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+The Project Gutenberg EBook of Le Médicin Malgré Lui, by
+Jean-Baptiste Poquelin (AKA Molière)
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Le Médicin Malgré Lui
+
+Author: Jean-Baptiste Poquelin (AKA Molière)
+
+Release Date: January 31, 2007 [EBook #20498]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MÉDICIN MALGRÉ LUI ***
+
+
+
+
+Produced by Chuck Greif
+
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+
+LES PIÈCES DE MOLIÈRE
+
+LE MÉDECIN MALGRÉ LUI
+
+TIRAGE À PETIT NOMBRE
+
+Il a été tiré en outre:
+
+20 exemplaires sur papier du Japon, avec triple épreuve de la gravure
+(nos 1 à 20).
+
+25 exemplaires sur papier de Chine fort, avec double épreuve de la
+gravure (nos 21 à 45).
+
+25 exemplaires sur papier Whatman, avec double épreuve de la gravure
+(nos 46 à 70).
+
+70 exemplaires, numérotés.
+
+
+
+
+MOLIÈRE
+
+LE MÉDECIN MALGRÉ LUI
+
+COMÉDIE EN TROIS ACTES AVEC UNE NOTICE ET DES NOTES
+
+PAR
+
+GEORGES MONVAL
+
+_Dessin de L. Leloir_
+
+GRAVÉ À L'EAU-FORTE PAR CHAMPOUION
+
+PARIS
+
+LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES
+
+E. FLAMMARION SUCCESSEUR Rue Racine, 26, près de l'Odéon
+
+M DCCC XCII
+
+
+
+
+NOTICE SUR _LE MÉDECIN MALGRÉ LUI_
+
+
+S'il en faut croire Grimarest, Molière n'eut pas beaucoup de peine à
+«fabriquer» rapidement son MÉDICIN MALGRÉ LUI: il n'aurait eu presque
+qu'à transcrire LE FAGOTIER, l'une des petites farces que sa troupe
+représentait à l'improvisade dès les premiers temps de son arrivée à
+Paris.
+
+Le sujet est tiré d'un fabliau du XIIIe siècle, LE MÉDECIN DE BRAY,
+ou LE VILAIN MIRE (le Paysan médecin), qui serait parvenu à la
+connaissance de Molière soit par la tradition orale, soit par des
+relations de voyage de Grolius ou d'OElschlager.
+
+Un riche paysan épouse la fille d'un pauvre chevalier, «moult belle et
+moult courtoise». Pour la garder de toute tentation mauvaise, il la bat
+dès le matin: la pauvrette passe le jour à pleurer et n'a pas le temps
+de songer à mal. Elle songe toutefois que son mari, qui la bat si bien,
+n'a jamais été battu, et que, s'il connaissait le goût du bâton, il ne
+lui en donnerait pas tant.
+
+Cependant qu'elle se désole et rumine dans sa tête, passent deux
+messagers du roi. Ils vont en Angleterre quérir un médecin pour la fille
+de leur maître qui ne peut ni manger ni boire depuis qu'une arête de
+poisson s'est arrêtée dans son gosier: «Vous n'avez pas besoin d'aller
+si loin, leur dit la femme du vilain; mon mari est bon médecin, il en
+sait plus qu'Hippocrate. Mais c'est un médecin singulier: il ne ferait
+rien pour personne si d'abord on ne le battait comme il faut.--S'il ne
+tient qu'à battre, disent les envoyés, tout ira bien!» Et ils l'emmènent
+de force à la cour, où, grâce au bâton, le vilain promet de guérir la
+princesse sans délai. En effet, il la fait tant rire que l'arête sort du
+gosier. Le bruit de cette cure merveilleuse se répandit rapidement et
+tous les malades du pays le vinrent consulter.
+
+Il retourna enfin chez lui, et ne battit plus sa femme, qui l'avait fait
+docteur sans avoir étudié.
+
+Telle est l'analyse très sommaire du fabliau du VILAIN MIRE, qui ne
+comprend pas moins de 392 vers de huit pieds[1].
+
+Bruzen de la Martinière prétendait tenir d'une personne fort âgée que,
+quelqu'un ayant raconté en prétence du roi une histoire à peu près
+semblable arrivée du temps de François Ier, Molière la trouva très
+propre à être accommodée en farce, et qu'avec quelques changements il en
+fit sa comédie du MÉDECIN MALGRÉ LUI.
+
+LE FAGOTIER faisait probablement partie du répertoire de Molière en
+province, comme LA JALOUSIE DU BARBOUILLÉ et GORGIBUS DANS LE SAC.
+Par une suite d'expériences sans cesse renouvelées devant des publics
+divers, ces petites farces ont éliminé successivement tout ce qu'elles
+pouvaient renfermer d'inutile ou de grossier: elles n'ont conservé que
+les effets sûrs, ayant porté aussi bien sur le marchand de petite ville
+que sur le gentillâtre campagnard; d'où la perfection absolue, la forme
+précise, le caractère définitif de ces pièces en apparence écrites à la
+hâte, et qui réellement ont pu bénéficier des longs tâtonnements et des
+mûres réflexions, LE MÉDECIN MALGRÉ LUI, GEORGE DANDIN, LES FOURBERIRES
+DE SCAPIN, que l'auteur lui-même ne regardait que comme de «petites
+bagatelles». Mais avec Molière il ne faut jamais dire «bagatelles». LE
+MÉDECIN MALGRÉ LUI est un chef-d'oeuvre dans son genre, et la seule chose
+qui doive étonner, c'est qu'il ait pu sortir, à quelques semaines de
+distance, de la même plume que LE MISANTHROPE, et que dans une même
+soirée Molière ait dit la chanson du Roi Henry et chanté celle des
+«petits glougloux» avec un égal succès; qu'après avoir quitté les rubans
+verts de l'homme aux haines vigoureuses, il ait presque aussitôt reparu
+sous la casaque jaune et vert du jovial fagotier. Molière voulut sans
+doute s'amuser lui-même, Lucullus soupa chez Lucullus. Après la satire
+sociale et l'éloquence austère d'Alceste, voici la haute bouffonnerie,
+la gaieté jaillissante et intarissable, la verve folle, le sel gaulois
+lancé à pleines mains. Molière est bien ici le fils de Rabelais.
+
+LE MÉDECIN MALGRÉ LUI est de toutes ses pièces la plus franchement, la
+plus continûment et la plus irrésistiblement gaie; elle guérirait
+l'hypocondrie la plus sombre. C'est une cure de rire, qu'il faut
+ordonner aux mélancoliques. Car Molière est un grand médecin, il possède
+la panacée universelle, et peut à bon droit s'écrier ici comme
+l'opérateur de ses intermèdes:
+
+O grande puissance de l'orviétan!
+
+Aussi est-ce de toutes les farces de Molière la plus populaire et la
+plus répandue. Je l'ai vue, dans mon enfance, représentée par des
+marionnettes de campagne, devant un auditoire de paysans qui ne
+l'avaient et ne l'auraient certainement jamais lue. Ils n'y cherchaient
+pas malice, et s'en donnaient à coeur joie, sans se soucier de l'origine
+probable de l'oeuvre, non plus que du nom de l'auteur.
+
+Ne pouvant imiter leur sagesse, rappelons que LE MÉDECIN MALGRÉ LUI fut
+représenté pour la première fois, sur le théâtre du Palais-Royal, le
+vendredi 6 août 1666, deux mois après la première du MISANTHROPE, dont
+le succès commençait à se ralentir au bout de 21 représentations. On le
+donna, comme «petite pièce», à la suite de LA MÈRE COQUETTE, du FAVORI,
+des FACHEUX puis avec LE MISANTHROPE, qu'il accompagna souvent du 3
+septembre au 21 novembre. Ce fut encore par LE MÉDICIN qu'on rouvrit le
+théâtre en février 1667, après trois mois d'interruption.
+
+Molière créa Sganarelle, Mlle Molière, Lucinde. Pour les autres
+rôles, nous n'avons que des conjectures. Mais, d'après l'état de la
+troupe et l'emploi des comédiens, nous pouvons donner comme à peu près
+certaine la distribution suivante:
+
+Sganarelle..... MOLIÈRE.
+
+Valère......... DU CROISY.
+
+Léandre........ LA GRANGE.
+
+Géronte........ L. BÉJART.
+
+Lucas.......... LA THORILLIÈRE.
+
+M. Robert...... DE BRIE.
+
+Perrin......... DE BRIE.
+
+Thibaut........ HUBERT.
+
+Lucinde........ Mlles MOLIÈRE.
+
+Martine........ DE BRIE.
+
+Jacqueline..... MADELEINE BÉJART.
+
+Depuis Molière, la tradition de Sganarelle s'est transmise par Rosimond,
+Poisson, La Thorillière, Montmény, Préville, Dugazon, La Rochelle,
+Thénard, Cartigny, Monrose, Samson, Régnier, jusqu'à M. Got, qui le joue
+actuellement, et qui ne compte pat de meilleur rôle dans le vieux
+répertoire.
+
+La pièce fut publiée au commencement de 1667, chez le libraire Ribou.
+L'édition originale, achevée d'imprimerie 24 décembre 1666, renferme un
+frontispice gravé qui est bien curieux à étudier au point de vue des
+costumes de Géronte en Pantalon de la Comédie Italienne, et de
+Sganarelle en robe de médecin, avec le chapeau «des plus pointus» dont
+parle la brochure.[15]
+
+On supprime depuis plus d'un siècle à la Comédie-Française la scène des
+paysans Thibaut et Perrin (III, II), qui est cependant des plus
+divertissantes. Elle vient trop tard, allègue-t-on, et ne produit que
+peu d'effet après les étincelantes folies du second acte. Il faudrait au
+moins tenter l'expérience. Selon nous, Molière doit toujours être joué
+dans son intégralité. L'épisode, ici, tient bien à la pièce et ne
+saurait ralentir l'action, puisqu'il donne à Sganarelle l'occasion
+d'exercer impunément le pouvoir de sa prétendue science, en fournissant
+à Molière de nouveaux traits contre les médecins, qu'il n'attaquera plus
+que deux fois, dans POURCEAUGNAC et LE MALADE IMAGINAIRE.
+
+Pourquoi, dans cette dernière pièce, supprime-t-on la moitié du rôle de
+Béralde, sous prétexte qu'une discussion sur la médecine fait longueur,
+n'arrivant qu'au troisième acte, après la grande scène de MM. Diafoirus
+père et fils, où le rire atteint son maximum d'intensité? C'est, à mon
+sens, priver la pièce de ce qu'elle a de plus profond et de plus
+durable.
+
+GEORGES MONVAL.
+
+
+
+
+LE MÉDECIN MALGRÉ LUI
+
+COMÉDIE EN TROIS ACTES
+
+
+LES PERSONNAGES
+
+SGANARELLE, mari de Martine.
+MARTINE, femme de Sganarelle.
+M. ROBERT, voisin de Sganarelle.
+VALÈRE, domestique de Géronte.
+LUCAS, mari de Jacqueline.
+GÉRONTE, père de Lucinde.
+JACQUELINE, nourrice chez Géronte, et femme de Lucas.
+LUCINDE, fille de Géronte.
+LÉANDRE, amant de Lucinde.
+THIBAUT, père de Perrin, paysan.
+PERRIN, fils de Thibaut, paysan.
+
+
+
+
+ACTE PREMIER
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE
+
+SGANARELLE, MARTINE, _paroissant sur le théâtre en se querellant_.
+
+
+SGANARELLE.
+
+NON, je te dis que je n'en veux rien faire, et que c'est à moi de parler
+et d'être le maître.
+
+MARTINE.
+
+Et je te dis, moi, que je veux que tu vives à ma fantaisie, et que je ne
+me suis point mariée avec toi pour souffrir tes fredaines.
+
+SGANARELLE.
+
+O la grande fatigue que d'avoir une femme! et qu'Aristote a bien raison
+quand il dit qu'une femme est pire qu'un démon!
+
+MARTINE.
+
+Voyez un peu l'habile homme, avec son benêt d'Aristote!
+
+SGANARELLE.
+
+Oui, habile homme. Trouve-moi un faiseur de fagots qui sache, comme moi,
+raisonner des choses, qui ait servi six ans un fameux médecin, et qui
+ait su dans son jeune âge son rudiment par coeur.
+
+MARTINE.
+
+Peste du fou fieffé!
+
+SGANARELLE.
+
+Peste de la carogne!
+
+MARTINE.
+
+Que maudit soit l'heure et le jour où je m'avisai d'aller dire oui!
+
+SGANARELLE.
+
+Que maudit soit le bec cornu[2] de notaire qui me fit signer ma ruine!
+
+MARTINE.
+
+C'est bien à toi vraiment à te plaindre de cette affaire! Devrois-tu
+être un seul moment sans rendre grâce au Ciel de m'avoir pour ta femme?
+et méritois-tu d'épouser une personne comme moi?
+
+SGANARELLE.
+
+Il est vrai que tu me fis trop d'honneur et que j'eus lieu de me louer
+la première nuit de nos noces. Hé! morbleu! ne me fais point parler
+là-dessus, je dirois de certaines choses...
+
+MARTINE.
+
+Quoi? que dirois-tu?
