diff options
Diffstat (limited to '20498-8.txt')
| -rw-r--r-- | 20498-8.txt | 3780 |
1 files changed, 3780 insertions, 0 deletions
diff --git a/20498-8.txt b/20498-8.txt new file mode 100644 index 0000000..8e78ea6 --- /dev/null +++ b/20498-8.txt @@ -0,0 +1,3780 @@ +The Project Gutenberg EBook of Le Médicin Malgré Lui, by +Jean-Baptiste Poquelin (AKA Molière) + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Le Médicin Malgré Lui + +Author: Jean-Baptiste Poquelin (AKA Molière) + +Release Date: January 31, 2007 [EBook #20498] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MÉDICIN MALGRÉ LUI *** + + + + +Produced by Chuck Greif + + + + + + + + +LES PIÈCES DE MOLIÈRE + +LE MÉDECIN MALGRÉ LUI + +TIRAGE À PETIT NOMBRE + +Il a été tiré en outre: + +20 exemplaires sur papier du Japon, avec triple épreuve de la gravure +(nos 1 à 20). + +25 exemplaires sur papier de Chine fort, avec double épreuve de la +gravure (nos 21 à 45). + +25 exemplaires sur papier Whatman, avec double épreuve de la gravure +(nos 46 à 70). + +70 exemplaires, numérotés. + + + + +MOLIÈRE + +LE MÉDECIN MALGRÉ LUI + +COMÉDIE EN TROIS ACTES AVEC UNE NOTICE ET DES NOTES + +PAR + +GEORGES MONVAL + +_Dessin de L. Leloir_ + +GRAVÉ À L'EAU-FORTE PAR CHAMPOUION + +PARIS + +LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES + +E. FLAMMARION SUCCESSEUR Rue Racine, 26, près de l'Odéon + +M DCCC XCII + + + + +NOTICE SUR _LE MÉDECIN MALGRÉ LUI_ + + +S'il en faut croire Grimarest, Molière n'eut pas beaucoup de peine à +«fabriquer» rapidement son MÉDICIN MALGRÉ LUI: il n'aurait eu presque +qu'à transcrire LE FAGOTIER, l'une des petites farces que sa troupe +représentait à l'improvisade dès les premiers temps de son arrivée à +Paris. + +Le sujet est tiré d'un fabliau du XIIIe siècle, LE MÉDECIN DE BRAY, +ou LE VILAIN MIRE (le Paysan médecin), qui serait parvenu à la +connaissance de Molière soit par la tradition orale, soit par des +relations de voyage de Grolius ou d'OElschlager. + +Un riche paysan épouse la fille d'un pauvre chevalier, «moult belle et +moult courtoise». Pour la garder de toute tentation mauvaise, il la bat +dès le matin: la pauvrette passe le jour à pleurer et n'a pas le temps +de songer à mal. Elle songe toutefois que son mari, qui la bat si bien, +n'a jamais été battu, et que, s'il connaissait le goût du bâton, il ne +lui en donnerait pas tant. + +Cependant qu'elle se désole et rumine dans sa tête, passent deux +messagers du roi. Ils vont en Angleterre quérir un médecin pour la fille +de leur maître qui ne peut ni manger ni boire depuis qu'une arête de +poisson s'est arrêtée dans son gosier: «Vous n'avez pas besoin d'aller +si loin, leur dit la femme du vilain; mon mari est bon médecin, il en +sait plus qu'Hippocrate. Mais c'est un médecin singulier: il ne ferait +rien pour personne si d'abord on ne le battait comme il faut.--S'il ne +tient qu'à battre, disent les envoyés, tout ira bien!» Et ils l'emmènent +de force à la cour, où, grâce au bâton, le vilain promet de guérir la +princesse sans délai. En effet, il la fait tant rire que l'arête sort du +gosier. Le bruit de cette cure merveilleuse se répandit rapidement et +tous les malades du pays le vinrent consulter. + +Il retourna enfin chez lui, et ne battit plus sa femme, qui l'avait fait +docteur sans avoir étudié. + +Telle est l'analyse très sommaire du fabliau du VILAIN MIRE, qui ne +comprend pas moins de 392 vers de huit pieds[1]. + +Bruzen de la Martinière prétendait tenir d'une personne fort âgée que, +quelqu'un ayant raconté en prétence du roi une histoire à peu près +semblable arrivée du temps de François Ier, Molière la trouva très +propre à être accommodée en farce, et qu'avec quelques changements il en +fit sa comédie du MÉDECIN MALGRÉ LUI. + +LE FAGOTIER faisait probablement partie du répertoire de Molière en +province, comme LA JALOUSIE DU BARBOUILLÉ et GORGIBUS DANS LE SAC. +Par une suite d'expériences sans cesse renouvelées devant des publics +divers, ces petites farces ont éliminé successivement tout ce qu'elles +pouvaient renfermer d'inutile ou de grossier: elles n'ont conservé que +les effets sûrs, ayant porté aussi bien sur le marchand de petite ville +que sur le gentillâtre campagnard; d'où la perfection absolue, la forme +précise, le caractère définitif de ces pièces en apparence écrites à la +hâte, et qui réellement ont pu bénéficier des longs tâtonnements et des +mûres réflexions, LE MÉDECIN MALGRÉ LUI, GEORGE DANDIN, LES FOURBERIRES +DE SCAPIN, que l'auteur lui-même ne regardait que comme de «petites +bagatelles». Mais avec Molière il ne faut jamais dire «bagatelles». LE +MÉDECIN MALGRÉ LUI est un chef-d'oeuvre dans son genre, et la seule chose +qui doive étonner, c'est qu'il ait pu sortir, à quelques semaines de +distance, de la même plume que LE MISANTHROPE, et que dans une même +soirée Molière ait dit la chanson du Roi Henry et chanté celle des +«petits glougloux» avec un égal succès; qu'après avoir quitté les rubans +verts de l'homme aux haines vigoureuses, il ait presque aussitôt reparu +sous la casaque jaune et vert du jovial fagotier. Molière voulut sans +doute s'amuser lui-même, Lucullus soupa chez Lucullus. Après la satire +sociale et l'éloquence austère d'Alceste, voici la haute bouffonnerie, +la gaieté jaillissante et intarissable, la verve folle, le sel gaulois +lancé à pleines mains. Molière est bien ici le fils de Rabelais. + +LE MÉDECIN MALGRÉ LUI est de toutes ses pièces la plus franchement, la +plus continûment et la plus irrésistiblement gaie; elle guérirait +l'hypocondrie la plus sombre. C'est une cure de rire, qu'il faut +ordonner aux mélancoliques. Car Molière est un grand médecin, il possède +la panacée universelle, et peut à bon droit s'écrier ici comme +l'opérateur de ses intermèdes: + +O grande puissance de l'orviétan! + +Aussi est-ce de toutes les farces de Molière la plus populaire et la +plus répandue. Je l'ai vue, dans mon enfance, représentée par des +marionnettes de campagne, devant un auditoire de paysans qui ne +l'avaient et ne l'auraient certainement jamais lue. Ils n'y cherchaient +pas malice, et s'en donnaient à coeur joie, sans se soucier de l'origine +probable de l'oeuvre, non plus que du nom de l'auteur. + +Ne pouvant imiter leur sagesse, rappelons que LE MÉDECIN MALGRÉ LUI fut +représenté pour la première fois, sur le théâtre du Palais-Royal, le +vendredi 6 août 1666, deux mois après la première du MISANTHROPE, dont +le succès commençait à se ralentir au bout de 21 représentations. On le +donna, comme «petite pièce», à la suite de LA MÈRE COQUETTE, du FAVORI, +des FACHEUX puis avec LE MISANTHROPE, qu'il accompagna souvent du 3 +septembre au 21 novembre. Ce fut encore par LE MÉDICIN qu'on rouvrit le +théâtre en février 1667, après trois mois d'interruption. + +Molière créa Sganarelle, Mlle Molière, Lucinde. Pour les autres +rôles, nous n'avons que des conjectures. Mais, d'après l'état de la +troupe et l'emploi des comédiens, nous pouvons donner comme à peu près +certaine la distribution suivante: + +Sganarelle..... MOLIÈRE. + +Valère......... DU CROISY. + +Léandre........ LA GRANGE. + +Géronte........ L. BÉJART. + +Lucas.......... LA THORILLIÈRE. + +M. Robert...... DE BRIE. + +Perrin......... DE BRIE. + +Thibaut........ HUBERT. + +Lucinde........ Mlles MOLIÈRE. + +Martine........ DE BRIE. + +Jacqueline..... MADELEINE BÉJART. + +Depuis Molière, la tradition de Sganarelle s'est transmise par Rosimond, +Poisson, La Thorillière, Montmény, Préville, Dugazon, La Rochelle, +Thénard, Cartigny, Monrose, Samson, Régnier, jusqu'à M. Got, qui le joue +actuellement, et qui ne compte pat de meilleur rôle dans le vieux +répertoire. + +La pièce fut publiée au commencement de 1667, chez le libraire Ribou. +L'édition originale, achevée d'imprimerie 24 décembre 1666, renferme un +frontispice gravé qui est bien curieux à étudier au point de vue des +costumes de Géronte en Pantalon de la Comédie Italienne, et de +Sganarelle en robe de médecin, avec le chapeau «des plus pointus» dont +parle la brochure.[15] + +On supprime depuis plus d'un siècle à la Comédie-Française la scène des +paysans Thibaut et Perrin (III, II), qui est cependant des plus +divertissantes. Elle vient trop tard, allègue-t-on, et ne produit que +peu d'effet après les étincelantes folies du second acte. Il faudrait au +moins tenter l'expérience. Selon nous, Molière doit toujours être joué +dans son intégralité. L'épisode, ici, tient bien à la pièce et ne +saurait ralentir l'action, puisqu'il donne à Sganarelle l'occasion +d'exercer impunément le pouvoir de sa prétendue science, en fournissant +à Molière de nouveaux traits contre les médecins, qu'il n'attaquera plus +que deux fois, dans POURCEAUGNAC et LE MALADE IMAGINAIRE. + +Pourquoi, dans cette dernière pièce, supprime-t-on la moitié du rôle de +Béralde, sous prétexte qu'une discussion sur la médecine fait longueur, +n'arrivant qu'au troisième acte, après la grande scène de MM. Diafoirus +père et fils, où le rire atteint son maximum d'intensité? C'est, à mon +sens, priver la pièce de ce qu'elle a de plus profond et de plus +durable. + +GEORGES MONVAL. + + + + +LE MÉDECIN MALGRÉ LUI + +COMÉDIE EN TROIS ACTES + + +LES PERSONNAGES + +SGANARELLE, mari de Martine. +MARTINE, femme de Sganarelle. +M. ROBERT, voisin de Sganarelle. +VALÈRE, domestique de Géronte. +LUCAS, mari de Jacqueline. +GÉRONTE, père de Lucinde. +JACQUELINE, nourrice chez Géronte, et femme de Lucas. +LUCINDE, fille de Géronte. +LÉANDRE, amant de Lucinde. +THIBAUT, père de Perrin, paysan. +PERRIN, fils de Thibaut, paysan. + + + + +ACTE PREMIER + + +SCÈNE PREMIÈRE + +SGANARELLE, MARTINE, _paroissant sur le théâtre en se querellant_. + + +SGANARELLE. + +NON, je te dis que je n'en veux rien faire, et que c'est à moi de parler +et d'être le maître. + +MARTINE. + +Et je te dis, moi, que je veux que tu vives à ma fantaisie, et que je ne +me suis point mariée avec toi pour souffrir tes fredaines. + +SGANARELLE. + +O la grande fatigue que d'avoir une femme! et qu'Aristote a bien raison +quand il dit qu'une femme est pire qu'un démon! + +MARTINE. + +Voyez un peu l'habile homme, avec son benêt d'Aristote! + +SGANARELLE. + +Oui, habile homme. Trouve-moi un faiseur de fagots qui sache, comme moi, +raisonner des choses, qui ait servi six ans un fameux médecin, et qui +ait su dans son jeune âge son rudiment par coeur. + +MARTINE. + +Peste du fou fieffé! + +SGANARELLE. + +Peste de la carogne! + +MARTINE. + +Que maudit soit l'heure et le jour où je m'avisai d'aller dire oui! + +SGANARELLE. + +Que maudit soit le bec cornu[2] de notaire qui me fit signer ma ruine! + +MARTINE. + +C'est bien à toi vraiment à te plaindre de cette affaire! Devrois-tu +être un seul moment sans rendre grâce au Ciel de m'avoir pour ta femme? +et méritois-tu d'épouser une personne comme moi? + +SGANARELLE. + +Il est vrai que tu me fis trop d'honneur et que j'eus lieu de me louer +la première nuit de nos noces. Hé! morbleu! ne me fais point parler +là-dessus, je dirois de certaines choses... + +MARTINE. + +Quoi? que dirois-tu? + +SGANARELLE. + +Baste! laissons là ce chapitre; il suffit que nous savons ce que nous +savons, et que tu fus bien heureuse de me trouver. + +MARTINE. + +Qu'appelles-tu bien heureuse de te trouver? Un homme qui me réduit à +l'hôpital, un débauché, un traître qui me mange tout ce que j'ai... + +SGANARELLE. + +Tu as menti, j'en bois une partie.