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+The Project Gutenberg EBook of Lettres à un ami, 1865-1872, by George Bizet
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+Title: Lettres à un ami, 1865-1872
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+Author: George Bizet
+
+Commentator: Edmond Galabert
+
+Release Date: October 8, 2007 [EBook #22918]
+
+Language: French
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+Character set encoding: ISO-8859-1
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LETTRES À UN AMI, 1865-1872 ***
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+Produced by Chuck Greif and the Online Distributed
+Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
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+Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
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+<h3>GEORGES BIZET</h3>
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+<h1 style="font-size: 275%;">LETTRES &Agrave; UN AMI</h1>
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+<p class="c">1865-1872</p>
+
+<p class="c">INTRODUCTION</p>
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+<p class="c">DE</p>
+
+<p class="c">EDMOND GALABERT</p>
+
+
+
+<p class="c">PARIS</p>
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+<p class="c">CALMANN-L&Eacute;VY, &Eacute;DITEURS</p>
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+<p class="c">3, RUE AUBER, 3</p>
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+<p class="c"><img src="images/bizet.png" alt="portrait de Berlioz." style="border: 1px solid black;" /></p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2>INTRODUCTION</h2>
+
+
+<p><span class='pagenum'><a name="Page_1" id="Page_1">[1]</a></span>On m'a dit quelquefois que je devrais faire un livre sur Bizet, et ce
+livre, je ne l'ai jamais fait, et je ne le ferai jamais. Est-ce &agrave; moi,
+d'ailleurs, &agrave; le faire? Est-ce &agrave; l'&eacute;l&egrave;ve d'appr&eacute;cier les &#339;uvres de son
+ma&icirc;tre? Est-ce &agrave; l'ami de raconter la vie de son ami? Comment s'y
+prendra-t-il pour trouver et garder le ton juste, et ne risque-t-il pas
+de mal servir une ch&egrave;re m&eacute;moire en voulant trop bien la servir? Pour mon
+compte je l'ai toujours pens&eacute;, et j'ai cru qu'il valait mieux me borner
+&agrave; fournir des documents aux musicographes plut&ocirc;t que de me constituer
+moi-m&ecirc;me le biographe de Bizet. Voil&agrave; pourquoi, apr&egrave;s avoir une premi&egrave;re
+fois, en 1877,<span class='pagenum'><a name="Page_2" id="Page_2">[2]</a></span> r&eacute;uni dans une courte brochure, avec trop de r&eacute;serve,
+sans doute, des souvenirs et des extraits de sa correspondance avec moi,
+je me d&eacute;cide aujourd'hui &agrave; publier &agrave; peu pr&egrave;s int&eacute;gralement les lettres
+qu'il m'avait adress&eacute;es et &agrave; raconter les faits que je n'avais pas
+rapport&eacute;s alors dans mon opuscule. C'est que j'&eacute;tais g&ecirc;n&eacute;, en effet, par
+la pr&eacute;occupation de ne pas me mettre en sc&egrave;ne, de ne pas para&icirc;tre c&eacute;der
+aux suggestions d'un vilain amour-propre, et, en cherchant &agrave; &eacute;viter un
+mal, je tombai dans un autre. Heureusement, les lettres restent, et leur
+texte, au moins est-il l&agrave;, tandis que les souvenirs,&mdash;c'est une loi
+constat&eacute;e par les historiens,&mdash;s'alt&egrave;rent et se d&eacute;forment, si m&ecirc;me ils
+ne s'effacent pas compl&egrave;tement. Il se peut donc que j'aie oubli&eacute; des
+d&eacute;tails int&eacute;ressants et que d'autres aient perdu pour moi de leur
+nettet&eacute;. J'aurais d&ucirc; tout &eacute;crire en 1875, au lendemain de la mort de
+Bizet, quand ma m&eacute;moire &eacute;tait bonne parce que j'&eacute;tais jeune. Rien ne
+m'aurait emp&ecirc;ch&eacute; de retarder la publication de ce manuscrit; &agrave; pr&eacute;sent,
+je le retrouverais, et bien des<span class='pagenum'><a name="Page_3" id="Page_3">[3]</a></span> mots curieux, bien des conseils
+instructifs eussent &eacute;t&eacute; conserv&eacute;s. Enfin, si j'ai eu un tr&egrave;s grand tort
+&agrave; cette &eacute;poque en n&eacute;gligeant de tout noter, c'est une raison de plus
+pour consigner ici ce dont je continue &agrave; me souvenir en pr&eacute;venant
+toutefois que s'il y a des points qui sont demeur&eacute;s clairs dans mon
+esprit, il risque d'y en avoir d'autres o&ugrave; il y a peut-&ecirc;tre de la
+confusion lorsque ce n'est pas une perte, une enti&egrave;re disparition.</p>
+
+<p>Quant aux lettres, je les transcris, comme je viens de le dire, &agrave; peu
+pr&egrave;s int&eacute;gralement, mais &agrave; peu pr&egrave;s seulement, car certaines
+suppressions me paraissent s'imposer encore, et je pense qu'en cette
+mati&egrave;re, il est pr&eacute;f&eacute;rable de p&eacute;cher par exc&egrave;s de scrupules plut&ocirc;t que
+par l&eacute;g&egrave;ret&eacute;. Sauf de rares exceptions, ces lettres ne sont pas dat&eacute;es.
+En 1876, je les classai par ordre chronologique en m'aidant des
+empreintes du timbre appos&eacute; sur les enveloppes dans les bureaux de
+poste. &Eacute;crites tr&egrave;s rapidement, certaines ne sont pas m&ecirc;me ponctu&eacute;es, et
+j'ai d&ucirc; souvent op&eacute;rer ce travail.</p>
+
+<p><span class='pagenum'><a name="Page_4" id="Page_4">[4]</a></span>En 1866 ou 1867, je ne sais plus tr&egrave;s bien, mais il est probable que
+c'est en 1866, Bizet me donna le portrait reproduit en t&ecirc;te de ce
+volume. Si c'&eacute;tait vraiment en 1866, il avait alors vingt-sept ans
+puisqu'il &eacute;tait n&eacute; en 1838, au mois d'octobre.</p>
+
+<p>Je passais tous les ans un mois &agrave; Paris le voyant soit 32, rue
+Fontaine-Saint-Georges, soit au V&eacute;sinet, route des Cultures. Je lui
+portais des compositions &eacute;crites ou je lui en jouais de m&eacute;moire. Pour
+les &eacute;tudes de contre-point et de fugue, elles se faisaient surtout par
+correspondance. Je lui envoyais des devoirs, et il me les retournait
+corrig&eacute;s, &agrave; l'encre rouge, en g&eacute;n&eacute;ral. J'ai conserv&eacute; tout ce cours qui,
+s'il est tr&egrave;s pr&eacute;cieux pour moi, pourra l'&ecirc;tre aussi pour d'autres, me
+semble-t-il, &agrave; cause des observations critiques, des notes de musique
+biff&eacute;es et remplac&eacute;es par Bizet, des passages refaits de sa main. Ces
+pages sont ainsi d'autant plus int&eacute;ressantes qu'elles contiennent plus
+de fautes.</p>
+
+<p>Avant d'entreprendre mon &eacute;ducation musicale, il m'interrogea, m'examina
+s&eacute;rieusement.<span class='pagenum'><a name="Page_5" id="Page_5">[5]</a></span> Je n'ignorais pas l'harmonie, mais il me demanda surtout
+si je lisais et quels livres. C'est quand j'eus r&eacute;pondu affirmativement
+sur ce point et que je lui eus pr&eacute;sent&eacute; la justification de ce que
+j'avan&ccedil;ais en l'entretenant des auteurs fran&ccedil;ais et &eacute;trangers dont je
+connaissais les &#339;uvres, de Schiller et de G&#339;the notamment, je me
+rappelle, qu'il me dit: &laquo;Cela me d&eacute;cide. On croit qu'on n'a pas besoin
+d'&ecirc;tre instruit pour &ecirc;tre musicien; on se trompe: il faut, au contraire,
+savoir beaucoup de choses.&raquo; Les &eacute;tudes de contre-point commenc&egrave;rent
+aussit&ocirc;t, et en partant de Paris, j'emportais pour sujet de mon premier
+devoir vingt chants donn&eacute;s qu'il avait not&eacute;s pour moi.</p>
+
+<p>Rien n'avait &eacute;t&eacute; convenu d'abord touchant une r&eacute;tribution, et quand, un
+an apr&egrave;s, je voulus aborder cette question, il m'arr&ecirc;ta net: &laquo;Ne me
+parlez plus jamais de cela, d&eacute;clara-t-il,&mdash;et si je ne puis garantir
+compl&egrave;tement les termes, le sens au moins est-il exact;&mdash;je me fais
+payer les le&ccedil;ons parce que l&agrave; je me fatigue; on ne comprend pas, je
+prends de la peine. Avec vous, <span class='pagenum'><a name="Page_6" id="Page_6">[6]</a></span>nous causons simplement de choses qui
+nous int&eacute;ressent, que nous aimons.&raquo; Et il finit par ceci qui est, je
+crois, presque textuel: &laquo;Nous nageons dans les m&ecirc;mes eaux. Moi, il y a
+plus longtemps que vous. Je connais les mauvais endroits, et je vous dis
+seulement: ne passez pas l&agrave;, c'est dangereux.&raquo;</p>
+
+<p>C'est au V&eacute;sinet qu'il se pronon&ccedil;ait ainsi d'un ton qui n'admettait pas
+de r&eacute;plique bien que tr&egrave;s amical; c'est au V&eacute;sinet &eacute;galement qu'avait eu
+lieu notre premi&egrave;re entrevue. Les Bizet, qui habitaient Paris, y &eacute;taient
+ordinairement d&eacute;j&agrave; install&eacute;s au mois de mai, dans la propri&eacute;t&eacute; que le
+p&egrave;re Bizet avait achet&eacute;e. C'&eacute;tait un grand jardin, clos, sur la route
+des Cultures, par une grille en fer avec, &agrave; chaque extr&eacute;mit&eacute;, une
+chartreuse. Sur le devant, des massifs, des pelouses; au del&agrave;, un
+potager, et le p&egrave;re Bizet &eacute;tait tr&egrave;s heureux quand on en servait les
+l&eacute;gumes sur sa table. Dans la chartreuse que l'on avait &agrave; droite, si, de
+la route, on se pla&ccedil;ait en face de la propri&eacute;t&eacute;, il y avait la chambre
+du p&egrave;re, la salle &agrave; manger et la cuisine; dans celle<span class='pagenum'><a name="Page_7" id="Page_7">[7]</a></span> de gauche, la
+chambre du fils et son cabinet o&ugrave; se trouvait le buste d'Hal&eacute;vy. Apr&egrave;s
+le travail, nous cueillions des fraises pour le d&icirc;ner, et ce repas,
+souvent, &eacute;tait pris en plein air. Ensuite, au cr&eacute;puscule, avant de nous
+remettre &agrave; la musique, nous nous promenions en causant de notre art et
+en nous confiant mutuellement nos projets et nos r&ecirc;ves. Le gros chien de
+garde, noir et blanc, auquel on avait donn&eacute; le nom de Zurga en l'honneur
+d'un des personnages des <i>P&ecirc;cheurs de Perles</i>, avait sa niche &agrave; c&ocirc;t&eacute; du
+pavillon de Georges. Nous le d&eacute;tachions, et il bondissait autour de nous
+ou courait avec un autre chien brun rouge&acirc;tre, plus petit, qu'on
+appelait Michel. Je repartais par le train de dix heures, quelquefois
+par celui de onze. Bizet, quand il avait le temps, m'accompagnait &agrave; la
+gare, et nous prenions des sentiers qui traversaient le bois.</p>
+
+<p>Deux souvenirs me reviennent &agrave; propos du V&eacute;sinet: d'abord celui d'une
+d&eacute;licieuse course avec Georges le long de la Seine, &agrave; la tomb&eacute;e de la
+nuit, en allant &agrave; Chatou attendre le p&egrave;re <span class='pagenum'><a name="Page_8" id="Page_8">[8]</a></span>Bizet qui devait descendre l&agrave;
+du train de Paris parce qu'il y avait une affaire et rentrer ensuite &agrave;
+pied accompagn&eacute; de son fils; puis, le r&eacute;cit d'une visite de M.
+Saint-Sa&euml;ns. Bizet, un soir d'&eacute;t&eacute;, travaillait au V&eacute;sinet dans son
+cabinet lorsqu'il entendit une voix de t&eacute;nor qui chantait la romance des
+<i>P&ecirc;cheurs de Perles</i>. Il sortit dans le jardin, et aper&ccedil;ut quelqu'un sur
+la route. C'&eacute;tait M. Saint-Sa&euml;ns qui, ne sachant pas reconna&icirc;tre la
+maison, avait pens&eacute; &agrave; ce moyen pour &eacute;veiller l'attention de son ami. Il
+est inutile d'ajouter que le temps se passa &agrave; faire de la musique
+jusqu'&agrave; l'heure du d&eacute;part.</p>
+
+<p>C'est une chose digne de remarque, car elle &eacute;claire &agrave; fond son
+caract&egrave;re, que les sentiments de Bizet &agrave; l'&eacute;gard des autres musiciens.
+Voici ce que je disais l&agrave;-dessus, en 1877, dans ma brochure. Quelque
+mauvaise gr&acirc;ce que l'on ait &agrave; se citer soi-m&ecirc;me, il me para&icirc;t utile
+d'intercaler ici ce passage, comme aussi, plus loin, quelques autres,
+parce que les faits &eacute;tant alors plus r&eacute;cents, il y a l&agrave; pour ma relation
+de cette &eacute;poque une garantie d'exactitude.</p>
+
+<p><span class='pagenum'><a name="Page_9" id="Page_9">[9]</a></span>&laquo;Je ne puis m'emp&ecirc;cher de croire qu'il aurait exerc&eacute; la plus heureuse
+influence sur le d&eacute;veloppement de l'art musical; car, loin d'&ecirc;tre jaloux
+des autres compositeurs, il s'attachait autant qu'il le pouvait &agrave; faire
+conna&icirc;tre leurs &#339;uvres, et il n'&eacute;tait jamais plus heureux que lorsqu'il
+avait pu d&eacute;couvrir quelque beau morceau, ne croyant pas, comme d'autres,
+&agrave; la d&eacute;cadence de la musique. M. Ernest Guiraud &eacute;tait son ami intime,
+ils se consultaient mutuellement sur leurs compositions, et ils ont
+souvent travaill&eacute; &agrave; la m&ecirc;me table. Le succ&egrave;s de <i>Piccolino</i> aurait &eacute;t&eacute;
+un grand bonheur pour lui, car il m'avait un jour exprim&eacute; les
+inqui&eacute;tudes qu'il ressentait en voyant que son ami ne pouvait obtenir la
+composition d'une pi&egrave;ce assez importante pour signaler son m&eacute;rite au
+public<a name="FNanchor_1_1" id="FNanchor_1_1"></a><a href="#Footnote_1_1" class="fnanchor">[1]</a>. Il avait aussi pour M. Saint-Sa&euml;ns la plus vive affection et
+la plus grande admiration. De M. Reyer, de M. Massenet, je ne lui ai
+entendu <span class='pagenum'><a name="Page_10" id="Page_10">[10]</a></span>dire que du bien. Il consid&eacute;rait M. St&eacute;phen Heller comme un des
+grands compositeurs modernes; il s'employait ardemment &agrave; r&eacute;pandre ses
+&#339;uvres, trouvant avec raison qu'en France sa renomm&eacute;e n'&eacute;tait pas &agrave; la
+hauteur de son talent.&raquo;</p>
+
+<p>Ces qualit&eacute;s de g&eacute;n&eacute;rosit&eacute; et cette loyaut&eacute; &eacute;taient bien connues de tous
+ceux qui avaient approch&eacute; Bizet, et c'est ce qu'il ne faudra pas oublier
+en lisant certaines lignes de ses lettres. Je n'ai pu entreprendre de
+v&eacute;rifier si les bruits dont il se faisait l'&eacute;cho &agrave; propos de telle ou
+telle personnalit&eacute; &eacute;taient vraiment fond&eacute;s ou si ce n'&eacute;taient que des
+racontars malveillants et ne reposant sur rien, de simples cancans pris
+&agrave; tort au s&eacute;rieux et qu'il croyait vrais dans la surexcitation et
+l'&eacute;nervement de la lutte, dans la fi&egrave;vre provoqu&eacute;e par le labeur
+excessif, par la fatigue et par des difficult&eacute;s sans cesse renaissantes.
+Ce que j'ai l'obligation d'affirmer, c'est qu'il n'&eacute;tait pas rancunier,
+qu'il &eacute;tait de bonne foi, et qu'il n'h&eacute;sitait pas &agrave; revenir sur son
+opinion quand il lui &eacute;tait d&eacute;montr&eacute; qu'elle &eacute;tait fausse.</p>
+
+<p><span class='pagenum'><a name="Page_11" id="Page_11">[11]</a></span>Il s'effor&ccedil;ait, d'ailleurs, de ne laisser troubler son jugement ni par
+ses antipathies ni par ses sympathies. Il m'avait engag&eacute;, tout en
+commen&ccedil;ant le contre-point, &agrave; m'exercer &agrave; la composition en mettant en
+musique les paroles de cantates propos&eacute;es comme sujet pour le concours
+du prix de Rome, et il m'avait donn&eacute; le texte de plusieurs de ces
+cantates, texte imprim&eacute; &agrave; la suite des programmes de la s&eacute;ance publique
+annuelle de l'Acad&eacute;mie des Beaux-Arts. Je commen&ccedil;ai, d'abord, celle qui,
+en 1859, avait valu le prix &agrave; Ernest Guiraud, <i>Bajazet et le Joueur de
+Fl&ucirc;te</i>, mais je ne la terminai pas, et j'&eacute;crivis compl&egrave;tement, avec
+l'orchestration, celle du concours de 1845, intitul&eacute;e: <i>Imogine</i>. Je la
+lui apportai en 1866. Quand il l'eut examin&eacute;e, il nous invita tous deux,
+Guiraud et moi, &agrave; d&eacute;jeuner chez lui au V&eacute;sinet, et me conseilla de jouer
+cette cantate &agrave; Guiraud. La premi&egrave;re fois que je le revis, apr&egrave;s cette
+rencontre, il me dit: &laquo;Je tenais &agrave; ce que Guiraud conn&ucirc;t votre cantate
+et me communiqu&acirc;t son avis, car, moi, j'avais bien le mien, mais je
+pouvais me tromper,<span class='pagenum'><a name="Page_12" id="Page_12">[12]</a></span> et je n'aurais pas voulu continuer &agrave; vous laisser
+travailler si c'e&ucirc;t &eacute;t&eacute; inutile.&raquo; Ce trait, je le rapporte, parce qu'il
+marque d'une fa&ccedil;on tr&egrave;s juste la conscience que Bizet apportait en toute
+chose.</p>
+
+<p>J'avais mentionn&eacute; dans ma brochure ses go&ucirc;ts et ses dispositions
+litt&eacute;raires. Je notais qu'en &laquo;dehors de la musique, il ne s'&eacute;tait gu&egrave;re
+occup&eacute; que de litt&eacute;rature&raquo;, et je continuais ainsi: &laquo;Il aimait &agrave; lire
+nos bons auteurs fran&ccedil;ais, et sa conversation avait beaucoup de charme
+et d'int&eacute;r&ecirc;t. Il contait l'anecdote d'une mani&egrave;re piquante et l'&eacute;crivait
+m&ecirc;me assez gentiment.&raquo; En voici une qu'il me narrait une fois d'une
+mani&egrave;re tr&egrave;s amusante: il &eacute;tait entr&eacute; dans le bureau d'un fonctionnaire
+en fumant son cigare, et, se trouvant &agrave; la suite de plusieurs personnes
+qui attendaient leur tour, ne s'&eacute;tait pas d&eacute;couvert. Le fonctionnaire
+s'en apercevait, et, d'un ton imp&eacute;rieux et rogue, l'interpellait de la
+sorte &agrave; mots pr&eacute;cipit&eacute;s: &laquo;Monsieur, &ocirc;tez votre cigare et &eacute;teignez votre
+chapeau.&raquo; Bizet, lui, tr&egrave;s flegmatique, r&eacute;pondait alors doucement <span class='pagenum'><a name="Page_13" id="Page_13">[13]</a></span>avec
+un petit accent ironique: &laquo;Vous voulez dire, sans doute, &ocirc;tez votre
+chapeau et &eacute;teignez votre cigare. Voil&agrave;.&raquo; Les assistants &eacute;clataient de
+rire, et le fonctionnaire, furieux, demeurait muet.</p>
+
+<p>On verra dans ses lettres quelles &eacute;taient ses id&eacute;es philosophiques. Je
+n'ai qu'&agrave; y renvoyer. Pourtant il ne sera peut-&ecirc;tre pas mauvais de
+reproduire ici le passage de la brochure o&ugrave; je r&eacute;sumais mes impressions
+&agrave; ce sujet:</p>
+
+<p>&laquo;En somme, il aimait trop son art pour consacrer son temps &agrave; d'autres
+travaux. Pendant longtemps, d'ailleurs, il n'en aurait eu le loisir
+qu'en renon&ccedil;ant &agrave; la composition. Mais il ne pensait pas qu'un artiste
+d&ucirc;t s'enfermer dans sa sp&eacute;cialit&eacute;; sa vive intelligence &eacute;tait curieuse
+de conna&icirc;tre les progr&egrave;s scientifiques accomplis &agrave; notre &eacute;poque, et d&egrave;s
+que sa position lui permit de s'affranchir des travaux d'&eacute;diteurs, il en
+profita pour donner plus de moments &agrave; la lecture.&raquo;</p>
+
+<p>Il avait grand plaisir &agrave; causer de sa vie &agrave; Rome, &agrave; la villa M&eacute;dicis, de
+ses excursions en <span class='pagenum'><a name="Page_14" id="Page_14">[14]</a></span>Italie, des monuments et des paysages. Il me parlait
+moins de ses &eacute;tudes au Conservatoire. Il m'avait appris, pourtant, qu'il
+avait eu une grande affection pour son ma&icirc;tre Hal&eacute;vy, mais ses
+sentiments &agrave; l'&eacute;gard d'Auber &eacute;taient enti&egrave;rement diff&eacute;rents. Il avait
+pour lui de l'&eacute;loignement. Cela se comprend quant &agrave; ce qui est du
+musicien. En ce qui concerne les actes de l'administrateur, du directeur
+du Conservatoire, il les bl&acirc;mait fortement. C'est tout ce que je puis
+dire, mes souvenirs &eacute;tant devenus trop vagues pour me permettre d'entrer
+dans des d&eacute;tails. Enfin, il avait de l'&eacute;loignement pour lui, et n'&eacute;tait
+m&ecirc;me pas f&acirc;ch&eacute;, &agrave; l'occasion, de lui lancer quelque pointe sans en avoir
+l'air. Apr&egrave;s un des premiers ouvrages de Bizet, Auber avait fait
+repr&eacute;senter une de ses derni&egrave;res &#339;uvres &agrave; lui qui &eacute;taient tr&egrave;s faibles.
+Je ne me rappelle plus bien les titres. Les <i>P&ecirc;cheurs de Perles</i> ont &eacute;t&eacute;
+jou&eacute;s le 30 septembre 1863, la <i>Fianc&eacute;e du Roi de Garbe</i>, d'Auber, le 11
+janvier 1864. La <i>Jolie Fille de Perth</i> est du 26 d&eacute;cembre 1867, le
+<i>Premier Jour de Bonheur</i>, du 15 f&eacute;vrier 1868.<span class='pagenum'><a name="Page_15" id="Page_15">[15]</a></span> Je crois que ce serait
+plut&ocirc;t &agrave; ce moment que l'histoire s'est pass&eacute;e. Bizet me raconta qu'il
+avait rencontr&eacute; Auber, qu'on s'&eacute;tait arr&ecirc;t&eacute;, et qu'Auber, avec un accent
+qui d&eacute;notait que ce n'&eacute;tait qu'une formule banale, lui avait adress&eacute; ces
+paroles: &laquo;Eh bien, j'ai entendu votre ouvrage. C'est bien, c'est tr&egrave;s
+bien.&raquo; Bizet alors avait ripost&eacute;: &laquo;J'accepte vos &eacute;loges, mais je ne vous
+en rends pas.&raquo; Jeu de physionomie d'Auber, et Bizet, tout de suite: &laquo;Un
+simple soldat peut recevoir les &eacute;loges d'un mar&eacute;chal de France; il ne
+lui en adresse pas.&raquo;</p>
+
+<p>De F&eacute;licien David, pour lequel il avait beaucoup de sympathie, il
+appr&eacute;ciait le <i>D&eacute;sert</i>. &laquo;David, disait-il &agrave; peu pr&egrave;s, est un miroir qui
+refl&egrave;te admirablement l'Orient. Il y est all&eacute;; ce qu'il a vu l'a
+fortement impressionn&eacute;, et il le rend tr&egrave;s bien. Ce qu'il fait
+ordinairement est faible; mais que, dans un texte, il soit question de
+l'Orient, qu'on y mette les mots: palmiers, minarets, chameaux, etc.,
+alors il fait de belles choses.&raquo;</p>
+
+<p>Dans l'&#339;uvre de Gounod, il admirait surtout<span class='pagenum'><a name="Page_16" id="Page_16">[16]</a></span> les premiers ouvrages,
+<i>Sapho</i>, <i>Ulysse</i>, etc., qu'il trouvait, avec sans doute des signes de
+jeunesse, pleins, c'est son expression, &laquo;de verdeur, de s&egrave;ve&raquo;.</p>
+
+<p>C'est lui qui m'a r&eacute;v&eacute;l&eacute; au piano Berlioz et Wagner. Il me joua d'abord
+des fragments de <i>Tannha&uuml;ser</i> et de <i>Lohengrin</i>. Ces partitions avec
+celle du <i>Vaisseau Fant&ocirc;me</i>, &eacute;taient alors, je crois, les seules
+traduites en fran&ccedil;ais. Dans la lettre d'avril 1869 o&ugrave; il me rendait
+compte de la r&eacute;p&eacute;tition g&eacute;n&eacute;rale de <i>Rienzi</i> au th&eacute;&acirc;tre-lyrique, il ne
+jugeait pas le style de Wagner consid&eacute;r&eacute; dans l'ensemble de ses
+productions, mais dans <i>Rienzi</i> seulement.</p>
+
+<p>Il ne m'a rien communiqu&eacute; de son op&eacute;ra d'<i>Iwan le Terrible</i>, et je ne
+sais pas si, en l'&eacute;crivant, comme le croit M. Pigot dont le livre sur
+lui est tr&egrave;s document&eacute;, il s'&eacute;tait inspir&eacute; de Verdi. Puisqu'il l'a,
+pense-t-on, br&ucirc;l&eacute; plus tard, il y a l&agrave;, une preuve que, s'il avait un
+moment subi son influence, il s'en &eacute;tait bien affranchi. On lira la
+lettre de mars 1867 o&ugrave; il me parle de son &eacute;clectisme au sujet de son
+opinion d&eacute;favorable<span class='pagenum'><a name="Page_17" id="Page_17">[17]</a></span> &agrave; <i>Don Carlos</i>. Tandis qu'il &eacute;tait impitoyable pour
+la grossi&egrave;ret&eacute; et pour le laid, pour ce qu'il appelait &laquo;des ordures&raquo;, il
+tenait, je le r&eacute;p&egrave;te, &agrave; prendre le beau partout o&ugrave; il le rencontrait.
+Dans <i>Rigoletto</i>, il prisait le quatri&egrave;me acte qu'il m'avait ex&eacute;cut&eacute; au
+piano avec aussi la sc&egrave;ne de Rigoletto et de Sparafucile, le spadassin'
+au deuxi&egrave;me acte, sc&egrave;ne qu'il distinguait pour sa couleur et la justesse
+de l'accent.</p>
+
+<p>On a publi&eacute; la correspondance de Bizet avec M. Paul Lacombe<a name="FNanchor_2_2" id="FNanchor_2_2"></a><a href="#Footnote_2_2" class="fnanchor">[2]</a>. J'ai
+d&eacute;j&agrave; indiqu&eacute; combien il &eacute;tait satisfait lorsqu'il d&eacute;couvrait un morceau
+ayant de la valeur et quel z&egrave;le il mettait &agrave; le signaler. Un jour, il y
+avait sur son piano quand j'entrai chez lui &agrave; Paris, rue Fontaine,
+plusieurs exemplaires de la <i>Sonate en la mineur</i> pour piano et violon
+de M. Paul Lacombe. Il m'en donna un. Cette sonate, qui venait de
+para&icirc;tre, lui &eacute;tait d&eacute;di&eacute;e. Il m'expliqua que l'auteur, alors un
+inconnu, habitait Carcassonne d'o&ugrave; il lui avait &eacute;crit. Puis Bizet
+s'assit devant son piano,<span class='pagenum'><a name="Page_18" id="Page_18">[18]</a></span> me joua la sonate d'un bout &agrave; l'autre en
+fredonnant la partie de violon, et je partageai d'embl&eacute;e son
+enthousiasme, enthousiasme qu'elle provoqua chaque fois qu'il la rejoua
+devant moi dans la suite pour la faire entendre &agrave; d'autres amis.</p>
+
+<p>Lorsqu'il &eacute;tait &agrave; Rome, il avait &eacute;crit &agrave; Marmontel qu'il avait le projet
+de composer pour son envoi de deuxi&egrave;me ann&eacute;e la musique de <i>La
+Esm&eacute;ralda</i> de Victor Hugo<a name="FNanchor_3_3" id="FNanchor_3_3"></a><a href="#Footnote_3_3" class="fnanchor">[3]</a>. Mais il changea d'id&eacute;e, et se d&eacute;cida &agrave;
+faire <i>Vasco de Gama.</i> Je ne me rappelle pas bien s'il m'a dit avoir
+travaill&eacute; sur ce po&egrave;me. Ce dont je suis certain, c'est qu'il m'avait
+conseill&eacute; de m'en servir pour m'exercer. Sur sa demande, je lui portai
+la brochure illustr&eacute;e, et en m&ecirc;me temps qu'il m'indiquait de vive voix
+comment il fallait proc&eacute;der, il mettait rapidement sur diverses pages
+des signes au crayon. En parcourant la pi&egrave;ce, il y a quelques ann&eacute;es,
+des souvenirs assez vifs me revinrent en revoyant ces signes. Pour les
+fixer,<span class='pagenum'><a name="Page_19" id="Page_19">[19]</a></span> je r&eacute;digeai une note, et je la joignis &agrave; la brochure. Elle me
+para&icirc;t avoir de l'int&eacute;r&ecirc;t, et je la reproduis en grande partie:</p>
+
+<p>&laquo;...Il (Bizet) marqua par des traits et des chiffres les vers qui lui
+semblaient devoir &ecirc;tre supprim&eacute;s ou chang&eacute;s de place afin de donner plus
+de vie, de r&eacute;alit&eacute; au drame. Il avait m&ecirc;me enti&egrave;rement trac&eacute; le plan de
+plusieurs sc&egrave;nes; au quatri&egrave;me acte, notamment, celui du monologue de
+Quasimodo et du dialogue de Claude Frollo et de Clopin. Pour Quasimodo,
+au lieu d'un air sur l'ancienne coupe, en mouvement lent, d'abord, avec
+un allegro ensuite, il commen&ccedil;ait bien d'une fa&ccedil;on calme, dans un
+sentiment doux et m&eacute;lancolique, mais il s'arr&ecirc;tait apr&egrave;s ces vers:</p>
+
+<p>
+<br />
+<span style="margin-left: 15%;">Toute rose</span><br />
+<span style="margin-left: 15%;">Qui fleurit!</span><br />
+<span style="margin-left: 15%;">Toute chose</span><br />
+<span style="margin-left: 15%;">Qui sourit!</span><br />
+<br />
+</p>
+
+<p class="nind">et passait &agrave; ceux-ci:</p>
+
+<p>
+<br />
+<span style="margin-left: 15%;">Sonnez, sonnez toujours!</span><br />
+<br />
+</p>
+
+<p class="nind"><span class='pagenum'><a name="Page_20" id="Page_20">[20]</a></span>chant&eacute;s en un allegro tr&egrave;s anim&eacute;, tr&egrave;s vif. Il finissait en reprenant le
+premier mouvement et en revenant aux vers num&eacute;rot&eacute;s 3:</p>
+
+<p>
+<br />
+<span style="margin-left: 15%;">Triste &eacute;bauche,</span><br />
+<span style="margin-left: 15%;">Je suis gauche,</span><br />
+<br />
+</p>
+
+<p class="nind">jusqu'aux derniers de trois pieds:</p>
+
+<p>
+<br />
+<span style="margin-left: 15%;">Noble lame,</span><br />
+<span style="margin-left: 15%;">Vil fourreau,</span><br />
+<span style="margin-left: 15%;">Dans mon &acirc;me</span><br />
+<span style="margin-left: 15%;">Je suis beau.</span><br />
+<br />
+</p>
+
+<p>Le dialogue de Claude et de Clopin &eacute;tait dit pianissimo, en mesure &agrave; <sup>6</sup>/<sub>8</sub>
+d'un rythme entrecoup&eacute;. Vis-&agrave;-vis de ces vers de Claude:</p>
+
+<p>
+<br />
+<span style="margin-left: 15%;">Mais que l'enfer la remporte,</span><br />
+<span style="margin-left: 18%;">Compagnon,</span><br />
+<span style="margin-left: 15%;">Si la folle &agrave; cette porte</span><br />
+<span style="margin-left: 18%;">Me dit non!</span><br />
+<br />
+</p>
+
+<p class="nind">il avait &eacute;crit: Sommet. C'&eacute;tait un forte ou m&ecirc;me un fortissimo; c'&eacute;tait
+la passion que Claude ne contenait plus. L'ensemble &eacute;tait supprim&eacute;.
+Seul, Clopin chantait pianissimo les quatre derniers vers pendant que
+l'orchestre rappelait en finissant decrescendo le premier motif. Bizet,
+<span class='pagenum'><a name="Page_21" id="Page_21">[21]</a></span>en regard de ces vers, avait donc &eacute;crit: Coda. Il avait improvis&eacute; ces
+deux sc&egrave;nes devant moi en s'accompagnant au piano.&raquo;</p>
+
+<p>Maintenant, au lieu d'une improvisation, la musique de ces sc&egrave;nes
+&eacute;tait-elle une r&eacute;miniscence? Voil&agrave; ce que j'ai oubli&eacute;.</p>
+
+<p>Au d&eacute;but de nos relations, avant qu'il e&ucirc;t entrepris la <i>Jolie Fille de
+Perth</i>, il avait &eacute;t&eacute; question d'un <i>Nicolas Flamel</i>, et j'ai assist&eacute; au
+V&eacute;sinet &agrave; un entretien qu'il avait &agrave; ce sujet avec l'auteur des paroles,
+M. Ernest Dubreuil. Il esquissa m&ecirc;me au piano une sc&egrave;ne devant nous pour
+montrer comment il pensait la caract&eacute;riser. Ce projet fut bient&ocirc;t
+abandonn&eacute;.</p>
+
+<p>&Agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque,&mdash;c'&eacute;tait probablement en mai 1865,&mdash;il me chanta au
+piano un ch&#339;ur pour voix d'hommes qu'on lui avait demand&eacute; de la
+Belgique. Il y avait &eacute;t&eacute; appel&eacute; comme membre du jury dans un concours,
+et il en arrivait. Ce ch&#339;ur &eacute;tait sur des paroles de Victor Hugo<a name="FNanchor_4_4" id="FNanchor_4_4"></a><a href="#Footnote_4_4" class="fnanchor">[4]</a>.
+&laquo;&Eacute;coutez. Je suis Jean. J'ai vu des choses sombres.&raquo; Il d&eacute;butait par une
+<span class='pagenum'><a name="Page_22" id="Page_22">[22]</a></span>introduction d'un mouvement large; puis, c'&eacute;tait une fugue avec la coda
+sur ces mots: &laquo;Certes, je vais venir.&raquo; Je fus stup&eacute;fait du caract&egrave;re
+&eacute;lev&eacute; et de la difficult&eacute; de ce morceau. Alors Bizet m'expliqua que
+l'orph&eacute;on belge marchait dans une voie compl&egrave;tement oppos&eacute;e &agrave; celle que
+suivait l'orph&eacute;on fran&ccedil;ais, et que ce ch&#339;ur serait fort bien ex&eacute;cut&eacute;. Il
+n'est sans doute pas grav&eacute;, car il ne figure pas au catalogue des &#339;uvres
+compl&egrave;tes dress&eacute; par M. Pigot &agrave; la fin de son ouvrage sur Bizet. On
+devrait rechercher le manuscrit. Malheureusement, je ne me rappelle pas
+&agrave; l'orph&eacute;on de quelle ville de Belgique il &eacute;tait destin&eacute;. J'ai une vague
+id&eacute;e que ce n'&eacute;tait pas Bruxelles, mais je ne puis rien affirmer<a name="FNanchor_5_5" id="FNanchor_5_5"></a><a href="#Footnote_5_5" class="fnanchor">[5]</a>.</p>
+
+<p>Le <i>Scherzo</i> de <i>Roma</i> est &eacute;galement une des premi&egrave;res composition de
+lui qu'il m'ait jou&eacute;es, peut-&ecirc;tre la premi&egrave;re. C'&eacute;tait au V&eacute;sinet.
+Primitivement, il avait envoy&eacute; ce <i>Scherzo</i> de Rome<span class='pagenum'><a name="Page_23" id="Page_23">[23]</a></span> &agrave; l'Institut. Quant
+&agrave; la symphonie, qu'il ne devait achever que deux ans apr&egrave;s, il commen&ccedil;a
+&agrave; y travailler en 1866. Au mois de mai ou de juin, je l'ai entendu au
+V&eacute;sinet chercher des motifs au piano pour le premier morceau. Un jour,
+il me donna un devoir de contre-point &agrave; faire et me conseilla d'aller
+l'&eacute;crire dans la chambre de son p&egrave;re qui &eacute;tait absent, pendant que lui
+s'occuperait de sa symphonie. Le devoir n'avan&ccedil;ait pas vite, car
+j'&eacute;tais, en effet, fort distrait, pr&ecirc;tant beaucoup l'oreille aux sons du
+piano qui m'arrivaient de l'autre c&ocirc;t&eacute; du jardin, du cabinet de Georges.
+M. Pigot a racont&eacute; dans son livre l'histoire du <i>Scherzo</i> et de la
+symphonie. Je n'ai donc simplement qu'&agrave; ins&eacute;rer dans cette introduction
+les lignes suivantes extraites de ma brochure de 1877:</p>
+
+<p>&laquo;Le titre, <i>Souvenirs de Rome</i>, a d&ucirc; &ecirc;tre choisi au dernier moment, car
+Bizet ne m'en avait jamais parl&eacute;. Il voulait d'abord &eacute;crire une
+symphonie dans la forme de celles de Beethoven et de Mendelssohn, o&ugrave; e&ucirc;t
+pris place un <i>Scherzo</i> jou&eacute; &agrave; l'Institut apr&egrave;s son retour de<span class='pagenum'><a name="Page_24" id="Page_24">[24]</a></span> Rome, et
+plus tard par l'orchestre de M. Pasdeloup. On a vu qu'en la retouchant,
+il ne paraissait pas songer &agrave; &eacute;crire de la musique descriptive.&raquo;</p>
+
+<p>Pour la <i>Jolie Fille de Perth</i>, je dois faire remarquer, &agrave; propos du
+r&eacute;sum&eacute; du premier acte qu'il m'envoyait dans sa premi&egrave;re lettre de
+septembre 1866, que, plus tard, deux morceaux ont &eacute;t&eacute; supprim&eacute;s: une
+romance de Smith apr&egrave;s la sortie des forgerons, et un duo entre Smith et
+Mab. Ce duo a &eacute;t&eacute; remplac&eacute; par les couplets de Mab. Je trouve encore un
+passage &agrave; prendre, touchant cet ouvrage, dans la brochure de 1877.
+J'&eacute;crivais alors:</p>
+
+<p>&laquo;On a vu<a name="FNanchor_6_6" id="FNanchor_6_6"></a><a href="#Footnote_6_6" class="fnanchor">[6]</a> qu'il s'&eacute;tait plusieurs fois d&eacute;clar&eacute; satisfait de son &#339;uvre.
+Il tenait &agrave; faire le moins de concessions possible au faux go&ucirc;t du
+public, ayant au plus haut degr&eacute; le respect de son art, et d&eacute;daignant
+les succ&egrave;s obtenus par des moyens que r&eacute;prouvait sa conscience
+d'artiste. Lorsque, en 1867, il me fit conna&icirc;tre sa partition, il me
+communiqua d'abord les morceaux qu'il croyait<span class='pagenum'><a name="Page_25" id="Page_25">[25]</a></span> avoir le plus de valeur.
+Ce sont: au premier acte, le duo de Smith et de Catherine, au moins la
+phrase principale; au deuxi&egrave;me, le ch&#339;ur de la ronde de nuit, la danse
+boh&eacute;mienne et l'air de Ralph, o&ugrave; M. Lutz se fit tant applaudir; le duo
+de Mab et du duc avec le menuet dans la coulisse, au troisi&egrave;me acte; au
+quatri&egrave;me, le duo de Smith et de Ralph avec ch&#339;ur et le ch&#339;ur de la
+Saint-Valentin.&raquo;</p>
+
+<p>En me jouant la ballade &agrave; roulades de Catherine au quatri&egrave;me acte, il me
+dit qu'il &eacute;tait oblig&eacute; de c&eacute;der l&agrave;-dessus, qu'il avait t&acirc;ch&eacute; de faire en
+m&ecirc;me temps quelque chose qui rest&acirc;t musical, et me demanda s'il y avait
+r&eacute;ussi. On conna&icirc;t la lettre qu'il &eacute;crivit &agrave; Johann&egrave;s Weber apr&egrave;s la
+premi&egrave;re repr&eacute;sentation, lettre que le critique publia dans son
+feuilleton du <i>Temps</i>, num&eacute;ro du 15 juin 1875<a name="FNanchor_7_7" id="FNanchor_7_7"></a><a href="#Footnote_7_7" class="fnanchor">[7]</a>, et o&ugrave; on lisait ces
+mots: &laquo;J'ai fait cette fois encore des concessions que je regrette, je
+l'avoue. J'aurais bien des choses &agrave; dire pour ma d&eacute;fense, etc.&raquo;</p>
+
+<p><span class='pagenum'><a name="Page_26" id="Page_26">[26]</a></span>Pendant l'exposition universelle de 1867, on avait ouvert un concours
+entre les musiciens pour la composition d'une cantate et d'un hymne.
+Bizet et Guiraud prirent part &agrave; ce concours sous un pseudonyme inscrit
+dans le pli cachet&eacute; joint aux manuscrits. On verra dans la premi&egrave;re
+lettre de juin 1867 que celui de Bizet &eacute;tait Gaston de Betsi, et T&eacute;sern,
+celui de Guiraud, mais Guiraud, je crois, n'avait adopt&eacute; le pseudonyme
+que pour l'hymne. Tous deux avaient donn&eacute; l'adresse des compositeurs
+imaginaires &agrave; Montauban; Bizet, chez moi, Guiraud, chez un de mes amis.