+
+SGANARELLE.
+
+Baste! laissons là ce chapitre; il suffit que nous savons ce que nous
+savons, et que tu fus bien heureuse de me trouver.
+
+MARTINE.
+
+Qu'appelles-tu bien heureuse de te trouver? Un homme qui me réduit à
+l'hôpital, un débauché, un traître qui me mange tout ce que j'ai...
+
+SGANARELLE.
+
+Tu as menti, j'en bois une partie.[3]
+
+MARTINE.
+
+Qui me vend pièce à pièce tout ce qui est dans le logis...
+
+SGANARELLE.
+
+C'est vivre de ménage.[4]
+
+MARTINE.
+
+Qui m'a ôté jusqu'au lit que j'avois...
+
+SGANARELLE.
+
+Tu t'en lèveras plus matin.
+
+MARTINE.
+
+Enfin, qui ne laisse aucun meuble dans toute la maison...
+
+SGANARELLE.
+
+On en déménage plus aisément.
+
+MARTINE.
+
+Et qui, du matin jusqu'au soir, ne fait que jouer et que boire.
+
+SGANARELLE.
+
+C'est pour ne me point ennuyer.
+
+MARTINE.
+
+Et que veux-tu, pendant ce temps, que je fasse avec ma famille?
+
+SGANARELLE.
+
+Tout ce qu'il te plaira.
+
+MARTINE.
+
+J'ai quatre pauvres petits enfants sur les bras.
+
+SGANARELLE.
+
+Mets-les à terre.
+
+MARTINE.
+
+Qui me demandent à toute heure du pain.
+
+SGANARELLE.
+
+Donne-leur le fouet. Quand j'ai bien bu et bien mangé, je veux que tout
+le monde soit saoul dans ma maison.
+
+MARTINE.
+
+Et tu prétends, ivrogne, que les choses aillent toujours de même?...
+
+SGANARELLE.
+
+Ma femme, allons tout doucement, s'il vous plaît.
+
+MARTINE.
+
+Que j'endure éternellement tes insolences et tes débauches?...
+
+SGANARELLE.
+
+Ne nous emportons point, ma femme.
+
+MARTINE.
+
+Et que je ne sache pas trouver le moyen de te ranger à ton devoir?
+
+SGANARELLE.
+
+Ma femme, vous savez que je n'ai pas l'âme endurante, et que j'ai le
+bras assez bon.
+
+MARTINE.
+
+Je me moque de tes menaces.
+
+SGANARELLE.
+
+Ma petite femme, ma mie, votre peau vous démange, à votre ordinaire.
+
+MARTINE.
+
+Je te montrerai bien que je ne te crains nullement.
+
+SGANARELLE.
+
+Ma chère moitié, vous avez envie de me dérober quelque chose.
+
+MARTINE.
+
+Crois-tu que je m'épouvante de tes paroles?
+
+SGANARELLE.
+
+Doux objet de mes voeux, je vous frotterai les oreilles.
+
+MARTINE.
+
+Ivrogne que tu es!
+
+SGANARELLE.
+
+Je vous battrai.
+
+MARTINE.
+
+Sac à vin!
+
+SGANARELLE.
+
+Je vous rosserai.
+
+MARTINE.
+
+Infime!
+
+SGANARELLE.
+
+Je vous étrillerai.
+
+MARTINE.
+
+Traître, insolent, trompeur, lâche, coquin, pendard, gueux, bélître,
+fripon, maraut, voleur!...
+
+SGANARELLE. (_Il prend un bâton, et lui en donne._)
+
+Ah! vous en voulez donc?
+
+MARTINE.
+
+Ah! ah! ah! ah!
+
+SGANARELLE.
+
+Voilà le vrai moyen de vous apaiser.
+
+
+SCÈNE II
+
+MONSIEUR ROBERT, SGANARELLE, MARTINE.
+
+
+M. ROBERT.
+
+Holà! holà! holà! Fi! Qu'est-ce ci? quelle infamie! Peste soit le
+coquin, de battre ainsi sa femme!
+
+MARTINE, _les mains sur les côtés, lui parle en le faisant reculer, et à
+la fin lui donne un soufflet._
+
+Et je veux qu'il me batte, moi.
+
+M. ROBERT.
+
+Ah! j'y consens de tout mon coeur.
+
+MARTINE.
+
+De quoi vous mêlez-vous?
+
+M. ROBERT.
+
+J'ai tort.
+
+MARTINE.
+
+Est-ce là votre affaire?
+
+M. ROBERT.
+
+Vous avez raison.
+
+MARTINE.
+
+Voyez un peu cet impertinent qui veut empêcher les maris de battre leurs
+femmes!
+
+M. ROBERT.
+
+Je me rétracte.
+
+MARTINE.
+
+Qu'avez-vous à voir là-dessus?
+
+M. ROBERT.
+
+Rien.
+
+MARTINE.
+
+Est-ce à vous d'y mettre le nez?
+
+M. ROBERT.
+
+Non.
+
+MARTINE.
+
+Mêlez-vous de vos affaires.
+
+M. ROBERT.
+
+Je ne dis plus mot.
+
+MARTINE.
+
+Il me plaît d'être battue.
+
+M. ROBERT.
+
+D'accord.
+
+MARTINE.
+
+Ce n'est pas à vos dépens.
+
+M. ROBERT.
+
+Il est vrai.
+
+MARTINE.
+
+Et vous êtes un sot de venir vous fourrer où vous n'avez que faire.
+
+M. ROBERT.
+
+(_Il passe ensuite vers le mari, qui pareillement lui parle toujours en
+le faisant reculer, le frappe avec le mime bâton et le met en fuite. Il
+dit à la fin:_)
+
+Compère, je vous demande pardon de tout mon coeur; faites, rossez, battez
+comme il faut votre femme; je vous aiderai, si vous le voulez.
+
+SGANARELLE.
+
+Il ne me plaît pas, moi.
+
+M. ROBERT.
+
+Ah! c'est une autre chose.
+
+SGANARELLE.
+
+Je la veux battre si je le veux, et ne la veux pas battre si je le ne
+veux pas.
+
+M. ROBERT.
+
+Fort bien.
+
+SGANARELLE.
+
+C'est ma femme, et non pas la vôtre.
+
+M. ROBERT.
+
+Sans doute.
+
+SGANARELLE.
+
+Vous n'avez rien à me commander.
+
+M. ROBERT.
+
+D'accord.
+
+SGANARELLE.
+
+Je n'ai que faire de votre aide.
+
+M. ROBERT.
+
+Très volontiers.
+
+SGANARELLE.
+
+Et vous êtes un impertinent de vous ingérer des affaires d'autrui.
+Apprenez que Cicéron dit qu'entre l'arbre et le doigt il ne faut point
+mettre l'écorce.[5]
+
+(_Ensuite, il revient vers sa femme, et lui dit en lui pressant la
+main:_)
+
+O ça, faisons la paix nous deux. Touche là.
+
+MARTINE.
+
+Oui! après m'avoir ainsi battue.
+
+SGANARELLE.
+
+Cela n'est rien. Touche.
+
+MARTINE.
+
+Je ne veux pas.
+
+SGANARELLE.
+
+Hé?
+
+MARTINE.
+
+Non.
+
+SGANARELLE.
+
+Ma petite femme!
+
+MARTINE.
+
+Point.
+
+SGANARELLE.
+
+Allons, te dis-je.
+
+MARTINE.
+
+Je n'en ferai rien.
+
+SGANARELLE.
+
+Viens, viens, viens.
+
+MARTINE.
+
+Non, je veux être en colère.
+
+SGANARELLE.
+
+Fi! c'est une bagatelle; allons, allons.
+
+MARTINE.
+
+Laisse-moi là.
+
+SGANARELLE.
+
+Touche, te dis-je.
+
+MARTINE.
+
+Tu m'as trop maltraitée.
+
+SGANARELLE.
+
+Eh bien, va, je te demande pardon; mets là ta main.
+
+MARTINE.
+
+Je te pardonne; (_elle dit le reste bas_) mais tu le payeras.
+
+SGANARELLE.
+
+Tu es une folle de prendre garde à cela. Ce sont petites choses qui sont
+de temps en temps nécessaires dans l'amitié; et cinq ou six coups de
+bâton, entre gens qui s'aiment, ne font que ragaillardir l'affection.
+Va, je m'en vais au bois, et je te promets aujourd'hui plus d'un cent de
+fagots.
+
+
+SCÈNE III
+
+
+MARTINE, _seule_.
+
+Va, quelque mine que je fasse, je n'oublie pas mon ressentiment, et je
+brûle en moi-même de trouver les moyens de te punir des coups que tu me
+donnes. Je sais bien qu'une femme a toujours dans les mains de quoi se
+venger d'un mari; mais c'est une punition trop délicate pour mon
+pendart. Je veux une vengeance qui se fasse un peu mieux sentir, et ce
+n'est pas contentement pour l'injure que j'ai reçue.
+
+
+SCÈNE IV
+
+VALÈRE, LUCAS, MARTINE.
+
+
+LUCAS.
+
+Parguenne! j'avons pris là tous deux une gueble de commission; et je ne
+sai pas, moi, ce que je pensons attraper.
+
+VALÈRE.
+
+Que veux-tu, mon pauvre nourricier? il faut bien obéir à notre maître;
+et puis nous avons intérêt l'un et l'autre à la santé de sa fille, notre
+maîtresse; et sans doute son mariage, différé par sa maladie, nous
+vaudroit quelque récompense. Horace, qui est libéral, a bonne part aux
+prétentions qu'on peut avoir sur sa personne, et, quoi-qu'elle ait fait
+voir de l'amitié pour un certain Léandre, tu sais bien que son père n'a
+jamais voulu consentir à le recevoir pour son gendre.
+
+MARTINE, _rêvant à part elle_.
+
+Ne puis-je point trouver quelque invention pour me venger?
+
+LUCAS.
+
+Mais quelle fantaisie s'est-il boutée là dans la tête, puisque les
+médecins y avont tous pardu leur latin?
+
+VALÈRE.
+
+On trouve quelquefois, à force de chercher, ce qu'on ne trouve pas
+d'abord; et souvent, en de simples lieux...
+
+MARTINE.
+
+Oui, il faut que je m'en venge à quelque prix que ce soit: ces coups de
+bâton me reviennent au coeur, je ne les saurois digérer, et... (_Elle dit
+tout ceci en rivant, de sorte que, ne prenant pas garde à ces deux
+hommes, elle les heurte en se retournant, et leur dit_:) Ah! Messieurs!
+je vous demande pardon, je ne vous voyois pas, et cherchois dans ma tête
+quelque chose qui m'embarrasse.
+
+VALÈRE.
+
+Chacun a ses soins dans le monde, et nous cherchons aussi ce que nous
+voudrions bien trouver.
+
+MARTINE.
+
+Seroit-ce quelque chose où je vous puisse aider?
+
+VALÈRE.
+
+Cela se pourroit faire; et nous tâchons de rencontrer quelque habile
+homme, quelque médecin particulier, qui pût donner quelque soulagement à
+la fille de notre maître, attaquée d'une maladie qui lui a ôté tout d'un
+coup l'usage de la langue. Plusieurs médecins ont déjà épuisé toute leur
+science après elle; mais on trouve parfois des gens avec des secrets
+admirables, de certains remèdes particuliers, qui font le plus souvent
+ce que les autres n'ont su faire, et c'est là ce que nous cherchons.
+
+MARTINE. (_Elle dit ces premières lignes bas._)
+
+Ah! que le Ciel m'inspire une admirable invention pour me venger de mon
+pendart! (_Haut_.) Vous ne pouviez jamais vous mieux adresser pour
+rencontrer ce que vous cherchez, et nous avons ici un homme, le plus
+merveilleux homme du monde, pour les maladies désespérées.
+
+VALÈRE.
+
+Et, de grâce, où pouvons-nous le rencontrer?
+
+MARTINE.
+
+Vous le trouverez maintenant vers ce petit lieu que voilà, qui s'amuse à
+couper du bois.
+
+LUCAS.
+
+Un médecin qui coupe du bois?
+
+VALÈRE.
+
+Qui s'amuse à cueillir des simples, voulez-vous dire?
+
+MARTINE.
+
+Non, c'est un homme extraordinaire, qui se plaît à cela, fantasque,
+bizarre, quinteux, et que vous ne prendriez jamais pour ce qu'il est. Il
+va vêtu d'une façon extravagante, affecte quelquefois de paroître
+ignorant, tient sa science renfermée, et ne fuit rien tant tous les
+jours que d'exercer les merveilleux talents qu'il a eus du Ciel pour la
+médecine.
+
+VALÈRE.
+
+C'est une chose admirable, que tous les grands hommes ont toujours du
+caprice, quelque petit grain de folie mêlé à leur science.[6]
+
+MARTINE.
+
+La folie de celui-ci est plus grande qu'on ne peut croire, car elle va
+parfois jusqu'à vouloir être battu pour demeurer d'accord de sa
+capacité; et je vous donne avis que vous n'en viendrez point à bout,
+qu'il n'avouera jamais qu'il est médecin, s'il se le met en fantaisie,
+que vous ne preniez chacun un bâton, et ne le réduisiez, à force de
+coups, à vous confesser à la fin ce qu'il vous cachera d'abord. C'est
+ainsi que nous en usons quand nous avons besoin de lui.