[3] + +MARTINE. + +Qui me vend pièce à pièce tout ce qui est dans le logis... + +SGANARELLE. + +C'est vivre de ménage.[4] + +MARTINE. + +Qui m'a ôté jusqu'au lit que j'avois... + +SGANARELLE. + +Tu t'en lèveras plus matin. + +MARTINE. + +Enfin, qui ne laisse aucun meuble dans toute la maison... + +SGANARELLE. + +On en déménage plus aisément. + +MARTINE. + +Et qui, du matin jusqu'au soir, ne fait que jouer et que boire. + +SGANARELLE. + +C'est pour ne me point ennuyer. + +MARTINE. + +Et que veux-tu, pendant ce temps, que je fasse avec ma famille? + +SGANARELLE. + +Tout ce qu'il te plaira. + +MARTINE. + +J'ai quatre pauvres petits enfants sur les bras. + +SGANARELLE. + +Mets-les à terre. + +MARTINE. + +Qui me demandent à toute heure du pain. + +SGANARELLE. + +Donne-leur le fouet. Quand j'ai bien bu et bien mangé, je veux que tout +le monde soit saoul dans ma maison. + +MARTINE. + +Et tu prétends, ivrogne, que les choses aillent toujours de même?... + +SGANARELLE. + +Ma femme, allons tout doucement, s'il vous plaît. + +MARTINE. + +Que j'endure éternellement tes insolences et tes débauches?... + +SGANARELLE. + +Ne nous emportons point, ma femme. + +MARTINE. + +Et que je ne sache pas trouver le moyen de te ranger à ton devoir? + +SGANARELLE. + +Ma femme, vous savez que je n'ai pas l'âme endurante, et que j'ai le +bras assez bon. + +MARTINE. + +Je me moque de tes menaces. + +SGANARELLE. + +Ma petite femme, ma mie, votre peau vous démange, à votre ordinaire. + +MARTINE. + +Je te montrerai bien que je ne te crains nullement. + +SGANARELLE. + +Ma chère moitié, vous avez envie de me dérober quelque chose. + +MARTINE. + +Crois-tu que je m'épouvante de tes paroles? + +SGANARELLE. + +Doux objet de mes voeux, je vous frotterai les oreilles. + +MARTINE. + +Ivrogne que tu es! + +SGANARELLE. + +Je vous battrai. + +MARTINE. + +Sac à vin! + +SGANARELLE. + +Je vous rosserai. + +MARTINE. + +Infime! + +SGANARELLE. + +Je vous étrillerai. + +MARTINE. + +Traître, insolent, trompeur, lâche, coquin, pendard, gueux, bélître, +fripon, maraut, voleur!... + +SGANARELLE. (_Il prend un bâton, et lui en donne._) + +Ah! vous en voulez donc? + +MARTINE. + +Ah! ah! ah! ah! + +SGANARELLE. + +Voilà le vrai moyen de vous apaiser. + + +SCÈNE II + +MONSIEUR ROBERT, SGANARELLE, MARTINE. + + +M. ROBERT. + +Holà! holà! holà! Fi! Qu'est-ce ci? quelle infamie! Peste soit le +coquin, de battre ainsi sa femme! + +MARTINE, _les mains sur les côtés, lui parle en le faisant reculer, et à +la fin lui donne un soufflet._ + +Et je veux qu'il me batte, moi. + +M. ROBERT. + +Ah! j'y consens de tout mon coeur. + +MARTINE. + +De quoi vous mêlez-vous? + +M. ROBERT. + +J'ai tort. + +MARTINE. + +Est-ce là votre affaire? + +M. ROBERT. + +Vous avez raison. + +MARTINE. + +Voyez un peu cet impertinent qui veut empêcher les maris de battre leurs +femmes! + +M. ROBERT. + +Je me rétracte. + +MARTINE. + +Qu'avez-vous à voir là-dessus? + +M. ROBERT. + +Rien. + +MARTINE. + +Est-ce à vous d'y mettre le nez? + +M. ROBERT. + +Non. + +MARTINE. + +Mêlez-vous de vos affaires. + +M. ROBERT. + +Je ne dis plus mot. + +MARTINE. + +Il me plaît d'être battue. + +M. ROBERT. + +D'accord. + +MARTINE. + +Ce n'est pas à vos dépens. + +M. ROBERT. + +Il est vrai. + +MARTINE. + +Et vous êtes un sot de venir vous fourrer où vous n'avez que faire. + +M. ROBERT. + +(_Il passe ensuite vers le mari, qui pareillement lui parle toujours en +le faisant reculer, le frappe avec le mime bâton et le met en fuite. Il +dit à la fin:_) + +Compère, je vous demande pardon de tout mon coeur; faites, rossez, battez +comme il faut votre femme; je vous aiderai, si vous le voulez. + +SGANARELLE. + +Il ne me plaît pas, moi. + +M. ROBERT. + +Ah! c'est une autre chose. + +SGANARELLE. + +Je la veux battre si je le veux, et ne la veux pas battre si je le ne +veux pas. + +M. ROBERT. + +Fort bien. + +SGANARELLE. + +C'est ma femme, et non pas la vôtre. + +M. ROBERT. + +Sans doute. + +SGANARELLE. + +Vous n'avez rien à me commander. + +M. ROBERT. + +D'accord. + +SGANARELLE. + +Je n'ai que faire de votre aide. + +M. ROBERT. + +Très volontiers. + +SGANARELLE. + +Et vous êtes un impertinent de vous ingérer des affaires d'autrui. +Apprenez que Cicéron dit qu'entre l'arbre et le doigt il ne faut point +mettre l'écorce.[5] + +(_Ensuite, il revient vers sa femme, et lui dit en lui pressant la +main:_) + +O ça, faisons la paix nous deux. Touche là. + +MARTINE. + +Oui! après m'avoir ainsi battue. + +SGANARELLE. + +Cela n'est rien. Touche. + +MARTINE. + +Je ne veux pas. + +SGANARELLE. + +Hé? + +MARTINE. + +Non. + +SGANARELLE. + +Ma petite femme! + +MARTINE. + +Point. + +SGANARELLE. + +Allons, te dis-je. + +MARTINE. + +Je n'en ferai rien. + +SGANARELLE. + +Viens, viens, viens. + +MARTINE. + +Non, je veux être en colère. + +SGANARELLE. + +Fi! c'est une bagatelle; allons, allons. + +MARTINE. + +Laisse-moi là. + +SGANARELLE. + +Touche, te dis-je. + +MARTINE. + +Tu m'as trop maltraitée. + +SGANARELLE. + +Eh bien, va, je te demande pardon; mets là ta main. + +MARTINE. + +Je te pardonne; (_elle dit le reste bas_) mais tu le payeras. + +SGANARELLE. + +Tu es une folle de prendre garde à cela. Ce sont petites choses qui sont +de temps en temps nécessaires dans l'amitié; et cinq ou six coups de +bâton, entre gens qui s'aiment, ne font que ragaillardir l'affection. +Va, je m'en vais au bois, et je te promets aujourd'hui plus d'un cent de +fagots. + + +SCÈNE III + + +MARTINE, _seule_. + +Va, quelque mine que je fasse, je n'oublie pas mon ressentiment, et je +brûle en moi-même de trouver les moyens de te punir des coups que tu me +donnes. Je sais bien qu'une femme a toujours dans les mains de quoi se +venger d'un mari; mais c'est une punition trop délicate pour mon +pendart. Je veux une vengeance qui se fasse un peu mieux sentir, et ce +n'est pas contentement pour l'injure que j'ai reçue. + + +SCÈNE IV + +VALÈRE, LUCAS, MARTINE. + + +LUCAS. + +Parguenne! j'avons pris là tous deux une gueble de commission; et je ne +sai pas, moi, ce que je pensons attraper. + +VALÈRE. + +Que veux-tu, mon pauvre nourricier? il faut bien obéir à notre maître; +et puis nous avons intérêt l'un et l'autre à la santé de sa fille, notre +maîtresse; et sans doute son mariage, différé par sa maladie, nous +vaudroit quelque récompense. Horace, qui est libéral, a bonne part aux +prétentions qu'on peut avoir sur sa personne, et, quoi-qu'elle ait fait +voir de l'amitié pour un certain Léandre, tu sais bien que son père n'a +jamais voulu consentir à le recevoir pour son gendre. + +MARTINE, _rêvant à part elle_. + +Ne puis-je point trouver quelque invention pour me venger? + +LUCAS. + +Mais quelle fantaisie s'est-il boutée là dans la tête, puisque les +médecins y avont tous pardu leur latin? + +VALÈRE. + +On trouve quelquefois, à force de chercher, ce qu'on ne trouve pas +d'abord; et souvent, en de simples lieux... + +MARTINE. + +Oui, il faut que je m'en venge à quelque prix que ce soit: ces coups de +bâton me reviennent au coeur, je ne les saurois digérer, et... (_Elle dit +tout ceci en rivant, de sorte que, ne prenant pas garde à ces deux +hommes, elle les heurte en se retournant, et leur dit_:) Ah! Messieurs! +je vous demande pardon, je ne vous voyois pas, et cherchois dans ma tête +quelque chose qui m'embarrasse. + +VALÈRE. + +Chacun a ses soins dans le monde, et nous cherchons aussi ce que nous +voudrions bien trouver. + +MARTINE. + +Seroit-ce quelque chose où je vous puisse aider? + +VALÈRE. + +Cela se pourroit faire; et nous tâchons de rencontrer quelque habile +homme, quelque médecin particulier, qui pût donner quelque soulagement à +la fille de notre maître, attaquée d'une maladie qui lui a ôté tout d'un +coup l'usage de la langue. Plusieurs médecins ont déjà épuisé toute leur +science après elle; mais on trouve parfois des gens avec des secrets +admirables, de certains remèdes particuliers, qui font le plus souvent +ce que les autres n'ont su faire, et c'est là ce que nous cherchons. + +MARTINE. (_Elle dit ces premières lignes bas._) + +Ah! que le Ciel m'inspire une admirable invention pour me venger de mon +pendart! (_Haut_.) Vous ne pouviez jamais vous mieux adresser pour +rencontrer ce que vous cherchez, et nous avons ici un homme, le plus +merveilleux homme du monde, pour les maladies désespérées. + +VALÈRE. + +Et, de grâce, où pouvons-nous le rencontrer? + +MARTINE. + +Vous le trouverez maintenant vers ce petit lieu que voilà, qui s'amuse à +couper du bois. + +LUCAS. + +Un médecin qui coupe du bois? + +VALÈRE. + +Qui s'amuse à cueillir des simples, voulez-vous dire? + +MARTINE. + +Non, c'est un homme extraordinaire, qui se plaît à cela, fantasque, +bizarre, quinteux, et que vous ne prendriez jamais pour ce qu'il est. Il +va vêtu d'une façon extravagante, affecte quelquefois de paroître +ignorant, tient sa science renfermée, et ne fuit rien tant tous les +jours que d'exercer les merveilleux talents qu'il a eus du Ciel pour la +médecine. + +VALÈRE. + +C'est une chose admirable, que tous les grands hommes ont toujours du +caprice, quelque petit grain de folie mêlé à leur science.[6] + +MARTINE. + +La folie de celui-ci est plus grande qu'on ne peut croire, car elle va +parfois jusqu'à vouloir être battu pour demeurer d'accord de sa +capacité; et je vous donne avis que vous n'en viendrez point à bout, +qu'il n'avouera jamais qu'il est médecin, s'il se le met en fantaisie, +que vous ne preniez chacun un bâton, et ne le réduisiez, à force de +coups, à vous confesser à la fin ce qu'il vous cachera d'abord. C'est +ainsi que nous en usons quand nous avons besoin de lui. + +VALÈRE. + +Voilà une étrange folie! + +MARTINE. + +Il est vrai; mais, après cela, vous verrez qu'il fait des merveilles. + +VALÈRE. + +Comment s'appelle-t-il? + +MARTINE. + +Il s'appelle Sganarelle; mais il est aisé à connoître: c'est un homme +qui a une large barbe noire, et qui porte une fraise, avec un habit +jaune et vert.[7] + +LUCAS. + +Un habit jaune et vart! C'est donc le médecin des paroquets? + +VALÈRE. + +Mais est-il bien vrai qu'il soit si habile que vous le dites? + +MARTINE. + +Comment! c'est un homme qui fait des miracles. Il y a six mois qu'une +femme fut abandonnée de tous les autres médecins: on la tenoit morte il +y avoit déjà six heures, et l'on se disposoit à l'ensevelir, lorsqu'on y +fit venir de force l'homme dont nous parlons. Il lui mit, l'ayant vue, +une petite goutte de je ne sais quoi dans la bouche, et dans le même +instant elle se leva de son lit et se mit aussitôt à se promener dans sa +chambre, comme si de rien n'eût été. + +LUCAS. + +Ah! + +VALÈRE. + +Il falloit que ce fût quelque goutte d'or potable.[8] + +MARTINE. + +Cela pourroit bien être. Il n'y a pas trois semaines encore qu'un jeune +enfant de douze ans tomba du haut du clocher en bas, et se brisa sur le +pavé la tête, les bras et les jambes. On n'y eut pas plus tôt amené +notre homme qu'il le frotta par tout le corps d'un certain onguent qu'il +sait faire, et l'enfant aussitôt se leva sur ses pieds et courut jouer à +la fossette.