+La cantate &eacute;tait jug&eacute;e par eux int&eacute;ressante; ils pensaient qu'on pouvait
+&eacute;crire avec elle de la vraie musique, et celle de Bizet &eacute;tait belle, en
+effet. L'hymne, au contraire, accompagn&eacute; par une fanfare, leur
+paraissait n'&ecirc;tre qu'un ch&#339;ur d'orph&eacute;on, et ils le tournaient en charge,
+s'&eacute;tudiaient &agrave; &ecirc;tre vulgaires. Bizet, pour qu'on ne reconn&ucirc;t pas son
+&eacute;criture, me le faisait copier, et je me souviens d'une bonne soir&eacute;e de
+travail &agrave; nous trois, au mois de mai, rue Fontaine, Guiraud et lui
+orchestrant leurs cantates, moi<span class='pagenum'><a name="Page_27" id="Page_27">[27]</a></span> transcrivant son hymne. Quand je fus
+rentr&eacute; &agrave; Montauban, je re&ccedil;us de Guiraud un billet qui contenait, au
+sujet de l'hymne, un mot bien caract&eacute;ristique puisqu'il me parlait du
+<i>cas o&ugrave; il aurait r&eacute;ussi &agrave; faire assez mauvais pour que son enveloppe
+f&ucirc;t d&eacute;cachet&eacute;e</i>.</p>
+
+<p>Bizet se servit du m&ecirc;me pseudonyme pour signer le seul article de lui
+qui parut &agrave; la <i>Revue Nationale</i>; il modifia seulement l'orthographe,
+mettant Betzi, avec un z, au lieu de Betsi. Nous n'avons pas, plus tard,
+en 1868, beaucoup caus&eacute; de cet article. Il me semble qu'il n'en &eacute;tait
+pas tr&egrave;s satisfait. On verra dans sa premi&egrave;re lettre d'octobre 1867
+comment le second, qu'il avait pr&eacute;par&eacute;, ne fut pas ins&eacute;r&eacute;. Depuis lors,
+il ne s'occupa plus de critique.</p>
+
+<p>Sur <i>No&eacute;</i>, je disais en 1877:</p>
+
+<p>&laquo;Apr&egrave;s la <i>Jolie Fille de Perth</i> on lui proposa de terminer ou de
+refaire un op&eacute;ra de M. de Saint-Georges, <i>No&eacute;</i>, qu'Hal&eacute;vy avait laiss&eacute;
+inachev&eacute;. Le po&egrave;me lui plut; certaines situations en &eacute;taient tr&egrave;s
+musicales et bien faites pour s&eacute;duire un compositeur. Mais il renon&ccedil;a
+bient&ocirc;t<span class='pagenum'><a name="Page_28" id="Page_28">[28]</a></span> &agrave; l'&eacute;crire et ne s'occupa gu&egrave;re alors que de musique
+instrumentale.&raquo;</p>
+
+<p>J'indiquais plus loin qu'apr&egrave;s son mariage, il avait repris ce travail.
+Quand il m'en causa, au printemps de 1868, j'avais compris qu'il ne
+s'agissait pas simplement d'orchestrer, mais que des morceaux entiers
+n'&eacute;taient pas commenc&eacute;s. M&ecirc;me encore, je crois me rappeler qu'il me
+parla notamment d'une belle musique symphonique &agrave; &eacute;crire au d&eacute;but d'un
+acte, le rideau lev&eacute;, avec le d&eacute;cor du d&eacute;sert, l'ange debout se
+d&eacute;tachant en silhouette sur la clart&eacute; de l'aube et veillant sur le
+sommeil de la femme allong&eacute;e au pied d'un palmier.</p>
+
+<p>Mes &eacute;tudes de contre-point et de fugue termin&eacute;es, il m'avait engag&eacute;,
+comme exercice, &agrave; composer le livret du concours de 1868 &agrave; l'Op&eacute;ra, la
+<i>Coupe du Roi de Thul&eacute;</i>. Je n'allai pas plus loin que les deux premiers
+actes. On verra comment il fut amen&eacute;, lui aussi, &agrave; faire la musique de
+ces deux actes, ce qui augmente encore l'int&eacute;r&ecirc;t des lettres o&ugrave; il
+analysait pour moi les caract&egrave;res et les situations de la pi&egrave;ce.</p>
+
+<p><span class='pagenum'><a name="Page_29" id="Page_29">[29]</a></span>Sur <i>Djamileh</i>, je r&eacute;p&eacute;terai ce que j'avais not&eacute; en 1877, que &laquo;je lui
+avais souvent entendu exprimer le d&eacute;sir d'&eacute;crire un op&eacute;ra sur la
+<i>Namouna</i> de Musset&raquo;. Le sort de &laquo;cette pauvre fille&raquo;, c'&eacute;tait son
+expression, &eacute;veillait sa compassion.</p>
+
+<p>Je dois reproduire enfin un dernier passage de ma brochure de 1877:</p>
+
+<p>&laquo;Comme pianiste, il (Bizet) poss&eacute;dait un talent de premier ordre, qu'il
+n'a jamais fait conna&icirc;tre en public. D'apr&egrave;s lui, un compositeur devait
+s'attacher &agrave; devenir pianiste, afin de s'habituer par l&agrave; &agrave; donner de la
+pr&eacute;cision &agrave; sa forme. Il me citait les noms des grands compositeurs qui
+avaient &eacute;t&eacute; excellents pianistes: Jean-S&eacute;bastien Bach, Mozart,
+Beethoven, Meyerbeer, etc. L'ex&eacute;cution soign&eacute;e des fugues de Bach lui
+paraissait &agrave; ce titre indispensable pour former un bon musicien. Apr&egrave;s
+avoir entendu M. Delaborde sur le piano &agrave; p&eacute;dalier de la maison &Eacute;rard,
+il songea &agrave; composer de la musique de piano. Mais il ne donna suite &agrave; ce
+projet qu'apr&egrave;s avoir d'abord &eacute;crit la symphonie.&raquo;</p>
+
+<p><span class='pagenum'><a name="Page_30" id="Page_30">[30]</a></span>Ce passage n'&eacute;tait qu'un m&eacute;mento parce que je craignais d'&ecirc;tre maladroit
+et, en paraissant excessif, de provoquer des doutes au lieu de
+convaincre. J'ai donc aujourd'hui &agrave; d&eacute;velopper ce trop court abr&eacute;g&eacute;,
+d'autant mieux que d'autres t&eacute;moignages plus autoris&eacute;s sont venus
+corroborer le mien.</p>
+
+<p>Les facult&eacute;s exceptionnelles de Bizet se manifest&egrave;rent de tr&egrave;s bonne
+heure. Le p&egrave;re Bizet m'a racont&eacute; de son c&ocirc;t&eacute; une anecdote rapport&eacute;e par
+Victor Wilder dans le <i>M&eacute;nestrel</i> et cit&eacute;e par M. Pigot dans son volume,
+pages 3-4. Il s'agit de la pr&eacute;sentation de Georges, qui avait neuf ans
+seulement, &agrave; un membre du Comit&eacute; des &eacute;tudes du Conservatoire. Celui-ci,
+voyant l'enfant si jeune, accueillit d'abord froidement le p&egrave;re et l'ami
+qui le lui conduisaient. &laquo;Il faut lui faire deviner des accords,
+dit-il.&mdash;Tout ce que vous voudrez&raquo;, r&eacute;pondit le p&egrave;re. On pla&ccedil;a Georges
+de fa&ccedil;on qu'il ne p&ucirc;t voir le clavier, on plaqua des accords, et il les
+nomma tous sans se tromper une seule fois.</p>
+
+<p>Plus tard, son extr&ecirc;me habilet&eacute; de lecteur<span class='pagenum'><a name="Page_31" id="Page_31">[31]</a></span> fut remarqu&eacute;e. Apr&egrave;s sa
+mort, Marmontel, dans son livre <i>Symphonistes et Virtuoses</i>, a d&eacute;clar&eacute;
+que &laquo;son jeu&raquo; avait &laquo;un charme inimitable&raquo;, et qu'il &eacute;tait un &laquo;virtuose
+consomm&eacute;&raquo;, tandis qu'&Eacute;mile Perrin, dans le discours qu'il pronon&ccedil;ait, le
+10 juin 1876, &agrave; l'inauguration du monument &eacute;lev&eacute; sur sa tombe<a name="FNanchor_8_8" id="FNanchor_8_8"></a><a href="#Footnote_8_8" class="fnanchor">[8]</a>, le
+qualifiait <i>d'ex&eacute;cutant incomparable</i>.</p>
+
+<p>Voici les recommandations qu'il m'avait faites lorsqu'il m'avait exhort&eacute;
+&agrave; &eacute;tudier s&eacute;rieusement le piano: me surveiller, me critiquer,
+<i>m'&eacute;couter</i> tr&egrave;s attentivement et recommencer les passages jusqu'&agrave; ce
+que l'attaque de la touche produis&icirc;t la qualit&eacute; de son voulue, ne pas me
+contenter d'&agrave; peu pr&egrave;s, apprendre l'emploi raisonn&eacute; de la p&eacute;dale pour
+soutenir les sons m&ecirc;me pendant les plus courts moments quand c'&eacute;tait
+n&eacute;cessaire et durant que la main &eacute;tait forc&eacute;e d'abandonner une ou
+plusieurs touches dont les cordes pourtant devaient continuer &agrave; vibrer.
+Il obtenait, du reste, des effets merveilleux de douceur par l'usage
+simultan&eacute;<span class='pagenum'><a name="Page_32" id="Page_32">[32]</a></span> des deux p&eacute;dales, et, dans le fortissimo, joignait toujours
+le moelleux, le velout&eacute;, &agrave; la vigueur et &agrave; l'&eacute;clat. C'&eacute;tait une chose
+des plus &eacute;mouvantes, une des plus hautes sensations d'art, que de lui
+entendre dire &agrave; demi-voix, quelquefois presque &agrave; voix basse, en
+s'accompagnant au piano,&mdash;et avec son organe de t&eacute;nor il chantait tour &agrave;
+tour les parties de femmes, de baryton ou de basse,&mdash;c'&eacute;tait une des
+plus hautes sensations d'art que de lui entendre dire les belles pages
+qu'il choisissait dans les &#339;uvres des ma&icirc;tres dont il poss&eacute;dait &agrave; Paris
+une riche biblioth&egrave;que. Le souvenir de ces auditions me revient souvent,
+et il me semble alors que r&eacute;sonnent encore &agrave; mes oreilles tant&ocirc;t un
+morceau, tant&ocirc;t l'autre: certains accents superbes du r&ocirc;le de Cassandre
+dans la <i>Prise de Troie</i> de Berlioz, &laquo;Tu ne m'&eacute;coutes pas, tu ne veux
+rien comprendre,&raquo; plus loin, la vision de la proph&eacute;tesse, ses paroles
+entrecoup&eacute;es et les dessins de l'orchestre remplissant les silences de
+Cassandre, ou bien l'&eacute;tude de la <i>Chasse</i> de Heller, le num&eacute;ro XIV en fa
+mineur des <i>Nuits Blanches</i> du m&ecirc;me, les 32 <i>variations</i><span class='pagenum'><a name="Page_33" id="Page_33">[33]</a></span> de Beethoven
+sur un th&egrave;me en ut mineur, la <i>Marche Fun&egrave;bre</i> de Chopin, des fugues et
+des pr&eacute;ludes du <i>Clavecin bien temp&eacute;r&eacute;</i> de S&eacute;bastien Bach. Il avait
+beaucoup insist&eacute; sur le double profit, pour les doigts et pour le
+sentiment, qu'il y avait &agrave; retirer de ce recueil si l'on s'attachait &agrave;
+le travailler. Il m'en ex&eacute;cutait des pi&egrave;ces difficiles avec une
+technique impeccable et en grand musicien, mettant en relief les parties
+principales, et il me faisait remarquer ce qu'il y avait de moderne dans
+certaines de ces pi&egrave;ces, comme dans le pr&eacute;lude en si b&eacute;mol mineur,
+num&eacute;ro XXII du premier cahier, qu'il jouait avec une expression
+passionn&eacute;e et douloureuse de la plus vive intensit&eacute;, mais sans l'ombre
+d'une exag&eacute;ration et toujours guid&eacute; par un go&ucirc;t parfait. Il &eacute;tait d'avis
+que le pianiste, pour bien ressentir l'&eacute;motion esth&eacute;tique et bien
+nuancer, devait fredonner, s'aider de la voix qui le portait, animait,
+colorait son jeu, et lui-m&ecirc;me s'en servait, surtout lorsqu'il
+interpr&eacute;tait un morceau d'orchestre, imitant, &agrave; bouche ouverte ou &agrave;
+bouche ferm&eacute;e, le timbre des divers instruments, compl&eacute;tant ou<span class='pagenum'><a name="Page_34" id="Page_34">[34]</a></span>
+soulignant les d&eacute;tails et les contre-chants. D'ailleurs, il poss&eacute;dait &agrave;
+un tel degr&eacute; l'art de faire vibrer le piano dans toutes les portions &agrave;
+la fois de son &eacute;tendue et d'en varier les timbres, qu'il rendait
+admirablement, sans le secours de la voix, les r&eacute;ductions d'orchestre
+telles que la <i>Marche Nuptiale</i> du <i>Songe d'une Nuit d'&eacute;t&eacute;</i> de
+Mendelssohn, et qu'il &eacute;veillait l'id&eacute;e de l'orchestre m&ecirc;me dans des
+&#339;uvres &eacute;crites pour piano comme la <i>Marche Fun&egrave;bre</i> n&ordm; 3 du cinqui&egrave;me
+recueil, op. 62, des <i>Romances sans paroles</i>, du m&ecirc;me auteur. Il pensait
+aussi que, pour approfondir et perfectionner un morceau, il fallait
+l'apprendre par c&#339;ur. Sa m&eacute;moire, d'ailleurs, &eacute;tait extraordinaire, et
+il pouvait composer de longs ouvrages sans en &eacute;crire une note.</p>
+
+<p>Quant &agrave; ce qui est de l'orchestration elle-m&ecirc;me, il jugeait qu'elle
+gagnait en n'&eacute;tant pas touffue. Comme je louais un jour celle d'un
+compositeur dont quelques effets particuliers m'avaient s&eacute;duit, il
+m'interrompit pour critiquer l'ensemble de ses proc&eacute;d&eacute;s: &laquo;Non,<span class='pagenum'><a name="Page_35" id="Page_35">[35]</a></span>
+soutint-il, il avait des pr&eacute;jug&eacute;s. &Ccedil;a manque d'air, et, dans
+l'orchestre, il faut de l'air.&raquo; J'ai pu me rendre compte une fois de
+tout le soin qu'il apportait dans le choix des combinaisons, dans la
+composition des colorations. J'ai racont&eacute; plus haut que nous &eacute;tions un
+soir &agrave; travailler chez lui avec Guiraud, eux orchestrant leur cantate de
+l'exposition de 1867, moi copiant son hymne. Guiraud et moi, nous &eacute;tions
+aux deux bouts de la table, Bizet, au milieu, le piano derri&egrave;re lui. Un
+moment, il se leva, essaya quelques accords &agrave; plusieurs reprises en
+fredonnant, puis se tournant vers nous, nous questionna: &laquo;Quels
+instruments entendez-vous? Je n'arrive pas &agrave; trouver ce que je
+voudrais.&raquo; Nous le lui d&icirc;mes, tous les deux, Guiraud un peu
+distraitement, sans interrompre sa besogne, moi curieux de savoir ce
+qu'il penserait de ce que j'indiquais. Il nous r&eacute;pondit: &laquo;Oui, c'est
+cela, sans doute, mais pas tout &agrave; fait, pourtant.&raquo; Et il continua de
+chercher. Un instant apr&egrave;s il reprit: &laquo;Je tiens! J'ai assez de douceur
+avec les cors; avec deux bassons, je n'aurais pas assez de mordant, je<span class='pagenum'><a name="Page_36" id="Page_36">[36]</a></span>
+vais en mettre quatre.&raquo; Il ajoutait aussi les violoncelles, les altos
+et, peut-&ecirc;tre, les clarinettes dans le chalumeau. Malheureusement, je ne
+me rappelle plus d'une fa&ccedil;on suffisamment pr&eacute;cise de tous les timbres
+qu'il employait. Ce qu'il m'est encore possible d'affirmer, c'est que du
+dosage de chacun de ces &eacute;l&eacute;ments et de leur m&eacute;lange, il devait na&icirc;tre
+une sonorit&eacute; nouvelle.</p>
+
+<p>Jusqu'ici, je me suis born&eacute; &agrave; t&eacute;moigner, et je me suis efforc&eacute; de ne pas
+appr&eacute;cier. Maintenant, avant de terminer, je demanderai qu'il me soit
+permis de r&eacute;clamer contre un oubli et de protester contre une l&eacute;gende.</p>
+
+<p>On ne voit g&eacute;n&eacute;ralement dans l'&#339;uvre de Bizet que l'<i>Arl&eacute;sienne</i> et
+<i>Carmen</i>, et je ne m&eacute;connais pas que ce ne soient des chefs-d'&#339;uvre o&ugrave;
+il n'y a pas une faiblesse. Cela n'emp&ecirc;che pas, pourtant, qu'il ne soit
+injuste de ne tenir aucun compte des beaut&eacute;s que renferment les
+<i>P&ecirc;cheurs de Perles</i>, la <i>Jolie Fille de Perth</i>, <i>Djamileh</i>, la
+symphonie, l'ouverture dramatique, <i>Patrie</i>, les m&eacute;lodies, dont
+plusieurs, les <i>Adieux de l'H&ocirc;tesse Arabe</i>, <i>Vous ne priez pas</i>, <i>Ma vie
+a son secret</i>,<span class='pagenum'><a name="Page_37" id="Page_37">[37]</a></span> sont admirables et si poignantes, d'autres morceaux
+encore pour piano et la <i>Marche Fun&egrave;bre</i> o&ugrave; il y a des passages vraiment
+inspir&eacute;s. Je ne m'&eacute;tends pas sur ce sujet, car mon opinion peut sembler
+partiale. Si je la donne en passant, c'est que c'est celle aussi de
+connaisseurs d'un go&ucirc;t s&eacute;v&egrave;re et s&ucirc;r.</p>
+
+<p>Quant &agrave; cette croyance qui tend &agrave; s'accr&eacute;diter et d'apr&egrave;s laquelle Bizet
+serait mort du chagrin d'&ecirc;tre m&eacute;connu et d'avoir eu ses ouvrages
+accueillis d'une mani&egrave;re d&eacute;favorable par une partie de la critique, elle
+ne repose sur rien d'exact, et je consid&egrave;re comme un devoir d'en r&eacute;unir
+et d'en fournir les preuves. Certes, ce n'est pas dans un esprit de
+d&eacute;nigrement et de malveillance qu'on r&eacute;p&egrave;te les r&eacute;cits qui ont cours, et
+c'est plut&ocirc;t, au contraire, dans des sentiments de r&eacute;paration et de
+sympathie, mais la v&eacute;rit&eacute; n'en est pas moins tr&egrave;s diff&eacute;rente de ces
+r&eacute;cits, et, quelque triste qu'elle soit, elle est moins p&eacute;nible pour moi
+parce qu'elle ne diminue pas la valeur morale de l'ami que je
+connaissais bien qu'elle n'alt&egrave;re pas la physionomie d'un artiste
+<span class='pagenum'><a name="Page_38" id="Page_38">[38]</a></span>absolument sinc&egrave;re. Nature &eacute;lev&eacute;e, Bizet cherchait par-dessus tout &agrave;
+r&eacute;aliser son id&eacute;al, et les petites blessures d'amour-propre ne
+comptaient gu&egrave;re pour lui. Le repr&eacute;senter autrement, c'est le mal juger.</p>
+
+<p>Sans doute, Marmontel, dont il a &eacute;t&eacute; l'&eacute;l&egrave;ve et qui l'appr&eacute;ciait comme
+il m&eacute;ritait de l'&ecirc;tre a bien, en effet, &eacute;crit ceci: &laquo;La nature si
+honn&ecirc;te et si franche de Georges Bizet a cruellement souffert de cette
+&acirc;pret&eacute; souvent excessive de la critique. Sous une apparence froide, le
+c&#339;ur du vaillant compositeur battait vite et fort, et, quoique bien
+tremp&eacute;e, son &acirc;me s'est bris&eacute;e avant l'heure dans ces combats
+journaliers, o&ugrave; il faudrait pouvoir regarder ses ennemis en souriant.
+Moins &eacute;pris de son art, moins jaloux de ses &#339;uvres, Bizet serait encore
+une des gloires de l'&eacute;cole fran&ccedil;aise. Une extr&ecirc;me nervosit&eacute;, jointe &agrave; un
+vif sentiment de sa dignit&eacute; professionnelle, lui donne le triste
+privil&egrave;ge de figurer dans la galerie des morts c&eacute;l&egrave;bres<a name="FNanchor_9_9" id="FNanchor_9_9"></a><a href="#Footnote_9_9" class="fnanchor">[9]</a>.&raquo;</p>
+
+<p>Oui, Marmontel a bien &eacute;crit ces lignes, mai<span class='pagenum'><a name="Page_39" id="Page_39">[39]</a></span>s il d&eacute;clare aussi que Bizet
+&eacute;tait malade avant les r&eacute;p&eacute;titions de <i>Carmen</i>, et voici le portrait
+que, finalement, il trace de lui: &laquo;Tous ceux qui ont connu Bizet
+rendront comme nous t&eacute;moignage des nobles et g&eacute;n&eacute;reuses qualit&eacute;s de son
+c&#339;ur, de l'&eacute;l&eacute;vation et de la d&eacute;licatesse de ses sentiments. D'un
+jugement sain et droit, et d'une conscience rigide, G. Bizet ignorait
+les compromis; il avait au supr&ecirc;me degr&eacute; le sentiment du juste et
+l'horreur de l'intrigue... Bizet &eacute;tait bon, g&eacute;n&eacute;reux, d&eacute;vou&eacute;, fid&egrave;le &agrave;
+toutes ses affections; son amiti&eacute;, sinc&egrave;re et inalt&eacute;rable &eacute;tait solide
+comme sa conscience<a name="FNanchor_10_10" id="FNanchor_10_10"></a><a href="#Footnote_10_10" class="fnanchor">[10]</a>.&raquo; Et plus loin, Marmontel ajoute encore ceci qui
+confirme enti&egrave;rement ce que j'ai, moi-m&ecirc;me, signal&eacute; plus haut<a name="FNanchor_11_11" id="FNanchor_11_11"></a><a href="#Footnote_11_11" class="fnanchor">[11]</a>: &laquo;Ami
+fid&egrave;le, camarade d&eacute;vou&eacute;, ne connaissant ni l'envie, ni les mesquines
+jalousies, G. Bizet, dont la g&eacute;n&eacute;rosit&eacute; de c&#339;ur ne s'est jamais
+d&eacute;mentie, &eacute;tait heureux des succ&egrave;s de ses &eacute;mules de la veille et de ses
+rivaux du lendemain. Son esprit &eacute;lev&eacute;, ses sentiments<span class='pagenum'><a name="Page_40" id="Page_40">[40]</a></span> d&eacute;licats
+l'entra&icirc;naient &agrave; encourager les moins heureux, &agrave; consoler ceux qu'avait
+trahis la fortune; et c'&eacute;tait avec une enti&egrave;re sinc&eacute;rit&eacute; qu'il
+applaudissait au triomphe de ses concurrents<a name="FNanchor_12_12" id="FNanchor_12_12"></a><a href="#Footnote_12_12" class="fnanchor">[12]</a>.&raquo; Il y a donc
+contradiction entre ces derni&egrave;res appr&eacute;ciations de Marmontel et les
+premi&egrave;res concernant sa mort, car enfin, <i>a priori</i>, on a peine &agrave;
+admettre qu'un artiste &laquo;ne connaissant ni l'envie, ni les mesquines
+jalousies&raquo;, qu'un artiste &laquo;dont la g&eacute;n&eacute;rosit&eacute; de c&#339;ur ne s'est jamais
+d&eacute;mentie&raquo;, et qui &laquo;&eacute;tait heureux des succ&egrave;s de ses &eacute;mules de la veille
+et de ses rivaux du lendemain&raquo;, on a de la peine &agrave; admettre qu'un pareil
+artiste ait souffert au point d'en mourir des injustices du public et de
+la critique. Eh bien, pour qu'on soit &agrave; m&ecirc;me de se prononcer en
+connaissance de cause, examinons les faits.</p>
+
+<p>Bizet, tr&egrave;s jeune, &eacute;crivait de Rome &agrave; Marmontel: &laquo;La sottise aura
+toujours de nombreux adorateurs; apr&egrave;s tout, je ne m'en plains pas, et
+je vous assure que j'aurais grand plaisir<span class='pagenum'><a name="Page_41" id="Page_41">[41]</a></span> &agrave; n'&ecirc;tre appr&eacute;ci&eacute; que par de
+pures intelligences. Je ne fais pas grand cas de cette popularit&eacute; &agrave;
+laquelle on sacrifie aujourd'hui honneur, g&eacute;nie et fortune<a name="FNanchor_13_13" id="FNanchor_13_13"></a><a href="#Footnote_13_13" class="fnanchor">[13]</a>.&raquo;</p>
+
+<p>C'&eacute;tait en 1860 qu'il s'exprimait de la sorte. Avait-il chang&eacute; depuis?
+Je m'en serais bien aper&ccedil;u, car, soit dans nos conversations, soit dans
+ses lettres, il &eacute;tait avec moi d'une absolue franchise, et pourtant, je
+n'ai jamais remarqu&eacute; chez lui la moindre trace de vanit&eacute;. Il m'est
+arriv&eacute; plusieurs fois de lui entendre soutenir, sur quelque point
+d'esth&eacute;tique musicale ou dramatique, une opinion tout &agrave; fait diff&eacute;rente
+de celle qu'il avait quand nous nous &eacute;tions vus l'ann&eacute;e d'avant. Alors,
+je lui en faisais l'observation, et il me r&eacute;pondait, avec un ton de voix
+qui, &agrave; lui seul, d&eacute;notait l'absence compl&egrave;te de tout souci
+d'amour-propre et l'unique pr&eacute;occupation de la d&eacute;couverte du vrai et de
+la r&eacute;alisation du beau: &laquo;Oui, mais depuis j'ai r&eacute;fl&eacute;chi&raquo;. Et il
+m'exposait les raisons qui l'avaient amen&eacute; &agrave; modifier ses id&eacute;es.</p>
+
+<p><span class='pagenum'><a name="Page_42" id="Page_42">[42]</a></span>Je ne sais s'il avait &eacute;t&eacute; tr&egrave;s affect&eacute; de l'accueil plus que froid que
+son premier ouvrage, les <i>P&ecirc;cheurs de Perles</i>, avait, en g&eacute;n&eacute;ral,
+rencontr&eacute; aupr&egrave;s de la critique, mais, quand nous nous sommes li&eacute;s, il
+en avait si bien pris son parti qu'&agrave; part deux ou trois morceaux qu'il
+chantait en s'accompagnant au piano, lorsque les amis qui venaient chez
+lui &agrave; cette &eacute;poque le priaient de leur en faire entendre quelque chose,
+il en parlait comme d'une &#339;uvre sans valeur. Le jour o&ugrave; il apprit que
+j'avais achet&eacute; la partition, il se montra fort contrari&eacute; et se r&eacute;cria:</p>
+
+<p>&mdash;Pourquoi ne m'avez-vous pas pr&eacute;venu? Je vous l'aurais donn&eacute;e.
+D'ailleurs, vous n'aviez pas besoin d'avoir &ccedil;a.</p>
+
+<p>Plus tard, n&eacute;anmoins, apr&egrave;s l'avoir relue, il se d&eacute;clara satisfait
+d'avoir pu &eacute;crire aussi jeune un certain nombre de pages. Voici, en
+d&eacute;finitive, &agrave; quoi se r&eacute;duisait, d'apr&egrave;s lui, ce qu'il y avait d'&agrave; peu
+pr&egrave;s bien dans cet op&eacute;ra: au premier acte, l'andante du duo de Nadir et
+de Zurga:</p>
+
+<p>
+<br />
+<span style="margin-left: 15%;">Au fond du temple saint...</span><br />
+<br />
+</p>
+
+<p class="nind"><span class='pagenum'><a name="Page_43" id="Page_43">[43]</a></span>et la romance de Nadir:</p>
+
+<p>
+<br />
+<span style="margin-left: 15%;">Je crois entendre encore</span><br />
+<span style="margin-left: 15%;">Cach&eacute; sous les palmiers...</span><br />
+<br />
+</p>
+
+<p class="nind">au deuxi&egrave;me acte, le ch&#339;ur chant&eacute; dans la coulisse:</p>
+
+<p>
+<br />
+<span style="margin-left: 15%;">L'ombre descend des cieux...</span><br />
+<br />
+</p>
+
+<p class="nind">puis, la cavatine de Le&iuml;la:</p>
+
+<p>
+<br />
+<span style="margin-left: 15%;">Me voil&agrave; seule dans la nuit...</span><br />
+<br />
+</p>
+
+<p class="nind">au troisi&egrave;me acte, enfin, l'air de Zurga:</p>
+
+<p>
+<br />
+<span style="margin-left: 15%;">L'orage s'est calm&eacute;....</span><br />
+<br />
+</p>
+
+<p>Quant &agrave; tout le reste, cela ne valait pas qu'on s'y arr&ecirc;t&acirc;t, et ne
+m&eacute;ritait que l'oubli. Ce jugement &eacute;tait prononc&eacute; avec une telle
+conviction que je me laissai influencer. Je l'adoptai sur la parole du
+ma&icirc;tre, et je suis demeur&eacute; longtemps sans le modifier. Plus tard, je
+rouvris la partition, je la jouai d'un bout &agrave; l'autre, et je compris
+alors que Bizet avait &eacute;t&eacute; trop s&eacute;v&egrave;re, et que j'avais eu tort d'accepter
+trop facilement son appr&eacute;ciation. Sans doute, on trouve &ccedil;a et l&agrave; dans
+les <i>P&ecirc;cheurs de Perles</i> des imperfections,<span class='pagenum'><a name="Page_44" id="Page_44">[44]</a></span> des faiblesses, mais un
+musicien de g&eacute;nie &eacute;tait seul capable de les composer &agrave; vingt-quatre ans,
+et il y a dans cette pi&egrave;ce plus de talent que dans beaucoup d'autres qui
+ont d&eacute;pass&eacute; la centaine ou qui ont &eacute;t&eacute; repr&eacute;sent&eacute;es avec luxe sur la
+sc&egrave;ne de l'Op&eacute;ra. Du reste, Bizet se rendait bien compte que le fait
+d'avoir eu un ouvrage en trois actes jou&eacute; m&ecirc;me sans succ&egrave;s, lui avait
+cr&eacute;&eacute; une situation sup&eacute;rieure &agrave; celle d'autres musiciens qui n'avaient
+r&eacute;ussi &agrave; produire au th&eacute;&acirc;tre que des pi&egrave;ces en un ou deux actes.</p>
+
+<p>On verra plus loin dans ses lettres les sentiments qu'il &eacute;prouvait en
+constatant la r&eacute;ception faite &agrave; ses autres &#339;uvres. On sait d&eacute;j&agrave; qu'il
+avait travaill&eacute; avec soin la cantate mise au concours pour l'exposition
+de 1867. Il n'a pas le prix; il n'a pas m&ecirc;me de mention. Comment
+prend-il la chose? &laquo;J'ai &eacute;t&eacute; emb&ecirc;t&eacute; une demi-heure. C'est bien
+fini<a name="FNanchor_14_14" id="FNanchor_14_14"></a><a href="#Footnote_14_14" class="fnanchor">[14]</a>.&raquo; Il est <i>ravi</i>, d'ailleurs, que le prix ait &eacute;t&eacute; attribu&eacute; &agrave; M.
+Saint-Sa&euml;ns. C'est que, chez lui, lorsqu'il y en a, le d&eacute;couragement est
+court.</p>
+
+<p><span class='pagenum'><a name="Page_45" id="Page_45">[45]</a></span>Quant &agrave; la <i>Jolie Fille de Perth</i>, il pense qu'elle a &laquo;obtenu un vrai et
+s&eacute;rieux succ&egrave;s<a name="FNanchor_15_15" id="FNanchor_15_15"></a><a href="#Footnote_15_15" class="fnanchor">[15]</a>&raquo;.</p>
+
+<p>La symphonie a provoqu&eacute; des manifestations oppos&eacute;es. Il note des chuts
+et plusieurs coups de sifflet, mais sans aucune amertume, d&eacute;clare
+qu'elle &laquo;a tr&egrave;s bien march&eacute;&raquo;, et conclut: &laquo;En somme, succ&egrave;s<a name="FNanchor_16_16" id="FNanchor_16_16"></a><a href="#Footnote_16_16" class="fnanchor">[16]</a>.&raquo;</p>
+
+<p>La premi&egrave;re repr&eacute;sentation de <i>Djamileh</i> eut lieu le 22 mai 1872, et
+voici ce qu'il m'&eacute;crivait le 17 juin: &laquo;<i>Djamileh</i> n'est pas un succ&egrave;s.
+Le po&egrave;me est vraiment antith&eacute;&acirc;tral, et ma chanteuse a &eacute;t&eacute; au-dessus de
+toutes mes craintes. Pourtant, je suis extr&ecirc;mement satisfait du r&eacute;sultat
+obtenu. La presse a &eacute;t&eacute; tr&egrave;s int&eacute;ressante, et jamais op&eacute;ra-comique en un
+acte n'a &eacute;t&eacute; plus s&eacute;rieusement, et, je puis le dire, plus passionn&eacute;ment
+discut&eacute;<a name="FNanchor_17_17" id="FNanchor_17_17"></a><a href="#Footnote_17_17" class="fnanchor">[17]</a>.&raquo; Si l'on veut rapprocher de cette lettre les jugements des
+critiques, on en trouvera des extraits dans le volume de Louis Gallet,
+l'auteur des paroles de <i>Djamileh</i>, <i>Notes d'un Librettiste</i>, pages
+26-40.</p>
+
+<p><span class='pagenum'><a name="Page_46" id="Page_46">[46]</a></span>Il est possible qu'en sortant de la premi&egrave;re de <i>Carmen</i>, il ait subi
+une d&eacute;pression morale passag&egrave;re, mais Guiraud ne me l'a pourtant pas
+signal&eacute;e, n'y attachant pas probablement plus d'importance qu'il ne
+convenait, et il ne m'a pas parl&eacute; de cette marche dans Paris qui aurait
+dur&eacute; toute la nuit et pendant laquelle Bizet, seul avec lui, aurait
+exhal&eacute; sa douleur. D'ailleurs, dans un article du <i>Th&eacute;&acirc;tre</i><a name="FNanchor_18_18" id="FNanchor_18_18"></a><a href="#Footnote_18_18" class="fnanchor">[18]</a>, sur la
+<i>Milli&egrave;me Repr&eacute;sentation de Carmen</i>, Ludovic Hal&eacute;vy a &eacute;crit ceci qui est
+tr&egrave;s positif: &laquo;Nous habitions, Bizet et moi, la m&ecirc;me maison..., nous
+rentr&acirc;mes &agrave; pied, silencieux. Meilhac nous accompagnait.&raquo; M. Vincent
+d'Indy m'a racont&eacute; qu'apr&egrave;s le premier acte, lui et d'autres jeunes
+musiciens rencontr&egrave;rent Bizet qui se promenait rue Favart, sur le
+trottoir o&ugrave; donnait l'entr&eacute;e des artistes, et qu'ils l'entour&egrave;rent en le
+f&eacute;licitant de tout ce qu'il y avait de vie dans ce premier acte. Il leur
+r&eacute;pondit doucement:&mdash;Vous &ecirc;tes les premiers qui me disiez &ccedil;a, et je
+crains bien que vous ne soyez les derniers.&raquo;</p>
+
+<p><span class='pagenum'><a name="Page_47" id="Page_47">[47]</a></span>Seulement, les dispositions pessimistes ne dur&egrave;rent pas, et nous avons &agrave;
+cet &eacute;gard deux t&eacute;moignages tr&egrave;s cat&eacute;goriques.</p>
+
+<p>Dans la pr&eacute;face des <i>Notes d'un Librettiste</i>, Ludovic Hal&eacute;vy,
+s'adressant &agrave; Louis Gallet, d&eacute;clare ceci: &laquo;Vous donnez, dans votre &eacute;tude
+sur Bizet, de bien curieux extraits des articles publi&eacute;s sur <i>Djamileh</i>.
+Aussi cruels, aussi injustes, furent les articles sur <i>Carmen</i>. Je vois
+encore Bizet lisant ces articles, au lendemain de la premi&egrave;re
+repr&eacute;sentation. Attrist&eacute;, oui certes il l'&eacute;tait, mais d&eacute;courag&eacute;,
+non<a name="FNanchor_19_19" id="FNanchor_19_19"></a><a href="#Footnote_19_19" class="fnanchor">[19]</a>.&raquo; Et Ludovic Hal&eacute;vy a renouvel&eacute; cette affirmation dans son
+article du <i>Th&eacute;&acirc;tre</i><a name="FNanchor_20_20" id="FNanchor_20_20"></a><a href="#Footnote_20_20" class="fnanchor">[20]</a>: &laquo;Apr&egrave;s cette f&acirc;cheuse premi&egrave;re, les
+repr&eacute;sentations continu&egrave;rent, non pas, comme on l'a dit &agrave; tort, devant
+des salles vides; les recettes &eacute;taient, au contraire, honorables et
+d&eacute;passaient g&eacute;n&eacute;ralement celles des pi&egrave;ces du r&eacute;pertoire. Et peu &agrave; peu,
+&agrave; chacune des repr&eacute;sentations de <i>Carmen</i>, grossissait le groupe,
+d'abord si mince, des admirateurs de<span class='pagenum'><a name="Page_48" id="Page_48">[48]</a></span> l'&#339;uvre de Bizet. Il en fut ainsi
+pendant les mois de mars, d'avril et de mai. Bizet partit pour la
+campagne, attrist&eacute;, mais non d&eacute;courag&eacute;. Il &eacute;tait de nature &eacute;nergique et
+il avait en lui-m&ecirc;me une l&eacute;gitime confiance.&raquo; On remarquera,&mdash;Bizet qui
+&eacute;tait encore &agrave; Paris avait pu s'en rendre compte,&mdash;que la pi&egrave;ce s'&eacute;tait
+relev&eacute;e apr&egrave;s la premi&egrave;re repr&eacute;sentation. Ludovic Hal&eacute;vy le constate, et
+c'&eacute;tait encore, du reste, l'opinion de la principale interpr&egrave;te. M.
+Arthur Pougin a &eacute;crit dans le <i>M&eacute;nestrel</i><a name="FNanchor_21_21" id="FNanchor_21_21"></a><a href="#Footnote_21_21" class="fnanchor">[21]</a> un article intitul&eacute; <i>La
+l&eacute;gende de la chute de Carmen et la mort de Bizet</i>. Or, voici ce qu'on y
+trouve: &laquo;Oui certainement, M<sup>e</sup> Galli-Mari&eacute; a raison, et il faudrait en
+finir une bonne fois avec cette l&eacute;gende b&ecirc;te et inexacte de la chute de
+<i>Carmen</i> qui aurait caus&eacute; la mort de Bizet... Je n'ai jamais cess&eacute; de
+protester, pour ma part, contre cette sottise, et j'estime qu'il est bon
+et utile de r&eacute;tablir les faits. C'est ce que M<sup>e</sup> Galli-Mari&eacute; a fait
+r&eacute;cemment, dans une conversation avec un de nos confr&egrave;res de province,
+M. Bernard,<span class='pagenum'><a name="Page_49" id="Page_49">[49]</a></span> r&eacute;dacteur du <i>Petit Ni&ccedil;ois</i>, qui la rapporte en ces termes:</p>
+
+<p>&mdash;L'insucc&egrave;s de <i>Carmen</i> &agrave; la cr&eacute;ation, mais c'est une l&eacute;gende! <i>Carmen</i>
+n'est pas tomb&eacute;e au bout de quelques repr&eacute;sentations, comme beaucoup le
+croient... Nous l'avons jou&eacute;e plus de quarante fois dans la saison, et
+quand ce pauvre Bizet est mort, le succ&egrave;s de son chef-d'&#339;uvre semblait
+d&eacute;finitivement assis.&raquo;</p>
+
+<p>Gallet rapporte aussi de son c&ocirc;t&eacute;, dans ses <i>Notes d'un Librettiste</i>,
+des faits qui ne laissent subsister aucun doute sur l'&eacute;tat d'esprit de
+Bizet<a name="FNanchor_22_22" id="FNanchor_22_22"></a><a href="#Footnote_22_22" class="fnanchor">[22]</a>. &Agrave; sa demande, Gallet avait &eacute;crit pour lui un po&egrave;me sur
+<i>Genevi&egrave;ve de Paris</i> qu'il destinait, une fois mis en musique, aux
+concerts Lamoureux. C'est afin de s'entretenir avec lui de ce po&egrave;me que
+Gallet alla le voir pour la derni&egrave;re fois avant son d&eacute;part pour la
+campagne et peu de jours avant sa mort. &laquo;Je le trouvai, dit-il, un peu
+accabl&eacute;, souriant d'un sourire encore m&eacute;lancolique, plein d'ardeur
+pourtant &agrave; la pens&eacute;e du labeur prochain. Assis &agrave; l'angle<span class='pagenum'><a name="Page_50" id="Page_50">[50]</a></span> de la
+chemin&eacute;e, dans son fauteuil de malade, il me parla longuement et de ses
+souffrances pass&eacute;es et de ses r&ecirc;ves d'avenir.&mdash;La maladie, il en riait
+d&eacute;j&agrave;, la croyant vaincue!&mdash;Les r&ecirc;ves, il les recommen&ccedil;ait avec une
+satisfaction toujours nouvelle! Bien loin d&eacute;j&agrave; &eacute;taient <i>Djamileh</i>,
+disparue si vite, <i>Carmen</i>, discut&eacute;e, d&eacute;daign&eacute;e aussi par certains,
+<i>L'Arl&eacute;sienne</i> plus heureuse, <i>Don Rodrigue</i> m&ecirc;me arr&ecirc;t&eacute; dans son essor
+par l'incendie de l'Op&eacute;ra et la pr&eacute;f&eacute;rence accord&eacute;e &agrave; un autre ouvrage.