+
+VALÈRE.
+
+Voilà une étrange folie!
+
+MARTINE.
+
+Il est vrai; mais, après cela, vous verrez qu'il fait des merveilles.
+
+VALÈRE.
+
+Comment s'appelle-t-il?
+
+MARTINE.
+
+Il s'appelle Sganarelle; mais il est aisé à connoître: c'est un homme
+qui a une large barbe noire, et qui porte une fraise, avec un habit
+jaune et vert.[7]
+
+LUCAS.
+
+Un habit jaune et vart! C'est donc le médecin des paroquets?
+
+VALÈRE.
+
+Mais est-il bien vrai qu'il soit si habile que vous le dites?
+
+MARTINE.
+
+Comment! c'est un homme qui fait des miracles. Il y a six mois qu'une
+femme fut abandonnée de tous les autres médecins: on la tenoit morte il
+y avoit déjà six heures, et l'on se disposoit à l'ensevelir, lorsqu'on y
+fit venir de force l'homme dont nous parlons. Il lui mit, l'ayant vue,
+une petite goutte de je ne sais quoi dans la bouche, et dans le même
+instant elle se leva de son lit et se mit aussitôt à se promener dans sa
+chambre, comme si de rien n'eût été.
+
+LUCAS.
+
+Ah!
+
+VALÈRE.
+
+Il falloit que ce fût quelque goutte d'or potable.[8]
+
+MARTINE.
+
+Cela pourroit bien être. Il n'y a pas trois semaines encore qu'un jeune
+enfant de douze ans tomba du haut du clocher en bas, et se brisa sur le
+pavé la tête, les bras et les jambes. On n'y eut pas plus tôt amené
+notre homme qu'il le frotta par tout le corps d'un certain onguent qu'il
+sait faire, et l'enfant aussitôt se leva sur ses pieds et courut jouer à
+la fossette.[9]
+
+LUCAS.
+
+Ah!
+
+VALÈRE.
+
+Il faut que cet homme-là ait la médecine universelle.
+
+MARTINE.
+
+Qui en doute?
+
+LUCAS.
+
+Testigué! velà justement l'homme qu'il nous faut; allons vite le
+charcher.
+
+VALÈRE.
+
+Nous vous remercions du plaisir que vous nous faites.
+
+MARTINE.
+
+Mais souvenez-vous bien au moins de l'avertissement que je vous ai
+donné.
+
+LUCAS.
+
+Hé! morguenne! laissez-nous faire; s'il ne tient qu'à battre, la vache
+est à nous.[11]
+
+VALÈRE.
+
+Nous sommes bien heureux d'avoir fait cette rencontre, et j'en conçois,
+pour moi, la meilleure espérance du monde.
+
+
+SCÈNE V
+
+SGANARELLE, VALÈRE, LUCAS.
+
+
+SGANARELLE _entre sur le théâtre en chantant et tenant une bouteille_.
+
+La! la! la!
+
+VALÈRE.
+
+J'entends quelqu'un qui chante et qui coupe du bois.
+
+SGANARELLE.
+
+La! la! la!... Ma foi, c'est assez travaillé pour un coup: prenons un
+peu d'haleine. (_Il boit, et dit après avoir bu_:) Voilà du bois qui est
+salé comme tous les diables.
+
+ Qu'ils sont doux,
+ Bouteille jolie,
+ Qu'ils sont doux
+ Vos petits glou-gloux!
+ Mais mon sort feroit bien des jaloux
+ Si vous étiez toujours remplie.
+ Ah! bouteille, ma mie,
+ Pourquoi vous videz-vous?
+
+Allons, morbleu! il ne faut point engendrer de mélancolie.
+
+VALÈRE.
+
+Le voilà lui-même.
+
+LUCAS.
+
+Je pense que vous dites vrai, et que j'avons bouté le nez dessus.
+
+VALÈRE.
+
+Voyons de près.
+
+SGANARELLE, _les apercevant, les regarde en se tournant vers l'un et
+puis vers l'autre, tt, abaissant sa voix, dit_:
+
+Ah! ma petite friponne, que je t'aime, mon petit bouchon!
+
+ ...Mon sort... feroit... bien des... jaloux,
+ Si...
+
+Que diable! à qui en veulent ces gens-là?
+
+VALÈRE.
+
+C'est lui assurément.
+
+LUCAS.
+
+Le velà tout craché comme on nous l'a défiguré.
+
+SGANARELLE, _à part_.
+
+(_Ici il pose sa bouteille à terre, et, Valère se baissant pour le
+saluer, comme il croit que c'est à dessein de la prendre, il la met de
+l'autre côté; ensuite de quoi, Lucas faisant la même chose, il la
+reprend et la tient contre son estomac, avec divers gestes qui font un
+grand jeu de théâtre._)
+
+Ils consultent en me regardant; quel dessein auroient-ils?
+
+VALÈRE.
+
+Monsieur, n'est-ce pas vous qui vous appelez Sganarelle?
+
+SGANARELLE.
+
+Hé! quoi?
+
+VALÈRE.
+
+Je vous demande si ce n'est pas vous qui se nomme Sganarelle?
+
+SGANARELLE, _se tournant vers Valère, puis vers Lucas_.
+
+Oui et non, selon ce que vous lui voulez.
+
+VALÈRE.
+
+Nous ne voulons que lui faire toutes les civilités que nous pourrons.
+
+SGANARELLE.
+
+En ce cas, c'est moi qui se nomme Sganarelle.
+
+VALÈRE.
+
+Monsieur, nous sommes ravis de vous voir. On nous a adressés à vous pour
+ce que nous cherchons, t nous venons implorer votre aide, dont nous
+avons besoin.
+
+SGANARELLE.
+
+Si c'est quelque chose, Messieurs, qui dépende de mon petit négoce, je
+suis tout prêt à vous rendre service.
+
+VALÈRE.
+
+Monsieur, c'est trop de grâce que vous nous faites. Mais, Monsieur,
+couvrez-vous, s'il vous plaît, le soleil pourrait vous incommoder.
+
+LUCAS.
+
+Monsieu, boutez dessus.
+
+SGANARELLE, _bas_.
+
+Voici des gens bien pleins de cérémonie.
+
+VALÈRE.
+
+Monsieur, il ne faut pas trouver étrange que nous venions à vous: les
+habiles gens sont toujours recherchés, et nous sommes instruits de votre
+capacité.
+
+SGANARELLE.
+
+Il est vrai, Messieurs, que je suis le premier homme du monde pour faire
+des fagots.
+
+VALÈRE.
+
+Ah! Monsieur!...
+
+SGANARELLE.
+
+Je n'y épargne aucune chose, et les fais d'une façon qu'il n'y a rien à
+dire.
+
+VALÈRE.
+
+Monsieur, ce n'est pas cela dont il est question.
+
+SGANARELLE.
+
+Mais aussi je les vends cent dix sols le cent.
+
+VALÈRE.
+
+Ne parlons point de cela, s'il vous plaît.
+
+SGANARELLE.
+
+Je vous promets que je ne saurois les donner à moins.
+
+VALÈRE.
+
+Monsieur, nous savons les choses.
+
+SGANARELLE.
+
+Si vous savez les choses, vous savez que je les vends cela.
+
+VALÈRE.
+
+Monsieur, c'est se moquer que...
+
+SGANARELLE.
+
+Je ne me moque point, je n'en puis rien rabattre.
+
+VALÈRE.
+
+Parlons d'autre façon, de grâce.
+
+SGANARELLE.
+
+Vous en pourrez trouver autre part à moins: il y a fagots et fagots;[12]
+mais pour ceux que je fais...
+
+VALÈRE.
+
+Hé! Monsieur, laissons là ce discours.
+
+SGANARELLE.
+
+Je vous jure que vous ne les auriez pas, s'il s'en falloit un
+double.[13]
+
+VALÈRE.
+
+Hé! fi!
+
+SGANARELLE.
+
+Non, en conscience, vous en payerez cela. Je vous parle sincèrement, et
+je ne suis pas homme à surfaire.
+
+VALÈRE.
+
+Faut-il, Monsieur, qu'une personne comme vous s'amuse à ces grossières
+feintes, s'abaisse à parler de la sorte? qu'un homme si savant, un
+fameux médecin, comme vous êtes, veuille se déguiser aux yeux du monde,
+et tenir enterrés les beaux talents qu'il a?
+
+SGANARELLE, _à part_.
+
+Il est fou.
+
+VALÈRE.
+
+De grâce, Monsieur, ne dissimulez point avec nous.
+
+SGANARELLE.
+
+Comment?
+
+LUCAS.
+
+Tout ce tripotage ne sart de rian, je sçavons çen que je sçavons.
+
+SGANARELLE.
+
+Quoi donc? que me voulez-vous dire? Pour qui me prenez-vous?
+
+VALÈRE.
+
+Pour ce que vous êtes, pour un grand médecin.
+
+SGANARELLE.
+
+Médecin vous-même: je ne le suis point, et ne l'ai jamais été.
+
+VALÈRE, _bas_.
+
+Voilà sa folie qui le tient. (_Haut_.) Monsieur, ne veuillez point nier
+les choses davantage, et n'en venons point, s'il vous plait, à de
+fâcheuses extrémités.
+
+SGANARELLE.
+
+À quoi donc?
+
+VALÈRE.
+
+À de certaines choses dont nous serions marris.
+
+SGANARELLE.
+
+Parbleu! venez-en à tout ce qu'il vous plaira; je ne suis point médecin,
+et ne sais ce que vous me voulez dire.
+
+VALÈRE, _bas_.
+
+Je vois bien qu'il faut se servir du remède. (_Haut_.) Monsieur, encore
+un coup, je vous prie d'avouer ce que vous êtes.
+
+LUCAS.
+
+Et testigué! ne lantiponez point davantage, et confessez à la franquette
+que v'estes médecin.[14]
+
+SGANARELLE.
+
+J'enrage!
+
+VALÈRE.
+
+À quoi bon nier ce qu'on sait?
+
+LUCAS.
+
+Pourquoi toutes ces fraimes-là? à quoi est-ce que ça vous sart?
+
+SGANARELLE.
+
+Messieurs, en un mot autant qu'en deux mille, je vous dis que je ne suis
+point médecin.
+
+VALÈRE.
+
+Vous n'êtes point médecin?
+
+SGANARELLE.
+
+Non.
+
+LUCAS.
+
+V'n'estes pas médecin!
+
+SGANARELLE.
+
+Non, vous dis-je.
+
+VALÈRE.
+
+Puisque vous le voulez, il faut s'y résoudre. (_Ils prennent un bâton et
+le frappent._)
+
+SGANARELLE.
+
+Ah! ah! ah! Messieurs, je suis tout ce qu'il vous plaira.
+
+VALÈRE.
+
+Pourquoi, Monsieur, nous obligez-vous à cette violence?
+
+LUCAS.
+
+À quoi bon nous bailler la peine de vous battre?
+
+VALÈRE.
+
+Je vous assure que j'en ai tous les regrets du monde.
+
+LUCAS.
+
+Par ma figué! j'en sis fâché, franchement.
+
+SGANARELLE.
+
+Que diable est-ce ci, Messieurs? De grâce, est-ce pour rire, ou si tous
+deux vous extravaguez, de vouloir que je sois médecin?
+
+VALÈRE.
+
+Quoi! vous ne vous rendez pas encore, et vous vous défendez d'être
+médecin?
+
+SGANARELLE.
+
+Diable emporte si je le suis!
+
+LUCAS.
+
+Il n'est pas vrai qu'ous sayez médecin?
+
+SGANARELLE.
+
+Non, la peste m'étouffe! (_Là, ils recommencent de le battre._) Ah! ah!
+Eh bien, Messieurs, oui, puisque vous le voulez, je suis médecin, je
+suis médecin; apothicaire encore, si vous le trouvez bon. (_À part._)
+J'aime mieux consentir à tout que de me faire assommer.
+
+VALÈRE.
+
+Ah! voilà qui va bien, Monsieur; je suis ravi de vous voir raisonnable.
+
+LUCAS.
+
+Vous me boutez la joie au coeur quand je vous voi parler comme ça.
+
+VALÈRE.
+
+Je vous demande pardon de toute mon âme.
+
+LUCAS.
+
+Je vous demandons excuse de la libarté que j'avons prise.
+
+SGANARELLE, _à part_.
+
+Ouais! seroit-ce bien moi qui me tromperois, et serois-je devenu médecin
+sans m'en être aperçu?
+
+VALÈRE.
+
+Monsieur, vous ne vous repentirez pas de nous montrer ce que vous êtes,
+et vous verrez assurément que vous en serez satisfait.
+
+SGANARELLE.
+
+Mais, Messieurs, dites-moi, ne vous trompez-vous point vous-mêmes?
+Est-il bien assuré que je sois médecin?
+
+LUCAS.
+
+Oui, par ma figue!
+
+SGANARELLE.
+
+Tout de bon?
+
+VALÈRE.
+
+Sans doute.
+
+SGANARELLE.
+
+Diable emporte si je le savois!
+
+VALÈRE.