[9] + +LUCAS. + +Ah! + +VALÈRE. + +Il faut que cet homme-là ait la médecine universelle. + +MARTINE. + +Qui en doute? + +LUCAS. + +Testigué! velà justement l'homme qu'il nous faut; allons vite le +charcher. + +VALÈRE. + +Nous vous remercions du plaisir que vous nous faites. + +MARTINE. + +Mais souvenez-vous bien au moins de l'avertissement que je vous ai +donné. + +LUCAS. + +Hé! morguenne! laissez-nous faire; s'il ne tient qu'à battre, la vache +est à nous.[11] + +VALÈRE. + +Nous sommes bien heureux d'avoir fait cette rencontre, et j'en conçois, +pour moi, la meilleure espérance du monde. + + +SCÈNE V + +SGANARELLE, VALÈRE, LUCAS. + + +SGANARELLE _entre sur le théâtre en chantant et tenant une bouteille_. + +La! la! la! + +VALÈRE. + +J'entends quelqu'un qui chante et qui coupe du bois. + +SGANARELLE. + +La! la! la!... Ma foi, c'est assez travaillé pour un coup: prenons un +peu d'haleine. (_Il boit, et dit après avoir bu_:) Voilà du bois qui est +salé comme tous les diables. + + Qu'ils sont doux, + Bouteille jolie, + Qu'ils sont doux + Vos petits glou-gloux! + Mais mon sort feroit bien des jaloux + Si vous étiez toujours remplie. + Ah! bouteille, ma mie, + Pourquoi vous videz-vous? + +Allons, morbleu! il ne faut point engendrer de mélancolie. + +VALÈRE. + +Le voilà lui-même. + +LUCAS. + +Je pense que vous dites vrai, et que j'avons bouté le nez dessus. + +VALÈRE. + +Voyons de près. + +SGANARELLE, _les apercevant, les regarde en se tournant vers l'un et +puis vers l'autre, tt, abaissant sa voix, dit_: + +Ah! ma petite friponne, que je t'aime, mon petit bouchon! + + ...Mon sort... feroit... bien des... jaloux, + Si... + +Que diable! à qui en veulent ces gens-là? + +VALÈRE. + +C'est lui assurément. + +LUCAS. + +Le velà tout craché comme on nous l'a défiguré. + +SGANARELLE, _à part_. + +(_Ici il pose sa bouteille à terre, et, Valère se baissant pour le +saluer, comme il croit que c'est à dessein de la prendre, il la met de +l'autre côté; ensuite de quoi, Lucas faisant la même chose, il la +reprend et la tient contre son estomac, avec divers gestes qui font un +grand jeu de théâtre._) + +Ils consultent en me regardant; quel dessein auroient-ils? + +VALÈRE. + +Monsieur, n'est-ce pas vous qui vous appelez Sganarelle? + +SGANARELLE. + +Hé! quoi? + +VALÈRE. + +Je vous demande si ce n'est pas vous qui se nomme Sganarelle? + +SGANARELLE, _se tournant vers Valère, puis vers Lucas_. + +Oui et non, selon ce que vous lui voulez. + +VALÈRE. + +Nous ne voulons que lui faire toutes les civilités que nous pourrons. + +SGANARELLE. + +En ce cas, c'est moi qui se nomme Sganarelle. + +VALÈRE. + +Monsieur, nous sommes ravis de vous voir. On nous a adressés à vous pour +ce que nous cherchons, t nous venons implorer votre aide, dont nous +avons besoin. + +SGANARELLE. + +Si c'est quelque chose, Messieurs, qui dépende de mon petit négoce, je +suis tout prêt à vous rendre service. + +VALÈRE. + +Monsieur, c'est trop de grâce que vous nous faites. Mais, Monsieur, +couvrez-vous, s'il vous plaît, le soleil pourrait vous incommoder. + +LUCAS. + +Monsieu, boutez dessus. + +SGANARELLE, _bas_. + +Voici des gens bien pleins de cérémonie. + +VALÈRE. + +Monsieur, il ne faut pas trouver étrange que nous venions à vous: les +habiles gens sont toujours recherchés, et nous sommes instruits de votre +capacité. + +SGANARELLE. + +Il est vrai, Messieurs, que je suis le premier homme du monde pour faire +des fagots. + +VALÈRE. + +Ah! Monsieur!... + +SGANARELLE. + +Je n'y épargne aucune chose, et les fais d'une façon qu'il n'y a rien à +dire. + +VALÈRE. + +Monsieur, ce n'est pas cela dont il est question. + +SGANARELLE. + +Mais aussi je les vends cent dix sols le cent. + +VALÈRE. + +Ne parlons point de cela, s'il vous plaît. + +SGANARELLE. + +Je vous promets que je ne saurois les donner à moins. + +VALÈRE. + +Monsieur, nous savons les choses. + +SGANARELLE. + +Si vous savez les choses, vous savez que je les vends cela. + +VALÈRE. + +Monsieur, c'est se moquer que... + +SGANARELLE. + +Je ne me moque point, je n'en puis rien rabattre. + +VALÈRE. + +Parlons d'autre façon, de grâce. + +SGANARELLE. + +Vous en pourrez trouver autre part à moins: il y a fagots et fagots;[12] +mais pour ceux que je fais... + +VALÈRE. + +Hé! Monsieur, laissons là ce discours. + +SGANARELLE. + +Je vous jure que vous ne les auriez pas, s'il s'en falloit un +double.[13] + +VALÈRE. + +Hé! fi! + +SGANARELLE. + +Non, en conscience, vous en payerez cela. Je vous parle sincèrement, et +je ne suis pas homme à surfaire. + +VALÈRE. + +Faut-il, Monsieur, qu'une personne comme vous s'amuse à ces grossières +feintes, s'abaisse à parler de la sorte? qu'un homme si savant, un +fameux médecin, comme vous êtes, veuille se déguiser aux yeux du monde, +et tenir enterrés les beaux talents qu'il a? + +SGANARELLE, _à part_. + +Il est fou. + +VALÈRE. + +De grâce, Monsieur, ne dissimulez point avec nous. + +SGANARELLE. + +Comment? + +LUCAS. + +Tout ce tripotage ne sart de rian, je sçavons çen que je sçavons. + +SGANARELLE. + +Quoi donc? que me voulez-vous dire? Pour qui me prenez-vous? + +VALÈRE. + +Pour ce que vous êtes, pour un grand médecin. + +SGANARELLE. + +Médecin vous-même: je ne le suis point, et ne l'ai jamais été. + +VALÈRE, _bas_. + +Voilà sa folie qui le tient. (_Haut_.) Monsieur, ne veuillez point nier +les choses davantage, et n'en venons point, s'il vous plait, à de +fâcheuses extrémités. + +SGANARELLE. + +À quoi donc? + +VALÈRE. + +À de certaines choses dont nous serions marris. + +SGANARELLE. + +Parbleu! venez-en à tout ce qu'il vous plaira; je ne suis point médecin, +et ne sais ce que vous me voulez dire. + +VALÈRE, _bas_. + +Je vois bien qu'il faut se servir du remède. (_Haut_.) Monsieur, encore +un coup, je vous prie d'avouer ce que vous êtes. + +LUCAS. + +Et testigué! ne lantiponez point davantage, et confessez à la franquette +que v'estes médecin.[14] + +SGANARELLE. + +J'enrage! + +VALÈRE. + +À quoi bon nier ce qu'on sait? + +LUCAS. + +Pourquoi toutes ces fraimes-là? à quoi est-ce que ça vous sart? + +SGANARELLE. + +Messieurs, en un mot autant qu'en deux mille, je vous dis que je ne suis +point médecin. + +VALÈRE. + +Vous n'êtes point médecin? + +SGANARELLE. + +Non. + +LUCAS. + +V'n'estes pas médecin! + +SGANARELLE. + +Non, vous dis-je. + +VALÈRE. + +Puisque vous le voulez, il faut s'y résoudre. (_Ils prennent un bâton et +le frappent._) + +SGANARELLE. + +Ah! ah! ah! Messieurs, je suis tout ce qu'il vous plaira. + +VALÈRE. + +Pourquoi, Monsieur, nous obligez-vous à cette violence? + +LUCAS. + +À quoi bon nous bailler la peine de vous battre? + +VALÈRE. + +Je vous assure que j'en ai tous les regrets du monde. + +LUCAS. + +Par ma figué! j'en sis fâché, franchement. + +SGANARELLE. + +Que diable est-ce ci, Messieurs? De grâce, est-ce pour rire, ou si tous +deux vous extravaguez, de vouloir que je sois médecin? + +VALÈRE. + +Quoi! vous ne vous rendez pas encore, et vous vous défendez d'être +médecin? + +SGANARELLE. + +Diable emporte si je le suis! + +LUCAS. + +Il n'est pas vrai qu'ous sayez médecin? + +SGANARELLE. + +Non, la peste m'étouffe! (_Là, ils recommencent de le battre._) Ah! ah! +Eh bien, Messieurs, oui, puisque vous le voulez, je suis médecin, je +suis médecin; apothicaire encore, si vous le trouvez bon. (_À part._) +J'aime mieux consentir à tout que de me faire assommer. + +VALÈRE. + +Ah! voilà qui va bien, Monsieur; je suis ravi de vous voir raisonnable. + +LUCAS. + +Vous me boutez la joie au coeur quand je vous voi parler comme ça. + +VALÈRE. + +Je vous demande pardon de toute mon âme. + +LUCAS. + +Je vous demandons excuse de la libarté que j'avons prise. + +SGANARELLE, _à part_. + +Ouais! seroit-ce bien moi qui me tromperois, et serois-je devenu médecin +sans m'en être aperçu? + +VALÈRE. + +Monsieur, vous ne vous repentirez pas de nous montrer ce que vous êtes, +et vous verrez assurément que vous en serez satisfait. + +SGANARELLE. + +Mais, Messieurs, dites-moi, ne vous trompez-vous point vous-mêmes? +Est-il bien assuré que je sois médecin? + +LUCAS. + +Oui, par ma figue! + +SGANARELLE. + +Tout de bon? + +VALÈRE. + +Sans doute. + +SGANARELLE. + +Diable emporte si je le savois! + +VALÈRE. + +Comment! vous êtes le plus habile médecin du monde. + +SGANARELLE. + +Ah! ah! + +LUCAS. + +Un médecin qui a guari je ne sais combien de maladies. + +SGANARELLE. + +Tudieu! + +VALÈRE. + +Une femme étoit tenue pour morte il y avoit six heures; elle étoit prête +à ensevelir, lorsqu'avec une goutte de quelque chose vous la fîtes +revenir et marcher d'abord par la chambre. + +SGANARELLE. + +Peste! + +LUCAS. + +Un petit enfant de douze ans se laissit choir du haut d'un clocher, de +quoi il eut la tête, les jambes et les bras cassés; et vous, avec je ne +sai quel onguent, vous fîtes qu'aussitôt il se relevit sur ses pieds et +s'en fut jouer à la fossette.[10] + +SGANARELLE. + +Diantre! + +VALÈRE. + +Enfin, Monsieur, vous aurez contentement avec nous, et vous gagnerez ce +que vous voudrez en vous laissant conduire où nous prétendons vous +mener. + +SGANARELLE. + +Je gagnerai ce que je voudrai? + +VALÈRE. + +Oui. + +SGANARELLE. + +Ah! Je suis médecin, sans contredit. Je l'avois oublié, mais je m'en +ressouviens. De quoi est-il question? où faut-il se transporter? + +VALÈRE. + +Nous vous conduirons. Il est question d'aller voir une fille qui a perdu +la parole. + +SGANARELLE. + +Ma foi, je ne l'ai pas trouvée. + +VALÈRE. + +Il aime à rire. Allons, Monsieur. + +SGANARELLE. + +Sans une robe de médecin? + +VALÈRE. + +Nous en prendrons une. + +SGANARELLE, _présentant sa bouteille à Valère_. Tenez cela, vous: voilà +où je mets mes juleps. + +(_Puis, se tournant vers Lucas en crachant._) Vous, marchez là-dessus, +par ordonnance du médecin. + +LUCAS. + +Palsanguenne! velà un médecin qui me plaît. Je pense qu'il réussira, car +il est bouffon. + + + + +ACTE II + + +SCÈNE PREMIÈRE + + +GÉRONTE, VALÈRE, LUCAS, JACQUELINE. + + +VALÈRE. + +OUI, Monsieur, je crois que vous serez satisfait, et nous vous avons +amené le plus grand médecin du monde. + +LUCAS. + +Oh! morguenne! il faut tirer l'échelle après ceti-là, et tous les autres +ne sont pas daignes de li déchausser ses souillez. + +VALÈRE. + +C'est un homme qui a fait des cures merveilleuses. + +LUCAS. + +Qui a gari des gens qui estiant morts. + +VALÈRE. + +Il est un peu capricieux, comme je vous ai dit, et parfois il a des +moments où son esprit s'échappe et ne paroît pas ce qu'il est. + +LUCAS. + +Oui, il aime à bouffonner, et l'an diroit par fois, ne v's en déplaise, +qu'il a quelque petit coup de hache à la tête. + +VALÈRE. + +Mais, dans le fond, il est toute science, et bien souvent il dit des +choses tout à fait relevées. + +LUCAS. + +Quand il s'y boute, il parle tout fin drait comme s'il lisoit dans un +livre. + +VALÈRE. + +Sa réputation s'est déjà répandue ici, et tout le monde vient à lui. + +GÉRONTE. + +Je meurs d'envie de le voir, faites-le moi vite venir. + +VALÈRE. + +Je le vais quérir. + +JACQUELINE. + +Par ma fi! Monsieu, ceti-ci fera justement ce qu'ant fait les autres. Je +pense que ce sera queussi queumi; et la meilleure médeçaine que l'an +pourroit bailler à votre fille, ce seroit, selon moi, un biau et bon +mari pour qui allé