+Toutes les forces renaissantes du compositeur, toute son ardeur rajeunie
+tendaient alors vers cette <i>Genevi&egrave;ve</i> pour l'ach&egrave;vement de laquelle il
+s'&eacute;tait donn&eacute; nagu&egrave;re trois mois: mai-juin-juillet<a name="FNanchor_23_23" id="FNanchor_23_23"></a><a href="#Footnote_23_23" class="fnanchor">[23]</a>.&raquo;</p>
+
+<p>Eh bien, le vrai Bizet, le voil&agrave;. C'est le m&ecirc;me que celui qui
+m'&eacute;crivait, sachant qu'il n'avait pas le prix au concours de la cantate
+pour l'exposition de 1867: &laquo;J'ai &eacute;t&eacute; emb&ecirc;t&eacute; une demi-heure. C'est bien
+fini.&raquo; C'est celui qui ne pensait plus aux ouvrages repr&eacute;sent&eacute;s et ne
+songeait qu'aux &#339;uvres projet&eacute;es. Au Bizet rapetiss&eacute;<span class='pagenum'><a name="Page_51" id="Page_51">[51]</a></span> par la l&eacute;gende,
+l'histoire oppose le Bizet r&eacute;el: un consciencieux et pas un vaniteux. Et
+si elle ne diminue pas ainsi, chez ses admirateurs, la profondeur des
+regrets, puisqu'elle permet de mesurer, au contraire, toute l'&eacute;tendue de
+la perte, du moins leur offre-t-elle une image fid&egrave;le du ma&icirc;tre
+regrett&eacute;, image qu'ils conserveront pieusement dans son int&eacute;grit&eacute; et
+dans sa puret&eacute;<a name="FNanchor_24_24" id="FNanchor_24_24"></a><a href="#Footnote_24_24" class="fnanchor">[24]</a>.</p>
+
+<p class="r smcap">edmond galabert.</p>
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2>LETTRES &Agrave; UN AMI</h2>
+
+<p class="c"><span class='pagenum'><a name="Page_53" id="Page_53">[53</a></span>&mdash;1865-1872&mdash;</p>
+
+<hr style="width: 65%;" />
+
+<p class="date">
+Juin ou juillet 1865<a name="FNanchor_25_25" id="FNanchor_25_25"></a><a href="#Footnote_25_25" class="fnanchor">.[25]</a><br />
+</p>
+
+
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>Voici vos contre-points<a name="FNanchor_26_26" id="FNanchor_26_26"></a><a href="#Footnote_26_26" class="fnanchor">[26]</a>. J'ai corrig&eacute; les pages 1, 3, 5 et 9. Les
+autres pages contenant les m&ecirc;mes fautes, j'aime mieux vous les laisser
+corriger vous-m&ecirc;me. Ce sera un excellent exercice pour vous, meilleur
+que d'en faire de nouveaux. Je suis tr&egrave;s content. Ne vous effrayez pas
+du nombre de fautes. En r&eacute;alit&eacute;, cela se r&eacute;duit &agrave; trois ou quatre
+fautes. Vous faites trop sauter votre chant; il faut &eacute;crire par degr&eacute;s
+conjoints le plus possible. Quand je dis vous faites trop sauter, je
+devrais dire plut&ocirc;t mal sauter. Vous allez me comprendre.</p>
+
+<p>Ce mouvement est mauvais: &nbsp; <img src="images/001.png" alt="Illustration: /-\/-\/-\" /></p>
+
+<p>Celui-ci est excellent: &nbsp; <img src="images/002.png" alt="Illustration: /\/\/\" /></p>
+
+<p>Ex.: &nbsp; <img src="images/003.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+
+<p>Cela est tr&egrave;s mauvais, bien qu'il n'y ait que des sauts de tierces et de
+quintes.</p>
+
+<p>Au contraire, ceci est bon:</p>
+
+<p class="c"><img src="images/004.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+
+<p>Le 1<sup>er</sup> n'est pas vocal, le 2<sup>e</sup> est tr&egrave;s facile &agrave; ex&eacute;cuter. C'est
+compris, n'est-ce pas? Mais ce qui est meilleur que tout, ce sont les
+degr&eacute;s conjoints.</p>
+
+<p>Mes corrections vous mettront &agrave; m&ecirc;me d'&eacute;viter les fautes de quintes et
+d'octaves. Voici la r&egrave;gle: lorsque deux quintes sont s&eacute;par&eacute;es par un
+accord, elles sont bonnes (<i>de m&ecirc;me pour les octaves</i>); lorsqu'une des
+deux quintes est form&eacute;e par une note de passage, il n'y a pas faute.
+Ceci ne peut s'appliquer aux octaves, puisqu'une note formant octave est
+toujours r&eacute;elle.</p>
+
+<p>Ex.: &nbsp; <img src="images/005.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+
+<p>Mauvais puisque les deux quintes ne sont pas s&eacute;par&eacute;es par un accord.</p>
+
+<p>Exemples bons:</p>
+<p class="c"><img src="images/006.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+
+<p>Maintenant, n'oubliez pas qu'on ne peut pas faire de quartes, de
+septi&egrave;mes, etc., autrement qu'en notes de passage.</p>
+
+<p>Ne faites que tr&egrave;s rarement croiser les parties, c'est-&agrave;-dire passer la
+partie sup&eacute;rieure au-dessous de la partie inf&eacute;rieure, et quand cela vous
+arrive, n'oubliez pas que la partie qui croise devient basse et suit
+toutes les r&egrave;gles de la basse.</p>
+
+<p>Ex: &nbsp; <img src="images/007.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+
+<p>C'est comme s'il y avait:</p>
+
+<p class="c"><img src="images/008.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+
+<p>Donc, une quarte, deux quintes, tr&egrave;s mauvais.</p>
+
+<p>Dans le contre-point en syncopes, ne brisez pas aussi souvent la
+syncope. T&acirc;chez que vos syncopes fassent <i>dissonance</i> le plus souvent
+possible. N'oubliez pas que la quarte est dissonance comme la deuxi&egrave;me
+et la septi&egrave;me et comporte les m&ecirc;mes obligations de r&eacute;solution, et
+marchez!</p>
+
+<p>Prenez les six pages de contre-point que je n'ai pas corrig&eacute;es.
+Revoyez-les, corrigez-les, refaites-les, au besoin, et envoyez-les-moi.
+Pensez aussi au contre-point fleuri cinqui&egrave;me esp&egrave;ce. Ne vous fatiguez
+pas. C'est inutile. Adressez-moi du travail plus souvent et en moins
+grande quantit&eacute;; vous risquerez moins de faire de la besogne inutile.
+Usez de moi. C'est avec grand plaisir que je saisis cette occasion de
+vous &ecirc;tre utile et de vous donner un t&eacute;moignage de la sympathie que vous
+m'inspirez. Courage, et croyez-moi votre mille fois d&eacute;vou&eacute; et
+affectionn&eacute;.</p>
+
+<p>Mon p&egrave;re vous remercie et vous envoie tous ses compliments.</p>
+
+<p>Pas de nouvelles de L&eacute;cuyer<a name="FNanchor_27_27" id="FNanchor_27_27"></a><a href="#Footnote_27_27" class="fnanchor">[27]</a>.</p>
+
+
+<p class="date">
+Juillet (?) 1865<a name="FNanchor_28_28" id="FNanchor_28_28"></a><a href="#Footnote_28_28" class="fnanchor">[28]</a>.<br />
+</p>
+
+<p>Il y a un grand progr&egrave;s. Faites-moi encore une page de chaque esp&egrave;ce &agrave;
+deux parties. Faites attention &agrave; vos octaves dans les syncopes. Faites
+mieux chanter vos noires. Vous n'avez pas assez de degr&eacute;s conjoints. Le
+contre-point fleuri manque un peu de vari&eacute;t&eacute;. Faites plus m&eacute;lodique.
+&Eacute;crivez votre cantate<a name="FNanchor_29_29" id="FNanchor_29_29"></a><a href="#Footnote_29_29" class="fnanchor">[29]</a>. Indiquez vos mouvements. Cela m'est &eacute;gal que
+l'accompagnement de piano ne soit pas tr&egrave;s fini. Indiquez les rythmes,
+les rentr&eacute;es, que je voie l'harmonie; cela suffit. Courage. Ne vous
+fatiguez pas. J'ai vu L&eacute;cuyer qui m'a charg&eacute; de mille amiti&eacute;s pour vous.
+Mon p&egrave;re vous dit mille choses. Moi, je vous serre la main de toute
+affection. Ne craignez pas de m'ennuyer. Envoyez-moi de l'ouvrage tant
+que vous voudrez.</p>
+
+<p class="sign">
+Mille fois &agrave; vous.<br />
+</p>
+
+
+<p class="date">
+Juillet ou bien ao&ucirc;t 1865<a name="FNanchor_30_30" id="FNanchor_30_30"></a><a href="#Footnote_30_30" class="fnanchor">[30]</a><br />
+</p>
+
+<p>Je suis enchant&eacute; de cet envoi. Ne vous inqui&eacute;tez pas de l'orchestre.
+Vous savez d&eacute;j&agrave; instrumenter. Si c'est la premi&egrave;re fois que vous
+orchestrez, le r&eacute;sultat obtenu est presque incroyable. Le morceau n'est
+pas mauvais; il est d'une bonne forme. Je n'y vois rien &agrave; changer. La
+fin est jolie; la modulation en sol et le retour en mi (deux
+avant-derni&egrave;res pages) sentent le bon style, la bonne mani&egrave;re. L'id&eacute;e
+est seulement un peu terne. Lancez-vous, t&acirc;chez d'arriver au path&eacute;tique,
+&eacute;vitez la s&eacute;cheresse, ne faites pas trop fi de la sensualit&eacute;, aust&egrave;re
+philosophe. Songez &agrave; Mozart et lisez-le sans cesse. Munissez-vous de
+<i>Don Juan</i>, des <i>Noces</i>, de la <i>Fl&ucirc;te</i>, de <i>Cos&igrave; fan tutte</i>. Lisez Weber
+aussi. Vive le soleil, l'amour... Ne riez pas et ne me maudissez pas. Il
+y a l&agrave; une philosophie qu'on peut rendre tr&egrave;s &eacute;lev&eacute;e. L'art a ses
+exigences. Du reste, livrez-vous &agrave; vous-m&ecirc;me et ce sera bien. Merci du
+plaisir que vous m'avez fait en m'envoyant ces quelques pages.
+L'intelligence est chose rare en ce si&egrave;cle de B&eacute;otiens, et &ccedil;a fait
+plaisir de la rencontre &agrave; forte dose. &Agrave; bient&ocirc;t, cher ami, et croyez &agrave;
+toute ma sympathie, &agrave; toute mon affection.</p>
+
+<p>Envoyez aussi souvent que vous voulez.</p>
+
+<p class="date">
+Fin de l'&eacute;t&eacute; ou automne de 1865<a name="FNanchor_31_31" id="FNanchor_31_31"></a><a href="#Footnote_31_31" class="fnanchor">[31]</a>.<br />
+</p>
+
+<p>Le contre-point va &agrave; merveille. Commencez &agrave; 3 parties. Vous avez un
+trait&eacute;; lisez et marchez. La m&eacute;lodie que vous m'envoyez est claire; il y
+a du progr&egrave;s dans la forme. L'id&eacute;e n'est peut-&ecirc;tre pas tr&egrave;s originale,
+mais cela ne m'inqui&egrave;te pas. T&acirc;chez de m'envoyer de la composition. Je
+suis impatient de lire une cantate de vous. L&eacute;cuyer est, en effet, &agrave;
+B&eacute;ziers. <i>Iwan</i><a name="FNanchor_32_32" id="FNanchor_32_32"></a><a href="#Footnote_32_32" class="fnanchor">[32]</a> est &agrave; la copie. Je ne passerai pas avant fin janvier
+ou commencement f&eacute;vrier.</p>
+
+<p>Mon p&egrave;re vous dit mille choses; moi, je vous serre la main de toute
+amiti&eacute;. &Agrave; bient&ocirc;t.</p>
+
+
+<p class="date">
+D&eacute;cembre 1865.<br />
+</p>
+
+<p>J'allais pr&eacute;cis&eacute;ment vous &eacute;crire. Je m'inqui&eacute;tais de vous, et votre
+lettre me cause une surprise extr&ecirc;me. Je n'ai re&ccedil;u aucune
+cantate<a name="FNanchor_33_33" id="FNanchor_33_33"></a><a href="#Footnote_33_33" class="fnanchor">[33]</a>!... Ce papier n'a pu s'&eacute;garer chez moi; on me remet tr&egrave;s
+fid&egrave;lement mes lettres. Je ne sais que penser. Je suis enchant&eacute; de vous
+savoir en bonne sant&eacute; et en bonnes dispositions de travail. Quelle bonne
+vie vous menez l&agrave;-bas! Que je voudrais &ecirc;tre &agrave; votre place! <i>Iwan</i> est
+encore retard&eacute;! le th&eacute;&acirc;tre Lyrique n'a pas le sou!... Envoyez-moi
+quelque chose. Je vous &eacute;crirai plus longuement un de ces jours. Je suis
+accabl&eacute; de besogne. Je ne sais o&ugrave; donner de la t&ecirc;te. Envoyez-moi du
+contre-point, de la composition, et &agrave; vous de tout c&#339;ur.</p>
+
+
+<p class="date">
+D&eacute;cembre 1865<a name="FNanchor_34_34" id="FNanchor_34_34"></a><a href="#Footnote_34_34" class="fnanchor">[34]</a>.<br />
+</p>
+
+<p>...<a name="FNanchor_35_35" id="FNanchor_35_35"></a><a href="#Footnote_35_35" class="fnanchor">[35]</a>Ne vous d&eacute;couragez pas. Tout cela chante bien; c'est bien &eacute;crit.
+Vous avez fait trop vite, ne vous doutant pas des pi&egrave;ges accumul&eacute;s sous
+chaque note. D&eacute;barrassez-vous de ce mal d'octaves. C'est curieux, rien
+de tout cela n'est bon, et cependant, il est &eacute;vident que c'est le
+travail d'un musicien. Quelquefois un travail correct est preuve
+d'&eacute;vidente incapacit&eacute;. Recommencez tout cela, et attention! Envoyez-moi
+d&egrave;s que ce sera pr&ecirc;t. J'ai fini avec le Lyrique. <i>Iwan</i> retir&eacute;. Je suis
+en pourparlers avec le Grand-Op&eacute;ra. Je vous tiendrai au courant.</p>
+
+<p class="ind">&Agrave; vous mille fois.</p>
+
+<p class="r top" style="font-size:95%;"><b>Fin d&eacute;cembre 1865 ou plut&ocirc;t janvier, peut-&ecirc;tre f&eacute;vrier 1866</b><a name="FNanchor_36_36" id="FNanchor_36_36"></a><a href="#Footnote_36_36" class="fnanchor">[36]</a>.<br />
+</p>
+
+<p>Bravo! Vite, un autre quatuor avec <i>scherzo</i> et du contre-point.
+Lancez-vous, inspirez-vous. Ce petit quatuor-l&agrave;, tout na&iuml;f qu'il est,
+est au-dessus de bien des gens qui se croient forts. Je suis ravi de
+vous voir en si bonne voie. Voil&agrave; un fameux pas de fait. Soignez-vous;
+ne lisez pas trop! Je voudrais bien avoir le temps d'ab&icirc;mer mes yeux sur
+Voltaire et Diderot. Rien de nouveau &agrave; l'Op&eacute;ra. Il faut attendre encore
+et intriguer toujours. Comme c'est amusant! Travaillez, et &agrave; vous de
+toute amiti&eacute;.</p>
+
+<p class="date">
+Fin mars ou avril 1866<a name="FNanchor_37_37" id="FNanchor_37_37"></a><a href="#Footnote_37_37" class="fnanchor">[37]</a>.<br />
+</p>
+
+<p>C'est en tr&egrave;s bonne voie. Venez: nous travaillerons. Vous supprimez
+trop souvent la tierce dans les accords parfaits. &Agrave; bient&ocirc;t, et mille
+fois &agrave; vous.</p>
+
+<p>Ma route a chang&eacute; de nom: 10, route des Cultures, rive gauche, au
+V&eacute;sinet, Seine-et-Oise<a name="FNanchor_38_38" id="FNanchor_38_38"></a><a href="#Footnote_38_38" class="fnanchor">[38]</a>. Tous les jours except&eacute; mardi et samedi.</p>
+
+<p class="date">
+Juillet 1866.<br />
+</p>
+
+<p class="ind">Cher ami,</p>
+
+<p>En plein <span class="smcap">xix</span><sup>e</sup> si&egrave;cle, lorsqu'une soci&eacute;t&eacute; soi-disant civilis&eacute;e tol&egrave;re,
+encourage m&ecirc;me les monstruosit&eacute;s b&ecirc;tes et inutiles, les odieux
+assassinats qui s'accomplissent sous nos yeux et auxquels notre belle
+Frrrrance va sans doute bient&ocirc;t prendre part<a name="FNanchor_39_39" id="FNanchor_39_39"></a><a href="#Footnote_39_39" class="fnanchor">[39]</a>, les hommes honn&ecirc;tes et
+intelligents doivent se rassembler, s'entendre, s'aimer, s'&eacute;clairer et
+plaindre les 999 milli&egrave;mes d'idiots, de filous, de banquiers, de raseurs
+dont notre pauvre terre est couverte!... Ce qui signifie, mon cher ami,
+que je serai toujours mille fois heureux de recevoir vos lettres, de
+resserrer les n&#339;uds de notre amiti&eacute; qui, j'esp&egrave;re, vous est aussi ch&egrave;re
+qu'&agrave; moi.</p>
+
+<p>Et d'abord, parlons de votre ami<a name="FNanchor_40_40" id="FNanchor_40_40"></a><a href="#Footnote_40_40" class="fnanchor">[40]</a>. J'ai vu M. de... qui m'a promis de
+ne pas choisir un secr&eacute;taire sans m'avoir pr&eacute;venu. Malheureusement, il
+n'est pas compl&egrave;tement d&eacute;cid&eacute; &agrave; reprendre un secr&eacute;taire. Il peut,
+dit-il, s'en passer. J'ai chaudement appuy&eacute;. Tout cela est vague, et je
+suis d&eacute;sol&eacute; de n'&ecirc;tre pas un monsieur tr&egrave;s influent au risque d'avoir
+quelques d&eacute;corations &eacute;trang&egrave;res. Dites &agrave; G. que je pense continuellement
+&agrave; vous, c'est-&agrave;-dire &agrave; lui. Si je vois poindre quelque chose, je
+marcherai imm&eacute;diatement. Quant &agrave; <i>l'int&eacute;r&ecirc;t</i> que je prends &agrave; cette
+affaire, dites, ou plut&ocirc;t ne dites pas au tuteur-m&eacute;c&egrave;ne, que j'entends
+le rendre tellement exorbitant qu'il n'en a, lui, le cher homme, jamais
+r&ecirc;v&eacute; de pareil pour ses capitaux. C'est un 400 p. 100 qui se nomme le
+plaisir d'&ecirc;tre bon &agrave; quelqu'un et &agrave; quelque chose... D&eacute;cid&eacute;ment la
+culture des &eacute;cus d&eacute;traque le c&#339;ur et la cervelle. J'aime mieux mes
+fraises<a name="FNanchor_41_41" id="FNanchor_41_41"></a><a href="#Footnote_41_41" class="fnanchor">[41]</a>, mes ennuis et mes cr&eacute;anciers. Consolez G. T&acirc;chez de lui
+faire prendre patience. Je ne vois rien, et croyez que cela me chagrine
+s&eacute;rieusement.</p>
+
+<p>Votre aventure au mus&eacute;e nous a fait rire aux larmes, Guiraud<a name="FNanchor_42_42" id="FNanchor_42_42"></a><a href="#Footnote_42_42" class="fnanchor">[42]</a> et moi.
+Mille remerciements de tous deux et tenez-nous au courant de vos m&#339;urs
+provinciales.</p>
+
+<p>J'ai sign&eacute; mon trait&eacute;<a name="FNanchor_43_43" id="FNanchor_43_43"></a><a href="#Footnote_43_43" class="fnanchor">[43]</a>. Je dois avoir mon premier acte lundi. Ma
+symphonie<a name="FNanchor_44_44" id="FNanchor_44_44"></a><a href="#Footnote_44_44" class="fnanchor">[44]</a> est toujours inachev&eacute;e. Il est vrai que j'ai &agrave; composer
+des m&eacute;lodies pour Choudens. Je vous enverrai tout cela d&egrave;s que ce sera
+publi&eacute;<a name="FNanchor_45_45" id="FNanchor_45_45"></a><a href="#Footnote_45_45" class="fnanchor">[45]</a>. Tout en achevant mes travaux d'&eacute;diteurs et en commen&ccedil;ant ma
+<i>Jolie Fille de Perth</i>, je vais terminer ma symphonie pour laquelle j'ai
+un faible marqu&eacute;, bien qu'elle me fasse endiabler.</p>
+
+<p>Que faites-vous? Travaillez-vous? Il faut faire une bonne ann&eacute;e de
+travail. Profitez de votre tranquillit&eacute;. Si M. de Bismarck, aid&eacute; du
+chol&eacute;ra, son digne coll&egrave;gue en chair-&agrave;-p&acirc;t&eacute;, nous fait rater
+l'exposition, nous retire nos &eacute;l&egrave;ves, nos &eacute;diteurs, notre pain, en un
+mot, j'irai vous demander asile et philosopher quelques semaines avec
+vous l'ann&eacute;e prochaine, car, pour cette ann&eacute;e, h&eacute;las! je vois bien qu'il
+n'y faut pas penser. &Agrave; bient&ocirc;t, cher, &eacute;crivez-moi, et croyez-moi
+toujours votre ami de toute sympathie, de toute affection et du meilleur
+de mon c&#339;ur.</p>
+
+<p>Envoyez-moi de la besogne. Mille amiti&eacute;s de mon p&egrave;re.</p>
+
+<p>L&eacute;cuyer arrive demain.</p>
+
+<p class="date">
+Juillet 1866.</p>
+
+<p>Tr&egrave;s bien, cher ami, je suis tr&egrave;s content de votre travail. Faites
+encore quelques noires sur blanches et continuez. Pas de frottements,
+pas d'unissons, que tout cela ait l'air facile. C'est l&agrave; la v&eacute;ritable
+difficult&eacute;.</p>
+
+<p>Je suis, cher ami, accabl&eacute; de besogne: symphonie, op&eacute;ra, courses,
+affaires, ennuis, etc. J'ai termin&eacute; ma symphonie. Je commence la <i>Jolie
+Fille</i>. La pi&egrave;ce sera jolie, je l'esp&egrave;re, mais quels vers!... c'est
+toujours comme dans le <i>Val d'Andorre</i>:</p>
+
+<p>
+<br />
+<span style="margin-left: 15%;">Dans cette ferme hospitali&egrave;re</span><br />
+<span style="margin-left: 10%;">Nous trouverons, j'en suis <i>certain</i>,</span><br />
+<span style="margin-left: 15%;"><i>Peut-&ecirc;tre</i> une aimable meuni&egrave;re<a name="FNanchor_46_46" id="FNanchor_46_46"></a><a href="#Footnote_46_46" class="fnanchor">[46]</a></span><br />
+<span style="margin-left: 15%;">Mais <i>&agrave; coup s&ucirc;r</i> d'excellent vin.</span><br />
+<br />
+</p>
+
+<p>&Agrave; propos d'excellent vin, le v&ocirc;tre fait la joie de tous mes amis, y
+compris L&eacute;cuyer et Guiraud qui vous envoient mille amiti&eacute;s. Ce vin-l&agrave;
+sent le soleil! C'est fameux! Je ne vois rien &agrave; l'horizon pour G. H&eacute;las!
+cher ami, les hommes deviennent de plus en plus &eacute;go&iuml;stes. Depuis votre
+d&eacute;part, cela marche encore mieux! J'ai des amis tr&egrave;s atteints par la
+crise financi&egrave;re. La hausse de l'Italien a fait perdre beaucoup
+d'argent! Il est, para&icirc;t-il, f&acirc;cheux que l'Italie ne banqueroute pas un
+brin. Je ne comprends rien &agrave; ce syst&egrave;me. Du reste, on m'affirme que
+c'est tr&egrave;s clair... On parle d'armistice, de paix. Nous aurons
+l'exposition. On jouera peut-&ecirc;tre la <i>Jolie Fille</i>. Esp&eacute;rons.&mdash;Dites &agrave;
+G. que je suis bien sensible &agrave; son affection. C'est tr&egrave;s partag&eacute; de mon
+c&ocirc;t&eacute;; je serai heureux de le voir. Peut-&ecirc;tre sa pr&eacute;sence nous aidera &agrave;
+trouver enfin un coin quelconque. &Eacute;crivez-moi de longues lettres.
+Travaillez bien sans vous fatiguer et croyez-moi votre ami d&eacute;vou&eacute;.</p>
+
+<p>Mon p&egrave;re vous fait mille compliments bien affectueux.</p>
+
+<p class="date">
+Ao&ucirc;t 1866.<br />
+</p>
+
+<p>Bon! cela marche. Faites encore quelques contre-points de cette esp&egrave;ce,
+mais en attaquant les syncopes. Marchez, marchez, et envoyez-moi de la
+besogne plus souvent.</p>
+
+<p>J'ai sur...<a name="FNanchor_47_47" id="FNanchor_47_47"></a><a href="#Footnote_47_47" class="fnanchor">[47]</a> 320 pages d'&eacute;preuves &agrave; corriger, ma <i>Fille de Perth</i>
+dont je suis assez content, mais qui me donne un mal de chien. C'est ce
+qui excuse la bri&egrave;vet&eacute; de cette lettre.</p>
+
+<p>Ah! premi&egrave;re des <i>P&ecirc;cheurs</i>, le 30 septembre 1863<a name="FNanchor_48_48" id="FNanchor_48_48"></a><a href="#Footnote_48_48" class="fnanchor">[48]</a>.</p>
+
+<p>&Eacute;crivez-moi plus souvent; vous devez avoir le temps de causer avec moi.
+Ma <i>Fille de Perth</i> ressemble peu au roman. C'est une pi&egrave;ce &agrave; effet,
+mais les types sont trop peu accentu&eacute;s. Je r&eacute;parerai, j'esp&egrave;re, cette
+faute. Il y a des vers...</p>
+
+<p>Tenez au hasard:</p>
+
+<table summary="drama" cellspacing="5" cellpadding="5">
+<tr>
+<td align="center" class="smcap">
+cath.<a name="FNanchor_49_49" id="FNanchor_49_49"></a><a href="#Footnote_49_49" class="fnanchor">[49]</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+Ainsi donc, plus de jalousie!
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td align="center" class="smcap">
+sm.<a name="FNanchor_50_50" id="FNanchor_50_50"></a><a href="#Footnote_50_50" class="fnanchor">[50]</a>
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+Et vous plus de coquetterie!
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td align="center" class="smcap">
+cath. &nbsp; &nbsp;
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+C'est convenu!
+</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td align="center" class="smcap">
+sm. &nbsp; &nbsp;</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>
+C'est entendu!<br />
+Ah! d&eacute;sormais le bonheur m'est rendu!
+</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>ou bien:</p>
+
+<table summary="drama1" cellspacing="5" cellpadding="5">
+<tr>
+<td>
+Quelle est encor cette aventure?<br />
+Nous n'en sortirons pas, vraiment!<br />
+Je n'y comprends rien! mais je jure &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br />
+Que l'ami Smith est innocent!
+</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p><i>L'ami Smith</i> est d&eacute;licieux.</p>
+
+<p>Enfin, il faut travailler l&agrave;-dessus. Je ne me sers pas des paroles pour
+composer; je ne trouverais pas une note!</p>
+
+<p>Gounod, officier de la L&eacute;gion d'honneur. &Agrave; bient&ocirc;t, je vous embrasse de
+tout mon c&#339;ur.</p>
+
+<p>&Agrave; G., mille amiti&eacute;s.</p>
+
+<p class="sign">
+Votre ami.
+</p>
+
+<p class="date">
+Septembre 1866.
+</p>
+
+<p class="ind">Cher ami,</p>
+
+<p>J'ai &eacute;t&eacute; bien long &agrave; vous r&eacute;pondre. Mon temps est d&eacute;vor&eacute; par le travail.
+Mes 320 pages d'&eacute;preuves sont corrig&eacute;es et remplac&eacute;es par d'autres; il
+n'y a pas de fin! J'ai termin&eacute; le premier acte de la <i>Jolie Fille</i>. &Agrave;
+propos du roman de Walter Scott, il faut que je vous avoue mon h&eacute;r&eacute;sie.
+Je le trouve d&eacute;testable. Entendons-nous: c'est un d&eacute;testable roman, mais
+c'est un livre excellent. M. Ponrail du Tesson, chevalier de la L. d'h.,
+arrivera peut-&ecirc;tre &agrave; faire un bon roman, mais il ne fera jamais que des
+livres m&eacute;prisables. Vous me comprenez: je veux seulement excuser
+Saint-Georges de n'avoir pas suivi l'intrigue du romancier anglais.
+Comme vous prenez part &agrave; ce qui m'int&eacute;resse, que vous &ecirc;tes r&eacute;ellement
+mon ami, je ne crains pas de vous ennuyer en vous contant bri&egrave;vement mon
+sc&eacute;nario:</p>
+
+
+<table summary="drama3" cellspacing="0" cellpadding="2">
+<tr><td colspan="2" align="center">PERSONNAGES<br />&nbsp;</td></tr>
+<tr><td><span class="smcap">Smith</span></td><td>armurier, t&eacute;nor.</td></tr>
+<tr><td><span class="smcap">Le duc de Rothsay</span></td><td>baryton.</td></tr>
+<tr><td><span class="smcap">Glover </span></td><td>gantier.</td></tr>
+<tr><td><span class="smcap">Catherine</span></td><td>sa fille.</td></tr>
+<tr><td><span class="smcap">Ralph</span></td><td>montagnard, apprenti chez Glover.</td></tr>
+<tr><td><span class="smcap">Mab</span></td><td>&nbsp;</td></tr>
+</table>
+<p>reine de Boh&ecirc;me, dit Saint-Georges; moi, je dis: reine des Boh&eacute;miens.</p>
+<table summary="drama4" cellspacing="5" cellpadding="5" style="font-size:95%;">
+<tr>
+<td align="center">
+ACTE PREMIER
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="center">
+<i>L'atelier de Smith. Ameublement</i> ad hoc.
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="center"><br />
+SC&Egrave;NE PREMI&Egrave;RE
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="center">
+<span class="smcap">Les forgerons</span> <i>au travail</i>.
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="center" class="smcap">
+ch&oelig;ur
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="center">
+Travaillons et forgeons, etc.
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="right">
+<i>Survient Smith.</i>
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="center">
+SM: Amis, ce soir carnaval. Amusez-vous; votre t&acirc;che est finie, etc.
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="right">
+<i>Exeunt les forgerons.</i>
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="center"><br />
+SC&Egrave;NE II
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="center">
+<span class="smcap">smith</span> <i>seul.</i>
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>
+Me voil&agrave; seul avec mon amour &agrave; Catherine. Pourquoi ne veux-tu pas
+m'aimer? Pourquoi n'ob&eacute;is-tu pas &agrave; ton p&egrave;re qui me veut pour gendre?
+etc.
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="center">
+<i>R&eacute;cit et romance.</i>
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>
+<i>Bruit au dehors.</i> SM: Qu'entends-je?... des cris. Je crois qu'on
+insulte une femme. Courons.
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>
+<i>Il prend une hache et se dispose &agrave; sortir lorsque Mab se pr&eacute;cipite.</i>
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="center"><br />
+SC&Egrave;NE III
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>
+<span class="smcap">Mab</span>: Secourez-moi. Je meurs d'effroi; de jeunes seigneurs ont voulu
+m'embrasser &agrave; votre porte. <span class="smcap">Sm.</span>: Ne craignez rien. Vous &ecirc;tes chez moi.
+<span class="smcap">Mab</span>: Merci. Mais &agrave; mon tour laissez-moi vous rendre service. Donnez-moi
+votre main, et je vous dirai votre destin futur. <span class="smcap">Sm</span>: Ma pauvre enfant,
+tu perds ton temps, je ne crois pas aux sorciers. <span class="smcap">Mab</span>, <i>prenant la main
+de Sm</i>: Vous &ecirc;tes amoureux d'une coquette qui vous fait mourir de
+jalousie, mais je vous affirme qu'elle vous aime. Ne craignez rien de
+Ralph; il l'aime, mais elle n'aime que vous, et tenez, pour vous faire
+respecter mon art magique, dans un instant Simon Glover viendra avec sa
+fille et son apprenti vous demander &agrave; souper. <span class="smcap">Sm.</span>: Est-il
+possible?&mdash;Ensemble, etc. (<i>On frappe au dehors.</i>) <span class="smcap">Mab</span>: Ce sont eux.
+<span class="smcap">Sm:</span>: Mais, j'y pense, Catherine est jalouse. Cache-toi, l&agrave;, dans cette
+chambre. (<i>Mab se cache.</i>)
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="center"><br />
+SC&Egrave;NE IV
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="center" class="smcap">
+smith, glover, cath., ralph.
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>
+<span class="smcap">Les arrivants</span>: C'est aujourd'hui carnaval et nous venons nous r&eacute;unir
+chez un ami. <span class="smcap">Sm</span>: Soyez les bienvenus. Belle Catherine, merci. <span class="smcap">Ralph</span>,
+<i>sombre</i>: Que se disent-ils tous les deux? <span class="smcap">Glover</span>: Nous souperons chez
+toi, mais j'ai peu de confiance en ta cuisine. Par ce mauvais temps, il
+faut bien boire et bien manger. Je t'ai donc apport&eacute; des vins. <span class="smcap">Cath</span>: Fi
+donc! Peut-on penser &agrave; de semblables d&eacute;tails? Le carnaval nous garde
+d'autres plaisirs. Ici <i>Air de bravoure</i>: De gr&acirc;ce, etc., sur <i>les
+plaisirs du carnaval</i>. <span class="smcap">Glover</span>, <i>apr&egrave;s l'air</i>: Tout cela est fort joli,
+mais j'aime mieux un bon souper. Ralph, viens avec moi; je veux
+surveiller les appr&ecirc;ts du repas. <span class="smcap">Ralph</span>, <i>maussade</i>: Je suis votre
+apprenti, mais je ne suis pas cuisinier, du reste, j'aper&ccedil;ois pr&egrave;s de la
+porte l'inconnu qui suivait tout &agrave; l'heure Catherine. <span class="smcap">Sm</span>, <i>avec col&egrave;re</i>:
+Mon bras est le plus fort du canton et je n'ai pas besoin de vous pour
+la d&eacute;fendre. <span class="smcap">Ralph</span>: Mais... <span class="smcap">Cath</span>: Assez!... <span class="smcap">Glover</span>: Viens ou je te
+chasse. <span class="smcap">Ralph</span>: Les laisser seuls! H&eacute;las! mais je me vengerai.
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="right">
+<i>Ils sortent.</i>
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="center"><br />
+SC&Egrave;NE V
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="center" class="smcap">
+cath. sm.
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>
+<span class="smcap">Sm</span>: C'est bient&ocirc;t la Saint-Valentin. Laissez-moi vous offrir cette
+fleur. (<i>Une rose d'or &eacute;maill&eacute;.</i>) <span class="smcap">Cath</span>: Mais c'est tricher que
+d'accepter d'avance un pr&eacute;sent. <span class="smcap">Sm</span>: Consentez &agrave; notre mariage. <span class="smcap">Cath</span>:
+Nous verrons! <span class="smcap">Sm</span>: Je vous aime... Ici, un duo d'amour...<i>sans
+cabalette</i>.
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="center"><br />
+SC&Egrave;NE VI
+</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>
+<span class="smcap">Un &eacute;tranger</span> <i>couvert d'un manteau</i>: C'est ici que la belle est entr&eacute;e...
+La voici. <span class="smcap">Sm</span>: Que voulez-vous?... Faire redresser mon poignard que j'ai
+fauss&eacute; dans le bras d'un manant. <span class="smcap">Sm</span>. <i>se met &agrave; l'ouvrage furieux.
+L'&eacute;tranger, qui n'est autre que le duc, fait la cour &agrave; Catherine. Sm.
+interrompt la conversation en frappant violemment sur son enclume.
+Catherine, qui n'&eacute;tait pas f&acirc;ch&eacute;e de donner une le&ccedil;on de patience &agrave;
+Smith, finit par trouver le duc un peu entreprenant. Smith, qui n'entend
+plus et qui bout de jalousie, redescend la sc&egrave;ne, et, voyant le duc qui
+veut<span class='pagenum'><a name="Page_74" id="Page_74">[74]</a></span> embrasser la main de Catherine, il l&egrave;ve sur lui son marteau, mais
+la Boh&eacute;mienne a suivi cette sc&egrave;ne de la chambre o&ugrave; elle &eacute;tait cach&eacute;e,
+elle s'&eacute;lance au-devant de Smith en poussant un cri. Catherine et le
+duc, qui n'ont pas vu le mouvement de Smith, se retournent en entendant
+ce cri</i>! <i>Coup de th&eacute;&acirc;tre. Quatuor.</i> (L'effet de l'acte, je crois.)
+<i>Catherine, furieuse, ne veut pas entendre les explications de Smith.
+Glover revient en chantant et suivi de Ralph qui porte une table servie.
+Il ne comprend rien &agrave; la col&egrave;re de sa fille. Il se met &agrave; table. Mab
+agace le duc dont elle est &eacute;prise. Smith se d&eacute;sole. Catherine boude. Le
+duc sort en riant.</i> Le rideau baisse.
+</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p class="top">Voil&agrave; mon premier acte, tr&egrave;s mal racont&eacute;. Je suis content de la musique.
+Je crois avoir bien &eacute;tabli mes types. Le <i>Ralph</i> est bien venu. Il
+deviendra tr&egrave;s important au deuxi&egrave;me acte. Je suis tr&egrave;s satisfait du
+deuxi&egrave;me acte auquel je travaille et que je vous raconterai dans ma
+prochaine lettre.</p>
+
+<p>Je ne vais plus &agrave; Paris<a name="FNanchor_51_51" id="FNanchor_51_51"></a><a href="#Footnote_51_51" class="fnanchor">[51]</a>. Je suis tout au travail. Et vous, que
+faites-vous? Vous ne contre-pointez pas assez, et je me plains de ne pas
+avoir de vos nouvelles.</p>
+
+<p>Vos maximes sont charmantes. D&egrave;s mon retour &agrave; Paris, je veux lire le
+livre de Taine dont on m'a dit beaucoup de bien. Taine est...
+&eacute;videmment l'esprit le plus fort, parce qu'il est le plus sain, de notre
+&eacute;poque.</p>
+
+<p>&Agrave; bient&ocirc;t. Je vous prie, mille amiti&eacute;s &agrave; G., et &agrave; vous ma meilleure, ma
+plus vive affection.</p>
+
+<p class="date">
+Septembre 1866.<br />
+</p>
+
+<p>Bravo! c'est tr&egrave;s bon. Continuez. Dans votre contre-point en syncopes,
+pr&eacute;occupez-vous, avant toute chose, de la qualit&eacute; de vos syncopes. Des
+dissonances tant que vous pourrez. Ne brisez les syncopes qu'en cas de
+n&eacute;cessit&eacute; absolue. Cependant, entre un contre-point en syncopes faibles
+sans brisure et un contre-point en syncopes dissonantes mais bris&eacute;es une
+ou deux fois, il ne faut pas h&eacute;siter. Des dissonances avant tout.</p>
+
+<p>Cher ami, si vous veniez comme moi d'orchestrer une ignoble valse pour
+X..., vous b&eacute;niriez les travaux de la campagne! Croyez bien que c'est
+enrageant d'interrompre pendant deux jours mon travail ch&eacute;ri pour &eacute;crire
+des solos de piston. Il faut vivre!... Je me suis veng&eacute;. J'ai fait cet
+orchestre plus canaille que nature. Le piston y pousse des hurlements de
+bastringue borgne, l'ophicl&eacute;ide et la grosse caisse marquent
+agr&eacute;ablement le 1<sup>er</sup> temps avec le trombone basse et les violoncelles
+et contre-basses, tandis que le 2<sup>e</sup> et le 3<sup>e</sup> temps sont assomm&eacute;s
+par les cors, les altos, les 2<sup>es</sup> violons, les deux 1<sup>ers</sup> trombones
+et le tambour! oui, le tambour!... Si vous voyiez la partie d'alto!
+Tenez, c'est ainsi tout le temps:</p>
+
+<p class="c"><img src="images/009.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+
+<p>Dix pages ainsi. Il y a des malheureux qui passent leur existence &agrave;
+ex&eacute;cuter ces machines-l&agrave;!... Horrible!... Ils peuvent penser &agrave; autre
+chose, si toutefois ils peuvent encore penser! Ils en sont quittes pour
+faire</p>
+<p class="c"><img src="images/010.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+
+
+<p class="nind">lorsqu'il y a</p>
+
+<p class="c"><img src="images/011.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+
+
+<p class="nind">et <i>vice versa</i>. Mais qu'importe!...</p>
+
+<p>Votre pauvre G. me d&eacute;sole. Je comprends toute la tristesse de sa
+situation et voudrais pour beaucoup pouvoir lui &ecirc;tre bon &agrave; quelque
+chose. Quel temps de b&ecirc;tise et d'&eacute;go&iuml;sme!</p>
+
+<p>Je travaille &eacute;norm&eacute;ment. Je viens de faire au galop six m&eacute;lodies pour
+Heugel. Je crois que vous n'en serez pas m&eacute;content. J'ai bien choisi mes
+paroles: les <i>Adieux &agrave; Suzon</i> d'<i>A. de Musset</i>; <i>&Agrave; une fleur</i>, du
+<i>m&ecirc;me</i>, le <i>Grillon</i> de <i>Lamartine</i> (un peu Saint-Georges), un adorable
+<i>Sonnet</i> de <i>Ronsard</i>, une petite mi&egrave;vrerie gracieuse de <i>Millevoye</i>, et
+une folle guitare de <i>Hugo</i>.</p>
+
+<p>Je n'ai pas supprim&eacute; une strophe, j'ai tout mis. Ce n'est pas aux
+musiciens &agrave; mutiler les po&egrave;tes.</p>
+
+<p>Mon op&eacute;ra, ma symphonie, tout est en train. Quand finirai-je? Dieu! que
+c'est long, mais comme c'est amusant! Je me mets &agrave; adorer le travail! Je
+ne vais plus qu'une fois par semaine &agrave; Paris<a name="FNanchor_52_52" id="FNanchor_52_52"></a><a href="#Footnote_52_52" class="fnanchor">[52]</a>, j'y fais mes affaires
+strictement, et je reviens au galop.</p>
+
+<p>Je ne me reconnais plus! Je deviens sage! Je suis si bien chez moi, &agrave;
+l'abri des raseurs, des fl&acirc;neurs, des diseurs de rien, du monde enfin,
+h&eacute;las! Je ne lis plus les journaux. Bismarck m'ennuie. L'exposition
+approche. Venez un peu. Nous nous prom&egrave;nerons ensemble, et nous ferons
+d'amusantes observations. Il y aura de quoi philosopher. Si G... est de
+la partie, j'en serai ravi! J'ai id&eacute;e qu'avec lui et Guiraud, nous
+formerions un assez joli quatuor!... R&ecirc;ves, projets! C'est mieux que
+r&eacute;alit&eacute;. Allons, ne vous d&eacute;solez pas; prenez courage. Votre contre-point
+va &agrave; merveille. D&egrave;s que vous pourrez composer, faites-le.</p>
+
+<p>&Agrave; bient&ocirc;t, et toujours votre ami de tout le meilleur de mon c&#339;ur.</p>
+
+<p class="date">
+Octobre 1866.<br />
+</p>
+
+<p>Vous &ecirc;tes deux amours. J'ai &eacute;t&eacute; profond&eacute;ment touch&eacute; de cette marque de
+confiance et d'affection. J'ai lu et relu votre journal. Il est
+charmant, d'un d&eacute;cousu... adorable, en ce qu'il peint &agrave; merveille l'&eacute;tat
+de vos &acirc;mes durant cette promenade si jeune, si fantaisiste, si pleine
+de caprice, d'impr&eacute;vu, de douce... j'ai presque envie de dire de triste
+gaiet&eacute;... Vous m'avez rajeuni. Ne riez pas. Vous m'avez rappel&eacute; mes
+courses &agrave; travers l'Apennin. Vous avez, cependant, sur moi, une grande
+sup&eacute;riorit&eacute;... Vous le savez bien, brigands que vous &ecirc;tes... et si votre
+bon c&#339;ur n'adoucissait votre rigidit&eacute;, vous m'&eacute;craseriez de toute votre
+philosophie qui n'a jamais failli... et qui ne faillira jamais... je le
+d&eacute;sire... je le souhaite, mes amis, de tout mon c&#339;ur... Edmond me
+raille... Dieu me pardonne... sur ma sagesse... tardive... et non
+d&eacute;finitive... peut-&ecirc;tre!... Certes, vous &ecirc;tes heureux... et si je
+pouvais recommencer... Eh bien, non... je mens... Il ne faut jamais &ecirc;tre
+ingrat... m&ecirc;me envers le mal... et puis, n'en d&eacute;plaise &agrave; mon grave
+Edmond, <i>le compl&eacute;ment de la nature</i> des sexes comporte avec lui <i>le
+contact de deux &eacute;pidermes</i>... Sors de l&agrave;, mon brave homme... Chamfort
+&eacute;tait un brutal... Soit! mais sa proposition mat&eacute;rialiste n'est pas m&ecirc;me
+un paradoxe... Je ne d&eacute;fends pas Chamfort... je ne l'aime pas... Je suis
+artiste!&mdash;N'exag&eacute;rons rien, mes amis... soyons flexibles... La v&eacute;rit&eacute;
+est belle... elle est m&ecirc;me la source de toutes les beaut&eacute;s absolues...
