mac Lehose</span>, p. 20.<a href="#footnotetag819"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote820" name="footnote820"></a>
+<strong>Note 820:</strong> R. Chambers, t. II, p. 174.<a href="#footnotetag820"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote821" name="footnote821"></a>
+<strong>Note 821:</strong> <span class="italic" lang="en">Memoir of M<sup>rs</sup> Mac Lehose</span>, p. 14.<a href="#footnotetag821"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote822" name="footnote822"></a>
+<strong>Note 822:</strong> <span class="italic" lang="en">Memoir of M<sup>rs</sup> Mac Lehose</span>, p. 24.<a href="#footnotetag822"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote823" name="footnote823"></a>
+<strong>Note 823:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, 24<sup>th</sup> Jan.</span> 1788.<a href="#footnotetag823"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote824" name="footnote824"></a>
+<strong>Note 824:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, 28<sup>th</sup> Dec.</span> 1787.<a href="#footnotetag824"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote825" name="footnote825"></a>
+<strong>Note 825:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, 9<sup>th</sup> Jan.</span> 1788.<a href="#footnotetag825"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote826" name="footnote826"></a>
+<strong>Note 826:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, 1<sup>st</sup> Jan.</span> 1788.<a href="#footnotetag826"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote827" name="footnote827"></a>
+<strong>Note 827:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, 19<sup>th</sup> Jan.</span> 1788.<a href="#footnotetag827"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote828" name="footnote828"></a>
+<strong>Note 828:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, 9<sup>th</sup> Jan.</span> 1788.<a href="#footnotetag828"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote829" name="footnote829"></a>
+<strong>Note 829:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, 28<sup>th</sup> Dec.</span> 1787.<a href="#footnotetag829"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote830" name="footnote830"></a>
+<strong>Note 830:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, 1<sup>st</sup> Jan.</span> 1788.<a href="#footnotetag830"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote831" name="footnote831"></a>
+<strong>Note 831:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, 19<sup>th</sup> Jan.</span><a href="#footnotetag831"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote832" name="footnote832"></a>
+<strong>Note 832:</strong> Scott Douglas, tom. V, p. 111.<a href="#footnotetag832"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote833" name="footnote833"></a>
+<strong>Note 833:</strong> <span class="italic" lang="en">To a Blackbird Singing on a Tree.</span><a href="#footnotetag833"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote834" name="footnote834"></a>
+<strong>Note 834:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, 19<sup>th</sup> Jan.</span> 1788.<a href="#footnotetag834"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote835" name="footnote835"></a>
+<strong>Note 835:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, 3<sup>rd</sup> Jan.</span> 1788.<a href="#footnotetag835"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote836" name="footnote836"></a>
+<strong>Note 836:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, 19<sup>th</sup> Jan.</span> 1788.<a href="#footnotetag836"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote837" name="footnote837"></a>
+<strong>Note 837:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Miss Chalmers</span>, Oct. 26<sup>th</sup>,</span> 1787. Les mots en
+italique sont en français.<a href="#footnotetag837"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote838" name="footnote838"></a>
+<strong>Note 838:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Mac Lehose</span>, Dec. 6<sup>th</sup>,</span> 1787.<a href="#footnotetag838"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote839" name="footnote839"></a>
+<strong>Note 839:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Mac Lehose</span>, Dec. 8<sup>th</sup></span>, 1787.<a href="#footnotetag839"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote840" name="footnote840"></a>
+<strong>Note 840:</strong> C'est un vers de la <span class="italic">Vision</span>.<a href="#footnotetag840"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote841" name="footnote841"></a>
+<strong>Note 841:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Burns</span>, Dec. 8<sup>th</sup>,</span> 1787.<a href="#footnotetag841"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote842" name="footnote842"></a>
+<strong>Note 842:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Mac Lehose</span>, Dec. 12<sup>th</sup></span>, 1787.<a href="#footnotetag842"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote843" name="footnote843"></a>
+<strong>Note 843:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Burns</span>, Dec. 16<sup>th</sup>,</span> 1787.<a href="#footnotetag843"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote844" name="footnote844"></a>
+<strong>Note 844:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Mac Lehose</span>, Dec. 20<sup>th</sup>,</span> 1787.<a href="#footnotetag844"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote845" name="footnote845"></a>
+<strong>Note 845:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Clarinda</span>, Dec. 28<sup>th</sup>,</span> 1787.<a href="#footnotetag845"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote846" name="footnote846"></a>
+<strong>Note 846:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Clarinda.</span> Dec. 28<sup>th</sup>,</span> 1787.<a href="#footnotetag846"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote847" name="footnote847"></a>
+<strong>Note 847:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, January 1<sup>st</sup></span>, 1788.<a href="#footnotetag847"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote848" name="footnote848"></a>
+<strong>Note 848:</strong> <span class="italic" lang="en">To Robert Graham of Fintry.</span> Jan. 1788.<a href="#footnotetag848"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote849" name="footnote849"></a>
+<strong>Note 849:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander.</span> Jan. 7<sup>th</sup>,</span> 1788.<a href="#footnotetag849"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote850" name="footnote850"></a>
+<strong>Note 850:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander.</span> Jan. 7<sup>th</sup>,</span> 1788.<a href="#footnotetag850"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote851" name="footnote851"></a>
+<strong>Note 851:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander.</span> Jan. 9<sup>th</sup>,</span> 1788.<a href="#footnotetag851"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote852" name="footnote852"></a>
+<strong>Note 852:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander.</span> Jan. 10<sup>th</sup>,</span> 1788.<a href="#footnotetag852"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote853" name="footnote853"></a>
+<strong>Note 853:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander.</span> Jan. 13<sup>th</sup></span>, 1788.<a href="#footnotetag853"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote854" name="footnote854"></a>
+<strong>Note 854:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander.</span> Jan. 15<sup>th</sup></span>, 1788.<a href="#footnotetag854"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote855" name="footnote855"></a>
+<strong>Note 855:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Clarinda.</span> Jan. 15<sup>th</sup></span>, 1788.<a href="#footnotetag855"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote856" name="footnote856"></a>
+<strong>Note 856:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander.</span> Jan. 15<sup>th</sup></span>, 1788.<a href="#footnotetag856"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote857" name="footnote857"></a>
+<strong>Note 857:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander.</span> 19<sup>th</sup> Jan.</span> 1788.<a href="#footnotetag857"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote858" name="footnote858"></a>
+<strong>Note 858:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Clarinda.</span> 20<sup>th</sup> Jan.</span> 1788.<a href="#footnotetag858"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote859" name="footnote859"></a>
+<strong>Note 859:</strong> <span lang="en">Shakspeare. <span class="italic">Macbeth</span></span>, act. <span class="smcap85">II</span>, sc. 3.<a href="#footnotetag859"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote860" name="footnote860"></a>
+<strong>Note 860:</strong> R. Chambers, tom. II, p. 206.<a href="#footnotetag860"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote861" name="footnote861"></a>
+<strong>Note 861:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Clarinda.</span> Jan. 24<sup>th</sup></span> 1788.<a href="#footnotetag861"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote862" name="footnote862"></a>
+<strong>Note 862:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander.</span> Jan. 24<sup>th</sup></span> 1788.<a href="#footnotetag862"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote863" name="footnote863"></a>
+<strong>Note 863:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Clarinda.</span> Jan. 25<sup>th</sup></span> 1788.<a href="#footnotetag863"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote864" name="footnote864"></a>
+<strong>Note 864:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Clarinda</span>, Jan. 26<sup>th</sup></span> 1788.<a href="#footnotetag864"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote865" name="footnote865"></a>
+<strong>Note 865:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, 27<sup>th</sup></span> Jan. 1788.<a href="#footnotetag865"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote866" name="footnote866"></a>
+<strong>Note 866:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Clarinda</span>, Feb. 3<sup>rd</sup></span> 1788.<a href="#footnotetag866"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote867" name="footnote867"></a>
+<strong>Note 867:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, Feb. 6<sup>th</sup></span>, 1788.<a href="#footnotetag867"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote868" name="footnote868"></a>
+<strong>Note 868:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, Feb. 6<sup>th</sup></span>, 1788.<a href="#footnotetag868"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote869" name="footnote869"></a>
+<strong>Note 869:</strong> Voir la notice sur lui dans le <span class="italic" lang="en">Biographical Dictionary
+of Eminent Scotsmen</span>.<a href="#footnotetag869"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote870" name="footnote870"></a>
+<strong>Note 870:</strong> <span class="italic">L'Épître à James Smith.</span><a href="#footnotetag870"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote871" name="footnote871"></a>
+<strong>Note 871:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, Feb. 6<sup>th</sup></span>, 1788.<a href="#footnotetag871"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote872" name="footnote872"></a>
+<strong>Note 872:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, 27<sup>th</sup> Jan.</span> 1788.<a href="#footnotetag872"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote873" name="footnote873"></a>
+<strong>Note 873:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, 28<sup>th</sup> Jan.</span><a href="#footnotetag873"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote874" name="footnote874"></a>
+<strong>Note 874:</strong> Scott Douglas donne des renseignements sur le Rev.
+Kemp, tom. V, p. 86-87.<a href="#footnotetag874"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote875" name="footnote875"></a>
+<strong>Note 875:</strong> Chambers, tom. II, p. 222.&mdash;Scott Douglas, tom. V, p.
+79.<a href="#footnotetag875"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote876" name="footnote876"></a>
+<strong>Note 876:</strong> Cité imparfaitement de <span class="italic">Julius Cæsar</span>, de <span lang="en">Shakspeare</span>,
+act. <span class="smcap85">II</span>, scène <span class="smcap85">I</span>.<a href="#footnotetag876"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote877" name="footnote877"></a>
+<strong>Note 877:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Clarinda</span>, Feb. 13<sup>th</sup>,</span> 1788.<a href="#footnotetag877"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote878" name="footnote878"></a>
+<strong>Note 878:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Clarinda</span>, Feb. 18<sup>th</sup></span> 1788.<a href="#footnotetag878"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote879" name="footnote879"></a>
+<strong>Note 879:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Clarinda,</span> 14<sup>th</sup> Feb.</span> 1788.<a href="#footnotetag879"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote880" name="footnote880"></a>
+<strong>Note 880:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Clarinda</span>, 15<sup>th</sup> Feb.</span> 1788.<a href="#footnotetag880"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote881" name="footnote881"></a>
+<strong>Note 881:</strong> <span lang="en">Shakspeare</span>, <span class="italic">Cymbeline</span>, act. <span class="smcap85">I</span>, scène 5.<a href="#footnotetag881"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote882" name="footnote882"></a>
+<strong>Note 882:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, 19<sup>th</sup> Feb.</span> 1788.<a href="#footnotetag882"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote883" name="footnote883"></a>
+<strong>Note 883:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Miss Chalmers</span>, Dec. 12<sup>th</sup></span>, 1787.<a href="#footnotetag883"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote884" name="footnote884"></a>
+<strong>Note 884:</strong> La Rochefoucauld. <span class="italic">Maximes.</span><a href="#footnotetag884"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote885" name="footnote885"></a>
+<strong>Note 885:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Miss Chalmers</span>, Dec. 19<sup>th</sup></span>, 1787.<a href="#footnotetag885"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote886" name="footnote886"></a>
+<strong>Note 886:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Miss Chalmers</span>, Dec. 19<sup>th</sup></span>, 1787.<a href="#footnotetag886"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote887" name="footnote887"></a>
+<strong>Note 887:</strong> En français.<a href="#footnotetag887"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote888" name="footnote888"></a>
+<strong>Note 888:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>; 21<sup>st</sup> Jan.</span> 1788.<a href="#footnotetag888"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote889" name="footnote889"></a>
+<strong>Note 889:</strong> <span lang="en">Shakspeare.</span> <span class="italic">Othello</span>, acte <span class="smcap85">I</span>, sc. 3.<a href="#footnotetag889"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote890" name="footnote890"></a>
+<strong>Note 890:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Miss Chalmers</span>, 22<sup>nd</sup> Jan.</span> 1788.<a href="#footnotetag890"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote891" name="footnote891"></a>
+<strong>Note 891:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Clarinda</span>, Jan. 24<sup>th</sup>,</span> 1788.<a href="#footnotetag891"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote892" name="footnote892"></a>
+<strong>Note 892:</strong> <span class="italic" lang="en">The Bonie Lad that's far awa.</span><a href="#footnotetag892"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote893" name="footnote893"></a>
+<strong>Note 893:</strong> <span class="italic" lang="en">Lament, occasioned by the unfortunate issue of a
+Friend's Amour.</span><a href="#footnotetag893"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote894" name="footnote894"></a>
+<strong>Note 894:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Clarinda</span>, 23<sup>rd</sup> Feb.</span> 1788.<a href="#footnotetag894"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote895" name="footnote895"></a>
+<strong>Note 895:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Ainslie</span>, 3<sup>rd</sup> March</span> 1788.<a href="#footnotetag895"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote896" name="footnote896"></a>
+<strong>Note 896:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Muir</span>, 7<sup>th</sup> March</span> 1788.<a href="#footnotetag896"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote897" name="footnote897"></a>
+<strong>Note 897:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Richard Brown</span>, 7<sup>th</sup> March 1788.</span>&mdash;La citation est
+de <span lang="en">Shakspeare. <span class="italic">Othello</span></span>, act. <span class="smcap85">III</span>, scène 3.<a href="#footnotetag897"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote898" name="footnote898"></a>
+<strong>Note 898:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, March 5<sup>th</sup></span>, 1788.<a href="#footnotetag898"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote899" name="footnote899"></a>
+<strong>Note 899:</strong><span lang="en"> <span class="italic">To Clarinda</span>, 6<sup>th</sup> March</span> 1788.<a href="#footnotetag899"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote900" name="footnote900"></a>
+<strong>Note 900:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, 8<sup>th</sup> March</span> 1788.<a href="#footnotetag900"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote901" name="footnote901"></a>
+<strong>Note 901:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, 22<sup>nd</sup> Feb.</span> 1788.<a href="#footnotetag901"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote902" name="footnote902"></a>
+<strong>Note 902:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, 19<sup>th</sup> Feb.</span> 1788.<a href="#footnotetag902"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote903" name="footnote903"></a>
+<strong>Note 903:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Sylvander</span>, 8<sup>th</sup> March</span> 1788.<a href="#footnotetag903"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote904" name="footnote904"></a>
+<strong>Note 904:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To D<sup>r</sup> Moore</span>, 4<sup>th</sup> Jan.</span> 1789.<a href="#footnotetag904"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote905" name="footnote905"></a>
+<strong>Note 905:</strong> R. Chambers, tom. II, p. 248.<a href="#footnotetag905"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote906" name="footnote906"></a>
+<strong>Note 906:</strong> R. Chambers, tom. II, p. 251.<a href="#footnotetag906"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote907" name="footnote907"></a>
+<strong>Note 907:</strong> Scott Douglas, tom. V, p. 110.<a href="#footnotetag907"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote908" name="footnote908"></a>
+<strong>Note 908:</strong> Voir la lettre plus loin, p. 403.<a href="#footnotetag908"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote909" name="footnote909"></a>
+<strong>Note 909:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Richard Brown</span>, 26<sup>th</sup> March</span> 1788.<a href="#footnotetag909"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote910" name="footnote910"></a>
+<strong>Note 910:</strong> Hately Waddell, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. <span class="smcap85">XXXIII</span>.<a href="#footnotetag910"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote911" name="footnote911"></a>
+<strong>Note 911:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Richard Brown</span>, 7<sup>th</sup> March</span> 1788.<a href="#footnotetag911"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote912" name="footnote912"></a>
+<strong>Note 912:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To William Dunbar</span>, 7<sup>th</sup> April</span> 1788.<a href="#footnotetag912"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote913" name="footnote913"></a>
+<strong>Note 913:</strong> Cette expression revient, presque dans les mêmes
+termes, dans une demi-douzaine de lettres, voir entre autres: <span lang="en"><span class="italic">To
+Johnson</span>, 25<sup>th</sup> May 1788; <span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, 10<sup>th</sup> June 1788; <span class="italic">To Alex.