+
+Comment! vous êtes le plus habile médecin du monde.
+
+SGANARELLE.
+
+Ah! ah!
+
+LUCAS.
+
+Un médecin qui a guari je ne sais combien de maladies.
+
+SGANARELLE.
+
+Tudieu!
+
+VALÈRE.
+
+Une femme étoit tenue pour morte il y avoit six heures; elle étoit prête
+à ensevelir, lorsqu'avec une goutte de quelque chose vous la fîtes
+revenir et marcher d'abord par la chambre.
+
+SGANARELLE.
+
+Peste!
+
+LUCAS.
+
+Un petit enfant de douze ans se laissit choir du haut d'un clocher, de
+quoi il eut la tête, les jambes et les bras cassés; et vous, avec je ne
+sai quel onguent, vous fîtes qu'aussitôt il se relevit sur ses pieds et
+s'en fut jouer à la fossette.[10]
+
+SGANARELLE.
+
+Diantre!
+
+VALÈRE.
+
+Enfin, Monsieur, vous aurez contentement avec nous, et vous gagnerez ce
+que vous voudrez en vous laissant conduire où nous prétendons vous
+mener.
+
+SGANARELLE.
+
+Je gagnerai ce que je voudrai?
+
+VALÈRE.
+
+Oui.
+
+SGANARELLE.
+
+Ah! Je suis médecin, sans contredit. Je l'avois oublié, mais je m'en
+ressouviens. De quoi est-il question? où faut-il se transporter?
+
+VALÈRE.
+
+Nous vous conduirons. Il est question d'aller voir une fille qui a perdu
+la parole.
+
+SGANARELLE.
+
+Ma foi, je ne l'ai pas trouvée.
+
+VALÈRE.
+
+Il aime à rire. Allons, Monsieur.
+
+SGANARELLE.
+
+Sans une robe de médecin?
+
+VALÈRE.
+
+Nous en prendrons une.
+
+SGANARELLE, _présentant sa bouteille à Valère_. Tenez cela, vous: voilà
+où je mets mes juleps.
+
+(_Puis, se tournant vers Lucas en crachant._) Vous, marchez là-dessus,
+par ordonnance du médecin.
+
+LUCAS.
+
+Palsanguenne! velà un médecin qui me plaît. Je pense qu'il réussira, car
+il est bouffon.
+
+
+
+
+ACTE II
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE
+
+
+GÉRONTE, VALÈRE, LUCAS, JACQUELINE.
+
+
+VALÈRE.
+
+OUI, Monsieur, je crois que vous serez satisfait, et nous vous avons
+amené le plus grand médecin du monde.
+
+LUCAS.
+
+Oh! morguenne! il faut tirer l'échelle après ceti-là, et tous les autres
+ne sont pas daignes de li déchausser ses souillez.
+
+VALÈRE.
+
+C'est un homme qui a fait des cures merveilleuses.
+
+LUCAS.
+
+Qui a gari des gens qui estiant morts.
+
+VALÈRE.
+
+Il est un peu capricieux, comme je vous ai dit, et parfois il a des
+moments où son esprit s'échappe et ne paroît pas ce qu'il est.
+
+LUCAS.
+
+Oui, il aime à bouffonner, et l'an diroit par fois, ne v's en déplaise,
+qu'il a quelque petit coup de hache à la tête.
+
+VALÈRE.
+
+Mais, dans le fond, il est toute science, et bien souvent il dit des
+choses tout à fait relevées.
+
+LUCAS.
+
+Quand il s'y boute, il parle tout fin drait comme s'il lisoit dans un
+livre.
+
+VALÈRE.
+
+Sa réputation s'est déjà répandue ici, et tout le monde vient à lui.
+
+GÉRONTE.
+
+Je meurs d'envie de le voir, faites-le moi vite venir.
+
+VALÈRE.
+
+Je le vais quérir.
+
+JACQUELINE.
+
+Par ma fi! Monsieu, ceti-ci fera justement ce qu'ant fait les autres. Je
+pense que ce sera queussi queumi; et la meilleure médeçaine que l'an
+pourroit bailler à votre fille, ce seroit, selon moi, un biau et bon
+mari pour qui allé eût de l'amiquié.
+
+GÉRONTE.
+
+Ouais! nourrice, ma mie, vous vous mêlez de bien des choses!
+
+LUCAS.
+
+Taisez-vous, notre ménagère Jacquelaine: ce n'est pas à vous à bouter là
+votre nez.
+
+JACQUELINE.
+
+Je vous dis et vous douze que tous ces médecins n'y feront rian que de
+l'iau claire, que votre fille a besoin d'autre chose que de ribarbe et
+desené, et qu'un mari est une emplâtre qui garit tous les maux des
+filles.
+
+GÉRONTE.
+
+Est-elle en état maintenant qu'on s'en voulût charger, avec l'infirmité
+qu'elle a? Et lorsque j'ai été dans le dessein de la marier, ne
+s'est-elle pas opposée à mes volontés?
+
+JACQUELINE.
+
+Je le crois bian! vous li vouilliez bailler eun homme qu'allé n'aime
+point. Que ne preniais-vous ce monsieu Liandre, qui li touchoit au coeur?
+Allé auroit été fort obéissante; et je m'en vas gager qu'il la
+prendroit, li, comme allé est, si vous la li vouillais donner.
+
+GÉRONTE.
+
+Ce Léandre n'est pas ce qu'il lui faut: il n'a pas du bien comme
+l'autre.
+
+JACQUELINE.
+
+Il a un oncle qui est si riche, dont il est hériquié.
+
+GÉRONTE.
+
+Tous ces biens à venir me semblent autant de chansons. Il n'est rien tel
+que ce qu'on tient, et l'on court grand risque de s'abuser lorsque l'on
+compte sur le bien qu'un autre vous garde. La mort n'a pas toujours les
+oreilles ouvertes aux voeux et aux prières de messieurs les héritiers, et
+l'on a le temps d'avoir les dents longues lorsqu'on attend, pour vivre,
+le trépas de quelqu'un.
+
+JACQUELINE.
+
+Enfin, j'ai toujours ouï dire qu'en mariage, comme ailleurs,
+contentement passe richesse. Les pères et les mères ant cette maudite
+couteume de demander toujours: «Qu'a-t-il?» et: «Qu'a-t-elle?» Et le
+compère Piarre a marié sa fille Simonnette au gros Thomas pour un
+quarquié de vaigne qu'il avoit davantage que le jeune Robin, où allé
+avoit bouté son amiquié; et velà que la pauvre creiature en est devenue
+jaune comme eun coing, et n'a point profité tout depuis ce temps-là.
+C'est un bel exemple pour vous, Monsieu. On n'a que son plaisir en ce
+monde; et j'aimerois mieux bailler à ma fille un bon mari qui li fût
+agriable que toutes les rentes de la Biausse.
+
+GÉRONTE.
+
+Peste, Madame la nourrice! comme vous dégoisez! Taisez-vous, je vous
+prie; vous prenez trop de soin, et vous échauffez votre lait.
+
+LUCAS. (_En disant ceci, il frappe sur la poitrine à Géronte._)
+
+Morgue! tais-toi, t'es eune impartinante. Monsieu n'a que faire de tes
+discours, et il sait ce qu'il a à faire. Mêle-toi de donner à téter à
+ton enfant, sans tant faire la raisonneuse. Monsieu est le père de sa
+fille, et il est bon et sage pour voir ce qu'il li faut.
+
+GÉRONTE.
+
+Tout doux! oh! tout doux!
+
+LUCAS.
+
+Monsieu, je veux un peu la mortifier et li apprendre le respect qu'allé
+vous doit.
+
+GÉRONTE.
+
+Oui; mais ces gestes ne sont pas nécessaires.
+
+
+SCÈNE II
+
+VALÈRE, SGANARELLE, GÉRONTE, LUCAS, JACQUELINE.
+
+
+VALÈRE.
+
+Monsieur, préparez-vous, voici notre médecin qui entre.
+
+GÉRONTE.
+
+Monsieur, je suis ravi de vous voir chez moi, et nous avons grand besoin
+de vous.
+
+SGANARELLE, _en robe de médecin, avec un chapeau des plus pointus_.[15]
+
+Hippocrate dit... que nous nous couvrions tous deux.
+
+GÉRONTE.
+
+Hippocrate dit cela?
+
+SGANARELLE.
+
+Oui.
+
+GÉRONTE.
+
+Dans quel chapitre, s'il vous plaît?
+
+SGANARELLE.
+
+Dans son chapitre des chapeaux.[16]
+
+GÉRONTE.
+
+Puisqu'Hippocrate le dit, il le faut faire.
+
+SGANARELLE.
+
+Monsieur le médecin, ayant appris les merveilleuses choses...
+
+GÉRONTE.
+
+À qui parlez-vous, de grâce?
+
+SGANARELLE.
+
+À vous.
+
+GÉRONTE.
+
+Je ne suis pas médecin.
+
+SGANARELLE.
+
+Vous n'êtes pas médecin?
+
+GÉRONTE.
+
+Non vraiment.
+
+SGANARELLE. (_Il prend ici un bâton, et le bat comme on l'a battu._)
+
+Tout de bon?
+
+GÉRONTE.
+
+Tout de bon. Ah! ah! ah!
+
+SGANARELLE.
+
+Vous êtes médecin maintenant: je n'ai jamais eu d'autres licences.
+
+GÉRONTE.
+
+Quel diable d'homme m'avez-vous là amené?
+
+VALÈRE.
+
+Je vous ai bien dit que c'étoit un médecin goguenard.
+
+GÉRONTE.
+
+Oui. Mais je l'envoirois promener avec ses goguenarderies.
+
+LUCAS.
+
+Ne prenez pas garde à ça, Monsieu, ce n'est que pour rire.
+
+GÉRONTE.
+
+Cette raillerie ne me plaît pas.
+
+SGANARELLE.
+
+Monsieur, je vous demande pardon de la liberté que j'ai prise.
+
+GÉRONTE.
+
+Monsieur, je suis votre serviteur.
+
+SGANARELLE.
+
+Je suis fâché...
+
+GÉRONTE.
+
+Cela n'est rien.
+
+SGANARELLE.
+
+Des coups de bâton...
+
+GÉRONTE.
+
+Il n'y a pas de mal.
+
+SGANARELLE.
+
+Que j'ai eu l'honneur de vous donner.
+
+GÉRONTE.
+
+Ne parlons plus de cela. Monsieur, j'ai une fille qui est tombée dans
+une étrange maladie.
+
+SGANARELLE.
+
+Je suis ravi, Monsieur, que votre fille ait besoin de moi; et je
+souhaiterois de tout mon coeur que vous en eussiez besoin aussi, vous et
+toute votre famille, pour vous témoigner l'envie que j'ai de vous
+servir.
+
+GÉRONTE.
+
+Je vous suis obligé de ces sentiments.
+
+SGANARELLE.
+
+Je vous assure que c'est du meilleur de mon âme que je vous parle.
+
+GÉRONTE.
+
+C'est trop d'honneur que vous me faites.
+
+SGANARELLE.
+
+Comment s'appelle votre fille?
+
+GÉRONTE.
+
+Lucinde.
+
+SGANARELLE.
+
+Lucinde! Ah! beau nom à médicamenter! Lucinde!
+
+GÉRONTE.
+
+Je m'en vais voir un peu ce qu'elle fait.
+
+SGANARELLE.
+
+Qui est cette grande femme-là?
+
+GÉRONTE.
+
+C'est la nourrice d'un petit enfant que j'ai.
+
+SGANARELLE.
+
+Peste! le joli meuble que voilà! Ah! nourrice, charmante nourrice, ma
+médecine est la très humble esclave de votre nourricerie, et je voudrois
+bien être le petit poupon fortuné qui tétât le lait (_il lui porte la
+main sur le sein_) de vos bonnes grâces. Tous mes remèdes, toute ma
+science, toute ma capacité est à votre service, et...
+
+LUCAS.
+
+Avec votre parmission, Monsieu le médecin, laissez là ma femme, je vous
+prie.
+
+SGANARELLE.
+
+Quoi! est-elle votre femme?
+
+LUCAS.
+
+Oui.
+
+SGANARELLE. (_Il fait semblant d'embrasser Lucas, et, se tournant du
+côté de la nourrice, il l'embrasse._)
+
+Ah! vraiment, je ne savois pas cela, et je m'en réjouis pour l'amour de
+l'on et de l'antre.
+
+LUCAS. _en le tirant_.
+
+Tout doucement, s'il vous plaît.
+
+SGANARELLE.
+
+Je vous assure que je suis ravi que vous soyez unis ensemble. Je la
+félicite d'avoir (_il fait encore semblant d'embrasser Lucas, et,
+passant dessous ses bras, se jette au col de sa femme_) un mari comme
+vous; et je vous félicite, vous, d'avoir une femme si belle, si sage, et
+si bien faite comme elle est.
+
+LUCAS. _en le tirant encore_.
+
+Eh! testigué! point tant de compliment, je vous supplie.
+
+SGANARELLE.
+
+Ne voulez-vous pas que je me réjouisse avec vous d'un si bel assemblage?
+
+LUCAS.