+politiques, artistiques, philosophiques, plastiques... mais, croyez-moi,
+il est de par le monde de bien charmantes erreurs!... Galabert
+s'indigne!... mais je soup&ccedil;onne G. d'&ecirc;tre plus indulgent... J'ai bien
+compris tout ce que vous me dites touchant la religion. Je suis de votre
+avis, mais voyons, ne soyons pas injustes. Nous sommes d'accord sur un
+principe que l'on peut, je crois, formuler ainsi: La religion est pour
+le fort un moyen d'exploitation contre le faible; la religion est le
+manteau de l'ambition, de l'injustice, du vice. Ce progr&egrave;s dont vous
+parlez, ce progr&egrave;s marche, lentement mais s&ucirc;rement; il d&eacute;truit peu &agrave; peu
+toutes les superstitions. La v&eacute;rit&eacute; se d&eacute;gage, la science se vulgarise,
+la religion est &eacute;branl&eacute;e; elle tombera bient&ocirc;t, dans quelques si&egrave;cles,
+c'est-&agrave;-dire demain. Ce sera bon alors, mais n'oublions pas que cette
+religion, dont vous pouvez vous passer, vous, moi et quelques autres, a
+&eacute;t&eacute; l'admirable instrument du progr&egrave;s; c'est elle, surtout la
+catholique, qui nous a enseign&eacute; les pr&eacute;ceptes qui nous permettent de
+nous passer d'elle aujourd'hui. Enfants ingrats, nous meurtrissons le
+sein qui nous a nourris, parce que la nourriture qu'il nous donne
+aujourd'hui n'est plus digne de nous; nous m&eacute;prisons cette fausse clart&eacute;
+qui a pourtant accoutum&eacute; peu &agrave; peu nos yeux &agrave; regarder la lumi&egrave;re. Sans
+elle, nous &eacute;tions aveugles d&egrave;s le berceau, &agrave; jamais!... Croyez-vous
+qu'un admirable imposteur comme Mo&iuml;se n'ait pas fait faire un formidable
+pas &agrave; la philosophie, par cons&eacute;quent &agrave; l'humanit&eacute;? Voyez cette sublime
+absurdit&eacute; qui s'appelle la Bible! N'est-il pas facile de d&eacute;gager de ce
+splendide fatras la plupart des v&eacute;rit&eacute;s que nous connaissons
+aujourd'hui? Il fallait les habiller, &agrave; cette &eacute;poque, des costumes du
+temps, il fallait leur faire endosser la livr&eacute;e de l'erreur, du
+mensonge, de l'imposture. Le dogme, la religion ont eu sur l'homme une
+influence heureuse, d&eacute;cisive. Que si vous m'objectez les pers&eacute;cutions,
+les crimes, les infamies qui ont &eacute;t&eacute; commises en son nom, je vous
+r&eacute;pondrai que l'humanit&eacute; s'est br&ucirc;l&eacute; les doigts au flambeau. Des
+millions d'hommes &eacute;gorg&eacute;s par d'autres hommes, une goutte d'eau dans la
+mer, rien!... L'homme n'est pas encore assez fort pour s'amputer de la
+croyance, sans doute. C'est triste, mais qu'y faire? La religion, c'est
+un gendarme. Nous nous en passerons des gendarmes et des juges aussi,
+plus tard. Nous avons d&eacute;j&agrave; fait un grand pas, puisque ce gendarme nous
+suffit presque. Demandez &agrave; la soci&eacute;t&eacute; ce qu'elle pr&eacute;f&egrave;re, ou de se
+passer d'&eacute;v&ecirc;ques, ou de gendarmes. Mettez-la en demeure de se prononcer,
+faites voter, et vous verrez quelle majorit&eacute; en faveur du gendarme! Le
+tricorne est assez puissant aujourd'hui pour contenir les mauvaises
+passions. Le tricorne n'aurait fait aucun effet sur les H&eacute;breux qui ne
+savaient nullement ce que c'est que la philosophie. Il fallait des
+autels, des Sina&iuml; avec feux de bengale, etc. Il fallait parler aux yeux;
+plus tard, il a suffi de parler &agrave; l'imagination. Tout &agrave; l'heure, nous
+n'aurons plus affaire qu'&agrave; la raison... Je crois que tout l'avenir
+appartient aux perfectionnements de notre contrat social (auquel on
+m&ecirc;le toujours si b&ecirc;tement la politique). La soci&eacute;t&eacute; perfectionn&eacute;e, plus
+d'injustices, donc plus de m&eacute;contents, donc plus d'attentat contre le
+pacte social, plus de pr&ecirc;tres, plus de gendarmes, plus de crimes, plus
+d'adult&egrave;res, plus de prostitution, plus d'&eacute;motions vives, plus de
+passions, attendez... plus de musique, plus de po&eacute;sie, plus de l&eacute;gion
+d'honneur, plus de presse (ah! bravo, par exemple), plus de th&eacute;&acirc;tre
+surtout, plus d'erreur, donc plus d'art! Au diable! aussi, c'est votre
+faute. Mais malheureux que vous &ecirc;tes, votre progr&egrave;s in&eacute;vitable,
+implacable, tue l'art! Mon pauvre art!... Galabert est furieux, il n'en
+croit rien, j'en suis s&ucirc;r! Les soci&eacute;t&eacute;s les plus infect&eacute;es de
+susperstitions ont &eacute;t&eacute; les grandes promotrices de l'art: l'&Eacute;gypte, son
+architecture; la Gr&egrave;ce, sa plastique; la Renaissance, Rapha&euml;l, Phidias,
+Mozart, Beethoven, V&eacute;ron&egrave;se, Weber, des fous! Le fantastique, l'enfer,
+le paradis, les Djinns, les fant&ocirc;mes, les revenants, les P&eacute;ris, voil&agrave; le
+domaine de l'art! Ah! prouvez-moi que nous aurons l'art de la raison, de
+la v&eacute;rit&eacute;, de l'exactitude, et je passe dans votre camp avec armes et
+bagages. Mais j'ai beau chercher... je ne vois rien... que Roland &agrave;
+Roncevaux! Pas assez! et encore, il y a un &eacute;v&ecirc;que, l'olifant, etc. Comme
+musicien, je vous d&eacute;clare que si vous supprimez l'adult&egrave;re, le
+fanatisme, le crime, l'erreur, le surnaturel, il n'y a plus moyen
+d'&eacute;crire une note. Parbleu, l'art a bien sa philosophie! mais il faut un
+peu &eacute;corcher le sens des mots pour le d&eacute;finir... <i>Science de la
+sagesse...</i> C'est bien cela, except&eacute; que c'est tout le contraire! Tenez,
+je suis un pi&egrave;tre philosophe (vous le voyez bien) eh bien, je vous
+assure que je ferais de meilleure musique si je croyais &agrave; tout ce qui
+n'est pas vrai! Bref, r&eacute;sumons-nous: l'art d&eacute;gringole &agrave; mesure que la
+raison avance. Vous ne croyez pas... <i>c'est vrai</i>, pourtant! Faites-moi
+donc, un Hom&egrave;re, un Dante, aujourd'hui. Avec quoi? L'imagination vit de
+chim&egrave;res, de visions. Vous me supprimez les chim&egrave;res, bonsoir
+l'imagination! Plus d'art! La science partout! Que si vous me dites <i>o&ugrave;
+est le mal</i>? je vous l&acirc;che et je ne discute plus, <i>parce que vous avez
+raison</i>! Mais c'est &eacute;gal, c'est dommage, bien dommage... Les lettres se
+sauveront par la philosophie. On aura des Voltaire. C'est consolant,
+mais nous aurons des Jean-Jacques quand m&ecirc;me, car vous ne changerez pas
+la mati&egrave;re dont l'homme est p&eacute;tri, et j'ai horreur de ce salmigondis de
+vice, de sentimentalit&eacute;, de philosophie et de g&eacute;nie qui produit un
+Rousseau. Veau &agrave; trois t&ecirc;tes... homme &agrave; trente-six faces... Pouah! n'en
+parlons plus!... Un hyst&eacute;rique, cynique, hypocrite, r&eacute;publicain et
+sensible par-dessus le march&eacute;! George Sand l'imite; terrible ch&acirc;timent!
+(Entre nous, Robespierre m'est bien plus sympathique, quoique presque
+sans talent)... Ouf!... Je ne me relirai pas, car si je me relisais, je
+ne vous enverrais pas ce galimatias, et j'y perdrais la col&egrave;re d'Edmond!
+Avec tout cela, vous avez regard&eacute; la petite bonne. Ch&egrave;re petite bonne!
+elle est bien gentille dans votre lettre. Je la vois d'ici, accorte,
+proprette, le nez retrouss&eacute;, les joues roses, les mains un peu
+calleuses, n'est-ce pas? c'est ennuyeux, mais baste! &agrave; la montagne! Oui,
+je la vois. Je vous avoue m&ecirc;me (tout bas) que je laisse Edmond se
+retourner pour ne pas voir la petite s'habiller, simplement pour &eacute;viter
+un mouvement giratoire qui contrarie ma paresse. Allons, bon, je suis
+puni de ma curiosit&eacute;. Elle a les bas sales, la ch&egrave;re petite, m&ecirc;me avant
+de les mettre... Un peu de r&eacute;alisme, maintenant. Je ne peux pas
+accrocher votre juste milieu!... Cela me fait du bien de vous &eacute;crire,
+tout comme si je vous relisais. Vous m'avez arrach&eacute; &agrave; une diable de
+chanson &agrave; boire<a name="FNanchor_53_53" id="FNanchor_53_53"></a><a href="#Footnote_53_53" class="fnanchor">[53]</a>, qui ne venait pas. Elle est trouv&eacute;e, maintenant; je
+vous la dois... Votre lettre m'arrive de Marseille. Affaire
+d'inondations. Guerre, chol&eacute;ra, inondations, c'est du propre! Je ne
+quitte pas mon V&eacute;sinet et ne puis vous envoyer un peu d'esprit de Paris.
+Cela vous est &eacute;gal et vous avez bien raison.</p>
+
+<p>Pardonnez-moi cependant de vous envoyer un mot du parterre du Vaudeville
+&agrave; la premi&egrave;re repr&eacute;sentation du..., de M... Au moment o&ugrave; Saint-Germain
+prof&eacute;rait ce vers:</p>
+
+<p><br />
+<span style="margin-left: 15%;">Mais je vois en ces lieux le vaincu qui s'avance.</span><br />
+<br />
+</p>
+
+<p class="nind">le parterre a chant&eacute;:</p>
+
+<p>
+<br />
+<span style="margin-left: 10%;">C'est l'vaincu qui s'avance</span><br />
+<span style="margin-left: 15%;">cu qui s'avance</span><br />
+<span style="margin-left: 15%;">cu qui s'avance</span><br />
+<br />
+</p>
+
+<p class="nind">sur l'air du</p>
+
+<p>
+<br />
+<span style="margin-left: 10%;">Roi barbu qui s'avance</span><br />
+<span style="margin-left: 15%;">bu qui s'avance.</span><br />
+<br />
+</p>
+
+<p class="nind">de la <i>Belle H&eacute;l&egrave;ne</i>.</p>
+
+<p>C'est le meilleur effet de la pi&egrave;ce... Si vos provinciaux avaient
+assist&eacute; &agrave; cette premi&egrave;re, ils auraient trouv&eacute; nos Parisiens l&eacute;g&egrave;rement
+shocking.</p>
+
+<p>Encore un joli vers du m&ecirc;me:</p>
+
+<p>
+<br />
+<span style="margin-left: 15%;">Ciel &eacute;toil&eacute;, soleil, espace, <i>&eacute;ther</i>, <i>nu&eacute;es</i>!</span><br />
+<br />
+</p>
+
+<p>Dieu vous b&eacute;nisse! a r&eacute;pondu le public.</p>
+
+<p>Vrai, c'&eacute;tait dr&ocirc;le!</p>
+
+<p>Le marquis de Boissy est mort! plus de gaiet&eacute; au S&eacute;nat! Le comte
+Bacciochi est mort, la surintendance est supprim&eacute;e... Camille Doucet<a name="FNanchor_54_54" id="FNanchor_54_54"></a><a href="#Footnote_54_54" class="fnanchor">[54]</a>
+prend la direction g&eacute;n&eacute;rale des th&eacute;&acirc;tres. Rien de f&acirc;cheux pour moi, au
+contraire! Je travaille toujours &agrave; force. Les &eacute;preuves se multiplient,
+je ne sais d'o&ugrave; elles sortent; c'est de la g&eacute;n&eacute;ration spontan&eacute;e, le
+diable m'emporte!... Dans six semaines <i>Don Carlos</i> de Verdi; dans deux
+mois <i>Rom&eacute;o et Juliette</i> de Gounod... Mon cher Edmond, faites-moi du
+contre-point en syncopes comme s'il en pleuvait. Contribuez &agrave; la
+propagation des esp&egrave;ces, et puis composez.</p>
+
+<p>Choisissez des sujets bien id&eacute;als; les plus insens&eacute;s sont les meilleurs.
+Merci encore de votre trop court journal; c'est un avant-go&ucirc;t du
+quatuor<a name="FNanchor_55_55" id="FNanchor_55_55"></a><a href="#Footnote_55_55" class="fnanchor">[55]</a>...</p>
+
+<p>Pourquoi G. ne s'essaie-t-il pas &agrave; faire du th&eacute;&acirc;tre? C'est une carri&egrave;re
+de hasard, c'est vrai; mais pourquoi ne pas mettre ce hasard-l&agrave; de son
+c&ocirc;t&eacute;? Adieu, au revoir; &agrave; vous, mon cher Edmond, que j'aime de tout le
+meilleur de mon c&#339;ur, et &agrave; vous, G., que je connais d&eacute;j&agrave; si bien sans
+avoir vu vos traits. Si vous avez une photographie de vous,
+envoyez-la-moi, sinon, j'attends votre arriv&eacute;e... Une id&eacute;e: je glisse
+dans cette lettre une reproduction des traits fort irr&eacute;guliers d'un tr&egrave;s
+mauvais sujet fort enclin aux plaisirs d&eacute;fendus par la vraie, par la
+saine philosophie qui est la v&ocirc;tre, je le reconnais, mais toujours
+empoign&eacute; par ce qui est jeune, sinc&egrave;re, honn&ecirc;te, pur, candide, bon et
+intelligent comme vous deux, et, sans esprit, le meilleur des moins
+parfaits des hommes.</p>
+
+<p class="date">
+Octobre 1866.<br />
+</p>
+
+<p>Allons, cher ami, un peu de courage, et quelques syncopes encore.</p>
+
+<p>1&ordm; Servez-vous des prolongations qui, en vous fournissant deux accords
+par mesure, vous offrent plus de dissonances.</p>
+
+<p>2&ordm; Employez plus de notes de passage. C'est le vrai moyen d'&eacute;viter les
+sauts, les unissons, les croisements, etc.</p>
+
+<p>3&ordm; Pas de septi&egrave;mes se sauvant par la basse.</p>
+
+<p>4&ordm; Pas d'octaves ni de quintes sauv&eacute;es par la syncope qui ne sauve rien.</p>
+
+<p>5&ordm; Ayez toujours des r&eacute;solutions pures, sans frottements, et surtout
+sans quintes ni octaves cach&eacute;es m&ecirc;me entre les parties interm&eacute;diaires.
+Votre prochain envoi devra se composer de syncopes et de fleuri. Pour le
+fleuri, faites la part de l'inspiration ou, si le mot vous semble trop
+pr&eacute;tentieux, de <i>l'oreille</i>. Cher ami, ce que Laboulaye dit &agrave; G., je
+vous le dirai sans cesse, au risque de ressembler &agrave; Brid'oison ou au
+tuteur qui m'amuse fort: sans forme, pas de style; sans style, pas
+d'art!... M&eacute;ditez ce pr&eacute;cepte de Buffon, qui se connaissait en style:
+&laquo;<i>Les ouvrages bien &eacute;crits seront les seuls qui passeront &agrave; la
+post&eacute;rit&eacute;... Quelle que soit l'&eacute;l&eacute;vation des pens&eacute;es, si elles ne sont
+pas suffisamment et purement exprim&eacute;es, l'ouvrage p&eacute;rira... Les faits
+sont hors de l'homme, le style est l'homme m&ecirc;me.</i>&raquo; Il faut vous remettre
+&agrave; la composition, cher ami; vous voil&agrave; contrapuntiste. Encore une
+s&eacute;ance, et nous passerons &agrave; la fugue. Courage! Courage!</p>
+
+<p>Ce brave &eacute;v&ecirc;que Dupanloup en est au <i>spiritualisme</i> de 1820!... La
+<i>R&eacute;v&eacute;lation</i> et l'autorit&eacute; de l'&Eacute;glise... Tout est l&agrave;... Ne nous
+occupons pas de ces fadaises. C'est le pass&eacute; qui meurt en exhalant un
+dernier cri de rage!... Les dieux s'en vont!&mdash;<i>Requiescant in pace.</i></p>
+
+<p>&Agrave; propos, est-il possible que j'aie &eacute;crit la phrase que vous me
+reprochez dans votre derni&egrave;re lettre?... Malgr&eacute; mon peu d'habitude du
+jargon philosophique, je n'ai pas dit ou je n'ai pas voulu dire que la
+<i>science</i> est l'ennemie de l'art. J'ai dit le progr&egrave;s... ce qui, pour
+moi, est tout diff&eacute;rent<a name="FNanchor_56_56" id="FNanchor_56_56"></a><a href="#Footnote_56_56" class="fnanchor">[56]</a>! J'ai parl&eacute; du progr&egrave;s politique, social,
+auquel nos philosophes nous conduisent tout droit&mdash;c'est fort
+heureux&mdash;mais c'est am&eacute;ricain et pas artistique du tout.</p>
+
+<p>J'en aurais &agrave; dire l&agrave;-dessus plus que je ne saurais en &eacute;crire. Du reste,
+les discussions, malgr&eacute; leur vif int&eacute;r&ecirc;t, sont difficiles par
+correspondance. On &eacute;crit vite, on se trompe de mot, et l'on devient
+incompr&eacute;hensible. C'est ce qui m'est arriv&eacute; si j'ai mis <i>science</i> pour
+<i>progr&egrave;s</i>. Je croyais dire une v&eacute;rit&eacute;, et j'ai dit une absurdit&eacute;. J'ai
+compos&eacute; et...<a name="FNanchor_57_57" id="FNanchor_57_57"></a><a href="#Footnote_57_57" class="fnanchor">[57]</a> deux actes. Encore deux et neuf cents pages
+d'orchestre. Je suis content... Cela vient assez bien. Je travaille
+beaucoup...<a name="FNanchor_58_58" id="FNanchor_58_58"></a><a href="#Footnote_58_58" class="fnanchor">[58]</a>, et ne trouve pas le temps d'orchestrer ma symphonie. &Agrave;
+bient&ocirc;t. Mille choses &agrave; G., pour vous ma meilleure affection,
+aujourd'hui et toujours.</p>
+
+<p class="date">
+Novembre 1866.
+</p>
+
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>Vos &eacute;tudes de contre-point sont termin&eacute;es! La fugue va affermir votre
+style, le d&eacute;gager, l'&eacute;claircir. Courage, le plus dur est fait! Je suis
+tr&egrave;s content de votre contre-point fleuri. Il est beaucoup plus net que
+je ne l'esp&eacute;rais. Donc, &agrave; la fugue. Avant d'attaquer cette grosse
+affaire, je voudrais cependant vous voir composer une certaine quantit&eacute;
+de canons. Vous me ferez aussi des sujets et des contre-sujets! Vous
+rappelez-vous nos conversations de cet &eacute;t&eacute;? Du reste, vous trouverez
+dans vos trait&eacute;s toutes les explications n&eacute;cessaires, et puis, vous
+voil&agrave; assez solide pour trouver vous-m&ecirc;mes beaucoup de choses. Proc&eacute;dez
+ainsi:</p>
+
+<p class="c">
+&Agrave; deux parties:</p>
+
+<p>
+Canons &agrave; l'8<sup>ve</sup>
+</p>
+
+<p class="c"><img src="images/012.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+
+
+<p>
+&agrave; la 4<sup>te</sup> et &agrave; la 5<sup>te</sup><br />
+</p>
+
+<p class="c"><img src="images/013.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+
+<p>Le reste ne vaut pas la peine d'&ecirc;tre &eacute;tudi&eacute;!</p>
+
+<p>Donc, &agrave; l'&#339;uvre et bon courage. Envoyez-moi plus souvent de la besogne.
+Lorsque vous aurez cinq ou six canons, montrez-les-moi. Il ne faut pas
+travailler dans le doute et dans les t&eacute;n&egrave;bres.</p>
+
+<p>Je suis harass&eacute; de fatigue, j'avance, mais il est temps, je n'en puis
+plus. J'ai &eacute;t&eacute; oblig&eacute; de renoncer &agrave; l'orchestre de ma symphonie. D&egrave;s ma
+<i>Fille de Perth</i> termin&eacute;e, je m'y mettrai, mais trop tard sans doute
+pour cet hiver. G. est bien la nature sympathique que je pressentais. Je
+ne l'ai pas vu depuis quelques jours. Pauvre gar&ccedil;on! trouvera-t-il? Je
+rage, en v&eacute;rit&eacute;, de n'&ecirc;tre pas plus &agrave; m&ecirc;me de lui &ecirc;tre utile. Enfin,
+esp&eacute;rons. Ne vous ennuyez pas, mon cher Edmond, et surtout, ne vous
+exaltez pas. Puisque votre bonne &eacute;toile vous met &agrave; m&ecirc;me de trouver en
+<i>vous</i> les &eacute;l&eacute;ments de <i>vie</i> intellectuelle, profitez-en! Ne comptez sur
+rien! Plus je vais, plus je m&eacute;prise notre pauvre esp&egrave;ce humaine. Except&eacute;
+vous, Guiraud, G., et quelques rares amis malheureusement mari&eacute;s!!!! je
+ne vois personne. Et nous sommes tout jeunes!... Ah! si. J'oubliais un
+homme excellent, vraiment bon, vraiment d&eacute;vou&eacute;, vraiment sinc&egrave;rement
+affectueux. Nous en parlerons, et aussi d'un homme que j'ai aim&eacute; de tout
+mon c&#339;ur et que je d&eacute;teste aujourd'hui!</p>
+
+<p>Je vais me coucher, mon cher ami, je n'ai pas dormi depuis trois nuits,
+et je tourne trop au noir! J'ai de la musique gaie &agrave; faire demain!</p>
+
+<p>Si je puis l'ann&eacute;e prochaine aller vous voir, vous et vos po&eacute;tiques amis
+ruminants, j'accomplirai un de mes d&eacute;sirs les plus chers, croyez-le. Si
+j'aime les b&#339;ufs... mais je suis &agrave; moiti&eacute; Romain..., oui..., et les
+buffles aussi... Ces gaillards-l&agrave; ont un regard &agrave; eux!... Plus de
+tendresse que de force, s'il est possible!... Au revoir, travaillez, &agrave;
+bient&ocirc;t, et toujours votre ami de toute amiti&eacute; tendre et d&eacute;vou&eacute;e.</p>
+
+<p class="date">
+D&eacute;cembre 1866.<br />
+</p>
+
+<p>Bien. Vous poss&eacute;dez maintenant le m&eacute;canisme des imitations. Faites en
+sorte que votre style soit plus m&eacute;lodique, vos modulations plus
+accentu&eacute;es, plus nettes. Faites de la musique, en un mot. C'est
+difficile, mais c'est possible, et cela va devenir obligatoire dans la
+fugue.</p>
+
+<p>Votre prochain envoi devra se composer de pr&eacute;parations de fugues. Je
+m'explique: Sujet.&mdash;R&eacute;ponse.&mdash;Puis le ou les contre-sujets sur le sujet
+et aussi sur la r&eacute;ponse, et enfin les strettes du sujet, de la r&eacute;ponse
+et de chacun des contre-sujets.</p>
+
+<p><span class='pagenum'><a name="Page_96" id="Page_96">[96]</a></span>Vous me pardonnez, n'est-ce pas? le retard que j'ai apport&eacute; &agrave; la
+correction de cet envoi. Si vous saviez mon existence depuis un mois! Je
+travaille quinze et seize heures par jour, plus quelquefois, car j'ai
+des le&ccedil;ons, des &eacute;preuves &agrave; corriger; il faut vivre. Maintenant, je suis
+tranquille. J'ai quatre ou cinq nuits &agrave; passer, mais j'aurai fini. Le...
+est tr&egrave;s tourment&eacute; par les auteurs de...<a name="FNanchor_59_59" id="FNanchor_59_59"></a><a href="#Footnote_59_59" class="fnanchor">[59]</a>, qui lui pr&ecirc;tent de
+l'argent<a name="FNanchor_60_60" id="FNanchor_60_60"></a><a href="#Footnote_60_60" class="fnanchor">[60]</a>. Je veux &ecirc;tre pay&eacute; ou jou&eacute;; pour cela, il faut rester dans
+les termes rigoureux du trait&eacute;. Je suis tr&egrave;s content de moi. C'est bon,
+<i>j'en suis s&ucirc;r</i>, car c'est en avant.</p>
+
+<p>Parlons de ce pauvre G. Je suis d&eacute;sol&eacute;. Madame..., qui m'avait promis
+son appui, ne fait rien. Je vais encore tenter quelque chose. H&eacute;bert<a name="FNanchor_61_61" id="FNanchor_61_61"></a><a href="#Footnote_61_61" class="fnanchor">[61]</a>
+est, dit-on, de retour &agrave; Paris. Je vais lui demander s'il peut, s'il
+veut attaquer la princesse..., mais n'en dites rien; c'est inutile. Tout
+cela a si peu de chances de r&eacute;ussite...</p>
+
+<p>J'ai d&icirc;n&eacute; chez elle il y a huit jours. J'avais presque envie d'aborder
+la question, mais, je sens que j'aurai une promesse, et puis rien. Le
+manque de sp&eacute;cialit&eacute; est un obstacle grave. Ce pauvre gar&ccedil;on me fait
+r&eacute;ellement peine, car sa situation est d&eacute;plorable... H&eacute;las! Si j'&eacute;tais
+ministre!</p>
+
+<p><i>Mignon</i> est un succ&egrave;s d'argent. Jusqu'&agrave; pr&eacute;sent, je n'ai pas trouv&eacute; le
+temps d'aller l'entendre.&mdash;On r&eacute;p&egrave;te <i>Rom&eacute;o</i>. <i>Freisch&uuml;tz</i> fait de
+l'argent. Il n'y a d'autre cascade dans le th&eacute;&acirc;tre que la direction. &Agrave;
+bient&ocirc;t.</p>
+
+<p>Je vous aime de tout mon c&#339;ur.</p>
+
+<p class="date">
+D&eacute;cembre 1866.<br />
+</p>
+
+<p>&Agrave; la h&acirc;te, cher ami. J'&eacute;cris &agrave; G. de venir d&icirc;ner avec moi. Je vais le
+t&acirc;ter et voir ce qui en est. Les lettres de son tuteur sont
+<i>d&eacute;plorables</i>. J'ai lu la derni&egrave;re: &laquo;Il faut songer &agrave; me soulager de ce
+que je fais pour toi!... Un tel d&icirc;ne &agrave; 85 c.&raquo;... et autres
+ind&eacute;licatesses du m&ecirc;me genre. C'est effacer d'un trait tout ce qu'il a
+pu faire pour notre ami. (Entre nous). Vrai, on n'&eacute;crit pas des lettres
+pareilles &agrave; un pauvre gar&ccedil;on qui ne sait o&ugrave; donner de la t&ecirc;te. &Agrave;
+bient&ocirc;t.</p>
+
+<p class="sign">
+Votre ami.
+</p>
+
+<p>Que disiez-vous donc? G. n'est pas philosophe, mais pas le moins du
+monde. Je ne connais pas un homme qui le soit moins que lui.</p>
+
+<p class="date">
+Janvier 1867.<br />
+</p>
+
+<p class="ind">Cher ami,</p>
+
+<p>Un coup de collier sur les r&eacute;ponses et les contre-sujets, et vite &agrave; la
+fugue.</p>
+
+<p>J'ai fini mon op&eacute;ra. Je l'ai remis &agrave; Carvalho le 29 d&eacute;cembre.</p>
+
+<p>Maintenant nous allons voir.</p>
+
+<p>On veut me retarder, je le sens, mais je n'accepte aucun d&eacute;lai. En
+r&eacute;p&eacute;titions ou proc&egrave;s.</p>
+
+<p>Ma prochaine lettre vous donnera des d&eacute;tails &agrave; ce sujet. Je suis tr&egrave;s
+content de mon ouvrage. Il y a quelques jours que je n'ai pas vu G... et
+je n'ai rien... h&eacute;las! toujours rien!... Ce pauvre gar&ccedil;on ne peut
+travailler dans la situation o&ugrave; il se trouve. Croyez-moi; rien ne tient
+(?) contre les inqui&eacute;tudes mat&eacute;rielles de la vie. On peut tout
+supporter, chagrins, d&eacute;couragements, etc.</p>
+
+<p>Mais cette inqui&eacute;tude de tous les instants qui abrutit, qui diminue
+l'homme!...</p>
+
+<p>Je n'ai jamais connu la mis&egrave;re, mais je sais ce que c'est que la <i>g&ecirc;ne</i>,
+et je sais combien cela frappe sur l'intelligence.</p>
+
+<p>Travaillez bien. &Eacute;crivez-moi bient&ocirc;t, et croyez-moi toujours votre ami
+d&eacute;vou&eacute; de tout le meilleur de mon c&#339;ur.</p>
+
+<p class="date">
+Janvier 1867.<br />
+</p>
+
+<p>Bien; maintenant, &agrave; la fugue. Envoyez-moi une fugue sur ce sujet:
+</p>
+
+<p class="c top"><a name="FNanchor_62_62" id="FNanchor_62_62"></a><a href="#Footnote_62_62" class="fnanchor">[62]</a>
+<img src="images/014.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+<p class="c"><img src="images/015.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+<p class="c"><img src="images/016.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+
+
+<p class="top">Avez-vous le plan de la fugue? Par prudence, le voici<a name="FNanchor_63_63" id="FNanchor_63_63"></a><a href="#Footnote_63_63" class="fnanchor">[63]</a>:</p>
+
+<table summary="exposition" cellspacing="0" cellpadding="5" style="margin-top:5%;">
+<tr>
+<td align="center" colspan="5">Exposition:</td></tr>
+<tr>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;"> &mdash; </td>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">r&eacute;p</td>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">c. s.</td>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">r.</td>
+<td align="center" rowspan="2" style="border-left:1px solid black;">divertissement tir&eacute; du sujet</td></tr>
+<tr>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">sujet</td>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">C. suj.</td>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">suj.</td>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">c. s.</td></tr>
+</table>
+<table summary="contre" cellspacing="0" cellpadding="5">
+<tr>
+<td colspan="5" align="center"><br />Contre-exposition. Mode min.</td></tr>
+<tr>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">r&eacute;p.</td>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">c. s.</td>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">divertis.</td>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">suj.</td>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">c. s.</td>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">&nbsp;</td></tr>
+<tr>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">&nbsp;</td>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">&nbsp;</td>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">tir&eacute; du suj.</td>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">&nbsp;</td>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">&nbsp;</td>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;"><span style="text-decoration: underline;">div.</span></td></tr>
+<tr>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">c. s.</td>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">suj.</td>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">ou du c. s.</td>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">c. s.</td>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">r.</td>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">&nbsp;</td></tr>
+</table>
+<table summary="sous" cellspacing="0" cellpadding="5">
+<tr>
+<td colspan="5" align="center"><br />Sous-dominante. Relatif de la sous-dom.</td></tr>
+<tr>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">c. s.</td>
+<td align="center">une </td>
+<td align="center">suj.</td>
+<td align="center" rowspan="2">div. pour arriver</td></tr>
+<tr>
+<td align="center" style="border-left:1px solid black;">suj.</td>
+<td align="center">liaison</td>
+<td align="center">c. s.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td colspan="5" align="center">&agrave; un | repos &agrave; la dominante. <i>Strettes.</i> P&eacute;dale. Coda. || &mdash;</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p class="top">Faites en sorte que les divertissements aillent toujours en se serrant,
+ce que vous obtiendrez en prenant pour les premiers les fragments les
+plus larges, et en faisant des imitations de plus en plus rapproch&eacute;es:
+une mesure et demie, puis une mesure, puis une demi-mesure. M&ecirc;me
+observation pour les strettes: il faut commencer par la strette du
+sujet, puis une strette du contre-sujet, puis autre strette du sujet en
+commen&ccedil;ant par la r&eacute;ponse, mais de plus en plus serr&eacute;es.</p>
+
+<p>Voil&agrave;. Soyez clair, m&eacute;lodique; en avant et courage. J'ai vu G. il y a
+deux jours. Je l'ai adress&eacute; &agrave; un de mes amis, commer&ccedil;ant, qui m'a promis
+de chercher avec lui. Quant &agrave; son travail, il lui faut vraiment du
+courage pour l'entreprendre dans une pareille situation d'esprit. Pour
+aborder la carri&egrave;re litt&eacute;raire avec succ&egrave;s, il lui faudrait, ce me
+semble, deux ou trois ans de travail tranquille. Enfin, esp&eacute;rons. <i>X.</i> a
+&eacute;t&eacute; une chute ridicule, honteuse. Il en sera de m&ecirc;me de toutes les
+pi&egrave;ces de compositeurs payants<a name="FNanchor_64_64" id="FNanchor_64_64"></a><a href="#Footnote_64_64" class="fnanchor">[64]</a>!</p>
+
+<p>***nous a demand&eacute; <i>&agrave; genoux</i> de lui accorder un peu de temps. Il est
+press&eacute; par... auquel il doit de l'argent<a name="FNanchor_65_65" id="FNanchor_65_65"></a><a href="#Footnote_65_65" class="fnanchor">[65]</a>. Mademoiselle Nilsson est
+r&eacute;engag&eacute;e &agrave; cinq mille francs par mois pour nous. Nous allons r&eacute;p&eacute;ter en
+mars jusqu'&agrave; la fin de mai. Nilsson ira deux mois &agrave; Londres et elle
+rentrera le 15 ao&ucirc;t dans la <i>Jolie Fille de Perth</i>. Ceci est l'objet
+d'un nouveau trait&eacute; avec vingt-deux mille francs de d&eacute;dit. Il marchera
+ou nous l'ex&eacute;cuterons. Il est triste d'en arriver l&agrave;, mais nous sommes
+bons jusqu'au bout. Cette fois, il ex&eacute;cutera ses engagements ou nous le
+<i>tuons</i>. Le minist&egrave;re, tout le monde est pour nous, et cette derni&egrave;re
+concession nous attire toutes les sympathies. <i>X.</i> tombera; <i>Y.</i>
+tombera; <i>Z.</i> de... tomberont. Voil&agrave; ma vengeance. Laissons faire les
+usuriers<a name="FNanchor_66_66" id="FNanchor_66_66"></a><a href="#Footnote_66_66" class="fnanchor">[66]</a>, les gens sans c&#339;ur et sans talent. L'avenir, notre valeur
+et notre conscience nous d&eacute;dommageront. Ingres est parti. Encore un
+vaillant de moins... Je viens de revoir ma partition. <i>C'est bien!</i> Si
+vous venez au mois d'ao&ucirc;t, vous assisterez &agrave; la premi&egrave;re repr&eacute;sentation
+qui aura lieu avant la fin du mois. Allons, travaillez, continuez &agrave; vous
+plonger dans <i>Shakespeare</i>. C'est bon. Voil&agrave; un philosophe, un
+moraliste, un po&egrave;te.</p>
+
+<p>&Agrave; bient&ocirc;t et toujours votre ami mille fois de tout c&#339;ur.</p>
+
+<p class="date">
+Fin janvier, ou f&eacute;vrier 1867<a name="FNanchor_67_67" id="FNanchor_67_67"></a><a href="#Footnote_67_67" class="fnanchor">[67]</a>.<br />
+</p>
+
+<p>Ces strettes sont trop courtes. Cela tient &agrave; ce que vous avez fait votre
+premi&egrave;re strette trop serr&eacute;e. Il fallait:</p>
+
+<p class="c"><img src="images/017.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+
+<p>Vos imitations sont trop courtes. C'est un <i>fughetto</i>, mais c'est
+bien.&mdash;Excusez-moi du retard que j'ai mis &agrave; vous r&eacute;pondre, mais j'ai
+corrig&eacute; trois mille six cents pages d'&eacute;preuves pour l'orchestre de
+<i>Mignon</i>! Je suis maintenant tout &agrave; vous. Je re&ccedil;ois une lettre de G. qui
+vient d'&ecirc;tre malade.</p>
+
+<p>Envoyez-moi de suite des r&eacute;ponses et des C.S<a name="FNanchor_68_68" id="FNanchor_68_68"></a><a href="#Footnote_68_68" class="fnanchor">[68]</a>.</p>
+
+<p>Voici des sujets:</p>
+
+<p class="c"><img src="images/018.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+
+<p class="c"><img src="images/019.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+
+<p>Je vous renverrai poste par poste en vous indiquant la fugue &agrave; faire. &Agrave;
+bient&ocirc;t donc.</p>
+
+<p class="ind">Votre ami.</p>
+
+<p class="date">F&eacute;vrier 1867.</p>
+
+<p>Enfin!... Je puis vous &eacute;crire!... En v&eacute;rit&eacute;, je m&egrave;ne une existence
+insens&eacute;e. Jugez-en: presque tous les jours, je vais chez Carvalho, puis
+chez Saint-Georges, du Ch&acirc;telet &agrave; la rue...<a name="FNanchor_69_69" id="FNanchor_69_69"></a><a href="#Footnote_69_69" class="fnanchor">[69]</a>; tous les jours, je d&icirc;ne
+en ville; je n'ai pas encore le moyen de me passer de certaines
+relations; tous les jours, j'ai des le&ccedil;ons; j'ai &agrave; diriger la
+publication de <i>Mignon</i>, r&eacute;duire la partition piano solo, une partition
+de six cents pages, deux &eacute;preuves; douze cents, les parties s&eacute;par&eacute;es,
+huit cents, la partition piano et chant etc., etc. Il faut enrayer; je
+suis malade. Apr&egrave;s des pourparlers sans fin, ***, effray&eacute; par le four
+de... et par celui de... qui est imminent, tanc&eacute; par le minist&egrave;re qui
+voit avec indignation un th&eacute;&acirc;tre subventionn&eacute; jouer des op&eacute;ras
+pay&eacute;s<a name="FNanchor_70_70" id="FNanchor_70_70"></a><a href="#Footnote_70_70" class="fnanchor">[70]</a>, se d&eacute;cide &agrave; courir au plus s&ucirc;r, et je vais entrer en
+r&eacute;p&eacute;titions. Il y a encore des difficult&eacute;s sans nombre, mais la chose
+est arr&ecirc;t&eacute;e en principe, et nous allons marcher. On jouera &agrave;...<a name="FNanchor_71_71" id="FNanchor_71_71"></a><a href="#Footnote_71_71" class="fnanchor">[71]</a> <i>X</i>,
+mais <i>Y</i>, et <i>Z</i>. sont remis. Ce qu'il a fallu d&eacute;penser d'intelligence
+et de volont&eacute; pour arriver &agrave; ce r&eacute;sultat... vous ne pouvez vous
+l'imaginer. Pour &ecirc;tre musicien, aujourd'hui, il faut avoir une existence
+assur&eacute;e, ind&eacute;pendante, ou un v&eacute;ritable talent diplomatique. Je passerai
+sans doute en avril, et <i>peut-&ecirc;tre</i> alors, apr&egrave;s <i>l'&eacute;dition</i> de ma
+partition, pourrai-je r&eacute;aliser notre projet de promenade. C'est mon
+d&eacute;sir le plus cher, mais je ne puis rien vous dire encore. Le th&eacute;&acirc;tre
+est un terrain mouvant, on ne sait jamais le lendemain.</p>
+
+<p>Je n'ai pas vu G. depuis trois semaines. Que devient-il?... J'arrive &agrave;
+votre quatuor.</p>
+
+<p>Je l'ai lu attentivement. Voici mon opinion sinc&egrave;re. Je vous dois la
+v&eacute;rit&eacute;, ou, du moins, ce que je crois &ecirc;tre la v&eacute;rit&eacute;: au point de vue de
+la forme, de l'entente des instruments, etc., <i>rien &agrave; dire</i>, c'est tr&egrave;s
+exp&eacute;riment&eacute;; au point de vue de l'id&eacute;e, mon cher ami, c'est faible,
+c'est vieux.</p>
+
+<p>Vous savez votre affaire, mais il ne faut plus &eacute;crire que des choses
+senties, et je doute que vous ayez <i>senti</i> votre travail. C'est un
+devoir, ce n'est pas de la musique. Vous voil&agrave; arriv&eacute;, vous &ecirc;tes
+compositeur; la fugue va vous d&eacute;velopper, mais avec la <i>fugue</i>, il faut
+chercher &agrave; cr&eacute;er des &#339;uvres d'imagination.</p>
+
+<p>Pardonnez-moi ma sinc&eacute;rit&eacute;, mais mon r&ocirc;le d'ami ne me permet aucune
+tergiversation. Du reste, mon jugement ne doit pas vous d&eacute;courager. Vous
+avez voulu faire un travail profitable &agrave; vos progr&egrave;s, et vous avez
+r&eacute;ussi.</p>
+
+<p>Je vous ai envoy&eacute; neuf m&eacute;lodies<a name="FNanchor_72_72" id="FNanchor_72_72"></a><a href="#Footnote_72_72" class="fnanchor">[72]</a>. Les avez-vous re&ccedil;ues?</p>
+
+<p>Encore une fois pardon pour mon long retard et mille amiti&eacute;s tendres de
+votre</p>
+
+<p class="date">
+Mars 1867<a name="FNanchor_73_73" id="FNanchor_73_73"></a><a href="#Footnote_73_73" class="fnanchor">[73]</a>.<br />
+</p>
+
+<p>...Je suis content de votre travail; cependant, je critiquerai vos
+contre-sujets. Ils manquent de caract&egrave;re. Il faut de l'int&eacute;r&ecirc;t, du
+rythme, sans quoi la fugue devient monotone, terne. Vous mettez trop de
+<i>silences</i>; n'en abusez pas. Faites-moi une fugue &agrave; deux parties sur le
+sujet suivant:</p>
+
+<p class="c"><img src="images/020.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+
+<p class="c"><img src="images/021.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+
+
+<p>R&eacute;ponse r&eacute;elle.</p>
+
+<p>D&eacute;veloppez bien vos strettes. De plus, faites-moi des r&eacute;ponses et des
+contre-sujets sur les sujets suivants:</p>
+
+<p class="c"><img src="images/022.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+
+
+<p class="c"><img src="images/023.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+
+<p>Quand le sujet est tr&egrave;s charg&eacute; de notes, le contre-sujet doit &ecirc;tre
+large, et vice-versa. Ne perdez aucune occasion d'introduire des
+dissonances, les retards enrichissent l'harmonie. Si vous r&eacute;ussissez
+votre fugue &agrave; 2 parties, nous commencerons &agrave; trois parties. &Agrave; votre
+prochain voyage, il faut que la fugue &agrave; 4 parties marche bien.</p>
+
+<p>Ma pi&egrave;ce va marcher. Carvalho est enchant&eacute; de la partition; on copie. Je
+vais &agrave; Bordeaux cette semaine pour entendre un t&eacute;nor. Ma premi&egrave;re
+marchera fin mai; mettons 15 juin et n'en parlons plus.</p>
+
+<p>Je sors de <i>Don Carlos</i>. C'est <i>tr&egrave;s mauvais</i>. Vous savez que je suis
+&eacute;clectique; j'adore la <i>Traviata</i> et <i>Rigoletto</i>. <i>Don Carlos</i> est une
+esp&egrave;ce de compromis. Pas de m&eacute;lodie, pas d'accent; cela vise au style,
+mais cela vise... seulement. L'impression a &eacute;t&eacute; d&eacute;sastreuse. C'est un
+<i>four</i> complet, absolu. L'exposition fera peut-&ecirc;tre un demi-succ&egrave;s, mais
+c'est quand m&ecirc;me un d&eacute;sastre pour Verdi.</p>
+
+<p>Adieu, faites vite votre fugue. Travaillez, et &agrave; vous mille fois de tout
+c&#339;ur.</p>
+
+<p class="date">
+Fin mars 1867<a name="FNanchor_74_74" id="FNanchor_74_74"></a><a href="#Footnote_74_74" class="fnanchor">[74]</a>.<br />
+</p>
+
+<p>Grand progr&egrave;s dans vos contre-sujets et aussi dans la fugue. Faites-moi
+des divertissements plus soign&eacute;s, mieux dirig&eacute;s au point de vue des
+modulations. D&eacute;veloppez vos strettes, et le prochain envoi sera bon.</p>
+
+<p class="dot">* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *</p>
+
+<p>J'ai enfin un splendide t&eacute;nor que je viens d'entendre &agrave; Bordeaux<a name="FNanchor_75_75" id="FNanchor_75_75"></a><a href="#Footnote_75_75" class="fnanchor">[75]</a>.