+Cunningham</span>, 17<sup>th</sup> July 1788; <span class="italic">To Rev. D<sup>r</sup> John Geddes</span>, 3<sup>rd</sup> Feb.
+1789; <span class="italic">To James Burness</span>, 9<sup>th</sup> Feb. 1789,</span> etc.<a href="#footnotetag913"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote914" name="footnote914"></a>
+<strong>Note 914:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, 10<sup>th</sup> June</span> 1788.<a href="#footnotetag914"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote915" name="footnote915"></a>
+<strong>Note 915:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Johnson</span>, 25<sup>th</sup> May</span> 1788.<a href="#footnotetag915"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote916" name="footnote916"></a>
+<strong>Note 916:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Alex. Cunningham</span>, 27<sup>th</sup> July</span> 1788.<a href="#footnotetag916"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote917" name="footnote917"></a>
+<strong>Note 917:</strong> Chambers, tom. II, p. 258.<a href="#footnotetag917"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote918" name="footnote918"></a>
+<strong>Note 918:</strong> Scott Douglas, tom. II, p. 158.<a href="#footnotetag918"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote919" name="footnote919"></a>
+<strong>Note 919:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To D<sup>r</sup> Moore</span>, 4<sup>th</sup> Jan</span>. 89.<a href="#footnotetag919"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote920" name="footnote920"></a>
+<strong>Note 920:</strong> R. Chambers, tom. II, p. 258.<a href="#footnotetag920"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote921" name="footnote921"></a>
+<strong>Note 921:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To D<sup>r</sup> Moore</span>, 4<sup>th</sup> Jan.</span> 89.<a href="#footnotetag921"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote922" name="footnote922"></a>
+<strong>Note 922:</strong> R. Chambers, tom. IV, p. 228.<a href="#footnotetag922"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote923" name="footnote923"></a>
+<strong>Note 923:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To the Earl of Glencairn</span>, Jan.</span> 1788.<a href="#footnotetag923"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote924" name="footnote924"></a>
+<strong>Note 924:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Graham of Fintry</span>, Jan.</span> 1788.<a href="#footnotetag924"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote925" name="footnote925"></a>
+<strong>Note 925:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To James Smith</span>, 28<sup>th</sup> April</span> 1788.<a href="#footnotetag925"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote926" name="footnote926"></a>
+<strong>Note 926:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To William Dunbar</span>, 7<sup>th</sup> April</span> 1788.<a href="#footnotetag926"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote927" name="footnote927"></a>
+<strong>Note 927:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Samuel Brown</span>, 4<sup>th</sup> May</span> 1788.<a href="#footnotetag927"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote928" name="footnote928"></a>
+<strong>Note 928:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To James Johnson</span>, 25<sup>th</sup> May</span> 1788.<a href="#footnotetag928"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote929" name="footnote929"></a>
+<strong>Note 929:</strong> Allan Cunningham, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 80.<a href="#footnotetag929"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote930" name="footnote930"></a>
+<strong>Note 930:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To James Burness</span>, 9<sup>th</sup> Feb.</span> 1789.<a href="#footnotetag930"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote931" name="footnote931"></a>
+<strong>Note 931:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, November</span> 1790.<a href="#footnotetag931"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote932" name="footnote932"></a>
+<strong>Note 932:</strong> <span class="italic" lang="en">Recollections of a Tour Made in Scotland</span>, by Dorothy
+Wordsworth, p. 7.<a href="#footnotetag932"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote933" name="footnote933"></a>
+<strong>Note 933:</strong> <span class="italic" lang="en">The Banks of Nith.</span><a href="#footnotetag933"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote934" name="footnote934"></a>
+<strong>Note 934:</strong> Allan Cunningham. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 80.<a href="#footnotetag934"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote935" name="footnote935"></a>
+<strong>Note 935:</strong> <span class="italic" lang="en">Rambles through the Land of Burns</span>, par A. Adamson, p.
+234, en note.<a href="#footnotetag935"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote936" name="footnote936"></a>
+<strong>Note 936:</strong> Chambers, tom. II, p. 244, d'après une lettre de M.
+Miller, insérée dans la <span class="italic" lang="en">General Review of the Agriculture of
+Dumfriesshire</span>, Edinburgh, 1812.<a href="#footnotetag936"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote937" name="footnote937"></a>
+<strong>Note 937:</strong> Allan Cunningham, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 80.<a href="#footnotetag937"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote938" name="footnote938"></a>
+<strong>Note 938:</strong> D'après une note de l'<span class="italic" lang="en">Edinburgh Magazine</span>, Juin 1799,
+citée dans l'édition de Currie de 1838, p. 44.<a href="#footnotetag938"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote939" name="footnote939"></a>
+<strong>Note 939:</strong> Allan Cunningham, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 80.<a href="#footnotetag939"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote940" name="footnote940"></a>
+<strong>Note 940:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, 14th June</span> 1788.<a href="#footnotetag940"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote941" name="footnote941"></a>
+<strong>Note 941:</strong> <span lang="en"><span class="italic">Extract from the Author's Journal</span>, 15<sup>th</sup> June</span>
+1788.<a href="#footnotetag941"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote942" name="footnote942"></a>
+<strong>Note 942:</strong> Allan Cunningham, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 81.<a href="#footnotetag942"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote943" name="footnote943"></a>
+<strong>Note 943:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Miss Chalmers</span>, 16<sup>th</sup> Sept.</span> 1788.<a href="#footnotetag943"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote944" name="footnote944"></a>
+<strong>Note 944:</strong> <span class="italic" lang="en">Epistle to Hugh Parker.</span><a href="#footnotetag944"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote945" name="footnote945"></a>
+<strong>Note 945:</strong> Allan Cunningham, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 82.<a href="#footnotetag945"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote946" name="footnote946"></a>
+<strong>Note 946:</strong> <span lang="en"><span class="italic">Extract from the Author's Journal</span>, 15<sup>th</sup> June</span> 1788.<a href="#footnotetag946"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote947" name="footnote947"></a>
+<strong>Note 947:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Ainslie</span>, June 15<sup>th</sup></span> 1788.<a href="#footnotetag947"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote948" name="footnote948"></a>
+<strong>Note 948:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Miss Chalmers</span>, Sept. 16<sup>th</sup>,</span> 1788.<a href="#footnotetag948"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote949" name="footnote949"></a>
+<strong>Note 949:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Ainslie</span>, June 30<sup>th</sup></span> 1788.<a href="#footnotetag949"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote950" name="footnote950"></a>
+<strong>Note 950:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Alex. Cunningham</span>, 13<sup>th</sup> Feb.</span> 1788.<a href="#footnotetag950"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote951" name="footnote951"></a>
+<strong>Note 951:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Peter Hill,</span> 18<sup>th</sup> July</span> 1788.<a href="#footnotetag951"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote952" name="footnote952"></a>
+<strong>Note 952:</strong> Currie. <span class="italic" lang="en">Life of Burns,</span> p. 45.<a href="#footnotetag952"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote953" name="footnote953"></a>
+<strong>Note 953:</strong> <span class="italic" lang="en">Of a' the Airts the Wind can blaw.</span><a href="#footnotetag953"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote954" name="footnote954"></a>
+<strong>Note 954:</strong> <span class="italic" lang="en">Oh, were I on Parnassus' Hill.</span><a href="#footnotetag954"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote955" name="footnote955"></a>
+<strong>Note 955:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M Dunlop</span>, 10<sup>th</sup> June</span> 1788.<a href="#footnotetag955"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote956" name="footnote956"></a>
+<strong>Note 956:</strong> Voir pour les mariages écossais Chamberlayne, <span class="italic">Magnæ
+Britanniæ notitia</span>;&mdash;C. W. Sprott, <span class="italic" lang="en">The Worship and Offices of the
+Church of Scotland</span>;&mdash;et pour les détails de coutumes Ch. Rogers,
+<span class="italic" lang="en">Scotland social and Domestic</span>, p. 116 et suivantes.&mdash;W. Gunnyon,
+<span class="italic" lang="en">Illustrations of Scottish, History, Life and superstitions from Song
+and Ballad</span>, p. 208.<a href="#footnotetag956"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote957" name="footnote957"></a>
+<strong>Note 957:</strong> R. Chambers, tom. II, p. 280.<a href="#footnotetag957"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote958" name="footnote958"></a>
+<strong>Note 958:</strong> Montaigne. <span class="italic">Essais</span>, livre <span class="smcap85">III</span>, chap. <span class="smcap85">II</span>, <span class="italic">Du
+Repentir</span>.<a href="#footnotetag958"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote959" name="footnote959"></a>
+<strong>Note 959:</strong> En français.<a href="#footnotetag959"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote960" name="footnote960"></a>
+<strong>Note 960:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, 10<sup>th</sup> June</span> 1788.<a href="#footnotetag960"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote961" name="footnote961"></a>
+<strong>Note 961:</strong> Horace.<a href="#footnotetag961"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote962" name="footnote962"></a>
+<strong>Note 962:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Ainslie</span>, 15<sup>th</sup> June</span> 1788.<a href="#footnotetag962"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote963" name="footnote963"></a>
+<strong>Note 963:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Alex. Cunningham</span>, 27<sup>th</sup> July</span> 1788.<a href="#footnotetag963"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote964" name="footnote964"></a>
+<strong>Note 964:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To John Beugo</span>, 9<sup>th</sup> Sept.</span> 1788.<a href="#footnotetag964"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote965" name="footnote965"></a>
+<strong>Note 965:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To D<sup>r</sup> Moore</span>, 4<sup>th</sup> Jan.</span> 1789.<a href="#footnotetag965"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote966" name="footnote966"></a>
+<strong>Note 966:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, 10<sup>th</sup> June</span> 1788.<a href="#footnotetag966"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote967" name="footnote967"></a>
+<strong>Note 967:</strong> En français.<a href="#footnotetag967"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote968" name="footnote968"></a>
+<strong>Note 968:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Miss Chalmers</span>, 16<sup>th</sup> Sep.</span> 1788.<a href="#footnotetag968"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote969" name="footnote969"></a>
+<strong>Note 969:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To D<sup>r</sup> Blacklock</span>, 15<sup>th</sup> Nov.</span> 1788.<a href="#footnotetag969"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote970" name="footnote970"></a>
+<strong>Note 970:</strong> <span lang="en"><span class="italic">Extract from the Author's Journal</span>, 15<sup>th</sup> June</span>
+1788.<a href="#footnotetag970"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote971" name="footnote971"></a>
+<strong>Note 971:</strong> Montaigne. <span class="italic">Essais</span>, livre <span class="smcap85">III</span>, chap. <span class="smcap85">V</span>, <span class="italic">sur des vers
+de Virgile</span>.<a href="#footnotetag971"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote972" name="footnote972"></a>
+<strong>Note 972:</strong> Walker. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. <span class="smcap85">LXXXVII</span>.<a href="#footnotetag972"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote973" name="footnote973"></a>
+<strong>Note 973:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, 10<sup>th</sup> June</span> 1788.<a href="#footnotetag973"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote974" name="footnote974"></a>
+<strong>Note 974:</strong> Montaigne. <span class="italic">Essais</span>, livre <span class="smcap85">III</span>, chap. <span class="smcap85">V</span>, <span class="italic">sur des vers
+de Virgile</span>.<a href="#footnotetag974"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote975" name="footnote975"></a>
+<strong>Note 975:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Graham of Fintry</span>, 10<sup>th</sup> Sept.</span>
+1788.<a href="#footnotetag975"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote976" name="footnote976"></a>
+<strong>Note 976:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Miss Chalmers</span>, Sept. 16<sup>th</sup>,</span> 1788.<a href="#footnotetag976"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote977" name="footnote977"></a>
+<strong>Note 977:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Graham of Fintry</span>, 23<sup>rd</sup> Sept.</span>
+1788.<a href="#footnotetag977"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote978" name="footnote978"></a>
+<strong>Note 978:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, 16<sup>th</sup> Aug.</span> 1788.<a href="#footnotetag978"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote979" name="footnote979"></a>
+<strong>Note 979:</strong> R. Chambers, tom. II, p. 301;&mdash;Scott Douglas, tom. V,
+p. 177-78<a href="#footnotetag979"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote980" name="footnote980"></a>
+<strong>Note 980:</strong> <span class="italic" lang="en">I hae a Wife o' my ain.</span><a href="#footnotetag980"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote981" name="footnote981"></a>
+<strong>Note 981:</strong> Virgile. <span class="italic">Georgiques</span>, liv. <span class="smcap85">I</span>, <span class="smcap85">V</span>. 290.<a href="#footnotetag981"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote982" name="footnote982"></a>
+<strong>Note 982:</strong> Addison. <span class="italic" lang="en">Spectator</span>, n<sup>o</sup> 159.<a href="#footnotetag982"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote983" name="footnote983"></a>
+<strong>Note 983:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, New-year-Day Morning,</span>
+1789.<a href="#footnotetag983"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote984" name="footnote984"></a>
+<strong>Note 984:</strong> <span lang="en"><span class="italic">Gilbert Burns to Robert Burns</span>, Mossgiel
+1<sup>st</sup> Jan.</span> 1788.<a href="#footnotetag984"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote985" name="footnote985"></a>
+<strong>Note 985:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, 17<sup>th</sup> Dec.</span> 1788.<a href="#footnotetag985"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote986" name="footnote986"></a>
+<strong>Note 986:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To the Right Rev. D<sup>r</sup> John Geddes</span>, 3<sup>rd</sup>
+Feb.</span> 1789.<a href="#footnotetag986"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote987" name="footnote987"></a>
+<strong>Note 987:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To D<sup>r</sup> Moore</span>, 4<sup>th</sup> Jan.</span> 1788.<a href="#footnotetag987"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote988" name="footnote988"></a>
+<strong>Note 988:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To the Right Rev D<sup>r</sup> John Geddes</span>, 3<sup>rd</sup> Feb.</span>
+1789.<a href="#footnotetag988"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote989" name="footnote989"></a>
+<strong>Note 989:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Prof<sup>r</sup> Dugald Stewart</span>, 20<sup>th</sup> Jan.</span>
+1789.<a href="#footnotetag989"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote990" name="footnote990"></a>
+<strong>Note 990:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Ainslie</span>, 6<sup>th</sup> Jan.</span> 1789.<a href="#footnotetag990"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote991" name="footnote991"></a>
+<strong>Note 991:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To D<sup>r</sup> Moore</span>, 23<sup>rd</sup> March.</span><a href="#footnotetag991"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote992" name="footnote992"></a>
+<strong>Note 992:</strong> Scott Douglas, tom. V, p. 219.<a href="#footnotetag992"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote993" name="footnote993"></a>
+<strong>Note 993:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Mac Lehose</span>, March 9<sup>th</sup></span>, 1789.<a href="#footnotetag993"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote994" name="footnote994"></a>
+<strong>Note 994:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, 4<sup>th</sup> March</span> 1789.<a href="#footnotetag994"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote995" name="footnote995"></a>
+<strong>Note 995:</strong> Lockhart, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 195.<a href="#footnotetag995"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote996" name="footnote996"></a>
+<strong>Note 996:</strong> R. Chambers, tom. III, p. 51.<a href="#footnotetag996"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote997" name="footnote997"></a>
+<strong>Note 997:</strong> Allan Cunningham, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 94.<a href="#footnotetag997"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote998" name="footnote998"></a>
+<strong>Note 998:</strong> Ch. Rogers. <span class="italic" lang="en">Scotland Social and Domestic</span>, p.