eût de l'amiquié. + +GÉRONTE. + +Ouais! nourrice, ma mie, vous vous mêlez de bien des choses! + +LUCAS. + +Taisez-vous, notre ménagère Jacquelaine: ce n'est pas à vous à bouter là +votre nez. + +JACQUELINE. + +Je vous dis et vous douze que tous ces médecins n'y feront rian que de +l'iau claire, que votre fille a besoin d'autre chose que de ribarbe et +desené, et qu'un mari est une emplâtre qui garit tous les maux des +filles. + +GÉRONTE. + +Est-elle en état maintenant qu'on s'en voulût charger, avec l'infirmité +qu'elle a? Et lorsque j'ai été dans le dessein de la marier, ne +s'est-elle pas opposée à mes volontés? + +JACQUELINE. + +Je le crois bian! vous li vouilliez bailler eun homme qu'allé n'aime +point. Que ne preniais-vous ce monsieu Liandre, qui li touchoit au coeur? +Allé auroit été fort obéissante; et je m'en vas gager qu'il la +prendroit, li, comme allé est, si vous la li vouillais donner. + +GÉRONTE. + +Ce Léandre n'est pas ce qu'il lui faut: il n'a pas du bien comme +l'autre. + +JACQUELINE. + +Il a un oncle qui est si riche, dont il est hériquié. + +GÉRONTE. + +Tous ces biens à venir me semblent autant de chansons. Il n'est rien tel +que ce qu'on tient, et l'on court grand risque de s'abuser lorsque l'on +compte sur le bien qu'un autre vous garde. La mort n'a pas toujours les +oreilles ouvertes aux voeux et aux prières de messieurs les héritiers, et +l'on a le temps d'avoir les dents longues lorsqu'on attend, pour vivre, +le trépas de quelqu'un. + +JACQUELINE. + +Enfin, j'ai toujours ouï dire qu'en mariage, comme ailleurs, +contentement passe richesse. Les pères et les mères ant cette maudite +couteume de demander toujours: «Qu'a-t-il?» et: «Qu'a-t-elle?» Et le +compère Piarre a marié sa fille Simonnette au gros Thomas pour un +quarquié de vaigne qu'il avoit davantage que le jeune Robin, où allé +avoit bouté son amiquié; et velà que la pauvre creiature en est devenue +jaune comme eun coing, et n'a point profité tout depuis ce temps-là. +C'est un bel exemple pour vous, Monsieu. On n'a que son plaisir en ce +monde; et j'aimerois mieux bailler à ma fille un bon mari qui li fût +agriable que toutes les rentes de la Biausse. + +GÉRONTE. + +Peste, Madame la nourrice! comme vous dégoisez! Taisez-vous, je vous +prie; vous prenez trop de soin, et vous échauffez votre lait. + +LUCAS. (_En disant ceci, il frappe sur la poitrine à Géronte._) + +Morgue! tais-toi, t'es eune impartinante. Monsieu n'a que faire de tes +discours, et il sait ce qu'il a à faire. Mêle-toi de donner à téter à +ton enfant, sans tant faire la raisonneuse. Monsieu est le père de sa +fille, et il est bon et sage pour voir ce qu'il li faut. + +GÉRONTE. + +Tout doux! oh! tout doux! + +LUCAS. + +Monsieu, je veux un peu la mortifier et li apprendre le respect qu'allé +vous doit. + +GÉRONTE. + +Oui; mais ces gestes ne sont pas nécessaires. + + +SCÈNE II + +VALÈRE, SGANARELLE, GÉRONTE, LUCAS, JACQUELINE. + + +VALÈRE. + +Monsieur, préparez-vous, voici notre médecin qui entre. + +GÉRONTE. + +Monsieur, je suis ravi de vous voir chez moi, et nous avons grand besoin +de vous. + +SGANARELLE, _en robe de médecin, avec un chapeau des plus pointus_.[15] + +Hippocrate dit... que nous nous couvrions tous deux. + +GÉRONTE. + +Hippocrate dit cela? + +SGANARELLE. + +Oui. + +GÉRONTE. + +Dans quel chapitre, s'il vous plaît? + +SGANARELLE. + +Dans son chapitre des chapeaux.[16] + +GÉRONTE. + +Puisqu'Hippocrate le dit, il le faut faire. + +SGANARELLE. + +Monsieur le médecin, ayant appris les merveilleuses choses... + +GÉRONTE. + +À qui parlez-vous, de grâce? + +SGANARELLE. + +À vous. + +GÉRONTE. + +Je ne suis pas médecin. + +SGANARELLE. + +Vous n'êtes pas médecin? + +GÉRONTE. + +Non vraiment. + +SGANARELLE. (_Il prend ici un bâton, et le bat comme on l'a battu._) + +Tout de bon? + +GÉRONTE. + +Tout de bon. Ah! ah! ah! + +SGANARELLE. + +Vous êtes médecin maintenant: je n'ai jamais eu d'autres licences. + +GÉRONTE. + +Quel diable d'homme m'avez-vous là amené? + +VALÈRE. + +Je vous ai bien dit que c'étoit un médecin goguenard. + +GÉRONTE. + +Oui. Mais je l'envoirois promener avec ses goguenarderies. + +LUCAS. + +Ne prenez pas garde à ça, Monsieu, ce n'est que pour rire. + +GÉRONTE. + +Cette raillerie ne me plaît pas. + +SGANARELLE. + +Monsieur, je vous demande pardon de la liberté que j'ai prise. + +GÉRONTE. + +Monsieur, je suis votre serviteur. + +SGANARELLE. + +Je suis fâché... + +GÉRONTE. + +Cela n'est rien. + +SGANARELLE. + +Des coups de bâton... + +GÉRONTE. + +Il n'y a pas de mal. + +SGANARELLE. + +Que j'ai eu l'honneur de vous donner. + +GÉRONTE. + +Ne parlons plus de cela. Monsieur, j'ai une fille qui est tombée dans +une étrange maladie. + +SGANARELLE. + +Je suis ravi, Monsieur, que votre fille ait besoin de moi; et je +souhaiterois de tout mon coeur que vous en eussiez besoin aussi, vous et +toute votre famille, pour vous témoigner l'envie que j'ai de vous +servir. + +GÉRONTE. + +Je vous suis obligé de ces sentiments. + +SGANARELLE. + +Je vous assure que c'est du meilleur de mon âme que je vous parle. + +GÉRONTE. + +C'est trop d'honneur que vous me faites. + +SGANARELLE. + +Comment s'appelle votre fille? + +GÉRONTE. + +Lucinde. + +SGANARELLE. + +Lucinde! Ah! beau nom à médicamenter! Lucinde! + +GÉRONTE. + +Je m'en vais voir un peu ce qu'elle fait. + +SGANARELLE. + +Qui est cette grande femme-là? + +GÉRONTE. + +C'est la nourrice d'un petit enfant que j'ai. + +SGANARELLE. + +Peste! le joli meuble que voilà! Ah! nourrice, charmante nourrice, ma +médecine est la très humble esclave de votre nourricerie, et je voudrois +bien être le petit poupon fortuné qui tétât le lait (_il lui porte la +main sur le sein_) de vos bonnes grâces. Tous mes remèdes, toute ma +science, toute ma capacité est à votre service, et... + +LUCAS. + +Avec votre parmission, Monsieu le médecin, laissez là ma femme, je vous +prie. + +SGANARELLE. + +Quoi! est-elle votre femme? + +LUCAS. + +Oui. + +SGANARELLE. (_Il fait semblant d'embrasser Lucas, et, se tournant du +côté de la nourrice, il l'embrasse._) + +Ah! vraiment, je ne savois pas cela, et je m'en réjouis pour l'amour de +l'on et de l'antre. + +LUCAS. _en le tirant_. + +Tout doucement, s'il vous plaît. + +SGANARELLE. + +Je vous assure que je suis ravi que vous soyez unis ensemble. Je la +félicite d'avoir (_il fait encore semblant d'embrasser Lucas, et, +passant dessous ses bras, se jette au col de sa femme_) un mari comme +vous; et je vous félicite, vous, d'avoir une femme si belle, si sage, et +si bien faite comme elle est. + +LUCAS. _en le tirant encore_. + +Eh! testigué! point tant de compliment, je vous supplie. + +SGANARELLE. + +Ne voulez-vous pas que je me réjouisse avec vous d'un si bel assemblage? + +LUCAS. + +Avec moi, tant qu'il vous plaira; mais avec ma femme, trêve de +sarimonie. + +SGANARELLE. + +Je prends part également au bonheur de tous deux, et (_il continue le +mime jeu_), si je vous embrasse pour vous en témoigner ma joie, je +l'embrasse de même pour lui en témoigner aussi. + +LUCAS. _en le tirant derechef_. + +Ah! vartigué, Monsieu le médecin, que de lantiponages! + + +SCÈNE III + +SGANARELLE, GÉRONTE, LUCAS, JACQUELINE. + + +GÉRONTE. + +Monsieur, voici tout à l'heure ma fille qu'on va vous amener. + +SGANARELLE. + +Je l'attends, Monsieur, avec toute la médecine. + +GÉRONTE. + +Où est-elle? + +SGANARELLE, _se touchant le front_. + +Là dedans. + +GÉRONTE. + +Fort bien. + +SGANARELLE, _en voulant toucher les tétons de la nourrice_. + +Mais, comme je m'intéresse à toute votre famille, il faut que j'essaye +un peu le lait de votre nourrice et que je visite son sein. + +LUCAS. _le tirant et lui faisant faire la pirouette_. + +Nanin, nanin, je n'avons que faire de ça. + +SGANARELLE. + +C'est l'office du médecin de voir les tétons des nourrices. + +LUCAS. + +Il gnia office qui quienne, je sis votte sarviteur. + +SGANARELLE. + +As-tu bien la hardiesse de t'opposer au médecin? Hors de là! + +LUCAS. + +Je me moque de ça. + +SGANARELLE, _en le regardant de travers_. + +Je te donnerai la fièvre. + +JACQUELINE, _prenant Lucas par le bras et lui faisant aussi faire la +pirouette_. Ote-toi de là aussi. Est-ce que je ne sis pas assez grande +pour me défendre moi-même, s'il me fait queuque chose qui ne soit pas à +faire? + +LUCAS. + +Je ne veux pas qu'il te tâte, moi. + +SGANARELLE. + +Fi, le vilain, qui est jaloux de sa femme! + +GÉRONTE. + +Voici ma fille. + + +SCÈNE IV + +LUCINDE, VALÈRE, GÉRONTE, LUCAS, SGANARELLE, JACQUELINE. + + +SGANARELLE. + +Est-ce là la malade? + +GÉRONTE. + +Oui, je n'ai qu'elle de fille, et j'aurois tous les regrets du monde si +elle venoit à mourir. + +SGANARELLE. + +Qu'elle s'en garde bien! il ne faut pas qu'elle meure sans l'ordonnance +du médecin. + +GÉRONTE. + +Allons, un siège. + +SGANARELLE. + +Voilà une malade qui n'est pas tant dégoûtante, et je tiens qu'un homme +bien sain s'en accommoderoit assez. + +GÉRONTE. + +Vous l'avez fait rire, Monsieur. + +SGANARELLE. + +Tant mieux: lorsque le médecin fait rire le malade, c'est le meilleur +signe du monde. Eh bien, de quoi est-il question? qu'avez-vous? quel est +le mal que vous sentez? + +LUCINDE _répond par signes, en portant sa main à sa bouche, à sa tête et +sous son menton_. + +Han, hi, hom, han. + +SGANARELLE. + +Eh! que dites-vous? + +LUCINDE _continue les mêmes gestes_. + +Han, hi, hom, han, han, hi, hom. + +SGANARELLE. + +Quoi? + +LUCINDE. + +Han, hi, hom! + +SGANARELLE, _la contrefaisant_. + +Han, hi, hom, han, ha. Je ne vous entends point. Quel diable de langage +est-ce là? + +GÉRONTE. + +Monsieur, c'est là sa maladie. Elle est devenue muette, sans que jusques +ici on en ait pu savoir la cause; et c'est un accident qui a fait +reculer son mariage. + +SGANARELLE. + +Et pourquoi? + +GÉRONTE. + +Celui qu'elle doit épouser veut attendre sa guérison pour conclure les +choses. + +SGANARELLE. + +Et qui est ce sot-là qui ne veut pas que sa femme soit muette? Plût à +Dieu que la mienne eût cette maladie! je me garderais bien de la vouloir +guérir. + +GÉRONTE. + +Enfin, Monsieur, nous vous prions d'employer tous vos soins pour la +soulager de son mal. + +SGANARELLE. + +Ah! ne vous mettez pas en peine. Dites-moi un peu, ce mal +l'oppresse-t-il beaucoup? + +GÉRONTE. + +Oui, Monsieur. + +SGANARELLE. + +Tant mieux. Sent-elle de grandes douleurs? + +GÉRONTE. + +Fort grandes. + +SGANARELLE. + +C'est fort bien fait. Va-t-elle où vous savez? + +GÉRONTE. + +Oui. + +SGANARELLE. + +Copieusement? + +GÉRONTE. + +Je n'entends rien à cela. + +SGANARELLE. + +La matière est-elle louable? + +GÉRONTE. + +Je ne me connois pas à ces choses. + +SGANARELLE, _se tournant vers la malade_. + +Donnez-moi votre bras. Voilà un pouls qui marque que votre fille est +muette. + +GÉRONTE. + +Eh! oui, Monsieur, c'est là son mal; vous l'avez trouvé tout du premier +coup. + +SGANARELLE. + +Ah! ah! + +JACQUELINE. + +Voyez comme il a deviné sa maladie! + +SGANARELLE. + +Nous autres grands médecins, nous connoissons d'abord les choses. Un +ignorant auroit été embarrassé, et vous eût été dire: c'est ceci, c'est +cela; mais, moi, je touche au but du premier coup, et je vous apprends +que votre fille est muette. + +GÉRONTE. + +Oui; mais je voudrois bien que vous me pussiez dire