+Mon ouvrage ne passera pas avant juin. Les... ont fait tout ce qu'il
+est possible de faire pour retarder et m&ecirc;me compromettre mon ouvrage.
+L'humanit&eacute; est ignoble, mon pauvre ami. Je me vengerai... et
+cruellement, je vous en r&eacute;ponds. Si vous pouviez retarder votre voyage
+jusqu'au 15 juin, je serais s&ucirc;r de vous avoir &agrave; ma premi&egrave;re
+repr&eacute;sentation. Vous savez combien j'y tiens. J'ai mis G. en relations
+avec <i>Leroy</i><a name="FNanchor_76_76" id="FNanchor_76_76"></a><a href="#Footnote_76_76" class="fnanchor">[76]</a>, l'ami qui doit parler &agrave; monsieur F. Esp&eacute;rons.&mdash;J'ai l&agrave;
+des monceaux d'&eacute;preuves &agrave; corriger. Il faut vous quitter, cher ami, et
+vous dire &agrave; bient&ocirc;t.</p>
+
+<p>Mille tendres affections de votre ami.</p>
+
+<p class="date">
+Fin mars ou avril 1867.
+</p>
+
+<p class="ind">
+Mon cher ami,
+</p>
+
+<p>N'avez-vous plus de sujets? Je voudrais un envoi de r&eacute;ponses et de
+contre-sujets. C'est toujours l&agrave; la pierre de touche. Faites la fugue
+ci-jointe. N'oubliez pas que toute la fugue doit rester dans le style du
+sujet et de ses contre-sujets. Renoncez donc au chromatique, aux petits
+silences, aux phrases coup&eacute;es, puisque cette fois vos sujets n'en
+contiennent pas.</p>
+
+<p>J'ai vu G. ce matin. Nous n'avons rien de bien fameux du c&ocirc;t&eacute; F.!</p>
+
+<p>Quant &agrave; votre voyage, ne vous occupez plus de ma pi&egrave;ce. On commence &agrave;
+comprendre ici que l'exposition n'aura peut-&ecirc;tre pas une tr&egrave;s heureuse
+influence sur les recettes th&eacute;&acirc;trales. Pour ma part, j'en suis d&egrave;s &agrave;
+pr&eacute;sent convaincu. <i>Rom&eacute;o</i> est encore retard&eacute;! L'ouvrage ne passera qu'&agrave;
+la fin du mois. Je vais changer mes plans... Au lieu de presser, je vais
+diff&eacute;rer le plus possible. Je vais essayer de ne r&eacute;p&eacute;ter qu'en juin.
+L'incurie, l'inertie de cette d&eacute;plorable administration me servira cette
+fois. Arriv&eacute;s au mois d'ao&ucirc;t... X. voudra passer... &agrave; cause des
+d&eacute;corations.... Je le laisserai passer ainsi que monsieur Y., et ferai
+tout pour n'arriver qu'en octobre, novembre ou, s'il est possible, en
+d&eacute;cembre!&mdash;Ceci entre nous.&mdash;Je veux arriver &agrave; l'hiver. La force des
+choses me servira, &agrave; moins que.... ne saute apr&egrave;s Rom&eacute;o, ce qui est
+possible. Alors tout est remis en question. <i>Bagier</i> quitte les
+Italiens, et <i>Leuven</i> cherche &agrave; vendre l'Op&eacute;ra-Comique. Tout cela va
+faire peau neuve. Tant mieux!</p>
+
+<p>Des amis me parlent de donner mon ouvrage &agrave; <i>Florence</i> ou &agrave; <i>Milan</i>!
+Ceci me sourit! Rien de d&eacute;cid&eacute; donc aujourd'hui, si ce n'est qu'&agrave; tout
+prix je veux &eacute;viter la canicule. L'exposition est tr&egrave;s bien install&eacute;e.
+On y mange &agrave; bon march&eacute;. <i>Water-closets</i>, <i>restaurants</i> (j'avais &agrave;
+commencer par ceux-ci), <i>cabinets de lecture</i> et de <i>correspondance</i>,
+<i>musique</i>, <i>illuminations</i>, <i>cocottes</i>, <i>etc</i>, <i>etc</i>. On a tout
+pr&eacute;vu!.....<a name="FNanchor_77_77" id="FNanchor_77_77"></a><a href="#Footnote_77_77" class="fnanchor">[77]</a> L'Op&eacute;ra descend &agrave; la 15<sup>e</sup> de <i>Don Carlos</i> &agrave; des
+recettes honteuses! L'<i>Op&eacute;ra-Comique</i> baisse, le <i>Th&eacute;&acirc;tre-Lyrique</i> ne
+fait rien!</p>
+
+<p>Voil&agrave;, cher ami; on ne peut compter sur rien! Toutes les esp&eacute;rances
+s'envolent, se dissipent... Attendons!</p>
+
+<p>Venez, nous passerons quelques instants heureux... Nous musiquerons,
+philosopherons...</p>
+
+<p class="sign">
+Votre ami &agrave; toujours d&eacute;vou&eacute;.<br />
+</p>
+
+<p class="date">
+Avril 1867.<br />
+</p>
+
+<p>La fin de votre fugue est un peu &eacute;court&eacute;e, mais peu importe. Vous voil&agrave;
+pr&ecirc;t &agrave; commencer les 3 parties.</p>
+
+<p>Dieu (repr&eacute;sent&eacute; par Carvalho) dispose quand le compositeur propose.
+<i>Rom&eacute;o</i> passe dans cinq ou six jours, et je serai oblig&eacute; de marcher
+apr&egrave;s lui. J'arriverai en juillet. Excellente &eacute;poque, dit-on... Et
+Bismarck! Ne changez rien &agrave; vos projets de voyage.</p>
+
+<p>G. est enchant&eacute; de sa place qui est tr&egrave;s belle, du reste.</p>
+
+<p>Allons, &agrave; bient&ocirc;t, et toujours votre ami de toute tendresse.</p>
+
+<p class="date">
+Juin 1867.</p>
+
+
+<p class="ind">
+Cher ami,
+</p>
+
+<p>Allons, courage! Je comprends vos ennuis et vos &eacute;nervements.</p>
+
+<p>Allons, encore une fois, courage! D&eacute;barrassez-vous de la fugue. Une fois
+<i>pr&ecirc;t</i>, vous trouverez sans doute un moyen.............<a name="FNanchor_78_78" id="FNanchor_78_78"></a><a href="#Footnote_78_78" class="fnanchor">[78]</a></p>
+
+<p>J'ai envoy&eacute; mon hymne et ma cantate<a name="FNanchor_79_79" id="FNanchor_79_79"></a><a href="#Footnote_79_79" class="fnanchor">[79]</a>.</p>
+
+<p>Un vice de forme m'a oblig&eacute; &agrave; refaire mon enveloppe. J'ai chang&eacute; mon
+pseudonyme.</p>
+
+<p>Donc, si, par impossible, j'avais le num&eacute;ro gagnant, vous recevriez une
+lettre pour M. Gaston de Betsi.</p>
+
+<p>Guiraud me charge de vous annoncer aussi son pseudonyme: M. Tesern.
+Pr&eacute;venez la personne en question.</p>
+
+<p>Guiraud et moi, nous avons remis notre travail &agrave; onze heures ce matin.
+Le d&eacute;lai expirait &agrave; midi. Le concierge de l'&eacute;tablissement nous a re&ccedil;us
+fort cavali&egrave;rement. &laquo;Ah &ccedil;a! tout le monde est donc musicien! Sacrebleu!
+il est temps que &ccedil;a finisse!&raquo; J'ai r&eacute;pliqu&eacute; d'un ton sec: &laquo;Je ne suis
+pas plus musicien que vous, je vous prie de le croire; mais un pauvre
+diable que je prot&egrave;ge m'a charg&eacute; de ce paquet et je vous prie de le
+remettre fid&egrave;lement.&raquo; Toute la valetaille s'est alors inclin&eacute;e en
+apprenant que nous n'&eacute;tions pas musiciens. Suis-je assez l&acirc;che!</p>
+
+<p>Mon t&eacute;nor est arriv&eacute;. Nous allons lire, nous allons r&eacute;p&eacute;ter.</p>
+
+<p>Enfin!</p>
+
+<p>La <i>Somnambule</i> passe <i>mercredi</i>.</p>
+
+<p>&Agrave; bient&ocirc;t, cher. Je suis dans les &eacute;preuves de l'orchestre de <i>Rom&eacute;o</i>
+jusqu'au cou.</p>
+
+<p class="sign">Votre ami,</p>
+
+<p class="date">Juin 1867.</p>
+
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>C'est bien. Allons, courage! Un coup de collier, <i>dix fugues encore</i>, et
+nous serons pr&egrave;s de la fin. <i>Musicalisez</i> bien vos strettes, soyez
+clair. Du reste, c'est infiniment sup&eacute;rieur &agrave; ce que j'attendais. Encore
+une fois, courage, finissez! puis, vous r&eacute;fl&eacute;chirez quelques mois, et en
+avant.</p>
+
+<p>J'ai mille choses &agrave; vous dire; commen&ccedil;ons:</p>
+
+<p>1&ordm; <i>Concours de la cantate</i><a name="FNanchor_80_80" id="FNanchor_80_80"></a><a href="#Footnote_80_80" class="fnanchor">[80]</a>:</p>
+
+<p>On a envoy&eacute; 103 cantates:</p>
+
+<table summary="concours" cellpadding="2" cellspacing="0" style="margin-left:1%;">
+<tr><td align="right">4</td><td>ridicules.</td></tr>
+<tr><td align="right">49</td><td>passables.</td></tr>
+<tr><td align="right">35</td><td>bonnes.</td></tr>
+<tr><td align="right">11</td><td>tr&egrave;s bonnes.</td></tr>
+<tr><td align="right">3</td><td>excellentes.</td></tr>
+<tr><td align="right" style="border-bottom: 1px solid black;">1</td><td>parfaite.</td></tr>
+<tr><td align="right">103</td><td>&mdash;Telle est l'opinion du jury.</td></tr>
+</table>
+
+<table summary="concours1" cellpadding="3" cellspacing="0" style="margin-left:2%;margin-top:8%;">
+<tr><td align="right">1<sup>re</sup> s&eacute;ance: lecture de</td><td valign="bottom" align="right">52</td><td>cantates.</td></tr>
+<tr><td align="right">2<sup>e&nbsp;</sup> s&eacute;ance: lecture de</td><td valign="bottom" align="right">51</td><td>cantates et choix</td></tr>
+<tr><td>&nbsp;</td><td align="right" style="border-top:1px black solid;">103</td><td>&nbsp;</td></tr>
+</table>
+
+<p class="nind">des 15 remarquables.</p>
+
+<p>3<sup>e</sup> s&eacute;ance: relecture des 15 et choix des 4 meilleures.</p>
+
+<p>4<sup>e</sup> s&eacute;ance: relecture des 4 et choix du prix.</p>
+
+<p>J'ai &eacute;t&eacute; des 15.</p>
+
+<p>Guiraud est des 4. Les trois autres sont Saint-Sa&euml;ns, qui a le prix,
+<i>Massenet</i> et <i>Weckerlin</i>. On a cru reconna&icirc;tre ma copie. C'est monsieur
+X. qui a fait ce beau coup! J'ai gueul&eacute;, et maintenant, on ne sait que
+penser. Plusieurs de ces messieurs m'ont dit: &laquo;La cantate qui vous &eacute;tait
+attribu&eacute;e est tr&egrave;s bonne. Elle ne vaut pas cependant ce que vous faites
+ordinairement. L'air de l'humanit&eacute; est une charmante
+<i>polka-mazurka</i>!&raquo;... Mon cher ami, qu'en dites-vous? est-elle jolie,
+celle-l&agrave;? Les malheureux ont lu cela allegretto grazioso! Saint-Sa&euml;ns
+avait &eacute;crit sa cantate sur du <i>papier anglais</i>, il avait d&eacute;guis&eacute; sa
+copie, et ces messieurs ont cru donner le prix<span class='pagenum'><a name="Page_119" id="Page_119">[119]</a></span> &agrave; un
+<i>&eacute;tranger!!!!!!</i>&mdash;C'est une tr&egrave;s belle fugue &agrave; deux ch&#339;urs qui a d&eacute;cid&eacute;
+du prix de <i>Saint-Sa&euml;ns</i> dont je suis ravi. Du reste, le jury que vous
+connaissez s'en va clabauder partout que l'&#339;uvre de <i>Saint-Sa&euml;ns</i> est
+tr&egrave;s remarquable, qu'elle atteste des facult&eacute;s symphoniques
+extraordinaires tout en prouvant que son auteur ne sera jamais un homme
+de th&eacute;&acirc;tre!... &Ocirc; humanit&eacute;! La cantate ne sera pas ex&eacute;cut&eacute;e &agrave; la
+distribution des r&eacute;compenses, M. Rossini ayant r&eacute;clam&eacute; cette place pour
+un hymne de sa composition. Il a remis lui-m&ecirc;me sa partition &agrave; S. M.
+l'Empereur.</p>
+
+<p class="c"><span style="font-size:50%; letter-spacing:10px;">* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *
+* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *</span><a name="FNanchor_81_81" id="FNanchor_81_81"></a><a href="#Footnote_81_81" class="fnanchor">[81]</a></p>
+
+<p>J'ai &eacute;t&eacute; emb&ecirc;t&eacute; une demi-heure. C'est bien fini. L'important &eacute;tait qu'on
+ne sache pas ma participation &agrave; ce concours; c'est fait. La chose
+retombe sur le dos de X. accus&eacute;, tr&egrave;s l&eacute;gitimement, du reste, de
+camaraderie.</p>
+
+<p>2&ordm; Concours de l'hymne<a name="FNanchor_82_82" id="FNanchor_82_82"></a><a href="#Footnote_82_82" class="fnanchor">[82]</a>.&mdash;823 injections de 1<sup>er</sup> ordre. Jury
+absent. 3 membres ont examin&eacute;, ont d&eacute;clar&eacute; que c'&eacute;tait toujours le m&ecirc;me.
+Impossible de d&eacute;cerner un prix. Concours annul&eacute;! J'esp&egrave;re que <i>Guiraud</i>
+aura, ainsi que ses deux complices en mentions honorables, une m&eacute;daille
+de cinq cents ou de mille francs.</p>
+
+<p>3&ordm; <i>Jolie Fille de Perth.</i></p>
+
+<p>Je viens de passer quinze jours atroces. Saint-Georges a fait la
+coquette. Il ne voulait pas de <i>Devri&egrave;s</i><a name="FNanchor_83_83" id="FNanchor_83_83"></a><a href="#Footnote_83_83" class="fnanchor">[83]</a> qui est tout uniment
+splendide. Enfin tout est arrang&eacute; de ce matin. On s'est embrass&eacute;, on a
+pleur&eacute;!... Nous lisons <i>lundi</i>, nous r&eacute;p&eacute;tons <i>mardi</i>, et nous d&icirc;nons
+jeudi, <i>Saint-Georges</i>, <i>Adenis</i>, <i>Carvalho</i> et <i>moi</i>. <i>Carvalho</i> tr&egrave;s
+gentil, v&eacute;ritablement d&eacute;vou&eacute;, <i>Saint-Georges exigeant</i> et <i>tr&egrave;s malin</i>,
+<i>Adenis</i> toujours navr&eacute;, <i>moi</i> vex&eacute; et fatigu&eacute;, <i>Z.</i> musel&eacute;, <i>Gounod</i>
+regardant les cieux, <i>Massy</i><a name="FNanchor_84_84" id="FNanchor_84_84"></a><a href="#Footnote_84_84" class="fnanchor">[84]</a> pas musicien mais excellent cependant,
+<i>Devri&egrave;s</i> superbe, l'ex&eacute;cution tr&egrave;s satisfaisante, voil&agrave; &agrave; peu pr&egrave;s la
+situation. Encore de deux &agrave; six mois de r&eacute;p&eacute;titions, et..... <i>au petit
+bonheur</i>!</p>
+
+<p><span class='pagenum'><a name="Page_121" id="Page_121">[121]</a></span>On annonce trois concours:</p>
+
+<p>1&ordm; <i>Op&eacute;ra</i>: concours pour trois actes.</p>
+
+<p>2&ordm; <i>Op&eacute;ra-Comique</i>: idem.</p>
+
+<p>3&ordm; <i>Th&eacute;&acirc;tre-Lyrique</i>: idem pour quatre actes.</p>
+
+<p>Je ne sais quelles seront les conditions. Probablement mes deux ouvrages
+du Lyrique m'interdiront celui de la place du Ch&acirc;telet. En tout cas, si
+je concours, hors vous et Guiraud personne ne le saura, et on ne
+<i>reconna&icirc;tra pas ma copie</i>.</p>
+
+<p>Enfin le piano est mont&eacute;!... Mon Dieu, lorsqu'il est si difficile de
+changer un meuble de place, on comprend la lenteur du progr&egrave;s
+philosophique et social! Ce coup d'&Eacute;tat vous promet un travail
+tranquille et fructueux.</p>
+
+<p>Cher ami, il est deux heures du matin. Je suis &eacute;reint&eacute;. Je vous
+embrasse. &Agrave; bient&ocirc;t, et toujours votre ami de tout c&#339;ur.</p>
+
+<p>J'ai vu G. l'autre jour. Il m'a paru beaucoup plus content.</p>
+
+
+<p class="date">
+Juillet 1867.<br />
+</p>
+
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>Je suis tellement accabl&eacute; de besogne que vous me pardonnerez, j'esp&egrave;re,
+le laconisme de ce billet.</p>
+
+<p>La fugue est tr&egrave;s bien. C'est encore un peu diffus, un peu chipot&eacute;, mais
+vous &ecirc;tes en excellente voie. Encore deux ou trois fugues et vous serez
+un vrai contrapuntiste. Je suis moins content de vos contre-sujets. Ce
+n'est pas <i>cela</i>. C'est trop cherch&eacute;, pas assez clair, pas assez simple.
+Pr&eacute;occupez-vous de la bonne note.</p>
+
+<p>Je vous &eacute;crirai tr&egrave;s prochainement. Tout va bien ici. &Eacute;crivez-moi,
+<i>&agrave;</i>.....<a name="FNanchor_85_85" id="FNanchor_85_85"></a><a href="#Footnote_85_85" class="fnanchor">[85]</a> <i>bient&ocirc;t</i>.</p>
+
+<p class="sign">
+Votre ami.</p>
+
+<p class="date">
+Ao&ucirc;t 1867.</p>
+
+<p class="ind">
+Mon cher ami,</p>
+
+<p>Je suis tellement fatigu&eacute; &agrave; la fin de mes journ&eacute;es que je n'ai plus ni
+la force ni le courage d'&eacute;crire. Excusez donc tout &agrave; la fois mes retards
+et mon laconisme.</p>
+
+<p>1&ordm; Fugue tr&egrave;s bien; grands progr&egrave;s. Encore quelques fugues et vous serez
+<i>arriv&eacute;</i>.</p>
+
+<p>Avez-vous des sujets? Faites des contre-sujets &agrave; force. Vous trouverez
+un sujet et deux contre-sujets dont vous me ferez la fugue. Courage;
+grandissimes progr&egrave;s.</p>
+
+<p>2<sup>e</sup> J'ai vu <i>Cr&eacute;pet</i>, le directeur de la <i>Revue Nationale</i>, et je lui
+ai chaudement recommand&eacute; G. D&egrave;s que notre ami sera &agrave; Paris, je le
+conduirai au bonhomme qui s'int&eacute;resse d&eacute;j&agrave; vivement &agrave; lui. Si G. veut
+lui envoyer un article quelconque, il aura, je crois, des chances d'&ecirc;tre
+accept&eacute;. Dites-lui qu'il le soigne. On paie &agrave; cette revue. J'en sais
+quelque chose. Mon premier article<a name="FNanchor_86_86" id="FNanchor_86_86"></a><a href="#Footnote_86_86" class="fnanchor">[86]</a> a &eacute;t&eacute; <i>tr&egrave;s bien</i> accueilli, mais
+tr&egrave;s bien.</p>
+
+<p>Je vais continuer.</p>
+
+<p>3&ordm; Les r&eacute;p&eacute;titions de ma pi&egrave;ce marchent; nous serons pr&ecirc;ts le 1<sup>er</sup>
+septembre.</p>
+
+<p>On croit &agrave; un succ&egrave;s. Nous verrons bien.</p>
+
+<p>Je travaille comme une brute. Enfin!...</p>
+
+<p>Pour aujourd'hui, je vous quitte. Je vais dormir. J'en ai besoin.</p>
+
+<p>Courage, travaillez, &agrave; bient&ocirc;t.</p>
+
+<p class="sign">
+Votre ami.</p>
+
+<p class="date">Ao&ucirc;t 1867.</p>
+
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>Je suis litt&eacute;ralement crev&eacute;!</p>
+
+<p>J'avance: les quatre actes sont en sc&egrave;ne; l'orchestre d&eacute;chiffre demain
+le troisi&egrave;me acte; les ch&#339;urs savent &agrave; peu pr&egrave;s. Dans dix jours, nous
+r&eacute;p&eacute;terons g&eacute;n&eacute;ralement; dans quinze ou vingt jours nous passons.</p>
+
+<p>Il est temps; je suis &eacute;puis&eacute;.</p>
+
+<p>Le deuxi&egrave;me acte est tr&egrave;s bien orchestr&eacute;, et je vous regrette
+infiniment.</p>
+
+<p>Je vous envoie une masse de sujets. Faites des contre-sujets &agrave; force!</p>
+
+<p>La fugue va marcher, mais les contre-sujets sont en retard. Ce n'est pas
+encore cela. Cherchez la <i>bonne</i> harmonie... C'est le moyen de trouver
+l'harmonie &eacute;l&eacute;gante, distingu&eacute;e.</p>
+
+<p>Mon cher ami, j'ai vingt lettres &agrave; &eacute;crire, <i>L'Oie du Caire</i><a name="FNanchor_87_87" id="FNanchor_87_87"></a><a href="#Footnote_87_87" class="fnanchor">[87]</a> &agrave;
+r&eacute;duire pour piano seul, des &eacute;preuves &agrave; corriger, une grosse affaire qui
+se pr&eacute;pare, etc., excusez-moi.</p>
+
+<p>J'ai vu Cr&eacute;pet. Malheureusement, je n'ai pas le temps de m'occuper du
+journal en ce moment, mais d&egrave;s que j'aurai l'article de G., je le
+porterai.</p>
+
+<p>&Agrave; bient&ocirc;t. Je pense &agrave; vous et vous aime de tout mon c&#339;ur.</p>
+
+
+<p class="date">Octobre 1867.</p>
+
+<p>D'abord, cher, vidons l'affaire <i>Jolie Fille</i>. J'ai remis mon ouvrage:
+1&ordm; parce que madame Carvalho fait sept mille francs et mademoiselle
+Nilsson six mille francs; 2&ordm; parce que le public cosmopolite que nous
+avons l'honneur de poss&eacute;der &agrave; Paris en ce moment court aux noms connus
+et non aux pi&egrave;ces nouvelles! 3&ordm; parce que le succ&egrave;s se dessine de telle
+fa&ccedil;on que Carvalho veut garder pour la fin de novembre une affaire dont
+il n'a pas besoin en ce moment; 4&ordm; parce que le d&eacute;part de Nilsson me
+fait une place superbe; 5&ordm; parce que le <i>monde</i> sera revenu fin
+novembre; l'ouverture des Chambres, la rentr&eacute;e, tout me servira
+alors.&mdash;Bref, cher ami, je suis compl&egrave;tement content! Jamais op&eacute;ra ne
+s'est mieux annonc&eacute;! la r&eacute;p&eacute;tition g&eacute;n&eacute;rale a produit un grand effet! la
+pi&egrave;ce est vraiment tr&egrave;s int&eacute;ressante; l'interpr&eacute;tation est
+excellentissime! les costumes sont riches! les d&eacute;cors sont neufs! le
+directeur est enchant&eacute;! l'orchestre, les artistes pleins d'ardeur! et ce
+qui vaut mieux que tout cela, cher ami, la partition de la <i>Jolie Fille</i>
+est une <span class="smcap">bonne chose</span>! Je vous le dis <i>parce que vous me connaissez</i>!
+L'orchestre donne &agrave; tout cela une couleur, un relief que je n'osais
+esp&eacute;rer, je l'avoue!... Je tiens ma voie. Maintenant, en marche! Il faut
+monter, monter, monter toujours. Plus de soir&eacute;es! plus de cascades! plus
+de ma&icirc;tresses! tout cela est fini! absolument fini! Je vous parle
+s&eacute;rieusement. J'ai rencontr&eacute; une adorable fille que j'adore! Dans deux
+ans, elle sera ma femme! D'ici l&agrave;, rien que du travail, des lectures;
+penser, c'est vivre! Je vous parle s&eacute;rieusement; je suis convaincu! je
+suis s&ucirc;r de moi! le bon a tu&eacute; le mauvais! la victoire est gagn&eacute;e!...</p>
+
+<p>Ah! J'oubliais un d&eacute;tail. Je viens de vendre ma partition &agrave; Choudens:</p>
+
+<p class="nind" style="margin-left:2.25%;">
+3 000 francs &agrave; la 1<sup>re</sup> repr&eacute;sentation;<br />
+1 500 &agrave; la 30<sup>e</sup>;<br />
+1 500 &agrave; la 40<sup>e</sup>;<br />
+1 000 &agrave; la 50<sup>e</sup>;<br />
+1 000 &agrave; la 60<sup>e</sup>;<br />
+1 000 &agrave; la 70<sup>e</sup>;<br />
+1 000 &agrave; la 80<sup>e</sup>;<br />
+1 000 &agrave; la 90<sup>e</sup>;<br />
+2 000 &agrave; la 100<sup>e</sup>;<br />
+3 000 &agrave; la 120<sup>e</sup>;<br />
+</p>
+
+<p class="nind">et <i>trois</i> ans pour accomplir mes cent vingt repr&eacute;sentations! Quelque
+prudentes que soient ces combinaisons, jamais Choudens n'en a consenti
+de pareilles avec qui que ce soit (except&eacute; Gounod, bien entendu).</p>
+
+<p>Donc, <i>Jolie Fille</i> nettoy&eacute;e, passons!</p>
+
+<p>Je suis d&eacute;sol&eacute; du d&eacute;part de Cr&eacute;pet<a name="FNanchor_88_88" id="FNanchor_88_88"></a><a href="#Footnote_88_88" class="fnanchor">[88]</a>. Moi-m&ecirc;me, je suis en d&eacute;licatesse
+avec monsieur X. qui a voulu m'emp&ecirc;cher d'&eacute;reinter Azevedo &agrave; mon gr&eacute;.
+Je l'ai envoy&eacute; compl&egrave;tement promener! Il m'a encore &eacute;crit hier pour me
+demander de supprimer quelques lignes d'un article que j'avais pr&eacute;par&eacute;
+sur Saint-Sa&euml;ns. Je r&eacute;ponds: 9679 <span class="smcap">iii</span>!..... Regardez ce nombre &agrave; travers
+la page 4, en pla&ccedil;ant la page 3 sur un carreau ou devant une lumi&egrave;re, et
+vous comprendrez!...</p>
+
+<p>Et G.? Que faire? Il faut pourtant trouver! Je suis d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;. Je ne
+sais plus &agrave; quelle porte frapper! Je ne vois que des indiff&eacute;rents, des
+&eacute;go&iuml;stes ou des impuissants! Le journalisme devient de plus en plus une
+bo&icirc;te &agrave; scandales! Tout se rapetisse, et Gandinopolis ne vaut pas mieux
+au fond que Cr&eacute;tinopolis!... Je pense constamment &agrave; notre ami, et je ne
+vois pas, je ne trouve pas. Cela me d&eacute;sole, me chagrine au dernier
+point!... Que devient Monsieur Y.? Je pense souvent &agrave; ce majestueux
+bourgeois, et me rappelle avec une douce &eacute;motion ses phrases sonores,
+retentissantes et son coup de poing &agrave; mon piano!... Il n'y a que les
+affaires!... Et dire qu'ils sont des millions comme cela!... Je serais
+bien aise de savoir ce qu'il pense du <i>Congr&egrave;s de la Paix</i>, de
+l'arrestation de <i>Garibaldi</i><a name="FNanchor_89_89" id="FNanchor_89_89"></a><a href="#Footnote_89_89" class="fnanchor">[89]</a> et de l'augmentation du pain!... Quel
+type!... et quelle t&ecirc;te!... L&eacute;cuyer est ici et vous envoie mille amiti&eacute;s
+vives et sinc&egrave;res!... Maintenant parlons fugue:</p>
+
+<p>C'est bien! progr&egrave;s immenses! Courage! Tous les sympt&ocirc;mes que vous
+m'annoncez me prouvent que la p&eacute;riode d'inspiration va bient&ocirc;t commencer
+pour vous. Allons! encore un coup de collier. Vous reste-t-il des
+sujets? Sinon, tant mieux. Faites vous-m&ecirc;me des sujets de fugue, bien
+francs, bien nets. Que ce travail soit le sujet de votre prochain envoi!
+Une douzaine de sujets avec les r&eacute;ponses et les contre-sujets, puis
+trois fugues, et trois mois de repos... et en route! Allons, courage! &Agrave;
+bient&ocirc;t et croyez &agrave; l'amiti&eacute; inalt&eacute;rable de...</p>
+
+<p>&Eacute;coutez-vous! Il faut faire de la musique, m&ecirc;me dans la fugue.</p>
+
+
+<p class="date">Octobre 1867<a name="FNanchor_90_90" id="FNanchor_90_90"></a><a href="#Footnote_90_90" class="fnanchor">[90]</a>.</p>
+
+<p>Tr&egrave;s bien. Faites un de ces sujets. Tout cela est bon. Pardonnez-moi le
+retard que j'ai apport&eacute; &agrave; la correction de ces quelques contre-sujets,
+mais je viens d'&ecirc;tre atteint profond&eacute;ment. On a bris&eacute; les esp&eacute;rances que
+j'avais form&eacute;es..., La <i>famille</i> a repris ses droits!... Je suis tr&egrave;s
+malheureux. Excusez-moi de ne pas entrer dans de plus grands d&eacute;tails. Un
+de ces jours je vous dirai tout cela!...</p>
+
+<p>Comment va G.?</p>
+
+<p>Je vais recommencer &agrave; r&eacute;p&eacute;ter. Dans trois semaines, un mois, <i>La Jolie
+Fille</i>. X. vient de faire un tour honteux!</p>
+
+<p class="sign">Votre vrai ami.</p>
+
+<p class="date">Novembre 1867.</p>
+
+
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>Sauf le divertissement que je vous signale, votre fugue est bonne. Vous
+&ecirc;tes en grandissimes progr&egrave;s.&mdash;Vous trouverez ci-joint des sujets;
+faites-en les r&eacute;ponses et les contre-sujets. Ce sera le sujet de votre
+prochain envoi, et je vous indiquerai la fugue que vous devrez traiter.</p>
+
+<p><span class='pagenum'><a name="Page_133" id="Page_133">[33]</a></span>Je suis toujours fort triste. Le coup qui m'a frapp&eacute; d&eacute;truit des
+esp&eacute;rances qui m'&eacute;taient ch&egrave;res. Peut-&ecirc;tre tout n'est-il pas perdu,
+mais...</p>
+
+<p>La philosophie, mon cher ami, ne peut consoler de ces douleurs-l&agrave;! la
+philosophie ne change jamais le c&#339;ur, le cerveau et les nerfs de nature
+....<a name="FNanchor_91_91" id="FNanchor_91_91"></a><a href="#Footnote_91_91" class="fnanchor">[91]</a></p>
+
+<p>J'ai parcouru derni&egrave;rement quelques chapitres de Taine. Grand talent...
+sec... sec! Il raisonne sur <i>l'art</i>, mais il ne le sent point.</p>
+
+<p>Avec la philosophie, vous ferez des Ary Scheffer, des Paul Delaroche, je
+vous d&eacute;fie de faire un Giorgion, un V&eacute;ron&egrave;se, m&ecirc;me un Salvator Rosa!</p>
+
+<p>Je vais reprendre mes r&eacute;p&eacute;titions. Monsieur X., Y., passe la semaine
+prochaine. Apr&egrave;s, c'est &agrave; moi! Quelles lenteurs.</p>
+
+<p>Allons, courage, vous aussi; je supporte bien la vie qui, pour moi, n'a
+rien d'agr&eacute;able, je vous assure!</p>
+
+<p>J'ai vu G. Je suis bien heureux de le voir hors d'affaire.</p>
+
+<p>Nous avons eu une grosse discussion sur Shakespeare et Racine.</p>
+
+<p>Il trouve qu'<i>Othello</i> manque de go&ucirc;t!</p>
+
+<p>&Agrave; bient&ocirc;t, et toujours votre ami de tout c&#339;ur.</p>
+
+
+<p class="date">D&eacute;cembre 1867.</p>
+
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>Soyez gentil. Tout en faisant votre fugue, refaites-moi tous ces
+contre-sujets. C'est mou, &ccedil;a. Ce n'est pas net d'harmonie; &ccedil;a manque
+d'&eacute;l&eacute;gance, de facilit&eacute;. Ce n'est pas suffisamment musical. Allons,
+courage, &agrave; l'&#339;uvre. Il est bien entendu qu'il ne faut pas refaire le
+contre-sujet marqu&eacute; <i>excellent</i>. Faites une fugue avec ces sujets.</p>
+
+<p>J'ai repris mes r&eacute;p&eacute;titions. Je sors, ou plut&ocirc;t je ne suis pas sorti
+d'une grave inqui&eacute;tude. Carvalho a &eacute;t&eacute; <i>tr&egrave;s bas</i> (pas comme sant&eacute;). Je
+le crois sauv&eacute; aujourd'hui, mais il ne faut pas trop crier. Il ne
+manquait plus que cela pour retarder encore.</p>
+
+<p>Je suis toujours dans la m&ecirc;me disposition d'esprit. Je travaille comme
+un n&egrave;gre, le&ccedil;ons, &eacute;diteurs, etc. Tout cela m'&eacute;reinte, et ne r&eacute;pare pas
+les d&eacute;sastres du V&eacute;sinet. Enfin!...</p>
+
+<p>&Agrave; bient&ocirc;t, cher, et toujours toute mon affection.</p>
+
+
+<p class="date">Janvier 1868.</p>
+
+
+<p class="ind">Cher,</p>
+
+<p>Quelques mots seulement pour vous souhaiter une existence plus conforme
+&agrave; vos go&ucirc;ts, &agrave; vos aspirations. G. me fait esp&eacute;rer que vous viendrez cet
+hiver! Je le d&eacute;sire de tout mon c&#339;ur. Je n'ai pas encore termin&eacute;
+l'examen de votre fugue. Mon ouvrage a obtenu un vrai et s&eacute;rieux succ&egrave;s!
+Je n'esp&eacute;rais pas un accueil aussi enthousiaste et &agrave; la fois aussi
+s&eacute;v&egrave;re. On m'a tenu la drag&eacute;e haute, on m'a pris au s&eacute;rieux, et j'ai eu
+la vive joie d'&eacute;mouvoir, d'empoigner une salle qui n'&eacute;tait pas
+positivement bienveillante. J'avais fait un coup d'&Eacute;tat: j'avais d&eacute;fendu
+au chef de claque d'applaudir. Je sais donc &agrave; quoi m'en tenir. La presse
+est excellente! Maintenant, ferons-nous de l'argent? C'est ce que vous
+dira la prochaine lettre de votre d&eacute;vou&eacute; ami.</p>
+
+
+<p class="date">F&eacute;vrier 1868.</p>
+
+<p>Excusez-moi! J'ai &eacute;t&eacute; souffrant, inquiet, d&eacute;courag&eacute;, accabl&eacute; d'ennuis,
+de travail, de soucis, etc.</p>
+
+<p>C'est bien; interrompez la fugue pour quelque temps. La p&eacute;riode de repos
+est n&eacute;cessaire! Faites-moi seulement deux ou trois envois de r&eacute;ponses et
+de sujets, et puis pensons &agrave; l'id&eacute;e.</p>
+
+<p>Mon cher ami, je joue de malheur. Barr&eacute;<a name="FNanchor_92_92" id="FNanchor_92_92"></a><a href="#Footnote_92_92" class="fnanchor">[92]</a> est malade; je ne sors pas
+des indispositions qui enrayent continuellement mon ouvrage.</p>
+
+<p>Je traverse une crise; je suis tr&egrave;s d&eacute;moralis&eacute; pour mille causes que je
+vous dirai prochainement.</p>
+
+<p>En attendant croyez toujours...<a name="FNanchor_93_93" id="FNanchor_93_93"></a><a href="#Footnote_93_93" class="fnanchor">[93]</a> et compl&egrave;te amiti&eacute;.</p>
+
+<p class="date">F&eacute;vrier 1868.</p>
+
+<p>C'est bien! cher ami. Interrompez la fugue. Vous la reprendrez plus
+tard, c'est-&agrave;-dire que, lorsque vous serez en pleine composition, vous
+&eacute;crirez &agrave; votre aise quelques fugues d&eacute;velopp&eacute;es et bien musicales.
+Maintenant, &agrave; l'id&eacute;e!</p>
+
+<p>Vous allez venir et nous pourrons causer. Nous avons, <i>je le sens</i>,
+beaucoup de choses &agrave; nous dire. Vous &ecirc;tes &agrave; un moment important de
+l'existence. Je serai heureux, cher ami, d'&ecirc;tre, si je le puis, un de
+vos conseils, un de vos appuis. &Agrave; bient&ocirc;t, et toujours de tout c&#339;ur</p>
+
+<p class="sign">Votre ami.</p>
+
+
+<p class="date">Juin 1868.</p>
+
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>Si j'ai tant tard&eacute; &agrave; vous r&eacute;pondre, c'est que je voulais me procurer la
+<i>Coupe du Roi de Thul&eacute;</i><a name="FNanchor_94_94" id="FNanchor_94_94"></a><a href="#Footnote_94_94" class="fnanchor">[94]</a> afin d'en causer utilement avec vous.
+Guiraud avait pr&ecirc;t&eacute; son exemplaire; il est rentr&eacute; depuis avant-hier, et
+je m'empresse de m'excuser de ce retard trop long, mais involontaire.</p>
+
+<p>Je crois que vos caract&egrave;res sont bien trac&eacute;s. Vous paraissez peu
+enthousiaste d'<i>Angus</i> et de <i>Myrrha</i>. Je vous passe Angus qui est un
+personnage <i>b&ecirc;te</i> et <i>odieux</i>.&mdash;Myrrha, quoique peu sympathique, ne
+manque pas d'une certaine couleur.&mdash;C'est, selon moi, une courtisane
+antique. Le c&ocirc;t&eacute; chatte n'a pas &eacute;t&eacute; suffisamment indiqu&eacute; par les
+librettistes; c'est au musicien &agrave; r&eacute;parer cette faute.&mdash;On peut tirer
+des effets de ce caract&egrave;re f&eacute;lin et terrible dans l'ambition d&eacute;&ccedil;ue: pas
+de c&#339;ur, mais une t&ecirc;te et autre chose... cela vaut mieux que rien.