+79.<a href="#footnotetag998"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote999" name="footnote999"></a>
+<strong>Note 999:</strong> Ch. Rogers. <span class="italic" lang="en">Scotland Social and Domestic</span>, p.
+81.<a href="#footnotetag999"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1000" name="footnote1000"></a>
+<strong>Note 1000:</strong> Léonce de Lavergne. <span class="italic">Essai sur l'Économie rurale de
+l'Angleterre, de l'Écosse et de l'Irlande</span>, p. 329.<a href="#footnotetag1000"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1001" name="footnote1001"></a>
+<strong>Note 1001:</strong> Ch. Rogers, <span class="italic" lang="en">Scotland Social and Domestic</span>, p.
+80.<a href="#footnotetag1001"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1002" name="footnote1002"></a>
+<strong>Note 1002:</strong> Ces détails sont empruntés à un travail de John
+Wilson, intitulé <span class="italic" lang="en">Farming of the East and North Eastern districts</span>, et
+à celui de James Drennan, <span class="italic" lang="en">Farming of the West and South Western
+Districts</span>. Ces deux études se trouvent dans le <span class="italic" lang="en">Report on the Present
+State of the Agriculture of Scotland</span>, présenté au Congrès
+international d'Agriculture tenu à Paris en 1878.<a href="#footnotetag1002"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1003" name="footnote1003"></a>
+<strong>Note 1003:</strong> <span class="italic" lang="en">Northern rural Life in the XVIII<sup>th</sup> century</span> by the
+Author of <span class="italic" lang="en">Johnny Gibb of Gushetneuk</span>.<a href="#footnotetag1003"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1004" name="footnote1004"></a>
+<strong>Note 1004:</strong> <span class="italic" lang="en">Northern rural Life in the XVIII<sup>th</sup> Century</span>, chap.
+<span class="smcap85">iv</span>, p. 19.<a href="#footnotetag1004"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1005" name="footnote1005"></a>
+<strong>Note 1005:</strong> Voir, sur l'<span class="italic" lang="en">infield</span> et l'<span class="italic" lang="en">outfield</span>, John Wilson, au
+commencement de son étude,&mdash;Ch. Rogers, <span class="italic" lang="en">Scotland social,</span> etc., p.
+88.<a href="#footnotetag1005"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1006" name="footnote1006"></a>
+<strong>Note 1006:</strong> <span class="italic" lang="en">Northern rural Life in the XVIII<sup>th</sup> Century</span>, p. 22.<a href="#footnotetag1006"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1007" name="footnote1007"></a>
+<strong>Note 1007:</strong> <span class="italic" lang="en">Northern rural Life in the XVIII<sup>th</sup> Century</span>, p. 21.<a href="#footnotetag1007"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1008" name="footnote1008"></a>
+<strong>Note 1008:</strong> Léonce de Lavergne. <span class="italic">Essai sur l'Économie rurale</span>,
+etc., p. 329.<a href="#footnotetag1008"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1009" name="footnote1009"></a>
+<strong>Note 1009:</strong> Voir les détails sur les outils de la ferme, dans le
+chap. <span class="smcap85">VI</span> de <span class="italic" lang="en">Northern rural Life in the XVIII<sup>th</sup> Century</span>, qui leur
+est consacré.&mdash;Voir aussi ailleurs les détails donnés par Allan
+Cunningham à Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 199.<a href="#footnotetag1009"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1010" name="footnote1010"></a>
+<strong>Note 1010:</strong> Voir John Wilson, ouvrage cité.&mdash;<span class="italic" lang="en">Rural Life in the
+XVIII<sup>th</sup> Century</span>, p. 2 et le chap. <span class="smcap85">XII</span>.<a href="#footnotetag1010"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1011" name="footnote1011"></a>
+<strong>Note 1011:</strong> Léonce de Lavergne, p. 329.<a href="#footnotetag1011"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1012" name="footnote1012"></a>
+<strong>Note 1012:</strong> R. Chambers, tom. III, p. 132, d'après les souvenirs
+de William Clarke qui avait travaillé chez Burns.<a href="#footnotetag1012"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1013" name="footnote1013"></a>
+<strong>Note 1013:</strong> Ch. Rogers, <span class="italic" lang="en">Scotland social</span>, etc., p.
+83.<a href="#footnotetag1013"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1014" name="footnote1014"></a>
+<strong>Note 1014:</strong> Lockhart, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 158, d'après une lettre
+d'Allan Cunningham.<a href="#footnotetag1014"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1015" name="footnote1015"></a>
+<strong>Note 1015:</strong> Allan Cunningham, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 83.<a href="#footnotetag1015"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1016" name="footnote1016"></a>
+<strong>Note 1016:</strong> Le Principal Shairp est tout à fait de cet avis. Voir
+son étude sur Burns dans les <span class="italic" lang="en">English Men of Letters</span>, p.
+132-33.<a href="#footnotetag1016"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1017" name="footnote1017"></a>
+<strong>Note 1017:</strong> <span class="italic" lang="en">Glenriddell Manuscript.</span><a href="#footnotetag1017"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1018" name="footnote1018"></a>
+<strong>Note 1018:</strong> <span class="italic" lang="en">O Willie brew'd a peck o' maut.</span><a href="#footnotetag1018"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1019" name="footnote1019"></a>
+<strong>Note 1019:</strong> Currie, <span class="italic" lang="en">Burn's Poems</span>, p. 106.<a href="#footnotetag1019"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1020" name="footnote1020"></a>
+<strong>Note 1020:</strong> <span class="italic">Othello.</span> Act. <span class="smcap85">III</span>, sc. <span class="smcap85">I</span>.<a href="#footnotetag1020"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1021" name="footnote1021"></a>
+<strong>Note 1021:</strong> Notice de Burns en tête de la chanson.<a href="#footnotetag1021"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1022" name="footnote1022"></a>
+<strong>Note 1022:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Captain Riddel</span>, 16<sup>th</sup> Oct.</span> 1789.<a href="#footnotetag1022"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1023" name="footnote1023"></a>
+<strong>Note 1023:</strong> R. Chambers, tome III, p. 62.<a href="#footnotetag1023"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1024" name="footnote1024"></a>
+<strong>Note 1024:</strong> Cromek, <span class="italic" lang="en">Reliques of Burns</span>, p. 238.<a href="#footnotetag1024"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1025" name="footnote1025"></a>
+<strong>Note 1025:</strong> Voir sur ces détails Cromek, <span class="italic" lang="en">Reliques of Burns</span>, p.