d'où cela vient? + +SGANARELLE. + +Il n'est rien de plus aisé. Cela vient de ce qu'elle a perdu la parole. + +GÉRONTE. + +Fort bien; mais la cause, s'il vous plait, qui fait qu'elle a perdu la +parole? + +SGANARELLE. + +Tous nos meilleurs auteurs vous diront que c'est l'empêchement de +l'action de sa langue. + +GÉRONTE. + +Mais encore, vos sentiments sur cet empêchement de l'action de sa +langue? + +SGANARELLE. + +Aristote là-dessus dit... de fort belles choses. + +GÉRONTE. + +Je le crois. + +SGANARELLE. + +Ah! c'étoit un grand homme! + +GÉRONTE. + +Sans doute. + +SGANARELLE, _levant son bras depuis le coude_. + +Grand homme tout à fait, un homme qui étoit plus grand que moi de tout +cela. Pour revenir donc à notre raisonnement, je tiens que cet +empêchement de l'action de sa langue est causé par de certaines humeurs, +qu'entre nous autres savants nous appelons humeurs peccantes; peccantes, +c'est-à-dire... humeurs peccantes: d'autant que les vapeurs formées par +les exhalaisons des influences qui s'élèvent dans la région des +maladies, venant... pour ainsi dire... à... Entendez-vous le latin? + +GÉRONTE. + +En aucune façon.. + +SGANARELLE, _se levant avec étonnement_. + +Vous n'entendez point le latin! + +GÉRONTE. + +Non. + +SGANARELLE, _en faisant diverses plaisantes postures_. + +_Cabricias, arci thuram, catalamus, singulariter, nominativo, hæc Musa,_ +«la Muse»; _bonus, bona, bonum; Deus sanctus, estne oratio latinas_? +_Etiam_, «oui.» _Quare_? «pourquoi?» _Quia substantivo et adjectivum +concordat in generi, numerum et casus._[17] + +GÉRONTE. + +Ah! que n'ai-je étudié! + +JACQUELINE. + +L'habile homme que velà! + +LUCAS. + +Oui, ça est si biau que je n'y entends goutte. + +SGANARELLE. + +Or, ces vapeurs dont je vous parle venant à passer du côté gauche, où +est le foie, au côté droit, où est le coeur, il se trouve que le poumon, +que nous appelons en latin armyan, ayant communication avec le cerveau, +que nous nommons en grec nasmus, par le moyen de la veine cave, que nous +appelons en hébreu _cubile_, rencontre en son chemin lesdites vapeurs +qui remplissent les ventricules de l'omoplate; et parce que lesdites +vapeurs... comprenez bien ce raisonnement, je vous prie; et parce que +lesdites vapeurs ont une certaine malignité... écoutez bien ceci, je +vous conjure. + +GÉRONTE. + +Oui. + +SGANARELLE. + +Ont une certaine malignité qui est causée... soyez attentif, s'il vous +plaît. + +GÉRONTE. + +Je le suis. + +SGANARELLE. + +Qui est causée par l'âcreté des humeurs engendrées dans la concavité du +diaphragme, il arrive que ces vapeurs... _Ossabandus, nequeys, nequer, +potarinum, quipsa milus._ Voilà justement ce qui fait que votre fille +est muette. + +JACQUELINE. + +Ah! que ça est bian dit, notte homme! + +LUCAS. + +Que n'ai-je la langue aussi bian pendue! + +GÉRONTE. + +On ne peut pas mieux raisonner, sans doute. Il n'y a qu'une seule chose +qui m'a choqué, c'est l'endroit du foie et du coeur. Il me semble que +vous les placez autrement qu'ils ne sont; que le coeur est du côté +gauche, et le foie du côté droit. + +SGANARELLE. + +Oui, cela étoit autrefois ainsi; mais nous avons changé tout cela, et +nous faisons maintenant la médecine d'une méthode toute nouvelle.[18] + +GÉRONTE. + +C'est ce que je ne savois pas, et je vous demande pardon de mon +ignorance. + +SGANARELLE. + +Il n'y a point de mal, et vous n'êtes pas obligé d'être aussi habile que +nous. + +GÉRONTE. + +Assurément. Mais, Monsieur, que croyez-vous qu'il faille faire à cette +maladie? + +SGANARELLE. + +Ce que je crois qu'il faille faire? + +GÉRONTE. + +Oui. + +SGANARELLE. + +Mon avis est qu'on la remette sur son lit, et qu'on lui fasse prendre +pour remède quantité de pain trempé dans du vin. + +GÉRONTE. + +Pourquoi cela, Monsieur? + +SGANARELLE. + +Parce qu'il y a dans le vin et le pain mêlés ensemble une vertu +sympathique qui fait parler. Ne voyez-vous pas bien qu'on ne donne autre +chose aux perroquets, et qu'ils apprennent à parler en mangeant de cela? + +GÉRONTE. + +Cela est vrai. Ah! le grand homme! Vite, quantité de pain et de vin! + +SGANARELLE. + +Je reviendrai voir, sur le soir, en quel état elle, sera. (_À la +nourrice_.) Doucement, vous. Monsieur, voilà une nourrice à laquelle il +faut que je fasse quelques petits remèdes. + +JACQUELINE. + +Qui? moi? Je me porte le mieux du monde. + +SGANARELLE. + +Tant pis, nourrice, tant pis. Cette grande santé est à craindre, et il +ne sera pas mauvais de vous faire quelque petite saignée amiable, de +vous donner quelque petit clistère dulcifiant. + +GÉRONTE. + +Mais, Monsieur, voilà une mode que je ne comprends point. Pourquoi +s'aller faire saigner quand on n'a point de maladie? + +SGANARELLE. + +Il n'importe, la mode en est salutaire; et, comme on boit pour la soif à +venir, il faut se faire aussi saigner pour la maladie à venir. + +JACQUELINE, _en se retirant_. + +Ma fi! je me moque de ça, et je ne veux point faire de mon corps une +boutique d'apothicaire. + +SGANARELLE. + +Vous êtes rétive aux remèdes, mais nous saurons vous soumettre à la +raison. (_Parlant à Géronte._) Je vous donne le bonjour. + +GÉRONTE. + +Attendez un peu, s'il vous plaît. + +SGANARELLE. + +Que voulez-vous faire? + +GÉRONTE. + +Vous donner de l'argent, Monsieur. + +SGANARELLE, _tendant sa main derrière, par-dessous sa robe, tandis que +Géronte ouvre sa bourse_. + +Je n'en prendrai pas, Monsieur. + +GÉRONTE. + +Monsieur... + +SGANARELLE. + +Point du tout. + +GÉRONTE. + +Un petit moment. + +SGANARELLE. + +En aucune façon. + +GÉRONTE. + +De grâce! + +SGANARELLE. + +Vous vous moquez. + +GÉRONTE. + +Voilà qui est fait. + +SGANARELLE. + +Je n'en ferai rien. + +GÉRONTE. + +Hé! + +SGANARELLE. + +Ce n'est pas l'argent qui me fait agir. + +GÉRONTE. + +Je le crois. + +SGANARELLE, _après avoir pris l'argent_. + +Cela est-il de poids? + +GÉRONTE. + +Oui, Monsieur. + +SGANARELLE. + +Je ne suis pas un médecin mercenaire. + +GÉRONTE. + +Je le sais bien. + +SGANARELLE. + +L'intérêt ne me gouverne point. + +GÉRONTE. + +Je n'ai pas cette pensée. + + +SCÈNE V + +SGANARELLE, LÉANDRE. + + +SGANARELLE, _regardant son argent_. + +Ma foi, cela ne va pas mal, et pourvu que... + +LÉANDRE. + +Monsieur, il y a longtemps que je vous attends, et je viens implorer +votre assistance. + +SGANARELLE, _lui prenant le poignet_. + +Voilà un pouls qui est fort mauvais. + +LÉANDRE. + +Je ne suis point malade, Monsieur, et ce n'est pas pour cela que je +viens à vous. + +SGANARELLE. + +Si vous n'êtes pas malade, que diable ne le dites-vous donc? + +LÉANDRE. + +Non. Pour vous dire la chose en deux mots, je m'appelle Léandre, qui +suis amoureux de Lucinde, que vous venez de visiter; et, comme, par la +mauvaise humeur de son père, toute sorte d'accès m'est fermé auprès +d'elle, je me hasarde à vous prier de vouloir servir mon amour, et de me +donner lieu d'exécuter un stratagème que j'ai trouvé pour lui pouvoir +dire deux mots d'où dépendent absolument mon bonheur et ma vie. + +SGANARELLE, _paroissant en colère_. + +Pour qui me prenez-vous? Comment! oser vous adresser à moi pour vous +servir dans votre amour, et vouloir ravaler la dignité de médecin à des +emplois de cette nature! + +LÉANDRE. + +Monsieur, ne faites point de bruit. + +SGANARELLE, _en le faisant reculer_. + +J'en veux faire, moi. Vous êtes un impertinent. + +LÉANDRE. + +Hé! Monsieur, doucement. + +SGANARELLE. + +Un malavisé. + +LÉANDRE. + +De grâce! + +SGANARELLE. + +Je vous apprendrai que je ne suis point homme à cela, et que c'est une +insolence extrême... + +LÉANDRE, _tirant une bourse qu'il lui donne_. + +Monsieur! + +SGANARELLE, _tenant la bourse_. + +De vouloir m'employer... Je ne parle pas pour vous, car vous êtes +honnête homme, et je serois ravi de vous rendre service. Mais il y a de +certains impertinents au monde qui viennent prendre les gens pour ce +qu'ils ne sont pas, et je vous avoue que cela me met en colère. + +LÉANDRE. + +Je vous demande pardon, Monsieur, de la liberté que... + +SGANARELLE. + +Vous vous moquez! De quoi est-il question? + +LÉANDRE. + +Vous saurez donc, Monsieur, que cette maladie que vous voulez guérir est +une feinte maladie. Les médecins ont raisonné là-dessus comme il faut, +et ils n'ont pas manqué de dire que cela procédoit, qui du cerveau, qui +des entrailles, qui de la rate, qui du foie. Mais il est certain que +l'amour en est la véritable cause, et que Lucinde n'a trouvé cette +maladie que pour se délivrer d'un mariage dont elle étoit importunée. +Mais de crainte qu'on ne nous voie ensemble, retirons-nous d'ici, et je +vous dirai en marchant ce que je souhaite de vous. + +SGANARELLE. + +Allons, Monsieur: vous m'avez donné pour votre amour une tendresse qui +n'est pas concevable, et j'y perdrai toute ma médecine: ou la malade +crèvera, ou bien elle sera à vous. + + + + +ACTE III + + +SCÈNE PREMIÈRE + +SGANARELLE, LÉANDRE. + + +LÉANDRE. + +IL me semble que je ne suis pas mal ainsi pour un apothicaire; et, comme +le père ne m'a guère vu, ce changement d'habit et de perruque est assez +capable, je crois, de me déguiser à ses yeux. + +SGANARELLE. + +Sans doute. + +LÉANDRE. + +Tout ce que je souhaiterois seroit de savoir cinq ou six grands mots de +médecine, pour parer mon discours et me donner l'air d'habile homme. + +SGANARELLE. + +Allez, allez, tout cela n'est pas nécessaire; il suffit de l'habit, et +je n'en sais pas plus que vous. + +LÉANDRE. + +Comment? + +SGANARELLE. + +Diable emporte si j'entends rien en médecine! Vous êtes honnête homme, +et je veux bien me confier à vous, comme vous vous confiez à moi. + +LÉANDRE. + +Quoi! vous n'êtes pas effectivement... + +SGANARELLE. + +Non, vous dis-je; ils m'ont fait médecin malgré mes dents. Je ne m'étois +jamais mêlé d'être si savant que cela, et toutes mes études n'ont été +que jusqu'en sixième. Je ne sais point sur quoi cette imagination leur +est venue; mais, quand j'ai TU qu'à toute force ils vouloient que je +fusse médecin, je me suis résolu de l'être aux dépens de qui il +appartiendra. Cependant vous ne sauriez croire comment l'erreur s'est +répandue, et de quelle façon chacun est endiablé à me croire habile +homme. On me vient chercher de tous les côtés; et, si les choses vont +toujours de même, je suis d'avis de m'en tenir toute ma vie à la +médecine. Je trouve que c'est le métier le meilleur de tous: car, soit +qu'on fasse bien, ou soit qu'on fasse mal, on est toujours payé de même +sorte. La méchante besogne ne retombe jamais sur notre dos, et nous +taillons comme il nous plaît sur l'étoffe où nous travaillons. Un +cordonnier, en faisant des souliers, ne sauroit gâter un morceau de cuir +qu'il n'en paye les pots cassés; mais ici l'on peut gâter un homme sans +qu'il en coûte rien. Les bévues ne sont point pour nous, et c'est +toujours la faute de celui qui meurt. Enfin le bon de cette profession +est qu'il y a parmi les morts une honnêteté, une discrétion la plus +grande du monde, et jamais on n'en voit se plaindre du médecin qui l'a +tué.