+R&eacute;fl&eacute;chissez-y bien, c'est important. Il faut que la Myrrha soit
+r&eacute;ussie... ou le premier acte et une partie du troisi&egrave;me sont perdus!</p>
+
+<p>Votre division est bonne: je crois que les couplets de <i>Paddock</i> &laquo;Je
+ris&raquo;, doivent avoir une grande valeur dramatique, mais <i>tr&egrave;s peu</i>
+d'importance au point de vue de la forme du morceau. Il...<a name="FNanchor_95_95" id="FNanchor_95_95"></a><a href="#Footnote_95_95" class="fnanchor">[95]</a> escompter
+l'air.&mdash;Je crois aussi que les soi-disant couplets de Myrrha &agrave; Angus
+sont tout bonnement un morceau d'ensemble.</p>
+
+<p>La fin du premier acte est idiote. Il faut baisser la toile sur le saut
+d'Yorick. L&agrave; est l'int&eacute;r&ecirc;t.<span class='pagenum'><a name="Page_137" id="Page_137">[137]</a></span>&mdash;Le deuxi&egrave;me acte est charmant.&mdash;Le
+troisi&egrave;me renferme de tr&egrave;s bonnes choses. Il est difficile de <i>savoir
+d'avance</i> ce qu'on fera de ce po&egrave;me. La fantaisie doit tout dominer.</p>
+
+<p>Allez; c'est bien compris, mais attention &agrave; Myrrha. Soignez son entr&eacute;e.
+Tout en laissant dominer l'amour d'Yorick, il faudrait l&agrave; un dialogue,
+poser les deux caract&egrave;res &agrave; l'orchestre.&mdash;Vous me comprenez.</p>
+
+<p>Il est de plus en plus probable que je ne ferai pas le
+concours.&mdash;<i>Perrin</i><a name="FNanchor_96_96" id="FNanchor_96_96"></a><a href="#Footnote_96_96" class="fnanchor">[96]</a> est tr&egrave;s empoign&eacute; par le po&egrave;me de Leroy. Il y a
+des chances pour que cette affaire soit r&eacute;gl&eacute;e d'ici deux mois, &agrave; moins
+que Verdi!... mais Perrin est tr&egrave;s r&eacute;ellement bien dispos&eacute;... Je le sais
+de source certaine. Si la pi&egrave;ce &eacute;crite donne ce que le sc&eacute;nario promet,
+il recevra la pi&egrave;ce avec enthousiasme. Il m'a recommand&eacute; de ne pas
+m'engager avec ces messieurs, et, d'un autre c&ocirc;t&eacute;, a pri&eacute; ces messieurs
+de ne rien conclure avec moi, tout en leur laissant supposer que je
+serai leur musicien. Du reste, <i>je sais</i> qu'il veut avoir la
+responsabilit&eacute; absolue de ses affaires, et il a cr&acirc;nement raison.&mdash;Donc
+sans aucun doigt dans l'&#339;il, <i>tr&egrave;s bon espoir de ce c&ocirc;t&eacute;</i>, presque
+certitude. Il m'a dit &agrave; moi: &laquo;Ne bronchez pas. La pi&egrave;ce est superbe...
+laissons finir&raquo;. &laquo;Est-ce pour moi?&raquo; ai-je dit. &laquo;Oh! de tout c&#339;ur!&raquo;,
+telle fut la r&eacute;ponse, et le ton valait mieux que la chanson.</p>
+
+<p>On me demande une pi&egrave;ce antique pour les Italiens. Cela ne me sourit
+qu'&agrave; moiti&eacute;.</p>
+
+<p>J'ai termin&eacute; la symphonie. J'ai renonc&eacute; aux variations. Je crois que le
+premier morceau sera bon! C'est l'ancien th&egrave;me</p>
+
+<p class="c"><img src="images/024.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+
+<p class="nind">pr&eacute;c&eacute;d&eacute; d'une importante introduction calme qui revient au milieu dans
+l'agitation et termine le morceau dans une tranquillit&eacute; compl&egrave;te. &Ccedil;a ne
+ressemble plus du tout aux premiers morceaux connus... c'est nouveau, et
+je compte sur un bon effet.&mdash;Ce que vous connaissez n'est plus qu'au
+deuxi&egrave;me plan!&mdash;C'est dr&ocirc;le d'avoir cherch&eacute; &ccedil;a deux ans! Le milieu de
+l'andante est le deuxi&egrave;me motif du final qui s'arrange &agrave; merveille dans
+ce mouvement large... Curieux!... Satan&eacute;e musique!... on n'y comprend
+rien!... Les archev&ecirc;ques<a name="FNanchor_97_97" id="FNanchor_97_97"></a><a href="#Footnote_97_97" class="fnanchor">[97]</a> ont fait un four tellement abracadabrant
+qu'il est g&eacute;n&eacute;reux de n'en plus parler!... Quant au <i>X</i>... il est
+complet!... Rochefort fait scandale avec la <i>Lanterne</i>. Le deuxi&egrave;me
+num&eacute;ro est d'une audace... et d'une adresse!... &Agrave; bient&ocirc;t... tenez-moi
+au courant de votre travail... Vite lettre &agrave; votre ami.</p>
+
+<p class="date">Juin 1868.</p>
+
+<p class="ind">Cher,</p>
+
+<p>J'avais su par G. la maladie de votre p&egrave;re et votre lettre est venue me
+rassurer fort &agrave; propos.&mdash;Vous voil&agrave; hors d'inqui&eacute;tude, profitez-en pour
+vous lancer. Appelez l'inspiration, elle viendra. <span class='pagenum'><a name="Page_140" id="Page_140">[140]</a></span>Il ne s'agit plus
+d'&eacute;tudes de caract&egrave;res; il faut exprimer cet &eacute;tat maladif, nerveux qui
+s'appelle l'amour.&mdash;De la fantaisie, de l'audace, de l'impr&eacute;vu, du
+charme, surtout, de la tendresse, de la morbidezza! J'attends avec une
+vive impatience votre premier morceau.</p>
+
+<p>Je suis tr&egrave;s embarrass&eacute; en ce moment; je ne sais que faire.</p>
+
+<p>Si je concours &agrave; l'Op&eacute;ra sans avoir le prix, je crains que les bonnes
+dispositions dont je suis l'objet ne se modifient &agrave; mon d&eacute;savantage.</p>
+
+<p>Si je concours avec le prix, cela reculera de deux ans peut-&ecirc;tre ma
+grande affaire.</p>
+
+<p>Si je ne concours pas et que ma grande affaire rate, je me trouverai
+entre deux selles!</p>
+
+<p>Un conseil!</p>
+
+<p>Je suis abruti; je termine l'arrangement &agrave; 4 mains d'<i>Hamlet</i>!... Quelle
+besogne!&mdash;Je viens de finir des m&eacute;lodies pour... un nouvel &eacute;diteur. Je
+crains de n'avoir fait que des choses fort m&eacute;diocres, mais il faut de
+l'argent, toujours de l'argent! Au diable!...</p>
+
+<p><i>Rochefort</i> tire la <i>Lanterne</i> &agrave; 90 000!!!!! C'est un grand succ&egrave;s.
+Lisez-vous cela &agrave; Cr&eacute;tinopolis? Le v&eacute;locip&egrave;de va bien ici: plusieurs
+citoyens s'en sont fait mourir!...</p>
+
+<p>&Agrave; bient&ocirc;t, cher, travaillez et croyez &agrave; la vraie affection de votre ami.</p>
+
+<p>Je n'ai rien oubli&eacute; des <i>Mis&eacute;rables</i>!... Voil&agrave; du g&eacute;nie!</p>
+
+
+<p class="date">Juillet 1868.</p>
+
+
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>Il y a de tr&egrave;s bonnes choses dans cette introduction.</p>
+
+<p>Il est &agrave; craindre que votre dessin d'orchestre, tr&egrave;s agit&eacute;, ne couvre un
+peu les paroles, si n&eacute;cessaires pour exposer la pi&egrave;ce.&mdash;Il faudra un
+orchestre tr&egrave;s l&eacute;ger et <i>pp</i>.&mdash;En g&eacute;n&eacute;ral, lorsque vous avez un texte
+aussi important, faites en sorte d'avoir &agrave; l'accompagnement des accords
+d&eacute;tach&eacute;s, ex:</p>
+
+<p class="c"><img src="images/025.png" alt="Illustration: Mes seigneurs, comment va le roi" /></p>
+
+
+<p class="nind">et des traits dans les <i>blancs</i> du chant.&mdash;&Agrave; part cette observation,
+cela marche.&mdash;Le &laquo;Ni mieux ni plus mal&raquo; est bon. Harold attaque
+maladroitement. Il faut le &laquo;Seigneurs&raquo; apr&egrave;s l'orchestre. N'attaquez
+jamais le r&eacute;cit dans les accords. Il faut:</p>
+
+<p class="c"><img src="images/026.png" alt="Illustration: Seigneurs, le roi va tou-jours faiblis" /></p>
+
+
+<p>Le ch&#339;ur est bon. C'est un peu op&eacute;ra-comique, un peu Auber (<i>Diamants de
+la Couronne</i>, acte premier, ch&#339;ur des contrebandiers d&eacute;guis&eacute;s en moines,
+final). Ce n'est pas une r&eacute;miniscence, du reste, ce n'est qu'un rapport.
+Le vieillard, le jeune homme et les femmes sont bien indiqu&eacute;s.&mdash;J'aurais
+d&eacute;sir&eacute;, pour le tr&eacute;sorier, quelque chose de plus en dehors. J'aurais
+abandonn&eacute; le...<a name="FNanchor_98_98" id="FNanchor_98_98"></a><a href="#Footnote_98_98" class="fnanchor">[98]</a> jusque-l&agrave; adopt&eacute;. Il y a l&agrave; quelque chose...</p>
+
+<p class="c top"><img src="images/027th.png" alt="Illustration: Fac-Simil&eacute; d'un Autographe de Bizet." />
+<br /><span class="smcap">Fac-Simil&eacute; d'un Autographe de Bizet.</span><br /><a href="images/027.png"><span style="font-size:80%;">(agrandir)</span></a></p>
+
+<p class="top">&laquo;Ah! je vois le bouffon para&icirc;tre&raquo;, etc. Ici, je n'aurais pas repris le
+dessin principal, <i>j'aurais annonc&eacute; le bouffon</i>. Vous trouverez au bas
+de la quatri&egrave;me page une &eacute;bauche informe<a name="FNanchor_99_99" id="FNanchor_99_99"></a><a href="#Footnote_99_99" class="fnanchor">[99]</a>, mais qui vous fera
+comprendre. Ce bouffon est la terreur de tous ces courtisans: il est la
+loyaut&eacute;, l'honneur; il est la <i>v&eacute;rit&eacute;</i>; il est la lumi&egrave;re. Il faut
+l'annoncer par une clart&eacute; soudaine, par une transition incisive.&mdash;Votre
+rentr&eacute;e au ch&#339;ur est trop longue, sans effet. Voyez mon esquisse.&mdash;Il
+faut faire une coda au ch&#339;ur; il faut <i>conclure</i>. Paddock est au fond du
+th&eacute;&acirc;tre, appuy&eacute;; il regarde, il &eacute;coute, il m&eacute;prise! Finissez bien le
+ch&#339;ur, puis une ritournelle en majeur assez d&eacute;velopp&eacute;e pour que Paddock
+ait le temps de descendre lentement toute la sc&egrave;ne de l'Op&eacute;ra. Dans
+cette ritournelle il faut esquisser la figure de Paddock. Je n'insiste
+pas; vous m'avez compris, j'en suis s&ucirc;r.</p>
+
+<p class="c top"><img src="images/028.png" alt="Illustration: Ah! je vois le bouffon pa-rai-tre; Implorons encor les destins Implorons
+les destins. En-tends Dieu se'" /></p>
+
+<p class="nind">[+ Au th&eacute;&acirc;tre, que l'orchestre pr&eacute;c&egrave;de presque toujours la voix dans la
+surprise etc.&mdash;L'orchestre est le geste, et le geste pr&eacute;c&egrave;de toujours le
+cri, l'exclamation.]</p>
+
+<p>En somme, le progr&egrave;s continue. Encore un peu de gris dans les id&eacute;es,
+mais c'est mieux. La forme est excellente, et c'est bien &eacute;crit. Il n'y a
+que &laquo;je vois le bouffon para&icirc;tre&raquo; dont l'harmonie m'est d&eacute;sagr&eacute;able. Ut
+r&eacute;, c'est nu et peu flatteur pour l'oreille.&mdash;Allons, courage.&mdash;Je n'ai
+rien de nouveau. J'ai le spleen: du noir, du noir, du noir.&mdash;Je suis
+content de vous voir enthousiaste de Victor Hugo, car c'est mon homme!
+Lisez la <i>L&eacute;gende des Si&egrave;cles</i>, le voyage aux bords du Rhin... <i>X.</i> est
+toujours ladre, gras, menteur et filou!&mdash;&Agrave; bient&ocirc;t, votre vrai ami.</p>
+
+
+<p class="date">Juillet 1868.</p>
+
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>Je viens d'&ecirc;tre tr&egrave;s malade: une angine extr&ecirc;mement compliqu&eacute;e. J'ai
+souffert comme un chien! Me voici sur pied, quoique tr&egrave;s faible encore,
+et je m'empresse de vous r&eacute;pondre. J'avais examin&eacute; votre travail avant
+ma maladie, et c'est pr&eacute;cis&eacute;ment au moment o&ugrave; j'allais vous &eacute;crire
+qu'est arriv&eacute;e l'angine.</p>
+
+<p>L'entr&eacute;e de Paddock est un peu trop rythm&eacute;e. Ce n'est pas l&agrave; l'entr&eacute;e
+d'un philosophe. Quelque chose comme l'entr&eacute;e d'Hamlet:</p>
+
+<p class="c"><img src="images/029.png" alt="Illustration: musique" /></p>
+
+<p class="nind">e&ucirc;t mieux fait, je crois. Je sais ce que vous allez me r&eacute;pondre:
+&laquo;Paddock ne doit pas &ecirc;tre triste!&raquo; Non, il n'est pas triste, il n'est
+qu'ironiquement sinistre. Cette blague-l&agrave; doit mordre comme de l'eau
+forte, comme du nitrate. Il y a dans le courant de la ritournelle de
+bons accents. Peut-&ecirc;tre un peu longue!&mdash;<i>R&eacute;cit</i> bon.&mdash;<i>Le Vieil.</i>:
+<i>Aujourd'hui tr&ecirc;ve &agrave; l'insolence</i>, arrive trop tard. Il doit couper la
+parole &agrave; Paddock. La ritournelle que vous avez plac&eacute;e l&agrave; ferait un temps
+<i>froid au th&eacute;&acirc;tre</i>. J'aime bien ce que dit ce vieux comme accent: la
+courtisanerie a aussi ses <i>Prud'homme</i>; il n'est pas mauvais de
+l'indiquer en passant.&mdash;Jusqu'ici j'ai &agrave; reprocher le manque <i>d'int&eacute;r&ecirc;t
+musical</i>. Je suis <i>content</i> de la grande phrase de Paddock. Les six
+premi&egrave;res mesures sont un peu molles musicalement parlant, mais le reste
+est bon. C'est acerbe, contenu et violent tout &agrave; la fois. Les sauts de
+septi&egrave;mes sont excellents.&mdash;<i>Ceci</i> est bien d'un musicien.&mdash;Vous ferez
+bien de raccourcir la ritournelle qui pr&eacute;c&egrave;de: &laquo;<i>Prends garde</i>&raquo;. Ce
+dialogue est accompagn&eacute; trop <i>touffu</i>! Cela manque un peu d'int&eacute;r&ecirc;t.
+C'&eacute;tait difficile, j'en conviens. La chanson de <i>Paddock</i> reprend bien,
+et la sortie du ch&#339;ur est bien comprise.&mdash;Courage, il y a progr&egrave;s.
+Continuez; soyez musical surtout. Faites de la jolie musique<a name="FNanchor_100_100" id="FNanchor_100_100"></a><a href="#Footnote_100_100" class="fnanchor">[100]</a>.
+Envoyez-moi vite ce que vous avez de fait! Il faut esp&eacute;rer que vous ne
+ne me trouverez pas au lit.</p>
+
+<p>J'ai perdu quinze jours de travail! <i>Sauvage</i>, l'un des deux auteurs de
+la machine que vous savez<a name="FNanchor_101_101" id="FNanchor_101_101"></a><a href="#Footnote_101_101" class="fnanchor">[101]</a>, a failli claquer d'une congestion
+bilieuse... Nouveau retard! Leroy me dit qu'il avance et que &ccedil;a vient
+tr&egrave;s bien!&mdash;Je viens de terminer de <i>Grandes variations chromatiques</i>
+pour piano. C'est le th&egrave;me chromatique que j'avais esquiss&eacute; cet hiver.
+Je suis, je vous l'avoue, tout &agrave; fait content de ce morceau. C'est
+trait&eacute; tr&egrave;s audacieusement, vous verrez. Puis un <i>Nocturne</i> auquel
+j'attache de l'importance<a name="FNanchor_102_102" id="FNanchor_102_102"></a><a href="#Footnote_102_102" class="fnanchor">[102]</a>. Tout cela para&icirc;tra en septembre ou
+octobre. Il se fait en moi un changement extraordinaire. Je change de
+peau, autant comme artiste que comme homme; je m'&eacute;pure, je deviens
+meilleur: je le sens! Allons, je trouverai quelque chose dans mon
+individu, en cherchant bien.</p>
+
+<p>Excusez cette lettre un peu insens&eacute;e; mais j'ai mang&eacute; aujourd'hui pour
+la premi&egrave;re fois et j'ai encore un peu de fi&egrave;vre. Vite, vite une lettre
+&agrave; votre ami.</p>
+
+<p>Que devient G.? S'il est &agrave; Montauban, dites-lui mille bonnes choses
+affectueuses de ma part.</p>
+
+
+<p class="date">Ao&ucirc;t 1868.</p>
+
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>Je suis tout &agrave; fait bien depuis hier, mais j'ai eu une rechute et j'ai
+souffert comme un damn&eacute;... C'est pass&eacute;!... On m'envoie &agrave; l'instant le
+r&eacute;sultat du vote des concurrents &agrave; l'Op&eacute;ra-Comique pour la constitution
+du jury d'examen<a name="FNanchor_103_103" id="FNanchor_103_103"></a><a href="#Footnote_103_103" class="fnanchor">[103]</a>. Cela vous donnera une id&eacute;e de l'avancement des
+id&eacute;es musicales en France!...</p>
+
+<table summary="jury" cellspacing="0" cellpadding="3">
+<tr>
+<td align="center" colspan="5">35 votants.</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="center">Avec</td>
+<td style="border-left:1px solid black;">Maillart</td>
+<td align="right">34</td>
+<td>!!!!!</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="center">Leuven</td>
+<td style="border-left:1px solid black;">Thomas</td>
+<td align="right">32</td>
+<td> &nbsp; &nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="center">forment</td>
+<td style="border-left:1px solid black;">Reber</td>
+<td align="right">31</td>
+<td> &nbsp; &nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="center">le</td>
+<td style="border-left:1px solid black;">David</td>
+<td align="right">30</td>
+<td> &nbsp; &nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td align="center">jury.</td>
+<td style="border-left:1px solid black;">Gounod</td>
+<td align="right">28</td>
+<td> &nbsp; &nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>&nbsp;</td>
+<td style="border-left:1px solid black;">Gevaert</td>
+<td align="right">26</td>
+<td> &nbsp; &nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>&nbsp;</td>
+<td style="border-left:1px solid black;">Mass&eacute;</td>
+<td align="right">25</td>
+<td> &nbsp; &nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>&nbsp;</td>
+<td style="border-left:1px solid black;">Semet</td>
+<td align="right">21</td>
+<td> &nbsp; &nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>Berlioz</td>
+<td align="right">14</td>
+<td> &nbsp; &nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>Georges Hainl</td>
+<td align="right">14</td>
+<td> &nbsp; &nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>Bazin</td>
+<td align="right">12</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>Mermet</td>
+<td align="right">12</td>
+<td> &nbsp; &nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>Auber</td>
+<td align="right">11</td>
+<td> &nbsp; &nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>Saint-Sa&euml;ns</td>
+<td align="right">4</td>
+<td> &nbsp; &nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>Bizet</td>
+<td align="right">3</td>
+<td> &nbsp; &nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>&nbsp;</td>
+<td>Offenbach</td>
+<td align="right">1</td>
+<td> &nbsp; &nbsp;</td>
+</tr>
+<tr>
+<td>&nbsp;</td>
+<td> Wagner</td>
+<td align="right">1</td>
+<td> &nbsp; &nbsp;</td>
+</tr>
+</table>
+
+<p>Ainsi, les musiciens eux-m&ecirc;mes proclament Maillart prrrrremier
+musicien!... Elle est bien bonne!...</p>
+
+<p>Je cueille cette phrase dans un article de.........</p>
+
+<p>&laquo;Ses mains aussi &eacute;taient longues, mais on ne s'en plaignait pas quand
+ces doigts adorablement effil&eacute;s allaient &eacute;veiller, sur le piano, des
+notes tellement s&eacute;par&eacute;es les unes des autres par l'&eacute;tendue des octaves
+qu'elles n'avaient pas l'habitude de r&eacute;sonner en m&ecirc;me temps!&raquo;</p>
+
+<p>&Ocirc; langue fran&ccedil;aise! &ocirc; bon sens! &ocirc; pudeur!...</p>
+
+<p>Votre air renferme de fort bonnes choses. Je vous reprocherai:</p>
+
+<p>1&ordm; La prosodie du commencement;</p>
+
+<p>2&ordm; Un peu de continuit&eacute; dans l'accompagnement. J'aurais voulu les
+p&eacute;riodes plus hach&eacute;es... plus sc&egrave;ne... mais l'accent dramatique est
+juste. L'id&eacute;e musicale est toujours un peu molle. Cela ne sort pas
+assez!... pas assez de relief!... En somme, il y a progr&egrave;s; courage!</p>
+
+<p>Votre jeu de sc&egrave;ne du Vieillard peut &ecirc;tre bon, et, en ce cas, la
+ritournelle n'&eacute;tait pas trop longue. La coda de l'air de Paddock est un
+peu courte... un peu ind&eacute;cise... Je comprends bien ce que vous avez
+voulu faire... mais la r&ecirc;verie, le vague, le spleen, le d&eacute;couragement,
+le d&eacute;go&ucirc;t doivent &ecirc;tre exprim&eacute;s comme les autres sentiments par des
+<i>moyens solides</i>. Il faut toujours que <i>ce soit fait</i>. Je suis heureux
+de votre existence un peu mat&eacute;rielle. C'est excellent! Le cerveau marche
+mieux quand le corps est en bon &eacute;tat. Depuis deux mois, j'ai fait une
+&eacute;tude sommaire de l'histoire de la philosophie depuis Thal&egrave;s de Milet
+jusqu'&agrave; nos jours... Je n'ai rien trouv&eacute; de s&eacute;rieux dans le r&eacute;sum&eacute; de
+cet immense fatras!... Du talent, du g&eacute;nie, des personnalit&eacute;s tr&egrave;s
+saillantes auxquelles nous devons des d&eacute;couvertes, mais pas un syst&egrave;me
+philosophique qui soutienne l'examen... En morale, c'est diff&eacute;rent...
+<i>Socrate</i>, c'est-&agrave;-dire Platon, <i>Montaigne</i> (excellent, parce qu'il n'a
+pas de syst&egrave;me)... mais le spiritualisme, l'id&eacute;alisme, l'&eacute;clectisme, le
+mat&eacute;rialisme, le scepticisme... tout cela est carr&eacute;ment inutile!... Le
+sto&iuml;cisme, malgr&eacute; des erreurs, faisait des hommes... En r&eacute;sum&eacute;, la vraie
+philosophie est: &laquo;examiner les faits connus, &eacute;tendre les connaissances
+scientifiques, et ignorer <i>absolument</i> tout ce qui n'est pas prouv&eacute;,
+exact!&raquo; C'est l&agrave; le positivisme la seule philosophie rationnelle, et il
+est bizarre que l'esprit humain ait mis pr&egrave;s de trois mille ans pour en
+arriver l&agrave;!</p>
+
+<p>&Agrave; bient&ocirc;t, et toujours votre ami de tout c&#339;ur.</p>
+
+
+<p class="date">Ao&ucirc;t 1868.</p>
+
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>Je me suis peut-&ecirc;tre, ou vous m'avez peut-&ecirc;tre d&eacute;cern&eacute; trop t&ocirc;t le titre
+de positiviste. Mon &eacute;tude s'est port&eacute;e jusqu'ici sur le r&eacute;sum&eacute; tr&egrave;s
+sommaire de tout ce qui n'est pas positiviste, et j'ai tout rejet&eacute;. J'ai
+acquis cette conviction (je l'avais d&eacute;j&agrave;), c'est que les grands
+philosophes pratiques, les l&eacute;gislateurs, les directeurs de peuples, les
+<i>Salomon</i>, les <i>Confucius</i>, les <i>Mo&iuml;se</i>, les <i>Zoroastre</i>, les <i>Solon</i>
+n'avaient aucun syst&egrave;me philosophique; ils n'en savaient probablement
+pas assez pour &ecirc;tre ce que vous nommez positivistes, et ils se
+contentaient d'une morale tout humaine, appuy&eacute;e quelquefois, je le
+reconnais, sur une religion croquemitaine &agrave; l'usage des peuples, presque
+aussi idiots d&eacute;j&agrave; qu'ils le sont aujourd'hui.&mdash;J'ai encore acquis cette
+conviction: c'est que Platon, Aristote, Z&eacute;non, Orig&egrave;ne, Augustin,
+Abailard, Albert le Grand, Roger Bacon, Ramus, le grand Bacon, Hobbes,
+Descartes, Locke, Helv&eacute;tius, Spinoza, Malebranche, l'admirable Pascal,
+Bossuet, Leibnitz, Condillac, Hegel, Cousin, Lamennais, etc., etc.,
+vivront ou par leur m&eacute;rite litt&eacute;raire, ou par les erreurs qu'ils ont
+d&eacute;truites, ou par les progr&egrave;s qu'ils ont fait faire &agrave; la science, &agrave;
+l'intelligence humaine, mais non par leurs m&eacute;thodes et leurs syst&egrave;mes
+philosophiques.&mdash;Il est inutile de vous dire que j'ai fait ce travail au
+galop, &agrave; grands coups de dictionnaires, de r&eacute;sum&eacute;s, etc. Je reviendrai
+sur mes pas au point de vue litt&eacute;raire, mais pour rien au monde, je
+n'emploierai mon temps et mes forces &agrave; l'&eacute;tude de ce qui me para&icirc;t
+pu&eacute;ril et insens&eacute;. Maintenant, je ne demande pas mieux que d'&ecirc;tre tout &agrave;
+fait positiviste.&mdash;Faites-moi un catalogue des ouvrages &agrave; lire.&mdash;Mais
+jamais je ne suivrai Taine dans son parall&egrave;le irritant du progr&egrave;s social
+et du progr&egrave;s artistique. C'est faux, archifaux!&mdash;Que faut-il lire de
+Littr&eacute; et de Comte? Faites-moi cette petite note, et merci d'avance.</p>
+
+<p>Est-ce admirable ce livre d'Hugo?<a name="FNanchor_104_104" id="FNanchor_104_104"></a><a href="#Footnote_104_104" class="fnanchor">[104]</a></p>
+
+<p>Vous ne le connaissiez donc pas?</p>
+
+<p>Comment diable vous l'&ecirc;tes-vous procur&eacute;?</p>
+
+<p>Votre envoi est sup&eacute;rieur aux pr&eacute;c&eacute;dents. Vous progressez&mdash;lentement,
+peut-&ecirc;tre&mdash;mais en art, il ne s'agit pas d'aller vite.</p>
+
+<p>1&ordm; Entr&eacute;e d'Yorick insuffisante comme dur&eacute;e et comme accent. Faire
+entrer un personnage sur le motif de la romance qu'il va chanter, c'est
+le vieux jeu. Ce n'est pas une id&eacute;e typique.</p>
+
+<p>2&ordm; Oter tous ces accords de fa di&egrave;se sous le r&eacute;cit de Paddock. C'est
+inutile.&mdash;Tout le reste du r&eacute;cit est tr&egrave;s bon d'intention. Cela ne sort
+pas assez encore, mais c'est juste; il y a de l'&eacute;motion.</p>
+
+<p>3&ordm; J'aurais voulu encha&icirc;ner:</p>
+
+<p>&laquo;D'ailleurs, son souvenir me suivrait en tous lieux&raquo; avec la romance.
+Cette ritournelle refroidit. Voyez la coupure que je vous propose.</p>
+
+<p>4&ordm; Le motif de la romance est joli, quoiqu'un peu court. En proc&eacute;dant
+ainsi par petits fragments de phrases, vous ne pouvez arriver &agrave; un
+v&eacute;ritable effet.&mdash;Voyez les longues phrases de <i>Rossini</i>, de
+<i>Meyerbeer</i>, de <i>Wagner</i> et quelquefois de <i>Gounod</i>. Voyez le duo
+d'<i>Hamlet</i>: &laquo;Doute de la lumi&egrave;re.&raquo;&mdash;&laquo;Celle qui prit ma vie&raquo; est d'un
+accent juste. &laquo;Car ma bouche ravie&raquo; est meilleur, mais ce qui est
+r&eacute;ellement bien, c'est &laquo;Myrrha, Myrrha!&raquo; Il y a l&agrave; une expression
+contemplative, na&iuml;ve, presque enfantine qui est vraie. C'est bon!&mdash;J'ai
+fait dans votre harmonie quelques l&eacute;gers changements que vous
+approuverez, je crois.</p>
+
+<p>Allons, courage! Marchez, marchez; &agrave; la fin de la <i>Coupe</i>, vous aurez,
+j'en suis s&ucirc;r, avanc&eacute; d'un pas immense qui vous mettra &agrave; l'entr&eacute;e du
+lieu.</p>
+
+<p>Hier, 15 ao&ucirc;t, jour solennel. Le feu d'artifice a co&ucirc;t&eacute;, dit-on,
+cinquante mille francs de plus que d'habitude, mais il faut d&eacute;duire les
+dix mille francs d'amende de Rochefort. L'emprunt a &eacute;t&eacute; couvert
+trente-quatre fois. Je ne suis peut-&ecirc;tre pas honn&ecirc;te, mais si j'&eacute;tais
+gouvernement, je serais tent&eacute; de filer avec le magot. Voyez-vous cela
+d'ici, trente-quatre fois 429 millions? Sommes-nous riches!... Hier, il
+&agrave; fait beau, il pleut aujourd'hui. Allons, Dieu prot&egrave;ge la France et la
+dynastie. Gautier est d&eacute;cor&eacute;!... Que de sujets de joie! Le petit
+Cavaignac est-il assez mal &eacute;lev&eacute;<a name="FNanchor_105_105" id="FNanchor_105_105"></a><a href="#Footnote_105_105" class="fnanchor">[105]</a>!... Comme si son papa n'avait pas
+&eacute;t&eacute; arr&ecirc;t&eacute;, incarc&eacute;r&eacute;, exil&eacute;, mis en non-activit&eacute; pour les besoins de
+l'&Eacute;tat.</p>
+
+<p>&Agrave; bient&ocirc;t, cher, et croyez toujours &agrave; la vive affection de votre ami.</p>
+
+<p class="date">Septembre 1868.</p>
+
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>Le duo que vous m'envoyez &eacute;tait horriblement difficile &agrave; faire.</p>
+
+<p>La forme que vous avez adopt&eacute;e est heureuse.&mdash;Je vous reprocherai,
+cependant, de vous &ecirc;tre content&eacute; de b&acirc;tir un morceau de musique.&mdash;Toutes
+les phrases d'Yorick manquent d'&eacute;lan.&mdash;Paddock est mieux trait&eacute;.</p>
+
+<p>J'aime assez: &laquo;J'aimais ce vieillard qui tombe.&raquo; La r&eacute;ponse d'Yorick est
+faible d'id&eacute;e; de plus, c'est &eacute;crit beaucoup trop haut. Le d&eacute;but de
+l'ensemble marche; la fin tombe dans le proc&eacute;d&eacute; rossinien; votre trait
+en tierces est une vieille machine. Ensuite, cela manque d'enthousiasme.
+Ce Yorick est un enrag&eacute; d'amour. Il doit &ecirc;tre en pleine lumi&egrave;re. Il
+fallait un contraste entre Paddock et Yorick. C'&eacute;tait difficile, j'en
+conviens, mais j'aurais pr&eacute;f&eacute;r&eacute; mettre trop de lumi&egrave;re sur Paddock que
+de n'en pas mettre assez sur Yorick.&mdash;Votre andante est meilleur
+quoiqu'un peu triste: Yorick est heureux de son malheur.&mdash;Il n'est plus
+lui, il vit tout entier en Myrrha.&mdash;Toutes ses r&eacute;ponses doivent &ecirc;tre
+d'une contemplation passionn&eacute;e. (C'est une contradiction apparente, non
+r&eacute;elle.) Lorsque vous lui faites dire: &laquo;Le z&eacute;phyr et la vague et
+l'&eacute;toile&raquo;, vous vous &ecirc;tes pr&eacute;occup&eacute; du c&ocirc;t&eacute; pittoresque, c'est bien!
+Mais avant tout l'amour, l'amour! C'est un peu froid, et puis, cette fin
+d'ensemble g&acirc;te tout.</p>
+
+<p>Je le r&eacute;p&egrave;te: ce morceau est d'une immense difficult&eacute;.&mdash;Il faut pour le
+r&eacute;ussir une <i>libert&eacute; de faire</i> que vous ne pouvez encore avoir
+acquise.&mdash;La forme va bien; vous savez. Maintenant, l'id&eacute;e, l'id&eacute;e avant
+tout. Le duo devrait &ecirc;tre absolument d&eacute;cousu... C'est de la d&eacute;clamation
+m&eacute;lodique... Il faut trouver des phrases nouvelles &agrave; chaque instant, et
+ces phrases doivent toujours monter, monter.&mdash;J'aurais aim&eacute; une coda
+pp... Yorick s'est mont&eacute; pour r&eacute;pondre &agrave; Paddock... mais peu &agrave; peu... il
+retombe dans sa r&ecirc;verie... <i>dans la romance qui pr&eacute;c&egrave;de le
+duo</i>.&mdash;Paddock le regarde, s'attendrit.&mdash;Yorick finit en disant: Myrrha!
+Myrrha! J'aime Myrrha... et Paddock qui l'aime, qui voit l'inutilit&eacute; de
+ses efforts, cesse de le morig&eacute;ner; il le plaint, lui prend la main...
+Yorick en extase le laisse faire; il se penche, s'appuie sur l'&eacute;paule de
+son ami. Chez Paddock, la haine est domin&eacute;e un instant par la tristesse
+qu'inspire &agrave; tout philosophe vraiment sensible le spectacle de
+l'abaissement de la dignit&eacute; humaine. Je ne m'&eacute;tends pas davantage sur ce
+sujet, vous m'avez compris!... Il faudra peut-&ecirc;tre ajouter quelques vers
+pour cette coda... Elle manque... <i>j'en suis s&ucirc;r</i>!</p>
+
+<p>Essayez donc de refaire ce morceau. Ce sera un excellent exercice.
+Mettez-vous dans la peau d'Yorick; Paddock viendra tout seul.</p>
+
+<p>Je n'ai pu encore profiter de vos indications; je me...<a name="FNanchor_106_106" id="FNanchor_106_106"></a><a href="#Footnote_106_106" class="fnanchor">[106]</a> et je me
+remets au travail avec acharnement.&mdash;Il se fait en moi un changement
+tellement radical au point de vue musical que je ne puis risquer ma
+nouvelle mani&egrave;re sans m'y &ecirc;tre pr&eacute;par&eacute; plusieurs mois &agrave; l'avance.&mdash;Je
+profite de septembre et d'octobre pour cette &eacute;preuve. En rentrant &agrave;
+Paris, j'attaquerai Littr&eacute;.</p>
+
+<p>Allons, ne vous d&eacute;couragez pas.&mdash;<i>En avant.</i>&mdash;Je n'ai pas besoin de vous
+demander si vous &ecirc;tes <i>satisfait</i> de certaines choses.<a name="FNanchor_107_107" id="FNanchor_107_107"></a><a href="#Footnote_107_107" class="fnanchor">[107]</a>&mdash;Ah! &ccedil;a va
+bien... Est-ce que &ccedil;a va durer longtemps?...<a name="FNanchor_108_108" id="FNanchor_108_108"></a><a href="#Footnote_108_108" class="fnanchor">[108]</a></p>
+
+<p>La situation manque de <i>Paddock</i>...</p>
+
+<p>&Agrave; bient&ocirc;t,</p>
+
+<p class="sign">Votre vrai ami.</p>
+
+
+<p class="date">Octobre 1868.</p>
+
+<p class="ind">Cher ami,</p>
+
+<p>Votre lettre m'a fait grand plaisir et votre duo plus encore. &Agrave; la bonne
+heure, c'est mieux, il y a de la vie, du mouvement. Votre Paddock est
+encore un peu sombre.</p>
+
+<p>Votre seconde phrase:</p>
+
+<p class="c">&laquo;Quand la neige vient &agrave; fondre&raquo;</p>
+
+<p class="nind">est tr&egrave;s bonne.&mdash;Dans la fin du 1<sup>er</sup> ensemble il y a un peu trop de
+l'accord
+<span class="img"><img src="images/030.png" alt="Illustration: musique" /></span>;
+je vous ai indiqu&eacute; deux mesures &agrave; couper; voyez.&mdash;La phrase:</p>
+
+<p>&laquo;Tu pourrais en rire&raquo;</p>
+
+<p class="nind">est bonne pendant les huit premi&egrave;res mesures et devient <i>tr&egrave;s bonne</i>
+ensuite.</p>
+
+<p>&laquo;Le z&eacute;phyr et la vague&raquo;, <i>tr&egrave;s bien</i>. <i>Ton filet</i> est trop long et trop
+sombre, puis la r&eacute;ponse d'Yorick se fait trop attendre. Il y a l&agrave; trois
+mesures de ritournelle inutiles. Cette nouvelle phrase d'Yorick est
+moins bonne que la pr&eacute;c&eacute;dente. Le rappel de la romance fait bien, mais
+je voudrais une partie pour Paddock, puis une coda instrumentale plus
+soutenue, pas de trous, un accord de la perdendosi avec tenues sur
+lesquelles vous ferez entendre des
+<span class="img"><img src="images/031.png" alt="Illustration: musique" /></span></p>
+
+
+<p>Somme toute, il y a grand progr&egrave;s. Il faut vous lancer. Ne vous occupez
+pas d'autre chose que de sentir et d'exprimer. Courage; je suis
+<i>beaucoup</i>, mais beaucoup plus content de ce nouveau travail, avec cette
+circonstance que c'est un morceau refait. C'&eacute;tait bien plus difficile.</p>
+
+<p>En quelques mots, voici o&ugrave; en sont mes affaires.</p>
+
+<p>La reprise de <i>Faust</i> avait compl&egrave;tement coul&eacute; la pi&egrave;ce de Leroy et
+Sauvage, &agrave; cause de la <i>Nuit du Walpurgis</i>; mais en faisant les d&eacute;cors
+et les costumes de <i>Faust</i>, Perrin s'aper&ccedil;oit qu'il n'y a aucune esp&egrave;ce
+de rapport entre les deux ouvrages, et il redemande l'affaire &agrave; cor et
+&agrave; cri. La pi&egrave;ce est tr&egrave;s avanc&eacute;e. J'ai lu hier le premier acte qui est
+tr&egrave;s r&eacute;ussi; tout &agrave; l'heure on va me montrer le deuxi&egrave;me. Dans quelque
+temps, j'aurai, je pense, mon po&egrave;me. Seulement, Perrin me demande
+formellement (et avec <i>l'autorit&eacute; pressante</i> dont dispose un directeur
+de l'Op&eacute;ra envers un compositeur qu'il tient entre le pouce et l'index),
+Perrin donc me demande de concourir pour la <i>Coupe</i>.&mdash;Il me tient ce
+langage: &laquo;Vous aurez le prix; si vous ne concourez pas, j'aurai une
+partition m&eacute;diocre, et je serai navr&eacute; de ne pouvoir obtenir avec la
+<i>Coupe</i> le succ&egrave;s que je r&ecirc;ve.&mdash;<i>Vous seul</i> pouvez r&eacute;ussir cet ouvrage
+aujourd'hui!&raquo; Traduisons:</p>
+
+<p>&laquo;J'ai peur de n'avoir pas une tr&egrave;s bonne chose &agrave; mon concours.&mdash;Si Bizet
+concourt, j'aurai une chose possible; s'il y a mieux, je l&acirc;cherai Bizet
+avec ardeur.&raquo;</p>
+
+<p>D'un autre c&ocirc;t&eacute;, j'ai fait les deux premiers actes, et je suis
+<i>extr&ecirc;mement content</i>.&mdash;C'est <i>de beaucoup</i> sup&eacute;rieur &agrave; tout ce que j'ai
+fait jusqu'&agrave; ce jour.&mdash;Le deuxi&egrave;me acte surtout est, je crois, tr&egrave;s
+bien venu; toute la sc&egrave;ne d'Yorick et Claribel avec la vision me para&icirc;t
+&ecirc;tre, non relativement, mais <i>absolument</i> une bonne chose. (Avec vous,
+je me d&eacute;boutonne.)&mdash;Guiraud a r&eacute;ussi aussi cet acte au point de vue
+musical, mais, &agrave; mon sens, c'est trop loin de la couleur. En somme, je
+suis dans une grande perplexit&eacute;: Perrin travaillera soigneusement les
+partitions avec Gevaert<a name="FNanchor_109_109" id="FNanchor_109_109"></a><a href="#Footnote_109_109" class="fnanchor">[109]</a>.&mdash;Gevaert est un honn&ecirc;te gar&ccedil;on, et c'est
+un immense musicien, &eacute;clectique, et plus en &eacute;tat que Gounod, Berlioz, de
+juger de la musique.&mdash;Perrin me dit: &laquo;Ne vous inqui&eacute;tez pas du jury;
+qu'il soit en jambon de Mayence ou en p&acirc;tes d'Italie, j'en ferai ce que
+je voudrai.&raquo;</p>
+
+<p>Ne pas avoir le prix, c'est un chagrin et une mauvaise note pour
+l'Op&eacute;ra.</p>
+
+<p>Le laisser enlever par un monsieur qui ferait moins bon que moi serait
+rasant.</p>
+
+<p>Que faire?</p>
+
+<p>Voil&agrave; pourquoi je n'ai lu ni les livres que vous m'avez indiqu&eacute;s ni la
+pr&eacute;face de Michelet<a name="FNanchor_110_110" id="FNanchor_110_110"></a><a href="#Footnote_110_110" class="fnanchor">[110]</a>.</p>
+
+<p>J'ai &eacute;norm&eacute;ment travaill&eacute;. Je ne suis d&eacute;cid&eacute;ment pas content de mon
+final de symphonie. Ce n'est pas &agrave; la hauteur du reste.</p>
+
+<p>Vous ferez bien de renvoyer votre po&egrave;me<a name="FNanchor_111_111" id="FNanchor_111_111"></a><a href="#Footnote_111_111" class="fnanchor">[111]</a>.&mdash;Dites mille choses &agrave; G.