+238; Lockhart, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 190.<a href="#footnotetag1025"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1026" name="footnote1026"></a>
+<strong>Note 1026:</strong> <span class="italic" lang="en">To Mary in Heaven.</span><a href="#footnotetag1026"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1027" name="footnote1027"></a>
+<strong>Note 1027:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, 13<sup>th</sup> Dec.</span> 1789.<a href="#footnotetag1027"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1028" name="footnote1028"></a>
+<strong>Note 1028:</strong> <span lang="en"><span class="italic">Sonnet on Receiving a Favour</span>, 10<sup>th</sup> Aug.</span>
+1789.<a href="#footnotetag1028"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1029" name="footnote1029"></a>
+<strong>Note 1029:</strong> <span class="italic" lang="en">Extemporaneous Effusion on being appointed to an
+Excise Division.</span><a href="#footnotetag1029"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1030" name="footnote1030"></a>
+<strong>Note 1030:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To John Geddes</span>, 3<sup>rd</sup> Feb.</span> 1789.<a href="#footnotetag1030"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1031" name="footnote1031"></a>
+<strong>Note 1031:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Ainslie</span>, 1<sup>st</sup> Nov.</span> 1789.<a href="#footnotetag1031"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1032" name="footnote1032"></a>
+<strong>Note 1032:</strong> <span class="italic" lang="en">Scotch Drink.</span><a href="#footnotetag1032"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1033" name="footnote1033"></a>
+<strong>Note 1033:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Rob. Ainslie.</span> 1<sup>st</sup> Nov.</span> 1789.<a href="#footnotetag1033"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1034" name="footnote1034"></a>
+<strong>Note 1034:</strong> <span class="italic" lang="en">Epistle to D<sup>r</sup> Blacklock.</span><a href="#footnotetag1034"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1035" name="footnote1035"></a>
+<strong>Note 1035:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To lady Glencairn</span>, Dec.</span> 1789.<a href="#footnotetag1035"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1036" name="footnote1036"></a>
+<strong>Note 1036:</strong> Allan Cunningham. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 90.<a href="#footnotetag1036"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1037" name="footnote1037"></a>
+<strong>Note 1037:</strong> Scott Douglas, tom. V, p. 403. Cette anecdote du
+professeur Gillespie parut dans l'<span class="italic" lang="en">Edinburgh Literary
+Journal</span>, 1829.<a href="#footnotetag1037"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1038" name="footnote1038"></a>
+<strong>Note 1038:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Rob Graham of Fintry</span>, 4<sup>th</sup> Sept.</span>
+1790.<a href="#footnotetag1038"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1039" name="footnote1039"></a>
+<strong>Note 1039:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Richard Brown</span>, 4<sup>th</sup> Nov.</span> 1789.<a href="#footnotetag1039"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1040" name="footnote1040"></a>
+<strong>Note 1040:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To William Dunbar</span>, 14<sup>th</sup> Jan.</span> 1790.<a href="#footnotetag1040"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1041" name="footnote1041"></a>
+<strong>Note 1041:</strong> R. Chambers, tom. III, p. 87. Souvenirs de Miss
+Jeffrey.<a href="#footnotetag1041"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1042" name="footnote1042"></a>
+<strong>Note 1042:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To John Ballantine</span>, March</span> 1791.<a href="#footnotetag1042"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1043" name="footnote1043"></a>
+<strong>Note 1043:</strong> <span class="italic" lang="en">Northern rural Life in the XVIII<sup>th</sup>
+century</span>, p. 184.<a href="#footnotetag1043"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1044" name="footnote1044"></a>
+<strong>Note 1044:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To D<sup>r</sup> Moore</span>, 14<sup>th</sup> July</span> 1790.<a href="#footnotetag1044"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1045" name="footnote1045"></a>
+<strong>Note 1045:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Graham of Fintry</span>, 4<sup>th</sup> Sept.</span>
+1790.<a href="#footnotetag1045"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1046" name="footnote1046"></a>
+<strong>Note 1046:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Collector Mitchell</span>, Sept.</span> 1790.<a href="#footnotetag1046"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1047" name="footnote1047"></a>
+<strong>Note 1047:</strong> Voir la lettre <span lang="en"><span class="italic">to Robert Graham</span>, 4<sup>th</sup>
+Sept.</span> 1790.<a href="#footnotetag1047"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1048" name="footnote1048"></a>
+<strong>Note 1048:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To William Burns</span>, 10<sup>th</sup> Nov.</span> 1789.<a href="#footnotetag1048"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1049" name="footnote1049"></a>
+<strong>Note 1049:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Nicol</span>, 9<sup>th</sup> Feb.</span> 1790.<a href="#footnotetag1049"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1050" name="footnote1050"></a>
+<strong>Note 1050:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Peter Hill</span>, 2<sup>nd</sup> Feb.</span> 1790.<a href="#footnotetag1050"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1051" name="footnote1051"></a>
+<strong>Note 1051:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, 25<sup>th</sup> Jan.</span> 1790.<a href="#footnotetag1051"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1052" name="footnote1052"></a>
+<strong>Note 1052:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, 8<sup>th</sup> Aug.</span> 1790.<a href="#footnotetag1052"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1053" name="footnote1053"></a>
+<strong>Note 1053:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Alex. Cunningham</span>, 8<sup>th</sup> Aug.</span> 1790.<a href="#footnotetag1053"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1054" name="footnote1054"></a>
+<strong>Note 1054:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 204.<a href="#footnotetag1054"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1055" name="footnote1055"></a>
+<strong>Note 1055:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To lady Glencairn</span>, Dec.</span> 1789.<a href="#footnotetag1055"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1056" name="footnote1056"></a>
+<strong>Note 1056:</strong> Currie. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 46.<a href="#footnotetag1056"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1057" name="footnote1057"></a>
+<strong>Note 1057:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Peter Hill</span>, 2<sup>nd</sup> April</span> 1789.<a href="#footnotetag1057"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1058" name="footnote1058"></a>
+<strong>Note 1058:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Provost Maxwell</span>, 20<sup>th</sup> Dec.</span> 1789.<a href="#footnotetag1058"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1059" name="footnote1059"></a>
+<strong>Note 1059:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Peter Hill</span>, 17<sup>th</sup> Jan.</span> 1791.<a href="#footnotetag1059"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1060" name="footnote1060"></a>
+<strong>Note 1060:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To William Dunbar</span>, 14<sup>th</sup> Jan.</span> 1790.<a href="#footnotetag1060"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1061" name="footnote1061"></a>
+<strong>Note 1061:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, 13<sup>th</sup> Dec.</span> 1789<a href="#footnotetag1061"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1062" name="footnote1062"></a>
+<strong>Note 1062:</strong> En français.<a href="#footnotetag1062"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1063" name="footnote1063"></a>
+<strong>Note 1063:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To lady Glencairn</span>, Dec.</span> 1789.<a href="#footnotetag1063"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1064" name="footnote1064"></a>
+<strong>Note 1064:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Gilbert Burns</span>, 11<sup>th</sup> Jan.</span> 1790.<a href="#footnotetag1064"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1065" name="footnote1065"></a>
+<strong>Note 1065:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Alex. Cunningham</span>, 18<sup>th</sup> Feb.</span> 1790.<a href="#footnotetag1065"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1066" name="footnote1066"></a>
+<strong>Note 1066:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, 10<sup>th</sup> April</span> 1790.<a href="#footnotetag1066"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1067" name="footnote1067"></a>
+<strong>Note 1067:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Alex. Cunningham</span>, Dec.</span> 1789 (dans la lettre du 13
+Février 1790).<a href="#footnotetag1067"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1068" name="footnote1068"></a>
+<strong>Note 1068:</strong> Montaigne. <span class="italic">Essais</span>, livre <span class="smcap85">III</span>, chap. <span class="smcap85">XIII</span>, <span class="italic">de
+l'Expérience</span>.<a href="#footnotetag1068"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1069" name="footnote1069"></a>
+<strong>Note 1069:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Peter Hill</span>, 2<sup>nd</sup> March</span> 1790.<a href="#footnotetag1069"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1070" name="footnote1070"></a>
+<strong>Note 1070:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Mac Lehose.</span> Feb.</span> 1790.<a href="#footnotetag1070"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1071" name="footnote1071"></a>
+<strong>Note 1071:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To the Rev. G. H. Baird</span>, Feb.</span> 1791.<a href="#footnotetag1071"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1072" name="footnote1072"></a>
+<strong>Note 1072:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Peter Hill</span>, 17<sup>th</sup> Jan.</span> 1791.<a href="#footnotetag1072"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1073" name="footnote1073"></a>
+<strong>Note 1073:</strong> Allan Cunningham, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 107 et
+431.&mdash;Scott Douglas, tom. II, p. 294.<a href="#footnotetag1073"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1074" name="footnote1074"></a>
+<strong>Note 1074:</strong> <span class="italic" lang="en">The Gowden Locks of Anna.</span><a href="#footnotetag1074"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1075" name="footnote1075"></a>
+<strong>Note 1075:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Miss H. Craik</span>, Aug.</span> 1798.<a href="#footnotetag1075"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1076" name="footnote1076"></a>
+<strong>Note 1076:</strong> Scott Douglas, tom. II, p. 294.<a href="#footnotetag1076"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1077" name="footnote1077"></a>
+<strong>Note 1077:</strong> R. Chambers, tom. III, p. 254.<a href="#footnotetag1077"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1078" name="footnote1078"></a>
+<strong>Note 1078:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Mrs Dunlop</span>, 14<sup>th</sup> April</span> 1791.<a href="#footnotetag1078"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1079" name="footnote1079"></a>
+<strong>Note 1079:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Alex. Cunningham.</span> 11<sup>th</sup> June</span> 1791.<a href="#footnotetag1079"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1080" name="footnote1080"></a>
+<strong>Note 1080:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Alex. Fergusson.</span> Sept.</span> 1790.<a href="#footnotetag1080"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1081" name="footnote1081"></a>
+<strong>Note 1081:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To D<sup>r</sup> James Anderson.</span> Aug.</span> 1790.<a href="#footnotetag1081"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1082" name="footnote1082"></a>
+<strong>Note 1082:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Mrs Dunlop.</span> 7<sup>th</sup> Feb</span> 1791.<a href="#footnotetag1082"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1083" name="footnote1083"></a>
+<strong>Note 1083:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Alexander Fraser Tytler.</span> April</span> 1791.<a href="#footnotetag1083"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1084" name="footnote1084"></a>
+<strong>Note 1084:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Peter Hill.</span> Oct.</span> 1791.<a href="#footnotetag1084"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1085" name="footnote1085"></a>
+<strong>Note 1085:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Graham of Fintry.</span> Oct.</span> 1791.<a href="#footnotetag1085"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1086" name="footnote1086"></a>
+<strong>Note 1086:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Collector Mitchell.</span> Sept.</span> 1790.<a href="#footnotetag1086"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1087" name="footnote1087"></a>
+<strong>Note 1087:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Mrs Mac Lehose.</span> Aug.</span> 1791. Ce vers a déjà été
+cité dans sa correspondance avec Clarinda.<a href="#footnotetag1087"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1088" name="footnote1088"></a>
+<strong>Note 1088:</strong> <span lang="en">Shakspeare. <span class="italic">Hamlet</span></span>, act. <span class="smcap85">I</span>, sc. 5.<a href="#footnotetag1088"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1089" name="footnote1089"></a>
+<strong>Note 1089:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Alex. Cunningham.</span> 27<sup>th</sup> July</span> 1788.<a href="#footnotetag1089"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1090" name="footnote1090"></a>
+<strong>Note 1090:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To John Somerville.</span> 11<sup>th</sup> May</span> 1791.<a href="#footnotetag1090"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1091" name="footnote1091"></a>
+<strong>Note 1091:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Mrs Dunlop.</span> 6<sup>th</sup> Sept.</span> 1789.<a href="#footnotetag1091"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1092" name="footnote1092"></a>
+<strong>Note 1092:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Mrs Dunlop.</span> 25<sup>th</sup> Jan.</span> 1790.<a href="#footnotetag1092"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1093" name="footnote1093"></a>
+<strong>Note 1093:</strong><span lang="en"> <span class="italic">To Mrs Dunlop.</span> 11<sup>th</sup> April</span> 1791.<a href="#footnotetag1093"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1094" name="footnote1094"></a>
+<strong>Note 1094:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Mrs Dunlop.</span> 24<sup>th</sup> Sept.</span> 1792.<a href="#footnotetag1094"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1095" name="footnote1095"></a>
+<strong>Note 1095:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Alex. Cunningham.</span> 25<sup>th</sup> Feb.</span> 1794.<a href="#footnotetag1095"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1096" name="footnote1096"></a>
+<strong>Note 1096:</strong> <span class="italic" lang="en">Frost at Midnight.</span><a href="#footnotetag1096"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1097" name="footnote1097"></a>
+<strong>Note 1097:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Mrs Dunlop.</span> 25<sup>th</sup> Jan.</span> 1790.<a href="#footnotetag1097"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1098" name="footnote1098"></a>
+<strong>Note 1098:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To William Burns.</span> 10<sup>th</sup> Feb.</span> 1790.<a href="#footnotetag1098"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1099" name="footnote1099"></a>
+<strong>Note 1099:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To William Dunbar.</span> 14<sup>th</sup> Jan.</span> 1790.<a href="#footnotetag1099"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1100" name="footnote1100"></a>
+<strong>Note 1100:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To D<sup>r</sup> Moore.</span> 27<sup>th</sup> Feb.</span> 1791.<a href="#footnotetag1100"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1101" name="footnote1101"></a>
+<strong>Note 1101:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Graham of Fintry.</span> 10<sup>th</sup> Sept.</span>
+1788.<a href="#footnotetag1101"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1102" name="footnote1102"></a>
+<strong>Note 1102:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To William Burns.</span> 2<sup>nd</sup> March</span> 1789.<a href="#footnotetag1102"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1103" name="footnote1103"></a>
+<strong>Note 1103:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To William Burns.</span> March 10<sup>th</sup></span>, 1789.<a href="#footnotetag1103"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1104" name="footnote1104"></a>
+<strong>Note 1104:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To William Burns.</span> 14<sup>th</sup> Aug.</span> 1789.<a href="#footnotetag1104"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1105" name="footnote1105"></a>
+<strong>Note 1105:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To William Burns.</span> 25<sup>th</sup> March</span> 1789.<a href="#footnotetag1105"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1106" name="footnote1106"></a>
+<strong>Note 1106:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To William Burns.</span> 15<sup>th</sup> April</span> 1789.<a href="#footnotetag1106"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1107" name="footnote1107"></a>
+<strong>Note 1107:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To William Burns.</span> 18<sup>th</sup> Feb.</span> 1790.<a href="#footnotetag1107"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1108" name="footnote1108"></a>
+<strong>Note 1108:</strong> <span lang="en"><span class="italic">William Burns to Robert Burns</span>, 21<sup>st</sup> March</span> 1790.<a href="#footnotetag1108"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1109" name="footnote1109"></a>
+<strong>Note 1109:</strong> Voir la lettre de Murdoch à Robert Burns, datée du
+14<sup>th</sup> Sep. 1790.<a href="#footnotetag1109"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1110" name="footnote1110"></a>
+<strong>Note 1110:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To D<sup>r</sup> Moore</span>, 27<sup>th</sup> Feb.</span> 1791.<a href="#footnotetag1110"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1111" name="footnote1111"></a>
+<strong>Note 1111:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Alex. Dalziel</span>, March 19</span>, 1791, et <span lang="en"><span class="italic">To lady
+Elisabeth Cunningham</span>, March</span> 1791.<a href="#footnotetag1111"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1112" name="footnote1112"></a>
+<strong>Note 1112:</strong> <span class="italic" lang="en">Lines to Sir John Whitefoord.</span><a href="#footnotetag1112"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1113" name="footnote1113"></a>
+<strong>Note 1113:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To lady Elisabeth Cunningham</span>, March</span> 1791.<a href="#footnotetag1113"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1114" name="footnote1114"></a>
+<strong>Note 1114:</strong> <span lang="en"><span class="italic">The Works of Michael Bruce</span>, edited with memoir by</span>
+Alex. Grosart.<a href="#footnotetag1114"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1115" name="footnote1115"></a>
+<strong>Note 1115:</strong> Cité par Scott Douglas, tom. V, p. 347.<a href="#footnotetag1115"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1116" name="footnote1116"></a>
+<strong>Note 1116:</strong> <span class="italic" lang="en">To the Rev. G. H. Baird</span>, Feb. 1791.<a href="#footnotetag1116"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1117" name="footnote1117"></a>
+<strong>Note 1117:</strong> <span class="italic" lang="en">To the Rev. William Moodie</span>, vers Juin
+1791.<a href="#footnotetag1117"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1118" name="footnote1118"></a>
+<strong>Note 1118:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Peter Hill</span>, 2<sup>nd</sup> April</span> 1789.<a href="#footnotetag1118"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1119" name="footnote1119"></a>
+<strong>Note 1119:</strong> Lettre de Robert Riddell à sir John Sinclair, publiée
+dans le <span class="italic" lang="en">Statistical Account of Scotland</span>.<a href="#footnotetag1119"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1120" name="footnote1120"></a>
+<strong>Note 1120:</strong> <span class="italic" lang="en">To Sir John Sinclair</span>, 1791.<a href="#footnotetag1120"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1121" name="footnote1121"></a>
+<strong>Note 1121:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Peter Hill</span>, 2<sup>nd</sup> March</span> 1790.<a href="#footnotetag1121"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1122" name="footnote1122"></a>
+<strong>Note 1122:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Peter Hill</span>, 2<sup>nd</sup> March</span> 1790.<a href="#footnotetag1122"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1123" name="footnote1123"></a>
+<strong>Note 1123:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Graham of Fintry</span>, 9<sup>th</sup> Dec.</span>
+1789.<a href="#footnotetag1123"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1124" name="footnote1124"></a>
+<strong>Note 1124:</strong> <span class="italic" lang="en">To the Rev. Archibald Alison</span>, 14 Feb.