[19] + +LÉANDRE. + +Il est vrai que les morts sont fort honnêtes gens sur cette matière. + +SGANARELLE, _voyant des hommes qui viennent vers lui_. + +Voilà des gens qui ont la mine de me venir consulter. Allez toujours +m'attendre auprès du logis de votre maîtresse. + + +SCÈNE II + +THIBAUT, PERRIN, SGANARELLE. + + +THIBAUT. + +Monsieu, je venons vous charcher, mon fils Perrin et moi. + +SGANARELLE. + +Qu'y a-t-il? + +THIBAUT. + +Sa pauvre mère, qui a nom Parette, est dans un Ut, malade, il y a six +mois. + +SGANARELLE, _tendant la main comme pour recevoir de l'argent_. + +Que voulez-vous que j'y fasse? + +THIBAUT. + +Je voudrions, Monsieu, que vous nous baillissiez quelque petite drôlerie +pour la garir. + +SGANARELLE. + +Il faut voir de quoi est-ce qu'elle est malade. + +THIBAUT. + +Allé est malade d'hypocrisie, Monsieu. + +SGANARELLE. + +D'hypocrisie? + +THIBAUT. + +Oui, c'est-à-dire qu'allé est enflée par tout, et l'an dit que c'est +quantité de sériosités qu'allé a dans le corps, et que son foie, son +ventre ou sa rate, comme vous voudrais l'appeler, au glieu de faire du +sang, ne fait plus que de l'iau. Allé a, de deux jours l'un, la fièvre +quotiguenne, avec des lasstules et des douleurs dans les mufles des +jambes. On entend dans sa gorge des fleumes qui sont tout prêts à +l'étouffer, et par fois il lui prend des sincoles et des conversions, +que je crayons qu'alle est passée. J'avons dans notte village un +apothicaire, révérence parler, qui li a donné je ne sais combien +d'histoires; et il m'en coûte plus d'eune douzaine de bons écus en +lavements, ne v's en déplaise, en apostumes qu'on li a fait prendre, en +infections de jacinthe, et en portions cordales. Mais tout ça, comme dit +l'autre, n'a été que de l'onguent miton-mitaine.[20] Il veloit li +bailler d'eune certaine drogue que l'on appelle du vin amétile;[21] mais +j'ai-s-eu peur franchement que ça l'envoyît à _patres_; et l'an dit que +ces gros médecins tuont je ne sai combien de monde avec cette +invention-là. + +SGANARELLE, _tendant toujours la main et la branlant, comme pour signe +qu'il demande de forgent_. + +Venons au fait, mon ami, venons au fait. + +THIBAUT. + +Le fait est, Monsieu, que je venons vous prier de nous dire ce qu'il +faut que je fassions. + +SGANARELLE. + +Je ne vous entends point du tout. + +PERRIN. + +Monsieu, ma mère est malade; et velà deux écus que je vous apportons +pour nous bailler queuque remède. + +SGANARELLE. + +Ah! je vous entends, vous. Voilà un garçon qui parle clairement, et qui +s'explique comme il faut. Vous dites que votre mère est malade +d'hydropisie, qu'elle est enflée par tout le corps, qu'elle a la fièvre, +avec des douleurs dans les jambes, et qu'il lui prend parfois des +syncopes et des convulsions, c'est-à-dire des évanouissements? + +PERRIN. Hé! oui, Monsieu, c'est justement ça. + +SGANARELLE. + +J'ai compris d'abord vos paroles. Vous avez un père qui ne sait ce qu'il +dit. Maintenant vous me demandez un remède? + +PERRIN. + +Oui, Monsieu. + +SGANARELLE. + +Un remède pour la guérir. + +PERRIN. + +C'est comme je l'entendons. + +SGANARELLE. + +Tenez, voilà un morceau de fromage qu'il faut que vous lui fassiez +prendre. + +PERRIN. + +Du fromage, Monsieu? + +SGANARELLE. + +Oui, c'est un fromage préparé, où il entre de l'or, du coral et des +perles, et quantité d'autres choses précieuses. + +PERRIN. + +Monsieu, je vous sommes bien obligez, et j'allons li faire prendre ça +tout à l'heure. + +SGANARELLE. + +Allez. Si elle meurt, ne manquez pas de la faire enterrer du mieux que +vous pourrez. + + +SCÈNE III + +JACQUELINE, SGANARELLE, LUCAS. + + +SGANARELLE. + +Voici la belle nourrice. Ah! nourrice de mon coeur, je suis ravi de cette +rencontre, et votre vue est la rhubarbe, la casse et le séné qui purgent +toute la mélancolie de mon âme. + +JACQUELINE. + +Par ma figue! Monsieur le médecin, ça est trop bian dit pour moi, et je +n'entends rien à tout votte latin. + +SGANARELLE. + +Devenez malade, nourrice, je vous prie, devenez malade pour l'amour de +moi. J'aurois toutes les joies du monde de vous guérir. + +JACQUELINE. + +Je sis votte sarvante, j'aime bian mieux qu'an ne me guérisse pas. + +SGANARELLE. + +Que je vous plains, belle nourrice, d'avoir un mari jaloux et fâcheux +comme celui que vous avez! + +JACQUELINE. + +Que velez-vous, Monsieu? C'est pour la pénitence de mes fautes; et là où +la chèvre est liée, il faut bian qu'allé y broute.[22] + +SGANARELLE. + +Comment! un rustre comme cela! un homme qui vous observe toujours, et ne +veut pas que personne vous parle! + +JACQUELINE. + +Hélas! vous n'avez rien vu encore, et ce n'est qu'un petit échantillon +de sa mauvaise humeur. + +SGANARELLE. + +Est-il possible? et qu'un homme ait l'âme assez basse pour maltraiter +une personne comme vous? Ah! que j'en sais, belle nourrice, et qui ne +sont pas loin d'ici, qui se tiendroient heureux de baiser seulement les +petits bouts de vos petons! Pourquoi faut-il qu'une personne si bien +faite soit tombée en de telles mains, et qu'un franc animal, un brutal, +un stupide, un sot!... Pardonnez-moi, nourrice, si je parle ainsi de +votre mari. + +JACQUELINE. + +Eh! Monsieu, je sais bien qu'il mérite tous ces noms-là. + +SGANARELLE. + +Oui, sans doute, nourrice, il les mérite; et il mériteroit encore que +vous lui missiez quelque chose sur la tête, pour le punir des soupçons +qu'il a. + +JACQUELINE. + +Il est bien vrai que, si je n'avois devant les jeux que son intérêt, il +pourroit m'obliger à queuque étrange chose. + +SGANARELLE. + +Ma foi, vous ne feriez pas mal de vous venger de lui avec quelqu'un. +C'est un homme, je vous le dis, qui mérite bien cela; et, si j'étois +assez heureux, belle nourrice, pour être choisi pour... + +(_En cet endroit, tous deux apercevant Lucas, qui étoit derrière eux et +entendait leur dialogue, chacun te retire de son côté, mais le médecin +d'une manière fort plaisante._) + + +SCÈNE IV + +GÉRONTE, LUCAS. + + +GÉRONTE. + +Holà! Lucas, n'as-tu point vu ici notre médecin? + +LUCAS. + +Et oui, de par tous les diantres! je l'ai vu, et ma femme aussi. + +GÉRONTE. + +Où est-ce donc qu'il peut être? + +LUCAS. + +Je ne sais; mais je voudrois qu'il fût à tous les guebles. + +GÉRONTE. + +Va-t'en voir un peu ce que fait ma fille. + + +SCÈNE V + +SGANARELLE, LÉANDRE, GÉRONTE. + + +GÉRONTE. + +Ah! Monsieur, je demandois où vous étiez. + +SGANARELLE. + +Je m'étois amusé, dans votre cour, à expulser le superflu de la boisson. +Comment se porte la malade? + +GÉRONTE. + +Un peu plus mal depuis votre remède. + +SGANARELLE. + +Tant mieux: c'est signe qu'il opère. + +GÉRONTE. + +Oui; mais, en opérant, je crains qu'il ne l'étouffé. + +SGANARELLE. + +Ne vous mettez pas en peine: j'ai des remèdes qui se moquent de tout, et +je l'attends à l'agonie. + +GÉRONTE. + +Qui est cet homme-là que vous amenez? + +SGANARELLE, _faisant des signes avec la main que c'est un apothicaire_. + +C'est... + +GÉRONTE. + +Quoi? + +SGANARELLE. + +Celui... + +GÉRONTE. + +Eh? + +SGANARELLE. + +Qui... + +GÉRONTE. + +Je vous entends. + +SGANARELLE. + +Votre fille en aura besoin. + + +SCÈNE VI + +JACQUELINE, LUCINDE, GÉRONTE, LÉANDRE, SGANARELLE. + + +JACQUELINE. + +Monsieu, velà votre fille qui veut un peu marcher. + +SGANARELLE. + +Cela lui fera du bien. Allez-vous-en, Monsieur l'apothicaire, tâter un +peu son pouls, afin que je raisonne tantôt avec vous de sa maladie. + +(_En cet endroit, il tire Géronte à un bout du théâtre, et, lui passant +un bras sur les épaules, lui rabat la main sous le menton, avec laquelle +il le fait retourner vers lui lorsqu'il veut regarder ce que sa fille et +l'apothicaire font ensemble, lui tenant cependant le discours suivant +pour l'amuser._) + +Monsieur, c'est une grande et subtile question entre les doctes, de +savoir si les femmes sont plus faciles à guérir que les hommes. Je vous +prie d'écouter ceci, s'il vous plaît. Les uns disent que non, les autres +disent que oui; et moi, je dis que oui et non. D'autant que, +l'incongruité des humeurs opaques qui se rencontrent au tempérament +naturel des femmes étant cause que la partie brutale[23] veut toujours +prendre empire sur la sensitive, on voit que l'inégalité de leurs +opinions dépend du mouvement oblique du cercle de la lune; et, comme le +soleil, qui darde ses rayons sur la concavité de la terre, trouve... + +LUCINDE. + +Non, je ne suis point du tout capable de changer de sentiments. + +GÉRONTE. + +Voilà ma fille qui parle! O grande vertu du remède! ô admirable médecin! +Que je vous suis obligé, Monsieur, de cette guérison merveilleuse! Et +que puis-je faire pour vous après un tel service? + +SGANARELLE, _se promenant sur le théâtre et s'essuyant le front_. + +Voilà une maladie qui m'a bien donné de la peine! + +LUCINDE. + +Oui, mon père, j'ai recouvré la parole; mais je l'ai recouvrée pour vous +dire que je n'aurai jamais d'autre époux que Léandre, et que c'est +inutilement que vous voulez me donner Horace. + +GÉRONTE. + +Mais... + +LUCINDE. + +Rien n'est capable d'ébranler la résolution que j'ai prise. + +GÉRONTE. + +Quoi...? + +LUCINDE. + +Vous m'opposerez en vain de belles raisons. + +GÉRONTE. + +Si... + +LUCINDE. + +Tous vos discours ne serviront de rien. + +GÉRONTE. + +Je... + +LUCINDE. + +C'est une chose où je suis déterminée. + +GÉRONTE. + +Mais... + +LUCINDE. + +Il n'est puissance paternelle qui me puisse obliger à me marier malgré +moi. + +GÉRONTE. + +J'ai... + +LUCINDE. + +Vous avez beau faire tous vos efforts. + +GÉRONTE. + +Il... + +LUCINDE. + +Mon coeur ne sauroit se soumettre à cette tyrannie. + +GÉRONTE. + +Là... + +LUCINDE. + +Et je me jetterai plutôt dans un convent que d'épouser un homme que je +n'aime point. + +GÉRONTE. + +Mais... + +LUCINDE, _parlant d'un ton de voix à étourdir_. + +Non. En aucune façon. Point d'affaire. Vous perdez le temps. Je n'en +ferai rien. Cela est résolu. + +GÉRONTE. + +Ah! quelle impétuosité de paroles! Il n'y a pas moyen d'y résister. +Monsieur, je vous prie de la faire redevenir muette. + +SGANARELLE. + +C'est une chose qui m'est impossible. Tout ce que je puis faire pour +votre service est de vous rendre sourd, si vous voulez. + +GÉRONTE. + +Je vous remercie. Penses-tu donc... + +LUCINDE. + +Non, toutes vos raisons ne gagneront rien sur mon âme. + +GÉRONTE. + +Tu épouseras Horace dès ce soir. + +LUCINDE. + +J'épouserai plutôt la mort. + +SGANARELLE. + +Mon Dieu, arrêtez-vous, laissez-moi médicamenter cette affaire. C'est +une maladie qui la tient, et je sais le remède qu'il y faut apporter. + +GÉRONTE. + +Seroit-il possible, Monsieur, que vous pussiez aussi guérir cette +maladie d'esprit? + +SGANARELLE. + +Oui, laissez-moi faire, j'ai des remèdes pour tout, et notre apothicaire +nous servira pour cette cure. (_Il appelle l'apothicaire et lui parle._) + +Un mot. Vous voyez que l'ardeur qu'elle a pour ce Léandre est tout à +fait contraire aux volontés du père, qu'il n'y a point de temps à +perdre, que les humeurs sont fort aigries, et qu'il est nécessaire de +trouver promptement un remède à ce mal, qui pourroit empirer par le +retardement. Pour moi, je n'y en vois qu'un seul, qui est une prise de +fuite purgative, que vous mêlerez comme il faut avec deux drachmes de +_matrimonium_ en pilules.[24] Peut-être fera-t-elle quelque difficulté à +prendre ce remède; mais, comme vous êtes habile homme dans votre métier, +c'est à vous de l'y résoudre et de lui faire avaler la chose du mieux +que vous pourrez. Allez-vous-en lui faire faire un petit tour de jardin, +afin de préparer les humeurs, tandis que j'entretiendrai ici son père; +mais surtout ne perdez point de temps. Au remède, vite, au remède +spécifique.