+
+Avec moi, tant qu'il vous plaira; mais avec ma femme, trêve de
+sarimonie.
+
+SGANARELLE.
+
+Je prends part également au bonheur de tous deux, et (_il continue le
+mime jeu_), si je vous embrasse pour vous en témoigner ma joie, je
+l'embrasse de même pour lui en témoigner aussi.
+
+LUCAS. _en le tirant derechef_.
+
+Ah! vartigué, Monsieu le médecin, que de lantiponages!
+
+
+SCÈNE III
+
+SGANARELLE, GÉRONTE, LUCAS, JACQUELINE.
+
+
+GÉRONTE.
+
+Monsieur, voici tout à l'heure ma fille qu'on va vous amener.
+
+SGANARELLE.
+
+Je l'attends, Monsieur, avec toute la médecine.
+
+GÉRONTE.
+
+Où est-elle?
+
+SGANARELLE, _se touchant le front_.
+
+Là dedans.
+
+GÉRONTE.
+
+Fort bien.
+
+SGANARELLE, _en voulant toucher les tétons de la nourrice_.
+
+Mais, comme je m'intéresse à toute votre famille, il faut que j'essaye
+un peu le lait de votre nourrice et que je visite son sein.
+
+LUCAS. _le tirant et lui faisant faire la pirouette_.
+
+Nanin, nanin, je n'avons que faire de ça.
+
+SGANARELLE.
+
+C'est l'office du médecin de voir les tétons des nourrices.
+
+LUCAS.
+
+Il gnia office qui quienne, je sis votte sarviteur.
+
+SGANARELLE.
+
+As-tu bien la hardiesse de t'opposer au médecin? Hors de là!
+
+LUCAS.
+
+Je me moque de ça.
+
+SGANARELLE, _en le regardant de travers_.
+
+Je te donnerai la fièvre.
+
+JACQUELINE, _prenant Lucas par le bras et lui faisant aussi faire la
+pirouette_. Ote-toi de là aussi. Est-ce que je ne sis pas assez grande
+pour me défendre moi-même, s'il me fait queuque chose qui ne soit pas à
+faire?
+
+LUCAS.
+
+Je ne veux pas qu'il te tâte, moi.
+
+SGANARELLE.
+
+Fi, le vilain, qui est jaloux de sa femme!
+
+GÉRONTE.
+
+Voici ma fille.
+
+
+SCÈNE IV
+
+LUCINDE, VALÈRE, GÉRONTE, LUCAS, SGANARELLE, JACQUELINE.
+
+
+SGANARELLE.
+
+Est-ce là la malade?
+
+GÉRONTE.
+
+Oui, je n'ai qu'elle de fille, et j'aurois tous les regrets du monde si
+elle venoit à mourir.
+
+SGANARELLE.
+
+Qu'elle s'en garde bien! il ne faut pas qu'elle meure sans l'ordonnance
+du médecin.
+
+GÉRONTE.
+
+Allons, un siège.
+
+SGANARELLE.
+
+Voilà une malade qui n'est pas tant dégoûtante, et je tiens qu'un homme
+bien sain s'en accommoderoit assez.
+
+GÉRONTE.
+
+Vous l'avez fait rire, Monsieur.
+
+SGANARELLE.
+
+Tant mieux: lorsque le médecin fait rire le malade, c'est le meilleur
+signe du monde. Eh bien, de quoi est-il question? qu'avez-vous? quel est
+le mal que vous sentez?
+
+LUCINDE _répond par signes, en portant sa main à sa bouche, à sa tête et
+sous son menton_.
+
+Han, hi, hom, han.
+
+SGANARELLE.
+
+Eh! que dites-vous?
+
+LUCINDE _continue les mêmes gestes_.
+
+Han, hi, hom, han, han, hi, hom.
+
+SGANARELLE.
+
+Quoi?
+
+LUCINDE.
+
+Han, hi, hom!
+
+SGANARELLE, _la contrefaisant_.
+
+Han, hi, hom, han, ha. Je ne vous entends point. Quel diable de langage
+est-ce là?
+
+GÉRONTE.
+
+Monsieur, c'est là sa maladie. Elle est devenue muette, sans que jusques
+ici on en ait pu savoir la cause; et c'est un accident qui a fait
+reculer son mariage.
+
+SGANARELLE.
+
+Et pourquoi?
+
+GÉRONTE.
+
+Celui qu'elle doit épouser veut attendre sa guérison pour conclure les
+choses.
+
+SGANARELLE.
+
+Et qui est ce sot-là qui ne veut pas que sa femme soit muette? Plût à
+Dieu que la mienne eût cette maladie! je me garderais bien de la vouloir
+guérir.
+
+GÉRONTE.
+
+Enfin, Monsieur, nous vous prions d'employer tous vos soins pour la
+soulager de son mal.
+
+SGANARELLE.
+
+Ah! ne vous mettez pas en peine. Dites-moi un peu, ce mal
+l'oppresse-t-il beaucoup?
+
+GÉRONTE.
+
+Oui, Monsieur.
+
+SGANARELLE.
+
+Tant mieux. Sent-elle de grandes douleurs?
+
+GÉRONTE.
+
+Fort grandes.
+
+SGANARELLE.
+
+C'est fort bien fait. Va-t-elle où vous savez?
+
+GÉRONTE.
+
+Oui.
+
+SGANARELLE.
+
+Copieusement?
+
+GÉRONTE.
+
+Je n'entends rien à cela.
+
+SGANARELLE.
+
+La matière est-elle louable?
+
+GÉRONTE.
+
+Je ne me connois pas à ces choses.
+
+SGANARELLE, _se tournant vers la malade_.
+
+Donnez-moi votre bras. Voilà un pouls qui marque que votre fille est
+muette.
+
+GÉRONTE.
+
+Eh! oui, Monsieur, c'est là son mal; vous l'avez trouvé tout du premier
+coup.
+
+SGANARELLE.
+
+Ah! ah!
+
+JACQUELINE.
+
+Voyez comme il a deviné sa maladie!
+
+SGANARELLE.
+
+Nous autres grands médecins, nous connoissons d'abord les choses. Un
+ignorant auroit été embarrassé, et vous eût été dire: c'est ceci, c'est
+cela; mais, moi, je touche au but du premier coup, et je vous apprends
+que votre fille est muette.
+
+GÉRONTE.
+
+Oui; mais je voudrois bien que vous me pussiez dire d'où cela vient?
+
+SGANARELLE.
+
+Il n'est rien de plus aisé. Cela vient de ce qu'elle a perdu la parole.
+
+GÉRONTE.
+
+Fort bien; mais la cause, s'il vous plait, qui fait qu'elle a perdu la
+parole?
+
+SGANARELLE.
+
+Tous nos meilleurs auteurs vous diront que c'est l'empêchement de
+l'action de sa langue.
+
+GÉRONTE.
+
+Mais encore, vos sentiments sur cet empêchement de l'action de sa
+langue?
+
+SGANARELLE.
+
+Aristote là-dessus dit... de fort belles choses.
+
+GÉRONTE.
+
+Je le crois.
+
+SGANARELLE.
+
+Ah! c'étoit un grand homme!
+
+GÉRONTE.
+
+Sans doute.
+
+SGANARELLE, _levant son bras depuis le coude_.
+
+Grand homme tout à fait, un homme qui étoit plus grand que moi de tout
+cela. Pour revenir donc à notre raisonnement, je tiens que cet
+empêchement de l'action de sa langue est causé par de certaines humeurs,
+qu'entre nous autres savants nous appelons humeurs peccantes; peccantes,
+c'est-à-dire... humeurs peccantes: d'autant que les vapeurs formées par
+les exhalaisons des influences qui s'élèvent dans la région des
+maladies, venant... pour ainsi dire... à... Entendez-vous le latin?
+
+GÉRONTE.
+
+En aucune façon..
+
+SGANARELLE, _se levant avec étonnement_.
+
+Vous n'entendez point le latin!
+
+GÉRONTE.
+
+Non.
+
+SGANARELLE, _en faisant diverses plaisantes postures_.
+
+_Cabricias, arci thuram, catalamus, singulariter, nominativo, hæc Musa,_
+«la Muse»; _bonus, bona, bonum; Deus sanctus, estne oratio latinas_?
+_Etiam_, «oui.» _Quare_? «pourquoi?» _Quia substantivo et adjectivum
+concordat in generi, numerum et casus._[17]
+
+GÉRONTE.
+
+Ah! que n'ai-je étudié!
+
+JACQUELINE.
+
+L'habile homme que velà!
+
+LUCAS.
+
+Oui, ça est si biau que je n'y entends goutte.
+
+SGANARELLE.
+
+Or, ces vapeurs dont je vous parle venant à passer du côté gauche, où
+est le foie, au côté droit, où est le coeur, il se trouve que le poumon,
+que nous appelons en latin armyan, ayant communication avec le cerveau,
+que nous nommons en grec nasmus, par le moyen de la veine cave, que nous
+appelons en hébreu _cubile_, rencontre en son chemin lesdites vapeurs
+qui remplissent les ventricules de l'omoplate; et parce que lesdites
+vapeurs... comprenez bien ce raisonnement, je vous prie; et parce que
+lesdites vapeurs ont une certaine malignité... écoutez bien ceci, je
+vous conjure.
+
+GÉRONTE.
+
+Oui.
+
+SGANARELLE.
+
+Ont une certaine malignité qui est causée... soyez attentif, s'il vous
+plaît.
+
+GÉRONTE.
+
+Je le suis.
+
+SGANARELLE.
+
+Qui est causée par l'âcreté des humeurs engendrées dans la concavité du
+diaphragme, il arrive que ces vapeurs... _Ossabandus, nequeys, nequer,
+potarinum, quipsa milus._ Voilà justement ce qui fait que votre fille
+est muette.
+
+JACQUELINE.
+
+Ah! que ça est bian dit, notte homme!
+
+LUCAS.
+
+Que n'ai-je la langue aussi bian pendue!
+
+GÉRONTE.
+
+On ne peut pas mieux raisonner, sans doute. Il n'y a qu'une seule chose
+qui m'a choqué, c'est l'endroit du foie et du coeur. Il me semble que
+vous les placez autrement qu'ils ne sont; que le coeur est du côté
+gauche, et le foie du côté droit.
+
+SGANARELLE.
+
+Oui, cela étoit autrefois ainsi; mais nous avons changé tout cela, et
+nous faisons maintenant la médecine d'une méthode toute nouvelle.[18]
+
+GÉRONTE.
+
+C'est ce que je ne savois pas, et je vous demande pardon de mon
+ignorance.
+
+SGANARELLE.
+
+Il n'y a point de mal, et vous n'êtes pas obligé d'être aussi habile que
+nous.
+
+GÉRONTE.
+
+Assurément. Mais, Monsieur, que croyez-vous qu'il faille faire à cette
+maladie?
+
+SGANARELLE.
+
+Ce que je crois qu'il faille faire?
+
+GÉRONTE.
+
+Oui.
+
+SGANARELLE.
+
+Mon avis est qu'on la remette sur son lit, et qu'on lui fasse prendre
+pour remède quantité de pain trempé dans du vin.
+
+GÉRONTE.
+
+Pourquoi cela, Monsieur?
+
+SGANARELLE.
+
+Parce qu'il y a dans le vin et le pain mêlés ensemble une vertu
+sympathique qui fait parler. Ne voyez-vous pas bien qu'on ne donne autre
+chose aux perroquets, et qu'ils apprennent à parler en mangeant de cela?
+
+GÉRONTE.
+
+Cela est vrai. Ah! le grand homme! Vite, quantité de pain et de vin!
+
+SGANARELLE.
+
+Je reviendrai voir, sur le soir, en quel état elle, sera. (_À la
+nourrice_.) Doucement, vous. Monsieur, voilà une nourrice à laquelle il
+faut que je fasse quelques petits remèdes.
+
+JACQUELINE.
+
+Qui? moi? Je me porte le mieux du monde.
+
+SGANARELLE.
+
+Tant pis, nourrice, tant pis. Cette grande santé est à craindre, et il
+ne sera pas mauvais de vous faire quelque petite saignée amiable, de
+vous donner quelque petit clistère dulcifiant.
+
+GÉRONTE.
+
+Mais, Monsieur, voilà une mode que je ne comprends point. Pourquoi
+s'aller faire saigner quand on n'a point de maladie?
+
+SGANARELLE.
+
+Il n'importe, la mode en est salutaire; et, comme on boit pour la soif à
+venir, il faut se faire aussi saigner pour la maladie à venir.
+
+JACQUELINE, _en se retirant_.
+
+Ma fi! je me moque de ça, et je ne veux point faire de mon corps une
+boutique d'apothicaire.
+
+SGANARELLE.
+
+Vous êtes rétive aux remèdes, mais nous saurons vous soumettre à la
+raison. (_Parlant à Géronte._) Je vous donne le bonjour.
+
+GÉRONTE.
+
+Attendez un peu, s'il vous plaît.
+
+SGANARELLE.
+
+Que voulez-vous faire?
+
+GÉRONTE.
+
+Vous donner de l'argent, Monsieur.
+
+SGANARELLE, _tendant sa main derrière, par-dessous sa robe, tandis que
+Géronte ouvre sa bourse_.