+1791.<a href="#footnotetag1124"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1125" name="footnote1125"></a>
+<strong>Note 1125:</strong> <span class="italic" lang="en">Epistle to James Tennant of Glenconner.</span><a href="#footnotetag1125"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1126" name="footnote1126"></a>
+<strong>Note 1126:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, 4<sup>th</sup> March</span> 1789.<a href="#footnotetag1126"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1127" name="footnote1127"></a>
+<strong>Note 1127:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To the Rev. Peter Carfrae</span>, March 6<sup>th</sup></span>
+1790.<a href="#footnotetag1127"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1128" name="footnote1128"></a>
+<strong>Note 1128:</strong> <span class="italic" lang="en">To lady Glencairn</span>, Dec. 1789.<a href="#footnotetag1128"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1129" name="footnote1129"></a>
+<strong>Note 1129:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Alex. Cunningham</span>, 11<sup>th</sup> March</span> 1791.<a href="#footnotetag1129"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1130" name="footnote1130"></a>
+<strong>Note 1130:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To the Hon. Henry Erskine</span>, 22<sup>nd</sup> Jan.</span>
+1789.<a href="#footnotetag1130"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1131" name="footnote1131"></a>
+<strong>Note 1131:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To D<sup>r</sup> Moore</span>, 4<sup>th</sup> Jan.</span> 1789.<a href="#footnotetag1131"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1132" name="footnote1132"></a>
+<strong>Note 1132:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Peter Hill</span>, 18<sup>th</sup> July</span> 1788.<a href="#footnotetag1132"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1133" name="footnote1133"></a>
+<strong>Note 1133:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To D<sup>r</sup> Blacklock</span>, 15<sup>th</sup> Nov.</span> 1788.<a href="#footnotetag1133"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1134" name="footnote1134"></a>
+<strong>Note 1134:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To the Hon. Henry Erskine</span>, 22<sup>nd</sup> Jan.</span> 1789.<a href="#footnotetag1134"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1135" name="footnote1135"></a>
+<strong>Note 1135:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Miss Chalmers</span>, 16<sup>th</sup> Sept.</span> 1788.<a href="#footnotetag1135"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1136" name="footnote1136"></a>
+<strong>Note 1136:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Dugald Stewart</span>, 20<sup>th</sup> Jan.</span> 1789.<a href="#footnotetag1136"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1137" name="footnote1137"></a>
+<strong>Note 1137:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 208.<a href="#footnotetag1137"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1138" name="footnote1138"></a>
+<strong>Note 1138:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Graham of Fintry</span>, 4<sup>th</sup> Sept.</span> 1790.<a href="#footnotetag1138"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1139" name="footnote1139"></a>
+<strong>Note 1139:</strong> R. Chambers, tom. III, p. 201.&mdash;Scott Douglas, tom. V,
+p. 405.<a href="#footnotetag1139"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1140" name="footnote1140"></a>
+<strong>Note 1140:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Thomas Sloan</span>, 1<sup>st</sup> Sept.</span> 1791.<a href="#footnotetag1140"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1141" name="footnote1141"></a>
+<strong>Note 1141:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Thomas Sloan</span>, 1<sup>st</sup> Sept.</span> 1791.<a href="#footnotetag1141"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1142" name="footnote1142"></a>
+<strong>Note 1142:</strong> <span lang="en"><span class="italic">Journal of the Border Tour</span>, Friday 25<sup>th</sup> May</span>
+1787.<a href="#footnotetag1142"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1143" name="footnote1143"></a>
+<strong>Note 1143:</strong> Voir ce qu'il dit sur sa brebis Mailie (<span class="italic" lang="en">The Death and
+Dying words of Poor Mailie</span>):</p>
+
+<p class="poem20" lang="en">
+ Through a' the toun she trotted by him;<br>
+ A lang half-mile she could descry him.<a href="#footnotetag1143"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1144" name="footnote1144"></a>
+<strong>Note 1144:</strong> <span class="italic" lang="en">Memoranda by M<sup>r</sup> Mac Diarmid from M<sup>rs</sup> Burns
+dictation.</span> Hately Waddell, p. <span class="smcap85">XXI</span>.<a href="#footnotetag1144"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1145" name="footnote1145"></a>
+<strong>Note 1145:</strong> <span class="italic" lang="en">Epistle to William Simpson.</span><a href="#footnotetag1145"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1146" name="footnote1146"></a>
+<strong>Note 1146:</strong> <span class="italic" lang="en">A tour through the Island of Great Britain,
+originally begun by the celebrated Daniel de Foe</span>, etc., tom. IV, p.
+103.<a href="#footnotetag1146"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1147" name="footnote1147"></a>
+<strong>Note 1147:</strong> <span class="italic" lang="en">The Visitor's Guide to Dumfries</span>, by W. Mac Dowall,
+p. 60&mdash;et <span class="italic" lang="en">History of Dumfries</span>, par le même, p. 583.<a href="#footnotetag1147"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1148" name="footnote1148"></a>
+<strong>Note 1148:</strong> Pennant. <span class="italic" lang="en">First Tour in Scotland Performed in the year
+1769.</span><a href="#footnotetag1148"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1149" name="footnote1149"></a>
+<strong>Note 1149:</strong> Pennant. <span class="italic" lang="en">First Tour in Scotland</span>, 1769.<a href="#footnotetag1149"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1150" name="footnote1150"></a>
+<strong>Note 1150:</strong> <span class="italic" lang="en">Recollections of a Tour made in Scotland</span>, première
+semaine.<a href="#footnotetag1150"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1151" name="footnote1151"></a>
+<strong>Note 1151:</strong> Extrait du <span class="italic" lang="en">Dumfries Journal</span> du 30 oct. 1792, donné
+par Mac Dowall. <span class="italic" lang="en">History of Dumfries</span>, p. 583.<a href="#footnotetag1151"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1152" name="footnote1152"></a>
+<strong>Note 1152:</strong> <span class="italic" lang="en">Observations made in a journey through the Western
+Counties of Scotland by R. Heron, 1792</span>, cité par Mac Dowall, p.
+589.<a href="#footnotetag1152"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1153" name="footnote1153"></a>
+<strong>Note 1153:</strong> Smollett, <span class="italic" lang="en">Humphry Clinker</span>. Lettre de J. Melford,
+Sept. 12.<a href="#footnotetag1153"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1154" name="footnote1154"></a>
+<strong>Note 1154:</strong> R. Chambers, tom. III, p. 203.<a href="#footnotetag1154"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1155" name="footnote1155"></a>
+<strong>Note 1155:</strong> R. Chambers, tom. III, p. 259-60.<a href="#footnotetag1155"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1156" name="footnote1156"></a>
+<strong>Note 1156:</strong> Id., p. 202.<a href="#footnotetag1156"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1157" name="footnote1157"></a>
+<strong>Note 1157:</strong> En français.<a href="#footnotetag1157"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1158" name="footnote1158"></a>
+<strong>Note 1158:</strong> <span class="italic" lang="en">To Rob Ainslie</span>, Dec. 1791.<a href="#footnotetag1158"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1159" name="footnote1159"></a>
+<strong>Note 1159:</strong> <span class="italic" lang="en">To Robert Burns</span>, Nov. 1791.<a href="#footnotetag1159"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1160" name="footnote1160"></a>
+<strong>Note 1160:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Mac Lehose</span>, 23<sup>rd</sup> Nov.</span> 1791.<a href="#footnotetag1160"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1161" name="footnote1161"></a>
+<strong>Note 1161:</strong> <span class="italic" lang="en">Memoir of M<sup>rs</sup> Mac Lehose by her Grandson</span>, p.
+30-31.<a href="#footnotetag1161"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1162" name="footnote1162"></a>
+<strong>Note 1162:</strong> <span class="italic">Id.</span>, p. 81.<a href="#footnotetag1162"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1163" name="footnote1163"></a>
+<strong>Note 1163:</strong> <span class="italic" lang="en">Memoir of M<sup>rs</sup> Mac Lehose by her Grandson</span>, p.
+34.<a href="#footnotetag1163"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1164" name="footnote1164"></a>
+<strong>Note 1164:</strong> <span class="italic">Id.</span>, p. 35.<a href="#footnotetag1164"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1165" name="footnote1165"></a>
+<strong>Note 1165:</strong> <span class="italic">Id.</span>, p. 38.<a href="#footnotetag1165"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1166" name="footnote1166"></a>
+<strong>Note 1166:</strong> <span class="italic" lang="en">O May, thy morn was ne'er sae sweet.</span><a href="#footnotetag1166"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1167" name="footnote1167"></a>
+<strong>Note 1167:</strong> <span class="italic" lang="en">Parting song to Clarinda.</span><a href="#footnotetag1167"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1168" name="footnote1168"></a>
+<strong>Note 1168:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Mac Lehose</span>, 15<sup>th</sup> Dec.</span> 1791.<a href="#footnotetag1168"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1169" name="footnote1169"></a>
+<strong>Note 1169:</strong> <span lang="en"><span class="italic">M<sup>rs</sup> Mac Lehose to Robert Burns</span>, 25<sup>th</sup> Jan.</span>
+1792.<a href="#footnotetag1169"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1170" name="footnote1170"></a>
+<strong>Note 1170:</strong> <span class="italic" lang="en">Memoir of M<sup>rs</sup> Mac Lehose by her Grandson</span>, p.
+40.<a href="#footnotetag1170"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1171" name="footnote1171"></a>
+<strong>Note 1171:</strong> <span class="italic" lang="en">Memoir of M<sup>rs</sup> Mac Lehose</span>, p. 40<a href="#footnotetag1171"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1172" name="footnote1172"></a>
+<strong>Note 1172:</strong> R. Chambers, tom. III, p. 261.<a href="#footnotetag1172"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1173" name="footnote1173"></a>
+<strong>Note 1173:</strong> <span class="italic" lang="en">Memoir of M<sup>rs</sup> Mac Lehose</span>, p. 42.<a href="#footnotetag1173"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1174" name="footnote1174"></a>
+<strong>Note 1174:</strong> <span class="italic">Id.</span>, p. 41.<a href="#footnotetag1174"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1175" name="footnote1175"></a>
+<strong>Note 1175:</strong> <span class="italic" lang="en">My Nanie's awa.</span><a href="#footnotetag1175"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1176" name="footnote1176"></a>
+<strong>Note 1176:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Miss Mary Peacock.</span> Dec. 6<sup>th</sup>,</span> 1792.<a href="#footnotetag1176"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1177" name="footnote1177"></a>
+<strong>Note 1177:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Mac Lehose.</span> March</span> 1793.<a href="#footnotetag1177"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1178" name="footnote1178"></a>
+<strong>Note 1178:</strong> lang="en" 1794.<a href="#footnotetag1178"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1179" name="footnote1179"></a>
+<strong>Note 1179:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To George Thomson.</span> 19<sup>th</sup> Oct.</span> 1794.<a href="#footnotetag1179"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1180" name="footnote1180"></a>
+<strong>Note 1180:</strong> Dans la lettre du 9 Janvier 1788.<a href="#footnotetag1180"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1181" name="footnote1181"></a>
+<strong>Note 1181:</strong> <span class="italic" lang="en">Memoir of M<sup>rs</sup> Mac Lehose</span>, p. 53.<a href="#footnotetag1181"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1182" name="footnote1182"></a>
+<strong>Note 1182:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 228-29. Voir
+aussi la lettre de M. Train dans l'édition de Burns, de Blackie, tom.
+I, p. <span class="smcap85">CCXIIII.</span><a href="#footnotetag1182"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1183" name="footnote1183"></a>
+<strong>Note 1183:</strong> R. Chambers, tom. III, p. 218-20.<a href="#footnotetag1183"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1184" name="footnote1184"></a>
+<strong>Note 1184:</strong> Voir sur ces premières sociétés Lecky, <span class="italic" lang="en">History of
+England in the XVIII<sup>th</sup> century</span>, tom. V, chap. <span class="smcap85">XXI</span>, p.
+448.<a href="#footnotetag1184"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1185" name="footnote1185"></a>
+<strong>Note 1185:</strong> Sur l'action de cette société, Lecky, <span class="italic">Id.</span> p.
+450.&mdash;Voir aussi <span class="italic" lang="en">The Story of the English Jacobins</span>, by Edward Smith,
+chap. <span class="smcap85">I</span>.<a href="#footnotetag1185"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1186" name="footnote1186"></a>
+<strong>Note 1186:</strong> Les <span class="italic" lang="en">Reflections on the Revolution of France</span> sont de
+Novembre 1790.<a href="#footnotetag1186"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1187" name="footnote1187"></a>
+<strong>Note 1187:</strong> <span class="italic" lang="en">The Rights of Man</span> sont de 1791-92.<a href="#footnotetag1187"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1188" name="footnote1188"></a>
+<strong>Note 1188:</strong> <span class="italic" lang="en">The Story of the English Jacobins</span>, chap.
+<span class="smcap85">II</span> et chap. <span class="smcap85">III</span>, p. 43.<a href="#footnotetag1188"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1189" name="footnote1189"></a>
+<strong>Note 1189:</strong> <span class="italic" lang="en">The Story of the English Jacobins</span>, chap. <span class="smcap85">II</span>, p. 33.<a href="#footnotetag1189"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1190" name="footnote1190"></a>
+<strong>Note 1190:</strong> <span class="italic" lang="en">Address to the French National Convention, from the
+following Societies united in one common cause, viz., the obtaining a
+fair, general, and impartial representation in Parliament, 27 Sept.