+et pour vous, mon cher ami, mes meilleures amiti&eacute;s.</p>
+
+<p>1&ordm; L'autre jour, on jugeait deux fusiliers au conseil de Guerre.&mdash;Le
+premier a bless&eacute; gri&egrave;vement un paisible bourgeois qui restera paralys&eacute;
+le reste de ses jours:</p>
+
+<p><i>Six jours de prison.</i></p>
+
+<p>Le second a distribu&eacute; une fort jolie collection de coups de sabre &agrave;
+plusieurs ouvriers dont un avait eu la bont&eacute; de le ramasser dans le
+ruisseau:</p>
+
+<p>&laquo;Mon colonel, dit-il, on a cri&eacute; vive la <i>Lanterne</i>! et &ccedil;a m'a exasp&eacute;r&eacute;.&raquo;</p>
+
+<p><i>Acquitt&eacute;!</i></p>
+
+<p>O&ugrave; allons-nous?</p>
+
+<p>X... vient de laisser publier une lettre de lui dans laquelle je trouve
+cette id&eacute;e charmante:</p>
+
+<p>&laquo;Cette soi-disant musique de l'avenir est assez bonne pour une
+g&eacute;n&eacute;ration n&eacute;e dans le d&eacute;sordre, les barricades et les r&eacute;volutions.&raquo;</p>
+
+<p>Vieux ruffian!</p>
+
+<p>Il y aurait cette r&eacute;ponse &agrave; lui faire:</p>
+
+<p>&laquo;J'aime mieux appartenir &agrave; la g&eacute;n&eacute;ration du d&eacute;sordre et des barricades
+qu'&agrave; celle dont les plus illustres repr&eacute;sentants &eacute;pousent des filles
+entretenues, lorsqu'elles ont cinquante mille livres de rente.&raquo;</p>
+
+
+<p class="date">D&eacute;cembre 1868.</p>
+
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>J'ai vu G... Je suis donc rassur&eacute;.</p>
+
+<p>Vite, une sc&egrave;ne.</p>
+
+<p>Je vais vous gronder:</p>
+
+<p>Vous &ecirc;tes un penseur, vous &ecirc;tes essentiellement intelligent, vous avez
+des connaissances physiologiques rares chez un homme de votre &acirc;ge; il
+vous est permis de rater un morceau, c'est, h&eacute;las! permis &agrave; tout le
+monde, mais vous ne devez pas l&acirc;cher une sc&egrave;ne aussi importante que
+l'entr&eacute;e de Myrrha.&mdash;Si vous aviez eu &agrave; peindre avec la plume, vous
+auriez fait tout le contraire de ce que vous m'envoyez.</p>
+
+<p>Cette Myrrha est une courtisane antique, sensuelle comme Sapho,
+ambitieuse comme Aspasie; elle est belle, spirituelle, charmante.&mdash;La
+s&eacute;duction inou&iuml;e qu'elle exerce sur Yorick en est la preuve.&mdash;Dans ses
+yeux, il doit y avoir cette expression <i>glauque</i>, indice certain de
+sensualit&eacute; et d'&eacute;go&iuml;sme pouss&eacute; jusqu'&agrave; la cruaut&eacute;.</p>
+
+<p>Maintenant, pour votre ritournelle d'entr&eacute;e.... Eh bien!...</p>
+
+<p>Toute cette conversation doit &ecirc;tre bas&eacute;e sur une symphonie quelconque
+exprimant la fascination de Myrrha sur Yorick.&mdash;Cette symphonie doit
+commencer &agrave;: <i>Je tremble au seul bruit de ses pas.</i>&mdash;Le serpent arrive,
+et l'oiseau ne bat plus que d'une aile.</p>
+
+<p>Rappelez la romance dans cette symphonie, soit, je le veux
+bien;&mdash;quoique &agrave; mon sens l'entr&eacute;e de Myrrha doive exprimer l'amour
+autrement.&mdash;Yorick seul est libre; il chante son amour avec passion,
+avec d&eacute;lire; il le dit <i>au nuage</i>, &agrave; l'&eacute;toile.&mdash;Myrrha pr&eacute;sente, il est
+&eacute;teint.&mdash;Je n'insiste pas, car vous m'avez compris.</p>
+
+<p>Autre reproche moins grave.</p>
+
+<p>L'entr&eacute;e est trop courte. Elle n'a pas le temps d'entrer, <i>elle</i>, Angus,
+et les dames et seigneurs qui les accompagnent. Elle est appuy&eacute;e sur le
+bras d'Angus; elle entre lentement, r&ecirc;veuse, distraite; elle prom&egrave;ne son
+regard sur tout ce qui l'entoure et l'arr&ecirc;te presque d&eacute;daigneusement sur
+Yorick.</p>
+
+<p>J'aime la deuxi&egrave;me partie de votre travail; le ch&#339;ur est bon. Une
+critique cependant: j'aurais voulu tout ce que dit Harold en r&eacute;cit,
+mesur&eacute;, peut-&ecirc;tre, mais sans dessin d'orchestre. <i>Il faut entendre les
+paroles</i>, absolument.</p>
+
+<p>Que tout ceci ne vous d&eacute;courage pas, mais vous persuade que, &agrave; votre
+insu, vous ne mettez pas tout ce que vous savez et ce que vous &ecirc;tes dans
+votre musique; vous pensiez &agrave; T&eacute;not<a name="FNanchor_112_112" id="FNanchor_112_112"></a><a href="#Footnote_112_112" class="fnanchor">[112]</a> en faisant votre entr&eacute;e de
+Myrrha, je le parie...</p>
+
+<p>Moi aussi, j'y pense, et je n'admets pas qu'un seul homme de c&#339;ur ne
+consacre pas &agrave; ces recueils de faits si secs, mais si instructifs, de
+longues m&eacute;ditations.&mdash;Mais avec Myrrha, il faut oublier,
+absolument.&mdash;Allons, vite, une autre entr&eacute;e, qui sera bonne cette fois,
+j'en suis s&ucirc;r.</p>
+
+<p>Ma situation est toujours la m&ecirc;me. L'insistance de qui vous savez est
+devenue plus pressante que jamais.&mdash;Il en parle &agrave; mes amis et les l&acirc;che
+sur moi.&mdash;Il faut que je m'ex&eacute;cute... Au petit bonheur... (Il y a un an,
+j'aurais dit: &Agrave; la gr&acirc;ce de Dieu!) J'ai pass&eacute; une soir&eacute;e avec l'abb&eacute;
+X... <i>Tous farceurs!...</i> Je ne sais si vous lisez le <i>Diable &agrave; quatre</i>.
+J'y trouve un extrait de Taxile Delord (&eacute;crit en 1851), adress&eacute; &agrave; M.
+Veuillot et ses amis:</p>
+
+<p>&laquo;Vous lirez cet article, charmants confr&egrave;res, et vous croirez nous avoir
+mis en col&egrave;re. Vous nous d&eacute;mangez, voil&agrave; tout. Capucins, pr&ecirc;traillons,
+pions de s&eacute;minaire, punaises de chapelle, pucerons de sacristie, se
+fourrent aujourd'hui partout. Il faut secouer de temps en temps la gale
+cl&eacute;ricale. C'est pourquoi nous avons vers&eacute; quelques gouttes d'ammoniaque
+sur votre acarus en chef.&raquo;</p>
+
+<p>C'est assez bon, n'est-ce pas?</p>
+
+<p>Pasdeloup va jouer ma symphonie.</p>
+
+<p>Allons, au travail, et bon courage. &Agrave; bient&ocirc;t, cher, et toujours,
+toujours votre ami d&eacute;vou&eacute;.</p>
+
+
+<p class="date">D&eacute;cembre 1868.</p>
+
+<p class="ind">Cher,</p>
+
+<p>Voil&agrave; qui est infiniment meilleur!&mdash;C'est un peu triste.&mdash;Plus rose
+vaudrait mieux, mais tel quel, cela peut marcher.</p>
+
+<p>Je crois l'ensemble du duo utile, mais cela d&eacute;pend de la forme que vous
+avez adopt&eacute;e. Cependant ces quatre vers d'Yorick me paraissent
+n&eacute;cessaires. <i>&Eacute;coute la voix qui t'implore</i>: &eacute;videmment il va dire
+quelque chose:</p>
+
+<p><i>Sans Myrrha</i>, etc.</p>
+
+<p>L'ensemble ne doit venir qu'apr&egrave;s ces quatre vers chant&eacute;s par
+Yorick.&mdash;Si vous faites l&agrave; une <i>phrase</i> commen&ccedil;ant par la tonique, vous
+vous tromperez. Il faut une id&eacute;e incidente, mais importante. C'est
+difficile, tr&egrave;s difficile, j'en sais quelque chose.&mdash;Allons, courage.</p>
+
+<p>Lisez le <i>Diable &agrave; quatre</i> paru aujourd'hui samedi et sign&eacute; E. Lockroy.
+C'est excellent!</p>
+
+<p>S'il n'est pas poursuivi, j'en serai quelque peu surpris. Il est vrai
+que c'est tellement fort, que le meilleur est de laisser passer. Si
+Cr&eacute;tinopolis s'&eacute;veille, je crois que Paris ne s'endort pas. Esp&eacute;rons!</p>
+
+<p>Donnez un coup de collier au premier acte pour arriver au second, ou si
+vous le pr&eacute;f&eacute;rez, passez au deuxi&egrave;me de suite.</p>
+
+<p>&Agrave; vous mille fois de mes meilleures amiti&eacute;s.</p>
+
+
+<p class="date">Janvier 1869.</p>
+
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>I.&mdash;R&eacute;cit, un peu insignifiant.</p>
+
+<p><i>De ton &acirc;me troubl&eacute;e</i>, bonne phrase, qui para&icirc;t &ecirc;tre la t&ecirc;te d'un
+morceau et qui, malheureusement, reste isol&eacute;e.</p>
+
+<p>Le ch&#339;ur &laquo;<i>Par ses exploits</i>&raquo; est trop fanfare de trompettes; vous
+trouverez cette phrase-l&agrave; dans Gr&eacute;try.</p>
+
+<p>&laquo;<i>Seigneur Angus</i>&raquo;. Il y a l&agrave;, mon cher ami, un morceau n&eacute;cessaire;
+morceau court, vif, gai, alerte, comique.&mdash;Ce 4 temps languissant ne
+rend pas l'effet voulu. Tout cela est trop dans le m&ecirc;me caract&egrave;re; cela
+se suit, s'encha&icirc;ne; les plans ne sont pas marqu&eacute;s.</p>
+
+<p>La l&eacute;gende est d'une bonne couleur. C'est int&eacute;ressant au point de vue
+musical.</p>
+
+<p>Malheureusement, la fin manque d'<i>effet</i>. Quand je dis <i>effet</i>, je
+n'entends pas une chute violente, brutale, mais impressionnante.&mdash;Les
+ch&#339;urs doivent prendre part &agrave; la l&eacute;gende; tous doivent r&eacute;p&eacute;ter avec
+terreur: <i>la coupe d'or, la coupe d'or!</i> Il y aurait peu de chose &agrave;
+faire pour que ce morceau-l&agrave; f&ucirc;t bien.&mdash;Maintenant, je ne comprends pas
+le ch&#339;ur final finissant piano. Tous ces gens-l&agrave; crient: <i>Vive
+Angus!...</i> Le vieux roi n'existe plus pour eux.&mdash;Du reste, je suis un
+peu cause de vos erreurs. Je vous ai engag&eacute; dans la deuxi&egrave;me version que
+je croyais meilleure que l'autre, mais je me suis aper&ccedil;u que la premi&egrave;re
+&eacute;tait seule possible.&mdash;Le &laquo;<i>Seigneur Angus, je dirais: Sire</i>&raquo; doit
+pr&eacute;c&eacute;der l'explosion. Les courtisans sont encore timides; ils font leurs
+compliments en douceur.&mdash;Puis la <i>l&eacute;gende</i> les calme un peu.&mdash;Lorsque le
+roi envoie chercher Paddock, le <i>froid</i> augmente
+consid&eacute;rablement.&mdash;L'attitude de Myrrha vient r&eacute;chauffer la situation,
+etc.&mdash;Du reste, pour vous convaincre, j'aurais besoin de causer avec
+vous.&mdash;Lorsque vous verrez le morceau que j'ai &eacute;crit, vous me
+comprendrez tout &agrave; fait.&mdash;En somme, le morceau.....<a name="FNanchor_113_113" id="FNanchor_113_113"></a><a href="#Footnote_113_113" class="fnanchor">[113]</a> la l&eacute;gende a
+&eacute;t&eacute; bien comprise. Envoyez-moi vite la fin du premier acte.</p>
+
+<p>J'ai lu toutes les <i>Lanternes</i>. <i>Il</i> a eu des choses de premier
+<i>ordre</i>.&mdash;&Agrave; propos de Marfori: &laquo;Ce courtisan, qui s'est trouv&eacute; trop
+<i>harponn&eacute;</i> par ma derni&egrave;re Lanterne, et que la <i>mar&eacute;e</i> r&eacute;volutionnaire a
+port&eacute; sur nos c&ocirc;tes, veut, dit-on, m'envoyer des t&eacute;moins.&mdash;Bravo! Nous
+nous battrons &agrave; l'hame&ccedil;on!&raquo; Une, autre fois: &laquo;On annonce que <i>Barnum</i> a
+perdu un phoque sur lequel il fondait les plus belles esp&eacute;rances.&mdash;On
+lui pr&ecirc;te l'intention de remplacer cet animal par M. Marfori. Nul doute
+que pour une somme rondelette, Marfori ne consente &agrave; changer de
+<i>baquet</i>!&raquo;... Quand je vous verrai, je vous raconterai les choses
+saillantes, dont j'ai retenu sinon la forme, au moins l'id&eacute;e.&mdash;J'ai vu
+G. qui est all&eacute; passer quelques jours en Angleterre. N'en dites rien
+chez lui.&mdash;Il a eu une excellente occasion de voir Londres <i>gratis pro
+Deo</i>.</p>
+
+<p>On copie ma symphonie. Le copiste de Pasdeloup m'annonce mes parties
+d'orchestre pour cette semaine.</p>
+
+<p>J'ai termin&eacute; les deux premiers actes de la <i>Coupe</i>. Je suis tr&egrave;s
+content.</p>
+
+<p>&Agrave; bient&ocirc;t, cher, et toujours mille fois votre ami de tout c&#339;ur.</p>
+
+
+<p class="date">F&eacute;vrier 1869.</p>
+
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>Je suis d&eacute;sol&eacute; de vous savoir souffrant; si ma lettre ne vous trouve pas
+mieux, j'ordonne un repos de quelques jours.</p>
+
+<p>Arrivons &agrave; votre affaire.&mdash;Au moment o&ugrave; les courtisans sont au comble de
+l'enthousiasme et vont proclamer Angus par anticipation, quatre
+officiers paraissent au haut de l'escalier.&mdash;Ils sonnent une fanfare
+grave, lugubre; tous s'arr&ecirc;tent en s'inclinant! Harold para&icirc;t: <i>Le roi
+n'est plus!</i> Tous les seigneurs se prosternent: H&eacute;las!... Puis (?) sur
+le jeu d'Harold, les chambellans, les X., les Y., rev&ecirc;tus de leurs
+insignes, sortent du palais.&mdash;Les Cours de cassation, d'appel, etc., le
+S&eacute;nat, tout le bataclan, descendent sur une <i>marche</i> grave et s'avancent
+sur le devant de la sc&egrave;ne! Des officiers portent la couronne, le
+sceptre, tous les insignes de la royaut&eacute;.&mdash;Paddock les suit, portant la
+coupe. &Agrave; sa vue, &eacute;patement g&eacute;n&eacute;ral, mouvement: on s'agite, on s'&eacute;lance,
+et, sur la marche &eacute;clatante et pompeuse cette fois: <i>Gloire au ma&icirc;tre de
+Thul&eacute;!</i> Voil&agrave;, mon cher ami, comment cette sc&egrave;ne doit &ecirc;tre
+trait&eacute;e.&mdash;Voil&agrave; pourquoi la <i>premi&egrave;re</i> version du livret est meilleure.
+Un simple rappel du ch&#339;ur: &laquo;<i>Seigneur Angus, je dirais: Sire</i>&raquo;, et
+Paddock: <i>Oui, cette royaut&eacute; me tente.</i>&mdash;Vous m'avez compris. Pour les
+fanfares, elles ne sont pas de moi, mais bien d'<i>H&eacute;rodote</i> ou d'un
+autre.</p>
+
+<p>La couleur de votre <i>fable</i> n'est pas mauvaise, mais l'id&eacute;e est molle.
+1<sup>re</sup> <i>strophe</i>, presque un r&eacute;cit:</p>
+
+<p class="c"><i>Que ton choix souverain la donne</i></p>
+
+<p class="nind">avec autorit&eacute;;</p>
+
+<p class="c"><i>&Agrave; qui doit r&eacute;gner apr&egrave;s moi!</i></p>
+
+<p class="nind">avec douleur, larmes.</p>
+
+<p>&Agrave; la 2<sup>e</sup> strophe, un dessin aux violoncelles, aux altos, une gamme
+chromatique serpentant &agrave; travers l'orchestre: l'astuce, la cruaut&eacute;, la
+bassesse, etc. Les deux derniers vers avec &eacute;clat! 3<sup>e</sup> strophe, des
+tr&eacute;molos sur le chevalet, des basses bizarres, des harmonies difformes:
+la grimace du singe terrible! Apr&egrave;s ce vers:</p>
+
+<p class="c"><i>Le singe, avec une grimace,</i></p>
+
+<p class="nind">un silence. Paddock remonte la sc&egrave;ne... pour se rapprocher de la mer. Il
+faut lancer la coupe, ne l'oublions pas! Que la coupe retombe sur la
+sc&egrave;ne, et la pi&egrave;ce tombe!... Il faut penser &agrave; tout!</p>
+
+<p>L'insens&eacute;! qu'a-t-il fait?</p>
+
+<p>Vivace, tout de suite le &frac34;.&mdash;Pas d'<i>Harold</i> seul, pas d'<i>Angus</i> seul,
+pas de <i>Myrrha</i> seule! Du bruit, du tumulte, de l'agitation! Votre &frac34;
+est bon, c'est ce qu'il faut!...</p>
+
+<p>Mais la fin, mon cher ami! Vous avez fait une barcarolle.</p>
+
+<p>Votre musique dit:</p>
+
+<p>
+<br />
+<span style="margin-left: 15%;">Myrrha, la brise est douce</span><br />
+<span style="margin-left: 15%;">Et le flot engageant, etc.</span><br />
+<br />
+</p>
+
+<p>Vous voyez la nuance.&mdash;Le <sup>6</sup>/<sub>8</sub> est un mauvais mouvement pour la chose: un
+motif large, mais pas trop assis.&mdash;Dans le lointain, l'orage qui
+augmente jusqu'au lever<a name="FNanchor_114_114" id="FNanchor_114_114"></a><a href="#Footnote_114_114" class="fnanchor">[114]</a> du rideau. Apr&egrave;s, la 2<sup>e</sup> reprise du motif
+que je ferais dire par Myrrha &agrave; l'unisson d'Yorick: &laquo;P&ecirc;cheur, <i>la brise
+est forte, et le flot &eacute;cumant</i>, si la mer <i>te rapporte, je tiendrai mon
+serment</i>.&raquo; Il est bon de l'engager; les auteurs de la pi&egrave;ce n'y ont pas
+assez song&eacute;. Une assez longue ritournelle: les flots montent; c'est une
+temp&ecirc;te. Pendant cette musique, le petit s'est &eacute;chapp&eacute;. Il est mont&eacute;
+sur la galerie; il fait un signe d'adieu, un cri, et le motif &agrave;
+l'orchestre avec le tapage complet.</p>
+
+<p>Ce plan est la critique de votre travail.&mdash;Comme musique, ce n'est pas
+mauvais. Mais ce n'est pas cela.</p>
+
+<p>Mettez en sc&egrave;ne, mon cher ami, et vous verrez alors o&ugrave; vous p&ecirc;chez!
+Songez donc &agrave; remplir cette grande sc&egrave;ne de l'Op&eacute;ra.&mdash;Mais, je vous le
+r&eacute;p&egrave;te, reposez-vous.</p>
+
+<p>Je r&eacute;p&egrave;te ma symphonie petit &agrave; petit; c'est difficile, mais c'est bon,
+je crois!</p>
+
+<p>Changement de front! Nouvelle direction de l'Op&eacute;ra-Comique qui m'a
+demand&eacute; ouvrage par lettre! Nous cherchons une grande pi&egrave;ce: trois ou
+quatre actes.&mdash;C'est du Locle, le neveu de Perrin (ou plut&ocirc;t Perrin
+lui-m&ecirc;me, <i>Leuven</i> reste pour la forme).&mdash;Le Th&eacute;&acirc;tre-Lyrique sera entre
+les m&ecirc;mes mains dans trois mois.&mdash;Bref, on veut me faire faire une
+grande machine avant l'Op&eacute;ra. Je veux bien, et je serai charm&eacute; de l&acirc;cher
+le concours et d'essayer de changer le genre de l'Op&eacute;ra-Comique.&mdash;Mort &agrave;
+la <i>Dame Blanche</i>!</p>
+
+<p>&Agrave; bient&ocirc;t, cher, et &agrave; vous de tout mon c&#339;ur.</p>
+
+
+<p class="date">F&eacute;vrier 1869.</p>
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>Votre lettre m'a fait un double plaisir:</p>
+
+<p>1&ordm; Elle m'annonce le r&eacute;tablissement presque complet de votre sant&eacute;;</p>
+
+<p>2&ordm; Elle m'apporte un bon travail qui a une r&eacute;elle valeur, malgr&eacute; les
+critiques que je vais vous adresser.</p>
+
+<p>Entr'acte tr&egrave;s bon, mais malheureusement beaucoup trop court!</p>
+
+<p>Songez donc au temps que nos gandins mettent &agrave; s'asseoir, essuyer les
+lorgnettes, etc. Ce que vous avez fait est bon, mais ce n'est pas
+suffisant.</p>
+
+<p>Le ch&#339;ur est joli, d'une bonne couleur, les harmonies ont du vague, mais
+le rythme de barcarolle me chiffonne beaucoup. L'accompagnement est sur
+l'eau, et il doit &ecirc;tre dans l'eau.</p>
+
+<p>Le milieu (solo de sir&egrave;nes) me pla&icirc;t &eacute;galement, mais pourquoi la m&ecirc;me
+musique pour deux strophes, qui diff&egrave;rent absolument de caract&egrave;re. Il y
+a l&agrave; deux types diff&eacute;rents: la sir&egrave;ne sentimentale et la sir&egrave;ne
+railleuse.&mdash;Vous avez fait seulement la premi&egrave;re.</p>
+
+<p>&Agrave; part ces trois critiques, je suis tr&egrave;s content de votre envoi.&mdash;Malgr&eacute;
+mon d&eacute;sir de vous voir, je vous conseille de ne venir qu'au beau temps.
+La boue et le ciel de Paris vous seraient peut-&ecirc;tre nuisibles. Pensez-y.</p>
+
+<p>Courage donc, cher, et mille amiti&eacute;s de votre...</p>
+
+
+<p class="date">F&eacute;vrier 1869.</p>
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>X. m'ayant demand&eacute; de lui composer une valse sur des motifs du nouveau
+ballet de..., je me suis mis &agrave; l'&#339;uvre imm&eacute;diatement; votre envoi &eacute;tait
+sur ma table, j'ai cru avoir affaire &agrave; une feuille de papier blanc... et
+voil&agrave; pourquoi vous trouverez au dos de votre romance une ignoble
+salet&eacute;. Pardon!</p>
+
+<p>Soignez-vous, cher ami. Je suis heureux que vous vous d&eacute;cidiez enfin &agrave;
+&eacute;couter les conseils de votre m&eacute;decin.&mdash;L'&eacute;quitation, l'escrime vous
+donneront peut-&ecirc;tre encore de meilleurs r&eacute;sultats que la
+philosophie.&mdash;Apprendre &agrave; conna&icirc;tre l'homme n'est pas toujours une
+besogne bien rago&ucirc;tante, alors m&ecirc;me que l'on fait cette &eacute;tude sur
+soi-m&ecirc;me.&mdash;Promenez-vous, r&ecirc;vez, respirez!... Votre sant&eacute; s'en trouvera
+bien, et l'imagination ne s'en trouvera pas mal.&mdash;</p>
+
+<p>J'arrive &agrave; votre envoi.&mdash;J'aime l'entr&eacute;e de Claribel.&mdash;C'est tr&egrave;s
+intelligent.&mdash;Il y a de la douleur, du.....<a name="FNanchor_115_115" id="FNanchor_115_115"></a><a href="#Footnote_115_115" class="fnanchor">[115]</a> autant que de la
+f&eacute;erie. C'est ce qu'il faut, et c'est (ce) qu'on ne fera pas
+g&eacute;n&eacute;ralement.</p>
+
+<p>J'aime le r&eacute;cit de Claribel parce qu'il est vrai, simple et po&eacute;tique;
+<i>blancs rayons</i> est trop haut.&mdash;Comment voulez-vous prononcer sur ces
+notes excentriques quand il faut un son doux, &eacute;gal, discret.</p>
+
+<p>La sortie du ch&#339;ur est insuffisante <i>comme dur&eacute;e</i>. Quarante choristes et
+trente danseuses &agrave; &eacute;couler. Manquent huit ou dix mesures.&mdash;Du reste,
+cela d&eacute;pend un peu de l'arrangement de la sc&egrave;ne.</p>
+
+<p>J'aime le r&eacute;cit de la (<i>sic</i>) Claribel et de la sir&egrave;ne.&mdash;Tr&egrave;s bien le
+&frac34; apr&egrave;s <i>ce mal, c'est l'amour</i>.</p>
+
+<p><i>Et pourtant, c'est en vain que je lui tends les bras</i> manque d'accent
+(mais ce n'est pas mauvais).</p>
+
+<p>J'aime aussi la romance.&mdash;J'aime surtout le <i>Elle pleure</i> de la
+Sir&egrave;ne.&mdash;C'est juste; il y a du charme l&agrave;.</p>
+
+<p>Peut-&ecirc;tre (mais ceci est difficile &agrave; juger), peut-&ecirc;tre votre Claribel
+est-elle trop r&eacute;sign&eacute;e!... Peut-&ecirc;tre faudrait-il plus de r&eacute;volte, de
+rage. <i>Mais cet homme que j'aime</i>, surtout la deuxi&egrave;me fois, demande une
+explosion &agrave; mon avis. Mais cet effet ne peut s'obtenir en mettant les
+deux strophes sur la m&ecirc;me musique.</p>
+
+<p>En somme, c'est bien! C'est &eacute;norm&eacute;ment sup&eacute;rieur au premier acte.
+Courage donc, mais ne vous fatiguez pas.&mdash;Travaillez &agrave; votre aise.</p>
+
+<p>Rien de nouveau pour le choix d'un po&egrave;me Op&eacute;ra-Comique.&mdash;Du Locle et
+Sardou retapent la pi&egrave;ce qu'ils me destinent.&mdash;Du Locle n'a pas encore
+lu celle que je voudrais faire.&mdash;Perrin est, je crois, tout &agrave; fait
+d&eacute;go&ucirc;t&eacute; du po&egrave;me de Leroy et Sauvage La symphonie se r&eacute;p&egrave;te toujours.
+Ce pauvre Pasdeloup en sortira-t-il?</p>
+
+<p>&Agrave; bient&ocirc;t, cher ami, et croyez toujours &agrave; l'affection solide et d&eacute;vou&eacute;e
+de...</p>
+
+
+<p class="date">Mars 1869.</p>
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>Grands progr&egrave;s!...</p>
+
+<p>Tout cela se tient. C'est fait. Comme sc&egrave;ne, c'est bon.</p>
+
+<p>Je reproche au ch&#339;ur des sir&egrave;nes d'&ecirc;tre &eacute;crit &agrave; quatre parties en canon.
+Les voix se m&ecirc;leront. Ce ne sera pas clair, et l'id&eacute;e musicale, en
+somme, n'est pas suffisante.&mdash;Le r&eacute;cit de Claribel, la symphonie
+imitative, tout cela est bon.&mdash;L'air de Claribel manque de grandeur. Le
+d&eacute;but est joli, mais est-ce l&agrave; la reine de l'Oc&eacute;an? C'est aimable!...
+mais il faut plus que cela. J'aime beaucoup mieux le milieu qui a de la
+tendresse, du charme, et qui est plus <i>grand</i> que la premi&egrave;re
+partie.&mdash;En somme, cela va!... Continuez. Je suis curieux de votre
+duo.&mdash;C'est la grosse affaire!...</p>
+
+<p>J'attends toujours un po&egrave;me.&mdash;L'affaire Leroy et Sauvage est l&acirc;ch&eacute;e
+d&eacute;finitivement.&mdash;Les auteurs sont emb&ecirc;t&eacute;s! mais l'&#339;uvre n'&eacute;tait pas
+parfaite, loin de l&agrave;: d'excellentes choses, mais d'autres choses
+faibles.&mdash;Du Locle est en Italie; il revient la semaine prochaine. Il
+dit &agrave; tout le monde que je serai une des colonnes de son &eacute;difice, etc,
+etc. Perrin me comble de t&eacute;moignages d'estime, etc., etc.</p>
+
+<p>Le moindre po&egrave;me serait bien mieux mon affaire!</p>
+
+<p>Il est vrai que jusqu'&agrave; pr&eacute;sent, personne n'en a.&mdash;Perrin m'a dit, il y
+a deux jours: J'ai deux choses en vue. Du Locle revenu, nous allons
+marcher. C'est lui qui me demande; il me reproche mon indiff&eacute;rence,
+etc., etc. En somme, je <i>sais</i> que mes affaires vont bien, mais que
+c'est long!</p>
+
+<p>Choudens grave ma symphonie, <i>orchestre</i>, <i>arrangements</i>, etc. Quand
+venez-vous?</p>
+
+<p>&Agrave; bient&ocirc;t, cher, et toujours ma meilleure amiti&eacute;.</p>
+
+<p>Ma symphonie a tr&egrave;s bien march&eacute;.&mdash;<i>Premier morceau</i>: une salve
+d'applaudissements, quelques <i>chuts</i>, seconde salve, un sifflet,
+troisi&egrave;me salve.</p>
+
+<p>Andante: une salve.</p>
+
+<p>Final: beaucoup d'effet, applaudissements &agrave; trois reprises, chuts, trois
+ou quatre coups de sifflet. En somme, succ&egrave;s.</p>
+
+
+<p class="date">Avril 1869.</p>
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>Tout cela est bon. Peut-&ecirc;tre &ccedil;a manque-t-il un peu de modulations.&mdash;Dans
+ces bruissements, ces arp&egrave;ges myst&eacute;rieux, les transitions sont
+n&eacute;cessaires. Un peu trop de si b&eacute;mol, mais ce reproche n'a rien
+d'absolu.&mdash;Pourquoi n'avez-vous pas fait la r&eacute;ponse de la sir&egrave;ne?</p>
+
+<p>Vous savez, l'invitation au ballet?... Vous auriez ainsi termin&eacute; toute
+la premi&egrave;re partie de l'acte.&mdash;Peu important, du reste.&mdash;J'avais pens&eacute;
+pour l'entr&eacute;e d'Yorick (que vous m'envoyez) &agrave; une combinaison de trois
+motifs:</p>
+
+<p>1&ordm; La romance d'Yorick, premier acte;</p>
+
+<p>2&ordm; L'entr&eacute;e de Myrrha, premier acte;</p>
+
+<p>3&ordm; <i>Myrrha, la brise est forte</i>, premier acte.</p>
+
+<p>Yorick r&ecirc;ve... il pense &agrave; Myrrha... &agrave; son plongeon... Tout cela est
+confus. Je crois que des bribes de motifs &agrave; peine indiqu&eacute;s auraient &eacute;t&eacute;
+d'un joli effet.</p>
+
+<p>J'approuve compl&egrave;tement votre projet de ne venir qu'au beau temps. Paris
+est en ce moment ordurier. C'est ignoble! On dirait un reflet fid&egrave;le de
+ce que vous savez bien!...</p>
+
+<p>J'ai assist&eacute; hier &agrave; la r&eacute;p&eacute;tition g&eacute;n&eacute;rale de <i>Rienzi</i> au
+Th&eacute;&acirc;tre-Lyrique.&mdash;On a commenc&eacute; &agrave; huit heures.&mdash;On a termin&eacute; &agrave; deux
+heures.&mdash;Quatre-vingt musiciens &agrave; l'orchestre, trente sur la sc&egrave;ne, cent
+trente choristes, cent cinquante figurants.&mdash;Pi&egrave;ce mal faite. Un seul
+r&ocirc;le: celui de Rienzi, remarquablement tenu par Monjauze. Un tapage dont
+rien ne peut donner une id&eacute;e; un m&eacute;lange de motifs italiens; bizarre et
+mauvais style; musique de d&eacute;cadence plut&ocirc;t que de l'avenir.&mdash;Des
+morceaux d&eacute;testables! des morceaux admirables! au total; une &#339;uvre
+&eacute;tonnante, <i>vivant</i> prodigieusement: une grandeur, un souffle
+olympiens! du g&eacute;nie, sans mesure, sans ordre, mais du g&eacute;nie! sera-ce un
+succ&egrave;s? Je l'ignore!&mdash;La salle &eacute;tait pleine, pas de claque! Des effets
+prodigieux! des effets d&eacute;sastreux! des cris d'enthousiasme! puis des
+silences mornes d'une demi-heure.&mdash;Les uns disent: c'est du mauvais
+Verdi! les autres: c'est du bon Wagner! C'est sublime!&mdash;C'est affreux!
+c'est m&eacute;diocre!&mdash;Ce n'est pas mal! Le public est d&eacute;rout&eacute;! c'est tr&egrave;s
+amusant.&mdash;Peu de gens ont le courage de persister dans leur haine contre
+Wagner.&mdash;Le bourgeois, le gandin sentent qu'ils ont affaire &agrave; un grand
+bougre, et ils pataugent.&mdash;Nous verrons mardi; le public d'hier, compos&eacute;
+d'invit&eacute;s, &eacute;tait forc&eacute; d'&ecirc;tre poli. D'ici &agrave; quelques jours, j'aurai
+peut-&ecirc;tre termin&eacute; avec l'Op&eacute;ra-Comique.&mdash;Je vous tiendrai au courant.</p>
+
+<p class="dot">* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *</p>
+
+<p>&Agrave; bient&ocirc;t, mon cher ami, et toujours croyez &agrave; la vive affection de votre</p>
+
+<p>Je n'ai pas vu G. depuis une quinzaine.</p>
+
+
+<p class="date">Mai 1869<a name="FNanchor_116_116" id="FNanchor_116_116"></a><a href="#Footnote_116_116" class="fnanchor">[116]</a>.</p>
+<p class="ind">Mon cher ami.</p>
+
+<p>Je vous annonce <i>secr&egrave;tement</i> ce qui sera officiel dans huit jours.</p>
+
+<p>Je me marie.</p>
+
+<p>Nous nous aimons&mdash;Je suis absolument heureux.</p>
+
+<p class="dot">* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *</p>
+
+<p>Je vais passer l'&eacute;t&eacute; camp&eacute;... Je ne m'installe qu'au 15 octobre.&mdash;D'ici
+l&agrave;, notre existence sera tr&egrave;s fantaisiste.</p>
+
+<p>Ne dites rien &agrave; personne.</p>
+
+<p class="sign">Votre ami.</p>
+
+<p><i>P.-S.</i> J'ai re&ccedil;u votre mot.&mdash;Soignez-vous.&mdash;Je suis comme vous tr&egrave;s
+occup&eacute; des &eacute;lections.&mdash;Avez-vous lu <i>l'Homme qui rit...</i> et le <i>Rappel</i>?</p>
+
+<p>Esp&eacute;rons.</p>
+
+
+<p class="date">Mai 1869.</p>
+<p class="ind">Cher ami,</p>
+
+<p>Je n'aime pas beaucoup &agrave; donner des conseils, mais une fois n'est pas
+coutume:</p>
+
+<p>&Agrave; votre place, j'irais me retremper &agrave; la campagne; je passerais l'&eacute;t&eacute; &agrave;
+me reposer, r&ecirc;ver; je travaillerais peu, je lirais mod&eacute;r&eacute;ment; je
+laisserais un peu de c&ocirc;t&eacute; la philosophie et les inconv&eacute;nients qui en
+d&eacute;coulent;&mdash;et au mois d'octobre ou de novembre ou m&ecirc;me de d&eacute;cembre, je
+viendrais &agrave; Paris. Je suis peut-&ecirc;tre un peu int&eacute;ress&eacute; &agrave; vous conseiller
+cette combinaison.&mdash;Mon p&egrave;re est indispos&eacute;, et cette indisposition va
+peut-&ecirc;tre retarder mon mariage de quelques jours. Je pars imm&eacute;diatement.
+Je ne vous verrai pas.&mdash;Que ferez-vous &agrave; Paris en juin? Pas de th&eacute;&acirc;tres,
+rien d'int&eacute;ressant... Enfin, cher ami, voyez; mais je vous avoue que
+quel que soit mon bonheur, je me consolerais difficilement de ne pouvoir
+profiter de votre voyage.</p>
+
+<p>&Eacute;crivez-moi. Qu'allez-vous faire?&mdash;<i>En juin</i>, nous nous verrons si
+peu...</p>
+
+<p class="sign">Votre vrai ami.</p>
+
+
+<p class="date">Octobre 1869, 22, rue de Doual, Paris.</p>
+<p class="ind">Mon bien cher ami,</p>
+
+<p>La d&eacute;termination que vous prenez est aussi favorable &agrave; votre sant&eacute;
+morale qu'&agrave; votre sant&eacute; physique. Ici, tout est troppmannisme,
+haussmannisme et napol&eacute;onisme! Vivez au grand air, cultivez, travaillez
+et moralisez! Supposez dans chaque d&eacute;partement cent agriculteurs de
+votre trempe, et voyez o&ugrave; nous en serons dans vingt ans.&mdash;Ce que vous
+avez fait n'est pas perdu! Vous vous &ecirc;tes pr&eacute;par&eacute; des jouissances
+d'autant plus grandes qu'elles contrasteront davantage avec vos
+occupations ordinaires.&mdash;Vos nerfs conserveront leur d&eacute;licatesse, gr&acirc;ce
+&agrave; la musique, et vos muscles se fortifieront, gr&acirc;ce &agrave; l'agriculture.
+Vous pourrez exercer votre influence sur une certaine quantit&eacute; d'hommes
+et vous aurez conscience du bien que vous ferez chaque jour.&mdash;Au point
+de vue du progr&egrave;s humanitaire, vous ferez cent fois plus que vous
+n'auriez fait dans cette lutte fatigante, &eacute;nervante et souvent, h&eacute;las,
+sans issue.</p>
+
+<p>Avec les livres, votre intelligence et un petit s&eacute;jour &agrave; Paris tous les
+deux ans, vous serez plus avanc&eacute; que nos chroniqueurs les mieux
+inform&eacute;s.&mdash;&Agrave; un autre point de vue, celui de la famille (quelque
+imparfaite que soit cette institution), vous vous ouvrez un avenir qui
+vous aurait &eacute;t&eacute; ferm&eacute; bien longtemps, toujours, peut-&ecirc;tre.</p>
+
+<p class="dot">* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *</p>
+
+<p>Vous faites bien de ne pas venir &agrave; Paris cet hiver; je vous verrais avec
+peine renoncer &agrave; vos nouveaux projets, car je <i>sens</i> que de leur
+r&eacute;alisation d&eacute;pend votre bonheur. Installez-vous dans vos r&eacute;solutions;
+ex&eacute;cutez, et l'air de Paris ne pourra plus vous &ecirc;tre nuisible. Vous
+allez, sans doute, rester un temps assez long sans composer, <i>mais vous
+y reviendrez</i>, et je serai toujours l&agrave;, vous le savez.&mdash;Je ne serais
+m&ecirc;me pas &eacute;tonn&eacute; qu'un grand progr&egrave;s f&ucirc;t le r&eacute;sultat de votre nouvelle
+situation.</p>
+
+<p>Donc, mon cher, je suis heureux, content, compl&egrave;tement satisfait de
+cette grande r&eacute;solution. <i>Vous faites bien</i>, et mon amiti&eacute; pour vous ne
+saurait m'&eacute;garer.</p>
+
+<p>Je suis &eacute;reint&eacute; en ce moment. Nous nous installons, grosse affaire, et
+je travaille &agrave; <i>No&eacute;</i><a name="FNanchor_117_117" id="FNanchor_117_117"></a><a href="#Footnote_117_117" class="fnanchor">[117]</a>.&mdash;J'ai livr&eacute; deux actes.&mdash;Il faut donner le
+<i>troisi&egrave;me acte</i> le 25 octobre et le <i>quatri&egrave;me</i> et dernier acte, le 15
+novembre.&mdash;Je m'y suis engag&eacute; par trait&eacute; et je m'ex&eacute;cute. Mais, par
+trait&eacute; aussi, j'ai fait des r&eacute;serves expresses pour l'interpr&eacute;tation. La
+<i>basse</i> et la <i>premi&egrave;re chanteuse</i> me manquent.&mdash;Je ne les vois nulle
+part, et si je ne les trouve pas, <i>No&eacute;</i> attendra.&mdash;<i>Du Locle</i> est de
+retour depuis deux jours. Nous allons donc enfin finir quelque
+chose.&mdash;Voil&agrave;, cher, o&ugrave; en sont mes affaires... Et G., o&ugrave; est-il? &Agrave;
+Paris sans doute. Demeure-t-il toujours au m&ecirc;me endroit? D&egrave;s que j'aurai
+des chaises, je lui &eacute;crirai de venir nous voir.</p>
+
+<p>&Eacute;crivez-moi toujours souvent. Je vous aime de tout mon c&#339;ur, vous le
+savez, et vos lettres me font grand bien.</p>
+
+<p>Toujours, mon cher Edmond, votre ami d&eacute;vou&eacute;.</p>
+
+
+<p class="date">
+Juin 1870.</p>
+
+<p class="ind">
+Mon cher ami,
+</p>
+
+<p>Au galop un mot. Je pars. Je vais &agrave; Barbizon passer quatre mois.
+J'emporte une charmante pi&egrave;ce de <i>Sardou</i> (press&eacute;e) et puis <i>Calendal</i>
+et <i>Clarisse Harlowe</i> etc.</p>
+
+<p>Que de besogne.</p>
+
+<p class="dot">* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *</p>
+
+<p>Je vous renvoie vos manuscrits dans lesquels j'ai trouv&eacute; de bonnes
+choses. Je n'ai pas vu G. depuis deux mois.</p>
+
+<p>&Eacute;crivez-moi &agrave; Paris. On m'envoie mes lettres.</p>
+
+<p class="sign">Votre ami.<br />
+</p>
+
+
+<p class="date">Ao&ucirc;t 1870.</p>
+
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>J'esp&egrave;re bien que votre sant&eacute; un peu d&eacute;licate vous &eacute;vitera le service
+actif. Ne n&eacute;gligez rien dans ce but. Ce pauvre G. doit &ecirc;tre pris h&eacute;las!