+
+Je n'en prendrai pas, Monsieur.
+
+GÉRONTE.
+
+Monsieur...
+
+SGANARELLE.
+
+Point du tout.
+
+GÉRONTE.
+
+Un petit moment.
+
+SGANARELLE.
+
+En aucune façon.
+
+GÉRONTE.
+
+De grâce!
+
+SGANARELLE.
+
+Vous vous moquez.
+
+GÉRONTE.
+
+Voilà qui est fait.
+
+SGANARELLE.
+
+Je n'en ferai rien.
+
+GÉRONTE.
+
+Hé!
+
+SGANARELLE.
+
+Ce n'est pas l'argent qui me fait agir.
+
+GÉRONTE.
+
+Je le crois.
+
+SGANARELLE, _après avoir pris l'argent_.
+
+Cela est-il de poids?
+
+GÉRONTE.
+
+Oui, Monsieur.
+
+SGANARELLE.
+
+Je ne suis pas un médecin mercenaire.
+
+GÉRONTE.
+
+Je le sais bien.
+
+SGANARELLE.
+
+L'intérêt ne me gouverne point.
+
+GÉRONTE.
+
+Je n'ai pas cette pensée.
+
+
+SCÈNE V
+
+SGANARELLE, LÉANDRE.
+
+
+SGANARELLE, _regardant son argent_.
+
+Ma foi, cela ne va pas mal, et pourvu que...
+
+LÉANDRE.
+
+Monsieur, il y a longtemps que je vous attends, et je viens implorer
+votre assistance.
+
+SGANARELLE, _lui prenant le poignet_.
+
+Voilà un pouls qui est fort mauvais.
+
+LÉANDRE.
+
+Je ne suis point malade, Monsieur, et ce n'est pas pour cela que je
+viens à vous.
+
+SGANARELLE.
+
+Si vous n'êtes pas malade, que diable ne le dites-vous donc?
+
+LÉANDRE.
+
+Non. Pour vous dire la chose en deux mots, je m'appelle Léandre, qui
+suis amoureux de Lucinde, que vous venez de visiter; et, comme, par la
+mauvaise humeur de son père, toute sorte d'accès m'est fermé auprès
+d'elle, je me hasarde à vous prier de vouloir servir mon amour, et de me
+donner lieu d'exécuter un stratagème que j'ai trouvé pour lui pouvoir
+dire deux mots d'où dépendent absolument mon bonheur et ma vie.
+
+SGANARELLE, _paroissant en colère_.
+
+Pour qui me prenez-vous? Comment! oser vous adresser à moi pour vous
+servir dans votre amour, et vouloir ravaler la dignité de médecin à des
+emplois de cette nature!
+
+LÉANDRE.
+
+Monsieur, ne faites point de bruit.
+
+SGANARELLE, _en le faisant reculer_.
+
+J'en veux faire, moi. Vous êtes un impertinent.
+
+LÉANDRE.
+
+Hé! Monsieur, doucement.
+
+SGANARELLE.
+
+Un malavisé.
+
+LÉANDRE.
+
+De grâce!
+
+SGANARELLE.
+
+Je vous apprendrai que je ne suis point homme à cela, et que c'est une
+insolence extrême...
+
+LÉANDRE, _tirant une bourse qu'il lui donne_.
+
+Monsieur!
+
+SGANARELLE, _tenant la bourse_.
+
+De vouloir m'employer... Je ne parle pas pour vous, car vous êtes
+honnête homme, et je serois ravi de vous rendre service. Mais il y a de
+certains impertinents au monde qui viennent prendre les gens pour ce
+qu'ils ne sont pas, et je vous avoue que cela me met en colère.
+
+LÉANDRE.
+
+Je vous demande pardon, Monsieur, de la liberté que...
+
+SGANARELLE.
+
+Vous vous moquez! De quoi est-il question?
+
+LÉANDRE.
+
+Vous saurez donc, Monsieur, que cette maladie que vous voulez guérir est
+une feinte maladie. Les médecins ont raisonné là-dessus comme il faut,
+et ils n'ont pas manqué de dire que cela procédoit, qui du cerveau, qui
+des entrailles, qui de la rate, qui du foie. Mais il est certain que
+l'amour en est la véritable cause, et que Lucinde n'a trouvé cette
+maladie que pour se délivrer d'un mariage dont elle étoit importunée.
+Mais de crainte qu'on ne nous voie ensemble, retirons-nous d'ici, et je
+vous dirai en marchant ce que je souhaite de vous.
+
+SGANARELLE.
+
+Allons, Monsieur: vous m'avez donné pour votre amour une tendresse qui
+n'est pas concevable, et j'y perdrai toute ma médecine: ou la malade
+crèvera, ou bien elle sera à vous.
+
+
+
+
+ACTE III
+
+
+SCÈNE PREMIÈRE
+
+SGANARELLE, LÉANDRE.
+
+
+LÉANDRE.
+
+IL me semble que je ne suis pas mal ainsi pour un apothicaire; et, comme
+le père ne m'a guère vu, ce changement d'habit et de perruque est assez
+capable, je crois, de me déguiser à ses yeux.
+
+SGANARELLE.
+
+Sans doute.
+
+LÉANDRE.
+
+Tout ce que je souhaiterois seroit de savoir cinq ou six grands mots de
+médecine, pour parer mon discours et me donner l'air d'habile homme.
+
+SGANARELLE.
+
+Allez, allez, tout cela n'est pas nécessaire; il suffit de l'habit, et
+je n'en sais pas plus que vous.
+
+LÉANDRE.
+
+Comment?
+
+SGANARELLE.
+
+Diable emporte si j'entends rien en médecine! Vous êtes honnête homme,
+et je veux bien me confier à vous, comme vous vous confiez à moi.
+
+LÉANDRE.
+
+Quoi! vous n'êtes pas effectivement...
+
+SGANARELLE.
+
+Non, vous dis-je; ils m'ont fait médecin malgré mes dents. Je ne m'étois
+jamais mêlé d'être si savant que cela, et toutes mes études n'ont été
+que jusqu'en sixième. Je ne sais point sur quoi cette imagination leur
+est venue; mais, quand j'ai TU qu'à toute force ils vouloient que je
+fusse médecin, je me suis résolu de l'être aux dépens de qui il
+appartiendra. Cependant vous ne sauriez croire comment l'erreur s'est
+répandue, et de quelle façon chacun est endiablé à me croire habile
+homme. On me vient chercher de tous les côtés; et, si les choses vont
+toujours de même, je suis d'avis de m'en tenir toute ma vie à la
+médecine. Je trouve que c'est le métier le meilleur de tous: car, soit
+qu'on fasse bien, ou soit qu'on fasse mal, on est toujours payé de même
+sorte. La méchante besogne ne retombe jamais sur notre dos, et nous
+taillons comme il nous plaît sur l'étoffe où nous travaillons. Un
+cordonnier, en faisant des souliers, ne sauroit gâter un morceau de cuir
+qu'il n'en paye les pots cassés; mais ici l'on peut gâter un homme sans
+qu'il en coûte rien. Les bévues ne sont point pour nous, et c'est
+toujours la faute de celui qui meurt. Enfin le bon de cette profession
+est qu'il y a parmi les morts une honnêteté, une discrétion la plus
+grande du monde, et jamais on n'en voit se plaindre du médecin qui l'a
+tué.[19]
+
+LÉANDRE.
+
+Il est vrai que les morts sont fort honnêtes gens sur cette matière.
+
+SGANARELLE, _voyant des hommes qui viennent vers lui_.
+
+Voilà des gens qui ont la mine de me venir consulter. Allez toujours
+m'attendre auprès du logis de votre maîtresse.
+
+
+SCÈNE II
+
+THIBAUT, PERRIN, SGANARELLE.
+
+
+THIBAUT.
+
+Monsieu, je venons vous charcher, mon fils Perrin et moi.
+
+SGANARELLE.
+
+Qu'y a-t-il?
+
+THIBAUT.
+
+Sa pauvre mère, qui a nom Parette, est dans un Ut, malade, il y a six
+mois.
+
+SGANARELLE, _tendant la main comme pour recevoir de l'argent_.
+
+Que voulez-vous que j'y fasse?
+
+THIBAUT.
+
+Je voudrions, Monsieu, que vous nous baillissiez quelque petite drôlerie
+pour la garir.
+
+SGANARELLE.
+
+Il faut voir de quoi est-ce qu'elle est malade.
+
+THIBAUT.
+
+Allé est malade d'hypocrisie, Monsieu.
+
+SGANARELLE.
+
+D'hypocrisie?
+
+THIBAUT.
+
+Oui, c'est-à-dire qu'allé est enflée par tout, et l'an dit que c'est
+quantité de sériosités qu'allé a dans le corps, et que son foie, son
+ventre ou sa rate, comme vous voudrais l'appeler, au glieu de faire du
+sang, ne fait plus que de l'iau. Allé a, de deux jours l'un, la fièvre
+quotiguenne, avec des lasstules et des douleurs dans les mufles des
+jambes. On entend dans sa gorge des fleumes qui sont tout prêts à
+l'étouffer, et par fois il lui prend des sincoles et des conversions,
+que je crayons qu'alle est passée. J'avons dans notte village un
+apothicaire, révérence parler, qui li a donné je ne sais combien
+d'histoires; et il m'en coûte plus d'eune douzaine de bons écus en
+lavements, ne v's en déplaise, en apostumes qu'on li a fait prendre, en
+infections de jacinthe, et en portions cordales. Mais tout ça, comme dit
+l'autre, n'a été que de l'onguent miton-mitaine.[20] Il veloit li
+bailler d'eune certaine drogue que l'on appelle du vin amétile;[21] mais
+j'ai-s-eu peur franchement que ça l'envoyît à _patres_; et l'an dit que
+ces gros médecins tuont je ne sai combien de monde avec cette
+invention-là.
+
+SGANARELLE, _tendant toujours la main et la branlant, comme pour signe
+qu'il demande de forgent_.
+
+Venons au fait, mon ami, venons au fait.
+
+THIBAUT.
+
+Le fait est, Monsieu, que je venons vous prier de nous dire ce qu'il
+faut que je fassions.
+
+SGANARELLE.
+
+Je ne vous entends point du tout.
+
+PERRIN.
+
+Monsieu, ma mère est malade; et velà deux écus que je vous apportons
+pour nous bailler queuque remède.
+
+SGANARELLE.
+
+Ah! je vous entends, vous. Voilà un garçon qui parle clairement, et qui
+s'explique comme il faut. Vous dites que votre mère est malade
+d'hydropisie, qu'elle est enflée par tout le corps, qu'elle a la fièvre,
+avec des douleurs dans les jambes, et qu'il lui prend parfois des
+syncopes et des convulsions, c'est-à-dire des évanouissements?
+
+PERRIN. Hé! oui, Monsieu, c'est justement ça.
+
+SGANARELLE.
+
+J'ai compris d'abord vos paroles. Vous avez un père qui ne sait ce qu'il
+dit. Maintenant vous me demandez un remède?
+
+PERRIN.
+
+Oui, Monsieu.
+
+SGANARELLE.
+
+Un remède pour la guérir.
+
+PERRIN.
+
+C'est comme je l'entendons.
+
+SGANARELLE.
+
+Tenez, voilà un morceau de fromage qu'il faut que vous lui fassiez
+prendre.
+
+PERRIN.
+
+Du fromage, Monsieu?
+
+SGANARELLE.
+
+Oui, c'est un fromage préparé, où il entre de l'or, du coral et des
+perles, et quantité d'autres choses précieuses.
+
+PERRIN.
+
+Monsieu, je vous sommes bien obligez, et j'allons li faire prendre ça
+tout à l'heure.
+
+SGANARELLE.
+
+Allez. Si elle meurt, ne manquez pas de la faire enterrer du mieux que
+vous pourrez.
+
+
+SCÈNE III
+
+JACQUELINE, SGANARELLE, LUCAS.
+
+
+SGANARELLE.
+
+Voici la belle nourrice. Ah! nourrice de mon coeur, je suis ravi de cette
+rencontre, et votre vue est la rhubarbe, la casse et le séné qui purgent
+toute la mélancolie de mon âme.
+
+JACQUELINE.
+
+Par ma figue! Monsieur le médecin, ça est trop bian dit pour moi, et je
+n'entends rien à tout votte latin.
+
+SGANARELLE.
+
+Devenez malade, nourrice, je vous prie, devenez malade pour l'amour de
+moi. J'aurois toutes les joies du monde de vous guérir.
+
+JACQUELINE.
+
+Je sis votte sarvante, j'aime bian mieux qu'an ne me guérisse pas.
+
+SGANARELLE.
+
+Que je vous plains, belle nourrice, d'avoir un mari jaloux et fâcheux
+comme celui que vous avez!
+
+JACQUELINE.
+
+Que velez-vous, Monsieu? C'est pour la pénitence de mes fautes; et là où
+la chèvre est liée, il faut bian qu'allé y broute.[22]
+
+SGANARELLE.
+
+Comment! un rustre comme cela! un homme qui vous observe toujours, et ne
+veut pas que personne vous parle!
+
+JACQUELINE.
+
+Hélas! vous n'avez rien vu encore, et ce n'est qu'un petit échantillon
+de sa mauvaise humeur.