+1792</span>, reproduite dans <span class="italic" lang="en">The Story of the English Jacobins</span>, chap.
+<span class="smcap85">III</span>.<a href="#footnotetag1190"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1191" name="footnote1191"></a>
+<strong>Note 1191:</strong> <span class="italic" lang="en">The Society for Constitutional Information in London
+to the National Convention of France, November 28<sup>th</sup> 1792</span>, cité dans
+<span class="italic" lang="en">The Story of the English Jacobins</span>, chap. <span class="smcap85">III</span>.<a href="#footnotetag1191"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1192" name="footnote1192"></a>
+<strong>Note 1192:</strong> <span class="italic" lang="en">The Story of the English Jacobins</span>, chap. <span class="smcap85">III</span>, p.
+55.<a href="#footnotetag1192"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1193" name="footnote1193"></a>
+<strong>Note 1193:</strong> <span class="italic">Id.</span> p. 58.<a href="#footnotetag1193"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1194" name="footnote1194"></a>
+<strong>Note 1194:</strong> <span class="italic">Id.</span> p. 64.<a href="#footnotetag1194"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1195" name="footnote1195"></a>
+<strong>Note 1195:</strong> <span class="italic">Id.</span> p. 165<a href="#footnotetag1195"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1196" name="footnote1196"></a>
+<strong>Note 1196:</strong> Voir <span class="italic" lang="en">Lord Erskine</span> par Henri Duméril, p. 61, et les
+paroles de Thomas Erskine lui-même, citées au bas de la page 62.&mdash;Voir
+aussi <span class="italic" lang="en">Henry Erskine and His Times</span>, par le lieutenant-colonel Alex.
+Fergusson, p. 345.<a href="#footnotetag1196"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1197" name="footnote1197"></a>
+<strong>Note 1197:</strong> <span class="italic" lang="en">The Story of the English Jacobins</span>, chap. <span class="smcap85">V</span>, p. 80.<a href="#footnotetag1197"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1198" name="footnote1198"></a>
+<strong>Note 1198:</strong> <span class="italic">Id.</span>, p. 88.<a href="#footnotetag1198"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1199" name="footnote1199"></a>
+<strong>Note 1199:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 71.<a href="#footnotetag1199"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1200" name="footnote1200"></a>
+<strong>Note 1200:</strong> <span class="italic">Id.</span>, p. 75-76.<a href="#footnotetag1200"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1201" name="footnote1201"></a>
+<strong>Note 1201:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 76.<a href="#footnotetag1201"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1202" name="footnote1202"></a>
+<strong>Note 1202:</strong> <span class="italic" lang="en">The Story of the English Jacobins</span>, chap. <span class="smcap85">V</span>, p.
+81.<a href="#footnotetag1202"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1203" name="footnote1203"></a>
+<strong>Note 1203:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 88.<a href="#footnotetag1203"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1204" name="footnote1204"></a>
+<strong>Note 1204:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Life of Jeffrey</span>, p. 55.<a href="#footnotetag1204"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1205" name="footnote1205"></a>
+<strong>Note 1205:</strong> <span class="italic" lang="en">The Story of the English Jacobins</span>, p.
+91-92.<a href="#footnotetag1205"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1206" name="footnote1206"></a>
+<strong>Note 1206:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 88.<a href="#footnotetag1206"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1207" name="footnote1207"></a>
+<strong>Note 1207:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 80.<a href="#footnotetag1207"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1208" name="footnote1208"></a>
+<strong>Note 1208:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiography of M<sup>rs</sup> Fletcher</span>, p. 65.<a href="#footnotetag1208"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1209" name="footnote1209"></a>
+<strong>Note 1209:</strong> <span class="italic" lang="en">Autobiography of M<sup>rs</sup> Fletcher</span>, p. 71.<a href="#footnotetag1209"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1210" name="footnote1210"></a>
+<strong>Note 1210:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 72.<a href="#footnotetag1210"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1211" name="footnote1211"></a>
+<strong>Note 1211:</strong> Nous avons trouvé cette anecdote dans un livre
+intitulé <span class="italic" lang="en">Reminiscences of a Scottish Gentleman</span>, by Philo
+Scotus.<a href="#footnotetag1211"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1212" name="footnote1212"></a>
+<strong>Note 1212:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 74.<a href="#footnotetag1212"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1213" name="footnote1213"></a>
+<strong>Note 1213:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 75.<a href="#footnotetag1213"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1214" name="footnote1214"></a>
+<strong>Note 1214:</strong> Lord Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 90.<a href="#footnotetag1214"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1215" name="footnote1215"></a>
+<strong>Note 1215:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 223.<a href="#footnotetag1215"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1216" name="footnote1216"></a>
+<strong>Note 1216:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 223.<a href="#footnotetag1216"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1217" name="footnote1217"></a>
+<strong>Note 1217:</strong> <span class="italic" lang="en">History of Dumfries</span>, by William Mac Dowall, p.
+591.<a href="#footnotetag1217"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1218" name="footnote1218"></a>
+<strong>Note 1218:</strong> Extrait du <span class="italic" lang="en">Dumfries Journal</span>, cité par W. Mac Dowall,
+p. 592.<a href="#footnotetag1218"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1219" name="footnote1219"></a>
+<strong>Note 1219:</strong> <span class="italic" lang="en">The Loyal Natives' Verses.</span><a href="#footnotetag1219"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1220" name="footnote1220"></a>
+<strong>Note 1220:</strong> R. Chambers, tom. III, p. 263.<a href="#footnotetag1220"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1221" name="footnote1221"></a>
+<strong>Note 1221:</strong> R. Chambers, tom. III, p. 258-64.<a href="#footnotetag1221"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1222" name="footnote1222"></a>
+<strong>Note 1222:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Capt. W<sup>m</sup> Johnstone</span>, 13<sup>th</sup> Dec.</span> 1792.<a href="#footnotetag1222"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1223" name="footnote1223"></a>
+<strong>Note 1223:</strong> R. Chambers, tom. III, p. 264.<a href="#footnotetag1223"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1224" name="footnote1224"></a>
+<strong>Note 1224:</strong> <span class="italic" lang="en">Here's a Health to them that's awa'.</span><a href="#footnotetag1224"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1225" name="footnote1225"></a>
+<strong>Note 1225:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 225.<a href="#footnotetag1225"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1226" name="footnote1226"></a>
+<strong>Note 1226:</strong> R. Chambers, tom. III, p. 268.<a href="#footnotetag1226"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1227" name="footnote1227"></a>
+<strong>Note 1227:</strong> Scott Douglas, tom. VI, p. 49.<a href="#footnotetag1227"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1228" name="footnote1228"></a>
+<strong>Note 1228:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, 5<sup>th</sup> Jan.</span> 1793.<a href="#footnotetag1228"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1229" name="footnote1229"></a>
+<strong>Note 1229:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Graham of Fintry</span>, Dec.</span> 1792.<a href="#footnotetag1229"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1230" name="footnote1230"></a>
+<strong>Note 1230:</strong> Voir Hately Waddell.<a href="#footnotetag1230"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1231" name="footnote1231"></a>
+<strong>Note 1231:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Graham of Fintry</span>, 5<sup>th</sup> Jan.</span>
+1793.<a href="#footnotetag1231"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1232" name="footnote1232"></a>
+<strong>Note 1232:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To John Francis Erskine of Mar</span>, 13<sup>th</sup> April</span>
+1793.<a href="#footnotetag1232"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1233" name="footnote1233"></a>
+<strong>Note 1233:</strong> <span class="italic" lang="en">Epistle from Esopus to Maria.</span><a href="#footnotetag1233"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1234" name="footnote1234"></a>
+<strong>Note 1234:</strong> <span class="italic" lang="en">To John Francis Erskine of Mar.</span><a href="#footnotetag1234"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1235" name="footnote1235"></a>
+<strong>Note 1235:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 283-84.<a href="#footnotetag1235"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1236" name="footnote1236"></a>
+<strong>Note 1236:</strong> Cockburn. <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 306.<a href="#footnotetag1236"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1237" name="footnote1237"></a>
+<strong>Note 1237:</strong> <span class="italic" lang="en">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, Dec. 31, 1792.<a href="#footnotetag1237"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1238" name="footnote1238"></a>
+<strong>Note 1238:</strong> <span class="italic" lang="en">In Politics if thou wouldst mix.</span><a href="#footnotetag1238"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1239" name="footnote1239"></a>
+<strong>Note 1239:</strong> R. Chambers, tom. IV, p. 1.<a href="#footnotetag1239"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1240" name="footnote1240"></a>
+<strong>Note 1240:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Peter Hill</span>, April</span> 1793.<a href="#footnotetag1240"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1241" name="footnote1241"></a>
+<strong>Note 1241:</strong> <span class="italic" lang="en">To John Mac Murdo</span> (lettre <span class="smcap85">V</span>).<a href="#footnotetag1241"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1242" name="footnote1242"></a>
+<strong>Note 1242:</strong> R. Chambers, tom. IV, p. 35.<a href="#footnotetag1242"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1243" name="footnote1243"></a>
+<strong>Note 1243:</strong> Rob Chambers, tom. IV, p. 86.<a href="#footnotetag1243"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1244" name="footnote1244"></a>
+<strong>Note 1244:</strong> <span class="italic" lang="en">A Vision.</span><a href="#footnotetag1244"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1245" name="footnote1245"></a>
+<strong>Note 1245:</strong> <span class="italic" lang="en">Ode for General Washington's Birthday.</span><a href="#footnotetag1245"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1246" name="footnote1246"></a>
+<strong>Note 1246:</strong> Coleridge. <span class="italic" lang="en">France, an Ode.</span><a href="#footnotetag1246"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1247" name="footnote1247"></a>
+<strong>Note 1247:</strong> Wordsworth. <span class="italic" lang="en">The Prelude</span>, <span lang="en">Book</span> <span class="smcap85">X</span>.<a href="#footnotetag1247"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1248" name="footnote1248"></a>
+<strong>Note 1248:</strong> <span class="italic" lang="en">To M<sup>rs</sup> Riddell.</span> Nov. 1793.<a href="#footnotetag1248"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1249" name="footnote1249"></a>
+<strong>Note 1249:</strong> R. Chambers, tom. IV, p. 47.<a href="#footnotetag1249"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1250" name="footnote1250"></a>
+<strong>Note 1250:</strong> Récit d'un voyage dans le Galloway fait avec Burns et
+communiqué par M<sup>r</sup> John Syme à Currie. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p.
+47.<a href="#footnotetag1250"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1251" name="footnote1251"></a>
+<strong>Note 1251:</strong> Voir, dans Hately Waddell, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, les
+renseignements et documents donnés dans l'appendice: <span lang="en">Burns as an
+Excise officer</span>.<a href="#footnotetag1251"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1252" name="footnote1252"></a>
+<strong>Note 1252:</strong> Voir la lettre <span lang="en"><span class="italic">to Alex. Findlater superviser of the
+Excise</span>. June</span> 1791.<a href="#footnotetag1252"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1253" name="footnote1253"></a>
+<strong>Note 1253:</strong> <span class="italic" lang="en">To David Staig, provost of Dumfries.</span><a href="#footnotetag1253"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1254" name="footnote1254"></a>
+<strong>Note 1254:</strong> <span class="italic" lang="en">To Robert Graham of Fintry.</span> Jan. 1794.<a href="#footnotetag1254"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1255" name="footnote1255"></a>
+<strong>Note 1255:</strong> <span class="italic" lang="en">To M<sup>rs</sup> Riddell.</span> Nov. 1793.<a href="#footnotetag1255"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1256" name="footnote1256"></a>
+<strong>Note 1256:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To George Thomson.</span> 14<sup>th</sup> Nov.</span> 1792.<a href="#footnotetag1256"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1257" name="footnote1257"></a>
+<strong>Note 1257:</strong> <span class="italic" lang="en">Highland Mary.</span><a href="#footnotetag1257"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1258" name="footnote1258"></a>
+<strong>Note 1258:</strong> Heron. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 441.<a href="#footnotetag1258"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1259" name="footnote1259"></a>
+<strong>Note 1259:</strong> Id., p. 442.<a href="#footnotetag1259"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1260" name="footnote1260"></a>
+<strong>Note 1260:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Alex. Cunningham</span>, 10<sup>th</sup> Sept.</span> 1792.<a href="#footnotetag1260"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1261" name="footnote1261"></a>
+<strong>Note 1261:</strong> <span class="italic" lang="en">To M<sup>rs</sup> Dunlop</span>, Jan. 2, 1794.<a href="#footnotetag1261"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1262" name="footnote1262"></a>
+<strong>Note 1262:</strong> D'après une lettre de Bloomfield, le poète, au duc de
+Buchan, citée par Cromek. <span class="italic" lang="en">Reliques of Burns</span>, p. 138. Bloomfield
+tenait le récit de la dame elle-même à qui Burns avait
+répondu.<a href="#footnotetag1262"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1263" name="footnote1263"></a>
+<strong>Note 1263:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Captain ***.</span> 5<sup>th</sup> Dec.</span> 1793.<a href="#footnotetag1263"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1264" name="footnote1264"></a>
+<strong>Note 1264:</strong> <span class="italic" lang="en">To Samuel Clarke Jun<sup>r</sup>.</span> Jan. 1794.<a href="#footnotetag1264"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1265" name="footnote1265"></a>
+<strong>Note 1265:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Samuel Clarke Jun<sup>r</sup></span>, Sunday morning</span>
+1794.<a href="#footnotetag1265"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1266" name="footnote1266"></a>
+<strong>Note 1266:</strong> Lord Cockburn, <span class="italic" lang="en">Memorials</span>, p. 32.<a href="#footnotetag1266"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1267" name="footnote1267"></a>
+<strong>Note 1267:</strong> Id. p 32.<a href="#footnotetag1267"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1268" name="footnote1268"></a>
+<strong>Note 1268:</strong> Id. p. 33.<a href="#footnotetag1268"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1269" name="footnote1269"></a>
+<strong>Note 1269:</strong> Voir une collection de ces «Sentiments» dans Dean
+Ramsay, <span class="italic" lang="en">Reminiscences of Scottish Life and Character</span>, p. 59, et
+aussi des détails sur les livres ou les recueils où les gens sans
+imagination pouvaient puiser.<a href="#footnotetag1269"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1270" name="footnote1270"></a>
+<strong>Note 1270:</strong> Dean Ramsay, id., page 48.<a href="#footnotetag1270"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1271" name="footnote1271"></a>
+<strong>Note 1271:</strong> R. Chambers, IV, page 49.<a href="#footnotetag1271"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1272" name="footnote1272"></a>
+<strong>Note 1272:</strong> <span class="italic" lang="en">To M<sup>rs</sup> Riddell</span>, Jan. 1794.<a href="#footnotetag1272"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1273" name="footnote1273"></a>
+<strong>Note 1273:</strong> Voir <span class="italic" lang="en">Monody on a Lady famed for her caprice; Pinned
+to M<sup>rs</sup> Walter Riddell's carriage; Epitaph for M<sup>r</sup> Walter Riddell;
+Epistle from Esopus to Maria</span>.<a href="#footnotetag1273"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1274" name="footnote1274"></a>
+<strong>Note 1274:</strong> R. Chambers, tom. III, p. 261.<a href="#footnotetag1274"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1275" name="footnote1275"></a>
+<strong>Note 1275:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Alex. Cunningham</span>, 25<sup>th</sup> Feb.</span> 1784.<a href="#footnotetag1275"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1276" name="footnote1276"></a>
+<strong>Note 1276:</strong> R. Heron, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, cité par R.