[25] + + +SCÈNE VII + +GÉRONTE, SGANARELLE. + + +GÉRONTE. + +Quelles drogues, Monsieur, sont celles que vous venez de dire? Il me +semble que je ne les ai jamais ouï nommer. + +SGANARELLE. + +Ce sont drogues dont on se sert dans les nécessités urgentes. + +GÉRONTE. + +Avez-vous jamais vu une insolence pareille à la sienne? + +SGANARELLE. + +Les filles sont quelquefois un peu têtues. + +GÉRONTE. + +Vous ne sauriez croire comme elle est affolée de ce Léandre. + +SGANARELLE. + +La chaleur du sang fait cela dans les jeunes esprits. + +GÉRONTE. + +Pour moi, dès que j'ai eu découvert la violence de cet amour, j'ai su +tenir toujours ma fille renfermée. + +SGANARELLE. + +Vous avez fait sagement. + +GÉRONTE. + +Et j'ai bien empêché qu'ils n'aient eu communication ensemble. + +SGANARELLE. + +Fort bien. + +GÉRONTE. + +Il seroit arrivé quelque folie si j'avois souffert qu'ils se fussent +vus. + +SGANARELLE. + +Sans doute. + +GÉRONTE. + +Et je crois qu'elle auroit été fille à s'en aller avec lui. + +SGANARELLE. + +C'est prudemment raisonné. + +GÉRONTE. + +On m'avertit qu'il fait tous ses efforts pour lui parler. + +SGANARELLE. + +Quel drôle! + +GÉRONTE. + +Mais il perdra son temps. + +SGANARELLE. + +Ah! ah! + +GÉRONTE. + +Et j'empêcherai bien qu'il ne la voie. + +SGANARELLE. + +Il n'a pas affaire à un sot, et vous savez des rubriques qu'il ne sait +pas.[26] Plus fin que vous n'est pas bête. + + +SCÈNE VIII + +LUCAS. GÉRONTE, SGANARELLE. + + +LUCAS. + +Ah! palsanguenne, Monsieu, vaici bian du tintamarre. Votte fille s'en +est enfuie avec son Liandre. C'étoit lui qui étoit l'apothicaire, et +velà monsieu le médecin qui a fait cette belle opération-là. + +GÉRONTE. + +Comment! m'assassiner de la façon? Allons, un commissaire, et qu'on +empêche qu'il ne sorte. Ah! traître, je vous ferai punir par la justice. + +LUCAS. + +Ah! par ma fi, Monsieu le médecin, vous serez pendu. Ne bougez de là +seulement. + + +SCÈNE IX + +MARTINE, SGANARELLE, LUCAS. + + +MARTINE. + +Ah! mon Dieu, que j'ai eu de peine à trouver ce logis! Dites-moi un peu +des nouvelles du médecin que je vous ai donné. + +LUCAS. + +Le velà qui va être pendu. + +MARTINE. + +Quoi! mon mari pendu! Hélas! et qu'a-t-il fait pour cela? + +LUCAS. + +Il a fait enlever la fille de notte maître. + +MARTINE. + +Hélas! mon cher mari, est-il bien vrai qu'on te va pendre? + +SGANARELLE. + +Tu vois. Ah! + +MARTINE. + +Faut-il que tu te laisses mourir en présence de tant de gens? + +SGANARELLE. + +Que veux-tu que j'y fasse? + +MARTINE. + +Encore, si tu avois achevé de couper notre bois, je prendrois quelque +consolation. + +SGANARELLE. + +Retire-toi de là, tu me fends le coeur. + +MARTINE. + +Non, je veux demeurer pour t'encourager à la mort, et je ne te quitterai +point que je ne t'aie vu pendu. + +SGANARELLE. + +Ah! + + +SCÈNE X + +GÉRONTE, SGANARELLE, MARTINE, LUCAS. + + +GÉRONTE. + +Le commissaire viendra bientôt, et l'on s'en va vous mettre en lieu où +l'on me répondra de vous. + +SGANARELLE, _le chapeau à la main_. + +Hélas! cela ne se peut-il point changer en quelques coups de bâton? + +GÉRONTE. + +Non, non, la justice en ordonnera... Mais que vois-je? + + +SCÈNE XI ET DERNIÈRE + +LÉANDRE, LUCINDE, JACQUELINE, LUCAS, GÉRONTE, SGANARELLE, MARTINE. + + +LÉANDRE. + +Monsieur, je viens faire paraître Léandre à vos yeux et remettre Lucinde +en votre pouvoir. Nous avons eu dessein de prendre la fuite nous deux, +et de nous aller marier ensemble; mais cette entreprise a fait place à +un procédé plus honnête: je ne prétends point vous voler votre fille, et +ce n'est que de votre main que je veux la recevoir. Ce que je vous +dirai, Monsieur, c'est que je viens tout à l'heure de recevoir des +lettres par où j'apprends que mon oncle est mort, et que je suis +héritier de tous ses biens. + +GÉRONTE. + +Monsieur, votre vertu m'est tout à fait considérable, et je vous donne +ma fille avec la plus grande joie du monde. + +SGANARELLE. + +La médecine l'a échappé belle! + +MARTINE. + +Puisque tu ne seras point pendu, rends-moi grâce d'être médecin, car +c'est moi qui t'ai procuré cet honneur. + +SGANARELLE. + +Oui, c'est toi qui m'as procuré je ne sais combien de coups de bâton. + +LÉANDRE. + +L'effet en est trop beau pour en garder du ressentiment. + +SGANARELLE. + +Soit. Je te pardonne ces coups de bâton en faveur de la dignité où tu +m'as élevé; mais prépare-toi désormais à vivre dans un grand respect +avec un homme de ma conséquence, et songe que la colère d'un médecin est +plus à craindre qu'on ne peut croire. + + +NOTES: + +[Note 1: On trouve d'ailleurs le sujet du «Médecin par force» dans +les fragments de Jacques de Vitry, évéque de Tusculum, dans une +_Relation_ de Grotius, et aussi dans le _Voyage en Moscova et en Perse_ +d'Adam Olearius (OElschlager) que venait de traduire M. de Wicquefort en +1656.] + + +ACTE PREMIER. + +[Note 2: P. 4, 1. 12. _Bec cornu_. C'est la traduction de l'italien +_becco cornuto_ (bouc cornu), qui veut dire cornard, ou cocu, parce que +le bouc, qui a de fort grandes cornes, est le seul animal qui voie avec +plaisir que ses compagnons couvrent sa femelle. (_Sorberiana_, p. 74.) +Cf. _École des Femmes_, acte IV, sc. VI.] + +[Note 3: 5, 19. _J'en bois une partie_. V. la _Comédie des +Proverbes_ (1633): «Ils ont la mine de ne manger pas tout leur bien, +_ils en boivent une_ bonne _partie_.» (Acte II, sc. III.)] + +[Note 4: --24. _C'est vivre de ménage_. On lit dans _la Vengeance +des Femmes_, d'Etienne Denise (1557): + + _Nous avons vu tant de bons ménagers_ + _Pour chopiner se mettre en grands dangers,_ + _Vendre joyaux, mettre bagua en gage;_ + _Eh bien! cela, c'est vivre de ménage._ + +«Tu m'appelles ivrogne? dira plus tard Tabarin. Y a-t-il homme qui vive +plus de ménage que moi?--Vraiment oui, répond Francisquine, _vous vivez +de ménage_: toute notre vaisselle est engagée! Maudite soit l'heure que +je vous vis jamais!» + +Citons encore les _Contens et Mécontens sur le sujet du temps_ (1649): + +«Je connoit un graveur qui, n'ayant du pain, est réduit à vendre tes +meubles pièce à pièce.--C'est le moyen de _vivre de minage_», +répliquai-je. + +Chevalier s'est souvenu de ce jeu de mots dans son _Intrigue des +Carrosses à cinq sols_, qui n'est que de quatre ans l'aînée du _Médecin +malgré lui_: + + _Diable! quel ménager! On voit sur son visage_ + _Qu'il vendra tout dans peu pour_ vivre de minage. + +Voir enfin dans les _Nouveaux Contes pouf rire_ (Cologne, 1722, I, 72) +le chapitre intitulé: «Ce que c'est que _vivre de ménage_.»] + +[Note 5: 12, 4. _Entre l'arbre et le doigt._ Sganarelle estropie +plaisamment le proverbe «entre l'écorce et le bois on ne doit mettre le +doigt», recueilli par Henri Estienne dans sa _Précellence du langage +françois_ (1579).] + +[Note 6: 17, 20. _Quelque petit grain de folie mêlé à leur science_ +«Nullum magnum ingenium sine mixtura dementiæ.» (Sénèque, _De la +tranquillité de l'âme_, d'après Aristote, _Problèmes_, XXX, I.) Diderot +en fait un proverbe sous la forme suivante: «Il n'y a point de grands +esprits sans un grain de folle (_le Neveu de Rameau_, édition de la +Bibliothèque Elzévirienne, 1891, p. 13.)] + +[Note 7: 18, 15. _Fraise, habit jaune et vert_. Le costume complet +du fagotier est ainsi décrit dans l'inventaire dressé après la mort de +Molière: «Pourpoint, haut-de-chausses, col, ceinture, _fraise_ et bas de +laine et escarcelle, le tout de serge _jaune_, garni de padou _vert_.] + +[Note 8: 19, 9. _Or potable_. Prétendue panacée universelle dont il +est déjà question du temps de Louis XI, sous le nom _d'aurum potabile_, +et dans laquelle il entrait du chlorure d'or, qui est soluble.] + +[Note 9: --12. _Un jeune enfant de douze ans_. Lemazurier, qui, +l'année même où il fut nommé secrétaire-archiviste du Théâtre-Français, +publia sa _Récolte de l'Hermite_ (Paris, Chaumerot, 1813), y rappelle, à +la page 152, une légende que Molière a pu recueillir pendant ses séjours +dans le Midi: Un petit garçon, étant monté sur une des tours du palais +des Papes, à Avignon, pour dénicher des oiseaux, se laissa tomber du +haut en bas et fut mis en pièces. Sa mère ramassa les membres fracturés +de cet enfant, les mit dans un sac et les porta sur le tombeau du +cardinal Pierre de Luxembourg, mort en 1387 et enterré dans l'église des +Célestins. «Pendant qu'elle était en prières, on vit remuer le sac et +sortir l'enfant, qui d'abord demanda où était son nid d'oiseaux.»] + +[Note 10: 19, 18. _Jouer à la fossette._ Sorte de jeu, aussi appelé +_bloquette_, auquel les enfants s'amusent arec des noyaux, des chiques +ou des billes.] + +[Note 11: 20, 9. _La vache est à nous._ On trouve cette expression +dans _l'Amant indiscret_, de Quinault, imprimé en 1656.] + +[Note 12: 24, 17. _Il y a fagots et fagots._ Sur cette expression, +de venue proverbiale, voir dans le Moliériste un ingénieux et spirituel +article de M. Éd. Thierry (1, p. 11 à 14), 1879.] + +[Note 13: 25, 5. _Un double_, c'est-à-dire un double denier, ou la +sixième partie d'un sou.] + +[Note 14: 26, 17. _Lantiponer_, mot populaire qui signifie +lanterner, tenir des discours frivoles, inutiles et interminables. V. à +la page 43, l. 2, le mot lantiponage.] + + +ACTE DEUXIEME. + +[Note 15: 38, 4. _Un chapeau du plus pointus._ Ce n'était plus la +mode des chapeaux pointus. «Elle avait cessé, dit Le Noble (préface +d'_Ildegerte_), avec celle des grands romans, qui avaient longtemps fait +les délices de la cour.»] + +[Note 16: --15. Hippocrate dit, _dans ton chapitre des chapeaux_. +Hippocrate est cité dans un livre publié à Lyon l'année même où Molière +séjournait dans cette ville (1655): _Tractatut de pileo, cæterisque +capitis tegminibus tam sacris quam profanis_, par Anselme Solerius. + +On trouve le même genre de facétie dans les _Fanfares et courvées +abbadesques des Roule Bontemps_ (1613): + +«Galien et Aristote, au livre des _Grosses et grasses_. Cicéron, au +livre V de sa _Divination_, section I, Du fromage a 24 sous la livre.» + +Et encore, dans le _Nouveau Recueil de Farces françaises_ de Picot et +Nyrop, p. 191: + + _Ces paroles, on trouvera_ + _Au livre des tripes d'un veau._ + _Capitula plein d'herbe verde._ + +Deux ans après le _Médecin_, l'Intimé dira dans _les Plaideurs_: + + _De vi, paragrapho._ Messieurs, _Caponibus_. + +] + +[Note 17: 50, 6. _Deus sanctus_, etc. Ce galimatias est une citation +estropiée des _Rudimenta_ de Despautère. + +V. aussi _la Soeur_, comédie de Rotrou, acte III, sc. V.] + +[Note 18: 51, 25. _Nous avons changé tout cela_. Voir deux articles +du _Moliériste: l'Abbé de Monligny et Grosley_ (t. III, p. 205-307), et +_Foie à gauche, coeur à droite_ (t. V, p. 119-121), ainsi que les +_Mémoires de Guy-Joly_, Rotterdam, 1718 (t. I, p. 115-116).] + + +ACTE TROISIEME. + +[Note 19: 61, 8. _Se plaindre du médecin qui l'a tué._ Imitation du +_Licencié Vidriera_, nouvelle de Cervantes signalée dès 1648 par Ch. +Sorel dans la deuxième partie de _Polyandre_, et dont Quinault a tiré +son _Docteur de verre_, troisième acte de la _Comédie sans comédie_ +(1654, Théâtre du