+
+SGANARELLE.
+
+Est-il possible? et qu'un homme ait l'âme assez basse pour maltraiter
+une personne comme vous? Ah! que j'en sais, belle nourrice, et qui ne
+sont pas loin d'ici, qui se tiendroient heureux de baiser seulement les
+petits bouts de vos petons! Pourquoi faut-il qu'une personne si bien
+faite soit tombée en de telles mains, et qu'un franc animal, un brutal,
+un stupide, un sot!... Pardonnez-moi, nourrice, si je parle ainsi de
+votre mari.
+
+JACQUELINE.
+
+Eh! Monsieu, je sais bien qu'il mérite tous ces noms-là.
+
+SGANARELLE.
+
+Oui, sans doute, nourrice, il les mérite; et il mériteroit encore que
+vous lui missiez quelque chose sur la tête, pour le punir des soupçons
+qu'il a.
+
+JACQUELINE.
+
+Il est bien vrai que, si je n'avois devant les jeux que son intérêt, il
+pourroit m'obliger à queuque étrange chose.
+
+SGANARELLE.
+
+Ma foi, vous ne feriez pas mal de vous venger de lui avec quelqu'un.
+C'est un homme, je vous le dis, qui mérite bien cela; et, si j'étois
+assez heureux, belle nourrice, pour être choisi pour...
+
+(_En cet endroit, tous deux apercevant Lucas, qui étoit derrière eux et
+entendait leur dialogue, chacun te retire de son côté, mais le médecin
+d'une manière fort plaisante._)
+
+
+SCÈNE IV
+
+GÉRONTE, LUCAS.
+
+
+GÉRONTE.
+
+Holà! Lucas, n'as-tu point vu ici notre médecin?
+
+LUCAS.
+
+Et oui, de par tous les diantres! je l'ai vu, et ma femme aussi.
+
+GÉRONTE.
+
+Où est-ce donc qu'il peut être?
+
+LUCAS.
+
+Je ne sais; mais je voudrois qu'il fût à tous les guebles.
+
+GÉRONTE.
+
+Va-t'en voir un peu ce que fait ma fille.
+
+
+SCÈNE V
+
+SGANARELLE, LÉANDRE, GÉRONTE.
+
+
+GÉRONTE.
+
+Ah! Monsieur, je demandois où vous étiez.
+
+SGANARELLE.
+
+Je m'étois amusé, dans votre cour, à expulser le superflu de la boisson.
+Comment se porte la malade?
+
+GÉRONTE.
+
+Un peu plus mal depuis votre remède.
+
+SGANARELLE.
+
+Tant mieux: c'est signe qu'il opère.
+
+GÉRONTE.
+
+Oui; mais, en opérant, je crains qu'il ne l'étouffé.
+
+SGANARELLE.
+
+Ne vous mettez pas en peine: j'ai des remèdes qui se moquent de tout, et
+je l'attends à l'agonie.
+
+GÉRONTE.
+
+Qui est cet homme-là que vous amenez?
+
+SGANARELLE, _faisant des signes avec la main que c'est un apothicaire_.
+
+C'est...
+
+GÉRONTE.
+
+Quoi?
+
+SGANARELLE.
+
+Celui...
+
+GÉRONTE.
+
+Eh?
+
+SGANARELLE.
+
+Qui...
+
+GÉRONTE.
+
+Je vous entends.
+
+SGANARELLE.
+
+Votre fille en aura besoin.
+
+
+SCÈNE VI
+
+JACQUELINE, LUCINDE, GÉRONTE, LÉANDRE, SGANARELLE.
+
+
+JACQUELINE.
+
+Monsieu, velà votre fille qui veut un peu marcher.
+
+SGANARELLE.
+
+Cela lui fera du bien. Allez-vous-en, Monsieur l'apothicaire, tâter un
+peu son pouls, afin que je raisonne tantôt avec vous de sa maladie.
+
+(_En cet endroit, il tire Géronte à un bout du théâtre, et, lui passant
+un bras sur les épaules, lui rabat la main sous le menton, avec laquelle
+il le fait retourner vers lui lorsqu'il veut regarder ce que sa fille et
+l'apothicaire font ensemble, lui tenant cependant le discours suivant
+pour l'amuser._)
+
+Monsieur, c'est une grande et subtile question entre les doctes, de
+savoir si les femmes sont plus faciles à guérir que les hommes. Je vous
+prie d'écouter ceci, s'il vous plaît. Les uns disent que non, les autres
+disent que oui; et moi, je dis que oui et non. D'autant que,
+l'incongruité des humeurs opaques qui se rencontrent au tempérament
+naturel des femmes étant cause que la partie brutale[23] veut toujours
+prendre empire sur la sensitive, on voit que l'inégalité de leurs
+opinions dépend du mouvement oblique du cercle de la lune; et, comme le
+soleil, qui darde ses rayons sur la concavité de la terre, trouve...
+
+LUCINDE.
+
+Non, je ne suis point du tout capable de changer de sentiments.
+
+GÉRONTE.
+
+Voilà ma fille qui parle! O grande vertu du remède! ô admirable médecin!
+Que je vous suis obligé, Monsieur, de cette guérison merveilleuse! Et
+que puis-je faire pour vous après un tel service?
+
+SGANARELLE, _se promenant sur le théâtre et s'essuyant le front_.
+
+Voilà une maladie qui m'a bien donné de la peine!
+
+LUCINDE.
+
+Oui, mon père, j'ai recouvré la parole; mais je l'ai recouvrée pour vous
+dire que je n'aurai jamais d'autre époux que Léandre, et que c'est
+inutilement que vous voulez me donner Horace.
+
+GÉRONTE.
+
+Mais...
+
+LUCINDE.
+
+Rien n'est capable d'ébranler la résolution que j'ai prise.
+
+GÉRONTE.
+
+Quoi...?
+
+LUCINDE.
+
+Vous m'opposerez en vain de belles raisons.
+
+GÉRONTE.
+
+Si...
+
+LUCINDE.
+
+Tous vos discours ne serviront de rien.
+
+GÉRONTE.
+
+Je...
+
+LUCINDE.
+
+C'est une chose où je suis déterminée.
+
+GÉRONTE.
+
+Mais...
+
+LUCINDE.
+
+Il n'est puissance paternelle qui me puisse obliger à me marier malgré
+moi.
+
+GÉRONTE.
+
+J'ai...
+
+LUCINDE.
+
+Vous avez beau faire tous vos efforts.
+
+GÉRONTE.
+
+Il...
+
+LUCINDE.
+
+Mon coeur ne sauroit se soumettre à cette tyrannie.
+
+GÉRONTE.
+
+Là...
+
+LUCINDE.
+
+Et je me jetterai plutôt dans un convent que d'épouser un homme que je
+n'aime point.
+
+GÉRONTE.
+
+Mais...
+
+LUCINDE, _parlant d'un ton de voix à étourdir_.
+
+Non. En aucune façon. Point d'affaire. Vous perdez le temps. Je n'en
+ferai rien. Cela est résolu.
+
+GÉRONTE.
+
+Ah! quelle impétuosité de paroles! Il n'y a pas moyen d'y résister.
+Monsieur, je vous prie de la faire redevenir muette.
+
+SGANARELLE.
+
+C'est une chose qui m'est impossible. Tout ce que je puis faire pour
+votre service est de vous rendre sourd, si vous voulez.
+
+GÉRONTE.
+
+Je vous remercie. Penses-tu donc...
+
+LUCINDE.
+
+Non, toutes vos raisons ne gagneront rien sur mon âme.
+
+GÉRONTE.
+
+Tu épouseras Horace dès ce soir.
+
+LUCINDE.
+
+J'épouserai plutôt la mort.
+
+SGANARELLE.
+
+Mon Dieu, arrêtez-vous, laissez-moi médicamenter cette affaire. C'est
+une maladie qui la tient, et je sais le remède qu'il y faut apporter.
+
+GÉRONTE.
+
+Seroit-il possible, Monsieur, que vous pussiez aussi guérir cette
+maladie d'esprit?
+
+SGANARELLE.
+
+Oui, laissez-moi faire, j'ai des remèdes pour tout, et notre apothicaire
+nous servira pour cette cure. (_Il appelle l'apothicaire et lui parle._)
+
+Un mot. Vous voyez que l'ardeur qu'elle a pour ce Léandre est tout à
+fait contraire aux volontés du père, qu'il n'y a point de temps à
+perdre, que les humeurs sont fort aigries, et qu'il est nécessaire de
+trouver promptement un remède à ce mal, qui pourroit empirer par le
+retardement. Pour moi, je n'y en vois qu'un seul, qui est une prise de
+fuite purgative, que vous mêlerez comme il faut avec deux drachmes de
+_matrimonium_ en pilules.[24] Peut-être fera-t-elle quelque difficulté à
+prendre ce remède; mais, comme vous êtes habile homme dans votre métier,
+c'est à vous de l'y résoudre et de lui faire avaler la chose du mieux
+que vous pourrez. Allez-vous-en lui faire faire un petit tour de jardin,
+afin de préparer les humeurs, tandis que j'entretiendrai ici son père;
+mais surtout ne perdez point de temps. Au remède, vite, au remède
+spécifique.[25]
+
+
+SCÈNE VII
+
+GÉRONTE, SGANARELLE.
+
+
+GÉRONTE.
+
+Quelles drogues, Monsieur, sont celles que vous venez de dire? Il me
+semble que je ne les ai jamais ouï nommer.
+
+SGANARELLE.
+
+Ce sont drogues dont on se sert dans les nécessités urgentes.
+
+GÉRONTE.
+
+Avez-vous jamais vu une insolence pareille à la sienne?
+
+SGANARELLE.
+
+Les filles sont quelquefois un peu têtues.
+
+GÉRONTE.
+
+Vous ne sauriez croire comme elle est affolée de ce Léandre.
+
+SGANARELLE.
+
+La chaleur du sang fait cela dans les jeunes esprits.
+
+GÉRONTE.
+
+Pour moi, dès que j'ai eu découvert la violence de cet amour, j'ai su
+tenir toujours ma fille renfermée.
+
+SGANARELLE.
+
+Vous avez fait sagement.
+
+GÉRONTE.
+
+Et j'ai bien empêché qu'ils n'aient eu communication ensemble.
+
+SGANARELLE.
+
+Fort bien.
+
+GÉRONTE.
+
+Il seroit arrivé quelque folie si j'avois souffert qu'ils se fussent
+vus.
+
+SGANARELLE.
+
+Sans doute.
+
+GÉRONTE.
+
+Et je crois qu'elle auroit été fille à s'en aller avec lui.
+
+SGANARELLE.
+
+C'est prudemment raisonné.
+
+GÉRONTE.
+
+On m'avertit qu'il fait tous ses efforts pour lui parler.
+
+SGANARELLE.
+
+Quel drôle!
+
+GÉRONTE.
+
+Mais il perdra son temps.
+
+SGANARELLE.
+
+Ah! ah!
+
+GÉRONTE.
+
+Et j'empêcherai bien qu'il ne la voie.
+
+SGANARELLE.
+
+Il n'a pas affaire à un sot, et vous savez des rubriques qu'il ne sait
+pas.[26] Plus fin que vous n'est pas bête.
+
+
+SCÈNE VIII
+
+LUCAS. GÉRONTE, SGANARELLE.
+
+
+LUCAS.
+
+Ah! palsanguenne, Monsieu, vaici bian du tintamarre. Votte fille s'en
+est enfuie avec son Liandre. C'étoit lui qui étoit l'apothicaire, et
+velà monsieu le médecin qui a fait cette belle opération-là.
+
+GÉRONTE.
+
+Comment! m'assassiner de la façon? Allons, un commissaire, et qu'on
+empêche qu'il ne sorte. Ah! traître, je vous ferai punir par la justice.
+
+LUCAS.
+
+Ah! par ma fi, Monsieu le médecin, vous serez pendu. Ne bougez de là
+seulement.
+
+
+SCÈNE IX
+
+MARTINE, SGANARELLE, LUCAS.
+
+
+MARTINE.
+
+Ah! mon Dieu, que j'ai eu de peine à trouver ce logis! Dites-moi un peu
+des nouvelles du médecin que je vous ai donné.
+
+LUCAS.
+
+Le velà qui va être pendu.
+
+MARTINE.
+
+Quoi! mon mari pendu! Hélas! et qu'a-t-il fait pour cela?
+
+LUCAS.
+
+Il a fait enlever la fille de notte maître.
+
+MARTINE.
+
+Hélas! mon cher mari, est-il bien vrai qu'on te va pendre?
+
+SGANARELLE.
+
+Tu vois. Ah!
+
+MARTINE.
+
+Faut-il que tu te laisses mourir en présence de tant de gens?
+
+SGANARELLE.
+
+Que veux-tu que j'y fasse?
+
+MARTINE.
+
+Encore, si tu avois achevé de couper notre bois, je prendrois quelque
+consolation.
+
+SGANARELLE.
+
+Retire-toi de là, tu me fends le coeur.
+
+MARTINE.
+
+Non, je veux demeurer pour t'encourager à la mort, et je ne te quitterai
+point que je ne t'aie vu pendu.