+Chambers, dans son appendice N<sup>o</sup> 17, <span class="italic" lang="en">Reputation of Burns in his
+latter years</span>, tom. IV, p. 301.<a href="#footnotetag1276"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1277" name="footnote1277"></a>
+<strong>Note 1277:</strong> Allan Cunningham, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 45.<a href="#footnotetag1277"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1278" name="footnote1278"></a>
+<strong>Note 1278:</strong> Shairp, <span class="italic">Burns</span>, p. 139.<a href="#footnotetag1278"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1279" name="footnote1279"></a>
+<strong>Note 1279:</strong> Voir l'extrait donné par R. Chambers, tome IV, p.
+301.<a href="#footnotetag1279"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1280" name="footnote1280"></a>
+<strong>Note 1280:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Mac Lehose</span>, 25<sup>th</sup> June</span> 1794.<a href="#footnotetag1280"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1281" name="footnote1281"></a>
+<strong>Note 1281:</strong> Lockhart, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 224.<a href="#footnotetag1281"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1282" name="footnote1282"></a>
+<strong>Note 1282:</strong> <span class="italic"><span lang="en">Common-place Book, March</span> 1784.</span><a href="#footnotetag1282"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1283" name="footnote1283"></a>
+<strong>Note 1283:</strong> Currie, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 50.<a href="#footnotetag1283"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1284" name="footnote1284"></a>
+<strong>Note 1284:</strong> Chambers, <span class="italic">Appendice</span> N<sup>o</sup> 17, tom. IV, p. 305.<a href="#footnotetag1284"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1285" name="footnote1285"></a>
+<strong>Note 1285:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop.</span> 15<sup>th</sup> Dec.</span> 1793.<a href="#footnotetag1285"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1286" name="footnote1286"></a>
+<strong>Note 1286:</strong> Currie. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 51.<a href="#footnotetag1286"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1287" name="footnote1287"></a>
+<strong>Note 1287:</strong> Heron. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 442.<a href="#footnotetag1287"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1288" name="footnote1288"></a>
+<strong>Note 1288:</strong> R. Chambers, tom. IV, p. 155<a href="#footnotetag1288"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1289" name="footnote1289"></a>
+<strong>Note 1289:</strong> <span class="italic" lang="en">To Alex. Findlater.</span> June 1791.<a href="#footnotetag1289"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1290" name="footnote1290"></a>
+<strong>Note 1290:</strong> Voir les souvenirs de M<sup>rs</sup> Burns recueillis par M<sup>r</sup>
+Mac Diarmid<a href="#footnotetag1290"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1291" name="footnote1291"></a>
+<strong>Note 1291:</strong> <span class="italic" lang="en">Craigieburn Wood.</span><a href="#footnotetag1291"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1292" name="footnote1292"></a>
+<strong>Note 1292:</strong> R. Chambers, tom. IV, p. 96.<a href="#footnotetag1292"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1293" name="footnote1293"></a>
+<strong>Note 1293:</strong> En français.<a href="#footnotetag1293"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1294" name="footnote1294"></a>
+<strong>Note 1294:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To George Thomson.</span> 19<sup>th</sup> Oct.</span> 1794.<a href="#footnotetag1294"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1295" name="footnote1295"></a>
+<strong>Note 1295:</strong> <span lang="en"><span class="italic">George Thomson, to Rob. Burns.</span> 27<sup>th</sup> Oct.</span>
+1794.<a href="#footnotetag1295"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1296" name="footnote1296"></a>
+<strong>Note 1296:</strong> En français.<a href="#footnotetag1296"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1297" name="footnote1297"></a>
+<strong>Note 1297:</strong> <span class="italic" lang="en">To George Thomson.</span> Nov. 1794<a href="#footnotetag1297"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1298" name="footnote1298"></a>
+<strong>Note 1298:</strong> R. Chambers, tom. IV, p. 97.<a href="#footnotetag1298"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1299" name="footnote1299"></a>
+<strong>Note 1299:</strong> Allan Cunningham. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p.
+485-86, en note.<a href="#footnotetag1299"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1300" name="footnote1300"></a>
+<strong>Note 1300:</strong> Id. p. 97.<a href="#footnotetag1300"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1301" name="footnote1301"></a>
+<strong>Note 1301:</strong> Id. p. 486, en note.<a href="#footnotetag1301"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1302" name="footnote1302"></a>
+<strong>Note 1302:</strong> <span class="italic" lang="en">She says she lo'es me best of a'.</span><a href="#footnotetag1302"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1303" name="footnote1303"></a>
+<strong>Note 1303:</strong> Allan Cunningham. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 97.<a href="#footnotetag1303"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1304" name="footnote1304"></a>
+<strong>Note 1304:</strong> Cité par Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p.
+261.<a href="#footnotetag1304"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1305" name="footnote1305"></a>
+<strong>Note 1305:</strong> <span class="italic" lang="en">To G. Thomson</span>, Nov. 1794.<a href="#footnotetag1305"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1306" name="footnote1306"></a>
+<strong>Note 1306:</strong> Scott Douglas, tom. VI, p. 293.<a href="#footnotetag1306"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1307" name="footnote1307"></a>
+<strong>Note 1307:</strong> <span class="italic" lang="en">'Tis Friendship's pledge, my young, fair
+Friend.</span><a href="#footnotetag1307"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1308" name="footnote1308"></a>
+<strong>Note 1308:</strong> <span class="italic" lang="en">Come, let me take thee to my breast.</span><a href="#footnotetag1308"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1309" name="footnote1309"></a>
+<strong>Note 1309:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To George Thomson.</span> Aug. 2<sup>nd</sup></span>, 1795.<a href="#footnotetag1309"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1310" name="footnote1310"></a>
+<strong>Note 1310:</strong> <span class="italic" lang="en">O Poortith cauld and restless Love.</span><a href="#footnotetag1310"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1311" name="footnote1311"></a>
+<strong>Note 1311:</strong> <span class="italic" lang="en">Whistle and I'll Come to you my Lad.</span><a href="#footnotetag1311"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1312" name="footnote1312"></a>
+<strong>Note 1312:</strong> <span class="italic" lang="en">O bonie was yon rosy brier.</span><a href="#footnotetag1312"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1313" name="footnote1313"></a>
+<strong>Note 1313:</strong> <span class="italic" lang="en">This is no my ain Lassie.</span><a href="#footnotetag1313"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1314" name="footnote1314"></a>
+<strong>Note 1314:</strong> <span class="italic" lang="en">To George Thomson.</span> Feb. 1796.<a href="#footnotetag1314"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1315" name="footnote1315"></a>
+<strong>Note 1315:</strong> R. Chambers, tom. IV, p. 99.<a href="#footnotetag1315"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1316" name="footnote1316"></a>
+<strong>Note 1316:</strong> R. Chambers, tom. IV, p. 100.<a href="#footnotetag1316"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1317" name="footnote1317"></a>
+<strong>Note 1317:</strong> Voir R. Chambers, tom. III, p. 225.<a href="#footnotetag1317"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1318" name="footnote1318"></a>
+<strong>Note 1318:</strong> <span class="italic" lang="en">George Thomson to Robert Burns.</span> Sept.
+1792.<a href="#footnotetag1318"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1319" name="footnote1319"></a>
+<strong>Note 1319:</strong> <span class="italic" lang="en">G. Thomson to Robert Burns.</span> Sept. 1792.<a href="#footnotetag1319"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1320" name="footnote1320"></a>
+<strong>Note 1320:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To George Thomson.</span> 16<sup>th</sup> Sept.</span><a href="#footnotetag1320"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p> 1792.
+
+<p><a id="footnote1321" name="footnote1321"></a>
+<strong>Note 1321:</strong> <span lang="en"><span class="italic">G. Thomson to Robert Burns.</span> 1<sup>st</sup> July</span>
+1793.<a href="#footnotetag1321"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1322" name="footnote1322"></a>
+<strong>Note 1322:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To G. Thomson.</span> July</span> 1793.<a href="#footnotetag1322"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1323" name="footnote1323"></a>
+<strong>Note 1323:</strong> R. Chambers, tom. III, p. 34.<a href="#footnotetag1323"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1324" name="footnote1324"></a>
+<strong>Note 1324:</strong> <span class="italic" lang="en">To G. Thomson.</span> Nov. 1794.<a href="#footnotetag1324"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1325" name="footnote1325"></a>
+<strong>Note 1325:</strong> <span class="italic" lang="en">Quarterly Review</span>, N<sup>o</sup> 308. <span lang="en">October</span> 1882,
+p. 321.<a href="#footnotetag1325"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1326" name="footnote1326"></a>
+<strong>Note 1326:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 238.<a href="#footnotetag1326"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1327" name="footnote1327"></a>
+<strong>Note 1327:</strong> Allan Cunningham. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 133.<a href="#footnotetag1327"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1328" name="footnote1328"></a>
+<strong>Note 1328:</strong> Lockhart. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 238.<a href="#footnotetag1328"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1329" name="footnote1329"></a>
+<strong>Note 1329:</strong> Allan Cunningham. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 740,
+en note.<a href="#footnotetag1329"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1330" name="footnote1330"></a>
+<strong>Note 1330:</strong> Carlyle. <span class="italic" lang="en">Essay on Burns.</span><a href="#footnotetag1330"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1331" name="footnote1331"></a>
+<strong>Note 1331:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop.</span> 25<sup>th</sup> June</span> 1794.<a href="#footnotetag1331"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1332" name="footnote1332"></a>
+<strong>Note 1332:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop.</span> Jan. 1<sup>st</sup></span>, 1795.<a href="#footnotetag1332"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1333" name="footnote1333"></a>
+<strong>Note 1333:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop.</span> 31<sup>st</sup> Jan.</span> 1796.<a href="#footnotetag1333"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1334" name="footnote1334"></a>
+<strong>Note 1334:</strong> Currie. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 50.<a href="#footnotetag1334"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1335" name="footnote1335"></a>
+<strong>Note 1335:</strong> Lettre de Currie à un correspondant, citée par Scott
+Douglas, tom. VI, p. 175.<a href="#footnotetag1335"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1336" name="footnote1336"></a>
+<strong>Note 1336:</strong> Voir sur ce sujet pénible les demi-aveux de Chambers,
+tom. IV, p. 105, qui corroborent les paroles de Currie et la note de
+Scott Douglas, tom. IV, p. 176.<a href="#footnotetag1336"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1337" name="footnote1337"></a>
+<strong>Note 1337:</strong> <span class="italic" lang="en">To Robert Cleghorn.</span> Jan. 1796.<a href="#footnotetag1337"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1338" name="footnote1338"></a>
+<strong>Note 1338:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop.</span> 31<sup>st</sup> Jan.</span> 1796.<a href="#footnotetag1338"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1339" name="footnote1339"></a>
+<strong>Note 1339:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Riddell.</span> 29<sup>th</sup> Jan.</span> 1796<a href="#footnotetag1339"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1340" name="footnote1340"></a>
+<strong>Note 1340:</strong> Voir sur ce portrait les deux lettres à M<sup>rs</sup> Riddell,
+29<sup>th</sup> Jan. 1796, et la suivante. Voir aussi dans l'édition de Hately
+Waddell la reproduction de ce portrait et l'exposé des circonstances
+qui l'ont placé entre les mains de l'éditeur. M. Hately Waddell nous a
+gracieusement permis de voir ce portrait.<a href="#footnotetag1340"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1341" name="footnote1341"></a>
+<strong>Note 1341:</strong> <span class="italic" lang="en">To Collector Mitchell.</span><a href="#footnotetag1341"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1342" name="footnote1342"></a>
+<strong>Note 1342:</strong> Currie. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 51.<a href="#footnotetag1342"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1343" name="footnote1343"></a>
+<strong>Note 1343:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To G. Thomson.</span> April</span> 1796.<a href="#footnotetag1343"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1344" name="footnote1344"></a>
+<strong>Note 1344:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To James Johnson.</span> 18<sup>th</sup> May</span> 1796.<a href="#footnotetag1344"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1345" name="footnote1345"></a>
+<strong>Note 1345:</strong> <span class="italic">Nombres.</span> 23-7.<a href="#footnotetag1345"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1346" name="footnote1346"></a>
+<strong>Note 1346:</strong> <span lang="en">Shakspeare</span>. <span class="italic">Hamlet.</span> Act. <span class="smcap85">II</span>, scène 2.<a href="#footnotetag1346"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1347" name="footnote1347"></a>
+<strong>Note 1347:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Riddel.</span> 4<sup>th</sup> June</span> 1796. Les
+derniers mots en italique sont en français.<a href="#footnotetag1347"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1348" name="footnote1348"></a>
+<strong>Note 1348:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To James Clarke.</span> June 26<sup>th</sup></span>, 1796.<a href="#footnotetag1348"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1349" name="footnote1349"></a>
+<strong>Note 1349:</strong> Currie. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 53.<a href="#footnotetag1349"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1350" name="footnote1350"></a>
+<strong>Note 1350:</strong> R. Chambers, tom. IV, p. 194.<a href="#footnotetag1350"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1351" name="footnote1351"></a>
+<strong>Note 1351:</strong> <span class="italic" lang="en">A Health to one I lo'e dear.</span><a href="#footnotetag1351"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1352" name="footnote1352"></a>
+<strong>Note 1352:</strong> <span class="italic" lang="en">O wert thou in the cauld Blast.</span><a href="#footnotetag1352"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1353" name="footnote1353"></a>
+<strong>Note 1353:</strong> <span class="italic" lang="en">Inscription to Miss Jessy Lewars, on a copy of the
+Scots Musical Museum, presented to her by Burns.</span><a href="#footnotetag1353"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1354" name="footnote1354"></a>
+<strong>Note 1354:</strong> Currie. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 51.<a href="#footnotetag1354"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1355" name="footnote1355"></a>
+<strong>Note 1355:</strong> Mac Dowal. <span class="italic" lang="en">History of Dumfries</span>, p. 609.<a href="#footnotetag1355"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1356" name="footnote1356"></a>
+<strong>Note 1356:</strong> Currie. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 51.<a href="#footnotetag1356"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1357" name="footnote1357"></a>
+<strong>Note 1357:</strong> Mac Dowall. <span class="italic" lang="en">History of Dumfries</span>, p. 611.<a href="#footnotetag1357"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1358" name="footnote1358"></a>
+<strong>Note 1358:</strong> Voir pour ce cachet la lettre à <span class="italic">Alex. Cunningham</span>,
+<span lang="en">3<sup>rd</sup> March</span> 1794.<a href="#footnotetag1358"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1359" name="footnote1359"></a>
+<strong>Note 1359:</strong> En français.<a href="#footnotetag1359"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1360" name="footnote1360"></a>
+<strong>Note 1360:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Alex. Cunningham.</span> 7<sup>th</sup> July</span> 1796.<a href="#footnotetag1360"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1361" name="footnote1361"></a>
+<strong>Note 1361:</strong> Voir Lockhart, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p.