Marais). + +Sc. II. Supprimée depuis plus d'un siècle à la Comédie-Française, +quoique fort plaisante. Je l'ai vu jouer à Toulouse il y a vingt-cinq +ans, et elle ne ralentissait nullement l'action principale.] + +[Note 20: 63, 6. _Onguent miton mitaine_, qui ne fait ni bien ni +mal.] + +[Note 21: 63, 7. _Vin amétile_. Sur le vin émétique, qui faisait +alors «bruire ses fuseaux», voir _Don Juan_ (acte III, sc. I).] + +[Note 22: 66, 5. _Là où la chèvre est liée._ _L'Enterrement du +Dictionnaire de l'Académie_ (1697) prétend que ce proverbe «ne se dit +pas ainsi, car cela aurait peu de sens», mais qu'on dit qu'_où la chèvre +trouve à brouter, il faut qu'elle soit attachée_, c'est-à-dire +figurément qu'il faut s'arrêter et planter le piquet où l'on trouve à +vivre. (Deuxième partie, Remarqua critiques, p. 291.)] + +[Note 23: 70, 18. _La partie brutale._ Molière ici s'emprunte à +lui-même: + + _La partie brutale alors veut prendre empire_ + _Dessus la sensitive..._ + +dit Gros René dans le _Dépit amoureux_ (acte IV, sc. II).] + +[Note 24: 74, 9. _Deux drachmes de matrimonium en pilules._ Deux +gros de mariage en pilules, drogue inconnue au Codex.] + +[Note 25: --17. _Remède spécifique_, souverain, qui guérit +constamment et par un mécanisme inconnu certaines maladies, comme le +quinquina les fièvres intermittentes. (Littré.)] + +[Note 26: 76, 20. Vous savez des _rubriques_. Des finesses, des +tours, des ruses. C'est dans ce sens familier que Thomas Corneille a +dit, dans _l'Amour à la mode_ (1653): + + _Vous y savez, Monsieur, d'admirables rubriques._ + (Acte I, sc. III.)] + +* * * + +À PARIS + +DES PRESSES DE D. JOUAUST + +Rue de Lille, 7 + +M DCCC XCII + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Le Médicin Malgré Lui, by +Jean-Baptiste Poquelin (AKA Molière) + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MÉDICIN MALGRÉ LUI *** + +***** This file should be named 20498-8.txt or 20498-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/2/0/4/9/20498/ + +Produced by Chuck Greif + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +http://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement +and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic +works. See paragraph 1.E below. + +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" +or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project +Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the +collection are in the public domain in the United States. If an +individual work is in the public domain in the United States and you are +located in the United States, we do not claim a right to prevent you from +copying, distributing, performing, displaying or creating derivative +works based on the work as long as all references to Project Gutenberg +are removed. Of course, we hope that you will support the Project +Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by +freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of +this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with +the work. You can easily comply with the terms of this agreement by +keeping this work in the same format with its attached full Project +Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. + +1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern +what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in +a constant state of change. If you are outside the United States, check +the laws of your country in addition to the terms of this agreement +before downloading, copying, displaying, performing, distributing or +creating derivative works based on this work or any other Project +Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning +the copyright status of any work in any country outside the United +States. + +1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: + +1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate +access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently +whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the +phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project +Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, +copied or distributed: + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + +1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived +from the public domain (does not contain a notice indicating that it is +posted with permission of the copyright holder), the work can be copied +and distributed to anyone in the United States without paying any fees +or charges. If you are redistributing or providing access to a work +with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the +work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 +through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the +Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or +1.E.9. + +1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted +with the permission of the copyright holder, your use and distribution +must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional +terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked +to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the +permission of the copyright holder found at the beginning of this work. + +1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm +License terms from this work, or any files containing a part of this +work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. + +1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this +electronic work, or any part of this electronic work, without +prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with +active links or immediate access to the full terms of the Project +Gutenberg-tm License. + +1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, +compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any +word processing or hypertext form. However, if you provide access to or +distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than +"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version +posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), +you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a +copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon +request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other +form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm +License as specified in paragraph 1.E.1. + +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing +access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided +that + +- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from + the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method + you already use to calculate your applicable taxes. The fee is + owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he + has agreed to donate royalties under this paragraph to the + Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments + must be paid within 60 days following each date on which you + prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax + returns. Royalty payments should be clearly marked as such and + sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the + address specified in Section 4, "Information about donations to + the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." + +- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies + you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he + does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm + License. You must require such a user to return or + destroy all copies of the works possessed in a physical medium + and discontinue all use of and all access to other copies of + Project Gutenberg-tm works. + +- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any + money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the + electronic work is discovered and reported to you within 90 days + of receipt of the work. + +- You comply with all other terms of this agreement for free + distribution of Project Gutenberg-tm works. + +1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm +electronic work or group of works on different terms than are set +forth in this agreement, you must obtain permission in writing from +both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael +Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the +Foundation as set forth in Section 3 below. + +1.F. + +1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable +effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread +public domain works in creating the Project Gutenberg-tm +collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic +works, and the medium on which they may be stored, may contain +"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or +corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual +property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a +computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by +your equipment. + +1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right +of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project +Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project +Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all +liability to you for damages, costs and expenses, including legal +fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT +LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE +PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE +TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE +LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR +INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH +DAMAGE. + +1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a +defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can +receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a +written explanation to the person you received the work from. If you +received the work on a physical medium, you must return the medium with +your written explanation. The person or entity that provided you with +the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a +refund. If you received the work electronically, the person or entity +providing it to you may choose to give you a second opportunity to +receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy +is also defective, you may demand a refund in writing without further +opportunities to fix the problem. + +1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth +in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER +WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO +WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. + +1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied +warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. +If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the +law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be +interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by +the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any +provision of this agreement shall not void the remaining provisions. + +1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit http://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including checks, online payments and credit card donations. +To donate, please visit: http://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. |