+
+SGANARELLE.
+
+Ah!
+
+
+SCÈNE X
+
+GÉRONTE, SGANARELLE, MARTINE, LUCAS.
+
+
+GÉRONTE.
+
+Le commissaire viendra bientôt, et l'on s'en va vous mettre en lieu où
+l'on me répondra de vous.
+
+SGANARELLE, _le chapeau à la main_.
+
+Hélas! cela ne se peut-il point changer en quelques coups de bâton?
+
+GÉRONTE.
+
+Non, non, la justice en ordonnera... Mais que vois-je?
+
+
+SCÈNE XI ET DERNIÈRE
+
+LÉANDRE, LUCINDE, JACQUELINE, LUCAS, GÉRONTE, SGANARELLE, MARTINE.
+
+
+LÉANDRE.
+
+Monsieur, je viens faire paraître Léandre à vos yeux et remettre Lucinde
+en votre pouvoir. Nous avons eu dessein de prendre la fuite nous deux,
+et de nous aller marier ensemble; mais cette entreprise a fait place à
+un procédé plus honnête: je ne prétends point vous voler votre fille, et
+ce n'est que de votre main que je veux la recevoir. Ce que je vous
+dirai, Monsieur, c'est que je viens tout à l'heure de recevoir des
+lettres par où j'apprends que mon oncle est mort, et que je suis
+héritier de tous ses biens.
+
+GÉRONTE.
+
+Monsieur, votre vertu m'est tout à fait considérable, et je vous donne
+ma fille avec la plus grande joie du monde.
+
+SGANARELLE.
+
+La médecine l'a échappé belle!
+
+MARTINE.
+
+Puisque tu ne seras point pendu, rends-moi grâce d'être médecin, car
+c'est moi qui t'ai procuré cet honneur.
+
+SGANARELLE.
+
+Oui, c'est toi qui m'as procuré je ne sais combien de coups de bâton.
+
+LÉANDRE.
+
+L'effet en est trop beau pour en garder du ressentiment.
+
+SGANARELLE.
+
+Soit. Je te pardonne ces coups de bâton en faveur de la dignité où tu
+m'as élevé; mais prépare-toi désormais à vivre dans un grand respect
+avec un homme de ma conséquence, et songe que la colère d'un médecin est
+plus à craindre qu'on ne peut croire.
+
+
+NOTES:
+
+[Note 1: On trouve d'ailleurs le sujet du «Médecin par force» dans
+les fragments de Jacques de Vitry, évéque de Tusculum, dans une
+_Relation_ de Grotius, et aussi dans le _Voyage en Moscova et en Perse_
+d'Adam Olearius (OElschlager) que venait de traduire M. de Wicquefort en
+1656.]
+
+
+ACTE PREMIER.
+
+[Note 2: P. 4, 1. 12. _Bec cornu_. C'est la traduction de l'italien
+_becco cornuto_ (bouc cornu), qui veut dire cornard, ou cocu, parce que
+le bouc, qui a de fort grandes cornes, est le seul animal qui voie avec
+plaisir que ses compagnons couvrent sa femelle. (_Sorberiana_, p. 74.)
+Cf. _École des Femmes_, acte IV, sc. VI.]
+
+[Note 3: 5, 19. _J'en bois une partie_. V. la _Comédie des
+Proverbes_ (1633): «Ils ont la mine de ne manger pas tout leur bien,
+_ils en boivent une_ bonne _partie_.» (Acte II, sc. III.)]
+
+[Note 4: --24. _C'est vivre de ménage_. On lit dans _la Vengeance
+des Femmes_, d'Etienne Denise (1557):
+
+ _Nous avons vu tant de bons ménagers_
+ _Pour chopiner se mettre en grands dangers,_
+ _Vendre joyaux, mettre bagua en gage;_
+ _Eh bien! cela, c'est vivre de ménage._
+
+«Tu m'appelles ivrogne? dira plus tard Tabarin. Y a-t-il homme qui vive
+plus de ménage que moi?--Vraiment oui, répond Francisquine, _vous vivez
+de ménage_: toute notre vaisselle est engagée! Maudite soit l'heure que
+je vous vis jamais!»
+
+Citons encore les _Contens et Mécontens sur le sujet du temps_ (1649):
+
+«Je connoit un graveur qui, n'ayant du pain, est réduit à vendre tes
+meubles pièce à pièce.--C'est le moyen de _vivre de minage_»,
+répliquai-je.
+
+Chevalier s'est souvenu de ce jeu de mots dans son _Intrigue des
+Carrosses à cinq sols_, qui n'est que de quatre ans l'aînée du _Médecin
+malgré lui_:
+
+ _Diable! quel ménager! On voit sur son visage_
+ _Qu'il vendra tout dans peu pour_ vivre de minage.
+
+Voir enfin dans les _Nouveaux Contes pouf rire_ (Cologne, 1722, I, 72)
+le chapitre intitulé: «Ce que c'est que _vivre de ménage_.»]
+
+[Note 5: 12, 4. _Entre l'arbre et le doigt._ Sganarelle estropie
+plaisamment le proverbe «entre l'écorce et le bois on ne doit mettre le
+doigt», recueilli par Henri Estienne dans sa _Précellence du langage
+françois_ (1579).]
+
+[Note 6: 17, 20. _Quelque petit grain de folie mêlé à leur science_
+«Nullum magnum ingenium sine mixtura dementiæ.» (Sénèque, _De la
+tranquillité de l'âme_, d'après Aristote, _Problèmes_, XXX, I.) Diderot
+en fait un proverbe sous la forme suivante: «Il n'y a point de grands
+esprits sans un grain de folle (_le Neveu de Rameau_, édition de la
+Bibliothèque Elzévirienne, 1891, p. 13.)]
+
+[Note 7: 18, 15. _Fraise, habit jaune et vert_. Le costume complet
+du fagotier est ainsi décrit dans l'inventaire dressé après la mort de
+Molière: «Pourpoint, haut-de-chausses, col, ceinture, _fraise_ et bas de
+laine et escarcelle, le tout de serge _jaune_, garni de padou _vert_.]
+
+[Note 8: 19, 9. _Or potable_. Prétendue panacée universelle dont il
+est déjà question du temps de Louis XI, sous le nom _d'aurum potabile_,
+et dans laquelle il entrait du chlorure d'or, qui est soluble.]
+
+[Note 9: --12. _Un jeune enfant de douze ans_. Lemazurier, qui,
+l'année même où il fut nommé secrétaire-archiviste du Théâtre-Français,
+publia sa _Récolte de l'Hermite_ (Paris, Chaumerot, 1813), y rappelle, à
+la page 152, une légende que Molière a pu recueillir pendant ses séjours
+dans le Midi: Un petit garçon, étant monté sur une des tours du palais
+des Papes, à Avignon, pour dénicher des oiseaux, se laissa tomber du
+haut en bas et fut mis en pièces. Sa mère ramassa les membres fracturés
+de cet enfant, les mit dans un sac et les porta sur le tombeau du
+cardinal Pierre de Luxembourg, mort en 1387 et enterré dans l'église des
+Célestins. «Pendant qu'elle était en prières, on vit remuer le sac et
+sortir l'enfant, qui d'abord demanda où était son nid d'oiseaux.»]
+
+[Note 10: 19, 18. _Jouer à la fossette._ Sorte de jeu, aussi appelé
+_bloquette_, auquel les enfants s'amusent arec des noyaux, des chiques
+ou des billes.]
+
+[Note 11: 20, 9. _La vache est à nous._ On trouve cette expression
+dans _l'Amant indiscret_, de Quinault, imprimé en 1656.]
+
+[Note 12: 24, 17. _Il y a fagots et fagots._ Sur cette expression,
+de venue proverbiale, voir dans le Moliériste un ingénieux et spirituel
+article de M. Éd. Thierry (1, p. 11 à 14), 1879.]
+
+[Note 13: 25, 5. _Un double_, c'est-à-dire un double denier, ou la
+sixième partie d'un sou.]
+
+[Note 14: 26, 17. _Lantiponer_, mot populaire qui signifie
+lanterner, tenir des discours frivoles, inutiles et interminables. V. à
+la page 43, l. 2, le mot lantiponage.]
+
+
+ACTE DEUXIEME.
+
+[Note 15: 38, 4. _Un chapeau du plus pointus._ Ce n'était plus la
+mode des chapeaux pointus. «Elle avait cessé, dit Le Noble (préface
+d'_Ildegerte_), avec celle des grands romans, qui avaient longtemps fait
+les délices de la cour.»]
+
+[Note 16: --15. Hippocrate dit, _dans ton chapitre des chapeaux_.
+Hippocrate est cité dans un livre publié à Lyon l'année même où Molière
+séjournait dans cette ville (1655): _Tractatut de pileo, cæterisque
+capitis tegminibus tam sacris quam profanis_, par Anselme Solerius.
+
+On trouve le même genre de facétie dans les _Fanfares et courvées
+abbadesques des Roule Bontemps_ (1613):
+
+«Galien et Aristote, au livre des _Grosses et grasses_. Cicéron, au
+livre V de sa _Divination_, section I, Du fromage a 24 sous la livre.»
+
+Et encore, dans le _Nouveau Recueil de Farces françaises_ de Picot et
+Nyrop, p. 191:
+
+ _Ces paroles, on trouvera_
+ _Au livre des tripes d'un veau._
+ _Capitula plein d'herbe verde._
+
+Deux ans après le _Médecin_, l'Intimé dira dans _les Plaideurs_:
+
+ _De vi, paragrapho._ Messieurs, _Caponibus_.
+
+]
+
+[Note 17: 50, 6. _Deus sanctus_, etc. Ce galimatias est une citation
+estropiée des _Rudimenta_ de Despautère.
+
+V. aussi _la Soeur_, comédie de Rotrou, acte III, sc. V.]
+
+[Note 18: 51, 25. _Nous avons changé tout cela_. Voir deux articles
+du _Moliériste: l'Abbé de Monligny et Grosley_ (t. III, p. 205-307), et
+_Foie à gauche, coeur à droite_ (t. V, p. 119-121), ainsi que les
+_Mémoires de Guy-Joly_, Rotterdam, 1718 (t. I, p. 115-116).]
+
+
+ACTE TROISIEME.
+
+[Note 19: 61, 8. _Se plaindre du médecin qui l'a tué._ Imitation du
+_Licencié Vidriera_, nouvelle de Cervantes signalée dès 1648 par Ch.
+Sorel dans la deuxième partie de _Polyandre_, et dont Quinault a tiré
+son _Docteur de verre_, troisième acte de la _Comédie sans comédie_
+(1654, Théâtre du Marais).
+
+Sc. II. Supprimée depuis plus d'un siècle à la Comédie-Française,
+quoique fort plaisante. Je l'ai vu jouer à Toulouse il y a vingt-cinq
+ans, et elle ne ralentissait nullement l'action principale.]
+
+[Note 20: 63, 6. _Onguent miton mitaine_, qui ne fait ni bien ni
+mal.]
+
+[Note 21: 63, 7. _Vin amétile_. Sur le vin émétique, qui faisait
+alors «bruire ses fuseaux», voir _Don Juan_ (acte III, sc. I).]
+
+[Note 22: 66, 5. _Là où la chèvre est liée._ _L'Enterrement du
+Dictionnaire de l'Académie_ (1697) prétend que ce proverbe «ne se dit
+pas ainsi, car cela aurait peu de sens», mais qu'on dit qu'_où la chèvre
+trouve à brouter, il faut qu'elle soit attachée_, c'est-à-dire
+figurément qu'il faut s'arrêter et planter le piquet où l'on trouve à
+vivre. (Deuxième partie, Remarqua critiques, p. 291.)]
+
+[Note 23: 70, 18. _La partie brutale._ Molière ici s'emprunte à
+lui-même:
+
+ _La partie brutale alors veut prendre empire_
+ _Dessus la sensitive..._
+
+dit Gros René dans le _Dépit amoureux_ (acte IV, sc. II).]
+
+[Note 24: 74, 9. _Deux drachmes de matrimonium en pilules._ Deux
+gros de mariage en pilules, drogue inconnue au Codex.]
+
+[Note 25: --17. _Remède spécifique_, souverain, qui guérit
+constamment et par un mécanisme inconnu certaines maladies, comme le
+quinquina les fièvres intermittentes. (Littré.)]
+
+[Note 26: 76, 20. Vous savez des _rubriques_. Des finesses, des
+tours, des ruses. C'est dans ce sens familier que Thomas Corneille a
+dit, dans _l'Amour à la mode_ (1653):
+
+ _Vous y savez, Monsieur, d'admirables rubriques._
+ (Acte I, sc. III.)]
+
+* * *
+
+À PARIS
+
+DES PRESSES DE D. JOUAUST
+
+Rue de Lille, 7
+
+M DCCC XCII
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Le Médicin Malgré Lui, by
+Jean-Baptiste Poquelin (AKA Molière)
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MÉDICIN MALGRÉ LUI ***
+
+***** This file should be named 20498-8.txt or 20498-8.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ http://www.gutenberg.org/2/0/4/9/20498/
+
+Produced by Chuck Greif
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+http://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
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+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
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+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
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+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
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+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
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+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
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+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
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+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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