+287.&mdash;Scott Douglas, tom. VI, p 197 en note, et l'extrait d'une lettre
+de l'Inspecteur Findlater adressée au <span class="italic" lang="en">Glascow Courier</span> en
+1834 et reproduite en partie par R. Chambers, tom. IV, p. 192.<a href="#footnotetag1361"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1362" name="footnote1362"></a>
+<strong>Note 1362:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Gilbert Burns.</span> 10<sup>th</sup> July</span> 1796.<a href="#footnotetag1362"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1363" name="footnote1363"></a>
+<strong>Note 1363:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To James Armour.</span> July</span> 10, 1796.<a href="#footnotetag1363"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1364" name="footnote1364"></a>
+<strong>Note 1364:</strong> <span lang="en">Shakspeare</span>. <span class="italic">Hamlet.</span><a href="#footnotetag1364"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1365" name="footnote1365"></a>
+<strong>Note 1365:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop.</span> 12<sup>th</sup> July</span> 1796<a href="#footnotetag1365"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1366" name="footnote1366"></a>
+<strong>Note 1366:</strong> <span lang="en"><span class="italic">The Author's Journal.</span> 15<sup>th</sup> June</span> 1788.<a href="#footnotetag1366"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1367" name="footnote1367"></a>
+<strong>Note 1367:</strong> <span class="italic" lang="en">To M<sup>rs</sup> Dunlop.</span> Oct. 1792.<a href="#footnotetag1367"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1368" name="footnote1368"></a>
+<strong>Note 1368:</strong> <span class="italic" lang="en">To Peter Stuart.</span> Feb. 1787.<a href="#footnotetag1368"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1369" name="footnote1369"></a>
+<strong>Note 1369:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Clarinda.</span> Jan. 8<sup>th</sup></span>, 1788.<a href="#footnotetag1369"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1370" name="footnote1370"></a>
+<strong>Note 1370:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop.</span> 13<sup>th</sup> Dec.</span> 1789.<a href="#footnotetag1370"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1371" name="footnote1371"></a>
+<strong>Note 1371:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop.</span> 21<sup>st</sup> June</span> 1789.<a href="#footnotetag1371"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1372" name="footnote1372"></a>
+<strong>Note 1372:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop.</span> 6<sup>th</sup> Sept.</span> 1789.<a href="#footnotetag1372"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1373" name="footnote1373"></a>
+<strong>Note 1373:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop.</span> 22<sup>nd</sup> Aug.</span> 1792.<a href="#footnotetag1373"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1374" name="footnote1374"></a>
+<strong>Note 1374:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop.</span> 21<sup>st</sup> June</span> 1789.<a href="#footnotetag1374"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1375" name="footnote1375"></a>
+<strong>Note 1375:</strong> <span class="italic" lang="en">To Peter Stuart.</span> Aug. 1789.<a href="#footnotetag1375"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1376" name="footnote1376"></a>
+<strong>Note 1376:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To D<sup>r</sup> Moore.</span> 28<sup>th</sup> Feb.</span> 1791.<a href="#footnotetag1376"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1377" name="footnote1377"></a>
+<strong>Note 1377:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Ainslie.</span> June 30<sup>th</sup></span> 1788.<a href="#footnotetag1377"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1378" name="footnote1378"></a>
+<strong>Note 1378:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop.</span> 13<sup>th</sup> Dec.</span> 1789.<a href="#footnotetag1378"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1379" name="footnote1379"></a>
+<strong>Note 1379:</strong> Carlyle. <span class="italic" lang="en">Essay on Burns.</span><a href="#footnotetag1379"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1380" name="footnote1380"></a>
+<strong>Note 1380:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To M<sup>rs</sup> Dunlop.</span> 22<sup>nd</sup> Aug.</span> 1792.<a href="#footnotetag1380"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1381" name="footnote1381"></a>
+<strong>Note 1381:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Robert Muir.</span> 7<sup>th</sup> March</span> 1788.<a href="#footnotetag1381"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1382" name="footnote1382"></a>
+<strong>Note 1382:</strong> Job.<a href="#footnotetag1382"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1383" name="footnote1383"></a>
+<strong>Note 1383:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To George Thomson.</span> 12<sup>th</sup> July</span> 1796.<a href="#footnotetag1383"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1384" name="footnote1384"></a>
+<strong>Note 1384:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To James Burness.</span> July 12<sup>th</sup></span>, 1796.<a href="#footnotetag1384"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1385" name="footnote1385"></a>
+<strong>Note 1385:</strong> Job 3. 17.<a href="#footnotetag1385"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1386" name="footnote1386"></a>
+<strong>Note 1386:</strong> Allan Cunningham. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 125.<a href="#footnotetag1386"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1387" name="footnote1387"></a>
+<strong>Note 1387:</strong> <span class="italic" lang="en">Memoranda of M<sup>rs</sup> Burns</span>, recueillis par
+M<sup>r</sup> Mac Diarmid.<a href="#footnotetag1387"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1388" name="footnote1388"></a>
+<strong>Note 1388:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To James Armour.</span> 18<sup>th</sup> July</span> 1796.<a href="#footnotetag1388"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1389" name="footnote1389"></a>
+<strong>Note 1389:</strong> Currie. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 52.<a href="#footnotetag1389"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1390" name="footnote1390"></a>
+<strong>Note 1390:</strong> <span class="italic" lang="en">Memoranda of M<sup>rs</sup> Burns</span>, recueillis par
+M<sup>r</sup> Mac Diarmid.<a href="#footnotetag1390"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1391" name="footnote1391"></a>
+<strong>Note 1391:</strong> R. Chambers, tom. IV, p. 210.<a href="#footnotetag1391"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1392" name="footnote1392"></a>
+<strong>Note 1392:</strong> Currie. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 58.<a href="#footnotetag1392"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1393" name="footnote1393"></a>
+<strong>Note 1393:</strong> Mac Dowal. <span class="italic" lang="en">History of Dumfries</span>, p. 615.<a href="#footnotetag1393"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1394" name="footnote1394"></a>
+<strong>Note 1394:</strong> Allan Cunningham. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 128.<a href="#footnotetag1394"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1395" name="footnote1395"></a>
+<strong>Note 1395:</strong> <span class="italic" lang="en">From the Diary of the late M<sup>r</sup> William
+Grurson</span>, donné par Hately Waddell. Appendice, p. <span class="smcap85">XLVI</span>.<a href="#footnotetag1395"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1396" name="footnote1396"></a>
+<strong>Note 1396:</strong> Voir pour les détails des funérailles de Burns:
+Currie, <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 52.&mdash;Allan Cunningham, <span class="italic" lang="en">Life of
+Burns</span>, p. 126.&mdash;Les extraits du <span class="italic" lang="en">Dumfries
+Journal</span> du mardi 26 juillet 1796 donnés par Scott Douglas,
+tom. VI, p. 208.&mdash;Mac Dowal, <span class="italic" lang="en">History of Dumfries</span>, p.
+615.&mdash;Sur le monument de Burns dans le cimetière de Dumfries, voir les
+<span class="italic" lang="en">Memorials of St.-Michael's the old Parish churchyard of
+Dumfries</span>, par M<sup>r</sup> Mac Dowall, chap. <span class="smcap85">VIII</span>.<a href="#footnotetag1396"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1397" name="footnote1397"></a>
+<strong>Note 1397:</strong> Currie. <span class="italic" lang="en">Life of Burns</span>, p. 52.<a href="#footnotetag1397"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1398" name="footnote1398"></a>
+<strong>Note 1398:</strong> Luc <span class="smcap85">XI</span>. 39.<a href="#footnotetag1398"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1399" name="footnote1399"></a>
+<strong>Note 1399:</strong> <span class="italic" lang="en">Address to the Unco' Good or the Rigidly
+Rightuous.</span><a href="#footnotetag1399"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1400" name="footnote1400"></a>
+<strong>Note 1400:</strong> Shakspeare.<a href="#footnotetag1400"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1401" name="footnote1401"></a>
+<strong>Note 1401:</strong> Mathieu, <span class="smcap85">XXIII</span>. 27.<a href="#footnotetag1401"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1402" name="footnote1402"></a>
+<strong>Note 1402:</strong> Bourdaloue. <span class="italic">Sermon sur la Sévérité Évangélique.</span><a href="#footnotetag1402"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1403" name="footnote1403"></a>
+<strong>Note 1403:</strong> <span class="italic" lang="en">Address to the Unco' Good or the Rigidly
+Rightuous.</span><a href="#footnotetag1403"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1404" name="footnote1404"></a>
+<strong>Note 1404:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Clarinda.</span> 28<sup>th</sup> Dec.</span> 1787.<a href="#footnotetag1404"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1405" name="footnote1405"></a>
+<strong>Note 1405:</strong> Principal Shairp. <span class="italic">Burns</span>, chap. <span class="smcap85">VIII</span>.<a href="#footnotetag1405"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1406" name="footnote1406"></a>
+<strong>Note 1406:</strong> <span class="italic" lang="en">Sketch inscribed to Charles James Fox.</span><a href="#footnotetag1406"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1407" name="footnote1407"></a>
+<strong>Note 1407:</strong> <span lang="en"><span class="italic">To Clarinda</span>, 19<sup>th</sup> Jan.</span> 1788.<a href="#footnotetag1407"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1408" name="footnote1408"></a>
+<strong>Note 1408:</strong> <span class="italic">A Bard's Epitaph.</span><a href="#footnotetag1408"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1409" name="footnote1409"></a>
+<strong>Note 1409:</strong> Les renseignements sur la famille de Burns se trouvent
+dans l'appendice au vol. <span class="smcap85">IV</span> de Chambers: <span class="italic" lang="en">Posthumous History of
+Burns</span>, et dans l'<span class="italic">Addenda N<sup>o</sup> IV</span> du
+tome VI de Scott Douglas. Voir aussi les <span class="italic" lang="en">Genealogical Memoirs of the
+Family of Robert Burns</span>, par le D<sup>r</sup> Charles Rogers.<a href="#footnotetag1409"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1410" name="footnote1410"></a>
+<strong>Note 1410:</strong> R. Chambers, tom. IV, p. 224-25.<a href="#footnotetag1410"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1411" name="footnote1411"></a>
+<strong>Note 1411:</strong> R. Chambers, tom. IV, p. 230.<a href="#footnotetag1411"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+<p><a id="footnote1412" name="footnote1412"></a>
+<strong>Note 1412:</strong> Extrait d'un article du <span class="italic" lang="en">Dumfries Courrier</span>, qui parut
+au moment de la mort de M<sup>rs</sup> Burns et qui a été attribué à M<sup>r</sup> Mac
+Diarmid. Cité dans l'édition d'Allan Cunningham, p. 746.<a href="#footnotetag1412"><span class="small">[Retour au Texte Principal.]</span></a></p>
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Robert Burns, by Auguste Angellier
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK ROBERT BURNS ***
+
+***** This file should be named 25335-h.htm or 25335-h.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
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+Produced by Robert Connal, Christine P. Travers and the
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+(This file was produced from images generously made
+available by the Bibliothèque nationale de France
+(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
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+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
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+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
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+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
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+ License. You must require such a user to return or
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+ and discontinue all use of and all access to other copies of
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+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
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+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
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+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
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+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
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+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
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+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
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+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
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