+Je pense que le prix de Rome sauvera Guiraud.&mdash;Je rentre &agrave; Paris demain
+matin. La garde nationale s&eacute;dentaire me r&eacute;clame.&mdash;Eh bien... les 7 300
+000 doivent &ecirc;tre contents!... Voil&agrave; la tranquillit&eacute;, l'ordre, la paix!
+Aujourd'hui, il s'agit de sauver le pays! Mais apr&egrave;s?...</p>
+
+<p class="dot">* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *</p>
+
+<p>Et notre pauvre philosophie, et nos r&ecirc;ves de paix universelle, de
+fraternit&eacute; cosmopolite, d'association humaine!... Au lieu de tout cela,
+des larmes, du sang, des monceaux de chair, des crimes sans nombre, sans
+fin!</p>
+
+<p>Je ne puis vous dire, mon cher ami, dans quelle tristesse me plongent
+toutes ces horreurs. Je suis Fran&ccedil;ais, je m'en souviens, mais je ne puis
+tout &agrave; fait oublier que je suis un homme.&mdash;Cette guerre co&ucirc;tera &agrave;
+l'humanit&eacute; cinq cent mille existences. Quant &agrave; la France, elle y
+laissera tout!...</p>
+
+<p>&Eacute;crivez-moi &agrave; Paris, mon cher ami, dites-moi votre situation, car <i>nous</i>
+sommes inquiets de vous.</p>
+
+<p class="sign">Votre ami d&eacute;vou&eacute;.</p>
+
+
+<p class="date">Ao&ucirc;t 1870.</p>
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p class="dot">* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *</p>
+
+<p>On crie dans la rue la mort du prince Fr&eacute;d&eacute;ric-Charles, mais ce n'est
+pas officiel, je crois.&mdash;Les choses vont mieux. Le langage de <i>Trochu</i>
+me pla&icirc;t. <i>Palikao</i> dit: &laquo;J'ai nomm&eacute;: j'ai envoy&eacute;&raquo;, et <i>l'autre</i> voyage
+en 3<sup>e</sup> classe. Il a bu un verre d'vin avec le chef de gare de Verdun.</p>
+
+<p>Quelle fin!...</p>
+
+<p>Votre ami qui vous aime de tout c&#339;ur.</p>
+
+<p>Guiraud ne part pas. <i>Prix de Rome</i> exempte. Je crois comme vous que la
+loi n'atteindra que les anciens soldats &agrave; moins de d&eacute;faites
+nouvelles.&mdash;Deux cent mille hommes passent le Rhin. Berlin et les
+forteresses vont &ecirc;tre d&eacute;garnis. Dans huit jours nous aurons de quatre &agrave;
+cinq cent mille Prussiens &agrave; quarante lieues de Paris; mais c'est le
+supr&ecirc;me effort. Si cette masse est rompue, la Prusse sera ce que la
+France voudra qu'elle soit! Esp&eacute;rons!</p>
+
+
+<p class="date">Paris, 26 f&eacute;vrier 1871.</p>
+
+<p>Cher ami, Paris d&eacute;bloqu&eacute;, j'ai d&ucirc; me rendre &agrave; Bordeaux pour affaires de
+famille. Je rentre et trouve votre bonne lettre<span style="letter-spacing:5px;">..............................</span>nous nous retrouvons debout, vivants, ou &agrave; peu pr&egrave;s, sur les
+ruines de cette pauvre France, si coupable mais aussi bien malheureuse.
+Ce que co&ucirc;tent les Napol&eacute;ons, nous ne vivrons peut-&ecirc;tre pas assez pour
+le savoir!</p>
+
+<p class="dot">* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *</p>
+
+<p>Je voudrais cet &eacute;t&eacute; terminer <i>Clarisse Harlowe</i> et <i>Griselidis</i>.
+<i>Griselidis</i> est tr&egrave;s avanc&eacute;e. <i>Sardou</i> veut changer le dernier acte.
+D&egrave;s qu'il sera rentr&eacute; &agrave; Paris, je vais le prier d'en finir afin que j'en
+puisse faire autant. Quant &agrave; <i>Clarisse</i>, c'est &agrave; peine commenc&eacute;.</p>
+
+<p>Avez-vous des nouvelles de G.? &Eacute;crivez-moi bient&ocirc;t, cher ami,
+r&eacute;tablissons notre correspondance, n'est-ce pas? et croyez &agrave; la vive
+affection de...</p>
+
+
+<p class="date">Juin 1871.</p>
+<p class="ind">Cher ami,</p>
+
+<p>Enfin! C'est fini! C'est au nom de la R&eacute;publique, au nom de la libert&eacute;,
+au nom de l'humanit&eacute; que ces dr&ocirc;les ont assassin&eacute; des r&eacute;publicains comme
+mon pauvre Chaudey! Pauvre France! N'est-il donc pas de terme moyen
+entre ces fous, ces brigands et la r&eacute;action? C'est &agrave; d&eacute;sesp&eacute;rer! Nous
+sommes navr&eacute;s, tous mes amis et moi.&mdash;Malheureusement, les r&eacute;cits n'ont
+rien d'exag&eacute;r&eacute;! C'est l'assassinat et l'incendie &eacute;lev&eacute;s au rang de
+syst&egrave;me politique! C'est inf&acirc;me. Maintenant, que va-t-on faire?
+Allons-nous retomber dans la vieille l&eacute;gitimit&eacute;?... Ce sera une tr&ecirc;ve,
+et la r&eacute;volution &agrave; l'horizon!... H&eacute;las!...</p>
+
+<p class="dot">* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *</p>
+
+<p>Adressez vos lettres, 8, route des Cultures, au V&eacute;sinet, par
+Saint-Germain-en-Laye, Seine-et-Oise.</p>
+
+<p>Donnez-moi de vos nouvelles <i>&agrave; fond</i>. Parlez moi de G.</p>
+
+<p>Depuis six semaines j'ai beaucoup err&eacute;. J'ai &eacute;t&eacute; oblig&eacute; de <i>quitter</i>
+Paris au galop.</p>
+
+<p>Mille amiti&eacute;s de votre toujours affectionn&eacute;.</p>
+
+
+<p class="date">Juin 1871.</p>
+<p class="ind">Cher ami,</p>
+
+<p class="dot">* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *</p>
+
+<p>Je vois que votre mariage, comme le mien, ne fait pas tort au travail.</p>
+
+<p>Je finis mes deux op&eacute;ras. Je lis beaucoup. Je n'ai pas un plan d'&eacute;tudes
+aussi r&eacute;gl&eacute; que le v&ocirc;tre, mais je commence &agrave; conna&icirc;tre une assez grande
+quantit&eacute; de choses. Le malheur est que le d&eacute;sir de savoir vient en
+apprenant, mais pourquoi le malheur? Je vivrai, mourrai sans que ma
+curiosit&eacute; soit satisfaite; mais plus je vais, et plus les syst&egrave;mes
+philosophiques me semblent de purs enfantillages.</p>
+
+<p>Mille amiti&eacute;s de votre toujours mille fois d&eacute;vou&eacute;.</p>
+
+
+<p class="date">Septembre 1871.</p>
+
+<p class="ind">Mon cher ami,
+</p>
+
+<p class="dot">* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *</p>
+
+<p>...Je vais rentrer &agrave; Paris demain ou apr&egrave;s. &Eacute;crivez-moi donc rue de
+Douai, 22. Rien de tr&egrave;s nouveau, si ce n'est que je vais prendre
+probablement le 1<sup>er</sup> novembre, la position de chef du chant &agrave; l'Op&eacute;ra.
+C'est une situation que n'ont d&eacute;daign&eacute;e ni H&eacute;rold ni Hal&eacute;vy. Je ne serai
+pas fort occup&eacute;, et les appointements sont relativement bons: cinq ou
+six mille, et, de plus, des arrangements de partitions, etc.&mdash;Les
+directeurs de l'Op&eacute;ra-Comique, ne voulant pas risquer de grandes pi&egrave;ces
+cette ann&eacute;e, m'ont <i>demand&eacute;</i> d'&eacute;crire la partition d'une <i>Namouna</i> assez
+int&eacute;ressante. La chose &eacute;tait press&eacute;e, et l'on m'a mis l'&eacute;p&eacute;e dans les
+reins; mais aujourd'hui, ces messieurs donnent tous leurs soins au
+<i>Fantasio</i> de <i>Jacques Offenbach</i>, et mes exigences l&eacute;gitimes de
+distribution retardent la chose. Je publie en ce moment chez Durand
+(ancienne maison Flaxland) un recueil de dix morceaux &agrave; quatre mains
+intitul&eacute;: <i>Jeux d'enfants</i>. J'en suis assez content.&mdash;Du reste, je me
+fais chaque jour plus fort contre les petites &eacute;motions de la vie. Ce
+n'est pas &agrave; proprement parler de la philosophie, mais c'est un immense
+d&eacute;dain, un souverain m&eacute;pris qui en tiennent lieu<span class="dot">* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *
+* * * * * * * * * * * *</span></p>
+
+<p>Trouvez deux minutes &agrave; donner &agrave; votre ami d&eacute;vou&eacute;.</p>
+
+
+<p class="date">Janvier 1872.</p>
+<p class="ind">Cher ami,</p>
+
+<p class="dot">* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *</p>
+
+<p>L'&eacute;lection <i>Vautrain</i><a name="FNanchor_118_118" id="FNanchor_118_118"></a><a href="#Footnote_118_118" class="fnanchor">[118]</a> nous laisse esp&eacute;rer un prochain retour de
+l'Assembl&eacute;e...</p>
+
+<p>Rien de nouveau.&mdash;On m'a &eacute;crit hier de l'Op&eacute;ra-Comique pour la mise en
+r&eacute;p&eacute;titions de <i>Namouna</i>; mais j'ai des exigences qui emp&ecirc;cheront
+probablement l'affaire d'aboutir.</p>
+
+<p>Mille amiti&eacute;s de votre tendrement d&eacute;vou&eacute;.</p>
+
+<p class="date">17 juin 1872.</p>
+<p class="ind">Mon cher ami,</p>
+
+<p>Vous devez m'en vouloir, mais si vous saviez quel hiver &eacute;crasant j'ai eu
+&agrave; passer, vous me plaindriez sinc&egrave;rement.&mdash;Mille francs de le&ccedil;ons par
+mois, <i>Djamileh</i> &agrave; faire r&eacute;p&eacute;ter et &agrave; orchestrer, et tous les ennuis
+ordinaires de la vie de Paris qui d&eacute;vorent la meilleure partie de
+l'existence<span class="dot">* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *
+* * * * * * * * *</span></p>
+
+<p><span class='pagenum'><a name="Page_199" id="Page_199">[199]</a></span><i>Djamileh</i> n'est pas un succ&egrave;s. Le po&egrave;me est vraiment antith&eacute;&acirc;tral, et
+ma chanteuse a &eacute;t&eacute; au-dessus de toutes mes craintes. Pourtant, je suis
+extr&ecirc;mement satisfait du r&eacute;sultat obtenu. La presse a &eacute;t&eacute; tr&egrave;s
+int&eacute;ressante, et jamais op&eacute;ra-comique en un acte n'a &eacute;t&eacute; plus
+s&eacute;rieusement, et, je puis le dire, plus passionn&eacute;ment discut&eacute;<a name="FNanchor_119_119" id="FNanchor_119_119"></a><a href="#Footnote_119_119" class="fnanchor">[119]</a>. La
+rengaine Wagner continue. <i>Reyer</i> (<i>les D&eacute;bats</i>), <i>Weber</i> (<i>le Temps</i>),
+<i>Guillemot</i> (<i>Journal de Paris</i>), <i>Jonci&egrave;res</i> (<i>la Libert&eacute;</i>)
+(c'est-&agrave;-dire plus de la moiti&eacute; du tirage de la presse quotidienne) ont
+&eacute;t&eacute; tr&egrave;s chauds.&mdash;<i>De Saint-Victor</i>, <i>Jouvin</i>, etc., ont &eacute;t&eacute; bons en ce
+sens qu'ils constatent inspiration, talent, etc., le tout g&acirc;t&eacute; par
+l'influence de Wagner.&mdash;Quatre ou cinq folliculaires ont &eacute;reint&eacute;
+l'ouvrage; mais les feuilles qu'ils ont &agrave; leur disposition ne leur
+donnent aucune importance.&mdash;Ce qui me satisfait plus que l'opinion de
+tous ces messieurs, c'est la certitude absolue d'avoir trouv&eacute; ma voie.
+Je sais ce que je fais.&mdash;On vient de me commander trois actes &agrave;
+l'Op&eacute;ra-Comique.&mdash;<i>Meilhac</i> et <i>Hal&eacute;vy</i> font ma pi&egrave;ce.&mdash;Ce sera <i>gai</i>,
+mais d'une gaiet&eacute; qui permet le style.&mdash;J'ai aussi des projets
+symphoniques, mais mon baby va me d&eacute;ranger bien agr&eacute;ablement.</p>
+
+<p>Que faites-vous? Comment allez-vous? &Eacute;crivez-moi. Je n'ai plus vu G.,
+mais on l'a vu &agrave; <i>Djamileh.</i>&mdash;Je suis donc rassur&eacute; sur son
+compte<span class="dot">* * * * * * * * * * * * *
+* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *</span></p>
+
+<p>Mille amiti&eacute;s de votre fid&egrave;le et d&eacute;vou&eacute;.</p>
+
+
+<p class="c">FIN</p>
+
+<hr />
+
+<p class="c">Paris.&mdash;Imp. L. POCHY, 52. rue du Ch&acirc;teau.&mdash;1294-4-09.</p>
+
+
+<div class="footnotes"><h3>NOTES:</h3>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_1_1" id="Footnote_1_1"></a><a href="#FNanchor_1_1"><span class="label">[1]</span></a> Le premier ouvrage de M. Guiraud, <i>Sylvie</i>, op&eacute;ra-comique
+en un acte a &eacute;t&eacute; jou&eacute; en 1864. Le second, le <i>Kobold</i>, &eacute;galement en un
+acte, ne l'avait pas encore &eacute;t&eacute; au moment dont je parle. Il ne le fut
+qu'en 1870.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_2_2" id="Footnote_2_2"></a><a href="#FNanchor_2_2"><span class="label">[2]</span></a> Hugues Imbert, <i>Portraits et &Eacute;tudes</i>, suivies de <i>Lettres
+in&eacute;dites de Bizet</i>. Paris. Fischbacher, 1894.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_3_3" id="Footnote_3_3"></a><a href="#FNanchor_3_3"><span class="label">[3]</span></a> Voir sa lettre dans le volume de Marmontel, <i>Symphonistes
+et Virtuoses</i>. Voir aussi sa correspondance avec sa m&egrave;re. <i>Lettres de
+Georges Bizet</i>, pp. 108, 117-118.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_4_4" id="Footnote_4_4"></a><a href="#FNanchor_4_4"><span class="label">[4]</span></a> C'est la pi&egrave;ce IV du livre sixi&egrave;me des <i>Contemplations</i>.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_5_5" id="Footnote_5_5"></a><a href="#FNanchor_5_5"><span class="label">[5]</span></a> Dans une lettre &agrave; M. Paul Lacombe, il loue &laquo;les trois
+grandes soci&eacute;t&eacute;s belges&raquo; de Bruxelles, d'Anvers et de Li&eacute;ge. Il y a l&agrave;
+une indication pr&eacute;cieuse. Voir Hugues Imbert, <i>Portraits et &Eacute;tudes</i>, p.
+176.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_6_6" id="Footnote_6_6"></a><a href="#FNanchor_6_6"><span class="label">[6]</span></a> Dans des fragments de ses lettres.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_7_7" id="Footnote_7_7"></a><a href="#FNanchor_7_7"><span class="label">[7]</span></a> Elle a &eacute;t&eacute; reproduite par M. Pigot dans son volume <i>Georges
+Bizet et son &#339;uvre</i>, p. 113.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_8_8" id="Footnote_8_8"></a><a href="#FNanchor_8_8"><span class="label">[8]</span></a> Ins&eacute;r&eacute; en t&ecirc;te du deuxi&egrave;me recueil de <i>M&eacute;lodies</i> de Bizet.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_9_9" id="Footnote_9_9"></a><a href="#FNanchor_9_9"><span class="label">[9]</span></a> <i>Symphonistes et Virtuoses</i>, p. 248.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_10_10" id="Footnote_10_10"></a><a href="#FNanchor_10_10"><span class="label">[10]</span></a> P. 255.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_11_11" id="Footnote_11_11"></a><a href="#FNanchor_11_11"><span class="label">[11]</span></a> Voir ci-dessus <a href="#Page_8">8-10.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_12_12" id="Footnote_12_12"></a><a href="#FNanchor_12_12"><span class="label">[12]</span></a> P. 256.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_13_13" id="Footnote_13_13"></a><a href="#FNanchor_13_13"><span class="label">[13]</span></a> <i>Symphonistes et Virtuoses</i>, p. 261.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_14_14" id="Footnote_14_14"></a><a href="#FNanchor_14_14"><span class="label">[14]</span></a> Lettre de juin 1867. Voir <a href="#Page_119">p. 119.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_15_15" id="Footnote_15_15"></a><a href="#FNanchor_15_15"><span class="label">[15]</span></a> Lettre de janvier 1868. Voir <a href="#Page_133">p. 133.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_16_16" id="Footnote_16_16"></a><a href="#FNanchor_16_16"><span class="label">[16]</span></a> Lettre de mars 1869. Voir p. 182-183.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_17_17" id="Footnote_17_17"></a><a href="#FNanchor_17_17"><span class="label">[17]</span></a> Voir <a href="#Page_199">p. 199.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_18_18" id="Footnote_18_18"></a><a href="#FNanchor_18_18"><span class="label">[18]</span></a> N&ordm; du 1<sup>er</sup> janvier 1905, p. 8, col. 2.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_19_19" id="Footnote_19_19"></a><a href="#FNanchor_19_19"><span class="label">[19]</span></a> P. <span class="smcap">XIII</span>.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_20_20" id="Footnote_20_20"></a><a href="#FNanchor_20_20"><span class="label">[20]</span></a> P. 10, col. 2.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_21_21" id="Footnote_21_21"></a><a href="#FNanchor_21_21"><span class="label">[21]</span></a> Ann&eacute;e 1903, <a href="#Page_53">p. 53.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_22_22" id="Footnote_22_22"></a><a href="#FNanchor_22_22"><span class="label">[22]</span></a> Pp. 90, 92-95.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_23_23" id="Footnote_23_23"></a><a href="#FNanchor_23_23"><span class="label">[23]</span></a> Pp. 93-94.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_24_24" id="Footnote_24_24"></a><a href="#FNanchor_24_24"><span class="label">[24]</span></a> Cette introduction &eacute;tait compos&eacute;e quand a paru le volume
+des <i>Lettres de Georges Bizet</i>. On y trouve encore une preuve de ce que
+je viens de rapporter sur son caract&egrave;re. Il avait envoy&eacute; de Rome un <i>Te
+Deum</i> pour le concours Rodrigues et fait part plusieurs fois &agrave; sa m&egrave;re
+des projets qu'il r&eacute;aliserait s'il obtenait le prix. Ce prix, il ne
+l'eut pas, et quand il en fut inform&eacute;, voici ce qu'il &eacute;crivit:
+&laquo;J'apprends &agrave; l'instant que Barthe a le prix Rodrigues. Est-ce bien
+vrai? Voil&agrave; qui me d&eacute;range fort!! Enfin, je n'en mourrai pas.&raquo; Voir
+<i>Lettres de Georges Bizet</i>, pp. 24, 30, 39, 42, 45, 52, 56, 57, 60,
+61-62, 67, 72, 74, 81, 83, 87, 93, 95, 99-100.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_25_25" id="Footnote_25_25"></a><a href="#FNanchor_25_25"><span class="label">[25]</span></a> Sur les lettres et leurs dates, voir l'introduction <a href="#Page_3">p. 3.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_26_26" id="Footnote_26_26"></a><a href="#FNanchor_26_26"><span class="label">[26]</span></a> Sur le cours de contre-point et de fugue, voir
+l'introduction <a href="#Page_4">p. 4.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_27_27" id="Footnote_27_27"></a><a href="#FNanchor_27_27"><span class="label">[27]</span></a> La personne qui nous avait mis en relations.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_28_28" id="Footnote_28_28"></a><a href="#FNanchor_28_28"><span class="label">[28]</span></a> &Eacute;crite en marge de la derni&egrave;re page du second devoir de
+contre-point.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_29_29" id="Footnote_29_29"></a><a href="#FNanchor_29_29"><span class="label">[29]</span></a> <i>Bajazet et le Joueur de fl&ucirc;te</i>, cantate donn&eacute;e au
+concours de 1859 pour le prix de Rome remport&eacute; cette ann&eacute;e-l&agrave; par Ernest
+Guiraud. Voir l'introduction <a href="#Page_1">p. 1.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_30_30" id="Footnote_30_30"></a><a href="#FNanchor_30_30"><span class="label">[30]</span></a> &Eacute;crite au bas de la sixi&egrave;me page d'un devoir de
+composition pour orchestre, l'introduction de <i>Bajazet et le Joueur de
+fl&ucirc;te</i>. Voir la note pr&eacute;c&eacute;dente.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_31_31" id="Footnote_31_31"></a><a href="#FNanchor_31_31"><span class="label">[31]</span></a> &Eacute;crite au bas de la derni&egrave;re page du troisi&egrave;me devoir de
+contre-point suivi d'une m&eacute;lodie pour piano.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_32_32" id="Footnote_32_32"></a><a href="#FNanchor_32_32"><span class="label">[32]</span></a> <i>Iwan le Terrible</i>, op&eacute;ra en cinq actes re&ccedil;u au th&eacute;&acirc;tre
+Lyrique. Voir l'introduction <a href="#Page_16">p. 16.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_33_33" id="Footnote_33_33"></a><a href="#FNanchor_33_33"><span class="label">[33]</span></a> Il s'agit d'un devoir de composition, des premi&egrave;res sc&egrave;nes
+de <i>Bajazet et le Joueur de fl&ucirc;te</i> qui furent perdues &agrave; la poste. Voir
+p. 6, notes 1 et 2.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_34_34" id="Footnote_34_34"></a><a href="#FNanchor_34_34"><span class="label">[34]</span></a> &Eacute;crite en marge de la derni&egrave;re page du quatri&egrave;me devoir de
+contre-point.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_35_35" id="Footnote_35_35"></a><a href="#FNanchor_35_35"><span class="label">[35]</span></a> Le premier mot est illisible.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_36_36" id="Footnote_36_36"></a><a href="#FNanchor_36_36"><span class="label">[36]</span></a> &Eacute;crite en marge d'un devoir de composition, un quatuor
+pour instruments &agrave; cordes.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_37_37" id="Footnote_37_37"></a><a href="#FNanchor_37_37"><span class="label">[37]</span></a> &Eacute;crite en marge de la derni&egrave;re page du cinqui&egrave;me devoir de
+contre-point.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_38_38" id="Footnote_38_38"></a><a href="#FNanchor_38_38"><span class="label">[38]</span></a> Il n'habitait Paris que l'hiver. Voir l'introduction <a href="#Page_6">pp. 6-8.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_39_39" id="Footnote_39_39"></a><a href="#FNanchor_39_39"><span class="label">[39]</span></a> Il &eacute;crivait ceci sous l'impression des nouvelles de la
+bataille de Sadowa, livr&eacute;e le 3 juillet 1866.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_40_40" id="Footnote_40_40"></a><a href="#FNanchor_40_40"><span class="label">[40]</span></a> Un jeune homme qui d&eacute;sirait faire de la litt&eacute;rature et
+cherchait un emploi &agrave; Paris.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_41_41" id="Footnote_41_41"></a><a href="#FNanchor_41_41"><span class="label">[41]</span></a> Il &eacute;crivait du V&eacute;sinet.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_42_42" id="Footnote_42_42"></a><a href="#FNanchor_42_42"><span class="label">[42]</span></a> Son ami, le compositeur Ernest Guiraud.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_43_43" id="Footnote_43_43"></a><a href="#FNanchor_43_43"><span class="label">[43]</span></a> Le trait&eacute; avec la direction du Th&eacute;&acirc;tre-Lyrique pour la
+repr&eacute;sentation de la <i>Jolie Fille de Perth</i>.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_44_44" id="Footnote_44_44"></a><a href="#FNanchor_44_44"><span class="label">[44]</span></a> <i>Roma</i>. Voir l'introduction, <a href="#Page_22">pp. 22-24.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_45_45" id="Footnote_45_45"></a><a href="#FNanchor_45_45"><span class="label">[45]</span></a> Je re&ccedil;us, plus tard, en effet, trois m&eacute;lodies &eacute;dit&eacute;es
+s&eacute;par&eacute;ment chez Choudens et qui ont &eacute;t&eacute; plac&eacute;es ensuite dans le premier
+recueil: <i>Douce Mer</i>, <i>Apr&egrave;s l'Hiver</i> et les <i>Adieux de l'H&ocirc;tesse
+Arabe</i>.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_46_46" id="Footnote_46_46"></a><a href="#FNanchor_46_46"><span class="label">[46]</span></a> Il y a <i>fermi&egrave;re</i> dans le texte.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_47_47" id="Footnote_47_47"></a><a href="#FNanchor_47_47"><span class="label">[47]</span></a> Deux mots illisibles.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_48_48" id="Footnote_48_48"></a><a href="#FNanchor_48_48"><span class="label">[48]</span></a> Je lui avais demand&eacute; cette date.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_49_49" id="Footnote_49_49"></a><a href="#FNanchor_49_49"><span class="label">[49]</span></a> Catherine.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_50_50" id="Footnote_50_50"></a><a href="#FNanchor_50_50"><span class="label">[50]</span></a> Smith.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_51_51" id="Footnote_51_51"></a><a href="#FNanchor_51_51"><span class="label">[51]</span></a> Il &eacute;tait au V&eacute;sinet o&ugrave; il passait ordinairement avec son
+p&egrave;re la belle saison. Voir l'introduction <a href="#Page_6">pp. 6-8.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_52_52" id="Footnote_52_52"></a><a href="#FNanchor_52_52"><span class="label">[52]</span></a> Voir la note <a href="#Page_74">p. 74.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_53_53" id="Footnote_53_53"></a><a href="#FNanchor_53_53"><span class="label">[53]</span></a> Sans doute celle du duc de Rothsay au deuxi&egrave;me acte de la
+<i>Jolie Fille de Perth</i>.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_54_54" id="Footnote_54_54"></a><a href="#FNanchor_54_54"><span class="label">[54]</span></a> Auteur dramatique, directeur de l'Administration des
+Th&eacute;&acirc;tres depuis 1863.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_55_55" id="Footnote_55_55"></a><a href="#FNanchor_55_55"><span class="label">[55]</span></a> Un quatuor pour instruments &agrave; cordes, devoir de
+composition.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_56_56" id="Footnote_56_56"></a><a href="#FNanchor_56_56"><span class="label">[56]</span></a> Bizet entendait par l&agrave; le progr&egrave;s purement industriel et
+purement &eacute;conomique.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_57_57" id="Footnote_57_57"></a><a href="#FNanchor_57_57"><span class="label">[57]</span></a> Un mot illisible.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_58_58" id="Footnote_58_58"></a><a href="#FNanchor_58_58"><span class="label">[58]</span></a> Un mot illisible.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_59_59" id="Footnote_59_59"></a><a href="#FNanchor_59_59"><span class="label">[59]</span></a> Un mot illisible.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_60_60" id="Footnote_60_60"></a><a href="#FNanchor_60_60"><span class="label">[60]</span></a> J'ignore si cela est bien exact. Voir l'introduction, <a href="#Page_10">p. 10.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_61_61" id="Footnote_61_61"></a><a href="#FNanchor_61_61"><span class="label">[61]</span></a> Le peintre, qui f&ucirc;t directeur de l'Acad&eacute;mie de France &agrave;
+Rome.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_62_62" id="Footnote_62_62"></a><a href="#FNanchor_62_62"><span class="label">[62]</span></a> Abr&eacute;viations: suj., sujet; r&eacute;p. r., r&eacute;ponse; c. suj., c.
+s. contre-sujet; mod. min., mode mineur; div., divertissement; sous
+dom., sous-dominante.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_63_63" id="Footnote_63_63"></a><a href="#FNanchor_63_63"><span class="label">[63]</span></a> J'avais mieux que le plan: il m'avait, en effet, donn&eacute; au
+printemps de 1866 une fugue &agrave; deux parties qu'il avait &eacute;crite pour moi
+et devant moi au V&eacute;sinet.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_64_64" id="Footnote_64_64"></a><a href="#FNanchor_64_64"><span class="label">[64]</span></a> Voir ci-dessus, <a href="#Page_96">p. 96</a>, premi&egrave;re lettre de d&eacute;cembre 1866,
+la note 2 et l'introduction, <a href="#Page_10">p. 10.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_65_65" id="Footnote_65_65"></a><a href="#FNanchor_65_65"><span class="label">[65]</span></a> Voir ci-dessus, <a href="#Page_96">p. 96</a>, premi&egrave;re lettre de d&eacute;cembre 1866,
+la note 2 et l'introduction, <a href="#Page_10">p. 10.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_66_66" id="Footnote_66_66"></a><a href="#FNanchor_66_66"><span class="label">[66]</span></a> Idem.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_67_67" id="Footnote_67_67"></a><a href="#FNanchor_67_67"><span class="label">[67]</span></a> &Eacute;crite &agrave; la suite du quinzi&egrave;me devoir. C'&eacute;tait la fugue
+dont le sujet avait &eacute;t&eacute; envoy&eacute; dans la lettre pr&eacute;c&eacute;dente.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_68_68" id="Footnote_68_68"></a><a href="#FNanchor_68_68"><span class="label">[68]</span></a> Contre-sujets.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_69_69" id="Footnote_69_69"></a><a href="#FNanchor_69_69"><span class="label">[69]</span></a> Mot illisible, Tr&eacute;vise, probablement. Saint-Georges y
+logeait en 1849, au num&eacute;ro 6. Voir une lettre de Berlioz dans sa
+<i>Correspondance in&eacute;dite</i>, deuxi&egrave;me &eacute;dition, p. 176.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_70_70" id="Footnote_70_70"></a><a href="#FNanchor_70_70"><span class="label">[70]</span></a> Voir ci-dessus, p. 96, premi&egrave;re lettre de d&eacute;cembre 1866,
+la note 2 et l'introduction, <a href="#Page_10">p. 10.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_71_71" id="Footnote_71_71"></a><a href="#FNanchor_71_71"><span class="label">[71]</span></a> Deux mots illisibles (la sourdine?).</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_72_72" id="Footnote_72_72"></a><a href="#FNanchor_72_72"><span class="label">[72]</span></a> <i>Feuilles d'album</i>, le recueil de six m&eacute;lodies &eacute;dit&eacute;es
+chez Heugel et les trois m&eacute;lodies publi&eacute;es chez Choudens dont il a &eacute;t&eacute;
+question dans la premi&egrave;re lettre de juillet 1866: <i>Douce Mer</i>, <i>Apr&egrave;s
+l'Hiver</i> et les <i>Adieux de l'H&ocirc;tesse Arabe</i>.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_73_73" id="Footnote_73_73"></a><a href="#FNanchor_73_73"><span class="label">[73]</span></a> &Eacute;crite sur du papier r&eacute;gl&eacute;.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_74_74" id="Footnote_74_74"></a><a href="#FNanchor_74_74"><span class="label">[74]</span></a> &Eacute;crite &agrave; la quatri&egrave;me page du dix-septi&egrave;me devoir. C'&eacute;tait
+la fugue dont il m'avait donn&eacute; le sujet dans la lettre pr&eacute;c&eacute;dente.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_75_75" id="Footnote_75_75"></a><a href="#FNanchor_75_75"><span class="label">[75]</span></a> Le t&eacute;nor Massy qui cr&eacute;a le r&ocirc;le de Smith.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_76_76" id="Footnote_76_76"></a><a href="#FNanchor_76_76"><span class="label">[76]</span></a> L'ancien r&eacute;gisseur g&eacute;n&eacute;ral de l'Op&eacute;ra.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_77_77" id="Footnote_77_77"></a><a href="#FNanchor_77_77"><span class="label">[77]</span></a> Mot illisible.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_78_78" id="Footnote_78_78"></a><a href="#FNanchor_78_78"><span class="label">[78]</span></a> Trois mots illisibles.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_79_79" id="Footnote_79_79"></a><a href="#FNanchor_79_79"><span class="label">[79]</span></a> Sur cet hymne, cette cantate et tout ce qui suit, voir
+l'introduction, <a href="#Page_26">pp. 26-28.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_80_80" id="Footnote_80_80"></a><a href="#FNanchor_80_80"><span class="label">[80]</span></a> Voir l'introduction, <a href="#Page_26">pp. 26-27.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_81_81" id="Footnote_81_81"></a><a href="#FNanchor_81_81"><span class="label">[81]</span></a> Ces deux lignes de points n'indiquent pas une suppression;
+elles se trouvent dans la lettre.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_82_82" id="Footnote_82_82"></a><a href="#FNanchor_82_82"><span class="label">[82]</span></a> Voir l'introduction, <a href="#Page_16">pp. 16-18.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_83_83" id="Footnote_83_83"></a><a href="#FNanchor_83_83"><span class="label">[83]</span></a> La cr&eacute;atrice du r&ocirc;le de Catherine.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_84_84" id="Footnote_84_84"></a><a href="#FNanchor_84_84"><span class="label">[84]</span></a> Le cr&eacute;ateur du r&ocirc;le de Smith.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_85_85" id="Footnote_85_85"></a><a href="#FNanchor_85_85"><span class="label">[85]</span></a> Un mot illisible (vous?).</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_86_86" id="Footnote_86_86"></a><a href="#FNanchor_86_86"><span class="label">[86]</span></a> Voir l'introduction, <a href="#Page_27">p. 27.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_87_87" id="Footnote_87_87"></a><a href="#FNanchor_87_87"><span class="label">[87]</span></a> Op&eacute;ra-bouffe laiss&eacute; inachev&eacute; par Mozart et repr&eacute;sent&eacute; &agrave;
+Paris le 6 juin 1867, au th&eacute;&acirc;tre des Fantaisies-Parisiennes.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_88_88" id="Footnote_88_88"></a><a href="#FNanchor_88_88"><span class="label">[88]</span></a> Cr&eacute;pet venait de quitter la direction de la <i>Revue
+Nationale</i>.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_89_89" id="Footnote_89_89"></a><a href="#FNanchor_89_89"><span class="label">[89]</span></a> Garibaldi avait organis&eacute; un corps de volontaires pour
+envahir le territoire pontifical. Le gouvernement italien s'&eacute;tait born&eacute;
+d'abord &agrave; le bl&acirc;mer officiellement, puis, sous la pression du
+gouvernement fran&ccedil;ais, il le faisait arr&ecirc;ter au moment o&ugrave; il &eacute;tait en
+route pour prendre le commandement de l'exp&eacute;dition, et l'internait chez
+lui, dans l'&icirc;le de Caprera.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_90_90" id="Footnote_90_90"></a><a href="#FNanchor_90_90"><span class="label">[90]</span></a> &Eacute;crite en marge du vingt-cinqui&egrave;me devoir, sujets, r&eacute;ponses
+et contre-sujets.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_91_91" id="Footnote_91_91"></a><a href="#FNanchor_91_91"><span class="label">[91]</span></a> Un mot illisible (etc.?).</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_92_92" id="Footnote_92_92"></a><a href="#FNanchor_92_92"><span class="label">[92]</span></a> Le chanteur qui venait de cr&eacute;er le r&ocirc;le du duc de Rothsay
+dans la <i>Jolie Fille de Perth</i>.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_93_93" id="Footnote_93_93"></a><a href="#FNanchor_93_93"><span class="label">[93]</span></a> Deux mots illisibles.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_94_94" id="Footnote_94_94"></a><a href="#FNanchor_94_94"><span class="label">[94]</span></a> Sur tout ce qui se rapporte &agrave; la <i>Coupe du Roi de Thul&eacute;</i>,
+voir l'introduction, <a href="#Page_28">p. 28.</a> Guiraud se pr&eacute;parait &agrave; concourir. Je ne sais
+s'il y renon&ccedil;a comme Bizet.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_95_95" id="Footnote_95_95"></a><a href="#FNanchor_95_95"><span class="label">[95]</span></a> Deux mots illisibles (est pour?).</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_96_96" id="Footnote_96_96"></a><a href="#FNanchor_96_96"><span class="label">[96]</span></a> &Eacute;mile Perrin, alors directeur de l'Op&eacute;ra.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_97_97" id="Footnote_97_97"></a><a href="#FNanchor_97_97"><span class="label">[97]</span></a> Dans une discussion au S&eacute;nat, les cardinaux et archev&ecirc;ques
+s&eacute;nateurs avaient d&eacute;nonc&eacute; comme mat&eacute;rialiste l'enseignement de la
+Facult&eacute; de m&eacute;decine de Paris. Or, les t&eacute;moins, sur les propos desquels
+les pr&eacute;lats pr&eacute;tendaient fonder leurs accusations, protest&egrave;rent, et, dit
+Ch. de Mazade dans la chronique politique de la <i>Revue des Deux Mondes</i>,
+livraison du 1<sup>er</sup> juin 1868, p. 765, &laquo;le seul qui avait cru entendre
+finit par n'avoir plus rien entendu du tout&raquo;.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_98_98" id="Footnote_98_98"></a><a href="#FNanchor_98_98"><span class="label">[98]</span></a> Un mot illisible.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_99_99" id="Footnote_99_99"></a><a href="#FNanchor_99_99"><span class="label">[99]</span></a> Voici cette &eacute;bauche, comme il l'appelle, et l'observation
+qui est &eacute;crite en marge. Le morceau est en sol mineur.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_100_100" id="Footnote_100_100"></a><a href="#FNanchor_100_100"><span class="label">[100]</span></a> On comprend facilement dans quel sens Bizet employait ce
+mot et qu'il voulait dire par l&agrave; de la vraie musique, de la musique
+ayant une valeur.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_101_101" id="Footnote_101_101"></a><a href="#FNanchor_101_101"><span class="label">[101]</span></a> Le livret de Leroy pour l'Op&eacute;ra dont il a &eacute;t&eacute; question
+dans les lettres pr&eacute;c&eacute;dentes. Voir plus haut, <a href="#Page_137">pp. 137-138</a>, <a href="#Page_140">140.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_102_102" id="Footnote_102_102"></a><a href="#FNanchor_102_102"><span class="label">[102]</span></a> Voir l'introduction, <a href="#Page_29">p. 29.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_103_103" id="Footnote_103_103"></a><a href="#FNanchor_103_103"><span class="label">[103]</span></a> Il y avait, on l'a d&eacute;j&agrave; vu plus haut, <a href="#Page_121">p. 121</a>, trois
+concours &agrave; la m&ecirc;me &eacute;poque: un &agrave; l'Op&eacute;ra, un autre &agrave; l'Op&eacute;ra-Comique, et
+un troisi&egrave;me au Th&eacute;&acirc;tre-Lyrique.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_104_104" id="Footnote_104_104"></a><a href="#FNanchor_104_104"><span class="label">[104]</span></a> <i>Napol&eacute;on le Petit.</i></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_105_105" id="Footnote_105_105"></a><a href="#FNanchor_105_105"><span class="label">[105]</span></a> On sait que le fils du g&eacute;n&eacute;ral Cavaignac, laur&eacute;at au
+concours g&eacute;n&eacute;ral, refusa de monter sur l'estrade pour aller recevoir son
+prix des mains du prince imp&eacute;rial.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_106_106" id="Footnote_106_106"></a><a href="#FNanchor_106_106"><span class="label">[106]</span></a> Un mot illisible.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_107_107" id="Footnote_107_107"></a><a href="#FNanchor_107_107"><span class="label">[107]</span></a> Il s'agit de la situation politique &agrave; la fin du second
+Empire.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_108_108" id="Footnote_108_108"></a><a href="#FNanchor_108_108"><span class="label">[108]</span></a> Un mot illisible.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_109_109" id="Footnote_109_109"></a><a href="#FNanchor_109_109"><span class="label">[109]</span></a> Gevaert &eacute;tait alors directeur de la musique &agrave; l'Op&eacute;ra.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_110_110" id="Footnote_110_110"></a><a href="#FNanchor_110_110"><span class="label">[110]</span></a> La pr&eacute;face de 1868 &agrave; l'<i>Histoire de la R&eacute;volution</i>.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_111_111" id="Footnote_111_111"></a><a href="#FNanchor_111_111"><span class="label">[111]</span></a> Le livret imprim&eacute; de la <i>Coupe du Roi de Thul&eacute;</i> qu'il
+fallait rendre au minist&egrave;re des Beaux-Arts si l'on renon&ccedil;ait &agrave;
+concourir.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_112_112" id="Footnote_112_112"></a><a href="#FNanchor_112_112"><span class="label">[112]</span></a> Le livre de T&eacute;not qui faisait sensation: <i>Paris en
+d&eacute;cembre</i> 1851.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_113_113" id="Footnote_113_113"></a><a href="#FNanchor_113_113"><span class="label">[113]</span></a> Un mot illisible.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_114_114" id="Footnote_114_114"></a><a href="#FNanchor_114_114"><span class="label">[114]</span></a> <i>Lapsus calami.</i> Il voulait &eacute;crire: baisser. C'est la fin
+de l'acte.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_115_115" id="Footnote_115_115"></a><a href="#FNanchor_115_115"><span class="label">[115]</span></a> Un mot illisible.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_116_116" id="Footnote_116_116"></a><a href="#FNanchor_116_116"><span class="label">[116]</span></a> Pour les raisons que j'ai expos&eacute;es dans l'introduction,
+<a href="#Page_3">p. 3</a>, j'ai d&eacute;j&agrave; fait quelques suppressions, et je vais, maintenant, en
+faire de plus longues et de plus nombreuses. Je ne crois pas, cependant,
+manquer aux convenances en donnant des fragments de cette lettre.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_117_117" id="Footnote_117_117"></a><a href="#FNanchor_117_117"><span class="label">[117]</span></a> Voir l'introduction, <a href="#Page_27">pp. 27-28.</a></p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_118_118" id="Footnote_118_118"></a><a href="#FNanchor_118_118"><span class="label">[118]</span></a> L'Assembl&eacute;e nationale refusait de quitter Versailles, et
+on avait pens&eacute; que le choix d'un mod&eacute;r&eacute; la d&eacute;ciderait &agrave; transf&eacute;rer son
+si&egrave;ge &agrave; Paris.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_119_119" id="Footnote_119_119"></a><a href="#FNanchor_119_119"><span class="label">[119]</span></a> Voir l'introduction, <a href="#Page_35">p. 35.</a></p></div>
+
+</div>
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+
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+
+<pre>
+
+
+
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+
+End of Project Gutenberg's Lettres à un ami, 1865-1872, by George Bizet
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LETTRES À UN AMI, 1865-1872 ***
+
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+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
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+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
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+
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+1.F.
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+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
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+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
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+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
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+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
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+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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+
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+</pre>
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